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1697, 12
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511
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1697.12
Eur.
511m
1697,12
Merciire
1
<36624511460019
1
<36624511460019
Bayer . Staatsbibliothek
SF

MERCURE
GALANT
DEDII' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
DECEMBRE 1697.
A PARIS ,
Chez MICHIL BRUNIT , Grande Salle
duPalais, au Mercure Galant,
ONLY
N donnera teu ours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
Vingt-cinq fols en Parchemin,
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dama
La Salle des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envic.
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais, au Mercure Galant,
M. DC. XGVII.
Avec Privilége da Roy:
Bayerische
Staatsbibliothek
München
Ο
AVIS.
Velquespriores qu'on ait fatë
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoyé
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
dymanquertonjoars . Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
ans de ces Memoires dont on ne fo
pent fervir. On réitere la meſme
priere de bien écrire cès noms , en
ferie qu'on ne s'y paille tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tome les
bons Ouvrages à leur sour, peurves
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentiens. On
A ij
AVIS .
prie feulement ceux qui les envoyent,
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pour faire employer leurs moms dans
Particle des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on falle ce qu'ils demendent.
C'eft fort pen de chose pour chaque
particulier, & le sont ensemble ef
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite pre-
'fentement le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere , qu'il eft toujours
imprimé an commencement de char
que mois. Il avertit qu'à l'égard des
Lavois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir lespaquets de ceux qui
le chargerent de les envoyer avans
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets ferout
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera par d'avoir be MerourC
AVIS.
bagtemps avant qu'il foit arrive
dans les Villes éloignées ; mais aufi
sesVilles ne lereceveront pas fi tard
qu'ellesfaifoient auparavant.Ceuk
qui fe lefont envoyer par leursAmis
fans en charger ledit Brunet , s'exposent
à le recevoir toûjours fort
rard par deux raifons . La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendre fitoft qu'il eft imprimè,
outre qu'il lefera toujours quelquesjours
avant que l'on en faſſe le
debit,&l'autre, que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont là eux & quel
ques amires à qui ils le profient", ils
rejettent la faute da retardemens
far le Libraire , en difant que la
venie m'en a commencé que fore
evanı dans le mois . On évitera co
terardement par la foye dudio Sicur
Branet, puis qu'ilfe charge defaire
A iij
AVIS.
་ ་
Wespaquets lay-mefme, & de les faire.
porterà la Pofte ou auxMeffagers,
fans nul intereß, tant pour les Par-.
siculiers que pour les Libraires de
'Province, qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme choſe genevalement
de tous les Livres · nowweanx
qu'on lay demandera , foit .
qu'il les debite, on qu'ils appartienment
à d'autres Libraires , fans 873
prendre pour cela davantage que la
prix fixé par les Libraires qui les.
wendront. Quand il fe rencontrerÆ
qu'on demandera ces Livres à lafin
da mois, onles joindra as MercHYE,
afin de n'en faire qu'un meſme pagnet.
Tout cela fera execniò avec
unu onaltitude dont on aura liem
Cofre content.
MERCVRE
GALANT
DECEMBRE 1697.
E me puis donner un
commencement plus
noble à cette Lettte, ny
vous faire prendre une idée
plus jufte des merveilleufes
qualitez de nôtre Auguſte
Monarque , qu'en vous fai-
A iiij
8 MERCURE
fant part des Vers que vous
allez lire .
AU ROY
SUR LA PAIX.
Ulle eft cette clarté qui s'onvrant
un paffage
Auavers un épais nuage
Répand un beau jour dans les airs ?
Eft-ce la Paix, GRAND ROY,
fi long-temps attenduë ,
Dont ce brillant éclat annonce la
venue ?
Vient-elle rendre enfin le calme à
l'Univers ?
Et la Difcorde confonduë
Na-t-elle s'abifmer dans le fond des
Enfers!
GALANT.
En croira-t on la Renomméc
Qui de ce doux efpoir nous a fou
vent Aatez ?
Et verra-t-on par vos bontéz
Voftre puiffance defarmée
Quand tout cede au torrent de ves
profperitez.
S
Par d'étonans efforts BARCE
LONNE eft conquife .
C'eſt en vain qu'on veut com
damner
Cet re perilleuse entreprife.
La Victoire vous fuit fans rien exa.
miner ,
Et tient toûjours pour vous fes Pal
mes toutes prêtes.
Il fuffit qu'un exploit fi furprenant.
ſi beau ,
Dans l'art de faire des conquêtes
pour vôtre gloire un exem- Donne
ple nouveau,
to MERCURE
S
Pleins d'une efperance certaine
Vos Vaiffeaux ont porté vos armes
fur des bords
Que nous ne connoiffions qu'à
peine .
On voit l'onde gemir fous le poids
des threfors
Qu'on enleve de CART A.
GENE.
Que peut-on comparer à des exploits
figrands ?
Vôtre Hiftoire aujourd'huy va rendre
veritable
Cette Toifon d'or , dont la Fable
Eit autrefois le prix des premiers
Conquerans .
S
Mais ce n'eft pas affez ; la Victoire
allarmée
Da retour de la Paix dont l'Europe
eft charmée ,
GALANT: II
Croyant qu'injuftement fon regne
alloit finir , [fences
Avec tous lesappas à vos yeux fe pre-
Vous rappelle le ſouvenir.
De fa faveur pour vous toûjours
pleine & conftante :
Et vous faisant le plan de cent tre
vaux guerriers ,
Dont elle- même eft le garand
fidelle
Vous offre une moiffon abondante
& nouvelle
De la plus belle gloire , & des plus
beaux lauriers.

La Victoire envain vous apprête
Un encens qui n'eft que pourvous:
Vous trouvez un parfum plus doux
Dans les fleurs dont la Paix couronne
vôrre Tête.
Touché du fort de tant de malheureux
¡
12 MERCURE
Expofez fi long temps à la fureur
des armes ,
Vous voulez arrêter en Vainqueur
genereux
Des torrens de fang & de larmes.
Que de beaux jours couleront deformais
!
Vous changerez la face de le terre
Par vos foins & par vos bienfaits
Et pour faire oublier tous les maux
de la guerre
Vous répandrez par tout les dou
ceurs de la Paix ..
5
Pour mieux conſerver vôtre Ouvrage
,
Et pour en faire au Ciel un éternel
hommage ,
Vous confeflez tout haut qu'eftant
cent fois vainqueur ,
tenant ce grand Nom du Dieude
la victoire ,
GALANT. 33
Vous luy devez auſſi l'ineſtimable
honneur
De donner une Paix qui fait noſtre
bonheur ,
Et le comble de voftre gloire.
2
C'est moins par la foy d'un Traité ,
Que par les voeux ardens de voſtre
pieté
Que
Lette
Paix eft confacrée
. '
Le Ciel met dans vos mains ce bien
fi fouhaité ,
Et c'eft voftre fidelité
Qui nous répond de fa durée
S
Puiffe toûjours le Ciel feconder
vos projets
Pour le bonheur de vos Sujets !
Puiffe voftre fageflè en miracles feconde
Se faire reverer des Peuples & des
Rois ,
14 MERCURE
Er les rendant toûjours attentifs à
fa voix ,
Vous faire l'arbitre du monde
Ces Vers font de M' Boyer
de l'Académie Françoife
dont les années femblen c
augmenter le feu qu'il a toûjours
eu pour la Poëfic . Ce
feu répond bien au zele dont
on le voit animé dans tout ce
qui regarde la gloire du Roy .
Voicy d'autres Vers fur
la meſme matiere. Ils font de
M'Diereville , dont le merite
vous cft connu , ainfi que le
nom .
GALANT
'S
L
E Demon de la guerre eft reduit
aux Enfers ,
Et la fille du Ciel fi longtemps attenduë
,
- Dans ces heureux climats eft enfin
defcendue ,
Le plus puiffant des Rois la rend à
l'Univers.
Pour chanter fon retour cent diffe
rents Poetes ,
Animez d'un mefme tranſport ,
Vont tâcher à l'envy de bien met .
tre d'accord
Leurs chalumeaux & leurs trom
pettes ,
Mais ils feront un vain effort.
Que fur d'autres fujets ils exercent
leur veine .
La gloire de LOUIS , vainqueur
des Nations,
16 MERGURE
Eft au deffus de leur haleine ;
Apollon fuffiroit à peine
Pour chanter dignement fes grandes
actions.
Quel prodige l'Europe entiere
Contre luy feul fouleve un monde
d'Ennemis ,
Et malgré leur grand nombre il les
a tous foûmis ,
Il étend fur eux fa frontiere ,
Par tout il leur donne des Loix.
Pour le louer quelle matiere ?
Qui peut avoir affez de voix ?
Un fujetfi vafte m'étonne
Loin de chanter la Paix , ma Muſe ,
taifons nous :
Ne fongeons qu'à benir le Heros
qui la donne ,
Et qu'à jouït d'un bien fi doux .
Vous trouverez un tres bel
GALANT. 17
"
Eloge de Sa Majesté dans un
Difcours qui fut prononcé le
5. du mois paflé par M ' Proteau,
AvocatduRoy ,àl'Ouver
ture du Préfidial de Libourne.
Je vous en envoye une copie.
MESSI ESSIEURS ,
Tous les raiſonn emens
qu'on a faits jufqu'à preſent ,
& qu'on fait encore chaque
jour fur la Juſtice , netendent
qu'à faire voir quelle eft la
neceffité de fon ufage , &
quelle doit eftre la probité
de ceux qui font profeflion
de la diftribuer ; mais comme
Decemb . 1697. B
.
18 MERCURE
dans la place que nous avons
T'honneur d'occuper icy ,nous
avons quelquefois épuisé
nos reflections fur cette matiere
, & qu'au contraire les
vôtres plus vaftes & plus animées
ne ceffent point de vous
folliciter
nous allons nous épargnerdes
paroles , qui peut- eftre ne feroient
que de vaines repetitions
, & vous ne retrancherez
rien d'un devoir où vous
fçavez vous exciter vous mêinterieurement
mes.
Ce fage Auteur des Ordonnances
fur lesquelles nous
GALANT. 19
venons de faire le ferment ; ce
Monarque plus fameux enco .
re par fa vertu & par la Paix
qu'il nous a donnée , qu'il ne
left même par la Guerre , occupe
toutes nos penſées . Il ne
devroit point fuffire aujourd'huy
de ne donner qu'une
idée generale de fes principales
actions & de fes rares qua.
lités ; il fembleroit jufte que
tous les endroits de fa vie
qui font autant de fujets d'éloge
& d'admiration , fuffent
maintenant remis au jour à
Poccafion de cette celebre
Paix; mais la fecondité d'un
Bij
20 MERCURE
tel fujet & la multitude des
évenements dont il eft envelopé,
n'en peuvent fouffrir le
détail que dans l'Hiftoire.
Admirons du moins par
combien d'heureux fuccés.il
a ramené tant d'Ennemis à
cette Paix fâmeuſe , par quels
nouveaux exploits , & par
quels nouveaux effets de fa
conduite il en a fçu hâter la
conclufion .
Confiderons la durée de
cette puiffante Ligue qui menaçoit
la Monarchie Françoife
de fon entiere deſtruction
&regardons en même temps
GALANT. 21
foninvincible Chef tranquilleau
milieu de toutes ces alar .
mes, donner par tout fes ordres
avec une majesté qui animoit
le courage de fes Generaux,
& qui fembloit même
leur infpirer de la fortune.
Dans ces moments perilleux
où il ne s'agiffoit plus en
apparence que de pourvoir
au falut de fon Etat ; on ne l'a
point vû fe renfermer dans
les bornes d'une fimple def.
fenſe , mais au contraire attaquer
luy-même de toutes
parts , faire des Siéges, preſenter
des Batailles , livrer des
22 MERCORE
Combats ; toûjours conquerir
, toûjours vaincre , triompher
de fes Ennemis toutes
les
Campagnes.
Jettons les yeux fur ces deux
Villes de Flandre & de Catalogne
, dont la prife toute recente
fait encore le fujet des
converfations. Que leura til
fervi d'eftre'environnées d'armées
? Il a fallu reconnoître
le vainqueur, & le foûmettre à
fa Loy.
Ces importantes Places que
le Nord & le Midy feparent
de vaſtes Païs, ont éprouvé
le même fort dans la même
par
GALANT 23
Campagne. Si fieres auparavant
de l'excellence de leurs
Fortifications & de leurs Garnifons
nombreuſes , humiliées
aujourd'huy , elles voyent
avec regret leurs Ramparts
abatus , & pleignent la multitude
de leurs Soldats tuez .
Mais tandis qu'il répandoit
la terreur de fes armes depuis
les rivages de l'Ocean juf
qu'à ceux de la Mediterranée
, tandis que la terre eftoit
libre à fes Troupes victorieufes,
il couvroit la Mer de fes
formidables Vaiffeaux , ilruinoit
le commerce des uns , il
24 MERCURE
rendoit inutiles tous les ef
forts des autres , & dépoüilloit
les plus redoutables de
l'empire de cet Element .
En vain ceux qui habitoient
leNouveau Monde fe tenoient
fiers de fon éloignement ; en
vain fe croyoient- ils pour ja.
mais paifibles dans l'avantage
d'une pareille fituation , &
dans la poffeffion de leurs richeffes
immenfes . Il a pene .
tré jusqu'à eux pour dompter
leur orgueil , & malgré les dif
ficultez oppofées , il a puiſé
dans leurs trefors un dedom .
magement digne de fa magnificence
GALANT. 25
gnificence , & de la furpriſe
de tout l'Univers .
Exemple merveilleux , que
l'Europe entiere, toute armée
qu'elle eft , cette partie du
monde qui renferme tant d'Etats
, ne puiffe renfermer fa
puiffance.
Où pourront donc fes Ennemis
, fi jamais la vertu luy
en fufcite encore, trouver leur
fureté ? Où fera deformais
leurafile , puifqu'il n'eft point
d'endroit fi reculé où fon bras
ne puiffe atteindre , point de
recoin fur la terre habitable
, qui foit impenetrable
Decemb. 1697. C
26 MERCURE
à fon jufte reffentiment ?
Mais grace
à la clemence
de Sa Majefté , grace à cette
heroïque moderation qui luy
fait preferer la Paix à des prof
peritez affurées , la tranquil
lité leur eft enfin rendue , &
déja tout brille chez eux de
leur exceffive joye , car ces
peuples impatiens, fansattendre
la publication d'une Paix
dans laquelle ils trouvent la
fin de leurs miferes , enchantez
de la fcavoir concluë ,
n'ont peu s'empeſcher de la
celebrer.
Jugeons , jugeons des ſenſi
GALANT.
27
bles épreuves que Sa Majesté
irritée leur a fait fouffrir , par
la joye precipitée qu'ils font
éclater au moment que ſon
courroux s'appaiſe.
A nôtre égard cependant
guerre n'a point eu de difgraces
fâcheules. Vous le ſca
vez , Meffieurs , l'experience
vous en a plufieurs fois convaincus.
Qu'avez vous perdu
par la ceffation du commerce
des Etrangers ? Que n'avez
vous point gagné par vos ta
xes mêmes, &pendant que les
Ennemis ont enduré tout ce
que la Guerre pouvoit avoir
Cij
28 MERCURE
de plus fanglant & de plus
affreux , n'avez vous pas toû
jours efté paifibles ? S'ils font
maintenant tranquilles aprés
avoir effuyé tant de malheurs ,
ils éprouvent un heureux
changement; mais pour nous,
qui goûtons les douceurs de
la Paix fans avoir fenti les rigueurs
de la Guerre , nous
joüiffons d'une conftante felicité.
Il eft mal-aifé de
compren .
dre , par quels coups de prudence
ou d'autorité
les difficultez
d'une Paix fi peu efperée
de nos jours fe trouvent
GALANT. 29
enfin heureulement terminées.
Il n'eft que rrop certain
que la Guerre toûjours fatale
aux Alliés ne pouvoit plus
leur infpirer que de pteffans
defirs pour un accommodement
general , mais il ſe trouvoit
des obftacles , il ſe trouvoit
des intereſts embaraſſez
dans la Politique & dans la
Religion qui rendoient com .
me impoffible , quant à prefent,
la conclufion de ce fameux
ouvrage.
Cependant nôtre puiffant
Monarque , qui ne manqué
jamais de donner une fecret-
Ciij
30 MERCURE
te force à tout ce qu'il entre
prend, fe trouve feul capable
de leur offrir & de leur faire
accepter tout à la fois des ex.
pedients convenables . Tous
font d'accord auffitôt de fes
genereufes décifions . Tous
reconnoiffent en fon Augufte
Perfonne un auffi bon Juge
qu'une redoutable partie ; &
comme il leur avoit parutrop
dangereux de luy faire la guer
re fi tous enſemble ne fe liguoient
contre luy , il leur
paroiffoit trop difficile de
convenir pour cette Paix ;
s'il n'en dreffoit luy- même
GALANT. ?I
les conditions.
Ce grand Ouvrage eftoip
refervé pour ce Grand Roy ,
comme ce Grand Roy luy
feul avoit pû foûtenir cette
grande Guerre . C'eftoit au
Maître de la victoire d'eftre
aui l'arbitre de la Paix .
Oui , Meffieurs, il s'eft plus
fignalé par certe Paix , que
quand on l'a vû à la tête de
fes Armées fe faire un paffage
à la gloire au travers des
champs ennemis tout herif
fez de Fortereffes & de Bataillons
, fans que la rapidité des
Rivieres ny les autres obfta-
C iiij
2 MERCURE
cles naturels ou
concertez,
ayent peu feulement
l'arrê
ter.
Ce font là de ces exploits
înoüis qu'on admire encore
aujourd'huy dans ces illuftres
Héros du paffé qui ont immortalifé
leur nom ; ce font
de ces actions étonnantes qui
Temblent furpaffer le pouvoir
humain.
Mais lors qu'en faveur du
repos univerfel on le voit genereuſement
renoncer à tous
les avantages dont luy répondoit
la Guerre , lorfque pouvant
par la force de ſes armes
GALANT. 33
fatisfaire plus ar plement à la
juftice de fon parti , on le voit
tout à coup fléchir à fa clemence
; lorſqu'on le voit enfin
affez maître de luy même
pour s'arrêter au milieu de fes
progrés les plus éclatants
afin de rendre cent peuples
heureux par la Paix , on peut
dire avec juftice , qu'il eft au
deffus de toutes les comparaifons
, & qu'il eft le plus augu-
He & le plus parfait de tous
les
Monarques
.
Il n'eft pas furprenant qu'on
ait vû former contre luy cette
Ligue de tant d'Etatsdifferens
34 MERCURE
en Mours , en Religion , & en
Gouvernement . C'eſtoit la jalouſe
de la valeur & de fa pieté
qui avoit reconcilié toutes
ces antipaties . On ne doit pas
non plus s'étonner fi dans un
fi puiffant concours les Princes
Catholiques, cherchoient
le renversement d'une Monarchie
dont le Chefles éblouiffoit
; fi les Heretiques afpiroient
au rétabliſſement de
leurReligiondont ilsvoyoient
approcher la ruine , & fi tous
enfemble étroitement unis
me fe promettoient pas moins
quele partage de nos Provin
GALANT:
35
ces. C'eftoient des efperances
que leurs forces extraordinaires
fembloient raifonnablement
leur devoir donner.
Mais tous les fiécles admireront
avec quelle gloire il a
diffipé des orages fi menafans
, avec quelle penetration
il a vu dés le commencement
jufqu'où pouvoit aller
la fureur d'une Guerre, de
Jaloufie & de Religion , avec
quel difcernement il a reconnu
que pour ſe maintenirdans
l'entiere poffeffion de tous
les avantages qu'on vouloit
26 MERCURE

luy ravir , il eftoit neceffaire
de fe mettre en avance par
fon courage , & de prendre
le deffus à fes Ennemis à force
de victoires & de conquêtes.
Non , Meffieurs , l'avenir
ne croira qu'à peine ce que
nos yeux ont vû. Je ne parle
point des refforts fecrets de
cette conduite par laquelle
il donne tant d'étendue à fon
autorité ce font des myfteres
de fageffe qui fe developperont
quelque jour ; mais
fouvenez vous combien de
fois dans cette Guerre yous
GALANT. 37
Youseftes rendus au pied des
Autels pour rendre à Dieu les
actions de graces où nous ont
engagez fes frequentes prof
peritez . Souvenez - vous par
combien de fuccés divers il a
contraint fes Ennemis à la
conclufion de cette Paix importante
, & comment il les a
reduits à fe tenir encore trop
contents qu'il leur ait cedé
par ſa generofité des Places &
des Pais qu'il ne leur avoit
ôté que par fa Politique , &
pour les mieux conduire à fa
fin.
Souvenez-vous , dis-je , de
38 MERCURE
GRAND
toutes ces chofes en general ,
& vous reconnoîtrez que
LOUIS LE
vient d'acquerir une Gloire
immortelle par une Paix qui
eft le prix d'une valeur & dune
fageffe inimitable , & qui
fans aucune diminution de
Les Etats propres & particuliers
, confirme fes pieux def
feins pour la Religion , & lẹ
maintient pour jamais dans
les mêmes avantages qui luy
avoient attiré la Guerre.
Nous tous , qu'un favora→
ble fort a fait naître fujets
d'un fi Grand Roy; Nous que
GALANT. 39
ai
y
S
toutes fortes de motifs intereffent
dans fa gloire , & qui
trouvons encore nos avantages
particuliers dans un calme
fi general , entrons à nôtre
tour dans cette extrême joye
que nos voifins reconciliez
font fi publiquement paroître.
Louons avec eux la cle.
mence de Sa Majesté qui arrête
les cruels effets du fer &
du feu , & qui fait fucceder
les charmes d'une heureufe
Paix à l'horreur d'une longue
& langlante guerre. Honorons
tous enfemble fa vertu
defintereffée, qui nous procu
40 MERCURE
re le repos malgré le doux
attrait de fes conquêtes
, & par
laquelle il fait voir à toute la
terre qu'il ne pretend uſer
de fon invincible valeur , que
pour affermir davantage nô.
tre felicité.
Enfin neceffons point dans
ce Siége où brillent tous les
jours quelques rayons de fon
pouvoir, d'envoyer des voeux
au Ciel pour la confervation
d'une vie qui nous doit eſtre
fichere. C'est une obligation
qui regarde principalement
toute forte de Juges & de Magiftrags
. Ils tiennent à Sa MaGALANT:
4f
jefté par un droit plus naturel
encore que les autres Sujets ,
parce qu'étant luy- même le
premier Juge de tout fon peuple
, il leur a confié une partie
de fon autorité.
Cherchons dans la lecture de
fes
Ordonnances
les moyens
de n'en abufer pas , & en même
temps les Avocats & les
Procureurs feront excitez
par le Serment à fe bien acquirer
des obligations qui
leur font particulieres.
Voicy un nouvel Ouvrage
du S' François Poupart , dans
D Decembre 1697 .
42 MERCURE
lequel les Curieux trouveront
beaucoup de chofes tres - particulieres
.
HISTOIRE
ANATOMIQUE
DE LA SANGSUE.
L
'Examen de la ftru &ure
des Animanx n'eft pas
une recherche inutile . L'oeil
de Galéns ou Chien de mer a
fait remarquer à M ' Nuck
ces admirables canaux qui
fourniffent l'humour aqueule
GALANT. 43
dans l'oeil , & Stenon décou
vrit à la faveur de la tête des
moutons & des veaux les vaif.
feaux limphatiques qui paffent
entre les globules de la
glande innominée pour verfer
les larmes fur le globe. Il
ya environ cent ans que Euf
toche remarqua dans une vache
le refervoir du chile, mais
il ne fut pas affez heureux
pour en trouver les ufages, ils
eftoient tefervez à M Péquet.
Afellius en travaillant fur les
chiens , apperceut au centre
de leur Mélentere un gros paquet
de glandes qu'on appel-
Dij
44 MERCURE
le Pancréas d'Afellius . On les
chercha dans l'homme ,on les
y trouva difperfées par tout le
Méſentere . Graaf s'avifa d'agiter
dans l'eau les Dydimes
d'un gros rat qu'il avoit dépoüillé
de leur tunique albugineufe
; ces globules fe dévelopérent
& ne parurent
plus qu'une longue trainée
de petits canaux . Cette heureufe
découverte fit bientôt
connoître à l'ingénieux Graaf
queles Dydimes de l'homme
n'eftoient qu'un lacis des vaiſ,
feaux prolifiques
.
Le lait caillé qu'on trouve
GALANT. 45
dans l'estomac des veaux , &
la vapeur aigre qui exhale du
bec des oifeaux quelque
temps aprés qu'ils ont mangé,
a fait penser à Willis & à Van
Helmont que l'acide du ventricule
contribuoit à faire la
coction. Ce fut à l'ouverture
de l'eftomac d'une Autruche
que M'Perrault reconnut que
le frotement contribuoit
beaucoup à ladigeftion , ayant
trouvé qu'une piece de monnoye
qu'il avoit courbéc & fait
avaler à cet oifeau , avoit fes
caracteres effacez du côté de
la convexité , & que ceux de
46 MERCURE
la partie concave eftoient demeurez
tous entiers. C'eſt par
l'ouverture des animaux vivans
qu'on a veu le mouve
ment périftaltique des intef
tins , qu'on s'eft afſuré du paſ
fage du chile dans le canal torachique,
& qu'on a clairement
démontré la fameufe
circulation du fang . Le coeur
des carpes , des grenouilles &
des anguilles , qui continue
fon mouvement long- temps
aprés la feparation de leur
corps , a déttuit l'ingénieufe.
penfée du fçavant M Defcartes
, qui croyoit que le fang
GALANT. 47
eftoit la caufe du mouvement
de Systole & Diastole . Les
Cerfs , les Caméleons , les Pigeons
& les Tourterelles , qui
font farcies de bile & n'ont
point la vésicule du fiel , ont
perfuadé qu'elle n'engendroit
pas cette précieufe liqueur.
C'est par la ftructure de la corne
des pieds des chevaux
qu'on a obfervé que les ongles
n'eftoient qu'une continuité
de la peau endurcie', &
la riffure de la peau de l'homme
n'a efté bien connue que
par la ftructure de celle des
Eléphans. Les boeufs , les af
3
48 MERCURE
nes , les veaux , les brebis , les
chiens , l'aigle , la chouette ,
l'épervier , les poulles , les
poiffons , les écreviffes , les
fauterelles , les grillons , les
cloportes , les vers â foye ,
l'Empedor de Redi , & la
taupe d'Impératus , ont eſté
les victimes que Malpighi a

facrifiées à fon Ouvrage des
Viſceres , & à fon excellent
traité des Glandes conglobées
; & quand on ne feroit
pas toûjours affez heureux
pour découvrir de nouvelles
parties dans l'homme à l'oc
cafion de celles des animaux ,,
quelle
ر ف ا
GALANT 49
quelle fatisfaction ne recevroit-
on pas en travaillant für
eux ? On develope les mifteres
de la nature on penette
fes fecrets les plus cachéz ,
on devient comme le confident
de cette divine ouvriere.
Et quel plaifir ne fentit-
on pas , fors qu'en pre.
nant le frais fur le bord d'un
ruiffeau , on apperceut enba
dinant avec la pointe d'une
lancette , que la Sangfue
eftoit hermaphrodite Deux
fexes confondus fans confu.
fion ! quelle fine architecture
! Produire chez foy , pro.
Decembre 1697.
E
ˋ
So MERCURE
duire chez autruy , quelle fe
condité ! On trouva que les
deux fexes eftoient placez à
l'endroit du col fous l'intef
tin auquel ils eftoient forcement
atachez. Le penis qui
avoit vingt- quatre lignes de
long , eftoit blanc , rond , nerveux
en toute fa longueur. La
portion qui reste toûjours
dansle corps eftoit un canal
de quinze lignes de long, plié
vers le milieu en maniere de
croce , gros comme la plume
de l'aîle d'un petit oifeau , revêtu
d'une fine membrane
noire , qui l'attachoir forte-
இரன்
GALANT st
da
ment fous le col tout au tour
d'un fort petit trou , par lequel
elle faifoit fortir & ren
trer le penis. L'autre portion
du penis qui fort dehors ,
eftoit longue de neuf ou dix
lignes , groffe comme un fil
coudre , & fon extremité
dans l'efpace de deux ou trois
lignes eftoit plus groffe que
le refte , urais elle finiffoit en
pointe tres - déliée . Tout ce
canal renfermoit un muſcle
blanc de la groffeur d'un che-
-veu , qui s'atachoit feulement
àfa racine & à fon autre extrémité;
tout le refte eftoit
E ij
2 MER CURE
libre & fans atache . C'eft avec
ce muſcle que la Sangfuë retiroit
le pénis dans le canal interieur
dont nous venons de
parler . C'eſt avec les efprits
qu'elle repouffoit , comme
nous avons dit autrefois , que
le muscle renfermé dans la
corne du limaçon , la tiroit en
dedans , & que l'eau qu'il ſe
ringuoit dans fa cavité, la repouffoit
en dehors.
A chaque côté de la racine
du pénis , il y avoit un petit
lacis blanc , aplati , ovale ,
long de trois ou quatre lignes ,
reffemblant à de petits intef
GALANT.
53
"
tins tortillez , qu'un canal nerveux
, rond , long de deux ou
trois lignes , & gros comme
un fil en double attachoit à la
racine du pénis, dans laquelle
ces dydimes portoient la li-
¿queur prolifique.
L'Uterus paroiffoit comme
une petite poire nerveuse , longue
d'environ trois ou quatre
lignes , interieurement creufe,
brune & ridée , ſituée un
peu au deffous de la racine du
péais entre les deux dydimes ,
couchée en bande fur l'intef
tin auquel elle eftoit attachee
, & dont l'orifice paroîf-
Zij
54 MERCURE
foit ' exterieurement fous le
col comme un petit point
blanc à deux lignes au deffous
du petit trou par ou paffoit le
pénis . Un fin canal , qui n'étoit
que la continuité de l'ovaire
dont nous parlerons
bientoft , rampoit tout le
long de l'utérus , s'attachoit
proche l'extremité de fongros
bour , & foûtenoit vers fon
milieu un corps ovale, gros &
long comme un grain de fégle
, duquel fortoient deux
petits canaux , dont chacun
aboutifloit à une glande exatement
ronde , &de la grof
GALANT 55
5.
feur d'un grain de mill, ollos
Nous dirons en faveur de
ceux qui croyent que le foes
tus a toûjours eftéformé dans
Fauf, que ces petites glandes
font des locunes , & que la li
queur qu'elles renferment
porte dans le coeur de l'amimal
ces empreffez defirs qui
luy font éternifer fon efpeces
Et pour ceux qui veulent que
les productions fe faffent par
le mélange mutuel des lis
queurs , difons qu'elles coulent
de ces glandes dans l'uté
rus tout le long du petit camat
, pour cftre portées avec
E iiij
16 MERCURE
celle du mâle dans les ovaires .
Si Aldrovande s'eftoit don
né la peine d'examiner cette
feconde ftructure , il n'auroit
jamais affuré que les Sangfuës
font engendrées de la pourriture
. Generantur ne exputredine
tantum , an etiam ex ovis
nondum obfervavi. Ex putredine
verò generari certiffimum eft.
Et Moufet n'auroit point
avancé qu'elles font produites
des ordures qui tombent
des pieds des chevaux dans
les abreuvoirs . Generantur in
ftagnis potiffimum , ubi jumenta
aquari folent ; nam ab corum
GALANT:
57
pedibus terrafordefque abluta¸ in
fundum decidunt ; ut taceamftercoris
ibidem fubfidentiam , ex que
vitali calore non deftituto animalia
item gignuntur
.
La lévre fuperieure de la
Sangfue eftoit allongée en
pointe , & tomboit fur la concavité
de l'inferieure qui étoit
arrondie en eroiffant. Son
alophage étoit un canal formé
d'un muſcle épais , gros
comme la plume de l'aîle d'u
ne poule , long de fix lignes ,
tout au tour duquel paroil
foient interieurement plufieurs
fibres blanches de la
58 MERCURE
groffeur d'un fil délié , couchées
parallelement tout proche
les unes des autres , &
qu'on pouvoit prendre pour
autant de perits mufcles dont
le gofier eftoit interieure .
ment tapiffé.
Ce canal mufculeux tenoit
lieu de poumons & de poitrine
à notre amphibie lorfqu'il
eftoit forti de l'eau , hors de
laquelle j'ay obfervé qu'il ne
pouvoit vivre fans reſpirer ,
car l'ayant mis dans ma po
che renfermé dans une fort
petite boëte , il y eft mort en
moins d'une demi- heure, quoi
GALANT.
19
qu'il puiffe vivre plufieurs
jours fans eau dans un air li
bre. C'eft auffi avec ce mufcle
que la Sangfue perce la
chair des animaux , qu'elle la
fuce , qu'elle la brife,& qu'el
le en avale des morceaux auffi
gros que des pois qu'on trou
ve quelquefois renfermez
dans fon vafte inteftin . Tâ
chons d'expliquer toutes ces
merveilles.
Lorfque la Sangfue a befoin
de refpirer , elle n'a qu'à faire
contracter fes fibres vers le
milieu de l'ofophage.
bourfouflement qui fe fera
Le
1
60 MERCURE во
à fon col pouffera l'air exté
ieur dans fa gorge , dans l'inreftin
qui en eft une conti
nuité , & dans toutes les autres
parties du corps qui ont
communication à l'inteftin ;
de forte que ce muſcle creux
tiendra lieu de poumons &
de poitrine â nôtre petit poik
fon .
Mais lorsque la Sangfuë
veut fucer ou dévorer quelque
animal , elle applique la
bouche fur fa chair , elle fait
vifiblement enfler fon col en
contractant fes fibres vers le
milieu du canal , où il ne mant
GALANT. 61
queroit pas de le faire un vui
de fi l'air exterieur comprimé
par le bourfouflement du col
ne fe préfentoit au même
temps à la bouche , dans laquelle
il pouffe la chair de
l'animal fucé. La Sangfuë re
lâche enfuite les muſcles de
fon gofier ,pour donner lieu
à une nouvelle contraction ,
afin d'attirer dans fon gofier
la chair de l'animal en forme
de mamelon , & plus avanc
qu'elle n'avoit fait la premie.
re fois . Enfin elle continuë
es contractions & les relâ
chemens de fibres autant de
62 MERCURE
fois & auffi long temps qu'il
eft neceffaire pour faire entrer
encore plus avant la chair
dans fa gorges de forte que
tout l'effort de la fuccion fe
terminant dans un tres petic
espace du bout du mamelon ,
il eft neceſſaire qu'elle creve
dans cet endroit , & que le
lang en découle . mayo samé
Car il ne faut pas croire avec
Arnaud de Villeneuve
que la Sangfue ait un aiguil.
lon dans la bouche , avec lequel
elle percela peau comme
font les moucherons ; ny
une langue creufe & fourchue
GALANT. 63
fang,.
qu'elle fiche dans la chair des
animaux pour entirer le fang
comme l'a dit Erafme. Voicy
les paroles d'Aldrovands . au
fujet de ces Meffieurs . Arnol.
dus de Villanova Sanguifuga tribuit
fiftulam in ore qua cutim te.
rebres more culicis , & adagio .
Tum Autor linguam bifulcam &
fiftulatam habere dicit
penitus infigat cuti.
Les Chirurgiens difent qu'il
me faut pas arracher la Sangfue
lors qu'elle est attachée
à la chair , parce qu'elle laif
leroit un aiguillon dans la
playe qui l'envenimeroit , Il
12 quam
64 MERCURE
eft vray qu'il ne faut pas ar
racher la Sanguë de peur
d'envenimer la playe, non pas
qu'elle y laiffât un aiguillon ];
mais parcequ'en l'arrachant
avec force on fait des déchiremens
qu'on peut dire envenimer
la playe, à cauſe qu'ils
en retardent la guérifon .
L'inteftin foufflé qui va en
ligne droire depuis l'ofophage
jufqu'à l'anus , eft gros
comme le doigt , bouillonné
&gaudronné, interieurement
garni d'un grand nombre de
valvules fort petites jufques
aux deux tiers , grandes vers
GALANT. 65
a
la fin , dont les unes forment
des cercles , les autres des
croiffams . Quelques unes font
inclinées & biaifent, comme
fi elles commençoient à décrire
des fpirales . Il y en a une
fort grande taillée en coeur,
fituée vers le tiers de la fin ,
côté. de deux petites poches
ou facs , à côté de chacun
defquels eft ataché un aperdice
ou cacum , long d'un
pouce , & de la groffeur de la
plume de l'aîle d'un petit oi
feau , ouvert dans chacun de
ces facs , fermé par l'autre
bout , collé au long & à côté
Decembre 1697. F
66 MERCURE
côté de l'inteftin .
Toute cette ftructure fait
affez connoître pourquoy
.
l'inteftin qui ne fait aucunes
circonvolutions
, peut cependant
recevoir une fi grande
quantité d'alimens liquides ,
& les retenir jufqu'à une parfaite
coction .
Proche la grande valvule
taillée en coeur , commencent
mille canaux déliez , formez
d'une fine graiffe jaune , qui
dans l'espace d'un demi pouce
tournent interieurement
tout autour de l'inteftin , dont
is rempliffent fi exactement
GALANT: 67
h
C
toute la cavité , qu'ils empêchent
le paffage de l'eau ,foir
qu'on la feringue par la bou
che de l'animal , ou qu'on l'in
jecte par l'anus.
Il y a quelque apparence
que tous ces canaux graiffeux
ontestéfaits pour recevoir le
chile , d'ou il eft repris , afin
d'eftre diſtribué dans toutes
les parties du corps de laSang.
fue , & non pas pour recevoir
la liqueur prolifique, comme
je l'ay autrefois legerement
conjecturé , ne connoiffanc
pas encore l'uterus ny foh orifice.
Fij
68 MERCURE
Un nerf ou muſcle de la
groffeur d'un crin de cheval ,
tout noir , difficile à rompre ,
noüé d'espace en efpace , s'atache
en ligne droite à l'inteltim
tout au long par deffous ,
commence à la lévre inferieure,
paffe fur les deux fexes ' , finit
au petit cercle qui eft au
bout de la queuë , & jette en
chemin faifant des rameaux
à droit & gauche, dont plufieurs
entrent dans l'inteftin
pour tourner tout autour de
chaque valvule.
La Sangfuë, gloutonne &
vorace, remplit fi abondamGALANT.
69
mentfon inteftin , qui paroît
aufli fin qu'une toile d'arai ,
gnée quand il eft fouflé, qu'il
ne manqueroit pas de crever,
s'il n'eftoit fortifié par cette
longue corde ou muſcle qui
fait plier & ferpenter nôtre
reptile en tant de manieres ,
nâger fi vîte , fi proprement ,
& fournit auffi
apparemment
les efprits qui luy donnent
tant de vivacité , & le font
fucer
avidement en gonflant
les muſcles de fon gofier.
7
Il y a tout au bout de la
queuë de la Sangfue un petit
70 MERCURE
* muſcle bleuâtre , tout plat
exactement rond , extrémementpoli,
&qui déborde tout
autour , qu'elle aplique fi uniment
fur les corps aufquels
elle s'atache , qu'il les touche
d'abord en toutes les parties ,
& puistirant un peu le milieu
de ce plan fans en détacher
les bords , elle en forme commeun
petit baffin qui laifferoit
une cavité dans fon fond ,
fi l'air qui fe prefente au même
temps pour remplir le
vuide qui fe feroit , ne comprimpit
exterieurement & de
toutes parts ce petit plan.CetGALANT:
71
à
te excellente colle des bons
Phyficiens attache fi fortement
la queuë de la Sangſuë,
qu'il eft quelquefois difficile
7 de l'arracher fans luy faire
quelques déchiremens, prin .
cipalement fi l'attraction fe
fait perpendiculairement
des fuperficies extremément
polies , comme font ces fines
glaces de Venife , parceque
ce plan touche les corps polis
en un plus grand nombre
de parties , qu'il ne fait les ir
réguliers .
La Sanglue a toûjours recours
à ce petit inftrument
72 MERCURE
pour attacher & affermir fon
corps , afin qu'il ne foit pas
fufpendu & balancé dans l'air
pendant qu'elle tire la nouriture
par la fuccion ; ou bien
qu'il ne foit pas entraîné par
le courant
des eaux , tandis
qu'elle porte fa tête de côté
& d'autre pour chercher fon
aliment , comme l'ont déja
fort bien remarqué les Auteurs
. Mais ce petit muſcle ne
luy fert pas feulement
de
crampon pour s'attacher
,
c'eſt une véritable main , avec
laquelle elle empoigne
aufli
étroitement
les infectes qu'el .
le
GALANT.
73
le porte à la bouche pour les
dévorer , que fi elle eftoit ar
mée de plufieurs doigts.
Moufet a cru que les Sangfuës
qui fe trouvent dans l'Eu
rope , n'avoient point d'anus
pour l'iffuë de leurs excremens
, & qu'elles les faifoient
fortir au travers de leur peau
comme au travers d'un crible
Harum alia alvo funt imperfo
ratâ; aliæ perviâ…….. Perfora
sas Europa vix novit : America,
nis & İndis celebriores. Imperforata
quibufvis obvia,quæfanguine
diftento cutem fuam seu
Cancellatis quibufdam fibris
Decemb. 1697.
G
74 MERCURE
textam exprimunt .
Ce qui a trompé Moufer ,
c'est que le petit plan rond ,
attaché perpendiculairement
par fon milieu au bout de la
queue , n'eft point percé, mais
l'ouverture de l'inteftin dans
laquelle on pourroit aisément
introduire un grain de chene..
vi , eft fitué tout proche le pctit
plan fur la queue de l'ani
mal . Voyez ce fin coup de
maîtreffe ! Cette petite main
feroit devenue incapable de
s'acquitter de fes fonctions,
fi elle avoit cfté percée dans
fon milieu pour la fortie des
GALANT.
75
excrémens ; la nature leur a
donné iffue par le côté .
Il n'eft pas extraordinaire
de rencontrer differents nids
fagement conftruits par dif
férentes efpeces d'animaux ;
S mais qu'un poifion comme
la Sangfuë forte de l'eau pour
bâtir à fes petits une mailonnette
encore plus éleganto
que le nid de l'hirondelle ,
c'eft la merveille dont j'auray
l'honneur d'entretenir quel
que jour Meffieurs les Naturaliſtes.
Gij
76 MERCURE
METHODE
Qu'il faut fuivre pour diſſequer
commodement la Sangfuë.
J
'Ay cru faire plaifir à ceux
qui ne font pas accoûtumez
à travailler en ces miniatures
, de leur donner la methode
dont je me ſuis fervi
pour découvrir les refforts
dont la Sangfue eft compofée
, afin qu'ils n'y trouvent
aucune difficulté s'ils les veu
lent examiner par eux- mêmes.
Le trou qui donne iffuë au
GALANT:
77
penis de la Sangfuë eft fi petit
, qu'il eft difficile de l'appercevoir
fi on ne la laiffe
mourir. Pour le faire prom.
prement, on l'enfermera dans
une fort petite boette dans
laquelle il n'entrera point
d'air. On mettra le tout dans
la poche, on trouvera la Sang.
fue morte en moins d'une
demi heure , le pénis forti &
couché fur fon ventre, ce qui
arrive ordinairement à toutes
les Sangfuës , de quelque
maniere qu'elles foient mor
tes.
L'entrée de l'uterus eſt fi
}
G iij
78 MERCURE
petite qu'on ne la peut remarquer
que difficilement
parcequ'elle eft cachée entre
les plis du ventre de la Sangfue.
Pour la découvrir , couchez
vôrre reptile fur le dos ,
attachez-le fur le bord d'une
table par le plan qui eft au
bout de la queue , & par la
levre fuperieure avec de grof
fes épingles , liez le bout de
la queue au deffus de l'anus.
Seringuez abondamment de
l'eau dans la Sangfuë par fa
bouche , avançant le tuyau
de la petite feringue aſſez âvant
dans l'ofophage,& penGALANT.
79
dant que vous injecterez avec
la main droite , mettez- le
pouce de l'autre main fur la
tête de l'animal , de peur que
l'eau ne forte. La Sanglue
deviendra monftrueulement
groffe,tendue & polie, & vous
appercevrez un petit point
blanc fur fon ventre deux tignes
au deffous du trou par
où paffe la verge: ce point eft
l'orifice de l'uterus.
Pour obſerver ailément les
parties intérieures , ſeringuez
abondamment une groffe
Sangfuë , afin qu'êtant bour
fouflée elle puiffe fouffrir plus
Gijij
80 MERCURE
aifément le coûteau Faites un
noeud à la tête & à la queuë
de vôtre animal pour retirer
l'eau . Coupez feulement la
peau avec le tranchant d'une
lancette par le milieu du ventre
¹epuis la tête juſques à la
queue. Déchirez avec la pointe
d'une aiguille une petite
membrane qui couvre l'inteltin
tout au long , & n'entrez
pas trop avant, vous creveriez
l'inteftin . A meſure que vous
déchirerez la membrane vous.
verrez un gros inteftin bour
fouflé , chargé de globules
gros comme de petits pois ,
GALANT 8i.
qui renferment chacun un ou
deux oeufs de la groffeur d'un
grain de mil.
L'inteftin eft fi étroitement
ataché de toutes parts à la
peau de la Sanglue , qu'on diroit
qu'elle ne feroit qu'un
tuyau. Pour le feparer, prenez
une aiguille bien pointuë , &
le détachez par petits coups
tout au long de l'incifion que
vous avez faite , en prenant
toûjours plus du côté de la
peau que de l'inteftin , de peur
de le crever , & à mesure que
Vous feparerez la peau de l'inteftin
, il la faut attacher fur
82 MERCURE
la table avec des épingles à
des diſtances commodes , &
continuer ainfi des deux cô
tés jufqu'à ce que vous ayez
feparé l'inteftin de la peau
qu'il n'eft pas neceſſaire de
détacher entierement du dos .
Quand vous feparerez l'intef
tin qui répond à vôtre main
gauche , la tête de la Sangſuë
tournée vers vous , prenez
garde en approchant à un
bon pouce de la tête , où vous
fentirez plus de refiftance
qu'à l'ordinaire , de détacher
l'uterus à l'endroit où il paffe
au travers de la peau , vous
GALANT. 83
n'en verriez pas la fituation.
Prenez bien garde auffi de dé
tâcher le bout du foureau du
penis fitué à deux lignes au
deffus de l'orifice de l'uterus ;
vous n'auriez pas la fatisfaction
de voir comme il eft attaché
avec une membrane
noire tout au tour du petit
trou par lequel la Sangfuë
paffe & retire plufieurs fois
fon penis avec beaucoup de
viteffe quand on la diffeque
toute vive. La peau eftant
détachée des deux côtez , vous
verrez une longue chaîne tou.
te noire ,noüée d'efpace en ef84
MERCURE
pace , qui rampe fur l'inteftin
depuis la tête jufqu'à laqueuë,
dont vous obſerverez
les petits
rameaux
qui fortent de
chaque
noeud. Vous remarquerez
l'oesophage
fort diffe.
rent de l'inteftin
avec lequel
elle fait les violentesfuccions
;
l'inteftin
avec les gros facs &
fes deux grands apendices
,
l'utetus qui paffe en croix fur
l'inteftin
; le penis plié en croce
& fitué fur l'uterus ; les deux
Dydimes
à côté de la racine
du penis ; l'ovaire qui eft un
fin canal auquel font atachez
avec de longues
& groffes
GALANT 85
qusuës les globules qui renferment
les petits oeufs .
Pour voir l'intérieur de l'oe
fophage avec lequel la Sangfue
fait les atractions , il le
faut ouvrir avec de fins ciſeaux
qu'on introduira dans fa
bouche, coupant tout au long
juſqu'à un demi pouce , &
puis laiffer tremper quelque
temps la Sangfuë en de belle
eau claire pour gonfler & rendre
manifeftes les fibres dont
ce muſcle eft compofé.
Si l'on veut éxactement ob
ferver les meubles de l'intef
tin , il fautferinguer une grof.
86 MERCURE
par
ſe Sangſuë morte ; faire fortir
l'eau par l'anus afin de la vuider
de fes excremens ; lalier
enfuite par la queuë un peu
au deffus de l'anus ; la foufler
la bouche avec un petic
tuyau pour la faire enfler le
plus qu'on pourra ; faire une
Teconde ligature vers la tête
pour retenir l'air , & attacher
la Sangfuë fur une table avec
deux épingles , dont l'une
paflera par le petit plan qui
eft au bout de la queuë , &
l'autre par la levre fuperieure,
parceque fi on ne prenoit cette
derniere précaution , l'ani
GALANT. 87
mal , quoique mort, fe racour,
ciroit extremement , & quicteroit
la ligne droite , ce qui
confondroit toutes les parties
renfermées dans l'inteftin ,
Quand la fanglue fera féche,
vous la couperez en travers
par les deux bouts , & vous
regarderez tout au long de ce
canal comme par une lunette
d'aproche pour voir les valvules.
Mais pour les confidé
rer de plus prés , & pour en
bien remarquer la figure , il
faut couper ce tuyau fucceffivement
par petites tranches,
pour voir à dévouvert les val
83 MERCURE
vules les unes aprés les autres .
Mais vous ne verrez pas de
cette maniere les petits cercles
graiffeux fituez proche la
grande valvule taillée en
coeur,&qui dans l'espace d'un
demi- pouce rempliffent la
cavité de l'inteftin ; ils ont dif
paru en le faiſant fécher. Pour
bien voir ces vaiffeaux graiffeux
, ouvrez en long l'intef
tin d'une Sangſuë toute vive,
& puis la laiffez tremper pendant
quelques heures en de
belle cau claire . Ces petits
cercles fe gonfleront & de
-viendront fort ſenſibles,
GALANT: 89
Détachez toute la verge
du corps de l'Animal
; coupez
la tranfverfalement
par
le gros bout , vous verrez au
milicu un petit fil blanc, com
me dans le milieu de la bette
- rave lors qu'on la coupe ,
de travers. Tirez ce petit muf- ,
cle entre deux ongles , vous
appercevrez
rentrer le bout
du penis dans le canal à mefure
que le muſcle en fortira. ,
Jettez dans l'eau le penis.
acccompagné
de les deux dydimes
, il Y vivra quelque
tems,faifant plufieurs mouve
mens ferpentins
qui vous
Decemb. 1997.
H
go MERCURE
perfuaderont que cette partie
eft remplie de beaucoup
d'efprits qui fervent à poulfer
le penis en dehors quand
il eft néceffaire .
Voicy quatre figurés gravées
touchant ce qui eft marqué
dans cette Hiftoire Anatomique.
La premiere répréfente
une grande Sangfuë
morte, fort raccourcie , couchée
fur le dos , & dont on a
ſeulement ouvert l'ofophage
pour en confidérer la ſtructure.
1. L'oefophage qu'on a ouvert
pour faire voir fes fibres,
GALANT. gt
qu'on peut prendre pour autant
de petits muſcles avec
leſquels la Sangfuë briſe les
* Animaux qu'elle atrape , &
fait les violentes
tions .
attrac-
2. Petit trou par lequel la
Sanglue paffe & retire le penis
3.
3. Le penis qu'on trouve
ordinairement couché fur le
ventre de la Sangfuë lorfqu'el,
le eft morte.
4. L'orifice de l'uterus qui
paroît comme un petit point
blanc lorfqu'on a rempli la
Sangfue d'une grande quan
tité d'eau . Hij
92 MERCURE
5. Anus au petit trou ovale
fitué fur la queuë par lequel
fortent les excrémens .
6. Petit cercle mufculeux
perpendiculairement attaché
au bont de la queuë de laSangfuë
, dont elle fe lert auffi adroitement
qu'elle pourroit
faire d'une véritable main .
La feconde Figure répréfente
une groffe Sangfue cou
chée fur le dos , & ouverte
tout au long du ventre pour
laiffer voir les parties intérieu
res qu'on a préparées .
1. La bouche de la Sangfue.
a. L'oefophage non ouvert
GALANT. 93
avec lequel la Sangfue fait fest
violentes attractions.
3. Les dydimes, qui font de
petits canaux tortillez , & fi .
tués a chaque côté de la racine
du penis s .
4.
Petits canaux bleuâtres
qui font une continuité des
Dydimes 3. atachez à la racine
du penis 5.
5. La racine du penis dans
laquelle les petits canaux 4.
portent la liqueur prolifique,
6. Canal courbé en maniére
de Croce , dans lequel la
Sangfuë retire le penis 8.
7. Petit trou dans la peau,
94 MERCURE
par lequel la Sangfue fait for
tir & rentrer le penis 8. lequel
eft ataché en cet endroit au
tour du trou avec une petite
membrane noire.
8. La portion du penis que
la Sangfuë fait fortir quand
elle veut, & qu'on trouve cou
chée fur fon ventre lors qu'el
le eft morte .
L
6. L'Uterus qui paſſe en
croix fur l'inteftin 21. & fur le
foureau 6
10. La fortie de l'uterus au
travers de la peau , lequel pa-
roift Extérieurement comme
un petit point blanc.
GALANT. 95,
11. Un fin canal ataché au
gros bout de l'utérus 9 furle
millieu duquel eft attachée,
une petite glade dans laquelle
deux autres glandes qu'on,
voit à côté, ont communication
par le moyen de deux pe- ,
tits canaux. C'est par ce fin
canal que la matiere prolifique
doit pafler de l'uterus 9.
dans l'ovaire 12. pour eftre
portée dans les petits globu
les 13. qui font fituez tout au
long de l'inteftin , & renferment
les petits oeufs.
12. Deux fins canaux tor
tillez qu'on appelle ovaires ,
96 MERCURE
qui vont depuis la teſte juſ
qu'à la queuë.
13. Globules gros comme de
petits pois , attachez tout au
long de l'inteftin , au milieu
defquels on voit de petits oeufs
cartilagineux , qu'on n'a pû
chifrer.
14. Petits oeufs cartilagineux
qu'on voit au milieu des globu .
les qui font fitués tout au long
de l'inteftin qu'on n'a pu chifrer
pour éviter la confufion .
15. Queues aus quelles font
atachez les globules qui renferment
les oeufs.
16. Un grand nerftout noir
nouć
GALANT: 97
nouë d'efpace en efpace, attaché
tout au long de l'inteftin
17. Mais qu'on n'a pas voulu
faire paffer fur les parties def
tinées à la génération , 6.9.5.
ny fur les vaiffeaux graiffeux
19. de peur de rendre le def
fein confus. Il faut confidérer
les noeuds qui font tout
au long de ce nerf , defquels
fortent de petits rameaux de
nerfs quivontà droit & à gau
che , & dont quelques bran
ches entrent dans l'inteftin
pour tourner au tour de fes
valvules ,afin de les foûtenir &
fortifier.
Decemb, 1697.
I
98 MERCURE
17. L'inteftin & fes gros
facs formezpar les valvulesqui
refferrant l'inteftin luy font
faire fes bour foufflemens.
18. Situation de la grande
valvule taillée en coeur , & dans
laquelle commencent interieurement
grand nombre de
petits canaux , qui tournant
tout au tour de l'inteftin , en
rempliffent la cavité de la
longueur d'un demi pouce.
19. Grand nombre de pe
tits canaux graiffeux , qui dans
la longueur d'un demi pouce
tournent tout autour de l'inteftin
qu'on a ouvert dans cet
GALANT. 99
endroit pour faire voir ces
canaux.
20. Deux grands apendices
ou cæcums ouverts dans l'inteſtin
, & fermez par l'autre
bout .
21. Petit plan rond avec lequel
la Sangfuë s'attache , &
dont elle fe fert comme d'une
main.
La troifiéme figure repre
fente le penis & les dydimes
féparez du corps de la Sangfuë.
1. La racine du penis.
2- Foureau qui eft une continuitédu
penis 3. dans lequel
1 ij
Too MERCURE
la Sangfue retire la portion du
penis. 3.
3. La portion du penis qui
fort du ventre de l'animal.
4. Les Dydimes.
5. Petits canaux nerveux qui
portent la liqueur prolifique
dans la racine du penis 1.
La quatrième
figure repre-
Lente le penis coupé tranfverfalement
proche fa racine , &
le petit muſcle qui retire le
penis dans le corps de laSangfue.
1. Petit muſcle avec lequel
l'animal retire le penis. On a
tiré ce petit mufcle avec les
GALANT. ' för
ongles pour le faire fortir de
la cavité de la verge 2. & 3 .
2. Foureau , ou groffe portion
du penis qui refte toûjours
dans le ventre
,
dans lequel
l'animal retire la portion du
penis . 3 .
3. Portion mobile du penis
qui fort du ventre & y rentre
à la volonté de l'animal.
Vous voudrez bien entendre
parler des Fleurs. Elles
fe font empreffées a l'envy a
faire une Couronne à Mada.
me de Chaulnes , Prieure per
petuelle du Monaßere Royal
Lij
102 MERCURE
de Poiffi , le jour de S. Char
les fon Patron , & luy ont fait
d'abord ce compliment toutes
enſemble. Ce petit Ou
vrage eft de M Marcel.
D
Ans ce jour oùl'Eglife ho
nore
Charle, Prélat de grand renom ,
Que vous faites , portant fon
Nom ,
Par vos vertus revivre encore ,
Agréez que nous autres Fleurs ,
En prenant part à cette illuftre fefte,
Peintes des plus vives couleurs
Venions couronner voftre teſta .
5
La Violette parle pour l'humilité.
2
La plus petite fleur , fuivant l'hu
milité
GALANT. 103
Commence ici voftre couronne .
Ce pouvoir , fur vos Soeurs fainte
ment limité ,
Que vous croyez n'avoir point
merité ,
C'eſt par ectre raison que le Cicl
vous le donne:
S
Le Lis parle pour la chaßtetë.
Je fuisune Acur
l'innocence

pure , & marque
Mon odeur , ma blancheur ont des
attraits bien doux.
L'une & l'autre par avance ,
Vous promettent pour recompenſei
Les Nôces du Divin Epoux.
.3
Hij
j04 MERCURE
S
La Pensée parle pour la contem
plation.
2
Faites tout ce que vous voudrez
Sans que vostre ame en foit em
baraffée.
Dans le chemin du Ciel vos pas font
affurez ,
Puifqu'il eft en tout temps voftre
unique Penſée,
S
LaRofe parlepour la mortification ,
S
Youseftes , comme moy , d'épines
entourée
Et vous fouffrez les plus rudes
travaux ,
Mais pourme rejetter voſtre ardeur
éclairéc
Dans l'attente d'un bien qui fuivra
tant de maux ,
GALANT. 105
Vous fait trop voir ce que je vaux .
2
Lafleur de Grenade parle pour
l'Amour Divin.
2
Je marque l'amour en tout liev,
Et j'en fuis le vif caractere .
Je ne sçaurois pourtant , quoique je
puiffe faire ,
Egaler cette ardeur que vous avez
pour Dieu.
S
La Tabereufe parle pour le bon ]
exemple.
Plus l'on m'enferme , & plus ma
bonne odeur eft forte ,
Elle perce les murs , & va s'étendre
au loin.
Donner un bon exemple eft voſtre
plus grand foin .
106 MERCURE
Il embaume le Cloître & penetrant
la
porte ,
Il édifie encor tout le monde au be
foin.
3
La fleur de fouci parle pour le foin
du falut.
2
On voit fort rarement dans un
beau jour de fefte
Qu'un bouquet de Souci vienne
orner une tefte ,
Mais quand on cherche à remplir
fon devoir ,
Quand on veut acquerir une éternelle
gloire ,
Et que fes Securs partagent la vi-
& t
oire
,
Quelque foin que l'on prenne , on
n'en peut trop avoir ,
GALANT. 107
S
L'Immortelle parle pour l'érernité
bien heureuſe.
Je me joins à toutes les fleurs ,
Et viens former voftre Couronne
Que puiffiez vous , par vos faintes
rigueurs ,
Par vos aufteritez , vos innocentes
moeurs ,
Servant de modele à vos Soeurs,
Meriter le prix que je donne ,
Mais puiffiez vous auffi fecondant
nos fouhaits
Les gouverner long.temps dans une
heureuſe Paix.
$
Le 28. du mois paſſé la Paix
fût publiée à Rouen , &pour
folemnifer ce grand jour où
108 MERCURE
la joye parut vniverſelle par
les Feux qui furent allumez
dans toutes les Rües de cette
Ville , M. de Montholon ,
Premier Prefident, donna un
Toupé à tout le Parlement
avec une propreté & une a
bondance à laquelle on ne
peut rien ajouter . Il avoit
fait preparer un feu d'Artifice
devant fon Hoftel , & il
fut tiré au bruit de plufieurs
inftrumens de Guerre , auf
quels une excellente Mufique
répondoit alternativement.
Cinq cens Fufées remplirent
l'Air d'une clarté merveil
GALANT. 109
A
leufe , & rien ne manqua pour
l'entier fuccés du Feu . Le
tout fur accompagné
d'une
tres - belle & tres grande Illumination
, tant dans les
deux Cours que dans la place
de Saint Ouën . Il y avoit à la
premiere & à la feconde por
te de M. le Premier Prefident
cent Flambeaux de poing de
cire blanche , & fur la prémiere
eftoit un Tapis de Velours
bleu , femé de fleurs de
lis d'or , où eftoit posé un
Portrait duRoy. Tout le monde
applaudit au zele de cet Illuftre
Magiftrat , qui dans
110 MERCURE
toutes les occafions qui s'en
font offertes , n'a rien obmis
de ce qui pouvoit contribüer
à faire éclater la gloire du
Roy.
Parmy beaucoup d'ouvra
ges qui paroiffent fur la Paix ,
Mademoiſelle des - Houlieres
s'eft diftinguée. Comme elle
marche avec beaucoup d'avantage
, fur les traces de feu
Madame des - Houlieres , fa
Mere , elle feint ingenieuſement
qu'elle luy eft apparuë
en fonge , & qu'elle l'a exhortée
à chanter comme elle
toutes les grandes actions
GALANT. III
'du Roy. C'est ce qu'elle ex-'
plique agreablement par les
Vers que vous allez lire.
STANCES.
SUR LA PAIX
D
Ans un de ces beaux lieux
cheris de la nature.
?
Ou regnent de tout temps l'innocence
& la Paix ,
Sur un lit émaillé def fleurs & de
verdure ,
D'un tranquille fommeil je goûtois
les attraits.
2
A peine à fes douceurs m'eſtois je
abandonnée ,
Quand une voix par des fons
éclatants,
II2 MERCURE
Fit tomber les pavots dont j'eftois
couronnée.
J'ouvre , à ce bruit , mes yeux à de.
my languiffants.
Je vois , j'en fuis encor interdite ,
étonnée ,
Je vois Olimpe , & ſes regards
perçans
Pleins encor d'un beau feu malgré
fa deſtinée ,
Penetroient au travers des voiles
accablants
Dont l'éternelle nuit la tient environnée
.
Ma Fille, me dit elle , abandonne
un repos ,
Honteux pour toy, pour ma memoire
,
Er fitu crains mal à propos
De chanter de LOUIS la nou
yelle victoire ,
GALANT:
113
Ma Lyre accoûtumée à chanter ce
Héros
Teprêtera des fons pour celebrer fa
gloire,
T
Faisle voir à ces Rois jaloux de
fa grandeur ,
Tel que l'on peint le Maitre du
Tonnerie ,
Quand la main lance fur la
Terre ,
Les redoutables feux de fa jufte fu-
Où lors
reur ,
que defarmé de fon couroux
vangeur ,
Il immole à la Paix , quoy que toûjours
vainqueur ,
Ces fertiles lautiers dont le Dieu de
la Guerre
A tant & tant de fois couronné fa
valeur.
Decembre
1697. K
74 MERCURE
Tu te dois toute entiére a l'honneur
qui t'appelle ,
Pour chanter de LOUIS les faits
prodigieux ,
Les jours d'une feule mortelle ,
Ne pouvoient pas remplit un fort
fi glorieux .
Ce precieux ralene eft le prix de
mon zele ;
Cent fois pour l'obtenir j'importu
nay les Dieux ,
Je voulois que mon fang à fes devoirs
fidelle ,
Celebraft aprés moy ce Roy victoricux
.
S
Ce Prince offre à tes chants une
illuftre matiére ,
En faveur de la Paix il renonce a
fes droits,

115
GALANT:
Er tout couvert encor d'une noble
pouffiére ,
Ce Heros , aujourd'huy le plus
puiffant des Rois ,
A de fes propres mains , mis l'unique
Barriere ,
Qui pouvoit arrefter fes rapides.
exploits.
2
La cruelle Difcorde outrée & ful
gitive ,
Rentre dans le fond des Enfers
,
LOUIS en l'accablant de Fers,
La contraint pour jamais à devenir
oifive
Et du fort de cette captive ,
Il fait l'heureux deftin de cent peu .
ples divers.
2
Je vois rénaiftre l'Abondance,
Kij
116 MERCURE
Déja de tous coſtez arrivent für
ces bords ,
Ces grands & ces rares Trefors
,
Qui du Peuple & des Rois font
la magnificence
.
2
Pour commencer de fi beaux
jours ,
Aprés tant de travaux , aprés tant
de conquestes ,
Je vois le blond Hymen & les
tendres Amours ,
Allumer leurs flambeaux , de fleurs
ceindre leurs têtes.
Les jeux & les plaifirs qui les fuivent
toûjours ,
Leur préparent déja mille galantes
fêtes.
S
Je vois deux Amans deftinez
GALANT. 117
Au facré noeud d'une chaine
éternelle.
Leur union tendre & fidelle
Fera naiftre bien tôt des Hercscou.
ronnez ,
A qui LOUIS le Grand fervira
de modele ;
Une pofterite fi belle ,
Comblera de tous biens les Peuples
fortunez .

Aprés ces mots je la vis dif
paroiftre :
Son départ acheva de deffiller mes
yeux.
Mon zele impatient de fe faire
connoiſtre ,
Profite du fecours que j'ay receut
des Dieux ,
Pour offrir mon Encens à mon
Augufte Maistre.
118 MERCURE
"
4. Le Mandement de M' . l'E
yêque Comte de Noyon ,
pour faire chanter le Tedeum
dans toutes les Eglifes de fon
Dioceze , en action de graces
à Dieu de l'heureufe conclufion
de la Paix , contient un
éloge fi jufte du Roy , que je
ne fçaurois douter de la fatisfaction
que vous aurez à le
lire. En voicy les termes.
François de Clermont &c.
Les juftes Louanges que nous
avons fifouvent ordonné de chanter
en action degraces au Dieu des
Armées , l'ont tellement prevenu
préocupé enfaveur de la Fran.
GALANT. 179
:
ce , pourparler dans les termes du
Roy Prophéte , qu'après l'avoir
rendue victorieufe & terrible à
tousfes Ennemis , ila voulu qu'el.
leparust encore plus charitable
plus genereuse en les recevant au
nombre defes amis .
En effet , n'est ce pas en confequence
des continuelles & Surprenantes
Victoires de nôtre Monat .
que triomphant , que toutes les
Puiffances Confedérées , ont enfin
ouvert lesyeux , & que pour détourner
le coup fatal de leur rui .
ne totale & prochaine , ils ont
eftéforce d'accepter les conditions
que fa Majeftè leur avoit tant de
120 MERCURE
fois & fi liberalement offertes , en
Sacrifiant fes interêts particuliers
au bien public de la Paix Conditions
libres accordées dans
les glorieufes conjonctures de la derniere
Campagne qui relevoit autant
nos efperances, que celles des
Allie croient abatues. Sacrifice
degraceplutôt quedejuftice ; Paix
de charité non pas de neceffi.
té ; Paix dont le pur amour du
Prince pour fes Sujets est le prin
cipe , & dont la politique humai
ne n'est point le motif; Paix qui
doit être comptée & reçûëcomme
unprefent, & non pas comme une
dette ; Paix univerfelle & femblable
GALANT 121

T
blable à ce grand Arbre du Texte
facré qui fait ombre par toute la
Terre, & quiprocare le repos aux
Voyageurs fatigue La Paix
de Savoye en a esté la femence , la
Paix de l'Espagne en eft la fleur,la
Paix d'Angleterre de Hol
lande en reprefente les branches,
la ratification de la Paix de
l'Empire enfera bien - tôt lefruit.
Que depas , d'avances , de démarches
, & de degrez pour monter
juſqu'au comble de la felicité
publique ! Que de volontaires interruptions
de nos Conquêtes , &
qui prouvent hautement & clai.
-rement que le Roy no defirant plus
Decemb. 1697. L
122 MERCURE
d'autregloire que celle de la moderation
expreffement marquée dans
La Lettre du sa de ce mois , laiſſe
ou danne , pour mieux dire , tour
ce qu'il ne veut plus niprendre ni
même conferver.
Cependant nous referverons
pour un autre Mandement plus
étendu leparallèle de toutes lespaix
de chaque livre de l'Ecriture Ŝain .
te avec la Paix generale. Nous
y appliquerons une forme digne de
la matiere , & nous efperons que
vousy reconnoîtrez aifement dans
les traits naturels à la perfonne admirable
de LOUIS LE
GRAND, le Herosdu MonGALANT
123
de , de la Religion & de l'Eglife;
le Heros du Mondeparfa valeur,
le Heros de la Religion parfa pie
se , le Haros de l'Eglise parfon
Zele
C'est ainsi que l'incomparable
LOUIS femble quitter le Nom
de redoutable David pour prendre
celuy d'un pacifique Salomon,
qu'il fe laiffe vaincre à fa clemence
, qui a toûjours esté laver.
tu de nos Rois , auffi bien que de
ceux d'Ifrael; & qu'aprés avoir
cueilli tant de Palmes defes efos pro
pres mains au milieu desperils y vil
préfére une Couronne d'Olives à
celle des nouveaux Laukiers que
Lij
124 MERCURE
lon auguste front ne pourroitplus
porter. Le coeur de LOUIS LE
GRAND étoitfeul capable de
defarmer l'invincible bras , que
fon courage avoit armé. Le Maître
de tout devient le maître defoi
même , le Conquerant eſtſaconquefte,
le Vainqueur eft l'objet de
Son triomphe , e celui qui étoit la
serreur de toute l' Europe, en paroift
aujourd'huy le charme
lices.
les de
Mais d'autant que nôtre
Diocese , que le voisinage de lafron :
tiere alarmoit autrefois , a befoin
que cettePaix fois ferme & folide,
nous vous conjurons dejoindre
GALANT: DA
aux publiques actions de graces
du Te Deum que vous chante
rez inceffamment avec toute la
folemnitépoffible , les particulieres
& ferventes prieres que l'Eglife
prefcrit , pour détournerà l'avenir
le cruel fleau de la guerre.
Nous vous ordonnons de plus ,
fuivant les devoirs de l'état Paftoral
, nos refpectueuses reconnoif
fances , & nos parfaits attachede
redoubler vos VAUX ET
vos facrificespour la precieufe con
fervation de la chere & facrée
Perfonne du Roy , qu'on peut appeller
justement par excellente,
felon le langage du Saint 'Eſprit,
mens,
Liij
26 MERCURE
l'Homme que la Toute
puiffance
de la main droite de Dieufoutient
,
le Fils de l'Homme
que la grate
fortifie
, & le Christ
que l'onction
du Seigneur
confacre
a fon fervi.
ce entouteforte d'emplois
& d'occafions
.
Meffire François Marquis
des Reaux , Seigneur de Cocquelai
, a époufé mademoiselle
Geneviève de Turmenyes. N
eft Confeiller au Parlement
& d'une Maiſon tres.diftinguée
, fils & petit fils de deux
Lieutenans des Gardes du
Corps. M' fon pere eftoit ouste
cela Marefchal des Camps
GALANT 27
& Armées du Roy. Madame
fa mere eft de la Mailon de
Rochereaux . Il a une Sour
mariée à M' le Comte de
Grandpré de la Maiſon de
Joyeule , & Neveu du Marefchal
de ce nom . M' des
Reaux eft parfaitement honnête
homme, d'un merite folide
, & d'une capacité digne
du rang qu'il occupe . Mademoiſelle
des Reaux a beaucoup
d'efprit , les manieres
ailées & fort aimables ,& mille
bonnes qualitez qui la font
eſtimer de tous ceux qui là
128 MERCURE
connoiffent. Elle eft Fille
de M' de Turmenyes Garde
da Trefor Royal , & cy- de- .
vant Tréforier General de
l'Extraordinaire des Guerres ,
& de feue Dame Maric Anne
le Bel , dontje vous appris la
mort en 1695. Elle a plufieurs
Freres & Soeurs , & entr'autres
Madame Huguet qui a de
l'efprit & de la folidité , femme
de M' Huguet Confeiller
au Parlement ; M' de Turmenyes
de Nointel Maistre des
Requeſtes , fort eftimé dans
le Confeil : M'de Montigny,
Capitaine de Dragons dans
GALANT. 129
le Regiment d'Eltrades , qui
à l'âge de 19 ans a fait trois
Campagnes avec beaucoup
de diſtinction.
Mr de Guymond , Receveur
General des Finances à
Limoges , & Payeur des Rentes
de l'Hoftel de Ville , a
épousé Mademoifelle de Sauvion
fille de M' de Sauv on,
l'un des Treforiers Generaux
de l'Extraordinaire des Guer
res. Elle est belle , fort aima .
ble , & Soeur de Mefdames de
S. Laurent , Laparel , & Ber
cin.
*
M de la Marieliere Maî
130 MERCURE
A de
tre des Requeftes , a épousé
Mademoiſelle Goujon de
Thuify , Fille du Maistre des
Requeſtes de ce nom.
M' de Richebourg auffi
Maistre des Requeftes , a
époufé Mademoiſelle
Ragareux dont le pere a
une pareille charge. Ily
a déja quelque temps que ces
deux derniers Mariages ont
efté fairs , mais je ne viens
que de les apprendre , & n'ay
pas le temps de vous en rich
dire davantage
.
On a obfervé depuis quel
ques mois une chofe fort exGALANT.
131
traordinaire dans un Enfant
de deux ans , Fils de M ' . Louis
Corbeau de Tours . On luy
voit diftinctement des lettres
marquées fur la langue , tan .
tôt fur le cofté , tantôt fur le
haut,tantôt au milieu , & quel
quefois fur le bout. Ces Lettres
font comme une broderie
d'un gros fil blanc , &
d'autres fois ellesfont comme
une groffe foye rouge . On
a efté long temps fans les examiner
, mais comme elles ont
paru diftinctes & tres bien for .
mées , on les a fait voir à des
perfonnes fçavantes, & à quel122
MERCURE
ques Medecins , qui ont die
que ce n'est point l'eft t
d'une envie que la Mere auroit
euë , & que cela ne sçau .
roit venir d'aucune idée formée
de l'imagination de cetre
même Mere , parce que ces
Lettres changent tous les
jours , & que même quelqne
fois il n'y a rien du tout. On
s'appliqua particulierement à
les remarquer au commencement
du mois paffé . Il n'y
parutrien la veille ni le jour de
la Touffaint, ny même le jour
des Morts . Le lendemain Dimanche
, il parut un C. fur le
GALANT. 133
cofté de la Langue , le Lundy
un C. & deux OO ; le Mardy
un D. & un O. le мecredy
& le Jeudy un O & un E ; le
Vendredy un A , le Samedy
& le Dimanche une M. Tou.
tes ces lettres qu'on a remar
quées fur laLangue de cet En .
fant dès l'age de deux mois &
demi, ont efté veuës par plufieurs
Peres Capucins , par M '.
Bequier Apotiquaire, par M'.
& Mademiſelle Chevalier
par M' . Demouceaux Chirur
gien , parм ' . Martin , Curé de la
Paroifle , par M. Videgrain ,
Curé de Sulé , & par les Da134
MERCURE
mes Religieuſes Urfulines de
Tours ; cela n'empêche pas cet
Enfant de parler ny de manger
Leslettres chagent la nuit
imperceptiblement
,Quelque
fois elle font comme des let.
tres ' moullées , d'autres fois
Italiennes , quelque fois let
tres rondes & toutes bien
faites. On demande la deffus
le fentiment
des Sçavans .
A 1:
Il y a des prix établis à
Caen pour les Quvrages qui
fe font en l'honneur de la
Conception de la Vierge ,
dont l'Eglife celebre la Fefte
GALANT. 235
le huitiéme de ce mois. M'
de Poifly , de l'Academic de
la mefme Ville , a remporté
cette année celuy de l'Ode.
Je vous envoye celle qu'il a
faite. Le fujet eft Joas , qui feul
de tous les enfans d'Ocho .
fias , échapa à la fureur d'Athalie.
notabel ? &
Q
Ue te fert ton bruyant ion.
nerre ?
Es-tu fur un trône , Seigneur,
Sans yeux , fans mains , & fans vi«
gueur ,
Tandis qu'on te livre la guerre ?
Quoy fouffrir que l'impieté ,
Sans ceffe infulte à ta bonté ,
Et triomphe de ta clemence ,
136 MERCURE .
Tonne , frappe , lance tes coups ,
Et que le Dieu de la vangeance
Paroffe en ton jufte courroux .
S
D'Achab la Fille fanguinaire
Méprife tes plus facrez droits ,
Et profanant tes faintes loix ,
T'attaque dans ton Sanctuaire .
Elle veutfur ton propre Autel ,
Offrir un encens criminel ,
C'est à Baal feul qu'elle immole ;
E Mathan , fon appuy fatal,
Fait d'elle fon unique Idole ,
Elle a plus d'encens que
Baal

Cer Apoftat , ce Sacrilege ,
Trempe entes projets inhumains ,
En tout , il luy donne les mains ,
Sans ceffe il l'oblede , il l'affiege ,
Er traitant de feditieux ,
Un Peuple ennemi des faux
Dieux
GALANT 07
:
Reine , il faut dir til durcar
nage ,
**
Pour foûtenir votre haut rang,
Si Juda ne vous rend hommage,
Répandez des torrens de fang.
S
Il dit ; & l'injufte Athalie
Suit des confeils fi
dangereux ;
Le fang eft l'obier de fes voeux,
De fureur fon ame eft remplic.
De may done on triomphers ,
Dit elle & David regnera ?
Que le fer m'en rende naîtreſſe ,
Et qu'en Juda , qu'en Ifraël , I
Chacun
aujourd'hui me connoiffe
Pour la Fille de Jefabel.
I
A
Arrefte , Femme meurtrierer
Sufpens un moment ta furetr
Peut - eftre auras tu quelqu'horreur
Decemb, 1697: M
138 MERCURE
Du fort de ta barbare Mere.
Paroiffez , membres dechirez ,
Sang, ou tantde Chiens alterez,
Trouverent de quoy fe repâiere ;
Foulé fous les pieds des Chevaux
,
Cadavre affreux , venez patôitre
Enpefchez des crimes nouveaux,
Vois l'horrible fin de ton Pere ,
Vois les malheurs deton Epoux ,
Mais rien n'appaiſe ton courroux
Le fer feul peut te fatisfaite.
Pour m'affûrer un fort heureux ,
Periffent dis- tu mes Nevcax ,
A ma rage je m'abandonne .
Les Grands pour un royal bandeau
N'épargnent le fang de perfonnes ,
Verfons le rien dans le Berceau .
S
GALANT J39
Cieliquent peutpoint une Femme
, sem
Qui n'écoute que la fureur !
Athalie aime à voir l'horreur
Er du carnage & de la flame.
Son bras , dés leur tendre Printemps
:
4
Fait perit de foibles Enfants ,
Et renverle ces fleurs naiffantes ,
Ainfi que fouffiant à grand bruit,
Borée abbat de jeunes plantes ,
Avant qu'elles portent leur fauit,
2
C'en eft fait , la Cour eft remplie
De tous les Neyeux maffacrez ;
Les Bourreaux le font retirez ,
Il n'y refte plus qu'Athalie . /
Elle fe Ante d'altre en paix
Aprés tant d'horribles forfaits.
Tu se trompes , Reine inſenſée,
Malgré con titannique effort
Mij
140 MERCURE
16
Du Ciel la gloire intereſſée®
Dérobe Joas a la mort.
7
Je vois Jofaber qui s'avance ,
adroit & courageux.
D'un
pas
Deja par un fuccés heureux
Elle a trompé ta vigilauce.
Au facré Temple du Seigneur
Joas infulte a ta fureur ,
Viens l'y chercher , viens y parôitre
.
Plus jufte & plus puiffant que
toy
Un jour il te fera connoitre ,
Qu'il eft & ton Juge & ton Roy.
ALLUSION .
Joas encor à la mammelle
Seul du carnage prefervé,
GALANT 2141
Joas fur le Trône élevée
OVierge , eft con portrait fidelle,
Ce Prince , REINE DE SION,
De ta pure Conception
Eft une nayve Peinture.
Lors qu'Adam par un trifte fort
Fît mourir toute la Nature,
Seule tu fçeus brauer la mort.
S
Meffire Jean Armand l'An.
gloys de Blanc-fort , Doyen
des maîtres d'Hôtel du Roy
qui fervent actuellement Sa
Majefté par quartier , mourut
il y a quelques jours ,
âgé de foixante & neuf ans ,
aprés avoir exercé la Charge
de Maître d'Hôtel pendant
L
14 MERCURE
quarante. Il s'en eft toûjours
acquité fort dignement , &
Sa Majefté a eu plufieurs fois
la bonté de temoigner
qu'elle
étoit trés- fatisfaite de fes fervices.
Il étoit fi genéreux &
fi porté à faire plaifir , qu'il
oublioit fes propres interefts
pour fonger à ceux de fes
amis ; toûjours atentif à ménager
avec foin & preft à embraffer
avec chaleur les occafions
d'obliger ceux dong
il atendoit moins de reconnoiffance
. Il avoit épousé
Dame Catherine lev Tellier ,
Scour de M. l'Evêque de Di
GALANT 143
gne , que la longue maladie
de M. l'Angloys , fon beau
Frere , a pû à peine arracherà
fon Troupeau
, qu'il gouverne
depuis vingt ans avec une af
fiduité
, une vigilance
&
une charité veritablement
Paftorales
. On n'a guere veu
d'union plus parfaite que celle
de ces deux Epoux. Ils
connoiffoient
le merite l'un
de l'autre , & ils ont bien fait
voir que la tendreffe eft toûjours
durable quand elle eſt
fondée fur l'eftime. Celle de
feu M. l'Angloys
pour Madame
la Femme étoit d'au144
MERCURE
rance plus jufte , que tour te
monde tombe d'accord qu'il
feroit difficile de trouver , ni
un efprit plus delicat , plus
jufte , plus vif & plus penetrant
; ni un coeur plus droit,
plus généreux , plus defintereffe,
& plus chrétien, que celuy
de cette Dame. Pour fon
courage , il ne pouvoit estre
ébranlé que par la perte qu'el .
le vient de faire, Il ne luy ref
te qu'un Fils âgé de vingttrois
ans , qui joint beaucoup
d'efprit à beaucoup de pro
bité , & de fageffe. Il a été reçû
en furvivance de la Charge
de
GALANT. 145
de maître d'Hôtel dés le mois
de Juillet dernier. Avec toute
la vivacité de M. l'Angloys,
fon Pere, pour les interefts de
fes amis , il a le même zele
pour la gloire & pour le fervice
du Roy . Ses deux ainez
font morts, le premier , Souslieutenant
aux Gardes , fut
tué au Siége de Maftrick en
prefence du Roy qui dit tout
haut qu'il plaignoit beaucoup
fon Pere à qui on alloit porter
cette trifte nouvelle , le
fecond , Abbé de Maimac ,
Chanoine de la fainte Chapelle
& Aumônier de feu Ma-
Decembre 1697. N
146 MERCURE
dame la Dauphine , avoit de
grands talens pour la Chaire .
Il mourut en 1693 ; infiniment.
regreté , aprés avoir donné
en deux differentes Affem.
blées du Clergé , des marques
d'une capacité & d'une
pieté que l'auroient infailliblement
élevé aux premieres
dignitez de l'Eglife .
Je vous appris le mois paffé
la mort de Meffire Louis
d'Anglure de Bourlemont ,
Archevêque de Bordeaux.
Son corps refta expoſé dans
la grande Sale du Palais Archiepifcopal
fixjours durant,
GALANT. 147
pendant lefquels les Cha
pitres , les Paroiffes , & tous
les Corps Religieux allerent
chanter quelque partie de
l'Office des Morts. Il fut enfuite
renfermé dans une Biere
de plomb , & porté en depoft
dans une Chapelle tenduë
de noir , de l'Eglife Mctropolitaine
de S. André , &
mis fous un Dais de Velours
noir à franges d'argent , jufqu'à
ce que M. l'Abbé de
Bourlemont fon Neveu , cydevant
Agent General da
Clergé de France , fut arrivé,
pour luy rendre les derniers
Nij
148 MERCURE
devoirs. Pour cet effet , le27.
de Novembre on tendit de
noir le Palais Archépiſcopal ,
& toute la Nef de S. André ,
qui eft une des plus belles
Eglifes de France. La tenture
étoit couverte des Armoiries
du defunt , tant plein que
yvide ; & tout au tour de la
Corniche qui regne dans la
Nef, brûloient quatre mille
Cierges de cire blanche, Au
milieu eftoit une Chapelle ardente
, magnifique par la
quantité des lumieres & d'ornemens
qu'il y avoit . On y
montoit par cinq marches
GALANT. 149
couvertes de noir & remplies
de Chandeliers . L'Autel étoit
dreffé à la porte du Chour
fur une estrade elevée de ſept
marches . Tout cet appareil
funebre avoit efté ordonné
par M. de Pradillon , un des
quatre Archidiacres
& Vicaire
General du deffunt , qu'il
a nommé executeur Tefta
mentaire avec M. Coffon ,
Intendant de fa Maiſon . A
neufheures du matin le Convoy
funebre fortit de l'Eglife
en cet ordre. Les Enfans do
l'Hopital General de la ma
nufacture , vetus de bleu avec
Niij
150 MERCURE
leur Croix & leurs Prêtres , les
Peres Minimes , Capucins ,
Recolets, Cordeliers ; les Peres
de la Mercy , les Auguftins ,
les grands Carmes , les Dominicains
, les Feuillants , les
Prêtres des douze Pareiffes ,
avec des Cierges , les Curez,
les Peres Benedictins; les Cha
pitres de S. Severin à la
gauche
, & celuy de S. André
du côté droit , dans lequel
M' l'Abbé de Bourlemont tenoit
la tefte , comme Grand
Archidiacre , M. le Doien
officiant pour lors. Aprés
l'Univerfité , venoit le Corps :
GALANT. se
Couvert d'un drap de Velours
noir , dont les coins e ftoient
portez par quatre Chanoines,
fuivi de plufieurs Ecclefiafti
ques qui portoient les Ornemens
Epiſcopaux couverts de
Crepe , dans des Baffins d'ar
gent. Les Aumoniers & tous
les Domestiques du Deffunt,
vetus de noir , fuivoient auffi
puis le Parlement , la Cour
des Aides , les Jurats avec le
Corps de Ville, & les Avocars.
Le convoy rentra en ce même
ordre dans l'Eglife , où m .
· l'Abbé d'arche , Doyen , celebra
la meffe, qui fut chantée
Nij
152 MERCURE
par une Mu fiqu e nombre
fe . M' Chapotel & M ' de
Brouffe , tous deuxChanoines
,
fervirent de Diacre & de Soudiacre.
L'Oraiſon Funebre fut
prononcée
par lepereVerneüil
Jefuite , qui a efté provincial
de fon Ordre . Il prit fon texte
dans la Genefe chap . 35.
Mortuus eft fenex plenus dicrum.
Sa divifion étoit prife des Epitres
de S. Paul . Oportet enim
Epifcopum irreprehenfibilem
eße
& ornatum. Il fit voir dans
fon premier point que m ' l'Archevêque
de Bordeaux avoit
efté irreprehenfible
dans les
GALANT. 153
grands Emplois qu'il avoit
exercez ; & dans le fecond,
qu'il avoit efté tres- reglé dans
fes moeurs , & dans fa vie.
Aprés la мefle , m ' le Doyen
avec quatre Chanoines & Di
gnitaires , revetus de Chapes
noires , alla faire les abfolutions
accoutumées autour du
corps , qui eftoit exposé ſous
la Chapelle ardente ; aprés
quoy les compagnies fe retirerent.
Le foir il fut inhumé
à la porte du choeur , prés le
coeur de м' le Cardinal de
Sourdis. M' Schreuder, connu
des Sçavans par ſon erudi
14 MERCURE
tion facrée & profane , luy
a fait cette Epitaphe.
Qui studiis nulli , nulli pietate
fecundus ,
Cor gregis , & Cathedra,
gloria fummafua ;
Qui jus legatum Piſu reparavit
& auxit ,
Hic præful Lodoix , nonfinë
laude jacet .
Ce prélat avoit gouverné
fon Eglife l'espace de dix - fept
ans , avec un zele & une pie.
té exemplaire. Il eftoit forti
de la Maifon d'Anglure , une
des plus illuftres de la Champagne
, defcendu des anciens
GALANT iss
Barons & Comtes de ce nom ,
qui depuis plus de fix cens
ans font en poffeffion de
donner des Cardinaux , & des
Evêques à l'Eglife , & des Generaux
à la France . Ses Ayeux
fe font diftinguez dans les
Croifades contre les Infidelles.
L'hiſtoire parlerat oûjours
d'un Saladin d'Anglure , pour
qui le Sultan de Babylone cut
une fi grande eſtime , qu'il le
renvoya fans rançon lors qu'il
l'eut fait prifonnier de guerre.
Ogier , premier du nom ,
Seigneurd'Anglure
, ſitué ſurla
Riviére d'aube prés de Troyes
16 MERCURE
en Chapagne , vivoit l'an 1096,
Il eftoit iffu des anciens Seigneurs
d'Anglure ; Roger &
Gaucher d'Anglure
, qui fe
trouverent au voyage d'Ou
tre- mer & à la conqueste de
Hierufalem
accompagnant
Godefroy de Bouillon . Ogier
fecond du nom , dit Saladin ,
Fils d'Ogier 1. Baron d'Anglure
, époufa en premieres
Noces Beatrix d'Effex , & en
fecondes Marie la Boutelier
de Sanlis , dont il eut trois
Fils , Ogier , Gui & Robert ;
Ogier III. du nom , Seigneur
d'Anglure , & d'Effex , épou
GALANT. 157
fa Marguerite de Conflans ,
Fille unique &beritiere d'Euf
tache , Seigneur d'Eftange' &
Advové de Theroüanne, dont
il eut un Fils & une Fille.
Ogier & Marguerite , mariée
à Guy de Pontalier , Seigneur
de Talmay : Ogier IV. du
nom , Baron d'Anglure , Seigneur
d'Eftange Advoüé de
Theroüanne , Seigneur d'Ef
fex , époufa Ifabeau de Chatillon
, Fille de Jean Grand-
Maître de France , & d'Ifabelle
de Montmorency , dont il
eut trois Fils ; Jean , dit Sala
din ; Gaucher , Seigneur de
458 MERCURE
Roocour & Venicour Capipitaine
de la Ville de Reims,
& Ogier V. Jean Fils d'Ogier
IV. dit Saladin d'anglure,
Seigneur d'Eftange & d'Effex,
époufa Jeanne de Bourlemont
, Fille unique & heritie
re de Pierre Baron de Bourlemont
, & de Beatrix de Joinville
, dont il eut Simon , dit
Saladin d'Anglure , Seigneur
d'Eſtange , d'Eflex , Donjeu
de Chaume , Lacoſte & Baron
de Bourlemont , qui épouſa
Ifabeau du Chatelet , Dame
de Mellay , dont il eut cinq ,
Fils & trois Filles . Les Fils fuGALANT.
isg
rent Nicolas , Ogier V I. du
nom, Abbé de S.Victor , & depuis
Evêque de Marſeille;
Jean , Seigneur de Donjeu;
Nicolas Cardinal Simon
chevalier du Croiffant Confeiller
& Chambellan du Roy;
René de Sicile. Les Filles furent
Jeanne , mariée avec
Balthafar, Baron de Rauffonville,
Gouverneur de Nancy,
Anne , Abbeffe de Remire.
mont en 1502. Marguerite ,
mariée à Nicolas de Grancey,
Seigneur Deftran & de Tous
langeon . Nicolas d'Anglure,
Fils de Simon , Grand Ecuyer
160 MERCURE
du Roy Louis XI. épouſa
Marguerite de Montmorency
, dont il eut Simon II . du
nom , dit Saladin d'Anglure ,
Baron de Bourlemont & Conflans
prés de Paris , qui époufa
Marguerite de Ligneville.
Ils eurent einq Fils & trois
Filles. Rene, Jean , Chevalier,
de malthe . Claude , Abbé de
Mureau ;
Nicolas mort au
Siége de Naples.Henry grand
Maître de Lorraine ; Les Filles ,
Claude , Abbeſſede Pourcey,
Antoinette, & Francoife, Dames
de Remiremont. René
d'Anglure chevalier de l'Or.
GALANT. 161
dre du Roy, Baron de Bourlemont,
Seigneur du Val, époufa
Antoinette d'Apremont ,
Dame de la principauté d'am
blife , dons il eut un Fils &
trois Filles , Affricain , Jaqueline
, Francoife , Jeanne.
Affricain d'Anglure , prince
d'Amblife , Vicomte de Foreſt
& Baron de Bufancy , Géné
ral de l'Armée du Duc de
Lorraine & Marechal du Barrois
, fut tué en affiegeant la
Ville de Beaumont en Arragon
, contre les Heretiques.
Il avoit épousé Marguerite de
la Baulme , Fille du Comte
Decemb. 169.
O
162 MERCURE
de Montrevel , dont il eur
trois Flis , & une Fille , qui
furent claude , René , tué au
Siege de Rimbergue, Gabriel,
chevalier de Malthe , & Char
lotte,Claude d'Anglure, Comte
de Bourlemont, Marquis de
Sy , Baron de Bufancy & de
Rimaucom , Seigneur du Val,
de Circour & autres Places ,
époufa Angelique .Diacele ,
le 22. Octobre 1600. Fille de
Ludovic,Comte de Chateauvilain
, dont il eut neuf Fils
& trois Filles ; les Fils , Nicolas
, Scipion, Chevalier de
Malthe , mort Comman
GALANT. 167
deur de Chalon , Henry Che
valier deмalthe, commandeur
de Robecour , & Colonel de
Cavalerie.Ferdinand Saladin ,
Chevalier de Malthe & aufli
Colonel. François I. Marquis
de Sy, qui époula en premieres
Noces Antoinette de marins
, Dame de Congy , & en
fecondes Angelique d'Apremont
de Vandy , dont il eut
Louis Duc Datrie , Charles ,
Marquis de Bourlemont , Abbé
de S. Piernon , cy devang
Agent General du Clergé de
France ; Charles , Evêque
d'Aix , de Caftres , enfuite

O ij
164 MERCURE
mort Archeveque de Tou
louſe , Loüis Auditeur de la
Sainte Rote , Abbé de la Graf
fe qui viens de mourir Archevêque
de Bordeaux . Chrétien
мaffé , Baron de Refanci,
Colonel d'un Regiment
de Cavalerie , & Sebastien ,
Baron de Rimaucourt , moururent
tous deux au Siege
d'Arras . Geneviève , morte
Carmelite à Verdun. Lieffe
& Marie Bernarde , mortes au
berceau. Henry , Fils ainé de
Nicolas , Colonel du Regiment
de Picardie , François , mort
nommé à l'Evêche de Pamiés ,
GALANT 155
LaFamille d'Anglure de Bourlemont
eft encore alliée à la
Maifon de Joyeuſe, de Savoye,
de Lorraine , des Ducs de
Bar , de Bethune , du Belay ,
Lille. Adam , Chabot , Choi.
feul , Chaftre , des Comtes
de Tende , Grancey , Mailly ,
Bonne Val. Anglure porte
écartelé au 1. & 4. d'or femé de
grelots d'argent , fupportez de
croiffant degueules , qui eft An:
glure. au 2. & 3. de Vairs à
3. pals de gueules au chef d'or
chargé d'une merlette defable , qui
eft Chatillon,fur le tout de gueules
à 3. faces d'argent , qui eft
166 MERCURE
Bourlemont. M l'Archevêque
de Bordeaux a eu des Emplois
fort confiderables dans
l'Eglife & dans lEtat , & il·les
a remplis avec beaucoup de
prudence , comme il paroîtra
par les memoires qu'il a laif
fez, & que l'on doit donner au
Public . Il a efté Auditeur de
Rote à Rome pendant vingtdeux
ans , Ambaffadeur , &
Plenipotentiaire au Traité de
Pife , par lequel fut élevée
cette Piramide , que Sa Majefté
fit enfuite demolir. C'eft
luy qui a auffi fait modeler
la colomne Trajane , dont les
GALANT. 167
Creux font refervez dans le
Louvre. Il a efté nommé aux
Evêchez de Tournay , de
Lavaur , Frejus & Carcaflonne,
dont il n'eut pas le temps
de prendre poffeffion , & enfin
a l'Achevêché de Bordeaux.
Si la Ville de Bordeaux parut
toute en deuil le jour de la
pompe funebre de fon Archevêque
, elle fe diftingua
le lendemain par les rejouiffances
magnifiques qu'elle fic
à la publication de la Paix .
Les Boutiques furent fermées
par l'ordre de M's les Maire
168 MERCURE
& Jurats , qui dés le matin
firent fonner la groffe Cloche
de l'Hotel de Ville , &fortirent
à cheval en cet ordre . Les
trois Compagnies d'Hallebardiersà
pied , Gardeordinai
re de l'Hôtel de Ville , leurs
Officiers à Cheval , commencerent
la marche. Enfuite
venoit un Heraut d'Armes ,
les Officiers de leur Justice
Civile & Criminelle , tous à
Cheval , les Trompetes & les
Jurats , revetus de Robes de
Damas rouge & blanc , montez
fur de fuperbes Chevaux .
Les Jurats eftoient Mrs de
Richon
GALANT . 169
Richon de Montfabier Gentil-
homme , Ledoux Avocat;
Louftant Bourgeois ; de Mondenard
Gentil - homme; Borie
Avocat , Bilate , Bourgeois,
Dejan Procureur Scindic , &
Dubofe Clerc de Ville . Ils
allerent par toute la Ville jettant
quantité de pieces d'argent
au Peuple , & revinrent
diner à l'Hôtel de Ville
avec une nombreuſe compagnie.
L'aprés dinée , ils
parcoururent tous les autres
endroits de la Ville , & fe
rendirent dans l'Eglife Cathedrale
pour affifter au Te
Decemb, 1697.
.
P
170 MERCURE
;
Deum , où le trouverent Mrs
du Parlement & de la Cour
des Aides en Robes Rouges ,
venus du Palais à pied , fuivant
la coutume qui fe pratique
pour les actions où Sa
Majefté affliſte en Perſonne
M's les Threforiers de France
en Robes de Satin noir , le
Prefidial & Senechal , l'Election
, l'Amirauré , les Avocats
& tous les Corps de Ville.
M' le Marquis de Sourdis ,
Commandant de la Province
à la tefte de la Nobleffe , s'y
rendit auffi , & prit fceance
dans le Parlement , Le foir il
GALANT. 171
vint à l'Hotel de Ville , où
à la teſte des Jurats , il mit
le Feu au bucher. Les Bourgeois
fous les armes , au nombre
de trente fix compagnies
diftinguées par leurs couleurs
, lefquelles faifoient dix
mille-hommes, firent une decharge
générale de la Moufqueterie
, qui fut fuivie de cel
le de trois bateries de Canon ,
que les Jurats avoient fait
trainer à la tefte de la ligne,
à laquelle le Chateau Trompefte
repondit par trois autres
chacune de cent dix
pieces de Canon , & en fuite
Pi
172 MERCURE
toute l'Artillerie du Fort
Louis & du Chateau du
Ha , avec le Canon de plus
de quatre cens Vaiffeaux qui
font dans le Port , & les
Galeres , où commande M
le Chevalier de Roüanés.
Les Jurats avoient encore
fait für les Foffez de l'Hôtel
de Ville , quatre Fontaines
de Vin pour les Pauvres. Ils
donaerent une magnifique
Colation à Monfieur de Sourdis
, & à foupper à la Noblef
fe. Enfuite il y eut Bal pour
les Dames. Pendant la nuit
ce ne furent que rejouiſſances
GALANT. 173
par
bar toute la Ville , avec de
tres belles Illuminations, dans
les Hôtels des principaux ,
comme ceux de M" les Premiers
Prefidents du Parle
ment , & de la Cour des Aides;
de M' le Marquis de Sourdis ,
de M' de Bezons Intendant
de la Province. Le Charterons
ou le Faux-Bourg du Port qui
eft fans doute le plus beau de
l'Europe , par la grandeur , &
par la magnificence de fes
Batimens , fit des rejouiffances
& des Illuminations par.
ticulieres , & plufieurs de
charges de Canon . Enfin on
Piij
174 MERCURE
jetta quantité de Fufées en
divers endroits , parmi lefquelles
, l'Hôtel de Ville , M'
F'Intendant , le Grand Bureau,
par les foins de M' de Tron
chaut Intereffé dans les Fermes
duRoy , fe diftinguerent
.
Le Samedy 4. de ce mois ,
Mrs. les Juge & Confuls de
la Bourſe avec les anciens
Bourgeois , firent mettre dés
le matin fur toutes les Portes
de leur Palais , dit la Place , le
Portrait de Sa Majesté, garny
de trophées , Deviſes & autres
oanements , M' de Carpentey
Juge , & Mrs. Sage , & Crofil,
GALANT:
175
lat premier & fecond Confuls
, firent mettre une batterie
de trente Canons , fur le
Quay , qu'on nomme Bourgeois,
dont on fit plufieurs decharges.
Le foir il y eut Bal
& feltin , pendant lequel on
jetta un grand nombre de
Fulées. Ils firent aufli couler
plufieurs Fontaines de Vin
pendant tout le jour . Tous
les Corps de Meſtier on fait
auffi des feftes particulieres.
Je vous envoyay le mois
paffé des Vers de M de Be
toulaud fur la prise de Barce-
P iiij
176 MERCURE
lone. En voicy d'autres de
luy fur la Paix , & il les adreffe
à l'illuftre Mademoiſelle de
Scudery en luy envoyant
pour le Roy une Onyce anrique
où la tefte d'un More
eft gravée en relief fur unfond
blanc. C'eſt le More qui luy
parle.
D
U fonds de l'Orient & des
confins du Monde ,
SAPHO , j'ay voyagé fur la terre
& fur l'onde ,
Et j'ay connu par tout que fous fes
lauriers verts
LOUIS redonneroit le calme à
l'Univers
GALANT. 177
A peine a-r'il parlé qu'au plus haut
de fa gloire ,
On a veu fur fon char la Paix & la
Victoire ;
Toutes deux à l'envy couronnant
les fouhaits ,
Pardes noeuds éternels s'uniffent à
jamais ,
Et moy mefme je viens fur cetre
aimable rive
Goûter les premiers fruits de l'abondante
Olive ,
Trop heureux , fi j'eftois quelque
jour en ces lieux
L'elclave d'un Heros auffi grand
que les Dieux !
Vous, SAPHO , dont la voix d'un
pur zéle animée
Aux plus lointains climats ſuivit fa
renommée ,
Vous dont la main fameufe avec
178 MERCURE
les plus beaux traits ,
Nous a peint tant de fois fes gra
ces , fes bienfaits ,
Sa bonté , la fageffe , & l'heureufe
harmonie
Du courage intrépide , & du vaſte
génie ,
N'oferiez - vous renter par amitié
pour moy ,
,
De me faire obtenir pour maistre un
fi grand Roy ?
Le Soleil merveilleux à varier les
hommes
Nous fit un teint d'ébéne au pays
où nous fommes ,
Mais la noirceur du corps ne paffe
point au coeur ,
Et n'y peut effacer l'image d'un
Vainqueur
Q'admirent tour à tour les rivages
du More ,
GALANT. 179
L'Ourfe , & l'ardent Midy, le Couchant
, & l'Aurore .
Daigne me recevoir ce Monarque
fameux
Digne par la vertu de remplir tous
mes voeux
Digne par feshauts faits , dansla Paix,
dans la Guerre ,
D'eftre l'unique Roy des peuples de
la Terre !
Mlle, DE SCUDERY ,
AU ROY.
En luy envoyant le petit More.
GrandRoy, que l'Univers
Je n'ay pû refufer à cet aimable
More
180 MERCURE
Le bonheur de paffer du moins des
vant vos yeux ,
Avec tout le refpe & qu'il pourroit
rendre aux Dieux ,
Comme il a voyagé ſur la Terre &
fur l'Onde ,
Il a trouvé par tout le Monde
Que le plus grand de vos hauts
faits ,
Seroit de nous donner une troifiéme
Paix.
Il vient pour admirer cette gloire
fuprême ,
Il vous voit vainqueur de vousmême
,
Et les fiers Alliez à vos pieds abbatus
Joindre un nouvel éclat a toutes
Vos vertus.
Leur fauffe ambition cauſoit leur
reſiſtance ,
GALANT. 181
Puifque pour eux la Guerre eftoit
de toutes parts
Sans fuccés & fans innocence.
Mais quand vos Ennemis feroient
tous des Célars
Quand un jaloux orgueil les uniroit
encore ,
Parmy tout ces Héros vous feriez
roûjours Mars,
C'est une vérité que perfonne n'ignore
;
Il n'eft pas jufqu'au petit More,
Qui ,pour le faire un fort&glorieux
fe
& doux , .
Ne borne fes -fouhaits à l'honneur
d'eftreà vous ;
Et s'il obtient ce qu'il défire ,
Il ne quitteroit pas les fers pour un
Empire.
Si on a fait de grandes ré.
182 MERCURE
joüiffances dans toute la
France pour la publication de
la Paix , elles n'ont pas efté
moindres en Eſpagne , où elles
ont efté accompagnées à
Madrid d'une courfe de Taureaux
avec une affluence extraordinaire
de monde , rien
ne plaisant tant aux Eſpagnols
que cette forte de fefte. Elle
s'eft faite à l'ordinaire dans la
grande place qui eft devanc
le Palais . Elle n'eft pas fi granny
fi belle que la Place .
Royale de Paris, mais les corps
de logis en font bien plus
hauts , & ils ont juſqu'à ſix &
de
GALANT. 183
fept étages tout pleins de bal
cons de fer . Comme ce n'eft
qu'un toit continué , cela eft
cauſe qu'il y a moins d'air.
Cette Place pour l'ordinaire
eft fort falle & fort vilaine
n'y ayant que des Marchands
& de petites gens qui y logent
; de forte que les Portiques
n'enfont pas plus beaux
que font icy les piliers des
halles . Levuide fert de marché.
Le jour de la fefte , cette
mefme Place eft route parée
du plus beau monde de Madtid
, rangé dans les balcons
qui fonttapiffez de draps de
184 MERCURE
differentes couleurs , & ac
commodez avec le plus de
pompe qu'il eft poffible.Cha
que Confeil y a le fien tendu
de velours ou de damas de la
couleur qu'il luy plaift, & ac
compagné de l'écuffon de fon
fceau ou de fes armes. Celuy
du Roy eft doré & couvert
d'un dais. La Reine y eft à fon
côté, & fur le recoin ,fon Favory
ou Premier Miniftres . A la
droite eft un autre grand bal
con pour les Dames de la
Cour, & dans tous les autres
il ya toute forte de monde.
Chacun , tant hommes que

GALANT: 185
femmes , tâche d'y paroiftre
avec avantage. Au deſſous de
ces balcons il y a des échaf
faux qui avancent de quelques
pieds dans la Place , &
qui prennent entre les piliers
des galeries . C'eſt où eft la
grande foule , les particuliers
y loüant des places plus ou
moins felon le pofte qu'ils
choififfent. Il y a quatre entrées
par où l'on vient à la place
qui eft ce jour - là toute ha .
blic & débaraffée de ces boutiques
roulantes qu'on y voir
les autres jours . On y peut
faire quelques tours en car-
Decemb. 1697. a
186 MERCURE
roffe & à pied jufqu'à l'arrivée
du Roi avant laquelleles Gar.
des y fendent la preffe & le
rangent en haye pour le recevoir.
Sitoft que leurs Majeftez
font dans leur balcon , on faic
fortir tout le monde de la Place
qui alors paroift nette &
vuide,& dans toute fa beauté.
Les Gardes prennent leurs .
poftes aux quatre portes &au
deffous du balcon du Roy.
Quatre ou cinq Alguazils fe
tiennent tefte nue au deffous
de ce balcon , & dés que le
Roy l'a commandé, celuy qui
a l'Intendance des Chariots
GALANT: 187
vales faire partir le long de la
Place où ils font rangez. En
mefme temps les tonneaux
dont ces chariots font char
gez , repandent l'eau d'une
maniere fi jufte , qu'elle ar
rofe également toute la place.
Cela fait les chariots s'écou
lent par les quatre portesty
qu'on ferme auffitoft qu'on a
faic entrer ceux qui veulent
combatre les Taureaux . Le
premier qu'on lâche , felon
qu'il eft plus ou moins farous
che , court avec precipitation
& donne la chaffe à tous ceux
qui font dans la lice . Il y en
Qij
188 MERCURE
qui courant moins viſte que
les autres fe jettent par terre ,
& il paffe par deffus fans leur
faire aucun mal , parce qu'il
ferme les yeux en donnant fon
coup. Ceux qui luy oppoſent
des manteaux ou des chapeaux
, arrêtent ſa furie , qu'il
croit avoir bien employée ,
pourveu qu'ilattrape quelque
chofe Tout cecy n'est que le
badinage de la fefte. Le ferieux
, c'est quand ceux qu'on
appelle Torreadores , dardent les
fléches ou les petits javelots
qu'ils ont preparez contre le
Taureau. Les plus adroits les
GALANT: 189
plantent entre les cornes avec
une agilité admirable. A même
temps qu'il fe fent piquê
par ces javelots,qui pour eftre
foûtenus & mieux portez de
l'air , ont des aîles de papier
rouge , fa fureur s'augmente.
Il fait des efforts pour le délivrer
de ce qui le pique , & à
forcede fe tourmenter, il s'enfonce
toûjours le fer plus avant.
On tient que ces animaux
ont entre les cornes un
endroit fi tendre & fi delicat,
que la bleflure eft mortelle
quand on les ypeut atteindre.
Ainfi quelques champions
{
190 MERCURE
l'ont fi bien choifi , qu'on en
a veu quelquefois qui ont tué
le Taureau d'un feul coup.
Quand on l'a affez harcelé &
qu'il commence à perdre vigueur
, les trompettes fon
nent , & c'est un fignal qu'on
le peut dejareter . Auffitoft on
luy darde des épieux aux jam .
bes . On met la main à l'épée
& au coutelas , & on tâche de
luy couper les nerfs Par der.
riere. Dés qu'il eft tombé ou
qu'il ne va plus que de trois
jambes , on voit pleuvoir de
tous coftez fur cet animal des
coups d'eftoc & de taille ,
GALANT
191
qu'ils nomment Cuchilladas.
Quand il a ceffé de remuer, on
le traine hors de la lice avec
des mulets , & on lâche un
autre Taureau. On en fait perir
quelquefois jufques à
vingt , & on ne finit la feſte
que lors qu'on ne voit plus.
Souvent leTaureau fe jette fur
les Gardes qui font rangez le
long de la place avec leurs hal
lebardes. S'ils le tuent, il leur
appartient. Il y a auffi des
combattans à cheval , mais
pour cette forte de combat il
faut eftre à étriers courts , &
non pas à la Françoife , autre192
MERCURE
ment on courreroit rifque d'a
voir une jambe emportée par
un coup de corne. Le Cheval
ne doit pas eftre dreffé ,
mais feulement étendre bien
les talons & avoir bonne bouche
.Dans la fefte deTaureaux
qui fe fit le mois paffé à Marid
, quatre Cavaliers d'une
qualité diſtinguée , entreprirent
de combatre .L'un fut
Dom Juan de Velasco , dont
le malheur a fait dire qu'il faut
quelque fois donner croyan
co au prefentiment. Une
de fes Soeurs luy écrivit le
matin , qu'elle fentoit je ne
fçay
GALANT 193
fçay quel mouvement fecret
qui la portoit à le conjurer de
n'aller point au combat , par
ce qu'elle eftoit perfuadée
qu'il y mourroit . Ilne fit nulle
attention à cette lettre ;
mais aïant demandé fa toque,
qui eftoit une coifure de tefte
particuliere dont il fe devoit
fervir dans cette fefte , elle fe
trouva envelopée d'un tafetas
noir fans qu'aucun de fes Domeftiques
puft dire d'où venoit
ce tafetas , qui envelopoit
la tocque. La frayeur
commença à le faifir , & il de.
meura irrefolu fur ce qu'il fe ,
Decemb
. 1697- R
194 MR CUR
"
roit. Quelqu'un luy ayant fait
craindre qu'on ne l'accufaft
de lâcheté s'il n'alloit pas au
combat , où il avoit declaré
qu'il se trouveroit , il fortit
enfin , & à peine fut il dans
la ruë, qu'un homme portant
une biere parut devant fon
cheval. Quoy qu'il puſt faire
pour le détourner , fon cheval
fuivit toujours cette biere,
ce qui l'obliga de dire que la
mort le pourſuivoit. Il entra
dans la Place , & malgré toute
fon adreffe , le Taureau luy
porta un coup dont il mou
rut quelques jours aprés.
GALANT: 195
Le S'Bruner, Libraire au Pa
lais , chez qui ſe debitent tout
ce qu'il y a de Livres nouveaux
& curieux , en vient de
mettre un ca vente , intitulé
Les Malades de belle humeur.
C'eft un recueil de Lettres
écrites de Chaudray , où la
réputation du S' Chriftophe
Ozanne attire tous les jours
une infinité de gens , pour le
confulter fur toutes fortes de
maladies. La premiere de ces
Lettres contient une defctiption
tres-agréable de la maifoude
ce charitable medecin .
Les autres renferment un
Rij
195 MERCURE .
grand nombre
de bons mots
,
de Dialogues
, d'Epigram
mes , de Remarques
, de cho .
fes difficiles
à croire , de Cou
tumes , & autres traits d'érudition
. Ceux qui veulent
bien
fçavoir le tiffu de l'Eneide de
Virgile , & de l'Iliade & de
l'Odiffée d'Homere , y trouveront
les Abregez de ces
fameux Poëmes ; & cette leature
ne leur fçauroit cftre que
ires -utile avant & aprés celle
des Ouvrages mêmes . Le
tout eft écrit d'une maniere
facile , & on apprend quanti
té de chofes dans ce recueil
GALANT. 199
m
ho
AJ
ies
ב י
que l'on ne pourroit fçavoir
fans lire de longs volumes,
C'est beaucoup que de s'en
pouvoir épargner la peine.
• OU La Carte d'Afrique viene
d'eftre mise au jour par le Sr
de Fer. Elle eft de la grandeur
de la France , de la мappemonde
de l'Europe & de l'Afie
, qu'il a données ces an
nées dernieres . C'eft affez pour
faire connoiftre qu'il y a de
grands changemens Les ornemens
& les deferiptions de
cette Carte font remplis de
faits hiftoriques tres - curieux .
Au mois de mars prochain il
U
R iij
298 MERCURE
donnera l'Amerique de la
même maniere , avec beau
coup de nouveauté.
Le même Auteur a donné en
même temps la France , d'une
grande feuille , avec les Conqueftes,
fes acquifitions & fes
bornes par la Paix de Rifwick.
C'est la premiere Carte de
France qui ait paru en public,
fuivant les obfervations de
Mrs de l'Academie Royale
des Sciences . A cofté de cette
Carte on trouve une Table
des noms de Villes , dont les
pofitions font certaines , &
qui ont fervi de fondement à
GALANT. 199
cette Carte , fuivant les dernieres
obfervations ; & une
autre Table des longitudes &
latitudes de ces mêmes Villes,
comme elles fe trouvent dans
les Cartes qui ont précedé
celle cy , & dont on a fait le
plus d'eftime. On y trouvera
encore un Exemple pour me.
furer les diftances de trois
manieres. Cette Carte eft trèsproprement
gravée. Tous ces
Ouvrages fe vendent à Paris ,
chez leur Auteur , dans l'Ifle
du Palais , fur le Quay de
l'Horloge,à la Sphere Royale:
La Chanfon que je vous
R iiij
200 MERCURE
envoye eft faite il y a déja un
peu de temps , mais elle ne
laiffera pas d'eftre nouvelle
pour ceux qui ne l'ont point
veuë. L'Air eft de M'de Poiffy
, de l'Academie de Caën .
AIR NOUVEAU.
HAfte- toy , fombre hiver ,
regnerfur la terre,
de
Ramene dans nos champs la glace
& les frimats.
Calme pour quelque temps les fu
reurs de la guerre,
Ofte l'aimable Acis du peril des
combats.
Viens finir ma douleur mortelle,
Ramene dans ces lieux
Q
1
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A
H
Ram
Caln
Ofte
E
GALANT. 201
Mon Heros gloriex ,
Et le ramene Amani fidelle.
Vous avez fans doute ap
pris que le mariage de M ' de
Montmorency , Colonel du
Regiment de Forest, avec Ma
demoiſelle de Montbrifeuil ,
eſt enfin terminé en confequence
d'un Arreft contraditoire
du Parlement , qui a
donné main levée de plufieurs
oppofitions intereffées de la
part des Parens de la Demoifelle.
M. de Montmorency eft
l'Aîné & le Chef de cette illuftre
Maiſon , dont font fortis
Apt Conneftables , plufieura
202 MERCURE
Ducs & Pairs ,Amiraux , Grends
Chambellans , Maréchaux de
France , & autres premiers
Officiers de la Couronne , qui
ont contracté quantité d'alliances
avec les Maifons de
France , d'Angleterre , de Savoye
, & autres Souverains de
l'Europe , & notamment мathieu
de Montmorency , Conneftable
de France , qui mourut
l'an 1160. Il avoit épousé
Alix de Savoye , Veuve du
Roy Loüis le Gros , & Mere
du Roy Louis le Jeune. Il
n'eft pas neceffaire de s'étendre
davantage fur cette illuGALANT.
203
ftre мaiſon , dont le S ' Duchefne
a compofé l'hiftoire ,
& dont plufieurs autres Auteurs
ont écrit fort au long.
Celuy dont je vous parle eft
Fils de défunt François de
Chevalier
Montmorency ,
premier Baron Chreftien en
France , Marquis de Foffeufe ,
Baron de Neuilly , Seigneur
Chaſtelain de Courtalin & de
Dame Elizabeth de Harville ,
Soeur du Marquis de Palaifeau
, du Comte de Harville
& de Madame la Ducheffe
d'Orval-Bethune . Mademoifelle
de Montbrifeüil eft Fille
204 MERCRUE
de MIN. de l'Etoile de Pouffe.
mothe, S'demontbrife üil, Prefident
des Requeſtes du Palais
du Parlement de Paris , &
de Dame N. Regnault. Cette
Famille , originaire de Bearn ,
s'eft établie en France vers
l'an 1548. dans le temps du
mariage de Jeanne , Reine de
Navarre , avec Antoine de
Bourbon. Les Seigneurs de
Thierfanville en font les Aînez
, qui s'eftant alors établis
en Picardie , y ont contracté
differentes alliances evec les
Seigneurs d'Ermenonville, les
Comtes de Beloy , les MarGALANT.
205
quis de Vaudetar , Perfan , &
autres Maiſons confiderables
de cette Province . Cette
Branche de Thierfanville a
fervi dans la profeffion des
armes , & donné à l'Ordre de
Saint Jean de Jerufalem des
Chevaliers, parmy lefquels eft
celuy qui a accompagné Son
A. S. Monfieur le Prince de
Conty en fa Campagne de
Hongrie en 1684. & qui eft à
prefent Provediteur general
de la Religion. Les autres
Branches de cette Famille ont
fervi dans la Magiftrature.
Jamais Prince n'a tenu fa
206 MERCURE
parole avec tant d'exactitude
que le Roy . Par le Traité fait
avec Monfieur le Duc de Savoye,
Sa Majefte s'eftoit engagée
de marier Monfieur le
Duc de Bourgogne avec мadame
la Princeffe de Savoye,
fi- toft qu'elle auroit douze
ans ; & comme elle les eut accomplis
le 6.de ce mois , le mariage
fe fit le lendemain . Ce
jour- là, qui eftoit un Samedy,
tous les Princes , Princeffes , &
principales Dames de la Cour
fe rendirent entre onze heures
& midy dans la Chambre
de Madame la Princeffe de
GALANT. 207
}
Savoye , Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , accompagné
de M' le Duc de Brauvilliers,
Y fut conduit fur les onze
heures & demie , par M' le
Marquis de Blainville Grand
Maître des Cérémonies , &
par. M' des Granges Maître
des Cérémonies ; & ce Prince
prit un fiege affez prés de
la Princeffe , qui étoit encore
à la toilette. Le Roy , l'ayant
fait avertir a l'iffue du Confeil
, elle fortit de fa Chambre
pour aller joindre fa Ma
jefté qui l'attendoit dans la
Galerie. Monfeigneur le Duc
208 MERCURE
de Bourgogne luy donna la
main droite. M' le Marquis
de Dangeau , fon Chevalier
d'honneur , foûtenoit fa robe
derriere ce Prince , & M' le
Comte de Teffé , fon premier
Efcuyer , en faifoit autant de
l'autre côté , luy donnant auffi
de temps en temps la main,
pour la foulager à cauſe de la
pefanteur de fes habits , fe reculant
néanmoins pour ne
pas paroître auffi avancé que
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
. L'Exempt des Gardes
pour lors en fervice auprés
de Madame la Princeffe de
GALANT: 209
Savoye , portoit fa queuë . On
fe mit en marche pour aller
à la Chapelle. Monseigneur
le Duc de Bourgogne & Madame
la Princeffe de Savoye
marchoient devant fa majef
té , les Princes & Princeffes
marchoient à leur rang. On
n'a jamais pouffé fi loin la
magnificence des habits. Le
Roy en avoit un de drap d'or,
relevé fur les tailles d'une é.
paiffe & riche broderie d'or,
Monseigneur eftoit vêtu d'un
brocard d'or , avec une broderie
d'or fur les tailles . Celuy
Decemb
. 1697.
S]
2to MERCURE
de Monseigneur le Duc le
Bourgogne étoit de velours
noir en manteau . Il étoit brode
d'or en plein , & le manteau
doublé d'une étoffe d'argent
pareillement brodée
d'or , mais d'une broderie
délicate . Il étoit en pourpoint
, en chauffes ouvertes ,
en groffes jaretieres , & couvertes
de dentelles telles
qu'on les portoit autres- fois,
des ailes , & des rubans fur les
fouliers , & un bouquet de
plumes fur le chapeau. L'habit
de Madame la Princeffe
GALANT 21
de Savoye étoit d'un drap
d'argent brodé d'argent avec
une parure de Rubis , & de
Perles. Monſeigneur le Duc
d'Anjou , & monfeigneur le
Duc de Berry avoient des juf-
'aucorps de velours , couverts
de broderie d'or , & des veftes
tres riches. L'habit de Mon
hieur étoit fuperbe. Il étoie
de velours noir, avec d'épaif
fes boutonnieres de broderie
d'or , fans intervalle , & de
gros boutons de diamants.
Sa vefte étoit d'or , & le refte
de la parure étoit de la même
richeffe. Monfieur le Duc de
Sij
212 MERCURE
· cou-
Chartres avoit un habit de
velours gris blanc ,
vert d'une broderie d'or
tres agréable , enrichy de
Diamants , de Rubis , &
d'Emeraudes. Monfieur le
-
Prince , & Monfieur le Duc,
avoient des habits d'une gran
de beauté , & finguliers. Celuy
de Monfieur le Prince
étoit de velours noir , brodé
d'or en plein d'une tres fine
broderie , & les tailles marquées
par une plus forte &
plus riche.Monfieur leDuc du
Maine , & Monfieur le Comte
de Toulouſe avoient auf
GALANT. 213
fi des habits fort magnifiques.
Madame , Madame la Ducheffe
de Chartres , & madame
la Ducheffe, en avoient à
peu prés de même gouft, c'eſt
à dire des plus belles étoffes
d'or , relevées d'agréments
d'or les plus forts & les plus
riches qui fe puiffent faire .
Leurs coëffures & leurs corps
eftoient chargez de toutes
fortes de pierreries. L'habit
de
Mademoiſelle fut generalement
admiré. Il eftoit de
velours vert , couvert d'une
broderie d'or d'un goût exquis
avec une parure de dia.
214 MERCURE
mans & de rubis . madamela
Princeffe de Conty la Douairiere
avoit auffi un habit de
velours vere en broderie d'or
magnifique , avec beaucoup
de pierreries. L'habit de мademoiſelle
de Condé eftoit
de velours incarnat , brodé
d'or & d'argent avec quantité
de pierreries. Grand nombre
de Seigneurs & de Dames
avoient des habits qui n'e
toient guere inferieurs à ceux
dont je viens de vous parler.
LesDames qui ne font plus de
la grande jeuneffe , eftoient
vêtuës de velours noir , avec
བྱཱ
GALANT. 215
de tres belles juppes , ou bro
dées , ou chamarées d'or , &
eftoient paréesde riches croix
-de diamants.
La Cour dans cet éclat paf
fa le long de la galerie , des
Apartements, & du grand efca
lier , & entra dans la Chapelle.
La foule des fpectateurs
étoit tres grande dans tout
fon paffage , mais on avoit
obſervé un fort bon ordre
dans la Chapelle . Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
& Madame la Princeffe de
Savoye , fe mirent d'abord à
genoux fur des carreaux au bas
216 MERCURE
des mrrches de l'Autel . M'le
Cardinal de Coiflin fit la céremonie
des Fiançailles , qui
fut fuivie de celle du mariage
, & dans l'une & dans l'au
tre ceremonie , Monſeigneur
le Duc de Bourgogne le tourna
vers le Roy , & vers Monfeigneur,
pour leur demandér
leurconfentement, & Madame
la Princeffe de Savoye en fit
autant , & le tourna de plus
vers Monfieur , & vers madame,
pour leur demander auffi
leur confentement. Monfei
gneur le Duc de Bourgogne
mit une bague au doit de la
Princeffe
GALANT. 217
Princeffe de Savoye , & luy
fit préfent de treize piéces
d'or. Enfuite M' le Cardinal
commença la Meffe. A l'of.
fertoire,Monseigneur
le Duc
de Bourgogne
& Madame
la Princeffe de Savoye allerent
à l'offrande , aprés avoir
fait les reverences ordinaires
a l'Autel , au Roy , & à Monfeigneur.
M' le Marquis de
Blainville ' préfenta à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
un cierge où étoient dix
Louis d'or , & M ' des Granges
en fit autant à Madame
Ja Princeffe de Savoye , avec
Decembre 1697. T
218 MERCURE
pareil nombre de Louis. Le
Poifle fut tenu par м ' l'Abbé
deCoiflin nommé à l'Evêché
deMets , premier Aumonier en
furvivance , & par M' l'Abbé
Morel , Aumonier du Roy.
Aprés la Meffe , le Roy figna
fur le Régiftre de la Paroiffe
, enfuite Monfeigneur
le Dauphin , Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , & Madame
la Ducheffe de Bourgogne
, Moufeigneur le Duc
d'Anjou , Monfeigneur le
Duc de Berry , Monfieur &
Madame , Monfieur le Duc
& Madame la Ducheffe de
GALANT. 219
.
Chartres , Monfieur le Prinče
& Madame la Princeffe ,
& les autres Princes & Princeffes
. On fortit de la Chapelle
dans le même ordre
qu'on y étoit entré , & l'on
retourna par l'escalier , l'Appartement
& la Galerie , dans
la Chambre de Madame la
Ducheffe de Bourgogne
,
d'où l'on paffa dans ſonAntichambre.
Sa Majeſté y difna ,
fur une table en demi cercle,
où étoient placez felon leur
rang Monfeigneur le Dauphin
, Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , Madame la
Tij
220 MERCURE
Ducheffe de Bourgogne ,
Monſeigneur le Duc d'Anjou
, Monſeigneur le Duc de
Berry , Monfieur , Madame ,
Monfieur le Duc de Chartres,
Madame la Ducheffe de Char.
tres , Mademoiſelle , Mada
me la grande Ducheffe , Mon-
Geur le Prince , & Madame la
Princeffe , Monfieur le Duc
& Madame la Ducheffe , Ma
dame la Princeffe de Conty
la Douairiere , Mademoiſelle
de Condé , Monfieur le Ducdu
Mayne , Monfieur le Comte
de Toulouſe , & Madame la
Ducheffe de Verneuil .
GALANT: 221
A la fortie de table, l'on reatra
dans la chambre de мadame
la Ducheffe de Bourgogne
, où le Roy ne demeura
qu'un inftant , & retourna
chez luy , toujours plus occu
pé des affaires de fon Etat ,
que des plaifirs , meſme dans
les plus grandes feftes . Sut
les fix heures du foir , l'Am
baffadeur de Savoye , avec
une affez nombreuſe fuite ,
luy vint faire compliment
fur fon mariagé , & luy prefenta
quelques jeunes Seigneurs
Piémontois . A fept
Tiij.
222 MERCURE
heures & un quart , Mada
me la Duchefle de Bourgogne
, fuivie d'un grand nombre
de Dames , fe rendit dans
l'Appartement
du Roy , où Sá
Majefté
l'attendoit
dans le
Salon , pour recevoir
le Roy
& la Reine
d'Angleterre
, qui
arriverent
un moment
aprés.
L'on entra dans la Galerie ,
qui eftoit éclairée
par trois
rangs de Luftres
, & grand
nombre
de Girandoles
. De là
l'on paffa dans la chambre
du
Portique
, auquel on joüa l'eſpace
d'une heure ; enfuite de.
quoy le Roy , & Leurs Maje,
GALANT. 223
ftez Britanniques , & toute la
Cour, vinrent dans le Salon
du bout de la Galerie qui regarde
l'Orangerie , pour voir
tirer le Feu d'artifice, qui avoit
efté préparéau bout de la piece
d'Eau, appellée la Piece des
Suiffes , à caufe que les Suiffes
y ont travaillé. Elle a plus de
cent toifes de large , & envi
ron cent cinqninte de long.
Il n'y avoit point de Theatre
dreffé , comme on le fait ordinairement
pour les Feux d'artifice
, mais l'artifice eftoit autour
de cette piece d'Eau , &
particulierement au bout, fur
Tiij
224 MERCURE
une espece d'amphitheatre
naturel. Tous ces endroits
eftoient diſpoſez en forte ,
qu'il en devoit partir de l'arti
fice pour former des berceaux
de feu qui auroient couvert
la piece d'eau , & cette piece
d'Eau devoit eftre bordée
d'un nombre infini de terrines
remplies de groffes méches ,
qui auroient fait voir un parterre
de lumieres ; mais le
grand vent & la pluye violente
qu'il faifoit pour lors ,
furent fort . contraires à ce
fpectacle, qui neanmoins parut
grand & extraordinaire,
;
GALANT. 225
..
Toute la Cour paffa enfuite
par la chambre de Madame la
Ducheffe de Bourgogne, qui
eftoit extrémement éclairée ,
& dans laquelle dés le jour
precedent l'on avoit tendu
un Lit magnifique de velours
vert en broderie d'or & d'argent.
L'on y voyoit auffi la
Toilette de cette Princeffe ,
qui fut admirée, tant pour les
pieces d'ofévrerie , que pour
la broderie & les Points. Ces
pieces d'orfévrerie eftoient
d'un deffein , d'un gouft &
d'un travail admirable. On y
Yoyoit en quelques endroits
226 MERCURE
de petites teftes antiques en
forme de Medailles , mêlées
parmy les ornemens , fi belles
& fi bien faites , qu'on n'a jamais
rien vû de plus beau en
ce genre. Ce qu'il y a de fort
remarquable, c'est qu'aucune
de ces teftes ne fe reffembloit,
Ce merveilleux ouvrage eft de
M' de Launay. Le drap du
Lit & le Couvre- pied furent
auffi fort regardez & fort admirez.
On le mit à table, &le
Roy foupa au même endroit
avec le Roy & la Reine d'An
gleterre , & les mêmes perſonnes
qui avoient efté du dîné.
GALANT. 237
Pendant le repas l'on difpofa
dans le grand Cabinet de мadame
la Ducheffe de Bourgogne
, la Toilette de Monleigneur
le Duc de Bourgogne ,
dont la richeffe & le bon
gouft mirent dans l'embatras
de juger à laquelle des deux
Toilettes on devoit donner la
préference , à l'égard des
Points & de la broderie. Aprés
le foupé , le Grand- Maiſtre &
le Maistre des Ceremonies allerent
querir M'leCardinal de
Coiflin , qui fit la Benediction
du Lit. Monſeigneur le Duc
de Bourgogne vint le def228
MERCURE
habiller dans le Cabinet, ou
l'on avoit mis fa toilette , &
l'on deshabilla dans le mef
me temps Madame la Dacheffe
de Bourgogne , aprés
avoir fait fortir de la chambre
toutes les perfonnes qui n'y
devoient pas refter . Le Roy
d'Angleterre vint donner la
chemiſe à Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , & la Rei
ne la donna à Madame la Du.
cheffe de Bourgogne, qui don
na fes jaretieres & fon bou.
quet à Mademoiselle . Si toft
que Madame la Ducheſſe de
Bourgogne fut au lit , le Roy
GALANT 229
fit appeller мonſeigneur le
Duc de Bourgogne qui entra
dans la chambre en robe de
chambre le bonnet à la main,
& les cheveux noüez par derriere
avec un ruban couleur
de feu , & fe mit au lit du côté
droit. Les rideaux du pied
eftoient fermez ; mais ceux
des côtez demeurerent à demi
ouverts. Le Roy fit entrer
м ' l'Ambaſſadeur de Savoye ,
& luy dit qu'il pouvoit mander
qu'il avoit veu les mariez
couchez ' enſemble. Enfuite
le Roy & leurs Majeftez Britanniques
ſe retirerent , mais
230 MERCURE
Monseigneur
reſta dans la
chambre. Un moment aprés
Monseigneur
le Duc de Bourgogne
fe releva , paffa dans le
grand Cabinet où il fe rhabilla
, & s'en retourna cou .
cher chez luy.
Le Dimanche 8. il y eut fur
les fix heures du foir dans le
grand Cabinet de Madame
la Ducheffe de Bourgogne
un grand cercle où ſe
trouverent les Prince fles &
les Ducheffes en tres-grand
nombre , & magnifiquement
vêtuës. Le Roy s'y rendit à
fept heures. Le cercle le leva,
GALANT.
31
& l'on paffa dans les Apparte
mens , où il y eut Mufique , jeu
de Portique & une Collation
furprenante, tant par la quan. ·
tité que par fon ordonnance .
Madame laDucheffe deBourgogne
avoit ce jour - là un habit
de velours couleur de feu ,
brodé d'or , avec une parure
de diamans : Le marin de ce
mefme jour M's lesCardinaux
d'Eftrées , de Janfon , de Fur
ftemberg & de Coiſlin , vinrent
en rochet & en camail à
la toilette de cette Princeſſe
prédre poffeffiondu tabouret .
Le Lundig. Fefte de liCon232
MERCURE
ception de la Vierge , le Roy
avec toute la Cour entendit la
Prédication du Pere Bourdaloüe
& Vefpres , & Madame la
Ducheffe de Bourgogne y parut
pour la premiere fois en
fon rang. Elle avoit ce jour- là
un habit de velours noir avec
une parure de diamants , &
une juppe de drap d'or , brodée
d'or.
Le Mardy io. Monfieur le
Prince de Galles , & Madame
la Princeffe d'Angleterre
vinrent
fur les trois heures ren ,
dre visite à Madame la Du
cheffel de Bourgogne
, qui
GALANT 233
avoit ce jour-là un habit de
fatin couleur de roſe brodé
d'argent avec une parure de
diamants . Ils allerent en fuite
chez Monseigneur le Duc de
Bourgogne.
Le mécredy II. ily cut dans
la Galerie de Verſailles le plus
grand & le plus magnifique
Bal , qui fe foit jamais veu à la
Cour. La Place diſpoſée pour
la danſe eftoit de cinquante
pieds de long fur dix neuf de
large , dans le milieu de la
Galerie , avec double rang de
Siéges pour les Seigneurs &
les Dames du Bal. Les Fau-
Decemb
.1697: V
234 MERCURE
teüils du Roy & ceux du Roy
& de la Reine d'Angleterre ,
eftoient en face du falon qui
regarde l'Orangerie & vis à .
vis ces Fauteuils , l'enceinte
du Bal avoit une ouverture de
fix pieds, pour y entrer & pour
en fortir. On avoit élevé des
gradins dans toutes les croilées
de la Galerie , & on les
avoit couverts de tapis de la
Savonnerie ; la Galerie eftoit
éclairée par trois rangs de
Luftres d'un bout à l'autre.
Celuy du milieu ettoir de
huit , qui estoient les plus
forts, & les deux autres de
GALANT:
233
dix fept chacun , mais plus
petits. Il y avoit auffi de chaque
cofté trente - deux Girandoles
fur des gueridons dorez;
mais ce qui l'éclairoit bien
davantage, c'eftoit huitgrandes
pyramides rondes , de dix
pieds de haut , qui portoient
chacune cent cinquante bougies
dans des flambeaux d'arg
nt , pofez fur huit degrez ,
qui s'élevoient en pointe , &
qui estoient revêtus de gaze
d'or. Ces Pyramides eftoient
portées par des piedeftaux
quarrez , de quatre pieds &
quatre pouces de haut , & de
V ij
336 MERCURE
J
quatre pieds de diametre, revêtus
de velours
Cl
avec des franges d'or. Quatre
de ces Pyramides eftoient
placées aux quatre coins de
l'enceinte
du Bal , & les quatre
autres aux deux bouts de
la galerie , à côté des portes
des falons , lefquels eftoient
éclairez par cinq luftres chacun
, & par quatre girandoles
fur des guéridons dorez. On
avoit élevé dans les trois por- .
tes du falon du petit Appar- )
tement du Roy , qui donnent
dans le milieu de la Galerie ,
des échafauts pour les VioGALANT
237
lons & pour les Hautbois ,&
ces échafauts n'avoient point
de faillie dans la Galerie. A.
vant quatre heures , tous les
gradins des croisées furent
remplis de monde,& entre fix
&fept tous lesSeigneurs &tou .
tesles Damesde la Cour le rendirent
dans l'Appartement de
Madame la Ducheffe de Bour.
gogne. Je n'entreprendray
point la defcription de la richeffe
& de la diverfité des
habits. Il fuffit de vous dire
que l'imagination ne peut aller
plus loin , & que les yeux
en eftoient éblouis.L'habit de
238 MERCURE
Monfeigneur eftoit d'une
étoffe d'or , avec des agre
ments ea broderie d'argent.
Meffeigneurs les Ducs de
Bourgogne , d'Anjou & de
Berry estoient en habits de
velours brodez d'or en plein.
Celuy de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne eftoit noir &
les deux autres de couleur
avec beaucoup de diamants .
Monfieur avoit le mefme ha .
bit qu'il avoit porté le jour du
Mariage,de velours noir,a vec
des boutonnieres en broderie
d'or & de gros boutons de dia.
mants. Celuy de Monfieur le
GALANT. 239
Duc de Chartres eftoit riche
& galant . Il eftoit d'un étoffe
d'or relevée par des agrémens
d'or. Une partie des Seigneurs
qui estoient en grand nombre
, avoit des habits de velours
, ou brodez , ou couverts
de boutonnieres appliquées ,
& l'autre en avoit de riches
brocards d'or. Il y en avoit
quelques uns de fimples , mais
la plûpart eftoient relevez de
broderie ou d'agrémens d'or
& d'argent appliquez I's avoient
tous des noeuds d'é-
' paule fort riches , des bouquets
de plumes à plufieurs
240 MERCURE
étages , les manches du juftau
corps chargées de dentelles
d'or & d'argent & de rubans ,
gands pareillement gar & les
nis de dentelles , des bas de
foye de diverfes couleurs ,
brodez d'or , & des rubans fur
lesfouliers . Les Dames étoient
encore plus fuperbement vêtuës.
L'habit de Madame la
Ducheffe de Bourgogne étoit
d'un étoffe d'or avec une
garniture de diamants, dans
laquelle , ainfi que dans fa
coeffure, entroient les plus
beaux diamants de la Cou
ronne. Madame, Madame la
Du
GALANT. 241
Ducheffe de Chartres , Mademoiſelle
, Madame la
"
Ducheffe , Madame la Princeffe
de Conty & Mademoifelle
de Condé , avoient toutes
des habits qui fe difpu
toient de richeffe & d'agrément.
Ceux de Madame de
Chartres & de Madame la
Ducheffe eftoient d'étoffes
d'or , rehauffé de boutonnićres
d'or, & les juppes chamarrées
d'une richeffe qu'on ne
fçauroit exprimer , les corps
& les coeffures chargées de
pierreries. Mademoiſelle

& Madame la Princefle de
Decemb. 1697. X
242 MERCURE'
Conty avoient des habits de
velours brodez d'or. Enfin
toutes les Dames du Bal é
toient generalement habil
-lées , ou d'étoffes d'or garnies
d'agrémens d'or & d'argent ,
ou de velours de toutes couleurs
brodez d'or , & elles
eftoient brillantes de pierre-
"ries fur leurs habits & dans
-leurs coëffures.
Le Roy le rendit fur les fept
heures dans la Chambre de
Madamela Ducheffe de Bourgogne
, fon habit étoit magni.
fique & majeftueux . Il étoit
de velours noir , couvert en
GALANT. 243
plein d'une broderie d'or fine
& delicate , & marqué fur les
tailles d'une plus épaifle &
plus riche , avecdes boutons
de Diamans. LeRoy & la Reined'Angleterre
arriverent peu
de temps après. La Reine
étoit fort richement vêtuë
d'une étoffe d'oravec des agré .
ments d'or. L'on paſſa dans la
Galerie , & le Bal commença,
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
ouvrit la danſe par le
branle , menant madame la
Ducheffe de Bourgogne
, &
lors que le branle fut fini , ils
danferent enfemble la pre-
X ij
244 MERCURE
le
miere courante , & tout le
monde en fut charmé. Ma.
dame la Ducheffe de Bourgogne
prit Monfeigneur le Duc
d'Anjou , & il prit. Madame
la Ducheffe de Chartres , la
quelle prit Monſeigneur
Duc de Berry , qui prit Mademoifelle
, &le refte ſe paffa
dans l'ordre & felon le rang.
'Comme le nombre des Danfeurs
étoit fort grand , plufieurs
de ceux qui avoient été
nommez ne danferent point,
faute de Dames qui fe trouverent
en plus petit nombre,
Madame la Ducheffe de Bour,
GALANT. $45
gogne fe fit admirer dans le
menuet & le paffepied . L'on
danía fouvent le menuer à
quatre , afin de faire danfer
plus de monde . Sur les huic
heures le Roy demanda la
Collation, qui fur apportée
fur douze tables de formes
inégales , couvertes de mouffe
& de verdure aulieu de napes
, & chargées par compartimens
de toutes fortes de
fruits de la faifon & de confitures,
feches entremelées de
fleurs . Elles furent portées
dans l'enceinte du Bal , & lors
qu'elles furent raffemblées,
X iij246
MERCURE
elles formerent une espece de
Parterre tres agréable où paroiffoient
quatre Orangers
portant des Oranges confices .
Ces tables furent enſuite fe .
parées , & pafferent l'une
aprés l'autre autour de l'enceinte,
au moien des rouletes
qu'elles avoient fous les pieds .
On apporta auffi à la main
une quantité prodigieufe de
Corbeilles, pleines de paquets
de confitures & de maffepains
, & une infinité de fou
couppes chargées de liqueurs
& de glaces. Aprés la Collation
qui fut entierement pil
GALANT: 247
lée , l'on fit ne toyer . la place
& l'on continua le Bal jufqu'à
dix heures & demie.
Lors qu'il fut fini , le Roy , &
leurs majeſtez Britanniques
entrerent dans le petit Appartement
de Sa Majefte , ou
le Soupé étoit fervi dans l'an.
tichambre. Tous les Sci-
Balfor
gneurs , & Dames du Bal fortirent
par l'Appartement
de
Madame la Ducheffe de Bour .
gogne. La table du Soupë
étoit en demi , cercle , ainfi
que celle du jour du mariage.
Elle étoit remplie par Sa
Majefté , le Roy & la Reine
X iiij
248 MERCURE
d'Angleterre , Monfeigneur,
Monfeigneur le Duc & Madame
la Ducheffe de Bourgo
gne , Meffeigneurs les Ducs
d'Anjou , & de Berry , Monfieur
, & madame , Monfieur
& Madame de Chartres , мademoiselle
, Madame la Ducheffe
, & Madame la Prin
ceffe de Conty. Aprés le Sou
pé le Roy & la Reine d'Angleterre
retournerent à Saint
Germain , & chacun fe rerira-
Le Samedy fuivant, il y eut
encore un grandBalqui commença
plus tard que le prece
dent , parcequ'on ne foupa
18
GALANT. 249
qu'aprés le Bal , & qu'il y eur
media noche La foule des fpe-
&tateurs avoit efté fi grande
au premier , qu'on trouva
moyen d'accommoderle lieu
où l'on dança , de maniere
qu'il y eut encore plus de pla
ces pour les perfonnes de la
premiere qualité. Madame
la Ducheffe de Bourgognemit
ce jour- là un habit de velours
noir tout couvert de diamans.
Ses cheveux eftoient natez de
perles , & tout le reste de fa
coëffure eftoit fi rempli de
diamans, qu'on peut dire fans
exageration , que la veuë en
250 MERCURE
pouvoit à peine fuporter l'éclat.
La plupart des Princeffes
de la Maiſon Royale mirent ce
jour-là des habits de velours.
noir. Madame en avoit un
chamarré de rubis & de díamans
, la jupe d'entre deux
eftoit de brocard d'or rebrodé
d'or. L'habit de Madame la
Ducheffe de Chartres eftoit
de velours noir chamarré fur
toutes les tailles de diamans
brillans , & celuy de Mademoiſelle
eftoit auffide velours
noir chamarré de gros dia
mans & de perles fur toutes
les tailles.La jupe d'entre deux7M
GALANT: 251
$
de cette Princeffe eftoit du
mefme velours chamarré en
plein de point d'Espagne or
& argent. Toutes les coëffures
eftoient couvertes de
pierreries . Les Princes étoient
en habit de brocard d'or rebrodé.
Les uns avoient des
Brandebourgs de pierreries ,
& les autres feulementde gros
boutons. Monfieur avoit des
Brandebourgs d'argent avec
des boutons de rubis d'o .
rient & de diamans. L'habit
de Monfieur le Duc de Chartres
eftoit de velours noir,
les brandebourgs d'or mê
252 MERCUR
£
lées de brandebourgs de dia
mans doublées de velours
couleur de rofe . Ses manches
eltoient garnies de dentelles
d'argent. Monfieur le Duc du
Maine , & Monfieur le Comte
de Thoulouſe fe faifoient di-.
ftinguer & admirer tout enfemble
, tant leurs habits
eftoient riches , brillants &
bien entendus . Enfin à voir
chaque habit en particulier ,
it fembloit que rien ne ſe pou .
voit ajoûter à tous ceux des
Princes , Princeffes , Seigneurs
& Dames qui dançoient à ce
Bal , tant ils eftoient fompGALANT.
283
tueux & brillans ; enforte que
fans compter les pierreries ,
les habits feuls des deux Bals
revenoient à plufieurs millions
. L'habit que la Reine
d'Angleterre avoit au ſecond
Bal eftoit de velours noir ,
avec une tres belle parure de
diamans: La Collation ne fut
pas fervie fur des tables comme
la premiere , mais elle fut
portée dans un nombre infini
de corbeilles.Jamais il ne s'eft
rien vu de fi brillant que ce
Bal. Il y avoit , tant dans la
Galerie où l'on a dancé que
dans les Apartemens desen254
MERCURE
virons , quatre à cinq mille lumieres
, ce qui faifoit beaucoup
briller la richeffe des
habits & la magnificence des
Appartemens. Il y a eu à
Trianon une repreſentation
de l'Opera d'Apollon & d'Iffé
qui avoit efté preparé comme
un des divertiffemens qui
devoient fuivre le mariage de
Monſeigneur le Duc de Bourgogne
. Il eftoit accompagné
de tout le fpectacle que peut
permettre le lieu. L'Affemblée
fut nombreuſe , & en fortit
tres-fatisfaite . Tous les ha
bits de cet Opera eftoient
GALANT.
235
heufs & bien entendus , &
faits fur les deffeins & fous la
conduite de Mr. Berrin.
Voicy ce qui a efté tres- fidellement
extrait des Regi-
Itresde Verſailles , touchant
lę Mariage de Monfeigneur
" le Duc de
Bourgogne.
E feptiéme Decembre 1697.
Tres - Haut Tres Puffant
* Prince Monſeigneur Louis de
France , Duc de Bourgogne , Fils
de Tres Haut , Tres Puiffant &
Excellent Prince
Monfeigneur
Louis Dauphin de France ,
défunte Tres -Haute, Tres Puiffante
& Excellente Princeffe
L
de
246 MERCURE
Marie Anne Chreftienne de Ba
viére , de cette Paroiffe d'une
part: Tres Haute & Tres-
Puiffante Princeffe Marie Adé
laide de Savoye , Fille de Tres-
Haut & Tres Puiſſant Prince
Victor Améfecond du nom Duc
de Savoye , & de Tres Haute&
Tres Puiffante Princeffe Anne
d'Orleans , d'autre part. Aprés
avoir obtenu de N.S. P.le Pape
la Difpenfe du degré de Confan.
guinité, les Bans de leur Mariage
ayant esté publiez dans cette
Parroiffe une fois feulement ,
Monfeigneur l'Archevêque de
Parisayant difpensé des deux auGALANT.
297
tres , du temps de l'Avent
avec la permiffion de fiancer le
mefme jour , Mondit Seigneur
Duc de Bourgogne & Madite
Dame Princeße de Savoye ont
efté fiance ont feceu la Bé.
nediction Nuptiale dans la Cha.
pelle du Château , par Monfei .
gneur l'Eminentiffime Cardinal
de Coiflin , Evêque d'Orleans
Premier Aumônier
du Roy , moy
prefent & fouffigné Preftre Supe
rieur des Miffionnaires de Ver .
failles & Curé dudit lieu ; & en
prefence du Roy , de Monfeigneur
le Dauphin , de Monfeigneur le
Duc d'Anjou , de Monfeigneur
Decemb . 1697-
258 MERCURE
le Duc de Berry, de Monfieur &
de Madame, de Monfieur le Duc
& de Madame la Duchesse de
Chartres , autres Princes
Princeßes, qui ont figné avec
-Mondit Seigneur Duc de Bour.
gogne & Madame la Ducheße
de Bourgogne fa Femme.
LOUIS. Philippe d' Orleans.
Marie Françoiſe Louis.
Loüis. de Bourbon.
Marie Adelaide.
Philippe.
Pierre du Cam-
Charles. bour,Cardinal
Philippe.
de Coiflin ,
E. d'Orleans.
Charlote Elizabeth.
Hebert
GALANT. 259
Le Roy a donné à M' l'Abbé
deCaftries
la Charge d'Aumônier
ordinaire
de Madame
la Ducheffe
de Bourgogne
. I
eft fils de M' le Marquis
de
Caftries
, Lieutenant
General
au Gouvernement
deLanguedoc
, & d'Elizabeth
de Bonzi ,
Soeur du Cardinal
de ce nom.
Samajefté
a auffi nommé
pour
cette Princeffe
quatre Aumô
niers de quartier
, qui font.
M' l'Abbé de la Boulidiere
,
Treforier
de la Sainte Chapelle
de Bourges
. Il a fervi
la feuë Reine en cette quali
té d'Aumônier
dés l'arrivée
de
260 MERCURE
cette Princeffe en France.
Ml'Abbé de Levi. Il eft
Frere de m' le Marquis de Le
vi Gaudiez , qui a donné des
marques de la valeur en plu
fieurs occafions . Il a deux
autres Freres Chevaliers de
Malthe , qui font en charge.
fur les Galeres , où ils ont fervi
avec une approbation univerfelle
; ils fe -font encore fi
gnalez au Siége de Barcelonne.
Cette branche de Levi
fur feparée de la Maiſon de
Mirepoix en 1607. Leur Mere
commune étoit Catherine
Urfule de Lomagne. Le SciGALANT
261
gneur de Mirrepoix eft l'Aîné
de l'ancinne & illuftre Maifon
de Levi. Les Ducs de
Ventadour en font Cadets ;
ils en furent feparez en 1300,
Leur Mere étoit lfabeau de
Marly Montmorency. Les
Comtes de Leran font aufh
de Levi. Ils furent feparéz
de la Maiſon de Mirepoix en
1260. Leur Mere étoit Conf
tance de Foix , Fille de Roger
, Comte de Foix , & de
Marguerite de Bearn , &
Soeur de la Reine d'Arragon,
Mule Marquis de Levi , Com.
te de Charlus , fut feparé des
262 MERCURE
Ducs de Vantadour dans la
fin du fiécle paffé , & M le
Marquis de Chateau Moran,
fut feparé des Comtes de
Charlus dans le commencement
de ce fiécle. Ce font là
les diverfes branches de Levi.
M' l'Abbé de Levi continue
fes Grades en Sorbonne , &
mene une vie exemplaire de
puis qu'il eſt dans le Seminaire
de Saint Magloire , où il
édifie un grand nombre
d'Abbez de qualité qui y font
comme luy.
M' l'Abbé de la Roche Jac.
quelin, cy-devant Aumônier
GALANT 263
delmadame la Dauphine, d'u
ne des plus illuftres Maifons
de Poitou , & parent de M'le
Ducde Richelieu..
M² l'Abbé de Montmorel.
fleft Frere de Ml'Abbé Defalleurs
, cy-devant Aumôhier
de dame la Dauphine,
& l'un des plus excellens Predicateurs
qui ayent brillé de
fon temps dans la Chaire . Le
merite de M' de Montmorel
n'eſt
pas moins connu par les
ouvrages qu'il vient de metre
au jour. On peut dire qu'il y
a peu de livres qui ayent eſté
mieux receus que les Home
264 MERCURE
a
lies fur les Evangiles de tous
les Dimanches de l'année ,
que debite en quatre Volu
mes in douze , le fieur Denis
Mariette , rue Saint Jaques à
Saint Auguftin , fous ce titre,
Homelies fur les Evangiles de
tous les Dimanches de l'année
où l'on trouve une explication
litterale & morale des
Evangiles diftribuez verſet à
verfet , pour fervir de lecture
fpirituelle tous les jours de
l'année , avec un petit dif
cours moral fur le fujer de
chaque Evangile contenant
un texte , une divifion , &*
une
GALANT: 265
une priere à Jeſus- Chrift. Ce
titre fait voir que cet Ouvra.
ge n'eft pas feulement utile
aux perfonnes engagées dans
le miniftere facré d'annoncer
la Parole de Dieu , mais
encore à tous les particuliers,
qui ne cherchent qu'às' inf
truire en lifant.
Tous les Ambaffadeurs , &
tous les Envoyez & Miniftres
qui font en France , ont eu
Audience du Roy en diferentes
fois , pour faire compliment
à Sa Majesté ſur la Paix,
& fur le Mariage de Monfei
gneur le Duc de Bourgogne.
Decemb, 1697.
Z
266 MERCURE
M le Nonce qui fe diftia:
gue dans tout ce qu'il fair,
brilla beaucoup dans fon
compliment , & ne felicita
pas feulement le Roy d'avoir
eu la gloire de faire la Paix ,
mais il remercia Sa Majesté
au nom de Sa Sainteté du
zele qu'elle avoit temoigné
pour le foutien de la Religion
Catholique..
Le 17 de ce mois , Meffire
François de Monlezun Scide
Befmaus , Gouuerneur du
Chateau de la Bastille, mourut
âgé de 86 ans. Son corps.
à
efté inhumé dans
re
GALANT 267
3
des Carmes Dechauffés de
Paris . Il étoit forti fort jeune
de la Province , & commença
de porter le moufquet au
Regiment des Gardes dans la
Compagnie de M² de Cafteljelous
fon Coufin. Il fervit
enfuitte dans les Moufquetaires
, & depuis il s'attacha
à M le Cardinal Mazarin qui
la fit Lieutenant, & puis Capitaine
de fes Gardes . Il fe
trouva à la Bataille de Cremone
en Piémont où il fut
dangereuſement bleſſé d'un
coup de Piſtolet à la tefte . Ce
finiftre luy confiales affaires
Z ij
268 MERCURE
les plus fecretes de l'Eſtat , ce qui
paroît par diverſes lettres de fa main
à luy adreffées , qui font encore en
nature , & aprés avoit fait une lon.
gue épreuve de fa fidelité, il le
pre
fenta au Roy pour le Gouverne
ment du Chateau de la Baftille dont
il fut pourveu. Il s'y est toujours
conduit tres fagement pendant quarante
ans. Il étoit iffu des anciens
Comtes de Pardiac du nom de Monlezun
, qui dans leurs qualitez prenoient
celle de par lagrace de Dien,
pour marque de leur grandeur. Le
SQihenard dans le Notitiam
fque Vafconia , a pretendu gus
ces Comtes étoient puifnez de ceux
d'Aftarac , Bé ceux -cy des Ducs de
Gascogne . Lal Branche de Mude
Montlezun de Belmaus , fut tepa-
Lée des Comtes de Pardiac l'an 125
GALANT. 269
Elle a pour chef Bernard de Monlezun
, I dunom , Seigneur de Montaftrue
au Diocefe d'Auche , Fils
puifné d'Ogier de Monlezun II, du
nom, par la grace de Dieu Comte de
Pardiac , duquel eft defcendu de
mâle en mâle François de Monle
zun Seigneur de Belmaus qui vient
de mouir. Celuy cy étoit Fils de
Louis deMonlezun Seigneur de Bef
maus , & de Philiberte de Lupé
Garrané , Soeur de N.... de Lupe.
du Garrané Chevalier de Malthe
grand Prieur de Saint Giles
avoit pour Freres Charles de Mon
lezun , Prieur de Mezin , Abbé de
Saramon , & Hipolite- Jofeph de
Monlezun , Chevalier de Malche
Mr de Belmaus a eu de Marguerite
de Perol la Femme un Fils & Hois
Filles. Le Fils , nommé Jean-Ba
བས
Z iij
270 -MERCURE
ptifte François de Monlezun , Ma
quis de Belmaus , Cornette des che
vaux Legers de la Garde , mourut en
1696 Il laiffa veuve Marguerite
Colbert fa femme , Fille d'Edouart
Colbert, Marquis de Villacerf, Sur-
Intendant des Batimens , cy devant
premier Maitre d'Hôtel de la feuë
Reine , & à prefent de Madame la
Ducheffe de Bourgogne. Elle mourut
au mois de Janvier de l'année
fuivante , laiffant de fon Mary une
Fille unique nommée Marianne de
Monlezun, L'ainée des Filles de M
de Béfmaus, eft Marguerite de Mon
lezun, femme de Meffire Jaques de
Joanne Marquis de Saumery , cy
devant grand Maitre des Eaux &
Forefts de France, Gouverneur ea
furvivance de fon Pere du Chateau
de Chambor, Gouverneur, & grand
GALANT. 27
2
Bailli de Blois , & Soulgouverneur
des Enfans de France , Neveu de
feu Ms Colbert , Miniftre d'Etat . La
feconde Fille fe nommoit Gabriel
le de Monlezun , femme d'Henty
de Chabanes , Marquis de Curton,
decedée en fon Chateau de Roche
fort en Auvergne , & la troifiéme
Marianne de Monlezun , eft morte
Religieufe au Convent des Benedictines
de Montargis . Ainfi cette
branche eſt éteinte , quant aux mâ❤
les. Celle des Comtes de Pardiac
qui étoit l'ainée , perit dans l'Illuftre
Maifon d'Armagnac , parle Mariage
d'Anne de Monlezun , Com
teffe de Pardiac , avec Gerauds
d'Armagnac , Vicomte de Feženfaguet.
AMM
François Charles dan Gaillarbois
Marconville, Chevalierde Malte.80
diola 95-05 om
Z iiij
272 MERCURE
Lieutenant d'une des Galeres du
Roy , ou premier Lieutenant de la
Galere Patrone , eſt mort auffides
puis peu de jours . Il eftoit d'ane des
plus anciennes Maifons do
yorman
die, qui s'eft toûjours beaucoup atta
chée à l'Ordre de Malre, y ayant cu
plufieurs Grands- Prieurs , l'un def
quels a fondé une Galere à perpé
tuité , que l'on appelle encore au
jourd'huy, la Galere la Gaillarbois .
Celuy qui a fondé la Galore eftoid
grand Prieur d'Acquitaine. Celuy
dont je vous aprens la mort , a com
mencé à fervit fur les Galeres de
France par les Campagnes de Gen
de , aprés avoir fait fes Caravanes.
Le Dimanche vingt - deuxié
me de ce mois Me l'Abbé de
Coillin , premier Aumônier du Roy
en furvivance , fut facré Evêque
Coiflin
ce
mois
9
GALANT. 273
"
de Mets dans l'Eglife des Feuillans
par Mr le Cardinal de Coislin (on
Oncle , affifté des Evêques de Verdun
& de Carcaffonne . Il feroit fort
mal-aifé de voir une Compagnie
plus illuftré & plus nombreuſe tout
enlemble Mrs. les Cardinaux
d'Eſtrées , deJanſon & de Furftemberg,
fe trouverent à cette Cere
monie , ain fi que. Mr le Nonce .
trente trois Archevêques ou Evê
ques , & tout ce que la Cour a de
plus diftingué. La Mufique eftoit
de Mr Colaffe, l'un des quatre Mat
tres de Mufique de la Chapelle du
Roy , & elle fur executée avec beauc
coup de fuccés par une partie des
Muficiens de S, M. & parles meil
leurs Muficiens de Paris. Ily eut en
fuite un magnifique repas , que don.
na en fon Hôtel Mr le Cardinal de
Coiflin,
274 MERCURE
Voicy les noms des Ambaf
fadeurs & Envoyez, nommez
par le Roy pour aller on diver-
Les Cours .
"
Mr le Marquis de Villars s
Lieutenant General à Vienne
Il eft fils de Me le Marquis de
Villars , cy devant Ambaffideur en
Efpagne , & Cheyalier d'Honneur
de Madame la Ducheffe de Chartres
.
Mr le Marquis d'Harcourt, Lieu .
tenant General , en Espagne.
Mr. le Comte de Tallard , Lieutenant
General , en Angleterre,
Mele Comte de Chamilly , Ma
refchal des Camps & Armées du
Roy , en Danemarck,
i
M ; u
Mrde Puifieux, Lieutenant Ge-1
neral , Gouverneur d'Hunninguen
en Suiffe.
GALANT. 27%
Mr Defalleurs , cy- devant Capitaine
au Regiment des Gardes &
lafpecteur , auprés de Mr l'Electeur
de Brandebourg
Mr du Heron , Meſtre de Camp
du Regiment de Furſtemberg , à
Brunfvvick .
M*de Bonrepaus à preſent en Danemarck
, en Hollande .
Mr Phelyppeaux , Marefchal de
Camp , à Cologne ,
Md'Iberville Envoyé à Genes
à Mayence,
Mr de Frischmand, Allemand , &
Munster.
Mr de Gergy, Gentilhomme Ora
dinaire de la Maiſon du Roy ,
Vvirtemberg:
MrChamois , auffi Ordinaire da
Roy , à Ratisbonne .
Me l'Abbé Bidal, à Hambourg
My de la Claufure , à Geneve.
22-7966 MERCURE
Le mot de l'Enigme du mois paffé
eftoit un Pain benit de Paroifle , &
ila efté trouvé par Mr les Curez de
SaintJacques , de Noftre Dame &
Saint Romain' de Chaftelleraut ;
Bouaffle, Vicaire perpetuel de la Cole
legiale de Noftre . Dame de Mante;
Jehan Curé de Gaffcour : le Cheva.
lier d'Ainville : Monrgermain Gar
de du Roy : le Sueur , & Trot hu
Chirurgien : Gardet , & du Pleffts
Chirurgien de Hofpical du Mans:
Petieu , voifin de l'Hoftel des Bras
Enfans : Mazeline le Fils rue de
Bourbon :Touffincau de la Manfade
de Reims de la : Chine de la rue
Dauphine : le Jeune , Hiftorien du
Parvis Noftre-Dame :leJeune Afpi
sant à la Charge d'Auditeur des
Compres , de la rue Saint Honoré
le Tilloloy de S. Victor l'aimable
GALANT 277
A
Blonde fa Soeur , & Mt Miette fon
Neveu : Tamirifte de la rue de le
Cerilaye le beau Regent du College
du Cardinal le Moine ; le beau Poly
de la rue de la Tixeranderie : l'Ami
fidelle de larue S. Andiê des Arcs;
l'aimable Societé des jeunes Cheva.
liers de la rue neuve Noffre Dame ;
Tronquet , le grand Muficien du
Cloiftre S Jacques de la Boucherie
'Huiller: l'Huiffier Audiencier de
Chaftillon fur Marne : Goret & la
compagnie de larue de la Pofte de
Rouen l'Abbé Geard , Barcos ,
le petit Claude , Alexandre- Tho.
más d'Auxerte, Meldemoiselles
d'Ormeflon ; Coraffe de la rue Via
vien :Javorede l'Eftrapade : la belle
Mariane du Quay de Bourbon:
Priore , Catherine Girard , la helle
178 MERCURE
à la riche taille rue duSepulcre : PEL
pagnole de la rue de la Huchette : la
belle Brune de la rue des Déchar
geurs l'Orphée du même quartier :
les deux charmantes Soeurs de la rue
neuve Noftre- Dame , & la petite
Brunette :l'obligeante Fanchon , &
la plus indifferente Blonde du quartier
de la Mercy , & Javore de la rue
de Brague de Chaſtillon fur Marne.
15522 2222 522225522
ENIGME.
ر ا خ ت
A credule Marchand je fuis
d'heureux préſage,
Chez luy toute l'année on me voit
en ufage.
Le reste à qui j'apporte en naiffant
mille biens,
GALANT. 279
Ne me voit qu'en ante mps , &
tremble quandjeviens.
Comme je vous ay donné avis de
-la Lotterie quia efté tirée à l'Hofte!
de Bouillon , par S. A. S. Monfieur
le Prince de Conti , on m'a prié de
yous avertir , & ceux de voſtre connoiffance
qui ont mis à cette Lotterie
, qu'il eft demeuré un Lot de la
valeur de cent vingt -fix livres , qui
n'a point efté réclamé , & que fi la
perfonne qui a la figure fur laquelle
eft écrit le numero qui a gagné le
Lot , ne la rapporte avant le premier
jour de Mets prochain , cette fomme
fera donnée aux PauvresỐn va
faire encore une femblable Lotterie
au même Hoftel de Bouillon , dont
des Lots feront purement d'Or &
d'Argent monnoyé. Je vous en en
$
180 MERCURE ·
Inftruction dans ma pre- yoyeray
miere Lettre.
La Pratique generale de Medecine
de tout le corps humain du
fameux Michel Etrmuller , fa Pratitique
fpeciale fur les maladies propres
des hommes , des femmes &
des petits Enfans , & tous les autres
Ouvrages du méme Auteur , que
l'on a donnez traduits en noftre
Langue,
ont
cfté fi bien receus du
Public , qu'on ne peut douter que
la Pharmacople raisonnée qui
vient de paroiftre , n'ait un favorable
fuccés Cette Pharmacopée , qui
eft de Schroder , mais commentée
par Eitmuller , eft entierement dif
ferente de toutes les autres Pharma
copées que l'on a veuës juſqu'icy.
C'eft une matiere medicale & raifonnée,
avec la nature & les proprieGALANT:
280
tez des Plantes dont tous les reme
des font compofez. Ainfi on peut
regarder icy Eumuller comme un
guide feur , & dont la profonde érudition
fe fair fentir dans les Com
mentaires fur Schroder , qui avoit
non feulement écritluy-même avec
plus d'exactitude & de précisionqu'
aucun autre fur ce fujet , en s'atta
chant uniquement aux Simples les
plus ufitez des trois regnes , & en
raifonnant à fond fur leurs qualitez,
leurs préparations & leurs compofitions
, mais qui avoitprofité de cour
ce qu'il avoit trouvé de meilleur &
de plus autorifé dans les Pharmaco
pées anciennes & modernes Ertmul
ler fuit cet Auteur . Il le tedreffe où il
s'écartesil l'apuye quand ilya droits
il fupplée à ce qui luy manque, Be
retranche ĉe qu'il a d'inutile , le roug
Decemb. 1697 Aª
282 MERCURE
dans un fibon ordre , qu'il fe trou“
vera peu de remedes fimples ou
compofez , dn moins de ceux qui
ont quelque nom , dont on ne penetre
la vertu & les qualitez dans cette
Pharmacopée , qui a ellé imprimée
à Lyon pat le Sieur Thomas Amaury
, & qui fe debite à Paris , en deux
volumes in octavo, chez le Sr. Jean
Guignard, rue Saint Jacques , devant
la rue du Plaftre , àl'Image S Jean ;
Le même Sieur Guignard debite
un autre livre nouveau , intitulé,
Voyage d'Italie & de Grece. Il eſt
rempli de beaucoup de chofes curieufes
fur les antiquitez de Corinthe , &
d'aurres villesdes environs,dontl'hiftoire
nous apprend tant de merveil
les. L'Auteura accompagné le récit
de fon Voyage de celuy de quelques
avantures particulieres , qui font une
GALANT: 282
diverfire agreable. Il y a joint une
Differtation fur la bizarrerie des
opinions des hommes , qui fait con
noiftrequ'il raifonne juſte, & que fes
fentimens font à fuivre dans toutes
les maximes qu'il établit.
Les Comediens du Roy reprefen
tent depuis trois ſemaines une Piece
nouvelle , intitulée Pilade & Orefte,
qui fait grand honneur à ſon Auteur.
Les fituations en font tres - heureuſes ,
& excitent des fentimens de pitié
qui rendent cette Piece tres-agrea
ble. Jefuis , Madame, voſtre , &c.
A Paris, ce 31. Decembre 1697.
On eft obligé de remettre au mois
prochain les réjoüiffances faites pour
la Paix en plufieurs Villesdu Royau
Aa ij
284 MERCURE
me ,
ainfi que plufieurs autres arti
cles , & les Benefices donnez par
Roy,
Ic
2552225225ZZ:555ES
TABLE.
P
Relude
.
Stances trrégulieresfur la Paix,
Madrigalfur le mefme fajet , 15
Difcours prononcé à l'ouverture da
Prefidial de Libourne , 17
HifoireAnatomique de la Sangfuè,
41
Couronne de Fleursparlantes , 10x
Réjouiſſancespour la Paix faites à
Rowen , 107
117
Stances de Mademoiselle Deshonr
lieres fur le mefmefujet's
Mandement de Mr. l'Evêque &
Comte de Noyon
"Mariages ,
Prodige avowcza
12.9
130
TABLE.
14
Prix remporté à Caen ,
Mort de Mr. l'Angloys Doyen di
Maiftres d' Hoftel du Roy,
Pompe funebre de Mr. de Bourle
mont Archevêque de Bordeaux ,
146
Réjouiffances
pour la Paix faites
dans la mefme Ville ,
164
Vers fur la Paix envoyez à Mademoifelle
de Scadery ,
Les prefentimens hiftoire
175
181
Les Malades en belle humear , 195
Carie d'Afrique ,
199
Carie de la France contenant fes
acquifitions & fes bornes par là
Paix de Riluvick, 298
Mariage de Mr. de Montmorency
,
de Mademoiselle
de Montbri
201 fenil,
Relation de tout ce qui s'eft pafé au
Mariage de Manſeigneur le Dag
TABLE.
de Bourgogne & de Madame la
Princeffe de Savoye, & les jours
fuivansy
Charges d'Aumônier de Madame
la Ducheffe de Bourgogne données
par
le
Roy ,
205
259
Complimens fait auRoy fur la Paix
& fun le Mariage de Madame
la Ducheffe de Bourgogne , 165
'Morts ,
266
Satre deMr. Evèque de Mets, 272
Ambaladeurs& Envoyez Extraor
- dinaires nommez par le Roy, pour
aller en diverses Cours » 1.0374
Article des Enigmes ,
Avis ,
276
277
280-
La pratique generale de Medecine
Ettemaller,
i
Avis pour placer les Figures.
La Figure regarde la page 90.
La Chanfon doit regarder la page
200.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le