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1698, 08
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Eur.
511
m
1698.8
Eur 511th
16988
Mercure
<36624511670013
<36624511670013
Bayer . Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
A OUST 1698.
.A . PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant ,
O
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau &
vingt-cinq fols en Parchemin .
>
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juſtice .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
M. DC . XCVIIL
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
winliothek
kckckckck:
Ο
AVIS.
Velques prieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
d'y manquer toujours . Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On réitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
A VIS .
prie feulement ceux qui lesenvoyen
& fur tout ceux qui m'écrivent que
pour faire employer leurs noms dans
l'article des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on falle ce qu'ils demendent.
C'eft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite pre
fentement le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere , qu'il est toujours
imprimé au commencement de cha
que mois . Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure
AVIS .
longtemps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées ; mais auſſi
cesVilles ne le receveront pas fi tard
qu'ellesfaifoient auparavant Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toujours fort
ard par deux raifons . La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendre fitoft qu'il eft imprime,
outre qu'il le fera toujours quelquet
jours avant que l'on en faffe le
debit , &l'autre que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont là eux & quil·
ques autres à qui ils le preftent , ils
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire, en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
rerardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'ilfe charge defaire
A iij
AVIS.
les paquets luy mefme, & de lesfaire
porter à la Pofte ou aux Meſſagers,
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui lay auront donné lear
adreffe . Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'illes debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, onles joindra au Mercure ,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera executè avic
une exactitude dont on aura liem
d'eftre content
MERCVRE
GALANT
AOUST 1698 .
1
OUS vous fouvenez,
Madame, qu'a.
prés que la Paix euc
efté fignée , toutes les Cours
Superieures , & les Corps les
plus confiderables de Paris ,
eurent l'honneur d'être admis
A iiij
8 MERCURE
á faire compliment au Roy .
Il n'y eut aucune de ces Harangues
qui n'euft des beautez
particulieres , & les applau .
diffemens qu'on leur donna
en furent la preuve . Parmy
ceux qui en receurent le plus ,
M' Vitrement , Recteur de
l'Univerfité , fe diftingua .
Chacun a fouhaité de voir fon
Difcours , & vous me l'avez
demandé fouvent . Je n'ay pu
vous fatisfaire plûtoft , n'en
ayant recouvré une copie que
depuis fort peu de jours . Voi
cy ce qu'il dit.
GALANT. 9
t
AU ROY.
SIRE,
La Paix que Dieu vient d'ac-.
corder aux voeux de vos Peuples ,
infpirant à Voftre Majefté des
fentimens de moderation au milieu
de fes Victoires ,fera l'un des évé,
nemens de voftre Regne glorieux ,
qui en fera le mieux connoiftre la
grandeur. Jamais on n'a foutenu
la Guerre avec tant de gloire ;
jamais on ne la termina avec tant
de genérofité. Que les autres Princes
infenfibles aux larmes de leurs
A iiij
10 MERCURE
Peuples , ne faffent la Paix , que
lors qu'ils manquent de refource
pourfoutenir la Guerre , ils nefui.
vent en cela que les régles de la
Politique humaine. Voftre Ma
jesté renonçant à des conqueftes
affurées pour le repos de fes Etats,
fait bien voir qu'Ellefe conduit par
des maximes bien differentes . Plus
Elle a eu de courage & de force
contre fes Ennemis , de zele
d'am
amour pour les Sujets , plus fa
tendreffe paternelle l'a preffée de
donner la Paix à unfi bon Peuple.
L'Europe aprés avoir publié , que
jamais un Roy nefut mieux fervi,
fe voit obligée d'avouer à la gloire
GALANT. It
e
d'un
immortelle de Voftre Majesté, que
jamais un Peuplene fut tant aimé.
La Guerre , il eft vray , n'avoit
point empêché les Sciences & les
belles Lettres de fleurir dans voftre
Royaume. Pendant que
cofté vous le défendiez avec tant
de fuccés contre les Puiffances confederées
, vous eftiez occupé de
l'autre à le réformer par la fageffe
de vos Loix , & à l'embellir
par la pureté des moeurs , dont V.
M. donnoit Elle même un exemple
plus fort que les Loix. Mais
fi pendant le tumulte des Armes
vous avezfçu faire regner la Fu
ftice , er vous oppofer avec Loute
12 MERCURE
la vigueur du Fils Aîné de
l'Eglife , aux nouveautez toujours
dangereuses , quel bonheur
pour l'Etat! Quelle protection pour
cette même Eglife ne devons - nous
pas attendre de la Paix ? Dans
ces efperances , SIRE , vos Su .
jers . qui paffent de la joye de vos
Victoires à celle de la Paix , augmenteroient
leur Zele & leur reconnoiffance
,fi l'on pouvoit ajoûter
quelque chofe à l'amour fincere,
refpectueux & fidelle qu'ils ont
témoigné pendant la Guerre pour
V.M. Pour nous , qui dans l'exer
cice de nos penibles emplois , prenons
un intereft particulier à la Paix ,
Yo
GALANT.
13
la meredes beaux Arts , nous efpe.
rons voir bien- toft voftre Univer
fité , l'ouvrage glorieux des Rois
vos Prédeceffeurs, rétablie dansfon
anciennefplendeur par la magnisficence
royale de Voftre Majesté.
Heureux , fi confacrant nos foins
à l'inftruction de vosjeunes Sujets ,
nous pouvon's leur apprendre
craindre Dieu , à respecter leur
Prince , & àfervir leur Patrie
perfuadez que de l'accompliffement
de ces devoirs dépend la fen.
reté des Etats , la puiffance des
Monarques , & la tranquillité des
Peuples. Les voftres , SIRE , n'ont
plus rien à fouhaiter , finon que
14 MERCURE
Voftre Majefte, au milieu d'une
auguste nombreuſe Famille ,
puiße voir longtemps les Enfans
defes Enfans , & leur apprendre
par fon exemple le difficile art de
regner , jouir Elle même , & faire
jouir les autres de la Paix qu
vient de rétablir dans l'Europe.
Elle
Ce que Mi Vittementa dit
fur la Paix , m'oblige à vous
faire part de ce que Mademoiſelle
Bernard , fi connue
par les beaux Ouvrages , a
écrit fur cette même matiere.
C'eft une Ode qui luy a fair
meriter le Prix des Jeux FloGALANT:
19
raux à Toulouſe . Elle l'adreffe
à M' le Chancelier , par ces
Vers .
Ne pouvant payer vos bienfaits
,
Fe mets à vos pieds la Couron
ne ,
Quepour avoirchantéla Paix,
Un Senat de Sçavans me donne, §
'Arbitre fouverain de tous les jugemens
,
Dans vos moins utiles momens ,
Examinez l'Arreft qu'ils vien
nent de me rendre ,
Authorifezleursfentimens ;
Mais c'est un nouveau Prix que je
n'ofe prétendre.
161 MERCURE
ANO
ODE.
La fin tout change de face ,
NosTemples ne font plus parez
De Drapeaux langlans , déchirez ,
Monumens d'une heureue audace.
Nous n'irons plus dans ces lieux
faints ,
Vainqueurs du refte des humains ,
Rendre grace au Dieu des Armées .
Réünis avec les vaincus , ® །
Goûtons dans nos ames calmées
Le bonheur de ne vaincre plus,
S
Par tout des chants fe renouvellent
Où nos plaifirs font exprimez;
De feux par la joye allumez
Par tout les Citez étincelent .
D'étoiles volantes aux Cieux
Filles d'un art ingenieux ,
GALANT
. 17
L'obfcure nuit eſt éclairée .
Elles portent par leurs efforts
Julque dans la voute azurée
Noftre allegreffe & nos tranſports ,
S
O Paix filong-temps attenduë ,
Tu reviens enfin parmy neus;
D'un jour plus ferein & plus doux
La lumiere s'eft répandue..
Les champs autrefois de folez ,
Dés que ton char les a foulez
Rendent des moiffons plus fertiles ;
Tu répans les fruits & les fleurs ,
Tu donnes les plaifirs tranquilles ,
Précieufe moifon des coeurs.
2
Pendant deux luftres endormie ,
Tu laiffas regner en repos
La valeur , vertu des Heros ,
Mais ta plus cruelle ennemie ,
Louis plus grand que fes exploits ,
Aouft 1698 .
B
18 MERCURE
T'appelle & tu viens à fa voix ,
Soumife autant que la Victoire.
Il prefcrit un terme , & foudain ,
Pour combler fes voeux , & la gloire ,
Tuluy mets l'olive à la main .

La Victoire toujours fidelle 7
Luy tendoit vainement les bras ,
Et prodigue de fes appas
Luy montroit une ardeur nouvelle .
En vain, pour conferver fon coeur ,
Elle joignoit en fa faveur
L'Escaut & l'Ebre avec la Seine ,
Et luy portoit jufqu'en fon char
Des lauriers , qu'elle n'euft qu'à peine
Accordez au front de Cefar.
S
Ny la Ligue en vaines idées
A fa honte fe confumant ,
Ny le fang ennemy fumant
Dans les campagnes inondées ;
GALANT.
19
Nyl'heureux Empire François,
Accru tous les jours par les droits
Que donnent le fer & la flâme ,
Ny tant d'autres lauriers offerts
Rien ne confoloit fa grande ame
' Du defordre de l'Univers.
S
Vous vous bornez , Heros vulgaires,
A faire trembler les mortels ;
Si l'on vous dreffe des Autels.
C'eft comme à des Dieux fanguinaires.
Ou fi vos projets font plus doux ,
Vos peuples teuls heureux par vous
Septent vôtre main liberale..
LOUIS preft à voir tout foumis,
Comble d'une faveur égale
Et fon peuple , & fes ennemis,
Quede feftes je vois renaiftre
Dans le lein d'un heureux loifit !
Bij
20 MERCURE
Les beaux Arts fçauront les choifir
Dignes des yeux d'un fage Maître .
Les Ris , & les Jeux , fans effroy
De la Vertu fuivront laloy ,
Et n'en feront pas moins aimables .
Les Vertus d'accord avec eux
Ne feront pas moins refpectables
Pour le mefler avec les Jeux .
2.
Telles qu'au temps de l'Innocence ,
Avant la contrainte & les Loix ,
Elles regnérent autrefois ,
Et firent aimer leur puiffance.
Telles la France va les voir
Reprendre leur premier pouvoir
Sous un Heros qui les adore.
L'exemple eft un ordre charmant ,
Et ce grand Roy les rend encore
Plus aimables en les aimant.
S
Qu'aprés de fi longues tempeftes ;
GALANT. 21
La Paix rende à jamais heureux
Les Sujets d'un Roy genereux
Qui la préfere à les conqueftes .
Que le Monarque fatisfait
Du doux fort qu'il nous aura fait
Dédaigne la gloire des armes.
Que les trompettes , les tambours ,
Avec le trouble , & les allarmes ,
Sortent de ces lieux pour toûjours,,
Le Difcours qui fuit eft
d'une perfonne , dont tous les
Ouvrages vous font plaifir.
Vous en voyez fouvent dans
mes Lettres. Le fujet de ce
dernier eft un Scrupule , dont
beaucoup de gens ont peine à
fe garantir , quoy qu'ils fçachent
bien qu'il est tout à fait
contraire à la raison.
T
9
22 MERCURE
SUR CE QU'ON CRAINT
d'eftre treize à table.
A MONSIEUR ***7
'Eftois à dîner , Monfieur ,
demaine chez M...
1
}
où je fis remarquer à un Gentilhomme
, auprés de qui je
me trouvay , que l'on eftoit
Treize à table. Il me parut en
eſtre agité , ſe ſouvenant de
ce qu'on ddiiffooiitt ffuurr cet article,
Qu'il meurt un des Treize dans
l'année. Ce mê ne Gentilhomme,
qui fembloit avoir quelque
preffentiment de fon fort
GALANT: 23
funeſte , eft mort depuis deux
jours ; & comme ſi ſa mort
fervoit de nouvel exemple à
autorifer la vieille tradition ,
qui attache une idée de
frayeur à Treize à table , elle
a efté fort alleguée fur ce fujer.
Pour moy , qui n'ay point de
fcrupule pour les Noces du
mois de May , comme on l'a
pu voir dans ma Lettre à Madame
de Q... auffi me fuis.
je marié autrefois dans ce
mois - là , je me trouve également
exempt de la crainte fuperftitieufe
d'eftre Treize à
table.
24 MERCURE
En effet , peut- on eftre ca
pable de s'effrayer du nombre
, contre la maxime , que
le nombre & la figure non funt
principia activa , ny l'un ny
l'autre n'eftant pas des caufes
à faire de foy ny bien, ny mal ;
& je ne voy pas qu'il y ait rien
de particulier dont on puiffe
accufer le nombre de Treize ,
pour en faire un nombre
meurtrier, & luy imputer d'efre
un homicide à table. Le
nombre de Treize eft compolé
de dix , qu'on tient estre
un nombre parfait , & de celuy
de trois , qui paffe pour
l'eftre
GALANT. 25
pas
l'eftre encore davantage . La
condition d'un tout ne doit
eftre inferieure à celle de
les parties , & ce qui eft parfait
ne fe regarde pas , comme
eftant de mauvais augure .
Ciceron remarque dans fon
Oraison pour S. Rolcius , que
fon Pere luy avoit laiffé treize
Domaines , qui touchoient
prefque tous le Tibre . Fun .
dos decem & tres reliquit , qui
Tiberim ferè omnes tangebant ;
& que ces grands Domaines
furent enlevez par Chryfogo.
nus , au préjudice du Fils heritier
du Pere. Mais ce ne fut
Loust 1698. C
4
26 MERCURE
pas la malignité du nombre
de Treize qui dépoüilla Rof.
cius de ce riche patrimoine
.
Ces heritages efloient tresfertiles
par leur situation auprés
d'un fleuve , qui les engraiffoit
de fon limon , & les
arrofoit de fes eaux ; & cette
bonté particuliere
de fond
abondant , excita la cupidité
de Chryfogonus
, en qui , &
non dans le nombre de treize ,
réfidoit le principe du malheur
de l'heritier
. Si le nombre
y fit quelque chofe , c'eſt
parce qu'il eftoit grand , & s'il
euft efté encore plus grand ,
GALANT.
27
comme de quatorze ou de
quinze, & c. ce méchant homme
auroit cu plus d'avidité à
sien emparer , & à s'en rendre
maiſtre .
lly a longtemps qu'eſt établie
la Coutume qui affemble
treize pieces pour la ceremo
nie du mariage. L'Hiftoire rap
porte que l'Ambaffadeur de
Clovis allant au nom de fon
Maistre fiancer Clotilde , offrit
un fou & un denier , c'eſt à dire,
treizepieces, perfolidumdena .
rium defponfavit . Si le nombre
de treize eftoit fatal , ce feroit
une cruelle imprudence d'en
Cij
28 MERCURE
faire un ufage dans le mariage;
mais bien loin que le Treizain
foit un arre pour le tombeau ,
on prétend s'en fervir pour
l'engagement d'une focieté
douce & riante , & destinée
à donner la vie & la naiffance
pour la propagation du genre
humain.
Dans le Zodiaque , ce grand
cercle , où le Soleil eft accompagné
de douze Signes , le
nombre de treize s'y rencontre
; cependant le Soleil dans
ce nombre de treize fait l'illumination
du monde ; & fi on
faifoit une fraction , ou une
GALANT: 29
fouftraction de ce nombre,
l'illumination de l'Univers en
pourroit fouffrir.
Dira- t'on , ce n'eft pas le
fait il s'agit en particulier de
treize à Table. Qu'ainfi foir ,
fuivons l'hypotheſe. Pourquoi
Treize , feroit-il là plus à
craindre qu'autre part, comme
s'il y faitoit quelque figure
dangereufe ? J'ay déja dit , que
la figure non plus que le nombre
, n'eftoit pas une caule
efficiente . Seroit- ce donc
que là où il y a treize , a treize , fix y
font en focieté , par deux à
deux , & que le treiziéme de-
C iij
30 MERCURE
4
meure feul ? Væ foli , malheur à
celuy qui eftfeul. Mais à le prendre
ainfi partout où l'on feroit
treize , il y auroit du danger.
Il y auroit autant à craindre
pour treize en ſe promenant
dans un bois , que pour treize
affis dans un Feftins pour treize
eftant dans un Navire , que
pour treize effant à Table .
Les Anciens qui ont voulu
regler le nombre des perfonnes
à Table , ont dit qu'il falloit
y eftre trois felon le nom.
bre des Graces , ou neuf ſelon
le nombre des Mufes :
Les Pythagoriciens l'augmen
GALANT . ૧૩
toient juſqu'à dix dans le Fe .
ftin de Xenophon , où Socrate
parle fouvent, & dans celuy des
fept Sages , écrit par Plutarque
, où d'autres fe trouvent
avec eux , le nombre eft plus
grand . Mais enfin , dans les
Saturnales de Macrobe , il y
eft parlé d'un repas , où Ve-
&tius déclare que l'on y eftoic
dans le nombre des Graces &
des Mufes enfemble . Hac præfentia
veftra Gratias & Mufas
implemus ; & ajoûtant à ces
douze le Roy de la Fefte , qu'il
ne comptoit pas , Rege excepto ,
-dit-il , cela fait treize , & ce
Cilj
32 MERCURE
nombre de treize , loin de luy
faire de la peine , luy fait plaifir
à le
rapporter.
Où peut- on donc prendre
la cauſe , pour ainfi dire , de
cette terreur panique fur le
nombre de treize à table ; car
efin plus d'une Nation en
eft frapée n'y a pas longtemps
que lifant la vie de Jean
Wibert, Comte de Rocheſter,
j'y vis un endroit marqué exprés
, d'un Soupé chez MadameWarre
, Belle-mere de ce
Lord , cù l'on eftoit treize à
table . Une jeune Demoiselle
en fit appercevoir le ChapeGAALNT.
33
lain, qui comme s'il cuft fenti
d'abord qu'il devoit estre la
victime priſe des treize , ſe retira
aprés le Soupé dans fa
chambre , tout troublé , & le
lendemain on le trouva mort
dans fon lit. Mais quelques
exemples qu'on puiffe ajoûter
de furcroiſt , exemples de foibleffe
d'efprit qui bleffent
mortellement
le coeur , ou exemples
de l'heure venuë pour
fortir du monde , il n'y a pas
Jà une raifon qui fatisfaſſe. Il
femble que quelques
- uns
cherchent la chofe dans cet
endroit de l'Evangile
, où il
34 MERCURE
eft dit que le Sauveur du mon
de faifant la Pafque, fe mit fur
le foir à table avec les douze
Difciples. Vefpere autem facto
difcumbebat cum duodecim Dif
cipulis fuis. Ainfi luy & eux
faifoient treize ; & il arriva
que l'un de ces treize mourut
bien toft aprés , fçavoir
Judas Iscariot ; mais ce
méchant mourut non pas

parce qu'on eftoit treize à
table , mais parce qu'il eftoit
un Traiftre
, qui ayant esté fi
malheureux
que de conjurer
contre le Prince de la vie , fut
pouſſé par le deſeſpoir
à ſe déGALANT.
35
faire luy-même. Ce fut , non
le nombre de treize , mais fon
coeur perfide , qui l'executa à
mort.
Aurefte , quelle induction
peut-on tirer de cet exemple?
Dans ce repas de la Paſque on
eſtoit treize à table . De ces
treize , l'un mourut un pey
aprés . Donc on doit craindre
pour quelqu'un dans l'année
quand on fe rencontre treize
enfemble à manger . S'il eftoit
permis de raiſonner de la forte
, on pourroit dire avec un
autre exemple de l'Evangile ,
le mauvais Riche eſtant
que
36 MERCURE
feul à table mourut la même
nuit . Donc il y a fujet de
craindre qu'on ne meure bientoft
lors qu'on mange ſeul.
On ne doute pas qu'il ne
meure affez fouvent dans le
cours d'une année quelqu'un
de ceux qui ſe font trouvez
à table , douze , ou onze , ou
dix , ou neuf , ou huit , & c.
Peut on inferer de là qu'il y
à un principe de mort dans
ces nombres ? La conclufion
n'en eft pas plus vrai- femblable
pour le nombre de treize .
La mort arrive par une
action naturelle , ou violente.
GALANT.
37
#
Or le nombre , eu égard aux
repas & à la table , n'agit pas
là davantage qu'en un autre
lieu , il n'a pas là un droit cedé
de la mort , plus qu'autre part.
S'il y avoit à Table quelque
chofe à craindre du nombre ,
ce feroit plutoft de celuy de
quatorze , que de celuy de
creize ; car il y a de l'apparence
que plus le nombre de perfonnes
eft grand , plus la mort y
a de prife. De plus , on ne fait
aucune attention fâcheuſe au
nombre de treize , au lieu que
la famille d'Hippocrate &
de Galien rend redoutable le
38 MERCURE
nombre de Quatorze , auquel
elle tient que les malades font
en grand danger, & que même
plufieurs y meurent.
On doit enfin obferver ,
qu'au repas auquel le Sauveur
du monde , & les douze Difciples
avec luy , faifoient treize à
table , ce nombre de treize à
table eftoit pour luy & pour
eux un nombre ordinaire.
C'eftoit le nombre de la famille
à tous les repas , comme
d'un Pere qui a douze enfans ;
de même que lorfque Jacob
mangeoit avec fes douze Fils ,
on eftoit treize à table . Or ce
GALANT. 39.
ne fontque les choſes extraordinaires,
où il y a du prodige &
quelque idée de fingularité ,
qui étonnent , & qui faffent
craindre un accident funefte.
Je m'imagine donc que celuy
qui a fait le premier un
pronoftic de danger pour un
des treize qui fe trouvent
table , à moins penſé au nombre
précis de treize , qu'à ce
que ce nombre là eft plus
grand que celuy qui eft ordipaire
aux repas. Or dans un
nombre confiderable de perfonnes
, il s'y rencontre des
infirmes comme des robuftes,

40 MERCUR
E
des intemperans comme des
fobres, des vieux comme des
jeunes enfin des conftitutions
differentes , foit de nature
, foit par l'âge ; & il ne ſe
peut pas que dans cette diverfité
de gens , il n'y ait là quelqu'un
du grand nombre , qui
dans l'année ne paye le tribut
de la mortalité , ou par une
défaillance ou par quelque accident.
Au fonds , il en eft de la
Mort , comme des Seigneurs
de Dixme. Si comme quelques-
uns , elle prend , pour le
dire ainfi , de treize gerbes
GALANT. 4L
une ; comme d'autres , elle
prend la dixme tantoſt à douze
, tantoft à dix , tantoft à
fept , & quelquefois même au
quint. Ainfi il n'y a point de
nombre , quel qu'il foit , qui
faffe une exception du droit
Seigneurial de la Mort . Je
tiens donc , que la peine qu'on
fe fait de le rencontrer treize
à table , eft une erreur popu !
laire , de même que le fcru
pule de ſe marier au mois de
May , & qu'il faut rejetter ces
erreurs qui viennent du peuple
, comme on repudie de
Aoust 1698.
D
42 MERCURE
י ד
méchantes hereditez. Je fuis ,
&c.
Mr Arnauldes , Avocat aut
Parlement de Paris , & du Siege
Royal de Niort , ayant eu
l'honneur d'eftre commis par
Sa Majesté à l'exercice de la
Charge de Bailly , Lieutenant
General , Civil & Criminel ,
Commiffaire Enquetteur &
Examinateur du Bailliage &
Siege Royal de Vouvans en
Bas Poitou, en attendant qu'il
y air efté autrement pourvu ,
en fit l'ouverture le 10. de ce
mois , & aprés avoir fait enregiftrer
l'Edit de création de ce
GALANT .
43
nouveau Siege , & fon inſtalla .
tion faite par M' de Maupeou ,
Comte d'Ableiges , Maitre
des Requeſtes , & Commiffaire
départy pour l'execution de
fes ordres en la Generalité de
Poitiers , il fit le Difcours
fuivant.
MESSIEURS ,
Vous venez d'entendre la le-
Eture de l'Edit de création du Siege
Royal Bailliage de ce lieu de
Vouvans , & des Commiffions
dont il a plu à Sa Majefié de
nous honorer en attendant
que
les
Offices de Fudicature qui le com
pofentfoient remplis. Vous voyeZ
Dij
44 MERCURE
en même temps jufqu'où va l'excés
de la bonté du Roy , en élevant
cette Terre à la dignité d'un Siege
Royal , & en luy communiquant
par là une partie de fon autorité,
des rayons defa Couronne , pour
l'agrandiffement & pour la felicité
defes Peuples. Qui l'eust cru,
Meffieurs, qu'un figrand Roy , qui
a le monde entier pour objet defes
grandes auguftes reflexions ,
euft daigné favorifer de quelque
regard benin , & de la moindre de
fes pensées , cette petite Contrée ,
qui n'est , à proprement parler ,
qu'un point imperceptible de fa
Sphere ? Qui fe fuft imaginé que
GALANT. 45

le Genie tutelaire de la France euft,
pour ainsi dire , abaiẞé la gravité
l'excellence de fes operations ,
pour éclairer l'obscurité de ces bois ?
Non , Meffieurs , cette folitude ,
ces bois , ces rochers n'auront plus
rien d'affreux ny defauvage , On
y entendra la voix harmonieufe .
& les chants melodieux de la
Déeffe Themis , qui ne rendra plus
fes oracles qu'àl afpect & fous les
influence de ce Soleilmiftique &
moral de Justice. Annuntiaverunt
Coeli juftitiam ejus , dit
le Propbete. C'eft cetteJustice originale
du Souverain , qui fera le
premier mobile , & fera agir tous
1
I
46 MERCURE
les Orphelins,
les refforts de cette naiſſante &
royale Jurifprudence . Elle dompte.
ra l'iniquité, tranquillifera le trou
ble des Familles , appuyer a les foi .
bles , les Veuves
contre l'oppreffion & la tirannie
des Grands , punira le crime &
récompenfera la vertu . Tout fera
enfin applany à la feule veuë du
Prototype créé de la Justice . Louis
le Grand , noftre invincible Monarque
; invincible
par
les beroïques
& furprenantes actions don't
il vient d'étonner tout l'Univers;
mais plus invincible encore par fa
propre défaite volontaire , & par
la victoire qu'il vient de remporter
GALANT:
47
{
fur luy-même. La conquefte des
coeurs que ce Monarque s'eft acquife
par là , eft une conqueste bien
plus feure que celle qui se fait par
lebouleversement des Citadelles.
Foy tout eft tragique , & n'eft en
effet que
l'abomination de la défolation
prédite par Daniel. La mer
n'y est celebre que par fes naufrages
& par fes tempestes , le Ciel par
Lesfeux & par fes éclairs , & la
Terre par fes aneantiſſemens. Là
au contraire , ce ne font que des
actions de graces ponr la pofterité ,
des monumens ineffaçables de l'éternité
, & les veritables fruits de
la Paix. Mais je laiße icy , Meſ48
MERCURE
fieurs , la matiere intariffable de
l'Eloge du Roy , penetré que je
fuis de la perfuafion où font tous
Les Peuples defon fond de merite
inimitable , Vide-
>
perfonnel
runt omnes populi gloriam
ejus , dit le même Prophete Royal.
Je laiffe , encore un coup , cet amas
pompeux & glorieux de trophées
deLauriers , tant de victoires
gagnées , tant de Provinces fub
juguées , tant de Villes prifes , quoy
qu'imprenables à d'autres qu'à
Louis le Grand , & cela par mi
propre ferilué , par l'inégalité
de l'Orateur à un fi grand ſujet ,
pourdire avec Saluste que comme
il
GALANT.
49
il n'y ajamais de grands exemplesfans
quelque mélange d'imperfection
, omne magnum exemplum
habet aliquid ex iniquo,
tout le fujet de mécontentement
que vous pourrez fouffrir d'un
changement , d'ailleurs fi avanrageux
, vient de la difference
des Officiers , & de la perse que
vous venezde faire de ceux qui
vous ont auparavant adminiftré
la justice avec tant de droiture d
d'integrité. Mais , Meffieurs,
vous avez cette confolation ", que
M' Poitevin , Procureur du Roy
de la Commiffion , & moy , ne
fommes tout au plus que des Aftres
Aoust 1698. E
50 MERCURE
errans & paffagers , & que le ré.
tabliffement de ces Officiers ne doit
pas eftre longtemps fufpendu De
ma part je le fouhaite de tout mon
coeur pour leur fatisfaction , &
tâcheray cependant de les imiter ,
& de rendre pendant cette espece
d'interregne , avecle plus de defin .
tereffement & d'affiduué qu'il me
fer a poffible, la justice qu'il a pleu
au Roy de me confier.
C
3 A
Voicy des nouvelles qui
doivent vous faire plaifir, puis
que vous aimez à eftre inftruite
de ce qui le paffe dans les
Royaumes éloignez. C'eſt la
GALANT. St
copie d'une Lettre du Pere
Morifet, Jefuite.
A
▲ Chandernagor dans le
Bengale lez Janu 1697 .
Prés le départ précipité
de l'Elcadre de Mr de
Serquigny, pour retourner de
Surate en Europe , fans aller à
Bengale , l'occafion fe prefenta
d'y aller fur un petit
Vaiffeau Portugais qui partoit
inceflamment
. Nous nous
embarquâmes dedans , & fîmes
heureulement
le trajet
de Surate à Bengale en un
mois , mais avec beaucoup
E ij
52 MERCUR E
plus de rifques , de dangers &
de fatigues , que celuy de
France aux Indes , ce Vaiffeau
eftant dépourvû de toutes
chofes. Il revenoit de la Chine,
& avoit eftè deux ans dans
fon voyage. Ainfi toutes les
manoeuvres ou agrés eftoient
pourris , ou manquoient
fans voiles de rechange , &
le pis , fans Pilote qui nous y
put conduire. Je fus obligé
avec un de nos Freres , de veiller
à la route nous relevant
de quatre heures en quatre
heures jour & nuit. Enfin ,
graces auSeigneur, aprés avoir
1
GALANT.
$3
effuyé les pluyes & les orages
prefque pendant toute la rou
te, nous arrivâmes le 22. Juin
à Balaffor , qui eft une Bourgade
à dix ou onze lieuës de
l'entrée du Gange , où l'on
prend des Pilotes pour entrer
dans ce fleuve . Ayant un Pilote
nous le montâmes juſqu'à
Chandernagor , ou Chandavagor
, Loge des François ,
qui eft à environ foixante
lieuës dans les terres . Nous
y trouvâmes les deux Vaiffeaux
François , l'Ecueil & le
Gaillard , qui n'ont pû encore
fortir pour retourner en
Europe.
E iij
54 MERCURE
Dés que nous y fûmes arrivez
,M'des Landes , qui y eft
Directeur , receut le Pere Tachart
au bruit du Canon ;
mais luy & tous les François
furent bien furpris d'apprendre
le retour de l'Elcadre.
C'est cependant une providence
de Dieu , que ces deux
Vaiffeaux foient reftez icy
pour la confervation de la
Loge Françoile , & de ceux
qui y demeurent . Il y a déja
quatre ou cinq ans que Soubaching
, quicft un petit Prin
ce de ces environs , s'eſt révolté
, & fait des ravages furieux
GALANT.
ST
:
dans cette Province . Voicy
ce que j'en ay appris. Sus
Soubaching eftoit un petit
Fermier du Mogol , ayant
permiffion de tenir quinze où
vingt Cavaliers , & quelques
Fantaffins , pour défendre &
lever les droits du terrain qu'il
tenoit à ferme du Mogol Un
autre Fermier , fon voifin , fiz
quelque incurfion fur les Ter
res . Celuy - cy s en plaignit au
Nabal ou Gouverneur de la
Province , en demandant jus
ftice, & permiffion de lever des
Troupes pour oppofer à fon
Ennemi , ce que le Nabal lay
E iiij
16 MERCURE
ayant permis , il fit tant de di
ligence qu'en peu de temps
il reprit tout ce qu'on luy
avoit enlevé ; & non content
de cela , pouffa ſon Ennemi
fi vivement , qu'il le chaffa de
fes propres Terres , luy enleva
fes richeffes , & la vie même ,
l'ayant pris dans fa Ville Capitale.
Ce Soubaching enflé de fes
victoires , trouva une occafion
favorable pour étendre fon
Domaine , par la difcorde du
Nabal & du Divan , ou Inten
dant des Finances de cette
Province. Ce dernier ne pou
GALANT. “
57
vant fouffrir que dans un
temps de révolution le Nabal
euft tant de Troupes fur pied,
repreſenta au Prince que les
Bengali eftoient tres- contens
du joug du Mogol , qu'ils ne
fongeoient qu'à leurs mar
chandifes , & qu'ainſi c'eſtoir
une dépenfe fuperfluë d'avoir
dans cette Province tant de
gens de guerre. Le Nabal peu
aprés receut ordre de conge
dier ces Troupes , ce qu'il executa
malgré luy ; & plufieurs
difent que pour s'en vanger il
fit folliciter fous main le Soubaching
; d'autres diſent que
58 MERCURE
ce fut Soubaching luy même
qui voulut profiter d'une fi
belle occafion . Quoy qu'il en
foit , il entra dans les Terres
de fon Maistre , & en peu de
temps il fe rendit mailtre de
tous les bords de cette Riviere
, mit par tout des Doüa .
niers pour y recevoir les droits
qui cftoient dûs au Roy , & il
fe feroit rendu maistre de tout
Le Royaume , s'il ne fuft mort
par un accident , laiflant un
Fils âgé de douze ans fous la
tutelle de fon Frere. Celuy cy
réfolu de continuer les def
feins de fon Frere , eft en perGALANT.
59
fonne à dix ou douze journées
d'icy , où il prend & pille tout.
Il a pris d'affaut la Fortereffe
où l'on gardoit les trefors du
Roy , & attend de pied ferme
l'Armée du Nabal , qu'on dit
qui vient pour chaftier ce Re.
belle ; mais il y a déja trois
mois qu'elle eft à faire cinq ou
fix journées de chemin.
Ce Rebelle a mis à une
lieuë d'icy un Camp volant de
mille Chevaux & quelques
Fantaffins , qui donnent fouvent
des alarmes aux Hollandois
& aux Portugais qui y ont
leurs Loges , parce que ceux60
MERCURE
cy les chafſoient d'une Fortereffe
nominée Ougouly , qui
appartient au Mogol , & dont
ils s'eftoient rendus les maiftres.
Nous les voyons fouvent
de nosfeneftres fe battre,
à la verité de loin , car ils fe
tiennent avec un grand courage
en prefence pendant fept
ou huit heures hors la portée
du moufquer des uns des autres
, & là font de grandes décharges.
Il n'y a que quelquesuns
des plus hardis qui vont
brûler une ou deux maifons
ou cafes du pays , aprés quoy
chacun ſe retire. Ils n'ont en
GALANT. 61
core fait aucune infulte aux
François ; mais cependant on
ne s'y fiepoint , & l'on a fait un
Baſtion de dix pieces de Canon
du cofté de la terre , &
l'on entoure la Loge d'un
foffé. Nous devons noftre repos
à la prudence & à la fageffe
de M' des Landes , qui
eft icy honoré & eftimé de
tout le monde , & aux Equipages
des Vaiffeaux , qui font
garde dans la Loge ; car dans
une révolution comme cellecy,
tout le monde eft maiſtre,
& pêche où il peut attraper.
Nous devons dans peu de
62 MERCURE
jours nous embarquer pour
Merguy , & de là aller par terre
à Siam . C'eft un Vaiffeau
Mogol quinous mene .Tout le
monde menace le Pere Ta-.
chart que le Roy de Siam le
veut renvoyer en France pour
pacifier toutes choſes . C'eſt
encore un long voyage pour
nous , mais la volonté de Dieu
foit faite. Jefuis , & c.
Je ne doute point que vous
ne lifiez ces Vers avec plaifir.
Ils ont efte faits pour une tres
aimable Perfonne ,
GALANT.
63
STANCES.
Left temps de partir mon coeur
ILeva voir Iris ,
Dont la vertu rare & fublime ,
Ravic par (es attraits les coeurs & les
efprits ;
Marque luy bien tes foins , fais luy
voir ton eftime.
S
Qu'à te montret foûmis , humble ,
reconnoiffant ,
Ta felicité foit bornée ;
Donne luy de ton fonge un plaifir
innocent ,
Et predis de les jours l'heureuſe deſtinée.
2
Iris , fi vous voulez l'en croire , &
l'écouter
,
+
1
64 MERCURE
Cecy ne fera plus un fonge
Vous verrez que mon coeur ne fçait
point inventer ,
Et qu'un fonge en un mot n'eft pas
toûjours menfonge.
S
Mon coeur enfevely dans un profond
fommeil ,
Voyoit une augufte Affemblée ,
Où des Juges rangez en ſuperbe
apareil
,
Paroiffoient agiter une affaire embroüillée.
2
Là deux vieux Avocats parloient
avec chaleur ,
Et difputoient l'un contre l'autre,
Pour voir qui fortitoit de la lice
vainqueur ,
Il s'approche, & des deux il reconnut
le vostre .
GALANT. 65
S
Tout le monde furpris de fon profond
fçavoir ,
Admireit fa belle éloquence ,
Quand vous cherchant par tout , &
brûlant de vous voir,
Mon coeur vous aperçût au fond de
l'Audience
S
Vous aviez l'ait tranquille, un viſage
ferain ,
Mais la chicane à force ouverte
Faifoit trop éclater fon baibare deffein
Son regard hautement menaçoit
voſtre pérte..
Quel fpectacle étonnant fe prefente
à mes yeux!
Caton defcend dans une nuë ;
douft 1698.
F
66 MERCURE
Il s'affied fur un Trône , & d'un air
gracieux ,
Şur tous les Senateurs il proméne ſa
vûë.
S
La chicane trembloit & tous fes Sectateurs
;
Par tout regnoit un froid filence ;
Par un port grave & fier Caton glaçoit
les coeurs ,
Et chacun admiroit fa noble contenance,
L'Auditoire obfervoit & fon gefte
& les yeux ,
Lorſqu'il le leve de fon Siége ,
Et qu'oſtant fon bonnet de fon Chef
radieux ,
Il adreffe ces mots à ce nombreux
ortege.
GALANT. 67
4
Mortels qui profanez & détruiſez
les Loix ;
Vous que la brigue & l'injuftice
Corrompent chaque jour par leurs
flateuſes voix
Et qui laiffez regner le crime & l'artifice.
2
Le merite accable , l'innocence aux
abois ,
Et la Juftice qu'on détefte ,
Implorant mon fecours pour foutenir
leurs droits ,
M'ont contraint à quitter ma de meu,
re celefte.
S
Mortels , je vais m'en plaindre
plus puffant des Dieux ,

Qui fçaura mettre en voftre place
D'integres Magiftrats , fçavans , judicieux
6
Fij
68 MERCURE
1
Et vanger la verru de fa trifte dif
grace .

Ce digne Juge aprés jette les yeux
fur vous.
Son ame de vous voir ravie ,
Sourit , & confondant vos Ennemis
jaloux ,
Il apostrophe ainfi voſtre adverſe
partic.
S
Le celefte Senat vous ordonne aujourd'huy
/ D'abandonner voſtre pourſuire ;
Je fuis de l'innocence un jufte & ferme
appuy ,
Et vous perfecutez en Iris le merite.
S
L'aveugle ambition qui trouble tous
vos lens ,
Nous cauſe une futpriſe grande ;
GALANT: 69
Et le Ciel vous déboute avec frais
& dépens ,
De vos droits prétendus , & de vôtre
demande.
Tous vos deffeins pervers , vos rufes
, vos détours ,
Se font en ce lieu fait connoiftre,
Vous vous en ſouviendrez , fi jamais
de vos jours
Les Piéces à la main l'on vous voit
réparoiftre.
S
Aprés avoir rendu ce folemnel Arreft
,
Caton remonte fur fa nuë,
Et vous tendant la main , je prens
voftre intereſt ,
Dit- il , & le dérobe alors à noftte
vûë. Pa
$
70༡༠
MERCURE
A l'inftant je me trouve affez pro.
che de vous
Sur une éminente montagne ,
Où le grand Apollon d'un air affa
ble & doux
Faifoit briller par tout le jour qui
l'accompagne.
Ce rendez-vous charmant rendoje
mon coeur furpris
D'une auffi belle deſtinée ;
Je vis avec plaifir de mille beaux
efprits
Sur ce fuperbe Mont Iris environnée.
Un Bâtiment fameux eftoit auprés
de nous ;
C'eftoit le Temple de Memoire ,
Où mille grands Heros pleins d'un
defir jaloux
GALANT.
༡ ་
Trouvent par des hauts faits le féjour
de la Gloire .
2
Là je vis un Autel où l'Augufte
LOUIS
Eftoit auprés de la Victoire ;
Ce lieu rétentiffoit de fes faits inouis
,
Et le divin Orphée y chantoit ſon
Hiftoire.
2
Un grand peuple élevoit un Temple
à ce Heros
Sur le fommet du Mont Parnaffe;
Pour nous avoir rendu la Paix & le
Repos ,
Et mefme entre les Dieux il avoit
déja place ,
S
Le puiffant Apollon d'abord cftant
entré
72 MERCUR E
Suivi de fa troupe fçavante ,
En caracteres d'Or dans ce Temple
facré
Ecrivit voftre nom , & remplit mon
attente.
2
J'aperçus les neuf Seeurs danfer au
tour de vous
Pour celébrer voſtre merite ,
Et le Pere du jour lut hautement à
tous
L'ifle de BORNEO de voſtre main
écrite.
S
Mais le merite , helas ! n'eft jamais
fans jaloux.
La difcorde pleine de rage
Souleva le Parnaffe , & les Dieux
contre vous
Vous voyant fur le fexe emporter
l'avantage.
La
GALANT.
73
La fourbe de rechef jetta trois Pommes
d'or
Au milieu de noftre Affemblée ;
Chacun couroit aprés cet immortel
Tréfor ,
Et j'en vis difparoiftre une dans la
mêlée.
S
La Déeffe portant l'orguëil dans
les esprits ,
Prononça d'un ton fier & grave ;
Cocurs fans embition , vous n'eſtes
point furpris
Qu'Iris , cette mortelle , & triomfe
& vous brave?
Voftre peu de
2
courage échauffe
mon couroux ,
Et voftre lâcheté m'irrite ,
Ces Pommes ne font point pows.
elle ny pour vous ,
Aouſt 1698 .
74 MERCURE
Mais regardent icy la plus belle en
merite.
&
Chacun aprés ces mots , interdit &
confus ,
A quitté ce Temple celebre ;
Tout fut calme à l'inftant , les coups
n'en furent plus ,
It ne le paffa point d'avanture fu .
nebre.
S
Déja je m'éveillois le coeur plein de
regret ,
Mais ces deux Pommes enchantées,
Lorique je regardois derriere mon
chevet ,
Se font dans le moment à mes yeux
preſentées,
S
Iris , je ne veux point vous en faire
un larcin ,
GALANT.
75
Et fur le champ je vous envoye
Ce precieux dépoft que m'a fait le
deftin ,
Je rens à la vertu ce trefor avec
joye.
a
Sur ces deux Pommes d'or dont les
Dieux font jaloux ,
Voyez cette Sentence écrite.
Le Ciel met en Itis fes plaifirs les
plus doux
Iris eft aujourd'huy la plus riche en
merite.
S
L'Illuftre Scade¹y de la main de
Paris ,
A reçû , dit - on , la troifiéme ;
Elle en meritoit deux comme vous ,
belle Iris ,
Et je veux dés ce foir l'apprendre
d'elle-mefme.
G ij
76 MERCURE
Voicy un Difcours que M'de
Joly Bois, Chapelain de Saint
Germain de Laxis , a fait à M
de Bezons , Archevêque de
Bordeaux , en luy prefentant
un Livre intitulé , Les anciens
Decrets des Conciles de Bordeaux.
MONSEIGNEUR.
Comme l'Eglife n'admet
point de nouveauté , foit à
l'égard de la Religion , qui
doit eftre Une, Sainte, Catholique
& Apoftolique , fuivant
la décision du Concile de Nicée
, tenu vers l'an 325. où fe
GALANT.
77
trouverent trois cens dix- huit
Evêques , pour l'établiſſement
de la Foy , foit à l'égard de la
réforme des moeurs Ecclefiaftiques
; j'ay crû qu'il eftoit
de mon devoir , ayant recou
vré ces anciens Decrets de
voftre Dioceſe , faits par deux
de vos Prédeceffeurs , auffi
remplis de pieté & de zele
pour la gloire de Dieu , que
d'affection & de foins paternels
pour la difcipline de leur
celebre Clergé , de vous les
prefenter , en mettant voftre
nom au commencement de
ce Livre , afin de leur acque
G iij
78 MERCURE
rir plus d'autorité , & de les
faire revivre parmy un Peuple
qui vient de vous eftre confié,
par un effet tout particulier de
la mifericorde & de la bonté
divine ; voſtre promotion à
l'Archevêché de Bordeaux
ayant réveillé ma hardieſſe à
vous les offrir , afin qu'ils paruffent
fans crainte fous voftre
protection. En effet , leur en
pouvois-je chercher une plus
glorieuſe ? Où aurois je trou
vé en même temps cette naiffance
illuftre , tant d'éminentes
dignitez , & un affemblage
plus parfait de tant de fcienI
79
GAALNT
.
ces & de beaux talens ; enfin ,
un attachement plus fidelle à
tout ce qui a rapport à la
gloire de Dieu , & à l'unité de
fon Eglife , & un amour plus
veritable pour le falut & l'union
de fes Enfans , & pour
le foutien de la Religion ? Je
ne doute point, Monleigneur ,
que vous n'cuffiez embraffé
les mêmes travaux , fi vous
aviez vêcu avant ces grands
Prelats ; mais voftre merite
n'en fera pas moins recommandable
ny moins éclatant
aujourd'huy , que vous etes
à la tefte d'un Chapitre , qui
G iiij
80 MERCURE
eft un des plus auguftes du
Royaume. Ce feroit icy le
lieu de repreſenter au naturel
quelques - unes de vos vertus ,
Monſeigneur ; mais la grandeur
d'ame qui vous fait donner
de fi bonne
grace aux au
tres les louanges dont vous
les eftimez dignes , vous rend
d'une modeftie fi delicate fur
tout ce qui vous eft avantageux
, qu'il ne me refte qu'un
filence plein de refpect &
d'admiration pour un Prelat ,
qui le trouvant à toute heure
capable de faire les actions les
plus élevées , regarde avec inGALANT.
81
>
difference celles qu'il a executées
: ces vertus , dis-je , qui
n'ayant pour témoins que les
yeux de Dieu , & ceux de voftre
bonne conſcience ne
peuvent par conſequent venir
jufqu'à la connoiffance du
Public . Mais cependant , qui
eft- ce qui ne fçait pas que voftre
efprit , Monfeigneur , eft
né pour les chofes les plus
difficiles ; que rien ne luy
coute ; qu'il acheve avec facilité
tout ce qu'il commence ,
parce qu'il n'entreprend & ne
Touhaite rien que de jufte , &
que la pieté fait toujours la
82 MERCURE
1
regle de la conduite ? Qui eft.
ce qui n'est pas perſuadé de
la pureté de voſtre coer ? Que
diray - je de cette politique
avec laquelle V. G. Içait manier
les affaires les plus impor
tantes , qui font impraticables
aux autres ; & dont vous vous
tirez toujours avec autant de
fuccés que de gloire ? Puis - je
oublier cette bonne volonté
avec laquelle vous protegez
ceux dont les interefts vous
font chers ? En un mot , vous
faites , Monseigneur , l'honneur
de tout ce qu'il y a de
Prelats diftinguez dans l'EGALANT:
83
glife ; & il femble quel'eſprit,
la hauteur d'ame , la conduite
& la profperité le foient unis
de concert dans voftre digne
perſonne, Y a t-il rien de plus
glorieux pour vous que cette
éclatante diftinction que le
plus grand Roy de l'Univers
& le plus judicieux des Rois ,
par un choix vifſiblement inſpiré
du Ciel , a fceu faire de
voftre Famille , pour réunir
en elle tout ce qu'il y a
de plus augufte & de plus
grand dans l'Etat , foit dans
l'Eglife , foit dans la Robe ,
foit dans les Armes ? N'eſtes84
MERCURE
vous pas trois illuftres Freres ,
Monfeigneur , dont chacun
remplit avec honneur un pofte
éclatant ? Quel fujet de
joye , quel comble de felicité
pour votre Maiſon ? Mais
quel honheur pour la Capitatale
de la Guyenne , d'avoir
un Archevêque auffi éminent
en doctrine & en vertus, qu'en
dignité & en naiſſance , fi capable
d'y maintenir la Religion
, d'y faire revivre la diſcipline
Ecclefiaftique , d'y affurer
l'innocence , & d'y détruire
le menſonge , & qui ap .
prend aux hommes qu'il n'eſt
GALANT.
8
pas impoffible d'avoir toute la
politeffe & toutes les bonnes
manieres du beau monde , fans
en avoir les defauts ! Cette
fublimité de genie , qui ne
fervant qu'à vous attirer ce
qui vous eft dû fi legitimement
, inspire une parfaite
eftime pour voftre merite aux
Perfonnes de la premiere qua
lité , & un amour refpectueux
pour V. G. aux Pauvres , qui
vous cheriffent comme leur
Pere , & qui vous honorent
comme leur Maiftre , eft un
têmoignage irreprochable de
Ce que javance à vostre ce
86 MERCURE
loüange . Voftre Palais Archie.
piſcopal va devenir un Temple
, une Academie où tous
les Sçavans trouveronr mille
biens , une reffſource aſſurée
pour tous les neceffiteux , &
un rendez- vous general pour
tons les affligez , d'où aucun
ne fortira jamais , fans ceffer
au moins pour quelque temps
de fe compter au rang des
malheureux
. Ne fçait on pas ,
Monſeigneur , jufqu'où vos
foins le font étendus indifferemment
fur tous ceux qui en
ont eu befoin , qu'ils ont réuffi
principalement à ramener au
GALANT. 87
fein de l'Eglife un nombre infini
de ces infortunez de voftre
Evcché d'Aite , que le
malheur des temps , ou les
faux préjugez de l'enfance on
avoient éloignez ! Les belles
Lettres , Monfeigneur , que
vous avez toujours cultivées,
cheries & protegees
, ayant
fait mon unique occupation
,
j'efpere avec confiance que je
pourray avoir quelque part à
l'amitié & à la bonté dont
vous prévenez ceux qui font
affez heureux pour eftre con .
nusde vous , puilque vous eftes
immuable dans votre choix,
88 MERCURE
1

conftant dans vostre eſtime ,
& ferme dans votre prote
ction , quand vous l'avez une
fois donnée ? Quelle confola
tion pour vous, Monſeigneur,
de vous voir revêtu d'un Archevêché
, en faveur duquel
le Pape Innocent V. décida
cette fameufe Controverfe
pour la Primatie d'Aquitaine ;
de forte qu'on n'y reconnut
plus la Primauté de celuy de
Bourges , & à qui le même
Potife accorda de grands
Privileges pour fon Eglife Mc.
tropolitaine de S. André, dont
M'de Lopés a compoſe de
GALANT. 89
puis peu l'Hiftoire. Ce qui en
marque l'antiquité , Monſeigneur
, c'est que V. G. fçait
que les Prelats des Gaules y
affemblerent un Concile l'an
385. où Prifcillien fut condamné
; que le Pape Siricius
eftoit affis alors fur le Siege de
Saint Pierre , & Saint Delphin
fur celuy de vostre Province ;
qu'on en tint deux autres en
1093 & en 1098. fous Urbain ( 1 .
qu'Amé , Legat de ce Pontife,
& Archevêque de ce même
lieu , y préfida ; que Pierre de
Val Roufle y fit publier des
Conftitutions Synodales en
Aonft 1698.
H
90 MERCURE
1263. que Meffire Antoine Prez
volt de Santac y en celebra un
Provincial l'an 1580 au fujet
de la Police Ecclefiaftique
, &
que Meffire François Defcou .
bleau , Cardinal de Sourdis ,
en tint un autre pour le même
fujet en 1624. aprés avoir fait
des Ordonnances
dans des Synodestenus
en plufieurstemps
differens ; fçavoir en 1600.
1608. 1609. 1611.1618 ; & en 1620,
Servez donc , s'il vous plaift ,
d'exemple & d'azile , Monleigneur
, à ce noble Clergé, qui
eft fous voftre dépendance
,
contre les Ennemis des veri-
I
GALANT. gf
tez facrées qu'il enſeigne.
Donnez luy voftre approba
tion pour les documens falu.
taires qu'il propoſe , & ne luy
refufez pas voftre benediction
aux pratiques faintes qu'il
confeille d'employer , afin de
les rendre utiles à ceux qur
voudront les fuivre. Sous cette
protection aucun n'olera l'atsaquer
fous cette approbation
on ne luy pourra rien reprocher
, & fous cette benediction
il n'y a point à douter
qu'il ne profite. Heureux du
moins dans mes defirs , ſi je
puis, Monfeigneur, par un dé-
Hij
92 MERCURE
youëment fincere & definte
reflé , marquer à V. G. les fen .
timens de relpect que je con.
ferve pour fon illuftre Famille ,
& luy rendre aujourd'huy ce
témoignage de reconnoiffan
ce de toutes les bontez , afin
que ceux qui liront ces Decrets
, foient perfuadez de la
foumiffion profonde avec la
quelle je fuis & feray toute
ma vie , & c .
M' de Chaſtillon , Confeiller
au Parlement de Belançon ,
a épouié depuis peu de temps
Mademoiſelle Boilot, Fille de
GALANT.
93
Mile Procureur General de ce
même Parlement. Ils font l'un
& l'autre des meilleures Familles
de la Province. M'de
Chatillon eft fort honnefte
homme, & Madame fon Epou.
fe une tres-aimable perfonne.
Quelque temps auparavant
M de Charentenay , cy, des .
vant Capitaine de Cavalerie
dans Romainville , Fils de
feu M' Marefchal , Premier de
la Chambre des Comptes du
Comté de Bourgogne , d'une
Famille dont je vous ay entretenue
plus d'une fois , avoit
épouféMademoiſelle de Beau94
MERCURE
4
marché , Fille de M ' de Beau
marché , Seigneur de Mife
rey , Ecuyer du Roy à Belançon
, Mode Beaumarché eft:
fort honnefte homme , habile
dans fa profeffion , & qui
styneft toujours particulierement
diftingué. Son Acade
mie eft parfaitement bien entretenue
, & Monfeigneur luy
fir l'honneur d'y monter en
1683. Il eft connu de Sa Majefté
, qui a témoigné en faire
cas en plus d'une occafion.
Il a mis à cheval plufieurs
Princes & Grands Seigneurs '
de l'Europe , tels que M⚫ les
GALANT:
95
Princes de Baden, de Bergues ,
d'Eftenhuile , le Duc de la
Meilleraye , Dom Gabriel , &
Dom Sylverio Quinones , &
plufieurs autres d'un rang tresconfiderable.
On fera ailément
perfuadé de fa capacité
& de lon exactitude , lors que
l'on sçaura qu'il eft Eleve de
feu M' du Pleffis ; qu'en cette
qualité il s'est fait connoiftre
du Roy , & qu'avant que le
Comté de Bourgogne fuſt à
la France , Mrs de Befançon
le demanderent pour tenir
leur Academic. Elle est à prefent
remplie de fort beaux
96 MERCURE
chevaux , & composée d'habiles
Maiftres pour tous les
Exercices d'un Gentilhomme,
& même d'un Grand Sei
gneur.
Je vous ay parlé de l'excellent
Difcours que M'l'Abbé
de Soubife prononça le mois
paffé en Sorbonne. Comme
ce jour-là il fit donner congé
à Harcourt , M' Deftampes ,
Chevalier de Malte , l'un des
Ecoliers de ce College , luy
en fit le remerciment fuivant
au nom de tous . Je ne l'avois
pas pour vous l'envoyer quand
je
GALANT: 97
je vous fis le détail de cette
action.
REMERCIMENT
A M L'ABBE'
DE
SOUBISE
D
E la part de tout le Par
naffe,
Prince , je viens vous rendre
grace
Du loifir que vosfoins ont fceu
nous procurer.
Apréslafurprise profonde
Où ce fuperbe Eloge a jetté tout
le
monde,
Aouſt
1698,
I
98 MERCURE
1.Ilfalloit un peu reſpirer.
Chacun vous admira dans tous
ces jours celebres,
Où de la fombre Erreur diffipant
les tenebrest
On fait preuve d'esprit &de ca ·
pacité,
Où toute la Doctrine eft mife en
étalage,
Où l'amour de la Verité
Se fait un Art du plus fimple
Langage.
Mais on n'avoit point crû que
cette Langue enfin ,
Qui s'étendit par tout où l'Empire
Romain
Porta la gloire defes Armes ,
GALANT . 99
Puft fe parler avec les mêmes
charmes ,
Dont Rome rempliffant fes foins
religieux ,
Fadis a celebré fes Heros & fes
Dieux.
Quels traits ! quel feu ! quelles
graces parfaites
Retracent le Monarque à nosyeux`
éblouis !
Rien n'est plus digne de Loüis
Quel' Eloge que vous enfaites.
Pour luy , telle au milieu des fanglantes
défaites ,
Eclata des Rohans l'heroïque vertu
[ combattu .
Et vous avez parlé comme ils ont
Tij
100
MERCURE
Mais quel que foit l'esprit qu'e
vous chacun admire ,
Prince , pardonnez
nous , ſi nous´
ofons vous dire
Que ce n'estpoint àfa feule beauté
Que ce Difcours
est imputé
:
Er quelques
raisons
qui s'oppofent
,
Ce que j'avance
icy n'eft point
Sans fondement
,
Les plus beaux traits qui le
compofent
,
Sont des beautez defentiment .
L'Amour qui vous prévient , le
Sang qui vous anime ,
Jette une expreffion
fublime
,
Des miracles de l'Art éternel or
nement.
GALANT: 101
Ce Fuge inexorable , & qui prononce
en Maiftre ,
Qui fans eftre ébloui des Titres
éclatans
,
Pefe le merite longtemps
Avant que de le reconnoistre,
Et qui dans fa rigueur , loin de fë
relâcher ,
Ne donne
que
l'encens qu'on luy
peut arracher,
Le Public , en un mot , par un
commun fuffrage,
Porte jufques au Ciel cet adorable
Ouvrage
Mais pour le relever tous les efforts
font vains.
I iij
102 MERCURE
Nos loüanges pourtant ont un merite
extrême ,
Ne les
rejettez pas ,
dit luy même
le Ciel nous
Que le plus * pur encensfe donne
par nos mains.
* Ex ore infantium & lactentium perfecifti
laudem tuam .
Je vous envoyay dans ma
Lettre de Juin une Galanterie,
intitulée , Accordfait entre Al-
Vranie. Les Maximes cidor
qui font contenuës dans cet
Accord ont donné lieu à M²
Doulieu , de Limoges , d'en
faire de contraires , dont je.
GALANT. 103
me crois obligé de vous faire
part.
MAXIMES GALANTES .
To
Oute l'ambition d'un
Amant doit le borner
à pouvoir eſtre ſans témoins
avec ce qu'il aime . C'est dans
ces heureux momens que le
coeur s'explique avec certe liberté
charmante , qui bannit
la crainte & la trop grande circonfpection
. Contens du bon .
heur d'eftre enfemble , ils
comptent pour rien le reste du
monde , ou s'ils y penfent , ce
I iiij
104 MERCURE
A
n'eft que pour s'en faire un fa .
crifice entier l'un à l'autre.i
II. Lors que deux Amans
fe trouvent dans quelque lieu ,
où la bien - féance ou la neceffité
les obligent de garder le
filence , ils doivent pour lors
fe fervir du langage des yeux .
Il eft tendre & infinuant , &
F'on peut dire que c'eft un prefent
que l'Amour a fait aux
hommes , pour adoucir les
maux qu'il leur fait endurer
chaque jour.
III. Les converfations des
Amans ne doivent point eftre
de la nature que l'on agite
GALANT: 105
dans le commerce du monde.
Rien n'y doit refpirer l'air fatal
d'indifference. Les mots
d'amour & de tendreffe , les
langueurs & les tranfports
même doivent eftre de la partie
, & pour tout dire , enfin ,
quiconque fait profeffion d'ê
tre amant , doit fe faire une
loy de n'employer dans les
difcours qu'il tient à ce qu'il
aime, que tout ce que l'amour
a de plus touchant & de plus
paffionné.
IV. Que je hais ces cen
feurs trop feveres , qui condamnent
la plus legere attein106
MERCURE
teinte qu'on pourroit donner
au bras d'une jolie Maiftreffe !
Il faut qu'ils ayent des coeurs
plus durs & plus infenfibles
que les Tygres mêmes ; car
qui pourroit ne pas fuccomber
à l'aimable tentation d'attacher
fes lévres fur une belle
main qu'on trouve égarée ?
Ce fcrupule tiendroit de la
beftife , ou tout au moins d'une
timidité outrée , & je foutiens
que ceux qui fe fentent
du penchant à l'un de ces deux
vices , ne doivent jamais pen .
fer à fuivre les êtendars de
l'Amour.
GALANT. 107
V. Le tefte à tefte à mon gré,
eft la choſe la plus charmante
que l'on trouve en amour.
Loin de le condamner comme
quelques uns qu'il faudroit
chaffer pour jamais de la terre,
je l'approuve ; mais auffi il faut
y apporter de certains temperamens.
Par exemple , il ne
faut pas qu'il foit trop long ,
ny qu'il revienne fi louvent ,
de peur qu'il ne degenere en
habitude , & qu'il n'ait plusque
ce foible agrément des plaifirs
communs. Il faut encore,
fil'on veut que le tefte à tefte
ait toute la perfection , qu'il
to8 MERCURE
·Y ait un temps confiderable
qu'on le fouhaite , & qu'on ait
pris de grandes peines pour
le ménager. C'est alors que le
plaifir fe fait fentir dans toute
fa pureté.
VI. Un Amant ne doit jamais
quitter la Maîtreſſe, ſans
luy faire connoiſtre vivement
deux choſes : le regret qu'il a de
fe féparer d'elle , &l'impatience
où il eft de la revoir. C'eft aux
yeux à faire connoiftre l'un &
l'autre par leur trifteffe & par
leur langueur , & la bouche
doit aufli laiffer échaper quelques
paroles qui marquent un
GALANT. 109
empreffement plein d'inquietude.
C'est la methode des
coeurs veritablement amoureux
, & c'est celle que je confeille
àtout le monde de fuivre.
VII. Les vifites ne fçau .
roient eftre trop frequentes
chez une perfonne que l'on
adore. C'est une marque infaillible
d'un grand attache.
ment & du mépris que l'on fait
du refte des hommes pour ne
plus vivre que pour ce qu'on
aime. Que ce plaifir eft fenfible,
& qu'il cft doux de paffer
fes jours auprés de celle pour
laquelle on lesfacrifieroit avec
plaiifir.
110 MERCURE
VIII. L'abſence eft la pier
re de touche en amour. Chacun
fçait les ravages qu'elle
fait d'ordinaire dans les intrigues
, & l'on peut dire en fûreté
qu'une perfonne eft veritablement
engagée , quand
elle a paffé par cette épreuve.
Pourquoy aprés cela luy défendre
ces tranſports de joye,
& ces épanchemens de coeur
à la vûë d'un Amant dont le
retour luy rend la fanté &
quelque fois la vie ? Quelle
cruauté? Pour moy , je ne puis
ſupporter cette rigueur , & je
permets en cette occafion à
GALANT. 111
toute Maiftreffe de donner libre
carriere à fa joye , & de laiffervoir
à fon Amant tout ce
qu'elle reffent pour luy .
IX . Je veux dans le tefte
å tefte beaucoup de modeftie
d'une part , & beaucoup de
refpect de l'autre' ; mais auffi
profitez de l'occafion , Amans
heureux, elle revient rarement
quand on la neglige .
X. Les repas doivent eftre
comme les derniers moyens
dont fe fert un Amant qui brûle
de fe voir heureux. En effet ,
quoy qu'on en dife , Bacchus
& l'Amour ont toûjours efté

112 MERCURE
dans une parfaite intelligence
, & qui fçait ſe ſervir à pro
pos du premier , n'aura pas
de peine à fe rendre le fecond
favorable.
XI. Quelque chofe qu'en
ait pû dire l'Auteur de l'Ac ,
cord d'Alcidor & d'Uranie
un Amant doit à table ſe met,
tre toûjours à coté de la Mai.
ftreffe , pour eftre comme à
l'affuft des bons momens que
la liberté qui regne dans les
repas , fait naiftre fans ceffe. Il
doit employer les regards les
plus tendres & les difcours les
plus paffionnez pour luy per
GALANT. 113
fuader qu'il l'adore , & fi dans
ces fortes de plaifirs , il ne gagne
rien fur le coeur de la Maitreffe
, il peur moralemeng
compter qu'il ne deviendraja .
mais heureux .
XII. Je ne puis affez condamner
ces Maiftreffes qui refuſent
fans raifon les prefens
de leurs Amans . Outre que
c'eft une espece de mépris ,
c'eft auffi une marque certai
ne que la perfonne ne les touche
guére. Peut - on refufer
quelque chofe d'un homme
que l'on eftime & que l'on ai
& tout ce qui vient de luy
Aouft 1698.
me ,
K
114 MERCURE
1
ne doit - il pas eftre d'un prix
infini ? En verité, cette maniére
d'agir devroit estre entiérement
bannie en amour , &
cette circonfpection outrée
dont ufent la plupart des femmes
, merite d'eftre regardée
comme un crime irremiffible ,
En vous apprenant le mois
paffé , la reception qui a efté
faite à Blois ,à M' Berthier,fon
premier Evêque , je vous manday
que le P. Prieur de S. Lomer
luy avoit fait un fort beau
Difcours à la tefte de ſa Communauté.
J'en ay recouvré
GALANT. 115
1
une copie, & je vous l'envoye ,
La lecture de ce Difcours vous
fera connoiltre que ce n'eft
pas fans railon qu'on l'a choifi
déja plufieurs fois pour Supe.
rieur en differences Maiſons
de fon Ordre .
MONS
ONSEIGNEUR,
Il n'est pas neceffaire que nous
vous demandions , comme l'on fit
autrefois à Samuel fi voftre Entrée
eft pacifique. Nous ne recevons
pas un inconnu Nous fommes
méme fuffisamment informez
du fujet qui vous amene en cette
Kij
116 MERCURE
Ville , & foit que nous regardions
voftre Perfonne foit que nous confiderions
le miniftere facré que vous
venez exercer au milieu de nous
tout nous annonce la paix , tout
nous affure de la paix , tout nous
fait goûter par avance les fruits
delicieux de la paix . Peut on vous
avoir connu , Monseigneur , peut .
on avoir en le bonheur de vous
poffeder , peut on encore maintenant
vous voir fans trouver des
affurances de paix , & d'une paix
abondante dans la douceur de vot
regards , dans l'affabilité de vos
paroles dans les airs majeftueux
, mais en même tempsmo-
>
GALANT 117
deftes agréables de toute voftre
perfonne ? Peut on ne pas goûter
les fruits de la paix , lors que penetrant
dans vostre efprit & dans
voftre coeur , on y découvre des lu
mieres perçantes , une érudition
profonde , une charité tendre &
univerfelle , une prudence que la
maturité de l'âge , l'experience
dans la conduite des ames , mettent
à l'abry des faillies d'un Zele
impetueux , qui fouvent fait faire
à de jeunes Prelats des démarches
irregulieres , qui les décreditent
dans l'efprit des plus fages, & leur
font perdre la refpestueuse affection
que les Peuples leur doivent ?
I
118 MERCURE
Il n'y a rien de femblable à appreà
bender pour vous , Monseigneur
tous lespeuples vous font acquis ;
les grands & les petits vous font
dévouez. Vous trouvez en en .
trant dans votre Dioceſe tous vos
peuples dans des fentimens d'amour
, de joye , de veneration
de docilité , que d'autres Prelats
auroient de la peine à obtenir aprés
plufieurs années de gouvernement,
& de tres grandes profufions de
graces .A voir les transports de tout
Le monde, on peut dire fans flaterie,
que fi le droit des élections eftoit
encore en vigueur, tous nos fuffragesfe
feroient réunis pour vous
GALANT. 119
I
I
nommer premier Evêque de Blois,
en forie que le choix du Prince n'a
fait que s'accommoder à nos defirs
D'où vient cela , finon qu'entre
mille qualite qui relevent voftre
grandeur , celle de Prince de paix ,
qu'un Prophete attribuë à J. C.
dont les Evêques font les Images
les Lieutenans , l'emporte par
deffus les autres ? Qualité douce
& honorable en tout temps , mais
convenable fur tout à ce temps
heureux , où nous ont fait arriver
les armes invincibles de noftre vi.
Etorieux & triomphant Monarque.
Quellefavorable conjoncture,
120 MERCURE
qu'en même temps que LOUIS
LE GRAND donne la Paix à
toute l'Europe , il donne à fa chere
Royale Ville de Blois un Prince
de Paix , qui va nous en faire
goûcer tous les fruits tous les
avantages ? Ne nous plaignons
plus de ces difficultez fachenfes , de
ces retardemens ennuyeux , qui
pendant quelques années ont ſufpendu
noftre joye , reculé noftre
bonheur , tiré des foupirs de noftre
coeur des murmures de noftre
bouche. Comme la divine Provi .
dence fe plaift toujours d'enrichie
d'agréables ornemens fes plus
grands Onvrages , c'eftoit elle qui
ne
GALANT 127
ne deftinant de nous donner une
Paix generale que dans ce temps,
vouloit , Monfeigneur , que vous
en fuffiez l'ornement & la couen
ménageant tellement
ronne
tous les momens , qu'ilfe rencon
traft que Blois receuft ensemble,
la Paix, fon premier Evêque..
Ceux qui connoiffent votreil
luftre Maiſon , ne feront point
furpris que nous
ous honorions de
cette belle qualité de Prince de
Paix . Vous la tenez comme par
droit d'heritage de tant de grands
hommes , à qui vous eftes
et vous eftes lié par
le fang. Onfe fouvient avecplaifir
des ſervices ſignalezque tant de
Aoult 1698.
7
L
122 MERCURE
sdea
Prelats & de Magiſtrats de voſtre
nom, ont rendus a l'Eglife e à
l'Etat , en fe faifant les fermes
appuis de la Religion & de laFu.
ffice ; Vertus qu'on sçait travaile
ler fans ceffe fur la terre à maintenir
le bon ordre , à conferver la
tranquillité publique , & à faire
regner une idée agréable. Ši je
voulois m'étendre , jeparterois des
Evêques de Rieux & de Mon.
tauban, vos Oncles , que la pieté, la
douceur, lafcience, & fur tout une
charité divine à fecourir les miferables
par d'abondantes aumônes,
ont rendus fi celebres . Je parlerois
du premier Prefident de Berthier
GALANT. 123
qui fut d'une fidèlité inviolable
pour fon Roy dans ces temps diffi
ciles où l'efprit de fedition caufoit
de finétranges mouvemens dans
tout le Royaume, Je parlerois des
Maiftres des Requeſtes , des Confeillers,
& des Avocats Generaux
du même nom qui ont tant contribué
à contenir Touloufe dans
fon devoir , à inſpirer la paix
la foumiffion aux Peuples qui
eftoient confie à leurs foins .
Mais ilfaut aujourd buy , Mon
feigneur résister à l'envie qu'on au
Toit de parler de ceux qui vous tou
chent , pour ne parler que de vous,
même, pourfeliciter ce nouveau
Lij
124 MERCURE
Diocefe ,fur lebonheurqu'il doit fo
promettrefous vostre fage gouver
nement Nous éprouverons fans
dosise bien soft qu'àla veïe d'unfi
aimable Paſteur , le Troupedu dia
viſeſe réunira, les Brebis depuis
fi longtemps égarées rentrerant de
bonnefoy dans le Bercail, char.
mées de vos vertus , fe rangeront
avec plaisir ſous votre boulette.
Ceferaprincipalement en cepoint
que vous meritèrez d'eſtre appellé
un Prince de Paix Blois par vos
Joins deviendra une nouvelle Tou
louſe , c'est àdire yune Ville qui ne
peatfouffrir l'Erreur. Helas !nous
gemiſſons encore quand pow's y
e
GALANT. 127
penfons , que lafumée du puits de
Abime s'eftant élevée dans l'air ,
a infecté ce beau climat¦ & a corrompu
des efprits de foy tres -douse
tres dociles: En vain depuis
plus d'un ficcte plufieurs petits
Aftres ont joint leurs lumieres
pour diffiper ces brouillards
rendre à noftre Cielfa ferenité. Il
falloit un Soleil ardent & lumi.
neux qui produifift ce grand effet,
en nous ramenant le beaujour de
la pureVeritétup soolag
a
C'est à vous , Monfeigneur; què
cette gloire ftoit refervée : En de
Unant le premier Evêque de
Blow vous allez renouveller la
Liij
126 MERCURE
Religion , vous alle rejoindre les
deux Partis à la Pierre Angulaire,
& rétablir fur le fondement des-
Apoftres des Propheses , les
pierres que l'efprit d'erreur en avoit
arrachées. Vousferez vousmême
le lien précieux de paix &
de charité , qui unirez les coeurs
& les esprits pour faire regner
Dien au milieu de nous , ou
urir par là une carriere éclatante
de pieté , de verité & de vertu à
tous les Prélats qui doivent vous
fucceder , & à qui vous fervirez
àjamais de modelle. Venez donc,
Prince de paix , venez prenire
heureusement poſſeſſion de nus,
ili d
fir T
796
706
/
6
*
Unfeuere deuoir ai
70X6
cis n'oseroit plus se montrer à mes
543

Un feuere deuoin a bani de c
GALANT: 127
>
des chofes facrées que Dieu dépofe
entre vos mains .
La Chanfon que je vous
envoye eft fort approuvée des
Connoiffeurs. Les paroles font
de Mi le Comte , Confeiller au
Parlement de Toulouſe , &
l'Air eft de M Aphrodile ,
Maiftre de Mufique du Chapitre
de Saint Sernin , de la
mefme Ville .
AIR NOUVEAU.
:1
Nfevere devoir a banni de
ces lieux
UNfor
Le beauBerger que j'aime.
Liiij
128 MERCURE
<
Tirfis n'oferoit plus fe montrer à
mesyeux ,
Rien n'eft égal à ma douleur extrême.
Un fevere devoir a banni de ces
lieux
Le beau Berger que j'aime.
Il y a de la destinée en bien
des chofes , & l'avanture dont
je vais vous faire part , en pour.
ra fervir de preuve . Une jeune
Fille tres bien faite , cut à pei
ne atteint l'âge de quinze ans,
qu'elle commença à s'appercevoir
des avantages qu'elle
avoit reçeus de la nature, par
GALANT. 129
les conqueftes que ſa beauté
Juy fit faire. Comme elle l'avoit
piquante , & qu'elle fçavoit
la foûtenir par des manieres
auffi vives qu'agrea
bles , plufieurs Amans s'emprellerent
à fe déclarer , & il y
en eut d'affez richesparmi eux
pour meriter d'eftre écoutez
favorablement
; mais quoyque
famere, qui avoit foin de regler
toutes les démarches , luy con
feillaſt de choisir , elle réſiſta
à fes confeils , & ne trouvant
pas en eux dequoy réparer ce
qui luy manquoit du cofté de
la naiſſance, elle luy dit d'une
170 MERCURE
maniere fort refpectueule ,
qu'elle la preffois inutilement,
& que le bien ne l'ébloüiroit ja
mais affez pour luy faire chan
ger la réfolution qu'elle avoit
faite de ne fe marier qu'à un
Gentilhomme, Cefentiment,
& la confiance qu'elle avoit
en fa beauté, luy avoient don
né je ne fçay quoy de fier & de
noble qui avoit fon agrément,
& qui ne s'éloignant jamais
de l'honnefteté, eſtoicun charme
attirang dans une jolie
perfonne. Elle effuyoit quel
quefois d'allez rudes plaintes
defa Mere , qui n'ayant pas
GALANT. 131
l'ame d'une auffi grande élevation
ne pouvoit fouffrir
fans peine qu'elle refuſaft les
Partis avantageux qui fe prefentoient
de jour en jour; mais
elle luy répondoit en riant
qu'il falloit laiffer agir fon E
toile , & que fes années n'e
ftoient pas encore affez nombreules
pour l'obliger à préci
piter un choix dont tout fon
bonheur dvoit dépendre . Elle
menoit cependant une vie
fort agréable, cherie , recher.
chée de tout le monde , &
ayant beaucoup d'Amies qu'-
elle s'eftoit faites par l'égalité
132 MERCURE
de fon humeur, & par la dou !
ceur de fon efprits Une d'entre
elles l'ayant un jour priée
d'une collation qu'elle donnoit
pour fa fefte, elle y parut
avec un éclat qui la fit voir
toute belle. Il s'y rencontra
quelques jeunes Cavaliers , &
le hazard ayant fait que le
nombre s'en trouvaſt égal à
celuy des Demoifelles , il fut
propofé que chacun d'eux. tireroit
au fort pour avoir une
Maiftreffe qu'il ferviroit pendant
le regale avec le titre
d'Amant. La chofe ayant efté
approuvée , un Cavalier des
GALANT. 933
mieux faits & des plus galans
écheut à la Belle. Il n'avoit
que vingt ans ou environ , &
fes airs fins & polis , mais fages
en même temps ne contri
buoient pas peu à le faire fou
haiter dans les belles.compa
gnies , Il fit fon compliment
à la Belle, quil pria de vouloir
bien agréer ce que le fort as
voit fait en la faveur , l'affu
rant que s'il luy avait efté per
misde choisir, il n'auroit eu des
yeux que pour elle , & auroit
raché en luy, voüant tous fes
foins, de la faire conſentir à la
qualitéd'Amant que le hazard
134 MERCURE
luy avoit donnée. La Belle luy
répondit d'un air gracieux ,
qu'elle avoit à craindre que
lors qu'il la connoiſtroit , il
ne de plaignift de l'injuftice
du fort qui l'auroit affujetti
pendant quelques heures , à
luy rendre des devoirs , dont
ilofe feroit acquitté ailleurs
avec plus de gloire , puis qu'il
y auroit trouvé plus de merite.
Cette converfation particu
liere s'eftant échauffée de
vine extrêmementvive ; ceque
celle qui donnoit la fefte ayant
remarqué, elle vint dire tout
bas à l'oreille de la Belley qui
GALANT.
135
elle pouvoir fans fcrupule
écouter le Cavalier ; qu'étant
d'une fort bonne Maifon , il
meritoit de toucher fon coeur,
& que fielle vouloit ſuivre fes
ávis , d'un Amant de Lotterie ,
elle tâcheroit de s'en faire un
vray Amant . Il parut que ce
confeil fit impreffion fur cette
jolie perfonne , puis qu'elle fe
montra fi aimable aux yeux
de l'Amant qui avoit droit dé
prendre ce nom , qu'il réfblut
d'employer toutes fortes de
moyens pour le garder. Il la
conjura d'agréer fes foins à
l'avenir , & la maniere dont
136 MERCURE
elle affecta de s'en défendre
ne fervant qu'à augmenter les
defirs en les irritant , il fe, fepara
d'elle le plus amoureux
de tous les hommes . Dés le
lendemain , illuy alla offrir un
captif qui ne vouloit point
rompre les chaînes , & ſa paffion
, quoy que naiflante, fembloit
déja eftre au plus haut
excés. Il eftoit jeune , mais
maiftre de fa perfonne , quoy
qu'il dépendiſt en quelque
maniere d'unTureur qui avoit
foin de fon bien. Ainfi comme
il fe déclara bientoft pour
le mariage , on n'en fufpendit
GAALNT. 87
la conclufion , qu'autant qu'il
fallut de temps pour obliger
ce Tuteur à y confentir. La
réfiftance qu'il y apporta fit
d'autant plus de peine à la
Mere de la Belle , qu'il le prefentoit
plufieurs Partis plus
confiderables dum coſté du
bien , mais la Fille eftoit, ent
teftée de la qualité , & elle
n'examinoit rien , pourvû qu'-
elle fuft la Femme d'un Gontilhomme.
D'un autre coflé ,
l'Amant que le hazard luy
avoit donné , eftoit fait d'une
maniere à fe faire aimer des
plus dédaigneufes, & fes bon.
Aoust 1698.
M
138 MERCURE
nes qualitez luy avoient fait
acquerir une réputation qui
parloit fort à fon avantage.
Les obftacles que fit naiftre
le Tuteur, cefferent fitoft que
le jeune Gentilhomme
fut
venu à bout de mettre de fon
parti la pluſpart de fes Parens.
Le mariage fe fit , & depuis
longtemps on n'avoit point
vû un fi beau couple. Leur
bonheur fur grand , puis qu'il
fut égal à leur amour , mais il
dura peu. La mort fepara ces
deux Epoux , qui eftoient encore
Amans ; & la Belle demeurée
Veuve au bout de fix
GALANT. 19
mois , fut dans une douleur
inconfolable. L'abattement
où la mit la perte qu'elle voic
faite , luy fit negliger d'abord
le foin de fon bien ; mais comme
les grandes afflictions durent
rarement dans les malheurs
qui font fans remede ,
elle fongea enfin à fes interefts.
Les droits qu'elle avoit
fur le bien de fon Mary , luy
firent apprehender de longuess
difcuffions , & fa crainte n'eftoit
pas fans fondement , puis :
qu'elle avoit affaire à fon Tuteur,
qui n'avoit pas approuvé
fon mariage. Il fallut pour-
Mij
140 MERCURE
tant l'aller trouver. Il la receut.
avec beaucoup de froideur ;
& luy dit qu'il ne pouvoit rien
réfoudre pour elle , qu'aprés
qu'il auroit examiné à loifir
fi fes prétenfions eftoient auffi
juftes qu'elle les croyoit. Il devint
infenfiblement plus gra
cieux qu'il ne luy avoit paru
lors qu'elle avoit commencé
fes follicitations auprés de luy,
mais elle s'appercevoit qu'il
cherchoit toujours à faire
traîner la choſe , & cette lenteur
dont elle eftoit rebutée ,
la porta enfin à luy dire, que s'il
ne faloit pour fortir d'affaires,
GALANT. 141
¡
que renoncer à une partie de
fes droits , quoy qu'on les
trouvaft inconteſtables , elle
s'y refoudroit plus volon
tiers qu'à effuyer toutes les
chicanes qu'attirent ordinairement
les meilleurs procés.
Le Tuteur luy répondit qu'elle
alloit bien vîte ; qu'il n'étoit
pas jufte qu'elle per dift ce
qui luy eftoit légitimement
acquis , & que s'il avoit formé
-jufque-là des difficultez fur fes
demandes , il ne l'avoit fair
qu'afin que le plaifir de la voir
luy puft durer pluslongtemps.:
La belle Veuve fut fort fur14.2
MERCURE
priſe de cette douceur , mais
elle le fut beaucoup davanta
ge quand il ajouta que
fi un
homme de foixante ans pou
voit ne la dégouter pas entie
rement , il eftoit preft de la
rendre Maistreffe de tout fon
bien , qui eftoit tres- confiderable.
La Belle écouta d'abord
la chofe comme une plaifan .
terie qui luy eftoit tombée
dans l'efprit pour le réjouïrs
mais il luy fit fibien voir par
toutes les chofes qu'il luy die.
enfuite , que la propofitionétoit
ferieufe , qu'elle fut con
trainte de luy répondre ferieu
t1
1
GALANT. 143
fement. Elle avoit époulé fon
Pupille par la feule veuë de fa
naiffance , & avec le même
avantage elle trouvoit dans le
Vieux Tuteur tout ce qu'elle
pouvoit fouhaiter , pour s'affurerune
fortune éclatante . Elle
crut n'en devoir pas laiffer échaper
l'occafion , & en luy
permettant l'efperance fans
s'engager tout - à - fait , elle
Penflamma fi bien , qu'elle fe
vit en pouvoir de luy impoſer
des conditions , Le bon hom .
me confentit à tout , & ce lecond
mariage mit la belle
Veuve dans une telle abon244
MERCURE
dance , qu'elle n'eut plus rien
à defirer. Elle vêcut avec luy
d'une maniere à ne luy donner
aucun fujet de fe repentir de
l'avoir prife pour Femme . Sa
complaifance alloit au devant
de toutes les shofes qu'il pou
voit fouhaiter d'elle , & elle
évitoit avec grand foin tour
ce qu'elle croyoit capable de
luy caufer de la peine. Une
conduite fi fage fut récompenſée
par l'entiere liberté où
un fecond veuvage la mit trois
ans aprés ce nouvel engagement.
Elle eut enfuite à choi
fir parmy les Adorateurs qui
vinrent
GALANT
145
vinrent en foule luy offrir leurs
voeux . Tout contribuoit à les
attirer , la beauté , l'efprit , le
merite , & plus que tout , un
grand bien dont elle effoit la
maîtreffe : Comme elle n'avoit
jamais eu d'Enfans , il y avoit
beaucoup d'apparence qu'elle
voudroit le faire des heritiers
àqui laiffer fa fucceſſion . Sa
Cour devint groffe , & pour
éloigner les
prétentions que
chacun pouvoit avoir elle di
foit fort
agréablement qu'elle
n'avoit qu'une legere tenta
tion de faire lignée , ce qui ,
pourroit eftre caufe qu'elle fe
Aouſt 1698. N
146 MERCURE
conferveroit dans l'heureux
eftat d'indépendance où il avoit
plû à Dieu de la mettre;
mais que s'il luyprenoit jamias
envie d'en fortir , elle ſe ſentoit
un gouft particulier qui la
porteroit à choisir quelqu'un
qui tiendroit tout d'elle , afin
d'avoir le plaifir de faire un
heureux, du moins par le bien ,
fielle ne le pouvoit faire par
le merite de fa perfonne . Elle
eftoit aimable par tant d'en
droits , que cela fut écouté
commeune chofe qu'une mo
deftie outrée luy faifoit dire,
fans qu'elle fongeaft à l'exeGALANT.
$47
cuter . Trois ou quatre ans fe
pafferent de cette forte. Elle
donnoit de l'amour , & n'en
prenoit point , & les Partis importans
qu'elle refuſoit , commencerent
à faire croire qu'-
elle avoit deffein de demeurer
Veuve. Une affaire de confequence
qui luy furvint tout à
coup , l'appellant dans une
Province des plus éloignées ,
elle n'y voulut point mener
d'équipage , & prit des places
dans un Caroffe de voiture ,
qui la conduifoit fans embarras,
au lieu où fa prefence étoit
neceffaire. Il s'y trouva par ha
Nij
148 MERCURE
zard sun. Cavalier tres - poli ,
qui voyant fur fon vifage des
traits fort brillans, fit d'abord
tout ce qu'il pur pour fçavoir
qui elle eftoit. Elle ne voulur
fe faire connoistre que pour
une Plaideufe affez malheu →
reufe pour avoir affaire à des
Chicaneurs qui la tourmen
toient injuftement . Le Cavalier
qui alloit au même licu ,
luy offrit de bonne grace tout
le credit qu'il pouvoit avoir ,
& luy trouvant beaucoup de
delicateffe d'efprit , il eut avec
elle des converſations aufli
vives qu'enjoüces. Sa perfon
GALANT. 149
ne eftoit fi recommandable ,
qu'il ne faut pas s'étonner ſi
pendant la route il prit delle
tout le foin où l'honnefteré
engage ceux qui fçavent viyre.
Tout ce qu'elle voulut
bien luy dire , c'eft qu'elle
eftoit Veuve, & que fon Mary
lui ayant laiffé un peu de bien ,
elle alloit le difputer contre
des Parens qui ne vouloient
pas l'en laiffer joüir. Le peu
de fortune qu'elle fe donnoit,
eftoit affez vray - ſemblable.
On la voyoit dans une voiture
publique , & elle n'avoit
avec elle qu'une Femme de
Niij
150 MERCURE
chambre & un Laquais , ayant
donné les ordres pour un plus
gros train , fi fon fejour devoit
eftre long. Quoy que le Cavalier
ne la cruft rien moins
que ce qu'elle eftoit , il garda
toujours un fort grand refpect
pour elle , & par fon empreffement
à luy rendre avec ardeur
les petits fervices qui
eftoient en fon pouvoir, il luy
faifoit affez voir qu'elle avoit
touché fon coeur. Elle les recevoit
tres- civilement , com .
me d'un homme en qui elle
trouvoit du merite, & l'entretien
agréable qu'ils avoient
GALANT. 151
enſemble ne contribuoit pas
pcu à leur faire moins fentir la
longueur des jours , toujours
ennuyeux dans les voyages.
Ils en avoient déja paſſé quatre
enfemble , lors qu'aprés
un grand orage , ils traverſe .
rent un endroit fort dangereux
, où une cheure d'eaux
eftoit venuë fondre. Le Caroffe
n'ayant pû avancer aſſez
promptement , & l'eau s'augmentant
toujours , la Dame
couroit rifque de la vie , fi au
peril de la fienne , le Cavalier
ne l'euft retirée de ce mauvais
pas. 11 ne fe peut rien ajoûter
Niiij
152 MERCURE
à ce que la réconnoiffance
fit
dire à la Dame. Un moment
aprés , il la vit dans quelque
trouble pour une caffette qu'
elle craignoit qui ne fuft perduë
, & tout d'un coup , fans
écouter les prieres qu'elle luy
faifoit de ne fe point hazarder,
il le précipita de nouveau dans
l'efpece de torrent qui s'eftoit
formé , & rapporta la caffette.
Ces marques d'intrepidité
, &
d'envie de luy marquer combien
il eftoit veritablement
à
elle , toucherent fon coeur au
dernier point, & l'engagerent
pour luy à une tres forte eſtiGALANT.
153
me . Le voyage fait , il choifit
pour la loger le lieu le plus
commode de la Ville , & il l'y
alla voir avec beaucoup d'affiduité.
Comme elle ne pouvoit
donner ordre à fon affaire fans
fe déclarer pour ce qu'elle étoir
, le Cavalier commença
à prendre auprés d'elle un plus
grand ferieux qu'il n'avoit fait
juſque- là , & même il fit paroiftre
un chagrin qui ne luy
eftoit point ordinaire . La Da
me luy en ayant demandé la
caufe, il répondit que le fecret
qu'elle avoit voulu luy faire
de fon nom & de fon rang ,
154 MERCURE
eftoit la chofe du monde la
plus cruelle pour luy , & que
ce qu'il luy en devoit couter
dans la fuite eftoit un autre
fecret qu'il ne luy diroit jamais.
La Dame fourit , & luy
déclara que luy eftant obligée
de la vie , elle croyoit eftre al
fez de fes Amies pour fçavoir
tous les fecrets , & qu'elle ef.
peroit qu'avec le temps il la
croiroit digne de fa confidence.
Cependant comme elle
connut que fon fejour feroit
au moins de fix mois , elle fit
venir fon équipage, & la pluf,
part de les gens , ce qui luy fit
GALANT. 155
faire une affez belle figure
dans la Ville. Le Cavalier la
voyoit toujours , & la maniere
diftinguée dont la Dame le
recevoit , faifoit envier fon
bonheur à tout le monde. Luy
feul ne s'eftimoit pas heureux.
Il avoit un amour dont il ne
pouvoit eftre le maitre , & fi
fa naiffance , qui eftoit des
meilleures de la Province, luy
donnoit accés par tout , il a
voit fi peu de bien , qu'il n'ofoit
fe permettre la moindre
efperance dans fa paffion . Ses
regards parloient , & il pou
voit croire qu'on les enten156
MERCURE
doit, mais ce n'eftoit pas affez.
Il ne voyoit rien qui luy puſt
perfuader que les honneftetez
de la Dame fuffent autre chofe
qu'un effet de reconnoiffan
ce pour le fervice qu'elle avoit
receu de luy. Enfin voulant
chercher une fin aux cruelles
inquietudes dont il eftoit tour.
menté , il réfolut d'en fortir
en fe déclarant ouvertement.
Pour le pouvoir faire fans que
la Dame euft fujet de s'en fa
cher , il luy dit qu'il venoit
prendre congé d'elle , & qu'il
s'éloignoit pour ne le pas mec
tre au hazard de luy déplaires
GALANT. 197
qu'il fçavoit bien que ce n'eftoit
pas à luy à prétendre au
plus grand bien qu'il y cuft au
monde , qui eftoit celuy dé
toucher fon coeur ; mais qu'il
n'avoit pû s'empêcher de
prendre de l'amour pour elle,
& que ne pouvant s'en rendre
le maiftre , tout ce que son ref
pect pouvoit exiger de luy
c'eftoit de ne fe plus montrer
à fes yeux , ce qu'il eftoit réfolu
de faire , afin qu'elle n'euſt
point à fe plaindre d'une paf
Lion qu'elle n'approuveroit
pas,& qu'il eût moins à ſouffrir
en fe privant d'une veuë qui
158 MERCURE
ne pouvoit fervir qu'à redou
bler fon amour . Il ajoûta à ce
la mille chofes touchantes ; &
la Dame l'ayant écouté fans
l'interrompre , luy dit qu'il
pouffoit peut - eftre la chofe
trop loin , & que fa naiffance,
& les obligations qu'elle lay
avoit autorifant les prétentions
, il devoit la croire affez
équitable pour eftre perfuadé
qu'elle auroit pour luy tous les
égards dont il eftoit digne;
qu'elle ne voyoit rien dans ſa
perfonne qui ne luy duſt inſ
pirer des fentimens favora
bles ; & qu'afin qu'elle s'expli,
>
A
GALANT.
159
quaft précisément fur fa déclaration
, il ne s'agiffoit que
de fçavoir quel eftoir ſon bien
pour regler les choles . La ré
ponte du Cavalier fut qu'il luy
difoit adieu pour toujours ,
puis qu'il eftoit le plus malheureux
de tous les hommes
du cofté de la fortune , & qu'il
latromperoit s'il ofoit luy dire
qu'il euft autre chofe que fon
coeur & fa vie à luy offrir. La
Dame luy répondit qu'elle ne
fe
connoiffoit pas fi peu en
fentimens , qu'elle ne fe fuft
apperceue dés les premiers
jours de leur connoiffance , de
160 MERCURE
quelle nature eftoient ceux
qu'il avoit pour elle ; que s'ils
luy avoient déplu , elle auroit
prisavec luy des manieres froi
des qui les auroient repouffez;
qu'elle avoit efte inftruite de
fon peu de bien en apprenant
Ja amallance , & qu'elle eftoit
ravio de luy témoigner , en le
preferant à tous ceux qui lon.
gepient à elle , qu'elle meritoit
fon entier attachement
puifqu'elle ne confideroit
luy que la perfonne , qui luy
tiendroit lieu de tout. Un fuc
cés fi peu attendu furprit telle
ment le Cavalier , & luy caufa
GALANT
: 161
de fi grands tranfports de joye ,
qu'il ne put les foutenir. Il
tomba malade , & l'on cruc
longtemps qu'il ne joüiroit
point de fon bonheur , majs
enfin les remedes firent leur
effet . Le Ciel le rendit à l'aimable
Veuve , & il l'époula .
auffi toft que les affaires qui
l'avoient apellée en ce lieu lâ
eurent efté terminées .
M' l'Abbé de Bellegarde ,
Auteur des Reflexions fur le
Ridicule , dont on a fait trois
éditions en une année , vient
de nous en donner la fuite ,
fous le titre de Reflexions fur la
Aoust 1698.
162 MERCURE
politeffe des Maurs. Il a raifon
de dire dans fa Preface que
ceux qui liront cet Ouvrage
dans la difpofition de fe faire
juſtice , & de s'appliquer férieuſement
à fe corriger des
vices qu'il condamne , quand
ils fe reconnoiftront dans la
peinture qu'il en fait,y trouveront
des maximes tres -utiles ,
qui leur apprendront ce qu'il
faut faire, ou ce qu'il faut évi
ter pour réüffir dans le commerce
du monde. Il eft certain
que fi nous voulions examiner
nos défauts avec le même foin
que nous examinons ceux des
GALANT. 163
C
autres ,nous parviendrions enfin
à nous connoiftre tels que
nous fommes , & que nous
n'aurions pas la fotte vanité de
nous croire tres- accomplis ,
quand peut-eftre nous fommestres
ridicules . Ce livre , qui
eft comme la feconde partie
& la fuite naturelle du Volu
me que M l'Abbé de Bellegarde
nous a donné für le ridicule
, contient huit Chapitres
, qui font , de la Politeffe ,
des fentimens modeftes , de la Dif
cretion de la Retenue , de la
Modération du Defintereffe
ment , de la Complaiſance , des
O ij
164 MERCURE
Manieres bonneftes genereufes;
de la Sincerité , Maximes pour la
focieté civile. Il fe vendruës . Jacques,
chez le S'JeanGuignard,
qui debite un autre livre nouveau
, qui ne fçauroit estre que
d'une tres -grande utilité pour
Ceux qui le liront attentive
ment dans la vûë d'en profiter.
Il eft d'un Solitaire qui l'a ina
titulé l'Analyse des Vertus , &
divifé en deux Traitez.dont
le premier regarde les Vertus.
Theologales , la Foy, l'Efperance
, & la Charité ; & l'autre
les Vertus Cardinales , Morales
, ou Chreftiennes . Ce der
GALANT.
"
165
nier comprend quatre titres
qui font , de la Pradence , de la
Fuftice , de la Force , & de la
Temperance ; le tout diſtingué
en plufieurs Chapitres . L'Auteur
les prefente en petit &
en abregé , afin que la vûë
eftant réunie , demeure plus
forte, & en foit moins fatiguée !
Quelque racourcies qu'elles
fe montrent dans cet excellent
Tableau , on ne laiffe pas
de les yreconnoiftre dans touces
leurs differences , comme
fi elles eftoient dans leur éten .
due naturelle . Ce livre eft
comme un miroir capable de
166 MERCURE
faire diftinguer à chacun tou
tes les difformitez de fon ame,
& les beautez que les Vertus
differentes luy peuvent donner.
Il eft mal aifé de décon.
vrir le bien ou le mal aufquels
on a de la difpofition , fans que
l'on effaye de pratiquer le premier
, & d'éviter le ſecond.
On nous a encore donné
un livre nouveau d'une tresgrande
importance pour ceux
qui veulent joindre la qualité
d'honnefte homme à celle de
bon Chreftien. Ces deux qualitez
font affez inféparables ,
& il eft prefque impoffible de
GALANT. 167
fouhaiter d'avoir l'une , fans
mettre les foins à s'acquerir
l'autre. Tout le monde fe pique
d'eftre honnefte homme,
parce qu'il n'y a rien de fi honteux
que de paffer pour ne l'ê .
tre pas,& comment l'être fi on
néglige d'eftre bon Chreftien?
Le Public eft obligé à M' de
Saint Hilaire , qui , dans le livre
dont je vous parle , & qu'il
intitule , l'Idée , ou le Caractere
de l Honnefte Homme Chreftien
a pris foin de recueillir les
principales regles , & les devoirs
les plus confiderables de
ces deux eftats , pour les appli
168 MERCURE
quer aux principales
actions
de la vie. Le bon fens ,l'ufage
du monde , & les fentimens
des Philofophes
, font la fource
d'où il a puifé ce qui regarde
l'Honnefte
homme : & les Pe
res de l'Eglife , appuyez fur les
Maximes de l'Evangile , & de
la Morale Chreftienne
, luy
ont fourni ce qui peut , & doit
former un veritableChreftien
.
Ces deux Portraits font accompagnez
de quantité de
pentées & de reflexions ingenieufes
& morales , fur differentes
matiéres . Tout Y eft
fort jufte , & le lit avec plaifir.
Cer
GALANT. 169
S
$
5
Cet Ouvrages, qui eft dedié
au Roy , fesvend chez le S
Medard Brunet , à l'entrée deb
la grande Salle du Palais , à
l'Esperance
.
Voicy un eftat des Chara !
ges aufquelles Monfieur lle
Duc de Lorraine a nommé i
juſqu'au 20. Juin] dernier,and )
Le Comte de Carlingfort,
Grand Maiftre.qast sup
Le M. de Lenoncour de
Serres , Grand Ecuyer. le
Le Comte de Couvonges
,
Grand Chambellan .
Le C. de Torniolle, Grand-
Aouſt 1693.
P
1701 MERCURE 1
A
Maiftre de la Garderobe? 1 )
*?Le Made Meuze , &\ le/M!
de Lenoncour Blainville
Premiers Gentilshommes de
la Chambre . Le dernier eft !
aufli Gouverneur du Prince
François.byenu yoi
Le Comte de Salles , Premier
Gentilhommme , de la
Chambre du Prince François,
avec les mêmes entrées chez
S. A. que les premiers Gentils
hommes de fa Chambre. Il a
fous luy M' du Hautoys & de
Rachecour. ub scam )
Les autres Gentilshommes de
la Chambre , qui doivent eftre au
GAALNT.
171
nombre defixou huit, ne font point
encore nomme . On les appellera
Chambellans.
Le Comte de Viorme , premier
Ecuyer.
M. Mahuel de Lucourt ,
Intendant de la Maiſon .
Le M. de Beauvau , & le C.
de Stainville , Capitaines des
Gardes du Corps .
"
Les deux Lieutenans des Gardes
du Corps ne font pas encore
nommeZ
Le C. de Craon, Fils de M.
de Beauvau , & M. de Fontaine
d'Achecant , Enſeignes
des Gardes du Corps .
Pij
172 MERCURE
Les quatre Exempts feront ·
choifis parmy les jeunes Gens de
la Cour.
M de Salins , Capitaine
des Suiffes de la Garde.
Le Lieutenant n'a pas encore
efté nommé.
Le C. de S. Ambroise Bouvigny
, Chevalier d'honneur.
La M. d'Haraucourt , Dame
d'honneur.
La M.de Lenoncour- Blainville
, Dame d'Atour .
Les fix Filles d honneur ne font
pas encore nommées .
Les quatre Dames da Palais ,
ne le font pas non plus.
GALANT. 173
CHARGES DU CONSEIL.
Le Comte de Carlingfort ,
Sur Intendant des Finances ,
& Chef du Confeil .
M. le Begue ,
M ' Canon ,
M ' Labbe ,
Mr Mahuet de Lucourt ,
Secretaires d'Etat ,
M'de
Viange ,
M' de Lenoncourt de Serres
,
M' de
Couvonges ,
M ' de Meuze ,
M'de Beauvau ,
Piij
174 MERCURE
&
M'de Lamberty,
Confeillers d'Etat.
M' Danfelize & M ' de Geberville
, maiſtres des Requeftes.
M'Canon , premier Prefident
de la Cour Souveraine .
Mr Mahuet le Cadet,fecond
Prefident .
M'Labbé , Prefident de la
Chambre des Comptes.
CHARGES DU PAYS.
M' de Carlingfort ; Gou
verneur general de Lorraine ,
& particulier Gouverneur de
Nancy.
Le Comte de Vianges,
GALANT 0175
Le M. de Balompierre ,
Grands Maréchaux de Lorraine.
3 shoths Ab edhe
CL Le même Mi de Baffempierre
, Bailly de Vauges,no/I
M ' de Lenoncourt de Serre
Bailly - d'Allemagne , avi
Mode Couvonges , Bailly
de Bar. !
M' de Meuze , Bailly de
Saint Mihel .
M² de Lamberty , Bailly de
Nancy. 6
11
M'de Mitry , Bailly de Pont
à Mouffon .
Mide Tornielle , Bailly de
Luneville.Mao eno vogë
P iiij
176 MERCURE
CHARGES DE GUERRE .
Le M. d'Offonville , Grand-
Maistre d'Artillerie .
-Mi de Figuemont & M'de
Rorté,Capitaines- Lieutenans
des Chevaux legers .
M'de Carlingfort, Colonel
du Regimentaux Gardes .
M'de Curtine , Lieut. Col.
avec Brevet de Colonel,
M' Duham, major avec une
Compagnie.
NeufCapitaines , & M' de
Bat , Ayde- Major.
Voicy une Lettre que les
Sçavans en Medecine ont fort
GALANT. 177
approuvée. Je ne doute point
qu'elle ne plaife à ceux de
voftre Province.
A MONSIEUR ***
P
Uis que vous voulez que
je dife mon fentiment
touchant l'expreffion du Suc
Pancreatique & du Suc Biliaire
au temps de la digeſtion ,
je commenceray par le ventricule
, que tout le monde
fçaic affez eftre le veritable
laboratoire , où les viandes
fouffrent leur premier changement
, duquel doit fuivre
178 MERCURE
if
neceffairement la caule principale
& efficiente de ces deux
liqueurs, car perfonne ne peut
douter que dans les alimens
que nous prenons , comme
dans tous les autres corps ,
ne le trouve des fels avec tes
autres principes , & l'on ne
peut concevoir que ces fels
dans la diffolution des viandes
, ayent eſté dévelopez &
dégagez des autres parties ,
fans avouer en même temps
qu'ils font en estar de chatouiller
& d'irriter les parties
par où ils paffent . Ainfi je
croy que les viandes paffant
GALANT. 179
du ventricule dans les inte
ftins, en paffant par le pylore,
produisent le même effet dans
cette partie , qu'elles font capables
de produire dans toutes
les autres , & que l'irritation
qu'elles y cauſent doit s'étendreàtoutes
celles qui ont quel
que communication avec elle
; & comme le lacis hepatique
, que le nerf intercoftal
forme dans le mefentere , diftribue
quelques rameaux au
pylore, qui s'entremêlent avec
les ftomachiques , d'autres à
la veficule de fiel , & d'autres
au pancréas , le chatouille(
180 MERCURE
5
C
1
ment & l'irritation des nerfs
du pylore s'étend à ces deux
vifceres par la communication
des mêmes nerfs qu'ils
reçoivent ; de forte que les vifceres
eftant également preffez
par l'efprit animal qui a
eſté déterminé à couler dans
ces parties, comme il doit neceffairement
arriver de toutes
les irritations , ils doivent laif.
fer couler la bile d'un cofté , &
le fuc pancréatique de l'autre.
Pour fatisfaire entierement
à voftre demande , Monfieur ,
il me refle encore à dire de
quelle maniere je conçoisla
*
GALANT 18
fermentation qui arrive de
l'union de ces deux liqueurs
ainfi réunies enſemble dans le
premier inteftin , & comment
la dépuration en peut eftre
une fuite , que je crois arriver,
parce que le fuc pancreatique,
qui tient lieu d'acide ,
ne ſçauroit le joindre à la bile
qui tient lieu d'alkali , fans
que les pointes du premier
foient receues dans les porofi-i
tez de celle - cy , & que la ma!
tiere fubtile ne foit empêchée
de paffer par les routes ordi
naires , qui dans ces occafions
s'attache opiniâtrement à for
182 MERCURE
cer la barriere que luy oppoſe
le fuc pancreatique, lors qu'il
fe joint avec la bile dans le
Duodenum, ce qu'elle fait toujours
, lors que la réfiftance
n'eft pas invincible , & de cette
maniere tournant les armes
contre les corps qui luy réfi
ftent , les agite , excite un def
ordre & un tumulte, d'où fuit
neceſſairement une fermenta
tionqui fert à la dépuration du
chile ; ce mouvement
les parties par le choc mutuel
des unes contre les autres ,
s'attenuent , ſe brifent , & ſe
rendent propres à paffer par
Car man
GALANT. 183
les vaiffeaux lactées ; comme
au contraire un chile mal fermenté,
& dont les parties font
maffives & groffieres , au lieu
de paffer par ces mêmes vailfeaux
, fe précipitent avec le
refte des
excremens , ce qui
peut arriver parce que l'une
ou l'autre de ces deux liqueurs
eftant retenue dans
ſon canal he ſcauroit 19
fçauroit par
confequent
occafionner ce
mouvement
de fermentation
neceffaire pour our rendre le chi
le propre à paffer par les
2
८.
par les vail
A
ſeaux lactées , ou ſouvent mê,
me parce que les alimens'
184 MERCURE
defcendent fi
maldigerez dans
les inteftins, qu'ils ne peuvent
eftre
fuffisamment attenuez
par une effervescence
fi , mediocre.
Sila raifon que je viens
de donner ,
touchant la ma- .
niere dont ſe fait certe fers
mentation & cette
dépuration
du Chile qui en doit ſuivre ,
ne vous
fatisfait pas , peuteftre
ferez vous plus
content
fi je vous dis , ſi
edu
que non feulement
les fels de l'Acide
du .
fuc pancreatique
peuvent
en
quelque
m
e maniere
fubtilifer
le
Chile
, mais que par le moyen
de leurs figures incifives
&
GALANT. 185
C
tranchantes qui agiffent fur les
parties fibreuſes & branchues
de la bile , ils dégagent les
principes actifs qui estoient
-envelopez & retenus par ies
ramifications , lefquels reprenant
leur mouvement & leur
activité , agitent & brifent fi
fort les parties de ce Chile ,
qu'elles font affez tenues &
déliées pour paffer par les
vaiffeaux chiliferes , & pour
parvenir enfin au coeur par des
routes trop connues de tout
le monde , pour en parler.
Je fuis , Monfieur , & c .
Aoust 1698 .
186
MERCURE
Il n'y a rien de plus furprenant
que les differens effets
du Tonnerre. Il tomba le 26.
du mois paffé fur le Clocher
du Monaftere de Prouille , &
en abbatit une des fix Piramides
de pierre qui en font
l'ornement. Il perça en trois
endroits la voute du Chour
des Religieufes , qui eft un des
plus vaftes , des plus exhauffez ,
& des plus grands du Royaume
, partagea par le milieu
de groffes Poutres qui foute.
noientle Clocher,
enmarqueta
une en trois endroits differens
fans la caffer, renverfa la pluf
GALANT: 187
part des marches de l'Escalier ,
fondit le fil d'archal , de huit
ou dix aunes de long de l'Hor .
loge , arracha les verrouils &
les crampons de la porte de
cette Horloge , plus proprel
ment que n'auroic) (çeus fairel
un Serrurier , perçar une mu-i
raille de fept pieds d'épaiffeur,
& eftant entré dans le Chauh
des Religieuſes , endommagea
fort le rétable d'un de leurs
Aurels , enfonça l'Armoire
où elles, tiennent leurs Re
liques , renverfa & bleffa plu
fieurs perfonnes qui enten.
doient la Mefle , parmy lef
Qij
188 MERCURE
A
quelles on compta fix Reli
gieufes , qui font Meldames
de Montaut Labar , de Monredon,
de Mouffolens , de Belvete
Sageac , de Fetes , & de
la Borde , Novice . Une Penfionnaire
, foeur de cette der
niere & une Servante , furent
auffi bleffées. On fut obligé
de mettre trois de celles qui
le furent davantage dans des
peaux de Moutons nouvelle .
ment écorchez On vit là de
ces effets merveilleux qu'on
attribue à ce Méreore. On
remarqua à la manche de
l'habit de Madame de MoufGALANT.
187
folens Caudebronde , un trou
tel qu'auroit pu faire une
groffe aiguille , & pourtant la
playe qui répondoit à ce trou
eftoit plus grande qu'un Ecu
blanc . Mademoiſelle de la
Borde , fille de M le Baron
de la Borde , eut un doigt du
pied brulé , fans que fon fou .
lier ni fon bás fuffent en rien
alterez . Une Servante fur
bleffée aux deux genoux , quoy
qu'elle fuſt alors agenoüillée,
& que fes habits n'ayent pas
efté brulez. Le Tonnerre ar.
racha aufli une groffe pierre
d'un croffillan qui foutenoit
190 MERCURE
une Vitre d'une feneftre du
Choeur, fans que la Vitre fuft
ébranlée. Cette groffe pierre
tomba à demi pied de la teſte
deMademoisellede
Breuil, fille
de m ' le Gouverneur de Bellegarde.
LeTonnerre parcourut
encore l'Eglife du cofté des Sé
culiers, renverfa plufieurs per
fonnes , & enleva un homme
de fa place qu'il jetta à quelques
pas delà . Il luy avoir entortillé
les jambes d'une telle
maniere qu'on eut bien de la
peine à les remettre dans leur
premiere fituation . Il fur bleſſé
legerement en plufieurs en-
3
GALANT. 15i
droits de fon corps , & une
partie de fes habits furent
brulez . Il y eut plufieurs a utres
defordres moins confiderables.
La plupart des tuiles
du couvert d'un Cloître exterieur
, qui eft devant la porte
de l'Eglife , furent brifées , &
difperlées d'une façon finguliere.
Prouille eft un Monaltere
de Filles , dans le Dioceſe
de S. Papoul. C'est la plus ancienne
Maison de l'Ordre des
Jacobins. Saint Dominique la
fonda quatorze ans avant qu'il
euft étably fon Ordre , &
l'honora de ſa preſence pen192
MERCURE
dant plufieurs années , comme
il paroit par des Originaux authentiques
que l'on conferve
foigneufement dans les Archives
de la Maiſon . Quoy
-que le nombre des Religieufes
foit diminué depuis quelque
temps , elles font encore prés
-de cent fous la conduite de
Madame d'Aubeterre leur
Abbeffe , Fille de feu M le
Comte de la Serre , Lieutenant
General des Armées du Roy
& de Guyenne , & Niéce de
Mr d'Aubetere , Gouverneur
de Collioure , auffi Lieutenant
General. M' Domere , Confeiller
GALANT. 193
feiller du Roy au Prefidial de
Lauragais , & Intendant de
cette Maiſon , a cfté témoin
de tous les dommages qu'elle
a reçeus , & c'eſt de luy que
je tiens la Relation dont je
vous fais part.
Mr. l'Abbé d'Estampes a
foutenu depuis peu au College
d'Harcour , une Theſe de
Philofophie , qu'il a dédiée à
Monfieur. Le Portrait de Son
Alteffe Royale y eftoit ac.
compagné de tous les ornemens
& de toutes les figures
& Bas reliefs allegoriques qui
Aoust 1698.
R
194 MERCURE
pouvoient marquer la gloire
de ce Prince , & rendre la chofe
plus magnifique . Cette action
s'eftfaice avec toutl'éclat poffi
ble,en prefence d'une augufte
& tres - nombreufe affemblée.
M' l'Abbé de la Carte , Frere
de M' le Marquis de la Carte ,
Capitaine des Gardes de Monfieur
, ouvrit la Theſe par une
harangue fort éloquente , &
qu'il prononça avec beaucoup
de dignité. Mª le Curé
de Saint Etienne du мont,
Chancelier de l'Univerfité ,
ferma la difpute par une autre
harangue, dans laquelle il tou

7
A
GALANT
: 195
cha les louanges du Soutenant
& de la Famille , mais
particulierement celles de
Monfieur , ce qu'il fit d'une
maniere tres vive & tres - noble.
M' l'Abbé d'Eftampes .
qui n'a encore que feize ans ,
répondit d'une maniere qui
luy attira de grands applau
diffemens. Sa modeftie , fon
application & fa pieté font
connoiftre que c'est par une
veritable vocation qu'il embrafle
l'Estat Ecclefiaftique.
Il eſt Fils de M ' le marquis
d'Estampes , premier Capitaine
des Gardes de Monfieur, &
Riį
196 MERCURE
Chevalier des Ordres du Roy.
Il fort d'une maison , qui par
une fuite remarquable & continuelle
, a efté particulierement
attachée aux feconds
Fils de France. Il femble qu
elle ait pris cet attachement
de Robert d'Estampes, auquel
elle rapporte fon origine , &
qui par une tradition conftan
te dans la Famille, a paffé pour
eftre le Fils de Jean , Duc de
Berri , Fils de France , dont il
eftoit le Favori , le Chef du
Confeil , & l'Executeur Teftamentaire.
Il y a eu de ce
nom des Cardinaux , des MaGALANT
. 197
réchaux de France , & quantité
d'Evêques & d'Archevêques.
Voicy des Vers qui ont efté
faits fur la Thefe qui a donné
lieu à cet article .
A Mr L'ABBE' D'ESTAMPES.
Nfin l'heure eft venue , & ce
grand jour nous lüit , E nous fuit ,
Qui de tant de travaux doit nous
montrer le fruit ,
Et retracer aux yeux de qui vient
vous entendre ,
Ce que de vos vertus on doit un
jour attendre.
La dignité du rang , le fang dont
vous fortez ,
R iij
198 MERCURE
Sur vous de tout Paris tient les
yeux arteftez.
Vous devez fatisfaire à fa fuperbe
attente,
Il attend de vos foins une fuite éclatante
.
Des plus nobles efforts , montrez un
coeur jaloux.
Un fuccés ordinaire eft indigne de
vous.
Plus d'un Heros fameux par une
heureufe audace ,
Jadis fceut relever l'éclat de voftre
Race,
Du Trône de nos Rois leur bras devint
l'appuy .
Ainfi qu'ils combattoient , difputez
aujourd'huy , [ croire ,
Et pour des veritez qu'on refufe de
Faites briller ce feu qu'ils avoient
pour la gloire.
GALANT: 199
Par des moyens divers la Vertu s'é
tablit..
Sur vos jeunes effais déja l'Erreur
pâlit.
La verité triomphe , & tout preft à
paroiftre , [ renaiſtre
Icy l'Eglife en vous déja croit voir
Ces Miniftres facrez qui dans le plus
Chaut rang
Sceurent joindre la pourpre à l'éclat
de leur fang.
Soutenez-en le nom par un effort
infignents
Ne les pas égaler , c'eſt vous en
rendre indigne..
Sçachez que
le devoir n'eft pas le
même en tous,
Et qu'enfin la vertu n'a qu'un degré
pour vous, an
Ce nom en vous ouvrant des thea
tres plus amples ,
R iiij
200 MERCURE
Va fur tous les devoirs vous fournir
mille exemples.
D'un fuccés éclatant il doit nous affurer
>
Et fans eftre furpris on peut vous admirer.
En vous de la vertu brille le caractere
;
Mais quel qu'en foit l'éclat , elle eſt
hereditaire.
De quelque noble ardeur que vous
foyez épris ,
Icy pour vous la gloire eft miſe au
plus haut prix.
Si ces nobles motifs icy vous intereffent,
[ preffent.
Il eft d'autres raiſons encore qui vous
Rappellez - vous combien dans ces
auguftes lieux
D'exemples éclatans ont dû frapper
vos yeux ,
GALANT. 201
Où du Public charmé les bouches
applaudiffent .
Ces murs , ces facrez murs encore en
retentiffent ;
Il faut
que
voftre voix dans vos efforts
jaloux ,
En diffipe le bruit pour venir jufqu'à
nous.
A de brillans fuccés l'oreille accoû
tumée
Pour des difcours communs fe trouve
icy fermée.
Intereffez l'efprit prompt à fe déta
cher ,
Avare du fuffrage , il le faut arracher ;
Mais à l'éclat du fang , quand vos
Ayeux fideles •
Ne vous laifferoient point tant d'illuftres
modeles ;
Quand vous ne verriez point dans
vos foins empreffez ,
202 MERCURE
Et la carriere ouverte , & tous les pas
tracez
Que l'exemple offiroit icy moins de
merveilles ,
Songez à quel Heros vous confacrez
vos veilles ,
Et pour vous fa faveur éclatant au
jourd'huy ,
Du Vainqueur de Caffel juftifiez
l'appuy.
Songez dans quels devoirs cet appuy
vous engage
3.2
Faites voir un luccés dont Philippe
eft le gage.
Dans la noble chaleur de ces fçavans
[ nez pas .
combats ,
Paré de ce grand Nom, ne le profa
Cet heureux Nom par tout répond
de la Victoire. ft.
Teldu fang des Valois & le chef &
gloire ,
GALANT. 203
Philippe affis jadis au trône de nos
Rois ,,
Vange au pied de Caffel l'équité de
fes droits.
Immortel monument où ſa Victoire
trace
Un chemin aux Exploits d'un Heros
qui l'efface .
*
Et dont fur l'Ennemy , le nom couvrant
nos Ports ,
Rejetta la terreur qui menaçoit nos
bords.
Luy-même rappellant fa fanglante
défaite
Le Batave éperdu mênage fa retraite,
Et de mille Vaiffeaux en vain couvrant
la mer ,
Remet devant les yeux Caffel &
Saint Omer.
**
L La Campagne de Monfieur , en
Bretagne.
204 MERCURE
Mais fi Philippe enfin épouvante la
"
Terre
[ fon tonnerre ,
Qand Louis dans fes mains a remis
Qe ne paroift-il point à nos yeux de
plus prés
Dans le réduit pompeux de fes riches
Palais ?
C'eſt là
que
s'adoucit fous un aima.
ble
Empire ,
Cet augufte refpe &t que la naiffance
infpire ,
Qu'au milieu d'une Cour tombant à
ſes genoux
,
Le Heros le partage & defcend jufqu'à
nous.
De là ces voeux ardens & ce fincere
hommage ;
Ce Peuple adorateur qui vole à fon
paffage ,
Cette ardeur de le voir , qui loin de
s'arrefter ,
1
le
cy.
"Les Prez, leo
treme langu
coeur
, Iris
GALANT 205
Par fon augufte afpect femble encor
s'irrriter.
Plein d'une majefté que la douceur
tempere ,
Il en paroift alors & le Prince & le
Pere .
Mais que dis -je ! & pourquoy tant
d'éloge aujourd'huy ?
Son Nom parle par vous , & fes
Exploits pour luy.
Je vous envoye une feconde
Chanfon , que l'on chante icy
avec plaiſir,
AIR NOUVEAU.
Es prez, les bois , lesfleurs
la verdure
Lo
NO
Nefçauroient divertir mon extrê
me langueur,
206 MERCURE
Iriseft feule en la nature.
Capable de toucher mon coeur.
Ces paroles font de M'Dader
, qui toujours charmé de
la gloire que s'eft acquife l'illuftre
Mademoiſelle de Scuderi
, a fait fon éloge par ce
Madrigal.
Saph Apho , les éloges divers
Que de tous coftez l'on vous
donne ,
Font connoiftre que l'Univers
Se plaift à voir qu'on vous
couronne
GALANT 207
Mais la terre s'épuise en concerts
fuperflus ,
Pourfaire éclater vos loüanges.
Les Mortels peuvent bien admirer
vos vertus ,
Mais leur portrait fidelle eft l'ouvrage
des Anges.
200
Le même M' Dader a fait
les autres Vers que vous allez
lite , & il n'y a pas oublié l'il
tre Sapho.
208 MERCURE
A MADAME
LA MARQUISE
D'ALIGRE .
Depuis
longtemps
la Re- nommée
M'avoit tracé voftre Portrait.
5. Mais fi bien , que de chaque
trait
Mon amefut toute charmée.
S
Les plus rares vertus dont la nobleſplendeur
Vous rend du Ciel la digne favorite,
GALANT. 209
Y faifoient briller le merite
Dont elles parent voſtre coeur.
S
Voftre efprit rempli de lumieres
Y répandoit mille clartez,
Et vos vertus hereditaires
Méloient à tant d'éclat leurs bril
lantes beautez
.
2
Tout ce qu'on voit dans lanature
De plus charmant & de plus
précieux ,
L'eftoit beaucoup moins à mes
жих
Aouft 1698. S
210 MERCURE
Que cette admirable peinture.
S
D'abordquej'apperçus ce Portrait
Jans égal,
Mon efprit réveilla fon ardeur
affoupie
Et voulut faire une copie
Quifurpaffaft l'original.
S
Dans le deffein qu'il envisage,
D'un fuccés glorieux il ofefeflater,
Mais à peine avoit - il commencé
Jon ouvrage,
·Qu'ilfut contraint de le quite
ter.
GALANT. 211
65
La fage Scudery que la France
revere,
Et que Louis comble d'honneur,
En meparlant de vous me fit for.
tir d'erreur.
Par elle je connus que l'on pouvoit
mieux faire.
S
De d'Aligre , dis elle , admire
les
appas .
I fe.
Elle a le coeur d'une Prince-
Les Vertus conduisent fes
pas.
Je croi me ne que fa fageffe
Si
212 MERCURE
Egale celle de Pallas.
2
A vous dépeindre accoutumée,
Sapho par un coup de pinceau,
Nous fit de vos vertus un plus
riche tableau ,
Que n'en afait la Renommée.
S
Rien ne lefçauroit égaler ,
A peine paroift.il que l'Univers
l'admire.
Aprés Sapho que puis je dire ?
Ce n'est plus à moy de parler
Meffire Jean de Montmo
GALANT : 213
rency Debours , Marquis de
Villeroye , Seigneur de la
Terre, Pairie & Seigneurie du
Plovicq lez Donqueurs & de
Gorenflos , eft mort icy âgé
de quatre vingt- dix ans , avec
tous les fentimens de pieté &
de Religion d'un veritable
Chreftien , quoy qu'il en cuft
paffé quatre - vingt dans la
Religion prétendue reformée.
Peu de jours avant la mort ,
il reçeut tous fes Sacremens
d'une maniere tres édifiante ,
par les foins de Madame la
Marquise de Cruſſol · d'Uzés
la Belle- Fille , dont la pieté &
2¹4 MERCURE
la vertu n'oublient jamais rien
quand il s'agit de marquer
qu'elle eft veritablement per
fuadée des veritez de la Religion
Catholique , dont elle n'a
pas toûjours fait profeffion ,
ayant efté élevée dans la Prétendue
Reformée. Je ne vous
dis rien de la naiffance de celuy
dont je vous apprens la
mort , finon qu'il eftoit de la
Maifon de Montmorency , &
avoitaccompagnéfeu M
le Duc de Montmorency dans
toutes les actions , d'éclat où
il s'eft exposé , & dans lef
quelles il a donné des preuves
qu'il
GALANT.
215
de fa valeur, & dignes du fang
dont il avoit l'honneur d'eftre
forty.
Le Roy eftant fort fatisfait.
des fervices que M' de S. Mars
luy a rendus en plufieurs occafions
, & fur tout dans le
Gouvernement des Ifles de
Ste. Marguerite & de S. Honorat
de Lerins en Provence ,
& Sa Majefté ayant une particuliere
confiance en luy , luy
a donné le Gouvernement
de
la Baftille à Paris , vacant par
la mort de M' de Befmaus.
Celuy des Ifles de Ste . Marguerite
& de S. Honorat a
216 MERCURE
eſté donné à m' le Marquis de
Sommery , dont le Roy connoit
la probité , l'attachement
& le zele pour fon Service.
Il est Sous - Gouverneur de
Meffeigneurs
les Princes , Fils
de France.
ayant
M 'le Comte d'Avaux
fervy
avantageufement pour
la France , & glorieufement
pour luy en plufieurs Ambaffades
, a prié le Roy de vouloir
bien le rapeller , & S. M. a
nommé en fa Place pour fon
Ambaffideur Extraordinaire
en Suede M ' le Comte de Guifcard
, Lieutenant General de
Les
GAALNT. 217
Gouverneur de fes Armées
Sedan, & cy- devant de Namur
& de Dinan , & Fils de
feu M le Comte de la Bourlie',
Sous-Gouverneur de Sa Majeſté..
Les Prodiges donnent toujours
à parler, & ce ne fera pas
fans furprise que l'on apprendra
celuy qui eft arrivé depuis
peu de temps dans la Ville de
Mante fur Seine. Le 26. du
mois paffé , la Femme d'un
pauvre homme, nommé Chat .
les l'Ecuyer , y accouch a d'un
Enfant quia deux teftes , quatre
bras , trois jambes, & deux
Aouft 1698.
T
218 MERCURE
natures d'homme
, avec un
feul corps , un feul fonde.
ment , & un feul ventre. L'ac
couchement
eftant difficile ,
la Sage femme qui apprehen
da que
la Mere ne mouruft
entre fes mains , fit appeller
le S Antoine Girou , Maiſtre
Chirurgien
à Mante , qui la
délivra heureuſement
; en forte
que cette Femme releva en
bonne fanté le neuvième
jour.
Cet Enfant eft venu à terme ,
& a vingt pouces de hauteur.
Les teftes , les bras & les jambes
font d'une jufte propor
tion. On voit prefentement
GALANT 219.
X
ce prodige à la Foire de Saint
Laurent. Cependant on demande
fi cet Enfant a deux
ames , & cela fuppofé, s'ils ont
tous deux receu le Baptême ;
car la Sage - Femme qui l'a
ondoyé au paffage , a cru
n'ondoyer qu'un feul Enfant.
J'oubliay le mois paffé à
Vous apprendre le mariage de
Mile Comte de Turbilli, avec ,
Madame la marquife de Saché.
Comme ils font tous de la
Province du Maine , la cere
monie des époufailles fe fit par
M'l'Evêque du Mans , dans la
Chapelle de Chamfleuri , prés
Tij
220 MERCURE
Laval , où cette Marquife de
meuroit. M' le Comte de Turbilli
eft tres- bien fait , âgé de
vingt fix ans , & Capitaine de
Cavalerie dans le Regiment
de Saint Pouange . Il s'appelle
François Henry de Menon ,
& eft Fils d'Urbain de Menon,"
Comte Seigneur de Turbilli ,
& de Louiſe de Picher , alliée
aux Maifons de la Tremoüille,
de Rohan , de Maille la Tou
land y , & par Madame fa Me.
re à la Maifon de Montmo .
rency , à laquelle Madame la
Marquile de Saché eftoit déjà
alliée par une Ayeule de M'le
GALANT 221
Marquis de Saché , dont elle
demeura veuve fans enfans en
1692. n'ayant pas eſté mariée
deux ans entiers . Madame de
Saché , à prefent Comteffe de
Turbilli , eft belle & bienfaite
, avec des maniéres aifées
, & un naturel tres- doux .
Elle s'appelle Henriette Quatrebarbe,
& eft Fille de Meffire
Hyacinthe Quatrebarbe , Marquis
de la Rongere , Chevalier
des Ordres du Roy , & Chevalier
d'honneur de Son Alteffe
Royale Madame , & de Dame
Françoife du Pieffis de Chaſtil
lon , premiere Femme de M'
Tij
222 MERCURE
le Marquis de la Rongere , &
Soeur de M' le Marquis de
Nonant.
Les Eftampes font plus que
jamais à la mode . Cette curiofité
eſt loüable , & l'on peut
même dire utile , par la quantité
de chofes qui peuvent fervir
dans les Estampes , que les
Curieux confervent . On y
voit des Villes , des Palais , des
Jardins , des Feftes magnifiques
, les Campemens des
Armées , les Tableaux de tous
les Peintres , les Tapifferies ,
& tout ce que l'Art peut reprefenter
aux yeux des hom .
GALANT. 223

mes . Ces Eftampes peuvent
même repreſenter les perfonnes
, de même que l'écriture
fait connoistre leurs pentées .
Ainfi un Curieux d'Estampes
peut voir dans fon cabinet ,
fans avoir même la peine de
lire , tout ce qu'il y a de plus
rare & de plus beau dans le
monde. On a frappé depuis
peu une Medaille de Madame
la Princeffe de Conty douai
riere , dont l'Eftampe peut
eftre miſe au rang des plus
belles. C'est le dernier ouvra
ge de M'Cheron , qui eft more
temps aprés en avoir
peu
de
T iiij
222 MERCURE
fait le coin. Le fieur Trouvain,
Graveur , qui demeure dans la
ruë Saint Jacques , au grand
Monarque , vient de graver
cette Médaille avec fon revers.
Elle eft attachée fous un
beau Pavillon , & pluſieurs A-

mours y mettent pour ornement
unes bordure de fleurs .
Des Peuples de toutes les Nations
admirent cette Princeffe ,
& fela montrent les uns aux autres.
Le tout eft dans une Salle
magnifique, & fait le plus beau
coup d'oeil qu'on ait encore
yû dans aucune Eftampe . On
en admire la gravûre , mais ce
GALANT. 225
qui doit chagriner les Curieux
, c'eft que les Eftampes
commencent à devenir fort
rares .
Il paroift depuis peu un livre
nouveau, intitulé , Hiftoire
des Princes Illuftres , qui par leur
pieté leurs belles actions ont meritélefurnom
de Grand. Ce livre,
qui a pour Auteur M'de Beranfon
, eft compofé de l'élite
des plus belles Hiftoires des
Princes Illuftres , où fans em
baraffer le Lecteur de faits
inutiles , on n'a rien obmis de
leurs actions importantes , &
*
226 MERCURE
mooù
l'on ne rapporte aucune
chofe qui ne merité fon atten
tion . C'eſt un ouvrage quieft
propre à tout le monde . Les
Grands y trouveront des
deles parfaits de leur eſtat ; les
Petits des exemples de plufieurs
vertus qu'ils feront forcez
d'imiter. L'Auteur'ne s'eft
pas neanmoins borné à ne
rapporter que les hiftoires des
Princes qui n'ont aucune tache
dans leur vie. Le nombre
n'en feroir pas grand , puis que
les Heros même du Chriftiapilme
, que l'Eglife propoſe
pour modeles , n'ont pas efté
GALANT. 227
exempts de foibleffe. Il fuffit
pour avoir place en ce recueil,
que l'on ait veu d'eux beaucoup
de belles actions , qui leur
ayent fait du moins meriter le
nom de Grand ; & s'ils ont dégeneré
, qu'ils n'ayent point
perfeveré
dans le defordre du
vice &de l'impieté
. Le premier
volume de ce livre , dans lequel
on voit les Hiftoires de
David , de Salomon , de Conſtantin
& de Theodofe
, fe de
bite chez le St Michel David,
fur le Quay des Auguftins
, à
la Providence
.
Ce même Libraire debite
228 MERCURE
un autre livre nouveau , intitulé
, Traité de Religion contre les
Athées , les Deiftes , & les nouveaux
Pirhoniens , où en fuppo .
fant leurs principes , on les con .
vaine qu'ils n'ont point d'autre
parti à prendre que celuy de la
Religion Chreftienne. Ce livre
eft de la compofition du Pere
Mauduit , Preftre de l'Oratoire
, Auteur des Analyfes
fur le Nouveau Teftament.
Il dit en s'expliquant fur le
Traité dont je viens de vous
parler , que fi l'on ne devoit
écrire contre les erreurs ,
& les crimes , que lorsqu'ils
GALANT. 229
ont l'infolence de paroiftre à
découvert , & que fans pudeur
& fans crainte ils fe pro-l
duifent en public fous leur
propre nom , il feroit affez
inutile d'en prendre le ſoin
& que ce feroit attendre à en
éprouver le remede , que le
mal fuft devenu entiérement,
incurable . Il ajoûre que la
face de la Chreftienté paroiſt
toûjours la même , parce que
tous ceux qui portent le nom
de Chreftien font réunis enfemble
dans les mêmes Temples
, dans l'ufage des mêmes,
Sacremens , & dans les autres
230 MERCURE
3
marques fenfibles d'une même
Religion ; mais qu'il y a
lieu de gémir devant Dieu de
la diverfité horrible des fentimens
qui eft cachée fous cette
uniformité
apparente
; qu'il y
en a qui n'ont rien de Chreftien
que le nom , & qui fous
un front baptifé portent
un
coeur impie , & une créance
pire que Payenne , que ce mal
qui croift toûjours , eft d'au .
tant plus à craindre qu'il eft
plus caché , & qu'il le dérobe
à la lumière
du Public
, comme
pour tirer de fes propres
tenebres , l'avantage
de n'eftre
GALANT. 231
jamais combatu. Cet Auteur
confidere l'impieté dans trois
eftats qui naturellement fe
peuvent fucceder l'un à l'autre.
Le premier eft celuy d'une
impieté naiffante , qui confifte
dans une corruption fecrette,
& qui fe trouve même en peu
de perfonnes. Le dernier au
contraire luy paroiſt une dépravation
publique & univer-
Lelle , comme fila plus grande
partie des hommes faifoit une
profeffion ouverte d'impieté ;
mais il trouve un milieu entre
ces deux extremitez , qui ſert
de paffage de l'une à l'autre.
232 MERCURE
C'eft un anéantiffement interieur
de tous les fentimens de
Religion , qui par contagion
fe répand dans les efprits. Cet
eftat tient du premier , en ce
qu'il eft fecret , & du fecond ,
en ce qu'il commence à s'étendre.
Il dit encore , que
comme les Prédications s'adreffent
à des Fidelles qu'on
ſuppoſe inftruits des Veritez
fondamentales de la Religion
, elles n'établiffent que
les bonnes moeurs , & ne com.
battent guere que les vices
qui leur font oppofez ; que les
livres qui traitent de la ReliGALANT
233
gion ne refurent pas toûjours
les raifons qui ont fait le plus
d'impreflion fur l'efprit , &
qu'enfin ceux qui font frappez
de cerre pelte n'ofent faire
paroiftre leurs bleffures auffi
profondes qu'elles font ; que
s'ils en parlent , ce n'eſt que
par maniere d'entretien , ou
de divertiffement , & qu'ils le
gardent bien de donner aucun
figne qui marque en eux quel .
que befoin d'eftre inftruits lur
cette matiere, & qu'ainfi tout
ce qu'on leur peut dire ne fait
que languir , & ne produie
prefque aucun effet . Ce livre
Aonft 1698
234 MERCURE
contient deux Parties . Dans
la premiere , qui renferme
vingt Chapitres ,l'Auteur examine
les avantages & les in
conveniens , foit de la Reli .
gion , foit de l'impieté , indépendamment
de leurs raifons
particulieres La feconde contient
la refutation des objections
que les Athées , les Deïſtes
, & les nouveaux Pirrhoniens
font contre la Religion
Chreftienne.
Madame la Ducheffe de
Bourgogne vinc à Paris le 18.
de ce mois. Elle y arriva à
GALANT.235

deux heures & trois quarts ,
& entra par la Porte de Saint
Honoré, avec quatre Caroffes
magnifiques de fa Livrée , fur
tout le premier & le fecond
du Corps , qui estoient rem .
plis de fes Dames , fçavoir de
Mefdames les Ducheffes du
Lude & de Sully , de meſda ,
mes de Rouffy , de Nogarer,
du Chaſtelet , de Mongon,
d'Eftrées & d'Ayen , & de
Meldames de Maulevrier , de
Torcy , & de Maurepas . M'le
Comte Teffé, marchoit dans
fon Caroffe à la tefte de celuy
du Corps, & celuy des Ecuyers
Vij
276 MERCURE
à la tefte de tout. Tous les
Caroffes ceftoient chacun de
huit beaux chevaux , qui avoient
des harnois fort riches .
Ce Cortege tourna dans la ruë
de Richelieu , puis dans la ruë
Neuve des Petits - champs , entra
dans la Place des Victoires
, & de là dans la ruë des
Petits champs ; mais un embarras
de Paveurs obligea de
prendre la rue Coquilliere, &
enfuite par la rue de Grenelle
pour regagner la rue S Honoré
, le long de la ruë S. Denis .
On tourna à gauche , & l'on
continua la route juſqu'à la
GALANT. 237
Foire par la Porte de S. Denis .
On y avoit envoyé trente Gar
des du Roy , avec deux Brigadiers
qui gardoient les portes.
Madame la Duchefle de Bour.
gogne y defcendit avec toute
fa fuite , & cette Princefle attira
les regards & les applau .
diffemens du Peuple qui y
eftoit accouru en foule. Tout
le monde le récria fur la bonne
grace , & fur les agrémens , &
l'on admira fa parure , qui
eftoit grande. Elle avoit un
habit grifdelin en falbala ,tout
garny de dentelles d'argent,
de Diamans & d'Emeraudes.
238 MERCURE
Sa refte en étoit auffi chargée ,
& tous les rubans garnis. Sur
le devant de la tefte elle avoit
des pendeloques de tres- gros
Diamans, fur tout une au milieu
du front, & deux aux oreil
les,avec un collier de Diamans
le plus beau qui ait jamais efte
fait , & une pendeloque , au
milieu , placée comme une
croix. Elle alla dans les plus
belles Boutiques , & choifit
beaucoup dePorcelaines chez
le Maire , Fayencier , qui les
luy porta le lendemain . Elle
entra chez un Marchand de
rubans & de Bijoux , nommé
GALANT. 239
d'Afanville , où elle joüa avec
les Dames , & perdit plufieurs
Bijoux. Ce Marchand qui fça
voit que cette Princefle devoit
aller chez luy , fit fervir
une Collation tres propre.
Elle alla enfuite chez la Frenaye
, où elle acheta beaucoup
de chofes , des boëtes fort riches
, des étuis , & des flacons
d'or , & d'autres galanteries ,
dont elle fit donner tout ce
qu'on luy demanda . Elle en
fit autant chez Laigu , & avec
la même nobleffe. Monfieur
le Duc de Chartres & Mademoiſelle
vinrent trouver
240 MERCURE
- &
cette Princeffe à la Foire ,
& l'accompagnerent par
tout juſqu'à ce qu'elle en
fortift . Cette Princelle alla
enfuite voir les Danieurs de
corde , puis les Marionnettes,
où elle paya fort largement.
On remonta en Caroffe fur
les fix heures & demie , & l'on
tourna fur le rempart à la Porte
Saint Denis julque dans la
ruë Saint Louis. Elle fit deux
tours dans la Place Royale ,
revint par la rue Saint Antoi
ne , par la Greve , par le Quay
Pelletier , tourna fur le Pont
Noftre Dame jufqu'au marcheGALANT.
241
ché neuf,paffa fur leQuay des
Orfévres jufqu'au Pont- neuf,
Elle tourna à droite , marcha
le long du Quay de l'Ecole &
des Galeries du Louvre juf
qu'au Cours , où le jour commençoit
à devenir trop foible
pour laiffer difcerner les objets
, & reprit le chemin de
Verfailles , où elle arriva à dix
heures du foir , & diftribua
aux Dames tout ce qu'elle
avoit acheté à la Foire . Elle
avoit fait aufh diftribuer beaucoup
d'argent aux Pauvres de
Paris .
Mile Comte de Saffenage,
Aoust 1698.
X
242 MERCURE
premier
Gentilhomme
de la
Chambre
de Monfieur
, a
époulé Madame
la Comteffe
de Chafteau
Villain , Fille de
M'le Duc de Chevreufe
, Ca,
pitainé . Lieutenant
des Cheyaux
legers , & d'une Fille de
feu M' Colbert , Miniftre
&
Secretaire
d'Etat , & Veuve
de M'le Comte de Chateau-
Vilan , Fils du feu Comte de
Morfteing
, Grand Treforier
de Pologne. M' le Comte de
Saffenage
eft de Dauphiné
,
& defcend
des Comtes
de
Foreft & des Rois de Chipre,
GALANT: | 243
Voicy les noms des per
fonnes
Confiderabl
l'un & de l'autre, Sexe , mortes
depuis ma derniere
Let
tre.
Mademoiſelle de la Prou
ftiere , décedée dans le Mo.
naftere des Dames de l Abbaye
Saint Antoine , où elle
eftoit Penfionnaire . Elle s'ap
pelloit Françoile Eugenie
Gourreau de la Prouftiere , &
ne failoit que d'entrer dans fa
dix feptième année, Elle eftoit,
tres- riche, Fille & feule heritie
re de feu Meffire Louis François
Gourreau , Seigneur de la
X ij
244 MERCURE
Prouftiere & de Boifgillou ,
Prefident en la Quatriéme des
Enqueftes , puis Confeiller.
Clerc en la Grand' Chambre,
& de défunte Dame Françoile
Roüalle , Petite fille de Nicolas
Gourreau , Seigneur de la
Prouftiere & des Palvaux , mort
Doyen des Confeillers de la
Cour des Aides , & de Françoife
Thomaffin , & arrierepetite
Fille de Jean Gourreau ,
Seigneur de la Prouftiere , auffi
Confeiller en la Cour des Aides
, & de Marie Pallior . Meffire
Hiérôme Gourreau , Seigneur
de la Prouftiere , Prieur
GALANT. 245
de Vitray en Bretagne , eft
Oncle de Mademoiſelle de la
Prouftiere qui vient de mourir.
Meffire Louis de Vyenne ,
Seigneur de Giraudot . Il a
efté Lieutenant
Particulier au
Prefidial de Troyes , & depuis
laa exercé la même Charge au
Chaftelet de Paris ; & dans
Tun & dans l'autre Tribr
nalil s'eftoit acquis la réputation
de Juge tres - éclairé &
tres integre. La vive penetra.
tion de fon efprit le faiſoit
d'abord entrer dans le bon
droit des Parties , & il s'yatta.
X ij
24% MERCURE
choit
un
uniquement
, pour
les
tirer
promptement
d'affaires
.
Il eftoit
tres
riche
; & avoit
beaucoup
de
belles
Terres
, où il falloit
de grands
biens
, affiftant
les pauvres
dans
tous
leurs
befoins
, & ne manquant
à aucune
action
de charité
. Il 'eftoit
de l'illuftre
Maifon
de Converfer
de
C
Vyenne , ce qu'il
juftifioit , en faisant voir par
de dignes titres , qu'il defcendoit
de Jean de Vyenné de
Roullans , qui vivoit en 1974.
fous le regne de Charles V.
honoré de la Charge d'Amiral
de France. Il eſt mort tresGALANT.
247
regreté des honneftes gens ,
& d'un fort grand nombre de
perfonnes à qui il donnoit
d'utiles fecours.
Dame Jeanne Pelagie de Rohan
Chabot,Veuve de Meffire
Alexandre Guillaume de Meleun
, Prince d'Epinoy , morre
fubitement à Versailles, où fon
corps eft en dépoft. Ellelaiffe
entre autres Enfans M le'
Prince d'Epinoy , Colonel du
Regiment de Picardie , qura
épousé en Octobre 1691. Elizabeth
de Lorraine , Soeur de
Mle Prince de Commercy , &
Fille de François de Lorraine,
X iiij
248 MERCURE
Prince de Lillebonne , &
d'Anne Elizabeth de Lorraine.
Elle eftoit Soeur de Louis ,
Duc de Rohan. Chabot , Pair
de France , Prince de Leon ,
qui a époulé Elizabeth du
Bec, Fille unique de François-
René du Bec , Marquis de Var
des , Chevalier des Ordres du
Roy , & encore Soeur d'Anne
de Rohan- Chabot , Epoufe
de François de Rohan , Prince
de Soubife , & de Marguerite
de Rohan - Chabot , Veuve
du marquis de Coetquen ,
Gouverneur de Saint Malo,'
tous quatre Enfans de Henry
GALANT. 249
Chabor , Seigneur de Saint-
Aulaye petit- Fils de l'Amiral
Chabot , & de Marguetite de
Rohan. La Maiſon d'Epinoy
eft tres illuftre , & fort de
l'ancienne Maifon de Me.
leun.Joffelin Vicomte de Meleun
, tenoit rang parmy les
plus grands Seigneurs de la
la Cour des Rois Hugues Capet
& Robert.Sa pofterité s'eſt
confervée jufqu'à Jean I. Vi
comte de Meleun , qui ayant
épousé en 1329. Ifabeau , Dag
me d'Antoing , d'Epinoy , Vi
comteffe de Gand , en eut Hugues
de Meleun I. du nom ,
250 MERCURE
Sieur d'Antoing & Epinoy.
C'eft de luy que font fortis les
Princes d'Epinoy Vicomtes
de, Gand , Marquis de Richebourg,
Conneftables & Senef
chaux Hereditaires de Flandre
, & de Hainaut . Guillaume
de Meleun , Prince d'Epinoy ,
Chevalier de la Toifon d'or ,
Grand Bail de Hainaut , -
mourut en 1685. laiffant entre
autres Enfans Alexandre Guil,
laume de Meleun , Prince d Epinoy
, Vicomte de Gandy ,
Connellable Hereditaire de
Flandre , Seneschal de Hainaut
, & Gouverneur de Tour .
GALANT: 258
3
nay. Comme il eftoit au fervice
de la France , le Royle fic
Chevalier de fes Ordres en
1661. & il mourut en fon Chafteau
d'Antoing prés Tournay
le 16. Avril 1679. Il avoit
époulé en premieres nôces
Louife Anne de Bethune ,
Fille de Louis de Bethune ,
Duc de Charoft , Chevalier
des Ordres du Roy , & en 1668 .
il prit une feconde alliance
avec Jeanne Pelagie Chabot
deRohan,qui vient de mourir .
Meffire Mathurin Savary, E.
vêque de Seez , Abbé để Chery
& de l'lfle en Barrois . H fur le
252 MERCURE
premier Aumônier ordinaire
de la Reine , dés le temps du
Mariage du Roy; & aprés qu'il
eut fervi longtemps , S. M. le
nomma Evêque de Seez. Il
eft Frere de Jean- Baptifte Savary
, Seigneur d'Arbagnon ,
qui a efté Secretaire d'Ambaffade
en Angleterre
, & de
Jean -François Savary , Chanoine
de l'Eglife de Metz ,
Confeiller au Parlement de
la même Ville .
&
Dame Anne
Marguerite
d'Acigné , Epoufe de мeffire
Armand Jean du Pleffis , Duc
de Richelieu & de Fronfag ,
1
1
GALANT. 253
Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roy , cy - devant
General des Galeres , & Cheva
lier d'honneur de Madame la'
Dauphine. Elle eft inhumée
dans l'Eglife de Sorbonne , en
la Sepulture des de Richelieu ,
Elle laiffe plufieurs Enfans ,
dont il y a un feul Garçon ,
appellé M² le Duc de Fronſac ,
né en 1696. Elle eftoit Fille
unique & heritiere de Jean
Leonard , Marquis d'Acigné ,
& d'Anne- Marie d'Acigné , fa
Niece , Dame de la Roche-
Jagu , Maifon originaire de
Bretagne , & féconde Femme
254 MERCURE
de M' le Duc de Richelieu
Neveu du Cardinal de cenom.
Dame Françoise - Virgine,
de Preffins- Fléard , Veuve de
Meffire Jacques Comte de
Clermont Tonnerre , Duc &
Pair nommé , Conneftable &
premier Baron de Dauphiné.
Elle eft morte à Paris, & a efté
inhumée en l'Abbaye de saint
Paul de Beauvais , où мadame
fa Fille eft Abbeffe . Elle eftoit
Mere de François de Clermont
Tonnerre , Evêque &
Duc de Langres , Pair de
France , & Fille de François
de Fléard , Baron de Preflins
GALANT 235
& de Charlore Alleman , Vicomteffe
de Triéves & de
Palquiers.
"
Le mot de l'Enigme du mois
paflé eftoit le Marteau. Ceux
qui l'ont trouvé font M's de
la Chine , de la ruë Dauphine;
l'Abbé Monflambert ; P. Be
viere , ancien Curé de Bonne.
ville ; Maffey de la ruë´Simon
le Franc ; le petit la Porte &
les Demoiselles Louvain , de
Ja ruë de la Verrerie ; Caderes
dela Place Maubert ; Blondel
du coin de la ruë d'Orleans ;
-de Jolybois , nouveau Curé
de Sailly, proche Mantes fur
256 MERCURE
2
Seine , & Chapelain de Saint
Germain de Laxis ; Charles
de la rue de l'Arbre fec , &
de petit Commis de la Place-
Gaftine ; Edme Pinot , Imprimeur
à Troyes , & Pierrot
de la rue Saint Severin ; les
quatre Fils Aymond , de la ruë
du mouton ; le petit Huet , Bel
Ami Clerc de M ' Moufle ; le
petit moufle , le Chevalier des
Maronniers de la rue de la Monnoye
; l'Amant de la charmante
Janneton du Palais ; le
Solitaire du Marais ; le medecin
des moeurs ; Pinard de la Durandiere
, Preftre du Budon
GALANT: 257
auMaine ; le garçon du Fauxbourg
S. Marceau , prés le
Pont aux Tripes ; le Mary de
Germaine , l'Abbé Balan &
Mademoiſelle de Puigibaut de
Chartres , les deux bels Bo
langeres d'aupres le Marché
aux Tripes de la même Ville.
Meldemoiſelles Lorri , Jordanis
, & Picot , Javoue Ogier du
coin de la rue de Richelieu ;
Denifon de la rue Coquillere ,
les deux Soeurs fans Amans, du
Pont S. Michel , la petite Prin
ceffe Victorine de l'Hoftel des
Miracles & la Soeur la difcrette
Madelon , la jeune & char-
Aoust 1698.
Y
258 MERCURE
mante époufe du quartier des
Sciences ; Renote Hamard du
Mans : Pafquier , Directeur de
la Pofte d'Alençon , le Frere
du mois d'Avril de Tours
l'Hermite de S. Georges.
Vos Amies vous diront ce
qu'elles penfent de la nouvelle
Enigme que je vous envoye .
ENIGME.
and de fiers Ennemis
outrager
diennent pour ou
Celle dont je prens la défenſe
Je mefers de ma corne , & telle eft
Ja paiffance
Que leurs plus grands efforts ne
Isauroient l'offenfer, M
GALANT: 259
Mais tandis que pour repouffer
Leur dangereufe violence
Je tiensferme fans me laffer ,
Celle que je défens le plusfouvent
m'offense , alla
Le 16. de ce mois on elut de
nouveaux Echevins à l'Hoftet
de Ville de Paris. Quoy que
je vous aye déja entretenue
de ces fortes de Ceremonies ,
vous ne ferez peut eltre pas
fachée de fçavoit comment
la derniere fe paffa . Mỹ Bole ,
Procureur General de la
Cour des -Aides , qui rem
plit i dignement la Charge de
Yij .
260 MERCURE
Prevoft des Marchands, ayant
convoqué pour l'élection une
Affemblée extraordinaire , el
le fe trouva compofée des
quatre Echevins , M's Barois ,
Helmes , Sottereau , & de la
Loire ; des Procureur du Roy,
Greffier , & Receveur de l'Hoftel
de Ville , & de vingt fix
Conſeillers de Ville ; dix de
Cours Superieures , & feize
des plus confiderablés Bourgeois
de Paris, On appella en
coreà cette Affemblée trentedeux
autres notables Bourgeois
, pour eftre de l'élection
qui fe devoit faire de deux
GAALNT. 261
nouveaux Echevins , à la place
de M's Barois & Helmes , qui
fortoient de Charge , aprés
avoir fait leur temps. Une
Meffe folemnelle fur chantée
dans l'Eglife du Saint Efprit ,
aprés laquelle M le Prevoft
des Marchands parla avec fa
grace ordinaire & enfuite
les deux Echevins qui devoient
quitter , firent leur remerciment.
Je n'ay pû recou
vrer celuy de M Barois, M
Hefmes fit le fien en ces termes.
DAN MESSIEURS ,
Depuis deux ans que j'ay
263 MERCURE
l'honneur d'eftre affis parmy vous,
dans cette Aßemblée de Sages ,
établie pour le bon ordre & pour
L'ornement de la plus floriffante,
Ville de l'Univers , je me connois
aſſez pour fentirque je ne le dois
qu a vous au merite de vos
fuffrages. Les déclaration publi,
que que j'en fais me tiendra lien
de reconnoiffance auprés de vous ,
fans toutefois me diſpenſer jamais
de vous en donner des preuves fins
ceres,¿ Que d'étonnantes , que de
belles chofes n'ay je point veuës
icy dans le cours de noſtre admini
Atration commune? L'illuſtre Magiſtran
qui y préfide avec tant de
GALANT. 263
fucces la bien relevée par fes
actions 5 par fes grandes quali
rez parfe's lamieres qui pencuent
to fond des affairesles plus épinen.
fes , par fa prudence qui les décides
is par fon eloquence qui charme , par
fa noble humanité qui gagne les
• coeurs, & per saprésé folide qui
nous fert d'exemple . Quen'auroisje
point encore à vous dire , Meffieurs
de ces Hommes capables es
• intelligens dufquels vous m'avez
affocié , & quise font fi fort diftinguez
par leurs rares talens &
par les fervices qu'ils ont vendus?
"Fe laiffe la place à d'àútrès plus
dignes que moy de la remplités
264 MERCURE
c'est avec d'autant plus de joyê,
qu'aprés des temps un peu diffici.
les , nous ſommes entrez dans ces
jours heureux& fideſirez , oùpar
un augufte Mariage nous voyons
renaiftre du fein de la Paix gene
rale la tranquillité publque , le repos
durable de nos Citoyens , & un
nouvel éclat à la gloire de noftre
Prince toujours victorieux , tou
jours bon , toujours magnanime."
Ce Compliment fucfort ap
plaudi , & trouvé digne de celuy
qui le prononça , Quand les
deux anciens Echevins eurent
parlé , MTiton , Procureur
du Roy,harangua dignement,
felon
GALANT. 263
tion.

felon fa coutume , pour"
moigner à ces Meffieurs combien
toute l'Affemblée
eftoit
fatisfaite de leur adminiſtraon.
Il propola enfuite l'élection
nouvelle. On appella
tous les Electeurs par leur
nom ; aprés quoy l'on fit choix
de quatre Scrutateurs
pour
recueillir leurs fuffrages. Le
premier , qui doit toujours
toperfonne
diſtinguée
,
fut M. de Lamoignon le Fils.
Le fecond Scrutateur fut un
Confeiller de Ville , le troifié
me un Quartenier , & le quatrieme
un Bourgeois . Alors
Aout 198 Z
266 MERCURE
but
M le Prevoſt des Marchands
& les quatre Echevins fe reti .
rérent. Les Scrutateurs élûs
prirent leur place , pour recevoir
de chaque Electeur le ferment
, & le fuffrage écrit dans
un biller. On trouva que ceux
qui avoient le plus de voix
eltoient M' Renaud , Quarténier
, & M' Dionis , Confeiller
du Roy , Notaire au Chafteler
de Paris , & ils furent nommez
Echevins à la place de M Barois
, & de M. Hefmes. Le 18.
Mile Prevost des Marchands ,
accompagné des anciens Echevins
& des quatre ScrutaGALANT.
267
reurs , conduifit les Echevins
nouvellement élûs , à Verſailles
, pour y prefter ferment de
fidelité au Roy. M ' de Lamoignon
porta la parole , avec
cette éloquence qui eft comme
naturelle à tous ceux de
fon nom , & fit voir qu'il mar
cheroit dignement fur les traces
des Grands Hommes qui
luy ont laiffé de fi beaux exem
ples.
1
Vous aurez appris fans doute
qe M Bofc , Prevoft des
Marchands , a eſté continué
pour la quatrième fois dans
cette importante dignité.
Zij
£28 MERCURE
Rien nefçauroit mieux faire connoi,
ſtre combien la Cour & le Peuple
font fatisfaits de fa conduite ; ce qui
plus de gloire, de res
luy donne
d'autation
des affaires
ش م
4 .
de la Ville dans destemps affez diffi.
ciles, on 1579
Le 25 jour de la Fefte de S. Louis,
les Carmes du grandConvent fe rendirent
en Proceffion , luivis de MB
de Ville accompagnez
de leurs trois
icens Archers , dans la Chapelle du
Louvre, fuivant l'ancien ufage , dont
je vous ay déja parlé dans plufieurs de
mes Lettres, S. A. S Monfieur le
Comte de Touloufe , y'tendit douze
Pains-benits , avec toute la magnifi.
cence que peut permettre une ceter
monie de cette nature.
Le27.de ce mois à quatre heures
& demic aprés midy , le Roy , lears
GALANT 269
Majeftez B. &Meffeigneurs les Princes
Fils de France , Madame la Ducheffe
de Bourgogne , & tous les
Princes & Princeffes fe rendirent à
S. Clou , pour le Bâtelme de Mademoiſelle
de Chartres, Toute la Cour
s'affembla dans le grand Sallon de
Monfieur , où tout le plain pied fut
remply de Perfonnes du premier
rang , qui en arrivant trouverent
divers Officiers, qui diftribuerent en
abondance du Chocolat, du Thé , du
Caffé , & des Eaux glacées. Enfuite
fur les cinq heures & demie, l'on alla à
la Chapelle pour le Bâtefme . Monfei .
gneur le Dauphin fut Parrain , & Madame
la Ducheffe de Bourgogne Marraine
La Princeffe fut nommée Marie
Adelaide . Mrl'Abbé de Grancey
fit la ceremonie. On avoit fait venir
La jeune Princeffe d'Orleans , Fille
Zij
270 MERCURE
aînée de Monfieut le Duc de Char
tres , pour voir le Roy, qui la trouva
parfaitement belle & gracieufe. La
Ceremonie faite on fer vit quantité de
corbeilles de fruits & de dragées , &
enfuite le Roy & toute la Cour montérent
en Caléche, pour aller à la pro.
menade dans le Parc.Il y avoit fixCaléches
, chacune attelée de huit chevaux,
Le Roy , & le Roy & la Reine
d'Angleterre eftoient dans la premiere
fur le devant . & Madame la Ducheffe
de Bourgogne , Monfieur &
Madame fur le derriere . Dans la ſeconde
eftoient Monfeigneur , Made.
moiſelle fur ledevant Madame la Du
cheffe , & Madame la Princefle de
Conti Douairiere . Dans la troifiémé
Monfieur le Duc de Chartres , Madame
la Ducheffe du Lude, & une partie
des Dames du Palais de Madame la
Ducheffe de Bourgogne. La quatrième
GALANT 271
1
eftoit remplie par les Dames de la
Reine d'Angleterre , & les deux
autres par les Ducheffes , & aurres
Dames. Les trois jeunes Princes
monterent à cheval , & partirent
un peu avant le Roy pour la prome
menade. Elle dura julqu'à fept heu-
Le Roy & toute la Cour revinrese
rent
dans
les Appartemens
, & alle
rent
de
là dans
l'Orangerie
; aprés
quoy
le Roy
, & le Roy
& la Reine
Angleterre s'en retournerent.
Meffieurs les Princes & Madame la
Ducheffe de Bourgogne demeurerent
à fouper. La nuit eftant venue
on alluma les Lufties & les Gitandoles
dans tous les Appartemens &
dans le milieu de Orangerie , il y
cut une Table de quatorze pieds de
long & de neuf de large , C'eftoit un
Ambigu , où plus de loixante & dix
Z iiij
272 MERCURE
plats furent fervis . La Table effort
de trente couverts en voicy l'ordre.
Il y avoit quatre fauteuils Monfer
gneur le Duc de Bourgogne & Mef.
feigneurs les Ducs d'Anjou & de
Berry eftoient à la droite ; Madame
la Ducheffe de Bourgogne & Mademoifelle
à la gauche de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne.Auprés de Mademoiſelle
eftoit Madame la Grand
Ducheff:, Midame la Marquife de
la Ferté , & Midame de Fontaine-
Martel. De l'autre
coſté contre Monfeigneur
le Duc de Berry , eftoit Madame
la Ducheffe , Madame la Princeffe
de Conti Douairiere , & M₁-
dame du Lude. Les Dames du Palais
de Madame la Ducheffe de Bourgo
gne , & d'autres Perfonnes de qualité
occupoient les autres places.
Dans tout le temps du repas , qui
GALANT. 273
dura du moins une heure , les Vio
lons de Monfieur jouérent. Monfeigneur
le Duc de Bourgogne fut
fervi par Mr de Matatel , premier
Maiftied Hoftel de Monfieur ; Madame
la Ducheffe de Bourgogne , par
Mr de Lomelan , Maiftre d'Hoftel.
Monſeigneur le Duc d'Anjou par
Ma de Lutel , Contrôleur general ,
& Monfeigneur le Duc de Berry par
Mr de Monpoint , auffi Contrôleur
general . Mi Bizoton, Contrôleur de
la Mailon , & Mr Freignue , Contrô.
leur de la Bouche, fervirent la Table.
Aprés le Soupé , Meffeigneurs les
Princes & Madame la Ducheffe de
Bourgogne retournerent à Versailles,
Avant que de venir au détail
de l'Entrée des Ambaffadeurs de
Hollande , je vais vous parler de ceux
qui rempliffent cet Employ. Las
274 MERCURE
Frats Generaux des Provinces Unies
ont nommé Mt Heemeskerk pour!
leur Ambaffideur Extraordinaire . Il
doivaprés fon Entrée & les premieres
Audiences , faire les fonctions d'Am
baffadeur Ordinaire , & demeurer en
France , C'eft un homme d'un meris
te diftingué , dont les Ancestresont
rendu il y a cent ans de grands fervi
ces aux Etats , & qui vient de Cóna
ftantinople où il a efté Ambaflideut
des mêmes Etats auprés du Grand
Seigneur, ngMx , m
La Province de Hollande a chorfi
Mr d'Odick pour ſon Ambaſſadeur
Extraordinaire Il doit s'en tetournet
dans peu de temps : C'eſt un homme
d'une grande diftinction , & quivint
en France aprésla Paix de N Hiégue
en la mente qualité qu'il y paroift
aujourd huy. Ces deux Amh.ff.
GALANT. 275
deurs , qui eftoient icy depuis plu
fieurs mois , & qui n'avoient point
encore fait leur Entrée publique , à
caufe que des équipages auffi confil
derables que ceux avec lesquels ils
ont paru , ne pouvoient eftre fi-toft
prefts , la firent le 24. de ce mois . Ils
fe rendirent au Chateau de Ram
bouillet , où les Ambaffadeurs & les
Miniftres Etrangers qui font en
cette Cour les envoyerent compli
menter, Mr le Muréchal de Tourville,
que le Roy avoit nommé pour
les accompagner,s'y rendit auffi avee
Mr de Saintot , Introducteur des
Ambaffadeurs , ainfi que les Caroffes
du Roy, des Princes & Princeffes de
la Mailon Royale. Les deux Am
balladeurs monterent dans celuy dù
Roy, accompagnez de Mr le Matéchal
de Tourville , & de M de Sain276
MERCURE
tot . Les Fils de M d'Odiick,les Gen
tilshommes de la fuite des Ambaffa
deurs , & leurs principaux Officiers,
montant à plus de foixante perfonnes
, fe placerent dans les Carofles
de Madame la Ducheffe de Bourgogne
, & dans ceux des Princes &
Princefles. Vous fçavez qu'il ne fe
trouve point de Carofle de Monfei
gneur le Dauphin en de pareilles
ceremonies , parce que ce Prince eft
fervi par la Maifon de S. M. Le Ca.
sofle , les Pages , & les chevaux de
main de Mele Maréchal de Tourville
commencerent la marche,fon Ecuyer
étant à la tête, Enfuite parut un Ecuyer
àla ala tefte de douze chevaux de main,
conduits par douze Palfreniers Ils
eftoient fuivis d'un autre Ecuyer qui
précedoit douze Pages bien mentez,
aprés lefquels marchoit un Saifle
GALANT. 277
a
cheval à la tefte de ſeize Valets de
pied Le fond de cette Livrée eftoir
d'un drap ifabelle , galonné d'ar.
gent & d'une petite bande de velours
vert entre les galons, soyala
On vit enfuite paroiftre un Ecuyer.
1 & deux fous Ecuyers , ou Gentils,
hommes , bien montez à la tefte dé
feize Pages à cheval , puis deux SuiG
Tes à cheval à la tefte de quarante
Valets de pied . La Livrée de ces
Pages & de ces Valets de pied , qui
eftoient à Mr d'Odiick , n'eftoit dif
ferente de celle de Mr Héemeskerk
que par la bande de velours , qui
eftoit bleue. LeCaroffe du Roy parut
enfuite , dans lequel eftoient les deux
Ambaffadeurs , M le Maréchal de
Tourville & Mode Saintot. Il y avoit
huit Eftafiers de Mr de Tourville à
da portiere du Carofle , du coſté où
278 MERCURE
eftoit ce Maréchal, & ils precedoierr
les Caroffes des Princes & Princeffes
de la Mailon Royale , au nombre de
quatorze.Ce Cortége étoit fermé par
celuy de Mr le Marquis de Torfy, qui
enqualité de Secretaire d'Etat des Af
faires étrangeres , ena toujours envoyé
un aux Entrées des Ambaffadeurs .
On vit enfuite paroiftre quatre
Caroffes de Mr Heemskerk , dont
deux eftoient à huit chevaux , &
deux à fix. Le premier qui eftoit cee
luy du Corps , eftoit d'une fort
grande magnificence. Ces Caroffes
eftoient laivis de fix autres à huit
chevaux de Md'Odiix Il n'y avoit
tien de plus beau que les chevaux
de tous ces Caroffes, Il y en avoit
de Frife , qui font plus hauts & plus
longs que les chevaux ordinaires
d'allezan , de guis de fouris , de gris
GALANT. 279
par
of
pommelé , bay ,1& de plufieurs: au
tres fortes. Huit aigrettes avec des
ed plumes blanches , relevoient l'attela
ge du Casoffe du Corps de Mr d'O
diick Les deux Caroffes du Corps
des deux Ambaffadeurs eftoient cou
pez en dôme cintré , ce qui faifoit ùn
+ces-bel effet. Ils eftoient garnis de
Bronze doré, avec des compartimens
fur Impériale. Le Train eftoit de
bois doré tres bien fculpé ; la peinture
de ces Caroffes eftoit fine & fut
des fonds d'or. Tout y eftoit allego.
sique & convenoit à la Paix. A peine
fut-on, arrivé à l'Hoftel des Ambal
fadeurs & Extraordinaires , que Mele
Marquis de Souvré , Maitre de la
Garde- robe du Roy, vint faire com
pliment aux Ambaffadeurs de la part
de S. M. Ceux qui vinrent enſuite fu
rentMṛleMarquis de VillacerfleFils,
280 MERCURE
premier Maitred Hoftel deMadame
Ja Duchefle de Bourgogne , de la part
de cette Princeffe ; Mele Marquis de
Plavaux , Maiftre de la Garderobe de
Monfieur , de la part de S. Al R. Mª
Colins, premier Maiftre d'Hoftelde
Madame de la part de cettePrincefle
Mrde Grave, Maistre de la Gardero
be de Monfieur , de la part de Monfieur
de Chartres , Ms Bailly Ecuyer
ordinaire de Madame la Ducheffe de
Chartres , de la part de cette Prin,
ceffe. On fervit enfuite un Souper
magnifique Il y avoit quatre Tables,
deux pour les Ambaffadeurs , &-les
Perfonnes les plus qualifiées qui les
accompagnoient ; & les deux autres
pour les principaux Gentil hommes
& Officiers de leur fuite. Ces Tables
-furent fervies le lendemain Lundy,
avec la meſme magnificènce.idne
GALANT 281
;
Le 26. Mrs. HeenRetk & d'Odiick,
que M le Maréchal de Tourville & Mrde
Saintot étoient allez prendre à l'Hôteldes
Ambaffadeurs Extraordinaires , fe rendi
rent à Versailles avec les mefines équipa
ges & livrées , & accompagnez de la met
me fuite que le jour de leur Entrée. Les
Compagnies des Gardes- Françoifes &
Suiffes eftoient rangées en haye & fous
les Armes avec les Tambours appellans,
Les Gardes de la Porte & de la Prevôté,
l'eftoient de la mefme forte à la porte du
Chafteau & dans la Cour, & les cent Sui
fes auffi en haye eftoient placez depuis
l'entrée du Veftibule , jufqu'au haut de
l'Escalier, au bas duquel les Ambaffadeurs
furent reçûs par Mr le Marquis de Blainville
& par Mr des Granges , Fun Grand
Maitre , & l'autre Maitre des Ceremo
nies. Mr le Maréchal Duc de Villeroy
Capitaine des Gardes du Corps , les regeut
à l'entrée de la Salle des Gardes , qui
eftoient auffi en haye & fous les Armes ,
& à leur paffage on ouvrit les deux battans
des Portes. A l'entrée de la Chambre
Asut 1698.
A a
Julien
282 MERCURE
de Sa Majefté , ils firent trois profondes
revérences en s'approchant du Baluftre,
Le Roy qui eftoit dans fon Fauteuil fe
leva quand il les vit & fe découvrit , &
aptés qu'ils furent entrez dans le Baluftre,
Sa Majefté fe couvrit & les fit couvrir.
Meffeigneurs les Princes , Fils de France,
eftoient dans ce mefme Baluftre . Ce fut
Mr Heemskerk qui porta la parole, La
réponſe
Roy fut pleine de témoigna
ges d'une parfaite amitié pour les Etats
Generaux leurs Maiftres , & d'eftime parti
culiere pour leurs Perfonnes, L'Audience
finie , Mr le Maréchal de Villeroy les
reconduifit au mefme endroit où il les
avoit reçeus, & Mrle Maréchal de Tourville
& Mr de Saintot , les menerent à
l'Audience de Monfeigneur le Dauphin ,
aprés laquelle il furent conduits par Mr
de Saintot à celles de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , de Madame la Ducheffe
de Bourgogne , de Monfeigneur le
Dic d'Anjou & de Monfeigneur le Duc
de Berry. Enfuite ils furent traitez avec
beaucoup de magnificence par les Offi
GALANT. 283
eiers du Roy, & Mr le Maréchal de Tour
ville fit les honneurs de la Table. Il y en
avoit trois , l'une de quatorze couverts
pour les Ambaffadeurs , une de vingt , &
une de trente , pour les Gens qualifiez &
les Gentilshommes de la fuite. On traita
deux cens foixante Perfønnes de livrée ,
fuivant la Lifte qu'on en avoit faite.
1001
La Charge d'Aumônier du Roy , que
la Promotion de Mr l'Abbé de Mailly &
l'Archevêché d'Arles rondoit vacante a
eſté donné à Mr l'Abbé de Pomponne
Son nom eft un éloge pour luy
L'Archevêché de Besançon ayant vaque
pour la premiere fois depuis que la Frant
che -Comté a efté jointe à la France, de
Pape a donné l'Indult, au Roy pour y
nommer , & Sa Majeftetrouvant beau
coup de merite dans un Francomtoja, qui
eft d'une Famille où la valeur regne avec
la pieté , en a pourvû Meffire François-
Jofeph de Gramons , Evêque de Philar
delphie, Leok his sy A: J
(
Sa Majesté adonnéen même temps les
Abbayes de la Cbaiſe -Dieu & de Fonfroi
A a ij
284 MERCURE
de , a M l'Abbé de la Rochefoucault ,
Oncle du Duc de ce nom. Elles avoient
efté poffedées auparavant par M l'Abbé
de Marfillac , qui mourut il y a quelques
mois,
de
eftoit
Frere de ce même
Dûc! Chiar al ob esamodelius sol
L'Abbaye de Meen a¹efté donnée à‹M³
l'Abbé Fagon, Fils de Mr Fagons Premier
Medecin du Roy. Il eft Docteur de Sorbonne
, & s'eft diftingué dans tous les
Actes qu'il a foutenus pour parvenir à ce
grade . Sá fageffe & fes bonnes madurs le
font voit digne Fils d'un Pere que laCour
& tous les honnekes gens avoient fouhaité
de voir dans le pofte ou le Roy l'a
mis . C'eft un employ qu'il exerce avee
une nobleffe & un defintereffement qui
va jufqu'à facrifier la plufpart de fesdroits
à ceux qui rempliffent les Charges fur lef
quelles il a infpections
Mr l'Abbé de Montauban wefté gratifié
de l'Abbaye de Saint Guillem .
Le Roy a auffi donné deux Abbayes
de Filles ; fçavoir celle des Clavas à Madame
de Montmorin , & celle de Noftre
GALANT. 285
Dame de Ligneux , à Madame de Saint-
Aulais de Launay.
Je ne me fuis pas trompé en vous envoyant
, le mois paffé , le Sonnet de Mr le
Gendre , comme eftant tres- beau , mais
je me fuis trompé en vous difant que.
l'Auteur eftoit Fils de feu Mr le Gendre,
Fermier General. La conformité du nom.
& des Emplois m'a fait tomber dans
l'errreur Il eft Fils de Mr le Gendre de
Lyon , Secretaire du Roy , cy-devant Fermier
de Savoye , & à prefent Intereffé
dans les Fermes . Adieu , Madame. Je
vous envoyeray le mois prochain uk
Journal exact de tout ce qui fe fera paffé
au Camp de Coudun , prés Compiegne.
Je fuis voftre , & c.
<
n
I
A Paris , ce 31. Aduſt 1698.

5252 SESE SEESESE SE
TABLE.
2.34
Aust Prelude. A 19
HOU HOMA
Compliment
fait au Roy.
Ode de Mademoiselle Bernard.
Difcours furce qu'on craint d'eftre treize à
table.
14
21
Difcours prononcé à Vouvans en bas Poir
ton.
243
Lettre de Chandernagor dans le Bengale,
le 3. Janvier 1697.
Le Songe , Stances.
6 %
Difcours fait à Mr l'Archevêque de Bor
deaux.
Mariages.
76
92
Remerciment de Mr le Chevalier d'Ef
tampes à Mr l'Abbé de Soubize .
Maximes Galantes.
96
102
Difcours du Prieur de S. Lomer à Mr
l'Evêque de Blois.
Hiftoire.
114
F18
TABLE.
Reflexions fur la polireffe des Moeurs. 161
1 Analyfe des Vertus .
1. 161
L'Idée ou Carattere de l'honnefte . Homme
Chreftien. 167
Etat des Charges aufquelles Mr le Duc de
Lorraine a nommé. 169
Lettre d'un fçavant Medecin. 176
Nouveaux effets du Tonnerre,
168
These foutenue par Mr l'Abbé d'Eftampes.
197
197
200
Vers fur le fujet de cette Thefe .
Madrigal.
Vers irreguliers à Madame la Marquife
d'Aligre.
208
Mort de Mrde Montmorency de Bours.
212
Gouvernemens donnez par le Roy. 275
Mr le Comte de Guiſcard nommé Ambaffadeur
extraordinaire en Suede. 216
Prodige.
217
7219
Mariage.
Eftampe nouvelle , curieuſe . &àla mode.222
Livré nouveau de Mr de Befarfon. 225
Traité de la Religion contre les Athées.les
Deiftes,& les nouveaux Pirrhoniens . 218
TABLE.
Ce qui s'eft paffé à la promenade que Ma
dame la Ducheffe de Bourgogne a faite
à Paris.
Mariage.
Morts.
Enigmes,
234
241
243
1255
259
Ceremonie obfervée à l'Election des nouveaux
Echevins.
Baptême de Mademoiselle de Chartres 269
Ce qui s'eft paffé à l'Entrée & à l'Audience
des Ambaffadeurs de Hollande. 275
Charge d'Aumônier du Roy donnée par
Sa Majesté.
Benefices donnez par le Roy.
283
283.

La Chanfon qui commence par Un fevere
16 devoir a banny de ces lieux , doit regarder
la page 117.
L'Air qui commence par , Les Prez , les
Bois , les Fleurs , & la Verdure ,: doir
regarder la page 205
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24
24
25
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259
26%
TABLE
Ce qui s'eft paffé à la promenade que Ma
dame la Ducheffe de Bourgogne a faite
à Paris.
Mariage.
Morts..
Enigmes,
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241
243
Ceremonie obfervée à l'Election dec 255
259
veaux Echevins .
Baptême de Mademoiselle de Chartres 269
Ce qui s'eftpaffé à l'Entrée & à l'Audience
des Ambaffadeurs de Hollande. 275
Charge d'Aumônier du Roy donnée par
Sa Majesté.
Benefices donnez par le Roy.
283
283
+
La Chanfon qui commence par Unfevere
devoir a banny de ces lieux , doit regarder
la page 117.
L'Air qui commence pat , Les Prez , les
Bois, les Fleurs , & la Verdure , doir.
regarderla page 205
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TABLE
Ce qui s'eft paffé à la promenade que Ma
dame la Ducheffe de Bourgogne a faite
à Paris.
Mariage.
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259
Ceremonie obfervée à l'Election des nouveaux
Echevins.
Baptême de Mademoiselle de Chartres 269
Ce qui s'eftpaffé à l'Entrée & à l'Audience
des Ambaffadeurs de Hollande. 275
Charge d'Aumônier du Roy donnée par
Sa Majesté.
Benefices donnez par le Roy.
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dame la Ducheffe de Bourgogne a faite
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Mariage.
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Ceremonie obfervée à l'Election des nouveaux
Echevins.
Baptême de Mademoiselle de Chartres 269
Ce qui s'eftpaffé à l'Entrée & à l'Audience
des Ambaffadeurs de Hollande. 275
Charge d'Aumônier du Roy donnée par
Sa Majesté.
Benefices donnez par le Roy.
283
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La Chanfon qui commence par Unfevere
devoir a banny de ces lieux , doit regarder
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L'Air qui commence pat , Les Prez , les
Bois, les Fleurs , & la Verdure , doir.
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TABLE
Ce qui s'eftpaffé à la promenade que Ma
dame la Ducheffe de Bourgogne a faite
à Paris.
Mariage.
Morts...
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241
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nou. Ceremonie obfervée à l'Election des
veaux Echevins. 259
Baptêmede Mademoiselle de Chartres 269
Ce qui s'eftpaffé à l'Entrée &à l'Audience
des Ambaffadeurs de Hollande. 275
Charge d'Aumônier du Roy donnée par
Sa Majesté.
Benefices donnez par le Roy.
283
283
La Chanfon qui commence par Unfevert
devoir a banny de ces lieux , doit regarder
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L'Air qui commence pat , Les Prez , les
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Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le