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807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
OCTOBRE 1698.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais, au Mercure Galant.
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin,
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dane
la Salle des Merciers , à la Juftice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant
M. DC. XCVIII
Avec Privilége du Roy,
J
kkkkk
O
AVIS.
velquesprieresqu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiſſe pas
d'y manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
ans de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On reitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux . On
A ij
AVIS .
pris feulement ceux qui desenvoyen,
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pour faire employer leurs noms dans
L'article des Enigmes , d'affranchir
lears Lettres de port , s'ils veulent
qu'on falle ce qu'ils demandent.
C'eftfort pen de chofe pour chaque
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure a rétabli les
chofes de maniere , qu'il eft toujours
imprimé au commencement de chaque
mois . Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiſſera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
longtemps avant qu'il foit arrive
dans les Villes éloignéess mais auſſi
cesVilles ne lereceveront pasji tard
qu'elles faifotent auparavant Ceux
qui fe le font envoyerpar leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'exposent
à le recevoir toujours fors
sard par deux raifons . La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendre fitoft qu'il eft imprime,
outre qu'il le fera toujours quelquet
jours avant que l'on en faffe le
debit ,& Lautre , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont là eux & quel
ques autres à qui ils le preftens , ils
rejettent la faute da retardement
= fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
rerardement par la voye dudit Sienr
Brunet, puis qu'ilfe charge de faire
A iij
AVIS.
Bespaquets lay-mefme, & de les faire
porter à la Pofte ou aux Meffagers,
fans nul intereft, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe.Il fera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à la fin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera execute avec
ane exactitade dont on aura liem
deftre content.
.
MERCVRE
GALANTYBIBLIO
CCTOBRRE 1693
E vous envoyay le mois
dernier la Relation de
tout ce qui s'eft paffé au
Camp de Coudun , prés Compiegne;
& comme vous y avez
remarqué la noble audace
qu'a infpirée à Monſeigneur
A iiij
8 MERCURE
le Duc de Bourgogne la gloi
re d'eftre Petit.Fils de Loüis
le Grand , vous ne ferez pas
furpriſe que je commence
cette nouvelle Lettre par des
Deviles qui ont efté faites
pour ce jeune Prince , fur l'ardeur
guerriere qu'il a fait paroistre
dans ce Camp . , puis
que tout ce qui le regarde , a
rapport au Roy.
La premiere de ces Devifes
eſt un Aiglon , qui aprés que
les vents printaniers ont ache
vé de diffiper les nuages de la
faifon , fait l'épreuve de fes
forces , en s'élevant pour la
GALANT.
9
premiere fois vers le Soleil ,
pouffé par la jeuneffe & par
fon courage , auec ces mots :
Nec viribus impar.
ou ,
Tollunt juventas &patrius vigor.
རྩྭ་
ou ,
Campo fe credit aperto.
Cette Image paroift digne
de Monfeigneur
le Duc de
Bourgogne
en cette occafion,
fi l'on compare fes premieres
demarches dans le Camp de
Coudun , & les preuves qu'it
y a données de fon experience
aux yeux de LOUIS LE
GRAND , avec l'effor de
10. MERCURE
l'Aiglon , tel qu'il eft dépeint
dans la Devife ; & les nobles
qualitez qu'on donne à
l'Aigle de Roy des Oifeaux ,
& de Porte - foudre de Jupiter
, avec la naiffance royale
de ce Prince , & le commandement
des Aimées de
Sa Majefté , qui luy a efté
confié dans cette premiere
Occafion .
La feconde Devife eft un
jeune Lion preft à faire effay
de fa ferocité & de fon coura
ge ,fur la premiere proye qui
fe prefentera , & qu'il dévore
déja comme en idée , avec ces
mors :
GALANT. IF
De tenero meditatur ungui ,
ou ,
Dente novo peritura videt,
ou ,
Per medias feret ira cædes.
Par l'application de certe
feconde image àMonseigneur
le Duc de Bourgogne , on
donne à connoiftre fa difpofition
à faire fentir fa valeur
& fon intrepidité aux Ennemis
de l'Etat , & ce qu'ils en doivent
attendre dans une Guerre
déclarée , le voyant fi actif
& fivif dans ces fimples préludes
.
La troifiéme , un Faiſceau
12 MERCURE
d'armes , entouré de Lauriers,
tel que les Licteurs les portoient
à Rome dans les jours
de triomphe , avec ces mots :
Collegiße juvas.
ou
Robuftus acri militia puer.
ou
Fortis & hoftium Victor.
On défigne heureuſement
par là, quelle fera la force invincible
des armes de Sa Ma- ,
jefté entre les mains de Mon
feigneur le Ducde Bourgogne,
puis qu'elles fe trouvent déja
toutes formées à la Victoires ,
& entierement difpofées à
cueillir de nouveaux Lauriers.
GALANT 13
J
• La quatriéme , une Cuiraffe
Royale , ou plutoft cette Cui
raffe de Diamans qu'Horace
donne à Mars , avec ces mots
Patiens
pulveris atque Solis.
του
Audax omnia perpeti .
Paroù l'on exprime la vigueur
de ce jeune Prince , tout preft
à s'expofer
aux fatigues
de la
guerre , à en effuyer les perils,
& à fignaler fon courage par
des actions d'éclat dignes du
fang & de la gloire de fes Au
guftes Ayeux.
M'Branche , Auteur de ces
quatre Deviſes , en a renfermé
14 MERCURE
l'explication dans ce Sonnet.
T'El qu'en un temps ferainl' Aiglon
plein de courage ,
Vers le Pere du jour fe donne un
libre champ ;
Telce Prince s'exerce à commander
ce Camp.
Quand la Paix loin de nous a
chaßé tout nuage.
ន
Que de juftes malheurs ce vif
Effor préfage
Pour la proye exposée à fon vol
menaçant !
Comme un jeune Lion ne refpire
quefang,
GALANT. Is
D'avance ilen fait voir l'infaillible
carnage
.
Cet amas triomphant d'invinci
bles Guerriers ,
QuicheZnos Ennemis n'ont cueilli
que Lauriers ,
Animefongrand Coeur à chercher
la Victoire.
S
Comme eux preft à fouffrir les
fatigues de Mars ,
Si l'amour ne retient fon ardeur
pour la gloire ,
On le verra bien toft effacer les'
Cefars.
16 MERCURE
La matiere du Traité qui
fuit a exercé de tout temps les
plus fçavans Philofophes . Elle
Left curieuſe , & ne sçauroit
que faire , plaifir à ceux qui
cherchent les caufes de ce
qui paroift avoit embaraffé
Ariftote même.
DU FLUS
ET .
DU REFLUS
P
DE LA MER .
Our m'acquitter de la
promeffe que je vous ay
faite , je vous envoye , MonGALANT
17 :
fiour, ce petit Difcours du Elus
& Reflus de la mer , & pour ne
le point grofir inutilement,
je ne m'amuſeray point
combattre Sorel ny Deſcartes
, dont les rêveries ne me
paroiffent pas plus railonnables
que celles qu'ils ont com battues
on es ou delapprouvées
.
Ainfi
je palle droit
à mes prin
cipes , & pole en fait que le
propre
de l'eau eft de fe dan
nerune
furface
plane , & de
s'étendre
en ligne
paralelle
à
l'horiſon
, Je pense
que tout le
monde
nde eft perfuadé
de cette
verité
, & qu'elle
ne Tçauroit
Octobre
1698
.
18 MERCURE
eſtre conteſtée que dans le
deffein de contredire . Je dis
encore que la Mer ne peut
conferver cette figure , par la
neceffité où elle le trouve de'
former le globe , & de ſe raſfembler
autour du centre du
monde. Cela n'eftant point
difputé, il eft aifé de voir qu'il
eft impoffible que la mer ne
fe faffe une éternelle guerre
& ne foit dans une perpetuelle
agitation ; car elle ne peut
prendre la figure plane & s'étendre
au niveau , fans qu'une
partie de les eaux approche le
Ciel , & s'éloigne par confeGALANT.
quent de ce centre. Je pourrois
le faire voir par des figures
démonſtrations, fi je ne & des
fçavois que la conception de
ceux à qui je parle eft affez
fine pour n'avoir pas beſoin
de ce fupplément. Cette par.
tie donc , ou cette circonfe
rence éloignée le raffemblant
autour de fon centre pour
former le globe & prendre la
figure fpherique , forme une
montagne au centre de ce
mouvement, laquelle ne pouvant
demeurer fixe , ſe répand
de nouueau , & fait que ces
deux figures fe forment alter
Bij
20 MERCURE
nativement. Ainfi la mer ne
pouvant conferver ny l'une ny
l'autre , il eſt aifé de compren.
dre qu'elle doit eftre dans une
perpetuelle agitation , & c'eſt
fans doute ce que nous appellons
le Flus & le Reflus . Mais.
comme je n'ay fuppofé ces
deux figures que pour faire
voir la neceffité de fon mou .
vement , il eft bon d'ajoûter
que mon deffein n'eſt point
de la reftraindre à ce nombre
feulement ; au contraire je me
la figure à peu prés comme
un Diamant taillé en plufieurs
faces , lefquelles compofent
•
GALANT 21.
autant de mouvemens fur fa
figure fpherique , & qui font
plus ou moins grands , felon
la difpofition des lieux car
je tiens que ce feroit une er
reur grofliere de croire qu'elle
n'cuft point par tout la même
inclination à fe mouvoir
Si j'avois beſoin de quelque
autorité pour prouver la multiplicité
de ces mouvemens
je pourrois me fervir de celle
du S¹ Denis, qui nous apprend
que dans fes Voyages du nouyeau
Monde , il a vû une Iſle,
où la mer eftoit haute d'un
cofté , & baffe de l'autre en
22 MERCURE
même temps . Cela prouve fuffamment
ce que je viens d'a .
vancer , & le doit perfuader ,
quand même on n'auroit
point de difpofition à le croire.
Pour bien comprendre
tous ces mouvemens
de fuperficie
, il ne faut que jetter
une pierre dans un eſtang , &
on verra d'abord plufieurs
cercles s'entre- pouffer , & former
enfin une grande circonference.
Que fi vous enjettez
en plufieurs endroits , vous
verrez auffi qu'il fe formera
plufieurs circonferences
, lef
quelles en fe rencontrant
, s'éGALANT.
23
leveront l'une contre l'autre ,
& voila l'image qu'on le doit
former de la mer. Tous ces
petits mouvemens ont donc
une étendue & une révolution
qui ne fe dément jamais , fi ce
n'eft toutefois qu'ils fe faffent
obftacle l'un à l'autre par leur
rencontre, à caufe de la diverfité
de leurs révolutions. Cecy
peut fervir pour répondre à
la queftion qu'on me pourroit
faire , car , me diroit on , puis
que les caufes naturelles produifant
neceffairement tou
jours les mêmes effets , d'où
vient que la mer ne pouffe
24 MERCURE
point toujours ſon Flus éga
ment loin, & que nous voyons
qu'il monte beaucoup plus
haut aux conjonctions & aux
oppofitions
de la Lune , qu'au
premier & dernier quartier.
La réponſe eft fort naturelle,
& le tire neceffairement
de
ce que nous venons d'établir ;
car noitre mouvement
qui fait
fa révolution en douze heu
res ou environ , faiſant ren
contre d'un autre plus grand
& plus tardif , & dont la révolution
ne fe fait qu'en fept ou
huit jours , il eft facile de com.
prendre que ce mouvement
ne
GALANT.
25
ne pouvant aller fi loin qu'à
fon ordinaire , & le donner
toute fon étendue , à cauſe de
cette rencontre ne revient
pas auffi avec la même rapidité
, & par confequent ne peut
monter i haut que de coutu .
me. Cela fe confirme par l'ex.
perience ; car nous remar
quons que moins la мer a la
liberté de fe recaler de nous,
& moins auffi elle s'en raproche
, & que plus elle s'en éloigne
, plus auffi fes marées font
lentes. Pour fortifier ce raifon .
nement par un autre qui ne
foit pas moins fenfible , je
Octobre 1698.
C
26 MERCURE
fufpens une balle en l'air , &
l'éloigne de fon centre , ou de
fa perpendiculaire , en luy
donnant un mouvement fur
la gauche. Il est tres conftant
que plus le mouvement que
je luy donneray fera grand ,
plus auffi fon retour fera grand
fur la droite. Mais fi par hazard
elle rencontroit en fon
chemin une autre balle , qui
fift obftacle au mouvement
que je luy aurois donné, ne luy
laiffant point toute fon étendue
, il eft certain que fon
retour à la droite feroit moins
grand, par la raifon qu'il au
ལ
GALANT.
27
I
roit moins de rapidité. Jefens
C bien qu'on peut encore me
faire icy une objection , & me
dire , que puis que la Mer
defcend moins , & ne monte
pas tant aux quartiers de la
Lune , qu'aux conjonctions &
oppofitions , il eft vray femblable
qu'elle ne doit point
mettre tant de temps à faire
ifa révolution , que dans la
pleine Lune. Cependant nous
voyons qu'elle n'y en employe
pas moins ; mais ce que je
viens de dire de la rapidité
de fon mouvement , ſemble
avoir préparé la réponſe , &
C ij
28 MERCURE
je croy qu'on voit déja bien
que je diray qu'un mouvement
qui marche avec plus
de violence qu'un autre, peut
fans employer
plus de temps
que cet autre , faire plus de
chemin que luy. D'ailleurs , il
faut confiderer que la rencontre
dont nous venons de parler
, cauſe une ſuſpenſion à
noftre mouvement
, comme
à tout autre, qui le rend prefque
fans action ; & ce n'eft
pas fans raifon que les mates
lots difent alors qu'il eft morte
eau ; car fi elle n'est point
morte, du moins peut- on bien
GALANT. 29
dire qu'elle eft fort languif
fante. Il me femble que je
n'expofe rien icy qui fente le
Paradoxe. Cependant je veux
bien encore propoſer la chofe
d'une autre maniere , & dire
que le grand mouvement
dont nous avons parlé.repouf
fant celuy cy , l'oblige de fe
ferrer & de fe répandre plus
fortement fur nos rivages. Fa
voue que le premier de ces
deux raiſonnemens me paroiſt
le plus folide , dautant qu'on
voit que la mer fe retire fort
loin , aprés avoir monté fort
Chiij b
30 MERCURE
un
haut , ce qu'elle ne pourroit
faire fi elle eftoit bornée par
mouvement fuperieur..
Comme j'ay crû qu'il n'eftoit
pas à propos de groffir ce pe
tit Difcours par des démon
ftrations inutiles, j'ay cru auffi
qu'il n'eftoit pas juſte de laiffer
le Lecteur dans des idées
confufes & indiftinctes fur le
fait de ces mouvemens , lef
quels j'appelleray de palpita
tion ou de refpiration , à cauſe
du rapport qu'ils ont avec le
mouvement de l'eftomach
d'une perfonne qui refpire.
Je dis donc que ce plus grand
GALANT: 31
que j'oppoſe diametralement
au noftre , & dont je fais la
révolution progreffive de fept
jours & quelques heures , venant
à la rencontre de noftre
mouvement , luy oppoſe d'abord
un doux obftacle. Au
fecond jour , fon accroiffement
commence à le refferrer
du cofté du Nord , au troifiéme
un peu davantage , ainfi
de plus en plus jufqu'au feptiéme
jour , auquel il rend nos
marées dans l'inaction dont
nous avons parlé . Puis ce
grand mouvement fe retirang
Cij
32 MERCURE
à petites journées , comme il
venu , nos marées raniment ,
comme parlent les Matelots ,
& regagnent infenfiblement
la liberté qui leur avoit eſté
ôtée, & alors fe refait la pleine
mer ; puis ce grand mouvement
revenant de nouveau ,
fuivant fon inclination naturelle
, il fe refait toujours le
même manége. Il me feroit
auffi facile de fuppofer trois
mouvemens , dont les centres
compofaffent un triangleambygone
, & dont le nostre fuft
à l'angle obtus ; car ceux qui
feroient aux angles aigus , que
GALANT:
33
je fuppofe plus grands & plus
forts , venant à s'approcher
l'un de l'autre par un mouve
vement égal , & ſe joignant
enfin au bout de fept jours &
demy , ou environ , ferme
roient le paffage au noftre ,
& alors nous aurions morte
eau par la raison que nous
avons dite ; puis ces deux
mouvemens fe reculant comme
ils fe font approchez , le
noftre profiteroit de cette retraite
, & reprendroit fa premiere
plenitude. On pourroit
même fe fervir de tous les
triangles pour prouver la de-
*
34 MERCURE
bilité de nos marées ; mais il
importe peu pour la gloire de
la mer , quel party on luy faffe
prendre, pourvû qu'on la laiffe
indépendante de la Lune , &
maiftreffe de ſes actions .Je fuis
perfuadé que le Lecteur me
difpenfe volontiersdeluy faire
de nouvelles fuppofitions , &
qu'il voit déja bien que lors
qu'on bâtitfurun bon fondement,
tout l'édifice ſe ſoutient
de luy- même ; mais je n'aurois
encore rien fait , fi aprés
avoir ſuffilamment prouvé la
neceffité des petites marées ,
& la raifon de leur diminution,
·
GALANT:
35
je ne contentois auffi fon ef
prit fur la caufe des grandes ;
& pour n'en rien dire qui ne
foit encore appuyé fur la nature
de la chofe , & fur ce que
les fçavans Voyageurs en ont
remarqué, j'ay recours à l'Aureur
de la Carte univerfelle ,
lequel m'apprend que pendant
trois mois , à commencer
le zo. d'Avril jufqu'au 20. de
Juillet , la Mer fe meut & paffe
entre les coftes de l'Afrique
& celles du Brefil , pour aller
au Nord-oueft ; que depuis le
20. de Juillet jufqu'au 20. d'OCobre
, elle eft prefque fans
36 MERCURE
mouvement; que depuis le 20.
d'Octobre jufqu'au 20. de
Janvier elle repaflevers leSud ,
& que depuis le 20. de Janvier
jufqu'au 2o . d'Avril , elle redevient
prefque immobile . L'ex :
perience donc , qui feule peut
rendre l'homme fçavant, nous
apprend que la Mer fe balance
d'un Pole à l'autre d'un mouvement
qui ne fe compre
point fur l'âge de la Lune ,
mais plûcoft fur celuy du Soleil
; & comme elle ne peut
faire le tour du monde à cauſe
des obftacles que luy font les
serres polaires , elle eft obli
GALANT.
37
i
gée de s'arrefter entre ces coftes
, comme quand une charette
d'équipage s'arreſte à la
tefte d'un défilé , car alors il
faut auffi que tout le refte fufpende
fon mouvement. Cet
Auteur nous fait aufli remar
quer que le Flus & Reflus eft
fort grand aux embouchures
des Mers Rouge, & Perfique,
& des Fleuves Inde & Gange,
mais je croy qu'il n'eft pas be
foin d'une grande penetration
pour comprendre que la Mer
ayant heurté les Terres Auſtrales
inconnues , eft obligée
de ſe réfléchir ſur les rivages
38 MERCURE
voifins ,& doit neceffairement
s'y faire fentir. Ce grand mouvement
ayant donc fejourné
trois mois ſous la Ligne , &
au delà, la repaffe enfin depuis
le 20. d'Octobre jufqu'au 20.
de Janvier , pour s'en retourner
vers le Nord, puis ayant
auffi heurté les Terres du Pole
Arctique , il eft vray-femblable
auffi que nous en devons
fentir la répercuffion , comme
les Arabes & les Perfes l'ont
fentie , & que paffant & repaſfant
deux fois l'année ,ilnous
donne deux grandes marées
tous les ans. Toutes ces relai
GALANT.
39
tions font fi grandes , & ces
neceffitez fi abfoluës , que je
fuis perfuadé que l'efprit du
Lecteur en eft fatisfat ; mais
je crains qu'il ne me demande
encore comment il fe peut
faire que je donne un mouvement
prefque univerfel à la
Terre, en la faifant paffer d'un
Pole à l'autre , & que cependant
nous trouvons un en .
droit prefque immobile, qu'-
on appelle la Mer Pacifique.
Pour répondre à cette contradiction
apparente , il n'y a
qu'à faire réflexion que tout
corps qui tourne fimplement
40 MERCURE
fur fon axe , a toujours deux
points qui femblent fixes , &
c'eft ce qui fe remarque particulierement
dans cette grande
& admirable machine des
Cieux, car quoy que toutes les
Etoiles y roulent d'un mouve
ment égal , & qu'il femble qu'-
elles foient toutes cloüées à
quelque chofe de folide , on
voit cependant que celles des
Poles font prefque immobiles.
Ily a donc toute la raifon
poffible de vouloir que la mer
Pacifique foit le Pole de noftre
grand mouvement.Je dis
même qu'on ne le peut rai
GALANT . 4
fonbablement poſerailleurs .
Lac raiſon : eftququei fi vous
cherchez le point oppofé ou
antipode de la Mer Pacifique ,
vous le trouverez dans la Tar
tarie , & proche de da Mer
Cafpie ; puis fi vous tirez une
ligne d'un de ces points à l'au
tre ; & qué vous examiniez co
mouvement , vous verrez qu'il
paflera par le milieu de cetre
ligne , & la coupera à angle
droit. C'eft ee! qui prouve infailliblement
que la Mer Par
cifique eft le Pole & le centre
de ce mouvement; & comme
ce point oppoſs elb en terre
Octobre 1770s D
42 MERCURE
fermé , ainfi que je viens de le
faire voir , nous ne devons
avoir qu'une Mer Pacifique ,
comme en effet il n'yena quunc.
Si l'on me demande en
coré d'où vient que la Medi+
terranée n'a point de mouve
ment , je répondray qu'elle
en a à proportion de fa gran
deur, & que tous ceux quil'ont
frequentée connoiffent la force
de la répercuffion du Golfe
de Venife , & les courans du
Fare de Mefline . Je dis de plus
pour l'affermiflement de mes
principes , que le Lac de Geneve
n'eft pas abfolument
GALANT. 43
tranquille dans le plus beau &
le long calme qu'on puiffe
trouver; & la raifon de cela ,
c'est que chaque étendue
d'eau doit agir à proportion
qu'elle occupe du globe .
On pourroit dire encore
que la quantité de mouvemens
de fuperficie ou de refpiration
que je donne à la mer,
venant à fe rencontrer extraordinairement
par la diverfité
de leurs révolutions
, pourroient
fouvent caufer de l'inrerruption
dans la regularité
de nos marées. J'en conviens ,
& c'en eſt une ſuite fi jufte &
Dij
44 MERCURE
fi neceffaire , qu'il n'y a point
de Matelot qui ne connoiffe
ces irregularitez fous le nom
de faux flots. On dira peuteftre
que ces contre - temps
devroient apporter quelque
alteration à l'ordre de fes marées
; mais chacun fçait qu'on
ne doit point diſputer contre
l'experience qui fait voir le
contraire. La raiſon fans dou
te pourquoy cela n'arrive pas ,
c'est que ce mouvement extraordinaire
ne rencontrant
pas le noftre diametralement,
cette interruption ne fe fait
fentir qu'en quelques parties
GALANT.
45
de noftre mouvement , lefquelles
reprennent d'abord
celuy de leur tout . La rencontre
de ces mouvemens eft
donc fi dangereuſe , que nous
avons lû dans des Relations
Hollandoifes que lors qu'ils
ont voulu paffer par la grande
Mer du Nord , pour aller aux
grandes Indes Orientales , ils
yont
y ont couru de grands dangers
& même fouffert quelque per
te , à caufe des hautes montaz
gnes & des precipices que ces
rencontres cauloient ; & c'eft
ce qui les oblige à preſent de
prendre le grand tour. Toutes
46 MERCURE
ces petites connnoiffances ne
feroient peut - eftre pas inutiles
à ceux qui font profeffion
de fuivre la Mer , car s'ils ne
peuvent éviter abfolument de
femblables événemens , du
moins pourroient - ils fe les
rendre moins dommageables
en chaffant par une prévoyance
éclairée la furpriſe & l'éton .
nement où l'on le voit en pareille
rencontre , & qui font
qu'on fe jette fouvent dans le
peril , en cherchant à l'éviter.
Il eft conftant que fi l'on faifoit
bien reflexion à ces choles
, & que l'on congeuft bien
GALANT
47
que ces effroyables obftacles
ne font que pour un temps &
fe doivent diffiper d'eux- mêmes
, on auroit moins befoin
d'une forte refolution pour
les furmonter , que de patience
pour fe garantir de leurs
funeftes effets. Je ne fçay files
Partiſans de la Lune me pourront
encore faire quelque ob.
jection ou quelque queſtion
raiſonnable , mais au moins
jeme promets qu'on les pourra
refoudre avec facilité , lors
qu'on voudra bien s'attacher
à la folidité de mes principes ;
& pour peu qu'on ait la con48
MERCURE
noiffance du Globe , & qu'on
fe repreſente la Mer fufpendue
en l'air , l'imagination aurà
beaucoup moins de peine
à fe la figurer , cédant & réfiftant
fucceffivement à fon pro
pre poids , qu'à fixer la Auiadité.
sal 19 .
- Voicy un Bouquet envoyé
par Mademoiſelle l'Heritier à
une de fes Amies , le jour de
fa Felte. Je ne vous dis point
que cette Amie a : beaucoup
d'efprit & de merite ! Une perfonne
qui en a autant que Ma
demoiselle l'Heritier , n'en
peut avoir d'autres, ] moq : >
A
GALANT: 49
A
MADEMOISELLE DE
EPISTRE.
***
Aujourd'huy que de mille Amans
Le foin ardent & vif s'aprefte ,
Erinne , à t'offrir pour ta Fefte
Des Bouquets rares & charmans ,
Comment me prendray -je , ma
Comanchere
A t'en donner quelqu'un, capable de
te plaire?lo add mor
Il paroiftra fans agrémens.T
Quand le fripon d'Amour s'eft mêlé
d'une affaire
tak
Tout ce qui vient aprés ne touche
plus les gens , Sund"
Au moins les gens förmez d'un certain
caractere, ling
Octobre 1698
E
go MERCURE
Dont on voit beaucoup dans ce
temps:
De peur que l'Amitié n'ait honte
De voir les Bouquets en ce jour
Ceder à ceux que t'offrira l'Amour ,
Je croy qu'à t'en conter elle aura
mieux fon compte
.
Mais quoyeles fleurettes chez toy,
Sont encor chofe bien commune .
Où pourtois-je en trouver quelqu'une
7 was
Que l'on ne t'ait dite avant moy?
L'Amour dont tes chanfons vantene
fi bien les charmes ,
Te prefte fans ceffe les armes ,
Et l'on voit mille jeunes coeurs.
Te conter leurs tendres ardeurs .
En te jurant combien ton efpric
brille.ang est ex
L'un die Fè w'en pais platy je
grille
GALANT.
Si
L'autre , i'expire , ie me meurs ,
Parmy les coeurs bleffez ie fuis des
plus malades .
Aprés de pareilles douceurs ,
Les miennes te paroiftront fades.
Cependant fi l'on voit celles de l'Aminé
Sembler moins vives , moins aimables
,
Elles font auffi plus durables ,
Et plus folides de moitié.
Mais de moitié, c'est trop peu dire;
Car celles de l'Amour ſouvent
Paffent plus vifte que le vent,
Ce que je dis icy , ce n'eft pas pour
médire
De ce Dieu qui fait qu'on foupire,
Pourvûqu'exempte de fes traits
Je puiffe tour à tour moraliſer & rire,
Je m'embaraffe peu qu'il faffe des
Sujets.
E ij
52 MERCURE
J'aurois beau décrier fon tirannique
empire ,
Mille coeurs prévenus par
peurs attraits ,
les trom-
Iront toujours donner dans fes rians
filets ,
Et coujours gemiront de leur cruel
martire ,
Je ne forme donc point d'inutiles
projets ,
C'est bien affez pour moy qu'en tis
rant de ma lire
1
Des fons amufans & divers ,
Je coule mes deftins à l'abri de fes
fers.
Pour toy, dont le ton doux &
endre
Se plait à celebrer les Amans , les
Amours ,
Aimable Erinne , prens toujours,
Et ne telaiffe jamais prendre.
GALANT:
53
L'Amour fait reffentir mille tourmens
affreux ,
Mais laiffons de ce Dieu les effets
dangereux ,
Et parlons d'une autre tendreffe
Qui ne connut jamais de fatale foiblaffe
,
Et qui foin de livrer à des maux rigoureux
Sçait toujours rendre un coeur
heureux ,
Quand il connoift le prix de fa delicateffe.
Qué l'amitié folide eft digne de nos.
voeux !
Elle eft ardente en moy , ma chere ,
je te prie ,
De croire qu'il n'eſt point d'Amie
Qui t'aime auffi fincerement,
Qui t'aime auffi fidellement
Qu'on me veria t'aimer tout le
temps de ma vie. Eij
54 MERCURE
Je ne doute point que cette
autre Lettre ne vous paroiffe
de bon fens , & que vous ne
demeuriez d'accord que le
raiſonnement en eft jufte.
A MADEMOISELLE
O
DE S. C.
Uy , Mademoiſelle , un
François a épouſć une
Angloife , fans qu'aucun des
deux entende la Langue de
l'autre . Cela paroift d'abord
affez bizarre ; mais c'eft faute
de bien confiderer ce dont
il s'agit .
GALANT. SS
1
Dés le moment qu'un coeurfoupire
,
On connoift en tous lieux ce que
Icela veut dire ,
Et malgré Babel fa Tour ,
Dans le climat le plus fauvage
Ne demande que de l'amour,
On entendra voſtre langage.
La Terreen mille Etats a beau fe
partager,
En Afie , en Afrique , en Europe,
il n'importe ;
L'Amour n'eſt jamais étranger
En quelque Pays qu'on le porte.
Comme il eft pere de tous les
hommes , il eft entendu de
tous fes Enfans. Il eft vray que
E iiij
16
MERCURE
quand il veut faire quelque
mauvais coup , comme il faut
qu'il fe mafque , & qu'il fe
déguife , il faut aufli qu'il fe
ferve de la Langue du Pays.
Mais quand il eft conduit par
l'Himen , tans lequel il ne peut
eſtre receu chez les honneftes
gens , il luy fuffit de fe mon .
trer pour le faire entendre.
En quelque Langue qu'il s'exprime
,
Onfait d'abord ce qu'ilpretend,
Et dés qu'ilpeutparlerfans crime,
Une bonnefte Fille l'entend .
La raison de cela elt , que la
GALANT. $7
Langue d'Amour n'eft qu'une
tradition tres fimple & tres .
aifée ,dont la nature eft dépo
fitaire , & qu'elle ne manque.
jamais de reveler à toutes les
Filles , quand elles en ont be,
foin. JU.
Si toftque l'on en vient aux pri
vautez
fecretes
,
Parmy
toutes
les Nations
,
L'Himen
en ces occafions
A certaines
expreffions
Qui n'ont
point
besoin
d'In
terpretes
.
I
Ne vous étonnez donc point
que deux perfonnes étrangeres
, & d'un langage fi diffe
58 MERCURE
rent , ayent pu fe réfoudre à
fe marier enfemble
, & croyez
comme un article de foy natu ."
relle , que dans ces fortes de
miſteres tout le monde parle
François. Ajoûtez à cela que
de jeunes Epoux ont leur maniere
particuliere
de s'entretenir
, indépendamment
de
Toutes les Langues de la terre .
L'Amour
eft la feule de toures
les Divinitez
dont le fervice
u'a point changé . Son
culte eft encore à prefent tel
qu'il étoit au commencement
du monde . On luy adreffe les
mêmes voeux , on luy fait les
GALANT. 59
mêmes facrifices , on luy immole
les mêmes Victimes ; &
quand deux Amans veulent
bien affifter en perfonne à fes
miſteres fecrets , on n'en a pas
fi toft chaffé les profanes , que
pleins de ce Dieu qui les pof
fede , ils en comprennent en
un moment toutes les cere
monies , & tout ce qui fe fait
en fon honneur .
Si vous faifiez ce for argu
ment à Thomas Diafoirus ;
Vos deux Epoux ne parlent
pas la même Langue , Ergo
ils ne s'entendent pas , il vous
répondroit , Diftinguo, Made60
MERCURE
moifelle ; ils ne s'entendent
pas le jour , Concedo , Mademoifelle
; ils ne s'entendent
pas la nuit , Nego , Mademoi
felle. Or s'entendre la nuit,
c'eft s'entendre la moitié de
la vie , & c'eſt beaucoup pour
des Mariez. Je connois bien
des gens , & vous auffi , qui
parlent tres bon François , &
qui n'en demanderoient pas
davantage.
Qu'un Mariage eft plein d'apas
Quand la nuit un Epoux peut
contenterfa flame ,
Et
il
n'entend pas
que le jour
jour il n'e
Lesfottifes que ditfa Femme !
GALANT. 68
7
Nous fommes dans un
temps où l'amour est devenu
fi intereffé , que ce n'eft pas
fans raifon que l'Auteur du
Rondeau qui fuit, s'écrie.
Temps ! ômoeurs! difoit Lifan
dre
L'autrejour au bord d'un ruißeau,
Mafoy , l'amour est à vau l'eau,
Les Amans n'ont plus qu'à fependre
,
L'agreable Empire de Tendre
Est plus defert que Longjumeau,
O temps ! ô moeurs !
Si coeur deroc vous
de roc vous voulezfendre,
L'argent doit fervir de martean,
62 MERCURE
L'or à prefent eſt le flambeau
Qu fait réduire un coeur en cendre,
Otemps ! ô moeurs i
Ces deux autres petits Ouvrages
font du même Auteur.
SONNET.
Amoureux àpoche legere,
Qui prétendez charmer un coeur,
Etouffe cette folle ardeur ,
Vous ne ferez que de l'eau claire,
S
Vainement vous tâchez deplaire
Par vos regards pleins de lan.
gueur,
GALANT. 63
Une Belle n'a que froideur ,
Et vous traite de témeraire.
&
Quiconque à prefent veut touches
Un coeur de glace ou de rocher,
Voicy la methode infaillible.
Il faut eftre garni d'écus ,
Faire maints dons pour un Cræ;
Jus
Il n'eft point de Belle infenfible.
MADRIGAL.
C'Ef fait de Cupidon , c'est fait
defon Empire,
Onfe moque à prefent de fes Pa
reatis;
molleg
64 MERCURE
H
En vain un tendre Amant pleure,
gemit , foupire,
Il n'eft plus de Beauté qui veüille
aimer gratis
.
Vous avez oüy parler du
Portrait deClorinde, fait parle
Taffe. Je vous en envoye une
traduction . Elle eft d'un jeune
Avocat de Retel..
Clorinde dés fon enfance
eut du mépris pour tous les
ouvrages qui conviennent le
plus aux perfonnes de fon Sexe
; elle crut que fe fervir de
F'aiguille ou du fufeau , eſtoic
une occupation indigne de
GALANT .
65%
fes fuperbes mains . Elle n'aimoit
ny les habits, ny le fejour
des Villes ; elle arma fon vifage
d'une noble fierté , & ſe
fit un plaifir de luy donner je
ne fçay quel air fauvage , qui
ne laiffoit pas d'avoir des charmes.
Dans un âge encore tendre
,fes mains délicates furent
occupées , ou à dompter des
chevaux , ou à manier des armes.
Elle s'exerça à la lutte ,
pour endurcir fon corps , & le
rendre propre à la courſe . On
la vit enfuite pourfuivre les
Lions & les Ours dans les bois
& fur les montagnes , cher-
Octobre 1698 . E
66 MERCURE
chant par tout à fignaler fon
adreffe ou fa valeur , dans les
combats paroillant Lion aux
hommes , & dans les foreſts
paroiffant homme aux Lions .
Il paroift un Livre nouveau
chez le Sieur Efclaffan , vis à
vis le College Royal . Il eft
inticulé , Hiftoire de plufieurs
Saints des Maifons des Comtes
de Tonnerre de Clermont . Ce
volume renferme la Vie d'onze
de ces Saints . Il n'y ajamais
eu de Maiſon fi fantifiée ny
fi feconde en Heros Chreftiens
. On en voit les Portraits
GALANT. 67
dans le volume qui vient d'e
ftre imprimé. 11 eft divifé en
deux parties. Les trois premiers
chapitres de la premie
re partie , font de l'Antiquité,
de la Dignité , & de la Sainteté
de la Maifon de Tonnere ,
& les trois premiers chapitres
de la feconde partie , font de
l'Antiquité , de la Dignité , &
de la Sainteté de la Maifon de
Clermont . On trouve dans
cette feconde partie huit Ho
melies , compofées par Saine
Amadée deClermont de Hauterive
, qui font tres belles ,
& qui touchent le Lecteur, &
Fij
68 MERCURE
1
uy donnent en même temps
un fenfible plaifir . M ' le Prefident
Coufin , de l'Academie
Françoiſe , a fait l'Epiftre dés
dicatoire de ce Livre, Il eſt
dédié à M' l'Evêque Comte,
de Noyon , Pair de France,
& renferme un Eloge de ce
Prelat auffi étendu , que la
matiere eft ample & belle.
J'oubliay le mois paffé à
vous dire , que dés qu'on eur
appris à Noyon la mort de
Madame la Comteffe de Tonnerre
, le Chapitre de l'Eglife
Cathedrale vint faire les complimens
de condoleance à
GALANT 69
M' de Noyon , & le pria de
vouloir officier pontificalement
au Service folemnel que
le Chapitre avoit réfolu de
faire. Cette ceremonie fut
remife de quelques jours ,
parce que ce Prelac eftoit fur
le point de partir pour Compiegne
, où l'appelloit l'intereft
de fon Seminaire , à qui le
Roy a fait prefent d'une fom.
me confiderable pour achever
for Bâtiment . A peine M
de Noyon fut il de retour qu ' ,
on prépara toutes choles pour
le Service dont je viens de
parler . Toute l'Eglife fucren-
果
70 MERCURE
duë de noir , & remplie d'Ecuffons
aux Armes de Mada .
"me la Comteffe de Tonnerre.
Toutes les Communautez Ec.
clefiaftique , Seculieres & Regulieres
y affifterent en Corps ,.
toutes les Compagnies de la
Ville en firent de même ; fçavoir
l'Etat Major , le Bailliage,
le Comté, le Corps de Ville ,
l'Election , le Grenier à Sel ;
& la Garniſon. M'de Noyon
donna enfuice un magnifique
repas.
Vous avez raifon de dire
que ceux qui font obligez à
fe faire faire de grandes opeGALANT.
ཏ་
rations , pareilles à celles de
la taille , fe voyent ſouvent
dans un grand embarras fur
le choix d'un Operateur. 11
s'en trouve ordinairement
plufieurs dans une Ville comme
Paris , dont la réputation
eft égale , & le ſcavoir profond
; de forte qu'il feroit malaifé
de donner des confeils à
un malade fur le choix qu'il
doir faire , & fouvent même ,
ceux qui les donnent ne diſent
du bien de ceux dont ils exa 、
gerent le merite , que parce
qu'ils font de leurs Amis , ou
des perfonnes qui les tou72
MERCURE
chent. La cabale décide de .
puis quelque temps plus qu'-
elle n'a jamais fait du merite
des Arts & des Sciences , &
celuy qui a l'adreſſe de s'acquerir
aujourd'huy le plus
d'Amis , pour prôner fon merite
, paffe pour le plus habile
homme, mais je pourrois aller
trop loin , fi je continuois à
vous parler fur cette matiere ,
& je ferois peut eftre deviner
des chofes que je ne veux pas
feulement faire foupçonner.
Ainfi je vous diray que M
Pujol , ancien Avocat au Con .
feil , âgé de foixante -fix ans,
GALANT:: 73
a efté taillé par M ' Color ,
qui luy a tiré en un inftant
deux pierres, dont l'une eft de
la groffeur d'un oeufapplaty,
pefant deux onces , & l'autre
de la groffeur d'une noix , pefant
demi once. Les fuites de
cette operation ont efté fi
heureuſes , que le Malade s'eft
levéle quinzième jour , & qu'il
ne luy en refte aucune incommodité.
L'adreffe de l'Operateur
a efté admirée , ainfi que
la conftance & la tranquillité
du Malade.
Les Vers que vous allez lire
font de M de Templery
Octobre 1698 . G
74 MERCURE
Gentilhomme de la Ville
d'Aix , dont vous avez fouvent
vû avec plaifir, dans mes
Lettres divers Ouvrages , tant
en Vers qu'en Profe.
JUSTIFICATION
Sur la jaloufie d'un Mary ,
pendant que fa Femme
eftoit aux Eaux de Maine.
Fontai
Stantes de l'Amant:
'Ontaine qui coulez dans un vallon
fi beau ,
1
Lavez moy d'un injufte blâme,
Vous eltes témoin que ma flâme
Eft auffi pure que voſtre cau .
GALANT
75
Vous fçavez bien ,claire Fontaine,
L'innocence de mon deffein :
Quand même je puifois de l'eau dans
voſtre ſein ,
Ay-je jamais touché celuy de Celimene
?
Cependant fon Mary nous accufant
à faux
Forge cent vifions , & fe les
fuade .
per-
Ah , fi vous gueriffez tant de fortes
de
maux ,
Gueriffez cet efprit malade .
$
Vous qui de nos Eftez moderez les
chaleurs
,
Zephirs, qui courez dans la plaine ,
Vous me voyiez ſouvent auprés de
Celimene ;
Mais , bien qu'elle paruft fenfible à
mes douleurs ,
Gij
76 MERCURE
Par les loix du devoir nous fçavions
nous conduire ;
Et lorfque nous voyions que vous
baifiez les fleurs ,
Dites-moy , voftre exemple a-t-il
pû nous feduire ?
Et vous , petits Oileaux d'un ramage
fi doux ,
Muficiens de nos campagnes ,
Qui par d'amoureux chants appelliez
vos compagnes ,
Avons nous jamais eu ce deffein
·
comme vous ?
Recoin fi propre aux amourettes,
Petit bois lauvage & feuïllu , [ lu ?
De vôtre obfcurité me fuis je préva-
Vous ne viftes jamais des amours
plus difcretes ,
A de tendres difcours nous bornions
nos defirs ;
GALANT: 77
Et lors que nous eftions fous vos ombres
fecretes ,
C'eſtoit pour la fraîcheur , non pour
d'autres plaifirs.
Ecartez donc les vains nuages
De l'efprit d'un Mary jaloux ;
Et puis qu'en repofant fous vos épais
feuillages ,
Nous ne cherchions que vos om
brages ,
Diffipez ceux qu'on a de nous.
Beaux prez ,
នី
immortelle verdure,
Où Celimene & moy nous trouvions
tant d'appas ,
Vos fleurs, de fes beautez la vivante
peinture ,
Naiffant en foule fous les pas,
De le voir à fes pieds tiroient leur
avantage ,
Mais elles ne paroiffoient pas
G iij
9878 MERCURE
Devant celles de fon viſage.
Si le Ciel dans mes maux ne me prête
la main ,
Mes jours , comme vos fleurs , finiront
dés demain .
&
Et vous, jeunes Peupliers , ornemens
de nos plaines ,
Témoins de mes cruels ennuis ,
Si vous ne portez aucuns fruits ,
Auffi je n'en ay point attendu de mes
peines ,
Le chifre de nos noms fur vous s'eſt
conſervé ,
Mais par nos entretiens vous avez
pû comprendre
Que quand nous le gravions fur vôtre
écorce tendre ,
L'honneur fut dans noftre ame encore
mieux gravé.
GALANT: 79
Rochers , affreux rochers , qui jufque
dans les nuës
Elevez vos cimes cornuës ,
Vous le fçavez , défendez- nous ,
Et puis que nos amours vous font
affez connuës ,
Détrompez un Mary plus fauvage
que vous , obe
Faites , pour finir mon martire ,
Et pour établir mon repos ,
Repeter à vos doux écos
Tout ce qu'ils nous ont oüy dire
Ils fçavent que jamais aucune chafteté
Ne fut fi pure que la noftre ,
Et qu'enfin nos vertus font d'une
fermeté
Qui n'a d'égale que la voftre .
2
C'est ainsi qu'un difcret Amant
Entretenoit fa fantaiſie
G iiij
80 MERCURE
Pour combattre une jalousie
Qui n'avoit point de fondement.
Il pouffoit des cris lamentables
Qui touchoient les ruiffeaux , les
bois & les buiffons ,
Mais ,helas , pour de faux foupçons
Il avoit des maux veritables .
Enfin de tant de coups il fe fentit
frapé ,
Er fouffrit fa douleur avec tant de
conftance
Qu'il meritoit pour récompenfe,
Que le Mary jaloux ne fe fuft point
trompé
Dans fa ridicule créance .
Voicy un Ouvrage pour les
Sçavans qui aiment les productions
de la Nature.
GALANT. 81
HISTOIRE DE LA PERLE,
écrite par M Poupart.
14Perleeft un Infecte volatile,
à quila varieté de fes couleurs ,
la transparence defes ailes , la
grace de fon vol , ont donné en
France le nom de Demoiselle.
Tous les nouveaux Naturaliftes
feaventque la grande efpece de Per.
le prend naiffance dans lefond des
caux envelopée d'une membrane,
& qu'avec le temps elle devient
aerienne. Ce Phenomene n'eft pas
feulement propre à un grand nombre
d'Infectes i l'homme tout ex
82 MERCURE
7
cellent , qu'il eft nage pendant neuf
moisdans lefein de fa Mere.
Quand la jeune Perle veut
quitter les eaux , & paroistre dans
le mondefousde plus beaux ornemens
, c'est une ſurpriſe de voir la
maniere dont elle fe purifie. Elle
"dilatefon ventre pour faire entrer
l'eau dans l'inteftin par l'anuss
enfuite elle comprime ſon ventre ,
pour en chaffer l'eau affez loin
par l'anus . Elle fait rentrer l'eau
dans fon inteftin pour la rejetter
comme la premiere fois . Elle recommence
, & elle continuë filongtemps
cepetit jeu , qu'ellefait cir
culer l'eau dans un baffin avec
GALANT: 83
aßez de vîteße. Ilfaut comprendre
tous ces mouvemens par ceux
des flancs d'un cheval qu'on auroit
longtemps couru
Comme la raifon fans l'expe
rience donne d'abord dans les cho .
fes quifemblent les plus naturelles,
je crus que la Perle puifoit l'eau
par la bouche pour la feringuer
parl'anus. Pour m'aßurer dufait
je mis la Perle fur mon doigt ,
qu'elle embraffa étroitement avec
Jes jambes ; je la plongeay dans
l'eau la tefte en bas , l anus à fleur
d'eau : de forte qu'elle pouvoit en.
trer dans l'inteftin , la Perle re .
jetta l'eau fort loin. Je retiray
84 MERCURE
un peu mon doigs , deforte que l'eau
ne pouvoit plus entrer dans l'anus ,
la Perle continua toujours les mê.
mes mouvemens , mais elle ne re.
jeita plus l'eau.
Voicy , à mon avis , pourquoy
la Perle purifie fon intestin de
touteforte de nourriture d'excremens
, lors qu'elle vent quitter
fa vieille robe pour paroistre dans
l'air fous une nouvelle forms . Il y
a un grand nombre de petits vaif-
Jeaux qui unißent étroitement le
corps de la Perle avec son envelope ,
par lesquels la nourriture eft
portée du corps de la Perle à l'en 、
welope ; il faut que tous ces petits
GALANT: 85
liens fe deffechent, afin qu'ilspuifr
fentfacilement fe caffer lorsque la
Perle faitfesefforts pour fortir de
fon fourreau : ce qui n'arriveroit
pas tandis qu'il y auroit des alimens
dans l'inteftin de la Perle ,
qui fourniroit une nouvelle nourriture
au fourreau àſes liens .
C'est auffi peut estrela raisonpour
laquelle tous les Infectes ne pren .
nent plus de nourriture lors qu'ils
veulent changer deforme ; & s'ils
ne fe purifient pas comme fait la
Perle, c'eft qu'ils reftentfort longtemps
fans alimens , & comme
s'ils eftoient morts , au lieu que la
Perle ne reste pas plusdefix heu
*
86 MERCURE
res à quitter fa vieille peau pour
prendrefon vol. Il est admirable ,
elle fend l'air , elle le coupe , elle
fait mille virvoltes avec une vi .
teße extraordinaire Pour en chercher
la caufe , il faut couper lapeau
de la Perle bien finement tout au
long du dos , portant toujours la
pointe des cifeaux en haut , pour
ne pas détruire les parties interieures
, & l'attacher avec des
épinglesfur une table , pour déconvrir
entre les ailes & les jambes
feize muscles tous diffequez , buit
de chaque cofté , chacun de la
groffeur , de la longueur , & prefque
de lafigure d'ungrain d'orge.
GALANT. 87
contigus les uns aux autres &
fans adberence. Chaque muscle eft
compofe de plufieurs fibres charnus
qui ne m'ont point paru attaches
enfemble dans leur longueur,
ils vontfeulement s'unir à chaque
bout du muscle pour y former un
sendon qui leur eft commun ; de
forte qu'on peut regarder chacun
de ces fibres comme un petit mufcle
dont le principal eſt compofé,
Et fi l'on ne nous avoit déja appris
que le muſcle de l'homme eft ordinairement
conftruit de plufieurs
autres muſcles , cette petiteftructu
re auroit efté fuffifante pour nous
porter à la recherche de cette belle
verité.
88 MERCURE
L'ufage de tous ces muſcles me
paroift affez particulier , parce que
les mêmes qui fervent àfaire battre
les ailes ,fervent auffi àfaire
jouer les jambes , car les tendons
fuperieurs des mufcles entrent dans
les ailes , dont je crois même qu'ils
compofent les fibres , & les inferieurs
entrent fort avant dans les
jambes. Cependant les differens
mouvemens de ces organes ne s'oppofent
point les uns aux autres ;
car tandis que les ailésjoüent , les
pieds restent en repos &fervent
d'appuy aux mêmes muſcles qui
font agir les ailes; & lorsque les
pieds marchent , les ailesfont en
GALANT: 89
repos fervent à leur tour d'appuy
aux tendons qui font remuer
les pieds.
Aprés avoir bien confideré la
Structure de tous ces muscles , il
faut examiner celle de fes yeux ;
elle a quelque chofe qui merite l'at
tention desOpticiens . Cefont comme
deux großes perles oblongues,
qui commencent au devant la tefte
&vont finir au derriere . Ils font
composez d'une membrane fine,
feche , argentine & transparente,
qui renferme un petit globe molafferemply
d'une liqueur fort noire.
Deux petits canaux remplis
d'air entrent dans chacun de fes
Octobre 1698 H
90 MERCURE
´yeux , &fe continuent à quelques
gros canaux auffi remplis d'air,
qui accompagnent l'inteftin depuis
la testejufques vers la queue . Pour
les découvrir fans travail , il faut
laiſſer la perle morte pendant quel.
ques jours , les parties interieurs
Se pourriront & deviendront à
rien , les canaux resterontfeuls ,
entiers , &même plusfolides qu'ils
n'eftoient auparavant
.
Cetteftructure m'a d'abord fait
penfer , que la perle pourroit bien
pouffer l'air de ces canaux dans
Ses yeux pour leur donner plus de
convexité lorsqu'elle veut regarder
les objets de fort prés ; &
GALANT.
gr
qu'au contraire elle chaffoit l'air
de fesyeuxpour les applatir , lorfqu'il
s'agiſſoit de regarder les objetsfort
éloignez. Et ma conjectu
ve ne m'a pas femblé tout à fait
frivole , car ayant foufflé dans les
plus gros canaux qui font vers le
milieu du corps de l'animal , fes
yeux fe font enflez confiderable.
ment Fay enfuite laifféfortir
l'air , ils fe font applatis.
A
Le même Auteur donnera
les parties de cet animal , deſtinées
à la generation , elles font
curieuſes.
La galanterie que je vous
envoye ne vous déplaira pas.
Hij
92 MERCURE
A MONSIEUR D. M.
MONSIEUR ,
I
TL faut que le Plefſis ſoit un
agreable lieu , puiſque fur
le peu que vous m'en avez dir,
je m'en divertis déja -par avance
, je m'y promene fans ceffe,
j'en confidere toutes les beautez
.
& plus F'y goûte une lumiere
vive & plus pure,
F'enfens les plus fines odeurs ;
Et ces innocentes douceurs
Que l'on ne doit qu'à la nature,
Ont pour moy defi grands as
traits,
GALANT.
93
Que quelquefoin qui m'embaraffe
,
Le chagrin leur cede la place,
Et ne laiſſe chez moy que plaifirs
&que paix.
25
Voilà comme j'en parle
quand je fais le Poëte ; & fi
la rime & le nombre ne m'arreftoient,
je crois que je dirois
les plus belles choſes du monde
là- deffus. Paris me devient
infuportable , je n'ay plus que
cette penfée dans l'efprit . Enfin
je fuis tellement prévenu
de l'agrément de cette de.
meure , que j'employe tout
94 MERCURE
ce que ma Poëfie & ma Peinture
me peuvent fournir d'excellent
pour m'en former une
juſte idée. Vous pouvez vous
imaginer aprés cela dans quel
le impatience je fuis de goû
ter en effet des plaifirs dont
l'attente eft fi douce : Tâchez
donc de nous tenir au plûtoft
voftre promeffe , & de ne plus
differer un voyage que nous
fouhaitons avec tant de paffion
.
Il me femble qu'à tous momen's,
Fentens du milieu de ces plaines
,
Les doux Meßagers du Printemps
,
GALANT
95
Qui nous difent par leurs haleines
,
Venez , partez, il en eft temps .
2
Nous avons chaffé ces mutins ,
Ces vents impetueux de qui la
violence
A tant fait de dommage à nos
derniers matins ,
L'Hyver eft hors d'état d'exercer
Sa vangeance ,
Et nous ne craignons plus fèsfunestes
deffeins.
ន
Venez, venez en liberté
Egarer vos chagrins au milieu de
nos plaines ;
96 MERCURE
Venez les affoupir dedans l'oifiveté
,
Ou les noyer dans nos fontaines.
Je ne sçaurois écrire deux
mots de Profe fur un fujet fi
gay que celuy-là. Je croy pour
moy que la Montagne du Plef
fis eft un Parnaffe , & que nous
n'y parlerons qu'en Vers . Cependant
fans faire tort à mon
entouſiaſme
, je vous diray
dans la plus fincere Profe que
je fuis , Monfieur , voftre.....
ALCIDON.
Les Vers que vous allez lire
ont
GALANT.
97
ont efté envoyez par une Dame
à fon Amant.
Pour vous punir de vôtre abfence
,
geJe veux d'unfidelle pinceau
Vous dépeindre dans ce Tableau
D'un repas enchanté l'agreable
ordonnance ,
Afin que de douleur votre efprit,
confondu ,
Regrette ce qu'il a perdu.
Au milieu d'un jardin fait par les
mains de Flore ,
Arrofé tous les jours par les pleurs
de l'Aurore.
Dans un Salon fuperbe & brillant
de clarté ,
Octobre 1698. I
48 སྙ་
MERCURE
Où la Nymphe des lieux ſe retiré
en Esté ,
Sous un ceintre enrichi de marbre
de peinture , Co
S'élevoir un buffet d'admirable
structure.
Cent valets diligens portoient autant
de plats ,
Les mets estoient exquis , & les
vins delicats.
Des plus charmentes fleurs , des
beaux fruits de l'année ,
Notre tablefut couronnée.
La Mufique Les Inftrumens ,
Animoient des beautez les tendres
agrémens.
Des amis d'Apollon la docte com.
pagnie,
GALANT.
BIBLIOQUE
199
Faifoit de leurs concerts enten
dre l'harmonie:
Et pour rendre les Dieux de nos
* \plaiſirs jaloux ,
DE
LA
Infidelle Tircis, rien n'y manquoit
que vous.
Voicyune Lifle des prefens
que le Viceroy de Naples a
faits à Mile Bailly de Noailles
commandant les Galeres du
Roy.
4 grands paniers de fix pieds
de large en quarré pleins
de Criſtaux de roche.
4 autres de Confitures .
4 de Chocolat.
I ij
100 MERCURE
4. de Soucouppes & de verres
de Venize .
4 pleins de Bougies.
2 pleins de grands Flambeaux
à quatre lumignons .
2 de Raifins fecs.
4
de Poulardes nourries au
lait , au nombre de roo .
10 de Cocq - d'Indes 7. 100
8 de Poules NA4400
8 de Poulers slar 400,
8 de Pigeons 400
S de Jambons so
200 2 de gros Sauciffons
2 Formes de Fromage de Par.
mefan .
2 paniers de Fromage de Cheva.
so
GALANT: of
ノ
100
2 de
Fromage mous
Bouteilles de Vin de differen
tes fortes 300
Six grands paniers de fruits.
16 Veaux de Mongane
.
20 Moutons.
& quarante
Tout cela fut prefenté par
le Lieutenant
General Don
Alberto de Los Rios , auquel
Mr de Noailles donna une
Montre à boëte d'or , enrichie
de diamans
Louis d'or aux
Domeſtiques.
Mr de Noailles avec quarante
- huit de fes Officiers fut
traité par le Viceroy le premier
jour , le fecond par le
I iij
10 MERCURE
Prince de Montefarchio , le
troifiéme par le Duc Dariola ,
le quatriéme par le Commandeur
Francefco Carlo Spinelli
Tout le peuple de Naples
fut charmé de la bonne mine,
& des manieres honneftes des
François ; & l'on eftoit telle
ment prevenu en leur faveur,
qu'on admira même leur fageffe.
Ils font regardez d'un
même oeil à Madrid , où les
Grands & le peuple vont au
devant de tout ce qui peut
leur faire plaifir . On a fait des
Feftes pour eux à Cadix & à
Alicante , & ils ont eſté rega.
GALANT. 103
lez par tout ce qu'il y a de
perfonnes de diftinction dans
Ces deux Villes . Toute l'EC
pagne parle aujourd'huy d'eux
avec avantage , & la maniere
dont le Roy a bien voulu accorder
la Paix à l'Espagne , a
tellement charmé tous les Efpagnols
, que la reconnoiffan
ce en retombe fur tous les
François.
Un Souverain qui veut gou
verner par luy - même doit
connoiftre parfaitement la fi
tuation de fes Etats. C'eft
pour ce fujet que M. le Duc
de Savoye, aprés avoir diffipé
I iiij
104 MERCURE
les Rebelles du Mondovi ,
paffé les Alpes pour aller voir
toure la Savoye. Il a crû que
la premiere chofe qu'il devoit
faire dans cette Province , étoit
d'accomplir un Voeu qu'il a
voit fait au Tombeau de faint
François de Sales , qui eſt à
Annecy , la feconde Ville de
Savoye. Il y arriva le 24 de
Septembre , & executa en
Prince Chrêtien ce qu'il avoit
promis à Dieu dans la derniere
maladie. Il en partit le
26 pour aller coucher à la
Bonne-ville , & arriva le
Thonon,capitale du Chablais
27 à
GALANT 1ος 105
où il eft à prefent . Il loge
avec les principaux Seigneurs
de fa Cour dans la Maiſon des
Peres Barnabites , où il a eſté
reçu par le Pere Preffet , Superieur
, à la tefte de fa Communauté.
Le 28 il alla ſe promener
fur le Lac de Geneve avec
tous les Seigneurs qui l'ac
compagnent dans ce voyage .
Ses peuples vont en foule à
Thonon , afin d'y voir leur
Prince,pour lequel ils ont autant
d'amour que de respect.
Son Alteffe Royale les careffe.
tous. Elle va dans toutes les
ruës de la Ville à pied pour fer
106 MERCURE
faire voir au peuple, qui a fuivi
ce Prince fur le Lac dans de
petits bâteaux , ne pouvant
fe laffer de le voir. Il doit par
tir de Thonon au premier
jour pour voir les autres Vil
les du Chablais , & faire enfuite
le tour de la Savoye.
Thonon n'eſt qu'à cinq lieuës
de Geneve. Cette Ville eft
fituée fur le Lac de ce même
nom elle eftoit autrefois la
demeure des Ducs de Savoye.
Les Peres Barnabites y ont un
tres- beau College. Son Alteffe
Royale pouvoit voir des fenê
tres de leur maiſon le païs des
GALANT. 107
Suiffes , qui eft au- delà du Lac
de Geneve. Ce Lac a cinq
lieuës de largeur , & 24 de longueur.
Il'eft dans fa plus grande
largeur à Thonon . On voit
proche cette Ville la belle
maiſon deRipailles , où ſe retira
l'Antipape Felix avec ceuxqui
le fuivirent. C'est delà qu'eft
venu le mot de Faire ripailles.
Pendant que le Roy cftoit
à Compiegne , les Peres Jacobins
qui ont un Convent en
ce lieu là , prierent Sa Majesté
de pofer la premiere pierre à
leur grand Autel qu'ils faifoient
rebâtir. Ce Prince, qui
108 MERCURE
felon fapieufe coûtume, ne refuſe
jamais rien de ce qui peut
contribuer à la gloire de Dieu ,
leur accorda ce qu'ils deman .
doient , & nomma Monſeigneur
le Duc d'Anjou pour
pofer cette pierre en fon nom .
Meffeigneurs les Ducs de
Bourgogne , d'Anjou & de
Berry s'eftant rendus au Convent
des Jacobins le jour marqué
pour cette Ceremonie,
ils furent receus à la porte
par le Superieur avec les afliftans
, & toute la Communauté.
M' l'Evêque de Soiffons
eftoit à la tefte de tout
GALANT. 109
ce Corps , & prefenta l'Eau
Benite à Meffeigneurs les
Princes . Ce Prelat dit enfuite
la Meffe , & dés qu'elle fût
finie il donna la pierre à deux
Religieux , qui l'ayant portée
jufqu'au lieu deftiné pour la
placer , la preſenterent à
Monfeigneur le Duc d'Anjou.
Voicy l'infcription qui
eftoit deffus.
Cette premiere pierre au Nom
de LOUIS LE GRAND ,
efté posée par Monfeigneur Philippe
Duc d'Anjon , petit fils de
te grand Monarque . Ce 18 Sep.
fembre 1698. Les Armes du
110 MERCURE
Roy estoient auffi fur cette
pierre. Elle fut poſée , felon
la maniere accoûtumée , en
de pareilles ceremonies . On
chanta enfuite le Te Deum ;
& aprés la priere pour le
Roy , M' l'Evêque de Soiffons
donna la Benediction du
faint Sacrement , & les Princes
furent reconduits juſqu'à
la porte de l'Eglife de la maniere
qu'ils avoient efté receus.
Ce Convent a efté fondé
par Saint Louis , qui leur
donna en les cftabliffant à
Compiegne , le lieu nommé
ſe Chateau Saint Jean . C'eft
GALANT. 111
celuy qu'ils occupent encore
aujourd'huy.
Je ne doute point que le titre
de la Lettre qui fuit , ne
vous la faffe lire avec beau-,
coup d'empreffement.
17..
ག ༞ ? .
LETTRE ECRITE
de ferufalem le 11 fuin 1698.
au ſujet du rétabliſſement de
l'Eglife du Saint Sepulcre, ac ,
cordé aux Religieux de Saint
François , fur la demande de
l'Ambaſſadeur du Roy à la
Cour Otomane-
J.
E fçay , Monfieur , que les
Nouvelles de la Terres
112 MERCURE
Sainte vous font un extrême
plaifir, & que vous prenez une
part finguliere
à celles où les
intereſts
de la Religion
, & la
gloire du Roy fe trouvent
mêlez..
Je vous manday
il y a envi
ron fept ans , que les Religieux
de l'Obfervance
de S. François
, Gardiens
des Saints lieux
de la Palestine
depuis quatre
cens ans , eftoient
heureufement
renerez
dans la poffeffion
de l'Eglife du Saint Sepul
cre , & des autres Sanctuaires
que les Chreftiens
Schifmatiqu
es avoientuſurpez
ſur eux,
GALANT. 13
fans oublier que cette reftitution
eft uniquement duë à
la protection de noftre invincible
Monarque , par les inf
tances de M' Caftagnere de
Chateauneuf, fon Ambaffa
deur à la Porte . Perfonne n'i ?
gnore le bruit qui s'en répan
dit alors dans tout le Monde
Chretiens par des Festes folemnellement
célébrées , par
divers Ouvrages publiez fur
cette matiere , par des feux
d'artifice tirez à la porté du
Convent des Cordeliers de
Paris , & enfin par la députation
que les Religieux de Jes
Octobre 1698,
*
K
114 MERCURE
rufalem firent au Roy , pour
remercier
Sa Majefté d'un fi
grand bienfait. C
.
Ils en ont jouy jufqu'à prefent
dans une paix entiere ;
mais comme les Schifmati.
ques fe fatent toujours de
pouvoir faire une nouvelle
ufurpation , ils profitent de
toutes les occafions qu'ils
croyent leur eftre favorables .
C'eſt ainfi qu'ils ont confide.
ré la réparation
importante
& indifpenfable , qui eft act
tuellement à faire dans la
grande Eglife de la Refurrection
, ou du Sepulcre de Jerufalem.
GALANT.
115
Vous fçavez , Monfieur ,
que cette Eglife , quoy que
réparée par deux fois depuis
prés de quatorze cens ans
qu'elle eft conftruite , ne laiſſe
pas d'eftre encore aujourd'huy
le plus magnifique monument
de la pieté de l'Empe-
Leur Conftantin , qui la fie
baftir & orner avec des frais
immenfes vers l'année 326.
Le plus beau de l'Ouvrage
eft un fuperbe Dome , done
la muraille s'éleve fur plufieurs
grandes arcades , & les arcades
font foutenues par une
vingtaine de groffes colom
Kij
116 MERCURE
nes de marbre de differente
qualité. Un double rang de
galeries regne tout autour de
l'édifice , à l'imitation de ce
luy de Sainte Sophie de Conftantinople
, & le Dome fe
termine enfin par une manie.
re de couronne , que forme
une, admirable charpente ,
toute de bois de cedre , &
compofée de plus de cent
trence pieces principales, dont
les dimenfions font tout - à
fait extraordinaires.
Au deffous , & dans le jufte
milieu de tout ce grand Ouvrage,
le trouve le S. Sepulcre
GALANT. 117
de Noltre Seigneur. C'eft ce
couronnement du Dome, qui
eftant plus expolé & d'une
matiere moins folide que le
refte , est enfin tombé dans
un estat de déperiffement &
de ruine , qui feroit craindre
de plus facheufes fuites , fi on
n'y remedioit fans perte de
temps.
Les Religieux de S. Fran .
çois ont fait pour cela toutes
les diligences neceffaires ; mais
la principale chofe leur manquoit
, je veux dire , la permiffion
de la Cour du Grand
Seigneur , fans laquelle on
118 MERCURE
*
n'oferoit mettre la main à
un Ouvrage de cette confequence
; & cette permiffion
a elté traversée par des obfta
cles prefque invincibles de la
part des Schifmatiques
Ces Ennemis de la verita
ble Eglife prétendoient estre
en droit de faire eux-mêmes
cette grande réparation , &
d'acquerir par là un titre pour
l'ufurpation qu'ils meditent.
Il eftoit donc également im
portant & difficile de rendre'
leur prétention nulle. ‹
C'eſt là deffus que les Res
ligieux de la Terre - Sainte, qui
GALANT. 119
feuls y reprefentent l'Eglife
Latine , reconnoiffant la neceffité
de faire une députation
à Conftantinople , l'ont confiée
au R. P. Perrin , du Comté
de Bourgogne , cy- devant
Superieur du S. Sepulcre de
Jerufalem , & à preſent Vicai
re General de la Paleſtine ,
auquelils en avoient déja confié
deux autres tres- delicates .
S'il a fouffert en celle- cy
toutes les incommoditez d'un
voyage de cinq mois dans la
plus rigoureuſe ſaiſon , la peine
luy eft devenue bien précieuſe
par le bonheur & le
120 MERCURE
fuccés qu'il a eu dans cette
affaire.
Vous ne ferez pas faché ,
Monfieur , que je vous faffe
icy un petit récit de fon voya.
ge , dans lequel vous trouve
rez de ces fortes de chofes
que je fçay eftre tout à fait
de voltre gouft. loss.
Il partit de Jerufalem le 13.
du mois de Janvier dernier ,
& quoy qu'il le fuft embarqué
à Seyde , qui eft l'ancienne
Sidon de l'Ecriture . Sainte
Je 20. du même mois , fur une
Tarrane prife exprés , à caufe
des nouvelles qu'on receur
alors
GALANT. 121
alors des preffantes follicitations
des Schifmatiques à la
Cour du Grand Seigneur. Il
ne put arriver à Conftantinople
que le jour de Pafques 30 .
Mars , à caufe des vents contraires,
qui l'obligerent de re.
lâcher en plufieurs Ifles , & particulierement
au Port de Rho..
des , où il femble que la divine
Providence voulut l'arrê
fter , pour y exercer une gran
de charité envers plus de trois
cen's Efclaves Catholiques. It
leur fit une petite Miffion ,
durant laquelle la pluſpart receurent
les Sacremens avec
Octobre 1698.
L
122 MERCURE
beaucoup de larmes & de
pieté.
Ce Religieux n'ayant pas
trouvé M l'Ambaſſadeur à
Conftantinople , il en partit
le 3. Avril , accompagné d'un
Janiffaire , pour l'aller joindre
à Andrinople. Son Excellence
le receut avec tant de bonté
pour fa perfonne , & tant de
zele pour le fujet de fa députation
, que dans le temps que
les Grecs Schifmatiques fe
Alatoient de tout , & qu'ils
avoient même la témerité d'écrire
par tout , fçavoir , que le
Grand Seigneur n'avoit acGALANT
123
cordé la reftitution des Saints
lieux au Roy Tres - Chreftien ,
qu'à condition que Sa Majeſté
ne feroit pas la Paix avec l'Empire
, ils eurent le chagrin & la
confufion d'apprendre que
que M' l'Ambafladeur avoit
obtenu au nom du Roy , tout
ce qu'il avoit demandé pour
cela , & notamment la permiffion
de réparer le Saint Se
pulcre.
Le Pere Perrin, encore tout
penetré de la joye qu'il eut
dans les premiers momens de
ce triomphe , ne fe laffe point
de parler du zele , de la pru-
Lij
124 MERCURE
dence , de la penetration
, de
la douceur , & de mille belles
qualitez deM l'Ambaffadeur
,
& d'exhorter tous les Religieux
de la Terre. Sainte à une
éternelle reconnoiffance
, par
leurs prieres auprés de Dieu ,
pour le plus grand Roy du
monde , fi heureux dans le
choix de fes Miniftres , & pour
un Miniftre fi digne d'un ſi
grand Roy.
Pendant fon fejour à Andrinople
, il a eu l'honneur de
loger dans le Palais de Son
Excellence , qui a voulu qu'il
mangeaft toujours à la table
GALANT. 125
avec diftinction . Il a vû en
cette Ville le Grand Seigneur
aller en ceremonie faire la
priere à la principale Mofquée
, le dernier jour du Ramadan
, ou Carême des Turcs.
Il y vit auffi le Kam des Tartares
, & un Ambaſſadeur du
Roy de Perfe , qui fienr faile
une courfe de chevaux devant
le Grand Seigneur , en prefence
des Ambaffadeurs de France
& d'Angleterre . Les chevaux
eftoient montez par des
Enfans de dix à douze ans ,
il eftoit question , pour remporter
le Prix , de faire dans
&
Liij
126 MERCURE
une demi- heure , ce
que
le
meilleur cheval ne fait ordinairement
qu'en quatre heures
allant le grand pas. Il y
avoit de chaque cofté vingt
chevaux , dont plufieurs ne
pûrent fournir. Le premier
Prix fut de cinq cens écus , le
fecond d'un cheval , & le troifiéme
d'une jeune Esclave.
La Ville d'Andrinople eſt
fitvée au milieu d'une belle
& fertile plaine , à cinquante
lieuës de
Conftantinople. Le
grand chemin qui conduit
d'une Ville à l'autre , eft com .
me celuy de Paris à S. Denis ,
GALANT. 127
tout pavé , ayant à droite & à
gauche des plaines à perte de
vûë. On trouve dans de gros
Bourgs de cinq lieuës en cinq
lieuës , des camps ou logemens
publics pour les Voyageurs ,
où il n'y a ny lit , ay vin .
Le Député partit de cette
Ville avec un Capigi - Bachi ,
Officier de la Maifon du G.
S. que M' l'Ambaſſadeur luy
fir donner pour l'emmener en
Jerufàlem , & y demeurer jufqu'au
parfait rétabliſſement
du Dome , afin d'y faire executer
les ordres du Grand Scigneur
, d'y empêcher , en cas
Liiij
128 MERCURE
de befoin , les infultes du peu
ple , & de réprimer l'inſolence
des Schifmatiques , qui câchent
d'infinuer aux efprits
groffiers , que ce nouveau bá.
timent du Saint Sepulcre fera
une Fortereffe pour tenir
les Habitans dans l'efclavage.
A fon retour à Conftantinople
, Madame la Princeffe Tekeli
, tres vertueufe Catholi
que , l'envoya prier de l'aller
voir , pour s'informer de luy
comment elle pourroit faire
le voyage de la Terre Sainte.
Il vit en même temps le Prince
fon Epoux , fi affligé de la
GALANT: 129
goute aux pieds & aux mains ,
qu'elle ne le quitte point.
Conftantinople
, comme
perfonne n'ignore , eft une des
plus grandes & des plus belles
Villes du monde , une abondance
infinie de toutes chofes
; mais la pefte qui s'y fair
fentir fouvent, emportoit l'année
derniere des mille perfonnes
par jour. Il y a un Convent
de Jefuites , un de Capucins ,
un de Jacobins , un de Recolets
, & celuy des Religieux de
la Terre - Sainte . Il y en avoit
encore un autre , appellé le
Convent de Saint François ;
i30 MERCURE
mais le feus'y eftant pris l'année
derniere dans un grand
incendie , les Turcs en ont
fait une Moſquée. Il y a aufſi
un Archevêque qui eft Cordelier,
& qui par fon zele pour
les Lieux Saints , n'a pas manqué
un jour d'affifter defes
confeils & de fon credit le Dé.
puté, contre les mouvemens
du Patriarche des Grecs , qui
y d.meure. Ce fut dans cette
grande Ville que ce Députéle
rembarqua pour Jerufalem ,
au commencement de May ,
& d'où , pour ne rien omettre
de tout ce qui peut contribuer
GALANT. 11
au bon fuccés d'une pareille
entrepriſe , il a eu la précaution
d'emmener avec luy un
nombre d'excellens Ouvriers,
qu'on ne trouveroit pas ailément
dans la Paleſtine , où par
la mifericorde de Dieu , tout
eſt arrivé à bon port le 4.
cem ois .
de
Pendant le cours de cette
députation on a achevé de
faire tous les préparatifs éloignez;
car comme les bois , &
les autres commoditez neceffaires
font tout - à fait rares
en Judée , ainſi qu'on l'avoit
déja reconnu du temps des
132 MERCURE
Croisades , on a esté obligé
de les envoyer chercher en
Europe , avec des foins & des
dépenses exceffives , en quoy
les Religieux de Jerufalem ont
efté parfaitement bien fecondez
par toutes les perfonnes
employées à l'execution de
ce pieux deffein .
Ils fe louent extremement du
zéle que les Reverends Peres
Renoul & Chalcornac , Commiffaires
Generaux de la Terre
fainte en France , ont fait paroiftre
en cette rencontre , ne
fe laffant point d'envoyer icy
tous les fecours qu'ils peuvent
GALANT. 133
y procurer , & venant tout
fraîchement
d'y faire paffer
plus de vingt- deux mille livres
d'aumônes recueillies
en France , avec de nouveaux
Religienx François & autres
provifions neceffaires dont le
Pere Chalcornac , à cauſe
de fa refidence à Marseille ,
a prefque tout le poids . Sur
quoy il eft à propos de vous
dire , qu'auffi bien que dans
le grand Convent des Corde
liers de Paris , il y a dans ce-
- luy de Marſeille un apparte
ment confiderable
qu'on ap
pelle l'Hofpice de la Terre
134 MERCURE
Sainte , érigé avec l'agrément
&fous la protection du Roy,
où tous les Religieux de quelque
nation qu'ils foient , allant
& venant de Jerufalem
pour la conduite des aumônes
, ou par motifde devotion'
particuliere , font receus &
traittez avec toute forte de
douceur & de charité , par le
Pere Commiffaire ; lequel
leur fait encore trouver toutes
les commoditez qui font
neceffaires pour un fi grand
voyage ; ce qui joint à plufieurs
autres chofes que l'on
ne ſpecifie point icy , eſt
GALANT, 135
7
d'un trop long détail & d'un
fi grand fervice pour la Terre
Sainte , qu'on ne peut s'empêcher
d'aplaudir au zéle de
celuy qui s'en acquitte dignement.
Si je ne craignois de paffer
les bornes d'une Lettre , je
vous parlerois encore des fervices
continuels que rend depuis
fi longtemps à la Terre-
Sainte, M'Sebolin, qui en eft le
Sindic & le Treforier perpe
tuel à Marſeille. C'eſt un ancien
Echevin de cette Ville - là ,
qui fe diftingue par fon extrê
me probité, & par la devotion
136 MERCURE
toute finguliere qu'il a pour
les Saints Lieux , qui va fouvent
jufqu'à fuppléer de fes
deniers , & à faire des avances
confiderables pour les interefts
de la Religion . Mais
cette matiere me meneroit
trop loin , je viens à noftre
principal fujet , & je finis ,
Monfieur, en vous difant que
toute la dépenſe de l'ouvrage
en queftion excedera un mil.
lion de livres , choſe furprenante
fans doute à la plufpart
des gens qui ignorent ce qu'il
faut payer aux Officiers du
Grand Seigneur qui font à
GALANTE 137
Jerufalem , mais facile à comprendre
à ceux qui peuvent
entrer dans le détail de cette
affaire.
Il y a plus lieu de s'étonner
que des Religieux fondez
fur la pauvreté , puiffent former
une pareille entrepriſe , à
l'execution de laquelle néanmoins
ils travaillent actuellement
, & travailleront fans relâche,
le délay en cePays eltant
une augmentation confidera
ble de frais .
Enfin , Monfieur , c'eft ainfi
que malgré l'oppofition des
Schifmatiques , l'avarice des
Octobre 1698. M
128 MERCURE
Infidelles , & le malheur des
temps , on eft à la vleile d'empêcher
la ruïne du plus faint
de tous les Temples , auquel
on peut dire que la provi .
dence divine a voulu donner
pour Fondateur un tres- pieux
Empereur en la perfonne du
Grand Conftantin
, & pour
Reſtaurateur le plus puiffanc
& le plus Religieux Prince de
la Terre en la perfonne de
Louis le Grand. Je fuis Monfieur
, & c .
M' le Comte de Coigny,
attendu depuis fi longtemps
dans la Ville de Caën ,
GALANT
139
y arriva le 3. du mois dernier,
& comme il y eft fort aimé
& respecté , les Bourgeois fe
mirent fous les armes pour le
recevoir , au nombre de plus
de deux mille. Il fut falué &
complimenté par les Corps
les plus confiderables de la
Ville , & M' Renout , Doyen
de l'Eglife Collegiale du Saint
Sepulcre , à la tefte de fon
Chapitre , luy fit la harangue
que vous aliez lire .
MONSEIGNEUR,
Les Livres facrez nous apprennent
que les Preftresde l'an ,
Mij
140 MERCURE
&
tienne Loy alloient au devant de
leurs Heros , pour les louer
benir des victoires qu'ils avoient
remportées fur les ennemis de leur
patrie , & comme nous faisons
profeffion defuivre leur exemple,
nous ne pouvons nous difpenfer ,
en vous rendant nos tres humbles
refpects , de publier que vous
avez toujours porté les armes
dés voftre jeunesse pour l'intereft
de la Religion , & la gloire de
la France , & que vous vous
eftes toujours occupé dans les li
gnes , les circonvallations , les
tranchées , les fieges & les campemens.
Vous avez , Monfeigneur
, tellement ſignalé voftre
GALANT: 14
I
valeur dans les plus grands perils
& dans les plus fortes attaques
, vous y avez receu de fi glo.
rieuſes bleffures , vous avezrem ·
porté tant de victoires , & enfin
vous avez fait des actionsfi he.
roïques & fi furprenantes
à la
prife de Barcelonne , que toute
l'Europe vous regarde comme un
des plus braves Seigneurs de la
Cour , un des plus habiles Officiers
Generaux , & des plus grands
Guerriers duRoyaume . Quand no.
tre Augufte Monarque vous a donnélegouvernement
de cette Capitale
de la Catalogne, il afait connoiftre
à tout l'Univers l'estime qu'il
faifoit de voftre fidelité, de voftre
}
142 MERCURE
prudence confommée dans l'Art
Militaire , & qu'il vous aimoit
confideroit comme un de fes
plus grands Heros. Si Sa Majefté
n'a fait prendre cette importante
Ville quepour avoir la Paix
Generale , il eft auffi tres certain
que vous eftes un ſi vaillant &
fibon Gouverneur , qu'il n'y avoit
que fa volonté . qui nous a donné
cette Paix pour le bien de toute
l'Europe , capable de vous la faire
rendre au Roy d'Espagne . C'eft ,
Monfeigneur, ce qui fera à jamais
vostre gloire , & c'eſt auſſi
ce qui fait noftre bonheur , puif.
que nous avons le bien de vous
GALANT.
143
y
poffeder en cette Ville , & de vous
honorer comme noire tres - digne
Gouverneur , qui nous a attiré la
Paix par l'éclat & la force de
Les armes , & qui s'eft attiré les
coeurs e & l'admiration de tout le
monde , fouhaitant avecpaffion,
Monfeigneur , que le plus puiffant
de tous les Rois , qui vous a donné
des Charges éminentes , vous
continue toûjours fes faveurs, &
que !
le Dieu des Batailles de la
Paix vous donne toujours fes
graces.
Le Lundy 29. du même
mois , jour de Saint Michel ,
il fe fit une grande Solemnité
£44 MERCURE
à Andeli , petite Ville , qui n'eft
éloignée deRouen que de fept
lieuës . Madame de Piancourt,
Abbeffe de Saint Jean , Sou
de M' l'Evêque de Mende , &
auffi confiderable par fa vertu
qu'elle l'eft par fa naiffance ,
avoit fouhaité depuis longtemps
, pour fatisfaire la pieté,
& celle d'une fort grande
Communauté, toute dévouée
à Dieu fur fon exemple , que
l'on accordaft à fon Eglife
une Relique de Saint Evode,
qui vivoit du temps de nos
premiers Rois . Saint Evode
avoit embraffé l'Etat Ecclefiaftique
GALANT : 145
fiaftique n'ayant encore que
quinzeans , & fut Chanoine de
l'Eglife de Rouën . La maniere
édifiante dont il s'acquitta de
fes devoirs , fut caufe qu'après
la mort de Flave , qui en fur le
quinziéme Archevêque , il fut
élu pour remplir la place par
le Clergé & par tout le Peuple,
& confirm par le Roy Clotaire.
Sa Vie fut une fuite continuelle
de miracles . il donna
la parole à un muet de naiſſance
, en oignant fa Langue avec
le faint Crefme , & il chaffoit
les Demons des corps des
Poffedez , par fa benediction
Octobre 1698. N
146 MERCURE
& en les touchant avec fa
Croffe. Son foin paftoral s'é
tendoit fur tout fon Dioceſe ,
& ce fut dans ce pieux exerci
ce qu'il tomba malade à Andeli
, où il mourut. Son corps
fut porté à Rouën pour eftre
inhumé dans la Cathedrale ,
& à fon entrée on vit les portes
de la Priſon publique s'ou
vrir d'elles mêmes , & trente
Criminels dont les fers fe rompirent
, furent délivrez . De là,
à l'occafion des Guerres , qui
firent craindre pour ce précieux
dépoft , il fut transporté
Brefne, Diocefe de Soiffons ,
GALANT
147 :
S
en 1133. & Agnés, Fille de Thi
baut , Comte de
Champagne
,
& de Blois , Dame du lieu , &
depuis Femme de Robert de
Dreux , Frere de Louis VI. y
fit baftir une celebre Abbaye
de Religieux Prémonfirez ,
fous le nom de S. Evode. Ma-,
dame l'Abbelfe de Saint Jean,
dont je viens de vous parler ,
ayant obtenu la Relique qu'
elle avoit demandée avec de
grandes inftances , & qui confifte
en un os du bras depuis,
l'épaule jufqu'au coude , on
la mit dans une Chaffe fort
propre, & elle fur portée dans
Nij
148 MERCURE
l'Eglife de la Madeleine , Paroiffe
du Fauxbourg de la Vile
le , d'où aprés les Vefpres on
l'aporta proceffionnellement
en l'Eglife Collegiale de Noftre
Dame , baftie par Sainte
Clotilde . Cette Proceffion
eftoit compofée des Penitens ,
des Capucins , & de tout le
Clergé d'Andeli & des environs
, qui précedoient Mrs du
Chapitre .
On
porta enfuite la
Relique à l'Eglife de S. Jean ,
où le Pere Callou , Souprieur
de l'Abbaye de Brefne , la prefenta
à la grille à Madame
l'Abbeffe , à laquelle il fit fur
GALANT. 149
ce fujet un petit Diſcours, touc
plein d'éloquence. Le tour en
fut admiré , & tous ceux qui
l'entendirent,tomberent d'accord
qu'ilferoit difficile de parler
avec plus de poids & de net .
teté. Aprés cela , M le Prieur
d'Arfigny , de l'Ordre des
Prémontrez,monta enChaire
& fit l'Eloge du Saint, que l'on
écouta avec plaifir . La ceremonie
fut faite par M ' de Lon
guemare , Doyen du Chapitre
, dont le zele édifia beau
coup tout le peuple . La Reli
que pendant les huit jours fuivans
demeura expofée à la
Niij
10 MERCURE
veneration des Fidelles .
S'il eft certain qu'on n'aime
pas quand on veut , il ne
l'eft pas moins qu'on ne ceffe
point d'aimer quand la raifon
le confeille . Il y a un je ne fçay
quoy qui l'emporte fur tous
les railonnemens que l'on
peut faire , & auquel fouvent
il eft inutile qu'on s'obtine à
réfifter. Une jeune Demoiſelle
, plus belle que laide , mais
non pas affez pour toucher
fenfiblement fans qu'on la
connuft , fe trouva dés l'âge
de quinze à feize ans
d'un
efprit meur & folide , qui la
GALANT: 151
mettant en eftat de voir fes
i.
e
印
ду
S
defauts dans ceux d'autruy ,
luy donna en même temps
Te une grande attention fur les
moyens de s'en corriger, Ce
fut fon unique étude Ilferoit à
fouhaiter qu'elle fuft univer.
felle , & que perfonne ne vou .
luft s'en exempter. L'applica
tion qu'elle eut à veiller fur elle
même , la rendit honnefte ,
douce , infinuante , & ne luy
n
ht
S laiffa pour toute fierté , que
celle qui fait estimer les perfonnes
de fon Sexe. Un Gentilhomme
affez riche , & d'une
naiffance qui le pouvoit di
Niilj
152 MERCURE
ftinguer , ne la put voir quel
que temps fans eftre touché
de fon merite. Il eut pour elle
beaucoup d'affiduité , & l'on
n'en fut point furpris. Son
humeur égale & complaifante
, la vivacité de ſon eſprit , &
l'enjouement qui accompagnoit
les moindres choſes qu'
elle avoit à dire , la rendoient
digne d'un pareil attachement;
mais s'il s'aquit fon eftime,
il ne put gagner fon coeur .
Elle vouloit bien le recevoir
pour Ami, & dés qu'il luy par
loit comme Amant , elle luy
marquoit une ftoideur qu'il
GALANT: 153
ne luy eftoit pas poffible de
vaincre. Ainſi ce fut inutilement
qu'il s'expliqua , fa paffion
n'eut aucun fuccés , & la
Mere de la Demoiselle , qui
trouvoit l'affaire avantageuſe,
ne put l'engager à y confentir.
Cependant le Gentilhomme
fe Aatant qu'avec le temps il
luy feroit perdre ſon indifference
, continua toujours de
la voir,&fon amour paroiſſant
fort violent , on blâmoit la
Belle de fon obftination à n'y
pas répondre . Elle répondit
que pour le réfoudre au mariage
elle eftoit perfuadée
154 MERCURE
qu'il falloit que l'Etoile s'en
melaſt , & qu'elle attendoit
fans impatience ce que la fien.
ne réfoudroit de fa fortune.
Cette réponſe ayant eſté rap .
portéedevant un Cavalier tout
plein de merite , il dit agreablement
qu'il n'y avoit point
d'autre Etoile que le coeur ,
& qu'apparemment l'Amant
dont il eftoit quftion voulant
toucher celuy de la Belle , ne
s'y prenoit pas comme il de.
voit . On luy repartit que c'eftoit
une avanture à tenter
pour luy que la Demoiſelle
meritoit les foins du plus honGALANT.
T
nefte homme, & qu'ilacquer.
roit beaucoup de gloire s'il
réuffiffoit à une conquelle, où
un Gentilhomme , avec une
forte paffion , & beaucoup de
bonnes qualitez , fembloit a
voir échoué. Le Cavalier fe
trouva touche de ce défi . Il fe
réfolut à voir la Belle ; & s'affurant
fur la bonne mine &
fur l'agrément qu'il fçavoit
donner à la converſation , il
mit en ufage tout ce qu'il crut
propre à le faire aimer . La
Demoiſelle le regarda atten
tivement. Rien ne luy déplut
dans fa perfonne. C'eftoit un
156 MERCURE
air libre , & un dehors prévenant
qui le faifoit écouter
avec plaifir. Auffi ne fut - elle
pas fâchée de le connoiftre.
Toutes les vifites furent agreablement
receuës , & il y
avoit des inftans où elle
croyoit fentir pour luy ce
qu'il luy fembloit qu'elle n'avoit
jamais fenty pour perfonne
; andis malgré de fi
douces difpofitions , fon
panchant , qu'elle ne démelloit
pas bien, ne pur prévaloir
fur fa raifon , & fi fon
coeur commençoit à luy eſtre
favorable , elle s'en rendoit
4
GALANT: 157
fi bien maiftreffe que rien ne
luy échapoit qui put le faire
connoiftre . Elle auroit peuteftre
efté ravie de s'en voir
aimée , mais quelques fortes
affeurances qu'il puft luy donner
de mettre tout fon bonheur
à luy plaire , comme elle
avoit beaucoup de difcernement
, elle y remarquoit toujours
plus d'efprit que de
paffion , & quoy que ce qu'il
luy difoit n'euft rien de contraint
ny d'étudié , fe yeux
ne parloient pas fi bien que fa
bouche , & il y avoit un arrangement
dans les douceurs, qui
1,8 MERCURE
empefchoit qu'elle ne les prift
pour des veritéz . Cependant
plus il la voyoit , plus il découvroit
en elle un fond de
merite , qui luy avoit eſté d'abord
inconnu , & qui fe de- :
velopant de jour en jour , luy
fit admirer une grandeur .
d'ame dont il fut charmé. ›
Rien n'eftoit fi noble que fes
fentimens , & fon efprit n'avoit
pas moins de folidité ,
qu'on y remarquoit de deli .
cateffe . Tout cela fit fon effet.1
Le Cavalier qui avoit entre
pris de fe faire aimer fans aud
cun autre deffein , aima ve .
*
GALANT.
159
-
"
rirablement , & commençant
à n'exprimer plus que ce
qu'il fentoit , il le fit d'une
maniere qui ne manqua pas
de perfuader. Ce n'estoient
plus des difcours fuivis . Il di
loit cent fois la mefme chofe ,
& il la difoit toûjours avec
plus de force. La Belle , pour
l'enflamer davantage , luy ca
cha longtems qu'elle fuft con .
vaincuë de fon amour , & fon
incredulité, quoy qu'affectée ,
fut un aiguillon pour le por
ter au dernier excés . Enfin ,
fes empreffemens qu'il redou .
bloit à toute heure , adouci
gent la fierté qui l'empef
160 MERCURE
choit de fe rendre. Elle fut
contrainte de luy avoüer
qu'elle croyoit eftre aimée , &
elle ne put luy faire un aveu
fi doux pour luy , fans luy faire.
voir en mefme temps qu'il
eftoit aimé. Quels transports
ne fit-il pas éclater quand il
fe vit feur de fon bonheur ?
Il ne fut plus queſtion que de
terminer le mariage , & on
ne le pouvoit conclurre affeztoft
pour fatisfaire fon impatience
, Ainfi ce luy fut quelque
chofe de cruel , que la neceffité
qu'on luy impofa d'at
tendre l'arrivée d'unOncle de
F
P
GALANT. 961
*
la Demoiselle , dont elle heritoit
en partie , & quine pou
voit fe rendre à Paris de plu
d'un mois . Le chagrin que luy
donna ce retardement fut foulagé
par le plaifir qu'il eut de fe
voir aimé d'un amant fincere.
En effet la belle qui s'abandonna
au je nelçay quoy qui
l'avoit vivemement frapée à
la premiere veuë du Cavalier,
le trouvant digne de fa plus
forte tendreffe , ne mit plus
de bornes aux fentimens que
fon penchant l'obligeoit de
prendre. C'étoit fa premiere
paffion , & elle fut vive & tres.
Octobre 1698.
162 MERCURE
veritable. Le Gentilhomme
qui s'eftoit attaché à elle de
puis fi long- temps , ne put
voirfans une extrême douleur
qu'un autre euft vaincu fon
indifference , aprés tant de
foins qu'il avoit perdus pour
s'en faire aimer. Il luy en fic
des plaintes touchantes , &
elle rejetta ce qui arrivoit fur
l'ordre immuable de la Defti .
née. Cependant le Cavalier,
par une fatalité qu'on ne
fçauroit concevoir , tout convaincu
qu'il eftoit du parfait
merite de la Belle , s'oublia
affez pour ſe laiffer éblouir à
GALANT. 163
la beauté. Une jolie Brune
que le hazard luy fit voir
dans un quartier des plus éloignez
du fien , parut à fes
yeux toute brillante . Il n'y
avoit rien de fi engageant que
l'exterieur de fa perfonne .
Tout y eftoit plein de graces
, & il eftoit mal ailé de fe
fauver de fes charmes quand
elle vouloit fe fervir de leur
pouvoir . Il luy conta desdon ,
ceurs. Elle prit plaifir à les
écouter, fort perfuadée qu'elle
en eftoit digne . Rien ne
fut plus vif que ce debut , &
dés ce premier moment ils fe
O ij
164 MERCURE
pleurent l'un à l'autre . Cela
ne fut pas fans fuite. Il
alla chez elle peu de jours.
aprés. On fut ravi de le voir ,
point de borne à fes vifites . Il
decouvroit tous les jours quelque
nouveau charme dans la
jolie Brune , & à force de luy
dire qu'elle eftoit aimable , il
la trouva telle , & fon coeur
demeura pris. Comme elle
ignoroit qu'elle avoit une Ri
vale avec qui l'honneur ne
permettoit pas au Cavalier de
chercher à rompre, elle luy fit
certaines avances qui le convainquirent
que s'il en vou .
GALANT. 165
loit faire la recherche , on
l'écouteroit favorablement.
Elle eftoit fort riche , & s'il
n'eut pas eu d'engagement ,
le party n'estoit pas à dédaigner.
Il fuivit aveuglément
les mouvemens de fon fol amour
. Il parla , il dit plus qu'il
ne devoit , & la réponse qu'il
eut luy faifant une espece de
neceffité d'aller plus loin , il
pouffa la chofe jufqu'à ne pouvoir
plus reculer fans honte.
Grand embarras qui le jetta
dans un trouble qu'il ne puc
cacher aux yeux de fa premiere
Maiftreffe. Elle voulut
166 MERCURE
en fçavoir la cauſe , & illa re
jetta fur ce que fon Oncle
differoit trop à venir . Son cha
grin ayant paru obligeant , on
luy en fçeut gré , & la Belle
lay en sint un compte qui
l'auroit charmé s'il n'avoit eu
qu'elle dans le coeur , mais
enfin fon defordre fe calma,
Il parut plus amoureux que
jamais , & l'Oncle eſtant arrivé
, on figna la contrat de
mariage. Il n'y avoit plus que
deux ou trois jours juſqu'à celuy
qu'on avoit choisi pour
les marier, quand un incident
fort imprévcu renverfa tous
GALANT. 167
leurs projets. La Belle accompagnée
d'une Parente , eftant
fortie de la Ville pour aller à
un Convent d'un Fauxbourg
où elle avoit quelque Amie a
voir , quatre hommes à demi
mafquez le montrerent dans
le temps qu'elle fortoit de
Caroffe , & l'ayant mife avec
hafte dans une Chaiſe de pofte
, malgré les efforts & les
aris de la Parente , ils avancerent
fi vifte , qu'en fort peu
de temps elle les perdit de
veuë. Cette nouvelle qu'elle
répandit à fon retour , mit la
Famille dans une grande con168
MERCURE
fternation . Le Cavalier en fid
paroiftre toute la douleur
imaginable , & avec deux ou
trois de fes Amis , fans perdre
de temps , il courut apres
les ravifleurs , mais leur dilig
gence ne fervit de rien , & on
n'en eut aucunes nouvelles.
Le Gentilhomme qui avoit
aimé la Belle s'eſtant abſenté
depuis quelques jours , on ne
douta point qu'il ne fut l'au
teur de l'enlevement On fit
des pourfu tes contre luy, &
il ne les eut pas plûtoft apprifes
, qu'il le prefenta , voulant
fe juftifier . Son amour feul lay
attioit
GALANT: 169
attiroit les foupçons qu'on
avoit formez . On a peine à
ceder à fon Rival un bien qu'-
lon croit avoir merité , mais
cette présomption n'eſtoit pas
une évidence , & il repouffa
l'acufation avec tant de force,
-qu'aucun des Parens ne vouluc
foutenir. Cependant la Belle
étoit enlevée , & on ne fçavoir
que penfer de ce malheur.
On fit les plus exactes recherches
, & quelques foins que
l'on prift d'envoyer de tous
coftez , il fut impoffible de
découvrir ce qu'elle eftoit devenue.
L'occafion eftant fa.
Octobre 1698. P
170 MERCURE
vorable au Cavalier , aprés
qu'il eut fait de fon coflé tout
ce qu'on pouvoit attendre
d'un Amant fort in quiet , il
demanda aux Parens qu'on
luy rendift fa parole , & que le
Contrat qu'il avoit figné demeuraft
nul . Ce qu'il demandoit
eftoit trop juste pour le
pouvoir refufer.La Belle avoit
difparu . Aucun d'eux ne pouvoit
dire entre les mains de
qui elle eftoit , & quelque affurance
que l'on cuft de fa
vertu , un enlevement eftoit
toujours une tache auprés
des gens delicats . Il ne
1
GALANT
171
fe vit pas plûcoſt dégagé ,
que fe declarant plus ouvertement
à la jolie Brune , il ne
fongea plus qu'à contenter
fon amour. Le mariage fe fir ,
& les avantages qu'il y trouva
du cofté de la fortune , donnerent
ſujet à tous fes Amis de
fe réjouir du changement ;
mais il n'en fut pas ainfi de
luy. S'il eut une Femme belle
& riche , & qui luy avoit paru
aimable , il reconnut en fort
peu de temps , que le dedans
ne répondoit pas à
cè bel exterieur dont il s'eftoit
laiffé éblouir . Elle eftoit bi-
Pij
172 MERCURE
zarre , imperieuſe , aimoit à fe
diftinguer par la dépense , &
ne connoiffoit pour toute raifon
que fon caprice . Point de
complaifance , point d'honnefteté.
Elle vouloit ce qu'
elle vouloit avec un attachement
qui la rendoit intraitable.
Le Cavalier eut beau vou .
loir ramener fon efprit par la
douceur ; il l'aigrit en la fla-
& la même bizarrerie
qui l'avoit portée à l'aimer
d'abord , changea tour d'un
coup ce mouvement en averrant
,
fion . Elle le tenoit indigne
d'elle , luy faifoit mille reproGALANT.
173
ches , & ne s'appliquoit qu'à
4 luy donner du chagrin . Fiere
d'un vif éclat de beauté qui
Iny attiroit de l'encens par
tout , elle ne pouvoit le re.
garder fans dédain ; & s'op-
* pofant à toute heure à tout
ce qu'il fouhaitoit, elle le rendit
le plus malheureux de
tous les maris . Ce fut alors
• qu'il fe repentic veritable-
{ ment d'avoir eft infidelle ,
& fon repentir fut encore
beaucoup plus grand , quand
trois mois aprés fon mariage ,
la Belle que fon coeur avoit
trahie , parut tout d'un coup .
1
Piij
174 MERCURE
on
ayant efté ramenée par les
mefmes gens maſquez , qui
la laifferent la nuit à dix pas
de fa maiſon. Vous jugez bien
qu'on s'empreffa à luy demander
d'où elle venoit , & ou
l'avoit menée depuis
plus de quatre mois qu'elle
eftoit perduë . Sa réponſe fut
qu'on l'avoit traitée avec des
honneftetez inconcevables
,
mais fans qu'elle cuft pu apprendre
ny où ny avec qui elle
eftoit; qu'aprés avoir d'abord
marché plufieurs heures on
eftoit entré dans une Foreſt
que l'on avoit traversée touGALANT.
175
#
te la nuit qu'au point du
jour elle s'eftoit trouvée dans
une maiſon où une Dame
âgée & civilè eftoit venue
Paffeurer qu'elle y feroit la
mailtreffe , fans qu'elle deuſt
craindre qu'illuy arrivaſt rien
de fâcheux ; que cette Dame
qui venoit fouvent manger
avec elle , eftoit la feule perfonne
qu'elle euft veuë depuis
fon enlevement , avec une
femme de chambre qui demeuroit
toujours auprés d'elle
pour la fervir
tâché inutilement de la corqu'elle
avoit
rompre pour lçavoir par quel .
Pij
176 MERCURE
le raiſon on l'avoit amenée
en ce lieu là, & à quel deffein
on l'y retenoit ; qu'on luy
avoit dit feulemenr que fi elle .
vouloit fe marier , on ſe faifoit
fort de luy trouver un
parti avantageux , mais qu'on
ne luy avoit jamais nommé
perfonne, & qu'enfin fans luy
donner aucun autre éclaircif
fement fur fon avanture , on
avoit trouvé à propos de la
ramener. L'incident paroiffoit
fi peu commun qu'il n'eftoit.
pas vray femblable. Il eſt inutile
de vous dire combien
cette aimable perfonne fut
GALANT: 177
touchée quand elle apprit que
le Cavalier eftoit marié. Elle
verfa quelques larmes , & fe
contenta de dire , je n'avois
jamais aimé que luy , une Fille
enlevée l'a effrayé , il a eu raifon.
Lors qu'elle fceut tout
ce qu'il fouffroit dans fon mariage
, elle le plaignit , & fe
fit mefme un plaifir de le voir
pour le confoler . Le Cavalier
s'avoüa coupable , & luy demanda
pardon de l'engagement
qu'il avoit pris contre
ce qu'il luy devoit , luy fouhaitant
autant de bonheur
qu'il voyoit pour luy de mal78
MERCURE
heurs à effuyer . Son premier
Amant reprit fon premier amour
, & les parens de la Belle
qui comptoient pour quelque
chofe l'eclat qu'avoit fait lon
enlevement , eftoient d'avis
qu'elle l'écoutaft ; mais elle
s'en deffendit , & protefta
que s'eftant trouvée fi mal
d'aimer , on n'auroit jamais à i
luy reprocher un fecond attachement
, outre qu'elle eftoit
perfuadée que perfonnen'eftant
fi digne de fa ten.
dreffe que le Cavalier , elle
ne pourroit eftre fatisfaite
d'aucun autre choix . Un fen,
GALANT. 179
timent fi obligeant pour le
Cavalier ne pur luy eftre connu
, fans qu'un nouveau repentir
luy fift fentir de nouveaux
chagrins . Sa mauvaiſe
Etoile pouffa (on malheur encore
plus loin. Sa Femme fut
attaquée de la petite verole ,
& les differensremedes qu'el
le employa pour conferver .
fa beauté , la détruifirent .
Elle devint d'une laideur incroyable
, & le dépit qu'elle
en eut l'ayant renduë déplaifante
à elle-même , ce fut un
redoublement de mauvaiſe
humeur qui ne ſe peut conce180
MERCURE
voir . Leségaremens de faraifon
alloient jufqu'à la fureur ,
& le Cavalier n'avoit aucun
moment agreable que lors
qu'il alloit conter les déplaifirs
à la Belle , qui pour le repos
de l'ua & de l'autre ne le
vouloit voir que tres - rarement.
Deux ans fe pafferent
dans un fi cruel martire , &
il n'en aurcit trouvé la fin
qu'en mourant , fi la Femme,
defelperée de n'eftre plus bel
le , ne fe fuft attiré par
chagrins une fiévre violente
qui le délivra de les perfecu .
tions. Ce fut enfuite à la Belle
fes
1
GALANT. 181
à difpofer de fa deſtinée . Elle
l'aimoit trop pour refufer de
le rendre heureux , quand le
temps que la bientéance demandoit
fut expiré . Combien
l'eltat violent où il s'eftoit veu
dans fon premier mariage ,
luy fit- il trouver de douceurs
dans le fecond ! La Belle ne
s'attachoit qu'à luy plaire ,
& il ne cherchoit qu'à meriter
par une forte tendreffe les
charmans égards qu'elle avoit
pour luy. Il regardoit comme
un crime le fol amour qui
l'avoit féduit , & il luy offroic
Louvent , fi elle ne l'en croyoit
*
182 MERCURE
: pas affez puni par tout ce que
luy avoit fait fouffrir la plus
bizarre de toutes les femmes,
de confentir à toutes les peines
qu'elle ly voudroit ajoûter.
La Belle ne repondoit
qu'en luy donnant de nouvelles
marques de tendreffe ,
& aprés qu'il fe fut ainfi affeuré
de fon amour , il luy demanda
fi elle voudroit bien
donner un appartement pour
quelques jours à une vieille
Tante qu'il avoity , & qui
venoit tout exprés de la
campagne pour les feliciter
fur leur mariage. Cette
GALANT. 183
propofition fut receue avec
plaifir. Mais quelle fut la furprife
de la Belle , lors qu'allant
au devant de cette Tante
pour la faluër , elle recon-
Duc la mefme perfonne chez
qui on l'avoit conduite aprés
l'avoir enlevée. Ce fut alors
que tout le miftere le trouva
développé. Le Cavalier s'ef
toit laiffé aveugler par
mour , & pour époufer lajolie
Brune , il avoit fait enlever
la Belle , qui euft mis obfta.
cle à fon deffein. Il fe jetta
tout de nouveau à fes pieds
pour obtenir fon pardon ; la
fon a184
MERCURE
Belle le releva en l'embräffant.
Il avoit efté puni de fa
perfidie , & on l'avoit traitée
par les ordres avec tant d'honnefteté
lors qu'elle avoit fujet
de fe croire entre les mains
de fes plus grands ennemis ,
que connoiffant que l'amour
eft une paffion impetueufe
qui fouvent ne laiffe pas l'ufage
de la raifon , elle oublia
fans aucune peine tous les fujets
qu'elle pouvoir avoir de
luy reprocher l'injuſtice & la
violence de fon procedé.
La galanterie qui fuita efté
faite par M de Jolibois , pour
.
GALANT. 189 .
une tres aimable Perfonne
FESTE GALANTE.
A Mademoiſelle le M. D. S. G.
V
C
DUS fçaurez , Mademoi -
felle , qu'Apollon voulant
celebrer une. Fête, en honneur
de la Belle Iris , envoya le petit
Hyacinthe avertir les Mufes de
Se rendre en fon Palais , pour
s'acquitter d'un devoir fi jufte :
mais il fut fort étonné lors qu'il
les vit , contre fon attente , pâles
languiffantes & negligées . Il leur,
en demanda la cauſe , & leur
ordonna de ne luy pas cacher le
Octobre 1698 .
186 MERCURE
Jujet de leur chagrin. Elles foupi
rerent , fe plaignirent de ce
qu'ayant à divertir une Nym .
phe qu'elles honoroient infiniment,
il n'avoit pas fait retarderlafai-
´fon , ¿ donné ordre à la Déeffe
Flore, que toutes chofes fuffent
prétes , afin qu'elles ne manquaf.
fent pas de fleurs lesplus rares &
les plus belles , pour luy offrir des
bouquets à pleines mains , & luy
faire des Couronnes de toutes manieres
. Apollon s'en excufa , &
leur fit connoistre que les fleurs des
Jardins n'eftoient que paffageres ;
celles de l'esprit eftoient
mais
que
immortelles , qu'on les eftimoit
GALANT. 189 .
beaucoup davantage que celles
qu'on voyoit dans le Printemps ;
1 qu'elles n'avoient chacune qu'à
choifir pour Symbole de leur ami .
tié envers cette aimable Nym
phe, les fleurs qui leur plairoient
le plus , & que la charmante Iris
qui avoit beaucoup d'esprit & de
delicateße, admireroit la fubtilité
de leur génie , loüeroit l'em.
preffement de leurs foins.
Calliope balança quelque temps
fur cet avis ; mais à la fin elle ſe
rendit à la perfuafion de fes Compagnes
, & choifit lafleur d'O.
range pour aſſeurer la Nymphe
defon amitié,
1
Qij
183 : MERCURE
Clio à fon exemple prit la Tub
bereuse , pour luy marquer fon
respect.
Euterpe fir choix de la Rofe
pour luy témoigner par fon ver
meil, l'ardeur qu'elle auroit à luy
obeir toute fa vie.
*
Erato , le Narciffe , afin de
luy donner des marques du plai .
fir qu'elle prendroit à décrire fes
amours.
Melpomene choifit le Lys ,
pour un gage de fa fidelisé,
Polymnie le Jafmin , pour un
témoignage de fon application à
chanter fes louanges .
Thalie l'oeillet , pour la perſua .
GALANT. 189.
der du foin qu'elle auroit qu'il y
euft toûjours des fleurs , afin de
luy en prefenter.
Terpfiore l'Anemone , pour
luy marquer les festes qu'elle in .
Stutuëroit , & les concerts qu'elle
donneroit au public en fon hon.
neur.
Uramieprit toutes les autres fleurs
qu'on n'avoit point nommées , pour
luy donner des affeurances de l'é.
tude particuliere qu'elle alloit faire
de l'Aftrologie , afin d'y con ..
fiderer fa bonne fortune , dont elle
l'envoyeroit tous les jours avertir
par Cupidon , en luy fouhai.
tant une parfaite fanté au nom
190 MERCURE
de fes Compagnes.
Toutes les Mufes parurent fort
contentes de leur choix , & ſemirent
à chanterplufieurs Airs qu'-
Apollon avoit compoſez ſur céſuà
danfer au fon defa Lyre,
jet ,
dont il joue , comme vous (çadivinement
. Enfuite ellesfe
vez,
retirerent avec proteftation d'ob.
ferver à jamais les voeux qu'elles
venoient de faire , afin de procurer
à l'aimable Iris toutes les douceurs
qui fe rencontrent dans un
heureux Hymenée. C'eſt , Mademoiselle
, ce que je vous certifie
efire vray , m'eftant trouvé à cette
Fefte , où j'ay efté introduit par
GALANT. 191
Mercure, Dieu de l'Eloquence ,
·afin que je puffe vous en faire un
recit fidelle.
Je viens à ce qui regarde
M l'Abbé Geneft , Aumônier
ordinaire de Madame la
Ducheffe de Chartres , qui
ayant efté éleu par M's de
l'AcademieFrançoiſe à la place
de feu M'Boyer , y vint prendre
féance le Samedy 17, du
mois paffé, Quoy que les Dif
cours qu'on fait dans ces fortes
d'occafions doivent rouler
fur divers Eloges , tous ces
Eloges furent fi -bien liez dans
le fien, qu'ils parurent ne faire
192 MERCURE
qu'un corps . Le debut en fuc
charmant. Toutes les fois , dit- o
il , que j'ay confideré attentive.s
ment l'inftitution de cette illuftre
Compagnie ,fesloix ,fes exercices,
je me fuis reprefenté ce que les
Poëtes les anciens Philofophes &
ont dit de ces Ifles fortunées où
eftoient receues les ames innocen .
tes & genereuses. C'eftoit une Affemblée
de bienheureux Efprits ,
qui n'avoient rien confervé de ce
qu'ils poß : doient parmi les hon .
mes , que leurs nobles inclinations ..
Grandeurs , dignitez , richeßes ,
tout ce qui éblouit le vulgaire nes
les avoit point fui-vis. Une aimable
GALANT. 193
mable égalité regnoit entr'eux. Ils
converſoient tranquilement à l'om.
bre des Palmes & des Lauriers,
Socratey eftoit à cofté d'Achille,
Alexandre auprés de Menippe,
Vliffe avec Homere . Verisable
idée de ce que nous voyons fous
ces lambris auffi paifibles qu'Augufles
, les grands noms , les grands
titres n'y reglent point les rangs
ny lesfucceffions. Les Prelats , les
Miniftres , les Magiftrats , les
Guerriers n'y ont jamais pretendu
de préféance fur les Orateurs,
les Poëtes & les Hiftoriens . L'é
galitéy maintient l'ordre l'barmonie.
L'autorité n'y parle qu'a-
Octob. 1698. R
194 MERCURE
vec la raiſon . La difference des
conditions n'y eft reconnuë quepar
les divers talens de l'efprit . L'ex.
cellence de l'esprit mesme , les trêfors
de la fcience qui infpirene
quelquefois tant d'orgueil , n'y
doivent eftre admis qu'avec la
polireffe , l'éloquence , l'honneſteré
& les graces A ce difcours ,
Meſſieurs, juger de
tout ce quife paffe dans mon ame.
Il fuffitfeul pour vous?expliquer
monravissement ma reconnoisfance.
Jesens bien au moment où
je parle, que la pudeur s'éleve für
mon vifage avecla joye , mais en-·
fin s'il y a eu beaucoup de "prevous
pouve
EQGCLO I
GALANT 195
:
fomption à moy , de vous demander
la place glorieuse que vous
m'accordez aujourd'huy , vous
voyez aufi , Meffieurs , combien
il m'eftoit difficile de ne la pas defirer.
Mr l'Abbé Geneſt entra
enfuite dans l'Eloge de l'Illuftre
Academicien dont il
occupoir la place. Il y joi
gnit celuy de l'Academie , &
aprés avoir parlé fort éloquemment
de fes deux premiers
Prorecteurs. Lecours de
vos belles deftinées , continua,
' il n'en devoit pas demeurer là .
A mesure que l'Academie ac ,
Rij
196 MERCURE
勒
queroit de nouvelles forces , &
que les fruits de tant de nobles
veilles s'avançoient vers la perf&
tion , de nouveaux emplois luy
eftoient referve , une plus haute
protection luieftoit deue, Vous vous
eftes élevez par degrez auprés du
Trône.Vous eftiez appellez dans le
Palais d'un Roypour quifeul vous
eftesformez , & qui trouve en
vous les plus excellens Ouvriers
des Couronnes immortelles qu'il
merite , comme vous trouvez en
luy , l'objet le plus parfait qui
pût jamais animer vostre Zele à
vos travaux. Il iftoir bien juste
auffiquetantd'hommes choifis dans
GALANT. 197
J
toutes les conditions , euffent à leur
refte celuy qui commande à toutes
les conditions , qui enfçait sous les
devoirs , & qui en a toutes les
verius ; pour vous parler encore
plus precifement , Meffieurs,
de ce qui vous regarde comme Aca
deniciens , jufques icy quelque
choſe manquoit à l'accompliſſement
del Academie. Aprés tous les differens
caracteres de vos éloquens
uteurs , vous aviez besoin d'avoir
encore parmy vous le modele
d'un nouveau genre d'éloquence.
Définiffez hardiment quel eft le
langage des Rois , le langage de la
Souveraineté& de l'Empire. Vô.
Riij
198 •
MERCURE
tre Protecteur l'apprend à tout le
monde , à vous mêmes , àfa Cour,
à tousfes Sujets, à tous les Etrangers
; jamais on ne parla mieux en
Roy. Vous qui avez recherché
dans toutes les Langues ce qui
pouvoit encore embellir la notre
enrichir vos écrits , reconnoiffez
vous dans les Hiftoires de
tous les temps , dans celles même
qu'on foupçonne le plus de n'eftre
qu'imaginaires , des exemples de
grandeur de vertu pareils à
ceux dont vous eftes les témoins,
dont vous devez inftruire la
pofterité ! Avoit- on jamais veu
dans aucun Regne une fi durable
GALANT
: 199
r
la
égalité de gloire er de bonheux
, q
unefi admirable
varieté de grands
projets & de merveilleux
érvene .
mens ? Combien
defois la Victoire
a selle volé fur les pas de ce
grand Roy , du par ſon \comman
.
dement , au gré de fan courage
de fa justice ! Combien
de fois
Paix est- elle defcenduë
des Cieux ,
rappellée
parfa clemence
& par
fa moderation
? Mais quelles
leurs employerezvous
´´, quels
traits affezforts , quelles
comparaifons
d'orages
, de tempèſtes
,
deguerre des Dieux
derGeans,
pour décrire
l'effroyable
guerre
qu'il vient de terminen
feul.com
.
Rij
200 MERCURE
tre la multitude des Nations com
jurées des Peuples furieux qui
fondoient de tous coftez fur la
France, commedes Tortens , comme
des Montagnes de flors pour,
l'engloutir? Nonfeulement ce He
ros par fon intrepidefermeté nous
a fait ignorer les perils ; nonfeulement
par fa vigilance infatigable
par fon invincible valeur
nous a fauvez, mais nous a
tellement accoustum z à vaincre,
que nous ne fongions plus même
àdefirer le calme & lapaix. Roy
fage
genereux Sujets ! Ils font prefts
à donner tout le refte de leurs biens
magnanime ; fidelles
GALANT. 201
de leurfangpour continuer fes
Victoires & fesTriomphes . Il renonce
aux Triomphes &aux Vi-
Etoires pour ne fonger qu'au repos
à la felicité defes Sujets . Que
nos Ennemis eux mêmes regar .
dent ces floriffantes Armées , cet
ordre , cette Difcipline , toute cet,
te pompe formidable qui firt de
Spectacle & de leçon à nos jeunes
Heros d'exercice , pour romper
une envie impatiente de veritables
combats . Dans ces reprefentations
de Sieges & de Batailles,
dans ces attaques feintes , au milieu
de ces éclairs qui nefont plus
accompagnez de lafoudre , qu'on
202 MERCURE
voye fi la foudre n'est pas encore
en eftat de tomber ; qu'on voye ce
que feroient encore nos braves Soldats
fous un Roy toujours vain
queur , & s'ils fe fentent de la
guerre paffée que par la noble ardeur
de la recommencer. Qüy,
que nos Ennemis, fi nous en avons
encore , viennent donc voir s'ils
ne doivent pas la paix auxfeules
bonte que nôtre Prince a pour
nous' , co s'il n'a pas voulu faire
le bonheur de toute la terre en fai.
-fant celuy de fes Peuples .
Ml'Abbé Genelt ayant
ceffé de parler , MªT'Abbé
Boileau , ſi connu par ſes doGALANT.
203
430
ctes Prédications , & Directeur
alors de l'Academie , répondit
à fon difcours fur fes
mêmes penfées ; & ce que
l'on admira , c'eft qu'il les
tourna de telle forte qu'elles
parurent nouvelles. Il fit un
brillant portrait de l'Eloquence
, qu'il montra n'eftre jamais
la vraye éloquence ,
quand elle fe fait plûcoſt remarquer
qu'elle ne fe fait
fentir . Comme la gloire du
Roy eft en toutes chofes ce
qui vous touche le plus , je
ne vous rapporteray que ce
qu'il dit de ce grand Monar
204 MERCURE
que pour répondre à ce que
le nouvel Academicien avoit
avancé , que l'Academie pouvoit
définir quel eftoit le langage
des Rois , puifque fon
augufte Protecteur l'apprenoit
à tout le monde , & que
jamais aucun Souverain n'avoit
mieux parlé en Roy. Eh
quidans l'Europe, dit Ml'Abbé
Boileau , peut difputer au Roy
la gloire de bien parler ? Toute .
fois , Monfieur , parler en Roy
n'eft pas feulement répondre jufte,
s'exprimer avec grace , accorder
avec plaifir , refufer avec bonté,
Ce n'est pas feulement avoir des
GALANT. 2c5
termes purs , unftile poli , en peu
de puroles renfermer beaucoup de
fens , ny precipité, ny équivoque,
ny railleur , conferver en parlant
une aimable fierté , & une fouveraine
bienfeance. C'est quelque
chofe de plus. Parler en Roy , c'eft
parler fouvent comme fi on ne
l'eftoit pas , quitter le langage d'un
Monarque pour prendre celuy
d'un Pere. C'est parler en Juge
pour la Fuftice contre fes interests,
en vainqueur pour la mifericorde
contre les injures, en Chrétien pour
le devoir contre les paffions. Di
fons tout. Parler en Roy , c'eft
prononcer en faveur de Jes Pens
V
206 MERCURE
ples contre fes Triomphes , annoncer
la Paix par la bouche de la
Victoire , decider en faveur de
l'Univers, duft- il eftre ingrat,
preferer à l'avantage d'eftre la
terreur du Monde, celuy d'en eftre
le Bienfaiteur. Voilà les louanges
que j'appelle dignes de luy,
d'autant plus vrayes qu'elles percent
les Alpes & les Pyrenées,
qu'elles traverfent le Rhin &
l'Ocean , que nous pouvons les
publier dans l'emblée gene-
9 rale des Nations . Louanges que
la joye dicte , que l'envie confeße ,
que la Religion approuve . Per-
Jonne ne contestera non plus le feGALANT.
207
cond Eloge que vous avez donné
au Roy , d'avoir l'efprit de toutes
les conditions . Nen demeurons
point là. Il en a auffi le coeur, er
non feulement de toutes les condi
tions , mais de tous les Peuples de
la terre. En quelque endroit du
monde que nous allons , chez les
Souverains, dansles Republiques,
nous pouvons prononcer le Panegyrique
de la Paix qu'il a donnée
; ilfera écouté auſſi favora
blement que dans ce Palais . Que
dis-je ? Ces Peuples qui doivent
leur repos à fa clemence s'expliquent
mieux que nous . Allons les
entendre , il ne faut pas d'Inter-
C
108 MERCURE
prete. Les acclamations & les
réjouiffances font par tout d'un
même langage ; la flaterie n'y a
point de part , l'éloquence n'a ja,
maisfait confentir l'Univers mal
gré luy. Tel eft l'éloge digne di
premier des hommes , ce Panegirique
univerfel que la nature fait
dans les coeurs fans attendre le fe
cours de l'Art. Avant la Paix,
quand on racontoit fes prodiges,
ils ne pouvoient les nier , mais
avouons le vray , quand ils
voyoient la Victoire , I inexorable
Victoire le furore par tout où ils
portoient leurs armes , & comme
fe multiplier pour luy,fans retour
3
GALANT 209
&fans pitié pour eux ; quand
toute l'Europe liguée ne peut com a
pter pourfuccés qu'une Ville reprife
dans le cours de neufannées
de guerre , croyez vous de bonne
foy que leur étonnement fiſt leur
fatisfaction? Ils entendoient Léloge
du Roy comme on
entend
le ton
nerre , avec chagrin , avec trem
blement , Mais depuis que fa moderation
les afurpris autant que
fa puißance , toutes les oreilles font
ouvertes pour entendre fes louanges
, ex toutes les bouches pour
les repeier. Elles defefperent ceux
qui les veulent imiter, embaraffent
ceux qui les veulent écrire , occu-
Octobre 1698.
My
$
210 MERCURE
pent les uns , charment les autres
réjouïßent tout le monde , & n'im
portunent plus que luy. Ce feroit
rop peu d'eftre agreables à toute
terre ,fielles ne l'estoient pas au
Ciel. Comment ne le feroient elles
pas ? Quand il s'eft agi de fes
propres interefts , on l'a trouvéfa
cile & genereux . Quand il a esté
question de ceux de la Religion ,
il n'a jamais rien relâché , tou .
yours ferme , inflexible¸intraita
ble. C'est que pour fa Religion
il ne peut luy eftre infidelle , par
ce qu'il met fa gloire dans le bon
heur du monde , & le bonheur d
-monde dans la Religion. Bien
GALANT 2H
éloigné de cès Conquerans qui pour
vanger leurs injures , pardonnent
celles de Dien , reprennent fur luy
ce que leun wentu leur fait perdre,
@ défrayent leur moderation aux
dépens de leur foy , Louis a fail
grace à tous , excepté à l' Herefie,
amieux zimě que ſa gloirepayaft
pourfa Religion , a cù lebonheur
de calmer l'Europe fans qu'il en
coustaft rien à l'Eglife , & de
mettre la Terre en reposfans met
tre le Ciel en couroux. Elogedone
be fond ne fe peut trouver que
dans fon coeur. Pour étonner l'UL
nivers , il a eu befoin de foldars,
pour le rendre beureux il n'a em
"
Sij
212 MERCURE
befoin que de luy mefme . Sentiment
qui n'a esté ny fuggeré ny
force, Honneur que rien ne parta
ge avecluy, Ses Armées, fes Con
queftes , fon bonheur , s'oppofoient
afa generofité Ses Sujets , fes
fidelles Sujets ne la demandoient
pas , prefts à tout facrifter pour
continuër fes Triomphes , la prof.
peritéy forma obftacle. Il fit taire
la victoire qui vint imporinner
fes projets, mais elle ne put
ceux de fa bonie. Je
vous suger
vous , Dépofitaires de fes heroiques.
intentions. Ie n'iray pas loin . L'Academie
luy en a fourni deux
conclurre la Paix, comme elle luy'en
prefte encore deux pour la louer, car
deft bien la louer que de l'écrire. Le
GALANT: 213
vous atteffe, vous , Peuples voifins .
Accourez au fpectacle qu'il vient
de donner ce n'eft point iani l'Image
de la Guerre que le Triomphe
de la Paix. Quelle magnificence
pour infruire fon Petit Fils ! Que
feroit- ce s'il armoit fon Fils ? Ve
nez, non pour juger de la force de
Les Armes, mais de la grandeur
de fon bienfait. Voyez les Troupes
fieres & victorienfes qui fembtene
luy ouvrir l'Univers . Loäis voit
le calme qu'il y a mis content de
fan ouvrage, cependant toujours
Maifre de la foudre fi (a bonié
faifoit des ingrats , comme fa gloire
a fait des taloux. Qu'elle faje
non- feulement l'entretien mais les
delices de tous les hommes nonfeulement
l'envie , mais l'étude de
sous les Heros. Que nos arriere214
MERCURE
neveux gouftent long- temps la feliz
cité de fon Regne ; que Dieu poar
exaucer nos defirs ait égard à fes
propres inieeefts , que perfonnen enrende
fon Eloge fans y vouloir aiouter
, & que tout le monde le trouve
toutours trop court & trop
foible.
Ces deux difcours furent extrêmement
applaudis auffibien
que la Traduction d'une
Ode Latine de MP'Abbé
Boutard , faite par M Perrault
, ce qui finit la Seance .
Je ne vous dis rien fur le
Rondeau noté que je vous
envoye . Une perlonne qui a
legouft auffifin que vous , ne
doit jamais eftra prevenue.
GALANT. 125
2014-
Ab , qu'un tendre coeur eft à
plaindre, stat
Quand il aime,fans eftre aimé
Non, rien n'est plus à craindre,
Que les cruels foupçons dont il eft
1. alarmé.
Ab qu'un tendre coeur eft a
plaindre , i
£ Quand il aime fans eftre aimé!
Le S ' Nolin Geographe de
S. A. R. Monfieur , vient à
l'occafion du mariage de Ma
demoifelle , de mettre au jour
une Carte des environs de
Nancy , qui contient toutes
les dépendances
du Reffort
de cette Ville là . Cette Carte
216 MERCURE
éft dédiée à . S A. S. Monfeur
le Duc de Lorraine ,
dont le Portrait eft gravé dans
un Cartouche , orné de Trophées
, compofez d'Armes
Turques , pour marquer que
ce Prince a combartu contre
les Turcs fur lesquels le feu
Duc de Lorraine fon pere a
fouvent remporté de grands
avantages , ayant fauve l'Empire
en 1686. Les Habitans de
Nancy trouveront dans cette
Carte le détail de leurs poffeffions
, dont ils vont jouir
par la Paix qu'il a ' pleu au
Roy d'accorder aux voeux de
" Europe
GALANT . 217
l'Europe. Le S' Nolin a auffi
donné au Publicun Plan Rou..
tier de la Ville de Paris , où il a
marqué tout ce qui peut eftre
utile particulierement aux
Ecrangers , qui non feule .
ment s'y pourront rendre aifément,
mais y trouveront des
notes qui leur indiqueront
tout ce qui peut fatisfaire leur
curiofité. Ce Plan eft accom.
pagné d'une Table Alphabetique,
d'une méthode tres ailée
pour tout ce qu'on fou.
haittera y trouver mefme
les demeures des Miniftres ,
Magiftrats , Banquier , &c .
Octobre 1698. T
218 MERCURE
Les environs de Paris que le
S' Nolin a debitez font connoistre
de quelle utilité font
les ouvrages qui rendent à
éclaircir le public de tout ce
qu'il peut apprendre par le
moyen des Cartes.
L'Evefché de Brescia dans
l'Etat de Veniſe , tres - confi.
derable par fon revenu , ayant
vacqué depuis peu , la pluſpart
des Cardinaux prierent
le Pape , fans en avoir efté
follicitez , d'en pourvoir M²
Delphino , Nonce à la Cour
de France . On peut dire que
Sa Sainteté fut en quelque
GALANT:
219
façon fâchée de cette priere,
parce qu'elle avoit deja refolu.
de donner cet Evêché à ce
Nonce , & qu'elle vouloit qu'il
fuft perfuadé qu'elle lui faifoit
ce don de fon propre mouvement.
Ainfi elle demeura long
temps fans declarer fes intentions
, ce qui fit croire.
qu'elle avoit deſtiné cet Eve .
ché à quelqu'autre; & com.
me perfonne ne luy parloit..
plus en faveur de M. Delphi .
elle envoya querie
fon Agent à Rome , car
tous les Nonces y ont des
Agens pour les affaires de
no
I
ij
220 MERCURE
leur Nonciature , & luy dit
qu'aufli toft aprés la mort
de l'Evefque de Brefcia ,
elle avoit refolu , avant
que perfonne luy euft parlé
en faveur de M ' Delphino
, de luy donner cet Evêché
, & même les Bulles grátis ,
en confideration des fervices
qu'il avoit rendus , & qu'i !
rendoit au Saint Siege , & de
la maniere noble & genereufe
dont il foûtient la dignité de
Nonce en France aucun
,
n'ayant avant luy remply ce
pofte avec plus d'éclat . Ileft
bien glorieux à ce Prelat d'êGALANT.
221
tre également eftimé en France
& en Italie , & d'eſtre au
gié du plus grand Monarque
du monde & d'une Cour aufli
delicate que celle de Rome.
Où ne peut- on point efperer
de parvenir, quand on le trouve
dans une pareille , fitua
tion ?
Le is du mois paffé , le Roy
d'Efpagne s'eftant trouvé en
eftat de donner à M' le Marquis
d'Harcour , Ambaſſadeur
Extraordinaire de France , la
premiere Audience publique ,
cette ceremonie fe fit ce jourlà
avec tout l'éclat que le peu
Tiij
222 MERCURE
ple attendoit de la part de
cet Ambaffadeur. Il est à re
marquer qu'à cet égard les
chofes ne fe pratiquent pas
en Eſpagne de la meſme maniere
qu'en France. Les Am
baffadeurs ne font leur Entrée
à Paris , que l'apreldînée
, & ils la font dans un
des Carroffes du Roy. Ils vont
defcendre à l'Hoftel destiné
pour traiter les Ambaſſadeurs ,
& n'ont Audience que le troifiéme
jour , mais à Madrid ils
font leur Entrée le matin , &
ils la font à cheval , allant defcendre
au Palais où ils ont
r
GALANT. 223
Audience du Roy , qui envoye
au devant d'eux plus de cent
Officiers, auffi à cheval. On
n'envoye point d'Officiers en
France , mais on va recevoir
les Ambaffadeurs à quelques
lieuës de Paris , ce qui ne fe
pratique point à Madrid . Tou .
tes chofes ayant eſté reglées
felon l'ufage d'Eſpagne , les
Officiers de Sa Majesté Catholique
, & les Gentilshommes
des Ambaffadeurs
& des Seigneurs
qui devoient faire cor
tege à M le Marquis d'Harcourt
, & le complimenter
, fe
rendirent à fon Hoftel avant
T iiij
224 MERCURE
neuf heures du matin , & ils y
furent receus dans cinq Sales
de plein pied preparées pour
cette reception . ll y avoit
cinq tables garnies de grands
baffins remplis en piramides ,
de tous les mets qui convenoient
à un déjeuner. On y
fervit des Liqueurs & du Chocolat
à tous ceux qui fe prefenterent.
L'ordre y eftoit admirable
, & chacun fut traité
felon fa qualité dans une Sale
feparée ; il y en avoit mefme
pour les gens de Livrées . Le
peuple en eut auffi ſa part,
puifqu'il fut regalé de quan
GALANT 225
tité de Fontaines de Vin qu'on
fit couler devant le Palais de
l'Ambaffadeur. Les Gentilshommes
des Ambaſſadeurs,
& des Envoyez à cheval commencerent
la marche . Elle
fut continuée par
fix Pages de
M' le Marquis d'Harcourt à
cheval. Leurs habits eftoient
de velours Cramoify tout cou
verts de gros gallons d'or ;
leurs Veſtes eftoient de Brocard
d'or. Vingt- quatre Gentilshommes
de cet Ambaſſadeur
paroiffoient enfuite. La
plûpart de leurs habits étoient
brodez ou gallonnez d'or, ou
226 MERCURE
d'argent . Ils eftoient avantageufement
montez & fuivis
de plus de cent Officiers du
Roy d'Efpagne à cheval .
Trente Valets de Pied de M²
d'Harcourt venoient enfuite .
La richeffe de leurs habits
eftoit proportionnée à celle
des Pages . Ils precedoient cet
Ambaffadeur qui eftoit à che
val , entre le Major Dome, &
le Conducteur des Ambaſſa .
deurs . Le Carroffe du Roy
d'Espagne fuivoit immediatement
, aprés lequel venoient.
fix Carroffes de fon Excellence.
Le train du premier eftoit
GALANT: 227
1
tout doré & d'une fculpture
admirable ; l'Imperiale eftoit
couverte d'une Houffe de vclours
Cramoify gallonnée d'or.
La magnificence des cinq autres
approchoir de celle de ce
premier Carroffe . Le dernier
eftoit à l'Eſpagnole. Il n'y
avoit rien de fi beau que l'attelage
des quatre premiers ;
c'eftoient tous chevaux choifis.
Les deux derniers eftoient
attelez de Mules. On ne peut
s'imaginer combien la foule
fur grande . On eftoit accouru
de tous coftez , & la quantité
des Carroffes qui fe trou228
MERCURE
voient dans toutes les rues par
où cer Ambaffadeur devoit
paffer , l'ayant arrefté longtemps
, on fut obligé de prendre
un long détour pour rentrer
dans celle qu'ils appellent
Calle Mayor. Elle eftoit toute
remplie d'échafauts , & toutes
les fenêtres y estoient remplies
de monde auffi - bien que
les Balcons Lors que M ' de
Harcourt fut arrivé au Palais ,
on le conduifit d'abord à la
Sale d'Audience où il trouvá
Sa Majesté Catholique Elle
eftoit accompagnée de plufeurs
Grands , & Elle le reGALANT.
229
ceut debout. Delà M' l'Ambaffadeur
fut conduit à l'Audience
de la Reine , & aprés
ces Audiences il monta dans
le Carroffe du Roy avec le
Major Dome. Ses Carroffes
furent remplis du Conducteur
, des Gentilshommes &
des Pages , & on le mena à
l'Hospedage. C'est le nom
qu'on donne à l'Hotel des
Ambaffadeurs Extraordinaires.
Il y fue traité trois jours
par les Officiers du Roy,
2
M' Gruyn , Garde du Trefor
Royal , a épousé depuis,
peu Mademoiſelle de Renoife.
230 MERCURE
Heft Frere de M' Gruyn , Maiftre
de la Chambre aux Deniers
, & ils font tous deux Fils
de Pierre Gruyn , Receveur
General des Finances du Roy
à Lyon , & Secretaire de Sa
Majefté , & d'Anne Doubler.
Ily a de cette mefme Famille,
Roland Gruyn , Seigneur du
Bouchet, de Valgrand , de la
Selle de S. Cyr, & c. Secretai .
redu Roy, quia épousé Anne
Clofier morte en Avril 1660 .
De ce mariage eſt venuë entr'autres
Enfans Marie Gruyn ,
épouſe de François Comte de
Montbron, Chevalier des Or
GALANT: 231
dres du Roy , Lieutenant General
de fes Armées , & Gou
verneur de Cambray. Ils ont
deux Enfans , fçavoir Charles-
François Anne de Montbron
qui porte les Armes , & Marie-
Françoile deMontbron , épou
fe de Charles . Eugene- Jean-
Dominique de Guines de
Bonnieres , Comte de Souaftre
, Mestre de Camp d'un
Regiment de Cavalerie .
Quant à ce qui regarde la
Famille de Mademcilelle de
Benoife , Charles de Benoiſe ,
Secretaire du Cabinet , puis
Maitre des Comptes , avoit
232 MERCURE
époufé Helene Paffart Fille de
Pierre Paffart , Seigneur de
Merentais , & de Claude Mer.
Jin fa premiere Femme . Ils
ont eu entr'autres Enfans N.
de Benoife , Confeiller au
grand Confeil , qui a épousé
Marie Catherine de Ricoüart,
Fille de Jacques de Ricoüart,
Seigneur de Saint Georges, &
de Catherine le Peutre , dont
eft venu Charles de Benoife ,
Seigneur de Fains , de la Tournelle
, &c. Confeiller en la
premiere des Enqueftes , & à
preſent Confeiller d'honneur
au Parlement , & Chef du
GALANT
233
Confeil de Monfieur le Comte
de Toulouſe . Il a épousé
N. Dantecourt , & de ce mariage
font venus Charles Au
guſte de Benoiſe qui eſt forc
jeune , & Catherine Nicole
de Benoife qui vient d'époufer
M Gruyn. Il y a eu de cette
mefme Famille , Charles de
Benoife, mort Confeiller d'Eglife
en la Grand'Chambre ,
qui eftoit Frere de Marie de
Benoile , époufe de Pierre de
Brilhac , Seigneur de Nouzieres
& de Tachainville , Coufeiller
en la Grand'Chambre ,
Pere de Pierre de Brilhac,
Octobre 1698. V
234 MERCURE
$
Confeiller en la troifiéme des
Enqueftes. Il y a encore un
Charles de Benoiſe , qui a efté
Maistre des Requeftes, & qui
a épousé Marguerite Brebar,
dont il a deux Filles , Mar.
guerite & Marie de Benoife.
Les grandes aufteritez n'a .
bregent point la vie . La mere
Anne de Saint Bernard, Religieufe
de Sainte Claire , qui
mourut au Monaftére de
l'Ave Maria le zo du mois
paffé , âgée de quatre-vingt
dix- fept ans , en eft une preuve.
Ma derniere Lettre eftoit
fermée quand j'appris la mort
GALANT.
235
de Monfieur le Prince de
Dombes , Fils de Monfieur le
Duc du Mayne . Il eftoit âgé
de deux ans fix mois . Toute
la Maiſon Royale & toute la
Cour , ont fait compliment
fur cette mort à Monfieur, &
à Madame la Ducheffe du
Mayne , & la Cour en a pris
le deüil.
Voicy les noms de quelques
autres perfonnes diftingués ,
dont j'ay à vous apprendre la
mort.
1
Meffire Jean Jofeph de Los,
Comte de Kizywonoga , Palatin
de Mariambourg , Gen-
Vij
236 MERCURE
tilhomme Polonois . Il eftoit
Fils unique du deffunt Palatin
de Mariambourg , & il eſt
mort à Paris , où il eftoit venu
voyager pour apprendre
les Exercices , & le bel air de
la Cour de France . Il eftoit
fort riche , & n'avoit pas encore
ſeize ans accomplis .
Dame Madelene- Françoife
de Choiſeul , veuve de
Meffire Jean Baptifte- Gaſton
de Maugiron , Comte de
Montleans , Gouverneur pour
Sa Majesté de la Ville & Chaf-"
teau de Vienne , morte fans
pofterité , âgée de foixanteGALANT.
237
dix ans. Elle eftoit Soeur de
Marie- Chreftienne de Choifeul
, Religieufe à la Vifitation
de Melun , & de deffunt
Charles de Choifeul , Comte
du Pleffis , Marefchal des
Camps & Armées du Roy ,
tué à la Bataille de Rethel
fans alliance en 1650. de Ce .
--far de Choifeul Chevalier de
Malthe , Abbé de S. Sauveur
de Rhedon tué en Italie en
1648. & d'Alexandre de Choifeul
Comte du Pleffis , Premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , tué
à la priſe d'Arnheim en 1672.
238 MERCURE
pere de Cefar . Augufte de
Choifeul du Pleffis- Praflin ,
aujourd'huy Duc & Pair de
France & Chevalier des Or
dres du Roy . Ils eftoient tous
enfans de Cefar de Choifeul ,
Duc & Pair & Maréchal de
France , Chevalier des Ordres
du Roy, Gouverneur de Monfieur,
Frere unique de Sa Majefté,
Sur Intendant de fa maifon
, & premier Gentilhomme
de la Chambre , & de Colom
be Charon . Cefar de Choifeu !
eftoit fils de Ferry de Choiſeul
Comte du Pleffis , Chevalièr
des Ordres da Roy & Colo.
GALANT. 239
nel General de la Cavalerie-
Legere de France , & de Madeleine
Barthelemy.
Mellire Alphonfedel Pozzo,
Prince de la Citerne , мarquis
de Vauguerre , Grand
Veneur & Grand Fauconnier
de S. A. R. de Savoye , Maréchal
des Camps de les Ar
mées , Colonel du Regiment
de Saluces à fon fervice . Il
avoit époufé Henriette- Marie
le Hardy de la Trouffe ,
Fille de Philippes Auguſte le
Hardy , Marquis de la Trouffe
, Chevalier des Ordres du
Roy, Lieutenant General de
240 MERCURE
fes Armées , & Gouverneur
de la Ville d'Ypres , & de
Marguerite de la Fond , foeur
de Claude de la Fond Seigneur
de Reuvriere , Maitre
des Requeftes , & Intendant
de Justice en Bourgogne .
Meffire Jean Ruzé d'Effiat ,
Confeiller d'honneur au Parlement
de Toulouſe , Abbé
des Abbayes de Saint Sernin
& de Noftre Damede Trois-
Fontaines , & Prieur de Saint
Eloy lés Lonjumeau . Il eftoit
Oncle d'Antoine Ruzé Márquis
d'Effiat , Chevalier des
Ordres du Roy , premier Ecuyer
GALANT. 241
cuyer & premier Veneur de
Monfieur , & fils d'Antoine
Ruzé Marquis d'Effiat , Chevalier
des Ordres du Roy &
Moréchal de France , & de
Marie de Fourcy.
Meffire François le Boultz,
Seigneur de Chaumot , Confeiller
en la grande Chambre
bre, il avoit époufé N. le
Secq , foeur de Gafpard le
Secq Comte de Montault ,
qui a épousé Mademoiſelle
de Vaillac , fille du Chevalier
des Ordres du Roy , &
Soeur de N. le Secq , Epoule
de M. Reichs de Penautier,
X
Octobre 1698.
242 MERCURE
Treforier General du Clergé
& des Etats de Languedoc ,
tous entans de Gaſpard le
Secq Secretaire de Sa Majefté,
& de Simonne de Laune .
M. le Boultz eftoit Fils de
Noel le Boultz Confeiller en
la Grand Chambre & d'Anne
Defprez , & Frere de N. le
le Boultz Epoufe' de Pierre
de
Becdelievre Seigneur
d'Hocqueville , Marquis de
Quevilly , premier Preſident
de la Cour des Aydes de
Normandie , & de feu Noel
Je Boultz Confeiller , Aumofnier
ordinaire du Roy , Abbé
GALANT. 243
de l'Abfie. Le mefme Mle
Boultz eftoit neveu de Louis
le Boultz Maistre des Requeltes
, de feu Luc le Boultz
Maitre des Compres, de Fran
çois le Boultz Doyen des Confeillers
des Requeſtés du Palais
, de Magdeleine le Boultz ,
epoufe de Gilles Blondeau
Prefident des Comptes , & de
Loüife le Boultz épouſe de
Charles du Tronchet , Prefi
dent des Enquestes . Meffire
Jerôme Merault , Seigneur de
Bainville , Doyen des Confeillers
de la quatrième des
Enqueſtes, monte à laGrand'-
X ij
244 MERCURE
Chambre par la mort de Mi
le Boultz .
Dame Marie Jolly , épouſe
de Meffire Euftache Thibeuf,
Seigneur de S. Germain , Confeiller
en la grand'Chambre ,
& veuve de Meffire Loüis Saveau,
Conſeiller en laCour des
Aydes. Elle n'a point laiſſé
d'enfans . M Thibeuf fon
Epoux eft Frere de N. Thi
beuf , veuve de Claude d'Aleffo
, Conſeiller au Parlement,
parent de Saint François de
Paule , & fils de Pierre Thibeuf
, Seigneur de Bouville,
du Val, Coquatrix , Saint GerGALANT.
245
main , & c . Confeiller en la
Grand'Chambre , & de Claude
le Boullenger.
L'enigme du mois paſſé avoit eſté
faite fur l'Epée. Ceux qui ont trovvé
ce mot font Mis les Abbez Perel
& Mabot de la Planche Mou-
Aard du Fauxbourg Saint Marcel,
Jolybois , nouveau Curé de Sailly
& Chapelain de Saint Germain de
Laxis ; Bruneau de S. S. ancien
Chanoine de Laval , & Curé de
Noftre Dame de Grace Hernier,
cy -devant Curé de Nôtre - Dame de
la Garenne & anjourd’huy
Curé de la Chapelle Gennevrav
Cruders de la Place Maubert ; de
•
"
Lorme ; le petit de
Moufle ; l'Abbé
Dangear de Tours ; Charles de la
Rue de l'Arbrefecq : Bordelt &
fon aimable voifine , le petit Noüet-
X iij
246 MERCURE
{
te , le petit Defpreau , Gravier , Frelon
de Richebourg : Dom Pedro
de las Torres , Jolimont , Mile Javot
te Ogier du coin de la rue de Richelieu
, Mefdemoiſelles Cheron , e du
Mée , de Lort , Fouque de Meri , la
jeune Brune de l'Image S. Louis,
Quartier des Sciences , & fon pes .
tit voifin , la Brune de Saint Mauri
la Compagnie du feftin des adieux ,
le Cadet de la rencontre de la
Cour de Rouen , les Beaux Amans
& les Belles Amantes de la rue de
la Verrerie , & le Berger Palemon ,
le Bureau des coeurs tendres de la rue
S. Eloy , les 5. Satires deRouen & le
Milantrope , le Pelerin de Rome , le
Solitaire du Quay Neuf , l'Heroïl
que Guerrier de Troyes, la Cherie
de Chartres , & Mademoiſelle
Quillot de Dijon. Boya makak
IN
GALANT. 247
du
la
F NIGME.
HRQUE
DE
LA
YON
VILLE
X iiij
246 MERCURE
telepetit Defpreau , Gravier , Frede
Dijon. Posebnim de
GALANT. 247
ENIG ME.
OYEZ la plaifante Fa-
Vor
mille.
Il s'agit de fçavoir qui peut eftre
la Fille ,
( Le recit n'eſt point fabuleux )
Qu'on a veuë époufer (a mere ,
Dont la mere eftoit male , & qui
n'eut point de pere..
Devine àprefent fi tu peux.
tée
Voicy une feconde Chanfon , nos
par un homme qui entend
faitement la Mufique .
AIR NOUVEAU.
...
par-
ANS le bel âge il eft daux de DAD
jusfe vendred
X iiij
148 MERCURE
"
Tranquilles coeurs , laiffez vous
enflamer.
Ilfaut aimer , on ne s'en peut
fendre.
dd-
'Il faut aimer, l'amour doit tout
charmer.
On m'a averty 'qu'en vous apprenant
la mort de Madame la
Ducheffe de Richelieu , dans ma
Lettre d'Aouft , je vous marquay
qu'elle eftoit Fille unique & heritiere
de Jean Leonard , Marquis
d'Acigné. Je me fuis trompé Elle a
une Scar appellée Marie Gabrielle.
Jacqueline d'Acigné , qui n'eft pas
encore mariée , & quieft avec Madamela
Comteffe d'Acigné la mere .
Madame la Ducheffe de Richelieu
ordonna en mourant que fon coeur
feroit porté à la Mothe Souzay en
GALANT 249
Touraine. C'est une des Terres de
Madame la Comteffe d'Acigné ;
que Mr d'Acigné fon Oncle avoit
époulé , & qui s'appelle Anne-Marie
d'Acigné. Elle est l'aifnée de
cette illuftre Maiſon , qui vient des
anciens Ducs de Bretagne , & qui
eft alliée à tout ce qu'il y a de grand
dans le Royaume .
Je n'ay point gardé l'ordre des
dattes , puifque je ne vous ay point
encore parlé du voyage du Roy à
Fontainebleau . Je l'ay fait exprés ,
afin de ne faire qu'un feul corps de
cet article. Ce Prince devant s'y
rendre en un jour Monfeigneur le
Dauphin qui avoit promis à Me le
Marquis d'Antin d'aller à Petit
Bourg où ce Seigneur devoit le regaler
, partit un jour avant le Roy
pour s'y rendre. Ce Prince eftoit
250 MERCURE
accompagné de Madame la Princeffe
de Conty douairiere , de Ma.
demoilelle de Lillebonne , de Mef
dames da Beringhen , de la Valliere
, & de Rouvroy , & des Filles
d'honneur de Madame la Princeffe
de Conty , de Monfieur le
Prince de Conty , de Monfieurle
Comte de Thouloufe , de Mr le
Duc de Villeroy , de Mr le Comte
de Rouffy , de Mr le Marquis de
la Valliere , & de Mr le Comte
d'Ayen. Ils arriverent à Petit Bourg
entre trois & quatre heures aprés
midy , & enfuite d'une longue
promenade dans les jardins , la
Compagnie monta au Chateau ,
où aprés avoir pris le divertiffement
de la Mufique elle fe mit au jeu .
On foupa enfuite , & le repas fut
auffi magnifique que delicat , de bon
GALANT 257
l'on
gouft , & bien entendu . Il y cut
des Tables neuves pour les Officiers ,
& les Gardes du Corps furent regalez
ainfi que les Suiffes que
avoit fait venir pour fervir . Le
foupé fut long , le jeu fucceda au
loupé , & dura environ une heure.
Monfeigneur fe coucha enfuite . La
matinée du lendemain fe pafla en
promenades . On fe mit à table au
retour , & le difner fut fervy avec
une propreté & une magnificence
égale à celle du premier jour . Tout
ce que la faifon peut produire de
rare fe trouva à ces deux repas :
On ne s'en étonna point , puifque
depuis long-temps le Marquis d'Antin
s'eft appliqué à rechercher , melme
dans les endroits les plus éloignez,
tout ce qu'il a fceu eftre au
gouft de Monteigneur pour luy en
252 MERCURE
faire, des prefens . On fçait fon at.
tachement pour ce Prince , nonfeulement
en qualité de Menin ,
mais parce qu'il s'eſt dévoué à luy:
Dailleurs la magnificence de ce
Marquis vient d'éclater tout nouvellement
au Camp de Coudon ,
où comme Maréchal de Camp il a
tenu une Table magnifique.
J'oubliay de vous dire le mois
paffe , que le Portrait de Monfigneur
, qui eftoir placé dans la grande
Salle d Mr de Boufflers , auCamp ,
n'eftoit pas celuy qui a esté fait par
Mr de Troyes , moats le Portrait que
Mr Perlon a achevé depuis peu ,
dont on parle fi avantageulement ,
& dont les copies font fi recherchées
.
Le Roy partit de Verfailles pour
Fontainebleau le premier jour de ce
GALANT. 253
mois , & le 8. le Roy & la Reine de
la grand ' Bretagne s'y rendirent. Sa
Majefté , accompagnée de Monfeigneur
le Dauphin , de Monfeigneut
le Duc & de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , de Monfeigneur le
Duc d'Ajou & de Monfeigneur le
Duc de Berry , les receut fur le Perron
au deſſus de l'Eſcalier du Fer â
cheval , & les conduifit dans l'Appartement
qui leur eftoit préparé .
Avant que leurs Majeftez Britanniques
füffent à Fontainebleau , le Roy
alloit à la Meffe à fon ordinaire , &
dînoit à fon petit couvert dans fa
chambre , à l'iffuë du Confeil ; mais
depuis leur arrivée , il a tenu Confeil
avant la Meffe , qui ne fe dit qu'à
midy & demi, Sa Majesté va prendre
la Reine dans fon grand Cabinet
, où le trouvent les Princes &
254 MERCURE
les Prince fles . Il luy donne la main,
& la conduit à la Chapelle. Le Roy
d'Angleterre marche de l'autre cofé
, mais fans luy donner la main,
Ils font précedez de Monfeigneur,
de Monteigneur le Duc de Bourgogne
, de Monfieur , & de tous les
Princes & Seigneurs . Meffeigneurs
les Ducs d'Anjou & de Berry ny
font Le Miniftre , c'est à dire,
pas.
le Superieur des Mathurins en Etole
prefente de l'eau benite, & commence
par le Roy & la Reine d'Angleterre.
La Reine de met dans le milieu
du Pric-dieu , le Roy d'Angleterte
à fa droite , & le Roy à ſa gau .
che Le Chapelain aprés la Meffe
fait baifer le Corporal a leurs Maje,
ftez & commence auffi par le Roy
d'Angleterre. On fort de la Meffe
dans le mefme ordre , & l'on paffe
GALANT. 255
par la Galerie des Réformez. L'on
entre dans l'anti- chambre du Roy,
où le difné fè trouve fervi . L'abon .
dance & la delicateffe répondent à
la grandeur du Prince qui donne ces
repas. Aprés le dilné Sa Majeftéreconduit
le Roy & la Reined Angleterre
à la porte de l'anti- chambre, &
ils retournent dans leur appartement
par la Galerie des Reformez . Le foir
pour le fouper , le Roy les reçoit &
les reconduit à la mefme porre. Les
jours d'Appartement , le Roy & la
Reine d'Angleterre fe rendant dans
l'appartement de Sa Majesté à fept
beures & demie du foir , & le Roy
les vient recevoir à la même porte
de fon Antichambre , où la Mufique
commence auffi - tôt qu'ils font placez
. Elle n'eft que de trois quarts
d'heure , aprés quoy le Roy mene
256 MERCURE
*
leurs Majeftez dans fon Cabinet où
la Reine fe met au jeu juſqu'au ſouper
qu'on fert à dix heures Le Roy
d'Angleterre voit jouer , & le Roy
va travailler avec quelqu'un de ſes
Miniftres, A dix heures il vient
prendre leurs Majeftez Britaniques
dans fon Cabinet , & donne la main
à la Reine jufqu'à la Table. En
voicy la difpofition & l'ordre, quand
perfonne n'y a manqué .
Cette Table reprefentoit une efpe .
ce de fer à Cheval qui n'eft pas tout à
fait rond par le milieu. Leurs Ma .
jeftez eftcient feules dans le milieu ;
fçavoir la Reine d'Angleterre entre
les Rois , le Roy d'Angleterre à la
droite le Roy à la gauche . Dans le
cofté tournant du cofté du Roy
d'Angleterre eftoient Monſeigneur,
Madame la Ducheffe de Bourgogne ,
GALANT. 257
Madame , Madame la Ducheffe de
Chartre , Madame la Princeffe ,
Madame la Princeffe de Conty
Douairiere , Mademoiſelle d'Anghein
.
?
.
Dans le cofté tournant du cofté
du Roy estoient Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , Monfieur ,
Monfieur le Duc de Chartres ,
Mademoiſelle Madame la Duchef
, Mademoiſelle de Condé.
Comme on n'eftoit à Table que
d'un cofté , il eftoit aité de la fervir
, ce qui auroit efté difficile autrement
, à caufe de la beauté des
fervices , & de la grandeur des
plats.
Outre le divertiſſement de la
Mufique & du Jeu que l'on prend
fouvent dans les appartemens , il y
a des jours deftinez pour la Co-
Octobre 1698 Y
2
258 MERCURE
medie à laquelle les deux Rois
n'ont point efté , mais ils ont
fouvent pris le divertiffement de la
Chaffe auquel la Reine d'Angleterre
& Madame la Ducheffe de
Bourgogne le font fouvent trouvées
dans une Caleche ouverte.
Le 12. de ce mois le Roy alla
aprés fon difner rendre vifite , à
Midémoiſelle ; Monfeigneur.y'alla
enfuite , & tous deux en fortirent
fort touchez des pleurs qu'ils luy
virent répandre. Madame la Du
cheffe de Bourgogne y alla fur les
trois heures, après avoir donné Audiente
à l'Ambaffidrice de Hollande
. Les larmes de l'une & de
l'autre , firent toute leur converfation
. Le meſme jour à cinq heures
, toutes les Princeffes & les D₁-
mes de la Cour le trouverent avec
(
GALANT
(239
}
des habits magnifiques dans le Ca.
binet de Madame la Ducheffe de
Bourgognespoutafilter aux Fians
çailles de Mademoiſelle , qui del
voient fe faire dans celuy du Roya
L'habit de Madame la Duchefle
de Bourgogne.eftoit d'un Tiffa d'ach
gent avec des Fleurs d'or mellées
d'un peu de couleur de feu & da
vert La parure de la ceſte & celle
de l'Habit eftoient de Diamans ,
compofées , ainfi que fon Collier,
des plus beaux de la Couronne,
Madame la Ducheffe de Chartids
Madame la Ducheifer , Madame la
Princeffe de Contyb Douairiere
& Meldemoifelles del Condé &
d'Anguien eftoient veftues des plus
riches eftoffes & fort! parées de
Pierreries: Ascites theures ladicun
quart , les Dam
?
pafferent labe
Y ij
260 MERCURE
Cabinet du Roy , où eſtoient déja
arrivées Leurs Mijeftez Britanniques
& tous les Princes , excepté
Monfeigneur le Duc d'Anjou , qui
cut ce jour là un accés de fievre .
Un moment aprés arriverent Monfieur
& Madame avec de riches har
bits . Celuy de Monfieur eftoit d'une
magnifique eftoffe d'or , avec d'é.
paiffes boutonnieres d'argent & un
Agrément pareil , mais moins large
fur les tailles. Il avoit fur l'épaule
& fur les manches des touffes de
rubans de Satin noir avec des attaches
de Diamans. Celle du Cha.
peau eftoit d'une grande beauté . Il
avoit auffi des Plumes & des Bas
de Soye noirs. L'Habit de Madame
eftoit noble & modefte . Made .
moifelle arriva enfuite precedée par
Mrle Marquis de Blainville , Grand
GALANT: 261
A
Maistre des Ceremonies , & par Mr
desGrangesMaitre des Ceremonies,
Mr le Duc d'Elbeuf luy donnoit la
main droite , & Mr le Marquis de
Convonges , envoyé de Monfieur
le Duc de Lorraine luy donnoit la
a main gauche . L'habit de Mademoifelle
eftoit d'un gros de Tours noir,
brodé d'or en pleîn , fa juppe eſtoir
d'un tiffa d'argent avec une broderie
d'or , dans laquelle il entroit un
peu de couleur de feu . Elle avoit
une riche parure de diamans & une
mante d'un point d'Efpagne d'or
de fix aunes & demie de long, dont
le bout eftoit porté par Madame la
Grand Duchefle . Mr le Duc d'El,
beuf avoit un habit à manteau tresfuperbe
. I eftoit de drap d'or avec
des fleurs couleur de pourpre , & le
manteau eftoit doublé de couleur
262 MERCURE
•
de pourpre , & tout garni d'épaiffes
dentelles d'argent. Les jarretieres
eftoient de melme. Si toft que ces ·
Princes & ces Princeffes furent af
femblez dans le Cabinet . Mr de
Pontchartrain Miniftre & Secrétai
re d'Eftat de la Maifon du Roy ,
& Mr le Marquis de Torcy Secre
traire d'Eftat des Affaires Etrange
res, prefenterent le Contrat, qui fut
lû & figné enfuite par toute la Mai.
fon Royale. Enfuite dequoy M
Defgranges Maitre des Cérémo
nies fortit duCabinet pour avertir Mr
le Cardinal de Coiflin premier Aus
mônier du Roy qui attendoit dans la
Chambre de Sa Majesté , qu'il eftoit
temps d'entrer . CeCardinal eftoit en
Camail & en Rochet avec une Erol.
le. Il entra dans le Cabinet accompagné
des Aumôniers du Roy..en
GALANT 263
Surplis , & du Curé de la Paroiſſe dé
Fontainebleau auffi en Surplis & en
Etolle . Son Eminence demanda à
Mr le Duc d'Elbeuf fon nom
quoy ce Prince répondit qu'il s'appelloit
Henry de Lorraine , & luy
remit entre les mains la Procuration
de Leopold Duc de Lorraine , & la
Difpente venue de Roine , à caufe
du degré de Parenté qui eft entré
Mademoiſelle & Monfieur le Duc E
de Lorraine. Le Cardinal dit aflez
haut , Henry de Lorraine , charge
de la Pocaration de Leopold Dac
de Lorraine's Ec vous , Elizabeth
Charlotte d'Orleans , & c. avant que
de dire , Oxy ; Mademoifelle fe
tourna vers le Roy , Monfieur &
Madame , & leur fit de profondes
reverences pour leur demander leur
confentement , ce qu'elle ne fit point
264 MERCURE
au Roy ny à la Reine d'Angleterre,
quoy que préfens. Cela fait Mr le
Cardinal mit fon Bonnet & prononça
les paroles des Françailles , ce
qui finit la Cereremonie, Toute
cetre auguſte Compagnie fe trouva
le foir à la Mufique dans les appartemens
, & le foupé fut fervi le fair
chez le Roy , ainfi que je vous l'ay
déja marqué . Ces repas eftoient fi
magnifiques qu'il auroit efté difficile
d'y rien ajoûter.
Le Lundy treiziéme , toutes les
Princeffes le troverent avant midy
, à la Toilette de Madame
la Ducheffe de Bourgogne . Elles
avoient des hahits encore plus ma .
gnifiques que le jour précedent Ce-
Juy de Midame la Ducheffe de
Bourgogne estoit d'un Damas gris
delin avec des fleurs d'argent , &
une
GALANT. 265
4
une garniture de Diamans & d · Emeraudes.
Les hàbits des Princeffes
difputoient de ticheffe & de bon
gouft, Madame arriva , & Mademoifelle
la fuivit de prés . Elle eftoit précedée
par Mr le Marquis de Blainville
& par Mrdes Granges . Mr le
Duc d'Ebeuf luy donnoit la mairi
droite , & Mr le Marquis de Coul
vonges la gauche . Ils eftoient ac
compagnez de Mr Barois , Envoyé
de Monfieur le Duc de Lorraine , au
fujet de fon Contrat de Mariage.
L'babit de Mademoifelle eftoit d'une
étoffe d'argent , & la juppe de
melme , toute chamarrée de dentelles
d'argent . Sa parure eftoir de
Diamans & de Rubis . Mr le Duc
d'Elbeuf avoit un habit à manteau à
fond noir avec des fleurs d'or , dou
blé d'un glacé d'or , fur lequel eftoit
Octobre 1698. Z
266 MERCURE
appliqué un grand point d'Espagne
d'or à cartiſannes , qui regnoit tout
autour du manteau. Les chauffes
eftoient garnies de pareilles dentelles
en falbala à trois rangs ,avec des tubans
bleus & or, Il avoit auffi des
plumes bleuës , & tout fon ajuſtement
eftoit magnifique . Le Roy
ayant fait avertir Madame la Du
cheffe de Bourgogne à l'iffuë du
Confeil , où ce Prince fe trouve
tous les jours., toutes les Dames la
fuivirent chez la Reine d'Angleterre.
Le Roy s'y eftoit déja rendu ,
L'on fe mit en marche pour aller
la Chapelle. , Mademoiſelle & Mr le
Duc d'Elbeuf marcherent les premiers.
Le Roy , le Roy & la Reine
d'Angl.allerent enfuite , précedez de
Monteigneur, & de tous les Princes
de la Maifon Royale, Si toft qu'on
GALANT. 267
fut arrivé à la Chapelle , Mr le Car
dinal de Coiflin , la Mitre en tefte &
la Croffe à la main , falua les Rois,
fit une courte priere , aprés laquelle
il fe mitdans fon fauteuil , & appel a ,
ainfi qu'il avoit fait le jour piecedent
aux Fiançailles , Henri de
Lorraine , chargé de la procuration
de Leopold , Duc de Lorraine , &
vous Elizabeth Charlotte d'Orleans
& puis il acheva le ceremonie
felon l'uſage ordinaire . La meſſe
commença. Mademoiselle & Mr le
Duc d'Elbeuf fe mirent fur des carreaux
au devant du Pie dien , où
estoient les deux Rois & la Reine
d'Angleterre .Is allerent à l'Offian .
de , le cierge ayant efte prefenté à
Mr le Duc d'Elbeuf par le Grand-
Maistre des Ceremonies , & à мademoiſelle
, par le Maistre des Ceremo.
Z ij
268 MERCURE
+
nies , ils furent mis fous le Poëlle
qui fut tenu par Mrs les Ab ..
bez de Pompone & Morel , Aumôniers
de Sa Majesté La Mefle eftang
hnie , l'on le temir en marche pour
fortir de la Chapelle , & quand on
fut prés de la porte, le Roy fe retourna
pour faire les adieux à Madame
la Ducheffe de Lorraine , qu'il em
braffa plufieurs fois avec beaucoup de
tendreffe. Elle fondoit en larmes , &
ne put proferer aucune parole . Mon.,
feigneur, & Monseigneur le Duc de
Bourgogne l'embrafferent auffi , &
Madame la Ducheffe de Bourgogne
fit paroistre en cette occafion par fes,
pleurs & par fes fanglers la bonté de,
ion naturel. Le Røy , leurs Majeſtez ,
Britanniques , Monseigneur , Monfeigneur
le Duc & Madame la Du
chefle de Bourgogne , monterent
dans l'appartement du Roy pour fe
GALANT. 269
mettre à table , & Monfieur , Madame
, Monfieur le Duc & Madame la
Ducheffe de Chartres , & Madame
la Ducheffe de Lorraine , allerent
par la cour dans l'appartement de
Madame , où ils dinerent , puis ils
partirent fur les trois heures pour al
Ter à Paris ,
Cette Alliance eft la trente troiféme
que la Miifon de Lorraine
fait avec celle de France , Monfieur
le Duc de Lorraine qui vient
de fe marier , eft Fils de Reine , Neveu
d'Empereur &de Roy. Il a pris,
comme Roy de Jerufalem , une
Couronne fermée , & compofée de
'pieces de Ecu de fes Armes , On
prétend que le Duché de Lorraine
Toit le plus ancien de l'Europe.
Le Roy devant défrayer Mada-
'me la Dacheffe de Lorraine de tou-
Z iij
270 MERCURE
tes chofes aprés fon Mariage , cette
Princeffe partit le 13. de Fontainebleau
dans les Carroffes du Roy , ac⇒
compagnée des Gardes de Sa Majefté
Elle arriva fur les neuf heures
du foir auPalaisRoyal, dont elle trouva
tous les environs remplis de peu
ple,ain fique les cours & le grandEfca
lier, Les Gardes du Roy avoient pris
poffeffion de la Salle des Gardes de
fon appartement , & les Huiffiers de
Sa Majesté , de toutes les portes de
ce même appartement
, comme les
Valets de chambre , de la cham.
bre où elle devoit coucher . Les Of
ficiers des fept Offices , fçavoir ce
qu'on appelle la bouche , le Gobeler ,
la Paneterie , la Fruiterie , & c. s'eftoient
pareillement
emparez de
toutes les Offices & de toutes les
Cuifines, Le traitement commença
GALANT 271
"
lefeir , & Mrd. Cambray , Maiftre
d Hoftel du Roy , qui en eftoit char
gê , fir les fonctions de fa Charge au
foupé , qui fut tres - magnifique , la
Voicy ce qui fe paffa le mefme
jour à Nancy . Monfieur le Duc
de Lorraine donna ce jour -là la Comedie
gratis , il traita foixante pers
fonnes à fouper Il y eut des Fontaines
de vin en plufieurs endroits
de fon Palais , des Feux dans toutes
les rues , & des illuminations à toutes
les feneftres ., Depuis ce jour - lâ
Monfieur le Duc de Lorraine a
tous les jours dépeſche un Gen
tilhomme pour fçavoir des nou➡
velles de Madame le Ducheffe de
Lorraine, & luy faire compliment de
fa part . Cette Princeffe fut vifitée le
lendemain de fon arrivée à Paris
& le jour fuivant par tout ce que
Z iiij
272 MERCURE
la France a de plus diftingué , & cette
Princeffe eftant extremement aimée
à cause de les manieres honneſtes
& obligeantes , de la bonté &
de fon affabilité naturelle , tous ceux
qui curent l'honneur de la voir pa .
rurent fenfiblement touchez de fon
départ. Le 15. Son Alteffe Royale
fut complimentée fut fon mariage
par Mr le Prevost des Marchands,
accompagné de Mrs es Echevins,
Ils luy firent les preſens accoutu .
mez en de pareilles occafions. Elle
alla ce jour là aux Carmelites du
Fauxboung S Jacques & au Val de
Grace , où les Religieufes de ces
deux Convens luy marquerent l'extrême
regret qu'elles avoient de la
voir partir. Elle alla le meſme
jour à la Maifon Profeffe des Jefuites.
Le Roy luy a fait prefent
d'une parure de Diamans de trés.
GALANT 273
grand prix & d'un Ameublement
complet de brocard d'or . Rien n'eft
plus beau ny plus riche que cet
Ameublement , Monfieur a auſſi
donné à cette Princeffe deux trésbeaux
ameublemens complets , une
pature de Diamans une autre
de Rubis d'Orient & de Diamans
, une troifiéme de Pierres de
divelles couleurs , & des Pendans
de Perles en poire , trois Perles à
chaque Pendant , plufieurs Luttres
de Criftal , des Pendules , des Bras
de Vermeil doré , des Porcelaines
garnis d'or , & fur tout une Toilette
de Vermeil doré, contenant generalement
toutes les pieces qui peuvent
entrer dans une toilette tou
tes de formes differentes. On n'a
jamais rien veu de plus beau pour ces
fortes d'ouvrages que les quarrez , &
le Miroir de cette Toilette . Il n'y
274 MERCURE
1
à pas une piece où la cizelore ne
faffe voit des attributs de lAmour
& du Mariage , & des Figures admirablement
bien travaillées . Cette
Toilette eft accompagnée de quatre
grands Flambeaux de Vermeil
doré , & de deux encore plus grands
& quartez pour les Huiffiers qui
les portent devant les Souverains
qu'ils ont l'honneur de fervir . Tou!
tes ces pieces font aux Armes de
Monfieur & de Madamela Duchefle
de Lorraine , avec la Couronne
fermée. Cette Toilette charma tous
ceux qui la virent . Elle est de M
de Launay. C'eft affez pour en fai
re imaginer encore davantage que
tout ce que je pourrois en dire.
Jene parle point de quinze Manteaux
de differens Brocards d'or , de
fept Robes & de quinze Juppes dont
plufieurs font brodées , & de douze
GALANT
275
Juppons. Le refte de tout ce qui
peut fervir à la parure des Dames
Le trouve à proportion dans ce que
cette Prince fle emporte : c'eft à dire
dans une riche abondance.
Le 16 , au matin , Monfieur ,
Madame & Monfieur le Duc de
Chartres qui estoient venus de Fontainebleau
avec cette Princeffe , luy
dirent adieu, avant qu'elle foft levée
, & le retirerent avec precipitation
, de peur d'eftre trop attendris
par de plus longs adieux , & pour
arrefter l'abondance des larmes qui
commençoient à cooler . Leurs A.
Rallerent dilner à Petit Bourg. Ce
repas fut des plus magnifiques &
des mieux entendus,
Sur les deux heures du mefme
jour Madame la Ducheffe de Lor
raine partit dans les Carroffes du
2
276 MERCURE
Roy. Les Gardes commandez par
Mt de Bufca le Fils avoienr l'Epée
haure , lon Cartofle eftoit entouré
de dix Valets de pied de Sa Majef
té , quatre grands & fix petits Elle
eftoit auffi fervie par fix Pages du
Roy. Le Carroffe des Ecuyers precedoit
celuy de S. A. R. dans lequel
eftoit m des Granges maiſtre
des Ceremonies , Mr du Sauffoy
Ecuyer du Roy , M* l'Abbé Teftu-
Mauroy , cy- devant Precepteur de
Son Alteff: Royale , le Pere Confeffeur
Mr des Bordes , Ecuyer de fa
Princeffe, & Mr de Maugrifon premier
Medecin. Dans le Caroffe du
Corps eftoient Madame la Ducheffe
de Lorraine , Madame laPrinceffe de
Lifl : bonne nommée par Sa Majefté
pour l'accompagner , Madame de
Maré Madame de Couvonge ' ,
Madame de Roquenaufe la mere, &
GALANT 277
Mademoiselle , de Requenaufe Fille
d'honneur de Son Alteffe Royale.
Cette Princeffe falua le peuple qui
s'eftoit affemblé en foule pour la
voir partir , & qui luy donna mille
benedictions. Elle alla coucher à
Claye où les fieurs Pivain & du
Breuil chanterent à fon fouper un
Air, dont voicy les paroles. 11 eft de
la compofition du Sr Pivain. Je
vous l'envoyeray noté le mois prochain
.
Allez, allez, belle Princefe,
Allez répondre à la tendreffe,
D'an Prince fortuné qui deviens
voftre Epoux.
Cent Princes foupiroient pour
vous ,
Mais ils fe fant flattez d'une efperance
vaine.
278 MERCURE
Ab , quel bonheur pour la
Lorraine!
Ab, qu'elle fera de jaloux.
Ces mefmes Muficiens chanterent
le lendemain plufieurs Motets pendant
la Meffe de cette Princeffe ,.at
l'iffuë de laquelle elle partit pour
Meaux . La Maréchauffée & les
Chevaliers de l'Arquebufe à cheval
vinrent au devant d'elle environ
deux lieuës en deça avec des Trompettes
, des Hautbois & des Violons
. Ils la conduifirent juſqu'à la
Porte de la Ville , où elle fut recèue
par le Prefidial & par le Maire
& les Efchevins qui la complimenterent
, & luy firent les prefens
accouſtumez . Elle traverfa la Ville
au milieu de toute la Bourgeoifie tous
les Armes , pour aller à l'Evêché, où
Mr l'Evêque de Meaux en Rother &
GALANT 239
en Camail luy fit compliment à la
tefte de fon Chapitre. Le mefme
jour fur les deux heures , aprés avoir
difné à l'Evêché , cette Princeffe
partit pour
aller coucher à la Fertéfous
Jouarre, & fut conduite par les
mefmes Corps qui avoient efté au
devant d'elle jufqu'à deux lieuës de
Meaux , où la Nobleffe de la Ferté
l'attendoit. Pendant qu'elle avançoit
vers la Lorraine , le Prince fon
Époux venoit au - devant d'elle . II
arriva le 18 , au matin à Bar, accompagné
de toute fa Cour , & de fes
Chevaux Legers , ainfi que de plufieurs
Compagnies de Bourgeois à
cheval qui avoient eſté au- devant
de ce Prince. Il eftoit à cheval avec
Mr le Prince Charles fon Frere . Il
mit pied à terre à la porte de la Ville
. On luy prefenta le Daix fous le
280 MERCURE
quel il fe mit
avec Mr le Prince
Charles
, & fe rendit
au Chafteau
entre deux hayes de Soldats
fous
les Armes , où l'on chanta
auffi- toft
le Te Deum . Tous les Religieux
de la Ville avoient
efté au - devant
de luy avec la Croix & la Baniere
,
& l'avoient
harangué
. Il donna le
matin Audience
à Mr de la Carte,
prefentement
Marquis
de la Ferté,
Capitaine
des Gardes
de Monfieur
,
qui le vint complimenter
fur fon
Mariage
de la part de S. A. Monfieur
le Duc de Lorraine
, fit l'honneur
à ce Marquis
de le faire dîner
avec luy. Le Prince François
le ren
dit ce jour-là à Bar avec Mr le
Marquis
de Meufe
. Les appartemens
du Chateau
font magnifiquement
meublez
. Il y a dans une Salle baſſe
une Tenture
de Tapifferie
d'une
GALANT. 281
.
tres-grande beauté , elle reprefenté
'Hiftoire d'Abraham. Il y a deux
Luftres d'argent ornez de quantité
de figures du meſme métal , huit
grandes Plaques d'argent & un
Daix fur une Eftrade où leurs Al
teffes doivent,manger , On voit dans
Pantichambre de l'appartement d'en .
haot un fort beau Luftre d'argent
avec plofieurs Plaques de même ma
tiere .On entre delà dans une cham→
bfe Pornée de plufieurs Miroirs des
plus hauts qui fe puiffent trouver,
& dont les bordures font de pieces
rapportées de vermeil doré, & dar.
gent : y a auffi dans le mefme
lieu une Table d'argent avec des ornemens
de vermeil , & les Guéri .
dons de mefme , des Chenets d'argent
, un grand nombre de Vafes
remplis de fl.urs d'argent , & de
Octobre 1698.
A a
des
Les
Tapifferies
font
d'une
beau
garnies
de
Diamans
&
d'Emera
Montres
en
maniere
de
Cadra
vermeil
doré
&
un
Lit
d'une
fort
28
MERCURE
grande
richelle
avec
deux
te cheffes.
proportionnée
à
toutes
ces
r
&
le
Monmirel.
Elle
y
fejourna
le
19.
8
lons,
&
par
Mr
l'Intendant
.
M
mé
Bierge
par
Mr
l'Evêque
de
Châ-
France,
&
fut
affis
pendant
le
diner
T'Evêque
la
falua
comme
Pair
de
que
cette
Princeffe
fit
à
ce
Village
.
le
17.
d'où
elle
partir
le
18.
pour
21.
à
Châlons
.
Elle
fut
te
qua
tre
lieues
au
deça
à
un
Village
nom-
Elle
partit
enfuite
alla
loger
à
l'Evêché
,
où
la
Vil'e
,
le
Chapitre
,
le
Prefidial
&
les
Tre
Pour
Châlons
,
82
་
h
GALANT 283
21
foriers de France la complimente
rent. Elle foupa enfuite & joua aprés
le foupé . Le lendemain elle alla fe
promener à une maison qui eft à
une lieue de la Ville , & qui appar
tient à Mrl'Evêque de Châlons . On
luy fervit un ambigu où rien ne
manqua de tout ce que la faifon
produit de plus rare , & de plus exquis
. Mr de Châlons avoit fait ve …)
nir exprés des Officiers de Paris
pour cette collation . Cette Princeffe
alla le 23. coucher à VitryĽA
A peine fe fut elle mife a
>
-
table pour fouper › que Mr de
Couvonges parut qui luy prefenta
une Lettre de la part de
Monfieur le Duc de Lorraine qui
s'eftoit coulé luy- mefme derriere !
luy ,fuivy de for Capitaine des Gar
des , Frere de Mr Je Stinville qui y
A a ij
284 MERCURE
eftoit aufli . Il fert dans les Troupes
de S. M. Madame la Ducheffe de
Lorraine lût auffi-tôt la Lettre , en
regardant avec beaucoup de modeftie
, le pretendu Gentilhomme
qui eftoit derriere Mrs de Couvonges
, & de Viange , & qui parut fort
rouge & fort échauffé . Il y eût bien
des regards de part & d'autre. Enfin ,
Monfieur le Duc de Lorraine ayant
remarqué que Madame la Ducheffe
ne mangeoit point , eut la difcretion
de paffer dans la chambre de
cette Princeffe , où il attendit la fin
du fouper dans la ruelle de fon lit,
Madame de Lorraine l'y trouva
aprés le fouper. Leurs Alteffesfe ſaluerent
fans s'approcher; mais Madame
de Liflebonne en parlant à Monfieur
de Lorraine affez haut , ayant
laiffé échaper le mot demonſeigneur,
GALANT. 285
0
par hazard , ou de deffein prémedité,
Madame de Lorraine demanda
à Madame de Lifl :bonne fi elle ne
vouloit pas bien
permettre que ce
Prince la faluaft. Ils s'approcherent
& lebaiferent des deux coftez . Tout
le monde fut charmé de la bonne grace
& de la maniere modefte , douce,
tendre & refpectueufe dont Mada .
me de Lorraine en ufa en cette occafion.
Leurs Alteffes demeurerent
encore quelque temps enfemble , On
joua enfuite, & Monfieur de Lorraine
, afin d'avoir un prétexte pour
s'affeoir , fe mit de moitié avec Madame
de Lislebonne . Ce Prince parut
fort gay , & avec des manieres
fort ailées . On affure qu'il a le haut
du vifage , les fourcils , les yeux &
le nez de Monfieur le Duc de Char
tres , & quelque chofe deMonfieur
286 MERCURE
dans le bas du vifage, Il avoit un
juftaucorps bleu , chamarré d'un gaba
lon d'or large d'un doigt fur les coututes
, les boutonnieres de deux en
deux du mefme galon , avec des
boutons des deux coftez ; la culotte
bleue , des bas rouges , & une vefte
de brocard d'or. Il faut obferver qu'il
eſtoit ainſi veſtu , parce qu'il eftoit
venu incognito. Le Jeu qui dura juſ
qu'à onze heures trois quart's eftant
finy , & Monfieur de Lorraine s’eftant
levé avec toute la Compagnie,
il fit une profonde reverenc à M₁–
dame de Lorraine , & alla chez Midame
de Lillebonne, Madame de Lorraine
parut tres contente de cette
entreveuë.
Vous aurez le mois prochain la
fuite de ce Journal , & j'efpere qu'il
GALANT 287
ne fera
pas: moins exact que celuy,
cy. Je fuis , Madame , voftre , & c.
A Paris ce 31. Oftobre 1698.
O
AVIS.
pour Navertit que le StBrunet
fatisfaire au Public, qui lui a de.
mandé des Relations de ce qui s'eft
paffé au Camp de Coudun , fepatées
du Mercure , en a fait imprimer
288 MERCURE
quelques unes , & qu'il ne les vend
que huit fols.
que
•
Il commence auffi à debiter une
nouvelle Edition des Poefies Paftorales
, de Mr de Fontenelle , nonfeulement
beaucoup plus correcte
la premiere , mais augmentée
de 1Opera d'Endimion , de quatre
Epiftres en Vers fur des fujets tirez
de l'Hiftoire , à l'imitation des He .
roïdes d'Ovide , qui a pris les fiens
-de la Fable , & de quelques autres
Poëfies fut diff.rentes matieres.
TABLE.
222525525 :25252552
P
TABLE.
Relude.
• Devifes.
Difcours fur le Flus le Reflus de la
Mer.
Epitre en Vers.
16:
48
Epitre en Profe &en Vers fur deuxperfonnes
qui fe font mariées fans qu'aucune
des deux entende la langue de
l'autre.
Rondeau.
Sonnet.
54
61
62
63
Madrigal.
Portrait de Clorinde traduit du Taffe.
64
Hiftoire de plufieurs Saints des Maiſons
des Comtes de Tonnerre , & de Clermont.
Service folemnel fait à Noyon.
66
68
Operation. 70
Stances. 74
Octobre 1692 . Bb
TABLE
.
Hiftoire
de
la
Perle.
Lettre
en
Profe
&
en
Vers
.
92
Vers
envoyez
par
une
Dame
à
Son
Amant.
97
Liste
des
prefens
faits
par
le
Viceroy
de
Naples
à
Mr
le
Bailly
de
Noailles
.
99
Voyage
de
Mr
le
Duc
de
voye
Savoye
en
Sa-
Premiere
pierre
posée
au
Maître
-
Autel
Lettre
écrite
de
ferufalem
.
des
facobins
de
Compiegne.
103:
107
IIF Reception
faite
à
Mr
le
Comte
de
Coigny
à
Can
Solemnité
faite
à
Andely-
Hiftoire.
Fefte
galante.
138
143
150
185
Tout
ce
qui
s'eft
passé
à
l'
Academie
Fran-
191
coife
le
jour
de
la
reception
de
Mr
L'Abbé
Geneft.
125
Carte
nouvelle
des
environs
de
Nancy-
Evêché
de
Brescia
donné
à
Mr
d'
phino,
Nonce
à
la
Cour
de
France
Entrée
de
Mr
le
Marquis
d
à
Madrid.
TABLE.
Mariage de Mr Gruyn & de Mademoiselle
Benoife .
Morts.
Enigmes.
Faute reparée.
229
234
245
248
Monfeigneur le Dauphin eft regale à
Petit BourgparMrle Marquis d An!
249 tin.
Tout ce qui s'eft passé à Fontainebleau
depuis le départ du Roy , avec la
Ceremonie du Mariage de Madame
la Ducheffe de Lorraine.
fournal du Voyage de cette Princeſſe . 275
Avis.
Fin de la Table.
252
287
< I
Avis pour placerles Figures.
L'Air qui commence par ,
Ab qu'un tendre coeur eft à plaindre
, doit regarder la page
125.
L'Air qui commence par,
Dans le bel âge il eft doux de fe
rendre , doit regarder la page
247 .
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
OCTOBRE 1698.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais, au Mercure Galant.
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin,
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dane
la Salle des Merciers , à la Juftice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant
M. DC. XCVIII
Avec Privilége du Roy,
J
kkkkk
O
AVIS.
velquesprieresqu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiſſe pas
d'y manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
ans de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On reitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux . On
A ij
AVIS .
pris feulement ceux qui desenvoyen,
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pour faire employer leurs noms dans
L'article des Enigmes , d'affranchir
lears Lettres de port , s'ils veulent
qu'on falle ce qu'ils demandent.
C'eftfort pen de chofe pour chaque
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure a rétabli les
chofes de maniere , qu'il eft toujours
imprimé au commencement de chaque
mois . Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiſſera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
longtemps avant qu'il foit arrive
dans les Villes éloignéess mais auſſi
cesVilles ne lereceveront pasji tard
qu'elles faifotent auparavant Ceux
qui fe le font envoyerpar leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'exposent
à le recevoir toujours fors
sard par deux raifons . La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendre fitoft qu'il eft imprime,
outre qu'il le fera toujours quelquet
jours avant que l'on en faffe le
debit ,& Lautre , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont là eux & quel
ques autres à qui ils le preftens , ils
rejettent la faute da retardement
= fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
rerardement par la voye dudit Sienr
Brunet, puis qu'ilfe charge de faire
A iij
AVIS.
Bespaquets lay-mefme, & de les faire
porter à la Pofte ou aux Meffagers,
fans nul intereft, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe.Il fera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à la fin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera execute avec
ane exactitade dont on aura liem
deftre content.
.
MERCVRE
GALANTYBIBLIO
CCTOBRRE 1693
E vous envoyay le mois
dernier la Relation de
tout ce qui s'eft paffé au
Camp de Coudun , prés Compiegne;
& comme vous y avez
remarqué la noble audace
qu'a infpirée à Monſeigneur
A iiij
8 MERCURE
le Duc de Bourgogne la gloi
re d'eftre Petit.Fils de Loüis
le Grand , vous ne ferez pas
furpriſe que je commence
cette nouvelle Lettre par des
Deviles qui ont efté faites
pour ce jeune Prince , fur l'ardeur
guerriere qu'il a fait paroistre
dans ce Camp . , puis
que tout ce qui le regarde , a
rapport au Roy.
La premiere de ces Devifes
eſt un Aiglon , qui aprés que
les vents printaniers ont ache
vé de diffiper les nuages de la
faifon , fait l'épreuve de fes
forces , en s'élevant pour la
GALANT.
9
premiere fois vers le Soleil ,
pouffé par la jeuneffe & par
fon courage , auec ces mots :
Nec viribus impar.
ou ,
Tollunt juventas &patrius vigor.
རྩྭ་
ou ,
Campo fe credit aperto.
Cette Image paroift digne
de Monfeigneur
le Duc de
Bourgogne
en cette occafion,
fi l'on compare fes premieres
demarches dans le Camp de
Coudun , & les preuves qu'it
y a données de fon experience
aux yeux de LOUIS LE
GRAND , avec l'effor de
10. MERCURE
l'Aiglon , tel qu'il eft dépeint
dans la Devife ; & les nobles
qualitez qu'on donne à
l'Aigle de Roy des Oifeaux ,
& de Porte - foudre de Jupiter
, avec la naiffance royale
de ce Prince , & le commandement
des Aimées de
Sa Majefté , qui luy a efté
confié dans cette premiere
Occafion .
La feconde Devife eft un
jeune Lion preft à faire effay
de fa ferocité & de fon coura
ge ,fur la premiere proye qui
fe prefentera , & qu'il dévore
déja comme en idée , avec ces
mors :
GALANT. IF
De tenero meditatur ungui ,
ou ,
Dente novo peritura videt,
ou ,
Per medias feret ira cædes.
Par l'application de certe
feconde image àMonseigneur
le Duc de Bourgogne , on
donne à connoiftre fa difpofition
à faire fentir fa valeur
& fon intrepidité aux Ennemis
de l'Etat , & ce qu'ils en doivent
attendre dans une Guerre
déclarée , le voyant fi actif
& fivif dans ces fimples préludes
.
La troifiéme , un Faiſceau
12 MERCURE
d'armes , entouré de Lauriers,
tel que les Licteurs les portoient
à Rome dans les jours
de triomphe , avec ces mots :
Collegiße juvas.
ou
Robuftus acri militia puer.
ou
Fortis & hoftium Victor.
On défigne heureuſement
par là, quelle fera la force invincible
des armes de Sa Ma- ,
jefté entre les mains de Mon
feigneur le Ducde Bourgogne,
puis qu'elles fe trouvent déja
toutes formées à la Victoires ,
& entierement difpofées à
cueillir de nouveaux Lauriers.
GALANT 13
J
• La quatriéme , une Cuiraffe
Royale , ou plutoft cette Cui
raffe de Diamans qu'Horace
donne à Mars , avec ces mots
Patiens
pulveris atque Solis.
του
Audax omnia perpeti .
Paroù l'on exprime la vigueur
de ce jeune Prince , tout preft
à s'expofer
aux fatigues
de la
guerre , à en effuyer les perils,
& à fignaler fon courage par
des actions d'éclat dignes du
fang & de la gloire de fes Au
guftes Ayeux.
M'Branche , Auteur de ces
quatre Deviſes , en a renfermé
14 MERCURE
l'explication dans ce Sonnet.
T'El qu'en un temps ferainl' Aiglon
plein de courage ,
Vers le Pere du jour fe donne un
libre champ ;
Telce Prince s'exerce à commander
ce Camp.
Quand la Paix loin de nous a
chaßé tout nuage.
ន
Que de juftes malheurs ce vif
Effor préfage
Pour la proye exposée à fon vol
menaçant !
Comme un jeune Lion ne refpire
quefang,
GALANT. Is
D'avance ilen fait voir l'infaillible
carnage
.
Cet amas triomphant d'invinci
bles Guerriers ,
QuicheZnos Ennemis n'ont cueilli
que Lauriers ,
Animefongrand Coeur à chercher
la Victoire.
S
Comme eux preft à fouffrir les
fatigues de Mars ,
Si l'amour ne retient fon ardeur
pour la gloire ,
On le verra bien toft effacer les'
Cefars.
16 MERCURE
La matiere du Traité qui
fuit a exercé de tout temps les
plus fçavans Philofophes . Elle
Left curieuſe , & ne sçauroit
que faire , plaifir à ceux qui
cherchent les caufes de ce
qui paroift avoit embaraffé
Ariftote même.
DU FLUS
ET .
DU REFLUS
P
DE LA MER .
Our m'acquitter de la
promeffe que je vous ay
faite , je vous envoye , MonGALANT
17 :
fiour, ce petit Difcours du Elus
& Reflus de la mer , & pour ne
le point grofir inutilement,
je ne m'amuſeray point
combattre Sorel ny Deſcartes
, dont les rêveries ne me
paroiffent pas plus railonnables
que celles qu'ils ont com battues
on es ou delapprouvées
.
Ainfi
je palle droit
à mes prin
cipes , & pole en fait que le
propre
de l'eau eft de fe dan
nerune
furface
plane , & de
s'étendre
en ligne
paralelle
à
l'horiſon
, Je pense
que tout le
monde
nde eft perfuadé
de cette
verité
, & qu'elle
ne Tçauroit
Octobre
1698
.
18 MERCURE
eſtre conteſtée que dans le
deffein de contredire . Je dis
encore que la Mer ne peut
conferver cette figure , par la
neceffité où elle le trouve de'
former le globe , & de ſe raſfembler
autour du centre du
monde. Cela n'eftant point
difputé, il eft aifé de voir qu'il
eft impoffible que la mer ne
fe faffe une éternelle guerre
& ne foit dans une perpetuelle
agitation ; car elle ne peut
prendre la figure plane & s'étendre
au niveau , fans qu'une
partie de les eaux approche le
Ciel , & s'éloigne par confeGALANT.
quent de ce centre. Je pourrois
le faire voir par des figures
démonſtrations, fi je ne & des
fçavois que la conception de
ceux à qui je parle eft affez
fine pour n'avoir pas beſoin
de ce fupplément. Cette par.
tie donc , ou cette circonfe
rence éloignée le raffemblant
autour de fon centre pour
former le globe & prendre la
figure fpherique , forme une
montagne au centre de ce
mouvement, laquelle ne pouvant
demeurer fixe , ſe répand
de nouueau , & fait que ces
deux figures fe forment alter
Bij
20 MERCURE
nativement. Ainfi la mer ne
pouvant conferver ny l'une ny
l'autre , il eſt aifé de compren.
dre qu'elle doit eftre dans une
perpetuelle agitation , & c'eſt
fans doute ce que nous appellons
le Flus & le Reflus . Mais.
comme je n'ay fuppofé ces
deux figures que pour faire
voir la neceffité de fon mou .
vement , il eft bon d'ajoûter
que mon deffein n'eſt point
de la reftraindre à ce nombre
feulement ; au contraire je me
la figure à peu prés comme
un Diamant taillé en plufieurs
faces , lefquelles compofent
•
GALANT 21.
autant de mouvemens fur fa
figure fpherique , & qui font
plus ou moins grands , felon
la difpofition des lieux car
je tiens que ce feroit une er
reur grofliere de croire qu'elle
n'cuft point par tout la même
inclination à fe mouvoir
Si j'avois beſoin de quelque
autorité pour prouver la multiplicité
de ces mouvemens
je pourrois me fervir de celle
du S¹ Denis, qui nous apprend
que dans fes Voyages du nouyeau
Monde , il a vû une Iſle,
où la mer eftoit haute d'un
cofté , & baffe de l'autre en
22 MERCURE
même temps . Cela prouve fuffamment
ce que je viens d'a .
vancer , & le doit perfuader ,
quand même on n'auroit
point de difpofition à le croire.
Pour bien comprendre
tous ces mouvemens
de fuperficie
, il ne faut que jetter
une pierre dans un eſtang , &
on verra d'abord plufieurs
cercles s'entre- pouffer , & former
enfin une grande circonference.
Que fi vous enjettez
en plufieurs endroits , vous
verrez auffi qu'il fe formera
plufieurs circonferences
, lef
quelles en fe rencontrant
, s'éGALANT.
23
leveront l'une contre l'autre ,
& voila l'image qu'on le doit
former de la mer. Tous ces
petits mouvemens ont donc
une étendue & une révolution
qui ne fe dément jamais , fi ce
n'eft toutefois qu'ils fe faffent
obftacle l'un à l'autre par leur
rencontre, à caufe de la diverfité
de leurs révolutions. Cecy
peut fervir pour répondre à
la queftion qu'on me pourroit
faire , car , me diroit on , puis
que les caufes naturelles produifant
neceffairement tou
jours les mêmes effets , d'où
vient que la mer ne pouffe
24 MERCURE
point toujours ſon Flus éga
ment loin, & que nous voyons
qu'il monte beaucoup plus
haut aux conjonctions & aux
oppofitions
de la Lune , qu'au
premier & dernier quartier.
La réponſe eft fort naturelle,
& le tire neceffairement
de
ce que nous venons d'établir ;
car noitre mouvement
qui fait
fa révolution en douze heu
res ou environ , faiſant ren
contre d'un autre plus grand
& plus tardif , & dont la révolution
ne fe fait qu'en fept ou
huit jours , il eft facile de com.
prendre que ce mouvement
ne
GALANT.
25
ne pouvant aller fi loin qu'à
fon ordinaire , & le donner
toute fon étendue , à cauſe de
cette rencontre ne revient
pas auffi avec la même rapidité
, & par confequent ne peut
monter i haut que de coutu .
me. Cela fe confirme par l'ex.
perience ; car nous remar
quons que moins la мer a la
liberté de fe recaler de nous,
& moins auffi elle s'en raproche
, & que plus elle s'en éloigne
, plus auffi fes marées font
lentes. Pour fortifier ce raifon .
nement par un autre qui ne
foit pas moins fenfible , je
Octobre 1698.
C
26 MERCURE
fufpens une balle en l'air , &
l'éloigne de fon centre , ou de
fa perpendiculaire , en luy
donnant un mouvement fur
la gauche. Il est tres conftant
que plus le mouvement que
je luy donneray fera grand ,
plus auffi fon retour fera grand
fur la droite. Mais fi par hazard
elle rencontroit en fon
chemin une autre balle , qui
fift obftacle au mouvement
que je luy aurois donné, ne luy
laiffant point toute fon étendue
, il eft certain que fon
retour à la droite feroit moins
grand, par la raifon qu'il au
ལ
GALANT.
27
I
roit moins de rapidité. Jefens
C bien qu'on peut encore me
faire icy une objection , & me
dire , que puis que la Mer
defcend moins , & ne monte
pas tant aux quartiers de la
Lune , qu'aux conjonctions &
oppofitions , il eft vray femblable
qu'elle ne doit point
mettre tant de temps à faire
ifa révolution , que dans la
pleine Lune. Cependant nous
voyons qu'elle n'y en employe
pas moins ; mais ce que je
viens de dire de la rapidité
de fon mouvement , ſemble
avoir préparé la réponſe , &
C ij
28 MERCURE
je croy qu'on voit déja bien
que je diray qu'un mouvement
qui marche avec plus
de violence qu'un autre, peut
fans employer
plus de temps
que cet autre , faire plus de
chemin que luy. D'ailleurs , il
faut confiderer que la rencontre
dont nous venons de parler
, cauſe une ſuſpenſion à
noftre mouvement
, comme
à tout autre, qui le rend prefque
fans action ; & ce n'eft
pas fans raifon que les mates
lots difent alors qu'il eft morte
eau ; car fi elle n'est point
morte, du moins peut- on bien
GALANT. 29
dire qu'elle eft fort languif
fante. Il me femble que je
n'expofe rien icy qui fente le
Paradoxe. Cependant je veux
bien encore propoſer la chofe
d'une autre maniere , & dire
que le grand mouvement
dont nous avons parlé.repouf
fant celuy cy , l'oblige de fe
ferrer & de fe répandre plus
fortement fur nos rivages. Fa
voue que le premier de ces
deux raiſonnemens me paroiſt
le plus folide , dautant qu'on
voit que la mer fe retire fort
loin , aprés avoir monté fort
Chiij b
30 MERCURE
un
haut , ce qu'elle ne pourroit
faire fi elle eftoit bornée par
mouvement fuperieur..
Comme j'ay crû qu'il n'eftoit
pas à propos de groffir ce pe
tit Difcours par des démon
ftrations inutiles, j'ay cru auffi
qu'il n'eftoit pas juſte de laiffer
le Lecteur dans des idées
confufes & indiftinctes fur le
fait de ces mouvemens , lef
quels j'appelleray de palpita
tion ou de refpiration , à cauſe
du rapport qu'ils ont avec le
mouvement de l'eftomach
d'une perfonne qui refpire.
Je dis donc que ce plus grand
GALANT: 31
que j'oppoſe diametralement
au noftre , & dont je fais la
révolution progreffive de fept
jours & quelques heures , venant
à la rencontre de noftre
mouvement , luy oppoſe d'abord
un doux obftacle. Au
fecond jour , fon accroiffement
commence à le refferrer
du cofté du Nord , au troifiéme
un peu davantage , ainfi
de plus en plus jufqu'au feptiéme
jour , auquel il rend nos
marées dans l'inaction dont
nous avons parlé . Puis ce
grand mouvement fe retirang
Cij
32 MERCURE
à petites journées , comme il
venu , nos marées raniment ,
comme parlent les Matelots ,
& regagnent infenfiblement
la liberté qui leur avoit eſté
ôtée, & alors fe refait la pleine
mer ; puis ce grand mouvement
revenant de nouveau ,
fuivant fon inclination naturelle
, il fe refait toujours le
même manége. Il me feroit
auffi facile de fuppofer trois
mouvemens , dont les centres
compofaffent un triangleambygone
, & dont le nostre fuft
à l'angle obtus ; car ceux qui
feroient aux angles aigus , que
GALANT:
33
je fuppofe plus grands & plus
forts , venant à s'approcher
l'un de l'autre par un mouve
vement égal , & ſe joignant
enfin au bout de fept jours &
demy , ou environ , ferme
roient le paffage au noftre ,
& alors nous aurions morte
eau par la raison que nous
avons dite ; puis ces deux
mouvemens fe reculant comme
ils fe font approchez , le
noftre profiteroit de cette retraite
, & reprendroit fa premiere
plenitude. On pourroit
même fe fervir de tous les
triangles pour prouver la de-
*
34 MERCURE
bilité de nos marées ; mais il
importe peu pour la gloire de
la mer , quel party on luy faffe
prendre, pourvû qu'on la laiffe
indépendante de la Lune , &
maiftreffe de ſes actions .Je fuis
perfuadé que le Lecteur me
difpenfe volontiersdeluy faire
de nouvelles fuppofitions , &
qu'il voit déja bien que lors
qu'on bâtitfurun bon fondement,
tout l'édifice ſe ſoutient
de luy- même ; mais je n'aurois
encore rien fait , fi aprés
avoir ſuffilamment prouvé la
neceffité des petites marées ,
& la raifon de leur diminution,
·
GALANT:
35
je ne contentois auffi fon ef
prit fur la caufe des grandes ;
& pour n'en rien dire qui ne
foit encore appuyé fur la nature
de la chofe , & fur ce que
les fçavans Voyageurs en ont
remarqué, j'ay recours à l'Aureur
de la Carte univerfelle ,
lequel m'apprend que pendant
trois mois , à commencer
le zo. d'Avril jufqu'au 20. de
Juillet , la Mer fe meut & paffe
entre les coftes de l'Afrique
& celles du Brefil , pour aller
au Nord-oueft ; que depuis le
20. de Juillet jufqu'au 20. d'OCobre
, elle eft prefque fans
36 MERCURE
mouvement; que depuis le 20.
d'Octobre jufqu'au 20. de
Janvier elle repaflevers leSud ,
& que depuis le 20. de Janvier
jufqu'au 2o . d'Avril , elle redevient
prefque immobile . L'ex :
perience donc , qui feule peut
rendre l'homme fçavant, nous
apprend que la Mer fe balance
d'un Pole à l'autre d'un mouvement
qui ne fe compre
point fur l'âge de la Lune ,
mais plûcoft fur celuy du Soleil
; & comme elle ne peut
faire le tour du monde à cauſe
des obftacles que luy font les
serres polaires , elle eft obli
GALANT.
37
i
gée de s'arrefter entre ces coftes
, comme quand une charette
d'équipage s'arreſte à la
tefte d'un défilé , car alors il
faut auffi que tout le refte fufpende
fon mouvement. Cet
Auteur nous fait aufli remar
quer que le Flus & Reflus eft
fort grand aux embouchures
des Mers Rouge, & Perfique,
& des Fleuves Inde & Gange,
mais je croy qu'il n'eft pas be
foin d'une grande penetration
pour comprendre que la Mer
ayant heurté les Terres Auſtrales
inconnues , eft obligée
de ſe réfléchir ſur les rivages
38 MERCURE
voifins ,& doit neceffairement
s'y faire fentir. Ce grand mouvement
ayant donc fejourné
trois mois ſous la Ligne , &
au delà, la repaffe enfin depuis
le 20. d'Octobre jufqu'au 20.
de Janvier , pour s'en retourner
vers le Nord, puis ayant
auffi heurté les Terres du Pole
Arctique , il eft vray-femblable
auffi que nous en devons
fentir la répercuffion , comme
les Arabes & les Perfes l'ont
fentie , & que paffant & repaſfant
deux fois l'année ,ilnous
donne deux grandes marées
tous les ans. Toutes ces relai
GALANT.
39
tions font fi grandes , & ces
neceffitez fi abfoluës , que je
fuis perfuadé que l'efprit du
Lecteur en eft fatisfat ; mais
je crains qu'il ne me demande
encore comment il fe peut
faire que je donne un mouvement
prefque univerfel à la
Terre, en la faifant paffer d'un
Pole à l'autre , & que cependant
nous trouvons un en .
droit prefque immobile, qu'-
on appelle la Mer Pacifique.
Pour répondre à cette contradiction
apparente , il n'y a
qu'à faire réflexion que tout
corps qui tourne fimplement
40 MERCURE
fur fon axe , a toujours deux
points qui femblent fixes , &
c'eft ce qui fe remarque particulierement
dans cette grande
& admirable machine des
Cieux, car quoy que toutes les
Etoiles y roulent d'un mouve
ment égal , & qu'il femble qu'-
elles foient toutes cloüées à
quelque chofe de folide , on
voit cependant que celles des
Poles font prefque immobiles.
Ily a donc toute la raifon
poffible de vouloir que la mer
Pacifique foit le Pole de noftre
grand mouvement.Je dis
même qu'on ne le peut rai
GALANT . 4
fonbablement poſerailleurs .
Lac raiſon : eftququei fi vous
cherchez le point oppofé ou
antipode de la Mer Pacifique ,
vous le trouverez dans la Tar
tarie , & proche de da Mer
Cafpie ; puis fi vous tirez une
ligne d'un de ces points à l'au
tre ; & qué vous examiniez co
mouvement , vous verrez qu'il
paflera par le milieu de cetre
ligne , & la coupera à angle
droit. C'eft ee! qui prouve infailliblement
que la Mer Par
cifique eft le Pole & le centre
de ce mouvement; & comme
ce point oppoſs elb en terre
Octobre 1770s D
42 MERCURE
fermé , ainfi que je viens de le
faire voir , nous ne devons
avoir qu'une Mer Pacifique ,
comme en effet il n'yena quunc.
Si l'on me demande en
coré d'où vient que la Medi+
terranée n'a point de mouve
ment , je répondray qu'elle
en a à proportion de fa gran
deur, & que tous ceux quil'ont
frequentée connoiffent la force
de la répercuffion du Golfe
de Venife , & les courans du
Fare de Mefline . Je dis de plus
pour l'affermiflement de mes
principes , que le Lac de Geneve
n'eft pas abfolument
GALANT. 43
tranquille dans le plus beau &
le long calme qu'on puiffe
trouver; & la raifon de cela ,
c'est que chaque étendue
d'eau doit agir à proportion
qu'elle occupe du globe .
On pourroit dire encore
que la quantité de mouvemens
de fuperficie ou de refpiration
que je donne à la mer,
venant à fe rencontrer extraordinairement
par la diverfité
de leurs révolutions
, pourroient
fouvent caufer de l'inrerruption
dans la regularité
de nos marées. J'en conviens ,
& c'en eſt une ſuite fi jufte &
Dij
44 MERCURE
fi neceffaire , qu'il n'y a point
de Matelot qui ne connoiffe
ces irregularitez fous le nom
de faux flots. On dira peuteftre
que ces contre - temps
devroient apporter quelque
alteration à l'ordre de fes marées
; mais chacun fçait qu'on
ne doit point diſputer contre
l'experience qui fait voir le
contraire. La raiſon fans dou
te pourquoy cela n'arrive pas ,
c'est que ce mouvement extraordinaire
ne rencontrant
pas le noftre diametralement,
cette interruption ne fe fait
fentir qu'en quelques parties
GALANT.
45
de noftre mouvement , lefquelles
reprennent d'abord
celuy de leur tout . La rencontre
de ces mouvemens eft
donc fi dangereuſe , que nous
avons lû dans des Relations
Hollandoifes que lors qu'ils
ont voulu paffer par la grande
Mer du Nord , pour aller aux
grandes Indes Orientales , ils
yont
y ont couru de grands dangers
& même fouffert quelque per
te , à caufe des hautes montaz
gnes & des precipices que ces
rencontres cauloient ; & c'eft
ce qui les oblige à preſent de
prendre le grand tour. Toutes
46 MERCURE
ces petites connnoiffances ne
feroient peut - eftre pas inutiles
à ceux qui font profeffion
de fuivre la Mer , car s'ils ne
peuvent éviter abfolument de
femblables événemens , du
moins pourroient - ils fe les
rendre moins dommageables
en chaffant par une prévoyance
éclairée la furpriſe & l'éton .
nement où l'on le voit en pareille
rencontre , & qui font
qu'on fe jette fouvent dans le
peril , en cherchant à l'éviter.
Il eft conftant que fi l'on faifoit
bien reflexion à ces choles
, & que l'on congeuft bien
GALANT
47
que ces effroyables obftacles
ne font que pour un temps &
fe doivent diffiper d'eux- mêmes
, on auroit moins befoin
d'une forte refolution pour
les furmonter , que de patience
pour fe garantir de leurs
funeftes effets. Je ne fçay files
Partiſans de la Lune me pourront
encore faire quelque ob.
jection ou quelque queſtion
raiſonnable , mais au moins
jeme promets qu'on les pourra
refoudre avec facilité , lors
qu'on voudra bien s'attacher
à la folidité de mes principes ;
& pour peu qu'on ait la con48
MERCURE
noiffance du Globe , & qu'on
fe repreſente la Mer fufpendue
en l'air , l'imagination aurà
beaucoup moins de peine
à fe la figurer , cédant & réfiftant
fucceffivement à fon pro
pre poids , qu'à fixer la Auiadité.
sal 19 .
- Voicy un Bouquet envoyé
par Mademoiſelle l'Heritier à
une de fes Amies , le jour de
fa Felte. Je ne vous dis point
que cette Amie a : beaucoup
d'efprit & de merite ! Une perfonne
qui en a autant que Ma
demoiselle l'Heritier , n'en
peut avoir d'autres, ] moq : >
A
GALANT: 49
A
MADEMOISELLE DE
EPISTRE.
***
Aujourd'huy que de mille Amans
Le foin ardent & vif s'aprefte ,
Erinne , à t'offrir pour ta Fefte
Des Bouquets rares & charmans ,
Comment me prendray -je , ma
Comanchere
A t'en donner quelqu'un, capable de
te plaire?lo add mor
Il paroiftra fans agrémens.T
Quand le fripon d'Amour s'eft mêlé
d'une affaire
tak
Tout ce qui vient aprés ne touche
plus les gens , Sund"
Au moins les gens förmez d'un certain
caractere, ling
Octobre 1698
E
go MERCURE
Dont on voit beaucoup dans ce
temps:
De peur que l'Amitié n'ait honte
De voir les Bouquets en ce jour
Ceder à ceux que t'offrira l'Amour ,
Je croy qu'à t'en conter elle aura
mieux fon compte
.
Mais quoyeles fleurettes chez toy,
Sont encor chofe bien commune .
Où pourtois-je en trouver quelqu'une
7 was
Que l'on ne t'ait dite avant moy?
L'Amour dont tes chanfons vantene
fi bien les charmes ,
Te prefte fans ceffe les armes ,
Et l'on voit mille jeunes coeurs.
Te conter leurs tendres ardeurs .
En te jurant combien ton efpric
brille.ang est ex
L'un die Fè w'en pais platy je
grille
GALANT.
Si
L'autre , i'expire , ie me meurs ,
Parmy les coeurs bleffez ie fuis des
plus malades .
Aprés de pareilles douceurs ,
Les miennes te paroiftront fades.
Cependant fi l'on voit celles de l'Aminé
Sembler moins vives , moins aimables
,
Elles font auffi plus durables ,
Et plus folides de moitié.
Mais de moitié, c'est trop peu dire;
Car celles de l'Amour ſouvent
Paffent plus vifte que le vent,
Ce que je dis icy , ce n'eft pas pour
médire
De ce Dieu qui fait qu'on foupire,
Pourvûqu'exempte de fes traits
Je puiffe tour à tour moraliſer & rire,
Je m'embaraffe peu qu'il faffe des
Sujets.
E ij
52 MERCURE
J'aurois beau décrier fon tirannique
empire ,
Mille coeurs prévenus par
peurs attraits ,
les trom-
Iront toujours donner dans fes rians
filets ,
Et coujours gemiront de leur cruel
martire ,
Je ne forme donc point d'inutiles
projets ,
C'est bien affez pour moy qu'en tis
rant de ma lire
1
Des fons amufans & divers ,
Je coule mes deftins à l'abri de fes
fers.
Pour toy, dont le ton doux &
endre
Se plait à celebrer les Amans , les
Amours ,
Aimable Erinne , prens toujours,
Et ne telaiffe jamais prendre.
GALANT:
53
L'Amour fait reffentir mille tourmens
affreux ,
Mais laiffons de ce Dieu les effets
dangereux ,
Et parlons d'une autre tendreffe
Qui ne connut jamais de fatale foiblaffe
,
Et qui foin de livrer à des maux rigoureux
Sçait toujours rendre un coeur
heureux ,
Quand il connoift le prix de fa delicateffe.
Qué l'amitié folide eft digne de nos.
voeux !
Elle eft ardente en moy , ma chere ,
je te prie ,
De croire qu'il n'eſt point d'Amie
Qui t'aime auffi fincerement,
Qui t'aime auffi fidellement
Qu'on me veria t'aimer tout le
temps de ma vie. Eij
54 MERCURE
Je ne doute point que cette
autre Lettre ne vous paroiffe
de bon fens , & que vous ne
demeuriez d'accord que le
raiſonnement en eft jufte.
A MADEMOISELLE
O
DE S. C.
Uy , Mademoiſelle , un
François a épouſć une
Angloife , fans qu'aucun des
deux entende la Langue de
l'autre . Cela paroift d'abord
affez bizarre ; mais c'eft faute
de bien confiderer ce dont
il s'agit .
GALANT. SS
1
Dés le moment qu'un coeurfoupire
,
On connoift en tous lieux ce que
Icela veut dire ,
Et malgré Babel fa Tour ,
Dans le climat le plus fauvage
Ne demande que de l'amour,
On entendra voſtre langage.
La Terreen mille Etats a beau fe
partager,
En Afie , en Afrique , en Europe,
il n'importe ;
L'Amour n'eſt jamais étranger
En quelque Pays qu'on le porte.
Comme il eft pere de tous les
hommes , il eft entendu de
tous fes Enfans. Il eft vray que
E iiij
16
MERCURE
quand il veut faire quelque
mauvais coup , comme il faut
qu'il fe mafque , & qu'il fe
déguife , il faut aufli qu'il fe
ferve de la Langue du Pays.
Mais quand il eft conduit par
l'Himen , tans lequel il ne peut
eſtre receu chez les honneftes
gens , il luy fuffit de fe mon .
trer pour le faire entendre.
En quelque Langue qu'il s'exprime
,
Onfait d'abord ce qu'ilpretend,
Et dés qu'ilpeutparlerfans crime,
Une bonnefte Fille l'entend .
La raison de cela elt , que la
GALANT. $7
Langue d'Amour n'eft qu'une
tradition tres fimple & tres .
aifée ,dont la nature eft dépo
fitaire , & qu'elle ne manque.
jamais de reveler à toutes les
Filles , quand elles en ont be,
foin. JU.
Si toftque l'on en vient aux pri
vautez
fecretes
,
Parmy
toutes
les Nations
,
L'Himen
en ces occafions
A certaines
expreffions
Qui n'ont
point
besoin
d'In
terpretes
.
I
Ne vous étonnez donc point
que deux perfonnes étrangeres
, & d'un langage fi diffe
58 MERCURE
rent , ayent pu fe réfoudre à
fe marier enfemble
, & croyez
comme un article de foy natu ."
relle , que dans ces fortes de
miſteres tout le monde parle
François. Ajoûtez à cela que
de jeunes Epoux ont leur maniere
particuliere
de s'entretenir
, indépendamment
de
Toutes les Langues de la terre .
L'Amour
eft la feule de toures
les Divinitez
dont le fervice
u'a point changé . Son
culte eft encore à prefent tel
qu'il étoit au commencement
du monde . On luy adreffe les
mêmes voeux , on luy fait les
GALANT. 59
mêmes facrifices , on luy immole
les mêmes Victimes ; &
quand deux Amans veulent
bien affifter en perfonne à fes
miſteres fecrets , on n'en a pas
fi toft chaffé les profanes , que
pleins de ce Dieu qui les pof
fede , ils en comprennent en
un moment toutes les cere
monies , & tout ce qui fe fait
en fon honneur .
Si vous faifiez ce for argu
ment à Thomas Diafoirus ;
Vos deux Epoux ne parlent
pas la même Langue , Ergo
ils ne s'entendent pas , il vous
répondroit , Diftinguo, Made60
MERCURE
moifelle ; ils ne s'entendent
pas le jour , Concedo , Mademoifelle
; ils ne s'entendent
pas la nuit , Nego , Mademoi
felle. Or s'entendre la nuit,
c'eft s'entendre la moitié de
la vie , & c'eſt beaucoup pour
des Mariez. Je connois bien
des gens , & vous auffi , qui
parlent tres bon François , &
qui n'en demanderoient pas
davantage.
Qu'un Mariage eft plein d'apas
Quand la nuit un Epoux peut
contenterfa flame ,
Et
il
n'entend pas
que le jour
jour il n'e
Lesfottifes que ditfa Femme !
GALANT. 68
7
Nous fommes dans un
temps où l'amour est devenu
fi intereffé , que ce n'eft pas
fans raifon que l'Auteur du
Rondeau qui fuit, s'écrie.
Temps ! ômoeurs! difoit Lifan
dre
L'autrejour au bord d'un ruißeau,
Mafoy , l'amour est à vau l'eau,
Les Amans n'ont plus qu'à fependre
,
L'agreable Empire de Tendre
Est plus defert que Longjumeau,
O temps ! ô moeurs !
Si coeur deroc vous
de roc vous voulezfendre,
L'argent doit fervir de martean,
62 MERCURE
L'or à prefent eſt le flambeau
Qu fait réduire un coeur en cendre,
Otemps ! ô moeurs i
Ces deux autres petits Ouvrages
font du même Auteur.
SONNET.
Amoureux àpoche legere,
Qui prétendez charmer un coeur,
Etouffe cette folle ardeur ,
Vous ne ferez que de l'eau claire,
S
Vainement vous tâchez deplaire
Par vos regards pleins de lan.
gueur,
GALANT. 63
Une Belle n'a que froideur ,
Et vous traite de témeraire.
&
Quiconque à prefent veut touches
Un coeur de glace ou de rocher,
Voicy la methode infaillible.
Il faut eftre garni d'écus ,
Faire maints dons pour un Cræ;
Jus
Il n'eft point de Belle infenfible.
MADRIGAL.
C'Ef fait de Cupidon , c'est fait
defon Empire,
Onfe moque à prefent de fes Pa
reatis;
molleg
64 MERCURE
H
En vain un tendre Amant pleure,
gemit , foupire,
Il n'eft plus de Beauté qui veüille
aimer gratis
.
Vous avez oüy parler du
Portrait deClorinde, fait parle
Taffe. Je vous en envoye une
traduction . Elle eft d'un jeune
Avocat de Retel..
Clorinde dés fon enfance
eut du mépris pour tous les
ouvrages qui conviennent le
plus aux perfonnes de fon Sexe
; elle crut que fe fervir de
F'aiguille ou du fufeau , eſtoic
une occupation indigne de
GALANT .
65%
fes fuperbes mains . Elle n'aimoit
ny les habits, ny le fejour
des Villes ; elle arma fon vifage
d'une noble fierté , & ſe
fit un plaifir de luy donner je
ne fçay quel air fauvage , qui
ne laiffoit pas d'avoir des charmes.
Dans un âge encore tendre
,fes mains délicates furent
occupées , ou à dompter des
chevaux , ou à manier des armes.
Elle s'exerça à la lutte ,
pour endurcir fon corps , & le
rendre propre à la courſe . On
la vit enfuite pourfuivre les
Lions & les Ours dans les bois
& fur les montagnes , cher-
Octobre 1698 . E
66 MERCURE
chant par tout à fignaler fon
adreffe ou fa valeur , dans les
combats paroillant Lion aux
hommes , & dans les foreſts
paroiffant homme aux Lions .
Il paroift un Livre nouveau
chez le Sieur Efclaffan , vis à
vis le College Royal . Il eft
inticulé , Hiftoire de plufieurs
Saints des Maifons des Comtes
de Tonnerre de Clermont . Ce
volume renferme la Vie d'onze
de ces Saints . Il n'y ajamais
eu de Maiſon fi fantifiée ny
fi feconde en Heros Chreftiens
. On en voit les Portraits
GALANT. 67
dans le volume qui vient d'e
ftre imprimé. 11 eft divifé en
deux parties. Les trois premiers
chapitres de la premie
re partie , font de l'Antiquité,
de la Dignité , & de la Sainteté
de la Maifon de Tonnere ,
& les trois premiers chapitres
de la feconde partie , font de
l'Antiquité , de la Dignité , &
de la Sainteté de la Maifon de
Clermont . On trouve dans
cette feconde partie huit Ho
melies , compofées par Saine
Amadée deClermont de Hauterive
, qui font tres belles ,
& qui touchent le Lecteur, &
Fij
68 MERCURE
1
uy donnent en même temps
un fenfible plaifir . M ' le Prefident
Coufin , de l'Academie
Françoiſe , a fait l'Epiftre dés
dicatoire de ce Livre, Il eſt
dédié à M' l'Evêque Comte,
de Noyon , Pair de France,
& renferme un Eloge de ce
Prelat auffi étendu , que la
matiere eft ample & belle.
J'oubliay le mois paffé à
vous dire , que dés qu'on eur
appris à Noyon la mort de
Madame la Comteffe de Tonnerre
, le Chapitre de l'Eglife
Cathedrale vint faire les complimens
de condoleance à
GALANT 69
M' de Noyon , & le pria de
vouloir officier pontificalement
au Service folemnel que
le Chapitre avoit réfolu de
faire. Cette ceremonie fut
remife de quelques jours ,
parce que ce Prelac eftoit fur
le point de partir pour Compiegne
, où l'appelloit l'intereft
de fon Seminaire , à qui le
Roy a fait prefent d'une fom.
me confiderable pour achever
for Bâtiment . A peine M
de Noyon fut il de retour qu ' ,
on prépara toutes choles pour
le Service dont je viens de
parler . Toute l'Eglife fucren-
果
70 MERCURE
duë de noir , & remplie d'Ecuffons
aux Armes de Mada .
"me la Comteffe de Tonnerre.
Toutes les Communautez Ec.
clefiaftique , Seculieres & Regulieres
y affifterent en Corps ,.
toutes les Compagnies de la
Ville en firent de même ; fçavoir
l'Etat Major , le Bailliage,
le Comté, le Corps de Ville ,
l'Election , le Grenier à Sel ;
& la Garniſon. M'de Noyon
donna enfuice un magnifique
repas.
Vous avez raifon de dire
que ceux qui font obligez à
fe faire faire de grandes opeGALANT.
ཏ་
rations , pareilles à celles de
la taille , fe voyent ſouvent
dans un grand embarras fur
le choix d'un Operateur. 11
s'en trouve ordinairement
plufieurs dans une Ville comme
Paris , dont la réputation
eft égale , & le ſcavoir profond
; de forte qu'il feroit malaifé
de donner des confeils à
un malade fur le choix qu'il
doir faire , & fouvent même ,
ceux qui les donnent ne diſent
du bien de ceux dont ils exa 、
gerent le merite , que parce
qu'ils font de leurs Amis , ou
des perfonnes qui les tou72
MERCURE
chent. La cabale décide de .
puis quelque temps plus qu'-
elle n'a jamais fait du merite
des Arts & des Sciences , &
celuy qui a l'adreſſe de s'acquerir
aujourd'huy le plus
d'Amis , pour prôner fon merite
, paffe pour le plus habile
homme, mais je pourrois aller
trop loin , fi je continuois à
vous parler fur cette matiere ,
& je ferois peut eftre deviner
des chofes que je ne veux pas
feulement faire foupçonner.
Ainfi je vous diray que M
Pujol , ancien Avocat au Con .
feil , âgé de foixante -fix ans,
GALANT:: 73
a efté taillé par M ' Color ,
qui luy a tiré en un inftant
deux pierres, dont l'une eft de
la groffeur d'un oeufapplaty,
pefant deux onces , & l'autre
de la groffeur d'une noix , pefant
demi once. Les fuites de
cette operation ont efté fi
heureuſes , que le Malade s'eft
levéle quinzième jour , & qu'il
ne luy en refte aucune incommodité.
L'adreffe de l'Operateur
a efté admirée , ainfi que
la conftance & la tranquillité
du Malade.
Les Vers que vous allez lire
font de M de Templery
Octobre 1698 . G
74 MERCURE
Gentilhomme de la Ville
d'Aix , dont vous avez fouvent
vû avec plaifir, dans mes
Lettres divers Ouvrages , tant
en Vers qu'en Profe.
JUSTIFICATION
Sur la jaloufie d'un Mary ,
pendant que fa Femme
eftoit aux Eaux de Maine.
Fontai
Stantes de l'Amant:
'Ontaine qui coulez dans un vallon
fi beau ,
1
Lavez moy d'un injufte blâme,
Vous eltes témoin que ma flâme
Eft auffi pure que voſtre cau .
GALANT
75
Vous fçavez bien ,claire Fontaine,
L'innocence de mon deffein :
Quand même je puifois de l'eau dans
voſtre ſein ,
Ay-je jamais touché celuy de Celimene
?
Cependant fon Mary nous accufant
à faux
Forge cent vifions , & fe les
fuade .
per-
Ah , fi vous gueriffez tant de fortes
de
maux ,
Gueriffez cet efprit malade .
$
Vous qui de nos Eftez moderez les
chaleurs
,
Zephirs, qui courez dans la plaine ,
Vous me voyiez ſouvent auprés de
Celimene ;
Mais , bien qu'elle paruft fenfible à
mes douleurs ,
Gij
76 MERCURE
Par les loix du devoir nous fçavions
nous conduire ;
Et lorfque nous voyions que vous
baifiez les fleurs ,
Dites-moy , voftre exemple a-t-il
pû nous feduire ?
Et vous , petits Oileaux d'un ramage
fi doux ,
Muficiens de nos campagnes ,
Qui par d'amoureux chants appelliez
vos compagnes ,
Avons nous jamais eu ce deffein
·
comme vous ?
Recoin fi propre aux amourettes,
Petit bois lauvage & feuïllu , [ lu ?
De vôtre obfcurité me fuis je préva-
Vous ne viftes jamais des amours
plus difcretes ,
A de tendres difcours nous bornions
nos defirs ;
GALANT: 77
Et lors que nous eftions fous vos ombres
fecretes ,
C'eſtoit pour la fraîcheur , non pour
d'autres plaifirs.
Ecartez donc les vains nuages
De l'efprit d'un Mary jaloux ;
Et puis qu'en repofant fous vos épais
feuillages ,
Nous ne cherchions que vos om
brages ,
Diffipez ceux qu'on a de nous.
Beaux prez ,
នី
immortelle verdure,
Où Celimene & moy nous trouvions
tant d'appas ,
Vos fleurs, de fes beautez la vivante
peinture ,
Naiffant en foule fous les pas,
De le voir à fes pieds tiroient leur
avantage ,
Mais elles ne paroiffoient pas
G iij
9878 MERCURE
Devant celles de fon viſage.
Si le Ciel dans mes maux ne me prête
la main ,
Mes jours , comme vos fleurs , finiront
dés demain .
&
Et vous, jeunes Peupliers , ornemens
de nos plaines ,
Témoins de mes cruels ennuis ,
Si vous ne portez aucuns fruits ,
Auffi je n'en ay point attendu de mes
peines ,
Le chifre de nos noms fur vous s'eſt
conſervé ,
Mais par nos entretiens vous avez
pû comprendre
Que quand nous le gravions fur vôtre
écorce tendre ,
L'honneur fut dans noftre ame encore
mieux gravé.
GALANT: 79
Rochers , affreux rochers , qui jufque
dans les nuës
Elevez vos cimes cornuës ,
Vous le fçavez , défendez- nous ,
Et puis que nos amours vous font
affez connuës ,
Détrompez un Mary plus fauvage
que vous , obe
Faites , pour finir mon martire ,
Et pour établir mon repos ,
Repeter à vos doux écos
Tout ce qu'ils nous ont oüy dire
Ils fçavent que jamais aucune chafteté
Ne fut fi pure que la noftre ,
Et qu'enfin nos vertus font d'une
fermeté
Qui n'a d'égale que la voftre .
2
C'est ainsi qu'un difcret Amant
Entretenoit fa fantaiſie
G iiij
80 MERCURE
Pour combattre une jalousie
Qui n'avoit point de fondement.
Il pouffoit des cris lamentables
Qui touchoient les ruiffeaux , les
bois & les buiffons ,
Mais ,helas , pour de faux foupçons
Il avoit des maux veritables .
Enfin de tant de coups il fe fentit
frapé ,
Er fouffrit fa douleur avec tant de
conftance
Qu'il meritoit pour récompenfe,
Que le Mary jaloux ne fe fuft point
trompé
Dans fa ridicule créance .
Voicy un Ouvrage pour les
Sçavans qui aiment les productions
de la Nature.
GALANT. 81
HISTOIRE DE LA PERLE,
écrite par M Poupart.
14Perleeft un Infecte volatile,
à quila varieté de fes couleurs ,
la transparence defes ailes , la
grace de fon vol , ont donné en
France le nom de Demoiselle.
Tous les nouveaux Naturaliftes
feaventque la grande efpece de Per.
le prend naiffance dans lefond des
caux envelopée d'une membrane,
& qu'avec le temps elle devient
aerienne. Ce Phenomene n'eft pas
feulement propre à un grand nombre
d'Infectes i l'homme tout ex
82 MERCURE
7
cellent , qu'il eft nage pendant neuf
moisdans lefein de fa Mere.
Quand la jeune Perle veut
quitter les eaux , & paroistre dans
le mondefousde plus beaux ornemens
, c'est une ſurpriſe de voir la
maniere dont elle fe purifie. Elle
"dilatefon ventre pour faire entrer
l'eau dans l'inteftin par l'anuss
enfuite elle comprime ſon ventre ,
pour en chaffer l'eau affez loin
par l'anus . Elle fait rentrer l'eau
dans fon inteftin pour la rejetter
comme la premiere fois . Elle recommence
, & elle continuë filongtemps
cepetit jeu , qu'ellefait cir
culer l'eau dans un baffin avec
GALANT: 83
aßez de vîteße. Ilfaut comprendre
tous ces mouvemens par ceux
des flancs d'un cheval qu'on auroit
longtemps couru
Comme la raifon fans l'expe
rience donne d'abord dans les cho .
fes quifemblent les plus naturelles,
je crus que la Perle puifoit l'eau
par la bouche pour la feringuer
parl'anus. Pour m'aßurer dufait
je mis la Perle fur mon doigt ,
qu'elle embraffa étroitement avec
Jes jambes ; je la plongeay dans
l'eau la tefte en bas , l anus à fleur
d'eau : de forte qu'elle pouvoit en.
trer dans l'inteftin , la Perle re .
jetta l'eau fort loin. Je retiray
84 MERCURE
un peu mon doigs , deforte que l'eau
ne pouvoit plus entrer dans l'anus ,
la Perle continua toujours les mê.
mes mouvemens , mais elle ne re.
jeita plus l'eau.
Voicy , à mon avis , pourquoy
la Perle purifie fon intestin de
touteforte de nourriture d'excremens
, lors qu'elle vent quitter
fa vieille robe pour paroistre dans
l'air fous une nouvelle forms . Il y
a un grand nombre de petits vaif-
Jeaux qui unißent étroitement le
corps de la Perle avec son envelope ,
par lesquels la nourriture eft
portée du corps de la Perle à l'en 、
welope ; il faut que tous ces petits
GALANT: 85
liens fe deffechent, afin qu'ilspuifr
fentfacilement fe caffer lorsque la
Perle faitfesefforts pour fortir de
fon fourreau : ce qui n'arriveroit
pas tandis qu'il y auroit des alimens
dans l'inteftin de la Perle ,
qui fourniroit une nouvelle nourriture
au fourreau àſes liens .
C'est auffi peut estrela raisonpour
laquelle tous les Infectes ne pren .
nent plus de nourriture lors qu'ils
veulent changer deforme ; & s'ils
ne fe purifient pas comme fait la
Perle, c'eft qu'ils reftentfort longtemps
fans alimens , & comme
s'ils eftoient morts , au lieu que la
Perle ne reste pas plusdefix heu
*
86 MERCURE
res à quitter fa vieille peau pour
prendrefon vol. Il est admirable ,
elle fend l'air , elle le coupe , elle
fait mille virvoltes avec une vi .
teße extraordinaire Pour en chercher
la caufe , il faut couper lapeau
de la Perle bien finement tout au
long du dos , portant toujours la
pointe des cifeaux en haut , pour
ne pas détruire les parties interieures
, & l'attacher avec des
épinglesfur une table , pour déconvrir
entre les ailes & les jambes
feize muscles tous diffequez , buit
de chaque cofté , chacun de la
groffeur , de la longueur , & prefque
de lafigure d'ungrain d'orge.
GALANT. 87
contigus les uns aux autres &
fans adberence. Chaque muscle eft
compofe de plufieurs fibres charnus
qui ne m'ont point paru attaches
enfemble dans leur longueur,
ils vontfeulement s'unir à chaque
bout du muscle pour y former un
sendon qui leur eft commun ; de
forte qu'on peut regarder chacun
de ces fibres comme un petit mufcle
dont le principal eſt compofé,
Et fi l'on ne nous avoit déja appris
que le muſcle de l'homme eft ordinairement
conftruit de plufieurs
autres muſcles , cette petiteftructu
re auroit efté fuffifante pour nous
porter à la recherche de cette belle
verité.
88 MERCURE
L'ufage de tous ces muſcles me
paroift affez particulier , parce que
les mêmes qui fervent àfaire battre
les ailes ,fervent auffi àfaire
jouer les jambes , car les tendons
fuperieurs des mufcles entrent dans
les ailes , dont je crois même qu'ils
compofent les fibres , & les inferieurs
entrent fort avant dans les
jambes. Cependant les differens
mouvemens de ces organes ne s'oppofent
point les uns aux autres ;
car tandis que les ailésjoüent , les
pieds restent en repos &fervent
d'appuy aux mêmes muſcles qui
font agir les ailes; & lorsque les
pieds marchent , les ailesfont en
GALANT: 89
repos fervent à leur tour d'appuy
aux tendons qui font remuer
les pieds.
Aprés avoir bien confideré la
Structure de tous ces muscles , il
faut examiner celle de fes yeux ;
elle a quelque chofe qui merite l'at
tention desOpticiens . Cefont comme
deux großes perles oblongues,
qui commencent au devant la tefte
&vont finir au derriere . Ils font
composez d'une membrane fine,
feche , argentine & transparente,
qui renferme un petit globe molafferemply
d'une liqueur fort noire.
Deux petits canaux remplis
d'air entrent dans chacun de fes
Octobre 1698 H
90 MERCURE
´yeux , &fe continuent à quelques
gros canaux auffi remplis d'air,
qui accompagnent l'inteftin depuis
la testejufques vers la queue . Pour
les découvrir fans travail , il faut
laiſſer la perle morte pendant quel.
ques jours , les parties interieurs
Se pourriront & deviendront à
rien , les canaux resterontfeuls ,
entiers , &même plusfolides qu'ils
n'eftoient auparavant
.
Cetteftructure m'a d'abord fait
penfer , que la perle pourroit bien
pouffer l'air de ces canaux dans
Ses yeux pour leur donner plus de
convexité lorsqu'elle veut regarder
les objets de fort prés ; &
GALANT.
gr
qu'au contraire elle chaffoit l'air
de fesyeuxpour les applatir , lorfqu'il
s'agiſſoit de regarder les objetsfort
éloignez. Et ma conjectu
ve ne m'a pas femblé tout à fait
frivole , car ayant foufflé dans les
plus gros canaux qui font vers le
milieu du corps de l'animal , fes
yeux fe font enflez confiderable.
ment Fay enfuite laifféfortir
l'air , ils fe font applatis.
A
Le même Auteur donnera
les parties de cet animal , deſtinées
à la generation , elles font
curieuſes.
La galanterie que je vous
envoye ne vous déplaira pas.
Hij
92 MERCURE
A MONSIEUR D. M.
MONSIEUR ,
I
TL faut que le Plefſis ſoit un
agreable lieu , puiſque fur
le peu que vous m'en avez dir,
je m'en divertis déja -par avance
, je m'y promene fans ceffe,
j'en confidere toutes les beautez
.
& plus F'y goûte une lumiere
vive & plus pure,
F'enfens les plus fines odeurs ;
Et ces innocentes douceurs
Que l'on ne doit qu'à la nature,
Ont pour moy defi grands as
traits,
GALANT.
93
Que quelquefoin qui m'embaraffe
,
Le chagrin leur cede la place,
Et ne laiſſe chez moy que plaifirs
&que paix.
25
Voilà comme j'en parle
quand je fais le Poëte ; & fi
la rime & le nombre ne m'arreftoient,
je crois que je dirois
les plus belles choſes du monde
là- deffus. Paris me devient
infuportable , je n'ay plus que
cette penfée dans l'efprit . Enfin
je fuis tellement prévenu
de l'agrément de cette de.
meure , que j'employe tout
94 MERCURE
ce que ma Poëfie & ma Peinture
me peuvent fournir d'excellent
pour m'en former une
juſte idée. Vous pouvez vous
imaginer aprés cela dans quel
le impatience je fuis de goû
ter en effet des plaifirs dont
l'attente eft fi douce : Tâchez
donc de nous tenir au plûtoft
voftre promeffe , & de ne plus
differer un voyage que nous
fouhaitons avec tant de paffion
.
Il me femble qu'à tous momen's,
Fentens du milieu de ces plaines
,
Les doux Meßagers du Printemps
,
GALANT
95
Qui nous difent par leurs haleines
,
Venez , partez, il en eft temps .
2
Nous avons chaffé ces mutins ,
Ces vents impetueux de qui la
violence
A tant fait de dommage à nos
derniers matins ,
L'Hyver eft hors d'état d'exercer
Sa vangeance ,
Et nous ne craignons plus fèsfunestes
deffeins.
ន
Venez, venez en liberté
Egarer vos chagrins au milieu de
nos plaines ;
96 MERCURE
Venez les affoupir dedans l'oifiveté
,
Ou les noyer dans nos fontaines.
Je ne sçaurois écrire deux
mots de Profe fur un fujet fi
gay que celuy-là. Je croy pour
moy que la Montagne du Plef
fis eft un Parnaffe , & que nous
n'y parlerons qu'en Vers . Cependant
fans faire tort à mon
entouſiaſme
, je vous diray
dans la plus fincere Profe que
je fuis , Monfieur , voftre.....
ALCIDON.
Les Vers que vous allez lire
ont
GALANT.
97
ont efté envoyez par une Dame
à fon Amant.
Pour vous punir de vôtre abfence
,
geJe veux d'unfidelle pinceau
Vous dépeindre dans ce Tableau
D'un repas enchanté l'agreable
ordonnance ,
Afin que de douleur votre efprit,
confondu ,
Regrette ce qu'il a perdu.
Au milieu d'un jardin fait par les
mains de Flore ,
Arrofé tous les jours par les pleurs
de l'Aurore.
Dans un Salon fuperbe & brillant
de clarté ,
Octobre 1698. I
48 སྙ་
MERCURE
Où la Nymphe des lieux ſe retiré
en Esté ,
Sous un ceintre enrichi de marbre
de peinture , Co
S'élevoir un buffet d'admirable
structure.
Cent valets diligens portoient autant
de plats ,
Les mets estoient exquis , & les
vins delicats.
Des plus charmentes fleurs , des
beaux fruits de l'année ,
Notre tablefut couronnée.
La Mufique Les Inftrumens ,
Animoient des beautez les tendres
agrémens.
Des amis d'Apollon la docte com.
pagnie,
GALANT.
BIBLIOQUE
199
Faifoit de leurs concerts enten
dre l'harmonie:
Et pour rendre les Dieux de nos
* \plaiſirs jaloux ,
DE
LA
Infidelle Tircis, rien n'y manquoit
que vous.
Voicyune Lifle des prefens
que le Viceroy de Naples a
faits à Mile Bailly de Noailles
commandant les Galeres du
Roy.
4 grands paniers de fix pieds
de large en quarré pleins
de Criſtaux de roche.
4 autres de Confitures .
4 de Chocolat.
I ij
100 MERCURE
4. de Soucouppes & de verres
de Venize .
4 pleins de Bougies.
2 pleins de grands Flambeaux
à quatre lumignons .
2 de Raifins fecs.
4
de Poulardes nourries au
lait , au nombre de roo .
10 de Cocq - d'Indes 7. 100
8 de Poules NA4400
8 de Poulers slar 400,
8 de Pigeons 400
S de Jambons so
200 2 de gros Sauciffons
2 Formes de Fromage de Par.
mefan .
2 paniers de Fromage de Cheva.
so
GALANT: of
ノ
100
2 de
Fromage mous
Bouteilles de Vin de differen
tes fortes 300
Six grands paniers de fruits.
16 Veaux de Mongane
.
20 Moutons.
& quarante
Tout cela fut prefenté par
le Lieutenant
General Don
Alberto de Los Rios , auquel
Mr de Noailles donna une
Montre à boëte d'or , enrichie
de diamans
Louis d'or aux
Domeſtiques.
Mr de Noailles avec quarante
- huit de fes Officiers fut
traité par le Viceroy le premier
jour , le fecond par le
I iij
10 MERCURE
Prince de Montefarchio , le
troifiéme par le Duc Dariola ,
le quatriéme par le Commandeur
Francefco Carlo Spinelli
Tout le peuple de Naples
fut charmé de la bonne mine,
& des manieres honneftes des
François ; & l'on eftoit telle
ment prevenu en leur faveur,
qu'on admira même leur fageffe.
Ils font regardez d'un
même oeil à Madrid , où les
Grands & le peuple vont au
devant de tout ce qui peut
leur faire plaifir . On a fait des
Feftes pour eux à Cadix & à
Alicante , & ils ont eſté rega.
GALANT. 103
lez par tout ce qu'il y a de
perfonnes de diftinction dans
Ces deux Villes . Toute l'EC
pagne parle aujourd'huy d'eux
avec avantage , & la maniere
dont le Roy a bien voulu accorder
la Paix à l'Espagne , a
tellement charmé tous les Efpagnols
, que la reconnoiffan
ce en retombe fur tous les
François.
Un Souverain qui veut gou
verner par luy - même doit
connoiftre parfaitement la fi
tuation de fes Etats. C'eft
pour ce fujet que M. le Duc
de Savoye, aprés avoir diffipé
I iiij
104 MERCURE
les Rebelles du Mondovi ,
paffé les Alpes pour aller voir
toure la Savoye. Il a crû que
la premiere chofe qu'il devoit
faire dans cette Province , étoit
d'accomplir un Voeu qu'il a
voit fait au Tombeau de faint
François de Sales , qui eſt à
Annecy , la feconde Ville de
Savoye. Il y arriva le 24 de
Septembre , & executa en
Prince Chrêtien ce qu'il avoit
promis à Dieu dans la derniere
maladie. Il en partit le
26 pour aller coucher à la
Bonne-ville , & arriva le
Thonon,capitale du Chablais
27 à
GALANT 1ος 105
où il eft à prefent . Il loge
avec les principaux Seigneurs
de fa Cour dans la Maiſon des
Peres Barnabites , où il a eſté
reçu par le Pere Preffet , Superieur
, à la tefte de fa Communauté.
Le 28 il alla ſe promener
fur le Lac de Geneve avec
tous les Seigneurs qui l'ac
compagnent dans ce voyage .
Ses peuples vont en foule à
Thonon , afin d'y voir leur
Prince,pour lequel ils ont autant
d'amour que de respect.
Son Alteffe Royale les careffe.
tous. Elle va dans toutes les
ruës de la Ville à pied pour fer
106 MERCURE
faire voir au peuple, qui a fuivi
ce Prince fur le Lac dans de
petits bâteaux , ne pouvant
fe laffer de le voir. Il doit par
tir de Thonon au premier
jour pour voir les autres Vil
les du Chablais , & faire enfuite
le tour de la Savoye.
Thonon n'eſt qu'à cinq lieuës
de Geneve. Cette Ville eft
fituée fur le Lac de ce même
nom elle eftoit autrefois la
demeure des Ducs de Savoye.
Les Peres Barnabites y ont un
tres- beau College. Son Alteffe
Royale pouvoit voir des fenê
tres de leur maiſon le païs des
GALANT. 107
Suiffes , qui eft au- delà du Lac
de Geneve. Ce Lac a cinq
lieuës de largeur , & 24 de longueur.
Il'eft dans fa plus grande
largeur à Thonon . On voit
proche cette Ville la belle
maiſon deRipailles , où ſe retira
l'Antipape Felix avec ceuxqui
le fuivirent. C'est delà qu'eft
venu le mot de Faire ripailles.
Pendant que le Roy cftoit
à Compiegne , les Peres Jacobins
qui ont un Convent en
ce lieu là , prierent Sa Majesté
de pofer la premiere pierre à
leur grand Autel qu'ils faifoient
rebâtir. Ce Prince, qui
108 MERCURE
felon fapieufe coûtume, ne refuſe
jamais rien de ce qui peut
contribuer à la gloire de Dieu ,
leur accorda ce qu'ils deman .
doient , & nomma Monſeigneur
le Duc d'Anjou pour
pofer cette pierre en fon nom .
Meffeigneurs les Ducs de
Bourgogne , d'Anjou & de
Berry s'eftant rendus au Convent
des Jacobins le jour marqué
pour cette Ceremonie,
ils furent receus à la porte
par le Superieur avec les afliftans
, & toute la Communauté.
M' l'Evêque de Soiffons
eftoit à la tefte de tout
GALANT. 109
ce Corps , & prefenta l'Eau
Benite à Meffeigneurs les
Princes . Ce Prelat dit enfuite
la Meffe , & dés qu'elle fût
finie il donna la pierre à deux
Religieux , qui l'ayant portée
jufqu'au lieu deftiné pour la
placer , la preſenterent à
Monfeigneur le Duc d'Anjou.
Voicy l'infcription qui
eftoit deffus.
Cette premiere pierre au Nom
de LOUIS LE GRAND ,
efté posée par Monfeigneur Philippe
Duc d'Anjon , petit fils de
te grand Monarque . Ce 18 Sep.
fembre 1698. Les Armes du
110 MERCURE
Roy estoient auffi fur cette
pierre. Elle fut poſée , felon
la maniere accoûtumée , en
de pareilles ceremonies . On
chanta enfuite le Te Deum ;
& aprés la priere pour le
Roy , M' l'Evêque de Soiffons
donna la Benediction du
faint Sacrement , & les Princes
furent reconduits juſqu'à
la porte de l'Eglife de la maniere
qu'ils avoient efté receus.
Ce Convent a efté fondé
par Saint Louis , qui leur
donna en les cftabliffant à
Compiegne , le lieu nommé
ſe Chateau Saint Jean . C'eft
GALANT. 111
celuy qu'ils occupent encore
aujourd'huy.
Je ne doute point que le titre
de la Lettre qui fuit , ne
vous la faffe lire avec beau-,
coup d'empreffement.
17..
ག ༞ ? .
LETTRE ECRITE
de ferufalem le 11 fuin 1698.
au ſujet du rétabliſſement de
l'Eglife du Saint Sepulcre, ac ,
cordé aux Religieux de Saint
François , fur la demande de
l'Ambaſſadeur du Roy à la
Cour Otomane-
J.
E fçay , Monfieur , que les
Nouvelles de la Terres
112 MERCURE
Sainte vous font un extrême
plaifir, & que vous prenez une
part finguliere
à celles où les
intereſts
de la Religion
, & la
gloire du Roy fe trouvent
mêlez..
Je vous manday
il y a envi
ron fept ans , que les Religieux
de l'Obfervance
de S. François
, Gardiens
des Saints lieux
de la Palestine
depuis quatre
cens ans , eftoient
heureufement
renerez
dans la poffeffion
de l'Eglife du Saint Sepul
cre , & des autres Sanctuaires
que les Chreftiens
Schifmatiqu
es avoientuſurpez
ſur eux,
GALANT. 13
fans oublier que cette reftitution
eft uniquement duë à
la protection de noftre invincible
Monarque , par les inf
tances de M' Caftagnere de
Chateauneuf, fon Ambaffa
deur à la Porte . Perfonne n'i ?
gnore le bruit qui s'en répan
dit alors dans tout le Monde
Chretiens par des Festes folemnellement
célébrées , par
divers Ouvrages publiez fur
cette matiere , par des feux
d'artifice tirez à la porté du
Convent des Cordeliers de
Paris , & enfin par la députation
que les Religieux de Jes
Octobre 1698,
*
K
114 MERCURE
rufalem firent au Roy , pour
remercier
Sa Majefté d'un fi
grand bienfait. C
.
Ils en ont jouy jufqu'à prefent
dans une paix entiere ;
mais comme les Schifmati.
ques fe fatent toujours de
pouvoir faire une nouvelle
ufurpation , ils profitent de
toutes les occafions qu'ils
croyent leur eftre favorables .
C'eſt ainfi qu'ils ont confide.
ré la réparation
importante
& indifpenfable , qui eft act
tuellement à faire dans la
grande Eglife de la Refurrection
, ou du Sepulcre de Jerufalem.
GALANT.
115
Vous fçavez , Monfieur ,
que cette Eglife , quoy que
réparée par deux fois depuis
prés de quatorze cens ans
qu'elle eft conftruite , ne laiſſe
pas d'eftre encore aujourd'huy
le plus magnifique monument
de la pieté de l'Empe-
Leur Conftantin , qui la fie
baftir & orner avec des frais
immenfes vers l'année 326.
Le plus beau de l'Ouvrage
eft un fuperbe Dome , done
la muraille s'éleve fur plufieurs
grandes arcades , & les arcades
font foutenues par une
vingtaine de groffes colom
Kij
116 MERCURE
nes de marbre de differente
qualité. Un double rang de
galeries regne tout autour de
l'édifice , à l'imitation de ce
luy de Sainte Sophie de Conftantinople
, & le Dome fe
termine enfin par une manie.
re de couronne , que forme
une, admirable charpente ,
toute de bois de cedre , &
compofée de plus de cent
trence pieces principales, dont
les dimenfions font tout - à
fait extraordinaires.
Au deffous , & dans le jufte
milieu de tout ce grand Ouvrage,
le trouve le S. Sepulcre
GALANT. 117
de Noltre Seigneur. C'eft ce
couronnement du Dome, qui
eftant plus expolé & d'une
matiere moins folide que le
refte , est enfin tombé dans
un estat de déperiffement &
de ruine , qui feroit craindre
de plus facheufes fuites , fi on
n'y remedioit fans perte de
temps.
Les Religieux de S. Fran .
çois ont fait pour cela toutes
les diligences neceffaires ; mais
la principale chofe leur manquoit
, je veux dire , la permiffion
de la Cour du Grand
Seigneur , fans laquelle on
118 MERCURE
*
n'oferoit mettre la main à
un Ouvrage de cette confequence
; & cette permiffion
a elté traversée par des obfta
cles prefque invincibles de la
part des Schifmatiques
Ces Ennemis de la verita
ble Eglife prétendoient estre
en droit de faire eux-mêmes
cette grande réparation , &
d'acquerir par là un titre pour
l'ufurpation qu'ils meditent.
Il eftoit donc également im
portant & difficile de rendre'
leur prétention nulle. ‹
C'eſt là deffus que les Res
ligieux de la Terre - Sainte, qui
GALANT. 119
feuls y reprefentent l'Eglife
Latine , reconnoiffant la neceffité
de faire une députation
à Conftantinople , l'ont confiée
au R. P. Perrin , du Comté
de Bourgogne , cy- devant
Superieur du S. Sepulcre de
Jerufalem , & à preſent Vicai
re General de la Paleſtine ,
auquelils en avoient déja confié
deux autres tres- delicates .
S'il a fouffert en celle- cy
toutes les incommoditez d'un
voyage de cinq mois dans la
plus rigoureuſe ſaiſon , la peine
luy eft devenue bien précieuſe
par le bonheur & le
120 MERCURE
fuccés qu'il a eu dans cette
affaire.
Vous ne ferez pas faché ,
Monfieur , que je vous faffe
icy un petit récit de fon voya.
ge , dans lequel vous trouve
rez de ces fortes de chofes
que je fçay eftre tout à fait
de voltre gouft. loss.
Il partit de Jerufalem le 13.
du mois de Janvier dernier ,
& quoy qu'il le fuft embarqué
à Seyde , qui eft l'ancienne
Sidon de l'Ecriture . Sainte
Je 20. du même mois , fur une
Tarrane prife exprés , à caufe
des nouvelles qu'on receur
alors
GALANT. 121
alors des preffantes follicitations
des Schifmatiques à la
Cour du Grand Seigneur. Il
ne put arriver à Conftantinople
que le jour de Pafques 30 .
Mars , à caufe des vents contraires,
qui l'obligerent de re.
lâcher en plufieurs Ifles , & particulierement
au Port de Rho..
des , où il femble que la divine
Providence voulut l'arrê
fter , pour y exercer une gran
de charité envers plus de trois
cen's Efclaves Catholiques. It
leur fit une petite Miffion ,
durant laquelle la pluſpart receurent
les Sacremens avec
Octobre 1698.
L
122 MERCURE
beaucoup de larmes & de
pieté.
Ce Religieux n'ayant pas
trouvé M l'Ambaſſadeur à
Conftantinople , il en partit
le 3. Avril , accompagné d'un
Janiffaire , pour l'aller joindre
à Andrinople. Son Excellence
le receut avec tant de bonté
pour fa perfonne , & tant de
zele pour le fujet de fa députation
, que dans le temps que
les Grecs Schifmatiques fe
Alatoient de tout , & qu'ils
avoient même la témerité d'écrire
par tout , fçavoir , que le
Grand Seigneur n'avoit acGALANT
123
cordé la reftitution des Saints
lieux au Roy Tres - Chreftien ,
qu'à condition que Sa Majeſté
ne feroit pas la Paix avec l'Empire
, ils eurent le chagrin & la
confufion d'apprendre que
que M' l'Ambafladeur avoit
obtenu au nom du Roy , tout
ce qu'il avoit demandé pour
cela , & notamment la permiffion
de réparer le Saint Se
pulcre.
Le Pere Perrin, encore tout
penetré de la joye qu'il eut
dans les premiers momens de
ce triomphe , ne fe laffe point
de parler du zele , de la pru-
Lij
124 MERCURE
dence , de la penetration
, de
la douceur , & de mille belles
qualitez deM l'Ambaffadeur
,
& d'exhorter tous les Religieux
de la Terre. Sainte à une
éternelle reconnoiffance
, par
leurs prieres auprés de Dieu ,
pour le plus grand Roy du
monde , fi heureux dans le
choix de fes Miniftres , & pour
un Miniftre fi digne d'un ſi
grand Roy.
Pendant fon fejour à Andrinople
, il a eu l'honneur de
loger dans le Palais de Son
Excellence , qui a voulu qu'il
mangeaft toujours à la table
GALANT. 125
avec diftinction . Il a vû en
cette Ville le Grand Seigneur
aller en ceremonie faire la
priere à la principale Mofquée
, le dernier jour du Ramadan
, ou Carême des Turcs.
Il y vit auffi le Kam des Tartares
, & un Ambaſſadeur du
Roy de Perfe , qui fienr faile
une courfe de chevaux devant
le Grand Seigneur , en prefence
des Ambaffadeurs de France
& d'Angleterre . Les chevaux
eftoient montez par des
Enfans de dix à douze ans ,
il eftoit question , pour remporter
le Prix , de faire dans
&
Liij
126 MERCURE
une demi- heure , ce
que
le
meilleur cheval ne fait ordinairement
qu'en quatre heures
allant le grand pas. Il y
avoit de chaque cofté vingt
chevaux , dont plufieurs ne
pûrent fournir. Le premier
Prix fut de cinq cens écus , le
fecond d'un cheval , & le troifiéme
d'une jeune Esclave.
La Ville d'Andrinople eſt
fitvée au milieu d'une belle
& fertile plaine , à cinquante
lieuës de
Conftantinople. Le
grand chemin qui conduit
d'une Ville à l'autre , eft com .
me celuy de Paris à S. Denis ,
GALANT. 127
tout pavé , ayant à droite & à
gauche des plaines à perte de
vûë. On trouve dans de gros
Bourgs de cinq lieuës en cinq
lieuës , des camps ou logemens
publics pour les Voyageurs ,
où il n'y a ny lit , ay vin .
Le Député partit de cette
Ville avec un Capigi - Bachi ,
Officier de la Maifon du G.
S. que M' l'Ambaſſadeur luy
fir donner pour l'emmener en
Jerufàlem , & y demeurer jufqu'au
parfait rétabliſſement
du Dome , afin d'y faire executer
les ordres du Grand Scigneur
, d'y empêcher , en cas
Liiij
128 MERCURE
de befoin , les infultes du peu
ple , & de réprimer l'inſolence
des Schifmatiques , qui câchent
d'infinuer aux efprits
groffiers , que ce nouveau bá.
timent du Saint Sepulcre fera
une Fortereffe pour tenir
les Habitans dans l'efclavage.
A fon retour à Conftantinople
, Madame la Princeffe Tekeli
, tres vertueufe Catholi
que , l'envoya prier de l'aller
voir , pour s'informer de luy
comment elle pourroit faire
le voyage de la Terre Sainte.
Il vit en même temps le Prince
fon Epoux , fi affligé de la
GALANT: 129
goute aux pieds & aux mains ,
qu'elle ne le quitte point.
Conftantinople
, comme
perfonne n'ignore , eft une des
plus grandes & des plus belles
Villes du monde , une abondance
infinie de toutes chofes
; mais la pefte qui s'y fair
fentir fouvent, emportoit l'année
derniere des mille perfonnes
par jour. Il y a un Convent
de Jefuites , un de Capucins ,
un de Jacobins , un de Recolets
, & celuy des Religieux de
la Terre - Sainte . Il y en avoit
encore un autre , appellé le
Convent de Saint François ;
i30 MERCURE
mais le feus'y eftant pris l'année
derniere dans un grand
incendie , les Turcs en ont
fait une Moſquée. Il y a aufſi
un Archevêque qui eft Cordelier,
& qui par fon zele pour
les Lieux Saints , n'a pas manqué
un jour d'affifter defes
confeils & de fon credit le Dé.
puté, contre les mouvemens
du Patriarche des Grecs , qui
y d.meure. Ce fut dans cette
grande Ville que ce Députéle
rembarqua pour Jerufalem ,
au commencement de May ,
& d'où , pour ne rien omettre
de tout ce qui peut contribuer
GALANT. 11
au bon fuccés d'une pareille
entrepriſe , il a eu la précaution
d'emmener avec luy un
nombre d'excellens Ouvriers,
qu'on ne trouveroit pas ailément
dans la Paleſtine , où par
la mifericorde de Dieu , tout
eſt arrivé à bon port le 4.
cem ois .
de
Pendant le cours de cette
députation on a achevé de
faire tous les préparatifs éloignez;
car comme les bois , &
les autres commoditez neceffaires
font tout - à fait rares
en Judée , ainſi qu'on l'avoit
déja reconnu du temps des
132 MERCURE
Croisades , on a esté obligé
de les envoyer chercher en
Europe , avec des foins & des
dépenses exceffives , en quoy
les Religieux de Jerufalem ont
efté parfaitement bien fecondez
par toutes les perfonnes
employées à l'execution de
ce pieux deffein .
Ils fe louent extremement du
zéle que les Reverends Peres
Renoul & Chalcornac , Commiffaires
Generaux de la Terre
fainte en France , ont fait paroiftre
en cette rencontre , ne
fe laffant point d'envoyer icy
tous les fecours qu'ils peuvent
GALANT. 133
y procurer , & venant tout
fraîchement
d'y faire paffer
plus de vingt- deux mille livres
d'aumônes recueillies
en France , avec de nouveaux
Religienx François & autres
provifions neceffaires dont le
Pere Chalcornac , à cauſe
de fa refidence à Marseille ,
a prefque tout le poids . Sur
quoy il eft à propos de vous
dire , qu'auffi bien que dans
le grand Convent des Corde
liers de Paris , il y a dans ce-
- luy de Marſeille un apparte
ment confiderable
qu'on ap
pelle l'Hofpice de la Terre
134 MERCURE
Sainte , érigé avec l'agrément
&fous la protection du Roy,
où tous les Religieux de quelque
nation qu'ils foient , allant
& venant de Jerufalem
pour la conduite des aumônes
, ou par motifde devotion'
particuliere , font receus &
traittez avec toute forte de
douceur & de charité , par le
Pere Commiffaire ; lequel
leur fait encore trouver toutes
les commoditez qui font
neceffaires pour un fi grand
voyage ; ce qui joint à plufieurs
autres chofes que l'on
ne ſpecifie point icy , eſt
GALANT, 135
7
d'un trop long détail & d'un
fi grand fervice pour la Terre
Sainte , qu'on ne peut s'empêcher
d'aplaudir au zéle de
celuy qui s'en acquitte dignement.
Si je ne craignois de paffer
les bornes d'une Lettre , je
vous parlerois encore des fervices
continuels que rend depuis
fi longtemps à la Terre-
Sainte, M'Sebolin, qui en eft le
Sindic & le Treforier perpe
tuel à Marſeille. C'eſt un ancien
Echevin de cette Ville - là ,
qui fe diftingue par fon extrê
me probité, & par la devotion
136 MERCURE
toute finguliere qu'il a pour
les Saints Lieux , qui va fouvent
jufqu'à fuppléer de fes
deniers , & à faire des avances
confiderables pour les interefts
de la Religion . Mais
cette matiere me meneroit
trop loin , je viens à noftre
principal fujet , & je finis ,
Monfieur, en vous difant que
toute la dépenſe de l'ouvrage
en queftion excedera un mil.
lion de livres , choſe furprenante
fans doute à la plufpart
des gens qui ignorent ce qu'il
faut payer aux Officiers du
Grand Seigneur qui font à
GALANTE 137
Jerufalem , mais facile à comprendre
à ceux qui peuvent
entrer dans le détail de cette
affaire.
Il y a plus lieu de s'étonner
que des Religieux fondez
fur la pauvreté , puiffent former
une pareille entrepriſe , à
l'execution de laquelle néanmoins
ils travaillent actuellement
, & travailleront fans relâche,
le délay en cePays eltant
une augmentation confidera
ble de frais .
Enfin , Monfieur , c'eft ainfi
que malgré l'oppofition des
Schifmatiques , l'avarice des
Octobre 1698. M
128 MERCURE
Infidelles , & le malheur des
temps , on eft à la vleile d'empêcher
la ruïne du plus faint
de tous les Temples , auquel
on peut dire que la provi .
dence divine a voulu donner
pour Fondateur un tres- pieux
Empereur en la perfonne du
Grand Conftantin
, & pour
Reſtaurateur le plus puiffanc
& le plus Religieux Prince de
la Terre en la perfonne de
Louis le Grand. Je fuis Monfieur
, & c .
M' le Comte de Coigny,
attendu depuis fi longtemps
dans la Ville de Caën ,
GALANT
139
y arriva le 3. du mois dernier,
& comme il y eft fort aimé
& respecté , les Bourgeois fe
mirent fous les armes pour le
recevoir , au nombre de plus
de deux mille. Il fut falué &
complimenté par les Corps
les plus confiderables de la
Ville , & M' Renout , Doyen
de l'Eglife Collegiale du Saint
Sepulcre , à la tefte de fon
Chapitre , luy fit la harangue
que vous aliez lire .
MONSEIGNEUR,
Les Livres facrez nous apprennent
que les Preftresde l'an ,
Mij
140 MERCURE
&
tienne Loy alloient au devant de
leurs Heros , pour les louer
benir des victoires qu'ils avoient
remportées fur les ennemis de leur
patrie , & comme nous faisons
profeffion defuivre leur exemple,
nous ne pouvons nous difpenfer ,
en vous rendant nos tres humbles
refpects , de publier que vous
avez toujours porté les armes
dés voftre jeunesse pour l'intereft
de la Religion , & la gloire de
la France , & que vous vous
eftes toujours occupé dans les li
gnes , les circonvallations , les
tranchées , les fieges & les campemens.
Vous avez , Monfeigneur
, tellement ſignalé voftre
GALANT: 14
I
valeur dans les plus grands perils
& dans les plus fortes attaques
, vous y avez receu de fi glo.
rieuſes bleffures , vous avezrem ·
porté tant de victoires , & enfin
vous avez fait des actionsfi he.
roïques & fi furprenantes
à la
prife de Barcelonne , que toute
l'Europe vous regarde comme un
des plus braves Seigneurs de la
Cour , un des plus habiles Officiers
Generaux , & des plus grands
Guerriers duRoyaume . Quand no.
tre Augufte Monarque vous a donnélegouvernement
de cette Capitale
de la Catalogne, il afait connoiftre
à tout l'Univers l'estime qu'il
faifoit de voftre fidelité, de voftre
}
142 MERCURE
prudence confommée dans l'Art
Militaire , & qu'il vous aimoit
confideroit comme un de fes
plus grands Heros. Si Sa Majefté
n'a fait prendre cette importante
Ville quepour avoir la Paix
Generale , il eft auffi tres certain
que vous eftes un ſi vaillant &
fibon Gouverneur , qu'il n'y avoit
que fa volonté . qui nous a donné
cette Paix pour le bien de toute
l'Europe , capable de vous la faire
rendre au Roy d'Espagne . C'eft ,
Monfeigneur, ce qui fera à jamais
vostre gloire , & c'eſt auſſi
ce qui fait noftre bonheur , puif.
que nous avons le bien de vous
GALANT.
143
y
poffeder en cette Ville , & de vous
honorer comme noire tres - digne
Gouverneur , qui nous a attiré la
Paix par l'éclat & la force de
Les armes , & qui s'eft attiré les
coeurs e & l'admiration de tout le
monde , fouhaitant avecpaffion,
Monfeigneur , que le plus puiffant
de tous les Rois , qui vous a donné
des Charges éminentes , vous
continue toûjours fes faveurs, &
que !
le Dieu des Batailles de la
Paix vous donne toujours fes
graces.
Le Lundy 29. du même
mois , jour de Saint Michel ,
il fe fit une grande Solemnité
£44 MERCURE
à Andeli , petite Ville , qui n'eft
éloignée deRouen que de fept
lieuës . Madame de Piancourt,
Abbeffe de Saint Jean , Sou
de M' l'Evêque de Mende , &
auffi confiderable par fa vertu
qu'elle l'eft par fa naiffance ,
avoit fouhaité depuis longtemps
, pour fatisfaire la pieté,
& celle d'une fort grande
Communauté, toute dévouée
à Dieu fur fon exemple , que
l'on accordaft à fon Eglife
une Relique de Saint Evode,
qui vivoit du temps de nos
premiers Rois . Saint Evode
avoit embraffé l'Etat Ecclefiaftique
GALANT : 145
fiaftique n'ayant encore que
quinzeans , & fut Chanoine de
l'Eglife de Rouën . La maniere
édifiante dont il s'acquitta de
fes devoirs , fut caufe qu'après
la mort de Flave , qui en fur le
quinziéme Archevêque , il fut
élu pour remplir la place par
le Clergé & par tout le Peuple,
& confirm par le Roy Clotaire.
Sa Vie fut une fuite continuelle
de miracles . il donna
la parole à un muet de naiſſance
, en oignant fa Langue avec
le faint Crefme , & il chaffoit
les Demons des corps des
Poffedez , par fa benediction
Octobre 1698. N
146 MERCURE
& en les touchant avec fa
Croffe. Son foin paftoral s'é
tendoit fur tout fon Dioceſe ,
& ce fut dans ce pieux exerci
ce qu'il tomba malade à Andeli
, où il mourut. Son corps
fut porté à Rouën pour eftre
inhumé dans la Cathedrale ,
& à fon entrée on vit les portes
de la Priſon publique s'ou
vrir d'elles mêmes , & trente
Criminels dont les fers fe rompirent
, furent délivrez . De là,
à l'occafion des Guerres , qui
firent craindre pour ce précieux
dépoft , il fut transporté
Brefne, Diocefe de Soiffons ,
GALANT
147 :
S
en 1133. & Agnés, Fille de Thi
baut , Comte de
Champagne
,
& de Blois , Dame du lieu , &
depuis Femme de Robert de
Dreux , Frere de Louis VI. y
fit baftir une celebre Abbaye
de Religieux Prémonfirez ,
fous le nom de S. Evode. Ma-,
dame l'Abbelfe de Saint Jean,
dont je viens de vous parler ,
ayant obtenu la Relique qu'
elle avoit demandée avec de
grandes inftances , & qui confifte
en un os du bras depuis,
l'épaule jufqu'au coude , on
la mit dans une Chaffe fort
propre, & elle fur portée dans
Nij
148 MERCURE
l'Eglife de la Madeleine , Paroiffe
du Fauxbourg de la Vile
le , d'où aprés les Vefpres on
l'aporta proceffionnellement
en l'Eglife Collegiale de Noftre
Dame , baftie par Sainte
Clotilde . Cette Proceffion
eftoit compofée des Penitens ,
des Capucins , & de tout le
Clergé d'Andeli & des environs
, qui précedoient Mrs du
Chapitre .
On
porta enfuite la
Relique à l'Eglife de S. Jean ,
où le Pere Callou , Souprieur
de l'Abbaye de Brefne , la prefenta
à la grille à Madame
l'Abbeffe , à laquelle il fit fur
GALANT. 149
ce fujet un petit Diſcours, touc
plein d'éloquence. Le tour en
fut admiré , & tous ceux qui
l'entendirent,tomberent d'accord
qu'ilferoit difficile de parler
avec plus de poids & de net .
teté. Aprés cela , M le Prieur
d'Arfigny , de l'Ordre des
Prémontrez,monta enChaire
& fit l'Eloge du Saint, que l'on
écouta avec plaifir . La ceremonie
fut faite par M ' de Lon
guemare , Doyen du Chapitre
, dont le zele édifia beau
coup tout le peuple . La Reli
que pendant les huit jours fuivans
demeura expofée à la
Niij
10 MERCURE
veneration des Fidelles .
S'il eft certain qu'on n'aime
pas quand on veut , il ne
l'eft pas moins qu'on ne ceffe
point d'aimer quand la raifon
le confeille . Il y a un je ne fçay
quoy qui l'emporte fur tous
les railonnemens que l'on
peut faire , & auquel fouvent
il eft inutile qu'on s'obtine à
réfifter. Une jeune Demoiſelle
, plus belle que laide , mais
non pas affez pour toucher
fenfiblement fans qu'on la
connuft , fe trouva dés l'âge
de quinze à feize ans
d'un
efprit meur & folide , qui la
GALANT: 151
mettant en eftat de voir fes
i.
e
印
ду
S
defauts dans ceux d'autruy ,
luy donna en même temps
Te une grande attention fur les
moyens de s'en corriger, Ce
fut fon unique étude Ilferoit à
fouhaiter qu'elle fuft univer.
felle , & que perfonne ne vou .
luft s'en exempter. L'applica
tion qu'elle eut à veiller fur elle
même , la rendit honnefte ,
douce , infinuante , & ne luy
n
ht
S laiffa pour toute fierté , que
celle qui fait estimer les perfonnes
de fon Sexe. Un Gentilhomme
affez riche , & d'une
naiffance qui le pouvoit di
Niilj
152 MERCURE
ftinguer , ne la put voir quel
que temps fans eftre touché
de fon merite. Il eut pour elle
beaucoup d'affiduité , & l'on
n'en fut point furpris. Son
humeur égale & complaifante
, la vivacité de ſon eſprit , &
l'enjouement qui accompagnoit
les moindres choſes qu'
elle avoit à dire , la rendoient
digne d'un pareil attachement;
mais s'il s'aquit fon eftime,
il ne put gagner fon coeur .
Elle vouloit bien le recevoir
pour Ami, & dés qu'il luy par
loit comme Amant , elle luy
marquoit une ftoideur qu'il
GALANT: 153
ne luy eftoit pas poffible de
vaincre. Ainſi ce fut inutilement
qu'il s'expliqua , fa paffion
n'eut aucun fuccés , & la
Mere de la Demoiselle , qui
trouvoit l'affaire avantageuſe,
ne put l'engager à y confentir.
Cependant le Gentilhomme
fe Aatant qu'avec le temps il
luy feroit perdre ſon indifference
, continua toujours de
la voir,&fon amour paroiſſant
fort violent , on blâmoit la
Belle de fon obftination à n'y
pas répondre . Elle répondit
que pour le réfoudre au mariage
elle eftoit perfuadée
154 MERCURE
qu'il falloit que l'Etoile s'en
melaſt , & qu'elle attendoit
fans impatience ce que la fien.
ne réfoudroit de fa fortune.
Cette réponſe ayant eſté rap .
portéedevant un Cavalier tout
plein de merite , il dit agreablement
qu'il n'y avoit point
d'autre Etoile que le coeur ,
& qu'apparemment l'Amant
dont il eftoit quftion voulant
toucher celuy de la Belle , ne
s'y prenoit pas comme il de.
voit . On luy repartit que c'eftoit
une avanture à tenter
pour luy que la Demoiſelle
meritoit les foins du plus honGALANT.
T
nefte homme, & qu'ilacquer.
roit beaucoup de gloire s'il
réuffiffoit à une conquelle, où
un Gentilhomme , avec une
forte paffion , & beaucoup de
bonnes qualitez , fembloit a
voir échoué. Le Cavalier fe
trouva touche de ce défi . Il fe
réfolut à voir la Belle ; & s'affurant
fur la bonne mine &
fur l'agrément qu'il fçavoit
donner à la converſation , il
mit en ufage tout ce qu'il crut
propre à le faire aimer . La
Demoiſelle le regarda atten
tivement. Rien ne luy déplut
dans fa perfonne. C'eftoit un
156 MERCURE
air libre , & un dehors prévenant
qui le faifoit écouter
avec plaifir. Auffi ne fut - elle
pas fâchée de le connoiftre.
Toutes les vifites furent agreablement
receuës , & il y
avoit des inftans où elle
croyoit fentir pour luy ce
qu'il luy fembloit qu'elle n'avoit
jamais fenty pour perfonne
; andis malgré de fi
douces difpofitions , fon
panchant , qu'elle ne démelloit
pas bien, ne pur prévaloir
fur fa raifon , & fi fon
coeur commençoit à luy eſtre
favorable , elle s'en rendoit
4
GALANT: 157
fi bien maiftreffe que rien ne
luy échapoit qui put le faire
connoiftre . Elle auroit peuteftre
efté ravie de s'en voir
aimée , mais quelques fortes
affeurances qu'il puft luy donner
de mettre tout fon bonheur
à luy plaire , comme elle
avoit beaucoup de difcernement
, elle y remarquoit toujours
plus d'efprit que de
paffion , & quoy que ce qu'il
luy difoit n'euft rien de contraint
ny d'étudié , fe yeux
ne parloient pas fi bien que fa
bouche , & il y avoit un arrangement
dans les douceurs, qui
1,8 MERCURE
empefchoit qu'elle ne les prift
pour des veritéz . Cependant
plus il la voyoit , plus il découvroit
en elle un fond de
merite , qui luy avoit eſté d'abord
inconnu , & qui fe de- :
velopant de jour en jour , luy
fit admirer une grandeur .
d'ame dont il fut charmé. ›
Rien n'eftoit fi noble que fes
fentimens , & fon efprit n'avoit
pas moins de folidité ,
qu'on y remarquoit de deli .
cateffe . Tout cela fit fon effet.1
Le Cavalier qui avoit entre
pris de fe faire aimer fans aud
cun autre deffein , aima ve .
*
GALANT.
159
-
"
rirablement , & commençant
à n'exprimer plus que ce
qu'il fentoit , il le fit d'une
maniere qui ne manqua pas
de perfuader. Ce n'estoient
plus des difcours fuivis . Il di
loit cent fois la mefme chofe ,
& il la difoit toûjours avec
plus de force. La Belle , pour
l'enflamer davantage , luy ca
cha longtems qu'elle fuft con .
vaincuë de fon amour , & fon
incredulité, quoy qu'affectée ,
fut un aiguillon pour le por
ter au dernier excés . Enfin ,
fes empreffemens qu'il redou .
bloit à toute heure , adouci
gent la fierté qui l'empef
160 MERCURE
choit de fe rendre. Elle fut
contrainte de luy avoüer
qu'elle croyoit eftre aimée , &
elle ne put luy faire un aveu
fi doux pour luy , fans luy faire.
voir en mefme temps qu'il
eftoit aimé. Quels transports
ne fit-il pas éclater quand il
fe vit feur de fon bonheur ?
Il ne fut plus queſtion que de
terminer le mariage , & on
ne le pouvoit conclurre affeztoft
pour fatisfaire fon impatience
, Ainfi ce luy fut quelque
chofe de cruel , que la neceffité
qu'on luy impofa d'at
tendre l'arrivée d'unOncle de
F
P
GALANT. 961
*
la Demoiselle , dont elle heritoit
en partie , & quine pou
voit fe rendre à Paris de plu
d'un mois . Le chagrin que luy
donna ce retardement fut foulagé
par le plaifir qu'il eut de fe
voir aimé d'un amant fincere.
En effet la belle qui s'abandonna
au je nelçay quoy qui
l'avoit vivemement frapée à
la premiere veuë du Cavalier,
le trouvant digne de fa plus
forte tendreffe , ne mit plus
de bornes aux fentimens que
fon penchant l'obligeoit de
prendre. C'étoit fa premiere
paffion , & elle fut vive & tres.
Octobre 1698.
162 MERCURE
veritable. Le Gentilhomme
qui s'eftoit attaché à elle de
puis fi long- temps , ne put
voirfans une extrême douleur
qu'un autre euft vaincu fon
indifference , aprés tant de
foins qu'il avoit perdus pour
s'en faire aimer. Il luy en fic
des plaintes touchantes , &
elle rejetta ce qui arrivoit fur
l'ordre immuable de la Defti .
née. Cependant le Cavalier,
par une fatalité qu'on ne
fçauroit concevoir , tout convaincu
qu'il eftoit du parfait
merite de la Belle , s'oublia
affez pour ſe laiffer éblouir à
GALANT. 163
la beauté. Une jolie Brune
que le hazard luy fit voir
dans un quartier des plus éloignez
du fien , parut à fes
yeux toute brillante . Il n'y
avoit rien de fi engageant que
l'exterieur de fa perfonne .
Tout y eftoit plein de graces
, & il eftoit mal ailé de fe
fauver de fes charmes quand
elle vouloit fe fervir de leur
pouvoir . Il luy conta desdon ,
ceurs. Elle prit plaifir à les
écouter, fort perfuadée qu'elle
en eftoit digne . Rien ne
fut plus vif que ce debut , &
dés ce premier moment ils fe
O ij
164 MERCURE
pleurent l'un à l'autre . Cela
ne fut pas fans fuite. Il
alla chez elle peu de jours.
aprés. On fut ravi de le voir ,
point de borne à fes vifites . Il
decouvroit tous les jours quelque
nouveau charme dans la
jolie Brune , & à force de luy
dire qu'elle eftoit aimable , il
la trouva telle , & fon coeur
demeura pris. Comme elle
ignoroit qu'elle avoit une Ri
vale avec qui l'honneur ne
permettoit pas au Cavalier de
chercher à rompre, elle luy fit
certaines avances qui le convainquirent
que s'il en vou .
GALANT. 165
loit faire la recherche , on
l'écouteroit favorablement.
Elle eftoit fort riche , & s'il
n'eut pas eu d'engagement ,
le party n'estoit pas à dédaigner.
Il fuivit aveuglément
les mouvemens de fon fol amour
. Il parla , il dit plus qu'il
ne devoit , & la réponse qu'il
eut luy faifant une espece de
neceffité d'aller plus loin , il
pouffa la chofe jufqu'à ne pouvoir
plus reculer fans honte.
Grand embarras qui le jetta
dans un trouble qu'il ne puc
cacher aux yeux de fa premiere
Maiftreffe. Elle voulut
166 MERCURE
en fçavoir la cauſe , & illa re
jetta fur ce que fon Oncle
differoit trop à venir . Son cha
grin ayant paru obligeant , on
luy en fçeut gré , & la Belle
lay en sint un compte qui
l'auroit charmé s'il n'avoit eu
qu'elle dans le coeur , mais
enfin fon defordre fe calma,
Il parut plus amoureux que
jamais , & l'Oncle eſtant arrivé
, on figna la contrat de
mariage. Il n'y avoit plus que
deux ou trois jours juſqu'à celuy
qu'on avoit choisi pour
les marier, quand un incident
fort imprévcu renverfa tous
GALANT. 167
leurs projets. La Belle accompagnée
d'une Parente , eftant
fortie de la Ville pour aller à
un Convent d'un Fauxbourg
où elle avoit quelque Amie a
voir , quatre hommes à demi
mafquez le montrerent dans
le temps qu'elle fortoit de
Caroffe , & l'ayant mife avec
hafte dans une Chaiſe de pofte
, malgré les efforts & les
aris de la Parente , ils avancerent
fi vifte , qu'en fort peu
de temps elle les perdit de
veuë. Cette nouvelle qu'elle
répandit à fon retour , mit la
Famille dans une grande con168
MERCURE
fternation . Le Cavalier en fid
paroiftre toute la douleur
imaginable , & avec deux ou
trois de fes Amis , fans perdre
de temps , il courut apres
les ravifleurs , mais leur dilig
gence ne fervit de rien , & on
n'en eut aucunes nouvelles.
Le Gentilhomme qui avoit
aimé la Belle s'eſtant abſenté
depuis quelques jours , on ne
douta point qu'il ne fut l'au
teur de l'enlevement On fit
des pourfu tes contre luy, &
il ne les eut pas plûtoft apprifes
, qu'il le prefenta , voulant
fe juftifier . Son amour feul lay
attioit
GALANT: 169
attiroit les foupçons qu'on
avoit formez . On a peine à
ceder à fon Rival un bien qu'-
lon croit avoir merité , mais
cette présomption n'eſtoit pas
une évidence , & il repouffa
l'acufation avec tant de force,
-qu'aucun des Parens ne vouluc
foutenir. Cependant la Belle
étoit enlevée , & on ne fçavoir
que penfer de ce malheur.
On fit les plus exactes recherches
, & quelques foins que
l'on prift d'envoyer de tous
coftez , il fut impoffible de
découvrir ce qu'elle eftoit devenue.
L'occafion eftant fa.
Octobre 1698. P
170 MERCURE
vorable au Cavalier , aprés
qu'il eut fait de fon coflé tout
ce qu'on pouvoit attendre
d'un Amant fort in quiet , il
demanda aux Parens qu'on
luy rendift fa parole , & que le
Contrat qu'il avoit figné demeuraft
nul . Ce qu'il demandoit
eftoit trop juste pour le
pouvoir refufer.La Belle avoit
difparu . Aucun d'eux ne pouvoit
dire entre les mains de
qui elle eftoit , & quelque affurance
que l'on cuft de fa
vertu , un enlevement eftoit
toujours une tache auprés
des gens delicats . Il ne
1
GALANT
171
fe vit pas plûcoſt dégagé ,
que fe declarant plus ouvertement
à la jolie Brune , il ne
fongea plus qu'à contenter
fon amour. Le mariage fe fir ,
& les avantages qu'il y trouva
du cofté de la fortune , donnerent
ſujet à tous fes Amis de
fe réjouir du changement ;
mais il n'en fut pas ainfi de
luy. S'il eut une Femme belle
& riche , & qui luy avoit paru
aimable , il reconnut en fort
peu de temps , que le dedans
ne répondoit pas à
cè bel exterieur dont il s'eftoit
laiffé éblouir . Elle eftoit bi-
Pij
172 MERCURE
zarre , imperieuſe , aimoit à fe
diftinguer par la dépense , &
ne connoiffoit pour toute raifon
que fon caprice . Point de
complaifance , point d'honnefteté.
Elle vouloit ce qu'
elle vouloit avec un attachement
qui la rendoit intraitable.
Le Cavalier eut beau vou .
loir ramener fon efprit par la
douceur ; il l'aigrit en la fla-
& la même bizarrerie
qui l'avoit portée à l'aimer
d'abord , changea tour d'un
coup ce mouvement en averrant
,
fion . Elle le tenoit indigne
d'elle , luy faifoit mille reproGALANT.
173
ches , & ne s'appliquoit qu'à
4 luy donner du chagrin . Fiere
d'un vif éclat de beauté qui
Iny attiroit de l'encens par
tout , elle ne pouvoit le re.
garder fans dédain ; & s'op-
* pofant à toute heure à tout
ce qu'il fouhaitoit, elle le rendit
le plus malheureux de
tous les maris . Ce fut alors
• qu'il fe repentic veritable-
{ ment d'avoir eft infidelle ,
& fon repentir fut encore
beaucoup plus grand , quand
trois mois aprés fon mariage ,
la Belle que fon coeur avoit
trahie , parut tout d'un coup .
1
Piij
174 MERCURE
on
ayant efté ramenée par les
mefmes gens maſquez , qui
la laifferent la nuit à dix pas
de fa maiſon. Vous jugez bien
qu'on s'empreffa à luy demander
d'où elle venoit , & ou
l'avoit menée depuis
plus de quatre mois qu'elle
eftoit perduë . Sa réponſe fut
qu'on l'avoit traitée avec des
honneftetez inconcevables
,
mais fans qu'elle cuft pu apprendre
ny où ny avec qui elle
eftoit; qu'aprés avoir d'abord
marché plufieurs heures on
eftoit entré dans une Foreſt
que l'on avoit traversée touGALANT.
175
#
te la nuit qu'au point du
jour elle s'eftoit trouvée dans
une maiſon où une Dame
âgée & civilè eftoit venue
Paffeurer qu'elle y feroit la
mailtreffe , fans qu'elle deuſt
craindre qu'illuy arrivaſt rien
de fâcheux ; que cette Dame
qui venoit fouvent manger
avec elle , eftoit la feule perfonne
qu'elle euft veuë depuis
fon enlevement , avec une
femme de chambre qui demeuroit
toujours auprés d'elle
pour la fervir
tâché inutilement de la corqu'elle
avoit
rompre pour lçavoir par quel .
Pij
176 MERCURE
le raiſon on l'avoit amenée
en ce lieu là, & à quel deffein
on l'y retenoit ; qu'on luy
avoit dit feulemenr que fi elle .
vouloit fe marier , on ſe faifoit
fort de luy trouver un
parti avantageux , mais qu'on
ne luy avoit jamais nommé
perfonne, & qu'enfin fans luy
donner aucun autre éclaircif
fement fur fon avanture , on
avoit trouvé à propos de la
ramener. L'incident paroiffoit
fi peu commun qu'il n'eftoit.
pas vray femblable. Il eſt inutile
de vous dire combien
cette aimable perfonne fut
GALANT: 177
touchée quand elle apprit que
le Cavalier eftoit marié. Elle
verfa quelques larmes , & fe
contenta de dire , je n'avois
jamais aimé que luy , une Fille
enlevée l'a effrayé , il a eu raifon.
Lors qu'elle fceut tout
ce qu'il fouffroit dans fon mariage
, elle le plaignit , & fe
fit mefme un plaifir de le voir
pour le confoler . Le Cavalier
s'avoüa coupable , & luy demanda
pardon de l'engagement
qu'il avoit pris contre
ce qu'il luy devoit , luy fouhaitant
autant de bonheur
qu'il voyoit pour luy de mal78
MERCURE
heurs à effuyer . Son premier
Amant reprit fon premier amour
, & les parens de la Belle
qui comptoient pour quelque
chofe l'eclat qu'avoit fait lon
enlevement , eftoient d'avis
qu'elle l'écoutaft ; mais elle
s'en deffendit , & protefta
que s'eftant trouvée fi mal
d'aimer , on n'auroit jamais à i
luy reprocher un fecond attachement
, outre qu'elle eftoit
perfuadée que perfonnen'eftant
fi digne de fa ten.
dreffe que le Cavalier , elle
ne pourroit eftre fatisfaite
d'aucun autre choix . Un fen,
GALANT. 179
timent fi obligeant pour le
Cavalier ne pur luy eftre connu
, fans qu'un nouveau repentir
luy fift fentir de nouveaux
chagrins . Sa mauvaiſe
Etoile pouffa (on malheur encore
plus loin. Sa Femme fut
attaquée de la petite verole ,
& les differensremedes qu'el
le employa pour conferver .
fa beauté , la détruifirent .
Elle devint d'une laideur incroyable
, & le dépit qu'elle
en eut l'ayant renduë déplaifante
à elle-même , ce fut un
redoublement de mauvaiſe
humeur qui ne ſe peut conce180
MERCURE
voir . Leségaremens de faraifon
alloient jufqu'à la fureur ,
& le Cavalier n'avoit aucun
moment agreable que lors
qu'il alloit conter les déplaifirs
à la Belle , qui pour le repos
de l'ua & de l'autre ne le
vouloit voir que tres - rarement.
Deux ans fe pafferent
dans un fi cruel martire , &
il n'en aurcit trouvé la fin
qu'en mourant , fi la Femme,
defelperée de n'eftre plus bel
le , ne fe fuft attiré par
chagrins une fiévre violente
qui le délivra de les perfecu .
tions. Ce fut enfuite à la Belle
fes
1
GALANT. 181
à difpofer de fa deſtinée . Elle
l'aimoit trop pour refufer de
le rendre heureux , quand le
temps que la bientéance demandoit
fut expiré . Combien
l'eltat violent où il s'eftoit veu
dans fon premier mariage ,
luy fit- il trouver de douceurs
dans le fecond ! La Belle ne
s'attachoit qu'à luy plaire ,
& il ne cherchoit qu'à meriter
par une forte tendreffe les
charmans égards qu'elle avoit
pour luy. Il regardoit comme
un crime le fol amour qui
l'avoit féduit , & il luy offroic
Louvent , fi elle ne l'en croyoit
*
182 MERCURE
: pas affez puni par tout ce que
luy avoit fait fouffrir la plus
bizarre de toutes les femmes,
de confentir à toutes les peines
qu'elle ly voudroit ajoûter.
La Belle ne repondoit
qu'en luy donnant de nouvelles
marques de tendreffe ,
& aprés qu'il fe fut ainfi affeuré
de fon amour , il luy demanda
fi elle voudroit bien
donner un appartement pour
quelques jours à une vieille
Tante qu'il avoity , & qui
venoit tout exprés de la
campagne pour les feliciter
fur leur mariage. Cette
GALANT. 183
propofition fut receue avec
plaifir. Mais quelle fut la furprife
de la Belle , lors qu'allant
au devant de cette Tante
pour la faluër , elle recon-
Duc la mefme perfonne chez
qui on l'avoit conduite aprés
l'avoir enlevée. Ce fut alors
que tout le miftere le trouva
développé. Le Cavalier s'ef
toit laiffé aveugler par
mour , & pour époufer lajolie
Brune , il avoit fait enlever
la Belle , qui euft mis obfta.
cle à fon deffein. Il fe jetta
tout de nouveau à fes pieds
pour obtenir fon pardon ; la
fon a184
MERCURE
Belle le releva en l'embräffant.
Il avoit efté puni de fa
perfidie , & on l'avoit traitée
par les ordres avec tant d'honnefteté
lors qu'elle avoit fujet
de fe croire entre les mains
de fes plus grands ennemis ,
que connoiffant que l'amour
eft une paffion impetueufe
qui fouvent ne laiffe pas l'ufage
de la raifon , elle oublia
fans aucune peine tous les fujets
qu'elle pouvoir avoir de
luy reprocher l'injuſtice & la
violence de fon procedé.
La galanterie qui fuita efté
faite par M de Jolibois , pour
.
GALANT. 189 .
une tres aimable Perfonne
FESTE GALANTE.
A Mademoiſelle le M. D. S. G.
V
C
DUS fçaurez , Mademoi -
felle , qu'Apollon voulant
celebrer une. Fête, en honneur
de la Belle Iris , envoya le petit
Hyacinthe avertir les Mufes de
Se rendre en fon Palais , pour
s'acquitter d'un devoir fi jufte :
mais il fut fort étonné lors qu'il
les vit , contre fon attente , pâles
languiffantes & negligées . Il leur,
en demanda la cauſe , & leur
ordonna de ne luy pas cacher le
Octobre 1698 .
186 MERCURE
Jujet de leur chagrin. Elles foupi
rerent , fe plaignirent de ce
qu'ayant à divertir une Nym .
phe qu'elles honoroient infiniment,
il n'avoit pas fait retarderlafai-
´fon , ¿ donné ordre à la Déeffe
Flore, que toutes chofes fuffent
prétes , afin qu'elles ne manquaf.
fent pas de fleurs lesplus rares &
les plus belles , pour luy offrir des
bouquets à pleines mains , & luy
faire des Couronnes de toutes manieres
. Apollon s'en excufa , &
leur fit connoistre que les fleurs des
Jardins n'eftoient que paffageres ;
celles de l'esprit eftoient
mais
que
immortelles , qu'on les eftimoit
GALANT. 189 .
beaucoup davantage que celles
qu'on voyoit dans le Printemps ;
1 qu'elles n'avoient chacune qu'à
choifir pour Symbole de leur ami .
tié envers cette aimable Nym
phe, les fleurs qui leur plairoient
le plus , & que la charmante Iris
qui avoit beaucoup d'esprit & de
delicateße, admireroit la fubtilité
de leur génie , loüeroit l'em.
preffement de leurs foins.
Calliope balança quelque temps
fur cet avis ; mais à la fin elle ſe
rendit à la perfuafion de fes Compagnes
, & choifit lafleur d'O.
range pour aſſeurer la Nymphe
defon amitié,
1
Qij
183 : MERCURE
Clio à fon exemple prit la Tub
bereuse , pour luy marquer fon
respect.
Euterpe fir choix de la Rofe
pour luy témoigner par fon ver
meil, l'ardeur qu'elle auroit à luy
obeir toute fa vie.
*
Erato , le Narciffe , afin de
luy donner des marques du plai .
fir qu'elle prendroit à décrire fes
amours.
Melpomene choifit le Lys ,
pour un gage de fa fidelisé,
Polymnie le Jafmin , pour un
témoignage de fon application à
chanter fes louanges .
Thalie l'oeillet , pour la perſua .
GALANT. 189.
der du foin qu'elle auroit qu'il y
euft toûjours des fleurs , afin de
luy en prefenter.
Terpfiore l'Anemone , pour
luy marquer les festes qu'elle in .
Stutuëroit , & les concerts qu'elle
donneroit au public en fon hon.
neur.
Uramieprit toutes les autres fleurs
qu'on n'avoit point nommées , pour
luy donner des affeurances de l'é.
tude particuliere qu'elle alloit faire
de l'Aftrologie , afin d'y con ..
fiderer fa bonne fortune , dont elle
l'envoyeroit tous les jours avertir
par Cupidon , en luy fouhai.
tant une parfaite fanté au nom
190 MERCURE
de fes Compagnes.
Toutes les Mufes parurent fort
contentes de leur choix , & ſemirent
à chanterplufieurs Airs qu'-
Apollon avoit compoſez ſur céſuà
danfer au fon defa Lyre,
jet ,
dont il joue , comme vous (çadivinement
. Enfuite ellesfe
vez,
retirerent avec proteftation d'ob.
ferver à jamais les voeux qu'elles
venoient de faire , afin de procurer
à l'aimable Iris toutes les douceurs
qui fe rencontrent dans un
heureux Hymenée. C'eſt , Mademoiselle
, ce que je vous certifie
efire vray , m'eftant trouvé à cette
Fefte , où j'ay efté introduit par
GALANT. 191
Mercure, Dieu de l'Eloquence ,
·afin que je puffe vous en faire un
recit fidelle.
Je viens à ce qui regarde
M l'Abbé Geneft , Aumônier
ordinaire de Madame la
Ducheffe de Chartres , qui
ayant efté éleu par M's de
l'AcademieFrançoiſe à la place
de feu M'Boyer , y vint prendre
féance le Samedy 17, du
mois paffé, Quoy que les Dif
cours qu'on fait dans ces fortes
d'occafions doivent rouler
fur divers Eloges , tous ces
Eloges furent fi -bien liez dans
le fien, qu'ils parurent ne faire
192 MERCURE
qu'un corps . Le debut en fuc
charmant. Toutes les fois , dit- o
il , que j'ay confideré attentive.s
ment l'inftitution de cette illuftre
Compagnie ,fesloix ,fes exercices,
je me fuis reprefenté ce que les
Poëtes les anciens Philofophes &
ont dit de ces Ifles fortunées où
eftoient receues les ames innocen .
tes & genereuses. C'eftoit une Affemblée
de bienheureux Efprits ,
qui n'avoient rien confervé de ce
qu'ils poß : doient parmi les hon .
mes , que leurs nobles inclinations ..
Grandeurs , dignitez , richeßes ,
tout ce qui éblouit le vulgaire nes
les avoit point fui-vis. Une aimable
GALANT. 193
mable égalité regnoit entr'eux. Ils
converſoient tranquilement à l'om.
bre des Palmes & des Lauriers,
Socratey eftoit à cofté d'Achille,
Alexandre auprés de Menippe,
Vliffe avec Homere . Verisable
idée de ce que nous voyons fous
ces lambris auffi paifibles qu'Augufles
, les grands noms , les grands
titres n'y reglent point les rangs
ny lesfucceffions. Les Prelats , les
Miniftres , les Magiftrats , les
Guerriers n'y ont jamais pretendu
de préféance fur les Orateurs,
les Poëtes & les Hiftoriens . L'é
galitéy maintient l'ordre l'barmonie.
L'autorité n'y parle qu'a-
Octob. 1698. R
194 MERCURE
vec la raiſon . La difference des
conditions n'y eft reconnuë quepar
les divers talens de l'efprit . L'ex.
cellence de l'esprit mesme , les trêfors
de la fcience qui infpirene
quelquefois tant d'orgueil , n'y
doivent eftre admis qu'avec la
polireffe , l'éloquence , l'honneſteré
& les graces A ce difcours ,
Meſſieurs, juger de
tout ce quife paffe dans mon ame.
Il fuffitfeul pour vous?expliquer
monravissement ma reconnoisfance.
Jesens bien au moment où
je parle, que la pudeur s'éleve für
mon vifage avecla joye , mais en-·
fin s'il y a eu beaucoup de "prevous
pouve
EQGCLO I
GALANT 195
:
fomption à moy , de vous demander
la place glorieuse que vous
m'accordez aujourd'huy , vous
voyez aufi , Meffieurs , combien
il m'eftoit difficile de ne la pas defirer.
Mr l'Abbé Geneſt entra
enfuite dans l'Eloge de l'Illuftre
Academicien dont il
occupoir la place. Il y joi
gnit celuy de l'Academie , &
aprés avoir parlé fort éloquemment
de fes deux premiers
Prorecteurs. Lecours de
vos belles deftinées , continua,
' il n'en devoit pas demeurer là .
A mesure que l'Academie ac ,
Rij
196 MERCURE
勒
queroit de nouvelles forces , &
que les fruits de tant de nobles
veilles s'avançoient vers la perf&
tion , de nouveaux emplois luy
eftoient referve , une plus haute
protection luieftoit deue, Vous vous
eftes élevez par degrez auprés du
Trône.Vous eftiez appellez dans le
Palais d'un Roypour quifeul vous
eftesformez , & qui trouve en
vous les plus excellens Ouvriers
des Couronnes immortelles qu'il
merite , comme vous trouvez en
luy , l'objet le plus parfait qui
pût jamais animer vostre Zele à
vos travaux. Il iftoir bien juste
auffiquetantd'hommes choifis dans
GALANT. 197
J
toutes les conditions , euffent à leur
refte celuy qui commande à toutes
les conditions , qui enfçait sous les
devoirs , & qui en a toutes les
verius ; pour vous parler encore
plus precifement , Meffieurs,
de ce qui vous regarde comme Aca
deniciens , jufques icy quelque
choſe manquoit à l'accompliſſement
del Academie. Aprés tous les differens
caracteres de vos éloquens
uteurs , vous aviez besoin d'avoir
encore parmy vous le modele
d'un nouveau genre d'éloquence.
Définiffez hardiment quel eft le
langage des Rois , le langage de la
Souveraineté& de l'Empire. Vô.
Riij
198 •
MERCURE
tre Protecteur l'apprend à tout le
monde , à vous mêmes , àfa Cour,
à tousfes Sujets, à tous les Etrangers
; jamais on ne parla mieux en
Roy. Vous qui avez recherché
dans toutes les Langues ce qui
pouvoit encore embellir la notre
enrichir vos écrits , reconnoiffez
vous dans les Hiftoires de
tous les temps , dans celles même
qu'on foupçonne le plus de n'eftre
qu'imaginaires , des exemples de
grandeur de vertu pareils à
ceux dont vous eftes les témoins,
dont vous devez inftruire la
pofterité ! Avoit- on jamais veu
dans aucun Regne une fi durable
GALANT
: 199
r
la
égalité de gloire er de bonheux
, q
unefi admirable
varieté de grands
projets & de merveilleux
érvene .
mens ? Combien
defois la Victoire
a selle volé fur les pas de ce
grand Roy , du par ſon \comman
.
dement , au gré de fan courage
de fa justice ! Combien
de fois
Paix est- elle defcenduë
des Cieux ,
rappellée
parfa clemence
& par
fa moderation
? Mais quelles
leurs employerezvous
´´, quels
traits affezforts , quelles
comparaifons
d'orages
, de tempèſtes
,
deguerre des Dieux
derGeans,
pour décrire
l'effroyable
guerre
qu'il vient de terminen
feul.com
.
Rij
200 MERCURE
tre la multitude des Nations com
jurées des Peuples furieux qui
fondoient de tous coftez fur la
France, commedes Tortens , comme
des Montagnes de flors pour,
l'engloutir? Nonfeulement ce He
ros par fon intrepidefermeté nous
a fait ignorer les perils ; nonfeulement
par fa vigilance infatigable
par fon invincible valeur
nous a fauvez, mais nous a
tellement accoustum z à vaincre,
que nous ne fongions plus même
àdefirer le calme & lapaix. Roy
fage
genereux Sujets ! Ils font prefts
à donner tout le refte de leurs biens
magnanime ; fidelles
GALANT. 201
de leurfangpour continuer fes
Victoires & fesTriomphes . Il renonce
aux Triomphes &aux Vi-
Etoires pour ne fonger qu'au repos
à la felicité defes Sujets . Que
nos Ennemis eux mêmes regar .
dent ces floriffantes Armées , cet
ordre , cette Difcipline , toute cet,
te pompe formidable qui firt de
Spectacle & de leçon à nos jeunes
Heros d'exercice , pour romper
une envie impatiente de veritables
combats . Dans ces reprefentations
de Sieges & de Batailles,
dans ces attaques feintes , au milieu
de ces éclairs qui nefont plus
accompagnez de lafoudre , qu'on
202 MERCURE
voye fi la foudre n'est pas encore
en eftat de tomber ; qu'on voye ce
que feroient encore nos braves Soldats
fous un Roy toujours vain
queur , & s'ils fe fentent de la
guerre paffée que par la noble ardeur
de la recommencer. Qüy,
que nos Ennemis, fi nous en avons
encore , viennent donc voir s'ils
ne doivent pas la paix auxfeules
bonte que nôtre Prince a pour
nous' , co s'il n'a pas voulu faire
le bonheur de toute la terre en fai.
-fant celuy de fes Peuples .
Ml'Abbé Genelt ayant
ceffé de parler , MªT'Abbé
Boileau , ſi connu par ſes doGALANT.
203
430
ctes Prédications , & Directeur
alors de l'Academie , répondit
à fon difcours fur fes
mêmes penfées ; & ce que
l'on admira , c'eft qu'il les
tourna de telle forte qu'elles
parurent nouvelles. Il fit un
brillant portrait de l'Eloquence
, qu'il montra n'eftre jamais
la vraye éloquence ,
quand elle fe fait plûcoſt remarquer
qu'elle ne fe fait
fentir . Comme la gloire du
Roy eft en toutes chofes ce
qui vous touche le plus , je
ne vous rapporteray que ce
qu'il dit de ce grand Monar
204 MERCURE
que pour répondre à ce que
le nouvel Academicien avoit
avancé , que l'Academie pouvoit
définir quel eftoit le langage
des Rois , puifque fon
augufte Protecteur l'apprenoit
à tout le monde , & que
jamais aucun Souverain n'avoit
mieux parlé en Roy. Eh
quidans l'Europe, dit Ml'Abbé
Boileau , peut difputer au Roy
la gloire de bien parler ? Toute .
fois , Monfieur , parler en Roy
n'eft pas feulement répondre jufte,
s'exprimer avec grace , accorder
avec plaifir , refufer avec bonté,
Ce n'est pas feulement avoir des
GALANT. 2c5
termes purs , unftile poli , en peu
de puroles renfermer beaucoup de
fens , ny precipité, ny équivoque,
ny railleur , conferver en parlant
une aimable fierté , & une fouveraine
bienfeance. C'est quelque
chofe de plus. Parler en Roy , c'eft
parler fouvent comme fi on ne
l'eftoit pas , quitter le langage d'un
Monarque pour prendre celuy
d'un Pere. C'est parler en Juge
pour la Fuftice contre fes interests,
en vainqueur pour la mifericorde
contre les injures, en Chrétien pour
le devoir contre les paffions. Di
fons tout. Parler en Roy , c'eft
prononcer en faveur de Jes Pens
V
206 MERCURE
ples contre fes Triomphes , annoncer
la Paix par la bouche de la
Victoire , decider en faveur de
l'Univers, duft- il eftre ingrat,
preferer à l'avantage d'eftre la
terreur du Monde, celuy d'en eftre
le Bienfaiteur. Voilà les louanges
que j'appelle dignes de luy,
d'autant plus vrayes qu'elles percent
les Alpes & les Pyrenées,
qu'elles traverfent le Rhin &
l'Ocean , que nous pouvons les
publier dans l'emblée gene-
9 rale des Nations . Louanges que
la joye dicte , que l'envie confeße ,
que la Religion approuve . Per-
Jonne ne contestera non plus le feGALANT.
207
cond Eloge que vous avez donné
au Roy , d'avoir l'efprit de toutes
les conditions . Nen demeurons
point là. Il en a auffi le coeur, er
non feulement de toutes les condi
tions , mais de tous les Peuples de
la terre. En quelque endroit du
monde que nous allons , chez les
Souverains, dansles Republiques,
nous pouvons prononcer le Panegyrique
de la Paix qu'il a donnée
; ilfera écouté auſſi favora
blement que dans ce Palais . Que
dis-je ? Ces Peuples qui doivent
leur repos à fa clemence s'expliquent
mieux que nous . Allons les
entendre , il ne faut pas d'Inter-
C
108 MERCURE
prete. Les acclamations & les
réjouiffances font par tout d'un
même langage ; la flaterie n'y a
point de part , l'éloquence n'a ja,
maisfait confentir l'Univers mal
gré luy. Tel eft l'éloge digne di
premier des hommes , ce Panegirique
univerfel que la nature fait
dans les coeurs fans attendre le fe
cours de l'Art. Avant la Paix,
quand on racontoit fes prodiges,
ils ne pouvoient les nier , mais
avouons le vray , quand ils
voyoient la Victoire , I inexorable
Victoire le furore par tout où ils
portoient leurs armes , & comme
fe multiplier pour luy,fans retour
3
GALANT 209
&fans pitié pour eux ; quand
toute l'Europe liguée ne peut com a
pter pourfuccés qu'une Ville reprife
dans le cours de neufannées
de guerre , croyez vous de bonne
foy que leur étonnement fiſt leur
fatisfaction? Ils entendoient Léloge
du Roy comme on
entend
le ton
nerre , avec chagrin , avec trem
blement , Mais depuis que fa moderation
les afurpris autant que
fa puißance , toutes les oreilles font
ouvertes pour entendre fes louanges
, ex toutes les bouches pour
les repeier. Elles defefperent ceux
qui les veulent imiter, embaraffent
ceux qui les veulent écrire , occu-
Octobre 1698.
My
$
210 MERCURE
pent les uns , charment les autres
réjouïßent tout le monde , & n'im
portunent plus que luy. Ce feroit
rop peu d'eftre agreables à toute
terre ,fielles ne l'estoient pas au
Ciel. Comment ne le feroient elles
pas ? Quand il s'eft agi de fes
propres interefts , on l'a trouvéfa
cile & genereux . Quand il a esté
question de ceux de la Religion ,
il n'a jamais rien relâché , tou .
yours ferme , inflexible¸intraita
ble. C'est que pour fa Religion
il ne peut luy eftre infidelle , par
ce qu'il met fa gloire dans le bon
heur du monde , & le bonheur d
-monde dans la Religion. Bien
GALANT 2H
éloigné de cès Conquerans qui pour
vanger leurs injures , pardonnent
celles de Dien , reprennent fur luy
ce que leun wentu leur fait perdre,
@ défrayent leur moderation aux
dépens de leur foy , Louis a fail
grace à tous , excepté à l' Herefie,
amieux zimě que ſa gloirepayaft
pourfa Religion , a cù lebonheur
de calmer l'Europe fans qu'il en
coustaft rien à l'Eglife , & de
mettre la Terre en reposfans met
tre le Ciel en couroux. Elogedone
be fond ne fe peut trouver que
dans fon coeur. Pour étonner l'UL
nivers , il a eu befoin de foldars,
pour le rendre beureux il n'a em
"
Sij
212 MERCURE
befoin que de luy mefme . Sentiment
qui n'a esté ny fuggeré ny
force, Honneur que rien ne parta
ge avecluy, Ses Armées, fes Con
queftes , fon bonheur , s'oppofoient
afa generofité Ses Sujets , fes
fidelles Sujets ne la demandoient
pas , prefts à tout facrifter pour
continuër fes Triomphes , la prof.
peritéy forma obftacle. Il fit taire
la victoire qui vint imporinner
fes projets, mais elle ne put
ceux de fa bonie. Je
vous suger
vous , Dépofitaires de fes heroiques.
intentions. Ie n'iray pas loin . L'Academie
luy en a fourni deux
conclurre la Paix, comme elle luy'en
prefte encore deux pour la louer, car
deft bien la louer que de l'écrire. Le
GALANT: 213
vous atteffe, vous , Peuples voifins .
Accourez au fpectacle qu'il vient
de donner ce n'eft point iani l'Image
de la Guerre que le Triomphe
de la Paix. Quelle magnificence
pour infruire fon Petit Fils ! Que
feroit- ce s'il armoit fon Fils ? Ve
nez, non pour juger de la force de
Les Armes, mais de la grandeur
de fon bienfait. Voyez les Troupes
fieres & victorienfes qui fembtene
luy ouvrir l'Univers . Loäis voit
le calme qu'il y a mis content de
fan ouvrage, cependant toujours
Maifre de la foudre fi (a bonié
faifoit des ingrats , comme fa gloire
a fait des taloux. Qu'elle faje
non- feulement l'entretien mais les
delices de tous les hommes nonfeulement
l'envie , mais l'étude de
sous les Heros. Que nos arriere214
MERCURE
neveux gouftent long- temps la feliz
cité de fon Regne ; que Dieu poar
exaucer nos defirs ait égard à fes
propres inieeefts , que perfonnen enrende
fon Eloge fans y vouloir aiouter
, & que tout le monde le trouve
toutours trop court & trop
foible.
Ces deux difcours furent extrêmement
applaudis auffibien
que la Traduction d'une
Ode Latine de MP'Abbé
Boutard , faite par M Perrault
, ce qui finit la Seance .
Je ne vous dis rien fur le
Rondeau noté que je vous
envoye . Une perlonne qui a
legouft auffifin que vous , ne
doit jamais eftra prevenue.
GALANT. 125
2014-
Ab , qu'un tendre coeur eft à
plaindre, stat
Quand il aime,fans eftre aimé
Non, rien n'est plus à craindre,
Que les cruels foupçons dont il eft
1. alarmé.
Ab qu'un tendre coeur eft a
plaindre , i
£ Quand il aime fans eftre aimé!
Le S ' Nolin Geographe de
S. A. R. Monfieur , vient à
l'occafion du mariage de Ma
demoifelle , de mettre au jour
une Carte des environs de
Nancy , qui contient toutes
les dépendances
du Reffort
de cette Ville là . Cette Carte
216 MERCURE
éft dédiée à . S A. S. Monfeur
le Duc de Lorraine ,
dont le Portrait eft gravé dans
un Cartouche , orné de Trophées
, compofez d'Armes
Turques , pour marquer que
ce Prince a combartu contre
les Turcs fur lesquels le feu
Duc de Lorraine fon pere a
fouvent remporté de grands
avantages , ayant fauve l'Empire
en 1686. Les Habitans de
Nancy trouveront dans cette
Carte le détail de leurs poffeffions
, dont ils vont jouir
par la Paix qu'il a ' pleu au
Roy d'accorder aux voeux de
" Europe
GALANT . 217
l'Europe. Le S' Nolin a auffi
donné au Publicun Plan Rou..
tier de la Ville de Paris , où il a
marqué tout ce qui peut eftre
utile particulierement aux
Ecrangers , qui non feule .
ment s'y pourront rendre aifément,
mais y trouveront des
notes qui leur indiqueront
tout ce qui peut fatisfaire leur
curiofité. Ce Plan eft accom.
pagné d'une Table Alphabetique,
d'une méthode tres ailée
pour tout ce qu'on fou.
haittera y trouver mefme
les demeures des Miniftres ,
Magiftrats , Banquier , &c .
Octobre 1698. T
218 MERCURE
Les environs de Paris que le
S' Nolin a debitez font connoistre
de quelle utilité font
les ouvrages qui rendent à
éclaircir le public de tout ce
qu'il peut apprendre par le
moyen des Cartes.
L'Evefché de Brescia dans
l'Etat de Veniſe , tres - confi.
derable par fon revenu , ayant
vacqué depuis peu , la pluſpart
des Cardinaux prierent
le Pape , fans en avoir efté
follicitez , d'en pourvoir M²
Delphino , Nonce à la Cour
de France . On peut dire que
Sa Sainteté fut en quelque
GALANT:
219
façon fâchée de cette priere,
parce qu'elle avoit deja refolu.
de donner cet Evêché à ce
Nonce , & qu'elle vouloit qu'il
fuft perfuadé qu'elle lui faifoit
ce don de fon propre mouvement.
Ainfi elle demeura long
temps fans declarer fes intentions
, ce qui fit croire.
qu'elle avoit deſtiné cet Eve .
ché à quelqu'autre; & com.
me perfonne ne luy parloit..
plus en faveur de M. Delphi .
elle envoya querie
fon Agent à Rome , car
tous les Nonces y ont des
Agens pour les affaires de
no
I
ij
220 MERCURE
leur Nonciature , & luy dit
qu'aufli toft aprés la mort
de l'Evefque de Brefcia ,
elle avoit refolu , avant
que perfonne luy euft parlé
en faveur de M ' Delphino
, de luy donner cet Evêché
, & même les Bulles grátis ,
en confideration des fervices
qu'il avoit rendus , & qu'i !
rendoit au Saint Siege , & de
la maniere noble & genereufe
dont il foûtient la dignité de
Nonce en France aucun
,
n'ayant avant luy remply ce
pofte avec plus d'éclat . Ileft
bien glorieux à ce Prelat d'êGALANT.
221
tre également eftimé en France
& en Italie , & d'eſtre au
gié du plus grand Monarque
du monde & d'une Cour aufli
delicate que celle de Rome.
Où ne peut- on point efperer
de parvenir, quand on le trouve
dans une pareille , fitua
tion ?
Le is du mois paffé , le Roy
d'Efpagne s'eftant trouvé en
eftat de donner à M' le Marquis
d'Harcour , Ambaſſadeur
Extraordinaire de France , la
premiere Audience publique ,
cette ceremonie fe fit ce jourlà
avec tout l'éclat que le peu
Tiij
222 MERCURE
ple attendoit de la part de
cet Ambaffadeur. Il est à re
marquer qu'à cet égard les
chofes ne fe pratiquent pas
en Eſpagne de la meſme maniere
qu'en France. Les Am
baffadeurs ne font leur Entrée
à Paris , que l'apreldînée
, & ils la font dans un
des Carroffes du Roy. Ils vont
defcendre à l'Hoftel destiné
pour traiter les Ambaſſadeurs ,
& n'ont Audience que le troifiéme
jour , mais à Madrid ils
font leur Entrée le matin , &
ils la font à cheval , allant defcendre
au Palais où ils ont
r
GALANT. 223
Audience du Roy , qui envoye
au devant d'eux plus de cent
Officiers, auffi à cheval. On
n'envoye point d'Officiers en
France , mais on va recevoir
les Ambaffadeurs à quelques
lieuës de Paris , ce qui ne fe
pratique point à Madrid . Tou .
tes chofes ayant eſté reglées
felon l'ufage d'Eſpagne , les
Officiers de Sa Majesté Catholique
, & les Gentilshommes
des Ambaffadeurs
& des Seigneurs
qui devoient faire cor
tege à M le Marquis d'Harcourt
, & le complimenter
, fe
rendirent à fon Hoftel avant
T iiij
224 MERCURE
neuf heures du matin , & ils y
furent receus dans cinq Sales
de plein pied preparées pour
cette reception . ll y avoit
cinq tables garnies de grands
baffins remplis en piramides ,
de tous les mets qui convenoient
à un déjeuner. On y
fervit des Liqueurs & du Chocolat
à tous ceux qui fe prefenterent.
L'ordre y eftoit admirable
, & chacun fut traité
felon fa qualité dans une Sale
feparée ; il y en avoit mefme
pour les gens de Livrées . Le
peuple en eut auffi ſa part,
puifqu'il fut regalé de quan
GALANT 225
tité de Fontaines de Vin qu'on
fit couler devant le Palais de
l'Ambaffadeur. Les Gentilshommes
des Ambaſſadeurs,
& des Envoyez à cheval commencerent
la marche . Elle
fut continuée par
fix Pages de
M' le Marquis d'Harcourt à
cheval. Leurs habits eftoient
de velours Cramoify tout cou
verts de gros gallons d'or ;
leurs Veſtes eftoient de Brocard
d'or. Vingt- quatre Gentilshommes
de cet Ambaſſadeur
paroiffoient enfuite. La
plûpart de leurs habits étoient
brodez ou gallonnez d'or, ou
226 MERCURE
d'argent . Ils eftoient avantageufement
montez & fuivis
de plus de cent Officiers du
Roy d'Efpagne à cheval .
Trente Valets de Pied de M²
d'Harcourt venoient enfuite .
La richeffe de leurs habits
eftoit proportionnée à celle
des Pages . Ils precedoient cet
Ambaffadeur qui eftoit à che
val , entre le Major Dome, &
le Conducteur des Ambaſſa .
deurs . Le Carroffe du Roy
d'Espagne fuivoit immediatement
, aprés lequel venoient.
fix Carroffes de fon Excellence.
Le train du premier eftoit
GALANT: 227
1
tout doré & d'une fculpture
admirable ; l'Imperiale eftoit
couverte d'une Houffe de vclours
Cramoify gallonnée d'or.
La magnificence des cinq autres
approchoir de celle de ce
premier Carroffe . Le dernier
eftoit à l'Eſpagnole. Il n'y
avoit rien de fi beau que l'attelage
des quatre premiers ;
c'eftoient tous chevaux choifis.
Les deux derniers eftoient
attelez de Mules. On ne peut
s'imaginer combien la foule
fur grande . On eftoit accouru
de tous coftez , & la quantité
des Carroffes qui fe trou228
MERCURE
voient dans toutes les rues par
où cer Ambaffadeur devoit
paffer , l'ayant arrefté longtemps
, on fut obligé de prendre
un long détour pour rentrer
dans celle qu'ils appellent
Calle Mayor. Elle eftoit toute
remplie d'échafauts , & toutes
les fenêtres y estoient remplies
de monde auffi - bien que
les Balcons Lors que M ' de
Harcourt fut arrivé au Palais ,
on le conduifit d'abord à la
Sale d'Audience où il trouvá
Sa Majesté Catholique Elle
eftoit accompagnée de plufeurs
Grands , & Elle le reGALANT.
229
ceut debout. Delà M' l'Ambaffadeur
fut conduit à l'Audience
de la Reine , & aprés
ces Audiences il monta dans
le Carroffe du Roy avec le
Major Dome. Ses Carroffes
furent remplis du Conducteur
, des Gentilshommes &
des Pages , & on le mena à
l'Hospedage. C'est le nom
qu'on donne à l'Hotel des
Ambaffadeurs Extraordinaires.
Il y fue traité trois jours
par les Officiers du Roy,
2
M' Gruyn , Garde du Trefor
Royal , a épousé depuis,
peu Mademoiſelle de Renoife.
230 MERCURE
Heft Frere de M' Gruyn , Maiftre
de la Chambre aux Deniers
, & ils font tous deux Fils
de Pierre Gruyn , Receveur
General des Finances du Roy
à Lyon , & Secretaire de Sa
Majefté , & d'Anne Doubler.
Ily a de cette mefme Famille,
Roland Gruyn , Seigneur du
Bouchet, de Valgrand , de la
Selle de S. Cyr, & c. Secretai .
redu Roy, quia épousé Anne
Clofier morte en Avril 1660 .
De ce mariage eſt venuë entr'autres
Enfans Marie Gruyn ,
épouſe de François Comte de
Montbron, Chevalier des Or
GALANT: 231
dres du Roy , Lieutenant General
de fes Armées , & Gou
verneur de Cambray. Ils ont
deux Enfans , fçavoir Charles-
François Anne de Montbron
qui porte les Armes , & Marie-
Françoile deMontbron , épou
fe de Charles . Eugene- Jean-
Dominique de Guines de
Bonnieres , Comte de Souaftre
, Mestre de Camp d'un
Regiment de Cavalerie .
Quant à ce qui regarde la
Famille de Mademcilelle de
Benoife , Charles de Benoiſe ,
Secretaire du Cabinet , puis
Maitre des Comptes , avoit
232 MERCURE
époufé Helene Paffart Fille de
Pierre Paffart , Seigneur de
Merentais , & de Claude Mer.
Jin fa premiere Femme . Ils
ont eu entr'autres Enfans N.
de Benoife , Confeiller au
grand Confeil , qui a épousé
Marie Catherine de Ricoüart,
Fille de Jacques de Ricoüart,
Seigneur de Saint Georges, &
de Catherine le Peutre , dont
eft venu Charles de Benoife ,
Seigneur de Fains , de la Tournelle
, &c. Confeiller en la
premiere des Enqueftes , & à
preſent Confeiller d'honneur
au Parlement , & Chef du
GALANT
233
Confeil de Monfieur le Comte
de Toulouſe . Il a épousé
N. Dantecourt , & de ce mariage
font venus Charles Au
guſte de Benoiſe qui eſt forc
jeune , & Catherine Nicole
de Benoife qui vient d'époufer
M Gruyn. Il y a eu de cette
mefme Famille , Charles de
Benoife, mort Confeiller d'Eglife
en la Grand'Chambre ,
qui eftoit Frere de Marie de
Benoile , époufe de Pierre de
Brilhac , Seigneur de Nouzieres
& de Tachainville , Coufeiller
en la Grand'Chambre ,
Pere de Pierre de Brilhac,
Octobre 1698. V
234 MERCURE
$
Confeiller en la troifiéme des
Enqueftes. Il y a encore un
Charles de Benoiſe , qui a efté
Maistre des Requeftes, & qui
a épousé Marguerite Brebar,
dont il a deux Filles , Mar.
guerite & Marie de Benoife.
Les grandes aufteritez n'a .
bregent point la vie . La mere
Anne de Saint Bernard, Religieufe
de Sainte Claire , qui
mourut au Monaftére de
l'Ave Maria le zo du mois
paffé , âgée de quatre-vingt
dix- fept ans , en eft une preuve.
Ma derniere Lettre eftoit
fermée quand j'appris la mort
GALANT.
235
de Monfieur le Prince de
Dombes , Fils de Monfieur le
Duc du Mayne . Il eftoit âgé
de deux ans fix mois . Toute
la Maiſon Royale & toute la
Cour , ont fait compliment
fur cette mort à Monfieur, &
à Madame la Ducheffe du
Mayne , & la Cour en a pris
le deüil.
Voicy les noms de quelques
autres perfonnes diftingués ,
dont j'ay à vous apprendre la
mort.
1
Meffire Jean Jofeph de Los,
Comte de Kizywonoga , Palatin
de Mariambourg , Gen-
Vij
236 MERCURE
tilhomme Polonois . Il eftoit
Fils unique du deffunt Palatin
de Mariambourg , & il eſt
mort à Paris , où il eftoit venu
voyager pour apprendre
les Exercices , & le bel air de
la Cour de France . Il eftoit
fort riche , & n'avoit pas encore
ſeize ans accomplis .
Dame Madelene- Françoife
de Choiſeul , veuve de
Meffire Jean Baptifte- Gaſton
de Maugiron , Comte de
Montleans , Gouverneur pour
Sa Majesté de la Ville & Chaf-"
teau de Vienne , morte fans
pofterité , âgée de foixanteGALANT.
237
dix ans. Elle eftoit Soeur de
Marie- Chreftienne de Choifeul
, Religieufe à la Vifitation
de Melun , & de deffunt
Charles de Choifeul , Comte
du Pleffis , Marefchal des
Camps & Armées du Roy ,
tué à la Bataille de Rethel
fans alliance en 1650. de Ce .
--far de Choifeul Chevalier de
Malthe , Abbé de S. Sauveur
de Rhedon tué en Italie en
1648. & d'Alexandre de Choifeul
Comte du Pleffis , Premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , tué
à la priſe d'Arnheim en 1672.
238 MERCURE
pere de Cefar . Augufte de
Choifeul du Pleffis- Praflin ,
aujourd'huy Duc & Pair de
France & Chevalier des Or
dres du Roy . Ils eftoient tous
enfans de Cefar de Choifeul ,
Duc & Pair & Maréchal de
France , Chevalier des Ordres
du Roy, Gouverneur de Monfieur,
Frere unique de Sa Majefté,
Sur Intendant de fa maifon
, & premier Gentilhomme
de la Chambre , & de Colom
be Charon . Cefar de Choifeu !
eftoit fils de Ferry de Choiſeul
Comte du Pleffis , Chevalièr
des Ordres da Roy & Colo.
GALANT. 239
nel General de la Cavalerie-
Legere de France , & de Madeleine
Barthelemy.
Mellire Alphonfedel Pozzo,
Prince de la Citerne , мarquis
de Vauguerre , Grand
Veneur & Grand Fauconnier
de S. A. R. de Savoye , Maréchal
des Camps de les Ar
mées , Colonel du Regiment
de Saluces à fon fervice . Il
avoit époufé Henriette- Marie
le Hardy de la Trouffe ,
Fille de Philippes Auguſte le
Hardy , Marquis de la Trouffe
, Chevalier des Ordres du
Roy, Lieutenant General de
240 MERCURE
fes Armées , & Gouverneur
de la Ville d'Ypres , & de
Marguerite de la Fond , foeur
de Claude de la Fond Seigneur
de Reuvriere , Maitre
des Requeftes , & Intendant
de Justice en Bourgogne .
Meffire Jean Ruzé d'Effiat ,
Confeiller d'honneur au Parlement
de Toulouſe , Abbé
des Abbayes de Saint Sernin
& de Noftre Damede Trois-
Fontaines , & Prieur de Saint
Eloy lés Lonjumeau . Il eftoit
Oncle d'Antoine Ruzé Márquis
d'Effiat , Chevalier des
Ordres du Roy , premier Ecuyer
GALANT. 241
cuyer & premier Veneur de
Monfieur , & fils d'Antoine
Ruzé Marquis d'Effiat , Chevalier
des Ordres du Roy &
Moréchal de France , & de
Marie de Fourcy.
Meffire François le Boultz,
Seigneur de Chaumot , Confeiller
en la grande Chambre
bre, il avoit époufé N. le
Secq , foeur de Gafpard le
Secq Comte de Montault ,
qui a épousé Mademoiſelle
de Vaillac , fille du Chevalier
des Ordres du Roy , &
Soeur de N. le Secq , Epoule
de M. Reichs de Penautier,
X
Octobre 1698.
242 MERCURE
Treforier General du Clergé
& des Etats de Languedoc ,
tous entans de Gaſpard le
Secq Secretaire de Sa Majefté,
& de Simonne de Laune .
M. le Boultz eftoit Fils de
Noel le Boultz Confeiller en
la Grand Chambre & d'Anne
Defprez , & Frere de N. le
le Boultz Epoufe' de Pierre
de
Becdelievre Seigneur
d'Hocqueville , Marquis de
Quevilly , premier Preſident
de la Cour des Aydes de
Normandie , & de feu Noel
Je Boultz Confeiller , Aumofnier
ordinaire du Roy , Abbé
GALANT. 243
de l'Abfie. Le mefme Mle
Boultz eftoit neveu de Louis
le Boultz Maistre des Requeltes
, de feu Luc le Boultz
Maitre des Compres, de Fran
çois le Boultz Doyen des Confeillers
des Requeſtés du Palais
, de Magdeleine le Boultz ,
epoufe de Gilles Blondeau
Prefident des Comptes , & de
Loüife le Boultz épouſe de
Charles du Tronchet , Prefi
dent des Enquestes . Meffire
Jerôme Merault , Seigneur de
Bainville , Doyen des Confeillers
de la quatrième des
Enqueſtes, monte à laGrand'-
X ij
244 MERCURE
Chambre par la mort de Mi
le Boultz .
Dame Marie Jolly , épouſe
de Meffire Euftache Thibeuf,
Seigneur de S. Germain , Confeiller
en la grand'Chambre ,
& veuve de Meffire Loüis Saveau,
Conſeiller en laCour des
Aydes. Elle n'a point laiſſé
d'enfans . M Thibeuf fon
Epoux eft Frere de N. Thi
beuf , veuve de Claude d'Aleffo
, Conſeiller au Parlement,
parent de Saint François de
Paule , & fils de Pierre Thibeuf
, Seigneur de Bouville,
du Val, Coquatrix , Saint GerGALANT.
245
main , & c . Confeiller en la
Grand'Chambre , & de Claude
le Boullenger.
L'enigme du mois paſſé avoit eſté
faite fur l'Epée. Ceux qui ont trovvé
ce mot font Mis les Abbez Perel
& Mabot de la Planche Mou-
Aard du Fauxbourg Saint Marcel,
Jolybois , nouveau Curé de Sailly
& Chapelain de Saint Germain de
Laxis ; Bruneau de S. S. ancien
Chanoine de Laval , & Curé de
Noftre Dame de Grace Hernier,
cy -devant Curé de Nôtre - Dame de
la Garenne & anjourd’huy
Curé de la Chapelle Gennevrav
Cruders de la Place Maubert ; de
•
"
Lorme ; le petit de
Moufle ; l'Abbé
Dangear de Tours ; Charles de la
Rue de l'Arbrefecq : Bordelt &
fon aimable voifine , le petit Noüet-
X iij
246 MERCURE
{
te , le petit Defpreau , Gravier , Frelon
de Richebourg : Dom Pedro
de las Torres , Jolimont , Mile Javot
te Ogier du coin de la rue de Richelieu
, Mefdemoiſelles Cheron , e du
Mée , de Lort , Fouque de Meri , la
jeune Brune de l'Image S. Louis,
Quartier des Sciences , & fon pes .
tit voifin , la Brune de Saint Mauri
la Compagnie du feftin des adieux ,
le Cadet de la rencontre de la
Cour de Rouen , les Beaux Amans
& les Belles Amantes de la rue de
la Verrerie , & le Berger Palemon ,
le Bureau des coeurs tendres de la rue
S. Eloy , les 5. Satires deRouen & le
Milantrope , le Pelerin de Rome , le
Solitaire du Quay Neuf , l'Heroïl
que Guerrier de Troyes, la Cherie
de Chartres , & Mademoiſelle
Quillot de Dijon. Boya makak
IN
GALANT. 247
du
la
F NIGME.
HRQUE
DE
LA
YON
VILLE
X iiij
246 MERCURE
telepetit Defpreau , Gravier , Frede
Dijon. Posebnim de
GALANT. 247
ENIG ME.
OYEZ la plaifante Fa-
Vor
mille.
Il s'agit de fçavoir qui peut eftre
la Fille ,
( Le recit n'eſt point fabuleux )
Qu'on a veuë époufer (a mere ,
Dont la mere eftoit male , & qui
n'eut point de pere..
Devine àprefent fi tu peux.
tée
Voicy une feconde Chanfon , nos
par un homme qui entend
faitement la Mufique .
AIR NOUVEAU.
...
par-
ANS le bel âge il eft daux de DAD
jusfe vendred
X iiij
148 MERCURE
"
Tranquilles coeurs , laiffez vous
enflamer.
Ilfaut aimer , on ne s'en peut
fendre.
dd-
'Il faut aimer, l'amour doit tout
charmer.
On m'a averty 'qu'en vous apprenant
la mort de Madame la
Ducheffe de Richelieu , dans ma
Lettre d'Aouft , je vous marquay
qu'elle eftoit Fille unique & heritiere
de Jean Leonard , Marquis
d'Acigné. Je me fuis trompé Elle a
une Scar appellée Marie Gabrielle.
Jacqueline d'Acigné , qui n'eft pas
encore mariée , & quieft avec Madamela
Comteffe d'Acigné la mere .
Madame la Ducheffe de Richelieu
ordonna en mourant que fon coeur
feroit porté à la Mothe Souzay en
GALANT 249
Touraine. C'est une des Terres de
Madame la Comteffe d'Acigné ;
que Mr d'Acigné fon Oncle avoit
époulé , & qui s'appelle Anne-Marie
d'Acigné. Elle est l'aifnée de
cette illuftre Maiſon , qui vient des
anciens Ducs de Bretagne , & qui
eft alliée à tout ce qu'il y a de grand
dans le Royaume .
Je n'ay point gardé l'ordre des
dattes , puifque je ne vous ay point
encore parlé du voyage du Roy à
Fontainebleau . Je l'ay fait exprés ,
afin de ne faire qu'un feul corps de
cet article. Ce Prince devant s'y
rendre en un jour Monfeigneur le
Dauphin qui avoit promis à Me le
Marquis d'Antin d'aller à Petit
Bourg où ce Seigneur devoit le regaler
, partit un jour avant le Roy
pour s'y rendre. Ce Prince eftoit
250 MERCURE
accompagné de Madame la Princeffe
de Conty douairiere , de Ma.
demoilelle de Lillebonne , de Mef
dames da Beringhen , de la Valliere
, & de Rouvroy , & des Filles
d'honneur de Madame la Princeffe
de Conty , de Monfieur le
Prince de Conty , de Monfieurle
Comte de Thouloufe , de Mr le
Duc de Villeroy , de Mr le Comte
de Rouffy , de Mr le Marquis de
la Valliere , & de Mr le Comte
d'Ayen. Ils arriverent à Petit Bourg
entre trois & quatre heures aprés
midy , & enfuite d'une longue
promenade dans les jardins , la
Compagnie monta au Chateau ,
où aprés avoir pris le divertiffement
de la Mufique elle fe mit au jeu .
On foupa enfuite , & le repas fut
auffi magnifique que delicat , de bon
GALANT 257
l'on
gouft , & bien entendu . Il y cut
des Tables neuves pour les Officiers ,
& les Gardes du Corps furent regalez
ainfi que les Suiffes que
avoit fait venir pour fervir . Le
foupé fut long , le jeu fucceda au
loupé , & dura environ une heure.
Monfeigneur fe coucha enfuite . La
matinée du lendemain fe pafla en
promenades . On fe mit à table au
retour , & le difner fut fervy avec
une propreté & une magnificence
égale à celle du premier jour . Tout
ce que la faifon peut produire de
rare fe trouva à ces deux repas :
On ne s'en étonna point , puifque
depuis long-temps le Marquis d'Antin
s'eft appliqué à rechercher , melme
dans les endroits les plus éloignez,
tout ce qu'il a fceu eftre au
gouft de Monteigneur pour luy en
252 MERCURE
faire, des prefens . On fçait fon at.
tachement pour ce Prince , nonfeulement
en qualité de Menin ,
mais parce qu'il s'eſt dévoué à luy:
Dailleurs la magnificence de ce
Marquis vient d'éclater tout nouvellement
au Camp de Coudon ,
où comme Maréchal de Camp il a
tenu une Table magnifique.
J'oubliay de vous dire le mois
paffe , que le Portrait de Monfigneur
, qui eftoir placé dans la grande
Salle d Mr de Boufflers , auCamp ,
n'eftoit pas celuy qui a esté fait par
Mr de Troyes , moats le Portrait que
Mr Perlon a achevé depuis peu ,
dont on parle fi avantageulement ,
& dont les copies font fi recherchées
.
Le Roy partit de Verfailles pour
Fontainebleau le premier jour de ce
GALANT. 253
mois , & le 8. le Roy & la Reine de
la grand ' Bretagne s'y rendirent. Sa
Majefté , accompagnée de Monfeigneur
le Dauphin , de Monfeigneut
le Duc & de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , de Monfeigneur le
Duc d'Ajou & de Monfeigneur le
Duc de Berry , les receut fur le Perron
au deſſus de l'Eſcalier du Fer â
cheval , & les conduifit dans l'Appartement
qui leur eftoit préparé .
Avant que leurs Majeftez Britanniques
füffent à Fontainebleau , le Roy
alloit à la Meffe à fon ordinaire , &
dînoit à fon petit couvert dans fa
chambre , à l'iffuë du Confeil ; mais
depuis leur arrivée , il a tenu Confeil
avant la Meffe , qui ne fe dit qu'à
midy & demi, Sa Majesté va prendre
la Reine dans fon grand Cabinet
, où le trouvent les Princes &
254 MERCURE
les Prince fles . Il luy donne la main,
& la conduit à la Chapelle. Le Roy
d'Angleterre marche de l'autre cofé
, mais fans luy donner la main,
Ils font précedez de Monfeigneur,
de Monteigneur le Duc de Bourgogne
, de Monfieur , & de tous les
Princes & Seigneurs . Meffeigneurs
les Ducs d'Anjou & de Berry ny
font Le Miniftre , c'est à dire,
pas.
le Superieur des Mathurins en Etole
prefente de l'eau benite, & commence
par le Roy & la Reine d'Angleterre.
La Reine de met dans le milieu
du Pric-dieu , le Roy d'Angleterte
à fa droite , & le Roy à ſa gau .
che Le Chapelain aprés la Meffe
fait baifer le Corporal a leurs Maje,
ftez & commence auffi par le Roy
d'Angleterre. On fort de la Meffe
dans le mefme ordre , & l'on paffe
GALANT. 255
par la Galerie des Réformez. L'on
entre dans l'anti- chambre du Roy,
où le difné fè trouve fervi . L'abon .
dance & la delicateffe répondent à
la grandeur du Prince qui donne ces
repas. Aprés le dilné Sa Majeftéreconduit
le Roy & la Reined Angleterre
à la porte de l'anti- chambre, &
ils retournent dans leur appartement
par la Galerie des Reformez . Le foir
pour le fouper , le Roy les reçoit &
les reconduit à la mefme porre. Les
jours d'Appartement , le Roy & la
Reine d'Angleterre fe rendant dans
l'appartement de Sa Majesté à fept
beures & demie du foir , & le Roy
les vient recevoir à la même porte
de fon Antichambre , où la Mufique
commence auffi - tôt qu'ils font placez
. Elle n'eft que de trois quarts
d'heure , aprés quoy le Roy mene
256 MERCURE
*
leurs Majeftez dans fon Cabinet où
la Reine fe met au jeu juſqu'au ſouper
qu'on fert à dix heures Le Roy
d'Angleterre voit jouer , & le Roy
va travailler avec quelqu'un de ſes
Miniftres, A dix heures il vient
prendre leurs Majeftez Britaniques
dans fon Cabinet , & donne la main
à la Reine jufqu'à la Table. En
voicy la difpofition & l'ordre, quand
perfonne n'y a manqué .
Cette Table reprefentoit une efpe .
ce de fer à Cheval qui n'eft pas tout à
fait rond par le milieu. Leurs Ma .
jeftez eftcient feules dans le milieu ;
fçavoir la Reine d'Angleterre entre
les Rois , le Roy d'Angleterre à la
droite le Roy à la gauche . Dans le
cofté tournant du cofté du Roy
d'Angleterre eftoient Monſeigneur,
Madame la Ducheffe de Bourgogne ,
GALANT. 257
Madame , Madame la Ducheffe de
Chartre , Madame la Princeffe ,
Madame la Princeffe de Conty
Douairiere , Mademoiſelle d'Anghein
.
?
.
Dans le cofté tournant du cofté
du Roy estoient Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , Monfieur ,
Monfieur le Duc de Chartres ,
Mademoiſelle Madame la Duchef
, Mademoiſelle de Condé.
Comme on n'eftoit à Table que
d'un cofté , il eftoit aité de la fervir
, ce qui auroit efté difficile autrement
, à caufe de la beauté des
fervices , & de la grandeur des
plats.
Outre le divertiſſement de la
Mufique & du Jeu que l'on prend
fouvent dans les appartemens , il y
a des jours deftinez pour la Co-
Octobre 1698 Y
2
258 MERCURE
medie à laquelle les deux Rois
n'ont point efté , mais ils ont
fouvent pris le divertiffement de la
Chaffe auquel la Reine d'Angleterre
& Madame la Ducheffe de
Bourgogne le font fouvent trouvées
dans une Caleche ouverte.
Le 12. de ce mois le Roy alla
aprés fon difner rendre vifite , à
Midémoiſelle ; Monfeigneur.y'alla
enfuite , & tous deux en fortirent
fort touchez des pleurs qu'ils luy
virent répandre. Madame la Du
cheffe de Bourgogne y alla fur les
trois heures, après avoir donné Audiente
à l'Ambaffidrice de Hollande
. Les larmes de l'une & de
l'autre , firent toute leur converfation
. Le meſme jour à cinq heures
, toutes les Princeffes & les D₁-
mes de la Cour le trouverent avec
(
GALANT
(239
}
des habits magnifiques dans le Ca.
binet de Madame la Ducheffe de
Bourgognespoutafilter aux Fians
çailles de Mademoiſelle , qui del
voient fe faire dans celuy du Roya
L'habit de Madame la Duchefle
de Bourgogne.eftoit d'un Tiffa d'ach
gent avec des Fleurs d'or mellées
d'un peu de couleur de feu & da
vert La parure de la ceſte & celle
de l'Habit eftoient de Diamans ,
compofées , ainfi que fon Collier,
des plus beaux de la Couronne,
Madame la Ducheffe de Chartids
Madame la Ducheifer , Madame la
Princeffe de Contyb Douairiere
& Meldemoifelles del Condé &
d'Anguien eftoient veftues des plus
riches eftoffes & fort! parées de
Pierreries: Ascites theures ladicun
quart , les Dam
?
pafferent labe
Y ij
260 MERCURE
Cabinet du Roy , où eſtoient déja
arrivées Leurs Mijeftez Britanniques
& tous les Princes , excepté
Monfeigneur le Duc d'Anjou , qui
cut ce jour là un accés de fievre .
Un moment aprés arriverent Monfieur
& Madame avec de riches har
bits . Celuy de Monfieur eftoit d'une
magnifique eftoffe d'or , avec d'é.
paiffes boutonnieres d'argent & un
Agrément pareil , mais moins large
fur les tailles. Il avoit fur l'épaule
& fur les manches des touffes de
rubans de Satin noir avec des attaches
de Diamans. Celle du Cha.
peau eftoit d'une grande beauté . Il
avoit auffi des Plumes & des Bas
de Soye noirs. L'Habit de Madame
eftoit noble & modefte . Made .
moifelle arriva enfuite precedée par
Mrle Marquis de Blainville , Grand
GALANT: 261
A
Maistre des Ceremonies , & par Mr
desGrangesMaitre des Ceremonies,
Mr le Duc d'Elbeuf luy donnoit la
main droite , & Mr le Marquis de
Convonges , envoyé de Monfieur
le Duc de Lorraine luy donnoit la
a main gauche . L'habit de Mademoifelle
eftoit d'un gros de Tours noir,
brodé d'or en pleîn , fa juppe eſtoir
d'un tiffa d'argent avec une broderie
d'or , dans laquelle il entroit un
peu de couleur de feu . Elle avoit
une riche parure de diamans & une
mante d'un point d'Efpagne d'or
de fix aunes & demie de long, dont
le bout eftoit porté par Madame la
Grand Duchefle . Mr le Duc d'El,
beuf avoit un habit à manteau tresfuperbe
. I eftoit de drap d'or avec
des fleurs couleur de pourpre , & le
manteau eftoit doublé de couleur
262 MERCURE
•
de pourpre , & tout garni d'épaiffes
dentelles d'argent. Les jarretieres
eftoient de melme. Si toft que ces ·
Princes & ces Princeffes furent af
femblez dans le Cabinet . Mr de
Pontchartrain Miniftre & Secrétai
re d'Eftat de la Maifon du Roy ,
& Mr le Marquis de Torcy Secre
traire d'Eftat des Affaires Etrange
res, prefenterent le Contrat, qui fut
lû & figné enfuite par toute la Mai.
fon Royale. Enfuite dequoy M
Defgranges Maitre des Cérémo
nies fortit duCabinet pour avertir Mr
le Cardinal de Coiflin premier Aus
mônier du Roy qui attendoit dans la
Chambre de Sa Majesté , qu'il eftoit
temps d'entrer . CeCardinal eftoit en
Camail & en Rochet avec une Erol.
le. Il entra dans le Cabinet accompagné
des Aumôniers du Roy..en
GALANT 263
Surplis , & du Curé de la Paroiſſe dé
Fontainebleau auffi en Surplis & en
Etolle . Son Eminence demanda à
Mr le Duc d'Elbeuf fon nom
quoy ce Prince répondit qu'il s'appelloit
Henry de Lorraine , & luy
remit entre les mains la Procuration
de Leopold Duc de Lorraine , & la
Difpente venue de Roine , à caufe
du degré de Parenté qui eft entré
Mademoiſelle & Monfieur le Duc E
de Lorraine. Le Cardinal dit aflez
haut , Henry de Lorraine , charge
de la Pocaration de Leopold Dac
de Lorraine's Ec vous , Elizabeth
Charlotte d'Orleans , & c. avant que
de dire , Oxy ; Mademoifelle fe
tourna vers le Roy , Monfieur &
Madame , & leur fit de profondes
reverences pour leur demander leur
confentement , ce qu'elle ne fit point
264 MERCURE
au Roy ny à la Reine d'Angleterre,
quoy que préfens. Cela fait Mr le
Cardinal mit fon Bonnet & prononça
les paroles des Françailles , ce
qui finit la Cereremonie, Toute
cetre auguſte Compagnie fe trouva
le foir à la Mufique dans les appartemens
, & le foupé fut fervi le fair
chez le Roy , ainfi que je vous l'ay
déja marqué . Ces repas eftoient fi
magnifiques qu'il auroit efté difficile
d'y rien ajoûter.
Le Lundy treiziéme , toutes les
Princeffes le troverent avant midy
, à la Toilette de Madame
la Ducheffe de Bourgogne . Elles
avoient des hahits encore plus ma .
gnifiques que le jour précedent Ce-
Juy de Midame la Ducheffe de
Bourgogne estoit d'un Damas gris
delin avec des fleurs d'argent , &
une
GALANT. 265
4
une garniture de Diamans & d · Emeraudes.
Les hàbits des Princeffes
difputoient de ticheffe & de bon
gouft, Madame arriva , & Mademoifelle
la fuivit de prés . Elle eftoit précedée
par Mr le Marquis de Blainville
& par Mrdes Granges . Mr le
Duc d'Ebeuf luy donnoit la mairi
droite , & Mr le Marquis de Coul
vonges la gauche . Ils eftoient ac
compagnez de Mr Barois , Envoyé
de Monfieur le Duc de Lorraine , au
fujet de fon Contrat de Mariage.
L'babit de Mademoifelle eftoit d'une
étoffe d'argent , & la juppe de
melme , toute chamarrée de dentelles
d'argent . Sa parure eftoir de
Diamans & de Rubis . Mr le Duc
d'Elbeuf avoit un habit à manteau à
fond noir avec des fleurs d'or , dou
blé d'un glacé d'or , fur lequel eftoit
Octobre 1698. Z
266 MERCURE
appliqué un grand point d'Espagne
d'or à cartiſannes , qui regnoit tout
autour du manteau. Les chauffes
eftoient garnies de pareilles dentelles
en falbala à trois rangs ,avec des tubans
bleus & or, Il avoit auffi des
plumes bleuës , & tout fon ajuſtement
eftoit magnifique . Le Roy
ayant fait avertir Madame la Du
cheffe de Bourgogne à l'iffuë du
Confeil , où ce Prince fe trouve
tous les jours., toutes les Dames la
fuivirent chez la Reine d'Angleterre.
Le Roy s'y eftoit déja rendu ,
L'on fe mit en marche pour aller
la Chapelle. , Mademoiſelle & Mr le
Duc d'Elbeuf marcherent les premiers.
Le Roy , le Roy & la Reine
d'Angl.allerent enfuite , précedez de
Monteigneur, & de tous les Princes
de la Maifon Royale, Si toft qu'on
GALANT. 267
fut arrivé à la Chapelle , Mr le Car
dinal de Coiflin , la Mitre en tefte &
la Croffe à la main , falua les Rois,
fit une courte priere , aprés laquelle
il fe mitdans fon fauteuil , & appel a ,
ainfi qu'il avoit fait le jour piecedent
aux Fiançailles , Henri de
Lorraine , chargé de la procuration
de Leopold , Duc de Lorraine , &
vous Elizabeth Charlotte d'Orleans
& puis il acheva le ceremonie
felon l'uſage ordinaire . La meſſe
commença. Mademoiselle & Mr le
Duc d'Elbeuf fe mirent fur des carreaux
au devant du Pie dien , où
estoient les deux Rois & la Reine
d'Angleterre .Is allerent à l'Offian .
de , le cierge ayant efte prefenté à
Mr le Duc d'Elbeuf par le Grand-
Maistre des Ceremonies , & à мademoiſelle
, par le Maistre des Ceremo.
Z ij
268 MERCURE
+
nies , ils furent mis fous le Poëlle
qui fut tenu par Mrs les Ab ..
bez de Pompone & Morel , Aumôniers
de Sa Majesté La Mefle eftang
hnie , l'on le temir en marche pour
fortir de la Chapelle , & quand on
fut prés de la porte, le Roy fe retourna
pour faire les adieux à Madame
la Ducheffe de Lorraine , qu'il em
braffa plufieurs fois avec beaucoup de
tendreffe. Elle fondoit en larmes , &
ne put proferer aucune parole . Mon.,
feigneur, & Monseigneur le Duc de
Bourgogne l'embrafferent auffi , &
Madame la Ducheffe de Bourgogne
fit paroistre en cette occafion par fes,
pleurs & par fes fanglers la bonté de,
ion naturel. Le Røy , leurs Majeſtez ,
Britanniques , Monseigneur , Monfeigneur
le Duc & Madame la Du
chefle de Bourgogne , monterent
dans l'appartement du Roy pour fe
GALANT. 269
mettre à table , & Monfieur , Madame
, Monfieur le Duc & Madame la
Ducheffe de Chartres , & Madame
la Ducheffe de Lorraine , allerent
par la cour dans l'appartement de
Madame , où ils dinerent , puis ils
partirent fur les trois heures pour al
Ter à Paris ,
Cette Alliance eft la trente troiféme
que la Miifon de Lorraine
fait avec celle de France , Monfieur
le Duc de Lorraine qui vient
de fe marier , eft Fils de Reine , Neveu
d'Empereur &de Roy. Il a pris,
comme Roy de Jerufalem , une
Couronne fermée , & compofée de
'pieces de Ecu de fes Armes , On
prétend que le Duché de Lorraine
Toit le plus ancien de l'Europe.
Le Roy devant défrayer Mada-
'me la Dacheffe de Lorraine de tou-
Z iij
270 MERCURE
tes chofes aprés fon Mariage , cette
Princeffe partit le 13. de Fontainebleau
dans les Carroffes du Roy , ac⇒
compagnée des Gardes de Sa Majefté
Elle arriva fur les neuf heures
du foir auPalaisRoyal, dont elle trouva
tous les environs remplis de peu
ple,ain fique les cours & le grandEfca
lier, Les Gardes du Roy avoient pris
poffeffion de la Salle des Gardes de
fon appartement , & les Huiffiers de
Sa Majesté , de toutes les portes de
ce même appartement
, comme les
Valets de chambre , de la cham.
bre où elle devoit coucher . Les Of
ficiers des fept Offices , fçavoir ce
qu'on appelle la bouche , le Gobeler ,
la Paneterie , la Fruiterie , & c. s'eftoient
pareillement
emparez de
toutes les Offices & de toutes les
Cuifines, Le traitement commença
GALANT 271
"
lefeir , & Mrd. Cambray , Maiftre
d Hoftel du Roy , qui en eftoit char
gê , fir les fonctions de fa Charge au
foupé , qui fut tres - magnifique , la
Voicy ce qui fe paffa le mefme
jour à Nancy . Monfieur le Duc
de Lorraine donna ce jour -là la Comedie
gratis , il traita foixante pers
fonnes à fouper Il y eut des Fontaines
de vin en plufieurs endroits
de fon Palais , des Feux dans toutes
les rues , & des illuminations à toutes
les feneftres ., Depuis ce jour - lâ
Monfieur le Duc de Lorraine a
tous les jours dépeſche un Gen
tilhomme pour fçavoir des nou➡
velles de Madame le Ducheffe de
Lorraine, & luy faire compliment de
fa part . Cette Princeffe fut vifitée le
lendemain de fon arrivée à Paris
& le jour fuivant par tout ce que
Z iiij
272 MERCURE
la France a de plus diftingué , & cette
Princeffe eftant extremement aimée
à cause de les manieres honneſtes
& obligeantes , de la bonté &
de fon affabilité naturelle , tous ceux
qui curent l'honneur de la voir pa .
rurent fenfiblement touchez de fon
départ. Le 15. Son Alteffe Royale
fut complimentée fut fon mariage
par Mr le Prevost des Marchands,
accompagné de Mrs es Echevins,
Ils luy firent les preſens accoutu .
mez en de pareilles occafions. Elle
alla ce jour là aux Carmelites du
Fauxboung S Jacques & au Val de
Grace , où les Religieufes de ces
deux Convens luy marquerent l'extrême
regret qu'elles avoient de la
voir partir. Elle alla le meſme
jour à la Maifon Profeffe des Jefuites.
Le Roy luy a fait prefent
d'une parure de Diamans de trés.
GALANT 273
grand prix & d'un Ameublement
complet de brocard d'or . Rien n'eft
plus beau ny plus riche que cet
Ameublement , Monfieur a auſſi
donné à cette Princeffe deux trésbeaux
ameublemens complets , une
pature de Diamans une autre
de Rubis d'Orient & de Diamans
, une troifiéme de Pierres de
divelles couleurs , & des Pendans
de Perles en poire , trois Perles à
chaque Pendant , plufieurs Luttres
de Criftal , des Pendules , des Bras
de Vermeil doré , des Porcelaines
garnis d'or , & fur tout une Toilette
de Vermeil doré, contenant generalement
toutes les pieces qui peuvent
entrer dans une toilette tou
tes de formes differentes. On n'a
jamais rien veu de plus beau pour ces
fortes d'ouvrages que les quarrez , &
le Miroir de cette Toilette . Il n'y
274 MERCURE
1
à pas une piece où la cizelore ne
faffe voit des attributs de lAmour
& du Mariage , & des Figures admirablement
bien travaillées . Cette
Toilette eft accompagnée de quatre
grands Flambeaux de Vermeil
doré , & de deux encore plus grands
& quartez pour les Huiffiers qui
les portent devant les Souverains
qu'ils ont l'honneur de fervir . Tou!
tes ces pieces font aux Armes de
Monfieur & de Madamela Duchefle
de Lorraine , avec la Couronne
fermée. Cette Toilette charma tous
ceux qui la virent . Elle est de M
de Launay. C'eft affez pour en fai
re imaginer encore davantage que
tout ce que je pourrois en dire.
Jene parle point de quinze Manteaux
de differens Brocards d'or , de
fept Robes & de quinze Juppes dont
plufieurs font brodées , & de douze
GALANT
275
Juppons. Le refte de tout ce qui
peut fervir à la parure des Dames
Le trouve à proportion dans ce que
cette Prince fle emporte : c'eft à dire
dans une riche abondance.
Le 16 , au matin , Monfieur ,
Madame & Monfieur le Duc de
Chartres qui estoient venus de Fontainebleau
avec cette Princeffe , luy
dirent adieu, avant qu'elle foft levée
, & le retirerent avec precipitation
, de peur d'eftre trop attendris
par de plus longs adieux , & pour
arrefter l'abondance des larmes qui
commençoient à cooler . Leurs A.
Rallerent dilner à Petit Bourg. Ce
repas fut des plus magnifiques &
des mieux entendus,
Sur les deux heures du mefme
jour Madame la Ducheffe de Lor
raine partit dans les Carroffes du
2
276 MERCURE
Roy. Les Gardes commandez par
Mt de Bufca le Fils avoienr l'Epée
haure , lon Cartofle eftoit entouré
de dix Valets de pied de Sa Majef
té , quatre grands & fix petits Elle
eftoit auffi fervie par fix Pages du
Roy. Le Carroffe des Ecuyers precedoit
celuy de S. A. R. dans lequel
eftoit m des Granges maiſtre
des Ceremonies , Mr du Sauffoy
Ecuyer du Roy , M* l'Abbé Teftu-
Mauroy , cy- devant Precepteur de
Son Alteff: Royale , le Pere Confeffeur
Mr des Bordes , Ecuyer de fa
Princeffe, & Mr de Maugrifon premier
Medecin. Dans le Caroffe du
Corps eftoient Madame la Ducheffe
de Lorraine , Madame laPrinceffe de
Lifl : bonne nommée par Sa Majefté
pour l'accompagner , Madame de
Maré Madame de Couvonge ' ,
Madame de Roquenaufe la mere, &
GALANT 277
Mademoiselle , de Requenaufe Fille
d'honneur de Son Alteffe Royale.
Cette Princeffe falua le peuple qui
s'eftoit affemblé en foule pour la
voir partir , & qui luy donna mille
benedictions. Elle alla coucher à
Claye où les fieurs Pivain & du
Breuil chanterent à fon fouper un
Air, dont voicy les paroles. 11 eft de
la compofition du Sr Pivain. Je
vous l'envoyeray noté le mois prochain
.
Allez, allez, belle Princefe,
Allez répondre à la tendreffe,
D'an Prince fortuné qui deviens
voftre Epoux.
Cent Princes foupiroient pour
vous ,
Mais ils fe fant flattez d'une efperance
vaine.
278 MERCURE
Ab , quel bonheur pour la
Lorraine!
Ab, qu'elle fera de jaloux.
Ces mefmes Muficiens chanterent
le lendemain plufieurs Motets pendant
la Meffe de cette Princeffe ,.at
l'iffuë de laquelle elle partit pour
Meaux . La Maréchauffée & les
Chevaliers de l'Arquebufe à cheval
vinrent au devant d'elle environ
deux lieuës en deça avec des Trompettes
, des Hautbois & des Violons
. Ils la conduifirent juſqu'à la
Porte de la Ville , où elle fut recèue
par le Prefidial & par le Maire
& les Efchevins qui la complimenterent
, & luy firent les prefens
accouſtumez . Elle traverfa la Ville
au milieu de toute la Bourgeoifie tous
les Armes , pour aller à l'Evêché, où
Mr l'Evêque de Meaux en Rother &
GALANT 239
en Camail luy fit compliment à la
tefte de fon Chapitre. Le mefme
jour fur les deux heures , aprés avoir
difné à l'Evêché , cette Princeffe
partit pour
aller coucher à la Fertéfous
Jouarre, & fut conduite par les
mefmes Corps qui avoient efté au
devant d'elle jufqu'à deux lieuës de
Meaux , où la Nobleffe de la Ferté
l'attendoit. Pendant qu'elle avançoit
vers la Lorraine , le Prince fon
Époux venoit au - devant d'elle . II
arriva le 18 , au matin à Bar, accompagné
de toute fa Cour , & de fes
Chevaux Legers , ainfi que de plufieurs
Compagnies de Bourgeois à
cheval qui avoient eſté au- devant
de ce Prince. Il eftoit à cheval avec
Mr le Prince Charles fon Frere . Il
mit pied à terre à la porte de la Ville
. On luy prefenta le Daix fous le
280 MERCURE
quel il fe mit
avec Mr le Prince
Charles
, & fe rendit
au Chafteau
entre deux hayes de Soldats
fous
les Armes , où l'on chanta
auffi- toft
le Te Deum . Tous les Religieux
de la Ville avoient
efté au - devant
de luy avec la Croix & la Baniere
,
& l'avoient
harangué
. Il donna le
matin Audience
à Mr de la Carte,
prefentement
Marquis
de la Ferté,
Capitaine
des Gardes
de Monfieur
,
qui le vint complimenter
fur fon
Mariage
de la part de S. A. Monfieur
le Duc de Lorraine
, fit l'honneur
à ce Marquis
de le faire dîner
avec luy. Le Prince François
le ren
dit ce jour-là à Bar avec Mr le
Marquis
de Meufe
. Les appartemens
du Chateau
font magnifiquement
meublez
. Il y a dans une Salle baſſe
une Tenture
de Tapifferie
d'une
GALANT. 281
.
tres-grande beauté , elle reprefenté
'Hiftoire d'Abraham. Il y a deux
Luftres d'argent ornez de quantité
de figures du meſme métal , huit
grandes Plaques d'argent & un
Daix fur une Eftrade où leurs Al
teffes doivent,manger , On voit dans
Pantichambre de l'appartement d'en .
haot un fort beau Luftre d'argent
avec plofieurs Plaques de même ma
tiere .On entre delà dans une cham→
bfe Pornée de plufieurs Miroirs des
plus hauts qui fe puiffent trouver,
& dont les bordures font de pieces
rapportées de vermeil doré, & dar.
gent : y a auffi dans le mefme
lieu une Table d'argent avec des ornemens
de vermeil , & les Guéri .
dons de mefme , des Chenets d'argent
, un grand nombre de Vafes
remplis de fl.urs d'argent , & de
Octobre 1698.
A a
des
Les
Tapifferies
font
d'une
beau
garnies
de
Diamans
&
d'Emera
Montres
en
maniere
de
Cadra
vermeil
doré
&
un
Lit
d'une
fort
28
MERCURE
grande
richelle
avec
deux
te cheffes.
proportionnée
à
toutes
ces
r
&
le
Monmirel.
Elle
y
fejourna
le
19.
8
lons,
&
par
Mr
l'Intendant
.
M
mé
Bierge
par
Mr
l'Evêque
de
Châ-
France,
&
fut
affis
pendant
le
diner
T'Evêque
la
falua
comme
Pair
de
que
cette
Princeffe
fit
à
ce
Village
.
le
17.
d'où
elle
partir
le
18.
pour
21.
à
Châlons
.
Elle
fut
te
qua
tre
lieues
au
deça
à
un
Village
nom-
Elle
partit
enfuite
alla
loger
à
l'Evêché
,
où
la
Vil'e
,
le
Chapitre
,
le
Prefidial
&
les
Tre
Pour
Châlons
,
82
་
h
GALANT 283
21
foriers de France la complimente
rent. Elle foupa enfuite & joua aprés
le foupé . Le lendemain elle alla fe
promener à une maison qui eft à
une lieue de la Ville , & qui appar
tient à Mrl'Evêque de Châlons . On
luy fervit un ambigu où rien ne
manqua de tout ce que la faifon
produit de plus rare , & de plus exquis
. Mr de Châlons avoit fait ve …)
nir exprés des Officiers de Paris
pour cette collation . Cette Princeffe
alla le 23. coucher à VitryĽA
A peine fe fut elle mife a
>
-
table pour fouper › que Mr de
Couvonges parut qui luy prefenta
une Lettre de la part de
Monfieur le Duc de Lorraine qui
s'eftoit coulé luy- mefme derriere !
luy ,fuivy de for Capitaine des Gar
des , Frere de Mr Je Stinville qui y
A a ij
284 MERCURE
eftoit aufli . Il fert dans les Troupes
de S. M. Madame la Ducheffe de
Lorraine lût auffi-tôt la Lettre , en
regardant avec beaucoup de modeftie
, le pretendu Gentilhomme
qui eftoit derriere Mrs de Couvonges
, & de Viange , & qui parut fort
rouge & fort échauffé . Il y eût bien
des regards de part & d'autre. Enfin ,
Monfieur le Duc de Lorraine ayant
remarqué que Madame la Ducheffe
ne mangeoit point , eut la difcretion
de paffer dans la chambre de
cette Princeffe , où il attendit la fin
du fouper dans la ruelle de fon lit,
Madame de Lorraine l'y trouva
aprés le fouper. Leurs Alteffesfe ſaluerent
fans s'approcher; mais Madame
de Liflebonne en parlant à Monfieur
de Lorraine affez haut , ayant
laiffé échaper le mot demonſeigneur,
GALANT. 285
0
par hazard , ou de deffein prémedité,
Madame de Lorraine demanda
à Madame de Lifl :bonne fi elle ne
vouloit pas bien
permettre que ce
Prince la faluaft. Ils s'approcherent
& lebaiferent des deux coftez . Tout
le monde fut charmé de la bonne grace
& de la maniere modefte , douce,
tendre & refpectueufe dont Mada .
me de Lorraine en ufa en cette occafion.
Leurs Alteffes demeurerent
encore quelque temps enfemble , On
joua enfuite, & Monfieur de Lorraine
, afin d'avoir un prétexte pour
s'affeoir , fe mit de moitié avec Madame
de Lislebonne . Ce Prince parut
fort gay , & avec des manieres
fort ailées . On affure qu'il a le haut
du vifage , les fourcils , les yeux &
le nez de Monfieur le Duc de Char
tres , & quelque chofe deMonfieur
286 MERCURE
dans le bas du vifage, Il avoit un
juftaucorps bleu , chamarré d'un gaba
lon d'or large d'un doigt fur les coututes
, les boutonnieres de deux en
deux du mefme galon , avec des
boutons des deux coftez ; la culotte
bleue , des bas rouges , & une vefte
de brocard d'or. Il faut obferver qu'il
eſtoit ainſi veſtu , parce qu'il eftoit
venu incognito. Le Jeu qui dura juſ
qu'à onze heures trois quart's eftant
finy , & Monfieur de Lorraine s’eftant
levé avec toute la Compagnie,
il fit une profonde reverenc à M₁–
dame de Lorraine , & alla chez Midame
de Lillebonne, Madame de Lorraine
parut tres contente de cette
entreveuë.
Vous aurez le mois prochain la
fuite de ce Journal , & j'efpere qu'il
GALANT 287
ne fera
pas: moins exact que celuy,
cy. Je fuis , Madame , voftre , & c.
A Paris ce 31. Oftobre 1698.
O
AVIS.
pour Navertit que le StBrunet
fatisfaire au Public, qui lui a de.
mandé des Relations de ce qui s'eft
paffé au Camp de Coudun , fepatées
du Mercure , en a fait imprimer
288 MERCURE
quelques unes , & qu'il ne les vend
que huit fols.
que
•
Il commence auffi à debiter une
nouvelle Edition des Poefies Paftorales
, de Mr de Fontenelle , nonfeulement
beaucoup plus correcte
la premiere , mais augmentée
de 1Opera d'Endimion , de quatre
Epiftres en Vers fur des fujets tirez
de l'Hiftoire , à l'imitation des He .
roïdes d'Ovide , qui a pris les fiens
-de la Fable , & de quelques autres
Poëfies fut diff.rentes matieres.
TABLE.
222525525 :25252552
P
TABLE.
Relude.
• Devifes.
Difcours fur le Flus le Reflus de la
Mer.
Epitre en Vers.
16:
48
Epitre en Profe &en Vers fur deuxperfonnes
qui fe font mariées fans qu'aucune
des deux entende la langue de
l'autre.
Rondeau.
Sonnet.
54
61
62
63
Madrigal.
Portrait de Clorinde traduit du Taffe.
64
Hiftoire de plufieurs Saints des Maiſons
des Comtes de Tonnerre , & de Clermont.
Service folemnel fait à Noyon.
66
68
Operation. 70
Stances. 74
Octobre 1692 . Bb
TABLE
.
Hiftoire
de
la
Perle.
Lettre
en
Profe
&
en
Vers
.
92
Vers
envoyez
par
une
Dame
à
Son
Amant.
97
Liste
des
prefens
faits
par
le
Viceroy
de
Naples
à
Mr
le
Bailly
de
Noailles
.
99
Voyage
de
Mr
le
Duc
de
voye
Savoye
en
Sa-
Premiere
pierre
posée
au
Maître
-
Autel
Lettre
écrite
de
ferufalem
.
des
facobins
de
Compiegne.
103:
107
IIF Reception
faite
à
Mr
le
Comte
de
Coigny
à
Can
Solemnité
faite
à
Andely-
Hiftoire.
Fefte
galante.
138
143
150
185
Tout
ce
qui
s'eft
passé
à
l'
Academie
Fran-
191
coife
le
jour
de
la
reception
de
Mr
L'Abbé
Geneft.
125
Carte
nouvelle
des
environs
de
Nancy-
Evêché
de
Brescia
donné
à
Mr
d'
phino,
Nonce
à
la
Cour
de
France
Entrée
de
Mr
le
Marquis
d
à
Madrid.
TABLE.
Mariage de Mr Gruyn & de Mademoiselle
Benoife .
Morts.
Enigmes.
Faute reparée.
229
234
245
248
Monfeigneur le Dauphin eft regale à
Petit BourgparMrle Marquis d An!
249 tin.
Tout ce qui s'eft passé à Fontainebleau
depuis le départ du Roy , avec la
Ceremonie du Mariage de Madame
la Ducheffe de Lorraine.
fournal du Voyage de cette Princeſſe . 275
Avis.
Fin de la Table.
252
287
< I
Avis pour placerles Figures.
L'Air qui commence par ,
Ab qu'un tendre coeur eft à plaindre
, doit regarder la page
125.
L'Air qui commence par,
Dans le bel âge il eft doux de fe
rendre , doit regarder la page
247 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères