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Eur.
511
m
1697.9
Eur
597
m
16979
Mercur
Mercure
<36700387520010
<36700387520010
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
SEPTEMBRE 1697 .
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant .
N donnera toûjours un Volume
un nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque mois , & on le
vendra trente fols relié en Veau , &
Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envie .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. DC . XCVII.
Avee Privilege du Roy,
!
Bayerische
Staatsbibliothek
München
kak ok ok ok:
Qre
AVIS.
Velquesprieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les
Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
d'y manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces
Memoires dont on ne fe
peut fervir. On réitere la meſme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
neprend aucun argent pour les Memoires
, & l'on
employera tous les
bons
Ouvrages à leur tour ,
pourves
qu'ils ne
defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
AVIS.
prie feulement ceux qui les envoient,
&far tout ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
l'article des Enigmes , d'affranchir
Leurs Lettres de port , s'ils veulens
qu'on faffe ce qu'ils demandent .
C'eft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire .
Le Sieur Branet qui debite pre-
Jentementle Mercure , a rétabli les
chofes de maniere qu'il est toujours
imprimé au commencement de cha
que mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilferapartir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin, Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
long-temps avant qu'ilfoit arrivò
dans les Villes éloignées; mais auf
les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'ellesfaifoient auparavant.Ceus
qui fe lefont envoyerpar leurs Amis
fans en charger ledit Brunet, s'expofent
à le recevoir toujours fort
tard par deux raifons. La premieres
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendrefitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quel
quesjours avant que l'on en faffe le
debit, & l'autre , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont lu eux & quel
ques autres à qui ils le preftent, ils
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire, en difant que la
vente n'en a commencé
que⋅fors
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'il fe charge defaire
A iij
AVIS.
les paquets lay-mefme , & de les faire
porter à la Pofte ou aux Meſſagers,
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe gene
ralement de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à la fin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera execute avec
une exaltitude dont on aura liem
d'eftre content.
MERCVRE
GALANT
1
SEPTEMBRE 1697 .
#
Ly a long- temps qu'il
ne fe fait plus de Dif
cours publics , où l'on ne
fafle entrer l'Eloge du Roy ;
mais fitoutes fortes de fujet.
fourniffent l'occafion de parler
de ce Monarque , elle ne
A iiij
8 MERCURE
s'offre jamais plus naturellement
que lors qu'on doit prononcer
le Panegyrique de S.
Louis . Ainfi , l'on ne doit pas
s'étonner M l'Abbé de
Beaujeu , dont l'éloquence
répond à la profonde érudition
, s'eft diftingué fur cette
matiere dans celuy qu'il fit de
ce grand Saint le 25. du mois
paffé, à la priere de M's de l'Academie
Françoife , qui en folemnifoient
la Fête, à leur ordinaire
dans , la Chapelle du
Louvre. La Meffe y fut d'abord
celebrée par M le Mer
cier , ancien Curé de S. Ger-
1
F
GALANT :
main l'Auxerrois , & pendant
ce temps, un fort grandChoeur
de Muſique chanta le Pleaume,
Deusnofterrefugium & virtus,
qui futécouté avec une entiere
fatisfaction de l'Affemblée.
Enfuite , l'Abbé d'e
Beaujeu monta en Chaire , &
prit pour fon texte , Neque alritudo
, neque profundum nos poteritfeparare
àcharitate . Ces paroles
luy donnerent lieu de
divifer fon difcours en deux
parties. Il fit voir dans la pre.
miere que la haute élevation
où la naiffance avoit placé S.
10 MERCURE
Louis , ne l'avoit point empêché
de pratiquer les plus
étroites maximes des Saints.
& dans la feconde , que le malheureux
état ou l'avoient réduit
les difgraces qui luy arriverent
dans la Terre Sainte ,
n'avoit pû affoiblir en luy le
caractere de grandeur & de
Majefté , que luy donnoit fa
Couronne. Vous jugez bien
que toutes les actions de S.
Louis ayant un fort grand ra
port à celles du Roy, unfi ha.
bile Orateur ne manqua pas
de les mettre dans leur jour
par des traits vifs & fenfibles.
GALANT. II
Il parla avec force de cette
bonté de Pere qui porte de
puis fi long- temps Sa majeſté,
facrifier fon propre repos .
pour procurer celui de fes Peuples
, fans fe rebuter des longs
refus que fes Ennemis ont fait
de la paix , & qui n'ont fervi
qu'à luy acquerir de nouveaux
triomphes par des Conqueftes
, qui ajoûteroient un éclat
nouveau à la gloire , fi elle
en pouvoit encore recevoir.
Avec combien de délicateffe
peignit-il les avantages
que reçoit la France de la
prife de Barcelone , & de
12 MERCURE
Fexpedition de Cartagene ,
fans avoir mêlé dans fon difcours
le nom de ces Places ?
Tout le monde en témoigna
une fatisfaction extraordinaire,
& ceux dont fon Auditoire
avoit efté compofé, ayant fait
place aux Religieux Carmes
du grand Convent , ils vinrent
en proceffion dans cette
même Chapelle , ainſi qu'ils
font tous les ans > accompagnez
de M' Bofc , Prevost des
Marchands , des Echevins , &
autres Officiers de Ville. La
Meffe de Saint Roch y fur
chantée folemnellement 2
GALANT. 13
pour demander à Dieu par
l'interceffion de ce Saint , felon
le voeu qui en a efté fait
par la Ville , la confervation
de la fanté du Roy , & de tou
te la Famille Royale. S. A.
Monfieur le Duc du Maine y
rendit les Pains benits avec
beaucoup de magnificence
au fon des Tambours , des
Tymbales , des Trompettes
& des Hautbois , & l'on diftribua
par fon ordre une
grande fomme d'argent à tous
les Pauvres qui s'y rencontrerent.
**
L'aprés dinée , l'Academie
14 MERCURE
·
Françoife s'étant affemblée
extraordinairement
, on leut
les pièces de Profe & de Vers ,
qui avoient remporté les prix
au jugement de la Compa
gnie. Le premier fut donné
à M'l'Abbé Mongin , Bachelier
en Theologie , & celuy
de Poëfie à Mademoiſelle
Bernard , qui l'avoit déja remporté
deux fois . Cette feance
finit par la lecture d'un Sonnet
de M Boyer , qui fut extrêmement
applaudy. Je vous
l'envoye .
GALANT. IS
SUR LA PRISE
DE BARCELONE.
UR le hardy projet d'un
Siege fi vanté , Sε
Une jaloufe erreur en vain s'eft
répandue,
Fiers Ennemis , voyez votre temerité
Par unfuccés heureux pleinement
confondue
S
Le nombre & la valeur ont longtemps
refifté;
Nulle Place,jamais nefut mieux
deffendue,
16 MERCURE
VENDOSME a convaincu
vôtre incredulité,
Faux Prophètes , enfin la Place
s'eft rendue.
Du Monarque François refpe
Etez l'Afcendant.
Des regles de l'art fonfort indépendant
Force tous les
Remparts , rompt
toute les Barrieres
.
2
914103
Vous gui juge fi mal defes faits
inoüis ,
Ne mefurez jamaisfur vos courtes
Lumieres.
Jufques où peut aller le deftin de
LOUIS.
GALANT. 17
Le mêmejour 25. d'Aouſt ,
Mr l'Abbé de la Chaftre prononça
le Panegyrique de S.
Louis à S. Cir , en prefence de
"
Madame la Princeffe de Sa.
voye. Il traita ce fujet avec
dignité , & toucha avec une
fageffe inimitable les endroits
les plus délicats de la
vie de ce grand Roy. Il finit
fon Sermon par un compliment
à la Princefle , qui fuc
d'autant plus applaudide tou
te l'Affemblée , qu'iln'y avoit
aucune expreffion qui ne ſen .
Lift l'Orateur Chrétien , & qui
ne fuſt pelée à la balance du
Septembre 1697 MB
18 MERCURE
Sanctuaire. Quand cet Abbé
ne feroit pas auffi connu qu'il
l'eft par fon nom , il le feroit
par fon merite perfonnel. La
beauté de fon efprit , & fon
application à tous fes devoirs ,
l'ont fait paroistre dans toutes
les occafions avec éclat: Quoi
que fa charge d'Aumônier du
Roy , & les Conferences regulieres
qu'il fait avec tant de
fuccés , ne lui permettent pas
de fe donner tout entier au
miniftere de la parole , il y a
tant d'élevation dans les Sermons
, que les plus confommez
auroient de la peine à aller
plus loin.
GALANT. 19
"M. P'Abbé led Tellier de
Bellefons , ancien Benedictin
de l'ordre de Cluni , Docteur
& Profeffeur en Theologie .
Chevalier du Saint Office , &
Prieur de Cafficour lez Mante
, prononça aufli le même
jour le Panegyrique de Saint
Louis , dans la Chapellendus
Chateau de Saint Germain,
en Laye , en prefence de leurs
Majeſtez Britanniques , qui
eftoient accompagnées de M
le Nonce , de M l'Ambafladeur
de Venife , & de Ml'En
voyé de modene. Ilprit pour
fon texte ces paroles du Pleau-
Bij
20 MERCURE
me 144. Gloriam regni tui dicent
, & pourſuivit de la forte.
IRENE
SIRE,
Qui ajamais mieux merité un
fi bel éloge , qu'un Roy qui a fait
régner F. C. dans tous fes Etats
que tous les Empires ' Chrétiens
doivent honorer comme le modele
des veritables Souverains , que
l'Enfer a redouté comme le plus
grand ennemi de l'impieté ; que le
Ciel l'Eglife ont reconnu pour
le protecteur des Saints ; qui aurois
plus eftimé la Couronne du MarGALANT.
21
}
tireque celle de la France , ou pour
mieux dire de tout l'Univers ;
dont la fageffe , la magnificence ,
lezele ont meritédeplus grands
éloges que n'en a reçû le fage , le
magnifique , & le Zelé Salomon?
Ouy, Sire , toutes ces grandes
qualitez , qui n'en ont fait qu'une
de la vertu du merite de Saint.
Louis le plus illuftre de vos yeux,
lui pourront faire dire à jamais
avec ces paroles de l'Ecriture ,
Prince , qui avez été infiniment
plus grand par la fainteté de vos
actions , quepar l'étendue de voire
empire , le monde , l'Etat , & la
Religion, publieront dans tous les
22 MERCURE
I
fiécles , qu'il ne fur jamais une
gloire mieux établie que celle
que vous vous êtes acquife fur le
Thrône de la France . Celle qui
est dûe à VOTRE MAJESTE'
, Sire , étant au deffus de
toutes expreffions , on ne peut que
vous admirerfans pouvoir jamais
faireun éloge quifois d'gue de vous,
fi ce n'eft en difant que votrepieté,
votre merite lemportent fur
vôtre naiſſance , que le coeur de
Votre Majesté eft plein de tous les
plus hautsfentimens que doit avoir
un parfait Chrétien , un Prince
Jans deffauts , & un Heros
tres
accompli puis que Vôtre
' GALANT. 23
Majesté ne fait rien que ce que
doit faire le petit fils d'un Roy
& d'un Saint , capable d'épuiſer
toutes les louanges desplus grands
Orateurs , & dans lequel J. C.
a toûjours regné avec tant d'em
pire , qu'il avoit répandu en luy
cette abondance de benedictions
Spirituelles , dont Dieu verfa la
plenitude dans lefein d'une Vierge,
aprés qu'un Ange luy eut dit .
Ave Maria, &c.
Aprés avoir dit dans fon
Exorde , que la gloire d'un
Prince étoit parfaitement établie
, lors que la plus fevere
Critique ne trouvoit rien à
24 MERCURE
cenfurer dásfes moeurs ni dans
fa conduite, lors qu'il donnoit
lieu à fes Sujets de joindre toute
la tendreffe qu'on doit à un
Pere,à la foûmifhion &à la fideté
qui font dûësaun Souverain;
lors que l'Eglife édifiée par fes,
vertus , fe trouvoit foûtenuë
parla protection, & que parun
grand zele pour la gloire defon
Epoux, elle le voyoit travailler
à luy acquerir de nouveauxSu .
jets , il divifa fon difcours en
trois parties , & fit voir dans la
premiere , que l'Eglife n'avoit
pûregarder S. Louis fans sté
tonner de voirun jeune Souve .
rain
GALANT:
25
rain vertueux dans les affaires
duCabinet, devot parmilesim.
pies à la guerre, Penitent dans
la vie molle & volupteufe de
la Cour; dans la feconde, que
l'Etat avoit aimé Saint Louis
avec tendreffe , puis que tous
ſes Sujets l'avoient regardé
comme leur Pere qui les avoit
fecourus par les bienfaits,gouvernez
par la Justice des loix ,
deffendus de leurs Ennemis
par fon courage ; & dans la
troifiéme , que l'Eglife honoreroit
toûjours Saint Louis
comme fon plus illuftre Protecteur
, parce qu'aprés l'a-
Septembre 1697.
C
26 MERCURE
voir deffendue contre l'erreur
& contre le relâchement , il
avoit tout facrifié juſqu'à la
vie,pour accroître l'empire de
J. C. dans les lieux où regnoit
l'impieté.
2 Le 4. du mois paffé les Recolets
deGuyenne tinrentleur
Chapitre dans leur Convent
de Perigueux avec toute la
magnificence qui pouvoit s'acommoder
avec leur eftat. Les
élections fe firent le jour précedent
avec tant de connoiffance
, & une fi parfaite uniformité,
que tous les Vocaux
fans en excepter un feul , allerent
du premier fcrutinà tous
GALANT. 27
lesSujets fur qui lefort tomba .
Le Pere Bruno Ranoüil , tresdiftingué
par ſon eſprit , par
-fa doctrine , par fa pieté , &
par fa douceur , fut élû Provincial.
Il n'eut pas feule.
ment les fuffrages de tous les
Capitulaires , il eut encore les
ivceux de toute la Ville , & de
tout le Perigord , qui donna
mille marques de joye à la
nouvelle de la promotion de
piced excellent Religieux qu'il
eftime & qu'il cherit. Le
Pere Innocent Micault , de la
Province de Paris , Commiffaire
General fur celle de
Cij
28 MERCURE
Guyenne , homme d'une prudence
& d'une experience
confommée , & qui a exercé
la même Charge avec beaucoup
d'honneur & d'aprobation
en diverfes Provinces de
Recolets du Royaume , prefi
da à l'Affemblée. Le lendemain
des élections , on ouvrit
la ceremonie par une proceffion
folemnelle que les Vo
caux firent à l'Eglife Cathedrale
de Saint Front.
d'entr'eux , revécus d'Aubes
& de Dalmatiques , portoient
le corps de fainte Faufte , Vierge
& Martire , tiré depuis peu
Huic
GALANT. 29
*
du Cimetiere de Callipode , &
donné par M' le Cardinal d'E
trées au P. Jerôme Ranoüil,
DeffiniteurGeneral del'Ordre :
de Saint François , pour les
Recolets , & ci - devant Agent
general du même Ordre pour
les Religieux de France à la
Cour de Rome. M'l'Evêque
de Perigueux , qui les attendoit
avec Ion Chapître , accompagné
de Mr l'Evêque de
Nantes l'ancien , celebra la
Meffe , pendant quoy Mrs
du Prefidial & de la maifon
de Ville , les Communautez
Religieuſes &les Compagnies
C iij
30 MERCURE
de Penitens fe rendirent auprés
de luy. La мeffe finie ,
une excellente mufique invisi
ta tous ces Corps Ecclefiafti- !
ques & Seculiers , à continuër
la Proceffion. On , leva au
_carillon de toutes les Cloches,
la Relique de la Sainte , qui
fut conduite au travers d'une
foule extraordinaires
de peu
ple de la Ville & de la campagne
, que la Fête avoit attirée,
par les principales ruës qu'on
avoit eu foin de tapiffer & de
Joncher de fleurs f& deb
verdure aux Eglifes les plus
confiderables. La Proceffion
GALANT. 31.
arriva à celle des Recolets , qui
eftoit fort propre & fort pas
rée. Elle éclatoit fur tout par
un tres grand nombre de Tableaux
exquis des meilleurs
Mres d'Italie On y prononça le
Panegyrique de Sainte Faufte,
& fur l'idée que l'Evangile
du jour & les paroles de J. C.
fournirent naturellement , on
fit voir que le triomphe de
cette courageuſe Vierge , & la
gloire qu'elle recevoiţ , étoit
la récompenfe de fes humiliations
& de les fouffrances
au même temps que l'humis
liation & le fupplice éternel
C iiij
32 MERCURE
de fon Tiran , eftoient le châ
timent de fon orgueil & de fa
cruauté. La Prédication fut
fuivie d'un repas fuperbe que
M'de Perigueux donna à tous
Jes Vocaux du Chapitre, avec
qui il dîna lui même, toûjours
accompagné de M ' de Nantes
, à la tefte de quantité de
Gentilshommes & d'Officiers
du Préfidial & de la Maiſon
de Ville. Ce Prélat incompaégalement
fameux
rable
dans laRobe par les premieres
Charges qu'il y a remplies
avec éclat , dans un de nos
plus célebres Parlements , &
GALANT.
33
dans l'Egliſe , par la dignité
augufte & facrée qu'il y poffede
, & qu'il fouftient d'un air
qui édifie & qui charme tous
fes Dioceſains, voulut donner
auxRecolets dans cette occafion
, un témoignage public
de cette bonté paternelle &
toute finguliere qu'il a pour
eux , & qui eft hereditaire à
toutes les perfonnes de fon illuftre
Maifon. Il feroit diffi
cile de la remarquer , cette
bonté finguliere , dont il ho
nore ces Peres , à la conduite
qu'il tient envers tout le mon
de. Il eft fi generalement
24 MERCURE
2
bien faifant , qu'iln'y a dans le
Diocefe, ny Communauté, ni
Corps , qui n'ait heu de penfer
qu'il a une part conſidérable
à la bien-veillance de fon
Prélat. C'eſt ainſi que le Pa .
fteur eft devenu l'amour & les
délices de fes brebis auffi
n'ont elles nulle peine à obéir
à la voix & à le fuivre par tout
où il veut les mener. Onvient
de voir tous les Beneficiers &
tous les Gentilshommes de la
Province , fe réduire à faire
fucceffivement par diverfes
Troupes , une retraite reglée
dans le Palais Epifcopal , où l'a
GALANT.
3)

liberalité du Prélat les a traitez
à fes dépens , avec toute
la propreté , & méme avec
toutela délicateffe que labienfeance
pouvoit permettre
dans une conjoncture pareille.
On verra bien-toft les
Magiftrats & la Bourgeoifie
marcher fur les pas de la Nobleffe
& du Clergé . Mais de
quoy n'eft pas capable un
Evefque qui fçait temperer
par des manieres honneftes &
engageantes , l'autorité que
fon rang luy donne ? Du moment
qu'il le fait aimer , il luy
eft aifé de faire aimer & fervir
36 MERCURE
1
Dieu ; lors qu'il est une fois
parvenu à gagner les coeurs
par fa bonté, il n'eft pas éloigné
de les pouvoir tourner au
gré de fon zele. On n'a pas
la force de luy refifter , & de
ne pas vouloir ce qu'il témoi .
gne fouhaiter. C'est par ces
charmantes manieres que M'
de Perigueux a gagné M' de
Nantes l'ancien. Ce Saint
& fçavant Prélat , moins venerable
par fon grand âge que
par fon érudition & par fes
vertus , après avoir épuisé fesforces
& les plus belles années
de fa vie dans les travaux Apo
GALANT
.
37
"
"
ftoliques , chargé de merites
& fuivi des regrets éternels du
troupeau qui l'a perdu , eft
venu paffer les derniers jours
auprés de M' de Perigueux ,
où il apuye admirablement
par les exemples & par fes
écrits ſolides , le foin paſtoral
avec quoi cet Illuftre Evefque
veille fur la Bergerie . M's de
Perigord n'auroient rien à defirer
s'ils pouvoient fixer leur
felicité , mais le même merite
qui les enchante les fait trembler.
Ils n'ofent ſe promertre
de garder long-temps un
Prélat , en qui le Ciel a réuni
38 MERCURE
C.
tant d'éminentes qualitez. Ils
craignent à toute heure quela
même main dont ils l'ont reçû
, ne le reprenne pour le pla
cer fur un theatredigne de luy,
ils feroient heureux fi leur
bonheur eftoit tranquille On
ne doit pas oublier ici l'impreffion
que l'exemple duPrélat
à fait fur les coeurs de tout
fon peuple , en faveur des Recolets
. On ne vit jamais chez
des Religieux, niun plus grand
concours pour la dévotion ,
ni une abondance de toutes
chofes pareille à celle qu'on a
remarquée chez ces Peres, du ,
GALANT.
39
pau.
rant les huit jours de leur Chapitre.
Ce n'a pas efté aumône,
charité , liberalité ; ç'a
efté excés ſurprenant , profu.
fion , prodigalité , & les
vres Evangeliques n'ont ja
mais efté plus expoſez à perdre
le fouvenir de leur condition
que dans une occafion
fiéclatante. Mis de Perignard
sont fait conoître qu'ils ne meritoient
pas moins de louanges
par leur bon coeur , que
par leur franchiſe & leur bravoure
& les Recolets qui ont
dreffé cette Relation , fe flatcent
qu'on ne trouvera pas
40 MERCURE
mauvais dans le monde qu'ils
ayent cherché la voye la plus
propre à rendre leur reconnoiflance
publique.
Feu M de Santeul , Chanoine
Regulier de S. Victor,
avoit rendu fon nom fi fameux
par fon beau genie , &
par ce feu d'efprit qu'il faifoit
paroiftre dans toutes les chofes
qu'il difoit,queje croi vous
faire plaifir en vous envoyant
les Vers que M' Moreau ,Avocat
General de la Chambre
des Compres de Dijon , à fairs
fur fa mort. Il avoit fait un
Poëme , intitulé Sanctolius
GALANT. 41
Burgundus , par lequel il reconnoiffoiten
quelque façon
la Bourgogne pour la patrie .
C'est ce qui eft marqué dans
cette premiere Epigramme .
Anteul eft mort , & par tout re-
Sanicul
gretté ,
Santeul en tous lieux fi vanté ,
A qui fut la Bourgogne & fi bonne
& Gi chere .
It s'eftoit avoué pour fon fils en effer,
Helas ! n'eft-il point mort au fein
de cette mere ,
Pour avoir trop pris de ſon lait ?
En voici une autre adreffée à
M's de S. Victor , fur le tranfport
du corps de M ' de San-
Septembre 1697.
D
42 MERCURE
teul qu'ils veulent revendi
quer.
Ous demandez Santeul avec
V° impatience.
Sans craindre aucune refiftance .
Vous pouvez l'emporter ; il nous
importe peu
Que fon corps nous demeure ou
qu'on le vienne prendre.
Il nous a laiffé tout fon feu
Et nous vous en laiffons la cendre
.
L'Epigramme qui fuit a été
faite fur ce que M'de Santeul
eftmort , dans le temps que la
Province luy faifoit un prefent
de Vin,
GALANT .
43
Ο
Uoi Santeul parmi nous expire
,
Dans le temps qu'il nous charme
& que chacun l'admire,
Faut-il par un cruel deſtin ,
Qu'il change en un moment nos
plaifirs en allarmes ,
Et que nous lui verfions des lar
mes , ...
Au lieu de lui verfer du Vin?:
EPITAPH E.
Sante
Anteul , dont le genie & fi rare
& fibeautip slabo
A toûjours fait l'honneur des Filles
de Memoire ,
Santeul, qui par fes Vers s'eft acquis
tant de gloire ,
N'eft plus qu'un peu de poudre en
centrifte tombeaullo zubyloC
Ala Cour d'un Augufte Prince,
Dij
44 MERCURE
Que fon efprit charmoit & qui l'aimatoûjours
,
Et comblé des honneurs d'une grande
Province ,
Un prompt trépas finit fes jours.
Si le dehors en lui fit voir quelque
foibleffe .
Tandis qu'il vécut icy bas ,
Le fond du coeur n'en étoit pas,
Et qui fçût le connoitre , en connut
la fageffe.
Mais ces Hymnes fi beaux & par.
tout admirez ,
Qu'à la gloire des Saints fa Plume a
confacrez ,
Les remords fi touchans d'une ame
repentante ,
Que dans fa douleur violente
Il a fait paroiftre à nos yeux ,
Doivent eftre pour nous une marg
que affurée.
Que par là fon ame épurée ;
GALANT.
43
A repris fon vol vers les Cieux.
M' de Santeul à tellement
excellé dans les Vers Latins
que quoy que je vous en envoye
rarement en cette Langue
, à moins qu'ils ne foient
en tres- petit nombre , je ne
puis m'empêcher de vous faire
part des deux Epitaphes
qui fuivent. L'une a efté faite
par M de la Monnoye ,
dont la réputation vous eft fi
connue , & l'autre par м ' мauny
de Percey , Confeiller à
Langres
.
46 MERCURE
SANTOLII EPITAPHIUM.
Fdereas , ævinundem maturus,
Sed
ad
aras,
(abit,
Calo Santolides hofpite dignus
Olli certatim properant occurrere
Divi ,
Præconique ferunt ofcula mille
fuo.
Aligeri pulfant cytharas , & carmina
quærunt ,
Vatis in adventu que meliora
canant.
Parcise , cæleftes , nova quærere
carmina, dixit
Rex Superùm , decet hic Santo
liana cani.
Audiat athereos quicondidit,audiat
Hymnos
Hec aliis numquam perfonet au
la modise ,
GALANT. 47.
ALIUD.
Antolium mater Lutetia jaƐkat
alumnum
Atque fuo vatem Sequana jure
·petit.
Divio Burgundum , fuerit quamquam
extera tellus ,
Sponte fuum , jam tunc vindicat
alma parens
.
Inter Reginas Urbes hoc jurgium ,
1
Homero
Vatem aquans , hujus tollit ad
aftra decus ,
Vi litem folvat Superum Paterçaf
pice Calam
Santoli, ait , patriam quæris , at
ifta tua eft.
Candidus infuetum fic fcandit li
men olympi ,
48 MERCURE
Sub pedibufque fimul nubila &
Aftra videt.
Sublimem fedes animam fervate
beatæ ,
Divio , habes cineres , Sequana ,
carmen habes.
Tu, pia mater, habes Hymnos , Ecclefia
, cultos ,
Queis divum laudes , fanitaque gefta
canis.
Le dernier ouvrage de M²
'de Santeul , a été Pluto moriens.
En voicy la traduction
en vers François . Elle eft de
Mr du Cafteler , Gentilhomme
de Languedoc
, tres habile
Mathematicien-
LA
GALANT. 49
LA DESTINE'E DU
petit Chien Pluton & fes der.
nieres paroles , adreffées à fon
Alteffe Sereniffime Mademoi
felle de Condé,
MA
der så
A Lettre n'a donc pu
vôtre rigueur ,
Alechir
Et je n'ay pas fçu l'Art de toucher
vôtre coeur?
Cruelle , l'amitié que vous m'aviez
jurée ,
S'eft donc entierement loin de vous
retirée ?
De votre petit Chien vous n'avez
plus de foin
Et vous m'abandonnez dans mon
plus grand befoin ;
Moy , vôtre cher , l'objet de vos
tendreffes,
Septembre 1697.
E
50 MERCURE ༨༠
A qui vos belles mains faifoient tant
de carreffes , d'huy ,
Par un faral revers je languis aujour-
Abfent de voftre Cour , pauvre ,
nud , fans appuy.
La plainte à mes pareils eft toujours
mal-feante ,
Nous fentons à la joye une invinci
ble pente ,
Et prefts à badiner en tout temps , en
tous lieux ,
Nous ne fommes jamais à perfonne
ennuyeux .
La nature nous porte à folâtrer fans
ceffe ,
Nous
fçavons
prodiguer
careffe
fur
careffe ;
Nous varions toujours les divertiffemens,
Et fi nous paroiffons pendant quelques
momens
i
GALANT. 51
Saifis d'un fier dépit , tranſportez de
colere
Ces colères ne font que feintes pour
mieux plaire ,
Et même ces tranſports qui ne du .
rent que peu ,
Se terminent toujours par un armable
jeu.
J'avois fçu m'acquerir , adorable
Princeffe
Par de fi doux moyens toute voſtre
tendreffe.
De vous baifer jamais vous ne m'a
viez veu las ,
Et de me rebaifer , vous ne vous laf
fiez
pas.
Couché fur voftre fein , je faifois
vos délices,
-
Pour vous plaire , j'uſois de tous mes
artifices.
Eij
E ij
42 MERCURE
Lors que pour mieux avoir des paf.
fe - temps fi doux ,
Vous voulez me tenir long-temps
auprés de vous ,
Ilne vous faloit pas prendre la moindre
peine ,
Vous n'aviez pas befoin du fecours
d'une chaine ,
Et voftre aimable voix eftoit le feui
attrait ,
Qui m'entrainoit vers vous par un
charme fecret .
Quelquefois je feignois d'aller prendre
la fuite ,
Mais fur voftre beau fein je revenois
bien vite ,
Et pour lors plus ferré dans vos embraffemens
,
Je fentois redoubler vos doux empreffemens,
( malices ,
Ces retours amoureux , ces petites
GALANT. 53
Me rendant plus aimable , augmen
toient vos délices
Rien n'égaloit alors voftre readre
amitié.
De ves plaifirs , fouvent je goûtois
la moitié.
Couché dans voftre lit , mangeant
à voſtre table ,
Vous vouliez que de vous je fufle
infeparable .
Que n'avez- vous toujours le même
fentiment ,
Et quel eft le motif de voſtre chan
gement ? Elegere ,
Ce n'eft pas , je l'avoue , une faute
D'avoir eu le malheur de pouvoir
vous déplaire ,
C'eft- là tout mon forfair , mais il
furpaffe auffi ,
Tous ceux que l'on a pu commettre:
jufqu'icy
E iij
54 MERCURE
J'efpere toutefois que contre cette
offenſe
Vous laifferez , Princeſſe , agir votre
clemence .
Auffi chacun ne voit qu'agremens
que douceurs ,
Sur votre beau viſage , ainſi que
dans vos moeurs,
Ces douceurs dans mon ame ont détruit
la rudeffe ,
Et la ferocité de ceux de mon efpece,
Et depuis l'heureux temps que je fuis
prés de vous ,
J'ay pris un naturel ſenſible , tendre
& doux .
C'estpar là que j'ay fçu dans le mon .
de me faire
Avec tant de fuccés l'art fingulier de
plaire ,
Condé m'aimoit , Condé de mes
maux apitié ,
GALANT: $55
5
On ne peut priſer trop une telle amitié.
( fans doute
Cedeftin en bon- heur me fait paffer
Le fort duChien qui luit dans la celefte
route.
On m'a de plus appris que Galatée en
pleurs ,
Paroift dans voftre Cour fenfible
à mes malheurs,
Elle que j'ay toujours fi tendrement
cherie ,
Ne peut qu'en gemiffant , voir tant
de barbarie.
Voftre feul coeur pour moy , n'eft
qu'un coeur de rocher ,
Et mes maux accablans ne sçauroient
vous toucher ?
Je fuis entre des chiens affamez , dont
la rage
Ne refpire que fang , qu'horreur &
que carnage.
E iiij
56 MERCURE
Je ne puis fouftenir leurs regards fu
ricux .
Contr'eux que puis- je feul dans ces
fauvages lieux ?
C'en eft fait , & je vais être leur nourriture
,
Ma tendre chair leur fert de vivante
pâture ,
Et mes membres deja déchirez par
morceaux ,
Craquettent fous les dents de ces
cruels bourreaux .
Ma
peau reftera feule aprés ce fort
funefte .
(Pluton ,
Princeffe , en expirant , je vous offre
ce refte.
Acceptez cette peau du malheureux
Elle vous fervira d'un commode
manchon,
Par lui contre le froid vos mains en
affùrance
GALANT 57
Braveront de l'Hiver toute la violence
, [ treront
Et dans cette d'épouille elles rencon-
Les feux de mon amour qui fans
Puis
ce le vivront.
que vous toucherez fouvent un
ficher
gage ,
Le fort me rend heureux , loin de me
faire
outrage.
Cet objet rappellant voftre premier
amour ,
Vous forcera fans doute à dire
quelque jour ,
Mon cher Pluton , qui m'as fi fouvent
divertie ,
Toy que j'ay tant aimé , toy qui
m'as tant cherie ,
Tu n'és pas tout- à - fait feparé d'avec
moy ,
Et je porte en mes bras ce qui reste
de toy
.
18 MERCURE
De grace , faites donc qu'un tel prefent
, Princeffe ,
Dans voftre fouvenir , me conferve
fans ceffe.
Ainfi parla Pluton au moment de
fa mort;
Il eftoit digne helas ! d'un moins
tragique fort.
Voici une troifiéme Lettre
fur le jeu du Solitaire. Elle
vous fera connoiftre qu'on le
peut joüer en beaucoup d'autres
manieres que celles qui
font employées dans les deux
premieres.
A
GALANT: 59
A MONSIEUR
***
CE
Eux qui difent , Monfeur
, , que le Solitaire
ennuye quand on le ſcait , ne
connoiffent pas bien la nature
& l'étenduë de ce Jeu . 11
pourroit enfin déplaire , & it
y auroit dequoy en eftre dégoûté,
s'il n'y avoit qu'une
maniere de le faire , & que ce
fuſt toujours la même choſe
comme le Sifyphe de la Fable,
qui roule toûjours fon rocher,
de la même forte. Sifyphus eft il
licfaxum volvenfque petenfque Ovid.
Mais il ya plufieurs grands
60 MERCURE
Jeux & plufieurs petits Jeux ,
& tous differens les uns des
autres. Ainfi , puis que la di
verfité plaift , elle fe trouve
beaucoup dans tant de jeux
du Solitaire , dont le nombre
augmente tous les jours. On
vous a donné une maniere
fimple & commune du grand
Jeu. Il y en a quantité d'autres
de même nature ; & par
deffus cela , il y en a quantité
d'autres par des figures . On
fait le grand Jeu par la Potence;
On le fait par le Marteau . On
le fait par le Quarré.. On le
fait par le Corfaire. Outre les
GALANT: 61
petits Jeux que vous avez auffi
veus fcavoir l'Allée de la
Princeffe : la perspective
: le
Jet d'Eau le Quarré , & le
Triangle ou la Patte d'Oye , il
y a les Colomnes d'Hercule. De
plus , il y a de petits Jeux d'une
autre forte , ou les Solitaires
ne fe trouvent point. Le
Triolet , la Pyramide
, les quatre
Triangles , le Cheval de Bronze ,
le coeur & les deux Triangles paralleles.
Tant de fortes de leux
ne font pas capables d'ennuyer
celuy qui les fçait tous,
comme il arrive à celuy qui
n'en fçait qu'un. Celuy.cy
62 MERCURE
eft obligé de recommencer ,
& de repaffer toûjours le méme
Jeu , ce qui eft desagréa
ble , & l'autre a inceffamment
matiere de fe divertir , dans le
changement. Puis que vous
voulezabfolument qu'on vous
épargne la peine de trouver de
vous -même tous ces Ieux -là ,
voicy des tables où vous pourez
les apprendre feurement ,
étant exactes.
Le grand feu par la Potence.
Le 12 trou doit être vuide,
Prenez 6 avec
s. avec
6. avec 12
GALANT. 63
La potence paroift dans les
quatre trous qui font vuides .
8
7. avec
6. avec
13. avec
7. avec
20
3
21. avec 22
13. avec
14. avec
20
15.
13. avec 7
II. avec
18
S..avec
17. avec
16 .
18
11. avec
10. avec
1 x
II. avec
28.avec
34
64 MERCURE
26. avec
27
13. avec
12
21. avec 14
28. avec 29.
24. avec
30
18. avec
19. avec
26
25
12
II. avec
17.
avec
10
24. avec
23.
32. avec
25. avec 36
26
. 31. avec 35
25.
avec
24
27. avec
26.1
33. avec
37
27: avec
28
CALANT. 65
Par le Marteau.
Le 26 trou doit eſtre vuide.
Prenez 27. avec
26. avec
19: avec
27. avec
28
25
12'
26
Ces cinq trous où il n'y a
point de chevilles , font la fi
gure d'un marteau .
6. avec
7. avec
2
&
6. avec
6. avec
6. avec
13. avec
11. avec
S.
avec
Septembre 1697 F
12
2
20
188
66 MER CURE
7. avec
17. avec
21. avec
13. avec
II. avec .
14. avec
3
16
22
20
18
10. avec 75
13. avec
9
II. avec
S
28.avec
29
32. avec
36
27. avec
26
28. avec
20. avec
34
21
19. avec 12
33. avec
37
26. avec
27
GALANT 67
25.
avec
31. avec
25. avec
24.
avec
25.
avec
31. avec
24
35.
$ 26
+
23
18
30
Par le Quarré.
Le premier trou doit eftre
vuide. Prenez
2 avec
6. avec
7. avec
3
12
13
plus
Le quarré paroiſt dans ces
quatre trous , où il n'y a
de Chevilles.
Savec
6. avec
1
Fij
68 MERCURE
14. avec
13. avec
15
7. avec
II. avec
S. avec
21. avec
14. avec
20
3
io:
1
28.
8
21. avec
22
19. avec 20
27. avec 16.
13, avec 22..
28. avec 34.
21. avec
28. avec
II. avec
10. avec
11. avec
14.
29:
18
9
' GALANT. 69
32. avec
36
27. avec
26
33. avec
37
18. avec 25
17. avec
16
18. avec
11:
27. avec
28
25. avec
31
24. avec
236
25. avec
18
31. avec
35:
25. avec
26 .
24. avec
30
Par le Corfaire.. !
Le troifiéme trou doit être.
vuide. prenez 7.avec. 13
70 MERCURE
༡༠
14. avec
21. avec
14. avec
· IS
28
18:
22. avec
291
13. avec
14. avec
13. avec
12!
15!
20
7. avec
3
II. avec ΤΟ
17. avec 24
25. avec
26 :
32. avec
36
J. avec
I
18. avec.
IO, avec
II, avec
10. avec
12
4
11
2
GALANT. 71
17. avec
18. avec
24. avec
25. avec
16
25
23
24.
avec
31. avec
33. avec
-26
30
35:
34
Des onze chevilles qui reftent
, celle qui eft au deuxiéme
trou , en prend neuf. On
la nomme le Corfaire , & ce
Corfaire eft enfin pris par la
cheville qui eft au trente-feptiéme
trou .
Les Colomnes d'Hercule..
Sont des petits Jeux.
Elles fe font avec le Jeu du
DANAO
72 MERCURE
Jet d'eau , jufqu'à ce qu'il ne
refte
usa
cinq chevilles
hors du Cercle des Solitaires.
Alors prenez 32. aveces 33
DAVO ( 68 $14927 26. avec
25 avec
Le Point fixe.
3178 311
Se peut diftinguer du Jet
d'eau , en le faifant fans remuer
la dix -neuviéme chevil
le. Quand il n'y a plus que
cinq coups à faire , prenez
32. avec
31 avec
25. avec
26. avec
31. avec
33
35
18
27
255
10. avec
GALANT.
73
Voici d'autres petits Jeux
qui fe font dans l'abfence des
Solitaires du Cercle.
Les quatre Triangles.
Le 19. trou doit être vuide.
Prenez 26 , avec
27. avec
26. avec
3.2
28
19
32. avec
36
33. avec
34
26. avec 25
18. avec II
25. avec 31
12. avec
13
20, avec
21. avec
14. avec
27
22
*
Septembre 1697.
G
74 MERCURE
7. avec
13. avec
7. avec
6. avec
5.
avec
1o. avec
11. avec
4o. avec
18. avec
24.
avec
17. avec
28. avec
6
20
8
2
17
12
47 39
17
30
16
19
Le Triolet.
Le 19. trou doit eſtre vui.
de . Prenez 12 avec
H. avec
6
10
A2. avec 19
GALANT.
75
6. avec un s
A
5. avec T
4
18. avec
-17 . avec
24. avec
20. avec
530pzzyWaveċyma
Tabupaj .
18. avec moyob eno
20. avec.julius broup mar
13. avecobimaryI al 7
10 HOD BOLAर 19
17
31
1.19
900 1 16
21. avec
14. avec
26. avec
27. avec
26. avec
CSVOJE SA 22
07
"
32
10 / $ 28
19
0910.136
32. avec
33. avec
34
Gij
76 MERCURE
Il refte quatre coups ailez
pour faire le Triolet en prenant
chaque cheville qui fait
une espece de Triangle. Mais
avant que de prendre , il pa
roift une belle figure , fçavoir
, quatre Triangles avec
a quarré au milieu .
La Pyramide.
Le26 trou doit être vuide,
Prenez 32 avec
ཱ་ •
121. avec
32. avec
33. avec
32. avec
42.7.avec
33. avec
36

༢༠
38
34
19 20
37
GALANT 77
2ƒ. avecita
eusao st
31. avec

21. avec
26. avec
27 , avec
28, avec un
1518
JIA ZO
7
27. avec
33
20, avec
14. avec
17. avecav
Sub da 16
25. avec
24.avec
23
zj. avec
31
18.avec
io. avec
saavec
avec 11.
Gj
78 MERCURE
6. avec
12. avec
7. avec
307020
13€
C576
Le Cheval de Bronzev ds
Le 2. trou doit eitre vuide.
Prenez 6 , avec
7. avec
DOV 120
99.6
6. avec
f. avec
'
5778
4
11. avec
s avec
03
13. avec
7. avec
205
36
21. avec
28. avec
27. avec
28. avec
21 avec
307634!
097267
14
GALANT . 79
27. avec Divs a
33% avec
15. avec
L IZ
14 avec
J
17. avec
3 16
1. avec
Jo. avec
II. avec
S
1
18. avec 29
24. avec 9.5 39
1. avec
35
5. avec
5326
24. avec
29. avec
12. avec
23
·36
226
12. avec
19. avec 20
Giiij
80 MERCURE
18. avec 086617
Les deux Triangles paralleles.
Le deuxième trou doit être
vuide . Prenez 6. avecpsa 12
7. avec
6.
avec
5. avec
II. avec
S. avec
17. avec
II. avec
10, avec
II. avec
5876
I
24. avec
Kate 305
18. avec
31. avec
25. avec
25
35
26
GALANT. 81
17. avec
321
avecon 2
OSVIS
33. avec5,491
26. avec
19. avec
25. avec
24. avec
13. avec
7. avec
IL avec
12: avec
14. avec
་ ?
27
12
21
20
10
13
15
21. avec
28. avec
27. avec
33. avec
1
22
3900 29
20
37
82
MERCURE
Le Coeur.
Le douziéme trou doit être
Puide. Prenez 6, avecɔovana
J. avec
6.
6, avec
7 avec
6. avec
11. avec
avec
-
3376 •
12
8
13, avec
2
s.18
3 .
COVA 20
7. avec
2976.03
17. avec
072.16
11 avec
097.18
10. avec
IL: avec
21. avec
13, avec
0976.39%
5976 が
2.75 22
20
GALANT.
83.
14 avec
15%
13Javecy ožiny Da çmurdo and
12. aveclinaidines
18. avec
20. avec vo
24. avec mado ca
25 - avecoto
24. ávéc
28. avec
32. avec
27. avec
28. avec
31. avec
25
27
323
26
301
29,
360
34
35
33. avec 37
Tant de manieres de faire
le Solitaire en grand & en
petit , n'en contiennent pas à
84 MERCURE

beaucoup prés tous les Jeux.
Le champ eft vafte par l'infinité
des combinaiſons qui
ſe peuvent rencontrer dans
trente-fix chevilles ; mais il
faut laiffer ce champ à parcourirà
ceux qui veulent bien
y donner leur temps & leur
attention, qui font ingenieux
à chercher, & heureux à fai
re des découvertes ; enfin
qui font auffi contens d'y
avoir réuffi , que s'ils avoient
trouvé la démonftration d'un
Problême de Geometrie. Je
fuis , &c.
GALANT. 8
Let du mois paffé , Meffire
Charles Marie de Montmorency
, Marquis de Neu.
yy- Paillou en Berry , épou
fa
Mademoiſelle Angelique
Marguerite de Batefort de
l'Aubepin. M de Montmo
rency eft de la Branche de
Foffeufe. Mademoiſelle de
l'Aubepin eft¡ fille de Meffire
Charles Achilles de Batefort
l'AubepinChevalier , Comte
de l'Aubepin & d'Arintoz ,
Baron & Seigneur de Dramelay
& de Fetigny , Bornay &
autres lieux , qui en 1636.
eftant àgé de ſeize ans , fur
de
86 MERCURE
pourvû d'une Compagnie de
Cavalerie de cent Cuirafiers
Bourguignons dans l'Armée
d'Espagne aux Pays - bas . Dans
la fuire il a efté Colonel de
Cavalerie fur le pied de hauts
Allemands , & Brigadier dans
la mefme Cavalerie , Chevalier
de l'Ordre Royal d'Alcantara
, & aprés vingt-trois
Campagnes & la Paix des Pyrenées
, pourvû par le Roy
Catholique des Charges de
fon Chevalier d'honneur dans
le Parlement, de Grand Maî
tre des Eaux & Forefts de la
Franche-Comté & des BaronGALANT.
87
nies de l'Aubepin , d'Arintoz
& de Dramelay erigées
en Comté. Sa Majefté l'a confervé
dans l'une & dans l'au.
tre de ces Charges aprés , les
deuxConquestes de laProvince
en 1668. & 1674. La Mere
de Mademoiſelle de l'Auber
pin , eft Dame Charlotte de
Hauffonville de Vaubecour,
fille aînée du premier lit de
Meffire Nicolas de Hauffonville
de Vaubecour , Comte
de Vaubecour , Baron Dornes
& de Choiſeul , Lieutenant
General dans les AEmées
du Roy , & aux Gou
A

88 MERCURE
vernemens des Villes Pays &
Evêchez de Metz & de Ver
dun , Gouverneur de Chaalons
, auparavant de Landrecy,
enfuite de Perpignan &
des Comtez de Rouffillon &
de Cerdaignes ; & de Dame
Charlotte de Vergeur fa premiere
femme , fille de Meffire
Charles de Vergeur Com
te de Saint Souplet , Bailly de
Vermandois , & de Dame
Jeanne de Fleurigny . C'est
par ces mefmes parentez &
alliances que Madame de
l'Aubepin a l'honneur d'e-
Are parente de Meſſieurs de
ChoiGALANT.
89
Choifeul , de Joyeuse & de,
Booffers Maréchaux de Fran
ce. M' le Comte de l'Aubepin
eft fils de Meffire Claude
Gabriel de Batefort Baron
de Dramelay , & d'Arintoz ,
Seigneur de Ferigny Bor
nay , Montcroifint , Marlon
nay & autres lieux , Chevaljer
& Commandeur de l'Ordre
Royal de Saint Jacques ,
Menin ou Enfant d'honneur
du Roy Philippes IV. enfuite
fon Confeiller au Confeil de
Guerre aux Pays - bas, Meftre
de Camp d'Infanterie Valon
fon Premier Maître d'He ne,
-b - Septembre 1697-
C
H
go MERCURE
tel, & en cette qualité fer
vaht auprés de Archiduc
Leopold , & du Prince Dom
Jean d'Autriche , & enfis Chèq¨
valier d'honneur au Parle
ment , & Grand Maiftre des
Eaux & Forefts de Franche
Comté , & de Dame Ans
ne Catherine de Hadlay ,
fa premiere femme. C'eft
par cette alliance que M'sle
Comte de l'Aubepin eftConf
fin Germain de Meffire Achil
les de Harlay Comte de Beaumont
, Premier Preſident au
Parlement de Paris , & deM'de
Harlay Comte de Cely , AmGALANT.
9
baffadeur & Premier Plenipotentiaire
du Roy pour la Paix,
de M' le Maréchal de Villeroy ,
& de Mirla Comteffe d'Armagnac.
Cette Catherine de:
Harlay eftoit fille de Meffire !
Cryſtophe de Harlay, Comte:
de Beaumont , Gouverneur de
l'Orleannois , Ambaſſadeur¹
en Angleterre , & decedé peur
aprés avoir receu de Brevett
de Chevalier de l'Ordre dat
S.Efprit , & de Dame Anne det
Rabor, Baronne d'Iflins , fille
de Mr. Ennemond de Rabot, i
Premier Prefident au Parlésé
ment de Grenoble, & de Da
Hij
92 MERCURE
"
me Anne de Belliévre , fillet
du Premier Prefident de Bel
liévre , & Niéce du Chance
lier dece même nom . L'Aycuft
paternel de M' le Comte de
l'Aubepin a efté Meffire Leonel
de Batefort, Baron & Seigneur
de Dramelay & d'A
rintoz & autres lieux, Cheva
valier d'Honneur au parle.
ment de la Franche-Comté.
Il avoit épousé en premieres
nopces Dame Loüife de la
Chambre, Baronne de Châ
teauneuf en Savoye, & petiten
Fille de Dame Anne de Bologne,
foeur de Jean Comte de
29
GALANT.
93
Bologne , ayeul Maternel de
Catherine de Médicis Reine
de France, de laquelle par conſequent
Louiſe de la Chambre
avoit l'honneur d'eſtre
Coufine iffuë de Germaine.
En fecondes nopces il époufa
Dame Barbe de l'Aubepin
, he.
ritiere Baronne de l'Aubepin
,
& des Fetigny , Dame de Bornay
& Noiron , la Vaivre &
Saint Germain du Bois , dont
eft forti entres autres Enfans
Claude Gabriel de Batefort ,
quia efté fubftitué au nom
& Armes de la Maifon de
F'Aubepin. Leonel de Bate
94 MERCURE
fort eftoit petie fils d'un au
tre Leonel de Batefort Baron
d'Arinioz Ambaffadeur de
l'Empereur Charles - Quint en
Suiffe & en Allemagne , ou
l'a efté auffiJean Mouchet de
Batefort Baron de Drame -i
lay , Secrétaire d'Eftar de Sal
Majefté Imperiale. Les Ar
moiries de Barefort font de
gueules à l'épée d'argent posée em
pal la pointe vers le baut un chef;
d'azur chargée de deuxrofes d'or
Barbe de l'Aubeſpin, dont je
viens de vous parler , eftoip
fille de M. Glaude Baron de
L'Aubicpin & de Marcy, dek
GALANT
95
nier mâle de la Branche aff
née de la Maifon , & de l'heritiere
de Fetigny . Quant ala
Maiſon de l'Aubepin , elle eft
defcendue de Geoffroy qui
floriffoit dans l'onziéme fiécle
, & les anciennes Armes
de cette Maifon éftoient des
Quintes feuilles ,fleurs d'Aubepine
qu'on voit encore en
divers endroits du Château
de PAubépinqui farent !
changées dans les dernieres
Croisades en une Croix en
fautoir d'or accompagnée del
quatre billettes de melme ch
champ d'azur Deux aires
96 MERCURE
branches fe font êtablies , Hu
ne en Foreft, où elle a poffedé
la Terre & Seigneurie de Chi
fy, & a fini avant la fin du
dernier fiecle , & l'autre au
Pays Chartrain , de laquelle
eftoit Gilles Seigneur de la
Motte en Bourgogne & d'E
ronville Gouverneur & Bailli
de Chartres en 1430. qui épou
fa Marie de Fetigny, four de,
Jean de Fetigny, Evêque de
Chartres, & niece de Pierre
Cardinal de Fetigny , duquel
font defcendus par des ancef.:
tres illuftres & de grandes alliances
, Mlemarquis de Châ
teau
GALANT 97
teauneuf. Madame la Ducheffe
de S. Simon, & Madame
la Marquife de Chanvalon.
ab
Vous avez déja veu plus
fieurs Lettres de M Cipiere ,
dont vous m'avez témoigné
eftre contente . En voicy une
nouvelle qui merite voftre
curiofité.
A MONSIEUR B **
Sur le Livre des Superſtitions
de M Thiers. A groun
Eviens de live , Monfieur
le Traité de M Thiers fur
les Superftitions , Traitéfort ne - \
"Septembre 1697.0
98 MERCURÐ
coffeeve a certaines bens que par
une piété indiferete , attribuent
aux Sucremens , aux Prieres ,
aux Vafes Sacre de l'Eglife !
des Vertus que Dieu n'y a point
attachées , ou des effets pour left
quels l'Eglife n'a point èn "inten→
tion de prier dansfes Oraiſon's ou
Yes Benedictions . Cet éé
l'Auteur de ce Livre a fore
bien démontres mais comme ils'eft
fur tout attaché dans fon premier
volume à combatre les Sortileges
& lés operations de la Magie
qu'on fait par le moyen des chofes
fainter, c'est auffi là deffus que les
dan's
of
que
veux vous écrire en vous ren .
GALANT 99
voyant voftre Livre , que j'ay
pris beaucoup de plaifir à live
peno
de
com
Sor
dant trois ou quatre jours.
L'Auteur nous enfeigne là co
ment on fait toutes
tileges pour tous les deffeins que
I on peut avoir . Il en combat l'u.
fage par les Cenfures des Univerfirez
, par les Excommunications
de l'Eglife , par la condam .
nation des Conciles , par les fentimens
des Peres & des Evêques,
& par les Ordonnances des Rituels
des Synodes Provinciaux.
Mais que l'Auteur , dont j'honore
particulierement la perfonne , la
pieté le zele , le fçavoir , meper
I ij
100 MERCURE
mette de dire , que pour avoir
voulu trop abreger fon Livre , il
a fait un Ouvrage qui peut faire
tomber en tentation les gens foibles
, c'est à dire , leur faire commettre
des fuperftitions en voulant
les leur faire éviter , carn'eft.
il pas vrai , Monfieur , que l'ef
prit de l'homme trop curieux pour
ce qu'il devroit ignorer , ne fe
met pasfort en peine des deffences
de l'Eglife , pourvû que ces
Sortileges reüffiffent fuivant fon
deffein ? Aprés avoir apris àfai
re une chofe , il ne regarde plus fi
elle eft licite , mais fi elle eft poffi
ble Sillaconnoitpoffible, cesse com
GALANT. 101
noiffance irrite fa curiofité , & il
oublic facilement l'a deffenfe du
Superieur s'ilpeur fefatisfaire,
cacherfon action à ce même Saperieur.
Bien plus , il cherchera des
raifons pourfaire trouver licite une
chose qui eft poffible , & qui a déja
tant d'apparence de fainteté.
Pour éviter ces inconveniens
tres dangereux pour les foibles , it
faloit combatre plutost par raifons
que par menaces ces prati.
ques fuperftitieuses , qui tiennent
de la Magie , & faire voir an
Lecteur la vaine credulité de ceux
qui ajoûtent foy àtout ce que nous
promettent de pretendus Sorciers
I iij
102 MERCUR E
de faux Magiciens ; faire
voir que que ss'ils reüffiffent à donner
certains maux, ou à en guerir d'au
tres , c'eſt par des fecrets naturels
qu'ils couvrent des Prieres , des
Benedictions de l'Eglife , & bien
fouvent de certains difcours enflez
& metaphoriques par lef
quels ilsfont de fortes impreffions.
fur l'imagination des credules
des timides : car tout le monde
feait ce que peut une imagination
bleffée , & de fortes impreffions.
dans le cerveau. Si cefont desfe
crets naturels dont fefervent les
Sorciers pour guerir certains
maux ; on peutfans doute en ufer
GALANT
+ 193
to
licitement , enfeparant dela sous
ce qu'ily a de fuperftition de
profane qui puiffe profaner les
chofesfaimes. Si ces fecrets natų.
rels fervent à faire du mal , ils
font illez deffendue par la Londe
Dieu &par les peines Ecclefia-
Aiques, Sices Sorciers n'agiffent
qu'en blessant l'imagination des
gens par leurs grandes promiſes ,
il est affez facile de les en defabu.
fer , er ainfi faire tomber tous les
Sortileges les déruire plus
efficacement que par la crainte des
-foudres de l'Eglife. Il faut encore
•faire voir que les Magiciens
les Demons ne fervent pas auffs
104 MERCUR
£
facilement que l'on dit que bien
Jouvent ces hommes abominables
fe donnent au matin Eſprit, fans
autre profit que lapeine eternelle ;
qu'ily a de la vanité à s'amuſer
aux vifions quine fontqu'ombres
vents, &que les devinations,
les fonges & leurs interpretations
ne font qu'erreur fuivant l'Es
clefiaftique Chap. 34. qu'ily ades
Prophetes qui nous trompent, &
qui nous difent les vifions de leur
coeur, & non selles du Seigneur ;
qu'ils font des miracles feulement
apparens , ainfi que nous en aver
sis le Prophere Jeremie Chapi

fre 23.
GALANT. 105
Oui , Monfieur , les Demons
font foibles , ignorans bornez
tout comme les hommes , ainfi
il; ne peuventfaire tout ce que
les Magiciens fe vantent d'operer
par leur art. Les Devins, les
Magiciens & les Enchanteurs
du Roy Nabucodonozor purentils
deviner le fonge que ce Prince
avoit oublié? Ceux de Baltazar
purent- ils lireles caracteres qu'u
ne main détachée de fon corps
écrivitfur la muraille defa chambre
? Ceux de Pharaon pûrentils
changer la pouffiere en cirons ,
comme fir Moyfe ? La Magi
cienne que Saul confulia à En106
MERCURE
dor , pût elle faire paroître à ce
Prince le phantome de Samuel
qu'il defiroit confulter : Non
Monfieur , car avant qu'elle fift
rien , ce Prophete apparut au
Roy , la Magicienne fur bie
Surprise de le voir , connoiffanc
elle même que Dieu avoit prevenu
fes artifices ; car comment
maginer que le Demon pour obcir
la voix d'une femme , aille si .
rer on puiffe tirer une ame dès
Lymbes ou de tout autre endroit
où elle est après la mors ? Outre
qu'un Efpris n'a point de pouvoir
Jur un autre Esprit , les Demons
en ont encore moins fur les ams
GALANT. 107
bien heureuſes ou confolées , comme
on dit. Il y a bien de l'appa
rence que tous ces pretendus Ma.
giciens eftoient de ces joueurs de
gobelets , qui preparoient leurs af
faires d'une maniere à ſurprendre
= les ignorans , qui fefervoient
s'éta
de toute leur adreffe pour gagner
Leftime de leur Prince ,
blir dans l'efprit du peuple, Ainfi
je fuis fort porté à croire que les
Magiciens de Pharaon qui imi
toient quelques miracles de Moy
fe , ne le faifoient que par artifices
en fuppofant un ferpent & efcas
mottant leur verge , en jettant
quelques drogues dans le Nil poun
108 MERCURE
"
1
I₁
en rougir les eaux , en ramaſſant
des grenouilles pour les femer dans
le Palais duRoy & dans la ville .
car il eft conftant que les Demons
ne peuvent créer aucun corps , ny
produire rien qui ait vie , ny faire
aucune generation , ny difpofer
tellement la matiere qu'elle prenne
vie. Qu'iltransporte des animaux
d'un endroit à l'autre , foit . Qu'il
falle paroître par illuſion des chor
fes qui ne font pas , foit encore .
Mais que les cas enfont rares , &
qu'il feroit difficile d'en apporter
sent exemples depuis le commencement
du monde jufqu'à preſent
lefquel's fuffent bien averez, bien
GALANT. 109
certifiez, & qu'on nepustpas expliquer
par des raisons naturelles !
Mais une autrefois je vous écriray
plus au longfur cette matiere,
fi vous le defirez. Je fuis , Mon
fieur , Vôtre, c.
L'Epiftre qui fuit eft de M
de Vin , dont je vous ay déja
envoyé divers Ouvrages.
A MADEMOISELLE T**
A STOT
Sur fon Voyage du Chaudret,
U vieux Medecin de
Chaudret
Dc
Vous confultez en vain l'étonnany
te doctrine :
no MERCURE
Pour guerit votre teint il n'a point
de fecret ,
fe
Ne vous y trompez pas , Corinne.
Ses remedes for yous le verront im
puiflans!
Pour guerir votre mal il faudroit
en connoistre sand
La caufe radicale , & c'est ce qui ,
peut- eſtre , ZM
Echaperoit toujours aux yeux
VE RUOY
plus perçans .
les
Selon ce qu'on vient de me dite,
Comme vous l'ignorez , je veux
vous en inftruire ,
Et
Faire ce
voſtre loucy
voicy .
le cours,
écoutez
,
Un Dieu, Coirnne , un Dieu , je l'ay
ſceu de luy-même ,
Un Dieu , dis-je , jaloux de fon pouvoir
ſuptéme , et
GALANTIL
J'entens l'Amour
cher Fils
de Venus le
Filsfultans
Choqué des infultans mépris
Que dans vos premiers ans vous
2752 faiez de les armes,
De voltre coeur enfin fourd aux
tendres alarmes
fur vos lis . fempulit fe
van
Vous n'excitiez pour lors 25
Y
pirs & que larmes
s que
fou
DOV
Et mille Amans brûloient pour
Vous
Mais qui l'auroit penſe? Trop fiere
de vos charmes , it
StiaCiv
Vous les laiffiez languir a vos.ge
noux .
121107
Ce Dicu done irrité de cette humeur
cruelle ,
Quoy dit-ih , fon orgueil repoufle
mes traits?
Quoy, je verray cette Rebelle
112 MERCURE
Seule icy de fon coeur me refuſes
l'accés
Moy par qui Jupiter ſoupire ,
Moy craint , moy refpecté par le va
fte Univers
Moy qui jufqu'au fond des Enfers
Ay Vu melme vũ Pluton foumis à mon
Empire,
Et fe faire honneur de mes ferst.
Non , non , il y va de ma gloire,
Je ne fouffriray point qu'on m'ole
refifte ,
13
Ny qu'à mes yeux on aïlle fe vanter
De m'avoir un moment difputé la
victoire ,
COV SD
Deftiné que je fuis à toujours l'em,
porter ,
Il faut de cet affront effacer la me
moire ,
Et l'on sçaura peut-eftre un jour
Que l'on n'offenfe
P'Amour,
pás impunément
YOD
De
* 113 GALANT.
De toutes fes froideurs puniffons
l'inhumaine.
Otons-luy la beauté dont jela vois fi
vaine ,
Et puis qu'à ma confufion ,
Qel que foit contre luy le trait
que je décoche ,
Je ne puis fur fon coeur de roche
Faire la moindre impreffion ,
Attaquons-la , s'il eft poffible ,
Par un autre cofté qui luy foit plus
fenfible. Bad
Alors vous voyant au mitoir
Applaudir à vos yeux , & vous plaire
à vous voir ,
Il couvrit tout voftre vifage
De ces triftes rougeurs , qui d'une autre
moins lage
Auroient caufé de defefpoir.
Mais en Fille fpirituelle
Si fon dépit, ou plutoft fa fureur,
Septembre 1697,
K
114 MERCURE
De voftre teint charmant a puni la
blancheur ,
Confolez - vous d'eftre moins
belle.
Quand on a de l'efprit , c'eft'un foible
malheur.
Il nous donne un plaifir & folide &
durable ,
Mais pour un temps
<
fi court la beauté
rend aimable ,
Qu'elle paffe comme une fleur ,
Que dans moins d'une matinée
L'Attre brillant du jour voit naiflante
& fanée .
Ainfi la perdie fans douleur
Eft l'effet d'une ame bien faite ,
Qui , bien loin de s'en faire un fuprême
bonheur ,
De fa droite raiſon doit eftre fatisfaite,
Pour peu, Corinne , cependant
GALANT K
Que vous en regrettiez la perte,
Vous pourrez , puis qu'en fin fa caufe
eft découverte ,
La reparer eu un moment .
De revoir tous vos lis vous ceftes la
maiftrefle
Il ne faut pour cela qu'un peu moins
de rigueur .
Aimez donc au plus vifte , & par
voltre tendreffei
Appaiſez de vos maux l'impetueux
Auteur ,
Tout irrité qu'il eft , il n'eft pas implacable,
Je le fçay par moy- meſme ; ain
dépéchez-vous
De calmer le juſte couroux
De ce Dieu que vos voeux trouveront
exorable ,
Et l'encens à la main courant à le
Autels ,
Kij
716 MERCURE
Honorez-en des Immortels
Le plus vindicatif & le plus redoutable.
Le Roy par fon Edit du
mois de Mars 1693. ayant dés ;
uni les Maladeries
& Hôpitaux
des Ordres de nôtre.Dame
de Montcarmel & de Saint
Lazare , pour en reünir les
revenus aux Hôpitaux , où
'Hofpitalité étoit actuellement
gardée , le tout appliqué
à la nourriture & fubfiftance
des pauvres , ſuivanc
l'avis des Archevêques &Evêques
, & des Intendans des
Provinces , M'I'Evêque d'AuGALANT.
117
zerre fit réunir par Lettres
Patentes de Sa Majesté du
mois d'Avril dernier , à l'Hô
pital de la Ville de Clamecy ,
les Maladeries dites de Clamecy
de Cotervol l'orgueilleux
, & de Druye , &
pour parvenir à un rétabliſſement
parfait de cet Hôpital
ce zelé Prélat , à fon retour
des Etats de Bourgogne , fe
rendit à Clamecy le 31 du mois
paflé. Il eftoit attendu à la
porte de la Ville par les Officiers
en corps de l'Hoftel de
Ville , où M' Frachor , Procureur
du Roy & du même
118 MERCURE
"
Hotel de Ville , le harangua
en ces termes.
ONSEIGNEUR
Une des Villes de vôtre Dios:
la
cefe la plus foûmife à vos ordres ,
vient porter par ma bouche aux
pieds de Votre Grandeur les tres
bumbles proteftations de fon ref
pect & de fon obeisance , vous
témoigner en même temps, que
joye que vostre arrivée y caufe eft
publique , puifqu'aprés vous avoir
fi long temps defire , fi long temps
attendu , il n'y a perfonne qui ne
fe promette que l'Hôpital de cere
GALANT. 119
Ville , pour lequel vous avez bien
voulu prendre la peine de venir ,
fondé avant l'onziéme ficcle , denué
de tout depuis fi long temps,
fera parfaitement rétably pour le
fecours des pauvres qui languif.
foient auparavant ,& qui auront
a prefent un lieu de refuge affeure,
C'eft , Monfeigneur , ce qui eft
dautant plus conforme aux volontez
du Souverain que méme
par la Loy de Moyfe , il ne devoit
y avoir nypauvres , ny mandiansparmy
lepeuple de Dieu ,
que lefoin qu'il vouloit qu'onprift
des pauvres honteux , des veuves
des orphelins, fe trouve mar120
MERCURE
quépar tout . A ce rétabliſſement
Monfeigneur , toutes chofes ont
concouru , mais particulierement.
la pieté de nos Ecclefiaftiques , les
Joins de nos Dames vraiment devotes
; les liberalitez que nos babitansy
ont déja faites , &la difpofition
où ils font d'y enfaire encore
de nouvelles ; les volontez du
Roy expliquées parfes Edits &
fes Declarations
, par lesquelles
voulant pourvoir aux perfonnes
qui fe trouvent dans la neceffité,
il a par un acte auffi digne de fa
juftice que de fa charité dont il
remplit parfaitement les devoirs,
employé à leur foulagement , les
biens
GALANT.
biens qui leur eftoient originairement
deftinez fuivant l'esprit &
l'intention des Fondateurs mais
plus que tout cela , Monfeigneur,
le zele avec lequel il a pluà Vôtre
Grandeur , de s'employer ày
fairefaire par Sa Majesté lapplication
du revenu de plufieurs
Maladeries voisines de confequence
, ce qui paroiffoit d'autant plus
difficile , que la plus confiderable
eftoit déja deftinée au profit d'un
autre Diocefe. Vous irez donc
Monfeigneur , dans ce lieu commefon
bienfaicteur & fon repa-,
rateur. Vous irez comme un tresdigne
fucceffeur de ceux à qui
Septembre 1697.
L
le
122 MERCURE
Sauveur dit autrefois , qu'ils
eftoient la lumiere du monde.Vous
irez par confequent comme un Soleil
pour l'éclairer par voſtre prefence
, pour le benir par lepouvoir
que vous avez , pour l'embaumer
par vos vertus éminentes , poury
prevenir & diffiper les abus & les
defordres qui pourroients'ygliffer ,
pour y procurer l'abondance ; enfin
pour le pourvoir de toutes les
chofes utiles & neceffaires; enfor
que Diru y foit glorifié & les
pauvres fecourus dans leurs be.
foins fpirituels & corporels. Cette
réunion , Monfeigneur, est une gra.
ce dont nous nefommes redevables
te
GALANT. 123
qu'à vostre feule Grandeur , &
que nous avons auffi toûjours ef
perée de voftre Zele ; mais comme
"ce n'est pas affez d'avoir com
mencé l'ouvrage , & qu'il faut le
confommer , nous vous deman
dons encore avec respect la continuation
de vostre protection pour.
cette Maiſon renaiſſante , nous
nous la promettons avec autant
de confiance que de foumiffion . En
effet , Monſeigneur , dans les chofes
pieufes & charitables , que ne
peut.on pas efperer d'un Prelat
qui pefe toutes chofes au poids du
Sanctuaire ; qui veille perpetuelle .
ment à la confervation de fon
e
1-67
Lij
124 MERCURE
+
Troupeau pour le falue de ceux
qui le compofent , qui le regit par
de bonnes & faintes Ordonnan .
cés , qui en fait faire l'obferva
tion , par l'exemple qu'il en donne
luy même ; qui n'a pas fitost
effuyé les farigues des affaires de
l'Etat , qu'il ne perd pas un mo.
ment pour donner ordre au fpirituel
de fon Diocefe ; de qui , dis
je , la Famille a donné des Mini-
Stres & des Secretaires d'Eftat
qui ont policé la France, des He
rós qui l'ont renduë redoutable à
Jes Ennemis , des Prelats qui en
ont édifié les peuples, dont le
Predeceſſeur a merité par la bou.
T
GALANT. 125
che du plus grand Monarque du
monde le titreglorieux d'Apôtre
de la France. Ce fera, Monfei
gneur, une continuation de gra
ces que nous n'oublirons jamais,
&les unes les autres mettront
votre Nom en veneration
à tous vos fucceffeurs ; mais parceque
vous n'en attendez la recompenfe
que du Ciel , nous vous
procestons que pour la confervation
de votrefanié , nous luy redoublerons
nos voeux tous enfem
ble , co en mon particulier ayant
l'honneur d'eftre né vostre fujer,
je feray gloire d'estre toute ma
vie avec une tres profonde
neration , c.
ve
126 MERCURE
Mr l'Evêque d'Auxerre ;
ayant répondu fort obligeamment
à ce Difcours , alla au
Logis qu'on luy avoit préparé
, où il fut vifité prefque
auffi- tôt par Mles Chantre,
Chanoines , Chapitre , & Curé
de S. Martin de Clamecy ,
& par les Officiers , tant de la
Juſtice ordinaire , que de l'E
lection , & du Grenier à Sel.
Sur les fix heures , le Pere Durant
Jefuite , qui eſtoit venu
avec ce Prélat, monta en chaire
, & prêcha avec autant de
zéle que d'éloquence. Lelendemain
, qui eſtoit le DimanGALANT.
127
"
cher' . jour de ce mois,ce Prelat
alla dire laMeffe fur les 8.
heures , & fut complimenté
à la porte de l'Eglife par M
de l'lfle , Chantre & Curé de
Clamecy. Il donna le Sacrement
de Confirmation jufqu'à
midy , & à une heure il
affifta à la Prédication du mé.
me Pere Durand , & enfuite
à Vêpros , à l'iffuë delquelles
il fit chanter le Te Deum en
action de graces de la Prife
de Barcelone. Aprés cela , il
alla à la ceremonie du feu de
Joye avec la Proceffion , qui
eftoit fuivie des Officiers de
L iiij
28 MERCURE
l'Hoftel de Ville. Ils prierent
ce Prélat d'allumer le feu , le
Flambeau luy eftant preſenté
par le Maire de la Ville , &
cette ceremonie eftant achevée
, ces mêmes Officiers le
reconduifirent jufqu'en fon
logis. Le Lundi , il confirma
les enfans , & le Mardy , il
regla les affaires de l'Hôpital
avec les Officiers de la Ville .
Cet Hôpital eft fort ancien
& on lit dans les Annales que
Guy Comte de Nevers , ayant
amené de la Terre Sainte , રે
la conqueſte de laquelle il
eftoit allé , Arnoult , Evef
GALANT 129
que de Bethléen , qui avoit
été chaffé de fon Evêché , il
luy donna l'adminiſtration
de l'Hôpital de Clamecy. Les
jours fuivans furent employez
par M l'Evefque d'Auxerre ,
à faire fa vifite dans les Paroiffes
voisines , & le Dimanche
8. de ce mois , on fit une Pro
ceffion generale , avec la
quelle il alla à l'Hôpital , ou
il benit les Salles , & celebrat
enfuire la Meffe fur l'Autel
que l'on y a élevé.bbean ko,1)
Au lieu de vous faire pare
d'une avanture particuliere
felon ma coûtume , je vous
130 MERCURE
parleray dans cette Lettre ,
des Révolutions arrivées en
Mofcovie depuis dix ou douze
années par l'ambition de
la Princeffe Sophie , Soeur du
Czar Pierre qui regne aujour
d'huy. Vous en pouvez avoir
appris quelque chofe par les
Nouvelles publiques ; mais
comme ce ne peut eſtre que
confuſement ; je vais vous en
faire le détail , tel qu'il a esté
écrit par un François qui fe
trouva alors à Moscou. Le
Czar Theodore , fils du Czar
Alexis Samelinick , eftant
tombé dans de grandes ma
7
GALANT. 13:
1
ladies , où toutes fortes de remedes
eftoient employez inutilement
, donna lieu de croire
, que quoy que fort jeune
encore, il ne vivroit pas longtemps
. Sa mort arrivant , il
n'avoit pour heritiers que
deux Freres , l'un appellé Jean
& l'autre Pierre. Le premier
eftoit attaqué du mal caduque,
& dans chaque Lune il
en avoit tous les accidens. Il
´eftoit d'ailleurs aveugle , &
auffi foible de corps qu'il l'êtoit
d'efprit. Le fecond , qui
eftoit plus jeune de huit ans ,
pouvoit n'eftre regardé que
12 MERCURE
comme un enfant qui auroit
befoin d'eftre conduit. Ainfi
la Princeffe Sophie , qui ne
doutoit point que fon frese
Theodore ne mouruft bien .
toft , le fata d'obtenir facilement
la regence de l'Empire ,
pourveu qu'elle vint à bout
de fortir de fon Convent , où
elle avoit efté enfermée felon
la coûtume établie , que › que les
Filles de la Maifon Czarienne
y doivent paffer toute leur
vie, fans pouvoir jamais eftre
mariées. Elle avoit alors du
moins quarante ans , & une
difformité
de corps qui fur
GALANT.
33
prenoit Elle eftoit d'une grof.
feur monstrueufe , & avoit la
tête large à proportion avec
du poil au vifage , mais autant
que la taille eftoit courte
& groffiere , autant fon efprit
eftoit délié , fin & politique,
en forte que fans avoir
jamais leu Machiavel , elle
poffedoit toutes les maximes,
& fur tout celle qui porte
qu'il n'y a point de crimes
que l'on ne puiffe commertre
quand il s'agit de regner.
Dans cette avidité du Gouvernement
dont elle eftoit
poffedée , elle affecta de faire
:
134 MERCURE
paroiftre pour fon frereTheo.
dore toute la tendreffe que
l'amitié la plus forte eft capable
d'infpirer. La compaſs
fion qu'elle témoignoit
avoir
de fes maux , luy faifoit dire
fouvent qu'elle eftoit bien
malheureuſe
de ne pouvoir
luy rendre elle même les petits
fervices dont un malade
a befoin. Elle envoyoit demander
à toute heure de fes
nouvelles dans les accés de
fon mal , & à force de dire
qu'on ne le foulageoit
pas
comme elle feroit , fi on luy
vouloit permettre
d'eftre au
GALANT.
135
prés de luy , elle fit fi bien
qu'elle obtint la liberté de
fortir de fon Convent . Quand
elle fut auprés du Malade, ce
furent des foins dont rien
n'approchoit. Elle le veilloit
le jour & la nuit , & s'il luy
falloit donner des remedes
elle ne pouvoit fouffrir qu'il
les receuft d'aucune autre
main que de la fienne ,jugeant
bien que plus elle marqueroit
d'ardeur pour le ſecourir,
plus elle s'attireroit l'amitié
& la reconnoiffance de ce
Prince , & en même temps la
confideration & l'eſtime de
36 MERCURE
tous ceux qui estoient témoins
des émpreſſemens
qu'elle avoit pour luy. Cepen
dant par les manieres honnêtes
, elle s'infinua dans l'efprit
des Grands pour lesquels
elle avoit beaucoup d'égards,
& gagna le Peuple par les carreffes
, ne s'étudiant qu'à contenter
les uns & les autres , &
à les accoûtumer à voir fans
chagrin ce qu'ils n'avoient
jamais veu . Elle devoit , ce
femble , eftre fatisfaite de
l'heureux fuccés qu'avoit cu
la démarche de fortir de fon
Convent ; mais comme elle
2
GALANT. $37
à craindre qu'on ne la forçaft
quelque jour à y rentrer , ce
qu'elle jugeoit inévitable
moins qu'elle ne fe rendift
maîrreffe abfolueellecrutque
le feulmoyen d'y réüffir eftoit
de former un grand Party qui
cult intereft à la conferver.
Elle examina le merite des
Grands qu'elle y voulut engager
, & ne jugea perfonne
plus capable d'eftre mis à leur
rète que le Prince Galilchin ,
C'eftoit un homme de tresgrande
qualité , defcendans
des derniers Ducs de Lithuar
nie , de la Maifon des Jage
Septembre 1697. M
138 MERCURE
4
lons .Les Grands parurent af
fez contens de ce choix , fe
perfuadant qu'il n'auroit que
le feul nom de Miniftre , &
qu'ils partageroient
toute
autorité avec luy . Le Prince
qui eftoit beaucoup plus é
clairé qu'eux n'eut pas de
peine à les entretenir dans
leurs efperances pendant la
fuite dregne de T heodore,
qui mourut d'une more affez
fubite , eftant ſeulement âgé
de vingt-deux ans . Comme il
ne laiſſa point d'enfans , ſon
Frere Pierre , quoy que cader
& du fecond lit , luy fucceda
GALANT. 139
d'abord, à caufe de l'incapaci .
té de Jean fon aîné. La Prin .
ceffe Sophie , qui afpirant à
fe rendre maîtrefle abfoluë
de tout l'Estat , ne voyoit que
les Officiers de la Couronne
& les Grands qui puffent s'oppofer
à fes deffeins , ou par
l'ambition particuliere de
chacun d'eux , ou par le déplaifir
qu'ils pouroient avoir
tous enfemble , de fe voir
gouverner par une Femme ,
employa fous main Carvens-
Ki , homme hardi & puiffant ,
qu'elle avoit mis dans fes interefts
pour fufciter les Stre
Mij
41 MERCURE
lits ou Eftreles, efpece de Mi
lice comme les Janifflairés de
la Porte , qui fous pretexte de
vanger la mort du Czar Theodore,
qu'ils foûtenoient avoir
efté empoisonné , firent un
fi cruel maffacre des plus
grands Seigneurs , que fi pour
appailer le tumulte la Princeffe
voyant qu'ils pouffoient
trop loin les chofes, ne fuft
fortie du Palais Imperial , &
ne fe fuft montrée , l'on cuft
continué à s'en prendre à
l'innocent comme au coupa
ble, pour avoir une plusgrande
dépouille. Les Bojars ou Se
GALANT.
145
TAT
1
nateurs , & le Patriarche s'entremirent
aufli pour faire épargner
le fang , & ce grand
trouble eftant appaisé, le Prince
Pierre fut couronné Czar
au contentement de toute la
Ruffie. La Princeffe qui euft
mieux aimé la Couronne for
la tête de Jean , fon Frere de
pere & de mere, éclara publi
quement , pretendant que l'élection
de Pierre faifoit inju
ftice à fon aîné. Les Bojars &
le Patriarche luy reprefenterent
inutilement que Jean
eftoit un Prince infirme a
veugle, & perclus de là moitié
142 MERCURE
de fon corps . Elle fe fervit des
Eftreles , dont dix- huit mille
en vingt huit Regimens ont
accoûtumé de refider à Mof.
cou pour la garde du Czar ,
ayant trouvé le moyen de
mettre de fon parti le Bojar
Kouvark , Preſident de la
Chambre des Soldats , & ainfi
la force à la main , elle fit proclamer
& couronner Jean
premier Czar, regnant en focieté
avec Pierre , aprés quoy
elle vint à bout de faire agréer
que comme les Princes êtoient
dans une grande jeu,
neffe , elle prendroit fur elle
GALANT. 143

tont le fardeau de l'Etat ..
On eſperoit que les troubles
finiroient par là , mais on
fit des cabales dans la Milice ,
qui eft composée en partie
d'Eftreles , & en partie de
Bourgeois de Moſcou , qui
font prefque tous des Marchands
fort riches , qui font
bien ailes de fe dire de ce
Corps. La Cour , fur l'avis
qu'elle eut de tout ce qui te
tramoit, foupçonnant
qu'on
en vouloit à la Maifon Czarienne
, partir de Moſcou ; &
fe retira à un Cloitre apellé
la Trinité , éloigné de la Ville
.
144 MERCURE
d'environ douze lieues d'Allemagne
. Peu de jours aprés ,
la Milice le fouleva de nou- veau , & l'éloignemen, ou
des
Czars donnant plus de lieu
au defordre , le Bojar Couvenski
lâcha la bride aux Ef
trelles , permit le pillage & le
maffacre, & il fuffifoit alors d'ê
tre d'unautreParti que du fien
pour devenir coupable de la
mort du Czar Theodore . Son
premier Medecin fue mis en
pieces, comme luy ayantdon.
né du poiſon. On affaffina le
Grand Chancelier & fon fils ,
& l'on commit des cruautdz
inoüies .
GALANT.
145
!
noüis. La Princeffe Sophic
avertie de tout , fe fit un merite
de tant de maffacres.Elle
envoya faire compliment à
Couvenski fur le zele qu'il
montroit à vanger la mort de
fon Frere , l'affeurant qu'elle
le tenoit obligée de tout ce
qu'il avoit fait. La politique
l'obligeoit à flater un furieux
qui eftoit à craindre ayant les
armes à la main. Cependant
fes
honnétetez apparentes ne
fervirent qu'à enhardir Couvenski
, qui aprés les engagemens
qu'elle avoit pris avec
luy , crut qu'il pouvoir tout
Septembre 1697. N
יז
146 MERCURE
ofer , jufqu'à mettre la Cou
ronne fur fa tête . La chofe
luy paroiffoit d'autant plus aifée
, que les maffacres des
Grands qui l'auroient pû traverfer
par leur credit, eftoient
approuvez, & qu'on luy en
faifoit même des complimens .
D'ailleurs il croyoit avoir
gagné l'amitié de la Milice
en luy permettant les vols &
les pilleries , & ' il eftoit forte .
ment perfuadé qu'il n'y en avoit
aucun qui n'entrepriſt
tout pour luy, les uns par reconnoiffance,
& les autres par
l'efperance d'une plus grande
GALANT. 147
"
A
fortune , s'il arrivoir quelque
changement . Il leur avoit
toûjours inſpiré un grand mépris
pour les Czars , par l'imbecillité
de l'un , & par la
grande jeuneffe de l'autre ,
aprés laquelle on devoit at
tendre qu'il feroit fujer aux
mêmes accidés que les Freres,
ce qui feroit cauſe qu'on ne
verroit jamais fur le Trône un
Prince qui fceuft connoître le
merite de chacun& recompefer
leur valeur . Animé par toutes
ces veuës,il refolut de n'épargner
rien pour ſon entiere
élevation , & pour avoir quel
Nij
148 MERCURE
que droit dans ce qu'il avoit
envie d'entreprendre , il crut
devoir s'allier auparavantdans
laMaiſon Czarienne, & propo
fa le Mariage de fon Fils avec
la Princeffe Catherine, Soeur
cadette de la PrinceffeSophie,
qui n'avoit point voulu entrer
dans un Convent,voyant que
fa Soeur en eftoit fortie. Sa temerité
n'eut pas le fuccés
qu'il s'eftoit promis . On fit reflexion
à la Cour que cette alliance
eftant contre la Coûtume
, ne pourroit le faire
qu'au préjudice des jeunes
Czars , & la Princeffe Sophie,
GALANT $49
quoy qu'elle cuft confenir à
la plupart des crimes de Couvenski,
fur la premiere à opiners
à fa mort , pour le punir
d'une ambition
qui faifor
craindre des fuites tres - dangereufes
à l'Empire des Ruffiens
.
C'eſt la Coûtume en Mofcovie
de celebrer la Fefte de
rous Is Enfans de la Maiſon
Czarienne. Le Prince ou la
Princeffe dont la Fefte eft folemnisée
, fait un regale, & reçoit
les complimens des principaux
de l'Empire. La Cour
voulut celebrer au Convent
3
Niij
150 MERCURE
"
de la Trinité la Fefte de Sainte
Catherine , dont la Prin.
ceffe queConvenſki deſtinoit
à fon Fils , portoit le nom. La
Princeffe Sophie en fit donner
avi à tous les Bojars , &
invita particulierement Convenski
, qui continuoit à мofcou
les cruautez qu'elle avoit
feint d'approuver. On pric
cependant des mesures pour
fe défaire de cet Afpirant au
Trône . Deux cens Cavaliers
apoftez l'attaquerent fur le
chemin de la Trinité. Il fut
pris & conduit dans une maifon
voifine , où aprés qu'on
"
GALANT. 151
luy eut leu fa Sentence on luy
coupa la téte, ainſi qu'à ſon
Fils . Les Eftreles furent d'a
bord étourdis du coup , mais
à leur éconnement fucceda
bientoft la rage. Ils s'attrou
perentdifant hautementqu'ils
avoient perdu leur Pere , &
qu'ils voulaient vanger fa
mort fur tous ceux qui en
eftoient les auteurs , fans di .
ftinction de perfonne . Is le
faifirent en effet des Arcenaux
& des munitions de gueri
te, & ils paroiffoient d'hu
meur à n'épargner rien . La
Cour voyant quel dangerme
N iiij
152 MERCURE
naçoit l'Etat , fit promptement
aflembler les autres Troupes
qui de tout temps ont une
haine irreconciliable contre
les Eftreles , & ordonna aux
Officiers Allemans , qui font
en grand nombre , de fe rendre
inceffamment à la Trinité.
Chacun obeit à l'ordre , abandonna
la femme & fes en .
fans pour courir où il eftoit
appellé , & aucun ne fut rete
nu par la crainte que lesEftre
les ne fe vengeaflent fur fa
Famille de l'obeiffance qu'il
rendoit aux Czars. Cette crain
te qu'ils pouvoient avoir, n'ê
GALANT. 13
toit pourtant pas fans fonde
ment Les Allemans avoient
leur quartier dans un Fauxbourg
de Moscou , & les Ef
treles ne manquerent
pas de
s'y tranſporter , dans le deffein
d'y faire main baſſe , mais ils
furent arrêtez par les remon
trances de quelques uns de
leurs vieux Camarades
, qui
leur firent connoiftre que s'ils
maffacroient les Femmes des
Allemans
, outre la vangeance
des Maris qui iroit contr'eux
à tout excés , ils ne devoient
eſperer ny paix ny par
don aprés une action fi bar
$4 MERCURE
bare. Iis furent touchez de
ces raifons. Le quartier fut
confervé , & ils chercherent àl
faire leur paix. La Cour ayant
jugé à propos de leur pardonles
Czars retournerent :
à Mofcou , accompagnez de
la Nobleffe & de tous les Of
ficiers étrangers. Les Eftreles
qui vinrent à leur rencontre
fans armes
, ſe jetterent par
ner ,
terre & crierent mifericorde.
Les Princes ayant fait figne de
la main qu'on leurpardonnaſt,
les Soldats fe leverent & les
conduifirent jufques au Palais
avec de grandes demonftra
GALANT. 15
2
tions de joye. La mort de
Convenski & de fon Fils produifit
l'effet que la Princeffe
avoitattendu . Elle obtint pour
elle la regence de l'Etat , en
vertu de laquelle elle confera
àGalifchin fon Favory ,la
Charge deGrand Chancelier
& celle de Miniftre d'Eftar
temporel ; c'est à dire , d'Adminiſtrateur
de l'Empire pendant
un certain temps , & die
ftribua par fes avis les autres
charges confiderables à fes
creatures. Galiſchin commença
les fonctions de la Charge
deChancelier par une exa146
MERCURE
ete perquifition des Eftreles ,
coupables de la fedition qui
venoit d'eftre étoufée . Il fic
executer les principaux, & condamner
les autres à l'exil . On
en compofa quatre Regi
mens , dont l'un fut relegué
à Biologrod , Frontiere de Tar .
tarie ; l'autre à Sibirka fur le
Volga dans le Royaume de
Cazan ; le troifiéme à Kours .
ka en Ukraine , & le quatrié.
me à Sueska dans le même
Pays.
Tout eftant ainfi pacifié ,
& la Princeffe Sophie qui avoir
de l'amour pour Galif
GALANT. 157
f
chin,le voyant en êtat de rout
entreprendre , voulut s'aſſeurer
de luy entierement par le
mariage. Toute la difficulté
eftoit de le défaire de lai fem- :
me de ce Prince , a quoy il ne
pouvoit fe refoudre , ayant
naturellement de l'honneur ,
outre qu'il en avoit eu de
grands biens & fes enfans
quiluy estoient chers . Cependant
comme les femmes font
ingenieufes , elle fit fi bien
qu'elle engagea Galiſchin à
porter fa femme à ſe faire Religieuſe
; moyennant quoy fe
lon la Religion des Moſcovi18
MERCURE
tes , il obtiendroit peu de
temps aprés du Patriarche la
permiffion de fe remarier, en
expofant que la force de fon
temperament ne luy permet
roit pas degarder le celibat.
La Femme de Galifchin ayant
donné les mains à la choſe , la
Princeffe ne douta plus qu'elle
ne reuffift dans fes deffeins ,
qui eftoient de fe placer ellet
même dans leTrône.Pour cela
il falloit faire approuver à
Galifchin la mort des Czars ,
qu'elle avoit abfolument refolue.
Ce Prince plus habile
qu'elle & moins amoureux
GALANT.
159
luy reprefenta l'horreur de
ce crime,luy faifant comprendre
qu'il ne manqueroit pas
de leur attirer la haine de tout
le monde , laquelle
, quoy que
cachée, pourroit un jouréclater
, & donner occafion aux
Mécontens
, fous pretexte de
wanger les Czars , de faire contr'eux
ce qu'elle avoit fait con.
tre Convenski . En la détournant
de fon deffein , il luy
en fit approuver un autre plus
raiſonnable
, & en apparence
plus feur. Ce fut de marier
le Czar Jean , & pour fupleér
fon impuiflance , d'obliger
160 MERCURE
la femme de prendre unGa
lant qu'elle recevroit pour
le bien de l'Etat , à qui elle
donneroit desSucceffeurs: que
dés que ce Prince auroit des
enfans , le Czar Pierre n'auroit
plus d'amis ny de creatures :
qu'ence caslà ilsfe marieroiër,
& pour rendre leur mariage
plus agreable à toute la Mofcovic
, ils feroient élire pour
Patriarche leP. Silveftre , MoinePolonois,
Grec deReligion,
&homme habile, qui propoferoit
auffi toft une Ambaffade
à Rome pour la reunion de
l'Eglife de Ruflies qu'en fuite
MOA GALANT: 161
:
it's contraindroient le Czy r
Pierre à fe faire Prêtre , ou fi
> cela ne fe pouvoit , qu'ils trouveroient
moyen de s'en défai-
Tre par des voyesfeures & moins
odieufes que celles que propofoit
la Princeffe ; qu'ils obli
geroient le Czar Jean à fe
plaindre du libertinage de fa
femme , &à faire voir que les
en fans qu'elle auroit cus ne
feroient point de luy , ce qu'il
leur feroit aisé de prouver ,
aprés toutes les meſures qu'ils
auroient prife pourluy en faire
avoir eux-mêmes ; que de
cette maniere ils la feroiche
Septembre 16977
162 MERCURE
mettre dans un Convent , aprés
quoy ils feroient obtenir
au Czar Jean la permiffion
d'en époufer une autre , dont
ils feroient feurs qu'il n'auroit
aucuns enfans ; que par ce
moyen fans craindre que Dieu
les châtiaftils feroient les
maîtres de l'Estat pendant la
vie de cet inhabile Prince, &
les heritiers aprés fa mort , n'y
ayant plus de mâle dans la famille
des Czars. La Princeffe
trouvant également ſon compte
à ce deffein , y conſentir,
& laiffa à Galifchin le foin de le
faire réuffir. Il commença par
GALANT. 163
marier Jean ; & comme les
Czars ne s'allient jamais dans
Pays Etrangers , & qu'ils choififfent
parmy les plus belles
Filles de toute la Ruffie , qu '
on leur amene à la Cour , celle
qui leur plaift le mieux , il ne
fut pas difficile à Galiſchin de
luy donner une Femme qui
convinft à fes deffeins. Un
Chirurgien fut choisi pour
fon Galant , & elle devint
groffe peu de temps apses
Cependant la Paix ayant efté
faice avec la Palogue , on dé-
Jibera dans le Confeit de guere
re d'envoyer en Crimée con-
"
O ij
164 MERCURE
tre les petits Tartares un corps
d'Armée confiderable , & le
Prince Galifchin en fut nom.
mé Generaliffime. Il fit fes
efforts pour le décharger de
cet employ , mais la pluralité
des voix l'emporta , & quay
qu'il vift bien qu'on ne cherchoit
qu'à luy nuire en le faifant
fortir de Mofcou , il fuc
engagé d'honneur à prendre
la conduite de cette expedi
tion en 1687. La Campagne
finie , Galifchin par fes prefens
qu'il eut l'adreffe d'obténir
des Czars , ou pour mieux
dite, de la Princeffe , en faveur
GALANT.1–165
de l'Armée , appaiſa certains
mouvemés qui s'élevoient das
les troupes contre la perfon
ne , & gagna encore les prin
cipaux de la Nobleffe par des
emplois qui les dédomma .
geoient de leurs dépenses ; de
1orte qu'il fut receu à la Cour
avec tous les témoignages de
joye qu'il pouvoit fouhaiter ,
& reprit en main les affaires
avec plus d'autorité qu'auparavant.
La femme du Czar
Jean accoucha , mais le mal
heur ayant voulu que ce ne
fuft que d'une Fille , il fallut
fe confoler en attendant
166 MERCURE
mieux. Toute cette intrigue
ne put eftre conduire fi fecre
tement que les amis du Czar
Pierre n'en fuflent inftruits . Ils
voulurent y donner remede ,
mais ne fe fentant pas aflez
puiffans pour l'entreprendre
en l'êtat ou eftoient les cho .
fes , ils engagerent un autre
Prince Galilchin , Parent de celuy-
cy , à fe joindre à eux , & linfinuerent
fi bien dans les bonnes
graces du jeune Czar , qu'il
en devint favori. Une feconde
expedition ayant efté refoluë
en Crimée en 1689. on obligea
fous pretexte d'eftime le
GALANT. 167
grand Galifchin à aller pour
la feconde fois commander
l'Armée. Pendant fon abfence
on maria le Czar Pierre malgré
la Princeffe. Une action ſi
hardie groffit fon party , &
toute la jeuneffe fe declara
pour ce Prince , Galifchin de
retour de cette feconde campagne
. trouva les affaires dans
un changement qui luy don .
na de grandes inquietudes.
Le mariage de Pierre , & la
groffeffe de fa femme avoient
rompu toutes fes mefures.
L'audiance luy fut refufée, &
ce ne fut que par les prieres de
168 MERCURE
la Princefle qu'il fut admis à
bailer les mains du Czar . I
effuya de fanglans reproches
fur le mariage du Czar Jean , &
il ne put venir à bout de juftifier
fa conduite. Quelques
jours s'eftant paffez avec affez
de tranquillité pour Galifchin ,
la Princeffe voulut répandre
des biens confiderables parmy
les Bojars , & reconnoiftre
par là les bons fervices
qu'ils avoient rendus , mais le
Czar Pierre s'y oppofa fortement
fous pretexte de faire
examiner á loifir la qualité
des fervices afin d'y proportionner
GALANT 169
tionner les recompenfes , & ce
ne fut qu'aprés des inftances
bien des fois reiterées qu'elle
obtint enfin le confentement
de faire ce qu'elle ſouhaitoit.
Les dons qu'elle fit aux Chefs
d'armée , aux autres Officiers
Generaux, & même à tous les
Gentilshommes qu'elle eftoit
bien aife d'affermir dans fon
parti , cauferent d'autant plus
d'étonnement , qu'ils n'avoient
point encore efté pratiquez
en Mofcovie , & que les
Czars s'eftoient toûjours con .
tentez de donner une veste
Royale à ceux qu'il leur avoit
Septembre 1697.
·
P
# 70 MERCURE
pleu d'honorer. Cependant la
Princeffe n'eftoit pas contente
. Quoy qu'on l'euft laiſſée
maîtreffe des liberalitezqu'elle
avoit jugé à propos de faires
On luy avoit fait acheter fort
cherce plaifir par les oppofi
tions qu'elle y avoir rencon
trées , ce qui luy eftoit fenfible
au dernier point , aprés
avoir gouverné l'Etat à ſa fanraifie
, & fans aucune contradiction
pendant plufieurs an
nées . Ce qui venoit de luy
arriver , luy faifoit voir , que
plus elle laifferoit augmenter
l'autorité de ſon Frere , plus
GALANT. 171
elle verroit diminuer fon pou .
voir. Elle s'imaginoit avec
beaucoup d'apparence que
s'il ne luy avoit pas refusé abfolumencla
permiffion qu'elle
lui avoit demandée , il s'étudieroit
à l'avenir à luy refuler
des graces ; & prendroit plai
firà perdre fes creatures, pour
T'obliger aprés divers mécontentemens
à quitter la partie
& à fe retirer dans fon Convent.
Elle ne pouvoit rien
prevoir de plus terrible pour
elle. Ainfi fon ambition la
devorant , comme elle eftoit
courageufe au delà des pers
Pij
22 MERCURE
lonnes de fon fexe , elle
refolut de tout tenter pour
fe maintenir dans le pofte
où elle eftoit , & fe repentant
d'avoir fuivi fi longtemps
les confeils moderez de Galifchin
, elle luy fit comprendre
que s'ils laiffoient le Czar
Pierre fur le Tiône , leurs ennemis
ne fe contenteroient
pas de la ruiner de credit infenfiblement,
mais qu'ilspouf.
feroient la chofe plus loin en
la forçant de rentrer dans fon
Monaltere , ce qui ne pouvoit
arriver qu'elle ne l'entrainaft
en même temps dans fa cheu
GALANT. 173
te, luy , fa famille & tous les
amis. Galifchin ne put refifter
à fes railons , & bien qu'il eutt
beaucoup de prudence, & qu'il
fuft naturellement ennemy de
tous les confeils violens , it
trouva tant d'apparence dans
toutes les choles qu'elle luy
reprefenta , qu'il ne fe put défendre
d'entrer dans la conf
piration qu'elle meditoit . I
auroit bien voulu feulement ,
avant qu'on entreprift rien ,
envoyer ſon Fils aîné en Po .
logne,fous retexte d'Ambal
fade,avec la plus grande partie
de fes richefles, afin de s'y
Piij
174 MERCURE
pouvoir mettre à couvert de
Forage , file projet manquoit,
de fuccés , mais l'impatience
de la Princeffe l'emporta. Elle
luy remontra qu'il n'y avoir
pas un moment à perdre ; &
quece qu'il vouloit faireferoit
une precaution inutile , puifqu'aprés
toutes les mefures
qu'elle avoit prifes depuis fort
long temps , elle eftoit feure
de l'execution de fon deffein .
Elle prit donc la reſolution de
fe défaire du Czar Pierre , qui
eftoit alors à une de fes Maifons
de plaifance , appellée O
brokeusko, à une petite licue
GALANT. 179
de Mofcou. Elle chargea de
cette dangereufe commiffion ,
Theodore Thekelavitau , Prefident
de la Chambre des Eftreles
, homme qui par l'ap
puy de cette Princeffe ,de fin .
ple Ecrivain eftoit devenu AKatrik
, ou porte épée , dignité
immediatement aprés les Bojars
Senateurs. Ce Theodore
promit d'executer fidellement
l'ordre de la Princeffe Sophie.
Ilaffembla fix cens Eftreles
affidez & commandez par
un Colonel dans le Château
de Crim , refidence du Czar
& du Patriarche , & où font
Piiij
176 MERCURE
toutes les Chambres de Juftice,
& s'eftant mis à leur tête ,
il les difpofa à le fuivre à Obrokeusko
; mais dans le temps
qu'il ordonnoit de leur marche
, deux de ces Eftreles , touchez
de remords , refolurent
de ne point fouiller leursmains
dans le fang de leur Prince ,
& s'eftant dérobez fans qu'on
y prift garde , ils coururent
avertir le Czar Pierre , qui fur
pris au dernier point le leva
de fon lit, & fit avertir fesOn
cles , Freres de fa Mere , pour
les confulter fur ce qu'il avoit
à faire . On refolut d'envoyer

GALANT 177
à la Ville pour s'informer de la
verité du fait , & ceux qui furent
chargezde cette commiffion
ayant rencontré Theke
lavitau à la tête de fes Eftreles,
fe tirerent à quartier , &
prirent enfuite les devans
pour en avertir le Czar Il
n'eut le temps que de monter
en Caroffe à la hate avec fa
Mere, fa Femme & fa Soeur,
& le fauva du côté duConvent
de la Trinité , fuivy de fes plus
fidelles ferviteurs . Les Conjurez
arrivez chercher en par
tout le Czar , & ceux des Eftreles
qui estoient de garde , në
178 MERCURE
l'enfeachant
rien de l'affa.re , mais
feulement ètonnez de fa fuite ,
dirent à leur Prefident qu'il
eftoit party la nuit avec grande
precipitation. Thekelavitau
retourna vers la Princeffe,
qu'il ne trouva pas moins cha
grine que luy, de ce que
trepriſe avoit manqué. Cette
fuite caufa beaucoup d'étonnement
dans Mofcou. On
n'en pouvoit deviner la caufe,.
mais fur le foir on fceut que le
Czar Pierre avoit envoyé faire
à la Princeffe de grands reproches
de fa perfidie. Elle nias
tout, & foûtint qu'on s'eftoit
GALANT. 179
alarmé mal à propos , en donnant
le nom de Conjurez à des
Estreles qu'on envoyoit rele
ver la garde , & qu'on luy faifoit
tort de luy croire l'ame af
fez noire pour pouvoir penfer
à perdre fon Frere . Comme on
releve ordinairement la garde
de jour , & que les Eftreles
eftoient arrivez de nuit à Obrokensko
, on demeura per
fuadé de la chofe . Le Czar
Pierre écrivit à tous les Bojars
& à toute la Nobleffe , qu'ils
euffent à fe rendre inceflam.
ment à la Trinité , & ayant
averti tout l'Empire de l'at
tentat de Thékelavitau , il en180
MERCURE
voya des ordres à toutes les
Villes de tenir la Milice prête
pour le foûtenir . On accourur
de tous les endroits du Royau
me, & en moins de huit jours
il vit auprés de luy un grand
nombre de Nobleffe. Il en
voya auffi ordre à Galifchin
de le rendre àla Trinité , mais
il s'excufa fur ce que le Czar
Jean le retenoit . Pendant ce
temps la Princefle employoit
tout pour avoir de fon party
les Eftréles que Pierre fe menageoit
. Elle en fic appeller
certains Officiers , qui prefera
blement aux Colonels , onten
efemblablesoccafionsgrand
GALANT 18 :
pouvoir fur les efprits & les
ayant fait ranger au bas de
l'efcalier , le Czar Jean & elle
fortant de la Meffe s'arrêterent
fur le haut, &le Czar leur
dit que fon Frere s'eftant retiréà
la Trinité fans que l'on en
fceuft la caufe , il avoit fans
doute deffein de troubler l'Etat,
& que pour éviter les fâcheux
inconveniens qui pou
voient naître de fa retraite , il
leur défendoit de luy obeit ,
quelque ordre qu'ils en receuffent.
La Princeffe appuya
cette défenſe , mais les Eftreles
nelaifferent pas de fe rendreauprés
du Czar Pierre , de
182 MERCURE
forte qu'ayant appris que la
plupart des Bojars s'eſtoient
joints à luy , elle ne trouva
point de plus feur party pour
elle que de tacher à faire fa
paix . Cette Princeffe choific
pour cela deux de fes Tantes ,
Sueurs de fon Pete & une de
fes Seeurs , qui fur fon exem
ple eftoient forties du Con
vent , & qu'elle n'avoit osé y
faire rentrer , de peur que les
Ennemis n'en priffent ſujët de
I'y vouloir faire rentrer elle
même. Elle les envoya à la
Trinité , où eſtant receûës
l'endroit qui fervoit de retrai
te au Czar, elles le prierent de
GALANT. 183
ne point ajoûter foy aux bruits
que l'on avoit répandus , l'affurant
qu'il y avoit du mal
entenda dans cette affaires
qu'onvouloit malicieuſement
broüiller leFrere avec laSoeur ,
& qu'il pouvoit en leureté revenir
à Moscou . Le Czar Pier
re leur fit fi bien voir que ſa
terreur n'avoit point efté panique
, que convaincuës de la
confpiration par les circonftaces
elles commencerent à
pleurer, proteftant qu'elles n'y
avoientaucune part , & jurand
qu'elles ne retourneroient
plus à Moscou,refoluës de vi184
MERCURE
vre ou de mourir avec luy. La
Princeffe ayant eu avis du
mauvais fuccés de la negotia
tion de fesTantes s'adreffa au
Patriarche, & en lui marquant
toutefa douleur, elle fit fi bien
quele bonhomme confentit à
s'employer pour l'accommo
dement qu'elle fouhaitoit. Il
partit le même jour , expoſa au
Czar lefujet de la vifite , &
n'oublia rien de ce qu'il crut
propre à remettre la bonne
intelligence dans fa Famille ,
mais il fut fort étonné d'apprendre
que la confpiration
s'étendoit jufques fur luy , &
GALANT. 185
que fi le deffein avoit reüffi , le
Moine Silveftre fe feroit fait
reconnoître Patriarche. Cette
nouvelle étourdit extremement
ce bon homme . Il crut
qu'il ne feroit pas mal de demeurer
à la Trinité , jufqu'à
de qu'on euſt éclairci & paci .
fié les chofes , & en mêmetemps
il fit une declaration
publique pour mettre les Con
jurez en arreft. La Princeffe
doublement affligée aſſembla
les gens de fon party, & dans
le Confeil qu'ils tinrent enfemble
, il fut refolu que l'on
siendroit Thekelavitau dans
Q
Septembre 1697.
186 MERCURE
le Palais. Elle prit enfuite le
chemin de la Trinité,accom.
pagnée de Galifchin & de la
plupart de fes Amis , afin de
tâcher d'appaifer fon Frere ,
qui de fon côté avoit envoyé
de feconds ordres aux Eftreles
de fe rendre inceffamment
auprés de fa perfonne. Elle
n'eftoit pas encore à moitié
chemin , lors qu'un Bojar
qu'envoya le Czar au devant
d'elle , l'obligea de retourner
fur fes pas, en lui difant qu'elle
ne feroit point receuë. LaPrinceffe
n'ayant pas jugé devoir
paffer outre , & apprehendant
>
GALANT. 187
ל
la colere de fon Frere , reprit
le chemin de Molcou.Le len
demain les Eftreles & les Allemans
fe rendirent tous à la
Trinité. Les Bojars s'y affemblerent,
& refolurent entr'eux
d'envoyer prendre les traiftres
en quelque lieu qu'on les puft
trouver . Un Colonel à la tête
de quatre cens hommes fur
chargé de cette commiffion.ll
vint à Moscou où il ne furpas
plûcoft arrivé qu'il marcha au
Palais Imperial. Là , il démanda
haurement qu'on luy hivraft
Thekelavitau : On fir
d'abord quelque refiftance ,,
Q
2
188 MERCURE
mais leColonel ayant perfifté,
la Princeffe qui fe vit abandonnée
, & qui craignit les fui.
tes de fonrefus , livra le cou
pable & fes adherans , qui fu
rent conduits chargez de
chaînes à la Trinité.
D'un autre cofté Galifchin
voyant la fortune fur le point
d'eftre renversée , & fe flatant
de la pouvoir foutenir par fa
fermeté , réfolur d'aller lu7-
même juftifier fa conduite .
auprés du Czar. Il prit le chemin
de la Trinité , accom
pagné de fon Fils , & de plu
fieurs grands Officiers fes
GALANT. 189
Creatures ; mais la porte du
Convent le trouva fermée
pour luy & pour la fuite ; & "
aprés qu'on luy en eut refufé
l'entrée , on leur donna des
gardes à tous , avec ordre de
ne point fortir de cette maifon.
Si-toft que Thekelavitau
fut arrivé, il fut conduit dans
le grand Salon , où le Czar
avoit affemblé fes Bojars. On
l'interrogea quatre heures , &
de là on le mena à une tour
du Convent , où il fouffrit la
torture , c'eſt à dire , les étrivieres.
De la façon qu'on les
donne en Mofcoyie , ce fup .
190 MERCURE
plice eft tres cruel . On atta
che le Patient fur le dos d'un
homme robuste , qui est tout
droit fur fes jambes, appuyant
fes mains fur une espece de
banc à la hauteur de fa tefte.
L'Executeur eft à trois pas de
là avec un grand foüet de nerf
de boeuf, ayant au bout trois
aiguillettes de cuir d'Eland ,.
cru & non tanné , & qui par
conlequent ne tranche guere
moins qu'un rafoir. Il en don
ne de toute la fotce fur le doss
du Patient , & fait ruiffeler let
fang à chaque coup . Theker
lavitau en ayant effuyé quelGALANT.
191
ques uns , avoua qu'il s'eftoit
chargé de tuer l'Imperatrice
mere , & le Czar Pierre , &
que la Princeffe Sophie l'avoit
pouffé à cette entreprise ,
dant il découvrit toutes les
circonftances
. Le Czar , quoy
que fort perfuadé de l'inhu
manité de fe Soeur.ne voulue
pourtant point deshonorer
publiquement
une Princeffe
de fa Maifon ; & le jeune Galifchin
, Favory du Czar , cut
befoin de tout fon credit , pour
l'engagerà ne pas ternir l'hon
neur de fa Famille par le fup
plice de fon Parent , Prince
192 MERCURE
de ce même nom . On examina
enfuite fept fcelerats , qui
devoientexecuter le maflacre.
On leur donna lanqueftion
extraordinaire , qui fut de leur
rafer la tefte , & de leur faire.
tomber goute à goute del'eau
bouillante fur le crane ; ce
qui leur fit auffi- toft confef
fer tout par l'excés de la dou
leur. Aprés qu'ils eurent declaré
leur crime , & nommé
tous ceux qui efto ent de la
confpiration , on paffa deux
jours à déliberer ce qu'on fe
roit des criminels . Galifchin ,
fon Fils & fes amis , furent
conGALANT.
193
condamnez à l'exil. La Sentence
luy fut prononcée au
pied de l'escalier par un Secretaire
d'Etat . Il l'écouta
de bout & environné de Gardes.
Elle portoit qu'il luy
eltoit ordonné de la part du
Czar de fe rendre à Karga ,
ville fous le Pole, & d'y de
meurer lerefte de ſes jours en
difgrace de Sa Majefte , dont
la bonté cependant eftoit telle
, qu'elle luy accordoit trois
fols par jour pour la fubfiftance
, fa juſtice ordonnant
que tous fes biens feroient
confifquez au trefor . Le malheureux
Galifchin ayant fait
Septembre 16974 R
194 MERCURE
une inclinatiou , & répondu
feulement qu'il eftoit difficile
de fe juftifier devant fon Mai
ftre , fe retira , & fut conduir
au lieu de fon exil , par un
Colonel . On dépêcha un Sep
cretaire d'Etat à Mofcou
pour le faifir de fon Palais
où l'on trouva quantité de
meubles tres - riches , cent
mille Ducats enterrez dans
une cave , quatre cens Poute
de vaiffelle d'argent , chaque
Poute valantquarante francs ,
& quelques efpeces d'argent
monnoyé. Sa Femme , fon
Fils , & la Femme de ce Fils ,
T
GALANT. 195
furent envoyez au mème exil.
Le lendemain , Thekelavitau
eut la tête coupée fur un billot
, & l'on punit du même
Supplice deux des feptEftreles
qui devoient porter les premiers
coups . Le Colonel qui
s'eftoit chargé de commander
le détachement , eut les étrivieres
, & aprés qu'on luy eut
coupé la langue , il fut relegué
en Ziberie avec un fol:
par jour pour fa fubfiftance..
Les cinq autres eurent auffi la
langue coupée , & furent envoyez
au même lieu pour tuer
les Martres Zibelines . Toutes
"
Rij
196 MERCURE
' ces executions finies , le Czar
Pierre en donna avis à la Princeffe,
qu'il fit prier de fortir
du Palais, & de fe retirer dans
le Monaftere qu'elle avoit fait
bâtir à un demi mille de Mofcou.
Elle refufa de lefaire pendant
quelques jours , dans le
deffein de chercher une retraite
en Pologne, ne pouvant
fe refoudre à retourner dans
un lieu d'où elle avoit eu l'adreffe
de fortir contre la coûtume
, ce qui ayant efté (ceu
du Czar , il envoya ordre au
Commandant des Eftreles de
la conduire de gré ou de force
GALANT. o
a
à ce Monaftere , d'en faire
garder toutes les avenuës , &
d'empefcher que perfonne
n'y entraft pour luy parler. A.
prés que cela eut efté fait , le
Czar Pierre revint à Moscou ,
où il fit fon entrée à cheval ,
laquelle il n'y eut rien de remarquable
que d'y voir les
dix huit mille Eftreles de la
Garde fous les armes. Un
quart d'heure aprés , la Femme
& fa Soeur arriverent en Car
roffe, & tous enfemble ils allerent
defcendre au Palais. Le
Czar Jean vint recevoir fon
Frere au haut du degré. Lis
Riij
198 MERCURE
s'y embrafferent , & s'eftant
promis amitié l'un à l'autre ,
chacun d'eux fe retira dans.
fon appartement particulier.
Depuis ce temps - là il ne s'eft
fait nulle mention de Jean
qu'à la tête des Actes . Telle
fut la fin de la Regence de
la Princeffe Sophie, qui fe fefoit
toûjours confervée dans
fa puiffance , & dans fon credir
, fi elle s'eftoit contentée
de gouverner l'Etat fous les
Freres , mais pour avoir trop
cru fon ambition , elle s'eft
veuë confinée pour le reſte de
fesjoursdans unConvent,avec
GALANT. 199
200. Religieufes qu'elle avoit
fait venir exprés de Kiovie ,
dans le deffein de s'acquerir
le plus de creatures qu'elle
pourroit. Le Czar Jean eft
mort depuis peu d'années. Le
Czar Pierre qui regne feul à
prefent eft d'une tres grande
taille . Il a le vifage beau , les
yeux affez grands , mais fi égarez
qu'il fait de la peine à
regarder. Il fe divertit à faire
tirer les Favoris les uns contre
les autres , & bien fouvent ils
s'affoment à l'envy pour faire
leur Cour. L'hiver il fait faire
de grands trous fur la glace , &
4
Ri
200 MERCURE
oblige les plus grands Seigneurs
à paffer deffus en trai
meaux. Il fe réjouit quand il
les voit tomber dans ces trous,
où beaucoupfe noyent par la
foibleffe de la nouvelle glace.
Sa paffion dominante eft de
voir brûler des Maiſons , ce
qui eft fort commun à Mofcou
,à cauſe qu'on ne fe donne
pas la peine d'éteindre le
feu , qu'il n'y en ait quatre ou
cinq cens de brûlées . A la ve
rité la perte n'eft pas fort
grande . Chacune de ces Maifons
ne vaut guere plus qu'une
de nos étables . Auffi les,
GALANT. JO
trouve-t-on toutes faites au
marché. Les incendies qui
arrivent fi frequemment à
Mofcou, viennentde la grande
habitudes que les Mof
covites ont à s'enyvrer , &
de leur negligence à éteing
dre le grand nombre de bou.
gies allumées qu'ils mettent
aux Tableaux qu'ils ont dans
leurs Chambres.
F'oubliay à vous dire le mois
paffé , que le Roy a donné
F'Abbaye de Saint Aubin lez
Bois , Ordre de Cifteaux ,
Diocele de Saint Brieuc , à
202 MERCURE
·
M l'Abbé de Cattuelan ,
Grand Vicaire de S. Brieuc ,
& Neveu de M' le Marquis
de Cattuëlan , Brigadier des
Armées du Roy.
Le 8. de ce mois , jour de la
Nativité de la Vierge , Ma
dame de la Poipe , Abbelfe
de l'Abbaye royale de Sainte
Claire de Vienne , Ordre de
Saint Benoist , fut benite par
Mr l'Archevêque de la même
Ville. Il s'y trouva plufieurs
Dames d'un nom & d'un merite
fort diftingué , avec
un concours extraordinaire
de gens de tous eftats , que la
GALANT. 203
réputation de la haute vertu
de cette Abbeffe y avoit attirez.
Il y eut enfuite plufieurs
tables fervies tres - proprement
par le foin de fes Parens,
qui en firent parfaitement
bien les honneurs , & regalerent
la plufpart de ceux qui
avoient affifté à cette ceremonie.
Le nombre en eftoit
fott grand, quoy que perfon,
ne n'y euft efté invité.
Il paroift depuis peu un
nouveau Traité des Eaux mine.
rales de Forges , fait par M Linand
, Docteur en Medecine.
Il donne le plan du Bourg de
204 MERCURE
Forges , de la maiſon & de
l'enclos des Capucins , & des
fources minerales , & fait voir
d'abord quelle eft la qualité
de l'air du lieu , & quelles
commoditez
on y trouve pour
la vie. Il entre enfuite dans
l'examen de la nature de ces
Eaux minerales , & démeſle
en quoy confifte la difference
de celles des trois fources
qu'on y voit. Le quatrième
Chapitre donne une idée generale
des plus confiderables
maladies aufquelles ces Eaux
font propres. Après avoir fait
connoiftre les fimptomes les
GALANT. 20
3
plus effentiels qui les accompagnent
, & les caufes les plus
ordinaires qui les produifent,
il s'attache à faire comprendre
comment ce remede agit
pour les détruire . Tout le refte
de l'ouvrage tend à conduire
les Malades comme par la
main , afin de leur faire trouver
dans l'ufage de ces Eaux
rout le fruit qu'on s'en promet.
On fait préparer les fujets
avant que de commencer
à les prendre .On leur preferit
un regime , tant à l'égard des
alimens , que des exercices , &
des plaifirs même qu'ils doi
206 MERCURE
vent prendre. On examine
encore les principaux acci
dens qui furvienneut quelque
fois, quelques mesures qu'on
prenne pour les éviter , & on
y prefcrit des remedes. Enfin
on ne quitte point les Malades
qu'ils ne quittent eux.
mêmes les Fontaines , & c'eft
en leur donnant encore des
avis touchant la conduite qu'
ils doivent tenir aprés qu'ils
fe font fervis de ce remede .
Comme on n'a pu bien faire
voir les fources en les renfermant
dans le petit terrain qu'
elles doivent occuper dans le
GALANT . 207
plan qu'on a tâché de rendre
regulier , on les met dans une
figure détachée . 1024
M Lemery , Docteur en
Medecine
, a mis depuis peu
au jour une Pharmacopée univerfelle
, contenant toutes les
compofitions de Pharmacie
qui font en ufage dans la Medecine
, tant en France , que
par toute l'Europe , leurs vertus
, leurs dofes , leurs manieres
d'operer les plus fimples ,
& les meilleures
, avec plu-
Lieurs remarques & raiſonnemens
fur chaque obfervation .
Tout ce que l'Ecole a de plus
208 MERCURE
habiles Medecins , affurent que
par le moyen de ces remarques
& raiſonnemens , l'Autenr
a débaraffé toutes les
compofitions que ce Livre
contient , de ce qui pourroit
s'y rencontrer d'inutile , & les
a enrichies de medicamens
les plus capables d'augmen
ter confiderablement leurs
vertus , en forte que le Public
ne peut manquer d'en tirer
de grandes utilitez . Ce Livre
eftant dédié à M'Fagon , premier
Medecn de Sa Majefté,
j'ay cru devoir rapporter icy
l'endroit qui fuit de l'Epift re
GALANT. 209
que M Lemery a miſe à la
tefte de fon Ouvrage.
On n'a pas oublié ces fçavantes
& judicieufes Leçons que vous
faifiez autrefois dans le Fardin
Royalfur la matiere que je traite
, & defquelles j'avouë que j'ay
tiré de tres-grands avantages..
Quelle profondeur de Doctrine !
Quelle penetration ! Quel difcernement
n'y avez vous pas roûjours
fait paroître ? Avec quelle
netteté , avec quelle facilité
n'infiniez vous pas vos plusfu
blimes pensées à cette foule d'Au.
diteurs qui venoient de toutes les
Septembre 1697.
S
210 MERCURE
parties du monde , pourprofiter de
vos lumieres ? On peut dire ,
Monfieur , que vous eftes le premier
qui avez mis les bons remedes
en reputation . Vous les a
vez developez de la confuſion où
ceux qui vous avoient precedé les
avoient laiſſez , & vous avez
donné à laMedecine par l'heureux
alliage que vous avez fait de la
Chymie avec la Galenique , les
armes les plus invincibles qu'elle
pouvoit avoir contre les Maladies.
C'eftpar une voye fipeu cons
nuè avant que vous l'euſſiez onverte,
que vous eftes parvenu à
sette experience confommée,& à
GALANT: 211
ee haut degré de capacitéqui vous
a attiré de toutes parts tant de ma.
lades & de conſultations , &
qu'après avoir remply toute l'Europe
des merveilleux fuccés de
vôtre pratique , vous avez enfin
merité que la fanté du plus grand
Monarque du monde vous fust
confiée.
Vous me
demandez ce que
c'eft que La Promenade
des
Tuileries, qui fait bruit dans
vôtre
Province. Elle fait partie
de l'agreable
Livre done
je vous parlay le mois paffé ,
fous le tirre de
Avantures
Lettres
Galantes .Vous avez in-
$ ij
212 MERCURE
tereſt à foûtenir la reputation
qu'il s'eft acquife , puifqu'il
Vous eft dédié. L'Epître eftant
adreffée au beau Sexe , ce ne
peut estre qu'à celles qui vous
reflemblent. Le Medecin de
Chaudrais , les Vandanges de
Suténes , la Foire de Bezons
le Bois de Boulogne, les Bains
de la Porte S. Bernard , le Palais
, le Bal , l'Opera , la Co ,
medie , & divers autres, lieux,.
ont fait naiftre les Avantu
res qui y font rapportées . Je
vous ay déja dit que tout cela
eft accompagné de Lettres &
de Réponſes fort tendres &
n
GALANT 217
fort paffionnées. Outre la
Promenade des Tuilerics
dont j'avois oublié de vous
parler , on voit dans ce même
Livre le fâmeux démélé du
Poëte Latinus , & quantité
d'autres particularitez tresagreables
, & tres - bien écrites.
Il fe vend au Palais chez
le S Guillaume de Luynes , &
la Veuve Gabriel Quinet , &
chez l'Auteur , rue des Sept
Voyes , Mont S Hilaire , visà
- vis le College de la Mercy
dans la maifon de M' Thi
bault.
Il y a deux ou trois mois
214 MERCURE
que je vous parlay de quatre
Difcours de la Componction
par Saint Ephrem Moine Syrien
, que M Bofquillon , d
l'Academie de Soiffons a traduits
en nôtre langue. Certe
traduction eft fort estimée
& a donné lieu à la Lettre
dont je vous envoye une co.
pie. Elle eft de M de Poiff .
A M'. BOSQUILLON .
V
OTRE Saint Ephrem ,
Monfieur , a bien fait ,
du chemin depuis que vous
GALANT. 25
m'avez donné fa connoiflance
. On a beau me dire que
l'habit ne fait pas le Moine.
Ce nouveau venu n'a pas efté
plûroft habillé à la Françoife,
qu'il a en entrée chez les
Crands. On ne voit que luy à
la Cour. Il fe fourre par tour,
jufqu'à la toilette des Dames.
La Belle ** ayant lû vôtre
incomparable Ouvrage , le
donne à Madame fa Mere,
qui eft d'un âge & d'un cara-
Aere à trouver que les plaifirs
font fades. Il me retombe
entre les mains . Je le fais voir
à mes illuftres amies . Je l'en216
MERCURE
S
1.
voye à Mademoiſelle de la
** avec qui j'estois un peu
broüillé pour certaines rai
fons , railons qui demandent
de la Componction . Comme
cette charmante Demoiselle
ne cherche que les moyens
de fe vanger à quelque prix
que ce foit ; Fay lŵ avec un
plaifir extrême , m'a t- elle dit
tantôt , le beau Livre dont l'on
vous a fait prefent ; le don eft
trop confiderable pour ne pas tirer
de vôtre cervelle quelque chofe à
La louange og de l'ouvrage & de
l'Auteur. Les Bouts rim Z fant
váire fort , & je ne trouve per.
Дольное
GALANT. 217:
Jonne en France qui l'emportefur
vous pour l'Impromptu ...
En vain jay youlu l'affeurer
du contraire . Point d'excufe
avec moy , a telle continué,
Je fuis vive , il faut me
contenter. Laquais¦ vise uno écrisqire,
Auffitoft dit, aufficoft
fairy Bibus , omnibus , rem , quamobrem
fe font prefentez d'as
a mes
borear
de
ma
furptife. Jay efte fort étonné
LA
de me rencontrer avec ces
gens inconnus. Ephrem qui
les fuivoit en queuë m'a raffuré,
Ma peur ceflée , j'ay mis
les armes à la main . Ma Mufe
T
·Septembre 1697.
218 MERCURE
jusqu'icy Pucelle pour vous
Monfieur , vient d'accoucher
d'un petit Impromptu, qui ne
veut pas grand argent. Quel
dis-je ? Il vaudra toujours
beaucoup fi vous regardez de
bon oeil celuy qui eft plus
parfaitement que perfonne
du monde , Monfieur , Vo
tre , & c.
Voicy l'Impromptu de M
de Poilly.
U n'es pas , Bofquillon, un
T Auteur de
bibus. i
Par tes divins Ecrits wçais)
plaire given ómnibus !
GALANT 219
A toy , pour le bon gouft , perfonne
ne fe
frote.
Mais pourquoy ce difcours ? ça ,
qu'an réponde
Rare & charmant
Esprit , apnad
rem
.
si prens moy ; quamobrem,
Le beau Sexe e la Cour , Na
21
devote,
tion
pen
Lifent
aujourd'huy
S. Ephrein
Réponse de Monfieur Bofquillon,
2007
L faut avoir autant d'ef
vous en avez
prit que
Monfieur , pour
A "
, pour
unir les chofes
du monde les plus oppo.
sées, fans que cet affemblage
Tij
220 MERCURE
ait rien de choquant , & de
maniere qu'il faffe même un
effet tres-agreable . Cet art
de badiner ingenieulement
& avec politeffe , que fi peu de
perfonnes fçavent , paroît
vous eftre naturel . Le billet
que je reçeus hier de vôtre
part , Monfieur, eſt plein d'un
enjoüement délicat , & d'un
fel fin qui ne peut manquer
d'eftre du gouft de tous les
bons connoiffeurs, Je foûhaite
que mon Livre touche
autant que ce billet plaît . Si
celá arrive , je ne le croiray
pas indigne de vos louanges

GALANT 22F
dont je connois tout le prix.
Je fuis , Monfieur , plus que
perſonne , Vôtre , &c.
Voicy deux Sonnets que fit
Pilluftre Mademoiſelle l'Ho
ritier , fitoft qu'on cut appris
Paris la derniere conqucfte
des armes du Roy.
SUR LA PRISE
de Barcelonne.
A
Pris cent glorieux exploits,
La conquefte de Barcelonne.
Parun nouveau Laurier couronne
Le front du plus puiffant des
Rois.
Tij
222 MERCURE
Sans ceffe guidé par la gloire
Elartache à fes pas la rapide Vit
Etoire
Ses Ennemis audacieux
is
audacieux
Qui refufoient la Paix que fa main
bien-faifante va
A vouluredonuer à l' Europe trem=
blante ,
Le verrons mille fois triompher
leurs yeux.
17
De leur Ligue aux abois toujours
victorieux
On verra ce Heros , le plus grand
de la serre,
En leurfaifant fentir les terribles
effets
De la plus fondroyante guerre,
Lesforcerd'accepter les douceurs de
la Paix..
GALANT. 223
A M LE DUC
DE VENDOSME
Rince , quelle gloire pour
PR
Malgre fa puiffante barriere ,
Malgré fa résistance fiere,
Barcelonne
aujourd'huy
fuccombe
fous vos coups.
Voftre valear , vofire caudaite
Ons éclaté bent fois fur ces fameux
ramparts.
Parmy les plus affreux hazards
Vous gardez toujours l'air qu'ont
Les Heros d'élites
On ne doit point s'en étonner.
"L'exemple
merveillenx
que Louis
fçait donner,
T iiij
224 MERCURE
Vous fit toujours chercher la
gloire. Index A
Vous fortcz d'an illuftre Sang
Qui répondu fans ceffe à l'éclat de
Jan rang ,
Et fut dans tous les temps cheri de
la Victoire.
Brillant au champ de Mars , bril
tant au Cabinet ga
Comme avec un gouft fin vous dé.
·cidez d'Horace,
Anfi tranquillement vous prenez
une Place
Que vous chaffez un Cerf dans la
foreft d'Anet.
Le Sonnet qui fuit fur les
Conqueftes de cette derniere
Campagne , eft de M' Maugard
le jeune.
GALANT 225
F
Aire éclater fon nompar mille
exploits divers
Combattre en même temps & la .
Flandre & Efpagne ,
Prendre Ath & Barcelone en moins
d'une Campagne
,
Eftre vainqueur encorjusqu'au delà
des mers.
2
Des Peuples attentifs voir tous les
yeux ouverts
Contempler un bonheur que le Ciel
accompagne ,
Rendre vains les efforts de la fiere
Allemagne,
Et vouloir redonner le calme à l'U
nivers .
S
Ce font là ces hauts faits d'une im
marielle gloire:
226 MERCURE
Que Louis deftinoit ao Temple de
memoires
Son grand coeur n'a plus rien qu'il
veüille furmonter.
Se
Faut-il donc s'étonner fi fa bonté
n'aſpire
Qu'à donner an repos que l'Europe
defire ?
La Paix eft le feul bien qui le puiffe
flater.
1
Cet autre Sonnet eft du
même Mªмaugard . Il ſuppoſe
que le Gouverneur de Barcelone
parle au Viceroy de Catalogne
.
D
Où provient cegrand bruit, &
d'où part tant déctar ?
GALANT. 227
Diceroy , les Français font devant
Barcelonne,
Tapperçois
leurs Drapeaux
leur Canontonne,
déja
Pour les bien recevoir mettons- nous
en eftat-
Viensicys ne vapas effuyer un combat
,
Ny s'approcherd'un Camp où Vendofme
en perfonne
Commande en la Tranchée , agit,
difpofe, ordonne,
Et fait les fonctions de Chef & de
Soldat.
S
* ན ཏི
Duffay-je eftre poltron , & paffer
pour un traifiwe ,
Ie fçay quel eft Vendofme, & je
counois (an Maifre .
228 MERCURE
Quel puiffant nom m'impose une fe
vere loy?
2
Ie fremis , mon coeurfent de fecretes
DAES alarmes ,
Qui me difent tout bas , Corfana
rens les armes ,
C'est un Roy qui t'attaque,& Louis
eft ce Roy,
Le divertiffement dont vous
allez lire les paroles , a fait
partie d'une Fête que M' le
Duc de Sally donna il y a
quelque temps à S. A.R.Mon.
fieur le Duc de Chartres Il
a efté composé par l'Auteur
de l'Europe Galante , qui eft
un Balet que l'on propoſe
a
GALANT. 229
pour cet hiver , & dont on
die beaucoup de bien dans le
monde. Vous jugerez par
cette piece des efperances
que l'on doit concevoir de
PAuteur.
LA NUIT.
Somm
Ommeil , qui me ſuivez fans
ceffe , p Ma mol abji
Eloignez de ces lieux vos languiffans
pavors . um á fiale d'I
J'y veux voir 'regner l'allegreffes
Il faut offrir aux yeux d'un augufte
Heros
D'autres charmes que le repos.
Que prés de luy les Jeux viennent
erfestendres In230
MERCURE
Qu'Apollon avec eux s'empreffe de
defcendre ,
Que les accords les plus harmonieux
i
Répandent dans les airs un bra
mable & tendre , no
Pour fervir un Heros , & pour plaire
à fesyeux ,
Tout doit fuivre l'ardeur du Maiſtre
de ces lieux .
anal sov APOLLONTO
Prés d'un Prince charmant le zele
icy m'attirere
Il fe plaift à me voir accompagner
fes
pas.
Tachons encore que ma Lire I
Ait pour luy de nouveaux appas,
Que pour quelques momens il perde
la memoire
* De fes heroïques defits, qu
Le jour est le temps de la gloire,
GALANT 231
La nuit eft celuy des plaifits.
LA NUIT & APOLLON.
Que pour quelques momens il perde
la memoire sub vaty 2542
De les heroïques defirs.
Le jour et le temps de la gloire
La nuit eft celuy des plaifirs.
Zuradezub MARŞ cuina
C'eft vainement qu'en ces lieux
not on s'emprefle
De flater les defirs d'un aimable
Vainqueur.
Est - ce pandes chants de tendreffe
• Qu'on presend charmer fon
grand coeur ?
Ses jeux font les combats , les perils,
les alarmes ;
Il prodigue fon Sang . tout augufic
qu'il eft . C
Le bruit & le fracas des armes
222 MERCURE
Sont le feul concert qui luy plait,
APOLLON.
Quittez P'erreur où voftre efprit
s'engage . opp mag 500
Il eft vray que fouvent les Favoris de
Mars 251 loved. 29)
N'ont pour toute vertu qu'un fuperbe
courage , a fun zī
Et qu'un fier mépris des beaux
Maisce Heros regle mieux fon
audace ;
Il ne méprife point ma voix,
Er c'eft fur le Parnaflè, po- I
Qu'il vient le délaffer de fes nobles
exploits.bangg
Que pour
le couronner chacun de
nous s'aprefte.
Quels jours font plus beaux que les
To op
fiens?
Unifions fur fa tefte
GALANT:
233
Vos Lauriers & les miens.
MARS & APOLLON enfemble.
Que pour le couronner chacun de
nous s'aprefte.
Quels jours font plus beaux que les
Giens ?
Uniffons fur la têtë
Vos lauriers & les miens.
APOLLON.
Jeux , accourez dans ces retraites,
Chaffez en les triftes langueurs .
Que les ris & les chanfonnet es ,
Portent le plaifir dans les coeurs.
LA NUIT.
Les plaifirs font icy , que chacun
en profite ,
Un Prince en ces beaux lieux les
amene aujourd'huy, chó
Ils y font entrez à fa fuite,
Ils en fortiront avec luy.
Septembre 1597.
V
234 MERCURE
MARS , APOLLON , ET LA
NUIT.
Que pour quelques momens il
perde la memoire
De fes heroïques defirs.
Le jour et le temps de la gloire,
La nuit eft celuy des plaifirs.
Le 20. du mois paffé les
Peres de la Congregation de
la Doctrine Chrêtienne du
premier College de la Ville
de Touloufe , dit Lefquille
firent reprefenter ane Tragedie
precedée d'un Prologue ,
& accompagnée de Chants
& de Ballets pour la diftribution
des Prix , que Meffieurs
GALANT: 235
les Maire & Capitouls ont
accoûtumé de donner tous
les ans aux Ecoliers de Rherorique
, Ceremonie d'autant
plus finguliere à Toulouſe
qu'elle le fait dans ce feul
College. Il y eut un grand
concours de Dames & de per
fonnes qualifiées de la Ville .
M' Dafpe, Confeiller au Parlement
& Maire s'y rendit en
Robe rouge , accompagné
des huito Capitouls revêtus
leurs Chaperons , Habits
- & Robes de Ceremonie
eftant tous partis de l'Hô
tel de Ville , au fondes
6
z
V ij
236 MERCURE
des Hautbois & fanfares
des Trompettes eſcortezi
de cent hommes d'armes ,
Garde ordinaire de la Maiſon
de Ville, & qui faifoient dans
leur marche des falves & des
décharges de leur Moufque.
zerie , & à leur tête eftoient
les Officiers qui les comman
dent. M' le Maire qui n'a pas
moins à coeur l'exercice des
belles Lettres que les affaires
du Gouvernement de la Ville
& de la Police , aprés s'eftre
donné la peine d'examiner
luy même les pieces de Profe
& de Poëfie , dont il avoit
GALANT. 237
f
fait donner les fujets , vou
luc encore diftribuer les
Prix . M' de Boyer , Fils deM
de Boyer, Syndic General , de
la Province de Languedoc ,
qui eut le premier de l'Elo
quence , confiftant à un bonnec
& à quelques Livres choi .
fis , fe fignala par la bonne
grace avec laquelle il fit le
compliment à M³ les Maire
& Capitouls. La Tragedie fuc
repreſentée avec tout l'ordre
que l'on pouvoit fouhaiter ,
& receut de grands applau
diffemens de l'Affemblée .
Le 30. du même mois on
238 MERCURE
vit dans le même College une
chofe qui furprit tous ceux
qui en furent les témoins . Un
Ecolier de quatrième n'ayant
que huit ans, répondit au long
des Annales de Tite-Live ,
n'ignorant rien de ce qu'il y a
de plus curieux dans la Fable ,
expliquant également bien
les Auteurs Grecs & Latins
& penetrant dans l'antiquité
la plus éloignée. On n'asja.
mais veu à cet âge un plus
grand difcernement , une me
moire plus heureuſe ,une con.
ception plus aisée , nyune
prefence d'efprit femblable.
GALANT
229
Cet Enfant eft Fils de M ' de
Lombrail
, Confeiller
au Parle
ment de Toulouſe
.
}
Le Prince
Louis de Bade
ayant paffé le Rhin à Mayence
le 25. du mois paffé , vint
camper
dans la plaine
de
Creuzenac
, & mit fon quartier
general
dans la petite Ile de
ce nom, qui n'eft pas fort éloi,
gnée d'Ebernbourg
& ce que
M' de Montbriſſon
, Colonel
des Dragons
de Montaler
,
ayant
appris , il fortit de la
Garnison
de Sarlouis
, avec
un détachement
de quatre240
MERCURE
vingts Dragons le 4. de ce
mois , & le rendit le lendemain
à Mefnem pour avoir
des nouvelles des Ennemis.II
fceut que le 7. ils devoient
faire un grand fourage du côté
de Vibra. Il fe rendit d ce
côté- là , & s'embuſqua dans
un bois aux environs où les
Ennemis ne
manquerent
pas
de venir fourager le jour fuivant
au nombre de mille che
vaux ,foûtenus par trois gros
efcadrons de Cavalerie. M
de Montbriffon
les ayant ap
perceus mit fa troupe en bataille
, & fit un détachement
de
GALANT. 241
de vingt Dragons avec un
Officier pour aller les reconnoiftre
, ce qu'ils firent, aprés
quoy ils fondirent deffus avec
tant de vigueur & de ferme
té , foûtenus par M' de Montbriffon
, qu'ils leur enleverent
140. Chevaux deorien tues
rent/dix ou douze , avec dou
ze ou quinze tant Huffars
que Cavaliers , & firent pr
fonnier un Enfeigne Colo
nel d'un Regiment . Saxon ,
tout cela ſans que les trois Ef
cadrons ofaffent les attaquer
Cela fait , M' de Montbriffon
le retira en tres bon ordre. 4
12.7
Septembre 1697.
X
242 MERCURE
Meffire Guillaume de Chanaleille
, Comte de la Sau
més , préta ferment de fidelité
le dix fepe de ce mois
entre les mains de Sa Majefté
pour la Charge de Lieutenant
de Roy dans la Province de
Languedoc , au département
du haut Vivarez & Vellay : Sa
Maiſon eft des plus anciennes
de cette Province , & des
plus confiderables pour fes
alliances. Ce Comte s'eft di
ftingué à l'exemple de fes an
ceftres dans divers emplois
au ſervice du Roy . Sa grande
More eftoit de la Maiſon des
GALANT 243
6
Portes ; Tante à la mode de
Betagne , de Mademoiselle
de Mommorency , mariée à
Henry de Bourbon , Prin
de de Condé , Aycul de
de Monfieur le Prince d'au
jourd'huy. Sa mere eft de la
Maifon de Gabriac & Davejan
, Familles - tres - illuftres
dás la Province deLanguedoc .
dla épousé Dame Antoinette
Charreton Fille de feu MeffireLouis
Charreton, Premier
Prefident aux Requêtes du
Palais de Paris. Cette Famille
eft connue pour une des meil
leures de la Robe, & même
de l'Epée. X ij
as
244 MERCURE
י נ
M. Bachelier de Beau
bourg, Receveur General des
Finances d'Orleans , & Chevalier
de l'Ordre deS . Lazare ,
a époufé Mademoiselle de
Valiere , Fille de M de Valiere
, ci-devant Receveur Ge
neral des Finances de Tours ,
& Soeur de la belle Madame
de la Ravoye. Le Marié elt
Fils de feu M Bachelier ,
dont je vous appris la mort
il y a quelques jours , & la
Mariée eft une des plus piquantes
Perfonnes de Paris.
2 h
2 ada al or
GALANT. 245
Voicy les Noms des Perfonnes
diftinguées dont l'ay appris la
mort depuis ma derniere Lettre.
L
A Merel Soeur Marie :
des Anges Religieu
le de la Congregation de
Nôtre Dame de Compie
gne , Fillende Mathieu le
Moine de la Fontaine , Secre
taire du Roy , & d'Anne de la
Sale. Elle eft morte pulmoni
que enfal trente- troifiéme
année aprés treize ans de Prof
feffion , ayant édifié toute la
Communauté par fa douceur
X iij
246 MERCURE
par fon humilité , & par fon
defintereffement pour toutes
les chofes de ce monde.
4
I:
3 Meffite Gilles le Boulanger,
Prêtre , Chanoine de l'Eglife
de Paris. Ileftoit Fils de
Meffire Jean le Boulanger
Maître des Requeftes , & de
Marie Dalibert , Fille de M
Dalibert, Intendant des mai.
fon & Affaires de défunt Monfieur
Gafton de France , Oncle
du Roy. Je vous ay parlé
amplement de la Famille des
Boulanger dans ma Lettre du
mois de Máy 169fb
Meffire Charles Hervé, cyGALANT
. 247
1
L
devant Doyen des Confeiller
du Parlement de Paris , & auparavant
Confeiller au Partement
de Dauphiné. Il avoie
épousé en premieres Noces
Mademoiſelle le Ragois, Fille
de M' le Ragois , Seigneur de
-Bourgneuf, de la Famille de
-Meffieurs le Ragois de Bretonvilliers
, & en fecondes
Noces Marie Doujat, Fille de
Denis Doujat , Avocat en Par-
-lement, & de Magdeleine de
la Haye . Vantelet. Ha eu pour
Enfans François Hervé , Scigneur
de Montreuil aux lyons,
& de la Boiffiere , Confeiller
X iiij
248 MERCURE
au Grand Confeil, qui a épou
fé Marie Elizabeth Miron , Fil.
lo de Robert Miron Seigneur
de la Ferté Maître des Com .
ptes , & d'Adrienne de la Ferté
; Charles Benigne Hervé,
Evelque & Comie de Gap ;
Marie Hervé époufe de Claude
de Riants Comte de Villerays
Madeleine Hervé époufe
d'Eftienne Salle Seigneur
de Menillet , Auditeur des
Comptes , & N. Hervé, Reli
gicule à l'Affomprion .
Dame Charlotte Therefe
Phelypeaux , épouſe de Louis
Vicomte d'Aubuffon , Duc de
GALANT 249
7
la Feüillade , Pair de France ,
Gouverneur & Lieutenant
General pour le Roy en la Province
de Dauphiné. Elle avoit
efté mariée le 8. May 1692. &
n'a point laiffé d'Enfans. Elle
eftoit fille de Pierre . Baltha
far Phelypeaux, Seigneur de
la Vrilliere , Marquis de Châ
teau - neuf fur Logre , & de
Tanlay ,Comte de S. Florentin
, Baron d'Hervy , Secretaire
d'Etat & dés Ordres du
Roy , & de Marie de Fourcy ,
Fille de Jean de Fourcy , Seigneur
de Cheffy , Confeiller
au Grand Confeil , & petite
250 MERCURE
Fille de Louis Fhelypeaux ,
Seigneur de la Vrilliere , Ba.
ron de Château neuf, & c . Stcretaire
d'Eftat , Prevoſt &
Maistre des Ceremonies des
Ordres de Sa Majefté , & de
Marie Particelli d'Hemeri .
Dame Marie Damond , Da.
me des marquifars d'Eftiau ,
d'Avoir , du Rivau , de la Baronnie
de Longues & autres
-lieux , Veuve de Charles Croi
fet , Secretaire de Sa Majefté
& Controlleur General de la
Grande Chancellerie . Elle é .
atoit Fille de Caude Damond
auf Secretaire du Roy , 82

GALANT. 291
Controlleur General de las
Grande Chancellerie , & de
Françoife de la Lande, & Seur
de Michel Damond Treforier
des Parties Cafuelles , & auparavant
Treforier General
du marc d'or ; de Barthelemy
Damond Seigneur d'Herou
ville , Lieutenant des Gardes
de la Porte de Monfieur, Frere
du Roy , & de N. Damond ,
époufe de défunt Nicolas de
Fremont Seigneur d'Auneüil,
Grand Audiencier de France ,
& Garde du Trefor Royal
Madame Croifet qui vientde
mourir , laiffe un Eils Louis252
MERCURE

Alexandre Croiler Confeiller
d'Honneur au Parlement,Prefident
à la Quatrième des Enqueſtes
, qui a épousé N. Rof
fignol Fille d'Antoine Reffi
gnol,Maitre des Comptes &
de Catherine Quentin de Ri
chebourg, dont il a entre au
tres Enfans deux Filles . L'une
a épousé Jean- Baptifte Louis .
Laugeois Seigneur d'Imbercourt
, Confeiller au Parle
ment , & l'autre M ' Briconnot
Seigneur de Rozay , ey de
viut Avocat General au Grand
Confeil.
Dame Marie Morand , Vu
GALANT. 093
ફ્
wedeLouis Olivier de Leuville.
Elle avoit 87 ans, & cftoit
Fille de Thomas Morand , Baron
du mein : l Garnier, Treforier
de l'Epargne & des Otdres
du Roy , & Soeur de M
Morandmaiſtre des Requeſtes,
-Pere de M² Morand , Premier
2 Prefident au Parlement de
Toulouze 34
- Denis de Pellevé Marquis
de Boury , Enteigne de Vailfeau,
mort à l'affaut de Carthagene.
Il eftoit Fils d'Emánuel
de Pellevé , marquis de
Bourry & de N. le Goux de la
1 Berchere , Fille de Pierre le
254
MERCUE
Goux Seigneur de la Berche
re , Marquis d'Inceville
, Confeiller
au Grand Confeil , puis
Premier Prefident des Parlemens
de Dijon & de Dauphi
né , & de Loüife Joly de Blaify
, Soeur d'Urbain le Goux ,
Seigneur de la Berchere Maitre
des Requeſtes
, de Charles
le Goux de la Berchere Arche
vefque d'Alby , de Claude le
Goux , Epoule de Joachim ,
Comte d'Eſtain , Marquis de
Murole , & de N. le Goux ,Epoule
de Jean le Coq , Seigneur
de Corpeville
& ode
Goupilliere Confeiller
en
GALANT
RSS
la Grand Chambre.
M le Duc de Duras , Bri.
gadier d'Armée , Fils de M
le Maréchal Duc de Duras. Il
eft mort âgé de vingt fept
ans. Il eftoit droit , fincérey
exact , bon ami , forr
religieux fur fa parole & fur
le fecret . Il cherchoit à fai
re plaifir , & a avancé , ou
par fes foins , ou par le cre
dir de m' fon Pere, tous ceux
pour qui il a cu occafion de
S'intereffer.Tous les Officiers
Generaux ont toujours parlé
avec éloge de fa valeur & de
fon application au fervice. IF
256 MERCURE
1
n'avoit point de fanté , & ila
fait des Campagnes entières
avec la fièvre , mais avec la
la fiévre ils ne laiffoit pas de
fe diftinguer dans l'occafion .
M le Maréchal Duc de Lorges
le voyant véritablement
malade sen Allemagne , luy
conſeilla en Oncle de
revenir à Paris , & à la fin
il luy en donna l'ordre en
General d'Armée. Ce jeune
Duc obeir , & partit en chaile
de pofte , mais ayant appris à
le Prince de Bade
Mers que
alloit
paffer
le Rhin , & que
Mile
Maréchal
de Lorges
GALANT 257
au
s'avançoit à grandes journées
pour luy en difputer le paſſage
, tout malade qu'il eftoir
il reprit la pofte, & il fe trouva
rendez-vous general plû
toft que le gros de noftre Armée.
Je ne vous dis rien de la
Maifon de Duras , vous en
ayant entretenuë fort au long
quand je vous appris le majiage
de M. le Comte de Maurepas
. sobbing di rive
M Bertrand, Receveur general
de la Commanderie do
Laulnay , appartenant à M'le
Grand- Prieur de France, neut
pas plûroft fccuta défaire du
Septembre 1697.
Y
258 MERCURE
Viceroy de Catalogne , par
l'Armée du Roy que com-
-mandoit Mile Duc de Vendôme
, qu'il fit charger trois
petites pieces de campagne ,
qui font au Chateau de cette
Commanderie , & en fit faire
pluſieurs décharges toute la
nuit , avec de grandes lluminations
au Chafteau. Cene
fut là que le prélude de ce qu'il
fit pour la prife de Barcelone
Il fit avertir tous les Habitans
des Villages dépendans de la
Commanderie de Laulnay,de
fe mettre fous les armes , pour
affifter au Te Deum qu'il vou
GALANT 299
loit fare chanter ; & le Di
manche 15. de ce mois , il envoya
deux Tambours à chaque
Village , & fit diftribuer
de la poudre à toute la milice,
conduite par les Officiers du
dieu , qui fe rendirent en bon
ordre à l'Eglife de S. Martin ,
Paroiffe de Laulnay. Toutes
les Compagnies
rangées autour
de l'Eglife , firent leurs
décharges, & le Te Deumayang
a efté chanté . M' le Chevalier
¿de Fleurigny , monićà l'avanage
, marcha à la tefte, de
toute cette milice , qui for fusvie
de plufieuis moleis char
Y i
260 MERCURE
gez de provifions de bouche
pour la regaler. Enſuite marchoit
un chariot tiré par plu
fieurs chevaux qui traînoient
l'Artillerie , tous les chevaux
& mulets ayant de grandes aigrettes
de plumes , & plufieurs
fonnettes à leurs coliers. Tour
cet équipage eftoit fuivi de
plus de quatre mille perfonnes
. Lors que l'on fut arrivé
fur la montagne qui regarde
la Ville de Sens , on trouva un
grand bucher préparé. m' le
Chevalier de Fleurigny
, aprés
avoir falué le Portrait de m'
le Grand Pricur , fit mettre
r
GALANT 261
toure la Milice en bataille ,
& lors qu'elle eut faitplufieurs
marches autour du bûcher ,
il y mit le feu conjointemenc
avec le Curé de Saint Martin ,
aux cris de Vive le Roy Nof
feigneurs les Princes de Vendofine.
On fit plufieurs décharges de
l'Artillerie & de la milice , &
pendant que le feu brûlort ,
la Nobleffe & les Officiers
trouvérent un magnifique re.
pas fervi fur le gazon . Il y cut
pour la Milice des tonneaux
de vin , & des vivres en abondance
, dont ils eurent licu
d'eftre contens.
262 MERCURI

A
Aprés vous avoir donné
dans cette Lettre & dans celle
du mois paffé les Regles du
Jeu du Solitaire, je dois vous
avertir que le S Gerard Jol
lain Marchand
, ruës Jacques
à l'Enfant Jefus , en a grave
deux differentes avec plufieurs
manieres de le jouer.
L'un fe joue avec des fiches
à l'ordinaire & l'autre avec des
marques ou Jettons. Ils font
legers, montez en forme d'é
crans, & peuvent fervir d'hiver
auprés du feu . Il a fait un
Damier de la m me forte enrichy
d'ornemens , & ur Jew

GALANT. 267
du Renard avec les regles .
Ces Jeux montez , enluminéz
de diverfes couleurs , & garnis
de leurs bâtons , marques &
fiches , ne fe vendent que huir
fols chacun.
Il a mis auffi au jour une
Table intitulée le Grand Calcul
ou l'Art de faire fur le
champ fans plume & fans jer
tons toutes fortes de comptes.
Cet ouvrage eſt auſſi curieux
que neceffaire à tous Marchands
, Banquiers , Changeurs
, Notaires , Receveurs ;
Payeurs , Treforiers , Inge .
nieurs , Architectes , Toifeurs
264 MERCURB
A penteurs , & generalement
à toutes perfonnes qui vendent
ou acherent à grand &
à petit prix , même à ceux qui
payent ou reçoivent des tentes
ou droits Seigneuriaux. La
Table eft enrichie d'un grand
TarifdesMonnoyes , des elper
ces qui fe fabriquévaux armies
du Roy. Il y aufli quelques
Regles qui pourront donner
Ouverture à en faire d'autres, à
ceux quis'en voudront kryir,
Il vend auffi l'Arithmeti
que circulaire du fameux M
Piquet , Arithm , cien & Proi
fellur de Mahematique

GALANT 265
Au moyen d'un Indice qui
eft attaché , l'on pourra non
feulement faire toutes les Regles
d'Arithmetique , mais encore
trouver tels Comptes.
que l'on voudra . On trouve
encore chez luy quelques cutiofitez
, comme la Table Pytagorique
où font marquez
les differents termes & les differentes
mesures de toutes les
lieues de l'Europe par rapport
à celles de France, la Liquida
tion d'intereft à divers prix ;
les Conftitutions
par jours ,
mois & année avec la Table
de dépences & des jauges ,
Sepiembre 1697.
2
256 266., MERCURE
poids & mefures , fuivant les
Ordonnances de la Ville de
Paris . Tous ces ouvrages font
d'un grand fecours pour foulager
la memoire & d'une grãde
utilité à ceux qui ne fçavent
pas à fonds toutes les Regles
de l'Arithmetique.
On vient d'imprimer pour la dixreuvième
fois l'Etat de la France.
C'eft un livre qui fe perfectionne
toujours à chaque édition , & on le
peut voir par cette derniere qui eft
bien plus ample & dans un meilleur
ordre que les precedentes . On net
J'avoit vû jufques à prefent qu'en
deux volumes , & il eft prefentement
divifé en trois . Le premier
GALANT. 267
comprend la Maifon du Roy , à com
mencer
par les Officiers Ecclefiaftiques
, aprés quoy on parle du Grand
Chambellan , des premiers Gentilshommes
de la Chambre du Grand
Mailtre & des Maiſtres de la Garderobe
& de tous les Officiers de
la Chambre & de la Garderobe qui
ont rapport aux habillemen's du
Roy' du Surintendant , des Intendans
& des Controlleurs des Baftimens
, des Capitaines & des autres
Officiers de toutes les Compagnies
qui veillent à la Garde de Sa Maje
fté & de la Maifon du Grand Ve
neur , du Grand Fauconnier , du
G and Louvetier & de toutes leurs
dépendances. Le fecond Volume
contient les autres Maitons Royales,
les Officiers de Monfeigneur l2
Dauphin , des Princes Enfans de
?
Z ij
168 MERCURE
France , la Maifon de Monfieur , de
Madame , de Monfieur le Duc &
de Madame la Ducheffe de Char
tres aprés quoy font les Princes da
Sang & les Princes legitimez les
Princes Errangers & ceux qui tien ,
nent rang de Princes , les Ducs &
Pairs , les Chevaliers des trois Or
dres du Roy , pois les Dignitez generales
qui regardent toute la Fian
ce , ou les Provinces du Royaume ,
en commençant par les Officiers de
guerre , les Maréchaux de France
dans les Armées , le Grand Maiſtre
de l'Artillerie , l'Amiral , le General
des Galeres , & la Marine. Dans le
troifiéme Tome font , le Chancelier
& les Confeils du Roy , les Arche
vêques & Evêques , les Gouverneurs
des Provinces , les Parlemens & autres
Cours; les Generalitez qui res
GALANT 1264
çoivent l'argent de tout le Royaume
& cù font les Intendans de Juſtice
& enfin les Univerfitez qui enfer
gnent par tout le Royaume. Ce lvre
le vend chez le S Guillaume de
Luynes , Libraire au Palais , à la J
ftice.
Lei de ce mois , Mª ¡ ' Abbé Beri
tiet fut facré premier Evêque de
Blois , dans l' Eglite des Dames de
Saint Cyr près de Verfailles, par
ME
Archivefque de Paris , qui efior
affifié de Me l'Evelque de Chartres ,
& de MrEvelque Comte de Cha
Tons. Ce nouveau Prelat eft d'une
tras bonne Famille de Touloufet
il a un FrereConfeitler au Parlement.
Blois eft une Ville qui meritoit bien
qu'on l'honoraft de l'érection d'où
Évelché Elle eft fi bien fituée , l'ais
yeft fi bon ; & la Campagne en elt
Z iij
270 MERCURE
fi fertile , qu'on l'a nommée la Ville
des Rois , tant parce qu'on y élevolt
autrefois les Enfans de France , que
parce que plufieurs de nosRois y ont yout
fait leur ordinaire fejour D'ailleurs,
fespremiers Comtes eftoientde laFamille
de HugueCapet . Guy deChatillon
IIiu nom , Comte de Blois ,
vendit ce Comté en 1391. à Louis
de France Duc d'Orleans , Aycul
du Roy Louis XII fons lequel il vine
à la Couronne & il y fut ,parfaiteinent
any fous Henry II . comme
Heritierde la Reine Claude de France
, la Mere Fille du mefme Roy
Louis XII & Femme de François I
Blois eft fitué far le panchant d'un
colline qui aboutit à la Loire . Il уа
un tre beau Chafteau Royal , avec
fes Jardins & fon Parc , dignes de la
magnificence de nos Rois Cente
GALANT. 7
Ville a deux Eglifes Collegiales , diverfes
Paroiffes , & grand nombre
de Monafteres d'Hommes & de
Femmes.
Je vous ay déja donné laveuë du
Chateau de Rilvviz , du côté de
la Cour, Je vous envoye aujour
d'huy la face du mefme Chattcaŭ
du cofté du Jardin . Les Conferen
cés qui s'y tiennent pour la Paix le
rendent fameux.
C
Le 20 de ce mois ,Madame la Dir
cheffe de Crequi eftant arrivée
Tours , Mr le Duc de la Trimouïlle
La fit recevoir & complimenter en
preſence de toute la Famille par les
Chefs de tous les Corps , entre letquels
le Pere Vaudin , Prieur des
Chanoines Reguliers du Chapitre
de S. Long , fe diftingna fort pat le
Difcours que vous allez ire.
Zinj
372 MERCURE
MADAMEN
ADAME ,
Nous beniffons le jour heureux
qui nous fait voirce que nous defi
ronsily a long temps . Voftre prefence
réjouit veritablement nos
• coeurs ; elle remplit agréablement
nos esperances ; elle comble nos de
firs Sile Corps dont j'ay l'honneur
deftre le Chef, a l'avantage
de tenir le premier rang dans le
Clergé de cette Ville , il regarde
cet honneur comme une obligation
plus étroite de vous marquer fon
Zéle & fa joye. L'empressement
que chacunde nous témoigne à vous
rendrefes premiers devoirs, eft une
GALANT. 273
preuve affurée de nos fentimens,
un préjugéfavorable de l'a bonté
de vôtre coeur, pour tous ceux qui
ont l'honneur de vous approcher.
Cette grandeur , ce genie vafte eg
penetrant qui paroift dans tour
vôtre exterieur , ce caract re ve
nerable d'une pietéfolide , dont les
traits éclatans nous frappent , cette
douceur majestueuse qui nous char
me & qui nous enléve , raffemblent
en un inftant , & nous reprefentent
comme en un feulpoint
de vûë , tout ce qu'il y a jamais
eu de grand, de pieux d'heroïque
dans les quatre auguſtesfa
milles dont vous eftes aujourd'huy
274 MERCURE
Went
le lien indiffoluble Ony , Mada
me les vertus de ces grands Hom.
mes , de ces anciennes Heroines,
des Princes des Rois vos
Ayeux , dont l'originefe perd dans
les fecles les plus reculez ,fe retrou
vent heureufement dans vostre illuftre
Perfonne. Elles ren ren jer
avec éclat dans celle à qui vous
ave donné la plus chere
plus pure partie de vostre Sang
auguste. Le Prince qui vous adɔ
re, que vous aimez tendrement ,
er que nous respectons , ce Prince
moins glorieux par le Sang qu
l'unit à tous les Potentats de la
ferre, que par mille aimables qua
la
GALANT. 275
lite perfonnelles , qui luy font meriter
lafaveur & la confiance de
Jon Roy , l'admiration de toutela
Cour , le coeur defes Peuples,
Joutient noblement ce grand eclar
qui vous environne. Héqquueenn'aast.
tendons nous pas un jour de ce
jeune Heros , qui fait aujour
d'huy le plus aimable objet de vos
plus tendres complaisances ? D'une
alliance des plus nobles qui fe firent
jamais dans l'Europe , it
vient de naiftre une belle Princeffe
qui femble n'avoir retardé noftre
bonheur, &ne paroiftre au mon .
de que pour nous dire qu'elle fera
bien toft fuivie d'un Prince que
:
276 MERCURE
que
formé du plus purfang defes Anceftres
, portera encore plus loin
sil eft poffible , la gloire des noms
fameux de Lufignan , deCrequi,
de la Trimouille , & de Bouillon.
Plaife au Ciel , Madame ,
voftre heureufe Pofterité rempliffe
soujours faintement & glorienfe
ment comme vous faires , la no
ble idée de ces grands noms. Ce
fontles voeux que nousfaisons cous
les jours. Nous vous fupplion's
de les recevoir avec les marques
publiques de noftre profond respect.
Le mot del Enigme du mois paffé
eftoit la Bombe , & il a efté trouvém -
par Mrs de la Lande , de Meis en
GALANT. 277
Lorraine de Pons en Xaintonge :
Licellie de Lion : Gueret de Blois :
du Gay Seigneur d'Arny : de la Haineqniniere
: Blatu Avocat : le Devineur
de tout ce qu'il voit . MefdemuitellesJavote
Ogier du coin de la
rue de Richelieu : de Laure & Petille.
L'Enigme nouvelle qui fuit meri
te l'attention de ves Amies, pour en
trouver le vray mot
ENIGME.
E fuis une fiere Essangere
Qui veux toujours le plus haut
liens
Et poury parvenir je fouffre fans
colere
La corde , le fer& le feu.
S
Comme la Girouette exposée à tout
vents
278 MERCURE
Vn libre mouvement me donne de la
grace,
D'un Sexe à l'autre mon corps
palle,
Sinon toujours aumoins affez fouvent.
Vous eftes tres- bonne Connoiffeufe
; ainfi je ne vous dis rien de
Air que je vous envoye.
AIR
NOUVEAU.
C'Eft en vain
en vain que je fuis fidelle,
Et que je languis nuit & iour.
Celle que j'aime eft ieune & belle,
Et pour l'engager à mon sour,
Ilfaudroit que le Dieu d'Amour
Merendit jeune & beau comme elle.
C'eft en vain queje fuis fidelle,
Ec que je larguis auit & jour.
Voicy une Lerte écrite par Monfieur
le Prince de Conty à Mr le
Cardinal Radzjejovvski Archevel
GALANT. 279
que de Gnefne , Primat du Royau
me de Pologne . Toutes les nouvel
les publiques en ont parlé , & l'on as
fceu qu'ayant efté leue dans la Diette
dePologne, elle y avoit fait beau
coup d'effet , & donné une grande
opinion de ce Prince.
MONONSIEUR ,
Des le moment que j'appris
par la Lettre que M. l'Abbé de
Polignac a écrite au Roy, & par
celle que je receus de luy , l'élection
qui s'eftoit faite en ma faveur le
du mois paffé , où Votre Emi.
à la tête de la plus grande
partie de la Republique mavoir
proclame Roy dans les formes,
27.
nence
280 MERCURE
fuivant les regles requifes par les
Loix dans de pareilles occafions, je
n'aurois pas manqué ,fije n'avois
uivi que les mouvemens de mon
coeur , d'écrire à V. E. pour luy
marquer à quel point va ma reconnoiffance
des offices qu'elle
bien voulu me rendre dans lafuite
dans la conclufion de cette
grande affaire. Les mêmes mouvemens
me portoient auffi à me
mettre en chemin fur le champ, &
à furmonter les obstacles les plus
difficilespour me rendre en Polo
gne, & me mettre en estat defai-
Te voir
re tien à la République l'impaque
j'ay de luy rendre fer!
281 GALANT
vice , de me montrer digne du
choix dont elle m'ahonoré , en ta
chant de diffiper par ma prefence
les femences de divifions que quelques
mal intentionnez ont voulu
répandre dans le Royaume par l'élection
irréguliére faite en faveur
de M.t Electeur de Saxe. It a
efté necefsaire pour m'empefcher de
prendre ce party , que des refle.
xions plus prudentes ayent arrêté
cès premiers mouvemens de ma
reconnoiffance , jay crienepow
voir prendre une meilleure regle de
ma conduite , qu'en me conformant
à celle de V. Ě, dont la fageffe ne
s'est démentie en rien , c qm na
Sept. 1697.
As
282 MERCURE
ew
point crû quil y euft de plus feur
moyen pour faire rentrer dans le
devoir ceux qui s'en font écartez
qu'enſuivant inviolablement les
loix du Royaume , en vertu defquellesfeules
peut fubfifter l'Election
legitime des Rois. Ceft ceete
méme raiſon , Monfieur , qui
m'empéebe juf m'a empéché ,
qu'à prefent deprendre le titre de
Roy de Pologne , quelque legitimement
qu'il me foit acquis , n'en
ayant point encore receu la nouvelle
par aucune Lettre de la part
de la République , qui afeule drois
de me le donner , de m'appeller
dans un Royaume , dont elle m'a
GALANT: 28 %
er digne d'eftre le Chef. Ce fons
ees nouvelles , Monfieur, quej attends
avec la derniere impatience,
aprés quoy V. E. ne dair pains
douter que je ne me rende avec di-,
ligence fur les lieux où mon de voir
m'appelle , & je m'efforceray de
faire voir à ceux qui m'ont
honoré par un ſi glorieux choix ,
que je n'en fuis par indigne, & les,
réfolutions dans lesquelles je fuis
d'employer le refte de ma vie ,
de prodiguer tout monfang pour
l'augmentation de leur glaire, e
be maintien de leun luberté. Ces
font là ,Monfieur , les fentimens
dans lesquels je fuis, & feray take
A a ij
284 MERCURE
jours ; ce que je prie V. E. de
vouloir bien témoigner en general
en particulier à tous coux qui
m'ont crû digne d'eftre leur Roy.
Quant à ceux que de mauvais
exemples ons jettez dans un party
contraire, i'efpere que la fage con
duite de V. E les aura deia fait
rentrer dans leur devoir , & leurs
aura fait connoiftre en même
temps , & le reſpect qu'ils doivent
aux Loix, & les veritablesinte
rests de la République
; qu'ainft
nous n'aurons rien à faire à mon
arrivée dans le Royaume , qu'à
nous reunir tous ensemble contre
les ennemis communs , & à tra
GALANT 282
4
vailler coniointement pour lagloi
rele bien del Etat ay appris
par quelques Lettres particulières
que V. E. avoit pris la peine de
m'écrire, mais ces Lettres ne font
pas venues encore iufqu'à moy.
Elles ont apparemment este inters
ceptées , & ie les regarde comme
une grande perte pour moy ," "dans"
l'impatience où ie fais de recevoir
de fes nouvelles & d'étre en état
de profiter de fes fages conſeil's
que ie luy demande avec empreſſement,
comme le fecours le plusfatu
taire que ie puiffe recevoir ne
merefte ,Monfieur qu'à témoigner
¿ V. E. l'impatiencedans laquel286
MERCURE
le ie fuis de me voiren état de me
rendre dans les lieux où mon de
voir mon inclination m'appel.
lent , de my rendre avec les
moyensneceffaires pour fatisfaire.
aux paroles que l'on a données en
mon nom, qui feront inviola
bles. Je n'en ay pas une moindre
de témoigner à V. E. ma parfai
reconnoiffance l'estime fingulie
re que ie fais de toutes fes grandes
alirez , & avec combien de fin
cerité ie fuis , & c.
Juillet 16.97.
te
Le
Je viens à l'Article de la Paix,
Dans les trois dernie es Conferen
ces qui fe font tenues avant qu'elles
GALANT. 287
f

ait efté fignée il y eut de grandes
conteſtations , qui durerent encore
dans celle qui le tint le 20. Elle com,
mença à trois heures apiés midy . A
onze heures da foir les Hollandois
fignerent . Les Anglois for les
deux heures aprés minuit , & les
Efpagnols à trois heures, & les Ple ·&
nipotentiaires de l'Empereur n'ayant
point figné on accorda à l'Emps-,
Leur & à l'Empire un délay qui
doit durer iufqu'au premier Novem
bre. La Paix a efté conclue aux conditions
offertes par la France dans
le projet du 20. de Juillet dernier ,
& dans le Memoire du premier de
ce mois . La nouvelle de la fignature
de la Paix fut fceue partout dans le
mefme temps , à Delf & à la Haye .
Chacun donna des marqués de fa
joye avec les emportemens qui fyi288
MERCURE
vent ordinairement les nouvelles are
demment defirées . Le lendemain
matin le Courier qui portoit la nouvelle
à Loo ayant paffé par Urec
où il la fit fçavoir , on y fit des réjouiffances
proportionnées à l'extrême
plaifir que caufa cette nouvelle,
chacun difant qu'on ne pouvoit
trop le réjouir aprés neuf ans
d'une guerre fatale . Les Plenipotensi
tiaires coucherent àRifvvic, oirifs fi
rent pendant le refte de la nur des
dépefches pour leurs Souverains . Le
Comte de Cainits receut au retour
des Conferences un Courier qui luy
apporra la nouvelle de la défaite
d'un corps de l'Armée Othomane
par le Prince Eugene de Savoye , &
il en fit part le lendemain aux Etats.
On a fçeu que le Prince de Cont
ty
GALANT 299
ty a paffé le Sund ; que le Roy de
Danemarc luy a envoyé des rafrai
chiffemens & des Pilot es, & que S.
M.Danoife s'eftoit rendue dans l'om
de fes Ports pour voir paller ce Pring
ce. Il donna Audiance au retout a
un Envoyé de l'Electeur de Saxe ,
qui le pria de s'oppofer au paffage
de Monfieur le Prince de Conty.
Comme nous n'avons plus de guer ↓
se qu'avec les Allemans, jay peu dé
chofe à vous en dire . On croir le
Château d'Eberbourg affiegé par
12
Prince de Bade. Il y acinq ou fix ans
qu'il paffe tous les ans le Rhin a ce
deffein ; quand ils feroient cette année
plus heureux que les precedenres
, l'avantage ne feroit pas grande
Je fuis , Madame , voſtre , &c.
A Paris ,ce30. Septembre 1697-
Je viens d'apprendre de nouvelles
Bb
Septembre 1697.
290 MERCURE
particularitez du voyage de Mt le Prince
de Conty. Ce Prince pa ffale 14. fur les
heures du foir , devant le Chafteau de
Cronembourg , qui commande le Détroit
du Sund. Le Roy , la Reine de Da
nemarx, les Princeffes , & toute la Cour ,
fe trouvérent fur la terraffe du Baftion
qui donne dans la mer ,pour voir pafler
ce Prince , les Vaiffeaux eftant obligez
Pour prendre leur route , de s'approcher
deux portées de moufquet. Aprés les
falves ordinaires de part & d'autre, le
Prince fit faluer la Reine de quinze coups
de Canon , à quoy elle répondit de neuf
que tira le Chafteau . Plufieurs Seigneurs
de la Cour de Dannemark ont eftó
faluer ce Prince.
VENTABLE. TABLEndothe
P
Refude
Ce qui c'est passé à l'Academie Françoife
le jour de S. Louis , tant à la Ceremo
nie du matin , qu'à la diftribution des
Prix l'apréfdinée.
Autres Sermons préchez le mefme jour
devant leurs Majeftez Britannique's'
Saint Cir.
26
Chapitre des Recolets de Guyenne , renk
4à Perigueux.
Epitaphes defen Mr de Santeul , avec
la Traduction de fon dernier Onord-
40 ge.
TroifiémeLettrefur le feu duSolitaire . (8
Mariage de Mrle Marquis de Nenvy
Saillon , & de Mademoiſelle de l'Au
befpin.
Lettre fur le livre des Superftitions
de MrThiers.
Epiftre en Vers.
97
109
Ce qui s'eft paffé au ſujet de l'établiſſement
de l'Hopital de la Ville de Cla--
mecy
י י ד
TABLE
Nouvelles hiftoriques de Mofcovie , tres
Curienfes. 129
OL
Abbaye donnéeà M. l'Ab.de Cattuelan.201
Abbeffe benite.
Traitédes Eaux minerales de Forges. 203
Pharmacopée univerfelle.
Promenade des Tuileries.
Traduction de Mr Bosquillon.
207
211
·2·14-
Ouvrages fur la prife de Barcelone. 221
Divertiffement donné à Son Alteſſe Monfieur
le Duc de Chartres. 228
Divertiffement donné à Thoulouse. 24
Belle action de Mr de Mantbriffon. 239
Morts.
Réjouiffances faites à Laulnay.
Livres nouveaux,
245
..257
266
Sacredu nouvel Evefque de Blois. 269
Reception faite à Madame la Ducheffe
de Crequi,par Mr de laTrimouille.248
Enigmes,
277
Lettre deMr le Prince deConti au Primar
de Pologne.
Signature de la Paix..
La Figure doit regarder la page 271 .
L'Air doit regarder la page 27
77777
278
284

TABLE
Nouvelles hißorique de Mofcovie , tres
curieufes. 129
Abbaye donnéeàM. l'Ab.de Catruelan 201
Abbeffe benite.
ΤΟΣ
Traitédes Eaux minerales de Forges. 203
Pharmacopée univerfelle.
Promenade des Tuileries.
Traduction de Mr Bosquillon.
207
211
·2·14
Ouvrages fur la prife de Barcelone. 221
Divertiffement donné à Son Altesse Monfieur
le Duc de Chartres .
Divertiffement donné à Toulouse . 2.4
Belle action de Mr de Mantbriffon. 239
Morts.
Réjouiffances faites à Laulnay.
Livres nouveaux ,
228
245
257
266
Sacre du nouvel Evefque de Blois. 269
Reception faire à Madame la Ducheffe
de Crequi,par Mrde laTrimouille.248
Enigmes,
277
Lettre de Mr le Prince deConti an Primar
de Pologne.
Signature de la Paix.
La Figure doit regarder la page 271.
L'Air doit regarder la page 2.7
i
278
284

TABLE
E
Nouvelles hiftoriques de Mofcovie , très
curienfes. 129
Abbaye donnéeà M. l'Ab.de Catruelan.201
Abbeffe benite.
Traité des Eaux minerales de Forges. 203
Pharmacopée univerfelle.
Promenade des Tuileries.
Traduction de Mr Bosquillon.
207
211
·2·14
228
Ouvrages fur la prife de Barcelone. 221
Divertiffement donné à Son Alteſſe Monfieur
le Duc de Chartres .
Divertiffement donné à Toulouse .
Belle actiondeMr de Montbriffon.
Morts.
Réjouiffances faites à Laulnay.
Livres nouveaux,“
Sacre du nouvel Evefque de Blois
n
24
239
245
257
266
269
Reception faire à Madame la Duchefe
de Crequi,par Mrde laTrimouille .
Enigmes,
€ .241
277
Lettre de Mr le Prince deConti au Primar
de Pologne.
Signature de la Paix.
La Figure doit regarder la page 271 .
L'Air doit regarder la page 278
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le