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1697, 11
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Eur.
511
m
1697,11
Our
511m
1697,11
Mercure
11
<36624511470011
<36624511470011
Bayer. Staatsbibliothek }}
EITB

MERCU
GALANT
DEDIE' A MONSI
LE
DAUPHIN
NOVEMBRE 1697 .
IIA PARTS,M
Chez MICHAL BRUNET , Grand Salle
da Palais , au Mereure Galant.
onnera toujours un Volume
veau du Mercure Galant le
jour de chaque mois , & on le
trente fols relié en Veau , &
fels en Parchemin
"
A PARIS,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , àla Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envie .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
M. DC. XCVII.
Aven Privilége du Roy,
Bayerische
Satsbibliothek
München
O
AVIS...
Welquesprieres qu'on ait faim
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employer
dans les Memoires qu'on envaya
pour le Mercure , on ne laiſſe pas
d'y manquer toujours. Cela eft caufa
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fa
peus fervir. On réitezė la mifmą
priere de bien écrire ces noms , em
fortequ'on ne s'y puiffe exemper. On
ne prend aucun argens pour les Men
moires , & l'on employera tous les
bons Quvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne ,
qu'il n'y ai rien de licentieux . On
A ij
AVIS.
alement ceux qui les envoyent,
(ur tout ceux qui n'écrivent que
Pour faire employer leurs noms dans
Tarticle des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de ports s'ils veulent
qu'on fallo ce qu'ils demendent
C'eft fort peu de choſe pour chaque
particulier, & le tout ensemble eft
beaucoup pour an Libraire.
2
Le Sieur Brunet qui debite preò
fentement le Mercure , arétabli les
chofes de maniere , qu'il eſt toujours
imprimé an
asmommencement
de char
que mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir lespaquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiſfera pas d'avoir le® Mercure
AVIS.
longtemps avant qu'il fait
dans les Villes éloignées ; mais a
cesVilles ne le recevront pas fi tara
qu'elles faifoient auparavani. Cenx
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'ex
posent à le recevoir sonjours fort
tardpar deux raifons. La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
levenirprendre fi- tof qu'il eft imprimé,
ouire qu'il le fera toujours quel
quesjours avant que l'on en faſſe le
debit &Lamire, que ne l'envoyant
qo'aprés qu'ils l'ont là eux & quelques
autres à qui ils le prefent, sis
ujettent la faute du ritardemoni
farle Libraire , en difani que
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Branes, puis qu'il fe charge defaire

A iij
AVIS.
quets lug-meſme,& de les faire
ter à la Poffe du auxMeffagers,
fans nul interefi, tant pour les Parsiculiers
que pour les Libraires de
Province, qui lay auront donné leur
adreffe.Ilfera la mefme chofe gene
alement de tonë les Livres nonveaux
qu'on lay demanderă , fois
qu'il les debite, on qu'ils appartienment
à d'autres Libraires , fans em
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il ſe rencontreræ
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure
afin de n'en faire qu'an mefme paquet.
Tout cela feră execute avec
ane exaltitude dont on aura liem
deftre content.
MERCVRE
GALANT
D
NOVEMBRE 1697.
Inila Priete pour le
Roy , que vous allez
lire , n'eft pas dans la
bouche de tous les François ,
on ne peut douder qu'elle ne
foit dans leurs coeurs , puis
que jamais Prince n'a mérité
A iiij
080 MERCURE
par tant de bontez , l'amour
& l'admiration
de fes Peuples.
C'eft donc à nous à nous récrier
tout d'une voix.
Que Dieu parfa bonté
Dans une paix profonde
Donne au Roy de longs jours , une
berense fanie ;
Afes augustes Fils une race feconde,
Afin quefa Pofterité
Puiffe autant durer que temonde.
Dont ilfait lafelicité.
Ces Vers font de Madame
le Camus , dont le zele pour le
Roy eft auffi connu , que ce
21
Di
rem
ess
ΠΟΥ
GALANT. 9
feu d'efprit qui la diftingue
avec tant d'éclat parmy cel
les de fon Sexe.
*
Rien ne peut mieux fuivre
cette Priere , que les deux
Difcours dont je vous envoye
la copie , que le hazard m'a
remife entre les mains . Ils ont
efté prononcez à l'ouverture
des Audiences du Prefidial
d'Abbeville , où tous les ans
l'Avocat du Roy , & le Prefi
dent, parlent fur divers (njets,
Le premier requiert que les
Avocats & les Procureurs renouvellent
: leur ferment , &
le fecond l'ordonne, Vaicy
"
16 MERCURE
6
ce que M' de la Heftroye ,
Avocat du Roy , a dit cette
année. Vous y trouverez un
grand Eloge de Sa Majesté .
ME
ESSIEURS.
Nous n'avons rien de plus
facré que la religion du Serment.
Si nous confiderons
fon origine , elle eft auffi an
cienne que lemonde. Sinous
confiderons celuy que nous
appellons à témoin , c'est l'Ari
bitre terrible du Ciel & de
la terre. Si nous confiderons
que le premier a employé le
L
f
*
+
GALANT. 11
Serment, ç'a efté le fouverain
Eftre qui a jure paclby même.
Enfin , finous loonfidérons
les obligations qu'il nous inf
pire , elles font également
s
preffantes , également indif
penfables. Nous devions
Meffieurs, nous propofer ces
importantes veritez , mais
dans un temps où Sa Maje
fé fe dépouillant de fes pro
pres avantages, vient de donner
la Paix à l'Europe , quand
fa moderation nous prépare
des jours filez d'or & de foye
fuivant l'expreffion ancienne
mous croirions trahir l'hon
12 MERCURE
neur de noftre Miniftete , fi
nous gardions le filence par
my les acclamations publi
ques. Nous ferions infenfi.
bles , fi nous ne perticipions
à la joye commune , & nous
craindrions de paffer pour dif
traits , fi nous ne donnions
une attention particuliere à
un fpectacle fi grand & fi magnifique.
Vous ne remarque
rez, Meffienrs , dans ce Dif
cours, ny penſées vives ,
expreffions nouvelles . L'ordre
& les regles de l'art y font
negligées , mais il y a je ne
fçay quel defordre qui fied
ny
GALANT. 13
bien à la joye , & c'eft icy une
effufion de mon coeur plûtoft
qu'un ouvrage de mon efprit.
Dans les grands fujets il en
coute ordinairement à ceux
qui les manient. Ou ils cor
rompent , ou ils alterent la
verité. Tous les Portraits né
fçauroient fouffrir le grand
jour ; quelques -uns doivent
eftre de profil, les ombres fong
neceffaires , & les parties peu
regulieres ont befoin de toute
l'adreffe du Peintre , accompagnée
des ombres les plus
vives . Dans le Portrait du Roy
ces ménagemens font inuriy
14 MERCURE
les. Tout y eft d'un grand
gouft ; pour le faire reffem
blant, contentons - nous d'em
prunter les traits les plus hardis
de fes Ennemis mêmes.
La fureur , la jalouſie & l'envie
ont efté les pinceaux dont
ils fe font fervis pour les tracer.
Copions les d'aprés eux ,
& nous verrons que ces traits
font tels à peu prés que l'a
mour , l'eftime & la reconnoiffance
les ont gravez dans
ncs coeurs. Publions ce que la
force de la vérité a arraché de
la bouche des Alliez , & avoüons
avec eux que Louis le
"
GALANT.
25
as
Grand a efté pendant la cont
duite de cette guerre , intres
pide pour en foûtenir tout le
poids , prudent pour en mél
nager les évenemens , modé
ré pour la finir. Tâchons , s'il
fe peut , de mettre ces veriteż
dans tout leur jour,
"
Nos Ennemis trembloient
au feul fouvenir de la Paix de
Nimegue. Cette Paix triomphante
& victorieuſe , ce monument
éternel de la puiffance
du Roy , les jettoit dans la
confternation. Leur Ennemi
avoit efté leur arbitre. Cette
maniere haute , cet air d'au16
MERCUERE
*
torité les avoit alarmez , mais
ils n'ofoient éclater; leurim
puiffance les defefperoit . En
fin , par le concours de diffe.
rentes conjonctures , route
l'Europe eft entrée dans cette
Ligue formidable , qui auroit
pû donner la loy à tout l'Unis
vers . Souvenez vous , Meffieurs
des menaces terribles
des Alliez. La France paroif
foit trop refferrée pour leur
ambition. Leurs Armées pro
digieufes , leurs Flotes puif
fantes ; tout cet appareil ters
rible auroit porté l'effroy
dans une ame moins intrepi
GALANT. 17
de que celle du Roy ; mais
n'en doutons point , elle eft
de celles qu'on dit eftre d'un
ordre fuperieur , qui naiſſent
maiftreffes & Souveraines des
autres ames , qui viennent
renouveller le monde , changer
la face du fiecle , & dont
un Ancien a dit , que tout le
Ciel eftoit occupé à faire leur
deſtinée. Loin de s'ébranler
de cette conjuration univer
felle , le Roy ſonge à les punir
de leur audace , en portant
la guerre & la déſolation dans
le lein de leur Province.
Le Royaume
Novembre 1697.
276
petic par
$ 293% ELES
18 MERCURE
rapport aux vaftes Eftats des
Alliez, reffembloit à une Ville
par un monde d'Enafficgée
par un
nemis , mais la France unie
dans toutes les parties , a repouffé
leurs armes avec une vigueur extraordine
Loin
d'y faire la moindre breche ,
loin de détacher du Corps de
la Monarchie la moindre
Ville , de puiffantes & nombreufes
Armées conduites
par des Chefs d'une valeut
diftinguée , animées par les
récompenfes , foutenues de
l'efperance
du butin , enfin
Conjurées
à noftre ruine,
GALANT
n'ont pas lofé feulement y
mettre le pied. Neuf Campa
gnes n'ont fervi qu'à faire voir
l'inutilité de leursefforts Peuton
affez louer la conſtance
heroïque du Prince dont les
grands exemples ont fait que
rien ne s'est démenti: Chefs,
Soldars , Peuples ; tous ont
facrifié leur biens leur vie ,
leurrepos , c'est à dire, ce que
la nature , la Religion , l'ufage
font fregarder aux hommes
comme ce qui dowkar eftre
de plus cher. Le Roy a ché
he premier mobile , it fout
em traîné, Ona ca nepouvoi
Bij
20 MERCURE
trop faire quand il faifoittour.
Sion a foutenu avec une fer
meté incroyable les attaques
opiniâtrées des Ennemis , on
luy en doit uniquement la
gloire , il a efté inébranlable,
on n'a fait que l'imiter. uudi
Un autre regne fe feroit
borné à l'honneur d'une refiftance
fi ſurprenante ; celuycy
veut de plus grands évenemens.
Les Ennemis ont ils pû
les retarder? Ont ils pû arrêzer
uos progrés les plus rapides
, fufpendre le cours de nos
victoires? Quand il a plû au
Roy d'afficger une Ville ( hé
GALANT. zt
combie n'en a-t-on pas afies
gé) en ont- ils pû empêcher
la perte Rien n'eftoit im
poſſible anlavovaleur de nos
Troupes, foit qu'elles agiffent
fous les ordres du Roy , ou
fous les aufpices , fes Genet
Taux reglant leur conduite
fur la fienne, & profitant avec
avantage des lumieres qu'il
leur avoit communiquées,
Difans plus difons de que
la Pofterité aura peine à croi
re. LaFrance inveftie par une
multitude d'Ennemis į tous
differens , fembla partager fes
forces fans les diminuer , fem-
4
22 MERCURE

blables en quelqué maniere
au Soleil , qui communique
fa chaleur fans en eftre alte +
sé.Elle paroiſtavoirréuni toutes
fes Troupes fur chacune
de fes Frontieres , pour s'oppofer
à autant de Puiffances
Jiguéesɔ nol gasiya zost
Le Rhin s'étonne de voir
fes bords inondez de nos Sol
dats comme fila Flandresen
cftoit dégarnic. Les Alpes
voyent leurs cimes affreufes
remplies de nos Troupes ,
comme files Pirenées n'a
voient pas efterfranchies par
nos Guerriers Lal meraui eft
GALANT 23
13
couverte de nos Vaiffeaux
devroit faire préfumer que les
Côtes font abandonnées , &
nos Places fans Garniſon . La
France qui paroiffoit eftre
toute entiere fur les limites
du Royaume , spouvoit faire
croire aux Ennemis que chat
cun de nous eftoit devenu
Soldar , & que nos Provinces
n'étoient qu'un defert affreux,
tant le defir de la gloire enflaz
moit tous les cours , cette af
deur guerriere ayant paflé de
la Nobleffe aux Habitans des
Villes , & de là à la campagne.
A voir ce nombre prbdigi caix
24 MERCURE
de gens de guerre, qui ne le
feroit petfuadé que les terrés
eſtoient incultes , les beaux
Arts abandonnez , le cours
de la Justice interrompu , enfin
, que le commerce inte
rieur du Royaume eftoit ab .
folumeur ceffé ? Cependant
rien de tout cela , Meffieurs ,
vous le fçavez, Ce genie fort
& fuperieur , dont l'intrepidi.
télà repouffer les efforts de les
Ennemis , n'a point d'exem ,
ple , fçavoir contenir tous les
Ordres du Royaume dans leur
Situation naturelle. Du temps
de nos Peresun puiffant Empereur
GALANT 25
pereuravoir penerré dans une
de nos Provinces , pour l'avoir
repouffé , François I , s'eft
acquis une gloire immortel
le. Que ne peut efperer Louis
le Grand? Non content d'a
voir confervé fon Royaume
contre toute l'Europe.conju
Jée , non content de luy avoir
opposé des Troupes fupericures
en nombre & en valeur ,
en Allemagne , n'a- t- il pas
déconcerté les mesures de
tout le Corps Germanique ?
Ce Corps capable d'inspirer
de la terreur à une Nation
moins, magnanime
, avour
Novembre 1697. C
26 MERCURE
8
pour General un Prince d'une
haute réputation , digne de
commander à d'auttes Sol
dats , ou d'avoir trouvé d'autres
Ennemis. Ses grands deffeins
ont échoué , en vain le
Rhin oppoſe une puiflante
barriere à l'ardeur de nos
Guerriers, nos Armées traverfent
ce fleuve impetueux , &
font reffentir à ces Peuples le
contre coup des miferes dont
ils vouloient nous accabler.
L'adreffe de nos Ennemis
avoit engagé dans leurs inte .
refts un Prince , ancien Allié
de la Couronne, mais les lieux
GALANT: 27
A
les plus inacceffibles n'ont pú
arrefter un moment l'imped
tuofité de nos Troupes. Elles
les ont penetrez malgré les
efforts defefperez de gens que
Fentêtement d'une fauffe Res
ligion avoit obligez à s'exiler
eux-mêmes . Tout confpiroit
à nous éloigner de ces lieux ,
unclimat dangereux,&une di,
fette prefque generale de tou
tes chofes Avec quelle ferme
té n'a-t-on pas vaincu ces dif
ficultez prefque infurmontas
bles ? Peut-on oublier les deux
Victoires emportées en ce
Pays- là fur les Troupes.con,
Cij
28 MERCURE
+
federées ? Rien n'a manqué
pour les rendre completes
L'Espagne a vû fon ' orgueil
humilié jufque dans ſes propres
Eltats. Les pertes immenfes
que fes Alliez ont faitesifur
mer retentiffent affez
haut ; n'en parlons pas inutilement
. Nous oppofent- ils en
Flandre des Princes confom
mez dans l'art de la Guerre ,
des Generaux experimentez ?
Quatre fameules Victoires y
ont érigé à l'honneur de nôtre
Nation d'éternels trophées .
Nous en avons trop dit
Meffieurs, pour faire voir que
GALANT
: 29
le Roy avoit efté extraordinairément
intrepide
, nous en
avons
même (dir affez pour
faire entre voir deux autres
veritez ; la premiere
, qu'aucun
de les Prédeceffeurs
n'ayant
foûtenu
le poids d'une guerre
fi terrible
, fa gloire ne devoit
entrer en parallele
avec celle
d'aucun
autre; la feconde
,que
la France
ayant toujours
efté
infiniment
fuperieure
à cha
"que Nation
en particulier
, on
ne pourroit
à prefent
fans in.
juftice
luy refufer
la fuperiol
rité fur toutes les Nations
de
l'Europe
.
30 MERCURE
Les hommes ont fouvent
donné le nom de Grand à des
Princes que la fortune avoit
comblez de fes faveurs , mais
fubites , mais impréveuës . Ce
titre éminent me convient
qu'à ceux qu'une fuire conti
nuelle de
triomphes & de vi
&toires ; une
intelligence profonde
à dém fler les deffeins
de leurs Ennemis , & un fecret
impenetrable , ont élevez au
deffus des autres
Monarques.
Suivant Tacite ; la prudence eft
la mere dubonheur ,le hazard
ne pouvant feut amener de
grands & de continuels éve
GALANT.
31
nemens Ainfi quand onloue
les heureux fuccés du regne
du Roy , ceſt à la fublimité de
fon Genie que ces louanges fe
raportent; rien ne le fait mieuz
fentir que habileté des Prin I
ces Alliez Quelque grande
qu'elle fuft , le Roy a rompu
tous leurs defſeins , & je ne
Acai fi en acceptant la Paix ils
ne luy doivent pas plus qu'ils
nefe doivent à eux mêmes. I
Suivre le torrent d'un heureux
fuccés, donner la loy à fes
Ennemis, les remplir d'effroy,
c'eft le caractere d'un Conquerant.
Se borner dans fes
victoires quand on eft fupe40
MERCURE
.
rieur ; fe dépouiller
de fes
Conqueftes
, dignes fruits
d'une guerre & jufte & legiti
me, affurer à fes peuples & à
toute l'Europe une Paix durable
& permanente
; c'eſt le
vray caractere
d'un Heros
maistres
de luy- même , Pere
de fes Peuples. La mødera+
tion fe regarde fous deux faces
differentes
, foit par rap.
ports aux injures dont on á
touffe le reflentiment
, foit
par rapport aux projets ambi
tieux don't on arrefte les
cours. L'impuiffance
où font
les particuliers
prefque
toujours
de fe vanger & de remGALANT
41
plir leurs vaftes deſſeins , ne
doit pas leur rendre cette ver
tu propre , ils n'en ont que les
apparences; cette vertu eft refervée
à un pouvoir fouverain .
Eftre veritablement moderé,
c'eſt du bonheur de l'Europe
faire fon unique affaire , c'elb
envifager da tranquillité de
fes peuples comme fes veris
tables interefts , c'eft facrifier
ce que les hommes eſtiment
de plus brillant , au plaifir de
Jendre fes Sujets heureux ;
c'est defcendre du comble
des profperitez humaines ,afin
de pourvoir aux befoins de
Novembre 1697. D
42 MERCURE
fon Royaume ; enfin iceft
pouvoir tout ce qu'on veut, &
ne vouloir que ce qu'exige le
falur de l'Etar. Trois Villes
fortes priſes pendant la der
piere Campagne , l'une àfla
veuë des Ennemis retranchez
& tremblans ; l'autre aprés
une réfiftance tres- opiniâtrée,
& la troifiéme , à deux mille
lieuës de ce Continent , dans
laquelle les Affiegezégaloient
le nombre des Afficgeans
, 80
en auffi peu de temps que les
Alliez en auroient mis pour
jayeftir une Ville de cetto
importance , ces conqueftes
GALANTA 43
mettoient le Royau deffus de
tout par fa gloire , mais conferver
la même inclination
pour la Paix , remettre liberalement
à fes Ennemis ce qu'ils
n'auroient pû luy enlever de
vive force , c'eſt un trait de
moderation qui le mer au
deffus dé la gloire-même . Le
Roy n'ordonne rien qu'il n'execute
le premier . Si ce Prin .
ce équitable ,enaboliſſant les
duels par fes Ordonnances ,
commande la moderation &
le pardon des injures , n'est- ce
pas la vertu qu'il exerce tang
de fois en donnant la Paix à
ccé
14
Dij
44 MERCURE
fes Ennemis abattus ? Auffi die
roit - on que Dieu qui l'hono
re d'une protection viſible ,
l'ait conftitué le Souverain des
autres Souverains , tant il eft
au deffus par la fuperiorité de
fon genie , la fageffe de fes
confeils , & une grandeur d'ame
extraordinaire. N'entreprendre
rien que de genereux
fans craindre les obftacles; en
méprifant l'honneur , faire
tout ce qui en eft digne , plein
de gloire , fans écouter les
loüanges , ne trouver rien fur
la terre qui foit digne d'admi
sation , nerien faire qui ne la
GALANT 45
merite ; maintenir les privi
leges de fon rang fans faire
reffentir les incommoditez de
fa grandeur , récompenfer la
vertu fans jaloufic , eftre fans
pitié pour le vice , plein de
tendreffe pour les malheu
reux , & de bonté pour les
Ennemis; religieux fans fuper
ftition , prudent fans artifice ,
negliger fes perils aprés les
avoir prévûs ,fon repospour le
bien public ,pour ladéfenſe de
laReligion &pour la caule des
Reis ,hazarderfa gloirecontre
toute l'Europe conjurée , poud
yrétablir la Paix , facrifier fes
46 MERCURE
Conqueftes , c'eft eftre grand
aux yeux de Dieu & des hom .
mes. Nous ne pouvons foutenir
plus longtemps la vûë
d'une fi extrême grandeur ;
une vertu i brillante nous
ébloüit, & nous rentrons dans
un profond filence ' d'admi
ration .
Vous dont l'art fçait em
bellir la verité même , vous
qui tenez le fort de vos Par
ties entre vos mains , Avo
cats , foyez intrepides pour
foutenir le bon droit de vos
Parties , prudens pour ména
ger les évenemens de leurs
GALANT: 47
affaires, moderez pour n'avan
cer rien qui puiffe bleffer
l'honneur de vos parties ad
verless enfin , fouvenez vous
que la premiere parrie d'ús
Orateur, c'eft d'eftre homme
de bien.
Et vous dont la profeffion,
pour eftre moins éclatante ,
n'eft pas d'une moindre confequence
dans le public , Pro:
cureurs , tâchez à meriter la
confiance de ceux qui vous
commettent le foin de leurs
affaires Ménagez leurs inte
refts avec autant de circonf
pection que les vostres pro
48 MERCURE
press, & fouvenez- vous que la
fonction de Procureur dans
fon origine , eft de rendre à
fes Parties l'office d'Ami:
Nous requerons , & c . !
Ce difcours eftant fini , M
de Boüancourt, le plus ancien
des Préfidens ,parla en ces termes
,
MESSIEUR
63
ESSIEURS ,
Je mefuis cent fois étonné
que l'Ecriture qui condamne
en tant d'endroits l'Idolatrie ,
ne laiffe pas de donner à des
hommes le nom de Dieux
mais
GALANT. 49
mais quand je fais reflexion
que ce font des Juges qu'elle
honore de ce grand titre ;
mon étonnement ceffe , & je
fuis contraint d'avouer que
c'eft un miniftere tout divín.
En effet , n'eft ce pas
eftre des Dieux que de difpofer
de la deſtinée , & de tenir
entre fes mains la vie & la
mort? Mais fi Dieu veut bien
communiquer fon pouvoir
aux Magiftrats , il eft auffi neceffaire
qu'il les revête en
quelque maniere de fa nature,
on les dépouillant de celle
de l'homme; car comme ila'y
Novembre 1697 : I
To MERCURE
a que Dieu qui ait propre
ment la puiflance de juger , il
eftlauffi leleul qui ait les qual
litez d'un bon Juge. Le premier
attribut de Dieu & celuy
qui en conftituë comme
L'effence pour le diftinguer
des autres êtres , c'eſt l'inde
pendance, qualité bien neceffaire
pour un Juge, qui eftant
obligé de ne faire acception
de perfonne , doit avoir l'efprit
& le coeur independans ,
ne prendre pour regle de fes
jugemens que la Juſtice, & ne
reconnoître de fuperieur que
Dieu même car en verité i
GALANT:
&
' eft bien vainement que les
Loix ordonnent qu'un Juge
foit de condition libre,fi fon
ame eft efclave & de fes paf
fions, que la crainte la trou
blé ,l'efperance l'agite, l'intereft
la corrompe, ou l'amitié
la feduife. Il faut qu'un Juge
foit ferme dans l'équité de fes
jugemens , & que les ruines
du monde entier, pour me fervir
des paroles du Poëte , ne
foient pas capablesde l'ébran
ler. Nous lifons dans l'Hiftoi
re: Romaine que les Gaulois
aprés avoir pris Rome,entrerentdans-
leSenat, où s'étoient
Eij
Je MERCURE 512
retirez les vieux Senateurs , &
que les y voyant affis avec une
gravité digne de leur rang &
dans un grand calme, ils les
prirent pour des Dieux , ne
pouvant croire que des hommes
euffent êté fi tranquilles
au milieu des ruïnes de leur
patric. C'est là le modele de
tous les Magiftrats . Ils doi
vent eftre exempts des troubles
qui agitent les humains .
& conferver le calme parmy
les tempêtes les plus terribles
& les orages les plus furieux
Unbon Juge eft comme un
rocher au milieu de la mer
GALANT. 13
battu des flots de tous côtez
fans en eftre branlé le moins
du monde , je veux dire, exposé
aux atteintes de fes paffions
& de celles d'autruy
mais parmy tous ces mouve
mens il demeure inébranlable,
& imite en cela ce que
Dieu dit de luy même par un
de fes Prophetes , ego Deus,&
non mutor. Quelques Philofophes
mettoient l'independance
de Dieu à ne fe point
mêler des affaires du monde ,
s'imaginant que le foin qu'il
en prendroit troubleroit fon
repos &ſa tranquilité,& qu'i
E lij
54 MERCURE
eftoit de la Majefté Divine
de ne vivre que pour loy. Les
jeunes gens qui entrent dans
la Robe fe forment une idée
affez femblable de la Judicature.
Leur amour propre qui
leur a fait entendre, comme
l'Ange feducteur au premier
homme,que par là ils deviendroient
des Dieux , leur per
fuade qu'ils ne font fur les
Fleurs- de- lisi que pour eftre
adorez des autres , fans fe
mettre en peine d'en meriter
les adorations . Mais comme
même la plupart des Payens
n'ont pû reconnoiftre un
GALANT.
55
Dieu oifif, & qu'ils ont cru
avec raifon que l'Eftre ſouverain
qui avoit tout créé , prenoit
auffi foin de tout , les
Magiftrats qui portent empraint
fur le front le caracte
re de fa Divinité , doivent
par
leurs travaux & par
leur affiduité à remplir leur
devoir,fe rendre dignes d'un
fi grand honneur. Les fecrets
de la Providence Divine font
infcrutables ; il faut auffi que
les fecrets de la Compagnie
foient inviolables . Tout le
monde fçait-il l'Hiftoire du
jeune Papyrius ? 11 fur mené
E iiij
56 MERCURE
par fon Pere au Senat , mais f
eut la prudence d'en cacher à
fa mere les deliberations , &
donna
par là un heureux prefage
de ce qu'il feroit un jour ,
tant il eft vrai que le fecret
eft la principale qualité d'un
Senateur , & que fans cela un
homme eft incapable d'entrer
dans le Sanctuaire de la
Juftice. Enfin de tous les at
< ributs de Dieu , il n'y a que
la mifericorde qui ne convienne
pas à un Juge. On
peint la Juftice avec un bandeau
fur les yeux , afin qu'elle
me foit point émeue par les
GALANT.
57
gueur
larmes qu'elle verroir repam .
dre , des balances à la main
gauche pour peſer avec rile
droit des parties, &
a fa main droite une épée
pour punir fans pitié les cri
minels ; car il n'appartient
qu'à Dieu , & au Souverain ,
qui en eft la plus vive image
fur la terre, de faire desgraces,
& il n'eft pas moins deffendu
d'abfoudre les coupables ,
que de punir les innocens .
Mais avant que de rendre la
juſtice aux autres il faudroic
fe la faire à foy- même , regler
fa conduite comme on pre18
MERCUR É
tend regler celle d'autrui , &
qu'on obfervaft les Loix
qu'on veut faire obſerver aux
autres . Belles paroled'un Em .
pereur , dignum eft :Majeftate
regentis, legibus fubmittere principatum
. Nous en avons veu
de fameux exemples fous le
regne de nôtre invincible
Monarque dans une affaire
qui luy affure plufieurs millions
. Au milieu des Magiftrats
qu'il a choifis les plus lages
du Royaume , il fe trouve
prefque feul de fonſentiment ;
je dirois contre fes interefts ,
la justice n'eftoit le plus
GALANT
59

grand intereft des Rois. L'a .
vis de la plupart des Juges
txnt de raiſons du bien pu
blic, tant de pretextes d'équité,
paroiffent devoir juſtifier .
la poffeffion d'nn bien ſi avantageux
, mais il eft l'Avocati
de ſes ſujets , il examine avec :
fcrupule tout ce qui peut faire
contre luy , il ne trouve pas :
fon droit affez fortement appuyé.
Il y en auroit eu aſſez
pour un Monarque qui auroie
affecté même la reputation
de jufte , mais il n'y en a pas
affez pour Louis le Grand . Ce
Prince par la Paix qu'il vient
60 MERCURE
de donner à fes ennemis , fait
paroître famoderation d'une
maniere bien plus brillante.
Il étoit infiniment fuperieur.
Pour le bien de la Paix ilabandonne
le fruit de fes victoires,
il fe defarme , il fe borne luy .
même . Peut - on rien de plus
glorieux Toute la terre at
tremblé , & fuivant l'Ecritu
re,toute la terre a gardé le filence
à la veuë d'un grand
Prince . Ne pourroit- on pas
dire avec juftice la même
choſe du Roy ? Ne pourroit
-on pas employer en fa fayeur
le même langage ? Tous
23
&
GALANT. 61
les peuples eftoient attentifs
au bruit de fes conqueftes qui
allarmoient toutes lesPuiffan .
ces ; leur attention a redoublé
au nom de la Paix , qui
n'eft deuë qu'à la moderation.
L'Europe qui en reffent
les effets retentit de fes loüanges.
Ne mélons pas parmi les
acclamations publiques , une
voix foible & languiffante ;
contentons nous qu'un filence
refpectueux cache nôtre
joye & nôtre admiration .
Avocats , plus voſtre profeffion
eft excellente , plus
vous devez la foutenir avec
62 MERCURE
honneur. Enviſagez toujours
la gloire , & qu'une conduite
fage & reglée faffe connoiſtre
que vos devoirs vous font tou
jours prefens.
Procureurs , fi vous eftes
fenfibles à vos veritables interefts
, retranchez vos procedures
. Obfervez avec exactitude
les Ordonnances & les
Reglemens , & par là vous
meriterez la confiance de vos
Parties , l'eftime du Public , &
noftre protection.
Huiffiers , il vous faut plus
que des rémontrances. Les
déreglemens aufquels vous
GALANT. 63
n'eftes que trop fujets , nous
font croire qu'elles feroient
inutiles. Nous voulons feulement
vous avertir que nous
fçaurons diftinguer la probité
des uns , & punir feverement
les malverfations des autres .
L'Ouvrage qui fuit eft de
M' Magain , ancien Confeil.
ler au Prefidial de Mafcon.
Il eft de l'Academie Royale
d'Arles , & les Ouvrages que
je vous ay déja envoyez de
luy fur differentes matieres ,
vous ont fait connoiftre fon
heureux talent pour la Poëfic ,
64 MERCURE
SUR LE MEPRIS
qu'on a pour les Muſes.
M
ODE.
Ufes , l'amour & les delices
Des plus grand Heros , au
trefois ,
On reveroit vos facrifices ,
Vous aviez la faveur des Rois .
Dans ces temps heureux , où la
! Grece ,:
Fit admirer fa politeffe ,
Vous regniez parmi les humains .
Les Guerriers , les Sçavans , les Sages
,
N'eftimoient rien dans les Ouvrages
,
Que ce qui paffoit par vos mains
GALANT. 65:
que Rome triomphante Alors
Donnant des Loix de toutes parts ,
Vous fit d'une main caleffante
Prendre place auprés des Céfars , A
Qui n'afpiroit pas à la gloire
D'entrer au Temple de Memoire
Par vos foins , avec vos concerts
Et qui dans cette Cour Augufte,,
Refuloit l'hommage fi jufte e
Qu'on doit au merite des Verst
S
Qui dés la naiſſance du monde
Pourroit voir , fans eftre furpris ,
Dieu dans fa fageffe profonden ,
Faire reverer vos écrits ?
Le Texte Sacré plein de rimes
Les a declarez legitimes ,
Ces honneurs qu'on vous a rendus.
Son fuffrage les autorife , byen
Tel en reçoit , & vous méprife ,
Qui ne luy font pas fi bien dus, *
Novembre
1697 .
66 MERCURE
2
Pour moy , quand je vois Alexandre
34 20
Aimer vos concerts les plus doux
Non,Mufes je ne puis comprendre
Le mépris que l'on a pour vous.
Un Héros de ce caractere
Ne s'endormir qu'avec Homere ,
Parmi tant de travaux Guerriers.
Ne nous permet il pas de croire
Qu'il n'eft mêlé dans fon Hiftoire
Qre pour partager fes lauriers.
S
S'il eft vray que Cefar lui mefme,
Dont le goût ne s'eft point trompé,
En montant au degré fuprême,
De vos chanfons s'eft occupé
Si la plus grave politique
A trouvé dans l'Art Poëtique
51.99
• Le Chancelier de l'Hôpital a fait
quantité de Vers.
GALANT. 67.
Des plaifirs pour fe délafier ,
Mules , comment le peut - il faite
Qu'avec tat de charmes pour plaire,
On ceffe de vous careffer ?
&
Que le feu que l'amour allume
Cherchant dans les fens, fes plaifirs ,
S'êreigne quand on s'accoûtume
A contenter tous les defirs ;
A
charmes de ce qu'on poffede ,
Qu'un indigne dégouft fuccede ,
Lors qu'on le poffede long-temps,
Tant de Femmes font infidelles ,
Et quand elles ne font plus belles ,
Les Hommes ne font plus conftans .
5
Mais que pour vous , Vierges Céleftes
,
Dont les beautez charment l'efprit ,
On prenne ces dégouſts funeftes ,
Que vous n'ayez plus de credit ;
Fij
68 MERCURE
Oui , je le diray , que j'augure
Dans une pareille avanture ,
La cheute de nos bonnes moeurs ,
Et cette trifte decadence , 10
Sera peut eftre un jour , ô France ,
La fource de tous tes malheurs.
3
&
Que ta prévoyance fublime ,
Qui regle tout dans l'Univers ,
Détourne , ô Prince magnanime ,
Ce que j'annonce par mes Vers .
LOUIS , en vain de tes conquêtes ,
Tu verras celebrer les fêtes ,
Comme tu vois à tous momens ,
Si malgré cette gloire immenfe
On laiffe germer la femence ,
Des plus honteux déreglemens.
$
Ces Vierges chaftes & difcretes
Que je te prefenre en ce jour ,
Sont de fidelles fujettes ,
GALANT. 69
Pour les Heros ont tant d'amour.
Si ta bonté les favorife
Et fait voir à qui les mépriſe
Que ce mépris ne'te plaift pas ,
Bien loin chez les races futures
Lagloire de tes avantures ,
Vivra par elles ici bas .
a
Pour peu qu'on anime leur zele,
Qu'on foûtienne leurs Chants divins
,
Elles font de race immortelle ,
Tout eft immortel dans leurs mains.
Hors les droits facrezdu Parnaſſe
S'il n'eft rien que le temps n'efface
Il fçait refpecter les beaux Arts ,
Oui , malgré fa courfe rapide ,
Nous avons toûjours l'Eneide.
Que nous refte- t-il des Cefars ?
S
Mais dans ce devoir dont s'acquite
70 MERCURE
Ma groffiere & pelante voix ,
Croiray je mes Vers d'un merite
,
Propre à faire valoir vos droits à
Non , Mules , je fens ma foibleff÷
Et quelque ardeur qui m'intereffe
A parler en vôtre faveur ,
Le feu dont mon ame eft remplie ,
Preft à s'éteindre avec ma vie ,
Ne fçauroit plus me faire honneur .
2
Autrefois en lifant Malherbe ,
Charmé du beau tour de fes Vers,
J'ay fouvent pris un vol fuperbe ,
LOUIS, furtes travaux divers .
Mon aîle tremblante & timide
N'a pu fuivre ce divin guide ;
Mais à prendre un effor pareil
Le vol le plus bardi s'êgare ,
Et trouve le deftin d'Icare
En s'aprochant trop dn Soleil,
GALANT. 70
2
O vous , qui fentez dans vos
veines i noo
De jeunes & vives ardeurs), col 13
Allez , par ces routes hautaines ,
Allez au faifte des honneurs.
S'il eft de triftes deſtinées ,
Il vient des heureufes années
Rendre justice aux beaux efprits .
Les plus grands Guerriers ont beau
faire ,
Tous leurs travaux ne durent guere
Sans le fecours de nos écrits.
S
1
Mais , à la gloire de la France ,
Qu'on ne fçauroit aflez vanter,
Quand vous n'auriez pour recom.
penfe
Que le feul plaifir de chaneer ,
Elevez vos voix immortelles,
Des vertus les échos fidelles ;
II
72 MERCURE
Et pour foûtenir les beaux Arts ,
Voyez quela Mufe Romaine
Ne vous parle que d'un Mecene ,
Et l'on compte douze Cefars.
Vit- on jamais, Troupe fçavante,
D'exploits , de travaux inoüis
Une moiflon plus abondante ,
Que le Regne du Grand LOUIS?
Que ne fait on point , quand on
aime ?
Un jour à ce Héros , moy - mefme ,"
Je donnay je m'en fouviens bien ,
Du fond fterile de ma veine
Quatorze * LOUIS pour êrreine ,
Et je les luy donnay pour rien .
Jaylong temps gardé le filence ,
Honteux d'ofer mêler ma voix
* Sonnet qui eft au_commencement
Mercure du mois de Ianvier 1685.
Atant
GALANT
73
A tant d'autres dont l'excellence
Peut charmer l'oreille des Rois.
D'où vient fur le panchant de l'âge,
Qui doit m'affoupit davantage,
Que je prens ce nouvel effor ?
C'est ainsi , je le dois comprendre
Que le Cygne aux bords du Mean
dre ,
1
Chante aux aproches de la mort.
S
Sur le declin d'une carriere
Qui doit terminer mes travaux ,
Combien ma mourante paupiere
Voit naître de fujets nouveaux !
Combien pour de nouvelles fêtes
Voit elle d'avantures prêtes ,
Sous ce Regne heureux & naif.
fant ,
Où le fier & brave Sarmate ,
Bien loin au delà de l'Euphrate ,
Fera reculer le Croiffant !
Novemb. 1697.
G
74 MERCURE
}
2
Nations de l'Inde & du Gange ,
Peuples barbares , accourez ,
Il eft temps que le Ciel vous vange
Des Tirans fous qui vous fouffrez.
Voulez-vous avoir des Monarques' ,
En qui vous puiffiez voir les marques
D'un bon & légitime choix ?
Choififfez avec confiance ,
Choififfez en du Sang de France ;
De ce Sang naiffent les Grands
Rois.
S
LOUIS fait du haut de fa gloire,
Tout ce qu'il faut leur enfeigner ,
Ils n'ont qu'à lire fon Hiftoire ,
Pour apprendre l'art de regner.
Fils, petit Fils , Princes , Princeffes ,
Par fes vertus , par les careffes ,
Toûjours charmez, toûjours foumis .
GALANT. 75
Sur les maximes qu'il leur donne
Pour le foûtien de la Couronne ,
Font trembler tous nos Ennemis.
2
C'eft de cette fource feconde ,
Que nous verrons avec la Paix
Naître tous les Maîtres du Monde ,
Elle ne tarira jamais.
Croiffez avec noftre allegreffe ,
Croiffez , genereufe Princeffe ,
L'espoir le plus doux de nos Lys .
Ouy ,ce fera voftre Himenée ,
Qui changeant noftre destinée ,
Va rendre nos voeux accomplis.
S
Je vous envoye la Traduc
tion d'une Ode Latine de M³
l'Abbé Boutard , qui a esté
prefentée au Roy, & quia reçû
Cij
76 MERCURE
de grands applaudiſſemens de
toute la Cour. Cette Traduction
eft de M' Perrault de l'Adamie
Françoiſe.
DESCRIPTION
DE MARLY.
Quittez
ODE.
Uittez , Mufes , quittez les rives
du Permeffe :
Et venez de Marly voir les Eaux &
les Bois ,
' anime le Genie & l'augufte fageffe
Du plus puiffant des Rois .
སྙ
GALANT. 77
C'eſt- là qu'inimitable en tout ce qu'il
projette ,
LOUIS , àle fervircontraint les Ele
mens : Ljetre,
Et qu'au gré du Hetos la Nature fy-
Regle les mouvemens.
2
Les Arbres & les Eaux , où les Nyma
phes fe mirent ,
Sortent en un moment des plus arides
fonds :
La Terre en eft furpriſe , & les fables
s'admirent
De fe voir fi feconds.
&
L'Ormeau , dont ces Jardins empruntent
leur parure I 'Iner:
Au caprice de l'Art fe laiffe gouver
Docile il obéit , & prend telle figure,
Que l'on veut luy donner.
2
Cij
-8
MERCURE
Qu'il étalle à nos yeux dé fcenes
magnifiques !
Soit qu'il le forme en Boule , ou s'étende
en Berceaux :
Soit qu'en fombres Réduits , en ſu.
perbes Portiques
Il courbe fes rameaux.
23
Non ; le Chefne orgueïlleux , ny la
Palme immortelle ,
Ny du Platane épais l'ombrage tant
2. vanté ,
Ny le Peuplier blanc , ny le Pin de
Cibelle
N'ont point tant de beauté,
S
Quel Palais couvert d'or éclate en
-ce Bocage / ..
La Lyre d'Amphion l'auroit - elle
conftruit ?
N'est- ce point la demeure & le fu
perbe ouvrage
GALANT. 79
De l'Aftre qui nous luit?
S
J'apperçois le Soleil dans fon char de
lumiere :
Les rapides Chevaux condufans les
Saifons ,
Et d'une courle égale il fournit fa
: carriere
Dans les douze Maiſons.
S
Cet augufte Palais , vray Temple de
la Gloire ,
Renferme de LOUIS les bellis
queux travaux ,
Qu'ont peints , pour en garder l'éternelle
mémoire ,
Apelle ou fes rivaux .
xans east and m
Là Dole & Besançon , par mille funerailles
Eprouvent de fon bras le pouvoir fou
AW [ verain :
I
1
C iiij
80 MERCURE
1. y de Luxembourg s'écroulent les
murailles
Sous fes foudres d'airain ..
2
Là Gennes fume encor : Icy les
Tours captives ,
Que baignent & la Sambre , & la
Meufe , & l'Elcaut ,
Succombent fous le fer , où juſtement
craintives ,
N'attendent pas l'affaut.
Il femble qu'à regret , quoy que pri
vez de vie
Les Céfars jettent l'oeil fur de fi
grands Exploits :
Et que le marbre blanc encor moins
que l'Envie ,
Les rend pâles & froids.
S
GALANT: 81
Mufe , par les accords de vôtre foi.
ble Lyre ,
N'allez pas avilir l'éclat des fes hauts
faits :
Ne fongez qu'à chanter les Jardins
où refpire
L'image de la Paix.
S
C'eft-là que l'Age d'or fe choifit un
azile :
Là regnent les Plaifirs & les Jeux innocens
:
Et le Printemps raffemble en ce Val
lon fertile
..
Ses plus riches preſens.
2
L'Art qui joint fon adreffe aux foins
de la Nature ,
L'a ceint de gazons verts , & dc
riantes fleurs
82 MERCURE
2
Que ces jeunes Ormeaux , par leur
fraîche verdure ,
i Deffendent des chaleurs.
D'habits tout differens les Tulipes
parées
Attirent à l'envi le Maitre de ces
licux :
Mais les Lis argentez , les Jonquilles
dorĉes
Arrêtent plus fes yeux.
2
Là brille le Narcifle , ornement du
Parterre ,
La Role qu'empourpra la Mere de
l'Amour ,
L'Hyacinthe & l'Oeillet, tous Aftres
de la Terre ,
Que n'éteint point le jour.
S
GALANT: 82
Les Champs les plus féconds de l'Arabie
heureute
Nexhalérent jamais de fi douces
odeurs :
De la celefte Iris la voûte lumineuse
N'a pas tant de couleurs ,
&
Cent Vafes précieux , où l'Art même
s'admire

Etalent du cizeau l'ouvrage confommé
:
Et des troupes d'Enfans femblent
joüer & rire
Sous leBronze animé.
2
Voyez ces Bois naiffans , où la fiére
Bacchante
Fait de fes cris aigus retentir les
Vallons :
Où la legereté de la jeune Atalante
Paffe les Aquilons.
84 MERCURE
2
Lesneuf Soeurs & Vefta logent fous
ces Ombrages :
De ces Prez en tremblant Euridice
s'enfuit :
Et plus loin , deux Amours repaiffent
de feuillages
La Chévre qui les fuit.
&
La pour mettre à couvert les Dryades
& Flore ,
S'élevent des Coſteaux au gré de
leurs defirs :
Pour elles dans fon féin le Vallon
tâche encore
D'arreſter les Zephirs.
S
L'ail fe proméne au loin fur les
Champs & les Villes :
Et pour ne point cacher ces objets
pleins d'appas ,
GALANT. 85
A
L'Ormeau baiffe la tefte , & les Ifs
immobiles
N'ofent lever les bras.
N
J'apperçois dans les airs la Seine fufpenduë
:
Prompte à fuivre par tout la voix
de fon Heros ,
Elle franchit les Monts , & jufques
dans la nue
Semblent porter les flots .
S
Mais la Nymphe cherchant des routes
foûterraines ,
Prefere ce Vallon à la voute des
Cieux :
Et veut bien devenir mere de cent
Fontaines ,
Pour, orner ces beaux lieux.
S
86 MERCURE
De ces Jardins pompeux elle fait la
richeffe ,
Soit que de fon cryftal de longs Canaux
foient pleins :
Soit que fes claires eaux ,
gufte Princeffe
d'une au-
Aillent remplir les Bains .
S
Muſe , admirez icy la Colomne liquide
:
Ces Dauphins à grand bruit vomiffant
des Ruiffeaux :
Et l'impetueux cours de ce Fleuve
rapide
Qui defcend des Cofteaux,
S
Peignez ces flots d'argent , qui bon
diffent fur l'herbe :
Ces humides Rochers écumans de
Cryſtal :
GALANT. 81
Et le fombre bocage , où reluit de
la Gerbe
Le fluide métal.
2 .
Peignez les Nappes d'Eau , les bril
lantes Caſcades :
De la riche Coquille étalez les Trefors
,
Dont l'Inde fomptueux , pour parer
les Nayades ,
A dépouillé fes bords .
I
Defcendus de l'Olympe & cache z
fous le marbré , 2.
Tous les Dieux font venus habiter
ces Jardins:
Là s'arrefte Cerés , & Bacchus fous
cet Arbre
Preffe les doux raiſins . I
S ...
88 MERCURE
;
Diane au pied leger , & de carnage
avide ,
Pourſuit les Cerfs fuyards , le carquois
fur le dos :
Faune las de courir , & le fameux
Alcide
Y cherchent du repos.
2 .
La Déeffe de Cypre à qui tout rend
hommage ,
Le Pere des beaux Arts , le Meffager
des Dicux
Tous fans peine ont quitté pour ce
ruftique Ombrage
La demeure des Cieux.
2
Auprés de toy , LOUIS , s'efface
leur puiffance :
Les eaux , les bois , les fleurs , tout
reſpecte ta Loy :
GALANT. 89
Et ces lieux fortunez , qu'embellit ta
prefences, sun
Ne refpirent que Toy.
"
C'eft- là que dépofant le terrible
Tonnerre
Dont tu viens d'ébranler & la Terre
& les Mers ;
Tu prens cet air ferain , qni diffipe
la Guerre *
છે. Et calme l'Univers,
Novembre 1697. H
90 MERCURE
:
M' de' Cipiere a écrit une
feconde Lettre fur le Livre des
Superftitions de M' Thiers , &
je vous l'envoye .
P
Our répondre, Monfieur,
à la Lettre que vous m'avez
fait l'honneur de m'écrire,
j'éclairciray les deux Points
qui ne vous paroiffent pas
affez clairs , & que j'avouë ne
l'eftre pas affez par la breveté
que j'avois recherchée dans
la Lettre que je vous envoyay
le mois paffé.
J'avois avancé que
le
Dea
GALANT: 94
mon ne peut pas changer les
corps inanimez en veritables
animaux , ny en créer d'autres.
Et cela me paroift certains
car la production des animaux
fe fait, ou par création , ou par
generation . La création eft
une production qui furpaffe
les forces des Elprits créez;
& quand il feroit vray , ainfi
que prétendent certains Phi .
lofophes, que Dieu peut donner
à une créature la puiffance
de créer des corps , il ne feroit
pas moins vray de dire que le
Demon n'a jamais receu ce
pouvoir . Nous n'en trouvons
Hij
92 MERCURE
aucune preuve , & d'ailleurs
on he conclut pas toujours
qu'une chofe foit , parce qu'
elle eſt poſſible .
Secondement , la produ
tion des animaux n'eftant
qu'une generation de l'efpece
fuivant fon efpece , ainfi
qu'on lit dans la Genefe , le
Demon pourroit il renverfer
cet ordre établi de Dieu , détruire
les ouvrages de la nature
, & faire de veritables
miracles Peut- eftre fçavent
- ils de quelle maniere
font rangées les parties qui
compofent le corps animé.
GALANT 93
Mais au moins ils ne fçauroient
difpofer celle du bois
à devenir un Serpent , fans
agir par d'autres voyes que
par les naturelles . De là il eft
aifé de voir que tous les corps
animez qu'ils nous font paroiftre
par leurs illuſions, font
ou de veritables animaux ,
qu'ils ont pris en quelque en
droit ; ou ne font rien que des
vains phantômes , qui ne fub.
fiftent peut - eftre que dans
noftre imagination , remuée
d'une certaine maniere.
Le fecond Point que j'ay à
vous éclaircir , c'eft ce que
94 MERCURE
jay dit de la Magicienne que
Saul confulta , pour fçavoir
l'iffuë qu'auroit la guerre qu'il
foutenoit contre les Philiftins.
Toute cette hiftoire fait voir
la fourberie de cetie Femme.
Elle voit des Dieux qui mon.
tent , Deos afcendentes Quels
eftoient ces Dieux , je vous
prie ? Elle fait paroittre le
Phantôme de Samuel au Roy.
Peut eftre avoit-elle préparé
cette figure auparavant. Elle
fait dire à cettefigure descho
fes que cette Femme fçavoit
peut - eſtre elle même, ſans autre
connoiffance que celle des
GALANT. 95
qui
le
affaires de Saül . Elle luy prédit
qu'il mourra demain , ce
trouva faux. Et enfin
cette Femme parlant ellemême
du ventre par un certain
artifice affez naturel &
affez commun, elle fait croise
au Roy que c'eſt Samuël qui
luy parle . L'erreur de ce Prin
ce fe répandit même fur tout
le Peuple , qui ajoûta à ce qui
le paffa entre cette Femme &
Saul , & ceft fuivant cette
opinion populaire , que l'Au
teur du livre des Paralippomenes
, parlant de Samuel
dit que c'eſt celuy qui appa-
2125 CEN
96 MERCURE
J
rut au Roy Saül. Vous fçavez ,
Monfieur , que les Auteurs
facrez écrivant autant pour
le Peuple que pour les Sça
vans , ont quelquefois parlé
fuivant l'efprit du vulgaire.
Nous trouvons dans l'Ecritu
fe quantité d'expreffions qu '
on ne peut expliquer qu'en
fa fant cette diftinction
, &
c'est avec cette regle qu'on
entendrá facilement ce que
Saint Luc rapporte dans les
Actes des Apoltres , de Simon
le Magicien , qui par fes en²
thantemens enforceloit tout
2006
le peuple en Samarie; ce qu'il
dit
GALANT
97
dit encore de ce taux Prophere
Juif , appellé en Grec
Elymas , c'est à dire , Enchanteur
, lequel eftoit à la fuite
du Proconful Sergius dans
Fille de Paphos , ce que rapportent
les Prophetes Nahum
& Baruch , de ces Femmes
débauchées, qui par leurs
fortileges s'attiroient nombre
d'Amans ,& enfin ce qu'ecrit
Saint Gregoire , Dialogue 4
de ce faux -Moine nommé
Bafile , qui avoit enforcelé
une Religieufe . Mais comme
ma Lettre eft déja affez longue
, nous continuerons une
Novembre 1697.
P
སྙ
I
98 MERCURE 28
autre fois cette matiere. Je
fuis , &c.
Il eft jufte de vous faire
part de quelques Ouvrages
qui ont paru fur la Paix . Celuy
que vous allez lire eft de
Mr l'Abbé Bailé.
5222 2222 522 22 SSZZ
DIALOGUE,
DAPHNIS , LYCIDAS.
TV chantes , Lycidas ? quel fujer
d'allegrefe
Pent bannir de ton coeur la commane
trifelfe?
GALANT 99
Qar in'annonce d'heureux unfi doux
paſſe-temps, van szer
Ce repos que s'envie , & ces yeux fi
contens ?
3
Tes monsons, res agneaux bondiffans
far l'herbeste,
Tan chien , tout fe reffent d'une fefte
complette.
Le n'entens entous lieux que des concerts
de voix,
Que des Bergers danfan's au fon de
leur Hantbois .
L'onde quifur ces bordsfe fait à peine
entendre , plus tendre.
Paroift fe conformer as zephir le
Les plaifirs & les teux s'affemblent
fous l'ormean. O
Euft- on mieux celebré la fefte da
hameau ?
L'Echo méme attentive à ces 17 anfo
poris de joyes
I ij
100 MERCURE
Eft fenfiblevau bonheur que le Ciel
vous envoyeng
Et l'on diroit que Mars favorable
à nos jeux ,
Sufpende fes fareurs vous'éloigne
pour euxs
On n'entendplusparlerdes craintes,
des alarmes, ki ga dh
Qu'inſpiroit à nos coeurs le ravage
des armes
Dismoy donc , quel deftin fait nat-
Who Are les douceurs ,
On regnoient les chagrins , les tros-
Arobles, les horreurs ?
LYCIDAS.:
Ne parlous plus , Berger , de trou
bles ny de guerre,
La Paix ramene enfin le repos fur
la terre. inf
L'impitoyable Mars banni de ceS.
hameaux.
GALANT. 101
Nenous empeche plus d'enfler nos
chalumeang and
Ces montagnes de morts veniaſſig
dans nos plaines,
Ce fang qui profanoit les plus pares
fontaines best 2
Nefontpluss & bien- soft renal-
Aroni mille fleurs);
[ ”,
"Qui refufoient d'éclore an milien de
nos pleurs.
Zerivage éclairci dillipe l'épouvan-
Qu'offrois à nos regards fon onde
rongiſſante,IN G
Ces avides Guerriers pour nous trop
inhumains ,
Onle fontfeparez, onmontrez plus
bumains.
Z'effroy neregne plus v & langage
Bergere
Soro ale fans danger fur l'épaife.
fongere .
I iij
102 MERCURE
L'Oifeau quin'entend plas de cam.
bats & de crises
Mèle fa chanfonnette à nos voix
nos.ris.
Les Flutes ont repris la place des
Trompettes
Zes Tambours l'ont cedée aux paifibles
Mufetters a
Et ta vais les Agneaux de nos than.
fons charmer,
Paifire en paix au milien des guer,
riers defarmer,
DAPHNIS
Qu'entene-ie ? quel honbour : belas,
eft-il polible,
Que le Ciel à nos voeux paroiſſe f
fenfible ?
4
Nous verrons donc en paix nos campagnesfleurir,
Nos moiffons profiler , & nosraifins
meurir?
GALANT. Hob
Nos vergers , nos maisons à l'abii
du pillage ,
Seront un feur azile aufardean du
vieil age.
Le repas , l'abondance en ces lieux
de retour
Nous laifferant gouser les douceurs
d'un bean 1007.)
Mais encore aprens moy ,quel Din
les fait renaifire.
Aprés tans de bienfaits ne puis je
le connoifrey pl
Afin que dès ce pour mon coeur icconnoiffant,
N'immole fes brebis qu'à ce Dieu
tout-puiffant?-
LY CIDAS,
I
Duplas parfait des Row , du plus
grand , du plus imfte,
Et non d'un Diey, Daphnis apprens
Le nom augufte
I iij
104 MERCURE
C'eft luy qui force Mans à calmer
V
l'Vnivers.
left le terme qu'il donne à mille
exploits divers.
DAPHNIS.
C'eft Louis, ie le vois ; plus la ioye oft
parfaite,
'Plus elle nous apprend quelle mais
nour l'a faite.
Grand Roy, fie nepuis i’élewer des
Antels ,
Si pourmieux reverer le plus grand
des Mortels
Il ne m'eft pas permis d'immoler mes
geniffes,
Reçois au moins mes voeux au lieu
de facrifices , i
Et que l'onde tariffe avant que ce
bienfait
De mamemoire ingrate échape tong
à fait.
GALANT 105
LYCIDAS.
Pour moy, toute ma vie , au fon de
ma Mufeite ,
Je chanteray celuy qui me rend ma
boulette.
Te n'enjouiſſois plus , lors que dans
le bercail
Lacrainte renfermoit le timide bo
fail.
C'eft lay qui vous permet , mon cher
Troupeau, de paißtre
Dans ce vallon hethu , furce coftean
champeftre.
Ab , quand par fes douceurs le retour
du repos
Nenousforcerait pas à chanter
Heros. &
Sur tant d'objets d'orgueilfes werius
triomphantes
Exigent de nos coeurs des marques
éclatantess
106 MERCURE
Puiffe fon regne heureux ſe mainte»
nir en paix ,
Toujours digne d'envie , & nefinir
jamais!
DJAPHNIS.
Qu'au moins le Ciel protege an Heros
qu'ilfairnaiftre ,
S'il n'eft pas immortel, leplus digne
de l'eftre !
Les Vers qui fuivent font
de M Maugard le jeune , &
peignent bien ce qui vient de
Le pafler.
FABLE
ALLEGORIQUE.
Tous eft dona calme &fur mer
fur terre? ka
Le Lion & le Leopards
GALANT . 107
Qu'ont aidez tant de fois les confeits
da Renard ,
Avecle Coq n'ont plus la guerre?
Tous les Oiseaux en imitant
Les generenfes Hgrondelles,
Avec le Cog fi craint ont vaide
leurt querelles,
Et chacun d'eux paroift content.
L'Aigle feule obftinèe en fa deman
de fiere ,
Faiſant pour refifter an effort ims
puiffant ,
Vouloit jufques aux Cieux portṛY
fon aile altiere :
Mais fentant du Soleil la trop vive
lumière,
Elle a tourné fon vol du coftè da
Croiffant.
Le S' Jean Boudot , Libraire
de la rue Saint Jacques , au
108 MERCURE
Soleil d'or , vient de donner
une nouvelle Edition des Lettres
du Cardinal d'Offat , en
deux volumes in quarto. Elle
eft fi differente de toutes cel
les qui ont paru jufqu'icy ,
que l'on n'aura pas de peine
à convenir que cette derniere
eft veritablement
la premie
re , puis qu'elle eſt la plus
ample , la plus entière & la
plus fidelle , ayant cfté revûë
& corrigée fur le Manufcrit
original, qui eft dans la Biblio
theque du Roy. Ce n'eſt pas
feulement par un plus grand
nombre de Pieces que cette
GALANT: 1 rog
novelle Edition eſt plus am /
ple. Elle l'eft encore par la
reftitution de quantité de faits
& d'articles hiftoriques , qui
avoient efté retranchez dans
la plupart des Lettres mêmes .
Il y a d'ailleurs quantiré de
Notes de M Amelor de la
Houffaye. Ilfuffit de le nom->
mer pour s'affurer que les Leteurs
équitables n'en feront
pas moins contens que de
celles de fon Tacite . Ils y en
trouveront beaucoup , qui
pourront fervir de fupplé..
ment à l'Histoire des Roist
Henry III. & Henry IV Lal
HO: MERCURE
22
Vie qu'il aa faite du Cardinal
d'Offat , & qui contient un
abregé de toutes les Negocia
tions & plufieurs autres par
ticularitez curieufes , eft à la
tefte de l'Ouvrage , avec fon
Portrait gravé fur l'Original,
qui fut envoyé de Rome à M
de Villeroy . Il a encore ajoû
Lé à cette Edition une Table
des matieres , fi ample & fi
exacte , que lors qu'on aura lu
une fois le livre , il ne faudra
plus recourir qu'à cette Ta
ble , pour le fouvenir à point
nommé de tout ce qu'on aura
lû , foit dans les Lettres , foit
GALANT. II
dans les Notes. Ceux qui
n'auront pas le loifir , ou la
patience de lire ou de relire
quelqu'une de ces Negocia.
tions qui ont duré plufieurs
années , & dont par conféquent
le fil eft interrompu
par la narration des affaires .
qui furvenoient d'un Ordinaire
à l'autre , n'auront qu'à lire
ou relire la feconde partie de
la Vie de M ' d'Offat , c'eft à.
dire , de fa vie publique , qui
commence à la fin de la page
7. On n'a rien changé au
langage de ce Cardinal , parce
qu'on a cru que fi on le faifoit
112 MERCURE
parler & écrire autrement
qu'il n'a fait , ce feroit défi.
gurer un file entiéremeut
confacré à la Negociation & à
l'ufage du Cabinet. Voicy le
Catalogue des Pieces qui n'avoient
point encore efté imprimées
, & qui fe trouvent
dans cette derniére Edition .
Dix Lettres écrites par M
d'Oflat au Roy Henry III . &
à la Reine fa Mere , en l'année
$ 584.
I
Vingt - quatre Lettres du
même à la Reine Loüife .
Doüaire
de France , depuis
1590. juſqu'à la fin de 1609. -*
GALANT. 113
-Un Memoire dreffé par M
d'Offar , pour montrer que le
Roy Henry III . n'eftoit point
mort exconimunić .
Un Memoire envoyé par
la Reine Loüife à M ' d'Offat ,
fon Agent à Rome , pour y
pourſuivre la celebration des
Obfeques du Roy fon Epour.
Un Bref du Pape Gregoire
XIV . écrit à cette Reine fur ce
fujet.
Un Bref du Pape Clement
VII.à la même Reine , &fur
le même fujet.
La premiere Lettre écrire
par Henry IV. à M'd'Offat . !
Novembre 1697. K
114 MERCURE
Lettre écrite par le même
à Clement VIII . apres fa converfion-
L'Inftruction donnée au S
de la Clielle, porteur de cette
Lettre .
La Requeſte prefentée par
Mrs du Perron & d'Offat au
Pape Clement VIII , pour obtenir
l'abfolution de Henry
IV.
Une Lettre de Mr d'Offat ,
alors Evéque de Rennes , au
Conneftable de Montmo.
rency.
Une Lettre du Roy à M'
l'Evêque de Rennes, touchant
GALANT. aus
un Edit fait par Henry III.fon
Predeceffeur , en faveur des
Huguenots.
L'Inftru &tion envoyée au
même , pour aller traiter avec
le Grand Duc de Tofcane ,
pour la reftitution des Mes
dIf & de Pomegues ,
ll
Lettre du Cardinal d'Offar ,
CCLVI.de cette Edition , n'eft
point dans toutes les autres .
Lettre du Royau Cardinal
d'Offat, contenant ce que le
Cardinal Legat Aldobrandin
avoit negocié en France .
Lettre du Roy au mème
fur la Paix de Savoye,
Kij
116 MERCURE
Lettre du Roy au même fur
la naiſſance du Dauphin.
Réponse du Roy àune Lettte
du Cardinal d'Offat , fur
la fucceffion d'Angleterre.o
Lettre de M' de Villeroy au
même Cardinal .
Il paroit depuis peu de
temps un livre nouveau intitulé
, Anne de Montmorency Il
conrient toute la Vie de ce
fameux Conneftable , qui a
efté Favory de François I. &
la lecture en eft d'autant plus
agreable , que parmy les faits
hiftoriques que l'Auteur rapporte
, on y trouve la plufpart
GALANT. 167
des intrigues galantes , qui firent
bruit à la Cour en ce
temps là . Ainfi ce qui amufe
l'efprit eft joint à l'utiles &
on fe peut affurer d'eftre di
verti & inftruir en même
temps. Punis
ob Le St Jean Guignard , Libraire
au Palais , chez qui fe
debite cet Ouvrage , en vient
de donner un autre au Poi
blic , qui a pour titre , Le par
fait Homme de guerre . Il eft di.
vifé en plufieurs Difcours ,
qui font voir , Que la vertu
eft l'unique femence de la
grandeur & de la felicité dos
118 MERCURE
hommes ; que la force feyle
imprime dans un Homme de
guerre le caractere de Heros ;
que la Religion & la Pieré
doivent foutenir la valeur .
que la réputation d'un homme
de guerre dépend de fon
équité ; que la prudence militaire
procure de grands al
vantages à un Guerrier , & que
la valeur met la derniere main
à la perfection d'un Heros ,
& couronne fon merite. L'Auteur
a ajoûté à ces Difcours la
maniere dont on doit élever
les jeunes Seigneurs que l'on
deftine à la profeffion des ar
GALANT. 11g
mes , avec une inftruction
d'un Pere à fon Fils qui entre
dans le fervice . Tout eft bien
penfé dans cet Ouvrage , & la
netteté du ftile contribuë
encore beaucoup àle faire lire
avec plaifir !
Je vais vous parler pour la
troifiéme fois des Reflexions'
fur le Ridicule , parce que le
C
même Libraire , vient d'en
donnerune troifiéme Edition .
Elle est encore augmentée ,
& vous ne devez pas douter
que les nouvelles additions"
qui s'y trouvent , nefoient de
bon gouft , puifque . M' l'Ab
120 MERCURE
bé de Bellegarde , qui en el
l'Auteur, penfe tresejufte , &
qu'on auroit peine à s'exprimer
plus heureuſement.
Rien ne peut eare d'une
utilité plus grande qu'un au
tre Livre nouveau , que le S
Brunet , Libraire au Palais ,
vient de mettre en vente. ll
a pour titre Le dégoût du Mon
de , matiere vafte , qui donne
lieu à de faintes & tres-,
importantes reflexions. Pour
fe dégoûter du monde , il
faut le connoître ; & qui en
peut mieux avoir connu tout
le vuide, que M' l'Abbé Mauroy,
GALANT. 12
roy, cy- devant Curé des Invalides
, qui nous a laiffé ce
bel Ouvrage ? Par combien
de triftes experiences a-t -il
été convaincu , que les plaifirs
les plus durables & les
plus flateurs ne font rien autre
chofe qu'un beau fonge ,
& qu'ils ne laiffent , aprés
qu'on les a goûtez , qu'un vif
repentir de s'y êrre trop abans
donné ? Le premier Chapitre
qui fait voir le peu qu'eft la
vie , & dans quel excés d'aveuglement
il faut eftre pour
s'y attacher , donne de l'empreffement
pour lire ceux qui
Novembre 1697 . L
122 MERCURE
le fuivent , & ce font par tout
de falutaires avis pour nous
éloigner de ce qui n'a rien
de réel ni de folide , le vray
bien de l'Homme ne pouvant
être qu'en Dieu .
L'année Climaterique de
foixante & trois ans , paroît
dangereuse à bien du monde .
Ainfi je croy qu'on ne fera
pas fâché dans votre Province
, de voir ce qui m'a été eng
voyé fur cette matiere.
GALANT. 123
A MONSIEUR ***
Ly a toûjours , Monfieur,
des accidents à craindre
durant tout le cours de la vie .
On en craint beaucoupdavar }
tage dans le periode de l'année
foixante- troifiéme , que
l'on nomme Climaterique , &
où l'on s'imagine que la mort
s'approche plus prés de nous
armée de fon dard terrible ,
telum immane gerens. Quoy
qu'il en foit , me voila délivré
du peril , paſſato è pericolo.
Il faut donc vous apprendre
Lij
124 MERCURE
qu'aujourd'huy depuis cine
heures & demie du matin ,
j'ay foixante trois ans paffez.
Ne me dites point , Tot facies .
non computat annos. On necompte
point tant d'années fur vôtre
wifage. Car enfin cela eft vray,
& je n'ay pas de peine à faire
declaration , puifque cette
par ce moyen , je me trouve
hors de la plus dangereuſe
année Climaterique , dont on
fait tant de peur aux gens , &
qui a efté funefte à une infinité
de perfonnes. On y
compte parmy les Grands
Hommes de l'antiquité , Ore
GALANT. 125
phée, Ariftote, Demofthene,
Ciceron & Sallufte, que l'on
dit cftre tous morts dans leur
année foixante troifiéme , année
que les Egyptiens ont
nommée Andropos , parce
qu'elle rompt, felon eux , la
force de la vie de l'homme,
Mais parce que ces temps fi
éloignez font hors de nôtre
veuë , voici des perfonnes celebres
de nôtre ficcle , que la
mort a ravies dans cette an
née Climaterique, & dont elle
a fait fes victimes . Saumaife
cet homme fi éminent dans
la Republique des Lettres
DEP
iijL
126 MERCURE
ayant écrit fur la matière
Climaterique ,pour n'en point
démentir la doctrine , mourut
quelque temps aprés à l'âge
de foixante & trois ans. Gaf
fendi ce Philofophe
que l'on
met en parallele avec Def
Cartes , finit pareillement fes
jours dans fon année foixan
te-troifiéme . Loyſeau le Do-
Ateur des Offices , ne put a
chever de paffer cette annéelà
; il fut alors frappé d'apoplexie
, comme d'un coup de
foudre , & il déceda dans fon
année Climaterique
. Il y en a
ici un exemple recent. Un
GALANT.: fr
Prefident dont le merite eftoit
connu , ayant du genie & de
l'erudition vient de fubir le
fort Climaterique . Il fut fur
pris d'un mal dangereux dans
fa foixante- deuxième année
tant qu'elle dura , bien attaz
qué bien défendu. Mais il
ne fut pas plutoft entré
dans fa foixante troifiéme
qu'il fe fentic fuccomber fous
la loy de cette année fatale ,
& comme dit Virgilenemy na
svi sup
5. Cunctaturque metu selumque
inftare tremiſcitsuenak adires
Loras 244,xuswgarb sasia,
onsta
Liifj
128 MERCURE
La frayeur le glace , voyant
le dard qui va le priver de la vie;
& qui en effet le mit au tom
beau. Il y a partout des exem
ples de perfonnes qui ont efté
la proye de leur année Climaterique
, & qui ont fait
naufrage à cet écücil , où le
corps va fouvent fe brifer ,
comme les Vaiffeaux aux fameux
rochers Sylle & Charib .
de. Pour moy,je n'enay point
augmenté le nombre , quoique
j'y aye efté fort expofé.
Mon année Climaterique
tomba dans un jour quel'on
sient dangereux, un Samedy,
GALANT. 19
jóur finiffant la Semaine , &
jour de Saturne à cinq heures
& demie du matin , temps
obſcur & privé des rayons du
Soleil , l'Aftre de la lumiere
& le principe de la vie ; au
mois d'Octobre dont le Scorpion
et le figne , Scorpion
animal qui a un venin mortel
, principalement lorsqu'il
pique le matin , dit Pline ,
Lethalis ictus viris, matutino,lib.
II. cap. 26. Il y avoit en tout
cela un affemblage de tresmauvaisaugures.
Taliapræfen
sem fignabant omina mortem
fur tout le rencontrant, ſelon
130 MERCURE
le même Auteur , cum fcan
fili annorum lege occiduá. lib.
7. cap. 49. Neanmoins une
minute de temps a diffipé
tous ces fignes fi dange.
reux , & j'en ay efté quitre
pour un petit fommeil
qui me reprit une heure avant
que cette triste année finit ,
afin de payer au moins par
une image de mort , quelque
tributà l'année Climaterique.
Cette année là a toûjours fait
l'attention de ceux qui s'y
font rencontrez , & ils ne l'ont
point regardée fans agita
sion.
GALANT. 12
Les Auteurs anciens & le
modernes n'en ontpointdimi
nué l'alarme , tenant non feulement
que l'obfervation n'en
eftoit pas vaine , mais qu'
falloit dans cette année-là
tout craindre pour la vie , que
le foixante- troifiéme efchelon
de nôtre échelle , que les
Grecs nomment Climax
d'où vient le mot Climaterique,
eftoit fort dangereux; &
qu'il eftoit difficile d'y mettre
le pied fans tomber à la
renverfe. Enfin qu'Atropos ,
cette troifiéme & cruelle Par
que, ouvroit alors les ciſeaux
132 MERCURE
pour couper le fil de la vie de
l'homme .
Le fondement general de
l'opinion des uns & des autres
, vient de ce qu'ils s'imaginent
que la foixantetroifiéme
année de l'Hom
me eft terminée par Saturne
; Planete , difent ils , ma
ligne dans fon afpect & dans
fes influences. Saturne felon
eux préfide fur le feptiéme
jour , & continuant fon empire
fur chaque année fep
tenaire , augmente le degré
de fa malignité dans l'anée
foixante-troifiéme , qui
GALANT. 133
eft un composé de neuf fois
fept , & de fept fois neuf ,
complication de nombres la
plus dangereufe. Au fond ,
qu'est - ce que cela ? Et en
quoi peut confifter la faculté
contagieufe des Nom
bres & de Saturne. Il eft vrai
qu'Aulugelle , fous le nom
de Varron en fait un épouventail.
Pericula quoquo , vile
fortunarumque hominum , que
Climacteras Chaldai vocant
graviffima quaque fieri effirmat
Jeptenariis. Lib. 2. cap. 10.
Il affure que dans les années fep.
tenaires, que les Chaldeens ap
134 MERCURE
pellent Climateriques , il arrive
aux hommes d'estre en grand danger
pour leur vie pour leur
fortune. Mais on trouve trop
la vertu malfaifante du nom .
bre feptenaire Seroit - ce ,
parcequ'il eft, dit - on , un nombre
vierge qui n'engendre
point? Mais toutes lesVierges
ne font pas guerrieres comme
Pallas pour tuer . Pallas
elle même n'eft pas toûjours
Bellone , & ne porte pas toû
jours falance. Qui dit Virgo ,
dit blanda Virgo , qui a l'air
doux , dulce loquens , dülce ridens .
Qui rit & qui parle agreable
GALANT. 135
ment. Seroit- ce donc dans la
figure du nombre de ſept qui
reflemble à une faux ? Mais
cette figure ne fe rencontre
que dans le Chifre , Arabe ,
Ainfi cette figure de Talif
man ne fe trouvera point dans
le Chifre Romain . Pour le
nombre de neuf , qui entre
dans l'année foixante- troifié.
me,neuffois fept, & qu'on prerend
en augmenter la fatalité,
il cft, dit on, immortel. Dou
blez neuf , il y aura 18. or 8.
& 1. font neuf. Triplez neuf,
il y aura 27.7 . & 2. font neuf.
Quatre fois neuffont 36 , 6,
126 MERCURE
& 3. font neuf. Enfin multi
pliez neuf tant que vous
pourrez, le 9. fe conferve toû
jours dans les nombres . Et
bien , foit, que le nombre de
neuf foit immortel ; fon immortalité
doit-elle caufer la
mort? Au contraire , les im
mortels font bienfaiſans , ils
donnent & ils confervent la
vie. Cette fpeculation du
nombre fept fous l'idée d'u
ne Vierge : & celle du nombre
neuf , fous l'idée d'un im
mortel , ne doit pas beaucoup
effrayer. Il faut donc que ce
foit l'étoile de l'année Cli
8 .
$
GALANT 237
materique qui foit terr ble
& menaçante ; car pour les my
fteres des nombres on peut
bien les renvoyer à Pythago.
re & aux Pythagoriciens. Cette
étoile eft Saturne. Suppo
fons ici, s'il fe peut,que ce foit
Saturne. Ce qu'on dit de lui
comme Planete
pourroit
n'eftre guere plus veritable,
que ce qu'on dit de lui, comme
fils d'Ops & de Veſta. Il
n'eſt pas ailé non plus
A
de
comment
le
Ies
comprendre
faifant auteur du Siecle d'or ,
& marquant de fonn nom
temps fortunez , Redeunt S
Novembre 1697 M
138 MERCURE
turnia regna , on le faffe en
mefme temps un aſtre formi
'dable aux hommes & deftruteur
de leur vie. Ces deux
idées font trop opposées pour
fubfifter enſemble. On peut
encore ajoûter que l'année
du periode de Saturne eftant
beaucoup plus longue que
celle des autres Planetes
Jofeph Scaliger y comptant
dix mille neuf cens cinquante
cinq jours & douze heu
res , il n'y a point de convenance
avec fon caracteré
d'abreger le cours de
la vie des hommes par une
GALANT: 139
veriu deftructive . Si l'on in
fifte que Saturne eft froid &
qu'il a une faux , ce froid n'eſtil
mortel , & cette faux n'eft
elle trenchante que dans l'âge
de foixante & trois ans?La
faux eft des Poëtes , c'eſt- àdire
de la Fables; & pour le
froid de Saturne , les Chymi
ftes en jugent autrement que
les Aftrologues. Le fel & le
baume de Saturne où fon
froid domine , eft propre, difent
ils , à guerie plufieurs
fortes de maux. Il femble que
dans un fait de nombres , tel
qu'eft l'âge de foirante&trois
J
M ij
140 MERCURE
ans , on pourroit à plus juſte
titre en attribuer un empire
à Numeric , la Deeffe des
Nombres. Mais cette Numerie
le contentoit d'enſeigner
les combinaiſons des Nombres
& leurs regles . Ce n'ê
toit là qu'une Arithmetique
de pratique , pour faire des
calculs & des comptes fans
aucune vertu ni impreffion
fur la conftitution de l'homme.
On ne dit point auffi que
cette bonne Deeffe ait jamais
fait mourir perfonne, n'ayant
pour elle ni lance comme
Pallas , ny arc, comme Diane,
GALANT.
14t
mais feulement une plume
pour chifrer. Cependant la
terreur qui naift de l'âge de
avec
foixante & trois ans , qualifié
année climaterique , n'eft pas
une fimple terreur populaire.
Augufte au milieu des grands
foins de l'Empire , y penfoit
application ; & lors qu'il
eut paffé le terme de cet an
Climaterique , il en temoigna
autant de joye que de la Bas
taille d'Actium , dont la vic
toire fonda fon Trône . Il en
écrivit a Cajus. Réjouiſſez vous ,
mon fils,de ce que j'ay paffé l'antroisième
de mon
née foixante
42 MERCURE
age, année la plus dangereufe de
toutes: Et il y en eut une felte
& un petit triomphe dans fa
famille. On pourroit croire
que c'eft pouffer la chofe trop
loin , & qu'il doit fuffire de
n'eftre pas faché d'avoir franchy
un pas que l'on fait aufli
dangereux que ces facheux
paffages de Rivieres ; où plufieurs
fe font perdus ; car au
trement il n'y a pas lieu d'ef
tre fort content d'eftre avant
cé dans un nouveau periode
d'âge qui augmente inceffamment
la caducité. De plus ,
comme on n'aime guere à de
.
GALANT: 143
meurer dans une vieille mai
fon , ny à naviger dans un
vieux Vaiffeau , on ne peut pas
eftre fortjoyeux de continuer
un fejour incommode dans un
corps qui s'ufe toûjours en
vieilliffant , & qui menace de
ruine à chaque moment . Je
fuis , &c.
Madame la Marquise de
Meffimieux de la maison de
Beaufremont , auffi bien que
feu M. le Marquis de Meffimieux
fon mary, dont elle eftoit
coufine , mourut dans fon
Château de Scey fur Saone
dans le Comté de Bourgo
844 MERCURE
dne au mois de Septembre
dernier. C'eftoit une Dame
'un merite fingulier , & qui
n'avoit rien qui ne ſe reflentit
de la grandeur de fa maifon;
il y en a peu d'auffi illuſ
tres, puifqu'elle defcend des
anciens Rois de Bourgogne ,
& eft alliée à plufieurs teftes
Couronnées ; & à tout ce qu'il
ya de plus grand dans l'Europe.
Lors que l'inftitution de
l'Ordre de la Toifon d'or fut
faite, Philippe le Bon, Duc de
Bourgogne , en honora Pierre
de Beaufremont , à qui il
avoit deja fait époufer Madelaine
GALANT. 145
de Bourgogne fa fille legiti
mée . Les Seig.de Beaufremont
ont toujours efté appellez par
excellence , les bons Barons ,
& parmy les nobles maifons
du Comté de Bourgogne , on
difoit ordinairement , Nobles
deChalon, Riche deVienne Preux
de Vergi, Fiers de Neufchatel,
fur tout les bons Barons de Beaufremont.
Feu M. le Marquis
de Meffimieux aprés la mort
du Baron de Scey fon pere ,
qui eftoit Gouverneur de la
Province , fut fait Grand d'Ef
pagne , & Chevalier de la Toi
fon d'or. Il a cû cinq enfans
Novembre 1697. N
146 MERCURE
de Madame fa femme qui
vient de mourir. Le premier
fut tué au ſervice de France, où
il commandoit un Regiment
de Dragons & un autre d'Infanterie
aprés la conquefte de
la Franche Comté. C'eftoit
un des plus braves hommes
qu'il y ait jamais eu , & qui ſe
feroit allié à tout ce qu'il y a
de plus diftingué. Le fecond
eft mort Abbé de Luxeul , &
de Saint Paul de Besançon, &
Chanoine de l'Eglife Metropolitaine
de cette Ville là . Le
croifiéme, qui prit le nom de
Marquis de Liftenois, aprés
GALANT: 147
la mort de fon frere ainé qui
s'appelloit ainfi , eut auffi les
deux Regimens ; il mouruc
fort jeune , & il a laiffé, de
Mademoiſelle des Barres,fille
d'un Prefident du Parlement
de Dijon , M " les Marquis de
Liftenois & de Beaufremont ,
qui promettent tous deux
beaucoup , & que le Roy a
nommezpour apprendre leurs
exercices avec Meffeigneurs
lesPrinces , Enfans de France,
dont ils font fort eftimez.
L'ailné eft Grand Bailly d'Aval
en Franche Comté. Le quariéme
, fils de M' le Marquis
Nij
748 MERCURE
A
de Meffimieux , fut appellé le
Baron de Scey jufqu'à la mort
de M' l'Abbé fon frere , qu'il
prit celuy d'Abbé de Beau-
Tremont , Sa Majesté luy en
ayant donné les Benefices.
11 eft homme genereux & ma-
Snifique. Ily a encore Mademoitelle
de Beaufremont qui
eft à la Cour , & qui a beaucoup
d'efprit & de merite.
Le premier jour de ce mois,
Fête de Tous les Saints , le
Pere Bourdalouë prêcha devant
le Roy, & charma toute
-la Cour. Le Compliment qu'il
fic à Sa Majefté fur la bonté
GALANT. 149
qu'elle avoit euë de renoncer
à les avantages pour donner
la Paix à fes Peuples , receut un
applaudiffement general. Ce
même jour,Meffire David Ni ,
colas de Bertier , Evêque de
Blois, celebra la grande Meffe
qui fut chantée par la Mufique
dans la Chapelle du Châ
teau de Versailles . Comme
vous m'avez témoigné n'eftre
pas contente du peu que je
vous dis la derniere fois de ce
Prelat ; je vais vous apprendre
ce que j'en ay fçeu depuis
m derniere Lettre . Il eft d'une
Famille de Toulouse , tres
N iij
150 MERCURE
ancienne & tres.illuftre , al
liée aux plus confiderables
Maifons de Languedoc & de
Guyenne. Il y a plus de trois
cens ans que cette Famille
eft divifée en deux branches;
dont l'une , qui eſt dans l'épée,
a donné beaucoup d'Officiers
aux Armées , & de Chevaliers
& Commandeurs à
l'Ordre de Malte. Les Barons
de Pinfaguel font iffus de cette
branche. L'autre branche
de Bertier , qui a pris depuis
long temps le parti de la Robe,
a donné au Parlement de
Toulouſe un Premier Prefi
GALANT
151
dent Jean de Bertier de Mon
rave , qui pendant la Minorité
du Roy & les dernieres
Guerres Civiles , maintint ce
Parlement & la Province de
Languedoc dans le devoir &
dans la fidelité. Il eftoit fils
de Philippe de Bertier, Prefident
à Mortier , fi connu des
Sçavants par les beaux Ouvrages
, & Neveu par fa Mere
du Grand Maître de Mal
te de la Maiſon de Paule.
Outre ces deux Prefidens ,i
il y a eu de cette Famille neuf
autres Prefidens ou Confeillers
du même Parlement , &
Niiij
132 MERCURE
un Avocat General , Frere de
M' l'Evêque de Blois ,qui rém .
plit aujourd'hui dignement
fa Charge. Cette Famille
encore donné à l'Eglife cinq
Evêques , fçavoir trois Evêques
de Rieux , dont le premier
eftoit Jean de Bertier ,
Chancelier de la Reine Marguerite
, auquel fucceda Jean
Louis de Bertier fon Neveu
Frere de Jean de Bertier, Premier
Prefident, & de Jean Philipe
de Bertier , Abbé de S.
Vincent, qui donna des biens
ttes confiderables aux Hôpitaux
& Hôtels Dieu de Paris,
GALANT. 13 .
& de Toulouse. Jean - Louis
de Bertier eut encore pour .
fucceffeur fon neveu Antoine
François de Bertier , à prefent
Evêque de Rieux , un des plus
pieux & des plus Sçavants Pres
lats de ce fiecle. Pierre de Ber.
tier,Evêque de Montauban, fi
recomandable par les Predica
tions & par les grandes chofes
qu'il fit pour la Religion dans
fon Dioceze , eftoit Oncle
paternel de M' l'Evêque de
Blois , lequel aprés s'eftre dif.
tingué dans la Sorbonne par
fa doctrine , dans les Chaires.
de Paris par fes Predications
V
154 MERCURE
& dans les Miffions que le
Roy fit faire en Saintonge , &
au Païs d'Aunis , par fa pieté
&par fon zele,a merité d'eftre
choify par Sa Majesté , pour ê .
tre le premierEvêquedeBlois,
L'Abbaye de Saint Sauveur
, Dioceſe de Lodeve ,
le trouvant vacante , le Roy:
la donna dans ce même temps.
à M ' l'Evêque de Lodeve , qui
eft Seigneur de la Ville , &
qui fe dit Comte deMonbrun ,
Chasteau qui n'en eft pas
éloigné. Sa Majefté donna en.
core deux autres Abbayes ;
fçavoir celle de la Luzerne ,

GALANT : 155
Dioceſed'Avranche ,à M'l'Ab
bé Barriere , & celle de Fontaine
le comte , Diocele de
Poitiers , à M' l'Abbé Cottin
. Mr l'Abbé Barriere eft
Camerier fecret du Pape. Ce
fut luy qui apporta le Bonnet
à Mr le Cardinal de Coif
lin . Il eſt François , le Pape
ayant des Cameriers de toutes
les Nations . Ml'Abbé Cot
tin eft frere de M' Cottin ,
Curé de Marly.
Voicy des vers qui furent
faits dans le temps de la pri
fe de Barcelone , & donnez
a Mademoifelle de Scudery
156. MERCURE
avec une AgatheOrientale , ou
la Montagne du Parnaffe fe
trouve naturellement reprefentée
. Ils font de M de Betoulaud
.
Dr
V Parnaffe fameux vous
voyez la peinture ,
Telle qu'en rácourci la forma la
Nature.
Mais , SAPHO , quand fa main
ébaucha ce tableau ,
Elle fçent que la vofire en feroit un
plus bean ,
Et que voftre Art brillant d'une
gloire immortelle ,
Nous traceroit ce Mont d'un crayon
plus fidelle.
Qui connoift comme vous tous fes.
fentiers divers ,
Où croiffent d'Apollon les lauriers
les plus verds ,
GALANT: 157
Oales neuf Doctes Saurs , compagnes
de vos traces
S'affemblent pour vous fuivre avec
toutes les Graces,
Et choisir pour vous feule en ces ai
mables lieux
Zesfleurs dont vous parez les Hèros
, on les Dieux ?
Mais quand vous recevez de lear
troupe charmante
De ces monceaux de fleurs la richeffe
éclatante ,
En avez vous aſſez pour conronner
- LOUIS
2
A bruit toujours nouveau de cent
faits inouis ?
t
Ceft Mons , on Barcelona Mar
faille , on Nervinde :
'Par tout des noms fameux pour les
Echos du Pinde ;
Et qui pourroit alors trouver d'af
fez beaux fons
158 MERCURE
Pour un champ , où la Gloire offre
tant de moiffons ?
Mais que dis-je, SAPHO? fi jadie
pour Achille
Le Parnaffe en lauriers ne fut jan
mais fterile ,
Si fans ceffe les fleurs y renaifoient
pour luy,
Que ne fera-ce point pour
aujourd'huy
?
LOUIS
Soit qu'il tienne la fondre , & que
la Renommée
Le peigne furmontant toute l'Exrope
armée ;
Soit que moins occupé du tonnerre
de Mars ,
Il veüille fous l'Olive honorer les
beaux Atis ,
Ce Mons qui retentit aux verius
immortelles
Peut-il manquer pour luy de cons
Tonnes nouvelles ?
GALANT. 159

!
Non , SAPHO le Parnaffe en
fleurs pleines d'attraits
Pour de pareils Héros ne s'èpuife
jamais ;
Il en aura toûjours pour le tribut
de gloire
Que doivent à LOUIS les Filles de
Memoire s
Et je vois qu'on y pens par votre
beareas fecours,
Trouver un donvel art de le loter
toûjours.
Mademoiſelle de Scudery a
répondu par ces autres Vers
M' de Betoulaud .
a
EParnaffed Agathe eft rare &
LE
curieux
Mais dans vos Vers , DAMON ,
il est plus précieux , alls an
Et cene agreable peinture
160 MERCURE
3 Surpaffe de beaucoup celle de le
Naimie
Ces beaux Vers ont pourtant un
vifible defaut ,
· Car ils parlent de moy beaucoup
mieux qu'il ne faut.
L'ay pour LOVIS , fans doute ,
un zele incomparable ,
Et j'en ay dans le coeur une image
admirable •
Mais tout ce que j'en dis exprime
foiblement
Les talens merveilleux d'un Hiros
ficharmant.
Za victoire lefuit , la Gloire l'enronne
,
Il prend Ath,il prendBarcelone ;
De fon illußre fang on vient d'é-
Lire au Roys
Le Rhin , tout fier qu'il eft , fubit
toujours fa Loya
Et toutes les Mufes enſemble
GALANT. 161
Ne difent pas ce qui m'en
femble.
Mait comme ce Heros nepent
eftre faré ,
Il n'a befoin que de la verité ,
Et pour eftre affuré dane immortelle
gloire,
Ilne luyfans qu'une fidelle Hiftoire
,
Qui , fans rien ajoûter à fes faits
éclatans ,
Le falle triompher jufques aux
derniers temps,
Et montre clairement que les Heros
d'Homére
N'eftoient auprès de lay qu'une
vaine chimere .
Quoy que la tromperie en
amour paffe pour un fort le-
Novemb. 1697.
O
162 MERCURE
ger défaut dans ce qui n'eft
point eflentiel , elle ne laiffe
pas quelque fois de blefler
ceux qui ont le coeur droit , &
qui veulent de la bonne foy
en toutes chofes . Un Cavalier
qui avoit beaucoup de
bien & une naiffance affez
diftinguée ,s'eftoit acquis dans
le monde ce quon appelle reputation
de galant homme .
Il avoit l'efprit ailé , fa figure
eftoit aimable , & avec ces
qualitez il trouvoit l'accés ouvert
chez tout ce qu'il y avoit
de plus eſtimable parmy le
beau Sexe. Il fut piqué du meGALANT:
163
rite d'une fort jolie , perfonne
& comme il eftois vif dans fes
paffions, les Rivaux qu'il cut
dans cette conquefte animerent
fes defirs . Il voulut fe faire
aimer , & ne pouvant obtenir
la preference fur ceux qui
luy difputoient le coeur de la
belle, qu'en parlant de mariage
,il en parla & fut écou
té.Sur la propofition qu'il fir
fes rivaux furent chaffez , &
l'affaire ne pouvant eltre trai
née en longueur aprés l'enga
gement où il s'eftoir mis , il
fallut prononcer ce mot terrible
qui rend eternel le joug
Oij
164 MERCURE
qu'on s'impofe. Il n'eut pas
d'abord fujet de s'en repentir,
puis que la Dame , outre beaucoup
de beauté , avoit l'humeur
douce & tres fociable ;
mais il eut en peu de temps
un chagrin qui luy fat fenft .
ble au dernier point . On s'ap
perceut par des indices cer
tains , que fa femme eftoit attaquée
du poumon , & rien
n'eftant plus contraire à la
durée de fa vie que les privileges
du mariage , la tendreffe
qu'il avoit pour elle le
fit confentir à s'en priver . Cet
éloignement de carefles à
GALANT. 165
quoy il fe refolut par un pur
motif d'amour , ne laiffa pas
d'en diminuer peu à peu l'ardeur.
Il luy falloit quelque
amufement. Il eftoit jeune ,
il cftoit galant , & debitoit des
douceurs de fort bonne gras
Infenfiblement il prit
cc.
beaucoup d'affiduité pour une
tres aimable Veuve qui parat:
n'eſtre pas fachée qu'il luy en
contaft. Sa femme le fçut, &
n'ofa s'en plaindre. Son ma
heur fembloit ne luy pas
laiffer le droit de le faire , &.
elle en avoit d'autant moins :
de lieu , qu'il gardoit pour cla
166 MERCURE
le toutes les honneſterez &
tous les égards qu'elle auroit
pu fouhaiter. Son attachement
pour cette Veuve fit affez d'éclat
, mais comme elle meritoit
toute l'estime qu'il mar
quoit pour elle , & qu'il n'eſt
pas deffendu d'avoir une amie
de confiance , les medifans
n'ofoient pouffer trop loin
leur cenfure . Quelques affaire
ayant obligé le Cavalier d'alg
ler paffer quelque temps dans
une Ville éloignée de Paris
de trente lieuës , où il avoit
une partie de fon bien , i
chercha à y vivre agreable
GALANT. 167
en
ment à fon ordinaire ,
voyant toutes les perfonens
confidetables qni s'y trou
voient de l'un & de l'autre
Sexe . Comme il eftoit fort
aimé en ce lieu là , on ſe rejouit
de fon arrivée , & on fit
de luy un portrait avantageux
à une jeune perfonne qui ne
l'avoit jamais veu , & que le
hazard avoit fait venir chez
une Tante. On ne manqua
pas de vanter aui au Cava .
lier le merite de la Belle qui
luy eftoit inconnuë , & ainfi
avant que de s'eftre veus , i's
fe trouvoient prevenus d'e
168 MERCURE
ftime également l'un pour
l'autre . La jeune perfonne
plut extremement au Cava.
valier dés la premiere fois
qu'il la vit , & le Cavalier ne
luy déplut pas . Il fembloit
que l'étoile agift dans tous les
deux . Le Cavalier naturellement
galant exerça fon caractere
en difant à cette charmante
Fille tout ce qu'on
peut dire de plus obligeant .
Elle fe faifolt un fecret reproche
du penchant qui la
portoit à l'écouter favorablement
, puifqu'il eftoit marié.
Cependant toutes les affeurances
GALANT.
169
t
rances qu'il luy donnoit d'ê
tre plus à elle qu'à perfonne ,
Fuy faifoient plaifir ; & ce qui
Fautorifoit à recevoir avec
agrément les foins qu'il s'atrachoit
à luy rendre , c'étoit
la facilité avec laquelle fa
Tante entroit dans toute l'in
trigue. Elle aimoit la Niece,
& avoit fes veuës pour elle .
Le Cavalier eftoit riche &
fort eſtimable de toutes manieres.
Son alliance luy euft
fait honneur , & delle Gavoit
fujet d'y pretendre , puiſque
fa Femme eftant pulmonique
fembloit devoir le daller
Novembre 1697.
P
179 MERCURE
bientôt en liberté d'en choisir
une autre. Toutes ces railons
rendirent la Niece moins
fcrupuleuſe à l'écouter fur le
pied d'AmantL'intereftqu'el
le commença à prendre en
lay, l'obligeant de s'informer
avecsoin de toutes les chofes
quileregardoient, non feule.
mentelle apprit fon attachementpourla
jolieVeuve ,mais
elle feeur qu'elle luy avoit
donné ſon Portrait, & qu'il le
Portoit quelquefois attache
aubras . Cette faveur luy parut
J'effet d'un engagement trop
fore pour n'en prendre point

GALANT. 170
d'alarmes. L'inquietude qu'el
le en cut ne la laillant pas
auffi scontente qu'elle eftoit,
auparavant , elle lui montra
quelque froideur fur les nou
velles proteftations qu'il continua
de de luy faire , &le Cavalier
luy en ayant demandé
la caufe , elle ne luy cacha
point qu'un coeur partagé
n'eftoit d'aucun prix pour
elle. L'Enigme n'eftoit pas
fort difficile à déveloper. Il
vint de luy meſme au fait , &
luy dit qu'il avoyoit bien
qu'on luy avoit parlé de la
Veuve ; qu'il eftoit vray qu'il
Pij
172 MERCURE
la voyoit quelquefois , mais
que c'eſtoir comme vingt au
tres perfonnes , qui luy trous
vant de l'esprit, estoient bien
zifes de jouir d'une agreable
converfation ; que l'on rencontroit
toûjours bonne compagnie
chez elle , & qu'il ne
comprenoit
pas qu'il puft
eftre diftingué parmy la foule.
La Belle luy répondit qu'elle
s'eftoit pas affez bizarre pour
trouver mauvais qu'il cherchaft
les focietez
qui convenoient
à un homme de fon
âge , mais qu'il falloit que
fon coeur y demeurąſt libre ¿
4
GALANT 173
& qu'il luy perfuaderoit dieficilement
, qu'il puft n'avoir
que de l'eftime pour une Dame
dont il avoit receu le Por
trait. Il nia long temps qu'il
euft celuy de la Veuve , mais
la Belle luy dit là - deffus des
chofes fi pofitives , qu'il fuc
enfin obligé de l'avouer. En
fuite il n'y eut plus de miligu.
Il fallut choifir , & fe roloudre
à luy facrifier le Portrait, on
à n'attendre aucune corref
pondance dans la paffion
qu'il luy marquoic . La chofe
fut dite avec tant de fermeté ,
que le Cavalier vit bien qu'il
P iij
174 MERCURE
balanceroit inutilement à la
fatisfaire. Comme il en eftoit
veritablement épris , il prit le
parti de commencer à gagner
fon coeur par la complaifance
qu'elle fouhaitoit de luy. I
luy promit de luy apporter le
portrait le lendemain , l'affeurant
qu'il ne fe feroit nulle
violence pour y renoncer, &
qu'il l'avoit pris à la Veuve
en badinant fans qu'elle euſt
fongé à luy en faire un prefent.
Il luy tint parole , & la
Belle qui eftoit honnefte, luy
dit en le recevant , que quelque
conduite qu'il puft tenir
GALANT; 175
avec elle , il ne devoit point
apprehender qu'elle luy en
fift jamais une affaire avec la
Veuve ; qu'il luy fuffifoit d'être
affeurée par ce petit facrifice
que les fentimens pour
cette Veuve n'alloient point
juſqu'à l'amour , & que con .
me aprés cette marqué de fon
empreffement à luy plaire ,
elle eftoit perſuadée qu'il êtoit
fincere dans les proteftations
qu'il luy faifoit , elle
feroit fes efforts pour ne luy
pas donner fujet de s'en repentir.
Les effets fuivirent cet-
Te affeurance . La Belle cut
-
*
Piiij
176 MERCURE
le's
pour luy une ouverture de
coeur dont il fut charmé
& il luy fut ailé de s'appercevoir
que de tous ceux que
agremens de fa perfonne &
l'égalité de fon humeur engageoient
à luy rendre quel
ques foins , il eftoit celuy
qu'elle voyoit avec le plus de
plaiſir . Il fit dans le lieu où
elle eftoit un plus long séjour
que fes affaires ne le deman
doient; mais enfin il falut ſe
feparer , & le commerce de
Lettres entretint la liaifon
qui s'eftoit formée entre eux-
Ce ne fut pas fans que le meGALANT.
177
rite de la Belle attiraft des
jaloux, au Cavalier . La manie,
re avantageule dont elle parloit
de luy failant juger de
fes fentimens , on fe prevalut
de fon abfence pour effacer
dans le coeur de cette aimable
perfonne les impreffions trop
favorables qu'il y avoit mi
fes. Commeil auroit eftéinu
tile de l'attaquer furfes bonnes
qualitez dont on eftoit
obligé de tomber d'accord ,
on fe contentoit de luy faire
vor qu'un homme qui avoit
de l'attachement pour une
autre qu'elle,ne meritoit pas
78 MERCURE
quelle cuft pour luy toute la
confideration qu'elle témoi
gnoit avoir; mais on avoit beau
tâcher de lui donner de l'in
quiétude fur le chapitre déla
jeuneVeuve , le portrait donné
la raffuroit , & fans qu'elle
s'expliquaft elle prétendoit
eftre affeurée de ne courir aucun
rifque fur l'estime qu'elle
avoit pu luy refufer . Quoy
que les Letres qu'elle en recevoit
toûjours pleines d'aflurances
d'une eternelle tendreffe,
luy caufaffent un plaifir
fenfible , il ne laiffoit pas
d'eftre meflé de quelque cha
i
GALANT. 179
grin , quand elle apprenoic
qu'il continuoit toûjours d
voir la Veuve; & que c'eftoit
même avec affiduité . Elle
n'ofoit s'en plaindre en termes
trop forts par les réponfes
, de peur qu'apres le facrifice
qu'il luy avoit fait, le pouvoir
qu'elle vouloit conferver
fur luy ne luy paruſt tiranmique.
Ce qui l'embarraſſoit
quelquefois , c'eft que ceux
qui prenoient à tâche de l'in .
quiéter fur la jeune Veuve, en
luy difant finement qu'elle
avoit une Rivale qui eftoit à
craindre, outre l'efprit qu'ils
135 MERCURE
luy donnoient fin & delicat &
Thumeur fort enjouée , la peignoient
avec des traitsqu'elle
ne trouvoit point dansle Por
trait.' Elle y voyoit des yeux
bleus & affezdoux , aulieu qu'ils
vouloient qu'elle les cuft noirs
& pleins de feu . L'eclairciffement
qu'elle eut là - deffus peu
de temps aprés , fit en elle un
changement , que tout ce
qu'on luy avoit dit au defavantage
du Cavalier n'avoit
pas efté capable de faire . On
cut nouvelles qu'on ne donnoit
pas encore deux mois de
vie a la femme, & qu'elle fe
GALANT. 181
preparoit à la mort avec une
fermeté qui furprenoit. Und
Dame qui paffoit pour eftre
de fes meilleures amies , confitma
cette funefte nouvelle
qu'elle avoit receuë de ſa propre
main , ajoûtant pour cir
conftance , qu'elle luy avoit
envoyé fon portrait depuis
trois jours , avec priere de le
conferver tant qu'elle vivroit
pour le fouvenir de leur amitié.
La Belle qui eftoit chez
cette Dame quand elle parla
du portrait , eur de l'empreffement
pour le voir , & eftant
pallée dans un Cabinet où il
182 MERCURE
T
avoit esté mis , elle fut extre
mement ſurpriſe de remarquer
, qu'il eftoit femblable
trait pour trait à celuy que le
le Cavalier luy avoit donné.
Le dépit qu'elle eut de la
tromperie caufa dans fon
coeur divers mouvemens qui
l'agitérent le reste du jour.
Cependant elle eut affez de
force d'efprit pour n'en faire
rien paroiftre tant que dura
ſa vifite , & ayant tenu confeil
avec elle mefme quand
elle fut feule , il luy parut que
le meilleur party qu'elle avoit
à prendre eftoit d'étouffer les
GALANT. 193
fentimens qui luy parloient
en faveur du Cavalier , qu'elle
ne regarda plus , dés ce mo
ment, que comme un homme
qui avoit cherché à l'eblouir
fur la paffion que la jeune
Veuve luy avoit fait prendre.
Elle fut perfuadée qu'elle luy
tenoitveritablement aucoeur,
puifqu'il n'avoit pu le refoudre
à luy facrifier fon portrait,
& elle trouvoit d'ailleurs
tant d'indignité à luy avoir
donné celuy de fa Femme ,
ce qui marquoit un trop
grand mépris pour elle, qu'elle
ne luy put pardonner cette
184 MERCURE
conduite . Elle ne laiffa pas de
diffimuler , quoy qu'elle ne fe
mift plus en peine de luy
écrire auffi fouvent qu'elle
avoit fait jufque - là , & qu'il y
euft mefme de la froideur
dans fes Lettres. Un Gentilhomme
qui la voyoit quelquefois,
fceut profiter de la
tefolution qu'elle avoit faite
de ne plus fonger au Cavalier.
Il s'apperceut que les
foins ne luy eftoient pas indifferens
, & les ayant redoublez
il eut le plaifir de voir en
fort peu de tempsque fa paffion
étoit agréée. Le Cavalie
GALANT. &
averti de fes affiduitez, & remarquát
du changement dás
la maniere d'écrirede laBelle,
employa les expreffions les
plus vives pour luy apprendre
combien il en eftoit alarmé .
Sa réponſe fut qu'elle eftoit
de trop bonne foy pour luy
déguifer que les foins du Gentilhomme
luy faifoient plaifir
; qu'il le fouvieſt qu'il l'avoit
trompée , & qu'il n'imputaft
qu'à luy feul le changement
dont ilfe plaignoit.Le
Cavalier qui ne fçavoit point
qu'elle cuft efté détrompée
fur le pretendu portrait de la
Novembre 1697 .
a
86 MERCURE
2
Veuve, ne pouvoit s'imagi
mer fur quel fujet fes plaintes
eftoient fondées . La mort de
fa Femme arriva dans ce
temps - là , & quand il cut
donné ordre à fes affaires , &
fait ce que la bienfeance demandoit
de luy , il vint luy
mefme fçavoir de la Belle
quel eftoit fon crime. Elle
-luy dit fort fincerement que
ce n'eftoit point le facrifice
du portrait de fa Femme
qu'elle luy avoit demandé ;
qu'au contraire il auroit fallu
qu'elle euft efté fans raiſon de
fe fâcher qu'il cuft voulu garGALANT.
187
der une chote qu'il devoir
conferver fi cherement ; que
le peu de cas qu'il en avoit
fait , luy faifoit connoiftre
qu'il eftoir galant , mais Mary
peu tendre , & qu'elle ver-
Toit fans aucun chagrin qu'il
fe donnaft tout entier à la
Belle Veuve , dont il avoit fi
foigneufement gardé le por.
trait . Quelques raifons que le
Cavalier puſt apporter pour
juftifier ou pour afforblir ce
qui l'avoit bleffée dans cette
conduite , elle fut inébranlable
fur la refolution qu'elle
avoit prife. Sa paflion eftant
* ་
Qij
188 MERCURE
devenue plus forte par la re
fiftance , il eut beau parler de
l'épouſer ſans aucun retardement
pour luy faire voir qu'il
n'aimoit qu'elle , le Gentilhomme,
quoi que moins ri
che luy fut preferé , & il cuft
efté témoin de leur mariage ,
ſi deſeſperant de furmonter
fes refus , il ne fuft parti quel.
ques jours avant que l'affaire
fe concluft.Il continue a eftre
affez affidu auprés de la Veumais
elle a declaré fi hau .
tement qu'elle veut vivre dans
l'independance , qu'on tient
qu'il fera contraint de de
GALANT. 189
meurer veuf, s'il ne cherche
une autre Femme . Il n'en fera
pas plus malheureux ,
Le Pere Feuilleteau , Barca
bite, précha le jour de la Fêre
de tous les Saints à S.Euftache
devant Monfieur , Madame ,
& Monfieur le Duc de Chartres.
Je vous envoye le com
pliment qu'il fit à fon Altef
fe Royale.
Si je n'avois icy qu'à vous
donner une noble idée de la
grandeur du monde , je vous
ferois admirer dans l'augufte
Prince devant qui j'ay l'honneur
de parler, tout ce que
190 MERCURE
lagloire dufiecle a deplus écla
tant , & tout ce que la répu
tation a de plus heroïque ; encore
plus grand par fes vertus
que par tous ces Titres pompeux
que vous refpectez dans
une fi haute élevation . Je vous
parlerois de cette foy qui le
rend femblable aux premiers
Princes Chretiens , de cette
charité qui le fait aller au
devant des malheureux , de
cette bonté qui luy gagne
Tous les coeurs de cette liberalité
qui fe fait connoiftre de
Tout le monde, de cette piété
qui le fait paffer comme un
GALANT. 191
autre Saint Louis de fon Pa
lais au Temple pour y rendre
fes actions degraces au Dieu
des Armées , & luy confacrer
la plus memorable de toutes
les Victoires par cette magni.
fique Eglife que vostre Alteffe
Royale a fait bastir dans
noftre College de Montargis ,
monument éternel de vos
Vertus Chrêtiennes , Morales
& Heroïques. C'eft dans cet
te nouvelle Eglife que la Divine
Providence a permis ,
pour honorer vôtre zele, que
de Roy vinft remercier Dieu
de l'heureufe arrivée de cette
192 MERCURE
jeune Princeffe fortie de vôtre
Sang Royal , qui a commencé
le grand ouvrage de la
Paix , & dont l'alliance fair
aujourd'huy les delices de la
Cour , & fera bien toft la felicité
de tous les peuples. C'eit
ainfi que le Seigneur benit
les grands Princes qui ne
'cherchent qu'àl'honorer dans
leurs plus belles victoires.
Je ne pourrois affez les louer,
ces belles & glorieufes victoires,
fi le bonheur des Saints
ne m'élevoit au deffus de toutes
ces felicitez humaines
pour repreſenter à Vôtre Altoffe
GALANT 193
teffe Royale, non pas la gloire
qu'elle a acquife fur la terre ,
mais celle qu'elle doit acquerir
dans le Ciel ; car enfin
qu'est- ce qu'un grand nom
tout immortel qu'il eft dans,
l'Hiftoire, s'il n'eft écrit dans le
Livre de Vielly fera, ce nom
glorieux , il y fera écrit , fi
Dieu veur eu veut bien écouter nos
Priéres & celles de toute cette
grande Paroiffe.
M Chevillard , Hiftoriographe
de France , vient de
mettreau jour une Carte nouvelle
des Grands - Maîtres de
ca
l'Ordre de S. Jean de Jerufa
Novembre 1697. R
194 MERCURE
lem , où l'on voit leurs Armes
écartelées avec celles de la
Religion , leur nom & fur.
nom , celle de leur élection ,
& l'année de leur mort Il com.
mence par Frere Girard de
Saint - Didier , François de
Nation , qui fut élû l'an noo.
& finit par Frere Raymond de
Perellos Efpagnol, qui fut élû
le 7. Février de cette prefente
année 1697. Le nombre de
rous ces Grands Maîtres jufqu'à
prefent monte à foixante
& cinq , dont il y en a trentefept
de François. On voit au
bas de la Carte les ornemens
GALANT. 195
de l'Ecuffon des Grands Maî
tres , avec le Manteau de la
maniere qu'ils le doivent porter.
Le même S' Chevillard
vient auffi de donner l'addi
sion des noms & des Armoiries
des cinq derniers Cardia
naux créez le 22. Juillet dernier,
qui le peut ajoûter à la
Carte des Cardinaux , qu'il a
fait graver ci devant. It des
meuré toûjours ruë Neuve
Nôtre-Dame , chez un Apoż
ticaire prés l'Hôtel- Dieu.
Voicy la Relation d'un Com
bat Naval donné en la Mer
Glaciale du Nord du Canada,
Rij
196 MERCURE

dont vous ne ferez pas fâchée
d'apprendre les circonftances.
Je vous l'envoye dans les mêmes
termès qu'elle m'a efté
donnée . acub chillas .
-Les Vaiffeaux du Roy le
Pelican , le Palmier le
Weefph & le Profond , commandez
par M d'Hiberville ,
ayant eu ordre de Sa Majeſté
de prendre le Fort de Nelſon ,
dit Bourbon , ſitué à 57 degrez
minutes latitude Nord en
la Baye d'Hudfon au Nord
du Canada , partirent de Plaifance
le huitiéme Juillet. Ces
Vaiffeaux fe trouverent ren-
30
GALANT. 197
fermez dans les glaces du dé
troit de cette Baye , l'efpace
de vingt fept jours . Les Cou
rans en firent debouquèr le
quinziéme Août le Pelican
qui estoit à fix lieues du Cap
de Digue , fitué à 631degrez
8 minutes , qui eft l'extremité
de ce détroit. Ce Vailleau - cy
arriva feul devant le Fort de
Nellon le cinquiémo Septembre.
Eftant moüillez à deug
benes de Terre , nous apper
Ceanies trois Vaiffeaux fous le
vent , que nous crûmes eftre
les nôtres, resprés avoir levé
l'anchreur les fept heures du
Rij
198 MERCURE
matin , nous chaflames fur
eux , & leur ayant faic nos
fignaux de reconnoiſſance
auf
quels ils ne répondirent
point;
nous connûmes qu'ils eftoient
Anglois. Il eft vray que l'un
eftoit l'Hamshiere
Vaiffeau de
guerre Anglois de 56 pieces de
Canon , 250 hommes d'Equi
page , le Dering & l'Hadionf
baye de 32.M' d'Hiber.
wille fe difpofant à leur livrer
Combar , deftina Mª de la
Sale , Enſeigne de Vaiſſeau ,
avec M de Grandville , Garde
de la Marine , à la batte
tie d'en bas , M'de Villeneuve,
GALANT. 199
Enfeigne de Vaiffeau , avec
M de Bienville fon frere , &
Mile Chevalier de Ligondez
Garde de la Marine , à celle
d'en haut , qui faifoit aufli
fonction de Major. M' d'Hiberville
pria M le Roy de
Poterie, Commiffaireà la ſuite
de cette Elcadre , gdee.ccoomm.-
mander la Moufqueterie da
Château d'avant , & de lauter
à l'abordage avec un détache
ment de Canadiens qu'il luy
donna pour cet effet. Le Combat
commença le cinquième
à neuf heures & demie da
maria. Les trois Vaiffeaux Ang
Riit
200 MERCURE
glois s'attachoient à nous démâter.
M' le Roy de la Pote
rie effuia un feu continuel de
Moufqueterie & de Canons à
mitraille , & cut deux Canadiens
bfeffez à fes côtez . Aprés
trois heures & demie de Com
bat , l'Hamshiere voyant qu'il
ne pouvoit engager fe Pelican
entre fes Vaiffeaux & une Baffe
, fe détermina de le couler à
fond . Le premier prenant fon
air pour gagner le vent , ce
qu'il ne put , prolonge a celtycy,
& eftant tous deux vêrgue
à vergue , ilfe fit une déchar
ge de Mosqueterie de part
GALANT. 201
8
& d'autre & de Canons à mitraille
, & de toutes les batreries.
Nos Canons furent pointez
fi à propos , qu'ils coule
rent bas l'Hamshiere , qui
fombra dans le moment fous
voile. L'Hadfonfbaye amera
aufli tôt Pavillon , & le Dering
prit la fuite. Nous eumes qua
torze perfonnes de blefféés
de la derniere volée , entreautres
Mle Chevalier de Liz
gondez, qui fit paroître poure
la valeur & toute la conduite
-quenl'on pouvoir (fouhairjed.
-Nuos formaines chaffeeà ice
Vanfeaug & nous Reutlichs
202 MERCURE
pris trois jours auparavant
nous n'avionseu nôtre grande
vergue caffée en deux par le
milieu . Nous fimesce que nous
pumes pour fauver l'Equipage
de l'Hamshiere , qui estoit échoué
fur une Baffe , & le tems
devint fi rude aprés le Com
bat , qu'il nous fut impoffible
de mettre la Chaloupe à la
Mer. L'Hadfonfbaye ne put
même le faire . Deux jours a
prés, le Pelican fit naufrage
d'un vent d'Eft Nord Eft qui
le jetta à la côte , aprés avoir
eu tous fes cables & fes anchres
rompues. Comme nous
GALANT
203
nous trouvames à la pointe du
jour à deux heuës de Terre ,
M' d'Hiberville pria M Le
Roy de la Poterie , de s'embarquer
dans le Canot pour
fonder l'endroit où nous pour
rions nous fauver avec quel
que fureté. Celuy- cy s'ellant
jetté à la Mer avec des Canadiens
, chacun fon Moufquet ,
des balles & de la poudre , le
renvoya au Sieur d'Hiberville
qui faifoit faire des Radeaux
& des Cayeux pour fauver les
malades. Ce trajet fut bien
rude,& couta la vie à plufieurs
qui mourent de froid , car ils
204 MERCURE
furent contraints de tra
verfer un banc de neiges
épais de deux pieds , fous le .
quel eftoit de la vaze . Il ne
s'agiffoit pas feulement de fe
fauver d'un naufrage , il falloit
encore foûtenir la gloire que
le Ciel nous avoit accordée ,
& perir pour perir , il valoit
mieux facrifier fa vie aux pieds
d'un 'Baſtion du Fort de Bourbon
,
que
de languir dans un
bois où il y avoit déja un pied
de neiges . Nous filmes un
Camp à noftre arrivée , & trois
jours aprés nous allâmes atta
quer ce Fort. Nous commen
GALANT.
(205
a
çâmes le onzième à faire des
elcarmourches à la faveur dè
plufieurs petits ruiffeaux , &
de quelques troncs d'arbres
brûlez. Nous eftions en cet
état quand nos Vaiffeaux
arriverent
. Le Palmier nous envoya
le 12. un Mortier , que
l'on tenta d'amener à une
batterie qui avoit efté faite à
deux cens pas du Fort dans
un bois taillis , nonobftant le
grand feu que les Anglois
nous firent. Nous les bom .
bardâmes depuis dix heures
du matin jufqu'à quatre heures
au foir, & ne laiflames pas
*
206 MERCURE
de les harceler dans nos ef
carmouches, Ils nous firent
un feu continuel de Canon
& de Rombes , & aprés
avoir fommé plufieurs fois le
Gouverneur de fe rendre , M
de Serigny luy témoigna
que s'il s'expoloit à fouffrit
un affaut general , l'on ne
recevroit plus enfuite fes pros
pofitions. Nous dreffames la
batterie de Phelypeaux , qui
auroit fait un furieux defor
dre , fi fur les quatre heures
du foir le Gouverneur n'eût
envoyé trois Députez à M
d'Hiberville, qui luy appor
!
GALANT 207
terent une Capitulation , par
laquelle il demandoir tout le
quartier qui appartenoir à la
Compagnie de Londres.Cerce
propofition cuft eſté trop a.
"
Vaurageuse à des gens qui
eftoient à noftre difcretion; &
le ménagement que nous
eftions bien ailes d'avoir pour
eux , cftoit un effet de noftre
generofité. Le Gouverneur
envoya fur les huit heures du
foir au Camp de Bourbon M³
Kelley le Député Gouverneur,
avec une Lettre pour M¹ d'Hi.
berville , par laquelle il de
mandoit deux Mortiers de
208 MERCURE
fonte & quatre Canons du.
même metal , qu'ils avoient
apportez l'année derniere lorf
qu'ils le rendirent Maiftres de
ce Fort fur les Canadiens , On
ne voulut point acquiefcer à
cette demande . Enfin le lendemain
13 , le Gouverneur luy
envoya trois Oltages , pour luy
dire qu'illuy rendoit la Place .
le priant d'en laiffer faire l'éva
cuation à une heure aprés midy
Mile Roy de la Poterie &
Serigny s'en rendirent les
Maiftres , & à une heure le
Gouverneur fortit de fa Place
ala tefte de fa Garnifon , tam-
J
GALANT-1 209
bours battans , balle en bou
che , meche allumée , Enfei
gnes déployées , Armes & bai
gages ; & Mide Boisbriant fe
trouva à fa rencontre à la tefte
de plus de cent Canadiens !
Ce Fort, eftoit compofé de
trois Baſtions & demi dont
il y en cut un qui faura en
l'air de deux Bombes qui y
eftoiens tombées . Ume antre
renverfa une galerie qui ten
touroit un grand carps de lo
gis , & la quatrieme tomba ,
au milieu de la place , de blef
trois hommes . Nous n'eû
mes à ce Siege qu'un Cana
Novembre 1697. S
to MERCURE
dien bleffé à mort.
Le Samedy 16. de ce mois ;
le Te Deum fat chanté icy
dans l'Eglife Metropolitaine,
pour rendre graces à Dieu de
la conclufion de la Paix , fnis
vant ce que le Roy avoit écrit
là deffus auparavant à Mª l'Ar
chevéque de Paris pour luy
expliquer la volonté. La Let
tre de Sa Majefté eftoit conceuë
en ces termes.
M
"
ON Couſin, Les heureux
fuccés dont le Ciel afa
vorifé mes Armes dans le cours
d'une fi longue guerre , ne m'ont
GALANT. 201
jamais éloigné du defir fincere que
j'avois pour la Paix , qui a tou
jours été l'unique fin que je mat
fuis proposée dans toutes mes enreprifes.
Quoique les gloricufes
expeditions de cette Campagne
& les avantages qu'elles me préparoient
euffent pû m'engager
foutenir mes intereſts , & à porter
même plus loin mes prétentions ;
je les ay abandonnez avec d'autans
mains de peine , que je me
fuis vú plus en état de les maintenir
, oe je meſuis fait une log
de confacrer au repos de l'Europe
te fruit de mes Conqueres. Jefuis
aſſez récompensé de tous ce queme
Sij
212 MERCURE
coûte cette moderation , puifqu'elle
finit les maux infeparables de la
guerre. Le prompt foulagement que
mes Peuples en reçoivent , le
plaifir que je reffens de les rendre
heureux , me dédommagent affez
30 see 23 bue je leur
"
&
facrifie ; &
Péclat des plus grands Triomphes
ne vant pas la gloire de récom .
penfer le zele de mes Suiets , qui
tous avec une ardeur égale ,
fans iamais fe démentir , ont pros
digué leurfang leurs biens pour
mon fervice. Dieufavorable aux
deffeins qu'il m'a roûtours inſpi
rez, a ouvert les yeux aux Puif-
Jances Confederées qui defabusées.
'GALANT. 1213
de leursfauffes efperances , & tou
chées de leurs veritables maux ,
ont accepté les conditions que iè
leur ayfifouvent offertes. La Paix
quifut fignée le za Septembre der
nier avec & Espagne , l'Angleterre
& la Hollande a été ratifiée des
puis peu del iours] "La Ratifical
tion de celle que je viens de conelure
avec Empereur & l'Ene
pire , achevera bientôt cet ouvrage,
fi important fit neceſſaire à
l'Europe mais ie ne puis differen
jufques là de témoigner à Dieu
ma iufte reconnoiffance , & de lui,
rendre les actions de graces que
lui dois , de ce qu'aprés avoir ren
50%
214 MERCURE
du tant defois mes Armes victo,
rieufess, il commence à répandre
fur mon Royaume la plus « préa
cieufe de fes Benedictions , &fair
renaître entre mes Etats & ceux
de mes Voifins une Paix ftable
fincere. Fe defire donc que vous
faffic chanter le Te Deum dans
l'Eglife Metropolitaine de ma bonne
Ville de Paris , au joun dà
l'heure que le grand Maître om
le Maître des Ceremonies vous
dira de ma pars : je lui ors
donne d'y inviter, mes Cours er
ceux qui ont accoûtumé d'y affi
fter Sur ce ie prie Dien qu'il
vous ait , men Coufin , enſaſain.
GALANT. 215
$
te digne garde. Ecris à Verfailles
le douzième iour de Novembre
mil fix cens quatre- vingt.
dix fepr. Signé , LOUIS ; &
plus bas , PHELYPEAUX .
5
M' le Chancelier , les Cours
Superieures & le Corps de
Ville , ayant efté invitez d'af
fifter au Te Deum par M le
Marquis de Blainville , Grand
Maiftre des Ceremonies , &
parM'des Granges Maitre dest
Ceremonies , ils fe trouverent
à Noftro Dame à l'heure mar
quée , & les Actions de graces
ayant efté rendues à Dieu en
216 MERCURE
la maniere ordinaire , M les
Prevolt des Marchands & Ef
chevins , avec les Confeillers
& Quarteniers le rendirent à
l'Hôtel de Ville pour y rece
voir Monfieur , Madame de
Chartres & Mademoiſelle.
Mile Nonce , & plufieurs aus
tres Perfonnes de qualité s'y
trouverent auffi pour voir ti
rer le Feu d'artifice , dont le
deffeinn fut trouvé fort beau.
Sur une Plateforme quarrée
de vinge quatre pieds de fa
ce, & de dix huit pieds de
haut , fotenuë de neufpiliers ,
on avoit fait élever un Obe

lifque
GALANT.
217
"

lifque de
marbre de
quarante
pieds de
hauteur , en y com
prenant
le piedestal
. Cet O
belifque
eftoit
furmonté
par
un Soleil au deffus d'un Glo
be , & fur
chacune des
quatre
faces de
l'Obelifque il y avoie
une Devile , qui faifoit connoiftre
que c'est au Roy ſeul
que l'Europe
doit la Paix. La
premiere
reprefentoit
une
Maffuë
d'Hercule
transfor
mée en Olivier , & ces mots
pour Ame, Hac meta laborum
.
Dans la feconde
eftoit un Sofeil
diffipant
l'orage , & au
deffous un Navire à l'Anchre,
Novembre 1697 . T
218 MERCURE
avec ces paroles : Vincendo bae
otia fecis . La troifiéme repre
fentoit un Arc- en Ciel formé
dans des goutes de pluye par
ta lumière du Soleil . Ces mots
en faifoient l'ame , Sic nubila
mutat. Un Caducée , Symbole
de la Paix , formoir le corps
de la quatrième Deviſe , &
cette fin de Vers pour ame ,
Terras hoc munere dirat . Sur les
quatre Angles du Piedeſtal de
lobelifque on avoit placé
quatre figures de bronze , qui
reprefentoient la Religion , la
Juftice , le Commerce & les
Arts. Sur la façade qui regar
GALANT: 219
doit l'Hôtel de Ville , eftoic
pofé un Tableau , long de
douze pieds , & haut de huir ,
dans lequel on avoit ramaflé
l'idéo generale de la Décora
tion. On y voyoit l'Ange Tu
telaire de la France ouvrant le
chemin au Genie de la Paix ,
& terraffant la Difcorde , l'Hea
refie , la Chicane , le Brigan
dage & l'ignorance , Ennemis
jurez de la Paix , de la Reli
gion , de la Juftice , du Com
merce & des Arts . Aprés que
Fon cut tiré le Feu , on prefenta
à leurs Alteffes Royales
des Corbeilles de fruits & de
Tij
220 MERCURE
confitures , & l'on en porta
en fuite dans toutes les Chambres
de l'Hôtel de Ville : ce
qui fut fuivi d'un Bal , qui du
ra fort avant dans la nuit.
Tous les Bourgeois de Paris
marquerent leur joye ce mê
me jour , tant par des Illuminations
, que par les Feux
qu'ils firent le foir devant
leursMaifons. M'Bontempsfit
voir la fienne route illuminée,
fuivant en cela l'exemple de
M'le Prevost des Marchands,
dont M Barroy , Premier Elchevin
, ímita le zele. On vit
une Pyramide regnerjufqu'au
GALANT. 221
haut de la Mailon . Cette Pyramide
que terminoit un Soleil
illuminé, eftoit polée au
deffus de la premiere croifée
qui formoit un piedefal . &
au tour de laquelle
eftoit un
chaffis des mêmes illuminations
, qui en faifoient la bordure.
Il y avoit dans la croifée
quatre groffes Girandoles ,
qui la rempliffoient entierement
. Cette Illumination du?
ra depuis fix heures du foir
jufqu'à fept heures du matin.
On a fait beaucoup de Vers
fur la Paix que la bonté du
Roy a procurée à l'Europe.
Tiij
222 MERCURE
En voici qui ont eſté notez
par M Pivin. L'Auteur eft
d'un pays où l'on ne fair
point de ferupule de faire rimer
Trompette avec Copqueftte
AIR NOUVEAU. ·
NE
E fongeons qu'à vaider les pots,
D'une tranquillité parfaite ,
Benvons , Amis , la Paix eftfaite
Teus nos Guerriers font de repos.
"Batteg, Tambours , Sonnez, Trompettes
■ > 2011
Le Grand Manarque des François,
A reduit la Ligue aux abois ,
Par le nombre de fes conqueftes.

curple go 200 Cairdiron pan;tion, po vroups?
அன்
fame and spor 10
+
GALANT 223
Les autres Vers que vous
allez lire font de Mde Poif
fy , de l'Academie de Caén.
SUR LA PAIX.
MADRIGAL :
Après un fi cruel aragens
Après tant d'horribles combatto
Goûtons un repos plein d'appas
De la Paix , c'efle digne Onurage,
Celebrons mille & mille fais
LeNom du plus puiffani des Roiss
Chantons tour à tour à fa givirnya
LOVIS le plus grand des Guera
riers ,
Pour éterniferfa
Prefere Poliveand jerse wa
Tiiij
224 MERCURE
Voicy les noms de quelques
perfonnes confiderables ,done
j'ay à vous apprendre la mort.
Meffire Pierre Pecquot, Seigneur
de Saint Maurice , Secretaire
des Finances , Gref
fier ordinaire du Confeil d'E
tat & Privé , & cy - devant
Garde des Rôlles des Offices
de France. Ila laiffé plufieurs
enfans , entre lefquels font
Meffire Pierre Pecquot,Confeiller
au Parlement , & aupa
ravant Confeiller au Châtelets
Meffire Louis Pecquor de
Boifemont, Greffier ordinaire
du Confeil d'Etat & Privé , &
GALANT.
225
M'Pecquot , Chanoine de l'Eglife
de Paris.
Mademoiſelle Bouzonnet
Stella , décédée fans alliance ,
âgée d'environ foixante ans .
Elle eftoit Niece du fameux
Peintre Jacques Stella , & excelloit
dans la Graveure dont
elle nous a donné plusieurs
Ouvrages confiderables , Elle
avoit un Cabinet remply de
Tableaux , d'Estampes , & de
Livres de déffeins des meil
leurs Maîtres , dont elle a fait
la diſtribution par fon Teſtas
ment à tous les parens , ainfi
que de les autres biens , à cha
226 MERCURE
es de in
cun plus ou moins , fuivant
qu'ils luy eftoient proches ou
éloignez , ou ſelon le befoin
que quelques-uns pouvoient
en avoir; & comme elle avoit
toûjours efté fort charitable ,
elle a laiffé encore plufieurs
legs pieux aux peavise
Paroiffe , & à quelques Hôpi
taur, le tour avec un juge
ment fi folide & fi jufte , qu'el
leavoitelle même marqué fur
chacun de ſes Tableaux le prix
qu'ils pouvoient valoir. Auffi
fon Teftament que l'on a trouvé
tres - équitable , n'a eſté
conteſté par aucun de ſes heGALANT
. 227
ritiers. Elle avoit cinq Tableaux
des plus beaux qu'ait
faits le Pouffin.
• Mr Georges Herardin , Secre
taire du Roy , Greffier en chef
de laCourdesMonnoyes,mort
en fa foixante & dix huitiémé
année. Il fut fait par le Roy en
T
1650 fon Confeiller & Maître
d'Hôtel ordinaire , puis il fut
receu Greffier en chef de la
Cour des Monnoyes , le 2
Avril 1661 , Charge qu'il
exercée avec beaucoup d'honneur
& d'integrité. Il a laiffé
plufieurs enfans d'Antoinette
Prevolt fon Epoules foeur de
218 MERCURE
M' Prevolt Confeiller au Par
lement de Mets , & de M' Pres
voft , Treforier de France
Poitiers . It eftoit fils de Claŭ .
de Herardin Ecuyer Sicur des
Bordes , qui fut élevé Page de
M ' le Duc de Longueville , &
qui fut un des Chefs de fon
Conteil. Il avoit efté aufli
Maître d'Hôtel du Roy , dés
l'année 1615.
Meffire Jean Boullenger ,
cy- devant Doyen des Confeil .
lers du Roy en fa Cour des
Monnoyes , où il avoit efté re
ceu le 27 Octobre 1650. Sept
ans aprés il eut auffi la Charge
GALANT 229
de Controlleur General du
Comptoir dans cette Compagnie.
Meffire Jean Jacques
Boullenger fon fils remplit
aujourd'huy ces deux Charges
avec diftinction. Celle de
Contrôleur du Comptoir luy
donne rang & féance immé
diatement aprés le Doyen des
Confeillers. Il n'y en a que,
deux dans cette Compagnie.:
-Meffire Alexandre François
Feydeau, Confeiller du Roy en
fon Grand Confeil , & Grand
Rapporteur en la Chancelle
rie de France. Il eft mort fubitement
, dans fa vingt qua
230 MERCURE
1
wiéme année, en la Terre d'A
net fur Marne , d'où il a efté
apporté à Paris en la Sepul
ture de les Ancêtres. Il fut re
ceu Conſeiller au Grand Cont
feil au commencement del
cette année , & laiffe deux
freres. Il eftoit fils d'Henry
Feydeau , Seigneur de Calen .
dre, Confeiller au Grand Con
feil , puis Prefident enoda
quatriéme des Enquêtes , &
de Marie Fraguier , foeur de
Nicolas Fraguier , Confeiller
au Parlement, & fille de François
Fraguier , Seigneur & der
Longperier & de Quincy , auffi
GALANT
230
Confeiller au Parlement , & de
Marie Barbe d'Auvilly .
* Meffire Michel de Viel Sieur
de Surofne Il eftoit Maître
d'Hôtel ordinaire de S. A. R.
Madame , Ducheffe d'Or
leans , & Maître des Eaux &
Forêts de Caudebéc .
Dame Marguerite Bruneau .
Elle eftoit veuve de meffire
André Baron, Marquis des Riceys,
Conſeiller au Parlement.
Dame Catherine Varet , E
pouſe de Melfire Pierre de
Vouges , Prefident des Treforiers
de France de Poitiers.
Mellire Valentin Bigorre
232 MERCURE
Abbé de la Luzerne , & Prieur
de Gondrécour. Il fçavoi tpar
faitement les interefts des
Princes , & fur tout , des Prin
ces d'Italie & de la Cour de
Rome.
Meffire Henry- Robert de
Beffon ,Seigneur de Rozefort,
Capitaine Enfeigne de la
Compagnie des Cent- Suifles
de la Garde du Corps du Roy!
Il avoit épousé en premieres
noces N. Boetet , four de M
Boetet Chanoine de l'Eglife
de Paris , dont il avoit eu un
fils , décedé depuis peu ; & in
fecondes noces Mademoiſelle
GALANT
233
Bruant des Carrieres.
Meffire Luc Adrien morin
Seigneur du Bofc , Chevalier
de l'Ordre de Saint Louis . Il
a eu l'honneur de fervir le Roy
dans fes Armées dés l'age de
quinze ans , en qualité d'Enfeigne
, de Lieutenant , puis
Ide Capitaine dans le Regiment
de Piemont , dont Sa
Majefté luy confervoit encore
une Compagnie en garnison à
Bellifle, S'eftant appliqué de-
-puis plufieurs années à la pro
feffion d'Ingenieur , vantà for
tifier les Places , qu'à les atta.
.quer, il s'y rendit i habile ,
Novembre 1697. V
234 MERCURE
& donna de fi grandes preuves
de fon intrepidité dans
Tes attaques , que le Roy le fic
Brigadier des Ingenieurs , &
enfuite Brigadier de fes Armées
. Il commanda au Siege
d'Ath , ou M' du Puy Vauban
& luy montoient la tranchée
´alternativement. Comme il
Μ
s'expoloit beaucoup dans les
occafions , il avoit reçu de
grandes bleffures . Ayant efté
Bleffé à la téte d'un éclat de
"grenade au Siege de Luxem-
"bourg,if für trépané , & à celuy
de Namur il eut le bras
cafféd'un coup de moufquet.
GALANT. 238
Il en receut un au travers
du corps à Philifbourg , & fut
dangereufement bleflerla
Bataille de S. Denis . Cette
playes'étant rouverte au commencement
de ce mois luy a
caufé la maladie dont il eft
mort dans fa quarante cin
[ quiéme année , lai flant quelques
enfans de Dame Cathe
rine de la Mote dAubigny ,
qu'il avoit épousée depuis
quatre ans.
M de Furetiere Avocat zu
Parlement. Il efton Frere de
fee M'l'Abbé de Furetiere, de
Academie Françoife , & avois
V ij
#86 MERCURE
un riche Cabinet de tableaur ,
Bronzes , Médailles , Livres ,
Estampes , Pierreries, coquil,
les & autres raretez.
Meffire Louis d'Anglure-
Bourlemont , Archevêque de
Bordeaux , Primat d'Aquitai
ne , Abbé de l'ifle de Medoc
& de la Grace , ci- devant Au,
diteur de Rote à Rome , &
ci- devant auffi nommé aux
Evéchez de Frejus & de Carcaffonne.
Ce fut luy qui con
clut la Paix de Pile avec le
Pape Alexandre VII. Il eftoit
Fils de Claude d'Anglure , Ba
ron de Bourlemont , Prince
GALANT 237
d'Amblife en Hainault , Mart
quis de Sy , & d'Angelique
Dajacette , fille de Louis Dar
jacette Italien , Gentilhomme
Ordinaire de la Chambre du
Roy , Baron de Créance & de
Châteauvillain , & de Anne
Acquaviva d'Arragon , Du.
cheffe d'Atty , petit fils
de Affricain d'Anglure Ser
gneur de Bourlemont, rué en
1592. & de Marguerite de la
Baume , & Arriere petit Fils
de René d'Anglure Sieur de
Bourlemont & d'Antoinette
d'Afpremont, Princeffe d'Am
blife. M L'Archevêque de
238 MERCURE
Bordeaux qui vient de mous
tirja eu pour freres , François
d'Anglure Marquis de Sy ,
quia d'Angelique d'Afpre
mont,la feconde femme, a eu
entre autres Enfans Louis
d'Anglure Duc d'Atry , Nico-
Jas d'Anglure Comte de Bour .
lemont, qui a épousé Anne
Thibault , & a fait laBranche
des Comtes & Marquis de
Bourlemont ; Charles d'Anglure
Evêque d'Aire , puis de
Caftres & Archevêque
de
Toulouſe ; Chrêtien maffée
d'Anglure, tué au Siege d'Ar
ras en 1640. Sebaftien d'AnGALANT.
479
glare Baron de Rimaucourt ,
& de Bourlemont; Ferdinand,
Scipion & Henry d'Anglure ,
tous trois Chevaliers de malthe.
Meffire Noëlle Blond ,
Preftre Docteur 3 Ancien
Profeffeur Royal de la Faculté
de Theologie de Paris,Maiſon
&Societé Royale deNavarre,
& Curé de S. Leu S. Gilles à
Paris. Il eft mort dans fa foi.
Axante & dix - huitiéme année
, ayant mené une vie
spicule & exemplaire juſqu'à
fa mort. 93 299 03 2019 Wo
240 MERCURE
Le Mardy 12 , de ce mois ,
l'Ouverture du Parlement fe
fit avec les Ceremonies accoûtumées
! M l'Evêque
d'Amiens celebra la мeffe
dans la Chapelle du Palais ,
& tous ceux qui compofent
ce Corps Augufte y aflif.
fterent en Robes rouges .
Aprés la Mefle ils entrerent
en la Grand Chambre ,
& ce Prélar ayant pris fa
-place , Mle Premier Pref
dent luy fit un Remerciment
de la part de la Compagnie
à peu prés en ces termes
P
MonGALANT
241
Mo
ONSIEUR ,
La Cour rentrant dans fes :
Fonctions ordinaires , & eftant
obligée de demander à Dieu les
forces les lumierés qui luy
font fi neceffaires pour les rem- ,
plir diguement , a fait choix d'un
Prelar auffi diftingué parfa naiffance
queparfes vertus, pour les
obtenir du Ciel. Dans un âgepeu
avancé , le Roy vous a nommé à
l'Epifcopat , & pour monter fur ,
la Montagnefainte. Si ceux qui
font révétus de vôtre caractere ,
meritent d'eftre respectez par leur
vertu par leurference , on doit
Novemb . 1697. X
242 MERCURE
encore plus confiderer un Brelat
élévé au deſſus des autres par les
rares talens qu'il a recens de Dieu,
qui luy, ons attiré l'eſtime de
SM . qui renferme toutes les
louanges. Dans les années 16.93.
1694 qui ont esté fi difficiles,
àpaffer , vous avez par vôtre
fage conduire par vôtre chari-
18 continuelle répandu beaucoup
de biens fur tout vofire Diocese
Vous avez prévenu les esperan
cès de uns oùailles par várre zele,
& vous leur avez manirél exens
ple & leurs obligations. LaCome
pagnie ma chargé , Monfieur, de
vous rendre enyon nomles actions:
GALANT. 243

A de graces de la peine que vous
awez prife de quitter voire Diocefe
pour venir en ce jour demander
à Dieu par lefacrifice le plus
Saint , les lumieres dout elle abefoin.
Ce n'est pas d'aujourd'huys
que des perfonnes de vôtre nom
ont pris place dans la Compagnie
Vous avez mefme des proches qui
en font les principaux membres ,
qui l'affiftent de leurs lumieres
de leurs confeils : elle vousfoubair-2
se unefantéproportionnée à l'excés
de vos travaux, & vous dem
mande, quelque part" dans
prieres . Elle vous affeure par ma
boughs qu'elle employera soûjours
vos
X ij
244 MERCURE
L'autorité qu'il plaift à Sa Majesté
de luy confier , pour faire
executer dans votre Dioceſe ce
que vous jugerez neceffaire pour
maintenir l'autorité du Roy , &
rendre la juftice àfes Sujets .
M'. l'Evêque d'Amiens fe
fervit à peu prés de ces termes
dans la réponſe qu'il fit
à ce Compliment
..
Le veritable caractere du Magiftrat
c'est la fageffe . Le premier
degié pour la poſſeder , c'eſt de
connoistre celuy à qui on doit la
"demander , & comme c'eft à Dieu,
on doit auffi luy en confacrer les
premices , Heureux d'avoir efté
GALANT. 243
tou iow
choifipourune fi fainte entreprise
je ne puis faire aßez de remerci'-
mens , puifque j'entre dans le precieux
heritage demes Peres , non
pas comme un etranger, mais comme
reprefentant mes Predeceffeurs,
quife font fait une veri ↳
table gloire d'y rendre leurs fer.
vices au Roy & à l'Estat. Les
Evêques qui occupent tous les ans
la place où l'ay l'honneur d'efre
auiourd'huy , ont toujours reconnu
avec tant de plaifir la prote
tion que la Cour donné à l'Etat
Eccefiaftique , que ie me trouva
dans de plus fortes obligations
par rapport à l'honneur que say
x ij
246 MERCURE
defortir du fangdefes membres
de concourir par mesprieres à luy
marquer la reconnoiffance que
ien ay. H eft inutile, Meffieurs ,
de m'étendre fur les louanges
fur le merite de tous ceux qui com.
pofent cette Augufte Compagnie.
Le carattere du Chef répond à
seluy de tout Le corps , & il renmit
en fa perfonne tout le mexite
defes Predeceffeurs . Voulez- vous
srouver un Philofophe ? Cette
elevation d'ame , fes profondes
connoiſſances & fa rare werin le
distinguent entre tous les autres ;
l'étendue de ſon eſprit , fon zele .
fon aplication à rendre la in
GALANT. 247
Trice, le font unMagiftrat accomply
Voulez vous trouver unOra.
teur parfait Son éloquence Jes
riches expressions n'ont rien de
femblable Enfin voulemons tramwer
un veritable Ghrétien? Riza
eft comparable à fa pieté àfes
charité à fon defintereffemont. ・
C'est fa fareffe qui l'éleve an
deffus des autres , & quifaitfan
éloge par le oboix que le Roy func
de fa Perfonne . C'est par l'effec
dere mefme choix que le Roy ,
aprés s'eftrerenduformiduble dans
La Guerre qu'il a foutenue contre
ane Ligue dont les vains efforts
Home Jerry qu'à fance wow des
X iiij
248 MERCURE
2
forces fuperieufes de ce Grand
Monarque . a employé l'un des
Proches de ce Grand Chef pour
· donner la Paix à l'Europe, On
voit auiourd'huy l'Herefte bannie
à jamais.defes Estats . Nos hiftoires
ne fourniffent rien de fembla
ble, & lesfiécles à venir conviendront
que l'usage que le Royfait de
fes victoires , est autant à admires
que ces meſmes victoires ; qu'il
eftoitfeur d'en avoir la meſme re •
compenfe que celle quifut accordée
à Aza, Roy de Juda. L'Ecriture
marque qu'ilfit du bien enprefence
de Dieu , & que Dieu luy donna
lapa ix, l'affeura d'en faireob
GALANT. 249
tenir les fruits & les avantages à
fss Peuples . Le Roy commence par
décharger fes Sujets d'une partie
des impofts que la neceffité de la
Guerre l'avois obligéde leur impofer
, ne faifant confifter la gloire
de tous les avantages de cette
longue Guerre, que dans leur foulagement
, feur que par ce moyen
par les fages Confeils de fes
Miniftres qu'il avoit mis à la tête
defa Justice itferoit renaitre l'a
bondance la tranquillité parmy
fes Peuples.
L'on fit le même jour l'ouverture
des Audiences à la
Cour des Aides , où M' le
250 MERCURE
Camus Premier Prefident ,
aprés avoir exhorté les Gref
fiers à faire l'exercice de leurs
Charges avec probiré , & fait
des Complimens àM's lesGens
du Roy fur la maniere avec .
laquelle ils remplifloient leuts
fonctions , adrefla la parole à
"M" les Conſeillers , & par un
'Difcours rempli d'éloquence
& de jufteffe , il fit voir que
file principe de l'homme é
toit de penfer , c'eftoit une
qualité abfolument neceffaire
aux Juges , de penſer aux obligations
que la grandeur &
Tintportance de leurs Em.
plois exigeoit d'eux, fans quoy
GALANT 257
ils fe trouvoient dans l'impof
fibibilité de les remplir di- .
gnement ; que fans la refle
xion on reftoit toûjours dans
L'imperfection ; qu'elle eftoit
une eſpèce de miroir qui
nous reprefentoit fidellement
nos vertus , & nos vices ; que
comme l'homme eftoir un
véritable Tableau d'irrefolutions
, un Magiſtrar ne pout
voit trop s'appliquerà l'exa
men des engagemens de fa
Profeflion , qu'il ne pouroitly
réüllir que par de profondes
meditations , en féparant les
fauffes apparences , en cher
chant la verité, s'attachant à la
252 MERCURE
vertu,& en fe cachant, pour ain
fi dire , pour fe mieux connoi
tre , failant attention fur la
foibleffe du coeur fufceptible
& en état d'eftre forcé par ce
nombre infini de paffions qui
l'arcaquoient avec tant d'al
vantage , que fans cette étu
de on comboit dans des eri
reurs , & l'on commettoit des
injuftices irreparables, qui eni
traînent par les délicos fla
teufes de la prefomption
&
de la prévention ; que donnant
dans des opinions chi
meriques ; un Juge tomboit
dans des égaremens préjudi
GALANT. 253
ciables à ſa propre réputa
tion , & aux interefts de ceux
dont ils eftoient les Arbitres ;
que s'arrestant à des vifions
faftucules, que l'on prenoit
pour des veritez , toûjours
dans l'ignorance , dans l'inap ,
plication & dans la negligen,
ce , il ne falloit pas s'étonner
fi l'on n'avoit pas toute la
confideration que l'on devoit
avoir pour leurs perfonnes
, & pour la dignité de
leurs Emplois. Il fit enfuite
le portrait des jeunes Magiltrats
, qui remplis des bonnes
opinions quals avoient feuls
254 MERCURE
de leurs perfonnes . ne pre
noient confeil que de leurs
paffions mal réglées , fans
faire des reflexions fur toutes
les parties neceffaires pour
rendre la juftice & fur leur
incapacité , qui ne leur faifoit
douter de rien tandis qu'ils
devoient douter de tout . It
ajoûta que dans un âge plus
avancé ils continuoient dans
les mêmes habitudes , ils ref
toient dans l'impoffibilité de
pouvoir le corriger ; que fi
par hazard ils paffoient dans
un rang plus élevé , les dia
gnitez & les honneurs leur
GALANT. 255.
a
attiroient du mépris & de, la
confufion ; que comme les..
paffions, agiffoient avec plus
d'rendue à mesure que l'on
avançoit, en âge, on n'eftoit .
plus le maistre de les terraf
fer. Il fit voir par une infinité
de belles raifons , qu'il
falloit s'en défier avec plus
de circonfpection , ſe dé
fendre de la vanité & des
illufions , qui fe rendoient
maiſtreffes de l'ame à mefure:
que l'on s'imaginoit acquerin
de l'experience par le temps &
parl'âge, qu'ainfi pour le ga.
rantir de ces écueils dange
"

42 1 .
256 MERCURE
reux , il falloit toûjours s'ap
pliquer à la connoiffance de
foy mefme , & par une route.
oppofée à celle des ignorans
prelomptueux qui s'imaginoient
avoir un genie heureux
qui les rendoit capables
de tout, fans s'embarraffer ny
de ſcience ny de bienfeance .
on devoit avoir une attention
continuelle fur les mouve
mésdefon coeur faireunfonds
de ſcience fur toutes fortes
de matieres , & fuivre,les bons
exemples ; que quand les lumieres
naturellesfe trouvoient
purifiées , par cette étude
GALANT. 257
on êtoit capable de juger& des
autres & defoy- même, & d'ob
tenirle repos du coeur , & cette
tranquillité
d'ame qui faifoit
le veritable bonheur dela vie,
Il finit par un Eloge des merveilleufes
qualitez du Roy ;
qui avoit facrifié les Victoires
& fes
Conquêtes pour procu
rer la Paix à l'Europe , & faire
jouir les peuples des avanta
ges qu'ils devoient attendre
des effets de fa bonté & de få
juftice.
M'Delpech, Avocat Gene
ral, prit enfuite la parole , &
dit à peu prés , qu'il ne fuffifoit
Novembre 1697:
Y
238 MERCURE

pas de fe connoiftre pour tes
riter le nom deJufte , que ce
luy qui aprés avoir fondé fon
coeur fe propofait de faire des
progrés en peu de temps dans
le chemin de la vertu , devoit
y joindre l'amour de la verité,
un fonds de probité , une ap
plication continuelle , & une
fermeté inébranlable ; que
comme la perfection confi
ftoir à foûtenir la verité
triompher des artifices de fes
ennemis , fe précautionner
contre les liens feduifans de
l'amitié , refifter aux appas
dangereux des plaifirs , ne ſe
7
à
GALANT. 199
"L
point rendre elclave de la fottune
& de l'ambition , & à
faire un generaux facrifi cede
fes paffions , tous ces caracteres
devoient eſtre inféparables
du Juftes que rien ne pou
voir eftre capable d'ébranler
fa fermeté dans quelque étac
où ilfe trouvaft, foit qu'il fûc
élevé aux Dignitez les plus
éminences , foit qu'il reftât
dans la mediocrités que commecette
fermeté eſtoit le vericable
caractere du Heros , elle
fervoit à diftinguer le Heros
d'avecles autres hommes,qu'é
tant l'objet de fon amour,cle
Ki
260 MERCURE
fervoit à luy faire executer les
glorieufes entreptiles qui
rendoient fon nom memo.
rable à la pofterite. Il ajoûta
qu'il ne falloit pas s'étonner
file Roy , aprés avoir par fa
fermeté & par fon courage ;
foûtenu la Guerre contre tant
de nations liguées , capables
d'arrêter toute autre puiffance
que la fienne , avoit fait
fucceder à cette meſme fermeté
une moderation genereuſe
, en cedant des Provin .
ces & des villes , que les ennemis
n'auroient jamais ofé
efperer d'obtenir quand mef.
me au lieu d'eftre vaincus ,
GALANT. 261
ils fe feroient trouvez victorieux.
Il fit voir enfuite que
cette fermeté eftoit neceffaire
à un magiftrat , dans la diftribution
de la Justice ; qu'elle
fervoit pour déveloper le vray
du faux , & que fans elle , il
eftoit fouvent exposé à rendre
des injuſtices , & fe trouvoit
dans l'impoffibilité de pouvoir
conferver cette gloire , qui
eftoit la récompenfe de la fermeté
qu'il eftoit dangereux
de fe faire de fauffes idées de
la fermeté , qui ne confiftoit
point dans l'opiniatreté , laquelle
eftoit un effet du dere.
262 MERCURE
glement de l'efprit ; qu'on
eftoit fouvent trompé par
l'apparence de la vertu , que ·
le Magiftrat ne devoit point
fe montrer difficile à abor
der par la feureté & par fa
rudeffe ; ' que s'il devoit avoir
de la fermeté , elle devoit
eftre accompagnée de dous
ceur & d'affabilité, qu'il me
devoit point rendre la Justice
ny répondre au public par
caprice & par temperament ;
qu'un Juge qui veut paſſer
pour ferme devoit combati.
tre avec force , mais d'une
maniere qui pût convaincre
GALANT: 253
& plaire à ceux qui eftoient
d'une opinion contraire que
c'eftoit par la docilité & par
T'humanité quil faifoit connof
ste da Juffice & la Raifon. Il
-prouva que cette mefme fert
meté ne confiftoir pas feule .
ment a prendre plûtoft la
deffenfe d'un malheureuxque
celle d'une perfonne d'autol
rté , & que fouvent ils'y trou
voit plus d'amour propre que
de fermeté quafi l'on devoit
fe deffier des gens de credit ,
ily avoit auffi de l'opiniatretéà
foûtenir la cauſe injufte
des malheureux , qu'il faloit le
264 MERCURE
nit
partager entre l'autorité &
la compaflion
; ne point
craindre les menaces des
uns , ny trop s'arrêter aux
murmures des autres , & il fi
par des reflections
fur l'application
continuelle que les
Juges devoient avoir à cher
cher la verité par le fecours de
la vertu de la fcience & de la
douceur
; & que comme cet
amour de la verité eftoit ca.
pable de rendre un Magiftrat
parfait , elle luy produifoit en
mefme temps le plaifir de la
recompenfe , qui confiftait
dans la gloire de bien faire ,
&
GALANT . 265
& dans la joüiffance de la paix
du
coeur.
L'ouverture des Audiem3
ces du Parlement fe fit le
Jeudy 14. Elle commença par
un Difcours qui fut prononcé
par M Jolly de Fleury ,
Avocat General , dont le fujet
eftoit la Magnanimité &
la grandeur d'Ame. Il en
appliqua les caracteres à la
profeffion des Avocats , mais
d'une maniere fi noble & fi
élevée , & dans des termes
tellement choifis & brillans ,
qu'il fut admiré de tous ceux
qui l'entendirent. Il y fit en-
Novembre 1697. Ꮓ
22
266 MERCURE
trer l'Eloge
du Roy , & les
avantages
que la Paix qu'il
venoit d'accorder
alloit produire
à fes Peuples
; & finit
par une Exhortation
aux Avocats
de fe former
fur le modele
& les belles qualitez
de
Mile Premier
Preſident
. Cet
Illuftre
Chef répondit
à ce
Difcours
par un autre rempli
de cette vive & pathetique
Eloquence
, qui luy eſt ſi naurelle
; & aprés avoir exhorté
les Avocats
à fuivre les
toutes que M' de Fleury leur
venoit de preſcrire
, il fit l'Eloge
de ce jeune Magiftrat
,
GALANT: 267
qui fuivoit fi glorieufement
les traces de fes illuftres Anceftres
, dont il rempliffoie
dignement la place. Il s'éten
dit enfuite fut les fruits que
l'on devoit efperer de la Paix,
fur les rares qualitez du Roy,
fur fes Vertus, fa Fermeté ,fon
Courage , ſes Victoires , la
vafte étendue de fon Genie,
la profonde Sagefle , fon zele
pour la Religion & pour la
Juftice , & fur l'application
continuelle qu'il avoit au bonheur
de fes Sujets.
Le lendemain Vendredy
on fit les Mercuriales en la
Z ij
268 MERCURE
Grand'Chambre , où il n'en
tra que les Preſidens & les
Confeillers , fuivant ce qui fe
pratiquoit autrefois. M'de la
Briffe , Procureur General , fit
'un beau Difcours fur les abus
qui fe commettoient par la
plufpart des Cleres de M" les
Confeillers , & furles moyens
de les arrefter. Ce Difcours
fut fuivi d'un autre, prononcé
par M le Premier Prefident
fur ce même fujet , dans lequel
donna des marques de fa
profonde capacité , de fon zele
& de fon application contimuelle
à faire obferver les Re
1
GALANT. 269
gles , & à conferver la pureté
& le defintereffement dans la
diftribution de la Justice.
On a eu nouvelle que M
Jean Baptifte Adheimar de
Monteil de Grignan , Archevêque
d'Arles , eftoit mort
Montpellier le 11. de ce mois
aprés quinze jours de maladie.
Il eftoit âgé de cinquante- neuf
ans , & avoit efté nommé en
1666. Coadjuteur de M François
Adheimar de Monteil de
Grignan,Archevêque d'Arles,
fon Oncle , fait Commandeur
des Ordres du Roy en 1662 .
Cette Maiſon , extrémement
Z iij
270 MERCURÈ
ancienne , a toûjoursété feconde
en grands Hommes . Louis
Adheimar de Monteil, premier
Comte de Grignan
,
fut en
confideration
fous le Regne
de François I. qui l'envoya
Ambaſſadeur
en Allemagne
,
& qui depuis le fit Lieutenant
General aux Gouvernemens
de Provence , Lionnois , Forefts
& Beaujolois . Comme
il ne laiffa point d'Enfans ,
Gafpard de Caftelan fon
Neveu , Fils de Blanche de
Monteil fa Soeur . fut fon heritier,
& fubftitué au nom &
aux Armes d'Adheimar, II
GALANT
271
eut pour Fils Louis
Adhei
mar de Monteil
, Comte
de
Grignan
, Chevalier
des Ordres
du Roy en 1584. & Lieutenant
General
au Gouvenement
de Provence
, qui eut
d'Elizabeth
de Ponteves
Carces
, Loüis - François
Adheimar
de Monteil
, Comte
de Grignan
, qui mourut
en 1620,
laiffant
de Jeanne
d'Ancezyne
deVenejan
fa femme
; Louis
Gaucher
Adheimar
de Mon,
teil , Comte
de Grignan
, qui
en 1628. épousa
Marguerite
d'Ornane
, fille de François
,
Sieur de Mazargues
& de Mar,
Z iiij
272 MERCURE
guerite deMontior. C'eft de ce
Mariage qu'eft venu M l'Ar .
chevêque d'Arles dont je vous
apprens la mort. Il eftoit Frere
de François Adheimar dé Monteil
Comte de Grignan , Lieu .
renant General du Roy en
Provence , & avoit donné en
diverfes occafions des marques
de fa capacité & de fon
zele pour la Religion & pour
l'Etat , s'eftant diftingué par
fon Eloquence en plufieurs
Difcours qu'il avoit faits au
Roy à la tefte du Clergé .
Dans le même temps qu'on
a cu avis de la mort de ce
GALANT.
273
Prelat , on a fceu que M
François - Antoine Dulieu
Seigneur de Chenevous , Neronde
, Buffieres , la Thuilliere
, &c. Confeiller d'Etat ,
Doyen de la Chambre des
Comptes de Paris , & l'un des
quatre Anciens Secretaires de
Sa Majefté , prenant bourfe
commune en la Grande Chan,
cellerie deFrance , eftoit mo
âgé de foixante & dix ans ,
dans une de fes Terres en Forefts
, d'une attaque d'Apo
plexie , aprés avoir exercé fa
Charge pendant quarantetrois
années d'une maniere
274
MERCURE
tres- diftinguée
, & avoir rem
pli toutes les Commiflions
extraordinaires
dont le Roy
l'avoit honoré, avec beaucoup
de probité & la fatisfaction
publique. Il eftoit tres labo .
rieux , integre , exact à ſa pa
role , & fort bon Ami . Il avoit
épousé Dame Marie- Marthe
pton , unique heritiere del a
Maifon de Chenevous
, dont
les Anceſtres
ont fondé le
College des Jefuites de Roan .
ne. Elle eft petite Niece du
Pere Coton , Confeffeur
des
Rois Henry IV . & Louis XIII ,
& Coufine du P. de la Chaile,
GALANT 275
Confeffeur de Sa Majefté. M
Dulieu laiffe deux Enfans ,
dont il y en a un Abbé. L'aî .
né s'eft fait recevoir dans la
Charge deM'Dulieu fon Pere,
& a époulé Madame Langlois ,
veuve de M' Langlois Rece
veur des Confignations .
I
Le mot de l'Enigme du
mois paſſé eſtoit la Fiévre , &
ceux qui l'ont trouvé , font
Mrs. de la Chine de la ruë
Dauphine , Gomer de la ville
du mans de la ruë dorée ; S.
Pierre du Chaftel le jeune de
Rouen ; Meffier de la rue Saint
276 MERCURE
Jacques & le Normand Baudry
; philippe Henry Coulon,
& du Pré fils , de la rue des
Maffons; Tamirifte de la rue
de la Cerifaye ; L'Amy fidelle
de la ruë S. André des Arcs ; le
Procureur de la ruë S. Jacques
de la Boucherie le petit
Noellier & fon frere Chofel ,
le
malheureux content
, les
deux freres & l'Amy Antoine,
leCreux d'Orleans de la rue du
Bourdon blanc & M' de мaifon
rouge , Mademoiſelle Ogier
du coin de la ruë de Richelieu
.
L'Enigme nouvelle que je
GALANT. 277
vous envoye merite l'applica➡
tion de vos Amies-
AP
ENIGME .
Pres avoir fouffert & la rouê ,
& le feu,
Et les triftes borreurs d'une Prifon
tres-noire
Je fuis , comme en triomphe , avec
beaucoup de gloire ,
Porté fuperbement dans un auguße
lieu.
Bientoft après ma deſtinée ,
Agrands coups de couteau s'y trouve
terminé ,
Apres qu'on m'a fi mal traitè,
Le Ciel , dont à la foy la grace eft
departie ,
Fait que , par qui de moy ne reçois
que partie ,
Ie fois , huit jours apres , entier reprefenté,
278 MERCURE
7
Voicy une feconde Chan .
fon fur la paix , & fur l'augu
fte Mariage qui fe doit faire
dans fort peu de jours . Les
Vers ont efté encore notez
par M. Pivin .
AIR NOUVEAU.
AH, qu'elle heurenfe deftimée!
On commence à goûter la doncear
du repos.
C'eft un bien que nous fait le plus
grand des HeroS
Par la Paix & par l'Hymenée
[Il paroift depuis peu de jours
un Ouvrage dont la matiere
me fçauroit eftre plus noble.
མན།།མ །N
79
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1
GALANT. 279
Il a pour titre , Eſſay de l Hiftoire
du Regne de Louis le Grand
jufques à la Paix Cenerale 1697 .
M' l'Abbé le Gendre , Chanoine
de l'Eglife de Paris , qui
en eft l'Auteur , laiffe à deux
hommes excellens qu'on fçait
qui travaillent à cette Hiftoire
, le foin d'entrer dans tous
les détails qu'elle demande
pour eftre parfaite. Il s'eft
contenté de nous donner une
premiere connoiffance
des
grandes chofes que Sa Majefté
a faites , & il nous la don
ne fi belle & fi bien fuivie ,
qu'il eft impoffible
de ne pas
280 MERCURE
fouhaiter impatiemment de
voir finir les grands traits
qu'il a ébauchez dans fon ef
fay. Il s'eft fervi pour cela du
ftile vif , coulant , pur & naturel
qu'il dit devoir eftre le
ftile d'un Hiftorien . Il fait ſenrir
en plufieurs endroits tout
ce qu'eſt le Roy par des re
flexions de deux lignes . Auffi
diril , dans fa preface , que le
but de fon Ouvrage c'eft d'ai
der à ceux qui le liront à fe
former une idéejufte du regne
de cet Augufte Monarque
& à fixer eux - mêmes ; quel
rang il doit tenir parmi ces

GALANT. 281
hommes rares que Dieu fait
naitre de temps en temps
pour la gloire des Etats , &
& pour la felicité des peu
ples.If a raifon d'ajouter que
depuis trente ans l'Europe
admire le Roy que fes Enne
mis leloüent , & que Panion
de tant de Puiffances tane de
fois liguées contre luy
toûjours vaincuës ,cft un éloge
auffi fincere qu'éclatant
moins de fes forces que de
fon merite & de fes
vertus
Cet Effay de l'Hiftoire de fon
Regne, fe debite chez le S
Jean Guignard , ci- devant
Novembre 1697 A a
282. MERCURE
Libraire au Palais , & preſentement
rue S. Jacques,devant
la rue du Plâtre â l'image S.
Jean , Je fais preſſé de finir.
Ainfi je ne vous dis rien des
Harangues qquuee le Roy a
bien voulu recevoir
recevoir desCours
Superieures , & de quelques
autres Corps fur la Paix
qu'il a concluë . Je fuis , Ma,
dame , Vôtre &c .
Paris , ce30 Novembre 1697
Wǝ saldah
speel to mruginë, ra
222522525.55232225
TABLE.
હું
P Relude
Difcoursfait à l'ouverture du Pre-
A fidial RdAbevike , où ſe trenve
un éloge do S. haluka
"Ode fur le mépris qu'on a pour les
Muſes.
Marly, Ode.
63
73
Seconde Leure touchant les Super-
·fitions ,..
Eglogne (ur la Paix,parMrÏÀb .
Robe Binge,
"Fable allegorique ,
98
06
Nouvelle Edition des Lettret du
Cardinal Doffas
Anne de Montmerency , 116
Ze parfait Homme de Castre, 117
TABLE.
Le degohi du monde ·
Difcours fat l'Année Climaterique,
a
120
123
Mort de Me la Marquife de Mef-
Bienn
143
Devotions du Roy le iour de la
Fefte de tous les Saints , 148
Benefices donnex par le Roy, 134
Vers adreffez à Mademoiſelle de
Sondery way angles on rahalis
155
Réponse ,
Hiftoire
,
189
Complimentfait à S. A. Monfieur
par leR.PereFenilletean Barnabiter
Cartenouvelle de l'OrdredesGrands
* Maifres de Saint Jean de Lernfalem
Combat Naval donné en la Mer
Glaciale duNord du Canada, 195
TeDeum chanté à Paris, & Re-
193
TABLE
joiffances faites pour la concla
fon de la Paix Generale ,
Madrigalfur la Paix ,
Morts
210
223
224
Ce qui s'eftpaffé à l'Ouverture de
Parlement , & de la Cour des
Aides ,
240
Onvertage des Audiances du Parlement,
205
Autre Anticle des Morts, 26歳
Article des Enigmes ir pies ?
Efay de l'Hifoire de Louis le
Grand,
278.
uqsonem moɔ jupi¡A'I
,& po open al
**Avis
pourplacer
les Figures
.
L'Air
qui commence
par Ne for- geons
qu'à vuider
les pois , doit
regarder
la page 222.
L'Air
qui commence
par Ah ! quelle
heureuſe
definée
, doit regarder
la page 278.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le