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807156
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE 16
THECUE
BIBINS
YON
*1893 *
TILLE
DE
LA
VILLE
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au-Mercure Galant.
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
endra trente fols relié en Veau , &
vingt- cinq fols en Parchemin .
ON Onouen dut Mercure
A PARIS,
Chez G. DE LUYNES ; au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juſtice .
Er MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant
M. DC . XCVIII.
Avec Privilege du Roy.
1
1
Ques
AVIS.
Velques prieres qu'on ait fai
tes jufqu'à prefent de bien.
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laisse pas
d'y manquertoujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On réitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
fortequ'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourves
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
AVIS.
prisfeulement ceux qui lesenvoyert,
& far tout ceux qui n'écrivent que
pour faire employer leurs noms dans
Laricle des Enigmes , d'affranchir
lears Lettres de port , s'ils veulent
qu'on falle ce qu'ils demandent,
C'eft fort pea dechofe pour chaque
particulier , le tout enfemble eft
beaucoup pour an Libraire.
Le Sieur Branet qui debite pre
fentement le Mercare , a rétabli les
chofes de maniere, qu'il eft toujours
imprimé as commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que Pon commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
Laiffera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
longtemps avant qu'il foit arrive
dans les Villes éloignées ; mais auffi
cesVilles ne lereceveront pas firard
qu'ellesfaifoient auparavani Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'exposent
à le recevoir toûjours fora
sard par deux raifons. La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendre fitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quelquesjours
avant que l'on en faffe le
debit , & l'autre , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont lù eux & quct
ques autres à qui ils le preftens , ils
rejettent la faute du retardemenra
fur le Libraire, en difant que la
vente n'en a commencé que fors
avant dans le mois . On éviteľa ce
rerardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'ilfe charge de faire
A iij
AVIS.
lespaquets luy-mefme, & de lesfaite
porter à la Pofte ou aux Meffagers,
fans nul intereft, tant pour les Par:
ticuliers que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné lear
adreffe. Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme pa
quet. Tout cela fera execute aves
une exactitude dont on aura lien
deftre content
MERCVRE
GALANT
LYON
#1893
SEPTEMBRE 1678.
'EXCELLENT Por
trait que je vous ferois
du Roy , fi je pouvois
rapporter icy tout ce qui fut
dit de fes grandes qualitez
par ceux qui firent le Panegyrique
de Saint Louis , le jour
A iiij
8 MERCURE
qu'on en celebra la Fefte. Les
rares vertus de ce Monarque ,
ont tant de rapport à celles de
ce Saint Roy , qu'il eft comme
impoffible de parler de l'un
fans parler de l'autre , tant la
comparaifon fe prefente entre
eux naturelle & jufte . M' l'Ab.
bé Cherier , qui prononça l'E .
loge du Saint le 25. du mois
dernier , dans la Chapelle du
Louvre , en prefence de Meffieurs
de l'Academie Françoife
, n'oublia pas de faire voir
ce rapport. Il prit pour texte
Exemplum dedi vobis , ut quemadmodum
ego feci ita & vos faGALANT.
و
tiatis , & fit connoiftre dans les
deux Parties de fon Difcours,
qu'on peut faire fon falut ,
nonfeulement dans le monde,
mais auffi dans le grand monde.
Son premier Point fut tout
rempli de morale. Il dit que
nous nous plaignions forr
fouvent du monde , lors que
nous n'avions à nous plaindre
que de nous mêmes, puis que
la corruption particuliere étoit
caule de la generale , &
le monde n'offroit aux
hommes ce qu'il avoit de
pernicieux , que felon qu'il
les trouvoit déja corrompus ;
que
10 MERCURE
qu'il offroit aux fenfuels ce
qui plaifoit à la fenfualité ; aux
avares , des occafions d'ufure &
des'enrichir injuftement ; aux
ambitieux ce qui flatoit leur
orgueil , & ainfi à chacun de
nous fuivant fon caractere
different & corrompu
. La feconde
Partie de ce Difcours
fut un abregé des vertus de
Saint Louis , qui toujours et
garde contre luy même , toujours
en retraite au milieu
d'une grande Cour , ne cherchoit
qu'à foutenir la gloire
de Dieu , & à édifier par
exemple , ce qui convenoit
fon
GALANT. If
merveilleufement au Roy ,
dont la pieté & lezele pour la
Religion éclatent en toutes
choles . Ce Panegyrique fut
précedé d'une Meffe que ce-
Jebra Ml'Abbé Boileau , Di.
recteur prefentement de l'Academie
, & pendant laquelle
un tres grand Choeur de Mufique
chanta le Pleaume Super
flumina Babylonis , de la
compofition de M'de Bouffet-
Il y eut plufieurs endroits fort
touchans , dont tout le monde
témoigna eftre charmé.
Je viens de vous parler d'un
faint Roy , dont la foya efté
2 MERCURE
grande. Si vous voulez voir
quelque chofe de tres- bien
tourné fur cette matiere , lifez
attentivement
l'ouvrage
qui fuit. Il eft de Mademoifelle
Bernard , & luy a fait
remporter le Prix aux Jeux
Floraux de Touloufe. Elle l'adreffe
à Monfieur le Duc du
Maine , par ces cinq Vers.
Otoy, qui dés tonplus jeune âge
Avec le coeurd'un Prince eus celuy
d'un Chreftien
,
Permets qu'en te rendant hom.
mage,
F'orne de ton grand nom le front
de cet Ouvrage ,
Pour réparer l'obscurité du mien.
GALANT.
13
522582 5555 252 2555
SUR LA FOY.
ODE.
Left permis à noftre audace
Dé méfurer le vafte cours
Du bel Aftre , pere des jours ,
Et tout ce que le Ciel embraffe.
Nous pouvons prévoir les inftans
Qu de ces flambeaux éclatans
Les clartez feront obfcurcies ;
Nous femblons les affujettir
A defçavanres Propheties
Qu'ils n'ofent jamais démentir.
$
En vain la jalouſe Nature
Cache fes refforts délicats
Et ces accords & ces combats
14 MERCURE
Qui du monde font la ftructure.
L'Art opiniâtre & fubtil
De fes détours fuivant le fil ,
La force à fe laiffer connoiftre,
Plus entreprenant quelquefois ,
De Sujet il devient lon Maiftre,
Et luy fait de nouvelles loix .
$
Mais des ténebres refpectables
Enferment la Divinité .
Majeftueufe obfcurité ,
Vos fecrets font impenetrables .
Nos yeux feulement font frapez
Par quelques rayons échapez
Au travers d'une épaiffe nuë .
Mais , Seigneur , lors que tu nous
fuis ,
Ta voix en tous lieux entenduë ,
Nous dit ,Je fuis celuy qui fuis .
S
Au deflus du cours des Etoiles
GALANT.
15
Eft un fejour refplendiffant,
Où porté par le Tout - puiffant
Un feul Mortel l'a vû fans voiles.
Mais ébloui plus qu'éclairé ,
Son il n'eftoit pas préparé
Afoutenir ce grand fpectacle.
Ce rare , ce fublime eſprit ,
Trouvant en luy même un obftacle,
Admira plus qu'il ne comprit.
B&B
Raifon , orgueilleufe Puiffance
Qui parcoursles Cieux & les Mers,
Exerçant fur tout l'Univers
L'empire de l'Intelligence .
Si ton vol alloit s'élevant
Jufqu'au Trône du Dieu vivant ,
Que ta chute feroit terrible !
Là repoufferoit tes efforts
Cette même main invifible
Qui retient la Mer dans fes bords,
16 MERCURE
Quel objet nouveau j'envisage
Une Aveugle qui le conduit
Au milieu d'une obfcure nuit ,
Et fe fait aux Cieux un paffage.
Ceux qui la fuivent , fur les yeux
Ont un bandeau miſterieux ,
Ils fçavent tout ce qu'ils ignorent ;
Et fans crainte de s'égarer
Dans ces tenebres qu'ils adorent,
Ils s'en fervent pour s'éclairer.
2
La divine magnificence
De fes dons verſe le torrent
Sur le bienheureux ignorant
Qui fe confie en fa puiffance .
Si le Maiftre abfolu des coeurs
Par de prophetiques fureurs
Veut faire annoncer fes Oracles
C'eftla bouche de l'humble Foy ,
Digne inftrument de les Miracles ,
Quil choifit pour ce noble employ,
GALANT. 17
Montagnes , malgré voftre maffe,
Etvos folides fondemens ,
La Foy par fes commandemens
Vous contraint à changer de place.
Mer , pour ouvrirton vaſte ſein
Si le Fidelle étend la main ,
Ce leger fignal peut fuffire ;
Des Elûs Dieu comblant les voeux
Leur donne un fouverain empire
Sur ce qu'il n'a fait que pour eux .
S
Au fortir de ces lieux funeftes ,
La Foy doit enfin nous laifler ,
C'est alors que doivent ceffer
Toutes les énigmes celeftes .
Les voiles épais tomberont ,
Tout à coup s'évanoüiront
Et la figure & le fimbole ;
Pour executer fon traité ,
La Foy dégageant fa parole
Nous livrera la verité.
Septembre 1698.
B
16 MERCURE
Quel objet nouveau j'envisage
Une Aveugle qui le conduit
Au milieu d'une obfcure nuit ,
Et le fait aux Cieux un paffage.
Ceuxqui la fuivent , fur les yeux
Ont un bandeau miſterieux ,
Ils fçavent tout ce qu'ils ignorent ;
Et fans crainte de s'égarer
Dans ces tenebres qu'ils adorent ,
Ils s'en fervent pour s'éclairer.
2
La divine magnificence
De fes dons verle le torrent
Sur le bienheureux ignorant
Qui fe confie en fa puiffance .
Si le Maiftre abfolu des cours
Par de prophetiques fureurs
Veut faire annoncer fes Oracles ,
C'eft la bouche de l'humble Foy
Digne inftrument de les Miracles ,
Quilchoifit
pour ce noble employ ,

GALANT. 17
Montagnes , malgré voftre maffe ,
Etvos folides fondemens ,
La Foy par fes commandemens
Vous contraint à changer de place.
Mer , pour ouvrir ton vafte leip
Si le Fidelle étend ſa main ,
Ce leger fignal peut ſuffire ;
Des Elûs Dieu comblant les voeux
Leur donne un fouverain empire
Sur ce qu'il n'a fait que pour eux.
S
Au fortir de ces lieux funeftes
La Foy doit enfin nous laifler ,
C'eft alors que doivent ceffer
Toutes les énigmes celeftes.
Les voiles épais tomberont ,
Tout à coup s'évanouiront
Et la figure & le fimbole ;
Pour executer fon traité ,
La Foy dégageant fa parole
Nous livrera la verité.
Septembre 1698.
B
18 MERCURE
Quand feras- tu noftre partage,
Quand ferons-nous tes Citoyens,"
O Ciel , qui nous promets des biens
Dont nul autre bien n'eft l'Image
Noftre ame avec raviffement,
Doit fe repaiſtre avidement
Du Dieu que nous aurons fçu croire
Et dans cet éclat fans pareil
Noftre oeil fixe verra fa gloire ,
Comme l'Aigle voit le Soleil .
Il y a long temps que vous
n'avez vû d'ouvrages de M
l'Abbé Deflandes , Premier
Archidiacre & Chanoine de
Treguier. En voicy un fur
une matiere d'une grande uti
lité. Elle regarde la maniere
de rendre Juftice & de la des
I
GALANT: 19
mander. Vous fçavez que tout
ce qu'il fait eft rempli d'érudi
tion , & accompagné de raifonnemens
fort justes .
A MONSIEUR DE ***
Confeiller au Parlement
de Bretagne.
L
'Honneur que j'ay de
vous entretenir , m'engage
à faire choix d'une matiere
digne de vous , & à traiter un
fujet qui ait en meſme temps
l'avantage de plaire & d'eftre
utile. J'ay deffein de tracer le
portrait d'un parfait Homme.
Bij
20 MERCURE
de Juſtice , dans lequel vous
vous reconnoistrez fans peine.
Nous avons le bonheur de
voir en la perfonne de LOUIS
LE GRAND , le modele le
plusachevéqui futjamais d'un
veritable Heros. Son Coeur eft
le Temple de la Juftice , fon
Trône eft l'azile , le Sanctuaire
& l'Autel où chacun a droit
d'approcher. L'Univers moins
étonné de la puiffance redoutable
de fon Empire , que ravy
-d'admiration à la vûë de fes
grandes qualitez , eft contraint
d'avouer qu'il égale luy
feul tout le metite des Cona
GALANT: 20
querans de l'Antiquité, & que
ceux qui viendront aprés luy
ne feront recommandables ,
qu'autant qu'ils auront eu part
à la gloire de fes actions heroïques.
A- t-on jamais vû dans
un autre Monarque un air de
grandeur & de majefté plus
augufte , des maniéres plus
nobles , plus douces que dans
l'Empereur des François : At-
on jamais vû une plus parfaite
union des Vertus Morales
& Chreftiennes , avec les
Vertus Politiques & Militaires
, que dans ce Prince ? La
Religion , la Piété , la Modera22
MERCURE
tion & la Juſtice , la Sageffe &
la Valeur , font en fa perfonne
une fi belle alliance, que tout y
paroift au deffus de l'homme .
Le Prince eft la loy vivante,
il eft l'ame de la loy. Tous les
Princes ont toûjours donné
leurs plus précieux momens
pour rendre la Juftice , & c'eſt
ce que nous lifons au Titre
des Subftitutions . Une pauvre
veuve d'un fimple Soldat
approcha fans peine de l'Empereur
, elle luy prefenta fa
Requefte. L'Empereur ayant
examiné fon expofé , luy fic
réponſe , & commence de luy
GALANT.
23
dire qu'elle ne s'eft pas expliquée
affez diftinctement . Precibus
tuis manifeftius exprimere
debueras. L'Empereur tâche de
penetrer ce que cette Veuve
a voulu dire , il facilite la chofe
, en expliquant & en decidant
la demande dans tous les
fens qu'une fubftitution ſe
peut entendre ; la Glofe ajoû
te , benigne refponder.
Euſebe nous dit que l'Em .
pereur Marc Aurele donnoit
tous les jours audience. Un
Marchand d'Alexandrie alla
accufer fa femme d'ettre Chre
ftienne , &de luy avoir envoyé
24 MERCURE
un Acte de Divorce. Ce fage
Empereur de crainte d'eftre
furpris , ordonna que cette
femme feroit entenduë. Elle
fe prefenta , & dit qu'elle eftoit
Chreftienne , & qu'elle avoit
donné un Acte de Divorce à
fon Mary , parce qu'il eftoit
un payen , débanché & violent.
L'Empereur prononça
qu'elle pourroit difpofer de ce
qui luy appartenoit , figna fa
Requefte , fans luy faire aucun
incident fur fa Religion.
Erudimini qui judicatis terram.
Juges de la terre , inftruiſezvous
par l'exemple de cet Empereur
GALANT. 25
pereur qui s'appliquoit avec
affiduité & exactitude à rendre
juftice , fans paffion , fans
intereft , fans préoccupation
,
regardant cet employ , com.
me le plus important de l'Etat,
Nous avons de cecy un beau
trait dans l'hiftoire de Soliman.
Cet Empereur donnoit
à la pointe du jour fes ordres
pour une Rataille , il apperçut
un Chreftien qui fuyoit & qui
avoit un flambeau fur la telte .
C'eſt parmy les Turcs le Symbole
pour demander juſtice .
Soliman s'arrefta dans le moment
pour donner audience
Septembre 1698.
C
26 MERCURE
à ce pauvre Chreftien qui
eftoit pourfuiyy par un Juif,
qui avoit un couteau. Ce Juif
dit qu'il avoit prefté de l'argent
au Chreftien, & que pour
Lintereft , il eftoit ftipulé qu'il
luy couperoit une demi - livre
de fa chair. Cela eft - il ainfi ,
dit l'Empereur , en ſe tournant
vers le Chreftien , qui tour
tremblant en demeura d'ac
cord . Approchez , dit - il au
Juif. Coupez fi juftement une
demi - livre de fa chair qu'il
n'y en ait ny plus ny moins .
La chofe eftoit impoffible
;
.mais parce que la ftipulation
1
GALANT. 27
eftoit inhumaine , il ordonna
un rude chaſtiment au
Juif, fit confifquer fon bien au
profit du Chreftien , à qui il
fit diftribuer une fomme d'argent.
On a admiré ce Juge
ment comme celuy de Salomon.
Sous le regue d'Antonin , il
avoit à Rome une jeune
Veftale , qui eftoit l'admiration
de toute la Cour ; fon merite
fit fon crime . Les autres
Veftales animées de jaloufie ,
méditérent toutes les occafionsde
la perdre.Il luy échapa
un jour de dire dans une con
Cij
28 MERCURE
verfation , Moriar , nifi nubere
dulce eft La voilà dénoncée
comme criminelle . Les Veftales
choififfent un Avocat violent
, emporté & intereflé ,
qui exagera l'expreffion de
cette jeune perſonne ; & il
conclut à la mort , demandant
qu'elle fuft mile dans une çaverne
fermée où elle finiroit
Les triftes jours à la lueur d'u
ne petite lampe qui ne s'étei
gnoit point . L'Avocat de cette
Veftale plaida le jour fuivant.
L'Empereur prononça
en fa faveur , retrancha les
Privileges des Veftales , conGALANT:
29
l'on
damna leur Avocat à un exil
perpetuel , ordonna un gros
revenu & un appartement feparé
à cette jeune Veftale,
Doit on conclurre que lon
eft coupable
, parce que
eft accufé ? De mendacio inerisditionis
tua confundere , dit le
Saint Elprit , Rougiffez de vos
impoſtures, Saint Gregoire condamna
au foüet en public un
Soufdiacre qui avoit calomnié
un Diacre.
Malheureuſe efperance des
Calomniateurs , dit le S. Efprit,
·Speraftis in calomnia & in tumul.
th. Cette iniquité vous fera
C jij
30 MERCURE
imputée , & voftre ruine fera
femblable à celle d'une haute
muraille qui tombe d'une
chute impréveuë. Le premier
& le fecond Conciles d'Arles
défendent la Coinmunion aux
Calomniateurs jufqu'à l'arti
cle de la mort, & les Papes ont
menacé de la leur dénier dans
cette derniere extrémité. C'eſt
icy l'endroit delicat où le Magiftrat
doit s'appliquer ,
Ut Juris nodos acLegum anigmata
folvat.
Il eftoit défendu felon les Loix
Judaïques , de juger aucun
Procés qu'il ne fuft jour , &
GALANT. 31
ut factus eft dies , dit Saint Luc.
La nuit & les tenebres font le
fymbole de l'erreur.1 7922 ,
Dans l'établiffement de la
Republique de Venile , le Doge
doit faire porter un flambeau
lors qu'il va rendre juſtice.
Caffiodore inftruifant un
Juge de les Amis , réduit toutes
les grandes qualitez neceffaires
dans un Magiftrat , au
zele pour la Justice ; mais
veut il que ce zele ait quatre
conditions , c'eft à dire
, qu'il foit prudent , genereux
, éclairé & humble , pour
attirer du Ciel les lumieres
C iiij
32 MERCURE
qui luy font neceffaires.
Ce n'eft pas , dic Caffiodore
, des Juges Souverains de
vos Etats , en parlant au Souverain
dont il eftoit le Chana
celier , que l'on le plaint , ce
font les Peres , les Protecteurs,
les Pontifes de vos Peuples.
A chaque moment du jour,
je reçois des plaintes de vos
Sujets , qui font tiranniſez par
des Juges Inferieurs , dont le
cruel caractere eft d'eftre fa.
rouches , vindicatifs , inhumains
, affamez Ils ne fe glif
lent dans les Emplois que pour
eftre des Pirates domestiques;
GALANT.
33
Increpa feras calami. Envoyezdes
Commiffaires pour les
punir du dernier fupplice .
Jamais expreffion n'a efté
plus forre & plus veritable
que celle du Pape S. Gregoire
, dans fa Lettre à l'Evêque
Sebaſtien . Il luy témoigne fa
douleur de la cruauté des Juges
; & il protefte que le fer &
le feu dont fe fervent les Lom.
bards pour défoler les Provin
font moins à craindre
que les vols & les larcins de
certains Juges fubalternes ;
Ita ut benigniores videantur ho
ftes qui nos interimunt , quàm
ces ,
34 MERCURE
Reipublica Judices , qui nos malitiâfua
, rapinis atque fallaciis , in
cogitatione confumunt
Caffiodore dit qu'il eft épouvanté
par la voix gemif.
lante des juftes , opprimez par
les injuftices qui demandent .
vangeance au louverain Juge,
Vindica fanguinem noftrum.
Ce Chancelier ayant efte
bien informé de la dureté &
des excés d'un Magiftrat , luy
écrivit d'une maniere à le faire
trembler. Il finit fa Lettre
par ces paroles, qui devroient
faire impreffion fur le coeur
des Jages ; Virifanguinum &
GALANT. 35
dolofi non dimidiabunt dies fuos.
Tacite fe plaignoit que
fous Tibere , ut antehac flagitiis
, ita nunc legibus laboratur.
L'hiſtoire du Royaume d'E
gypte nous apprend qu'il y
avoit toujours quatre cens
mille hommes de Troupes
reglées , & qu'il n'y avoit que
trente Juges pour regler cet
Etat. Il n'y a rien de plus funefte
au Peuple , dit Quintilien
, que de le voir trompé
par les Loix , quàm ut lex deci.
piar.
Le Conful Cinna fit un
Edit qu arrefta l'avarice des
36 MERCURE
Juges. Il ordonna que tous les
principaux magiftrats feroient
après leur mort expofez fur la
Tribune , & qu'il feroit permis
à chacun de leur faire reproche
de leurs injuſtices , &
que ces reproches feroient
écrits fur un Regiftre public .
Ce n'est pas cependant des
Juges dont ii fe faut plaindre ,
c'eft de la propre paffion .
Saint Paul déclare qu'il
n'euft jamais cru que les Fidelles
euffent dû avoir procés
enſemble , & il eut cependant
la douleur de voir que les
Chreftiens de Corinthe plai
GALANT.
37
doient au Tribunal des Juges
Payens , & condamne toutes
les parties , tant celle qui a
raifon , que celle qui a tort ;
Fam quidem omnino delictum eft
in vobis. N'eft ce pas une honte
& un reproche à la Religion
Chreftienne , de voir qu'eftant
tous Freres , vous vous plaidiez
? Ne deviez - vous pas plû
toft fouffrir l'injustice , que
de plaider , quare non magis
fraudem patimini ? Etil conclut
par les menaces d'une éternelle
punition pour ceux qui
donnent occafion aux Proces .
Il eft du Procés comme de
28 MERCURE
la Guerre & d'un baftiment,
L'Evangile nous apprend qu'il
y faut penfer ferieuſement. Il
faut plaider fans averfion,fans
déguiſement , ſans amertume,
& regarder voftre Partie comme
devant entrer un jour dans
une parfaite union avec vous ;
øderisjam tanquam amaturus.
Les grands Procés commencent
pour peu de choſe ; Ma.
xima de nihilo nafcitur 'hiftoria.
Properce.
L'amour qu'Augufte & An
toine eurent pour une Femme
, fut la caule de plufieurs
batailles.
GALANT:
39
Un Elephant blanc a entretenu
longtemps la guerre entre
le Roy de Siam & le Roy
de Pegu.
Tacites'eft toûjours formé
l'idée d'eftre utile au public.
Ne vous plaignez point , dir ce
Sage Politique , des Ennemis
qui defolent vos Provinces ,
quituinent voftre.commerces
yous avez au milieu de voſtre
Cité , des Ennemis bien plus
dangereux ; Peffimum inimicolaudantes.
Vous avez
rum genus ,
des gens d'affaires
qui vous
engagent
mal- à propos dans
les Procés pour vous ruiner &
s'engraiffer
. Ayez de la mode
40 MERCURE
ration , bornez vos paffions , &
vous ferez heureux .
L'Ecriture donne le nom
de Pere à celuy qui donne de
fages Confeils . l. 1. Mach c. 2.
Jofapha Barbaro , Gentilhomme
Venitien , dans la Relation
de les Voyages , dit qu'i
ya dans la Chine des Confeil .
lers de Paix , à qui on ne parle
qu'à genoux , & qu'il vit une
Dame qui erigeoit un Aurel à
un Juge qui l'avoit retirée d'un
Procés.
Il ajoute qu'en voyageant
en Turquie , les Magiftrats luy
dirent que le fecond article de
GALANT .
41
leur Religion eftoit de renvoyer
les Parties promptement
, fans leur permettre de
fe faire aucun reproche .
Ne paffons pas les mers pour
aller chercher des Juges d'une
integrité achevée . Ne fortons
point de la Province de Bretagne
, la plus confiderable
qui foit en France , & qui a
fourny les plus grands Heros ,
les plus fameux Jurifconfultes,
& les plus illuftres Magiftrats ,
C'est dans l'Augufte Parlement
de Bretagne , où l'on
voit la réunion de toutes les
rares qualitez requifes dans
Septembre 1698.
D
42 MERCURE
d'illuftres Senateurs . L'on ne
peut plus dire que Juftitia de
calo prospexit. Elle est venuë
fur la terre , elle trouve fes
delices , & elle a étably fon
Trône dans cet augufte Parlement.
Voilà fon Ciel d'où
elle regarde ce qui fe paſſe
dans toute la Province . Heureux
& mille fois heureux font
les Sujets qui trouvent dans
cet augufte Parlement un azi 、
le à l'innocence , contre l'envie
, la jalouſie , & la vangeance
. Je regarde ce facré Tribu .
nal comme un Sanctuaire.
C'eſt le doigt de Dieu imGALANT:
43
primé, non fur un fable mouvant
; mais fur un front & dans
le coeur de ces auguftes Juges
Souverains , qui arreſte les vagues
de cette mer orageuſe
des paffions .
Caffiodore écrivant à un Ma..
giftrat luy dit , magna négotia ,
magnis indigent adjutoribus . C'eſt
l'avantage qu'a M' le premier
Prefident de Bretagne.
*
Le Roy orné de toutes les
qualitez qui font un Prince
parfait , qui fçait mieux que
tout le refte des hommes connoiftre
& eftimer la vertu & le
vray merite , a choifi ce Ma-
Dij
44 MERCURE
giftrat pour le mettre à la tefte
d'un Parlement
', l'un des plus
illuftres de fon Empire
, pompa
meritorum , regale judicium. Le
choix de ce digne Magiſtrat
a
fait la joye & la felicité de la
Province. Ce grand homme
fçait que les Etats nefubfiftent
que par la force des loix , & par :
l'exactitude
à rendre justice.
Cet illuftre premier Prefident
fçait qu'en l'adminiftration
de la Juſtice , eſtant l'interprete
de Dieu & du Prince ,
il ne peut agir de foy même ,
que cet Acte divin de la Juftice
eft une fufpenfion generala
GALANT.
45
?
des affections humaines , &
que quand il l'exerce , il ne
refte en fa liberté , ny haine ,
ny amour , ny vangeance , ny
reconnoiffance. Il confidere
qu'il ne fait pas la loy , mais
qu'il en eft le Difpenfateur, &
Bon le Maiftre. C'est pourquoy
dans chaque caufe dont
il connoift , il penfe & fait une
férieule reflexion à cette importante
caule dont le Souverain
Juge connoiſtra un jour,
& il juge comme fila Pofterité
devoit revoir & examiner les
Jugemens. Erudimini qui judicatis
terram.
46 MERCURE
La diftribution des Prix de
l'Academie des Jeux Floraux
de Toulouſe , ſe fit le 3. du
mois dernier avec la pompe
ordinaire. Je n'ay pû vous en
informer plûtoft , parce que
je n'eftois pas affez bien inftruit
des noms de ceux qui les
avoient remportez . Outre les
quatre Prix qu'on diſtribuë
tous les ans , on en a donné
cette année trois autres ; fçavoir
ceux de l'Ode , du Poëme
& de la Profe , qui avoient
efté réſervez des années précedentes
, pour les raifons
dont Mrs les Academiciens
GALANT: 47
avertirent le Public l'annéc
derniere. Cette diftribution
fut faite dans la Salle du grand
Confiftoire de l'Hoftel de
Ville de Toulouſe , en preſence
d'un grandnombre de perfonnes
de qualité , & d'un
grand concours de Peuple ,
pendant trois Séances ,fçavoir
le matin & l'apréfmidy du premier
de May , & le matin du
troifiéme du même mois . Mrs
les Academiciens firent publiquement
lecture des Ouvrages
envoyez pour les Prix ,
aprés les avoir examinez pendant
trois mois avec l'appli
cation & en la forme que leur
48 MERCURE
Statuts leur prefcrivent. Les
deux Prix de l'Ode furent
donnez à deux Odes de Mademoiſelle
Bernard ; l'une fur
la Foy , c'est celle que vous
avez leuë au commencement
de cette Lettre ; & l'autre fur la
Paix, je vous l'envoyay le mois
paffé Mademoiſelle Bernard,
qui fe diftingue tous les jours
JiversOuvrages enVers &
en Profe , où l'efprit brille par
tout , avoit remporté encore
le Prix de l'Ode une des années
précedentes , & l'année
derniere elle remporta celuy
de l'Eglogue, ce qui fait con.
par
noiftre
GALANT.
49
noiſtre qu'elle excelle en tou .
te forte de genre d'écrire. Les
deux Prix du Poëme furent
donnez au Pere Cleric , Jeſuite
, Profeffeur de Rhetorique
au College de Toulouſe , pour
un Poëme , & un autre Ouvrage
à la gloire du Roy . Ce même
Pere concourut l'année
derniere pour le Prix de l'E.
glogue , & le manqua de fort
peu de voix. Il a une fecon .
dité merveilleufe , & un tresgrand
feu d'efprit . Les deux
Prix de l'Eloquence ont efté
remportez , le premier par M.
l'Abbe Geneais , de Montpel
Septembre 1698.
E
50 MERCURE
༈༠
lier , d'un efprit diftingué par
fa fageffe & par lon exactitu
de , & le fecond , par M¹ FABbé
Compaign , dont l'Elo.
quence luy a fait remporter
ailleurs divers Prix academi
ques . Madame la Baronne
d'Encauffé a eu le Prix de l'E
legie. Elle concourut il y a
deux ans avec M'Abeille pour
le même Prix . Elle eft de la
Mailon de Berrac de Cadreil,
Sa modeſtie n'a pû trahir ſon
merite. Il eſt connu de tous
ceux qui ont vû de ſes Ouvrages
, où l'on ne peut fe défendre
d'admirer un genie
GAALNT.
st
extraordinaire pour la Poëfie.
Voicy le Programme que
l'Academie des Jeux Floraux
de Toulouſe vient de faire
1 publier.
La
Academie des Jeux Flo
raux de Toulouſe fair fça.
2. voir au Public , que le troifiéme
jour du mois de May de l'année
1 prochaine 1699, elle diftribuera les
1 quatre Prix ou Fleurs qu'elle doit on
donner chaque année ..
S Le premier eft une Amaranthe
d'or , de la valeur de quatre cens
livres , qui fera adjugé à une Ode.
Lefecondeft une Violette d'ar-
E ij
12 MERCUR E
gent , de la valeur de deux cens
cinquantelivres , qui fera adjugée
à un Poëme de foixante Vers an
moins , & de cent Vers au plus ,
ious Alexandrins , & fuivis , ou
à Rimes plates , dont lefujet doit
eftre beroïque.
Le troifiéme eft une Eglantine
d'argent , du prix de deux cens
cinquante livres , qui fera adjugée
à une Piece de Profe d'un quart-.
d'heure ou d'une petite demi- heure
de lecture dont l Academie des
Jeux Floraux publiera toutes les
années le fujet , quifera pour l'an ..
nee prochaine 1699. Les belles
Lettres adouciffent les moeurs,
GALANT
53
+
Le quatrième Prix eft un Souci
d'argent , de la valeur de deux cens
livres , on le donnera àune Elegie,
une Idyle.
он à
Le fujet de toutes les fortes
de Poëfies qui peuvent prétendre
à ces Prix , fera au
choix des Auteurs.
A l'égard des Vers , ils doi
vent eftre reguliers , & n'avoir
rien de burleſque , de fatirique
, ny d'indécent.
Toutes perfonnes , de quel
que qualité & païs qu'elles
foient , de l'un & de l'autre
Sexe , pourront afpirer aux
Prix.
E iij
$4 MERCURE
54
Les Auteurs qui y préten
dront , feront remettre leurs
Ouvrages dans tout le mois
de Janvier de l'année 1699. lequel
eftant expiré on n'en recevra
plus. Il faudra qu'on
s'adrefle à M' de la Faille , Secretaire
perpetuel des Jeux
Floraux , qui loge prés de la
Place de Saint Georges.
Les Auteurs ne fe feront
point connoistre avant la dif
tribution des Prix . Ils ne mettront
point leurs noms à leurs
Ouvrages , mais feulement
une Sentence . Le Secretaire
des Jeux en écrira la reception
GALANT.
55
fur un Regiftre , où il mettra
le nom , la qualité , & la de
meure des perfonnes qui luy
auront délivré les Ouvrages;
lefquels figneront le Regiltre,
& en même temps en recevront
un recepiffé . Les Auteurs
feront obligez , de luy
fournir trois copies pareilles
& bien lifibles de chacun de
leurs Ouvrages ,
86%
On les avertit de s'abftenic
de toute forte de follicitation ,
l'Academie ayant déliberé
d'exclurre tout Ouvrage pour
lequel elle fera convaincuë
qu'on aura follicité.
E iij
56 MERCURE
*
L'aprés midy du troifiéme
jour de May , on diſtribuëra
les Prix aux Auteurs mêmes ,
ou à ceux qui auront charge
d'eux . On les défignera par
la Sentence qu'ils auront mife
au bas de l'Ouvrage , alors ils
feront tenus de montrer le
recepiffé du Secretaire des
Jeux Floraux , & de fe faire
connoistre en recevant les
Fleurs aprés quoy on leur
donnera , ou à ceux qui aurone
charge d'eux, des atteftations ,
portant qu'un tel , une telle
année , pour un tel Ouvrage
par luy compofe , a remporté
;
1
GALANT
57
un Prix , & l'Ouvrage en original
y fera attaché fous le
contre-fcel des Jeux . Un même
Auteur ne pourra neanmoins
avoir le même Prix que
trois fois en fa vie ; mais il
pourra les avoir tous , ou plu
fieurs , en une même année.
Celuy qui aura remporté
trois Prix , l'un defquels fera ,
l'Amaranthe , pourra obtenir
des Lettres de Maiftre , & il
fera toute fa vie du Corps des
Jeux Floraux , avec droit d'affifter
& d'opiner comme Juge,
avec le Chancelier , les Mainreneurs,
& les autres Maiftres,
$8 MERCURE
aux Affemblées publiques &
particulieres qui regarderone
le jugement des Ouvrages &
l'adjudication des Prix,
On avertit auffi que ceux
qui remettront au Courrier
des paquets adreſſez à M² le
Secretaire des Jeux , doivent
affranchir les Paquets , s'ils
veulent qu'on les retire ; fans
cette précaution , ils doivent
eftre affurez qu'on laiffera,
leurs paquets au Bureau.
D'ailleurs , pour ce qui regar
de les Ouvrages qu'on envoyera
pour les Prix , il eft neceffaire
de fe fervir de la voye
GALANT.
59
de quelque particulier de
Toulouſe , qui remette les
Ouvrages , & en retire le recepiffé
de M le Secretaire ,
pour éviter l'embarras qui furviendroit
, fr une Piece ainfi
remife par le Courrier en droi
ture à M' le Secretaire , venoit
à eftre jugée digne du
Prix , parce qu'on ne íçauroit
à qui le délivrer.
Je vous envoye une Epiftre
de M'de Betoulaud , que tous
ceux qui l'ont veuë ont fort
eftimée. L'Illuftre Mademoi.
felle de Scuderi a fait le
Madrigal fuivant fur cette
Epiftre.
60 MERCURE
Allez, aimables Vers, allez
Jouir d'une gloire immortelle;
La foible Oifiveré contre qui
vous parlez ,
N'a que des pareſſeux pour
elle.
Jamais Louis le Grand , ce mer.
veilleux Heros ,
De toutes les vertus le plu ‹ parfait
modele ,
N'a connu , n'afouffert l'inutile
repos,
Comme l'ont dit cent fois les Filles
de Memoire,
Et ne s'eft repofe qu'aufein de la
Victoire.
GALANT. 61
AU REVEREND PERE
DE LA CHAIZE ,
CONFESSEUR DU ROY.
JOY , qui par ta fageffe , as joint
dans ta carriere ,
To
AT'Etude affidue , à l'ardente Priere
La Vigilance exacte à fervir un grand
Roy ;
On te l'a dés l'enfance appris ainfi
qu'à moy :
La lâche oifiveré fatale à tout le
monde ,
Des vices les plus grands eft la mere
feconde.
L'Ouvrier du Seigneur dans un
trop long repos ,
62 MERCURE
Bien- toft , appefanti fous de honteux
pavots ,
Tombera fous le joug d'une moleffe
indigne ,
S'il n'eft infatigable au travail de la
vigne ,
Ce ne feront bien - toft que jeux
qu'amulemens ,
Que devoirs negligez , que plaifirs
trop charmans ,
Et qu'un finiftre oubli des foins que
Evangile
Veut qu'on prenne en tout temps
pour rendre un champ fertile ;
Mais il évitera cet état odieux
Si comme toy , la Chaife , actif , laborieux
,
Le feu celefte & pur d'un zele Apof
tolique
2.31
A de faintes moiffons inceffamment
l'applique.
GALANT.
63
Qu'un Guerrier à fon tour d'un
loifir dangereux
Aux Campagnes de Mars ne foit
pointamoureux
Que les trompeules fleurs fous qui
rampent les vices
Ne luy prefentent point de funeftes
delices ;
Autrement , s'il neglige un habile
ennemi ,
Si fous fes vieux lauriets trop longtemps
endormi ,
Il n'apprehende plus la force enchantereffe
Des bras affoupiffans d'une lente Pareffe
, [ Sort
Il fentira bien -toft , trifte jouet du
Et du calme fatal qui le perd dans le
port ,
Sur l'écueil des plaifits où toute gloi
re échoue ,
64 MERCURE
Le deftin d'Annibal dans les murs
de
Capoue.
:
Un Magiftrat n'eft
mable à fon tour ,
pas moins blâ-
Si le vin , fi le jeu l'occupent nuit &
jour ,
Ou fi d'autres penchans le traînent
avec honre
Luy-même au Tribunal des Tyrans
d'Amathonte.
C'eft le foin de s'inftruire , & cent
Livres divers ,
Et les yeux fur Themis à tout mo
ment ouverts
Et l'amour du travail vainqueur de
l'ignorance ,
Qui doivent de fon coeur avoir la
préference.
Qui ne fçait pas auffi que les grands
Orateurs , [ chanteurs,
D'une foule attentive aimables en.
GALANT. 65.
Ne font jamais fentir qu'aprés de
longues veilles ,
Des éclairs de l'efprit les puiffantes
merveilles
C'eſt là le feul moyen d'ouvrir le
bouches d'or ,
[ trefor
Qui des leçons du Ciel difpenfent les
Et de faire au Barreau tonner les Demofthenes
,
Par qui Paris s'éleve à la gloire d'A
thenes.
Pour tout dire , il n'eſt point d'emą
ploy ny de métier ,
Dont chacun tour à tour n'exige un
homme entier .
Semblable au Laboureur, qui conftant
à la tâche ,
Séme , arrache , cultive , ou cueille
fans relâche ,
Maisle beau Sexe même , à qui di
grand loiGr
Sept. 1698.
F
66 MERCURE
La Nature a permis le tranquile plaifir
,
Auroit bien plus d'attraits fi l'étude
ou l'ouvrage
De fes jours moins oififs devenoient
le partage ;
Si ne tendant jamais les filets de Cy.
pris , [ pris,
Et de la vertu feule inceffamment é-
Sa pieufe retraite au fonds d'un Oratoirc
Couronnoit fa beauté d'une nouvelle
gloire ,
Aulieu des vains difcours , & des propos
flatcurs ,
Où le frivole encens de fes adora
teurs
Luy trace trop fouvent l'image menfongere
Des faux biens , ou plutoft des fonges
de Cythere.
GALANT. 67

De quelque fexe , enfin , que naiſ❤
fent les humains , 7
Le travail de l'esprit , ou le travail des
mains
Lordinaire .
Eft des enfans d'Adam l'appanage
Mais auroit-on d'honneur à vivre
fans rien faire ?
Et Nanteuil , & Varin , & le Brun ,
& Mignard ,
Seroient-ils devenus les Rois de leur
bel Art , szigo &
Et rappelleroient - ils la memoire éternelle
gebring out v molett
Du butin de Lyfippe , ou du pinceaua
d'Appelle ,
Si loin de s'attacher aux chef d'a
vres divers
Dont leur genie heureux a chaimé
Univers ,
Ils euffent vû leur main froide & pa «
ralytique
Fij
68 MERCURE
Tomber dans les langueurs d'un repos
létargique ?
Le Pinde même où croift l'Amarante
& les Fleurs ,
Qui prétent à l'efprit d'immortelles
couleurs ,
Eft fi haut qu'on ne peut y monter
qu'avec peine
Et ce n'eft qu'en fuant , & qu'à perte
d'haleine ,
Que des fçavantes Soeurs les rares
Favoris
De leur verte guirlande y vont chercher
le prix ,
Et genereux rivaux d'Horace , ou de
Virgile [ ficile .
S'élevent au fommet de ce Mont dif
Pour moy qui dans l'Automne , ou
dans le beau Printemps ,
Sur un moindre rocher me campe
tous les ans
GALANT
69
Malgré tous les attraits qu'offre la
vie oifive
Sous mes verds orangers que Pomone
cultive ,
Je vais de la Pareffe implacable ennemi
, [ Fourmi .
Suivre encor pas à pas l'Abeille & la
C'est là qu'en fa brillante & fublime
carriere ,
J'ofe peindre LOUIS fur fon char
de lumiere.
Mais puis - je par ces traits qui partent
de mes mains ,
Definer affez bien le plus grand des
humains ,
Et tracer dans la longue & ſurprenante
hiftoire
Les miracles fans nombre , & les
moiffons de gloire ?
Si Bellone infpirant le carnage &
L'horreur ,
70 MERCURE
De fon trifte flambeau rallume la fu
reur ,
La Victoire en tous lieux fuit d'abord
cet Alcide ,
L'Aigle de Jupiter eut l'aile moins
rapide ;
Il foudroye , il renverfe , & luy feul
contre tous
Epouvante , & l'Enfer , & l'Univers
jaloux .
Si la Paix à fon tour après l'affreax
Tonnerre ,
Sur un Trône de fleurs fe remontre
à la Terre ,
L'Abondance auffi - toft paffe tous
nos fouhaits ,
Chaque jour eft marqué par de nou
veaux bien- faits.
Il n'est plus ny talent ,
fertile ,
, ny merite in.
( fterile.
Et fur qui ce Heros jette un regard •
GALANT: 71
Les Mules , les beaux Arts triomphent
fous fes Loix ; .
Praxitele & Zeuxis revivent à fa
voix ,
On croiroit que fa main , felon qu'il
le defire , [ Lyre ,
Du celebré Amphion a ranimé la
Quand Verfailles fe montre, & furpaffe
à nos yeux
Le fabuleux Palais de l'Olimpe &
des Dieux ;
Quand Trianon , l'Amour des Gra
ces & de Flore ,
Semble au gré des Zephirs fubitement
éclore ,>
Ou quand le beau Marly , fous les
plus verds Ormeaux ,
Ouvre fon ſein paisible à des Fleuves
nouveaux ,
Et change en un moment en Napes,
en Caſcades ,
72 MERCURE
En jets impetueux le criftal des
Naïades.
Et que diray-je encor des Temples
Gi pieux
Qu'éleve au Tout-puiffant fon coeur
religieux ,
Superbes Monumens de la Foy pure
& vive ,
Qui fous le joug des Saints fans ceffe
le captive ?
C'eft ainfiqu'on le voit en la Guerre
, en la Paix ,
Du penible travail ne fe lafer jamais ,
Regler , animer tout , Roy , Pere,
Ami fidelle ,
Des Princes les plus grands veritable
modele ,
Qui ne peut toutefois eftre bien
imité
Que par ce Fils , fameux par fon
coeur indompté
Er
GALANT: -73
Et ces trois Rejettons , dont le jeune
courage
Du Sang de mille Rois fent déja
T'heritage.
Mais en le crayonnant tel que nous
le voyons ,
Et raffemblant en luy comme autant
de rayons ,
L'Honneur , la Pieté , la Valeur , la
Clemence ,
L'Equité , l'Ordre exact , la vaſte
Prévoyance ,
Qui peindra bien encor cet air fi
gracieux ,
Et ce regard qui charme à toute heure
, en tous lieux '?
Je ne puis l'oublier ce regard favorable
, [ table ,
Du coeur de fes Sujets Aiman inévi-
Lois qu'en fon Cabinet par tes genereux
foins ,
Septembre 1698 .
G
74 MERCURE
J'en receus un accueil dont tes yeux
font témoins
Et dont reste à jamais parmy des
traits de flâme ,
L'ineffaçable inftant dans le fond de
mon ame.
C'est là que je le vis plus grand par
fa bonté ,
Que par tout l'appareil de tant de
majefté ,

Que par tous ces hauts Faits que fur
la Terre & l'Onde
La Déeffe aux cent voix raconte à
tout le monde .
Mais qui peut comme Toy bien
peindre ce Heros,
Ou dans le Calme heureux , ou dans
l'horreur desFlots ?
Fidelle Obfervateur de toute fa fageffe
, ( fans ceffe ,
La Chaiſe, tu le vois , tu l'écoutes
GALANT.
75
1 Et frapé des Vertus dont brille un fi
grand Roy ,
Tu n'en es pas alors moins ébloüy
que moy .
3
Je vous appris le mois paffé
la mort de Madame la Comteffe
de Tonnerre , & je vons
gdis qu'elle avoit efté inhumée
à l'Abbayede Saint Paul prés
Beauvais. Ce fut M' l'Abbé
Farrel , Preftre Licentié de
Sorbonne , & Precepteur de
Mr le Comte de Clermont ,
qui prefenta le corps à l'Abbeffe
de cette Maiſon , qui le
vint recevoir à la tefte de fa
Gij
76 MERCURE
Communauté. Voicy le Compliment
qu'il luy fit,
MADAME ,
Fay l'honneur de vous preſenter
le corps de tres haute & trespuiffante
Dame , Madame Françoife
Virgine de Preffin Fléard,
Veuve de tres haut & tres -puiffant
Seigneur , MonseigneurJac
ques Comte de Clermont Tonnerre
, Conneftable premier Baron
de Dauphiné, Grand- Maistre he
reditaire de la Maiſon de Monfeigneur
lr Dauphin, Duc & Pair
pommé , d'heureufe memoire.
L'augufte Famille dont je fais
GALANT. 77
1. l'Eloge , ne s'eft pas moins rendue
recommandable
par la fplendeur
de fes vertus, que par l'éclat de fa
nobleffe Elle a donné par fa fe
condité des Souverains à degrands
Pays , des Heros au monde , &
des Saints àl'Eglife. Avec quelle
magnificence n'a - t - elle pas élevé
à la Cour des Princeffes dignes de
regner ? Si ces deux auguftes &
1 grandes Reines, Conftance & Ifa.
belle eftoiene de nos jours , on n'auroit
pas de peine à les croire auffs
dignes de regner fur les coeurs que
it fur les Trônes. Jamais Reines ne
furent tant aimées de leur Peuple,
jamais Peuple nefut tant aimé
is
Gij
78 MERCURE
defes Reines. La fainteté, la dignité
l'antiquité de cette augufte
Maiſon , que toute l'Europe admire
,font des monumens éternels
qui enferont connoiftre lagrandeur
à la pofterité. Les Saints Guerrii ,
Ebbon , Honnobert & Honnulfe
de Tonnerre, Archevêques de Sens ,
eftoient la lumiere & l'ornement
de cette Eglife au feptiéme fiecle.
Les Saints Rabert , Guillaume ,
Thyerri Amedée de Clermont-
Tonnerre , fleurifoient au commen .
cement du buitiéme & neuviéme
fiecles Ils eftoient au nombre d'on:
Ze Saints ou Saintes canonife ,
tous l'admiration des Peuples , le
GALANT. 79.
1.
4
i foutien la confolation de l'E
glife au milieu des perfecutions .
Les Eglifes de Paris , de Bourges ,
d'Orleans , celebrent la de Sens
memoire de ces Saints avec la fo.
lemnité d'une Fefte double Y cut il
jamais Seigneur qui fe foit diftingué
dans le fervice avec plus de
Liberalité de courage que les
Seigneurs de Clermont ? La feule
gloire de combattre de vaincre
Les Ennemis de l'Etat , a toujours
efté le premier motif de leurs efperances
. Toute l'Eglife Univerfelle
n'oubliera jamais la memoire de
cet augufte Prince , Aymarc de
Clermont , qui au commencement
Gilij
80 MERCURÈ
du onzièmefiecle rétablit àla tefte
de fon Armée , & remit fur le
faint Siege Calixte II. du nom ,
Pape , qui en avoit cfté chaßé par
1 Herefie & le Schifme. CePrince
a fenti couler dans fes veines le
fang de nos Rois, & de plufieurs
Empereurs. L'Empereur Conrad
a tenu à grand honneur d'élever
àfa Cour Amedée de Clermont ,
& ordonna les mêmes foins pour
fon éducation , qu'il avoit fais
pour celle defes propres Enfans.
L'Empereur Henryne connoiffoie
suffi d'autres Anceftres que ceux
du jeune Amedée.
Il fe voit qu'il y a plus de fix
GALANT: 8t
cens ans que les Seigneurs de Clermont
eftoient Souverains dans
leurs Etats & de leurs Domaines.
Ils établiffoient des Loix , ils faifoient
la guerre , donnoient la Paix
à leurs Sujets , & entroient en
ligue avec les Princes leurs Voi
fins.
Nous vous mettons , Madame,
entre le mains ce facré d'époft , qui
fait une partie de cette grande
Maifon. Cette illuftre Mortefut
plus recommandable encore par fa
pieté que par les hautes qualitezde
fa naiffance,Elle eft morte auffi mu
nie des Sacremens de l'Eglife, que
des précieux trefors de toutes les
82 MERCURE
vertus Chreftiennes qu'elle a toujours
pratiquées jusqu'au dernier
Joupir Auffi dit on dans la plus
grande Villede l'Univers , qu'elle
eft morte pourpaffer à la vie , qu'
elle eft morte de la mort des fuftes .
Uniffe , Meffieurs , vos prieres
aux noftres. Uniffons les tous a
l'ardeur de celles de voftre illustre
&digne Abbeffe, & prions le
Dieu des Justes , que
celle quit
afi bien vecu fur la terre , puiffe
estre dans le Ciel noftre Prote
Etrice.
1
·
L'Ouvrage qui fuit eſt adreffé
à M. l'Evêque de Nif
GALANT.
83
mes , & vient de M' de la Blanchere
, de la même Ville . Vous
ferez fans doute contente du
tour ailé qu'il donne à ſes
Vers.
IMITATION
De l'Ode d'Horace, qui commence
par ,
Mecenas , Atavis , &c.
Relat , qui charmez l'Uai-
P Rel
vers
Par voftre divine éloquence ,
Amateur des beaux Arts , Ornement
de la France ,
Dont la gloire a volé chez cent Peu
ples divers.
84 MERCURE
Vous de qui les écrits vont faire los
délices
De toute la Pofterité ,
FLECHIER , àqui je dois ma douce
oifiveté ,
Ecoutez des Mortels les differens
caprices.
$
Un jeune audacieux au comble de
fes voeux ,
De paroistre dans la carriére ,
S'empreffe à le couvrir d'une noble
pouffiere ,
Dans un Tournoy peuplé de cent
Guerriers fameux .
S'il vient à remporter one illuftre
victoire ,
S'il voit ceindre fon front d'un lau
rier précieux ,
Il en eftime tant la gloire
Qu'il l'égale à celle des Dieux.
GALANT. 85
Si la faveur , aprés des foins extrê
mes ,
Eléve quelque ambitieux [ mes,
A l'éclat fouhaité des dignitez fuprê-
Si quelqu'autre a rempli fes greniers
spacieux
Des grains de la fertile Affrique ,
Si content d'habirer une maiſon ruftique
Il aime à cultiver avec fes propres
boeufs ,
Les champs que labouroient les tranquilles
Ayeux ;
Ceux-la contens de leur
partage,
Et frapez de l'horreur d'un funefte
naufrage ,
Quand ils devroient gagner tout l'or
de l'Univers ,
N'iroient point traverſer le vafte
fein des mers.
2
I
86 MERCURE
Le Marchand furpris de l'orage
Qui craint à tout moment de perir
dans les flots ,
t
Soupire aprés le doux repos
Qu'il goûtoit fur l'heureux ri
avage ,
Mais s'il voit revenir le calme fur les
eaux ,
On le voit d'une ame empreffée,
Sans fere flouvenir de ſa crainte paflée
,
Faire raccommoder fes fragiles Vaiffeaux
.
S
Les uns paffent le jour aux plaiſirs de
I atab le ,
Tantoft couchez aux bords des paifi .
bles ruiffeaux ,
Tantoft fous la fraîcheur aimable
De mille arbres toufus , & pliez en
berceaux ,
GALANT. 87
Sans le laiffer fléchir aux larmes d'une
mere ,
Un autre ira dans les plaifits de
Mars ,
Sans crainte de la mort affronter les
hazardsplanted gla
d'une gloire leth
Séduit
gere .
par les appas
Le Chaffeur matineux méptifant les
24 faveurs
Cadivin
D'une Epoufe belle & pudique ,
Et bravant des hivers les cruelles
rigueurs ,
A pourfuivre le Cerf fans réferve
s'applique .
Pour moy , le coeur exempt
foins divers ,
de mille
Je voy couler mes jours d'un cil
toujours paisible ,
Et ne me trouve plus fenfible
Qu'au plaifir innocent de bien faire
des Vers.

88 MERCURE
Fléchier, fi de ma Mufe encor foible
& tremblante
Vous vouliez écouter les airs,
Si vous voulez luy tendre une main
careflante ,
Ma gloire éclateroit en cent climats
divers .
Vous prendrez fans doute
plaifir à lire les Reflexions
qui fuivent. d
PENSEES MORALES
à l'uſage particulier
& familier.
I.
U'il ne faut jamais fans ne-
Qceffite rompre abfolument avec
perfonne.
GALANT. 89
En rompant avec nos Pro
ches , c'eft perdre de nos pro
pres ; en rompant avec nos
Amis , ou nos Connoiffances ,
c'eft perdre de nos acquets.
Il faut pour marcher jufte
dans le train de la vie tâcher
de bien choisir. fes gens . lly
en a avec quiil n'eft pas à propos
d'entrer fort avant , & de
5 faire une focieté particuliere
& familiere. Tels font les bizarmes
, les vitieux , & les antipariques
; & d'autres avec qui
il y a moins à rifquer de s'oùvrir
& de fe compromettre
;
ce font les honneftesgens , &
Septembre 1698.
H
90 MERCURE
qui ont un jufte rapport avec
nous. Quand on s'eft impru
demment trop avancé , & qu'
on reconnoift fon erreur , il
faut fe reculer doucement ,
pour éviter d'eſtre obligé par
une rupture ouverte à fe retirer
tout- à fait ; ce qui d'un
Amy , commun du moins ,
nous donne fouvent dans la
fuite un ennemy particulier .
Il eft prefque auffi dangereux
de fe retirer auffi legerement
que de s'avancer fans précaution
& fans jufte connoiffance.
On doit tâcher de conferver
fes habitudes par plus ou
GALANT 95
V
moins de relation , felon les
fujets, Les uns & les autres
nous font quelquefois bons
à quelque choſe dans l'occafion
, & nous fommes bien
aifes de les trouver ; au lieu
que les frequentes ruptures
nous font ordinairement demeurer
courts dans le befoin .
༈ རྫོ
II.
Qu'il fred bien à un jeune homme
de fe remuer
ལ་
&defaire fes
• efforts , par les endroits qui luy
conviennent pour former ou pour
augmenterfafortune.
Le temps de ce labeur fe
peut étendre juſqu'à l'âge de
Hij
92 MERCURE
quarante ans ou environ , qui
eft un peu plus du milieu de
la vie , & la faifon à peu prés
deſtinée à joüir de fon acquis ,
& en cas qu'on ait eſté détourné
ou traverfé , on peut
aller jufqu'à cinquante ; mais
fi à cet âge nous n'avons fait
que de vains efforts pour nous
relever , ou nous avancer , il
faut tâcher de fixer noftre
établiſſement fur le pied où
les choſes fe trouvent , afin de
jouir tranquillement de noftre
eftar le reste de la vie , eftant
mefféant ou hors de faifon
aux perfonnes avancées en
GALANT.
93
$

age,de faire des projets difpro
portionnez , & de s'engager
dans les affaires de long cours ;
mais quand le neceffaire manque
, on eft forcé de voguer
ou de labourer juſques au
bout , ce qui eft un estat bien
déplorable , & où il faut de
toute la précaution éviter de
tomber ; car la vieilleffe eft
un estat de retraite qui demande
du repos , pour ſupporter
toutes les infirmitez
qui y font attachées ; & afin
de fe pouvoir préparer fans
obſtacle au grand voyage de
l'éternité. Malheur ausjeunes
94 MERCURE
gens , qui par leur legereté ou
par leur déréglement détrui .
lent tellement leurs affaires ,
qu'ils ne peuvent les rétablir
à temps , ou peut - etre de leurs
jours. Il n'y a que ceux qui y
ont paffé , qui en conçoivent
limportance.pic paulash bien
abitative nofobig al soror
*
Qu'il y a des familles , dones
le deftin eft de paffer des fies
cles entiers dans l'embarras
dans les Procés , en tranſmettant
fucceffivement cette fitale condi
tion aux defcendans , qui one
trouvé ce mal en naiſſant, & qui
meurent fans en avoir vú lafin,
GALANT:
95
T
Cleft fans doute un eftat
bien defagreable , quoy que
plufieurs ne laiffent pas de s'en
accommoder faute de mieux ,
que de paffer ainſi tout le
temps de la vie dans le dé
fordre & dans la confufion ;
en difputant à pure perte à la
fin , le terrain au créancier
& bataillant , comme l'on dit,
avec les propres dettes . On
1 peut dire que c'eft une efpece
d'opiniatreté qui ne fçauroit
aboutir qu'à noftre rüine , de
mefme qu'elle nous détourne
des voyes de falur ; & il eft
bien plus raifonnable & fatis,
96 MERCURE
faifant , de prendre un jufte
party en telle conjoncture ,
pour purger noftre bien &
affurer noftre repos , & pour
nous ocuper ailleurs à chofe
qui nous convienne , que non
pas de refter éternellement
dans une telle & peu honorable
agitation. Il eft des
ocafions fuivant l'état de cer.
taimes maiſons, ou la feule reforme
de la dépenſe , une treve
de fejour à la Cour ou à la
Ville, & une oeconomic exacte
pendant quelques années , peu.
vent reparer le dommage . H
en eft d'autres où le mal étant
plus
GALANT. 97
C
C
EC
H
plus grand , il eſt befon d'en.
trer dans d'autres difcuffions ;
c'est - à - dire , d'aliener quelques
pieces détachées , s'il
y
en a , autrement les moins
confiderables du fief, en fe refervant
la mouvance , ou de
refoudre la coupe des bois ou
hautes futayes , attendu la neceffité
, quoy qu'il femble que
ce foit faire breche au fond ,
& qu'un tel retranchement
marque une espece de difgrace
ou de fletriffeure dans
les nobles domaines. Il y a
encore une voye generale , &
qui eft ordinairement la plus
Septembre 1698.
1
98 MERCURE
grande refource dans ces fâcheuſes
conjonctures ; c'eſt le
fecours d'un Mariage pour foy
ou pour fon fils ; mais quand
ce moyen n'eſt pas pratiquable
, que l'on eft deja engagé ,
ou que l'on n'a qu'un enfant
mineur, il vaut mieux , au défaut
de ces expediens ,
fe refoudre
à tirer un party dans la
chofe le plus favorable qu'il
fe peut , dans l'étenduë de nos
droits legitimes , que de s'aheurter
inutilement à vouloir
tenir le tout en fa main , pour
avoir enfin le déplaiſir , &
dans un âge avancé , d'eftre
DE
LA
re
70
၁ ။
GALANT:
BIBLIO
199
fi
forcé de déguerpir à notre
confufion ; & comme aprés
une pareille revolution , on
ne peut guere avec quelque
agrément refter en un lieu, où
l'on fe trouve , pour ainsi dire,
deshonore par cette disgrace
ou changement de fortune ,
on peut choifir en ce cas ,
l'on eft libre, un autre fejour,
foit à Paris qui couvre tout .
& qui eft le refuge general ,
ou la demeure commune des
heureux & des infortunez ;
ou en paffant en quelqu'autre
quartier de Province pour y
former un moindre établiffe.
I ij
100 MERCURE
ment ; ou enfin en prenant le
party , à l'exemple de plu ;
fieurs perfonnes de diftinction
, d'entrer fur le pied de
penfion Laïque dans une
Communauté ;
vant les differentes circonf
rances par rapport à l'âge ,
aux qualités & à ce qui nous
refte de fond, ce qui demande
une jufte reflection ou de
meures confiderations.
IV.
10
le tout fui-
Qu'unefortune mediocre où il
yafuffifance pour nous entretenir
felon noftre eftat , eft plus à ſoubaiser
qu'uneplus grande, & que
GALANT. IOI
It l'on en jouit avec plus d'innocence
de qualité.
Paix & peu , fuivant la
maxime du fage , cela nous
fuffit , fi nous fommes aflez
raiſonnables pour nous y fixer,
& l'on eft moins fujet à l'envie
& aux chûtes ; au lieu que
l'abondance ou le fuperfla
attire fouvent aprés foy le dedfordre
& les revolutions . Peu
de gens fçavent fe contenir
dans la profperité & faire un
ulage legitime & meritoire de
la fortune ; fur tout lors que
par la faveur ou par le travail .
d'autruy ou fe trouve conduit
I iij
Joz MERCURE
tout à coup à certain degré
d'opulence ou d'élevation .
La plufpart s'yméconnoiffent ,
& paffent dans l'égarement .
C'est par là que nous voyons
ordinairement les Fils des
Traitans , ou des Marchands
fortunez , ainfi qu'une partie
des gros Beneficiers , fcanda
Jifer le public par leur déreglement
& par une honteuſe
diſſipation , au lieu que celuy
qui ne fait que recueillir l'heritage
de les Peres à luy dévolu
par la fuite d'une longue
fucceffion , & qui le regarde
comme un propre naturel ,
GALANT. 103
S
S
ou un patrimoine facré commis
à la garde & à fon adminiſtration
, fe fait plûtoft
une affaire de le conferver , &
en meſme temps une espece
de devoir de le tranſmettre à
fes defcendans , comme il l'a
receu de fes Predeceffeurs ; ou
fi quelqu'un en s'abandonnant
temerairement au torrent
de la débauche en ufe attrement
, il fe deshonore par
cette conduite , & ne faifant
pas fcrupule de détruire par
un vain caprice l'ouvrage ou
la fortune de fes ayeux , il
devient avec juſtice un objet
I j
104 MERCURE
A
d'infamie ou un fujet de re
probation dans la memoire
de la pofterité. Il eft au contraire
d'une judicieuſe &
louable pratique , lors qu'on
a l'avantage par fon heureuſe
deftinée de naiftre dans cette
fituation , non feulement de
ménager ce dépoft avec honneur
, & dans les termes de la
diſcretion ; mais encore d'y
adjoûter , par l'effet d'une ge
nereuſe émulation , quelque
choſe de fon chef, pour s'en
faire un fujet particulier de
fatisfaction , & en mefmetemps
un merite envers les
GALANT. 105
:
re
1
Je
es
Succeffeurs . Les
moyens
honnettes pour y parvenir , &
pratiquables
à un Gentilhomme
qu'on fuppofe dans
l'état de retraite , ou de la vie
privée après avoir ſatisfait à
ies juftes devoirs envers le
Prince & le Public , font de
faire valoir fon bien , dans
toute l'étendue du fçavoir
faire fuivant la nature des
lieux , & de regler fa maifon ,
de maniere que la dépense ne
confume jamais entierement
le revenu , mais feulement une
portion fuffifante pour foûtenir
dans les termes de la
106 MERCURE
bienfeance l'état de fa famille ,
& pour tirer un plus grand
avantage du fruit de cette épargne,
il peut entrer diſcrete.
ment de focieté dans d'autres
entrepriſes , foit avec des
Armateurs en temps de guerre
ou pendant la paix avec des
Marchands ou Trafiquans en
gros , ce qui eft une espece de
commerce qui ne déroge
point à l'état de nobleffe , &
qui peut tenir lieu au contraire
, en ménageant les choſes
avec temperament par raport
à fa condition , d'un honnefte
& legitime amuſement .
GALANT. 107
V.
Qu'il eft furprenant que les
hommes faffentfi peu de reflexion
fur leur mortelle condition.
On voit fenfiblement la
face du monde le renouveller,
les uns y entrer , & les autres
en fortir, au commencement ,
au quart , au quint , ou au milieudela
carriere; les exemples
même domeſtiquespaffent de.
vant nos yeux , & on voit mourir
Pere , Mere , Oncles , Freres,
Enfans & Neveux . Cela fait
quelque impreffion dans le
moment , & fe diffipe peu de
temps aprés aucun ne s'en
108 MERCURE
fait une jufte application , &
ne dit en foymefme , c'eftoit
hier à celuy- là , ce peut eftre
demain à moy. O l'étrange
aveuglement de ne pas comprendre
que la vie n'eſt rien
avec ce qu'elle a d'apas, & que
le tout ne tient qu'à un filet !
Que reste-til des Alexandres
& des Cefars , ou de ces ames
vaines , qui trouvoient en leur
temps l'Univers incapable de
les contenir ? De grands noms
& rien plus : & que peut on
dire pour venir à nous , ou à
de moindres fujets , de cer
GALANT. 109
S
émpreffement outré & affecté
mouvement perpetuel
.ou
d'un M. . . . . . pour furprendre
ou fe procurer , par
de faux & petits endroits la
faveur de fon Maiftre ; & de
cette orgueilleufe & avide
application d'un . . . . . . . à´
élever avec impudence la
fortune d'un Bourgeois au-
S deffus de celle des Princes ,
finon qu'ils ont comme bien
d'autres , en oubliant l'unique
neceffaire , volé le papillon
eftant en uninſtant , comme
nous l'avons vûavec ſurpriſe , &
par une fin precipitée , devenus
S
1
110 MERCURE
les victimes de leur ridicule
& peu raisonnable ambition.
Je ne puis vous rien faire
voir qui vous plaiſe davantage
que le Portrait que je vous
envoye. C'est celuy de Son
Alteffe Royale Madame . Ileft
d'une bonne main , puis qu'il
eft de celle de M ' l'Abbé de
Poiffi.
Montrer un gouft exquis , un
feur difcernement ,
Décider fouverainement.
Avoir l'esprit plein de delicareſſe
,
GALANT. ill

Et le caur exempt defoibleffe;
Ne point marcher d'un courage
abattu
Dans le chemin de la vertu ;
De grands deffeins eftre capa .
ble ;
Faire voir en tous lieux
Une conftance inébranlable ,
Digne du fang defes Ayeux ;
Avoir cette égalité d'ame
Qui rend l'homme femblable
aux Dieux ,
Tel eft le Portrait de Madame.
Cette Augufte Princeffe
ayant donné beaucoup de
louanges à ce Portrait , ainſi
112 MERCURE
qu'elle a fait à tous les Ouvrages
que M' l'Abbé de
Poiffi a eu l'honneur de luy
preſenter , il prit de là occa
fion de faire ce Madrigal.
Vous,dont lefeulgouft dé
cide ,
Vous , dont le jugement certain
Tient lieu d'un Arreſt ſouve
rain ,
Princeffe Augufte, efpritfolide,
Voftrefuffrage heureux
Vient de combler mes vaux.
C'est trouver le grand art de
plaire,
GALANT. 1131
1
Quedefçavoir vous fatisfaire.
Ouy , les plus critiques efprits,
Nation qui fourmille en France
,
Trouveront mes Ecrits
De quelque prix ,
Puis que vostre fuffrage en eft la
récompenfe.
La joye que les Comtois !
ont reflentie de la nomination
de M' l'Evêque de Philadelphie
à l'Archevêché de
Bezançon , n'eſt pas exprinable.
Toute la Ville l'a marquée
pendant pluſieurs jours
par des illuminations , & le
Septembre 1698.
K
114 MERCURE
1
སི
Chapitre de la Metropolitai
ne fe fignala fur tous par plufieurs
feux d'artifice le jour
de Saint Louis . Cette nomination
fait connoiſtre la juſti
ce que le Roy veut bien rendre
, non feulement aux fervices
de Mrs de Gramont , qui
pendant toute la Guerre fe
font diftinguez d'une maniéniere
extraordinaire , mais
encore à l'affection d'un Peu .
ple , qui femble par fon attachement
& par fon zele entrer
en concurrence avec les
plus anciens Sujets de Sa Majefté
, & luy marquer le plaiGALANT
. 115
fir qu'il auroit eu d'en eſtre
plûtoft du nombre ; & enfin
à la pieté & à l'exactitude d'un
Prelat , qui fans aucune obli
gation de réfidence , n'a pas
laiffé de veiller continuellement
fur un Troupeau , que
les infirmitez & le grand âge
de feu M' fon Oucle avoient
mis hors d'eftat de pouvoir
conduire , comme il avoit fait
autrefois .
Le Mécredy 20. du mois
paffé , jour de Saint Bernard ,
il arriva un fracas épouvantable
dans la Citadelle de Turin.
Le Tonnerre y eftanttom-
Kij
116 MERCURE
bé , fur les quatre heures du
matin , mit le feu à un magafin
de Poudre, où il y en avoit
quatre mille cinq cens barils.
L'effort fut fi grand , que de
tous les logemens de la Citadelle
, qui estoient fort confiderables,
il ne refta que le feul
Donjon. Tout fut abiſmé
fous les ruines. La Garniſon ,
qui par bonheur n'eftoit compofée
que du Regiment
de la
Croix
Blanche
, de deux Compagnies
Suiffes
, & des gens
de l'Artillerie
, y fut ensevelie
prefque
entierement
. L'on
compte
plus de quatre
cens
,
GALANT 171
ens
om
om
eliet
tant morts qne bleſſez , dont
les derniers ne font qu'au
nombre de cent. On trouve
encore des morts à toute
heure , parmy lefquels il y a
trois Chevaliers de Malte , &
dix Officiers ou environ . M'le
Marquis de Cavours , Gouverneur
de la Citadelle , Madame
la Gouvernante , & tous
leurs Domestiques , trouverent
moyen de fe fauver par
un bonheur extraordinaire ,
les planchers qui tomberent
dans le temps qu'ils fe retiroient,
n'ayant bleffé que trois
de leurs gens . Ils n'ont pas
118 MERCURE
laiffé de faire une grande perte.
On a trouvé le Curé mort
à cinquante pas de fa maiſon ,
& on ne peut rien s'imaginer.
de plus trifte que ce funefte
fpectacle. Il n'y a point de
bombardement
qui puiffe faire
de fi terribles effets . Heureufement
l'effort de la Poudre
fit fauter les pierres du
cofté de la campagne. Sans
cela le dommage auroit efté
beaucoup plus grand dans
Turin , où toutes les vitres
furent caffées , de forte qu'il y
a peu de maiſons qui n'ayent
fouffert de cette rude fecouffe .
GALANT
119
La plupart des portes & des
feneftres y ont efté enfoncées ,
& le defordre ne peut eftre
réparé pour un million . C'a
efté un bonheur dans ce def
aftre , que le feu n'ait pas pris
à un autre magaſin voiſin , qui
s'eft trouvé fendu par la moitié.
Une bonne partie de fes
murailles a efté renversée , &
& on y voyoit les barils de
Poudre à découvert . On ne
fçauroit exprimer l'épouvante
qui faifit alors les Habitans.
M' Philippe , Preſident à
Mortier au Parlement de Be
120 MERCURE
zançon , mourut le 22. du
mois paffé , àgé de quatre.
vingt - cinq ans. Il a longtemps
fervi , & avec beaucoup
de fidelité , le Roy d'Ef
pagne aux Dietes de l'Empire ,
& depuis que la Franche-
Comté eft devenue Françoife ,
le Roy a efté fi content de la
perfonne & de fes fervices ,
qu'il luy en a donné des marques
par plufieurs graces . 11
luy avoit accordé entre autres
la furvivance de fa Charge
pour M ' fon Fils , qui eftoit
Procureur
General de la
Chambre
des Comptes
It
laiffe
GALANT. 121
laiffe encore deux Fils , dont
l'un eft Chanoine de l'Eglife
Metropolitaine , & l'autre a
efté Maire de Bezançon . Ils
font tous trois remplis de merite,
de capacité & d'honneur ,
ce qui joint avec beaucoup
de generofité , leur a acquis
une eftime generale.
On mande de Liege , que
le 26 : du mois paffe , Madame
Catherine Habelle de Ler..
neux , Fille de feu Meffire
François de Lerneux , Baron
de Preffe , & de Madame мarie
Bex , Veuve de Meffire
Wuinand de Ville , libre Ba-
Septembre 1698. s
L
22 MERCURE
3
on du Saint Empire , Mere
de Mellite Arnold de Ville ,
Baron du Saint Empire , dont
le merite & le fçavoir font connus
de tout le monde , & fur
tout par la construction de la
Machine de Marly , qui eft la
plus grande, la plus extraordi
naire & la plus hardie dont on
ait jamais parlé , mourut en fa
maifon de Huy , regretée uni
verfellement pour fa bonté ,
fa generofité & fa pieté. Elle
a témoigné pendant une longue
maladie , une patience &
une réfignation ențiere aux
volontez de Dieu , dont tout
le monde a efté édifié.
GALANT.
123
Voicy les noms de quelques
autres perfonnes confiderables
mortes depuis peu .
La Mere Superieure du
Monaftere de la Congrégation
de Noftre Dame de Compiegne
, morte le mois paffé ,
dans fa foixante & neuviéme
1 année , aprés une longue maladie.
Les fondemens de ce
Monaftere furent jettez le 1.
Septembre de l'année 16 44.
Mile Gras , alors Evêque de
Soiffons , ayant reconnu un
5 zele & une ferveur toute particuliere
en cette Dame , qui
eftoit encore dans le monde ,
C
Lij
124 MERCURE
la demanda à fes Parens pour
eftre au nouvel établiſſement
de ce Monaftere , fur la priere
qu'elle luy en avoit faite . Ils
n'curent pas de peine à
la luy
accorder , fachant que fon
ame eftoit prévenuë de la grace
, & que le Seigneur s'eftoit .
approprié fon coeur dés fa
plus tendre jeuneffe . La Reine
Mere , Anne d'Auftriche , luy
fit l'honneur de luy donner le
Voile , & d'ajoûter le nom de
Sainte Anne à celuy de Sainte
Elizabeth , qu'elle avoit eu à
fon Baptême . Elle a poffedé
toutes les principales Charde
fon Monaftere , & a vêcu
GALANT 25

d'une maniere fi édifiante ,
qu'on la donnoit pour exemple
à toutes les autres Religieufes.
Meffire Loüis - Pierre de
Turgis , Confeiller au Parlement.
Il eft mort à trente-un
an , & eftoit Fils de M'de Turgis
, Fermier General Il avoit
époulé Catherine- Cecile Lan ·
glois de Colmoulins , dont il
laiffe des Enfans . M' de Turgis
, Seigneur des Chaiſes, fon
Frere , Lieutenant aux Gardes ,
s'est fait diftinguer en plufieurs
Sieges & Batailles durant
les dernieres Guerres.
Liij
126 MERCURE
Meffire Charles d'Ailly, Duc
de Chaulnes , Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roy,
& Lieutenant General de fes
Camps & Armées , cy- devant
Gouverneur de Bretagne , &
depuis Gouverneur de Guyenne
, & cy - devant auffi Ambaffadeur
Extraordinaire à Rome.
il eftoit né le 19. Mars 1625.
Son corps doit estre porté in
la Ville d'Amiens , où eft celuy
de M' fon Pere . Il avoit
épousé Elizabeth le Feron ,
Veuve de Jacques de Stuart
de Cauffade , Marquis de Saint
Mefgrin , Lieutenant General
GALANT. 127.
*
des Armées du Roy, Fille unique
de Dreux le Feron , Seigneur
de Savigny , Confeiller
au Parlement , & de Barbe
Servient de laquelle il n'a
point d'Enfans . Il portoit le
nom & les Armes d'Ailly par
fubftitution , & eftoit fils
d'Honoré d'Albert , Duc de
Chaulnes , Pair & Maréchal de
France , Vidame d'Amiens ,
Chevalier des Ordres du Roy,
Gouverneur d'Auvergne , &
de Charlotte d'Ailly, Comte fle
de Chaulnes , Dame de Pequi .
gny, de Raineval & de magny,
Fille unique de Philibert Ema
Liiij
128 MERCURE
nuël d'Ailly , Seigneur de Pequigny,
Chevalier des Ordres
du Roy , & de Loüife d'Ongnies,
Cet Honoré d'Albert ,
Duc de Chaulnes , eftoit Frere
de Charles d'Albert , Duc de
Luynes , Pair , Conneſtable &
Grand Fauconnier de France
, Chevalier des Ordres du
Roy , d'ondefcend ,M d'Albert
, Duc de Luynes & de
Chevreule d'aujourd'hay. M
le Duc de Chaulnes qui vient
de mourir, a deux Soeurs , dont
l'une nommée Charlotte eft
Prieure perpetuelle de Saint
Louis de Poifly , & l'autre An-
J
GALANT. 129
=&
an-
"Al
de
Μ
ent
dont
eltf
toinette , eft Abbeffe de Saint
Pierre de Lyon. Le Roy l'avoit
envoyé à Rome en 1667.
en qualité d'Ambaſſadeur ,
pour l'élection du Pape Clement
IX. & en 1670. pour
celle du Pape Clement X. Sa
Majefte l'y renvoya en 1689 .
ppur l'élection d'Alexandre
VIII.M le Duc de Chevreu
fe fe trouve prefentement reveftu
du Gouvernement de
Guyenne , dont il avoit la furvivance.
Meffire Jean - Pierre de
ain Montchal, Seigneur de Noyen
fur Seine , Confeiller au Par-
An
130 MERCURE
lement , mort en fa quarantefixiéme
année . Il avoit de
grands biens , eftoit Juge integre
, fort éclairé , d'une dévotion
exemplaire , & faifoit
de grandes charitez . Il ne
laiffe que deux Filles de Reis
ne Henin , fon Epoufe , Soeur
de Claude Henin , Garde des
Rôles des Offices de France ;
de Nicolas Henin , Confeiller
au Grand Confeil , & d'Euftache
Henin , Seigneur du Claufeau
, Gentilhomme ordinaire
de la Maiſon du Roy , puis-
Confeiller au Parlement , tous
Enfans de Nicolas Henin ,
GALANT. 131
Ter
au
DUIS
COUS
Secretaire du Roy , qui eſt
mort auffi depuis peu de jours.
M' de Montchal avoit un Fre.
re , Charles de Montchal , Avocat
General en la Cour des
Aides , décedé en 1686. tous
deux Fils de Jean Pierre de
Montchal , Maiſtre des Requeftes
, & d'Elizabeth du Pré ,
Fille de M' du Pré, maiftre des
Requeftes. Je vous ay parlé de
leur Famille dans mes Lettres
des mois de Novembre 1682.
& May 1686 .
Le Pere Hierôme Morel ,
Religieux Auguſtin , dit du
Saint Sacrement , Docteur en
132 MERCURE
Theologie de la Faculté de
Paris , natif de Vitry le François.
Il eftoit Oncle de Jean
Morel , Abbé de Saint Arnoul
de Metz , Conſeiller honorai
re au Parlement , & de Zacharie
Morel , Conſeiller au Parle
ment en la quatriéme Chambre
des Enqueftes ; de François
- Philipppes Morel , auffi
Confeiller au Parlement , Aumônier
du Roy , & Chanoine
de l'Eglife de Paris ; de N.
Morel , Epoufe de Denis Rochereau
, S de Hauteville ,
Confeiller au Grand Confeil ,
& de N. Morel , Epouſe de
GALANT . 133
៥ ៖
an
OU
ral
am
Tanauf
Au.
oine
e N
Roville,
leil
Te de
Nicolas Faudel , Prefident en
la Cour des Monnoyes.
Dame Elizabeth du Bois ,
Epoule de Meffire Marc- An.
toine de Rollinde , Secretaire
des Commandemens de feuë
S. A. R. Mademoifelle . Elle
laiffe deux Enfans , Marc An.
toine . Valentin de Rollinde ,
Conſeiller en la troifiéme
Chambre des Enqueftes , &
Elizabeth de Rollinde , Epoule
de Jean - Charles Doujat ,
Confeiller au Grand Conſeil,
Fils de Jean Doujat , Doyen
ies Confeillers du Parlement,
de Catherine Targer.
134 MERCURE
Meffire François - Annibal
d'Eftrées de Lauzieres- Themines
, Duc & Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roy,
Gouverneur & Lieutenant Ge.
neral pour Sa Majefté au Gou--
vernement de l'Ile de France,
&Gouverneur particulier des
Villes de Laon , Soiffons ,
Noyon , &c. mort en ſa cinquantiéme
année. Il eftoit Fils
de François Annibal , Duc
d'Eftrées, Pair de France, mort
Ambaffadeur Extraordinaire
à Rome en 1687. & de Cathe
rine de Lauzieres - Themines,
petite Fille du Maréchal de @
GALANT. 135
00
+
Themines , & avoit épousé en
premieres Noces le 10. Février
1670. Madeleine de Lyonne ,
Fille de Hugues de Lyonne ,
Marquis de Berni , Miniftre
& Secretaire d'Etat , dont eft
venu François- Annibal d'Ece₁
ftrées IV. du nom , à prefent
Duc & Pair , à qui le Roy
vient de donner tous les
Gouvernemens qu'avoit le feu
Duc fon pere. Ilavoit pris une
feconde allian ce avec .... de
Beautru , Fille de Nicolas de
Beautru, Marquis de Vaubrun
& du Tremblay , Lieutenant
General des Armées du Roy &
des
ns ,
cin-
Fils
Duc
mort
maire
athe
pines
al de
136 MERCURE
GouverneurdePhilippeville, &
deMarguerite Beautru Seran .
Il laiffe auffi des Enfans de ce
fecond mariage. La Terre de
Coeuvres fut érigée en Duché
Pairie en 1545. fous le nom
d'Eftrées. Cette Maiſon , qui
eft ancienne , & originaire de
Picardie , a esté feconde en
Grands Hommes. Antoine
d'Eftrées , S ' de Valieu , qui
vivoit vers l'an 1460. laiſſa un
autre Antoine , qui ayant épouſe
Jeanne , Dame de la
Cauchie en Bolonnois , en eut
Antoine d'Eftrées III. du
nom , Grand-Maiftre de l'Ar
3
GALANT.
137
tillerie de France . Ce dernier
fut Pere
d'Antoine d'Eftrées ,
IV . du nom , Marquis de
Coeuvres , Senechal de Bolonois
, Chevalier des Ordres du
Roy , en la premiere creation
de 1578. & auffi Grand Maiftre
de
l'Artillerie. Il eut
plufieurs
Enfans de
Françoife Babou ,
Fille de Jean S ' de la Bourdaifiere
; fçavoir, François Loüis ,
tué au Siege de Laon en 154 1 .
François Annibal , Diane ,
feconde Femme de Jean de
eur
Monluc , S' de Balagni , Madaréchal
de France ;
Marguerite ,
Amariée à Gabriel de Bournel,
Septembre 1698.
M
138 MERCURE
S de Namps ; Angelique ;;
Abbeffe de Maubuiſſon ; Gabrielle.
Ducheffe de Beaufort,
dont le Roy Henry IV. cut
Cefar , Duc de Vendôme , &
Alexandre , dit le Chevalierde
Vendôme , Julienne- Hippolite
d'Eftrées , Femme de
George de Brancas , Duc de
Villars , & Françoiſe , Femme:
de Charles , Comte de Sanzay.
François - Annibal , Duc:
d'Eftrées , Pair & Maréchal de
France , épousa en 1622. Marie
de Bethune , Fille de Philippes
, Comte de Selles & de
Charros , & prit en 1634, une
GALANT. 139
am
San
De
lald
nilip
&
1.
t
S
ie
feconde alliance avec Anne
Habert , Fille de Jean , S' de
Montmor , Treforier de l'Epargne
, Veuve de Charles de
Themines , S' de Lauzieres . Il
mourut à Paris en 1670. âgé
de quatre-vingt- dix huir ans,
& felon d'autres, de cent deux ,
laiffant du premier lit François
-Annibal I. du nom , Pere
de M' le Duc d'Estrées qui
vient de mourir , Jean , Comte
d'Eftrées , Maréchal & Vice
Amiral de France , & Cefar ,,
Cardinal d'Eftrées . Les Enfans
du fecond lit furent Louis ,
Marquis d'Eftrées, tué en 155t!.
Mij,
140 MERCURE
à la levée du Siege de Valen
ciennes , & Chriftine , premiere
Femme de François - Marie,
dit Jules de Lorraine , Prince
de Lillebonne, morte en 16,8 .
Meffire Jean de Thulon ,
Chanoine de la Cathedrale de
Mafcon & Prieur de Neytis
en Beaujollois : Ileftoit fils de
Philbert Seigneur de Thulon ,
Baron Defprez & autres lieux,
& d'Elifabeth de Rebbè, niece
de Claude de Rebbé, Archevefque
de Narbonne , Commandeur
des Ordres du Roy
& Confeiller d'Etat , & petit
fils d'Hugues Seigneur de
GALANT 14t
11 ,
ye's
s de
L
c:
Thulon & de Jacqueline
Charreton , iffue de la bran
che des Seigneurs de la Terriere
. Je ne vous dis rien de
toutes ces Maifons . Elles font
fi connues & fi diftinguées ,
que je ne vous en apprendrois
rien de nouveau . Quant
à celle de Thulon , je vous en
ay déja entretenuë en vous
apprenant autrefois la mort
de Claude deThulon , Marquis
che Defprez , & le Mariage du
Marquis de la Roche - Thu .
lon , cy- devant Colonel d'un
Regiment de Dragons , avec
Mademoiſelle de Beaumanoir
Toa,
eur
lect
om
Roy
per
de
142 MERCURE
de la Maifon de Lavardin , &
qui estoient freres de celuy ,
dont je vous apprens aujourd'huy
la mort . Il s'eftoit retiré
en la Ville de Mafcon pour y
mener une vie douce , & s'appliquer
avec moins de diſtraction
à remplir tous les devoirs ,
ce qui luy a fait acquerir une
eftime generale .
J'oubliay de vous dire lemois
paffé en vous parlant
des Benefices donnez par le
Roy , que Sa Majefté avoit
nommé Mr Sonning au
Prieuré de la Roüelle de l'Or.
dre S. Auguftin , Dioceze de
GALANT. 143
1
C
T
le
le
20
Coutance. Il eft Licencié en
Theologie & Chanoine Regulier
de la Maiſon Royale de
Sainte Croix.
On a appris par les nouvelles
de Rome que le 8. du
mois paffé M Catillon , Fran .
çois , avoit fait abjuration de
l'herefie au Saint Office ; &:
qu'il y avoit efté conduit dans
les Caroffes de M'le Cardinal
de Bouillon par le P. Alexis du
Buc , Teatin , qui l'avoit inf
truit. Sa Sainteté à laquelle ce
Pere le prefenta , en fit paroiftre
une grande fatisfaction.
Vous fçavez quelle eft la
144 MERCURE
reputation du Père du Buc ,
qui s'eft rendu recommandable
par l'application qu'il a
donnée à la contreverfe depuis
plus de 30 ans . Il y a fait
de fi grandsfruits qu'il a merité
une penfion que Meffieurs du
Clergé de France luy ont accordée.
Il eftoit eftoit allé à
Rome au Chapitre general de
fon Ordre , & le Pape luy ordonna
d'y refter cet Efté , afin
de faire des Conferences tou
tes les femaines dans le Col.
Lege De propaganda fide.
Voicy ce qu'a écrit M
Antier , qui continue toujours
GAALNT. 145
1
1
jours d'enfeigner la Perfpective
avec fuccés par la grande
facilité qu'il en donne dans ma
Lettre de Juillet.
La Machine entiere de la perf
pective dont ilfut parlé dans le
Mercure deJuillet dernier , ayant
eftéfavorablement receuë des uns
& negligée par les autres , me
donne lieu de rapporter icy lefen .
timent des plus fameux & ſçavans
Auteurs , pour convaincre
ceux qui par aveuglement ne
veulent pas croire l'utilité de cette
Science • ny en recevoir aucune
inftruction , mais veulent contre
toute raifon demeurer dans leur
Sept. 1698.
N
146 MERCURE
ignorance par une vieille & dan.
gereufe routine. Il commence par
le Pere Niceron tres renommé &
tres habile dans cette Science. Il
dit dansfa Preface que la Peinture,
que nous appellons la Princeffe des
Arts , n'eft autre chose qu'une pure
pratique de la Perspective , puifqu'ilne
s'eft jamais veu bon Peintre
qui n'y fût fçavant. Ceux qui y
réuffiffent maintenant àParis,comme
Mrs Voüet , premier Peintre
du Roy , de la Hyre & autres ,
font connoiftre qu'ils fuivent toutes
les maximes de l'Optique dans la
conduite de leurs deffeins & dans
l'application de leur coloris.Ilajoûte
GALANT. 147
1 que toutes les fautes que l'on remarque
dans les Tablaux de plut
fieurs Peintres , viennent de l'ignorance
de ces principes ; Par ex-
« emple s'ils veulentfaire paroiftre
un pot de fleurs , plante droit au
milieu d'une table , ils le mettent
fur le bord, s'ils font des figures
en éloignement , ils en affoibliffent
le coloris , & ne diminuent point
laparfaite configuration de leurs
parties , bien que laforme & la
et figure des objets le dérobe plûtoft
à nos yeux que la couleur ; ainfi
une Tour quarrée nous paroift
de ronde dans l'éloignement avant
quefa couleur s'evanoüiffe . L'Op-
сот
Nij
148 MERCURE
tique
que
la veuë
a donc autant d'avantage
fur lesautres Sciences ,
fur les autres fens , c'est pourquoy
Villapand dit en fes Commentaires
fur Ezechiel , que la fcience
de la Perfpective eft lapremiere en
dignité la plus excellente de
toures , puifqu'elle s'occupe à confiderer
les effets de la lumiere qui
donne la beauté à toutes les choſes
fenfibles , & que par ce moyen l'on
trace fi à propos des lignes fur un
plan donné , qu'elles expriment des
figures folides qui trompent les
yeux & qui définent presque le
jugement & la raison : En effet
l'artifice de la Peinture confifte
GALANT: 149
effic
particulierement à faire paroiftre
de relief, ce qui n'eft figuré qu'en
plat : C'est pourquoy les Hiftoires
nous vantent tant cet ouvrage de
Zeuxis , qui peignit fi naïvement
des grapes de raifin que les oifeaux
les venoient becqueter , & qu'elles
rapportent la piece de Parrhafius
qui trompa Zeuxis par le moyen
d'un rideau qu'il reprefentafinaturellement
, que Zeuxis le pria
de le tirer afin qu'il vit la Peinsure
qu'il croyoir eftre cachée def
fous , mais fi toft qu'il s'apperceut
de la tromperie , ilfe confeſſa vaine
cu , parce qu'il n'avoit trompé que
dis oyfeaux & que Parrhafius
Ninj
150 MERCURE
avoit trompéun excellent. Peintre
Nous defirerions cette forte de perfection
dans les ouvrages de nos
Peintres , dit le mefme Auteur , ce
qui leur manque parce qu'ils ne
Içavent pas la Perspective qui
pourroit aider à leur perfection.
Tout cecy eft rapporté en mots
exprés , &je continuray à donner
des preuves de cette Sciencepour le
bien public.
Les Vers que vous allez lire
meritent un auffi bel air que
celuy que vous trouverez dans.
les paroles que j'ay fait graver.
GALANT.
15
per
de va
AIR NOUVEAU.
Quand je vous vois ,
Philis ,
belle
ils Jefuis tout interdit , je tremble ,
Le qu
fection
n mo
epour!
allez
li
air qu
rez
da 1
je paflis ,
Je ne me connois plus moymeſme.
Bien fouvent loin de ce Hameau,
Je laiße égarer mon Troupeau .
Fugez de mon amour par oc de.
fordre extréme.
Je viens à la Relation du
gray
Camp
de Coudun
, Je
ne
fçaurois
mieux la commencer que
Niiij
253 MERCURE
par des Vers , qui ont efté
faits fur le départ de l'augufte
Prince , qui a commandé ce
Camp.
A MONSEIGNEURle
Duc de
Bourgogne
.
VA , Prince Genereux , va ,
que rien ne t'arrefte ,
Abandonne son ame à ſes tranf.
ports Guerriers ,
Et dans un Champ fecond va
femer les lauriers .
Qui doivent couronner ta tefte.
2
Apprens l'Art des Heros dans
l'école de Mars.
GALANT. 153
Commence une illuftre Carriere ;
Couvre ton jeune front d'une
noble pouffiere ,
Et foule fierement les traces des
Cefars.
S
Petit Fils d'un grand Roy que
l'Univers revere ,
Et dont le nom inspire
& l'effroy.
l'amour
Tout le monde a lesyeux fur toy ,
Et tu remplis déja l'un & l'autre
hemisphere.
&
Déja fendant les airs avec fon
Char volant ,
L'impatience Renommée ,
154 MERCURE
Annonce que tu vas commander
une Armée ,
Et cent Peuples diversfe difent
en tremblant ,
S
Quel est le nouveau Mars qui
menace la Terre.
Nous devons nous attendre à des
faits inouis,
Lamain qui doit porter le Sceptre
de Louis ,
'Apprend à lancer fon Tonnere.
Le Roy partit de Verſailles
pour aller coucher à Chantilly
le Jeudy 28. Aouft à dix heures
du matin. Il fit mettre dans
GALANT. 155
fon Caroffe , à coté de luy
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, мonfeigneur le Duc de
Bourgogne & Madame la
Ducheffe fe mirent dans le
devant. Madame la Princeſſe
de Conty Doüairiere , à une
portiere & Madame la Du
cheffe du Lude à l'autre. Mef.
dames de Soubize & de
Rohan, les Dames du Palais ,
& Mefdames de Monlevrier &
de Torcy monterent dans les
Caroffes du Corps de Madame
la Ducheffe de Bourgogne.
L'on n'arreſta en chemin que
pour changer deux fois de
156 MERCURE
Chevaux , la premiere auprés
de Clichi & la feconde à
Ecouan. On arriva à Chantilly
à quatre heures préciſes , où
Monfieur le Prince , Madame
la Princefle & Mefdemoiselles
de Condé & d'Enghein receurent
Sa Majesté à la defcente
de fon Caroffe au bas de l'efcalier.
Le Roy , Madame la
Ducheffe de Bourgogne &.
toutes les Dames allerent dans
leurs Appartemens & s'y repoferent
pendant une heure.
On fepromena enfuite dans
les Jardins les plus proches du
Chaſteau . L'on rentra fur les
GALANT. 157
fept heures dans la Galerie quí
eftoit éclairée , on y joüa à di.
vers jeux juſqu'au fouper du
Roy, qui fut fervy dans fon
Antichambre , fur deux tables
égales , de douze couvers cha
cune , l'une tenue par Sa Majefté
, & l'autre par Monſeigneur
, ce Prince eftoit arrivé
de Meudon en pofte fur les
fix heures & demie du foir.
Le Roy reconduifit aprés -le
fouper Madame la Ducheffe
de Bourgogne dans fa Cham .
bre , & fe retira chez luy.
Le Vendredy 29. le Roy
monta à cheval aprés la melle,
158 MERCURE
& s'alla promener en quel
ques endroits de la Foreſt , &
rentra fur le midy . L'on difna
dans le mefme lieu & dans la
mefme difpofition que l'on
avoit foupé la veille , & les
deux repas fuivans le pafferent
de la mefme maniere. Le
Roy monta à cheval aprés
fon difner & alla tirer ; il rentra
au Chaſteau fur les quatre
heures & demie. Il prit les
Dames pour aller à la promenade
, & fit monter avec luy
dans une de ſes grandes caleches
ouvertes , Madame la
Ducheffe de Bourgogne , ma,
GALANT 159
M
dame la Princeffe , Madame la
Ducheffe , Madame la Princeffe
de Conty Douairiere , мefdemoifelles
de Condé & d'Anguien
, & м la Ducheffe du Lude
, le reste des Dames ſe mit
dansjune femblable Caleche.
Le beau temps rendit cette
promenade fort agreable , &
fit encore mieux goûter les
agrémens infinis des Jardins.
LeRoy defcendit à la Ménagerie
, dont il admira la propreté
& le bon goût . Monfieur
le Prince avoit fait preparer
une collation pour ma
dame la Ducheffe de Bour
160 MERCURE
gogne dans une Grotte en
forme de Salon ; l'on remonta
en Caleche
& l'on continua
la promenade
jufqu'aux
approches
de la nuit . La foirée
fe paffa comme la precedente
.
Le Samedy 30. on fervit le
dîner à onze heures du matin ,
& Sa Majesté monta enfuite
en Caroffe pour aller à Compiegne
, fans s'arreſter enchemin
qu'à Verbrie feulement ,
pour y changer de Chevaux.
M' le Maréchal de Boufflers &
plufieurs Officiers Generaux
du Camp vinrent au devant
de Sa Majefté , à la fortie de la
GALANT. 161
Foreft , & fi toft
que l'on fut
arrivé à Compiegne , Monfieur
le Duc de Bourgogne monta
à cheval & fe rendit au Camp ,
accompagné de m' le Maréchal
de Boufflers & des
mefmes Officiers Generaux.
Meffeigneurs les Ducs d'Anjou
& de Berry , qui estoient arrivez
plûtoft que le Roy , avoient
déja pris les devans . Il n'y
avoit point alors d'autres
Troupes au Camp que deux
Brigades des Gardes du Roy ,
de la Compagnie de Duras .
Sa Majesté foupa dans fon
Antichambre , Monseigneur,
Septembre :
Oa
162 MERCURE
Monſeigneur
le Duc de Bour
gogne , Madame la Ducheſſe
& Madame la Princefle de
Conty fouperent avec luy , &
ont continué d'y fouper tous
les foirs pendant le ſejour de
la Cour à Compiegne
.
Le Dimanche 31. les deux
Compagnies des Moufquetaires
, & les Gendarmes & Chevaux-
legers , qui avoient accompagné
le Roy , allérent
s'établir au Camp. Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
s'y rendit le matin , & y retourna
encore l'aprés- midy,
Le Roy alla tirer fur les trois
heures,
GALANT. 163
Le Lundy 1. Septembre ,
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
, accompagné de Meſfeigneurs
les Ducs d'Anjou &
de Berry , alla au Camp fur les
onze heures du matin . Le Roy
' dîna à onze heures & demie,
& y arriva à une heure . Monfeigneur
s'y rendit à peu prés
en même temps. Ce jour -là
entrerent au Camp ,
Six Compagnies des Gardes
Françoiſes .
Deux Compagnies des Garde's
Suiffes.
Le Regiment du Roy 4. Bataillons.
O ij
164 MERCURE
Le Regiment de Lée , Ir²
landois ,
1. B.
Six Brigades de la Compagnie
de Noailes, 3. Eſcad
.
Six de Duras ,
Six de Lorges ,
3. Efc
.
3.Efc
.
La Gendarmerie, 8. Efc.
Villequiers ,
2. Efc
.
Noailles , Cavalerie, 2. Ef
S. Pouange , Cav. 2. Ef.
Talmont , Cav. 2. EC.
Orleans , Cav. 2. Efc
.
Souvré , Cav. 2. Efc
.
Rohan , Cav. 2. Efc.
7. Bataillons
.
33 Efcadrons
.
Monfeigneur fe mit à la tefte
GALANT. 165-
1 de fes Gendarmes ; Monfeigneur
le Duc de Bourgogne à
la tefte des fiens , & Meffeigneurs
les Ducs d'Anjou & de
Berry firent de même, & tous
faluérent le Roy lors que la
Gendarmerie arriva , & le fa .
luérent encore quand Ṣa мa.
jefté paffa devant la Gendarmerie.
Madame la Ducheffe
de Bourgogne arriva au Camp
accompagnée de fes Dames.
Le Royvint la joindre au devant
de la premiere Ligne. Il
eftoit fuivi de tous les Princes,
& des principaux Officiers de
l'Armée. Il s'arrefta à la por¬
166 MERCUR E
tiere du Caroffe , & vit arriver
, & paſſer devant luy les
quatre Bataillons du Regiment
du Roy. Sa Majesté , &
Madame la Ducheffe de Bourgogne
, allerent enfuite au
Quartier General , chez M' le
Maréchal de Boufflers , dans
le Village de Coudun. L'on
pafla prés des Tentes de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne,
qui eftoient fur une hauteur
au deffus de ce Village .
Elles confiftoient en deux
Salles ; l'une à quatre mats , &
l'autre à deux , avec des Luftres,
l'antichambre, la cham,
GALANT. 167
bre du lit , le Cabinet de Bois,
& la Garderobe.
Le Roy parut étonné en entrant
chez M' le maréchal de
Boufflers , de la maniere ingenieufe
dont il avoit augmenté
la maiſon qu'il avoit choifie
pour fa demeure . Comme elle
n'êtoit point affez fpatieufe,ily
avoit ajoûté des baftimens de
bois,qui luy faifoient un plein
pied au rez- de-chauffée de la
cour au jardin. On entroit d'a.
bord dans une Salle de 52 .
pieds de long fur
deux de large . Les coins de
cette Salle en dehors eftoient
trente-
1
168 MERCURE
peints en blanc , & imitoient,
la pierre de taille , & le refte en
rouge , reprefentant de la brique.
Cette Salle eftoit tapiffée
d'un Damas de Genes cramoifi
, enrichi d'un galon d'or
qui regnoit tout autour. Il y
avoit un Dais dans le fond de
même étoffe , avec un grand
galon , &une crefpine d'or , &
un fauteuil fur une eftrade au
deffous de ce dais , fous lequel
eftoit un Portrait du Roy de
fa hauteur , fait par le Sieur
Rigault. A l'autre fond de la
Salle & vis à vis , eftoit le Portrait
de Monfeigneur le Daud
phin ,
GALANT: 169

phin , fait par le Sieur de Troyes ,
la droite de celuy du Roy , dans le
cofté droit de la Salle eftoit celuy de
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
& vis- à - vis de l'autre cofté de la
Salle eftoit celuy de la Princeffe
fon Epoule , fait par le fieur Gobert.
A l'autre bout de la Salle dans la
même Symmetrie aux deux coftez
de celuy de Monseigneur eftoient
ceux de Meffeigneurs les Ducs
d'Anjou & de Berry, faits par le fieur
de l'Argiliere. Il y avoit dans la
même Salle trois luftres de bronze
doré , quatre grands miroirs , plufieurs
belles Tables, des bronzes, une
pendule tres- magnifique , & plufieurs
girandoles fur des gueridons dorez .
De cette Salle on entroit dans une
Chambre , où il y avoit un lit à la
Ducheffe , de damas cramoily, tout
Septembre 1698.
P
170 MERCURE

V
garny de galon d'or , & la tapifferie
de même le lit. Il y avoit auffi un
miroir de plus de foixante &-dig
pouces de haut , un tres beau bureau
& une riche pendule. On entroit de
là dans une Gallerie , où il y avoit
plufieurs tables de toutes façons ,
pour jouer. On en mettoit auffi
dans la grande Salle dont je viens
de parler , & tous les les foirs l'Appa
tement eftoit éclairé par une in-
2finité de bougies, Il eſt aifé du juget
que les Joueurs s'y trouvoient en
grand nombre, & que la liberté qui
y regnoit invitoit les Officiers de
l'Armée de s'y trouver fort affiduëment.
Au premier étage & au deffus,
il y avoit plufieurs Chambres meublées
tres-proprement. Ces Appar
temens eftoient pout Mrle Maréchal
de Boufflers , & Mrle Duc de Gram
GALANT: ht
!
1
simont , fon Beau pere . Il y avoit ountre
cela des Tentes dreffées au bout
du Jardin : elles confiftoient en une
grande Salle , avec des Pavillons aux
extrémitéz , qui fe communiquoient
apar de petits paffages , le tout double
d'une étofe des Indes rayée On dé.
a couvroit du milieu de cette Gallerie ,
aune Chambre magnifique , où il y
avoît un lit à la Duchefle , de fatin
des Indes à fonds blanc avec toutes
fortes de figures. Ces Tentes effofent
doublées de même fatin. On y trouvoit
tout ce qu'on pouvoit fouhaiter
dans une Chambre. Il y avoit un
fort grand nombre de Gentilshommés
, Ecuyers , & Aides de Camp ,
pour en faire les honneurs.
Mr le Maréchal de Boufflers avoit
encore fait conftruire plufieurs autres
bâtimens Sçavoir , quatre Cui-
Pij
172 MERCURE
&
fines fpacieufes contre un des murs
du Jardin , l'une pour les potages
les autres pour les entrées , pour
Loft , & pour l'entremets . Il y avoit
auffi une Fruiterie , une Lingerie ,
un Gobelet , des Serres , & autres
lieux commodes pour chaque chofe,
& des Officiers de chaque efpéce qui
n'en fortoient point . Je ne dois pas
oublier le lieu où fe prodiguoient les
liqueurs , & où l'on avoit établi fept
hommes pour en prefenter à tous
ceux qui paroiffoient , & fouvent à
ceux qui ne longeojent pas à en de.
mander. On fervoit tous les matins
& tous les foirs dans la Gallerie deux
tables de vingt à vingt cinq couverts,
& l'on en fervoit encor plufieurs aures
,felon le nombre des Officiers qui
fe trouvoient aux heures des repas.
Elleseftoient touteségalementfervies
GALANT. 173
avec un ordre furprenant , & la délicateffe
eftoit égale à l'abondance . On
n'y a point regardé la dépenfe quand
on a pû tirer de loin ce que le Pays
ne produifoit point, & ce qui pouvoit
marquer la magnificence. Il y atrivoit
tous les jours
& à tous momens
des Exprés de rous coftez qui apportoient
des ortolans , des perdrix rouges
, des glinotes de bois , des veaux
de riviere de Roden , & veaux de
Gand , faifans , chapons de Bruges .
& generalement ce que chaque Pays
produit de plus exquis & de plus rare.
Pour les jours maigres , on apportoit
de Dieppe , de Calais , & de Dunkerque
, le plus beau poiffon qui le
peſchaft fur ces coftes . Il y avoit des
gens à Gand & à Bruxelles , qui n'y
eftoient que pour envoyer des efturgeons
& des Saulmons : Quatorze
Pij
274 MERCURE
Chevaux en relais apportoient tous
les jours de Paris des legumes &
les fruits. Aux deux grandes tables
qui le fervoient dans la Salle
lors que l'on deffervoit l'entremets &
on oftoit auffi tous les couverts & la
mape , on levoit enfuite avec beau
coup de promptitude , un tapis de
cuir qui couvroit une autre nape bien
blanche, & des Valets en pareil nom
bre que ceux qui ſervoient à table
donnoient dans un inſtant des cou
verts de vermeil doré. La
profufion
de toutes fortes de vins y eftoit ex.
trême, on choififfoit du Champagne,
du Bourgogne , du vin du Rhin
ou du vin de Mofelle , & de tou
ces fortes de vins étrangers. Iy
avoit plus de foixante & douze Cui
Giniers , & au moins trois cent qua,
cante Domeſtiques , dont plus de fixGALANT:
175
1
vingts portoient la livrée. Ily avoit
quatre cent douzaines de ferviettes ,
quatre vingt douzaines d'affiettes
d'argent , & fix douzaines de vermeil
des plats , & des corbeilles
d'argent pour le fruit , & le refte à
proportion. Dans les jours ordinai
res il s'eft confumé cinquante dou .
zaines de bouteilles , & dans les jours
oùle Roy & les Princes y font venus
manger , quatre- vingt . On a confus
mé en un jour deux mille prifes de
caffe , & un muid de liqueurs . Enfin
L'on peut aflurer fans crainte d'endire
trop , que l'on n'a jamais pouflé la
magnificence fi loin. Tous les Offciers
Generaux & les Colonels ont
tenu de fort bonnes tables , & fort
delicates , tant que le Camp a durée.
Le Roy vifita toute la maiſon non
fans étonnement , & retourna
Piiij
176 MERCURE
Compiegne , où il arriva à fix heures
& demie. Madame la Ducheff: de
Bourgogne refta avec toutes les Dames,
& fit une grande collation , où
Mr le Marefcha de Boufflers la fervit
, puis elle retourna à Compiegne ,
où elle arriva à plus de fept heures,
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
rentra une heure plus tard , aprés
avoir paffè prefque le jour entier à
cheval , dans un mouvement conti.
Quel .
Le Mardy 2. le Roy & Monfei
gneur le Duc de Bourgogne n'alle
rent au Camp que l'aprés midy . Ils
virent les Troupes qui eftoient ar
rivées , & en virent arriver beaucoup
d'autres. Celles qui entrérent
Camp ce jour-là , furent,
Poitou , Infanterie ,
Du Maine , Inf,.
1. Bat.
1. B.
GALANT. 177
Bombardiers , Inf.
Rouergue , Inf,
Six Compagnies des Gardes
Françoiles.
Deux Compagnies des Gardes
Suiffes.
Coërquin , Inf,
Picardie , Inf;
*Craffol , Inf.
Royal Ralien ,
Humieres , Int.
Royal Allemand ,
Clermont , Cavalerie ,
B.
1. B
1. B.
3 B.
1. B.
J. B.
1 B.
3.
B.
2. Ef
Six Brigades des Carabiniers , 10 Ef.
› Grenadiers à cheval :
Compagnie de Villeroy , de
1. Ef.
fix Brigades ,
Anjou , Cav.
Peyfac , Dragon's,
Prince Camille , Cav.
3. Ef.
a. Efc
3 Efc
.
Royal Etranger , Cav.
2. Efc
.
Chartres, Cav.
3 Efc
2. Efc,
178 MERCURE
Cuiraffiers, Cavaletie , 3 Efco
13. Batai lons.
34. Efcadrons.
Madame la Ducheffe de Bourgo
gne vint au Camp fur le foir , & fe
promena le long de la premiere Li
gne, puis elle alla faire collation avec
toutes les Dames , chez Mr le Maréchal
de Bofflers , qui la fervit come
me le jour précedent. La collation
fut tres belle & ties- abondanie , 82
d'une décoration differente de la
premiere, Madame la Ducheffe de
Bourgogne ne rentra dans Com
piegne qu'à huic heures & demie,
Le Roy y eftoit arrivé plus d'une
heure auparavant. Monfieur le Dus
de Chartresatriva ce jour-là.
Le Mecredy 3. au matin on dé
clara que la reveue generale , qui ne
fe devoit faire que le Samedy 6. fe.
7
GALANT. 179
4
toit avancée au Vendredy 5 à la
priere de Monseigneur le Duc de
Bourgogne , qui l'avoit ainfi fouhai
té, parce que c'eft le jour de la naiffance
du Roy. Monfeigneur le Duc
de Bourgogne monta à cheval à dix
heures du matin , & alla voir l'Hô .
pital au Village de Choily ; ce Prin,
~ce alla auffi voir faire la diftribution
des fourages & du bois fur le bord
de la Riviere , puis il fe rendit aqau
Camp , & y vit arriver beaucoup de
Troupes. Il dina chez Mª le Maréchal
de Boufflers, & remonta enfuite
à cheval , pour voir arriver encore
plufieurs Regimens de Cavalerie &
d'Infanterie , qui entrerent au Camp
jufqu'à la nuit. Les Troupes qui arri-
❤erant ce jour-là furent ,
Navarte , Infanteric,
Lyonnois, Inf.
3.
Bat
2. B
"
180 MERCURE
Toulouſe , Cavalerie ,
La Couronne , Inf.
La Châtres , Inf.
Languedoc , Inf.
Toulouſe , Inf.
Royal Artillerie , Inf.
Royal Rouffillon , Inf
B
1.B.
1.
B.
I. B.
2. B
2.
B
Villeroy , Cav.
2. Efc.
Bourgogne , Cav.
2. Efcom
Bourbon , Cav.
2. Fic.
Condé , Cav.
2. Efc.
Royal Cravates , Cav.
La Feronaye , Cav.
Furftemberg , Cav,
Royal Piedmont , Cav.
Prince d'Auvergne , Cav.
2 Eſc.
2. Efc
z Efc.
3. Elc.
2. Efc.
Dourches , Cav .
Royal Rouffillon , Cav.
3. Elc
.
2, Efc.
La Reine , Cav.
2. Efc.
Rofen , Cav.
3. Elc
Colonel general des Dragons , 3. Ef.
2. Efc.
GALANT:: 18
Meftre de Camp general des
Dragons ,
3. Efc
.
13. Bataillons.
38. Efcadrons.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
partie du Camp für les huit heures
du foir , & effuya, en chemin dans
une grande obfcurité , & fans flam
beaux , un orage fi violent ,
que le
Tonnerre , les éclairs , la grefle & la
pluye firent tourner la telte à fon
cheval , qui fe cabra , ainfi que tous
les chevaux de fa fuite ; ce qui obligea
ea l'Officier de fes Gardes de le
jetter à terre , & d'abandonner le
fien pour prendre les refnes de celuy
de Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, qui n'arriva à Compiegne
qu'à neuf heures , fans eftre defcendu
de cheval de la journée que pour
changer de chemiſe dans fa Tents,
W
182 MERCURE
à caufe de la chaleur exceffive qu'il
fit ce jour- là . Le Roy & Madame la
Ducheffe de Bourgogne allerent fe
promener en caléche fur les cinq
heures du foir dans les rourés de la
Foreft.
Le Jeudy 4 plufieurs Regimens
de Cavalerie pafferent devant Compiegne,
pour gagner le Camp, entré
autres celuy de Berry , à la tefte duquel
Monſeigneur le Duc de Berry
fe mit en habit uniforme du Regi
ment. Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, & Meffeigneurs les Docs
d'Anjou & de Berry allerent au
Camp à deux heures aptés midy , &
y refferent jufqu'à l'arrivée de toutes
les Troupes. Celles qui y entrerent
ce jour-là furent ,
Bourbonnois , Inf.
Anjou , Inf
2. B.
r. Bar.
GALANT 8?
ན་
* La Reine , Inf
* Vermandois , Inf.
Dauphin , Inf.
3. B.
3 B.
31
Greder Allemand , Inf.
DJ Maine , Cavalerie,
Roquefpine , Cavalerie ,
Duras , Cav.
Grignan , Cav.
Berry , Cav .
Coffe, Cav.
1. B.
3
B.
2. El
10
2. Efc.
2.
Ec
2. Efc.
2. Efc.
Montroy , Cav.
2. Efc.
Le Roy , Cav.
2. Efc.
Tournefort , Cav.
Dauphin Etranger , Cav.
3. Efc.
3. Efc.
Vivan's , Cav.
2. Elc.
La Valliere,Cáv,
2. Efc
.
Le Roy , Dragons,
Dauphin, Dragons,
Dragons de la Reine ,
2. Efc.
3. Efc
3. Efc.
Dragons d'Hautefort,
3. Elc.
3. Efc
.
12. Bataillons,
84 MERCURE
38 , Efcadrons
Total 53. Bataillons.
152. Elcadrons.
Il n'y a rien de plus beau à voir
que l'ordre avec lequel toutes les
Troupes entrent dans le Camp , aubruit
des Tambours & des Trompettes
. Chaque Corps a fon terrain marqué
par deux Piquets , au haut def
quels le nom de chaque Regiment
eft écrit. En entrant , le Regiment fe
met en bataille entre ces deux Piquets
, qui font ainfi difpoféz de toute
la longueur de la Ligne . Ils plantent
en terre leurs Drapeaux ou Etendards
à dix pas devant eux , ils
pofent une Garde ou une Sentinelle,
chaque Soldat pofe fon bagage on fes
armes au lieu où il fe trouve en bataille,
& en un moment ils travaillent
tous à dreffer leurs Tentes par rues
GALANT.
e
derriere cux , & deux heures aprés :
on croiroit qu'il y air deux mois que
chaque Regiment eft campé dans
fon pofte.
Monfeigneur le Duc d'Anjou en
habit uniforme , fe mit à la tefte de
fon Regiment d'Infanterie , lors
qu'il entra dans le Camp. Madame
la Ducheffe de Bourgogne , alla fur
les cinq heures voir faire la diftri
bution des foutages , puis elle fit un
tour de promenade dans le Camp
& rentra à Compiegne à fept heures
& demie. Le Roy alla tirer l'aprésmidy.
Le Vendredys la reveuë qui fe
devoit faire ce jour - là fut diffeiée , à
6. caufe de la pluye , qui commença
fept heures du matin , & ne diſcontinua
point de la journée ; ce qui
n'empêcha pas neanmoins Montei-
Sept. 1698. e
.86 MERCURE
gneur le Duc de Bourgogne de fel
rendre au Camp fur les cinq heures
& demie , où , pour celebrer le jour
de la naiffance du Roy , l'on fit trois.
falves de toute l'Atillerie qu'on avoit
avancée dans le champde bataille au
devantde la premiere Ligne.
Le Samedy 6.Monfeigneur le Duc
deBourgogneferendit auCampà on.
ze heures du matin , où il vit faire la
revûë de Commiffaire . Il dina chez
Male Maréchal de Boufflers , & rcmonta
à cheval pour aller au devant,
du Roy , qui vint au Camp à deux
heures &demie Sa Majefté , qui eftoit,
accompagnée tous les Princes , des
Generaux & des Couttifans , vifita
plufieurs Quartiers, & fut auffi contente
de fes Troupes , que mal fatis.
faite du terrain que la pluye avoit .
rendu fangeux. Elle marcha enfuite
1
GALANT 087
->
le long de la Ligne , & alla voir la
Corps de referve , qui eftoit à la
dronede tout, Lors que le Roy paffe
ainfi àla tefte de la Ligne , les Trou
pes ne fe mettent point en bataillet
Les Officiers & les Soldats forteng
de leurs Tentes , & le mettent fur
uné Ligne à la tefte du Camp , &
à pied fans armes que l'épée ; les
Officiers font fans chapeau , Les Soldaisne
faluënt point . Il n'y a que la
Garde du Camp , qui eſt devant
chaque Corps à la portée du fufil
du Camp qui fe met en bataille
& dont les Tambours battent aux
champs ; & devant la Cavalerie
toutes les Trompettes fe met.
rent auprés des Officiers quand le
Roy pafle , & elles fonnent la marə
che Chaque Efcadron de Cavalerie
legere a quatre Trompettes . Le Roy
A
Q ij
188 MERCURE
tevint fur les fix heures à Compie
gne Monfeigneur le Duc de Boutgogne
y fut de retour à peu prés à la
même heure. Monfeigneur courut
le Cerf ce jour -là , & Madame fa
Ducheffe de Bourgogne alla fe promener
dans les routes de la Foreft ,
où elle mena elle-même la Caleche
découverte de S. M, où eftoient les
Dames.
Le Dimanche 7. Monfeigneur alla
dîner chez M² le Maréchal de Bouf.
flers , Monfieur le Duc de Chartres
& Monfieur le Prince de Conti y
allerent avec luy. La chere fut grande
& délicate. Ils eftoient vingt- deux
à table. On fervit d'abord vingt
plats , tant Potages que hors d'oeuvres
& les Porages furent relevez
par d'autres entrées . Le Roft n'eftoit
compolé que de chapons de Bruges ,
GALANT 189
de poules de Caux , de Faifandeaux,
de Perdreaux & de tout ce qu'il ya
de plus fin & de plus commun . L'enstremets
ne fut pas moins furprenant,
any moins abondant , & le fruit ne
le ceda point au refte. Le Roy arriva
a trois heures au Camp , & y trouva
Monfeigneur le Duc de Bourgogne.
@ Madame la Ducheffe de Bourgogne
s'y rendit peu de temps aprés Sa Ma
> jefté . Tous s'eftant raffemblez fur le
champ de bataille , s'y arrefterent
pour un spectacle qui avoit efté pré-
* paré , pour donner à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne une image
naïve d'une action de Cavalerie , Les
Gardes de l'Armée , qu'on avoit po-
• fées prés des bois vis à vis la premie.
are Ligne , furent attaquées prefque
Stoutes à la fois . L'action dura quel
que temps, & donna l'alarme à toute
190 MERCURE
1
P'Armée . Le Piquet de la Maifon du
Roy & de la Cavalerie de la droite
à la tefte duquel eftoit Mr le Comtel
de Gaffion , cut ordre d'avancer . It
eftoit compofé de vingt- cinq trou
pes de Cavalerie. Mr le Marquis de
Crequi eftoit à la tefte de la Cavale
tie de la feconde Ligne , & s'eftoid
avancé pour foutenir Mr de Gaffion,
en cas qu'il fuft attaqué . Le plus gros
Corps desattaquans força les Gardes
qui luy estoient oppofées Elles le re,
tirerent affez , vifte du cofté d'une
Cenfe où l'on avoit jetté des Dragons
pour favorifer leur retraite. Les
Attaquans les poufférent encore plus
vivement , & effuyérent en paffant
le feu des Dragons qui eftoient dans
cette Cenfe , & menérent ces Gardes
l'épée dans les reins , jufqu'auprés du
Camp. Le Piquer de l'Aîle droite
GALANT. 191
vingt au galop , & chargea les Atta
quans , qui firent bonne contenance
les reçurent en bataille , & en fe retirant
tournoient face de temps en
temps , & faifoient feu fur le piquer ,
qui fut bien.toft joint par les Gardes
qui s'eftoient ralliées Les Attaquans
firent leur retraite de cette maniéte
jufqu'auprés du Bois , où ils avoient
mis un Corps d'Infanterie pour les
foutenir . Certe Cavalerie attaquante
fe mit alors en bataille fur une ligne
Elle eftoit de quinze cens chevaux
tirez de la reſerve , & command z
par Mr de Pracontal , Maréchal de
Camps Male Comte d'Ayen y efto t
à la tefte du Regiment de Noailles.
Les Troupes de l'Armée fe mirent
en bataille devant elle fur deux li
gnes parce que le terrain eftoit étroit .
Le Combat devint general. Mona
} 192 MERCURE
feigneur le Duc de Bourgogne ne
voulant pas que l'affaire fuft douteule
, fit avancer au galop le Piquet
de l'Aîle gauche qui eftoit en bataille
à demi quart de lieuë de là ce qui
détermina les Attaquans à fe retirer.
Le Roy vit enfuite paffer devant luy
toures les Troupes qui s'eftoient
trouvées à l'action , & retourna à
Compiegne à l'entrée de la nuit , où
Madame la Ducheffe de Bourgogne
eftoit déjà arrivée. Pendant une
alte que firent les Troupes attaquanres
, Mr de Pracontal les regala de
beaucoup de rafraifchiff- mens qu'il
avoit fait trouver fur le lieu . LesAr
taquans avoient des fouffes de verdu
re au chapeau , & leur Commandant
une écharpe rouge fur un buffe.
A
Le Lundy 8 le Roy alla au Camp
fur les trois heures , pour y voir la
feconde
GALANT. 193
1
feconde ligne qu'il n'avoit point en
core vûe enfemble. Monfeigneur le
Duc de Bourgogne s'y trouva prefque
en même temps. Monleigneur
alla à la chaffe du Sanglier , & enfuite
à celle du Liévre , avec les chiens de
Monfieur le Comte de Toulouse .
Madame la Ducheffe de Bourgogne
alla voir l'Abbaye de Royal lieu , à
demie lieuë de Compiegne.
Le Mardy 9. jour choisi pour la
Revûe generale , la pluye commen➡
ça à fept heures du matin . On avoit
battu la generale dans le Camp à la
pointe du jour, pour fe préparer à la
Revûë. Le Roy avoit ordonné à fon
lever qu'elle fe fift à deux heures.
On tira un coup de Canon pour
gnal à l'Armée de monter à cheval ,
& de prendre les armes Un quartd'heure
aprés on tira deux coups de
R
Septembre 1698.
fi194
MERCURE
Canon , & auffi -toft toute l'Armée ;
qui eftoit en bataille devant les Tentes
, marcha en front de bandiere , &
alla au petit pas en ordre de bataille
fe placer dans la plaine , faifant face
à Compiegne fur deux autres Lignes
paralleles à celles qu'elle fotmoit
dans le Camp. Le Corps de réſerve
eftoit avancé à la teſte de la droite
de la premiere Ligne, parce que le
deffein qu'on avoit de faire combat.
tre la premiere Ligne contre la ſeconde
, le Corps de réferve devoit
retrouver la fituation naturelle , qui
eft d'eftre derriere . Les deux lignes
eftoient éloignées l'une de l'autre de
la portée du moufquet , & l'Arillerie
eltoit avancée à la premiere diftance
de la premiere ligne , vis -à - vis
le centre , composée de quarantequatre
pieces Canon ; & à leur droiGALANT.
571
te & à leur gauche eftoient en bataille
deux Bataillons de Fufeliers . Cette
difpofition fut faite par les Generaux
en moins d'une demi- heure. Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ayant
paflé au galop le long de la premiere
ligne ; & ayant mis tout en bon of
dre , vint avec Mr le Maréchal de
Boufflers , & une partie des Generaux
à la tefte de la gauche de la feconde
ligne
Le Mardy 9. le Roy d'Angleter
re arriva à Compiegne à onze heu.
res & un quart au matin , il avoit
couché à Louvre. Le Roy paffa dans
fon Appartement une heure aprés ,
& luy rendit vifite , Madame la Ducheffe
de Bourgogne y entra au fortir
de la Meffe , puis l'on fe mit à table
dans le même lieu où Sa Majesté
avoit mangé tous les foirs depuis fon
Rij
176 MERCURE
fejour en cette Ville . Monfeigneur,
Madame la Ducheffe de Bourgogne,
Monfieur le Duc de Chartres , Madame
la Ducheffe , & Madame la
Princefle de Conty , ſe mirent à table.
L'on partit un peu avant trois
heures pour aller au Camp ; le Roy
montadans fon caroffe avec le Roy
d'Angleterre , & ils y allérent feuls.
Monfeigneur eftoit parti un moment
auparavant. Madame la Ducheffe
de Bourgogne fuivit de prés Sa Ma.
jeflé. Elle eftoit dans un Caroffe du
Roy, que les fiens remplis de Dames
fuivoient immediatement. Les deux
Rois montérent à cheval , & commencérent
au pas la vifite de l'Armée
par la gauche de la feconde ligne , au
bout de laquelle ils le trouvérent visà-
vis dela tefte de la premiere qu'ils
achevérent de vifiter. Ils alloient
GALANT. 197
au pas entre le Caroffe de Madame
Ja Ducheffe de Bourgogne , & la
ligne qu'ils vifitoient . Les Princes
& la foule des Courtisans qui accompagnoient
les Rois eftoient ſuivis des
Carroffes de la Cour & d'une infinité
d'autres qu'on avoit amenez de Paris,
avec tous ceux de la Province , & fur
tout d'une fi prodigeufe quantité
d'hommes à pied & à cheval , qu'il
fembloit que ce fuft une Armée qui
en vifitoit une autre. Lorsque l'on
cuft vû cette feconde ligne , l'on paffa
"devant la referve poftée au de , là de
l'Aile droite de la même ligne L'on.
alla enfuite à la droite de la premiere
ligne difpofée en crochet , que l'on
fuivit jufqu'à l'extremité de la gauche.
Cette revûë dura quatre heu
res entiéres à marcher au pas des
chevaux , fans s'arrefter. Chaque
Riij
198 MERCURE
Efcadron eftoit de quarante Maitres
par file , fur trois de hauteur , & les
Bataillons de fix-vingts hommes par
file , fur cinq de hauteur , fans com.
pter les Officiers. Cette revûë a
paffé pour la plus belle qui ait ja
mais efté faite au monde. Le nom
bre , l'ordre , la magnificence , la
bonne mine des Officiers & des Soldats
, l'étendue , la beauté de la Plai
ne où le Camp eftoit fitué , font des
chofes qu'il eft plus ailé d'imaginer
que d'écrire , encore n'eft-il pas trop
aifé. La beauté des chevaux , & la;
bonne mine des Officiers & des Cavaliers
ne fe peut comprendre. Ily a
plufieurs Regimens dont les premiers
rangs ne font que d'Officiers
reformez , & particuliérement dans,
les Carabiniers & dans les Dragons , ll ,
ferout difficile de donner fans injufti .
19
THEQUE
DE
GALANT99
ce la preference à quelquas fur
les autres . Il n'eft point neceffaire de
parler icy des Gardes du Roy , des
Gendarmes , des Chevaux - legers &
& des Moufquetaires , perfonne n'ignore
la richeffe de leurs habits , ny
la beauté de leurs chevaux ; je me
contenteray de marquer les orne
mens particuliers de divers Corps ,
tant d Infanterie que de Cavalerie
qui les diftinguent les uns des autres .
Je ne parleray donc point de la Mai❤
fon du Roy , ny du Regiment des
Gardes Françoifes & Suiffes dont
perfonne n'ignore la parure ; mais
comme le rête des Troupes eft moins
connus, j'ay creu qu'il faloit en marquer
les differences. Tout le monde
convient qu'aprés la Maifon du Roy
la Gendarmerie l'emporte fur les au
tres corps. Ellecft veftuë d'un beau
Riiij
200 MERCURE
drap rouge avec des boutons & des
boutonnieres d'argent & un galon
d'argent fur les manches , fes chevaux
ne le cedent point à ceux de la Maiſon
du Roy ; elle à des ornemens fur les
houffes & fur les foureaux de piftolets
qui diftinguent les Compagnies . Les
Officiers ont de larges brandebourg
d'argent & le rête de l'equipages n'eft
pas moins riche . Les Maréchaux des
Logis font auffi fort propres , les Carabiniers
font bleus avec des pare
mens rouges & des bufles ſous le juftaucorps
, ils portent des bandolieres
blanches, Onne peut rien ajouter à la
beauté de cette Troupe les Officiers
ont des boutonnieres d'argent fur les
juftaucorps & fur les veftes qui font
rouges. Les Cuiraffiers font auffi vêtus
de bleu avec des paremens rouges
, des cuitaffes & des bufles par
GALANT.
201
deffous. Toute la Cavalerie génera-
1:ment a des bufes , & l'Infanterie des
veftes , ce qui n'eftoit point autrefois
, & l'une & l'autre à des chapeaux
bordez ou d'or, ou d'argent avec des
cocardes blanches . Tous les Regiment
Royaux de Cavalerie font vêtus
de bleu & ne permetent pas de.
décider lequel merite la preference
tant pour les hommes que pour les
chevaux . Les Grenadiers à cheval
furprennent par leurs mines guerrie
res , leur mouftaches & leurs habits.
Ils font bleus , doublez de rouge , ils
ont des veftes rouges avec de gros
agrémens , & des bonnets fourez à
la dragonne . Le Royal Allemand ,
autrefois Koniſmarck, a confervé un
de fes Eſcadrons vêtu à la Polacre
avec de bonnets fourrez . Les Regi
mens de la Reine & de Fürftemberg
202 MERCURE
font rouges , doublez de bleu . Tous
les Regimens particuliers font habillez
d'un bon drap gris , avec de
groffes aiguilletres feriées fur l'épaule
, & les differences qui fe trouvent
entre eux ne confiftent que dans la
couleur & les ornemens des houffes.
& des fourreaux de piftolets . Les
Trompettes & Timbaliers des Regimens
Royaux ont la livrée du Roy,
& les autres celles des Colonels dont
les Regimens portent les noms , les
uns & les autres enrichis d'or ou d'argent
; les Etendars en broderie d'or
& d'argent avec des Devifes , & les
banderoles des Trompettes & Ta
bliers des Timbales , font pareillement
brodez d'or & d'argent . Tous
les Regimens de Cavalerie fe le dif
putent , & s'effacent les uns les au
tres. Tous les Officiers font vétus
GALANT 203
d'un beau drap gris avec des boutons >>
& des boutonnieres ou d'or ou d'argent
, ou des agrémens appliquez
On admira les Royaux , dont j'ay
déja parlé ; ceux de Souvré , de
Villequier , de Noailles , du Maine ,
de Rohan , de Furftemberg , d'Auvergne
, de Chartres , du Prince
Camille , d'Orleans , de Sillery , de
Ceffé , de Saint Poüange , de Gri
gnan , d'Anjou , de Bourbon , de
Bourgogne , de Condé , du Prince
d'Auvergne , de la Reine , de Rofen
de Duras , de Berry , de
Coffé , de Montroy , de Talmont
de la Valliere , & generalement tous
les autres. On ne fut pas moins frapé
de la beauté des Dragons. Ceux
du Roy & du Dauphin , font bleus,
doublez de rouge avec des boutons
d'étain ; ceux du Meftre de Camp &
204 MERCURE
de Peyfac font rouges : ceux de la
Reine font rouges doublez de bleu :
deux de Hautefort font verts , avec
des paremens rouges , & des boutons
& des boutonnieres d'or , & les Of
ficiers font fort parez , les Officiers
& les Dragons ont des bonnets. Le
Regiment de Cavalerie de la Feronaye
eft veftu de gris avec des fourreaux
verts : celuy de la Valliere eſt
gris doublé de rouge avec des fourreaux
jaunes : celuy de Coffé eft gris
doublé de rouge , & des fourreaux
jaunes: Villequier eft gris , doublé de
rouge , & fourreaux rouges : celuy
de Noailles eft gris avec des paremens
rouges ; & tous les autres ne
different , ainsi que je le l'ay déja
dit , que par la couleur des houffes
& des fourreaux de piftolets, qui ont
rapport à la livrée des Colonels.
GALANT. 205
The
L'Infanterie fe diftingue de même
par les paremens , les veftes , les bas,
& les rubans fur l'épaule Tous les
Officiers font veſtus d'un beau drap
gris , avec des boutons & des boutonnieres
& un bord d'or ou d'argent
, & des patemens de la couleur
de ceux de leurs Soldats . Les Tambours
des Regimens qui portent des
noms de Provinces , ont la livrée da
Roy , & les autres celles des Colonels
dont les Regimens portent les
noms . Le Regiment du Roy eft vêtu
de gris avec des paremens & des
veftes bleues , & des agrémens feuil
le-morte fur le jufte-au -corps ; les
Officiers en ont d'or. Greder Allemand
eſt bleu doublé de jaune , avec
un bordé blanc , des veftes bleues
& des boutons d'étain . L'on voit à
la tefte de ce Regiment , lors qu'il eft
206 MERCURE
en bataille , un rang de Soldats , qui
ne portent que des haches pour armes.
Le Regiment de la Reine eft
gris doublé de rouge avec des veftes
bleües , des boutons d'étain & des
rubans rouges fur l'épaule. Les Tambours
ont la livrée de la Reine , &
les Drapeaux font partagez de noir.
Navarre eft tout gris fans paremens
de couleur , des boutons de cuivre
& des veftes rouges, Languedoc a
des paremens bleus , des boutons
jaunes , & un bordé feüille morte &
des tubans rouges & feüilles mortes .
Picardie eft tout gris, fans paremens ,
il a des veftes rouges & des rubans
rouges. Le Royal Italien eft vêtu de
brun , avec des veftes jaunes , & des
rubans de la même couleur. Dauphin
eftgris avec des paremens &des veftes
bleuës , des bas bleus , & des rubans
GALANT 207
2
rouges . Le Maine eft gris avec des pa.
remens bleus , Bourbonnois tout gris.
LaCouronne & Touloufe font gris avecdes
paremens bleus.Lée Irlandois
cft rouge avec des paremens verts ,
des veftes rouges, & des agrémens
blancs. Royal Rouffillon eft rouge
avec des veftes rouges, Cruffol eft
gris avec des veftes rouges & des rubans
rouges & blancs. Lionnois eft
gris avec des veftes & des paremens
rouges, Rouergue a pareillement
des patemens rouges. Le Roy
cut une entiere fatisfaction de voir
tant de belles Troupes , & Monfeigneur
le Duc de Bourgogne à leur
tefte en fonction de General . II
avoit une écharpe blanche en bau,
drier , & tous les Officiers Generaux
en avoient de même. Meffeigneurs
les Ducs d'Anjou & de Berry fe mi
A
208 MERCURE
rent à la tefte de leurs Compagnies
de Gendarmes , & enfuite à la teftede
leurs Regimens . Monfieur le Duc de
Chartres , fe mit à la teſte du ſien , &
Monfieur leDuc à la tefte de celuy de
Bourbon.Monfieur le Duc du Maine
changea quatre fois d'habits , & parut
en habits uniformes , ( c'eſt- à- dire de
la couleur dont les Corps fon vétus )
à la tefte de fes Regimens d'Infan
terie & de Cavalerie , puis à la tefte
des Suiffes & des Carabiniers . Monfieur
le Comte Toulouſe fe mit auffi
à la tefte de fes Regimens , Tous ces
Princes faluérent le Roy , mais avéc
cette difference qu'à la tefte de la Cavalerie
ils eftoient à cheval , & faluoient
de l'épée , & à pied à la teſte
de l'Infanterie , & faluoient de la pi❤
que. Le Roy ne vit point ce jour - là
Artillerie, qui eftoit campée au cen
GALANT. 209
.

tre derriere la feconde ligne. Ella
eftoit composée de quarante- quatre
pieces de Canon , dont trente - deux
eftoient de quatre livres de bale , huie
de huit livres , deux de douze , &
deux de vingt - quate. Elle estoit
compoſée auſſi de vingt - deux Chaż
riots couverts , chargez de plufieurs
munitions de Guerre , de fix Pon
tons , decent charrettes chargées dé
quatre cens Bombes de douze livres ,
& de quatre cens de huit , de feize
mille Boulets , de quarante mille
Bombes , Carcaffes , Balles à feu de
carton , pour eftre employées au Sie .
ge de Compiegne , & de cent mil ♫♪
liers de poudre. De fix affuts qui ne
font point chargez de Canon , attelez
de quatre Chevaux chacun , pour fer.
vir en cas qu'il s'en rompe de ceux
qui font chargez . Les attelages des
Septembre 1698.
6
210 MERCURE
Chariots couverts & Pontons , font
de dix & douze chevaux.
Pour le fervice , garde & racommodage
de l'Artillerie , il y a trois
Bataillons campez , fçavoir deux du
Royal Artillerie , compofé d'Ouvriers
, Canoniers & Fuleliers pour
fervir les pieces & les mettre en batterie,
Ces deux Bataillons font cam .
pez à la droite de l'Artillerie , & ont
pour Colonel Monfieur le Duc du
Maine , Grand Maistre de l'Artille
rie , & pour Lieutenant Colonel ,
Mr de Mailoncel , Brigadier des Armées
du Roy. A la gauche eft le
troifiéme Bataillon nommé le Re:
giment des Bombardiers dont Mr de
Vigny , qui commande l'Artillerie ,
prend la qualité de Colonel ; il eft
compolé d'Ouvriers , Artificiers &
Soldats pour le premier fervice des
GALANT. 211
batteries. L'habillement des deux
bataillons de Royal Artillerie , eft
d'un drap blanc , doublé de bleu ,
avec des bas , veftes & culottes rouges
, um ceinturón de bufle , ou Por
se fourniment de bufle, un Fufil , une
bayonnette & une cocarde rouge an
chapeau. Les Sergens ont un bord
d'or fin large dedeux doigts , & l'habit
eft d'un drap plus fin que celuy
des Soldats. L'habillement des Bom .
bardiers eft femblable , àda referva
que leurs veftes font rouges , avec
des agrémens d'argent. Les Offi.
ciers font fort propres , les Soldats
ont fur l'épaule un cordon moitié
argent , & les Officiers un galon
d'argent large de deux doigts Les
Generaux n'avoient point affecté de
couleur. Ils avoient des écharpes
blanches mifes en baudrier. L'habit
1

Sij
212 MERCURE
de Monſeigneur le Duc de Bourgo
gne eftoit fi couvert de broderie ,
qn'on ne pouvoit diftinguer le fond,
Mr de Boufflers avoit un juftau- corps.
de velours noit brodé d'or fur les coutures.
Le Roy marqua aux Colonels
qu'il eftoit tres- fatisfait de la beauté
de leurs Regimens ; ce que ce Prince
fit avec un air de bonté & degrandeur
tout enſemble , qui furprit &
qui charma les Etrangers qui n'avoient
point encore eu l'honneur dé
le voir , & de l'entendre parler.
La revûë finie les deux Rois &
toute la Cour allérent fur une hauteur
d'où on découvroit l'Artillerie ,
& prefque toute l'Armée. Toute
l'Artillerie fit alors une décharge ,
& la derniere piece n'avoit pas ache
vé de tirer , que la tefte de la pre.
miere ligne commença fon feu qui
#
7
GALANT. 213
B
finiffant à la gauche , fut fans interruption
repris par la gauche de la feconde
ligne finiffant à la tefte ;
* mais fi bien continué qu'on euft dit
que c'eftoit le même feu qui cou-
* roit toutes les deux lignes fur la poin-
Ste des moufquets . Cela recommença
ainfi deux autres fois. L'ombre & le
filence de la nuit donnérent à ces
trois décharges tout l'agrément qu'-
elles pouvoient avoir,
Ily avoit un grand nombre d'E.
trangers à cette Revue entre lef.
quels eftoient les deux Princes Fils
du Landgrave de Heffe - Caffel , lo
Prince de Parme , Frere du Duc de
ce nom , deux Princes de Lokvvits
& beaucoup de Seigneurs Allemans ,
Suedois , Danois , Anglois , Italiens ,
& d'autres Nations. Ils y admirérent
Monseigneur le Duc de Bourgogne
214 MERCURE
qui y fit les fonctions de General &
qui envoya fes ordres par tout & vi
fita toutes les Troupes avec beau-
Coup d'exactitude de feu & d'application
, & ne purent fe laffer d'admirer
la beauté des Troupes qui occu ››
poient deux lieuës de terrain , &
dont les lignes qu'elles formerent pa.
rurent tirées au cordeau , tant elles
eftoient droites . Les Caroffes fe promenerent
devant les Lignes comme
au Cours . Les trois falves furent à
peine finies , que Leurs Majeftez , &
Madame la Ducheffe de Bourgogne,
revinrent à Compiegne , & louperent
dans le même lieu & dans le
même ordre qu'ils avoient dîné ,
Le Mecredy 10. Monfieur le Duc
le Duc de Chartres partit de Com
piegne pour retourner à Paris . Le
Roy , le Roy de la Grand' Bretagne,
GALANT 215
Monfeigneur , Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , & Meffeigneurs les
Ducs d'Anjou & de Berry , allerent
dîner au Camp chez Mr le Maréchal
de Boufflers . La table fut de dix neuf
couverts ; S M. Britannique eftoit
à la droite , Monfeigneur eftoit prés
de luy. Le Roy qui eftoit à la gau .
che du Roy d'Angleterre, avoit prés
deluy Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, puis Meffeigneurs les Ducs
d'Anjou & de Berry. Mr le Duc de
Beauvilliers eftoit enfuite, Monfieur
le Prince eftoit auprés de Monfeigneur.
Ceux qui mangerent à la table
furent Mr de Soubife , les deux
Princes de Heffe - Caffel , Mr le
Comte de Brionne , Mrde Lauzun ,
Mrle Maréchal de Villeroy , Mr le
Marquis de Gefvres , Mr le Marquis
de Livry , Mr le Marquis de Biron ,
126 MERCURE
& les Comtes de Nogent & de Verue.
Le Roy ordonna à Mr le Maréchal
de Boufflers de fe mettre à
table , mais il fupplia Sa Majesté de
luy accorder l'honneur de la fervir &
Sa Majefté Britannique. Ce qu'il fit ,
& Mr le Duc de Grammont fervit
Monfeigneur, Le Roy dit le foir publiquement
qu'il n'avoit jamais vû de
repas fſeemmbbllaabbllee , ttaanntt.. ppoouurr l'abondance
que pour la délicateffe & la
propreté. La table fut fervie à trentecinq
plats y compris la machine du
milieu , quatre plats de douze marcs ,
fçavoir quatre moyennes entrées , &
fix potages . Seize hors d'oeuvres en
des plats de quatre marcs . Les grands
& petits potages furent relevez de
hors-d'oeuvres en pareil nombre, qui
furent auffi relevez de trente quatre
plats d'entremets & . de Roft. Huic
hors
GALANT:
217

.
hors d'oeuvres d'entremets furenc
encore relevez devant le Roy , dont
il y avoit deux affiettes de trente fix
ortolans chacune . Le Fruit eftoit audelà
de tout ce qu'on peut imaginer.
pour la profufion & l'arrangement.
On y but des vins les plus exquis &
des liqueurs les plus rares. On fervit
dans le mêmetemps trois tables avec
la même magnificence,fous les Tentes
de Mr le Maréchal de Boufflers
unc de vingt- quatre couverts, dans la
plus grande & dans chacune de celles
qui font à côté, une de ſeize couverts.
On enfervit encore une autre deſeize
Couverts dans une des Chambres de
l'Appartement haut . Toutes fortes
de perfonnes de la fuite du Roy &
d'Officiers de l'Armée mangérent à
cestables , qui , fi -toft qu'elles farent
deffervies , furent fervies de nou-
• Septembre 1698.
T
218 MERCURE
veau. Il y eut encore plufieurs peti
tes tables où les ' Officiers de Mr le
Maréchal de Boufflers invitérent
tous ceux qui fe prefentérent . Le
Roy aprés le dîner alla voir l'Infan
terie , à laquelle il fit faire divers
mouvemens. Il alla voir l'Artillerie
Il vit auffi les Fufeliers & les Bom
bardiers , qu'il n'avoit pas vu le
jour precedent , & fit défiler le Re
giment du Roy par Compagnies , puis
il revint à Compiegne avec le Roy
d'Angleterre à l'entrée de la nuit.
Monfeigneur & Meffigneurs les
Princes revinrent à la même heure . ?
Le Jeudy 11. le Roy voulant faire
voir à Monfeigneur le Duc de Bour
gogne , l'ordre d'un décampement
d'Armée , les trois Princes partirent
de Compiegne à fix heures trois
quarts du matin , & fe trouvérent à
la tefte du Camp. Une heure aprés
S
GALANT. 21gs 2199
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
vit l'Avantgarde de l'Armée, & don- ?
na fes ordres aux Officiers qui de◄
voient aller fe faifit du pofte où l'on
devoit aller camper , & regler l'ordonnance
du Campement. L Armée
fe mit en bataille à la teſte du Camp
far les neuf heures du matin , & marcha
fur dix colomnes ; fçavoir , l'In-
& fanterie fur quatre , l'Artillerie & le
is Bagage dans le centre , deux colomof
nes de Cavalerie à droite & deux à
gauche , & fur la droite le Corps de.
les referve. Toutes les Troupes fe trou
væérent à la tefte du nouveau Camp ,
Lic à une heure aprés midy & entiéurrent
dans le Champ de Bataille à la
en vnë du Roy & de Sa Majeſté Britannique,
& de Monfeigneur qui veo
noient d'arriver . Le Roy avoit dîné
tà fom petit couvert à onze heures &
e.
.
Tij
220 MERCURE
demie , & le Roy d'Angleterre avolt
mangé feul dans fon Appartement
& ils eftoient venus enfemble. Le
Roy fit mettre pied à terre à la Cay
valerie , & donna le temps à l'Infanterie
de faire alte ; c'eſtoit à la Ferme
de Pieumel , à une licue & de..
mie du Camp de Coudun , où M³ le
Maréchal de Boufflers donna à Mef.
feigneurs les Princes une alte ma
gnifique . Mr Rofen en fit autant à
tous les Officiers Generaux . Sur les
quatre heures on tira trois coups de
Ganon. Au premier les Soldats fe
rendirent à leurs files . Au fecond , ils
prirent les armes. Au troisième coup
de Canon l'Armée ſe remit en ba
taille , & au quatrième elle fe mit ea
marche dans le même ordre & par
Jes mefmes défilez , & arriva au
Camp fur les fix heures & ademic,
GALANT 221
S
+
Madame la Ducheffe de Bourgogne
vint voir rentrer l'Armée dans le
Camp , & vit paffer devant fon Caroffe
, prés duquel le Roy s'eftoit
rendu , la Colomne où eftoit la Maifon
du Roy & la Gendarmerie, Chaque
Colomne d'Infanterie eftoit
compoſée de douze Bataillons , qui
marchoient dix hommes de front
& foixante de file , & chaque Colonne
de Cavalerie eftoit de deux
• Efcadrons de quaranté hommes de
front. Le bruitdes Trompettes , des
Timbales , des Hautsbois , des Tambours
, des Fifres la beauté des
Troupes , leur fierté , & leur belordre
infpiroient on air de guerreà
tous les fpectateurs . La Cour rentra
à Compiegne à l'entrée de la nuit,
Le mefme jour on commença
adifpofer toutes choles pour le Siége
I iij
222 MERCURE
de Compiegne, Mª de Crenan Lieu-
-tenant General des Armées du Roy
avoit efté nommé pour le défendre
& poury commander , & Mr Rofen
pour l'affieger. On devoit l'attaquer
par la Demy-lune qui eft entre la riviere
& la Porte Chapelle. Mr de
Lapara , Ingenieur , eut ordre de remettre
en eftar tout ce qu'il y avoir
à rétablir. On y fit un Paraper , on
rétablit la rampe qui deſcend dans
la gorge de la Demy-lune. On ftaifa
la Demy.lune , on fit un chemin
couvert avec lon glacis qui regnoit
depuis la riviere jufqu'à quelques pas
du Pont.levis de la Porte, Chapelle.
On la faliſſada , On fortifia le bout
du Mail d'une contre-garde , Beton
fit un épaulement à la pointe dekle
qui est tout proche: On avoit rebâti
les murs de la Ville rétabli les
fraiſa
GALANT. 223
0
7
t
a
Parapets du Boulevard , & l'on y
avoit fait des embrazures pour placer
les Batteries. Il y en avoit deux ,
une de cinq pieces , proche le Moulin
, qui battoit la Campagne , une de
trois pieces qui défendoit le Foflé de
la Demy lune. Il y avoit encore une
piece de Canon fur la contre-garde
3 du Mail , & une à la pointe de l'Iſle .
qui battoient le long de la riviére , Il
y avoit deux pieces en batterie fur
l'angle flanqué de la Demy-lune ,
qui tiroient à Barbette , & deux fur
la face gauche d'une autre Demy-
June qui eft de l'autre cofté de la Porte
Chapelle. Sur les dix heures du
matin toute cette Artillerie arriva
avec le Regiment Royal Artillerie.
Les Soldats travaillérent en malme
temps au rétabliffement des Para
pets , & à faire des embrazures ,
Ti
224 MERCURE
on dreffa les Batteries . On entour
de palliffades le Cavalier qui eft fur
la Porte pour fervir d'Amphitheatre
à mettre toute la Cour pour voir les
attaques des Ouvrages.
Le Vendredy 12. dés le matin on
apperçut des Efcadrons qui defcen
doient par la gauche de la montagne
vis, à vis de Cleroye , & qui venoient
dans la Plaine ; on les vit s'avancer
infenfiblement , & enfin paffer le
Pont de Batteaux . Alors on commença
à tirer le Canon pour inter
rompre leur paffage , mais ils allé.
rent toujours leur train , en s'éloigoant
au fortir du Pont fur la gauchė
de la Plaine. Ils avancérent en demy
cercle pour inveftir la Place , & s'étendirent
depuis la riviére jufques
vers le Fauxbourg de la Porte de
Pierrefonds , couvrant l'Infanteris
GALANT 225
$
qui paffoit par derriere eux , & qui
'alla ranger de mefme en demicercle
, tout autour du rivage de la
For Sur les quatre heures aprés
midy la Cavalerie s'eftant placée fur
deux lignes dans la petite Plaine qui
eft entre l'Hermitage de la Foreft ,
le Fauxbourg de Pierrefonds , & la
Ville : quelques Elcadrons de la Place
s'avancérent dans la Plaine pour
faire face àl'Ennemi , ayant derriere
eux de l'Infanterie à couvert dans les
hayes d'un efpece de petit Fauxbourg
qui eft au fortir de la Porte Chapelle,
Les Affiegeans qui vouloient s'emparer
de ce Pofte , qui leur cuſt eefſttée
tres-avantageux , fe mirent en eftar
d'avancer. Huit Cavaliers qu'ils dé
tachérent , commencérent l'efcarmouche
, & aprés avoir fait le coup
de piftolet avec huit autres que la
226 MERCURE
Cavalerie des Affiegez avoient déta
chez , ils regagnérent le derriére de
leurs Efcadrons qui avancérent l'un
fur l'autre , & firent leur doharge
en paffant. La Cavalerie des Affiegez
fut pouffée , mais un Eſcadron
qui eftoit fur la gauche à l'abri d'un
buiffon , eftant parti à toute bride
pour l'aller foutenir, ils firent volte
face , & repoufférent les Affiegeans.
Un moment aprés chacun fe refor
ma & fe remit en prefence . L'Ennemi
vint en plus grand nombre fur
les Affiegez , qui furent repouffez
jufque dans les hayes , où l'Infantetie
eftoit en embufcade , qui venant
alors au fecours de la Cavalerie , &
faifant fes décharges , repouffi des
Ennemis , qui les repoufferent àleur
rour , mais enfin ils l'obligérent de
Jâcher le pied , & reftérent maistres
2
GALANT. 227
du Pofte qu'ils avoient voulu occuper.
Cependant il fe paffoit une autre
efcatmouche au coſté du Fauxboutg
de la Porte de Pierre- fonds , où la
-Cavalerie Ennemie s'empara du
Pofte qu'elle vouloit occuper de ce
cofté-là , parce qu'aprés le Combat ,
on entendit fonner fanfare , & les
cris de Vive le Roy.
Ces deux actions ne furent pas
plutoft finies , qu'on vit arriver des
Travailleurs , armez de Befches & de
Pioches , que foutenoit la Cavalerie ,
-pour l'ouverture de la Tranchée. Le
Canon de la Place faifoit un feu continuel;
fur le Pont . Incontinent aptés
on vit les Cavaliers porter les faſcines
pour mettre les Soldats à l'abri , à
L'ouverture de la Tranchée , puis les
Logenieurs.commencérent à condui
228 MERCURE
1
re les Travailleurs le long de la trace
& de leur marquer leurs diftances
leur recommandant de temps en
temps le filence. On commença les
deux lignes paralleles en mefme
temps , le Regiment des Gardes ou
vrant la droite , & celuy de Picardie ,
faifant l'ouverture de la gauche , la
queue de la Tranchée fe trouvant
dans un haut fur le bord de la riviere
trois cens pas au diffus du Pont de
Batteaux
. 329
Monseigneur le Duc deBourgogne,
conduit par Mr le Maréchal de Boufflers
,& accompagné de M³ de Barbefieux,
vit faire l'ouverture de la Tranchée,
& promit aux Travailleurs io .
fols par jour pour leur travail , & qu'on
leur envoyeroit de la biere , ce qui fut
executé un inſtant aprés . Les Soldars
de l'Artillerie cleverent comême
GALANT. 229
temps les Parapets des Batteries , qui
arriverent aufli toft , & qui furent
dreffées avant le jour foivant, Ce- 1
pendant la Garnifon de la Ville
commença des décharges des Moul,
queterie , qui faifoient un beau feu ,
& qui dura jufqu'à la nuit , l'Infanterie
leogenouil à terres métroit les
Travailleurs à couvert des infultés .
& la Cavalerie faifoit le Bioüac.
Le Samedy 13. au matin les Tran
chées fe trouverent fort avancées ,
Les Affiegeans commencerent à fai
re tonner leur Canon . Ils en avoient
trois Batteries de fix pieces chacune.
Le Canon de la Ville , & toute la
Moníqueterie y répondit pendant
l'espace de plus d'une heure & demie ,
malgré le vilain temps & la pluye
continuelle. L'aprés midy à trois
heures & demie , on commença l'at
230 MERCURE
taque de deux Lunettes , que M de
Laparal avoit fait faire pour défendre
la pointe du chemin couvert
& l'angle flanqué de la Demilune ,
& pour commander la Plaine
*
*
La Lunette gauche ayant efté touer
d'un coup inveftie par un détachement
de Navarresil ne fut pas poffi
ble àceux qui estoient dedans de te
nir , il falloit fe rendre , ou perir ſans
quartier. Ilsl'abandonnerent donc le
plus promptement qu'ils purenta , fe
retirant dans l'autre, & les Affiegeans !
s'en emparerenta Lafecondene tart
da pas d'eftre attaquéch: on s'y dé
fendit mieux , l'Eihemifut repouffé !
doux fois , enfin il revint vivement
à la charge; il fallut feretirer , & l'as į
bandonner. Cependant les Travail
lears ne perdirent poidt de temps >>
tandis que l'on feo chamailloit. Ilsd
GALANT. 236
27
*
avancerent toujours leurs Tranchées,
frent un Boyau de communication
d'une Lunette à l'autre , & ils s'y mirent
à couvert. On ne s'en tint point
là , on fir une artaque au chemin
couvert , pour donner lieu aux Travailleurs
de poufler une Tranchéo
qui en fuft fort proche , de forto
qu'ils n'en eftoient plus qu'à dix pas. ¸ !
Enfin fur les fept heures on attaqua,
le chemin couvert depuis le bord de
l'eau jufqu'à la Porte Chapelle. Les
Troupes s'avançoient de tous coſtez
avec une bonne contenance. Le Canon
& la Moufqueterie faifoient
grand bruit de part & d'autre . Le feu
brilloit de toutes parts , on voyoit
voler les grenades de tous coftez.
Les Affiegeans parvenus jufqu'aux
Paliflades , les arracherent , & les
converférent , & ſe firent par tour
$22 MERCURE
*
criérent
paffage. Les Affiegez les repoufferent
, ils ne s'étonnérent point , ils
chafférent les Affiegez , s'emparéfent
du chemin couvert
Vive le Roy , & fe logérent : Le Roy
d'Angleterre partit ce jour - là de
Compiégre , pour retourner à Saint
Germain.
• Le Dimanche 14. le Roy voulue
que toutes chofes demeuraffent en
eftat. Il alla feulement au Camp faire
la revue d'une partie de l'Aîle droite
de fon Armée Monfieur & Mada.
me la Princeffe de Conty allérent
dîner chez Mr le Maréchal de Boufflers
, qui leur fit une chair prodigieufe.
Ils eftoient dix-huit à table . Mon.
fieur & Madame la Princeffe de
Conty , Madame la Maréchale de
Noailles , Madame la Maréchale de
Boufflers · Madame d'Humieres
4
7
GALANT. 213
Madamed Urfé, Madamede laValiete,
Madame la Comteffe d'Ayen ,
Madame la , Ducheffe de Giche.
Monfieur le Prince Mile Comite de
Touloufe, Mile Marefchal de Bouf
flers ,Male Maréchal de Noailles Mr
le Duc de Grammont , Mrie Duc de
Guiche , M de la Valliere & M¹
ad'Antin. Aprés lediné Monteigneur
alla trouver le Roy au Camp, Madamé
la Princeffe de: Conty y fic un
tour de promenade. Mefleigneurs
les Princes s'eftoient rendus de bonne
heure au Camp pour y voir faire
la revuë. Tous eſtoient à Compiegne
à fix heures.
Le Lundy 15. les Ennemis aprés
s'eftre logez dans le chemin couvert ,
avoient fait la defcente du foffé &
avoient attaché le Mincur à la Demy-
lune , commencérent l'attaque le
Septembre 1698.
V
234 MERCURE
है.
fignal ayant efté donné fur les quatre
heures & demie. Les Regimens qui
eftoient commandez , commencérent
à s'approcher , fe coulans le long
de la Contrelcarpé & des revers du
Foffé . Cependant les Affiegez firent
grand feu fur eux & les repoufférent
plufieurs fois , les obligeant de regagner
le chemin couvert , mais les
Affiegeans vinrent en fi grand nombre
qu'ils environnérent la Demylune
de tous les coftez & par la
rampe de la Demy- lune , & par les
deux faces , faifans toujour safi grand
feu , que les Affiegez accablez par de
nombre , commencérent à lâcher le
pied, & abandonnérent le Paraper ,

pour fe ranger vers la gorge de la
Demy-lunes enfia des Affiegeans
gagnérért peu à peu l'angle flanqué
sele paa pec , & plantérent leurs
1
GALANT 235
1
Drapeaux , &jettant leurs chapeaux
len l'air , criérent Vive le Roy. Les
Affiegez le défendoient toujours de
da gorge de la Demy-lune , & dú
retour du Foffé , cù ils s'eftoient
étendus . Cependant les Affiegeans
ayans fait venir des Travailleurs , Te
mirent à couvert & le logerent für
Ja Demy-lune , & poufférent tow
jours les Affiegez qui furent enfin
contraints de fe retirei fur la Demy
dune qui eſt à la droite de la Porte
Chapelle , en fe coulant dans le fonds
du foffé par deffous le Pont de la
Potte, d'où ils continuérent de faire
feu fur les Affiegeans , fur qui on ti
roit toujours à force de deffus les
parapers ; mais quand malgré tout
cela les Affiegeans curent établi leur
logement , & que toute la Demy- lu
ne ſe trouva garnie de Troupes ,
Vij
236 MERCURE
qu'on y eut planté plufieurs Drapeaux
, que l'on y faifoit un grand
feu & que l'on y tenoit une contenance
fiere,le Gouverneur de la Ville
fit battre la chamade .
Alors Mr de Buſca Lieutenant
General de jour pour commanderla
Tranchée qui s'eftoit tendu Maiſtre
de la Démy-lune , s'approcha de la
muraille de la Ville , & demanda ce
que l'on vouloit : on luy répondit
qu'on demandoit à capituler . On
propofa d'envoyer des Oftages , &
l'on le mit en eftat de cela . Le Canon
des Affiegeans continuoit tou.
jours de tirer fur la Ville. Mr de Crenan
menaça de recommencer à faire
feu , fi l'on ne faifoit ceffer le Canon ,
On répondit qu'on ne pouvoit encore
avoir eſté averti , mais qu'on
y eftoit allé. En même temps le Roy
GALANT: 237
J
Madame la Ducheffe de Bourgo
gne quiregardoient l'attaque de def
lus le Rempart rentrérent au Chafteau
. Ainfi finit le Siége de Com
piegne . La Capitulation fur que l'on
fortiroit de la Ville , le Lundy 22 .
du
coutant , qu'on laifferoit les Forti-
7 fications en l'eftat qu'elles eftoient ,
excepté qu'il feroit permis cet hyver
de faire bon feu avec les paliffa
des , & aux Laboureurs de paffer la
0 acharüe fur les Tranchées que les Sol-
3 dats auroient foin de remplir avant
Jeur départ .
1
"D
Le même jour 15 à trois heures
aprés midy , le Roy fit la revûë des
Gendarmes & Chevaux- legers , &
de la Gendarmerie , faiſant douze
Efcadrons , & les vit homme par
homme. Sa Majesté les avoit fait vepir
dans la p'aine au bas de Compie
238 MERCURE
gne. Meffeigneurs les Ducs d'A
jou & de Berry fe mirent à la tefte
de leurs Compagnies.
Le r6, le Roy alla au Camp à deux
heures & demie, & y fit la reveu ë
d'une partie de la Cavalerie de l'aile
gauche , dont il fut tres - fatisfait,
Mcfeigneurs les Ducs de Bourgo
gne ; d'Anjou & de Berry s'y trou
verent. Monfeigneur alla à la chaffe
du Cert.
Le Mécredy 17. Monseigneur le
le Duc de Bourgogne , & Meffeigneurs
les Ducs d'Anjou & de Berry
fe leverent à quatre heures & demie
du matin , & fe rendirent au Camp
fur les fix heures & demie L'Arméè
fut divifée en deux. L'aile droite
des deux lignes juſqu'au centre compofa
celle de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , & l'on forma celle de
GALANT. 239
ཝ་
Rofen de toute la gauche . L'Arée
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne fortit du Camp à fept
beures fur deux colomnes , & une
-tro fiéme d'Artillerie , & arriva à
Emévillé à dix heures , où elle fe
mit en bataille , & fe retrancha, Mr
Roſen fit marcher la fienne , & fit la
-même matche fur deux colomnes
de Troupes , & une d'Artillerie , &
fe trouva en vûë de l'autre Armée
fur le midy. Le Roy , Monſeigneur
-& Madame la Ducheffe de Bourgo-
-gne partirent de Compiegne aprés
leur dîné , & atriverent prefque tous
en même temps au lieuqui avoit efté
choifi pour leur faire voir.commodement
l'action qui fe devoit paf-
Mer. Mr Rofen marcha en bataille
2pour forcer l'Armée deMonfeigneur
Je Duc de Bourgogne dans fes re(
240 MERCUR
tranchemens , dans lesquels il y
quatre Batteries de Canon de
pieces chacune , & un Bataillon d
Fuzeliers . Avant que Mr de Rofen
les attaquaft , on efcarmoucha longtemps
dans un Village prés du Camp.
Ce General mit toute fon Infanterie
fur deux lignes , les Grenadiers à la
tefte desDragons à pied , pour emporter
le retranchement , qui eftoit
gardé par tous les Grenadiers des
vingt Bataillons de la premiere ligne,
difpofez par pelotons , & entre cha
que peloton il y avoit affez de ter
rain pour placer les Bataillons de la
premiere ligne. A la droite de cette
ligne eftoit l'Escadron des Grenadiers
à cheval , douze des Gardes de
Corps , deux des Gendarmes à deux
des Chevaux -legers , quatre des
Moulquetaires du Roy , & huit de
la
GALANT. 241
la Gendarmerie. Le front occupoit
le même terrain que les vingt Batail-
Ions.
La feconde ligne de Cavalerie
eftoit plus courte , & par conféquent
n'eftoit pas fi nombreuſe en Cavalerie.
Il n'y avoit que quatre Bataillons
à la derniere del Infanterie.
L'Armée de Mr Rofen eftoit
moins forte ; elle eftoit fur une ligne,
mais lors quelle s'approcha de l'Armée
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , le terrain l'obligea à fle
refferrer , & à former autant de lignes
qu'en avoit celle de ce Prince.
Les Dragons & les Grenadiers de
l'Infanterie de la feconde Ligne , qui
defendoient le Village , furent chaffez
,& allerent rejoindre leurs Corps .
En même temps les Gardes avancées
de l'Armée de Monfeigneur le Duc
Septembre X
242 MERCURE
de Bourgogne fe mêlerent hors du
Camp avec les Avancoureurs de
l'Armée de Mr Rofen , & le retirerent
dans leurs retranchemens . Le
Canon commença à tirer .A ce fignal
toute la premiere ligne de l'Infanterie
s'avança pour loutenir , & garder
les retranchemens . L'Armée de Me
Rofen forma une ligne d'Infanterie .
qui attaqua en front de bandiere tout
le retranchement. Le Combat fut
opiniâtré , l'Aîle gauche de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne plia la
premiere. Le centre recula aprés , &
enfuite l'Aile droite , & à melure que
chaque Corps d'Infanterie fe retiroit
en bon ordre , & en fe battant en
retraite , alla fe allier derriere fa pre.
miere ligne d'Infanterie , qui s'eftoit
avancée pour foutenir , la premiere
ligne fit un mouvement en arriere
GALANT. 243
pour
& alla fe pofter derriere tout , Mr
Rofen fe rendit maiftre du retranchement.
La feconde ligne de Mon
feigneur le Duc de Bourgogne avança
pour prendre le pofte , mais elle
fut repouffée comme la premiere,
Les Ennemis comblérent les retran
chemens en plufieurs endroits
faire paffer leur Cavalerie , qui attaqua
celle de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne dans la Plaine . Elle char
gea la premiere ligne derriere laquelle
l'Infanterie s'eftoit retirée ; mais
cette ligne repouffa les Ennemis bien
au delà des retranchemens qu'ils
avoient forcez. Les Ennemis firent
leurs décharges , puis fe retirérent en
bon ordre & en bataille, Alors toute
l'Infanterie de l'Armée de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne cria Vi
ve le Roy , enjettant les chapeaux en
X ij
44 MERCURE
l'air & toutel'Armée fit trois falvesdu
Canon & de la Moufqueterie . Les ar
méesfe canonérent fort pendant toute
l'action . Mr le Maréchal de Bouf
flers avoit donné un fort grand dif,
ner à Meffeigneurs les Princes , &
Mr Rofen qui pendant tout le Camp
à tenu une fort groffe table , avoit
pareillement donné un tres - grand
repas. La Cour retourna à Compie
gne , & y arriva à fept heures du
foir.
Le Jeudy 18. Madame la Duchef
fe de Bourgogne alla difner au Camp
chez Mr le Marefchal de Boufflers ,
qui la fervit . Les Dames qui eurent
l'honneur de l'y accompagner
& de manger avec elle , furent , Madame
la Ducheffe du Lude , Mefdames
les Princeffes de Soubize & de
Rohan , Madame la Maréchale de
GALANT: 245
Il
Boufflers , & Madame la Ducheffe
de Guiche, Meldames de Rouffi , du
Chaftelet , de Beringhen , de Mongon
, d'Estrées , de Torcy , d'Ayen ,
de Nogaret , d'O, & de Maulevrier.
y eu trois fervices de trente- fix
plats ou hors d'oeuvres chacun , &
un fruit au delà de toute defcription .
On fervit dans le même temps fous
la grande Tente une table de vingtcinq
couverts , auffi forte & auffi délicate.
On en fervit encore plufieurs
autres en divers endroits. Aprés le
difner , Madame la Ducheffe de
Bourgogne fe repofa une demi heure
dans la Chambre du grand Ap.
partement, puis elle monta en Caroffe
, & alla au Camp , où le Roy eftoir
arrivé , ainfi que &
Monfeigneur
,
Meffeigneurs les Princes. Sa Majefté
fit la revuede l'Infanterie de la pre-
1
X iij
246 MERCURE
miere ligne , & vit enfuite paffer à
à pied les fept Regimens de Dragons
qui eftoient au Camp , ils défilerent
par vingt devant Sa Majefté .
Toute la Cour retourna enfuite à
Compiegne , & y arriva fur les fept
heures .
Le Vendredy 19. Monſeigneur le
Duc de Bourgogne à qui l'on vouloit
donner le fpectacle d'une Bataille
rangée , aprés luy avoir donné celuy
d'une Armée forcée dans fes retran .
chemens , ſe leva à cinq heures du
matin. Meffeigneurs les Ducs d'Anjou
& de Berry felevérent à la même
heure , & tous trois fe rendirent au
Campavant fept heures . Les Armées
de Mr le Duc de Bourgogne & de
Mr Rofen fe formérent des mêmes
Troupes que le Mécredy. La premiere
eftoit de vingt- fept Bataillons
GALANT: 247
L
& de quatre-vingt - trois Elcadrons ,
& l'autre de vingt- fix Bataillons &
de foixante fix Efcadrons , L'Armée
de Monfeigneur le Duc de Bourgo
gne marcha dans la Plaine d'Ouernavilé
, ayant fa droite vers Gournay
& étendant fa gauche à Emévi-
Jé. Celle de M Rofen fe pofta en
vue de celle de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , mais fort loin.
Le Roy , Monfeigneur , Madame la
Ducheffe de Bourgogne , eftans arrivez
, le placérent fur la hauteur ,
entre les deux Armées , à la gauche
de celle qui eftoit commandée par
Monfeigneur le Duc de Bourgogne .
Les deux Armées marchérent l'une
contre l'autre en tres- bon ordre . Les
Gardes avancées fe chargérent quelque
temps . L'Avantgarde del'Armée
Me Rofen fat foutenue par trois ELt
X iiij
248 MERCURE
cadrons de Dragons qui s'avancé-n
rent pour le faifir du Pofte de la Ferme
d'Oüernavilé. Monfeigneur le
Duc de Bourgogne détacha auffi
trois Elcadrons pour s'y oppofer ,
qui difputérent long-temps ce Pofte ,
foutenus par un Regiment de Dragons
qui en chafférent enfin , les
Ennemis. Les deux Armées conti
nuant toûjours de marcher l'une à
l'autre , s'approchérent & fe canonnérent.
Enfin elles fe joignirent.
L'action commença par la gauche
de l'Armée de Monfeigneur le Duc,
de Bourgogne qui pouffa ladroite de
celle des Ennemis. L'Infanterie qui
eftoit au centre , & l'Aile droite
eurent le même avantage , & renverférent
la premiere ligne des En-,
nemis , qui s'alla rallier derriere la,
feconde qui marcha enfort bon ordre
GALANT 249
contre la premiere ligne de Monfei
gneur le Duc de Bourgogne , qui avoit
cu l'avantage , & la fit plier à fon
tour. Elle fe rallia dertiere la feconde
, l'Infanterie ainfi que la Cavalerie.
La feconde ligne de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne renverfa
à fon tour cette feconde des Ennemis
, qui fut foûtenuë de la premie
re & fut enfuite renversée avec
tant de defordre , qu'elle ne peur fe
rallier , & fe retira à toutes jambes ,
à une grande lieuë de fon Infanterie
qui fit un fort grand feu , mais elle
fut envelopée de toute la Cavalerie
de Monſeigneur le Duc de Bourgo
gne.
Mr Roſen voyant fon Infanterie .
abandonnée par la Cavalerie des
deux ailês , prit le party de former
un Bataillon quarré de toute fon
250 MERCURE
Infanterie . Pour cet effet le centre
de cette Infanterie demeura ferme.
dans fon pofte , faifant tefte à l'Armée
de Monſeigneur le Duc de
Bourgogne . Les deux aifles de la premiere
ligne fe replierent , & formerent
deux autres faces de ce quarré ,
qui fut fermé par l'Infanterie de la
feconde ligne , en forte que ce Bataillon
eftoit formé de douze autres
Bataillons. Toute l'Infanterie de
Monfeigneur le Duc Bourgogne
forma quatre faces pour attaquer
l'Infanterie de Mr Rofen. Il y avoit
entre eux un eſpace affez grand. Le
Roy paffa au milieu de ce feu , pour
voir ce Bataillon quarré , & la contenance
de ces Troupes . Elles avoient
fauvé quinze pieces de Canon , qu'-
elles avoient placées dans les quatre
faces. 11 y avoit dix hommes de
"2
GALANT. 251
hauteur ,fans compter les Officiers .
Les Piquiers à la premiere file , & à
leur coflé alternativement un Gre
nadier ayant la bayonnette au bout
du fufil. Ce Bataillon eftant ainfi
heriffé , la Maifon du Roy tâcha de
tous coftez de l'entamer , fans y pouvoir
réüffir , ce qui fut caufe qu'on
fit avancer le Canon & l'Infanterie
qui l'entoura , & aprés un grand feu
tant de Canon que d'Infanterie , il
fut enfin contraint de capituler , &
de fe rendre prifonnier de guerre,
Le refte de l'Armée s'eftoit retiré.
dans un grand defordre hors de la
vue de celle de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , qui retourna enfuite
dans le Camp. Les Troupes de M
Rofen n'y rentrérent que tard , à
caufe du chemin qu'elles eurent à
faire. Toute la Cour fut de retour à
253 MERCURE
Compiegne à fept heures & demie.
Le Samedy 20. le Roy & Meffeigneurs
les Princes le trouvérent
au Camp à trois heures & demie ,
Sa Majesté y fit la revue de l'Infan
terie de la feconde ligne , qu'elle fit
défiler devant Elle . Elle vit auffi les
Carabiniers à pied . Monfeigneur
alla à la chaffe du Cerf. Madame
la Ducheffe de Bourgogne ne fortite
point.
Le Dimanche 21. Sa Majeſté dit à
fon lever à M² le Mareſchal de Bouf-
Alers qu'elle eftoit fi contente des
Troupes qu'elle avoit vûes au Camp,
qu'elle faifoit prefent de cent écus à
chaque Capitaine d'Infanterie , &
de deux cent à chaque Capitaine de
Cavalerie. L'aprés midy , le Roy ,
Monſeigneur , & Madame la DuGALANT
253
cheffe de Bourgogne , allérent au
Camp fur les trois heures. Mefleis
gneurs les Princes Y eſtoient déjà
arrivez. On fit un grand fourage,
La chaîne s'étendoit depuis Fontai
ne-Francières , jufqu'au Prieuré de
Bougi , où l'on avoit pofté de l'Infanterie
, en cas que la Cavalerie fot
pouflée. Mr de Pracontal chargea la
Garde compofée de détachemens ,
& poufla auffi les Fourageurs , qui fe
retirérent jufques dans le Camp. La
chaîne foutint le choc des Attaquans.
La Cour retourna à Compiegne de
bonne heure.
Le Lundy 22. le Roy entendit la
Meffe aux Carmelites , felon for
ancien ufage les jours de fon départ
de Compiegne. Mefleigneurs les
Princes l'y entendirent auffi. Sa
Majefté dina fur les onze heures á

254 MERCURE
fon petit couvert . Madame la Ducheffe
de Bourgogne donna à dîner
aux Dames . L'on partit à midy pour
aller coucher à Chantilly. Madame
la Ducheffe de Bourgogne monta
dans le Caroffe du Roy , & fe mit
à côté de luy. Monfeigneur , Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , &
Madame la Ducheffe fe placérent fur
le devant , Madame la Princeffe de
Conty à une portiere , & Madame
la Ducheffe du Lude à l'aatre.
Madame la Ducheffe & Madame
la Princeffe de Conty changérent de
places , lors que l'on arrefta pour
prendre un relais au haut de Verberie.
L'on arriva à Chantilly à fix
heures , où Monfieur le Prince , Madame
la Princeffe , & Mefdemoiſel .
les de Condé & d'Enguien , reçurent
Sa Majefté au bas de l'efcalier, Cha
GALANT. 255.
cun s'alla repofer dans fon Apparte- ?
ment , & il n'y eut point de promenade
Le foupé fut fervi à dix heures
dans l'Antichambre du Roy , fur
deux tables de quinze couverts chacune,
Celle du Roy & celle de Monfeigneur.
Le Mardy 23. le Roy ne forrit
point de la matinée, Monfeigneur
alla tirer , & Meffeigneurs les Prin
ces allérent à la chaffe du Sanglier ,
& en tuérent plufieurs dans les toiles.
Aprés le dîner , Sa Majeſté monta
dans une de fes grandes Caléches
ouvertes , & y fit monter Madame
la Ducheffe de Bourgogne , Madame
la Princeffe , Madame la Ducheffe ,
Madame la Princeffe de Conty . ,
Meldemoiſelles de Condé & d'Enguien
, & Madame la Ducheffe du
Lude , levrefte des Dames fe mic
"
1
256 MERCURE
dans les Caroffes de Madame la Du
cheffe de Bourgogne . L'on alla droit
au Bolquet proche la Ménagerie, où
l'on avoit mis dans les toiles une prodigieufe
quantité de lapins. L'on mit
pied à terre , & l'on entra dans l'enceinte
, où le Roy en tira quelquesuns.
Le nombre en eftoit fi grand
qu'ils fe laiffoient prendre à la main
par les Dames. Meffeigneurs les
Princes y vinrent enfuite & en tuérent
cent foixante à eux trois . Le
Roy & les Dames qui eftoient re.
montez en Caléche , firent une tresbelle
promenade dans les plus beaux
endroits des Jardins, Puis ils allérent
à Sylvie qu'ils trouvérent un lieu
charmant & revinrent au Chateau
à fix heures . La foirée ſe paffa comme
la precedente.
Le Mercredy 24 le Roy partit de
Sel
BIBLIO
DE
LA
VILLE
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25€
dare!
chef
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pied
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Roj
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end :
à Sy
char
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mel
A
GALANT.25
Chantilly à neuf heures trois quarts
& vint d à Versailles , aprés avoir
changé deux fois de relais .
Voicy un Madrigal de Mr de Mef.
fange fur le Camp de Coudun . Il a
efté mis en air par Mr du Parc. Je
viens d'apprendre que ces paroles
ont auffi efté notées par quelques au
tres Mailtres.
Ar un jeu digne d'un He
P4YOS ,
Loüis réveille Mars dans le fein
du repos ;
Aprés avoir calmé la Terre.
Celuy qui fit goûter àſes heureux
Sujets
Une charmante Paix au milieu
de la Guerre ,
Sept. 1698. X
258. MERCURE
Leur fait revoir encor , mais avec
plus d'attraits ,
Une charmante Guerre au milieu
de la Paix.
Voicy les noms de quelques
perfonnes diftinguées , mortes
depuis ma derniere Lettre.
Dame Anne Morand, Veu
ve de Meffire Louis Olivier ;
Chevalier Marquis de Leuvi ,
le , Conſeiller ordinaire du
Roy , & Lieutenant General
des Armées de Sa Majefté. Elle
eft morte âgée de foixante &
dix - neuf ans . Elle a eu deux.
Enfans, Lous Olivier, Marquis
GALANT. 259
de Leuville , mort fans pofte,
rité en 1671. & Marie - Anne
Olivier de Leuville , Gouver
nante des Enfans de Monfreur
, qui avoit épouſé Antoine
Ruzé , Marquis d'Effiat ,
Chilly, Lonjumeau , & c . Chevalier
des Ordres du Roy , &
premier Ecuyer
Ecuyer de Monfieur,
morte auffi lans poſterité en
1684. Madame de Leuville qui
vient de déceder , eftoit Fille
de Thomas Morand , Baron,
du Mefnil - Garnier , Treforier
z de l'Epargne , & Grand Treforier
des Ordres du Roy , &
de Jeanne Cauchon , & Soeur
Yij
260 MERCURE
de Thomas Morand , Marquis
du Mefnil . Garnier , Mailtre
des Requeftes , & Intendant
dans plufieurs Provinces , Pere
de Thomas Morand, premier
Premier Prefident du Parle
ment de Touloufe .
?
Meffire André - Gerard le.
Camus , Chevalier , Confeiller
ordinaire du Roy en fes
Confeils d'Etat & Privé , &:
direction de fes Finances , cydevant
Procureur General de
Sa Majefté en la Cour des
Aides, & auparavant Confeil
ler au Grand Confeil. Il eft
mort fans pofterité âgé de
GALANT. 261
quatre vingt- huit ans , & eft
inhumé aux Minimes de la
Place Royale. Il eftoit Oncle
de M' le Camus , premier Prefident
en la Cour des Aides ,
de M' le Camus , Lieutenant
Civil , & de M' le Camus, Car.
dinal de la Sainte Eglife , Evêque
& Prince de Grenoble ,"
& de M ' le Camus de mongrolle
, cy devant Maistre des
Comptes. Je vous ay fouvent
parlé de cette Famille.
J
Dame Françoiſe Willeaume
, Epouſe de Meffire Nico
las Louis Droüyn , Chevalier,
Seigneur de Vaudeüil , Con262
MERCURE
feiller du Roy , Prefident Treforier
de France à Soiffons .
C'eftoit une Dame d'un merite
fingulier & d'une vertu accomplie.
Son Frere aîné eft
Treforier de France à Soiffons
, & fa Soeur a époufé
Charles Grenier , Conſeiller
Secretaire du Roy , tous enfans
de défunt Jean Willeaume
, auffi Conſeiller du Roy,
Secretaire de Sa Majesté . My
Drouyn fon Epoux eft Frere
de Philippes Drouyn , Docteur
en Theologie de la Faculté
de Paris , & Bibliothe
caire du College de Navarre ,
1
GALANT. 263
& de François Drouyn , Reli
gieux de Cifteaux , Fils de défunt
Louis Drouyn , S ' de Vaudeüil
, Prefident Treforier de
France en la Generalité de
Soiffons , & d'Elifabeth Mallet
, Tante de Jacques Mallet ,
Seigneur de Drufi , Confeiller
au Parlement en la Cinquiéme
Chambre des Enquestes.
Dame Anne Mathieu, Veuve
de Meffire Jean - Baptifte
Moreau , Confeiller ordinaire
du Roy , Premier Medecin
de Madame la Dauphine
& de Meffeigneurs les
Enfans de France , Profeffeur
264 MERCUR E
en Medecine au College
Royal , & Docteur Regent en
la Faculté de Paris . Elle eftoit
Soeur de Nicolas Mathieu ,
Curé de Saint André des Arcs,
& de N. Mathieu , Veuve de
René Pegeau , Avocat en Parlement
, qui.a paru avec dif.
tinction dans le Barreau pour
fa candeur, fon érudition & fon
éloquence. Ils eftoient tous
enfans de Nicolas Mathieu ","
l'un des plus celebres Medecins
de la Faculté de Paris .
Elle eftoit Mere de défunt
François Moreau , Chanoine
de l'Eglife de Paris , & laiffe
entre,
GALANT. 265
entre-autres Enfans un Fils
Jean Baptifte René Moreau ,
aufli Doct.ur Regent en la
Faculté de Medecine de Pa
ris , où il a fuccedé à fon Pere ,
& à René Moreau fon grand-
Pere , à qui le Roy avoit accordé
cette Chaire pour fa
grande capacité.
Dame Antoinette Colbert ,
époule de Meffire Louis Saladind'Anglure
de Bourlemont,
Duc d'Atry , Lieutenant General
pour le Roy en la Province
de Champagne , & auparavant
Veuve de Meffire
Pierre de la Court , Preſident
Septembre 1698.

266 MERCURE
en la Chambre des Comptes ;
Elle eft morte fans Pofterité ,
& eft inhumée en l'Eglife de
Saint Louis. Elle eftoit Soeur
de Dame Marguerite Col.
bert, Epouſe de Vincent Hotman
Seigneur de Fontenay ,
Maitre des Requeftes , & Intendant
des Finances, & eftoit
Fille d'Edouard Colbert , Seigneur
de Villacerf , Confeiller
au Parlement , & d'Antoinette
Sevin , & Petite fille d'Edoüard
Colbert , Seigneur de
Turgis & de Dronnay , & de
Marie Fouret , Dame de Vil
lacerf.
GALANT: 267
Meffire Emery Dreux , Cha.
noine & Sous Chantre de l'Eglife
de Paris , & Vicegerent
' en l'Officialité , mort âgé d'environ
cinquante-cinq ans , inhumé
à Notre Dame . Il eftoit
Fils de défunt Simon Dreux ,
Seigneur de Creuilly , & de
Beaucaire , Avocat General
en la Chambre des Comptes ,
& de Genevieve Aubery , Fille
de Claude Aubery , Seigneur
d'Auvillers , Maiſtre des
Comptes: Il eftoit Frere de défune
Guillaume Dreux , Avocat
General en la Chambre
des Comptes , & avoit plu
Z ij
268 MERCURE
fieurs autres Freres & Soeurs ,
entre lefquels eft M' Dreux ,
Lieutenant de Roy de la Ville
de Cambray.
Le 28. du mois dernier M"
de l'ifle du Vigier , Meſtre de
Camp de Cavalerie , prefenta
au Parlement de Bordeaux les
Lettres Patentes que M' le
Duc de Chevreule a obte
nuës , pour la furvivance du
Gouvernement de Guyenne
, aprés la mort de M' le
Duc de Chaulnes , lefquelles
avoient efté remiſes à M' du
Vigier fon Frere , Procureur
General au Parlement , pour y
GALANT. 269
Y
eftre enregistrées. Mi de l'lfle
alla à la tefte d'un nombreux
cortege de Gentilshommes
les plus diftingucz de la Province.
M' Poitevin , fameux
Avocat , qui depuis fept années
avoit quitté la Plaidoirie ,
fe fignala dans cette occafion ,
par un tres beau Difcours .
M Dalon Avocat General
parla auffi avec beaucoup d'éloquence.
Il y eut enfuite un
repas ' magnifique chez M' le
Procureur General , oùrien ne
manquoit , tant pour la délicareffe
que pour la propreté.
Il fut accompagné d'une tres
Z iij
20 MERCURE
belle Symphonie. Il y avoità
la premiere table M. de Bezons
, Confeiller d'Eftat Intendant
de la Province , M' de la
Trefne , premier Preſident , &
M'fon Fils Prefident aux Enqueftes
, M' Durepaire , Gou .
verneur du Chafteau Trom.
-perre & Madame fa femme ,
M' de Boiffife , Lieutenant de
Roy de ce Chafteau , & madame
fa femme, le Gouverneur
de Fort - Louis , & le Liegenant
de Roy du Chateau de
Blaye, Les deux autres tables
furent ferviesen même temps
avec la même abondance ,
+
GALANT. 27
pour la Nobleffe qui s'eftoir
trouvée le matin au Parle
ment. Chatun fur tres - content
des maniéres civiles &
engageantes de m ' le Procureur
General , auffi bien que'
de toutes les honneftetez de
Madame fa Femme.
Le Sieur Brunet , Libraire
dans la grande Salle du Palais ,
à l'Enfeigne du Mercure Galant
,vient de mettre au jour
la troifiéme Edition du Livre
intitulé , La Pratique curieuſe ,
ou les Oracles des Siècles ,furchaque
question propofée , avec la
fortune des humains , inven
Z iiij
272 MERCURE
tée par Monfieur Commiers.
Cette troifiéme Edition eft
augmentée d'une feconde
Partie fur plus de foixante
nouvelles queſtions , qui n'ont
point encore paru , & qui avec
celles de la premiere partie ,
font prefque tout ce qui peut
arriver dans la vie , & convenir
aux hommes , joint que
ces réponſes y font fi bien
meflées & confondues , que
plufieurs pourront ſe perfuader
qu'il y a du hazard dans
les Oracles. De plus on apprend
fuccintement dans ce
Livre, l'origine & les quali
GALANT.
273
tez préfque de tous les Dieux
:
de la Fable , & de l'Hiftoire
profane ainfi le divertiffement
que doit donner ce Livre
eft agreablement mêlé
avec l'utile.
Le même Libraire a depuis
peu mis au jour la quatrième
Edition des Entretiens fur la
pluralité des Mondes . Vous
fçavez que cet Ouvrage eft
de Monfieur de Fontenelle
de l'Academie Françoiſe . Les
Poëfies paftorales du même
Auteur , que l'on r'imprime ,
doivent paroître dans quinze
jours , augmentées de plus de
274 MERCURE
deux tiers , on y trouvera un
Recueil de Poëfies diverfes ,
& galantes , & un Opera intitulé
, Endymion . Le Sieur
Brunet fait aufli r'imprimer
tous les autres Ouvrages du
même Auteur. Vous Içavez
que c'eft au nombre des r'impreffions
, s'il m'eft permis de
parler ainfi qu'on connoît
les bons Livres.
Le mot de l'Enigme du mois
dernier eftoit la Lanterne. Ceux .
qui l'ont trouvé , font Mrs de
la Cofte , de la ruë Barbette ;
Barbaloux deQuimper ; Rou
fie du College de Cornuaille ,
1
GALANT 275
rue du Plaftre ; Jolybois , nouveau
Curé de Sailly , & Chape.
lain de S. Germain de Laxis ;
le charmant Yver , Prefident
des Rivieres , grand Bailly de
S. S. & fon Amy l'Abbé Bruneau
; le petit Girard, le galant
Berger , & fon frere amme ; Sca
pin du College de Louis le
Grand , le Clerc de м Herouard
, Procureur au Parlement
, rue Mâcon , de Grain ,
Archer de Ville : l'Hermite de
Chio , les Phifionomistes du
Pont S. M. Aminte & fon Pa
rain, &les deux aimables Soeurs
du Carré de S. Landry. Made-
M'
276 MERCURE
moiselle Javote Ogier,du coin
de la rue de Richelieu ; mefdemoifelles
Laurent, de la ruë de
la Verrerie ; Bonard de la rue
du Plaftre , & Marianne leur
Femme de Chambre , la bonne
, & les deux mignonnes du
Parvis l'aimable Marotte de la
Cité, & la Blonde le Noir.
L'Enigme que je vous envoye
, et de Monfieur de la
Cofte.
ENIGME.
Es
membres de mon corps ,
La tête eft la plus dure:
LYON
ALLE
T
GALANT 277
Quand je fuis en repos , il me
faut un habit,
Fen
Et cependant , à ce qu'on dit , ..
ne srains , ny chaud , ny froi
dure.
Je change tres -fouvent de couleur
&de mode ;
Une garde mefuit quifait comme
je fais ;
Elle va par tout où je vais s
Et fait plutôt du bien qu'elle n'eſt
incommode.

Mon pouvoir eft grand fur la
Terre ,
Il n'eft pas moins grand fur les
Mers:
278 MERCURE
*
Et je puis me vanter , que
tout l'Univers :
dans
Je faisfaire la Paix , ou quej'y
fais la Guerre.
Le Journal du Camp de
Coudun , s'étant trouvé beaucoup
plus long que je ne
croiois , je fuis obligé de remettre
à ma Lettre prochaine,
plufieurs Articles qui auroient
dû avoir place dans celle- cy,
du nombre defquels fe trouve
la Reception de Monfieur
l'Abbé Geneft à l'Academie.
Je fuis , Madame , Vôtre , & c
A Paris ce 30 , Septembre 1698.
22: 252525252525 : 52
TABLE.
PRELUD RELUDE fur le Sermon
prêché au Louvre , le jour de
S. Louis.
Ode
13
Difcoursfur la maniere de rendre
juftice, & de la demander. 18
Diftribution des Prix de l'Acade.
mie des Jeux Floraux à Tou
louſe 46 .
Programme de la même Acade
mie.
Epitre en Vers.
ST
TABLE.
Compliment de Monfieur l'Abbé
Farel, en prefentant le corps de
Madamela Comteffe de Tonnetre
, à l Abbeffe de S. Paul
prés Beauvais. 75
Imitation d'une Ode d'Horace. 83
Penfées morales à l'usage particulier
, & familier.
88
Portrait de fon Altoße Royale
Madame.
110-
Réjouissancefaites à Bezançon. 115
Effets du Tonnerre,
Morts. 119
Benefice donné par le Roy. 142
143
Abjuration.
Lettre de Monfieur Antier , touchant
la Science de la Perfpe-
Aive. 144
TABLE.
Journalcontenant tout ce qui s'eft
258
paßé au Camp de Condun . 151
Autre Article de morts.
Enregiſtrement au Parlement de
Bordeaux , des Lettres paten .
tes de Monfieur le Duc de
Chevreufe , pour la furvivan
ce du Gouvernement de Guyen:
10
ne.
268
"Pratique curieufe , du Irs Oracles
des Sibyles , far chaque queflion
proposée,
Entretiens fur la pluralité des
278
Mondes.
Enigme.
Septembre 1698
Aa
273
276
4.
Avispourplacer les Figures.
L'Air qui commence par
Quandje vous vois belle Philis ,
doit regarder la page ISI.
L'Air qui commence par
Par un jeu digne d'un Heros
doit regarder la page 257,
LYSH
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le