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511
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1698.3
Eur : 511 !!!
1698,3
Mercure
<36624511450017
0017
<36624511450017
Bayer . Staatsbibliothek
*}}
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
MARS 1698.
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
dų Palais, ap Mercure Galant,
O
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
wendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS;
Chez G, DE LUYNES , au Palais , dan
la Salle des Merciers , à la Juftice.
E MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galante
M. DC. XCVIIL
Aves Privilége du Roy,
Bayerlache
Staatsbibliothek
München
Q
AVIS.
Velquesprieres qu'on ait faiù
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les
Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
dy manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
ins de ces
Memoires dont on ne fe
peat fervir. On reitere la mefme.
priere fortequ'en
écrire ces noms , en
ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memaires
, & l'on
employera tous les
bons
Ouvrages à leur tour,
pourven
qu'ils ne
defobligent perfonne ,
qu'il n'y ait rien de licentieux . On
A ij
AVIS .
prie feulement ceux qui les envoyent
fur tout ceux qui n'écrivent que
pour faire employer leurs noms dans
Particle des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on falle ce qu'ils demendent,
C'eft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite pres
fentement le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere , qu'il eft toujours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir les paquets deceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
baiffera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
longtemps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées ; mais aufli
cesVilles ne lereceveront pas fi card
qu'elles faifoient auparavani Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans on charger ledit Brunet , s'exposent
à le recevoir rokjours fors
şard par deux raiſons . La première,
parce que ces Amis n'ont pas foinde
le venir prendre fitos qu'il eft imprim
mé, outre qu'il le fera toujours quel
quet jours avant que l'on en faſſele
debit , & l'anire , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont là eux & quel
ques autres à qui ils le profient , ils .
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difunt que la
vente n'en a commencé que fors
avant dans le mois . On évitera ce
rerardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'ilfe charge defaire
A iij
AVIS.
Jés paquets luy-mefme, & de lesfaire
porterà la Pofte ou auxMeffagers,
fans nulinterefi, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné lew☛
adreffe.Ilfera la mefme chofe gene
galement de tous les Livres now→
veanx qu'on luy demandera , foit
qu'illes debite , ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
wendront. Quand il ſe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,.
afin de n'en faire qu'un mefme paqnet.
Tout cela fera execute avec
ane exaltitude dont on aura lien
daftre content
ap
QUE
MERCVRE
GALANT
MARS 1698.
L
A Paix dont le Roy
veut bien nous faire
goûter les douceurs ,
aprés neuf ans d'une rude
guerre, ne peut recevoir affez
d'éloges. Ainfi vous ne devez
pas eftre furpriſe , fi chag
A iiij
8 MERCURE
cun s'empreffe à luy en donner.
La matiere eft grande,
& comme elle ne pourra eftre
fi.toft épuisée , je ne doute
point qu'elle ne produiſe
longtemps des Ouvrages pareils
à celuy qui fait le commencement
de cette Lettre .
Il eft de Mademoiſelle l'Heritier
, dont l'heureux genie
vous eft connu , par quantité
d'autres Pieces de fa compoficion
que je vous ay déja envoyées.
GALANT:
SUR LA PAIX
VERS LIBRES.
Laifirs , aimables jeux , que
l'horreur de la guerre Plai
Avoit exilez de la terre ,
Revenez dans ces lieux redoubler
vos appas,
LOUIS , dont la fageffe & fublime
& profonde Ta
Ne veille qu'au bonheur du mon
`de,
Vous a rappellez icy-bas 3
A fesjuftes defirs il faut que tout réponde.
2
Ce Monarque cheri des Cieux
Autant que l'Univers le craint & le
revere ,
10 MERCURE
Qui fans ceffe victorieux
Remplit l'un & l'autre Hemif
phere
Du bruit de les exploits rapides, glorieux
,
Vient de calmer l'Europe en Pere.
·
2
A fe vaincre luy même il trouve des
attraits
Et fort tout éclatant de gloire
Duchar pompeux de la Victoire,
Pour y faire regner la Paix.
S
Elle brille en ces lieux avec fes plus
doux charmes ,
Et déja ſon heureux retour
Fait triompher le tendre Amour.
Deux auguftes Amans qui luy prétent
des armes ,
Préparent à l'Hymen un triomphe
à fon tour.
:
GALANT: ÎÍ
2
Ce Dieu qu'une injufte habitude
Affervit à l'inquierude
Dans le refte de l'Univers ,
N'aura plus rien de gênant ny de
rude .
¿
Exempt de les chagrins divers ,
Et réuni par une ardeur fincere
A l'aimable Enfant de Cithere ,
Il ne formera plus que des noeuds
gracieux ;
Affranchi d'un joug odieux
Il ne donnera plus que des jours
faits pour plaire,
S
La jeune Adelaide & fon charmane
Epoux
Produiront par leurs feux ces chan
gemens fi doux ,
De la faveur du Ciel leur flamecou
sonnée
12 MERCURE
Comblera de plaifirs un Prince , qui
cent fois
S. fit voir par d'heureux exploits,
Et par mille vertus dont fon ame eft
ornée
Digne Fils du plus grand des Rois.
Les Amans dont il voit l'union for
tunée ,
Donnant en fpectacle aux Mor
tels
Tous les charmes de l'Hymenée,
D'un éternel encens affurent fes
Autels .
2
Avec ce Dieu l'Amour d'intelli
gence .
Ceffera de porter les coeurs
A la jalouſe défiance ,
Aux noites trahifons , aux coupables
fureurs .
La fidelité , l'innocence
GALANT: iz
Regleront feules fes ardeurs
Sous le regne fameux du Heros dela
France.
S
C'eft dans ce temps heureux qu'on
verra les beaux Arts,
Pour celebrer un Roy fi rempli de
fageffe ,
Unir leurs foins de toutes parts
AceuxdesNymphes du Permeffe,
Elles s'emprefferont par de nobles
efforts
A former à l'envi d'harmonieux
accords
Ces doctes Soeurs tranquilles , fatisfaites
,
Celebreront LOUIS & la Paix fur
des airs ,
Dont les bruyans Tambours ny les
aigres Trompettes
Ne viendront plus troubler les aimą .
bles
concerts,
14 MERCURE
L'Amour du Roy pour fes
Peuples , & le defir de leur
procurer la Paix l'ayant obligé
d'accorder à fes Ennemis
la démolition de quelques
Forts de l'autre cofté du Rhin ,
& des Ponts de Huningue , de
Briſac , & du Fort - Louis , fur
le même Fleuve , M' de Saint
Genis , premier Capitaine du
Regiment d'Infanterie du
Comte de Permangle , qui eft
en quartier à Hombourg
aprés fa derniére Campagne
d'Allemagne, a fait fur ce fu
jet le Sonnet qui fuit.
Pa
GALANT:
is
LES DEMOLITIONS
DES FORTS DU RHIN
SONNET.
Uel débris étonnant retentit
fur ces bords ? Ovel
L'Uniuers touche-t-il à fon heure
derniere ?
Quel fracas quels éclats !" quelle
maffe / quel corps
Souvre , fe defunit , & retourne en
pouffiere ?
On vir contre ces Murs , ces Ram
pars , & ces Forts ,
Pâlir des Nations l'audace la plus
fiére.
LOUIS les démolit , & veut qu'à
leurs efforts
16 MERCURE
Sa bonté toute feule oppoſe une bar
riere.
Superbes Monumens des Rois & des
Heros,
Qui portez jufqu'aux Cieux leur
gloire & leurs travaux
Palais , Arcs triomphaux , Pyrami
des, Statuës ,
S
Pour confacrer un nom vos foins
font fuperflus ,
Quand fur des tas épars de pierres
abattües
LOUIS a trouvé l'art de graver
Les
vertus,
Le même M' de Saint Ge.
nis a fait le petit ouvrage que
yous allez lire,
GALANT! 17
LES PONTS SUR LE RHIN ,
E
ABATTUS.id andin?
Nflé de tout l'orgueil de fa puif
fance humide ,
1 .
2
Le Rhin d'une courle rapide
Difcendoit vers la M.r , & les flots
diligens
Appro hoient le rivage & les murs
de Coblens Y
C
Quand ce Fleuve en fon cours ren
contrant la Motelle ,
Luy dir en 1 embraſſant : N mphe
que je chetis
Nymphe avec qui mon coeur & mes
Alots font unis ,
Ecoute une heureule nouvelle .
J'en nage de plaifir , je fuis fi rempli
d'elle ,
Le Rhin fe joint à la Mofelle à Coblens .
Mars 1698. B
18 MERCURE
Que jufqu'à l'Ocean j'en parleray
toujours
Sçais - tu bien que ces Clefs des Provinces
captives ,
Ces Ponts audacieux , ces Tirans de
mon cours ,
Sont en fin renverfez ? J'en ay vu fus
mes rives
Ramafler les débris flottans.
Ce Prince , ce Heros , qui de fes
Combattans
Allarmoit chaque jour mes ondes fugitives
Ne peut me traverfer , & mes fers
font rompus.
Ainfiparloit le Rhin, quand la Nym.
phe legere
Répondit:Vous n'y penfez plus
Un Pont luy fut-il neceffaire
Quand il vous paffoit à Tolhus ?
GALANT: 19
Je ne puis m'empécher de
vous faire part d'une réjoüif
fance qui s'est faite pour la
Paix , dans une des plus cele
bresAbbayes de ceRoyaume .
Vous en conviendrez quand
je vous auray nommé l'Abbaye
& Chef d'Ordre de Prémonftré.
Elle s'y fit le 6 , du
mois paffé , par le commandement
exprés de m¹ Colbert,
Abbé de cette Maifon & Gené.
ral de l'Ordre, & commença
par un difcours fort éloquent,
que le Prieur prononça à la
louange du Roy , à la tête
d'une Communauté compo-
M
Bij
20 MERCURE
fée d'environ cinquante Chanoines
Reguliers , & en prefence
de plufieurs perfonnes
de merite & de diftinction qui
avoient efté invitées à cette
Céremonie. Son diſcours ne
fut pas long , mais il renfermoit
d'excellentes chofes &
tout- à- fait particulieres pour
la gloire de Sa Majefté. Il fit
d'abord un récit abregé de la
protection viſible que Dieu
avoit toûjours donnée aux
Armes victorieufes de cet in .
vincible Monarque , faiſant
voir qu'il avoit efté formé
dans le fein de la gloire ; que
A
t
GALANT. 21
la Victoire prefque dés fon
berceau s'étoit arrachée à luy,
& qu'elle ne s'en eftoit jamais
féparée , que mille Conquêtes
encaffées les unes fur les autres
, & remportées dans tou.
tes les Saifons , dans tous les
Lieux & contre toute forte
d'Ennemis , avoient mis toute
l'Europe & les Nations mel
me les plus réculées de la terre,
en admiration fur fa valeur
& fur fa puiffance , & qu'il
n'avoit point eu d'autres ennemis
à combatre dans le
cours glorieux de fon Regne,
que ceux que l'envie &
22 MERCURE
jaloufie luy avoient ſuſcitez.
Il s'êtendit enfuite fur l'infigne
Pieté & fur la profonde
Religion de cet Augufte Prin
ce qu'il apella non- feulement
le Fils aîné , mais l'une des
plus fermes Colomnes de l'EL
glife . Il montra en peu de
mors tous les grands fervices
qu'il luy avoit rendus , foir
pour la défenſe de la verité
de fes Dogmes contre les Hé,
retiques, foit mefme pour l'ac
croiffement de la pureté de
fa Morale contre les mauvais
Chrétiens , dont il avoit pur
gé la Cour, Il dit que cette
GALANT: 23
derniere Guerre particulierement
avoit efté les fuittes ,
& les reftes funeftes d'une
Herefie ancienne , que toute
la puiffance des Rois fes Prédeceffeurs
n'avoit pû arracher
du coeur de la France , où elle
avoit pris de profondes racines
; que le bras de cet Hercule
Chrêtien l'avoit foudroyée
& abolie en moins
d'années que l'on n'avoit employé
de fiécles depuis la naiffance
pour la combatre ; que
les derniers efforts de cette
Hérefie mourante , ou plutot
refugiée chez des Puiffances
24 MERCURE
étrangeres avoient mis toute
l'Europe en feu; que plufieurs
Royaumes de ceux qui la
compofent avoient eſté les
theatres des defordres & des
malheurs qui
accompagnent
ordinairement les guerres qui
fe font pour la Religion , que
la France feule au milieu de
tous ces troubles n'avoit jamais
perdu fon repos & fa
tranquillité
; que l'Augufte
Monarque qui veille fans ceffe
pour fon bon- heur & pour fa
confervation
, avoit toûjours
pouffé & combattu ſes ennemis
bien au delà des limites
de
GALANT:
25
de fon Royaume que les
peuples de France ne fçavoient
que nous avions la
guerre, que lors qu'ils voyoiết
fortir de fon fein des Armées
formidables qui eftoient obligées
de faire de longues marches
pour aller chercher les
ennemis, & qu'ils les voyoient
chargées de leurs dépouilles .
Enfin aprés avoir élevé toutes
les Victoires de Louis le
Grand , il dir qu'avant la Paix
il lui en manquoit une , qui
devoit eftre la Couronne de
toutes les autres ; que ce grand
Roy avoit vaincu tout ce qui
Mars 1698. C
26 MERCURE
s'eftoit oppofé à ſa puiffances
qu'il ne luy reftoit plus pour
meriter parfaitement le nom
d'Invincible , que de fe vain .
cre luy mefme, ce qu'il avoit
fait par la paix qu'il venoit
de donner , victoire, dit -il , la
plus rare & la plus difficile de
toutes les victoires , & mefme
pour les plus grands Rois
qui reçoivent fi fouvent fur
le Trône des loix de leurs pro
pres paflions , dans le temps
qu'ils en donnent à tout le
monde. Il raporta fur cela, ce
bel endroit de l'Orateur Ro
main,qui obtint deJulesCefar
LiveThe
GALANT: 27
la grace du Roy Marcellus fon
ennemy declaré , lors qu'il
voulut monter à l'Empi
re, en luy difant ces belles
paroles ; que Cefar avoit tout
vaincu , mais qu'il avoit encore
Cefar à vaincre , en pardonnant
genereufement à celuy que le fort
des armes mettoit entre fes mains,
& qu'il pouvoit faire mourir . Il
fit bien valoir cet endroit , &
il l'appliqua fort heureufe .
ment à la gloire & à la moderation
du Roy dans la Paix .
11 montra mefme que cette
Paix dont cet Illuftre Monarque
avoit efté l'Auteur & l'Ar-
Cij
28 MERCURE
bitre, furpaffoit de beaucoup
l'action de Cefar ; qu'il eftoic
aifé de pardonner à un ennemy
vaincu , & que l'on avoit
en fa puiffance ; que vaincre
n'eftoit qu'une gloire com
mencée mais que pardonner
à ceux qu'on avoit vainçus
, ç'eftoit le plus bel endroit
de la Victoire ; que la
paffion qui faifoit combat-
) tre n'eftoit plus difficile
à vaincre dés qu'on eftoit
devenu victorieux ; mais qu'
il n'en eftoit pas de mefme
de la Paix que Louis le Grand
venoit de donner à fes enne
GALANT: 29
mis ; qu'il avoit remporté
la verité de grandes & frequentes
Victoires fur eux ,
mais qu'il pouvoit continuer
& achever deles vaincre; qu'il
s'eftoit arrefté par une moderation
digne de la grandeur
de fon ame , dans le cours le
plus impetueux de ſes Conqueftes
que jamais il ne s'ë.
toit vû plus en eſtat de ſoutenir
glorieufement la Guerre,
que lors qu'il avoit ceſſé de la
fairesque fon Royaume eftoit
tranquille, fes Peuples fidelles ,
fes Troupes nombreuſes , fes
Soldats animez , fes Trefors
;
.
Cij
30 MERCURE
remplis , fes Ennemis craintifs
& leurs Peuples prefque reduits
aux abbois ; que dans des
conjonctures fi favorables ,
& qui pouvoient fi ailément
flatter la noble ambition &
les juftes prétentions de cet
incomparable Monarque , it
avoit preferer à la gloire de
toûjours vaincre ( ce qui luy
eftoit devenu fi familier ) celle
de pardonner , ce qui devénoit
pour luy un nouveau
genre de victoire. Il ajoûta
& fit remarquer que toutes
les actions du Roy estoient
grandes , & qu'elles partoient
GALANT 2311
auffi d'une Ame plus grande
que tout le monde entier ,
qu'il eftoit fi peu attaché à
fes Conqueftes qui avoient
fait cant de Jaloux , que n'in
pouvant partager la gloire
avec perfonne , il en cedoit
volontiers l'intereft ; qu'il avoit
étonné juſqu'à fes propres
Ennemis , en leur rendant
une partie des Places
qu'il leur avoit prifes & qu'ils
ne devoient jamais compter
de reprendre , mais qu'il avoit
bien furpris davantage
tout le monde, en ceffant de
leur en prendre , lorſque le
C iiij
32 MERCURE
chemin de la Victoire tuy
eftoit ouvert de tous les cô .
tés. Enfin il ajoûta que la
Pofterité ne sçauroit lequel
admirer davantage , ou l'extreme
valeur d'un Roy qui
foûtient & qui repouffe tous
les efforts de l'Europe armée
contre luy , ou la rare moderation
d'un Vainqueur qui
interrompt le cours de fes
Victoires pour donner la Paix
à des ennemis qu'il furpaffe
en courage & en force . Il
finit en difant que de fi glorieuſes
actions ne pouvoient
fortir que d'un Cour Royal,
GALANT.
33
que le Dieu Puiffant qui tient
entre fes mains les coeurs des
Rois , avoit difpofé & preparé
fecretement celuy de noftre
Augufte Monarque à la Paix ,
pout des deffeins particuliers
de la gloire ; qu'il feroit grand.
dans la Paix comme dans la
Guerre ; qu'il uniroit les Lau
riers de la terre à ceux du
Ciel , & la gloire du Trône à
celle des Autels ; qu'il employeroit
le noble & glorieux
répos dont il alloit joüir au
parfait rétabliffement de la
Religion , & à l'entiere extirpation
de l'Herefie , dont il
34 MERCURE
}
arracheroit jufqu'aux plus pe
tites racines enfin qu'il ne
rentroit dans le centre de fes
Etats,d'où des guerres portées
dans des Pais fort éloignez ,
l'avoient fait fortir fi fouvent,
que pour faire les délices &
la felicité de fes Peuples , pour
fe répofer fur le Trône de fes
longs & penibles travaux , &
pour s'affurer dans l'Eternité
une Couronne immorrelle de
gloire.
Ce Difcours , dont je n'exprime
icy que la fubftance ,
fur fuivi d'un Te Deum chanté
en Mufique par les Religieux
GALANT:
35
dela Maifon , qui formoient
un tres-beau Choeur, & par
d'habiles Mufitiens qu'on avoit
fait venir des meilleurs
endroits. On chanta enfuite
l'Exaudiat, & d'autres Prieres
pour Sa Majeſté , au fon des
Orgues , des Trompettes , &
de plufieurs inftrumens de
Mufique , qui firent un effet
merveilleux dans l'Eglife.
Aprés cette Cérémonie où la
joye & la devotion fe trouverent
heureufement mélées
l'une avec l'autre , toute la
Communauté paffa dans la
grande Cour de l'Abbaye ,
36 MERCURE
où elle trouva devant le logis
Abbatial un tres . beau feu
préparé . On l'alluma au bruit
des Tambours, des Timbales,
des Trompettes , & de la
Moufquetterie de prés de
deux cens perfonnes qui é
toient fous les Armes , tant
des habitans de Prémonftré ,
que des Villages circonvoiſins
Il y eut des illuminations à
toutes les fenêtres de cette
Abbaye qui eft fort grande ,
& qui firent retrouver le jour
au milieu de la nuit , pen .
dant laquelle on entendoit
retentir tous les échos de
GALANT
37
cette belle Solitude qui eft
au milieu des bois , du bruit
continuel de l'artillerie & des
acclamations publiques , &
des cris de joye qui ne dif
continuoient pas . La Maiſon
donna un magnifique Repas
aux perfonnes de diftinction
qui voulurent bien honorer
cette Cerémonie de leur prefence
,& comme cette illuftre
Communauté ne met point
de bornes au zele & à l'ardeur
qu'elle a pour la gloire de fon
Prince & pour celle de la France
, elle n'en voulut point met
tre à fes liberalitez. Il y eur
38 MERCURE
pendant tout le jour Table
ouverte pour tout le peuple
qui s'yrendit de divers endroits
, & fur tout beaucoup
d'aumônes envers lesPauvres .
Je vous ay dit fi peu de chofe
des réjouiffances faites à
Troyes, à l'occafion de la Paix
publiée entre la France , l'Empereur
, & l'Empire , que
e, que je ferois
tort auzéle que les Habi
tans de cette Ville ont fait paroiftre,
fije negligeois de vous
en donner un plus grand détail.
Cette publication s'y fit
le 25. de Janvier en la maniére
qui fuit. Mles Maire & Eche,
GALANT.
39
Vins accompagnez du Corps
de Ville & d'une partie de la
Bourgeoifie qui eftoit fous les
armes , fe rendirent au Palais ,
où M's du Bailliage & du Prefidial
s'eftoient affemblez. M
le Baron de Chappelenne ,
Bailly de Troyes , yharangua ,
& M Motet , Procureur du
Roy , fit à l'Allemblée un Dif
Cours tres éloquent. La Paix
Y fut enregistrée , & publiée
fur le Perron , à la defcente du
grand eſcalier. Ceux du Bailliage
prirent la droite , & ſe
rendirent avec tous les autres
Corps vers l'Hoftel de Ville ,
40 MERCURE
puis à la Place des Quatre
vents , & de là dans le Parvis
de Saint Pierre. La Paix fut
annoncée en ces quatre endroits.
Il y eut un grand con
cours de Peuple , & l'on entendit
pendant presque toute
la marche , le bruit des tambours
, le fon des hautbois &
des fifres , les fanfares des
Trompettes , de frequentes
& vigoureuſes décharges de
mouſquets , & les acclamations
réïterées de Vive le Roy,
Le lendemain fur les trois heures
du foir , tous les Corps de
la Ville ayant eſtéinvitez d'af
GALANT.
4F
fifter au Te Deum , fe trouvé
rent à l'heure marquée , en
l'Eglife de Saint Pierre , Cathedrale
, où M ' l'Evêque de
Troyes & tout le Clergé s'étoient
rendus . Il y eut une
Mufique celebre. L'Orgue y
fut touché par M ' Siret , habile
Organiſte , & l'on y chanta un
tres beau Moter , dont la Mufique
eftoit de la compofition
du Maifire des Enfans de
Choeur. Les actions de graces
rendues , le Maire & les Elchevins
retournérent à l'Hồ .
'tel de Ville , où les hautbois ,
tes fifres , les tambours , fes
Mars 1698% D
42 MERCURE
trompettes
& les violons for
mérent une tres- belle fimphonie.
A fept heures du foir
M' Lion , Maire , mit le feu à
l'artifice
que l'on avoit preparé
devant la Maiſon de Ville.
Il fut tiré par le fieur Pari
fot , Architecte
& Sculpteur
.
Voicy quelle en eftoit la difpofition.
Sur une plate- forme
quarrée
, foutenue
par quatre
piliers , l'on avoit mis un pié.
deftal de la hauteur de deux
pieds & demy ou environ , fur
lequel eftoit élevée une figure
de grandeur naturelle couronnée
d'olivier
, tenant une
GALANT. 43
branche de laurier à la main
droite , & à la main gauche
une corne d'abondance , d'où
fortoient differens fruits. Cet.
te figure reprefentoit la Paix , "
& au bas fur un des angles du
piédeſtal , du coſté que cette
Figure regardoit , ces Vers
eltoient écrits.
D'un triomphe complet arreſtaut
L'esperance ,
Et preft d'exterminerfes Ennemis
défaits ,
LOUIS immole tout au bonheur
de la France
Et change fa Victoire en une heurenfe
Paix.
Dij
44 MERCURE
Sur les autres angles du même
piédeſtal, étoient dépeints des
Soleils qui jettoient quantité
de rayons. Le Theatre eftoit à
quatre faces , dont chacune
avoit fon cartouche ou tableau.
Chaque repreſentation
avoit une Devile , un Emblê
me, & des Vers au bas qui en
expliquoient le fens. Le premier
Tableau reprefentoit les
Arts. Sa Devife eftoit ,
Gaudet Athenie
Poft habitis coluiffe Trecas.
Il avoit pour emblême une
Ruche , autour de laquelle
voltigeoit un Effein d'AbeilGALANT
4
les. Les Vers eftoient ,
Par lesfoins de LOUISfi la
Paix renaiffante
Fait fucceder Minerve à l'Em
pire de Mars,
En Eleves fameux noftre Ville
abondante
Va nous donner bien - toff des
Chefs à tous les Arts .
Le fecond Cartouche fai
foitvoir le Commerce , avec
ces mots qui s'adreſſoient à la
Ville,
Erit mox altera Colchas ,
Pour emblème eftoit une fontaine
qui diftribuoit fes eaux,
& plus bas ces Vers.
46 MERCURE
Comme cette eau qui fort d'une
Sourcefeconde,
Dés qu'elle eft fur la terrey
répand mille biens ;
Le
Commerce qui fait que
chez nous tout abonde ,
Rend les Peuples heureux
du
bonneur des
Troyens .
Le troifiéme repreſentoit
le Mariage de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ; l'emblême
uneHirondelle . La De
vife eftoit , Pacis amor Deus eft.
Comme on voit au Printemps.
la premiereHirondelle
Qui nous vient annoncer le retour
des beaux jours
GALANT 47
Marie annonce au monde une
Paix éternelle ,
Dés qu'au Sang de LOUIS
elle
unit fes amours.
Le quarriéme failoit voir
l'Herefie détruite . La Religion
tenoit une verge ardente
à la main , avec cette Devife
, Hac virga furias expellit.
L'emblême eftoit l'Ocean ,
qui fembloit fe décharger de
tous les corps inutiles . Voïcy
les Vers.
Lefuperbe Ocean dansfes bords
fe refferre ,
Quand de tout corps impur fes
flotsfont déchargez.
48 MERCURE
LOUIS compte pour rien le
refte de la terre ,
Si toft que del Erreurfes Etats
font purgez.
L'idée de ce deffein avoit
efté conceuë par M'Sanfon ,
Echevin , qui dans cette occafion
a marqué toute l'ar.
deurimaginable pour la gloire
de fon Prince . Aprés que
l'artifice fut confumé , les
Compagnies qui eſtoient ſous
'les armes allerent reconduire
M' le Maire jufqu'en fon logis
, où elles s'arrefterent , &
firent plufieurs décharges.
Enfuite M'Lion convia à fouper
GALANT: 49
per les Echevins & Officiers
de Ville , & autres perfonnes
de marque; & le foupé fini ,
il leur donna le divertiffement
d'un Balavec celuy d'un ,
Feu d'artifice qu'il avoit fait ,
dreffer devant fon logis . M
Lion , fon Fils , y mit le feu.
Mr de Chavaudon , Lieute
enant General , & M' le Courstois
, Lieutenant Particulier ,
donnerent chez eux des mare
ques d'une joye particuliere
par des repas magnifiques &
des Collations fomprueules
.
M' de la Huproye de la Cu-
Mars 1698.
"
E
50 MERCURE
mine fe diftingua auffi de la
même forte.
Le fixieme du mois paffé
jour duJeudy gras , les Habi
tans du Fauxbourg de Croncels
fe rangerent fous les ar
mes . Sur les trois heures du
foir , les Capitaines & Lieutenans
, à la tefte de trois cens
hommes , fe rendirent chez
M' l'Abbé , Juge des quatre
Fauxbourgs , & de là chez M
Langlois leur Major , qui affi .
fterent au Te Deum , que les
Peres de Saint Lazare , & tous
les Seminariſtes
chanterent
dans l'Eglife de Saint Gilles,
GALANT SI
Sur les huit heures du foir ,
M' l'Abbé mit le feu à l'artifice
qu'on avoit dreffé devant
le Convent des Religieufes de
la Vifitation , afin qu'elles
cuffent plus de part à la joye
commune. Il y eut une fort
grande affluence de gens de
toutes fortes d'eftars. L'on y
fit plufieurs décharges de fufils
& de moufquets, & l'on y
tira quantité de fufées volantes
, aufquelles les Peres de la
Million répondirent par un
fort grand nombre d'autres
fufées . Aprés que l'artifice eur
efté tiré, les Compagnies ré.
E ij
52. MERCURE
menerent le Juge des quatre
Fauxbourgs & leur Major juf
qu'en leur logis , au fon des
Hautbois & des Tambours
& les faluerenr de plufieurs
décharges de moufquets. Elles
en uferent de la même
forte pour leurs Capitaines.
Le refte de la nuit fut employé
en joye & en divertiffemens.
Je ne puis finir l'article de
de Troyes , fans vous faire
part d'une chofe qui merite.
d'eftre remarquée. Un jour
de Vendredy du mois de Février
dernier , dans une Eglife
dediée à S. Aventin , l'on fir
GALANT. 3
lever une Tombe fous laquelle
repofoit depuis plus de onze
cens ans , le Bien- heureux
Vicent , dixiéme Evêque de
Troyes, qui vivoit fous Childebert
fixiéme Roy de France ;
l'on trouva dans un Sepulchre
de pierre une grande partie
de les os en leur forme entiere
, une Phiole pleine d'un
Baume dont l'odeur faifit l'o
dorat de tous les Affiftans.
Elle fut caffée par mégarde ,
lorfqu'on remuoit la terre ,
quelques - uns affurent y avoir
vû & tenu un Suaire ; M ' l'Evêque
de Troyes a fait remet
"
E iij
14 MERCURE
tre ces offemens dans leur
Tombeau , juſqu'à ce qu'aprés
ces marques vifibles de
fainteté, ce Bien- heureux Prélat
ait efté Canonifé.
Mr de Chateauneuf , Seigneur
de Pierrelevée , la Gou
pilliere , la Riviere , & autres
Places , Lieutenant de Roy ,
& Maire perpetuel des Ville
& Chateau de Niort , dont
M' de Lapara , Maréchal de
Camp des Armées du Roy
eft Gouverneur ; ayant reçû
l'ordre d'affifter au Te Deum,
de faire tirer le Canon , & d'al.'
lumer des feux au fujet de la
20
GALANT:
55
publication de la Paix , s'affemblaà
l'Hôtel de Ville avec
les Echevins & autres Offi
ciers de Ville , le Dimanche
& fic
meg- 2. du mois paffé , &
tre fous les armes le Regiment
Royal de milice Bourgeoife ,
compofé de douze Compagnies.
Ce Regiment a efté
crée en titre des l'année 1621.
par le feu Roy Louis 13. au
Siége de S. Jean d'Angely , &
a depuis ce tems là fervy en
plufieurs occafions , tres- uti
Tement & avec beaucoup de
zéle , particulierement lorf
qu'en 1674 , la Flote Hollan
E iiij
$ 6 MERCURE
doife fit une deſcente en l'Iffe
de Noirmoutier , ce Regimenteftant
entré en l'lfle de
Bouin , diftante de Niort de
plus dezo lieües , fous les ordres
de M' le Duc de Vieuville ,
Gouverneur du Poitou , y de.
meura fort long tems à la vûe
des ennemis, qui n'en eftoient
éloignez que d'une lieue , &
a encore fervy recemment ,
par un détachement de deux
cens hommes , qui fe rendirent
à la Rochelle en 1696. à
la premiere nouvelle de l'arrivée
des Anglois , fur les cô .
tes de l'Ile de Rhé. Les deux
GALANT:
57
Bataillons de ce Regiment
eftant affemblez par les ordres
de M' le Lieutenant de
Roy , fous la conduite de M
de la Terraudiere,fubdelegué
de M l'Intendant , ancien
Maire & Lieutenant Colonel,
le Te Deum fit chanté en l'Eglife
de Nôtre Dame, où tous
les Corps fe rendirent avec
les Communautez
Ecclefiaf
tiques & Religieuſes , & un
grand concours de peuple.
Les Troupes défilerent enfuire
dans la Place du Marché
vieux , où elles furent
rangées en bon ordre , fous
$8
GALANT
.
le Commandement du Lieutenant
Colonel , par les foins
de M' Affailly fieur de l'Aubonnerie
major. On y avoit
fait dreffer un Bucher manifique
, & M' de Pierrelevée
s'y eftant rendu à la tête du
Corps de Ville , & où fe trouverent
auffi M' de Fontmort
Prefident, & M' Rouget Lieutenant
General du Siége , les
Flambeaux furent diftribucz
par ordre de M' le Lieutenant
de Roy. Le feu fut mis au
bucher en même tems par lui,
par le premier Echevin , par
le Lieutenant Colonel , par le
MERCURE 59
Major , & par M les Prefi
5 dent & Lieutenant General ,
à chacun defquels M' de
Pierrelevée fit prefenter un
Flambeau, ce qui fut accompagné
de plufieurs décharges
de Moufqueterie , de plu-
Z
de canon , & de
fieurs
coups
divers
feux
d'artifices
& fufées
dont
l'air
fut remply
, au bruit
ES des
Tambours
& des
Trompettes
, & aux
acclamations
du peuple
dont
la Place
eftoit
remplie
, par des cris plufieurs
fois
redoublez
de, vive
le Roy.
La
Compagnie
de Cavalerie
Bourgeoife
s'y
eftoit
aufli
60 MERCURE
rendue à pied avec les deux
Compagnies de Marine à prefant
en garniſon, & une Compagnie
de Caders, ayahs tous
un noeud de Ruban blanc au
retrouffis du Chapeau , qui firent
de continuelles déchar
ges , jufqu'à ce que tout fuc
confumé, & le Bucher abattu.
Ce Bucher eftoit accompagné
de neuf Pyramides réveftus
de Lauriers & ornées de Myrthes
, qu'on avoit élevées autour
de la Place , dans l'enfoncement
de chacune def
quelles on avoit placé des
Tableaux avec des bordures
GALANT 60
de Lauriers , & dans ces Ta.
bleaux eftoient peins divers
Emblefmes , & des devifes fur!
le fujet de la Paix . Dans le
premier eftoit peint un Alexandre
coupant le noeud Gor
dien de la Ligue , avec ce
mot qui en eftoit l'ame à l'entour
de l'Exerque , Diffolvit.
Sur le fecond , eftoit un Soleil
fans aucun nuage, pour mar
quer l'effet de la Paix , avec
ce mot , Serenat. Auftroifiéme
on voyoir une Boëfte d'Or.
vietan, qui eft le meilleur Antidote
que nous ayons, quoy
que compoſe de Viperes, pour
62 MERCURE
repreſenter la Paix acquife
par la défaite de nos plus dangereux
ennemis , avec ce mot
Sanat. Sur le quatrième , Ve
nus & plufieurs Cupidons jettant
des fléches dans un par
terre de Lys , marquoit la
France occupée aux Cerémos
nies des Mariages auguftes
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , & de Mademois
moiſelle avec Monfieur le
Duc de Lorraine , & cemat ,
Multiplicat. On voyoit enfin
au haut du bucher un Evendart
flotant , à l'un des revers
duquel eftoient écrits ces
GALANT.
63
mots en gros caractere , Pacato
orbe terrarum , & à l'autre
deux Vers Latins qui mar
quoient l'excés de la joye des
Habitans , & le deffeins des'
quatre premieres Deviſes.
Ces quatre emblêmes étoient
de M™ Arnaudet , Avocat , &
l'un des Echevins . M ' de la
Terraudiere, à qui rien n'échape
, quand il s'agit du fervice
& de la gloire du Roy
difpofa la ftructure du feu , &
y ajoûta les deux Emblêmes
faivans. Le premier reprefentoit
la France fous la figure
dune Femme , tenant dans
64 'MER CURE
une main une Croix , & dans
l'autre une balance , avec ces
mots au haut de la figure, Gal.
lia;à l'un des coftez Inſanctita.
te; à l'autre, & juftitia; plus bas,
coram ipfo, pour marquer le ze
le duRoi pour laReligion & la
Juſtice , & dans un cartouche
environné de lauriers , & placé
fur une pyramide , eftoient
écrits ces mots , Voicy le Regne
de grandeur de fainteté
ftice , fous un grand Saint , &
jufte Roy, Le fecond Embléme
eftoit un Globe du monde , au
deffus duquel il y avoit un
Soleil , lançant d'un coſté des
> de ju
GALANT: 65
4
I
1
éciairs & des foudres , & de
l'autre dardant des rayons be
nins , accompagnez de manne
, avec ces mots du Pfalmi:
ſte , Terra tremuit & quievit ;
& dans un fecond cartouche,
placé fur une des autres pyramides
eftoient écrits ces quatre
Vers pour l'explication
de l'Emblême.
Cent Princes conjurez contre le
grand LOUIS ,
Se vantoient d'envahir la
France ;
Mais il·les fit trembler par des
į faits inoÿis
Mars 1698 F
66 MERCURE
Et leur donne la Paix par un
trait de clemence.
L'on vit fortir de toutes
ces pyramides un grand nom
bre de fufées , qui s'élancerent
en l'air avec une agreable di
verfité , & un fuccés merveilleux.
Il y eut enfuite un magni!
fique regale préparé au Cha
fteau , où cinquante perfon
nes des plus diftinguées de la
Ville avoient efté invitées. Le
repas fut magnifique & bien
entendu , deux grandes tables
y furent fervies delicatement
& abondamment . On ybut à
la fanté du Roy , de Monſei
GALANT 67
gneur, de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , & de toute la
Famille Royale , debout & tefte
nuë , pendant que le Canon
tiroit preſque fans relâche
, & cette ceremonie fuc
faite en forme d'exercice militaire
fous les ordres du Major.
Aprés le foupe on alla fur
la Terraſſe du Chaſteau qui
regarde la Riviere de Saivre ,
où l'on avoit fait traîner des
pieces de Campagne , qui ti
rerent plufieurs coups ,luivis
d'un grand nombre de fufées
volantes On n'en demeura
pas là . Toure la compagnie
Fij
68 MERCURE
fe tranfporta dans la place
qui eft au devant du Chafteau
, où l'on avoit auffi fait
placer quelques fauconneaux, ·
qui tirerent plufieurs coups.
L'on y jetta auffi quelques
fulées , les Trompettes & les
Hautbois s'y faisant toujours
entendre ; & ce qu'il y eut d'agreable
, c'eſt qu'au bruit des
Canons & au fon des Violons,
un grand nombre de peuple
s'eftant affemblé en cette pla
ce , on y danſa publiquement
comme dans un Bal reglé ,
avec toutes les Dames qui s'y
preſenterent fans aucune difGALANT
69
tinction. Ce fut par ces danfes
que la fefte fut terminée bien
avant dans la nuit . On admira
en toute la ceremonie le zele
de M' de Fontmort, Prefident ,
lequel , quoy que dans un âge
avancé,fit la figure d'un jeune
homme à la table , au Bal , &
par tout. Le lendemain M
Rouget de la Barbiniere
Lieutenant General , auffi
diftingué par fon merite perfonnel
que par l'exercice de
fa Charge , regala à fouper un
nombre confiderable des plus
diftinguez de la Ville , & fit
enfuite allumer un feu au de,
70 MERCURE
vant de fon Hoſtel , où les
Conviez tirerent à l'envi un
grand nombre de coups de
piftolet jufques à minuit , &
firent encore danfer autour
de ce feu toutes les Femmes
& Filles de toutes conditions,
qui s'y prefenterent , avec les
violons qui avoient joué pendant
tout le repas. En même
temps plufieurs Bourgeois allumérent
des feux en divers
endroits , & particuliérement
dans la place du Chateau. On
a oublié de remarquer que le
-jour du feuļde joye , M' de la
Terraudiere avoit fait placer
GALANT: 7:
fur la porte de fa maiſon , un
fort beau tableau du Roy, environné
de lauriers , au bas
duquel fur un Cartouche
eftoient écrits ces quatre
Vers :
f
V OE U X
Pour LOUIS LE GRAND.
Répans , Seigneur , répans , tes be
nedictions ,
Sur LOUIS , qui toujours , com
battit pour ta gloire.
Ce Heros fit trembler toutes les
Nations ,
Et vient de préferer la Paix à la
Victoire.
72 MERCURE
faifant ainfi allufion à la De
viſe dont on a parlé : Terratremuit
& quievit.
Les Vers qui fuivent & qu'-.
un habile Muficien a mis en
air , conviennent fort au fujet
dont il s'agit.
AH, qu'il est beau de vaincrefa
vangeance
Quand on enpeut faire éclater les
traits !
LOUIS euft púfe vanger d'une
offense ,
Et renverfer de coupables projets .
Il s'eftfervi de toute fa puiffance
Pourprocurer le retour de la Paix.
Ab ,
GALANT. 73
Ah , qu'il eft beau de vaincrefa
vangeance
n
las
traits,
Lois
sa
vengean
procurer
e
Eclatter
P
pub.
quement
At unide
cele
Mars 16yu.
G
72 MERCURE
faifant ainfi allufion à la Desh ,
vife dont on a parlé · Terratrev
Il s'eftfo
Pourproc
sance
ue la Paix.
Ab,
ub
B
P
GALANT. 73
Ah , qu'il eft beau de vaincrefa
vangeance
Quand on en peutfaire éclater les
traits !
Voicy ce que M's les Lanerniftes
de Toulouſe ont fait
publier.
BOUTS.RIMEZ
propofez pour l'année 1698.
Pendant que toute l'Europe
fe réjouit fur la Paix que
omoftre genereux Monarque
vient de donner , il feroit hor
teux aux Lanterniftes de ne fe
pas joindre aux acclamations
publiques , eux qui font uni ,
quement profeffion de cele-
Mars 1698. G
74 MERCURE
brer la gloire de LOUIS LE
GRAND. Ce Heros ne brille
pas moins dans le temps de
la Paix que dans le temps de
la Guerre . Ses vertus font inépuifables,
& fi l'on peut parler
ainfi , il y en a pour toutes les
Saifons. Les Mufes qui d'ordinaire
fe repolent avec les Conquerans
, auront autant d'oc
cupation à louer un fi grand
Roy dans les travaux pacifiques
, qu'elles en ont eu à le
fuivre dans le cours rapide
de fes profperitez guerrieres.
C'est à ce sujet que noftre
Compagnie va renouveller
GALANT 75
fon zele , en propofant des
Bouts- rimez , comme elle a
accoutumé de faire. La Paix
femble les favorifer davanta
ge ; ils en portent le caractere
par un doux amufement , &
S une espece de gayeté qu'ils
inſpirent.
Propice, Souhaits , Bienfaits .
Caprice.
Exercice , Parfaits, Attraits,
Sacrifice.
Soins , Témoins , Source.
Rivaux , Courfe , Travaux .
Les Sonnets feront toujours
accompagnez d'un Qua .
train pour le Roy , & d'une
Gij
76 MERCURE
Sentence. Les Auteurs met
tront leur feing couvert &
cacheté au bas de leurs Sonnets
, ou dans une Lettre feparée
, le tout fous la même
envelope , & rendu franc de
port chez M' Séré , prés la
Place de Roaix , à Toulouſe,
huit jours aprés la Saint Jean,
jour de la diftribution du Prix.
Vous entendez fi fouvent
parler de la Riviere de Marly ,
que vous ne ferez pas fachée
d'en voir la deſcription que
je vous envoye. Elle eft de
M' l'Abbé Boutard , qui l'a
d'abord faite en Vers Latins , i
GALANT.
77.
en quoy il excelle , & qui l'a
enfuite traduite en noftre Langue.
On ne peut avoir plus
d'applaudiffemens
que
cet
Abbéen a receu du Roy & de
toute la Cour , fur cet Ouvrage.
ODE
SUR LA RIVIERE
A
DE MARLY.
AU ROF.
Mbitieufes Naïades ,
Qui regnez dans ces beaux
lieux
Par vos brillantes Caſcades
G
iij
8 MERCURE
Ceffez d'enchanter mes yeux.
Ceffez d'occuper ma Lyre :
A la Seine qui m'inſpire ,
Je veux confacrer mes Vers ;
Et celebrer la puiffance
:
De l'Hercule de la France ,
Qui l'éléve dans les airs.
2
Par une énorme * Machine
Forcé de changer foncours ,
Le Fleuve monte & domine
Sur les plus fuperbes Tours,
Mais des Cieux quittant la voute
D'un Roy qui regle fa route ,
Il fait l'ordre fouverain ;
Et dans le fer qui l'enchaîne ,
Tel qu'Alphée , il fe promene
Par un chemin fouterrain .
S
Quand d'une Montagne aride
* La Machine de Marly."
GALANT. 79
L'Onde fort à
gros
bouillons ,
J'admire un argent liquide
Qui rejallit des fillons
Le fein de la Terre enfante
Une * moiffon plus brillante
Que les épics de Cerés,
Deja les vagues fuperbes
Groffi'ent comme les Gerbes ,
Que produisent nos guerets.
S
74
De fes gazons dépouillée
La Colline offre fon dos ,
Et fur la roche taillée
Reçoit l'écume des flots.
Dans cette route prefcrite
La Seine fe précipite.
Tel le Nu majestueux ,
Sur les prochaines Campagnes ,
Roule du haut des Montagnes
Ses torrens impetueux..
* Les Gerbes quifont la tefte de la Riviere
Gilij
80 MERCURE
Il femble que la Nature
Sur le penchant du Côteau
Dreffe parmy la verdure ,
*
Une riche Theatre d'eau :
Où s'elevant par étage
Les Ormeaux de leur feuillage
Etalent les ornemens ;
Où la Nymphe ingenieuſe
D'une fcene ambitieuſe
Forme les enchantemens,
S
Là fufpendue elle admire
Ces Jardins delicieux ,
Où Flore tient fon Empire",
Où fe raffemblent les Dieux .
Elle y voit créer les arbres ,
Les moiffons de fleurs , les marbres
Dont fes yeux font éblouis :
Et croit que ces beaux fpectacles
Le Peristile.
GALANT. 81
Sont les étonnans miracles ,
Ou des Dieux , ou de Louis,
S
Elle paroift plus contente
Dans ces Vallons enchantez
Que de marcher triomphante
Dans la Reine des Citez :
Que de voir ces murs antiques ,
Ces auguftes Bafiliques
Sieges des Arts , & des Loix ;
Et cem monumens de gloire ,
Que la Paix & la Victoire
Ont confacrez à nos Rois.
&
là du plus grand Roy du monde
Tu fecondes les defirs ,
Là tu fais fervir ton onde
A fes innocens plaifirs .
So't
que
les eaux fouteraines ,
Se transformant en Fontaines ,
* Paris.
82 MERCURE
Animent ces bois fleuris ,
Soit que dans l'air fufpenduës
Elles imitent les nues ,
Et les couleurs de l'Iris .
2
Mais ta liqueur argentine
Offre à mes yeux plus d'appas ,
Qand du haut de la Colline
Elle defcend à grands pas.
Jamais le limon , l'arene ,
Ny des vents la froide haleine
Ne trouble ton pur criſtal.
Une lumineute glace
Semble couvrir la furface
De ton fuperbe Canal.
*
&
Le Soleil fur ton rivage
Se repole pour te voir ,
Et retrace fon image.
Dans ton liquide miroir.
Là cet Aftre aime à paroistre ,
* Le Parelic.
GALANT: 83
Tel que Thetis le voit naiſtre
De l'humide fein des Mers ,
Lors qu'il ouvre fa carriere ,
Et partage la lumiere
Aux peuples de l'Univers .
2
O Seine trop fortunée ,
Qui des rayons du Soleil !
Es richement couronnée ,
Triomphe en cet appareil.
Toutes les Nymphes fans peine
Te reconnoiffent pour Reine,
Et par le bruit des Ruiffeaux
Que tant de * Monftres vomiſſent
Oa diroit qu'ils applaudiffent
Ala Deeffe des Eaux.
2
Le Gange , l'Inde & le Tage ,
Qui roulent l'or fur leurs bords ,
L* Les Monftres Marins de là grande
Piece rocaillée.
84 MERCURE
N'ont plus fur toy l'avantage
Par l'éclat de leurs trefors.
Le Roy des Fleaves luy - même
Orné de fon Diadême
L'Eridan eft moins pompeux,
Et dans la Voute azurée
Jamais fa tefte dorée
Ne brilla de tant de feux .
S
Fidelle dépositaire
Du brillant Flambeau du jour ;
C'eft toy , de qui l'onde éclaire
Ce delicieux fejour.
Là du pere de l'Autore ,
Sur les ticheffes de Flore ,
Ton cristal répand les traits.
Les vifs rayons qu'il renvoye ,
Et de lumiere & de joye
Rempliffent tout le Palais.
S
Mais tu dois eftre plus fiere
GALANT:
85
Des
honneurs dont tu jouïs ,
Tu plais , heureufe Riviere
Moins au Soleil qu'à LOUIS.
Dés qu'en étouffant la Guerre ,
Get Arbitre de la Terre-
A terminé les travaux :
Le front
couronné d'Olive ,
Il vient gouter fur ta rive
Les doux charmes du Repos.
La Lettre que vous allez lire
contient diverfes Nouvelles
que vous ne ferez
pas
fâchée
d'apprendre .
A MONSIEUR ***
JEfuis,blev
vousman-
E fuis bien
glorieux , Monà
86 MERCURE
der quelque chofe qui puiffe
vous donner une bonne idée
du gouft que l'on commence
à avoir en Portugal pour les
Sciences , & de l'honneur
qu'on rend à ceux que l'on ap
pelle Sçavans . Il eft mort au
Brefil il y a cinq ou fix mois
un Jefuite , nommé le Pere
Antoine Vieyra. Il y eftoit né,
& on luy avoit conſeillé d'y
retourner à cauſe de ſa fanté ,
pour voir fi l'air natal ne feroit
pas mieux que les Medecins.
Il avoit prefché en Portugal
avec beaucoup de fuccés
& d'applaudiffement , joi-
7
GALANT: 87
gnant aux graces d'une élo
quence aiſée , & à la profon
deur de la Theologie qu'em .
porte avec foy l'idée d'un bon
Predicateur , celles d'un excellent
Ecrivain , d'un habile Mathematicien
, & d'un homme
fçavant dans les Langues , &
il couronnoit toutes ces bonnes
qualitez par une vie exemplaire
, foutenue juſqu'à la fin
d'une pieté fans fard , d'un
zele fans rigueur , & d'une humilité
fans oftentation . Ce
prodige qui vous paroistra
peut-eftre moindre par l'uſage
de toutes ces grandes quali
88 MERCURE
tez , devenues familieres , &
prefque attachées à la Societé
dans laquelle il les a puifées ,
a engagé plufieurs Fidalgues ,
Protecteurs des Sçavans , &
Mr le Comte d'Ericeyra en
particulier , qui depuis peu a
entrepris de former une Academie
de Science à Lisbonne ,
à luy faire à fes dépens des ob.
feques magnifiques , & à donner
au Public par ces témoi
gnages illuftres de veneration
pour la Science , l'exemple de
celle qu'il en doit avoir. Jeudy
dernier
19.
de ce mois , la ceremonie
s'en fit dans l'Eglife des
GALANT: 89
Jefuites de Saint Roch , choi
fie pour ce deffein . Elle eftoit
route tendue de noir , grace
qu'il a fallu demander au Roy.
A quelques pas en entrant , à
une feconde porte eftoit appliqué
un tableau de la même
grandeur , peint en noir
blanc , au milieu duquel eſtoir
le portrait en grand du Pere
Vieyra , accompagné d'une
quantité de Divifes fort belles
, données par M' le Comte
d'Ericeyra , qui avoient toutes
rapport aux chofes dans lefquelles
il avoit excellé . Au milieu
de la Nef prés l'Autel
Mars 1698. H
go MERCURE
eftoit une eftrade élevée de
quatre degrez , tenduë de
noir , & ornée de galons d'argent
, fur laquelle eftoit un lit
de parade loûtenu par huit
colomnes torfes . Au deffus de
cette eſtrade regnoit une corniche
, aux quatre coins de la
quelle il y avoit quatre Aigles
qui foutenoient un Maufolée
garny de galons d'argent , &
que terminoit une Statuë de
grandeur humaine , repreſentant
l'Eternité par un Serpent
qu'elle avoit à la main , qui
confondant fa queue dans fa
gefte , formoit une couronne.
GALANT: 95
Il feroit trop long de vous dire
toutes les Devifes ingenieufes
qui estoient aux differentes fa
ces des piedeftaux , des colom
nes , & de celles qui estoient,
répanduës , dans tout le corps
de cet ouvrage. A droite & à
gauche du Maufolée estoient
des banes tendus de noir pour
les Fidalgues , les Religieux,
& autres perfonnes qui devoient
affilter à cette ceremonie.
Elle fut ouverte par l'Of
fice des Morts que chanta la
Mulique de la Chapelle dy
Roy. Enfuite l'Evêque d'Illaria
celebra la Mefle , à la fin
Hij
92 MERCURE
de laquelle Dom Manuel Cajetan
, homme de condition ,
Religieux Theatin , prononça
une Oraifon Funebre , qui répondit
fort au merite & à l'érudition
de celuy de qui l'on honoroit
la memoire. Tout ſe
termina par une diſtribution)
prodigieufe de Cierges , à tous
les Religieux & Gens de dif
tinction qui fe trouverent
dans cette Eglife. L'Evêque
fit les Prieres & les Encenfemens
ordinaires autour de la
reprefentation , aprés lefquels
l'Affemblée le fépara .
Réveillons un peu , s'il vous
GALANT:
93
"
plaiſt, Monfieur , cette Pompe
funebre , par le recit des feftes
& réjoüiffances publiques que:
les Miniftres fe diſpoſent à
donner pour la conclufion de
la Paix . J'ay eu l'honneur de
vous mander l'Ordinaire dernier
, que nous avions fait la
noftre par le dîner que M²
l'Ambaffadeur avoit donné
aux Miniftres qui font icy ,
pour la Paix & le mariage de
Monſeigneur le Duc de Bour.
gogne , mais on en difpofe
bien d'autres , & je crois que
M' le Refident de Hollande ,
homme entendu & appliqué
94 MERCURE
d'ailleurs aux affaires , donnera
la premiere , & ajoûtera au
repas le fpectacle du Chateau
de Rifwik , qu'il a fait peindre
fur du papier huilé , qui forme
un tres grand Tableau .
Sur un autre de pareille gran
deur feront les Armes des
Etats Generaux de Hollande ;
qui doivent eftre parées de
quantité de figures , d'ornemens
, d'Arcs de triomphe
& éclairées par le milieu de
beaucoup de lampes. Iljoint
à cette Illumination un feu ,
où ily aura de l'artifice , &
enfuite une diftribution de
ily
GALANT: 95
vin pour le peuple. Plufieurs
Vaiffeaux Hollandois qui font
dans la Riviere , doivent com
mencer l'action par trois falves
chacun , de tous leurs Ca
nons. Vous voyez que voilà
de quoy celebrer la fefte , &
faire parler de foy. Je ne fçay
encore ce que les autres feront
; mais je m'imagine qu'ils
ne feront pas moins.
Un Corfaire Maloüin nommé
Cardin , commandant le
Baſtiment la Ville de Saint
Malo, de trente. deux Canons ,
forty depuis peu de ce Port,
où il avoit chargé en mar96
MERCURE
DA
chandifes pour Saint Malo ,
aprés avoir efté battu d'une
groffe tempefte , á efté aſſez
malheureux pour donner fur
les Sorlingues , où fon Vaiffeau
s'entr'ouvrit. Sa bonne deſtinée
a voulu qu'il n'ait pas
efté englouti tout d'un coup,
& qu'il le foit trouvé un gros
Baftiment François à la veuë,
qui-fur les coups de Canon
qu'il tira vint à fon fecours ,
& affez à temps pour le fauver
& fon Equipage de trois cens
hommes, à huit Matelots prés ,
qui ont péry , auffi bien que
le Vaiffeau & toutes les Marchandifes.
GALANT. 97
chandiſes. Il eftoit arrivé à ce
quelque
même Corfaire
temps avant que de relâcher
en cePort, une avanture dont
il s'eftoit tour- fait bien tiré.
A la hauteur de quarante- cinq
lieues du Cap - Clair en Irlan
de , il s'eftoit trouvé à la pointe
du jour entre les Vaiffeaux
de l'Elcadre du feu Vice- Amiral
Newil . Il apperçut un Vailfeau
portant Pavillon Hollan
dois , & ne connut dans cette
extremité d'autre expédient
pour échaper , que d'arborer
même Pavillon dans le moment
, de gagner un ppeeuu le
Mars
1698.
98 MERCURE
large en paffant fous le vent
de ce Vaiffeau, & de lê faluër
commeamy , ce qui luy réûlfit.
Le Commandant de l'EL
cadre indigné de n'avoir pas
efté falué , luy qui portoit la
flame , fit mettre la Chaloupe
en mer, & ordonna à fon premier
Lieutenant de luy ame
ner ce Capitaine , pour luy apprendre
fon devoir. Le malouin
laiffe aborder la Chaloupe
, fair cacher une partie
de fes gens , & fait mettre l'autre
la bouteille à la main ,
pour recevoir cet Officier &
Les Matelots, Le Lieutenant
GALANT.99
(
ne fut pas plûtoft entré qu'il
s'apperçut de fon erreur, mais
il n'eftoit plus temps. Le Capitaine
fit mettre la Chaloupe
dans fon Bord ; commença à
gagner au vent , les Anglois
croyant toujours qu'il alloic
arriver. Enfin le Malouin ſe
voyant en eſtât de fuir, fit for.
cer de voiles. Ils voulurent le
fuivre, mais trop tard. Il eftoit
bon voilier , & il fe tira d'af
faires. Afon arrivée à Liſbonne
,M' l'Envoyé d'Angleter
re ayant fceu l'avanture , &
receu les premieres nouvelles
de la Paix , demanda la Cha-
I ij
100 MERCURE
*
**
loupe à M l'Ambaſſadeur .
Quelques difficultez fur les
dartes , & le prompt départ
du Baftiment l'empêcherent
de la luy faire rendre ; mais le
Malouin n'a pas jouy longtemps
de l'honneur qu'il fe
promettoit de mener à Saint
Malo la Chaloupe d'un Vice-
Amiral.
Un autre Corfaire de la
meme Ville , commandant le
Polaftron , de trente canons ,
ayant relâché en ce Port , fur
les premieres nouvelles de
la Paix , y chargea en marchandifes
pour Cadix. Il y eft
GALANT. IOI
arrivé tres heureuſement , &
y a receu des honneurs extraordinaires.
Comme il eftoit
le premier Vaiffeau François
qui arrivoit à Cadix depuis la
Paix faite , on a tout mis en
ulage pour le bien recevoir .
Tous les Forts l'ont falué , &
luy one rendu coup pour
coup. Le Gouverneur luy envoya
faire compliment, & luy
offrir toutes fortes de rafraî
chiffemens . Enfin tout le
peuple accourut fur le Port,
& n'oublia rien de tout ce qui
pouvoit marquer la joye qu'il
avoit de revoir les François ,
I iij
102 MERCURE
& joüir des fruits d'une paix
qu'il avoit tant defirée . Je
fuis , Monfieur , voftre , & c.
A Lisbonne le 22. Dec. 1697.
Vous vous fouvenez que
je vous parlay il y a quelques
mois d'un Enfant , fur la lan .
gue duquel on voyoit paroître
differentes lettres bien
marquées , en differens jours .
On a demandé là deffus le
fentiment des Sçavans, & voi,
cy ce qui m'a efté envoyé.
·
GALANT
103
SENTIMENT DE M P **
e fur le prétendu prodige de
l'Enfant de Tours.
По
en
Ce
E qu'on a rapporté dans ›
le Mercure du mois de
Decembre , au fujet de cet
es Enfant , dont la langue paroift
marquée de certaines
lettres , qui s'évanouiffent en
un temps , & à la place def
quelles on en voit de nouvel
les dans un autre , eft fi merveilleux
, que les Sçavans , &
ceux qui s'appliquent à la recherche
des chofes naturelles
, femblent eſtre engagez
rs..
I iiij
104 MERCURE
à l'examiner ferieuſement
pour en découvrir la caufe ;
mais il faut auparavant eftre
affuré de la verité du fait , car
on voit fouvent des perfonnes
expliquer des évenemens
qui n'ont aucun fondement
dans la nature , & qui ne font
autre chofe qu'une fauffe fuppofition
, ou pour abuſer de
la fimplicité des credules , ou
pour faire railonner les Curieux.
On en a vû de nos jours
un exemple affez remarquable
, où plufieurs le font ef
forcez d'expliquer la caufe de
ces effets imaginaires . C'eft de
GALANT. 105
la Baguette que je parle ; mais
cette impofture n'ayant aucun
fondement raisonnable , fur
prefque aufitoft détruite que
découverte. Ainfi dans ce cascy
il faut entierement s'affurer
des circonftances. Il faut
voir files Parens de l'Enfant
ne font point engagez à pu-
છે
blier la chofe par intereft, ou
par quelque cauſe qui n'eſt
pas connue. Il y a tant de
moyens de produire des effets
femblables
à ceux cy , que
l'on n'en doit point eftre furpris.
On peut par des corrofifs
, comme avec des Cantha106
MERCURE
rides , de l'eau forte , des pier
res Cauftiques , écrire & imprimer
fur la langue de cet
Enfant tous ces caracteres , & !
beaucoup d'autres chofes. On
peut auffi avec des caracteres
de fer un peu chauds produire :
de pareils effets . La delica
teffe de la partie , principalement
dans cet âge , la couleur
blanche ou rouge , qu'on dit
que ces lettres ont , & qu'elles
paroiffent élevées au deflus
du refte de la furface de la lan
gue , tout cela femble affez
favorifer ce que j'avance ; car
onvoit que ces parties modé.:
GALANT. 107
rément cauterifées prennent
cettte difpofition . Il y a auffi
des Simples qui peuvent pro
duire de pareils effets , & l'on
fçait que les Femmes s'en appliquent
au vifage pour en
ofter la peau , & pour donner à
leur teint un peu de ce poli &
de cet éclat que l'âge ouqu'un
mauvais temperament efface
ordinairement. On fçait aufli
que par une pareille cauſe le
Serpent quitte la dépouille au
Printemps , & fe reveft d'une
peau nouvelle ; car il vit pour
lors de ces fortes d'herbes ,
qui ont acquis une nouvelle
108 MERCURE
force par la circulation de la
feve , & des parties falines qui
y font portées en abondance ,
& fon fang devenant alors
plusfpiritueux & bouillonnant
s'éleve vers les parties exterieures
, en caufant de grandes
fermentations entre la
chair & la peau. Il la fait bourfoufler
, & quand les petites
bubettes qui s'y font formées
fe fechent , elle fe déchire , &
commence à fe détacher , &
enfin la continuelle agitation
fait cet animal , pour fe que
débaraffer de cette peau inu.
tile , acheve de l'en dégaGALANT.
109
ger tout - à fait. On doutera
d'autant moins de ce que je
dis , fil'on confidere
ere que le
Medecins ordonnent
ces animaux
pour purifier le fang ,
& que c'eft dans le
c'eft dans le temps
qu'on en uſe , qu'on eft le
plus échauffé , par des raiſons
femblables
à celles que l'on
vient de rapporter
.
Mais pour revenir au ſujet ,
il feroit à fouhaiter que des
perfonnes defintereffées vouluffent
bien prendre le foin
d'examiner cet enfant , & que
l'ayant chez eux , perfonne de
fufpect n'en approchaft , ou
110 MERCURE
OP
s'il eft encore au pouvoir de
fa nourrice , on en devroit examiner
les tettons , car avec
quelque corrofif , comme j'ay
déja dit , on peut fort bien
écrire fous le mammelon tous
ces caracteres , qui n'ayant
pas affez de force pour y faire
impreffion , ne laifferoient
pourtant pas de marquer fur
la langue de l'enfant , qui eft
beaucoup plus tendre , & d'y
caufer des cauterifations capables
d'y faire voir ces mêmes
choles. Enfin lors qu'on
fera affuré du fait , & de fes
circonftances, on tâchera d'en
GALANT: III
effets
donner une explication naturelle
, & l'on ne fera peut - eltre
spas faché de voir une diſſertastion
allez curieule , fur ce
qu'on nomme des Envies
où l'on explique leur caufe ,
leur nature , & leurs effe
les plus furprenans , & où
l'on verra ficet accident fuppofé
qu'il foit veritable , y
peut eftre rapporté. On peut
cependant remarquer au fujet
de ces fortes de chofes qui paroiffent
extraordinaires &
même de
beaucoup d'aur d'autres,
que la préoccupation y fait
beaucoup. Il fuffic qu'une
₹
12 MERCURE
L
chofe revienne quelque peu
à l'idée qu'on aura d'une autre
, pour croire que c'eſt la
même.C'eft ainfi que quelque
< trait bizarre , caufé par quel
que fermentation
, fur la lan .
gue de cet Enfant , peut réveiller
l'idée de ces lettres , de
méme que quand on regarde
les inégalitez d'un mur mal
crépi dans un lieu fombre,
on penfe y voir des figures
deffinées , qui ne font que
dans l'imagination de celuy
qui croit les voir , puifqu'une
autre perfonne en verra
de differentes au même enGALANT:
113
'droit ; & c'eft encore une chofe
affez plaifante que les conjectures
que chacun tire de
ces fortes d'événemens ; felon
qu'il y eft intereffé , les prefages
, les pronoftics qu'on en
fait , pour le Gouvernement
& pour l'Etat , & fi c'euft efté
au temps des Anciens , & dans
un Siecle un peu plus credule
que le noftre , je ne doute pas
qu'on n'euft cru qu'un tel prodige
préfageoit de grandes
guerres , des batailles , & autres
chofes femblables , &
qu'on n'eût convoqué lesHarufpices
, & les Devins pour
Mars 1698. K
114 MERCURE
épeler & affembler toutes ces
lettres , & y trouver des Oracles
auffi fûrs que ceux qu'on
lifoit fur les feuilles de la Sybile
, aprés les avoir affemblées
.
Une autre perfonne a écrit
que les Medecins & Chirur .
giens qui ont vû & viſité cet
Enfant , ont raifon de dire
que ces lettres formées fur fa
langue ne viennent pas de l'i ,
magination de la Mere dans le
temps de la conception , &
qu'en l'année 1656. le 27.
Áouſt à neuf heures quinze
minuttes du foir , naquit une
2
GALANT is
Fille ayant le ventre femé de
Fleurs de lis fans nombre ,
comme en Banniere de France.
Ces Fleurs de lis eftoient
élevées fur la peau de même
qu'une cloche , qui auroit efté
produite par une brûlure , Cependant
elles eftoient changeantes
, c'est à dire , qu'elles
changeoient en de certains .
jours , & qu'en d'autres temps
elles revenoient aux mêmes
endroits. Ainfi l'on peut juger,
ajoûte celuy qui rapporte cet
évenement , que c'eftoit l'étoi
le afcendante qui agiffoit en
cela , puifqu'à dix heures fept
K ij.
116 MERCURE
minuttes trente fecondes , la⋅
Mere accoucha d'un fecond
enfant qui n'avoit qu'une
feule Fleur de Lis en un autre
endroit. Cela venoit de ce
que ces Enfans qui eſtoient
de different fexe , eftoient nez
en differente heure ; fçavoir
à une heure un demi - quart
moins l'un de l'autre , fous un
different Signe afcendant , la
Fille à la fin du Taureau , & le
Garçon au commencement
des Jumeaux. On prie donc
de donner l'année de la naiffance
de l'Enfant quia la langue
marquée de diverfes letGALANT:
127
tres , afin qu'on puiffe raiſonner
jufte fur un tel prodige:
II feroit même important de
fçavoir le pays où il eft né , &
le degré de l'élevation du
Pôle.
Jamais il n'y eut tant d'ar.
deur pour les belles Lettres .
Elle doit eftre grande , puis
qu'on propofe des Prix de tous
coftez pour les Ouvrages d'ef
prit. C'est ce que vous connoiftrez
par le Programme
qu'une Societté de Touloufe
vient de publier. En voi,
cy les termes.
13 MERCURE
PRIX PROPOSEZ
A Societé des belles Lettres
L
formée de
plusieurs
perfon.
nes depuis long- temps apliquées .
aux exercice d'efprit , fent redoubler
le zele , que la Paix doit inf
pirer à tous ceux qui ont du bon
goût pour l'avancement des Sciences
des Arts. Elle eftoit convaincuëpar
fon experience , qu'il
n'y a point de moyen plus propre à
reveiller l'émulation , que celui de
diftribuer des prix. C'est dans
cette veuë , qu'appliquée à rechercher
le goût le plus general du fié:
GALANT. II
cle , elle découvre de nouvelles
voyes pour lefatisfaire. La Traduction
des meilleurs Ouvrages de
l'Antiquité , l'Hiftoire des Nations
, les vies des grands Hommes,
les découvertes enfin des Problemes
de la Phyfique , & des
Mathematiques également utiles
pour perfectionner les Sciences &
les Arts ; toutes ces matieres qui
font l'occupation de tant de celebres
Ecrivains , luyfourniffent de
grands fujets pour fes Prix . Elle
en donnera trois Le premier fera
pour la traduction Françoiſe d'une
des Oraifons de Ciceron marquées
enfuite , & dont elle laiffe lechoi,x
120 MERCURE
aux pretendans. Ces fujets feront
les quatre Catilinaires , les trois
premieres Philippiques , les Orai■
fons , pour Dejotarus , pour Mi.
lon , pour Marcellus , pour Liga.
rius , & pour la loy Manilia.
Le fecond Prix fera ajugé à celuy
qui fera avec plus de jufteffe le
recit hiftorique de la conjuration
des Pazzi de Florence. Et le troi
fieme , fera diftribué à celuy qui
montrera avec le plus de folidité
quelle eft la veritable caufe de la
Chute des corps pefans . Lepremier
prix, qui eft une Medaille d'Or de
la valeur de dix à douze Louis
ne fera diftribué que le jour de
S. Louis
GALANT: 121
3
'Zouis de l'année prochaine 1699.
afin de donner le temps aux Auseurs
de polir leurs Ouvrages. Les
autres prix, quifont des Medailles
d'Argent , feront diftribue
cette année 1698. Ces Medailles
repreſentent
d'un côté une Pallas ,
qui donne un prix , & de l'autre
des Rayons de Miel avec ces pa-.
roles , condita labore , qui en
font l'ame. Cette dewiſe eſt auſſi
celle de la Compagnie qui apris le
nom de Societé des belles Lettres
; nom qui n'a rien d'ambi.
tieux, mais quifait parfaitement
connoiftre fon inclination & fon.
genie. Ceux qui auronı travaillé
Mars 1698. L
122 MERCURE
pour les prix , envoyeront les pie
ces chez Mr Martel , logé dans
la Paroiffe faint Sernin prés des
Religieufes de la Vifitation. Ils
accompagneront leurs Ouvrages ,
d'une Sentence écrite deleur mains
c de leur paraphe ; mais s'ils ne
peuvent pas affifter à la diftribution
des Prix , ils envoyeront une
copie de leurs Ouvrages avec la
Sentence dont ils auront fait le
choix , & leur paraphe à ceux
qu'ils auront priez de les venir
recevoir. La Compagnie ne rece→ ·
vra des Pieces que jufqu'au 25 .
du mois de fuillet . Elle enfera en
fuite la diftribution
le 25.
du mois
GALANT 123
Ak
Aouft,dans lamaifon de M de
Mondran , où elle fait fes exerci
ces ordinaires ; & fi ceft inviter
par fon exemple le Public à tra
vailler , que depromettre de donner
tous les ans un Recueil de diverfes
Pieces d'efprit , elle le fait , afin que
L'experience qui luy aura faitfentir
combien il coute à polir des Ouvra.
ges , l'accoutume à eftre indulgent
pour ceux d'autruy s'ils ne font
pasfans defaut , & en même temps
équitable dans fes jugemens.
Sila Ville de Toulouſe fe
diftingue par les dive
Laveries
Compagnies de gens de Lettres
quis'y font formées , elle
Lij
124 MERCURE
ne le fait pas moins dans tou
tes les occafions qui s'offrent
de marquer fon zèle pour fon
Souverain, Ainfi vous jugez
bien que les réjoüiffances y
onc efté grandes pour la Paix.
Il s'yen eft fait de particulieres
par les Peres de la Doctrine
Chreftienne du College de
l'Esquille , dont vous trouverez
les circonstances dans la
Lettre que vous allez lire.
A MONSIEUR ***
MONSIEUR,
On vous a fort parlé , me
GALANT 125
dites-vous , des réjouiffances
que les Peres de la Doctrine
Chreftienne du College de
l'Efquille de Toulouſe viencent
de faire pour la Paix , &
vous fouhaitez d'en apprendre
le détail. Il eft jufte de
Vous contenter. La chofe eft
C digne de voſtre curiofité . Ces
Peres ont fait paroiftre dans
cette occafion tout le zele
poffible pour lagloire du Roy,
C'est une fefte de trois jours
qu'ils viennent de celebrer.
D'abord ils firent diftribuer
des Programmes dans toute
la Ville , pour avertir le Public
L'iij
126 MERCURE
de ce qu'ils devoient faire
chaque jour-
Le premier jour , qui fut le
quatrième de Février , & lé
huitiéme aprés la publication
de la Paix avec l'Empereur &
l'Empire , le R. P. Gaillardy ,
Profeffeur de Rhetorique
,
prononça un Difcours Latin ,
oùil renferma les deux fujets
de noftre joye , la Paix & le
Mariage de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , qui luy
fervirent de divifion Dans fon
Exorde il ne fit que donner
une idée de fon fujet , & faire
femarquer les rapports qui fe
GALANT. 127
UP
trouvoient entre les deux par
ties de fon Difcours . Toute
fa premiere partie tendit à
faire voir que la Paix que le
Roy vient de donner à l'Europe
, eft le Chef- d'oeuvre le
plus accompli de fon regne
glorieux. Il s'attacha dés le
commencement à montrer la
difficulté qu'il y avoit à la conclurre.
reprefenta la fureur
des Heretiques refugiez , la
buiffance de nos Ennemis .
6
feur jaloux defefpoir dans
-leurs défaites
continuelles ;
mais fur tout ce funefte &
prodigieux aveuglement qui
Liiij
128 MERCURE
leur faifoit mépriſer leurs
maux veritables , pour fuivre
de vaines eſperances. Il releva
enfuite la ſageſſe du Roy, qui
déconcertant les deffeins de
la Ligue la plus formidable
qui fut jamais , avoit enfin
contraint les Alliez d'accepter
les conditions de Paix , que fa
feule bonté leur avoit fi fouvent
offertes. Il n'oublia pas
la moderation
de ce grand
Prince , la generofité , la patience
; mais fur tout il s'étendit
fur fon amour pour les peu
ples , fur fon zele pour la Religion
, & par des comparai
GALANT. 129
fons courtes & vives qu'il fit
de fes actions les plus glorieu.
fes avec la Paix , qui eftoit le
fujet de fon Eloge , il trouva
le moyen d'embellir fon Difcours
de tous les plus beaux
traits de fa vie. Dans la feconde
partie il dit d'abord , que ce
n'eftoit pas fans raiſon que
tous les hommes , fur tout les
Grands & les Princes , ſouhaihaitent
avec paffion de laiffer
aprés eux une pofterité nombreufe
, puis que c'eftoit le
moyen le plus certain de s'affurer
, autant qu'on le peut
fur la terre , cette immortalité
$130 MERCURE
don't le defir eft fi naturel au
coeur de l'homme. Enfuite il
montra que jamais Prince
n'avoit eus en ce point fes
-voeux plus pleinement fatisfaits
que le Roy ; que non.
-feulement c'eftoit une chofe
fans exemple dans l'Hiftoire
de France , qu'un Roy cuft
amarié fon Petit fils ; mais que
même on ne trouvoit pas que
ales Rois du Peuple de Dieu ,
-qui eftoient les plus chers à
ſes yeux , & à qui il avoit promis
une pofterité fans fin ,
seuffent eu cet avantage . Il
bajoûta qu'il eftoit jufte que
GALANT. 131
de
ce privilege fingulier Fuſt réfervé
pour un Roy , que le
Ciel avoit pris foin d'orner
fuy même de tant de vertus .
1 tomba apres fur les loüan
ges de Monfeigneur ,
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, & de Madame la Ducheffe
de Bourgogne . Sur la
fin il adreffa fon difcours à la
France , & il dit que fi le Roy
par mille actions glorieufes ,
mais for tout par la Paix quii
venoit de luy donner , avoit
affure fon repos , le mariage
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne devoit luy faire
C
132 MERCURE
efperer que fon bonheur du
reroit auffi longtemps
que la
Race des Bourbons luy fourniroit
des Heros , qui avec le
Sang de LOUIS heriteroient
de les vertus, Ce fut dans la
Chapelle du College que ce
Difcours fut prononcé , L'affemblée
fut nombreufe
&
tres belle. Le Parlement s'y
trouva , l'Univerfité , M's les
Capitouls , avec quantité de
gens de Lettres & de diftinction
, qui avoient efté atti
rez par le defir d'entendre parler
des bienfaits incompara
bles d'un Roy , qui ſacrifie les
GALANT 133
propres interefts au repos de
fes Peuples. Tout le monde
fe retira tres- fatisfait de l'Orateur,
& on trouva beaucoup
de netteté dans fon ftile , de
= pureté dans les expreffions ,
& de naturel dans les penfées.
Le fecond jour , feprieme
de Février , le R. P. Vayfliere
fit reprefenter une Piece de
Theatre, dont le Heros eftoit
Achille. Elle estoit allegorique
, auffibien que les Balets
dont elle eftoit ornée , & l'on
y pouvoit remarquer une Paix
fouhaitée avec empreffement
,
recherchée avec ardeur , &
134 MERCURE
celebrée avec joye dans le Pa.
lais du Roy Lycomede . Elle
fur accompagnée d'intermedes
, qui furent en partie réci
tez , & en partie chantez. Le
fujet en eftoit l'Herefie bannie
pour toujours de la Fran
ce par le retour de la Paix.
On n'y avoit pas oublié le
Mariage de Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , & il au
roit efté malaifé de le faire
dans une Piece deſtinée à
chanter une Paix ,avec laquel
le on fçait affez qu'il a des
rapports fi neceffaires. Ce fut
dans l'Hoftel de Ville qu'elle.
GALANT 135
là
fur reprefentée . L'affemblée
fut encore plus belle ce jour
que le premier. Le Parlement
y affifta. Il y eut un
grand concours de Dames de
la premieré qualité. Mrs les
Capitouls, toujours zelez pour
les interefts de Sa Majefte , ne
manquerent pas auffi de s'y
trouver . Enfin chacun s'em
preffa d'affifter à un spectacle
confacré à la gloire du Roy;
& l'on ne comprit jamais
mieux le plaifir extrême que
ceux de Toulouſe ont d'entendre
les louanges d'un fi
grand Prince. La Piece eut
136 MERCURE
tout le fuccés qu'on avoit efperé
. L'affemblée fe retira fort
fatisfaite de l'Auteur & des
Acteurs , & l'on ne ſe plaignit
que de la trop grande foule:
La Mufique fur trouvée d'un
gouft merveilleux . Elle eftoit
de la compofition de M' Aphroidize
, Maitre de Muſi
que du Chapitre de S. Sernin,
Le troifiéme jour , huitiéme
de Fevrier, eftoit deſtiné pour
les illuminations & pour le
Feu d'artifice. Au milieu des
fanfares & des acclamations,
on vit à l'entrée de la nuit
toute la grande Galerie du
College
GALANT. 137
College éclairée de plus de
deux mille lumieres. L'ar
rangement en eftoit fi merveilleux
, & le fpectable qu'
elles offroient eftoit fi agreable
à la veuë , qu'il feroit malailé
d'en faire une fidelle peinture.
Cette Galerie a prés de
quarante toifes de longueur.
Sur la corniche qui regne entre
un double rang d'arceaux
les uns fur les autres , paroif,
foit un rang de lumieres
compofé de lampes , de piramides
en feu , & de falots aux
Armes de France , garnie de
bougies le tout placé alter
Mars 1698.
:
M
138 MERCURE
nativement , & en égale diftance
. Plus haut , & prefque
au défaut des piramides , on
voyoit regner fur l'apuy de la
Galerie un fecond rang d'illuminations
, de mefme lon.
gueur & de melme fimetrie
que le premier. Il y avoit visà
vis, quantité de petites lam
pes, qui éclairoient l'interieur
de la Galerie. A chaque pi
laftre répondoient des pira
mides , qui montoient beaucoup
plus haut que les autres;
& chaque arceau eftoit éga
lement garni de lumieres de
chaque côté, depuis les im
IM.
GALANT. 139
•
poftes jusques à la clef; mais
celuy du milieu attiroit les
-yeux de tout le monde. Il étoit
reduit en quarré , & orné
de tapifferie . Dans l'enfoncement
eftoit le portrait du
Roy. De la corniche vers l'a-
: puy de cet arceau s'élevoient
trois piramides ardentes , de
beaucoup plus grandes que
toutes les autres . Les deux
côtez de l'ouverture quarrée
eftoient ornez chacun d'une
double colomne de lumieres.
Au milieu de ce grand éclar ,
immediatement au deffous du
portrait , paroiffoit un grand
8
Mij
140 MERCURE
Vive le Roy , en caracteres lu
mineux . Il fe rencontra mefme
heureufement
que la Galerie
faiſant fur le milieu un
angle rentrant, tous les rayons
venoient fe reünir à cet arceau
, comme à leur centre ;
ce qui produifoit un tel effet
fur les efprits , qu'on ne pou
voit fe défendre d'une fecrete
joye , ni de benir la main
bien-faifante qui nous donne
la Paix . Au milieu de la cour,
eftoit le Feu d'artifice. Ceux
qui y jetterent les yeux avec
quelque aplication , compri
rent aifement que dans la de
GALANT: 141
coration on avoit voulu repreſenter
les mefmes vertus ,
qui avoient déja fervi de matiere
à l'éloquence & à la Poëfie
, l'amour du Roy pour fes
peuples , fa moderation , fa
prudence , fon zele pour la
Religion , l'Herefie , ſource fatale
de cette guerre , bannie
à jamais ; enfin les fruits & les
avantages qui naiſſent de la
Paix.
Sur une plate- forme quarrée
de trente pieds de face , & de
vingt pieds de hauteur s'élevoient
quatre groffes tours ,
qui fe communiquoient par
142 MERCUR
E
autant de galeries ornées de
diverfes devifes. Au deffus on
voyoit un autre rang de galeries
moins longues que les pre
mieres, où devoit eftre le fort
du feu. Plus haut regnoit une
efpece de Donjon de figure
quarrée, dont les faces étoient
quatre Tableaux de fix pieds
de large & de huit pieds de
haut , & le tout eftoit furmonté
par une figure, qui reprefentoit
la Religion , fou
lant aux pieds l'Herefie , &
foutenue par le genie de la
France , à qui elle préfentoic
ces paroles :
GALANT. 143
Regis me dextra tuetur.
1. C'eft le bras de Louis qui me
fait triompher.
Dans la decoration d'un
ſpectacle , dreffé à la gloire
du Roy tres Chreftien , qui
par mille marques illuftres de
fon zele pour la Religion a
toûjours fait voir que ce n'étoit
pas en vain qu'il portoft
un fi beau nom , & qui par la
Paix qu'il vient d'affurer à fes
Etats , donne enfin le dernier
coup à l'Herefie , on a cru
qu'on ne pouvoit trouver de
Couronnement
plus propre ,
ni plus conforme , & qu'il ne
1
144 MERCURE
devoit y avoir d'autre figure
dominante que celle de la
Religion. Les Emblêmes des
tableaux, qui eftoient aux quatre
faces du Donjon , exprimoient
d'une maniere allego.
rique , que c'eft uniquement
à la fageffe du Roy , à la clemence
, à la valeur, à fa bonté ,
que l'Europe doit la paix.
Le premier Tableau , qui
eftoit vis -à- vis de la galerie du
College, reprefentoit Hercule
couronné de Palmes & de
Lauriers , & calmant les flots
d'une mer,
ou l'on voyoit plu-
+
fieurs vaiffeaux arriver enfin
heureuGALANT:
145
heureuſement dans le Port ,
aprés avoir efté long - temps
battus de la tempefte , avec
çes mors : monat al ac
•199 Palmis parta quies, ip,
~ Par mille exploits divers il
fait nôtre repos.
Il feroit inutile de faire re
marquer que les avantages
continuels que le Roy a cus
fur fes Ennemis durant cette
guerre, n'ont pas peu contribué
à la terminer. Chacun
fçait que s'ils n'ont pû s'empêcher
de ſe rendre à fa moderation
, ils n'ont pas moins
redouté la valeur & que ja
Mars 169, N
146 MERCURE
maisonh'a eu plus de raifon
de dire que la victoire a produit
la Paix.
Dans le fecond Tableau ,
qui regardoit de grand Portail
du College , on voyoit le
Dieu Mars , qui touché des
maux de la guerre , laiffoir
tomber de fes mains une épée
nue avec ces paroles qui ex
pliquoient l'allegorie.
Vincit plebis amor.
L'amour defes Sujets luy fait
pofer les armes.
On voit briller tant de
vertus dans cette marque fi.
gnalée , que le Roy vient de
GALANT: 147
'donner de fon amour pour
fes peuples ; & la paix nous
prefente un caractere de gloi .
re , fi fingulier
& fi inoüy
dans les fiecles paffez , qu'on
ne peut guere s'empêcher
de
fe declarer en la faveur , &
d'avouer
ingeniment , qu'il
n'est rien qui soit plus digne
de nos admirations
, & qui
merite mieux tous les éloges
de l'Eloquence
& de la Poë-
Lie. C'est pour exprimer cette
penſée ,qu'on avoit repreſenté
dans la
troifiéme peinture ,
qui eftoit placée à la droite
de la cour , une Mule à qui
Nij
148 MERCURE
Apollon preſentoit des Palmes
, avec une branche d'O .
livier , & qui tournoit tous fes
regards vers le Simbole de la
Paix , avec ce demi vers :
Magis delector olivá.
Les douceurs de la Paix ont
pour moy plus de charmes.
Le dernier Tableau reprefentoit
les Geans que Jupiter
accabloit fous les montagnes
qu'ils avoient jettées contre
le ciel , avec ce vers d'Ovide:
Vertit in authores pondera
vafta fuos.
Pour les vaincre il fe fert de
leurs rebelles traits.
GALANT.
149
Il est aisé de
comprendre
que c'eft principalement
les
Heretiques du Roïaume qu'on
a voulu
marquer par cette
Emblême . Sans rapeller les
temps paffez , on avû ce qu'ils
ont entrepris encore aujourd'huy
contre la France ; mais
la fageffe du Roy a renversé
leurs deffeins , & a fait retom
ber fur eux, tout le poids d'une
guerre, où chacun fçait qu'ils
n'ont pas eu peu de part .
Les Deviles qu'on avoit
placées quatre à quatre entre
les tours , & qui fervoient
d'ornement aux quatre faces
Niij
ísó MERCURE
des premieres galeries , repre
fentoient la plufpart les fruits
& les avantages qu'on doit
attendre de la Paix , & des
foins infatigables du Grand
Prince, qui aprés avoir donné
le repos à fes peuples, ne ceffe
point de s'apliquer à augmenter
leur bonheur. Cette
aplication continuelle du Roy
au bien de fes Sujets , eftoit
marquée par un Soleil , qui
aprés avoir diffipé des orages
& des tempêtes , continue à
éclairer le monde fans aucune
interruption , avec ce vers
d'Horace :
GALANT. agr
Nullum àlabore me reclinat
phum lenger ticalo ak
Le repos n'a jamais interrompa
mon cours, qug
Le commerce toûjours fuivi
de l'abondance , & le réta
bliffement des beaux Arts,
font les fruits les plus confderables
de la Paix. On avoit
exprimé le retour du premier
par des Ports enrichis de marchandiles
étrangeres , que des
vaiffeaux aportoient de tous
côtez , avec ces mots :
Hat Pax alma tulite 15
Du retour de la Paix tels font
les benneuxfruits,
Niiij
152 MERCURE
Le rétabliſſement des beaux
Arts eftoit repreſenté par les
Inftrumens de divers Arts
qui paroiffoient avoir efté
long- temps negligez, & qu'on
commençoit de remettre en
ufage. L'ame de cette deviſe
eftoit ::
13
Pax reddidit ufum.
La Paix qui lesforma, les remet
on ufage.
Ces deux choſes eftoient
encore exprimées dans plufieurs
autres devifes . Les autres
repreſentoient le mariage
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne, & les obligations
GALANT. 153
3
a
que nous avons à cet heureux
lien , qui eft le commencement
, & comme la fource de
nôtre repos. Cette penfée étoit
fur tout heureufement
exprimée par deux Alcions ,
qui s'eftant unis enſemble
pour faire leur petit nid ,
voient caufé fur la mer une
tranquillité inalterable , avec
ces mots de Virgile :
Ventos tempeftatefque ferenant.
Leur union calme lorage.
L'on eftoit occupé à lire
ces devifes , & à fuivre des
yeux un grand nombre de fufée
volantes, qu'on tira avant
2
154 MERCURE
que le Feu d'artifice commen
çât à jouer , quand la foule fe
vit tout- à- coup écartée par
une grande quantité de ferpenteaux
qui couvrirent toute
la cour. Ce fpectacle ayant attiré
tous les regards , on vit
avec plaifir s'élever du milieu
de la façade qui regardoit la
galerie , un fecond Vive le Roy,
d'un grand pied de haut , for.
mé par de vives flammes , qui
durerent prefque autant de
temps que que le Feu d'arci
fice. De l'ouverture des qua
tre tours , dont je vous ayparlé,
fortoient des tourbillons conGALANT:
155
tinuels de feu qui faifant paf
fageà un grand nombre de
fulées , boëtes & petards
tantôt fucceffivement , tantôt
tout à la fois , donnoient
toûjours un nouveau divertiffement
aux Spectateurs.
Tout feinbla concourir à faire
réüffir cette Fête , la ferenité
‹ du temps , l'obſcurité de la
nuit , le concours du peuple ,
& la prefence de Meffieurs
les Capitouls , qui voulurent
encore affifter à ce troifiéme
is
'
100
Spectacle.
Voilà , Monfieur , les principales
circonstances de la
156 MERCURE
Fête , dont vous m'avez dea
mandé le détail. Je fuis , &c.
Les Riceys , qui font trois
Bourgs au commencement
de la Bourgogne , fituez dans
- une belle vallée entre Bar fur-
Seine , Muffy - Levêque , Tonnerre
, & Chaſtillon fur Seine,
affez connus par leurs Vignobles
, fe font diftinguez dans
leurs rèjoüiffances
, mais particulierement
celuy qui porte
le nom de Ricey- le - Bas , fit
un feu de joye le 9. du mois
paffé , qui attira l'applaudiffe .
ment d'un nombre infini de
fpectateurs. L'échafaut avoit
GALANI 157
efté dreſſé dans la place qui
regarde la fuperbe Eglife dont
le Clocher eft un dés plus
beaux du Royaume , eftant
plus élevé que celuy de Chartres
, & vis à vis du Chafteau
du lieu . Cet échafaut avoir
quinze pieds de haut fur douze
de large , & chaque face
eftoit ornée d'un baluſtre qui
regnoit tout alentour . Les
quatre pilaftres qui le foute.
noient avec la frife & la cors
niche estoient d'un bel ordre
d'architecture. Sur la premie
re face eftoient écrits ces deux
Vers.
18 MERCURE
Tota tuis terra exultat , Lodoice
triumphis.
Hoc igne illuftri gaudia noftra
patent
Au milieu de la face pen-
'doit un Cartouche orné de
verdures & de rubans de differentes
couleurs , où eftoit .
écrit , Ludovico Regum majori . «
Aux deux coftez du Cartouche
estoient des guirlandes
de verdures , auffi entourées
de rubans , qui faifoient un
tres - bel effet , & à tou
tes les autres faces de même.
Au Cartouche qui pendoit
au milieu de la frile eftoit cetGALANT:
169
te Devile Quis in pofterum.
Aux quatre coins de l'échafaut
eftoient pofees quatre
pyramides tres bien peintes ,
fur les baluftres , avec un globe
& une grande Fleur de lis
deffüs. Au milieu eftoit un
piedestal qui avoit toutes les
faces peintes des Armes du
Roy , avec la Couronne fermée
au deffus , & des bran
thes d'oliviers ,
accompagnées
de feftons qui en compofoient
l'ornement. Sur ce piedeltal
eftoit une plus grande pyramide
, toute femée de Fleurs
de lis , un globe au deffus avec
160 MERCURE
les Armes du Roy en Fleurs
de lis d or, &un grand Soleil
éclatant d'or bruny. A coſté
de la pyramide eftoient deux
Anges en relief, qui tenoient
chacun un Cartouche avec fa
Deviſe d'une main , & de l'autre
une branche d'olivier . On
lifoit dans le premier , Totum
illuminat orbem , & dans le fecond
, Pofuit fines tuos pacem.
Un Ange parut au haut de
la tour du Chateau , & vint
mettre le feu à l'artifice , compolé
de lances à feu en tres.
grand nombre , dont le Soleil
en avoit une attachée au bout
GALANT. 161
•
de chaque rayon , de petards ,
de fauciffons , de pots à feu ,
de quantité de fufées , toutes
à ferpenteaux & à eftoiles .
Toute la jeuneffe du Bourg
eftoit tres -lefte & bieu armée,
au nombre de plus de deux
cens hommes tres bien fairs,
ayant des chapeaux bordez ,
avec quantité de rubans
blancs & bleus , & la plufpart
des bouquets de plumes . Cela
fefital iffue duTeDeum qui fut
chanté dans l'Eglife du licu ,
où affifterent tous les Habitans
au bruit de la moufqueterie
, du carillon des cloches ,
Mars 1698.
162 MERCURE
qui font en grand nombre ; &
fort agreables, & au bruit des
Orgues , Hautbois & Violons,
avec des Fifres & plufieurs
Tambours , le fameux Joueur
de Hautbois , qui a ſi ſouvent
joüé devant le Roy & Monfeigneur
, s'y eſtant auffi trouvé.
Enfuite le Capitaine donna
un grand repas à toute la
jeunelfe , où le vin ne fut pas
épargné. Le Lieutenant du
lieu regala auffi tous les Officiers
du Bailliage , & chacun
l'envi donna des marques de
la joye qu'il reffentoit.
Nogent le Rotrou , ProGALANT
163
vince du Perche , Generalité
d'Alençon , quoy que Bourg
feulement, mais le plus grand
du Royaume marqua lon zele
Jelas, de Janvier. La Cavalcade
du Maire & des Echevins,
accompagnez de trois Herauts
& de deux cens cinguan .
te des principaux, Bourgeois à
cheval, avec des Trompettes,
Timbales & Fifres pourla
publicacion de la Paix fuc
magnifique Lelende mein 46 .
le Te Deum fat chanté en action
de graces dans l'Eglife
Collegiale de Saint-Jean , pu
allifterent les Officierside
O ij
164 MERCURE
Hoftel de Ville , & la meil .
eure partie de la Bourgeoifie
Lau nombre de 800. hommes
fous lesarmes . Enfuité le Maire
alluma le feu dans la place
devant l'Hoftel de Ville , & la
Bourgeoisie yfut regalée de
vin. La nuit parut éclairée par
un nombre infini d'illumina .
tions ; ce qui fut fuivi d'un
magnifique repas donné aux
hommes de diftinction
nombre de quarante-deux , à
une rable en forme de fer &
cheval. Les Pauvres du lieu
fe fentirent de la fefte par la
diftribution qui leur fut faite
J
au
GALANT. Its
de plufieurs vivres le même
jour , & le lendemain on donnale
Bal & un repas ambigu
aux Dames , qui ne fut pas
moindre que
mes.
que celuy des hom ,
Moral sue
Les mêmes réjouiffances
font efté faites à Villenaufe.
Il y eût un fort grand bruit
de Canons , feux d'artifice ,
illuminations , & abondance
de toutes fortes de vins de
Champagne & de liqueurs .
M Rivor , Capitaine Major
de la Bourgeoifie , fit mettre
tout le monde fous les armes,
& la fefte dura huitionrs i
166 MERCURE
241
Mellire Jean de Tarmenyes
de Nointel, Maître des Requêtes
, dont je vous parlay le
mois dernier à l'occafion du
mariage de Madame des
Reaux fa loeur , a époufe Mademoifelle
de Maupeou, niéce
de Madame de Pontchartrain
& foeur de Madame Raüyn
d'Angervilliers , Tout le monde
fait que la maiſon de
Maupeon eft une des plus illuftres
de la Robe , alliée de
celles de Doujat , Verthamont
, Bignon , Talon , le
Févre de Caumartin , & de
plufieurs autres. Madame de
GALANT. 867
Nointel eft une jeune perlon ,
ne qui doit fon éducation à
-Madame de Pontchartrain, &
"c'est tout dire. Elle est agreable,
bienfaite , & d'une douceur
prevenante . Je n'ai rien
* à ajouter à ce que je vous ay dit
dem deNointel, finon qu'il eſt
parfaitement honête homme,
& veritablement bon Ami.
M™ de Montheureux , Confeiller
au Parlement de Befançon
, dont je vous appris
le mariage dans ma Lettre de
Janvier s'apelle Jobelor & non
Jobeler , & M de Polemieux
dont je vous parlay dans la
168 MERCURE
I
j
même Lettre , s'apelle de Ba
rannat , & non pas de Bacormat.
• Ceux qui envoyent des Memoires
prennent fi peu de foin
de bien écrire les noms propres
, qu'ils font caufe de
-cette forte d'erreur , où il eft'
difficile de ne pas tomber.
Le 16. du mois poffé , M
L'Abbé de Coiflin , Evêque
de Metz , & premier Aumônier
du Roy, fils de M' le Duc
de Goiflin & néveu du Cardinal
de ce nom , arriva à Metz,
& quoi qu'il euft fair pour y
arriver incognito , afin d'éviter
toutes les ceremonies d'une
Entrée
GALANT: 169
Entrée , il trouva neantmoins
à une lieuë de la Ville , tous
les Chanoines du Chapitre en
Surplis & en Aumufles. En
entrant dans la Ville , il futfa
lué de tous les Canons de la
Citadelle , toute la Garniſon
eltant fous les armes . Le len
demain il prit poffeffion de
fon Evêché. Il fit un tres beau
difcours en Latin , & donna
enfuite un magnifique Repas
â quarante Chanoines , ce qui
fur fuivi d'une diftribution de
deux mille livres aux Pauvres.
M Lambert de S. Pierre , Avocat
au Parlement, & Secre,
Mars 1698 . P
J
170 MERCURE
taire de M' le premier Prefi
dent de Metz , a fait fur ce
fujet les Vers fuivans , que l'on
a trouvez tres-beaux .
A Mr L'Evêque de Mer
Nfin Metz vous poffede , &
ces peuples heureux
E
Out fçû rendre le Ciel favorable à
leurs voeux ,
Vos vertus , dont le bruit remplit la
France entiere ,
Vont répandre à nos yeux leur plus
vive lumiere ,
Iflu de ce Heros , dont la noble
valeur
De l'Etat tant de fois releva la
fplendeur ,
Que les Arts rétablis , la Juſtice ;
Bellonne ,
Ont ceint fi juftement d'une triple
Couronne .
GALANT. 17
Quels que foient ces Heros , vous
les furpaffez tous ,
Ce qu'en eux on a vû fe réunit en
-1 vous.
Que fi vous n'allez pas , plein d'une
ardeur guerriere ,
Vous couvrir dans un camp d'une
noble pouffire,
Soldat de JESUS CHRIST , Paofteur
de fon Troupeau,
Vous brillez d'un éclat plus durable
& plus beau
En vain les voluptez avec leurs artifices
A vôtre ame innocente offrirent
leurs délices . Ralsto
En vain l'ambition avec des traits
Hateurs
Dés vos plus tendres ans vous pei-
* £ gnir les grandeurs.
Du Dieu que vous aimez une grace
Pij
172 MERCURE
Corvinvinciblesɔ 10:
Vous fit à leurs appas un coeur in.
acceffible ,
Et vous fit méprifer tous ces amufemens
Qui détournent toûjours les meil
: leurs fentimens,
Au lieu du vain orguëil , de la molle
indolence ,
Qui de nos coeurs foüillez corromsi
poient l'inuocence ,
Sous ce fage Prélat nous verrons
deformains ८
Regner la fainteté , la ferveur & la
paix ,
De l'Enfer indigné tout l'effort in
utile ,
Et le vice éperdu ne trouve point
d'azile.
Je vois déja fon peuple attentifà fa
voix
GALANT. 173
D'un Dieu crucifié fuivre les faintes
Loix , sic?
Charmé de fês veatus , de fa vive
éloquence
Au lieu des faux plaifits chercher la
penitence , eb
Vous qui du haut des Cieux conduifez
nôtre ſort ,
Qui tenez en vos mains & la vie &
la
mort,
Ne nous faites jamais fentir vôtre
colere.
Jufqu'à nous enlever une tête fi
chere ;
Que d'un Oncle zelé fidelle imitateur
Son mérite l'éleve au comble de
Phonneur ,
Qu'aprés a voir véçu plein de gloire
& d'années ,
Ses vertus dans le Ciel foient enfin
couronnées. P
174 MERCURE
J'oubliay de vous aprendre
la derniere fois , que le 20 du
mois paffé, le Roy avoit nommé
M' d'Audiffret , Gentilhomme
de Provence , pour
aller auprès du Duc de Man
touë en qualité de fon Envoyé
extraordinaire, Le len
demain Sa Majesté donna à
M' d'Audiffret , Lieutenant
au Regiment des Gardes Fran
çoifes , l'Aide majorité de ce
Regiment. Ils font Coufins
germains , d'une famille originaire,
de Piémont , établie
depuis long temps en Proyence
, & ils eurent l'honneur
GALANT. 175
t
de remercier Sa Majefté en
mefme
temps.
Vous me demandez des
nouvelles des Diverfitez curieufes
de M'Bordelon . Ce font
deux Volumes de Lettres remplies
de tout ce que l'on peuc
s'imaginer de plus galant , de
plus inftructif, & de plus fçavant.
On ne fçauroit foûhait
ter d'être éclaircy d'aucune
chofe de cette nature , dont
on n'ait des lumieres dans ce
Livre qui eft fi plein d'érudit
tion , qu'on peut affurer que
l'Auteur eft univerfel. I fe
debite chez le S' Urbain Cou
Piiij
76 MERCURE
telier, ruë S.Jacques au Coeurbon
& à S. Jofeph . '
Je vous envoiay le mois paffé
le Billet d'un Inconnu , qui répondoit
àcelui qui croit avoir
trouvé la Quadrature du Cer .
cle, & vous en allez lire la ré.
ponſe. Cette affaire fait beaucoup
de bruit parmy les Sçavans
, & celuy qui eft perfuadé
du fecret qu'il croit avoir
trouvé , parle d'une ma
niere a donner fujet de croire
qu'il pourroit ne s'être pas
tout à fait trompé .
GALANT. 177
REPONSE AU BILLET
de l'Inconnu , touchant la
Quadrature du Cercle.
JA
Ay veu le Probleme de Mr
de Meffange , Monfieur , lequel
aboutit à conſtruire un Carré
égal au cercle, par le moyen de la
quatorziéme
du fecond livre des
Elemens . Cela n'a rien de commun
avec les trois propofitions
quej'ay
faites, & ce n'est point du tour
ce que les Geometres demandent;
C'est la proportion precife , rationelle,
& comme nombre à nombre,
entre le Semi- diamettre du Cercle,
fa Circonference, C'eft dequoy
178 MERCURE
ils ont besoin pour l'exacte meſure
des Plans & Corps Spheriques ,
pour les obfervations Aftronomiques
, autrement il y a plus de
dx fept cens ans, qu'ils fe feroient
contentez de la proportion qu Ar.
chimede leur a donnée , fi elle avoit
pús'exprimer par nombres. Voilà,
Monfieur, ce que je propoſe , &
ce que j'apelle le veritable Theo .
reme de la Quadrature. Si je me
trompe dans le jugement que j'ay
fait du Probleme de Mr de Mef.
Jange , il ne tiendra qu'à vous de
me faire voir cette Precifion , que
je n'y ayfçu trouver, & que je
ne crois pas que de plus habiles
GALANT: 179
Gens que moy ,y puiffent rencon
trer.Jefuisperfuadé que bien d'au
tres penferont comme vous , fur
l'impoffibilité de trouver cette proportion
rationelle entre le Semi.
diamettre & la Circonference ;
mais c'est ce quifait le merite de
la chofe Pour ce qui eft de la ma
niere dont je propofe mon Theo
reme, comme l'on fit autrefois les
Livres Sibillins à Rome , s'il eft
veritable , je crois qu'il le merite
bien, s'ilne l'eft pas , du moins
je me feray precautionné par ce
moyen , contre l'incertitude où je
pourrois tomber après la publication
demonLivre,defçavoir en cas
180 MERCURE
qu'on n'y faffe point d'objection ,
fi c'est parce qu'il n'y a pas lieu'
d'y en faire , ou fi c'est parce que
l'Ouvrage n'en vaut n'en vaut pas la peine.
Jefuis , Monfieur , Vôtre c.
Le Samedy 15. du mois paffé
mourut à Paris, M ' Dufresnoy,
Seigneur de Fleury & de Gla
tigny , premier Commis de
M' le Marquis de Barbefieux
& Treforier de l'Ordre milifaire
de S. Louis. Il entra dans
le Service pendant le miniftere
de M' Defnoyers , Secretaire
d'Etar , à qui il fut donné
tout jeune par M' le CarGALANT:
181
dinal de Richelieu , pour le
former aux affaires . Son Ser .
vice eft fi ancien , qu'il a fait
les Ordres pour l'heureufe
Naiffance de Sa Majefté , qu'il
a toûjours continué de fervir
fous les Minifteres de M" le
Tellier, de Louvois , & de Barbefieux.
Nul homme n'a efté
plus generalement
aimé
eftimé & regretté , n'ayant
laiffé échaper aucune occafion
de faire plaiſir . Mad . du
Freſnoy la femme a eu l'honneur
d'être dix ans Dame du
Lit de la Reine . Il ne laiffe
point d'enfans mâles , ayant
182 MERCURE
perdu il y a trois ans fon fils
unique, Colonel d'Infanterie,
& en eftime d'un fort brave
homme. Il laiffe trois Filles ,
l'aînée veuve de feu M' le
Comte d'Alegre , de l'illuftre
& ancienne Maifon d'Alegre
originaire d'Auvergne ; la feconde,
mariée à M¹ le Comte
de Rochefort , aîné de la mai
fon de Chaftenay , qui ont
porté le nom de Lanty prés
de trois cens ans , l'une des
plus grandes de Bourgogne s
& la troïfiéme âgée de quinze
à
feize ans , fille .
Les Vers de l'Air nouveau
le Mar
t l'Vni
noy
la P
tendre, Can
平生
½fiere
Bellonge,
vous laisser conota
#
vers ne sent il pas vos traits.
'aixo n'estplus un bien Pour tous teque
V
-de voir tous les coeurs.souffrir comm tie ,
GALANT. 183 .
que vous trouverez icy gravé,
font de Mademoiſelle d'Ale
rac de la Charce, de la Tour
du Pin , & ils ont efté notez
par M' l'Abbé de Poiffy , qui
devient fort à la mode, nonfeulemen
tpour la Muſique,
qu'il ne fait que dans le deffein
de fe divertir , mais encore
pour tous les Ouvrages
d'efprit, qui font extremement
eftimez dans le beau monde.
AIR NOVUE AU.
Errible Mars , fiere Bel
lone, TEM
Vouslaiffez conclure la Paix,
184 MERCURE
Qu'est- ce qui vous étonne ?
Pourquoy tous l'Univers ne fent il
pas vos traits ?
Vous avez fait perir mon agreable
Alcandre ,
Pour moy la Paix n'eft plus un
bien.
Pour vous les pleurs que l'on me voit
repandre
-Voicy de vous ce que j'oze pretendre
,
C'eft de voir tous les coeurs fouffrir
comme le mien.
3
Mr le Comte de Teffé , fi
connu par fon rare merite &
par l'éclat de fes grandi Exploits
, vient de faire un voyage
en Normandie, pour y voir
Madame de Teflé fa four ,
nommée
GALANT. 118 :
nommée à l'Abbaye Royale
de la Trinité de Caën , par la
demiffion de Madame de Vau
celar. Ces deux illuftres Abbeffes
n'ont pas besoin d'éloges
après çeluy que le Roy en
a fait publiquement
à la nos
mination de Madame de Tef.
fé. Mile Comte²ſön frèrð entra
dans Caën précedé d'un
Regiment de Dragons , qui
eftoit allé deux heues audevant
de luy. Beaucoup de Cat
roffes & plufieurs Dames de
Qualité à chevalje vêtuës em
Amazones, l'accompagnerent
auffià ſon Entrée . Infût faluč
Mars 1698.
186 MERCURE
par M's de Ville & du Préfidial,
& vifité par la Nobleſſe
du Pays, Voicy la Harangue,
que luy fit Mi Renouf, Doyen
du S. Sepulchre de Caën ,
avec cette Dignité qui luy eſt
ordinaire.
T
MONSIEUR ;
Salomon remply d'une Sageffe
toute divine pour gouverner fon
Royaume , difois fouvent à fes,
Sujets que les grandes entrepriſes,
reüfiffoient par de bons confeils
& que c'eftoit à la Guerre fur
tout où l'on avoit befoin de conduite.
Vous l'avez enë , Monz
GALANT: 187
}
fieur, cette conduite defirée du Sage,
avec une valeur extraordinaire
qui a toujours fait heureusement
réuffer tous vos deffeins militaires
politiques , & qui vous a ſi
justement acquis le Ture glorieuse
de grand homme de Guerre &
d'Etat. Si la fagefe de notre in.
vincible Monarque , vous a con .
fie l'Ambaffade de la Paix , avec
Monfieur le Duc de Savoye ,
Si fa justice vous a donné des
Charges fi confiderables dans fa
Cour , dans fes Armées
ces Provinces
dans
cette Paix avec
la Savoye qui nous a procuré la
generale , qui a détruit pour jamais
Q ij
188 MERCURE
' Herefie dans ce Royaume , qui
nous a obtenu une des plus chirmantes
Princeffes de l'Univers ,
&que vous avez ménagée &
conclue avec une prudence &une
habileté qu'on ne peut aſſez louer,
fait qu'on vous regarde comme le
principe du bonheur de toute l'Europe
, la gloire de l'Etat , la joye
de l'Eglife , l'honneur de notre
Nation , le bien aimé & le defiré
de tout le monde. Nous devons
donc , Monfieur , nous estimer
tres heureux de vôtre arrivée en
cette Ville , puifqu'elle nous fait
naître l'occafion de vous honorer ,
&de vous marquer le plaifir que
GALANT. 189
nous reffentons d'avoir Madame
de Teffé vôtrefoeur,Abeſſe de cette
noble Abbaye , par fes eminentes
vertus , par la demiffion heroique
de Madame de Vaucelas, agréée
avec eftime de LOUIS LE
GRAND
, vous affurant ,
Monfieur, que nous offrirons tou
jours à Dieu nos Vaux & nos
Sacrifices pour la confervation de
voire illuftre Perfonne
.
A quelque chofe malheur
eft bon. L'avanture dont je
vais vous faire part juftifiera
ce proverbe. Une jeune Demoifelle
, toute aimable par
190 MERCURE
fon efprit & par fon humeur,'
& auffi comblée de graces du
cofté de la nature , que la fortune
s'en êcoit montrée avare
pour elle , vivoit avec une
Mere qui l'aimant fort tendrement
, le privoit de toutes
chofes pour avoir de quoy
fournir à la dépense que fait
une Fille qui eft en âge de
paroiftre dans le monde.
Comme elle eftoit d'une
beauté vive & éclatante , le
moindre ornement la faifoit
briller , & le foin qu'on avoit
eu de cultiver fa voix , qu'elle
avoit fort belle , & de luy
7
GALANT: 19 .
7
faire apprndre à toucher le
Claveffin , luy donnoit des
avantages qui luy attiroient
quantité d'Adorateurs . La
Mere les recevoit agréablement
, dans l'efperance que
quelqu'un d'entre eux feroit
affez touché, de fes charmes
pour la vouloir époufers mais,
le mariage eftant un engage
ment rrop important pour
s'y réfoudre fans y avoir fait
de longues reflexions, le manque
de bien dans la Demoi.
felle , eftoir un defaur qui éloi
gnoit les plus empreffez , fi
soft qu'on leur demandoit un
192 MERCURE
peu ferieufement quel eftoitt
le but de leurs affiduitez. Le'
mauvais eftat des affaires de
lá Belle , qui avoit fait naiſtre
en eux les injuſtes efperances
d'un agreable & frivole amu
fement,s'ils marquoient avoir
l'ame liberale , leur faifoit envifager
fa beauté comme un
bien qui periroit avec le bril
lant de ſa jeuneffe , & qui
n'ayant aucune foliditéne
pouvoit qu'eftre préjudicia
ble à leur fortune ; & larigide
vertu qu'elle oppofoit à leuts
proreftations , quand elles
eftoient accompagnées d'of
fres
GALANT: 193
fres qui pouvoient bleffer fa
gloire , détruifant fes elperances
, ils fe retiroient d'eux
mêmes d'un lieu tout rempli
de charmes pour eux , mais
où il falloit fe déclarer fi l'on
afpiroit à de frequentes vifites
. Cette loy n'eut rien de
rebutant pour un jeune Cavalier,
qui n'eut pas fi - toft rendu
fes premiers foins à la Belle
, qu'il en devint éperdû
ment amoureux. Il eftoir bien
fait , plus fage à vingt ans que
la plufpart ne le font à trente,
d'une humeur fort douce , &
propre au deffein qu'avoient
R Mars 1698.
194 MERCURE
la Mere & la Fille de trouver
un Epouleur , mais il avoit
un defaut qui ne laiffoit pas
de les effrayer. C'eft qu'il dépendoit
d'un Pere fevere, qui
eftant fort riche ne leur donnoit
pas fujet de croire qu'il
duft confentir à l'engagement
qu'ilpourroit prendre.LaBelle
qui fe fentit d'abord préve
nue pour luy par un panchant
qu'elle avoit peine à
combattre , pria fa Mere de
ne le point recevoir chez elle,
pour éviter l'embarras où elle
jugeoit qu'il pourroit mettre
fon coeur. Elle affecta ineſme
GALANT. 195
des manieres froides avec luy,
afin de le détourner d'une
paffion dont elle craignoit les
fuites. Cette froideur nefervit
qu'à l'enflâmer davantage, &
pour l'obliger à n'eftre pas
infenfible aux voeux qu'il luy
adteffoit , il luy offrit les plus
fortes affurances qu'elle pourroit
exiger de luy , pour la
convaincre qu'il l'aimoit parfaitement.
La Belle luy ré
pondit qu'elle le croyoit trop
éclairé pour ignorer que le
mariage eftoit la feule qu'elle
pouvoit recevoir ; qu'elle rétoit
perfuadée que s'il eftoit
Rij
196 MERCURE
maiftre de luy-même , il ne
balanceroit point à luy faire
part de fa fortune ; mais que
dépendant d'un Pere plein
d'ambition & fort abfolu , il ſe
flatoit înutilément , s'il eſperoit
luy pouvoir faire agréer
une recherche où l'inégalité
du bien mettoit des obftacles
invincibles ; qu'ainfi le meill
leur confeil qu'elle pouvoit
luy donner, eftoit qu'il tâchaft
de vaincre une paffion qui ne
pouvoit que luy actirer l'indignation
de fa Famille , &
qu'afin qu'elle n'euft rien à fe
reprocher à elle - même , elle
GALANT. 197
le privit de ne la plus voir ,
puis qu'auffi bien fon attachem
ne ne pouvoit fervir
qu'à donner lieu à de mauvais
contes , & à troubler fon
répos. Ce confeil eftoit prudent
, & la raifon faifoit voir
que c'eftoit le feul qu'il falloit
fuivre , mais dequoy efton
capable , quand l'amour a
commencé à eftre maître du
coeur ? Non feulement le Ca-
Valier trop épris ne s'en put
accommoder , mais la Belle
n'auroit pas efté contente s'il
eût effé affez fage pour chers,
cher à s'en fervir . Ils s'aban.
Riij
198 MERCURE
donnerent l'un & l'autre
leur panchant , & ne purent
refifter à la douceur qu'ils
trouverent à fe jurer qu'ils s'ai
meroient éternellement. Ils
ne voyoient pas à quoy cette
paffion devoit aboutir , mais
ils regardoient comme le plus
grand des maux la neceſſité
d'y renoncer , & ne pouvant
sy refoudre, ils arrendoient
,
fans rien efperer de favorable,
ce que le Ciel ordonneroit de
leur deftinée. Le Cavalier qui
ne fongeoit qu'aux moyens
de fe rendre heureux avec la
Belle, avoit un Ami qui voyoit
GALANT. 199
fon Pere affez familiérement,
& qui avoit grand pouvoir fur
fon efprit Il le mena chez la
Belle , & cet Ami luy trouva
tant de merite , qu'ébloüi
d'ailleurs de fa beauté , il ne
put blâmer l'amour qu'il avoit
pour elle. Ainfi il entra
dans la confidence de l'un &
de l'autre , fur tout ce qu'ils
reffentoient de tendreffe reciproque.
Le defir qu'il eut
de leur eftre utile , luy fit ac
cepter la commiffion de voir,
fans rien découvrir, fi le pere
avare aimeroit affez fon fils
pour luy laiſſer faire un choix
Riiij
200 MERCURE
qui puft contenter fon coeur
fans aucun égard à la fortune.
Il le trouva entierement éloigné
de ce fentiment. L'amour
du bien qui le poffedoit l'avoit
obligé de jetter les yeux
fur une riche Heritiere , qui
n'avoit encore que douze à
treize ans , & il eftoit demeuré
d'accord avec fon Tateur
qu'il luy feroit épouſer ſon fils
fitôt qu'elle en auroit quinze.
Ce mariage arrêté en quelque
forte , affligea beaucoup la
Belle , qui pria tout de nouveau
fon Amant de ne la plus
voir ,puifqu'on l'avoit deftiné
GALANT. 201
ailleurs , & qu'il n'y avoit pas
d'apparence qu'il pût réfifter
aux ordres preffans qu'on luy
donneroit, pour luy faire exécuter
ce que l'on avoit arrêté
fans luy , avec des avantages
tres confiderables. Ce n'eftoit
point fans raifon que la Belle
s'alarmoit. Elle pouffa fi loin
fes inquiétudes,queleCavalier
ne la pouvant raffûrer par fes
fermens , offrit de l'époufer .
en fecret , pour fe mettre hors
d'état d'eftre vaincu par tout
ce que pourroit employer fon
Pere , pour l'obliger à effectuer
le mariage qu'il avoit
202 MERCURE
conclu avec le Tuteur de l'He.
ritiere. Le Cavalier , quoi que
jeune , eftoit connu pour un
homme incapable de faire
une lâcheté , & la Belle ayant
confulté fa Mere fur ce qu'il
luy propofoit , crut ne rien
hazarder en y confentant ,
qu'une vie un peu contrainte
par le fecret qu'il faudroit garder
, jufqu'à ce qu'on pût le
tompre avec quelque fûreté.
On figna un Contrat de mariage
, & il fut fait en prefence
de l'Amy qu'on fut bien ,
aife d'y voir fervir de témoin .
On ne fçauroit exprimer la
GALANT 203
joye que goûterent la Belle &
le Cavalier dans la parfaite
union où ils vêcurent. Le nom
d'Epoux ne leur oftoit point
celuy d'Amans , & les mesures
qu'ils eftoient contraints de
prendre, pour cacher aux yeux
du monde ce qui n'auroit
pú eftre découvert
, fans que
cette connoiffance leur eût
attiré les plus facheux em
barras , leur faifoient trouver
dans leurs entrevûës mille &
mille charmes , qui font incon
nus a ceux qu'une entiere liberté
laiffe en état de n'avoir
point de defirs à faire. Ils ne
204 MERCURE
perdoient aucune occafion de
paffer les jours enſemble,mais
quoy qu'ils le viffent le plus
fouvent qu'ils pouvoient
, ce
n'eftoitjamais affez pour contenter
leur amour . Le Cavalier
tiroit de fon Pere dequoy
fouftenir une dépense proportionnée
au bien qu'il avoit ,
& comme il donnoit beaucoup
à la Belle , fi elle ne fe
voyoit pas dans la fortune
éclatante dont elle euft
joui fi fon Mariage eût eu le
confentement qui luy man-'
quoit , elle trouvoit beaucoup
d'adouciffement dans
GALANT 205
M
fa fortune , depuis qu'il avoit
commencé d'en prendre
foin. Ils pafferent deux ans
de cette forte , leur tendreffe
l'un pour l'autre aug
Saug
mentant de jour en jour
lorfque le Pere fit connoître fa
volontéà ſon Fils fur l'alliance
de l'Heritiere. Elle avoit
quinze ans , & lon Tuteur qui
cftoit follicité pour d'autres
Partis , vouloit ſe tirer d'affaires.
La Belle fut fort alar .
mée des efforts qu'on fit pour
perfuader le Cavalier. On
ajoûta les menaces aux priéres,
& la chofe luy devant être
fort avantageufe , & pour la
98
206 MERCURE
naiffance & pour le bien , il
ne trouva d'excufe aupres de
fon Pere , qui parloit d'un ton
fort âbſolu , que ſur la laideur
de l'Heritiere. Il luy fit réprefenter,
que s'il ne luy vouloit
pas permettre de le marier
felon . fon coeur, au moins il
pouvoit elperer de fa
qu'il ne le forceroit
foto opas.
prendre pour femme, uneperfonne
qu'il fentoit bien que
jamais il n'aimeroit , que l'autorité
des Peres avoit des
༤ ༠༠
bornes , quand il s'agiffoit de
rendre un Fils malheureux
& que fi par reſpect pour luy
il étoufoit toutes les penfees
5101 101
de la bonté
aft-1
GALANT: 207
910
qu'il pourroit avoir de faire
un choix qui fatisfift les defirs,
il n'eftoit pas juſte qu'on
l'aſſujettit à en faire un , dont
il auroit à fe répentir toute fa
vie. Ces raiſons furent repe
tées au Pere , & fi fouvent.
& avec tant de force , qu'il
fut enfin contraint de fe rendre.
L'Heritiere fut mariée à
un autre , & le refus que le
Cavalier en avoit fait , convainquit
fi bien la Belle de
la pureté de fon amour, que
fe tenant affurée qu'il ne fini
roit jamais , elle avoüoit que
rien ne manquoit à fon bon208
MERCURE
heur. Mais qu'ya til de certain,
ou qui dure dans la vie?
La Belle eftoit rendrement
aimée , & elle avoit lieu de
1
croire que le Cavalier aidé du
temps , feroit agréer fon mariage
, ou que la mort de fon
Pere le mettroit en liberté
de le pouvoir déclarer. De fi
belles efperances furent detruites
prefque en un moment.
Cet Epoux qu'elle aimoit
plus qu'elle meſme , &
qu'elle avoit tant de lieu d'aimer
, fe trouva tout à coup
furpris d'un mal qui luy ôta
2
la parole , & pendant fix heu
GALANT. 209.
res qu'il dura, il parut ne reprendre
connoiffance qu'à
la veuë de fon Ami qui ac.
courut fur la nouvelle de
cet accident. I luy ferra fortement
la main , comme pour
le prier d'avoir foin de la charmante
perſonne qu'il eftoit
contraint d'abandonner , &
que fa mort qui fuivit mit dans
un état qu'il eft impoffible de,
dépeindre. Elle dameura plu-,
fieurs jours comme ftupide ,
&on peut dire qu'on ne meurt
point de douleur , puifqu'elle
n'en mourut pas. On delibera
fi elle fe declareroit Veuve
Mars 1698. S
210 MERCURE
en produifant fon Contrat de
Mariage , mais il fut jugé que
ce feroit inutilement. Ce
Mariage ayant efté fait fans
les formalitez neceffaires , il
n'y avoit aucune apparence
qu'on y duft avoir égard , &
quand le défaut de l'âge ne
s'y feroit pas trouvé du côté
du Cavalier , fon Pere dont
on n'avoit pas eu le conſentement,
eftoit fi puiffant que
l'entrepriſe n'auroit eu aucun
fuccés. Ainfi la Belle ſe vic
obligée de devorer ſon chagrin
, fans faire connoître qu
elle perdoit plus que fon Ami
GALANT: eit
dans celuy qu'elle pleuroir. )
Elle avoit raifon d'eftre affligée.
Mais quel furcroift de
douleur pour elle , lorfque peu
de jours aprés la mort , elle
s'apperçut qu'elle eftoit grof.
fe ! Ce fut un accablement
qu'il n'eſt pas ailé , de ſe figurer.
Quel confeil prendre
dans une extremité fi facheufe
Laiffer éclater la chofe ,
c'eſtoit renoncer à fa réputation
. Elle euft eu beau , pour
juftifier fon innocence , pren.
dre l'excufe d'un mariage fe.
cret , le public toûjours rigoureux
& mal intentionné
S ij
212 MERCURE
t
auroit regardé fon engage- ·
ment comme illegitime &
condamné par les Loix , &
fon avanture publiée par elle·
mefme , fans efperance d'en
re tirer aucun fruit, auroit fervi
de riſée à toutes celles à
qui fon merite & fa beauté
donnoient de l'envie. La Mere
& la Fille prirent avis de
l'Ami que le Cavalier leur
avoit donné , & qui fçavoit
de quelle maniere les chofes
s'eftoient paffées. Le parti de
éloigner fut le feul qu'il
trouva propre à les tirer de
tout embaras, & il le chargea
ཟས་ཡ
GALANT: 213.
du foin de leur procurer une
rétraite où le fecret leur feroit
gardé. Il avoit une liaiſon
particuliere avec un vieux
Marquis des plus opulens , qui
demeuroit ordinairement à
cinquante lieuës delà , dans
une fort belle Terre , accompagnée
d'un Château, où elles
pourroient le tenir cachées
auffi long temps qu'il feroit
befoin
, fans que prfonne
pût découvrir en quel lieu
elles feroient. Il eftoit venu
à Paris pour quelques affaires ,
& on pouvoit luy confier les
plus importants fecrets en
214 MERCURE
toute affurance. La Mere &
la Fille accepterent l'offre , &
deux jours aprés l'Ami commun
amena le vieux Marquis-
C'eftoit un homme affez peu
poli , qui ayant paffé grand
nombre d'années fur la mer ,
& dans des Pays fort éloignez,
avoit contracté quelque cho
fe de groffier qui pouvoit
déplaire aux gens délicats ;
mais dans le fond , il avoit le
coeur fort bon , & toute la
droiture qui fait le veritable
honnefte homme . Le manque
de bien l'avoit obligé à courir
les mers , & il avoit efté fi
GALANT 215
heureux qu'il en eftoit revenu
avec deux cens mille écus
gagnez dans fes longues courles
. Il parut touché du mal.
heureux eftat de la Belle
mais il le fut encore plus de
fa beauté , & de ce je ne fçais,
quoy qui engage les coeurs
des plus fauvages . Il luy pro.
mit toute forte de fecours, &
ne la quitta qu'aprés l'avoir
affûrée à differences repriſes
qu'elle feroit maîtreffe chez
luy , & qu'il prendroit toutes
fortesdemelures pour tenir fe
cret,ce qu'elle avoit tant d'interêt
de cacher. Le lendemain
216 MERCURE
l'Ami leur vint faire une pro
pofition qui furprit également
la Mere & la Fille . Le
Marquis offroit d'époufer la
Belle , & d'adopter l'enfant.
qu'elle devoit mettré au monde
. Il avoit fujet de haïr ſes heritiers
, & comme il pouvoit dif
pofer de tout fon bien , parce
que c'eſtoit un bien d'acquifition
qui ne venoit point de
fon patrimoine,il lui êtoit permis
d'en gratifier t'elle per
fonne qu'il voudroit choiſir.
Il avoit une paffion inconcevable
de s'entendre nommer
Pere , mais certains accidens
qu'il
GALANT: 217
qu'il n'avoir pû éviter , l'adr
voient mis hors d'état d'avoir
lignée , & il ne pouvoit facisfaireqſon
envie que par un a
Enfant d'emprunt. L'occa
fion luy paroiffoit favorable.
La Belle eftoit tombée dans
le plus grand des malheurs
fans que fa svercu , cuſt eſté
bleffée, & en s'acquérant une
compagne avec qui pafler a
greablement le reste de fes
années,il avoit la joyede mettre
dans un lêtat floriffant la
femme du monde qui luy paroiffoit
en eſtre plus digne.
• D'ailleurs il eftoit feur d'a
Mars 1698. T
218 MERCURE
voir un Enfant que tout le
monde croiroit àluy , & qui
le croiroit tuy-mefme fon Pe
renLa Belle temiblaà la pro
pofition. La grande difproportion
de l'agejointe au vif
chagrin que layi caufoit la I
perre qu'elle avoir faire la
laiffoit peu en état de l'écou
ter , mais elle avoit un Enfant
à mettre au monde , & cet u
Enfant dont il falloit qu'elle
accouchaft avec un fortgrand
fecret fi elle vouloit fauver
fon honneur , ne pouvoir
eftre que tres- malheureux fia
elle n'acceptoit pas ce qui luy !
GALANT: 219
eftoit offert contre toute forte
d'efperance. Ainfi l'affaire
ne fe pouvant reculerpar bien
desi raifons pelle fe rendit au
confailide fonAmy, & aur per
fuafions de fa Mere qu'elle
pouvoit rendre heureuſe , en
luy faifant part de la fortune
où on l'appelloit. Tous les
Amis la feliciterent fur fon
bonheur d'avoir trouvé un
hommefiriche & le Mariage
n'eut pas efté plûroft fair,
que le Marquis la mena dans
fon Château , où elle fut vifitée
de toute la Nobleffe des
environs. Il n'y eur pérlönbe
Tij
220 MERCURE
qu'elle ne charmaſt par fes
manieres douces & iufinuan . ›
tes, & le temps où elle devoien
accoucher approchant , elle ›
feignit une choute, pour faire
dire que fon Enfant eftoit
venu à fept mois. Rien ne luy
manquepourle pouvoir crojo
re pleinement heureuſe , & fi
elle pouvoit oublier le Cava.^.
lier dont elle s'eft veuë aimée
fi tendrement , aucun: eftati
ne feroit preferable au fien .
Du moins fielle ne peut fe
l'ôter du coeur eile cache aut
vieux Marquis ce qu'elle fouf."}
fre par là , & remplit.fr bien >
GALANT 221
tous fes devoirs qu'il ne fe
peut rien ajoûtéreàs la scom.
plaifance qu'elle la pour luy
dans toutes les chofes qu'il
fouhaite d'elle ⠀⠀
anvis , Diksi med ob mova
Mol'Archevêque de Pa
ris ayant commencé ſes Vifites
des Eglifes & Paroiffes
de cette grande Ville , par S.
Gervais , acontinué par la Pat
roiffe de S.Jean oual te rendic
le troifiéme Dimanche de Cal
rême. Ce Prelatenfit l'ou
verture le matin avec les cè
remonies accoûtumées.cy
confirma & prie connoillan
I iij
222 MERCURE
af
ce de tout ce qui eſt du bon
ordre dans la Paroiffe , & y
paffa tout le jour,voulant
fifter au Sermon du P. Dom
Jerôme Feüillent , qui aprés
avoir dit fon texte , EratJefus
ejiciens Damonium , & illud
erat mutum , adreffa la parole
à M' l'Archevêque en ces
termes. Le Sauveur du monde
fait parler un muet, comme il eft
zaporté dans nôtre Evangile,
Votre Grandeur vient impofer
filence à unhomme qui a tant de
fujets de parler. Mais comment
s'empefcher dedire , que ne devons
nous pas attendre des fuites d'un
GALANT. 223
Pontificat dont les commencemens
nous ont fait voir des chofes capables
de remplix de confolation
\sous ceux qui aiment veritablement
Jefus Chrift & Son Eglife?
Que ne devons nous pas efperer
de l'application continuelle que
donne à la conduite aux bons
reglemens d'un Troupeau, un Pà-
Steur encore plus éminent parfa
·Doctrine par les Vertus que
parfesDignitez parlaNaiffan.
ce? Qu'avons nous donc à demander
au Ciel, Mestres chers Freres
après le don qu'il nous a
fait , par le choix du plus fage
comme du plus puiſſaur Roy du
2224 MERCURE
'
monde,d'un Prelat fi appliqué à
fes fonctions & fi capable de les
remplir , finon qu'il nous conferve
le don qu'il nous a fait , qu'il
le foûtienne parſaforce dans fes
travaux Apoftoliques , & qu'il
nous rende dignes d'enrecevoir les
fruits par notre fidelité à répondreà
fesfaintes intentions&aux
mouvemens de fon zele. Aprés
cette fincere effufion de coeur que
je n'ay puretenir , je vais , Mon.
feigneur, expliquer l'Evangile à
votre Peuple. Ce compliment
qui fit entendre tant de chofes
en fi peu de mors , furap
plaudi de tous ceux qui l'entendirent.
GALANT 205
M' l'Evêque de Rieux,dont
sle merite eft fi generalement
.connu , n'eut pas plûtoftapris
la nouvelle de la Paix fignée à
Rifwik aux conditions propor
fées par le Roy aprés la prife
d'Ath & de Barcelonne, qu'il
.refolut de confacrer à la pofterité
cette marque de la fuperiorité
de ce grand Prince
fur les Ennemis , & de la bonté
pour les fujets par quelque
ouvrage public. Il choifit
pour cela l'avenuë la plus frequentée
de la Ville de Rieux,
& fit travailler avec tant de
diligence à la caſcade de la
226 MERCURE
2
porte du Pont , que tous les
3ornemens de marbre & de
pierre furent achevez & po .
Tez , & la place diſpoſée pour
y ' mettre un Buſte avec une
infcription à la gloire du Roy ,
au retour de ce Prelat des Etats
de la Province de Lan,
-guedoc ; furquoy les habitans
de Rieux voulant faire voir
qu'ils eftoient dignes de pol
feder ce prefent de leurPrelat,
qui fera un monument de la
Paix que le Roy a donnée à
toute l'Europe , le Bufte de
Louis le Grand ayant eſté pofé
dans le lieu deftiné , on
GALANT. 227
choiſit le neuviéme du mois
paffé pour la publication de
la Paix, & pour la dédicace de
cette figure. Mais avant que
d'entrer dans le détail de cetté
fefte , il faut vous dire que
ce Bufte , plus grand que nature
, eft d'un marbre blanc
de Genes , dont la beauté &
la delicateffe du travail font
voir que les ouvrages moder
nes ne cedent pas aux plus
fameux de l'antiquité. Il eft
dans une bordure de marbre
gris ornée de branches d'olivier
, pofée fur des cornes d'àbondance,
fymbole des fruits
228 MERCURE
de la Paix, Le Buſte a efté
placé fur la principale porte .
avec cette Infcription qui a
efté approuvée de tous ceux
qui l'ont lue. Ces mots, Ludovico
Magno,yfont gravez autour,
& plus bas , Poft domitam
Calvinianam Harefim & Pacis
leges armis victricibus datas Hif.
panis , Anglis , Baravis, totiuſque
Germanici catus conjuratis
cum Cafare Principibus, Antonius
Francifcus Berterius Rivorum
Epifcopus, confpirantibus civium
vocis pofuit , anno Domini
1698. C'eft depuis la Paix le
premier monument qui ait
GALANT. 229
efté élevé dans le Royaume
la gloire du Roy . Le Maire
& les Confuls , aprés avoir fait
affembler le Confeil de Ville , I
deftinerent le Dimanche ge9;
de Fevtier , pour faire la pu
blication de la Paix . Tous les
Peuples des environs en ful
ront avertis la veille par plu →
fieurs décharges d'Artillerie
& par le carillon des Cloches
de la Cathedrale ; Ifi renom.
mé à cauſe de la diverfité des
airs & de la jufteffe de fon
harmonie. Tous les Artifans !
& les Bourgeois de la Ville
fe mirent le lendemain fous ™
230 MERCURE
les armes. Les Artifans s'af
femblerent devant la maiſon
du Colonel des Milices, & less
Bourgeois qui compofent le
Confeil de Valle au Preau, qui
eft horsla Ville Les Artifans
s'y rendirent enfuite,, marchant
en tres, bon ordreg &T
chacun le failant remarquer
par la propreté de fon babir,
orné des plus beaux rubans.
Toutes les Troupes commen.
cerent à défiler fur lesdeux
heures , l'Infanterie marchants
la premiere quatre à quatre
avec fes Officiers & le Colo
nel à la côte, au bruit d'un
GALANT 321 :
grand nombre de Tambours,
de Hautbois : & des Fifres.
La Cavalerie fuivoir en beli
ordreaufondes Tromprises,
le Major& les Officiers à lao
tête,fuivis du Maire de la Val
le, sevêtu deiſal robe de cere
monia,des Confulsamaelbursg
robes Confulaires & dureßep
de la Bourgeoific là cheval. I
Ils eftoient tous montez fur i
desbeaux chevaux couverts>
de fuperbes harnois , & pore v
toient des habits magnifiques /
avec des coccardes bleues
uniformes: Ce fut dans cet i
ordre qu'ils parcouruvent plu
232 MERCURE
fieurs fois la Ville , & qu'ils fe
rendirent devant l'Egliſe Ca.
thedrale où le Te Deum fût l
chanté , MIl'Evêque Offi.o
ciant pontificalement. Cette i
action de graces fut accom- 1
pagnée de plufieurs déchar- 2
gesud'Artillerien&Ode Mouf-m
queterie, & da bruit desTamer
bours , des Trompettes & des b
Hautbois.Au fortindeicêtrell
ceremonic zilesərfoupesoslash
vancerent vers la porte de lab
Viller, Afur laquelle le Bufte
eftoit placé & couver. L'in- &
fanceriesprit la droiter &Ha
Cavaleriedagauche.Onavoit
GALANT: 223-
place vis-à - vis fur une éminence
plufieurs pieces d'Arà
tillerie qui répondoient
celles des Tours de l'Evéché,
qui fuivies de plufieurs dé
charges de la Moufqueterie ,
faluerent ainfi , au bruit de
mille acclamations de tout le
peuple , de Vivele Roy la Fi
gure de ce Prince auflitor
qu'elle fut découverte . L'af,
fluence du peuple des envi
rons y fut extraordinaire , &
l'on ne vit jamais une joye fi
generale. Les troupes s'en re
tournerent dans le melme
ordre qu'elles estoient ve
Mars 1698. V
234 MERCURE
nues , & s'eftant rangées en
haye de chaque côté devant
l'Eglife Cathedrale , où le buf
cher avoit efté preparé , il fut
allumé par le Maire aux cris
reiterez de Vive le Roy , au
bruit & aux fanfares des Tambours
, des Trompettes,& des
Hautbois , & des décharges
d'Artillerie & de Moufquete
rie.Elles défilerent enfuite le
fabre à la main par les deux
portes de l'Evêché , où elles
firent une belle décharge en
paffant devant M* l'Evêque ,
& allerent dans toutes les
rues de la Ville,fuivies de la
GALANT. 235
populace , à qui le Maire jettoit
une grande quantité de
confitures. Cependant plufieurs
fontaines de vin cou
loient aux portes de. M² l'Evêque
, qui fit faire auffi une
Aumône generale.à tous les
Pauvres ¡de Mon Dioceſe qui
sly rencontrerent ,afin qu'ils
fe reffentiffent de la joye pul
blique. Mile Maire, à la poste
duquel couloien auffi des
fontaines de vin, ſe, diſtingua
beaucoup & son doua le
bon ordre qu'il avoit fait går!
der dans roures detrecere
monic,on admira pas moins
Vij
236 MERCURE
le foir la profufion qu'il mêla
avec la delicateffe de la bon
ne chere . Il donna un magnifique
repas à vingt - cinq ou
trente Dames des plus quat
lifiées , & fic ferviravec la même
propreté & la même ma.
gnificence une Table de foixante
couverts , où eftoient
les Bourgeois & les princi
paux de la Ville. La fanté du
Roy y fut beuë au fon des
trompettes & de pluſieurs
autres inftrumens. Il y eut en
fuite un tres-beau Bal , pendant
lequel on jetta un grand
nombre de fuzées, Cette
GALANT 237
grande fefte fut enfin termi
née par de grands feux & de
grandes illuminations qu'on
fit dans toutes les rues , & il
n'y eut point de particulier
qui ne fe diftingualt par quel
que nouvelle maniere de ré
joüiſſance
a po
taingay
Le 22. de Janvier M de
Buirette, Lieutenant Criminel
de Soiffons , qui avoit receu
les ordres du Roy par M² le
Duc d'Estrées , Gouverneur
de la Province, pour la publi
cation de la meſme Paix , à
caufe que la Charge de Lieu
tenant General n'eft poins
238 MERCURE
remplie ; ordonna ſuivant les
Conclufions du Procureur du
Roy, que ces ordres feroient
enregistrez & publiez le len
demains qu'on tiendroit les
Boutiques fermées ce jour là
& le fuivant , & que les Compagnies
, Corps & Commut
nautez , qui ont accoûtumé
d'envoyer leurs Députez en
de pareilles occafions
roient priez de les y faire
trouver . Le Jeudy 23 tous s'étans
rendus dans la Salle des
Audiences du Palais Prefidial
, M Vuarel , l'un des A
vocats du Roy, fit un tres
fe.
GALANT. 239
beau Diſcours , dans lequel
il montra les grands biens
que toute la France doit atrendre
de la Paix . Le Lieute
nant Criminel parla fur le
'même fujet avec beaucoup
'd'éloquence , & aprés que le
Greffier du Bailliage eur fait
la lecture des ordres de Sa
Majefte ; on alla au bruit des
Trompettes & des Timballes
fur le perron qui donne fur
la grande place , où il fit là
méme lecture aux acclamations
reïterées de Vive le Roy.
Cela fait les Officiers du Bailliage
& de la Ville monterent
240 MERCURE
à cheval pour faire faire la
publication par les Carrefours.
Le Prevoft des Marchands
à la tête des Officiers
de la Compagnie , & fuivi de
fes Archers en habits propres
& uniformes , commença la
marche . Enfuite alloient les
Officiers du Bailliage à la
droite , & ceux de la Ville à
la gauche , tous en robes , &
tres-bien montez , les uns precedez
de fix Huiffiers auffi en
robes, & les autres des Servi
teurs de Ville & desPertuiſanniers
en leurs habits de cere.
monic. Entre ces Huiffiers &
les
GALANT:
240
fes
ferviteurs de Ville , eftoit
fe
Greffier du
Bailliage ,
ayant
devant luy les
Trompettes &
les
Timbales. La
Compagnie
des
Arquebufiers , à
laquelle
s'eftoit jointe une bonne partie
des
jeunes gens
jeunes gens de la Ville
à cheval & en bon ordre , ſervoit
d'un
hombreux cortege
à ces deux Corps , la
Compagnie
du Jardin de l'Arc voufut
auffi
contribuer à la joye
publique
. Ils
parurent dans
cette marche vêtus en Indiens
, tenant un ' Arc d'une
main & une fléche de l'autre,
Ils
alloient à pied & le cars a
Mars
1698. X
241 MERCURE
quois fur l'épaule. La publi
cation de la Paix fut faite à
tous les Carfours par le Greffier
du Bailliage , toûjours
precedée & fuivie du bruit
des Timbales , des Tromper
tes & des acclamations du
I
peuple . Le foir on fir dans la
grande Place devant l'Hôtelde
Ville un feu d'artifice qui
reüffit parfaitement bien. Il
y en eut un autre devant le
Palais Epifcopal avec des Illuminations
& des Feux dans
toutes les rues. Les Officiers
du Bailliage & Siége Prefidial
marchoient enfemble,&le re
GALANT: 243
pas où le Maire, les Echevins
& autres Officiers de Ville fu
rent invitez , ſe fit chez M
Büirette. Ilfu
212017
2200 250 251
propre & lom.
ptueux, & l'on y ſervie tour
ce qu'il y a de plus rare & de
meilleur
. Dans le temps qu'on
fe donnoit
le plus
à la joye
les Muficiens
entrerent
,&
chanterent
cég valderk
ces Vers.
La Paix qui nous aſſemble ef
ne Paix
charmante
LOUIS qui nous la donne eftle
plus grand des Rois.
2001 200ut ONT TEBES
Que chacun chante,
La Paix qui nous aſſemble
une Paix charmante,
x
ij
244 MERCURE
LOUIS
E
qui
nous
la
donne
eft
plus granddes Rois.
Sa fageffe nousy convic.
Buvons , buvons , & réjouißons
nous.
100 )
On trouve dans le vin lesplaifirs
les plus doux
Quand on fait y noyer la difcorde
l'envie.
Mi
La Chanfon
parut
fort convenable
au fujet , & les Muficiens
ayant
eſté priez de la
chanter
plufieurs
fois , le
plai
fir de la table fut pouſſe
bien
avant dans la nuit . Cependant
le bal avoit efte commencé
21
dans une autre Salle, où toutes
GALANT. 345
les perfonnes diftinguées de
Fun & de l'autre Sexe , formoient
une Affemblée tresagreable.
La Salle eftoit éclai
rée d'un grand nombre de
bougies , & on prefenta aux
Dames beaucoup de Limonnade
, des Oranges de Portu .
gal , & plufieurs Baffins de
Confitures . Le Vendredy 24.
le Maire & les Officiers du
Corps de Ville , donnerent à
fouper à ceux du Bailliage &
Siége Prefidial , aux Chefs des
autres Compagnies , & aux
Officiers de la Gendarmerie ,
qui eftoient à Soiffons . La
X iij
246 MERCURE
*
Porte du Maire, chez qui en
foupa , eftoir ornée de Fef
tons & de plufieurs Armoiries.
Une Fontaine de vin coula
plus de cinq heures , & on y
fit de grandes diftributions à
tous les Pauvres. Il y eut trois
tablesde feizecouverts chacu
ne également bien fervies ,les
poiffons de mer & ceux de ri
vieredifputant à quifatis feroit.
davantage la veue & le goutt
On y but la fanté du Roy au
bruit du canon' , des Trompettes
& des Timbales, & d'u
ne falve de plufieurs Chevaliers
de l'Arquebule , qui
GALANT 247
eftoient fous les armies devant
la porre, & les mefmes Muficiens
qu'on avoit veus le jour
precedent , vinrent chanter
çes autres Vers.
L'invincible LOUIS rendle
calme à la terre , later
Pour un Heros fi grand la Paix
quitte les Cieux
Ilbannit pour jamais les fureurs
de la Guerre.
Que le plaifir regne en ces lieux
Dans ce jour de réjouiſſance ,
Senfibles à noftre bonheur
Marquans nofire reconnoif-
Lance.
X iiij
248
MERCURE
LOUIS toujours heureux
LOUIS toujours vainqueur,
Ponvoit de l'Univers achever la
tom conqueſte ,
Mais la bonte
l'arrêtes ba
Eft il rien de plus glorieux ?
Dans le temps que tout cede àfa
valeur
extrême,
De fes fiers Ennemis un Roy vis
ctorieux ,
Pour nous donner la Paix , veut
Je vaincre luy-même.
Chantons un triomphe fibeau,
Chantons ce
triomphe
nouveau,
Et quand nous
partageons les
fruits dela victoire,
GALANT: 249
Rendons , rend ons au moins ce
42 veribus àſa glòire, fa
**
Le Dimanche 26. du mé
me mois M' le Maire donna
chez luy une autre fefte. Tou
tes les Dames de diftinction
y furent invitées , & il y eur
un Bal qui fut interrompu fut
le minuit par un bruit de
guerre. Les fenétrés de la Salle
& de la Chambre qui ont
veuë fur le Jardin s'ouvrirent ,
& les Dames s'y eftant placées
, une partie des hommes
entra dans le Jardin qui estoit
illuminé par quantité de pots
250 MERCURE
àfeu , dontun grand nombre
de fulées volantes , & tout ce
qu'on peut voir de plus beau
dans les feux d'artifice , aug
menterent encore la lumiere.
Une fleche éclatante traçoit
en caracteres de'feu les para
les de Vive leRoy, & elles fu
rent tres , lifibles depuis de
commencement du feu juf
ques à la fin. On recommen .
ça enfuite le Bal , qui ne finit
que par l'arrivée du jour.
Voicyles noms des perfon
nes confiderables de l'un & de
l'autre fexe , mortes depuis
ma Lettre de Février. maška
' ז
GALANT est
Meffire Jerôme de la Chauf
fée d'Eu , Comte d'Arretzi
Seigneur de Catigni , Franf»
feure, Lortois , de la Chauffée
d'Eu , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gens
d'Armes de feu MileDucde
Longueville , & Gouverneur
depuis pour le Roy , des Ville
&Château du Pont de l'Arche
fur Seine. Il eftmorc âgé de
foixante & treize ans ; & ti¶
roit fon origine des anciens
Comtes d'Eu . Sa Terre de la
Chauffée d'Eu , qui eft encore
aujourd'huy dans fa Famille ,
fut autrefois oun partage du
252 MERCURE
Comté d'Eu, & depuis Hugue
d'Eu, premier de ce nom , qui
en 1036, prit le nom de cette
Terre , elle s'eft perpetuée
jufquedans fa perfonne sás aucune
interruption Ses peres le
font toûjours alliez àdesfamil .
les illuftres & confiderables ,
comme celle de Luxembourg,
de Dixmud , de Sternin , de
Hardantun , de Rouy , de
Franciere , de Crequy , & de
Marle. Il avoit épousé Fran
çoife Fille de Meffire N. de
Sermoife , Seigneur de Vis
lerceau , Gouverneur des
Ville & Château de Dieppe ,
GALANT
253
›
3
& de N Fouilleule de Flav
vacourt . De ce Mariage font
venus plufieurs Enfans , & entre
autres Marie Loüife de la
Chauffée d'Euépoufe de Re
né François , Marquis de la
Vieuville Gouverneur de
Poitou ,
Chevalier d'Honneur
de la feue Reine , puis de feu
Madame la Dauphine. Le Fils
aîné de Mile Comte d'Arrets
dont je vous apprens la mort,
aépoufe Node Mailly Saint
Elienne, qui alhonneurd'ap.
partenir de prés à M'de Bou
cherat ,Chancelier de France,
& à Mi le marquis de Bachel
254 MERCORE
vile dont elle eft niepee. Son
Fils puifné qui a fervi longtemps
, s'eft retiréà Malte a
prés avoir fait les voeux . M ° lè
Cothie d'Arrets aencore laif
Lé une fille mariée à 'M' lè
Marquis de Caux en Picardie,
& cinq autres Filles Religieus
fest, dont une eft Abbeffe de
Royallicu prés Compiegne ,
& une autre nouvellement
nommée par ſa Majefté à l'Ab.
baye de Notre Dame de
Troyes en Champagne. Son
corps a cfté déposé dans la
Sepulture de Mles Ducs de
la Vieuville, aux Minimes de
C
GALANT.1 255
la Place Royale jufqu'à ce qu'il
foit transporté à Arrets dans
la Sepulture de fes Anceſtress
5 François Pajot , Docteur
Regent , & le plus ancien de
lai PaculiéTdin Medecine /de
Paris , cy-devant Premier me.
decin de fenë, S. AR. Made
moiſelle de
Montpenfier. I
n'avoit qu'une fille unique
qui avoit époufé Jean desFol
fez, Seigneur de Coyolles ,
frere de Louis René desFoffer
Chanoine de l'Eglife de Paris ',
tous deux fils deN: des Foffez,
Seigneur de Cayolles , Gouverneur
de Monceaux , & de
8
256 MERCURE
Marguerite de Bragelongne ,!
fille de Martin de Bragelongne
, Receveur General des
Finances à Caen , & de Claude
Polaer. 9:
Meffire Denis Talon , Seigneur
du Boulay , Efclufelles ,
& autres lieux , Prefident à
Mortier au Parlementsllavoit
efté pourvû en 1648. de la
Charge d'Ayocat du Roy au
Challeler , n'ayant pas encore
vingt ans, &aprés l'avoir exer
cée pendant quatre ans avec
éclat , il fut pourvû aprés le
decés de M : Talon fon Pere ,
arrivé en 1652. de fa Charge
GALANT 257
d'Avocat General au P
ment, où il a donné des marques
de fon éloquence & de
fon fçavoir. Il fut fait Procureur
General de la Chambre
de Juſtice en 1661. ce qui ne
l'empêcha pas de continuer
les fonctions de la Chargel
d'Avocat General qu'il as
exercée jufqu'en 1693. que le
Roy , pour luy donner des
marques de la fatisfaction
• qu'il avoit de fes fervices, hou
nora de la premiere des deux
nouvelles charges de Prefi
dent à Mortier qu'il créa en!
cette année, Il - l'a exercéé juf
Mars 1698. Y
258 MERCURE
qu'à la mort. C'eftoit un des
plus fçavans hommes de fon
temps , des plus habiles des
plus penetrans , & des plus
affables. La beauté de ſon genie
jointe à l'application continuelle
qu'il a toûjours euë
pour toutes les Sciences , luy
avoit produit une facilité
merveilleuse pour l'expedition
des affaires. Il laiffe un
Fils unique de fon mariage
avec Dame Elizabeth Favier ,
fille de feu M' du Boulay Favier
,Maistre des Requeftes &
Intendant de Juſtice en diffe
rences Provinces , & d'Eliza,
•
GALANT: (259
14
4
beth de Vallée. Il avoit trois
fours , la premiere , Marie
Talon , époufe de Daniel de .
Voyfin, Seigneur du Pleffis du
Bois , Maiftre des Requeſtes
honoraire, Confeiller d'Eftat,
& cy-devant Prevoft des Mar
chands , dont il reste une fille
unique Marie Jeanne de Voyfin
, mariée à Chrétien François
de Lamoignon , Avocar
Generalau Parlement ; la fes
conde, Françoiſe Talon époufe
de deffung Thierry Bignon,
premier Prefident au Grand
Confeil , dont une fille unique
Marie Françoife Bignon a elté
Y ij
260 MERCURE
mariée à François Michel de
Verthamon , Baron de Bréau ,
aujourd'hui Premier Préfident
au Grand Confeil; la troifiéme
, Madelene Talon , épouſe
de Jean François Joly , Seigneur
de Fleury, Confeiller au
Parlement , Pere & Mere de
Jofeph - Omer Joly de Fleury,
AvocatGéneral auParlement.
Ils font tous Enfans d'Omere
Talon, auffi Avocat Géneral
au Parlement , & de Françoife
Doujat , Fille de Denis Doujat,
Avocat General de la Reine
Marie de medicis , & de feu
Monfieur Gaſton de France ,
* :
GALANT. 261
Duc d'Orleans ; & de madelene
de laHaye ,foeur de Jean de
la Haye Ventelay Confeiller
au Parlement & Ambaſſadeur
du Roy à Conftantinople.Cer
Omer Talon eftoit frere de
Jaques Talon , auffi Avocat
General au Parlement . M. le
Preſident Talon eft mort âgé
de foixante & dix ans , aprés
avoir reçu tous les Sacremens
avec une piété des plus édi
fiantes , & une veritable refi
gnation aux volontezde Dieu .
Comme il eftoitattaqué de la
pierre , il a fouffert des douleurs
cuifantes , fans qu'il luy
262 MERCURE
foit échapé la moindre plainte.
Il fit un difcours des plus
touchans pendant une demie
heure , le jour méme qu'il
mourut , & demanda pardon
à tous les amis du mauvais
exemple qu'il pouvoit leur a
voir donné.
re
al Damen Marie , madelene
Courtin , épouſe de Mr Jean-
Baptifte de Larlan, Bréfident
â Mortier au Parlement de
Bretagne . Elle eftoit foeur de
Madame l'Ambaffadrice de
Veniſe Roque de Varangevil
le , & l'une & l'autre eftoient
Filles de M Courtin , Doyen
GALANT 263
3
de's Confeillers d'Eftat.
galo Nicolas Frizon , Doyen
des Correcteurs en la Châmbre
des Comptes, ■ Il n'eftoit
point mariés, & eftoit d'une
bonne Famille de Reims ,dont
il y a eu plufieurs Chanoines
dans l'Eglife de Reims , 80
plufieurs Officiers dans la
Robe.
Ave
3
Dame Marie Brifard , Veuve
de Meffice François - du
Marefts , Confeiller du Roy
en fa Cour des Aides. Elle
laiffe deux Garçons , & avoid
pour Freres & Soeurs , Char-
7
264 MERCURE
pour Freres & Soeurs , Charle's
Brifard , Abbé de Saint Prix ,
& Prieur de Noftre Dame de
Plaifir ,Conſeilleren la Grand!
Chambre , défunt Claude Bri
fard , auffi Confeiller au Par
lement , qui avoit épousé Ma
rie Miron , dont fonteve
pus plufieurs Enfans , N.
Brifard , Seigneur de Roin
ville , Lieutenant aux Gardes ;
Elizabeth Brifard , Epouſe de
Florimond Fraguyèr , Baron
de Bacilly & de Dannemarie ;
N. Brifard, Religieule . Taust
ces Freres & Soeurs eftoieng
Enfans de Charles Brifard ,
Confeiller
GALANT 265
Confeiler au Parlement , &
d'Anne Foucault , Confeiller
en la Cour des Aides ; Petits-
Enfans de Charles Brifard ,
auffi Confeiller au Parlement ,
& de Marguerite Ligier ; &
Arriere- petits enfans de Jaques
Brifard , pareillement
Confeiller au Parlement , & de
Madeleine Chapelain .
Jean - Baptifte Chaudrelot
de la Clos , Secretaire du Roy,
Seigneur de Norville . Il eftoit
Intendant de M' de Barbezieux
, Miniftre & Secretaire
d'Etat , འབ
Meffire Claude de la Mare,
Mars 1698.
ᏃZ
256 MERCURE
Chevalier de Saint Lazare ,
Colonel d'un Regiment , &
Brigadier des Armées du Roy.
Melfire Louis Lenet , Mar
quis de Larré, Lieutenant Ge.
neral des Armées de Sa Ma
jeſté , Gouverneur de Mont-
Dauphin , & Directeur general
de fon Infanterie. Il eft
mort à cinquante ans,& avoit
époufé Charlotte de Runes ,
Fille de Meffire Jean de Runes
, Seigneur d'Offoy, d'Auricourt
, & autres lieux , d'une
bonne Maiſon de Picardie ,
& de Charlotte Cornet , donc
il n'a point d'Enfans . M le
GALANT.
267
}
Marquis de Larré eftoit d'une
noble
Maifon de
Bourgogne .
Il avoit efté
nommé Cheva
lier de
Malte eftant jeune ,
& ne fe mit du
monde qu'as
prés la mort du
Marquis de
Larré fon Frere , qui fut tué à
l'Armée. Son Frere aîné a pris
le parti de
l'Eglife , & la Soeur,
a épousé
Antoine du Prar,
Marquis de Vitaut, de la Mai
fon du
Chancelier du Prate
Dame
Françoile de
Plancy,
veuve de
Nicolas Lizot , Pre
mer
Medecin de 5 .
S A., R.
Monfieur, & frere de M Lizot
debeline
S.Se
Archiprêtre & Curée de 5.5e-
Zij
verin.
16
268 MERCURE
Meffire Pierre Marquis de
Villars , Chevalier des Ordres
du Roy , Confeiller d'épée.
Ordinaire au Confeil d'Etat
de Sa Majefté , Lieutenant
General de fes Armées , &
Chevelier d'Honneur de Madame
la Ducheffe de Char
tres , cy- devant Ambaffadeur
en Espagne , en Dannemarc ;
& en Savoye. Il avoit épousé
Marie de Gigault Bellefonds ;
fante du Marefchal de Bellefonds
, & fille de Bernardin de
Gigault , Seigneur de Bellefonds
, Gentilhomme de la
Chambre du Roy , Gouver
GALANT. 269
neur de Caën & de Vallogne, & de
Jeanne aux Epaules , dont il a eu
entre autres enfans M le Marquis
de Villars , Lieutenant General des
Armées du Roy , Gouverneur de
Fribourg, nommé Envoyé Extraordinaire
auprés de Sa Majefté Impe-
-riale . Il eftoit fils de Clande de Vil
lars Baron de Mafclas , Gentilhom.
me Ordinaire de la Chambre du
Roy, & de Charlotte de Nogaret
de Claviffon , fille d'Aimar de Nogaret
de Claviffon , Chevalier dès
Ordres du Roy , & de Louiſe de
Montrevel. S
Meffire Charles Largentier,Marquisde
Chapelennes & de Lefguillon
, Souverain de Frefne Grand
Bailly d'Efpée de Troyes en Champagne
, dont il a commandé l'Afric .
seban pendant la Guerre , mourut à
Z iij
270 MERCURE
Troyes fur la fin du mois dernier.
Il eftoit fils deMeffite Louis Largentier
, vivant auffi Marquis de Cha
pelennes & de l'Eguillon , Souve
rain de Freines , Vice Amiral de
Guyenne, & auffi Grand Bailly d'Epée
de Troyes , Charge qui eft depnis
tres longtemps dans cette Maifon,
& de Dame Marguerite d'A.
loigny Rochefort ; il avoit épousé
en premieres noces D N. de Chɔifeul
, de l'illuftre Maiſon de celnom ,
dont il n'a point eu d'enfans , & en
fecondes Dame,Helenelle Hous) ,
veuve de Meffite Otayede Gad ,
Seigneur de Peroutek, Maiſtre d'Hô
tel Ordinaire du Roy , & fille de
deffint Henry le Houx Seigneur di
Bois S. Martin & de Louty, Garde
des Sceaux de la Prevôté & Vicomé
de Paris , morte auf ansgenfans,
GALANT 271
Dame Renée le Houx , four de
Madame le Houx , Marquife de
Chapelennes , veuve de Guillaume
Lamoureux de la Geneticre , Seigneur
dudit lieu , Commiſſaire des
Guerres du Regiment des Gardes
Françoiles ,& Capitaine de Cavalefe
eft auffi morte fur la findu mois
dernier à Givet fous Charlemont
en Flandres. iday
Mt de Lamoignon , Avocat Ge
neral au Parlement, a efté nommé
par le Roy pour remplie la Charge
de Prefideut à Mortier de feu Mr
Talon , dont il eftoit neveu . Il feroit
inutile de faire fon éloge ; il
eft digne Fils de feu Mr le Premier
Prefident de Lamoignon , ɔdont la
memoire fera toûjours én veňĕration
à la pofterité. Depuis plus de
quinze ans qu'il eft Avocat Groterali
Z iij
272
MERCURE
il a donné des marques fi éclarantes
de fon éloquence & de fon habi
leté , qu'elles luy ont atiré une
eflime generale. Sa Charge d'A
vocat General a efté donnée à
Mr Porrail
Confeiller en la
premiere des Enquestes , cy - des
vant Avocat du Roy au Châtelet ,
fils de Mr Portail
Confeiller en la
Grand'
Chambre , fi connu dans le
'public par fon fçavoir, fon merite &
fa probité. Ce jeune
Magistrat qui
fuit les traces
glorieufes de fon illu-
Are Pere,répond
parfaitement aux
efperances du public , & à la reputa
ition qu'il s'eft acquifejufqu'à prefent
dans les deux Charges qu'il vient
d'exercer.
Mide Poiffi Confeiller au Parle
ment , fils de Mr le Marquis de
Maifons , Prefident à Mortier , a
GALANT. 273
Epoufé Mademoiſelle de Varange
ville , fille de fet Mr de Varange
ville , cy- devant Confeiller au Par
lement , & depuis Ambaffadeur à
Venife , & de Dame N. Courtin ,
fille de Mr Courtin , Confeiller d'E
tat Ordinaire , cy-devant Ambaffadeur
en plufieurs Cours & Plenipotentiaire
pour la Paix à Cologne,
"Mr de Poiffi eft receu en forvivance
à la Charge de Preſident à Mortier,
& en remplira parfaitement bien les
devoics . Il eft bien fait , fage , bon
Juge , & digne fils d'un fi grand hom
me . Leur nom de famille eft Lon.
gueil, qui eft une des plus anciennes
de la Robe , & où il y a eu des Con
feillers , des Prefidens & des Maiftres
des Requeftes depuis plus de
trois cens ans. Mr de Poiffy avoit
Epoufé en premieres naces Madel
274 MERCURE
moilelle de Lamoignon, fillede Mr.
de Lamoignon Avocat General du
Parlement , dont il n'a point d'Ep.
fans.
Si-toft que la Paix eut efté publiée,
S. M. Britannique voulant envoyer
en France un Ambaffadeur Extraor
dinaire qui puft faire honneur à la
Couronne d'Angleterre, nomma Mr
Je Comte de Portland , Chevalier
de l'Ordre de la Jarretiere , comme
un de ceux qui pouvoient le mieux
s'acquitter de cet employ , & comme
une perfonne qui luy éftoit che
re, difant que s'il avoit connu un
plus honnefte homme il l'auroit envoyé
au Roy. Ce Comte repaffa en
Angleterre avec S. M. Britannique
pour affifter à l'ouverture du Parle
ment .On travailla pendant ce temps
Jà à les équipages.Il vintenſuite en
GALANT
275
France, où aprés fon arrivée , il eut
audience particuliere du Roy , & de
toute la Maiſon Royale ; mais il fur
oblgé de differer le temps de fon
Entrée publique , parce que les grandes
eaux empêcherent fes équipages
d'arriver. Enfin toutes les chofes neceflaires
s'eftant trouvées en eftat , il
fe rendit au Chafteau de Rambouil
le ,toù l'on va recevoir les Ambaffadeurs
des Princes Proteftans de
›méme que ceux des Princes Catho
ques font receus au Convent de
Picpus. Avant qu'ils partent de l'un
ou de l'autre de
ces
les Mi
niftres Etrangers qui font en France,
leur envoyent ordinairement , faire
compliment. Mr de Bonneuil Introducteur
des Ambaffadeurs, a prefent
de femeftre , fe rendit àa Ram-
"bouiller avec les Caroffes du Roy &
276 MERCURE
J
de tous les Princes & Princeffes de
la Maiſon Royale . Mr le Maréchal
Duc de Bouflers, nommé par S. M.
pour recevoir oer Ambaſſadeut ,
s'y rendit auffi , & la marche com
mença par les Pages , & l'Ecuyer de
ce Duc , qui precedoient fon carrofle,
Un Ecuyer de l'Ambaſſadeur parut
enfuite à la tefte de douze chevaux
de main richement enharnachez, Ils
eftoient conduits par douze Palefreniers
, montez fur de beaux chevaux.
Un autre Ecuyer ou Gouverneur
des Pages parut enfuite , fuivi de
douze Pages tres bien montez ,
ayant tous des veftes d'un riche
brocard d'or , & des tours de plu.
mes blanches. Quarante- huit Valets
de pied venoiens enfuite marchant
deux à deux , ayant deux Suifles à
cheval à leur tefte . Ils precedoient
•
GALANT. 277
、
Je Carrofle du Roy , dans lequel
eftoit M l'Ambaffadeur , ayant
à coté de luy M le Maréchal Duc
de Bouflers . M¹ de Bonneuil eftoit
dans le même Carrofle , qui eftoit
environné de plufieurs Valets de
pied du Roy. Le Caroffe de Madame
la Ducheffe de Bourgogne mar
chott enfuite. Il n'y en avoit point
de Monfeigneur le Dauphin , ny
des
Princes fes Enfans , à caufe qu'ils
font fervis par la Maiſon du Roy . '
Les Carroffes de Monfieur, de Ma
dame , & de Madame la Ducheffe
de Chartres , fuivoient . Il n'y
en avoit point de Monfieur le Duc
de Chartres , à caufe qu'il eft fervy'
par la Maiſon de Monfieur, Cés
Carroffes eftoient fuivis de tous
ceux des Princes de la Maiſon Roya-I
le, Le Carroffe de Ml'Ambasadeur
3
278 MERCURE
9
venoir enfuite , attelé de huit fort
beaux chevaux , puis fa Caléche , &
deux autres de fes Carroffes pareillement
attelez de huit chevaux chacun
, & deux autres attelez de fix.
La livrée de Son Excell , eft de drap
bleu , avec un grand galon de foye
de diverfes couleurs , à coſté duquel
font deux petits galons d'or . Tout le
grand nombre de Carroffes dont je
viens de vous parler , eftoit remply
de. Gentilshommes Anglois. Il fe
tsouva une tres-grande affluence del
Peuple depuis l'entrée du Faubourg
Saint Antoine , jufques à l'Hoftel
des Ambaffadeurs Extraordinaires ,
qui eft à la rue de Tournon , & quoy
qu'ily ait prés d'une lieuë & demie
de chemin , par la route qu'on prend
pour ces fortes d'entrées , cette route
Le
e trouva bordée de plufieurs rangs
..
•
GALANT 279
de Carroffes de chaque cofté des
rues , ce qui joint à la grande quantité
de Peuple qui parut depuis les
plus hauts étages des mailons les
plus élevées julques milieu des rues
en forte que l'on eftoit fouveni obli
gé de faire alte , fir dire à quelques
Anglois , qu'il y avoir plus de monde
dan's Paris feul , qu'ils n'avoient cru³
qu'il y en cuff dans toute la France.
A fon arrivée à l'Hotel des Ambal
fadeurs il fut complimenté au noms
du Roy par Mr le Duc d'Aumont
Premier Gentilhomine de la Chamu?
bre de Sa Majeftes au nom de Ma
dame la Ducheffe de Bourgogne ,
par : Male Marquis de lacert fon
premier Maiftte d'Hofte!; & u
nom de Monfieute, par M le Mar
quis de Saflenage ; fon premier Gen
tilhomme de la Chambre CttAmA
P
280 MERCURE
bafladeur fut enfuite traité aux dém
pens de S. M. Le premier repas fut
Je Dimanche à louper , & le dernier
le Mécredy fuivant à dîner. Il y eur
toûjours cinq tables . Celle de Son
Excellence eftoit de feize couverts ,
il y en avoit une feconde pour ſeize
Seigneurs Anglois , la croifiéme
de vingt - quatre couverts pour autant
de Gentilshommes Anglois
la quatrième de dix couverts pour
autant de les Officiers , &la cinquiéme
pour les douze Pages. Le Mardy ,
fuivant,Monfieur le Comte de Mar
fan & Mr de Bonneüil allérent le
prendre au même Hoftel des Am .
baffadeurs Extraordinaires , avec les
Carroffes du Roy & de Madame la
Ducheffe de Bourgogne, & le con.
duifrent à Versailles , à fa premiere
Audience publique de S. M. Il eft à
GALANT 281
remarquer que c'eft toujours un Ma .
réchal de France qui va recevoir les
Ambafladeurs des Teftes couronnéces
, & que c'eft un Prince qui les
conduit à l'Audience . En arrivant
au Chafteau , il trouva les Compagnios
des Gardes Françoiles & Suiffes
fous les armes les Gardes appellez
Gardes de la Porte , au bas de
PEfcalier ; M le Marquis de Blainville
Grand- Maitre des Ceremo.
nies , & Mr Delgranges Maistre des
Ceremonies
& les Cent. Suifles
rangez en haye fur l'efcalier, Mle
Maréchal Duc de Noailles le Legur à
la porte de la Salle des Gardes du
Roy , qui eftoient pareillement en
haye , & fous les armes. Il eut de la
peine pour approcher de la Perfonne
du Roy , tant la Cour eftoit norpbreufe
. Sa M. le reçut à la ruelle de
Mars 1698
. A a
841
1282 MERCURE
fon lit. L'Audience finie , Son Ex .
cellence alla chez Monfeigneur le
Dauphin , Monteigneur le Duc de
2 Bourgogne , Madame la Ducheffe
de Bourgogne , Monfeigneur le Duc
-d'Anjou , Monſeigneur le Duc de
-Berry ,Monfieur , Madame , Mon-
-fieur le Duc de Chartres , & Mademoifelle.
Aprés ces Audiencesil fut
magnifiquement traité à quatre tables
par les avec
du Roy ,
tous les Seigneurs & Gentilshommes
de fa fuite. Il fut enfuite reconduit
par Me de Bonneuil avec les
i. mêmes Carroffes de S. M. au même
lieu où ils avoient efté le prendre.
Les jours fuivans Son Excellence
rendit vifite a Monfieur le Prince ,
à Madame la Princefle , à Monfieur
Te Duc , à Madame la Ducheffe' , 'à
Madame la Princeffe de Conry
GALANT 283
Douairiere , à Monfieur le Prince
de Conty, à Madame la Princeffe
de Conty , à Monfieur le Duc du
Maine, & à Monfieur le Comte de
Toulouſe. Les maniérus ; bonneſtes ,
& engageantes de cer, Ambaffadeqr
Juy ont acquis l'eftime de toute la
Cour. Il ne perd aucune occafion de
dire des chofes obligeantes à ceux à
qui il a occafion de parler pla
fieurs Seigneurs de la Cour , & quantité
de perfonnes diftinguées de la
Ville , fe font-ils empref - z de le regaler
par de magnifiques repas. Il a
efté fouvent furpris de voir dhuffi
beau Poiffon , & dans une audi
grande quantité en un lieu & éloigné
de la Mer & ua pas fait paroiftee
moins d'étonnement de la regularité
avec laquelle on obferve icy le
Careſme.
A a ij
284 MERCURE
Le mot de l'Enigme du mois paffe
eftoit la Balinoire Il a efté trouvé
par Mrs le Cheualier de la rue de
P'Arbre fec : de la Chine de la rue
Dauphine Baftide , Précepteur des
Pages de la petite Ecurie Beaufort
de la rue des Pelletiers ; le Solitaire
de Ponthieu ; l'inconftant Hilas ; le
celebre Ecrivain du coin de la rue
de Nevets.useb mainonnandiano
LK
•
ENIGME ob br
NEmeprenspas pour une bagatelle
,
Je fais grand , mais pourtant fagia
fort rondement.
En Gouverneur ſuſpect, & form
vent infidelle,
Regle men movement, mae
GALANT 28
Ma figare eft
extravagante's
Fay les bras plus longs que le
corps.
Quand je m'agitr& me tourmente
On feroit contre moj d'inutiles ef
forts.
S
Pour arrefterces bras dame la plas
bardie
Quand je lesfais agir fe glaceroit
d'offroy's
Et fi de les faifir il prenoit quelque
envie ,
On verroit ce que c'est que s'attas
quer à moy
C'est un moulin a Vent
Les réjouiffances qu'on a faites
pour la Paix , & qui font finies prefentement
, m'ont obligé de referver
286 MERCURE
plufieurs Pieces qui auront leur tour.
Je vous ay marqué dans cette Lettre
que Mr Janfon , l'un des Echevins
de Troyé , avoit fait le Plan de la
Fefte qui s'y eft faite , mais il s'en
deffend , & dit que la gloire en eft
dûe aux Peres de l'Oratoire . Je fuis ,
Madame , voftre , &c.
A Paris co 31, Mars 1698.5 ce
elo usuig a) ruga ziut si ap
༣ཏི ཝ ུ
93 3
TABLE,
P
Relnde.
Vers libres fur la Paix.
Sonnet. 15
17
Autres Ouvrages en Vers fur les Ponts
abattusfur le Rhin.
Réjouiffances foires à Prémontre, avec un
Difcours prononcé à la gloire du Rez. 19
Réjouiffances faites è Troyes .
Relouiffances faites à Niort.
38
14
Bonts -rimez prapofez par Mrs de la
Compagnie des Lanternistes.
Ode fur la Riviere de Marly
75
77
Lettre contenant plufieurs nouvelles. 185
Sentiment de Mr B... fur le pretendu
prodige de l'Enfant de Tours 103
Itz
Autre fentiment ſur le miſmefujet, 114
Prix propofez, ḥ strind! sh ma
Réjouiſſances faites par les Peres de la
Doctrine Chreftienne de Toulouse.122
Autres réjouiffances faites on plufieurs
endroits de la Bourgogne. 156
Autres faites à Nogent le Rotrou . 162
Autres faites à Villenaufe ,
Marivge
1165
166
TABLE.
Entrée de Mr l'Evefque de Metz. 168
Mr d' Audiffret eft nommé par le Roy fon
Envoyé Extraordinaire à Mantonë,
Lettre de Mr Bordelon .
174-
175
Réponse au Billet de l'Inconnu tonchant
la Quadrature du Cercle.
Mort.
177
150
Reception faite à Caen à Mr le Comte de
Teßé
Hiftoire.
184
159
Vifites faites par Mr l'Aichevefque. 221
Buste du Roy élevé à Rieux.
Réjouiffances faites à Soiffons.
225
237
Morts. on dinals tretsc
251
Charge d'Avocat General donnée à Mr
Portail
272
Mariage de Mr de Poiſfi. 272
Relation de l'Entrée de l'Ambaffadeur
Extraordinaired Angleterre.
Enigmess
174
284
L'Air , Ab qu'il est beau , &c. page 72°
L'Air , Terrible Mars & c page 183.-
$125 * 2259252592222
CATALOGUE DES LIVRES
Imprimez chez MICHEL BRUNET,
Libraire , à l'entrée de la grande Salle
du Palais , au Mercure Galand. 1697.
H
Iftoire de la Monarchie Françoiſe fous le
Regne de Louis LE GRAND , contenant ce
qui s'y eft paffé de plus remarquable depuis 1643 .
jufqu'à prefent , par M. de Corneille de l'Academie
Françoife , in 12. 3. vol. 5.1.8.f.
Les Memoires de M. de Saint - Evremont
contenant diverfes avantures qui peuvent fervit
d'inftruction à ceux qui ont à vivre dans le grand monde , in 12, 4. vol .
8.1
Les Contes & Fables de M.le Noble , Ouvrage
enrichi de Figures en taille douce , in 12. 2
vol. 4.1.
Mylord Courtenay ou Hiftoire fecrette des
premieres amours d'Elifabeth d'Angleterre , par
M. le Noble , in 12. 1. l. 16. f.
L'Hiftoire des Religions de tous les Royaumes
du monde , in 12. 3. vol. 3.1. iz. f.
Les Lettres nouvelles de M. Bourfault , accompagnées
de Fables , de Remarques de bons Mots
& d'autres particularitez auffi agréables qu'uti
les , in 12.1
in 12.
2. 1.
L'Illuftre Moufquetaire , Nouvelle Galante
1. 1. s . f.
La Vie de l'admirable Chevalier d'Induſtric
Dom Gufman d'Alfarache , enrichi d'un grand
nombre de figures en taille douce , in 12. 3. vol.
6. 1.
Hiftoire des Revolutions de Suede , où l'on
A
1
voit les changemens qui font arrivez dans ce
Royaume , au fujet de la Religion & du Gouver
nement , in 12. 2. vol.
3. 1. 12. f.
Metamorphofe
d'Ovide en Vers , par M. de
Corneille de l'Academie Françoiſe , avec les figures
,in t2. 3. vol.
9. 1.
in 12.
Arliquiniana , ou les Bons Mots , les Hiftoires
plailantes & agréables , recueillies des Converfations
d'Arlequin , in 12. Seconde Edition
augmentée , 1. l . 16. f.
Tome 2. fous le titre de Livre fans Nom,
1. l. 16. f.
Pratique Curieufe , ou les Oracles des Sybilles
, pour fe divertir en Compagnie, in 12. 1.1.5.f.
Les Paroles Remarquables , les bons Mots , &
les Maximes des Orientaux , in 12. 1.1.16.f.
Le Duc de Guife , furnommé le Balafré , in
1. l. 16. f.
L'Ambaffade de M. de Saint - Olon en Maroc ,
enrichi de figures , in 12.
1.1.16. f.
La découverte des Myfteres du Palais , où il
eft traité des Parties en general , des Intendans
des Grandes Maiſons , des Procureurs , Avocats,
Notaires & Huiffiers , in 12 . 1. 1. 10. f.
Hiftoire de France , depuis Pharamond jufqu'à
prefent 1697. in 12. fo . vol.
12.
12.
18.1
Portraits Serieux , Galands & Critiques , in
1. l. 16.f.
Memoires de M. d'Angoulefme, in 12. 1.1.10.f
Traduction de M. de Martignac.
Les Oeuvres de Virgile , Latin- François, in 12.
3. vol.
Les Oeuvres d'Horace , in 12. 2. vol .
6.1.
4. l.
Les Satyres de Juvenal & de Perſe , in 12.
De M. Felibien .
2. 1. 10. f.
Entretiens fur les Vies & les Ouvrages des
plus excellens Peintres , Anciens & Modernes
2. vol. 12.1.
Recueil Hiftorique de la Vie & des Quvrages
des plus celebres Architectes , in 4. 3.1.10.f
Defcription des Peintures faites pour le Roy,
avec une Deſcription fommaire du Chafteau de
Verfailles , in 12.
2.1. Dictionnaire des Arts & Sciences ,ou Principes
de l'Architecture , avec figures , 4.
De M. de Mezeray.
Hiftoire de France , folio 3. vol .
La même en abregé , 4. 3. vol .
De M. d'Herbelot.
12.1.
so.1.
20.1
Biblioteque Orientale , ou Dictionaire Hiftorique
de l'Orient ,fol.
Livres de M. Defcartes.
15. 1.
Les Principes de la Philofophie 4. avec figures
en taille douce , 6.1.
La Methode , Dioptrique & Meteores , 4
Meditations Metaphyfiques , 4.
4.1.
6.1.
Traité de l'Homme , & de la formation du
feetus , & le Monde ou Traité de la Lumiere ,
avec les Remarques de M. de la Forge , 4. 6.1.
Le Monde , ou le Traité de la Lumiere , & des
autres principaux objets des Sens , avec un Dif
cours du Mouvement Local , & un autre de la
Fiévre , 8 . 2.1.
1. 1. 19. f. Les Paffions de l'Ame , in 12.
Copie d'une Lettre écrite à un fçavant Religieux
, pour montrer , 1. Que le Syfteme de
M. Defcartes , & fon opinion touchant les Bêtes
, n'ont rien de dangereux , 2. Et que tout
ce qu'il en a écrit femble eftre tiré du premier
Chapitre de la Geneſe , in 12 . 15.f.
Oeuvres d'Ettmuller.
Pratique general de la Medecine de tout le
A ij
6.11
Corps humain , S. 2, vol.
Pratique fpeciale du même Auteur , fur les
maladies propres des hommes , des femmes , &
des petits enfans , avec des Differtations du même
Auteur fur l'Epilepfie , l'Yvreffe , le mal Hypocondriaque
, la douleur Hypocondriaque , la
Corpulence , & la morfure de la Vipere , 8. 3.1,
Les Inftituts de Medecine , 8 .
La nouvelle Chirurgie Medecinale & Raifon-
3.1.
née , avec une Differtation fur l'infufion des liqueurs
dans les vaiſſeaux , in 12 .
1. 1. 10.f.
La nouvelle Chimie raifonnée du même Auteur
, in 12. 1. 1. 1o. f.
Ouvrages
de M. l'Abbé
Gouffault , Confeiller
au Parlement
.
Le Portrait de l'honnefte Homme , in 12.
De
l'honnefte Femme , in 12.
Les Confeils d'un Pere à fes Enfans
vers eftats de la vie , in 12.-
1. l. 10. f.
1.l.to.f.
fur les di-
1. 1. 10. f.
Oeuvres de M. de Fontenelle , de l'Academie
Françoife.
Nouveaux Dialogues des Morts, in 12. 2. vol.
Jugement de Pluton fur les deux Parties des
3. 1.
nouveaux Dialogues des Morts , in 12. 1.1.10.f..
Entretien fur la pluralité des Mondes , in 13.
1.1. 10. f.
1. l. 10. f. Hiftoire des Oracles ,in 12:
Poëfies Paftorale , avec un Traité de la Nature,
de l'Eglogue , & une Digreffion fur les
Anciens & les
Modernes , in 12. 1. 1. 10. f.
Lettres Galantes de M. le Chevalier d'Her , in
12. 2 vol .
De
Mademoiselle de la Force.
3.1.
Hiftoire Secrete de la Maifon de
Bourgogne ,
in 12. 2. vol.
1.
Hiftoire de Marguerite de Valois , Reine de
Navarre , foeur de François Premier , in 12.1 2 vol.
Guftave Vafa , 12. 2. vol.
De M. Daumat.
13. 1. 12,f.
3.1. 12.f.
Les Loix Civiles dans leur ordre naturel , 4. 3. vol.
Du R. P. Bouhours.
18. 1.
2.1.
La Maniere de bien penſer dans les Quvrages
d'efprit , 14 .
Les Entretiens d'Arifte & d'Eugene , nouvelle
Edition , où les mots des Deviles font expliquez,
2. 1. 10. f.
Oeuvres diverfes de M. de Saint - Evremont ,
12. 4. vol.
Recueil des Ouvrages de Madame de Villedieu.
La Vie de Henriette Sylvie , de Moliere , 12 .
12.
2. vol.
Les Amours de Catulle , 12. 4. vol.
8. 1.
2.1.
4.1.
Le Journal amoureux de France , 12. 3. vol.
d'Espagne , 12. 2. vol.
Les Caprices de l'Amour , 12. 2. vol.
Les Amours des grands Hommes , 12 .
Les Exilez , 12. 2. vol .
4.1. 10. f.
3.1.
2.1.
2. vol.
3.1.
3.1.
3. 1
1. 1. 10.f.
Les defordres de l'Amour , 2. 2. vol .
Nouvelles Oeuvres mellées , 12 .
Livres d'Affortimens.
Les Oeuvres de Moliere , 12. 8. vol. 15.1. de Racine, nouvelle Edition, 12.2.vol.6.1 .
de Corneille , 12 , 10. vol.
de Scarron , 12. 10. vol .
20.1.
15.1.
L'Arithmeticien Familier , enfeignant la mapiere
d'apprendre fans Maiftre l'Arithmetique
en fa perfection , 12 . 1.1.16. f.
Effais de Jurifprudence , 12 . 2.1.
A i
Hiftoire des Guerres Civiles de France , con
tenant tout ce qui s'eft paffé de plus memora
ble fous les Regnes de quatre Rois , François II.
Charles IX. Henry III. & Henry IV. furnommé.
le Grand , jufqu'à la Paix de Vervins inclufivement',
par Davila , 12. 4. vol . 8.1.
L'Art de la Poëfie Françoife & Latine par M.
de la Croix , 12. 2.1.
L'Hiftoire de l'Empire Ottoman , par M. de
la Croix , 12. 3. vol .
La Turquie Chreftienne , 12. par le même ,
6.1.
2.1.
Hiftoire de Charles VI .par le Laboureur , fol.
vol.
Antimenagiana , 12.
12.1.
1. 1. 10.f
Hiftoire Generale d'Angleterre , d'Ecoffe &
d'Irlande, enrichie de Figures, 12. 4. vol. par M.
Vanel , Hiftoriographe de France , 6.1
Idem des Turcs , 12. 4. vol. du même ,
6. 1.
Idem d'Eſpagne , 12. 3. vol. du même,
Tite-Live reduit en Maximes , 12.
4. 1. 10. f.
2.1.
Le Nouveau Eftat de la France , 12. 3. vol.
de 1697.
S. 1. 8. f.
Nouvelle
Methode
du Blafon
, du Pere Meneftrier
, enrichi
de figures
, 12. 2.1.10. f.
* Les Satyres de Perfe , avec des Remarques de
M. le Prefident de Silvecane , 12. Latin-Fran-
I. 1. 10. f. çois.
Journal du Voyage de Siam , de M. l'Abbé de
Choify, 12. 1. l. 10. f.
Recherches Curieufes d'Antiquitez , par M.
Spon , 4. 9. 1.
12.
Lettres familieres fur toutes fortes de fujets,
I. l. 1o. f
L'Ariofte Moderne , ou Roland le Furieux
$2.4. vol.
"G.1.
Hiftoire de la feue Reine d'Angleterre , 8 .
Oeuvres de Voiture , 12. 2. vol.
2.1. 10. f.
3.1.
Memoires de la Reine Marguerite, 12. 1.1.1o.f.
Hiftoire du Gouvernement de Venife de M.
Amelot de la Houffaye , 8. 2. vol.
Le Tibere , du même , 8 .
Le Prince de Machiavel , du même ,
5.1.
3.1.
12.
r. l. 10. f.
Les Annales de Tacite , avec des Reflexions
Politiques , Hiftoriques , 12. 2. vol. du même ,
4. 1.
Toutes les Hiftoires de M. Maimbourg , 4. 14. vol.
So. 1.
Le même
in 12. 26. vol.
40. 1.
Hiftoire
de l'Afrique
, Ancienne
& Moderne
enrichie
de 400.figure
en taille
douce
, 12. 4.vol
.
>
8.1.
Hiftoire des Troubles de Hongrie , 12. 6. vol.
Vies des Saints , fol. 2. vol.
9.1
.
15.
1.
3
+
Idem fol. 2. vol. de Rouen ,
Idem 8. 4. vol . de Paris ,
9.
12.1
. Idem fol . 2.vol . de Simon Martin , 24.1 .
Voyage des Ambaffadeurs de Siam en France,
rempli d'une infinité de chofes curieuſes , 12 .
4. vol.
6.1.
Hiftoire Romaine , où l'on voit tres-exactement
recücilly tout ce qui s'eft paffé depuis la
Fondation de Rome , fous les Rois , fous les Confuls
, fous les Tribuns Militaires , fous les Decemvirs
, & fous les Empereurs , tant d'Orient
que d'Occident , jufqu'à prefent , nouvelle edition
, 12. 8. vol.
12. 1.
6.1. Hiftoire Sainte , 12. 4. vol.
L'Hiftoire entiere d'Alexandre le Grand,tiréo
A iiij
d'Aren , Plutarque , Juftin , Jofeph , Quinte-
Curce & de Freinhemius , 12. nouvelle Edition ,
2.1.
Eftat de la Cour des Rois de l'Europe , par M.
de Sainte- Marthe , Hiftoriographe de France ,
12.4 . vol. 6.1.
La Science Univerfelle de M. Sorel , divifée
en 4. volumes , dont le premier traite de la Terre
, de l'Eau , de l'Air , du Ciel & des Aftres.
Le fecond , des Meteores , des Pierres , des.
Metaux , des Plantes & des Animaux , des Ames
humaines , des Anges & de Dieu.
Le troifiéme , de l'Ufage , de la Melioration
ou perfection , & de l'imitation de toutes les chofes
du Monde.
Le quatrième, de l'Ufage, des Idées , qui produifent
les Sciences & les Arts , & leur enchaînement
, du Langage , de l'Ecriture & des Chiffres
; & où l'on trouve la refutation des erreurs.
vulgaires , derniere Edition bien augmentée , 12.
4. vol.
6. l.
Traité de la Guerre de M. le Marquis du Châtelet
, 12.
1.1. 10. f.
Les Epiftres & Evangiles de toute l'Année , 12.
"
1.-1. 10. f.
Les Meditations de Buſée , 12. 2. vol. 3.1.
Idem un volume , a. 1. 10. f
Journal des Saints , nouvelle Edition , 12. 3.vol.
s. 1.
Meditations fur la Concorde des Evangiles ,
par M. Feydeau , 12. 3. vol. 4.1. 10. f.
Vie de Dom Barthelemy des Martyrs , par
Meffieurs de Port - Royal , 8 .
Hiftoire des Juifs de Jofeph , traduite par M.
Arnauld d'Andilly , 12. 5. vol .
4.1.
12.1.
Meffel en Latin & en François par M. de Voifin
, 12. 6. vol.
12, 1.
Tableau de la Penitence , par M. Godeau , 12
Figures ,
12.
3.1.
La Voye qui conduit au Ciel par Drexellius ,
Hiftoire de Tamerlan , 12.
1.1. 10.f..
1.1. 10. f.
Philofophie des Images , du Pere Meneftrier ,
avec figures , 12.
2.1.
Oeuvres de Lucien d'Ablancourt , 12. 3. vol.
4.1. 10. f.
Hiftoire de Tacite , 12. 3. vol .
..
du même ,
4.1. 10. f
4.1. 10. f.
3.1.
4. 1.
Conference de Caffien , 8. z . vol .
Catechifme de Turlot , 4.
Le faint Travail des mains , 4.
Traité de la Religion Chreftienne , 12 , 2. vol.
3.1. 10. f.
2. 1.
Morale Pratique de S. Gregoire , 12. 2. vol.
3.1. 12.f.
L'Art de fe connoiftre foy-même , par Abadie
, 12.
Semaine Sainte Latine & Françoiſe , 12. 2.1
Nouveau Teftament en François , 12. 1.1.10 f.
Idem 2. volumes de groffe lettre, 3.1 .
La Vie de Jefus - Chrift , 12. 3. vol. par le Pere
Brignon Jefuite ,
Traité des Monnoyes par Boizard , 12 .
Memoire de M. de Guife , 12.
6.1.
2.1.
2. 1.
3.1.
vol. 3 . 1.
8.1 .
1. l. 16. I.
1. l. 10. f.
Idem de Rouen , 12. 2. vol .
Hiftoire de Geneve de Spon , 12.2 .
Hiftoire de Hollande , 12. 4. vol.
Le Triomphe de l'Humilité , 12 .
Guerre des Turcs contre la Pologne , 12 .
Academie Galante , 12. 2. vol. 3.1.
L'Hiftoire du Comte de Soiffons , 12. 1.l.10.f.
Le Portrait Geographique & Hiftorique de
l'Europe , où l'on voit la defcription des Païs , la
Religion , & l'établiffement des Monarchies , 12
3. vol. 4. l. 10. f.
L'Art de laver , ou nouvelle maniere de Pein
dre fur le papier , 12. - 1. l.
La Vie d'Elifabech d'Angleterre , de Léty , 12-
2. vol.
4.1. Epiftre & Elegie amoureufe d'Ovide , 12. of
1.1.10 . f.
Pieces Galantes de Mad . de la Suze , 12.4 . vol.
s. 1.
1.1. 10.f. Fortifications de Gautier , 12 .
Le Traité de l'Artillerie , 12. par le même ,
1. l. 10. f.
Remedes de Madame Fouquet, 12. 2. vol . 3.1.
Idem un volume ,
Dictionnaire Royal , 4.
Idem &.
Maifon Ruftique , 4.
Arithmetique raifonnée , 12.
Les Secrets des Cours , ou les
Vvalfingham , 12 .
1.1.10.f.
6.1.
I..
3.1
.
3.1
.
1. 10. f.
Memoires de
2. 1.
Difcours du Comte de Buffy Rabutin à fes enfans
, 12. feconde Edition , 2.1.
La Promenade de Verfailles > ou Celanire ,
nouvelles hiftoriques , par Mademoiſelle Scudery
, 12. 1. l. 16. f.
Eleonore d'Ivrée , ou les Malheurs de l'Amour
, 12 . 1.1. 10. f.
Le Napolitain ou le deffenfeur de fa Maiftreffe
, 12.
Le Mary jaloux , 12 .
Le Secrétaire Turc , 12 .
Le Seraskicr Bacha , 12 .
Eftat prefent de la Puiffance
L'Illuftre Genoiſe , 12 .
I. 1.
I. 1. 10. f..
1. 1. 10. f.
1. 1. 10. f
Ottomane , 12 .
Le Grand Vifir Cara Muſtapha , 12 .
2. 1.
1. 1. 10. f.
1.1.10.f
Les Nouvelles Galantes & Avantures du
Temps , 12. 2. vol.
2.14
La Guerre des Auteurs Anciens & Modernes
12. I. 1. 10. f.
La Chevalerie Ancienne & Moderne , par lé
Pere Meneftrier , 12.
Ambaffades de M. le Comte de Guilleragues,
& de M. Girardin , auprés du Grand Seigneur ,
12 .
2.1.
1.1. 10. f.
Les differents caracteres de l'Amour 12.
Biblioteque choifie de Colomiers , 8.
Hiftoire de Polybe , 12. 3. vol.
Difcours Satyriques , 12.
,
1. 1. 10.f.
2.1.
4.1. 10.f.
1. l.
2. vol.
3. 1.
Dialogues Satyriques & Moraux , 12 .
1. l. Epiftres en vers de M. Sabatier , 12.
Reflexions ou Sentences , & Maximes Morales
, & Politiques , dediez à Madame de Mainte-
.ܐ : ,
non
1. I.
Voyages de Chardin en Perfe, & autres lieux,
12. 2. vol . figures ,
Les Travaux de Mars , 8. 3. vol .
Biblia Sacra fol. Lugd.
Idem 8. Lugd.
4.1. 10.f.
15. l.
10.1.
3. 1
4.1.
1.1.10.f.
Idem 24. 6. vol. de Cologne , 7.1.10.f.
Idem 12. 2. vol. Paris .
Novum Teftamentum 24. Colonia.
Concilium Tridentinum 24. Colonia :
Catechifmus Concilii 24. Colonia .
Concilium Tridentinum 12. Lugd.
Idem Catechifmus Concilii
Concordantia Bibliorum Colonia 8 .
-
- Idem 4. Lud.
1.1.10.f.
1. l.10.f.
1.1. to.f.
12. Lugd.
1. 1. 10. f.
6.1 .
7.1. Edouard , Hiftoire fecrette d'Angleterre , 12 .
2. vol.
3. l. 12. f.
12
Hiftoire du Cardinal Ximenes de M. Flechier,
12. 2. vol.
cy .
12.
12.
4.1.
Hiftoire de 3. Louis , 4. 2. vol. par M.de Sa-
12, 1.
Les devoirs de la Vie Civile , 12. 2. vol. 3.1.
Hiftoire de France par demandes & réponſes ,
Idem des Papes , 12.
Idem de la Bible , 12,
Idem Romaine , 12 .
2.1.
1. 1. 10. f.
1. 1. 10. f.
1. l. 10.f.
1. 1. 16.f.
Les Oeuvres Pofthumes de M. de la Fontaine ,
Hiftoire de la Republique de Gennes , depuis
la Fondation de Rome jufqu'à prefent , 12.3.vol.
Livres de Droit.
6. 1.
Corpus Furis Canonicis de Pithao , fol . 2. vol.
20. 1..
Corpus Furis Civilis , 8. 2. vol . Amftelodami
10. I.
Oeuvres de Baquet , fol. par Ferriere , 15.1.
Les Arrefts de Louet , fol . 2. vol.
La Biblioteque Canonique de Blondeau , fol.
2. vol.
24.1.
22.1.
Queftions notables de Droit decidées par plufieurs
Arrefts de la Cour de Parlement , divifées
ch 4. Centuries par M. Claude le Preftre , Confeiller
du Roy en fa Cour de Parlement de Paris,
& augmentées en cette derniere Edition par M.
Gueret Avocat en Parlement , fol . 15. 1.
Les Arrefts
du Parlement
de Paris
de M. Bardet
, avec
les Differtations
de M. Beroyer
,fol.
2. vol.
14. 1.
Les Plaidoyez de M. Gaultier , ancien Avocat
au Parlement , avec les Arrefts intervenus fur
iceux , donnez nouvellement au public par M.
Gueret , Avocat au
Parlement , 4. 2. vol.
8.1.
2
13
LePraticien François de M. Lange , nouvelle
Edition , 4. 7.1.
Abregé de la Jurifprudence
Romaine , divifée
en fept Parties , à l'imitation des Pandectes de
Juftinien , avec fon rapport à ce qui eft de noftre
ufage , par M. Colombet , 4 .
"
3. 1.
Remarques
du Droit
François
fur les Inftituts
de l'Empereur
Juftinien
, comment
ils fe doivent
pratiquer
en France
, & le rapporter
à l'ufage
du
Palais
, par M. Mercier
, Avocat
en Parlement
,
3. 1.
Maximes Generales du Droit François de M.
de l'Hommeau , 4. 4.1.
Inftitution du Droit Romain & du Droit François
, par un Auteur Anonyme , avec des Remarques
de M. de Launay , Avocat au Parlement, 4.
6. 1.
Coutume de Paris de Meffieurs C. du Moulin ,
Tournet , Labbé & Jolly , Avocats au Parlement,
12. 2. vol.
Coutume de Rheims de Buridan , fol.
Borcholten ,fuper Inftituta, 4.
3. 1.
10.1.
3.1. LeJournal des Audiences du Parlement de Paris
, fol. 4. vol. 36.l
Nouveau Traité des Matieres Beneficiales ,
par M. Hory , Auteur du Notaire Apoftolique,
6.1.
Queſtions notables de Droit , de Duperiere ,
4. nouvelle Edition augmentée 4.1.
Il fe trouve chez le mefme Libraire toutes les
nouveautex qui s'impriment à Paris , 1697.
511
m
1698.3
Eur : 511 !!!
1698,3
Mercure
<36624511450017
0017
<36624511450017
Bayer . Staatsbibliothek
*}}
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
MARS 1698.
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
dų Palais, ap Mercure Galant,
O
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
wendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS;
Chez G, DE LUYNES , au Palais , dan
la Salle des Merciers , à la Juftice.
E MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galante
M. DC. XCVIIL
Aves Privilége du Roy,
Bayerlache
Staatsbibliothek
München
Q
AVIS.
Velquesprieres qu'on ait faiù
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les
Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
dy manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
ins de ces
Memoires dont on ne fe
peat fervir. On reitere la mefme.
priere fortequ'en
écrire ces noms , en
ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memaires
, & l'on
employera tous les
bons
Ouvrages à leur tour,
pourven
qu'ils ne
defobligent perfonne ,
qu'il n'y ait rien de licentieux . On
A ij
AVIS .
prie feulement ceux qui les envoyent
fur tout ceux qui n'écrivent que
pour faire employer leurs noms dans
Particle des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on falle ce qu'ils demendent,
C'eft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite pres
fentement le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere , qu'il eft toujours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir les paquets deceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
baiffera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
longtemps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées ; mais aufli
cesVilles ne lereceveront pas fi card
qu'elles faifoient auparavani Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans on charger ledit Brunet , s'exposent
à le recevoir rokjours fors
şard par deux raiſons . La première,
parce que ces Amis n'ont pas foinde
le venir prendre fitos qu'il eft imprim
mé, outre qu'il le fera toujours quel
quet jours avant que l'on en faſſele
debit , & l'anire , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont là eux & quel
ques autres à qui ils le profient , ils .
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difunt que la
vente n'en a commencé que fors
avant dans le mois . On évitera ce
rerardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'ilfe charge defaire
A iij
AVIS.
Jés paquets luy-mefme, & de lesfaire
porterà la Pofte ou auxMeffagers,
fans nulinterefi, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné lew☛
adreffe.Ilfera la mefme chofe gene
galement de tous les Livres now→
veanx qu'on luy demandera , foit
qu'illes debite , ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
wendront. Quand il ſe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,.
afin de n'en faire qu'un mefme paqnet.
Tout cela fera execute avec
ane exaltitude dont on aura lien
daftre content
ap
QUE
MERCVRE
GALANT
MARS 1698.
L
A Paix dont le Roy
veut bien nous faire
goûter les douceurs ,
aprés neuf ans d'une rude
guerre, ne peut recevoir affez
d'éloges. Ainfi vous ne devez
pas eftre furpriſe , fi chag
A iiij
8 MERCURE
cun s'empreffe à luy en donner.
La matiere eft grande,
& comme elle ne pourra eftre
fi.toft épuisée , je ne doute
point qu'elle ne produiſe
longtemps des Ouvrages pareils
à celuy qui fait le commencement
de cette Lettre .
Il eft de Mademoiſelle l'Heritier
, dont l'heureux genie
vous eft connu , par quantité
d'autres Pieces de fa compoficion
que je vous ay déja envoyées.
GALANT:
SUR LA PAIX
VERS LIBRES.
Laifirs , aimables jeux , que
l'horreur de la guerre Plai
Avoit exilez de la terre ,
Revenez dans ces lieux redoubler
vos appas,
LOUIS , dont la fageffe & fublime
& profonde Ta
Ne veille qu'au bonheur du mon
`de,
Vous a rappellez icy-bas 3
A fesjuftes defirs il faut que tout réponde.
2
Ce Monarque cheri des Cieux
Autant que l'Univers le craint & le
revere ,
10 MERCURE
Qui fans ceffe victorieux
Remplit l'un & l'autre Hemif
phere
Du bruit de les exploits rapides, glorieux
,
Vient de calmer l'Europe en Pere.
·
2
A fe vaincre luy même il trouve des
attraits
Et fort tout éclatant de gloire
Duchar pompeux de la Victoire,
Pour y faire regner la Paix.
S
Elle brille en ces lieux avec fes plus
doux charmes ,
Et déja ſon heureux retour
Fait triompher le tendre Amour.
Deux auguftes Amans qui luy prétent
des armes ,
Préparent à l'Hymen un triomphe
à fon tour.
:
GALANT: ÎÍ
2
Ce Dieu qu'une injufte habitude
Affervit à l'inquierude
Dans le refte de l'Univers ,
N'aura plus rien de gênant ny de
rude .
¿
Exempt de les chagrins divers ,
Et réuni par une ardeur fincere
A l'aimable Enfant de Cithere ,
Il ne formera plus que des noeuds
gracieux ;
Affranchi d'un joug odieux
Il ne donnera plus que des jours
faits pour plaire,
S
La jeune Adelaide & fon charmane
Epoux
Produiront par leurs feux ces chan
gemens fi doux ,
De la faveur du Ciel leur flamecou
sonnée
12 MERCURE
Comblera de plaifirs un Prince , qui
cent fois
S. fit voir par d'heureux exploits,
Et par mille vertus dont fon ame eft
ornée
Digne Fils du plus grand des Rois.
Les Amans dont il voit l'union for
tunée ,
Donnant en fpectacle aux Mor
tels
Tous les charmes de l'Hymenée,
D'un éternel encens affurent fes
Autels .
2
Avec ce Dieu l'Amour d'intelli
gence .
Ceffera de porter les coeurs
A la jalouſe défiance ,
Aux noites trahifons , aux coupables
fureurs .
La fidelité , l'innocence
GALANT: iz
Regleront feules fes ardeurs
Sous le regne fameux du Heros dela
France.
S
C'eft dans ce temps heureux qu'on
verra les beaux Arts,
Pour celebrer un Roy fi rempli de
fageffe ,
Unir leurs foins de toutes parts
AceuxdesNymphes du Permeffe,
Elles s'emprefferont par de nobles
efforts
A former à l'envi d'harmonieux
accords
Ces doctes Soeurs tranquilles , fatisfaites
,
Celebreront LOUIS & la Paix fur
des airs ,
Dont les bruyans Tambours ny les
aigres Trompettes
Ne viendront plus troubler les aimą .
bles
concerts,
14 MERCURE
L'Amour du Roy pour fes
Peuples , & le defir de leur
procurer la Paix l'ayant obligé
d'accorder à fes Ennemis
la démolition de quelques
Forts de l'autre cofté du Rhin ,
& des Ponts de Huningue , de
Briſac , & du Fort - Louis , fur
le même Fleuve , M' de Saint
Genis , premier Capitaine du
Regiment d'Infanterie du
Comte de Permangle , qui eft
en quartier à Hombourg
aprés fa derniére Campagne
d'Allemagne, a fait fur ce fu
jet le Sonnet qui fuit.
Pa
GALANT:
is
LES DEMOLITIONS
DES FORTS DU RHIN
SONNET.
Uel débris étonnant retentit
fur ces bords ? Ovel
L'Uniuers touche-t-il à fon heure
derniere ?
Quel fracas quels éclats !" quelle
maffe / quel corps
Souvre , fe defunit , & retourne en
pouffiere ?
On vir contre ces Murs , ces Ram
pars , & ces Forts ,
Pâlir des Nations l'audace la plus
fiére.
LOUIS les démolit , & veut qu'à
leurs efforts
16 MERCURE
Sa bonté toute feule oppoſe une bar
riere.
Superbes Monumens des Rois & des
Heros,
Qui portez jufqu'aux Cieux leur
gloire & leurs travaux
Palais , Arcs triomphaux , Pyrami
des, Statuës ,
S
Pour confacrer un nom vos foins
font fuperflus ,
Quand fur des tas épars de pierres
abattües
LOUIS a trouvé l'art de graver
Les
vertus,
Le même M' de Saint Ge.
nis a fait le petit ouvrage que
yous allez lire,
GALANT! 17
LES PONTS SUR LE RHIN ,
E
ABATTUS.id andin?
Nflé de tout l'orgueil de fa puif
fance humide ,
1 .
2
Le Rhin d'une courle rapide
Difcendoit vers la M.r , & les flots
diligens
Appro hoient le rivage & les murs
de Coblens Y
C
Quand ce Fleuve en fon cours ren
contrant la Motelle ,
Luy dir en 1 embraſſant : N mphe
que je chetis
Nymphe avec qui mon coeur & mes
Alots font unis ,
Ecoute une heureule nouvelle .
J'en nage de plaifir , je fuis fi rempli
d'elle ,
Le Rhin fe joint à la Mofelle à Coblens .
Mars 1698. B
18 MERCURE
Que jufqu'à l'Ocean j'en parleray
toujours
Sçais - tu bien que ces Clefs des Provinces
captives ,
Ces Ponts audacieux , ces Tirans de
mon cours ,
Sont en fin renverfez ? J'en ay vu fus
mes rives
Ramafler les débris flottans.
Ce Prince , ce Heros , qui de fes
Combattans
Allarmoit chaque jour mes ondes fugitives
Ne peut me traverfer , & mes fers
font rompus.
Ainfiparloit le Rhin, quand la Nym.
phe legere
Répondit:Vous n'y penfez plus
Un Pont luy fut-il neceffaire
Quand il vous paffoit à Tolhus ?
GALANT: 19
Je ne puis m'empécher de
vous faire part d'une réjoüif
fance qui s'est faite pour la
Paix , dans une des plus cele
bresAbbayes de ceRoyaume .
Vous en conviendrez quand
je vous auray nommé l'Abbaye
& Chef d'Ordre de Prémonftré.
Elle s'y fit le 6 , du
mois paffé , par le commandement
exprés de m¹ Colbert,
Abbé de cette Maifon & Gené.
ral de l'Ordre, & commença
par un difcours fort éloquent,
que le Prieur prononça à la
louange du Roy , à la tête
d'une Communauté compo-
M
Bij
20 MERCURE
fée d'environ cinquante Chanoines
Reguliers , & en prefence
de plufieurs perfonnes
de merite & de diftinction qui
avoient efté invitées à cette
Céremonie. Son diſcours ne
fut pas long , mais il renfermoit
d'excellentes chofes &
tout- à- fait particulieres pour
la gloire de Sa Majefté. Il fit
d'abord un récit abregé de la
protection viſible que Dieu
avoit toûjours donnée aux
Armes victorieufes de cet in .
vincible Monarque , faiſant
voir qu'il avoit efté formé
dans le fein de la gloire ; que
A
t
GALANT. 21
la Victoire prefque dés fon
berceau s'étoit arrachée à luy,
& qu'elle ne s'en eftoit jamais
féparée , que mille Conquêtes
encaffées les unes fur les autres
, & remportées dans tou.
tes les Saifons , dans tous les
Lieux & contre toute forte
d'Ennemis , avoient mis toute
l'Europe & les Nations mel
me les plus réculées de la terre,
en admiration fur fa valeur
& fur fa puiffance , & qu'il
n'avoit point eu d'autres ennemis
à combatre dans le
cours glorieux de fon Regne,
que ceux que l'envie &
22 MERCURE
jaloufie luy avoient ſuſcitez.
Il s'êtendit enfuite fur l'infigne
Pieté & fur la profonde
Religion de cet Augufte Prin
ce qu'il apella non- feulement
le Fils aîné , mais l'une des
plus fermes Colomnes de l'EL
glife . Il montra en peu de
mors tous les grands fervices
qu'il luy avoit rendus , foir
pour la défenſe de la verité
de fes Dogmes contre les Hé,
retiques, foit mefme pour l'ac
croiffement de la pureté de
fa Morale contre les mauvais
Chrétiens , dont il avoit pur
gé la Cour, Il dit que cette
GALANT: 23
derniere Guerre particulierement
avoit efté les fuittes ,
& les reftes funeftes d'une
Herefie ancienne , que toute
la puiffance des Rois fes Prédeceffeurs
n'avoit pû arracher
du coeur de la France , où elle
avoit pris de profondes racines
; que le bras de cet Hercule
Chrêtien l'avoit foudroyée
& abolie en moins
d'années que l'on n'avoit employé
de fiécles depuis la naiffance
pour la combatre ; que
les derniers efforts de cette
Hérefie mourante , ou plutot
refugiée chez des Puiffances
24 MERCURE
étrangeres avoient mis toute
l'Europe en feu; que plufieurs
Royaumes de ceux qui la
compofent avoient eſté les
theatres des defordres & des
malheurs qui
accompagnent
ordinairement les guerres qui
fe font pour la Religion , que
la France feule au milieu de
tous ces troubles n'avoit jamais
perdu fon repos & fa
tranquillité
; que l'Augufte
Monarque qui veille fans ceffe
pour fon bon- heur & pour fa
confervation
, avoit toûjours
pouffé & combattu ſes ennemis
bien au delà des limites
de
GALANT:
25
de fon Royaume que les
peuples de France ne fçavoient
que nous avions la
guerre, que lors qu'ils voyoiết
fortir de fon fein des Armées
formidables qui eftoient obligées
de faire de longues marches
pour aller chercher les
ennemis, & qu'ils les voyoient
chargées de leurs dépouilles .
Enfin aprés avoir élevé toutes
les Victoires de Louis le
Grand , il dir qu'avant la Paix
il lui en manquoit une , qui
devoit eftre la Couronne de
toutes les autres ; que ce grand
Roy avoit vaincu tout ce qui
Mars 1698. C
26 MERCURE
s'eftoit oppofé à ſa puiffances
qu'il ne luy reftoit plus pour
meriter parfaitement le nom
d'Invincible , que de fe vain .
cre luy mefme, ce qu'il avoit
fait par la paix qu'il venoit
de donner , victoire, dit -il , la
plus rare & la plus difficile de
toutes les victoires , & mefme
pour les plus grands Rois
qui reçoivent fi fouvent fur
le Trône des loix de leurs pro
pres paflions , dans le temps
qu'ils en donnent à tout le
monde. Il raporta fur cela, ce
bel endroit de l'Orateur Ro
main,qui obtint deJulesCefar
LiveThe
GALANT: 27
la grace du Roy Marcellus fon
ennemy declaré , lors qu'il
voulut monter à l'Empi
re, en luy difant ces belles
paroles ; que Cefar avoit tout
vaincu , mais qu'il avoit encore
Cefar à vaincre , en pardonnant
genereufement à celuy que le fort
des armes mettoit entre fes mains,
& qu'il pouvoit faire mourir . Il
fit bien valoir cet endroit , &
il l'appliqua fort heureufe .
ment à la gloire & à la moderation
du Roy dans la Paix .
11 montra mefme que cette
Paix dont cet Illuftre Monarque
avoit efté l'Auteur & l'Ar-
Cij
28 MERCURE
bitre, furpaffoit de beaucoup
l'action de Cefar ; qu'il eftoic
aifé de pardonner à un ennemy
vaincu , & que l'on avoit
en fa puiffance ; que vaincre
n'eftoit qu'une gloire com
mencée mais que pardonner
à ceux qu'on avoit vainçus
, ç'eftoit le plus bel endroit
de la Victoire ; que la
paffion qui faifoit combat-
) tre n'eftoit plus difficile
à vaincre dés qu'on eftoit
devenu victorieux ; mais qu'
il n'en eftoit pas de mefme
de la Paix que Louis le Grand
venoit de donner à fes enne
GALANT: 29
mis ; qu'il avoit remporté
la verité de grandes & frequentes
Victoires fur eux ,
mais qu'il pouvoit continuer
& achever deles vaincre; qu'il
s'eftoit arrefté par une moderation
digne de la grandeur
de fon ame , dans le cours le
plus impetueux de ſes Conqueftes
que jamais il ne s'ë.
toit vû plus en eſtat de ſoutenir
glorieufement la Guerre,
que lors qu'il avoit ceſſé de la
fairesque fon Royaume eftoit
tranquille, fes Peuples fidelles ,
fes Troupes nombreuſes , fes
Soldats animez , fes Trefors
;
.
Cij
30 MERCURE
remplis , fes Ennemis craintifs
& leurs Peuples prefque reduits
aux abbois ; que dans des
conjonctures fi favorables ,
& qui pouvoient fi ailément
flatter la noble ambition &
les juftes prétentions de cet
incomparable Monarque , it
avoit preferer à la gloire de
toûjours vaincre ( ce qui luy
eftoit devenu fi familier ) celle
de pardonner , ce qui devénoit
pour luy un nouveau
genre de victoire. Il ajoûta
& fit remarquer que toutes
les actions du Roy estoient
grandes , & qu'elles partoient
GALANT 2311
auffi d'une Ame plus grande
que tout le monde entier ,
qu'il eftoit fi peu attaché à
fes Conqueftes qui avoient
fait cant de Jaloux , que n'in
pouvant partager la gloire
avec perfonne , il en cedoit
volontiers l'intereft ; qu'il avoit
étonné juſqu'à fes propres
Ennemis , en leur rendant
une partie des Places
qu'il leur avoit prifes & qu'ils
ne devoient jamais compter
de reprendre , mais qu'il avoit
bien furpris davantage
tout le monde, en ceffant de
leur en prendre , lorſque le
C iiij
32 MERCURE
chemin de la Victoire tuy
eftoit ouvert de tous les cô .
tés. Enfin il ajoûta que la
Pofterité ne sçauroit lequel
admirer davantage , ou l'extreme
valeur d'un Roy qui
foûtient & qui repouffe tous
les efforts de l'Europe armée
contre luy , ou la rare moderation
d'un Vainqueur qui
interrompt le cours de fes
Victoires pour donner la Paix
à des ennemis qu'il furpaffe
en courage & en force . Il
finit en difant que de fi glorieuſes
actions ne pouvoient
fortir que d'un Cour Royal,
GALANT.
33
que le Dieu Puiffant qui tient
entre fes mains les coeurs des
Rois , avoit difpofé & preparé
fecretement celuy de noftre
Augufte Monarque à la Paix ,
pout des deffeins particuliers
de la gloire ; qu'il feroit grand.
dans la Paix comme dans la
Guerre ; qu'il uniroit les Lau
riers de la terre à ceux du
Ciel , & la gloire du Trône à
celle des Autels ; qu'il employeroit
le noble & glorieux
répos dont il alloit joüir au
parfait rétabliffement de la
Religion , & à l'entiere extirpation
de l'Herefie , dont il
34 MERCURE
}
arracheroit jufqu'aux plus pe
tites racines enfin qu'il ne
rentroit dans le centre de fes
Etats,d'où des guerres portées
dans des Pais fort éloignez ,
l'avoient fait fortir fi fouvent,
que pour faire les délices &
la felicité de fes Peuples , pour
fe répofer fur le Trône de fes
longs & penibles travaux , &
pour s'affurer dans l'Eternité
une Couronne immorrelle de
gloire.
Ce Difcours , dont je n'exprime
icy que la fubftance ,
fur fuivi d'un Te Deum chanté
en Mufique par les Religieux
GALANT:
35
dela Maifon , qui formoient
un tres-beau Choeur, & par
d'habiles Mufitiens qu'on avoit
fait venir des meilleurs
endroits. On chanta enfuite
l'Exaudiat, & d'autres Prieres
pour Sa Majeſté , au fon des
Orgues , des Trompettes , &
de plufieurs inftrumens de
Mufique , qui firent un effet
merveilleux dans l'Eglife.
Aprés cette Cérémonie où la
joye & la devotion fe trouverent
heureufement mélées
l'une avec l'autre , toute la
Communauté paffa dans la
grande Cour de l'Abbaye ,
36 MERCURE
où elle trouva devant le logis
Abbatial un tres . beau feu
préparé . On l'alluma au bruit
des Tambours, des Timbales,
des Trompettes , & de la
Moufquetterie de prés de
deux cens perfonnes qui é
toient fous les Armes , tant
des habitans de Prémonftré ,
que des Villages circonvoiſins
Il y eut des illuminations à
toutes les fenêtres de cette
Abbaye qui eft fort grande ,
& qui firent retrouver le jour
au milieu de la nuit , pen .
dant laquelle on entendoit
retentir tous les échos de
GALANT
37
cette belle Solitude qui eft
au milieu des bois , du bruit
continuel de l'artillerie & des
acclamations publiques , &
des cris de joye qui ne dif
continuoient pas . La Maiſon
donna un magnifique Repas
aux perfonnes de diftinction
qui voulurent bien honorer
cette Cerémonie de leur prefence
,& comme cette illuftre
Communauté ne met point
de bornes au zele & à l'ardeur
qu'elle a pour la gloire de fon
Prince & pour celle de la France
, elle n'en voulut point met
tre à fes liberalitez. Il y eur
38 MERCURE
pendant tout le jour Table
ouverte pour tout le peuple
qui s'yrendit de divers endroits
, & fur tout beaucoup
d'aumônes envers lesPauvres .
Je vous ay dit fi peu de chofe
des réjouiffances faites à
Troyes, à l'occafion de la Paix
publiée entre la France , l'Empereur
, & l'Empire , que
e, que je ferois
tort auzéle que les Habi
tans de cette Ville ont fait paroiftre,
fije negligeois de vous
en donner un plus grand détail.
Cette publication s'y fit
le 25. de Janvier en la maniére
qui fuit. Mles Maire & Eche,
GALANT.
39
Vins accompagnez du Corps
de Ville & d'une partie de la
Bourgeoifie qui eftoit fous les
armes , fe rendirent au Palais ,
où M's du Bailliage & du Prefidial
s'eftoient affemblez. M
le Baron de Chappelenne ,
Bailly de Troyes , yharangua ,
& M Motet , Procureur du
Roy , fit à l'Allemblée un Dif
Cours tres éloquent. La Paix
Y fut enregistrée , & publiée
fur le Perron , à la defcente du
grand eſcalier. Ceux du Bailliage
prirent la droite , & ſe
rendirent avec tous les autres
Corps vers l'Hoftel de Ville ,
40 MERCURE
puis à la Place des Quatre
vents , & de là dans le Parvis
de Saint Pierre. La Paix fut
annoncée en ces quatre endroits.
Il y eut un grand con
cours de Peuple , & l'on entendit
pendant presque toute
la marche , le bruit des tambours
, le fon des hautbois &
des fifres , les fanfares des
Trompettes , de frequentes
& vigoureuſes décharges de
mouſquets , & les acclamations
réïterées de Vive le Roy,
Le lendemain fur les trois heures
du foir , tous les Corps de
la Ville ayant eſtéinvitez d'af
GALANT.
4F
fifter au Te Deum , fe trouvé
rent à l'heure marquée , en
l'Eglife de Saint Pierre , Cathedrale
, où M ' l'Evêque de
Troyes & tout le Clergé s'étoient
rendus . Il y eut une
Mufique celebre. L'Orgue y
fut touché par M ' Siret , habile
Organiſte , & l'on y chanta un
tres beau Moter , dont la Mufique
eftoit de la compofition
du Maifire des Enfans de
Choeur. Les actions de graces
rendues , le Maire & les Elchevins
retournérent à l'Hồ .
'tel de Ville , où les hautbois ,
tes fifres , les tambours , fes
Mars 1698% D
42 MERCURE
trompettes
& les violons for
mérent une tres- belle fimphonie.
A fept heures du foir
M' Lion , Maire , mit le feu à
l'artifice
que l'on avoit preparé
devant la Maiſon de Ville.
Il fut tiré par le fieur Pari
fot , Architecte
& Sculpteur
.
Voicy quelle en eftoit la difpofition.
Sur une plate- forme
quarrée
, foutenue
par quatre
piliers , l'on avoit mis un pié.
deftal de la hauteur de deux
pieds & demy ou environ , fur
lequel eftoit élevée une figure
de grandeur naturelle couronnée
d'olivier
, tenant une
GALANT. 43
branche de laurier à la main
droite , & à la main gauche
une corne d'abondance , d'où
fortoient differens fruits. Cet.
te figure reprefentoit la Paix , "
& au bas fur un des angles du
piédeſtal , du coſté que cette
Figure regardoit , ces Vers
eltoient écrits.
D'un triomphe complet arreſtaut
L'esperance ,
Et preft d'exterminerfes Ennemis
défaits ,
LOUIS immole tout au bonheur
de la France
Et change fa Victoire en une heurenfe
Paix.
Dij
44 MERCURE
Sur les autres angles du même
piédeſtal, étoient dépeints des
Soleils qui jettoient quantité
de rayons. Le Theatre eftoit à
quatre faces , dont chacune
avoit fon cartouche ou tableau.
Chaque repreſentation
avoit une Devile , un Emblê
me, & des Vers au bas qui en
expliquoient le fens. Le premier
Tableau reprefentoit les
Arts. Sa Devife eftoit ,
Gaudet Athenie
Poft habitis coluiffe Trecas.
Il avoit pour emblême une
Ruche , autour de laquelle
voltigeoit un Effein d'AbeilGALANT
4
les. Les Vers eftoient ,
Par lesfoins de LOUISfi la
Paix renaiffante
Fait fucceder Minerve à l'Em
pire de Mars,
En Eleves fameux noftre Ville
abondante
Va nous donner bien - toff des
Chefs à tous les Arts .
Le fecond Cartouche fai
foitvoir le Commerce , avec
ces mots qui s'adreſſoient à la
Ville,
Erit mox altera Colchas ,
Pour emblème eftoit une fontaine
qui diftribuoit fes eaux,
& plus bas ces Vers.
46 MERCURE
Comme cette eau qui fort d'une
Sourcefeconde,
Dés qu'elle eft fur la terrey
répand mille biens ;
Le
Commerce qui fait que
chez nous tout abonde ,
Rend les Peuples heureux
du
bonneur des
Troyens .
Le troifiéme repreſentoit
le Mariage de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ; l'emblême
uneHirondelle . La De
vife eftoit , Pacis amor Deus eft.
Comme on voit au Printemps.
la premiereHirondelle
Qui nous vient annoncer le retour
des beaux jours
GALANT 47
Marie annonce au monde une
Paix éternelle ,
Dés qu'au Sang de LOUIS
elle
unit fes amours.
Le quarriéme failoit voir
l'Herefie détruite . La Religion
tenoit une verge ardente
à la main , avec cette Devife
, Hac virga furias expellit.
L'emblême eftoit l'Ocean ,
qui fembloit fe décharger de
tous les corps inutiles . Voïcy
les Vers.
Lefuperbe Ocean dansfes bords
fe refferre ,
Quand de tout corps impur fes
flotsfont déchargez.
48 MERCURE
LOUIS compte pour rien le
refte de la terre ,
Si toft que del Erreurfes Etats
font purgez.
L'idée de ce deffein avoit
efté conceuë par M'Sanfon ,
Echevin , qui dans cette occafion
a marqué toute l'ar.
deurimaginable pour la gloire
de fon Prince . Aprés que
l'artifice fut confumé , les
Compagnies qui eſtoient ſous
'les armes allerent reconduire
M' le Maire jufqu'en fon logis
, où elles s'arrefterent , &
firent plufieurs décharges.
Enfuite M'Lion convia à fouper
GALANT: 49
per les Echevins & Officiers
de Ville , & autres perfonnes
de marque; & le foupé fini ,
il leur donna le divertiffement
d'un Balavec celuy d'un ,
Feu d'artifice qu'il avoit fait ,
dreffer devant fon logis . M
Lion , fon Fils , y mit le feu.
Mr de Chavaudon , Lieute
enant General , & M' le Courstois
, Lieutenant Particulier ,
donnerent chez eux des mare
ques d'une joye particuliere
par des repas magnifiques &
des Collations fomprueules
.
M' de la Huproye de la Cu-
Mars 1698.
"
E
50 MERCURE
mine fe diftingua auffi de la
même forte.
Le fixieme du mois paffé
jour duJeudy gras , les Habi
tans du Fauxbourg de Croncels
fe rangerent fous les ar
mes . Sur les trois heures du
foir , les Capitaines & Lieutenans
, à la tefte de trois cens
hommes , fe rendirent chez
M' l'Abbé , Juge des quatre
Fauxbourgs , & de là chez M
Langlois leur Major , qui affi .
fterent au Te Deum , que les
Peres de Saint Lazare , & tous
les Seminariſtes
chanterent
dans l'Eglife de Saint Gilles,
GALANT SI
Sur les huit heures du foir ,
M' l'Abbé mit le feu à l'artifice
qu'on avoit dreffé devant
le Convent des Religieufes de
la Vifitation , afin qu'elles
cuffent plus de part à la joye
commune. Il y eut une fort
grande affluence de gens de
toutes fortes d'eftars. L'on y
fit plufieurs décharges de fufils
& de moufquets, & l'on y
tira quantité de fufées volantes
, aufquelles les Peres de la
Million répondirent par un
fort grand nombre d'autres
fufées . Aprés que l'artifice eur
efté tiré, les Compagnies ré.
E ij
52. MERCURE
menerent le Juge des quatre
Fauxbourgs & leur Major juf
qu'en leur logis , au fon des
Hautbois & des Tambours
& les faluerenr de plufieurs
décharges de moufquets. Elles
en uferent de la même
forte pour leurs Capitaines.
Le refte de la nuit fut employé
en joye & en divertiffemens.
Je ne puis finir l'article de
de Troyes , fans vous faire
part d'une chofe qui merite.
d'eftre remarquée. Un jour
de Vendredy du mois de Février
dernier , dans une Eglife
dediée à S. Aventin , l'on fir
GALANT. 3
lever une Tombe fous laquelle
repofoit depuis plus de onze
cens ans , le Bien- heureux
Vicent , dixiéme Evêque de
Troyes, qui vivoit fous Childebert
fixiéme Roy de France ;
l'on trouva dans un Sepulchre
de pierre une grande partie
de les os en leur forme entiere
, une Phiole pleine d'un
Baume dont l'odeur faifit l'o
dorat de tous les Affiftans.
Elle fut caffée par mégarde ,
lorfqu'on remuoit la terre ,
quelques - uns affurent y avoir
vû & tenu un Suaire ; M ' l'Evêque
de Troyes a fait remet
"
E iij
14 MERCURE
tre ces offemens dans leur
Tombeau , juſqu'à ce qu'aprés
ces marques vifibles de
fainteté, ce Bien- heureux Prélat
ait efté Canonifé.
Mr de Chateauneuf , Seigneur
de Pierrelevée , la Gou
pilliere , la Riviere , & autres
Places , Lieutenant de Roy ,
& Maire perpetuel des Ville
& Chateau de Niort , dont
M' de Lapara , Maréchal de
Camp des Armées du Roy
eft Gouverneur ; ayant reçû
l'ordre d'affifter au Te Deum,
de faire tirer le Canon , & d'al.'
lumer des feux au fujet de la
20
GALANT:
55
publication de la Paix , s'affemblaà
l'Hôtel de Ville avec
les Echevins & autres Offi
ciers de Ville , le Dimanche
& fic
meg- 2. du mois paffé , &
tre fous les armes le Regiment
Royal de milice Bourgeoife ,
compofé de douze Compagnies.
Ce Regiment a efté
crée en titre des l'année 1621.
par le feu Roy Louis 13. au
Siége de S. Jean d'Angely , &
a depuis ce tems là fervy en
plufieurs occafions , tres- uti
Tement & avec beaucoup de
zéle , particulierement lorf
qu'en 1674 , la Flote Hollan
E iiij
$ 6 MERCURE
doife fit une deſcente en l'Iffe
de Noirmoutier , ce Regimenteftant
entré en l'lfle de
Bouin , diftante de Niort de
plus dezo lieües , fous les ordres
de M' le Duc de Vieuville ,
Gouverneur du Poitou , y de.
meura fort long tems à la vûe
des ennemis, qui n'en eftoient
éloignez que d'une lieue , &
a encore fervy recemment ,
par un détachement de deux
cens hommes , qui fe rendirent
à la Rochelle en 1696. à
la premiere nouvelle de l'arrivée
des Anglois , fur les cô .
tes de l'Ile de Rhé. Les deux
GALANT:
57
Bataillons de ce Regiment
eftant affemblez par les ordres
de M' le Lieutenant de
Roy , fous la conduite de M
de la Terraudiere,fubdelegué
de M l'Intendant , ancien
Maire & Lieutenant Colonel,
le Te Deum fit chanté en l'Eglife
de Nôtre Dame, où tous
les Corps fe rendirent avec
les Communautez
Ecclefiaf
tiques & Religieuſes , & un
grand concours de peuple.
Les Troupes défilerent enfuire
dans la Place du Marché
vieux , où elles furent
rangées en bon ordre , fous
$8
GALANT
.
le Commandement du Lieutenant
Colonel , par les foins
de M' Affailly fieur de l'Aubonnerie
major. On y avoit
fait dreffer un Bucher manifique
, & M' de Pierrelevée
s'y eftant rendu à la tête du
Corps de Ville , & où fe trouverent
auffi M' de Fontmort
Prefident, & M' Rouget Lieutenant
General du Siége , les
Flambeaux furent diftribucz
par ordre de M' le Lieutenant
de Roy. Le feu fut mis au
bucher en même tems par lui,
par le premier Echevin , par
le Lieutenant Colonel , par le
MERCURE 59
Major , & par M les Prefi
5 dent & Lieutenant General ,
à chacun defquels M' de
Pierrelevée fit prefenter un
Flambeau, ce qui fut accompagné
de plufieurs décharges
de Moufqueterie , de plu-
Z
de canon , & de
fieurs
coups
divers
feux
d'artifices
& fufées
dont
l'air
fut remply
, au bruit
ES des
Tambours
& des
Trompettes
, & aux
acclamations
du peuple
dont
la Place
eftoit
remplie
, par des cris plufieurs
fois
redoublez
de, vive
le Roy.
La
Compagnie
de Cavalerie
Bourgeoife
s'y
eftoit
aufli
60 MERCURE
rendue à pied avec les deux
Compagnies de Marine à prefant
en garniſon, & une Compagnie
de Caders, ayahs tous
un noeud de Ruban blanc au
retrouffis du Chapeau , qui firent
de continuelles déchar
ges , jufqu'à ce que tout fuc
confumé, & le Bucher abattu.
Ce Bucher eftoit accompagné
de neuf Pyramides réveftus
de Lauriers & ornées de Myrthes
, qu'on avoit élevées autour
de la Place , dans l'enfoncement
de chacune def
quelles on avoit placé des
Tableaux avec des bordures
GALANT 60
de Lauriers , & dans ces Ta.
bleaux eftoient peins divers
Emblefmes , & des devifes fur!
le fujet de la Paix . Dans le
premier eftoit peint un Alexandre
coupant le noeud Gor
dien de la Ligue , avec ce
mot qui en eftoit l'ame à l'entour
de l'Exerque , Diffolvit.
Sur le fecond , eftoit un Soleil
fans aucun nuage, pour mar
quer l'effet de la Paix , avec
ce mot , Serenat. Auftroifiéme
on voyoir une Boëfte d'Or.
vietan, qui eft le meilleur Antidote
que nous ayons, quoy
que compoſe de Viperes, pour
62 MERCURE
repreſenter la Paix acquife
par la défaite de nos plus dangereux
ennemis , avec ce mot
Sanat. Sur le quatrième , Ve
nus & plufieurs Cupidons jettant
des fléches dans un par
terre de Lys , marquoit la
France occupée aux Cerémos
nies des Mariages auguftes
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , & de Mademois
moiſelle avec Monfieur le
Duc de Lorraine , & cemat ,
Multiplicat. On voyoit enfin
au haut du bucher un Evendart
flotant , à l'un des revers
duquel eftoient écrits ces
GALANT.
63
mots en gros caractere , Pacato
orbe terrarum , & à l'autre
deux Vers Latins qui mar
quoient l'excés de la joye des
Habitans , & le deffeins des'
quatre premieres Deviſes.
Ces quatre emblêmes étoient
de M™ Arnaudet , Avocat , &
l'un des Echevins . M ' de la
Terraudiere, à qui rien n'échape
, quand il s'agit du fervice
& de la gloire du Roy
difpofa la ftructure du feu , &
y ajoûta les deux Emblêmes
faivans. Le premier reprefentoit
la France fous la figure
dune Femme , tenant dans
64 'MER CURE
une main une Croix , & dans
l'autre une balance , avec ces
mots au haut de la figure, Gal.
lia;à l'un des coftez Inſanctita.
te; à l'autre, & juftitia; plus bas,
coram ipfo, pour marquer le ze
le duRoi pour laReligion & la
Juſtice , & dans un cartouche
environné de lauriers , & placé
fur une pyramide , eftoient
écrits ces mots , Voicy le Regne
de grandeur de fainteté
ftice , fous un grand Saint , &
jufte Roy, Le fecond Embléme
eftoit un Globe du monde , au
deffus duquel il y avoit un
Soleil , lançant d'un coſté des
> de ju
GALANT: 65
4
I
1
éciairs & des foudres , & de
l'autre dardant des rayons be
nins , accompagnez de manne
, avec ces mots du Pfalmi:
ſte , Terra tremuit & quievit ;
& dans un fecond cartouche,
placé fur une des autres pyramides
eftoient écrits ces quatre
Vers pour l'explication
de l'Emblême.
Cent Princes conjurez contre le
grand LOUIS ,
Se vantoient d'envahir la
France ;
Mais il·les fit trembler par des
į faits inoÿis
Mars 1698 F
66 MERCURE
Et leur donne la Paix par un
trait de clemence.
L'on vit fortir de toutes
ces pyramides un grand nom
bre de fufées , qui s'élancerent
en l'air avec une agreable di
verfité , & un fuccés merveilleux.
Il y eut enfuite un magni!
fique regale préparé au Cha
fteau , où cinquante perfon
nes des plus diftinguées de la
Ville avoient efté invitées. Le
repas fut magnifique & bien
entendu , deux grandes tables
y furent fervies delicatement
& abondamment . On ybut à
la fanté du Roy , de Monſei
GALANT 67
gneur, de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , & de toute la
Famille Royale , debout & tefte
nuë , pendant que le Canon
tiroit preſque fans relâche
, & cette ceremonie fuc
faite en forme d'exercice militaire
fous les ordres du Major.
Aprés le foupe on alla fur
la Terraſſe du Chaſteau qui
regarde la Riviere de Saivre ,
où l'on avoit fait traîner des
pieces de Campagne , qui ti
rerent plufieurs coups ,luivis
d'un grand nombre de fufées
volantes On n'en demeura
pas là . Toure la compagnie
Fij
68 MERCURE
fe tranfporta dans la place
qui eft au devant du Chafteau
, où l'on avoit auffi fait
placer quelques fauconneaux, ·
qui tirerent plufieurs coups.
L'on y jetta auffi quelques
fulées , les Trompettes & les
Hautbois s'y faisant toujours
entendre ; & ce qu'il y eut d'agreable
, c'eſt qu'au bruit des
Canons & au fon des Violons,
un grand nombre de peuple
s'eftant affemblé en cette pla
ce , on y danſa publiquement
comme dans un Bal reglé ,
avec toutes les Dames qui s'y
preſenterent fans aucune difGALANT
69
tinction. Ce fut par ces danfes
que la fefte fut terminée bien
avant dans la nuit . On admira
en toute la ceremonie le zele
de M' de Fontmort, Prefident ,
lequel , quoy que dans un âge
avancé,fit la figure d'un jeune
homme à la table , au Bal , &
par tout. Le lendemain M
Rouget de la Barbiniere
Lieutenant General , auffi
diftingué par fon merite perfonnel
que par l'exercice de
fa Charge , regala à fouper un
nombre confiderable des plus
diftinguez de la Ville , & fit
enfuite allumer un feu au de,
70 MERCURE
vant de fon Hoſtel , où les
Conviez tirerent à l'envi un
grand nombre de coups de
piftolet jufques à minuit , &
firent encore danfer autour
de ce feu toutes les Femmes
& Filles de toutes conditions,
qui s'y prefenterent , avec les
violons qui avoient joué pendant
tout le repas. En même
temps plufieurs Bourgeois allumérent
des feux en divers
endroits , & particuliérement
dans la place du Chateau. On
a oublié de remarquer que le
-jour du feuļde joye , M' de la
Terraudiere avoit fait placer
GALANT: 7:
fur la porte de fa maiſon , un
fort beau tableau du Roy, environné
de lauriers , au bas
duquel fur un Cartouche
eftoient écrits ces quatre
Vers :
f
V OE U X
Pour LOUIS LE GRAND.
Répans , Seigneur , répans , tes be
nedictions ,
Sur LOUIS , qui toujours , com
battit pour ta gloire.
Ce Heros fit trembler toutes les
Nations ,
Et vient de préferer la Paix à la
Victoire.
72 MERCURE
faifant ainfi allufion à la De
viſe dont on a parlé : Terratremuit
& quievit.
Les Vers qui fuivent & qu'-.
un habile Muficien a mis en
air , conviennent fort au fujet
dont il s'agit.
AH, qu'il est beau de vaincrefa
vangeance
Quand on enpeut faire éclater les
traits !
LOUIS euft púfe vanger d'une
offense ,
Et renverfer de coupables projets .
Il s'eftfervi de toute fa puiffance
Pourprocurer le retour de la Paix.
Ab ,
GALANT. 73
Ah , qu'il eft beau de vaincrefa
vangeance
n
las
traits,
Lois
sa
vengean
procurer
e
Eclatter
P
pub.
quement
At unide
cele
Mars 16yu.
G
72 MERCURE
faifant ainfi allufion à la Desh ,
vife dont on a parlé · Terratrev
Il s'eftfo
Pourproc
sance
ue la Paix.
Ab,
ub
B
P
GALANT. 73
Ah , qu'il eft beau de vaincrefa
vangeance
Quand on en peutfaire éclater les
traits !
Voicy ce que M's les Lanerniftes
de Toulouſe ont fait
publier.
BOUTS.RIMEZ
propofez pour l'année 1698.
Pendant que toute l'Europe
fe réjouit fur la Paix que
omoftre genereux Monarque
vient de donner , il feroit hor
teux aux Lanterniftes de ne fe
pas joindre aux acclamations
publiques , eux qui font uni ,
quement profeffion de cele-
Mars 1698. G
74 MERCURE
brer la gloire de LOUIS LE
GRAND. Ce Heros ne brille
pas moins dans le temps de
la Paix que dans le temps de
la Guerre . Ses vertus font inépuifables,
& fi l'on peut parler
ainfi , il y en a pour toutes les
Saifons. Les Mufes qui d'ordinaire
fe repolent avec les Conquerans
, auront autant d'oc
cupation à louer un fi grand
Roy dans les travaux pacifiques
, qu'elles en ont eu à le
fuivre dans le cours rapide
de fes profperitez guerrieres.
C'est à ce sujet que noftre
Compagnie va renouveller
GALANT 75
fon zele , en propofant des
Bouts- rimez , comme elle a
accoutumé de faire. La Paix
femble les favorifer davanta
ge ; ils en portent le caractere
par un doux amufement , &
S une espece de gayeté qu'ils
inſpirent.
Propice, Souhaits , Bienfaits .
Caprice.
Exercice , Parfaits, Attraits,
Sacrifice.
Soins , Témoins , Source.
Rivaux , Courfe , Travaux .
Les Sonnets feront toujours
accompagnez d'un Qua .
train pour le Roy , & d'une
Gij
76 MERCURE
Sentence. Les Auteurs met
tront leur feing couvert &
cacheté au bas de leurs Sonnets
, ou dans une Lettre feparée
, le tout fous la même
envelope , & rendu franc de
port chez M' Séré , prés la
Place de Roaix , à Toulouſe,
huit jours aprés la Saint Jean,
jour de la diftribution du Prix.
Vous entendez fi fouvent
parler de la Riviere de Marly ,
que vous ne ferez pas fachée
d'en voir la deſcription que
je vous envoye. Elle eft de
M' l'Abbé Boutard , qui l'a
d'abord faite en Vers Latins , i
GALANT.
77.
en quoy il excelle , & qui l'a
enfuite traduite en noftre Langue.
On ne peut avoir plus
d'applaudiffemens
que
cet
Abbéen a receu du Roy & de
toute la Cour , fur cet Ouvrage.
ODE
SUR LA RIVIERE
A
DE MARLY.
AU ROF.
Mbitieufes Naïades ,
Qui regnez dans ces beaux
lieux
Par vos brillantes Caſcades
G
iij
8 MERCURE
Ceffez d'enchanter mes yeux.
Ceffez d'occuper ma Lyre :
A la Seine qui m'inſpire ,
Je veux confacrer mes Vers ;
Et celebrer la puiffance
:
De l'Hercule de la France ,
Qui l'éléve dans les airs.
2
Par une énorme * Machine
Forcé de changer foncours ,
Le Fleuve monte & domine
Sur les plus fuperbes Tours,
Mais des Cieux quittant la voute
D'un Roy qui regle fa route ,
Il fait l'ordre fouverain ;
Et dans le fer qui l'enchaîne ,
Tel qu'Alphée , il fe promene
Par un chemin fouterrain .
S
Quand d'une Montagne aride
* La Machine de Marly."
GALANT. 79
L'Onde fort à
gros
bouillons ,
J'admire un argent liquide
Qui rejallit des fillons
Le fein de la Terre enfante
Une * moiffon plus brillante
Que les épics de Cerés,
Deja les vagues fuperbes
Groffi'ent comme les Gerbes ,
Que produisent nos guerets.
S
74
De fes gazons dépouillée
La Colline offre fon dos ,
Et fur la roche taillée
Reçoit l'écume des flots.
Dans cette route prefcrite
La Seine fe précipite.
Tel le Nu majestueux ,
Sur les prochaines Campagnes ,
Roule du haut des Montagnes
Ses torrens impetueux..
* Les Gerbes quifont la tefte de la Riviere
Gilij
80 MERCURE
Il femble que la Nature
Sur le penchant du Côteau
Dreffe parmy la verdure ,
*
Une riche Theatre d'eau :
Où s'elevant par étage
Les Ormeaux de leur feuillage
Etalent les ornemens ;
Où la Nymphe ingenieuſe
D'une fcene ambitieuſe
Forme les enchantemens,
S
Là fufpendue elle admire
Ces Jardins delicieux ,
Où Flore tient fon Empire",
Où fe raffemblent les Dieux .
Elle y voit créer les arbres ,
Les moiffons de fleurs , les marbres
Dont fes yeux font éblouis :
Et croit que ces beaux fpectacles
Le Peristile.
GALANT. 81
Sont les étonnans miracles ,
Ou des Dieux , ou de Louis,
S
Elle paroift plus contente
Dans ces Vallons enchantez
Que de marcher triomphante
Dans la Reine des Citez :
Que de voir ces murs antiques ,
Ces auguftes Bafiliques
Sieges des Arts , & des Loix ;
Et cem monumens de gloire ,
Que la Paix & la Victoire
Ont confacrez à nos Rois.
&
là du plus grand Roy du monde
Tu fecondes les defirs ,
Là tu fais fervir ton onde
A fes innocens plaifirs .
So't
que
les eaux fouteraines ,
Se transformant en Fontaines ,
* Paris.
82 MERCURE
Animent ces bois fleuris ,
Soit que dans l'air fufpenduës
Elles imitent les nues ,
Et les couleurs de l'Iris .
2
Mais ta liqueur argentine
Offre à mes yeux plus d'appas ,
Qand du haut de la Colline
Elle defcend à grands pas.
Jamais le limon , l'arene ,
Ny des vents la froide haleine
Ne trouble ton pur criſtal.
Une lumineute glace
Semble couvrir la furface
De ton fuperbe Canal.
*
&
Le Soleil fur ton rivage
Se repole pour te voir ,
Et retrace fon image.
Dans ton liquide miroir.
Là cet Aftre aime à paroistre ,
* Le Parelic.
GALANT: 83
Tel que Thetis le voit naiſtre
De l'humide fein des Mers ,
Lors qu'il ouvre fa carriere ,
Et partage la lumiere
Aux peuples de l'Univers .
2
O Seine trop fortunée ,
Qui des rayons du Soleil !
Es richement couronnée ,
Triomphe en cet appareil.
Toutes les Nymphes fans peine
Te reconnoiffent pour Reine,
Et par le bruit des Ruiffeaux
Que tant de * Monftres vomiſſent
Oa diroit qu'ils applaudiffent
Ala Deeffe des Eaux.
2
Le Gange , l'Inde & le Tage ,
Qui roulent l'or fur leurs bords ,
L* Les Monftres Marins de là grande
Piece rocaillée.
84 MERCURE
N'ont plus fur toy l'avantage
Par l'éclat de leurs trefors.
Le Roy des Fleaves luy - même
Orné de fon Diadême
L'Eridan eft moins pompeux,
Et dans la Voute azurée
Jamais fa tefte dorée
Ne brilla de tant de feux .
S
Fidelle dépositaire
Du brillant Flambeau du jour ;
C'eft toy , de qui l'onde éclaire
Ce delicieux fejour.
Là du pere de l'Autore ,
Sur les ticheffes de Flore ,
Ton cristal répand les traits.
Les vifs rayons qu'il renvoye ,
Et de lumiere & de joye
Rempliffent tout le Palais.
S
Mais tu dois eftre plus fiere
GALANT:
85
Des
honneurs dont tu jouïs ,
Tu plais , heureufe Riviere
Moins au Soleil qu'à LOUIS.
Dés qu'en étouffant la Guerre ,
Get Arbitre de la Terre-
A terminé les travaux :
Le front
couronné d'Olive ,
Il vient gouter fur ta rive
Les doux charmes du Repos.
La Lettre que vous allez lire
contient diverfes Nouvelles
que vous ne ferez
pas
fâchée
d'apprendre .
A MONSIEUR ***
JEfuis,blev
vousman-
E fuis bien
glorieux , Monà
86 MERCURE
der quelque chofe qui puiffe
vous donner une bonne idée
du gouft que l'on commence
à avoir en Portugal pour les
Sciences , & de l'honneur
qu'on rend à ceux que l'on ap
pelle Sçavans . Il eft mort au
Brefil il y a cinq ou fix mois
un Jefuite , nommé le Pere
Antoine Vieyra. Il y eftoit né,
& on luy avoit conſeillé d'y
retourner à cauſe de ſa fanté ,
pour voir fi l'air natal ne feroit
pas mieux que les Medecins.
Il avoit prefché en Portugal
avec beaucoup de fuccés
& d'applaudiffement , joi-
7
GALANT: 87
gnant aux graces d'une élo
quence aiſée , & à la profon
deur de la Theologie qu'em .
porte avec foy l'idée d'un bon
Predicateur , celles d'un excellent
Ecrivain , d'un habile Mathematicien
, & d'un homme
fçavant dans les Langues , &
il couronnoit toutes ces bonnes
qualitez par une vie exemplaire
, foutenue juſqu'à la fin
d'une pieté fans fard , d'un
zele fans rigueur , & d'une humilité
fans oftentation . Ce
prodige qui vous paroistra
peut-eftre moindre par l'uſage
de toutes ces grandes quali
88 MERCURE
tez , devenues familieres , &
prefque attachées à la Societé
dans laquelle il les a puifées ,
a engagé plufieurs Fidalgues ,
Protecteurs des Sçavans , &
Mr le Comte d'Ericeyra en
particulier , qui depuis peu a
entrepris de former une Academie
de Science à Lisbonne ,
à luy faire à fes dépens des ob.
feques magnifiques , & à donner
au Public par ces témoi
gnages illuftres de veneration
pour la Science , l'exemple de
celle qu'il en doit avoir. Jeudy
dernier
19.
de ce mois , la ceremonie
s'en fit dans l'Eglife des
GALANT: 89
Jefuites de Saint Roch , choi
fie pour ce deffein . Elle eftoit
route tendue de noir , grace
qu'il a fallu demander au Roy.
A quelques pas en entrant , à
une feconde porte eftoit appliqué
un tableau de la même
grandeur , peint en noir
blanc , au milieu duquel eſtoir
le portrait en grand du Pere
Vieyra , accompagné d'une
quantité de Divifes fort belles
, données par M' le Comte
d'Ericeyra , qui avoient toutes
rapport aux chofes dans lefquelles
il avoit excellé . Au milieu
de la Nef prés l'Autel
Mars 1698. H
go MERCURE
eftoit une eftrade élevée de
quatre degrez , tenduë de
noir , & ornée de galons d'argent
, fur laquelle eftoit un lit
de parade loûtenu par huit
colomnes torfes . Au deffus de
cette eſtrade regnoit une corniche
, aux quatre coins de la
quelle il y avoit quatre Aigles
qui foutenoient un Maufolée
garny de galons d'argent , &
que terminoit une Statuë de
grandeur humaine , repreſentant
l'Eternité par un Serpent
qu'elle avoit à la main , qui
confondant fa queue dans fa
gefte , formoit une couronne.
GALANT: 95
Il feroit trop long de vous dire
toutes les Devifes ingenieufes
qui estoient aux differentes fa
ces des piedeftaux , des colom
nes , & de celles qui estoient,
répanduës , dans tout le corps
de cet ouvrage. A droite & à
gauche du Maufolée estoient
des banes tendus de noir pour
les Fidalgues , les Religieux,
& autres perfonnes qui devoient
affilter à cette ceremonie.
Elle fut ouverte par l'Of
fice des Morts que chanta la
Mulique de la Chapelle dy
Roy. Enfuite l'Evêque d'Illaria
celebra la Mefle , à la fin
Hij
92 MERCURE
de laquelle Dom Manuel Cajetan
, homme de condition ,
Religieux Theatin , prononça
une Oraifon Funebre , qui répondit
fort au merite & à l'érudition
de celuy de qui l'on honoroit
la memoire. Tout ſe
termina par une diſtribution)
prodigieufe de Cierges , à tous
les Religieux & Gens de dif
tinction qui fe trouverent
dans cette Eglife. L'Evêque
fit les Prieres & les Encenfemens
ordinaires autour de la
reprefentation , aprés lefquels
l'Affemblée le fépara .
Réveillons un peu , s'il vous
GALANT:
93
"
plaiſt, Monfieur , cette Pompe
funebre , par le recit des feftes
& réjoüiffances publiques que:
les Miniftres fe diſpoſent à
donner pour la conclufion de
la Paix . J'ay eu l'honneur de
vous mander l'Ordinaire dernier
, que nous avions fait la
noftre par le dîner que M²
l'Ambaffadeur avoit donné
aux Miniftres qui font icy ,
pour la Paix & le mariage de
Monſeigneur le Duc de Bour.
gogne , mais on en difpofe
bien d'autres , & je crois que
M' le Refident de Hollande ,
homme entendu & appliqué
94 MERCURE
d'ailleurs aux affaires , donnera
la premiere , & ajoûtera au
repas le fpectacle du Chateau
de Rifwik , qu'il a fait peindre
fur du papier huilé , qui forme
un tres grand Tableau .
Sur un autre de pareille gran
deur feront les Armes des
Etats Generaux de Hollande ;
qui doivent eftre parées de
quantité de figures , d'ornemens
, d'Arcs de triomphe
& éclairées par le milieu de
beaucoup de lampes. Iljoint
à cette Illumination un feu ,
où ily aura de l'artifice , &
enfuite une diftribution de
ily
GALANT: 95
vin pour le peuple. Plufieurs
Vaiffeaux Hollandois qui font
dans la Riviere , doivent com
mencer l'action par trois falves
chacun , de tous leurs Ca
nons. Vous voyez que voilà
de quoy celebrer la fefte , &
faire parler de foy. Je ne fçay
encore ce que les autres feront
; mais je m'imagine qu'ils
ne feront pas moins.
Un Corfaire Maloüin nommé
Cardin , commandant le
Baſtiment la Ville de Saint
Malo, de trente. deux Canons ,
forty depuis peu de ce Port,
où il avoit chargé en mar96
MERCURE
DA
chandifes pour Saint Malo ,
aprés avoir efté battu d'une
groffe tempefte , á efté aſſez
malheureux pour donner fur
les Sorlingues , où fon Vaiffeau
s'entr'ouvrit. Sa bonne deſtinée
a voulu qu'il n'ait pas
efté englouti tout d'un coup,
& qu'il le foit trouvé un gros
Baftiment François à la veuë,
qui-fur les coups de Canon
qu'il tira vint à fon fecours ,
& affez à temps pour le fauver
& fon Equipage de trois cens
hommes, à huit Matelots prés ,
qui ont péry , auffi bien que
le Vaiffeau & toutes les Marchandifes.
GALANT. 97
chandiſes. Il eftoit arrivé à ce
quelque
même Corfaire
temps avant que de relâcher
en cePort, une avanture dont
il s'eftoit tour- fait bien tiré.
A la hauteur de quarante- cinq
lieues du Cap - Clair en Irlan
de , il s'eftoit trouvé à la pointe
du jour entre les Vaiffeaux
de l'Elcadre du feu Vice- Amiral
Newil . Il apperçut un Vailfeau
portant Pavillon Hollan
dois , & ne connut dans cette
extremité d'autre expédient
pour échaper , que d'arborer
même Pavillon dans le moment
, de gagner un ppeeuu le
Mars
1698.
98 MERCURE
large en paffant fous le vent
de ce Vaiffeau, & de lê faluër
commeamy , ce qui luy réûlfit.
Le Commandant de l'EL
cadre indigné de n'avoir pas
efté falué , luy qui portoit la
flame , fit mettre la Chaloupe
en mer, & ordonna à fon premier
Lieutenant de luy ame
ner ce Capitaine , pour luy apprendre
fon devoir. Le malouin
laiffe aborder la Chaloupe
, fair cacher une partie
de fes gens , & fait mettre l'autre
la bouteille à la main ,
pour recevoir cet Officier &
Les Matelots, Le Lieutenant
GALANT.99
(
ne fut pas plûtoft entré qu'il
s'apperçut de fon erreur, mais
il n'eftoit plus temps. Le Capitaine
fit mettre la Chaloupe
dans fon Bord ; commença à
gagner au vent , les Anglois
croyant toujours qu'il alloic
arriver. Enfin le Malouin ſe
voyant en eſtât de fuir, fit for.
cer de voiles. Ils voulurent le
fuivre, mais trop tard. Il eftoit
bon voilier , & il fe tira d'af
faires. Afon arrivée à Liſbonne
,M' l'Envoyé d'Angleter
re ayant fceu l'avanture , &
receu les premieres nouvelles
de la Paix , demanda la Cha-
I ij
100 MERCURE
*
**
loupe à M l'Ambaſſadeur .
Quelques difficultez fur les
dartes , & le prompt départ
du Baftiment l'empêcherent
de la luy faire rendre ; mais le
Malouin n'a pas jouy longtemps
de l'honneur qu'il fe
promettoit de mener à Saint
Malo la Chaloupe d'un Vice-
Amiral.
Un autre Corfaire de la
meme Ville , commandant le
Polaftron , de trente canons ,
ayant relâché en ce Port , fur
les premieres nouvelles de
la Paix , y chargea en marchandifes
pour Cadix. Il y eft
GALANT. IOI
arrivé tres heureuſement , &
y a receu des honneurs extraordinaires.
Comme il eftoit
le premier Vaiffeau François
qui arrivoit à Cadix depuis la
Paix faite , on a tout mis en
ulage pour le bien recevoir .
Tous les Forts l'ont falué , &
luy one rendu coup pour
coup. Le Gouverneur luy envoya
faire compliment, & luy
offrir toutes fortes de rafraî
chiffemens . Enfin tout le
peuple accourut fur le Port,
& n'oublia rien de tout ce qui
pouvoit marquer la joye qu'il
avoit de revoir les François ,
I iij
102 MERCURE
& joüir des fruits d'une paix
qu'il avoit tant defirée . Je
fuis , Monfieur , voftre , & c.
A Lisbonne le 22. Dec. 1697.
Vous vous fouvenez que
je vous parlay il y a quelques
mois d'un Enfant , fur la lan .
gue duquel on voyoit paroître
differentes lettres bien
marquées , en differens jours .
On a demandé là deffus le
fentiment des Sçavans, & voi,
cy ce qui m'a efté envoyé.
·
GALANT
103
SENTIMENT DE M P **
e fur le prétendu prodige de
l'Enfant de Tours.
По
en
Ce
E qu'on a rapporté dans ›
le Mercure du mois de
Decembre , au fujet de cet
es Enfant , dont la langue paroift
marquée de certaines
lettres , qui s'évanouiffent en
un temps , & à la place def
quelles on en voit de nouvel
les dans un autre , eft fi merveilleux
, que les Sçavans , &
ceux qui s'appliquent à la recherche
des chofes naturelles
, femblent eſtre engagez
rs..
I iiij
104 MERCURE
à l'examiner ferieuſement
pour en découvrir la caufe ;
mais il faut auparavant eftre
affuré de la verité du fait , car
on voit fouvent des perfonnes
expliquer des évenemens
qui n'ont aucun fondement
dans la nature , & qui ne font
autre chofe qu'une fauffe fuppofition
, ou pour abuſer de
la fimplicité des credules , ou
pour faire railonner les Curieux.
On en a vû de nos jours
un exemple affez remarquable
, où plufieurs le font ef
forcez d'expliquer la caufe de
ces effets imaginaires . C'eft de
GALANT. 105
la Baguette que je parle ; mais
cette impofture n'ayant aucun
fondement raisonnable , fur
prefque aufitoft détruite que
découverte. Ainfi dans ce cascy
il faut entierement s'affurer
des circonftances. Il faut
voir files Parens de l'Enfant
ne font point engagez à pu-
છે
blier la chofe par intereft, ou
par quelque cauſe qui n'eſt
pas connue. Il y a tant de
moyens de produire des effets
femblables
à ceux cy , que
l'on n'en doit point eftre furpris.
On peut par des corrofifs
, comme avec des Cantha106
MERCURE
rides , de l'eau forte , des pier
res Cauftiques , écrire & imprimer
fur la langue de cet
Enfant tous ces caracteres , & !
beaucoup d'autres chofes. On
peut auffi avec des caracteres
de fer un peu chauds produire :
de pareils effets . La delica
teffe de la partie , principalement
dans cet âge , la couleur
blanche ou rouge , qu'on dit
que ces lettres ont , & qu'elles
paroiffent élevées au deflus
du refte de la furface de la lan
gue , tout cela femble affez
favorifer ce que j'avance ; car
onvoit que ces parties modé.:
GALANT. 107
rément cauterifées prennent
cettte difpofition . Il y a auffi
des Simples qui peuvent pro
duire de pareils effets , & l'on
fçait que les Femmes s'en appliquent
au vifage pour en
ofter la peau , & pour donner à
leur teint un peu de ce poli &
de cet éclat que l'âge ouqu'un
mauvais temperament efface
ordinairement. On fçait aufli
que par une pareille cauſe le
Serpent quitte la dépouille au
Printemps , & fe reveft d'une
peau nouvelle ; car il vit pour
lors de ces fortes d'herbes ,
qui ont acquis une nouvelle
108 MERCURE
force par la circulation de la
feve , & des parties falines qui
y font portées en abondance ,
& fon fang devenant alors
plusfpiritueux & bouillonnant
s'éleve vers les parties exterieures
, en caufant de grandes
fermentations entre la
chair & la peau. Il la fait bourfoufler
, & quand les petites
bubettes qui s'y font formées
fe fechent , elle fe déchire , &
commence à fe détacher , &
enfin la continuelle agitation
fait cet animal , pour fe que
débaraffer de cette peau inu.
tile , acheve de l'en dégaGALANT.
109
ger tout - à fait. On doutera
d'autant moins de ce que je
dis , fil'on confidere
ere que le
Medecins ordonnent
ces animaux
pour purifier le fang ,
& que c'eft dans le
c'eft dans le temps
qu'on en uſe , qu'on eft le
plus échauffé , par des raiſons
femblables
à celles que l'on
vient de rapporter
.
Mais pour revenir au ſujet ,
il feroit à fouhaiter que des
perfonnes defintereffées vouluffent
bien prendre le foin
d'examiner cet enfant , & que
l'ayant chez eux , perfonne de
fufpect n'en approchaft , ou
110 MERCURE
OP
s'il eft encore au pouvoir de
fa nourrice , on en devroit examiner
les tettons , car avec
quelque corrofif , comme j'ay
déja dit , on peut fort bien
écrire fous le mammelon tous
ces caracteres , qui n'ayant
pas affez de force pour y faire
impreffion , ne laifferoient
pourtant pas de marquer fur
la langue de l'enfant , qui eft
beaucoup plus tendre , & d'y
caufer des cauterifations capables
d'y faire voir ces mêmes
choles. Enfin lors qu'on
fera affuré du fait , & de fes
circonftances, on tâchera d'en
GALANT: III
effets
donner une explication naturelle
, & l'on ne fera peut - eltre
spas faché de voir une diſſertastion
allez curieule , fur ce
qu'on nomme des Envies
où l'on explique leur caufe ,
leur nature , & leurs effe
les plus furprenans , & où
l'on verra ficet accident fuppofé
qu'il foit veritable , y
peut eftre rapporté. On peut
cependant remarquer au fujet
de ces fortes de chofes qui paroiffent
extraordinaires &
même de
beaucoup d'aur d'autres,
que la préoccupation y fait
beaucoup. Il fuffic qu'une
₹
12 MERCURE
L
chofe revienne quelque peu
à l'idée qu'on aura d'une autre
, pour croire que c'eſt la
même.C'eft ainfi que quelque
< trait bizarre , caufé par quel
que fermentation
, fur la lan .
gue de cet Enfant , peut réveiller
l'idée de ces lettres , de
méme que quand on regarde
les inégalitez d'un mur mal
crépi dans un lieu fombre,
on penfe y voir des figures
deffinées , qui ne font que
dans l'imagination de celuy
qui croit les voir , puifqu'une
autre perfonne en verra
de differentes au même enGALANT:
113
'droit ; & c'eft encore une chofe
affez plaifante que les conjectures
que chacun tire de
ces fortes d'événemens ; felon
qu'il y eft intereffé , les prefages
, les pronoftics qu'on en
fait , pour le Gouvernement
& pour l'Etat , & fi c'euft efté
au temps des Anciens , & dans
un Siecle un peu plus credule
que le noftre , je ne doute pas
qu'on n'euft cru qu'un tel prodige
préfageoit de grandes
guerres , des batailles , & autres
chofes femblables , &
qu'on n'eût convoqué lesHarufpices
, & les Devins pour
Mars 1698. K
114 MERCURE
épeler & affembler toutes ces
lettres , & y trouver des Oracles
auffi fûrs que ceux qu'on
lifoit fur les feuilles de la Sybile
, aprés les avoir affemblées
.
Une autre perfonne a écrit
que les Medecins & Chirur .
giens qui ont vû & viſité cet
Enfant , ont raifon de dire
que ces lettres formées fur fa
langue ne viennent pas de l'i ,
magination de la Mere dans le
temps de la conception , &
qu'en l'année 1656. le 27.
Áouſt à neuf heures quinze
minuttes du foir , naquit une
2
GALANT is
Fille ayant le ventre femé de
Fleurs de lis fans nombre ,
comme en Banniere de France.
Ces Fleurs de lis eftoient
élevées fur la peau de même
qu'une cloche , qui auroit efté
produite par une brûlure , Cependant
elles eftoient changeantes
, c'est à dire , qu'elles
changeoient en de certains .
jours , & qu'en d'autres temps
elles revenoient aux mêmes
endroits. Ainfi l'on peut juger,
ajoûte celuy qui rapporte cet
évenement , que c'eftoit l'étoi
le afcendante qui agiffoit en
cela , puifqu'à dix heures fept
K ij.
116 MERCURE
minuttes trente fecondes , la⋅
Mere accoucha d'un fecond
enfant qui n'avoit qu'une
feule Fleur de Lis en un autre
endroit. Cela venoit de ce
que ces Enfans qui eſtoient
de different fexe , eftoient nez
en differente heure ; fçavoir
à une heure un demi - quart
moins l'un de l'autre , fous un
different Signe afcendant , la
Fille à la fin du Taureau , & le
Garçon au commencement
des Jumeaux. On prie donc
de donner l'année de la naiffance
de l'Enfant quia la langue
marquée de diverfes letGALANT:
127
tres , afin qu'on puiffe raiſonner
jufte fur un tel prodige:
II feroit même important de
fçavoir le pays où il eft né , &
le degré de l'élevation du
Pôle.
Jamais il n'y eut tant d'ar.
deur pour les belles Lettres .
Elle doit eftre grande , puis
qu'on propofe des Prix de tous
coftez pour les Ouvrages d'ef
prit. C'est ce que vous connoiftrez
par le Programme
qu'une Societté de Touloufe
vient de publier. En voi,
cy les termes.
13 MERCURE
PRIX PROPOSEZ
A Societé des belles Lettres
L
formée de
plusieurs
perfon.
nes depuis long- temps apliquées .
aux exercice d'efprit , fent redoubler
le zele , que la Paix doit inf
pirer à tous ceux qui ont du bon
goût pour l'avancement des Sciences
des Arts. Elle eftoit convaincuëpar
fon experience , qu'il
n'y a point de moyen plus propre à
reveiller l'émulation , que celui de
diftribuer des prix. C'est dans
cette veuë , qu'appliquée à rechercher
le goût le plus general du fié:
GALANT. II
cle , elle découvre de nouvelles
voyes pour lefatisfaire. La Traduction
des meilleurs Ouvrages de
l'Antiquité , l'Hiftoire des Nations
, les vies des grands Hommes,
les découvertes enfin des Problemes
de la Phyfique , & des
Mathematiques également utiles
pour perfectionner les Sciences &
les Arts ; toutes ces matieres qui
font l'occupation de tant de celebres
Ecrivains , luyfourniffent de
grands fujets pour fes Prix . Elle
en donnera trois Le premier fera
pour la traduction Françoiſe d'une
des Oraifons de Ciceron marquées
enfuite , & dont elle laiffe lechoi,x
120 MERCURE
aux pretendans. Ces fujets feront
les quatre Catilinaires , les trois
premieres Philippiques , les Orai■
fons , pour Dejotarus , pour Mi.
lon , pour Marcellus , pour Liga.
rius , & pour la loy Manilia.
Le fecond Prix fera ajugé à celuy
qui fera avec plus de jufteffe le
recit hiftorique de la conjuration
des Pazzi de Florence. Et le troi
fieme , fera diftribué à celuy qui
montrera avec le plus de folidité
quelle eft la veritable caufe de la
Chute des corps pefans . Lepremier
prix, qui eft une Medaille d'Or de
la valeur de dix à douze Louis
ne fera diftribué que le jour de
S. Louis
GALANT: 121
3
'Zouis de l'année prochaine 1699.
afin de donner le temps aux Auseurs
de polir leurs Ouvrages. Les
autres prix, quifont des Medailles
d'Argent , feront diftribue
cette année 1698. Ces Medailles
repreſentent
d'un côté une Pallas ,
qui donne un prix , & de l'autre
des Rayons de Miel avec ces pa-.
roles , condita labore , qui en
font l'ame. Cette dewiſe eſt auſſi
celle de la Compagnie qui apris le
nom de Societé des belles Lettres
; nom qui n'a rien d'ambi.
tieux, mais quifait parfaitement
connoiftre fon inclination & fon.
genie. Ceux qui auronı travaillé
Mars 1698. L
122 MERCURE
pour les prix , envoyeront les pie
ces chez Mr Martel , logé dans
la Paroiffe faint Sernin prés des
Religieufes de la Vifitation. Ils
accompagneront leurs Ouvrages ,
d'une Sentence écrite deleur mains
c de leur paraphe ; mais s'ils ne
peuvent pas affifter à la diftribution
des Prix , ils envoyeront une
copie de leurs Ouvrages avec la
Sentence dont ils auront fait le
choix , & leur paraphe à ceux
qu'ils auront priez de les venir
recevoir. La Compagnie ne rece→ ·
vra des Pieces que jufqu'au 25 .
du mois de fuillet . Elle enfera en
fuite la diftribution
le 25.
du mois
GALANT 123
Ak
Aouft,dans lamaifon de M de
Mondran , où elle fait fes exerci
ces ordinaires ; & fi ceft inviter
par fon exemple le Public à tra
vailler , que depromettre de donner
tous les ans un Recueil de diverfes
Pieces d'efprit , elle le fait , afin que
L'experience qui luy aura faitfentir
combien il coute à polir des Ouvra.
ges , l'accoutume à eftre indulgent
pour ceux d'autruy s'ils ne font
pasfans defaut , & en même temps
équitable dans fes jugemens.
Sila Ville de Toulouſe fe
diftingue par les dive
Laveries
Compagnies de gens de Lettres
quis'y font formées , elle
Lij
124 MERCURE
ne le fait pas moins dans tou
tes les occafions qui s'offrent
de marquer fon zèle pour fon
Souverain, Ainfi vous jugez
bien que les réjoüiffances y
onc efté grandes pour la Paix.
Il s'yen eft fait de particulieres
par les Peres de la Doctrine
Chreftienne du College de
l'Esquille , dont vous trouverez
les circonstances dans la
Lettre que vous allez lire.
A MONSIEUR ***
MONSIEUR,
On vous a fort parlé , me
GALANT 125
dites-vous , des réjouiffances
que les Peres de la Doctrine
Chreftienne du College de
l'Efquille de Toulouſe viencent
de faire pour la Paix , &
vous fouhaitez d'en apprendre
le détail. Il eft jufte de
Vous contenter. La chofe eft
C digne de voſtre curiofité . Ces
Peres ont fait paroiftre dans
cette occafion tout le zele
poffible pour lagloire du Roy,
C'est une fefte de trois jours
qu'ils viennent de celebrer.
D'abord ils firent diftribuer
des Programmes dans toute
la Ville , pour avertir le Public
L'iij
126 MERCURE
de ce qu'ils devoient faire
chaque jour-
Le premier jour , qui fut le
quatrième de Février , & lé
huitiéme aprés la publication
de la Paix avec l'Empereur &
l'Empire , le R. P. Gaillardy ,
Profeffeur de Rhetorique
,
prononça un Difcours Latin ,
oùil renferma les deux fujets
de noftre joye , la Paix & le
Mariage de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , qui luy
fervirent de divifion Dans fon
Exorde il ne fit que donner
une idée de fon fujet , & faire
femarquer les rapports qui fe
GALANT. 127
UP
trouvoient entre les deux par
ties de fon Difcours . Toute
fa premiere partie tendit à
faire voir que la Paix que le
Roy vient de donner à l'Europe
, eft le Chef- d'oeuvre le
plus accompli de fon regne
glorieux. Il s'attacha dés le
commencement à montrer la
difficulté qu'il y avoit à la conclurre.
reprefenta la fureur
des Heretiques refugiez , la
buiffance de nos Ennemis .
6
feur jaloux defefpoir dans
-leurs défaites
continuelles ;
mais fur tout ce funefte &
prodigieux aveuglement qui
Liiij
128 MERCURE
leur faifoit mépriſer leurs
maux veritables , pour fuivre
de vaines eſperances. Il releva
enfuite la ſageſſe du Roy, qui
déconcertant les deffeins de
la Ligue la plus formidable
qui fut jamais , avoit enfin
contraint les Alliez d'accepter
les conditions de Paix , que fa
feule bonté leur avoit fi fouvent
offertes. Il n'oublia pas
la moderation
de ce grand
Prince , la generofité , la patience
; mais fur tout il s'étendit
fur fon amour pour les peu
ples , fur fon zele pour la Religion
, & par des comparai
GALANT. 129
fons courtes & vives qu'il fit
de fes actions les plus glorieu.
fes avec la Paix , qui eftoit le
fujet de fon Eloge , il trouva
le moyen d'embellir fon Difcours
de tous les plus beaux
traits de fa vie. Dans la feconde
partie il dit d'abord , que ce
n'eftoit pas fans raiſon que
tous les hommes , fur tout les
Grands & les Princes , ſouhaihaitent
avec paffion de laiffer
aprés eux une pofterité nombreufe
, puis que c'eftoit le
moyen le plus certain de s'affurer
, autant qu'on le peut
fur la terre , cette immortalité
$130 MERCURE
don't le defir eft fi naturel au
coeur de l'homme. Enfuite il
montra que jamais Prince
n'avoit eus en ce point fes
-voeux plus pleinement fatisfaits
que le Roy ; que non.
-feulement c'eftoit une chofe
fans exemple dans l'Hiftoire
de France , qu'un Roy cuft
amarié fon Petit fils ; mais que
même on ne trouvoit pas que
ales Rois du Peuple de Dieu ,
-qui eftoient les plus chers à
ſes yeux , & à qui il avoit promis
une pofterité fans fin ,
seuffent eu cet avantage . Il
bajoûta qu'il eftoit jufte que
GALANT. 131
de
ce privilege fingulier Fuſt réfervé
pour un Roy , que le
Ciel avoit pris foin d'orner
fuy même de tant de vertus .
1 tomba apres fur les loüan
ges de Monfeigneur ,
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, & de Madame la Ducheffe
de Bourgogne . Sur la
fin il adreffa fon difcours à la
France , & il dit que fi le Roy
par mille actions glorieufes ,
mais for tout par la Paix quii
venoit de luy donner , avoit
affure fon repos , le mariage
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne devoit luy faire
C
132 MERCURE
efperer que fon bonheur du
reroit auffi longtemps
que la
Race des Bourbons luy fourniroit
des Heros , qui avec le
Sang de LOUIS heriteroient
de les vertus, Ce fut dans la
Chapelle du College que ce
Difcours fut prononcé , L'affemblée
fut nombreufe
&
tres belle. Le Parlement s'y
trouva , l'Univerfité , M's les
Capitouls , avec quantité de
gens de Lettres & de diftinction
, qui avoient efté atti
rez par le defir d'entendre parler
des bienfaits incompara
bles d'un Roy , qui ſacrifie les
GALANT 133
propres interefts au repos de
fes Peuples. Tout le monde
fe retira tres- fatisfait de l'Orateur,
& on trouva beaucoup
de netteté dans fon ftile , de
= pureté dans les expreffions ,
& de naturel dans les penfées.
Le fecond jour , feprieme
de Février , le R. P. Vayfliere
fit reprefenter une Piece de
Theatre, dont le Heros eftoit
Achille. Elle estoit allegorique
, auffibien que les Balets
dont elle eftoit ornée , & l'on
y pouvoit remarquer une Paix
fouhaitée avec empreffement
,
recherchée avec ardeur , &
134 MERCURE
celebrée avec joye dans le Pa.
lais du Roy Lycomede . Elle
fur accompagnée d'intermedes
, qui furent en partie réci
tez , & en partie chantez. Le
fujet en eftoit l'Herefie bannie
pour toujours de la Fran
ce par le retour de la Paix.
On n'y avoit pas oublié le
Mariage de Monſeigneur le
Duc de Bourgogne , & il au
roit efté malaifé de le faire
dans une Piece deſtinée à
chanter une Paix ,avec laquel
le on fçait affez qu'il a des
rapports fi neceffaires. Ce fut
dans l'Hoftel de Ville qu'elle.
GALANT 135
là
fur reprefentée . L'affemblée
fut encore plus belle ce jour
que le premier. Le Parlement
y affifta. Il y eut un
grand concours de Dames de
la premieré qualité. Mrs les
Capitouls, toujours zelez pour
les interefts de Sa Majefte , ne
manquerent pas auffi de s'y
trouver . Enfin chacun s'em
preffa d'affifter à un spectacle
confacré à la gloire du Roy;
& l'on ne comprit jamais
mieux le plaifir extrême que
ceux de Toulouſe ont d'entendre
les louanges d'un fi
grand Prince. La Piece eut
136 MERCURE
tout le fuccés qu'on avoit efperé
. L'affemblée fe retira fort
fatisfaite de l'Auteur & des
Acteurs , & l'on ne ſe plaignit
que de la trop grande foule:
La Mufique fur trouvée d'un
gouft merveilleux . Elle eftoit
de la compofition de M' Aphroidize
, Maitre de Muſi
que du Chapitre de S. Sernin,
Le troifiéme jour , huitiéme
de Fevrier, eftoit deſtiné pour
les illuminations & pour le
Feu d'artifice. Au milieu des
fanfares & des acclamations,
on vit à l'entrée de la nuit
toute la grande Galerie du
College
GALANT. 137
College éclairée de plus de
deux mille lumieres. L'ar
rangement en eftoit fi merveilleux
, & le fpectable qu'
elles offroient eftoit fi agreable
à la veuë , qu'il feroit malailé
d'en faire une fidelle peinture.
Cette Galerie a prés de
quarante toifes de longueur.
Sur la corniche qui regne entre
un double rang d'arceaux
les uns fur les autres , paroif,
foit un rang de lumieres
compofé de lampes , de piramides
en feu , & de falots aux
Armes de France , garnie de
bougies le tout placé alter
Mars 1698.
:
M
138 MERCURE
nativement , & en égale diftance
. Plus haut , & prefque
au défaut des piramides , on
voyoit regner fur l'apuy de la
Galerie un fecond rang d'illuminations
, de mefme lon.
gueur & de melme fimetrie
que le premier. Il y avoit visà
vis, quantité de petites lam
pes, qui éclairoient l'interieur
de la Galerie. A chaque pi
laftre répondoient des pira
mides , qui montoient beaucoup
plus haut que les autres;
& chaque arceau eftoit éga
lement garni de lumieres de
chaque côté, depuis les im
IM.
GALANT. 139
•
poftes jusques à la clef; mais
celuy du milieu attiroit les
-yeux de tout le monde. Il étoit
reduit en quarré , & orné
de tapifferie . Dans l'enfoncement
eftoit le portrait du
Roy. De la corniche vers l'a-
: puy de cet arceau s'élevoient
trois piramides ardentes , de
beaucoup plus grandes que
toutes les autres . Les deux
côtez de l'ouverture quarrée
eftoient ornez chacun d'une
double colomne de lumieres.
Au milieu de ce grand éclar ,
immediatement au deffous du
portrait , paroiffoit un grand
8
Mij
140 MERCURE
Vive le Roy , en caracteres lu
mineux . Il fe rencontra mefme
heureufement
que la Galerie
faiſant fur le milieu un
angle rentrant, tous les rayons
venoient fe reünir à cet arceau
, comme à leur centre ;
ce qui produifoit un tel effet
fur les efprits , qu'on ne pou
voit fe défendre d'une fecrete
joye , ni de benir la main
bien-faifante qui nous donne
la Paix . Au milieu de la cour,
eftoit le Feu d'artifice. Ceux
qui y jetterent les yeux avec
quelque aplication , compri
rent aifement que dans la de
GALANT: 141
coration on avoit voulu repreſenter
les mefmes vertus ,
qui avoient déja fervi de matiere
à l'éloquence & à la Poëfie
, l'amour du Roy pour fes
peuples , fa moderation , fa
prudence , fon zele pour la
Religion , l'Herefie , ſource fatale
de cette guerre , bannie
à jamais ; enfin les fruits & les
avantages qui naiſſent de la
Paix.
Sur une plate- forme quarrée
de trente pieds de face , & de
vingt pieds de hauteur s'élevoient
quatre groffes tours ,
qui fe communiquoient par
142 MERCUR
E
autant de galeries ornées de
diverfes devifes. Au deffus on
voyoit un autre rang de galeries
moins longues que les pre
mieres, où devoit eftre le fort
du feu. Plus haut regnoit une
efpece de Donjon de figure
quarrée, dont les faces étoient
quatre Tableaux de fix pieds
de large & de huit pieds de
haut , & le tout eftoit furmonté
par une figure, qui reprefentoit
la Religion , fou
lant aux pieds l'Herefie , &
foutenue par le genie de la
France , à qui elle préfentoic
ces paroles :
GALANT. 143
Regis me dextra tuetur.
1. C'eft le bras de Louis qui me
fait triompher.
Dans la decoration d'un
ſpectacle , dreffé à la gloire
du Roy tres Chreftien , qui
par mille marques illuftres de
fon zele pour la Religion a
toûjours fait voir que ce n'étoit
pas en vain qu'il portoft
un fi beau nom , & qui par la
Paix qu'il vient d'affurer à fes
Etats , donne enfin le dernier
coup à l'Herefie , on a cru
qu'on ne pouvoit trouver de
Couronnement
plus propre ,
ni plus conforme , & qu'il ne
1
144 MERCURE
devoit y avoir d'autre figure
dominante que celle de la
Religion. Les Emblêmes des
tableaux, qui eftoient aux quatre
faces du Donjon , exprimoient
d'une maniere allego.
rique , que c'eft uniquement
à la fageffe du Roy , à la clemence
, à la valeur, à fa bonté ,
que l'Europe doit la paix.
Le premier Tableau , qui
eftoit vis -à- vis de la galerie du
College, reprefentoit Hercule
couronné de Palmes & de
Lauriers , & calmant les flots
d'une mer,
ou l'on voyoit plu-
+
fieurs vaiffeaux arriver enfin
heureuGALANT:
145
heureuſement dans le Port ,
aprés avoir efté long - temps
battus de la tempefte , avec
çes mors : monat al ac
•199 Palmis parta quies, ip,
~ Par mille exploits divers il
fait nôtre repos.
Il feroit inutile de faire re
marquer que les avantages
continuels que le Roy a cus
fur fes Ennemis durant cette
guerre, n'ont pas peu contribué
à la terminer. Chacun
fçait que s'ils n'ont pû s'empêcher
de ſe rendre à fa moderation
, ils n'ont pas moins
redouté la valeur & que ja
Mars 169, N
146 MERCURE
maisonh'a eu plus de raifon
de dire que la victoire a produit
la Paix.
Dans le fecond Tableau ,
qui regardoit de grand Portail
du College , on voyoit le
Dieu Mars , qui touché des
maux de la guerre , laiffoir
tomber de fes mains une épée
nue avec ces paroles qui ex
pliquoient l'allegorie.
Vincit plebis amor.
L'amour defes Sujets luy fait
pofer les armes.
On voit briller tant de
vertus dans cette marque fi.
gnalée , que le Roy vient de
GALANT: 147
'donner de fon amour pour
fes peuples ; & la paix nous
prefente un caractere de gloi .
re , fi fingulier
& fi inoüy
dans les fiecles paffez , qu'on
ne peut guere s'empêcher
de
fe declarer en la faveur , &
d'avouer
ingeniment , qu'il
n'est rien qui soit plus digne
de nos admirations
, & qui
merite mieux tous les éloges
de l'Eloquence
& de la Poë-
Lie. C'est pour exprimer cette
penſée ,qu'on avoit repreſenté
dans la
troifiéme peinture ,
qui eftoit placée à la droite
de la cour , une Mule à qui
Nij
148 MERCURE
Apollon preſentoit des Palmes
, avec une branche d'O .
livier , & qui tournoit tous fes
regards vers le Simbole de la
Paix , avec ce demi vers :
Magis delector olivá.
Les douceurs de la Paix ont
pour moy plus de charmes.
Le dernier Tableau reprefentoit
les Geans que Jupiter
accabloit fous les montagnes
qu'ils avoient jettées contre
le ciel , avec ce vers d'Ovide:
Vertit in authores pondera
vafta fuos.
Pour les vaincre il fe fert de
leurs rebelles traits.
GALANT.
149
Il est aisé de
comprendre
que c'eft principalement
les
Heretiques du Roïaume qu'on
a voulu
marquer par cette
Emblême . Sans rapeller les
temps paffez , on avû ce qu'ils
ont entrepris encore aujourd'huy
contre la France ; mais
la fageffe du Roy a renversé
leurs deffeins , & a fait retom
ber fur eux, tout le poids d'une
guerre, où chacun fçait qu'ils
n'ont pas eu peu de part .
Les Deviles qu'on avoit
placées quatre à quatre entre
les tours , & qui fervoient
d'ornement aux quatre faces
Niij
ísó MERCURE
des premieres galeries , repre
fentoient la plufpart les fruits
& les avantages qu'on doit
attendre de la Paix , & des
foins infatigables du Grand
Prince, qui aprés avoir donné
le repos à fes peuples, ne ceffe
point de s'apliquer à augmenter
leur bonheur. Cette
aplication continuelle du Roy
au bien de fes Sujets , eftoit
marquée par un Soleil , qui
aprés avoir diffipé des orages
& des tempêtes , continue à
éclairer le monde fans aucune
interruption , avec ce vers
d'Horace :
GALANT. agr
Nullum àlabore me reclinat
phum lenger ticalo ak
Le repos n'a jamais interrompa
mon cours, qug
Le commerce toûjours fuivi
de l'abondance , & le réta
bliffement des beaux Arts,
font les fruits les plus confderables
de la Paix. On avoit
exprimé le retour du premier
par des Ports enrichis de marchandiles
étrangeres , que des
vaiffeaux aportoient de tous
côtez , avec ces mots :
Hat Pax alma tulite 15
Du retour de la Paix tels font
les benneuxfruits,
Niiij
152 MERCURE
Le rétabliſſement des beaux
Arts eftoit repreſenté par les
Inftrumens de divers Arts
qui paroiffoient avoir efté
long- temps negligez, & qu'on
commençoit de remettre en
ufage. L'ame de cette deviſe
eftoit ::
13
Pax reddidit ufum.
La Paix qui lesforma, les remet
on ufage.
Ces deux choſes eftoient
encore exprimées dans plufieurs
autres devifes . Les autres
repreſentoient le mariage
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne, & les obligations
GALANT. 153
3
a
que nous avons à cet heureux
lien , qui eft le commencement
, & comme la fource de
nôtre repos. Cette penfée étoit
fur tout heureufement
exprimée par deux Alcions ,
qui s'eftant unis enſemble
pour faire leur petit nid ,
voient caufé fur la mer une
tranquillité inalterable , avec
ces mots de Virgile :
Ventos tempeftatefque ferenant.
Leur union calme lorage.
L'on eftoit occupé à lire
ces devifes , & à fuivre des
yeux un grand nombre de fufée
volantes, qu'on tira avant
2
154 MERCURE
que le Feu d'artifice commen
çât à jouer , quand la foule fe
vit tout- à- coup écartée par
une grande quantité de ferpenteaux
qui couvrirent toute
la cour. Ce fpectacle ayant attiré
tous les regards , on vit
avec plaifir s'élever du milieu
de la façade qui regardoit la
galerie , un fecond Vive le Roy,
d'un grand pied de haut , for.
mé par de vives flammes , qui
durerent prefque autant de
temps que que le Feu d'arci
fice. De l'ouverture des qua
tre tours , dont je vous ayparlé,
fortoient des tourbillons conGALANT:
155
tinuels de feu qui faifant paf
fageà un grand nombre de
fulées , boëtes & petards
tantôt fucceffivement , tantôt
tout à la fois , donnoient
toûjours un nouveau divertiffement
aux Spectateurs.
Tout feinbla concourir à faire
réüffir cette Fête , la ferenité
‹ du temps , l'obſcurité de la
nuit , le concours du peuple ,
& la prefence de Meffieurs
les Capitouls , qui voulurent
encore affifter à ce troifiéme
is
'
100
Spectacle.
Voilà , Monfieur , les principales
circonstances de la
156 MERCURE
Fête , dont vous m'avez dea
mandé le détail. Je fuis , &c.
Les Riceys , qui font trois
Bourgs au commencement
de la Bourgogne , fituez dans
- une belle vallée entre Bar fur-
Seine , Muffy - Levêque , Tonnerre
, & Chaſtillon fur Seine,
affez connus par leurs Vignobles
, fe font diftinguez dans
leurs rèjoüiffances
, mais particulierement
celuy qui porte
le nom de Ricey- le - Bas , fit
un feu de joye le 9. du mois
paffé , qui attira l'applaudiffe .
ment d'un nombre infini de
fpectateurs. L'échafaut avoit
GALANI 157
efté dreſſé dans la place qui
regarde la fuperbe Eglife dont
le Clocher eft un dés plus
beaux du Royaume , eftant
plus élevé que celuy de Chartres
, & vis à vis du Chafteau
du lieu . Cet échafaut avoir
quinze pieds de haut fur douze
de large , & chaque face
eftoit ornée d'un baluſtre qui
regnoit tout alentour . Les
quatre pilaftres qui le foute.
noient avec la frife & la cors
niche estoient d'un bel ordre
d'architecture. Sur la premie
re face eftoient écrits ces deux
Vers.
18 MERCURE
Tota tuis terra exultat , Lodoice
triumphis.
Hoc igne illuftri gaudia noftra
patent
Au milieu de la face pen-
'doit un Cartouche orné de
verdures & de rubans de differentes
couleurs , où eftoit .
écrit , Ludovico Regum majori . «
Aux deux coftez du Cartouche
estoient des guirlandes
de verdures , auffi entourées
de rubans , qui faifoient un
tres - bel effet , & à tou
tes les autres faces de même.
Au Cartouche qui pendoit
au milieu de la frile eftoit cetGALANT:
169
te Devile Quis in pofterum.
Aux quatre coins de l'échafaut
eftoient pofees quatre
pyramides tres bien peintes ,
fur les baluftres , avec un globe
& une grande Fleur de lis
deffüs. Au milieu eftoit un
piedestal qui avoit toutes les
faces peintes des Armes du
Roy , avec la Couronne fermée
au deffus , & des bran
thes d'oliviers ,
accompagnées
de feftons qui en compofoient
l'ornement. Sur ce piedeltal
eftoit une plus grande pyramide
, toute femée de Fleurs
de lis , un globe au deffus avec
160 MERCURE
les Armes du Roy en Fleurs
de lis d or, &un grand Soleil
éclatant d'or bruny. A coſté
de la pyramide eftoient deux
Anges en relief, qui tenoient
chacun un Cartouche avec fa
Deviſe d'une main , & de l'autre
une branche d'olivier . On
lifoit dans le premier , Totum
illuminat orbem , & dans le fecond
, Pofuit fines tuos pacem.
Un Ange parut au haut de
la tour du Chateau , & vint
mettre le feu à l'artifice , compolé
de lances à feu en tres.
grand nombre , dont le Soleil
en avoit une attachée au bout
GALANT. 161
•
de chaque rayon , de petards ,
de fauciffons , de pots à feu ,
de quantité de fufées , toutes
à ferpenteaux & à eftoiles .
Toute la jeuneffe du Bourg
eftoit tres -lefte & bieu armée,
au nombre de plus de deux
cens hommes tres bien fairs,
ayant des chapeaux bordez ,
avec quantité de rubans
blancs & bleus , & la plufpart
des bouquets de plumes . Cela
fefital iffue duTeDeum qui fut
chanté dans l'Eglife du licu ,
où affifterent tous les Habitans
au bruit de la moufqueterie
, du carillon des cloches ,
Mars 1698.
162 MERCURE
qui font en grand nombre ; &
fort agreables, & au bruit des
Orgues , Hautbois & Violons,
avec des Fifres & plufieurs
Tambours , le fameux Joueur
de Hautbois , qui a ſi ſouvent
joüé devant le Roy & Monfeigneur
, s'y eſtant auffi trouvé.
Enfuite le Capitaine donna
un grand repas à toute la
jeunelfe , où le vin ne fut pas
épargné. Le Lieutenant du
lieu regala auffi tous les Officiers
du Bailliage , & chacun
l'envi donna des marques de
la joye qu'il reffentoit.
Nogent le Rotrou , ProGALANT
163
vince du Perche , Generalité
d'Alençon , quoy que Bourg
feulement, mais le plus grand
du Royaume marqua lon zele
Jelas, de Janvier. La Cavalcade
du Maire & des Echevins,
accompagnez de trois Herauts
& de deux cens cinguan .
te des principaux, Bourgeois à
cheval, avec des Trompettes,
Timbales & Fifres pourla
publicacion de la Paix fuc
magnifique Lelende mein 46 .
le Te Deum fat chanté en action
de graces dans l'Eglife
Collegiale de Saint-Jean , pu
allifterent les Officierside
O ij
164 MERCURE
Hoftel de Ville , & la meil .
eure partie de la Bourgeoifie
Lau nombre de 800. hommes
fous lesarmes . Enfuité le Maire
alluma le feu dans la place
devant l'Hoftel de Ville , & la
Bourgeoisie yfut regalée de
vin. La nuit parut éclairée par
un nombre infini d'illumina .
tions ; ce qui fut fuivi d'un
magnifique repas donné aux
hommes de diftinction
nombre de quarante-deux , à
une rable en forme de fer &
cheval. Les Pauvres du lieu
fe fentirent de la fefte par la
diftribution qui leur fut faite
J
au
GALANT. Its
de plufieurs vivres le même
jour , & le lendemain on donnale
Bal & un repas ambigu
aux Dames , qui ne fut pas
moindre que
mes.
que celuy des hom ,
Moral sue
Les mêmes réjouiffances
font efté faites à Villenaufe.
Il y eût un fort grand bruit
de Canons , feux d'artifice ,
illuminations , & abondance
de toutes fortes de vins de
Champagne & de liqueurs .
M Rivor , Capitaine Major
de la Bourgeoifie , fit mettre
tout le monde fous les armes,
& la fefte dura huitionrs i
166 MERCURE
241
Mellire Jean de Tarmenyes
de Nointel, Maître des Requêtes
, dont je vous parlay le
mois dernier à l'occafion du
mariage de Madame des
Reaux fa loeur , a époufe Mademoifelle
de Maupeou, niéce
de Madame de Pontchartrain
& foeur de Madame Raüyn
d'Angervilliers , Tout le monde
fait que la maiſon de
Maupeon eft une des plus illuftres
de la Robe , alliée de
celles de Doujat , Verthamont
, Bignon , Talon , le
Févre de Caumartin , & de
plufieurs autres. Madame de
GALANT. 867
Nointel eft une jeune perlon ,
ne qui doit fon éducation à
-Madame de Pontchartrain, &
"c'est tout dire. Elle est agreable,
bienfaite , & d'une douceur
prevenante . Je n'ai rien
* à ajouter à ce que je vous ay dit
dem deNointel, finon qu'il eſt
parfaitement honête homme,
& veritablement bon Ami.
M™ de Montheureux , Confeiller
au Parlement de Befançon
, dont je vous appris
le mariage dans ma Lettre de
Janvier s'apelle Jobelor & non
Jobeler , & M de Polemieux
dont je vous parlay dans la
168 MERCURE
I
j
même Lettre , s'apelle de Ba
rannat , & non pas de Bacormat.
• Ceux qui envoyent des Memoires
prennent fi peu de foin
de bien écrire les noms propres
, qu'ils font caufe de
-cette forte d'erreur , où il eft'
difficile de ne pas tomber.
Le 16. du mois poffé , M
L'Abbé de Coiflin , Evêque
de Metz , & premier Aumônier
du Roy, fils de M' le Duc
de Goiflin & néveu du Cardinal
de ce nom , arriva à Metz,
& quoi qu'il euft fair pour y
arriver incognito , afin d'éviter
toutes les ceremonies d'une
Entrée
GALANT: 169
Entrée , il trouva neantmoins
à une lieuë de la Ville , tous
les Chanoines du Chapitre en
Surplis & en Aumufles. En
entrant dans la Ville , il futfa
lué de tous les Canons de la
Citadelle , toute la Garniſon
eltant fous les armes . Le len
demain il prit poffeffion de
fon Evêché. Il fit un tres beau
difcours en Latin , & donna
enfuite un magnifique Repas
â quarante Chanoines , ce qui
fur fuivi d'une diftribution de
deux mille livres aux Pauvres.
M Lambert de S. Pierre , Avocat
au Parlement, & Secre,
Mars 1698 . P
J
170 MERCURE
taire de M' le premier Prefi
dent de Metz , a fait fur ce
fujet les Vers fuivans , que l'on
a trouvez tres-beaux .
A Mr L'Evêque de Mer
Nfin Metz vous poffede , &
ces peuples heureux
E
Out fçû rendre le Ciel favorable à
leurs voeux ,
Vos vertus , dont le bruit remplit la
France entiere ,
Vont répandre à nos yeux leur plus
vive lumiere ,
Iflu de ce Heros , dont la noble
valeur
De l'Etat tant de fois releva la
fplendeur ,
Que les Arts rétablis , la Juſtice ;
Bellonne ,
Ont ceint fi juftement d'une triple
Couronne .
GALANT. 17
Quels que foient ces Heros , vous
les furpaffez tous ,
Ce qu'en eux on a vû fe réunit en
-1 vous.
Que fi vous n'allez pas , plein d'une
ardeur guerriere ,
Vous couvrir dans un camp d'une
noble pouffire,
Soldat de JESUS CHRIST , Paofteur
de fon Troupeau,
Vous brillez d'un éclat plus durable
& plus beau
En vain les voluptez avec leurs artifices
A vôtre ame innocente offrirent
leurs délices . Ralsto
En vain l'ambition avec des traits
Hateurs
Dés vos plus tendres ans vous pei-
* £ gnir les grandeurs.
Du Dieu que vous aimez une grace
Pij
172 MERCURE
Corvinvinciblesɔ 10:
Vous fit à leurs appas un coeur in.
acceffible ,
Et vous fit méprifer tous ces amufemens
Qui détournent toûjours les meil
: leurs fentimens,
Au lieu du vain orguëil , de la molle
indolence ,
Qui de nos coeurs foüillez corromsi
poient l'inuocence ,
Sous ce fage Prélat nous verrons
deformains ८
Regner la fainteté , la ferveur & la
paix ,
De l'Enfer indigné tout l'effort in
utile ,
Et le vice éperdu ne trouve point
d'azile.
Je vois déja fon peuple attentifà fa
voix
GALANT. 173
D'un Dieu crucifié fuivre les faintes
Loix , sic?
Charmé de fês veatus , de fa vive
éloquence
Au lieu des faux plaifits chercher la
penitence , eb
Vous qui du haut des Cieux conduifez
nôtre ſort ,
Qui tenez en vos mains & la vie &
la
mort,
Ne nous faites jamais fentir vôtre
colere.
Jufqu'à nous enlever une tête fi
chere ;
Que d'un Oncle zelé fidelle imitateur
Son mérite l'éleve au comble de
Phonneur ,
Qu'aprés a voir véçu plein de gloire
& d'années ,
Ses vertus dans le Ciel foient enfin
couronnées. P
174 MERCURE
J'oubliay de vous aprendre
la derniere fois , que le 20 du
mois paffé, le Roy avoit nommé
M' d'Audiffret , Gentilhomme
de Provence , pour
aller auprès du Duc de Man
touë en qualité de fon Envoyé
extraordinaire, Le len
demain Sa Majesté donna à
M' d'Audiffret , Lieutenant
au Regiment des Gardes Fran
çoifes , l'Aide majorité de ce
Regiment. Ils font Coufins
germains , d'une famille originaire,
de Piémont , établie
depuis long temps en Proyence
, & ils eurent l'honneur
GALANT. 175
t
de remercier Sa Majefté en
mefme
temps.
Vous me demandez des
nouvelles des Diverfitez curieufes
de M'Bordelon . Ce font
deux Volumes de Lettres remplies
de tout ce que l'on peuc
s'imaginer de plus galant , de
plus inftructif, & de plus fçavant.
On ne fçauroit foûhait
ter d'être éclaircy d'aucune
chofe de cette nature , dont
on n'ait des lumieres dans ce
Livre qui eft fi plein d'érudit
tion , qu'on peut affurer que
l'Auteur eft univerfel. I fe
debite chez le S' Urbain Cou
Piiij
76 MERCURE
telier, ruë S.Jacques au Coeurbon
& à S. Jofeph . '
Je vous envoiay le mois paffé
le Billet d'un Inconnu , qui répondoit
àcelui qui croit avoir
trouvé la Quadrature du Cer .
cle, & vous en allez lire la ré.
ponſe. Cette affaire fait beaucoup
de bruit parmy les Sçavans
, & celuy qui eft perfuadé
du fecret qu'il croit avoir
trouvé , parle d'une ma
niere a donner fujet de croire
qu'il pourroit ne s'être pas
tout à fait trompé .
GALANT. 177
REPONSE AU BILLET
de l'Inconnu , touchant la
Quadrature du Cercle.
JA
Ay veu le Probleme de Mr
de Meffange , Monfieur , lequel
aboutit à conſtruire un Carré
égal au cercle, par le moyen de la
quatorziéme
du fecond livre des
Elemens . Cela n'a rien de commun
avec les trois propofitions
quej'ay
faites, & ce n'est point du tour
ce que les Geometres demandent;
C'est la proportion precife , rationelle,
& comme nombre à nombre,
entre le Semi- diamettre du Cercle,
fa Circonference, C'eft dequoy
178 MERCURE
ils ont besoin pour l'exacte meſure
des Plans & Corps Spheriques ,
pour les obfervations Aftronomiques
, autrement il y a plus de
dx fept cens ans, qu'ils fe feroient
contentez de la proportion qu Ar.
chimede leur a donnée , fi elle avoit
pús'exprimer par nombres. Voilà,
Monfieur, ce que je propoſe , &
ce que j'apelle le veritable Theo .
reme de la Quadrature. Si je me
trompe dans le jugement que j'ay
fait du Probleme de Mr de Mef.
Jange , il ne tiendra qu'à vous de
me faire voir cette Precifion , que
je n'y ayfçu trouver, & que je
ne crois pas que de plus habiles
GALANT: 179
Gens que moy ,y puiffent rencon
trer.Jefuisperfuadé que bien d'au
tres penferont comme vous , fur
l'impoffibilité de trouver cette proportion
rationelle entre le Semi.
diamettre & la Circonference ;
mais c'est ce quifait le merite de
la chofe Pour ce qui eft de la ma
niere dont je propofe mon Theo
reme, comme l'on fit autrefois les
Livres Sibillins à Rome , s'il eft
veritable , je crois qu'il le merite
bien, s'ilne l'eft pas , du moins
je me feray precautionné par ce
moyen , contre l'incertitude où je
pourrois tomber après la publication
demonLivre,defçavoir en cas
180 MERCURE
qu'on n'y faffe point d'objection ,
fi c'est parce qu'il n'y a pas lieu'
d'y en faire , ou fi c'est parce que
l'Ouvrage n'en vaut n'en vaut pas la peine.
Jefuis , Monfieur , Vôtre c.
Le Samedy 15. du mois paffé
mourut à Paris, M ' Dufresnoy,
Seigneur de Fleury & de Gla
tigny , premier Commis de
M' le Marquis de Barbefieux
& Treforier de l'Ordre milifaire
de S. Louis. Il entra dans
le Service pendant le miniftere
de M' Defnoyers , Secretaire
d'Etar , à qui il fut donné
tout jeune par M' le CarGALANT:
181
dinal de Richelieu , pour le
former aux affaires . Son Ser .
vice eft fi ancien , qu'il a fait
les Ordres pour l'heureufe
Naiffance de Sa Majefté , qu'il
a toûjours continué de fervir
fous les Minifteres de M" le
Tellier, de Louvois , & de Barbefieux.
Nul homme n'a efté
plus generalement
aimé
eftimé & regretté , n'ayant
laiffé échaper aucune occafion
de faire plaiſir . Mad . du
Freſnoy la femme a eu l'honneur
d'être dix ans Dame du
Lit de la Reine . Il ne laiffe
point d'enfans mâles , ayant
182 MERCURE
perdu il y a trois ans fon fils
unique, Colonel d'Infanterie,
& en eftime d'un fort brave
homme. Il laiffe trois Filles ,
l'aînée veuve de feu M' le
Comte d'Alegre , de l'illuftre
& ancienne Maifon d'Alegre
originaire d'Auvergne ; la feconde,
mariée à M¹ le Comte
de Rochefort , aîné de la mai
fon de Chaftenay , qui ont
porté le nom de Lanty prés
de trois cens ans , l'une des
plus grandes de Bourgogne s
& la troïfiéme âgée de quinze
à
feize ans , fille .
Les Vers de l'Air nouveau
le Mar
t l'Vni
noy
la P
tendre, Can
平生
½fiere
Bellonge,
vous laisser conota
#
vers ne sent il pas vos traits.
'aixo n'estplus un bien Pour tous teque
V
-de voir tous les coeurs.souffrir comm tie ,
GALANT. 183 .
que vous trouverez icy gravé,
font de Mademoiſelle d'Ale
rac de la Charce, de la Tour
du Pin , & ils ont efté notez
par M' l'Abbé de Poiffy , qui
devient fort à la mode, nonfeulemen
tpour la Muſique,
qu'il ne fait que dans le deffein
de fe divertir , mais encore
pour tous les Ouvrages
d'efprit, qui font extremement
eftimez dans le beau monde.
AIR NOVUE AU.
Errible Mars , fiere Bel
lone, TEM
Vouslaiffez conclure la Paix,
184 MERCURE
Qu'est- ce qui vous étonne ?
Pourquoy tous l'Univers ne fent il
pas vos traits ?
Vous avez fait perir mon agreable
Alcandre ,
Pour moy la Paix n'eft plus un
bien.
Pour vous les pleurs que l'on me voit
repandre
-Voicy de vous ce que j'oze pretendre
,
C'eft de voir tous les coeurs fouffrir
comme le mien.
3
Mr le Comte de Teffé , fi
connu par fon rare merite &
par l'éclat de fes grandi Exploits
, vient de faire un voyage
en Normandie, pour y voir
Madame de Teflé fa four ,
nommée
GALANT. 118 :
nommée à l'Abbaye Royale
de la Trinité de Caën , par la
demiffion de Madame de Vau
celar. Ces deux illuftres Abbeffes
n'ont pas besoin d'éloges
après çeluy que le Roy en
a fait publiquement
à la nos
mination de Madame de Tef.
fé. Mile Comte²ſön frèrð entra
dans Caën précedé d'un
Regiment de Dragons , qui
eftoit allé deux heues audevant
de luy. Beaucoup de Cat
roffes & plufieurs Dames de
Qualité à chevalje vêtuës em
Amazones, l'accompagnerent
auffià ſon Entrée . Infût faluč
Mars 1698.
186 MERCURE
par M's de Ville & du Préfidial,
& vifité par la Nobleſſe
du Pays, Voicy la Harangue,
que luy fit Mi Renouf, Doyen
du S. Sepulchre de Caën ,
avec cette Dignité qui luy eſt
ordinaire.
T
MONSIEUR ;
Salomon remply d'une Sageffe
toute divine pour gouverner fon
Royaume , difois fouvent à fes,
Sujets que les grandes entrepriſes,
reüfiffoient par de bons confeils
& que c'eftoit à la Guerre fur
tout où l'on avoit befoin de conduite.
Vous l'avez enë , Monz
GALANT: 187
}
fieur, cette conduite defirée du Sage,
avec une valeur extraordinaire
qui a toujours fait heureusement
réuffer tous vos deffeins militaires
politiques , & qui vous a ſi
justement acquis le Ture glorieuse
de grand homme de Guerre &
d'Etat. Si la fagefe de notre in.
vincible Monarque , vous a con .
fie l'Ambaffade de la Paix , avec
Monfieur le Duc de Savoye ,
Si fa justice vous a donné des
Charges fi confiderables dans fa
Cour , dans fes Armées
ces Provinces
dans
cette Paix avec
la Savoye qui nous a procuré la
generale , qui a détruit pour jamais
Q ij
188 MERCURE
' Herefie dans ce Royaume , qui
nous a obtenu une des plus chirmantes
Princeffes de l'Univers ,
&que vous avez ménagée &
conclue avec une prudence &une
habileté qu'on ne peut aſſez louer,
fait qu'on vous regarde comme le
principe du bonheur de toute l'Europe
, la gloire de l'Etat , la joye
de l'Eglife , l'honneur de notre
Nation , le bien aimé & le defiré
de tout le monde. Nous devons
donc , Monfieur , nous estimer
tres heureux de vôtre arrivée en
cette Ville , puifqu'elle nous fait
naître l'occafion de vous honorer ,
&de vous marquer le plaifir que
GALANT. 189
nous reffentons d'avoir Madame
de Teffé vôtrefoeur,Abeſſe de cette
noble Abbaye , par fes eminentes
vertus , par la demiffion heroique
de Madame de Vaucelas, agréée
avec eftime de LOUIS LE
GRAND
, vous affurant ,
Monfieur, que nous offrirons tou
jours à Dieu nos Vaux & nos
Sacrifices pour la confervation de
voire illuftre Perfonne
.
A quelque chofe malheur
eft bon. L'avanture dont je
vais vous faire part juftifiera
ce proverbe. Une jeune Demoifelle
, toute aimable par
190 MERCURE
fon efprit & par fon humeur,'
& auffi comblée de graces du
cofté de la nature , que la fortune
s'en êcoit montrée avare
pour elle , vivoit avec une
Mere qui l'aimant fort tendrement
, le privoit de toutes
chofes pour avoir de quoy
fournir à la dépense que fait
une Fille qui eft en âge de
paroiftre dans le monde.
Comme elle eftoit d'une
beauté vive & éclatante , le
moindre ornement la faifoit
briller , & le foin qu'on avoit
eu de cultiver fa voix , qu'elle
avoit fort belle , & de luy
7
GALANT: 19 .
7
faire apprndre à toucher le
Claveffin , luy donnoit des
avantages qui luy attiroient
quantité d'Adorateurs . La
Mere les recevoit agréablement
, dans l'efperance que
quelqu'un d'entre eux feroit
affez touché, de fes charmes
pour la vouloir époufers mais,
le mariage eftant un engage
ment rrop important pour
s'y réfoudre fans y avoir fait
de longues reflexions, le manque
de bien dans la Demoi.
felle , eftoir un defaur qui éloi
gnoit les plus empreffez , fi
soft qu'on leur demandoit un
192 MERCURE
peu ferieufement quel eftoitt
le but de leurs affiduitez. Le'
mauvais eftat des affaires de
lá Belle , qui avoit fait naiſtre
en eux les injuſtes efperances
d'un agreable & frivole amu
fement,s'ils marquoient avoir
l'ame liberale , leur faifoit envifager
fa beauté comme un
bien qui periroit avec le bril
lant de ſa jeuneffe , & qui
n'ayant aucune foliditéne
pouvoit qu'eftre préjudicia
ble à leur fortune ; & larigide
vertu qu'elle oppofoit à leuts
proreftations , quand elles
eftoient accompagnées d'of
fres
GALANT: 193
fres qui pouvoient bleffer fa
gloire , détruifant fes elperances
, ils fe retiroient d'eux
mêmes d'un lieu tout rempli
de charmes pour eux , mais
où il falloit fe déclarer fi l'on
afpiroit à de frequentes vifites
. Cette loy n'eut rien de
rebutant pour un jeune Cavalier,
qui n'eut pas fi - toft rendu
fes premiers foins à la Belle
, qu'il en devint éperdû
ment amoureux. Il eftoir bien
fait , plus fage à vingt ans que
la plufpart ne le font à trente,
d'une humeur fort douce , &
propre au deffein qu'avoient
R Mars 1698.
194 MERCURE
la Mere & la Fille de trouver
un Epouleur , mais il avoit
un defaut qui ne laiffoit pas
de les effrayer. C'eft qu'il dépendoit
d'un Pere fevere, qui
eftant fort riche ne leur donnoit
pas fujet de croire qu'il
duft confentir à l'engagement
qu'ilpourroit prendre.LaBelle
qui fe fentit d'abord préve
nue pour luy par un panchant
qu'elle avoit peine à
combattre , pria fa Mere de
ne le point recevoir chez elle,
pour éviter l'embarras où elle
jugeoit qu'il pourroit mettre
fon coeur. Elle affecta ineſme
GALANT. 195
des manieres froides avec luy,
afin de le détourner d'une
paffion dont elle craignoit les
fuites. Cette froideur nefervit
qu'à l'enflâmer davantage, &
pour l'obliger à n'eftre pas
infenfible aux voeux qu'il luy
adteffoit , il luy offrit les plus
fortes affurances qu'elle pourroit
exiger de luy , pour la
convaincre qu'il l'aimoit parfaitement.
La Belle luy ré
pondit qu'elle le croyoit trop
éclairé pour ignorer que le
mariage eftoit la feule qu'elle
pouvoit recevoir ; qu'elle rétoit
perfuadée que s'il eftoit
Rij
196 MERCURE
maiftre de luy-même , il ne
balanceroit point à luy faire
part de fa fortune ; mais que
dépendant d'un Pere plein
d'ambition & fort abfolu , il ſe
flatoit înutilément , s'il eſperoit
luy pouvoir faire agréer
une recherche où l'inégalité
du bien mettoit des obftacles
invincibles ; qu'ainfi le meill
leur confeil qu'elle pouvoit
luy donner, eftoit qu'il tâchaft
de vaincre une paffion qui ne
pouvoit que luy actirer l'indignation
de fa Famille , &
qu'afin qu'elle n'euft rien à fe
reprocher à elle - même , elle
GALANT. 197
le privit de ne la plus voir ,
puis qu'auffi bien fon attachem
ne ne pouvoit fervir
qu'à donner lieu à de mauvais
contes , & à troubler fon
répos. Ce confeil eftoit prudent
, & la raifon faifoit voir
que c'eftoit le feul qu'il falloit
fuivre , mais dequoy efton
capable , quand l'amour a
commencé à eftre maître du
coeur ? Non feulement le Ca-
Valier trop épris ne s'en put
accommoder , mais la Belle
n'auroit pas efté contente s'il
eût effé affez fage pour chers,
cher à s'en fervir . Ils s'aban.
Riij
198 MERCURE
donnerent l'un & l'autre
leur panchant , & ne purent
refifter à la douceur qu'ils
trouverent à fe jurer qu'ils s'ai
meroient éternellement. Ils
ne voyoient pas à quoy cette
paffion devoit aboutir , mais
ils regardoient comme le plus
grand des maux la neceſſité
d'y renoncer , & ne pouvant
sy refoudre, ils arrendoient
,
fans rien efperer de favorable,
ce que le Ciel ordonneroit de
leur deftinée. Le Cavalier qui
ne fongeoit qu'aux moyens
de fe rendre heureux avec la
Belle, avoit un Ami qui voyoit
GALANT. 199
fon Pere affez familiérement,
& qui avoit grand pouvoir fur
fon efprit Il le mena chez la
Belle , & cet Ami luy trouva
tant de merite , qu'ébloüi
d'ailleurs de fa beauté , il ne
put blâmer l'amour qu'il avoit
pour elle. Ainfi il entra
dans la confidence de l'un &
de l'autre , fur tout ce qu'ils
reffentoient de tendreffe reciproque.
Le defir qu'il eut
de leur eftre utile , luy fit ac
cepter la commiffion de voir,
fans rien découvrir, fi le pere
avare aimeroit affez fon fils
pour luy laiſſer faire un choix
Riiij
200 MERCURE
qui puft contenter fon coeur
fans aucun égard à la fortune.
Il le trouva entierement éloigné
de ce fentiment. L'amour
du bien qui le poffedoit l'avoit
obligé de jetter les yeux
fur une riche Heritiere , qui
n'avoit encore que douze à
treize ans , & il eftoit demeuré
d'accord avec fon Tateur
qu'il luy feroit épouſer ſon fils
fitôt qu'elle en auroit quinze.
Ce mariage arrêté en quelque
forte , affligea beaucoup la
Belle , qui pria tout de nouveau
fon Amant de ne la plus
voir ,puifqu'on l'avoit deftiné
GALANT. 201
ailleurs , & qu'il n'y avoit pas
d'apparence qu'il pût réfifter
aux ordres preffans qu'on luy
donneroit, pour luy faire exécuter
ce que l'on avoit arrêté
fans luy , avec des avantages
tres confiderables. Ce n'eftoit
point fans raifon que la Belle
s'alarmoit. Elle pouffa fi loin
fes inquiétudes,queleCavalier
ne la pouvant raffûrer par fes
fermens , offrit de l'époufer .
en fecret , pour fe mettre hors
d'état d'eftre vaincu par tout
ce que pourroit employer fon
Pere , pour l'obliger à effectuer
le mariage qu'il avoit
202 MERCURE
conclu avec le Tuteur de l'He.
ritiere. Le Cavalier , quoi que
jeune , eftoit connu pour un
homme incapable de faire
une lâcheté , & la Belle ayant
confulté fa Mere fur ce qu'il
luy propofoit , crut ne rien
hazarder en y confentant ,
qu'une vie un peu contrainte
par le fecret qu'il faudroit garder
, jufqu'à ce qu'on pût le
tompre avec quelque fûreté.
On figna un Contrat de mariage
, & il fut fait en prefence
de l'Amy qu'on fut bien ,
aife d'y voir fervir de témoin .
On ne fçauroit exprimer la
GALANT 203
joye que goûterent la Belle &
le Cavalier dans la parfaite
union où ils vêcurent. Le nom
d'Epoux ne leur oftoit point
celuy d'Amans , & les mesures
qu'ils eftoient contraints de
prendre, pour cacher aux yeux
du monde ce qui n'auroit
pú eftre découvert
, fans que
cette connoiffance leur eût
attiré les plus facheux em
barras , leur faifoient trouver
dans leurs entrevûës mille &
mille charmes , qui font incon
nus a ceux qu'une entiere liberté
laiffe en état de n'avoir
point de defirs à faire. Ils ne
204 MERCURE
perdoient aucune occafion de
paffer les jours enſemble,mais
quoy qu'ils le viffent le plus
fouvent qu'ils pouvoient
, ce
n'eftoitjamais affez pour contenter
leur amour . Le Cavalier
tiroit de fon Pere dequoy
fouftenir une dépense proportionnée
au bien qu'il avoit ,
& comme il donnoit beaucoup
à la Belle , fi elle ne fe
voyoit pas dans la fortune
éclatante dont elle euft
joui fi fon Mariage eût eu le
confentement qui luy man-'
quoit , elle trouvoit beaucoup
d'adouciffement dans
GALANT 205
M
fa fortune , depuis qu'il avoit
commencé d'en prendre
foin. Ils pafferent deux ans
de cette forte , leur tendreffe
l'un pour l'autre aug
Saug
mentant de jour en jour
lorfque le Pere fit connoître fa
volontéà ſon Fils fur l'alliance
de l'Heritiere. Elle avoit
quinze ans , & lon Tuteur qui
cftoit follicité pour d'autres
Partis , vouloit ſe tirer d'affaires.
La Belle fut fort alar .
mée des efforts qu'on fit pour
perfuader le Cavalier. On
ajoûta les menaces aux priéres,
& la chofe luy devant être
fort avantageufe , & pour la
98
206 MERCURE
naiffance & pour le bien , il
ne trouva d'excufe aupres de
fon Pere , qui parloit d'un ton
fort âbſolu , que ſur la laideur
de l'Heritiere. Il luy fit réprefenter,
que s'il ne luy vouloit
pas permettre de le marier
felon . fon coeur, au moins il
pouvoit elperer de fa
qu'il ne le forceroit
foto opas.
prendre pour femme, uneperfonne
qu'il fentoit bien que
jamais il n'aimeroit , que l'autorité
des Peres avoit des
༤ ༠༠
bornes , quand il s'agiffoit de
rendre un Fils malheureux
& que fi par reſpect pour luy
il étoufoit toutes les penfees
5101 101
de la bonté
aft-1
GALANT: 207
910
qu'il pourroit avoir de faire
un choix qui fatisfift les defirs,
il n'eftoit pas juſte qu'on
l'aſſujettit à en faire un , dont
il auroit à fe répentir toute fa
vie. Ces raiſons furent repe
tées au Pere , & fi fouvent.
& avec tant de force , qu'il
fut enfin contraint de fe rendre.
L'Heritiere fut mariée à
un autre , & le refus que le
Cavalier en avoit fait , convainquit
fi bien la Belle de
la pureté de fon amour, que
fe tenant affurée qu'il ne fini
roit jamais , elle avoüoit que
rien ne manquoit à fon bon208
MERCURE
heur. Mais qu'ya til de certain,
ou qui dure dans la vie?
La Belle eftoit rendrement
aimée , & elle avoit lieu de
1
croire que le Cavalier aidé du
temps , feroit agréer fon mariage
, ou que la mort de fon
Pere le mettroit en liberté
de le pouvoir déclarer. De fi
belles efperances furent detruites
prefque en un moment.
Cet Epoux qu'elle aimoit
plus qu'elle meſme , &
qu'elle avoit tant de lieu d'aimer
, fe trouva tout à coup
furpris d'un mal qui luy ôta
2
la parole , & pendant fix heu
GALANT. 209.
res qu'il dura, il parut ne reprendre
connoiffance qu'à
la veuë de fon Ami qui ac.
courut fur la nouvelle de
cet accident. I luy ferra fortement
la main , comme pour
le prier d'avoir foin de la charmante
perſonne qu'il eftoit
contraint d'abandonner , &
que fa mort qui fuivit mit dans
un état qu'il eft impoffible de,
dépeindre. Elle dameura plu-,
fieurs jours comme ftupide ,
&on peut dire qu'on ne meurt
point de douleur , puifqu'elle
n'en mourut pas. On delibera
fi elle fe declareroit Veuve
Mars 1698. S
210 MERCURE
en produifant fon Contrat de
Mariage , mais il fut jugé que
ce feroit inutilement. Ce
Mariage ayant efté fait fans
les formalitez neceffaires , il
n'y avoit aucune apparence
qu'on y duft avoir égard , &
quand le défaut de l'âge ne
s'y feroit pas trouvé du côté
du Cavalier , fon Pere dont
on n'avoit pas eu le conſentement,
eftoit fi puiffant que
l'entrepriſe n'auroit eu aucun
fuccés. Ainfi la Belle ſe vic
obligée de devorer ſon chagrin
, fans faire connoître qu
elle perdoit plus que fon Ami
GALANT: eit
dans celuy qu'elle pleuroir. )
Elle avoit raifon d'eftre affligée.
Mais quel furcroift de
douleur pour elle , lorfque peu
de jours aprés la mort , elle
s'apperçut qu'elle eftoit grof.
fe ! Ce fut un accablement
qu'il n'eſt pas ailé , de ſe figurer.
Quel confeil prendre
dans une extremité fi facheufe
Laiffer éclater la chofe ,
c'eſtoit renoncer à fa réputation
. Elle euft eu beau , pour
juftifier fon innocence , pren.
dre l'excufe d'un mariage fe.
cret , le public toûjours rigoureux
& mal intentionné
S ij
212 MERCURE
t
auroit regardé fon engage- ·
ment comme illegitime &
condamné par les Loix , &
fon avanture publiée par elle·
mefme , fans efperance d'en
re tirer aucun fruit, auroit fervi
de riſée à toutes celles à
qui fon merite & fa beauté
donnoient de l'envie. La Mere
& la Fille prirent avis de
l'Ami que le Cavalier leur
avoit donné , & qui fçavoit
de quelle maniere les chofes
s'eftoient paffées. Le parti de
éloigner fut le feul qu'il
trouva propre à les tirer de
tout embaras, & il le chargea
ཟས་ཡ
GALANT: 213.
du foin de leur procurer une
rétraite où le fecret leur feroit
gardé. Il avoit une liaiſon
particuliere avec un vieux
Marquis des plus opulens , qui
demeuroit ordinairement à
cinquante lieuës delà , dans
une fort belle Terre , accompagnée
d'un Château, où elles
pourroient le tenir cachées
auffi long temps qu'il feroit
befoin
, fans que prfonne
pût découvrir en quel lieu
elles feroient. Il eftoit venu
à Paris pour quelques affaires ,
& on pouvoit luy confier les
plus importants fecrets en
214 MERCURE
toute affurance. La Mere &
la Fille accepterent l'offre , &
deux jours aprés l'Ami commun
amena le vieux Marquis-
C'eftoit un homme affez peu
poli , qui ayant paffé grand
nombre d'années fur la mer ,
& dans des Pays fort éloignez,
avoit contracté quelque cho
fe de groffier qui pouvoit
déplaire aux gens délicats ;
mais dans le fond , il avoit le
coeur fort bon , & toute la
droiture qui fait le veritable
honnefte homme . Le manque
de bien l'avoit obligé à courir
les mers , & il avoit efté fi
GALANT 215
heureux qu'il en eftoit revenu
avec deux cens mille écus
gagnez dans fes longues courles
. Il parut touché du mal.
heureux eftat de la Belle
mais il le fut encore plus de
fa beauté , & de ce je ne fçais,
quoy qui engage les coeurs
des plus fauvages . Il luy pro.
mit toute forte de fecours, &
ne la quitta qu'aprés l'avoir
affûrée à differences repriſes
qu'elle feroit maîtreffe chez
luy , & qu'il prendroit toutes
fortesdemelures pour tenir fe
cret,ce qu'elle avoit tant d'interêt
de cacher. Le lendemain
216 MERCURE
l'Ami leur vint faire une pro
pofition qui furprit également
la Mere & la Fille . Le
Marquis offroit d'époufer la
Belle , & d'adopter l'enfant.
qu'elle devoit mettré au monde
. Il avoit fujet de haïr ſes heritiers
, & comme il pouvoit dif
pofer de tout fon bien , parce
que c'eſtoit un bien d'acquifition
qui ne venoit point de
fon patrimoine,il lui êtoit permis
d'en gratifier t'elle per
fonne qu'il voudroit choiſir.
Il avoit une paffion inconcevable
de s'entendre nommer
Pere , mais certains accidens
qu'il
GALANT: 217
qu'il n'avoir pû éviter , l'adr
voient mis hors d'état d'avoir
lignée , & il ne pouvoit facisfaireqſon
envie que par un a
Enfant d'emprunt. L'occa
fion luy paroiffoit favorable.
La Belle eftoit tombée dans
le plus grand des malheurs
fans que fa svercu , cuſt eſté
bleffée, & en s'acquérant une
compagne avec qui pafler a
greablement le reste de fes
années,il avoit la joyede mettre
dans un lêtat floriffant la
femme du monde qui luy paroiffoit
en eſtre plus digne.
• D'ailleurs il eftoit feur d'a
Mars 1698. T
218 MERCURE
voir un Enfant que tout le
monde croiroit àluy , & qui
le croiroit tuy-mefme fon Pe
renLa Belle temiblaà la pro
pofition. La grande difproportion
de l'agejointe au vif
chagrin que layi caufoit la I
perre qu'elle avoir faire la
laiffoit peu en état de l'écou
ter , mais elle avoit un Enfant
à mettre au monde , & cet u
Enfant dont il falloit qu'elle
accouchaft avec un fortgrand
fecret fi elle vouloit fauver
fon honneur , ne pouvoir
eftre que tres- malheureux fia
elle n'acceptoit pas ce qui luy !
GALANT: 219
eftoit offert contre toute forte
d'efperance. Ainfi l'affaire
ne fe pouvant reculerpar bien
desi raifons pelle fe rendit au
confailide fonAmy, & aur per
fuafions de fa Mere qu'elle
pouvoit rendre heureuſe , en
luy faifant part de la fortune
où on l'appelloit. Tous les
Amis la feliciterent fur fon
bonheur d'avoir trouvé un
hommefiriche & le Mariage
n'eut pas efté plûroft fair,
que le Marquis la mena dans
fon Château , où elle fut vifitée
de toute la Nobleffe des
environs. Il n'y eur pérlönbe
Tij
220 MERCURE
qu'elle ne charmaſt par fes
manieres douces & iufinuan . ›
tes, & le temps où elle devoien
accoucher approchant , elle ›
feignit une choute, pour faire
dire que fon Enfant eftoit
venu à fept mois. Rien ne luy
manquepourle pouvoir crojo
re pleinement heureuſe , & fi
elle pouvoit oublier le Cava.^.
lier dont elle s'eft veuë aimée
fi tendrement , aucun: eftati
ne feroit preferable au fien .
Du moins fielle ne peut fe
l'ôter du coeur eile cache aut
vieux Marquis ce qu'elle fouf."}
fre par là , & remplit.fr bien >
GALANT 221
tous fes devoirs qu'il ne fe
peut rien ajoûtéreàs la scom.
plaifance qu'elle la pour luy
dans toutes les chofes qu'il
fouhaite d'elle ⠀⠀
anvis , Diksi med ob mova
Mol'Archevêque de Pa
ris ayant commencé ſes Vifites
des Eglifes & Paroiffes
de cette grande Ville , par S.
Gervais , acontinué par la Pat
roiffe de S.Jean oual te rendic
le troifiéme Dimanche de Cal
rême. Ce Prelatenfit l'ou
verture le matin avec les cè
remonies accoûtumées.cy
confirma & prie connoillan
I iij
222 MERCURE
af
ce de tout ce qui eſt du bon
ordre dans la Paroiffe , & y
paffa tout le jour,voulant
fifter au Sermon du P. Dom
Jerôme Feüillent , qui aprés
avoir dit fon texte , EratJefus
ejiciens Damonium , & illud
erat mutum , adreffa la parole
à M' l'Archevêque en ces
termes. Le Sauveur du monde
fait parler un muet, comme il eft
zaporté dans nôtre Evangile,
Votre Grandeur vient impofer
filence à unhomme qui a tant de
fujets de parler. Mais comment
s'empefcher dedire , que ne devons
nous pas attendre des fuites d'un
GALANT. 223
Pontificat dont les commencemens
nous ont fait voir des chofes capables
de remplix de confolation
\sous ceux qui aiment veritablement
Jefus Chrift & Son Eglife?
Que ne devons nous pas efperer
de l'application continuelle que
donne à la conduite aux bons
reglemens d'un Troupeau, un Pà-
Steur encore plus éminent parfa
·Doctrine par les Vertus que
parfesDignitez parlaNaiffan.
ce? Qu'avons nous donc à demander
au Ciel, Mestres chers Freres
après le don qu'il nous a
fait , par le choix du plus fage
comme du plus puiſſaur Roy du
2224 MERCURE
'
monde,d'un Prelat fi appliqué à
fes fonctions & fi capable de les
remplir , finon qu'il nous conferve
le don qu'il nous a fait , qu'il
le foûtienne parſaforce dans fes
travaux Apoftoliques , & qu'il
nous rende dignes d'enrecevoir les
fruits par notre fidelité à répondreà
fesfaintes intentions&aux
mouvemens de fon zele. Aprés
cette fincere effufion de coeur que
je n'ay puretenir , je vais , Mon.
feigneur, expliquer l'Evangile à
votre Peuple. Ce compliment
qui fit entendre tant de chofes
en fi peu de mors , furap
plaudi de tous ceux qui l'entendirent.
GALANT 205
M' l'Evêque de Rieux,dont
sle merite eft fi generalement
.connu , n'eut pas plûtoftapris
la nouvelle de la Paix fignée à
Rifwik aux conditions propor
fées par le Roy aprés la prife
d'Ath & de Barcelonne, qu'il
.refolut de confacrer à la pofterité
cette marque de la fuperiorité
de ce grand Prince
fur les Ennemis , & de la bonté
pour les fujets par quelque
ouvrage public. Il choifit
pour cela l'avenuë la plus frequentée
de la Ville de Rieux,
& fit travailler avec tant de
diligence à la caſcade de la
226 MERCURE
2
porte du Pont , que tous les
3ornemens de marbre & de
pierre furent achevez & po .
Tez , & la place diſpoſée pour
y ' mettre un Buſte avec une
infcription à la gloire du Roy ,
au retour de ce Prelat des Etats
de la Province de Lan,
-guedoc ; furquoy les habitans
de Rieux voulant faire voir
qu'ils eftoient dignes de pol
feder ce prefent de leurPrelat,
qui fera un monument de la
Paix que le Roy a donnée à
toute l'Europe , le Bufte de
Louis le Grand ayant eſté pofé
dans le lieu deftiné , on
GALANT. 227
choiſit le neuviéme du mois
paffé pour la publication de
la Paix, & pour la dédicace de
cette figure. Mais avant que
d'entrer dans le détail de cetté
fefte , il faut vous dire que
ce Bufte , plus grand que nature
, eft d'un marbre blanc
de Genes , dont la beauté &
la delicateffe du travail font
voir que les ouvrages moder
nes ne cedent pas aux plus
fameux de l'antiquité. Il eft
dans une bordure de marbre
gris ornée de branches d'olivier
, pofée fur des cornes d'àbondance,
fymbole des fruits
228 MERCURE
de la Paix, Le Buſte a efté
placé fur la principale porte .
avec cette Infcription qui a
efté approuvée de tous ceux
qui l'ont lue. Ces mots, Ludovico
Magno,yfont gravez autour,
& plus bas , Poft domitam
Calvinianam Harefim & Pacis
leges armis victricibus datas Hif.
panis , Anglis , Baravis, totiuſque
Germanici catus conjuratis
cum Cafare Principibus, Antonius
Francifcus Berterius Rivorum
Epifcopus, confpirantibus civium
vocis pofuit , anno Domini
1698. C'eft depuis la Paix le
premier monument qui ait
GALANT. 229
efté élevé dans le Royaume
la gloire du Roy . Le Maire
& les Confuls , aprés avoir fait
affembler le Confeil de Ville , I
deftinerent le Dimanche ge9;
de Fevtier , pour faire la pu
blication de la Paix . Tous les
Peuples des environs en ful
ront avertis la veille par plu →
fieurs décharges d'Artillerie
& par le carillon des Cloches
de la Cathedrale ; Ifi renom.
mé à cauſe de la diverfité des
airs & de la jufteffe de fon
harmonie. Tous les Artifans !
& les Bourgeois de la Ville
fe mirent le lendemain fous ™
230 MERCURE
les armes. Les Artifans s'af
femblerent devant la maiſon
du Colonel des Milices, & less
Bourgeois qui compofent le
Confeil de Valle au Preau, qui
eft horsla Ville Les Artifans
s'y rendirent enfuite,, marchant
en tres, bon ordreg &T
chacun le failant remarquer
par la propreté de fon babir,
orné des plus beaux rubans.
Toutes les Troupes commen.
cerent à défiler fur lesdeux
heures , l'Infanterie marchants
la premiere quatre à quatre
avec fes Officiers & le Colo
nel à la côte, au bruit d'un
GALANT 321 :
grand nombre de Tambours,
de Hautbois : & des Fifres.
La Cavalerie fuivoir en beli
ordreaufondes Tromprises,
le Major& les Officiers à lao
tête,fuivis du Maire de la Val
le, sevêtu deiſal robe de cere
monia,des Confulsamaelbursg
robes Confulaires & dureßep
de la Bourgeoific là cheval. I
Ils eftoient tous montez fur i
desbeaux chevaux couverts>
de fuperbes harnois , & pore v
toient des habits magnifiques /
avec des coccardes bleues
uniformes: Ce fut dans cet i
ordre qu'ils parcouruvent plu
232 MERCURE
fieurs fois la Ville , & qu'ils fe
rendirent devant l'Egliſe Ca.
thedrale où le Te Deum fût l
chanté , MIl'Evêque Offi.o
ciant pontificalement. Cette i
action de graces fut accom- 1
pagnée de plufieurs déchar- 2
gesud'Artillerien&Ode Mouf-m
queterie, & da bruit desTamer
bours , des Trompettes & des b
Hautbois.Au fortindeicêtrell
ceremonic zilesərfoupesoslash
vancerent vers la porte de lab
Viller, Afur laquelle le Bufte
eftoit placé & couver. L'in- &
fanceriesprit la droiter &Ha
Cavaleriedagauche.Onavoit
GALANT: 223-
place vis-à - vis fur une éminence
plufieurs pieces d'Arà
tillerie qui répondoient
celles des Tours de l'Evéché,
qui fuivies de plufieurs dé
charges de la Moufqueterie ,
faluerent ainfi , au bruit de
mille acclamations de tout le
peuple , de Vivele Roy la Fi
gure de ce Prince auflitor
qu'elle fut découverte . L'af,
fluence du peuple des envi
rons y fut extraordinaire , &
l'on ne vit jamais une joye fi
generale. Les troupes s'en re
tournerent dans le melme
ordre qu'elles estoient ve
Mars 1698. V
234 MERCURE
nues , & s'eftant rangées en
haye de chaque côté devant
l'Eglife Cathedrale , où le buf
cher avoit efté preparé , il fut
allumé par le Maire aux cris
reiterez de Vive le Roy , au
bruit & aux fanfares des Tambours
, des Trompettes,& des
Hautbois , & des décharges
d'Artillerie & de Moufquete
rie.Elles défilerent enfuite le
fabre à la main par les deux
portes de l'Evêché , où elles
firent une belle décharge en
paffant devant M* l'Evêque ,
& allerent dans toutes les
rues de la Ville,fuivies de la
GALANT. 235
populace , à qui le Maire jettoit
une grande quantité de
confitures. Cependant plufieurs
fontaines de vin cou
loient aux portes de. M² l'Evêque
, qui fit faire auffi une
Aumône generale.à tous les
Pauvres ¡de Mon Dioceſe qui
sly rencontrerent ,afin qu'ils
fe reffentiffent de la joye pul
blique. Mile Maire, à la poste
duquel couloien auffi des
fontaines de vin, ſe, diſtingua
beaucoup & son doua le
bon ordre qu'il avoit fait går!
der dans roures detrecere
monic,on admira pas moins
Vij
236 MERCURE
le foir la profufion qu'il mêla
avec la delicateffe de la bon
ne chere . Il donna un magnifique
repas à vingt - cinq ou
trente Dames des plus quat
lifiées , & fic ferviravec la même
propreté & la même ma.
gnificence une Table de foixante
couverts , où eftoient
les Bourgeois & les princi
paux de la Ville. La fanté du
Roy y fut beuë au fon des
trompettes & de pluſieurs
autres inftrumens. Il y eut en
fuite un tres-beau Bal , pendant
lequel on jetta un grand
nombre de fuzées, Cette
GALANT 237
grande fefte fut enfin termi
née par de grands feux & de
grandes illuminations qu'on
fit dans toutes les rues , & il
n'y eut point de particulier
qui ne fe diftingualt par quel
que nouvelle maniere de ré
joüiſſance
a po
taingay
Le 22. de Janvier M de
Buirette, Lieutenant Criminel
de Soiffons , qui avoit receu
les ordres du Roy par M² le
Duc d'Estrées , Gouverneur
de la Province, pour la publi
cation de la meſme Paix , à
caufe que la Charge de Lieu
tenant General n'eft poins
238 MERCURE
remplie ; ordonna ſuivant les
Conclufions du Procureur du
Roy, que ces ordres feroient
enregistrez & publiez le len
demains qu'on tiendroit les
Boutiques fermées ce jour là
& le fuivant , & que les Compagnies
, Corps & Commut
nautez , qui ont accoûtumé
d'envoyer leurs Députez en
de pareilles occafions
roient priez de les y faire
trouver . Le Jeudy 23 tous s'étans
rendus dans la Salle des
Audiences du Palais Prefidial
, M Vuarel , l'un des A
vocats du Roy, fit un tres
fe.
GALANT. 239
beau Diſcours , dans lequel
il montra les grands biens
que toute la France doit atrendre
de la Paix . Le Lieute
nant Criminel parla fur le
'même fujet avec beaucoup
'd'éloquence , & aprés que le
Greffier du Bailliage eur fait
la lecture des ordres de Sa
Majefte ; on alla au bruit des
Trompettes & des Timballes
fur le perron qui donne fur
la grande place , où il fit là
méme lecture aux acclamations
reïterées de Vive le Roy.
Cela fait les Officiers du Bailliage
& de la Ville monterent
240 MERCURE
à cheval pour faire faire la
publication par les Carrefours.
Le Prevoft des Marchands
à la tête des Officiers
de la Compagnie , & fuivi de
fes Archers en habits propres
& uniformes , commença la
marche . Enfuite alloient les
Officiers du Bailliage à la
droite , & ceux de la Ville à
la gauche , tous en robes , &
tres-bien montez , les uns precedez
de fix Huiffiers auffi en
robes, & les autres des Servi
teurs de Ville & desPertuiſanniers
en leurs habits de cere.
monic. Entre ces Huiffiers &
les
GALANT:
240
fes
ferviteurs de Ville , eftoit
fe
Greffier du
Bailliage ,
ayant
devant luy les
Trompettes &
les
Timbales. La
Compagnie
des
Arquebufiers , à
laquelle
s'eftoit jointe une bonne partie
des
jeunes gens
jeunes gens de la Ville
à cheval & en bon ordre , ſervoit
d'un
hombreux cortege
à ces deux Corps , la
Compagnie
du Jardin de l'Arc voufut
auffi
contribuer à la joye
publique
. Ils
parurent dans
cette marche vêtus en Indiens
, tenant un ' Arc d'une
main & une fléche de l'autre,
Ils
alloient à pied & le cars a
Mars
1698. X
241 MERCURE
quois fur l'épaule. La publi
cation de la Paix fut faite à
tous les Carfours par le Greffier
du Bailliage , toûjours
precedée & fuivie du bruit
des Timbales , des Tromper
tes & des acclamations du
I
peuple . Le foir on fir dans la
grande Place devant l'Hôtelde
Ville un feu d'artifice qui
reüffit parfaitement bien. Il
y en eut un autre devant le
Palais Epifcopal avec des Illuminations
& des Feux dans
toutes les rues. Les Officiers
du Bailliage & Siége Prefidial
marchoient enfemble,&le re
GALANT: 243
pas où le Maire, les Echevins
& autres Officiers de Ville fu
rent invitez , ſe fit chez M
Büirette. Ilfu
212017
2200 250 251
propre & lom.
ptueux, & l'on y ſervie tour
ce qu'il y a de plus rare & de
meilleur
. Dans le temps qu'on
fe donnoit
le plus
à la joye
les Muficiens
entrerent
,&
chanterent
cég valderk
ces Vers.
La Paix qui nous aſſemble ef
ne Paix
charmante
LOUIS qui nous la donne eftle
plus grand des Rois.
2001 200ut ONT TEBES
Que chacun chante,
La Paix qui nous aſſemble
une Paix charmante,
x
ij
244 MERCURE
LOUIS
E
qui
nous
la
donne
eft
plus granddes Rois.
Sa fageffe nousy convic.
Buvons , buvons , & réjouißons
nous.
100 )
On trouve dans le vin lesplaifirs
les plus doux
Quand on fait y noyer la difcorde
l'envie.
Mi
La Chanfon
parut
fort convenable
au fujet , & les Muficiens
ayant
eſté priez de la
chanter
plufieurs
fois , le
plai
fir de la table fut pouſſe
bien
avant dans la nuit . Cependant
le bal avoit efte commencé
21
dans une autre Salle, où toutes
GALANT. 345
les perfonnes diftinguées de
Fun & de l'autre Sexe , formoient
une Affemblée tresagreable.
La Salle eftoit éclai
rée d'un grand nombre de
bougies , & on prefenta aux
Dames beaucoup de Limonnade
, des Oranges de Portu .
gal , & plufieurs Baffins de
Confitures . Le Vendredy 24.
le Maire & les Officiers du
Corps de Ville , donnerent à
fouper à ceux du Bailliage &
Siége Prefidial , aux Chefs des
autres Compagnies , & aux
Officiers de la Gendarmerie ,
qui eftoient à Soiffons . La
X iij
246 MERCURE
*
Porte du Maire, chez qui en
foupa , eftoir ornée de Fef
tons & de plufieurs Armoiries.
Une Fontaine de vin coula
plus de cinq heures , & on y
fit de grandes diftributions à
tous les Pauvres. Il y eut trois
tablesde feizecouverts chacu
ne également bien fervies ,les
poiffons de mer & ceux de ri
vieredifputant à quifatis feroit.
davantage la veue & le goutt
On y but la fanté du Roy au
bruit du canon' , des Trompettes
& des Timbales, & d'u
ne falve de plufieurs Chevaliers
de l'Arquebule , qui
GALANT 247
eftoient fous les armies devant
la porre, & les mefmes Muficiens
qu'on avoit veus le jour
precedent , vinrent chanter
çes autres Vers.
L'invincible LOUIS rendle
calme à la terre , later
Pour un Heros fi grand la Paix
quitte les Cieux
Ilbannit pour jamais les fureurs
de la Guerre.
Que le plaifir regne en ces lieux
Dans ce jour de réjouiſſance ,
Senfibles à noftre bonheur
Marquans nofire reconnoif-
Lance.
X iiij
248
MERCURE
LOUIS toujours heureux
LOUIS toujours vainqueur,
Ponvoit de l'Univers achever la
tom conqueſte ,
Mais la bonte
l'arrêtes ba
Eft il rien de plus glorieux ?
Dans le temps que tout cede àfa
valeur
extrême,
De fes fiers Ennemis un Roy vis
ctorieux ,
Pour nous donner la Paix , veut
Je vaincre luy-même.
Chantons un triomphe fibeau,
Chantons ce
triomphe
nouveau,
Et quand nous
partageons les
fruits dela victoire,
GALANT: 249
Rendons , rend ons au moins ce
42 veribus àſa glòire, fa
**
Le Dimanche 26. du mé
me mois M' le Maire donna
chez luy une autre fefte. Tou
tes les Dames de diftinction
y furent invitées , & il y eur
un Bal qui fut interrompu fut
le minuit par un bruit de
guerre. Les fenétrés de la Salle
& de la Chambre qui ont
veuë fur le Jardin s'ouvrirent ,
& les Dames s'y eftant placées
, une partie des hommes
entra dans le Jardin qui estoit
illuminé par quantité de pots
250 MERCURE
àfeu , dontun grand nombre
de fulées volantes , & tout ce
qu'on peut voir de plus beau
dans les feux d'artifice , aug
menterent encore la lumiere.
Une fleche éclatante traçoit
en caracteres de'feu les para
les de Vive leRoy, & elles fu
rent tres , lifibles depuis de
commencement du feu juf
ques à la fin. On recommen .
ça enfuite le Bal , qui ne finit
que par l'arrivée du jour.
Voicyles noms des perfon
nes confiderables de l'un & de
l'autre fexe , mortes depuis
ma Lettre de Février. maška
' ז
GALANT est
Meffire Jerôme de la Chauf
fée d'Eu , Comte d'Arretzi
Seigneur de Catigni , Franf»
feure, Lortois , de la Chauffée
d'Eu , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gens
d'Armes de feu MileDucde
Longueville , & Gouverneur
depuis pour le Roy , des Ville
&Château du Pont de l'Arche
fur Seine. Il eftmorc âgé de
foixante & treize ans ; & ti¶
roit fon origine des anciens
Comtes d'Eu . Sa Terre de la
Chauffée d'Eu , qui eft encore
aujourd'huy dans fa Famille ,
fut autrefois oun partage du
252 MERCURE
Comté d'Eu, & depuis Hugue
d'Eu, premier de ce nom , qui
en 1036, prit le nom de cette
Terre , elle s'eft perpetuée
jufquedans fa perfonne sás aucune
interruption Ses peres le
font toûjours alliez àdesfamil .
les illuftres & confiderables ,
comme celle de Luxembourg,
de Dixmud , de Sternin , de
Hardantun , de Rouy , de
Franciere , de Crequy , & de
Marle. Il avoit épousé Fran
çoife Fille de Meffire N. de
Sermoife , Seigneur de Vis
lerceau , Gouverneur des
Ville & Château de Dieppe ,
GALANT
253
›
3
& de N Fouilleule de Flav
vacourt . De ce Mariage font
venus plufieurs Enfans , & entre
autres Marie Loüife de la
Chauffée d'Euépoufe de Re
né François , Marquis de la
Vieuville Gouverneur de
Poitou ,
Chevalier d'Honneur
de la feue Reine , puis de feu
Madame la Dauphine. Le Fils
aîné de Mile Comte d'Arrets
dont je vous apprens la mort,
aépoufe Node Mailly Saint
Elienne, qui alhonneurd'ap.
partenir de prés à M'de Bou
cherat ,Chancelier de France,
& à Mi le marquis de Bachel
254 MERCORE
vile dont elle eft niepee. Son
Fils puifné qui a fervi longtemps
, s'eft retiréà Malte a
prés avoir fait les voeux . M ° lè
Cothie d'Arrets aencore laif
Lé une fille mariée à 'M' lè
Marquis de Caux en Picardie,
& cinq autres Filles Religieus
fest, dont une eft Abbeffe de
Royallicu prés Compiegne ,
& une autre nouvellement
nommée par ſa Majefté à l'Ab.
baye de Notre Dame de
Troyes en Champagne. Son
corps a cfté déposé dans la
Sepulture de Mles Ducs de
la Vieuville, aux Minimes de
C
GALANT.1 255
la Place Royale jufqu'à ce qu'il
foit transporté à Arrets dans
la Sepulture de fes Anceſtress
5 François Pajot , Docteur
Regent , & le plus ancien de
lai PaculiéTdin Medecine /de
Paris , cy-devant Premier me.
decin de fenë, S. AR. Made
moiſelle de
Montpenfier. I
n'avoit qu'une fille unique
qui avoit époufé Jean desFol
fez, Seigneur de Coyolles ,
frere de Louis René desFoffer
Chanoine de l'Eglife de Paris ',
tous deux fils deN: des Foffez,
Seigneur de Cayolles , Gouverneur
de Monceaux , & de
8
256 MERCURE
Marguerite de Bragelongne ,!
fille de Martin de Bragelongne
, Receveur General des
Finances à Caen , & de Claude
Polaer. 9:
Meffire Denis Talon , Seigneur
du Boulay , Efclufelles ,
& autres lieux , Prefident à
Mortier au Parlementsllavoit
efté pourvû en 1648. de la
Charge d'Ayocat du Roy au
Challeler , n'ayant pas encore
vingt ans, &aprés l'avoir exer
cée pendant quatre ans avec
éclat , il fut pourvû aprés le
decés de M : Talon fon Pere ,
arrivé en 1652. de fa Charge
GALANT 257
d'Avocat General au P
ment, où il a donné des marques
de fon éloquence & de
fon fçavoir. Il fut fait Procureur
General de la Chambre
de Juſtice en 1661. ce qui ne
l'empêcha pas de continuer
les fonctions de la Chargel
d'Avocat General qu'il as
exercée jufqu'en 1693. que le
Roy , pour luy donner des
marques de la fatisfaction
• qu'il avoit de fes fervices, hou
nora de la premiere des deux
nouvelles charges de Prefi
dent à Mortier qu'il créa en!
cette année, Il - l'a exercéé juf
Mars 1698. Y
258 MERCURE
qu'à la mort. C'eftoit un des
plus fçavans hommes de fon
temps , des plus habiles des
plus penetrans , & des plus
affables. La beauté de ſon genie
jointe à l'application continuelle
qu'il a toûjours euë
pour toutes les Sciences , luy
avoit produit une facilité
merveilleuse pour l'expedition
des affaires. Il laiffe un
Fils unique de fon mariage
avec Dame Elizabeth Favier ,
fille de feu M' du Boulay Favier
,Maistre des Requeftes &
Intendant de Juſtice en diffe
rences Provinces , & d'Eliza,
•
GALANT: (259
14
4
beth de Vallée. Il avoit trois
fours , la premiere , Marie
Talon , époufe de Daniel de .
Voyfin, Seigneur du Pleffis du
Bois , Maiftre des Requeſtes
honoraire, Confeiller d'Eftat,
& cy-devant Prevoft des Mar
chands , dont il reste une fille
unique Marie Jeanne de Voyfin
, mariée à Chrétien François
de Lamoignon , Avocar
Generalau Parlement ; la fes
conde, Françoiſe Talon époufe
de deffung Thierry Bignon,
premier Prefident au Grand
Confeil , dont une fille unique
Marie Françoife Bignon a elté
Y ij
260 MERCURE
mariée à François Michel de
Verthamon , Baron de Bréau ,
aujourd'hui Premier Préfident
au Grand Confeil; la troifiéme
, Madelene Talon , épouſe
de Jean François Joly , Seigneur
de Fleury, Confeiller au
Parlement , Pere & Mere de
Jofeph - Omer Joly de Fleury,
AvocatGéneral auParlement.
Ils font tous Enfans d'Omere
Talon, auffi Avocat Géneral
au Parlement , & de Françoife
Doujat , Fille de Denis Doujat,
Avocat General de la Reine
Marie de medicis , & de feu
Monfieur Gaſton de France ,
* :
GALANT. 261
Duc d'Orleans ; & de madelene
de laHaye ,foeur de Jean de
la Haye Ventelay Confeiller
au Parlement & Ambaſſadeur
du Roy à Conftantinople.Cer
Omer Talon eftoit frere de
Jaques Talon , auffi Avocat
General au Parlement . M. le
Preſident Talon eft mort âgé
de foixante & dix ans , aprés
avoir reçu tous les Sacremens
avec une piété des plus édi
fiantes , & une veritable refi
gnation aux volontezde Dieu .
Comme il eftoitattaqué de la
pierre , il a fouffert des douleurs
cuifantes , fans qu'il luy
262 MERCURE
foit échapé la moindre plainte.
Il fit un difcours des plus
touchans pendant une demie
heure , le jour méme qu'il
mourut , & demanda pardon
à tous les amis du mauvais
exemple qu'il pouvoit leur a
voir donné.
re
al Damen Marie , madelene
Courtin , épouſe de Mr Jean-
Baptifte de Larlan, Bréfident
â Mortier au Parlement de
Bretagne . Elle eftoit foeur de
Madame l'Ambaffadrice de
Veniſe Roque de Varangevil
le , & l'une & l'autre eftoient
Filles de M Courtin , Doyen
GALANT 263
3
de's Confeillers d'Eftat.
galo Nicolas Frizon , Doyen
des Correcteurs en la Châmbre
des Comptes, ■ Il n'eftoit
point mariés, & eftoit d'une
bonne Famille de Reims ,dont
il y a eu plufieurs Chanoines
dans l'Eglife de Reims , 80
plufieurs Officiers dans la
Robe.
Ave
3
Dame Marie Brifard , Veuve
de Meffice François - du
Marefts , Confeiller du Roy
en fa Cour des Aides. Elle
laiffe deux Garçons , & avoid
pour Freres & Soeurs , Char-
7
264 MERCURE
pour Freres & Soeurs , Charle's
Brifard , Abbé de Saint Prix ,
& Prieur de Noftre Dame de
Plaifir ,Conſeilleren la Grand!
Chambre , défunt Claude Bri
fard , auffi Confeiller au Par
lement , qui avoit épousé Ma
rie Miron , dont fonteve
pus plufieurs Enfans , N.
Brifard , Seigneur de Roin
ville , Lieutenant aux Gardes ;
Elizabeth Brifard , Epouſe de
Florimond Fraguyèr , Baron
de Bacilly & de Dannemarie ;
N. Brifard, Religieule . Taust
ces Freres & Soeurs eftoieng
Enfans de Charles Brifard ,
Confeiller
GALANT 265
Confeiler au Parlement , &
d'Anne Foucault , Confeiller
en la Cour des Aides ; Petits-
Enfans de Charles Brifard ,
auffi Confeiller au Parlement ,
& de Marguerite Ligier ; &
Arriere- petits enfans de Jaques
Brifard , pareillement
Confeiller au Parlement , & de
Madeleine Chapelain .
Jean - Baptifte Chaudrelot
de la Clos , Secretaire du Roy,
Seigneur de Norville . Il eftoit
Intendant de M' de Barbezieux
, Miniftre & Secretaire
d'Etat , འབ
Meffire Claude de la Mare,
Mars 1698.
ᏃZ
256 MERCURE
Chevalier de Saint Lazare ,
Colonel d'un Regiment , &
Brigadier des Armées du Roy.
Melfire Louis Lenet , Mar
quis de Larré, Lieutenant Ge.
neral des Armées de Sa Ma
jeſté , Gouverneur de Mont-
Dauphin , & Directeur general
de fon Infanterie. Il eft
mort à cinquante ans,& avoit
époufé Charlotte de Runes ,
Fille de Meffire Jean de Runes
, Seigneur d'Offoy, d'Auricourt
, & autres lieux , d'une
bonne Maiſon de Picardie ,
& de Charlotte Cornet , donc
il n'a point d'Enfans . M le
GALANT.
267
}
Marquis de Larré eftoit d'une
noble
Maifon de
Bourgogne .
Il avoit efté
nommé Cheva
lier de
Malte eftant jeune ,
& ne fe mit du
monde qu'as
prés la mort du
Marquis de
Larré fon Frere , qui fut tué à
l'Armée. Son Frere aîné a pris
le parti de
l'Eglife , & la Soeur,
a épousé
Antoine du Prar,
Marquis de Vitaut, de la Mai
fon du
Chancelier du Prate
Dame
Françoile de
Plancy,
veuve de
Nicolas Lizot , Pre
mer
Medecin de 5 .
S A., R.
Monfieur, & frere de M Lizot
debeline
S.Se
Archiprêtre & Curée de 5.5e-
Zij
verin.
16
268 MERCURE
Meffire Pierre Marquis de
Villars , Chevalier des Ordres
du Roy , Confeiller d'épée.
Ordinaire au Confeil d'Etat
de Sa Majefté , Lieutenant
General de fes Armées , &
Chevelier d'Honneur de Madame
la Ducheffe de Char
tres , cy- devant Ambaffadeur
en Espagne , en Dannemarc ;
& en Savoye. Il avoit épousé
Marie de Gigault Bellefonds ;
fante du Marefchal de Bellefonds
, & fille de Bernardin de
Gigault , Seigneur de Bellefonds
, Gentilhomme de la
Chambre du Roy , Gouver
GALANT. 269
neur de Caën & de Vallogne, & de
Jeanne aux Epaules , dont il a eu
entre autres enfans M le Marquis
de Villars , Lieutenant General des
Armées du Roy , Gouverneur de
Fribourg, nommé Envoyé Extraordinaire
auprés de Sa Majefté Impe-
-riale . Il eftoit fils de Clande de Vil
lars Baron de Mafclas , Gentilhom.
me Ordinaire de la Chambre du
Roy, & de Charlotte de Nogaret
de Claviffon , fille d'Aimar de Nogaret
de Claviffon , Chevalier dès
Ordres du Roy , & de Louiſe de
Montrevel. S
Meffire Charles Largentier,Marquisde
Chapelennes & de Lefguillon
, Souverain de Frefne Grand
Bailly d'Efpée de Troyes en Champagne
, dont il a commandé l'Afric .
seban pendant la Guerre , mourut à
Z iij
270 MERCURE
Troyes fur la fin du mois dernier.
Il eftoit fils deMeffite Louis Largentier
, vivant auffi Marquis de Cha
pelennes & de l'Eguillon , Souve
rain de Freines , Vice Amiral de
Guyenne, & auffi Grand Bailly d'Epée
de Troyes , Charge qui eft depnis
tres longtemps dans cette Maifon,
& de Dame Marguerite d'A.
loigny Rochefort ; il avoit épousé
en premieres noces D N. de Chɔifeul
, de l'illuftre Maiſon de celnom ,
dont il n'a point eu d'enfans , & en
fecondes Dame,Helenelle Hous) ,
veuve de Meffite Otayede Gad ,
Seigneur de Peroutek, Maiſtre d'Hô
tel Ordinaire du Roy , & fille de
deffint Henry le Houx Seigneur di
Bois S. Martin & de Louty, Garde
des Sceaux de la Prevôté & Vicomé
de Paris , morte auf ansgenfans,
GALANT 271
Dame Renée le Houx , four de
Madame le Houx , Marquife de
Chapelennes , veuve de Guillaume
Lamoureux de la Geneticre , Seigneur
dudit lieu , Commiſſaire des
Guerres du Regiment des Gardes
Françoiles ,& Capitaine de Cavalefe
eft auffi morte fur la findu mois
dernier à Givet fous Charlemont
en Flandres. iday
Mt de Lamoignon , Avocat Ge
neral au Parlement, a efté nommé
par le Roy pour remplie la Charge
de Prefideut à Mortier de feu Mr
Talon , dont il eftoit neveu . Il feroit
inutile de faire fon éloge ; il
eft digne Fils de feu Mr le Premier
Prefident de Lamoignon , ɔdont la
memoire fera toûjours én veňĕration
à la pofterité. Depuis plus de
quinze ans qu'il eft Avocat Groterali
Z iij
272
MERCURE
il a donné des marques fi éclarantes
de fon éloquence & de fon habi
leté , qu'elles luy ont atiré une
eflime generale. Sa Charge d'A
vocat General a efté donnée à
Mr Porrail
Confeiller en la
premiere des Enquestes , cy - des
vant Avocat du Roy au Châtelet ,
fils de Mr Portail
Confeiller en la
Grand'
Chambre , fi connu dans le
'public par fon fçavoir, fon merite &
fa probité. Ce jeune
Magistrat qui
fuit les traces
glorieufes de fon illu-
Are Pere,répond
parfaitement aux
efperances du public , & à la reputa
ition qu'il s'eft acquifejufqu'à prefent
dans les deux Charges qu'il vient
d'exercer.
Mide Poiffi Confeiller au Parle
ment , fils de Mr le Marquis de
Maifons , Prefident à Mortier , a
GALANT. 273
Epoufé Mademoiſelle de Varange
ville , fille de fet Mr de Varange
ville , cy- devant Confeiller au Par
lement , & depuis Ambaffadeur à
Venife , & de Dame N. Courtin ,
fille de Mr Courtin , Confeiller d'E
tat Ordinaire , cy-devant Ambaffadeur
en plufieurs Cours & Plenipotentiaire
pour la Paix à Cologne,
"Mr de Poiffi eft receu en forvivance
à la Charge de Preſident à Mortier,
& en remplira parfaitement bien les
devoics . Il eft bien fait , fage , bon
Juge , & digne fils d'un fi grand hom
me . Leur nom de famille eft Lon.
gueil, qui eft une des plus anciennes
de la Robe , & où il y a eu des Con
feillers , des Prefidens & des Maiftres
des Requeftes depuis plus de
trois cens ans. Mr de Poiffy avoit
Epoufé en premieres naces Madel
274 MERCURE
moilelle de Lamoignon, fillede Mr.
de Lamoignon Avocat General du
Parlement , dont il n'a point d'Ep.
fans.
Si-toft que la Paix eut efté publiée,
S. M. Britannique voulant envoyer
en France un Ambaffadeur Extraor
dinaire qui puft faire honneur à la
Couronne d'Angleterre, nomma Mr
Je Comte de Portland , Chevalier
de l'Ordre de la Jarretiere , comme
un de ceux qui pouvoient le mieux
s'acquitter de cet employ , & comme
une perfonne qui luy éftoit che
re, difant que s'il avoit connu un
plus honnefte homme il l'auroit envoyé
au Roy. Ce Comte repaffa en
Angleterre avec S. M. Britannique
pour affifter à l'ouverture du Parle
ment .On travailla pendant ce temps
Jà à les équipages.Il vintenſuite en
GALANT
275
France, où aprés fon arrivée , il eut
audience particuliere du Roy , & de
toute la Maiſon Royale ; mais il fur
oblgé de differer le temps de fon
Entrée publique , parce que les grandes
eaux empêcherent fes équipages
d'arriver. Enfin toutes les chofes neceflaires
s'eftant trouvées en eftat , il
fe rendit au Chafteau de Rambouil
le ,toù l'on va recevoir les Ambaffadeurs
des Princes Proteftans de
›méme que ceux des Princes Catho
ques font receus au Convent de
Picpus. Avant qu'ils partent de l'un
ou de l'autre de
ces
les Mi
niftres Etrangers qui font en France,
leur envoyent ordinairement , faire
compliment. Mr de Bonneuil Introducteur
des Ambaffadeurs, a prefent
de femeftre , fe rendit àa Ram-
"bouiller avec les Caroffes du Roy &
276 MERCURE
J
de tous les Princes & Princeffes de
la Maiſon Royale . Mr le Maréchal
Duc de Bouflers, nommé par S. M.
pour recevoir oer Ambaſſadeut ,
s'y rendit auffi , & la marche com
mença par les Pages , & l'Ecuyer de
ce Duc , qui precedoient fon carrofle,
Un Ecuyer de l'Ambaſſadeur parut
enfuite à la tefte de douze chevaux
de main richement enharnachez, Ils
eftoient conduits par douze Palefreniers
, montez fur de beaux chevaux.
Un autre Ecuyer ou Gouverneur
des Pages parut enfuite , fuivi de
douze Pages tres bien montez ,
ayant tous des veftes d'un riche
brocard d'or , & des tours de plu.
mes blanches. Quarante- huit Valets
de pied venoiens enfuite marchant
deux à deux , ayant deux Suifles à
cheval à leur tefte . Ils precedoient
•
GALANT. 277
、
Je Carrofle du Roy , dans lequel
eftoit M l'Ambaffadeur , ayant
à coté de luy M le Maréchal Duc
de Bouflers . M¹ de Bonneuil eftoit
dans le même Carrofle , qui eftoit
environné de plufieurs Valets de
pied du Roy. Le Caroffe de Madame
la Ducheffe de Bourgogne mar
chott enfuite. Il n'y en avoit point
de Monfeigneur le Dauphin , ny
des
Princes fes Enfans , à caufe qu'ils
font fervis par la Maiſon du Roy . '
Les Carroffes de Monfieur, de Ma
dame , & de Madame la Ducheffe
de Chartres , fuivoient . Il n'y
en avoit point de Monfieur le Duc
de Chartres , à caufe qu'il eft fervy'
par la Maiſon de Monfieur, Cés
Carroffes eftoient fuivis de tous
ceux des Princes de la Maiſon Roya-I
le, Le Carroffe de Ml'Ambasadeur
3
278 MERCURE
9
venoir enfuite , attelé de huit fort
beaux chevaux , puis fa Caléche , &
deux autres de fes Carroffes pareillement
attelez de huit chevaux chacun
, & deux autres attelez de fix.
La livrée de Son Excell , eft de drap
bleu , avec un grand galon de foye
de diverfes couleurs , à coſté duquel
font deux petits galons d'or . Tout le
grand nombre de Carroffes dont je
viens de vous parler , eftoit remply
de. Gentilshommes Anglois. Il fe
tsouva une tres-grande affluence del
Peuple depuis l'entrée du Faubourg
Saint Antoine , jufques à l'Hoftel
des Ambaffadeurs Extraordinaires ,
qui eft à la rue de Tournon , & quoy
qu'ily ait prés d'une lieuë & demie
de chemin , par la route qu'on prend
pour ces fortes d'entrées , cette route
Le
e trouva bordée de plufieurs rangs
..
•
GALANT 279
de Carroffes de chaque cofté des
rues , ce qui joint à la grande quantité
de Peuple qui parut depuis les
plus hauts étages des mailons les
plus élevées julques milieu des rues
en forte que l'on eftoit fouveni obli
gé de faire alte , fir dire à quelques
Anglois , qu'il y avoir plus de monde
dan's Paris feul , qu'ils n'avoient cru³
qu'il y en cuff dans toute la France.
A fon arrivée à l'Hotel des Ambal
fadeurs il fut complimenté au noms
du Roy par Mr le Duc d'Aumont
Premier Gentilhomine de la Chamu?
bre de Sa Majeftes au nom de Ma
dame la Ducheffe de Bourgogne ,
par : Male Marquis de lacert fon
premier Maiftte d'Hofte!; & u
nom de Monfieute, par M le Mar
quis de Saflenage ; fon premier Gen
tilhomme de la Chambre CttAmA
P
280 MERCURE
bafladeur fut enfuite traité aux dém
pens de S. M. Le premier repas fut
Je Dimanche à louper , & le dernier
le Mécredy fuivant à dîner. Il y eur
toûjours cinq tables . Celle de Son
Excellence eftoit de feize couverts ,
il y en avoit une feconde pour ſeize
Seigneurs Anglois , la croifiéme
de vingt - quatre couverts pour autant
de Gentilshommes Anglois
la quatrième de dix couverts pour
autant de les Officiers , &la cinquiéme
pour les douze Pages. Le Mardy ,
fuivant,Monfieur le Comte de Mar
fan & Mr de Bonneüil allérent le
prendre au même Hoftel des Am .
baffadeurs Extraordinaires , avec les
Carroffes du Roy & de Madame la
Ducheffe de Bourgogne, & le con.
duifrent à Versailles , à fa premiere
Audience publique de S. M. Il eft à
GALANT 281
remarquer que c'eft toujours un Ma .
réchal de France qui va recevoir les
Ambafladeurs des Teftes couronnéces
, & que c'eft un Prince qui les
conduit à l'Audience . En arrivant
au Chafteau , il trouva les Compagnios
des Gardes Françoiles & Suiffes
fous les armes les Gardes appellez
Gardes de la Porte , au bas de
PEfcalier ; M le Marquis de Blainville
Grand- Maitre des Ceremo.
nies , & Mr Delgranges Maistre des
Ceremonies
& les Cent. Suifles
rangez en haye fur l'efcalier, Mle
Maréchal Duc de Noailles le Legur à
la porte de la Salle des Gardes du
Roy , qui eftoient pareillement en
haye , & fous les armes. Il eut de la
peine pour approcher de la Perfonne
du Roy , tant la Cour eftoit norpbreufe
. Sa M. le reçut à la ruelle de
Mars 1698
. A a
841
1282 MERCURE
fon lit. L'Audience finie , Son Ex .
cellence alla chez Monfeigneur le
Dauphin , Monteigneur le Duc de
2 Bourgogne , Madame la Ducheffe
de Bourgogne , Monfeigneur le Duc
-d'Anjou , Monſeigneur le Duc de
-Berry ,Monfieur , Madame , Mon-
-fieur le Duc de Chartres , & Mademoifelle.
Aprés ces Audiencesil fut
magnifiquement traité à quatre tables
par les avec
du Roy ,
tous les Seigneurs & Gentilshommes
de fa fuite. Il fut enfuite reconduit
par Me de Bonneuil avec les
i. mêmes Carroffes de S. M. au même
lieu où ils avoient efté le prendre.
Les jours fuivans Son Excellence
rendit vifite a Monfieur le Prince ,
à Madame la Princefle , à Monfieur
Te Duc , à Madame la Ducheffe' , 'à
Madame la Princeffe de Conry
GALANT 283
Douairiere , à Monfieur le Prince
de Conty, à Madame la Princeffe
de Conty , à Monfieur le Duc du
Maine, & à Monfieur le Comte de
Toulouſe. Les maniérus ; bonneſtes ,
& engageantes de cer, Ambaffadeqr
Juy ont acquis l'eftime de toute la
Cour. Il ne perd aucune occafion de
dire des chofes obligeantes à ceux à
qui il a occafion de parler pla
fieurs Seigneurs de la Cour , & quantité
de perfonnes diftinguées de la
Ville , fe font-ils empref - z de le regaler
par de magnifiques repas. Il a
efté fouvent furpris de voir dhuffi
beau Poiffon , & dans une audi
grande quantité en un lieu & éloigné
de la Mer & ua pas fait paroiftee
moins d'étonnement de la regularité
avec laquelle on obferve icy le
Careſme.
A a ij
284 MERCURE
Le mot de l'Enigme du mois paffe
eftoit la Balinoire Il a efté trouvé
par Mrs le Cheualier de la rue de
P'Arbre fec : de la Chine de la rue
Dauphine Baftide , Précepteur des
Pages de la petite Ecurie Beaufort
de la rue des Pelletiers ; le Solitaire
de Ponthieu ; l'inconftant Hilas ; le
celebre Ecrivain du coin de la rue
de Nevets.useb mainonnandiano
LK
•
ENIGME ob br
NEmeprenspas pour une bagatelle
,
Je fais grand , mais pourtant fagia
fort rondement.
En Gouverneur ſuſpect, & form
vent infidelle,
Regle men movement, mae
GALANT 28
Ma figare eft
extravagante's
Fay les bras plus longs que le
corps.
Quand je m'agitr& me tourmente
On feroit contre moj d'inutiles ef
forts.
S
Pour arrefterces bras dame la plas
bardie
Quand je lesfais agir fe glaceroit
d'offroy's
Et fi de les faifir il prenoit quelque
envie ,
On verroit ce que c'est que s'attas
quer à moy
C'est un moulin a Vent
Les réjouiffances qu'on a faites
pour la Paix , & qui font finies prefentement
, m'ont obligé de referver
286 MERCURE
plufieurs Pieces qui auront leur tour.
Je vous ay marqué dans cette Lettre
que Mr Janfon , l'un des Echevins
de Troyé , avoit fait le Plan de la
Fefte qui s'y eft faite , mais il s'en
deffend , & dit que la gloire en eft
dûe aux Peres de l'Oratoire . Je fuis ,
Madame , voftre , &c.
A Paris co 31, Mars 1698.5 ce
elo usuig a) ruga ziut si ap
༣ཏི ཝ ུ
93 3
TABLE,
P
Relnde.
Vers libres fur la Paix.
Sonnet. 15
17
Autres Ouvrages en Vers fur les Ponts
abattusfur le Rhin.
Réjouiffances foires à Prémontre, avec un
Difcours prononcé à la gloire du Rez. 19
Réjouiffances faites è Troyes .
Relouiffances faites à Niort.
38
14
Bonts -rimez prapofez par Mrs de la
Compagnie des Lanternistes.
Ode fur la Riviere de Marly
75
77
Lettre contenant plufieurs nouvelles. 185
Sentiment de Mr B... fur le pretendu
prodige de l'Enfant de Tours 103
Itz
Autre fentiment ſur le miſmefujet, 114
Prix propofez, ḥ strind! sh ma
Réjouiſſances faites par les Peres de la
Doctrine Chreftienne de Toulouse.122
Autres réjouiffances faites on plufieurs
endroits de la Bourgogne. 156
Autres faites à Nogent le Rotrou . 162
Autres faites à Villenaufe ,
Marivge
1165
166
TABLE.
Entrée de Mr l'Evefque de Metz. 168
Mr d' Audiffret eft nommé par le Roy fon
Envoyé Extraordinaire à Mantonë,
Lettre de Mr Bordelon .
174-
175
Réponse au Billet de l'Inconnu tonchant
la Quadrature du Cercle.
Mort.
177
150
Reception faite à Caen à Mr le Comte de
Teßé
Hiftoire.
184
159
Vifites faites par Mr l'Aichevefque. 221
Buste du Roy élevé à Rieux.
Réjouiffances faites à Soiffons.
225
237
Morts. on dinals tretsc
251
Charge d'Avocat General donnée à Mr
Portail
272
Mariage de Mr de Poiſfi. 272
Relation de l'Entrée de l'Ambaffadeur
Extraordinaired Angleterre.
Enigmess
174
284
L'Air , Ab qu'il est beau , &c. page 72°
L'Air , Terrible Mars & c page 183.-
$125 * 2259252592222
CATALOGUE DES LIVRES
Imprimez chez MICHEL BRUNET,
Libraire , à l'entrée de la grande Salle
du Palais , au Mercure Galand. 1697.
H
Iftoire de la Monarchie Françoiſe fous le
Regne de Louis LE GRAND , contenant ce
qui s'y eft paffé de plus remarquable depuis 1643 .
jufqu'à prefent , par M. de Corneille de l'Academie
Françoife , in 12. 3. vol. 5.1.8.f.
Les Memoires de M. de Saint - Evremont
contenant diverfes avantures qui peuvent fervit
d'inftruction à ceux qui ont à vivre dans le grand monde , in 12, 4. vol .
8.1
Les Contes & Fables de M.le Noble , Ouvrage
enrichi de Figures en taille douce , in 12. 2
vol. 4.1.
Mylord Courtenay ou Hiftoire fecrette des
premieres amours d'Elifabeth d'Angleterre , par
M. le Noble , in 12. 1. l. 16. f.
L'Hiftoire des Religions de tous les Royaumes
du monde , in 12. 3. vol. 3.1. iz. f.
Les Lettres nouvelles de M. Bourfault , accompagnées
de Fables , de Remarques de bons Mots
& d'autres particularitez auffi agréables qu'uti
les , in 12.1
in 12.
2. 1.
L'Illuftre Moufquetaire , Nouvelle Galante
1. 1. s . f.
La Vie de l'admirable Chevalier d'Induſtric
Dom Gufman d'Alfarache , enrichi d'un grand
nombre de figures en taille douce , in 12. 3. vol.
6. 1.
Hiftoire des Revolutions de Suede , où l'on
A
1
voit les changemens qui font arrivez dans ce
Royaume , au fujet de la Religion & du Gouver
nement , in 12. 2. vol.
3. 1. 12. f.
Metamorphofe
d'Ovide en Vers , par M. de
Corneille de l'Academie Françoiſe , avec les figures
,in t2. 3. vol.
9. 1.
in 12.
Arliquiniana , ou les Bons Mots , les Hiftoires
plailantes & agréables , recueillies des Converfations
d'Arlequin , in 12. Seconde Edition
augmentée , 1. l . 16. f.
Tome 2. fous le titre de Livre fans Nom,
1. l. 16. f.
Pratique Curieufe , ou les Oracles des Sybilles
, pour fe divertir en Compagnie, in 12. 1.1.5.f.
Les Paroles Remarquables , les bons Mots , &
les Maximes des Orientaux , in 12. 1.1.16.f.
Le Duc de Guife , furnommé le Balafré , in
1. l. 16. f.
L'Ambaffade de M. de Saint - Olon en Maroc ,
enrichi de figures , in 12.
1.1.16. f.
La découverte des Myfteres du Palais , où il
eft traité des Parties en general , des Intendans
des Grandes Maiſons , des Procureurs , Avocats,
Notaires & Huiffiers , in 12 . 1. 1. 10. f.
Hiftoire de France , depuis Pharamond jufqu'à
prefent 1697. in 12. fo . vol.
12.
12.
18.1
Portraits Serieux , Galands & Critiques , in
1. l. 16.f.
Memoires de M. d'Angoulefme, in 12. 1.1.10.f
Traduction de M. de Martignac.
Les Oeuvres de Virgile , Latin- François, in 12.
3. vol.
Les Oeuvres d'Horace , in 12. 2. vol .
6.1.
4. l.
Les Satyres de Juvenal & de Perſe , in 12.
De M. Felibien .
2. 1. 10. f.
Entretiens fur les Vies & les Ouvrages des
plus excellens Peintres , Anciens & Modernes
2. vol. 12.1.
Recueil Hiftorique de la Vie & des Quvrages
des plus celebres Architectes , in 4. 3.1.10.f
Defcription des Peintures faites pour le Roy,
avec une Deſcription fommaire du Chafteau de
Verfailles , in 12.
2.1. Dictionnaire des Arts & Sciences ,ou Principes
de l'Architecture , avec figures , 4.
De M. de Mezeray.
Hiftoire de France , folio 3. vol .
La même en abregé , 4. 3. vol .
De M. d'Herbelot.
12.1.
so.1.
20.1
Biblioteque Orientale , ou Dictionaire Hiftorique
de l'Orient ,fol.
Livres de M. Defcartes.
15. 1.
Les Principes de la Philofophie 4. avec figures
en taille douce , 6.1.
La Methode , Dioptrique & Meteores , 4
Meditations Metaphyfiques , 4.
4.1.
6.1.
Traité de l'Homme , & de la formation du
feetus , & le Monde ou Traité de la Lumiere ,
avec les Remarques de M. de la Forge , 4. 6.1.
Le Monde , ou le Traité de la Lumiere , & des
autres principaux objets des Sens , avec un Dif
cours du Mouvement Local , & un autre de la
Fiévre , 8 . 2.1.
1. 1. 19. f. Les Paffions de l'Ame , in 12.
Copie d'une Lettre écrite à un fçavant Religieux
, pour montrer , 1. Que le Syfteme de
M. Defcartes , & fon opinion touchant les Bêtes
, n'ont rien de dangereux , 2. Et que tout
ce qu'il en a écrit femble eftre tiré du premier
Chapitre de la Geneſe , in 12 . 15.f.
Oeuvres d'Ettmuller.
Pratique general de la Medecine de tout le
A ij
6.11
Corps humain , S. 2, vol.
Pratique fpeciale du même Auteur , fur les
maladies propres des hommes , des femmes , &
des petits enfans , avec des Differtations du même
Auteur fur l'Epilepfie , l'Yvreffe , le mal Hypocondriaque
, la douleur Hypocondriaque , la
Corpulence , & la morfure de la Vipere , 8. 3.1,
Les Inftituts de Medecine , 8 .
La nouvelle Chirurgie Medecinale & Raifon-
3.1.
née , avec une Differtation fur l'infufion des liqueurs
dans les vaiſſeaux , in 12 .
1. 1. 10.f.
La nouvelle Chimie raifonnée du même Auteur
, in 12. 1. 1. 1o. f.
Ouvrages
de M. l'Abbé
Gouffault , Confeiller
au Parlement
.
Le Portrait de l'honnefte Homme , in 12.
De
l'honnefte Femme , in 12.
Les Confeils d'un Pere à fes Enfans
vers eftats de la vie , in 12.-
1. l. 10. f.
1.l.to.f.
fur les di-
1. 1. 10. f.
Oeuvres de M. de Fontenelle , de l'Academie
Françoife.
Nouveaux Dialogues des Morts, in 12. 2. vol.
Jugement de Pluton fur les deux Parties des
3. 1.
nouveaux Dialogues des Morts , in 12. 1.1.10.f..
Entretien fur la pluralité des Mondes , in 13.
1.1. 10. f.
1. l. 10. f. Hiftoire des Oracles ,in 12:
Poëfies Paftorale , avec un Traité de la Nature,
de l'Eglogue , & une Digreffion fur les
Anciens & les
Modernes , in 12. 1. 1. 10. f.
Lettres Galantes de M. le Chevalier d'Her , in
12. 2 vol .
De
Mademoiselle de la Force.
3.1.
Hiftoire Secrete de la Maifon de
Bourgogne ,
in 12. 2. vol.
1.
Hiftoire de Marguerite de Valois , Reine de
Navarre , foeur de François Premier , in 12.1 2 vol.
Guftave Vafa , 12. 2. vol.
De M. Daumat.
13. 1. 12,f.
3.1. 12.f.
Les Loix Civiles dans leur ordre naturel , 4. 3. vol.
Du R. P. Bouhours.
18. 1.
2.1.
La Maniere de bien penſer dans les Quvrages
d'efprit , 14 .
Les Entretiens d'Arifte & d'Eugene , nouvelle
Edition , où les mots des Deviles font expliquez,
2. 1. 10. f.
Oeuvres diverfes de M. de Saint - Evremont ,
12. 4. vol.
Recueil des Ouvrages de Madame de Villedieu.
La Vie de Henriette Sylvie , de Moliere , 12 .
12.
2. vol.
Les Amours de Catulle , 12. 4. vol.
8. 1.
2.1.
4.1.
Le Journal amoureux de France , 12. 3. vol.
d'Espagne , 12. 2. vol.
Les Caprices de l'Amour , 12. 2. vol.
Les Amours des grands Hommes , 12 .
Les Exilez , 12. 2. vol .
4.1. 10. f.
3.1.
2.1.
2. vol.
3.1.
3.1.
3. 1
1. 1. 10.f.
Les defordres de l'Amour , 2. 2. vol .
Nouvelles Oeuvres mellées , 12 .
Livres d'Affortimens.
Les Oeuvres de Moliere , 12. 8. vol. 15.1. de Racine, nouvelle Edition, 12.2.vol.6.1 .
de Corneille , 12 , 10. vol.
de Scarron , 12. 10. vol .
20.1.
15.1.
L'Arithmeticien Familier , enfeignant la mapiere
d'apprendre fans Maiftre l'Arithmetique
en fa perfection , 12 . 1.1.16. f.
Effais de Jurifprudence , 12 . 2.1.
A i
Hiftoire des Guerres Civiles de France , con
tenant tout ce qui s'eft paffé de plus memora
ble fous les Regnes de quatre Rois , François II.
Charles IX. Henry III. & Henry IV. furnommé.
le Grand , jufqu'à la Paix de Vervins inclufivement',
par Davila , 12. 4. vol . 8.1.
L'Art de la Poëfie Françoife & Latine par M.
de la Croix , 12. 2.1.
L'Hiftoire de l'Empire Ottoman , par M. de
la Croix , 12. 3. vol .
La Turquie Chreftienne , 12. par le même ,
6.1.
2.1.
Hiftoire de Charles VI .par le Laboureur , fol.
vol.
Antimenagiana , 12.
12.1.
1. 1. 10.f
Hiftoire Generale d'Angleterre , d'Ecoffe &
d'Irlande, enrichie de Figures, 12. 4. vol. par M.
Vanel , Hiftoriographe de France , 6.1
Idem des Turcs , 12. 4. vol. du même ,
6. 1.
Idem d'Eſpagne , 12. 3. vol. du même,
Tite-Live reduit en Maximes , 12.
4. 1. 10. f.
2.1.
Le Nouveau Eftat de la France , 12. 3. vol.
de 1697.
S. 1. 8. f.
Nouvelle
Methode
du Blafon
, du Pere Meneftrier
, enrichi
de figures
, 12. 2.1.10. f.
* Les Satyres de Perfe , avec des Remarques de
M. le Prefident de Silvecane , 12. Latin-Fran-
I. 1. 10. f. çois.
Journal du Voyage de Siam , de M. l'Abbé de
Choify, 12. 1. l. 10. f.
Recherches Curieufes d'Antiquitez , par M.
Spon , 4. 9. 1.
12.
Lettres familieres fur toutes fortes de fujets,
I. l. 1o. f
L'Ariofte Moderne , ou Roland le Furieux
$2.4. vol.
"G.1.
Hiftoire de la feue Reine d'Angleterre , 8 .
Oeuvres de Voiture , 12. 2. vol.
2.1. 10. f.
3.1.
Memoires de la Reine Marguerite, 12. 1.1.1o.f.
Hiftoire du Gouvernement de Venife de M.
Amelot de la Houffaye , 8. 2. vol.
Le Tibere , du même , 8 .
Le Prince de Machiavel , du même ,
5.1.
3.1.
12.
r. l. 10. f.
Les Annales de Tacite , avec des Reflexions
Politiques , Hiftoriques , 12. 2. vol. du même ,
4. 1.
Toutes les Hiftoires de M. Maimbourg , 4. 14. vol.
So. 1.
Le même
in 12. 26. vol.
40. 1.
Hiftoire
de l'Afrique
, Ancienne
& Moderne
enrichie
de 400.figure
en taille
douce
, 12. 4.vol
.
>
8.1.
Hiftoire des Troubles de Hongrie , 12. 6. vol.
Vies des Saints , fol. 2. vol.
9.1
.
15.
1.
3
+
Idem fol. 2. vol. de Rouen ,
Idem 8. 4. vol . de Paris ,
9.
12.1
. Idem fol . 2.vol . de Simon Martin , 24.1 .
Voyage des Ambaffadeurs de Siam en France,
rempli d'une infinité de chofes curieuſes , 12 .
4. vol.
6.1.
Hiftoire Romaine , où l'on voit tres-exactement
recücilly tout ce qui s'eft paffé depuis la
Fondation de Rome , fous les Rois , fous les Confuls
, fous les Tribuns Militaires , fous les Decemvirs
, & fous les Empereurs , tant d'Orient
que d'Occident , jufqu'à prefent , nouvelle edition
, 12. 8. vol.
12. 1.
6.1. Hiftoire Sainte , 12. 4. vol.
L'Hiftoire entiere d'Alexandre le Grand,tiréo
A iiij
d'Aren , Plutarque , Juftin , Jofeph , Quinte-
Curce & de Freinhemius , 12. nouvelle Edition ,
2.1.
Eftat de la Cour des Rois de l'Europe , par M.
de Sainte- Marthe , Hiftoriographe de France ,
12.4 . vol. 6.1.
La Science Univerfelle de M. Sorel , divifée
en 4. volumes , dont le premier traite de la Terre
, de l'Eau , de l'Air , du Ciel & des Aftres.
Le fecond , des Meteores , des Pierres , des.
Metaux , des Plantes & des Animaux , des Ames
humaines , des Anges & de Dieu.
Le troifiéme , de l'Ufage , de la Melioration
ou perfection , & de l'imitation de toutes les chofes
du Monde.
Le quatrième, de l'Ufage, des Idées , qui produifent
les Sciences & les Arts , & leur enchaînement
, du Langage , de l'Ecriture & des Chiffres
; & où l'on trouve la refutation des erreurs.
vulgaires , derniere Edition bien augmentée , 12.
4. vol.
6. l.
Traité de la Guerre de M. le Marquis du Châtelet
, 12.
1.1. 10. f.
Les Epiftres & Evangiles de toute l'Année , 12.
"
1.-1. 10. f.
Les Meditations de Buſée , 12. 2. vol. 3.1.
Idem un volume , a. 1. 10. f
Journal des Saints , nouvelle Edition , 12. 3.vol.
s. 1.
Meditations fur la Concorde des Evangiles ,
par M. Feydeau , 12. 3. vol. 4.1. 10. f.
Vie de Dom Barthelemy des Martyrs , par
Meffieurs de Port - Royal , 8 .
Hiftoire des Juifs de Jofeph , traduite par M.
Arnauld d'Andilly , 12. 5. vol .
4.1.
12.1.
Meffel en Latin & en François par M. de Voifin
, 12. 6. vol.
12, 1.
Tableau de la Penitence , par M. Godeau , 12
Figures ,
12.
3.1.
La Voye qui conduit au Ciel par Drexellius ,
Hiftoire de Tamerlan , 12.
1.1. 10.f..
1.1. 10. f.
Philofophie des Images , du Pere Meneftrier ,
avec figures , 12.
2.1.
Oeuvres de Lucien d'Ablancourt , 12. 3. vol.
4.1. 10. f.
Hiftoire de Tacite , 12. 3. vol .
..
du même ,
4.1. 10. f
4.1. 10. f.
3.1.
4. 1.
Conference de Caffien , 8. z . vol .
Catechifme de Turlot , 4.
Le faint Travail des mains , 4.
Traité de la Religion Chreftienne , 12 , 2. vol.
3.1. 10. f.
2. 1.
Morale Pratique de S. Gregoire , 12. 2. vol.
3.1. 12.f.
L'Art de fe connoiftre foy-même , par Abadie
, 12.
Semaine Sainte Latine & Françoiſe , 12. 2.1
Nouveau Teftament en François , 12. 1.1.10 f.
Idem 2. volumes de groffe lettre, 3.1 .
La Vie de Jefus - Chrift , 12. 3. vol. par le Pere
Brignon Jefuite ,
Traité des Monnoyes par Boizard , 12 .
Memoire de M. de Guife , 12.
6.1.
2.1.
2. 1.
3.1.
vol. 3 . 1.
8.1 .
1. l. 16. I.
1. l. 10. f.
Idem de Rouen , 12. 2. vol .
Hiftoire de Geneve de Spon , 12.2 .
Hiftoire de Hollande , 12. 4. vol.
Le Triomphe de l'Humilité , 12 .
Guerre des Turcs contre la Pologne , 12 .
Academie Galante , 12. 2. vol. 3.1.
L'Hiftoire du Comte de Soiffons , 12. 1.l.10.f.
Le Portrait Geographique & Hiftorique de
l'Europe , où l'on voit la defcription des Païs , la
Religion , & l'établiffement des Monarchies , 12
3. vol. 4. l. 10. f.
L'Art de laver , ou nouvelle maniere de Pein
dre fur le papier , 12. - 1. l.
La Vie d'Elifabech d'Angleterre , de Léty , 12-
2. vol.
4.1. Epiftre & Elegie amoureufe d'Ovide , 12. of
1.1.10 . f.
Pieces Galantes de Mad . de la Suze , 12.4 . vol.
s. 1.
1.1. 10.f. Fortifications de Gautier , 12 .
Le Traité de l'Artillerie , 12. par le même ,
1. l. 10. f.
Remedes de Madame Fouquet, 12. 2. vol . 3.1.
Idem un volume ,
Dictionnaire Royal , 4.
Idem &.
Maifon Ruftique , 4.
Arithmetique raifonnée , 12.
Les Secrets des Cours , ou les
Vvalfingham , 12 .
1.1.10.f.
6.1.
I..
3.1
.
3.1
.
1. 10. f.
Memoires de
2. 1.
Difcours du Comte de Buffy Rabutin à fes enfans
, 12. feconde Edition , 2.1.
La Promenade de Verfailles > ou Celanire ,
nouvelles hiftoriques , par Mademoiſelle Scudery
, 12. 1. l. 16. f.
Eleonore d'Ivrée , ou les Malheurs de l'Amour
, 12 . 1.1. 10. f.
Le Napolitain ou le deffenfeur de fa Maiftreffe
, 12.
Le Mary jaloux , 12 .
Le Secrétaire Turc , 12 .
Le Seraskicr Bacha , 12 .
Eftat prefent de la Puiffance
L'Illuftre Genoiſe , 12 .
I. 1.
I. 1. 10. f..
1. 1. 10. f.
1. 1. 10. f
Ottomane , 12 .
Le Grand Vifir Cara Muſtapha , 12 .
2. 1.
1. 1. 10. f.
1.1.10.f
Les Nouvelles Galantes & Avantures du
Temps , 12. 2. vol.
2.14
La Guerre des Auteurs Anciens & Modernes
12. I. 1. 10. f.
La Chevalerie Ancienne & Moderne , par lé
Pere Meneftrier , 12.
Ambaffades de M. le Comte de Guilleragues,
& de M. Girardin , auprés du Grand Seigneur ,
12 .
2.1.
1.1. 10. f.
Les differents caracteres de l'Amour 12.
Biblioteque choifie de Colomiers , 8.
Hiftoire de Polybe , 12. 3. vol.
Difcours Satyriques , 12.
,
1. 1. 10.f.
2.1.
4.1. 10.f.
1. l.
2. vol.
3. 1.
Dialogues Satyriques & Moraux , 12 .
1. l. Epiftres en vers de M. Sabatier , 12.
Reflexions ou Sentences , & Maximes Morales
, & Politiques , dediez à Madame de Mainte-
.ܐ : ,
non
1. I.
Voyages de Chardin en Perfe, & autres lieux,
12. 2. vol . figures ,
Les Travaux de Mars , 8. 3. vol .
Biblia Sacra fol. Lugd.
Idem 8. Lugd.
4.1. 10.f.
15. l.
10.1.
3. 1
4.1.
1.1.10.f.
Idem 24. 6. vol. de Cologne , 7.1.10.f.
Idem 12. 2. vol. Paris .
Novum Teftamentum 24. Colonia.
Concilium Tridentinum 24. Colonia :
Catechifmus Concilii 24. Colonia .
Concilium Tridentinum 12. Lugd.
Idem Catechifmus Concilii
Concordantia Bibliorum Colonia 8 .
-
- Idem 4. Lud.
1.1.10.f.
1. l.10.f.
1.1. to.f.
12. Lugd.
1. 1. 10. f.
6.1 .
7.1. Edouard , Hiftoire fecrette d'Angleterre , 12 .
2. vol.
3. l. 12. f.
12
Hiftoire du Cardinal Ximenes de M. Flechier,
12. 2. vol.
cy .
12.
12.
4.1.
Hiftoire de 3. Louis , 4. 2. vol. par M.de Sa-
12, 1.
Les devoirs de la Vie Civile , 12. 2. vol. 3.1.
Hiftoire de France par demandes & réponſes ,
Idem des Papes , 12.
Idem de la Bible , 12,
Idem Romaine , 12 .
2.1.
1. 1. 10. f.
1. 1. 10. f.
1. l. 10.f.
1. 1. 16.f.
Les Oeuvres Pofthumes de M. de la Fontaine ,
Hiftoire de la Republique de Gennes , depuis
la Fondation de Rome jufqu'à prefent , 12.3.vol.
Livres de Droit.
6. 1.
Corpus Furis Canonicis de Pithao , fol . 2. vol.
20. 1..
Corpus Furis Civilis , 8. 2. vol . Amftelodami
10. I.
Oeuvres de Baquet , fol. par Ferriere , 15.1.
Les Arrefts de Louet , fol . 2. vol.
La Biblioteque Canonique de Blondeau , fol.
2. vol.
24.1.
22.1.
Queftions notables de Droit decidées par plufieurs
Arrefts de la Cour de Parlement , divifées
ch 4. Centuries par M. Claude le Preftre , Confeiller
du Roy en fa Cour de Parlement de Paris,
& augmentées en cette derniere Edition par M.
Gueret Avocat en Parlement , fol . 15. 1.
Les Arrefts
du Parlement
de Paris
de M. Bardet
, avec
les Differtations
de M. Beroyer
,fol.
2. vol.
14. 1.
Les Plaidoyez de M. Gaultier , ancien Avocat
au Parlement , avec les Arrefts intervenus fur
iceux , donnez nouvellement au public par M.
Gueret , Avocat au
Parlement , 4. 2. vol.
8.1.
2
13
LePraticien François de M. Lange , nouvelle
Edition , 4. 7.1.
Abregé de la Jurifprudence
Romaine , divifée
en fept Parties , à l'imitation des Pandectes de
Juftinien , avec fon rapport à ce qui eft de noftre
ufage , par M. Colombet , 4 .
"
3. 1.
Remarques
du Droit
François
fur les Inftituts
de l'Empereur
Juftinien
, comment
ils fe doivent
pratiquer
en France
, & le rapporter
à l'ufage
du
Palais
, par M. Mercier
, Avocat
en Parlement
,
3. 1.
Maximes Generales du Droit François de M.
de l'Hommeau , 4. 4.1.
Inftitution du Droit Romain & du Droit François
, par un Auteur Anonyme , avec des Remarques
de M. de Launay , Avocat au Parlement, 4.
6. 1.
Coutume de Paris de Meffieurs C. du Moulin ,
Tournet , Labbé & Jolly , Avocats au Parlement,
12. 2. vol.
Coutume de Rheims de Buridan , fol.
Borcholten ,fuper Inftituta, 4.
3. 1.
10.1.
3.1. LeJournal des Audiences du Parlement de Paris
, fol. 4. vol. 36.l
Nouveau Traité des Matieres Beneficiales ,
par M. Hory , Auteur du Notaire Apoftolique,
6.1.
Queſtions notables de Droit , de Duperiere ,
4. nouvelle Edition augmentée 4.1.
Il fe trouve chez le mefme Libraire toutes les
nouveautex qui s'impriment à Paris , 1697.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères