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Eur.
511
m
1698.6
Gun $1122
1698,6
Mercure
<36624511630015
<36624511630015
Bayer. Staatsbibliothek ?
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUIN 1698.
SIVA PAKISI
Chez MICHEL BRUNFT , Grande Salle
du Palais, au MercureGalant,
Onouveau du
N. donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on
vendra trente fols relié en Veau ,
vingt-cing fols en Parchemin,
A PARIS;
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dana
la Salle des Merciers , à la Juftice .
MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
M. DC. XCVIII
Avec Privilége du Roy
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AVIS.
Velques prieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famile employer
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercare , on ne laiffe pas
d'y manquer tonjours, Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On reitere la meſme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiſſe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
A VIS.
prie feulement ceux qui les envoyens
& fut tout ceux qui n'écrivent que.
pour faire employer leurs noms dans
l'article des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on falle ce qu'ils demendent,
C'eft fort peu de choſe pour chaque
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour an Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere , qu'il eft toujours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
longtemps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées ; mais auffi
cesVilles ne lereceveront pas fi tard
qu'elles faifotent auparavani Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis.
fans en charger ledit Brunet , s'exposent
à le recevoir toûjours fort
Fard pardeux raifons . La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendre fitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quel
quet jours avant que l'on en faffele
debit , & l'autre , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont lû eux & quel
ques autres à qui ils le preftent , ils
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente nen a commencé que fort.
avant dans le mois . On évitera ce
Terardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'ilfe charge de faire
A iij
AVIS
lespaquets løy-mefme,& de lesfairê
porterà la Pofte on aux Meffagers,
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe gene
ralement de tous les Eivres now→
veaux qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartien
Mert à d'autres Libraires , fans en.
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à la fin
du mois, on les joindra au Mercureg
afin de n'en faire qu'un mefme par
quet. Tout cela fera execute avec
ane exactitude dont on aura lien
d'eftre contents
MERCVRE
GALANT
JUIN 1698.
ANT de beaux Ôu.
vrages ont efté faits
fur la Paix, que quoy
que je vous en aye déja envoyé
plufieurs dans mes Lettres
précedentes , je me crois
obligé de vous faire encore
A iiij
8 MERCURE
part de celuy- cy , qui a esté
receu favorablement du Roy.
Ces fortes d'Ouvrages ne dépendent
point des occafions
qui les ont produits . Ils tirent
leur prix des beautez qu'on
y répand , & ils font toujours
nouveaux pour ceux qui n'ont
pû les voir auffi - toft qu'ils
ont paru
.
SUR LA PAIX
GENERAL
E.
ODE.
Dans ces champs malheureux où
Mars tient fon Empire,
Bellone foudroyant les plus fermes,
rempars ,
GALANT
છે
Découvroit fur fon front la fureur
qu'elle infpire ,
Et la Difcorde alors grondoit de toutes
parts.
Mille ruiffeaux de fang répandus
dans ces plaines ,
Alloient rougir la térre & groffit les
fontaines ,
Le Pô faifi d'horreur fuyoit de tous
côtez.
Le Tage fe cachoit fous les ondes
craintives ,
Et la Meufe entraînoit des corps en
fanglantez .
Que l'on voyoit floter fur fes tremblantes
rives.
Le Danube en fureur précipitant
fon cours
Accouroit affronter ce spectacle tragique
;
10 MERCURE
La Tamiſe en tous lieux mandioit .
du fecours ,
Pour voir avec éclat regner ſa politique.
Pour épuifer la Seine , enfiez d'un
vain elpoir ,
Les Fleuves alliez uniffoient leur
pouvoir ,
Et fatoient leur orgueil d'une victoi.
re entiere .
A leur aide la Sambre avançoir à
grand bruit :
Mais le fuperbe Rhin qui leur fert
de barriere ,
Lescontraint quand il veut à rentrer
dans leur lit.
Déja le fiet Germain eftoit fans
réfiſtance ,
L'Ibere fur les bords combattoit foiblement
,
GALANT
. 11
Et l'Anglois qui s'armoit de toute fa
puiffance ,
Sur l'Empire François attentoit vai
nement.
Le Lombard alarmé fuyoit fur fes
montagnes.
Ses Voifins defolez dans leurs triſtes
campagnes
S'apreftoient
à fe rendre aux ordres
du Vainqueur ,
Lors quede fes bienfaits LOUIS
toujours prodigue
Daigne les dérober à ſa juſte fureur
,
Er brifer pour leur bien une funcfte
Ligue.
S
Il fait plus ,il leur rend leurs Villes,
leurs Etats :
Et pour prix de la Paix une Augufte
Princefle
12 MERCURE
Par un heureux Hymen engage fes
appas ,
Et tamene en ces lieux les Jeux &
l'allegreffe .
Plein d'un remords fecret le Batave
confus
De voir tous les projets , fes efforts
fuper flus ,
Se dégageoit aufli de l'orgueilleufe
foule ,
Mais l'Ibere envieux , les Aigles ir ~
ritez ,
Et le Peuple inconftant où la Tamife
coule
Redoubloient à l'envi leurs jaloufes
fiertez.
S
< Plein d'un dépit farouche , & rempli
d'arrogance ,
Le Belge vivement fecondoit leurs
efforts ,
GALANT.
+13
Et fe flatant entre eux de partager la
France ,
Afin de l'accabler ils ne formoient
qu'un Corps.
Ta
L'Herefie irritoit l'ardeur de leur
courage ,
Et l'Erreur fe gliffant dans leur fecrete
rage ,
Leur fafcinoit les yeux & brouilloit
leurs efprits:
Mais leurs carreaux lancez retomboient
fur leurs teftes .
LOUIS portant par tout la terreur
de les Lis ,
Entaffoit chaque jour conqueftes fur
conqueftes.
2
Ce Monarque qui regle au gré de
fes defirs
Ledeftin de la Paix & le fort de la
Guerre
14 MERCURE
;
Touché de tant de pleurs , de trou.
bles , de foupirs.
"A voulu redonner le repos à la
terre.
On l'a vû , pour punir d'injuftes attentats
,
Sur fes fiers Ennemis appefantir fon
bras ,
Et redoubler fur cux l'éclat de fes
tempeftes.
Ses Ennemis honteux de fe voir
confondus ,
Laffez de voir tomber fa foudre fur
leurs teftes.
Aux ordres de LOUIS fe font
enfin rendus.
2
Dans la Paix ce Heros affable ,
debonnaire ,
Autant par les bienfaits fignale fon
grand coeur ,
GALANT:
Que dans les champs de Mars redoutable
& fevere
Il fait voir fon courage & fa haute
valeur.
Loin de vouloir jouir du fruit de
leurs difgraces ,
I rend aux Alliez leurs Villes &
leurs Places ,
Et dans toute l'Europe il répand fes
bienfaits,
LOUIS , noftre foutien , noftre
Ange tutelaire ,
Le foudre de la Guerre , & l'ami de
la Paix ,
Conferve nous toujours un bien fi
falutaire.
୭
Par fes brillans attraits une Grec
que autrefois
Jufques au fond des coeurs porta la
jaloufic.
46 MERCURE
Le noble & doux efpoir de rentrer
fous fes loix ,
Contre toute l'Europe arma toute
l'Afic .
Pour perdre les Troyens , ou les rendre
foumis ,
Devant Troye on a vû cent Princes
ennemis
Dix ans marquer en vain leur courage
intrepide.
Un defefpoir confus redoublant leur
couroux >
Sceur joindre la furpriſe à la valeur
rapide ,
Et cette Ville enfin fuccomba fous
leurs coups .
2
Dix ans la France a vû mille ambitieux
Princes
Jaloux de fa grandeur , & pour fa
perte unis,
GALANT. 17
D'un cours impetueux fondre fut
Les Provinces ,
Efperant s'agrandir de fes riches dés
bris.
Elle a vu ce Heros at mé pour fa dé
fenſe ,
Abattre leur orgueil , brifer leur ef
perance ,
Et tous ces fers Titans foudain font
diſparus . 963 915
Par un genereux foin l'aimable Ade-
` laïde ,
Pour réconcilier ces courages vaincus
,
A daigné leur fervir elle- même de
guide.
• Mais de Mars en couroux le bras
eft delarmé ,
Hentens de tous coftez pouffer des
cris de joyen
Juin 1698.
ma
B
18 MERCURE
L'ouvrage de la Paix eſt enfin confommé
,
Tout benit ce trefor que le Ciel nous
renvoye .
Le Soleil qui voit tout, fous les fiers
étendarts ,
Voyoit l'Aigle à regret privé de ſes
regards ,
S'égarer de la voye , & fuivre une
autre trace .
Il pardonne fans peine à fes legere
tez ,
Pour rendre à l'Univers une nouvelle
face ,
Et fon juſte couroux fait place à fes
bontez.
S
Que les Dieux , qu'Apollon , les
Filles de Memoire
Celebrent de LOUIS le grand
nom à jamais ,
GALANT. 19
3
3
=
3
Et faifant éclater mille chants à fà
gloire ,
A nos derniers Neveux peignent
tant de hauts faits .
1.
Que les Graces , les Ris , & les Jeux
reparoiffent ,
Que l'Age d'or revienne , & les plai-
Girs renaiffent,
BROM
Et nous faffent jouir d'un éternel
Printemps :
Que la moiffon redouble , & les
Arts refleuriffent ,
Que la Terre , les Cieux , & tous
les Elemens
IG
De nos cris d'allegreffe enfemble
retentiffent.
2
Peuples , qui jouiffez des bienfaits
de LOUIS ,
Venez à les bontez rendre un patfait
hommage.
Bij
20 MERCURE
Vous l'avez vû cent fois par des
faits inouis
Faire éclater par tout la gloire & fon
Bates
Courage
.
Par un heureux retour fa clemence
aujourd'huy
Montre qu'il eft luy feul vostre plus.
grand appuy.
Il préfère au bonheur de conquerir
la Terre
Le plaifir de donner le calme à fes
Sujets :
Si fon bras a lancé fi longtemps fon
tonnerre ,
C'eftoit pour rétablir l'abondance &
la Paix.
T
Cette Ode eft de M. l'Abbé
de Gendron , & Madu
Four, Ordinaire de la Mufique
GALANT 21
de la Chambre du Roy , eft
l'Auteur du Difcours que vous
allez lire.100.19q fuon na
SUR LA REVOLUTION
des Saifons.
Uoy- qu'il foit tres diffi
cile de découvrir les cau
fes de plufieurs effets naturels,
dont la Sageffe Eternelle s'eft
voulu referver le fecret, pour
nous obliger de nous confondre
par la foibleffe de nos efprits
; cependant puiſque cette
Sagefle a bien voulu nous
permettre de raiſonner , &
22 MERCURE
nous a mefme comme aban
donné tout ce monde viſible
en nous permettant d'en difputer,
je crois que fans rien entreprendre
fur les droits de la
Providence , je puis donner
mes conjectures fur les révolutions
des faiſons , qui fourniffent
à tous les hommes des
fujets de raiſonner , pour tâ
cher d'en découvrir lescaufes
qui font encore fi cachées.
Quelques Mathématiciens
prétendent que c'est l'effet
d'une Planéte , qu'une Circulation
centenaire fait revenir
perpendiculairement au defGALANT
23
"3
fus de noftre horifon , & que
tandis qu'elle eft dans cette
fiituation , ſa pefanteur arrête
les vapeurs élevées de la terre,
& empêche que le Soleil ne
les diffipent , ayant plus de
peine à pénétrer de les rayous,
une maſſe d'Air épaiffie &
preffée ; mais cela a peu d'apparence
,car s'il eftoit ainsi que
les Periodes reglées de ceue
Planete puffent caufer ces
effets, on pourroit les prédire
fur les Circulations certaines
de cette Planete , & cela
donneroit quelque fondement
à l'erreur populaire qui
24 MERCURE
attribue ces changemens au
declin & à la fin de chaque
Siècle , ce qui fe détruit de
foy - mefme ,
- mefme , puis queé nous
voyons par l'Hiftoire, qu'il y a
eu des fins de Siécles dont les
faifons ont efte bien plus réglées
que les commencemens
& le milieu de ces mefmes Siecles
outre que la Populace
ignore que ces Siécles font
établis par les hommes pour
Teur fervir d'Epoques , & pour
diftinguer unfi grand nombre
d'années depuis la création
du monde.zip
Les Nitres , dont d'autres
préGALANT
25
prétendent que l'Air ſoit obf
curci , ne font pas la premiere
caufe de ces changemens
puiſqu'il faudroit remonter
la caufe qui produit ces vapeurs
Nitreufes , pour pouvoir
raiſonner jufte. Ainfi elle ne
fi l'on paffe juf- fatisfait pas ,
ques
à fes principes
.
D'autres
veulent
que
ce
foit
le tremblement
de terre
de 1692.
qui a éloigné
de l'Equateur
de quelques
dégrez
ce grand
Continent
, d'entre
la Mediteranée
& l'Ocean
fep
tentrional
, ce qui
compoſe
noftre
Zone
temperée
. Ceux-
Juin
1698.
C
26 MERCURE
cy ſe trompent tres- groffiére >
ment, puifque le Globe de la
terre fe foûtient dans le milieu
du liquide de l'Air qui
l'environne
fur fon propre
centre , fans qu'aucune partie
s'en puiffe détacher , à moins
que ce grandContinent
ne fût
comme fondu , & ainfi éloigné
du Soleil. Mais nous ne
voyons aucune augmentation
dans nos jours d'Eté ni d'alté
ration dans ceux d'Hiver , &
les deux Equinoxces & les
deux Solſtices fe font rrouvez
juſtes dans les temps ordinaires.
GALANT: 27
T
Voicy mes conjectures.
que je foûmets à de plus hábiles
Philofophes que je ne
fuis , ne m'eftant propofé que
~ce qui paroît fenfible & plus
naturel , fur une queftion qui
occupe tant de gens.
Les Géographes, felon toutes
les Relations des Voyageurs
, conviennent que jamais
Vaiſſeau n'a aproché du
Pôle Artique plus prés que du
quatre-vingt-fixiéme degré à
caufe des glaces perpétuelles
qui y font. Il reste donc juf
ques au quatre-vingt - dixiéme
degré, quatre degrez imprati .
Cij
28 MERCURE
8:00
quables qui font quatre vinge
bonnes lieues de France , &
quatre cens quatre , vingt de
circonférence de glace, qui au
trefois ( n'y ayant que ces quatre
degrez de glace ) nous fourniffoient
dans les Etez de fi agréables
vents & fi purs , mais
cela n'eftant pas égal tous les
ans, nous nous reffentons aujourd'huy
de l'âpreté du froid
& des brouillardsque lesglaces
étrangetes nous envoyent . Il
eft certain que les glaces s'étendent
plus ou moins felon la
chaleur que le Soleil a laiffé
noftre Hémisphere dans les fix
GALANT! 24
mois qu'il l'éclaire . L'Hiver de
1692. fut ſi âpre pendant quelques
jours ,que ces Mers glace ,
rent jufqu'au cinquante-cinquiéme
degré , & toute la Mer
Baltique noftre voifine de
deux cens lieues , s'en trouva
prife , de forte que le Soleil
dans fon cours ordinaire repaffant
l'Equateur , & ceffant
d'éclairer noftre Pole , ne put
fondre les glaces que juſqu'au
foixante & dixiéme degré par
l'oppofition des Brouillards
que le dégel de ces quinze
degrez de glaces nouvelles apporta
à les rayons , & à quel
C iij
30 MERCURE
ques vents du Sud qui estoient
d'abord repouffez , ce qui fit
que noftre Europe ſe reffen .
tit de ce fracas , & ne put faire
fes moiffons dans la maturité
ordinaire .
On
demandera
pourquoy
le Soleil
n'échauffe pas également
toutes les années. Mais
il eft à remarquer
que lors que
le Soleil arrive au Tropique
de l'Ecreviffe , & lorfqu'il commence
de rétrograder
, quand
les glaces du foixante
& foi
xante & dixième degré ne font
pas fonduës , à peine trouverons
nous quinze jours d'un
GALANT zi
veritable chaud jufqu'à l'É
quinoxe de Septembre. La raifon
eft que nous ne fommes
de deux cens, trois
diftans que
cens
& quatre
cens
lieuës
de
ces glaces
, & il y en a cinq
cens
foixante
de noftre
cinquantiéme
degré
jufqu'au
Tropique
. Ainfi
le voiſinage
de ces
glaces
repouffe
ttop
aiſement
le vent
du Sud , &
empêche
que ce bel Aftre
n'échauffe
noftre
horifon
à
l'ordinaire
. Noftre
feule
ref
fource
eft qu'il
puiffe
arriver
de frequents
grains
entre
les
Tropiques
, les mois
de Juiller
C iiij
32 MERCURE
& d'Aouft , afin de nous diſtri
buer des vents fuffifamment
pour fondre ces glaces étran
geres, & lesrecoigner jufqu'au
quatre-vingtième degré avant
que le Soleil ait paſſé dans
l'autre Hemiſphere , & nos
Terres pourront reprendre
leur ancienne vigueur.
On demande encore pours
quoy les Vents du Nord'Eft
& Nord'Oüeft , & leurs compofez
, quoy que paralleles en
distance du Septentrion , fe
font reffentir fi differemment.
Le Nord- Est venant du foi .
xante & dixième degré de la
GALANT: 21
33
Mer glacée de Tartarie , &
paffant par ce long Continent
de Tartarie , Pologne , Alle
magne jufques à noftre Fran
ce , eft fouvent plus âpre &
bien plus pur que le Nord.
Le Nord- Oüeft, quoy qu'if
parte du foixante & dixieme
degré de la Groënlande glacée
, parallele au Nord- Eſt ,
les vapeurs de la Mer où il
paffe jufques à nous , nous
Padouciffent & le rendent
mol , ce qui nous cauſe tant
de neges fonduës. L'Angleterre
, les coftes de Hollande ,
& la Bretagne, nous l'épurent
34 MERCURE
un peu par la craſſe qu'elles
en reçoivent avant qu'il arriye
à nous .
L'entrée que les Chevaliers
de l'Arquebule ont faite depuis
peu à Saint Denis , merite
que vous en fçachiez les
circonftances. Le Lundy 10..
du mois paffé, toutes les Compagnies
mandées arriverent
en bon ordre. Aprés avoit
efté teceuës & complimentées
hors les Portes par ceux
de la Ville de Saint Denis , qui,
avertis par l'Etendart mis au
bout du plus haut Clocher,
GALANT.
༢s .
monterent à cheval pour aller
à leur rencontre , ils entrerent
tous enſemble ceux
de la Ville l'épée à la main
ayant la gauche , & les autres
la droite , avec leurs Aumôniers
& Officiers à leur tefte
précedez de Tambours, Hautbois
, & autres Inftrumens ,
fuivis de leurs Caiffons & Ba
gages; leurs Drapeaux & leurs
Guidons faifoient voir d'où
ils eftoient. Il y avoit feize
Compagnies , quatre du cofté
du Nord ; fçavoir , Beaumont,
Pont, Verberie, & Senlis ; cinq
du cofté de l'Eft , Meaux ,
36 MERCURE
Crefpy , Lagny , Torigny ,
Crecy; trois du cofté du Midy
ou Sud Eft , Brie- Comte
Robert , Corbeil , Charenton
& les Carrieres , & quatre du
cofté du Couchant , Poiffy ,
Mante , Magny , & Pontoiſe .
Toutes ces Compagnies ainſi
entrées , furent conduites par
celle de la Ville dans les Hô
relleries qu'on leur avoit mar
quées,fur la porte de chacune
defquelles l'on avoit mis fous
le nom d'Hoſtel , la Ville qu'
elle logeoit. Celle de Meaux
choit à l'Epée Royalé , fur la
Place. C'eft la plus belle & la
GALANT
:
37
·
.
plus grande. Elle eftoit bien
due à cette Compagnie
, puis
qu'il ne s'en peut voir une
plus belle ny plus grande
d'Arquebufiers
. Elle eft compofée
de plus de foixante Tireurs
, fans les Officiers , tous
tres bien faits. Enfuite on
preſenta à toutes les Compar
gnies le Vin ordinaire , & à
chacune
un Pafte de la part
des Chevaliers
de la Ville.
Cette entrée , qui dura toute
l'apréfdifnée
, fut faite au fon
& au carillon de toutes les
cloches de l'Abbaye. Le ſoir
& le refte de la nuit s'employe
38 MERCURE
•
rent aux Serenades & Auba❤
bades avec Violons , Tame
bours & Hautbois . Le lendemain
, les Députez de chaque
Compagnie fe rendirent au
Jardin de l'Arquebuſe , pour
tirer à qui auroit le pas à la
Meffe & à la marche . Cela
dura jufqnes à onze heures,
Ceux de Beaumont gagnerent
le premier pas , & le mi
rent aprés celle de Saint Denis
, qu'ils avoient à leur teſte,
à celle de toutes les Compagnies
; car celle de la Ville ne
tira point pour le pas . Ils fe
rendirent à l'Abbaye chacun
GALANT .
39
dans l'ordre que le fort luy
avoit donné, avec leurs armes,
précedées de leurs Tambours
& Hautbois. Ils fe placerent
dans le Choeur dans le même
ordre. Toutes les cloches fonnerent
encore & carillonnerent
pendant cette marche ,
La Meſſe fut celebrée avec
beaucoup de ceremonie. Tous
les Chevaliers allerent à l'Offrande
avec leurs Aumôniers
& Officiers à leur teſte , dans
l'ordre obfervé à la marche ,
& faluerent l'Officiant avec
les Armes . Guidons & Enfei
gnes , la pointe ou bout en
40 MERCURE
bas. Pendant cette ceremo
nie, qui duraprés d'une heure,
les Orgues , les Hautbois &
les Tambours le firent entendre.
A l'Elevation tous les
Chevaliers mirent l'épée à la
main , ainſi qu'à l'Exaudiat ,
chanté à la fin de la Meffe,
Lors qu'elle fut achevée, chaque
Compagnie retourna à
fon Hoſtel , dans l'ordre qu'-
elle en eftoit fortie , & y demeura
juſques à quatre heures
, qu'elles allerent dans le
même ordre prendre le Prix ,
aprés quoy elles fe rendirenr
à l'Abbaye. Là elles joigni
GALANT
41
tent ce Prix au Bouquet , &
porterent enfuite ces deux
pieces par route la Ville , ce
qui dura juſques à ſept heures.
Le Prix confiftoit en
quantité de Vaiffelle d'argent ,
comme Baffins , Aiguieres,
Jattes , Ecuelles couvertes , &
autres , Flambeaux de toutes
façons , & grand nombre de
Sucriers. Tout cela eftoit fuf
pendu en une maniere de pi
ramide de fix pieds de haut ,
avec des rubans rouges , dont
le bout fe terminoit
par qua
tre Sucriers en forme de
sours, au milieu defquels eftoit
Juin 1698.
D
42 MERCURE
une grande Aiguiere qui fai
foit le chapiteau de la machi
ne. Le Bouquet eftoit de fleurs
de foye de toutes couleurs ,
où dominoit toutefois le vert.
Il eftoit auffi de prés de fix
pieds de haut, dans une groſſe
caiffe des mieux dorées , & armoriée
aux quatre endroits
des Armes du Roy , de la Ville ,
de l'Abbaye , & des Arquebu
fiers.
Je vous envoyay le mois
paffé la découverte de la Ville
d'Antre en Franche - Comté.
J'y ajoûte aujourd'huy des
GALANT
43
queftions fur l'Hiftoire Civile
de cette Province . On prie
les Sçavans de vouloir s'y attacher
, & de les approfondir.
Ce font autant de fujets de
Differtations pour éclaircir
l'Hiftoire de ce Pays , quia efté
obfcure & negligée juſques à
preſent.
QUESTIONS
Sur l'Hiftoire ancienne de la
Franche - Comté.
I.
JUfqu'où la Province des
Sequanois , appellée Maxima
Sequanorum , s'étendoit du
Dij
44 MERCURE
softé de la Suiffe , du Bugey ,
de la Breffe , du Duché de
Bourgogne , de Lorraine &
d'Alface , du temps de Jules
Cefar &
d'Augufte .
M.
Si nul Auteur Sequanois
n'a écrit du temps des Gaulois
& des Romains ? Pourquoy
ils écrivoient fi peu ? Qui font
les Auteurs Grecs & Romains
qui ont parlé de ce Pays
III.
Pourquoy les Sequanois
n'ont jamais efté alliez avec
les Suiffes , & fouvent avec les
Allemans,&par quels moyens
GALANT .
45
ils s'éleverent à la premiere
autorité dans les Affemblées
des Gaules , malgré la jalouſie
des autresPeuples , & l'inimitié
des Eduois.
IV.
Depuis quel temps on a
appellé le pays des Sequanois
la Franche - Comté , & pour
quoy ?
V.
Par quels endroits de la
Franche Comté paffe la Levée
des Romains , qui va de
Lyon à Besançon , & de Befançon
à Bafle ? Quel Empereur
Romain l'a fait faire ?
46 MERCURE
D'où vient que les voyes mi
litaires fe font mieux confervées
dans la Franche- Comté ,
que dans les autres Provinces,
des Gaules ?
VI.
Si Besançon eftoit une plus
grande Ville du temps d'Augufte
qu'à prefent ?
VII.
Combien de fois la Ville de
Besançon a efté ruinée & renverfée
? Quelle eftoit la Capitale
des Sequanois lors des
ruïnes de Besançon ?
VIII.
En quel temps ona appellé.
GALANT.
47
Belançon Chryſopolis , la Ville
d'or ? Et pourquoy ?
IX.
c'eſt que la Tour
Ce
que
qui
eft
à
Besançon
, appellée
Ganelon
?Qui
l'a
fait
baſtir
?
X.
Quel Empereur Romain fir
bâtir à Besançon le Capitole ,
qui a ſubſiſté juſqu'à nos
temps , la Porte Noire , qui
fubfifte encore ?
XI.
? Où ſe terminoit à Befana
çon le Canal d'Arcier ? Où
eftoient les Bains pubics ?
48 MERCURE
XIL
A quel ufage le mur qui eft.
au milieu du Doux auprés de
Abbaye de Saint Paul &
XIII.
Si Crocus fit brûler Man
deure , comme il fit brûler
Belançon ?
XIV.
Si Attila a détruit Besançon ,
comme il détruifit Avenche.
XV.
Si les Romains empêche-.
rent les Vandales de fe rendre
maiftres du Pays des Sequanois
, ou fi les
Bourguignons
les en chafferent ?
---
XVI
GALANT.
49
XVI.
Quelles eftoient les anciennes
armes des Sequanois , &
s'ils avoient autrefois le Lion
que nous avons à prefent.
XVII.
Si le Chat e ftoit les Armoiries
de nos Rois Bourguignons
. Vandales : & les Abeil
les , de nos Rois Bourguignons
François ?
XVIII. ©
Si Mandeure n'eſt pas le
Darifium de Ptolomée , que
cet Auteur marque la premie
reVille des Sequanois ? Quand
Juin 1698.
E
50
.
MERCURE
& pourquoy elle a changé de
nom ?
XIX.
Si Mandeure eftoit une Colonie
Romaine , & fi les familles
des Varrons & des Lentulus
, qui y ſubſiſtent encore ,
font des anciennes familles de
Rome ?
XX.
Si Varron , qui a fait un Poëme
de Bello Sequanico , n'eſtoit
pas Comtois , pluroft que
Gafcon ?
XXI.
Si la Ville Equeftris , qui eftoit
la troifiéme Ville de ce Païs ,
GALANT:
felon Ptolomée , eftoit ſituée
dans l'étenduë de la Franche-
Comté d'à- prefent ; & fi les
Auteurs qui ont écrit , que
deftoit Laufanne , ou Nion ,
ne ſe font point trompez?
XXII.
Où eftoit le fameux Port de
ce pays , appellé Alucina?
XXIII.
Où eftoient les Chafteaux
dont parlent les anciens Auteurs
,Caftrum Vindonenfe , Ar.
gentarium , Ebrodunum , &c.
XXIV .
Pourquoy on a appellé les
Bourguignons
qui " firent la
E ij
52 MERCURE
Conquefte de ce Pays au
cinquiéme fecle , Bourgui
gnons Vandales ? Eftoient ils
d'ailleurs auffi grands , & d'une
ftature auffi haute qu'on
le public ?
XXV.
D'où font venus les Bourguignons-
Vandales ? En quel
temps ont - ils commencé à
regner dans les Gaules ? En
quelles Provinces ? Quelles
Villes ont efté les Capitales
de leurs Etats ? Combien y at
- il cu de Rois ?
XXV I.
Combien il y a eu de Rois
GALANT.
13
Bourguignons - François ? En
quel temps ils ont commencé
& finy ? En quel lieu ils
ont regné ?
XXVII.
Pourquoi lesBourguignons
Vandales firent les Loix Gom
bettes , en confervant les Loix
Romaines , & quelle difference
il y a des unes aux autres ?
XXVIII.
Si les Princes Bourgui
gnons Vandales firent battre
de la monnoye d'or & d'argent
à leur coin , ou s'ils fe
fervirent de celle des Empereurs
Romains?
E iij
14 MERCURE
XXIX.
Si les Bourguignons & les
François furent oppofez dans
la guerre des Huns , & dans
la Bataille qu'Aëtius donna à
Attila.
XXX.
Pourquoy appelle - t - on le
Royaume d'Arles le Royau
me des Bourguignons ? Les
Princes d'Arles ont - ils efté
Souverains en ce Pays ? En
quel temps , & de quelle ma
miere ?
XXXI
Combien y a-t- il de Ducs
de Bourgogne de la premiere
GALANT.
$$
Race: S'ils eftoient Souverains
en Franche Comté , & la maniere
dont ils ont regné ?
XXXII.
Combien y a t il de Ducs
de Bourgogne de la feconde .
face ? D'où eft venuë la perte
de cette Maifon >
X X XIVÉ.
Combien de Comtes Souverains
dans la Franche Com .
té ? Pourquoy les appelloit - on
Palatins ? Où failoient - ils
leur réfidence ? Où font - ils
morts & enterrez ?
XXXIV.
Quel est l'Empereur Ro
E
iij
56 MERCURE
ㄓ
main qui a le plus aimé la
Franche - Comté ? Quel eſt
l'Empereur d'Allemagne qui
l'a plus eftimée & confiderée
? Quel eft le Roy ou le
Duc de Bourgogne , qui luy
a le plus accordé de privileges
Quel eft le Comte de
Bourgogne qui luy a fait plus
de bien ?
XXXV.
Si le premier Prince d'Orange
aefté Comtois ? Quelles
Familles du Pays eftoient
réunies à celle là ? De quelle
maniere elle s'eft élevée en la
Franche Comté, & comment
GALANT:
57
elle en eft fortie ?
XXXVI.
Si le dernier Maiftre da
Temple , appellé de Molais ,
eftoit Comtois ?
XXXVII .
L'origine & l'établiſſement
de l'Ordre celebre de la Toi
fon d'or ;fa fin & fon progrés;
fa gloire & fes avantages,
D'où vient que cet Ordre s'eft
élevé fur tant d'autres , &
qu'il s'eft fi bien confervé?
C'eſt avec raiſon que le
Trictrac paffe pour le plus
beau de tous les Jeux de ha58
MERCURE
zard. En voicy les regles que
M' Caffan, qui profeffe les мathematiques
chez Monſieur le
Duc du Maine , & chez Mon.
fieur le Comte de Toulouſe ,
a miles en Vers François . Si
elles ont quelque obfcurité
pour ceux qui ne fçavent pas.
ce Jeu , c'eft qu'il eft difficile
par luy - même , & qu'on ne
peut bien l'apprendre que
par une longue habitude à le
jouer.
GALANT.
59
LES ELEMENS
DU TRICTRAC.
LE
E Trierac prend fon nom du
bruit que font les Dez
Au fortir du cornet lors qu'ils font
amenez
Sur deux tables d'ébeine , ou matiere
femblable ,
Ayant un bord conforme autour de
chaque table,
Que deux fiches,d'acier joignent par
un cofté
Pour ouvrir & fermer avec commod
dité.
Dans chaque Table on voit des fiéches
arrangées ,
Six en haur,fix en bas,par ordre mé
langées
60 MERCURE
Du blanc avec du vert , ou bien d'au
Pour
tres couleurs ,
y marquer
leurs valeurs .
deffus les coups &
Sur un même cofté doivent eftre
potées
Quinze Dames
par
bout en trois tas
difpofées .
Ce Jeu fe joue à deux ; chacun a fon
cornet ,
Et deux Dez en commun dont les as
font Befét
Les deux deux , Double deux , & les
deux trois font Ternes ,
Les deux quatre font pris pour Carmes
ou Quadernes
,
Pour Quines les deux cinq , les deux
fix pour Sonnez ,
Et les Impairs font pris comme ils
font terminez.
Au fort du plus gros Dé la main eft
accordée ,
GALANT: 61
Aqui l'a devers foy le Jeu l'a conce
dée ,
Et de ce même coup en abattant fon
bois , [ deux fois ,
Met à profit les Points pour ne jouer
Les Fléches pour cafer font d'abord
en ulage
Enfuite pour marquer les points &
l'avantage ,
On met en abattant les Dames fur
fon bord 1 [ l'abord
Et fi l'on peut cafer on le fait dés
Si l'on méne Belét , à la Fléche pre
miere
On met Dame fur Dame , & c'eft la
cafe entiere,
Si c'eſt un Double deux , fur la Fléche
d'aprés
Ternes fur la troifiéme , & toûjours
ce progrés
Et de Eléche & de Point fe doit trou
ver conforme,
62 MERCURE
Mais on voit rarement cette fuite
uniforme,
Car de vingt coups de Dez égaux ou
differens
Les doubles ne fçauroient eftre les
plus frequens.
Si par un quatre & trois on commence
d'abattre ,
Aux fléches de ce nom on mettra
trois & quatre ;
Ainfi pour deux & l'as , ainfi pour
cinq & trois ,
De même à fix & cinq , de même à
chaque fois ,
Obfervant de couvrir la Dame dé-
Couverte ;
C'eſt ce qu'on dit caſer, pour éviter
la
perte
Des Points qu'on prend deffus , &
dont le jeu le fait ,
Auffi bien que du Plein dont nous
verrons l'effet ,
GALANT: 63
Aprés que nous aurons par une feule
idée
Compris l'ordre du Jeu d'une mas
niére ailée.
Aux Fléchès les jettons font cons
noiftre les coups ;
Un d'abord & puis deux , peuvent
fuffire à tous s
Sil'on gagne
deux Points on marque
à la deuxième ;
Si c’eft quatre , lon met deffus lạ
quatrième ,
A fix , huit , dix , de même , & cet
ordre eft fuivy
[ foit finy.
jufqu'à ce que d'un trou le nombre
On le compte Bredoüille en le faifant
de fuite ,
C'est-à-dire deux trous ; que fi l'au
tre l'évite ,
I
marque à deux jettons les coups
qu'il gagne auffi
€4 MERCURE
Et Bredouille à fon tour en les man
quant
ainfi
.
Douze Points font le trou , douze
trous la partie ,
Dont chaque table au bord doit eftre
repartie ,
Chaque bord en fix trous , les deux
faifant le tout,
Et l'on gagne le tout quand on arrive
au bour.
Cela dit , il est temps de voir ce
que rapporte
Le gain de tous les Jeans qu'on nom
me de la forte ,
Le grand Jean , le petit , & le Jean
de retour. [ le tour,
Le petit Jean arrive en commençant
Lors qu'on fait en paffant les fix ca- :
les premieres ,
Le grand au même bord quand on
fait les dernieres ,
GALANT.
65
Ce Jean s'appelle Plein , foit petit ou
foit grand ,
Et le coup qui l'achève eft le plus
important.
On compte quatre Points quand
nombre impair le donne,
7
Six fr c'est par doublet , comme le
Jeu l'ordonne,
Si chaque Dé remplit , on compte.
pour d'eux fois
Avec leur compofé l'on les compte
pour trois
Les impairs feulement ont ce triple
avantage ble sempliffage .
Car les doublers ne font qu'un dou-
Si par cette railon on le compte plus
fort
C'est ce qu'on ne dit pas , bien qu'on
en foit d'accord.
A chaque coup de Dé , tant que
Plein fubfifte
Juin 1698.
Je
66 MERCURE
On compte quatre ou fix , mais le
premier n'exiſte
Que pour un ou deux rrous , puis on
doit entaffer
Les Dames de nouveau pour mieux
recommencer
Autrement ce profit peut nuire dans
la fuite I plus vite.
Si l'oppofé s'avance , & s'il caſe au
Il faut donc prendre garde à ne pas
s'engager .
Le grand Jean eftant fait , on doit le
ménager
Il fait le fort du Jeu pour gagner las
partie ,
Qui fans luy ne feroit que tres mal
affortie .
Jean de retour en cor fe doit examiner:
Dans la fute on verra comme on
peut l'amener
..
GALANT: 67
On l'évite ſouvent par la longueur
extrême ,
Mais quand le Jeu le veut , il n'en eft
pas de même ,
Car qui change de bord en paffant le
premier
Se
procure fouvent un avantage en
tier.
П eft encor unJean qu'on nomme
de fix tables
Un autre des deux coins , aux premiers
diffemblables.
Jean d'obſtacle a fon tour qui n'arri
By ve quepeut.
Pour le premier il vient en commen
gandlejeu. 365xedos
Quand' dans trois coups l'on voir fix
Dames étalées Laffemblées ,
Sur fix fléches de fuite & par ordre
Oh donne quatre points à ce Jean
pourla parret stand
Fiji
68 MERCURE
Les deux autres auffi n'ont qu'un
coup du hazard,
Comme Jean de deux coins dont
l'étymologie
Démontre ce qu'il eft fans beaucoup
d'énergie. [ d'abord,
Ace Jean il ne faut que deux Dames
Donnant dans chaque coin de l'un à
l'autre bord
Eftant feules à bas , car fans ce privilege
Le coup refteroit feul , & tout ce
beau manége
Donne quatre gros points & fix par
un doublet.
By lí 1913 :
Jean dobftacle eft en tout contraire
à fon effet,
Car file coin contraire eft pris quand
le
coup porte (soooh as 100
On
pert autant de points en don
narx de la forte, su
GALANT. 69
A
Laiffons la pour un temps cesJeans
grands & petits ,
Pour dire la valeur des points donnez
au prix .
Mais avant que d'entrer dans ce détail
pénible ,
It eft certains endroits dont il n'eft
pas loifible
D'ignorer ny le nom ny les commo
ditez [ facultez
d'autres
Qu'ils rapportent au jeu par
Comme des coins Bourgeois de la
cafe du Diable
Er du coin de repas à la feconde table.
A la cinquième cafe & la ſeptiéme
auffi
On fait les coins bourgeois , & Fon
les nomme ainfi ,
Parce que d'un feul coup l'on faute à
la derniere
70 MERCURE
C'eft le coin du repos que l'on ne tarde
guere
D'attaquer ,fi l'on peut , par le bord
oppofé.
Le contraire eftant pris , & le plus
avilé
S'il a le coup devant le doit prendre
de même.
Pour la cafe du Diable , elle eft à la
leptiéme ;
On ne peut la remplir qu'avec difficulté.
Elle vient quelquefois de l'inégalité
Des points qu'elle requiert , & dont
Texperience
Au premiercoup de Dé fait connoi .
< ftre la chance.
Quant au coin de repos , le Jeu
nous fera voir no 44
Dedans l'occafion tout ce qu'il peur
valoir.
GALANT.
Maintenant fupputons les profits &
les pertes ,
Que nous donnent au Jeu les Da
mes découvertes ,
C'eſt à dire qui n'ont une Dame au
fommet.
Que le Joueur d'abord jette de
fon cornet
Cinq & trois qui font huit , & que
d'un point femblable
Son coup trouve une Dame àl'autre
bord de table fon bord
De buit fléches diftante à celle de
Il comptera deux points, & matquera
d'abordandodeg
Avec un feul jetton fur la fléche
feconde ,
S'il bat par deux
endroits
, & que le Jeu fecondeur
XC7
Comme d'un cinq tout feul , & puis
d'un cinq & trois qva
1 M
72 MERCURE
Il en marquera quatre & deux pour
chaque fois.
S'il bat
par
trois encor il augmente
le
compte
De deux points, qui font fix , à quoy
le tout le monte.
S'il donne par doublet il marque
quatre points ,
Es quatre points encor ,
deux conjoints,
fi par ces
Qu par double doublet il donne fur
le méme ,
Et mettra fon jetton fur la fléche
Ε
buitiéme. a
Si par ce dernier coup il donne dans
le coin , co [ foin
Il en gagnera fix enfuite il prendra
De marquer les deux troux , & le ;
deux points de refte .
Sifon jeu luy déplaiſt il pourra fans
contefte
Entaffer
GALANT.
73
Entaffer derechef, en difant je m'en
vais , [ fur les ais.
Aprés avoir marqué les deux troux
S'il marque les deux points , cetre
faute l'engage
A pourſuivre le Jeu contre fon
avantage.
Il eſt encor des coups qu'on fait
en autre lieu ,
En fautant fur le pont ou bande du
milieu
Vers l'autre Petit Jean , car la Dame
y vaut quatre ,
Quand le nombre eft impair , &
lors qu'on peut la battre
Par un des trois doublets qui donnent
au plus loin ,
On la compte pour fix , comme au
Jean , comme au coin ;
Car au coin comme au Plein les im
pairs font conformes,
Juin 1698.
G
4 MERCURE
Et les doublets auffi deffous toutes
les formes,
Les Ecoles encor font article à
leur tour , [ retour.
Et le Jean qui ne peut , & le Jean de
Les Ecoles au jeu font les points qu'
on oublie ,
Ou qu'on marque de trop au cours
de la partie.
Ce font autant de points ajoûtez au
produit
Du Joueur oppofé , qui les compte
fans bruit.
Pour le Jean qui ne peut , que je
n'ay voulu mettre
Dans l'ordre des premiers , il ne faut
pas l'obmettre ,
Bien
que
fes attributs malins à difcuter
,
Quand ils font contre nous faffent
Louvent pefter
GALANT. 78
Ua Joueur qui n'a pas le don de patience.
Si le coup qui furvient dans la
même diſtance ,
Et de cinq & de trois trouve chemin
bouché ,
Au lieu de profiter il en eft empêché
Par un effet contraire , & perd autant
que monte
Le coup qu'on gagneroit , que l'autre
met en compre ,
Ajoûtant à fon jeu ces profits clairs
& nets,
Et tout autant de coups , foit impairs
ou doublets
Qui rencontrentainfi , ce' ft toujours
même perte ,
Ce qui n'arrive plus quand la Dame
eft couverte ,
Ou quand l'ôtant de place on la met
autre part
Gij
176 MERCURE
En lieu de feureté , mais ſouvent
c'est trop tard.
Jean de retour le fait paflant d'un
jeu dans l'autre ,
Nous dans l'autre cofté , l'oppofé
dans le noftre
Devers le Petit -jean , les grands
eftant rompus ,
Et les chemins ouverts pour y ranger
deffus
[ de fuite
Le dernier
plein du jeu , puis relever Les Dames
fur le bord
, ce qu'on
fait au plus vite ,
Pour prendre le devant , car le premier
qui fort
Gagne quatre ou fix points , qu'il
employe d'abord ,
A nouvelle repriſe, où pour finir le
compte ,
De douze points comptez à quoy le
trou ſe monte.
1
GALANT .
77
Je vous ay parlé fouvent
de Mrs les Lanterniftes de
Toulouſe . La Lettre qui fuit
vous inftruira de ce que vous
pouvez ignorer touchant l'etabliffement
de cette Societé.
Elle est d'un Gentilhomme
de Normandie, extrêmement
diftingué par fon efprit .
A MADAME
LA MARQUISE DE C.
Omme je prens beau-
Co ,
me , à ce qui regarde la celebre
Compagnie des Lanter
Giij
78 MERCURE
niftes , je fuis bien aife qu'on
ait fait tant d'attention dans
voftre Province aux Bouts- rimez
qu'elle a propoſez cette
année , & que le Mercure Ga
lant du mois de Mars dernier
a annoncez . Je ne le fuis pas
moins d'apprendre que plu
fieurs de vos Amis veulent
travailler fur ces Bouts -rimez
pour difputer le Prix que don
ne cette docte. Aflemblée ;
mais je fuis un peu furpris des
queftions que vous me faites
au fujet de fon nom , & de fon
établiſſement
, car il me paroift
que les Lanterniftes ont déjà
GALANT
. 79
fair affez de bruit dans le mon
de , pour meriter que vous
ayez pris foin de vous infor
mer de leur hiftoire , mais
puifque vous n'en ſçavez aucunes
circonstances , c'eft avec
plaifir que je fatisfais à la curiofité
que vous me marquez
fur cet article.
Quelques
Confeillers
du
Parlement
de Toulouſe
, quelques
Cavaliers
, quelques
Abbez
, & enfin des Sçavans
de
tous étagès ' ; voulant
former
entre- eux une Societé
reglée
pour le communiquer
leurs
lumieres
les uns aux autres
2
Giiij
80
MERCURE
refolurent de choisir un jour
fixe , dans lequel ils puffent
s'affembler chez quelqu'un de
la Societé. Ils executérent leur
deffein ; & pour n'eftre pas
troublez dans leurs converfations
, ils convinrent de ne les
faire que le foir, afin que l'heu .'
re des vifites ordinaires fuft
paffée. Ils tinrent exactement
leurs
conditions , & pour conferver
un entier fecret à ces
Affemblées , on ne fe faifoit
point porter de flambeau pour
y aller , on fe contentoit de
s'éclairer foy même avec une
petite lanterne. Ces Meffieurs
GALANT: 8
continuérent quelque temps
ces converſations fecrettes &
fçavantes , avec beaucoup de
plaifir & de fruit ; mais enfin il
n'y a rien qui ne fe découvre .
On fut informé de leurs Af
femblées , & tous les honnêtes
gens loüérent extrêmement
leur projet. Quand il fut connu
, ils le poufférent encore
plus loin . Ils augmentérent
leur Societé & firent une
Compagnie en forme. A caufe
de leurs petites lanternes ,
quelques Sçavans enjouez leur
donnérent le nom de Lantermiftes.
Ils l'acceptérent agrea82
MERCURE
blement à l'imitation des
doctes Academies d'Italie ,
qui toutes ont des noms ba
dins , comme chacun fçait , &
pour conferver le fouvenir de
leur origine , ils prirent pour
Deviſe une Etoile , avec ces
mots , Lucerna in nocte . Ensuite
ils établirent un Prix pour
eftre donné tous les ans à celay
ou celle qui feroit le plus
beau Sonnet à la louange du
Roy , fur des Bouts - rimez que
la Compagnie publieroit . Ce
Prix eft une fort belle medaille
qui reprefente l'Etoile , qui
eft le corps de la Devife de la
GALANT. 83
Compagnie ; & qui eſt entourée
de mots , qui luy fervent
d'ame . Au revers de la
Medaille il y a un Apollon
qui joue de la Lyre , affis fur
un des fommets du Parnaffe ,
avec ces mots Apolloni Tolofano.
Un tel établiſſement n'eftil
pas digne de ceux qui l'ont
fait , & ces Meffieurs ne meritent-
ils pas qu'on leur donne
beaucoup de louanges , & de
leur zele pour le Roy , & de
leur foin à exciter une noble
émulation entre ceux qui ont
d'heureux talens pour la Poë
fie : L'attention qu'ils ont dans
84 MERCURE
leurs doctes exercices à faire
fleurir les belles Lettres ,leur
doit attirer l'aplaudiffement
de tous ceux qui les aiment ;
mais outre l'aplaudiffement
general, voftre Sexe charmant
leur doit encore des fenti .
mens particuliers de reconnoiffance
, puifqu'ils font fi
exacts à luy rendre juſtice ,
que contre l'uſage ordinaire ,
ils l'admettent à leur fçavante
Societé. Ils en ont donné un
exemple d'éclat en la perſonne
de Mademoiſelle l'Heritier,
perfuadez que l'efprit & le
merite doivent eftre honorez
GALANT . &
ans le beau Sexe , comme
ans l'autre.
Quand je fais reflexion à
l'empreffement que vous me
témoignez fur tout ce qui a
raport à cette Academie , j'ay
fujet de croire que vous ferez
bien aile de voir les Lettres
de Reception que les fçavans
Hommes qui la compofent ,
ont envoyées à Mademoiſelle
l'Heritier en l'agrégeant
dans leur Compagnie
. Non
feulement
je vous ay envoyé
une copie de ces fortes de Patentes
, mais encore j'ay eu
foin de vous faire part de la
86 MERCURE
Lettre que la Compagnie à
écrite à Mademoiſelle l'Heririer
en luy envoyant ces Patentes
, & la réponſe quecette
Demoiſelle luy a faite . Ces
trois Pieces n'ont pû que
vous caufer beaucoup de plaifir
, puis qu'elles font tout à
la fois conciles & academiques
; mais vous ne ferez pas
fans doute fachée que je
vous faffe la defcription de la
maniere galante & ingenieuſe
dont la Compagnie des Lanterniftes
a envoyé ces Lettres
de Reception à Mademoiſelle
l'Heritier . Elles font écrites
GALANT 87
fur un beau velin en caracteres
dorez. Le fceau de la Compa
gnie eft attache à ce velin par
des cordons de galons d'or &
de fatin bleu . Ce fceau eft en
cire blanche. Il eſt entouré
pour le conferver , d'une petite
machine d'argent dentelée &
travaillée fort
proprement ; &
le tout est enfermé dans une
Boëte d'argent , qui eft paffée
dans les galons d'or ; & au bas
de laquelle pendent de petites
houpes d'or. Tout cela eftoit
enfermé en dernier lieu, dans
une Boëte à couliffe émaillée
de bleu & femée d'étoiles d'or,
88 MERCURE
Voyez , Madame , ſi Meſfieurs
les Lanterniftes
ne font
pas bien polis , & ſi la maniere
dont ils honorent les
grands talens dans vôtre beau
Sexe , ne doit pas l'exciter à
ne les point ensevelir , quand
il en eft partagé . Les fentimens
équitables qu'ils ont
pour ce Sexe charmant , feront
honneur à jamais , & à
leur Compagnie
, & à Touloufe
. Cette grande Ville eft
celebre par divers beaux endroits
; mais elle fe diftingue
tres - particulierement
par la
maniere dont elle cultive les
GALANT: 89
ſciences . Outre la Compa
gnie de Meffieurs les Lanterniftes
, dont je viens de vous
parler , Toulouſe a chez elle ,
comme vous fçavez , l'illuftre
Academie des Jeux Floraux ,
qui diftribue tous les ans plufieurs
Prix pour des Ouvra
ges de Poëfie fur differens fujets
, & un Prix pour la Profe ,
dont elle annonce le fujet
chaque année. Il y a encore
dans la même Ville Mrs de
la Societé des Belles Lettres ,
qui cherchent à perfectionner
l'Eloquence , & qui donnent
des Prix à ceux qui l'em-
Juin 1598.
H
90 MERCURE
ployent le mieux dans des
Difcours dont ils prefcrivent
les fujers . Rien n'eft plus loüa .
ble que de voir dans une feule
Ville trois Compagnies
appli
quées à faire briller les Scien
ces & les Belles Lettres .
Hé bien , Madame , ne devez
vous pas eftre fort contente
de moy , qui vous apprens
tant de curieufes particularitez
des Academies nouvelles
, & de la fçavante Mademoitelle
l'Heritier ? Pour
vous fatisfaire entierement au
fujet de cette illuftre Fille ,
pour qui vous m'avez marqué
GALANT.
bien des fois vous intereffer
tres - vivement , je dois vous
dire que l'Italie luy a rendu
la même jufticé que la France.
L'Academie de Ricovrati
de Padouë luy a envoyé det
Lettres d'Academicienne . Elle
eft aggregée à cette fameufe
Academie, ainfi que l'eftoit
feue l'admirable Madame dés
Houlieres , & comme l'eft encore
aujourd'huy l'incompara
ble Mlle de Scudery , & quelques
autres Dames fçavantes
du Siecle. Padouë , comme
chacun ſçait , ell une des plus
celebres Villes d'Italie , & fi
A
Hij
92 MERCURE
diftinguée par fon courage ,
&
par
la maniere merveilleu .
fe dont elle fait fleurir les
Sciences , que parmy les Epithetes
des Villes d'Italie , la
fienne eft , Padoa la dotta. La
Nobleffe y eft polie & gene.
reufe. L'accueil qu'elle fit au
fçavant M' Patin , marque affez
qu'elle merite bien ces
deux qualitez.
C'eft dans cette mêmeVil
le qu'il y a une Univerfité re
nommée , qui donna le Bonnet
de Docteur en Medecine
à la dote Mademoiſelle Cornaro.
Vous voyez qu'une Vil
GALANT.
93
le fi accoutumée à rendre
honneur au merite du beau
Sexe , n'avoit garde de ne pas
faire juftice à Mademoiſelle
l'Heritier , fiilluftre par ſa vertu
, par fon fçavoir extraordi
naire , & par les grands talens
en Poëfiie , qui ont éclaté par
tant de Prix qu'elle a remportez.
Je vous informe de toutes
ces chofes de Padouë , de
Mademoiſelle Cornaro , & des
autres rares perfonnes de vòftre
Sexe , parce que je fçay
que de tels détails vous font
plaifir , & que je ne rechercheray
jamais rien avec plus
94 MERCURE
d'ardeur , que les occafions
de vous témoigner combien
je fuis veritablement voftre
tres humble , & c.
M' l'Evêque de Troyes a
efté receu dans fon Evêché
avec tout le reſpect & tout
l'empreffement que l'on doit
à fon merite. Il trouva à Pont
fur Seine , où eft la belle maifon
de Mr Bouthillier , Sur-
Intendant des Finances , M
fon Oncle , l'ancien Evêque ,
M' l'Abbé Vinot, Doyen , &
M' Maillet , Chanoine de la
Cathedrale , qui estoient ve
GALANT. 95
nus au devant de luy. Le lendemain
de fon arrivée à Pont ,
il y fut complimenté par M
l'Abbé de Chavaudon , accompagné
de trois Chanoines
de fon Egliſe , qui en
eftoient les Députez . Le jour
fuivant , M' l'Evêque vint à
Troyes , accompagné de la
Maréchauffée , qui eftoit venuë
au devant de luy le mercredy
de devant la Pentecofte.
Il y arriva fur les trois
heures . Auffi- toft le Chapirre
de la Cathedrale vint enCorps
luy faire compliment , & il
fut fuivi de celuy de l'Eglife
96 MERCURE
Royale de Saint Eftienne , › &
de tous les autres Corps de la
Ville. Le Jeudy matin , M ' le
Prefident le Virloys vint le
complimenter à la teſte du
Prefidial . Le Vendredy ce Prelat
alla entendre la Meffe à
l'Abbaye de Noftre Dame.
C'eſt une Abbaye de Filles des
plus anciennes & des plus illu
ftres du Royaume . Elle a de
grands privileges , & M¹ l'Evê ,
que de Troyes eft obligé de
venir préter ferment entre les
mains de l'Abbeſſe , pour leur
confervation Cette ceremonie
fe fit à la Grille entre les
mains
GALANT. 97
receu à la
mains de la Prieure , parce que
Madame d'Arreft qui eft nommée
à cette Abbaye , n'en a
pas encore pris poffeffion .
L'apréfdînée
, M l'Evêque fut
porte de l'Eglife de
Troyes par le Chapitre. M'le
Doyen le complimenta
en
Latin , & ce Prelat répondit
en la même Langue . Le
Grand Archidiacre de Sens ,
qui doit inftaller les Evêques
Suffragans de cette Metropole
, & à qui il eſt dû un marc
d'or pour cette ceremonie ,
fe prefenta pour la faire, mais
seltant retiré pour quelque
Juin 1698 .
I
98 MERCURE
difficulté qu'il eur avec le
Doyen pour la préfeance , celuy-
cy inftalla M ' l'Evêque ,
qui entonna le Te Deum , par
où finir la ceremonie.
Les Avocats du Siege Préfidial
de Riom ont établi depuis
quelques années des Conferences
publiques , où ils
font briller également leur
efprit & leur érudition. Quoy
qu'elles foient établies principalement
pour leur inftru
ction , ils ne laiffent pas quel
quefois de quitter les matieres
de Droit pour prendre
des queftions de Belles LetGALANT:
99
tres ; ce qui oblige les plus
beaux efprits de la Province
de s'y trouver , pour joindre
leurs lumieres à celles de cet.
te Societé. M Dormeflon ,'
Intendant de la Province , les
honore ſouvent de ſa preſence
, & la ſatisfaction qu'il paroiſt
en recevoir, les engage
agréablement à continuer ces
exercices. Ce fut dans une de
leurs Conferences que l'on
donna àexaminer lequel étoit
plus fort de l'Amour ou de
I'Eloquence. Sur quoy M
Faydit de Saint - Bonnet , qui
eft un des Avocats de ce Sie
I ij
100 MERCURE
ge , fit les Vers fuivans-
SI L'AMOUR EST
plus fort que l'Eloquence .
L'Elprit depuis longtemps eſt la
dupe du coeur ,
Et l'Amour , quoy qu'on diſe , eft
toujours le vainqueur.
Que fervit à Pallas dans les champs
de Phrygie,
Des figures de l'Art fa Harangue
enrichie ?
Ce Difcours fi puiffant à ravir les
efprits ,
Luy fit -il meriter une pomme pour
Prix ?
Paris fut infenfible , & Venus fans
rien dire ,
Gagna de la beauté le glorieux Empire.
GALANT: 101
Mercure qui jadis fut le Dieu du
Difcours ,
Se fit l'Ambaffaideur de celuy des
Amours.
Toujours preft d'obeîr dans l'amoureux
miſtere , [faire ;
Pour fervir Jupiter il fe mit à tout
Quittant même le foin des ames aux
Enfers ,
Souvent la Nymphe Iffa luy fit porter
des fers.
Mais l'Amour tout-puiffant en fon
pouvoir fuprême ,
S'il connut un vainqueur , ce ne fut
que luy même ,
Er fon arc à la main toujours victorieux
,
Le plus jeune du Ciel fut le Maiſtre
des Dieux ,
Que fert à Jupiter d'eſtre armé du
tonnerre ?
L iij
102 MERCURE
Europe , que l'Amour luy fait voir
fur la terre ,
L'oblige de cacher par un effet nouveau
,
Lamajefté d'un Dieu dans le corps
d'un Taureau.
Apprens-nouston pouvoir , triom
phante Eloquence,
Tu pourrois , j'y confens , proteger
l'innocence ,
Sauver , s'il le falloit , la victime à
l'Autel, Inel .
Et des feux allumez tirer un Crimi-
Tu peux,quand il te plaift , bouleverfer
la terre ,
Etablir une Paix , recommencer la
Guerre.
Mais tous ces grands effets ne font
ils dûs qu'à toy ?
L'Amour pourroit bien mieux impofer
certe loy.
GALANT: 103 .
Qui porta tous les Grecs à s'armer
contre Troye ?
Qui fit que Tenedos
devint enfin
leur proye ?
Helene qu'on ravit arma tous les
Maris,
[ Paris.
Et les fit embarquer pour pourſuivre
S'il eft pour l'Orateur quelqne
illuftre victoire ,
Le feul efprit de l'homme eft le
champ de fa gloire .
C'est de luy qu'il triomphe , & qu'il
eft le vainqueur ;
Mais ce n'eft que l'Amour qui peut
changer le coeur .
Certain Abbé Docteur , pouffé
d'un zele extrême,
Prêchoit contre l'Avare à la fin du
Carême.
Son Sermon eftoit vif , les preuves
en leuts rangs ,
I iiij
104 MERCURE
Faifoient voir l'avarice un vice des
plus grands .
En un coin de l'Eglife un Ufurier
l'écoute.
Il voit
que
du falut il n'eft pas dans
la route.
Le
Docteur le repete ,
contrit,
repete , & l'Ufurier
Songe à rendre au prochain tout le
bien qu'il luy prit.
Il fort pour l'accomplir , il n'eft pas
dans la ruë ,
Qu'un homme qui le voit l'aborde
& le faluë ,
Implore fon fecours en un beſoin
urgent ,
En un mot, il l'exhorte au preft d'un
peu d'argent.
Ce difcours fi foumis fut d'abord
inutile ,
[ ficile,
Le Sermon de l'Abbé le rendoit difGALANT.
ior
Mais l'offre qu'on luy fait d'un pro
fit exceffif ,
Modere fon fcrupule , & le rend
moins craintif.
Ne te vante donc plus , impuiffan
te Eloquence,
Ton pouvoir le détruit dés qu'on
fait réſiſtance .
L'Amour feul triomphant du plus
preffant danger ,
Sçait commander en maistre à qui
veut l'outrager.
Ainfi qu'un fier tiran il entre dans
une ame, [ Alâme .
En regle les defirs , la fait agir , l'en-
L'Avare , quand il veut , ouvre fes
coffres forts ,
Et prodigue pour luy fes plus rares
tretors .
L'ambition fe tait , fut.ce même Alexandre
;
106 MERCURE
Dés qu'il eft amoureux , il cefle d'ens
treprendre.
Voyez le fier Antoine équiper des
Vaiffeaux ,
Du poids de fes Soldats il fait gemir
les eaux .
Au pompeux appareil qu'il étale fur
l'onde
On le prendroit déja pour le Maiſtre
du monde.
A peine eft- il en mer que l'Amour
le conduit ,
SaCleopatre a peur , & leHeros la fuit.
Quel Difcours convainquit d'aimer
la tirannie ?
Qui vit avec plaifir fa volonté ban.
nie?
Ineffable pouvoir de l'invincible Amour
!
Vous caufez dans nos coeurs ces effets
chaque jour.
I
་
GALANT. 107
Cet amant qui s'attache à fuivre une
volage ,
N'eft-il pas le portrait d'un parfait
esclavage ?
D'un fouris , d'un coup d'oeil vient
fa vie ou la mort.
Quel efclave jamais fubit un plus
dur fort ?
Sans eftre en mouvement il n'eft jamais
le même ,
Son viſage rougit , l'on voit qu'il
devient blême.
Sa langue ne dit mot , & comme
plein d'effroy ,
Il ne refpire plus, & n'eft pas
[ à foy.
même
Il ne voit ny n'entend , fon corps
chancelle & tremble ,
La crainte le faifit , il gele & brûle
enſemble.
Puiffance de l'Amour dans le coeur
des Amans ,
108 MERCURE
C'est vous qui leur coufez ces divers
changemens,
Is trouvent des attraits dans les plus
rudes peines ;
Vous leur faites cherir les plus pefantes
chaifnes ;
Le deftin le plus dur leur paroift
moins affreux .
La mort même en aimant n'a rien
de rigoureux .
Qu'a produit , dites- vous , l'Elodans
l'homme ? quence
De la fureur des Huns elle conferva
Rome.
J'en demeure d'accord , mais enfin
prétend-on
Qu'un Monarque des Huns l'emporte
fur Sanfon ?
Jamais Attila feul n'ébranla de muraille
,
[ Bataille,
On ne dut qu'à fon bras le gain d'une
GALANT: 109
Sanfon combattit fenl : cependant
quoy qu'il fiſt ,
Il fe trouva trop foible , & l'Amour
le défit ,
Il eft vray , dira-t - on , Sanſon manqua
d'adreffe , dea
Un mot l'eufi empêché de croire à
fa Maistreffe ,
Il falloit luy parler , peut- eftre qu'à la
fin
Il cuft de Dalila penetré le deffein .
Pour vous defabufer il eſt donc ne,
ceffaire
Que je vous fafle voir ce qu'Amour
a fceu faire.
Dans le temps d'Alexandre au ficcle
des Laïs ,
Vivoit une Phryné , la Venus du
Pays.
Jamais en un beau corps on ne vit
trnt de gracé.
1to MERCURE
L'Amour dans fes beaux yeux avok
fixé la place :
Au milieudes douceurs d'un paisible
deftin
Phryné devant fon Juge eft conduite
un matin .
D'un crime capital on la faifoit
complice ,
L'Accufateur paroift pour hâter fon
fupplice .
Jamais un Orateur par les regles de
l'Art
Ne fit dans un Difcours éclarer tant
de fard .
Il n'est point d'argument . il n'eft
point de maxime,
Qui ne foit en fon lieu pour luy prouver
fon crime .
Le fait est donc certain , & Phryné
doit mourir. [ fecourir,
Non , l'Amour fe prépare , & va la
GALANT: It
Sans fonger aux détours que nous
apprend l'Ecole ,
Sans chercher l'Antithefe ,& la vaing
hyperbole ,
Elle quitte fa robe , & montrant fes
attraits
Du Juge qui la voit attire les regrets
.
Il en devient épris : ainfi loin qu'elle
meure ,
La Sentence eft pour elle , & l'on
l'abfout fur l'heure.
Ce que ce Juge a fait , arrive chaque
jour.
L'Eloquence est toujours la dupe de
l'Amour.
Le 26. du mois paffé, Mef
fire Joſeph de la Fontaire Solare,
S⋅ de la Boiffiere, mourut
112 MERCURE
1
en fon Château de la Boiffiere,
âgé de 81. an. C'eftoit un Gentilhomme
d'une naiffance dif.
tinguée, qui avoit fervy longtemps
le Roy en qualité de
Capitaine dans le Regiment
de Picardie . Feu M le Duc
de Longueville , Gouverneur
de Normandie , ayant acheté
le Gouvernement de Dieppe ,
en confia le commandement
à M. de Montigny , & M ' de
la Boiffiere en fut Major fous
ce Prince. Après avoir exercé
eette majorité pendant plus
de trente années , il la remit
à ſon Fils aîné , qui ayant etté
GALANT. 1! 3
longtemps Capitaine dans le
Regiment de Normandie , eft
preſentement
Lieutenant de
Roy des Ville & Château de
Dieppe , dont on ne peut
mieux s'acquitter qu'il fait.
M ' de la Boiffiere eft d'une
Maiſon fort diſtinguée en Piémont,
dont elle eft originaire ,
& en France , ce qui fe voit
par fes tîtres. Il y a dans l'Eglife
des Grands Auguftins de
Paris , une Epitaphe de Charles
de la Fontaine Solare , qui
marque qu'elle eft venue des
Comtes d'Afte , il y a environ.
deux cens cinquante
ans .
Juin 1698.
K
114 MERCURE
Durant les Guerres des Maifons
d'Orleans & de Bourgogne,
Jean SolareComte d'Afte
Fils de Valentine de Milan ,
& Cadet des Comtes de Morette
, attiré en France par
Charles Duc d'Orleans , s'y
maria à une Dile de la Fontaine ,
qui l'obligea dejoindre le nom
de laFontaine à celui deSolare ,
dont ils ont toûjours conferve
les Armes. Il y a en Piedmont
beaucoupde branches de cette
Maifon , comme les Marquis
Dogliani, & les Comtes deMo.
nafteral & de Morette . Ily en a
auffi pluſieurs de la Maiſon de
Solare en France , comme ler
GALANT
. IIf
Comtes de Verton , d'Allencourt,
de Bitry & de Villepefde
,
La branche de ce dernier s'eft
éteinte par la mort de M² de
Villepefde
, Capitaine
dans le
Regiment
de Quoad , tué à la
Bataille de Fleurus . Celle de la
Boiffiere fubfifte encore en
celuy qui eft Lieutenant de
Roy à Diépe, & en la perſonne
du Pere de la Boiffiere fon
Frere , Preftre de l'Oratoire,
Prédicateur celebre , dont l'E
loquence a paru dans les premieres
Chaires de Paris . M
de la Boiffiere qui vient de
mourir , a laiffé , outre deux
བས་
Kij
116 MERCURE
Filles Religeufes , l'une à Clair
viffes , prés Forges ; l'autre à
Saint Nicolas de Pontoife ;
une Fille mariée à M de
Chambers , Maifon de Bretatagne
dans l'Evêché de Quimper
, où elle poffedoit le Châ
teau de la Boiffiere prés de
Collac , il y a prés de quatre
cens ans. Le Roy Charles
VIII . aprés fon mariage avec
Anne de Bretagne , amena
François de la Boiffiere , qu'il
fit Grand Louvetier de France
, ainfi qu'il fe voit à la
Chambre des Comptes de
Paris , dans les Comptes de
1
GALANT. 117
Denis Bidaut , Treforier en
1442. Il amena auffi avec luy
Yves de la Boiffiere , Ecuyer
S'de Kergourner , & fon Fre
re Cadet , qui épousa Jeanne
Fromont , Fille de ... Fromont,
Maistre des Comptes à Paris ,
prés d'Addily , dont fortit
Guilaume de la Boiffiere , Ecuyer
S ' de la Grange , Celuycy
épousa en 1528. Jacqueline
le Sueur , Fille de Philippe S
de Chambers dans le Vexin
François, & de Françoiſe d'Ef.
pinay , Grande Tante du fameux
Seigneur de Saint- Luc ,
Favory de Henry III. & tué
118 MERCURE
au Siege d'Amiens , Grand-
Maistre de l'Artillerie en 1597 .
Guillaume de la Boiffiere eut
plufieurs Enfans de Jacqueli
ne le Sueur , fa Femme , mais
il n'y eut que Jean , Seigneur
de Chambers , qui continua
la poſterité . Il ſervit les Rois
François 11 - Charles IX . Henry
111. & Henry IV . durant
les Guerres Civiles , & perdit
deux Fils à la Bataille d'Yvry
en 1599. & un troifiéme au Sie.
ge d'Amiens en 1597. en forte
que ne luy en reftant qu'un
feul ,il fut pourvû par le Roy
Henry IV. d'une Charge de
GALANT . 119
Confeiller au Parlement de
Paris , où il mourut en 1611 .
laiffant deux Enfans, feu M'
de Chambers, tué à la Bataille
de Lens en 1648. Meftre de
Camp du Regiment de Cavalerie
du Cardinal мazarin , &
Maréchal des Camps & Armées
du Roy , en fa quarante
& uniéme année , dans l'efperance
des premiers honneurs
de la Guerre , tant par ſa valeur
que par fon merite. Il a
laiffé M de Chambers fort
jeune , qui ayant eu l'honneur
d'eftre nourry Page de la
Chambre du Roy'lous M' de
120 MERCURE
Souvré, Sa Majesté luy donna
une Enſeigne au Regiment
ces Gardes . Il a efté enfuite
Lieutenant des Cent Suiffes
de la Garde du Roy , dont il
s'est défait depuis entre les
mains de M'd'Athis Le Fils
aîné de M de Chambers ,
aprés avoir efté trois Campagnes
Moufquetaire du Roy
fous M de Maupertuis , eft à
prefent Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment Colonel General
de France. Le fecond Fils
de M'de Chambers , Confeil
ler au Parlement de Paris ,
qu'on appelloit M' de Sainte
Marie ,
GALANT. IZE
Marie , aprés avoir efté longtems
Lieutenant desCent Suifles
de la Garde du feu Roy, &
du Roy aujourd'huy regnant,
mourut laiffant une feule Fille,
mariée à un Gentilhomme de
la Maiſon dé Culan , quiayang
efté tué мeftre de Camp d'un
Regiment de Cavalérie d'a
laiffée Veuve fans Enfans.
Iya eu de tous les temps de
la maison de la Fontaine- 56-
lare , beaucoup de Comman
deurs & de Chevaliers de Saint
Jean de Jeruſalem , &de Chac
nomelles de Remilemone, &
it aft entré dans cette même
Juin 1698.
L
122 MERCURE
Maifon des Filles de l'Ile-
Adam , de Montmorency ,
d'Amiens , de Longueval , de
Susanne , de Ligny , & autres.
La мere du feu Duc de Saint-
Simon s'appelloit Deniſe de
la Fontaine . Artus de la Fon-
Laine Solare , Baron d'Ognon
prés Senlis , eftoit Grand Maitre
des Ceremonies de France
avant Mrs de Rodes , fous les
Rois Henry II. François II.
& Charles IX. & c'eft de
luy qu'on dit qu'eft venu le
Proverbe , Mettre en Rang
d'Ognon , parce qu'il faifoit
placer chacun en ſon rang
GALANT.
123
dans les Affemblées , comme
il est marqué dans la Popeliniere
aux premiers Eftats de
Blois 1577.
Le Pere le Gobien , Jefuite,
vient de donner au Public
une Hiftoire fort exacte &
fort circonftanciée de l'Edic
que l'Empereur de la Chine a
donné en faveur de la Religion
Chreftienne . La permif
fion que ce Prince a accordée
aux Miffionnaires de prêcher
L'Evangile dans tous fes Etats ,
& la liberté qu'il a donnée à
fes Sujets de l'embraffer , eft
Lij
224 MERCURE
un des plus memorables
éve
nemens de noftre fiecle , dont
on eft redevable
au zèle & à
la pieté du Roy. Ce grand
Prince, qui eft toujours attentif
à procurer
la gloire de
Diệu , & à foutenir les intereffs
de la Religion
, envoya à la
Chinë, il a environ trèize ans ,
cinq¹ Jefuités François , pour
y prêcher la Foy , & pour y
travailler
à la perfection
des
Sciences. Ces cinq Millionnaires,
qui avoient eu l'hon
neur avant leur départ, d'eſtre
receus par les ordres de SaMa.
jesté à l'Academie
Royale des
a
GALANT 124
Sciences en qualité de Ma
thematiciens , arriverenthou
reulement à la Chine , aprés
avoir couru de grands dan
gers , & entrerent dans ce fa,
meux Empire à la faveur du
Pere Ferdinand Verbicft , fi
connu par les grands fervices
qu'il a rendus à l'Eglife .
L'Empereur
vit ces nouveaux
Miffionnaires
avec joys,
& les receur avec bonté
voulur même les retenir tous à
fa Cour , mais comme ils luy
marquerent
qu'ils feroient
bien ailes d'aller prêcher nofre
fainte Religion dans les
l
Liij
126 MERCURE
Provinces , il le leur permit ,
& il le contenta de retenir
les Peres Gertillon & Bouvet
auprés de luy. Ce Prince , qui
a beaucoup de penetration &
d'efprit , jugea dés les premiers
entretiens qu'il eut avec eux
par les Interpretes , qu'ils é
toient habiles dans toutes
fortes de connoiffances , &
qu'il pourroit tirer d'eux de
grands fecours pour le deffein
qu'il meditoit de s'inftruire
de toutes les Sciences de l'Europe.
Il leur donna des Maiftres
pour apprendre la Langue
Tartare , qui est celle
GALANT. 127
dont ce Prince fe fert ordinai
rement. Comme cette Lan .
י נ
gue n'eft pas à beaucoup prés
fi difficile que la Chinoife , ils
l'apprirent ailémente, & fo
trouverent en peu de mois en
eftat de la parler.do
L'Empereur qui avoit une
grande paffion de fe perfe-
&tionner dans les Mathematiques
, dont il avoit déja appris
plufiurs chofes du Pere
Ferdinand Verbieft , fouhaita
qu'ils luy expliquaſſent tes
Elemens d'Euclide , la Geometrie
Pratique , & rout ce
qu'il y a de plus curieux dans
3
Liiij
128 MERCURE
les Mécaniques , la Statique
& l'Aftronomie . Il fut charmé
de la facilité avec laquelle ces
Peres le firent. Il leur en mar
qua lajoye en plufieurs occa
Lions particulieres , & il leur
en donna même des témoi
gnages publics à la maniere
de la Chine.
Les Peres fe fervirent d'u
ne fi heureufe conjoncture
pour obtenir la liberté de la
Religion Chreftienne. L'Em
pereur l'avoit profcrite dans
les premieres années de fon
regne ,& avoir défendu à tous
fes Sujets de l'embraſſer. Cet
GALANT. 129
Edit, que les ennemis du nom
Chreftien avoient extorqué
du jeune Prince , n'avoit pas
empêché les progrés de l'Evangile.
Il s'eftoit répandu
dans les Provinces de l'Empire
, & plufieurs perfonnes
diftinguées par leur efprit &
par leurs Emplois , l'avoient
embraffé. Ces luccés irritoient
les Infidelles. Les Bonzes &
les autres Preftres des Idoles
animoient les Vicerois & les
autres Magiftrats à perfecuter
les Chreftiens, qui fe voyoient
tous les jours expoſez à la
mauvaiſe humeur , à l'avarice
130 MERCURE
& aux infultes des Mandarins .
Le Pere Ferdinand Verbieft
, pour qui l'Empereur
avoit une confideration parti
culiere , gemiffoit de voir la
Religion Chreftienne profcri
te par les Loix, ce qui empê
choit un tres grand nombre
d'Infidelles de fe convertir.
Il avoit tenté plufieurs fois
de faire révoquer l'Edit qui
en défendoit l'exercice , il en
avoit fouvent parlé à l'Empereur
mais tous les efforts
avoient efté inutiles , & il n'a
voit pu obtenir la liberté de
la Religion.
GALANT:
131
Aprés la mort , le Gouver
neur de Chekiam fe mit en
tefte de perfecuter les Chreftiens
, & de détruire leur Re
ligion . Il proceda contre eux
dans toute la rigueur des loix.
Toutes les Eglifes de l'Empire
en furent alarmées . Elles eu
rent recours aux Jefuites qui
eftoient à la Cour , & elles les
prierent de fe fervir du credit
& de la faveur qu'ils avoient
auprés de ce grand Prince ,
pour faire celler cette violen
te perfecution.
Ces Peres le firent avec
tout le zele qu'on devoit ats
132 MERCURE
tendre de veritables Miniftres
de l'Evangile. Comme les
Chreftiens eftoient tous les
jours inquietez par les Mandarins
, qui leur faifoient un
crime de leur Religion , ils
crurent qu'il falloit une bonne
fois fe delivrer de leurs
vexations , & demander la lis
berté de la Religion Chreftienne
. Ils le firent avec de fi
grandes inftances , & ils pref
ferent fi vivement l'Empereur
par leurs prieres & par leurs
larmes , qu'ils obtinrent enfin
ce fameux Edit, qui a donné
la paix à ces nouvelles Eglifes,
GALANT
533
& qui établit folidement le
Religion Chreftiennne dans
ce floriffant Empire .
On trouve dans l'hiftoire
de cet Edit , que le Pere la
Gobien vient de donner au
Public , le détail de la perfe
cution : dua Viceroy de Chekiam
la maniere dont on
procede à la Chine dans les
Tribunaux , des Ceremonies
du nouvel Au Chinois , des
Conqueftes furprenantes que
les Moſcovites ont faites pen
dant tout ea ificale dans la
grande Tartarie , ejufqu'à la
merOrientale, la famouſe Paix
134 MERCURE
de Nipchou , & plufieurs aus
tres choſes tres curieufes &
tres édifiantes.
On y donne dans la Préface
une idée jufte des quatre
plus fameufes Sectes , qui ont
cours dans l'Empire de la Chine.
On y explique les fenti
mens des Philofophes Chi
nois fur la Phyfique & tur la
Morale. Tout cela eft dévelo
pé éclairci en peu de paroles ,
& d'une maniere qui fait plai
fir à ceux qui aiment les nouveaux
Systêmes . On trouve à la
fin de ceLivre un ample éclair
ciffement donné à Monfieur
GALANT. 19
le Duc du Maine , fur les hon
neurs que les Chinois rendent
à Confucius & aux Morts..
J'adjoûteray pour la conſolation
des perfonnes qui aiment
la Religion , & qui ont
un veritable zele pour la con.
verfion des Infidelles , qu'il n'y
à jamais eu de plus grandes
efperances qu'il y en a aujour
d'huy , de convertir ce grand
Empire , où l'on compte prés
de deux cens millions d'ames .
La porte eft ouverte aux Prédicateurs
de l'Evangile. L'Em .
pereur qui eft inftruit de nos
Myfteres , qui eſtime noftre
136 MERCURE
Religion
, & qui luy donne
de grands
éloges , les voit avec
plaifir , & les honore
de fa prorection
. Il témoigne
aux Jefuites
François
qui font à fa
Cour , une bienveillance
pare
ticuliere , & illeur donna une
maiſon dans l'enceinte
de fon
Palais , peu de jours avant que
le Pere Bouver partiſt de la
Chine pour venir en Europe.
Ce Prince charmé du projet
merveilleux que de Roy a
fait de perfectionner
les Arts
& les Sciences , a envoyé le
Pere Brunet en France pour
marquer à la Majesté la pare
し
一
GALANT.
qu'il prend dans un fibeau de
fein, &pour l'affurerquills
fera
un grand plaifir de contribuer
en tout ce qu'il pourra , a une
entreprife fi digne d'un grand
Prince, me & angry
Le Pere Bouvet arriva
Breft l'année derniere au com
mencement du mois de Mars .
Il a eu l'honneur de parler au
Roy , de recevoir les ordres
& d'eltre chargé des magnifi .
ques Prefens que Sa Marelté
envoye a l'Empereur de lacht.
PS ! partir de la Rochelleje
xiéme de Mars dernier fur
la Fregatte, du Roy nommée
Juin 1698 .
M
138 MERCURE
l'Amphitrite , qui va en droi
ture à la Chine. C'eft le premier
Vaiffeau François qui air
emtrepris ce voyage. Le Pere
Bouvet emmene avec luy une
nombreuſe recrue de Mif
fionnaires de fa Compagnie.
Neuf fe font embarquez avec
luy,& neuf autres fur les Vailfeaux
que le Roy & la Compagnie
Françoife ont envoyez
auxIndes,d'où ces Peres leren.
dront inceffamment à la Chine.
Il feroit à fouhaiter qu'on
pût envoyer un plus grand
nombre d'ouvriers Evangeliques
pour travailler à une fi
GALANT. 139
abondante moiffon . En execu
tion des ordres de l'Empereur
de la Chine , le Pere Bouvet
a engagé quelques perfonnes
habiles dans les beaux Arts à
être du voyage M' Gherardin ,
fameux Peintre Italien , a bien
voulu eftre de ce nombre.
Comme il a une imagination
vive & feconde , & beaucoup
d'habileté dans fon Art,jointe
à une pieté exemplaire & à une
vertu folide , il ne contribuera
pas peu à l'avancement de la
Religion. On efpere que ce
Vaiffeau arrivera à la Chine au
mois d'Aoult, & qu'il en fera
Mij
140 MERCURE
de retour l'année prochaine.
Si ce voyage réüffit , comme
ily a tout lieu de le croire, on
en doit attendre de grandes
fuites pour l'avantage de la
Religion & le bien du com
merce. 91 J
La galanterie qui fuit vous
fera plaifir à lire. Elleseft de
M'de la Tronche de Rouen.
ACCORD FAIT ENTRE
AlcidoreUranie,zvo
No
Qus foulignez , ayons
bien voulu de propos
déliberé & fans contrainte ,
GALANT: 141
établir entre nous des loix de
rigueur auffi - bien que des
regles de bien - feance , afin
que noftre amitié ne dégenere
pas en amour , car d'ordi .
naire il est tres difficile qu'on
ne paſſe imperceptiblement
de l'une à l'autre , de forte que
pour empecher que le frere
n'égorge la foeur, & qu'on ne
crie apres nous comme complices
du meurtre, nous nous
Tommes obligez , & permettons
d'exécuter ponctuelle.
ment les Articles cy- deſſous.
Lv Que lorsque nous nous
trouverons feuls , nous pro142
MERCURE
mettons d'agir de la meſme
maniere , & avec autant de
circonfpection que fi nous
eftions en
compagnie
.
II. Que nos regards feront
fi bien ménagez , qu'ils ne fe
chercheront que fort rarement
, afin d'éviter par leur
frequente rencontre le langage
des yeux , qui eſt d'autant
plus à craindre, qu'il eft
fort tendre & fort infinüant.
III. Que les mots d'amour ,
de tendreffe , de langueur, de
paffion & de tranfports ferone
entierement bannis de noftre
converſation , comme des
GALANT. 143
monnoyes de méchant aloy ,
tres dangereuſes à ceux qui
s'en fervent dans le commerce
de l'amitié.
IV. Que bien loin de don
ner au bras la plus legere atteinte
, nous ne pourrons fans
fcrupule nous toucher feule
ment le bout du doigt , parce
que cette forte de familiarité
porte avec elle une efpece de
poiſon lent, qui fe gliffe inlen
fiblement au coeur , étant de la
nature de la gangrene qui gagne
toûjours chemin, de maniere
que pour éviter ce dan
ger il y aura toujours un Fau
144 MERCURE
teüil entre nous deux...
V. Que l'on ne foûpirera
jamais , que lorsqu'on expofera
la perte de quelques Parens ,
d'amis , de biens ou quelque
autre difgrace ; autrement les
foûpirs feront réjertez com.
me marquant trop l'amou
reufe paffion.
VI. Que le tête- à- tête ne
durera qu'une demi - heure ,
de peur que dans un plus long
efpace de temps , on ne perde
fon ferieux en prenant un
air plus enjoué, qui fans, dou
te changeroit la fituation du
coeur .
VII.
GALANT:
145
VII.
Qu'on fe
quittera avec
beaucoup
d'honnêteté , ſans
y apporter
cependant
trop de
ceremonie , &
qu'on fe gardera
bien de fe dire l'un à l'autre
d'un air trop vif, nous nous
reverrons
bientôt , car ce mot de
bientôt
porte avec luy je ne
fçay quel
empreffement
plein
d'inquietude
quipourroit
faire
douter , fi ce n'eft pas
l'amour
qui parle , puifque
naturelle
ment il est
toujours
beaucoup
moins
tranquille
que
l'amitié.
VIII . Que les vifites qu'on
fe
rendra ne
feront pas trop
frequentes
nitropredoublées,
Juin 1698.
N
146 MERCURE
car il y auroit à preſumer que
retournant fi promptement
au lieu d'où l'on vient de for.
tir , il y auroit quelque tendre
engagement.
IX. Que s'il arrive qu'on
foit deux ou trois jours fans
fe voir , il ne fera pas permis
de faire aucun reproche de
tiédeur , d'indifference ou de
changement , de peur que les
fentimens du coeur ne fe dé→
velopent trop par des explica
tions auffi finceres qu'amou
reuſes .
X. Qu'on le gardera bien
aprés quelque temps d'ab
GALANT.
147
fence, de faire paroître fur fon
vilage ou dans les paroles trop
d'épanchement de joye , de
crainte que l'amour qui s'attribuë
prefque tout , ne s'en
dife la caufe , & ne triomphe
au defavantage de de fa foeur.
XI. Il faudra qu'il y ait d'un
côté beaucoup de modeftie
& de retenue , & de l'autre
beaucoup de moderation &
de refpect , afin d'étouffer les
differens mouvemens que la
liberté qu'ont deux perſonnes
qui font fans témoins, pourroit
infpirer.
XII . Que lorfque nous nous
Nij
148 MERCURE
trouverons enſemble en quel
que repas , nous éviterons d'être
proche l'un de l'autre , de
peur que quelque coup impreveu
ou du genouil ou du
pied , ne foit mal interpreté ,
car l'amour est trop ingenieux
pour ne pas prendre le faux
pour le vray. Fait double ce
10. Juin 1698 .
Ona fait plufieurs défenfes
de jouer à la Baffette.
Voicy un Sonnet que M ' Morelet
, Auditeur des Comptes
de Dijon , a fait fur ce fujet.
GALANT.
149
P
SONNET.
Laifir pernicieux , que l'ufage
autorife ,
Feu que chacun recherche , & fuit
en même temps ,
Et qui pour un heureux fais mille
mécontens
,
Que ne demeurois ta pour jamais
à Venife ?
S
De tes effets la France étrange-
‹ mentſurpriſe ,
Fit pour les arrefter des efforts
éclatans.
Neiij .
150 MERCURE
Elle a beau contre toy s'armer depuis
longtemps ;
Te détruireferoit une grande en :
trepriſe.
මි.
On voit Pontes émus toujours fe
rebuter ,
Et Dupes trop ardens toujours
prefts à ponter.
Tailleurs , voftre fortune y fait
Souvent naufrage.
S
Mais la commune loy par
dois
perir,
où
tu
Du temps qui finit tout eft l'in
faillible ouvrage
.
i
Baffette , il se vit naiftre , il te
verra mourir.
GALANT. ISE
M' Nolin , Geographe de
Son Altefle Royale Monfieur,
vient de donner au Public une
grande Carte tres- curieuſe
des Environs de Paris . Plufieurs
avant luy ont travaillé fur
cette matiere ; mais perſonne
n'eft entré dans un détail auffi
grand que luy, & n'a donné les
divifions de la Prevosté, Vicom .
té Prefidial de Paris , qu'il
a recherchées avec de tresgrands
foins. Outre tous les
Fiefs qui en dependent , &
qui font compris dans les di
vifions des Jurifdictions , il
s'eft encore attaché à mar
Niiij
152 MERCURE
quer tous les lieux qui font
gouvernez par la Coutume de
Paris, foit qu'ils foient fituez
dans le Prefidial de Paris , foit
qu'ils en foient dehors , & enclavez
dans les Préfidiaux voifins
. Cette Carte fera d'un
tres -grand fecours pour les
Gens de Robe , qui connoifronttout
d'un coup de quoy
il s'agit lors qu'ils auront
quelque execution à faire . Ik
ne fera pas moins utile aux
Particuliers
. On y
remarquera
facilement tous les lieux confiderables
des environs de
cette grande Ville. Toutes
GALANT.
153
les Maiſons Royales , & plufieurs
autres y font marquées
avec exactitude , avec tous les
Bois , les Forefts , les Plaines, les
grandes Routes , & generale
ment tout ce qui peut rendre
une Carte curieuſe . Cet Ouvrage
eft accompagné
d'une
Table Alphabetique de tous les
mots qui font fur la Carte ,
avec des renvois pour les y
trouver aisément ; comme
auffi de deux Profils de differens
afpects de la Ville de Pa
ris , qui font tres- beaux &
nouveaux , avec une vûë generale
de Verlailles & du
154 MERCURE
Chafteau neuf de Saint Ger
main. Cet Ouvrage eft dédié
au Roy , à qui M'Nolin a eu
l'honneur de le prefenter. Il
en a esté receu tres favorablement.
Sa Majesté examina
cette Carte avec plaifir , & té .
moigna en eftre fort fatisfaite,
ce qui luy fait efperer qui le
Public en fera content.
Il a encore donné dans le
même temps une Carte du
Diocefe de Nifmes , qui a eſté
levé fur les lieux , par M' Gautier
, Architecte & Ingenieur.
de la Province de Languedoc
.
Cette Carte eft accompagnée
1
GALANT 155
'de tous les Monumens antiques
qui fe trouvent dans
Nifmes ou aux environs , gravez
par M' Nolin d'un gouft
à faire plaifir , avec les expli
cations.
Je vous ay déja envoyé
plufieurs Lettres de l'Auteur
de celle qui fuit ; & comme
elles vous ont donné toutes
beaucoup de plaifir par les
matieres curieufes qui y font
traitées , j'efpere que vous
n'en recevrez pas moins de la
lecture de celle- cy .
156 MERCURE
SUR LE SCRUPULE
de fe marier dans le mois
de May.
A MADAME DE L ***
V
Ous voulez , Madame ,
que je vous dife d'où
vient le fcrupule qu'on a de
fe marier au mois de May ,
ayant remarqué depuis peu
que des perfonnes de voſtre
connoiffance , qui avoient
figné leur Contrat de mariage
dés le mois d'Avril , ont attendu
le mois de Juin pour épou .
GALANT:
157
fer. Je vous avouë que j'aimerois
mieux que tout autre que
vous m'euft fait cette que
ftion , car vous eftes une Da
me habile qui avez beaucoup
de lecture , & qui même n'ignorez
pas noftre Latin. Ainſi
il faut le mettre en dépense
d'efprit & de fcience pour
vous contenter , & je ne fçay
fi j'auray affez de quoy y four,
nir.
Il me faut entrer en matiere
par les Romains ; car ce fcrupule
n'eft pas nouveau , ayanţ
commencé de leur temps ,
Ovide a dit fous le fiecle
1,8 MERCURE
d'Augufte , qu'il n'y avoit que
des malheureufes qui fe mariaf
fent au mois de May.
Menfe malas Maio nubere
vulgus ait. Faft. 5 .
Plutarque dans fes Queſtions.
Romaines art. 36. en rapporte
quatre cauſes.
La premiere, que les Romains
tenoient que Venus &
Junon préfidoient auмariage,
& qu'Avril eftant le mois de
Venus , & Juin celuy Junon ,
afin de participer dans l'union
conjugale aux faveurs de l'une
ou de l'autre Deeffe , & le marier
fous leurs heureux aufpiGALANT:
159
ces , on avançoit le mariage
en Avril , ou on le retardoit
juſques en Juin , laiſſant paffer
tout le mois de may fans jugalia
vincla fubire, comme eſtant
un mois , où il n'y auroit, pour
ainfi dire , ny Pronube pour
l'Epouſe , ny Paranymphe
pour l'Epoux. Mais les Anciens
ne bornoient pas la protection
du mariage à Venus &
à Junon ; car en faiſant une
affaire tres importante , ils y
intereffoient cinq Divinitez,
difant qu'outre Venus & Junon
, on y avoit beſoin de Jupîter
, de Diane & de la Per160
MERCURE
aucufuafion.
A ce compte il auroit
fallu encore interdire tous les
autres mois , où il n'y avoit ,
fi on le peut dire ainfi , a
nes influences de ces Divini
tez pour le mariage . Quoy
qu'il en foit , je ne croy pas
que la confideration de Venus
& de Junon embaraffe aujourd'huy
perfonne . Il y a bien
des gens qui n'ont pas voulu
fe marier au mois de may fans
avoir fceu cette raifon des
Romains , & qui même n'ont
gueres ouy parler de Venus
& de Junon.
La deuxième , que dans le
GALANT. 161
mois de may on jettoit autrefois
du haur du Pont dans le
Tibre des hommes vivans ,
lors qu'on faifoit la grande
Purification de la Ville ; & quoi
que depuis on euft réduit la
chole à ne jetter que des Ima
ges ou des Statues d'hommes ,
la Preftreffe Flaminia eftoit
fort trifte , elle ne fe lavoit
point, & elle ne fe paroit d'aucun
de fes ornemens . Ainfiil
y avoit dans Rome un air de
mort & de deüil qui ne convenoit
pas à la fefte des Noces
, où l'on veut une failon
gaye , & où l'on cherche des
Juin 1698 .
O
162 MERCURE
plaifirs vifs & charmans. Ce
deuxième motif n'eſt
pas aujourd'huy
plus un obftacle
que le premier , & il n'eft pas
moins inconnu à la pluſpart
de ceux qui ont de la répugnance
à faire des Noces en
May.
La troifiéme , parce que les
Romains faifoient au mois de
May des libations aux Manes &
aux Dieux Infernaux , & qu'ils
y adoroient particulierement
Mercure , qui felon eux , fermoit
les yeux aux мorts.
Lumina morte refignat! --
& les faifoit defcendre dans
GALANT: 163.
la trifte demeure.
- Sub triftia Tartara mittit ,
Æneid. 4. Ceremonie funefte
qu'ils tenoient incompatible
avec les ris & les jeux de l'état
conjugal . On n'eft.point touché
non plus à preſent de cet
ufage fupertitieux , qui ne regardoit
que le Paganifme. "
La quatriéme , que le mois
de May , eftoit le mois Majo
num , & celuy de Juin Juniorum
; car on dit que Romulus
partageant les Romains en
deux claffes , avoit nommé les
Gens d'âge pour le Senat , &
les Jeunes pour la Guerre , Or
O ij
164 MERCURE
l'âge avancé , n'eft pas plus
propre pour le Mariage , que
pour la Guerre , dit Ovide.
Turpe fenex miles , turpe fenilis
amor.
On pourroit prendre la
choſe tout au contraire , fçavoir
qu'il valoit mieux ſe marier
en May le mois Majorum,
c'est-à- dire de la Prudence &
de la Sageffe , que non pas en
Juin le mois Juniorum , car la
Jeuneffe n'a pas ordinairement
en partage la raiſon & le bon
fens ; & mefme à fuivre l'idée
de l'âge , il y auroit de l'avantage
à fe marier en May, parce
GALANT: 165
qu'on y eft plus jeune qu'en
Juin.
S'il n'y a donc rien dans ces
Pratiques Romaines qui nous
regarde , & qui nous faffe de
la peine au fujet du mois de
May,d'où vient qu'on s'en fait
encore de foy- mefme un embaras
, & que meſme on y
craint du danger ?
Seroit- ce , que l'Hiver qui
renoit les humeurs comme
glacées & affoupies , eftant
paffé, ces humeurs fe rechaufent
& fe réveillent au Printems
, & il s'en fait une agita
tion amoureufe dans le coeur,
166 MERCURE
& une paſſion nouvelle & vio :
lente , laquelle il faut laiffer.
attiédir & non pas l'enflam .
mer davantage par les qualitez
du mois de May . Je veux
que cela foit , & que les hu
meurs foient en mouvement
dans le Printemps , & qu'elles
forment cette écume de mer
des Poëtes , dont ils font naî
tre Venus. May n'eft pas, le
mois qui finit l'Hyver , ni le
feul mois du Printemps. Avril
continue cette douce Saifon ,
& les deux tiers de Juin apartiennent
encore au Printems.
Ainfi , fi parce que le PriaGALANT.
167
temps excite trop à l'amour, il
faloit ne fe pas marier au mois
de May , celuy de Mars , ce.
luy d'Avril , & celuy de Juin,
qui font tous mois de Printemps
, devroient eſtre pareillement
condamnez pour le
mariage. Au refte , l'Hiver
qui glace les ruiffeaux , ne glace
pas pour cela les coeurs , &
comme la nuit quoy qu'obfcure
, eft la mere des plaifirs ,
l'Hiver quoy que chargé de
frimats , n'est pas une Saiſon
contraire à l'amour. Mais enfin,
qu'ainfifoit, que le fort de
l'amour, & que la cupidité vio,
68 MERCURE
lente, regnent au mois de may,
felon ce que difoit Madame
qu'elle pouvoit le déde
....
fendre onze mois de l'année ,
mais qu'elle craignoit le mois
de May , où l'on ne pouvoit
gueres répondre de foy , cela
mefme fait engager à fe ma--
rier alors , & à fe fervir du remede.
On cherche un abry .
dans l'orage , on cherche un
porr à fe fauver. Ainfi il faut
au mois de May mettre la
vertu en feureté dans le mariage.
Il y a une imagination
dans
le Peuple, que les enfans qui
naif
GALANT. 169
naiffént des mariages du mois
de мay , font fujets à devenir
infenfez . Rien ne peut eftre
plus foible & plus mal penſé ;
car fi la Phrenefie vient d'une
bile ardente , d'un fang brûlé,
d'une inflammarion au cerveau
, caufa eft , dit Fernel ,
humor aut vapor ferventiſſimus,
le mois de May , qui eft un
mois fort temperé, eft il propre
à mettre le feu , & à caufer
des incendies dans le corps.
De plus , c'eſt qu'en ce cas il y
auroit moins de danger pour
les Enfans d'eftre conceus au
mois de May , que d'y naiftre,
Juin 1698.
P
170 MERCURE
parce que c'eft , non de la conception
, mais de la naiſſance
qu'on augure l'avenir. Dans
l'AftrologieJudiciaire , pour ti
rer l'horofcope des perfonnes,
& faire le pronoftic , on s'enquiert
, non du temps auquel
on a efté formé, mais de celuy
auquel on eft venu au monde.
On veut fçavoir , & on tire
feulement le point de nativi .
té ; &il feroitaife de citer des
exemples de plufieurs perfonnes
habiles & tres.fages
qui
font nées au mois de may. Enfin
, bien loin que le mois de
May foit préjudiciable
à la
GALANT. 171
formation des Enfans , on voit
dans l'onziéme Livre de Strabon,
Auteur celebre , Geogra
phe , Hiftorien & Philofphe ,
que ceux de Garguere faifoient
l'amour aux Amazones
feulement deux mois de Prin .
temps , dont May eft le principal
, mois choiſis pour avoir
des Enfans dignes de ces
illuftres Guerrieres
Y auroit-il enfin un fujet
à s'empêcher de fe marier au
mois de may , à caufe que le
Coucou by chante ? Mais il
chante dés le mois d'Avril ,
ainfi Avril ne devroit pas eftre
Pij
172 MERCURE
un mois d'hymenée . De plus ,
l'homme & le coucou ne font
ny parens ny alliez , leur eſpece
eft differente , & il n'y a pas
lieu de les comprendre dans
une même induction . Que le
Coucou foit lâche , pareffeux ,
qu'il neglige fon nid , que
même il l'oublie , & qu'il aille
pondre autre part, cela ne fait
rien , & ne tire à aucune confequence
pour l'homme , qui
n'eſt pas de la race des Coucous.
Enfin , s'il falloit s'abftenir
du mariage du mois de
May , parce que le Coucou y
chante , & qu'il eft de mauvais
GALANT. 173
exemple , il faudroit d'un autre
cofté affecter de s'y marier,
parce que la Tourterelle eft
auffi du mois de May , où elle
fe fait entendre , & qu'elle cft
de tres bon exemple , juſqu'à
eftre le fimbole de la fidelité
conjugale.
Ainfi loin de déferer à l'erreur
populaire , qu'il ne faut
point fe ma ier au mois de
May, car felon Ovide luymême
, c'eftoit une foibleffe
du peuple, vulgus air, il y auroic
lieu au contraire , lors que les
affaires s'yrencontrent, de don
ner la préference pour le ma
Pij
174 MERCURE
riage au mois de May, & d'en
faire un mois nuptial , chantant
avec Catulle , O Hyme.
næos , Hymenæos , Hymen , Hy.
mence. C'est le plus beau mois
du Printemps , auquel la terre
fe marie , veut concevoir ; &
comme dit Virgile , Vere tument
terræ, & genitalia femina
pofcunt. Or la terre eft la mere
comune des hommes , & fes
enfans doivent l'imiter
En effet , le mois de May eft
un mois , boni conjugator amoris,
tres propre à faire l'amour,
& à fe marier , dit Furetiere.
C'est alors que le chaud &
GALANT. 179.
l'humide font dans un degré
temperé , & que le Soleil eft
dans le Signe des Jumeaux ,
conftitution & conftellation
tendant à la fin du mariage ,
qui eft la propagation du genre
humain. Le mois de May
eft le mois des amours , le
mois des fleurs , le mois de la
Roſe , la Reine des fleurs , Ro .
fe qui eftoit autrefois en Normandie
la dot des Demoifel
les ; le mois du chant des Oi
feaux , ces petits Muficiens
de l'air, principalement
du
Roffignol , qui le fait alors
écouter avec admiration , fon
Pij
176 MERCURE
merveilleux ramage faiſant
toutes les parties , & valant
un Opera . Enfin , c'eft le mois
d'une verdure vive & riante ,
qui orne , qui pare les campagnes
& les bois. Tout cela
convient àune Fefte, à la Fefte
des Noces , où il faut de l'amour
& de la joye , des fleurs ,
des guirlandes , de la fimpho .
nie & des parures extraordinaires.
On peut même dire
que le mois de May eft le
mois de la Beauté & des Graces
, que l'Epoufe y a fes lis
& fes roſes dans leur éclat , &
qu'elle y a plus de charmes &
GALANT. 177
d'appas que dans les autres
mois , oùfon teint n'eft pas fi
blanc , fi frais , fi jeune & fi
agreable. Veris in thalamoma .
gis ore floridulo nitet, Catul.
Il me refte , Madame , de
finir la matiere de ce Difcours
par desexemples de mariages
illuftres fairs au mois de May.
En 1605. Henry IV. fit épou
fer au mois de May Eleonor
de Bourbon avec Philippe de
Naffau.
La ceremonie du mariage
de Henriette- Marie de France
avec le Roy d'Angleterre ,
fous le regne de Louis XIII .
178 MERCURE
fe fit en 1625. le 11. de May.
En 1666 fous le preſent &
glorieux regne de Louis le
Grand , le feu Duc de Savoye
épouſa le
moiſelle de Nemours.
9. de May Made.
Et ce fut en 1684. le 8. de
May , que le fit auffi le Mariage
du Sereniffime Duc de
Savoye , fon Fils , & de la Sereniffime
Princeffe Anne , Fil.
le de Monfieur,
Exemplis grandioribus decuit
wti , dit Ciceron , parce que
les grands exemples font nom
feulement de l'honneur au
fujet , mais encore ils y appo
GALANT. 179
fent comme un Sceau augu
fte , & le confirment davantage.
Je ſuis avec reſpect , &c.
Il y a de certaines defti
nées qui femblent eſtre marquées
dans le Ciel. Ce qui eft
arrivé depuis affez peu de
temps à une jeune Demoiſelle
, dont la maifon eft diftin
guée par beaucoup d'endroits,
ne permet prefque pas que
F'on en doute. Elle avoit l'efprit
aifé , l'humeur douce &
infinuante , & joignoit beaucoup
de raiſonà une fort grande
fimplicité. Son penchant
180 MERCURE
s'eftoit déclaré pour le Convent
dés fes plus tendres an
nées , & comme à cet âge , la
plufpart des Filles témoignent
aimer l'habit de Religieufe ,
fa Mere qui avoit pour elle
une fort grande tendreffe , ne
s'eftoit point allarmée de cette
premiere inclination , & luy
avoit fait apprendre toutes les
chofes qui peuvent donner de
Tagrément à une perfonne
qu'on deſtine pour le monde .
La Dance , la Guitarre & la
Mufique furent celles qui l'oc
cupérent d'abord . Elle y réüf
fit aflez pour fatisfaire les
GALANT. 181
Maiftres , & ces avantages
foutenus de plufieurs traits de
beauté , la diſtinguérent
bientoft
parmy celles de ſon ſexe.
On prit plaifir à la voir , &
elle n'eut pas fitoft atteint la
feizième année , qu'elle eut
des Adorateurs en affez grand
nombre . Sa Mere ravie de
voir que fon efprit fe formoit
par la converfation
, la menoit
par tout où il ſe faifoit d'agreables
Affemblées , & pour la
tirer de la froide nonchalance
qui la portoit naturellement
à aimer la Solitude , elle cherchoit
à luy procurer tous les
182 MERCURE
y
divertiffemens qui font le
charme des jeunes perfonnes.
La Belle les agréoit, mais fans
eftre fenfible , & fi on la
trouvoit toûjours prefte pour
les parties de plaiſir , c'eſtoir
moins par gouft que par com.
plaifance. Elle s'échapoit fouvent
à dire , que n'y ayant rien
de plus doux que le repos , la
retraite eftoit à fouhaiter
puifqu'on l'y goûtoit fans
trouble , au lieu que la vie tumultueuse
du monde empef
choit toûjours qu'on ne fuſt
à foy , & ne laiffoit aucun
temps où l'on puſt ſe recueilGALANT.
183
lir. Ces difcours réiterez , & fa
vigilance à remplir tous les
devoirs où la pieté engage ,
faifant apprehender à la Mere
qu'elle ne vouluft renoncer
au monde , luy firent faifir
avec ardeur une occafion qui
ſe preſenta de la marier avec
avantage. La Belle ne reſiſta
point à ce que fa Mere refolut
pour elle. Les conditions furent
arreftées , & on dreffa des
articles, en attendant l'arrivée
d'un Oncle qu'on vouloit faire
figner au Contrat. Une
affaire qui le retenoit dans la
Province , recula pour quele
184 MERCURE
4
que temps
la concluſion
du
Mariage
, & l'Amant
, foit par
inconftance
naturelle
, loit
parce
que la Belle
luy parut
toujours
plutoft
obeïr que fuivre
les mouvemens
de fon
coeur , tant elle eftoit refervée
à luy expliquer
ce qui s'y paſ
foit , fe refroidit
infenfiblement
. Il prit même
ailleurs
quelque
attachement
, dont il
voulut
bien qu'on
l'avertiſt
,
pour voir quels
feroient
fes
fentimens
, & fi l'amour
ne
parleroit
point
en elle ; mais
cette infidelité
ne la toucha
point
affez pour l'obliger
à
GALANT: 185
s'en plaindre . Elle le reçut
ainfi qu'elle avoit accoûtumé ,
& dédaigna , quoy qu'on luy
euft dit , de luy faire aucun,
reproche. Ce fut ce qui acheva
de le dégoûter . Abandonné
à luy même , il le donna tour
entier à la paffion qui le fla
toit , & ayant pris congé de
la Belle pour un voyage de
huit ou dix jours qu'il difoit,
preffé , il fe fervit de ce temps
pour le marier fecrettement.
La Mere outrée d'un change--
ment fi peu attendu , entra
dans une colére inconceva-
Juin 1698 .
Q.!
186 MERCURE
•
ble & la Fille le fouffrit
fans témoigner
qu'elle
en fuft
émuë. Elle admira
le caractére
des hommes
, & dit feulement
qu'il eftoit
aisé de voir que
Dieu la vouloit
dans un autre
eftat. Il n'en fallut
pas dire
davantage
pour faire trembler
la Mere. Ce defir renouvellé
de retraite
, luy fit chercher
à
y mettre
un prompt
obftacle
par quelque
autre
engagement
qu'elle
s'empreffa
de
former
pour elle. Ce n'eftoit
pas une chofe
où il luy duft
eftre mal- aifé de réüffir. La
Belle avoit du bien & de la
GALANT. 187
naiffance , & les agrémens de
fa perfonne éclatoient affez
pour ne la pas laiffer fans Amans.
La Mere en eut un en
vûë , fort capable d'inſpirer
une tendre paffion . It la voyoir
depuis quelque temps , & elle
avoit remarqué que le plaifir
qu'il prenoit à eſtre auprés
de fa Fille , tournoit l'habi
bide en neceffité . Elle favorifa
autant qu'elle put ces
premiers effets d'un amour
naiffant , & le voyant affez en
gagé pour ne pouvoir plus renoncer
fans peine à ce qui fla
roit agreablement ion coeur
Q ij
188 MERCURE
elle l'obligea de fe declarer.
On fut d'autant plus furpris
de la declaration qu'il paffoic
pour l'homme du monde le
plus ennemi du Mariage. Il
avoit aimé en divers endroits ,
& les plus jolies perfonnes
n'avoient point efté en pou
voir de le fixer. Comme il
cftoit d'un gouft délicat , il y
découvroit en fort peu de
temps mille défauts qui le faifoient
fuir, & qui l'avoient obli
gé fouvent à dire, que de toutes
les folies que l'on pouvoit
faire , celle de s'engager pour
toûjours eftoit la moins parGALANT.
189
RA
donnable . Il n'en fut pas ainfi
de la Belle. Il eut beau l'examiner
pour trouver dans fon
cfprit ou dans fon humeur , ce
qui l'avoit dégoufté dans toutes
les autres. Elle avoit je ne
fçay quoy de doux & de fim,
ple , qui la rendoit toute accomplie
à fes yeux , & foit qu'-
elle euft rencontré fon foible ,
foit que l'heure d'aimer veritablement
fuft venue pour
luy , quoy qu'il cuft pû faire
pour s'en détacher , il n'avoit
pû en venir à bout La Belle
de ſon coité eftoit affez touchée
de fa paffion pour luy
190 MERCURE
avouër que la feule obeiſſance
ne l'obligeoit pas à l'écouter
auffi favorablement qu'elle
faifoit. Elle receut tous les
complimens qu'on luy voulut
faire fur fon mariage . Le jour
en fut arreſté. On acheta les
habits de Noces , & la Belle
avoit l'efprit content , lors
qu'une Lettre qu'on receut du
Cavalier changea la joye en
triſteſſe , & cauſa une furprife
qui fit parler tout le monde.
Il ne put fe voir à la veille de fe
marier fans faire reflexion fur
les fuites d'un engagement
qui ne finit que par la more
GALANT. rgi
de l'un ou de l'autre . Ces re-
Alexions l'épouvanterent , &
firent fur fon efprit une fi puif.
fante impreffion , que ne pouvant
douter du dégouft qui le
prendroit , quand il ne pourroit
plus y remedier , il réfolut
de ne pas pouffer la chofe
plus loin. If fentoit bien que
tant qu'il verroit la Belle , il
ne pourroit le réfoudre à luy
manquer de parole. Ainfi la
fuite luy ayant paru le feul
moyen qu'il puft employer
pour demeurer libre , il avoit
pris la pofte pour aller en Italie,
& il eftoit déja loin quand
192 MERCURE
la Lettre fut donnée . Il y expliquoit
toutes ces chofes avec
des marques de la plus
vive douleur , comme eftant
forcé de commettre une injuftice
par l'intereſt même de
la Belle , à qui il vouloit épar
gner le chagrin fenfible du
dégouft où fon caractere luy
faifoit connoiftre qu'il tom .
beroit infailliblement , ajoûtant
que pour le punir de l'injure
qu'il luy faifoit malgré
luy , il s'impofoit un exil qui
ne finiroit que quand il auroit
appris qu'elle cuft fait choix
d'un eftat où elle vêcuft heu
reule,
GALANT. 193
proreuſe.
Il eſt aisé de
s'imaginer
tout ce qui fut dit fur un
cedé fi peu ordinaire. La Belle
pria fa mere de luy permet
tre de fe retirer dans un Convent,
afin qu'elle ne differaft
plus à répondre à la voix qui
l'appelloit, mais elle pria inuti
lement. C'étoit luy ôter la vie,
& la douleur qu'elle en fit ра-
roiftre la toucha fi fort , qu'
elle fut enfin obligée de luy
promettre
qu'elle ne fongeroit
plus à l'abandonner
. Čependant
elle vêcut avec beau
coup plus de réſerve pour les
plaifirs permis à fon âge, qu'
Juin 1698.
R
194 MERCURE
elle n'avoit fait auparavant
& fa vertu fe fortifiant par les
épreuves , devint un fujet
d'admiration pour tous ceux
qui la connurent. L'exacte ré.
gularité de fa conduite , &
l'éloignement qu'elle fit voir
pour tout ce qui paroiffoit
tenir de la bagatelle , luy acquirent
une réputation de merite
fingulier, qui fit plus pour
elle , que tous les foins de fa
Mere à luy chercher un Amant.
Un Officier eftimé de
tout le monde , & plus diftingué
par fes belles qualitez que
par fon grand bien & par une
GALANT:
195
Charge des premieres de la
Robe, eftant résolu de fe marier
, crut ne pouvoir faire
mieux que de la choiſir pour
Femme. Il luy fit parler de
fon deffein , & la propofition
fut receuë de fa Famille avec
une joye qui ne fe peut exprimer.
La Belle feule n'en eut
point d'abord. Elle dit plus
d'une fois à fa mere , que plus
le Party luy eftoit avanta,
geux , moins il eftoit de fa
deftinée que la choſe réuſſiſt.
Il n'y avoit cependant aucun
lieu de croire qu'il y furvinſt
des obftacles qui en empê
Rij
196 MERCURE
chaffent le fuccés. L'Officier
eftoit un homme tres lage ,
maiſtre de luy - même de toutes
manieres , qui avoit déli
beré avant que de s'affermir
dans fa refolution , & aprés
s'eftre déclaré auffi hautement
qu'il avoit fait , la legegeté
n'eftoit point à craindre,
Comme il n'avoit fongé à la
Belle que pour eftre heureux
& la rendre heureuſe , il voulut
fe faire aimer avant que
de rien conclurre , & il employa
pour y réuffir des ma
nieres fi honneftes & fi engageantes
, que la Belle ne
GALANT. 197
put fe défendre d'en avoir le
coeur touché. Tout la portoit
à répondre à fon amour . Outre
une tendreffe tres fincere
qu'il marquoit avoir pour elle,
accompagnée de l'eftime la
plus forte , il luy faifoit tous
les avantages qu'elle pouvoit
fouhaiter , & luy affuroit un
rang , qui auroit flaté la vanité
de la plus ambitieuſe.
Les fentimens qu'il cherchoit
à voir en elle ayani affez
éclaté , la chofe fut bien toft
miſe en eftat d'eftre confommec.
L'Officier tout plein
d'amour quitta la Belle à mi-
R iij
198 MERCURE
que
nuit , pour ſe marier à cinq
heures du matin. Le terme
eftoit court , & la мere auffi
charmée fa Fille , luy applaudiffoit
d'avoir perdu deus
Amans , puis que cette perte
luy procuroit une fi haute
fortune. C'eftoit pourtant un
decret du Ciel qu'elle n'en
joüiroit pas. L'Officier , dans
cette nuit- là - même, le trouva
furpris d'une apoplexie fiviolente
, qu'il en mourut deux
heures aprés . Ce coup étour
dit la Belle , qui demeura fans
parole , & ne put trouver de
Larmes pour foulager ſa dou-
1
GALANT. 199
M
leur. Elle paffa trois ou qua
tre jours dans ce trifte eftar,
fans prefque répondre à tour
ce qu'on luy diloit pour la
confoler ; & cette troifiéme
difgrace , plus cruelle encore
que les deux autres
achevant de l'affermir dans la
réfolution d'abandonner pour
toujours le monde , elle alla
le jetter dans un Convent fans
parler de ſon deffein à perſon ,
ne. La mere ayant appris en
quel lieu elle s'eftoit retirée .
y courut en larmes , & n'ou ,
blia rien pour l'obliget à revenir
avec elle ; mais ces lar
Rinj
200 MERCURE
mes furent répanduës inutilement
, & tout ce que fes
tendres remontrances purent
obtenir , ce fut qu'elle ne
prendroit l'habit qu'aprés avoir
éprouvé la vocation pen.
dant une année entiere. Ce
temps n'a fervi qu'à luy donner
plus de force pour execu
ter ce qu'elle avoit réſolu , &
elle a pris le voile depuis
quelques mois avec une joye
qui paffe tout ce qu'on s'en
peut imaginer. Sa Mere vouloit
s'enfermer dans le même
Monaftere , mais il a eſté réfolu
qu'elle n'y feroit receuë
GALANT: 201
qu'aprés que fa Fille auroit
fait profeffion
.
M' Dader a fait un Rondeau
à l'avantage de Mademoiſelle
de Scudery , à qui il
l'a envoyé , avec ce Billet .
Rien n'eft plus capable de gar
gner l'eftime generale que lafcience
la vertu. Les perfonnes qui
les poffedent comme vous , Mademoifelle
, meritent les hommages
de tout le monde. L'Univers qui
leur eft obligé de leurs exemples
de leurs lumieres , les paye de
fon admiration , es les hommes
?
202 MERCURE
qu'elles inftruisent par les Ouvra .
ges qu'elles laiffent à la poſterité ,
font portez à les honorer par reconnoiffance.
Peneiréde ce ſentiment,
j'ofe me flater, Mademoiselle , que
vous approuverez ledefir que j'ay
de vous rendre mes devoirs. J'ay
raifon d'efperer que mes démarches
ne vous déplairant pas , puis que
les perfonnes les plus fameuses
dans l'Empire des Lettres m'en ont
donné l'exemple, Souffrez donc ,
Mademoiselle
, que fans que je.
pretende égaler, par une préfom
ption témeraire , un nombre infini
de gens de merise de diftinction,
qui vous honorent , je vous offre
GALANT. 203
mes reſpects avec eux ; & vous
affure que je fuis tres parfaite .
ment voftre , &c.
A MADEMOISELLE
DE SCUDERY.
RONDEAU.
LEplaifir d'un riche appa
nage ,
Valuft il plus que l'or du Tage,
N'auroit pour moy rien de charmant
;
Faime mieux vivre fimplement,
Sans envie & fans équipage.
Ennemi de tout esclavage,
204 MERCURE
La libertéfait mon partage ,
Mon coeur en aime uniquement
Le plaifir.
Mais , Sapho , lors que j'envifage
La gloire de vous rendre hommage,
Elle fait mon empreffement ;
Fy borne mon attachement ,
Et j'y trouve avec avantage
Le plaifir.
M'Turgot de Saint- Clair ,
Maistre desRequeſtes , fir ces
Vers fur le champ en preſence
de l'Auteur de la Lettre &
du Rondeau , qui luy deman ,
doit une recommandation
GALANT. 205
auprès de Mademoiſelle de
Scuderi , & M ' Dader les luy
porta avec fon Ouvrage.
Sapho , recevez un hommage ,
D'un des Favoris d'Apollon.
Les neufSoeurs dufacréVallon
Portent envie àfon Ouvrage,
Et condamneroientfon courage,
S'il n'eftoit foutenu de voſtre illu .
ftre nom.
Mademoiſelle de Scudery
fit cette réponſe à M'Turgot .
Puis que vous approuve
l'Ouvrage
266 MERCURE
De ce jeune Amant des neuf
Saurs ,
Dont ilconnoiftfi bien les charmes,
les douceurs ,
Il nefautpoint d'autrefuffrage.
Il n'a nul befoin de mon nom
Et voicyfur quoy je me fonde;
C'est que ce qui vous plaiſt, doit
plaire à tout le monde.
Car vous valezbien Apollon.
Réponse de Mademoiſelle
de Scudery au Rondeau
de M' Dader.
Voftre Rondeau , Dader , me paroift
fortjoli ,
GALANT.
207
Le tour en eft galant , le ftile en
eft poli.
Malgré l'excés de ma loïange ,
On ne doit pas trouver étrán,
ge
Que je dife pour le loüer ,
Si Voitare vivoit il pourroit
l'avouer.
Vous ferez fans doute bienaife
de fçavoir de quelles
Troupes le Camp qui fe doit
former au mois d'Aouft pro.
chain auprés de Compiegne ,
fera compofé. Je vais vous
nommer les Corps dont elles
feront tirées.
J'apprens que
208 MERCURE
depuis que celles cy ont eſté
choifies , Sa Majeſté en a
encore nommé d'autres , qui
ne font pas venuës à ma connoiffance
J'ajoûteray
les noms
de ces Corps à ces premiers,
fi.coft que je les fçauray.
CAMP
DE COMPIEGNE.
AQUST 1698.
Mr LE DUC DE BCUFLERS.
Lieutenans Generaux.
M's Rofen.
De Bufca.
GALANT. 209
De Gaffion .
D'Artagnan.
De Crenan .
Maréchaux de Camp.
M's de Marfin .
De Befons.
De Vandeüil.
Davejan .
De Pracontal.
De Surville.
Duc de Villeroy.
Albergotti.
INFANTERIE.
Gardes Françoifes.
Gardes Suiffes .
Bataillons.
6
"
4
Le Roy.
La Reine.
Juin 1693 .
S
3
210 MERCURE
Dauphin.
Humieres.
Lionnois.
Languedoc.
ETRANGERS.
Stoupe.
Greder.
Albergotti.
Peri.
Lée , Irlandois.
Royal Artillerie.
Bombardiers
.
Royal Rouffillon.
3
1
24
2
I
2
12
GALANT. 211
CAVALERIE.
DRAGONS.
Le Colonel General.
Escadrons.
4
Le Mestre de Camp general . 4
Le
Roy.
La Reine.
Paifac.
Hautefort.
4
24
CAVALERIE.
Gardes du Corps .
Gendarmes.
Chevaux legers.
Moufquetaires
.
Gendarmerie
.
Grenadiers.
Carabiniers,
Escadrons.
24
8
1
10
31
212 MERCURE
Meſtre de Camp General. 3
Regiment du Roy.
Royal Etranger.
3
3
Cuiraffers. 3
Cravates. 3
Royal Rouffillon
. 3
Royal Allemand
. 3
La Reine. 3
Dauphin Etranger.
3
27
Bourgogne.
2
Anjou.
Berry .
Orleans .
Souvray.
Talmond.
La Feronaye.
N N N N N N
GALANT.
213
Chartres. 2
Villeroy.
2
2
2
22
2
2
2
N N N 2
2
2N N N N N N A
2
Roquepine.
Noailles.
Condé.
Camille.
Coffé,
Furftemberg.
Bourbon.
Grignan.
Duras.
Du Maine.
Rohan .
S. Pouange.
Toulouſe.
Villequier.
214 MERCURE
Tournefort. 2
26
Regimens nommez le 26. May
1698. pour groffir le Camp
de Compiegne
.
CAVALERIE .
Royal Piémont.
Dauphin Etranger.
Rozen.
MTs de la Valliere.
De Clermont.
Vivans.
D'Auvergne.
Dourche.
De Monroy.
Escadrons.
3.
2
2
2
2
2
20
En tout 36. Bataillons!
Et 150. Eſcadrons
.
GALANT. 215
Vous aurez appris la mort
de M ' le Marquis de Fervaques
, arrivée à Cofne , lors
qu'il alloit aux caux de Bourbon.
Il n'eftoit point marié ,
& laiſſe une grande fucceffion .
Jean de Bullion, fon Bifayeul ,
Secretaire du Roy , originaire
de la Ville de Mâcon , fut Pere
de Jean de Bullion , Maiftre
des Requeftes , qui de Charlorte
de Lamoignon cut Clau
de de Bullion , Marquis de
Galardon , S de Bonelles
l'un des grands hommes de
Robe de ce Siecle , que les
Rois Henry IV. & Louis XIII ,
216 MERCURE
ont employé en diverfes Negociations,
Ambaflades , Trai
tez , & autres affaires impor
tantes . Il fut receu Conſeiller
au Parlement de Paris en 1596.
& fait maiſtre des Requeſtes
en 1605. aprés quoy il eut
l'honneur d'eftre admis dans
le Confeil Privé du Roy en
qualité de Confeiller d'Eſtat
Ordinaire. Le feu Roy extrémement
fatisfait de fes fervicés
, luy donna la Surintendance
de ſes Finances en 1632.
& l'honora enfuite de la garde
des Sceaux de fes Ordres . Ce
Prince voulut faire encore
davantage,
GALANT. 217
davantage , afin de le mieux
récompenfer de ce qu'il avoit
fait pour l'Eftat pendant plus
de trente années . Sa Majeſté
créa en fa faveur un Office.
de Preſident à Mortier au Par .
lement de Paris , & il mourut
en 164G . quatre ans aprés y
avoir efté receu . Il eut cinq
Enfans d'Angelique
& Faure ;
fçavoir , Noël , S ' de Bonelles ,
Marquis de Galardon , François
, Marquis de мonlouët ,
Premier Ecuyer de la Grande
Ecurie du Roy , mort en 1671.1
Pierre , Abbé de Saint Faron
de Meaux ; Claude , Seigneur
Juin 1698.
...
T
218 MERCURE
6
de Longchefae , & Marie ,
Femme de Pompone de Be
liévre II. du nom , premier
Prefident au Parlement de
Paris. C'est du mariage de
l'Aîné avec Charlote de Prie,
Soeur de Madame la marécha
le de la more, Gouvernante de
Monſeigneur le Dauphin &
des Enfans de France , & Fille
comme elle de Louis de Prie ,
Marquis de Toucy , & de Fran ..
çoife de S. Gelais & de Lufignan
, que font venus M le.
Marquis de Bullion , Prevost de
Paris , & M le marquis de Fervaques
qui vientde mourir.
GALANT. 219
M² de Bullion a eſté pourû
du Gouvernement du Perche
& du Maine , qu'avoit feu
M' le Marquis de Fervaques ,
fon Frere , & il en a donné
deux cens mille francs , dont
le Roy a gratifié M ' de Rofen ,
Allemand , Lieutenant General
de fes Armées . Il y a un
fort grand nombre d'années
que Mr de Rofen s'eft attaché
au fervice de la France ;
& comme il a toujours fervi
depuis ce temps - là avec beaucoup
de zele , de fidelité & de
valeur, le Roy quiſçait récompenfer
les fervices , luy a fait
Tij
220 MERCURE
le preſent dont je vous parle ,
fans qu'il luy demandaſtrien ,
fans même qu'il fut à la
Cour, Sa Majefté a augmenté
dans le même temps de douze
mille livres par an , la penfion,
de Madame la Maréchale de la
Mothe, Sa vigilance a toujours
égalé fon zele dans tous les
emplois qu'elle a cus,
L'Hiftoire du Marquis de
Saint - André Montbrun , Capitaine
General des Armées
du Roy, & General des Armées
de terre de la Republique
de Venife , en un volume
in douze , qui vient d'eftre
GALANT. 227
donné au Public , & qui fe
vend chez le sieur Barbin
comprend en abregé les guer
res Civiles que les Religion-
' naires exciterent dans le
Royaume , aprés la mort de
Henry le Grand ; la Guerre
que la fucceffion du Duc de
Mantoue caufa en Italie , la révolte des Valtolle , la
contre
les Grifons ; les Conqueftes
que Gustave Adolphe fit en
deux ans & demi en Allema✨
gne ; ce que nós Armées ont
fait de plus confiderable en
Italie, en Allemagne , en Flam
dre, & en Catalogne ,fous le
Tij
222 MERCURE
regne de Louis XIII. & fous
celuy de Louis le Grand , depuis
1630. jufqu'en 1659. avec
la Relation du fameux Siege
de Candie , que le Marquis de
Saint André a foutenu pendant
dix fept mois . Ce volume
eft rempli de plufieurs
évenemens
curieux , & l'Auteur
ménage affez bien l'Hif
toire generale avec celle de
fon Heros. Le ftile en eft con .
cis & net , & l'on s'inftruit
de beaucoup
de chofes en
même temps que l'on fait
une lecture agréable .
Le S' Brunet , Libraire au
GALANT. 223
Palais , fait faire une nouvelle
Edition de tous les Ouvrages
de M'de Fontenelle , pour les
donner plus corrects & en
meilleur ordre. Il vient de
faire paroiftie celle de l'Hif
toire des Oracles , & donnera
dans fort peu de temps la Plu
valiié des Mondes , avec les Poë
fres Paftorales. Ce dernier volu
me doit cftre augmenté d'un
tiers, & je vous entretiendray
dans une autre Lettre des Pie+
ces nouvelles qu'il doit con
tenir. Le plaifir que vous pre
nez à lire tout ce qui vient de
M' de Fontenelle , me fair
Tiiij
224 MERCURE
croire que vous me fçaurez
gré de l'avis que je vous donne
de cette augmentation .
Sa Majesté ayant réſolu de
chercher le merite par tout
où il le découvrira
, fans
s'attacher uniquement à la
Cour , a nommé M Vittement
, Recteur de l'Univerfie
té, pour eſtre Lecteur de Monfeigneur
le Duc de Bourgo
gne , & M' l'Abbé le Fevre
pour eſtre Sous Precepteur
des Princes Enfans de France.
Les bonnes moeurs de l'un
& de l'autre , & leur étudition
ont fait tomber fur eux cet
GALANT. 225
honneur , que non ſeulement
ils ne demandoient point ,
mais qu'ils n'efperoient pas
même. M'de Puyfegur , Lieu .
tenant Colonel du Regiment
du Roy, & major general des
Armées de Sa Majefté , & M'
de Monvielle , Capitaine au
même Regiment , ont efté
nommez en même temps
Gentilshommes de la manche.
Ils font fort diftinguez
dans leurs Emplois ; mais ce
qui leur donne encore un fort
grandmerite , c'eſt une probité
particuliere , qui fait éclater
en eux le caractere d'hon,
neſte homme.
226 MERCURE
Le Roy ayant fait offrir au
Roy d'Eſpagne , par deux mes
moires differens , prefentez
par Mile Marquis d'Harcours
fon Ambaffadeur
, d'envoyer
des Galeres & des Vaiffeaux
en tel nombre & de telle may
niere que Sa Majeſté Catholique
jugeroit à propos , pour
porter
des fecours à Ceuta &
à Oran , le Confeil d'Etat s'é
tant affemblé ſur ce fujer , de
dix voix dont il eftoit compo
fé, il y en a eu fept pour accepter
le fecours offert . Cependant
la réponſe n'a pas efté
tolle que le Confeil l'avoit
GALANT. 237
réfolue , & le Cardinal de
Cordoue ayant efté donné
Commiffaire à M' le Marquis
d'Harcourt , felon l'ufage d'Ef
pagne , qui donne un Commiffaire
à chaque Ambalfadeur
auffi toft qu'il eft arrivé
, il a répondu
à celuy de
France , par un écrit du 30 .
May , que le Roy d'Espagne
,
à qui il en avoit fait le rapport,
avoit témoigné
beaucoup
de
reconnoiffance
de ces marques
du zele & de la fincere
amitié du Roy Ties - Chreftien
; mais que les attaques
des mores ne donnant
encore
228 MERCURE
aucun fujet de craindre pour
ces deux Places, on attendroit
à une autre occafion à fe fervir
de ces offres , ce qu'on ne
manqueroit pas de faire en
cas de befoin , & que Sa Majefté
Catholique chercheroit
de fon cofté teus les moyens
d'entretenir l'union & la bon.
ne intelligence entre leurs
Majeftez. Le peuple a eſté
charmé des offres du Roy de
France, & a fait connoître que
files Mores prennent Ceuta , il
n'aura pas lieu d'eftre content
de ceux qui ont refuſé un ſe
cours qui leur auroit feure
GALANT. 229.
ment fait, lever les deux Sie-)
ges qu'ils pourfuivent depuis.
fi longtemps , & avec tant d'opiniâtreté.
L'Entrée publique de M'le
Comte de Tallard , Ambaffa.
deur Extraordinaire de France
auprés de S. M. Britannique
, fe fit à Londres le 26. du
mois dernier. Cet Ambaffa.
deur le rendit avec fa fuite à
Greenwich , qui eft un fort
beau Village à deux milles de
Londres , fur le bord de la Tamiſe.
Une demi . heure aprés .
fon arrivée , le Comte de
Macklesfield,accompagnédu
230 MERCURE
Chevalier Cotterel , Maiftre
des Ceremonies , le vint complimenter
au nom du Roy
& aprés un magnifique dîné ,
où il y eut deux tables , l'une
de vingt couverts , & l'autre
de feize , on s'achemina vers
la Riviere par une marche
qui fe fit fur deux colom .
nes . Les François formoient
la droite , & les Anglois la
gauche. On trouva au bord
de la Tamife trois Berges
magnifiques , que le Roy
avoit envoyées . M' l'Ambaf.
fadeur y ayant pris place ,
ainfi que tous ceux qui l'ac-
*
GALANT: 230
compagnoient , on remonta
la Riviere jufqu'à la Tour, où
l'on arriva au bruit du Canon
des Vaiffeaux & de la Tour.
On y trouva le grand Etendard
d'Angleterre déployé ,
& apres que Milord Lucas ,
qui en eft Gouverneur , eur
complimenté Son Excellence,
on monta en Caroffe , & la
marche commença par celuy
du Comte de Macklesfield ,
où eftoient les Officiers du
Duc de Nortfolk , Comte-
Maréchal des Ceremonies , &
conducteur de la marche. Ce
Caroffe eftoit fuivi de deux
232 MERCURE
Heraults d'Armes. Les Valets
de pied de M le Comte de
Tallard paroifloient enfuite
au nombre de dix - huit, ayant
lamême livrée que les Pages,
qui eftoient veftus d'écarlate ,
avec des galons d'or & un
velouté vert. Il y en avoit fix,
tous fort bien montez , & ayanc
chacun un plumet blanc-,
L'Ecuyer de M' l'Ambaffa
deur eftoit à leut tefte , ac.
compagné d'un Sous Ecuyer ,
& tous deux aufli tres bien
montez. Ils précedoient le
Caroffe de S.M. B. où eftoient
M'l'Ambaſſadeur, ayant Mile
GALANT. 233
2
Comte de Macklesfield à fa
gauche , & les Maitres des
Ceremonies fur le devant. Enfuite
marchoient , le caroffe
de S. A. R. Madame la Princeffe
de Dannemarck , celuy
de S. A. R. M le Prince de
Dannemarck , dans lequel é
soient M' le Marquis de la
Baume , Fils de M le Comte
de Tallard , M le marquis de
Guifien , & Mole Marquis de
Laflé. Le premier caroffe de
M' l'Ambaſſadeur eftoit vur
de , & attelé de huit grands
chevaux gris . C'eftoit une ris
che : fculpture dorée for un
• Juin 1698,
V
234 MERCURE
fond rouge de corail , avec le
dedans de velours cramoifi à
fond d'or. Ce Caroffe avoit
un éclat qui attiroit les regards
de tout le monde. Le
fecond , attelé à huit chevaux
Anglois , & le troifiéme à fix ,
eftoient remplis de Gentilshommes
de la Maiſon de Son
Excellence. Aprés cela marchoient
les caroffes des Ducs
d'Ormond , de Devonshire ,
de Saint Albans , de Grafton ,
de Bedford , du Garde du
Sceau privé , & de plufieurs
autres Seigneurs , ce qui mon
toit à plus de quarante , tous
GALANT. 239
à fix chevaux . Ce cortege alla
de la Tour à l'Hoftel des Ambaſſadeur
, c'eſt à dire , d'un
bout de Londres à l'autre.
Toutes les rues eftoient bors
dées de monde , & les Balcons
remplis de Dames parées La
marche dura quatre heures.
Mile Comte de Tallard eltang
arrivé à l'Hoftel destiné pour
le recevoir , y fut complimen
ré au nom de Sa Majefté Bri
tannique , par Milord Durs
fley ; au nom de Madame la
Princefle de Dannemarck par
Milord Fitz- Hardindg , lon
premier Ecuyer, & au nom du
V ij
236 MERCURE
Prince Dannemarck par Milord
Lawre,fon premier Gen
rilhomme de la Chambre . On
fervit enfuite une Table pour
S. E. dont le Maître des Cerémonies
fit les honneurs. Une
feconde fut fervie pour la No
bleffe de fa fuite , dont le Maréchal
fit les honneurs , & deux
autres pour les Officiers de fa
Maiſon. On but à la fanté des
Rois de France & d'Angleter
re , au fon des Tambours , des
Timbales , & des Trompettes.
Ce Régale qui fut des plus
magnifiques , dura depuis le
Lundy 26. May jufqu'au Jeu
GALANT . 237
dy 29. jour deſtiné pour l'Audience
. M' l'Ambaffadeur fut
conduit à Windfor avec le même
Cortege. Il entra dans les
cours du Château en Caroffe,
& fut lalué par la Garde de
'Infanterie qui eftoit fous les
armes. Le Chevalier Maréchal
ou Grand Prevoft de la
Cour, le receut à la defcente
du Caroffe & le conduifit juf
qu'à la Chambre d'Audience ,
où il fut receu par le Grand
Chambellan. Il fit fon compliment
& prefenta les Lettres
de créance avec les cerémonies
ordinaires. L'Audience
238 MERCURE
finie, il fut traité magnifique.
ment à dîner par ordre du
Roy , avec un grand nombre
de Milords. Le mefme jour
il revint à Londres dans fon
Hostel , qui est un des plus
beaux de la Ville Le Vendredy
on le conduifit à l'Audience
du Prince & de la Princ ffe de
Dannemarck, & le Samedy31.
il receut les Vifites des Ambaffadeurs
Depuis ce tempslà
il a eu l'honneur de manger
plufieurs fois avec leRoy . Jou
bliois de vous marquer que
le jour de fon Entrée il fit de
grandes largeffes.
GALANT. 239
Je vous ay parlé de l'Audience
de congé de Milord
Portland , mais je ne vous
ay pas dit qu'avant fon départ
il a receu de la part du
Roy le Portrait de Sa Majeſté
enrichi de Pierreries , eftimé
foixante mille livres. 11 eft
party comblé des bons traitemens
qu'il a receus en cette
Cour , & des manieres honneftes
dont les François en
ufent avec les Étrangers . Il a
efté regalé de la plus grande
partie des Perfonnes les plus
diftinguees , & a eu l'honneur
de chaffer avec Monseigneur
240 MERCURE
·
le Dauphin,& de manger avec
ce Prince , ainfi qu'avec Son
Alteffe Royale Monfieur. Ila
paffé par Chantilly en s'en
retournant , & Monfieur le
Prince l'a traité avec une
fomptuofité qu'il feroit diffi
cile d'exprimer. Perfonne n'i
gnore que la magnificence ,
la delicateffe , l'ordre & le bon
gonft regnent dans tout ce
que Son Alteffe Sereniffime
entreprend. Je ne vous fais
point de détail de ce qui s'eft
paffé à Chantilly , parce que
cette Felte a esté accompagnée
de tant de circonstances,
qu'il
GALANT: 24t
qu'il me feroit impoffible de
de n'en pas omettre plufieurs;
ainfi j'aime mieux ne vous en
parler qu'en general , que de
vous en donner une Relation
imparfaite, Sije puis enavoir
une où je fois affuré que rien
ne manque , je vous en feray .
part au premier jour.
La Chanſon qui fuit eft du
temps. Je croy qu'on la chantera
dans voftre Province avec
autant de plaifir qu'on la
chante icy.
Juin 1693.
X
1
242 MERCURE
CHANSON NOUVELLE
1:
" Out eft calme fur later.
T
re,
Nous ne craignons plus les
hazards.
Après une filongue&fifanglanie
guerre
La Paix a triomphé de Mars.
Louis le Grand en a toute la
gloire.
Heureux qui vit fous faloy,
Et qui peut s'écrier en ne ceffant
de boire ,
Vive le Roy, vive le Roy.
GALANT:
243.
Le mariage de m' le Marquis
de la Valliere avec Mademoiſelle
de Noailles , quatriéme
Fille de M' le Maréchal
Duc de ce nom , fe fit à Verfailles
la nuit du 15. aú 16. du
mois paffé à l'Hoftel de Madame
la Princeſſe de Conty la
Douairiere , qui en a voulu
prendre tout le foin. Monfeigneur
luy fit l'honneur de la
prendre au Chafteau , & de la
mener dans fon Caroffe à fon
Hoſtel, où ils le rendirent vers
les neuf heures du foir le Di
manchers. Monfieur le Prince
de Conty eftoit avec eux . Les
X ij
244 MERCURE
Epoux & les Parens arrivérenc
un peu aprés, Ils furent auffi
toft fiancez dans la Chapelle
de l'Hoſtel , aprés quoy Mon
feigneur eftant allé fouper
chez le Roy , le fouper que
Madame la Princeffe de Conry
donnoit fut fervi dans un
Salon fort éclairé , comme
tout le reste de l'Appartement
, qui confifte en fept
grandes pieces & en une galerie.
Il y avoit deux tables en
ovale de vingt couverts cha
cune , fervies également & en
même temps Chaque fervice
eftoit de vingt plats. Madame
GALANT 245
Ja Princeffe de Conty avoit a
fatable les Fiancez & leurs
plus proches Parens , hommes
& femmes. Monfieur le Prin
ce de Conty eftoir à cette ra
ble. Madame eftoit au milieu,
& avoit à fa droite Mademoi
felle de Lifebonne , Madame
la Maréchale de Noailles , &
Monfieur le Prince de Conty.
La Fiancée eftoit immediate
mentà la gauche , M ' le Comte
d'Ayen & le Fiancé fuivoient.
Le repas finy , la Mufique qui
eftoit preparée dans la Galer
rie commença , & dúra juf
qu'aprés minuit. Monfei
X iij.
246 MERCURE
>
gneur arriva un peu avant la
fin de cette mufique , & lors
qu'elle fut ceffée , Madame la
Princeffe de Conty alla avec
les Fiancez & les Parens à la
Paroiffe , où le fit la celebration
du mariage par m¹le Curé
de Verfailles , qui les avoit
fiancez . A leur retour Monfeigneur
qui eftoit demeuré
à l'Hoftel , fir l'honneur au
Marié de luy donner la che
mile; Madame la Princeffe de
Conty en fit autant à la Ma
fiée .
·
Le lendemain , Montei
gneur luy vint faire compli
GALANT 347
•ment , & dîna chez madame la
Princeffe de Conilyen for
• Hoffel , où le marié mangea
avec luy. Elle reçut enſuite
pendant toure l'aprésdînée
les
complimens
de toute la Cour ,
&& entre autres de monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
Monfeigneur
le Duc d'Anjou ,
•Monseigneur
le Duc de Berry ,
Monfieur , Monfieur le Duc de
Chartres , Monfieur le Prince
de Cunty, Madame la Princefe
de Conty , & Mademoiſelle
de Conty. Monfieur le Duc
& Madame la Ducheffe du
Maine y vinsent anfli.
L
X iiij
248 MERCURE
Mi le marquis de la Valliete
jouit depuis la mort de fon
Pere , du Gouvernement de
la Province de Bourbonnois,
dont Moulins eft la Capitale.
Madame la Princeffe Douairiere
de Conty , dont il a
l'honneur d'eſtre Couſin germain
, outre l'avantage qu'elle
luy a procuré en faisant ce
mariage , d'eftre Menin de
Monſeigneur , avec douze
mille francs de penfion du
Roy , luy a donné le Duché
de la Valliere , fous le bon
plaifir du Roy , qui en a don .
né fes Lettres patentes
, enreGALANT.
249
giftrées au Parlement. Il entre
en jouiffance des revenus
de ce Duché au premier
Juillet prochain , fans
avoir qualité de Duc. Cette
Terre eft en Touraine , &
confifte en deux Comtez ,
Vaujour & Saint Chriſtophe ,
achetez & unis par le Roy,
fous le titre du Duché de la
Valliere , pour Madame la Ducheffe
de la Valliere , & fes
Enfans. Ainfi il a falu des
Lettres patentes du Roy pour
autorifer la donation
1
que мa- dame
la Princeffe
de Conty
en a faite
à ſon Coufim
250 MERCURE
Voicy les noms de quelques
perfonnes diftiguées de l'un &
de l'autre Sexe , mortes pent
dant ce mois , & fur la fin du
mois paffé.
Dame Geneviève de Bu
gnons , Epoufe de Meffire Emery
de Bragelongne , S' des
Quches. Elle eftoit Fille de
Jacques de Bugnons , waiſtre
des Comptes , & laiffe plufieurs
Enfans , entre lefquels
elt Charles de Bragelogne ,
Chevalier de Malte , & Capiraine
de Cavalerie.
Le Pere Martin , Louis de
Bourlon , ChanoineRegulies
,
GALANT. 251
Docteur en
& Abbé de Saint Leger de
Soiffons , où il est mort âgé
de foixante & treize ans. Il
eftoit Frere de défunt Charles
de Bourlon
Theologie , & Evêque de
Soiffons , Fils de Mathieu de
Bourlon , Maistre des Com
pres , & de Chreftienne Bailly,
Fille de Charles Bailly , Pref
dent des Comptes.
Y
Melfire Claude - Albert
d'Arbois , Seigneur de Rom
mery , l'Eheries
l'Argi
liers , Olignon , & c . Licu ,
tenant des Gardes du Corps,
Brigadier des Armées du Roy,
252 MERCURE
*
Grand Bailly duSoiffonnois , &
Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis . Ieft mort à la foixante
troifiéme année de fon âge,
en paffant par Luzarche, pour
fe trouver à la derniere revûë
des Gardes du Corps du Roy,
& aprés avoir mis la Brigade
en eſtat de paroiſtre devant Sa
Majesté . Le Roy luy a rendu
juftice en dilant qu'il avoit
perdu un de fes meilleurs Of
ficiers. I eft generalement
regreté de ceux dont il a efte
connu , s'eftant toujours pi
qué de la qualité de bon Ami ,
qu'il avoit dans un fouverain
GALANT: 253
degré. Il eftoit d'une probité
reconnue , d'une valeur qui
alloit jufqu'à l'intrepidité,d'u
ne habileté fort grande dans
le métier de la guerre , peude
perfonnes entendant auffi
bien les marches que luy Le
fang froid qu'il avoit dans
l'action ne l'empêchoit point
d'y faire paroiftre fon coura,
ge.Sagenerofité pour lesAmis
ne s'eft jamais démentie , &
luy a fait meriter à la Cour le
furnom de Protecteur des abfens,
Une preuve inconteftable
de fon merite , c'est que
de fimple Garde du Roy , il
a
254 MERCURE
eft parvenu par tous les grades
à en eſtre Lieutenant , && à
commander le Corps où il
avoit obey.
Mellire Jerôme de Bragelongne
, Confeiller au Parlement
de Mets, puis en la Cour
des Aides de Paris . Il avoit
foixante & quinze ans , & a cu
quelques Enfans , qui font
tous tous morts avant luy. I
eftoit Fils de Jerôme de Bragelongne
, mort Doyen des
Confeillers de la Cour des Ai
des , & de Madeleine Lavocat ;
& Petit fils de Jacques de Bragolongne
, Maiftre des Com
GALANT. 25
pres , & de Barbe Robert.
Dame Marguerite - Gene.
viéve Gayant, Veuve de melli.
re Antoine Daquin , Seigneur
& Comte de Jouy , Villaras ,
les Loges , & autres lieux ,
Confeiller d'Etat Ordinaire,
& premier medecin du Roy.
Elle eftoit Niece de défunt
M' Valor, auffi premier méde
cin du Roy, & laiffe pour En
fans Antoine Daquin , S ' de
Chafteaurenaud
, Preſident au
Grand Confeil, Louis Daquin ,
Evêque de Frejus, N. Daquin,
cy devant Capitaine aux Gardes
, Marie - Angelique Da256
MERCURE
quin , Epoufe de Louis - Rollin
Roulier , maistre des Requeftes
, & deux Religieufes.
Dame Marie - Françoife
Charreton , Epoule de Meffire
Louis le Boultz , Seigneur de
Ronferay & de Marigné , maiftre
des Requeftes. Elle eftoit.
Fille de Louis Charreton , S.
de la Douze , Prefident aux
Requestes du Palais , mort
Doyen du Parlement , & de
Marguerite Renouard , Fille
deNoël Renouard, Correcteur.
des Comptes , & Petite- fille
d'André Charreton , aufli Con.
feiller au Parlement . Elle laiffe
GALANT 257
deux Enfans , fçavoir Jean,
François le Boultz , Confeiller
au Parlement, & N, le Boultz,
Epouſe de M Boiftel , Con,
feiller au Parlement.
L
Meffire Achilles Barentin,
Seigneur de Mons , Confeiller
en la Grand'Chambre . Il'avoir
époulé N. Quatrehommes ,
Fille de Louis
Quatrehommes,.
Doyen des Confeillers de la
Cour des Aides , dont il a plu
heus Enfans entre autres N
Barentin, Veuve de M'Demar
tin de Malify , Capitaine aur
Gardes, leftoit Frere de Jac
ques HonoréBarentin , Doyen
Fuin 1.69.8.
Y
258 MERCURE
des Preſidens du Grand Con
feil , & de Marguerite Baren
ein , Epouſe en premieres No
ces de Charles de Souvré, mai
quis de Courtenvaux, dont eft
venuë madame la marquife de
Louvois , & en fecondes Noces
d'Urbain de Laval Mar
quis de Boisdauphin. Ils font
Enfans de Charles Ba
rentin , Seigneur de Villeneuve,
Maistre des Comptes , &
de Madeleine de Kerquifinem ,
Dame d'Ardivilliers, & Petits .
Enfans de Charles Barentin ' ,
Maistre des Requeſtes , & de
Madeleine Carre.
tou
GALANT. 249
Meffire François Guillaume
, Vidame de Chalons ,
Confeiller au Parlemene, de la
Seconde des Enquettes. Il eſt
mort fans alliance.
M le Prince de Montbafon
a épousé Mademoiſelle de
Chasteau Thierry , la dernie
-re des Files de M le Duc de
Boüdlon , Grand Chambellan
de France. La ceremonie des
Fiançailles fe fit dans le Cabinet
du Roy le 24 de ce mois,
par Mr le Cardinal de Coil-
Jin , Evêque d'Orleans . On
revine enfuise à Paris , où ily
Y ij .
260 MERCURE
cut un fort grand Soupé.
L'affemblée eftoit nombreufe
& des plus illuftres . Lelendemain
le mariage ſe fit à Saint
Sulpice. Je ne vous parleray
ny de la grandeur des Mailons
des Mariez , ny de leurs alliances.
Ils en ont avec tant de
Souverains & de perfonnes
du plus haut rang , que ce détail
demanderoit un volume
entier. Je vous diray feulement
qu'Hercule de Rohan ,
Duc de Montbafon , Pair &
Grand Veneur de France ,
Chevalier des Ordres du Roy ,
Gouverneur & Lieutenant ge.
GALANT, 261
neral pour Sa Majeſté de la
Ville de Paris & de l'lfle de
France , époufa en premieres
Noces Madeleine de Lenoncourt
, Fille unique de Henry
de Lenoncourt , Chevalier des
Ordres du Roy , & de Fran ,
çoile de Laval Boifdauphin ,
dont il eut Louis de Rohan
VII, du nom , Prince de Guemenés,
Duc de Montbafon ,.
Chevalier des Ordres du Roy,
Pair & Grand Veneur de Fran-
Ice , & marie de Rohan , qui
eftant Veuve de Charles d'Albert
, Duc de Luynes , Pair
& Conneftable de France ,
1262 MERCURE
époula Claude de Lorraine,
Duc de Chevreule. Du fe-
: cond mariage d'Hercules de
Rohan , Duc de montbafon ,
fair en 1628 avec Marie de
Bretagne , Fille de Claude de
Bretagne , Comte de Vertus ,
fortit François de Rohan' ,
Prince de Soubife. Louis de
Rohan VII. du nom , Duc
de Montbaion mourut an
1667 laiffant d'Anne de Rohan
, Princeffe de Guemèné ,
fa Coufine- germaine, Charles
& Louis de Rohan, Charles
de Rohan , Duc de Montbafon
, Prince de Guemené,
GALANT. 263
Comte de Montauban , na
époulé Jeanne - Armande de
Schomberg , Fille de Hen y,
Comte de Nanteuil - le Haudouin
, Maréchal de France ,
& d'Anne de la Guiche , fa fe
conde Femme, De ce mariage
eft forti Charles de Rohan ,
Prince de Guemené , marié
en premieres Noces avec mar
rie - Anne d'Albert . Luynes,
Fille de Charles - Louis Duc
de Luynes , & en fecondes
Noces , le z Decembre 1679 .
avec Charlote - Elifabeth de
Cochefiler , Fille du Comte
de Vauvincux . C'eft d'elle
-
264 MERCURE
qu'il a ea Mle Prince de
Montbafon , qui vient d'époufer
Mademoitelle de Chafteau
Thierry. La jeuneffe de cette
Illuftre Mariée a efté formée
au Convent des Dames Religieufes
de Port Royal de Pa
ris. Elle n'en eft fortie que
pour aller quelquefois à Ver
failles , où elle a brillé dés qu'
elle a paru. On y a également
admire fa taille , fon air , & fa
beautés mais par deffus tour ,
fa modeftie & la douceur , qui
font qu'elle feule ignore ce
que tout le monde voit en elle .
Quoy qu'elle foit extrémement
GALANT. 265
ment jeune , il ne luy manque
rien des qualitez de l'ame qui
peuventalfortir un fi bel exte
rieur.
Mademoiſelle de Bofmelet
a épousé le Fils de M❜le Duc dé
la Force , qu'on appelle Duc
de Caumonr , Mile Duc de la
Force , fon Pere , luy ayant
bien voulu ceder fon Duché.
Il n'a que vingt - deux ans , &
eft Colonel Mademoiſelle de
Bofmelet eft une heritiere fort
riche , Fille unique de Meffire
Jean Buffelin , Seigneur de
Bofmelet , Prefident au Mortier
au Parlement de Rouen,
Juin 1698.
Ꮓ
266 MERCURE
& de Dame Renée de Chavi
gny ,Soeur de Madame la Ma.
réchale de Clerembault , &
Fille de Leon Bouthillier ,
Comte de Chavigny & de Buzançois
, Secretaire d'Etat , &
grand Treforier des Ordres
du Roy,
BM' de Rofen , Fils de M'de
Rofen , Lieutenant General
des Armées du Roy , s'eft marié
prefque dans le même
temps. Il a époufé Mademoifelle
de Grammoemoi-
Francomtoile
, & proche Parente
de M'l'Archevêque de Befançon
, & de rrois Officiers de
GALANT 267
Dragons de même nom , qui fe
font diftinguez par une gran
de valeur, & par la beauté des
Regimens quils ont comman
dez. Il en refte un qui eft Maréchal
de Camp.
Le Frere de Mile Comte de
Tallard , Ambaſſadeur du Roy
en Angleterre , a traité avec
M' le Comte de Marcin , de
la Charge de Capitaine Lieu
tenant des Gendarmes Ecof.
ſois , dont il a obtenu l'agré,
ment du Roy.
·
Voicy une augmentation
d'Infanterie , faite le 22. de ce
mois , pour le Camp de Com
piegne.
Zij
268
MERCURE
Picardie,
Bataillons.
Bourbonnois,
Toulouſe,
Poitou ,
Coaquin ,
Le Maine ,
Navarre ,
Normandie , ou autre ,
La Couronne
Bourbonnois
, fecond B.
Rouergue ,
La Chaftre ,
3
18 B.
Le même jour 22. le Roy
ajoûra fix Maréchaux de ,
Camp aux huit qu'il avoit
GALANT. 269
déja nommez. Ces Maréchaux
de Camp font,
Mrs de la Motte .
Loëmaria.
Courtenvaux .
Le Marquis d'Alegre.
Le Comte de Roufli.
Le Marquis d'Antin .
- Fay oublié de vous dire que
M' le Marquis de Crequi eft
du nombre des Lieutenans
Generaux.
2
Le mot de l'Enigme du
mos paffé eftoit la lettre E.
Ceux qui ont trouve font ,
Mrs de Pomponne , Lieute
nant de la Colonelle du Regi
$
Z iij
270 7 MERCURE
;
ment Lionnois ; de Fraifiere ,
Capitaine au même Regiment
l'Abbé Gargaraile
Chanoine de
Quimpercoranrin
; l'Abbé de Richeville ,
Chanoine de Saint Germain
de Bonnes , l'Abbé Colaffe
de la rue de la Huchette ; de
l'Iſle d'Origny de Morlaix en
Bretagne ; Bonnard de l'Eveche
d'Angoulême ; Burette
Muficien ; Gautier de la rue
Coquilliere ; Chaumont Chi ,
rurgien de Breffe , Dauton de
Vaugirault ; le Févre Maiftre
Ecrivain , ruë Guerinboiffeau ;
de Cocquiel ; Charles de 1
in43
GALANT 271
ruë de l'Arbre-fec , Bardet de
I'Hofpital du Mans ; Rochet
de la rue de Lamoignon , le
Procureur General de Nogent
fur Seine , & fes deux aimables
Soeurs de la rue des Juifs,
le Galant aux Plumes bleues
du Pont Saint Michel ; le petit
Moufle ; le petit Martinet de la
Cité, & fon Ami de Langres:
fe jufte Augure de l'avenir ,
Amant fidelle de la charmante
mimy; le grand Gibaze
du quartier Saint Paul, l'aimable
Etourdy. Meldemoiſelles
Javotte Ogier , du coin de la
rue de Richelieu, la plus agréa
Zij
272 MERCURE
ble & la plus fpirituelle Dame
de la même rue , & fon Gendre
, Maistre des Comptes ; la
jolie Veuve de la même rue ,
du cofté des Quinze vingts ;
Defponde de la rue de la Licorne;
Guillot & fon Ami Martin
, de la rue des mauvailes paroles
; la belle Ecrivaine du
quartier Saint Antoine ; l'a
gréable Indolente de la raë
S ; la mufe nouvelle de la rue
Malere , montagne Sainte Ge
nevieve , la petite, Nanette de
Nantes . demeurant rue Res
couvrance à Orleans ; la peritite
Barbette du Parvis ; l'aiGALANT
273
mable Marote & fon Ami,
l'Enclume du Parvis , & lon
Amie la petite Jolie du Cloi
fre ; la Belle fans beauté; l'Indifferente
à elle même du
Pont S Michel , & la Fée , De
vinereffe du Marais,
·
Je vous envoye une Enigme
nouvelle , à mon ordinaire ,
pour divertir vos Amies
ENIGME .
E fais de quelques gens les plus
JEfaisant
cheres delices ,
Mon corps fec & livide a pour
Jeux des attraits.
274 MERCURE
Malangue en mouvement ne
trouve jamais ,
S
Mais mes yeux pour parler me
rendent cent offices.
2
Je tire encor du vent de ſignalez
Services,
Et quandfur mon Berger Venus
lance fes traits ,
Et qu'il veut avec moy calmerfes
feux fecrets ,
Je chance de l'amour les douceurs,
·les fupplices.
S
Plus les baifersfont doux, &plus
douce eft ma voix ,
Elle fait l'agrément des hameaux
& desbois.
GALANT: 275
On voit mes yeux s'ouvrir , fe
fermer quand je chante.
S
Je nefçay point parler , mais qui
weur à la fois
Tendrement me flater de la bouche
& des doigts ,
Il en devient muet , me rend
éloquente,
Je vous envoye une fecon
de Chanfon . Elle eft d'un ha
bile Muficien.
D
276 MERCURE
AIR NOVUEAU.
Eune Iris , que vous eftes belle,
Et que mon coeur est amoureux!
Que je m'eftimerois heureux ,
vous n'eftiez pas fi cruelle !
A quoy vous fertde charmer
Si vous ne fçavez aimer ?
Il y a quelque temps que je
Vous appris que Madame de
Tellé avoit elté benîté Abbeffe
de la Trinité de Caën .
Madame de Cochefilet , Tante
de Madame la Princeffe de
Guemené , qui s'eftoit démiſe
de cette Abbaye , à cauſe de
GALANT. 277
210
fon grand âge , aprés l'avoir
gouvernée pendant un fort
grand nombre d'années , avec
tous les foins & toute l'exactitude
qu'un pareil employ
peur demander d'une perlonne
veritablement pieufe , eft
morte depuis un mois . Sa patience
a éclaré dans la longue
maladie , pendant laquel
le tous les fentimens ont efté
portez à Dieu , de la maniére ,
du monde la plus édifiante &
la plus fainte . Elle a demeuré
quatre jours à l'agonie , &
comme il y avoit fort longtemps
qu'elle fe preparoit
278 MERCURE
ce grand paffage , elle avoit
fait imprimer les Billets que
4'on a diftribuez pour faire
prier Dieu pour elle , & avoit
écrit de fa propre main les
noms de ceux à qui elle ſouhaitoit
qu'ils fuflent portez.
Tous les Ouvrages d'Ettmuller
font fieftimez & fi bien
reçus du Public , que le Sieur
Amaurry , Libraire à Lyon
redouble fes foins pour les faire
traduire en noftre langue.
Il nous a déjà donné la Pratique
Generale de Medecine
de tout le Corps humain , la
Pratique fpeciale fur les mala.
GALANT 279
dies propres des hommes , des
femmes & des petits enfans ,
& la Pharmacie raiſonnée de
Schroder , avec les Instituts
de Medecine , & il vient de
nous donner La Methode de
confulier depreferire lesformu
les de Medecine , Oeuvre Poft
hume du même Ertmuller , &
d'autant plus utile qu'il eft abfolument
neceffaire à un Medecin
de fçavoir l'art de com
pofer les Medicamens , & la
maniére dont on les prépare
dans les boutiques , pour faire
executer les ordonnances .
Ceux qui regarderont cette
280 MERCUR E
Methode comme une choſe
de peu d'importance , feront
convaincus de leur erreur
lors qu'en pratiquant ils fentiront
la peine qu'il y a de
prendre fon parti , & d'ordon
nerjutte. On entafle quelquefois
divers ingrediens contraires
les uns fur les autres , faute
de connoiftre les facultez &
les preparations des remedes,
tant ſimples que compoſez , &
pour remedier à ces inconve
niens , Etcmuller a établi cer
taines regles dans la Methode
dont je vous parle , qui eftant
bren obrervées , donnent le
GALANT.
281
moyen de faire fans peine des
formules juftes & exactes .
Elle fe debite chez le Sieur
Guignard , rue S. Jacques à l'Image
de S. Jean , & chez le S
Brunet , Libraire au Palais.
L'on doit donner inceffam .
ment , le Traité du bon choix des
Medicamens de Ludovicus , commenté
par Ettmuller , & l'on
travaille actuellement à la
nouvelle edition de tous les
ouvrages du même Ettmuller ,
qui fera en trois gros Volumes
latins infolio , augmentez de
plus de la moitié de ce qui fe
trouve dans les Editions qui
Juin 1698.
A a
282 MERCURE
N
ont paru juſqu'icy , le tout fur
des Manufcrits de l'Auteur ,
& mis en ordre par de tres habiles
medecins. Je fuis voftre ,
&c.
I'S
A Paris , ce 30. Juin 1698.
+3
宮
$252 5252 522525252
TABLE.
P
Relade.
Ode.
Sar la revolution des Saifons . 21-
Questions fur l'Hiftoire ancienne de
la Franche- Comté.
Elemens du TriƐtrac.
43
$8
Lettre touchant la Societé des Lan-
77
ternifies , & quelques autres Compagnies.
Reception faite & Mr l'Evefque de
Troyes dans fon Evefche.
Conferences publiques .
9.4
98
Si l'Amour eft plus fort que l'Eloquence.
Mori.
100
III
'Aa ij
TABLE.
Hiftoire de l'Edit que l'Empereur -~
de la Chine a donné eu faveur de
la Religion Chreftienne .
Accord fait entre Alcidor & Uranie.
123
140
Sonnet contre le feu de la Baſſorie.
Carte de la Prevostè , Vicomté ,
Prefidial de Paris.
149
Sur le fcrupule de fe maxier dans le
mois de May.
Hiftoire.
Ouvrages Galans.
156
179
201
Etat des Troupes qui doivent compoferle
Camp de Compiegne . 207
Mort de Mr de Fervaques.
Prefent fait par le Roy.
215
219
Hiftoire du Marquis de S. André
Moubrun. 220
Nouvelle Edition de plufieurs ouvrages
de Mr de Fontenelle. 222
•
TABLE. T
Charges données par le Roy. 224
Réponse du Roy d'Espagne aux offres
des fecours offerts par le Roy.
2267
Relation de l'Entrée de Mr le Comte
de Tallard à Londres . 229
Fefte donnée à Chansilly par S. A. S.
Monfieur le Prince 239
Mariage de Mr le Marquis de la
Valliere.
Moris.
Mariages.
243
250
2j01
Agrément donné par le Roy de la
Charge de Lieutenant des Gen
darmes Ecoffois . 267
Augmentation d'Infanterie & d'of
ficiors Generaux pour le Camp de
Compiegne.
Article des Enigmes .
idem .
269
Mort de l' Abbeffe de la Trinité de
276
TABLE.
Za methode de confulter & de pref
crire les Formales de Medecine.
278
Fin de la Table:
La Chanfon qui commence
par, Tout eft calmefur la terre,
doit regarder la page 241.
L'Air qui commence par
Jeune Iris , que vous eftes belle ,
doit regarder la page 276 .
THAJAS
$8259F
CATALOGUE DES LIVRES
Imprimez chez MICHEL BRUNET,
Libraire , à l'entrée de la grande Salle
du Palais , au Mercure Galand. 1697.
HRK
Iftoire de la Monarchie Françoiſe fous le
Regne de Louis LE GRAND , contenant ce
qui s'y eft paffé de plus remarquable depuis 1643 .
jufqu'à prefent , par M. de Corneille de l'Academie
Françoife , in 12. 3. vol. 5.1.8.f.
Les Memoires de M. de Saint – Evremont ,
contenant diverfes avantures qui peuvent fervit
d'inſtruction à ceux qui ont à vivre dans le grand
monde , in 12. 4. vol.
"
8.1
Les Contes & Fables de M. le Noble , Ouvrage
enrichi de Figures en taille douce , in 12. 2.
vol.
1
4. I.
Mylord Courtenay ou Hiftoire fecrette des
premieres amours d'Eliſabeth d'Angleterre , par
M. le Noble , in 12 . 1. l. 16. f.
- L'Hiftoire des Religions de tous les Royaumes
du monde , in 12. 3. vol. 3.1. 12. f.
Les Lettrès nouvelles de M. Bourfault,accompagnées
de Fables , de Remarques de bons Mots
& d'autres particularitez auffi agréables qu'uciles
, in 12.
in 12.
2. 1.
L'Illuftre Moufquetaire , Nouvelle Galante >
1. 1. 5. f.
La Vie de l'admirable Chevalier d'Industrie
Dom Gufman d'Alfarache , enrichi d'un grand
nombre de figures en taille douce , in 12. 3. vol.
6. 1.
Hiftoire des Revolutions de Suede , où l'on
+
voit les changemens qui font arrivez dans ee
Royaume , au fujet de la Religion & du Gouver
nement , in 12. 2. vol. 3. l. 12. f.
Metamorphofe d'Ovide en Vers , par M. de
Corneille de l'Academie Françoiſe , avec les figures
, in 12. 3. vol.
in 12 .
9.1.
Arliquiniana , ou les Bons Mots , les Hiftoires
plailantes & agréables , recueillies des Converfations
d'Arlequin , in 12. Seconde Edition
augmentée , 1. 1. 16.f.
-Tome 2. fous le titre de Livre fans Nom,
1. 1. 16. f.
Pratique Curieuſe , ou les Oracles des Sybilles
, pour le divertir en Compagnie, in 12. 1.1.5.f.
Les Paroles Remarquables , les bons Mots , &
les Maximes des Orientaux , in 12. 1.1.16.f.
Le Duc de Guiſe , furnommé le Balafré , in
1. l. 16. f
L'Ambaffade de M. de Saint- Olon en Maroc,
enrichi de figures , in 12. 1.1.16. f.
12.
La découverte des Myfteres du Palais , où il
eft traité des Parties en general , des Intendans
des Grandes Maiſons , des Procureurs , Avocats,
Notaires & Huiffiers , in 12. 1. 1. 10. f
Hiftoire de France , depuis Pharamond jufqu'à
prefent 1697. in 12, io. vol . 18.li
Portraits Scrieux , Galands & Critiques , in
1.1. 16.f
Memoires de M. d'Angoulefme, in 12. 1.1.10.
Traduction de M. de Martignac.
12.
Les Oeuvres de Virgile, Latin- François , in 12 .
3. vol.
Les Oeuvres d'Horace , in 12. 2. vol.
6.1.
4.1.
Les Satyres de Juvenal & de Perfe , in 12 .
De M. Felibien.
2.1. 10.f
Entretiens fur les Vies & les Quvrages des
4.2. vol.
12.1.
plus excellens Peintres , Anciens & Modernes
Recueil Hiftorique de la Vie & des Ouvrages
des plus celebres Architectes, in 4. 3.1.10.f
Defcription des Peintures faites pour le Roy,
avec une Deſcription fommaire du Chafteau de
Verſailles , in 12. 2. 1.
Dictionnaire des Arts & Sciences ,ou Principes
de l'Architecture , avec figures , 4.
De M. de Mezeray.
Hiftoire de France , folio 3. vol .
La même en abregé , 4. 3. vol.
De M. d'Herbelot.
12.1.
so.1.
20.1.
Biblioteque Orientale , ou Dictionaire Hiftorique
de l'Orient , fol,
Livres de M. Defcartes.
15. 1.
Les Principes de la Philofophie 4. avec figu-
6.1. res en taille douce ,
La Methode , Dioptrique & Meteores , 4 .
Meditations Metaphyfiques , 4.
4.1.
6. 1,
›
Traité de l'Homme , & de la formation du
foetus , & le Monde ou Traité de la Lumiere
avec les Remarques de M. de la Forge , 4. 6.1.
Le Monde , ou le Traité de la Lumiere , & des
autres principaux objets des Sens , avec un Difcours
du Mouvement Local , & un autre de la
Fiévre , 8 . 2.1.
1. 1. 10. f.
Copie d'une Lettre écrite à un fçavant Religieux
,
› pour montrer › 1. Que le Syfteme de
M. Defcartes , & fon opinion touchant les Bêtes
, n'ont rien de dangereux , 2. Et que tout
ce qu'il en a écrit femble eftre tiré du premier
Chapitre de la Geneſe , in 12.
Les Paffions de l'Ame , in 12.
Oeuvres d'Ettmuller.
15.f.
Pratique general de la Medecine de tout le
A ij
torps humain , S. 2, vol. 6.1
Pratique fpeciale du même Auteur , fur les
maladies propres des hommes , des femmes , &
des petits enfans , avec des Differtations du même
Auteur fur l'Epilepfie , ' Yvreffe , le mal Hypocondriaque
, la douleur Hypocondriaque , la
Corpulence , & la morture de la Vipere , s .
Les Inftituts de Medecine , 8 .
La nouvelle Chirurgie Medecinale & Raifon
née , avec une Differtation fur l'infufion des liqueurs
dans les vaiffeaux , in 12 .
›
3.1.
3.1
.
1.1. p . f.
La nouvelle Chimie raiſonnée du même Auteur
, in 12 .
1. l . 1o.f.
Ouvrages de M. l'Abbé Gouffault , Confeiller
au Parlement.
Le Portrait de l'honnefte Homme
De l'honnefte Femme , in 12 .
Les Confeils d'un Pere à fes Enfans
vers eftats de la vie , in 12 .
> in 12.
1.1. 10. f.
1.1.10.f.
fur les di-
I. 1. 10. f.
Oeuvres de M. de Fontenelle , de l'Academie
Françoife.
Nouveaux Dialogues des Morts, in 12. 2. vol.
3. 1,
Jugement
de Pluton
fur
les deux
Parties
des
nouveaux
Dialogues
des Morts
, in 12.
1.1.10.f.
Entretien
fur
la pluralité
des
Mondes
, in 12,
1.1.10. f
1.1.10.f.. Hiftoire des Oracles , in 12:
Poëfies Paftorale , avec un Traité de la Nature
, de l'Eglogue , & une Digreffion fur les
Anciens & les Modernes , in 12.5
1.1. 10.f.
Lettres Galantes de M. le Chevalier d'Her , in
12. 2 vol.
De Mademoifelle de la Force.
3.1.
1.
Hiftoire Secrete de la Maiſon de Bourgogne ,
in 12. 2. vol.
Hiftoire de Marguerite de Valois , Reine de
Navarre , four de François Premier , in 12 .
vol.
Guftave Vafa , 12. 2. vol.
14
De M. Daumat.
3. 1. 12. f.
3.1 . 12.f.
Les Loix Civiles dans leur ordre naturel , 4.
3. Vol
.
-
Du R. P. Bouhours.
18.1.
La Maniere de bien penfer dans les Ouvrages
d'efprit , 12.
ค
2.1.
Les Entretiens d'Arifte & d'Eugene , nouvelle
Edition , où les mots des Deviles font expliquez ,
2. 1. 10. f.
Qeuvres diverſes de M. de Saint- Evremont
12. 4. vol .
12.
•
8. 1.
Recueil des Ouvrages de Madame de Villedieu .
La Vie de Henriette Sylvie , de Moliere , 12 .
2. vol.
ソ
Les Amours de Catulle , 12. 4. vol.
2.1.
4.1.
Le Journal amoureux de France , 12. 3. vol.
d'Espagne , 12. 2. vol.
4.1.10. f.
3.1.
2.1.
Les Caprices de l'Amour , 12. 2. vol .
Les Amours des grands Hommes , 12.2 , vol .
Les Exilez , 12 , 2.,vol.
3.1,
3.1.
3.1.
1. 1. 10. f.
Les defordres de l'Amour , 12. 2. vol.
Nouvelles Oeuvres meflées , 12 .
Livres d'Affortimens.
Les Oeuvres de Moliere , 12. 8. vol.
P
de Racine, nouvelle Edition , 12.2.vol.6.1 .
de Corneille , 12. 10. vol .
de Scarron , 12. 10. vol .
Is.1.
20.1.
15.1.
L'Arithmeticien Familier , enfeignant la maniere
d'apprendre fans Maiftre l'Arithmetique
1561
en fa perfection , 12 . 1.1.16. f.
Effais de Jurifprudence , 12. 2.1.
A iij
Hiftoire des Guerres Civiles de France , Tade
tenant tout ce qui s'eft paffé de plus inemorable
fous les Regnes de quatre Rois , François II .
Charles IX. Henry III. & Henry IV . furnommé
le Grand , jufqu'à la Paix de Vervins inclufivement
, par Davila , 12. 4. vol. 8.1
L'Art de la Poëfie Françoife & Latine par M.
de la Croix , 12.
2.1. L'Hiftoire
de l'Empire
Ottoman
, par M. de la Croix , 12. 3. vol .
La Turquie
Chreftienne
, 12. par le même 2
6.1.
2.1.
Hiftoire de Charles VI . par le Laboureur , fol.
2. vol.
Antimenagiana , 12 .
12.1.
1.1.10.f.
Hiftoire Generale d'Angleterre , d'Ecoffe &
d'Irlande, enrichie de Figures, 12. 4. vol . par M.
Vanel , Hiftoriographe de France , 4.1
Idem des Turcs , 12. 4. vol. du même ,
6. 1.
Idem d'Espagne , 12. 3. vol. du même,
2.1.
4. 1. 19. f.
Tite-Live reduit en Maximes
, 12. Le Nouveau
Eftat de la France , 12. 3. vol.
de 1697
.
1. 8. f.
Nouvelle Methode du Blafon , du Pere Meneftrier
, enrichi de figures , 12. 2.1.10 . f.
Les Satyres de Perfe , avec des Remarques de
M. le Prefident de Silvecane , 12. Latin- François.
1. 1. 10.f.
Journal du Voyage de Siam , de M. l'Abbé de
Choify , 12 . 1. l . 10.f.
Recherches Curieufes d'Antiquitez , par M.
Spon , 4. 9. 1.
Lettres familieres fur toutes fortes de fujets,
1.
12 .
1. 10.
f.
L'Ariofte Moderne , ou Roland le Furieux,
72.4. vol.
6.1
Hiftoire de la feuë Reine d'Angleterre 8. >
2.1. 10. f.
3.1
· Oeuvres de Voiture , 12. 2. vol.
Memoires de la Reine Marguerite, 12. 1.1.1o.f.
Hiftoire du Gouvernement de Venife de M,
Amelot de la Houffaye , 8.2 . vol.
Le Tibere , du même , 8.
Le Prince de Machiavel , du
s.l.
3.1
.
même , 12 ,
1. 1. 10. f.
Les Annales de Tacite , avec des Reflexions
Politiques , Hiftoriques , 12. 2. vol. du même ,
14.
4.
1.
Toutes les Hiftoires de M. Maimbourg , 4
vol.
so. 1. Le même in 12. 26. vol. 40. 1,
Hiftoire de l'Afrique , Ancienne & Moderne ,
enrichie de 400.figute en taille douce, 12 . 4.vol.
8.1.
Hiftoire des Troubles de Hongrie , 12. 6. vol.
Vies des Saints , fol. 2. vol.
Idem fol. 2. vol. de Rouen ,
Idem 8. 4. vol . de Paris ,
9.1.
15. 1.
9. 1.
12.1.
Idem fol. 2.vol. de Simon Martin, 24.1 .
Voyage des Ambaffadeurs de Siam en France,
rempli d'une infinité de chofes curieufes , 12 .
4. vol. 6.1.
Hiftoire Romaine , où l'on voit tres - exactement
recueilly tout ce qui s'eft paffé depuis la
Fondation de Rome , fous les Rois , fous les Confuls
, fous les Tribuns Militaires , fous les Decemvirs
, & fous les Empereurs , tant d'Orient
que d'Occident , jufqu'à prefent , nouvelle edision
, 12. 8. vol.
vol.
12. 1.
6.1. Hiftoire Sainte , 12. 4.
L'Hiftoire entiere d'Alexandre le Grand ,sirée
A iiij
d'Arien , Plutarque , Juftin , Jofeph , Quinte-
Curce & de Freinhemius , 12. nouvelle Edition
2.1.
Eftatde la Cour des Rois de l'Europe , par M. de Sainte- Marthe , Hiftoriographe
de France ,
6.1.
12.4. vol.
La Science Univerfelle de M. Sorel , divifce
ea 4 volumes , dont le premier traite de la Terre
,de l'Eau , de l'Air , du Ciel & des Aftres. I
Le fecond , des Meteores des Pierres , des
Meraux , des Plantes & des Animaux , des Ames
humaines , des Anges & de Dieu.
?
Le troifiéme , de l'Ulage , de la Melioration
ou perfection , & de limitation de toutes les chofes
du Monde.
Le quatrième, de l'Ufage, des Idées , qui produifent
les Sciences & les Arts , & leur enchaînement
, du Langage , de l'Ecriture & des Chiffres;
& où l'on trouve la refutation des erreurs
vulgaires , derniere Edition bien augmentée , 12.
4. yol.
6.1
1.1. 10. f.
Traité de la Guerre de M. le Marquis du Châteler
, 12 .
Les Epiftres & Evangiles detoute l'Année ,12 .
1.1. 10. f.
Les Meditations de Bufée , 12. 2. vol . 3.1.
Idem un volume , 1.1 . 10.f.
Journal des Saints , nouvelle Edition , 12. 3.vol.
5.T.
. I.
Meditations fur la Concorde des Evangiles ,
par M. Feydeau , 12. 3. vol. 4.1. 10. f.
4.1.
Vie de Dom Barthelemy des Martyrs , par
Meffieurs de Port - Royal , 8 .
Hiftoire des Juifs de Jofeph , traduite par M.
12. 1.
Meffel en Latin & en François par M. de Voifin
, 12. 6. vol.
Arnauld d'Andilly , 12. 5. vol .
12.1.
Tableau de la Penitence , par M. Godeau , 12 ,
Figures ,
12.
3.1. La Voye qui conduit au Ciel par Drexellius ,
1.1. 10.f.
1. l. 10. f. Hiftoire de Tamerlan , 12..
Philofophie des Images , du Pere Menestrier ,
avec figures , 12. 2.1.
Qeuvres de Lucien d'Ablancourt , 12.3 . vol.
4.1. 10. f.
Hiftoire de Tacite , 12. 3. vol. du même
Conference de Caffien , 8. 2. vol.
Catechisme de Turlot , 4 .
Le faint Travail des mains , 4 .
Traité de la Religion Chreftienne ,
4.1. 10. f.
>
4.1. 10. C.
3.1
.
4.1.
12. 2. vol.
3. 1. 10. f.
2. 1.
Morale Pratique de S. Gregoire , 12. 2. vol .
3.1. 12.f.
L'Art de fe connoiftre foy- même , par Abadie
, 12.
Semaine Sainte Latine & Françoiſe , 12. 2.1
Nouveau Teftament en François , 12. 1.1.10.f.
Idem 2. volumes de groffe lettre , 3.1.
La Vie de Jefus- Chrift , 12. 3. vol. par le Pere
Brignon Jefuite ,
Traité des Monnoyes par Boizard , 12.
Memoire de M. de Guiſe , 12.
6.1.
2.1.
2. 1.
3.1
8.1 .
3. 1
Idem de Rouen , 12. 2. vol.
Hiftoire de Geneve de Spon , 12.2 . vol .
Hiftoire de Hollande , 12. 4. vol.
Le Triomphe de l'Humilité , 12.
Guerre des Turcs contre la Pologne 12 .
1. 1. 16. f.
>
1.1. 10. f.
Academie Galante , 12. 2. vol. 3. 1.
L'Hiftoire du Comte de Soiffons , 12. 1.1.10.f.
Le Portrait Geographique & Hiftorique de
l'Europe , où l'on voit la defcription des Païs , la
Religion , & l'établiſſement des Monarchies , 12
3. vol. 4.1. 10. f.
L'Art de laver , ou nouvelle maniere de Pein
dre fur le papier , 12 . 1. l.
La Vie d'Elifabeth d'Angleterre , de Léty , 12.
2. vol .
4.1. Epiftre & Elegie amoureuse d'Ovide , 12.
- 1.1. 10. f.
Pieces Galantes de Mad . de la Suze , 12.4 . vol.
Fortifications de Gautier , 12 .
Le Traité de l'Artillerie , 12. par
s. 1.
1.1. 10.f.
le même ,
1. l. 10. f.
vol. 3.1 .
1. 1. 10. f.
Remedes de Madame Fouquet , 12. 2 .
Idem un volume ,
Dictionnaire Royal , 4.
Idem &.
Maifon Ruftique , 4.
Arithmetique raiſonnée , 12.
6.1.
3.1
.
3.1
.
1. 1. 10. f.
Les Secrets des Cours , ou les Memoires de
Vvalfingham , 12.
2..1. Difcours du Comte de Buffy Rabutin à ſes enfans
, 12. feconde Edition ,
La Promenade de Verfailles
2.1.
ou Celanire ,
nouvelles hiftoriques , par Mademoiſelle Scuderys
12. 1. l . 16. f.
Eleonore d'Ivrée , ou les Malheurs de l'Amour$
12. 1.1. 10. f.
Le Napolitain ou le deffenfeur de fa Maiſtreffe
, 12 .
Le Mary jaloux , 12.
Le Secretaire Turc , 12.
Le Seraskicr Bacha , 12.
Eftat prefent de la Puiffance
L'Illuftre Genoiſe , 12 .
.1.1.
1. 1. 10. f.
1. 1. 10. f.
1. 1. 10. f.
Ottomane , 12.
1. 1. 10. f.
2. 1.
Le Grand Vifir Cara Muſtapha , 12. - 1.1.10.f
II
Les Nouvelles Galantes & Avantures du
Temps , 12. 2. vol . 2.1.
La Guerre des Auteurs Anciens & Modernes
12. 1. 1. 10. f.
2.1.
La Chevalerie Ancienne & Moderne , par le
Pere Meneftrier , 11.
Ambaffades de M. le Comte de Guilleragues ,
& de M. Girardin , auprés du Grand Seigneur ,
1. l. io .f. 12.
Les differents caracteres de l'Amour 12.
Biblioteque choifie de Colomiers , 8.
Hiftoire de Polybe , 12. 3. vol.
Difcours Satyriques, 12.
›
1. 1. io.f.
2.1.
4.1. 10.f.
1.l.
Dialogues Satyriques & Moraux , 12. 2. vol.
3. 1.
1.1.
Epiftres en vers de M. Sabatier , 12.
Reflexions ou Sentences , & Maximes Moráles
, & Politiques , dediez à Madame de Mainte-
1. l. bon , 12.
Voyages de Chardin en Perfe , & autres lieux,
12. 2. vol . figures ,
Les Travaux de Mars , 8. 3. vol .
Biblia Sacra fol. Lugd.
Idem 8. Lugd.
Idem 24. 6. vol . de Cologne ,
Idem 12. 2. vol. Paris .
Novum Teftamentum 14. Colonia . ,
Concilium Tridentinum 24: Colònia.
Catechifmus Concilii 24. Colonia.
Concilium Tridentinum 12. Lugd.
•Idem Catechifmus Concilii
Concordantia Bibliorum Colonia 8.
Idem 4. Lud.
4. L. 10. f.
is . l.
10. 1.
3. la
7.1.10.f
4. lä
1.l.to.f
1.1..o.f.
1. 1. 10. f.
1.l. 10.f.
12. Lugd.
1. 1. 10. f.
6.1.
7.1.
Edouard , Hiftoire fecrette d'Angleterre , 12.
2. vol. 3.1. 12. f.
IL
Hiftoire du Cardinal Ximenés de M. Flechier ,
12. 2. vol.
cy .
12.
12.
4.1.
Hiftoire de S. Louis , 4. 2. vol . par M. de Sa-
12. 1.
3.1.
Les devoirs de la Vie Civile , 12. 2. vol.
Hiftoire de France par demandes & réponſes ,
Idem des Papes , 12 .
Idem de la Bible , 12,
Idem Romaine , 12 .
2.1.
I. 1. 10. f.
1. 1. 10. f.
1. 1. 10. f.
1. 1. 16. f.
Les Oeuvres Pofthumes de M. de la Fontaine ,
Hiftoire de la Republique de Gennes , depuis
la Fondation de Rome jufqu'à prefent , 12. 3.vol.
2 .
Livres de Droit.
6. 1.
Corpus Juris Canonicis de Pithao , fol. 2. vol .
20. 1.
Corpus Juris Civilis , 8. 2. vol . Amftelodami,
Ferriere ,
Oeuvres de Baquet , fol . par Ferriere ,
Les Arrefts de Louet , fol . 2. vol.
10. 1.
15.1.
24. 1. La Biblioteque Canonique de Blondeau ,
vol.
fol.
22.1.
Queſtions notables de Droit decidées par plufieurs
Arrefts de la Cour de Parlement , divilées
en 4. Centuries par M. Claude le Preftre , Confeiller
du Roy en fa Cour de Parlement de Paris,
& augmentées en cette derniere Edition par M.
Gueret Avocat en Parlement , fol.
15. 1.
Les
Arrefts
du Parlement
de Paris
de M. Bardet
avec
les Differtations
de M. Beroyer
, fol.
2. vol .
•
14. 1.
Les Plaidoyez de M. Gaultier , ancien Avocat
au Parlement , avec les Arrefts intervenus fur
iccux , donnez nouvellement au public par M.
Gueret , Avocat au Parlement , 4. 2. vol. 8.1.
13
Le Praticien François de M. Lange , nouvelle
Edition , 4.
7.1.
Abregé de la Jurifprudence Romaine , divifée
en fept Parties , à l'imitation des Pandectes de
Juftinien , avec fon rapport à ce qui eft de uoftre
ufage , par M. Colombet , 4 . 3.1. Remarques du Droit François fur les Inftituts
de l'Empereur Juftinien , comment ils le doivent
pratiquer en France , & le rapporter à l'uſage du
Palais , par M. Mercier , Avocat en Parlement ,
3 1.
Maximes Generales du Droit François de M.
de l'Hommeau , 4.
4 .
4.1. Inftitution du Droit Romain & du Droit François
, par un Auteur Anonyme , avec des Remarques
de M. de Launay , Avocat au Parlement, 4.
6. 1.
Coutume de Paris de Meffieurs C. du Moulin,
Tournet , Labbé & Jolly , Avocats au Parlement,
12. 2. vol.
Coutume de Rheims de Buridan`, fol.
Borcholten ,fuper Inftituta, 4.
3. 1.
10.1.
3.1.
Le Journal des Audiences du Parlement de Paris
,fol
.
4. vol.
36.1
Nouveau Traité des Matieres Beneficiales ,
par M. Hory , Auteur du Notaire Apoftolique,
Queftions notables de Droit , de Duperiere ,
4. nouvelle Edition augmentée ,
6.1 .
4.1.
Il fe trouve chez le mefme Libraire toutes les
nouveautex qui s'impriment à Paris . 1697 .
511
m
1698.6
Gun $1122
1698,6
Mercure
<36624511630015
<36624511630015
Bayer. Staatsbibliothek ?
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUIN 1698.
SIVA PAKISI
Chez MICHEL BRUNFT , Grande Salle
du Palais, au MercureGalant,
Onouveau du
N. donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on
vendra trente fols relié en Veau ,
vingt-cing fols en Parchemin,
A PARIS;
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dana
la Salle des Merciers , à la Juftice .
MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
M. DC. XCVIII
Avec Privilége du Roy
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AVIS.
Velques prieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famile employer
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercare , on ne laiffe pas
d'y manquer tonjours, Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On reitere la meſme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiſſe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
A VIS.
prie feulement ceux qui les envoyens
& fut tout ceux qui n'écrivent que.
pour faire employer leurs noms dans
l'article des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on falle ce qu'ils demendent,
C'eft fort peu de choſe pour chaque
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour an Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere , qu'il eft toujours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
longtemps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées ; mais auffi
cesVilles ne lereceveront pas fi tard
qu'elles faifotent auparavani Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis.
fans en charger ledit Brunet , s'exposent
à le recevoir toûjours fort
Fard pardeux raifons . La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendre fitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quel
quet jours avant que l'on en faffele
debit , & l'autre , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont lû eux & quel
ques autres à qui ils le preftent , ils
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente nen a commencé que fort.
avant dans le mois . On évitera ce
Terardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'ilfe charge de faire
A iij
AVIS
lespaquets løy-mefme,& de lesfairê
porterà la Pofte on aux Meffagers,
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe gene
ralement de tous les Eivres now→
veaux qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartien
Mert à d'autres Libraires , fans en.
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à la fin
du mois, on les joindra au Mercureg
afin de n'en faire qu'un mefme par
quet. Tout cela fera execute avec
ane exactitude dont on aura lien
d'eftre contents
MERCVRE
GALANT
JUIN 1698.
ANT de beaux Ôu.
vrages ont efté faits
fur la Paix, que quoy
que je vous en aye déja envoyé
plufieurs dans mes Lettres
précedentes , je me crois
obligé de vous faire encore
A iiij
8 MERCURE
part de celuy- cy , qui a esté
receu favorablement du Roy.
Ces fortes d'Ouvrages ne dépendent
point des occafions
qui les ont produits . Ils tirent
leur prix des beautez qu'on
y répand , & ils font toujours
nouveaux pour ceux qui n'ont
pû les voir auffi - toft qu'ils
ont paru
.
SUR LA PAIX
GENERAL
E.
ODE.
Dans ces champs malheureux où
Mars tient fon Empire,
Bellone foudroyant les plus fermes,
rempars ,
GALANT
છે
Découvroit fur fon front la fureur
qu'elle infpire ,
Et la Difcorde alors grondoit de toutes
parts.
Mille ruiffeaux de fang répandus
dans ces plaines ,
Alloient rougir la térre & groffit les
fontaines ,
Le Pô faifi d'horreur fuyoit de tous
côtez.
Le Tage fe cachoit fous les ondes
craintives ,
Et la Meufe entraînoit des corps en
fanglantez .
Que l'on voyoit floter fur fes tremblantes
rives.
Le Danube en fureur précipitant
fon cours
Accouroit affronter ce spectacle tragique
;
10 MERCURE
La Tamiſe en tous lieux mandioit .
du fecours ,
Pour voir avec éclat regner ſa politique.
Pour épuifer la Seine , enfiez d'un
vain elpoir ,
Les Fleuves alliez uniffoient leur
pouvoir ,
Et fatoient leur orgueil d'une victoi.
re entiere .
A leur aide la Sambre avançoir à
grand bruit :
Mais le fuperbe Rhin qui leur fert
de barriere ,
Lescontraint quand il veut à rentrer
dans leur lit.
Déja le fiet Germain eftoit fans
réfiſtance ,
L'Ibere fur les bords combattoit foiblement
,
GALANT
. 11
Et l'Anglois qui s'armoit de toute fa
puiffance ,
Sur l'Empire François attentoit vai
nement.
Le Lombard alarmé fuyoit fur fes
montagnes.
Ses Voifins defolez dans leurs triſtes
campagnes
S'apreftoient
à fe rendre aux ordres
du Vainqueur ,
Lors quede fes bienfaits LOUIS
toujours prodigue
Daigne les dérober à ſa juſte fureur
,
Er brifer pour leur bien une funcfte
Ligue.
S
Il fait plus ,il leur rend leurs Villes,
leurs Etats :
Et pour prix de la Paix une Augufte
Princefle
12 MERCURE
Par un heureux Hymen engage fes
appas ,
Et tamene en ces lieux les Jeux &
l'allegreffe .
Plein d'un remords fecret le Batave
confus
De voir tous les projets , fes efforts
fuper flus ,
Se dégageoit aufli de l'orgueilleufe
foule ,
Mais l'Ibere envieux , les Aigles ir ~
ritez ,
Et le Peuple inconftant où la Tamife
coule
Redoubloient à l'envi leurs jaloufes
fiertez.
S
< Plein d'un dépit farouche , & rempli
d'arrogance ,
Le Belge vivement fecondoit leurs
efforts ,
GALANT.
+13
Et fe flatant entre eux de partager la
France ,
Afin de l'accabler ils ne formoient
qu'un Corps.
Ta
L'Herefie irritoit l'ardeur de leur
courage ,
Et l'Erreur fe gliffant dans leur fecrete
rage ,
Leur fafcinoit les yeux & brouilloit
leurs efprits:
Mais leurs carreaux lancez retomboient
fur leurs teftes .
LOUIS portant par tout la terreur
de les Lis ,
Entaffoit chaque jour conqueftes fur
conqueftes.
2
Ce Monarque qui regle au gré de
fes defirs
Ledeftin de la Paix & le fort de la
Guerre
14 MERCURE
;
Touché de tant de pleurs , de trou.
bles , de foupirs.
"A voulu redonner le repos à la
terre.
On l'a vû , pour punir d'injuftes attentats
,
Sur fes fiers Ennemis appefantir fon
bras ,
Et redoubler fur cux l'éclat de fes
tempeftes.
Ses Ennemis honteux de fe voir
confondus ,
Laffez de voir tomber fa foudre fur
leurs teftes.
Aux ordres de LOUIS fe font
enfin rendus.
2
Dans la Paix ce Heros affable ,
debonnaire ,
Autant par les bienfaits fignale fon
grand coeur ,
GALANT:
Que dans les champs de Mars redoutable
& fevere
Il fait voir fon courage & fa haute
valeur.
Loin de vouloir jouir du fruit de
leurs difgraces ,
I rend aux Alliez leurs Villes &
leurs Places ,
Et dans toute l'Europe il répand fes
bienfaits,
LOUIS , noftre foutien , noftre
Ange tutelaire ,
Le foudre de la Guerre , & l'ami de
la Paix ,
Conferve nous toujours un bien fi
falutaire.
୭
Par fes brillans attraits une Grec
que autrefois
Jufques au fond des coeurs porta la
jaloufic.
46 MERCURE
Le noble & doux efpoir de rentrer
fous fes loix ,
Contre toute l'Europe arma toute
l'Afic .
Pour perdre les Troyens , ou les rendre
foumis ,
Devant Troye on a vû cent Princes
ennemis
Dix ans marquer en vain leur courage
intrepide.
Un defefpoir confus redoublant leur
couroux >
Sceur joindre la furpriſe à la valeur
rapide ,
Et cette Ville enfin fuccomba fous
leurs coups .
2
Dix ans la France a vû mille ambitieux
Princes
Jaloux de fa grandeur , & pour fa
perte unis,
GALANT. 17
D'un cours impetueux fondre fut
Les Provinces ,
Efperant s'agrandir de fes riches dés
bris.
Elle a vu ce Heros at mé pour fa dé
fenſe ,
Abattre leur orgueil , brifer leur ef
perance ,
Et tous ces fers Titans foudain font
diſparus . 963 915
Par un genereux foin l'aimable Ade-
` laïde ,
Pour réconcilier ces courages vaincus
,
A daigné leur fervir elle- même de
guide.
• Mais de Mars en couroux le bras
eft delarmé ,
Hentens de tous coftez pouffer des
cris de joyen
Juin 1698.
ma
B
18 MERCURE
L'ouvrage de la Paix eſt enfin confommé
,
Tout benit ce trefor que le Ciel nous
renvoye .
Le Soleil qui voit tout, fous les fiers
étendarts ,
Voyoit l'Aigle à regret privé de ſes
regards ,
S'égarer de la voye , & fuivre une
autre trace .
Il pardonne fans peine à fes legere
tez ,
Pour rendre à l'Univers une nouvelle
face ,
Et fon juſte couroux fait place à fes
bontez.
S
Que les Dieux , qu'Apollon , les
Filles de Memoire
Celebrent de LOUIS le grand
nom à jamais ,
GALANT. 19
3
3
=
3
Et faifant éclater mille chants à fà
gloire ,
A nos derniers Neveux peignent
tant de hauts faits .
1.
Que les Graces , les Ris , & les Jeux
reparoiffent ,
Que l'Age d'or revienne , & les plai-
Girs renaiffent,
BROM
Et nous faffent jouir d'un éternel
Printemps :
Que la moiffon redouble , & les
Arts refleuriffent ,
Que la Terre , les Cieux , & tous
les Elemens
IG
De nos cris d'allegreffe enfemble
retentiffent.
2
Peuples , qui jouiffez des bienfaits
de LOUIS ,
Venez à les bontez rendre un patfait
hommage.
Bij
20 MERCURE
Vous l'avez vû cent fois par des
faits inouis
Faire éclater par tout la gloire & fon
Bates
Courage
.
Par un heureux retour fa clemence
aujourd'huy
Montre qu'il eft luy feul vostre plus.
grand appuy.
Il préfère au bonheur de conquerir
la Terre
Le plaifir de donner le calme à fes
Sujets :
Si fon bras a lancé fi longtemps fon
tonnerre ,
C'eftoit pour rétablir l'abondance &
la Paix.
T
Cette Ode eft de M. l'Abbé
de Gendron , & Madu
Four, Ordinaire de la Mufique
GALANT 21
de la Chambre du Roy , eft
l'Auteur du Difcours que vous
allez lire.100.19q fuon na
SUR LA REVOLUTION
des Saifons.
Uoy- qu'il foit tres diffi
cile de découvrir les cau
fes de plufieurs effets naturels,
dont la Sageffe Eternelle s'eft
voulu referver le fecret, pour
nous obliger de nous confondre
par la foibleffe de nos efprits
; cependant puiſque cette
Sagefle a bien voulu nous
permettre de raiſonner , &
22 MERCURE
nous a mefme comme aban
donné tout ce monde viſible
en nous permettant d'en difputer,
je crois que fans rien entreprendre
fur les droits de la
Providence , je puis donner
mes conjectures fur les révolutions
des faiſons , qui fourniffent
à tous les hommes des
fujets de raiſonner , pour tâ
cher d'en découvrir lescaufes
qui font encore fi cachées.
Quelques Mathématiciens
prétendent que c'est l'effet
d'une Planéte , qu'une Circulation
centenaire fait revenir
perpendiculairement au defGALANT
23
"3
fus de noftre horifon , & que
tandis qu'elle eft dans cette
fiituation , ſa pefanteur arrête
les vapeurs élevées de la terre,
& empêche que le Soleil ne
les diffipent , ayant plus de
peine à pénétrer de les rayous,
une maſſe d'Air épaiffie &
preffée ; mais cela a peu d'apparence
,car s'il eftoit ainsi que
les Periodes reglées de ceue
Planete puffent caufer ces
effets, on pourroit les prédire
fur les Circulations certaines
de cette Planete , & cela
donneroit quelque fondement
à l'erreur populaire qui
24 MERCURE
attribue ces changemens au
declin & à la fin de chaque
Siècle , ce qui fe détruit de
foy - mefme ,
- mefme , puis queé nous
voyons par l'Hiftoire, qu'il y a
eu des fins de Siécles dont les
faifons ont efte bien plus réglées
que les commencemens
& le milieu de ces mefmes Siecles
outre que la Populace
ignore que ces Siécles font
établis par les hommes pour
Teur fervir d'Epoques , & pour
diftinguer unfi grand nombre
d'années depuis la création
du monde.zip
Les Nitres , dont d'autres
préGALANT
25
prétendent que l'Air ſoit obf
curci , ne font pas la premiere
caufe de ces changemens
puiſqu'il faudroit remonter
la caufe qui produit ces vapeurs
Nitreufes , pour pouvoir
raiſonner jufte. Ainfi elle ne
fi l'on paffe juf- fatisfait pas ,
ques
à fes principes
.
D'autres
veulent
que
ce
foit
le tremblement
de terre
de 1692.
qui a éloigné
de l'Equateur
de quelques
dégrez
ce grand
Continent
, d'entre
la Mediteranée
& l'Ocean
fep
tentrional
, ce qui
compoſe
noftre
Zone
temperée
. Ceux-
Juin
1698.
C
26 MERCURE
cy ſe trompent tres- groffiére >
ment, puifque le Globe de la
terre fe foûtient dans le milieu
du liquide de l'Air qui
l'environne
fur fon propre
centre , fans qu'aucune partie
s'en puiffe détacher , à moins
que ce grandContinent
ne fût
comme fondu , & ainfi éloigné
du Soleil. Mais nous ne
voyons aucune augmentation
dans nos jours d'Eté ni d'alté
ration dans ceux d'Hiver , &
les deux Equinoxces & les
deux Solſtices fe font rrouvez
juſtes dans les temps ordinaires.
GALANT: 27
T
Voicy mes conjectures.
que je foûmets à de plus hábiles
Philofophes que je ne
fuis , ne m'eftant propofé que
~ce qui paroît fenfible & plus
naturel , fur une queftion qui
occupe tant de gens.
Les Géographes, felon toutes
les Relations des Voyageurs
, conviennent que jamais
Vaiſſeau n'a aproché du
Pôle Artique plus prés que du
quatre-vingt-fixiéme degré à
caufe des glaces perpétuelles
qui y font. Il reste donc juf
ques au quatre-vingt - dixiéme
degré, quatre degrez imprati .
Cij
28 MERCURE
8:00
quables qui font quatre vinge
bonnes lieues de France , &
quatre cens quatre , vingt de
circonférence de glace, qui au
trefois ( n'y ayant que ces quatre
degrez de glace ) nous fourniffoient
dans les Etez de fi agréables
vents & fi purs , mais
cela n'eftant pas égal tous les
ans, nous nous reffentons aujourd'huy
de l'âpreté du froid
& des brouillardsque lesglaces
étrangetes nous envoyent . Il
eft certain que les glaces s'étendent
plus ou moins felon la
chaleur que le Soleil a laiffé
noftre Hémisphere dans les fix
GALANT! 24
mois qu'il l'éclaire . L'Hiver de
1692. fut ſi âpre pendant quelques
jours ,que ces Mers glace ,
rent jufqu'au cinquante-cinquiéme
degré , & toute la Mer
Baltique noftre voifine de
deux cens lieues , s'en trouva
prife , de forte que le Soleil
dans fon cours ordinaire repaffant
l'Equateur , & ceffant
d'éclairer noftre Pole , ne put
fondre les glaces que juſqu'au
foixante & dixiéme degré par
l'oppofition des Brouillards
que le dégel de ces quinze
degrez de glaces nouvelles apporta
à les rayons , & à quel
C iij
30 MERCURE
ques vents du Sud qui estoient
d'abord repouffez , ce qui fit
que noftre Europe ſe reffen .
tit de ce fracas , & ne put faire
fes moiffons dans la maturité
ordinaire .
On
demandera
pourquoy
le Soleil
n'échauffe pas également
toutes les années. Mais
il eft à remarquer
que lors que
le Soleil arrive au Tropique
de l'Ecreviffe , & lorfqu'il commence
de rétrograder
, quand
les glaces du foixante
& foi
xante & dixième degré ne font
pas fonduës , à peine trouverons
nous quinze jours d'un
GALANT zi
veritable chaud jufqu'à l'É
quinoxe de Septembre. La raifon
eft que nous ne fommes
de deux cens, trois
diftans que
cens
& quatre
cens
lieuës
de
ces glaces
, & il y en a cinq
cens
foixante
de noftre
cinquantiéme
degré
jufqu'au
Tropique
. Ainfi
le voiſinage
de ces
glaces
repouffe
ttop
aiſement
le vent
du Sud , &
empêche
que ce bel Aftre
n'échauffe
noftre
horifon
à
l'ordinaire
. Noftre
feule
ref
fource
eft qu'il
puiffe
arriver
de frequents
grains
entre
les
Tropiques
, les mois
de Juiller
C iiij
32 MERCURE
& d'Aouft , afin de nous diſtri
buer des vents fuffifamment
pour fondre ces glaces étran
geres, & lesrecoigner jufqu'au
quatre-vingtième degré avant
que le Soleil ait paſſé dans
l'autre Hemiſphere , & nos
Terres pourront reprendre
leur ancienne vigueur.
On demande encore pours
quoy les Vents du Nord'Eft
& Nord'Oüeft , & leurs compofez
, quoy que paralleles en
distance du Septentrion , fe
font reffentir fi differemment.
Le Nord- Est venant du foi .
xante & dixième degré de la
GALANT: 21
33
Mer glacée de Tartarie , &
paffant par ce long Continent
de Tartarie , Pologne , Alle
magne jufques à noftre Fran
ce , eft fouvent plus âpre &
bien plus pur que le Nord.
Le Nord- Oüeft, quoy qu'if
parte du foixante & dixieme
degré de la Groënlande glacée
, parallele au Nord- Eſt ,
les vapeurs de la Mer où il
paffe jufques à nous , nous
Padouciffent & le rendent
mol , ce qui nous cauſe tant
de neges fonduës. L'Angleterre
, les coftes de Hollande ,
& la Bretagne, nous l'épurent
34 MERCURE
un peu par la craſſe qu'elles
en reçoivent avant qu'il arriye
à nous .
L'entrée que les Chevaliers
de l'Arquebule ont faite depuis
peu à Saint Denis , merite
que vous en fçachiez les
circonftances. Le Lundy 10..
du mois paffé, toutes les Compagnies
mandées arriverent
en bon ordre. Aprés avoit
efté teceuës & complimentées
hors les Portes par ceux
de la Ville de Saint Denis , qui,
avertis par l'Etendart mis au
bout du plus haut Clocher,
GALANT.
༢s .
monterent à cheval pour aller
à leur rencontre , ils entrerent
tous enſemble ceux
de la Ville l'épée à la main
ayant la gauche , & les autres
la droite , avec leurs Aumôniers
& Officiers à leur tefte
précedez de Tambours, Hautbois
, & autres Inftrumens ,
fuivis de leurs Caiffons & Ba
gages; leurs Drapeaux & leurs
Guidons faifoient voir d'où
ils eftoient. Il y avoit feize
Compagnies , quatre du cofté
du Nord ; fçavoir , Beaumont,
Pont, Verberie, & Senlis ; cinq
du cofté de l'Eft , Meaux ,
36 MERCURE
Crefpy , Lagny , Torigny ,
Crecy; trois du cofté du Midy
ou Sud Eft , Brie- Comte
Robert , Corbeil , Charenton
& les Carrieres , & quatre du
cofté du Couchant , Poiffy ,
Mante , Magny , & Pontoiſe .
Toutes ces Compagnies ainſi
entrées , furent conduites par
celle de la Ville dans les Hô
relleries qu'on leur avoit mar
quées,fur la porte de chacune
defquelles l'on avoit mis fous
le nom d'Hoſtel , la Ville qu'
elle logeoit. Celle de Meaux
choit à l'Epée Royalé , fur la
Place. C'eft la plus belle & la
GALANT
:
37
·
.
plus grande. Elle eftoit bien
due à cette Compagnie
, puis
qu'il ne s'en peut voir une
plus belle ny plus grande
d'Arquebufiers
. Elle eft compofée
de plus de foixante Tireurs
, fans les Officiers , tous
tres bien faits. Enfuite on
preſenta à toutes les Compar
gnies le Vin ordinaire , & à
chacune
un Pafte de la part
des Chevaliers
de la Ville.
Cette entrée , qui dura toute
l'apréfdifnée
, fut faite au fon
& au carillon de toutes les
cloches de l'Abbaye. Le ſoir
& le refte de la nuit s'employe
38 MERCURE
•
rent aux Serenades & Auba❤
bades avec Violons , Tame
bours & Hautbois . Le lendemain
, les Députez de chaque
Compagnie fe rendirent au
Jardin de l'Arquebuſe , pour
tirer à qui auroit le pas à la
Meffe & à la marche . Cela
dura jufqnes à onze heures,
Ceux de Beaumont gagnerent
le premier pas , & le mi
rent aprés celle de Saint Denis
, qu'ils avoient à leur teſte,
à celle de toutes les Compagnies
; car celle de la Ville ne
tira point pour le pas . Ils fe
rendirent à l'Abbaye chacun
GALANT .
39
dans l'ordre que le fort luy
avoit donné, avec leurs armes,
précedées de leurs Tambours
& Hautbois. Ils fe placerent
dans le Choeur dans le même
ordre. Toutes les cloches fonnerent
encore & carillonnerent
pendant cette marche ,
La Meſſe fut celebrée avec
beaucoup de ceremonie. Tous
les Chevaliers allerent à l'Offrande
avec leurs Aumôniers
& Officiers à leur teſte , dans
l'ordre obfervé à la marche ,
& faluerent l'Officiant avec
les Armes . Guidons & Enfei
gnes , la pointe ou bout en
40 MERCURE
bas. Pendant cette ceremo
nie, qui duraprés d'une heure,
les Orgues , les Hautbois &
les Tambours le firent entendre.
A l'Elevation tous les
Chevaliers mirent l'épée à la
main , ainſi qu'à l'Exaudiat ,
chanté à la fin de la Meffe,
Lors qu'elle fut achevée, chaque
Compagnie retourna à
fon Hoſtel , dans l'ordre qu'-
elle en eftoit fortie , & y demeura
juſques à quatre heures
, qu'elles allerent dans le
même ordre prendre le Prix ,
aprés quoy elles fe rendirenr
à l'Abbaye. Là elles joigni
GALANT
41
tent ce Prix au Bouquet , &
porterent enfuite ces deux
pieces par route la Ville , ce
qui dura juſques à ſept heures.
Le Prix confiftoit en
quantité de Vaiffelle d'argent ,
comme Baffins , Aiguieres,
Jattes , Ecuelles couvertes , &
autres , Flambeaux de toutes
façons , & grand nombre de
Sucriers. Tout cela eftoit fuf
pendu en une maniere de pi
ramide de fix pieds de haut ,
avec des rubans rouges , dont
le bout fe terminoit
par qua
tre Sucriers en forme de
sours, au milieu defquels eftoit
Juin 1698.
D
42 MERCURE
une grande Aiguiere qui fai
foit le chapiteau de la machi
ne. Le Bouquet eftoit de fleurs
de foye de toutes couleurs ,
où dominoit toutefois le vert.
Il eftoit auffi de prés de fix
pieds de haut, dans une groſſe
caiffe des mieux dorées , & armoriée
aux quatre endroits
des Armes du Roy , de la Ville ,
de l'Abbaye , & des Arquebu
fiers.
Je vous envoyay le mois
paffé la découverte de la Ville
d'Antre en Franche - Comté.
J'y ajoûte aujourd'huy des
GALANT
43
queftions fur l'Hiftoire Civile
de cette Province . On prie
les Sçavans de vouloir s'y attacher
, & de les approfondir.
Ce font autant de fujets de
Differtations pour éclaircir
l'Hiftoire de ce Pays , quia efté
obfcure & negligée juſques à
preſent.
QUESTIONS
Sur l'Hiftoire ancienne de la
Franche - Comté.
I.
JUfqu'où la Province des
Sequanois , appellée Maxima
Sequanorum , s'étendoit du
Dij
44 MERCURE
softé de la Suiffe , du Bugey ,
de la Breffe , du Duché de
Bourgogne , de Lorraine &
d'Alface , du temps de Jules
Cefar &
d'Augufte .
M.
Si nul Auteur Sequanois
n'a écrit du temps des Gaulois
& des Romains ? Pourquoy
ils écrivoient fi peu ? Qui font
les Auteurs Grecs & Romains
qui ont parlé de ce Pays
III.
Pourquoy les Sequanois
n'ont jamais efté alliez avec
les Suiffes , & fouvent avec les
Allemans,&par quels moyens
GALANT .
45
ils s'éleverent à la premiere
autorité dans les Affemblées
des Gaules , malgré la jalouſie
des autresPeuples , & l'inimitié
des Eduois.
IV.
Depuis quel temps on a
appellé le pays des Sequanois
la Franche - Comté , & pour
quoy ?
V.
Par quels endroits de la
Franche Comté paffe la Levée
des Romains , qui va de
Lyon à Besançon , & de Befançon
à Bafle ? Quel Empereur
Romain l'a fait faire ?
46 MERCURE
D'où vient que les voyes mi
litaires fe font mieux confervées
dans la Franche- Comté ,
que dans les autres Provinces,
des Gaules ?
VI.
Si Besançon eftoit une plus
grande Ville du temps d'Augufte
qu'à prefent ?
VII.
Combien de fois la Ville de
Besançon a efté ruinée & renverfée
? Quelle eftoit la Capitale
des Sequanois lors des
ruïnes de Besançon ?
VIII.
En quel temps ona appellé.
GALANT.
47
Belançon Chryſopolis , la Ville
d'or ? Et pourquoy ?
IX.
c'eſt que la Tour
Ce
que
qui
eft
à
Besançon
, appellée
Ganelon
?Qui
l'a
fait
baſtir
?
X.
Quel Empereur Romain fir
bâtir à Besançon le Capitole ,
qui a ſubſiſté juſqu'à nos
temps , la Porte Noire , qui
fubfifte encore ?
XI.
? Où ſe terminoit à Befana
çon le Canal d'Arcier ? Où
eftoient les Bains pubics ?
48 MERCURE
XIL
A quel ufage le mur qui eft.
au milieu du Doux auprés de
Abbaye de Saint Paul &
XIII.
Si Crocus fit brûler Man
deure , comme il fit brûler
Belançon ?
XIV.
Si Attila a détruit Besançon ,
comme il détruifit Avenche.
XV.
Si les Romains empêche-.
rent les Vandales de fe rendre
maiftres du Pays des Sequanois
, ou fi les
Bourguignons
les en chafferent ?
---
XVI
GALANT.
49
XVI.
Quelles eftoient les anciennes
armes des Sequanois , &
s'ils avoient autrefois le Lion
que nous avons à prefent.
XVII.
Si le Chat e ftoit les Armoiries
de nos Rois Bourguignons
. Vandales : & les Abeil
les , de nos Rois Bourguignons
François ?
XVIII. ©
Si Mandeure n'eſt pas le
Darifium de Ptolomée , que
cet Auteur marque la premie
reVille des Sequanois ? Quand
Juin 1698.
E
50
.
MERCURE
& pourquoy elle a changé de
nom ?
XIX.
Si Mandeure eftoit une Colonie
Romaine , & fi les familles
des Varrons & des Lentulus
, qui y ſubſiſtent encore ,
font des anciennes familles de
Rome ?
XX.
Si Varron , qui a fait un Poëme
de Bello Sequanico , n'eſtoit
pas Comtois , pluroft que
Gafcon ?
XXI.
Si la Ville Equeftris , qui eftoit
la troifiéme Ville de ce Païs ,
GALANT:
felon Ptolomée , eftoit ſituée
dans l'étenduë de la Franche-
Comté d'à- prefent ; & fi les
Auteurs qui ont écrit , que
deftoit Laufanne , ou Nion ,
ne ſe font point trompez?
XXII.
Où eftoit le fameux Port de
ce pays , appellé Alucina?
XXIII.
Où eftoient les Chafteaux
dont parlent les anciens Auteurs
,Caftrum Vindonenfe , Ar.
gentarium , Ebrodunum , &c.
XXIV .
Pourquoy on a appellé les
Bourguignons
qui " firent la
E ij
52 MERCURE
Conquefte de ce Pays au
cinquiéme fecle , Bourgui
gnons Vandales ? Eftoient ils
d'ailleurs auffi grands , & d'une
ftature auffi haute qu'on
le public ?
XXV.
D'où font venus les Bourguignons-
Vandales ? En quel
temps ont - ils commencé à
regner dans les Gaules ? En
quelles Provinces ? Quelles
Villes ont efté les Capitales
de leurs Etats ? Combien y at
- il cu de Rois ?
XXV I.
Combien il y a eu de Rois
GALANT.
13
Bourguignons - François ? En
quel temps ils ont commencé
& finy ? En quel lieu ils
ont regné ?
XXVII.
Pourquoi lesBourguignons
Vandales firent les Loix Gom
bettes , en confervant les Loix
Romaines , & quelle difference
il y a des unes aux autres ?
XXVIII.
Si les Princes Bourgui
gnons Vandales firent battre
de la monnoye d'or & d'argent
à leur coin , ou s'ils fe
fervirent de celle des Empereurs
Romains?
E iij
14 MERCURE
XXIX.
Si les Bourguignons & les
François furent oppofez dans
la guerre des Huns , & dans
la Bataille qu'Aëtius donna à
Attila.
XXX.
Pourquoy appelle - t - on le
Royaume d'Arles le Royau
me des Bourguignons ? Les
Princes d'Arles ont - ils efté
Souverains en ce Pays ? En
quel temps , & de quelle ma
miere ?
XXXI
Combien y a-t- il de Ducs
de Bourgogne de la premiere
GALANT.
$$
Race: S'ils eftoient Souverains
en Franche Comté , & la maniere
dont ils ont regné ?
XXXII.
Combien y a t il de Ducs
de Bourgogne de la feconde .
face ? D'où eft venuë la perte
de cette Maifon >
X X XIVÉ.
Combien de Comtes Souverains
dans la Franche Com .
té ? Pourquoy les appelloit - on
Palatins ? Où failoient - ils
leur réfidence ? Où font - ils
morts & enterrez ?
XXXIV.
Quel est l'Empereur Ro
E
iij
56 MERCURE
ㄓ
main qui a le plus aimé la
Franche - Comté ? Quel eſt
l'Empereur d'Allemagne qui
l'a plus eftimée & confiderée
? Quel eft le Roy ou le
Duc de Bourgogne , qui luy
a le plus accordé de privileges
Quel eft le Comte de
Bourgogne qui luy a fait plus
de bien ?
XXXV.
Si le premier Prince d'Orange
aefté Comtois ? Quelles
Familles du Pays eftoient
réunies à celle là ? De quelle
maniere elle s'eft élevée en la
Franche Comté, & comment
GALANT:
57
elle en eft fortie ?
XXXVI.
Si le dernier Maiftre da
Temple , appellé de Molais ,
eftoit Comtois ?
XXXVII .
L'origine & l'établiſſement
de l'Ordre celebre de la Toi
fon d'or ;fa fin & fon progrés;
fa gloire & fes avantages,
D'où vient que cet Ordre s'eft
élevé fur tant d'autres , &
qu'il s'eft fi bien confervé?
C'eſt avec raiſon que le
Trictrac paffe pour le plus
beau de tous les Jeux de ha58
MERCURE
zard. En voicy les regles que
M' Caffan, qui profeffe les мathematiques
chez Monſieur le
Duc du Maine , & chez Mon.
fieur le Comte de Toulouſe ,
a miles en Vers François . Si
elles ont quelque obfcurité
pour ceux qui ne fçavent pas.
ce Jeu , c'eft qu'il eft difficile
par luy - même , & qu'on ne
peut bien l'apprendre que
par une longue habitude à le
jouer.
GALANT.
59
LES ELEMENS
DU TRICTRAC.
LE
E Trierac prend fon nom du
bruit que font les Dez
Au fortir du cornet lors qu'ils font
amenez
Sur deux tables d'ébeine , ou matiere
femblable ,
Ayant un bord conforme autour de
chaque table,
Que deux fiches,d'acier joignent par
un cofté
Pour ouvrir & fermer avec commod
dité.
Dans chaque Table on voit des fiéches
arrangées ,
Six en haur,fix en bas,par ordre mé
langées
60 MERCURE
Du blanc avec du vert , ou bien d'au
Pour
tres couleurs ,
y marquer
leurs valeurs .
deffus les coups &
Sur un même cofté doivent eftre
potées
Quinze Dames
par
bout en trois tas
difpofées .
Ce Jeu fe joue à deux ; chacun a fon
cornet ,
Et deux Dez en commun dont les as
font Befét
Les deux deux , Double deux , & les
deux trois font Ternes ,
Les deux quatre font pris pour Carmes
ou Quadernes
,
Pour Quines les deux cinq , les deux
fix pour Sonnez ,
Et les Impairs font pris comme ils
font terminez.
Au fort du plus gros Dé la main eft
accordée ,
GALANT: 61
Aqui l'a devers foy le Jeu l'a conce
dée ,
Et de ce même coup en abattant fon
bois , [ deux fois ,
Met à profit les Points pour ne jouer
Les Fléches pour cafer font d'abord
en ulage
Enfuite pour marquer les points &
l'avantage ,
On met en abattant les Dames fur
fon bord 1 [ l'abord
Et fi l'on peut cafer on le fait dés
Si l'on méne Belét , à la Fléche pre
miere
On met Dame fur Dame , & c'eft la
cafe entiere,
Si c'eſt un Double deux , fur la Fléche
d'aprés
Ternes fur la troifiéme , & toûjours
ce progrés
Et de Eléche & de Point fe doit trou
ver conforme,
62 MERCURE
Mais on voit rarement cette fuite
uniforme,
Car de vingt coups de Dez égaux ou
differens
Les doubles ne fçauroient eftre les
plus frequens.
Si par un quatre & trois on commence
d'abattre ,
Aux fléches de ce nom on mettra
trois & quatre ;
Ainfi pour deux & l'as , ainfi pour
cinq & trois ,
De même à fix & cinq , de même à
chaque fois ,
Obfervant de couvrir la Dame dé-
Couverte ;
C'eſt ce qu'on dit caſer, pour éviter
la
perte
Des Points qu'on prend deffus , &
dont le jeu le fait ,
Auffi bien que du Plein dont nous
verrons l'effet ,
GALANT: 63
Aprés que nous aurons par une feule
idée
Compris l'ordre du Jeu d'une mas
niére ailée.
Aux Fléchès les jettons font cons
noiftre les coups ;
Un d'abord & puis deux , peuvent
fuffire à tous s
Sil'on gagne
deux Points on marque
à la deuxième ;
Si c’eft quatre , lon met deffus lạ
quatrième ,
A fix , huit , dix , de même , & cet
ordre eft fuivy
[ foit finy.
jufqu'à ce que d'un trou le nombre
On le compte Bredoüille en le faifant
de fuite ,
C'est-à-dire deux trous ; que fi l'au
tre l'évite ,
I
marque à deux jettons les coups
qu'il gagne auffi
€4 MERCURE
Et Bredouille à fon tour en les man
quant
ainfi
.
Douze Points font le trou , douze
trous la partie ,
Dont chaque table au bord doit eftre
repartie ,
Chaque bord en fix trous , les deux
faifant le tout,
Et l'on gagne le tout quand on arrive
au bour.
Cela dit , il est temps de voir ce
que rapporte
Le gain de tous les Jeans qu'on nom
me de la forte ,
Le grand Jean , le petit , & le Jean
de retour. [ le tour,
Le petit Jean arrive en commençant
Lors qu'on fait en paffant les fix ca- :
les premieres ,
Le grand au même bord quand on
fait les dernieres ,
GALANT.
65
Ce Jean s'appelle Plein , foit petit ou
foit grand ,
Et le coup qui l'achève eft le plus
important.
On compte quatre Points quand
nombre impair le donne,
7
Six fr c'est par doublet , comme le
Jeu l'ordonne,
Si chaque Dé remplit , on compte.
pour d'eux fois
Avec leur compofé l'on les compte
pour trois
Les impairs feulement ont ce triple
avantage ble sempliffage .
Car les doublers ne font qu'un dou-
Si par cette railon on le compte plus
fort
C'est ce qu'on ne dit pas , bien qu'on
en foit d'accord.
A chaque coup de Dé , tant que
Plein fubfifte
Juin 1698.
Je
66 MERCURE
On compte quatre ou fix , mais le
premier n'exiſte
Que pour un ou deux rrous , puis on
doit entaffer
Les Dames de nouveau pour mieux
recommencer
Autrement ce profit peut nuire dans
la fuite I plus vite.
Si l'oppofé s'avance , & s'il caſe au
Il faut donc prendre garde à ne pas
s'engager .
Le grand Jean eftant fait , on doit le
ménager
Il fait le fort du Jeu pour gagner las
partie ,
Qui fans luy ne feroit que tres mal
affortie .
Jean de retour en cor fe doit examiner:
Dans la fute on verra comme on
peut l'amener
..
GALANT: 67
On l'évite ſouvent par la longueur
extrême ,
Mais quand le Jeu le veut , il n'en eft
pas de même ,
Car qui change de bord en paffant le
premier
Se
procure fouvent un avantage en
tier.
П eft encor unJean qu'on nomme
de fix tables
Un autre des deux coins , aux premiers
diffemblables.
Jean d'obſtacle a fon tour qui n'arri
By ve quepeut.
Pour le premier il vient en commen
gandlejeu. 365xedos
Quand' dans trois coups l'on voir fix
Dames étalées Laffemblées ,
Sur fix fléches de fuite & par ordre
Oh donne quatre points à ce Jean
pourla parret stand
Fiji
68 MERCURE
Les deux autres auffi n'ont qu'un
coup du hazard,
Comme Jean de deux coins dont
l'étymologie
Démontre ce qu'il eft fans beaucoup
d'énergie. [ d'abord,
Ace Jean il ne faut que deux Dames
Donnant dans chaque coin de l'un à
l'autre bord
Eftant feules à bas , car fans ce privilege
Le coup refteroit feul , & tout ce
beau manége
Donne quatre gros points & fix par
un doublet.
By lí 1913 :
Jean dobftacle eft en tout contraire
à fon effet,
Car file coin contraire eft pris quand
le
coup porte (soooh as 100
On
pert autant de points en don
narx de la forte, su
GALANT. 69
A
Laiffons la pour un temps cesJeans
grands & petits ,
Pour dire la valeur des points donnez
au prix .
Mais avant que d'entrer dans ce détail
pénible ,
It eft certains endroits dont il n'eft
pas loifible
D'ignorer ny le nom ny les commo
ditez [ facultez
d'autres
Qu'ils rapportent au jeu par
Comme des coins Bourgeois de la
cafe du Diable
Er du coin de repas à la feconde table.
A la cinquième cafe & la ſeptiéme
auffi
On fait les coins bourgeois , & Fon
les nomme ainfi ,
Parce que d'un feul coup l'on faute à
la derniere
70 MERCURE
C'eft le coin du repos que l'on ne tarde
guere
D'attaquer ,fi l'on peut , par le bord
oppofé.
Le contraire eftant pris , & le plus
avilé
S'il a le coup devant le doit prendre
de même.
Pour la cafe du Diable , elle eft à la
leptiéme ;
On ne peut la remplir qu'avec difficulté.
Elle vient quelquefois de l'inégalité
Des points qu'elle requiert , & dont
Texperience
Au premiercoup de Dé fait connoi .
< ftre la chance.
Quant au coin de repos , le Jeu
nous fera voir no 44
Dedans l'occafion tout ce qu'il peur
valoir.
GALANT.
Maintenant fupputons les profits &
les pertes ,
Que nous donnent au Jeu les Da
mes découvertes ,
C'eſt à dire qui n'ont une Dame au
fommet.
Que le Joueur d'abord jette de
fon cornet
Cinq & trois qui font huit , & que
d'un point femblable
Son coup trouve une Dame àl'autre
bord de table fon bord
De buit fléches diftante à celle de
Il comptera deux points, & matquera
d'abordandodeg
Avec un feul jetton fur la fléche
feconde ,
S'il bat par deux
endroits
, & que le Jeu fecondeur
XC7
Comme d'un cinq tout feul , & puis
d'un cinq & trois qva
1 M
72 MERCURE
Il en marquera quatre & deux pour
chaque fois.
S'il bat
par
trois encor il augmente
le
compte
De deux points, qui font fix , à quoy
le tout le monte.
S'il donne par doublet il marque
quatre points ,
Es quatre points encor ,
deux conjoints,
fi par ces
Qu par double doublet il donne fur
le méme ,
Et mettra fon jetton fur la fléche
Ε
buitiéme. a
Si par ce dernier coup il donne dans
le coin , co [ foin
Il en gagnera fix enfuite il prendra
De marquer les deux troux , & le ;
deux points de refte .
Sifon jeu luy déplaiſt il pourra fans
contefte
Entaffer
GALANT.
73
Entaffer derechef, en difant je m'en
vais , [ fur les ais.
Aprés avoir marqué les deux troux
S'il marque les deux points , cetre
faute l'engage
A pourſuivre le Jeu contre fon
avantage.
Il eſt encor des coups qu'on fait
en autre lieu ,
En fautant fur le pont ou bande du
milieu
Vers l'autre Petit Jean , car la Dame
y vaut quatre ,
Quand le nombre eft impair , &
lors qu'on peut la battre
Par un des trois doublets qui donnent
au plus loin ,
On la compte pour fix , comme au
Jean , comme au coin ;
Car au coin comme au Plein les im
pairs font conformes,
Juin 1698.
G
4 MERCURE
Et les doublets auffi deffous toutes
les formes,
Les Ecoles encor font article à
leur tour , [ retour.
Et le Jean qui ne peut , & le Jean de
Les Ecoles au jeu font les points qu'
on oublie ,
Ou qu'on marque de trop au cours
de la partie.
Ce font autant de points ajoûtez au
produit
Du Joueur oppofé , qui les compte
fans bruit.
Pour le Jean qui ne peut , que je
n'ay voulu mettre
Dans l'ordre des premiers , il ne faut
pas l'obmettre ,
Bien
que
fes attributs malins à difcuter
,
Quand ils font contre nous faffent
Louvent pefter
GALANT. 78
Ua Joueur qui n'a pas le don de patience.
Si le coup qui furvient dans la
même diſtance ,
Et de cinq & de trois trouve chemin
bouché ,
Au lieu de profiter il en eft empêché
Par un effet contraire , & perd autant
que monte
Le coup qu'on gagneroit , que l'autre
met en compre ,
Ajoûtant à fon jeu ces profits clairs
& nets,
Et tout autant de coups , foit impairs
ou doublets
Qui rencontrentainfi , ce' ft toujours
même perte ,
Ce qui n'arrive plus quand la Dame
eft couverte ,
Ou quand l'ôtant de place on la met
autre part
Gij
176 MERCURE
En lieu de feureté , mais ſouvent
c'est trop tard.
Jean de retour le fait paflant d'un
jeu dans l'autre ,
Nous dans l'autre cofté , l'oppofé
dans le noftre
Devers le Petit -jean , les grands
eftant rompus ,
Et les chemins ouverts pour y ranger
deffus
[ de fuite
Le dernier
plein du jeu , puis relever Les Dames
fur le bord
, ce qu'on
fait au plus vite ,
Pour prendre le devant , car le premier
qui fort
Gagne quatre ou fix points , qu'il
employe d'abord ,
A nouvelle repriſe, où pour finir le
compte ,
De douze points comptez à quoy le
trou ſe monte.
1
GALANT .
77
Je vous ay parlé fouvent
de Mrs les Lanterniftes de
Toulouſe . La Lettre qui fuit
vous inftruira de ce que vous
pouvez ignorer touchant l'etabliffement
de cette Societé.
Elle est d'un Gentilhomme
de Normandie, extrêmement
diftingué par fon efprit .
A MADAME
LA MARQUISE DE C.
Omme je prens beau-
Co ,
me , à ce qui regarde la celebre
Compagnie des Lanter
Giij
78 MERCURE
niftes , je fuis bien aife qu'on
ait fait tant d'attention dans
voftre Province aux Bouts- rimez
qu'elle a propoſez cette
année , & que le Mercure Ga
lant du mois de Mars dernier
a annoncez . Je ne le fuis pas
moins d'apprendre que plu
fieurs de vos Amis veulent
travailler fur ces Bouts -rimez
pour difputer le Prix que don
ne cette docte. Aflemblée ;
mais je fuis un peu furpris des
queftions que vous me faites
au fujet de fon nom , & de fon
établiſſement
, car il me paroift
que les Lanterniftes ont déjà
GALANT
. 79
fair affez de bruit dans le mon
de , pour meriter que vous
ayez pris foin de vous infor
mer de leur hiftoire , mais
puifque vous n'en ſçavez aucunes
circonstances , c'eft avec
plaifir que je fatisfais à la curiofité
que vous me marquez
fur cet article.
Quelques
Confeillers
du
Parlement
de Toulouſe
, quelques
Cavaliers
, quelques
Abbez
, & enfin des Sçavans
de
tous étagès ' ; voulant
former
entre- eux une Societé
reglée
pour le communiquer
leurs
lumieres
les uns aux autres
2
Giiij
80
MERCURE
refolurent de choisir un jour
fixe , dans lequel ils puffent
s'affembler chez quelqu'un de
la Societé. Ils executérent leur
deffein ; & pour n'eftre pas
troublez dans leurs converfations
, ils convinrent de ne les
faire que le foir, afin que l'heu .'
re des vifites ordinaires fuft
paffée. Ils tinrent exactement
leurs
conditions , & pour conferver
un entier fecret à ces
Affemblées , on ne fe faifoit
point porter de flambeau pour
y aller , on fe contentoit de
s'éclairer foy même avec une
petite lanterne. Ces Meffieurs
GALANT: 8
continuérent quelque temps
ces converſations fecrettes &
fçavantes , avec beaucoup de
plaifir & de fruit ; mais enfin il
n'y a rien qui ne fe découvre .
On fut informé de leurs Af
femblées , & tous les honnêtes
gens loüérent extrêmement
leur projet. Quand il fut connu
, ils le poufférent encore
plus loin . Ils augmentérent
leur Societé & firent une
Compagnie en forme. A caufe
de leurs petites lanternes ,
quelques Sçavans enjouez leur
donnérent le nom de Lantermiftes.
Ils l'acceptérent agrea82
MERCURE
blement à l'imitation des
doctes Academies d'Italie ,
qui toutes ont des noms ba
dins , comme chacun fçait , &
pour conferver le fouvenir de
leur origine , ils prirent pour
Deviſe une Etoile , avec ces
mots , Lucerna in nocte . Ensuite
ils établirent un Prix pour
eftre donné tous les ans à celay
ou celle qui feroit le plus
beau Sonnet à la louange du
Roy , fur des Bouts - rimez que
la Compagnie publieroit . Ce
Prix eft une fort belle medaille
qui reprefente l'Etoile , qui
eft le corps de la Devife de la
GALANT. 83
Compagnie ; & qui eſt entourée
de mots , qui luy fervent
d'ame . Au revers de la
Medaille il y a un Apollon
qui joue de la Lyre , affis fur
un des fommets du Parnaffe ,
avec ces mots Apolloni Tolofano.
Un tel établiſſement n'eftil
pas digne de ceux qui l'ont
fait , & ces Meffieurs ne meritent-
ils pas qu'on leur donne
beaucoup de louanges , & de
leur zele pour le Roy , & de
leur foin à exciter une noble
émulation entre ceux qui ont
d'heureux talens pour la Poë
fie : L'attention qu'ils ont dans
84 MERCURE
leurs doctes exercices à faire
fleurir les belles Lettres ,leur
doit attirer l'aplaudiffement
de tous ceux qui les aiment ;
mais outre l'aplaudiffement
general, voftre Sexe charmant
leur doit encore des fenti .
mens particuliers de reconnoiffance
, puifqu'ils font fi
exacts à luy rendre juſtice ,
que contre l'uſage ordinaire ,
ils l'admettent à leur fçavante
Societé. Ils en ont donné un
exemple d'éclat en la perſonne
de Mademoiſelle l'Heritier,
perfuadez que l'efprit & le
merite doivent eftre honorez
GALANT . &
ans le beau Sexe , comme
ans l'autre.
Quand je fais reflexion à
l'empreffement que vous me
témoignez fur tout ce qui a
raport à cette Academie , j'ay
fujet de croire que vous ferez
bien aile de voir les Lettres
de Reception que les fçavans
Hommes qui la compofent ,
ont envoyées à Mademoiſelle
l'Heritier en l'agrégeant
dans leur Compagnie
. Non
feulement
je vous ay envoyé
une copie de ces fortes de Patentes
, mais encore j'ay eu
foin de vous faire part de la
86 MERCURE
Lettre que la Compagnie à
écrite à Mademoiſelle l'Heririer
en luy envoyant ces Patentes
, & la réponſe quecette
Demoiſelle luy a faite . Ces
trois Pieces n'ont pû que
vous caufer beaucoup de plaifir
, puis qu'elles font tout à
la fois conciles & academiques
; mais vous ne ferez pas
fans doute fachée que je
vous faffe la defcription de la
maniere galante & ingenieuſe
dont la Compagnie des Lanterniftes
a envoyé ces Lettres
de Reception à Mademoiſelle
l'Heritier . Elles font écrites
GALANT 87
fur un beau velin en caracteres
dorez. Le fceau de la Compa
gnie eft attache à ce velin par
des cordons de galons d'or &
de fatin bleu . Ce fceau eft en
cire blanche. Il eſt entouré
pour le conferver , d'une petite
machine d'argent dentelée &
travaillée fort
proprement ; &
le tout est enfermé dans une
Boëte d'argent , qui eft paffée
dans les galons d'or ; & au bas
de laquelle pendent de petites
houpes d'or. Tout cela eftoit
enfermé en dernier lieu, dans
une Boëte à couliffe émaillée
de bleu & femée d'étoiles d'or,
88 MERCURE
Voyez , Madame , ſi Meſfieurs
les Lanterniftes
ne font
pas bien polis , & ſi la maniere
dont ils honorent les
grands talens dans vôtre beau
Sexe , ne doit pas l'exciter à
ne les point ensevelir , quand
il en eft partagé . Les fentimens
équitables qu'ils ont
pour ce Sexe charmant , feront
honneur à jamais , & à
leur Compagnie
, & à Touloufe
. Cette grande Ville eft
celebre par divers beaux endroits
; mais elle fe diftingue
tres - particulierement
par la
maniere dont elle cultive les
GALANT: 89
ſciences . Outre la Compa
gnie de Meffieurs les Lanterniftes
, dont je viens de vous
parler , Toulouſe a chez elle ,
comme vous fçavez , l'illuftre
Academie des Jeux Floraux ,
qui diftribue tous les ans plufieurs
Prix pour des Ouvra
ges de Poëfie fur differens fujets
, & un Prix pour la Profe ,
dont elle annonce le fujet
chaque année. Il y a encore
dans la même Ville Mrs de
la Societé des Belles Lettres ,
qui cherchent à perfectionner
l'Eloquence , & qui donnent
des Prix à ceux qui l'em-
Juin 1598.
H
90 MERCURE
ployent le mieux dans des
Difcours dont ils prefcrivent
les fujers . Rien n'eft plus loüa .
ble que de voir dans une feule
Ville trois Compagnies
appli
quées à faire briller les Scien
ces & les Belles Lettres .
Hé bien , Madame , ne devez
vous pas eftre fort contente
de moy , qui vous apprens
tant de curieufes particularitez
des Academies nouvelles
, & de la fçavante Mademoitelle
l'Heritier ? Pour
vous fatisfaire entierement au
fujet de cette illuftre Fille ,
pour qui vous m'avez marqué
GALANT.
bien des fois vous intereffer
tres - vivement , je dois vous
dire que l'Italie luy a rendu
la même jufticé que la France.
L'Academie de Ricovrati
de Padouë luy a envoyé det
Lettres d'Academicienne . Elle
eft aggregée à cette fameufe
Academie, ainfi que l'eftoit
feue l'admirable Madame dés
Houlieres , & comme l'eft encore
aujourd'huy l'incompara
ble Mlle de Scudery , & quelques
autres Dames fçavantes
du Siecle. Padouë , comme
chacun ſçait , ell une des plus
celebres Villes d'Italie , & fi
A
Hij
92 MERCURE
diftinguée par fon courage ,
&
par
la maniere merveilleu .
fe dont elle fait fleurir les
Sciences , que parmy les Epithetes
des Villes d'Italie , la
fienne eft , Padoa la dotta. La
Nobleffe y eft polie & gene.
reufe. L'accueil qu'elle fit au
fçavant M' Patin , marque affez
qu'elle merite bien ces
deux qualitez.
C'eft dans cette mêmeVil
le qu'il y a une Univerfité re
nommée , qui donna le Bonnet
de Docteur en Medecine
à la dote Mademoiſelle Cornaro.
Vous voyez qu'une Vil
GALANT.
93
le fi accoutumée à rendre
honneur au merite du beau
Sexe , n'avoit garde de ne pas
faire juftice à Mademoiſelle
l'Heritier , fiilluftre par ſa vertu
, par fon fçavoir extraordi
naire , & par les grands talens
en Poëfiie , qui ont éclaté par
tant de Prix qu'elle a remportez.
Je vous informe de toutes
ces chofes de Padouë , de
Mademoiſelle Cornaro , & des
autres rares perfonnes de vòftre
Sexe , parce que je fçay
que de tels détails vous font
plaifir , & que je ne rechercheray
jamais rien avec plus
94 MERCURE
d'ardeur , que les occafions
de vous témoigner combien
je fuis veritablement voftre
tres humble , & c.
M' l'Evêque de Troyes a
efté receu dans fon Evêché
avec tout le reſpect & tout
l'empreffement que l'on doit
à fon merite. Il trouva à Pont
fur Seine , où eft la belle maifon
de Mr Bouthillier , Sur-
Intendant des Finances , M
fon Oncle , l'ancien Evêque ,
M' l'Abbé Vinot, Doyen , &
M' Maillet , Chanoine de la
Cathedrale , qui estoient ve
GALANT. 95
nus au devant de luy. Le lendemain
de fon arrivée à Pont ,
il y fut complimenté par M
l'Abbé de Chavaudon , accompagné
de trois Chanoines
de fon Egliſe , qui en
eftoient les Députez . Le jour
fuivant , M' l'Evêque vint à
Troyes , accompagné de la
Maréchauffée , qui eftoit venuë
au devant de luy le mercredy
de devant la Pentecofte.
Il y arriva fur les trois
heures . Auffi- toft le Chapirre
de la Cathedrale vint enCorps
luy faire compliment , & il
fut fuivi de celuy de l'Eglife
96 MERCURE
Royale de Saint Eftienne , › &
de tous les autres Corps de la
Ville. Le Jeudy matin , M ' le
Prefident le Virloys vint le
complimenter à la teſte du
Prefidial . Le Vendredy ce Prelat
alla entendre la Meffe à
l'Abbaye de Noftre Dame.
C'eſt une Abbaye de Filles des
plus anciennes & des plus illu
ftres du Royaume . Elle a de
grands privileges , & M¹ l'Evê ,
que de Troyes eft obligé de
venir préter ferment entre les
mains de l'Abbeſſe , pour leur
confervation Cette ceremonie
fe fit à la Grille entre les
mains
GALANT. 97
receu à la
mains de la Prieure , parce que
Madame d'Arreft qui eft nommée
à cette Abbaye , n'en a
pas encore pris poffeffion .
L'apréfdînée
, M l'Evêque fut
porte de l'Eglife de
Troyes par le Chapitre. M'le
Doyen le complimenta
en
Latin , & ce Prelat répondit
en la même Langue . Le
Grand Archidiacre de Sens ,
qui doit inftaller les Evêques
Suffragans de cette Metropole
, & à qui il eſt dû un marc
d'or pour cette ceremonie ,
fe prefenta pour la faire, mais
seltant retiré pour quelque
Juin 1698 .
I
98 MERCURE
difficulté qu'il eur avec le
Doyen pour la préfeance , celuy-
cy inftalla M ' l'Evêque ,
qui entonna le Te Deum , par
où finir la ceremonie.
Les Avocats du Siege Préfidial
de Riom ont établi depuis
quelques années des Conferences
publiques , où ils
font briller également leur
efprit & leur érudition. Quoy
qu'elles foient établies principalement
pour leur inftru
ction , ils ne laiffent pas quel
quefois de quitter les matieres
de Droit pour prendre
des queftions de Belles LetGALANT:
99
tres ; ce qui oblige les plus
beaux efprits de la Province
de s'y trouver , pour joindre
leurs lumieres à celles de cet.
te Societé. M Dormeflon ,'
Intendant de la Province , les
honore ſouvent de ſa preſence
, & la ſatisfaction qu'il paroiſt
en recevoir, les engage
agréablement à continuer ces
exercices. Ce fut dans une de
leurs Conferences que l'on
donna àexaminer lequel étoit
plus fort de l'Amour ou de
I'Eloquence. Sur quoy M
Faydit de Saint - Bonnet , qui
eft un des Avocats de ce Sie
I ij
100 MERCURE
ge , fit les Vers fuivans-
SI L'AMOUR EST
plus fort que l'Eloquence .
L'Elprit depuis longtemps eſt la
dupe du coeur ,
Et l'Amour , quoy qu'on diſe , eft
toujours le vainqueur.
Que fervit à Pallas dans les champs
de Phrygie,
Des figures de l'Art fa Harangue
enrichie ?
Ce Difcours fi puiffant à ravir les
efprits ,
Luy fit -il meriter une pomme pour
Prix ?
Paris fut infenfible , & Venus fans
rien dire ,
Gagna de la beauté le glorieux Empire.
GALANT: 101
Mercure qui jadis fut le Dieu du
Difcours ,
Se fit l'Ambaffaideur de celuy des
Amours.
Toujours preft d'obeîr dans l'amoureux
miſtere , [faire ;
Pour fervir Jupiter il fe mit à tout
Quittant même le foin des ames aux
Enfers ,
Souvent la Nymphe Iffa luy fit porter
des fers.
Mais l'Amour tout-puiffant en fon
pouvoir fuprême ,
S'il connut un vainqueur , ce ne fut
que luy même ,
Er fon arc à la main toujours victorieux
,
Le plus jeune du Ciel fut le Maiſtre
des Dieux ,
Que fert à Jupiter d'eſtre armé du
tonnerre ?
L iij
102 MERCURE
Europe , que l'Amour luy fait voir
fur la terre ,
L'oblige de cacher par un effet nouveau
,
Lamajefté d'un Dieu dans le corps
d'un Taureau.
Apprens-nouston pouvoir , triom
phante Eloquence,
Tu pourrois , j'y confens , proteger
l'innocence ,
Sauver , s'il le falloit , la victime à
l'Autel, Inel .
Et des feux allumez tirer un Crimi-
Tu peux,quand il te plaift , bouleverfer
la terre ,
Etablir une Paix , recommencer la
Guerre.
Mais tous ces grands effets ne font
ils dûs qu'à toy ?
L'Amour pourroit bien mieux impofer
certe loy.
GALANT: 103 .
Qui porta tous les Grecs à s'armer
contre Troye ?
Qui fit que Tenedos
devint enfin
leur proye ?
Helene qu'on ravit arma tous les
Maris,
[ Paris.
Et les fit embarquer pour pourſuivre
S'il eft pour l'Orateur quelqne
illuftre victoire ,
Le feul efprit de l'homme eft le
champ de fa gloire .
C'est de luy qu'il triomphe , & qu'il
eft le vainqueur ;
Mais ce n'eft que l'Amour qui peut
changer le coeur .
Certain Abbé Docteur , pouffé
d'un zele extrême,
Prêchoit contre l'Avare à la fin du
Carême.
Son Sermon eftoit vif , les preuves
en leuts rangs ,
I iiij
104 MERCURE
Faifoient voir l'avarice un vice des
plus grands .
En un coin de l'Eglife un Ufurier
l'écoute.
Il voit
que
du falut il n'eft pas dans
la route.
Le
Docteur le repete ,
contrit,
repete , & l'Ufurier
Songe à rendre au prochain tout le
bien qu'il luy prit.
Il fort pour l'accomplir , il n'eft pas
dans la ruë ,
Qu'un homme qui le voit l'aborde
& le faluë ,
Implore fon fecours en un beſoin
urgent ,
En un mot, il l'exhorte au preft d'un
peu d'argent.
Ce difcours fi foumis fut d'abord
inutile ,
[ ficile,
Le Sermon de l'Abbé le rendoit difGALANT.
ior
Mais l'offre qu'on luy fait d'un pro
fit exceffif ,
Modere fon fcrupule , & le rend
moins craintif.
Ne te vante donc plus , impuiffan
te Eloquence,
Ton pouvoir le détruit dés qu'on
fait réſiſtance .
L'Amour feul triomphant du plus
preffant danger ,
Sçait commander en maistre à qui
veut l'outrager.
Ainfi qu'un fier tiran il entre dans
une ame, [ Alâme .
En regle les defirs , la fait agir , l'en-
L'Avare , quand il veut , ouvre fes
coffres forts ,
Et prodigue pour luy fes plus rares
tretors .
L'ambition fe tait , fut.ce même Alexandre
;
106 MERCURE
Dés qu'il eft amoureux , il cefle d'ens
treprendre.
Voyez le fier Antoine équiper des
Vaiffeaux ,
Du poids de fes Soldats il fait gemir
les eaux .
Au pompeux appareil qu'il étale fur
l'onde
On le prendroit déja pour le Maiſtre
du monde.
A peine eft- il en mer que l'Amour
le conduit ,
SaCleopatre a peur , & leHeros la fuit.
Quel Difcours convainquit d'aimer
la tirannie ?
Qui vit avec plaifir fa volonté ban.
nie?
Ineffable pouvoir de l'invincible Amour
!
Vous caufez dans nos coeurs ces effets
chaque jour.
I
་
GALANT. 107
Cet amant qui s'attache à fuivre une
volage ,
N'eft-il pas le portrait d'un parfait
esclavage ?
D'un fouris , d'un coup d'oeil vient
fa vie ou la mort.
Quel efclave jamais fubit un plus
dur fort ?
Sans eftre en mouvement il n'eft jamais
le même ,
Son viſage rougit , l'on voit qu'il
devient blême.
Sa langue ne dit mot , & comme
plein d'effroy ,
Il ne refpire plus, & n'eft pas
[ à foy.
même
Il ne voit ny n'entend , fon corps
chancelle & tremble ,
La crainte le faifit , il gele & brûle
enſemble.
Puiffance de l'Amour dans le coeur
des Amans ,
108 MERCURE
C'est vous qui leur coufez ces divers
changemens,
Is trouvent des attraits dans les plus
rudes peines ;
Vous leur faites cherir les plus pefantes
chaifnes ;
Le deftin le plus dur leur paroift
moins affreux .
La mort même en aimant n'a rien
de rigoureux .
Qu'a produit , dites- vous , l'Elodans
l'homme ? quence
De la fureur des Huns elle conferva
Rome.
J'en demeure d'accord , mais enfin
prétend-on
Qu'un Monarque des Huns l'emporte
fur Sanfon ?
Jamais Attila feul n'ébranla de muraille
,
[ Bataille,
On ne dut qu'à fon bras le gain d'une
GALANT: 109
Sanfon combattit fenl : cependant
quoy qu'il fiſt ,
Il fe trouva trop foible , & l'Amour
le défit ,
Il eft vray , dira-t - on , Sanſon manqua
d'adreffe , dea
Un mot l'eufi empêché de croire à
fa Maistreffe ,
Il falloit luy parler , peut- eftre qu'à la
fin
Il cuft de Dalila penetré le deffein .
Pour vous defabufer il eſt donc ne,
ceffaire
Que je vous fafle voir ce qu'Amour
a fceu faire.
Dans le temps d'Alexandre au ficcle
des Laïs ,
Vivoit une Phryné , la Venus du
Pays.
Jamais en un beau corps on ne vit
trnt de gracé.
1to MERCURE
L'Amour dans fes beaux yeux avok
fixé la place :
Au milieudes douceurs d'un paisible
deftin
Phryné devant fon Juge eft conduite
un matin .
D'un crime capital on la faifoit
complice ,
L'Accufateur paroift pour hâter fon
fupplice .
Jamais un Orateur par les regles de
l'Art
Ne fit dans un Difcours éclarer tant
de fard .
Il n'est point d'argument . il n'eft
point de maxime,
Qui ne foit en fon lieu pour luy prouver
fon crime .
Le fait est donc certain , & Phryné
doit mourir. [ fecourir,
Non , l'Amour fe prépare , & va la
GALANT: It
Sans fonger aux détours que nous
apprend l'Ecole ,
Sans chercher l'Antithefe ,& la vaing
hyperbole ,
Elle quitte fa robe , & montrant fes
attraits
Du Juge qui la voit attire les regrets
.
Il en devient épris : ainfi loin qu'elle
meure ,
La Sentence eft pour elle , & l'on
l'abfout fur l'heure.
Ce que ce Juge a fait , arrive chaque
jour.
L'Eloquence est toujours la dupe de
l'Amour.
Le 26. du mois paffé, Mef
fire Joſeph de la Fontaire Solare,
S⋅ de la Boiffiere, mourut
112 MERCURE
1
en fon Château de la Boiffiere,
âgé de 81. an. C'eftoit un Gentilhomme
d'une naiffance dif.
tinguée, qui avoit fervy longtemps
le Roy en qualité de
Capitaine dans le Regiment
de Picardie . Feu M le Duc
de Longueville , Gouverneur
de Normandie , ayant acheté
le Gouvernement de Dieppe ,
en confia le commandement
à M. de Montigny , & M ' de
la Boiffiere en fut Major fous
ce Prince. Après avoir exercé
eette majorité pendant plus
de trente années , il la remit
à ſon Fils aîné , qui ayant etté
GALANT. 1! 3
longtemps Capitaine dans le
Regiment de Normandie , eft
preſentement
Lieutenant de
Roy des Ville & Château de
Dieppe , dont on ne peut
mieux s'acquitter qu'il fait.
M ' de la Boiffiere eft d'une
Maiſon fort diſtinguée en Piémont,
dont elle eft originaire ,
& en France , ce qui fe voit
par fes tîtres. Il y a dans l'Eglife
des Grands Auguftins de
Paris , une Epitaphe de Charles
de la Fontaine Solare , qui
marque qu'elle eft venue des
Comtes d'Afte , il y a environ.
deux cens cinquante
ans .
Juin 1698.
K
114 MERCURE
Durant les Guerres des Maifons
d'Orleans & de Bourgogne,
Jean SolareComte d'Afte
Fils de Valentine de Milan ,
& Cadet des Comtes de Morette
, attiré en France par
Charles Duc d'Orleans , s'y
maria à une Dile de la Fontaine ,
qui l'obligea dejoindre le nom
de laFontaine à celui deSolare ,
dont ils ont toûjours conferve
les Armes. Il y a en Piedmont
beaucoupde branches de cette
Maifon , comme les Marquis
Dogliani, & les Comtes deMo.
nafteral & de Morette . Ily en a
auffi pluſieurs de la Maiſon de
Solare en France , comme ler
GALANT
. IIf
Comtes de Verton , d'Allencourt,
de Bitry & de Villepefde
,
La branche de ce dernier s'eft
éteinte par la mort de M² de
Villepefde
, Capitaine
dans le
Regiment
de Quoad , tué à la
Bataille de Fleurus . Celle de la
Boiffiere fubfifte encore en
celuy qui eft Lieutenant de
Roy à Diépe, & en la perſonne
du Pere de la Boiffiere fon
Frere , Preftre de l'Oratoire,
Prédicateur celebre , dont l'E
loquence a paru dans les premieres
Chaires de Paris . M
de la Boiffiere qui vient de
mourir , a laiffé , outre deux
བས་
Kij
116 MERCURE
Filles Religeufes , l'une à Clair
viffes , prés Forges ; l'autre à
Saint Nicolas de Pontoife ;
une Fille mariée à M de
Chambers , Maifon de Bretatagne
dans l'Evêché de Quimper
, où elle poffedoit le Châ
teau de la Boiffiere prés de
Collac , il y a prés de quatre
cens ans. Le Roy Charles
VIII . aprés fon mariage avec
Anne de Bretagne , amena
François de la Boiffiere , qu'il
fit Grand Louvetier de France
, ainfi qu'il fe voit à la
Chambre des Comptes de
Paris , dans les Comptes de
1
GALANT. 117
Denis Bidaut , Treforier en
1442. Il amena auffi avec luy
Yves de la Boiffiere , Ecuyer
S'de Kergourner , & fon Fre
re Cadet , qui épousa Jeanne
Fromont , Fille de ... Fromont,
Maistre des Comptes à Paris ,
prés d'Addily , dont fortit
Guilaume de la Boiffiere , Ecuyer
S ' de la Grange , Celuycy
épousa en 1528. Jacqueline
le Sueur , Fille de Philippe S
de Chambers dans le Vexin
François, & de Françoiſe d'Ef.
pinay , Grande Tante du fameux
Seigneur de Saint- Luc ,
Favory de Henry III. & tué
118 MERCURE
au Siege d'Amiens , Grand-
Maistre de l'Artillerie en 1597 .
Guillaume de la Boiffiere eut
plufieurs Enfans de Jacqueli
ne le Sueur , fa Femme , mais
il n'y eut que Jean , Seigneur
de Chambers , qui continua
la poſterité . Il ſervit les Rois
François 11 - Charles IX . Henry
111. & Henry IV . durant
les Guerres Civiles , & perdit
deux Fils à la Bataille d'Yvry
en 1599. & un troifiéme au Sie.
ge d'Amiens en 1597. en forte
que ne luy en reftant qu'un
feul ,il fut pourvû par le Roy
Henry IV. d'une Charge de
GALANT . 119
Confeiller au Parlement de
Paris , où il mourut en 1611 .
laiffant deux Enfans, feu M'
de Chambers, tué à la Bataille
de Lens en 1648. Meftre de
Camp du Regiment de Cavalerie
du Cardinal мazarin , &
Maréchal des Camps & Armées
du Roy , en fa quarante
& uniéme année , dans l'efperance
des premiers honneurs
de la Guerre , tant par ſa valeur
que par fon merite. Il a
laiffé M de Chambers fort
jeune , qui ayant eu l'honneur
d'eftre nourry Page de la
Chambre du Roy'lous M' de
120 MERCURE
Souvré, Sa Majesté luy donna
une Enſeigne au Regiment
ces Gardes . Il a efté enfuite
Lieutenant des Cent Suiffes
de la Garde du Roy , dont il
s'est défait depuis entre les
mains de M'd'Athis Le Fils
aîné de M de Chambers ,
aprés avoir efté trois Campagnes
Moufquetaire du Roy
fous M de Maupertuis , eft à
prefent Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment Colonel General
de France. Le fecond Fils
de M'de Chambers , Confeil
ler au Parlement de Paris ,
qu'on appelloit M' de Sainte
Marie ,
GALANT. IZE
Marie , aprés avoir efté longtems
Lieutenant desCent Suifles
de la Garde du feu Roy, &
du Roy aujourd'huy regnant,
mourut laiffant une feule Fille,
mariée à un Gentilhomme de
la Maiſon dé Culan , quiayang
efté tué мeftre de Camp d'un
Regiment de Cavalérie d'a
laiffée Veuve fans Enfans.
Iya eu de tous les temps de
la maison de la Fontaine- 56-
lare , beaucoup de Comman
deurs & de Chevaliers de Saint
Jean de Jeruſalem , &de Chac
nomelles de Remilemone, &
it aft entré dans cette même
Juin 1698.
L
122 MERCURE
Maifon des Filles de l'Ile-
Adam , de Montmorency ,
d'Amiens , de Longueval , de
Susanne , de Ligny , & autres.
La мere du feu Duc de Saint-
Simon s'appelloit Deniſe de
la Fontaine . Artus de la Fon-
Laine Solare , Baron d'Ognon
prés Senlis , eftoit Grand Maitre
des Ceremonies de France
avant Mrs de Rodes , fous les
Rois Henry II. François II.
& Charles IX. & c'eft de
luy qu'on dit qu'eft venu le
Proverbe , Mettre en Rang
d'Ognon , parce qu'il faifoit
placer chacun en ſon rang
GALANT.
123
dans les Affemblées , comme
il est marqué dans la Popeliniere
aux premiers Eftats de
Blois 1577.
Le Pere le Gobien , Jefuite,
vient de donner au Public
une Hiftoire fort exacte &
fort circonftanciée de l'Edic
que l'Empereur de la Chine a
donné en faveur de la Religion
Chreftienne . La permif
fion que ce Prince a accordée
aux Miffionnaires de prêcher
L'Evangile dans tous fes Etats ,
& la liberté qu'il a donnée à
fes Sujets de l'embraffer , eft
Lij
224 MERCURE
un des plus memorables
éve
nemens de noftre fiecle , dont
on eft redevable
au zèle & à
la pieté du Roy. Ce grand
Prince, qui eft toujours attentif
à procurer
la gloire de
Diệu , & à foutenir les intereffs
de la Religion
, envoya à la
Chinë, il a environ trèize ans ,
cinq¹ Jefuités François , pour
y prêcher la Foy , & pour y
travailler
à la perfection
des
Sciences. Ces cinq Millionnaires,
qui avoient eu l'hon
neur avant leur départ, d'eſtre
receus par les ordres de SaMa.
jesté à l'Academie
Royale des
a
GALANT 124
Sciences en qualité de Ma
thematiciens , arriverenthou
reulement à la Chine , aprés
avoir couru de grands dan
gers , & entrerent dans ce fa,
meux Empire à la faveur du
Pere Ferdinand Verbicft , fi
connu par les grands fervices
qu'il a rendus à l'Eglife .
L'Empereur
vit ces nouveaux
Miffionnaires
avec joys,
& les receur avec bonté
voulur même les retenir tous à
fa Cour , mais comme ils luy
marquerent
qu'ils feroient
bien ailes d'aller prêcher nofre
fainte Religion dans les
l
Liij
126 MERCURE
Provinces , il le leur permit ,
& il le contenta de retenir
les Peres Gertillon & Bouvet
auprés de luy. Ce Prince , qui
a beaucoup de penetration &
d'efprit , jugea dés les premiers
entretiens qu'il eut avec eux
par les Interpretes , qu'ils é
toient habiles dans toutes
fortes de connoiffances , &
qu'il pourroit tirer d'eux de
grands fecours pour le deffein
qu'il meditoit de s'inftruire
de toutes les Sciences de l'Europe.
Il leur donna des Maiftres
pour apprendre la Langue
Tartare , qui est celle
GALANT. 127
dont ce Prince fe fert ordinai
rement. Comme cette Lan .
י נ
gue n'eft pas à beaucoup prés
fi difficile que la Chinoife , ils
l'apprirent ailémente, & fo
trouverent en peu de mois en
eftat de la parler.do
L'Empereur qui avoit une
grande paffion de fe perfe-
&tionner dans les Mathematiques
, dont il avoit déja appris
plufiurs chofes du Pere
Ferdinand Verbieft , fouhaita
qu'ils luy expliquaſſent tes
Elemens d'Euclide , la Geometrie
Pratique , & rout ce
qu'il y a de plus curieux dans
3
Liiij
128 MERCURE
les Mécaniques , la Statique
& l'Aftronomie . Il fut charmé
de la facilité avec laquelle ces
Peres le firent. Il leur en mar
qua lajoye en plufieurs occa
Lions particulieres , & il leur
en donna même des témoi
gnages publics à la maniere
de la Chine.
Les Peres fe fervirent d'u
ne fi heureufe conjoncture
pour obtenir la liberté de la
Religion Chreftienne. L'Em
pereur l'avoit profcrite dans
les premieres années de fon
regne ,& avoir défendu à tous
fes Sujets de l'embraſſer. Cet
GALANT. 129
Edit, que les ennemis du nom
Chreftien avoient extorqué
du jeune Prince , n'avoit pas
empêché les progrés de l'Evangile.
Il s'eftoit répandu
dans les Provinces de l'Empire
, & plufieurs perfonnes
diftinguées par leur efprit &
par leurs Emplois , l'avoient
embraffé. Ces luccés irritoient
les Infidelles. Les Bonzes &
les autres Preftres des Idoles
animoient les Vicerois & les
autres Magiftrats à perfecuter
les Chreftiens, qui fe voyoient
tous les jours expoſez à la
mauvaiſe humeur , à l'avarice
130 MERCURE
& aux infultes des Mandarins .
Le Pere Ferdinand Verbieft
, pour qui l'Empereur
avoit une confideration parti
culiere , gemiffoit de voir la
Religion Chreftienne profcri
te par les Loix, ce qui empê
choit un tres grand nombre
d'Infidelles de fe convertir.
Il avoit tenté plufieurs fois
de faire révoquer l'Edit qui
en défendoit l'exercice , il en
avoit fouvent parlé à l'Empereur
mais tous les efforts
avoient efté inutiles , & il n'a
voit pu obtenir la liberté de
la Religion.
GALANT:
131
Aprés la mort , le Gouver
neur de Chekiam fe mit en
tefte de perfecuter les Chreftiens
, & de détruire leur Re
ligion . Il proceda contre eux
dans toute la rigueur des loix.
Toutes les Eglifes de l'Empire
en furent alarmées . Elles eu
rent recours aux Jefuites qui
eftoient à la Cour , & elles les
prierent de fe fervir du credit
& de la faveur qu'ils avoient
auprés de ce grand Prince ,
pour faire celler cette violen
te perfecution.
Ces Peres le firent avec
tout le zele qu'on devoit ats
132 MERCURE
tendre de veritables Miniftres
de l'Evangile. Comme les
Chreftiens eftoient tous les
jours inquietez par les Mandarins
, qui leur faifoient un
crime de leur Religion , ils
crurent qu'il falloit une bonne
fois fe delivrer de leurs
vexations , & demander la lis
berté de la Religion Chreftienne
. Ils le firent avec de fi
grandes inftances , & ils pref
ferent fi vivement l'Empereur
par leurs prieres & par leurs
larmes , qu'ils obtinrent enfin
ce fameux Edit, qui a donné
la paix à ces nouvelles Eglifes,
GALANT
533
& qui établit folidement le
Religion Chreftiennne dans
ce floriffant Empire .
On trouve dans l'hiftoire
de cet Edit , que le Pere la
Gobien vient de donner au
Public , le détail de la perfe
cution : dua Viceroy de Chekiam
la maniere dont on
procede à la Chine dans les
Tribunaux , des Ceremonies
du nouvel Au Chinois , des
Conqueftes furprenantes que
les Moſcovites ont faites pen
dant tout ea ificale dans la
grande Tartarie , ejufqu'à la
merOrientale, la famouſe Paix
134 MERCURE
de Nipchou , & plufieurs aus
tres choſes tres curieufes &
tres édifiantes.
On y donne dans la Préface
une idée jufte des quatre
plus fameufes Sectes , qui ont
cours dans l'Empire de la Chine.
On y explique les fenti
mens des Philofophes Chi
nois fur la Phyfique & tur la
Morale. Tout cela eft dévelo
pé éclairci en peu de paroles ,
& d'une maniere qui fait plai
fir à ceux qui aiment les nouveaux
Systêmes . On trouve à la
fin de ceLivre un ample éclair
ciffement donné à Monfieur
GALANT. 19
le Duc du Maine , fur les hon
neurs que les Chinois rendent
à Confucius & aux Morts..
J'adjoûteray pour la conſolation
des perfonnes qui aiment
la Religion , & qui ont
un veritable zele pour la con.
verfion des Infidelles , qu'il n'y
à jamais eu de plus grandes
efperances qu'il y en a aujour
d'huy , de convertir ce grand
Empire , où l'on compte prés
de deux cens millions d'ames .
La porte eft ouverte aux Prédicateurs
de l'Evangile. L'Em .
pereur qui eft inftruit de nos
Myfteres , qui eſtime noftre
136 MERCURE
Religion
, & qui luy donne
de grands
éloges , les voit avec
plaifir , & les honore
de fa prorection
. Il témoigne
aux Jefuites
François
qui font à fa
Cour , une bienveillance
pare
ticuliere , & illeur donna une
maiſon dans l'enceinte
de fon
Palais , peu de jours avant que
le Pere Bouver partiſt de la
Chine pour venir en Europe.
Ce Prince charmé du projet
merveilleux que de Roy a
fait de perfectionner
les Arts
& les Sciences , a envoyé le
Pere Brunet en France pour
marquer à la Majesté la pare
し
一
GALANT.
qu'il prend dans un fibeau de
fein, &pour l'affurerquills
fera
un grand plaifir de contribuer
en tout ce qu'il pourra , a une
entreprife fi digne d'un grand
Prince, me & angry
Le Pere Bouvet arriva
Breft l'année derniere au com
mencement du mois de Mars .
Il a eu l'honneur de parler au
Roy , de recevoir les ordres
& d'eltre chargé des magnifi .
ques Prefens que Sa Marelté
envoye a l'Empereur de lacht.
PS ! partir de la Rochelleje
xiéme de Mars dernier fur
la Fregatte, du Roy nommée
Juin 1698 .
M
138 MERCURE
l'Amphitrite , qui va en droi
ture à la Chine. C'eft le premier
Vaiffeau François qui air
emtrepris ce voyage. Le Pere
Bouvet emmene avec luy une
nombreuſe recrue de Mif
fionnaires de fa Compagnie.
Neuf fe font embarquez avec
luy,& neuf autres fur les Vailfeaux
que le Roy & la Compagnie
Françoife ont envoyez
auxIndes,d'où ces Peres leren.
dront inceffamment à la Chine.
Il feroit à fouhaiter qu'on
pût envoyer un plus grand
nombre d'ouvriers Evangeliques
pour travailler à une fi
GALANT. 139
abondante moiffon . En execu
tion des ordres de l'Empereur
de la Chine , le Pere Bouvet
a engagé quelques perfonnes
habiles dans les beaux Arts à
être du voyage M' Gherardin ,
fameux Peintre Italien , a bien
voulu eftre de ce nombre.
Comme il a une imagination
vive & feconde , & beaucoup
d'habileté dans fon Art,jointe
à une pieté exemplaire & à une
vertu folide , il ne contribuera
pas peu à l'avancement de la
Religion. On efpere que ce
Vaiffeau arrivera à la Chine au
mois d'Aoult, & qu'il en fera
Mij
140 MERCURE
de retour l'année prochaine.
Si ce voyage réüffit , comme
ily a tout lieu de le croire, on
en doit attendre de grandes
fuites pour l'avantage de la
Religion & le bien du com
merce. 91 J
La galanterie qui fuit vous
fera plaifir à lire. Elleseft de
M'de la Tronche de Rouen.
ACCORD FAIT ENTRE
AlcidoreUranie,zvo
No
Qus foulignez , ayons
bien voulu de propos
déliberé & fans contrainte ,
GALANT: 141
établir entre nous des loix de
rigueur auffi - bien que des
regles de bien - feance , afin
que noftre amitié ne dégenere
pas en amour , car d'ordi .
naire il est tres difficile qu'on
ne paſſe imperceptiblement
de l'une à l'autre , de forte que
pour empecher que le frere
n'égorge la foeur, & qu'on ne
crie apres nous comme complices
du meurtre, nous nous
Tommes obligez , & permettons
d'exécuter ponctuelle.
ment les Articles cy- deſſous.
Lv Que lorsque nous nous
trouverons feuls , nous pro142
MERCURE
mettons d'agir de la meſme
maniere , & avec autant de
circonfpection que fi nous
eftions en
compagnie
.
II. Que nos regards feront
fi bien ménagez , qu'ils ne fe
chercheront que fort rarement
, afin d'éviter par leur
frequente rencontre le langage
des yeux , qui eſt d'autant
plus à craindre, qu'il eft
fort tendre & fort infinüant.
III. Que les mots d'amour ,
de tendreffe , de langueur, de
paffion & de tranfports ferone
entierement bannis de noftre
converſation , comme des
GALANT. 143
monnoyes de méchant aloy ,
tres dangereuſes à ceux qui
s'en fervent dans le commerce
de l'amitié.
IV. Que bien loin de don
ner au bras la plus legere atteinte
, nous ne pourrons fans
fcrupule nous toucher feule
ment le bout du doigt , parce
que cette forte de familiarité
porte avec elle une efpece de
poiſon lent, qui fe gliffe inlen
fiblement au coeur , étant de la
nature de la gangrene qui gagne
toûjours chemin, de maniere
que pour éviter ce dan
ger il y aura toujours un Fau
144 MERCURE
teüil entre nous deux...
V. Que l'on ne foûpirera
jamais , que lorsqu'on expofera
la perte de quelques Parens ,
d'amis , de biens ou quelque
autre difgrace ; autrement les
foûpirs feront réjertez com.
me marquant trop l'amou
reufe paffion.
VI. Que le tête- à- tête ne
durera qu'une demi - heure ,
de peur que dans un plus long
efpace de temps , on ne perde
fon ferieux en prenant un
air plus enjoué, qui fans, dou
te changeroit la fituation du
coeur .
VII.
GALANT:
145
VII.
Qu'on fe
quittera avec
beaucoup
d'honnêteté , ſans
y apporter
cependant
trop de
ceremonie , &
qu'on fe gardera
bien de fe dire l'un à l'autre
d'un air trop vif, nous nous
reverrons
bientôt , car ce mot de
bientôt
porte avec luy je ne
fçay quel
empreffement
plein
d'inquietude
quipourroit
faire
douter , fi ce n'eft pas
l'amour
qui parle , puifque
naturelle
ment il est
toujours
beaucoup
moins
tranquille
que
l'amitié.
VIII . Que les vifites qu'on
fe
rendra ne
feront pas trop
frequentes
nitropredoublées,
Juin 1698.
N
146 MERCURE
car il y auroit à preſumer que
retournant fi promptement
au lieu d'où l'on vient de for.
tir , il y auroit quelque tendre
engagement.
IX. Que s'il arrive qu'on
foit deux ou trois jours fans
fe voir , il ne fera pas permis
de faire aucun reproche de
tiédeur , d'indifference ou de
changement , de peur que les
fentimens du coeur ne fe dé→
velopent trop par des explica
tions auffi finceres qu'amou
reuſes .
X. Qu'on le gardera bien
aprés quelque temps d'ab
GALANT.
147
fence, de faire paroître fur fon
vilage ou dans les paroles trop
d'épanchement de joye , de
crainte que l'amour qui s'attribuë
prefque tout , ne s'en
dife la caufe , & ne triomphe
au defavantage de de fa foeur.
XI. Il faudra qu'il y ait d'un
côté beaucoup de modeftie
& de retenue , & de l'autre
beaucoup de moderation &
de refpect , afin d'étouffer les
differens mouvemens que la
liberté qu'ont deux perſonnes
qui font fans témoins, pourroit
infpirer.
XII . Que lorfque nous nous
Nij
148 MERCURE
trouverons enſemble en quel
que repas , nous éviterons d'être
proche l'un de l'autre , de
peur que quelque coup impreveu
ou du genouil ou du
pied , ne foit mal interpreté ,
car l'amour est trop ingenieux
pour ne pas prendre le faux
pour le vray. Fait double ce
10. Juin 1698 .
Ona fait plufieurs défenfes
de jouer à la Baffette.
Voicy un Sonnet que M ' Morelet
, Auditeur des Comptes
de Dijon , a fait fur ce fujet.
GALANT.
149
P
SONNET.
Laifir pernicieux , que l'ufage
autorife ,
Feu que chacun recherche , & fuit
en même temps ,
Et qui pour un heureux fais mille
mécontens
,
Que ne demeurois ta pour jamais
à Venife ?
S
De tes effets la France étrange-
‹ mentſurpriſe ,
Fit pour les arrefter des efforts
éclatans.
Neiij .
150 MERCURE
Elle a beau contre toy s'armer depuis
longtemps ;
Te détruireferoit une grande en :
trepriſe.
මි.
On voit Pontes émus toujours fe
rebuter ,
Et Dupes trop ardens toujours
prefts à ponter.
Tailleurs , voftre fortune y fait
Souvent naufrage.
S
Mais la commune loy par
dois
perir,
où
tu
Du temps qui finit tout eft l'in
faillible ouvrage
.
i
Baffette , il se vit naiftre , il te
verra mourir.
GALANT. ISE
M' Nolin , Geographe de
Son Altefle Royale Monfieur,
vient de donner au Public une
grande Carte tres- curieuſe
des Environs de Paris . Plufieurs
avant luy ont travaillé fur
cette matiere ; mais perſonne
n'eft entré dans un détail auffi
grand que luy, & n'a donné les
divifions de la Prevosté, Vicom .
té Prefidial de Paris , qu'il
a recherchées avec de tresgrands
foins. Outre tous les
Fiefs qui en dependent , &
qui font compris dans les di
vifions des Jurifdictions , il
s'eft encore attaché à mar
Niiij
152 MERCURE
quer tous les lieux qui font
gouvernez par la Coutume de
Paris, foit qu'ils foient fituez
dans le Prefidial de Paris , foit
qu'ils en foient dehors , & enclavez
dans les Préfidiaux voifins
. Cette Carte fera d'un
tres -grand fecours pour les
Gens de Robe , qui connoifronttout
d'un coup de quoy
il s'agit lors qu'ils auront
quelque execution à faire . Ik
ne fera pas moins utile aux
Particuliers
. On y
remarquera
facilement tous les lieux confiderables
des environs de
cette grande Ville. Toutes
GALANT.
153
les Maiſons Royales , & plufieurs
autres y font marquées
avec exactitude , avec tous les
Bois , les Forefts , les Plaines, les
grandes Routes , & generale
ment tout ce qui peut rendre
une Carte curieuſe . Cet Ouvrage
eft accompagné
d'une
Table Alphabetique de tous les
mots qui font fur la Carte ,
avec des renvois pour les y
trouver aisément ; comme
auffi de deux Profils de differens
afpects de la Ville de Pa
ris , qui font tres- beaux &
nouveaux , avec une vûë generale
de Verlailles & du
154 MERCURE
Chafteau neuf de Saint Ger
main. Cet Ouvrage eft dédié
au Roy , à qui M'Nolin a eu
l'honneur de le prefenter. Il
en a esté receu tres favorablement.
Sa Majesté examina
cette Carte avec plaifir , & té .
moigna en eftre fort fatisfaite,
ce qui luy fait efperer qui le
Public en fera content.
Il a encore donné dans le
même temps une Carte du
Diocefe de Nifmes , qui a eſté
levé fur les lieux , par M' Gautier
, Architecte & Ingenieur.
de la Province de Languedoc
.
Cette Carte eft accompagnée
1
GALANT 155
'de tous les Monumens antiques
qui fe trouvent dans
Nifmes ou aux environs , gravez
par M' Nolin d'un gouft
à faire plaifir , avec les expli
cations.
Je vous ay déja envoyé
plufieurs Lettres de l'Auteur
de celle qui fuit ; & comme
elles vous ont donné toutes
beaucoup de plaifir par les
matieres curieufes qui y font
traitées , j'efpere que vous
n'en recevrez pas moins de la
lecture de celle- cy .
156 MERCURE
SUR LE SCRUPULE
de fe marier dans le mois
de May.
A MADAME DE L ***
V
Ous voulez , Madame ,
que je vous dife d'où
vient le fcrupule qu'on a de
fe marier au mois de May ,
ayant remarqué depuis peu
que des perfonnes de voſtre
connoiffance , qui avoient
figné leur Contrat de mariage
dés le mois d'Avril , ont attendu
le mois de Juin pour épou .
GALANT:
157
fer. Je vous avouë que j'aimerois
mieux que tout autre que
vous m'euft fait cette que
ftion , car vous eftes une Da
me habile qui avez beaucoup
de lecture , & qui même n'ignorez
pas noftre Latin. Ainſi
il faut le mettre en dépense
d'efprit & de fcience pour
vous contenter , & je ne fçay
fi j'auray affez de quoy y four,
nir.
Il me faut entrer en matiere
par les Romains ; car ce fcrupule
n'eft pas nouveau , ayanţ
commencé de leur temps ,
Ovide a dit fous le fiecle
1,8 MERCURE
d'Augufte , qu'il n'y avoit que
des malheureufes qui fe mariaf
fent au mois de May.
Menfe malas Maio nubere
vulgus ait. Faft. 5 .
Plutarque dans fes Queſtions.
Romaines art. 36. en rapporte
quatre cauſes.
La premiere, que les Romains
tenoient que Venus &
Junon préfidoient auмariage,
& qu'Avril eftant le mois de
Venus , & Juin celuy Junon ,
afin de participer dans l'union
conjugale aux faveurs de l'une
ou de l'autre Deeffe , & le marier
fous leurs heureux aufpiGALANT:
159
ces , on avançoit le mariage
en Avril , ou on le retardoit
juſques en Juin , laiſſant paffer
tout le mois de may fans jugalia
vincla fubire, comme eſtant
un mois , où il n'y auroit, pour
ainfi dire , ny Pronube pour
l'Epouſe , ny Paranymphe
pour l'Epoux. Mais les Anciens
ne bornoient pas la protection
du mariage à Venus &
à Junon ; car en faiſant une
affaire tres importante , ils y
intereffoient cinq Divinitez,
difant qu'outre Venus & Junon
, on y avoit beſoin de Jupîter
, de Diane & de la Per160
MERCURE
aucufuafion.
A ce compte il auroit
fallu encore interdire tous les
autres mois , où il n'y avoit ,
fi on le peut dire ainfi , a
nes influences de ces Divini
tez pour le mariage . Quoy
qu'il en foit , je ne croy pas
que la confideration de Venus
& de Junon embaraffe aujourd'huy
perfonne . Il y a bien
des gens qui n'ont pas voulu
fe marier au mois de may fans
avoir fceu cette raifon des
Romains , & qui même n'ont
gueres ouy parler de Venus
& de Junon.
La deuxième , que dans le
GALANT. 161
mois de may on jettoit autrefois
du haur du Pont dans le
Tibre des hommes vivans ,
lors qu'on faifoit la grande
Purification de la Ville ; & quoi
que depuis on euft réduit la
chole à ne jetter que des Ima
ges ou des Statues d'hommes ,
la Preftreffe Flaminia eftoit
fort trifte , elle ne fe lavoit
point, & elle ne fe paroit d'aucun
de fes ornemens . Ainfiil
y avoit dans Rome un air de
mort & de deüil qui ne convenoit
pas à la fefte des Noces
, où l'on veut une failon
gaye , & où l'on cherche des
Juin 1698 .
O
162 MERCURE
plaifirs vifs & charmans. Ce
deuxième motif n'eſt
pas aujourd'huy
plus un obftacle
que le premier , & il n'eft pas
moins inconnu à la pluſpart
de ceux qui ont de la répugnance
à faire des Noces en
May.
La troifiéme , parce que les
Romains faifoient au mois de
May des libations aux Manes &
aux Dieux Infernaux , & qu'ils
y adoroient particulierement
Mercure , qui felon eux , fermoit
les yeux aux мorts.
Lumina morte refignat! --
& les faifoit defcendre dans
GALANT: 163.
la trifte demeure.
- Sub triftia Tartara mittit ,
Æneid. 4. Ceremonie funefte
qu'ils tenoient incompatible
avec les ris & les jeux de l'état
conjugal . On n'eft.point touché
non plus à preſent de cet
ufage fupertitieux , qui ne regardoit
que le Paganifme. "
La quatriéme , que le mois
de May , eftoit le mois Majo
num , & celuy de Juin Juniorum
; car on dit que Romulus
partageant les Romains en
deux claffes , avoit nommé les
Gens d'âge pour le Senat , &
les Jeunes pour la Guerre , Or
O ij
164 MERCURE
l'âge avancé , n'eft pas plus
propre pour le Mariage , que
pour la Guerre , dit Ovide.
Turpe fenex miles , turpe fenilis
amor.
On pourroit prendre la
choſe tout au contraire , fçavoir
qu'il valoit mieux ſe marier
en May le mois Majorum,
c'est-à- dire de la Prudence &
de la Sageffe , que non pas en
Juin le mois Juniorum , car la
Jeuneffe n'a pas ordinairement
en partage la raiſon & le bon
fens ; & mefme à fuivre l'idée
de l'âge , il y auroit de l'avantage
à fe marier en May, parce
GALANT: 165
qu'on y eft plus jeune qu'en
Juin.
S'il n'y a donc rien dans ces
Pratiques Romaines qui nous
regarde , & qui nous faffe de
la peine au fujet du mois de
May,d'où vient qu'on s'en fait
encore de foy- mefme un embaras
, & que meſme on y
craint du danger ?
Seroit- ce , que l'Hiver qui
renoit les humeurs comme
glacées & affoupies , eftant
paffé, ces humeurs fe rechaufent
& fe réveillent au Printems
, & il s'en fait une agita
tion amoureufe dans le coeur,
166 MERCURE
& une paſſion nouvelle & vio :
lente , laquelle il faut laiffer.
attiédir & non pas l'enflam .
mer davantage par les qualitez
du mois de May . Je veux
que cela foit , & que les hu
meurs foient en mouvement
dans le Printemps , & qu'elles
forment cette écume de mer
des Poëtes , dont ils font naî
tre Venus. May n'eft pas, le
mois qui finit l'Hyver , ni le
feul mois du Printemps. Avril
continue cette douce Saifon ,
& les deux tiers de Juin apartiennent
encore au Printems.
Ainfi , fi parce que le PriaGALANT.
167
temps excite trop à l'amour, il
faloit ne fe pas marier au mois
de May , celuy de Mars , ce.
luy d'Avril , & celuy de Juin,
qui font tous mois de Printemps
, devroient eſtre pareillement
condamnez pour le
mariage. Au refte , l'Hiver
qui glace les ruiffeaux , ne glace
pas pour cela les coeurs , &
comme la nuit quoy qu'obfcure
, eft la mere des plaifirs ,
l'Hiver quoy que chargé de
frimats , n'est pas une Saiſon
contraire à l'amour. Mais enfin,
qu'ainfifoit, que le fort de
l'amour, & que la cupidité vio,
68 MERCURE
lente, regnent au mois de may,
felon ce que difoit Madame
qu'elle pouvoit le déde
....
fendre onze mois de l'année ,
mais qu'elle craignoit le mois
de May , où l'on ne pouvoit
gueres répondre de foy , cela
mefme fait engager à fe ma--
rier alors , & à fe fervir du remede.
On cherche un abry .
dans l'orage , on cherche un
porr à fe fauver. Ainfi il faut
au mois de May mettre la
vertu en feureté dans le mariage.
Il y a une imagination
dans
le Peuple, que les enfans qui
naif
GALANT. 169
naiffént des mariages du mois
de мay , font fujets à devenir
infenfez . Rien ne peut eftre
plus foible & plus mal penſé ;
car fi la Phrenefie vient d'une
bile ardente , d'un fang brûlé,
d'une inflammarion au cerveau
, caufa eft , dit Fernel ,
humor aut vapor ferventiſſimus,
le mois de May , qui eft un
mois fort temperé, eft il propre
à mettre le feu , & à caufer
des incendies dans le corps.
De plus , c'eſt qu'en ce cas il y
auroit moins de danger pour
les Enfans d'eftre conceus au
mois de May , que d'y naiftre,
Juin 1698.
P
170 MERCURE
parce que c'eft , non de la conception
, mais de la naiſſance
qu'on augure l'avenir. Dans
l'AftrologieJudiciaire , pour ti
rer l'horofcope des perfonnes,
& faire le pronoftic , on s'enquiert
, non du temps auquel
on a efté formé, mais de celuy
auquel on eft venu au monde.
On veut fçavoir , & on tire
feulement le point de nativi .
té ; &il feroitaife de citer des
exemples de plufieurs perfonnes
habiles & tres.fages
qui
font nées au mois de may. Enfin
, bien loin que le mois de
May foit préjudiciable
à la
GALANT. 171
formation des Enfans , on voit
dans l'onziéme Livre de Strabon,
Auteur celebre , Geogra
phe , Hiftorien & Philofphe ,
que ceux de Garguere faifoient
l'amour aux Amazones
feulement deux mois de Prin .
temps , dont May eft le principal
, mois choiſis pour avoir
des Enfans dignes de ces
illuftres Guerrieres
Y auroit-il enfin un fujet
à s'empêcher de fe marier au
mois de may , à caufe que le
Coucou by chante ? Mais il
chante dés le mois d'Avril ,
ainfi Avril ne devroit pas eftre
Pij
172 MERCURE
un mois d'hymenée . De plus ,
l'homme & le coucou ne font
ny parens ny alliez , leur eſpece
eft differente , & il n'y a pas
lieu de les comprendre dans
une même induction . Que le
Coucou foit lâche , pareffeux ,
qu'il neglige fon nid , que
même il l'oublie , & qu'il aille
pondre autre part, cela ne fait
rien , & ne tire à aucune confequence
pour l'homme , qui
n'eſt pas de la race des Coucous.
Enfin , s'il falloit s'abftenir
du mariage du mois de
May , parce que le Coucou y
chante , & qu'il eft de mauvais
GALANT. 173
exemple , il faudroit d'un autre
cofté affecter de s'y marier,
parce que la Tourterelle eft
auffi du mois de May , où elle
fe fait entendre , & qu'elle cft
de tres bon exemple , juſqu'à
eftre le fimbole de la fidelité
conjugale.
Ainfi loin de déferer à l'erreur
populaire , qu'il ne faut
point fe ma ier au mois de
May, car felon Ovide luymême
, c'eftoit une foibleffe
du peuple, vulgus air, il y auroic
lieu au contraire , lors que les
affaires s'yrencontrent, de don
ner la préference pour le ma
Pij
174 MERCURE
riage au mois de May, & d'en
faire un mois nuptial , chantant
avec Catulle , O Hyme.
næos , Hymenæos , Hymen , Hy.
mence. C'est le plus beau mois
du Printemps , auquel la terre
fe marie , veut concevoir ; &
comme dit Virgile , Vere tument
terræ, & genitalia femina
pofcunt. Or la terre eft la mere
comune des hommes , & fes
enfans doivent l'imiter
En effet , le mois de May eft
un mois , boni conjugator amoris,
tres propre à faire l'amour,
& à fe marier , dit Furetiere.
C'est alors que le chaud &
GALANT. 179.
l'humide font dans un degré
temperé , & que le Soleil eft
dans le Signe des Jumeaux ,
conftitution & conftellation
tendant à la fin du mariage ,
qui eft la propagation du genre
humain. Le mois de May
eft le mois des amours , le
mois des fleurs , le mois de la
Roſe , la Reine des fleurs , Ro .
fe qui eftoit autrefois en Normandie
la dot des Demoifel
les ; le mois du chant des Oi
feaux , ces petits Muficiens
de l'air, principalement
du
Roffignol , qui le fait alors
écouter avec admiration , fon
Pij
176 MERCURE
merveilleux ramage faiſant
toutes les parties , & valant
un Opera . Enfin , c'eft le mois
d'une verdure vive & riante ,
qui orne , qui pare les campagnes
& les bois. Tout cela
convient àune Fefte, à la Fefte
des Noces , où il faut de l'amour
& de la joye , des fleurs ,
des guirlandes , de la fimpho .
nie & des parures extraordinaires.
On peut même dire
que le mois de May eft le
mois de la Beauté & des Graces
, que l'Epoufe y a fes lis
& fes roſes dans leur éclat , &
qu'elle y a plus de charmes &
GALANT. 177
d'appas que dans les autres
mois , oùfon teint n'eft pas fi
blanc , fi frais , fi jeune & fi
agreable. Veris in thalamoma .
gis ore floridulo nitet, Catul.
Il me refte , Madame , de
finir la matiere de ce Difcours
par desexemples de mariages
illuftres fairs au mois de May.
En 1605. Henry IV. fit épou
fer au mois de May Eleonor
de Bourbon avec Philippe de
Naffau.
La ceremonie du mariage
de Henriette- Marie de France
avec le Roy d'Angleterre ,
fous le regne de Louis XIII .
178 MERCURE
fe fit en 1625. le 11. de May.
En 1666 fous le preſent &
glorieux regne de Louis le
Grand , le feu Duc de Savoye
épouſa le
moiſelle de Nemours.
9. de May Made.
Et ce fut en 1684. le 8. de
May , que le fit auffi le Mariage
du Sereniffime Duc de
Savoye , fon Fils , & de la Sereniffime
Princeffe Anne , Fil.
le de Monfieur,
Exemplis grandioribus decuit
wti , dit Ciceron , parce que
les grands exemples font nom
feulement de l'honneur au
fujet , mais encore ils y appo
GALANT. 179
fent comme un Sceau augu
fte , & le confirment davantage.
Je ſuis avec reſpect , &c.
Il y a de certaines defti
nées qui femblent eſtre marquées
dans le Ciel. Ce qui eft
arrivé depuis affez peu de
temps à une jeune Demoiſelle
, dont la maifon eft diftin
guée par beaucoup d'endroits,
ne permet prefque pas que
F'on en doute. Elle avoit l'efprit
aifé , l'humeur douce &
infinuante , & joignoit beaucoup
de raiſonà une fort grande
fimplicité. Son penchant
180 MERCURE
s'eftoit déclaré pour le Convent
dés fes plus tendres an
nées , & comme à cet âge , la
plufpart des Filles témoignent
aimer l'habit de Religieufe ,
fa Mere qui avoit pour elle
une fort grande tendreffe , ne
s'eftoit point allarmée de cette
premiere inclination , & luy
avoit fait apprendre toutes les
chofes qui peuvent donner de
Tagrément à une perfonne
qu'on deſtine pour le monde .
La Dance , la Guitarre & la
Mufique furent celles qui l'oc
cupérent d'abord . Elle y réüf
fit aflez pour fatisfaire les
GALANT. 181
Maiftres , & ces avantages
foutenus de plufieurs traits de
beauté , la diſtinguérent
bientoft
parmy celles de ſon ſexe.
On prit plaifir à la voir , &
elle n'eut pas fitoft atteint la
feizième année , qu'elle eut
des Adorateurs en affez grand
nombre . Sa Mere ravie de
voir que fon efprit fe formoit
par la converfation
, la menoit
par tout où il ſe faifoit d'agreables
Affemblées , & pour la
tirer de la froide nonchalance
qui la portoit naturellement
à aimer la Solitude , elle cherchoit
à luy procurer tous les
182 MERCURE
y
divertiffemens qui font le
charme des jeunes perfonnes.
La Belle les agréoit, mais fans
eftre fenfible , & fi on la
trouvoit toûjours prefte pour
les parties de plaiſir , c'eſtoir
moins par gouft que par com.
plaifance. Elle s'échapoit fouvent
à dire , que n'y ayant rien
de plus doux que le repos , la
retraite eftoit à fouhaiter
puifqu'on l'y goûtoit fans
trouble , au lieu que la vie tumultueuse
du monde empef
choit toûjours qu'on ne fuſt
à foy , & ne laiffoit aucun
temps où l'on puſt ſe recueilGALANT.
183
lir. Ces difcours réiterez , & fa
vigilance à remplir tous les
devoirs où la pieté engage ,
faifant apprehender à la Mere
qu'elle ne vouluft renoncer
au monde , luy firent faifir
avec ardeur une occafion qui
ſe preſenta de la marier avec
avantage. La Belle ne reſiſta
point à ce que fa Mere refolut
pour elle. Les conditions furent
arreftées , & on dreffa des
articles, en attendant l'arrivée
d'un Oncle qu'on vouloit faire
figner au Contrat. Une
affaire qui le retenoit dans la
Province , recula pour quele
184 MERCURE
4
que temps
la concluſion
du
Mariage
, & l'Amant
, foit par
inconftance
naturelle
, loit
parce
que la Belle
luy parut
toujours
plutoft
obeïr que fuivre
les mouvemens
de fon
coeur , tant elle eftoit refervée
à luy expliquer
ce qui s'y paſ
foit , fe refroidit
infenfiblement
. Il prit même
ailleurs
quelque
attachement
, dont il
voulut
bien qu'on
l'avertiſt
,
pour voir quels
feroient
fes
fentimens
, & fi l'amour
ne
parleroit
point
en elle ; mais
cette infidelité
ne la toucha
point
affez pour l'obliger
à
GALANT: 185
s'en plaindre . Elle le reçut
ainfi qu'elle avoit accoûtumé ,
& dédaigna , quoy qu'on luy
euft dit , de luy faire aucun,
reproche. Ce fut ce qui acheva
de le dégoûter . Abandonné
à luy même , il le donna tour
entier à la paffion qui le fla
toit , & ayant pris congé de
la Belle pour un voyage de
huit ou dix jours qu'il difoit,
preffé , il fe fervit de ce temps
pour le marier fecrettement.
La Mere outrée d'un change--
ment fi peu attendu , entra
dans une colére inconceva-
Juin 1698 .
Q.!
186 MERCURE
•
ble & la Fille le fouffrit
fans témoigner
qu'elle
en fuft
émuë. Elle admira
le caractére
des hommes
, & dit feulement
qu'il eftoit
aisé de voir que
Dieu la vouloit
dans un autre
eftat. Il n'en fallut
pas dire
davantage
pour faire trembler
la Mere. Ce defir renouvellé
de retraite
, luy fit chercher
à
y mettre
un prompt
obftacle
par quelque
autre
engagement
qu'elle
s'empreffa
de
former
pour elle. Ce n'eftoit
pas une chofe
où il luy duft
eftre mal- aifé de réüffir. La
Belle avoit du bien & de la
GALANT. 187
naiffance , & les agrémens de
fa perfonne éclatoient affez
pour ne la pas laiffer fans Amans.
La Mere en eut un en
vûë , fort capable d'inſpirer
une tendre paffion . It la voyoir
depuis quelque temps , & elle
avoit remarqué que le plaifir
qu'il prenoit à eſtre auprés
de fa Fille , tournoit l'habi
bide en neceffité . Elle favorifa
autant qu'elle put ces
premiers effets d'un amour
naiffant , & le voyant affez en
gagé pour ne pouvoir plus renoncer
fans peine à ce qui fla
roit agreablement ion coeur
Q ij
188 MERCURE
elle l'obligea de fe declarer.
On fut d'autant plus furpris
de la declaration qu'il paffoic
pour l'homme du monde le
plus ennemi du Mariage. Il
avoit aimé en divers endroits ,
& les plus jolies perfonnes
n'avoient point efté en pou
voir de le fixer. Comme il
cftoit d'un gouft délicat , il y
découvroit en fort peu de
temps mille défauts qui le faifoient
fuir, & qui l'avoient obli
gé fouvent à dire, que de toutes
les folies que l'on pouvoit
faire , celle de s'engager pour
toûjours eftoit la moins parGALANT.
189
RA
donnable . Il n'en fut pas ainfi
de la Belle. Il eut beau l'examiner
pour trouver dans fon
cfprit ou dans fon humeur , ce
qui l'avoit dégoufté dans toutes
les autres. Elle avoit je ne
fçay quoy de doux & de fim,
ple , qui la rendoit toute accomplie
à fes yeux , & foit qu'-
elle euft rencontré fon foible ,
foit que l'heure d'aimer veritablement
fuft venue pour
luy , quoy qu'il cuft pû faire
pour s'en détacher , il n'avoit
pû en venir à bout La Belle
de ſon coité eftoit affez touchée
de fa paffion pour luy
190 MERCURE
avouër que la feule obeiſſance
ne l'obligeoit pas à l'écouter
auffi favorablement qu'elle
faifoit. Elle receut tous les
complimens qu'on luy voulut
faire fur fon mariage . Le jour
en fut arreſté. On acheta les
habits de Noces , & la Belle
avoit l'efprit content , lors
qu'une Lettre qu'on receut du
Cavalier changea la joye en
triſteſſe , & cauſa une furprife
qui fit parler tout le monde.
Il ne put fe voir à la veille de fe
marier fans faire reflexion fur
les fuites d'un engagement
qui ne finit que par la more
GALANT. rgi
de l'un ou de l'autre . Ces re-
Alexions l'épouvanterent , &
firent fur fon efprit une fi puif.
fante impreffion , que ne pouvant
douter du dégouft qui le
prendroit , quand il ne pourroit
plus y remedier , il réfolut
de ne pas pouffer la chofe
plus loin. If fentoit bien que
tant qu'il verroit la Belle , il
ne pourroit le réfoudre à luy
manquer de parole. Ainfi la
fuite luy ayant paru le feul
moyen qu'il puft employer
pour demeurer libre , il avoit
pris la pofte pour aller en Italie,
& il eftoit déja loin quand
192 MERCURE
la Lettre fut donnée . Il y expliquoit
toutes ces chofes avec
des marques de la plus
vive douleur , comme eftant
forcé de commettre une injuftice
par l'intereſt même de
la Belle , à qui il vouloit épar
gner le chagrin fenfible du
dégouft où fon caractere luy
faifoit connoiftre qu'il tom .
beroit infailliblement , ajoûtant
que pour le punir de l'injure
qu'il luy faifoit malgré
luy , il s'impofoit un exil qui
ne finiroit que quand il auroit
appris qu'elle cuft fait choix
d'un eftat où elle vêcuft heu
reule,
GALANT. 193
proreuſe.
Il eſt aisé de
s'imaginer
tout ce qui fut dit fur un
cedé fi peu ordinaire. La Belle
pria fa mere de luy permet
tre de fe retirer dans un Convent,
afin qu'elle ne differaft
plus à répondre à la voix qui
l'appelloit, mais elle pria inuti
lement. C'étoit luy ôter la vie,
& la douleur qu'elle en fit ра-
roiftre la toucha fi fort , qu'
elle fut enfin obligée de luy
promettre
qu'elle ne fongeroit
plus à l'abandonner
. Čependant
elle vêcut avec beau
coup plus de réſerve pour les
plaifirs permis à fon âge, qu'
Juin 1698.
R
194 MERCURE
elle n'avoit fait auparavant
& fa vertu fe fortifiant par les
épreuves , devint un fujet
d'admiration pour tous ceux
qui la connurent. L'exacte ré.
gularité de fa conduite , &
l'éloignement qu'elle fit voir
pour tout ce qui paroiffoit
tenir de la bagatelle , luy acquirent
une réputation de merite
fingulier, qui fit plus pour
elle , que tous les foins de fa
Mere à luy chercher un Amant.
Un Officier eftimé de
tout le monde , & plus diftingué
par fes belles qualitez que
par fon grand bien & par une
GALANT:
195
Charge des premieres de la
Robe, eftant résolu de fe marier
, crut ne pouvoir faire
mieux que de la choiſir pour
Femme. Il luy fit parler de
fon deffein , & la propofition
fut receuë de fa Famille avec
une joye qui ne fe peut exprimer.
La Belle feule n'en eut
point d'abord. Elle dit plus
d'une fois à fa mere , que plus
le Party luy eftoit avanta,
geux , moins il eftoit de fa
deftinée que la choſe réuſſiſt.
Il n'y avoit cependant aucun
lieu de croire qu'il y furvinſt
des obftacles qui en empê
Rij
196 MERCURE
chaffent le fuccés. L'Officier
eftoit un homme tres lage ,
maiſtre de luy - même de toutes
manieres , qui avoit déli
beré avant que de s'affermir
dans fa refolution , & aprés
s'eftre déclaré auffi hautement
qu'il avoit fait , la legegeté
n'eftoit point à craindre,
Comme il n'avoit fongé à la
Belle que pour eftre heureux
& la rendre heureuſe , il voulut
fe faire aimer avant que
de rien conclurre , & il employa
pour y réuffir des ma
nieres fi honneftes & fi engageantes
, que la Belle ne
GALANT. 197
put fe défendre d'en avoir le
coeur touché. Tout la portoit
à répondre à fon amour . Outre
une tendreffe tres fincere
qu'il marquoit avoir pour elle,
accompagnée de l'eftime la
plus forte , il luy faifoit tous
les avantages qu'elle pouvoit
fouhaiter , & luy affuroit un
rang , qui auroit flaté la vanité
de la plus ambitieuſe.
Les fentimens qu'il cherchoit
à voir en elle ayani affez
éclaté , la chofe fut bien toft
miſe en eftat d'eftre confommec.
L'Officier tout plein
d'amour quitta la Belle à mi-
R iij
198 MERCURE
que
nuit , pour ſe marier à cinq
heures du matin. Le terme
eftoit court , & la мere auffi
charmée fa Fille , luy applaudiffoit
d'avoir perdu deus
Amans , puis que cette perte
luy procuroit une fi haute
fortune. C'eftoit pourtant un
decret du Ciel qu'elle n'en
joüiroit pas. L'Officier , dans
cette nuit- là - même, le trouva
furpris d'une apoplexie fiviolente
, qu'il en mourut deux
heures aprés . Ce coup étour
dit la Belle , qui demeura fans
parole , & ne put trouver de
Larmes pour foulager ſa dou-
1
GALANT. 199
M
leur. Elle paffa trois ou qua
tre jours dans ce trifte eftar,
fans prefque répondre à tour
ce qu'on luy diloit pour la
confoler ; & cette troifiéme
difgrace , plus cruelle encore
que les deux autres
achevant de l'affermir dans la
réfolution d'abandonner pour
toujours le monde , elle alla
le jetter dans un Convent fans
parler de ſon deffein à perſon ,
ne. La mere ayant appris en
quel lieu elle s'eftoit retirée .
y courut en larmes , & n'ou ,
blia rien pour l'obliget à revenir
avec elle ; mais ces lar
Rinj
200 MERCURE
mes furent répanduës inutilement
, & tout ce que fes
tendres remontrances purent
obtenir , ce fut qu'elle ne
prendroit l'habit qu'aprés avoir
éprouvé la vocation pen.
dant une année entiere. Ce
temps n'a fervi qu'à luy donner
plus de force pour execu
ter ce qu'elle avoit réſolu , &
elle a pris le voile depuis
quelques mois avec une joye
qui paffe tout ce qu'on s'en
peut imaginer. Sa Mere vouloit
s'enfermer dans le même
Monaftere , mais il a eſté réfolu
qu'elle n'y feroit receuë
GALANT: 201
qu'aprés que fa Fille auroit
fait profeffion
.
M' Dader a fait un Rondeau
à l'avantage de Mademoiſelle
de Scudery , à qui il
l'a envoyé , avec ce Billet .
Rien n'eft plus capable de gar
gner l'eftime generale que lafcience
la vertu. Les perfonnes qui
les poffedent comme vous , Mademoifelle
, meritent les hommages
de tout le monde. L'Univers qui
leur eft obligé de leurs exemples
de leurs lumieres , les paye de
fon admiration , es les hommes
?
202 MERCURE
qu'elles inftruisent par les Ouvra .
ges qu'elles laiffent à la poſterité ,
font portez à les honorer par reconnoiffance.
Peneiréde ce ſentiment,
j'ofe me flater, Mademoiselle , que
vous approuverez ledefir que j'ay
de vous rendre mes devoirs. J'ay
raifon d'efperer que mes démarches
ne vous déplairant pas , puis que
les perfonnes les plus fameuses
dans l'Empire des Lettres m'en ont
donné l'exemple, Souffrez donc ,
Mademoiselle
, que fans que je.
pretende égaler, par une préfom
ption témeraire , un nombre infini
de gens de merise de diftinction,
qui vous honorent , je vous offre
GALANT. 203
mes reſpects avec eux ; & vous
affure que je fuis tres parfaite .
ment voftre , &c.
A MADEMOISELLE
DE SCUDERY.
RONDEAU.
LEplaifir d'un riche appa
nage ,
Valuft il plus que l'or du Tage,
N'auroit pour moy rien de charmant
;
Faime mieux vivre fimplement,
Sans envie & fans équipage.
Ennemi de tout esclavage,
204 MERCURE
La libertéfait mon partage ,
Mon coeur en aime uniquement
Le plaifir.
Mais , Sapho , lors que j'envifage
La gloire de vous rendre hommage,
Elle fait mon empreffement ;
Fy borne mon attachement ,
Et j'y trouve avec avantage
Le plaifir.
M'Turgot de Saint- Clair ,
Maistre desRequeſtes , fir ces
Vers fur le champ en preſence
de l'Auteur de la Lettre &
du Rondeau , qui luy deman ,
doit une recommandation
GALANT. 205
auprès de Mademoiſelle de
Scuderi , & M ' Dader les luy
porta avec fon Ouvrage.
Sapho , recevez un hommage ,
D'un des Favoris d'Apollon.
Les neufSoeurs dufacréVallon
Portent envie àfon Ouvrage,
Et condamneroientfon courage,
S'il n'eftoit foutenu de voſtre illu .
ftre nom.
Mademoiſelle de Scudery
fit cette réponſe à M'Turgot .
Puis que vous approuve
l'Ouvrage
266 MERCURE
De ce jeune Amant des neuf
Saurs ,
Dont ilconnoiftfi bien les charmes,
les douceurs ,
Il nefautpoint d'autrefuffrage.
Il n'a nul befoin de mon nom
Et voicyfur quoy je me fonde;
C'est que ce qui vous plaiſt, doit
plaire à tout le monde.
Car vous valezbien Apollon.
Réponse de Mademoiſelle
de Scudery au Rondeau
de M' Dader.
Voftre Rondeau , Dader , me paroift
fortjoli ,
GALANT.
207
Le tour en eft galant , le ftile en
eft poli.
Malgré l'excés de ma loïange ,
On ne doit pas trouver étrán,
ge
Que je dife pour le loüer ,
Si Voitare vivoit il pourroit
l'avouer.
Vous ferez fans doute bienaife
de fçavoir de quelles
Troupes le Camp qui fe doit
former au mois d'Aouft pro.
chain auprés de Compiegne ,
fera compofé. Je vais vous
nommer les Corps dont elles
feront tirées.
J'apprens que
208 MERCURE
depuis que celles cy ont eſté
choifies , Sa Majeſté en a
encore nommé d'autres , qui
ne font pas venuës à ma connoiffance
J'ajoûteray
les noms
de ces Corps à ces premiers,
fi.coft que je les fçauray.
CAMP
DE COMPIEGNE.
AQUST 1698.
Mr LE DUC DE BCUFLERS.
Lieutenans Generaux.
M's Rofen.
De Bufca.
GALANT. 209
De Gaffion .
D'Artagnan.
De Crenan .
Maréchaux de Camp.
M's de Marfin .
De Befons.
De Vandeüil.
Davejan .
De Pracontal.
De Surville.
Duc de Villeroy.
Albergotti.
INFANTERIE.
Gardes Françoifes.
Gardes Suiffes .
Bataillons.
6
"
4
Le Roy.
La Reine.
Juin 1693 .
S
3
210 MERCURE
Dauphin.
Humieres.
Lionnois.
Languedoc.
ETRANGERS.
Stoupe.
Greder.
Albergotti.
Peri.
Lée , Irlandois.
Royal Artillerie.
Bombardiers
.
Royal Rouffillon.
3
1
24
2
I
2
12
GALANT. 211
CAVALERIE.
DRAGONS.
Le Colonel General.
Escadrons.
4
Le Mestre de Camp general . 4
Le
Roy.
La Reine.
Paifac.
Hautefort.
4
24
CAVALERIE.
Gardes du Corps .
Gendarmes.
Chevaux legers.
Moufquetaires
.
Gendarmerie
.
Grenadiers.
Carabiniers,
Escadrons.
24
8
1
10
31
212 MERCURE
Meſtre de Camp General. 3
Regiment du Roy.
Royal Etranger.
3
3
Cuiraffers. 3
Cravates. 3
Royal Rouffillon
. 3
Royal Allemand
. 3
La Reine. 3
Dauphin Etranger.
3
27
Bourgogne.
2
Anjou.
Berry .
Orleans .
Souvray.
Talmond.
La Feronaye.
N N N N N N
GALANT.
213
Chartres. 2
Villeroy.
2
2
2
22
2
2
2
N N N 2
2
2N N N N N N A
2
Roquepine.
Noailles.
Condé.
Camille.
Coffé,
Furftemberg.
Bourbon.
Grignan.
Duras.
Du Maine.
Rohan .
S. Pouange.
Toulouſe.
Villequier.
214 MERCURE
Tournefort. 2
26
Regimens nommez le 26. May
1698. pour groffir le Camp
de Compiegne
.
CAVALERIE .
Royal Piémont.
Dauphin Etranger.
Rozen.
MTs de la Valliere.
De Clermont.
Vivans.
D'Auvergne.
Dourche.
De Monroy.
Escadrons.
3.
2
2
2
2
2
20
En tout 36. Bataillons!
Et 150. Eſcadrons
.
GALANT. 215
Vous aurez appris la mort
de M ' le Marquis de Fervaques
, arrivée à Cofne , lors
qu'il alloit aux caux de Bourbon.
Il n'eftoit point marié ,
& laiſſe une grande fucceffion .
Jean de Bullion, fon Bifayeul ,
Secretaire du Roy , originaire
de la Ville de Mâcon , fut Pere
de Jean de Bullion , Maiftre
des Requeftes , qui de Charlorte
de Lamoignon cut Clau
de de Bullion , Marquis de
Galardon , S de Bonelles
l'un des grands hommes de
Robe de ce Siecle , que les
Rois Henry IV. & Louis XIII ,
216 MERCURE
ont employé en diverfes Negociations,
Ambaflades , Trai
tez , & autres affaires impor
tantes . Il fut receu Conſeiller
au Parlement de Paris en 1596.
& fait maiſtre des Requeſtes
en 1605. aprés quoy il eut
l'honneur d'eftre admis dans
le Confeil Privé du Roy en
qualité de Confeiller d'Eſtat
Ordinaire. Le feu Roy extrémement
fatisfait de fes fervicés
, luy donna la Surintendance
de ſes Finances en 1632.
& l'honora enfuite de la garde
des Sceaux de fes Ordres . Ce
Prince voulut faire encore
davantage,
GALANT. 217
davantage , afin de le mieux
récompenfer de ce qu'il avoit
fait pour l'Eftat pendant plus
de trente années . Sa Majeſté
créa en fa faveur un Office.
de Preſident à Mortier au Par .
lement de Paris , & il mourut
en 164G . quatre ans aprés y
avoir efté receu . Il eut cinq
Enfans d'Angelique
& Faure ;
fçavoir , Noël , S ' de Bonelles ,
Marquis de Galardon , François
, Marquis de мonlouët ,
Premier Ecuyer de la Grande
Ecurie du Roy , mort en 1671.1
Pierre , Abbé de Saint Faron
de Meaux ; Claude , Seigneur
Juin 1698.
...
T
218 MERCURE
6
de Longchefae , & Marie ,
Femme de Pompone de Be
liévre II. du nom , premier
Prefident au Parlement de
Paris. C'est du mariage de
l'Aîné avec Charlote de Prie,
Soeur de Madame la marécha
le de la more, Gouvernante de
Monſeigneur le Dauphin &
des Enfans de France , & Fille
comme elle de Louis de Prie ,
Marquis de Toucy , & de Fran ..
çoife de S. Gelais & de Lufignan
, que font venus M le.
Marquis de Bullion , Prevost de
Paris , & M le marquis de Fervaques
qui vientde mourir.
GALANT. 219
M² de Bullion a eſté pourû
du Gouvernement du Perche
& du Maine , qu'avoit feu
M' le Marquis de Fervaques ,
fon Frere , & il en a donné
deux cens mille francs , dont
le Roy a gratifié M ' de Rofen ,
Allemand , Lieutenant General
de fes Armées . Il y a un
fort grand nombre d'années
que Mr de Rofen s'eft attaché
au fervice de la France ;
& comme il a toujours fervi
depuis ce temps - là avec beaucoup
de zele , de fidelité & de
valeur, le Roy quiſçait récompenfer
les fervices , luy a fait
Tij
220 MERCURE
le preſent dont je vous parle ,
fans qu'il luy demandaſtrien ,
fans même qu'il fut à la
Cour, Sa Majefté a augmenté
dans le même temps de douze
mille livres par an , la penfion,
de Madame la Maréchale de la
Mothe, Sa vigilance a toujours
égalé fon zele dans tous les
emplois qu'elle a cus,
L'Hiftoire du Marquis de
Saint - André Montbrun , Capitaine
General des Armées
du Roy, & General des Armées
de terre de la Republique
de Venife , en un volume
in douze , qui vient d'eftre
GALANT. 227
donné au Public , & qui fe
vend chez le sieur Barbin
comprend en abregé les guer
res Civiles que les Religion-
' naires exciterent dans le
Royaume , aprés la mort de
Henry le Grand ; la Guerre
que la fucceffion du Duc de
Mantoue caufa en Italie , la révolte des Valtolle , la
contre
les Grifons ; les Conqueftes
que Gustave Adolphe fit en
deux ans & demi en Allema✨
gne ; ce que nós Armées ont
fait de plus confiderable en
Italie, en Allemagne , en Flam
dre, & en Catalogne ,fous le
Tij
222 MERCURE
regne de Louis XIII. & fous
celuy de Louis le Grand , depuis
1630. jufqu'en 1659. avec
la Relation du fameux Siege
de Candie , que le Marquis de
Saint André a foutenu pendant
dix fept mois . Ce volume
eft rempli de plufieurs
évenemens
curieux , & l'Auteur
ménage affez bien l'Hif
toire generale avec celle de
fon Heros. Le ftile en eft con .
cis & net , & l'on s'inftruit
de beaucoup
de chofes en
même temps que l'on fait
une lecture agréable .
Le S' Brunet , Libraire au
GALANT. 223
Palais , fait faire une nouvelle
Edition de tous les Ouvrages
de M'de Fontenelle , pour les
donner plus corrects & en
meilleur ordre. Il vient de
faire paroiftie celle de l'Hif
toire des Oracles , & donnera
dans fort peu de temps la Plu
valiié des Mondes , avec les Poë
fres Paftorales. Ce dernier volu
me doit cftre augmenté d'un
tiers, & je vous entretiendray
dans une autre Lettre des Pie+
ces nouvelles qu'il doit con
tenir. Le plaifir que vous pre
nez à lire tout ce qui vient de
M' de Fontenelle , me fair
Tiiij
224 MERCURE
croire que vous me fçaurez
gré de l'avis que je vous donne
de cette augmentation .
Sa Majesté ayant réſolu de
chercher le merite par tout
où il le découvrira
, fans
s'attacher uniquement à la
Cour , a nommé M Vittement
, Recteur de l'Univerfie
té, pour eſtre Lecteur de Monfeigneur
le Duc de Bourgo
gne , & M' l'Abbé le Fevre
pour eſtre Sous Precepteur
des Princes Enfans de France.
Les bonnes moeurs de l'un
& de l'autre , & leur étudition
ont fait tomber fur eux cet
GALANT. 225
honneur , que non ſeulement
ils ne demandoient point ,
mais qu'ils n'efperoient pas
même. M'de Puyfegur , Lieu .
tenant Colonel du Regiment
du Roy, & major general des
Armées de Sa Majefté , & M'
de Monvielle , Capitaine au
même Regiment , ont efté
nommez en même temps
Gentilshommes de la manche.
Ils font fort diftinguez
dans leurs Emplois ; mais ce
qui leur donne encore un fort
grandmerite , c'eſt une probité
particuliere , qui fait éclater
en eux le caractere d'hon,
neſte homme.
226 MERCURE
Le Roy ayant fait offrir au
Roy d'Eſpagne , par deux mes
moires differens , prefentez
par Mile Marquis d'Harcours
fon Ambaffadeur
, d'envoyer
des Galeres & des Vaiffeaux
en tel nombre & de telle may
niere que Sa Majeſté Catholique
jugeroit à propos , pour
porter
des fecours à Ceuta &
à Oran , le Confeil d'Etat s'é
tant affemblé ſur ce fujer , de
dix voix dont il eftoit compo
fé, il y en a eu fept pour accepter
le fecours offert . Cependant
la réponſe n'a pas efté
tolle que le Confeil l'avoit
GALANT. 237
réfolue , & le Cardinal de
Cordoue ayant efté donné
Commiffaire à M' le Marquis
d'Harcourt , felon l'ufage d'Ef
pagne , qui donne un Commiffaire
à chaque Ambalfadeur
auffi toft qu'il eft arrivé
, il a répondu
à celuy de
France , par un écrit du 30 .
May , que le Roy d'Espagne
,
à qui il en avoit fait le rapport,
avoit témoigné
beaucoup
de
reconnoiffance
de ces marques
du zele & de la fincere
amitié du Roy Ties - Chreftien
; mais que les attaques
des mores ne donnant
encore
228 MERCURE
aucun fujet de craindre pour
ces deux Places, on attendroit
à une autre occafion à fe fervir
de ces offres , ce qu'on ne
manqueroit pas de faire en
cas de befoin , & que Sa Majefté
Catholique chercheroit
de fon cofté teus les moyens
d'entretenir l'union & la bon.
ne intelligence entre leurs
Majeftez. Le peuple a eſté
charmé des offres du Roy de
France, & a fait connoître que
files Mores prennent Ceuta , il
n'aura pas lieu d'eftre content
de ceux qui ont refuſé un ſe
cours qui leur auroit feure
GALANT. 229.
ment fait, lever les deux Sie-)
ges qu'ils pourfuivent depuis.
fi longtemps , & avec tant d'opiniâtreté.
L'Entrée publique de M'le
Comte de Tallard , Ambaffa.
deur Extraordinaire de France
auprés de S. M. Britannique
, fe fit à Londres le 26. du
mois dernier. Cet Ambaffa.
deur le rendit avec fa fuite à
Greenwich , qui eft un fort
beau Village à deux milles de
Londres , fur le bord de la Tamiſe.
Une demi . heure aprés .
fon arrivée , le Comte de
Macklesfield,accompagnédu
230 MERCURE
Chevalier Cotterel , Maiftre
des Ceremonies , le vint complimenter
au nom du Roy
& aprés un magnifique dîné ,
où il y eut deux tables , l'une
de vingt couverts , & l'autre
de feize , on s'achemina vers
la Riviere par une marche
qui fe fit fur deux colom .
nes . Les François formoient
la droite , & les Anglois la
gauche. On trouva au bord
de la Tamife trois Berges
magnifiques , que le Roy
avoit envoyées . M' l'Ambaf.
fadeur y ayant pris place ,
ainfi que tous ceux qui l'ac-
*
GALANT: 230
compagnoient , on remonta
la Riviere jufqu'à la Tour, où
l'on arriva au bruit du Canon
des Vaiffeaux & de la Tour.
On y trouva le grand Etendard
d'Angleterre déployé ,
& apres que Milord Lucas ,
qui en eft Gouverneur , eur
complimenté Son Excellence,
on monta en Caroffe , & la
marche commença par celuy
du Comte de Macklesfield ,
où eftoient les Officiers du
Duc de Nortfolk , Comte-
Maréchal des Ceremonies , &
conducteur de la marche. Ce
Caroffe eftoit fuivi de deux
232 MERCURE
Heraults d'Armes. Les Valets
de pied de M le Comte de
Tallard paroifloient enfuite
au nombre de dix - huit, ayant
lamême livrée que les Pages,
qui eftoient veftus d'écarlate ,
avec des galons d'or & un
velouté vert. Il y en avoit fix,
tous fort bien montez , & ayanc
chacun un plumet blanc-,
L'Ecuyer de M' l'Ambaffa
deur eftoit à leut tefte , ac.
compagné d'un Sous Ecuyer ,
& tous deux aufli tres bien
montez. Ils précedoient le
Caroffe de S.M. B. où eftoient
M'l'Ambaſſadeur, ayant Mile
GALANT. 233
2
Comte de Macklesfield à fa
gauche , & les Maitres des
Ceremonies fur le devant. Enfuite
marchoient , le caroffe
de S. A. R. Madame la Princeffe
de Dannemarck , celuy
de S. A. R. M le Prince de
Dannemarck , dans lequel é
soient M' le Marquis de la
Baume , Fils de M le Comte
de Tallard , M le marquis de
Guifien , & Mole Marquis de
Laflé. Le premier caroffe de
M' l'Ambaſſadeur eftoit vur
de , & attelé de huit grands
chevaux gris . C'eftoit une ris
che : fculpture dorée for un
• Juin 1698,
V
234 MERCURE
fond rouge de corail , avec le
dedans de velours cramoifi à
fond d'or. Ce Caroffe avoit
un éclat qui attiroit les regards
de tout le monde. Le
fecond , attelé à huit chevaux
Anglois , & le troifiéme à fix ,
eftoient remplis de Gentilshommes
de la Maiſon de Son
Excellence. Aprés cela marchoient
les caroffes des Ducs
d'Ormond , de Devonshire ,
de Saint Albans , de Grafton ,
de Bedford , du Garde du
Sceau privé , & de plufieurs
autres Seigneurs , ce qui mon
toit à plus de quarante , tous
GALANT. 239
à fix chevaux . Ce cortege alla
de la Tour à l'Hoftel des Ambaſſadeur
, c'eſt à dire , d'un
bout de Londres à l'autre.
Toutes les rues eftoient bors
dées de monde , & les Balcons
remplis de Dames parées La
marche dura quatre heures.
Mile Comte de Tallard eltang
arrivé à l'Hoftel destiné pour
le recevoir , y fut complimen
ré au nom de Sa Majefté Bri
tannique , par Milord Durs
fley ; au nom de Madame la
Princefle de Dannemarck par
Milord Fitz- Hardindg , lon
premier Ecuyer, & au nom du
V ij
236 MERCURE
Prince Dannemarck par Milord
Lawre,fon premier Gen
rilhomme de la Chambre . On
fervit enfuite une Table pour
S. E. dont le Maître des Cerémonies
fit les honneurs. Une
feconde fut fervie pour la No
bleffe de fa fuite , dont le Maréchal
fit les honneurs , & deux
autres pour les Officiers de fa
Maiſon. On but à la fanté des
Rois de France & d'Angleter
re , au fon des Tambours , des
Timbales , & des Trompettes.
Ce Régale qui fut des plus
magnifiques , dura depuis le
Lundy 26. May jufqu'au Jeu
GALANT . 237
dy 29. jour deſtiné pour l'Audience
. M' l'Ambaffadeur fut
conduit à Windfor avec le même
Cortege. Il entra dans les
cours du Château en Caroffe,
& fut lalué par la Garde de
'Infanterie qui eftoit fous les
armes. Le Chevalier Maréchal
ou Grand Prevoft de la
Cour, le receut à la defcente
du Caroffe & le conduifit juf
qu'à la Chambre d'Audience ,
où il fut receu par le Grand
Chambellan. Il fit fon compliment
& prefenta les Lettres
de créance avec les cerémonies
ordinaires. L'Audience
238 MERCURE
finie, il fut traité magnifique.
ment à dîner par ordre du
Roy , avec un grand nombre
de Milords. Le mefme jour
il revint à Londres dans fon
Hostel , qui est un des plus
beaux de la Ville Le Vendredy
on le conduifit à l'Audience
du Prince & de la Princ ffe de
Dannemarck, & le Samedy31.
il receut les Vifites des Ambaffadeurs
Depuis ce tempslà
il a eu l'honneur de manger
plufieurs fois avec leRoy . Jou
bliois de vous marquer que
le jour de fon Entrée il fit de
grandes largeffes.
GALANT. 239
Je vous ay parlé de l'Audience
de congé de Milord
Portland , mais je ne vous
ay pas dit qu'avant fon départ
il a receu de la part du
Roy le Portrait de Sa Majeſté
enrichi de Pierreries , eftimé
foixante mille livres. 11 eft
party comblé des bons traitemens
qu'il a receus en cette
Cour , & des manieres honneftes
dont les François en
ufent avec les Étrangers . Il a
efté regalé de la plus grande
partie des Perfonnes les plus
diftinguees , & a eu l'honneur
de chaffer avec Monseigneur
240 MERCURE
·
le Dauphin,& de manger avec
ce Prince , ainfi qu'avec Son
Alteffe Royale Monfieur. Ila
paffé par Chantilly en s'en
retournant , & Monfieur le
Prince l'a traité avec une
fomptuofité qu'il feroit diffi
cile d'exprimer. Perfonne n'i
gnore que la magnificence ,
la delicateffe , l'ordre & le bon
gonft regnent dans tout ce
que Son Alteffe Sereniffime
entreprend. Je ne vous fais
point de détail de ce qui s'eft
paffé à Chantilly , parce que
cette Felte a esté accompagnée
de tant de circonstances,
qu'il
GALANT: 24t
qu'il me feroit impoffible de
de n'en pas omettre plufieurs;
ainfi j'aime mieux ne vous en
parler qu'en general , que de
vous en donner une Relation
imparfaite, Sije puis enavoir
une où je fois affuré que rien
ne manque , je vous en feray .
part au premier jour.
La Chanſon qui fuit eft du
temps. Je croy qu'on la chantera
dans voftre Province avec
autant de plaifir qu'on la
chante icy.
Juin 1693.
X
1
242 MERCURE
CHANSON NOUVELLE
1:
" Out eft calme fur later.
T
re,
Nous ne craignons plus les
hazards.
Après une filongue&fifanglanie
guerre
La Paix a triomphé de Mars.
Louis le Grand en a toute la
gloire.
Heureux qui vit fous faloy,
Et qui peut s'écrier en ne ceffant
de boire ,
Vive le Roy, vive le Roy.
GALANT:
243.
Le mariage de m' le Marquis
de la Valliere avec Mademoiſelle
de Noailles , quatriéme
Fille de M' le Maréchal
Duc de ce nom , fe fit à Verfailles
la nuit du 15. aú 16. du
mois paffé à l'Hoftel de Madame
la Princeſſe de Conty la
Douairiere , qui en a voulu
prendre tout le foin. Monfeigneur
luy fit l'honneur de la
prendre au Chafteau , & de la
mener dans fon Caroffe à fon
Hoſtel, où ils le rendirent vers
les neuf heures du foir le Di
manchers. Monfieur le Prince
de Conty eftoit avec eux . Les
X ij
244 MERCURE
Epoux & les Parens arrivérenc
un peu aprés, Ils furent auffi
toft fiancez dans la Chapelle
de l'Hoſtel , aprés quoy Mon
feigneur eftant allé fouper
chez le Roy , le fouper que
Madame la Princeffe de Conry
donnoit fut fervi dans un
Salon fort éclairé , comme
tout le reste de l'Appartement
, qui confifte en fept
grandes pieces & en une galerie.
Il y avoit deux tables en
ovale de vingt couverts cha
cune , fervies également & en
même temps Chaque fervice
eftoit de vingt plats. Madame
GALANT 245
Ja Princeffe de Conty avoit a
fatable les Fiancez & leurs
plus proches Parens , hommes
& femmes. Monfieur le Prin
ce de Conty eftoir à cette ra
ble. Madame eftoit au milieu,
& avoit à fa droite Mademoi
felle de Lifebonne , Madame
la Maréchale de Noailles , &
Monfieur le Prince de Conty.
La Fiancée eftoit immediate
mentà la gauche , M ' le Comte
d'Ayen & le Fiancé fuivoient.
Le repas finy , la Mufique qui
eftoit preparée dans la Galer
rie commença , & dúra juf
qu'aprés minuit. Monfei
X iij.
246 MERCURE
>
gneur arriva un peu avant la
fin de cette mufique , & lors
qu'elle fut ceffée , Madame la
Princeffe de Conty alla avec
les Fiancez & les Parens à la
Paroiffe , où le fit la celebration
du mariage par m¹le Curé
de Verfailles , qui les avoit
fiancez . A leur retour Monfeigneur
qui eftoit demeuré
à l'Hoftel , fir l'honneur au
Marié de luy donner la che
mile; Madame la Princeffe de
Conty en fit autant à la Ma
fiée .
·
Le lendemain , Montei
gneur luy vint faire compli
GALANT 347
•ment , & dîna chez madame la
Princeffe de Conilyen for
• Hoffel , où le marié mangea
avec luy. Elle reçut enſuite
pendant toure l'aprésdînée
les
complimens
de toute la Cour ,
&& entre autres de monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
Monfeigneur
le Duc d'Anjou ,
•Monseigneur
le Duc de Berry ,
Monfieur , Monfieur le Duc de
Chartres , Monfieur le Prince
de Cunty, Madame la Princefe
de Conty , & Mademoiſelle
de Conty. Monfieur le Duc
& Madame la Ducheffe du
Maine y vinsent anfli.
L
X iiij
248 MERCURE
Mi le marquis de la Valliete
jouit depuis la mort de fon
Pere , du Gouvernement de
la Province de Bourbonnois,
dont Moulins eft la Capitale.
Madame la Princeffe Douairiere
de Conty , dont il a
l'honneur d'eſtre Couſin germain
, outre l'avantage qu'elle
luy a procuré en faisant ce
mariage , d'eftre Menin de
Monſeigneur , avec douze
mille francs de penfion du
Roy , luy a donné le Duché
de la Valliere , fous le bon
plaifir du Roy , qui en a don .
né fes Lettres patentes
, enreGALANT.
249
giftrées au Parlement. Il entre
en jouiffance des revenus
de ce Duché au premier
Juillet prochain , fans
avoir qualité de Duc. Cette
Terre eft en Touraine , &
confifte en deux Comtez ,
Vaujour & Saint Chriſtophe ,
achetez & unis par le Roy,
fous le titre du Duché de la
Valliere , pour Madame la Ducheffe
de la Valliere , & fes
Enfans. Ainfi il a falu des
Lettres patentes du Roy pour
autorifer la donation
1
que мa- dame
la Princeffe
de Conty
en a faite
à ſon Coufim
250 MERCURE
Voicy les noms de quelques
perfonnes diftiguées de l'un &
de l'autre Sexe , mortes pent
dant ce mois , & fur la fin du
mois paffé.
Dame Geneviève de Bu
gnons , Epoufe de Meffire Emery
de Bragelongne , S' des
Quches. Elle eftoit Fille de
Jacques de Bugnons , waiſtre
des Comptes , & laiffe plufieurs
Enfans , entre lefquels
elt Charles de Bragelogne ,
Chevalier de Malte , & Capiraine
de Cavalerie.
Le Pere Martin , Louis de
Bourlon , ChanoineRegulies
,
GALANT. 251
Docteur en
& Abbé de Saint Leger de
Soiffons , où il est mort âgé
de foixante & treize ans. Il
eftoit Frere de défunt Charles
de Bourlon
Theologie , & Evêque de
Soiffons , Fils de Mathieu de
Bourlon , Maistre des Com
pres , & de Chreftienne Bailly,
Fille de Charles Bailly , Pref
dent des Comptes.
Y
Melfire Claude - Albert
d'Arbois , Seigneur de Rom
mery , l'Eheries
l'Argi
liers , Olignon , & c . Licu ,
tenant des Gardes du Corps,
Brigadier des Armées du Roy,
252 MERCURE
*
Grand Bailly duSoiffonnois , &
Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis . Ieft mort à la foixante
troifiéme année de fon âge,
en paffant par Luzarche, pour
fe trouver à la derniere revûë
des Gardes du Corps du Roy,
& aprés avoir mis la Brigade
en eſtat de paroiſtre devant Sa
Majesté . Le Roy luy a rendu
juftice en dilant qu'il avoit
perdu un de fes meilleurs Of
ficiers. I eft generalement
regreté de ceux dont il a efte
connu , s'eftant toujours pi
qué de la qualité de bon Ami ,
qu'il avoit dans un fouverain
GALANT: 253
degré. Il eftoit d'une probité
reconnue , d'une valeur qui
alloit jufqu'à l'intrepidité,d'u
ne habileté fort grande dans
le métier de la guerre , peude
perfonnes entendant auffi
bien les marches que luy Le
fang froid qu'il avoit dans
l'action ne l'empêchoit point
d'y faire paroiftre fon coura,
ge.Sagenerofité pour lesAmis
ne s'eft jamais démentie , &
luy a fait meriter à la Cour le
furnom de Protecteur des abfens,
Une preuve inconteftable
de fon merite , c'est que
de fimple Garde du Roy , il
a
254 MERCURE
eft parvenu par tous les grades
à en eſtre Lieutenant , && à
commander le Corps où il
avoit obey.
Mellire Jerôme de Bragelongne
, Confeiller au Parlement
de Mets, puis en la Cour
des Aides de Paris . Il avoit
foixante & quinze ans , & a cu
quelques Enfans , qui font
tous tous morts avant luy. I
eftoit Fils de Jerôme de Bragelongne
, mort Doyen des
Confeillers de la Cour des Ai
des , & de Madeleine Lavocat ;
& Petit fils de Jacques de Bragolongne
, Maiftre des Com
GALANT. 25
pres , & de Barbe Robert.
Dame Marguerite - Gene.
viéve Gayant, Veuve de melli.
re Antoine Daquin , Seigneur
& Comte de Jouy , Villaras ,
les Loges , & autres lieux ,
Confeiller d'Etat Ordinaire,
& premier medecin du Roy.
Elle eftoit Niece de défunt
M' Valor, auffi premier méde
cin du Roy, & laiffe pour En
fans Antoine Daquin , S ' de
Chafteaurenaud
, Preſident au
Grand Confeil, Louis Daquin ,
Evêque de Frejus, N. Daquin,
cy devant Capitaine aux Gardes
, Marie - Angelique Da256
MERCURE
quin , Epoufe de Louis - Rollin
Roulier , maistre des Requeftes
, & deux Religieufes.
Dame Marie - Françoife
Charreton , Epoule de Meffire
Louis le Boultz , Seigneur de
Ronferay & de Marigné , maiftre
des Requeftes. Elle eftoit.
Fille de Louis Charreton , S.
de la Douze , Prefident aux
Requestes du Palais , mort
Doyen du Parlement , & de
Marguerite Renouard , Fille
deNoël Renouard, Correcteur.
des Comptes , & Petite- fille
d'André Charreton , aufli Con.
feiller au Parlement . Elle laiffe
GALANT 257
deux Enfans , fçavoir Jean,
François le Boultz , Confeiller
au Parlement, & N, le Boultz,
Epouſe de M Boiftel , Con,
feiller au Parlement.
L
Meffire Achilles Barentin,
Seigneur de Mons , Confeiller
en la Grand'Chambre . Il'avoir
époulé N. Quatrehommes ,
Fille de Louis
Quatrehommes,.
Doyen des Confeillers de la
Cour des Aides , dont il a plu
heus Enfans entre autres N
Barentin, Veuve de M'Demar
tin de Malify , Capitaine aur
Gardes, leftoit Frere de Jac
ques HonoréBarentin , Doyen
Fuin 1.69.8.
Y
258 MERCURE
des Preſidens du Grand Con
feil , & de Marguerite Baren
ein , Epouſe en premieres No
ces de Charles de Souvré, mai
quis de Courtenvaux, dont eft
venuë madame la marquife de
Louvois , & en fecondes Noces
d'Urbain de Laval Mar
quis de Boisdauphin. Ils font
Enfans de Charles Ba
rentin , Seigneur de Villeneuve,
Maistre des Comptes , &
de Madeleine de Kerquifinem ,
Dame d'Ardivilliers, & Petits .
Enfans de Charles Barentin ' ,
Maistre des Requeſtes , & de
Madeleine Carre.
tou
GALANT. 249
Meffire François Guillaume
, Vidame de Chalons ,
Confeiller au Parlemene, de la
Seconde des Enquettes. Il eſt
mort fans alliance.
M le Prince de Montbafon
a épousé Mademoiſelle de
Chasteau Thierry , la dernie
-re des Files de M le Duc de
Boüdlon , Grand Chambellan
de France. La ceremonie des
Fiançailles fe fit dans le Cabinet
du Roy le 24 de ce mois,
par Mr le Cardinal de Coil-
Jin , Evêque d'Orleans . On
revine enfuise à Paris , où ily
Y ij .
260 MERCURE
cut un fort grand Soupé.
L'affemblée eftoit nombreufe
& des plus illuftres . Lelendemain
le mariage ſe fit à Saint
Sulpice. Je ne vous parleray
ny de la grandeur des Mailons
des Mariez , ny de leurs alliances.
Ils en ont avec tant de
Souverains & de perfonnes
du plus haut rang , que ce détail
demanderoit un volume
entier. Je vous diray feulement
qu'Hercule de Rohan ,
Duc de Montbafon , Pair &
Grand Veneur de France ,
Chevalier des Ordres du Roy ,
Gouverneur & Lieutenant ge.
GALANT, 261
neral pour Sa Majeſté de la
Ville de Paris & de l'lfle de
France , époufa en premieres
Noces Madeleine de Lenoncourt
, Fille unique de Henry
de Lenoncourt , Chevalier des
Ordres du Roy , & de Fran ,
çoile de Laval Boifdauphin ,
dont il eut Louis de Rohan
VII, du nom , Prince de Guemenés,
Duc de Montbafon ,.
Chevalier des Ordres du Roy,
Pair & Grand Veneur de Fran-
Ice , & marie de Rohan , qui
eftant Veuve de Charles d'Albert
, Duc de Luynes , Pair
& Conneftable de France ,
1262 MERCURE
époula Claude de Lorraine,
Duc de Chevreule. Du fe-
: cond mariage d'Hercules de
Rohan , Duc de montbafon ,
fair en 1628 avec Marie de
Bretagne , Fille de Claude de
Bretagne , Comte de Vertus ,
fortit François de Rohan' ,
Prince de Soubife. Louis de
Rohan VII. du nom , Duc
de Montbaion mourut an
1667 laiffant d'Anne de Rohan
, Princeffe de Guemèné ,
fa Coufine- germaine, Charles
& Louis de Rohan, Charles
de Rohan , Duc de Montbafon
, Prince de Guemené,
GALANT. 263
Comte de Montauban , na
époulé Jeanne - Armande de
Schomberg , Fille de Hen y,
Comte de Nanteuil - le Haudouin
, Maréchal de France ,
& d'Anne de la Guiche , fa fe
conde Femme, De ce mariage
eft forti Charles de Rohan ,
Prince de Guemené , marié
en premieres Noces avec mar
rie - Anne d'Albert . Luynes,
Fille de Charles - Louis Duc
de Luynes , & en fecondes
Noces , le z Decembre 1679 .
avec Charlote - Elifabeth de
Cochefiler , Fille du Comte
de Vauvincux . C'eft d'elle
-
264 MERCURE
qu'il a ea Mle Prince de
Montbafon , qui vient d'époufer
Mademoitelle de Chafteau
Thierry. La jeuneffe de cette
Illuftre Mariée a efté formée
au Convent des Dames Religieufes
de Port Royal de Pa
ris. Elle n'en eft fortie que
pour aller quelquefois à Ver
failles , où elle a brillé dés qu'
elle a paru. On y a également
admire fa taille , fon air , & fa
beautés mais par deffus tour ,
fa modeftie & la douceur , qui
font qu'elle feule ignore ce
que tout le monde voit en elle .
Quoy qu'elle foit extrémement
GALANT. 265
ment jeune , il ne luy manque
rien des qualitez de l'ame qui
peuventalfortir un fi bel exte
rieur.
Mademoiſelle de Bofmelet
a épousé le Fils de M❜le Duc dé
la Force , qu'on appelle Duc
de Caumonr , Mile Duc de la
Force , fon Pere , luy ayant
bien voulu ceder fon Duché.
Il n'a que vingt - deux ans , &
eft Colonel Mademoiſelle de
Bofmelet eft une heritiere fort
riche , Fille unique de Meffire
Jean Buffelin , Seigneur de
Bofmelet , Prefident au Mortier
au Parlement de Rouen,
Juin 1698.
Ꮓ
266 MERCURE
& de Dame Renée de Chavi
gny ,Soeur de Madame la Ma.
réchale de Clerembault , &
Fille de Leon Bouthillier ,
Comte de Chavigny & de Buzançois
, Secretaire d'Etat , &
grand Treforier des Ordres
du Roy,
BM' de Rofen , Fils de M'de
Rofen , Lieutenant General
des Armées du Roy , s'eft marié
prefque dans le même
temps. Il a époufé Mademoifelle
de Grammoemoi-
Francomtoile
, & proche Parente
de M'l'Archevêque de Befançon
, & de rrois Officiers de
GALANT 267
Dragons de même nom , qui fe
font diftinguez par une gran
de valeur, & par la beauté des
Regimens quils ont comman
dez. Il en refte un qui eft Maréchal
de Camp.
Le Frere de Mile Comte de
Tallard , Ambaſſadeur du Roy
en Angleterre , a traité avec
M' le Comte de Marcin , de
la Charge de Capitaine Lieu
tenant des Gendarmes Ecof.
ſois , dont il a obtenu l'agré,
ment du Roy.
·
Voicy une augmentation
d'Infanterie , faite le 22. de ce
mois , pour le Camp de Com
piegne.
Zij
268
MERCURE
Picardie,
Bataillons.
Bourbonnois,
Toulouſe,
Poitou ,
Coaquin ,
Le Maine ,
Navarre ,
Normandie , ou autre ,
La Couronne
Bourbonnois
, fecond B.
Rouergue ,
La Chaftre ,
3
18 B.
Le même jour 22. le Roy
ajoûra fix Maréchaux de ,
Camp aux huit qu'il avoit
GALANT. 269
déja nommez. Ces Maréchaux
de Camp font,
Mrs de la Motte .
Loëmaria.
Courtenvaux .
Le Marquis d'Alegre.
Le Comte de Roufli.
Le Marquis d'Antin .
- Fay oublié de vous dire que
M' le Marquis de Crequi eft
du nombre des Lieutenans
Generaux.
2
Le mot de l'Enigme du
mos paffé eftoit la lettre E.
Ceux qui ont trouve font ,
Mrs de Pomponne , Lieute
nant de la Colonelle du Regi
$
Z iij
270 7 MERCURE
;
ment Lionnois ; de Fraifiere ,
Capitaine au même Regiment
l'Abbé Gargaraile
Chanoine de
Quimpercoranrin
; l'Abbé de Richeville ,
Chanoine de Saint Germain
de Bonnes , l'Abbé Colaffe
de la rue de la Huchette ; de
l'Iſle d'Origny de Morlaix en
Bretagne ; Bonnard de l'Eveche
d'Angoulême ; Burette
Muficien ; Gautier de la rue
Coquilliere ; Chaumont Chi ,
rurgien de Breffe , Dauton de
Vaugirault ; le Févre Maiftre
Ecrivain , ruë Guerinboiffeau ;
de Cocquiel ; Charles de 1
in43
GALANT 271
ruë de l'Arbre-fec , Bardet de
I'Hofpital du Mans ; Rochet
de la rue de Lamoignon , le
Procureur General de Nogent
fur Seine , & fes deux aimables
Soeurs de la rue des Juifs,
le Galant aux Plumes bleues
du Pont Saint Michel ; le petit
Moufle ; le petit Martinet de la
Cité, & fon Ami de Langres:
fe jufte Augure de l'avenir ,
Amant fidelle de la charmante
mimy; le grand Gibaze
du quartier Saint Paul, l'aimable
Etourdy. Meldemoiſelles
Javotte Ogier , du coin de la
rue de Richelieu, la plus agréa
Zij
272 MERCURE
ble & la plus fpirituelle Dame
de la même rue , & fon Gendre
, Maistre des Comptes ; la
jolie Veuve de la même rue ,
du cofté des Quinze vingts ;
Defponde de la rue de la Licorne;
Guillot & fon Ami Martin
, de la rue des mauvailes paroles
; la belle Ecrivaine du
quartier Saint Antoine ; l'a
gréable Indolente de la raë
S ; la mufe nouvelle de la rue
Malere , montagne Sainte Ge
nevieve , la petite, Nanette de
Nantes . demeurant rue Res
couvrance à Orleans ; la peritite
Barbette du Parvis ; l'aiGALANT
273
mable Marote & fon Ami,
l'Enclume du Parvis , & lon
Amie la petite Jolie du Cloi
fre ; la Belle fans beauté; l'Indifferente
à elle même du
Pont S Michel , & la Fée , De
vinereffe du Marais,
·
Je vous envoye une Enigme
nouvelle , à mon ordinaire ,
pour divertir vos Amies
ENIGME .
E fais de quelques gens les plus
JEfaisant
cheres delices ,
Mon corps fec & livide a pour
Jeux des attraits.
274 MERCURE
Malangue en mouvement ne
trouve jamais ,
S
Mais mes yeux pour parler me
rendent cent offices.
2
Je tire encor du vent de ſignalez
Services,
Et quandfur mon Berger Venus
lance fes traits ,
Et qu'il veut avec moy calmerfes
feux fecrets ,
Je chance de l'amour les douceurs,
·les fupplices.
S
Plus les baifersfont doux, &plus
douce eft ma voix ,
Elle fait l'agrément des hameaux
& desbois.
GALANT: 275
On voit mes yeux s'ouvrir , fe
fermer quand je chante.
S
Je nefçay point parler , mais qui
weur à la fois
Tendrement me flater de la bouche
& des doigts ,
Il en devient muet , me rend
éloquente,
Je vous envoye une fecon
de Chanfon . Elle eft d'un ha
bile Muficien.
D
276 MERCURE
AIR NOVUEAU.
Eune Iris , que vous eftes belle,
Et que mon coeur est amoureux!
Que je m'eftimerois heureux ,
vous n'eftiez pas fi cruelle !
A quoy vous fertde charmer
Si vous ne fçavez aimer ?
Il y a quelque temps que je
Vous appris que Madame de
Tellé avoit elté benîté Abbeffe
de la Trinité de Caën .
Madame de Cochefilet , Tante
de Madame la Princeffe de
Guemené , qui s'eftoit démiſe
de cette Abbaye , à cauſe de
GALANT. 277
210
fon grand âge , aprés l'avoir
gouvernée pendant un fort
grand nombre d'années , avec
tous les foins & toute l'exactitude
qu'un pareil employ
peur demander d'une perlonne
veritablement pieufe , eft
morte depuis un mois . Sa patience
a éclaré dans la longue
maladie , pendant laquel
le tous les fentimens ont efté
portez à Dieu , de la maniére ,
du monde la plus édifiante &
la plus fainte . Elle a demeuré
quatre jours à l'agonie , &
comme il y avoit fort longtemps
qu'elle fe preparoit
278 MERCURE
ce grand paffage , elle avoit
fait imprimer les Billets que
4'on a diftribuez pour faire
prier Dieu pour elle , & avoit
écrit de fa propre main les
noms de ceux à qui elle ſouhaitoit
qu'ils fuflent portez.
Tous les Ouvrages d'Ettmuller
font fieftimez & fi bien
reçus du Public , que le Sieur
Amaurry , Libraire à Lyon
redouble fes foins pour les faire
traduire en noftre langue.
Il nous a déjà donné la Pratique
Generale de Medecine
de tout le Corps humain , la
Pratique fpeciale fur les mala.
GALANT 279
dies propres des hommes , des
femmes & des petits enfans ,
& la Pharmacie raiſonnée de
Schroder , avec les Instituts
de Medecine , & il vient de
nous donner La Methode de
confulier depreferire lesformu
les de Medecine , Oeuvre Poft
hume du même Ertmuller , &
d'autant plus utile qu'il eft abfolument
neceffaire à un Medecin
de fçavoir l'art de com
pofer les Medicamens , & la
maniére dont on les prépare
dans les boutiques , pour faire
executer les ordonnances .
Ceux qui regarderont cette
280 MERCUR E
Methode comme une choſe
de peu d'importance , feront
convaincus de leur erreur
lors qu'en pratiquant ils fentiront
la peine qu'il y a de
prendre fon parti , & d'ordon
nerjutte. On entafle quelquefois
divers ingrediens contraires
les uns fur les autres , faute
de connoiftre les facultez &
les preparations des remedes,
tant ſimples que compoſez , &
pour remedier à ces inconve
niens , Etcmuller a établi cer
taines regles dans la Methode
dont je vous parle , qui eftant
bren obrervées , donnent le
GALANT.
281
moyen de faire fans peine des
formules juftes & exactes .
Elle fe debite chez le Sieur
Guignard , rue S. Jacques à l'Image
de S. Jean , & chez le S
Brunet , Libraire au Palais.
L'on doit donner inceffam .
ment , le Traité du bon choix des
Medicamens de Ludovicus , commenté
par Ettmuller , & l'on
travaille actuellement à la
nouvelle edition de tous les
ouvrages du même Ettmuller ,
qui fera en trois gros Volumes
latins infolio , augmentez de
plus de la moitié de ce qui fe
trouve dans les Editions qui
Juin 1698.
A a
282 MERCURE
N
ont paru juſqu'icy , le tout fur
des Manufcrits de l'Auteur ,
& mis en ordre par de tres habiles
medecins. Je fuis voftre ,
&c.
I'S
A Paris , ce 30. Juin 1698.
+3
宮
$252 5252 522525252
TABLE.
P
Relade.
Ode.
Sar la revolution des Saifons . 21-
Questions fur l'Hiftoire ancienne de
la Franche- Comté.
Elemens du TriƐtrac.
43
$8
Lettre touchant la Societé des Lan-
77
ternifies , & quelques autres Compagnies.
Reception faite & Mr l'Evefque de
Troyes dans fon Evefche.
Conferences publiques .
9.4
98
Si l'Amour eft plus fort que l'Eloquence.
Mori.
100
III
'Aa ij
TABLE.
Hiftoire de l'Edit que l'Empereur -~
de la Chine a donné eu faveur de
la Religion Chreftienne .
Accord fait entre Alcidor & Uranie.
123
140
Sonnet contre le feu de la Baſſorie.
Carte de la Prevostè , Vicomté ,
Prefidial de Paris.
149
Sur le fcrupule de fe maxier dans le
mois de May.
Hiftoire.
Ouvrages Galans.
156
179
201
Etat des Troupes qui doivent compoferle
Camp de Compiegne . 207
Mort de Mr de Fervaques.
Prefent fait par le Roy.
215
219
Hiftoire du Marquis de S. André
Moubrun. 220
Nouvelle Edition de plufieurs ouvrages
de Mr de Fontenelle. 222
•
TABLE. T
Charges données par le Roy. 224
Réponse du Roy d'Espagne aux offres
des fecours offerts par le Roy.
2267
Relation de l'Entrée de Mr le Comte
de Tallard à Londres . 229
Fefte donnée à Chansilly par S. A. S.
Monfieur le Prince 239
Mariage de Mr le Marquis de la
Valliere.
Moris.
Mariages.
243
250
2j01
Agrément donné par le Roy de la
Charge de Lieutenant des Gen
darmes Ecoffois . 267
Augmentation d'Infanterie & d'of
ficiors Generaux pour le Camp de
Compiegne.
Article des Enigmes .
idem .
269
Mort de l' Abbeffe de la Trinité de
276
TABLE.
Za methode de confulter & de pref
crire les Formales de Medecine.
278
Fin de la Table:
La Chanfon qui commence
par, Tout eft calmefur la terre,
doit regarder la page 241.
L'Air qui commence par
Jeune Iris , que vous eftes belle ,
doit regarder la page 276 .
THAJAS
$8259F
CATALOGUE DES LIVRES
Imprimez chez MICHEL BRUNET,
Libraire , à l'entrée de la grande Salle
du Palais , au Mercure Galand. 1697.
HRK
Iftoire de la Monarchie Françoiſe fous le
Regne de Louis LE GRAND , contenant ce
qui s'y eft paffé de plus remarquable depuis 1643 .
jufqu'à prefent , par M. de Corneille de l'Academie
Françoife , in 12. 3. vol. 5.1.8.f.
Les Memoires de M. de Saint – Evremont ,
contenant diverfes avantures qui peuvent fervit
d'inſtruction à ceux qui ont à vivre dans le grand
monde , in 12. 4. vol.
"
8.1
Les Contes & Fables de M. le Noble , Ouvrage
enrichi de Figures en taille douce , in 12. 2.
vol.
1
4. I.
Mylord Courtenay ou Hiftoire fecrette des
premieres amours d'Eliſabeth d'Angleterre , par
M. le Noble , in 12 . 1. l. 16. f.
- L'Hiftoire des Religions de tous les Royaumes
du monde , in 12. 3. vol. 3.1. 12. f.
Les Lettrès nouvelles de M. Bourfault,accompagnées
de Fables , de Remarques de bons Mots
& d'autres particularitez auffi agréables qu'uciles
, in 12.
in 12.
2. 1.
L'Illuftre Moufquetaire , Nouvelle Galante >
1. 1. 5. f.
La Vie de l'admirable Chevalier d'Industrie
Dom Gufman d'Alfarache , enrichi d'un grand
nombre de figures en taille douce , in 12. 3. vol.
6. 1.
Hiftoire des Revolutions de Suede , où l'on
+
voit les changemens qui font arrivez dans ee
Royaume , au fujet de la Religion & du Gouver
nement , in 12. 2. vol. 3. l. 12. f.
Metamorphofe d'Ovide en Vers , par M. de
Corneille de l'Academie Françoiſe , avec les figures
, in 12. 3. vol.
in 12 .
9.1.
Arliquiniana , ou les Bons Mots , les Hiftoires
plailantes & agréables , recueillies des Converfations
d'Arlequin , in 12. Seconde Edition
augmentée , 1. 1. 16.f.
-Tome 2. fous le titre de Livre fans Nom,
1. 1. 16. f.
Pratique Curieuſe , ou les Oracles des Sybilles
, pour le divertir en Compagnie, in 12. 1.1.5.f.
Les Paroles Remarquables , les bons Mots , &
les Maximes des Orientaux , in 12. 1.1.16.f.
Le Duc de Guiſe , furnommé le Balafré , in
1. l. 16. f
L'Ambaffade de M. de Saint- Olon en Maroc,
enrichi de figures , in 12. 1.1.16. f.
12.
La découverte des Myfteres du Palais , où il
eft traité des Parties en general , des Intendans
des Grandes Maiſons , des Procureurs , Avocats,
Notaires & Huiffiers , in 12. 1. 1. 10. f
Hiftoire de France , depuis Pharamond jufqu'à
prefent 1697. in 12, io. vol . 18.li
Portraits Scrieux , Galands & Critiques , in
1.1. 16.f
Memoires de M. d'Angoulefme, in 12. 1.1.10.
Traduction de M. de Martignac.
12.
Les Oeuvres de Virgile, Latin- François , in 12 .
3. vol.
Les Oeuvres d'Horace , in 12. 2. vol.
6.1.
4.1.
Les Satyres de Juvenal & de Perfe , in 12 .
De M. Felibien.
2.1. 10.f
Entretiens fur les Vies & les Quvrages des
4.2. vol.
12.1.
plus excellens Peintres , Anciens & Modernes
Recueil Hiftorique de la Vie & des Ouvrages
des plus celebres Architectes, in 4. 3.1.10.f
Defcription des Peintures faites pour le Roy,
avec une Deſcription fommaire du Chafteau de
Verſailles , in 12. 2. 1.
Dictionnaire des Arts & Sciences ,ou Principes
de l'Architecture , avec figures , 4.
De M. de Mezeray.
Hiftoire de France , folio 3. vol .
La même en abregé , 4. 3. vol.
De M. d'Herbelot.
12.1.
so.1.
20.1.
Biblioteque Orientale , ou Dictionaire Hiftorique
de l'Orient , fol,
Livres de M. Defcartes.
15. 1.
Les Principes de la Philofophie 4. avec figu-
6.1. res en taille douce ,
La Methode , Dioptrique & Meteores , 4 .
Meditations Metaphyfiques , 4.
4.1.
6. 1,
›
Traité de l'Homme , & de la formation du
foetus , & le Monde ou Traité de la Lumiere
avec les Remarques de M. de la Forge , 4. 6.1.
Le Monde , ou le Traité de la Lumiere , & des
autres principaux objets des Sens , avec un Difcours
du Mouvement Local , & un autre de la
Fiévre , 8 . 2.1.
1. 1. 10. f.
Copie d'une Lettre écrite à un fçavant Religieux
,
› pour montrer › 1. Que le Syfteme de
M. Defcartes , & fon opinion touchant les Bêtes
, n'ont rien de dangereux , 2. Et que tout
ce qu'il en a écrit femble eftre tiré du premier
Chapitre de la Geneſe , in 12.
Les Paffions de l'Ame , in 12.
Oeuvres d'Ettmuller.
15.f.
Pratique general de la Medecine de tout le
A ij
torps humain , S. 2, vol. 6.1
Pratique fpeciale du même Auteur , fur les
maladies propres des hommes , des femmes , &
des petits enfans , avec des Differtations du même
Auteur fur l'Epilepfie , ' Yvreffe , le mal Hypocondriaque
, la douleur Hypocondriaque , la
Corpulence , & la morture de la Vipere , s .
Les Inftituts de Medecine , 8 .
La nouvelle Chirurgie Medecinale & Raifon
née , avec une Differtation fur l'infufion des liqueurs
dans les vaiffeaux , in 12 .
›
3.1.
3.1
.
1.1. p . f.
La nouvelle Chimie raiſonnée du même Auteur
, in 12 .
1. l . 1o.f.
Ouvrages de M. l'Abbé Gouffault , Confeiller
au Parlement.
Le Portrait de l'honnefte Homme
De l'honnefte Femme , in 12 .
Les Confeils d'un Pere à fes Enfans
vers eftats de la vie , in 12 .
> in 12.
1.1. 10. f.
1.1.10.f.
fur les di-
I. 1. 10. f.
Oeuvres de M. de Fontenelle , de l'Academie
Françoife.
Nouveaux Dialogues des Morts, in 12. 2. vol.
3. 1,
Jugement
de Pluton
fur
les deux
Parties
des
nouveaux
Dialogues
des Morts
, in 12.
1.1.10.f.
Entretien
fur
la pluralité
des
Mondes
, in 12,
1.1.10. f
1.1.10.f.. Hiftoire des Oracles , in 12:
Poëfies Paftorale , avec un Traité de la Nature
, de l'Eglogue , & une Digreffion fur les
Anciens & les Modernes , in 12.5
1.1. 10.f.
Lettres Galantes de M. le Chevalier d'Her , in
12. 2 vol.
De Mademoifelle de la Force.
3.1.
1.
Hiftoire Secrete de la Maiſon de Bourgogne ,
in 12. 2. vol.
Hiftoire de Marguerite de Valois , Reine de
Navarre , four de François Premier , in 12 .
vol.
Guftave Vafa , 12. 2. vol.
14
De M. Daumat.
3. 1. 12. f.
3.1 . 12.f.
Les Loix Civiles dans leur ordre naturel , 4.
3. Vol
.
-
Du R. P. Bouhours.
18.1.
La Maniere de bien penfer dans les Ouvrages
d'efprit , 12.
ค
2.1.
Les Entretiens d'Arifte & d'Eugene , nouvelle
Edition , où les mots des Deviles font expliquez ,
2. 1. 10. f.
Qeuvres diverſes de M. de Saint- Evremont
12. 4. vol .
12.
•
8. 1.
Recueil des Ouvrages de Madame de Villedieu .
La Vie de Henriette Sylvie , de Moliere , 12 .
2. vol.
ソ
Les Amours de Catulle , 12. 4. vol.
2.1.
4.1.
Le Journal amoureux de France , 12. 3. vol.
d'Espagne , 12. 2. vol.
4.1.10. f.
3.1.
2.1.
Les Caprices de l'Amour , 12. 2. vol .
Les Amours des grands Hommes , 12.2 , vol .
Les Exilez , 12 , 2.,vol.
3.1,
3.1.
3.1.
1. 1. 10. f.
Les defordres de l'Amour , 12. 2. vol.
Nouvelles Oeuvres meflées , 12 .
Livres d'Affortimens.
Les Oeuvres de Moliere , 12. 8. vol.
P
de Racine, nouvelle Edition , 12.2.vol.6.1 .
de Corneille , 12. 10. vol .
de Scarron , 12. 10. vol .
Is.1.
20.1.
15.1.
L'Arithmeticien Familier , enfeignant la maniere
d'apprendre fans Maiftre l'Arithmetique
1561
en fa perfection , 12 . 1.1.16. f.
Effais de Jurifprudence , 12. 2.1.
A iij
Hiftoire des Guerres Civiles de France , Tade
tenant tout ce qui s'eft paffé de plus inemorable
fous les Regnes de quatre Rois , François II .
Charles IX. Henry III. & Henry IV . furnommé
le Grand , jufqu'à la Paix de Vervins inclufivement
, par Davila , 12. 4. vol. 8.1
L'Art de la Poëfie Françoife & Latine par M.
de la Croix , 12.
2.1. L'Hiftoire
de l'Empire
Ottoman
, par M. de la Croix , 12. 3. vol .
La Turquie
Chreftienne
, 12. par le même 2
6.1.
2.1.
Hiftoire de Charles VI . par le Laboureur , fol.
2. vol.
Antimenagiana , 12 .
12.1.
1.1.10.f.
Hiftoire Generale d'Angleterre , d'Ecoffe &
d'Irlande, enrichie de Figures, 12. 4. vol . par M.
Vanel , Hiftoriographe de France , 4.1
Idem des Turcs , 12. 4. vol. du même ,
6. 1.
Idem d'Espagne , 12. 3. vol. du même,
2.1.
4. 1. 19. f.
Tite-Live reduit en Maximes
, 12. Le Nouveau
Eftat de la France , 12. 3. vol.
de 1697
.
1. 8. f.
Nouvelle Methode du Blafon , du Pere Meneftrier
, enrichi de figures , 12. 2.1.10 . f.
Les Satyres de Perfe , avec des Remarques de
M. le Prefident de Silvecane , 12. Latin- François.
1. 1. 10.f.
Journal du Voyage de Siam , de M. l'Abbé de
Choify , 12 . 1. l . 10.f.
Recherches Curieufes d'Antiquitez , par M.
Spon , 4. 9. 1.
Lettres familieres fur toutes fortes de fujets,
1.
12 .
1. 10.
f.
L'Ariofte Moderne , ou Roland le Furieux,
72.4. vol.
6.1
Hiftoire de la feuë Reine d'Angleterre 8. >
2.1. 10. f.
3.1
· Oeuvres de Voiture , 12. 2. vol.
Memoires de la Reine Marguerite, 12. 1.1.1o.f.
Hiftoire du Gouvernement de Venife de M,
Amelot de la Houffaye , 8.2 . vol.
Le Tibere , du même , 8.
Le Prince de Machiavel , du
s.l.
3.1
.
même , 12 ,
1. 1. 10. f.
Les Annales de Tacite , avec des Reflexions
Politiques , Hiftoriques , 12. 2. vol. du même ,
14.
4.
1.
Toutes les Hiftoires de M. Maimbourg , 4
vol.
so. 1. Le même in 12. 26. vol. 40. 1,
Hiftoire de l'Afrique , Ancienne & Moderne ,
enrichie de 400.figute en taille douce, 12 . 4.vol.
8.1.
Hiftoire des Troubles de Hongrie , 12. 6. vol.
Vies des Saints , fol. 2. vol.
Idem fol. 2. vol. de Rouen ,
Idem 8. 4. vol . de Paris ,
9.1.
15. 1.
9. 1.
12.1.
Idem fol. 2.vol. de Simon Martin, 24.1 .
Voyage des Ambaffadeurs de Siam en France,
rempli d'une infinité de chofes curieufes , 12 .
4. vol. 6.1.
Hiftoire Romaine , où l'on voit tres - exactement
recueilly tout ce qui s'eft paffé depuis la
Fondation de Rome , fous les Rois , fous les Confuls
, fous les Tribuns Militaires , fous les Decemvirs
, & fous les Empereurs , tant d'Orient
que d'Occident , jufqu'à prefent , nouvelle edision
, 12. 8. vol.
vol.
12. 1.
6.1. Hiftoire Sainte , 12. 4.
L'Hiftoire entiere d'Alexandre le Grand ,sirée
A iiij
d'Arien , Plutarque , Juftin , Jofeph , Quinte-
Curce & de Freinhemius , 12. nouvelle Edition
2.1.
Eftatde la Cour des Rois de l'Europe , par M. de Sainte- Marthe , Hiftoriographe
de France ,
6.1.
12.4. vol.
La Science Univerfelle de M. Sorel , divifce
ea 4 volumes , dont le premier traite de la Terre
,de l'Eau , de l'Air , du Ciel & des Aftres. I
Le fecond , des Meteores des Pierres , des
Meraux , des Plantes & des Animaux , des Ames
humaines , des Anges & de Dieu.
?
Le troifiéme , de l'Ulage , de la Melioration
ou perfection , & de limitation de toutes les chofes
du Monde.
Le quatrième, de l'Ufage, des Idées , qui produifent
les Sciences & les Arts , & leur enchaînement
, du Langage , de l'Ecriture & des Chiffres;
& où l'on trouve la refutation des erreurs
vulgaires , derniere Edition bien augmentée , 12.
4. yol.
6.1
1.1. 10. f.
Traité de la Guerre de M. le Marquis du Châteler
, 12 .
Les Epiftres & Evangiles detoute l'Année ,12 .
1.1. 10. f.
Les Meditations de Bufée , 12. 2. vol . 3.1.
Idem un volume , 1.1 . 10.f.
Journal des Saints , nouvelle Edition , 12. 3.vol.
5.T.
. I.
Meditations fur la Concorde des Evangiles ,
par M. Feydeau , 12. 3. vol. 4.1. 10. f.
4.1.
Vie de Dom Barthelemy des Martyrs , par
Meffieurs de Port - Royal , 8 .
Hiftoire des Juifs de Jofeph , traduite par M.
12. 1.
Meffel en Latin & en François par M. de Voifin
, 12. 6. vol.
Arnauld d'Andilly , 12. 5. vol .
12.1.
Tableau de la Penitence , par M. Godeau , 12 ,
Figures ,
12.
3.1. La Voye qui conduit au Ciel par Drexellius ,
1.1. 10.f.
1. l. 10. f. Hiftoire de Tamerlan , 12..
Philofophie des Images , du Pere Menestrier ,
avec figures , 12. 2.1.
Qeuvres de Lucien d'Ablancourt , 12.3 . vol.
4.1. 10. f.
Hiftoire de Tacite , 12. 3. vol. du même
Conference de Caffien , 8. 2. vol.
Catechisme de Turlot , 4 .
Le faint Travail des mains , 4 .
Traité de la Religion Chreftienne ,
4.1. 10. f.
>
4.1. 10. C.
3.1
.
4.1.
12. 2. vol.
3. 1. 10. f.
2. 1.
Morale Pratique de S. Gregoire , 12. 2. vol .
3.1. 12.f.
L'Art de fe connoiftre foy- même , par Abadie
, 12.
Semaine Sainte Latine & Françoiſe , 12. 2.1
Nouveau Teftament en François , 12. 1.1.10.f.
Idem 2. volumes de groffe lettre , 3.1.
La Vie de Jefus- Chrift , 12. 3. vol. par le Pere
Brignon Jefuite ,
Traité des Monnoyes par Boizard , 12.
Memoire de M. de Guiſe , 12.
6.1.
2.1.
2. 1.
3.1
8.1 .
3. 1
Idem de Rouen , 12. 2. vol.
Hiftoire de Geneve de Spon , 12.2 . vol .
Hiftoire de Hollande , 12. 4. vol.
Le Triomphe de l'Humilité , 12.
Guerre des Turcs contre la Pologne 12 .
1. 1. 16. f.
>
1.1. 10. f.
Academie Galante , 12. 2. vol. 3. 1.
L'Hiftoire du Comte de Soiffons , 12. 1.1.10.f.
Le Portrait Geographique & Hiftorique de
l'Europe , où l'on voit la defcription des Païs , la
Religion , & l'établiſſement des Monarchies , 12
3. vol. 4.1. 10. f.
L'Art de laver , ou nouvelle maniere de Pein
dre fur le papier , 12 . 1. l.
La Vie d'Elifabeth d'Angleterre , de Léty , 12.
2. vol .
4.1. Epiftre & Elegie amoureuse d'Ovide , 12.
- 1.1. 10. f.
Pieces Galantes de Mad . de la Suze , 12.4 . vol.
Fortifications de Gautier , 12 .
Le Traité de l'Artillerie , 12. par
s. 1.
1.1. 10.f.
le même ,
1. l. 10. f.
vol. 3.1 .
1. 1. 10. f.
Remedes de Madame Fouquet , 12. 2 .
Idem un volume ,
Dictionnaire Royal , 4.
Idem &.
Maifon Ruftique , 4.
Arithmetique raiſonnée , 12.
6.1.
3.1
.
3.1
.
1. 1. 10. f.
Les Secrets des Cours , ou les Memoires de
Vvalfingham , 12.
2..1. Difcours du Comte de Buffy Rabutin à ſes enfans
, 12. feconde Edition ,
La Promenade de Verfailles
2.1.
ou Celanire ,
nouvelles hiftoriques , par Mademoiſelle Scuderys
12. 1. l . 16. f.
Eleonore d'Ivrée , ou les Malheurs de l'Amour$
12. 1.1. 10. f.
Le Napolitain ou le deffenfeur de fa Maiſtreffe
, 12 .
Le Mary jaloux , 12.
Le Secretaire Turc , 12.
Le Seraskicr Bacha , 12.
Eftat prefent de la Puiffance
L'Illuftre Genoiſe , 12 .
.1.1.
1. 1. 10. f.
1. 1. 10. f.
1. 1. 10. f.
Ottomane , 12.
1. 1. 10. f.
2. 1.
Le Grand Vifir Cara Muſtapha , 12. - 1.1.10.f
II
Les Nouvelles Galantes & Avantures du
Temps , 12. 2. vol . 2.1.
La Guerre des Auteurs Anciens & Modernes
12. 1. 1. 10. f.
2.1.
La Chevalerie Ancienne & Moderne , par le
Pere Meneftrier , 11.
Ambaffades de M. le Comte de Guilleragues ,
& de M. Girardin , auprés du Grand Seigneur ,
1. l. io .f. 12.
Les differents caracteres de l'Amour 12.
Biblioteque choifie de Colomiers , 8.
Hiftoire de Polybe , 12. 3. vol.
Difcours Satyriques, 12.
›
1. 1. io.f.
2.1.
4.1. 10.f.
1.l.
Dialogues Satyriques & Moraux , 12. 2. vol.
3. 1.
1.1.
Epiftres en vers de M. Sabatier , 12.
Reflexions ou Sentences , & Maximes Moráles
, & Politiques , dediez à Madame de Mainte-
1. l. bon , 12.
Voyages de Chardin en Perfe , & autres lieux,
12. 2. vol . figures ,
Les Travaux de Mars , 8. 3. vol .
Biblia Sacra fol. Lugd.
Idem 8. Lugd.
Idem 24. 6. vol . de Cologne ,
Idem 12. 2. vol. Paris .
Novum Teftamentum 14. Colonia . ,
Concilium Tridentinum 24: Colònia.
Catechifmus Concilii 24. Colonia.
Concilium Tridentinum 12. Lugd.
•Idem Catechifmus Concilii
Concordantia Bibliorum Colonia 8.
Idem 4. Lud.
4. L. 10. f.
is . l.
10. 1.
3. la
7.1.10.f
4. lä
1.l.to.f
1.1..o.f.
1. 1. 10. f.
1.l. 10.f.
12. Lugd.
1. 1. 10. f.
6.1.
7.1.
Edouard , Hiftoire fecrette d'Angleterre , 12.
2. vol. 3.1. 12. f.
IL
Hiftoire du Cardinal Ximenés de M. Flechier ,
12. 2. vol.
cy .
12.
12.
4.1.
Hiftoire de S. Louis , 4. 2. vol . par M. de Sa-
12. 1.
3.1.
Les devoirs de la Vie Civile , 12. 2. vol.
Hiftoire de France par demandes & réponſes ,
Idem des Papes , 12 .
Idem de la Bible , 12,
Idem Romaine , 12 .
2.1.
I. 1. 10. f.
1. 1. 10. f.
1. 1. 10. f.
1. 1. 16. f.
Les Oeuvres Pofthumes de M. de la Fontaine ,
Hiftoire de la Republique de Gennes , depuis
la Fondation de Rome jufqu'à prefent , 12. 3.vol.
2 .
Livres de Droit.
6. 1.
Corpus Juris Canonicis de Pithao , fol. 2. vol .
20. 1.
Corpus Juris Civilis , 8. 2. vol . Amftelodami,
Ferriere ,
Oeuvres de Baquet , fol . par Ferriere ,
Les Arrefts de Louet , fol . 2. vol.
10. 1.
15.1.
24. 1. La Biblioteque Canonique de Blondeau ,
vol.
fol.
22.1.
Queſtions notables de Droit decidées par plufieurs
Arrefts de la Cour de Parlement , divilées
en 4. Centuries par M. Claude le Preftre , Confeiller
du Roy en fa Cour de Parlement de Paris,
& augmentées en cette derniere Edition par M.
Gueret Avocat en Parlement , fol.
15. 1.
Les
Arrefts
du Parlement
de Paris
de M. Bardet
avec
les Differtations
de M. Beroyer
, fol.
2. vol .
•
14. 1.
Les Plaidoyez de M. Gaultier , ancien Avocat
au Parlement , avec les Arrefts intervenus fur
iccux , donnez nouvellement au public par M.
Gueret , Avocat au Parlement , 4. 2. vol. 8.1.
13
Le Praticien François de M. Lange , nouvelle
Edition , 4.
7.1.
Abregé de la Jurifprudence Romaine , divifée
en fept Parties , à l'imitation des Pandectes de
Juftinien , avec fon rapport à ce qui eft de uoftre
ufage , par M. Colombet , 4 . 3.1. Remarques du Droit François fur les Inftituts
de l'Empereur Juftinien , comment ils le doivent
pratiquer en France , & le rapporter à l'uſage du
Palais , par M. Mercier , Avocat en Parlement ,
3 1.
Maximes Generales du Droit François de M.
de l'Hommeau , 4.
4 .
4.1. Inftitution du Droit Romain & du Droit François
, par un Auteur Anonyme , avec des Remarques
de M. de Launay , Avocat au Parlement, 4.
6. 1.
Coutume de Paris de Meffieurs C. du Moulin,
Tournet , Labbé & Jolly , Avocats au Parlement,
12. 2. vol.
Coutume de Rheims de Buridan`, fol.
Borcholten ,fuper Inftituta, 4.
3. 1.
10.1.
3.1.
Le Journal des Audiences du Parlement de Paris
,fol
.
4. vol.
36.1
Nouveau Traité des Matieres Beneficiales ,
par M. Hory , Auteur du Notaire Apoftolique,
Queftions notables de Droit , de Duperiere ,
4. nouvelle Edition augmentée ,
6.1 .
4.1.
Il fe trouve chez le mefme Libraire toutes les
nouveautex qui s'impriment à Paris . 1697 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères