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807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LYON
LE DAUPHIN .
AVRIL 1698.
AV PAKIS , LI
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais, au MercureGalant.
NO
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Yeaú , &
vingt-cinq fols en Parchemin
A PARIS;
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dang
la Salle des Merciers , à la Juftice.
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
M. DC. XCVIIL
Avec Privilege du Roy.
Q
AVIS.
Velquesprieres qu'on aitfais
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye..
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
d'y manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques .
uns de ces Memoires dont on ne fe..
pour fervir. On réitere la mesma .
priere de bien écrive ces noms , en ›
forte qu'on ne s'y paiffe tromper. On
ne prend aucunargent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligens perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
*
A ij
AVIS.
1
prie feulement ceux que les envoyens
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pour faire employer leurs noms dans
L'article des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de pora , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demendent,
Ceft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite pre
fentement le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere , qu'il eft toujours
imprimé au commencement de cha
que mois. Il avertit qu'à l'égard des
Euvois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront¸
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
bongtemps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées ; mais auffi
ces Villes ne le receveront pasfi tard
qu'ellesfaifoient auparavant Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toujours fort
ard par deux raifons . La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendre fitoft qu'il eft imprime,
outre qu'il lefera toujours qncl
quet jours avant que l'on enfaffele
debit , & l'autre , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont lû cux & quel .
ques autres à qui ils le preffent , ils
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire, en difant que la
wenie n'en a commencé que four
avant dans le meis . On Evilera ce
rerardement par la voye dudit Sieur
Branet, puis qu'ilfe charge defaire
A iij
AVIS .
bes paquets luy-mefme, & de lesfaire
porterà la Pofte ou aux Meffagersy
fans nul intereft, tant pour les Par
siculiers que pour les Libraires de
Province, qui lay auront donné lear
adreffe. Ilfera la mefme chofe gene
"ralement de tous les Livres nou❤
veaux qu'on luy demandera , foit
qu'illes debite, on qu'ils appartien
nent à d'autres Libraires , fans em
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à la fin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme pas
quet. Tout cela fera execute avek
ne exactitude dont on aura lien
d'efre content.
BE
&
QUE MERCVRE
GALANTYON
1998
*
AVRIL 1
DE
ES Vers qui fervent
de commencement à
sette
Lerite , peignent
parfaitement bien la bonté
du Roy , qui dans des grandes
chofes qu'il a faites depuis
qu'il gouverne fon Royaume
A iiij
8 MERCURE
par luy-même , n'a jamais eu
en veuë que le bien public ,
juſqu'à ſe faire enfin une gloi .
re de renoncer à fes Conqueftes
pour affurer le repos de
* fes Sujets .
SUR LA PAIX.
ENSONNET.
L
Invincible LOUIS arreſte
ſon tonnerre,
L'amour de fes Sujets defarme
Marfon couroux , up , you ph
Et l'Europe le voit malgré tous
wifes Faloux , dog h
A
GALANT.
Le Maiſtre de la Paix , ainfi que
a de la Guerre.
2
Ces Canons dont le bruis a fair
trembler la terre ,
Ne font plus retentir
greables coups, es
que
d'à
Et le Peuple charmé d'un chan.
gement fi doux ,
Voit l'orgueil des Titansſe brifer
comme un verre,
Ce grand Roy qui par tout fair
redouter les Lisjenovi
Satisfait des Lauriers que fon
bras a cueillisuo teamklə
Trouve enfin fon repos dans le
fein de la gloire.
do MERCURE
Il cede au bien public fes droits de
Conquerant,
Er pour celler la Paix d'une
double victoire,
Ilgagne tousles coeurs par les Pla-
"ces qu'il rend.
Ce Sonnet eft de Mademoiſelle
de Razilly , qui ne
pouvoit mieux employer fon
heureux talent pour la Poëfie,
qu'à faire connoiftre ce que
la France doit à fon Augufte
Souverain, Si fon zele eft à
louer pon ne doit pas moins
eftimer celuy de Moda Port ,
Auteur de l'Ouvrage quevous
Stroly aj ob $75
GALANT. M
1
+
allez lire. Il eft Fils de Mi le
Procureur du Roy de Verdun
fur Garonne .
DISCOURS
Sur la Grandeur du Roy.
LA
A joye generale & uni
verfelle de la Paix ne doit
éclater ailleurs , ny plus vivement
, ny plus juftement que
dans la France. Nous voyons
que noftre invincible Monarque
eft couvert d'une gloire
immortelle , que fa prudence
vient de couronner une infi
nité dactions heroïques par
12 MERCURE
une action bien plus belle &
plus éclatante, c'est à dire, que
par une grandeur d'ame qui
lay eft propre , il vient de
donner la Paix à toute l'Europe.
Y a- t- il rien de plus grand,
de plus magnanime ? Que tous
les beaux efprits compoſent
de brillans Panegyriques
,
que chacun témoigne par
tous les endroits poffibles fon
jufte reffentiment . Ah , que
ceux-là feront heureux , qui
auprés de noftre grand Prince
pourront tenir dignement la
place que renoient autrefois
auprés d'Alexandre ceux qu'il
ALANT
avoit attitez, pour laiffer aux
fiecles fuivans le tableau de
fon courage & la memoire de
fes actions.
Puis que c'eft un temps ou
tout le monde a l'ame ravie,
où tout le monde doit faire
connoiftre la joye par des
chants d'allegreffe , où tout le
monde doit faire voir fes
tranfports par fes expreffions,
je veux montrer la fenfiblité
avec laquelle j'admire la grandeur
du Heros de la France,
le Heros qui vient de donner
à des Rois liguez.contre luy
des déplaifirs mortels , & ré
14 MERCURE
jouir tout fon Empire par fes
vertus & par fes exploits , dont
le fouvenir doit eftre éternel .
A- t- on jamais vu une vertu
militaire égale à la fienne! Qui
a jamais comme luy conduir ?
des Armées , affiegé des Pla
ces , pris des Villes , paffé des
Rivieres , campé avec un fi
bon ordre , combattu avec
tant de bravoure , gagné des
batailles fi nombreuſes , vaincu
fes Ennemis par la force ,
diffipé par l'adreffe , laffé &
confumé par une fage pru- )
dence? Ce vaillant Prince revenoit
à la fin de chaque
GALANT:
IS
Campagne chargé des dépouilles
de fes Ennemis , &
les preſſant enfin avec un courage
invincible , les ayant ré
duits à la derniere des necef
fitez , il leur donne la Paix , &
par une generofité inoüie it
leur épargne la honte de la luy
demander.
Souverains , autrefois En
nemis de la France ,
reconnoif
fez
maintenant la juſtice da
nos armes . Admirez , malgré
la confufion dont vous eftes
couverts , la bonté de noftre
Roy , pour éteindre les feux
d'une guerre que vous aviez
16 MERCURE
malheureuſement allumée, &
confeffez qué de toutes les
Puiffances de l'Univers , aucu
ne napproche de la grandeur
de la France..iamb el é anub
La grandeur eft , cesme
femble , un aflemblage de
qualitez heroïques , tant fpiri
tuelles que corporelles qui
mettent celuy quien eft doé
au deffus des autres hommes.
Hine falloit autrefois que pof !
feder la feule valeurs que ga
gner quelques baraifles , quel
vainore quelquefois (es Ennemis
, pour meriter de furnom
deGrand Queceux de l'Anti
GALANT 17
quité, à qui ce nom a eſté don
né, font heureux d'estre nez
dans un ficcle , où une partie
des qualitez qui lon't prefen
tement peceffaires à ce titre,
fuffifoit pour ettre appellez
Grands.lisfont encore heureux
de ce qu'ils ont la poll ffion de
cetitre depuislongues années,
& que les Grands d'aujour
d'huy ne font que diminuer
l'admiration qu'on avoit pour
eux , lans le leur faire perdre .
Mais que ceux des ficcles à
venir , qui dans les premiers
temps auroient fans doute
jouy de ce privilege , font mak
Avril 1698" B
18 MERCURE
ex
heureux d'avoir pour modele
LOUIS LE GRAND !
Faut-il que celuy qui durant
fa vie fait le bonheur de l'Eu
rope , faffe aprés la mort le
chagrin de ceux , qui ont , ce
femble, quelque droit d'afpiret
à eftre lurnommezGrands?
Mais que LOUIS fera peuteftre
malheureux luy , même
par la propre grandeur ! car il
eft à craindre que nos Neveux
ne croyent pas tant de chofes
dont nous fommes étonnez,
& que le paffé n'a jamais vúës.
Cela ne lejette point dans
les defauts où précipite ordiGALANT
19
nairement la Grandeur. Il a
reconnu que routes ces faveurs
eftoient des dons du
Ciel,&quedans fa protection
l'homme ne poutle foutenir as
milieu des dangers , & que les
profperitez ne font pas dura
bles ,fi elles ne fond appuyées
d'une folide vertu. Auf il ne
fe ferr de fon pouvoir que
pour la gloire de celuy duquel
il l'a receu.
Il avoit depuis long , temps .
arrefté les débauches par les
Ordonnances
, puni le Blafphême
par fes Declarations
,
aboli les Combads finguliers
B 1)
20 MERCURE
par les Edits . Enfin depuis le
moment heureux qu'il monta
fur le Trône , il a fans ceffe
travaillé à la gloire du vray
Dieu qu'il adore, à l'augmen
sation de la vraye Religion
qu'il profeffe , en s'apliquant
fans relache à la deftruction
du vice, &{de tout ce qui n'eft
point de la veritable foy: Le
Menfonge aneanti , les Tem
ples où il eftoit publié , de
molis , les Eglifes bâties dans
Toute la France , feront de perpetuels
Monumens de cette
verité. Ha fçû corriger , furmonter
, changer en mieux
t
GALANTA
les moeurs , les inclinations &
le genie de la pluſpart de fes
peuples , en remportant a
Toute heure des Victoires non
fanglantes fur ceux què le
malheur de nos Peres avoit
féparez de la Foy. Enfin il
foutient dignement la qualité
éminente de Roye Tres - chreien.
Comme il eft le fils aîné
de l'Eglife , il veut que ceux
dont il eftlePere, rentrentdans
le giron facré de cette Sainte
Mere. Tout cela feroit vain
& inutile , mais encore condamnable
, fi l'ambition en
cuft cfté le mobile. Sa pra
22 MERCURE
dence, fa fageffe, fa patience,
fa moderation , font des té
moignages authentique que
le feul Elprit de Dieu animoit
ce Grand Roy. Car quoique
par les loix de la Guerre re
ceuës parmi tous les Chrê
tienspil eut pû faite verfer à
LesEnnemis jufqu'à la derniere
goute de leur fang , il a nean.
moins épargné autant qu'il
luy a efté poffible , ceux de
qui il n'auroit receu que des
outrages odieux , & cruautez
fanglantes , & craignant d'exercer
des hoftilitez illicites, il
n'a cherché qu'à foumettre
GALANT
23
fes Ennemis plutôt qu'à les
perdre , ayant toûjours de
vant les yeux que la Puiffance
des Rois ne doit jamais eftre
injufte. Dans cette créance
certaine , il a eu tous les mé
nagemens d'un Vainqueur
prudent & fage, fes Ennemis
eux - mêmes préchent cetre
verité. {Auffi fa Grandeur qui
juſques icy n'a efté que l'objet
de la haine , & de l'envie
de tous les Etats du Monde ,
va eftre deformais l'objet de
leur amitié & de leur admira
tion .
On hait d'ordinaire ce qui
24 MERCURE
rabaiffe & ce qui humilie ,
parce que cela nous fait fentir
la privation où nous fommes
de certains biens , c'eft à dire,
de certaines qualitez que nous
aimons , & par une cupidité
ardente qui fuit toujours cette
haine , nous envions ces perfections.
C'eft- là juftement la
difpofition où eftoit toute la
Terre, fingulierement les Puif
fances voifines de notre Em
pire à l'égard de nôrrellluſtre
Monarque. Sa fageffe dans les
deffeins , fa prudence dans fes
actions , leur eftoit une chofe
infuportable . Cetter haine a
efté
GALANT
25
cfté étouffée en quelque forte
par le befoin quia plié infenfiblement
leur ame au refpect
& à l'eftime pour la grandeur
de Louis , & defeſperant de
pouvoir s'élever auffi haur
que luy , ces envieux Voiſins
aiment mieux eftre participans
de fes biens en fe foumettant
à luy.
Cependant fur des craintes
imaginaires , & des défiances
artificieuſement infpirées , les
interefts font confondus , la
foy violée , & les Traitez méprifez.
D'abord toute l'Europe
paroift en armes , & eft lu-
Avril 1698. C
26 MERCURE
bitement liguée contre noftre
grand Roy , mais feulement
jufqu'icy pour faire trouver à
fes armes invincibles
avec
beaucoup plus de réſiſtance ,
beaucoup plus de gloire , &
cette union fera un juſte ſujet
d'admiration dans la derniere
poftérité.
Tant de Potentats unis
tant de Troupes levées , tant
de Corps d'Armées campez
de toutes parts, nous faifoient
voir un peril fi prés , que nous
condamnions avec tout l'Etat
les mouvemens ſi genereux
de fon courage, mais un mo
GALANT 27
翼
ment aprés nous nous tinmes
affurez de vaincre avec Sa Majefté.
Letorrent de fes premieres
conqueftes d'Allemagne
& de Flandre femble ne point
intimider nos Ennemis , foir
parce que le trouble où ils
eftoient leur tenoit caché le
danger funefte qui les menaçoit
,foit parce qu'ils croyoient
qu'une malheureufe & longue
réſiſtance nous affoibliroit de
relle forte , qu'ils pourroient
venir fondre fur nous , &
partager noftre Empire ; felon
l'ambitieux & ridicule deffein
"qu'ils en avoient conced .
C ij
28 MERCURE
Mais quelle a efté voſtre ſur,
prife , orgueilleux Alliez , lors
que vous avez vû que neuf
Campagnes , ou pour mieux
dire , neuf Victoires , ont élevé
des trophées imperiffables
au Grand Louis ? Puis que vos
Pays defolez , vos Provinces
ravagées , vos plaines couvertes
de morts, vos champs ruiffelens
de fang ; puis que tous
ces affreux fpectacles ne vous
ont pas fait reconnoiftre, mais
vous jettoient dans un acca.
blant & malheureux defefpoir
, confiderezà cette heure
en repos la valeur &
GALANT. 529
R
bonté tout enſemble de no.
ftre Monarque invincible. II
ne le prévaut pas de l'obeiffance
perpetuelle que la fortune
fe plaift , pour ainfi dire,
de rendre àluy feul , il ne veut
pas porter les victoires auffi
loin que le bonheur de ſes armes
demande.
3 ...
C'eſt vous , ô Loüis , qui
eftes l'arbitre de la Paix & de
la Guerre. Vous reglez le mon
de entier comme il vous plaît,
Vous avez entre vos mains la
deftinée des hommes . En vain
cherche.t on à s'opposer à vos
raiſonnables deffeins , vous
k
C iij
30 MERCURE
fçavez rendre inutiles les ef
forts des jaloux de voftre
grandeur, & punir la témerité
de vos Ennemis .
Tant de Bataillons rompus,
tant d'Armées en defordre ,
tant de murailles renversées,
tant de Villes emportées malgréune
réſiſtance opiniâtrée,
tant de Provinces conquifes
par le Heros de la France, tant
d'efforts furprenans dont les
Generaux ennemis doüez d'u
ne valeur confommée , ont
efté les témoins , tout cela.
rendra fa gloire immortelle.
Il fembloit que la France
GALANT. 35
auroit affez fait de réfilter
dans cette rencontre , & de le
contenter de conferver les
Frontieres ; car que peut - on
efperer de trois petits Corps
d'Armée contre un monde
d'Ennemis ? Neanmoins fes
Generaux ne refpirant que
pour la gloire de leur Prince
, & pour la réputation de
leur Patrie ; & le Soldar ani.
mé par le courage du Capitai.
ne vont au delà . L'Ennemi
paroift , on l'attaque , on le
repouffe , on le bar , on le défait
, on le diffipe par des com
bats réiterez . Puis que la re- 24
Ciiij
32 MERCURE
R
traite auroit efté loüable , la
défenfive glorieufe , que ferace
donc de l'attaque & de la
victoire Il eft vray , je l'avouë,
que les Confeils de Louis
font des leçons qui montrent
le chemin qui conduit infailliblement
à la Victoire. Les
inftructions de ce fage Prince
font le foutien de noftre Mo.
narchie & la fource de nos
triomphes. Elles ont affujetti
la force , vaincu le nombre ,
méprifé les richeffes , dédaigné
la politeffe , éclipfé la vertu
même des autres Rois.
Depuis quelques années if
GALANT: 33
鼍
ne paroiffoit que la foudre à la
main , mais aujourd'huy il fe
defarme luy méme, & par une
bonté paternelle, une clemence
magnanime , une modera
tion incroyable
, une generofité
extraordinaire , il donne
la Paix à l'Europe , & change
en d'heureuſes alliances des
guerres , qui par mille differens
engagemens fembloient
devoir eftre éternelles , & qui
avoient déja ravagé la plus
belle partie de l'Univers . Cet
incomparable Medecin met
en oeuvre les remedes les plus
puiffans & les plus exquis , il
34 MERCURË
n'oublie rien de tous les fe
crets de fon art , pour faire
prendre de nouvelles forces à
toute l'Europe , ce Corps ma,
lade,ou pour mieux dire, bleffe
à mort.
Qu'il eft glorieux au milieu
de la Flandre, bien avant dans
l'Allemagne , fur les dernieres
limites de la Catalogne , avee
des Troupes accoutumées à
vaincre , de redonner des Vil .
les & des Provinces , & par une
generofité dont nous n'avons
point d'exemple , d'offrir la
Paix à des conditions fi hono
tables aux Vaincus .
GALANT 39
Ce n'eft point fe hazard qui
Conduifoit toutes les Victoi
res , mais la fortune fe reglois
par fon efprit, ce qui nous doit
faire comprendre qu'elles auroient
efté de longue durée.
Neanmoins dans la fecondité
de fes victoires , Louis s'arme
de la valeur & de fa moderation.
La premiere le rendredoutable
, la derniere luy fait
préferer le repos du monde au
fenfible plaifir de vaincre &
de conquerir. L'une l'oblige
de donner ce qu'il peut cond
ferver fans peine , l'autre l'en
gage à quitter les delices de la
36 MERCURE
P
victoire , pour delivrer l'Euro
pe des malheurs de la guerre.
Quoy que tant de victoires
pûffent luy faire concevoir
refperance de poffeder quelque
jour l'Empire de toute la
Terre , confiderez pourtant
avec quelle bonté il s'oublie
foy- même , pour ne fonger
qu'à reparer les pertes des autres
. Il fe remet en deça des
limites qu'il avoit paffées de
filoin , il redonne des Places
& rend tout un Pays ; il réta
blit le Duc de Lorraine . &
laiffe à l'Empereur le choix en
tre quelques Places , & c'eft
GALANT:
37
ainfi quejufte & plein de bonté
pour fes Ennemis , defintereffé
& facile pour ce qui le
touche , il trouve le fecret
d'appaifer une cruelle guerre
en réparant les dommages des
uns , en donnant tout aux autres,&
fe contentant pour luy
dela gloire qui fuit une action
fi noble & fi genereufe.
Nos Ennemis reconciliez
trouvent chez nous toute forte
d'avantages , & y viennent
chercher les fruits de la Paix.
Ils partagent avec nous nos
vendanges & nos moiffons, &
tout ce qu'on recueille dans
38 MERCURE
nos fertiles terres de delicieuz
& denec flaire. Ileft vray que
nous nous dédommageons
avec ufure en leur enlevant
quelque chofe de plus precieux
, puis qu'ils nous don
nent une Princeffe qui eft la
gloire du Sang de nos Rois ,
& qui fait aujourd'huy l'ornement
de noftre Cour.
Peut-on fi bien foutenir la
qualité de Grand ? Tous ces
avantages exterieurs dont nôtre
Heros fe trouve le maiftre,
le rempliffent- ils tellement,
qu'il s'imagine que cette qualité
n'a pas befoin d'eftre fou
GALANT! 39
tenue par celle de l'efprit & de
la vertusRedonner des Enfans
à l'Eglife , quoy deplus Chre
ftien ? Calmer toute l'Europe,
quoy de plus magnanime ?
Pardonner à fes Ennemis,
quoy de plus genereux ? Rétablir
les Vaincus , quoyde plus
loüable? Ceder ce qu'on a juftement
conquis, quoy de plus
glorieux ? Eftre le favori de la
fortune avec toute la moderation
imaginable, quoy de plus
grand ? Pour moy je connois,
je fens , j'admire avec toute la
terre cette grandeur. Habiles
Ecrivains , Içavans Panegyri40
MERCURE
ftes , impatiens de raconter
les actions éclatantes de Louis
le Grand , vous pouvez maintenant
les repaffer toutes; elles
demeuroient comme étoufées
par le grand nombre.
L'Auteur du Difcours qui
fuit en a déja donné plufieurs
autres , qui ont extrémement
plû, fur differentes matieres,
DISCOURS
Sur l'Aîné des Fumeaux.
'Eftois l'autre femaine
J Monfieur,dans une maifon
où l'on parloit de deux
GALANT.
41
illuftres Officiers de Robe ,
qui avoient autrefois efté receus
le même jour , & done
celuy qui avoit efté inſtalé le
premier dans la Charge venoit
de monter. Cela me donna
lieu de dire , que c'estoient
deux Jumeaux dont l'un avoit
le titre & le droit d'aîné par
fon inſtallation, qui avoit précedé
celle de l'autre. Cette
idée de Jumeaux ne déplut pas
dans l'application , mais on
me conteſta en general le caractere
d'aîné pour le premier
des Jumeaux , qui vient le premier
au monde , & quelques
Avril 1698. D
42 MERCURE
Dames qui crurent qu'il ap !
partenoit aux perfonnes de
leur Sexe de parler fur ce fujer,
eftant un fruit qui croift chez
"elles , -Illarum qui crefcit in alve,
foutinrent que l'aîné des Jumeaux
eftoit celuy qui naiffoit
le dernier. Cela me furprit
, que le puifné pût eftre
nommé l'aîné ; car l'aîné' , difent
les Genealogittes des
mots , vient de ante natus, qui
eft né devant les autres . Et fans
avoir recoursà l'origine latine,
Palquier dit que de fon temps
on écrivoit ainfné , qui fignific
en François né devant , car
GALANT:
43
alors ains avoit le fens de de
vant. Ainfi faire du puifné l'aî
né , c'eft comme qui diroit ,
que celuy qui eft derriere eft
davant, Je leur dis qu'un feul
exemple pouvoit décider la
question , fçavoir celuy d'E-
•fai & de Jacob jumeaux , dont
Efau fur l'aîné , parce qu'il
fortit le premier , felon le Texte
facré, prerogative de naiſſance
qui fonde fon droit d'afneffe.
Ainfi Jacob quiafpiroit
déja au droit d'aîneffe , le pric
par le talon pour l'empêcher
de fortir le premier , ce que
fon inftinet ne luy auroit pas
Dij
44 MERCURE
#
permis de faire , fi celuy des
Jumeaux qui fort le dernier ,
devenoit l'aîné. Cependant
ces Dames perfifterent dans
leur fentiment , alleguant
pour leur raifon, que celuy des
Jumeaux qui fortoit le dernier,
avoit efté le premier conçû
, & que le temps de la conception
, fuperieur à celuy de
la naiffance , faifoit l'aifné.
Mais outre qu'on ne paſſe pas
cet article , comment connoiſtre
qu'il y ait un intervalle
de temps dans la conception
des Jumeaux ? On auroit pû
défier Latone & Leda , tou-
1
GALANT. 45
tes deux Meres celebres de
Jumeaux , de difcerner en elles-
mêmes ce point different
de conception. Au refte , le
principe n'eft pas vray , qu'il
y ait diverfité de temps dans
la concption des Jumeaux.
Hippocrate , genic fublime ,
fi éclairé dans ce qui regarde
le corps humain , écrit pofitivement
qu'elle fe fait par une
feule & même jouïffance , uno
codem concubitu , felon fes
Interpretes. Et l'Echole de la
Medecine , de même avis que
fon Maistre , s'en explique en
ces termes ,fimul& femel , tout
46 MERCURE
àlafois , &par un même acte,
S. Auguftin ayant occafion
d'en parler dans le Livre s.de
la Cité de Dieu , le dit auffi
formellement , Neceffe eft in
geminis eadem effe momenta conceptionis
; il ne fe peut pas que le
moment de la conception nefait le
même pour lesJumeaux . Et pour
alleguer un exemple d'autori
té fouveraine , il eft conftant
que Thamar , Mere des Jumeaux
Pharez & Zara , ne fut
connue qu'une feule fois par
Juda. L'ancienne doctrine de
la generation convient à cette
maxime de l'unité de temps
GALANT: 47
ཀཙྪཱ
pour la conception des Jumeaux,
parce que le concours
& l'union de la matiere femi
nale de l'homme & de la femme
fe fait en même temps
pour les Jumeaux , comme
pour un enfant ſeul; car cette
matiere feminale venant à fe
partager en deux parties aux
deux coftez de la matrice , l'u
ne & l'autre portion y fermen
te également & au même mo¬
ment. Il en eft de même de la
nouvelle doctrine , qui met la
formation des Enfans dans
des oeufs , comme la Fable dir,
que les Jumeaux Caftor & Pol48
MERCURE
lux , Helene & Clitemneftre
fottirent de deux oeufs , cha
cun avec fa Soeur. Ces oeufs
qu'on prétend eftre dans les
Femmes ,font auffi fans diffe
rence de temps imprégnez
des efprits feminaux , pour
deux enfans comme pour un.
Et quand même on fuppoferoit
que cela ne feroit pas , &
que les Jumeaux peuvent eſtre
conçus à divers temps , la pri
mauté de la conception feroit
due à celuy qui fort le premier
dufein de la mere. Ilmarque
par là qu'il eft plûroft
preft que l'autre , & qu'il a eu
plus
GALANT. 49
plus de vigueur pour le faire
paffage , & rompre la barriere
qui s'y oppofoit , ce qui indiqueroit
qu'il a efté le premier
conçu , car la force augmente
avec letemps . Aufli Elaü qui
fortit le premier du fein de
Rebecca , eftoit beaucoup
plus robuſte que Jacob . Ence
cas il en feroit du fruit du ven .
are, comme du fruit de l'arbre ,
où celuy qui par fa maturité
tombele premier , femble avoir
efté noué le premier en
bouton LejurifconfulteBalde
in 1. Conft § Itaque, dit formel-
Jementque fil'on doute lequel
Avril 1698 E
50 MERCURE
des deuxJumeaux acfté formé
le premier , il faut préfumer
que c'eſt celuyen qui il paroiſt
plus de force & de vigueur.
Cùm dubitatur uter geminorum
fit primogenitus , prafumendum
fortiorem & robuftiorem fuiffe
prius natum. Mais de quelque
maniere qu'on prenne la chofe
, que les Jumeaux foient
conçus en même temps , ou
en des temps differens , cela
ne fait rien au fujet, car la qua
lité d'aifné fe détermine par
l'âge. Or l'âge ne fe compte
pasdu point de la conception,
mais de celuy de la naiffance,
CGALANT 52
Sil'on dit qu'un Enfant eft vemuà
ſept mois ou à neuf , ces
fept ou neuf mois n'entrent
point dans le periode de fon
age.Le moment , non auquel
il cft concept , mais auquel il
vient au monde , commence
le premier jour & le premier
mois de fon âges & quand.
même il auroit demeuré prés
d'un an dans le ventre de fa
Mere , comme on le dit de
Jules Gelar cette année fe
perd des qu'il voit le jour
car le temps de fon ag
commence feulement avec
celuy de fanaiffance . On
age
E ij
12 MERCURE
ne compte plus l'âge dans le
Tombeau , parce qu'on eft
hors de la Societé civile , &
qu'on eft enfevely dans les
tenebres
. On ne le compte
pas non plus dans le fein dela
mere , où l'on n'eft pas entré
dans la Societé civile , &
où l'on eft auffi enfevely dans
une obcurité , qui cache autant
le jour que le Sepulchre,
De plus , tandis que l'Enfant
eft dans les entrailles de fa
mere , il n'eft pas un Tout en
Jui mefme. Jufqu'à ce qu'il
foit feparé d'elle , il eſt un
mefme Tour avec elle , & il
GALANT:
$3.
ale mefme mouvement & le
repos qu'elle a Enfin quand
on ne nieroit pas que celui des
Jumeaux qui eft forti le der
nier du fein de fa mere . foit
le premier conceu, il n'obtien
droit pas pour cela le droit
d'aifaeffe , ce précipur appar
tient uniquement à celuy qui
en eft fortile premier . La lu
miere du jour qu'il voit le
premier , luy imprime le caratere
de primauté . C'eft la
décifion formelle de Tiraqueau
, Jurifconfulte & Confeiller
au Parlement de Paris ,
Si poffit deprehendi quod difi ,
E iij
54 MERCURT
cillimum eft , ex geminis cum qui
pofterior exivit ex utero , priorem
fuiffe conceptum; attamen jus
primogenitura non obtineret , fed
alter qui prior natus eft. Tiraq.
deFure primog. queft.
Ce préjugé qu'ont la pluf
part des Femmes , & quels
ques hommes avec elles , que
celuy des Jumeaux qui fortle
dernier , eft l'aiſné , pourroit
il venir encore de ce qu'Hip
pocrate, & toute la Medecine
fuivant fes traces, nomme Suz
perfetation . Il arrive donc quel
quefois qu'aprés que la Fem
me a conceu , la matrice sou
GALANT: ST
vie de cemps en temps , co
qui luy donnelieu de recevoir
de la matiere feminale , d'ou
peut fe former un autre enc
fanr, qui furvientde nouveau
outre les Jumeaux ; mais cet
Enfant n'eft pas du rang desi
Jumeaux , car il n'eft pas dans
le même délivre ou arriere
faixs De plus , il arrives rare
menty nynqu'il forte le pre
mier , nyqu'il vive ; parce que›
les Jumeaux conceus avant
luy estant plus robuftes, font
plus avancez pour le terme de
venir au monde , & fuccent
la plus grande partie du fang
之
E iiij
56 MERCURE
de la Mere , lequel eft leur
nourriture commune , telle
ment qu'il eft foible & languiſſant
. Enfin , quand même
il arriveroit que cet Enfant de
fureroift aux Jumeaux fortift
le premier , & qu'il vécuſt ,
comme le dit Ariftote d'Hercule
& d'Iphicle , exemples
extraordinaires , il feroit l'aifné
s'il naiffoit le premier , puis
qu'eftre aifné , c'eft eftre né les
premier. Il y aune autre four
ce de ce préjugé des Femmes
pour le dernier venu des Jumeaux
, qu'elles croyent le
premier conceu pour en faire.
GALANT
l'aifné. Aſclepiade, comme le
rapporte Plutarque , a cru
qu'il y avoit des cellules dans
la matrice où font conceus les
Enfans. Or comme il y a plus
de chaleur au fond de la matri
ce que vers fon orifice , chaleur
qui fait la conception , il fema
ble que le Jumeau qui a ché
formé dans la cellule la plus
interieure & la plus enfoncée,
foit le premier conceu, & que
neanmoins il forte le dernier,
à caufe que le Jumeau qui a
efté formé depuis dans une
cellule plus proche du col de
la matrice , fort le premier,
18. MERCURE
comme eſtant au paffage.
Mais ces prétendues cellules
qu'on a voulu compter au
nombre de fept , trois du
cofté droit pour les males ,
trois du cofté gauche pour les
femelles , & une au milieu ,
pour les Hermaphrodites ,
font routes dans l'imagina
tion , & nullement dans la mae
trice, qui ne reffemble poinc
au dedans à une ruche dA
beilles , mais à une coque
d'oeuf , dont les parties font
fimilaires , comme le démontre,
vifiblement Anatomie.
Je ne fçay fiune Loy , qui eft
GALANT. 59
dans le Digefte Tin nart s
n'auroit point encore fervi à
favorifer l'illufion qu'on a
pour celuy des Jumeaux qui
fort le dernier. Arethusaprimo
partuunum , fecundo tres peperit.
Non dubitari debet quin ultimus
liber nafcatur. Averbuſe ayant en
sen enfant lapremiere fois qu'elle
accoucha , en eut trois la feconde ;
& c'eftfans doute, que le dernier
des trois enfans eft libre, à l'ex
clufion des autres nez avant
Juy, qui ne le font pas . Voilà
donc la libertéacquife à celuy
des Jumeaux qui eft forti le
dernier, & cette liberté vaut
60 MEK CURE
1
bien un droit d'aîneffe. On ne
peut pourtant rien conclurre
fur la question des Jumeaux
par cette loy , fi l'on en pe
netre l'efprit. Arethufe eftoit
une efclave , à laquelle fon
Maiftre dans fon teftament
donnoit la liberté quand elle
auroit eu trois Enfans. La
condition s'accomplit. Joi
gnant avec l'enfant qu'elle
cut feul , les deux premiers
des trois Jumeaux qu'elle eut
depuis , ils font enſemble
trois , & ces trois enfans fatisfont
par leur nombre à la
clauſe du teftament. Ainfi
GALANT. 61
cette Mere eftant par la devenue
libre . celuy des Jumeaux
qui vient le dernier ,
naifant alors d'une mere lis
bre , jouit de la liberté de fa
mere.Ce n'eft donc pas parce
qu'il eft né le dernier des Jumeaux
qu'il eft libre par préference
aux autres qui l'one
précedé , & qui ne le lont pas,
c'eft parce que le nombre des
trois enfans eftant complet ,
il naift le premier depuis que
la mere eft libre. Suppo
fons qu'Arethule ait encore
aprés eu d'autres enfans Jumeaux
, celuy qui fera forti le
62 MERCURE
premier , fera libre comme le
dernier , parce que la mere
eft libre , & que la liberté eft
communeà les enfans nez de
puis qu'elle eft libre . Il ya
encore dans l'Hiftoire d'Ecof:
fe un exemple de deux Princes
Jumeaux , où le dernier form
du fein de la mere a de Lavan
rage fur fautre , dans la bonte-
Aation qu'ils eurent pour le
Trône. Le Duc d'Alban pré
tendoit qu'il luy appartenoit
,
alleguant qu'il eftoit nélepre.
mier , & qu'aina il eftoit l'aî
né. Neanmoins l'autre , qui
eftoit né le dernier
, ne luy
4
GALANT. 63
voulut point ceder , même il
Eemporta,& fut Royd'Ecoffe;
mais cela arriva par la force
des armes. Il ne regna pas ,
parcequ'il eftoit né le dernier,
mais parce qu'il gagna la ba
raille. Il ufurpa par cette voye
ce que la nature & la Loy adjugeoient
au Duc d'Alban fon
aîné. Il eut le Sceptre par vie
lence ,comme Jacob avoit cu
par fraude la benediction .
Voicy un autre exemple
d'Hiftoire , qui établit précifément
& à la lettre le vray
droit de celuy des . Jumeaux
qui naift le premier , & qui
"
64 MERCURE
en cette qualité cut la Cou
ronne. Il eſt dans Herodote,
au 6. livre, nommé de la Muſe
Erato. Ceux de Sparte ayanc
fceu qu'Egine eftoic accou
chée de deux Jumeaux , luy
députerent pour fçavoir d'elle
lequel des deux eftoit né le
premier , afin d'en faire leur
Roy. Elle ne le voulut poins
déclarer , parce que , dit l'Hiftorien
, elle fouhaitoit qu'ils
fuflent tous deux Rois , comme
il arrivoit quelquefois à
Sparte , d'avoir deux Rois en.
femble. Mais on découvrit en
fin le premier né , fur un avis
GALANT: 65
quifur donné d'oblerver ce-
Juy des Jumeaux qu'Egine
avoit de coutume d'allaiter le
premier. Cette préference de
la mere pour l'un des deux , ce
premier foin toujours prati,
qué pour le même , décou
vrit le premier, ne, qui fut mis
fur le Trône. En effet , les meres
ont un inftinct naturel
pour le premier, fruit de leur
ventre. Cetre inclination particuliere
fe trouve même dans
les beftes. Elien dit que les
Truyes donnent leur premier
terin à celuy de leurs petits
qui eft venu le premier. Ho .
Avril 1698
F
66 MERCURE
mere dit auſſi au 17. de l'Iliade ,
que Menelaus fe jetta au tra
vers des Ennemis avec la mê
me fureur qu'une vache mugit
lors qu'on luy a enlevé le
veau qu'elle a eu le premier.
On peut encore remarquer ,
pour fonder cette affection
privilegiée , que l'aîné des enfans
a le plus de traits de reffemblance
au pere & à la mere
; & que les Aftrologues
,
comme Almanfer,prétendent
que le premier né fert par fon
point de nativité à juger du
fort de fon pere , ce qui n'eft
pas , felon luy , dans le point
GALANT. 67
de nativité des autres enfans
puifnez.
On me dira que Remusne
reconnut point en Romulus
le caractere privilegié de Baî
né , à quoy on peut répondre *
qu'il n'étoit pas évident d'ar
bord dans ces Illuftres Jus
meaux. Gum gemini effent , dit
Tite Live , nec atâtis verecuni
tia difcrimenfacere poffer, Rhen
Sylvia leur mere , ne déclara
point lequel des deux étoit né
le premier , & fa more qui fui.
vit de prés leur naiffance , ne .
donna pas lieu à rechercher
dans fa conduite envers eux ,
Fij
68 MERCURE!
comme on fir dans celle d'E
gine , ce qui pouvoit faire
connoître le premier né , mais
dans la fuite l'Augure des Vau.
tours prononça en faveur de
Romulus , comme né le premier
car fix Vautours que
Romulus vit fur le Mont Palatin
plus que Remus n'en avoit
vú fur le Mont Aventin , défi
gnerent par leur pluralité que
Romulus avoit plus d'àge que
Remus. On fonde cette penfée
fur ce que le vautour étoit
le fimbole duTemps , &quand
on n'en feroit pas un nombre
de temps par les Vautours,
GALANT 69
78
en faveur du premier- né , on
peut encore les expliquer aus
trement. C'étoit le droit de
l'aîné d'avoir une double por
tion ; & elle ferencontra dans
les vautours pour Romulus
ilyen vit douze qui font deux
fois fix , & Remus n'en vit que
fix. Auffi fut ce Romulus
Paifne qui bâtit Rome , Ville
aifnée des Villes de l'Univers.
Toutes celles qui font nées
depuis , n'ayant point cu l'étendue
& la gloire qu'elle eut ,
fous l'Empire des Cefars.
Puifqu'en general la prérogative
des ailnez vient de ce
·
10 MERCURE
qu'ils font nez avant leurs fre
res , ce feroit donner atteinte
à cette prérogative , s'il n'en
étoit pas de même dans les
Jumeaux. C'est même pour
fonder & pour manifefter cet .
te diſtinction , que la nature
qui conçoit les Jumeaux en
même temps , ne les fait pas
naître enſemble , comme on
voit fouvent des fleurs éclor
re enſemble dans un par terre.
Elle y met des intervalles ,
afin qu'on puiffe remarquer
fans confufion celuy qui eft le
premier né. Il eft dic que Jacob
nâquit prefqu'aulltoft
GALANT : 70
qu'Efau , mais affez fouvent
les Jumeaux naiffent , non ſeu
lement à diverfes heures, mais
à divers jours l'un de l'autre.
On n'auroit pas le moindre
prétexte de conteſter le droit
& le nom d'aifné à celuy qui a
રે
ces avances de temps fur l'autre
, mais dans quelque proximité
de temps que foit la
naiffance de l'un & de l'autre
Jumeau , il n'y a pas
plus à une apparente con te.
ftation , puis que Jacob eftant
forty du fein de Rebecca pref
qu'au même moment qu'E.
fati , ne rendit point douteux
lieu non
72 MERCURE
le droit d'afneffe d'Efau. Il en
arriva de même à la naiffance
de deux autres Jumeaux que
jay déja remarquez , Pharez
& Zara, qui fortirent fort prés
l'un de l'autre du fein de Tha
mar & la Sage femme qui
avoit peur de ne pouvoir pas
bien diftinguer la naiffance
de celuy qui feroit forty le premier
, marqua d'un cordon
rouge celuy qui prefenta d'a
bord le bras , mais l'autre
ayant eu l'avantage de le préceder
, & de prendre , pour
ainfi dire ,le pas fur luy , con .
ure l'opinion & le defir de cet.
te
GALANT 75
73
te Sage femme , elle luy en fit
des reproches , tant il eft vray
que le droit des Hebreux , fui
vant les traces de la Nature ,
proclamoit l'aifné celuy qui
eftoit forti le prmier. Le Droic
Civil aufli s'y conforme , Celuy
des Fumeaux quiferané opremiers
fuccedera feul audit droit La Peirete
,Decifionzz Et pour alle
guer des noms plus anciens ,
Coquille s'expliqueainfrfurla
Coutume dn Nivernois , Que
dirons nous des Jumeaux ou Bef
Jons ? Je croy, que selon l'ordre de
naiffance il en faut juger comme
d'Efau de Facob Autónne
G Αυτί
1698 .
74 MERCURED
prononce de même fur la
Coutume de Bordeaux , des
Teftamens
, art . 76. Primogenitus
eft qui prior in lucem editus
eft. Celuy là eft l'aifné qui a vú le
jour le premier. Je n'ay point vû
d'Arreft fur cette queſtion
, &
il n'en eft cité aucun par les
Auteurs que j'ay nommez , ce
qui peut proceder de ce que
les Peres , qui avoient au com→
mencement le caractere de
Juge dans leur Famille , l'ont
confervé dans cet article , &
que celuy qu'ils ont déclaré
eftre l'aifné par le temps de la
naiffance , a fon droit établi ,
GALANT.
t.
que fon frere ne luy conteſte
point par le refpe& qu'il doit
à la qualité de leur Pere. Je
n'ay pas même trouvé aucun
Jugement donné en faveur
d'un Jumeau que le Pere n'aura
point déclaréné le premier,
& dontil faut penetrer ce qui
n'eft pas évident. Du Moulia
fur la Comume de Paris , rapporte
fur cela divers avis , &
comment on peut le conduire
quand les Jumeaux , dont on
ignore le point de naiffance ,
le reffemblent parfaitement
, qu'on ne sçauroit les
diftinguer, comme dit Virgile
Gij
76 MERCUKE:
de Daucias & de Tymber :
-Simillima proles
Indiftinctafuis. Il est pourtant
à préfumer que dans le cas où
le pere & la mère n'ont point
prononcé fur le temps précis
de la naiffance , il y doit avoir
eu un jugement particulier !
comme dans la Famille de
Maupou , dont le nom eft fort
connu à Paris: Nec alia ratione,
dit Mornac , inter opulentiffima
Maufpouffeorum apud Lutetiam
familia clariffimos gemellos pri
migenia delata funt !
Il paroift de tout ce que je
viens dé remarquer, que celuy
GALANT. 57
des Jumeaux qui fort le premier
du fein de la mere , eft
un ailné titré & privilégié,
comme les autres aifnez qui
précedent de plufieurs années
de naiffance leurs freres que
la Nature établit fes prérogatives
; que le Droit Civil les
luy conferve , & que la Politique
luy eft auffi favorable.
L'efprit eftant étroitement
uni au corps , & comme noyé
dans lamatiere , il en devroit ,
ce femble , fubir le fort , & en
reffentir toujours les altera.
tions . Le contraire arrive, ce-
G iij
78 MERCURE
pendant quelquefois, & com
me fi Dieu vouloit faire entendre
aux Libertins & aux
Incredules , que les ames ne
periffent pas avec le corps ,
mais qu'elles font inalterables
& immortelles , il les conferve
avec tous leurs avantages
dans quelques perfonnes ,
dont les corps ufez tombent
en ruine comme les vieux
baftimens , & ne font prefque
plus organiſez. M' d'Emery ,
Medecin de Bordeaux , eftune
de ces perfonnes . Ses infirmitez
, infeparables de l'extrême
vieilleffe où il eft , font, pour
GALANT. 79
ainfidire , autant de bréches,
au travers deſquelles on voit
briller cet efprit vif & folide ,
qui luy a fait meriter l'eftime
& l'amitié d'un grand nombre
de perfonnes recommandables
par leur merite & par lear
fçavoir. Les Vers qui fuivent
en font une preuve. On n'y
voir guere moins de feu que
dans plufieurs auues Ouvra
ges de fa façon , que vous avez
lus dans mes premieres Lettres.
Celuy cy eft adreffé a
Mademoiſelle de Scudery,fon
illuftre Amie.
Giiij
80 MERCURE
REGRETS D'UN MARY
fur la mort de fa Femme.
N vain m'ordonnez . vous de
le filence , ENgarder
Inflexible & dure conftance.
Pourquoy ne pas pleurer fur le trifte
tombeau
D'une Femme fi neceffaire ?
Elle ne fongeoit qu'à me plaire ,
Et qu'à rendre mon fort plus heu-
Vieux & plus beau .
S.
Retirez-vous , fuperbes Confeilleres
,
Vertu, raiſon , conftance , fermeté ,
Je ne puis écourer vos difcours témeraires
,
Ny me foumettre à voftre autorité..
GALANT:
Orgueilleufe Vertu , tes loix font tiranniques
,
Tu n'as , fiere raiſon , que des le
çons iniques.
Conftance , fermeté , vous me parlez
en vain
Je vous écouterois fi j'estois inhu
main.
2
Qoy, mon ame perfide , infenfible
& barbare ,
Banniroit pour jamais ſa fidelle amirié
a
* Je fermerois mon coeur àla pitié ,
Et d'un objet aimé dont le Ciel me
Tepare,
Je deviendrois l'odieufe moitié?
S
Non , ne me preffe plus , patience
importuner,
Je ne fçaurois moderer mon tour
ment,
82 MERCURE
Helas ! je reffens trop ma cruelle ins
fortune
;
Qui la peut endurer fouffre legere
ment.
Quand je fonge à tant de ten .
dreffes ,
Remedes employez à guerir mes
trifteffes ,
Que font-ils devenus ces foins offi
cieux ?
Ces propos fi delicieux ,
Ces entretiens fi chers à ma też
traite ,
Ces fers portez fans douleur & fans
bruit
Ces doux plaifirs d'une flâme difə
crete?
Ils fe font diffipez comme l'ombre
quifuit.
ន
Vous m'exhortez encore à retenir
mes larmes,
GALANT: 82
Perfides voluptez , je ne vous con
mois plus,
Ma vie eft prefque ufée , & je fens
tous vos charmes >
S'évanouir en defirs fuperflus.
Je veux pleurer & courir à ma perte.
Comme un fidelle Epoux & comme
un cher Ami.
La mort m'appelle où la tombe eff
opvertey
Et le cercueil a'eft rempliqu'à demia
S
Mais enfin , o vertus,
www.fipropices ,
à mes maux
Je me rens à vos bons offices ,
Mon coeur s'eft contre vous trop
long-temps défendu ,
Dans la douleur qui me défole,
Vous voulez que je me confole
Rendez-moy ce que j'ayperdu,
84 MERCURE
A SAPHO
Faites place à Sapho , Vertus de tou
tes Langues ,
Je refufe l'oreille à vos belles harangues
,
Vos raifons n'ont fur moy ny force ,
ny credit.
Si Sapho feulement m'offre ce qu'-
elle écrit,
Quand la mort d'un Ami luy fait
prendre la plume ,
La douceur de fes Vers guerira l'a
mertume
Que la douleur répand dans mon
eſprit .
Voicy une troifiéme Let
tre de M Cipiere , fur le Livre
des Superftitions de Mi
Thiers.
GALANT. 85
A MONSIEUR ...
E crois , Monfieur, que vous
avez réfolu de me perfuader
tous les Contes & toutes
les Hiftoriettes qu'on nous
fait des Magiciens , & des
effets de leur art. Vous me
faites tellement étudier cette
matiere , & il fe trouve tant de
faits dans les Auteurs , qu'à la
fin je pourrois bien devenir
credule comme les autres. Je
ne fuis pourtaat pas encore
devenu timide par la lecture
de toutes ces hiftoires ; car je
n'en ay trouvé aucune que je
ne puiffe , ou confondre de
86 MERCURE
fauffeté , ou expliquer par les
principes que j'ay établis dans
mes deux Lettres préceden
res. L'hiftoire de Santabarenus
,qui fit voir à Bafile ,Empereur
des Grecs , fon Fils qui
eftoit mort de maladie, ne me
paroift pas plus difficile à expliquer
que celle de la Magi
*
cienne , qui fit voir à Saul le
Prophete Samuel . Ce faux
Moine , qui vouloit paffer
pour un grand Saint , pouvoit
bien avoir fuppofé un veritable
homme à cheval , & faire
croire à ce Prince" trop fuperftitieux
, que c'eftoit - là fon
do!
GALANT: 81
Fils. Comment auroit. il pa
faire fortir fon ame des Enfers
, ou du Paradis , & reffufciter
fon corps enfeveli depuis
un mois ; car ce n'estoit point
une veritable refurrection ,
puis que ce n'eftoit tout au
plus qu'une apparition ? / Or
dans toutes les apparitions
que font les Magiciens , les
Magiciens même veritables ,
ils fuppofent toujours des
corps veritables , ou bien ils
font dans le cerveau , ou dans
les yeux des credules , certaines
impreffions , par lesquelles il
leur femble voir de tels corps,
88 MERCURE
C'eft ainfi que le font les illu
fions ; & il n'eft pas toujours
neceffaire
que les objets
foient
réellement
hors de
nous ; autrement
nous n'aurions
jamais de fonges la nuit.
Vous fçavez même , Monfieur
, qu'on ne peut pas dé
montrer
metaphyfiquement
qu'il y ait des corps hors de
nous , & que ce n'eft que la
foy qui nous convaine
de leur
existence
. Je parle fuivant
l'homme
, fecundum
hominem
loquor , c'est à dire , la nouvelle
Philofophie
. C'eftoit
enfin
par de faux miracles
& par de
44
2
GALANT 89
pareilles illufions , ou fuppofitions
, que Simon le Magicien
enforceloit tout le peuple
de Samarie , & qu'un faux
Prophete nommé Bariefu , à
la fuite du Proconful Sergius
Paulus , trompoit les habitans
de l'Ile de Paphos Les faints
Apoftres Paul Barnabé &
Jean , empêcherent bien ce
Juif, nommé autrement Elymas,
qui fignifie Enchanteur,
de continuer fon métier , car
ils le rendirent aveugle.
Mais que dirons nous de
ces Femmes débauchées dont
parlent les Prophetes Nahum
Avril 1698. H
90 MERCURE
& Baruch, lefquelles par leurs
fortileges & philtres amoureux
s'attiroient des Amans ?
Nicephore Gregoire parle de
cette belle Fille Sicilienne ,
nommée Marceline , qui par
fon art fe fit aimer de Jean
Vatace, Empereur des Grees,
qui réfidoit à Nicée pour lors
aprés la prife de Conftantinople
par Mahomet II.Saint Hierôme
dans laVie de Saint Hilarion
, rapporte que ce S. Solitaire
rompit les charmes
d'une Fille, qui lui avoient été
donnez par un Amant qui
l'aimoit malgré elle. S. GreGALANT.
goire dans fes Dialogues fait
Thiftoire d'une Religieufe enforcelée
par le faux Moine Ba
file ; & enfin on trouve autant
qu'on veur de ces philtres
amoureux , & de ces hiftoires
dans les Ouvrages des Saints
Irenée & Epiphane , Jean de
Damas , Gregoire de Nazian
ze, dans la Theologie de Plaon
par Marcellus Ficinus
dans le Livre des Enchante
meds de Pomponace, dans les
Amans Magiciens de Coelius,
dans le Traité des Sortileges
de Grillan , dans Delrio , &
d'autres Auteurs qu'il feroit
Hij
92 MERCURE
inutile de rapporter , & peuteftre
de lire , puis que nous
ne cherchons que la maniere
dont les Magiciens , vrais ou
faux , peuvent tellement faſciner
les yeux, & incliner la volonté
de l'homme , qu'il aime
ce qu'il ne vouloit pas aimer
auparavanta
Je ne parle point icy des
Enchantemens tres - naturels
que peut produire la beauté
des Femmes , accompagnée
d'un certain je ne fçay quoy
qui la rend aimable & piquante
, & qui ne fe trouve
point dans une belle Statue ,
GALANT:
93
pour laquelle il n'y a perfonne
qui reffente de lapaffion. Je ne
parle pas non plus de l'adreſſe
de certains galans , jointe à la
beauté mafle , & à cet air engageant
& majestueux qui gagne
& qui foumet les coeurs ,
ny de la liberalité , vertu qui
rend ſervice à toutes les paffions
, & qui a tant de force
fur l'efprit des hommes & des
femmes , ny enfin de la vaine
excufe de certaine perſonnes ,
qui rejettent fur un enchantement
fecret & magique , ce
qu'elles ne devroient attribuer
qu'à la corruption de
94 MERCURE
leur coeur & au déreglement
de leur efprit. Je luppole que
Lous cesphiltres dont il eft parlé
dans les Auteurs ,foient veritables
, & qu'ils viennent d'u
ne cauſe exterieure & étran .
gere. Je dis dans cette fuppo
fition , qu'on ne peut pas conclurre
que le Démon y air
d'autre part que la malice
qu'il inſpire à tous les hommes;
parce que cet efprit , tout
puiffant qu'il eft , ne l'est qu '
autant que Dieu luy permet
& Dieu tout fage & tout bon,
ne peut luy permettre d'exercer
la puiflance que fur le
GALANT.
95
corps de l'homme , ou du
moins , fi c'eft fur l'efprit , it
ne peut forcer fa liberté,
car il n'y a que celuy qui
donne l'eftre à la volonté
qui puiffe modifier cette volonté
malgré elle. Vous m'entendez
fans doute , Monfieur ,
& delà je conclus que fi le
Demon avoit du pouvoir
fur nôtre volonté , nous ne
ferions pas affez libres pour
pécher avec malice . Tous ces
Philtres donc ne font autre
chofe que certains fecrets naturels
, que certains Amuletes
qu'on fait prendre, ou dans des
96 MERCURE
'odeurs , ou dans les viandes
qu'on mange. Ils font compofez
de certains corps qui
remtent les efprits animaux
& vitaux, de la même maniere
qu'ils le font dans le corps
d'un homme poffedé par la
fureur Erotique . Ces hommes
& ces femmes ainfi empoifon .
nez ,pour ainsi dire, fe portent
fans déliberation vers les objets
dont ils ont l'image ou
l'impreffion dans le cerveau ,
& ils ne font délivrez de cette
-fureur , que lorfque le poifon
· diminuant par le mouvement
de l'agitation même qu'il produir
,
GALANT. 97
duit , laiffe à l'efprit la liberté
de s'appliquer à d'autres objets
, & de penfer ailleurs . Si
ces mouvemens ne viennent
que de temps en temps com
me une fiévre, le mal n'eft pas
fi difficile à guerir ; car on a
la liberté quelquefois de faire
reflection fur fon érat , & de
recourir au remedes , ou à la
priére des gens de bien.
Ainfi furent gueris l'Empereur
des Grecs & les autres per
fonnes dont nous avons parlé.
Voilà , Monfieur , affez de
de réponſes pour réfuter tout
ce qu'on peut dire des Sorti-
Avril 1698. I.
हे
68 MERCURE
léges , Enchantemens , Ma
gies & Philtres. Un homme
de bon fens qui ne feroit pas
trop credule , pourroit par là
eftre difluadé de la crainte
des Magiciens. Les méchans
pourroient auffi être convain
cus de la vanité & de la folic
qu'il y a , à s'appliquer à la
Magic. Je fouhaitterois que
les trois Lettres que j'ay
eu l'honneur de vous écrire ,
fuffent lûes par ceux qui ont
lû le Livre des fuperftitions
.
composé par M'Thyers , parce
que je crains que la plus
grande part ne donnent dans
LY:
མ
GALANT 99
ABLIOTHEE
toutes les Hiftoires quil y ra
porte , & que les cenfures Ec.
clefiaftiques n'incitent leur
curiofité à éprouver la verité
& les promeffes de l'arc magique
, que je puis appeller
l'art des tromperies . Je finis
cette matiere par un bon mot
d'un ancien. Veritas fcientiam,
non credulitatem : mendacium credulitatem,
non fcientiam pariunt.
Jefuis , particulierement, Monheur
; Vôtre , &c.
2
Vous ne ferez pas faché de
voir ce que Mi l'Abbé de
Poiffy a écrit au jeune fils de
I ij
100 MERCURE
M ' le Comte de Crécy , qui
vient de donner fes foins à la
conclufion de la Paix, en quadé
de Plenipotentiaire , &
d'Ambaffadeur Extraordinaire
du Roy aux Conferences te-
´nues à Rifwik.
A Monfieur le Comte de Crecy
le Fils.
A quinze ans , fçavoir le
bel Art de charmer , heureux
préfage ! Que ferez - vous , dites
- moy , dans un âgé plus
meure? Courage , cherComte,
profitez du temps . Joignez à
l'affiduité du travail , la facilité
de vôtre genie. La Science
GALANT. fot
eft pour l'homme un riche
Tréfor. Faites un fond pour
n'être point neuf , en quelle
Ciel vous ap
que état que
pelle . Ayez la noble ambition
d'y tenir le premier rang.
Que les richeffes ne vous
foient point des dégrez pour
y monter. L'Or eft une clef,
dont mille gens fe fervent
pour s'ouvrir les portes quicon .
duiſent aux grandes Charges .
Fore enim tutum iter & patens
converfo in pretium Deo .
L'Or vient à bout de tout.
Aurum per medios ire fatelites
Et perrumpere amat faxa,
I iij
102 MERCURE
Avec l'Or on arrive en pofte
Au plus confiderable Pofte.
Combien voyons nous d'ignorans
Occuper les illuftres Rangs !
Combienfans efprit,fans conduite,
A qui le Bien tient lieu de
浦
talens , de merite !
Il en eft à la Ville , il en eft à la
Cour,
F'en vois fourmiller chaque jour.
Toute Profeflion à fes ignorans.
Voyons les Corps les
plus celebres.
Dans une facultéfont- il tous fça
vans ? non.
Tel qui fe dit Docteur n'en porte
que le nom :
GALANT: 103
Certain quifait icyle petit Hapo
crate wit
Ne fçait de quel có : é les bonimes
ont la Rate.
L'ignorance l'érige en honnefte
Bourreau.
Paſſons outre, cher Comte, entrons
dans le Barreau.
Il eft des Avocats dont la haute
Science
Fait briller en tous lieux une utile
Eloquence.
Nous avons aujourd'huy des Cicerons
François ,
Qui protegent le Peuple egfons
fleurirles Loix ;
Mais on n'en voit que trop dont
I iiij
104 MERCURE
la langue novice
Ne rendit à l'Etat jamais aucun
Service.
Ilfaut donc travailler ; car pour
vous parler net ,
Sans Etude , à quoyfert la Robe
& le Bonnet ?
D'un muet Avocat la parlante
· liaffe
Montre aux yeux du Publicfon
ignorance craffe.
Ce rebut de Themis , cet Animal
retif,
Ne voit point affez clair dans un
- fac instructif.
Peut- eftre a t'il auffi les vifieres
mal nettes ,
GALANT. Jot
Si fa vue eft debile , il luy faut
des Lunettes.
Fe me trompe , fon mal ne vient
point de fesyeux,
Mais de ne rien fçavoir, & d'être
déja vieux.
Quel chagrin ne reffent point
un homme de petit genie ,
qui ne fait point fa Pros
feffion , lors qu'il le voit :
Le Burlesque fujet de tous les entretiens
,
La Fable d'une Ville , & le jouet
des
fiens.
Comment regarde t'on ce Maître
de Mufique ,
Dont le chant eft Gothique ,
106 MERCURE
Et qui fur une Ardoife accordant
certain fons ,
Fait fiffler à la Cour fes chesives
Chansons ?
Que ne penſe-tion point de ce
maigre Poëte ,
Qui nous donne des vers que
Public rejette ?
le
Quel cas fais- on d'Artus dont
Lignorant Pinceau ,
Nefçauroit ébaucher qu'un informe
Tableau ?
Et que ne dit on point du Grometre
Alcide ,
Qui ne peut démontrer les élemens
Euclide ?
GALANT: 107
Si l'ignorance nous expofe à
la confufion , & nous livre au
mépris , elle cauſe ſouvent
bien des maux.
Le Miniftre facré,
Qui loin d'être éclairé
Apeine entend le Latin du Bres
viaire,
Eft dommageable à l'ignorang
Vulgaire.
Et comment du Prochain guidera,
-il les pas,
S'il ne voit pas
pas ?
Pretend-il m'éclairer ? qu'avec un
foin extrême,
Il'commence d'abord par s'éclairer,
Joy mesme.
108 MERCURE
UnFuge qui jamais dans le Ćode
ne lút ,
Qui ne connut jamais ce que c'est
qu'Inftitus,
Prononçant une injuſte &fatale
Sentence ,
Opprime l'innocence.
Tels font les funeftes effets
de l'incapacité. Voyons les
biens que les Grands Hommes
font à l'Eglife & à l'Etat.
Boffuet , ce fidelle & facré Conducteur,
Découvre en fes Ecrits des routes
affurées ,
Et ramene au Troupeau les Brebis
égarées ,
GALANT.
109
En bon vigilant Pasteur.
Par le docte fecours d'une vive
Méloquence ,
Le Zelé Bourdaloüe a fçû charmer
la France,
Et fon Stile remply d'une fainte
Onction ,
A jetté le Pécheur dans la Componction.
F ..... cet homme inestimable
Connoiffant de nos corps la Ma
chine admirable,
Ses refforts differens , fes mouvemens
divers ,
A répandu fon Nom au bout de
l'Univers .
Quefon fort eft digne d'envie!
10 MERCURE
Le falut de l'Etar eft bien entre
fes mains,
Bon-heur , repos , deftin , tout dé.
pend de la vie
Du plus puiffant des Sonverains
.
Par un heureux fçavoir où l'on ne
peut atteindre ,
"
F ..... répond à nos voeux
empreffez,
Pour les jours de LOUIS nous
n'avons rien à craindre,
Il en a foin, c'eft affez.
Vauban que la Cour confidere ,
Eft pour toute une Armée un apuy
Jalutaire.
Le Miniftre éclairé, le docte Ma.
giftrar ,
GALANT. ITL
Le profond Directeur , l'éloquent
Avocat ,
Le Medecin expert , l'Ingenieur
habile ,
Tout Grand Homme, en un mot
an Public eft utile.
Je ne vous diray point, cher
Comte , quelle douceur goute
une Perfonne qui excelle dans
fa Profeffion , qui remplit dignement
les devoirs de fon
Employ ; elle eft eftimée des
Grands , & confiderée du
Prince.
Vôtre Illuftre Maiſon në
nous fournit que trop d'exem ,
112 MERCURE
*
ples de cette verité. Une pro
fonde capacité , jointe à un
merite fublime , a donné lieu
au plus Sage & au plus éclairé
des Monarques , de préferer
Mr le Comte de Crecy à tant
d'Hommes illuftres qui font
dans fon Royaume , pour travailler
au grand Ouvrage de
la Paix ; Ouvrage enfin confomméavec
tant de prudence ,
de zele & de fidelité. Cette
fameufe Negociation qui n'a
pas eu d'autre but que l'utilité
publique , ne demandoit
pas moins qu'un eſprit ſupérieur
, incapable de fe laiffer:
GALANT. 113
éblouir , riche de fon propre
fond , qui fût capable des
grandes chofes , qui fçût débrouiller
les plusembarraflées ,
éclaircir les plus obfcures , &
qui connuft à fond les interêts
de la Couronne. Mais fans
m'engager à faire unEloge qui
ne fçauroit être qu'injurieux à
la gloire d'un Grand Homme
dont le Nom feul fait le Pane.
gyrique.
Cher Comte , pour être ac-
··comply,
Et foutenir par tout un mcrite
étably,
Avril 1698 . K
114 MERCURE
Vous n'avez qu'une chofe à
faire ,
Montrez- vous digne Fils de vô
tre Illuftre Pere.
Rien n'eft plus à fouhaiter
que de fçavoir en quoy le bon
gouft confifte. Voyez fi vous
tomberez d'accord de ce qui
en eft dit dans les deux Lectres
qui fuivent.
A Monfieur ......
E ne fçaurois mieux m'adreffer
qu'à vous , Monfieur
, pour fçavoir fi nous
avons bien rencontré dans
l'idée du bon gouft , fi necefGALANT.
15
faire pour bien juger des com
pofitions de l'elprit . Vous
avez toutes les qualitez qui
.mettent un homme en droit
de prononcer fouverainement
fur ces marieres , l'efprit , la
fcience , l'autorité . Je me luis
trouvé depuis peu dans une
compagnie de perfonnes de
Lettres , où l'on en parla à
l'occafion de la celebre Dif
pute , qui eft entre quelques
Scavans au fujet de la préfe
rence des Anciens & des Mo
dernes. Comme vous fçavez
parfaitement ce qui s'eft paffé
dans cette Difpute, vous vous
Kij
116 MERCURE
fouvenez que les Partiſans des
anciens reprochent hautement
aux autres , qu'ils font
fans fcience & fans gouft ; &.
quelqu'un de la Compagnie
dit à cela, que lesPartifans des
Modernes pourroient faire
le mefme réproche à leurs
Adverfaires , & qu'ainfi ces
réproches ne fervoient de rien
à la decifion de la queſtion .
De forte que ( ajouta -t - il )
pour connoître qui a raiſon
des uns ou des autres , c'eſt
une neceffité de fçavoir au
paravant, ce que c'est que le
bon gouft , & en convenir ;
GALANT. 117
autrement on pourra tou
jours difputer, parce que l'on
n'aura point de regle certaine
pour terminer la Dif
pute. Je me fouvins alors de
la belle idée que j'en avois
trouvée , dans la Preface de
la verfion de deux Comedies
d'Ariftophane, par la fçavante
Mc...... Elle dit que le gouft
eft une barmonie , un accord de
l'efprit de la raison , & que
l'on en a plus ou moins , felon que
cette harmonie eft plus ou moins
juste. Aprés que j'eus propoté
la pensée de cette Sçavance , la
fçavante Compagnie demeura
118 MERCURE
quelque tems dans le filence,
chacun la voulant un peu
examiner en foy- même, avant
que de dire ce qui luy en
fembloit. Et enfin quelqu'un
dit que cette diftinction n'ê
toit pas encore capable de
vuider la querelle, parce qu'il
n'y a perfonne qui ne puiffe
pretendre que fon efprit eft
d'accord avec la raifon , &
par confequent qu'il a le bon
gouft . En effet , fi dans touses
les difputes chacun prétend
avoir la raifon de fon
côté , chacun peut prétendre
de melme que fon efprit
GALANT: tig
eft d'accord avec la raifon.
On crot donc qu'il falloit
chercher quelque chofe qui
déterminat davantage l'idée
du gouft , qui la rendift plus
précife & moins équivoque s
& on trouva que l'ordre pourroit
bien faire cet effet . On
entendoit par l'ordre ce qui
met chaque chofe à la place ,
les inferieures au deffous des
fuperieures , & les égales au
mefme degré , ce qui regle
nos penſées, nos affections &
nos defirs ** en un mot , ce
qui nous fait voir les choles
comme elles font , & nous
120 MERCURE
les fait aimer felon le dégré
de merite que nous y voyons.
Unautre prit la parole,& prétendit
que l'ordre dans ce fens
n'eftoit autre choſe que la
raiſon , & qu'ainfi le terme
d'ordre ne feroit point ce que
celuy de raiſon ne pouvoit
faire . On luy répondit qu'il
n'eftoit pas tour- à - fait vray
que la raifon & l'ordre fuffent
la mefme chofe ; que l'on
pouvoit dire que ce qui faiicit
la nature de l'homme rai
fonnable , eftoit fa capacité
de connoistre l'ordre , & que
ce qui le rendoit raisonnable
dans
GALANT. 12t
>
dans les moeurs , eftoit ſon
attachement à l'ordre. C'eſt
pourquoy on convint qu'il
n'eftoit pas fi aifé d'abuler du
terme d'ordre que de celuy de
raiſon ; & on fut d'avis de met.
tre le premier dans la defini
tion du goult , aulien du der?
nier. Mais un quatriéme demanda
s'il fuffiroit d'avoir
l'esprit d'accord avec l'ordre,
pour juger de tous les Ouvra
ges de l'efprit , comme des
pieces d'Eloquence & de
Poefie , dont on fcait que la
beauté & le prix conſiſte en
partie dans l'arrangement des
Avril 1698 . L
122 MERCURE
mors , le nombre , & la ca
dence. Cette remarque nous
obligea de faire entrer l'ima
gination dans nôtre idée , &
nous crûmes pouvoir dire que
le gouft confifte dans l'harmonie de
kefprit & de l'ordre, & dans l'acsord
de l'imagination avec l'un
avec l'autre, On fit enfuite
beaucoup de reflections fur
cette idée ; on en fit exped
rience fur beaucoup de fujets ,
on trouva qu'elle eftoit &
précife & complette , qu'elle
ne laiffoit point d'équivoque ,
& qu'elle s'étendoit aux compofitions
de tout genre ; &
GALANT. x23
enfin qu'un homme dont l'a
me fe trouveroit dans cet
heureux concert , jugeraic
toujours jufte, le plairoit dans
tous les Ouvrages où les
chofes feroient conformes à
l'ordre , & où le ftile feroid
digne des choſes ; qu'il rebutteroit
au contraire ceux où
l'ordre feroit bleffé & les
bien feances mal gardées ,
foit dans le ftile , foit dans les
chofes, Voila , Monfieur , les
penfées qui nous vinrent au
fujer dugouft, & quoi qu'elles
nous ayent affez plû , nous
ne voulons pas neantmoins
·
Lij
124 MERCURE
les croire exactes , que nous
ne fçachions votre fentiment,
réfolus de les abandonner
comme fauffes , fi vous en
jugez autrement que nous,
Je fuis , Monfieur , &c .
REPONSE.
E vous fuis extrémement
Joblige ,Monfieur, de la
bonté que vous avez de me
faire part de vos découvertes ,
& de m'inftruire fous le prétexte
de me faire Phonneur de
me confulter. Tout Academicien
que je fuis , je ne préſume,
ray jamais de pouvoir en ap
I
GALANT us
prendre à un homme de vôtre
refprit & de vostre capacité,
mais puis que vous fouhaitez
mon fuffrage , je vous diray
qu'aprés avoir réfléchi fur ce
que vous me mandez , il m'a
femblé que l'on ne pouvoit
rien penfer de meilleur fur le
gouft de l'elprit. Je me fuis
affermi dans cette penfée en
comparant ce gouft avec celuy
de la langue . Le premier
doit , ce me femble , refulter
da la fanté de l'ame , comme
le fecond refulte de celle du
corps. Or il eft certain que
l'ame eft parfaitement faine ,
L'iij
126 MERCURE
lors que toutes fes facultez
font dans un parfait accord
entre elles , & avec l'ordre ; &
l'homme alors juge fainement
de tout. Heft raisonnable ,
fage , judicieux , en un mot ,
de tres- bon gouft , de même
que le corps le porte bien , &
prend plaifir dans les viandes
les plus propres à le nourrir ,
lors que toutes fes parties fe
trouvent dans une jufte proportion.
Je croy donc , Monfieur
, que vous avez découvert
la regle , qui doit faire la
décifion entre les Anciens &
les Modernes ; & qu'il n'y auGALANT:
127
oit plus qu'à en faire l'appli
cation . Il faut adjuger la préference
à ceux , dont les penfées
& les raifonnemens auront
plus de rapport avec l'or
dre , qui auront le mieux connu
le prix & le merite de chaque
chofe , qui les auront le
plus juftement placées dans
leur efprit & dans leur affe.
ction , felon le degré de leur
merice; & enfin qui en auront
parlé d'une maniere plus
convenable. Si les Anciens
l'emportent fur les Modernes
à tous ces égards , le bon gouſt
voudra que l'on les metee au
Liiij
428 MERCURE
deffus des Modernes , mais on
peut douter que cela foit , ou
bien nos Ecrivains n'auroient
guere profité des lumieres
qu'ils ont,
eues les Anciens ; car on entend
icy par les Anciens , les
Payens. Il me femble même
que l'on pourroit donner
beaucoup d'exemples , qui feroient
voir que ceux qui s'oc
-cupent trop de l'étude des
-anciens , & qui ne rectifient
pas ce qu'ils y ont apris par
la lecture des Livres , où fe
puife la connoiffance & l'amour
de l'ordre , n'ont pas
& que n'ont point
.
GALANT. 119
ce gouft exquis dont vous
avez donné l'idée. Sans en
aller chercher plus loin , on
en peut trouver dans la Preface
mefme , qui vous a fourni
le fonds de cette idée ; tant
il eft
vray
que l'on
peut
avoir
beaucoup
d'efprit
&
de
Science
, fans
pourtant
avoir
avec
l'ordre
ce jufte
raport
qui
fait le bon
gouft
. Je vous
prie
, Monfieur
, de me
dire
fi c'est
l'harmonie
de l'efprit
& de
la raifon
, qui fait
que l'on
eft
charmé
de la foupleffe
de l'efprit
d'Ariftophane
, qui luy rendoit
fi
facile
l'art
de tourner
en ridicule
430 MERCURE
les chofes les plus parfaites ?
Si l'ordre veut que l'on eftis
me & que l'on aime les cho.
fes à proportion de ce qu'elles
font parfaites , le moyen
que ce foit par la fympathie
de nôtre efprit avec l'ordre ,
que nous foyons touchez du
plaifir , lorfque nous les voyons
deshonorer & rendre mé.
prifables ? On fait bien que
quand les chofes excellentes
font repreſentées ſous un air
bas , & tout-à- fait oppoſe
ce qu'elles font , ces furpriſes
forcent quelque fois les Sages
mefmes de rire ; mais ce ris
GALANT. 137
forcé , bien loin de devenir
un charme , eft bientôt fuivi
de pitié , d'indignation & de
zele. Apres avoir traduit & lu
deux cens fois la Comedie
où ce Poëte s'eft le plus fignalé
dans l'art de ridiculifer
la vertu , on dit que l'on ne s'en
eft point laffé , ce qui n'eſt jamais
arrivé d'aucun autre Ouvrage.
C'eftune grande louange que
Ton a donnée à feu M'leDuc
de Montaufier , lorfque l'on
a dic de luy qu'il avoit lû cent
dix- fept fois le Nouveau Teftament.
Le plaifir qu'ily prenoit
eftoit la marque d'un ef
22 MERCUR
₤
prit bien ordonné , puifque
c'eft dans ce Livre que le
trouvent les loix de l'ordre.
Mais lire deux cens fois &
toujours avec gouft, une Comedie
que l'Auteur avoit entreprife
pour faire perir le
plus honnefte homme d'Athenes,
& dont le fuccés refpondit
au deffein , puifque la
reprefentation de cette piece
mit la populace en fureur, &
luy fit demander la mort de
Socrate, cet homme que l'on
apelle la Sageffe mefme, de bon
ne foy , fi c'eft-la fympathifer
avec la raiſon & avec l'ordre,
GALANT. 123
je ne fçais ce que l'on appellera
fympathifer avec le defordre
& la confufion. Quand
il vous plaira, Monfieur, relire
cette Préface avec la delica .
teffe de vôtre difcernement ,"
c'eft à dire avec vôtre bon
gouft, vous y pourrez remarquer
plufieurs autres traits qui
de font pas
efprit toujours réglé par les
loix de l'ordre ; ce qui fait voir
d'une maniere bien évidente,
qu'il faut nourrir fon efpric
d'autres lectures que des profanes
, pour fe former un gouſt
excellent. Mais , Monfieur ,
ne les
preuves
d'un
134 MERCURE
bon
pour montrer la jufteffe de
vôtre idée du bon gouft , vous
avez les paroles de l'Apôtre ;
car il ne peut y avoir qu'un
gouft,comme il n'y a qu'
un ordre & qu'une raiſon ; &
ce bon gouft doit neceffairement
eftre celuy qui nous
fera fentir du plaifir dans les
chofes , dont la meditation
doit faire icy bas toute nôtre
fageffe, & dont la poffeffion
fera nôtre felicité dans le Ciel
Que furfum funtfapite. Voilà ,
Monfieur
, ce que j'ay pù
penfer pour appuyer vôtre
fentiment
, que je régarderay
GALANT. 135
tou jours en cela , & en toute
autre choſe , avec le mefme
reſpect que l'on doit régarder.
les loix des Legiflateurs. Je
fuis avec beaucoup d'efti mer
Vôtre , &c.
Voicy un Ouvrage de Poëfie
, dont le Titre fuffira pour
vous donner de la curiofité. Il
a tout le feu qu'on peut fou
haitter dans les beaux Quvrages.
136 MERCURE
255222522522-55525
LE RETOUR
de la Paix.
QUittez
O DE
Uittez la voûte azurée ,
Revenez , Paix defirée
L'aimable Olive à la main .
C'eft LOUIS qui vous invite.
Jugez fi voftre vifite
Se peut remettre à demain.
S
Craignez , beauté fans égale,
Une orgueilleule Rivale
Qu'on ne méprifa jamais .
Belle Paix , c'eft la Victoire ;
De tout l'éclat de la Gloire
Elle anime fes attraits.
1
GALANT 37
ર
2
D'un elin d'oeil , d'une parole ,
Louis l'engage , elle vole ,
Il la trouve à ſon coflé.
Malgré la puiffaute intrigue.
D'une generale Ligue ,
Elle ne l'a point quitté.
Croyez-vous qu'il foit poffible
Qu'un grand coeur foit infenfible
A l'offre de fes Lauriers ?
Les Guirlandes qu'elle donne
Parent mieux que leur Couronne,
Le front des Princes guerriers.
G
Pour elle un peu de foibleffe
Se pardonne à la fageffe
Da plus modéré des cours.
On n'eft point Heros fans elle ,
Et la Royauté n'eft belle
Que pour les Pinces Vainqueurs.
Avril 1693.
M
138 MERCURE
2
Quand le Ciel fait les Monarques,
Qui peut dire à quelles marques
Il les trouve en des Enfans ?
Son choix ne fe juftific ,
Qu'en ces beaux jours de leur vie
Qui les fonr voir triomphans..
2
Il eft bien en la puiffance-
Du fort & de la naiffance
De donnet au Peuple un Roy ;
Mais la Victoire aux Rois mêmes
Sçait donner des Rois fuprêmes,
Dont ils reçoivent là loy .
2
Sur les ailes du tonnerre
Louïs au bout de la terre
A fait voler fon renom .
Ses boulets & fes cartouches,"
Mieux que le Monſtre à cent bouches
Ont parlé par fon Canon.
GALANT. 139
S
Qu'un tel Vainqueur vous appelle
Quand une palme plus belle
L'invite tout de nouveau /
Douce Paix , c'eft un prodige..
Les triomphes qu'il neglige ,
Rendent le voftre plus beau.
ཧྥ་
Quoy ! je ne vois point encore
Cette Nymphe que j'implote
Au nom du Roy que je lers ?
Elle devroit le connoiftre
Louis fçait parler en Maitre,
Et même à tout l'Univers.
Ciel , répons par quelque augure
A ma Mufe qui murmure
D'un filence injurieux.
Eh, depuis quand tes Oracles
Refufent ils les miracles
A mon Luth imperieux ?
Mj
140 MERCURE
& ..
En voicy , mais pour ma peine ,
Quel friffon de veine en veine
Gliffe l'effroy dans mon coeur !
Je vois voler des Armées
De Menades animées
D'une barbare fureur.
S
L'Autan du haut du Pyrene ,
Dans l'air qui couvrela plaine
En épand les Escadrons .
Tel le Nil donne des ailes
Aux avides Sauterelles ,
Et le Caucafe aux Dragons.
ន
Le choc de l'airain qui brille
Le Salpêtre qui petille ,
Rendent més fens engourdis .
Moins bruyans dans le Tenate
Sont les coups , le tintamare,
Les Manes moins interdits .
GALANT. 141
&
Oh , quelle horrible Gorgone
Dont le foufle m'empoifonne
L'afpect me glace le fang.
Mille couleuvres fiflantes
Forment fes trefles flottantes
Sur l'un & fur l'autre flanc.
2
Qui ne connoiftroit la guerre
A ce fumant Cimeterre ,
Qu'elle branle dans fa main ?
Ciel ,comme elle est empourpreet
Où s'eft- elle ainfi vautrée
Dans des flots de fang humain
2
Elle en cache le nuage .
Elle en fait fur fon paffage
Tomber les rouges grumeaux ,
Tefs que le Berger les trouve ,
Où la carnaciere Louve
A démembré fes Agneaux
042 MERCURE
1
S
Ses yeux que la rage allume ,
Sa bouche blanche d'écume ,
M'agitent de triftes foins.
Je crains d'eftre à fon approche
Une veritable roche ;
Niobe le fut à moins,
ន
Mais ceffez , frayeurs mortelles ;,
La Furie à tire d'ailes
Se dérobe à mes regards.
Va , va , Monftre que j'abhorre ,
Entre l'Iftre & le Bolphore
Revoir le berceau de Mars,
Je vais qui m'en débaraffe ,
Je vois la Paix qui la chafſe.
O quels spectacles divers !
Eft ce un fonge qui me trompe?
Quel Char avec tant de
Se balance dans les airs ?
pompe
GALANT. 43
S
Huit Zephirs des plus tranquilles,,
Préferez aux plus agiles ,
Luy donnent un train uny ;
Et les fuperbes tempeftes
Cachent doucement leurs téftes
Sous le nuage applany.
S
Ce Trône moblle éclaire
Mieux que la feconde Sphere:
Que le Ciel prête à la nuit.
Avec la trifteffe fombre
La crainte qui cherche l'ombre ,
Ferme les yeux , & s'enfuit .
2
Sur fa route lumineufe ,
La Reine majestueuſe
Guide les plaifirs épars:
Elle nous ramene Aftrée ,
Et l'Abondance dorée
A la fuite des beaux Arts.
144 MERCURE
S
Tout fon Correge qui voler
Change en gravier du Pactole
L'air qui touche à fes habits.
Mais fous fa main elle même
Tout à tour produit , & teme
L'Efcarboucle & le Rubis ,
2
Ainfi par fa corne humide ,
De cotail & d'or liquide
Iris verfe deux ruiffeaux ,
Ainfi l'Aube 'marinale
Répand lá Petle , & l'Opale ,
En iéveillant nos Oifeaux.
$
2
J'ay yûbrifant des murailler,
Et décidant des Batailles ,
La Victoire bien des fois .
Elle eft fiere , elle eſt brillante ,
Mais beaucoup moins engageante
Que la Bauré que je vois.
Prés
GALANT.
145-
2
&
Prés d'elle dans Amathonte ,
Cypris verroit à fa honte ,
Adorer d'autres attraits .
Ent-il un coeur qui ne l'aime ,
Ce coeur cuft- il d'Amour même
Toujours émouffé les traits ?
2
Parce Lis d'or qui rayonne
Au fommet de ſa Couronne,
Dont nos yeux font ébloüis ,
Ne femble t - elle pas dire?
C'eft la France qui m'attire ,
Ce font les voeux de LOUIS .
J'avois réfolu de ne vous
plus parler des Réjouiffances
qui ont effé faites pour la
Paix , mais il s'en fit une à
Avril 1698 . N
146 MERCURE
Troyes le 31. du mois paffé ,
lendemain du jour dePaſques,
qui merite un détail particu
lier.Les Chevaliers de la Butte
s'affemblerent ce jour- là au
nombre de plus de quarante
& fur les dix heures du matin
s'ettant mis fous les armes a
vec deux de leurs Officiers à
leur tefte , ils marcherent en
tres bon ordre jufqu'à l'Eglife
de la Trinité , où ayant mis
bas leurs moufquets , ils entre
tent en cette Eglife , ornée
de tres- belles tapifferies de
haute - lice , pour affifter au Te
Deum que l'on y devoit chan
GALANT: 147
ter. Leurs places eftoient au
Choeur , où chacun avoit fon
rang. M' Lyon , Maire de la
Ville de Troye , qui fait l'honneur
de cette Compagnie ,
M' Maillet , M' Bailleteau ,
leur Lieutenant & Porte- Enfeigne,
& M Charpy, dernier
Roy de l'Oiseau , avoient pris
leur place à droite , & les Ar
quebufiers à gauche. Ily eue
Mufique. Les Violons y joüerent
accompagnez de leurs
Baffes , de celles de Violes , &
de plufieurs Voix , qui chauterent
un tres beau Motet ,
de la compofition de M' des
Nij
148 MERCURE
Bigaults , Chanoine , Maiſtre
des Enfans de Choeur de
Saint Etienne ; & tres ha
ge
** ·
bile Muficien. Le Te Deum
fut fuivi d'une double déchar
de moufquers , que firent
les Chevaliers de l'Arquebufe
dans la cour de la maiſon de
la Trinité. Enfuite ils conti
nuerent leur marche , ayant
en tefte leurs Officiers la pique
à la main, & le Roy préce
dé des Tambours & des Fifres .
Ils eftoient fort propres & fort
leftes . L'on n'entendit pendant
prefque toute la journée,
dans toutes les rues par où ils
GALANT: 149
4
pafferent , que le bruit des dé
charges de moufqueterie ,
dont ils faluoient les Dames
qui estoient aux feneftres
pour les voir paffer. La marche
dura jufqu'à l'Hoftel des
Buttes , où l'on devoit tires
trois Prix confitant en argenterie
, que l'on avoit promenée
par toute la Ville quel
ques jours auparavant . M¹
Lyon ouvrit la carriere par le
premier coup d'Arquebufe
qu'iktira. Les Echevins furent
auffi de la partie Le but eftoit
un rond noir au milieu d'un
memoire écrit au bas d'un
Niij
150 MERCURE
1
Tableau dont la Ville avoit
fait prefent. Le deffein en étoit
ingenieux ; il avoit efté trouvé
par M' Regnier , Confeiller en
Prevofté . L'on fit trois cour .
fes pour les trois Prix. Ceux
qui les ont remportez font ,
M Matagrin , penultiéme
Roy de l'Oiseau , M'Camufat,
Echevin , & M' Hermé. Le jeu
fini ,l'on fe difpofa à voir tirer
l'artifice , dont le deffein eftoit
on theatre en quarré, foutenu
par quatre piliers , dreffez fur
le Cavalier du rampart voifin
de la Tour Saint Dominique ;
& fort peu diftant de l'Hoſtel
GALANT. 15
des Buttes . Cette plate forme
eftoit fi avantageufement élevée
, qu'on la découvroit de
tous les coftez. L'on y avoit
placé cinq figures de grandeur
naturelle . Celle du milieu
reprefentoit le Roy . It eftoit
élévé fur un piedestal , avec
fes habits royaux , & il tenoit
en fa main droite un balton
royal parfeme de Fleurs de
Lis ; il avoit fur la teste une
Couronne entrelaffée d'Olive
& de Lauriers Les autres Figures
moins élevées eſtoient
fur les quatre angles du Theatré.
Elles reprefentoient la Ju
Niiy
153 MERCURE
ftice , la Force , la Prudence ,
& la Temperance , qui faifoient
connoiftre que c'eft à
ces quatre vertus du Roy que
l'Europe doit la Paix. Il y avoit
aux quatre faces du theatre
quatre cartouches , quatre
Devifes & quatre Quatrains ,
qui en expliquoient le fens.
Voicy l'ordre de la marche
que l'on obferva à la fortie de
la maiſon des Buttes. Le Mai
re & les Echevins marchoient
précedez par les Tambours ,
les Fifres , & les Trompettes.
Deux Officiers & deux Rois
de l'Oiseau fuivoient àla tefte
GALANT 153
de leur Compagnie . Dés qu'ils
furent arrivez au lieu où l'ar
tifice eftoit
bolé ,!
monterent
tous fur le Cavalier , à
l'exception des Arquebufiers
qui fe rangerent autour. Aprés
quelques tours faits autour du
theatre , à la lueur des flambeaux
au bruit des Tam
bours , & au fon des Fifres &
des Trompettes qui les fui
voient,un des Sergens de Ville
prefenta un de ces flambeaux
allumez àM' de Lyon, qui mit
le feu à l'artifice. Les Eche.
vins & les autres le mirent
tous conjointement aprés lay;
154 MERCURE
le peuple affemblé criant de
toutes parts , Vive le Roy.
L'on fit plufieurs décharges
tandis que l'artifice brûloit.
Il commença par le bruit de
quantité de petards, qui firent
écarter un grand nombre de
perfonnes qui s'eftoient avancées
trop prés , & continua
par de frequentes volées de
fufées & de ferpenteaux portez
agréablement dans les
airs , ou qui fe courboient
pour le mefler parmy lafoule,
Du qui estoient envoyez dans
des jardins du Cloiftre des
Chanoines de Saint Etienne,
GALANT.
ISS
Il finit par plufieurs lances à
feu , & par le bruit de la mouf,
queterie. Il y eut aufli quantité
de fufées tirées fur le haut
de la Tour dé l'Eglife de Saint
Pierre, Cathedrale de la Ville,
& 'une affluence de monde
extraordinaire fe trouva à ce
fpectacle. Il fut fuivi d'un magnifique
foupé , où l'on fervie
de plufieurs fortes de mets
exquis, & où l'on but d'excellent
vin que la Ville fournif
foit. Le repas fut donné fur
une longue table , dreffée
dans la grande Salle de l'Hoftel
des Buttes. Cette Salle eft
156 MERCURE
fort longue ; elle eft route à
jour , & a des vitres des deux
coftez. Sur ces vitres , auffi
belles que l'on en puiffe voir,
font reprefentées les Batailles
de Dijon , d'Arque , d'Yvry ,
plufieurs Places prifes , & les
Victoires remportées par
Henry IV . avec ſon Entrée à
Troyes. La Salle eft auffi or .
née des Portraits des Rois de
France , & de plufieurs Plateaux
tour percez , au bas defquels
font écrits les noms de
ceux qui les ont gagnez ; &
plus bas au deffous de cette
Salle , l'on voit les Tableaux
GALANT.
157
donnez par ceux qui ont fait
leur coup de Chevalier , & les
noms de ceux qui les ont remportez
avec le Prix. L'endroit.
de la Butte eft prés d'un foflé
tiré en droite ligne , qui conduit
l'oeil jufqu'au but . La
maiſon eft baltie dans un fond
le long du bord de la Seine ;
fon enclos a pour borne le
rampart de la Ville , qui luy
fert de muraille . Ce fut là que
l'on paffa une grande partie
de la nuit , dans la bonne che
re , & dans la joye,
Rien n'eft plus propre à ga
458 MERCURE
gner le coeur desFemmes que
la liberalité, C'eſt le moyen
dont un jeune Cavalier a cru
fe devoir fervit pour ſe faire
aimer d'une tres - jolie perfonne
, qui par l'agrément de
fon humeur , & par les manieres
toute sengageantes , s'attiroit
les voeux de tous ceux qui
la voyoient . Sa Mere , quiai .
moit beaucoup le monde ,
n'eftoit pas fachée que l'on
s'empreffaft pour elle , & que
fon merite , qui s'augmentoit
cous les jours avec la beauté,
luy fit avoir une groffe Cour.
L'envie que chacun avoit de
GALANT: 59
7
plaire à la Belle , luy pro-
Curoit plaifirs fur plaiſirs , &c
les divertiffemens qui fe fuc
cedoient les uns aux autres,
faifoient paffer à la Mere des
heures fiagréables , qu'elle auroit
efté peut eftre bien- aiſe
de ne la pas marier fitoft.
Ainfielle l'inftruiſoit à ſe tenir
dans l'indifference , & avoi
grand foin de mettre obſtacle
à toutes les chofes qui pouvoient
former quelque enga
gement. Ses leçons eftoient
d'une habile Femme. Elle luy
reprefentoit que pouvû qu'el
le cuft des honneftetez égales
io MERCURE
pour tous les Adorateurs , fans
fe laiffer prévenir d'aucun fentiment
de préference , il feroit
bien mal - aiſé qu'il ne lui vinſt
quelque Amane qui la puſt
mettre dans un poſte avantageux,
ce qui n'arriveroit pas fi
ellefoufroit quefon coeur l'emportaft
fur la railon Quoy que
la Belle vist l'utilité de ces remontrances,
elle ne pouvoit fi
bien réfifter à fon panchant ,
qu'elle ne marquaft au Cava
lier une eftime diftinguée .
C'eftoit cependant avec affez
de réferve pour ne luy donner
aucun lieu de croire qu'il duft
GALANT.
l'emporter furfes Rivaux , s'il
ne luy faifoit paroiftre tour ce
que l'amour a de plus vif. 11
avoit du bien , & fa naiffance
eftoit â confiderer ; mais la
Mere qui fe flatoit de trouver
encore un Parti plus riche , &
qui voyoit fa Fille aſſez jeune
pour pouvoir attendre ce qué
la fortune réfoudroit en fa fa
veur , ne jugeoit pas à propos
de précipiter le choix d'un
Gendre , & quelque déclara
tion que luy fift le Cavalier, en
la recevant fort honnefte.
ment, elle le prioit toujours
de luy laiffer le temps de con-
Avril 1698
162 MERCURE
noiftre , & l'inclination de fa
Fille , & ce qui feroit de fes
avantages. Le Cavalier ne
voyant pas qu'il duft elperer
un heureux fuccés dans cette
recherche , s'il ne donnoit à
la Belle des marques de fon
amour , qui l'emportaffent fur
les foins de fes Rivaux , n'eut
plus autre chofe en veuë que
de chercher les moyens de la
couvaincre , que ce qu'ils fen.
toient pour elle n'approchoit
point de fa paffion . Il s'attacha
à étudier tout ce qui pouvoit
luy faire plaifir , & il fe rendit
fi attentifaux moindres che
GALANT . 163
fes qu'il fçavoit luy devoir
plaire , qu'on peut dire qu'il
prévenoit juſqu'à fes ſouhaits .
C'eftoit tous les jours quelque
divertiffement nouveau , felon
le gouft où il la trouvoit .
L'Opera , la Comedie , la pro
menade , & de petites feftes
galantes ne la laiffoient point
douter qu'elle n'occupaft róutes
les pensées , & fi on ne
s'expliquoit pas tout à fair
pour luy comme il l'auron
fouhaité , du moins on luy
laiffoit voir que tout éftoit
receu avec agrément. Pour fe
diftinguer parmy fes Rivaus,
Oij
164 MERCURE
qui fourniffoient comme luy
quelques plaifirs à la Belle ,
mais plus rarement , & d'une
maniere plus refferrée , il fe
fervit de l'occafion d'un premier
jour de l'année pour luy
envoyer un preſent galant , Il
avoit compris par certaines
chofes qu'elle avoit dites
quelque temps auparavant, ce
qui luy devoit agréer le plus
& s'agilant de toucher fon
coeur , il n'épargna rien pour
faire que ce qu'il luy envoya
répondit à fes defirs. Il n'y
avoit rien de mieux entendu.
L'efprit y brilloit ainfi que
GALANT. 165
T'amour; mais il eut beau alleguer
la vieille coutume , qui
dans ces jours- là permet de
donner des marques de fouvenir
aux perfonnes qu'on
eftime, la Mere fut obstinée à
refuſer le prefent ; & afin que
ce refus le chagrinaſt moins ,
elle prétendit qu'il eftoit trop
magnifique . Le Cavalier vou
lut en faire de moindres , &
dés que la Belle loüoit quelque
chofe , foit pour quelque
mode ou quelque ornement ?
il cherchoit les voyes les plus
favorables pour le faire recevoir.
Ces voyes eftoieut dés
166 MERCURE
tournées , afin qu'on ne puſt
s'appercevoir que c'eftoit de
luy que venoit la chofe , & des
gens interpofez offroient de
donner à tres bon comprece
qui valoit quatre fois autant,
quand on vouloit conclurre
un marché ; mais la Mere qui
avoit les yeux ouverts fut tour,
reconnoiffoit l'artifice , & le
Cavalier ue réuffiffoit dans
aucun de fes defleins . S'il envoyoit
quelques bagatelles
par des Inconnus , qui les laif.
foienr fans nommer perfonne,
elle les faifoit reporter chez
lay , & n'imputant qu'à luy
GALANT. 167
feul ces galanteries obfcures ,
-elle vouloit qu'il fe chargeaft
de rendre à celuy qu'il devi ,
neroit en eftre l'Auteur , ce
qu'elle empêchoit qu'on n'accepraft
. Il le plaignit plufieurs
fois de ces manieres qui luy ,
paroiffoient trop fcrupuleufes;
& un jour qu'ils contes
ftoient la deffus , quelques
Dames qui entrerent , & qui
connoiffoient la paffion du
Cavalier pour la Belle , furent
priées de prononcer fur leur
differend. Elles dirent que le
Cavalier meritant tour , on ne
devoit rien refufer de luy,
168 MERCURE
parce qu'on devoit le préferer
à tous ceux qui fe déclaroient
Amans de la Belle , mais qu'en
general, quand on n'avoit pas
entierement réfolu un mariage
, on ne devoit recevoir aucun
prefent . La Mere ravie
que fon lentiment fult apuyé,
dit au Cavaliet qu'il falloit
qu'il renonçait à des manieres
l'accommodoient pas ; qui ne
que le temps décideroit de
beaucoup de chofes , fur lef
quelles on ne pouvoit encore
prendre une ferme réfolution ,
& que cependant elle vouloit
bien luy promettre en prefence
GALANT 169
ce de ces Dames , qu'aufficolt
qu'il auroit pû l'obliger à con
fentir que fa Fille receuft un
prefent de luy , il pouvoit
compter qu'il feroit fon Gen
dre. Le Cavalier voyant tous
fes efforts inutiles , n'efpera
plus qu'en l'excés de fon amour
. C'eftoit toujours quel
que avantage pour luy , qu'aucun
de fes Concurrens ne fuft
mieux trai é , & qu'il remar
'quoit que fes Pretens , quoy
que refulez , n'avoient pas
laiffé de faire effet fur la Bel
le. Trois mois fe pafferent , &
une de fes Amies l'eftant ve-
Avril 1698 .
P
170 MERCURI
nuë voir , luy demanda fielle
vouloit prendre des Billets à
une Lotterie , qui devoit estre
tirée avec beaucoup de fideli
té. On s'informa auffi - toft
chez qui , & le nom de celuy
qui la faifoit eftant connu ,
plufieurs Dames qui eftoient
prefentes , voulurent y envoyer
de l'argent. Le Cavalier
entra dans le temps que l'on
agitoit la choſe ; & quand
on l'eut engagé à prendre
auffi des Billers, il fut chargé.
de porter l'argent de toutes
ces Dames pour en avoir. On
fe divertit longtemps des di
GALANT. 171
vers noms qu'elles prirent . La
Belle choific celuy de l'Aspirante
au petit Lot , & fe fixa à
quatre Billers. Le Cavalier
voulut fe faire écrire pour
vingt , fous le nom du Cheva
Lier coujours refuſe. Il apporta le
numero de chacune , & quand
le temps de diftribuer les
bootes fut arrivé , on le pria
de les aller prendre , comme
il avoit pris d'abord les nus
mero. Il fat refolu qu'on n'en
ouvriroit aucune qu'en pre
fence les uns des autres , &
qu'on s'affembleroit chez la
Belle exprés pour cela Le
Pij
171 MERCURE
jour fut marqué , & le Cava ?
lier apporta les boëtes . On ne
trouva que des billets blancs
dans les trois premieres
, parmy
lefquelles ettoit celle de
la Mere. Il y en eut un noir
dans la quarrieme , & il mar.
quoit deux petits flambeaux
d'argent. Quatre autres boëtes
qu'on ouvrit enfuite , n'avoient
que des billets blancs,
& il ne reftoit plus à voir que
celles de la Belle & du Cava
lier. Illa pria galamment &
melme avec de longues inftances
, de vouloir changer
de boete avec luy. Ceuft
GALANT: 173
té avoir vingt billets aulicu
de quatre , & la Mere eftoit
affez portée à l'échange, mais
la Fille ne voulut devoir qu'a
elle ce qui luy pouvoit arriver
d'heureux , & chacun luy ap
plaudit fur la fermeté, quand
on ne vit rien de noir dans
tous les billets du Cavalier.
Elle ouvrit les fiens fort doucement.
Les deux premiers fu .
rent blancs , & comme elle
eut remarqué du noir dans le
troifiéme , elle fut long tems
fans le developer tout-à- fait.
Elle platfanca d'abord pour le
mettre à prix. Une des Dames
Pin
174 MERCURE
qui estoient prefentes luy en
offrit fix Loüis , & le Cavalier
alla jufqu'à deux cens. Vous jugez
bien qu'on n'accepta pas
fon offre. Enfin on lut le bil
let , & on y trouva une Garniture
de têre estimée cinq
cens écus. La Belle en cur une
joye qui ne le peut exprimer,
&témoigna tant d'impatience
de voir cette Garniture, que le
Cavalier prit fon billet noire ,
pour l'aller querit fur l'heure,
Lapamelui donna auffi lefien,
pour faire apporter les flam+
beaux en même tems. on trou
va qu'ils eftoient de dix Louis,
& la Garniture parut d'une tres
GALANT. 175
4
grande beauté. Rien ne pouvon
egaler la fineffe de Vou
vrage , & tout y eftoir d'un
tres grand gouft. La Belle fe
hafta de s'en parer, & elle en
receut un nouvel éclat. Perfonne
ne la voyoit fans luy
applaudir fur cette parure, &
comme les femmes font curieuſes,
une Dame lui en ayano
un jour demandé le prix, elle
répondit naturellement que
c'eftoit un prelent de la for
rune , & nommala Lotterie ,
d'ou levbillet noir luy eftoit
venu . La Dame releva certe
réponſe , & dit en riant qu'
Piiij
176 MERCURE
a
elle vouloit déguifer à qui elle
avoit obligation de cev prefent
; mais qu'il eftoit impofblo
que la Garniture vinft de
la Lotterie dont elle parloit ,
puifqu'elle n'avoit efté com.
pofée que d'un fort beau lit ,
de quelques Tapifferies , de
force. Bijoux & de Vaiflelle
d'argent , & qu'elle avoit aidé
elle- mefme à faire les bil
lets noirs . Grande conteftation
fur la Lotterie. La Dame
qui avoit eu les petit fam
beaux , & qui avoit veu apporter
les boëtes , fe trouvant
prefente , foûtine fortement
GALANT. 177
cé que la Belle avoit dit , juf
qu'à vouloir faire un pary fort
important pour en confirmer
la verité. On luy répondit
qu'on refuſoit le pary , parce
qu'il n'eftoit pas permis d'ens
faire , fur des chofes dont on
avoit une entiere certitude ;
mais qu'elle n'avoit qu'à en
voyer chez les perfonnes qui
avoient fait laLotterie en que
ftion , & qu'elle fçauroit fi on
étoirmal inftruit. Elle yenvoya
fur l'heure , & un peu aprés
il fut raporté qu'il n'y avoit
eu aucun lor , où l'on cûr employé
la Garniture . La Dame
*
158 MERCURE
qui avoit découvert la chofe
eftant fortie , on raiſonna
long temps fur cet incident ,
& enfin on ne pûr douter que
le Cavalier n'euftapporté
une
fauffe boëte , pour faire ac
cepter un preſent que l'om
auroit refufé , s'il ne s'eftoin
pas fervy de cette adreffe . La
Mere avoit confenty que la
Fille l'euft receu , & la cond
tion fe trouvant remplie , fa
parole l'engageoit à luy faire
époufer le Cavalier . Heureu
fement pour les intereſts de
fon amour , la pluſpartrtodes !
Dames devant qui cette prof.
GALANT. 179
meffe avoit efté faite, fe trouvoienr
alors chez la Mere de
la Belle. Elles plaiderent fortement
ſa cauſe , & la Mere
ne pût aporter d'autre raison
pour le défendre de donner
la Fille au Cavalier, finon qu'il
avoit afé de furprife. L'a
dreffe a toujours efté permife
en amour , & on pouffoit vivement
la chofe , quand le
Cavalier furvint. Les Dames
lui dirent tout ce qui venoitde
fe paffer , & l'affaire luy parut
en fi bon état , par l'empres
fement qu'elles marquoient
à luy eftre favorables , qu'il
180 MERCURE
crut devoir demeurer d'ac
cord de la bocce fuppofée. Il
le fit en proteftant que quand
la Mere luy donneroit fon
confentement, il renonceroit
à cet avantage , fi la Belle
avoit quelque repugnance
le rendre heureux . Cette fou
miffion eftoit d'un parfait Amant
, & ne pouvoit faire
qu'un tres bon effer, Depuis
la recherche du Cavalier ,
aucun Party plus avantageux
ne s'eftoit offert . Son alliance
étoit des meilleures , &fes bon
nes qualitez parloient hautement
pour luy. Ainfi la Mere
GALANT. 187
pe put refiftet aux follicita
tions redoublées qui luy fu
rent faites , & la Belle n'eut
aucune peine à declarer que
fes volontez feroient la regle.
Quel triomphe pour un A
mant veritablement touché !
On voulut fçavoir comme il
s'eltoit pu faire que la boëte
fupotée le fuft trouvée tout à
fait lemblable à toutes les
autres. Il répondit qu'il avoit
obligé un de fes Amis qui a
• voit un numero , à prendre fa
boete dés le premier jour
qu'on avoit commencé à les
donner , qu'il en avoir fait
182 MERCURE
*
auffitôt contrefaire le cacher,
& qu'ayant ouvert la boete
de la Belle , quand il l'avoir
retirée, pour y mettre le billet
de la Garniture en la place
d'un des billets blancs quelle
avoit eus, il s'eftoit fervy
de ce cacher contrefait pour
la remettre dans le mefme
eſtat qu'il l'avoit receuë. La
Belle luy fçût fort bon gré
d'un artifice qui luy failoit
voir,la force de fon amour
& e mariage le fic
jours aprés.
peu de
Je vous envoye une Lettres
de Mademoifelle d'Alerac la
GALANT. 183
赛
Charfe , de la Tour du Pin ,
qui a cité lûe avec un fort
grand plaifir de tous ceux
qui en ont pu avoir des copies
.Vous y trouverez de tres
jolis Madrigaux, qui meritent
bien que vous en falliez part
arvos Amies,
A
MONSIEUR
I Abbé de Poißy.
L
'Air que vous avez misă
mes petits Vers des Sou→
pirs, me les fait aimer . Vous
donnez de l'agrément aux
moindres bagatelles, Je ga
184 MERCURE
gnerois beaucoup , Monfieur
l'Abbé , fi vous voulez corri
ger les badineries qui échapent
à ma Mufe ; mais vous
employez vos momens à des
Ouvrages dont je fuis trop
charmée , pour vous diffiper.
Ils font admirez de l'incom.
parable Mademoiſelle de Scuder
. Elle vous écrit des chofes
là - deflus qui font voſtre
Eloge . Mettez donc tout votre
temps à de fi belles productions
, & que ma Mufe
champestre demeure : avec
tous les défauts . Jespréfere
voftre intereft au mien . C'est
GALANT.
185
quelque chofe de réfifter aux
charmes de l'amour propre.
L'amour propre gate le coeur,
Il pouffe tout jusqu'à l'extré.
me
il neglige Parens , Amis , égard
bonneur.
Il fait tout , cet Amour , par rapsport
à luy même,
Et de tous les Amours c'est le plus
tt fuborneár.
Si je ne fçavois pas qu'il ne
peut vous féduire , ce dangereux
Amour , je ne vous direis
pas , Monfieur l'Abbé , que
Madame de Nemours a beaucoup
loué votre Livre , des
Avril 1698.
1868 MERCURE
2
Preftres & celuy de l'Athée
confondu par fes propres raifons
Legouſta de cette grande
Princeffe eft exquis , & fon
approbation vous eft fort a
vantageufe . L'illuftre M de
Segrais vous appelle fon Fils.
Il faut qu'il vous connoiffe
bien pour vous donner ceb
nom . J'aimerois mieux eftie
adoptée de luy que d'Apollonar
Si tous ceux quiffe meflenede &
Poëfie faifoient auffi bien des
Vers que ce digne Parent de
Malherbe, je n'aurois pas efté
éveillée auffi defagréablement
que je le fus hier par certain
GALANT 873
vieux Provençal , dont la figu
gure vous a tant déplû. Its eft
imaginé qu'il fuffiloit d'effre
né du pays des Troubadours ,
pour faire des Vers. Ileft venu
chanter à la porte de ma
chambre d'une voix de Corbeau.
Je name fouviens poine
des rimes , voicy la pentée. Il
difoit qu'il avoit devancé l'Au
rore pour me parler de fons
amour ; que l'Empire amou
reun eſtow pise que l'Enfer,
qu'on n'y dormoit point , a
que cela devort a'engager a
l'aimer. Je luy ay répondu à
motié endormi .
Qij
188 MERCURE
1
Pourquoy devances tu l'Aurore
? por apeut no 290
Tu fatigues tout ce Hameau.
Sans le bruit de son Chalumeau
Dans les bras du Sommeilje lan."
baloneguirois encore.
Si tu veux présde moy te faire un
fort heureux,
Fais - moy croire qu'on dort dans
l'Empire amoureux.
Il m'a dit d'une parole ani-s
mée par un dépit , que fon peu
de politeffe ne chicanoic
point , Si voftre Philene vous
avoit chanté fes belles chansons ,
vous feriez charmée , &fil'Abbé
GALANT: 189
-de Poiffy vous lifoit defes Ouvrages
, on vous verroit toute oreille.:
Dieu vous punira de vous moquer
d'un homme de voftre Pays , qui,
vous a tant aimée. Je luy ay ré
pondu en éclatant de rire.
Vaporter tes foupçons , resfoupirs & teslarmes st
En des endroits moins pleins de
charmes ;
Ne reviens dans nos prezfleuris
Qu'avec ! vec 1 Amour content , les
Graces les Ris ,
Ma Soeur nous a raccon
modez , & il est enfin forti.
Jayeu tant de peur de lete
190 MERCURE
voir , que je me fuis levée à
fept heures. J'ay eſté aux Tui
leries , où j'ay fait le Madrigal
qui fuic.
Tout celebre en ces lieux le retour
du Printemps .
Qui n'eft pas engagé s'engage,
Sur le gazon ,fous le feuillage,
Bergeres & Bergers , sous paroif
fent contens ;
J'avois pendant Ibiver mgligé
la conftance
D'un jeune Amant rempli .
d'ardeur;
Contre Lexemple
noiffance
la recón.
Il ne m'eft plus permis dedéfendne
mon coeur.
GALANT.Mga
Vous m'en croiriez , Monfieur
l'Abbé , fije ne vous en
voyois un autre Madrigal, qui
eft fur un ton fi trifte , que
Vous verrez bien que l'ayant
fait le mefme jour , l'efprit
feul y a eu part,
Heureux Roffignols , taifez
Nous.
Vous chantez vos plaifirs jufqu'à
perte d'haleine,
Vous augmentez ma peine.
Pour contenter mon coeurjaloux
Faifons un traité parmy nous.
De l'amour en fecret goutez
tendres charmes ,
les
Et pour ne point troubler un fort
*Q iij
192 MERCURE
tranquille & doux ,
Fesçauray vous cacher mesfoupirs
mes larmes.
Je fuis laffe d'écrire , peutêtre
ferez - vous encore plus
fatigué de lire de mauvais
vers , vous qui en faites de fi
beaux. Je fuis , Monfieur ,
C
Votre
tres , & c .
Le vers de la Chanfon que
je vous envoye gravée , font
connoître l'heureux état où
le Roy a mis la France , en
luy procurant la Paix. Ils feront
fans doute chantez dans
vôtre Province , avec autant
de plaifir qu'ils le font icy,di
AIR
OTHEQUE
BIBLIOTE
DE
IYON
VIL
3
193
U.
bats,
rage.
Rois.
ire ,
'
iers ,
adre
rre ,
Inds
bit. ,
la
flez
que
192
Fels
Ja
être
faci
ver
bea
Vo
je
le
282298de
GALANT: 193
AIR NOVUEAU.
APrés un ficruel Oraged,
Aprés tant d'horrible Combats,
Gourons un repos plein d'apas ,
DelaPaix eft le digne Ouvrage.
Celebrons mille & mille fois ,
Ze Nom du plus puiſſant das Rois.
Chantons tour à tour à fa gloire ,
Louis le plus grand des Guerriers
Pour éternifer (a memoire ,
Prefere l'Olive aux Lauriers .
On fur furpris d'entendre
plufieurs coups de Tonnerre ,
accompagnez de fort grands
éclairs , le Lundy au foir ,
quatorziéme de ce mois , la
Saifon eftant encore affez
froide . Ce fut là deffus que
Avril 1698. Ꭱ .
194 MERCURE
M Robinet fit les vers qui
fuivent .
MADRIGAL.
L'Hyver, ce Tyran redouta
ble
Vouloit ainfi que l'An dernier
A fa rigueur facrifier
La Saifon la plus agreable.
Il nous oftoit déja prefqu'un mois
95 % du Printems ,
Et nous alloit priver des trefors
éclatans ,
Que produit Flore & qu'aime le
Zephire ;
Mais Jupiter en exauçant nos
GALANT. 195
Par les coups de fa foudre eft venu
le détruire ,
Et le clair Dieu du jour reprenant
Jon Empire
Triomphe enfonChar lumineux.
3
Mª Rouſſeau de Chamoy,
Gentil-homme ordinaire du
Roy, eft party le 6. de ce mois
pour fe rendre à Ratisbonne,
en qualité de Plenipotentiairė
de Sa Majesté à la Diéte generale
de l'Empire . Ila depuis
trente ans fervy le Roy en
Suede en qualité de Refident,
& en diverfes Cours d'Alle
magne , fçavoir à Munſter , à
Rij
196 MERCURE
Hanover & en Saxe , en qua
lité d'Envoyé Extraordinaire
de Sa Majesté.
Entre toutes les chofes humaines
, il n'y en a point de
fi noble que la profeffion du
Chriftianifme
, & qui cepen
dant foit moins connue. Cette
profeflion eft aufi relevée au
deffus de toutes les autres
que la fin eft divine. Ainfi il
eft tres neceffaire d'en bien
connoiftre les obligations ,
pour répondre fidellement à
la fainteté de cet estat , & pour
en remplir tous les devoirs
GALANT. 197
avec exactitude. On fe forme
dans le monde une idée tresfauffe
de la perfection Evangelique.
On s'imagine que la
pratique des Préceptes du
Sauveur ne regarde que les
perſonnes qui ont embraffé la
Vie Religieufe , ou qui vivent
dans la retraite & la folitude ;
comme l'engagement dans
le mariage eftoit un fujet legitime
pour pouvoir fe dif
penfer de l'obfervation de la
Loy de Dieu. Rien n'eftant
plus dangereux , ny plus ordinaire
parmy les hommes
que cette prévention , on
Rij
198 MERCURE
a cru qu'on ne pouvoit mieux
les delabufer , qu'en rappor
tant ce que S. Bafile & S. Jean
Chryfoftome ont écrit fur ce
fujet. Penfez vous , dit Saint
Bafile , que les facrez Evangiles
n'ayent pas auffi eftéfaits & pu
bliez pour les perfonnes mariées?
Ne doutez point , continuë ce
Pere , qu'on ne les leur demande,
qu'ils ne foient obligez de répondre
auffi bien queles Solitaires,
les Religieux , & tous tant que
nous fommes , s'ils y ont obey.
Ainfi , c'eft injustement & mal à
propos que vons , qui avez choiſi,
l'eftat du mariage , comme le plus
GALANTA 19%
doux , pretendiez vivre dans
l'oiſiveté ; & vous exempter des
travaux de la Vie Chreftienne,
comme fi pour vivre dans le .
・monde , il vous eftoit permis de
vivrefelan lemonde. Au contrai
re , c'est ce qui vous doit obliger
d'autant plus à veiller fur vousmefmes
, & à travailler avec plus
de foin à l'établissement de vofire,
Salut , que vous vivez dans un
lien , où vous avez devant les
geux les amorces de toutesfortes de
pechez qui flatent vos fens , qui
n'ont déja que trop d'inclination à
lesfuivre. C'eftfe tromper, ſelon S.
Jean Chrifoftome , que de croire
Ry
200 MERCURE
un
que Dieu demande autre chofe des
Solitaires des Religieux , pour
ce que l'Evangile a de Préceptes,
autre chofe des perfonnesfecu
lieres. Il demande des uns & des
autres une mefme conduite
meſme reglement de vie. Les uns
&les autres ont receu les mefmes
Préceptes , contre lefquels venant
àpecher , ils fouffriront la même
peine. M. de Vernage, Docteur
en Theologie , Chanoine de
F'Eglife Royale de S.Quentin ,
explique tout cela plus aux
long dans la Préface d'un Livre
qu'il vient de mettre au
jour. Il eft intitulé , Traité de
GALANT: 201
La Vieparfaite ,felon les regles
kefprit du Chriftianifme. Ce Livre,
qui a efte tres favorable.
ment receu du Public , & qui
eft dédié à Madame de Maintenon
, fe vend chez Denis
Dupuis , rue Saint Jacques , à
la Samaritaine.
M'Linand, Auteur du Traité
des Eaux Minerales de For
ges , qui a efté fi bien receu
du Public , vient de donner
une addition à fon Livre , qui
merite bien d'eftre leue . C'eft
une belle & grande Lettre ,
écrite à M ... où il nous ap
prend le temps que ces Eaux
202 MERCURE
Metalliques ont efté décou
vertes , comment elles fe font
mifes en réputation
, pour
quels maux on a toujours efté
en boire , & quela efté le fentiment
de plufieurs Sçavans
Medecins touchant la nature,
& les proprietez de ces mêmes
Eaux . Cette Lettre a efté faite
pour répondre à quelques ob .
jections ; particulièrement a
ces deux-cy , que ces Eaux ne
ne font point ferruginenfes vitrio.
liques , & qu'elles ne conviennent
point à toutes les maladies pour
tefquelles il eft dit dans le Traité
qui en a efté fait , qu'elles font
GALANT: 203
bonnes. M Linand fait donc
voir que tout ce qu'il a dit de
ces Eaux , eft conforme à la
raiſon & à l'experience ; que
s'il a avancé dans fon Livre ,
que les Eaux de Forges font
vitrioliques-ferrées , c'eſt patce
qu'elles ont une odeur & un
gouft vitriolique- ferré, qu'el
les arrofent des terres toutes
pleines de fer & de vitriol , qu'-
elles produisent des effets qu
on ne fçauroit attribuer qu'à
ces Mineraux ; que tous les
Auteurs quiont parlé de ces
Eaux , ont foutenu avant luy
qu'elles font vitrioliquesferrées,
204 MERCURE
& que quand il a dit que ces
Eeaux metalliques convien
nent à tous les maux dont il
parle dans fon Livre , c'eft
parce qu'il les a crues vitrioliques
ferrugineuſes , & par
confequent d'une vertu infinic
pour la guerifon des ma
ladies quine font pas incura
bles , & que les Auteurs qui
ont écrit de ces mêmes Eaux ,
leur attribuent les mêmes ver
tus. Ce petit Ouvrage fur cette
matire eft curieux à lire. Le
file en ett fimple , net , il n'y a
rien d'inutile , & le Public eft
d'aurant plus obligé à l'Auteur
du Traité des Eaux de Forges,
GALANT 205
qu'il promet encore de continuer
d'aller tous les ans à ces
fources minerales
, tant pour
confirmer les experiences qui
fe font faites jufques icy tou
chant les vertus de ce remedel
pour la guerifon d'une infinités
de maladies , que pour en faire
de nouvelles , qu'il rendra pu
bliques . Cette Letrre le trou
ve avec le nouveau Traité des
Eaux de Forges , & l'Abregé
de ce Traité, chez Pierre Bienge
fait , au milieu du Quay des
Auguftins , à l'Image S. Pierre.
Le Sr Brunet , Libraire au
Palais , vient de donner au Pu
blic un Livre qui doit avoir un
608 MERCURE
fort grand debit. Il a pour ti
se , Les plus belles Lettres Frangoifesfur
toutesfortes de fujecs , ti
réesdes meilleurs Auteurs. M'RI
cheler qui a pris foin d'en faire
un Recueil , les a embellies
de Notes remplies de chofes
fort curieufes ; & comme il ya
peu de perfonnes qui n'ayent
befoin d'avoir des modéles
pour le ftile qu'on doit employer
felon les occafions qui
s'offrent d'écrire , il eſt avantageux
d'en avoir de bons &
en grand nombre . Ces Lettres
font féparées comme en
autant de Chapitres par la di
verfité des matieres . Il y en a
GALANT 207
•
de tendres , de galantes , &
d'amoureufes ; d'autres d'amitié
, de paffion , de louange ,
de felicitation , de morale , de
confeil , de reproche , de nouvelles
, de
recommandation ,
de prieres , de remerciment
d'excuſes , de plaintes , & de
confolation. Il y a auffi des
portraits, des Epitres dedicatoires
, des Lettres fatyriques
de reflexions , & de critique ,
avec des réponſes à des critiques
, d'autres fur l'abſence
& quantité qui contiennent
des relations tres - curieuſes .
Elles font toutes d'Auteurs
Illuftres & précedées de
208 MERCURE
0
quelques traits de leur vie
ce qui fe trouve au commencement
du premier come de
ce recueil, qui eft féparé en
deux parties. L'on y trouve
auffi de judicieuſes remarques
fur le ftile dont on fe doit
fervir dans les Lettres , & fur
les titres qui fe donnent aux
perfonnes élevées dans les
plus hauts rangs.
4
Les Contes de Fées font
devenus à la mode , & plu
fieurs perfonnes d'un elprit
fort relevé , & d'une tres grande
réputation , n'ont pas dédaigné
d'employer du temps
à nous en donner grand nomGALANT.
209
bre dans le ftile fimple & naturel
que cette forte de narration
demande. Ils ont tés
jouy les meilleures , compa
gnies , & le plaifir que l'on a
pris à les lire vient d'engager
M de *** à nous faire part
d'un nouveau Recueil de Contes
de même nature , qu'il a dedié
aux Dames ,fous le titre Des
Illuftres Fées. Ce Recueil en
contient onze , parmy lefquels
font Blanche Belle , le Roy
Magicien , le Favory des Fées ,
la Reine de l'Ile des Fleurs
'Ifle inaccesible , la Princfle
couronnée par les Fées ,
Avril 1698.
S
20 MERCURE
& le Bien failant ou Quiribirini.
La puiffance des Fees y
paroift avec éclat. Le ftile en
eſt agréable , & ceux qui les
ont lus , trouvent que tout y
répond à la grandeur des événemens.
Ce livre fe vend au
Palais chez le S ' Medard- Michel
Brunet , à l'entrée de la
grande Salle du Palais , à l'Ef
perance.
*
Le Roy à nommé à lArche
vêché de Bordeaux , M'I'Evêque
d'Aire , frere de M ' de
Bezons Confeiller d'Etat or
dinaire & Intendant en
Guienne , & frere auffi de M²
GALANT 213
1
de Bezons Maréchal des
Camps des Armées du Roy
& Inspecteur en Flandre ..
L'Evêché d'Aire à été donné à
Mr l'Abbé Florior , Tréforier
de la Sainte Chapelle de Paris,
Frere de M ' d'Armenonville ,
Intendant des Finances , &
de la feconde Femme de M.
le Peletier , Miniftre d'Etat .
M' Girard , dont je vous ay
parlé lorsqu'il fut nommé à
l'Evêché de Bolongne , a été
pourvû de celuy de Poitiers ,
& celuy de Bologne a eſté
donnéà MAbbé de Langle,
Agent du Clergé , & Preceps
2
Sij
212 MER CUR!
teur de Monfieur le Comte
de
Toulouſe.dehob
aug
M l'Abbé de Villeroy , Fils
de Mle Mare , hal Duc de
Villeroy ,a efté nommé à l'Ab
baye de Fécamp . Il est jeune.
encore.
mais il fait voir qu'ili
foutiendra
tout ce que demande
fa naiffance , & le party
qu'il embraffe
.
1
Le Roy a donné dans le
mefme temps l'Abbaye de
Lire à M l'Abbé de Soubife ,
dont l'affiduité à remplir fes
devoirs en Sorbonne , & lag
profonde érudition donnent
lieu de croire qu'il deviendra
GALANT 213
un jour un des plus fermes appuis
de l'Eglife. M l'Abbé
d'Elpagne , Frere de M ' d'Ef.
pagne , Gouverneur de Thi
onville , a efté pourveu de,
l'Abbaye de S.Pierre fur Dive.
Dom Houdiart , Chantre de
la Mufique de S. M. a eu l'Abaye
de S. Thibery ; & Dom
Bertin celle de la Pieté.
L'Abbaye de Charenton
en Bourbonnois a efté donnée
à Madame de Montgons
M'l'Abbé de Tourmine a été
pourveu du Prieuré de la Faye,
& Dom Robert Thomas , Religieux
de l'Ordre de Grand
214 MERCURE
mont à eu celuy de Narre
Dame du Bois d'Allone de
melme Ordre
M ' le Marquis de Seffac , cydevant
Abbé de Clermont &
Mie de la Garderobe du Roy ,
Cader de la maiton de Clermont
Lodéve,à qui la mort de
fon Frere aîné fic quitter fes
Benefices , a épouféMademoifelled
e Luynes , Fille de Char
les Louis d'Albert Duc de
Luynes , Pair de France , Mar
quis d'Albert , Comte de
Tours , Chevalier des Ordres
du Roy , & d'Anne Fille puif
née d'Hercule de Rohan , Due
#
GALANT.
21fs
de Monbazon , & de Marie de
Bretagne la feconde femmez
Mademoiſelle de Luynes , à
prefent Madame de Seffac , a
pour Freres M' le Comte de
Seffac , & M le Chevalier de
Luynes ; & pour Soeurs Ma
dame la Princeffe de Bournonville
, Madame la Com
teffe de Veruë , & Madame
Gouffier ; Mademoiſelle de
Duynes s'eft toujours diftin
guée par une veriu à laquelle
Ja médifance n'a jamais dont
né d'atteinte.
Il s'eft fair depuis peu un
Mariage à la Cour , dont vous
216 MERCURE
attendez fans doute que je
yous falle un long détail ; cependant
je vous en diray fort
peu de chofe,àcauſe de la mo
deftie des deux Familles , C'eft
le Mariage de M ' le Comte
d'Ayen Mestre de Camp , Fils
aîné de M'le Marefchal Duc
de Noailles , & de Mademoi-
Jelle d'Aubigné , Fille unique
de M le Comte d'Aubigné ,
Chevalier des Ordres da Roy
& Gouverneur de Berry. La
Geremonie en a efté faite à
Versailles dans l'Eglife de la
Pazoiffe , par M l'Archêvéque
de Paris , Oncle paternel du
marić.
GALANT. 217
1
Marié. Si j'ofois m'étendre.
fur le merite de M' le Comte
d'Ayen, je vous en dirois des
chofes que vous auriez de la
peine à croire , cependant
je ne dirois rien qui ne fuft
vray. Vous ne doutez point
qu'il n'y ait aufli beaucoup à
dire fur les belles qualitez
de Mademoiſelle d'Aubigné ,
puifqu'elle a efté élevée auprés
de Madame de Mainte
non fa Tante. On ne doit pas
s'étonner fi à l'occafion de ce
Mariage , la Fortune a cou
ronne le merite , la naiffance
& la vertu. Je vous ay Glou
Avril 1698 . T
3
218 MERCURE
vent parlé de la Maiſon de
Noailles , que je ne vous répeteray
rien icy de ce que je
vous en ay dit dans mes autres
Lettres. Voicy ce qui regarde
celle d'Aubigné
.
Aprés que les Ducs , les
Comtes , & les autres Grands
de France, affemblez
à Noyon
au mois de May de l'an 987.
eurent élevé Hugues Capet
fur le Trône, & qu'ayant efté
faits Souverains
des Provinces
& des Gouvernemens
, qui
furent la recompenfe
de leur
choix , & qu'ils ne tenoient
avant cela qu'à Titre Benes
GALANT: 219
ficiaire & à vie , ils eurent in
feodé la plufpart des Terres
qui relevoient de leurs Jurif
dictions , pour attacher
leurs intereſts tous les vaillans
Hommes , dont le fecours
eftoit neceſſaire à la deffence
de leurs Etats , tous ceux qui
1 furent gratifiez de ces infee?
dations , eftant parlà devenus
Vaffaux de chacun des Prin
ces , dont ils tes avoient receuës,
commencerent dans le
onzième Siècle à prendre les
noms des Domaines dont on
leur avoit abandonné la proprieté
, à condition de les te
Tij
226 MERCURE
nir en hommage , & moyen:
nant de certaines redevances;
& comme les Predeceffeurs
de ceux qui portent encore
le nom d'Aubigné , prirent
celuy de cette Terre , dés le
temps que l'inftitution des
Fiefs etablir les furnoms , &
les rendit enfuite hereditaires
aux Familles nobles du Roy.
aume, les Defcendans de cette
Maifon peuvent le vanter
d'avoir la mefme ancienneté
que les autres Maifons les plus
confiderables de la Province
d'Anjou , où la Seigneurie
d'Aubigné eft fituée, Les
GALANT 221
Titres qui fe font confervez
jufqu'à prefent,font une preu
ve certaine de la verité de
cette origine. Ils font con
noiftre que Geoffroy d'Aubi
gné poffedoit cette Terre en
Sirerie l'an 1160. & la qualité
de Chevalier , qu'il avoit acquile
dans les occafions où il
s'eftoit fignalé , luy eftane
donnée par les mêmes titres ,
c'eft un témoignage qu'il a
voit merité un honneur , qui
eftoit autrefois la reconnoiffance
la plus glorieufe des ac
tions de valeur que l'on avoit
faites à la guerre . Jean , Sire
Tij
60
222 MERCURE
d'Aubigné , marchant fur les
traces de fon Pere , parvint au
même degré de Chevalier . Un
Acte de l'an 1201.marque qu'il
en avoit alors le titre , & les
autres Seigneurs d'Aubigné le
recherchérent tellement pen
dant un fiecle, qu'Olivier , Sire
d'Aubigné , l'an 1255. Aimery
Sire d'Aubigné , l'an 1273 .
Guillaume d'Aubigné fon fils ,
qui fur marié la même année
avec Alienore de Coëme , &
Savary , Sire d'Aubigné , l'an
1329. en furent recompenfez
fucceffivement , pour les fervices
militaires qu'ils avoient
rendus. Du mariage de ce Sa
GALANT. 203.
vary d'Aubigné avec Hon
neur de la Haye - Paflavant ,
fortirent Olivier , Sire d'Aubigné
, dont la pofterité s'éteignit
il y a deux cens ans , &
Pierre d'Aubigné , Seigneur
de la Touche d'Aubigné , qui
l'eut pour fon partage , & qui
vivoit l'an 1374. ayant épou
fé Jeanne de l'Epine , Heritiere
de la Seigneurie de la
Jouffeliniere , Thibaut d'Aybigné
, fon Petit fils , qui eftoit
marié l'an 1444. avec Jeanne ,
Dame de la Parniere , laiffa
plufieurs enfans qui formé
rent les branches des Sei
Tiiij
.224 MERCURE
gneurs de la Jouffeliniere, de
la Touche -d'Aubigné
, de la
Roche Ferriere , du Boismofe,
de Montopin , & de Brie.
Celle des Seigneurs de la Jouffeliniere
, depuis Barons de
Sainte Gemme , finit l'an 1672.
Louis d'Aubigné
, Seigneur
de
la Touche , & du Mefnil d'Aubigné
, Seigneur de la Touche
, & du мefnil d'Aubigné
,
& Baron de Tigny , eft main.
tenant le Chef du nom & des
armes de cette Maiſon , pár
l'extinction
de la branche de
Sainte Gemme , & il eft le frere
de Claude Maur d'Aubi
GALANT. 225
gné , Abbé de Poutieres en
Champagne. Louis d'Aubigné
, Seigneur de la Roche-
Ferriere, Cadet des Seigneurs
de la Touche - d'Aubigné , eft
chef de la feconde Branche ,
& Pere de Louis d'Aubigné
de la Roche Ferriere , qui fut.
reçû Page du Roy dans la petite
Ecurie , au mois de Janvier
1683. Les Titres énoncez
dans les preuves de la Nobleffe
, qui font dans le Registre
de la petite Ecurie , entre les
mains de M ' le Premier , &
qui ont efté dreffez par M
d'Hofier , Genealogie de la
226 MERCURE
Maifon de Sa Majefté , fuivant
l'ufage qui s'obſerve dans la
grande & petite Ecurie , jufti .
fient que ce Gentilhomme
compte dix huit degrez de
filiation confecutive depuis
luy jufqu'à Godefroy , Sire
d'Aubigné , le premier de fes
Anceftres , qui vivoit en l'an
1160, avantage de naiffance fi
confiderable , que les premie
res Races du Royaume ne
fçauroient en fournir un plus
grand nombre. Quant aux
autres branches de cette мMaifon
, celle des Seigneurs de
Boismole, finit l'an 1628. Celle
·
GALANT. 217
des Seigneurs de Launay ,
leurs Cadets , a paffé dans la
Maifon de Saint - Offange.
Celle des Seigneurs de Montopin
fondit l'an 15 63. dans les
Seigneurs de la Verouliere ,
du furnom de Le Roy. Enfin
celle des Seigneurs de Brie a
formé celle des Barons de Surimeau
en Poitou , par le mariage
qui fut accordé le s . de
Juin l'an 1585. entre Suzanne
de Lefai de Lufignan , Fille &
heritiere d'Ambroife de Lefai
de Lufignan , Baron de Surimeau
& de Renée de Vivonnc
Dame de Murçay avec
2
ན ཉ་
228 MERCURE
Theodore - Agrippa d'Aubigné
, Seigneur des Landes &
du Chaillou , Ecuyer d'Ecurie
du Roy Henry IV. alors Roy
de Navarre, Gentilhomme ordinaire
de fa Chambre , Ma
refchal de fes Camps & Armées
, Gouverneur des Ifles &
du Chafteau de Maillefais , &
Vice Amiral de Guyenne &
de Bretagne, celebre par l'Hif
toire des Guerres de fon temps,
qu'il a écrites comme une perfonne
, qui par l'excellence de
fon efprit, avoit eu longtemps
comme il le dit luy - même ,
beaucoup de part dans la con
GALANT. 229
+
"
fiance la plus étroite du Roy
Henry IV. & oit toûjours
donné de
grandes preuves de
la
fermeté de fon
courage
dans toutes les
perilleuses entrepriles
qu'il avoit executées
pour le fervice de ce Prince.
Du mariage de Theodore
Agrippa
d'Aubigné , & de Sufanne
de Lefay forrirent entre
autres enfans , Conftans d'Aubigné
, Baron de Surimeau
Gouverneur de Maillelais , l'an
1613. & marié le 27 Decembre
de l'an 1627 avec Jeanne de
Cardillac , Fille de Pierre de
Cardillac , Seigneur de la Las
230
MERCURE
ne , Lieutenant
au Gouverne
nement
du Château
Trompette
fous m' d'Epernon
& de
Louife de Montalambert
; &
c'eft d'eux que font illus Char
les d'Aubigné
, & Françoise
d'Aubigné
, ſa Soeur, Dame de
Maintenon
.
M le Marquis
de Caftries
, Gouverneur
de la Ville
& Citadelle
de Montpellier
& de Sommieres
,, Maréchal
des Camps & Armées
du Roy, & Neveu de M ' le
Cardinal
de Bonzi , a efté
pourvû de la charge de Chevalier
d'honneur
de Madame
GALANT. 237
la Ducheffe de Chartres, dont
Mfa Femme eft Dame d'Atour.
Cette Charge de Chevalier
d'honneur vaquoit par
la mort de m' le Marquis de
Villars .
J'ay oublié de vous dire que
M' le Comte de Guiche , Fils
de м' le Duc de Grammont ,
& Gendre de м le Maréchal
Duc de Noailles , a eu l'agré
ment de la Charge de Colonel
General de Dragons qu'avoit
cy - devant м le Comte de
Teflé. On ne peut eftre reçû
dans une Charge de cette importance
, fans avoir une pars
232 MERCURE
faite intelligence
de la guerre,
& fans s'eftre acquis beau
coup de réputation,
Les réjouiffances
qui fe
font faites à Auchy le Chafteau
en Picardie , pour la pu
blication de la Paix' , ont eu
quelque chofe d'affez fingu .
lier pour m'obliger à vous en
donner un court détail . L'ordre
eftant arrivé de faire chan .
ter le Te Deum , on fomma
les Habitans de fe mettre lous
les armes . Les Bourgeois , &
ceux des environs vêtus proprement
, s eftant rendus chez
M' de Hericourt , GentilhomGALANT.
233
me d'un merite fingulier , éta
bly depuis peu dans le lieu , a
qui on avoit donné la condui
te de la Milice , ils allerent
chez le Lieutenant General,
1 & chez le Maire de la Ville, la
Cavalerie . ' marchant la prémiere
avec Trompettes , Fi
fres & Hautbois , & l'Infans
terie enfuite avec Tambours,
Flûtes & Violons . Meffieufs
de la Juftice ayant en tefte le
Lieutenant Generali , & le
Maire perpetuel à la tefte de
Mrs de Ville , monterent fur
des chevaux richement capa
raçonnez , couverts de holes
Avril 1693 . V
234
MERCURE
noires , tous en robes & bonnets,
& prirent leur rang entre
la Cavalerie & l'Infanterie
,
puis marcherent
en cet ordre
jufqu'au Tribunal de la Juſtice,
au fon de ces Inftrumens
de Paix & de guerre. Les Offi.
ciers defcendirent
, & le placérent
dans l'Auditoire
royal,
avec мr le Vaffeur , Chanoine
Regulier de Saint Jean de
Soiffons , & Prieur. Curé du
lieu , qui s'y eftoit rendu avec
plufieurs Ecclefiaftiques
de
fon Eglife. Le Greffier fit leature
de l'ordre . Mr. Petic ,
Procureur
du Roy, & Maire
SGALANT: $235
perpetuel de la Ville , en demanda
l'enregistrement
, &
requit par un beau Difcours
que la publication en
fuft faire , à quoy Mr de Bary,
Lieutenant General du Bailliage
Royal , répondit par un
autre Difcours rempli d'éloquence,
& ordonna l'enregif
trement & la publication .
Auffi toft toute la Simphonie
champeftre , & les cris de Vive
le Roy, fe meflerent parmy les
fanfares des Trompettes & le
fon des Tambours. Les Offi .
ciers remonterent à cheval au
milieu de la milice , ayant le
V #
276 MERCURE
fabre à la main . Ils allerent
faire la publication dans les
Carrefours & les principales
Places de la Ville , où l'on avoit
dreffé des trophées & des arcs
de triomphe , Mr le Prieur , les
Officiers , & quelques- uns dés
principaux du lieu ayant fait
orner la façade de leurs mai
fons , de Tapifferies , de Pein.
tures , de feftons & de Cartou
ches. Le foir il y eut un feu
d'artifice dans la grande Place,
& des feux devant toutes les
maiſons . Mr le Lieutenanc
donna un grand repas à la
compagnie , enfuite le Bal ,
GALANT. 237
*
qui dura toute la nuit . Les
deux jours fuivans fe pafferent
-enpareilles réjouillances . Mrle
Prieur , & les Officiers fe trai
terent les uns les autres , &
firent donner à boire à tout le
peuple . Il arriva plufieurs maf
carades des environs , entre
leſquelles celle du Village de
Bugneux eut cecy de particu
culier , que treize des plus jo
lies Filles, vêtues en Bergeres,
chacune un Tambour de Baf
que à lamain , vinrent danſer
devant le Chasteau ,aufon des
Violons & des Mufettés . Elles
eſtoient venuës dans un Char
140 MERCURE
de triomphe , accompagnées
de plufieurs Cavaliers en maf
ques , & avoient affifté le matin
au Te Deum & à la мeffe du
S. Efprit, que le Curé du lieu avoit
celebrée , où elles avoient
preſenté chacune à l'Offrande
un grand Pain d'épice de
Reims , rempli d'écorce de
citron & de dragées ,
Voicy les noms des Perfonnes
diftinguées de l'un & de
F'autre Sexe , decedées fur la
fin du mois paſſé , & pendant
celuy d'Avril.
I
DameElizabeth Marie Ro-
,
ger , veuve de Meffire FranGALANT.
243
çois du Fos , Seigneur de la
Toule , Mery, & autres lieux;
Confeiller en la Grand'Chambre
du Parlement , Fille de
François Roger , Maiftre
des Comptes , & de Marie
Brouillet , & foeur de Pierre
Roger , auffi Maiftre des
Comptes. M' du Fos lon mary
mort en 1687. avoit un Frere
Abbé Chanoine de la Sainte
Chapelle , & Confeiller au
Parlement. Il eftoit fils de
Jean du Fos , Confeiller au Par
lement,& de Luce de la Nouë.
Pierre le Vieux , Elcuyer ,
S'de Coulange, l'un des vingt
240 MERCURE
cinq Gentils hommes de la
Garde du Roy, Exempt endles
Compagnie de Monfieur de
Duc du Maine. Il laiffe entre
autres enfans , deux Garçons
dont l'aifné a les Charges que
poffedoit m' fon pere , & le
Cadet eft Page chez Monſieur
le Duc du Maine.
醒
M' de Marpeley , Premier
Prefident en l'Election de
Caudebec . Il avoit efté receu
â cette Charge un peu aprés la
mort de Mle Prefident fon
Pere, n'étant encore que dans
fa vingt-uniéme année , & il
la exercée plus de trente hut
ans,
GALANT. 241
ans , pendant lefquels il s'eft
acquis la qualité de Juge équitable
, avoit beaucoup d'ef
prit , & a efté regreté de tous
les honneftes gens de la Province.
Meffire Nicolas de мenuau,
Seigneur de Mareil , Villiers ,
le Pontel , & autres lieux . Il
eftoit Fils de N. de menuau ,
S de Villiers , le Pontel , & c .
& de N. Janton ; & petit Fils
de Charles de Menuau , S de
Villiers , & de Loüife de Bel
liévre , Fille de Pompone de
Belliévre, Chancelier de France:
-
Avril
1698.
X
247 MERCURE
Mollire Charles Comte de
Collalto, Comte de l'Empire
& noble Patricien de la Re
publique de Veniſe. Il eſt
mort âgé de vingt- deux ans ,
& a efté inhumé à S. Sulpice
à Paris , eftant venu pour voir
da France.
Meffire Claude le Tonnel.
lier Breteuil , Seigneur Baron
d'Efcouché , Confeiller en la
Grand Chambre du Parle
ment. Heftoit Frere de fen M²
de Breteuil , Confeiller d'Etat
ordinaire , & eft mort âgé de
foixante & quinze ans. Il avoit
époulé en premieres Nopces,
SGALANT. 243
MagdeleineRoger de Neuilly,
* & en fecondes N. de Froullay.
laiffe deux Garçons de ces
Adeux lits du Tillet , Confeiller
de la premiere des En-
3 queftes, eft monté à laGrand'-
Chambre à fa place.
D
Meffire Emanuel de Froullay
AdeTeſté, Chanoine Comte de
S.Jean de Lyon , & Prieur de S.
xeftiene dans l'Ile de Ré. Ileft
mort dans fa foixante & quin-
Mziéme année , & eftoit Frere
dur défunte Evêque d'Avran
behe , tousdeux fils de René de
Froullay , Comte de Teffé ,
Baron d'Ambrieres ; & de ma-
X ij
#44 MERCURE
rie d'etcoubleau Sourdis, Fille
deFrançoise Efcoubleau , mad
quis de Sourdis, Chevalier des
Ordres du Roy , & d'Ifabelle
Babou de la Bourdaifiere.rol
Frere Jacques de Fleurigny.
la Valliere. Il eftoit Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jeru
falem , & Commandeur d'Ivry
le Temple.
M Pallior , Parifien, Hiftos
riographe du Roy , & Geneal
logifte da Duché de Bourgogne,
mort à Dijon à quatrevingt-
neufans les de ce mois.
Heftoitfort entendu dans le
Blafon , & dans la connoif
GALANT 245
fance desMaiſons & Familles ,
dont il a laiffé un nombre pro
digieux de Memoires , principalement
touchant les Mai
fons & Familles de Bourgogne.
Nous avons de luy plufieurs
Ouvrages imprimez ,
entre lefquels font , le Parle
ment de Bourgogne , in folio
à Dijon en 1649. la Science
des Armoiries de feu Louvar
Géliot, augmentée d'un grand
nombre d'Armoiries imprimé
auffi in folio en 1661. La
Genealogie
des Comtes de
Chamilly , imprimée encore
in folio , divers Extraits de la
X iij
246 MERCURE
Chambre des Compres de
Bourgogne imprimez in folio
& plufieurs autres Genealo
gies de Maifons particulieres .
M' de Creil, ancien Maiftre
d'Hôtel du Roy. Il avoir plus
de quatre vingts ans, & eftoit
un des grands Curieux de Pa
vis. Ila laiffé un riche Cabinet
de Tableaux , Pierreries , Bu
ſtes , Eſtampes , & autres curiofitez.
Meffire Louis Henry de Lo
menie , mort âgé de plus de
foixante ans dans des fentimens
d'une refignation tresédifiante.
Antoine de Lome,
GALANT. 247.
nie , S ' de la Ville aux Clercs,
Fils de Martial de Lomenie
dont Henry Roy de Navarre
avoir toûjours eftimé la fidelité,
fut dans la même confia
· deration auprés de ce Prince
qui le fit Secretaire de fes
Commandemens , & fe fervit
de luy en cette qualité devant
les guerres de la Ligue. Quand
il fut parvenu à la Couronne ,
il le fit Secretaire de fon Cabinet
, & l'envoya en 159
Ambafladeur Extraordinaire
en Angleterre. il l'honora en
1606.de la Charge de Secrétaire
d'eat, qu'il exerça avec beau
X jilj
248 MERCURE
*
coup de prudence. Cet Antoine
de Lomenic mourut le
7. Janvier 1638. âgé de quatrevingt
- deux ans , laiffant d'Anne
d'Aubourg , Fille de Charles
, S ' de Porcheux , Henry
Augufte de Lomenie ,Comte
de Brienne & de Mombron ,
Baron de Pougi , Prevoſt &
Maitre des Ceremonies des
Ordres du Roy ; Antoinette
de Lomenie , mariée en premieres
noces à André de Vivonne
, S de la Chaſtaigneraye
, & en fecondes , à Jaques
Chabor , Marquis de Mirebeau,
& Catherine Henriette
Sides
GALANT 249
de Lomenie , Femme de Hen
Ty'd'Orleans , Marquis de Rothelin.
Henry Augufte de Lomênie
fur premierement Secretaire
du Cabinet du Roy ,
& aprés divers emplois , il obtint
en 1615. la furvivance de
Ja Charge de Secrétaire d'Efat
de M' de Lomenie fon
Pere. Le Roy Louis XIII.
honora toujours d'un affection
particuliere , & l'ayant
fait Capitaine du Chateau
des Thuilleries , aprés la mort
du Conneftable de Luynes , il
l'envoya en 1624. Ambaſſadeur
en Angleterre , pour les
250 MERCURD
:
Articles du Mariage d'Hen
riette de Frande fa Serangn
avec le Prince de Galles. Al
fat fait Confeiller d'honneur
au Parlement de Paris en 16320
& il ſe démie en 1643. de fa
Charge de Secretaire d'Etat
en faveur de M ' du Pleffis . Peu
aprés , au commencement du²
regne de Louis le Grand , la
Reine Mere , Anne d'Auftri
che Regente , luy donna las
même Charge de Secretaire
d'Etat que M' de Chavigny
avoir exercée. Il avoit alors
le département des affaires
étrangères, & il n'y a point de
*
GALANT: 25%
*
Cours en Europe , où fon
nom ne vive encore par la
grande réputation qu'il s'y eft
acquife. Il mourut en 1666,
âgé de foixante & onze ans ,
ayant épousé en 1623. Louiſe
de Beon , Fille de Bernard
S' du Maffez , Gouverneur de
Saintonge , d'Angouleme &
du Pays d'Aunis , & de Louife
de Luxembourg . Brienne. Il
eut de ce Mariage Louis Hen.
ry de Lomenic , Comte de
Brienne , dont je vous apprens
la mort , Charles - François
Evêque de Coutances , Abbé
de Saint Germain d'Auxerre,
252 MERCURE
de Saint Eloy de Noyon , & de
Saint Cyprien de Poitiers ,
Alexandre Bernard , Chevaz
lier de Malte , Commandeur
de la Rochelle , Marie Antoinette
, Femme de Nicolas
Joachin Rohaut , Marquis de
Gamaches , Chevalier des Or
dres du Roy , & Jeanne & Ma
deleine , mortes jeunes . M'le
Comte de Brienne , qui vient
de mourir , merita la fuivivan
ce de la Charge de fon Pere
en 1651. n'ayant encore que
feize ans . L'année fuivante il
alla en Hollande & en Suede ,
dont il a écrit le voyage en
GALANT
233
Latin. Il époufa en 1656. Henriette
, Fille puifnée de Leon
Bouthillier , Comte de Chavigny.
Elle mourut en 1664. &
il fut tellement touché de fa
mort ,qu'il fe retira à l'Oratoire.
Ila eu d'elle Henry Louis
Comte Brienne , Anne- Marie
Therefe , & Madeleine de Lo.
menie , & il eft mort le 14. de
ce mois à l'Abbaye de Château
Landon ,
Mr Trobat. Il eftoit Prefident
du Confeil Royal de
Rouffillon , &
Intendant pour
le Roy dans cette même Pro
vince.
254 MERCURE
Le Dimanche zo . de ce
mois , M l'Abbé de Chavigny
, nommé à l'Evêché e
Troyes , fut facré dans la Chapelle
du Seminaire de Saint
Sulpice , par Mr l'Archevê,
que de Sens , fon Metropoli
tain , affifté de Mrs les Evê
ques de Châlons fur Saone
& de Fréjus. Le nouveau Pre
lat donna enfuite à dîner dans
le Seminaire à tout le Cler.
gé qui s'eftoit trouvé à la Ceremonie
, & Mr le Comte de
Chavigny , fon Frere , regala
chez luy toute la Famille &
tous les Seculiers .
GALANT. 259
t
Le mot de l'Enigme du
mois paflé eftoit le Moulin &
vent, & il a efté trouvé par
Mrs le Févre , Maitre Ecri
vain de la rue Guerin - Boif
feau
; Daniel le Chin , Procu
reur Fifcal à Egligny prés
d'Auxerre ; Darqueneville de
Morinfrey de la Chine , de la
rue Dauphine ; l'Abbé de
Saint Domingue ; Charles de
la rue de l'Arbre fec ; le Roy
Chapelier , & le jeune Four .
biffeur de la même rue ; le
celebre Ecrivain du coin de
la tue de Nevers ; Moufle &
Fleury , & fon Ami Melivet
256 MERCURE
de Nances ; Defnots & l'Abbé.
La fpirituelle Javotte de la ruë
S. Jacques ;la Nimphe du Joly
bois du Pont S. M. la petite
Chochette de Befons ; Mademoiſelle
Petitaf de la rue de
la Huchete ; la Beauté de vis
à vis le Petit Saint Antoine ;
l'infidelle Touloufe , & l'inconftante
Graffor.
L'Enigme qui fuit vient de
bonne main , & merite l'application
de vos Amies.
SGALANT. 257
255222 $22522 SSS25
ENIGME.
299 2014101
J dy comme un Centaure
Qutre mes deux bras,
Quatre pieds encore , 13
Sur lesquels je was
Ainfi qu'on me pouffe.
Souvent une bouffe
On met fur mon dos
Où je n'ay point d'os
Qui ceux que je porse
Bleffe en nulle forte.
Je n'ay point de crin
De laine , de plume
Avril 1698.
ZIA
28 MERCURE
Ny de poil enfin,
Qui contre le rume
Par tout le dehors.
Me couvre le corps .
Fay toutes ces choſes
Dans le ventre encloses,
L'Air que je vous envoye
gravé , & dont vous allez lire
Tes paroles , a efté fait par un
fort habile Muficien .
AIR NOVUE A U.
J
Ay vú perir cet aimablefeuillage,
Que j'ay un croiftre avecque mon
vá
Amour.
TH
LYOP
R.
ᎥᏝ -
ad
Sa
oit
du
qui
toit
Ra
r. la
Ous
Dnd
GALANT
Ab ,fid'eftais bienfage,
On des vérroit mouir cous deux
en mesme jour,
Le22.delce mois SA.R.
Monfieur donnas un manifique
Repas à Milord Portland,
On mangea dans l'ancien Sa
lon des cloud. Monfieurétoit
dans le milieu de la Table du
grand côté. Ceise Table qui
formoir an quarné long, citove
de vings couverts , S. AR
avois à fa droite Monfieur la
Duc deCharines, & au deffous
de ce Prince eftoit Milord
Pordland, dont la place ache.
Yij
260 MERCURE
voit le rang de la droite. Mon
fieur avoit à fa gauche Mada
me de Montauban . Le fils de
Milord Portland eftoit enſuite
& finifloit la file de la gauche.
A la droite de M Portland
eftoient Madame la Ducheffe
de Foix , & enſuite un Milord,
Madame de Furftemberg, M
le Chevalier de Lorraine , ML
le Comte de Marfan , m' le
Marquis Deffiar, M' de Cha
tillon, de Cayeux, de la Fare,
de Saffenage, d'Estampes , &
deux Seigneurs Anglois, Ily
eut quatre Services . L'abon
dance & la delicatefle s'y trou
GALANT: 261
verent enſemble , & l'on y vic
tout ce que la Saifon peut pro
duire , mefme de prématuré.
Il y avoit au milieu de la Ta-
Surtout, ou mi
= ble un gr
lieu deTable de vermeil doré.
Il y a peu de temps que ces
fortes d'Ouvrages font in- .
ventez, pour garnir le milieu
des Tables. Ils y demeurent
pendant tout le Repas. On en
fait de plufieurs plans diffe
rens. Ils font fouvent enrichis
de Figures , & portent quantité
de chofes pour l'ofage de
la Table ; enforte qu'on ne
peut rien fouhaiter de necef
261 MERCURE
faire à un Repas que l'on n'y
trouve . Ces especes de Machi
nes de nouvelle invention
cachent dans les repas de
jour ,fous des ornemens uti
les , les endroits où l'on merle
foir des bougies. Le Sur- tout
de Monfieur seft de Modè
Launay, quisen a fait deux
pour le Roy you l'on voit tout
ce que l'mvention , l'art , de la
beamé du travail peuvent
fournir pour embellir un ou.
vrage , & pour enrichir For
& l'argent , s'il eft permis
de parler aindi. A kiffuë du
répas on trouva pdu fours Gas
BALANT 263
leches à fix Chevaux , dans
lefquelles on fe mit pour fe
promener dans le Parc , &
pour voir jouer les eaux.
Il y a longtemps que vous
fouhaitez un Portrait de Mon
feigneur le Dauphin , de la
main de M Perfon , Profef
feur de l'Academic Royale de
Peinture , & qui a fi heureu
fement réüffi au Portrait da
Roy , qu'il s'enseft fait un
nombre infiny de copies ,
pourtoutes les Cours de l'Eu
rope. Le même M Peron
vient d'avoir l'honneur de
264 MERCURE
peindre Monfeigneur , & ce
Prince a eu la bonté de luy
accorder le temps neceffaire
pour mettre cet ouvrage dans
fa perfection , & a témoigné
enfuice qu'il en eftoit fort
content, ce qui a efté fuivy
des applaudiffemens de route
la ' Cour. L'empreſſement va
eftre grand pour ces Portraits,
& fi vous ne prenez vos précautions
de bonne heure
Nous courez rifque d'attendre
longtemps pour en avoir.
2100
La Charge d'Intendant de
la Garderobe de Monfieur
vacante
GALANT. 265
vacante par la mort de м Merille
, connu par faprobité , &
par fa grande application dans
le fervice , a efté donnée à M
Nocret, premier Valet de Garderobe
de Son A. R. Il y a fi
longtemps qu'il eft dans le
fervice que ce Prince a cu
tout le temps neceffaire , pour
connoiftre dequoy il eft capa
ble , & luy ayant trouvé le
zele , la connoiffance & l'affiduité
qu'il faut avoir pour
remplir cette Charge , qui demande
des foins continuels ,
un homme intelligent &
Avril 1698, Z
246 MERCURË
fidelle , il ne faut pas s'étonner
fi Son Alteffe Royale l'avoit
choifi , même avant la mort
de fon Predeceffeur.
189
On a eu nouvelles que le
14 de mois le Prince de Lorraine
, Frere de Monfieur le
Duc de Lorraine avoit efté élu
Evêque d'Ofnabrug. Il avoit
déja l'Evêché d'Olmurs , Suf
fragant de Pragues . Olmuts
eft une Ville de Boheme , autrefois
Capitale de la Mora
vie. L'Evêché d'Ofnabrug ,
Ville Anfeatique d'Allema
gne dans la Weftphalie , fur
GALANT. 267
fondé par Charlemagne en
776. Il eft Suffragant de l'Archevêché
de Cologne, & vaut
plus de deux cens mille livres
de rente. Il y a aujourd'huyalternative
pour cet Evêché
entre les Catholiques & les
Lutheriens. Aprés la Paix de
Munfter , l'Evêque d'Ofnabrug
eftoit Catholique , &
Erneft Augufte de Brunswic,
Prince Proteftans dernier , &
Duc de Hanover ; luy ayant
fuccedé, la mort l'a laiffé và→
cant , ce qui eft cauſe que
PElection que l'on vient d'en
Zij
288 MERCURE
faire eft tombée fur un Catholique,
¥
Monfieur le Prince de la
Roche- fur Yon , Fils aîné de
S. A. R. Monfieur le Prince
de Conti , mourut le 25. de
ce mois âgé de trois ans cinq
mois. L'efprit de ce Prince.
eftoit auffi avancé que s'il euſt
efté dans fa dixième année.
Le corps de ce Prince est en
dépoft dans l'Eglife des Carmelites
du grand Couvent , au
Fauxbourg S. Jacques , où il
fut porté le vingt - quatre de
ce mois. Le Roy & toute la
GALANT: 269
Cour en ont pris le duëil . Je
fuis votre , &e.
AL
4 Paris ec30, Avril 1698.
Z iiji
THEQUE
LYON
5225223555 252 2552
P
TABLE.
Relude.
Sonnet fur la Paix.
Difcours fur la grandeur du Roy.
II
Difcoursfur l'aigné des Jumeaux.
Regrets d'un Maryifur la mort
Cadwo477 , de fa Femme.
Lettre fur le Livre des Superſtitions
de Mr Thiers. 84
Lettre en Profe & en Vers de Mr
l'Abbé de
Poiffyuga 99
TABLE
Lettre far le bon goufh, is vast
Réponse
à la Lepore
précedente
,
124
Ode fur le retour de la Paix. 135
Prix tirez par les Chevaliers de
la Butte de Troyes.
Hiftoire.
148
1957
Lostre de Mademoiſelle d'Alerac
ila Charfe de la Tour du Pin , à
MrlAbbade Poiff
Madrigal.
182
193
Depart de Mar Chamoy , Gentilhomme
Ordinaire de laMaiſon
du Roj , pour Ratisbonne.
1199
Traité de la Vie parfaite felon les
En regles er l'esprit du ChriffiaTABLE
Anifme.
196
Les plus belles Lettres Françoifes
fur toutesfortes de fujets, tirez
des meilleurs Auteurs. 205
Recueil de Contes ,fous le titre des
illuftres Fées ,
94209
215
Benefices donnez par le Roy 210
Mariages.
Mr le Marquis de Caftries eft
pourvû de la Charge de Chevalier
d'honneur de Madame
la Ducheffe de Chartres. 230
Agrément de la Charge de Colò.
nel generaldes Dragons, donné
à MrleComtede Guiche. 231
Réjouiffances fingulieres faites à
Auchyle Chateau en Picardie.
232
TAALE
Morts. 240
Sacre de Mr l'Evêque de Toyes.
254
255
Grand repas donné par Son Al-
Article des Enigmes .
teffe Royale. 259
Portrait de Monfeigneur le Dau-
261
phim .
Charge d'Intendant de la Gar
derobe de S. AR donnée. 262
Election de Mr le Prince de Lorraine
àl Evêché d'Ofnabrug,
266
Mort de Monfieur le Prince de la
Roche fur Yamoalata, 56,268 Yon.
Avispourplacer les Fegures.
L'Air qui commence par
Aprés unfi cruel orage , doit
regarder la page 193 .
L'Air qui commence par
fay vũ perir ser aimable , c.
doit regarder la page 258.
C
M.dmulle
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LYON
LE DAUPHIN .
AVRIL 1698.
AV PAKIS , LI
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais, au MercureGalant.
NO
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Yeaú , &
vingt-cinq fols en Parchemin
A PARIS;
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dang
la Salle des Merciers , à la Juftice.
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
M. DC. XCVIIL
Avec Privilege du Roy.
Q
AVIS.
Velquesprieres qu'on aitfais
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye..
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
d'y manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques .
uns de ces Memoires dont on ne fe..
pour fervir. On réitere la mesma .
priere de bien écrive ces noms , en ›
forte qu'on ne s'y paiffe tromper. On
ne prend aucunargent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligens perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
*
A ij
AVIS.
1
prie feulement ceux que les envoyens
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pour faire employer leurs noms dans
L'article des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de pora , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demendent,
Ceft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite pre
fentement le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere , qu'il eft toujours
imprimé au commencement de cha
que mois. Il avertit qu'à l'égard des
Euvois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront¸
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
bongtemps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées ; mais auffi
ces Villes ne le receveront pasfi tard
qu'ellesfaifoient auparavant Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toujours fort
ard par deux raifons . La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendre fitoft qu'il eft imprime,
outre qu'il lefera toujours qncl
quet jours avant que l'on enfaffele
debit , & l'autre , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont lû cux & quel .
ques autres à qui ils le preffent , ils
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire, en difant que la
wenie n'en a commencé que four
avant dans le meis . On Evilera ce
rerardement par la voye dudit Sieur
Branet, puis qu'ilfe charge defaire
A iij
AVIS .
bes paquets luy-mefme, & de lesfaire
porterà la Pofte ou aux Meffagersy
fans nul intereft, tant pour les Par
siculiers que pour les Libraires de
Province, qui lay auront donné lear
adreffe. Ilfera la mefme chofe gene
"ralement de tous les Livres nou❤
veaux qu'on luy demandera , foit
qu'illes debite, on qu'ils appartien
nent à d'autres Libraires , fans em
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à la fin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme pas
quet. Tout cela fera execute avek
ne exactitude dont on aura lien
d'efre content.
BE
&
QUE MERCVRE
GALANTYON
1998
*
AVRIL 1
DE
ES Vers qui fervent
de commencement à
sette
Lerite , peignent
parfaitement bien la bonté
du Roy , qui dans des grandes
chofes qu'il a faites depuis
qu'il gouverne fon Royaume
A iiij
8 MERCURE
par luy-même , n'a jamais eu
en veuë que le bien public ,
juſqu'à ſe faire enfin une gloi .
re de renoncer à fes Conqueftes
pour affurer le repos de
* fes Sujets .
SUR LA PAIX.
ENSONNET.
L
Invincible LOUIS arreſte
ſon tonnerre,
L'amour de fes Sujets defarme
Marfon couroux , up , you ph
Et l'Europe le voit malgré tous
wifes Faloux , dog h
A
GALANT.
Le Maiſtre de la Paix , ainfi que
a de la Guerre.
2
Ces Canons dont le bruis a fair
trembler la terre ,
Ne font plus retentir
greables coups, es
que
d'à
Et le Peuple charmé d'un chan.
gement fi doux ,
Voit l'orgueil des Titansſe brifer
comme un verre,
Ce grand Roy qui par tout fair
redouter les Lisjenovi
Satisfait des Lauriers que fon
bras a cueillisuo teamklə
Trouve enfin fon repos dans le
fein de la gloire.
do MERCURE
Il cede au bien public fes droits de
Conquerant,
Er pour celler la Paix d'une
double victoire,
Ilgagne tousles coeurs par les Pla-
"ces qu'il rend.
Ce Sonnet eft de Mademoiſelle
de Razilly , qui ne
pouvoit mieux employer fon
heureux talent pour la Poëfie,
qu'à faire connoiftre ce que
la France doit à fon Augufte
Souverain, Si fon zele eft à
louer pon ne doit pas moins
eftimer celuy de Moda Port ,
Auteur de l'Ouvrage quevous
Stroly aj ob $75
GALANT. M
1
+
allez lire. Il eft Fils de Mi le
Procureur du Roy de Verdun
fur Garonne .
DISCOURS
Sur la Grandeur du Roy.
LA
A joye generale & uni
verfelle de la Paix ne doit
éclater ailleurs , ny plus vivement
, ny plus juftement que
dans la France. Nous voyons
que noftre invincible Monarque
eft couvert d'une gloire
immortelle , que fa prudence
vient de couronner une infi
nité dactions heroïques par
12 MERCURE
une action bien plus belle &
plus éclatante, c'est à dire, que
par une grandeur d'ame qui
lay eft propre , il vient de
donner la Paix à toute l'Europe.
Y a- t- il rien de plus grand,
de plus magnanime ? Que tous
les beaux efprits compoſent
de brillans Panegyriques
,
que chacun témoigne par
tous les endroits poffibles fon
jufte reffentiment . Ah , que
ceux-là feront heureux , qui
auprés de noftre grand Prince
pourront tenir dignement la
place que renoient autrefois
auprés d'Alexandre ceux qu'il
ALANT
avoit attitez, pour laiffer aux
fiecles fuivans le tableau de
fon courage & la memoire de
fes actions.
Puis que c'eft un temps ou
tout le monde a l'ame ravie,
où tout le monde doit faire
connoiftre la joye par des
chants d'allegreffe , où tout le
monde doit faire voir fes
tranfports par fes expreffions,
je veux montrer la fenfiblité
avec laquelle j'admire la grandeur
du Heros de la France,
le Heros qui vient de donner
à des Rois liguez.contre luy
des déplaifirs mortels , & ré
14 MERCURE
jouir tout fon Empire par fes
vertus & par fes exploits , dont
le fouvenir doit eftre éternel .
A- t- on jamais vu une vertu
militaire égale à la fienne! Qui
a jamais comme luy conduir ?
des Armées , affiegé des Pla
ces , pris des Villes , paffé des
Rivieres , campé avec un fi
bon ordre , combattu avec
tant de bravoure , gagné des
batailles fi nombreuſes , vaincu
fes Ennemis par la force ,
diffipé par l'adreffe , laffé &
confumé par une fage pru- )
dence? Ce vaillant Prince revenoit
à la fin de chaque
GALANT:
IS
Campagne chargé des dépouilles
de fes Ennemis , &
les preſſant enfin avec un courage
invincible , les ayant ré
duits à la derniere des necef
fitez , il leur donne la Paix , &
par une generofité inoüie it
leur épargne la honte de la luy
demander.
Souverains , autrefois En
nemis de la France ,
reconnoif
fez
maintenant la juſtice da
nos armes . Admirez , malgré
la confufion dont vous eftes
couverts , la bonté de noftre
Roy , pour éteindre les feux
d'une guerre que vous aviez
16 MERCURE
malheureuſement allumée, &
confeffez qué de toutes les
Puiffances de l'Univers , aucu
ne napproche de la grandeur
de la France..iamb el é anub
La grandeur eft , cesme
femble , un aflemblage de
qualitez heroïques , tant fpiri
tuelles que corporelles qui
mettent celuy quien eft doé
au deffus des autres hommes.
Hine falloit autrefois que pof !
feder la feule valeurs que ga
gner quelques baraifles , quel
vainore quelquefois (es Ennemis
, pour meriter de furnom
deGrand Queceux de l'Anti
GALANT 17
quité, à qui ce nom a eſté don
né, font heureux d'estre nez
dans un ficcle , où une partie
des qualitez qui lon't prefen
tement peceffaires à ce titre,
fuffifoit pour ettre appellez
Grands.lisfont encore heureux
de ce qu'ils ont la poll ffion de
cetitre depuislongues années,
& que les Grands d'aujour
d'huy ne font que diminuer
l'admiration qu'on avoit pour
eux , lans le leur faire perdre .
Mais que ceux des ficcles à
venir , qui dans les premiers
temps auroient fans doute
jouy de ce privilege , font mak
Avril 1698" B
18 MERCURE
ex
heureux d'avoir pour modele
LOUIS LE GRAND !
Faut-il que celuy qui durant
fa vie fait le bonheur de l'Eu
rope , faffe aprés la mort le
chagrin de ceux , qui ont , ce
femble, quelque droit d'afpiret
à eftre lurnommezGrands?
Mais que LOUIS fera peuteftre
malheureux luy , même
par la propre grandeur ! car il
eft à craindre que nos Neveux
ne croyent pas tant de chofes
dont nous fommes étonnez,
& que le paffé n'a jamais vúës.
Cela ne lejette point dans
les defauts où précipite ordiGALANT
19
nairement la Grandeur. Il a
reconnu que routes ces faveurs
eftoient des dons du
Ciel,&quedans fa protection
l'homme ne poutle foutenir as
milieu des dangers , & que les
profperitez ne font pas dura
bles ,fi elles ne fond appuyées
d'une folide vertu. Auf il ne
fe ferr de fon pouvoir que
pour la gloire de celuy duquel
il l'a receu.
Il avoit depuis long , temps .
arrefté les débauches par les
Ordonnances
, puni le Blafphême
par fes Declarations
,
aboli les Combads finguliers
B 1)
20 MERCURE
par les Edits . Enfin depuis le
moment heureux qu'il monta
fur le Trône , il a fans ceffe
travaillé à la gloire du vray
Dieu qu'il adore, à l'augmen
sation de la vraye Religion
qu'il profeffe , en s'apliquant
fans relache à la deftruction
du vice, &{de tout ce qui n'eft
point de la veritable foy: Le
Menfonge aneanti , les Tem
ples où il eftoit publié , de
molis , les Eglifes bâties dans
Toute la France , feront de perpetuels
Monumens de cette
verité. Ha fçû corriger , furmonter
, changer en mieux
t
GALANTA
les moeurs , les inclinations &
le genie de la pluſpart de fes
peuples , en remportant a
Toute heure des Victoires non
fanglantes fur ceux què le
malheur de nos Peres avoit
féparez de la Foy. Enfin il
foutient dignement la qualité
éminente de Roye Tres - chreien.
Comme il eft le fils aîné
de l'Eglife , il veut que ceux
dont il eftlePere, rentrentdans
le giron facré de cette Sainte
Mere. Tout cela feroit vain
& inutile , mais encore condamnable
, fi l'ambition en
cuft cfté le mobile. Sa pra
22 MERCURE
dence, fa fageffe, fa patience,
fa moderation , font des té
moignages authentique que
le feul Elprit de Dieu animoit
ce Grand Roy. Car quoique
par les loix de la Guerre re
ceuës parmi tous les Chrê
tienspil eut pû faite verfer à
LesEnnemis jufqu'à la derniere
goute de leur fang , il a nean.
moins épargné autant qu'il
luy a efté poffible , ceux de
qui il n'auroit receu que des
outrages odieux , & cruautez
fanglantes , & craignant d'exercer
des hoftilitez illicites, il
n'a cherché qu'à foumettre
GALANT
23
fes Ennemis plutôt qu'à les
perdre , ayant toûjours de
vant les yeux que la Puiffance
des Rois ne doit jamais eftre
injufte. Dans cette créance
certaine , il a eu tous les mé
nagemens d'un Vainqueur
prudent & fage, fes Ennemis
eux - mêmes préchent cetre
verité. {Auffi fa Grandeur qui
juſques icy n'a efté que l'objet
de la haine , & de l'envie
de tous les Etats du Monde ,
va eftre deformais l'objet de
leur amitié & de leur admira
tion .
On hait d'ordinaire ce qui
24 MERCURE
rabaiffe & ce qui humilie ,
parce que cela nous fait fentir
la privation où nous fommes
de certains biens , c'eft à dire,
de certaines qualitez que nous
aimons , & par une cupidité
ardente qui fuit toujours cette
haine , nous envions ces perfections.
C'eft- là juftement la
difpofition où eftoit toute la
Terre, fingulierement les Puif
fances voifines de notre Em
pire à l'égard de nôrrellluſtre
Monarque. Sa fageffe dans les
deffeins , fa prudence dans fes
actions , leur eftoit une chofe
infuportable . Cetter haine a
efté
GALANT
25
cfté étouffée en quelque forte
par le befoin quia plié infenfiblement
leur ame au refpect
& à l'eftime pour la grandeur
de Louis , & defeſperant de
pouvoir s'élever auffi haur
que luy , ces envieux Voiſins
aiment mieux eftre participans
de fes biens en fe foumettant
à luy.
Cependant fur des craintes
imaginaires , & des défiances
artificieuſement infpirées , les
interefts font confondus , la
foy violée , & les Traitez méprifez.
D'abord toute l'Europe
paroift en armes , & eft lu-
Avril 1698. C
26 MERCURE
bitement liguée contre noftre
grand Roy , mais feulement
jufqu'icy pour faire trouver à
fes armes invincibles
avec
beaucoup plus de réſiſtance ,
beaucoup plus de gloire , &
cette union fera un juſte ſujet
d'admiration dans la derniere
poftérité.
Tant de Potentats unis
tant de Troupes levées , tant
de Corps d'Armées campez
de toutes parts, nous faifoient
voir un peril fi prés , que nous
condamnions avec tout l'Etat
les mouvemens ſi genereux
de fon courage, mais un mo
GALANT 27
翼
ment aprés nous nous tinmes
affurez de vaincre avec Sa Majefté.
Letorrent de fes premieres
conqueftes d'Allemagne
& de Flandre femble ne point
intimider nos Ennemis , foir
parce que le trouble où ils
eftoient leur tenoit caché le
danger funefte qui les menaçoit
,foit parce qu'ils croyoient
qu'une malheureufe & longue
réſiſtance nous affoibliroit de
relle forte , qu'ils pourroient
venir fondre fur nous , &
partager noftre Empire ; felon
l'ambitieux & ridicule deffein
"qu'ils en avoient conced .
C ij
28 MERCURE
Mais quelle a efté voſtre ſur,
prife , orgueilleux Alliez , lors
que vous avez vû que neuf
Campagnes , ou pour mieux
dire , neuf Victoires , ont élevé
des trophées imperiffables
au Grand Louis ? Puis que vos
Pays defolez , vos Provinces
ravagées , vos plaines couvertes
de morts, vos champs ruiffelens
de fang ; puis que tous
ces affreux fpectacles ne vous
ont pas fait reconnoiftre, mais
vous jettoient dans un acca.
blant & malheureux defefpoir
, confiderezà cette heure
en repos la valeur &
GALANT. 529
R
bonté tout enſemble de no.
ftre Monarque invincible. II
ne le prévaut pas de l'obeiffance
perpetuelle que la fortune
fe plaift , pour ainfi dire,
de rendre àluy feul , il ne veut
pas porter les victoires auffi
loin que le bonheur de ſes armes
demande.
3 ...
C'eſt vous , ô Loüis , qui
eftes l'arbitre de la Paix & de
la Guerre. Vous reglez le mon
de entier comme il vous plaît,
Vous avez entre vos mains la
deftinée des hommes . En vain
cherche.t on à s'opposer à vos
raiſonnables deffeins , vous
k
C iij
30 MERCURE
fçavez rendre inutiles les ef
forts des jaloux de voftre
grandeur, & punir la témerité
de vos Ennemis .
Tant de Bataillons rompus,
tant d'Armées en defordre ,
tant de murailles renversées,
tant de Villes emportées malgréune
réſiſtance opiniâtrée,
tant de Provinces conquifes
par le Heros de la France, tant
d'efforts furprenans dont les
Generaux ennemis doüez d'u
ne valeur confommée , ont
efté les témoins , tout cela.
rendra fa gloire immortelle.
Il fembloit que la France
GALANT. 35
auroit affez fait de réfilter
dans cette rencontre , & de le
contenter de conferver les
Frontieres ; car que peut - on
efperer de trois petits Corps
d'Armée contre un monde
d'Ennemis ? Neanmoins fes
Generaux ne refpirant que
pour la gloire de leur Prince
, & pour la réputation de
leur Patrie ; & le Soldar ani.
mé par le courage du Capitai.
ne vont au delà . L'Ennemi
paroift , on l'attaque , on le
repouffe , on le bar , on le défait
, on le diffipe par des com
bats réiterez . Puis que la re- 24
Ciiij
32 MERCURE
R
traite auroit efté loüable , la
défenfive glorieufe , que ferace
donc de l'attaque & de la
victoire Il eft vray , je l'avouë,
que les Confeils de Louis
font des leçons qui montrent
le chemin qui conduit infailliblement
à la Victoire. Les
inftructions de ce fage Prince
font le foutien de noftre Mo.
narchie & la fource de nos
triomphes. Elles ont affujetti
la force , vaincu le nombre ,
méprifé les richeffes , dédaigné
la politeffe , éclipfé la vertu
même des autres Rois.
Depuis quelques années if
GALANT: 33
鼍
ne paroiffoit que la foudre à la
main , mais aujourd'huy il fe
defarme luy méme, & par une
bonté paternelle, une clemence
magnanime , une modera
tion incroyable
, une generofité
extraordinaire , il donne
la Paix à l'Europe , & change
en d'heureuſes alliances des
guerres , qui par mille differens
engagemens fembloient
devoir eftre éternelles , & qui
avoient déja ravagé la plus
belle partie de l'Univers . Cet
incomparable Medecin met
en oeuvre les remedes les plus
puiffans & les plus exquis , il
34 MERCURË
n'oublie rien de tous les fe
crets de fon art , pour faire
prendre de nouvelles forces à
toute l'Europe , ce Corps ma,
lade,ou pour mieux dire, bleffe
à mort.
Qu'il eft glorieux au milieu
de la Flandre, bien avant dans
l'Allemagne , fur les dernieres
limites de la Catalogne , avee
des Troupes accoutumées à
vaincre , de redonner des Vil .
les & des Provinces , & par une
generofité dont nous n'avons
point d'exemple , d'offrir la
Paix à des conditions fi hono
tables aux Vaincus .
GALANT 39
Ce n'eft point fe hazard qui
Conduifoit toutes les Victoi
res , mais la fortune fe reglois
par fon efprit, ce qui nous doit
faire comprendre qu'elles auroient
efté de longue durée.
Neanmoins dans la fecondité
de fes victoires , Louis s'arme
de la valeur & de fa moderation.
La premiere le rendredoutable
, la derniere luy fait
préferer le repos du monde au
fenfible plaifir de vaincre &
de conquerir. L'une l'oblige
de donner ce qu'il peut cond
ferver fans peine , l'autre l'en
gage à quitter les delices de la
36 MERCURE
P
victoire , pour delivrer l'Euro
pe des malheurs de la guerre.
Quoy que tant de victoires
pûffent luy faire concevoir
refperance de poffeder quelque
jour l'Empire de toute la
Terre , confiderez pourtant
avec quelle bonté il s'oublie
foy- même , pour ne fonger
qu'à reparer les pertes des autres
. Il fe remet en deça des
limites qu'il avoit paffées de
filoin , il redonne des Places
& rend tout un Pays ; il réta
blit le Duc de Lorraine . &
laiffe à l'Empereur le choix en
tre quelques Places , & c'eft
GALANT:
37
ainfi quejufte & plein de bonté
pour fes Ennemis , defintereffé
& facile pour ce qui le
touche , il trouve le fecret
d'appaifer une cruelle guerre
en réparant les dommages des
uns , en donnant tout aux autres,&
fe contentant pour luy
dela gloire qui fuit une action
fi noble & fi genereufe.
Nos Ennemis reconciliez
trouvent chez nous toute forte
d'avantages , & y viennent
chercher les fruits de la Paix.
Ils partagent avec nous nos
vendanges & nos moiffons, &
tout ce qu'on recueille dans
38 MERCURE
nos fertiles terres de delicieuz
& denec flaire. Ileft vray que
nous nous dédommageons
avec ufure en leur enlevant
quelque chofe de plus precieux
, puis qu'ils nous don
nent une Princeffe qui eft la
gloire du Sang de nos Rois ,
& qui fait aujourd'huy l'ornement
de noftre Cour.
Peut-on fi bien foutenir la
qualité de Grand ? Tous ces
avantages exterieurs dont nôtre
Heros fe trouve le maiftre,
le rempliffent- ils tellement,
qu'il s'imagine que cette qualité
n'a pas befoin d'eftre fou
GALANT! 39
tenue par celle de l'efprit & de
la vertusRedonner des Enfans
à l'Eglife , quoy deplus Chre
ftien ? Calmer toute l'Europe,
quoy de plus magnanime ?
Pardonner à fes Ennemis,
quoy de plus genereux ? Rétablir
les Vaincus , quoyde plus
loüable? Ceder ce qu'on a juftement
conquis, quoy de plus
glorieux ? Eftre le favori de la
fortune avec toute la moderation
imaginable, quoy de plus
grand ? Pour moy je connois,
je fens , j'admire avec toute la
terre cette grandeur. Habiles
Ecrivains , Içavans Panegyri40
MERCURE
ftes , impatiens de raconter
les actions éclatantes de Louis
le Grand , vous pouvez maintenant
les repaffer toutes; elles
demeuroient comme étoufées
par le grand nombre.
L'Auteur du Difcours qui
fuit en a déja donné plufieurs
autres , qui ont extrémement
plû, fur differentes matieres,
DISCOURS
Sur l'Aîné des Fumeaux.
'Eftois l'autre femaine
J Monfieur,dans une maifon
où l'on parloit de deux
GALANT.
41
illuftres Officiers de Robe ,
qui avoient autrefois efté receus
le même jour , & done
celuy qui avoit efté inſtalé le
premier dans la Charge venoit
de monter. Cela me donna
lieu de dire , que c'estoient
deux Jumeaux dont l'un avoit
le titre & le droit d'aîné par
fon inſtallation, qui avoit précedé
celle de l'autre. Cette
idée de Jumeaux ne déplut pas
dans l'application , mais on
me conteſta en general le caractere
d'aîné pour le premier
des Jumeaux , qui vient le premier
au monde , & quelques
Avril 1698. D
42 MERCURE
Dames qui crurent qu'il ap !
partenoit aux perfonnes de
leur Sexe de parler fur ce fujer,
eftant un fruit qui croift chez
"elles , -Illarum qui crefcit in alve,
foutinrent que l'aîné des Jumeaux
eftoit celuy qui naiffoit
le dernier. Cela me furprit
, que le puifné pût eftre
nommé l'aîné ; car l'aîné' , difent
les Genealogittes des
mots , vient de ante natus, qui
eft né devant les autres . Et fans
avoir recoursà l'origine latine,
Palquier dit que de fon temps
on écrivoit ainfné , qui fignific
en François né devant , car
GALANT:
43
alors ains avoit le fens de de
vant. Ainfi faire du puifné l'aî
né , c'eft comme qui diroit ,
que celuy qui eft derriere eft
davant, Je leur dis qu'un feul
exemple pouvoit décider la
question , fçavoir celuy d'E-
•fai & de Jacob jumeaux , dont
Efau fur l'aîné , parce qu'il
fortit le premier , felon le Texte
facré, prerogative de naiſſance
qui fonde fon droit d'afneffe.
Ainfi Jacob quiafpiroit
déja au droit d'aîneffe , le pric
par le talon pour l'empêcher
de fortir le premier , ce que
fon inftinet ne luy auroit pas
Dij
44 MERCURE
#
permis de faire , fi celuy des
Jumeaux qui fort le dernier ,
devenoit l'aîné. Cependant
ces Dames perfifterent dans
leur fentiment , alleguant
pour leur raifon, que celuy des
Jumeaux qui fortoit le dernier,
avoit efté le premier conçû
, & que le temps de la conception
, fuperieur à celuy de
la naiffance , faifoit l'aifné.
Mais outre qu'on ne paſſe pas
cet article , comment connoiſtre
qu'il y ait un intervalle
de temps dans la conception
des Jumeaux ? On auroit pû
défier Latone & Leda , tou-
1
GALANT. 45
tes deux Meres celebres de
Jumeaux , de difcerner en elles-
mêmes ce point different
de conception. Au refte , le
principe n'eft pas vray , qu'il
y ait diverfité de temps dans
la concption des Jumeaux.
Hippocrate , genic fublime ,
fi éclairé dans ce qui regarde
le corps humain , écrit pofitivement
qu'elle fe fait par une
feule & même jouïffance , uno
codem concubitu , felon fes
Interpretes. Et l'Echole de la
Medecine , de même avis que
fon Maistre , s'en explique en
ces termes ,fimul& femel , tout
46 MERCURE
àlafois , &par un même acte,
S. Auguftin ayant occafion
d'en parler dans le Livre s.de
la Cité de Dieu , le dit auffi
formellement , Neceffe eft in
geminis eadem effe momenta conceptionis
; il ne fe peut pas que le
moment de la conception nefait le
même pour lesJumeaux . Et pour
alleguer un exemple d'autori
té fouveraine , il eft conftant
que Thamar , Mere des Jumeaux
Pharez & Zara , ne fut
connue qu'une feule fois par
Juda. L'ancienne doctrine de
la generation convient à cette
maxime de l'unité de temps
GALANT: 47
ཀཙྪཱ
pour la conception des Jumeaux,
parce que le concours
& l'union de la matiere femi
nale de l'homme & de la femme
fe fait en même temps
pour les Jumeaux , comme
pour un enfant ſeul; car cette
matiere feminale venant à fe
partager en deux parties aux
deux coftez de la matrice , l'u
ne & l'autre portion y fermen
te également & au même mo¬
ment. Il en eft de même de la
nouvelle doctrine , qui met la
formation des Enfans dans
des oeufs , comme la Fable dir,
que les Jumeaux Caftor & Pol48
MERCURE
lux , Helene & Clitemneftre
fottirent de deux oeufs , cha
cun avec fa Soeur. Ces oeufs
qu'on prétend eftre dans les
Femmes ,font auffi fans diffe
rence de temps imprégnez
des efprits feminaux , pour
deux enfans comme pour un.
Et quand même on fuppoferoit
que cela ne feroit pas , &
que les Jumeaux peuvent eſtre
conçus à divers temps , la pri
mauté de la conception feroit
due à celuy qui fort le premier
dufein de la mere. Ilmarque
par là qu'il eft plûroft
preft que l'autre , & qu'il a eu
plus
GALANT. 49
plus de vigueur pour le faire
paffage , & rompre la barriere
qui s'y oppofoit , ce qui indiqueroit
qu'il a efté le premier
conçu , car la force augmente
avec letemps . Aufli Elaü qui
fortit le premier du fein de
Rebecca , eftoit beaucoup
plus robuſte que Jacob . Ence
cas il en feroit du fruit du ven .
are, comme du fruit de l'arbre ,
où celuy qui par fa maturité
tombele premier , femble avoir
efté noué le premier en
bouton LejurifconfulteBalde
in 1. Conft § Itaque, dit formel-
Jementque fil'on doute lequel
Avril 1698 E
50 MERCURE
des deuxJumeaux acfté formé
le premier , il faut préfumer
que c'eſt celuyen qui il paroiſt
plus de force & de vigueur.
Cùm dubitatur uter geminorum
fit primogenitus , prafumendum
fortiorem & robuftiorem fuiffe
prius natum. Mais de quelque
maniere qu'on prenne la chofe
, que les Jumeaux foient
conçus en même temps , ou
en des temps differens , cela
ne fait rien au fujet, car la qua
lité d'aifné fe détermine par
l'âge. Or l'âge ne fe compte
pasdu point de la conception,
mais de celuy de la naiffance,
CGALANT 52
Sil'on dit qu'un Enfant eft vemuà
ſept mois ou à neuf , ces
fept ou neuf mois n'entrent
point dans le periode de fon
age.Le moment , non auquel
il cft concept , mais auquel il
vient au monde , commence
le premier jour & le premier
mois de fon âges & quand.
même il auroit demeuré prés
d'un an dans le ventre de fa
Mere , comme on le dit de
Jules Gelar cette année fe
perd des qu'il voit le jour
car le temps de fon ag
commence feulement avec
celuy de fanaiffance . On
age
E ij
12 MERCURE
ne compte plus l'âge dans le
Tombeau , parce qu'on eft
hors de la Societé civile , &
qu'on eft enfevely dans les
tenebres
. On ne le compte
pas non plus dans le fein dela
mere , où l'on n'eft pas entré
dans la Societé civile , &
où l'on eft auffi enfevely dans
une obcurité , qui cache autant
le jour que le Sepulchre,
De plus , tandis que l'Enfant
eft dans les entrailles de fa
mere , il n'eft pas un Tout en
Jui mefme. Jufqu'à ce qu'il
foit feparé d'elle , il eſt un
mefme Tour avec elle , & il
GALANT:
$3.
ale mefme mouvement & le
repos qu'elle a Enfin quand
on ne nieroit pas que celui des
Jumeaux qui eft forti le der
nier du fein de fa mere . foit
le premier conceu, il n'obtien
droit pas pour cela le droit
d'aifaeffe , ce précipur appar
tient uniquement à celuy qui
en eft fortile premier . La lu
miere du jour qu'il voit le
premier , luy imprime le caratere
de primauté . C'eft la
décifion formelle de Tiraqueau
, Jurifconfulte & Confeiller
au Parlement de Paris ,
Si poffit deprehendi quod difi ,
E iij
54 MERCURT
cillimum eft , ex geminis cum qui
pofterior exivit ex utero , priorem
fuiffe conceptum; attamen jus
primogenitura non obtineret , fed
alter qui prior natus eft. Tiraq.
deFure primog. queft.
Ce préjugé qu'ont la pluf
part des Femmes , & quels
ques hommes avec elles , que
celuy des Jumeaux qui fortle
dernier , eft l'aiſné , pourroit
il venir encore de ce qu'Hip
pocrate, & toute la Medecine
fuivant fes traces, nomme Suz
perfetation . Il arrive donc quel
quefois qu'aprés que la Fem
me a conceu , la matrice sou
GALANT: ST
vie de cemps en temps , co
qui luy donnelieu de recevoir
de la matiere feminale , d'ou
peut fe former un autre enc
fanr, qui furvientde nouveau
outre les Jumeaux ; mais cet
Enfant n'eft pas du rang desi
Jumeaux , car il n'eft pas dans
le même délivre ou arriere
faixs De plus , il arrives rare
menty nynqu'il forte le pre
mier , nyqu'il vive ; parce que›
les Jumeaux conceus avant
luy estant plus robuftes, font
plus avancez pour le terme de
venir au monde , & fuccent
la plus grande partie du fang
之
E iiij
56 MERCURE
de la Mere , lequel eft leur
nourriture commune , telle
ment qu'il eft foible & languiſſant
. Enfin , quand même
il arriveroit que cet Enfant de
fureroift aux Jumeaux fortift
le premier , & qu'il vécuſt ,
comme le dit Ariftote d'Hercule
& d'Iphicle , exemples
extraordinaires , il feroit l'aifné
s'il naiffoit le premier , puis
qu'eftre aifné , c'eft eftre né les
premier. Il y aune autre four
ce de ce préjugé des Femmes
pour le dernier venu des Jumeaux
, qu'elles croyent le
premier conceu pour en faire.
GALANT
l'aifné. Aſclepiade, comme le
rapporte Plutarque , a cru
qu'il y avoit des cellules dans
la matrice où font conceus les
Enfans. Or comme il y a plus
de chaleur au fond de la matri
ce que vers fon orifice , chaleur
qui fait la conception , il fema
ble que le Jumeau qui a ché
formé dans la cellule la plus
interieure & la plus enfoncée,
foit le premier conceu, & que
neanmoins il forte le dernier,
à caufe que le Jumeau qui a
efté formé depuis dans une
cellule plus proche du col de
la matrice , fort le premier,
18. MERCURE
comme eſtant au paffage.
Mais ces prétendues cellules
qu'on a voulu compter au
nombre de fept , trois du
cofté droit pour les males ,
trois du cofté gauche pour les
femelles , & une au milieu ,
pour les Hermaphrodites ,
font routes dans l'imagina
tion , & nullement dans la mae
trice, qui ne reffemble poinc
au dedans à une ruche dA
beilles , mais à une coque
d'oeuf , dont les parties font
fimilaires , comme le démontre,
vifiblement Anatomie.
Je ne fçay fiune Loy , qui eft
GALANT. 59
dans le Digefte Tin nart s
n'auroit point encore fervi à
favorifer l'illufion qu'on a
pour celuy des Jumeaux qui
fort le dernier. Arethusaprimo
partuunum , fecundo tres peperit.
Non dubitari debet quin ultimus
liber nafcatur. Averbuſe ayant en
sen enfant lapremiere fois qu'elle
accoucha , en eut trois la feconde ;
& c'eftfans doute, que le dernier
des trois enfans eft libre, à l'ex
clufion des autres nez avant
Juy, qui ne le font pas . Voilà
donc la libertéacquife à celuy
des Jumeaux qui eft forti le
dernier, & cette liberté vaut
60 MEK CURE
1
bien un droit d'aîneffe. On ne
peut pourtant rien conclurre
fur la question des Jumeaux
par cette loy , fi l'on en pe
netre l'efprit. Arethufe eftoit
une efclave , à laquelle fon
Maiftre dans fon teftament
donnoit la liberté quand elle
auroit eu trois Enfans. La
condition s'accomplit. Joi
gnant avec l'enfant qu'elle
cut feul , les deux premiers
des trois Jumeaux qu'elle eut
depuis , ils font enſemble
trois , & ces trois enfans fatisfont
par leur nombre à la
clauſe du teftament. Ainfi
GALANT. 61
cette Mere eftant par la devenue
libre . celuy des Jumeaux
qui vient le dernier ,
naifant alors d'une mere lis
bre , jouit de la liberté de fa
mere.Ce n'eft donc pas parce
qu'il eft né le dernier des Jumeaux
qu'il eft libre par préference
aux autres qui l'one
précedé , & qui ne le lont pas,
c'eft parce que le nombre des
trois enfans eftant complet ,
il naift le premier depuis que
la mere eft libre. Suppo
fons qu'Arethule ait encore
aprés eu d'autres enfans Jumeaux
, celuy qui fera forti le
62 MERCURE
premier , fera libre comme le
dernier , parce que la mere
eft libre , & que la liberté eft
communeà les enfans nez de
puis qu'elle eft libre . Il ya
encore dans l'Hiftoire d'Ecof:
fe un exemple de deux Princes
Jumeaux , où le dernier form
du fein de la mere a de Lavan
rage fur fautre , dans la bonte-
Aation qu'ils eurent pour le
Trône. Le Duc d'Alban pré
tendoit qu'il luy appartenoit
,
alleguant qu'il eftoit nélepre.
mier , & qu'aina il eftoit l'aî
né. Neanmoins l'autre , qui
eftoit né le dernier
, ne luy
4
GALANT. 63
voulut point ceder , même il
Eemporta,& fut Royd'Ecoffe;
mais cela arriva par la force
des armes. Il ne regna pas ,
parcequ'il eftoit né le dernier,
mais parce qu'il gagna la ba
raille. Il ufurpa par cette voye
ce que la nature & la Loy adjugeoient
au Duc d'Alban fon
aîné. Il eut le Sceptre par vie
lence ,comme Jacob avoit cu
par fraude la benediction .
Voicy un autre exemple
d'Hiftoire , qui établit précifément
& à la lettre le vray
droit de celuy des . Jumeaux
qui naift le premier , & qui
"
64 MERCURE
en cette qualité cut la Cou
ronne. Il eſt dans Herodote,
au 6. livre, nommé de la Muſe
Erato. Ceux de Sparte ayanc
fceu qu'Egine eftoic accou
chée de deux Jumeaux , luy
députerent pour fçavoir d'elle
lequel des deux eftoit né le
premier , afin d'en faire leur
Roy. Elle ne le voulut poins
déclarer , parce que , dit l'Hiftorien
, elle fouhaitoit qu'ils
fuflent tous deux Rois , comme
il arrivoit quelquefois à
Sparte , d'avoir deux Rois en.
femble. Mais on découvrit en
fin le premier né , fur un avis
GALANT: 65
quifur donné d'oblerver ce-
Juy des Jumeaux qu'Egine
avoit de coutume d'allaiter le
premier. Cette préference de
la mere pour l'un des deux , ce
premier foin toujours prati,
qué pour le même , décou
vrit le premier, ne, qui fut mis
fur le Trône. En effet , les meres
ont un inftinct naturel
pour le premier, fruit de leur
ventre. Cetre inclination particuliere
fe trouve même dans
les beftes. Elien dit que les
Truyes donnent leur premier
terin à celuy de leurs petits
qui eft venu le premier. Ho .
Avril 1698
F
66 MERCURE
mere dit auſſi au 17. de l'Iliade ,
que Menelaus fe jetta au tra
vers des Ennemis avec la mê
me fureur qu'une vache mugit
lors qu'on luy a enlevé le
veau qu'elle a eu le premier.
On peut encore remarquer ,
pour fonder cette affection
privilegiée , que l'aîné des enfans
a le plus de traits de reffemblance
au pere & à la mere
; & que les Aftrologues
,
comme Almanfer,prétendent
que le premier né fert par fon
point de nativité à juger du
fort de fon pere , ce qui n'eft
pas , felon luy , dans le point
GALANT. 67
de nativité des autres enfans
puifnez.
On me dira que Remusne
reconnut point en Romulus
le caractere privilegié de Baî
né , à quoy on peut répondre *
qu'il n'étoit pas évident d'ar
bord dans ces Illuftres Jus
meaux. Gum gemini effent , dit
Tite Live , nec atâtis verecuni
tia difcrimenfacere poffer, Rhen
Sylvia leur mere , ne déclara
point lequel des deux étoit né
le premier , & fa more qui fui.
vit de prés leur naiffance , ne .
donna pas lieu à rechercher
dans fa conduite envers eux ,
Fij
68 MERCURE!
comme on fir dans celle d'E
gine , ce qui pouvoit faire
connoître le premier né , mais
dans la fuite l'Augure des Vau.
tours prononça en faveur de
Romulus , comme né le premier
car fix Vautours que
Romulus vit fur le Mont Palatin
plus que Remus n'en avoit
vú fur le Mont Aventin , défi
gnerent par leur pluralité que
Romulus avoit plus d'àge que
Remus. On fonde cette penfée
fur ce que le vautour étoit
le fimbole duTemps , &quand
on n'en feroit pas un nombre
de temps par les Vautours,
GALANT 69
78
en faveur du premier- né , on
peut encore les expliquer aus
trement. C'étoit le droit de
l'aîné d'avoir une double por
tion ; & elle ferencontra dans
les vautours pour Romulus
ilyen vit douze qui font deux
fois fix , & Remus n'en vit que
fix. Auffi fut ce Romulus
Paifne qui bâtit Rome , Ville
aifnée des Villes de l'Univers.
Toutes celles qui font nées
depuis , n'ayant point cu l'étendue
& la gloire qu'elle eut ,
fous l'Empire des Cefars.
Puifqu'en general la prérogative
des ailnez vient de ce
·
10 MERCURE
qu'ils font nez avant leurs fre
res , ce feroit donner atteinte
à cette prérogative , s'il n'en
étoit pas de même dans les
Jumeaux. C'est même pour
fonder & pour manifefter cet .
te diſtinction , que la nature
qui conçoit les Jumeaux en
même temps , ne les fait pas
naître enſemble , comme on
voit fouvent des fleurs éclor
re enſemble dans un par terre.
Elle y met des intervalles ,
afin qu'on puiffe remarquer
fans confufion celuy qui eft le
premier né. Il eft dic que Jacob
nâquit prefqu'aulltoft
GALANT : 70
qu'Efau , mais affez fouvent
les Jumeaux naiffent , non ſeu
lement à diverfes heures, mais
à divers jours l'un de l'autre.
On n'auroit pas le moindre
prétexte de conteſter le droit
& le nom d'aifné à celuy qui a
રે
ces avances de temps fur l'autre
, mais dans quelque proximité
de temps que foit la
naiffance de l'un & de l'autre
Jumeau , il n'y a pas
plus à une apparente con te.
ftation , puis que Jacob eftant
forty du fein de Rebecca pref
qu'au même moment qu'E.
fati , ne rendit point douteux
lieu non
72 MERCURE
le droit d'afneffe d'Efau. Il en
arriva de même à la naiffance
de deux autres Jumeaux que
jay déja remarquez , Pharez
& Zara, qui fortirent fort prés
l'un de l'autre du fein de Tha
mar & la Sage femme qui
avoit peur de ne pouvoir pas
bien diftinguer la naiffance
de celuy qui feroit forty le premier
, marqua d'un cordon
rouge celuy qui prefenta d'a
bord le bras , mais l'autre
ayant eu l'avantage de le préceder
, & de prendre , pour
ainfi dire ,le pas fur luy , con .
ure l'opinion & le defir de cet.
te
GALANT 75
73
te Sage femme , elle luy en fit
des reproches , tant il eft vray
que le droit des Hebreux , fui
vant les traces de la Nature ,
proclamoit l'aifné celuy qui
eftoit forti le prmier. Le Droic
Civil aufli s'y conforme , Celuy
des Fumeaux quiferané opremiers
fuccedera feul audit droit La Peirete
,Decifionzz Et pour alle
guer des noms plus anciens ,
Coquille s'expliqueainfrfurla
Coutume dn Nivernois , Que
dirons nous des Jumeaux ou Bef
Jons ? Je croy, que selon l'ordre de
naiffance il en faut juger comme
d'Efau de Facob Autónne
G Αυτί
1698 .
74 MERCURED
prononce de même fur la
Coutume de Bordeaux , des
Teftamens
, art . 76. Primogenitus
eft qui prior in lucem editus
eft. Celuy là eft l'aifné qui a vú le
jour le premier. Je n'ay point vû
d'Arreft fur cette queſtion
, &
il n'en eft cité aucun par les
Auteurs que j'ay nommez , ce
qui peut proceder de ce que
les Peres , qui avoient au com→
mencement le caractere de
Juge dans leur Famille , l'ont
confervé dans cet article , &
que celuy qu'ils ont déclaré
eftre l'aifné par le temps de la
naiffance , a fon droit établi ,
GALANT.
t.
que fon frere ne luy conteſte
point par le refpe& qu'il doit
à la qualité de leur Pere. Je
n'ay pas même trouvé aucun
Jugement donné en faveur
d'un Jumeau que le Pere n'aura
point déclaréné le premier,
& dontil faut penetrer ce qui
n'eft pas évident. Du Moulia
fur la Comume de Paris , rapporte
fur cela divers avis , &
comment on peut le conduire
quand les Jumeaux , dont on
ignore le point de naiffance ,
le reffemblent parfaitement
, qu'on ne sçauroit les
diftinguer, comme dit Virgile
Gij
76 MERCUKE:
de Daucias & de Tymber :
-Simillima proles
Indiftinctafuis. Il est pourtant
à préfumer que dans le cas où
le pere & la mère n'ont point
prononcé fur le temps précis
de la naiffance , il y doit avoir
eu un jugement particulier !
comme dans la Famille de
Maupou , dont le nom eft fort
connu à Paris: Nec alia ratione,
dit Mornac , inter opulentiffima
Maufpouffeorum apud Lutetiam
familia clariffimos gemellos pri
migenia delata funt !
Il paroift de tout ce que je
viens dé remarquer, que celuy
GALANT. 57
des Jumeaux qui fort le premier
du fein de la mere , eft
un ailné titré & privilégié,
comme les autres aifnez qui
précedent de plufieurs années
de naiffance leurs freres que
la Nature établit fes prérogatives
; que le Droit Civil les
luy conferve , & que la Politique
luy eft auffi favorable.
L'efprit eftant étroitement
uni au corps , & comme noyé
dans lamatiere , il en devroit ,
ce femble , fubir le fort , & en
reffentir toujours les altera.
tions . Le contraire arrive, ce-
G iij
78 MERCURE
pendant quelquefois, & com
me fi Dieu vouloit faire entendre
aux Libertins & aux
Incredules , que les ames ne
periffent pas avec le corps ,
mais qu'elles font inalterables
& immortelles , il les conferve
avec tous leurs avantages
dans quelques perfonnes ,
dont les corps ufez tombent
en ruine comme les vieux
baftimens , & ne font prefque
plus organiſez. M' d'Emery ,
Medecin de Bordeaux , eftune
de ces perfonnes . Ses infirmitez
, infeparables de l'extrême
vieilleffe où il eft , font, pour
GALANT. 79
ainfidire , autant de bréches,
au travers deſquelles on voit
briller cet efprit vif & folide ,
qui luy a fait meriter l'eftime
& l'amitié d'un grand nombre
de perfonnes recommandables
par leur merite & par lear
fçavoir. Les Vers qui fuivent
en font une preuve. On n'y
voir guere moins de feu que
dans plufieurs auues Ouvra
ges de fa façon , que vous avez
lus dans mes premieres Lettres.
Celuy cy eft adreffé a
Mademoiſelle de Scudery,fon
illuftre Amie.
Giiij
80 MERCURE
REGRETS D'UN MARY
fur la mort de fa Femme.
N vain m'ordonnez . vous de
le filence , ENgarder
Inflexible & dure conftance.
Pourquoy ne pas pleurer fur le trifte
tombeau
D'une Femme fi neceffaire ?
Elle ne fongeoit qu'à me plaire ,
Et qu'à rendre mon fort plus heu-
Vieux & plus beau .
S.
Retirez-vous , fuperbes Confeilleres
,
Vertu, raiſon , conftance , fermeté ,
Je ne puis écourer vos difcours témeraires
,
Ny me foumettre à voftre autorité..
GALANT:
Orgueilleufe Vertu , tes loix font tiranniques
,
Tu n'as , fiere raiſon , que des le
çons iniques.
Conftance , fermeté , vous me parlez
en vain
Je vous écouterois fi j'estois inhu
main.
2
Qoy, mon ame perfide , infenfible
& barbare ,
Banniroit pour jamais ſa fidelle amirié
a
* Je fermerois mon coeur àla pitié ,
Et d'un objet aimé dont le Ciel me
Tepare,
Je deviendrois l'odieufe moitié?
S
Non , ne me preffe plus , patience
importuner,
Je ne fçaurois moderer mon tour
ment,
82 MERCURE
Helas ! je reffens trop ma cruelle ins
fortune
;
Qui la peut endurer fouffre legere
ment.
Quand je fonge à tant de ten .
dreffes ,
Remedes employez à guerir mes
trifteffes ,
Que font-ils devenus ces foins offi
cieux ?
Ces propos fi delicieux ,
Ces entretiens fi chers à ma też
traite ,
Ces fers portez fans douleur & fans
bruit
Ces doux plaifirs d'une flâme difə
crete?
Ils fe font diffipez comme l'ombre
quifuit.
ន
Vous m'exhortez encore à retenir
mes larmes,
GALANT: 82
Perfides voluptez , je ne vous con
mois plus,
Ma vie eft prefque ufée , & je fens
tous vos charmes >
S'évanouir en defirs fuperflus.
Je veux pleurer & courir à ma perte.
Comme un fidelle Epoux & comme
un cher Ami.
La mort m'appelle où la tombe eff
opvertey
Et le cercueil a'eft rempliqu'à demia
S
Mais enfin , o vertus,
www.fipropices ,
à mes maux
Je me rens à vos bons offices ,
Mon coeur s'eft contre vous trop
long-temps défendu ,
Dans la douleur qui me défole,
Vous voulez que je me confole
Rendez-moy ce que j'ayperdu,
84 MERCURE
A SAPHO
Faites place à Sapho , Vertus de tou
tes Langues ,
Je refufe l'oreille à vos belles harangues
,
Vos raifons n'ont fur moy ny force ,
ny credit.
Si Sapho feulement m'offre ce qu'-
elle écrit,
Quand la mort d'un Ami luy fait
prendre la plume ,
La douceur de fes Vers guerira l'a
mertume
Que la douleur répand dans mon
eſprit .
Voicy une troifiéme Let
tre de M Cipiere , fur le Livre
des Superftitions de Mi
Thiers.
GALANT. 85
A MONSIEUR ...
E crois , Monfieur, que vous
avez réfolu de me perfuader
tous les Contes & toutes
les Hiftoriettes qu'on nous
fait des Magiciens , & des
effets de leur art. Vous me
faites tellement étudier cette
matiere , & il fe trouve tant de
faits dans les Auteurs , qu'à la
fin je pourrois bien devenir
credule comme les autres. Je
ne fuis pourtaat pas encore
devenu timide par la lecture
de toutes ces hiftoires ; car je
n'en ay trouvé aucune que je
ne puiffe , ou confondre de
86 MERCURE
fauffeté , ou expliquer par les
principes que j'ay établis dans
mes deux Lettres préceden
res. L'hiftoire de Santabarenus
,qui fit voir à Bafile ,Empereur
des Grecs , fon Fils qui
eftoit mort de maladie, ne me
paroift pas plus difficile à expliquer
que celle de la Magi
*
cienne , qui fit voir à Saul le
Prophete Samuel . Ce faux
Moine , qui vouloit paffer
pour un grand Saint , pouvoit
bien avoir fuppofé un veritable
homme à cheval , & faire
croire à ce Prince" trop fuperftitieux
, que c'eftoit - là fon
do!
GALANT: 81
Fils. Comment auroit. il pa
faire fortir fon ame des Enfers
, ou du Paradis , & reffufciter
fon corps enfeveli depuis
un mois ; car ce n'estoit point
une veritable refurrection ,
puis que ce n'eftoit tout au
plus qu'une apparition ? / Or
dans toutes les apparitions
que font les Magiciens , les
Magiciens même veritables ,
ils fuppofent toujours des
corps veritables , ou bien ils
font dans le cerveau , ou dans
les yeux des credules , certaines
impreffions , par lesquelles il
leur femble voir de tels corps,
88 MERCURE
C'eft ainfi que le font les illu
fions ; & il n'eft pas toujours
neceffaire
que les objets
foient
réellement
hors de
nous ; autrement
nous n'aurions
jamais de fonges la nuit.
Vous fçavez même , Monfieur
, qu'on ne peut pas dé
montrer
metaphyfiquement
qu'il y ait des corps hors de
nous , & que ce n'eft que la
foy qui nous convaine
de leur
existence
. Je parle fuivant
l'homme
, fecundum
hominem
loquor , c'est à dire , la nouvelle
Philofophie
. C'eftoit
enfin
par de faux miracles
& par de
44
2
GALANT 89
pareilles illufions , ou fuppofitions
, que Simon le Magicien
enforceloit tout le peuple
de Samarie , & qu'un faux
Prophete nommé Bariefu , à
la fuite du Proconful Sergius
Paulus , trompoit les habitans
de l'Ile de Paphos Les faints
Apoftres Paul Barnabé &
Jean , empêcherent bien ce
Juif, nommé autrement Elymas,
qui fignifie Enchanteur,
de continuer fon métier , car
ils le rendirent aveugle.
Mais que dirons nous de
ces Femmes débauchées dont
parlent les Prophetes Nahum
Avril 1698. H
90 MERCURE
& Baruch, lefquelles par leurs
fortileges & philtres amoureux
s'attiroient des Amans ?
Nicephore Gregoire parle de
cette belle Fille Sicilienne ,
nommée Marceline , qui par
fon art fe fit aimer de Jean
Vatace, Empereur des Grees,
qui réfidoit à Nicée pour lors
aprés la prife de Conftantinople
par Mahomet II.Saint Hierôme
dans laVie de Saint Hilarion
, rapporte que ce S. Solitaire
rompit les charmes
d'une Fille, qui lui avoient été
donnez par un Amant qui
l'aimoit malgré elle. S. GreGALANT.
goire dans fes Dialogues fait
Thiftoire d'une Religieufe enforcelée
par le faux Moine Ba
file ; & enfin on trouve autant
qu'on veur de ces philtres
amoureux , & de ces hiftoires
dans les Ouvrages des Saints
Irenée & Epiphane , Jean de
Damas , Gregoire de Nazian
ze, dans la Theologie de Plaon
par Marcellus Ficinus
dans le Livre des Enchante
meds de Pomponace, dans les
Amans Magiciens de Coelius,
dans le Traité des Sortileges
de Grillan , dans Delrio , &
d'autres Auteurs qu'il feroit
Hij
92 MERCURE
inutile de rapporter , & peuteftre
de lire , puis que nous
ne cherchons que la maniere
dont les Magiciens , vrais ou
faux , peuvent tellement faſciner
les yeux, & incliner la volonté
de l'homme , qu'il aime
ce qu'il ne vouloit pas aimer
auparavanta
Je ne parle point icy des
Enchantemens tres - naturels
que peut produire la beauté
des Femmes , accompagnée
d'un certain je ne fçay quoy
qui la rend aimable & piquante
, & qui ne fe trouve
point dans une belle Statue ,
GALANT:
93
pour laquelle il n'y a perfonne
qui reffente de lapaffion. Je ne
parle pas non plus de l'adreſſe
de certains galans , jointe à la
beauté mafle , & à cet air engageant
& majestueux qui gagne
& qui foumet les coeurs ,
ny de la liberalité , vertu qui
rend ſervice à toutes les paffions
, & qui a tant de force
fur l'efprit des hommes & des
femmes , ny enfin de la vaine
excufe de certaine perſonnes ,
qui rejettent fur un enchantement
fecret & magique , ce
qu'elles ne devroient attribuer
qu'à la corruption de
94 MERCURE
leur coeur & au déreglement
de leur efprit. Je luppole que
Lous cesphiltres dont il eft parlé
dans les Auteurs ,foient veritables
, & qu'ils viennent d'u
ne cauſe exterieure & étran .
gere. Je dis dans cette fuppo
fition , qu'on ne peut pas conclurre
que le Démon y air
d'autre part que la malice
qu'il inſpire à tous les hommes;
parce que cet efprit , tout
puiffant qu'il eft , ne l'est qu '
autant que Dieu luy permet
& Dieu tout fage & tout bon,
ne peut luy permettre d'exercer
la puiflance que fur le
GALANT.
95
corps de l'homme , ou du
moins , fi c'eft fur l'efprit , it
ne peut forcer fa liberté,
car il n'y a que celuy qui
donne l'eftre à la volonté
qui puiffe modifier cette volonté
malgré elle. Vous m'entendez
fans doute , Monfieur ,
& delà je conclus que fi le
Demon avoit du pouvoir
fur nôtre volonté , nous ne
ferions pas affez libres pour
pécher avec malice . Tous ces
Philtres donc ne font autre
chofe que certains fecrets naturels
, que certains Amuletes
qu'on fait prendre, ou dans des
96 MERCURE
'odeurs , ou dans les viandes
qu'on mange. Ils font compofez
de certains corps qui
remtent les efprits animaux
& vitaux, de la même maniere
qu'ils le font dans le corps
d'un homme poffedé par la
fureur Erotique . Ces hommes
& ces femmes ainfi empoifon .
nez ,pour ainsi dire, fe portent
fans déliberation vers les objets
dont ils ont l'image ou
l'impreffion dans le cerveau ,
& ils ne font délivrez de cette
-fureur , que lorfque le poifon
· diminuant par le mouvement
de l'agitation même qu'il produir
,
GALANT. 97
duit , laiffe à l'efprit la liberté
de s'appliquer à d'autres objets
, & de penfer ailleurs . Si
ces mouvemens ne viennent
que de temps en temps com
me une fiévre, le mal n'eft pas
fi difficile à guerir ; car on a
la liberté quelquefois de faire
reflection fur fon érat , & de
recourir au remedes , ou à la
priére des gens de bien.
Ainfi furent gueris l'Empereur
des Grecs & les autres per
fonnes dont nous avons parlé.
Voilà , Monfieur , affez de
de réponſes pour réfuter tout
ce qu'on peut dire des Sorti-
Avril 1698. I.
हे
68 MERCURE
léges , Enchantemens , Ma
gies & Philtres. Un homme
de bon fens qui ne feroit pas
trop credule , pourroit par là
eftre difluadé de la crainte
des Magiciens. Les méchans
pourroient auffi être convain
cus de la vanité & de la folic
qu'il y a , à s'appliquer à la
Magic. Je fouhaitterois que
les trois Lettres que j'ay
eu l'honneur de vous écrire ,
fuffent lûes par ceux qui ont
lû le Livre des fuperftitions
.
composé par M'Thyers , parce
que je crains que la plus
grande part ne donnent dans
LY:
མ
GALANT 99
ABLIOTHEE
toutes les Hiftoires quil y ra
porte , & que les cenfures Ec.
clefiaftiques n'incitent leur
curiofité à éprouver la verité
& les promeffes de l'arc magique
, que je puis appeller
l'art des tromperies . Je finis
cette matiere par un bon mot
d'un ancien. Veritas fcientiam,
non credulitatem : mendacium credulitatem,
non fcientiam pariunt.
Jefuis , particulierement, Monheur
; Vôtre , &c.
2
Vous ne ferez pas faché de
voir ce que Mi l'Abbé de
Poiffy a écrit au jeune fils de
I ij
100 MERCURE
M ' le Comte de Crécy , qui
vient de donner fes foins à la
conclufion de la Paix, en quadé
de Plenipotentiaire , &
d'Ambaffadeur Extraordinaire
du Roy aux Conferences te-
´nues à Rifwik.
A Monfieur le Comte de Crecy
le Fils.
A quinze ans , fçavoir le
bel Art de charmer , heureux
préfage ! Que ferez - vous , dites
- moy , dans un âgé plus
meure? Courage , cherComte,
profitez du temps . Joignez à
l'affiduité du travail , la facilité
de vôtre genie. La Science
GALANT. fot
eft pour l'homme un riche
Tréfor. Faites un fond pour
n'être point neuf , en quelle
Ciel vous ap
que état que
pelle . Ayez la noble ambition
d'y tenir le premier rang.
Que les richeffes ne vous
foient point des dégrez pour
y monter. L'Or eft une clef,
dont mille gens fe fervent
pour s'ouvrir les portes quicon .
duiſent aux grandes Charges .
Fore enim tutum iter & patens
converfo in pretium Deo .
L'Or vient à bout de tout.
Aurum per medios ire fatelites
Et perrumpere amat faxa,
I iij
102 MERCURE
Avec l'Or on arrive en pofte
Au plus confiderable Pofte.
Combien voyons nous d'ignorans
Occuper les illuftres Rangs !
Combienfans efprit,fans conduite,
A qui le Bien tient lieu de
浦
talens , de merite !
Il en eft à la Ville , il en eft à la
Cour,
F'en vois fourmiller chaque jour.
Toute Profeflion à fes ignorans.
Voyons les Corps les
plus celebres.
Dans une facultéfont- il tous fça
vans ? non.
Tel qui fe dit Docteur n'en porte
que le nom :
GALANT: 103
Certain quifait icyle petit Hapo
crate wit
Ne fçait de quel có : é les bonimes
ont la Rate.
L'ignorance l'érige en honnefte
Bourreau.
Paſſons outre, cher Comte, entrons
dans le Barreau.
Il eft des Avocats dont la haute
Science
Fait briller en tous lieux une utile
Eloquence.
Nous avons aujourd'huy des Cicerons
François ,
Qui protegent le Peuple egfons
fleurirles Loix ;
Mais on n'en voit que trop dont
I iiij
104 MERCURE
la langue novice
Ne rendit à l'Etat jamais aucun
Service.
Ilfaut donc travailler ; car pour
vous parler net ,
Sans Etude , à quoyfert la Robe
& le Bonnet ?
D'un muet Avocat la parlante
· liaffe
Montre aux yeux du Publicfon
ignorance craffe.
Ce rebut de Themis , cet Animal
retif,
Ne voit point affez clair dans un
- fac instructif.
Peut- eftre a t'il auffi les vifieres
mal nettes ,
GALANT. Jot
Si fa vue eft debile , il luy faut
des Lunettes.
Fe me trompe , fon mal ne vient
point de fesyeux,
Mais de ne rien fçavoir, & d'être
déja vieux.
Quel chagrin ne reffent point
un homme de petit genie ,
qui ne fait point fa Pros
feffion , lors qu'il le voit :
Le Burlesque fujet de tous les entretiens
,
La Fable d'une Ville , & le jouet
des
fiens.
Comment regarde t'on ce Maître
de Mufique ,
Dont le chant eft Gothique ,
106 MERCURE
Et qui fur une Ardoife accordant
certain fons ,
Fait fiffler à la Cour fes chesives
Chansons ?
Que ne penſe-tion point de ce
maigre Poëte ,
Qui nous donne des vers que
Public rejette ?
le
Quel cas fais- on d'Artus dont
Lignorant Pinceau ,
Nefçauroit ébaucher qu'un informe
Tableau ?
Et que ne dit on point du Grometre
Alcide ,
Qui ne peut démontrer les élemens
Euclide ?
GALANT: 107
Si l'ignorance nous expofe à
la confufion , & nous livre au
mépris , elle cauſe ſouvent
bien des maux.
Le Miniftre facré,
Qui loin d'être éclairé
Apeine entend le Latin du Bres
viaire,
Eft dommageable à l'ignorang
Vulgaire.
Et comment du Prochain guidera,
-il les pas,
S'il ne voit pas
pas ?
Pretend-il m'éclairer ? qu'avec un
foin extrême,
Il'commence d'abord par s'éclairer,
Joy mesme.
108 MERCURE
UnFuge qui jamais dans le Ćode
ne lút ,
Qui ne connut jamais ce que c'est
qu'Inftitus,
Prononçant une injuſte &fatale
Sentence ,
Opprime l'innocence.
Tels font les funeftes effets
de l'incapacité. Voyons les
biens que les Grands Hommes
font à l'Eglife & à l'Etat.
Boffuet , ce fidelle & facré Conducteur,
Découvre en fes Ecrits des routes
affurées ,
Et ramene au Troupeau les Brebis
égarées ,
GALANT.
109
En bon vigilant Pasteur.
Par le docte fecours d'une vive
Méloquence ,
Le Zelé Bourdaloüe a fçû charmer
la France,
Et fon Stile remply d'une fainte
Onction ,
A jetté le Pécheur dans la Componction.
F ..... cet homme inestimable
Connoiffant de nos corps la Ma
chine admirable,
Ses refforts differens , fes mouvemens
divers ,
A répandu fon Nom au bout de
l'Univers .
Quefon fort eft digne d'envie!
10 MERCURE
Le falut de l'Etar eft bien entre
fes mains,
Bon-heur , repos , deftin , tout dé.
pend de la vie
Du plus puiffant des Sonverains
.
Par un heureux fçavoir où l'on ne
peut atteindre ,
"
F ..... répond à nos voeux
empreffez,
Pour les jours de LOUIS nous
n'avons rien à craindre,
Il en a foin, c'eft affez.
Vauban que la Cour confidere ,
Eft pour toute une Armée un apuy
Jalutaire.
Le Miniftre éclairé, le docte Ma.
giftrar ,
GALANT. ITL
Le profond Directeur , l'éloquent
Avocat ,
Le Medecin expert , l'Ingenieur
habile ,
Tout Grand Homme, en un mot
an Public eft utile.
Je ne vous diray point, cher
Comte , quelle douceur goute
une Perfonne qui excelle dans
fa Profeffion , qui remplit dignement
les devoirs de fon
Employ ; elle eft eftimée des
Grands , & confiderée du
Prince.
Vôtre Illuftre Maiſon në
nous fournit que trop d'exem ,
112 MERCURE
*
ples de cette verité. Une pro
fonde capacité , jointe à un
merite fublime , a donné lieu
au plus Sage & au plus éclairé
des Monarques , de préferer
Mr le Comte de Crecy à tant
d'Hommes illuftres qui font
dans fon Royaume , pour travailler
au grand Ouvrage de
la Paix ; Ouvrage enfin confomméavec
tant de prudence ,
de zele & de fidelité. Cette
fameufe Negociation qui n'a
pas eu d'autre but que l'utilité
publique , ne demandoit
pas moins qu'un eſprit ſupérieur
, incapable de fe laiffer:
GALANT. 113
éblouir , riche de fon propre
fond , qui fût capable des
grandes chofes , qui fçût débrouiller
les plusembarraflées ,
éclaircir les plus obfcures , &
qui connuft à fond les interêts
de la Couronne. Mais fans
m'engager à faire unEloge qui
ne fçauroit être qu'injurieux à
la gloire d'un Grand Homme
dont le Nom feul fait le Pane.
gyrique.
Cher Comte , pour être ac-
··comply,
Et foutenir par tout un mcrite
étably,
Avril 1698 . K
114 MERCURE
Vous n'avez qu'une chofe à
faire ,
Montrez- vous digne Fils de vô
tre Illuftre Pere.
Rien n'eft plus à fouhaiter
que de fçavoir en quoy le bon
gouft confifte. Voyez fi vous
tomberez d'accord de ce qui
en eft dit dans les deux Lectres
qui fuivent.
A Monfieur ......
E ne fçaurois mieux m'adreffer
qu'à vous , Monfieur
, pour fçavoir fi nous
avons bien rencontré dans
l'idée du bon gouft , fi necefGALANT.
15
faire pour bien juger des com
pofitions de l'elprit . Vous
avez toutes les qualitez qui
.mettent un homme en droit
de prononcer fouverainement
fur ces marieres , l'efprit , la
fcience , l'autorité . Je me luis
trouvé depuis peu dans une
compagnie de perfonnes de
Lettres , où l'on en parla à
l'occafion de la celebre Dif
pute , qui eft entre quelques
Scavans au fujet de la préfe
rence des Anciens & des Mo
dernes. Comme vous fçavez
parfaitement ce qui s'eft paffé
dans cette Difpute, vous vous
Kij
116 MERCURE
fouvenez que les Partiſans des
anciens reprochent hautement
aux autres , qu'ils font
fans fcience & fans gouft ; &.
quelqu'un de la Compagnie
dit à cela, que lesPartifans des
Modernes pourroient faire
le mefme réproche à leurs
Adverfaires , & qu'ainfi ces
réproches ne fervoient de rien
à la decifion de la queſtion .
De forte que ( ajouta -t - il )
pour connoître qui a raiſon
des uns ou des autres , c'eſt
une neceffité de fçavoir au
paravant, ce que c'est que le
bon gouft , & en convenir ;
GALANT. 117
autrement on pourra tou
jours difputer, parce que l'on
n'aura point de regle certaine
pour terminer la Dif
pute. Je me fouvins alors de
la belle idée que j'en avois
trouvée , dans la Preface de
la verfion de deux Comedies
d'Ariftophane, par la fçavante
Mc...... Elle dit que le gouft
eft une barmonie , un accord de
l'efprit de la raison , & que
l'on en a plus ou moins , felon que
cette harmonie eft plus ou moins
juste. Aprés que j'eus propoté
la pensée de cette Sçavance , la
fçavante Compagnie demeura
118 MERCURE
quelque tems dans le filence,
chacun la voulant un peu
examiner en foy- même, avant
que de dire ce qui luy en
fembloit. Et enfin quelqu'un
dit que cette diftinction n'ê
toit pas encore capable de
vuider la querelle, parce qu'il
n'y a perfonne qui ne puiffe
pretendre que fon efprit eft
d'accord avec la raifon , &
par confequent qu'il a le bon
gouft . En effet , fi dans touses
les difputes chacun prétend
avoir la raifon de fon
côté , chacun peut prétendre
de melme que fon efprit
GALANT: tig
eft d'accord avec la raifon.
On crot donc qu'il falloit
chercher quelque chofe qui
déterminat davantage l'idée
du gouft , qui la rendift plus
précife & moins équivoque s
& on trouva que l'ordre pourroit
bien faire cet effet . On
entendoit par l'ordre ce qui
met chaque chofe à la place ,
les inferieures au deffous des
fuperieures , & les égales au
mefme degré , ce qui regle
nos penſées, nos affections &
nos defirs ** en un mot , ce
qui nous fait voir les choles
comme elles font , & nous
120 MERCURE
les fait aimer felon le dégré
de merite que nous y voyons.
Unautre prit la parole,& prétendit
que l'ordre dans ce fens
n'eftoit autre choſe que la
raiſon , & qu'ainfi le terme
d'ordre ne feroit point ce que
celuy de raiſon ne pouvoit
faire . On luy répondit qu'il
n'eftoit pas tour- à - fait vray
que la raifon & l'ordre fuffent
la mefme chofe ; que l'on
pouvoit dire que ce qui faiicit
la nature de l'homme rai
fonnable , eftoit fa capacité
de connoistre l'ordre , & que
ce qui le rendoit raisonnable
dans
GALANT. 12t
>
dans les moeurs , eftoit ſon
attachement à l'ordre. C'eſt
pourquoy on convint qu'il
n'eftoit pas fi aifé d'abuler du
terme d'ordre que de celuy de
raiſon ; & on fut d'avis de met.
tre le premier dans la defini
tion du goult , aulien du der?
nier. Mais un quatriéme demanda
s'il fuffiroit d'avoir
l'esprit d'accord avec l'ordre,
pour juger de tous les Ouvra
ges de l'efprit , comme des
pieces d'Eloquence & de
Poefie , dont on fcait que la
beauté & le prix conſiſte en
partie dans l'arrangement des
Avril 1698 . L
122 MERCURE
mors , le nombre , & la ca
dence. Cette remarque nous
obligea de faire entrer l'ima
gination dans nôtre idée , &
nous crûmes pouvoir dire que
le gouft confifte dans l'harmonie de
kefprit & de l'ordre, & dans l'acsord
de l'imagination avec l'un
avec l'autre, On fit enfuite
beaucoup de reflections fur
cette idée ; on en fit exped
rience fur beaucoup de fujets ,
on trouva qu'elle eftoit &
précife & complette , qu'elle
ne laiffoit point d'équivoque ,
& qu'elle s'étendoit aux compofitions
de tout genre ; &
GALANT. x23
enfin qu'un homme dont l'a
me fe trouveroit dans cet
heureux concert , jugeraic
toujours jufte, le plairoit dans
tous les Ouvrages où les
chofes feroient conformes à
l'ordre , & où le ftile feroid
digne des choſes ; qu'il rebutteroit
au contraire ceux où
l'ordre feroit bleffé & les
bien feances mal gardées ,
foit dans le ftile , foit dans les
chofes, Voila , Monfieur , les
penfées qui nous vinrent au
fujer dugouft, & quoi qu'elles
nous ayent affez plû , nous
ne voulons pas neantmoins
·
Lij
124 MERCURE
les croire exactes , que nous
ne fçachions votre fentiment,
réfolus de les abandonner
comme fauffes , fi vous en
jugez autrement que nous,
Je fuis , Monfieur , &c .
REPONSE.
E vous fuis extrémement
Joblige ,Monfieur, de la
bonté que vous avez de me
faire part de vos découvertes ,
& de m'inftruire fous le prétexte
de me faire Phonneur de
me confulter. Tout Academicien
que je fuis , je ne préſume,
ray jamais de pouvoir en ap
I
GALANT us
prendre à un homme de vôtre
refprit & de vostre capacité,
mais puis que vous fouhaitez
mon fuffrage , je vous diray
qu'aprés avoir réfléchi fur ce
que vous me mandez , il m'a
femblé que l'on ne pouvoit
rien penfer de meilleur fur le
gouft de l'elprit. Je me fuis
affermi dans cette penfée en
comparant ce gouft avec celuy
de la langue . Le premier
doit , ce me femble , refulter
da la fanté de l'ame , comme
le fecond refulte de celle du
corps. Or il eft certain que
l'ame eft parfaitement faine ,
L'iij
126 MERCURE
lors que toutes fes facultez
font dans un parfait accord
entre elles , & avec l'ordre ; &
l'homme alors juge fainement
de tout. Heft raisonnable ,
fage , judicieux , en un mot ,
de tres- bon gouft , de même
que le corps le porte bien , &
prend plaifir dans les viandes
les plus propres à le nourrir ,
lors que toutes fes parties fe
trouvent dans une jufte proportion.
Je croy donc , Monfieur
, que vous avez découvert
la regle , qui doit faire la
décifion entre les Anciens &
les Modernes ; & qu'il n'y auGALANT:
127
oit plus qu'à en faire l'appli
cation . Il faut adjuger la préference
à ceux , dont les penfées
& les raifonnemens auront
plus de rapport avec l'or
dre , qui auront le mieux connu
le prix & le merite de chaque
chofe , qui les auront le
plus juftement placées dans
leur efprit & dans leur affe.
ction , felon le degré de leur
merice; & enfin qui en auront
parlé d'une maniere plus
convenable. Si les Anciens
l'emportent fur les Modernes
à tous ces égards , le bon gouſt
voudra que l'on les metee au
Liiij
428 MERCURE
deffus des Modernes , mais on
peut douter que cela foit , ou
bien nos Ecrivains n'auroient
guere profité des lumieres
qu'ils ont,
eues les Anciens ; car on entend
icy par les Anciens , les
Payens. Il me femble même
que l'on pourroit donner
beaucoup d'exemples , qui feroient
voir que ceux qui s'oc
-cupent trop de l'étude des
-anciens , & qui ne rectifient
pas ce qu'ils y ont apris par
la lecture des Livres , où fe
puife la connoiffance & l'amour
de l'ordre , n'ont pas
& que n'ont point
.
GALANT. 119
ce gouft exquis dont vous
avez donné l'idée. Sans en
aller chercher plus loin , on
en peut trouver dans la Preface
mefme , qui vous a fourni
le fonds de cette idée ; tant
il eft
vray
que l'on
peut
avoir
beaucoup
d'efprit
&
de
Science
, fans
pourtant
avoir
avec
l'ordre
ce jufte
raport
qui
fait le bon
gouft
. Je vous
prie
, Monfieur
, de me
dire
fi c'est
l'harmonie
de l'efprit
& de
la raifon
, qui fait
que l'on
eft
charmé
de la foupleffe
de l'efprit
d'Ariftophane
, qui luy rendoit
fi
facile
l'art
de tourner
en ridicule
430 MERCURE
les chofes les plus parfaites ?
Si l'ordre veut que l'on eftis
me & que l'on aime les cho.
fes à proportion de ce qu'elles
font parfaites , le moyen
que ce foit par la fympathie
de nôtre efprit avec l'ordre ,
que nous foyons touchez du
plaifir , lorfque nous les voyons
deshonorer & rendre mé.
prifables ? On fait bien que
quand les chofes excellentes
font repreſentées ſous un air
bas , & tout-à- fait oppoſe
ce qu'elles font , ces furpriſes
forcent quelque fois les Sages
mefmes de rire ; mais ce ris
GALANT. 137
forcé , bien loin de devenir
un charme , eft bientôt fuivi
de pitié , d'indignation & de
zele. Apres avoir traduit & lu
deux cens fois la Comedie
où ce Poëte s'eft le plus fignalé
dans l'art de ridiculifer
la vertu , on dit que l'on ne s'en
eft point laffé , ce qui n'eſt jamais
arrivé d'aucun autre Ouvrage.
C'eftune grande louange que
Ton a donnée à feu M'leDuc
de Montaufier , lorfque l'on
a dic de luy qu'il avoit lû cent
dix- fept fois le Nouveau Teftament.
Le plaifir qu'ily prenoit
eftoit la marque d'un ef
22 MERCUR
₤
prit bien ordonné , puifque
c'eft dans ce Livre que le
trouvent les loix de l'ordre.
Mais lire deux cens fois &
toujours avec gouft, une Comedie
que l'Auteur avoit entreprife
pour faire perir le
plus honnefte homme d'Athenes,
& dont le fuccés refpondit
au deffein , puifque la
reprefentation de cette piece
mit la populace en fureur, &
luy fit demander la mort de
Socrate, cet homme que l'on
apelle la Sageffe mefme, de bon
ne foy , fi c'eft-la fympathifer
avec la raiſon & avec l'ordre,
GALANT. 123
je ne fçais ce que l'on appellera
fympathifer avec le defordre
& la confufion. Quand
il vous plaira, Monfieur, relire
cette Préface avec la delica .
teffe de vôtre difcernement ,"
c'eft à dire avec vôtre bon
gouft, vous y pourrez remarquer
plufieurs autres traits qui
de font pas
efprit toujours réglé par les
loix de l'ordre ; ce qui fait voir
d'une maniere bien évidente,
qu'il faut nourrir fon efpric
d'autres lectures que des profanes
, pour fe former un gouſt
excellent. Mais , Monfieur ,
ne les
preuves
d'un
134 MERCURE
bon
pour montrer la jufteffe de
vôtre idée du bon gouft , vous
avez les paroles de l'Apôtre ;
car il ne peut y avoir qu'un
gouft,comme il n'y a qu'
un ordre & qu'une raiſon ; &
ce bon gouft doit neceffairement
eftre celuy qui nous
fera fentir du plaifir dans les
chofes , dont la meditation
doit faire icy bas toute nôtre
fageffe, & dont la poffeffion
fera nôtre felicité dans le Ciel
Que furfum funtfapite. Voilà ,
Monfieur
, ce que j'ay pù
penfer pour appuyer vôtre
fentiment
, que je régarderay
GALANT. 135
tou jours en cela , & en toute
autre choſe , avec le mefme
reſpect que l'on doit régarder.
les loix des Legiflateurs. Je
fuis avec beaucoup d'efti mer
Vôtre , &c.
Voicy un Ouvrage de Poëfie
, dont le Titre fuffira pour
vous donner de la curiofité. Il
a tout le feu qu'on peut fou
haitter dans les beaux Quvrages.
136 MERCURE
255222522522-55525
LE RETOUR
de la Paix.
QUittez
O DE
Uittez la voûte azurée ,
Revenez , Paix defirée
L'aimable Olive à la main .
C'eft LOUIS qui vous invite.
Jugez fi voftre vifite
Se peut remettre à demain.
S
Craignez , beauté fans égale,
Une orgueilleule Rivale
Qu'on ne méprifa jamais .
Belle Paix , c'eft la Victoire ;
De tout l'éclat de la Gloire
Elle anime fes attraits.
1
GALANT 37
ર
2
D'un elin d'oeil , d'une parole ,
Louis l'engage , elle vole ,
Il la trouve à ſon coflé.
Malgré la puiffaute intrigue.
D'une generale Ligue ,
Elle ne l'a point quitté.
Croyez-vous qu'il foit poffible
Qu'un grand coeur foit infenfible
A l'offre de fes Lauriers ?
Les Guirlandes qu'elle donne
Parent mieux que leur Couronne,
Le front des Princes guerriers.
G
Pour elle un peu de foibleffe
Se pardonne à la fageffe
Da plus modéré des cours.
On n'eft point Heros fans elle ,
Et la Royauté n'eft belle
Que pour les Pinces Vainqueurs.
Avril 1693.
M
138 MERCURE
2
Quand le Ciel fait les Monarques,
Qui peut dire à quelles marques
Il les trouve en des Enfans ?
Son choix ne fe juftific ,
Qu'en ces beaux jours de leur vie
Qui les fonr voir triomphans..
2
Il eft bien en la puiffance-
Du fort & de la naiffance
De donnet au Peuple un Roy ;
Mais la Victoire aux Rois mêmes
Sçait donner des Rois fuprêmes,
Dont ils reçoivent là loy .
2
Sur les ailes du tonnerre
Louïs au bout de la terre
A fait voler fon renom .
Ses boulets & fes cartouches,"
Mieux que le Monſtre à cent bouches
Ont parlé par fon Canon.
GALANT. 139
S
Qu'un tel Vainqueur vous appelle
Quand une palme plus belle
L'invite tout de nouveau /
Douce Paix , c'eft un prodige..
Les triomphes qu'il neglige ,
Rendent le voftre plus beau.
ཧྥ་
Quoy ! je ne vois point encore
Cette Nymphe que j'implote
Au nom du Roy que je lers ?
Elle devroit le connoiftre
Louis fçait parler en Maitre,
Et même à tout l'Univers.
Ciel , répons par quelque augure
A ma Mufe qui murmure
D'un filence injurieux.
Eh, depuis quand tes Oracles
Refufent ils les miracles
A mon Luth imperieux ?
Mj
140 MERCURE
& ..
En voicy , mais pour ma peine ,
Quel friffon de veine en veine
Gliffe l'effroy dans mon coeur !
Je vois voler des Armées
De Menades animées
D'une barbare fureur.
S
L'Autan du haut du Pyrene ,
Dans l'air qui couvrela plaine
En épand les Escadrons .
Tel le Nil donne des ailes
Aux avides Sauterelles ,
Et le Caucafe aux Dragons.
ន
Le choc de l'airain qui brille
Le Salpêtre qui petille ,
Rendent més fens engourdis .
Moins bruyans dans le Tenate
Sont les coups , le tintamare,
Les Manes moins interdits .
GALANT. 141
&
Oh , quelle horrible Gorgone
Dont le foufle m'empoifonne
L'afpect me glace le fang.
Mille couleuvres fiflantes
Forment fes trefles flottantes
Sur l'un & fur l'autre flanc.
2
Qui ne connoiftroit la guerre
A ce fumant Cimeterre ,
Qu'elle branle dans fa main ?
Ciel ,comme elle est empourpreet
Où s'eft- elle ainfi vautrée
Dans des flots de fang humain
2
Elle en cache le nuage .
Elle en fait fur fon paffage
Tomber les rouges grumeaux ,
Tefs que le Berger les trouve ,
Où la carnaciere Louve
A démembré fes Agneaux
042 MERCURE
1
S
Ses yeux que la rage allume ,
Sa bouche blanche d'écume ,
M'agitent de triftes foins.
Je crains d'eftre à fon approche
Une veritable roche ;
Niobe le fut à moins,
ន
Mais ceffez , frayeurs mortelles ;,
La Furie à tire d'ailes
Se dérobe à mes regards.
Va , va , Monftre que j'abhorre ,
Entre l'Iftre & le Bolphore
Revoir le berceau de Mars,
Je vais qui m'en débaraffe ,
Je vois la Paix qui la chafſe.
O quels spectacles divers !
Eft ce un fonge qui me trompe?
Quel Char avec tant de
Se balance dans les airs ?
pompe
GALANT. 43
S
Huit Zephirs des plus tranquilles,,
Préferez aux plus agiles ,
Luy donnent un train uny ;
Et les fuperbes tempeftes
Cachent doucement leurs téftes
Sous le nuage applany.
S
Ce Trône moblle éclaire
Mieux que la feconde Sphere:
Que le Ciel prête à la nuit.
Avec la trifteffe fombre
La crainte qui cherche l'ombre ,
Ferme les yeux , & s'enfuit .
2
Sur fa route lumineufe ,
La Reine majestueuſe
Guide les plaifirs épars:
Elle nous ramene Aftrée ,
Et l'Abondance dorée
A la fuite des beaux Arts.
144 MERCURE
S
Tout fon Correge qui voler
Change en gravier du Pactole
L'air qui touche à fes habits.
Mais fous fa main elle même
Tout à tour produit , & teme
L'Efcarboucle & le Rubis ,
2
Ainfi par fa corne humide ,
De cotail & d'or liquide
Iris verfe deux ruiffeaux ,
Ainfi l'Aube 'marinale
Répand lá Petle , & l'Opale ,
En iéveillant nos Oifeaux.
$
2
J'ay yûbrifant des murailler,
Et décidant des Batailles ,
La Victoire bien des fois .
Elle eft fiere , elle eſt brillante ,
Mais beaucoup moins engageante
Que la Bauré que je vois.
Prés
GALANT.
145-
2
&
Prés d'elle dans Amathonte ,
Cypris verroit à fa honte ,
Adorer d'autres attraits .
Ent-il un coeur qui ne l'aime ,
Ce coeur cuft- il d'Amour même
Toujours émouffé les traits ?
2
Parce Lis d'or qui rayonne
Au fommet de ſa Couronne,
Dont nos yeux font ébloüis ,
Ne femble t - elle pas dire?
C'eft la France qui m'attire ,
Ce font les voeux de LOUIS .
J'avois réfolu de ne vous
plus parler des Réjouiffances
qui ont effé faites pour la
Paix , mais il s'en fit une à
Avril 1698 . N
146 MERCURE
Troyes le 31. du mois paffé ,
lendemain du jour dePaſques,
qui merite un détail particu
lier.Les Chevaliers de la Butte
s'affemblerent ce jour- là au
nombre de plus de quarante
& fur les dix heures du matin
s'ettant mis fous les armes a
vec deux de leurs Officiers à
leur tefte , ils marcherent en
tres bon ordre jufqu'à l'Eglife
de la Trinité , où ayant mis
bas leurs moufquets , ils entre
tent en cette Eglife , ornée
de tres- belles tapifferies de
haute - lice , pour affifter au Te
Deum que l'on y devoit chan
GALANT: 147
ter. Leurs places eftoient au
Choeur , où chacun avoit fon
rang. M' Lyon , Maire de la
Ville de Troye , qui fait l'honneur
de cette Compagnie ,
M' Maillet , M' Bailleteau ,
leur Lieutenant & Porte- Enfeigne,
& M Charpy, dernier
Roy de l'Oiseau , avoient pris
leur place à droite , & les Ar
quebufiers à gauche. Ily eue
Mufique. Les Violons y joüerent
accompagnez de leurs
Baffes , de celles de Violes , &
de plufieurs Voix , qui chauterent
un tres beau Motet ,
de la compofition de M' des
Nij
148 MERCURE
Bigaults , Chanoine , Maiſtre
des Enfans de Choeur de
Saint Etienne ; & tres ha
ge
** ·
bile Muficien. Le Te Deum
fut fuivi d'une double déchar
de moufquers , que firent
les Chevaliers de l'Arquebufe
dans la cour de la maiſon de
la Trinité. Enfuite ils conti
nuerent leur marche , ayant
en tefte leurs Officiers la pique
à la main, & le Roy préce
dé des Tambours & des Fifres .
Ils eftoient fort propres & fort
leftes . L'on n'entendit pendant
prefque toute la journée,
dans toutes les rues par où ils
GALANT: 149
4
pafferent , que le bruit des dé
charges de moufqueterie ,
dont ils faluoient les Dames
qui estoient aux feneftres
pour les voir paffer. La marche
dura jufqu'à l'Hoftel des
Buttes , où l'on devoit tires
trois Prix confitant en argenterie
, que l'on avoit promenée
par toute la Ville quel
ques jours auparavant . M¹
Lyon ouvrit la carriere par le
premier coup d'Arquebufe
qu'iktira. Les Echevins furent
auffi de la partie Le but eftoit
un rond noir au milieu d'un
memoire écrit au bas d'un
Niij
150 MERCURE
1
Tableau dont la Ville avoit
fait prefent. Le deffein en étoit
ingenieux ; il avoit efté trouvé
par M' Regnier , Confeiller en
Prevofté . L'on fit trois cour .
fes pour les trois Prix. Ceux
qui les ont remportez font ,
M Matagrin , penultiéme
Roy de l'Oiseau , M'Camufat,
Echevin , & M' Hermé. Le jeu
fini ,l'on fe difpofa à voir tirer
l'artifice , dont le deffein eftoit
on theatre en quarré, foutenu
par quatre piliers , dreffez fur
le Cavalier du rampart voifin
de la Tour Saint Dominique ;
& fort peu diftant de l'Hoſtel
GALANT. 15
des Buttes . Cette plate forme
eftoit fi avantageufement élevée
, qu'on la découvroit de
tous les coftez. L'on y avoit
placé cinq figures de grandeur
naturelle . Celle du milieu
reprefentoit le Roy . It eftoit
élévé fur un piedestal , avec
fes habits royaux , & il tenoit
en fa main droite un balton
royal parfeme de Fleurs de
Lis ; il avoit fur la teste une
Couronne entrelaffée d'Olive
& de Lauriers Les autres Figures
moins élevées eſtoient
fur les quatre angles du Theatré.
Elles reprefentoient la Ju
Niiy
153 MERCURE
ftice , la Force , la Prudence ,
& la Temperance , qui faifoient
connoiftre que c'eft à
ces quatre vertus du Roy que
l'Europe doit la Paix. Il y avoit
aux quatre faces du theatre
quatre cartouches , quatre
Devifes & quatre Quatrains ,
qui en expliquoient le fens.
Voicy l'ordre de la marche
que l'on obferva à la fortie de
la maiſon des Buttes. Le Mai
re & les Echevins marchoient
précedez par les Tambours ,
les Fifres , & les Trompettes.
Deux Officiers & deux Rois
de l'Oiseau fuivoient àla tefte
GALANT 153
de leur Compagnie . Dés qu'ils
furent arrivez au lieu où l'ar
tifice eftoit
bolé ,!
monterent
tous fur le Cavalier , à
l'exception des Arquebufiers
qui fe rangerent autour. Aprés
quelques tours faits autour du
theatre , à la lueur des flambeaux
au bruit des Tam
bours , & au fon des Fifres &
des Trompettes qui les fui
voient,un des Sergens de Ville
prefenta un de ces flambeaux
allumez àM' de Lyon, qui mit
le feu à l'artifice. Les Eche.
vins & les autres le mirent
tous conjointement aprés lay;
154 MERCURE
le peuple affemblé criant de
toutes parts , Vive le Roy.
L'on fit plufieurs décharges
tandis que l'artifice brûloit.
Il commença par le bruit de
quantité de petards, qui firent
écarter un grand nombre de
perfonnes qui s'eftoient avancées
trop prés , & continua
par de frequentes volées de
fufées & de ferpenteaux portez
agréablement dans les
airs , ou qui fe courboient
pour le mefler parmy lafoule,
Du qui estoient envoyez dans
des jardins du Cloiftre des
Chanoines de Saint Etienne,
GALANT.
ISS
Il finit par plufieurs lances à
feu , & par le bruit de la mouf,
queterie. Il y eut aufli quantité
de fufées tirées fur le haut
de la Tour dé l'Eglife de Saint
Pierre, Cathedrale de la Ville,
& 'une affluence de monde
extraordinaire fe trouva à ce
fpectacle. Il fut fuivi d'un magnifique
foupé , où l'on fervie
de plufieurs fortes de mets
exquis, & où l'on but d'excellent
vin que la Ville fournif
foit. Le repas fut donné fur
une longue table , dreffée
dans la grande Salle de l'Hoftel
des Buttes. Cette Salle eft
156 MERCURE
fort longue ; elle eft route à
jour , & a des vitres des deux
coftez. Sur ces vitres , auffi
belles que l'on en puiffe voir,
font reprefentées les Batailles
de Dijon , d'Arque , d'Yvry ,
plufieurs Places prifes , & les
Victoires remportées par
Henry IV . avec ſon Entrée à
Troyes. La Salle eft auffi or .
née des Portraits des Rois de
France , & de plufieurs Plateaux
tour percez , au bas defquels
font écrits les noms de
ceux qui les ont gagnez ; &
plus bas au deffous de cette
Salle , l'on voit les Tableaux
GALANT.
157
donnez par ceux qui ont fait
leur coup de Chevalier , & les
noms de ceux qui les ont remportez
avec le Prix. L'endroit.
de la Butte eft prés d'un foflé
tiré en droite ligne , qui conduit
l'oeil jufqu'au but . La
maiſon eft baltie dans un fond
le long du bord de la Seine ;
fon enclos a pour borne le
rampart de la Ville , qui luy
fert de muraille . Ce fut là que
l'on paffa une grande partie
de la nuit , dans la bonne che
re , & dans la joye,
Rien n'eft plus propre à ga
458 MERCURE
gner le coeur desFemmes que
la liberalité, C'eſt le moyen
dont un jeune Cavalier a cru
fe devoir fervit pour ſe faire
aimer d'une tres - jolie perfonne
, qui par l'agrément de
fon humeur , & par les manieres
toute sengageantes , s'attiroit
les voeux de tous ceux qui
la voyoient . Sa Mere , quiai .
moit beaucoup le monde ,
n'eftoit pas fachée que l'on
s'empreffaft pour elle , & que
fon merite , qui s'augmentoit
cous les jours avec la beauté,
luy fit avoir une groffe Cour.
L'envie que chacun avoit de
GALANT: 59
7
plaire à la Belle , luy pro-
Curoit plaifirs fur plaiſirs , &c
les divertiffemens qui fe fuc
cedoient les uns aux autres,
faifoient paffer à la Mere des
heures fiagréables , qu'elle auroit
efté peut eftre bien- aiſe
de ne la pas marier fitoft.
Ainfielle l'inftruiſoit à ſe tenir
dans l'indifference , & avoi
grand foin de mettre obſtacle
à toutes les chofes qui pouvoient
former quelque enga
gement. Ses leçons eftoient
d'une habile Femme. Elle luy
reprefentoit que pouvû qu'el
le cuft des honneftetez égales
io MERCURE
pour tous les Adorateurs , fans
fe laiffer prévenir d'aucun fentiment
de préference , il feroit
bien mal - aiſé qu'il ne lui vinſt
quelque Amane qui la puſt
mettre dans un poſte avantageux,
ce qui n'arriveroit pas fi
ellefoufroit quefon coeur l'emportaft
fur la railon Quoy que
la Belle vist l'utilité de ces remontrances,
elle ne pouvoit fi
bien réfifter à fon panchant ,
qu'elle ne marquaft au Cava
lier une eftime diftinguée .
C'eftoit cependant avec affez
de réferve pour ne luy donner
aucun lieu de croire qu'il duft
GALANT.
l'emporter furfes Rivaux , s'il
ne luy faifoit paroiftre tour ce
que l'amour a de plus vif. 11
avoit du bien , & fa naiffance
eftoit â confiderer ; mais la
Mere qui fe flatoit de trouver
encore un Parti plus riche , &
qui voyoit fa Fille aſſez jeune
pour pouvoir attendre ce qué
la fortune réfoudroit en fa fa
veur , ne jugeoit pas à propos
de précipiter le choix d'un
Gendre , & quelque déclara
tion que luy fift le Cavalier, en
la recevant fort honnefte.
ment, elle le prioit toujours
de luy laiffer le temps de con-
Avril 1698
162 MERCURE
noiftre , & l'inclination de fa
Fille , & ce qui feroit de fes
avantages. Le Cavalier ne
voyant pas qu'il duft elperer
un heureux fuccés dans cette
recherche , s'il ne donnoit à
la Belle des marques de fon
amour , qui l'emportaffent fur
les foins de fes Rivaux , n'eut
plus autre chofe en veuë que
de chercher les moyens de la
couvaincre , que ce qu'ils fen.
toient pour elle n'approchoit
point de fa paffion . Il s'attacha
à étudier tout ce qui pouvoit
luy faire plaifir , & il fe rendit
fi attentifaux moindres che
GALANT . 163
fes qu'il fçavoit luy devoir
plaire , qu'on peut dire qu'il
prévenoit juſqu'à fes ſouhaits .
C'eftoit tous les jours quelque
divertiffement nouveau , felon
le gouft où il la trouvoit .
L'Opera , la Comedie , la pro
menade , & de petites feftes
galantes ne la laiffoient point
douter qu'elle n'occupaft róutes
les pensées , & fi on ne
s'expliquoit pas tout à fair
pour luy comme il l'auron
fouhaité , du moins on luy
laiffoit voir que tout éftoit
receu avec agrément. Pour fe
diftinguer parmy fes Rivaus,
Oij
164 MERCURE
qui fourniffoient comme luy
quelques plaifirs à la Belle ,
mais plus rarement , & d'une
maniere plus refferrée , il fe
fervit de l'occafion d'un premier
jour de l'année pour luy
envoyer un preſent galant , Il
avoit compris par certaines
chofes qu'elle avoit dites
quelque temps auparavant, ce
qui luy devoit agréer le plus
& s'agilant de toucher fon
coeur , il n'épargna rien pour
faire que ce qu'il luy envoya
répondit à fes defirs. Il n'y
avoit rien de mieux entendu.
L'efprit y brilloit ainfi que
GALANT. 165
T'amour; mais il eut beau alleguer
la vieille coutume , qui
dans ces jours- là permet de
donner des marques de fouvenir
aux perfonnes qu'on
eftime, la Mere fut obstinée à
refuſer le prefent ; & afin que
ce refus le chagrinaſt moins ,
elle prétendit qu'il eftoit trop
magnifique . Le Cavalier vou
lut en faire de moindres , &
dés que la Belle loüoit quelque
chofe , foit pour quelque
mode ou quelque ornement ?
il cherchoit les voyes les plus
favorables pour le faire recevoir.
Ces voyes eftoieut dés
166 MERCURE
tournées , afin qu'on ne puſt
s'appercevoir que c'eftoit de
luy que venoit la chofe , & des
gens interpofez offroient de
donner à tres bon comprece
qui valoit quatre fois autant,
quand on vouloit conclurre
un marché ; mais la Mere qui
avoit les yeux ouverts fut tour,
reconnoiffoit l'artifice , & le
Cavalier ue réuffiffoit dans
aucun de fes defleins . S'il envoyoit
quelques bagatelles
par des Inconnus , qui les laif.
foienr fans nommer perfonne,
elle les faifoit reporter chez
lay , & n'imputant qu'à luy
GALANT. 167
feul ces galanteries obfcures ,
-elle vouloit qu'il fe chargeaft
de rendre à celuy qu'il devi ,
neroit en eftre l'Auteur , ce
qu'elle empêchoit qu'on n'accepraft
. Il le plaignit plufieurs
fois de ces manieres qui luy ,
paroiffoient trop fcrupuleufes;
& un jour qu'ils contes
ftoient la deffus , quelques
Dames qui entrerent , & qui
connoiffoient la paffion du
Cavalier pour la Belle , furent
priées de prononcer fur leur
differend. Elles dirent que le
Cavalier meritant tour , on ne
devoit rien refufer de luy,
168 MERCURE
parce qu'on devoit le préferer
à tous ceux qui fe déclaroient
Amans de la Belle , mais qu'en
general, quand on n'avoit pas
entierement réfolu un mariage
, on ne devoit recevoir aucun
prefent . La Mere ravie
que fon lentiment fult apuyé,
dit au Cavaliet qu'il falloit
qu'il renonçait à des manieres
l'accommodoient pas ; qui ne
que le temps décideroit de
beaucoup de chofes , fur lef
quelles on ne pouvoit encore
prendre une ferme réfolution ,
& que cependant elle vouloit
bien luy promettre en prefence
GALANT 169
ce de ces Dames , qu'aufficolt
qu'il auroit pû l'obliger à con
fentir que fa Fille receuft un
prefent de luy , il pouvoit
compter qu'il feroit fon Gen
dre. Le Cavalier voyant tous
fes efforts inutiles , n'efpera
plus qu'en l'excés de fon amour
. C'eftoit toujours quel
que avantage pour luy , qu'aucun
de fes Concurrens ne fuft
mieux trai é , & qu'il remar
'quoit que fes Pretens , quoy
que refulez , n'avoient pas
laiffé de faire effet fur la Bel
le. Trois mois fe pafferent , &
une de fes Amies l'eftant ve-
Avril 1698 .
P
170 MERCURI
nuë voir , luy demanda fielle
vouloit prendre des Billets à
une Lotterie , qui devoit estre
tirée avec beaucoup de fideli
té. On s'informa auffi - toft
chez qui , & le nom de celuy
qui la faifoit eftant connu ,
plufieurs Dames qui eftoient
prefentes , voulurent y envoyer
de l'argent. Le Cavalier
entra dans le temps que l'on
agitoit la choſe ; & quand
on l'eut engagé à prendre
auffi des Billers, il fut chargé.
de porter l'argent de toutes
ces Dames pour en avoir. On
fe divertit longtemps des di
GALANT. 171
vers noms qu'elles prirent . La
Belle choific celuy de l'Aspirante
au petit Lot , & fe fixa à
quatre Billers. Le Cavalier
voulut fe faire écrire pour
vingt , fous le nom du Cheva
Lier coujours refuſe. Il apporta le
numero de chacune , & quand
le temps de diftribuer les
bootes fut arrivé , on le pria
de les aller prendre , comme
il avoit pris d'abord les nus
mero. Il fat refolu qu'on n'en
ouvriroit aucune qu'en pre
fence les uns des autres , &
qu'on s'affembleroit chez la
Belle exprés pour cela Le
Pij
171 MERCURE
jour fut marqué , & le Cava ?
lier apporta les boëtes . On ne
trouva que des billets blancs
dans les trois premieres
, parmy
lefquelles ettoit celle de
la Mere. Il y en eut un noir
dans la quarrieme , & il mar.
quoit deux petits flambeaux
d'argent. Quatre autres boëtes
qu'on ouvrit enfuite , n'avoient
que des billets blancs,
& il ne reftoit plus à voir que
celles de la Belle & du Cava
lier. Illa pria galamment &
melme avec de longues inftances
, de vouloir changer
de boete avec luy. Ceuft
GALANT: 173
té avoir vingt billets aulicu
de quatre , & la Mere eftoit
affez portée à l'échange, mais
la Fille ne voulut devoir qu'a
elle ce qui luy pouvoit arriver
d'heureux , & chacun luy ap
plaudit fur la fermeté, quand
on ne vit rien de noir dans
tous les billets du Cavalier.
Elle ouvrit les fiens fort doucement.
Les deux premiers fu .
rent blancs , & comme elle
eut remarqué du noir dans le
troifiéme , elle fut long tems
fans le developer tout-à- fait.
Elle platfanca d'abord pour le
mettre à prix. Une des Dames
Pin
174 MERCURE
qui estoient prefentes luy en
offrit fix Loüis , & le Cavalier
alla jufqu'à deux cens. Vous jugez
bien qu'on n'accepta pas
fon offre. Enfin on lut le bil
let , & on y trouva une Garniture
de têre estimée cinq
cens écus. La Belle en cur une
joye qui ne le peut exprimer,
&témoigna tant d'impatience
de voir cette Garniture, que le
Cavalier prit fon billet noire ,
pour l'aller querit fur l'heure,
Lapamelui donna auffi lefien,
pour faire apporter les flam+
beaux en même tems. on trou
va qu'ils eftoient de dix Louis,
& la Garniture parut d'une tres
GALANT. 175
4
grande beauté. Rien ne pouvon
egaler la fineffe de Vou
vrage , & tout y eftoir d'un
tres grand gouft. La Belle fe
hafta de s'en parer, & elle en
receut un nouvel éclat. Perfonne
ne la voyoit fans luy
applaudir fur cette parure, &
comme les femmes font curieuſes,
une Dame lui en ayano
un jour demandé le prix, elle
répondit naturellement que
c'eftoit un prelent de la for
rune , & nommala Lotterie ,
d'ou levbillet noir luy eftoit
venu . La Dame releva certe
réponſe , & dit en riant qu'
Piiij
176 MERCURE
a
elle vouloit déguifer à qui elle
avoit obligation de cev prefent
; mais qu'il eftoit impofblo
que la Garniture vinft de
la Lotterie dont elle parloit ,
puifqu'elle n'avoit efté com.
pofée que d'un fort beau lit ,
de quelques Tapifferies , de
force. Bijoux & de Vaiflelle
d'argent , & qu'elle avoit aidé
elle- mefme à faire les bil
lets noirs . Grande conteftation
fur la Lotterie. La Dame
qui avoit eu les petit fam
beaux , & qui avoit veu apporter
les boëtes , fe trouvant
prefente , foûtine fortement
GALANT. 177
cé que la Belle avoit dit , juf
qu'à vouloir faire un pary fort
important pour en confirmer
la verité. On luy répondit
qu'on refuſoit le pary , parce
qu'il n'eftoit pas permis d'ens
faire , fur des chofes dont on
avoit une entiere certitude ;
mais qu'elle n'avoit qu'à en
voyer chez les perfonnes qui
avoient fait laLotterie en que
ftion , & qu'elle fçauroit fi on
étoirmal inftruit. Elle yenvoya
fur l'heure , & un peu aprés
il fut raporté qu'il n'y avoit
eu aucun lor , où l'on cûr employé
la Garniture . La Dame
*
158 MERCURE
qui avoit découvert la chofe
eftant fortie , on raiſonna
long temps fur cet incident ,
& enfin on ne pûr douter que
le Cavalier n'euftapporté
une
fauffe boëte , pour faire ac
cepter un preſent que l'om
auroit refufé , s'il ne s'eftoin
pas fervy de cette adreffe . La
Mere avoit confenty que la
Fille l'euft receu , & la cond
tion fe trouvant remplie , fa
parole l'engageoit à luy faire
époufer le Cavalier . Heureu
fement pour les intereſts de
fon amour , la pluſpartrtodes !
Dames devant qui cette prof.
GALANT. 179
meffe avoit efté faite, fe trouvoienr
alors chez la Mere de
la Belle. Elles plaiderent fortement
ſa cauſe , & la Mere
ne pût aporter d'autre raison
pour le défendre de donner
la Fille au Cavalier, finon qu'il
avoit afé de furprife. L'a
dreffe a toujours efté permife
en amour , & on pouffoit vivement
la chofe , quand le
Cavalier furvint. Les Dames
lui dirent tout ce qui venoitde
fe paffer , & l'affaire luy parut
en fi bon état , par l'empres
fement qu'elles marquoient
à luy eftre favorables , qu'il
180 MERCURE
crut devoir demeurer d'ac
cord de la bocce fuppofée. Il
le fit en proteftant que quand
la Mere luy donneroit fon
confentement, il renonceroit
à cet avantage , fi la Belle
avoit quelque repugnance
le rendre heureux . Cette fou
miffion eftoit d'un parfait Amant
, & ne pouvoit faire
qu'un tres bon effer, Depuis
la recherche du Cavalier ,
aucun Party plus avantageux
ne s'eftoit offert . Son alliance
étoit des meilleures , &fes bon
nes qualitez parloient hautement
pour luy. Ainfi la Mere
GALANT. 187
pe put refiftet aux follicita
tions redoublées qui luy fu
rent faites , & la Belle n'eut
aucune peine à declarer que
fes volontez feroient la regle.
Quel triomphe pour un A
mant veritablement touché !
On voulut fçavoir comme il
s'eltoit pu faire que la boëte
fupotée le fuft trouvée tout à
fait lemblable à toutes les
autres. Il répondit qu'il avoit
obligé un de fes Amis qui a
• voit un numero , à prendre fa
boete dés le premier jour
qu'on avoit commencé à les
donner , qu'il en avoir fait
182 MERCURE
*
auffitôt contrefaire le cacher,
& qu'ayant ouvert la boete
de la Belle , quand il l'avoir
retirée, pour y mettre le billet
de la Garniture en la place
d'un des billets blancs quelle
avoit eus, il s'eftoit fervy
de ce cacher contrefait pour
la remettre dans le mefme
eſtat qu'il l'avoit receuë. La
Belle luy fçût fort bon gré
d'un artifice qui luy failoit
voir,la force de fon amour
& e mariage le fic
jours aprés.
peu de
Je vous envoye une Lettres
de Mademoifelle d'Alerac la
GALANT. 183
赛
Charfe , de la Tour du Pin ,
qui a cité lûe avec un fort
grand plaifir de tous ceux
qui en ont pu avoir des copies
.Vous y trouverez de tres
jolis Madrigaux, qui meritent
bien que vous en falliez part
arvos Amies,
A
MONSIEUR
I Abbé de Poißy.
L
'Air que vous avez misă
mes petits Vers des Sou→
pirs, me les fait aimer . Vous
donnez de l'agrément aux
moindres bagatelles, Je ga
184 MERCURE
gnerois beaucoup , Monfieur
l'Abbé , fi vous voulez corri
ger les badineries qui échapent
à ma Mufe ; mais vous
employez vos momens à des
Ouvrages dont je fuis trop
charmée , pour vous diffiper.
Ils font admirez de l'incom.
parable Mademoiſelle de Scuder
. Elle vous écrit des chofes
là - deflus qui font voſtre
Eloge . Mettez donc tout votre
temps à de fi belles productions
, & que ma Mufe
champestre demeure : avec
tous les défauts . Jespréfere
voftre intereft au mien . C'est
GALANT.
185
quelque chofe de réfifter aux
charmes de l'amour propre.
L'amour propre gate le coeur,
Il pouffe tout jusqu'à l'extré.
me
il neglige Parens , Amis , égard
bonneur.
Il fait tout , cet Amour , par rapsport
à luy même,
Et de tous les Amours c'est le plus
tt fuborneár.
Si je ne fçavois pas qu'il ne
peut vous féduire , ce dangereux
Amour , je ne vous direis
pas , Monfieur l'Abbé , que
Madame de Nemours a beaucoup
loué votre Livre , des
Avril 1698.
1868 MERCURE
2
Preftres & celuy de l'Athée
confondu par fes propres raifons
Legouſta de cette grande
Princeffe eft exquis , & fon
approbation vous eft fort a
vantageufe . L'illuftre M de
Segrais vous appelle fon Fils.
Il faut qu'il vous connoiffe
bien pour vous donner ceb
nom . J'aimerois mieux eftie
adoptée de luy que d'Apollonar
Si tous ceux quiffe meflenede &
Poëfie faifoient auffi bien des
Vers que ce digne Parent de
Malherbe, je n'aurois pas efté
éveillée auffi defagréablement
que je le fus hier par certain
GALANT 873
vieux Provençal , dont la figu
gure vous a tant déplû. Its eft
imaginé qu'il fuffiloit d'effre
né du pays des Troubadours ,
pour faire des Vers. Ileft venu
chanter à la porte de ma
chambre d'une voix de Corbeau.
Je name fouviens poine
des rimes , voicy la pentée. Il
difoit qu'il avoit devancé l'Au
rore pour me parler de fons
amour ; que l'Empire amou
reun eſtow pise que l'Enfer,
qu'on n'y dormoit point , a
que cela devort a'engager a
l'aimer. Je luy ay répondu à
motié endormi .
Qij
188 MERCURE
1
Pourquoy devances tu l'Aurore
? por apeut no 290
Tu fatigues tout ce Hameau.
Sans le bruit de son Chalumeau
Dans les bras du Sommeilje lan."
baloneguirois encore.
Si tu veux présde moy te faire un
fort heureux,
Fais - moy croire qu'on dort dans
l'Empire amoureux.
Il m'a dit d'une parole ani-s
mée par un dépit , que fon peu
de politeffe ne chicanoic
point , Si voftre Philene vous
avoit chanté fes belles chansons ,
vous feriez charmée , &fil'Abbé
GALANT: 189
-de Poiffy vous lifoit defes Ouvrages
, on vous verroit toute oreille.:
Dieu vous punira de vous moquer
d'un homme de voftre Pays , qui,
vous a tant aimée. Je luy ay ré
pondu en éclatant de rire.
Vaporter tes foupçons , resfoupirs & teslarmes st
En des endroits moins pleins de
charmes ;
Ne reviens dans nos prezfleuris
Qu'avec ! vec 1 Amour content , les
Graces les Ris ,
Ma Soeur nous a raccon
modez , & il est enfin forti.
Jayeu tant de peur de lete
190 MERCURE
voir , que je me fuis levée à
fept heures. J'ay eſté aux Tui
leries , où j'ay fait le Madrigal
qui fuic.
Tout celebre en ces lieux le retour
du Printemps .
Qui n'eft pas engagé s'engage,
Sur le gazon ,fous le feuillage,
Bergeres & Bergers , sous paroif
fent contens ;
J'avois pendant Ibiver mgligé
la conftance
D'un jeune Amant rempli .
d'ardeur;
Contre Lexemple
noiffance
la recón.
Il ne m'eft plus permis dedéfendne
mon coeur.
GALANT.Mga
Vous m'en croiriez , Monfieur
l'Abbé , fije ne vous en
voyois un autre Madrigal, qui
eft fur un ton fi trifte , que
Vous verrez bien que l'ayant
fait le mefme jour , l'efprit
feul y a eu part,
Heureux Roffignols , taifez
Nous.
Vous chantez vos plaifirs jufqu'à
perte d'haleine,
Vous augmentez ma peine.
Pour contenter mon coeurjaloux
Faifons un traité parmy nous.
De l'amour en fecret goutez
tendres charmes ,
les
Et pour ne point troubler un fort
*Q iij
192 MERCURE
tranquille & doux ,
Fesçauray vous cacher mesfoupirs
mes larmes.
Je fuis laffe d'écrire , peutêtre
ferez - vous encore plus
fatigué de lire de mauvais
vers , vous qui en faites de fi
beaux. Je fuis , Monfieur ,
C
Votre
tres , & c .
Le vers de la Chanfon que
je vous envoye gravée , font
connoître l'heureux état où
le Roy a mis la France , en
luy procurant la Paix. Ils feront
fans doute chantez dans
vôtre Province , avec autant
de plaifir qu'ils le font icy,di
AIR
OTHEQUE
BIBLIOTE
DE
IYON
VIL
3
193
U.
bats,
rage.
Rois.
ire ,
'
iers ,
adre
rre ,
Inds
bit. ,
la
flez
que
192
Fels
Ja
être
faci
ver
bea
Vo
je
le
282298de
GALANT: 193
AIR NOVUEAU.
APrés un ficruel Oraged,
Aprés tant d'horrible Combats,
Gourons un repos plein d'apas ,
DelaPaix eft le digne Ouvrage.
Celebrons mille & mille fois ,
Ze Nom du plus puiſſant das Rois.
Chantons tour à tour à fa gloire ,
Louis le plus grand des Guerriers
Pour éternifer (a memoire ,
Prefere l'Olive aux Lauriers .
On fur furpris d'entendre
plufieurs coups de Tonnerre ,
accompagnez de fort grands
éclairs , le Lundy au foir ,
quatorziéme de ce mois , la
Saifon eftant encore affez
froide . Ce fut là deffus que
Avril 1698. Ꭱ .
194 MERCURE
M Robinet fit les vers qui
fuivent .
MADRIGAL.
L'Hyver, ce Tyran redouta
ble
Vouloit ainfi que l'An dernier
A fa rigueur facrifier
La Saifon la plus agreable.
Il nous oftoit déja prefqu'un mois
95 % du Printems ,
Et nous alloit priver des trefors
éclatans ,
Que produit Flore & qu'aime le
Zephire ;
Mais Jupiter en exauçant nos
GALANT. 195
Par les coups de fa foudre eft venu
le détruire ,
Et le clair Dieu du jour reprenant
Jon Empire
Triomphe enfonChar lumineux.
3
Mª Rouſſeau de Chamoy,
Gentil-homme ordinaire du
Roy, eft party le 6. de ce mois
pour fe rendre à Ratisbonne,
en qualité de Plenipotentiairė
de Sa Majesté à la Diéte generale
de l'Empire . Ila depuis
trente ans fervy le Roy en
Suede en qualité de Refident,
& en diverfes Cours d'Alle
magne , fçavoir à Munſter , à
Rij
196 MERCURE
Hanover & en Saxe , en qua
lité d'Envoyé Extraordinaire
de Sa Majesté.
Entre toutes les chofes humaines
, il n'y en a point de
fi noble que la profeffion du
Chriftianifme
, & qui cepen
dant foit moins connue. Cette
profeflion eft aufi relevée au
deffus de toutes les autres
que la fin eft divine. Ainfi il
eft tres neceffaire d'en bien
connoiftre les obligations ,
pour répondre fidellement à
la fainteté de cet estat , & pour
en remplir tous les devoirs
GALANT. 197
avec exactitude. On fe forme
dans le monde une idée tresfauffe
de la perfection Evangelique.
On s'imagine que la
pratique des Préceptes du
Sauveur ne regarde que les
perſonnes qui ont embraffé la
Vie Religieufe , ou qui vivent
dans la retraite & la folitude ;
comme l'engagement dans
le mariage eftoit un fujet legitime
pour pouvoir fe dif
penfer de l'obfervation de la
Loy de Dieu. Rien n'eftant
plus dangereux , ny plus ordinaire
parmy les hommes
que cette prévention , on
Rij
198 MERCURE
a cru qu'on ne pouvoit mieux
les delabufer , qu'en rappor
tant ce que S. Bafile & S. Jean
Chryfoftome ont écrit fur ce
fujet. Penfez vous , dit Saint
Bafile , que les facrez Evangiles
n'ayent pas auffi eftéfaits & pu
bliez pour les perfonnes mariées?
Ne doutez point , continuë ce
Pere , qu'on ne les leur demande,
qu'ils ne foient obligez de répondre
auffi bien queles Solitaires,
les Religieux , & tous tant que
nous fommes , s'ils y ont obey.
Ainfi , c'eft injustement & mal à
propos que vons , qui avez choiſi,
l'eftat du mariage , comme le plus
GALANTA 19%
doux , pretendiez vivre dans
l'oiſiveté ; & vous exempter des
travaux de la Vie Chreftienne,
comme fi pour vivre dans le .
・monde , il vous eftoit permis de
vivrefelan lemonde. Au contrai
re , c'est ce qui vous doit obliger
d'autant plus à veiller fur vousmefmes
, & à travailler avec plus
de foin à l'établissement de vofire,
Salut , que vous vivez dans un
lien , où vous avez devant les
geux les amorces de toutesfortes de
pechez qui flatent vos fens , qui
n'ont déja que trop d'inclination à
lesfuivre. C'eftfe tromper, ſelon S.
Jean Chrifoftome , que de croire
Ry
200 MERCURE
un
que Dieu demande autre chofe des
Solitaires des Religieux , pour
ce que l'Evangile a de Préceptes,
autre chofe des perfonnesfecu
lieres. Il demande des uns & des
autres une mefme conduite
meſme reglement de vie. Les uns
&les autres ont receu les mefmes
Préceptes , contre lefquels venant
àpecher , ils fouffriront la même
peine. M. de Vernage, Docteur
en Theologie , Chanoine de
F'Eglife Royale de S.Quentin ,
explique tout cela plus aux
long dans la Préface d'un Livre
qu'il vient de mettre au
jour. Il eft intitulé , Traité de
GALANT: 201
La Vieparfaite ,felon les regles
kefprit du Chriftianifme. Ce Livre,
qui a efte tres favorable.
ment receu du Public , & qui
eft dédié à Madame de Maintenon
, fe vend chez Denis
Dupuis , rue Saint Jacques , à
la Samaritaine.
M'Linand, Auteur du Traité
des Eaux Minerales de For
ges , qui a efté fi bien receu
du Public , vient de donner
une addition à fon Livre , qui
merite bien d'eftre leue . C'eft
une belle & grande Lettre ,
écrite à M ... où il nous ap
prend le temps que ces Eaux
202 MERCURE
Metalliques ont efté décou
vertes , comment elles fe font
mifes en réputation
, pour
quels maux on a toujours efté
en boire , & quela efté le fentiment
de plufieurs Sçavans
Medecins touchant la nature,
& les proprietez de ces mêmes
Eaux . Cette Lettre a efté faite
pour répondre à quelques ob .
jections ; particulièrement a
ces deux-cy , que ces Eaux ne
ne font point ferruginenfes vitrio.
liques , & qu'elles ne conviennent
point à toutes les maladies pour
tefquelles il eft dit dans le Traité
qui en a efté fait , qu'elles font
GALANT: 203
bonnes. M Linand fait donc
voir que tout ce qu'il a dit de
ces Eaux , eft conforme à la
raiſon & à l'experience ; que
s'il a avancé dans fon Livre ,
que les Eaux de Forges font
vitrioliques-ferrées , c'eſt patce
qu'elles ont une odeur & un
gouft vitriolique- ferré, qu'el
les arrofent des terres toutes
pleines de fer & de vitriol , qu'-
elles produisent des effets qu
on ne fçauroit attribuer qu'à
ces Mineraux ; que tous les
Auteurs quiont parlé de ces
Eaux , ont foutenu avant luy
qu'elles font vitrioliquesferrées,
204 MERCURE
& que quand il a dit que ces
Eeaux metalliques convien
nent à tous les maux dont il
parle dans fon Livre , c'eft
parce qu'il les a crues vitrioliques
ferrugineuſes , & par
confequent d'une vertu infinic
pour la guerifon des ma
ladies quine font pas incura
bles , & que les Auteurs qui
ont écrit de ces mêmes Eaux ,
leur attribuent les mêmes ver
tus. Ce petit Ouvrage fur cette
matire eft curieux à lire. Le
file en ett fimple , net , il n'y a
rien d'inutile , & le Public eft
d'aurant plus obligé à l'Auteur
du Traité des Eaux de Forges,
GALANT 205
qu'il promet encore de continuer
d'aller tous les ans à ces
fources minerales
, tant pour
confirmer les experiences qui
fe font faites jufques icy tou
chant les vertus de ce remedel
pour la guerifon d'une infinités
de maladies , que pour en faire
de nouvelles , qu'il rendra pu
bliques . Cette Letrre le trou
ve avec le nouveau Traité des
Eaux de Forges , & l'Abregé
de ce Traité, chez Pierre Bienge
fait , au milieu du Quay des
Auguftins , à l'Image S. Pierre.
Le Sr Brunet , Libraire au
Palais , vient de donner au Pu
blic un Livre qui doit avoir un
608 MERCURE
fort grand debit. Il a pour ti
se , Les plus belles Lettres Frangoifesfur
toutesfortes de fujecs , ti
réesdes meilleurs Auteurs. M'RI
cheler qui a pris foin d'en faire
un Recueil , les a embellies
de Notes remplies de chofes
fort curieufes ; & comme il ya
peu de perfonnes qui n'ayent
befoin d'avoir des modéles
pour le ftile qu'on doit employer
felon les occafions qui
s'offrent d'écrire , il eſt avantageux
d'en avoir de bons &
en grand nombre . Ces Lettres
font féparées comme en
autant de Chapitres par la di
verfité des matieres . Il y en a
GALANT 207
•
de tendres , de galantes , &
d'amoureufes ; d'autres d'amitié
, de paffion , de louange ,
de felicitation , de morale , de
confeil , de reproche , de nouvelles
, de
recommandation ,
de prieres , de remerciment
d'excuſes , de plaintes , & de
confolation. Il y a auffi des
portraits, des Epitres dedicatoires
, des Lettres fatyriques
de reflexions , & de critique ,
avec des réponſes à des critiques
, d'autres fur l'abſence
& quantité qui contiennent
des relations tres - curieuſes .
Elles font toutes d'Auteurs
Illuftres & précedées de
208 MERCURE
0
quelques traits de leur vie
ce qui fe trouve au commencement
du premier come de
ce recueil, qui eft féparé en
deux parties. L'on y trouve
auffi de judicieuſes remarques
fur le ftile dont on fe doit
fervir dans les Lettres , & fur
les titres qui fe donnent aux
perfonnes élevées dans les
plus hauts rangs.
4
Les Contes de Fées font
devenus à la mode , & plu
fieurs perfonnes d'un elprit
fort relevé , & d'une tres grande
réputation , n'ont pas dédaigné
d'employer du temps
à nous en donner grand nomGALANT.
209
bre dans le ftile fimple & naturel
que cette forte de narration
demande. Ils ont tés
jouy les meilleures , compa
gnies , & le plaifir que l'on a
pris à les lire vient d'engager
M de *** à nous faire part
d'un nouveau Recueil de Contes
de même nature , qu'il a dedié
aux Dames ,fous le titre Des
Illuftres Fées. Ce Recueil en
contient onze , parmy lefquels
font Blanche Belle , le Roy
Magicien , le Favory des Fées ,
la Reine de l'Ile des Fleurs
'Ifle inaccesible , la Princfle
couronnée par les Fées ,
Avril 1698.
S
20 MERCURE
& le Bien failant ou Quiribirini.
La puiffance des Fees y
paroift avec éclat. Le ftile en
eſt agréable , & ceux qui les
ont lus , trouvent que tout y
répond à la grandeur des événemens.
Ce livre fe vend au
Palais chez le S ' Medard- Michel
Brunet , à l'entrée de la
grande Salle du Palais , à l'Ef
perance.
*
Le Roy à nommé à lArche
vêché de Bordeaux , M'I'Evêque
d'Aire , frere de M ' de
Bezons Confeiller d'Etat or
dinaire & Intendant en
Guienne , & frere auffi de M²
GALANT 213
1
de Bezons Maréchal des
Camps des Armées du Roy
& Inspecteur en Flandre ..
L'Evêché d'Aire à été donné à
Mr l'Abbé Florior , Tréforier
de la Sainte Chapelle de Paris,
Frere de M ' d'Armenonville ,
Intendant des Finances , &
de la feconde Femme de M.
le Peletier , Miniftre d'Etat .
M' Girard , dont je vous ay
parlé lorsqu'il fut nommé à
l'Evêché de Bolongne , a été
pourvû de celuy de Poitiers ,
& celuy de Bologne a eſté
donnéà MAbbé de Langle,
Agent du Clergé , & Preceps
2
Sij
212 MER CUR!
teur de Monfieur le Comte
de
Toulouſe.dehob
aug
M l'Abbé de Villeroy , Fils
de Mle Mare , hal Duc de
Villeroy ,a efté nommé à l'Ab
baye de Fécamp . Il est jeune.
encore.
mais il fait voir qu'ili
foutiendra
tout ce que demande
fa naiffance , & le party
qu'il embraffe
.
1
Le Roy a donné dans le
mefme temps l'Abbaye de
Lire à M l'Abbé de Soubife ,
dont l'affiduité à remplir fes
devoirs en Sorbonne , & lag
profonde érudition donnent
lieu de croire qu'il deviendra
GALANT 213
un jour un des plus fermes appuis
de l'Eglife. M l'Abbé
d'Elpagne , Frere de M ' d'Ef.
pagne , Gouverneur de Thi
onville , a efté pourveu de,
l'Abbaye de S.Pierre fur Dive.
Dom Houdiart , Chantre de
la Mufique de S. M. a eu l'Abaye
de S. Thibery ; & Dom
Bertin celle de la Pieté.
L'Abbaye de Charenton
en Bourbonnois a efté donnée
à Madame de Montgons
M'l'Abbé de Tourmine a été
pourveu du Prieuré de la Faye,
& Dom Robert Thomas , Religieux
de l'Ordre de Grand
214 MERCURE
mont à eu celuy de Narre
Dame du Bois d'Allone de
melme Ordre
M ' le Marquis de Seffac , cydevant
Abbé de Clermont &
Mie de la Garderobe du Roy ,
Cader de la maiton de Clermont
Lodéve,à qui la mort de
fon Frere aîné fic quitter fes
Benefices , a épouféMademoifelled
e Luynes , Fille de Char
les Louis d'Albert Duc de
Luynes , Pair de France , Mar
quis d'Albert , Comte de
Tours , Chevalier des Ordres
du Roy , & d'Anne Fille puif
née d'Hercule de Rohan , Due
#
GALANT.
21fs
de Monbazon , & de Marie de
Bretagne la feconde femmez
Mademoiſelle de Luynes , à
prefent Madame de Seffac , a
pour Freres M' le Comte de
Seffac , & M le Chevalier de
Luynes ; & pour Soeurs Ma
dame la Princeffe de Bournonville
, Madame la Com
teffe de Veruë , & Madame
Gouffier ; Mademoiſelle de
Duynes s'eft toujours diftin
guée par une veriu à laquelle
Ja médifance n'a jamais dont
né d'atteinte.
Il s'eft fair depuis peu un
Mariage à la Cour , dont vous
216 MERCURE
attendez fans doute que je
yous falle un long détail ; cependant
je vous en diray fort
peu de chofe,àcauſe de la mo
deftie des deux Familles , C'eft
le Mariage de M ' le Comte
d'Ayen Mestre de Camp , Fils
aîné de M'le Marefchal Duc
de Noailles , & de Mademoi-
Jelle d'Aubigné , Fille unique
de M le Comte d'Aubigné ,
Chevalier des Ordres da Roy
& Gouverneur de Berry. La
Geremonie en a efté faite à
Versailles dans l'Eglife de la
Pazoiffe , par M l'Archêvéque
de Paris , Oncle paternel du
marić.
GALANT. 217
1
Marié. Si j'ofois m'étendre.
fur le merite de M' le Comte
d'Ayen, je vous en dirois des
chofes que vous auriez de la
peine à croire , cependant
je ne dirois rien qui ne fuft
vray. Vous ne doutez point
qu'il n'y ait aufli beaucoup à
dire fur les belles qualitez
de Mademoiſelle d'Aubigné ,
puifqu'elle a efté élevée auprés
de Madame de Mainte
non fa Tante. On ne doit pas
s'étonner fi à l'occafion de ce
Mariage , la Fortune a cou
ronne le merite , la naiffance
& la vertu. Je vous ay Glou
Avril 1698 . T
3
218 MERCURE
vent parlé de la Maiſon de
Noailles , que je ne vous répeteray
rien icy de ce que je
vous en ay dit dans mes autres
Lettres. Voicy ce qui regarde
celle d'Aubigné
.
Aprés que les Ducs , les
Comtes , & les autres Grands
de France, affemblez
à Noyon
au mois de May de l'an 987.
eurent élevé Hugues Capet
fur le Trône, & qu'ayant efté
faits Souverains
des Provinces
& des Gouvernemens
, qui
furent la recompenfe
de leur
choix , & qu'ils ne tenoient
avant cela qu'à Titre Benes
GALANT: 219
ficiaire & à vie , ils eurent in
feodé la plufpart des Terres
qui relevoient de leurs Jurif
dictions , pour attacher
leurs intereſts tous les vaillans
Hommes , dont le fecours
eftoit neceſſaire à la deffence
de leurs Etats , tous ceux qui
1 furent gratifiez de ces infee?
dations , eftant parlà devenus
Vaffaux de chacun des Prin
ces , dont ils tes avoient receuës,
commencerent dans le
onzième Siècle à prendre les
noms des Domaines dont on
leur avoit abandonné la proprieté
, à condition de les te
Tij
226 MERCURE
nir en hommage , & moyen:
nant de certaines redevances;
& comme les Predeceffeurs
de ceux qui portent encore
le nom d'Aubigné , prirent
celuy de cette Terre , dés le
temps que l'inftitution des
Fiefs etablir les furnoms , &
les rendit enfuite hereditaires
aux Familles nobles du Roy.
aume, les Defcendans de cette
Maifon peuvent le vanter
d'avoir la mefme ancienneté
que les autres Maifons les plus
confiderables de la Province
d'Anjou , où la Seigneurie
d'Aubigné eft fituée, Les
GALANT 221
Titres qui fe font confervez
jufqu'à prefent,font une preu
ve certaine de la verité de
cette origine. Ils font con
noiftre que Geoffroy d'Aubi
gné poffedoit cette Terre en
Sirerie l'an 1160. & la qualité
de Chevalier , qu'il avoit acquile
dans les occafions où il
s'eftoit fignalé , luy eftane
donnée par les mêmes titres ,
c'eft un témoignage qu'il a
voit merité un honneur , qui
eftoit autrefois la reconnoiffance
la plus glorieufe des ac
tions de valeur que l'on avoit
faites à la guerre . Jean , Sire
Tij
60
222 MERCURE
d'Aubigné , marchant fur les
traces de fon Pere , parvint au
même degré de Chevalier . Un
Acte de l'an 1201.marque qu'il
en avoit alors le titre , & les
autres Seigneurs d'Aubigné le
recherchérent tellement pen
dant un fiecle, qu'Olivier , Sire
d'Aubigné , l'an 1255. Aimery
Sire d'Aubigné , l'an 1273 .
Guillaume d'Aubigné fon fils ,
qui fur marié la même année
avec Alienore de Coëme , &
Savary , Sire d'Aubigné , l'an
1329. en furent recompenfez
fucceffivement , pour les fervices
militaires qu'ils avoient
rendus. Du mariage de ce Sa
GALANT. 203.
vary d'Aubigné avec Hon
neur de la Haye - Paflavant ,
fortirent Olivier , Sire d'Aubigné
, dont la pofterité s'éteignit
il y a deux cens ans , &
Pierre d'Aubigné , Seigneur
de la Touche d'Aubigné , qui
l'eut pour fon partage , & qui
vivoit l'an 1374. ayant épou
fé Jeanne de l'Epine , Heritiere
de la Seigneurie de la
Jouffeliniere , Thibaut d'Aybigné
, fon Petit fils , qui eftoit
marié l'an 1444. avec Jeanne ,
Dame de la Parniere , laiffa
plufieurs enfans qui formé
rent les branches des Sei
Tiiij
.224 MERCURE
gneurs de la Jouffeliniere, de
la Touche -d'Aubigné
, de la
Roche Ferriere , du Boismofe,
de Montopin , & de Brie.
Celle des Seigneurs de la Jouffeliniere
, depuis Barons de
Sainte Gemme , finit l'an 1672.
Louis d'Aubigné
, Seigneur
de
la Touche , & du Mefnil d'Aubigné
, Seigneur de la Touche
, & du мefnil d'Aubigné
,
& Baron de Tigny , eft main.
tenant le Chef du nom & des
armes de cette Maiſon , pár
l'extinction
de la branche de
Sainte Gemme , & il eft le frere
de Claude Maur d'Aubi
GALANT. 225
gné , Abbé de Poutieres en
Champagne. Louis d'Aubigné
, Seigneur de la Roche-
Ferriere, Cadet des Seigneurs
de la Touche - d'Aubigné , eft
chef de la feconde Branche ,
& Pere de Louis d'Aubigné
de la Roche Ferriere , qui fut.
reçû Page du Roy dans la petite
Ecurie , au mois de Janvier
1683. Les Titres énoncez
dans les preuves de la Nobleffe
, qui font dans le Registre
de la petite Ecurie , entre les
mains de M ' le Premier , &
qui ont efté dreffez par M
d'Hofier , Genealogie de la
226 MERCURE
Maifon de Sa Majefté , fuivant
l'ufage qui s'obſerve dans la
grande & petite Ecurie , jufti .
fient que ce Gentilhomme
compte dix huit degrez de
filiation confecutive depuis
luy jufqu'à Godefroy , Sire
d'Aubigné , le premier de fes
Anceftres , qui vivoit en l'an
1160, avantage de naiffance fi
confiderable , que les premie
res Races du Royaume ne
fçauroient en fournir un plus
grand nombre. Quant aux
autres branches de cette мMaifon
, celle des Seigneurs de
Boismole, finit l'an 1628. Celle
·
GALANT. 217
des Seigneurs de Launay ,
leurs Cadets , a paffé dans la
Maifon de Saint - Offange.
Celle des Seigneurs de Montopin
fondit l'an 15 63. dans les
Seigneurs de la Verouliere ,
du furnom de Le Roy. Enfin
celle des Seigneurs de Brie a
formé celle des Barons de Surimeau
en Poitou , par le mariage
qui fut accordé le s . de
Juin l'an 1585. entre Suzanne
de Lefai de Lufignan , Fille &
heritiere d'Ambroife de Lefai
de Lufignan , Baron de Surimeau
& de Renée de Vivonnc
Dame de Murçay avec
2
ན ཉ་
228 MERCURE
Theodore - Agrippa d'Aubigné
, Seigneur des Landes &
du Chaillou , Ecuyer d'Ecurie
du Roy Henry IV. alors Roy
de Navarre, Gentilhomme ordinaire
de fa Chambre , Ma
refchal de fes Camps & Armées
, Gouverneur des Ifles &
du Chafteau de Maillefais , &
Vice Amiral de Guyenne &
de Bretagne, celebre par l'Hif
toire des Guerres de fon temps,
qu'il a écrites comme une perfonne
, qui par l'excellence de
fon efprit, avoit eu longtemps
comme il le dit luy - même ,
beaucoup de part dans la con
GALANT. 229
+
"
fiance la plus étroite du Roy
Henry IV. & oit toûjours
donné de
grandes preuves de
la
fermeté de fon
courage
dans toutes les
perilleuses entrepriles
qu'il avoit executées
pour le fervice de ce Prince.
Du mariage de Theodore
Agrippa
d'Aubigné , & de Sufanne
de Lefay forrirent entre
autres enfans , Conftans d'Aubigné
, Baron de Surimeau
Gouverneur de Maillelais , l'an
1613. & marié le 27 Decembre
de l'an 1627 avec Jeanne de
Cardillac , Fille de Pierre de
Cardillac , Seigneur de la Las
230
MERCURE
ne , Lieutenant
au Gouverne
nement
du Château
Trompette
fous m' d'Epernon
& de
Louife de Montalambert
; &
c'eft d'eux que font illus Char
les d'Aubigné
, & Françoise
d'Aubigné
, ſa Soeur, Dame de
Maintenon
.
M le Marquis
de Caftries
, Gouverneur
de la Ville
& Citadelle
de Montpellier
& de Sommieres
,, Maréchal
des Camps & Armées
du Roy, & Neveu de M ' le
Cardinal
de Bonzi , a efté
pourvû de la charge de Chevalier
d'honneur
de Madame
GALANT. 237
la Ducheffe de Chartres, dont
Mfa Femme eft Dame d'Atour.
Cette Charge de Chevalier
d'honneur vaquoit par
la mort de m' le Marquis de
Villars .
J'ay oublié de vous dire que
M' le Comte de Guiche , Fils
de м' le Duc de Grammont ,
& Gendre de м le Maréchal
Duc de Noailles , a eu l'agré
ment de la Charge de Colonel
General de Dragons qu'avoit
cy - devant м le Comte de
Teflé. On ne peut eftre reçû
dans une Charge de cette importance
, fans avoir une pars
232 MERCURE
faite intelligence
de la guerre,
& fans s'eftre acquis beau
coup de réputation,
Les réjouiffances
qui fe
font faites à Auchy le Chafteau
en Picardie , pour la pu
blication de la Paix' , ont eu
quelque chofe d'affez fingu .
lier pour m'obliger à vous en
donner un court détail . L'ordre
eftant arrivé de faire chan .
ter le Te Deum , on fomma
les Habitans de fe mettre lous
les armes . Les Bourgeois , &
ceux des environs vêtus proprement
, s eftant rendus chez
M' de Hericourt , GentilhomGALANT.
233
me d'un merite fingulier , éta
bly depuis peu dans le lieu , a
qui on avoit donné la condui
te de la Milice , ils allerent
chez le Lieutenant General,
1 & chez le Maire de la Ville, la
Cavalerie . ' marchant la prémiere
avec Trompettes , Fi
fres & Hautbois , & l'Infans
terie enfuite avec Tambours,
Flûtes & Violons . Meffieufs
de la Juftice ayant en tefte le
Lieutenant Generali , & le
Maire perpetuel à la tefte de
Mrs de Ville , monterent fur
des chevaux richement capa
raçonnez , couverts de holes
Avril 1693 . V
234
MERCURE
noires , tous en robes & bonnets,
& prirent leur rang entre
la Cavalerie & l'Infanterie
,
puis marcherent
en cet ordre
jufqu'au Tribunal de la Juſtice,
au fon de ces Inftrumens
de Paix & de guerre. Les Offi.
ciers defcendirent
, & le placérent
dans l'Auditoire
royal,
avec мr le Vaffeur , Chanoine
Regulier de Saint Jean de
Soiffons , & Prieur. Curé du
lieu , qui s'y eftoit rendu avec
plufieurs Ecclefiaftiques
de
fon Eglife. Le Greffier fit leature
de l'ordre . Mr. Petic ,
Procureur
du Roy, & Maire
SGALANT: $235
perpetuel de la Ville , en demanda
l'enregistrement
, &
requit par un beau Difcours
que la publication en
fuft faire , à quoy Mr de Bary,
Lieutenant General du Bailliage
Royal , répondit par un
autre Difcours rempli d'éloquence,
& ordonna l'enregif
trement & la publication .
Auffi toft toute la Simphonie
champeftre , & les cris de Vive
le Roy, fe meflerent parmy les
fanfares des Trompettes & le
fon des Tambours. Les Offi .
ciers remonterent à cheval au
milieu de la milice , ayant le
V #
276 MERCURE
fabre à la main . Ils allerent
faire la publication dans les
Carrefours & les principales
Places de la Ville , où l'on avoit
dreffé des trophées & des arcs
de triomphe , Mr le Prieur , les
Officiers , & quelques- uns dés
principaux du lieu ayant fait
orner la façade de leurs mai
fons , de Tapifferies , de Pein.
tures , de feftons & de Cartou
ches. Le foir il y eut un feu
d'artifice dans la grande Place,
& des feux devant toutes les
maiſons . Mr le Lieutenanc
donna un grand repas à la
compagnie , enfuite le Bal ,
GALANT. 237
*
qui dura toute la nuit . Les
deux jours fuivans fe pafferent
-enpareilles réjouillances . Mrle
Prieur , & les Officiers fe trai
terent les uns les autres , &
firent donner à boire à tout le
peuple . Il arriva plufieurs maf
carades des environs , entre
leſquelles celle du Village de
Bugneux eut cecy de particu
culier , que treize des plus jo
lies Filles, vêtues en Bergeres,
chacune un Tambour de Baf
que à lamain , vinrent danſer
devant le Chasteau ,aufon des
Violons & des Mufettés . Elles
eſtoient venuës dans un Char
140 MERCURE
de triomphe , accompagnées
de plufieurs Cavaliers en maf
ques , & avoient affifté le matin
au Te Deum & à la мeffe du
S. Efprit, que le Curé du lieu avoit
celebrée , où elles avoient
preſenté chacune à l'Offrande
un grand Pain d'épice de
Reims , rempli d'écorce de
citron & de dragées ,
Voicy les noms des Perfonnes
diftinguées de l'un & de
F'autre Sexe , decedées fur la
fin du mois paſſé , & pendant
celuy d'Avril.
I
DameElizabeth Marie Ro-
,
ger , veuve de Meffire FranGALANT.
243
çois du Fos , Seigneur de la
Toule , Mery, & autres lieux;
Confeiller en la Grand'Chambre
du Parlement , Fille de
François Roger , Maiftre
des Comptes , & de Marie
Brouillet , & foeur de Pierre
Roger , auffi Maiftre des
Comptes. M' du Fos lon mary
mort en 1687. avoit un Frere
Abbé Chanoine de la Sainte
Chapelle , & Confeiller au
Parlement. Il eftoit fils de
Jean du Fos , Confeiller au Par
lement,& de Luce de la Nouë.
Pierre le Vieux , Elcuyer ,
S'de Coulange, l'un des vingt
240 MERCURE
cinq Gentils hommes de la
Garde du Roy, Exempt endles
Compagnie de Monfieur de
Duc du Maine. Il laiffe entre
autres enfans , deux Garçons
dont l'aifné a les Charges que
poffedoit m' fon pere , & le
Cadet eft Page chez Monſieur
le Duc du Maine.
醒
M' de Marpeley , Premier
Prefident en l'Election de
Caudebec . Il avoit efté receu
â cette Charge un peu aprés la
mort de Mle Prefident fon
Pere, n'étant encore que dans
fa vingt-uniéme année , & il
la exercée plus de trente hut
ans,
GALANT. 241
ans , pendant lefquels il s'eft
acquis la qualité de Juge équitable
, avoit beaucoup d'ef
prit , & a efté regreté de tous
les honneftes gens de la Province.
Meffire Nicolas de мenuau,
Seigneur de Mareil , Villiers ,
le Pontel , & autres lieux . Il
eftoit Fils de N. de menuau ,
S de Villiers , le Pontel , & c .
& de N. Janton ; & petit Fils
de Charles de Menuau , S de
Villiers , & de Loüife de Bel
liévre , Fille de Pompone de
Belliévre, Chancelier de France:
-
Avril
1698.
X
247 MERCURE
Mollire Charles Comte de
Collalto, Comte de l'Empire
& noble Patricien de la Re
publique de Veniſe. Il eſt
mort âgé de vingt- deux ans ,
& a efté inhumé à S. Sulpice
à Paris , eftant venu pour voir
da France.
Meffire Claude le Tonnel.
lier Breteuil , Seigneur Baron
d'Efcouché , Confeiller en la
Grand Chambre du Parle
ment. Heftoit Frere de fen M²
de Breteuil , Confeiller d'Etat
ordinaire , & eft mort âgé de
foixante & quinze ans. Il avoit
époulé en premieres Nopces,
SGALANT. 243
MagdeleineRoger de Neuilly,
* & en fecondes N. de Froullay.
laiffe deux Garçons de ces
Adeux lits du Tillet , Confeiller
de la premiere des En-
3 queftes, eft monté à laGrand'-
Chambre à fa place.
D
Meffire Emanuel de Froullay
AdeTeſté, Chanoine Comte de
S.Jean de Lyon , & Prieur de S.
xeftiene dans l'Ile de Ré. Ileft
mort dans fa foixante & quin-
Mziéme année , & eftoit Frere
dur défunte Evêque d'Avran
behe , tousdeux fils de René de
Froullay , Comte de Teffé ,
Baron d'Ambrieres ; & de ma-
X ij
#44 MERCURE
rie d'etcoubleau Sourdis, Fille
deFrançoise Efcoubleau , mad
quis de Sourdis, Chevalier des
Ordres du Roy , & d'Ifabelle
Babou de la Bourdaifiere.rol
Frere Jacques de Fleurigny.
la Valliere. Il eftoit Chevalier
de l'Ordre de S. Jean de Jeru
falem , & Commandeur d'Ivry
le Temple.
M Pallior , Parifien, Hiftos
riographe du Roy , & Geneal
logifte da Duché de Bourgogne,
mort à Dijon à quatrevingt-
neufans les de ce mois.
Heftoitfort entendu dans le
Blafon , & dans la connoif
GALANT 245
fance desMaiſons & Familles ,
dont il a laiffé un nombre pro
digieux de Memoires , principalement
touchant les Mai
fons & Familles de Bourgogne.
Nous avons de luy plufieurs
Ouvrages imprimez ,
entre lefquels font , le Parle
ment de Bourgogne , in folio
à Dijon en 1649. la Science
des Armoiries de feu Louvar
Géliot, augmentée d'un grand
nombre d'Armoiries imprimé
auffi in folio en 1661. La
Genealogie
des Comtes de
Chamilly , imprimée encore
in folio , divers Extraits de la
X iij
246 MERCURE
Chambre des Compres de
Bourgogne imprimez in folio
& plufieurs autres Genealo
gies de Maifons particulieres .
M' de Creil, ancien Maiftre
d'Hôtel du Roy. Il avoir plus
de quatre vingts ans, & eftoit
un des grands Curieux de Pa
vis. Ila laiffé un riche Cabinet
de Tableaux , Pierreries , Bu
ſtes , Eſtampes , & autres curiofitez.
Meffire Louis Henry de Lo
menie , mort âgé de plus de
foixante ans dans des fentimens
d'une refignation tresédifiante.
Antoine de Lome,
GALANT. 247.
nie , S ' de la Ville aux Clercs,
Fils de Martial de Lomenie
dont Henry Roy de Navarre
avoir toûjours eftimé la fidelité,
fut dans la même confia
· deration auprés de ce Prince
qui le fit Secretaire de fes
Commandemens , & fe fervit
de luy en cette qualité devant
les guerres de la Ligue. Quand
il fut parvenu à la Couronne ,
il le fit Secretaire de fon Cabinet
, & l'envoya en 159
Ambafladeur Extraordinaire
en Angleterre. il l'honora en
1606.de la Charge de Secrétaire
d'eat, qu'il exerça avec beau
X jilj
248 MERCURE
*
coup de prudence. Cet Antoine
de Lomenic mourut le
7. Janvier 1638. âgé de quatrevingt
- deux ans , laiffant d'Anne
d'Aubourg , Fille de Charles
, S ' de Porcheux , Henry
Augufte de Lomenie ,Comte
de Brienne & de Mombron ,
Baron de Pougi , Prevoſt &
Maitre des Ceremonies des
Ordres du Roy ; Antoinette
de Lomenie , mariée en premieres
noces à André de Vivonne
, S de la Chaſtaigneraye
, & en fecondes , à Jaques
Chabor , Marquis de Mirebeau,
& Catherine Henriette
Sides
GALANT 249
de Lomenie , Femme de Hen
Ty'd'Orleans , Marquis de Rothelin.
Henry Augufte de Lomênie
fur premierement Secretaire
du Cabinet du Roy ,
& aprés divers emplois , il obtint
en 1615. la furvivance de
Ja Charge de Secrétaire d'Efat
de M' de Lomenie fon
Pere. Le Roy Louis XIII.
honora toujours d'un affection
particuliere , & l'ayant
fait Capitaine du Chateau
des Thuilleries , aprés la mort
du Conneftable de Luynes , il
l'envoya en 1624. Ambaſſadeur
en Angleterre , pour les
250 MERCURD
:
Articles du Mariage d'Hen
riette de Frande fa Serangn
avec le Prince de Galles. Al
fat fait Confeiller d'honneur
au Parlement de Paris en 16320
& il ſe démie en 1643. de fa
Charge de Secretaire d'Etat
en faveur de M ' du Pleffis . Peu
aprés , au commencement du²
regne de Louis le Grand , la
Reine Mere , Anne d'Auftri
che Regente , luy donna las
même Charge de Secretaire
d'Etat que M' de Chavigny
avoir exercée. Il avoit alors
le département des affaires
étrangères, & il n'y a point de
*
GALANT: 25%
*
Cours en Europe , où fon
nom ne vive encore par la
grande réputation qu'il s'y eft
acquife. Il mourut en 1666,
âgé de foixante & onze ans ,
ayant épousé en 1623. Louiſe
de Beon , Fille de Bernard
S' du Maffez , Gouverneur de
Saintonge , d'Angouleme &
du Pays d'Aunis , & de Louife
de Luxembourg . Brienne. Il
eut de ce Mariage Louis Hen.
ry de Lomenic , Comte de
Brienne , dont je vous apprens
la mort , Charles - François
Evêque de Coutances , Abbé
de Saint Germain d'Auxerre,
252 MERCURE
de Saint Eloy de Noyon , & de
Saint Cyprien de Poitiers ,
Alexandre Bernard , Chevaz
lier de Malte , Commandeur
de la Rochelle , Marie Antoinette
, Femme de Nicolas
Joachin Rohaut , Marquis de
Gamaches , Chevalier des Or
dres du Roy , & Jeanne & Ma
deleine , mortes jeunes . M'le
Comte de Brienne , qui vient
de mourir , merita la fuivivan
ce de la Charge de fon Pere
en 1651. n'ayant encore que
feize ans . L'année fuivante il
alla en Hollande & en Suede ,
dont il a écrit le voyage en
GALANT
233
Latin. Il époufa en 1656. Henriette
, Fille puifnée de Leon
Bouthillier , Comte de Chavigny.
Elle mourut en 1664. &
il fut tellement touché de fa
mort ,qu'il fe retira à l'Oratoire.
Ila eu d'elle Henry Louis
Comte Brienne , Anne- Marie
Therefe , & Madeleine de Lo.
menie , & il eft mort le 14. de
ce mois à l'Abbaye de Château
Landon ,
Mr Trobat. Il eftoit Prefident
du Confeil Royal de
Rouffillon , &
Intendant pour
le Roy dans cette même Pro
vince.
254 MERCURE
Le Dimanche zo . de ce
mois , M l'Abbé de Chavigny
, nommé à l'Evêché e
Troyes , fut facré dans la Chapelle
du Seminaire de Saint
Sulpice , par Mr l'Archevê,
que de Sens , fon Metropoli
tain , affifté de Mrs les Evê
ques de Châlons fur Saone
& de Fréjus. Le nouveau Pre
lat donna enfuite à dîner dans
le Seminaire à tout le Cler.
gé qui s'eftoit trouvé à la Ceremonie
, & Mr le Comte de
Chavigny , fon Frere , regala
chez luy toute la Famille &
tous les Seculiers .
GALANT. 259
t
Le mot de l'Enigme du
mois paflé eftoit le Moulin &
vent, & il a efté trouvé par
Mrs le Févre , Maitre Ecri
vain de la rue Guerin - Boif
feau
; Daniel le Chin , Procu
reur Fifcal à Egligny prés
d'Auxerre ; Darqueneville de
Morinfrey de la Chine , de la
rue Dauphine ; l'Abbé de
Saint Domingue ; Charles de
la rue de l'Arbre fec ; le Roy
Chapelier , & le jeune Four .
biffeur de la même rue ; le
celebre Ecrivain du coin de
la tue de Nevers ; Moufle &
Fleury , & fon Ami Melivet
256 MERCURE
de Nances ; Defnots & l'Abbé.
La fpirituelle Javotte de la ruë
S. Jacques ;la Nimphe du Joly
bois du Pont S. M. la petite
Chochette de Befons ; Mademoiſelle
Petitaf de la rue de
la Huchete ; la Beauté de vis
à vis le Petit Saint Antoine ;
l'infidelle Touloufe , & l'inconftante
Graffor.
L'Enigme qui fuit vient de
bonne main , & merite l'application
de vos Amies.
SGALANT. 257
255222 $22522 SSS25
ENIGME.
299 2014101
J dy comme un Centaure
Qutre mes deux bras,
Quatre pieds encore , 13
Sur lesquels je was
Ainfi qu'on me pouffe.
Souvent une bouffe
On met fur mon dos
Où je n'ay point d'os
Qui ceux que je porse
Bleffe en nulle forte.
Je n'ay point de crin
De laine , de plume
Avril 1698.
ZIA
28 MERCURE
Ny de poil enfin,
Qui contre le rume
Par tout le dehors.
Me couvre le corps .
Fay toutes ces choſes
Dans le ventre encloses,
L'Air que je vous envoye
gravé , & dont vous allez lire
Tes paroles , a efté fait par un
fort habile Muficien .
AIR NOVUE A U.
J
Ay vú perir cet aimablefeuillage,
Que j'ay un croiftre avecque mon
vá
Amour.
TH
LYOP
R.
ᎥᏝ -
ad
Sa
oit
du
qui
toit
Ra
r. la
Ous
Dnd
GALANT
Ab ,fid'eftais bienfage,
On des vérroit mouir cous deux
en mesme jour,
Le22.delce mois SA.R.
Monfieur donnas un manifique
Repas à Milord Portland,
On mangea dans l'ancien Sa
lon des cloud. Monfieurétoit
dans le milieu de la Table du
grand côté. Ceise Table qui
formoir an quarné long, citove
de vings couverts , S. AR
avois à fa droite Monfieur la
Duc deCharines, & au deffous
de ce Prince eftoit Milord
Pordland, dont la place ache.
Yij
260 MERCURE
voit le rang de la droite. Mon
fieur avoit à fa gauche Mada
me de Montauban . Le fils de
Milord Portland eftoit enſuite
& finifloit la file de la gauche.
A la droite de M Portland
eftoient Madame la Ducheffe
de Foix , & enſuite un Milord,
Madame de Furftemberg, M
le Chevalier de Lorraine , ML
le Comte de Marfan , m' le
Marquis Deffiar, M' de Cha
tillon, de Cayeux, de la Fare,
de Saffenage, d'Estampes , &
deux Seigneurs Anglois, Ily
eut quatre Services . L'abon
dance & la delicatefle s'y trou
GALANT: 261
verent enſemble , & l'on y vic
tout ce que la Saifon peut pro
duire , mefme de prématuré.
Il y avoit au milieu de la Ta-
Surtout, ou mi
= ble un gr
lieu deTable de vermeil doré.
Il y a peu de temps que ces
fortes d'Ouvrages font in- .
ventez, pour garnir le milieu
des Tables. Ils y demeurent
pendant tout le Repas. On en
fait de plufieurs plans diffe
rens. Ils font fouvent enrichis
de Figures , & portent quantité
de chofes pour l'ofage de
la Table ; enforte qu'on ne
peut rien fouhaiter de necef
261 MERCURE
faire à un Repas que l'on n'y
trouve . Ces especes de Machi
nes de nouvelle invention
cachent dans les repas de
jour ,fous des ornemens uti
les , les endroits où l'on merle
foir des bougies. Le Sur- tout
de Monfieur seft de Modè
Launay, quisen a fait deux
pour le Roy you l'on voit tout
ce que l'mvention , l'art , de la
beamé du travail peuvent
fournir pour embellir un ou.
vrage , & pour enrichir For
& l'argent , s'il eft permis
de parler aindi. A kiffuë du
répas on trouva pdu fours Gas
BALANT 263
leches à fix Chevaux , dans
lefquelles on fe mit pour fe
promener dans le Parc , &
pour voir jouer les eaux.
Il y a longtemps que vous
fouhaitez un Portrait de Mon
feigneur le Dauphin , de la
main de M Perfon , Profef
feur de l'Academic Royale de
Peinture , & qui a fi heureu
fement réüffi au Portrait da
Roy , qu'il s'enseft fait un
nombre infiny de copies ,
pourtoutes les Cours de l'Eu
rope. Le même M Peron
vient d'avoir l'honneur de
264 MERCURE
peindre Monfeigneur , & ce
Prince a eu la bonté de luy
accorder le temps neceffaire
pour mettre cet ouvrage dans
fa perfection , & a témoigné
enfuice qu'il en eftoit fort
content, ce qui a efté fuivy
des applaudiffemens de route
la ' Cour. L'empreſſement va
eftre grand pour ces Portraits,
& fi vous ne prenez vos précautions
de bonne heure
Nous courez rifque d'attendre
longtemps pour en avoir.
2100
La Charge d'Intendant de
la Garderobe de Monfieur
vacante
GALANT. 265
vacante par la mort de м Merille
, connu par faprobité , &
par fa grande application dans
le fervice , a efté donnée à M
Nocret, premier Valet de Garderobe
de Son A. R. Il y a fi
longtemps qu'il eft dans le
fervice que ce Prince a cu
tout le temps neceffaire , pour
connoiftre dequoy il eft capa
ble , & luy ayant trouvé le
zele , la connoiffance & l'affiduité
qu'il faut avoir pour
remplir cette Charge , qui demande
des foins continuels ,
un homme intelligent &
Avril 1698, Z
246 MERCURË
fidelle , il ne faut pas s'étonner
fi Son Alteffe Royale l'avoit
choifi , même avant la mort
de fon Predeceffeur.
189
On a eu nouvelles que le
14 de mois le Prince de Lorraine
, Frere de Monfieur le
Duc de Lorraine avoit efté élu
Evêque d'Ofnabrug. Il avoit
déja l'Evêché d'Olmurs , Suf
fragant de Pragues . Olmuts
eft une Ville de Boheme , autrefois
Capitale de la Mora
vie. L'Evêché d'Ofnabrug ,
Ville Anfeatique d'Allema
gne dans la Weftphalie , fur
GALANT. 267
fondé par Charlemagne en
776. Il eft Suffragant de l'Archevêché
de Cologne, & vaut
plus de deux cens mille livres
de rente. Il y a aujourd'huyalternative
pour cet Evêché
entre les Catholiques & les
Lutheriens. Aprés la Paix de
Munfter , l'Evêque d'Ofnabrug
eftoit Catholique , &
Erneft Augufte de Brunswic,
Prince Proteftans dernier , &
Duc de Hanover ; luy ayant
fuccedé, la mort l'a laiffé và→
cant , ce qui eft cauſe que
PElection que l'on vient d'en
Zij
288 MERCURE
faire eft tombée fur un Catholique,
¥
Monfieur le Prince de la
Roche- fur Yon , Fils aîné de
S. A. R. Monfieur le Prince
de Conti , mourut le 25. de
ce mois âgé de trois ans cinq
mois. L'efprit de ce Prince.
eftoit auffi avancé que s'il euſt
efté dans fa dixième année.
Le corps de ce Prince est en
dépoft dans l'Eglife des Carmelites
du grand Couvent , au
Fauxbourg S. Jacques , où il
fut porté le vingt - quatre de
ce mois. Le Roy & toute la
GALANT: 269
Cour en ont pris le duëil . Je
fuis votre , &e.
AL
4 Paris ec30, Avril 1698.
Z iiji
THEQUE
LYON
5225223555 252 2552
P
TABLE.
Relude.
Sonnet fur la Paix.
Difcours fur la grandeur du Roy.
II
Difcoursfur l'aigné des Jumeaux.
Regrets d'un Maryifur la mort
Cadwo477 , de fa Femme.
Lettre fur le Livre des Superſtitions
de Mr Thiers. 84
Lettre en Profe & en Vers de Mr
l'Abbé de
Poiffyuga 99
TABLE
Lettre far le bon goufh, is vast
Réponse
à la Lepore
précedente
,
124
Ode fur le retour de la Paix. 135
Prix tirez par les Chevaliers de
la Butte de Troyes.
Hiftoire.
148
1957
Lostre de Mademoiſelle d'Alerac
ila Charfe de la Tour du Pin , à
MrlAbbade Poiff
Madrigal.
182
193
Depart de Mar Chamoy , Gentilhomme
Ordinaire de laMaiſon
du Roj , pour Ratisbonne.
1199
Traité de la Vie parfaite felon les
En regles er l'esprit du ChriffiaTABLE
Anifme.
196
Les plus belles Lettres Françoifes
fur toutesfortes de fujets, tirez
des meilleurs Auteurs. 205
Recueil de Contes ,fous le titre des
illuftres Fées ,
94209
215
Benefices donnez par le Roy 210
Mariages.
Mr le Marquis de Caftries eft
pourvû de la Charge de Chevalier
d'honneur de Madame
la Ducheffe de Chartres. 230
Agrément de la Charge de Colò.
nel generaldes Dragons, donné
à MrleComtede Guiche. 231
Réjouiffances fingulieres faites à
Auchyle Chateau en Picardie.
232
TAALE
Morts. 240
Sacre de Mr l'Evêque de Toyes.
254
255
Grand repas donné par Son Al-
Article des Enigmes .
teffe Royale. 259
Portrait de Monfeigneur le Dau-
261
phim .
Charge d'Intendant de la Gar
derobe de S. AR donnée. 262
Election de Mr le Prince de Lorraine
àl Evêché d'Ofnabrug,
266
Mort de Monfieur le Prince de la
Roche fur Yamoalata, 56,268 Yon.
Avispourplacer les Fegures.
L'Air qui commence par
Aprés unfi cruel orage , doit
regarder la page 193 .
L'Air qui commence par
fay vũ perir ser aimable , c.
doit regarder la page 258.
C
M.dmulle
Qualité de la reconnaissance optique de caractères