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807156
MERCURE
GALANT
DIDII' A MONSEIGNEUR
LYCH
LE DAUPHNE
FEVRIER 169
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais, au Mercure Galant..
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
wendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fels en Parchemin.
A PARIS , .
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dang
la Salle des Merciers , à la Justice .
MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
M. DC . XCVIII.
Avec Privilege du Roy.
AVIS.
Felquesprieresqu'on ait fair
tes
jusqu'à prefent de bien
écrire les noms de
Famille
employez
dans les
Memoires qu'on
envoyé
pour ce
Mercure , on ne laiffe pa
d'y
manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a detemps en temps
quelques
uns de ces
Memoires dont on ne fe
pest fervir. On réitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe
tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires,
& l'on
employera tous les
bons
Ouvrages à leur tour,
pourven
qu'ils ne
defobligent
perfonne , &
qu'il n'y ait rien de
licentieux. On
Aij
AVIS.
priefeulement ceux qui les envoyeni
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pour faire employer leurs noms dans
Particle des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe, ce qu'ils demendent,
C'ef fors pen de chofe pour chaque
particulier , & le tout enſemble ef
beaucouppour un Libraire.
Le Siear Branet qui debite prefentement
le Mercure , arétabli les
chofes de maniere , qu'il eft tonjoars
imprimé an commencement de chas
que mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir les paquets de ceux qui
La chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme cès paquets feroNE
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laifera par d'auoir le Mercure
AVIS.
foxgtemps avans qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées; mais auſſi
eesVillesne lereceverons pas fi tard
qu'ellesfaifotent auparavani, Cenis
qui fe lifont envoyer par leursAmis
fans en charger ledit Branes , s'exposent
à le recevoir toûjours fert
sard par deux raiſons. La premiere,
parce que ces Amis ons pas fein de
le venirprendre fitoft qu'il eft imprime,
outre qu'il le fera toujours queb
quetjours avant que l'on enfaffe le
debit , &l'autre, que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont là eux & quel
ques autres à qui ils le preftens , ils
rejettent la faute du retardemena
fur le Libraire , en difant que le
vente n'en a commencé que fors
avant dans le mois. On évitera ce
Yerardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'ilfe charge defaire
A iij
AVIS.
lespaquets lay-mefme, & de les faite
porterà la Pofte ou aux Meffagers,
fans nulintereft, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe genevalement
de tous les Livres nowveaux
qu'on luy demandera , feit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera execute avec
ane exaltitude dont on aura lien
deftre content.
BIBLIO
LYON
MERCVRE
GALANT
FEVRIER 1698.
·
E vous parle fouvent de
la Paix mais de quoy
vous parlerois je qui
puft vous eftre plus agréable
â entendre La joye en eft
répanduë par tour : & de quel
ques termes qu'on fe ferve
A iiij
88 MERCURE 8
pour exprimer ce qu'on doit
à l'Auteur d'un fi grand bien ,
ils ne font fentir qu'imparfaitement
tous les avantages
que l'on en reçoit. Vous en
verrez un foible crayon dans
l'Ouvrage qui fera le commencement
de cette Lettre .
SUR LA PAIX.
ODE.
Mules ,quelle eft voftre joye ,
De voir qu'en ce jour heureux,
Enfin le Ciel nous envoye
Le doux fujet de nos voeux ?
Donnez- en de juſtes marques ,
GALANT. 9
Puis que de tous les Monarques
Le plus grand qui fut jamais,
Defcend tout brillant de gloire
Du beau char de la Victoire ,
Afin d'embraffer la Paix.
2
Si ce Prince magnanime-
Eut toujours d'un méme pas
Suivi l'ardeur qui l'anime ,
Et qui le porte aux combats ;
Partant d'exploits admirables,
A nos Neveux incroyables ,
Il alloit fe fignaler
Et voftre Art qui tout furmonte,
Euft enfin receu la honte ,
De ne les pas égaler .
L'impito able Bellone
Depuis deux luftres entiers ,
De fon glaive qui moiffonne
Tous les ans tant de Guerriers ;
10 MERCURE
. ז
Ravageoit de trois grands Princes
Les plus fertiles Provinces ,
Sans que rien puft l'arrêter
Et le lang & le carnage ,
Au lieu d'affouvir fa rage ,
Ne faifoient que l'irriter .
S
Le Printemps qui fait les roles ,
Et dont l'aimable retour ,
Dans le fein de toutes chofes
Verfe la joye & l'amour ;
Aux Villes infortunées
Des Frontieres ruinées
Portoit la pâle terreur ,
Et renouvellant la guerre ,
Ne couvroit toute la terre
Que de trifteffe & d'horreur .
2
A peine l'herbe échauffée
Reverdifoit les fillons ,
Qu'elle mouroit étouffée
GALANT
La
Sous le faix des Bataillons,
campagne ainfi foulée
Montrant , toute defolée ,
Au Ciel fon fterile flanc ,
Goûtoit bien toft la vangeance
De leur brutale infolence ,
Et s'engraiffoit de leur fang,
$
Mais quittons la ce langage ,
N'employons point nos accords
A faire la trifte image
D'un champ tout couvert de morrs
Ou d'une Ville affiegée ,
Que d'une ardeur enragée
On force de toutes parts ,
Et qui prés de fa ruine ,
Voit dans ſon ſein la famine
Et la mort fur les remparts.
20
Enfin ces longues miferes
Ont arrêté le couroux
12 MERCURE
Et les châtimens leveres
Du Ciel armé contre nous,
Il femble qu'il fe repente
Des coups de fa main pefante,
Et des maux qu'il nous a faits .
Il nous flate , il nous careffe ,
pour marque de tendreffe
Il fait defcendre la Paix.
Er
S
Que debeauté l'environne !
Qu'elle poffede d'appas ♪
Si l'olive la couronne,
Les fleurs naiffent fous les pas
C'est bien d'elle qu'on peut dire ,)
Qu'elle voit fous fon empire
Et les Peuples & les Rois.
Tout le monde rend les armes
Au doux pouvoir de fes charmes
Et le range fous fes loix.
2
Devant elle fuit 80 crie
GALANT.
13
4
Bellone au front couroucé,
Plus rouge encor de furie
Que du fang qu'elle a veríé.
Cette affreule meurtriere
Qui loin de noftre Frontiere
Pour jamais fe voit bannir
Court immoler des victimes ,
Où l'appellent les grands crimes
Que feule elle doit punir,
IS
Les Nymphes effarouchées
Des Tambours & des Clairons ,
Depuis fi longtemps cachées
Sous l'écorce de leurs troncs ,
Au lieu des aigres Trompettes
N'oyant plus que les Mufettes
Dont refonnent les Hameaux ,
De mouffe & de fleurs ornées
Danfent toutes les journées
Autour des facrez ormeaux,
S
14 MERCURE
Tout rit à noftte eſperance ,
Chacun eft dans les feftins ;
Les Jeux , les Ris & la dance
Marquent nos heureux deftins .
Il faut pourtant reconnoiftre
Que nos coeurs ne pourront eftre
Parfaitement réjouïs ,
Qu'en cette grande journée ,
Où nous verrons.l'Hymenée
Joindre Adelaide & Louïs .
2
Quittez un Pays fauvage ,
Digne Chef d'oeuvre des Cieux ,
Venez recevoir l'hommage
Que meritent vos beaux yeux.
Sous les loix de leur empires to
Souffre, gemit & foupire
Le plus grand de tous les coeurs.
Venez , Princeffe , & qu'il voye ,
Comblé d'amour & de joye,
Ses adorables vainqueurs.
GALANT: is
Et coy , qui de noftre France ,
Parmy tant d'évenemens
Es la fage Intelligence ,
Qui regle fes mouvemens ,
Grand Roy , Vainqueur de l'Envie
Quels Peuples lifant ta Vie ,
N'admireront étonnez ,
De tes Faits la fuite heureuſe ,
Et cette Paix glorieufe
Dont tu les as coutonnez ?
2
Plus loin ton grand coeur afpire ,
Et tu veux que deformais
Chacun goûte en cet Empire
Les plus doux fruits de la Paix.
Pour accomplir ces merveilles
Tu n'interromps point tes veilles !'
Mais dans un fi noble employ
Tout entier tu t'abandonnes,
Et le repos que ru donnes ,
Tu ne le prens pas pour toy,
16 MERCURE
Ouy ,quoy que l'Hiftoire vante
Que du temps du Grand Henry,
Sous une Paix innocente
Son regne a longtemps Aeury,
Nos jours tout remplis de joye,
Tramez tout d'or & de foye ,
Seront plus heureux encor ,
Et deviendra veritable
Ce que la plus vaine Fable-
Raconte du Siecle d'or,
Voicy une fuite des réjouiffances
qui ont ont efté faites
dans quelques Villes pour la
publication de la Paix. Celle
de Poitiers , qui ne le cede à
aucune autre dans toutes les
chofes qui regardent la gloire
de fon Souverain , choiſit le
GALANT.
premier jour de Decembre
pour celebrer une Fefte qui
marquaft fa joye. Certe fefte
commença le matin par le Te
Deum dans l'Eglife Cathedra
le , avec les ceremonies ore
dinaires. Tout le Clergé Se
culier & Regulier, qui eſt fore
nombreux , y aſſiſta , auffibien
que M' l'Intendant de la
Province à la tefte du Pref
dial en robes rouges , avec
tous les autres Corps qui ont
coutume de fe trouver à ces
Affemblées . Le foir , M'l'In
tendant s'eſtant rendu à l'Hô
tel de Ville , où Mrs le Maire
B
1
Fevrier
1698.
.
18 MERCURE
& les Echevins l'attendoient,
ils allerent en ceremonie à la
Place Royale , où toute la
Bourgeoific eftoit fous les armes
, divifée en douze Compagnies
, leurs Officiers à leur
tefte , & diftinguées chacune
par leurs Drapeaux , & où l'on
avoit abandonné au peuple
huit bariques de vin . Ils partirent
de l'Hôtel de Ville en
cet ordre. Leur marche e ftoit
précedée des Trompettes &
Timbales , Hursbois & Clairons
, & d'une Compagnie ,
qu'on peut nom ner les Gardes
de M le Maire & qui
>
GALANT 19
- l'acompagne
toujours dans
les Ceremonies extraordinaires.
Cette Compagnie eft formée
de quatre-vingt ou cent
Maiftres Jurez de tous les
Corps & Métiers de la Ville ,
ayant chacun une halle barde
fur l'épaule , & marchant gravement
, avec des habits de
differentes couleurs , felon la
diverfité des Métiers. Eftang
arrivez au lieu où eftoit préparé
un grand bucher ,
rent trois tours alentour , au
fon des Trompettes
, des
Hautsbois & des Tambours
aprés quoy M l'Intendant ,
ils fi
Bij
20 MERCURE
M' le maire & les deux premiers
Echevins allumerent le
feu avec des flambeaux de
cire blanche. L'air retentic
des acclamations du peuple,
qui y eftoit en grande affluence
, & des cris redoublez de
Vive le Roy, qui furent fuivis
du bruit de la
moufqueterie ,
& d'une triple décharge du
Canon. Les Cloches de toutes
les Eglifes meſloient leur
carillon à ce bruit. Cela eftant
fait , la Compagnie retourna
dans le même ordre à l'Hôtel
de Ville, où il y eut des Illuminations
& un grand Soupé,
GALANT: 21
Tous les Habitans , dont les
coeurs font pleins d'amour &
de zele pour le Roy , marquerent
chacun en particulier
leur joye , mais de leur propre
mouvement & fans ordre , en
faiſant des Illuminations à
leurs feneftres , & allumant
des feux devant leurs portes ',
ce qui fut continué à l'envi
dans toutes les rues & tous les
Carrefours de la Ville juſqu'à
minuit. Au milieu de toutes
ces acclamations , vingt cinq
ou trente marchands des plus
zelez ſe diſtinguerent , & fi.
rent d'une maniere particu
22 MERCURE
liere éclater leur joye . Ils choi
firent le Logis de M's Babaud
Freres , comme le plus beau ,
& le plus propre pour leur fefte
, faifant le coin d'une ruë,
& eftant de pierre de taille à
deuz faces & à quatre étages.
Ils les éclairerent de lumieres
vives , qui faifoient voir & lire
des Devifes & Emblêmes à la
gloire du Roy , fur le fujet de
la Paix. Au coin de ce Logis ,
où eft un Carrefour que for.
ment quatre grandes ruës qui
y aboutiffent , coula tout le
jour une fontaine de vin , qui
amufoit agreablement le peuGALANT.
23
ple. Leur Boutique , qui eft
grande , & qui a deux ouvertures
, fut le lieu où ils voulu .
rent fouper publiquement .
Elle eftoit tapiffée , & décorée
de divers Tableaux & Devifes
dans des Cartouches , & de
feftons de Lauriers , & éclairée
de trois Luftres . Pendant le
Soupé , où la fanté du Roy fut
beue avec ceremonie les
Hautbois & les Trompettes
joüerent tour à tour. Eftant
fortis de table , ils allerens
mettre le feu au bucher préparé
dans le Carrefour , au fon
de leurs Hautbois & de leurs
24 MERCURE
Trompettes , & au bruit de
quelque moufquererie. De là
ils fe rendirent dans une Salle
voifine, préparée pour un Bal
qu'ils donnerent à toutes les
Dames du quartier , & à toutes
celles des autres endroits
de la Ville , qui voulurent s'y
trouver. Pendant tous ces divertiffemens
& toutes ces
marques de joye , qui couloient
de fource , les cloches de
l'Eglife de la Paroiffe , qui eft
tout proche du lieu où le faifoit
cette fefte , ne cefferent
point de carillonner.
Quelques jours aprés , la
Compagnie
GALANT.
25
Compagnie des Arquebuſiers,
ou Chevaliers de l'Oifeau ,
donnerent auffi des marques
de leur zele . Ils firent chanter
le Te Dsum le matin dans l'E
glife des Peres Jacobins ; & le
foir , tous leftement & pro.
prement habillez, ils ſe rendirent
en fort bon ordre à la
Place , où ils allumerent un
grand bucher qu'ils y avoient
fait préparer. Outre tous les
Tambours de la Ville , ils avoient
à leur tefte les Hautbois
& les Trompettes. Aprés
plufieurs décharges de leur
moufqueterie, ils allerent dans
Fevrier 1698. C
26 MERCURE
le même ordre en differens
endtoits de la Ville , & enfuite
fouper ensemble. La fanté du
Roy ne fut pas oubliée dans
ce repas.
LesMagiftrats de la Ville de
Luzy n'épargnerent rien dans
la même occaſion pour mar.
quer leur zele. Ils apprirent
le 27. Septembre que le zo . du
même mois la Paix avoir eftć
afignée par lés Plenipotentiaires
de France , d'Espagne ,
-d'Angleterre & de Hollande ,
& auffi toft ils firent travailler
aux feux de joye , dont le
deffein fut donné par M
GALANT 27
Nault, Maire perpetuel , qui
n'épargna ny les loins , ny la
dépente pour les faire réüffir,
La Ville eft fituée fur une pes
tite colline , au deffous de laquelle
, du cofté du midy , la
Riviere d'Alfyne forme un
canal naturel fort profond ,
large de prés de trente pieds,
& de la longueur d'un quart
de lieuë . Il femble avoir efté
fait exprés par l'induftrie des
hommes pour embellir certe
Ville - là , l'eau y eft dormante,
& neanmoins claire. On fit
faire quantité de petits Batteaux
de joncs , fur chacun
Cij
28 MERCURE
defquels trois perfonnes
pou
voient aller en fûreté. Il y en
avoit un , fur lequel eftoit le
Dieu Neptune
élevé fur un
Trône. Les choſes ainfi dif.
pofées de ce cofté- là , on avoic
fait une petite pyramide
fur
une hauteur , à la pointe de
laquelle il y'avoit quantité de
grenades
& de fuſées , dont
T'une devoit porter le feu fur
le haut du Clocher de l'Eglife
de Saint Pierre , où l'on avoit
mis un Soleil & un Ange . Celuy
cy devoit defcendre
,-
porter le feu fur une grande
pyramide
polée dans la gran
&
GALANT: 29
1 de Place. Cette derniere pye
ramide avoit au milieu une
galerie avec des balustrades
peintes en argent , qui regnois
alentour , où les Effigies des
Rois d'Efpagne & d'Angleters
re dans des fauteuils, & celles
des Plenipotentiaires
de Hollande
& de plufieurs autres
Princes dans des chaiſes , étoient
rangées en demy cercle
. Celle du Roy de France
eftoit fur un Trône , & regar
doit les Rois & les Plenipotenciaires
; rien ne manquoit
à l'ornement , & les feux y,
eftoient en abondance . Le
Ciij
30 MERCURE
Dimanche 22. de Décembre,
fur les cinq heures du ſoir, les:
Habitans seftant mis en ar
mes par le commandement
des Magiftrats , proprement
veftus , allerent en bon ordre
devant la maifon de M'Nault,
Maire , en laquelle Mrs Conjard
, Fontaine , de Bau , du,
Pain ,Echevins,M ' Reignault,
Procureur du Roy , & M'Repoux
, Secretaire , s'eftoient
un peu auparavant rendus en
robes. On fit une déchargé
de moufqueterie , & de quelques
petites pieces de Canon
avec des cris de Vive le Roy ,
GALANT.
31
dont toute la Ville retentir.
On n'entendoit que Tam..
bours , Fifres & Hautbois , &
la joye paroiffoit fi univerfel
lement fur le vifage de tout le
monde , qu'il eftoit ailé de juger
de la fatisfaction que l'on
avoit de la Paix . Les Magif
trats fortirent de la maifon de
Mi le Maire , précedez par les
Huiffiezs , & s'eftant arreftez
fur le perron , il parla à toute
l'Affemblée avec beaucoup
d'éloquence & de vigueut . Il
die , que le Roy ayant triomphe
de sous fes Ennemis , pris leurs.
Villes , battu leurs Armées , diffi-
C jiij
32 MERCURE
pé leurs Troupes , &pouvant ju
Stement conferver des Conqueftes
qui pouvoient former un grand
Royaume , eftant raffemblées , il
avoit voulu , comme un bon Pere,
envisager le repos de fes Peuples ,
facrifier fes propres intereſts à
leur tranquillité ; qu'on ne lifoit
dans aucune Hiftoire des ficcles
précedens , qu'un Prince victorieux
de toute l'Europe , capable d'augmenterfes
Etats de plufieurs grandes
Provinces , eut jamais relâché
volontairement fes
avantages par
le feul amour qu'il portoit à fes
Sujets ; que cette action eftoit la
plus éclatante , la plus heroïque ,
GALANT.
33
la plus illuftre qui cuft jamais
1 paru dans ce qu'on rapporte des
plus grands Monarques du mon
de, qu'il avoit desfentimens bien
differens de ceux des anciens Gou
verneurs des Gaules , qui difoient
que le droit de leurs conqueftes
confiftoit dans leurs armes ,
quil n'y en avoir point de mieux
acquifes que celles dont le prix
eftoit le fangde leurs Soldats ; mais
qu'il fçavoit unir la justice à la
force , &fe fervir de celle cy plûtoft
pour faire éclater ſa moderation
que fa puiffance ; enfin que
tous les bons Sujets eftoient obli
gezpar un retour de reconnoiſſan
34 MERCURE
ce à donner toutes les marques ima
ginables d'un zèle veritable àfon
Jervice ; qu'il les invitoit à cherir
& à respecter un Prince , qu'on
pouvoit nommer à meilleur titre
que Titus , le Pere de la Patrie ,
& les delices du genre bumain.
Son Difcours fini , tout le Peuple
fe mit à crier Vive le Roy,
qu'il vive éternellemens . On fit
unes feconde décharge de
moufqueterie & de Canons ,
& la Soldatefque s'eftant mife
en marche en tres- bon ordre,
les Magiftrats furent conduits :
dans l'Eglife de Saint Pierre,
où l'on chanta le Te Deum en
GALANT:
35
*
Muſique , & McVaudrot, Do-
Iateur en Theologie & Archipreftre
, donna la benediction
du Saint Sacrement, apiés un
difcours fur les louanges du
Roy. Les Magiftrats allerent
enfuire fur le Canal , où aprés
s'eftre placez fur une hauteur ,
on vit un combat naval. L'on
y jetta de part & d'autre
quantité de Grenades, de lances
à feu , & d'autres feux d'artifices
, dont lefpectacle char
moit d'autant plus , que la nuit
le rendoit plus éclatant . Le
combat ayant duré une demi
heure , on entendit un coup
36 MERCURE
de Canon qui le fit ceffer , &
Neptune ayant paru fur fon
Trône avec fon Trident en
feu , il prononça d'une voix
forte & imperieule ce Vers de
Virgile ,
Quos ego ...fed motos praftar
componere fluctus.
Les deux petites Flotes s'e
ftant jointes & ramaffées , le
fuivirent jufques au bord
du Canal le plus proche
du lieu où les magiftrats s'eftoient
affis , & en même
temps en partant pour aller
en la grande Place, on vit for
tir du Trident de Neptune
GALANT.
37
une fufée qui porta le feu à la
petite pyramide , où quelques
grenades , & d'autres fufées ,
firent un effet tres -agreable.
Cette pyramide ayant achevé
de brûler , il partit une fufée
qui alla porter le feu fur la
pointe du Clocher à un Soleil ,
des rayons duquel fortirent
quantité d'étoiles & de Fleurs
de lis Les grenades , & les fufées
ayant efté tirées , on vit
un grand flambeau éclairer
au haut du Clocher , & un
Ange defcendre tout lumi
neux fur la grande pyramide
qui cftoit dans la Place publi
2838 MERCURE
que , tenant un écrit , dans
lequel on lifoit Magnum gaue
dium annuntio vobis. Il mit le
feu à un autre flambeau qui
eftoit au deffus de cette pyramide
, par la lueur duquel
toute la Place fut éclairée , &
de ce flambeau fortoient de
•temps à autre des étoilos , de
"petits Soleils & des Fleurs de
·lis. Au deffus du Trône du
Roy on lifoit ces mots en lettres
d'or , In terra pax homini,
bus. Sur l'une des faces de la
"pyramide on lifoit auffi en
lettres d'or , Rex Pacificus ma-
~gnificatus eft fuper omnes Reges
GALANT.
39
1
ge
univerfa terra ; fur la feconde,
Vultum ejus defiderat univerſa
terra ; fur la troifiéme , Memores
erunt populi nominis tui¸ Domine
, in omni generatione
nerationem , & fur la derniere,
Patem meam do vobis , Chaque
balustrade de la galerie avdic
un flambeau d'artifice , dont
il fortoit des étoiles en abondance
, & une heure après
on vit toute la pyramide en
feu par un bruit de grenades,
de petards & de fufées. La
moufqueterie & le Canon fi
rent leurs décharges , & on
A'entendoit que Tambours ,
.
40 MERCURE
Fifres , Hautbois & Violons,
dont l'agreable bruit fe mê.
loit aux acclamations du peu
ple. Cette ceremonie faite ,
on reconduifit en armes les
Magiſtrats dans la maiſon
du Maire , qui fut fuivi par
une multitude de gens
,
Cette maifon eftoit éclairée
en plus de vingt endroits , &
auprés de la porte il y avoit
trois grands flambeaux attachez
fur une fontaine de vin,
qui couloit pour le même
peuple. On fit encore une
décharge de moufquererie &
de Canon, & enfuite le Maire
.8
སྤྱི
GALANT.
41
X
donna un
magnifique repas
aux autres Magiftrats , & à
e quantité de Gentilshommes
du voifinage , qui eftoient venus
prendre part à la réjouiffance
publique. A ce repas
fucceda le Bal , qui dura jufques
à quatre heures du matin ,
& qui finit par une danfe de
douze Bergers , qui tous avec
des bouquets champeftres.
tels que la faifon pouvoit les
fournir , les mettoient au pied
de l'Effigie du Roy, qui eftoit
en grand dans la Salle où l'on
danfa . Ils attacherent
à la ta
pifferie chacun un grand rou
Fevrier 1698.
42 MERCURE
leau , fur le premier defquels
il y avoit en lettres d'or , Di.
ligam te, Domine ,fortitudo mea;
fur le ſecond , Exurgant , &*
diffipentur inimici ejus ; fur un
autre , Quam magnificum eftnomen
tuum in univerfa terra. Un
autre portoit ces mots , Om.
nia mirabilia tua narrabo : le
cinquiéme , Exaltabo infalute
twas dans le fuivant , Cuftodi
eum , Deus , àgeneratione iſta in
fempiternum ; fur un autre , Sub
umbra alarum tuarum protgenos;
fur fun autre , Inftruit me ad
bellum virtute heroica . Le fuivant
contenoit ces mots , Po
GALANT.
43
画
fuifticum Regem,ut omni bonorum
genere affluamus. Sur le dixiéme
on lifoit ces paroles , Cunétai
via Regis benignitas funt & varitas
; fur les deux derniers , Er
ego ponam primogenitum meum
excelfum præ Regibus terra ¡ &,.
Dilexifti juftitiam , propterea une
xit te Deus oleo - lætitiafue. Onl
trouva, ces verlets tirez des
Pleaumes de la verfion des
Sepranites bien appliquez : 82
aprés que les Borgers eurent
achevé un Balet , on fervit fix
grands plats de Confitures,
de coures forces de fruits , de
citrons , d'oranges , & plu
Dij
44 MERCURE
fieurs bouteilles de liqueur.
Les marques de joye que
l'on a données à Caftres , ont
eu quelque chofe de bien fingulier
. Pendant quatre Di
manches confecutifs on a al
lumé un feu public, qui a eſté
accompagné d'un feu d'arti
fice , les Habitans en armes
ont fuivi les Confuls , qui
eftoient en habits de ceremonie.
Des fontaines de vin
ont coulé en plufieurs endroits
, tandis que des feux
eſtoient allumez devant les
portes de la plupart des maifons
; & dans toutes ces qua,
GALANT.
45
tre femaines , il ne s'eft paffé
aucun jour fans qu'il y ait eu
Bal , & d'autres fortes de ré--
joüiffances , qui ont marqué
combien cette Ville . a esté
fenfible aux avantages qu'elle
efpere de la Paix . -
La Reole en Guienne , fur .
la Garonne , s'eft auffi fort
diftinguée. Toute la Ville fee
mit fous les armes ; & aprés
I qu'on cur allumé un grand
feu de joye dans la Place publique
, iby eut profufion du
meilleur vin , & tout cela par
l'ordre & par les foins de M
de la Veiffiere , Mairè , qui
46 MERCURE
traita tout le Corps de Ville,
ce qui fuc fuivi d'un Bal pour
les Dames . ?
Le Pere Dom Gabriel le
Comte , Prieur des Benedis
ctins de la même Ville , vou- !
lant donner des marques par- »
ticulieres de la joye , choifit
pour cela le jour de la Feste de
S. Maur , Patron de fa Con
gregation . Aprés les Vefpress,
Je Pere Dom Saint Germain ,
Predicateurs de réputationi
dans ces Provinces , qui a trail
vaillé à l'inftruction des Reli
gionnaires fous les ordres de
Mile Cardinal de Bonzy ,
GALANT: 47
monta en Chaire , & prit pour
fontexte , Fac fecundum exemplar
quod monstratum est ribi in
monte. Copiez l'original qui vous
a esté montré fur la montagne..
Aprés avoir dic que le grand,
Original propofé aux hommes
n'eftoit autre chose que
le Fils de Dieu fait homme,!
élevé ſur la montagne de tou
te perfection , il fe contenta
de le contempler fous deux
qualites oppoſées à raiſon des
deux matures, & dit qu'ileſtoic
tour à la fois & Sujet & Sou
verain ; qué comme Sejet il
eftoit l'exemplaire de tous les
ๆ
48 MERCURE
Serviteurs de fon Pere , &
comme Souverain , le modele
de tous les Maiftres des Peuples
; que Saint Maur l'ayant
regardé dans fa fujettion , avoir
copié fon obeiffance , &
s'eftoit rendu l'image d'un
Dieu paciffant , & que le Roy
l'ayant confideré dans fa Sou
veraineté en faifant la Paix',
avoit imité fa charité , ce qui
faifoit voir dans ce Monarque
la parfaite image d'un Dieu
compatiffant. Voicy à peu
prés comme il entra en matiere.
Les Orateurs , dit- il , ont
établi pour regle¡ qu'on ne doit
jamais
GALANT:
49
1
1
jamais louer une perfonne par
rapport à une moindre , ny même
à une égale. Ce feroit prefenter
d'abord une idee
defavantageufe
defon excellence Pour ne poiut la
ravaler , il faut toujours l'affocier
avec ce qu'il y a de plus grand.
Qu'y at- ilfur la terre de plus
grand que Louis XIV ? Fut il
méme jamais parmy les Monarques
quelque Peros qui l'ait éga
lé? Les Cyrus , les Alexandres,
les Cefars difparoiffent en fa prefence.
Tertullien a dit qu'un
Roy tient le milieu entre les
creatures & le Createur , infe.
rieur à Dieu feul , ſuperieur à
Fevrier 1698.
E
50 MERCURE
tout homme , folo Deo minor ,
omni homine major , & cegrand
Pape, Saint Gregoire, a écrit ,
qu'autant que les Rois font
au deffus des Peuples , autant
un Roy de France eft élevé au
deffus des autres Rois . S'il eft
ainfi , Meffieurs , que devonsnous
penfer de Louis leGrand,
qui furpaffe même les Rois de
France , en qui les Clovis, les
Charlemagnes , les Henris fe
trouvent réünis , qui fur la
telte de tous eft affis comme
fur le haut d'une échelle de
gloire, Soleil pour l'affemblage
de tous les rayons , Mer
GALANT . ན་
par le concours de toutes les
caux , Digue vers laquelle
tous les fleuves tendent , où
s'arreftant
& groffiflant
, ils
remontent en partie fur les
illuftres Ayeux qui l'ont de
vancé, & en partie ils coulent
pour remplir le fein de ces
jeunes & charmans Princes
qui viennent aprés , dés à prez
fent les delices des François,
pour l'avenir le fondement
toutes nos efperances ? Puis
qu'il n'y a rien parmy les hom
mes , dont la comparaiſon
puifle fournir la jufte idée de
la grandeur de Louis , il fant
Eij
52 MERCURE
avoir recours aux rapports
qu'il a avec Dieu . même , fouverain
exemplaire de tous les
Souverains ; & n'apprehendez
pas que je tombe dans l'Idolatrie
, ny que je transfere à
un Prince qui fe reconnoist
mortel , l'honneur dû à Dieu
feul, immortel, infini , étenel ,
Ce que je prétens , & que tout
homme raifonnable trouvera
tres jufte , eft de chercher
Eloge de l'image dans l'admirable
reffemblance avec
fon prototype. Dieu dont la
gloire propre qu'il ne cede à
perfonne , eft d'eftre le SeiGALANT:
$ ?
gneur des Seigneurs & le Roy
des Rois , fe fait neanmoins
3 un plaifir de copier fur les
Oints qu'il choifit pour commanderaux
hommes , les pers
fections de fa fouveraineté.
Il leur fait part des grandes
Equalitez neceffaires pour
le
fage gouvernement des Peuples
; il imprime dans leurs
1 ames les fentimens de fa bonté
envers ceux même qui enrreprennent
fur.les droits de
leur Empire. C'est ce que nous
admirons dans l'ouvrage de
Ela Paix en la perfonne deLouis
le Grand. Ce Monarque ins
E iij
$4 MERCURE
comparable fait voir qu'il éta
blit toure fa gloire dans la
parfaite imitation d'un Dieu
de Paix , & dans la pratique
d'une imagnanime charité ,
qui ne peut convenir qu'à une
ame divine, charité prévenante,
charité perfeverante, charité
triomphante , charité qui
prévient genereufement , qui
perfevere infatigablement ,
qui triomphe glorieufement .
Voila un crayon groffier du
Portrait de Louis le Grand, en
faifant la Paix . Donnez- moy le
tempsd'yajoûter des couleurs.
Ces couleurs furent fort
vives & appliquées avec des
GALANT
. 5$
4
traits d'éloquence
, dont tous
les Auditeurs
furent charmez,
1aprés
quoy les Religieux
de
ce Convent chanterent
le Te
Deum. Afin qu'il ne manquaſt
rien à la fefte , elle finit par un
tres -beau feu d'artifice
fur le
rivage de la Garonne , où l'on
avoit élevé une eftrade de 12,
pieds en quarré. Une galerio
peinte en marbre regnoît
rout autour ; on voyoit au mi
lieu un donjon couvert d'une
Fleur de lis , reprefentant
la
France. Sur le haut ce verfet
du Prophete, Protexit me Deus
in die belli , & plus bas ces paro
E iiij
56 MERCURE
les , Fortes funt circumdantes
me ,fed egafortior , parce qu'il
y avoit une tour découverte
à chaque coin de l'eftrade ,
reprefentant l'Empire , l'Efpa
gne , l'Angleterre & la Hollande
. Au devant de chaque
face de la galerie on avoit pla .
céun écuſſon . A celuy de Fran
ce on avoit mis pour devife
Confiderare quomodo lilia crefcunt,
par rapport au Mariage de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
avec Madame la Princeffe
de Savoye , les deux écuffons
n'en faifant qu'un, & pour
devife , Pax nos adunavit, Aux
1
57 GALANT.
armes de la Congregation de
1 Saint Maur , qui font Pax &
une fleur- de- lis , on mit Pax
ubique refulget . Enfin au Prieuré
de la Reole , appellé S. Pierre
ayant un livre ouvert , avec
deux clefs d'argent en fautoir
eftoient ces paroles Claves bels
la daudunt & pacem aperiunt.
Plus bas on avoit appliqué
quatre machines rondes à feu
• couvertes chacune d'un Soleil
. Dans le premier on liſoit
Surgo ut benefaciam ; dans le fecond
, Nunc luceo & non uro
dans le troifiéme , Radios mitto
ponfulgura; dans le quatrième,
58 MERCURE
Afpectus meus paris gaudium Au
haut du Donjon il y avoit une
Renommée avec ces paroles,
annuntia in clamore Pacem . Tout
cela eftoit de la meditation
de M l'Abbé Maiſon , Curé
de Caftelnau dans le Dioceſe
de Bazas . L'artifice contenoit
des gerbes de fuzées qui for.
toient des quatre Tours ,grand
nombre de petards , de ferpenteaux
, de lances à feu , des
fufées étoilées , & c . Sur la ri
viere on voyoit plufieurs bat
teaux remplis de Moufqueterie
qui fit diverles décharges.
Les illuminations qui estoient
GALANT: $9
dans ces bâtimens , multipliées
par la reflexion de l'eau , imprimoient
une joye fenfibledans
l'ame de tous les Spectateurs,
& on renouvelloit fouvent les
cris de Vive le Roy.
J'ay commencé ce nouvel
Article de réjouiffances par
une Ode fur la Paix ; je le fi-
5 niray par une autre de M' de
Bétoulaud , que le Roy a receue
tres-favorablement .
F
A LA PAIX.
ODE.
Ille du Ciel , que la Guerre
Malgré vos divins attraits ,
60 MERCURE
Vint exiler de la Terre ,
Revenez, aimable Paix .
LOUIS touché de vos charmes
Aprés toutes vos allarmes ,
Veat vous revoir aujourd'huy.
Venez brillante de gloire ,
Ne craignez plus la Victoire ,
Que vous voyez prés de luy . '
2
Auffi vainqueur de loy- mefme
Que de tous les ennemis ,
A la clemence fuprême ,
Son grand courage eft foûmis .
Venez voir comme il prefere
En genereux , en vray Pere ,5
L'Olive aux Lauriers divers .
Sous le poids de fes Trophées ,
Les Hydres font étouffées ,
Aux yeux de tout l'Univers.
0
2
Loin du fuperbe Versailles
GALANT. 61
Il alloit , femblable à Mars ,
En foudroyant cent murailles,
Affronter mille hazards.
Là , de fon bras redoutable
Partoit le trait effroyable ,
Qui brifoit Namur & Mons ;
Là Philisbourg , à la veuë
De l'Aigle toute éperduë ,
Tomboit fous fes bataillons.
$
Icy Marfaille & Nervinde ,
Stinkerque & mille autres lieux
Plus loin que l'Hidafpe & l'Inde ,
Portoient fon nom glorieux.
En ces combats fi terribles ,
Quel choc & quels flots horribles
Du fang qu'on voyoit courir Á
Quelle ardeur , quand nos Armées
Par çe Héros animées ,
Voloient pour vaincre ou mourir
2
62 MERCURE
Des affauts de Barcelonne
Que fon grand coeur ordonnoit ,
La Parque avide & felonne
Elle même s'étonnoit,
Malgré l'Ibere indocile ,
Chaque Chef fut un Achille,
Chaque Soldat un Lyon.
Jamais le Dieu de la Thrace,
Ne vit de pareille audace ,
A l'attaque d'Ilion .
S
C'eft LOUIS qui fur les ondes
Guidoit nos Jafons nouveaux,
Quand du butin des deux Mondes
Ils chargerent fes vaiffeaux ,,
De Smyrne , & de Carthagene
La riche dépouille à peine
Peut fe nombrer fur nos bords.
Neptune luy même admire ,
D'avoir jufqu'en nôtre Empire,
Pû porter tant de Threfors .
GALANT: 63
&
Mais aux Campagnes ouvertes
Sous les heureux étendarts ,
Oùles Palmes les plus vertes
Le combloient de toutes parts ,
O Paix , c'étoit vôtre attente ,
Qui de fa main Triomphante
Sans ceffe animoit les coops.
Vous caufiez ces grands fpe&tacles ,
Et tant de fameux miracles
N'ont efté faits que pour vous,
2
De fa puiffance invincible vol
Quel n'euft pas efté le fruit !
Mais fut- il jamais fenfible
Qu'au feul bonheur qui vous fuit ?
Pour la gloire d'un Augufteb
Toûjours fi bon & fi jufte pas !I
Dans les plus vaſtes deffeins,
Qu'estoient & les Places prifes,
Et les Provinces conquifes ,
Au prix du bien des humains?
64 MERCURE
$
Tel qu'aprés la nuë affreuſe
Le Soleil épure l'air ,
Et change en rofée heureuſe
Et le tonnerre , & l'éclair ;
Tel malgré toute la rage
De l'épouvantable orage ,
Ce magnanime Héros
D'un trait , & d'une parole ,
A de l'un à l'autre Pole
Calmé la Terre , & les flots.
•
Luy feul arrache à Bellone
Tous ces brandons enflamez ,
Que les Soeurs de Tifiphone
Avoient par tour allumez ,
Laffé de leurs barbaries
Il chaffe enfin les Furies
Meres des fiécles de fer .
Confufes de voir renaître
L'Age d'Or qui va paroître ,
Elles rentrent dans l'Enfer.
GALANT. 65
Loin de nous , Guerre homicide ,
Source de tant de malheurs ,
L'Univers fous nôtre Alcide ,
Neverra plus que des fleurs.
Déja l'aimable innocence ,
La Juftice & l'Abondance ,
Se raffemblent à fa voix ;
Je les vois s'unir entre elles ,
Decent chaînes eternelles
Sous le plus grand de nos Rois.
2
En nos champs , & dans nosVilles
Revenez donc , douce Paix ,
A nos efprits plus tranquilles .
Faire goûter vos bienfaits.R
Revenez avec les Graces, lai 2
Qu'on voit toujours fur vos traces .
Et vous, revenez, beaux Arist
Pour LOUIS tous pleins de zele
Prenez une Ame nouvelle v
Au premier de fes regards.
Février 1698.
66 MERCURE
2
Que nos Naïades fi vives
Ajoutent cent jets bruyans,
Et cent napes fugitives
A fes jardins verdoyans.
Que nos plus rares Apelles.
Le peignent en traits fidelles ,
Tel qu'on peint le Roy des Dieux ;
Et qu'un nouveau Galilée
Ouvre la voute étoilée ,
Et tout l'Olimpe à fes yeux.
3 .
Pour moy , fi j'avois la Lyre
Qu'avoit le Chantre Thebain ,
Et le Jafpe & le Porphire ,
Suivroient les fons de ma main,
Imitant ce vieux exemple ,
Eux-mêmes feroient un Temple
Pour ce Héros immortel ,
Et la valeur , la fageffe ,
Y feroient fumer fans ceffe
De l'encens fur fon Autel .
GALANT: 67
S
Mais quel monument éléve
Mon inutile ſouhait ?
Par la Gloire qui l'acheve ,
Ce Temple eft déjà tout fait ,
Je l'aperçois , fa matiere
N'eft qu'Or & pure lumiere
Où nos Neveux éblouis ,
D'une image plus qu'humaine,
Pourront foutenir à peine
Tous les rayons de LOUIS,
Avant que de vous envoyer
ce que je vous promis
il y a cinq ou fix mois fur le
détail de l'Algebre , je croi
que vous ferez bien aife de
voir la pièce qui fuit . Vous y
trouverez des réglés pour
Fij
68 MERCURE
perfectionner les plus importantes
Methodes que cette
fcience ait fournies & des
moyens pour les diftinguer de
celles qui ne font pas veritables
, quoi qu'approuvées
par plufieurs Auteurs celebres.
L
A MONSIEUR
P
DE S. YVOINE.
Uifque la Methode des
CalcadesAlgebriques
eft
le principal fujet des objec
tions qu'on vous a communiquées,
il eft neceffaire , avant
GALANT. 69
d'y répondre, de donner quel
que idée de cette Methode.
Toutes les propofitions de
Mathematiques le rapportent
à des égalitez, & ce n'est que
dans la maniere de les refoudre
que confifte l'Algebre.
Toutes les égalitez fe reduífent
à celles qu'on appelle
Determinées , & ce genre d'égalitez
eft le premier objet de
la Methode des Cafcades.
Ainfi l'Auteur n'a pas eu befoin
de fabriquer des Quel
tions pour en marquer l'utilité
; mais il a eu befoin de former
les régles qui la compo
70 MERCURE
fent pour refoudre des Quel
tions qui fe prefentent lespremierés
quand on entreprend
de perfectionner les Mathematiques
, & qui font autant
de termes où le reduiſent toutes
les autres Questions que
l'on y peut propofer . La refolution
des égalitez n'eft autre
chofe que l'invention de toutes
leurs racines , & l'on peut
dire que la methode des Caf
cades y fatisfait pleinement ,
elle découvre
les racines pofitives
& les negatives , égales
& inégales , en nombres entiers
& en fraction, rationnelGALANT.
71
les & irrationnelles , reelles &
imaginaires. S'il y a de l'impoffibilité
, elle en trouve
la meſure , & fait connoître
ce qu'il faut ajoûter ou retrancher
pour que la queſtion foit
poffible. La maniere d'operer
eftfi reglée qu'il n'eft jamais
neceffaire de hefiter un mo
ment pour fçavoir quel parti
on doit prendre , & l'on voit
auffi des perfonnes peu avancées
en âge qui s'en fervent
aifément pour refoudre les
égalitez les plus impliquées
quiont resté propofées fur ce
fujet. Cette Methode avec fes
72 MERCURE
abregemens eftdu moins auffi
courte que les autres methodes
qu'on a publiées pour refoudre
les égalitez du troifiéme
degré , & beaucoup plus
abregeante pour lequatrième ,
S'il s'agiffoit des autres degrez
au delà il n'y a plus de comparaifon
, parce qu'il n'en paroît
point d'autre qui foit fuffifante
pour les refoudre ni qui en
approche , & même il y a des
égalitez du troifiéme & du
quatrième degré où ces me
thodes fe trouvoient infuffi
fantes. Les démonftrations
qu'on a publiées pour l'ap
puyer
GALANT.
73
1
puyer ne font point dans l'état
où elles fe trouveront
quand on aura reduit la Theorie
de l'Algebre à des propofi
tions fimples , mais elles font
fuffifantes
pour s'a s'affeurer de
fon infaillibilité , & pour reduire
en Art les régles qui la
E compofent .Cependant il fem.
bleroit par les fuppofitions
qu'on vous a faites , que cette
Methode auroit befoin d'apologie
, & que d'autres per.
fonnes foûhaiteroient encore
des régles & des détermina
tions pour la perfectionner.
Voici une partie de ce que je
Février 1698. G
74 MERCURE
pourrois répondre aux uns &
aux autres.
PREMIERE OBJECTION.
La Methode des Cafcades ne
determine point de limites ex.
trémes qui foient fpecifiques
pour chaque degré.
Réponse. Les limites extrémes
que determine cette Me.
thode ,font fuffifantes pour la
refolution des égalitez . Mais
fi l'on en veur qui foient fpecifiques
& qui determinent la
realité des racines pour cha
que degré , en voici la régle.
GALANT 75
1. Si l'inconnue eft Z , on
divifera l'égalité proposée par
Z, moins X, jufques à ce que
le refte n'ait Z , qu'au premier
degré, & on le rejettera . 2°. On
fuppofera que le quotient eft
égal à zero , & cette égalité
foir appellée N. 3 °. On fubftituera
dans N , la feconde hypotheſe
moyenne qui confervel'entrefuite
reguliere desfignes
au lieudex , alors l'égalis
té reſultante auratoûjours une
racine qui pourra eftre priſe
pour la grande hypothéfe ,
& qui fera facile à diftinguer.
4.On fubftituera la penultić
G ij
76 MERCURE
me des hypothefes moyennes
au lieu de X , dans l'égalité N,
& la refultante renfermera
T'autre hypothéfe extréme.
Remarques. Premierement
fi l'on fubftitue toutes les hypotheſes
moyennesà la fois au
lieu de X , dans l'égalité N , la
refultante renfermera lesdeux
hypothefes extrémes , & cette
refultante fera de mefmegenre
que la Caſcade de la propofée,
quoique fouvent d'un degré
plus élevé. Secondement,
pour avoir une égalité com
me N , fous une autre forme ,
on augmentera la feconde ou
GALANT. 77
ela penultiéme des hypothéfes
moyennes , d'une indetermi-
Inée H , & la fubftituant ainfi
augmentée au lieu de l'inconnuë,
on rejettera les deux derniers
térmes de la refultante ,
enfuite on divifera les autres
termes par HH , & celle qui
en viendra fera le même effet
que N.
me cette régle eft fondée fur
les proprietez des racines é
gales, conformément à ce qui ,
en a efté dit dans la demonftration
des Caſcades , on peut
auffi l'abreger & la perfection.
ner par la même voye. On
Troifiémement, com-
Gij
8 MERCURE
peut encore la diverſifier , enforce
que s'il ne fe failoit point
de divifion , & qu'on fiſt évanoüir
l'inconnuë Z , la reduite
fe trouveroit divifible par le
quarré de la Caſcade , &c.
Quatrièmement
, on peut voir
par l'énoncé même de la régle
qu'il doit y avoir du moins
trois racines réelles dans la
propofée , & l'on prouvera
ailleurs que fans cela il eft impoffible
de trouver des hypo
thefes extrêmes qui fourniffent
la determination
des ima
ginaires . Mais fi l'on n'y veut
point cette condition , l'on n'a
GALANT. 79
qu'à retrancher
le dernier ter
me de la propofée
, lorsqu'il
&c . Cinquièmement
,fi cette
régle eft appliquée
aux égal
litez du troifiéme
degré qu'on
appelle irreductibles
, conceues
fous leur forme ordinai
re , on s'appercevra
d'abord
que les limites extrêmes
font
doubles de limites moyennes
que fournir la Caſcade, Si
dans le même cas on conçoit
que la proposée
eft produite
par deux égales , une du prez
mier degré & l'autre du fe
cond , la Calcade de celle- ci
determinerale
cas où les raci
G iiij
80 MERCURE
nes font toutes réelles & ĉette
determination fournira
auffi les limites extrêmes de
la propoſée.Par la même voye
on trouvera celles des autres.
cas generaux du même degré ,
&faifant fervir fucceffivement
les determinations de degrez
inferieurs aux degrez fupe
rieurs par le moyen des pro
duifans, on formera uneTheo .
rie confiderable pour chaque
degré particulier , qui fournira
des régles abregeantes ,
& qui aura d'autres avanta
ges . Sixièmement, ayant trou .
vé des limites en termes geGALANT:
81
neraux rien , n'empefche de
prendre des milieux accomdans
entre deux de ces limites,
pourveu qu'elles foient
immediates , & de faire fervir
ces milieux pour trouver des
formules autant qu'on vou.
dra , felon ce qui a efté dic
dans les Memoires de l'Aca.
demie du 15. Mars 1692. par
lefquelles on pourra avoir des
hypothefes auxiliaires quand
on voudra pourfuivre les ra
cines par de grands intervales,
foit pour trouver celles qui
font exactes , ou bien pour
l'approximation des autres
&c.
82 MERCURĒ
SECONDE OBJECTION.
Il n'eft point dit dans la derniere
Régle des Cafcades , combien
de zéros il faut mettre au fecond
terme de l'égalité pour
s'affeurer i les racines que
Fon pourfuit fontreelles ou ima
ginaires.
Réponse. Cette objection ne
conclud rien contre l'infailli
billité de la Methode , mais
elle tend à la perfectionner
confiderablement , & il eft
bon d'y répondre par des ef.
fets.
GALANT.
83
On peut toûjours exclure
les racines défaillantes de la feeconde
efpece par le moyen
d'une régle que M. R. a donnée
dans fon Traité d'Algebre
pages 141. & 142. & ces racines
eftant exclues quand elles
font irrationnelles
, on peut
determiner combien il fau
droit de zeros au plus pour
conclure fi les racines font
réelles ou imaginaires , &c.
Car il fuffit toûjours d'en introduire
aufecond terme deux
fois autant qu'il y a de carac
teres au nombre qui compofe
le plus grand coefficient , &
84 MERCURE
raifons
comme il y
il y a y. a 4. ou 5.
principales
qui concourent
pour former certe determina
.
tion, chacune peut fournir des
abregemens à mesure qu'on
voudra augmenter les precepres.
Par exemple , au lieu du
plus grand coefficient que
l'on defigne icy , on peut pren.
dre la plus grande racine des
égalitez qui fe forment , en
fuppofant que la puiffance
inconnue de chaque terme
eft égale à fon propre coeffi..
cient . Et comme il ne s'agit
que de la multitude des cara .
cteres on peut enjuger facile,
GALANT: 85
ment fans faire aucune ope
ration , parce que toutes ces
égalirez ainfi fuppofées n'ont
point de termes moyens .
On
p
peut encore trouver
des determinations pour le
même fujet en introduifant
dans une égalité toutes les
differences des racines de la
propofée & en comparant
cette égalité , celle des reful ,
tats ,la propofée & la Calcade,
chacune à chacune avec des
principes qu'on a marquées
dans les memoires de l'Aca
demie du 15. Mars 1692. On
pourroit auffi abreger l'ope ,
86 MERCURE
ration touchant les caracte
eres commençans & excedans
qui ont fervi à cette quatriéme
régle des Caſcades , mais
ils deviendront inutiles à cet
égard , quand on aura la determination
la plus élegante
du nombre des zeros qu'on
doit mettre au fecond terme,
& d'ailleurs il fuffiroit pour
l'ufage ordinaire , de pourfuivre
juſques à ce que l'on ait
deux hypotheſes en fractions
décimales , dont les numerateurs
foient réels , & qui ne
foient differens que de l'unité.
GALANT. 87
III. OBJECTION.
flele
On est toujours affeuré de trou.
geover les racines des égalitez par
moyen d'une régle que Ste.
¿ win a donnée , enfuite des éga
elite primitives du quatrieme
degré dans fon Algebre
comme cette régle eft plus commode
que la Methode des Caf
cades , on doit lapreferer , &c.
Réponse . Il y a des égalitez
ou cette régle eft veritable ,
mais dans ce même cas la Me.
thode des Cafcades eft auffi
commode & toujours plus
88 MERCURE
expeditive , à caufe des moities
accommodantes
& des
autres moyens abregeans
qu'elle preferit , & l'on peut
voir auffi dans le detail de
l'objection , que ceux qui la
propofent ont preferé cette
derniere Methode à la régle
de Stevin pour ce qui regarde
l'operation. Mais ily a infini
ment plus d'égalitez où cette
régle ne découvriroit point
les racines & jetteroit dans
l'erreur , que d'égalitez ou
l'on peut en tirer quelque
avantage , & il n'y a aucun
degré au delà du premier
GALANT. 89
qu'on puiffe refoudre à fonds
par cette Methode . Voici
quelques unes des voyes par
lefquelles il eft aifé de trouver
des égalitez de differens
ordres autant qu'on voudra
où cette régle eft toujours
fauffe.
1º . Si l'on prend deux termes
confecutifs tels qu'on
voudra , de la progreffion de
cimale dont Stevin s'eft fervi
pour cette régle , & qu'on
forme arbitrairement une
égalité de degré paír donc
-toutesles racines réelles foient
comprifes entre ces deux ter-
Fevrier 1698. H
90 MERCURE
mes , loin de trouver aucune
de ces racines, ou d'en approcher
par la régle de Stevin , on
s'en éloignera de plus en plus
à l'infini à mesure qu'on pour
fuivra , felon cette régle.
D'où l'on peut conclure
que fi la propofée eftoit de
degré impair, & que toutes les
racines réelles fuffent entre
deux termes confecutifs , la
régle ne pourroit en découvrir
qu'une feule & même il
ya a des cas oùelle n'en décou
vriroit point du tout . Enforte
que pour trouver toutes les
racines par le moyen de cette
GALANT.
régle, il faudroit que chacune
fe trouvât feule entre deux ter
mes immediats de la progref
hon, & qu'aprés en avoir trouvée
une,Stevin euft preferit de
fubftituer fucceffivement les
autres termes , ce qu'il n'a
point fait , ou bien de divifer
la propofée par l'inconnue
moins la racine trouvée , mais
cette derniere maniere ne
vaudroit point l'autre , quand
les racine'sfont irrationnelles,
&tous ces expediens ne raccommodent
preſque rien de
fa régle.
2. De cela feul que Stevin
Hij
92 MERCURE
n'a point fixé le plus grand
terme de la progreffion , on
peut fentir que cette régle eft
tres -defectueule ; car une régle
doit faire appercevoir que
les limites ne font pas infinies
quand l'égalité eft bornée..
Mais en fixanc le premier
terme à l'unité , comme l'a
fait Stevin , on ne trouvera
jamais par fa régle toutes les
racines qui font au deffous, &
fi on vouloit fixerle plusgrand.
terme d'une maniere qui ne
fuft point relative à l'égalité
propofée , on n'éviteroit pas
les autres inconveniens que je
GALANT. 93
J
viens de marquer , à caufe de
la progreffion qui le forme.
roit entre ces deux limites ,
& il en arriveroit d'ailleurs ,
qu'on ne trouveroit jamais
les racines qui furpaffent le
plus grand terme. Ainfi ce
feroit ne rien rabatre des défauts
de la régle & en ajoûter
d'autres plus confiderables.
3° Si au lieu de cette pro..
greffion on fixe une fuite de
nombres comme on voudra ,
afcendante & defcendante ,
en entier ou en fractions , pofitifs
ou negatifs , rationnels
ou irrationnels , &c. & qu'on .
94 MERCURE
s'en ferve comme Stevin &
d'autres Auteurs s'en font fer
vis , on pourroit appliquer les
moyens precedens à chacune
de ces progreffions , pour en
conclure que la Régle feroit
toûjours tres- infuffilante
On peut voir par la premiere
demonftration des Cafca des ,
l'origine de tous ces inconve
niens & de beaucoup d'autres,
oùl'on tomberoit fuivant cette
regle , & felon la methode
que M' Viête a donnée fur le
même fuer. L'on peut s'affu
rer auffi par cette demonftra
tion que ce feroit une double
GALANT: 95
faute de conclure que les limi
res ou hypothefes font trop
grandes , de cela feul qu'elles
donnent un refultat politif, &
trop petites quand leur refultat
eft negatif.
Quelques Auteurs habiles
n'ayant point fait affez d'at
tention à la méthode des Caf
cades ,y ont encore introduit
d'autres erreurs par leurs ra
finemens. Selon les premiers
on ne trouveroit point les ra
cines rationelles , fuivant les
autres on ne découvriroit ,
point les racines negatives , &
les uns & les autres ont cela
2
96 MERCURE
de commun, qu'ils ne trouveroient
point des racines réelles
, pofitives , ny negatives.
d'une certaine efpece , quoy
qu'il y en ait dans tous les degrez
au -delà de troifiéme , &c .
Ainfi , on ne devoit point juger
par leurs écrits des Methodes
de M' R. comme quel
ques uns l'ont fait.
Pour les objections qui regardent
les nombres entiers
je vous diray feulement que fi
l'on fe fert de la Methode que
M' R. a donnée dans fon Traité
d'Algebre page 70. & que
l'on exprime trois diviſeurs &
leurs
1
GALANT. 97
leurs quotiens en termes generaux
, ou qu'on obferve la
fuite des operations , on verra
naiftre un Canon pour prati-
• quer cette Methode par l'Arithmetique
ordinaire , & parce
que la recherche d'un diviſeur
commun n'eft qu'un
cas de cette Methode , comme
il a dit dans les pages 77.
&78. on verra auffi comment
les quotiens peuvent fervir à
I la compofition du divifeur
commun.
Pour éviter les fractions
dans les divifions litterales on
peut auffi ſe ſervir de ce qu'il
Fevrier 1698,
I
98 MERCURE
a dit dans le même Traité
pages 166 , 177 , & c. mais il faut,
laiffer à d'autres Auteurs le
foin de féparer ces fortes de
regles , & de les ériger en Methodes
nouvelles , pour en
compoferleurs ouvrages.
IV. OBJECTION.
Chaque égalité a des limites qui
luy font propres , & desformales
quifourniffent les Methodes
les plus abregeantes . Ainfi la
Methode des Cafcades doir
eftre rejettée , ce que l'on fera
voir, f.
Réponse . 11 fembleroit felon
GALANT.099
cette objection , que l'Au
theur auroit déja donné au
Public autant de formules que
d'égalitez mais comme il y en
a tres peu , on veut croire qu'il
ne parle que des formules qu' .
il donnera un jour , & déjà
l'on peut voir que toutes les
formules dont les hommes
font capables fur ce ſujet , ne
peuvent point entrer en comparaiſon
avec une Methode
generale en ce qui regarde la
perfection des Mathematiques
, & qu'il feroit beaucoup
plus facile d'apprendre & de
retenir cette Methode gene
I ij
100 MERCURE
rale , que huit ou neuf regles
particuliéres ſeulement .
Cependant il y en a qui peuvent
eftre utiles ; ce que M
R. a reconnu dans fon Traité
d'Algebre , page 152. où il fe
propofe d'en faire jufques au
fixième degré , & aprés tout ,
cet Auteur ny ceux qui propofent
l'objection , ne doivent
pas le mettre dans l'efprit de
faire des formules generales
pour chaque degré , ny exacses
ny approchantes , fans fup.
poler les limites que fournit la
Methode des Caſcades , parce
qu'il n'y a point d'autres limiGALANT.
Ior
tes qui foient propres aux éga
litez , & qu'elles font toûjours
neceffaires pour les bonnes
formules. Quelquefois ces li
mites fe découvrent par d'au,
tres voyes , & on le peut aifément
, jufques au quatrième
degré , mais elles doivent eftre
conformes à celles de la Me,
thode des Caſcades.
s .De plus , il n'eft pas poffible
de faire des formules exactes
lorfque les égalitez font de
degré pair , & qu'elles renfer
ment plus de deux racines
réelles. Cela eft encore impof-
Lible pour les degrez impairs,
I iij
102 MERCURE
gles
lorfqu'il y a plus d'une racine
réelle. Ainfililoya infiniment
plus d'égalitez où ces formu→
les font impoffibles , que d'é .
galitez où elles font poffibles;
& dans ce dernier cas les réz
les que fourniroient ces for
mules fe trouveroient fi impraticables
au delà du qua
triéme degré, que l'on auroit
plûtoft refolu trente égalitez
du cinquième degré par le
moyen des Caſcades, que d'en
refoudre une feule par la voye
de ces formules , toutes choles
d'ailleurs eſtant égales .
Pour les formules d'appro
GALANT
103
zimation , on peut en faire
autant qu'on voudra • qui
foient nouvelles & mêmes
atiles , mais ce ne fera point
par les voyes qui ont efté tant
de fois pronées jau ſujet delquelles
on nous a fait de fi
grandes promeffes . Tout ce
qui fe trouve de confiderable
dans ces voyes là fe trouve
auffi par les voyes naturelles
avec une grande facilité , &
l'on y trouve encore diverſes
fuites de formules bien plus
avantageufes .
*
A
Ở HN
C
Je ne répons pas à l'objec
tion qu'on a faite pour relever
I itij
104 MERCURE
une pretenduë Methodé de
faire évanouir un terme
moyen tel qu'on voudra jufques
au dixième degré par
une voye dont M. R. s'eft fervi
plufieurs fois dans les Ouvrages
pour de meilleurs fujets
, fuivant lefquelles il faut
transferer des termes recipro
ques , & c. Parceque cette
Methode combat le deffein
des Algebriftes en ce qu'elle
fait revivre beaucoup plus de
termes qu'elle n'en fait évanoüir
, & qu'elle donneroit
fouvent des formules imaginaires
au delà du troifiéme
GALANT. 10s
degré, quoi qu'il y euft des
racines reelles dans la propofée,
ou bien il faudroit y faire
un ſupplement confiderable ,
& l'on voit auffi que l'Auteur
n'en tire aucun avantage pour
la refolition des égalitez. La
Methode des Caſcades décou
vre tous ces défauts.
Je ne vous diray point com .
ment on a effayé d'incorporer
des Methodes de M.R.qu'on
n'a pu déguifer, avec d'autres
Methodes fort defectueules ;
comment on a tourné en re
marques des régles de fa façon
qui font effentielles
pour
to6 MERCURE
l'Algebre ; comment l'on a
tourné en régles , quelques
confequences qu'on em acti
rées
, pour le les attribuer &
qui ne font nullement neceffaires
pour la certitude ni pour
l'univerfalité des Methodes
aufquelles on les veut faire
fervir, comment on a changé
les termes de cet Auteur fans
tirer aucun avantage de ce
ce changement, & pour faire
croire que fes Methodes ne
font pas nouvelles ; parceque
j'aurois quelque honte de
defcendre dans ces minuties,
& de faire voir que des gens
GALANT. 107
qui ont de l'esprit & de l'erudition
ayent efté capables de
cet amuſement. Mais il y a
encore une fuppofition confiderable
par le concours
;
laquelle on doit quelque ré
ponſe.
V.
La Methode de ION.
Cascades n'eft
pas nouvelle , MR. n'a fait
autre chose que luy donner un
nom , &c.
Réponse. Il femble qu'il foit
inutile de répondre à cette
objection , & c'est ainsi qu'on
l'avoit cru jufqu'à prefent.
108 MERCURE
Mais l'on apprend qu'elle a
ſervi pour détourner bien des
gens des veritables voyes , &
que faute de fçavoir ce qui
en eſt , ils ont crû de la trouver
dans des livres où elle ne
fut jamais , ce qui les a enga
gez à une étude infructueufe.
Ainfi il eft bon de marquer
que l'on n'en convient pas.
Auffi- tôt que cette Methode
eut paru en public , quelques
Mathematiciens habiles effayerent
d'y trouver des exceptions
, mais quand ils en
eurent vu la premiere demon .
ftration , ils ne s'en occupe
rent que pour trouver les
GALANT. 109
moyens de l'attribuer à d'autres
Auteurs . Il y en a qui dis
foient que le Traité de M. R.
ne renfermoit rien de nouveau
;&d'autres, commeM² C:
dans fon Livre de la Science
generale des Lignes courbes ,
qui pretendoient que la Me
thode des Cafcades defcen
doit en ligne directe de la
Geometrie de M ' Defcattes ,
comme de fon principe le plus
immediat , & dans ces derniers.
temps un autre Mathemati
cien a écrit que M. [ R. avoit
formé cette Methode fur le
calcul differentiel dont elle n'eft
110 MERCURE
qu'un déguisement, &c.Cepen
dant je ne crois pas que M
de Leibniz à qui on attribue
Finvention du calcul diffe
rentiel vouluft eftre du fentiment
de ce Mathematicien ,
car il a dit dans le Journal des
Sçavans du 30. Aouft 1694.
que le Public n'a pas encore le
moyen de trouver les racines du
cinquième degré & au delà , &
il est facile de voir les confequences
de cette declararion,
Pour moy , il me paroift
que le peu de la Methode
des Caſcades qui pourroit
s'expliquer par les voyes du
GALANT. HE
calcul differentiel s'explique .
roit beaucoup mieux par les
Methodes de Mrs. de Fermat
& Hudde , & que toutes ces
Methodes one quelque chofe
de communjenforte que char
cune peut fervir pour expli
quer les autres à cet égard,
Mais la Methode des Cafcades
eft d'une étendue & d'ub
ne utilité beaucoup plus confiderable
pour l'Algebre , &
l'on en peut voir un exemple
fur les Queſtions même de
Maximis & Minimis , qui
font le principal fujet de ces
autres Methodes . Car fi l'on
12 MERCURE
fe propofe une feule égalité
dans laquelle il n'y ait que
deux inconnues , & qu'une de
ces inconnuës fe trouve dégagée
de l'autre , pour ſe renfermer
ici dans le cas le plus
facile. Alors toutes ces Me.
thodes ont cela de commun
avec celle des Caſcades, qu'el
les fourniſſent une égalité
dans laquelle il y a une racine
qui doit produire l'effet qu'on
demande ; mais la Methode
des Caſcades , nous apprend
que de toutes les racines qui
compofent cette égalité il n'y
en a qu'une feule qui fatisfaf
fe, elle nous apprend à diftic
GALANT. 113
guer cette racine de toutes
les autres , à l'en dégager , &
enfin à refoudre la queſtion.
Ce que ne font point les me
thodes de ces Meffieurs , ni
toutes les autres Methodes
d'Algebre au delà du quatriéme
degré , ni méme pour des
égalitez d'un degré plus bas
A plus forte raifon fi les deux
inconnues fe trouvent dans
toutes les autres fituations ,
bien plus forte raiſon encore,
lorfqu'il y a plus de deux inconnues
lorfqu'il y a plufieurs
égalitez dont les incon
nies font communes , & c , u
Fevrier 1698.
K
114 MERCURE
Ce fut par l'évanoüiffement
des termes moyens que M' R.
fit la recherche des limites qui
font propres à chacune des
racines qui compofent cette
égalité , & il fut porté à cette
recherche fur l'avis qui luy fuc
I
donné par une perfonne de
merite , de la regle de Stevin,
dont j'ay parlé cy - deffus . Il en
trouva l'idée fi naturelle , qu'il
reſolut de la cultiver , & l'on
peut voir qu'il s'en eft fervi
pour fes methodes auxiliaires,
dans le 3. chapitre du 2. livre
de fon Traité. Mais comme il
n'avoit vû la methode de M
GALANT
Hudde que dans un livre , ou
elleb fc trouveroit fauffe , &
que néanmoins la demonſtra ·
von qu'il avoit déjas fur les
Cafcades luy faifoit connois
ftre que le fonds en eftoir
bon, il ajoûta quelques propofitions
à fes preuves , pour
entrer dans l'esprit de cet Aur
teur , & pour corriger ce livre
à l'égard de cette methode,
comme il paroiftspar la pres
miere de ces demonstrations,
qui fut publiée en legi. où
l'on peut voir de quelle utilité
fond coutes les progreffions
arithmetiquesfous l'expreffion
Kit
#16 MERCURE
generale Y. Y plus V. Yplus
2 V. &c. Pour s'aflurer de la
Methode de M Hudde , &
pour d'autres fujets. Si M'R.
avoit fçu dans ce temps là que
cette Methode prife dans fa
fource n'eftoit point entachée
de ces erreurs , il n'auroit pas
manqué de citer M Hudde ,
quoy que les preuves mathematiques
n'ayent pas befoin
d'eftre foutenues de l'autorité
des Sçavans pour eſtre reçuês
des perfonnes qui aiment veritablement
le progrés des
Sciences. A l'égard de l'obje
ction qu'on a faite fur les Meg
GALANT: 117
thodes que M Defcartes a
données par les effections
geometriques juſques au 6.
degré feulement , on a dit au
Journal des Sçavans , une partie
de ce qu'on y pourroit ré
pondre , & je voudrois bien
ne les point rappeller icy , ny
en dire davantage. Pour les
preuves dont il le fert , je foutiens
qu'elles peuvent eftre
folides , & conformes à celles
que les autres Geometres ont
données fur de femblables
fujets. Car fi l'on ſubſtitue les
cermes de l'Algebre au lieu
des termes d'Euclide, & des
18 MERCURE
1
aurres Geometres qui avbiche
travaillé ſur cela , on verta
renaiftre de leurs raiſonnemens
l'égalité même qui étoic
proposée comme on le voir
dans la Geometrie de cet Auteur;
& l'on peut fçavoir auf
que d'autres Auteurs , quilanc
donné aprés luy des Methodes
d'une grande étenduë ſur cela
, n'ont point cherché d'au
tres manieresde prouver quoi
que les plus zelezo partifans
ayent reconnu que toutes ces
Methodes font fort differentes
des fiennes. Mais on y pourroit
defirer un fuplement à
GALANT arg
caufe de la pluralité des raci
nes & de leurs differentes ef
peces , & c .
On peut dire auffi que ces
regles de M' Defcarres pour
roient contribuer en quelque
choſe pour résoudre les éga
licez indéterminéesjufques au
6 degrés cependant pour les
refoudre toujours felon l'intention
de cet Auteur , & des
autres Geometres , ce feroit
une entrepriſe beaucoup plus
difficile , que de remplir tous
les projets qu'on a faits dans
ces derniers temps fur les li
gnes courbes. Celuy de Dio.
120 MERCURE
phante y ferviroit , mais ce
qu'on y a fait eft fort peu de
chofe en comparaison de ce
qu'il faudroit faire , Toutefois
on fuppofe que M' Defcartes
a donné une Methode generale
pour refoudre par Geometric tow-
Les les égalite indeterminées ,
dont on ne doit pas eftre furpris
, aprés avoir vû , dans les
Journaux & ailleurs , tant d'autres
fuppofitions , qui ne font
pas plus vray femblables , &
qui femblent n'avoir efté faites
que pour fervir au commerce
des fuffrages .
Il fe trouve des regles fi défectueules,
GALANT: 127
fectueuses , que pour chaque
exemple où elles réüffiffent ,
il y en a une infinité où elles
jetteroient dans l'erreur. Il y a
encore des propofitions , &
même de prétendues metho
des fi generalement fauffes
qu'il n'eft pas poffible de
trouver un feul exemple auquel
elles puillent convenir
dans toute l'étenduë du ſujet
pour lequel on les a données;
& comme je ferois obligé de
rappeller ces propofitions ,
ces regles & ces methodes ,
pour répondre aux autres objections
qu'on vous a propo-
Fevrier 1698.
L P °
122 MERCURE
ſées, j'ay cru qu'il n'eftoit pas
encore neceffaire de rompre
le filence à cet égard . Peuteftre
que les perfonnes qui les :
propolent changeront de fenriment
, & qu'elles voudront
bien permettre que l'on con--
coure avec elles pour perfe
Aionner veritablement
les
Mathematiques .
(
Les Sçavans ont fait une
grande perte en la perſonne
de Mr Moyle Charas , mort à
Paris le 21 du mois paffé . Il
eftoit né à Ufez , & dans un
âge tres tendre il exerça la
Pharmacie à Orange . Aprés
GALANT. 123
y avoir fait un fejour de peu
d'années , il vint s'établir à Paris
, où quelque temps aprés
il fit paroiftre un Traité de la
Theriaque , qni eut l'approbation
generale. Ce fuccés
l'encouragea à faire auffitoft
en public une compofition
de trois cens livres de Theriaque
en prefence de M¹ de
la Reynie , pour lors Lieutenant
de Police , de Mile Procureur
du Roy , de M' le premier
Medecin , de ceux de la
Maiſon Royale , des Députez
de la Faculté de Medecine de
Paris , des Maitres; & Gardes
Lij
124 MERCURE
de la même Ville , & de plufieurs
Curieux de differentes
Nations . Il n'en demeura pas
là . Il examina à fond toutes
les parties dont la Vipere eſt
compofée , le fiege de fon venin
, les accidens & les fymptomes
qui arrivent aprés fa
morfure , & les moyens feurs
de la guerir . Il Y
réüffic parfaitement
bien , & fit quantité
d'experiences pendant trois
mois , en preſence de plufieurs
Medecins & Curieux , ce qui
l'obligea de compoſer peu
aprés un Traité ſur cette matiere
, qui eut toute la reputa
GALANT: 125
tion poffible dans toute l'Europe.
Comme il compofa ce
livre en François , & que cette
Langue n'eſt pas commune
dans les Pays
Etrangers , il y
joignit un Poëme Latin , où
il fit en abregé une defcription
anatomique
de la Vipere.
Dans ce temps - là , feu
M' Vallot , premier Medecin ,
& peu de temps aprés , M ° Daquin
, fon fucceffeur
, le choifirent
pour faire les Cours de
Chymie au Jardin Royal des
Plantes . Le fuccés qu'il eut
d'abord , l'engagea à continuer
pandant neuf années , &
Liij
126 MERCURE
fa réputation augmentant
toujours , il compofa fa Phar
macopée Royale Galenique
& Chymique , qui a efté traduite
dans toutes les Langues
de l'Europe . Elle l'a même
efté en Chinois, pour la commodité
du Roy de la Chine ,
Prince tres curieux , & princi
palement en ce qui regarde
la Chymie, comme on le peut
voir dans le Portrait hilto
rique de ce même Prince ,
compofé par le Pere Bouvet,
Jefuite.Il fit fon dernier Cours
de Chymie au Jardin Royal
en 1679. & comme alors le
GALANT. 27%
Roy ordonna que tous ceux
à qui on donneroit des Emplois
à exercer , feroient Ca
tholiques , M Charas , trop
obtiné dans la Religion Calvinifte
qu'il profefloir fon
gea à prendre parti ailleurs.
Dans le même temps Char
les II . Roy de la Grand Bre
tagne, fort bon Medecin , éga
lement bon Chymifte , & en
un mot , homme univerfel
ayant lû tous fes Ouvrages,
dont il faifoit grande eftime,
fouhaita de l'avoir auprés de
fa perfonne , ce qui luy fit fai
re un voyage en Angleterre,
Liiij iiij
H
128
MERCURE
oùil ne fut pas plûtoſt arrivé ,
que le
Chevalier Frezer , premier
Medecin du Roy , le prefenta
à ſa Majesté , qui luy fic
le
lendemain un prefent confiderable
, M'
Charas luy promit
de quitter la France fi toft
qu'il pourroit le faire , & il ne
fut pas longtemps
fans s'y dif
pofer. Sa Majesté
Britannique
luy envoya un de fes Yaks ,
ce qui ne
s'accorde qu'aux
grands Seigneurs , & le favo
rifa d'un Paffeport qui défen
doit qu'on ne vifitaſt ſes hardes
. Il eut
l'honneur pendant
fon fejour à Londres , qui fut
GALANT. 129
de plus de cinq ans , d'eftre
appellé en pofte à Windfor ,
où eftoit Sa Majesté , pour la
guerir d'une fiévre doubletierce
dont elle fouffroit
beaucoup. Il l'en guerit dans
le temps de vingt- quatre heu
res , en prefence de tous les
Grands de la Cour & des Medecins
du Roy , qui regardoient
cette prompte gueri
fon avec jalousie. Ce Prince
qui le combloit de toutes for
tes d'honneurs , voulut qu'il
fe fift paffer Docteur , ce qui
fut fait peu de temps aprés.
M'Charas paffa de là en Hol130
MERCURE
lande , où il pratiqua la Medecine
dans Amsterdam avec
beaucoup de capacité. Sa
réputation s'eſtant étendue
bien toft aprés dans toutes les
Provinces de la Hollande , où
il eftoit appellé fans ceffe , M
le Marquis de Caſtel - Montrayo
, Ambaſſadeur auprés
des Etats de la part de Sa Majefté
Catholique , le confulta
fur la maladie d'un Grand
d'Espagne dont on luy avoit
écrit. On fuivit de point en
point les remèdes que M
Charas propofa , & le Malade
qui languiffoit depuis un
J
GALANT. I } #
2
longtemps , guerit prompte.
ment. Cela obligea le Marquis
de Caftel Montrayo à le vou
loir attirer à la Cour du Roy
fon maiſtre , où il l'affura que
s'il vouloit aller avec la Fa.
mille , l'Inquifition ne l'inquieteroit
point pour la Religion
; qu'au contraire faifant
profeffion d'honneſte hom
me , il y feroit tres - aimé , &
cheri même des Ecclefiafti
ques . On le défraya juſqu'à
Madrid , où il fut bien toft
eftimé & honoré de tous les
Grands , chez lesquels il fit
un grand nombre d'experien
132 MERCURE
•
ces fur la Vipere. Il avoit en
tre autres Fils fon Aîné , qui
le fecondoit dans toutes les
entrepriſes , ayant vû avec luy
tout ce qu'il y avoit de plus
grands Seigneurs malades .
Les experiences fe firent chez
Dom Pedro d'Arragon , en
prefence des Ducs de Paftrane,
de Medina. Celi, d'Offune ,
du Comte de Prado , de Dom
Emanuel de Lira , & de beaucoup
d'autres , qui avoient
envie de fçavoir , fi ce qu'on
avoit publié jufqu'alors eftoit
veritable , fçavoir , que les Vi
peres , à douze lieuës à la ronGALANT.
133
de de l'Archevêché de Tolede
, n'avoient aucun venin
aprés avoir mordu , parce que
longtemps auparavant un Archevêque
leur avoit ofté le
pouvoir d'envenimer ce qu'ils
mordoient, Ces Seigneurs en
furent bien toft defabuſez par
piufieurs experiences que luy
& lon Fils firent fur differens
animaux. M'Charas eut l'honneur
de confulter plufieurs
fois pour Leurs Majeftez , &
il eft certain que fa fortune
auroit efté loin dans cette
Cour , fi les Medecins du Pa.
lais , jaloux de la réputation
#34 MERCURE
"
qu'il s'eftoit acquife , n'euf,
fent pas fait foûlever l'Inquifition
, pour le faire mettre
dans fes prifons. Ils employe
rent pour cela toutes fortes
de perfonnes , jufqu'à un indigne
Preftre , qui l'accufa de
beaucoup de chofes contre la
Religion Catholique , dont
il eftoit innocent . Il fut jetté
d'abord dans une prifon
feculiere , où il demeura un
mois entier. Toute la grace
qu'il put obtenir , ce fut de fe
fervir d'un Valet , pour foutenir
de temps en temps deux
fers dont on luy avoit chargé
By
GALANT
135
les pieds. Celuy du pied gauche
pefait foixante & douze
livres. C'eftoit justement le
nombre des années qu'il avoit
alors. Celuy du pied droit n'en
pefoit que quinze. Ce temps
expiré , on le transfera, à l'In
quifition, où il demanda plu .
fieurs fois pourquoy il eftoit
retenu dans ces cachors. Le
Preftre qui levit preft d'estre
découvert , fer fauva dans les
montagnes , fans qu'on en ait
entendu parler depuis.M'Cha,
ras fouffrit cette perfecution
pendant 4. mois , ne ceffantde
prier Dieu, que s'ilfeftoit dans
136 MERCURE
l'erreur, il luy pluft de l'infpi
rer , afin qu'il puft travailler à
fon falut. Aprés avoir imploré
longtems le fecours d'enhaut,
il cut plufieurs Conferences
avec quelques Theologiens .
Il y avoit huit jours & huic
nuits qu'il étoit dans des agi
tations & des infomnies cruel.
les , & il n'eut pas plûtoft
conferé avec ces Docteurs
qu'il paffa la nuit dans une
entiere tranquillité de corps &
d'eſprit . Il reconnut par là
qu'il avoit efté jufque là hors
du droit chemin. Les jours
fuivansfe pafferenten contro-
?
GALANT: 137
verfes avec les fouverains Do.
&eurs de l'Inquifition , qui
eftoient furpris d'entendre
parler fi facilement & fi fçavamment
enLatin ce nouveau
Converti. Ils changerent auffitoft
les cachots noirs qu'il
habitoit , en des chambres
exhauffées , meublées & éclai .
rées , où il recevoit fans ceffe
vifite . Après avoir fait abjuration
avec les ceremonies requifes
, il y receut les Sacremens
de Penitence, d'Euchariftic
& de Confirmation , &
donna toutes les
d'une converfion veritable.
marques
Fevrier 1698. M
18 I
<
ris le bon
MERCURE
Son Fils aîné avoit pris
partiquelquesmois auparavár,
fans qu'il en fceut rien , &
le Cadet s'eftoit tenu caché
jufqu'à ce qu'il s'embarqua
avec luy pour la Hollande .
La troifiéme de fes Filles avoit
embraffé volontairement la
Foy Catholique , & s'eſtoit
faite Religieufe à Paris . Dieu
fe fervit d'elle pour attirer
luy toute fa Famille . Si - toft
qu'il fut de retour en France,
if eut l'honneur de faluer Sa
Majefté , qui luy témoigna la
joyequ'Elle avoit d'aprendre fa
converfion . Elle le fit auffitoft
GALANT. 139
dont
entrer dans l'Academie Royale
des Sciences . Il eft mortage
de quatre - vingt ans & a
donné en mourant des marques
tres finceres de le repentir
de fes erreurs I laiffe une
Femme tres - vertueuſe , parfaitement
bien convertie
avec quatre Enfans
l'aîné eſt établi au Fauxbourg
Saint Germain , proche le petit
Marché , rue Sainte Marguerite.
Ila accompagné fon
Pere dans tous fes voyages ,
profitant de fes lumieres. Qu .
tre cela il a voyage feparément
dans plufieurs Pays , ou
140 MERCURE
il a apris les Langues étrange
res , les parlant toutes également
, mais particulierement
l'Allemande , l'Angloife , la
Hollandoife & l'Eſpagnole.
Des trois Filles l'une eft Religieufe
Bernardine au Sang
Precieux , l'autre à l'Abbaye
Royale du Lis , dont Mada.
me Colbert eft Abbeffe , & la
Cadette , qui eft restée dans
le monde, vit dans une gran
de union avec fa Mere.
Je vous ay veu fouvent defirer
, pour le fuccés des Ouvrages
fpirituels, qu'ils euffent
GALANT:
141
dequoi plaire & édifier en
même temps. Le Pere Bernard,
Réligieux Theatin , vient
de dedier à Mr. l'Archevêque
de Paris une Hiftoire qui me
paroift de ce caractere, c'est la
vie de S. Gaetan , Comte de
Thienne , Inſtituteur de la
Congregation des Cleres Ré
guliers. Vous y remarquerez
la pieté & la politeſſe de celuy
qui en eft l'Auteur. Le fujets
en eft fingulier , & par lui mê
me, & par la maniere noble
& vive dont il eſt traité. C'eſt
un Saint d'un zele infatiga
ble & d'un détachement qui
142 MERCURE
étonne la prudence humai,
ne. S'il a eſté touché de quelque
intereft , c'eſt feulement
de celui des ames qu'il gagnoit
à Dieu. Ajoûtez à cela
l'habileté de l'Auteur qui a
fçeu lier à fon Hiftoire les
plus 'memorables évenemens
des derniers fiécles. D'une
affaire particuliere , il en fait
une affaire generale , & il in
tereffe tous les Etats . Son def
fein principal eft d'édifier tous
res les perfónnes confacrées
au miniſtere Ecclefiaftique,
Lesmaximes qu'il leur propofe
font également touchantes
GALANT. 143
& curieufes. Lifez les , & vous
tomberez d'accord que cette
Hiftoire joint l'érudition &
l'élegance avec la dignité &
l'onction que demandent les
ouvrages de pieté. Il fe de
rüe
a
bite chez less Jean Guignard ,
rue Saint Jacques , à l'image
S. Jean.
Le même Libraire vient
de nous donner la troiliême
edition d'an Livre Livre qui a elté
receu tres agréablement du
Public Son Titre qui eſt , l'Ant
de plaire dans la Converſation ,
promet quelque chofe de fore
utile , puifqu'il n'y a rien de
144 MERCURE
plus important que d'eftre
propre à eftre receu parmi
toutes fortes de perfonnes . Cet
Ouvrage eft de M ' de Vaumoriere
qui l'a reveu avec
foin & augmenté peu de temps
avant la mort. La lecture en
eft divertiffante
, & apprend
à fe corriger de bien des défauts
, en facilitant les moyens
d'éviter le ridicule , ce qui eft.
proprement eftre fçavant dans
l'art de plaire . Les maximes
qu'on y trouve font autant de
pour
les leçons à rechercher
jeunes gens qui commencent
à entrer dans le monde , & fi
les
GALANT. 145
les Dames peuvent avoir le
plaifir d'y voir des perfonnes
de leur fexe dont l'entretien
eft plein d'agrement, les hommes
y apprennent avec quelle
bienfeance ils doivent eftre en
la compagnie de leurs Superieurs
, de leurs Egaux & de
leurs Inferieurs. Qu'y a- t- il qui
foit plus à fouhaiter que de
connoître la belle maniere de
vivre enfemble ? C'est ce que
les divers Entretiens de ce Livre
enſeignent . Voici les titres
de quelques uns .Qu'ilfaut
eftre civil fans tomber dans des
ceremonies incommodes . De la po
Février 1698.
N
146. MERCURE
liteffe du langage de la maniere
de faire un recit. Comment la
bienfeance veut que l'on agiffe, &
que l'on parle quand on mange, en
compagnie. Qu'un médifant eft ge
neralement bay, & qu'il ne peut
plaire qu'à des perfonnes envieufes
ou naturellement malignes Que
pour plaire dans la conversation il
faut eftre diferet , & garder une
exacte bienfeance. Avec quelle
precaution il eft permis de railler.
Si l'on peut reprendre quelqu'un
dans la converfation
.
M Perrault de l'Academie
Françoife , qui nous donna il y
à quelques années le Poëme
1
GALANT: 147
de S. Paulin , dont vous avez
efté fi contente , vient d'en
mettre au jour un autre inti
tulé Adam , qui a l'approba-
- tion des plus difficilesConnoif.
feurs. Il eft divifé en quatre
Chants Le premier contient
la Création del'homme; le fecond
, fa defobeïffance par la
fuggeftion de la Femme fe.
duite par leSerpent, aprés quoi
Adam chaffé du Paradis terres
ftre , & fuccombant au fom;
meil malgré le trouble & l'ind
quietude que lui caufe fon
malheur, voit en fonge tout
ce qui doit arriver juſqu'au
Nij
148 MERCURE
Déluge. Dans le troifiéme
Chant , Dieu touché de la mi
fere d'Adam , lui envoye un
Ange qui l'inftruit de toutes
les chofes qui fe pafferont
jufqu'à ce que Salomon bâtif
fe un Temple au Seigneur ,
& dans le quatrième , le même
Ange lui raconte , auffi bien
qu'à Eve qui vient l'écouter
par quel excés d'amour le Fils
de Dieu fe fera homme , & ce
qu'il operera pourle falut du
genre humain. Tout cela eft .
accompagné de defcriptions ,
tres- vives , & de tout ce que la
Poëfie a de plus riches & de
GALANT. f19
plus brillantes expreffions.
Vous fcavez que c'eſt en quoi
Mr Perrault excelle , & que
tres - peu de perfonnes portent
ce talent auffi loin que lui.
1
Le Mercredy 22. du mois
paffé, la Paix fur publiée àSens
entre la France, l'Empereur &
l'Empire , & à cette occafion ,
il y eut une Affemblée extraordinaire
au Palais , où m² Farinade,
Avocat du Roy au Préfi .
dial , prononça le Difcours
fuivant , en prefence de M²
Vezou , Prefident Lieutenant
General , de tous les Confeillers
&Magistrats de ce même Sic
N iij
50
MERCURE
ge, du maire , des Efchevins
,
des Officiers
des quartiers
&
de tous les Ordres de la Ville.
MEESSIEURS, URS ,
S'il y eut jamais propofition
dont la verité fuft palpable &
fenfible à tout le monde , c'eſt
celle ci de l'Orateur Romain ,
que le nom de la Paix eft auffi
doux & agreable que la chofe
en foi eft utile & lalutaire. En
effet, de même que l'Univers
eft uniquement redevable de
fa durée au bel ordre qu'y a
erably l'Auteur de la nature , &
GALANT.
à cette fucceffion reguliere &
invariable des failons qui partagent
le temps & les années ;
de même que le corps humain
trouve fa fanté , ſa vigueur &
fa force, dans l'accord des élemens
& dans l'équilibre des
humours qui le compofent , ce
qui affermit les Etats & les
rend floriflans , c'eft la Paix ,
qui amenant à fa fuite l'opulence
& les autres commodi .
tez de la vie, fait la veritable
gloire des Princes qui la donnent
au monde & ly entretiennent,
& le vrai bonheur de
leurs Sujets Celle qu'ils ac-
N iiij
152 MERCURE
*
quierent par la voye des ar
mes , peut bien rendre
leurs
noms & recommandables
au
fiécle où ils vivent , & en tranf
mettre le fouvenir
à la pofterité
par des Infcriptions
gravées
fur le marbre
& fur le bronze ;
mais comme
elle eft le fruit de
ces guerres , qui quelque
juftes
qu'elles
foient dans leur motif
& dans leur principe
,ſont toû
jours cruelles
& fanglantes
dans leurs effets,l'eclat en peut
eftre obfcurci
par les idées de
meurtre
& de carnage
qui l'ac
compagnent
neceffairement
,
dont on ne peut la feparer
.
GALANT.
IS3
Il n'en eft pas de même de la
gloire qui revient aux Poten-
* tats par laPaixqu'ils procurenc
à leurs Peuples , & dont ils leur
font goûter lesdouceurs.Com .
me elle eft pure dans fa fource
& fans mélange d'aucune paffion
turbulente & inquiete, ni
la malignité des envieux les
plus envenimez ne peut l'of
fufquer & la ternir , ni celle du
temps qui confume les me
taux dont le font les trophées
& les obelifques, qui efface les
Infcriptions dont on charge
ces Monumens , quelquefois
d'une jufte reconnoiffance ,
114 MERCURE
mais le plus fouvent de la com-
-plaifance ou de la flaterie des
hommes . Plus cette Paix dont
la terre leur eft redevable eft
folide , feconde & favoureuſe ,
plus elle rend leur nom augufte
& refpectable . Tous leurs
foins aboutiflant à rendre heureux
les Peuples qui vivent
fous leurs Loix , & qui font
foumis à leur Empire , ils font
l'amour & les delices de ces
Peuples , auffi bien que l'admi
ration des étrangers , qui en
tendant parler d'eux & de leur
gouvernement , charmez du
recit que leur en a fait la reGALANT:
195
nommée , & peut - eftre jaloux
du bonheur de leurs Sujets,
regardent de loin ces Souve
rains comme les Divinitez turelaires
de leurs Etats ,
croyent ne pouvoir les com.
parer qu'à ces Fleuves , qui en-
&
graiffent les pays qu'ils traverfent
par le cours paifible &
majestueux de leurs eaux , &
qui portent dans toutes les
contrées qu'ils arroſent la fertilité
& l'abondance . En vain
la haine , la jalousie , ou quel
que autre paffion auffi maligne
, voudroient-elles décrier
en leur perfonne l'amour de
16 MERCURE
la Paix & du repos ; tant que
cet amour dans eux ne degenere
point en foibleſſe , tant
qu'il ne les porte point à l'oifiveté
, bien loin qu'il puiffe
eftre repris avec juftice , il eft
le bel endroit , & comme le
miracle de leur vie, la colomne
& la baze qui foûtient l'édifice
de leur grandeur, & quand les
Poëtes & les Orateurs fe tairoient
fur l'iniquité d'un tel
jugement , quand ils n'invectiveroient
pas contre fa noir .
ceur dans leurs écrits & leurs
juftes éloges , la joye des Peu.
ples qui poffedentun tel Prin
GALANT.
557
ce, le bonheur dont ils joüif
fent fous fa domination , l'attachement
qu'ils ont à fes inte.
refts leur devouement à fon
fervice , les louanges qu'ils lui
a
donnent de toutes parts en
action, de graces des biens
qu'ils en reçoivent , defavoüe
roient hautement la malignité
de cette cenfure , & feroient
une condamnation éclatante
de fon injuftice.
spilapening
Ne croyez pas , Meffieurs ,
qu'en exaltant dans les Prin
ces , comme nous venons de
faire , un naturel doux & paifible
, nous voulions blâmer
158 MERCURE
en leur perfonne une ame
guerriere, & des inclinations
martiales. A Dieu ne plaiſe
qu'un deſſein ſi déraiſonna .
ble , & même fi criminel, nous
entre dans l'efprit , que nous
ofons commettre un tel attentat
fur les Oingts du Sei
gneur , & condamner une pafhion
qui leur eft fi neceffaire
pour maintenir l'ordre & re
primer la licence. Il faut quelquefois
faire la Guerre pour
avoir la Paix , dit un celebre
Academicien de ce temps , autrement
, & fi l'on ajoûtoit au
dereglement du coeur humain
GALANTM 159
lafacilité de mal faire , les gens
de bien ne feroient au monde
que pour fervir à l'injustice , ou
dejoudt oude victime . Ce n'eft.
pas en vain que les Maîtres de
l'Univers porrent le glaive &
le cimeterre ,piloft le fignede
la puiffance qu'ils ont receie
d'enhaut pour arrêter le tor.
rent des paffions & des cupidi
tez chuinaines , & ils peuvent
toûjours le tirer, fans que pers
fonne fur terre foit en droit de
leurs demander compte des
motifs qui les portent à le
faire , lorsqu'il s'agit de retenir
dans le devoir ces paffions
160 MERCURE
fougueules & mutines , & par
ce moyen d'affurer la Paix ,
que l'experience fait affez con
noître ne pouvoir fubfifter
fans le fecours des armes & le
tranchant de l'épée, avvi
'Arquoy donc aboutiffene
ces Eloges que nous avons
donnez avec tant d'effufion
aux Princes pacifiques ? Ils
tendent, Meffieurs , à vous :
convaincre des obligations
que nous avons au Roy , à la
gloire duquel nous confacrons
ce Difcours d'avoir
pofé les armes pour calmer
l'Europe, & luy donner la Paix
By
GALANT # 61
dont elle jouit maintenqno,
& que l'on fait n'eftre pas
moins le fruit de la ſageffe &
de la moderation de ce Mo.
narque , que l'ouvrage de fa
puiffance & de cette valeurs
que le Ciel a pris plaifir de
Couronner de tant de glorieux
fuccés , qui font la merveille
de nos jours , & qui dans les
fiecles Idolâtres auroient fait
de ce Heros l'idolé de la pros
*
·
da Donde
fane Antiquité, ab
Que la Paix donte nous
joüiffons foit l'effet de la mo
deration du Roy , & de l'al
mour qu'ilporte à les Peuples,
Février 1698.
16 MERCURE
ce qu'elle coure à cet amour,
& le temps auquel elle a esté
heureuſement concluë , le publicat
d'une maniere & bien
folemnelle & bien glorieufe à
ce Prince , auffi miraculeux .
dans la vie que dans fa naiffance,
qui fera le defefpoir
des ficcles à venir, comme il
eft le prodige du noftre. Il
battoit en tous lieux les Ennemis
qu'il avoit fur les bras,
& portoit en toutes occafions
des coups mortels à cette Li
gue formidable qu'avoit formée
contre luy la jaloufie de
fes Voifins, & l'ombrage qu'ils
8ed
GALANT
163
avoient conceu mal à propos
de fapuiffance.L'on comptoit
Les Victoires par ſes combats ;
le nombre des Places qu'il
avoit prifes égaloic celuy des
Villes qu'il avoit affiegées ,
rien n'etoit capable d'arrefter
la rapidité de les conqueftes.
Il venoit d'en faire une
l'Espagne , qui luy ouvrojt
le chemin juſques à la Capitale
de ce Royaume , tout cedojt
à la force de fon bras foudroyant
, au honheur de les
armes toujours victorieuſes ,
soujours triomphantes . La
fortune foumise à fes velonfur
O ij
164 MERCURE
tez , refpectant , pour ainfi
dire , la droiture de fes intentions
, eftoit non feulement
exacte , mais immuable à le
fervir. Comme fi elle euft efté
aux gages de ce Prince , elle
robeiffoit à fes ordres en toutes
rencontres, en toutes ren.
contres elle applaudifloir à
fes defirs , favorifoit fes deffeins
, fecondoit fes intentions.
Ce bonheur qui durant la
guerre a fait figlorieuſement
réuffir les deffeins du Roy &
fes entrepriſes heroïques , n'e-
Roit pas un prefent gratuit de
GALANT. 165 ·
*
cette fortune aveugle , capricieuſe
& bizarre , qui agit fans
difcernement , qui départ fes
faveurs fans intelligence ; il
eftoit dû à la vertu & à la
་
bravoure du plus grand des
Rois , à la juftice de la caufe ,
à l'équité de les prétentions.
Jamais elle ne fut plus judicieuſe
& plus éclairée , lors
qu'elle fe declara pour luy
contre les envieux de la gloire.
En favorifant fes iuterefts,
elle favorifoit le droit contre
la paffion , la verité contre le
menfonge , & l'erreur qu'il a
enfin heureufement bannie
166 MERCURE
de ce Royaume , l'ancienne
croyance que nous avons receuë
de nos Peres , pour la
quelle il combattoit comme
Fils Aîné de l'Eglife , contre
la noveauté
, yvroye pernicieufe
funefte zizanie , ſemée
depuis quelques fiecles par
des Novateurs dans le champ
du Seigneur . Le fage & l'invincible
Louis avoit ceu l'enga
ger dans fon parti par toutes
ces qualitez éminentes qui
embelliffent fon ame vraiment
Royale , & qui élevent
ce Prince , tout grand qu'il
eſt , au deſſus de la propre
GALANT. 167
grandeur , par la vigilence &
L'application continuelle qu'il
donne aux affaires de fon Etat,
par cette magnanimité qui le
fait voler par tout où l'hons
neur de la France & la gloire
l'appellent , malgré la rigueur
des faifons & l'âpreté des hi
vers ; par cette merveilleufe
intrepidité qui luy fait regar
der de fang froid les meflées
les plus rudes , les actions les
plus chaudes , à portées de la
mouſqueterie &des coups de
l'Ennemi , par cette noble
ardeur qui luy fait quitter le
fejour enchanté & delicieux
168 MERCURE
de la Cour , pour ſe mettrea
la tefte de fes Armées, & par
tager avec fes Combattans
tous les hazards da dangereux
& penible métier de la guer
re , ce qu'il a fait toutes les
fois qu'il a crû devoir , pour
hâter le fuccés de fes confeils,
effrayer les Ennemis du bruit
de fa venue , les allarmer par
fon arrivée , lancer luy même
la foudre qu'il avoit préparée
contre leur orgueil , ou qu'il
a jugé à propos de nous couvrir
de fon bouclier pour nous
parer de leurs infultes , pour
garantir nos terres du ravage
de
GALANT. 169
de leurs mains , & préſerver
nos Tentes du fleau de l'inva
fion ; car il ne fuit pas , ce He
ros, la maxime
de certains
Politiques
, qui croyent
qu'un
Prince
ne doit jamais
expofer
fa perfonne
, ny commettre
ſa
reputation
à la fortune
des ar
mes ; qu'il doit bien tenir en
main
le timon
des affaires
;
mais qu'il ne doit jamais
quit.
ter le centre
de fon Empire
pour le porter
à quelqu'une
de fes extremitez
, de crainte
qu'il ne l'affaiffe
par fon poids,
& ne faffe pencher
tout l'Etat
vers fa ruines
qu'ayant
l'au
Fevrier
1698
. P
170 MERCURE
torité fuprême du commans
dement , il peut & doit même
fe décharger fur les autres de
l'execution de fes ordres , &
que fans qu'il mette la main à
l'oeuvre , c'eft toûjours à luy
qu'appartiene l'honneur des
victoires qui le remportent
fous fes aufpices, onl
LOUIS inftruit des princi
pes & des loix d'une autre Politique
, de celle que fuivirent
les Cefars & les Alexandres ,
fait mouvoir de prés comme
de loin tous les refforts de la
guerre , convaincu que le fuccés
des expeditions militaires
GALANT. 171
eft fouvent attaché à la prefence
du Souverain , que cette
prefence martiale fait faire aux
guerriers qui combattent fous
fes yeux des prodiges de valeur
, & répand dans leurs ames
je ne fçay quelle vigueur &
quelle affurance qui déconcerte
l'ennemi le plus fier ,
l'étourdit , & le met hors d'état
de refifter. On l'a vû plufieurs
fois conduire luy- même
ſes glorieux deffeins à leur
terme , reconnoiftre les dehors
des Places qu'il affiegeoit
, rechercher les poftes
avantageux, marquer les quar.
1
Pij
172 MERCURE
tiers , ordonner les travaux ,
vifiter les tranchées , regler les
attaques , & ce qui eft de plus
merveilleux en toutes ces cho .
les , c'est qu'il les fait fans
émotion , qu'agiffant fans relâche
il agit en même temps
fans empreffement , & que
toûjours tranquille en luymême
, il regle les mouve-
-mens du monde , & prefide aux
agitations de l'Univers .
L'état des affaires du Roy
eftoit tel que nous l'avons dépeint
, lorfque laffé de vaincre
ila mis bas les armes pour ren .
dre à l'Europe cet heureux calGALANT.
14.
me dont ellejoüiffoit quand i
fut forcé de les prendre , &
dont elle auroit toûjours jouy,
sil ne fe fuft élevé contre fa
Couronne tant de Puiffances
confederées . Ce Prince fçachant
qu'il eft chargé de la
protection des biens & de lal
fortune de fes Peuples , done
la Royauté le rend le Pere &
le Tuteur , confiderant d'ail
leurs que les guerres qui font
tant de bruit , tant de fracas ,
quelque glorieufes qu'elles
foient aux Potentats qui les
foûtiennent , font aprés tout
la ruine de leurs Sujets & la
Piij
174 MERCURE
defolation des Etats ; qu'elles
font de funeftes incendies allumez
par la colere divine fur
les hommes coupables ; que
ceux qui gouvernent le monde
les doivent éteindre quand
cette colere eft fatisfaite , a
fubitement arrefté les Victoires
dont luy feul pouvoit retenir
le cours , en faveur du
genre humain , au milieu &
dans le plus bel endroit de fa
courſe , fur le point d'enlever
un Royaume entier , dont la
priſe d'une Place importante ,
qui fut la glorieuſe clofture
de la derniere Campagne , &
GALANT. 179
le triomphe d'un Capitaine
également fameux & illuftre ,
luy affuroit la riche Conquefte.
Vante qui voudra les expeditions
inouies de LOUIS
LE GRAND , fes exploits
militaires , & tous les événe
mens miraculeux de fon rea
gne , qui feront le juſte ſujer
de l'étonnement , peut - eftre
même de l'incredulité des fié.
cles à venir , pour nous , Mef
fieurs ,tenons nous en à la moderation
de ce Conquerant ,
à cette vertu fublime qui a
defarmé noftre Hercule , luy
P iiij
176 MERCURE
a fait tomber des mains la
mafluë dont il terraffoit fes
Ennemis , & qui l'a obligé de
facrifier au repos de la terre le
fruit de les glorieux travaux,
puifque c'eſt à elle que nous
devons la Paix qu'il eut toû
jours en vûë dans fes entreprifes
, qu'il regarda toûjours
comme la fin & la recompenfe
de fes fatigues , de fes veilles ,
& de les fueurs , perfuadé qu'il
n'eft rien plus defirable & plus
neceffaire au monde que cette
Paix , rien qui y produife de
meilleurs & de plus falutaires
effets. Elle entretient entre les
GALANT:
177
Nations voifines , même étran
geres , le Commerce qui les
enrichit & les unit enfemble
par le lien d'une communication
mutuelle qui établic
entr-elles une efpece de fraternité.
Elle fait fleurir les
beaux Arts , & perfectionne
les Sciences , qui font le plus
doux plaifir de la vie & tout
l'agréement de la Societé.
Elle maintient l'ordre & la
difcipline qui font le plus fo
lide appuy des Etats , le plus
für & le plus ferme foutien
des Empires . Elle fait refpecter
les Loix & les Armes de
2
178 MERCURE
cette autorité qui eft le fondement
de la fureté publique ,
qui affure aux gens de bien
leur fortune' , leur repos & leur
vie , & qui fait l'effroy de ceux
qui s'écartent des fentiers de
la vertu pour courir dans la
voye de leur perte . Elle eft ,
cette charmante Paix , le plus
riche preſent que le ciel puiffe
faire aux hommes , l'objet le
plus digne de leurs voeux ; les
delices de la terre ,le bonheur
de ceux qui l'habitent ; elle
les comble de toutes fortes
de biens , & écarte d'eux toutes
ces miſerés & ces infortu … '
GALANT. 179
#
nes qu'attire ordinairement la
guerre , au rang defquelles il
faut mettre ces fortes contributions
qu'elle oblige les
Princes d'exiger de leurs Peu
ples , contributions qui dans
ces temps fâcheux font des
maux neceffaires pour en évi
ter de plus grands , & que
foûmiffion des Sujets doit en
quelque façon rendre volon ,
raires .
la
Les Romains , ces fages
Politiques , ont ainfi regardé
la Paix que nous venons de
décrire , eux qui dans leurs
Drapeaux portoient une
180 MERCURE
Truye pour fon fymbole , voulant
faire connoiftre à leurs
Ennemis par la reprefentation
de cet animal immonde
que l'on immoloit aux Traitez
de Paix , qu'ils ne faifoient
la guerre que pour avoir cette
Paix delicieufe , qu'ils cfti .
moient eftre,au milieu même
de leurs plus heureux fuccés ,
l'unique fource de la vraye
felicité , l'amas & l'affemblage
de toutes fortes de biens
& de profperitez
.
Ces faints hommes de l'ancienne
Loy , qui touchez
des malheurs de leur Nation,
GALANT: 181
**
l'ont fi ardemment de Grée ,
en connoiffoient parfaitement
le prix & l'excellence,
Que les montagnes , dit le Roy
Prophete , reçoivent la Paix
pour le Peuple , & les collines la
justice ; que ; que la Paix foit dans tes
murailles , ô Villefainte , & l'abondance
dans tes tours , dit - il
ailleurs , parlant à la chere
Jerufalem . Qu'elle vienne cette
Paix, s'écrie un autre Prophe
phete , que celuy qui a marché
dans la droiture , puiffe prendre
un doux repos dans fon lit , & s'y
délaffer à loifir fans crainte ,fans
chagrin , fans inquietude. Veniar
182 MERCURE
Pax , requiefcat in cubili fuo qui
ambulavit in directionefua.
La Paix aprés laquelle foupiroient
ces fages Perſonnages
, zelateurs du repos pu
blic , n'eftoit pas une paix
fterile & imparfaite , qui ne
produifant aucun fruit , bien
fon de combler les peuples de
joye , leur remplit le coeur
d'une amertume tres amere.
C'eftoit une paix fucculente
& feconde , qui enrichifoit
leur Patrie fans corrompre fes
moeurs &fans la rendre coupable,
qui femblable à ces arbres
privilegiez, qui font tout àla
→
GALANT: 183
fois ornez de fleurs & chargez .
de fruits , avoit pour cortege
l'abondance & les autres biens
de la vie , fans bannir de leur
pays l'innocence & la vertu ,
qui rendoit l'homme riche
fans orgueil, joyeux fans éga
rement , content fans diffipation
, heureux fans, fierté, une
paix enfin telle qu'elle eft promife
dans les Ecritures à ceux
qui feront fidelles obfervateurs
des Loix du Seigneur &
de fes Commandemens. Si
vous marchez dans la voye de
mes Préceptes , dit - il à ſon Peuple,
fi vous gardez er fi vous
癃
184 MERCURE
pratique mes ordonnances , je
vous donneray les pluyes propres
à chaque faifon ; la terre produira
des grains en grande quantité ,
les arbres rompront fous le
poids & la multitude des fruits
dont ilsferont couverts. L'abondance
du bledferafi grande, qu'avant
que vous l'ayez pû ferrer ,
vous ferezfurpris parles vendanges
, &vos vignes feront fi char.
gées , que les femailles vousprefferont
avant que les vendanges
foient achevées . Vous mangereZ
voſtre pain , & vous en ferez
saffafitz; vous habiterez voftre
terre fans aucune crainte , j'éta, ·
GALANT: 185
bliray la Paix dans vos contrées
vous dormire , & il n'y aura
perfonne qui vous inquiere , j'éloi
gneray de vous les beftes qui pourtoient
vous nuire , & l'épée des
Ennemis ne paffera point parvofire
pays,
Telle eftoit la Paix dont
joüiffoit le monde dans fon
premier âge , & dans ce fa.
meux,fiécle d'or dont les Poë
tes nous ont raconté sant de
merveilles . Dans ce bien heus
reux temps fi different du nôtre
, une tranquilité inaltera
ble regnoit parmi les hommes.
Leur, franchiſe les reng
Fevrier 1698. Q
186 MERCURE'
K.
doit tous égaux, & formoit en
tre eux une union ferme , conftante
, indiffoluble . Comme
ils eftoient fans paffion , nul
intereft n'eftoit capable de les
broüiller & de les defunir.
Tendres & fidelles amis ils.
s'obligeoientà l'envi, le prevenoient
en honneur , & fe faifoient
du bien en toutes rencontres.
Leur fincerité eftoit
parfaite, & ne laiffoit dans leurs
coeurs aucune place au déguifement
& àla fraude.Conrens
du peu de bien qu'ils avoient
receu de
leurs Peres , ils fongeoient
bien à le conferver ,
GALANT . 187 °
mais jamais à l'accroître ; vivant
fous les loix d'une auftere
verruils refferroient tous leurs
defirs dans l'étroite enceinte
de leurs heritages , & loin d'envier
ceux de leurs voifins , ils
regardoient avec refpect les
bornes qui les feparoient de
leurs poffeffions, les mettoient .
au rang des chofes faintes , &
en faifoient l'objet de leur veneration
. Quoi qu'ils fuffent
fimples , bienfaifans & defin .
tereffez, ils eftoient cependant
oeconomes , laborieux & prudens
, carimitant lafage fourmi
quiamaffe durant lésé de
1
Q ij
•188 MERCURE
quoy fe nourrir en hiver , ils
cul cultivoient foigneusement
la terre, qui répondant à leurs
foins , & joyeuſe de fe voir labourée
par des mains pures &
innocentes , leur rendoit pref
que toûjours avec ufure le de.
poft de leur induſtrie , & recompenfoit
leurs travaux d'une
recolte , qui foit qu'elle fuft
petite ou abondante , rempliſfoit
tous leurs beſoins , & fatisfaifoit
à toutes leurs neceffitez
. E
Temps fortuné, qui s'il pou.
voir jamais revenir , nous rendroit
tous heureux & inno :
GALANT. 189
cens , banniroit pour toûjours
de la terre les querelles , les
haines , les procés & les guer
res , & y établiroit une Paix
folide , qui dureroit autant
que le monde , & ne finiroit
qu'avec les fiècles !
Celle qui va nous eftre an
noncée . & que le Roy preffé
par l'amour qu'il porte à fes
peuples , a fceu tirer du ſein
des troubles & de la guerre ,
comme Dieu tira autrefois ce
vafte Univers d'une maffe de
confufion , fuivant toutes les
apparences , ne ramenera pas
Ja premiere innocence de nos
190 MERCURE
Peres ; car le monde eft trop
corrompu pour changer, mais
du côté du Prince qui a faic
agir tous les refforts de la puiffance
pour nous la donner ,
convaincu que comme le Ciel
n'eft jamais plus beau , jamais
plus pompeux, que lorsqu'il eſt
clair & ferain , la Royauté toû
jours lumineufe & refpectable ,
n'eft jamais plus majestueule,
jamaisplus augufte, que quand
elle eſt calme & paiſible. De
ce côté là , Meffieurs , nous
en recevrons tous les avantages
& tous les biens que nous
fommes en droit d'en attendres
GALANT. 191
*
car il nous aſſure , ce glorieux
Prince, du Trône où il eft affis,
qu'il va changer toutes chofes
dans fon Etat , & faire ſentir
à fon peuple qu'il eft un auffi
bon Maître qu'un grand &
qu'un vaillant homme de
Guerre ; que deformais ceux
qui levent les tributs ne l'af.
fligeront plus ; qu'il y aura une
femence dePaix parmi ce peu
ple qu'il cherit , ce peuple qui
s'épuile ou fe facrifie fi volon
tiers pour fa gloire ; que chacun
d'eux boira paisiblement
à l'avenir de l'eau de fa cifter
ne & mangera fans alarme du
192 MERCURE
fruit de l'arbre & du champ
qu'il aura cultivé , que tous les
fujets vont le réjouir & s'af
feoir dans l'agreable douceur
de la Paix , dans des tabernacles
de confiance , & dans un
repos abondant.
Que l'on n'entende donc
plus ces clameuts & ces plaintes
, ces cris & ces murmures
dont l'air n'a ci- devant que
trop retenti , & que le coeur a
dû defavoüer dans ceux aufquels
ils font échappez au mé
me temps que la douleur les a
arrachez de leur bouche. 4-
beant illa voces quas metus exprimebat
,
GALANT. 193
primebat , nihil quale antea dicamus
, nihilenim quale antea patimur
, difoit autrefois dans une
rencontre à peu prés pareille
à celle- ci un fameux * Orateur
de l'ancienne Rome. Que la
joye de la Paix ne dilate pas
moins nos coeurs que les maux
de la guerre les ont refferez ,
les ont retrecis . Ne penfons
qu'à témoigner nôtre reconnoiffance
au Roy par des réjouiffances
& des fêtes publiques
, en faiſant des voeux pour
la confervation de fa Perfonne
Sacrée , en immolant des Ho-
Pline à Trajan.
Février 1698. R
194 MERCURE
fties pour la continuation de
fes jours d'où dépend la felicité
des nôtres ; que cette reconnoiffancefoit
fans bornes,
puifque fon bienfair eft fans
mefure.
Graces immortelles foient
renduës de toutes les Paix que
«nous tenons de la bonté, & en
particulier de celle dont la
publication nous affemble apjourd'hui.
Graces immortelles
en foient renduës , premierement
au Ciel d'où eft venu
noftre fecours ; enfuite à
LOUISle Grand , qui pour
pacifier l'Europe a bien voulu
GALANT
195
<
ceder à fes
ennemis , de tous
côtez battus &défaits , une partie
de les
conquêtes , & fçu
triompher du defir qu'il pouvoit
avoir de les retenir , paffion
qui flatte fi fort , qui s'af
fujettic
pour l'ordinaire
& tirannile
le coeur de touslesHé
ros , qui par l'exemple
d'une
moderation fi rare qui mer
fur la tête de ce
Monarque
cette
couronne de perles precieufes
dont parle
l'Ecriture ,
apprend aux Rois de la terre
dont il a efté le
vainqueur ,
jufques
où doit aller leur a
mour envers leur peuples , ce
Rij
296 MERCURE
qu'ils font obligez de faire
pour affurer leur repos , combien
leurs coeurs doivent eftre
tendres fur leurs befoins, fenfibles
& compatiſfans à leurs
maux. Graces encore une fois
foient rendues à ce Prince incomparable
de la Paix que
nous tenons de la bontévraye
ment paternelle , en attendant
qu'il executele deffein qu'il a
formé de nous en faire goûter
au plûtoft les douceurs , aprés
lefquelles il fçait que fes peuples
fatiguez de la Guerre foûpirent
avec autant d'empref
fement , que le Cerf alteré
GALANT. 197
court pour éteindre fa foif
vers les eaux rafraichiffantes
d'une claire fontaine.
Puiffent donc meurir bientoft
les fruits de la Paix generale
dont nous joüiffons main
tenant. Ecce omnis terra habitası
tur & quiefcit. Paix fi longtems
attendue , tant defirée
& fi defirable. Puiffent ces
fruits fuivre de prés la publication
folemnelle qui fe va
faire de celle qui fcelle & afi
fermit toutes les autres, au fon
des Hautbois , des Tambours
& des Trompettes , dont le
doux concert va fraper agrea
R in
198 MERCURE
blement nos oreilles Puiffions
nous fous le Regne de LOUIS
le Grand , que nous foûhaitons
eftre encore d'un tres grand
nombre d'années , puiffions- >
nous voir renaître ce bienheu
reux tems que procurerent au :
peuple d'Ifraël le bonheur &
la vertu de ce brave & vaillant
Machabée , fous la conduite .
duquel Juda vêcut en Paix , & 1
dans les delices d'une heureu
fe abondance, chacun paſſant t
fes jours fans inquietude , &
fe repofant tranquillement à
l'ombre de fa vigne & fous fon
figuier. Qu'il foit dit de ce
GALANT.T
Monarque , comme de ce fa
ge Conducteur du Peuple de
Dieu, fecit pacem ſuper terram,
latatus eft Ifraël lætitiâ ma¬
gnâ , qu'il a donné à fon pays
une Paix profonde , & comblé
fes fujets d'une joye parfaite
que nos Provinces encore fi
confternées fallent gayement
à l'avenir leurs recoltes &
leurs moiffons , & qu'aux horreurs
de la Guerre l'on voye
fucceder fans delay les charmes
d'unfolide repos & d'une
durable tranquillité
.
Le jour que ce Discours fut
prononcé dans le Palais de
Rijij
zco MERCURE
Sens , où la publication de l'a
Paix venoit d'eftre faite , tou
res les Boutiques furent fermées
par ordonnance de Police
, & il y eut des feux allu
mez dans toutes les ruës . Le
Dimanche fuivant 26. le Te
Deum fut chanté dans l'Eglife
Cathedrale , en prefence de
tous les Corps Ecclefiaftiques
& Seculiers , aprés quoy on
allluma un grand feu de joye
dans la grande Place , où les
Habitans eftoient fous les
armes. Cela fut fait aux cris
redoublez de Vive le Roy , &
au bruit des décharges de la
GALANT: 201
& •
Moufqueterie, du Canon , des
Tambours , Trompettes , &.
autres Inftrumens . Le foir , il
y eut un feu d'artifice dans la
même Place , avec de riches
repreſentations & Devifes à
la gloire de Sa Majefté , &
quantité d'Illuminations , ce
qui fut fuivi d'un grand rega
le à l'Hôtel de Ville , d'un
Bal general , & d'une magni
fique Collation pout les Dames
, aux dépens des Officiers
des quartiers.
Le même jour vingt - deuxiéme,
Mª Cailler, Confeiller au
Parlement en la Cinquième
202 MERCURE
des Enquestes , Envoyé Extraordinaire
en Pologne du
Roy de la Grand' Bretagne
en 1689. fit chanter le Te Deum
pour la Paix Generale , dans
l'Eglife de fa Terre de Theil
prés de Sens , & autres dépendantes
de fa Chaftellenie . Enfuite
il alluma un grand feu
de joye qu'il avoit fait pré.
parer devant fon Chafteau ,
où plus de quatre cens hom
mes estoient fous les armes
en tres- bon ordre. Ils firent
de grandes décharges de
Moufqueterie & on leur
abandonna plufieurs pieces
GALANT. 203:
de vin Il y eut table ouverte
dans les appartemens du
Chasteau pour pluſieurs Gen- 1
tilshommes , & autres per
fonnes diftinguées , qui fu ›
rent traitées magnifiquement
pendant deux jours.
On a fait auffi de tres
grandes réjouiffances pour la
Paix à Troye en Champagne.
On yvint de tous coftez pour
voir un feu d'artifice , dont
M Janfon , Echevin , avoit
donné le deffein . H fut précedé
de plufieurs décharges
de Moufqueterie, & il eut tout
le fuccés que l'on en pouvoic
204 MERCURE
efperer. La Ville de Troye
avoit un double fujet de fe
réjouir , puis que depuis quel--
ques mois le Roy luy a accor
dé deux Foires Franches.
Je vous envoye ce qu'on a
pû retenir d'une Harangue
qui fut prononcée le 26. du
mois paflé , au fujet de la publication
de la Paix , par M
Cornet de Coupel , Avocat du
Roy au
au Prefidial d'Amiens, en
prefence de M Bignon , Intendant.
Voicy à peu prés
comme il parla.
GALANT 205
MESSIEURS ,
Nous pouvons dire que la
Paix faite & ratifiée avec l'Empereur
& l'Empire eft la perfection
du grand ouvrage de
nos jours , attendu depuis fi
longtemps , & qui estoit ſi neceflaire
à toute l'Europe , puif
que la guerre ett comptée
pour le plus grand mal d'un
Etat ; en forte que rien ne peut
Pexcufer que la feule neceflité ,
quelque avantage que l'on y
rencontre.Juftum bellum quicus
neceffarium , pacem te pofcimus
omnes. Nous croirions man206
MERCURE
quer aux fonctions
de noftre
Miniſtere
fi nous ne portions
pas icy la parole parmy les ac.
clamations
publiques
. Et ne
ferions- nous pas infenfibles
fi nous ne participions
à la
joye commune
, ou ne pafferions-
nous pas pour diftraits ,
fi nous ne donnions
une attention
particuliere
à la lecture
des Lettres dont nous
allons requerir
l'enregiſtre
ment ? Nous avons déja fait
connoiſtre
le 27. Novembre
dernier lors de la Publication
de la Paix fignée avec l'Eſpagne
, l'Angleterre
, & la Hol.
GALANT. 207
lande , que nous ne pouvions
rien ajoûter à la lecture de la
Lettre du Roy ; que quand un
Prince auffi.éclairé avoit parlé
on ne pouvoir rien dire qui ne
fuft au deffous de les expref
fions.
En effet, Meffieurs , l'admi
ration , toute muetre qu'elle
eft , eft icy le plus glorieux de
tous les Eloges. L'Eloquence
acooûtumée à relever les act
tions des Heros , ne peut qu'af
foiblir celles de LOUIS LE
GRAND . Contentons - nous
donc qu'un Blence refpecsueux
marque nôtrejoye, Que
208 MERCURE
peut- on ajoûter autre chofe
que l'admiration à ces paroles
forties de fa bouche , fembla
bles à celles qui furent pro
noncées autrefois par l'Empe
reur Tibere , que les heureux
fuccés dont le Ciel a favorife fes
armes , ne l'ont jamas éloigné du
defir qu'il avoit de faire la Paix,
que c'est le foulagement des Peuples
accablez des maux infeparables de
la guerre , & le plaifir de les ren
dre heureux qui luy a faitfacrifier
fes interests , & renoncer àfes pro
prés avantages .
C'est par cette heroïque
moderation , plus loüable milGALANT.
209
Je fois que les plus grands
triomphes , qu'il a voulu finir
une guerre qui auroit encore
duré trop longtemps , & confacrer
au rétabliffement du
repos & du commerce de l'Europe
le fruit de les conqueftes,
Latior Tiberius, die Tacire , quia
Pacem fapientiafirmaverat quam.
fi bellum per acies confeciffet .
Avoüons pour donner une
idée generale des fujets de
nôtre étonnement & de no
tre admiration , laiffant à l'Hife
tiore le foin de reflechir en
détail fur tous les endrous de
fa vie , qui feront autant d'é
C
Fevrier 1698. S
210 MERCURE
loges ; avoüons , dis je , que le
Royaefté pendant la condui
te de cette guerre , intrepide
pour en foûtenir tout le poids
contre une Ligue & un monde
d'Ennemis fi differens , dont
les vains efforts pour renfèrmer
la puiffance n'ont fervy
qu'à faire mieux connoiftre les
forces .
Sile zele des François pour
leur Souverain , & particulie
rement de cette Province , qui
ont prodigué leur fang , expofé
leur vie , ou épuisé une partie
de leur bien pour fon fervice
, & pour foutenir la gloire
GALANT 211
&
de la Nation , a paru dans le
cours de cette guerre , ce zele
converti en amour pour un fr
grand Prince , doir aujourd'huy
redoubler par des fencimens
de reconnoiffance , en
revanche des fruits agreables
de la Paix que nous allons
bien - toft goûter à l'ombre
des lauriers que fes victoires
ont fait naiftre , en forte que
la vertu du Prince domine aujourd'huy
dans le coeur de fes
Sujets , & l'obeïffance des Sujets
triomphe dans celuy du
Prince.
4
Il ne dépend pas toûjours
Sij
212 MERCURE
des Sujets de ſignaler leur zele
pour leur Roy , mais il dépend
toûjours d'eux d'eftre attachez
par une refpectueuſe inclination
à leur Souverain , tel
que LOUIS LE GRAND , qui
poffede toute les qualitez des
plus grands Heros & qui ont
immortalifé leurs noms , qui
gouverne les Sujets avec bon .
té, qui triomphe de fes Ennemis
fans orgueil , qui protege
les Rois & fes Alliez fans autre
intereſt que de fa gloires
mais fur tout , qui va faire connoiftre
par la Paix qu'il procu
re à l'Europe , qu'il eft le Pere
GALANT. 213
des Peuples , comme il a coûjours
efté le Roy de luy- même.
Nous devons croire que
cette Paix univerfelle
, dont
celle de Savoye a efté la femençe,
appuyée ſur de fi bons
fondemens , confacrée moins
par la foy des Traitez , que
par les voeux ardens de Sa Majefté
, fera de durée , ftable &
fincere entre la France & les
Etats voisins , puis qu'elle eft
un prefent du Ciel , comme
celles que nous lifons dans les
Paralipomenes
, avoir efté ac
cordées à Afa , Roy de Juda,
+
214 MERCURE
à David, à Salomon, & depuis
au grand Theodofe , & un
effet de la Providence divine,
qui a bien voulu réunir tane
d'efprits fi contraires & fioppolez.
Les peuples conviennent
avec l'Orateur Romain , qu
on ne peut leur donner rien
de plus agreable que la Paix.
Circumfpiciamus omnia que pos
pulis gratafunt , nihil tam popu
lare quam pacem , quàm concordiam
, quam otium reperimus , ni
hil pretiofius folet audiri , nibil
delectabilius concupifci , nihil utilius
poffiderio
GALANT. 215
C'eft pourquoy ils doivent
encore aujourd'huy marquer
par des réjouiffances publiques
la joye qu'ils en reffentent
, puis que cette Divinité
des anciens Romains , à la
quelle les Villes d'Athenes &
de Rome ont dreffé des Temples,
des Statues & des Autels ,
va les faire décharger d'une
partie des impofts établis par
la neceffité de la guerre , apporter
des richeffes , faire naiftre
l'abondance , & combler
la France de toutes fortes de
biens.
C'eſt à
vous ,
* Mr
Bignon.
Monfieur ,
2:6 MERCURE
qui eftes le dépofitaire des
fecrets du Prince , & en qui
brillent tous les jours avec
éclat quelques rayons de fon
pouvoir par l'adminiftration
de la Justice , Police & Finances
, que vous rendez avec
tant d'integrité ; Mediateur ,
entre fes Miniftres & les fupplications
des peuples d'une
Province , que le voisinage de
la Frontiere alarmoit autrefois
, de prononcer icy la publication
de la Paix. Elle ne
peut fortir d'aucune bouche
plus pure & plus éloquente ,
& qui luy convienne davantage
GALANT. 217
tage , puis qu'elle aime les
Lettres & la Justice , Juſtitia
¿ Pax ofculatæ funt , luivant
l'Ecriture , & par confequent
elle aime ceux chez qui ces
belles qualitez & ces vertus
font hereditaires
, comme en
voftre Famille , tirée du fein
de la Magiftrature, qui a produit
des efprits du premier
ordre dans un âge peu avancé.
Les fçavantes Notes fur
les Loix Saliques du Royaume
& fur les Formules de
Marculphe , en feront toujours
des monumens éternels,
gravez dans la Litterature.
Fevrier 1698 T
218 MERCURE
Famille , où l'élevation aux
dignitez n'eft pasun aveugle.
ment précipité de la faveur ,
ou un jeu de la fortune , mais
où le merite & la naiffance
ont beaucoup de part. Vos
Are prefence m'oblige à fup.
primer icy quantité de chofes
glorieules , que la force de la
verité auroit tirées de ma
bouche & arrachées de mon
coeur, quand mon inclination
& mondevoir ne m'yauroient
pas porté; & comme vous ne
venez icy que pour ſeconder
les intentions de Sa Majefté ,
La Compagnie honorée de voGALANT.
29
tre veuë , & qui trouve avec
le public fon avantage par
ticulier dans un calme fi ge.
neral , reçoit avec reſpect la
branche d'olive que vous apportez
pour fimbole
de la
Paix. Quant à nous , Gens du
Roy , nous ne pouvons
mieux
y répondre
qu'en requerant
pour Sa Majesté la lecture des
Lettres de la publication
de
la Paix, pour eftre enregistrées
aux Regiſtres
, aux Chartres
de ce Siege , & envoyées
dans
les Prevoftez
du reffort.
Les mêmes réjouiffances fe
firent à Blois le 2 6. du mois
Tij
320 MERCURE
paffe ,&rien ne fut oublié dans
tous les quartiers de cette Ville,
pour marquer le zele dont
les Bourgeois eftoient animez.
Le même jour il y eut un
grand feu de joye dans la Pa
roiffe de Saint Secondin , qui
appartient à Madame la Com .
reffe de Bury, cy devant Gouvernante
de Madame la Princeffe
de Conti Douairiere , &
qui n'est qu'à deux lieues de
Blois . M Juftice , Curé du
lieu , avoit pris loin de le faire
préparer Les Habitans , au
nombre de plus de trois cens ,
fe mirent fous les armes , ayant
GALANT. 220
tous le chapeau bordé d'un
galon d'or , & le refte de l'équipage
à proportion . M
Scion , nouveau Converti , &
qui l'eft de bonne foy, expofa
publiquement , comme Capitaine
, le Portrait du Roy couronné
, & avant que de fe
mettre à la tefte de fa Compagnie
il fit un Difcours des
plus touchans fur les avanta
ges de la Paix. Cela fait voir
qu'elle imprime des fentimens
fr pleins de reconnoiffance
dans tous les coeurs des
François , que ceux mêmes
qui n'ont aucune obligation
Tiij
222 MERCURE
de parler , ne fçauroient rerenir
leur zele. Après avoir mar
¿qué les effets que la joye pro.
duit de tous coſtez ; La Paix,
continua tail , ramene avec
Aftrée l'inocenteliberté, les beauxe
jours , les plaifirs , les richeſfes
l'abondance ,fait renaitre le Com
merce , les Aris és les Sciences ,
fournir à toute la terte un exem.
ple achevéde la parfaite modera
tion du plus grand Roy du monde.
Qui ne fait que la guerre eftoit
auffiglorieuse àree Monarque in .
•vincible , que fatale à fes Ennemis
? Carpour ne parlericy que
la derniere Campagne , LOUIS,
,
de
GALANIM zez
ent Catalogne , toujours triom.
phant , toujoursquictorieuoc , prend
Barcelone , Capitale de cette Pre
vince , malgré tous les efforts de
l'Espagne & de fes Alliez.
LOUIS enFlandre , oùfon nom
feul gagne des Batailles , fe rend
maiftre d'une autre Place imporsante
en dépit de la Ligue , & à
la vûë de tous les Princes Confederez.
LOUIS, en Allemagne,
plus puiffant que les Cefars , rand
fes Armées redoutables à l'Empereurs
àl Empire , & répand.es
même temps la serveur.en tous
breux Cependant, & prodige inauy!
vainqueur defes Ennemis , & par
T Hij
224 MERCURE
une plus rare merveille , vainqueur
de foy même ,
5 parmy tant de
Palmes de Lauriers , auau milieu
AT .
de tant de triomphes & de victoi ,
res , ce Monarque incomparable
arreſte tout à coup , par un effort
heroïque , le progrés de fes armes ,
la rapidité de fes conqueftes ;
pour donnerencore unefois la Paix
L'Europe , fonder le repos & ré
tablir la felicité publique. Ab !
s'il eft vray , comme il n'en faut
"
R
pas douter
• que le plus
grand
des Rois , la terreur du monde ,
l'admiration del Univers, le Pro
tecteur de l'Eglife , & le Fleau des
Heretiques , préfere en faveurde
GALANT. 225
elle
par
fes Sujets , la qualité pacifique de
Pere de la Patrie, au titreglorieux
de Conquerant , la France ne doitpas
donner tout des mar.
quespubliquesdefa julte reconnoif
fance,par des tranfports dejoye ,
par de continuelles acclamations.
Battc donc , Tambours fonnez,
Trompettes , meflez vos bruits
tonnans au douxfon des Fifres ,
des Mufettes & des Hautbois.
Et vous , qui me fuivcz , Peuples
heureux, Peuples contens , joignez
vos voix aux charmans concerts
qui refonnent de tous coste . Que
les fontaines , que les ruiffeaux de
vin coulent dans nos Hameaux ,
226 WERCURE
que toutfe reffente des douceurs de
la Paix ; que les bois , que les plai .
nes , que les collines les plus proches
retentiffent de nos acelamations
, & que les Echos d'alentour
charmez de nos applaudiffemens
,
reperent mille fois aprés nous , Vive
le Roy. Ce Difcours fini ,
M'Scion fit défoncer un tenneau
de vin dans la Cour ,
afin que tous ceux de la Compagnie
buffent à la fanté du
Roy , tandis qu'il donna dans
fon logis la Colation aux Offic
Giers. Enfuite il marcha en
bon ordre au Chaſteau de
Bury , oùì il fit faire deux dé.
GALANT 227
charges , puis au Te Deum qui
fut chanté folemnellement au
bruit de plufieurs autres décharges
, & enfin au feu de
joye , précedé de la Croix &
du Clergé , qui eftoit nombreux.
La fefte le termina par
un grand repas , que le Capisaine
donna le foir , avec une
Illumination qui dura toute
la nuit , au bruit des Tambours
& des Fifres , mais la
bonne chere ne finit pas. Elle
dura encore huit jours , tous
les Officiers fe piquant de regaler
chacun à fon tour.
228 MERCURE
Mademoiſelle Dalerac la
Charle , dont le merite eft fi
connu en France , a compofé
les paroles de l'Air qui fuit.
La Mufique eft d'nne Perfon-
-ne qui fait du bruit dans le
monde,
S
Jupirs qu'on ne veut plus entendre
,
Chers & riftes enfans de ma fincere
1
árdeur ,
Cachez vous au fond de mon
coeur ,
Duffiez vous le reduire en cendre.
f
Soupirs qu'on ne veut plus, entendre
Cachez- vous au fond de mon
coeur.
DE
LA.
Di
H
COTHRONE
き
GALANT. 229
Voicy un Billet qui m'a efte
idreflé , auquel je ne doute
point que l'inconnu , qui pré.
tend avoir trouvé la Quadrature
du Cercle ne réponde le
mois prochain . Mes Lettres
eftant un champ ouvert pour
toutes les choles que les Sçavans
cherchent à rendre publiques
,je me trouve obligé,
quoy que fans y prendre aucune
part , de publier tout ce
qui vient d'eux , quand j'ay
une fois commencé à parler .
de leurs Ouvrages , & que la
diſpute eft liée entre eux .
#
230 MERCURE
A L'INCONNU ,
Qui a propofé la Quadrature
du Cercle.
C
E Biller , Monfieur , n'eſt
Apoint de la nature de ceuse
que vous demandez , puis qu'il ne
promet point d'argent . Cependant
il ne paroiſt pas à rejetter, puis que
fans promettre il donne ce qui
quelquefois vaux mieux que de
l'argent même. C'est un avis fur
la propofition que vous venezde
faire. Vous paroiffe icy , Monfieur
, fous le nom d'Inconnu.
Permettez qu'à votre exemple je
GALANT. 21
paroiffe de la même maniere , ¿
qu'avec avec la liberté que donne cet
estar, je vous dife , que j'ay efté
furpris à la lecture de voftre arti.
cle , de voir que vous pensez à
donner la quadrature du Cercle.
Il me femble avoir lû ily a ens
wirondouze ans , un livre où elle
eſt donnée , non ſeulement par approximation,
mais exactement &
geometriquement H eft de la compofitiondeM
Mallement de Meffange.
Il fur imprimé à Paris
chez le sieur Jean- Baptifte Cos
gnard en 1686. dedié à M² le
Duc de Montaufier. Ilse trouve
ther Jean Caffon , ruë Saius
232 MERCURE
Facques , à l'image Saint Jean-
Baptifte. Le Journal de la Repu.
blique des Lettres , imprimé à
Amſterdam , en a fait un précis
tresjufte. Le filence que tous les
Geometres ont gardéfur cet Ecrit
depuis fi longtemps , me paroift
unepreuve qu'ils n'ont pú y rien
trouver à redire. Entre une infinité
d'Ouvrages qui ont efté faits
Sur ce sujet depuis deux mille
ans , celuy cy est le ſeul où nul
homme du métier n'a pû encore
faire voir de paralogifme , c'eft à
dire , d'erreur. Vous fçavez que
les Geometres font gens qui ne
fouffrent pas longtemps des fautes
1
GALANT 233
71
dans les affaires de leur reffort,
qu'ils font tout- à fait prompts
àfe montrer leurs defauts les uns
aux autres quand ils en peuvent
··rencontrer . Ajoûtez à cela , Monfieur
que ce Livre traite la
question de la maniere la plus
fimple qu'elle ait jamais efté traistée
ne donne tout au plus que
huit où dix lignes à examiner ,
• au lieu qu'il n'y en a jamais eufur
... ceste matiere qui n'en ayens donné
tune confufion tses difficile & treslongue
a demêler ; deforte qu ilfem .
ble que fi l'on n'y a rien trouvé à
redire jufqu'icy , le temps ne fcauroit
non plus y faire découvrir nulle
Février 1698 . V
234 MERCURE
.i
imperfection , puifque non feute:
ment douze ans, mais douze jours,
font beaucoup plus qu'il n'en faut
à un habile homme pour voir tout
ce qui en eft. Aprés cela , Monfieur
, vous mepermettre de vous
dire , que propofer de donner la
quadrature du Cercle ; c'eſt vouloir
faire une oeuvre fane. Je n'entre
point dans la difcuffion de cette na
suredeproportion que vous présendez
donner entre le rayon & la
circonference , qui , à ce que vous
dises , eft de nombre à nombre , c'eft
un détail plus précis dont on fait
ce que l'on doit penfer . Tout ce que
jepuis ajouter , c'est qu'à jager de
GALANT. 235
¿ M de Meffange , par ce que l'on
en en a vú,ilnefemble pointpar-
Jer temerairement, & quede quelque
maniere qu'on l'attaque , ilpa
-roiſt homme à bien foutenir fes
droits . Jefuis , Monfieur , vôtre,
Je vous ay deja parlé , des
fix premiers comes des Voyages.
Hiftoriques de l'Europe ,
qui ont un fi grand cours le
fepriéme vient de paroiltre,
& fe debire chez le S'le Gras ,.
„daps la grande Salle du Palais
, au troifiéme Pillier à l'E
couronnée. Il comprend l'Origine,
la Religion, les mecurs
V 访
236 MERCURE
les coûtumes , & les forces
des Mofcovites , avec quelques
remarques fur les Tartares
de leur voifinage . Tout ce
la eft mis dans fon jour avec
beaucoup d'ordre & de netteté
, de forte que ce livre fait
un extrême plaifir à lire . Celuy
qui paroift depuis peu de l'Hif
toire de Melufine tirée des
Chroniques de Poitou , &
quifert d'origine à l'ancienne
Maifon de Lufignan , n'en fait
pas moins. Cette Hiftoire renouvellée
par м' Nodot , &
dediée à S. A. R. Mademoifelle
, fait aujourd'huy d'au-
量
GALANT. 237
tant plus de bruit que les Lecteurs
font fort embaraffez fur
ce qu'ils doivent croire . Tout
y paroift merveilleux , & quoy
qu'il y ait peu de vray femblance
dans tout ce qu'on lit ,
la Fable & la Verité paroiffent
tellement unies enſemble , que
ceux qui feroient fâchez qu'-
on s'imaginat qu'ils cruffent
des chofes de cette nature ,
ne fçavent que répondre aux
preuves qu'en donnent ceux
qui dans leurs écrits ont parlé
de cette Hiftoire.
Il paroift depuis peu un autre
livre , qui eft extrémement
238 MERCURE
1
de faifon , il eft intitulé , Sentimens
d'une Ame penitence,
fur le Pfeaume , Miferere mei ,
Deus, & le retour d'une Ame
à Dieu,fur le Rfegume Benedic
anima mea ; accompagnez dere-
・flexions Chrétiennes. La lecture
de ce livre doit estre un charme
pour les Ames devores . Il .
eft bien écrit, plein d'onction ,
& ne peut eftre trop lû par les
Chreftiens. Il fe vend chez la
Veuve de Theodore Girard ,
dans la grande Salle du Palais,
à l'Envic , quife debiie auffi
un livre nouveau divifé en
deux tomes & intitulé Contes
nouveaux , ou les Fées à la mode,
GALANT:
239
par MadameD **. Les Contes
de Perfinet , del'Oiseau bleu ,
& plufieurs autres qui font du
nombre de ceux qui furent
fi favorablement reçus du Public
l'année derniere , font de
la même Dame qui vient de
- donner les Conres nouveaux.
Tous les ouvrages ont eu un
fugrand fuccés qu'on eft perfuadé
qu'elle ne peut rien faiore
dont la lecture ne donne
zun extrême plaifir. Ges fortes
d'ouvrages font devenus fort
à la mode.Ainfi une Demoi-
› felle de qualité vient auffi de
mertre au jour deux volumes
240 MERCURE
"
•
intitulez Les Contes des Contes.
S'il m'eftoit permis de la nom .
mer , fon nom feul feroit juger
de la beauté de ces Contes,
même avant qué de leslire .
Son bon gouft eft connu parmy
les perfonnes qui le mêlent
d'écrire , & plufieurs onvrages
d'une plus grande con-
-fequence , & qui ont efhé fort
applaudis dans le monde , luy
doivent une partie de leur fuccés
, les Auteurs ayant bien
- voulu fe rapporter à fon fentiment
avant que de les mettre
au jour. Les deux tomes des
Contes des Contes fevendent
chez
GALANT. 241
chez Simon Benard, rue Saint
Jacques, au deffus des Mathu
rins , au Compas d'or.
Le 29. du mois paffé , Ma
demoiselle d'Eftoges prit l'ha
bit aux Religieufes Carmelites
de laruë Chapon . M'I'Evêque
de Blois en fit la ceremonie
, & le Pere Dom Jerôme
, Feüillanc , y prêcha en
preſence de plufieurs perfonnes
de la Cour , du premier,
rang. Cette Demoiselle , àgée
feulement de dix - huit ans , eft
Fille de мeffire Marc- Antoine
Saladin d'Anglure , Comte
d'Eftoges , Marquis de Bellay,
Fevrier 1698. X
242 MERCURE
Prince d'Ivetot , Baron d'An
glure , & de Dame Marie-
Jeanne de Rouville . La maifon
de M le Comte d'Eftoges
eft d'une ancienne Chevalerie
de Lorraine , portant
le nom de Savigny , & celuy
d'Anglure , que fa Branche
eft obligée de porter , leur
fut fubftitué par Dame Antoinette
d'Anglure , Vicomteffe
d'Eftoges , Bifayeule du
Comte , fuivant les claufes de
fon Contrat de mariage avec
Chreftien de Savigny , Seigneur
de Rofne & de Tonpoy
, qui fut Maréchal de
GALANT: 243
France pendant la Ligue,d'ou
il paffa au fervice d'Espagne,
& futtué d'un coup de canon
affiegeant la Ville de Huft fur
les
t
Hollandois en 1595. Charles
Saladin de Savigny , leur
Fils , prit le nom & les Armes
d'Anglure . Il fut Vicomte
d'Eftoges & Baron de de Rofne
, & marié en 1602. avec
Dame Marie Babon , Fille de
Georges Babou , Seigneur de
la Bourdaifiere, Chevalier des
Ordres du Roy , d'où nàquic
entre autres Enfans Antoine-
Saladin d'Anglure , Comte
d'Eſtoges , Baron - d'Anglure
X ij
244 MERCURE
.
& de Rofne Seigneur de
Tonnoy , puis Marquis du
Bellay & Prince d'Ivetot par
la fubftitution ouverte en fa
faveur. Il fut marié le 11. Avril
1640. avec Loüife - Angelique
Braux , Dame d'Anglure , qui
le rendit Pere de Marc- Antoine
Saladin d'Anglure ,
Comte d'Eftoges , dont je
viens de vous parler.
-
Quant à Dame Marie Jeanne
de Rouville , мere de Mademoiſelle
d'Eftoges , elle eft
fortie d'une ancienne Maiſon
de Normandie , qui a porté
le nom de Gougeul , & pris
GALANT 245
celuy de Rouville vers l'an
1500 dont la Terre fut donnée
à un de fes Anceftres par Guillaume
le Baſtard , Roy d'Angleterre
& Duc de Normandie.
Son Pere Louis- Herault
de Rouville , Seigneur du
Meus , Lieutenant General
des Armées du Roy, Gouverneur
de la Ville d'Ardres &
Comte de Guires , & Capitaine
d'une Compagnie d'Or
donnance entretenue pour le
fervice de Sa Majefté , avoit
époufé Dame Marie - Jeanne
du Bofc , Dame du Bois ,
d'une ancienne Maiſon de la
X iij
246 MERCURE
même Province de Norman.
die , qui a donné un Oftage
en Angleterre pour la deli .
vrance du Roy Jean , un Ecuyer
d'honneur du Roy
Charles VII . un Chancelier
de Frnce , Evêque de Bayeux
fous le même Roy , & un
Chancelier d'Ecoffe , Evêque
de Dublin ſous le Roy Guillaume
le Lion , & Alexandre
fon Fils. Il ne refte que quatre
Branches de la Maifon de du
Bofe , qui font celle des Seigneurs
de Radepont, celle des
Seigneurs deCoquereaumont ,
celle des Seigneurs de NorGALANT.
247
manville , & celle des Seigneurs
d'Epinay.
Voicy les noms de plufieursperfonnes
diftinguées de l'un
& de l'autre fexe , mortes de-.
puis ma derniere Lettre .
Meffire Georges - Auguſte
de Longueil , Seigneur de
Chevreville. Il n'avoit que
vingt ans , & eftoit Fils unique
de Meffire Jean de Longueil
, Seigneur de Chevreville
, grand Ecuyer de Mile
Duc de Brunfwic Hanover ,
& de Dame Charlotte Deletouf
de Pradine de Tenance ,
premiere Dame d'honneur de
X iiij
248 MERCURE
4
Madame la Ducheffe Douarriere
de Brunfwic Hanover.
Il laiffe une Soeur unique , appellée
Jeanne- Marie de Longueil
, qui eft élevée Fille
d'honneur de Madame la Ducheffe
de Hanover. Cette
Branche de Chevreville eft
une des dernieres Branches'
Cadettes de la Maiſon de Longueil
, & qui eft feparée de
l'aînée depuis 1494. Jean de
Longueil IV . du nom , Seigneur
de Mailons , la Riviere,
la Grange , & autres lieux ,
Confeiller au Parlement de
Paris , Ambaffadeur en An ,
GALANT. 249
gleterre , époufa en 1462. Demoiſelle
marie de Marle Verfigny,
Fille de Meffire Arnault
de marle , Seigneur de Verſifigny
, Prefident à Mortier au
Parlement , & de Martine
Boucher d'Orsay , dont eft
venu мeffire Jean de Longueil
V. du nom , Seigneur de Mai
fons du Rancher , & autres
lieux , qui a fait la Branche
aînée de ce nom , dont
font fortis les Seigneurs du
Rancher & de Seure . Louis,
de Longueil , Seigneur de
Chevreville , Fils de Jean de
Longueil IV. du nom , Sei250
MERCURE
gneur de Maiſons , épouſa
deux Femmes ; la premiere,
Catherine Piedefer , Fille de
Robert Piedefer , Prefident à
Mortier, Seigneur de S. Juft ,
Vilmorien & S. Marc , & de
Perrette de Bracque , & en
fecondes Noces , Catherine
Bruflard , Fille de Pierre Bruflard
, Baron de Hés & Agnes.
au Comté d'Artois , Soeur de
Pierre Bruflard , dont la Bran
che de Sillery & Puifieux ; &
Noël , Procureur General ,
dont eft venue la Branche de
Genlis. De cette Catherine
Bruflard font venuës les BranGALANT
238
ches de Bou , Argeville , & les
Cheveſt du nom de Longueil,
& de Catherine de Piedefer
eft iflu Meffire Guy de Lon
gueil , Seigneur de Chevrevil-
Te & de la Broffe , Confeiller
au Parlement , qui en 1586.
époula Marie de la Mare , dont
il cut Jean Jacques de Longueil
, Seigneur de Chevre
ville , Capitaine d'une Compagnie
d'Infanterie au Regiment
de Champagne, premier
Gentilhomme de la Chambre
de Henry de Bourbon I. du
nom , Prince de Condé , &
époufa Sufanne Dupré , Fille
*
252 MERCURE
3
de Henry Dupré, Seigneur de
Paffy , & de Jeanne de Faul
con de Ris , dont eſt venu
Charles de Longueil , Seigneur
de Chevreville , Capitaine
de Cavalerie , qui de
Loüife Nortier , Fille de Louis
Nortier , & de Rachel Dolé ,
Fille de Louis Dolé , Intendant
des Finances , & Sou
de Louiſe Dolé , Marquile de
Beauvau la Beffiere , a eu мeffire
Jean de Longueil , S' de
Chevreville , Pere de George .
Augufte qui vient de mourir.
Cette Branche , par un honneur
qui luy fut accordé en
GALANT: 253
1440. par Philippe le Bon ,
Duc de Bourgogne , brifa fes
Armes d'une bordure camponnée
d'argent & de gueules
, à Pierre de Longueil ,
Confeiller au Parlement , qui
affifta au Traité d'Arras avec
le Chancelier de France & le
Maréchal de la Fayette , & fut
caufe de la conclufion du
Traité. Charlorte Deletouf
de Pradine , leur Mere , eft
Arriere- petite-niece de Claude
Deletouf de Pradine , Ba
ron de Sirot , Lieutenant Ge
neral des Camps & Armées
du Roy,defcendu de l'ancien254
MERCURE
ne Famille Deltufo , Napolitaine
, dont il y a eu des Vi
cerois de Naples. Ce Claude
Deletouf fut rué en forçant
le Pont de Gergeau en 163 2 .
eftant pour lors Lieutenant
General de l'Armée du Roy,
commandée fous l'autorité
de S. A. R. Il y en a eu fept
du même nom qui ont eſté
tuez dans cette derniere guer
re ,parmy lefquels furent deux
Oncles de George Augufte
'de Longueil , dont je vous
apprens la mort. Le dernier ,
qui fe nommoit Pierre Deletouf
de Pradine , fut tué en
GALANT.
255
N
Flandre au mois de Juillet
dernier , eftant premier Capitaine
des Carabiniers du Roy,
dans la Brigade d'Opter Il receut
dix neuf coups de moufquet
, eftant à la tefte d'un
Party qu'il commandoit.
Dame Nicole Denielè ,Veuve
de Roger le Marchand ,
Seigneur de Haute Ifle , Avocat
au Parlement. Elle eſt
morte en fa quatre.vingt - qua
- torziéme année avec une prefence
d'efprit & une folidité
de jugement merveilleuſe ,
ayant eu durant la vie beau .
coup de fageffe & de conduite .
256 MERCURE
€
Elle laiffe une Fille unique
Dame Françoife le marchand ,
Epouſe de Nicolas Dongois ,
Secretaire du Roy & de la Cour
de Parlement , & Greffier de
la Grand'Chambre , Frere de
Gilles Dongois , Abbé- Chanoine
de la Sainte Chapelle ,
& pere de Dame Françoife
Dongois , Epoule de Pierre
Gilbert , Seigneur de Voyfins,
Prefidenten la Seconde
Chmbre des Enquestes, Frere
de Jean - François Gilbert ,
Seigneur de Villeroy , Confciller
en la Troifiéme des
Enquetes , tous deux Fils de
GALANT 257
défunt Pierre Gilbert , Seigneur
de Voffins , Confeiller
en laGrand'Chambre,& petit.
Fils de Pierre Gilbert , S de
Voifins , auffi Confeiller cn
la Grand' Chambre.
Meffire Jean Rouillé, Comte
de мeflay, Confeiller d'Etat
ordinaire , Directions & Finances.
Il avoit époulé marie
de Comans d'Aftry , Fille de
Thomas de Comans , Seigneur
d'Aftry , Maiſtre d'Hô.
te ordinaire du Roy , & d'Anne
Forget. IIllaa eu entre autres
Enfans , Jean Rouillé , Comie
de Mellay , Conſeiller au Par-
Février 1698. Y
2,8 MERCURE
lement , quia époufé N. de la
Briffe, Fille d'Arnauld de la
Briffe , Procureur General au
Parlement , & de Catherine
Potier de Novion , fa premiere
Femme; Marie - Anne Rouillé,
Epoufe de Charles- Denis de
Bullion , Marquis de Gallar
don , Seigneur de Bonnelles ,
Bullion , Efclimont , Mont.
louët, & Prevoft de la Ville &
Vicomte de Paris . N. Rouillé ,
Epouse de M' Bouchu , мaiftre
des Requeftes , & Intendant
aux Armées du Roy ; N.Rouillé
, Veuve de Jean - François,
Marquis de Noailles , Lieure ,
GALANT. 259
nant general pour le Roy dans
la Haute Auvergne , & Marechal
de Camp de les Armées ,
decedé en Flandre au fervice
de Sa Majefté, le 23. Juin 1696 .
Meffire Eftienne le Tonne .
lier , cy - devant Confeiller du
Roy & Maiftre ordinaire en la
Chambre des Comptes . Il
eftoit de la famille des le Tonnelier
de Breteuil , dont eftoit
M' l'Evefque de Boulogne ,
dont je vous appris la mort le
mois paflé.
Dame Marie Doujat, vcuve
de Meire René de Maupeor ,
Seigneur des Bruieres , Con-
Y ij
260 MERCURE
feiller d'honneur au Parlement
, & cy- devant Preſident
en la premiere Chambre des
Enquestes , Fils de René de
Maupeou Prefident en la
Cour des Aides , & de Marguerite
de Creil , & de deffunt
Jean de Maupeou , Evefque de
Chalon fur Saone . Elle eftoit
Soeur de Jean Doujat , Doyen
du Parlement , tous deux enfans
de Jean Doujat , Confeiller
au Parlement , & d'Anne
le Roux , & petits - Enfans de
Jean Doujat , Conſeiller en la
Cour des Aides . Elle a eu pour
enfans Pierre de Maupeou
GALANT 261
Avocat General au Grand
Confeil , mort (ans alliance en
1679. Auguſtin de Maupeou ,
Docteur de la Maifon de Sorbonne
, Evêque de Caftres ,
& auparavant Avocat General
du Grand Confeil , & reçû
Prefident en furvivance de M
fon Pere , Antoine & François
de Maupeou , Officiers au Regiment
des Gardes , tous deux
tuez au fervice du Roy René
de мaupeou , Chevalier de
Malte , & Prefident en la premiere
Chambre des Enquef
tes , qui a épousé Charlotte le
Noir , Fille de Jacques le Noir
262 MERCURE
Prefident des Treforiers de
France à Caen ; Charles de
Maupeou , Chanoine Regu .
lier de Sainte Geneviève , &
Marie de Maupeou Religieufe
à l'Affomption.
Mefire Jean le Nain,ancien
Maistre des Requeſtes , décedé
a quatre - vingt neuf ans.
Je vous ay parlé de fa Famille
dans ma Lettre de Juin 1690.
en vous apprenant la mort de
Madame la Femme , & dans
celle du mois paffé , en vous
apprenant la mort de M' fon
Fils.
Mellire Barthelemy Maf
GALANT. 263
• 263
*
*
cranny , Seigneur de la Verriere
& Maistre des Requeftes ,
& auparavant Lieutenant Cri .
minel à Lyon . Il eftoit Fils de
Paul de Mafcranny
, Seigneur
de la Verriere , Prevost des
Marchands
de laVille deLyon ,
& de N. Pelot , Soeur de Claude
Pelot , premier Prefident au
Parlement de Rouen , & avoit
époufé Marie Jeanne Baptifte
le Févre de Caumartin , Fille
de Louis . François le Févre de
Caumartin , Confeiller d'Etat
ordinaire , & de Dame N , de
Verthamont , fa feconde Femme
, dont il laiffe une Fille
unique.
264 MERCURE
Meffire Elie du Fresnoy
Treforier de l'Ordre Militaire
de Saint Louïs , & premier
Commis de M ' de Barbefieux.
Il est mort âgé de quatre -vinge
quatre ans , & avoit fervi dans
lemême employ fous M' da
Noyer , Miniftre d'Etat , &
enfuite fous M' le Tellier ,
Chancelier de France , & fous
M' de Louvois,
Dame Madeleine de la Guide
, Veuve de Me François-
Marie Perrot, S ' de Meaux ,
Gouverneur pour le Roy des
Ifles & Coftes de l'Accadie ,
dans la nouvelle France .
Dame
GALANT. 265
Dame Anne Bodin , Veuve
de Meffire Louis Portail, Confeiller
du Roy en fes Confeils
d'Etat & en la Cour des Aides.
Dame Marie de Roncherolles,
Veuve de Meffire Georges
Yforé, Marquis d'Ervaux & de
Plumartin , Lieutenant pour
le Roy en Touraine. Elle étoin
Fille de Pierre de Roncherolles
, Marquis du Pont- Saint-
Pierre , premier Baron de
Normandie, Senechal & Gouverneur
de Ponthieu , & de
Marie Nicolai Elle laiffe entre
autres Enfans Mathieu d'Er
vault Archevêque de Tours,
Février 1699.
ถูก
"
Ꮓ
266 MERCURE
cy devant Auditeur de Rote , &
Georges Yloré, Chevalier de Mare .
Melfire François Ignace de Bagdion
de Saillant, Evêque de Poitiers ,
•ey-devant Evéque de Tregater , &
auparavant Preftre de l'Oratoire , &
Affiftant General, Il eftoit Fils de
Leonor de Baglion , Baron de Jons,
me ordinaire de
Mai-
Landu Roy, idei FrançoiſeHenry,
Fille d'Artus blenty, Seigneur dela
Salle , Maifte dHfteldu koy
de Denile de Bellievre Falle de
Pompone de Bellevre , Chancelier
de France Petit -fils de Pierre de
Baghion , Seigneur de la Dargoire ,
Saillan , & autres lieux , Ligutenant
de cent hommes d'armes , & de
Marie Guerrier , Baron de Jons , &
& artiste. Petit- Åls de Pierre Bagcn,
Chevalier de Ordre du Roy,
GALANT. 267
-Seigneur de Saillant en Charolois ,
& de la Dargoire , mort à Florence
Ben 1554. & de Jeanne Guibert Cette
Maifon des Baglions , ou Bagioni,
Beft une des plus confiderables de
-Florence . Ils ont efté Seigneurs Souverains
de Peroule.
Dom Alphonce le Ferọn , mort
en la Chartreufe de Paris . dans fa
foixante & ſeiziême année . Il eftoit
Procureur General de l'Ordre , &
en avoit paffé quarante cinq parmy
des Peres, dans la réputation d'un
parfaitement bon Religieux, & d'un
homme fort Intelligent dans les
affaires. Havoitefté auparavant Auditeur
en la Chambre des Compres
de Paris ; & Dieu luy , ayant fait
lab graces We
fedetacher du monde,
illa mene une vie penitente &
Laborieufe jufqu'à la fin de res jours ,
Zij
268 MERCURE
Je vous ay parlé fouvent de la Mal→
fon des le Feron , qui eft une des plus
anciennes de la Robe defcendue de
Pierre le Feron , Confeiller au Patlement
de Paris en 1815 , fuivant les
Regiftres du Parlementi & les Memoires
de du Tiller , qui le met au
nombre des Jugeurs des Enquetes.
Cette Maifon a donné à la Robe
plufieurs perfonnes d'un merice dif
tingué quantité de Prefidens des
Enquetes , & Confeillers au Parlemen
, deux Prevofts des Marchands
de la Ville Paris , plufieurs Maiftres
& Auditeurs des Comptes ,
Confeillers de la Cour des Aides
Confeillers au Grand Confeil , un
Lieutenant Criminel au Chafteler
de Paris , deux Grands Maiftres des
Eaux & Forefts , fans parler de ceux
qui fe font fignalez dans l'Epée. Cette
•
t
GALANT. 269.
Famille eft aliée aux Jayeres , Alegrin
, la Fontaine , le Picart , Thi
bault , id'Albert de Chaulnes , Phelypeaux
Saim Mefgrin , le Maiftte
de Ferrieres , de Biffy , Hennequin ,
Triſtan Lhermite , de Bailleul, Servien
, Servin , Gobelin , Gallard ,
de Paris , & autres .
Dame Marie-Charlotte Camusdes
Touches , Femme de Meffire
Charles du Monceau , Seigneur de
Nolant d'Ollinville & d'Egli , cydevant
Intendant de Police , Finances
& Vivres des Armées du Roy ,
morte âgée de vingt fix ans, Cette
Dame pleine de pieté & de vertu, &
l'une des plus accomplies de fon
Sexe, eftoit Niece de Mre Germain-
Michel Camus , Seigneur de Beaulieu
, Controlleur general de l'Artillerie
de France , Fille de Meffire
Z iij
270 MERCURE
Jacques Camus , Seigneur des Touches
, auffi Controlleur general de
l'Artillerie de Fiance , dont le Bifayeul
Pernet Camus , Seigneur de
Crux , Auditeur des Compres de
Bourgogne , eftoit Frere unique de
Jean Camus , Seigneur du Rofoy
de la Roife , d'Arginy , de S.Thomot,
de Chatillon , de Bagnole , de
Veze , de Pontcarré & de Torcy ,
Baron de Riverie , dons eft venue
une longue &
nos pofterité
,
qui a remply
les Charges
lesplus.com
.
fiderables
de la Robe , & qui s'eft fignalée
dans l'Epée
pour le fervice
:
de nos Rois. Ces deux Freres avoient
pour Pere Geoffroy
le Camus
Sei !
gueur des Effars , du Rofoy , & de
Boichet
,Confeiller
& Maiftre
d'Hô
tel du Ducde Lorraine
, Fils de Jean
Camus
, Seigneur
des Ears & dul
GALANT. 27
Rofoy , Ecuyer d'Écurie de Charles
dernier Duc de Bourgogne ; dont
l'Ayeul Raoul Camus , Seigneur de
Montigny , eftoit Confeiller Secretaire
du Roy , dés l'année 1398. & *
avoit époulé Dame Guillemette de'
Sens , Niéce de Guillaume de Sens ,'
Premier Prefident au Parlement de
Paris.
Le 15. de ce mois le Roy donna la
Charge de Major du Regiment des
Gardes Françoifes , qu'exerçoit M
d'Artagnan , à Meffire Claude du
Monceau , Seigneur de Traverfonne,
Capitaine au même Regiment ,
& Major General des Armées du
Roy en Flandre. a pour Freres
Meffire Michel du Monceau , cydevant
Intendant de Police & Fimancès
és Armées du Roy , Meffire
Michel du Mouceau , Docteur ca
3
272 MERCURE
•
Theologie de la Faculté de Paris , &
Confeiller Clerc au Parlement, Metfire
Charles du Monceau , Seigneur
de Nolant , d Olinville & d'Egli ,
auffi Intendant de . Police & Finan
ces és Armées de Sa Majefté , tous
enfans de Meire Guillaume du
Monceau Trelorier Provincial &
Extraordinaire des Guerres , Fils de
Michel du, Monceau , Avocat en la
Cour , & Neveu de Mellite Charles
du Monceau Seigneur de Villers
& de Gaudevillers , Confeiller , puis
Procureur General en la Cour des
Aides ; tous deux Enfans de Meſſire :
Louis du Monceau , Seigneur de Villers
, auffi Confeiller en la Cour des
Aides en 1556. forti puifné de l'ancienne
Mailon du Mouceau , Seigneurs
de la Barre , du Tilloy & de
Mignieres , qui ont rendu de con-
囉
GALANT. 273
tinuels fervices à l'Etat , dans les Armées
de nos Rois , depuis l'année
1382. que Jean du Monceau , Ecuyer,
Seigneur de la Baire & du Tilloy
leur premiere tige , fe trouva auprés
de Louis Duc d'Orleans , à la Bataille
de Roflebergue , donnée contre les
Flamans rebelles , où les François
remportérent une victoire fignalée .
Le même jour que Mr de B fly,
Evêque de Toul , fut nommé à l'Ar
chevêché de Bordeaux , Sa Majefté
nomma Mr l'Abbé Girard Evêque
de Toul ; mais Mr de Biffy ayang
fuplié le Roy de luy permettre de
ne point quitter fon Evêché , Mr
J'Abbé Girard a efté nommé à l'Evêché
de Bologne fur mer , Cet Abbé
joint aux belles Lettres une pro .
fönde erudition , & une pieté tresexemplaire
; il a demeuré depuis
274 MERCURE
plufieurs années dans le Seminaire,
des Miffions Etrangères , d'où il ne
fort que des fujets dignes de goue
verner les Eglifes , dont il plait au
Roy de leat confier le foin.
Il paroift depuis peu un livre intitulé
La défenfe des Dames , ow,
les Memoires de Madame la Comreffe
de M *** dans lequel on verra
que tres fouvent ily a beaucoup
plus de malheur que de déreglement
dans leur conduite . Le titre de ce
Livre fuffit pour exciter la curiofité
& fur tout celle du beau Sexe qu'on
accufe tous les jours d'intrigues
ga- }
lantes fur une infinité d'apparences
,
qu'on n'approfondit
point affez pour
en découvrir
le faux : les Dames one,
l'ambition
de paroistre
belles , & cette
ambition n'eft point condamnable.
Elles fe plaisent à entendre loüer ,
GALANT
275
que leur beauté , & celles qui ne font
mediocrement belles devotent ces
louanges avec encore plus d'avidité ;
de forte qu'on eft perluadé que leur !
coeur fe rend à ce que leur ambi . '
tion fur le chapitre de leur beauté
leur fait feulement prendre plaifir à
entendre . Il ne fe peut auffi que cel .
les que leur naiffance ou d'autres
confiderations obligent à voir grand
monde , ne fe trouvent fouvent embaraffées
dans des affaires où elles
font condamnées , fur ce qui paroift
lans aucune preuve de ce qu'on prerend
eſtre effectif . Il n'y a rien de
plus ordinaire , & cependant ces
trompeufes apparences eftant prifes
auffitoft pour des realitez , ceux qui
ne cherchent que les occafions d'exercer
leur veine Satyrique , ne les
laiffent pas échaper . Ils font courir
.
276- MERCURE
les Vaudevilles les plus outrageans ,
tant ils aiment à fe faifir de la, moindre
lueur qui peut donner lieu à leurs
medifances. Le Livre dont je viens
de vous parler, fe vend chez Michel
Brunet dans la Grande Salle du Pa.
lais , au Mercure Galant.
Quoi que l'étude des Mathematiques
ait toûjours efté eftimée pour
fon utilité , peu de gens s'y appliquoient
autrefois , & les difficultez
qui s'y rencontrent rebuttoient ceux
qui avoient de l'inclination pour ces
fortes de Sciences , D'habiles gens
ont de temps en temps employé ;
leurs foins pour les furmonter , &
cela eft caufe que cette étude eft devenue
for à la mode , même parmi
les Dames de la Cour & de la Ville
Je pourrois vous cirer là deffus des
exemples illuftres , fi les Dames de
{
GALANT. 277
vôtre Province eftoient dans le mê-
-me goût elles ne fçauroient mieux
faire que de commender par une in-
Stroduction aux Mathematiques qui
vient de paroiltres fous de titre de
Nouveaux Elemens de Mathematique
& d'Algeble par Monfieur
-de Lagnyside gl. Academie Royale
des Scienceup Ce ? Livre left univolume
in douze & contient rout
see que les anciens & les modernes
- ant trouvé fuficetre matiere , & il y
·a oltre cela plufieats Methodes nou ·
yelles, L'ordre que l'Aureud à toivi
-eft tres naturel & il a égayé la mastiere
par plufieufs exemples tirez de
J'Hiftoire & des autres Sciences , Il
fe vend chez Joan Jombert , prês dès
Auguftins à l'Image Notre - Dame.
Le Pere Citille de Sainte Anne ,
Auguftin, Déchauffé, Bibliothequaiteady
Convent de Paris , homnie re,
273 MERCURE
de
commandable par la connoiffance
qu'il avoit des Livtes , parfon affa
bilité, pour les gens de Lettres qui
¡ayoient recours à luy, mais encore
plus par la pietés, fa douceur & fa
-charité , mourut fubitement dans le
Convent de la Place des Victoires
le 17 de ce mois âgé de cinquante-
-huitans Iben avoiù quarante deux
Religions , sucb ni sal
Onacuavisde la mort duPrince
Erneſt Augufte de Brunfvwich Lunebourg
Duc de Hanover & Evêique
d'Ofnabruce aprovocold 3 dece
-mois à fon Château debler sonhaofent
ll eftoit Eils du Duc George de
Lunebourg , & d'Anne Eleonoride
2Helft Dardhat politils de
Guillaume Dicgendelý quiflagſant
fapt AFilsade? Dorothée de Dannemarck
, cordonnapar fon Teftarper
quefosEtatsfesdichutoûjours parta
GALANT
279
gez par les deux aínez . George un
d'eux luy fucceda & mourut en 1548.
Taiffant quatre Fils , fçavoir Chrif
sien Louis mort fans pofterité Geot
ge Guillaume Duc de Lunebourg à
Zell ,Jean Fridetic Duc de Hanover,
qui fe fit Catholique en 1651 & mou-
Tut en 1679. laiffant trois Filles de
Benedicte deBaviere, Filled Edouard
Comte Palafin du Rhin, & d'Anne
de Gonzague de Cleves Le qua-
Triéme Fils de Bruno George, ffuyc
Erneft Augufte dont je vous aprends
la mort , qui a efté Duc de Hanover ,
aprés celle de Jean Frederiiccfloonn frere.
Il eftoit Evêque d'Ofnabunc,
dont il avoit efte de ligné fuccefleur
lots que la 20ULONDIO
y fut établie
pour unCatholique & pour un Prince
de la Maifon de Brunfvvick Il
fucceda en 1661. au Cardinal de
Vvartemberg, dernier "Evêque Ca.
02
280 MERCURE
$
tholique d'Ofnabruc . I laiffe plufreurs
Enfans de la Princeffe Sophie
Palatine , Fille de Frideric V. Electeur
Palatin , & d'Elizabeth Stuard .
Fille de Jacques I. & foeur de Char
les I. Roy d'Angleterre .
4.
Je vous ay déja marqué que tous
"les Ambaffadeurs
Envoyez Extraordinaires
& Refidants qui font en
France , ont fait compliment au
Roy , & à toute la Maiſon Royale
fur le Mariage de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne . Ceux qui font
venus exprés font Ms le Duc de S.
Albans , Mrle Comte de Monafterol
, Gentilhommes de la Chambre
de Mr l'Electeur de Baviere , En
voyez Extraordinaires l'un d'Angleterre
, & l'autre de Mr Electeur
de Bavière. Ils ont tous efté conduirs
à l'Audiance à la maniere accoûtumée
, & traitez à Verfailles avec
GALANT.'_ 281
t
beaucoup de magnificence . Je ne
vous parleray de Mr le Comte de
Portland , Ambaffadeur Extraordinaire
d'Angleterre , qu'aprés qu'il
aura fait ſon entrée.
Mr le Baron de Spanheim qui
eftoit Envoyé Extraordinaire de M²
l'Electeur de Brandebourg en France
avant la derniere guerre , ayant
efté nommé depuis la Paix par l'Ele-
&teur fon Maître pour y revenir en
la même qualité, a eu une Audiance
duRoyd'autant plus favorable , qu'il a
toûjours été fort eftimé encetreCour
qui a témoigné une grande joye
de le revoir. Toutes les perſonnes diftinguées
dans les Lettres , n'en ont
pas moins fait paroiftre , cet Envoyé ›
cftant fort connu des Sçavans , du
nombre defquels il a l'avantage d'eftre.
Je vous ay apris la mort de M
Fevrier 1698. A a
282 MERCURE
$
Roullié , vous fçavez qu'il eftoie
Confeiller d'Etat Ordinaire . Cetre
place ayant vacqué par fon deceds , i
elle a elté donnée à Mr. de Belons
Intendant en Guyenne. Ity a longtemps
que ce nom eft fameux dans
le Confeil . La place de Confeiller
d'Etat qu'avoit Mr. de Beſons a efté
donnée à Mr. Bignon Maitre des ›
Requeftes & Intendant en Picardie :
tout le monde fçair qu'il s'acquite de
cer employ avec de diftinction
quoi que dans un âge peu avancé. ›
On ne doit pas en eſtre ſurpris, puifqu'il
eftd'une Maiſon où l'efprit previent
toûjours les années .
Vous devez avoir apris le Mariagede
Mele Marquis de Levis , fils de
Mr de Chailuis, Licurenant de Roy
de Bourbonnois il a époufé Mile .
de Chevreuſe fille de Charles Honnoré
d'Albret Duc de Chevteuſe &
de Luynes , Capitaine Lieutenant
GALANT 284.
des Chevaux Legers de la Garde se [
d'une fille de feu Mr. Colbert , Secretaire
& Miniftre d'Etat. La f
geffe du Pare , & la bonne éduca .
tion doit faire juger du merite de la
Fille.
Mr le Marquis de Manlevrier
Colbert , Fils de Mr. le Comte do
Maulevrier Colbert Lieutenant
General & Frere de Mr Colbert Secretaire
& Miniftre d'Eta , s époulé
la Fille de Meffire René de Froulay
Comte deTefféMestre deCampGe
netal des Dragons en1684 Lieutenas
General du Mayne , Petcha &Laval
en 1680. Lieutenant General & Pr
EfcuyerdeM.JaDuch.deBourgogne,
Mr. le Marquis de Souvré, troifiéme
Fils de feu Mr. de Louvois ,
Miniftre & Secretaire d'Etat, a épou
fé Mademoiſelle de Rebenac , Fille
de feu Mr. le Comte de Rebenasg
A á ij..
284 MERCURE
La Maifon de Rebenac eft une des
plus anciennes de Bearn , dont feu
Mr.le Comte de Feuquieres épouſa
l'heritiere , à condition qu'il perteroit
le nom de Rebenac , Perfonne
n'ignore que Mr. de Feuquieres eft
d'une des meilleures Maiſons de
Bretagne , & qu'il afervi le Roy en
plufieurs Ambaffades avec beaucoup
d'éclat & de fuccés.
Le mot de l'Enigme du mois paffé
eftoit la Prunelle de l'oeil, & il a eſté
trouvé par Mrs. le Prieur de S Laurens
, Bardot de l'Hôpital General
du Mans ; Louis Joſeph de Chalons
en Champagne; Alexandre du quartier
S. Euftache ; Difebert Avocat en
Parlement le Poëte Infulaire , L'amant
conftant de l'Obfervatoire ;
Yavote du coin de la rue de Richelieu
; Quequet du quartier S. Euftache
; la belle Catin de la rue de
l'Arbre-fec ; Manon des Planches
R
இ
BIBLIO
DE
LYON
1893
TAVILLE
A
GALANT. 285
1
Doublette, la fage blonde vis - à- vis
la Pofte.
G
ENIGME .
Race au favorable Element ,
Aqui de mon employ je demeure
obligée ,
Au centre du repos jefuis en mouvement,
Mais inutile ailleurs & long- temps negligée.
Un guide me conduit le bâton à la main,
Chofe qu'on ne sçauroit douter qui ne
dépluife ,
Et me méne par un chemin ,
Où tout autre que moy vient se mettre à
fon aife.
Les Vers qui fuivent font d . Mademoiſelle
l'Heritier & ont efté
mis en Air par un habile Muficien .
AIR NOUVEAU.
O
Nn'entend plus le bruit des armés ,
On Roy le modele des Rois
Arrefie fes fameux Exploits
,
Et d'une heureufe Paix nousfaitgouter les
charmes ,
286 MERCURE
Cent plaifirs à l'envy nous donnent der
beaux jours
Maisparmy ces plaifirs les dangereux Amours
Preparent des douceurs ameres ,
Sirien ne s'oppose à leurs trints
Ab que le calme de la Paix !
S'en va coûver de trouble aux coeurs de
nos Bergeres !
Jamais Monarque n'a mieux recompenfé,
& plus promptement les fervices
qu'on rend à l'Etat que le Roy les recompenfe.
Apeine les Plenipotentiaires
qui viennent de travailler à la Paix fontils
de retour , qu'ils reçoivent cent mil
livres chacun de gratification . Loin de
leur laiffer letemps de demander & d'ef
perer , on ne leur laiffe pas mefme celuy
de foûhaiter.
Quoi que toutes les réjouiffances qui
fe font faites dans toutes les Villes du
Royaume occupent la plus grande partie
de cette Lettre , & m'ayant empêché d'y
mettre beaucoup d'Articles que je fuis .
obligé de referver , il m'en refte nean
moins encore plufieurs dont je vous fcGALANT.
287
ray part le Mois prochain ; je croi méme
pour la gloire de quelques Villes dont je
vous ay parlé legerement , devoir vous
aprendre des circonftances de la beauté
de leurs fétes, qui ne m'ontpas efté communiquées
, il eft affez tôt pourvous en
faire part aujourd'hui . Je fuis, & c .
P
A Paris , ce 8. Février 1698 .
Rélude.
TABLE.
Ode furla Paix.
Réjouiffances faites dans quelques Villés
du Royaume pour la publication de la
Paix avec l'Empereur & l'Empire,
avec plufieurs Difcours prononcez fur
ce fujet.
Autre Odejur le Paise.
Difcoursfur l'Algebre,
ر و
67
Mort de Mr Charas , avec un abrégé de
Savie.
Vie de Saim Gaëtan.
122
140
146
L'art deplaire dans la converſation . 140
Adam , Poëme.
Suite des réjouiffauces faites pour la publication
de la Paix , avec les Difcours
prononcez sur ce ſujet.
150
TABLE .
229
235
Billet à l'Inconnu qui a proposé la quadrature
du Cercle.
Septiéme Tome des Voyages hiftoriques
de l'Europe.
Sentimens d'une ame penitente fur le
Pfeaume , Miferere mei , Deus , & le
retour d'une ame à Dieu, accompagnez
de reflexions. 237
Contes nouveaux , ou les Fées à la mode,
de Madame D **
Les Contes des Contes.
Profeffion. 245 Morts. 247
239
240
277
Charge de Major des Gardes donnée par
le Roy.
271
Mr l'Abbè Girard nommé à l'Evêché de
"
La defenfe des Dames. 274. Nouveaux
Bolognefur mer. 273
Elemens de Mathem d'Algebre. 278
Audiences données par le Roy .
280 .
Mariages.
282
Articles des Enigmes . 284
Recompenfes données par le Roy.
Articles refervez pour le mois prochain .
L'Air , Soupirs , & c. page 228.
L'Air , On n'entend , &c. pige 285 .
286
286.
CATALOGUE DES LIVRES
nouveaux qui fe vendent chez
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L
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dans lefquels on verra , que tres- fouvent
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Hiftoire des Revolutions de Suede , 12. 2. vol
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d'Arlequin , 12. Seconde Edition
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Bourgogne, 12. 2. vol. 3. 1.12.f.
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1. l. 16. f.
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écrites de Chaudray, 12. 2.1.
La vie de Scaramouche, où font fes bons mots,
fes hiftoires plaifantes & agreables , 12.
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Mademoiselle Scudery, 2. vol. 4. 1 .
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Syroes & Mirame ', Hiftoire Perfane, 12. 2. v.
f 3.1. 12. f.
Les mots à la mode & des nouvelles façons
de parler, avec des Obfervations fur diverfes
manieres de s'exprimer , par M. Cailler de
l'Academie Françoiſe, 11. 1. f. 16.f.
Du bon & du mauvais ufage dans les manieres
de s'exprimer , des façons de parler
Bourgeoifes , & en quoy elles font differentes
de celles de la Cour , fuite des mots à la
mode , par le même,
12. 1 1.16. f.
Les Poefics de Malherbe avec les Obfervations
de Ménage, Nouvelle Edition , 12. 3. 1.
Converfations Academiques , tirées de l'Academie
de M. l'Abbé Bourdelot , par le Sieur
le Gallois,
Le Comte d'Amboiſe , par Mademoiſelle Bernard
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Lettres nouvelles & curieufes de M. B. 12 .
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où finit Grotius , juſqu'à nôtre temps , par
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MERCURE
GALANT
DIDII' A MONSEIGNEUR
LYCH
LE DAUPHNE
FEVRIER 169
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais, au Mercure Galant..
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
wendra trente fols relié en Veau , &
vingt-cinq fels en Parchemin.
A PARIS , .
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dang
la Salle des Merciers , à la Justice .
MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
M. DC . XCVIII.
Avec Privilege du Roy.
AVIS.
Felquesprieresqu'on ait fair
tes
jusqu'à prefent de bien
écrire les noms de
Famille
employez
dans les
Memoires qu'on
envoyé
pour ce
Mercure , on ne laiffe pa
d'y
manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a detemps en temps
quelques
uns de ces
Memoires dont on ne fe
pest fervir. On réitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe
tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires,
& l'on
employera tous les
bons
Ouvrages à leur tour,
pourven
qu'ils ne
defobligent
perfonne , &
qu'il n'y ait rien de
licentieux. On
Aij
AVIS.
priefeulement ceux qui les envoyeni
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pour faire employer leurs noms dans
Particle des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe, ce qu'ils demendent,
C'ef fors pen de chofe pour chaque
particulier , & le tout enſemble ef
beaucouppour un Libraire.
Le Siear Branet qui debite prefentement
le Mercure , arétabli les
chofes de maniere , qu'il eft tonjoars
imprimé an commencement de chas
que mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir les paquets de ceux qui
La chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme cès paquets feroNE
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laifera par d'auoir le Mercure
AVIS.
foxgtemps avans qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées; mais auſſi
eesVillesne lereceverons pas fi tard
qu'ellesfaifotent auparavani, Cenis
qui fe lifont envoyer par leursAmis
fans en charger ledit Branes , s'exposent
à le recevoir toûjours fert
sard par deux raiſons. La premiere,
parce que ces Amis ons pas fein de
le venirprendre fitoft qu'il eft imprime,
outre qu'il le fera toujours queb
quetjours avant que l'on enfaffe le
debit , &l'autre, que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont là eux & quel
ques autres à qui ils le preftens , ils
rejettent la faute du retardemena
fur le Libraire , en difant que le
vente n'en a commencé que fors
avant dans le mois. On évitera ce
Yerardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'ilfe charge defaire
A iij
AVIS.
lespaquets lay-mefme, & de les faite
porterà la Pofte ou aux Meffagers,
fans nulintereft, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe genevalement
de tous les Livres nowveaux
qu'on luy demandera , feit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera execute avec
ane exaltitude dont on aura lien
deftre content.
BIBLIO
LYON
MERCVRE
GALANT
FEVRIER 1698.
·
E vous parle fouvent de
la Paix mais de quoy
vous parlerois je qui
puft vous eftre plus agréable
â entendre La joye en eft
répanduë par tour : & de quel
ques termes qu'on fe ferve
A iiij
88 MERCURE 8
pour exprimer ce qu'on doit
à l'Auteur d'un fi grand bien ,
ils ne font fentir qu'imparfaitement
tous les avantages
que l'on en reçoit. Vous en
verrez un foible crayon dans
l'Ouvrage qui fera le commencement
de cette Lettre .
SUR LA PAIX.
ODE.
Mules ,quelle eft voftre joye ,
De voir qu'en ce jour heureux,
Enfin le Ciel nous envoye
Le doux fujet de nos voeux ?
Donnez- en de juſtes marques ,
GALANT. 9
Puis que de tous les Monarques
Le plus grand qui fut jamais,
Defcend tout brillant de gloire
Du beau char de la Victoire ,
Afin d'embraffer la Paix.
2
Si ce Prince magnanime-
Eut toujours d'un méme pas
Suivi l'ardeur qui l'anime ,
Et qui le porte aux combats ;
Partant d'exploits admirables,
A nos Neveux incroyables ,
Il alloit fe fignaler
Et voftre Art qui tout furmonte,
Euft enfin receu la honte ,
De ne les pas égaler .
L'impito able Bellone
Depuis deux luftres entiers ,
De fon glaive qui moiffonne
Tous les ans tant de Guerriers ;
10 MERCURE
. ז
Ravageoit de trois grands Princes
Les plus fertiles Provinces ,
Sans que rien puft l'arrêter
Et le lang & le carnage ,
Au lieu d'affouvir fa rage ,
Ne faifoient que l'irriter .
S
Le Printemps qui fait les roles ,
Et dont l'aimable retour ,
Dans le fein de toutes chofes
Verfe la joye & l'amour ;
Aux Villes infortunées
Des Frontieres ruinées
Portoit la pâle terreur ,
Et renouvellant la guerre ,
Ne couvroit toute la terre
Que de trifteffe & d'horreur .
2
A peine l'herbe échauffée
Reverdifoit les fillons ,
Qu'elle mouroit étouffée
GALANT
La
Sous le faix des Bataillons,
campagne ainfi foulée
Montrant , toute defolée ,
Au Ciel fon fterile flanc ,
Goûtoit bien toft la vangeance
De leur brutale infolence ,
Et s'engraiffoit de leur fang,
$
Mais quittons la ce langage ,
N'employons point nos accords
A faire la trifte image
D'un champ tout couvert de morrs
Ou d'une Ville affiegée ,
Que d'une ardeur enragée
On force de toutes parts ,
Et qui prés de fa ruine ,
Voit dans ſon ſein la famine
Et la mort fur les remparts.
20
Enfin ces longues miferes
Ont arrêté le couroux
12 MERCURE
Et les châtimens leveres
Du Ciel armé contre nous,
Il femble qu'il fe repente
Des coups de fa main pefante,
Et des maux qu'il nous a faits .
Il nous flate , il nous careffe ,
pour marque de tendreffe
Il fait defcendre la Paix.
Er
S
Que debeauté l'environne !
Qu'elle poffede d'appas ♪
Si l'olive la couronne,
Les fleurs naiffent fous les pas
C'est bien d'elle qu'on peut dire ,)
Qu'elle voit fous fon empire
Et les Peuples & les Rois.
Tout le monde rend les armes
Au doux pouvoir de fes charmes
Et le range fous fes loix.
2
Devant elle fuit 80 crie
GALANT.
13
4
Bellone au front couroucé,
Plus rouge encor de furie
Que du fang qu'elle a veríé.
Cette affreule meurtriere
Qui loin de noftre Frontiere
Pour jamais fe voit bannir
Court immoler des victimes ,
Où l'appellent les grands crimes
Que feule elle doit punir,
IS
Les Nymphes effarouchées
Des Tambours & des Clairons ,
Depuis fi longtemps cachées
Sous l'écorce de leurs troncs ,
Au lieu des aigres Trompettes
N'oyant plus que les Mufettes
Dont refonnent les Hameaux ,
De mouffe & de fleurs ornées
Danfent toutes les journées
Autour des facrez ormeaux,
S
14 MERCURE
Tout rit à noftte eſperance ,
Chacun eft dans les feftins ;
Les Jeux , les Ris & la dance
Marquent nos heureux deftins .
Il faut pourtant reconnoiftre
Que nos coeurs ne pourront eftre
Parfaitement réjouïs ,
Qu'en cette grande journée ,
Où nous verrons.l'Hymenée
Joindre Adelaide & Louïs .
2
Quittez un Pays fauvage ,
Digne Chef d'oeuvre des Cieux ,
Venez recevoir l'hommage
Que meritent vos beaux yeux.
Sous les loix de leur empires to
Souffre, gemit & foupire
Le plus grand de tous les coeurs.
Venez , Princeffe , & qu'il voye ,
Comblé d'amour & de joye,
Ses adorables vainqueurs.
GALANT: is
Et coy , qui de noftre France ,
Parmy tant d'évenemens
Es la fage Intelligence ,
Qui regle fes mouvemens ,
Grand Roy , Vainqueur de l'Envie
Quels Peuples lifant ta Vie ,
N'admireront étonnez ,
De tes Faits la fuite heureuſe ,
Et cette Paix glorieufe
Dont tu les as coutonnez ?
2
Plus loin ton grand coeur afpire ,
Et tu veux que deformais
Chacun goûte en cet Empire
Les plus doux fruits de la Paix.
Pour accomplir ces merveilles
Tu n'interromps point tes veilles !'
Mais dans un fi noble employ
Tout entier tu t'abandonnes,
Et le repos que ru donnes ,
Tu ne le prens pas pour toy,
16 MERCURE
Ouy ,quoy que l'Hiftoire vante
Que du temps du Grand Henry,
Sous une Paix innocente
Son regne a longtemps Aeury,
Nos jours tout remplis de joye,
Tramez tout d'or & de foye ,
Seront plus heureux encor ,
Et deviendra veritable
Ce que la plus vaine Fable-
Raconte du Siecle d'or,
Voicy une fuite des réjouiffances
qui ont ont efté faites
dans quelques Villes pour la
publication de la Paix. Celle
de Poitiers , qui ne le cede à
aucune autre dans toutes les
chofes qui regardent la gloire
de fon Souverain , choiſit le
GALANT.
premier jour de Decembre
pour celebrer une Fefte qui
marquaft fa joye. Certe fefte
commença le matin par le Te
Deum dans l'Eglife Cathedra
le , avec les ceremonies ore
dinaires. Tout le Clergé Se
culier & Regulier, qui eſt fore
nombreux , y aſſiſta , auffibien
que M' l'Intendant de la
Province à la tefte du Pref
dial en robes rouges , avec
tous les autres Corps qui ont
coutume de fe trouver à ces
Affemblées . Le foir , M'l'In
tendant s'eſtant rendu à l'Hô
tel de Ville , où Mrs le Maire
B
1
Fevrier
1698.
.
18 MERCURE
& les Echevins l'attendoient,
ils allerent en ceremonie à la
Place Royale , où toute la
Bourgeoific eftoit fous les armes
, divifée en douze Compagnies
, leurs Officiers à leur
tefte , & diftinguées chacune
par leurs Drapeaux , & où l'on
avoit abandonné au peuple
huit bariques de vin . Ils partirent
de l'Hôtel de Ville en
cet ordre. Leur marche e ftoit
précedée des Trompettes &
Timbales , Hursbois & Clairons
, & d'une Compagnie ,
qu'on peut nom ner les Gardes
de M le Maire & qui
>
GALANT 19
- l'acompagne
toujours dans
les Ceremonies extraordinaires.
Cette Compagnie eft formée
de quatre-vingt ou cent
Maiftres Jurez de tous les
Corps & Métiers de la Ville ,
ayant chacun une halle barde
fur l'épaule , & marchant gravement
, avec des habits de
differentes couleurs , felon la
diverfité des Métiers. Eftang
arrivez au lieu où eftoit préparé
un grand bucher ,
rent trois tours alentour , au
fon des Trompettes
, des
Hautsbois & des Tambours
aprés quoy M l'Intendant ,
ils fi
Bij
20 MERCURE
M' le maire & les deux premiers
Echevins allumerent le
feu avec des flambeaux de
cire blanche. L'air retentic
des acclamations du peuple,
qui y eftoit en grande affluence
, & des cris redoublez de
Vive le Roy, qui furent fuivis
du bruit de la
moufqueterie ,
& d'une triple décharge du
Canon. Les Cloches de toutes
les Eglifes meſloient leur
carillon à ce bruit. Cela eftant
fait , la Compagnie retourna
dans le même ordre à l'Hôtel
de Ville, où il y eut des Illuminations
& un grand Soupé,
GALANT: 21
Tous les Habitans , dont les
coeurs font pleins d'amour &
de zele pour le Roy , marquerent
chacun en particulier
leur joye , mais de leur propre
mouvement & fans ordre , en
faiſant des Illuminations à
leurs feneftres , & allumant
des feux devant leurs portes ',
ce qui fut continué à l'envi
dans toutes les rues & tous les
Carrefours de la Ville juſqu'à
minuit. Au milieu de toutes
ces acclamations , vingt cinq
ou trente marchands des plus
zelez ſe diſtinguerent , & fi.
rent d'une maniere particu
22 MERCURE
liere éclater leur joye . Ils choi
firent le Logis de M's Babaud
Freres , comme le plus beau ,
& le plus propre pour leur fefte
, faifant le coin d'une ruë,
& eftant de pierre de taille à
deuz faces & à quatre étages.
Ils les éclairerent de lumieres
vives , qui faifoient voir & lire
des Devifes & Emblêmes à la
gloire du Roy , fur le fujet de
la Paix. Au coin de ce Logis ,
où eft un Carrefour que for.
ment quatre grandes ruës qui
y aboutiffent , coula tout le
jour une fontaine de vin , qui
amufoit agreablement le peuGALANT.
23
ple. Leur Boutique , qui eft
grande , & qui a deux ouvertures
, fut le lieu où ils voulu .
rent fouper publiquement .
Elle eftoit tapiffée , & décorée
de divers Tableaux & Devifes
dans des Cartouches , & de
feftons de Lauriers , & éclairée
de trois Luftres . Pendant le
Soupé , où la fanté du Roy fut
beue avec ceremonie les
Hautbois & les Trompettes
joüerent tour à tour. Eftant
fortis de table , ils allerens
mettre le feu au bucher préparé
dans le Carrefour , au fon
de leurs Hautbois & de leurs
24 MERCURE
Trompettes , & au bruit de
quelque moufquererie. De là
ils fe rendirent dans une Salle
voifine, préparée pour un Bal
qu'ils donnerent à toutes les
Dames du quartier , & à toutes
celles des autres endroits
de la Ville , qui voulurent s'y
trouver. Pendant tous ces divertiffemens
& toutes ces
marques de joye , qui couloient
de fource , les cloches de
l'Eglife de la Paroiffe , qui eft
tout proche du lieu où le faifoit
cette fefte , ne cefferent
point de carillonner.
Quelques jours aprés , la
Compagnie
GALANT.
25
Compagnie des Arquebuſiers,
ou Chevaliers de l'Oifeau ,
donnerent auffi des marques
de leur zele . Ils firent chanter
le Te Dsum le matin dans l'E
glife des Peres Jacobins ; & le
foir , tous leftement & pro.
prement habillez, ils ſe rendirent
en fort bon ordre à la
Place , où ils allumerent un
grand bucher qu'ils y avoient
fait préparer. Outre tous les
Tambours de la Ville , ils avoient
à leur tefte les Hautbois
& les Trompettes. Aprés
plufieurs décharges de leur
moufqueterie, ils allerent dans
Fevrier 1698. C
26 MERCURE
le même ordre en differens
endtoits de la Ville , & enfuite
fouper ensemble. La fanté du
Roy ne fut pas oubliée dans
ce repas.
LesMagiftrats de la Ville de
Luzy n'épargnerent rien dans
la même occaſion pour mar.
quer leur zele. Ils apprirent
le 27. Septembre que le zo . du
même mois la Paix avoir eftć
afignée par lés Plenipotentiaires
de France , d'Espagne ,
-d'Angleterre & de Hollande ,
& auffi toft ils firent travailler
aux feux de joye , dont le
deffein fut donné par M
GALANT 27
Nault, Maire perpetuel , qui
n'épargna ny les loins , ny la
dépente pour les faire réüffir,
La Ville eft fituée fur une pes
tite colline , au deffous de laquelle
, du cofté du midy , la
Riviere d'Alfyne forme un
canal naturel fort profond ,
large de prés de trente pieds,
& de la longueur d'un quart
de lieuë . Il femble avoir efté
fait exprés par l'induftrie des
hommes pour embellir certe
Ville - là , l'eau y eft dormante,
& neanmoins claire. On fit
faire quantité de petits Batteaux
de joncs , fur chacun
Cij
28 MERCURE
defquels trois perfonnes
pou
voient aller en fûreté. Il y en
avoit un , fur lequel eftoit le
Dieu Neptune
élevé fur un
Trône. Les choſes ainfi dif.
pofées de ce cofté- là , on avoic
fait une petite pyramide
fur
une hauteur , à la pointe de
laquelle il y'avoit quantité de
grenades
& de fuſées , dont
T'une devoit porter le feu fur
le haut du Clocher de l'Eglife
de Saint Pierre , où l'on avoit
mis un Soleil & un Ange . Celuy
cy devoit defcendre
,-
porter le feu fur une grande
pyramide
polée dans la gran
&
GALANT: 29
1 de Place. Cette derniere pye
ramide avoit au milieu une
galerie avec des balustrades
peintes en argent , qui regnois
alentour , où les Effigies des
Rois d'Efpagne & d'Angleters
re dans des fauteuils, & celles
des Plenipotentiaires
de Hollande
& de plufieurs autres
Princes dans des chaiſes , étoient
rangées en demy cercle
. Celle du Roy de France
eftoit fur un Trône , & regar
doit les Rois & les Plenipotenciaires
; rien ne manquoit
à l'ornement , & les feux y,
eftoient en abondance . Le
Ciij
30 MERCURE
Dimanche 22. de Décembre,
fur les cinq heures du ſoir, les:
Habitans seftant mis en ar
mes par le commandement
des Magiftrats , proprement
veftus , allerent en bon ordre
devant la maifon de M'Nault,
Maire , en laquelle Mrs Conjard
, Fontaine , de Bau , du,
Pain ,Echevins,M ' Reignault,
Procureur du Roy , & M'Repoux
, Secretaire , s'eftoient
un peu auparavant rendus en
robes. On fit une déchargé
de moufqueterie , & de quelques
petites pieces de Canon
avec des cris de Vive le Roy ,
GALANT.
31
dont toute la Ville retentir.
On n'entendoit que Tam..
bours , Fifres & Hautbois , &
la joye paroiffoit fi univerfel
lement fur le vifage de tout le
monde , qu'il eftoit ailé de juger
de la fatisfaction que l'on
avoit de la Paix . Les Magif
trats fortirent de la maifon de
Mi le Maire , précedez par les
Huiffiezs , & s'eftant arreftez
fur le perron , il parla à toute
l'Affemblée avec beaucoup
d'éloquence & de vigueut . Il
die , que le Roy ayant triomphe
de sous fes Ennemis , pris leurs.
Villes , battu leurs Armées , diffi-
C jiij
32 MERCURE
pé leurs Troupes , &pouvant ju
Stement conferver des Conqueftes
qui pouvoient former un grand
Royaume , eftant raffemblées , il
avoit voulu , comme un bon Pere,
envisager le repos de fes Peuples ,
facrifier fes propres intereſts à
leur tranquillité ; qu'on ne lifoit
dans aucune Hiftoire des ficcles
précedens , qu'un Prince victorieux
de toute l'Europe , capable d'augmenterfes
Etats de plufieurs grandes
Provinces , eut jamais relâché
volontairement fes
avantages par
le feul amour qu'il portoit à fes
Sujets ; que cette action eftoit la
plus éclatante , la plus heroïque ,
GALANT.
33
la plus illuftre qui cuft jamais
1 paru dans ce qu'on rapporte des
plus grands Monarques du mon
de, qu'il avoit desfentimens bien
differens de ceux des anciens Gou
verneurs des Gaules , qui difoient
que le droit de leurs conqueftes
confiftoit dans leurs armes ,
quil n'y en avoir point de mieux
acquifes que celles dont le prix
eftoit le fangde leurs Soldats ; mais
qu'il fçavoit unir la justice à la
force , &fe fervir de celle cy plûtoft
pour faire éclater ſa moderation
que fa puiffance ; enfin que
tous les bons Sujets eftoient obli
gezpar un retour de reconnoiſſan
34 MERCURE
ce à donner toutes les marques ima
ginables d'un zèle veritable àfon
Jervice ; qu'il les invitoit à cherir
& à respecter un Prince , qu'on
pouvoit nommer à meilleur titre
que Titus , le Pere de la Patrie ,
& les delices du genre bumain.
Son Difcours fini , tout le Peuple
fe mit à crier Vive le Roy,
qu'il vive éternellemens . On fit
unes feconde décharge de
moufqueterie & de Canons ,
& la Soldatefque s'eftant mife
en marche en tres- bon ordre,
les Magiftrats furent conduits :
dans l'Eglife de Saint Pierre,
où l'on chanta le Te Deum en
GALANT:
35
*
Muſique , & McVaudrot, Do-
Iateur en Theologie & Archipreftre
, donna la benediction
du Saint Sacrement, apiés un
difcours fur les louanges du
Roy. Les Magiftrats allerent
enfuire fur le Canal , où aprés
s'eftre placez fur une hauteur ,
on vit un combat naval. L'on
y jetta de part & d'autre
quantité de Grenades, de lances
à feu , & d'autres feux d'artifices
, dont lefpectacle char
moit d'autant plus , que la nuit
le rendoit plus éclatant . Le
combat ayant duré une demi
heure , on entendit un coup
36 MERCURE
de Canon qui le fit ceffer , &
Neptune ayant paru fur fon
Trône avec fon Trident en
feu , il prononça d'une voix
forte & imperieule ce Vers de
Virgile ,
Quos ego ...fed motos praftar
componere fluctus.
Les deux petites Flotes s'e
ftant jointes & ramaffées , le
fuivirent jufques au bord
du Canal le plus proche
du lieu où les magiftrats s'eftoient
affis , & en même
temps en partant pour aller
en la grande Place, on vit for
tir du Trident de Neptune
GALANT.
37
une fufée qui porta le feu à la
petite pyramide , où quelques
grenades , & d'autres fufées ,
firent un effet tres -agreable.
Cette pyramide ayant achevé
de brûler , il partit une fufée
qui alla porter le feu fur la
pointe du Clocher à un Soleil ,
des rayons duquel fortirent
quantité d'étoiles & de Fleurs
de lis Les grenades , & les fufées
ayant efté tirées , on vit
un grand flambeau éclairer
au haut du Clocher , & un
Ange defcendre tout lumi
neux fur la grande pyramide
qui cftoit dans la Place publi
2838 MERCURE
que , tenant un écrit , dans
lequel on lifoit Magnum gaue
dium annuntio vobis. Il mit le
feu à un autre flambeau qui
eftoit au deffus de cette pyramide
, par la lueur duquel
toute la Place fut éclairée , &
de ce flambeau fortoient de
•temps à autre des étoilos , de
"petits Soleils & des Fleurs de
·lis. Au deffus du Trône du
Roy on lifoit ces mots en lettres
d'or , In terra pax homini,
bus. Sur l'une des faces de la
"pyramide on lifoit auffi en
lettres d'or , Rex Pacificus ma-
~gnificatus eft fuper omnes Reges
GALANT.
39
1
ge
univerfa terra ; fur la feconde,
Vultum ejus defiderat univerſa
terra ; fur la troifiéme , Memores
erunt populi nominis tui¸ Domine
, in omni generatione
nerationem , & fur la derniere,
Patem meam do vobis , Chaque
balustrade de la galerie avdic
un flambeau d'artifice , dont
il fortoit des étoiles en abondance
, & une heure après
on vit toute la pyramide en
feu par un bruit de grenades,
de petards & de fufées. La
moufqueterie & le Canon fi
rent leurs décharges , & on
A'entendoit que Tambours ,
.
40 MERCURE
Fifres , Hautbois & Violons,
dont l'agreable bruit fe mê.
loit aux acclamations du peu
ple. Cette ceremonie faite ,
on reconduifit en armes les
Magiſtrats dans la maiſon
du Maire , qui fut fuivi par
une multitude de gens
,
Cette maifon eftoit éclairée
en plus de vingt endroits , &
auprés de la porte il y avoit
trois grands flambeaux attachez
fur une fontaine de vin,
qui couloit pour le même
peuple. On fit encore une
décharge de moufquererie &
de Canon, & enfuite le Maire
.8
སྤྱི
GALANT.
41
X
donna un
magnifique repas
aux autres Magiftrats , & à
e quantité de Gentilshommes
du voifinage , qui eftoient venus
prendre part à la réjouiffance
publique. A ce repas
fucceda le Bal , qui dura jufques
à quatre heures du matin ,
& qui finit par une danfe de
douze Bergers , qui tous avec
des bouquets champeftres.
tels que la faifon pouvoit les
fournir , les mettoient au pied
de l'Effigie du Roy, qui eftoit
en grand dans la Salle où l'on
danfa . Ils attacherent
à la ta
pifferie chacun un grand rou
Fevrier 1698.
42 MERCURE
leau , fur le premier defquels
il y avoit en lettres d'or , Di.
ligam te, Domine ,fortitudo mea;
fur le ſecond , Exurgant , &*
diffipentur inimici ejus ; fur un
autre , Quam magnificum eftnomen
tuum in univerfa terra. Un
autre portoit ces mots , Om.
nia mirabilia tua narrabo : le
cinquiéme , Exaltabo infalute
twas dans le fuivant , Cuftodi
eum , Deus , àgeneratione iſta in
fempiternum ; fur un autre , Sub
umbra alarum tuarum protgenos;
fur fun autre , Inftruit me ad
bellum virtute heroica . Le fuivant
contenoit ces mots , Po
GALANT.
43
画
fuifticum Regem,ut omni bonorum
genere affluamus. Sur le dixiéme
on lifoit ces paroles , Cunétai
via Regis benignitas funt & varitas
; fur les deux derniers , Er
ego ponam primogenitum meum
excelfum præ Regibus terra ¡ &,.
Dilexifti juftitiam , propterea une
xit te Deus oleo - lætitiafue. Onl
trouva, ces verlets tirez des
Pleaumes de la verfion des
Sepranites bien appliquez : 82
aprés que les Borgers eurent
achevé un Balet , on fervit fix
grands plats de Confitures,
de coures forces de fruits , de
citrons , d'oranges , & plu
Dij
44 MERCURE
fieurs bouteilles de liqueur.
Les marques de joye que
l'on a données à Caftres , ont
eu quelque chofe de bien fingulier
. Pendant quatre Di
manches confecutifs on a al
lumé un feu public, qui a eſté
accompagné d'un feu d'arti
fice , les Habitans en armes
ont fuivi les Confuls , qui
eftoient en habits de ceremonie.
Des fontaines de vin
ont coulé en plufieurs endroits
, tandis que des feux
eſtoient allumez devant les
portes de la plupart des maifons
; & dans toutes ces qua,
GALANT.
45
tre femaines , il ne s'eft paffé
aucun jour fans qu'il y ait eu
Bal , & d'autres fortes de ré--
joüiffances , qui ont marqué
combien cette Ville . a esté
fenfible aux avantages qu'elle
efpere de la Paix . -
La Reole en Guienne , fur .
la Garonne , s'eft auffi fort
diftinguée. Toute la Ville fee
mit fous les armes ; & aprés
I qu'on cur allumé un grand
feu de joye dans la Place publique
, iby eut profufion du
meilleur vin , & tout cela par
l'ordre & par les foins de M
de la Veiffiere , Mairè , qui
46 MERCURE
traita tout le Corps de Ville,
ce qui fuc fuivi d'un Bal pour
les Dames . ?
Le Pere Dom Gabriel le
Comte , Prieur des Benedis
ctins de la même Ville , vou- !
lant donner des marques par- »
ticulieres de la joye , choifit
pour cela le jour de la Feste de
S. Maur , Patron de fa Con
gregation . Aprés les Vefpress,
Je Pere Dom Saint Germain ,
Predicateurs de réputationi
dans ces Provinces , qui a trail
vaillé à l'inftruction des Reli
gionnaires fous les ordres de
Mile Cardinal de Bonzy ,
GALANT: 47
monta en Chaire , & prit pour
fontexte , Fac fecundum exemplar
quod monstratum est ribi in
monte. Copiez l'original qui vous
a esté montré fur la montagne..
Aprés avoir dic que le grand,
Original propofé aux hommes
n'eftoit autre chose que
le Fils de Dieu fait homme,!
élevé ſur la montagne de tou
te perfection , il fe contenta
de le contempler fous deux
qualites oppoſées à raiſon des
deux matures, & dit qu'ileſtoic
tour à la fois & Sujet & Sou
verain ; qué comme Sejet il
eftoit l'exemplaire de tous les
ๆ
48 MERCURE
Serviteurs de fon Pere , &
comme Souverain , le modele
de tous les Maiftres des Peuples
; que Saint Maur l'ayant
regardé dans fa fujettion , avoir
copié fon obeiffance , &
s'eftoit rendu l'image d'un
Dieu paciffant , & que le Roy
l'ayant confideré dans fa Sou
veraineté en faifant la Paix',
avoit imité fa charité , ce qui
faifoit voir dans ce Monarque
la parfaite image d'un Dieu
compatiffant. Voicy à peu
prés comme il entra en matiere.
Les Orateurs , dit- il , ont
établi pour regle¡ qu'on ne doit
jamais
GALANT:
49
1
1
jamais louer une perfonne par
rapport à une moindre , ny même
à une égale. Ce feroit prefenter
d'abord une idee
defavantageufe
defon excellence Pour ne poiut la
ravaler , il faut toujours l'affocier
avec ce qu'il y a de plus grand.
Qu'y at- ilfur la terre de plus
grand que Louis XIV ? Fut il
méme jamais parmy les Monarques
quelque Peros qui l'ait éga
lé? Les Cyrus , les Alexandres,
les Cefars difparoiffent en fa prefence.
Tertullien a dit qu'un
Roy tient le milieu entre les
creatures & le Createur , infe.
rieur à Dieu feul , ſuperieur à
Fevrier 1698.
E
50 MERCURE
tout homme , folo Deo minor ,
omni homine major , & cegrand
Pape, Saint Gregoire, a écrit ,
qu'autant que les Rois font
au deffus des Peuples , autant
un Roy de France eft élevé au
deffus des autres Rois . S'il eft
ainfi , Meffieurs , que devonsnous
penfer de Louis leGrand,
qui furpaffe même les Rois de
France , en qui les Clovis, les
Charlemagnes , les Henris fe
trouvent réünis , qui fur la
telte de tous eft affis comme
fur le haut d'une échelle de
gloire, Soleil pour l'affemblage
de tous les rayons , Mer
GALANT . ན་
par le concours de toutes les
caux , Digue vers laquelle
tous les fleuves tendent , où
s'arreftant
& groffiflant
, ils
remontent en partie fur les
illuftres Ayeux qui l'ont de
vancé, & en partie ils coulent
pour remplir le fein de ces
jeunes & charmans Princes
qui viennent aprés , dés à prez
fent les delices des François,
pour l'avenir le fondement
toutes nos efperances ? Puis
qu'il n'y a rien parmy les hom
mes , dont la comparaiſon
puifle fournir la jufte idée de
la grandeur de Louis , il fant
Eij
52 MERCURE
avoir recours aux rapports
qu'il a avec Dieu . même , fouverain
exemplaire de tous les
Souverains ; & n'apprehendez
pas que je tombe dans l'Idolatrie
, ny que je transfere à
un Prince qui fe reconnoist
mortel , l'honneur dû à Dieu
feul, immortel, infini , étenel ,
Ce que je prétens , & que tout
homme raifonnable trouvera
tres jufte , eft de chercher
Eloge de l'image dans l'admirable
reffemblance avec
fon prototype. Dieu dont la
gloire propre qu'il ne cede à
perfonne , eft d'eftre le SeiGALANT:
$ ?
gneur des Seigneurs & le Roy
des Rois , fe fait neanmoins
3 un plaifir de copier fur les
Oints qu'il choifit pour commanderaux
hommes , les pers
fections de fa fouveraineté.
Il leur fait part des grandes
Equalitez neceffaires pour
le
fage gouvernement des Peuples
; il imprime dans leurs
1 ames les fentimens de fa bonté
envers ceux même qui enrreprennent
fur.les droits de
leur Empire. C'est ce que nous
admirons dans l'ouvrage de
Ela Paix en la perfonne deLouis
le Grand. Ce Monarque ins
E iij
$4 MERCURE
comparable fait voir qu'il éta
blit toure fa gloire dans la
parfaite imitation d'un Dieu
de Paix , & dans la pratique
d'une imagnanime charité ,
qui ne peut convenir qu'à une
ame divine, charité prévenante,
charité perfeverante, charité
triomphante , charité qui
prévient genereufement , qui
perfevere infatigablement ,
qui triomphe glorieufement .
Voila un crayon groffier du
Portrait de Louis le Grand, en
faifant la Paix . Donnez- moy le
tempsd'yajoûter des couleurs.
Ces couleurs furent fort
vives & appliquées avec des
GALANT
. 5$
4
traits d'éloquence
, dont tous
les Auditeurs
furent charmez,
1aprés
quoy les Religieux
de
ce Convent chanterent
le Te
Deum. Afin qu'il ne manquaſt
rien à la fefte , elle finit par un
tres -beau feu d'artifice
fur le
rivage de la Garonne , où l'on
avoit élevé une eftrade de 12,
pieds en quarré. Une galerio
peinte en marbre regnoît
rout autour ; on voyoit au mi
lieu un donjon couvert d'une
Fleur de lis , reprefentant
la
France. Sur le haut ce verfet
du Prophete, Protexit me Deus
in die belli , & plus bas ces paro
E iiij
56 MERCURE
les , Fortes funt circumdantes
me ,fed egafortior , parce qu'il
y avoit une tour découverte
à chaque coin de l'eftrade ,
reprefentant l'Empire , l'Efpa
gne , l'Angleterre & la Hollande
. Au devant de chaque
face de la galerie on avoit pla .
céun écuſſon . A celuy de Fran
ce on avoit mis pour devife
Confiderare quomodo lilia crefcunt,
par rapport au Mariage de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
avec Madame la Princeffe
de Savoye , les deux écuffons
n'en faifant qu'un, & pour
devife , Pax nos adunavit, Aux
1
57 GALANT.
armes de la Congregation de
1 Saint Maur , qui font Pax &
une fleur- de- lis , on mit Pax
ubique refulget . Enfin au Prieuré
de la Reole , appellé S. Pierre
ayant un livre ouvert , avec
deux clefs d'argent en fautoir
eftoient ces paroles Claves bels
la daudunt & pacem aperiunt.
Plus bas on avoit appliqué
quatre machines rondes à feu
• couvertes chacune d'un Soleil
. Dans le premier on liſoit
Surgo ut benefaciam ; dans le fecond
, Nunc luceo & non uro
dans le troifiéme , Radios mitto
ponfulgura; dans le quatrième,
58 MERCURE
Afpectus meus paris gaudium Au
haut du Donjon il y avoit une
Renommée avec ces paroles,
annuntia in clamore Pacem . Tout
cela eftoit de la meditation
de M l'Abbé Maiſon , Curé
de Caftelnau dans le Dioceſe
de Bazas . L'artifice contenoit
des gerbes de fuzées qui for.
toient des quatre Tours ,grand
nombre de petards , de ferpenteaux
, de lances à feu , des
fufées étoilées , & c . Sur la ri
viere on voyoit plufieurs bat
teaux remplis de Moufqueterie
qui fit diverles décharges.
Les illuminations qui estoient
GALANT: $9
dans ces bâtimens , multipliées
par la reflexion de l'eau , imprimoient
une joye fenfibledans
l'ame de tous les Spectateurs,
& on renouvelloit fouvent les
cris de Vive le Roy.
J'ay commencé ce nouvel
Article de réjouiffances par
une Ode fur la Paix ; je le fi-
5 niray par une autre de M' de
Bétoulaud , que le Roy a receue
tres-favorablement .
F
A LA PAIX.
ODE.
Ille du Ciel , que la Guerre
Malgré vos divins attraits ,
60 MERCURE
Vint exiler de la Terre ,
Revenez, aimable Paix .
LOUIS touché de vos charmes
Aprés toutes vos allarmes ,
Veat vous revoir aujourd'huy.
Venez brillante de gloire ,
Ne craignez plus la Victoire ,
Que vous voyez prés de luy . '
2
Auffi vainqueur de loy- mefme
Que de tous les ennemis ,
A la clemence fuprême ,
Son grand courage eft foûmis .
Venez voir comme il prefere
En genereux , en vray Pere ,5
L'Olive aux Lauriers divers .
Sous le poids de fes Trophées ,
Les Hydres font étouffées ,
Aux yeux de tout l'Univers.
0
2
Loin du fuperbe Versailles
GALANT. 61
Il alloit , femblable à Mars ,
En foudroyant cent murailles,
Affronter mille hazards.
Là , de fon bras redoutable
Partoit le trait effroyable ,
Qui brifoit Namur & Mons ;
Là Philisbourg , à la veuë
De l'Aigle toute éperduë ,
Tomboit fous fes bataillons.
$
Icy Marfaille & Nervinde ,
Stinkerque & mille autres lieux
Plus loin que l'Hidafpe & l'Inde ,
Portoient fon nom glorieux.
En ces combats fi terribles ,
Quel choc & quels flots horribles
Du fang qu'on voyoit courir Á
Quelle ardeur , quand nos Armées
Par çe Héros animées ,
Voloient pour vaincre ou mourir
2
62 MERCURE
Des affauts de Barcelonne
Que fon grand coeur ordonnoit ,
La Parque avide & felonne
Elle même s'étonnoit,
Malgré l'Ibere indocile ,
Chaque Chef fut un Achille,
Chaque Soldat un Lyon.
Jamais le Dieu de la Thrace,
Ne vit de pareille audace ,
A l'attaque d'Ilion .
S
C'eft LOUIS qui fur les ondes
Guidoit nos Jafons nouveaux,
Quand du butin des deux Mondes
Ils chargerent fes vaiffeaux ,,
De Smyrne , & de Carthagene
La riche dépouille à peine
Peut fe nombrer fur nos bords.
Neptune luy même admire ,
D'avoir jufqu'en nôtre Empire,
Pû porter tant de Threfors .
GALANT: 63
&
Mais aux Campagnes ouvertes
Sous les heureux étendarts ,
Oùles Palmes les plus vertes
Le combloient de toutes parts ,
O Paix , c'étoit vôtre attente ,
Qui de fa main Triomphante
Sans ceffe animoit les coops.
Vous caufiez ces grands fpe&tacles ,
Et tant de fameux miracles
N'ont efté faits que pour vous,
2
De fa puiffance invincible vol
Quel n'euft pas efté le fruit !
Mais fut- il jamais fenfible
Qu'au feul bonheur qui vous fuit ?
Pour la gloire d'un Augufteb
Toûjours fi bon & fi jufte pas !I
Dans les plus vaſtes deffeins,
Qu'estoient & les Places prifes,
Et les Provinces conquifes ,
Au prix du bien des humains?
64 MERCURE
$
Tel qu'aprés la nuë affreuſe
Le Soleil épure l'air ,
Et change en rofée heureuſe
Et le tonnerre , & l'éclair ;
Tel malgré toute la rage
De l'épouvantable orage ,
Ce magnanime Héros
D'un trait , & d'une parole ,
A de l'un à l'autre Pole
Calmé la Terre , & les flots.
•
Luy feul arrache à Bellone
Tous ces brandons enflamez ,
Que les Soeurs de Tifiphone
Avoient par tour allumez ,
Laffé de leurs barbaries
Il chaffe enfin les Furies
Meres des fiécles de fer .
Confufes de voir renaître
L'Age d'Or qui va paroître ,
Elles rentrent dans l'Enfer.
GALANT. 65
Loin de nous , Guerre homicide ,
Source de tant de malheurs ,
L'Univers fous nôtre Alcide ,
Neverra plus que des fleurs.
Déja l'aimable innocence ,
La Juftice & l'Abondance ,
Se raffemblent à fa voix ;
Je les vois s'unir entre elles ,
Decent chaînes eternelles
Sous le plus grand de nos Rois.
2
En nos champs , & dans nosVilles
Revenez donc , douce Paix ,
A nos efprits plus tranquilles .
Faire goûter vos bienfaits.R
Revenez avec les Graces, lai 2
Qu'on voit toujours fur vos traces .
Et vous, revenez, beaux Arist
Pour LOUIS tous pleins de zele
Prenez une Ame nouvelle v
Au premier de fes regards.
Février 1698.
66 MERCURE
2
Que nos Naïades fi vives
Ajoutent cent jets bruyans,
Et cent napes fugitives
A fes jardins verdoyans.
Que nos plus rares Apelles.
Le peignent en traits fidelles ,
Tel qu'on peint le Roy des Dieux ;
Et qu'un nouveau Galilée
Ouvre la voute étoilée ,
Et tout l'Olimpe à fes yeux.
3 .
Pour moy , fi j'avois la Lyre
Qu'avoit le Chantre Thebain ,
Et le Jafpe & le Porphire ,
Suivroient les fons de ma main,
Imitant ce vieux exemple ,
Eux-mêmes feroient un Temple
Pour ce Héros immortel ,
Et la valeur , la fageffe ,
Y feroient fumer fans ceffe
De l'encens fur fon Autel .
GALANT: 67
S
Mais quel monument éléve
Mon inutile ſouhait ?
Par la Gloire qui l'acheve ,
Ce Temple eft déjà tout fait ,
Je l'aperçois , fa matiere
N'eft qu'Or & pure lumiere
Où nos Neveux éblouis ,
D'une image plus qu'humaine,
Pourront foutenir à peine
Tous les rayons de LOUIS,
Avant que de vous envoyer
ce que je vous promis
il y a cinq ou fix mois fur le
détail de l'Algebre , je croi
que vous ferez bien aife de
voir la pièce qui fuit . Vous y
trouverez des réglés pour
Fij
68 MERCURE
perfectionner les plus importantes
Methodes que cette
fcience ait fournies & des
moyens pour les diftinguer de
celles qui ne font pas veritables
, quoi qu'approuvées
par plufieurs Auteurs celebres.
L
A MONSIEUR
P
DE S. YVOINE.
Uifque la Methode des
CalcadesAlgebriques
eft
le principal fujet des objec
tions qu'on vous a communiquées,
il eft neceffaire , avant
GALANT. 69
d'y répondre, de donner quel
que idée de cette Methode.
Toutes les propofitions de
Mathematiques le rapportent
à des égalitez, & ce n'est que
dans la maniere de les refoudre
que confifte l'Algebre.
Toutes les égalitez fe reduífent
à celles qu'on appelle
Determinées , & ce genre d'égalitez
eft le premier objet de
la Methode des Cafcades.
Ainfi l'Auteur n'a pas eu befoin
de fabriquer des Quel
tions pour en marquer l'utilité
; mais il a eu befoin de former
les régles qui la compo
70 MERCURE
fent pour refoudre des Quel
tions qui fe prefentent lespremierés
quand on entreprend
de perfectionner les Mathematiques
, & qui font autant
de termes où le reduiſent toutes
les autres Questions que
l'on y peut propofer . La refolution
des égalitez n'eft autre
chofe que l'invention de toutes
leurs racines , & l'on peut
dire que la methode des Caf
cades y fatisfait pleinement ,
elle découvre
les racines pofitives
& les negatives , égales
& inégales , en nombres entiers
& en fraction, rationnelGALANT.
71
les & irrationnelles , reelles &
imaginaires. S'il y a de l'impoffibilité
, elle en trouve
la meſure , & fait connoître
ce qu'il faut ajoûter ou retrancher
pour que la queſtion foit
poffible. La maniere d'operer
eftfi reglée qu'il n'eft jamais
neceffaire de hefiter un mo
ment pour fçavoir quel parti
on doit prendre , & l'on voit
auffi des perfonnes peu avancées
en âge qui s'en fervent
aifément pour refoudre les
égalitez les plus impliquées
quiont resté propofées fur ce
fujet. Cette Methode avec fes
72 MERCURE
abregemens eftdu moins auffi
courte que les autres methodes
qu'on a publiées pour refoudre
les égalitez du troifiéme
degré , & beaucoup plus
abregeante pour lequatrième ,
S'il s'agiffoit des autres degrez
au delà il n'y a plus de comparaifon
, parce qu'il n'en paroît
point d'autre qui foit fuffifante
pour les refoudre ni qui en
approche , & même il y a des
égalitez du troifiéme & du
quatrième degré où ces me
thodes fe trouvoient infuffi
fantes. Les démonftrations
qu'on a publiées pour l'ap
puyer
GALANT.
73
1
puyer ne font point dans l'état
où elles fe trouveront
quand on aura reduit la Theorie
de l'Algebre à des propofi
tions fimples , mais elles font
fuffifantes
pour s'a s'affeurer de
fon infaillibilité , & pour reduire
en Art les régles qui la
E compofent .Cependant il fem.
bleroit par les fuppofitions
qu'on vous a faites , que cette
Methode auroit befoin d'apologie
, & que d'autres per.
fonnes foûhaiteroient encore
des régles & des détermina
tions pour la perfectionner.
Voici une partie de ce que je
Février 1698. G
74 MERCURE
pourrois répondre aux uns &
aux autres.
PREMIERE OBJECTION.
La Methode des Cafcades ne
determine point de limites ex.
trémes qui foient fpecifiques
pour chaque degré.
Réponse. Les limites extrémes
que determine cette Me.
thode ,font fuffifantes pour la
refolution des égalitez . Mais
fi l'on en veur qui foient fpecifiques
& qui determinent la
realité des racines pour cha
que degré , en voici la régle.
GALANT 75
1. Si l'inconnue eft Z , on
divifera l'égalité proposée par
Z, moins X, jufques à ce que
le refte n'ait Z , qu'au premier
degré, & on le rejettera . 2°. On
fuppofera que le quotient eft
égal à zero , & cette égalité
foir appellée N. 3 °. On fubftituera
dans N , la feconde hypotheſe
moyenne qui confervel'entrefuite
reguliere desfignes
au lieudex , alors l'égalis
té reſultante auratoûjours une
racine qui pourra eftre priſe
pour la grande hypothéfe ,
& qui fera facile à diftinguer.
4.On fubftituera la penultić
G ij
76 MERCURE
me des hypothefes moyennes
au lieu de X , dans l'égalité N,
& la refultante renfermera
T'autre hypothéfe extréme.
Remarques. Premierement
fi l'on fubftitue toutes les hypotheſes
moyennesà la fois au
lieu de X , dans l'égalité N , la
refultante renfermera lesdeux
hypothefes extrémes , & cette
refultante fera de mefmegenre
que la Caſcade de la propofée,
quoique fouvent d'un degré
plus élevé. Secondement,
pour avoir une égalité com
me N , fous une autre forme ,
on augmentera la feconde ou
GALANT. 77
ela penultiéme des hypothéfes
moyennes , d'une indetermi-
Inée H , & la fubftituant ainfi
augmentée au lieu de l'inconnuë,
on rejettera les deux derniers
térmes de la refultante ,
enfuite on divifera les autres
termes par HH , & celle qui
en viendra fera le même effet
que N.
me cette régle eft fondée fur
les proprietez des racines é
gales, conformément à ce qui ,
en a efté dit dans la demonftration
des Caſcades , on peut
auffi l'abreger & la perfection.
ner par la même voye. On
Troifiémement, com-
Gij
8 MERCURE
peut encore la diverſifier , enforce
que s'il ne fe failoit point
de divifion , & qu'on fiſt évanoüir
l'inconnuë Z , la reduite
fe trouveroit divifible par le
quarré de la Caſcade , &c.
Quatrièmement
, on peut voir
par l'énoncé même de la régle
qu'il doit y avoir du moins
trois racines réelles dans la
propofée , & l'on prouvera
ailleurs que fans cela il eft impoffible
de trouver des hypo
thefes extrêmes qui fourniffent
la determination
des ima
ginaires . Mais fi l'on n'y veut
point cette condition , l'on n'a
GALANT. 79
qu'à retrancher
le dernier ter
me de la propofée
, lorsqu'il
&c . Cinquièmement
,fi cette
régle eft appliquée
aux égal
litez du troifiéme
degré qu'on
appelle irreductibles
, conceues
fous leur forme ordinai
re , on s'appercevra
d'abord
que les limites extrêmes
font
doubles de limites moyennes
que fournir la Caſcade, Si
dans le même cas on conçoit
que la proposée
eft produite
par deux égales , une du prez
mier degré & l'autre du fe
cond , la Calcade de celle- ci
determinerale
cas où les raci
G iiij
80 MERCURE
nes font toutes réelles & ĉette
determination fournira
auffi les limites extrêmes de
la propoſée.Par la même voye
on trouvera celles des autres.
cas generaux du même degré ,
&faifant fervir fucceffivement
les determinations de degrez
inferieurs aux degrez fupe
rieurs par le moyen des pro
duifans, on formera uneTheo .
rie confiderable pour chaque
degré particulier , qui fournira
des régles abregeantes ,
& qui aura d'autres avanta
ges . Sixièmement, ayant trou .
vé des limites en termes geGALANT:
81
neraux rien , n'empefche de
prendre des milieux accomdans
entre deux de ces limites,
pourveu qu'elles foient
immediates , & de faire fervir
ces milieux pour trouver des
formules autant qu'on vou.
dra , felon ce qui a efté dic
dans les Memoires de l'Aca.
demie du 15. Mars 1692. par
lefquelles on pourra avoir des
hypothefes auxiliaires quand
on voudra pourfuivre les ra
cines par de grands intervales,
foit pour trouver celles qui
font exactes , ou bien pour
l'approximation des autres
&c.
82 MERCURĒ
SECONDE OBJECTION.
Il n'eft point dit dans la derniere
Régle des Cafcades , combien
de zéros il faut mettre au fecond
terme de l'égalité pour
s'affeurer i les racines que
Fon pourfuit fontreelles ou ima
ginaires.
Réponse. Cette objection ne
conclud rien contre l'infailli
billité de la Methode , mais
elle tend à la perfectionner
confiderablement , & il eft
bon d'y répondre par des ef.
fets.
GALANT.
83
On peut toûjours exclure
les racines défaillantes de la feeconde
efpece par le moyen
d'une régle que M. R. a donnée
dans fon Traité d'Algebre
pages 141. & 142. & ces racines
eftant exclues quand elles
font irrationnelles
, on peut
determiner combien il fau
droit de zeros au plus pour
conclure fi les racines font
réelles ou imaginaires , &c.
Car il fuffit toûjours d'en introduire
aufecond terme deux
fois autant qu'il y a de carac
teres au nombre qui compofe
le plus grand coefficient , &
84 MERCURE
raifons
comme il y
il y a y. a 4. ou 5.
principales
qui concourent
pour former certe determina
.
tion, chacune peut fournir des
abregemens à mesure qu'on
voudra augmenter les precepres.
Par exemple , au lieu du
plus grand coefficient que
l'on defigne icy , on peut pren.
dre la plus grande racine des
égalitez qui fe forment , en
fuppofant que la puiffance
inconnue de chaque terme
eft égale à fon propre coeffi..
cient . Et comme il ne s'agit
que de la multitude des cara .
cteres on peut enjuger facile,
GALANT: 85
ment fans faire aucune ope
ration , parce que toutes ces
égalirez ainfi fuppofées n'ont
point de termes moyens .
On
p
peut encore trouver
des determinations pour le
même fujet en introduifant
dans une égalité toutes les
differences des racines de la
propofée & en comparant
cette égalité , celle des reful ,
tats ,la propofée & la Calcade,
chacune à chacune avec des
principes qu'on a marquées
dans les memoires de l'Aca
demie du 15. Mars 1692. On
pourroit auffi abreger l'ope ,
86 MERCURE
ration touchant les caracte
eres commençans & excedans
qui ont fervi à cette quatriéme
régle des Caſcades , mais
ils deviendront inutiles à cet
égard , quand on aura la determination
la plus élegante
du nombre des zeros qu'on
doit mettre au fecond terme,
& d'ailleurs il fuffiroit pour
l'ufage ordinaire , de pourfuivre
juſques à ce que l'on ait
deux hypotheſes en fractions
décimales , dont les numerateurs
foient réels , & qui ne
foient differens que de l'unité.
GALANT. 87
III. OBJECTION.
flele
On est toujours affeuré de trou.
geover les racines des égalitez par
moyen d'une régle que Ste.
¿ win a donnée , enfuite des éga
elite primitives du quatrieme
degré dans fon Algebre
comme cette régle eft plus commode
que la Methode des Caf
cades , on doit lapreferer , &c.
Réponse . Il y a des égalitez
ou cette régle eft veritable ,
mais dans ce même cas la Me.
thode des Cafcades eft auffi
commode & toujours plus
88 MERCURE
expeditive , à caufe des moities
accommodantes
& des
autres moyens abregeans
qu'elle preferit , & l'on peut
voir auffi dans le detail de
l'objection , que ceux qui la
propofent ont preferé cette
derniere Methode à la régle
de Stevin pour ce qui regarde
l'operation. Mais ily a infini
ment plus d'égalitez où cette
régle ne découvriroit point
les racines & jetteroit dans
l'erreur , que d'égalitez ou
l'on peut en tirer quelque
avantage , & il n'y a aucun
degré au delà du premier
GALANT. 89
qu'on puiffe refoudre à fonds
par cette Methode . Voici
quelques unes des voyes par
lefquelles il eft aifé de trouver
des égalitez de differens
ordres autant qu'on voudra
où cette régle eft toujours
fauffe.
1º . Si l'on prend deux termes
confecutifs tels qu'on
voudra , de la progreffion de
cimale dont Stevin s'eft fervi
pour cette régle , & qu'on
forme arbitrairement une
égalité de degré paír donc
-toutesles racines réelles foient
comprifes entre ces deux ter-
Fevrier 1698. H
90 MERCURE
mes , loin de trouver aucune
de ces racines, ou d'en approcher
par la régle de Stevin , on
s'en éloignera de plus en plus
à l'infini à mesure qu'on pour
fuivra , felon cette régle.
D'où l'on peut conclure
que fi la propofée eftoit de
degré impair, & que toutes les
racines réelles fuffent entre
deux termes confecutifs , la
régle ne pourroit en découvrir
qu'une feule & même il
ya a des cas oùelle n'en décou
vriroit point du tout . Enforte
que pour trouver toutes les
racines par le moyen de cette
GALANT.
régle, il faudroit que chacune
fe trouvât feule entre deux ter
mes immediats de la progref
hon, & qu'aprés en avoir trouvée
une,Stevin euft preferit de
fubftituer fucceffivement les
autres termes , ce qu'il n'a
point fait , ou bien de divifer
la propofée par l'inconnue
moins la racine trouvée , mais
cette derniere maniere ne
vaudroit point l'autre , quand
les racine'sfont irrationnelles,
&tous ces expediens ne raccommodent
preſque rien de
fa régle.
2. De cela feul que Stevin
Hij
92 MERCURE
n'a point fixé le plus grand
terme de la progreffion , on
peut fentir que cette régle eft
tres -defectueule ; car une régle
doit faire appercevoir que
les limites ne font pas infinies
quand l'égalité eft bornée..
Mais en fixanc le premier
terme à l'unité , comme l'a
fait Stevin , on ne trouvera
jamais par fa régle toutes les
racines qui font au deffous, &
fi on vouloit fixerle plusgrand.
terme d'une maniere qui ne
fuft point relative à l'égalité
propofée , on n'éviteroit pas
les autres inconveniens que je
GALANT. 93
J
viens de marquer , à caufe de
la progreffion qui le forme.
roit entre ces deux limites ,
& il en arriveroit d'ailleurs ,
qu'on ne trouveroit jamais
les racines qui furpaffent le
plus grand terme. Ainfi ce
feroit ne rien rabatre des défauts
de la régle & en ajoûter
d'autres plus confiderables.
3° Si au lieu de cette pro..
greffion on fixe une fuite de
nombres comme on voudra ,
afcendante & defcendante ,
en entier ou en fractions , pofitifs
ou negatifs , rationnels
ou irrationnels , &c. & qu'on .
94 MERCURE
s'en ferve comme Stevin &
d'autres Auteurs s'en font fer
vis , on pourroit appliquer les
moyens precedens à chacune
de ces progreffions , pour en
conclure que la Régle feroit
toûjours tres- infuffilante
On peut voir par la premiere
demonftration des Cafca des ,
l'origine de tous ces inconve
niens & de beaucoup d'autres,
oùl'on tomberoit fuivant cette
regle , & felon la methode
que M' Viête a donnée fur le
même fuer. L'on peut s'affu
rer auffi par cette demonftra
tion que ce feroit une double
GALANT: 95
faute de conclure que les limi
res ou hypothefes font trop
grandes , de cela feul qu'elles
donnent un refultat politif, &
trop petites quand leur refultat
eft negatif.
Quelques Auteurs habiles
n'ayant point fait affez d'at
tention à la méthode des Caf
cades ,y ont encore introduit
d'autres erreurs par leurs ra
finemens. Selon les premiers
on ne trouveroit point les ra
cines rationelles , fuivant les
autres on ne découvriroit ,
point les racines negatives , &
les uns & les autres ont cela
2
96 MERCURE
de commun, qu'ils ne trouveroient
point des racines réelles
, pofitives , ny negatives.
d'une certaine efpece , quoy
qu'il y en ait dans tous les degrez
au -delà de troifiéme , &c .
Ainfi , on ne devoit point juger
par leurs écrits des Methodes
de M' R. comme quel
ques uns l'ont fait.
Pour les objections qui regardent
les nombres entiers
je vous diray feulement que fi
l'on fe fert de la Methode que
M' R. a donnée dans fon Traité
d'Algebre page 70. & que
l'on exprime trois diviſeurs &
leurs
1
GALANT. 97
leurs quotiens en termes generaux
, ou qu'on obferve la
fuite des operations , on verra
naiftre un Canon pour prati-
• quer cette Methode par l'Arithmetique
ordinaire , & parce
que la recherche d'un diviſeur
commun n'eft qu'un
cas de cette Methode , comme
il a dit dans les pages 77.
&78. on verra auffi comment
les quotiens peuvent fervir à
I la compofition du divifeur
commun.
Pour éviter les fractions
dans les divifions litterales on
peut auffi ſe ſervir de ce qu'il
Fevrier 1698,
I
98 MERCURE
a dit dans le même Traité
pages 166 , 177 , & c. mais il faut,
laiffer à d'autres Auteurs le
foin de féparer ces fortes de
regles , & de les ériger en Methodes
nouvelles , pour en
compoferleurs ouvrages.
IV. OBJECTION.
Chaque égalité a des limites qui
luy font propres , & desformales
quifourniffent les Methodes
les plus abregeantes . Ainfi la
Methode des Cafcades doir
eftre rejettée , ce que l'on fera
voir, f.
Réponse . 11 fembleroit felon
GALANT.099
cette objection , que l'Au
theur auroit déja donné au
Public autant de formules que
d'égalitez mais comme il y en
a tres peu , on veut croire qu'il
ne parle que des formules qu' .
il donnera un jour , & déjà
l'on peut voir que toutes les
formules dont les hommes
font capables fur ce ſujet , ne
peuvent point entrer en comparaiſon
avec une Methode
generale en ce qui regarde la
perfection des Mathematiques
, & qu'il feroit beaucoup
plus facile d'apprendre & de
retenir cette Methode gene
I ij
100 MERCURE
rale , que huit ou neuf regles
particuliéres ſeulement .
Cependant il y en a qui peuvent
eftre utiles ; ce que M
R. a reconnu dans fon Traité
d'Algebre , page 152. où il fe
propofe d'en faire jufques au
fixième degré , & aprés tout ,
cet Auteur ny ceux qui propofent
l'objection , ne doivent
pas le mettre dans l'efprit de
faire des formules generales
pour chaque degré , ny exacses
ny approchantes , fans fup.
poler les limites que fournit la
Methode des Caſcades , parce
qu'il n'y a point d'autres limiGALANT.
Ior
tes qui foient propres aux éga
litez , & qu'elles font toûjours
neceffaires pour les bonnes
formules. Quelquefois ces li
mites fe découvrent par d'au,
tres voyes , & on le peut aifément
, jufques au quatrième
degré , mais elles doivent eftre
conformes à celles de la Me,
thode des Caſcades.
s .De plus , il n'eft pas poffible
de faire des formules exactes
lorfque les égalitez font de
degré pair , & qu'elles renfer
ment plus de deux racines
réelles. Cela eft encore impof-
Lible pour les degrez impairs,
I iij
102 MERCURE
gles
lorfqu'il y a plus d'une racine
réelle. Ainfililoya infiniment
plus d'égalitez où ces formu→
les font impoffibles , que d'é .
galitez où elles font poffibles;
& dans ce dernier cas les réz
les que fourniroient ces for
mules fe trouveroient fi impraticables
au delà du qua
triéme degré, que l'on auroit
plûtoft refolu trente égalitez
du cinquième degré par le
moyen des Caſcades, que d'en
refoudre une feule par la voye
de ces formules , toutes choles
d'ailleurs eſtant égales .
Pour les formules d'appro
GALANT
103
zimation , on peut en faire
autant qu'on voudra • qui
foient nouvelles & mêmes
atiles , mais ce ne fera point
par les voyes qui ont efté tant
de fois pronées jau ſujet delquelles
on nous a fait de fi
grandes promeffes . Tout ce
qui fe trouve de confiderable
dans ces voyes là fe trouve
auffi par les voyes naturelles
avec une grande facilité , &
l'on y trouve encore diverſes
fuites de formules bien plus
avantageufes .
*
A
Ở HN
C
Je ne répons pas à l'objec
tion qu'on a faite pour relever
I itij
104 MERCURE
une pretenduë Methodé de
faire évanouir un terme
moyen tel qu'on voudra jufques
au dixième degré par
une voye dont M. R. s'eft fervi
plufieurs fois dans les Ouvrages
pour de meilleurs fujets
, fuivant lefquelles il faut
transferer des termes recipro
ques , & c. Parceque cette
Methode combat le deffein
des Algebriftes en ce qu'elle
fait revivre beaucoup plus de
termes qu'elle n'en fait évanoüir
, & qu'elle donneroit
fouvent des formules imaginaires
au delà du troifiéme
GALANT. 10s
degré, quoi qu'il y euft des
racines reelles dans la propofée,
ou bien il faudroit y faire
un ſupplement confiderable ,
& l'on voit auffi que l'Auteur
n'en tire aucun avantage pour
la refolition des égalitez. La
Methode des Caſcades décou
vre tous ces défauts.
Je ne vous diray point com .
ment on a effayé d'incorporer
des Methodes de M.R.qu'on
n'a pu déguifer, avec d'autres
Methodes fort defectueules ;
comment on a tourné en re
marques des régles de fa façon
qui font effentielles
pour
to6 MERCURE
l'Algebre ; comment l'on a
tourné en régles , quelques
confequences qu'on em acti
rées
, pour le les attribuer &
qui ne font nullement neceffaires
pour la certitude ni pour
l'univerfalité des Methodes
aufquelles on les veut faire
fervir, comment on a changé
les termes de cet Auteur fans
tirer aucun avantage de ce
ce changement, & pour faire
croire que fes Methodes ne
font pas nouvelles ; parceque
j'aurois quelque honte de
defcendre dans ces minuties,
& de faire voir que des gens
GALANT. 107
qui ont de l'esprit & de l'erudition
ayent efté capables de
cet amuſement. Mais il y a
encore une fuppofition confiderable
par le concours
;
laquelle on doit quelque ré
ponſe.
V.
La Methode de ION.
Cascades n'eft
pas nouvelle , MR. n'a fait
autre chose que luy donner un
nom , &c.
Réponse. Il femble qu'il foit
inutile de répondre à cette
objection , & c'est ainsi qu'on
l'avoit cru jufqu'à prefent.
108 MERCURE
Mais l'on apprend qu'elle a
ſervi pour détourner bien des
gens des veritables voyes , &
que faute de fçavoir ce qui
en eſt , ils ont crû de la trouver
dans des livres où elle ne
fut jamais , ce qui les a enga
gez à une étude infructueufe.
Ainfi il eft bon de marquer
que l'on n'en convient pas.
Auffi- tôt que cette Methode
eut paru en public , quelques
Mathematiciens habiles effayerent
d'y trouver des exceptions
, mais quand ils en
eurent vu la premiere demon .
ftration , ils ne s'en occupe
rent que pour trouver les
GALANT. 109
moyens de l'attribuer à d'autres
Auteurs . Il y en a qui dis
foient que le Traité de M. R.
ne renfermoit rien de nouveau
;&d'autres, commeM² C:
dans fon Livre de la Science
generale des Lignes courbes ,
qui pretendoient que la Me
thode des Cafcades defcen
doit en ligne directe de la
Geometrie de M ' Defcattes ,
comme de fon principe le plus
immediat , & dans ces derniers.
temps un autre Mathemati
cien a écrit que M. [ R. avoit
formé cette Methode fur le
calcul differentiel dont elle n'eft
110 MERCURE
qu'un déguisement, &c.Cepen
dant je ne crois pas que M
de Leibniz à qui on attribue
Finvention du calcul diffe
rentiel vouluft eftre du fentiment
de ce Mathematicien ,
car il a dit dans le Journal des
Sçavans du 30. Aouft 1694.
que le Public n'a pas encore le
moyen de trouver les racines du
cinquième degré & au delà , &
il est facile de voir les confequences
de cette declararion,
Pour moy , il me paroift
que le peu de la Methode
des Caſcades qui pourroit
s'expliquer par les voyes du
GALANT. HE
calcul differentiel s'explique .
roit beaucoup mieux par les
Methodes de Mrs. de Fermat
& Hudde , & que toutes ces
Methodes one quelque chofe
de communjenforte que char
cune peut fervir pour expli
quer les autres à cet égard,
Mais la Methode des Cafcades
eft d'une étendue & d'ub
ne utilité beaucoup plus confiderable
pour l'Algebre , &
l'on en peut voir un exemple
fur les Queſtions même de
Maximis & Minimis , qui
font le principal fujet de ces
autres Methodes . Car fi l'on
12 MERCURE
fe propofe une feule égalité
dans laquelle il n'y ait que
deux inconnues , & qu'une de
ces inconnuës fe trouve dégagée
de l'autre , pour ſe renfermer
ici dans le cas le plus
facile. Alors toutes ces Me.
thodes ont cela de commun
avec celle des Caſcades, qu'el
les fourniſſent une égalité
dans laquelle il y a une racine
qui doit produire l'effet qu'on
demande ; mais la Methode
des Caſcades , nous apprend
que de toutes les racines qui
compofent cette égalité il n'y
en a qu'une feule qui fatisfaf
fe, elle nous apprend à diftic
GALANT. 113
guer cette racine de toutes
les autres , à l'en dégager , &
enfin à refoudre la queſtion.
Ce que ne font point les me
thodes de ces Meffieurs , ni
toutes les autres Methodes
d'Algebre au delà du quatriéme
degré , ni méme pour des
égalitez d'un degré plus bas
A plus forte raifon fi les deux
inconnues fe trouvent dans
toutes les autres fituations ,
bien plus forte raiſon encore,
lorfqu'il y a plus de deux inconnues
lorfqu'il y a plufieurs
égalitez dont les incon
nies font communes , & c , u
Fevrier 1698.
K
114 MERCURE
Ce fut par l'évanoüiffement
des termes moyens que M' R.
fit la recherche des limites qui
font propres à chacune des
racines qui compofent cette
égalité , & il fut porté à cette
recherche fur l'avis qui luy fuc
I
donné par une perfonne de
merite , de la regle de Stevin,
dont j'ay parlé cy - deffus . Il en
trouva l'idée fi naturelle , qu'il
reſolut de la cultiver , & l'on
peut voir qu'il s'en eft fervi
pour fes methodes auxiliaires,
dans le 3. chapitre du 2. livre
de fon Traité. Mais comme il
n'avoit vû la methode de M
GALANT
Hudde que dans un livre , ou
elleb fc trouveroit fauffe , &
que néanmoins la demonſtra ·
von qu'il avoit déjas fur les
Cafcades luy faifoit connois
ftre que le fonds en eftoir
bon, il ajoûta quelques propofitions
à fes preuves , pour
entrer dans l'esprit de cet Aur
teur , & pour corriger ce livre
à l'égard de cette methode,
comme il paroiftspar la pres
miere de ces demonstrations,
qui fut publiée en legi. où
l'on peut voir de quelle utilité
fond coutes les progreffions
arithmetiquesfous l'expreffion
Kit
#16 MERCURE
generale Y. Y plus V. Yplus
2 V. &c. Pour s'aflurer de la
Methode de M Hudde , &
pour d'autres fujets. Si M'R.
avoit fçu dans ce temps là que
cette Methode prife dans fa
fource n'eftoit point entachée
de ces erreurs , il n'auroit pas
manqué de citer M Hudde ,
quoy que les preuves mathematiques
n'ayent pas befoin
d'eftre foutenues de l'autorité
des Sçavans pour eſtre reçuês
des perfonnes qui aiment veritablement
le progrés des
Sciences. A l'égard de l'obje
ction qu'on a faite fur les Meg
GALANT: 117
thodes que M Defcartes a
données par les effections
geometriques juſques au 6.
degré feulement , on a dit au
Journal des Sçavans , une partie
de ce qu'on y pourroit ré
pondre , & je voudrois bien
ne les point rappeller icy , ny
en dire davantage. Pour les
preuves dont il le fert , je foutiens
qu'elles peuvent eftre
folides , & conformes à celles
que les autres Geometres ont
données fur de femblables
fujets. Car fi l'on ſubſtitue les
cermes de l'Algebre au lieu
des termes d'Euclide, & des
18 MERCURE
1
aurres Geometres qui avbiche
travaillé ſur cela , on verta
renaiftre de leurs raiſonnemens
l'égalité même qui étoic
proposée comme on le voir
dans la Geometrie de cet Auteur;
& l'on peut fçavoir auf
que d'autres Auteurs , quilanc
donné aprés luy des Methodes
d'une grande étenduë ſur cela
, n'ont point cherché d'au
tres manieresde prouver quoi
que les plus zelezo partifans
ayent reconnu que toutes ces
Methodes font fort differentes
des fiennes. Mais on y pourroit
defirer un fuplement à
GALANT arg
caufe de la pluralité des raci
nes & de leurs differentes ef
peces , & c .
On peut dire auffi que ces
regles de M' Defcarres pour
roient contribuer en quelque
choſe pour résoudre les éga
licez indéterminéesjufques au
6 degrés cependant pour les
refoudre toujours felon l'intention
de cet Auteur , & des
autres Geometres , ce feroit
une entrepriſe beaucoup plus
difficile , que de remplir tous
les projets qu'on a faits dans
ces derniers temps fur les li
gnes courbes. Celuy de Dio.
120 MERCURE
phante y ferviroit , mais ce
qu'on y a fait eft fort peu de
chofe en comparaison de ce
qu'il faudroit faire , Toutefois
on fuppofe que M' Defcartes
a donné une Methode generale
pour refoudre par Geometric tow-
Les les égalite indeterminées ,
dont on ne doit pas eftre furpris
, aprés avoir vû , dans les
Journaux & ailleurs , tant d'autres
fuppofitions , qui ne font
pas plus vray femblables , &
qui femblent n'avoir efté faites
que pour fervir au commerce
des fuffrages .
Il fe trouve des regles fi défectueules,
GALANT: 127
fectueuses , que pour chaque
exemple où elles réüffiffent ,
il y en a une infinité où elles
jetteroient dans l'erreur. Il y a
encore des propofitions , &
même de prétendues metho
des fi generalement fauffes
qu'il n'eft pas poffible de
trouver un feul exemple auquel
elles puillent convenir
dans toute l'étenduë du ſujet
pour lequel on les a données;
& comme je ferois obligé de
rappeller ces propofitions ,
ces regles & ces methodes ,
pour répondre aux autres objections
qu'on vous a propo-
Fevrier 1698.
L P °
122 MERCURE
ſées, j'ay cru qu'il n'eftoit pas
encore neceffaire de rompre
le filence à cet égard . Peuteftre
que les perfonnes qui les :
propolent changeront de fenriment
, & qu'elles voudront
bien permettre que l'on con--
coure avec elles pour perfe
Aionner veritablement
les
Mathematiques .
(
Les Sçavans ont fait une
grande perte en la perſonne
de Mr Moyle Charas , mort à
Paris le 21 du mois paffé . Il
eftoit né à Ufez , & dans un
âge tres tendre il exerça la
Pharmacie à Orange . Aprés
GALANT. 123
y avoir fait un fejour de peu
d'années , il vint s'établir à Paris
, où quelque temps aprés
il fit paroiftre un Traité de la
Theriaque , qni eut l'approbation
generale. Ce fuccés
l'encouragea à faire auffitoft
en public une compofition
de trois cens livres de Theriaque
en prefence de M¹ de
la Reynie , pour lors Lieutenant
de Police , de Mile Procureur
du Roy , de M' le premier
Medecin , de ceux de la
Maiſon Royale , des Députez
de la Faculté de Medecine de
Paris , des Maitres; & Gardes
Lij
124 MERCURE
de la même Ville , & de plufieurs
Curieux de differentes
Nations . Il n'en demeura pas
là . Il examina à fond toutes
les parties dont la Vipere eſt
compofée , le fiege de fon venin
, les accidens & les fymptomes
qui arrivent aprés fa
morfure , & les moyens feurs
de la guerir . Il Y
réüffic parfaitement
bien , & fit quantité
d'experiences pendant trois
mois , en preſence de plufieurs
Medecins & Curieux , ce qui
l'obligea de compoſer peu
aprés un Traité ſur cette matiere
, qui eut toute la reputa
GALANT: 125
tion poffible dans toute l'Europe.
Comme il compofa ce
livre en François , & que cette
Langue n'eſt pas commune
dans les Pays
Etrangers , il y
joignit un Poëme Latin , où
il fit en abregé une defcription
anatomique
de la Vipere.
Dans ce temps - là , feu
M' Vallot , premier Medecin ,
& peu de temps aprés , M ° Daquin
, fon fucceffeur
, le choifirent
pour faire les Cours de
Chymie au Jardin Royal des
Plantes . Le fuccés qu'il eut
d'abord , l'engagea à continuer
pandant neuf années , &
Liij
126 MERCURE
fa réputation augmentant
toujours , il compofa fa Phar
macopée Royale Galenique
& Chymique , qui a efté traduite
dans toutes les Langues
de l'Europe . Elle l'a même
efté en Chinois, pour la commodité
du Roy de la Chine ,
Prince tres curieux , & princi
palement en ce qui regarde
la Chymie, comme on le peut
voir dans le Portrait hilto
rique de ce même Prince ,
compofé par le Pere Bouvet,
Jefuite.Il fit fon dernier Cours
de Chymie au Jardin Royal
en 1679. & comme alors le
GALANT. 27%
Roy ordonna que tous ceux
à qui on donneroit des Emplois
à exercer , feroient Ca
tholiques , M Charas , trop
obtiné dans la Religion Calvinifte
qu'il profefloir fon
gea à prendre parti ailleurs.
Dans le même temps Char
les II . Roy de la Grand Bre
tagne, fort bon Medecin , éga
lement bon Chymifte , & en
un mot , homme univerfel
ayant lû tous fes Ouvrages,
dont il faifoit grande eftime,
fouhaita de l'avoir auprés de
fa perfonne , ce qui luy fit fai
re un voyage en Angleterre,
Liiij iiij
H
128
MERCURE
oùil ne fut pas plûtoſt arrivé ,
que le
Chevalier Frezer , premier
Medecin du Roy , le prefenta
à ſa Majesté , qui luy fic
le
lendemain un prefent confiderable
, M'
Charas luy promit
de quitter la France fi toft
qu'il pourroit le faire , & il ne
fut pas longtemps
fans s'y dif
pofer. Sa Majesté
Britannique
luy envoya un de fes Yaks ,
ce qui ne
s'accorde qu'aux
grands Seigneurs , & le favo
rifa d'un Paffeport qui défen
doit qu'on ne vifitaſt ſes hardes
. Il eut
l'honneur pendant
fon fejour à Londres , qui fut
GALANT. 129
de plus de cinq ans , d'eftre
appellé en pofte à Windfor ,
où eftoit Sa Majesté , pour la
guerir d'une fiévre doubletierce
dont elle fouffroit
beaucoup. Il l'en guerit dans
le temps de vingt- quatre heu
res , en prefence de tous les
Grands de la Cour & des Medecins
du Roy , qui regardoient
cette prompte gueri
fon avec jalousie. Ce Prince
qui le combloit de toutes for
tes d'honneurs , voulut qu'il
fe fift paffer Docteur , ce qui
fut fait peu de temps aprés.
M'Charas paffa de là en Hol130
MERCURE
lande , où il pratiqua la Medecine
dans Amsterdam avec
beaucoup de capacité. Sa
réputation s'eſtant étendue
bien toft aprés dans toutes les
Provinces de la Hollande , où
il eftoit appellé fans ceffe , M
le Marquis de Caſtel - Montrayo
, Ambaſſadeur auprés
des Etats de la part de Sa Majefté
Catholique , le confulta
fur la maladie d'un Grand
d'Espagne dont on luy avoit
écrit. On fuivit de point en
point les remèdes que M
Charas propofa , & le Malade
qui languiffoit depuis un
J
GALANT. I } #
2
longtemps , guerit prompte.
ment. Cela obligea le Marquis
de Caftel Montrayo à le vou
loir attirer à la Cour du Roy
fon maiſtre , où il l'affura que
s'il vouloit aller avec la Fa.
mille , l'Inquifition ne l'inquieteroit
point pour la Religion
; qu'au contraire faifant
profeffion d'honneſte hom
me , il y feroit tres - aimé , &
cheri même des Ecclefiafti
ques . On le défraya juſqu'à
Madrid , où il fut bien toft
eftimé & honoré de tous les
Grands , chez lesquels il fit
un grand nombre d'experien
132 MERCURE
•
ces fur la Vipere. Il avoit en
tre autres Fils fon Aîné , qui
le fecondoit dans toutes les
entrepriſes , ayant vû avec luy
tout ce qu'il y avoit de plus
grands Seigneurs malades .
Les experiences fe firent chez
Dom Pedro d'Arragon , en
prefence des Ducs de Paftrane,
de Medina. Celi, d'Offune ,
du Comte de Prado , de Dom
Emanuel de Lira , & de beaucoup
d'autres , qui avoient
envie de fçavoir , fi ce qu'on
avoit publié jufqu'alors eftoit
veritable , fçavoir , que les Vi
peres , à douze lieuës à la ronGALANT.
133
de de l'Archevêché de Tolede
, n'avoient aucun venin
aprés avoir mordu , parce que
longtemps auparavant un Archevêque
leur avoit ofté le
pouvoir d'envenimer ce qu'ils
mordoient, Ces Seigneurs en
furent bien toft defabuſez par
piufieurs experiences que luy
& lon Fils firent fur differens
animaux. M'Charas eut l'honneur
de confulter plufieurs
fois pour Leurs Majeftez , &
il eft certain que fa fortune
auroit efté loin dans cette
Cour , fi les Medecins du Pa.
lais , jaloux de la réputation
#34 MERCURE
"
qu'il s'eftoit acquife , n'euf,
fent pas fait foûlever l'Inquifition
, pour le faire mettre
dans fes prifons. Ils employe
rent pour cela toutes fortes
de perfonnes , jufqu'à un indigne
Preftre , qui l'accufa de
beaucoup de chofes contre la
Religion Catholique , dont
il eftoit innocent . Il fut jetté
d'abord dans une prifon
feculiere , où il demeura un
mois entier. Toute la grace
qu'il put obtenir , ce fut de fe
fervir d'un Valet , pour foutenir
de temps en temps deux
fers dont on luy avoit chargé
By
GALANT
135
les pieds. Celuy du pied gauche
pefait foixante & douze
livres. C'eftoit justement le
nombre des années qu'il avoit
alors. Celuy du pied droit n'en
pefoit que quinze. Ce temps
expiré , on le transfera, à l'In
quifition, où il demanda plu .
fieurs fois pourquoy il eftoit
retenu dans ces cachors. Le
Preftre qui levit preft d'estre
découvert , fer fauva dans les
montagnes , fans qu'on en ait
entendu parler depuis.M'Cha,
ras fouffrit cette perfecution
pendant 4. mois , ne ceffantde
prier Dieu, que s'ilfeftoit dans
136 MERCURE
l'erreur, il luy pluft de l'infpi
rer , afin qu'il puft travailler à
fon falut. Aprés avoir imploré
longtems le fecours d'enhaut,
il cut plufieurs Conferences
avec quelques Theologiens .
Il y avoit huit jours & huic
nuits qu'il étoit dans des agi
tations & des infomnies cruel.
les , & il n'eut pas plûtoft
conferé avec ces Docteurs
qu'il paffa la nuit dans une
entiere tranquillité de corps &
d'eſprit . Il reconnut par là
qu'il avoit efté jufque là hors
du droit chemin. Les jours
fuivansfe pafferenten contro-
?
GALANT: 137
verfes avec les fouverains Do.
&eurs de l'Inquifition , qui
eftoient furpris d'entendre
parler fi facilement & fi fçavamment
enLatin ce nouveau
Converti. Ils changerent auffitoft
les cachots noirs qu'il
habitoit , en des chambres
exhauffées , meublées & éclai .
rées , où il recevoit fans ceffe
vifite . Après avoir fait abjuration
avec les ceremonies requifes
, il y receut les Sacremens
de Penitence, d'Euchariftic
& de Confirmation , &
donna toutes les
d'une converfion veritable.
marques
Fevrier 1698. M
18 I
<
ris le bon
MERCURE
Son Fils aîné avoit pris
partiquelquesmois auparavár,
fans qu'il en fceut rien , &
le Cadet s'eftoit tenu caché
jufqu'à ce qu'il s'embarqua
avec luy pour la Hollande .
La troifiéme de fes Filles avoit
embraffé volontairement la
Foy Catholique , & s'eſtoit
faite Religieufe à Paris . Dieu
fe fervit d'elle pour attirer
luy toute fa Famille . Si - toft
qu'il fut de retour en France,
if eut l'honneur de faluer Sa
Majefté , qui luy témoigna la
joyequ'Elle avoit d'aprendre fa
converfion . Elle le fit auffitoft
GALANT. 139
dont
entrer dans l'Academie Royale
des Sciences . Il eft mortage
de quatre - vingt ans & a
donné en mourant des marques
tres finceres de le repentir
de fes erreurs I laiffe une
Femme tres - vertueuſe , parfaitement
bien convertie
avec quatre Enfans
l'aîné eſt établi au Fauxbourg
Saint Germain , proche le petit
Marché , rue Sainte Marguerite.
Ila accompagné fon
Pere dans tous fes voyages ,
profitant de fes lumieres. Qu .
tre cela il a voyage feparément
dans plufieurs Pays , ou
140 MERCURE
il a apris les Langues étrange
res , les parlant toutes également
, mais particulierement
l'Allemande , l'Angloife , la
Hollandoife & l'Eſpagnole.
Des trois Filles l'une eft Religieufe
Bernardine au Sang
Precieux , l'autre à l'Abbaye
Royale du Lis , dont Mada.
me Colbert eft Abbeffe , & la
Cadette , qui eft restée dans
le monde, vit dans une gran
de union avec fa Mere.
Je vous ay veu fouvent defirer
, pour le fuccés des Ouvrages
fpirituels, qu'ils euffent
GALANT:
141
dequoi plaire & édifier en
même temps. Le Pere Bernard,
Réligieux Theatin , vient
de dedier à Mr. l'Archevêque
de Paris une Hiftoire qui me
paroift de ce caractere, c'est la
vie de S. Gaetan , Comte de
Thienne , Inſtituteur de la
Congregation des Cleres Ré
guliers. Vous y remarquerez
la pieté & la politeſſe de celuy
qui en eft l'Auteur. Le fujets
en eft fingulier , & par lui mê
me, & par la maniere noble
& vive dont il eſt traité. C'eſt
un Saint d'un zele infatiga
ble & d'un détachement qui
142 MERCURE
étonne la prudence humai,
ne. S'il a eſté touché de quelque
intereft , c'eſt feulement
de celui des ames qu'il gagnoit
à Dieu. Ajoûtez à cela
l'habileté de l'Auteur qui a
fçeu lier à fon Hiftoire les
plus 'memorables évenemens
des derniers fiécles. D'une
affaire particuliere , il en fait
une affaire generale , & il in
tereffe tous les Etats . Son def
fein principal eft d'édifier tous
res les perfónnes confacrées
au miniſtere Ecclefiaftique,
Lesmaximes qu'il leur propofe
font également touchantes
GALANT. 143
& curieufes. Lifez les , & vous
tomberez d'accord que cette
Hiftoire joint l'érudition &
l'élegance avec la dignité &
l'onction que demandent les
ouvrages de pieté. Il fe de
rüe
a
bite chez less Jean Guignard ,
rue Saint Jacques , à l'image
S. Jean.
Le même Libraire vient
de nous donner la troiliême
edition d'an Livre Livre qui a elté
receu tres agréablement du
Public Son Titre qui eſt , l'Ant
de plaire dans la Converſation ,
promet quelque chofe de fore
utile , puifqu'il n'y a rien de
144 MERCURE
plus important que d'eftre
propre à eftre receu parmi
toutes fortes de perfonnes . Cet
Ouvrage eft de M ' de Vaumoriere
qui l'a reveu avec
foin & augmenté peu de temps
avant la mort. La lecture en
eft divertiffante
, & apprend
à fe corriger de bien des défauts
, en facilitant les moyens
d'éviter le ridicule , ce qui eft.
proprement eftre fçavant dans
l'art de plaire . Les maximes
qu'on y trouve font autant de
pour
les leçons à rechercher
jeunes gens qui commencent
à entrer dans le monde , & fi
les
GALANT. 145
les Dames peuvent avoir le
plaifir d'y voir des perfonnes
de leur fexe dont l'entretien
eft plein d'agrement, les hommes
y apprennent avec quelle
bienfeance ils doivent eftre en
la compagnie de leurs Superieurs
, de leurs Egaux & de
leurs Inferieurs. Qu'y a- t- il qui
foit plus à fouhaiter que de
connoître la belle maniere de
vivre enfemble ? C'est ce que
les divers Entretiens de ce Livre
enſeignent . Voici les titres
de quelques uns .Qu'ilfaut
eftre civil fans tomber dans des
ceremonies incommodes . De la po
Février 1698.
N
146. MERCURE
liteffe du langage de la maniere
de faire un recit. Comment la
bienfeance veut que l'on agiffe, &
que l'on parle quand on mange, en
compagnie. Qu'un médifant eft ge
neralement bay, & qu'il ne peut
plaire qu'à des perfonnes envieufes
ou naturellement malignes Que
pour plaire dans la conversation il
faut eftre diferet , & garder une
exacte bienfeance. Avec quelle
precaution il eft permis de railler.
Si l'on peut reprendre quelqu'un
dans la converfation
.
M Perrault de l'Academie
Françoife , qui nous donna il y
à quelques années le Poëme
1
GALANT: 147
de S. Paulin , dont vous avez
efté fi contente , vient d'en
mettre au jour un autre inti
tulé Adam , qui a l'approba-
- tion des plus difficilesConnoif.
feurs. Il eft divifé en quatre
Chants Le premier contient
la Création del'homme; le fecond
, fa defobeïffance par la
fuggeftion de la Femme fe.
duite par leSerpent, aprés quoi
Adam chaffé du Paradis terres
ftre , & fuccombant au fom;
meil malgré le trouble & l'ind
quietude que lui caufe fon
malheur, voit en fonge tout
ce qui doit arriver juſqu'au
Nij
148 MERCURE
Déluge. Dans le troifiéme
Chant , Dieu touché de la mi
fere d'Adam , lui envoye un
Ange qui l'inftruit de toutes
les chofes qui fe pafferont
jufqu'à ce que Salomon bâtif
fe un Temple au Seigneur ,
& dans le quatrième , le même
Ange lui raconte , auffi bien
qu'à Eve qui vient l'écouter
par quel excés d'amour le Fils
de Dieu fe fera homme , & ce
qu'il operera pourle falut du
genre humain. Tout cela eft .
accompagné de defcriptions ,
tres- vives , & de tout ce que la
Poëfie a de plus riches & de
GALANT. f19
plus brillantes expreffions.
Vous fcavez que c'eſt en quoi
Mr Perrault excelle , & que
tres - peu de perfonnes portent
ce talent auffi loin que lui.
1
Le Mercredy 22. du mois
paffé, la Paix fur publiée àSens
entre la France, l'Empereur &
l'Empire , & à cette occafion ,
il y eut une Affemblée extraordinaire
au Palais , où m² Farinade,
Avocat du Roy au Préfi .
dial , prononça le Difcours
fuivant , en prefence de M²
Vezou , Prefident Lieutenant
General , de tous les Confeillers
&Magistrats de ce même Sic
N iij
50
MERCURE
ge, du maire , des Efchevins
,
des Officiers
des quartiers
&
de tous les Ordres de la Ville.
MEESSIEURS, URS ,
S'il y eut jamais propofition
dont la verité fuft palpable &
fenfible à tout le monde , c'eſt
celle ci de l'Orateur Romain ,
que le nom de la Paix eft auffi
doux & agreable que la chofe
en foi eft utile & lalutaire. En
effet, de même que l'Univers
eft uniquement redevable de
fa durée au bel ordre qu'y a
erably l'Auteur de la nature , &
GALANT.
à cette fucceffion reguliere &
invariable des failons qui partagent
le temps & les années ;
de même que le corps humain
trouve fa fanté , ſa vigueur &
fa force, dans l'accord des élemens
& dans l'équilibre des
humours qui le compofent , ce
qui affermit les Etats & les
rend floriflans , c'eft la Paix ,
qui amenant à fa fuite l'opulence
& les autres commodi .
tez de la vie, fait la veritable
gloire des Princes qui la donnent
au monde & ly entretiennent,
& le vrai bonheur de
leurs Sujets Celle qu'ils ac-
N iiij
152 MERCURE
*
quierent par la voye des ar
mes , peut bien rendre
leurs
noms & recommandables
au
fiécle où ils vivent , & en tranf
mettre le fouvenir
à la pofterité
par des Infcriptions
gravées
fur le marbre
& fur le bronze ;
mais comme
elle eft le fruit de
ces guerres , qui quelque
juftes
qu'elles
foient dans leur motif
& dans leur principe
,ſont toû
jours cruelles
& fanglantes
dans leurs effets,l'eclat en peut
eftre obfcurci
par les idées de
meurtre
& de carnage
qui l'ac
compagnent
neceffairement
,
dont on ne peut la feparer
.
GALANT.
IS3
Il n'en eft pas de même de la
gloire qui revient aux Poten-
* tats par laPaixqu'ils procurenc
à leurs Peuples , & dont ils leur
font goûter lesdouceurs.Com .
me elle eft pure dans fa fource
& fans mélange d'aucune paffion
turbulente & inquiete, ni
la malignité des envieux les
plus envenimez ne peut l'of
fufquer & la ternir , ni celle du
temps qui confume les me
taux dont le font les trophées
& les obelifques, qui efface les
Infcriptions dont on charge
ces Monumens , quelquefois
d'une jufte reconnoiffance ,
114 MERCURE
mais le plus fouvent de la com-
-plaifance ou de la flaterie des
hommes . Plus cette Paix dont
la terre leur eft redevable eft
folide , feconde & favoureuſe ,
plus elle rend leur nom augufte
& refpectable . Tous leurs
foins aboutiflant à rendre heureux
les Peuples qui vivent
fous leurs Loix , & qui font
foumis à leur Empire , ils font
l'amour & les delices de ces
Peuples , auffi bien que l'admi
ration des étrangers , qui en
tendant parler d'eux & de leur
gouvernement , charmez du
recit que leur en a fait la reGALANT:
195
nommée , & peut - eftre jaloux
du bonheur de leurs Sujets,
regardent de loin ces Souve
rains comme les Divinitez turelaires
de leurs Etats ,
croyent ne pouvoir les com.
parer qu'à ces Fleuves , qui en-
&
graiffent les pays qu'ils traverfent
par le cours paifible &
majestueux de leurs eaux , &
qui portent dans toutes les
contrées qu'ils arroſent la fertilité
& l'abondance . En vain
la haine , la jalousie , ou quel
que autre paffion auffi maligne
, voudroient-elles décrier
en leur perfonne l'amour de
16 MERCURE
la Paix & du repos ; tant que
cet amour dans eux ne degenere
point en foibleſſe , tant
qu'il ne les porte point à l'oifiveté
, bien loin qu'il puiffe
eftre repris avec juftice , il eft
le bel endroit , & comme le
miracle de leur vie, la colomne
& la baze qui foûtient l'édifice
de leur grandeur, & quand les
Poëtes & les Orateurs fe tairoient
fur l'iniquité d'un tel
jugement , quand ils n'invectiveroient
pas contre fa noir .
ceur dans leurs écrits & leurs
juftes éloges , la joye des Peu.
ples qui poffedentun tel Prin
GALANT.
557
ce, le bonheur dont ils joüif
fent fous fa domination , l'attachement
qu'ils ont à fes inte.
refts leur devouement à fon
fervice , les louanges qu'ils lui
a
donnent de toutes parts en
action, de graces des biens
qu'ils en reçoivent , defavoüe
roient hautement la malignité
de cette cenfure , & feroient
une condamnation éclatante
de fon injuftice.
spilapening
Ne croyez pas , Meffieurs ,
qu'en exaltant dans les Prin
ces , comme nous venons de
faire , un naturel doux & paifible
, nous voulions blâmer
158 MERCURE
en leur perfonne une ame
guerriere, & des inclinations
martiales. A Dieu ne plaiſe
qu'un deſſein ſi déraiſonna .
ble , & même fi criminel, nous
entre dans l'efprit , que nous
ofons commettre un tel attentat
fur les Oingts du Sei
gneur , & condamner une pafhion
qui leur eft fi neceffaire
pour maintenir l'ordre & re
primer la licence. Il faut quelquefois
faire la Guerre pour
avoir la Paix , dit un celebre
Academicien de ce temps , autrement
, & fi l'on ajoûtoit au
dereglement du coeur humain
GALANTM 159
lafacilité de mal faire , les gens
de bien ne feroient au monde
que pour fervir à l'injustice , ou
dejoudt oude victime . Ce n'eft.
pas en vain que les Maîtres de
l'Univers porrent le glaive &
le cimeterre ,piloft le fignede
la puiffance qu'ils ont receie
d'enhaut pour arrêter le tor.
rent des paffions & des cupidi
tez chuinaines , & ils peuvent
toûjours le tirer, fans que pers
fonne fur terre foit en droit de
leurs demander compte des
motifs qui les portent à le
faire , lorsqu'il s'agit de retenir
dans le devoir ces paffions
160 MERCURE
fougueules & mutines , & par
ce moyen d'affurer la Paix ,
que l'experience fait affez con
noître ne pouvoir fubfifter
fans le fecours des armes & le
tranchant de l'épée, avvi
'Arquoy donc aboutiffene
ces Eloges que nous avons
donnez avec tant d'effufion
aux Princes pacifiques ? Ils
tendent, Meffieurs , à vous :
convaincre des obligations
que nous avons au Roy , à la
gloire duquel nous confacrons
ce Difcours d'avoir
pofé les armes pour calmer
l'Europe, & luy donner la Paix
By
GALANT # 61
dont elle jouit maintenqno,
& que l'on fait n'eftre pas
moins le fruit de la ſageffe &
de la moderation de ce Mo.
narque , que l'ouvrage de fa
puiffance & de cette valeurs
que le Ciel a pris plaifir de
Couronner de tant de glorieux
fuccés , qui font la merveille
de nos jours , & qui dans les
fiecles Idolâtres auroient fait
de ce Heros l'idolé de la pros
*
·
da Donde
fane Antiquité, ab
Que la Paix donte nous
joüiffons foit l'effet de la mo
deration du Roy , & de l'al
mour qu'ilporte à les Peuples,
Février 1698.
16 MERCURE
ce qu'elle coure à cet amour,
& le temps auquel elle a esté
heureuſement concluë , le publicat
d'une maniere & bien
folemnelle & bien glorieufe à
ce Prince , auffi miraculeux .
dans la vie que dans fa naiffance,
qui fera le defefpoir
des ficcles à venir, comme il
eft le prodige du noftre. Il
battoit en tous lieux les Ennemis
qu'il avoit fur les bras,
& portoit en toutes occafions
des coups mortels à cette Li
gue formidable qu'avoit formée
contre luy la jaloufie de
fes Voifins, & l'ombrage qu'ils
8ed
GALANT
163
avoient conceu mal à propos
de fapuiffance.L'on comptoit
Les Victoires par ſes combats ;
le nombre des Places qu'il
avoit prifes égaloic celuy des
Villes qu'il avoit affiegées ,
rien n'etoit capable d'arrefter
la rapidité de les conqueftes.
Il venoit d'en faire une
l'Espagne , qui luy ouvrojt
le chemin juſques à la Capitale
de ce Royaume , tout cedojt
à la force de fon bras foudroyant
, au honheur de les
armes toujours victorieuſes ,
soujours triomphantes . La
fortune foumise à fes velonfur
O ij
164 MERCURE
tez , refpectant , pour ainfi
dire , la droiture de fes intentions
, eftoit non feulement
exacte , mais immuable à le
fervir. Comme fi elle euft efté
aux gages de ce Prince , elle
robeiffoit à fes ordres en toutes
rencontres, en toutes ren.
contres elle applaudifloir à
fes defirs , favorifoit fes deffeins
, fecondoit fes intentions.
Ce bonheur qui durant la
guerre a fait figlorieuſement
réuffir les deffeins du Roy &
fes entrepriſes heroïques , n'e-
Roit pas un prefent gratuit de
GALANT. 165 ·
*
cette fortune aveugle , capricieuſe
& bizarre , qui agit fans
difcernement , qui départ fes
faveurs fans intelligence ; il
eftoit dû à la vertu & à la
་
bravoure du plus grand des
Rois , à la juftice de la caufe ,
à l'équité de les prétentions.
Jamais elle ne fut plus judicieuſe
& plus éclairée , lors
qu'elle fe declara pour luy
contre les envieux de la gloire.
En favorifant fes iuterefts,
elle favorifoit le droit contre
la paffion , la verité contre le
menfonge , & l'erreur qu'il a
enfin heureufement bannie
166 MERCURE
de ce Royaume , l'ancienne
croyance que nous avons receuë
de nos Peres , pour la
quelle il combattoit comme
Fils Aîné de l'Eglife , contre
la noveauté
, yvroye pernicieufe
funefte zizanie , ſemée
depuis quelques fiecles par
des Novateurs dans le champ
du Seigneur . Le fage & l'invincible
Louis avoit ceu l'enga
ger dans fon parti par toutes
ces qualitez éminentes qui
embelliffent fon ame vraiment
Royale , & qui élevent
ce Prince , tout grand qu'il
eſt , au deſſus de la propre
GALANT. 167
grandeur , par la vigilence &
L'application continuelle qu'il
donne aux affaires de fon Etat,
par cette magnanimité qui le
fait voler par tout où l'hons
neur de la France & la gloire
l'appellent , malgré la rigueur
des faifons & l'âpreté des hi
vers ; par cette merveilleufe
intrepidité qui luy fait regar
der de fang froid les meflées
les plus rudes , les actions les
plus chaudes , à portées de la
mouſqueterie &des coups de
l'Ennemi , par cette noble
ardeur qui luy fait quitter le
fejour enchanté & delicieux
168 MERCURE
de la Cour , pour ſe mettrea
la tefte de fes Armées, & par
tager avec fes Combattans
tous les hazards da dangereux
& penible métier de la guer
re , ce qu'il a fait toutes les
fois qu'il a crû devoir , pour
hâter le fuccés de fes confeils,
effrayer les Ennemis du bruit
de fa venue , les allarmer par
fon arrivée , lancer luy même
la foudre qu'il avoit préparée
contre leur orgueil , ou qu'il
a jugé à propos de nous couvrir
de fon bouclier pour nous
parer de leurs infultes , pour
garantir nos terres du ravage
de
GALANT. 169
de leurs mains , & préſerver
nos Tentes du fleau de l'inva
fion ; car il ne fuit pas , ce He
ros, la maxime
de certains
Politiques
, qui croyent
qu'un
Prince
ne doit jamais
expofer
fa perfonne
, ny commettre
ſa
reputation
à la fortune
des ar
mes ; qu'il doit bien tenir en
main
le timon
des affaires
;
mais qu'il ne doit jamais
quit.
ter le centre
de fon Empire
pour le porter
à quelqu'une
de fes extremitez
, de crainte
qu'il ne l'affaiffe
par fon poids,
& ne faffe pencher
tout l'Etat
vers fa ruines
qu'ayant
l'au
Fevrier
1698
. P
170 MERCURE
torité fuprême du commans
dement , il peut & doit même
fe décharger fur les autres de
l'execution de fes ordres , &
que fans qu'il mette la main à
l'oeuvre , c'eft toûjours à luy
qu'appartiene l'honneur des
victoires qui le remportent
fous fes aufpices, onl
LOUIS inftruit des princi
pes & des loix d'une autre Politique
, de celle que fuivirent
les Cefars & les Alexandres ,
fait mouvoir de prés comme
de loin tous les refforts de la
guerre , convaincu que le fuccés
des expeditions militaires
GALANT. 171
eft fouvent attaché à la prefence
du Souverain , que cette
prefence martiale fait faire aux
guerriers qui combattent fous
fes yeux des prodiges de valeur
, & répand dans leurs ames
je ne fçay quelle vigueur &
quelle affurance qui déconcerte
l'ennemi le plus fier ,
l'étourdit , & le met hors d'état
de refifter. On l'a vû plufieurs
fois conduire luy- même
ſes glorieux deffeins à leur
terme , reconnoiftre les dehors
des Places qu'il affiegeoit
, rechercher les poftes
avantageux, marquer les quar.
1
Pij
172 MERCURE
tiers , ordonner les travaux ,
vifiter les tranchées , regler les
attaques , & ce qui eft de plus
merveilleux en toutes ces cho .
les , c'est qu'il les fait fans
émotion , qu'agiffant fans relâche
il agit en même temps
fans empreffement , & que
toûjours tranquille en luymême
, il regle les mouve-
-mens du monde , & prefide aux
agitations de l'Univers .
L'état des affaires du Roy
eftoit tel que nous l'avons dépeint
, lorfque laffé de vaincre
ila mis bas les armes pour ren .
dre à l'Europe cet heureux calGALANT.
14.
me dont ellejoüiffoit quand i
fut forcé de les prendre , &
dont elle auroit toûjours jouy,
sil ne fe fuft élevé contre fa
Couronne tant de Puiffances
confederées . Ce Prince fçachant
qu'il eft chargé de la
protection des biens & de lal
fortune de fes Peuples , done
la Royauté le rend le Pere &
le Tuteur , confiderant d'ail
leurs que les guerres qui font
tant de bruit , tant de fracas ,
quelque glorieufes qu'elles
foient aux Potentats qui les
foûtiennent , font aprés tout
la ruine de leurs Sujets & la
Piij
174 MERCURE
defolation des Etats ; qu'elles
font de funeftes incendies allumez
par la colere divine fur
les hommes coupables ; que
ceux qui gouvernent le monde
les doivent éteindre quand
cette colere eft fatisfaite , a
fubitement arrefté les Victoires
dont luy feul pouvoit retenir
le cours , en faveur du
genre humain , au milieu &
dans le plus bel endroit de fa
courſe , fur le point d'enlever
un Royaume entier , dont la
priſe d'une Place importante ,
qui fut la glorieuſe clofture
de la derniere Campagne , &
GALANT. 179
le triomphe d'un Capitaine
également fameux & illuftre ,
luy affuroit la riche Conquefte.
Vante qui voudra les expeditions
inouies de LOUIS
LE GRAND , fes exploits
militaires , & tous les événe
mens miraculeux de fon rea
gne , qui feront le juſte ſujer
de l'étonnement , peut - eftre
même de l'incredulité des fié.
cles à venir , pour nous , Mef
fieurs ,tenons nous en à la moderation
de ce Conquerant ,
à cette vertu fublime qui a
defarmé noftre Hercule , luy
P iiij
176 MERCURE
a fait tomber des mains la
mafluë dont il terraffoit fes
Ennemis , & qui l'a obligé de
facrifier au repos de la terre le
fruit de les glorieux travaux,
puifque c'eſt à elle que nous
devons la Paix qu'il eut toû
jours en vûë dans fes entreprifes
, qu'il regarda toûjours
comme la fin & la recompenfe
de fes fatigues , de fes veilles ,
& de les fueurs , perfuadé qu'il
n'eft rien plus defirable & plus
neceffaire au monde que cette
Paix , rien qui y produife de
meilleurs & de plus falutaires
effets. Elle entretient entre les
GALANT:
177
Nations voifines , même étran
geres , le Commerce qui les
enrichit & les unit enfemble
par le lien d'une communication
mutuelle qui établic
entr-elles une efpece de fraternité.
Elle fait fleurir les
beaux Arts , & perfectionne
les Sciences , qui font le plus
doux plaifir de la vie & tout
l'agréement de la Societé.
Elle maintient l'ordre & la
difcipline qui font le plus fo
lide appuy des Etats , le plus
für & le plus ferme foutien
des Empires . Elle fait refpecter
les Loix & les Armes de
2
178 MERCURE
cette autorité qui eft le fondement
de la fureté publique ,
qui affure aux gens de bien
leur fortune' , leur repos & leur
vie , & qui fait l'effroy de ceux
qui s'écartent des fentiers de
la vertu pour courir dans la
voye de leur perte . Elle eft ,
cette charmante Paix , le plus
riche preſent que le ciel puiffe
faire aux hommes , l'objet le
plus digne de leurs voeux ; les
delices de la terre ,le bonheur
de ceux qui l'habitent ; elle
les comble de toutes fortes
de biens , & écarte d'eux toutes
ces miſerés & ces infortu … '
GALANT. 179
#
nes qu'attire ordinairement la
guerre , au rang defquelles il
faut mettre ces fortes contributions
qu'elle oblige les
Princes d'exiger de leurs Peu
ples , contributions qui dans
ces temps fâcheux font des
maux neceffaires pour en évi
ter de plus grands , & que
foûmiffion des Sujets doit en
quelque façon rendre volon ,
raires .
la
Les Romains , ces fages
Politiques , ont ainfi regardé
la Paix que nous venons de
décrire , eux qui dans leurs
Drapeaux portoient une
180 MERCURE
Truye pour fon fymbole , voulant
faire connoiftre à leurs
Ennemis par la reprefentation
de cet animal immonde
que l'on immoloit aux Traitez
de Paix , qu'ils ne faifoient
la guerre que pour avoir cette
Paix delicieufe , qu'ils cfti .
moient eftre,au milieu même
de leurs plus heureux fuccés ,
l'unique fource de la vraye
felicité , l'amas & l'affemblage
de toutes fortes de biens
& de profperitez
.
Ces faints hommes de l'ancienne
Loy , qui touchez
des malheurs de leur Nation,
GALANT: 181
**
l'ont fi ardemment de Grée ,
en connoiffoient parfaitement
le prix & l'excellence,
Que les montagnes , dit le Roy
Prophete , reçoivent la Paix
pour le Peuple , & les collines la
justice ; que ; que la Paix foit dans tes
murailles , ô Villefainte , & l'abondance
dans tes tours , dit - il
ailleurs , parlant à la chere
Jerufalem . Qu'elle vienne cette
Paix, s'écrie un autre Prophe
phete , que celuy qui a marché
dans la droiture , puiffe prendre
un doux repos dans fon lit , & s'y
délaffer à loifir fans crainte ,fans
chagrin , fans inquietude. Veniar
182 MERCURE
Pax , requiefcat in cubili fuo qui
ambulavit in directionefua.
La Paix aprés laquelle foupiroient
ces fages Perſonnages
, zelateurs du repos pu
blic , n'eftoit pas une paix
fterile & imparfaite , qui ne
produifant aucun fruit , bien
fon de combler les peuples de
joye , leur remplit le coeur
d'une amertume tres amere.
C'eftoit une paix fucculente
& feconde , qui enrichifoit
leur Patrie fans corrompre fes
moeurs &fans la rendre coupable,
qui femblable à ces arbres
privilegiez, qui font tout àla
→
GALANT: 183
fois ornez de fleurs & chargez .
de fruits , avoit pour cortege
l'abondance & les autres biens
de la vie , fans bannir de leur
pays l'innocence & la vertu ,
qui rendoit l'homme riche
fans orgueil, joyeux fans éga
rement , content fans diffipation
, heureux fans, fierté, une
paix enfin telle qu'elle eft promife
dans les Ecritures à ceux
qui feront fidelles obfervateurs
des Loix du Seigneur &
de fes Commandemens. Si
vous marchez dans la voye de
mes Préceptes , dit - il à ſon Peuple,
fi vous gardez er fi vous
癃
184 MERCURE
pratique mes ordonnances , je
vous donneray les pluyes propres
à chaque faifon ; la terre produira
des grains en grande quantité ,
les arbres rompront fous le
poids & la multitude des fruits
dont ilsferont couverts. L'abondance
du bledferafi grande, qu'avant
que vous l'ayez pû ferrer ,
vous ferezfurpris parles vendanges
, &vos vignes feront fi char.
gées , que les femailles vousprefferont
avant que les vendanges
foient achevées . Vous mangereZ
voſtre pain , & vous en ferez
saffafitz; vous habiterez voftre
terre fans aucune crainte , j'éta, ·
GALANT: 185
bliray la Paix dans vos contrées
vous dormire , & il n'y aura
perfonne qui vous inquiere , j'éloi
gneray de vous les beftes qui pourtoient
vous nuire , & l'épée des
Ennemis ne paffera point parvofire
pays,
Telle eftoit la Paix dont
joüiffoit le monde dans fon
premier âge , & dans ce fa.
meux,fiécle d'or dont les Poë
tes nous ont raconté sant de
merveilles . Dans ce bien heus
reux temps fi different du nôtre
, une tranquilité inaltera
ble regnoit parmi les hommes.
Leur, franchiſe les reng
Fevrier 1698. Q
186 MERCURE'
K.
doit tous égaux, & formoit en
tre eux une union ferme , conftante
, indiffoluble . Comme
ils eftoient fans paffion , nul
intereft n'eftoit capable de les
broüiller & de les defunir.
Tendres & fidelles amis ils.
s'obligeoientà l'envi, le prevenoient
en honneur , & fe faifoient
du bien en toutes rencontres.
Leur fincerité eftoit
parfaite, & ne laiffoit dans leurs
coeurs aucune place au déguifement
& àla fraude.Conrens
du peu de bien qu'ils avoient
receu de
leurs Peres , ils fongeoient
bien à le conferver ,
GALANT . 187 °
mais jamais à l'accroître ; vivant
fous les loix d'une auftere
verruils refferroient tous leurs
defirs dans l'étroite enceinte
de leurs heritages , & loin d'envier
ceux de leurs voifins , ils
regardoient avec refpect les
bornes qui les feparoient de
leurs poffeffions, les mettoient .
au rang des chofes faintes , &
en faifoient l'objet de leur veneration
. Quoi qu'ils fuffent
fimples , bienfaifans & defin .
tereffez, ils eftoient cependant
oeconomes , laborieux & prudens
, carimitant lafage fourmi
quiamaffe durant lésé de
1
Q ij
•188 MERCURE
quoy fe nourrir en hiver , ils
cul cultivoient foigneusement
la terre, qui répondant à leurs
foins , & joyeuſe de fe voir labourée
par des mains pures &
innocentes , leur rendoit pref
que toûjours avec ufure le de.
poft de leur induſtrie , & recompenfoit
leurs travaux d'une
recolte , qui foit qu'elle fuft
petite ou abondante , rempliſfoit
tous leurs beſoins , & fatisfaifoit
à toutes leurs neceffitez
. E
Temps fortuné, qui s'il pou.
voir jamais revenir , nous rendroit
tous heureux & inno :
GALANT. 189
cens , banniroit pour toûjours
de la terre les querelles , les
haines , les procés & les guer
res , & y établiroit une Paix
folide , qui dureroit autant
que le monde , & ne finiroit
qu'avec les fiècles !
Celle qui va nous eftre an
noncée . & que le Roy preffé
par l'amour qu'il porte à fes
peuples , a fceu tirer du ſein
des troubles & de la guerre ,
comme Dieu tira autrefois ce
vafte Univers d'une maffe de
confufion , fuivant toutes les
apparences , ne ramenera pas
Ja premiere innocence de nos
190 MERCURE
Peres ; car le monde eft trop
corrompu pour changer, mais
du côté du Prince qui a faic
agir tous les refforts de la puiffance
pour nous la donner ,
convaincu que comme le Ciel
n'eft jamais plus beau , jamais
plus pompeux, que lorsqu'il eſt
clair & ferain , la Royauté toû
jours lumineufe & refpectable ,
n'eft jamais plus majestueule,
jamaisplus augufte, que quand
elle eſt calme & paiſible. De
ce côté là , Meffieurs , nous
en recevrons tous les avantages
& tous les biens que nous
fommes en droit d'en attendres
GALANT. 191
*
car il nous aſſure , ce glorieux
Prince, du Trône où il eft affis,
qu'il va changer toutes chofes
dans fon Etat , & faire ſentir
à fon peuple qu'il eft un auffi
bon Maître qu'un grand &
qu'un vaillant homme de
Guerre ; que deformais ceux
qui levent les tributs ne l'af.
fligeront plus ; qu'il y aura une
femence dePaix parmi ce peu
ple qu'il cherit , ce peuple qui
s'épuile ou fe facrifie fi volon
tiers pour fa gloire ; que chacun
d'eux boira paisiblement
à l'avenir de l'eau de fa cifter
ne & mangera fans alarme du
192 MERCURE
fruit de l'arbre & du champ
qu'il aura cultivé , que tous les
fujets vont le réjouir & s'af
feoir dans l'agreable douceur
de la Paix , dans des tabernacles
de confiance , & dans un
repos abondant.
Que l'on n'entende donc
plus ces clameuts & ces plaintes
, ces cris & ces murmures
dont l'air n'a ci- devant que
trop retenti , & que le coeur a
dû defavoüer dans ceux aufquels
ils font échappez au mé
me temps que la douleur les a
arrachez de leur bouche. 4-
beant illa voces quas metus exprimebat
,
GALANT. 193
primebat , nihil quale antea dicamus
, nihilenim quale antea patimur
, difoit autrefois dans une
rencontre à peu prés pareille
à celle- ci un fameux * Orateur
de l'ancienne Rome. Que la
joye de la Paix ne dilate pas
moins nos coeurs que les maux
de la guerre les ont refferez ,
les ont retrecis . Ne penfons
qu'à témoigner nôtre reconnoiffance
au Roy par des réjouiffances
& des fêtes publiques
, en faiſant des voeux pour
la confervation de fa Perfonne
Sacrée , en immolant des Ho-
Pline à Trajan.
Février 1698. R
194 MERCURE
fties pour la continuation de
fes jours d'où dépend la felicité
des nôtres ; que cette reconnoiffancefoit
fans bornes,
puifque fon bienfair eft fans
mefure.
Graces immortelles foient
renduës de toutes les Paix que
«nous tenons de la bonté, & en
particulier de celle dont la
publication nous affemble apjourd'hui.
Graces immortelles
en foient renduës , premierement
au Ciel d'où eft venu
noftre fecours ; enfuite à
LOUISle Grand , qui pour
pacifier l'Europe a bien voulu
GALANT
195
<
ceder à fes
ennemis , de tous
côtez battus &défaits , une partie
de les
conquêtes , & fçu
triompher du defir qu'il pouvoit
avoir de les retenir , paffion
qui flatte fi fort , qui s'af
fujettic
pour l'ordinaire
& tirannile
le coeur de touslesHé
ros , qui par l'exemple
d'une
moderation fi rare qui mer
fur la tête de ce
Monarque
cette
couronne de perles precieufes
dont parle
l'Ecriture ,
apprend aux Rois de la terre
dont il a efté le
vainqueur ,
jufques
où doit aller leur a
mour envers leur peuples , ce
Rij
296 MERCURE
qu'ils font obligez de faire
pour affurer leur repos , combien
leurs coeurs doivent eftre
tendres fur leurs befoins, fenfibles
& compatiſfans à leurs
maux. Graces encore une fois
foient rendues à ce Prince incomparable
de la Paix que
nous tenons de la bontévraye
ment paternelle , en attendant
qu'il executele deffein qu'il a
formé de nous en faire goûter
au plûtoft les douceurs , aprés
lefquelles il fçait que fes peuples
fatiguez de la Guerre foûpirent
avec autant d'empref
fement , que le Cerf alteré
GALANT. 197
court pour éteindre fa foif
vers les eaux rafraichiffantes
d'une claire fontaine.
Puiffent donc meurir bientoft
les fruits de la Paix generale
dont nous joüiffons main
tenant. Ecce omnis terra habitası
tur & quiefcit. Paix fi longtems
attendue , tant defirée
& fi defirable. Puiffent ces
fruits fuivre de prés la publication
folemnelle qui fe va
faire de celle qui fcelle & afi
fermit toutes les autres, au fon
des Hautbois , des Tambours
& des Trompettes , dont le
doux concert va fraper agrea
R in
198 MERCURE
blement nos oreilles Puiffions
nous fous le Regne de LOUIS
le Grand , que nous foûhaitons
eftre encore d'un tres grand
nombre d'années , puiffions- >
nous voir renaître ce bienheu
reux tems que procurerent au :
peuple d'Ifraël le bonheur &
la vertu de ce brave & vaillant
Machabée , fous la conduite .
duquel Juda vêcut en Paix , & 1
dans les delices d'une heureu
fe abondance, chacun paſſant t
fes jours fans inquietude , &
fe repofant tranquillement à
l'ombre de fa vigne & fous fon
figuier. Qu'il foit dit de ce
GALANT.T
Monarque , comme de ce fa
ge Conducteur du Peuple de
Dieu, fecit pacem ſuper terram,
latatus eft Ifraël lætitiâ ma¬
gnâ , qu'il a donné à fon pays
une Paix profonde , & comblé
fes fujets d'une joye parfaite
que nos Provinces encore fi
confternées fallent gayement
à l'avenir leurs recoltes &
leurs moiffons , & qu'aux horreurs
de la Guerre l'on voye
fucceder fans delay les charmes
d'unfolide repos & d'une
durable tranquillité
.
Le jour que ce Discours fut
prononcé dans le Palais de
Rijij
zco MERCURE
Sens , où la publication de l'a
Paix venoit d'eftre faite , tou
res les Boutiques furent fermées
par ordonnance de Police
, & il y eut des feux allu
mez dans toutes les ruës . Le
Dimanche fuivant 26. le Te
Deum fut chanté dans l'Eglife
Cathedrale , en prefence de
tous les Corps Ecclefiaftiques
& Seculiers , aprés quoy on
allluma un grand feu de joye
dans la grande Place , où les
Habitans eftoient fous les
armes. Cela fut fait aux cris
redoublez de Vive le Roy , &
au bruit des décharges de la
GALANT: 201
& •
Moufqueterie, du Canon , des
Tambours , Trompettes , &.
autres Inftrumens . Le foir , il
y eut un feu d'artifice dans la
même Place , avec de riches
repreſentations & Devifes à
la gloire de Sa Majefté , &
quantité d'Illuminations , ce
qui fut fuivi d'un grand rega
le à l'Hôtel de Ville , d'un
Bal general , & d'une magni
fique Collation pout les Dames
, aux dépens des Officiers
des quartiers.
Le même jour vingt - deuxiéme,
Mª Cailler, Confeiller au
Parlement en la Cinquième
202 MERCURE
des Enquestes , Envoyé Extraordinaire
en Pologne du
Roy de la Grand' Bretagne
en 1689. fit chanter le Te Deum
pour la Paix Generale , dans
l'Eglife de fa Terre de Theil
prés de Sens , & autres dépendantes
de fa Chaftellenie . Enfuite
il alluma un grand feu
de joye qu'il avoit fait pré.
parer devant fon Chafteau ,
où plus de quatre cens hom
mes estoient fous les armes
en tres- bon ordre. Ils firent
de grandes décharges de
Moufqueterie & on leur
abandonna plufieurs pieces
GALANT. 203:
de vin Il y eut table ouverte
dans les appartemens du
Chasteau pour pluſieurs Gen- 1
tilshommes , & autres per
fonnes diftinguées , qui fu ›
rent traitées magnifiquement
pendant deux jours.
On a fait auffi de tres
grandes réjouiffances pour la
Paix à Troye en Champagne.
On yvint de tous coftez pour
voir un feu d'artifice , dont
M Janfon , Echevin , avoit
donné le deffein . H fut précedé
de plufieurs décharges
de Moufqueterie, & il eut tout
le fuccés que l'on en pouvoic
204 MERCURE
efperer. La Ville de Troye
avoit un double fujet de fe
réjouir , puis que depuis quel--
ques mois le Roy luy a accor
dé deux Foires Franches.
Je vous envoye ce qu'on a
pû retenir d'une Harangue
qui fut prononcée le 26. du
mois paflé , au fujet de la publication
de la Paix , par M
Cornet de Coupel , Avocat du
Roy au
au Prefidial d'Amiens, en
prefence de M Bignon , Intendant.
Voicy à peu prés
comme il parla.
GALANT 205
MESSIEURS ,
Nous pouvons dire que la
Paix faite & ratifiée avec l'Empereur
& l'Empire eft la perfection
du grand ouvrage de
nos jours , attendu depuis fi
longtemps , & qui estoit ſi neceflaire
à toute l'Europe , puif
que la guerre ett comptée
pour le plus grand mal d'un
Etat ; en forte que rien ne peut
Pexcufer que la feule neceflité ,
quelque avantage que l'on y
rencontre.Juftum bellum quicus
neceffarium , pacem te pofcimus
omnes. Nous croirions man206
MERCURE
quer aux fonctions
de noftre
Miniſtere
fi nous ne portions
pas icy la parole parmy les ac.
clamations
publiques
. Et ne
ferions- nous pas infenfibles
fi nous ne participions
à la
joye commune
, ou ne pafferions-
nous pas pour diftraits ,
fi nous ne donnions
une attention
particuliere
à la lecture
des Lettres dont nous
allons requerir
l'enregiſtre
ment ? Nous avons déja fait
connoiſtre
le 27. Novembre
dernier lors de la Publication
de la Paix fignée avec l'Eſpagne
, l'Angleterre
, & la Hol.
GALANT. 207
lande , que nous ne pouvions
rien ajoûter à la lecture de la
Lettre du Roy ; que quand un
Prince auffi.éclairé avoit parlé
on ne pouvoir rien dire qui ne
fuft au deffous de les expref
fions.
En effet, Meffieurs , l'admi
ration , toute muetre qu'elle
eft , eft icy le plus glorieux de
tous les Eloges. L'Eloquence
acooûtumée à relever les act
tions des Heros , ne peut qu'af
foiblir celles de LOUIS LE
GRAND . Contentons - nous
donc qu'un Blence refpecsueux
marque nôtrejoye, Que
208 MERCURE
peut- on ajoûter autre chofe
que l'admiration à ces paroles
forties de fa bouche , fembla
bles à celles qui furent pro
noncées autrefois par l'Empe
reur Tibere , que les heureux
fuccés dont le Ciel a favorife fes
armes , ne l'ont jamas éloigné du
defir qu'il avoit de faire la Paix,
que c'est le foulagement des Peuples
accablez des maux infeparables de
la guerre , & le plaifir de les ren
dre heureux qui luy a faitfacrifier
fes interests , & renoncer àfes pro
prés avantages .
C'est par cette heroïque
moderation , plus loüable milGALANT.
209
Je fois que les plus grands
triomphes , qu'il a voulu finir
une guerre qui auroit encore
duré trop longtemps , & confacrer
au rétabliffement du
repos & du commerce de l'Europe
le fruit de les conqueftes,
Latior Tiberius, die Tacire , quia
Pacem fapientiafirmaverat quam.
fi bellum per acies confeciffet .
Avoüons pour donner une
idée generale des fujets de
nôtre étonnement & de no
tre admiration , laiffant à l'Hife
tiore le foin de reflechir en
détail fur tous les endrous de
fa vie , qui feront autant d'é
C
Fevrier 1698. S
210 MERCURE
loges ; avoüons , dis je , que le
Royaefté pendant la condui
te de cette guerre , intrepide
pour en foûtenir tout le poids
contre une Ligue & un monde
d'Ennemis fi differens , dont
les vains efforts pour renfèrmer
la puiffance n'ont fervy
qu'à faire mieux connoiftre les
forces .
Sile zele des François pour
leur Souverain , & particulie
rement de cette Province , qui
ont prodigué leur fang , expofé
leur vie , ou épuisé une partie
de leur bien pour fon fervice
, & pour foutenir la gloire
GALANT 211
&
de la Nation , a paru dans le
cours de cette guerre , ce zele
converti en amour pour un fr
grand Prince , doir aujourd'huy
redoubler par des fencimens
de reconnoiffance , en
revanche des fruits agreables
de la Paix que nous allons
bien - toft goûter à l'ombre
des lauriers que fes victoires
ont fait naiftre , en forte que
la vertu du Prince domine aujourd'huy
dans le coeur de fes
Sujets , & l'obeïffance des Sujets
triomphe dans celuy du
Prince.
4
Il ne dépend pas toûjours
Sij
212 MERCURE
des Sujets de ſignaler leur zele
pour leur Roy , mais il dépend
toûjours d'eux d'eftre attachez
par une refpectueuſe inclination
à leur Souverain , tel
que LOUIS LE GRAND , qui
poffede toute les qualitez des
plus grands Heros & qui ont
immortalifé leurs noms , qui
gouverne les Sujets avec bon .
té, qui triomphe de fes Ennemis
fans orgueil , qui protege
les Rois & fes Alliez fans autre
intereſt que de fa gloires
mais fur tout , qui va faire connoiftre
par la Paix qu'il procu
re à l'Europe , qu'il eft le Pere
GALANT. 213
des Peuples , comme il a coûjours
efté le Roy de luy- même.
Nous devons croire que
cette Paix univerfelle
, dont
celle de Savoye a efté la femençe,
appuyée ſur de fi bons
fondemens , confacrée moins
par la foy des Traitez , que
par les voeux ardens de Sa Majefté
, fera de durée , ftable &
fincere entre la France & les
Etats voisins , puis qu'elle eft
un prefent du Ciel , comme
celles que nous lifons dans les
Paralipomenes
, avoir efté ac
cordées à Afa , Roy de Juda,
+
214 MERCURE
à David, à Salomon, & depuis
au grand Theodofe , & un
effet de la Providence divine,
qui a bien voulu réunir tane
d'efprits fi contraires & fioppolez.
Les peuples conviennent
avec l'Orateur Romain , qu
on ne peut leur donner rien
de plus agreable que la Paix.
Circumfpiciamus omnia que pos
pulis gratafunt , nihil tam popu
lare quam pacem , quàm concordiam
, quam otium reperimus , ni
hil pretiofius folet audiri , nibil
delectabilius concupifci , nihil utilius
poffiderio
GALANT. 215
C'eft pourquoy ils doivent
encore aujourd'huy marquer
par des réjouiffances publiques
la joye qu'ils en reffentent
, puis que cette Divinité
des anciens Romains , à la
quelle les Villes d'Athenes &
de Rome ont dreffé des Temples,
des Statues & des Autels ,
va les faire décharger d'une
partie des impofts établis par
la neceffité de la guerre , apporter
des richeffes , faire naiftre
l'abondance , & combler
la France de toutes fortes de
biens.
C'eſt à
vous ,
* Mr
Bignon.
Monfieur ,
2:6 MERCURE
qui eftes le dépofitaire des
fecrets du Prince , & en qui
brillent tous les jours avec
éclat quelques rayons de fon
pouvoir par l'adminiftration
de la Justice , Police & Finances
, que vous rendez avec
tant d'integrité ; Mediateur ,
entre fes Miniftres & les fupplications
des peuples d'une
Province , que le voisinage de
la Frontiere alarmoit autrefois
, de prononcer icy la publication
de la Paix. Elle ne
peut fortir d'aucune bouche
plus pure & plus éloquente ,
& qui luy convienne davantage
GALANT. 217
tage , puis qu'elle aime les
Lettres & la Justice , Juſtitia
¿ Pax ofculatæ funt , luivant
l'Ecriture , & par confequent
elle aime ceux chez qui ces
belles qualitez & ces vertus
font hereditaires
, comme en
voftre Famille , tirée du fein
de la Magiftrature, qui a produit
des efprits du premier
ordre dans un âge peu avancé.
Les fçavantes Notes fur
les Loix Saliques du Royaume
& fur les Formules de
Marculphe , en feront toujours
des monumens éternels,
gravez dans la Litterature.
Fevrier 1698 T
218 MERCURE
Famille , où l'élevation aux
dignitez n'eft pasun aveugle.
ment précipité de la faveur ,
ou un jeu de la fortune , mais
où le merite & la naiffance
ont beaucoup de part. Vos
Are prefence m'oblige à fup.
primer icy quantité de chofes
glorieules , que la force de la
verité auroit tirées de ma
bouche & arrachées de mon
coeur, quand mon inclination
& mondevoir ne m'yauroient
pas porté; & comme vous ne
venez icy que pour ſeconder
les intentions de Sa Majefté ,
La Compagnie honorée de voGALANT.
29
tre veuë , & qui trouve avec
le public fon avantage par
ticulier dans un calme fi ge.
neral , reçoit avec reſpect la
branche d'olive que vous apportez
pour fimbole
de la
Paix. Quant à nous , Gens du
Roy , nous ne pouvons
mieux
y répondre
qu'en requerant
pour Sa Majesté la lecture des
Lettres de la publication
de
la Paix, pour eftre enregistrées
aux Regiſtres
, aux Chartres
de ce Siege , & envoyées
dans
les Prevoftez
du reffort.
Les mêmes réjouiffances fe
firent à Blois le 2 6. du mois
Tij
320 MERCURE
paffe ,&rien ne fut oublié dans
tous les quartiers de cette Ville,
pour marquer le zele dont
les Bourgeois eftoient animez.
Le même jour il y eut un
grand feu de joye dans la Pa
roiffe de Saint Secondin , qui
appartient à Madame la Com .
reffe de Bury, cy devant Gouvernante
de Madame la Princeffe
de Conti Douairiere , &
qui n'est qu'à deux lieues de
Blois . M Juftice , Curé du
lieu , avoit pris loin de le faire
préparer Les Habitans , au
nombre de plus de trois cens ,
fe mirent fous les armes , ayant
GALANT. 220
tous le chapeau bordé d'un
galon d'or , & le refte de l'équipage
à proportion . M
Scion , nouveau Converti , &
qui l'eft de bonne foy, expofa
publiquement , comme Capitaine
, le Portrait du Roy couronné
, & avant que de fe
mettre à la tefte de fa Compagnie
il fit un Difcours des
plus touchans fur les avanta
ges de la Paix. Cela fait voir
qu'elle imprime des fentimens
fr pleins de reconnoiffance
dans tous les coeurs des
François , que ceux mêmes
qui n'ont aucune obligation
Tiij
222 MERCURE
de parler , ne fçauroient rerenir
leur zele. Après avoir mar
¿qué les effets que la joye pro.
duit de tous coſtez ; La Paix,
continua tail , ramene avec
Aftrée l'inocenteliberté, les beauxe
jours , les plaifirs , les richeſfes
l'abondance ,fait renaitre le Com
merce , les Aris és les Sciences ,
fournir à toute la terte un exem.
ple achevéde la parfaite modera
tion du plus grand Roy du monde.
Qui ne fait que la guerre eftoit
auffiglorieuse àree Monarque in .
•vincible , que fatale à fes Ennemis
? Carpour ne parlericy que
la derniere Campagne , LOUIS,
,
de
GALANIM zez
ent Catalogne , toujours triom.
phant , toujoursquictorieuoc , prend
Barcelone , Capitale de cette Pre
vince , malgré tous les efforts de
l'Espagne & de fes Alliez.
LOUIS enFlandre , oùfon nom
feul gagne des Batailles , fe rend
maiftre d'une autre Place imporsante
en dépit de la Ligue , & à
la vûë de tous les Princes Confederez.
LOUIS, en Allemagne,
plus puiffant que les Cefars , rand
fes Armées redoutables à l'Empereurs
àl Empire , & répand.es
même temps la serveur.en tous
breux Cependant, & prodige inauy!
vainqueur defes Ennemis , & par
T Hij
224 MERCURE
une plus rare merveille , vainqueur
de foy même ,
5 parmy tant de
Palmes de Lauriers , auau milieu
AT .
de tant de triomphes & de victoi ,
res , ce Monarque incomparable
arreſte tout à coup , par un effort
heroïque , le progrés de fes armes ,
la rapidité de fes conqueftes ;
pour donnerencore unefois la Paix
L'Europe , fonder le repos & ré
tablir la felicité publique. Ab !
s'il eft vray , comme il n'en faut
"
R
pas douter
• que le plus
grand
des Rois , la terreur du monde ,
l'admiration del Univers, le Pro
tecteur de l'Eglife , & le Fleau des
Heretiques , préfere en faveurde
GALANT. 225
elle
par
fes Sujets , la qualité pacifique de
Pere de la Patrie, au titreglorieux
de Conquerant , la France ne doitpas
donner tout des mar.
quespubliquesdefa julte reconnoif
fance,par des tranfports dejoye ,
par de continuelles acclamations.
Battc donc , Tambours fonnez,
Trompettes , meflez vos bruits
tonnans au douxfon des Fifres ,
des Mufettes & des Hautbois.
Et vous , qui me fuivcz , Peuples
heureux, Peuples contens , joignez
vos voix aux charmans concerts
qui refonnent de tous coste . Que
les fontaines , que les ruiffeaux de
vin coulent dans nos Hameaux ,
226 WERCURE
que toutfe reffente des douceurs de
la Paix ; que les bois , que les plai .
nes , que les collines les plus proches
retentiffent de nos acelamations
, & que les Echos d'alentour
charmez de nos applaudiffemens
,
reperent mille fois aprés nous , Vive
le Roy. Ce Difcours fini ,
M'Scion fit défoncer un tenneau
de vin dans la Cour ,
afin que tous ceux de la Compagnie
buffent à la fanté du
Roy , tandis qu'il donna dans
fon logis la Colation aux Offic
Giers. Enfuite il marcha en
bon ordre au Chaſteau de
Bury , oùì il fit faire deux dé.
GALANT 227
charges , puis au Te Deum qui
fut chanté folemnellement au
bruit de plufieurs autres décharges
, & enfin au feu de
joye , précedé de la Croix &
du Clergé , qui eftoit nombreux.
La fefte le termina par
un grand repas , que le Capisaine
donna le foir , avec une
Illumination qui dura toute
la nuit , au bruit des Tambours
& des Fifres , mais la
bonne chere ne finit pas. Elle
dura encore huit jours , tous
les Officiers fe piquant de regaler
chacun à fon tour.
228 MERCURE
Mademoiſelle Dalerac la
Charle , dont le merite eft fi
connu en France , a compofé
les paroles de l'Air qui fuit.
La Mufique eft d'nne Perfon-
-ne qui fait du bruit dans le
monde,
S
Jupirs qu'on ne veut plus entendre
,
Chers & riftes enfans de ma fincere
1
árdeur ,
Cachez vous au fond de mon
coeur ,
Duffiez vous le reduire en cendre.
f
Soupirs qu'on ne veut plus, entendre
Cachez- vous au fond de mon
coeur.
DE
LA.
Di
H
COTHRONE
き
GALANT. 229
Voicy un Billet qui m'a efte
idreflé , auquel je ne doute
point que l'inconnu , qui pré.
tend avoir trouvé la Quadrature
du Cercle ne réponde le
mois prochain . Mes Lettres
eftant un champ ouvert pour
toutes les choles que les Sçavans
cherchent à rendre publiques
,je me trouve obligé,
quoy que fans y prendre aucune
part , de publier tout ce
qui vient d'eux , quand j'ay
une fois commencé à parler .
de leurs Ouvrages , & que la
diſpute eft liée entre eux .
#
230 MERCURE
A L'INCONNU ,
Qui a propofé la Quadrature
du Cercle.
C
E Biller , Monfieur , n'eſt
Apoint de la nature de ceuse
que vous demandez , puis qu'il ne
promet point d'argent . Cependant
il ne paroiſt pas à rejetter, puis que
fans promettre il donne ce qui
quelquefois vaux mieux que de
l'argent même. C'est un avis fur
la propofition que vous venezde
faire. Vous paroiffe icy , Monfieur
, fous le nom d'Inconnu.
Permettez qu'à votre exemple je
GALANT. 21
paroiffe de la même maniere , ¿
qu'avec avec la liberté que donne cet
estar, je vous dife , que j'ay efté
furpris à la lecture de voftre arti.
cle , de voir que vous pensez à
donner la quadrature du Cercle.
Il me femble avoir lû ily a ens
wirondouze ans , un livre où elle
eſt donnée , non ſeulement par approximation,
mais exactement &
geometriquement H eft de la compofitiondeM
Mallement de Meffange.
Il fur imprimé à Paris
chez le sieur Jean- Baptifte Cos
gnard en 1686. dedié à M² le
Duc de Montaufier. Ilse trouve
ther Jean Caffon , ruë Saius
232 MERCURE
Facques , à l'image Saint Jean-
Baptifte. Le Journal de la Repu.
blique des Lettres , imprimé à
Amſterdam , en a fait un précis
tresjufte. Le filence que tous les
Geometres ont gardéfur cet Ecrit
depuis fi longtemps , me paroift
unepreuve qu'ils n'ont pú y rien
trouver à redire. Entre une infinité
d'Ouvrages qui ont efté faits
Sur ce sujet depuis deux mille
ans , celuy cy est le ſeul où nul
homme du métier n'a pû encore
faire voir de paralogifme , c'eft à
dire , d'erreur. Vous fçavez que
les Geometres font gens qui ne
fouffrent pas longtemps des fautes
1
GALANT 233
71
dans les affaires de leur reffort,
qu'ils font tout- à fait prompts
àfe montrer leurs defauts les uns
aux autres quand ils en peuvent
··rencontrer . Ajoûtez à cela , Monfieur
que ce Livre traite la
question de la maniere la plus
fimple qu'elle ait jamais efté traistée
ne donne tout au plus que
huit où dix lignes à examiner ,
• au lieu qu'il n'y en a jamais eufur
... ceste matiere qui n'en ayens donné
tune confufion tses difficile & treslongue
a demêler ; deforte qu ilfem .
ble que fi l'on n'y a rien trouvé à
redire jufqu'icy , le temps ne fcauroit
non plus y faire découvrir nulle
Février 1698 . V
234 MERCURE
.i
imperfection , puifque non feute:
ment douze ans, mais douze jours,
font beaucoup plus qu'il n'en faut
à un habile homme pour voir tout
ce qui en eft. Aprés cela , Monfieur
, vous mepermettre de vous
dire , que propofer de donner la
quadrature du Cercle ; c'eſt vouloir
faire une oeuvre fane. Je n'entre
point dans la difcuffion de cette na
suredeproportion que vous présendez
donner entre le rayon & la
circonference , qui , à ce que vous
dises , eft de nombre à nombre , c'eft
un détail plus précis dont on fait
ce que l'on doit penfer . Tout ce que
jepuis ajouter , c'est qu'à jager de
GALANT. 235
¿ M de Meffange , par ce que l'on
en en a vú,ilnefemble pointpar-
Jer temerairement, & quede quelque
maniere qu'on l'attaque , ilpa
-roiſt homme à bien foutenir fes
droits . Jefuis , Monfieur , vôtre,
Je vous ay deja parlé , des
fix premiers comes des Voyages.
Hiftoriques de l'Europe ,
qui ont un fi grand cours le
fepriéme vient de paroiltre,
& fe debire chez le S'le Gras ,.
„daps la grande Salle du Palais
, au troifiéme Pillier à l'E
couronnée. Il comprend l'Origine,
la Religion, les mecurs
V 访
236 MERCURE
les coûtumes , & les forces
des Mofcovites , avec quelques
remarques fur les Tartares
de leur voifinage . Tout ce
la eft mis dans fon jour avec
beaucoup d'ordre & de netteté
, de forte que ce livre fait
un extrême plaifir à lire . Celuy
qui paroift depuis peu de l'Hif
toire de Melufine tirée des
Chroniques de Poitou , &
quifert d'origine à l'ancienne
Maifon de Lufignan , n'en fait
pas moins. Cette Hiftoire renouvellée
par м' Nodot , &
dediée à S. A. R. Mademoifelle
, fait aujourd'huy d'au-
量
GALANT. 237
tant plus de bruit que les Lecteurs
font fort embaraffez fur
ce qu'ils doivent croire . Tout
y paroift merveilleux , & quoy
qu'il y ait peu de vray femblance
dans tout ce qu'on lit ,
la Fable & la Verité paroiffent
tellement unies enſemble , que
ceux qui feroient fâchez qu'-
on s'imaginat qu'ils cruffent
des chofes de cette nature ,
ne fçavent que répondre aux
preuves qu'en donnent ceux
qui dans leurs écrits ont parlé
de cette Hiftoire.
Il paroift depuis peu un autre
livre , qui eft extrémement
238 MERCURE
1
de faifon , il eft intitulé , Sentimens
d'une Ame penitence,
fur le Pfeaume , Miferere mei ,
Deus, & le retour d'une Ame
à Dieu,fur le Rfegume Benedic
anima mea ; accompagnez dere-
・flexions Chrétiennes. La lecture
de ce livre doit estre un charme
pour les Ames devores . Il .
eft bien écrit, plein d'onction ,
& ne peut eftre trop lû par les
Chreftiens. Il fe vend chez la
Veuve de Theodore Girard ,
dans la grande Salle du Palais,
à l'Envic , quife debiie auffi
un livre nouveau divifé en
deux tomes & intitulé Contes
nouveaux , ou les Fées à la mode,
GALANT:
239
par MadameD **. Les Contes
de Perfinet , del'Oiseau bleu ,
& plufieurs autres qui font du
nombre de ceux qui furent
fi favorablement reçus du Public
l'année derniere , font de
la même Dame qui vient de
- donner les Conres nouveaux.
Tous les ouvrages ont eu un
fugrand fuccés qu'on eft perfuadé
qu'elle ne peut rien faiore
dont la lecture ne donne
zun extrême plaifir. Ges fortes
d'ouvrages font devenus fort
à la mode.Ainfi une Demoi-
› felle de qualité vient auffi de
mertre au jour deux volumes
240 MERCURE
"
•
intitulez Les Contes des Contes.
S'il m'eftoit permis de la nom .
mer , fon nom feul feroit juger
de la beauté de ces Contes,
même avant qué de leslire .
Son bon gouft eft connu parmy
les perfonnes qui le mêlent
d'écrire , & plufieurs onvrages
d'une plus grande con-
-fequence , & qui ont efhé fort
applaudis dans le monde , luy
doivent une partie de leur fuccés
, les Auteurs ayant bien
- voulu fe rapporter à fon fentiment
avant que de les mettre
au jour. Les deux tomes des
Contes des Contes fevendent
chez
GALANT. 241
chez Simon Benard, rue Saint
Jacques, au deffus des Mathu
rins , au Compas d'or.
Le 29. du mois paffé , Ma
demoiselle d'Eftoges prit l'ha
bit aux Religieufes Carmelites
de laruë Chapon . M'I'Evêque
de Blois en fit la ceremonie
, & le Pere Dom Jerôme
, Feüillanc , y prêcha en
preſence de plufieurs perfonnes
de la Cour , du premier,
rang. Cette Demoiselle , àgée
feulement de dix - huit ans , eft
Fille de мeffire Marc- Antoine
Saladin d'Anglure , Comte
d'Eftoges , Marquis de Bellay,
Fevrier 1698. X
242 MERCURE
Prince d'Ivetot , Baron d'An
glure , & de Dame Marie-
Jeanne de Rouville . La maifon
de M le Comte d'Eftoges
eft d'une ancienne Chevalerie
de Lorraine , portant
le nom de Savigny , & celuy
d'Anglure , que fa Branche
eft obligée de porter , leur
fut fubftitué par Dame Antoinette
d'Anglure , Vicomteffe
d'Eftoges , Bifayeule du
Comte , fuivant les claufes de
fon Contrat de mariage avec
Chreftien de Savigny , Seigneur
de Rofne & de Tonpoy
, qui fut Maréchal de
GALANT: 243
France pendant la Ligue,d'ou
il paffa au fervice d'Espagne,
& futtué d'un coup de canon
affiegeant la Ville de Huft fur
les
t
Hollandois en 1595. Charles
Saladin de Savigny , leur
Fils , prit le nom & les Armes
d'Anglure . Il fut Vicomte
d'Eftoges & Baron de de Rofne
, & marié en 1602. avec
Dame Marie Babon , Fille de
Georges Babou , Seigneur de
la Bourdaifiere, Chevalier des
Ordres du Roy , d'où nàquic
entre autres Enfans Antoine-
Saladin d'Anglure , Comte
d'Eſtoges , Baron - d'Anglure
X ij
244 MERCURE
.
& de Rofne Seigneur de
Tonnoy , puis Marquis du
Bellay & Prince d'Ivetot par
la fubftitution ouverte en fa
faveur. Il fut marié le 11. Avril
1640. avec Loüife - Angelique
Braux , Dame d'Anglure , qui
le rendit Pere de Marc- Antoine
Saladin d'Anglure ,
Comte d'Eftoges , dont je
viens de vous parler.
-
Quant à Dame Marie Jeanne
de Rouville , мere de Mademoiſelle
d'Eftoges , elle eft
fortie d'une ancienne Maiſon
de Normandie , qui a porté
le nom de Gougeul , & pris
GALANT 245
celuy de Rouville vers l'an
1500 dont la Terre fut donnée
à un de fes Anceftres par Guillaume
le Baſtard , Roy d'Angleterre
& Duc de Normandie.
Son Pere Louis- Herault
de Rouville , Seigneur du
Meus , Lieutenant General
des Armées du Roy, Gouverneur
de la Ville d'Ardres &
Comte de Guires , & Capitaine
d'une Compagnie d'Or
donnance entretenue pour le
fervice de Sa Majefté , avoit
époufé Dame Marie - Jeanne
du Bofc , Dame du Bois ,
d'une ancienne Maiſon de la
X iij
246 MERCURE
même Province de Norman.
die , qui a donné un Oftage
en Angleterre pour la deli .
vrance du Roy Jean , un Ecuyer
d'honneur du Roy
Charles VII . un Chancelier
de Frnce , Evêque de Bayeux
fous le même Roy , & un
Chancelier d'Ecoffe , Evêque
de Dublin ſous le Roy Guillaume
le Lion , & Alexandre
fon Fils. Il ne refte que quatre
Branches de la Maifon de du
Bofe , qui font celle des Seigneurs
de Radepont, celle des
Seigneurs deCoquereaumont ,
celle des Seigneurs de NorGALANT.
247
manville , & celle des Seigneurs
d'Epinay.
Voicy les noms de plufieursperfonnes
diftinguées de l'un
& de l'autre fexe , mortes de-.
puis ma derniere Lettre .
Meffire Georges - Auguſte
de Longueil , Seigneur de
Chevreville. Il n'avoit que
vingt ans , & eftoit Fils unique
de Meffire Jean de Longueil
, Seigneur de Chevreville
, grand Ecuyer de Mile
Duc de Brunfwic Hanover ,
& de Dame Charlotte Deletouf
de Pradine de Tenance ,
premiere Dame d'honneur de
X iiij
248 MERCURE
4
Madame la Ducheffe Douarriere
de Brunfwic Hanover.
Il laiffe une Soeur unique , appellée
Jeanne- Marie de Longueil
, qui eft élevée Fille
d'honneur de Madame la Ducheffe
de Hanover. Cette
Branche de Chevreville eft
une des dernieres Branches'
Cadettes de la Maiſon de Longueil
, & qui eft feparée de
l'aînée depuis 1494. Jean de
Longueil IV . du nom , Seigneur
de Mailons , la Riviere,
la Grange , & autres lieux ,
Confeiller au Parlement de
Paris , Ambaffadeur en An ,
GALANT. 249
gleterre , époufa en 1462. Demoiſelle
marie de Marle Verfigny,
Fille de Meffire Arnault
de marle , Seigneur de Verſifigny
, Prefident à Mortier au
Parlement , & de Martine
Boucher d'Orsay , dont eft
venu мeffire Jean de Longueil
V. du nom , Seigneur de Mai
fons du Rancher , & autres
lieux , qui a fait la Branche
aînée de ce nom , dont
font fortis les Seigneurs du
Rancher & de Seure . Louis,
de Longueil , Seigneur de
Chevreville , Fils de Jean de
Longueil IV. du nom , Sei250
MERCURE
gneur de Maiſons , épouſa
deux Femmes ; la premiere,
Catherine Piedefer , Fille de
Robert Piedefer , Prefident à
Mortier, Seigneur de S. Juft ,
Vilmorien & S. Marc , & de
Perrette de Bracque , & en
fecondes Noces , Catherine
Bruflard , Fille de Pierre Bruflard
, Baron de Hés & Agnes.
au Comté d'Artois , Soeur de
Pierre Bruflard , dont la Bran
che de Sillery & Puifieux ; &
Noël , Procureur General ,
dont eft venue la Branche de
Genlis. De cette Catherine
Bruflard font venuës les BranGALANT
238
ches de Bou , Argeville , & les
Cheveſt du nom de Longueil,
& de Catherine de Piedefer
eft iflu Meffire Guy de Lon
gueil , Seigneur de Chevrevil-
Te & de la Broffe , Confeiller
au Parlement , qui en 1586.
époula Marie de la Mare , dont
il cut Jean Jacques de Longueil
, Seigneur de Chevre
ville , Capitaine d'une Compagnie
d'Infanterie au Regiment
de Champagne, premier
Gentilhomme de la Chambre
de Henry de Bourbon I. du
nom , Prince de Condé , &
époufa Sufanne Dupré , Fille
*
252 MERCURE
3
de Henry Dupré, Seigneur de
Paffy , & de Jeanne de Faul
con de Ris , dont eſt venu
Charles de Longueil , Seigneur
de Chevreville , Capitaine
de Cavalerie , qui de
Loüife Nortier , Fille de Louis
Nortier , & de Rachel Dolé ,
Fille de Louis Dolé , Intendant
des Finances , & Sou
de Louiſe Dolé , Marquile de
Beauvau la Beffiere , a eu мeffire
Jean de Longueil , S' de
Chevreville , Pere de George .
Augufte qui vient de mourir.
Cette Branche , par un honneur
qui luy fut accordé en
GALANT: 253
1440. par Philippe le Bon ,
Duc de Bourgogne , brifa fes
Armes d'une bordure camponnée
d'argent & de gueules
, à Pierre de Longueil ,
Confeiller au Parlement , qui
affifta au Traité d'Arras avec
le Chancelier de France & le
Maréchal de la Fayette , & fut
caufe de la conclufion du
Traité. Charlorte Deletouf
de Pradine , leur Mere , eft
Arriere- petite-niece de Claude
Deletouf de Pradine , Ba
ron de Sirot , Lieutenant Ge
neral des Camps & Armées
du Roy,defcendu de l'ancien254
MERCURE
ne Famille Deltufo , Napolitaine
, dont il y a eu des Vi
cerois de Naples. Ce Claude
Deletouf fut rué en forçant
le Pont de Gergeau en 163 2 .
eftant pour lors Lieutenant
General de l'Armée du Roy,
commandée fous l'autorité
de S. A. R. Il y en a eu fept
du même nom qui ont eſté
tuez dans cette derniere guer
re ,parmy lefquels furent deux
Oncles de George Augufte
'de Longueil , dont je vous
apprens la mort. Le dernier ,
qui fe nommoit Pierre Deletouf
de Pradine , fut tué en
GALANT.
255
N
Flandre au mois de Juillet
dernier , eftant premier Capitaine
des Carabiniers du Roy,
dans la Brigade d'Opter Il receut
dix neuf coups de moufquet
, eftant à la tefte d'un
Party qu'il commandoit.
Dame Nicole Denielè ,Veuve
de Roger le Marchand ,
Seigneur de Haute Ifle , Avocat
au Parlement. Elle eſt
morte en fa quatre.vingt - qua
- torziéme année avec une prefence
d'efprit & une folidité
de jugement merveilleuſe ,
ayant eu durant la vie beau .
coup de fageffe & de conduite .
256 MERCURE
€
Elle laiffe une Fille unique
Dame Françoife le marchand ,
Epouſe de Nicolas Dongois ,
Secretaire du Roy & de la Cour
de Parlement , & Greffier de
la Grand'Chambre , Frere de
Gilles Dongois , Abbé- Chanoine
de la Sainte Chapelle ,
& pere de Dame Françoife
Dongois , Epoule de Pierre
Gilbert , Seigneur de Voyfins,
Prefidenten la Seconde
Chmbre des Enquestes, Frere
de Jean - François Gilbert ,
Seigneur de Villeroy , Confciller
en la Troifiéme des
Enquetes , tous deux Fils de
GALANT 257
défunt Pierre Gilbert , Seigneur
de Voffins , Confeiller
en laGrand'Chambre,& petit.
Fils de Pierre Gilbert , S de
Voifins , auffi Confeiller cn
la Grand' Chambre.
Meffire Jean Rouillé, Comte
de мeflay, Confeiller d'Etat
ordinaire , Directions & Finances.
Il avoit époulé marie
de Comans d'Aftry , Fille de
Thomas de Comans , Seigneur
d'Aftry , Maiſtre d'Hô.
te ordinaire du Roy , & d'Anne
Forget. IIllaa eu entre autres
Enfans , Jean Rouillé , Comie
de Mellay , Conſeiller au Par-
Février 1698. Y
2,8 MERCURE
lement , quia époufé N. de la
Briffe, Fille d'Arnauld de la
Briffe , Procureur General au
Parlement , & de Catherine
Potier de Novion , fa premiere
Femme; Marie - Anne Rouillé,
Epoufe de Charles- Denis de
Bullion , Marquis de Gallar
don , Seigneur de Bonnelles ,
Bullion , Efclimont , Mont.
louët, & Prevoft de la Ville &
Vicomte de Paris . N. Rouillé ,
Epouse de M' Bouchu , мaiftre
des Requeftes , & Intendant
aux Armées du Roy ; N.Rouillé
, Veuve de Jean - François,
Marquis de Noailles , Lieure ,
GALANT. 259
nant general pour le Roy dans
la Haute Auvergne , & Marechal
de Camp de les Armées ,
decedé en Flandre au fervice
de Sa Majefté, le 23. Juin 1696 .
Meffire Eftienne le Tonne .
lier , cy - devant Confeiller du
Roy & Maiftre ordinaire en la
Chambre des Comptes . Il
eftoit de la famille des le Tonnelier
de Breteuil , dont eftoit
M' l'Evefque de Boulogne ,
dont je vous appris la mort le
mois paflé.
Dame Marie Doujat, vcuve
de Meire René de Maupeor ,
Seigneur des Bruieres , Con-
Y ij
260 MERCURE
feiller d'honneur au Parlement
, & cy- devant Preſident
en la premiere Chambre des
Enquestes , Fils de René de
Maupeou Prefident en la
Cour des Aides , & de Marguerite
de Creil , & de deffunt
Jean de Maupeou , Evefque de
Chalon fur Saone . Elle eftoit
Soeur de Jean Doujat , Doyen
du Parlement , tous deux enfans
de Jean Doujat , Confeiller
au Parlement , & d'Anne
le Roux , & petits - Enfans de
Jean Doujat , Conſeiller en la
Cour des Aides . Elle a eu pour
enfans Pierre de Maupeou
GALANT 261
Avocat General au Grand
Confeil , mort (ans alliance en
1679. Auguſtin de Maupeou ,
Docteur de la Maifon de Sorbonne
, Evêque de Caftres ,
& auparavant Avocat General
du Grand Confeil , & reçû
Prefident en furvivance de M
fon Pere , Antoine & François
de Maupeou , Officiers au Regiment
des Gardes , tous deux
tuez au fervice du Roy René
de мaupeou , Chevalier de
Malte , & Prefident en la premiere
Chambre des Enquef
tes , qui a épousé Charlotte le
Noir , Fille de Jacques le Noir
262 MERCURE
Prefident des Treforiers de
France à Caen ; Charles de
Maupeou , Chanoine Regu .
lier de Sainte Geneviève , &
Marie de Maupeou Religieufe
à l'Affomption.
Mefire Jean le Nain,ancien
Maistre des Requeſtes , décedé
a quatre - vingt neuf ans.
Je vous ay parlé de fa Famille
dans ma Lettre de Juin 1690.
en vous apprenant la mort de
Madame la Femme , & dans
celle du mois paffé , en vous
apprenant la mort de M' fon
Fils.
Mellire Barthelemy Maf
GALANT. 263
• 263
*
*
cranny , Seigneur de la Verriere
& Maistre des Requeftes ,
& auparavant Lieutenant Cri .
minel à Lyon . Il eftoit Fils de
Paul de Mafcranny
, Seigneur
de la Verriere , Prevost des
Marchands
de laVille deLyon ,
& de N. Pelot , Soeur de Claude
Pelot , premier Prefident au
Parlement de Rouen , & avoit
époufé Marie Jeanne Baptifte
le Févre de Caumartin , Fille
de Louis . François le Févre de
Caumartin , Confeiller d'Etat
ordinaire , & de Dame N , de
Verthamont , fa feconde Femme
, dont il laiffe une Fille
unique.
264 MERCURE
Meffire Elie du Fresnoy
Treforier de l'Ordre Militaire
de Saint Louïs , & premier
Commis de M ' de Barbefieux.
Il est mort âgé de quatre -vinge
quatre ans , & avoit fervi dans
lemême employ fous M' da
Noyer , Miniftre d'Etat , &
enfuite fous M' le Tellier ,
Chancelier de France , & fous
M' de Louvois,
Dame Madeleine de la Guide
, Veuve de Me François-
Marie Perrot, S ' de Meaux ,
Gouverneur pour le Roy des
Ifles & Coftes de l'Accadie ,
dans la nouvelle France .
Dame
GALANT. 265
Dame Anne Bodin , Veuve
de Meffire Louis Portail, Confeiller
du Roy en fes Confeils
d'Etat & en la Cour des Aides.
Dame Marie de Roncherolles,
Veuve de Meffire Georges
Yforé, Marquis d'Ervaux & de
Plumartin , Lieutenant pour
le Roy en Touraine. Elle étoin
Fille de Pierre de Roncherolles
, Marquis du Pont- Saint-
Pierre , premier Baron de
Normandie, Senechal & Gouverneur
de Ponthieu , & de
Marie Nicolai Elle laiffe entre
autres Enfans Mathieu d'Er
vault Archevêque de Tours,
Février 1699.
ถูก
"
Ꮓ
266 MERCURE
cy devant Auditeur de Rote , &
Georges Yloré, Chevalier de Mare .
Melfire François Ignace de Bagdion
de Saillant, Evêque de Poitiers ,
•ey-devant Evéque de Tregater , &
auparavant Preftre de l'Oratoire , &
Affiftant General, Il eftoit Fils de
Leonor de Baglion , Baron de Jons,
me ordinaire de
Mai-
Landu Roy, idei FrançoiſeHenry,
Fille d'Artus blenty, Seigneur dela
Salle , Maifte dHfteldu koy
de Denile de Bellievre Falle de
Pompone de Bellevre , Chancelier
de France Petit -fils de Pierre de
Baghion , Seigneur de la Dargoire ,
Saillan , & autres lieux , Ligutenant
de cent hommes d'armes , & de
Marie Guerrier , Baron de Jons , &
& artiste. Petit- Åls de Pierre Bagcn,
Chevalier de Ordre du Roy,
GALANT. 267
-Seigneur de Saillant en Charolois ,
& de la Dargoire , mort à Florence
Ben 1554. & de Jeanne Guibert Cette
Maifon des Baglions , ou Bagioni,
Beft une des plus confiderables de
-Florence . Ils ont efté Seigneurs Souverains
de Peroule.
Dom Alphonce le Ferọn , mort
en la Chartreufe de Paris . dans fa
foixante & ſeiziême année . Il eftoit
Procureur General de l'Ordre , &
en avoit paffé quarante cinq parmy
des Peres, dans la réputation d'un
parfaitement bon Religieux, & d'un
homme fort Intelligent dans les
affaires. Havoitefté auparavant Auditeur
en la Chambre des Compres
de Paris ; & Dieu luy , ayant fait
lab graces We
fedetacher du monde,
illa mene une vie penitente &
Laborieufe jufqu'à la fin de res jours ,
Zij
268 MERCURE
Je vous ay parlé fouvent de la Mal→
fon des le Feron , qui eft une des plus
anciennes de la Robe defcendue de
Pierre le Feron , Confeiller au Patlement
de Paris en 1815 , fuivant les
Regiftres du Parlementi & les Memoires
de du Tiller , qui le met au
nombre des Jugeurs des Enquetes.
Cette Maifon a donné à la Robe
plufieurs perfonnes d'un merice dif
tingué quantité de Prefidens des
Enquetes , & Confeillers au Parlemen
, deux Prevofts des Marchands
de la Ville Paris , plufieurs Maiftres
& Auditeurs des Comptes ,
Confeillers de la Cour des Aides
Confeillers au Grand Confeil , un
Lieutenant Criminel au Chafteler
de Paris , deux Grands Maiftres des
Eaux & Forefts , fans parler de ceux
qui fe font fignalez dans l'Epée. Cette
•
t
GALANT. 269.
Famille eft aliée aux Jayeres , Alegrin
, la Fontaine , le Picart , Thi
bault , id'Albert de Chaulnes , Phelypeaux
Saim Mefgrin , le Maiftte
de Ferrieres , de Biffy , Hennequin ,
Triſtan Lhermite , de Bailleul, Servien
, Servin , Gobelin , Gallard ,
de Paris , & autres .
Dame Marie-Charlotte Camusdes
Touches , Femme de Meffire
Charles du Monceau , Seigneur de
Nolant d'Ollinville & d'Egli , cydevant
Intendant de Police , Finances
& Vivres des Armées du Roy ,
morte âgée de vingt fix ans, Cette
Dame pleine de pieté & de vertu, &
l'une des plus accomplies de fon
Sexe, eftoit Niece de Mre Germain-
Michel Camus , Seigneur de Beaulieu
, Controlleur general de l'Artillerie
de France , Fille de Meffire
Z iij
270 MERCURE
Jacques Camus , Seigneur des Touches
, auffi Controlleur general de
l'Artillerie de Fiance , dont le Bifayeul
Pernet Camus , Seigneur de
Crux , Auditeur des Compres de
Bourgogne , eftoit Frere unique de
Jean Camus , Seigneur du Rofoy
de la Roife , d'Arginy , de S.Thomot,
de Chatillon , de Bagnole , de
Veze , de Pontcarré & de Torcy ,
Baron de Riverie , dons eft venue
une longue &
nos pofterité
,
qui a remply
les Charges
lesplus.com
.
fiderables
de la Robe , & qui s'eft fignalée
dans l'Epée
pour le fervice
:
de nos Rois. Ces deux Freres avoient
pour Pere Geoffroy
le Camus
Sei !
gueur des Effars , du Rofoy , & de
Boichet
,Confeiller
& Maiftre
d'Hô
tel du Ducde Lorraine
, Fils de Jean
Camus
, Seigneur
des Ears & dul
GALANT. 27
Rofoy , Ecuyer d'Écurie de Charles
dernier Duc de Bourgogne ; dont
l'Ayeul Raoul Camus , Seigneur de
Montigny , eftoit Confeiller Secretaire
du Roy , dés l'année 1398. & *
avoit époulé Dame Guillemette de'
Sens , Niéce de Guillaume de Sens ,'
Premier Prefident au Parlement de
Paris.
Le 15. de ce mois le Roy donna la
Charge de Major du Regiment des
Gardes Françoifes , qu'exerçoit M
d'Artagnan , à Meffire Claude du
Monceau , Seigneur de Traverfonne,
Capitaine au même Regiment ,
& Major General des Armées du
Roy en Flandre. a pour Freres
Meffire Michel du Monceau , cydevant
Intendant de Police & Fimancès
és Armées du Roy , Meffire
Michel du Mouceau , Docteur ca
3
272 MERCURE
•
Theologie de la Faculté de Paris , &
Confeiller Clerc au Parlement, Metfire
Charles du Monceau , Seigneur
de Nolant , d Olinville & d'Egli ,
auffi Intendant de . Police & Finan
ces és Armées de Sa Majefté , tous
enfans de Meire Guillaume du
Monceau Trelorier Provincial &
Extraordinaire des Guerres , Fils de
Michel du, Monceau , Avocat en la
Cour , & Neveu de Mellite Charles
du Monceau Seigneur de Villers
& de Gaudevillers , Confeiller , puis
Procureur General en la Cour des
Aides ; tous deux Enfans de Meſſire :
Louis du Monceau , Seigneur de Villers
, auffi Confeiller en la Cour des
Aides en 1556. forti puifné de l'ancienne
Mailon du Mouceau , Seigneurs
de la Barre , du Tilloy & de
Mignieres , qui ont rendu de con-
囉
GALANT. 273
tinuels fervices à l'Etat , dans les Armées
de nos Rois , depuis l'année
1382. que Jean du Monceau , Ecuyer,
Seigneur de la Baire & du Tilloy
leur premiere tige , fe trouva auprés
de Louis Duc d'Orleans , à la Bataille
de Roflebergue , donnée contre les
Flamans rebelles , où les François
remportérent une victoire fignalée .
Le même jour que Mr de B fly,
Evêque de Toul , fut nommé à l'Ar
chevêché de Bordeaux , Sa Majefté
nomma Mr l'Abbé Girard Evêque
de Toul ; mais Mr de Biffy ayang
fuplié le Roy de luy permettre de
ne point quitter fon Evêché , Mr
J'Abbé Girard a efté nommé à l'Evêché
de Bologne fur mer , Cet Abbé
joint aux belles Lettres une pro .
fönde erudition , & une pieté tresexemplaire
; il a demeuré depuis
274 MERCURE
plufieurs années dans le Seminaire,
des Miffions Etrangères , d'où il ne
fort que des fujets dignes de goue
verner les Eglifes , dont il plait au
Roy de leat confier le foin.
Il paroift depuis peu un livre intitulé
La défenfe des Dames , ow,
les Memoires de Madame la Comreffe
de M *** dans lequel on verra
que tres fouvent ily a beaucoup
plus de malheur que de déreglement
dans leur conduite . Le titre de ce
Livre fuffit pour exciter la curiofité
& fur tout celle du beau Sexe qu'on
accufe tous les jours d'intrigues
ga- }
lantes fur une infinité d'apparences
,
qu'on n'approfondit
point affez pour
en découvrir
le faux : les Dames one,
l'ambition
de paroistre
belles , & cette
ambition n'eft point condamnable.
Elles fe plaisent à entendre loüer ,
GALANT
275
que leur beauté , & celles qui ne font
mediocrement belles devotent ces
louanges avec encore plus d'avidité ;
de forte qu'on eft perluadé que leur !
coeur fe rend à ce que leur ambi . '
tion fur le chapitre de leur beauté
leur fait feulement prendre plaifir à
entendre . Il ne fe peut auffi que cel .
les que leur naiffance ou d'autres
confiderations obligent à voir grand
monde , ne fe trouvent fouvent embaraffées
dans des affaires où elles
font condamnées , fur ce qui paroift
lans aucune preuve de ce qu'on prerend
eſtre effectif . Il n'y a rien de
plus ordinaire , & cependant ces
trompeufes apparences eftant prifes
auffitoft pour des realitez , ceux qui
ne cherchent que les occafions d'exercer
leur veine Satyrique , ne les
laiffent pas échaper . Ils font courir
.
276- MERCURE
les Vaudevilles les plus outrageans ,
tant ils aiment à fe faifir de la, moindre
lueur qui peut donner lieu à leurs
medifances. Le Livre dont je viens
de vous parler, fe vend chez Michel
Brunet dans la Grande Salle du Pa.
lais , au Mercure Galant.
Quoi que l'étude des Mathematiques
ait toûjours efté eftimée pour
fon utilité , peu de gens s'y appliquoient
autrefois , & les difficultez
qui s'y rencontrent rebuttoient ceux
qui avoient de l'inclination pour ces
fortes de Sciences , D'habiles gens
ont de temps en temps employé ;
leurs foins pour les furmonter , &
cela eft caufe que cette étude eft devenue
for à la mode , même parmi
les Dames de la Cour & de la Ville
Je pourrois vous cirer là deffus des
exemples illuftres , fi les Dames de
{
GALANT. 277
vôtre Province eftoient dans le mê-
-me goût elles ne fçauroient mieux
faire que de commender par une in-
Stroduction aux Mathematiques qui
vient de paroiltres fous de titre de
Nouveaux Elemens de Mathematique
& d'Algeble par Monfieur
-de Lagnyside gl. Academie Royale
des Scienceup Ce ? Livre left univolume
in douze & contient rout
see que les anciens & les modernes
- ant trouvé fuficetre matiere , & il y
·a oltre cela plufieats Methodes nou ·
yelles, L'ordre que l'Aureud à toivi
-eft tres naturel & il a égayé la mastiere
par plufieufs exemples tirez de
J'Hiftoire & des autres Sciences , Il
fe vend chez Joan Jombert , prês dès
Auguftins à l'Image Notre - Dame.
Le Pere Citille de Sainte Anne ,
Auguftin, Déchauffé, Bibliothequaiteady
Convent de Paris , homnie re,
273 MERCURE
de
commandable par la connoiffance
qu'il avoit des Livtes , parfon affa
bilité, pour les gens de Lettres qui
¡ayoient recours à luy, mais encore
plus par la pietés, fa douceur & fa
-charité , mourut fubitement dans le
Convent de la Place des Victoires
le 17 de ce mois âgé de cinquante-
-huitans Iben avoiù quarante deux
Religions , sucb ni sal
Onacuavisde la mort duPrince
Erneſt Augufte de Brunfvwich Lunebourg
Duc de Hanover & Evêique
d'Ofnabruce aprovocold 3 dece
-mois à fon Château debler sonhaofent
ll eftoit Eils du Duc George de
Lunebourg , & d'Anne Eleonoride
2Helft Dardhat politils de
Guillaume Dicgendelý quiflagſant
fapt AFilsade? Dorothée de Dannemarck
, cordonnapar fon Teftarper
quefosEtatsfesdichutoûjours parta
GALANT
279
gez par les deux aínez . George un
d'eux luy fucceda & mourut en 1548.
Taiffant quatre Fils , fçavoir Chrif
sien Louis mort fans pofterité Geot
ge Guillaume Duc de Lunebourg à
Zell ,Jean Fridetic Duc de Hanover,
qui fe fit Catholique en 1651 & mou-
Tut en 1679. laiffant trois Filles de
Benedicte deBaviere, Filled Edouard
Comte Palafin du Rhin, & d'Anne
de Gonzague de Cleves Le qua-
Triéme Fils de Bruno George, ffuyc
Erneft Augufte dont je vous aprends
la mort , qui a efté Duc de Hanover ,
aprés celle de Jean Frederiiccfloonn frere.
Il eftoit Evêque d'Ofnabunc,
dont il avoit efte de ligné fuccefleur
lots que la 20ULONDIO
y fut établie
pour unCatholique & pour un Prince
de la Maifon de Brunfvvick Il
fucceda en 1661. au Cardinal de
Vvartemberg, dernier "Evêque Ca.
02
280 MERCURE
$
tholique d'Ofnabruc . I laiffe plufreurs
Enfans de la Princeffe Sophie
Palatine , Fille de Frideric V. Electeur
Palatin , & d'Elizabeth Stuard .
Fille de Jacques I. & foeur de Char
les I. Roy d'Angleterre .
4.
Je vous ay déja marqué que tous
"les Ambaffadeurs
Envoyez Extraordinaires
& Refidants qui font en
France , ont fait compliment au
Roy , & à toute la Maiſon Royale
fur le Mariage de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne . Ceux qui font
venus exprés font Ms le Duc de S.
Albans , Mrle Comte de Monafterol
, Gentilhommes de la Chambre
de Mr l'Electeur de Baviere , En
voyez Extraordinaires l'un d'Angleterre
, & l'autre de Mr Electeur
de Bavière. Ils ont tous efté conduirs
à l'Audiance à la maniere accoûtumée
, & traitez à Verfailles avec
GALANT.'_ 281
t
beaucoup de magnificence . Je ne
vous parleray de Mr le Comte de
Portland , Ambaffadeur Extraordinaire
d'Angleterre , qu'aprés qu'il
aura fait ſon entrée.
Mr le Baron de Spanheim qui
eftoit Envoyé Extraordinaire de M²
l'Electeur de Brandebourg en France
avant la derniere guerre , ayant
efté nommé depuis la Paix par l'Ele-
&teur fon Maître pour y revenir en
la même qualité, a eu une Audiance
duRoyd'autant plus favorable , qu'il a
toûjours été fort eftimé encetreCour
qui a témoigné une grande joye
de le revoir. Toutes les perſonnes diftinguées
dans les Lettres , n'en ont
pas moins fait paroiftre , cet Envoyé ›
cftant fort connu des Sçavans , du
nombre defquels il a l'avantage d'eftre.
Je vous ay apris la mort de M
Fevrier 1698. A a
282 MERCURE
$
Roullié , vous fçavez qu'il eftoie
Confeiller d'Etat Ordinaire . Cetre
place ayant vacqué par fon deceds , i
elle a elté donnée à Mr. de Belons
Intendant en Guyenne. Ity a longtemps
que ce nom eft fameux dans
le Confeil . La place de Confeiller
d'Etat qu'avoit Mr. de Beſons a efté
donnée à Mr. Bignon Maitre des ›
Requeftes & Intendant en Picardie :
tout le monde fçair qu'il s'acquite de
cer employ avec de diftinction
quoi que dans un âge peu avancé. ›
On ne doit pas en eſtre ſurpris, puifqu'il
eftd'une Maiſon où l'efprit previent
toûjours les années .
Vous devez avoir apris le Mariagede
Mele Marquis de Levis , fils de
Mr de Chailuis, Licurenant de Roy
de Bourbonnois il a époufé Mile .
de Chevreuſe fille de Charles Honnoré
d'Albret Duc de Chevteuſe &
de Luynes , Capitaine Lieutenant
GALANT 284.
des Chevaux Legers de la Garde se [
d'une fille de feu Mr. Colbert , Secretaire
& Miniftre d'Etat. La f
geffe du Pare , & la bonne éduca .
tion doit faire juger du merite de la
Fille.
Mr le Marquis de Manlevrier
Colbert , Fils de Mr. le Comte do
Maulevrier Colbert Lieutenant
General & Frere de Mr Colbert Secretaire
& Miniftre d'Eta , s époulé
la Fille de Meffire René de Froulay
Comte deTefféMestre deCampGe
netal des Dragons en1684 Lieutenas
General du Mayne , Petcha &Laval
en 1680. Lieutenant General & Pr
EfcuyerdeM.JaDuch.deBourgogne,
Mr. le Marquis de Souvré, troifiéme
Fils de feu Mr. de Louvois ,
Miniftre & Secretaire d'Etat, a épou
fé Mademoiſelle de Rebenac , Fille
de feu Mr. le Comte de Rebenasg
A á ij..
284 MERCURE
La Maifon de Rebenac eft une des
plus anciennes de Bearn , dont feu
Mr.le Comte de Feuquieres épouſa
l'heritiere , à condition qu'il perteroit
le nom de Rebenac , Perfonne
n'ignore que Mr. de Feuquieres eft
d'une des meilleures Maiſons de
Bretagne , & qu'il afervi le Roy en
plufieurs Ambaffades avec beaucoup
d'éclat & de fuccés.
Le mot de l'Enigme du mois paffé
eftoit la Prunelle de l'oeil, & il a eſté
trouvé par Mrs. le Prieur de S Laurens
, Bardot de l'Hôpital General
du Mans ; Louis Joſeph de Chalons
en Champagne; Alexandre du quartier
S. Euftache ; Difebert Avocat en
Parlement le Poëte Infulaire , L'amant
conftant de l'Obfervatoire ;
Yavote du coin de la rue de Richelieu
; Quequet du quartier S. Euftache
; la belle Catin de la rue de
l'Arbre-fec ; Manon des Planches
R
இ
BIBLIO
DE
LYON
1893
TAVILLE
A
GALANT. 285
1
Doublette, la fage blonde vis - à- vis
la Pofte.
G
ENIGME .
Race au favorable Element ,
Aqui de mon employ je demeure
obligée ,
Au centre du repos jefuis en mouvement,
Mais inutile ailleurs & long- temps negligée.
Un guide me conduit le bâton à la main,
Chofe qu'on ne sçauroit douter qui ne
dépluife ,
Et me méne par un chemin ,
Où tout autre que moy vient se mettre à
fon aife.
Les Vers qui fuivent font d . Mademoiſelle
l'Heritier & ont efté
mis en Air par un habile Muficien .
AIR NOUVEAU.
O
Nn'entend plus le bruit des armés ,
On Roy le modele des Rois
Arrefie fes fameux Exploits
,
Et d'une heureufe Paix nousfaitgouter les
charmes ,
286 MERCURE
Cent plaifirs à l'envy nous donnent der
beaux jours
Maisparmy ces plaifirs les dangereux Amours
Preparent des douceurs ameres ,
Sirien ne s'oppose à leurs trints
Ab que le calme de la Paix !
S'en va coûver de trouble aux coeurs de
nos Bergeres !
Jamais Monarque n'a mieux recompenfé,
& plus promptement les fervices
qu'on rend à l'Etat que le Roy les recompenfe.
Apeine les Plenipotentiaires
qui viennent de travailler à la Paix fontils
de retour , qu'ils reçoivent cent mil
livres chacun de gratification . Loin de
leur laiffer letemps de demander & d'ef
perer , on ne leur laiffe pas mefme celuy
de foûhaiter.
Quoi que toutes les réjouiffances qui
fe font faites dans toutes les Villes du
Royaume occupent la plus grande partie
de cette Lettre , & m'ayant empêché d'y
mettre beaucoup d'Articles que je fuis .
obligé de referver , il m'en refte nean
moins encore plufieurs dont je vous fcGALANT.
287
ray part le Mois prochain ; je croi méme
pour la gloire de quelques Villes dont je
vous ay parlé legerement , devoir vous
aprendre des circonftances de la beauté
de leurs fétes, qui ne m'ontpas efté communiquées
, il eft affez tôt pourvous en
faire part aujourd'hui . Je fuis, & c .
P
A Paris , ce 8. Février 1698 .
Rélude.
TABLE.
Ode furla Paix.
Réjouiffances faites dans quelques Villés
du Royaume pour la publication de la
Paix avec l'Empereur & l'Empire,
avec plufieurs Difcours prononcez fur
ce fujet.
Autre Odejur le Paise.
Difcoursfur l'Algebre,
ر و
67
Mort de Mr Charas , avec un abrégé de
Savie.
Vie de Saim Gaëtan.
122
140
146
L'art deplaire dans la converſation . 140
Adam , Poëme.
Suite des réjouiffauces faites pour la publication
de la Paix , avec les Difcours
prononcez sur ce ſujet.
150
TABLE .
229
235
Billet à l'Inconnu qui a proposé la quadrature
du Cercle.
Septiéme Tome des Voyages hiftoriques
de l'Europe.
Sentimens d'une ame penitente fur le
Pfeaume , Miferere mei , Deus , & le
retour d'une ame à Dieu, accompagnez
de reflexions. 237
Contes nouveaux , ou les Fées à la mode,
de Madame D **
Les Contes des Contes.
Profeffion. 245 Morts. 247
239
240
277
Charge de Major des Gardes donnée par
le Roy.
271
Mr l'Abbè Girard nommé à l'Evêché de
"
La defenfe des Dames. 274. Nouveaux
Bolognefur mer. 273
Elemens de Mathem d'Algebre. 278
Audiences données par le Roy .
280 .
Mariages.
282
Articles des Enigmes . 284
Recompenfes données par le Roy.
Articles refervez pour le mois prochain .
L'Air , Soupirs , & c. page 228.
L'Air , On n'entend , &c. pige 285 .
286
286.
CATALOGUE DES LIVRES
nouveaux qui fe vendent chez
MICHEL BRUNET,
au Palais.
L
E Dégoût du monde , par M. *** 12 .
1. l. 16. f.
Les Mémoires de la Vie du Comte D ***
avant la retraite : Contenant diverfes avantures
qui peuvent fervir d'inftruction à ceux
qui ont à vivre dans le grand Monde : Rédigez
par M. de Saint - Eyremont , 12 .
4. vol. 8. 1.
Les Mémoires de Madame la Comteffe D ***
dans lefquels on verra , que tres- fouvent
il y abeaucoup plus de malheurs que de déreglement
dans la conduite des femmes,
12. 2. vol . 3.1. 12. f.
Hiftoire des Revolutions de Suede , 12. 2. vol
Seconde Edition , 3. l . 12. f.
Arliquiniana , ou les bons Mots , les Hiftoires.
plaifantes & agreables , recueillies des converfations
d'Arlequin , 12. Seconde Edition
augmentée. 1. l. 16. f
Tome fecond fous le Titre de Livre fans
Nom.
12, 1.1. 16, f
Pratique curieufe , ou les Oracles des Sibylles,
pour fe divertit en compagnie, 11. augmentée
de la Fortune des Humains . ul. s.l.
Le Duc de Guife , furnommé le Balafré , 12 .
1. 16. f.
L'Hiftoire de Louis XIV . 12.3 . vol. 5.1.8, f.
La promenade de Verſailles ou Celanire nouvelles
Hiftoriques par Mademoiſelle Scudery
, 12.1.1 16. ſ.
La Reine de Navarre , fuite de l'Hiftoire de
Bourgogne, 12. 2. vol. 3. 1.12.f.
Guftave Vafa , Hiftoire de Suede , 12.2. vol.
3. Ï. 12. f.
Portraits Serieux , Galands & Critiques , 12.
1. 1. 16. f.
M. le Noble.
Les Comtes & Fables de M. le Noble , 12 .
2. vol . 4. 1 .
Mylord Courtenay , ou les premieres Amours
d'Elizabeth Reine d'Angleterre , 12. par
1. l. 16. f.
Les Malades de belle humeur , ou Lettres divertiffantes
écrites de Chaudray, 12. 2.1.
La vie de Scaramouche, où font fes bons mots,
fes hiftoires plaifantes & agreables , 12.
1. l. 16. f.
Converfations nouvelles fur divers fujets , par
Mademoiselle Scudery, 2. vol. 4. 1 .
La Reine de Lufitanie, 12. 3. vol. 4. l. 10. f.
Syroes & Mirame ', Hiftoire Perfane, 12. 2. v.
f 3.1. 12. f.
Les mots à la mode & des nouvelles façons
de parler, avec des Obfervations fur diverfes
manieres de s'exprimer , par M. Cailler de
l'Academie Françoiſe, 11. 1. f. 16.f.
Du bon & du mauvais ufage dans les manieres
de s'exprimer , des façons de parler
Bourgeoifes , & en quoy elles font differentes
de celles de la Cour , fuite des mots à la
mode , par le même,
12. 1 1.16. f.
Les Poefics de Malherbe avec les Obfervations
de Ménage, Nouvelle Edition , 12. 3. 1.
Converfations Academiques , tirées de l'Academie
de M. l'Abbé Bourdelot , par le Sieur
le Gallois,
Le Comte d'Amboiſe , par Mademoiſelle Bernard
, 12. 2. vol. 3. 1 .
Lettres nouvelles & curieufes de M. B. 12 .
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Hiftoire de Hollande depuis la Trêve de 1609.
où finit Grotius , juſqu'à nôtre temps , par
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