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Eur.
511
m
1697.8
Eur. 511
т
16:97,8
Mercure
<36624560800014
<36624560800014
Bayer. Staatsbibliothek
33
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
AOUST 1697.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant .
ON
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau , &
Vingt-cinq fols en Parchemin .
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juſtice .
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envie.
3
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. DC. XCVII
Avec Privilege du Roy,
Bayerische
Stoptsbibliothek
München
1
pkk ckck.sta
O
A VIS.
Velques prieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
ectre les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
d'y manquer toujours . Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
ans de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On réitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
AVIS.
priefeulement ceux qui les envoient,
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
l'article des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent.
C'eft fort peu dechofe pour chaque
particulier , & le tout ensemble ef,t
beaucoup pour un Libraire,
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere qu'il est toujours
imprimé au commencement de chai
que mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilferapartir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure.Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin, Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercare
AVIS.
long-temps avant qu'il fait arrivé
dans les Villes éloignées, mais auſſi
les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'ellesfaifoient auparavant . Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toujours fors
tard par deux raifons. La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendre fitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quel
ques jours avant que l'on en faffe le
debit, & l'autre , que né l'envoyant
qu'apris qu'ils l'ont lu eux quelques
autres à qui ils le preftent, ils
rejettent la faure du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'il fe charge de faire
A iij
AVIS.
les paquets lay-mefme, & de lesfaire
porterà la Pofte ou aux Meſſagers,
fans nulintereft , tant pour les Pariculiers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefmechofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront . Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera execute avec
une exaltitude dont on aura lieu
d'eftre content.
MERCVRE
GALANT
AQUST 1697.00 *
E vous envoyay le mois
paffé le Sonnet qui a
remporté le Prix cette
année , par le jugement de la
Compagnie des Lanterniftes ,
& je vous manday que le Pere
François Lami , de la Doctri-
A iiij
8 MERCURE
ne Chreftienne , en eſtoic
l'Auteur. Il eft Profeffeur des
belles Lettres dans le College
de l'Eſquille , & l'a emporté
fur plufieurs autres Prérendans
, qui fe diftinguent par
leur Jang & pat leur merite.
Voicy fix Sonnets qui ont
concouru , & parmy leſquels
Te beau Sexe fait particulierement
briller fes agrémens ,
& fon heureux naturel . Madame
du Noyer , Epoufe de M
du Noyer , Grand Maiſtre des
Eaux & Forefts de France au
département de Languedoc ,
a compofé celuy que vous
GALANT.
9
trouverez icy le cinquième.
Elle y marque beaucoup de
tendreffe pour le Roy. C'eſt
un Prince que l'on ne peut
s'empêcher d'aimer.Ses grandes
vertus font naistre de
femblables fentimens dans
tous les coeurs. Cet ouvrage
fut fort applaudi , à une faure
prés , que la prononciation
Françoiſe pourroit excufer, fi
la feverité des rimes ne s'y
oppofoit , puis que l'on prononce
également Tu l'ignore
fanss , & tu l'ignores avec une s .
Comme tous ces fix Sonnets
font à la loüange du Roy, j'ay
to MERCURE
crû que je ne pouvois com
mencer ma Lettre par un ar
ticle qui vous fuſt plus agréable
.
SONNETS
Qui ont difputé le Prix dans la
Compagnie des Lanterniftes.
I.
Telqu'on
voit le Soleil für les
pas de
A Aarore,
Louis par les exploits dignes de fes
Ayeux ,
Suit la chaleur d'un fang fecond en
demi- Dieux;
Tout cede à fa fageſſe , il n'eft rien
qu'elle
B
ignore.
C'est pour luy que le fein des frimats
& de
Flore
GALANT! IF
A germer des Lauriers devient ingenieux;
La grandeur de fon ame éclate dans
fes
yeux
La Juffice eft toujours l'étendard
qu'il
S
arbore.
Le Ciel , en ce Heros qu'il forma
fans pareil,
Des plus rares vertus fait briller
P
appareil
SesRivaux les plus fiers le prennent
pour
a
modele.
Son bras qu'ont defarmé leurs dou -`
accens, y loureux
Arrefte la Victoire à nos de first fi
delle
Pour ce nouveau triomphe eft - il
afl: zd' Encens?
12 MERCURE
PRIERE POUR LE ROY,
Seigneur , dont le pouvoir regle nos
deftinées
Exauce nos fouhaits pour le plus
grand des Rois .
1 .
Fais que le cours de fes années
Réponde à fes nombreux exploits.
II.
Onarque reveré du Couchant
à l'enga
MⓇ%
Aurore,'
Qu'on ne me vante plus tes auguftes
Ayer x
Tu fais tout , tu vois tout , à l'exemple
des Dieux ,
Et Mars n'a rien de grand que ta valeur
S
ignore.
Dans le temps des frimats , dans la
1 faifon de
Flore ,
GALANT. 13
Ton bras en l'art de vaincre habile,
ingenieux,
Fait trembler l'Ennemi , foumet
tout à nos
yeux,
Porte en tous lieux les Lis , en tous
lieux les
2
garbore.
Toy feul , Prince invincible , à toy
feul es
Tes folides vertus fant ton riche appareil,
pareils
Sans modele , des Rois tu deviens
le
26
madele .
Mais pourquoy te chanter par mes
foibles succens?
A tes ordres foumis , à mon devoir
fidelle,
Grand Roy, jé dois t'offrir un coeur
au lieu d' Encens
14 MERCURE
PRIERE POUR LE ROY.
Seigneur , remplis tous nos fou
haits ,
Combats avec un Roy qui combat
pour ta gloires Zasi
Fais que pour nous donner la
Paix "
Il fe ferve de la Victoire.
L
... III
Ouis eft reveré du Couchant à
P. Aurore,
Il paffe avec éclat fes plus brillans
Ayeux.
Sa valeur l'auroit mis au rang des
Ademi- Dieux,
Et dans l'art de regner il n'eft rien
qu'il
S
ignore.
Dans le temps des frimats , dans la
faifon de Flores
GALANT.
DIS
et
1
Cachant fes grands deffeins d'un
voile
ingenieux,
Ses Ennemis confus , font furpris
qu'à leurs
yeax,
Sur leurs murs les plus fiers fon étendart
s' arbore.
Dans Rome & dans la Grece il n'eut
point fon
Quoy qu'il ait d'un vainqueur &
l'air & l'
pareil;
appareit,
modele,
left d'un Roy Chreftien , le plus
parfait
$
Mais il n'a pas besoin que nos foi
bles accens
Tracent de fes vertus une image
fidelle,
L'Univers à l'envi luy prodigue
Encens.
16 MERCURE
PRIERE POUR LE ROY.
C'est pour tes droits facrez que Louis
fait la guerre ,
Seigneur , benis tous fes exploits,
Etpermets que fon bras puiffe calmer
la terre ,
Pour y faire regner tes Loix.
L
IV.
Quis eft un Soleil dont on
voyoit ľ
AUTOTE
Eclater noblement dans fes divins
Ayevx.
Il est l'appuy des Loix & l'image des
a. Dieux,
Ce font des veritez que perfonne
n'
ignore,
S
L'on feme fur fes
pas
les richeffes de
Flores
GALANT. 17
Etles Mufes l'ont peint d'un tour
ingenieux,
De l'Univers entier il éblouit les
узих,
Par tout cet Univets fes Drapeaux
il
S
arbora
Louis ,le Graud Louis n'eut jamais
de
Redoutez , Ennemis , fon fuperbe
pareil.
appareil,
modele.
De cet augufte Roy faites- vous un
2
Pour louer fes vertus uniffons nos
accens
Ce Heros à la gloire attentif & fi
delle ,
Des Peuples & des Rois a merité
Encens
douft
1697. B
18 MERCURE
PRIERE POUR LE ROY ,
Dieu de la Paix . Dieu de Victoire,
Exaucez de Louis les plus ardens
fouhaits. =
Il ne veut vaincre & ne cherche la
gloire,
Q
Que pour faire la Paix .
V.
Ue ne fuis-je , Loüis , plus belle
que l'
Aurore ,
Que ne puis-je compter des Rois
pour mes
Ayeux !
Je te préfererois au plus puiffant des
Je le dis hautement , faut-il
ľ
2
Dieux,
que tu
ignore
?
Dans ces vaftes Jardins , les delices
de Flore,
Marly, Trianon & Versailles,
GALANT. 19
Oùla nature cede à l'att ingenieux .
Je ferois mon bonheur d'un regard
de res yeux,
Sansfonger à l'éclat que ta grandeur
arbore.
Grand Roy , lors que mes yeux te
trouvent fans
pareil,
C'est moins par ta Couronne & fon
riche
appareil,
Que par tant de vertus dont tu fers
de
&
modele.
Ah , que n'es- tu touché de mesten.
dres accens!
Mon coeur toujours rempli d'une
flâme
Brûleroit
fidelle,
pour t'off ir un précieux
Encens
Bij
20 MERCURE
PRIERE POUR LE ROY.
Seigneur , fais que Louis dans une
Paix profonde
Soit toujours craint , aimé de tout
cet Univers ;
Conferve- le , grand Dieu , pour le
bonheur du monde ,
Et permets pour le mien qu'il approuve
ces Vers.
D
VI.
Es climats du Couchant juſề
qu'à ceux de l' Aurore
Louis fait triompher les drois de fes
Ayeux s
Jufte & penetrant tout , à l'exemple
des Dieux
Il n'eft rien qu'il ne puiffe , il n'eft
rien qu'il ignores
GALANT. 21
Pour les Arts les plus beaux Themis ,
Minerve & Flore,
Admirent de ce Roy les foins ingenieux.
La valeur de Bellone éclate dans fes
yeux,
Et la fortune fuit les Drapeaux qu'il
arbore
Il fait de fes vertus fon plus riche
Louis dans les Heros ne voit point
fon pareil,
appareil,
pour
modele.
Le Ciel à tous les Rois le donne
S
Tandis que pour la gloire on pouffe
des
accens,
Ce Monarque à fon Dieu rend un
culte
fidelle,
22 MERCURE
Et meritant nos voeux , refufe noftre
Encens
PRIERE POUR LE ROY.
Contre tant d'Ennemis que la fureut
conduit ,
Louis combat luy feul , & fa vale
les dompte.
Seigneur,dans leur orgueil détruit
Faites voir la gloire & leur honte.
Je vous ay déja marqué
que ce fut chez M ' le premier
Preſident de Toulouſe
que la Compagnie des Lanterniftes
ajugea le Prix au
Sonnet du Pere Lami . Cela
eftant fait , cet illuftre Magiftrat
, qui n'a pas le difcernement
moins penetrantGALANT.
23
dans la déciſion des ouvrages
d'efprit , qu'il eftjufte & éclairé
dans les jugemens qui regardent
la fortune des hommes
, pria ces Meffieurs
de
faire part à l'Affemblée
de
quelques uns de leurs Ouvra
ges qui n'avoient point encore
vu le jour. Un Abbé de
la Compagnie
, auffi illuftre
par fa finguliere pieté , que
par les talens de fon efprit ,
fit lire les Stances pieuſes
dont je vous envoye une copie.
Elles furent trouvées tresbelles
, & je ne fçaurois douter
que vous n'en porticz un
24 MERCURE
jugement auffi favorable.
STANCES IRREGULIERES .
H
Eureux , qui content de fon
fort ,
Retiré dans un lieu champestre,
Quand il voit la Nature & mourir
& renaiſtre ,
Regle fur ce modele & fa vie & fa
mort.
Il fe dit à luy- même , icy tout doir
finir ,
Ta vie eft une fleur fragile & paffagerc
.
Ces momens , d'une aile legere,
S'envolent fans efpoir qu'ils puiflent
revenir.
2
Tous ces objets délicieux,
De
GALANT 25
I
De ces prez émaillez la brillante
peinture ,
Ces vallons , ces cofteaux revestus
de verdure ,
Ne feront plus bien -toft de plaifir
de tes yeux.
Avant que
$
l'horrible Borée
Ait ramené du Nord la nége & les
glaçons ,
Cette plaine aujourd'huy ſi verte &
fi
dorée ,
Deviendra le tombeau de ſes propres
moiffons .
S
L'Efté foule aux pieds le Prin
temps ,
Et l'Automne à l'Hiver cede enfuite
la
place ;
Si ce monde me plaiſt , qu'est - ce
que j'en attens ?
Louſt
1697.
C
26 MERCURE
Une trifte vieilleffe , un âge qui me
glace.
2
Abreuvé d'amertume', accablé de
douleurs ,
Si Dieu pour mes pechez prolonge
mes années ,
J'attendray que la mort ferme l'oeil
à mes pleurs ;
Mais verray- je par là mes peines
terminées?
S
Aprés les noirs frimats le Printemps
de retour
Aux foufles des zephirs rouvrira la
carriere ;
Toft ou tard je perdray le jour ,
Et c'eftfans efperer de revoir fa lumiere.
S
Malheureux,je fuis convaincu
GALANT.
27
Que l'on verra perir tout ce qui
m'environne ;
Que la mort n'épargne perfonne,
Et je vis comme j'ay vécu .
$
Encor fi fameux libertin
Je m'eftois figuré que mon ame eſt
mortelle ,
Que du vafte Univers la machine
éternelle
Roule par elle-même , & roulera
fans fin :
ន
Que le hazard raflemble & forme
les accords
Dont je fens rejaillir le plaifir qui
m'enchante ,
Je pourrois en aveugle avec moins
de remords
Suivre de mes defirs la dangereuſe
pente,
Cij
28 MERCURE
2
Mais en ay-je douté ? Je fçay qu'il
eft un Dieu
Qui de ce corps immenfe animeles
parties ,
Qu'autre que luy jamais n'euft fi
bien afforties ,
Dont l'oeil veille fur nous à toute
heure , en tout lieu.
$
'L'Univers me convaine de cette
verité.
L'Air , la Terre & le Ciel , la Mer
& les tempeftes ,
Ce tonnerre éclatant qui gronde
fur nos teftes ,
Tout eft marqué du ſceau de la Divinité.
S
Elle a par de trop vifs crayons
Dans le fond de mon ame imprimé
fon image ,
GALANT: 29
Et m'a trop
rayons ,
éclairé du feu de fes
Pour douter un moment fi j'eftois
Ion
ouvrage.
S
Je lçay ce que la Loy permet ,
Ce qu'un Dieu me défend par une
Loy fifainte
Les maux dont il menace, & les biens
qu'il promet ,
: Dignes motifs pour nous , ou d'ef
poir, ou de crainte.
こshold to pan
S
L'Impie enfeveli dans des gouffres
ardens ,
Devoré d'une foif brûlante ,
De momenr en moment toujours
plus violente ,
Pleutera fans relâche & grincera les
dents .
Ciij
30 MERCURE
Par le feu de l'adverfité
La troupe des Elus icy bas épurée,
Sans mefure & fans fin fera defal.
térée
Dans des torrens de volupté .
&
Dieu me l'apprend luy - même , & je
n'en doute pas.
Cependant occupé de toute autre
penſée ,
Je pourfuis tous les jours dans ma
fougue infenfée ,
D'une ombre de plaifirs les frivoles
appas.
&
Ne reviendrai. je point d'une fi folle
We erreur ?
Le Ciel m'étale fes delices ,
L'Enfer m'ouvre fes précipices ,
Un Dieu m'offre le choix, la grace ,
ou fa fureur.
GALANT.
31
a
Je ne balance point à me détermi-
"
Mais denouveau feduit par des chimeres
vaines ,
Au moment que je romps mes
' chaînes
Pat mes fens révoluez je me laiffe
entraîner. Dimo.
S
Grand Dieu , mon coeur eft en
Vos mains 197for ... I on 6
De même que les eaux qui vont
fans violence , 97 JHO
Se rendre au heu marqué par voſtre
Providence yra pol
Pour fervir de regle aux humains .
Ne l'abandonnez point à fa legereté
,
Ce coeur inconftant & bizarre,
C iiij
22 MERCURE
Il vous cherche , Seigneur , lors
méme qu'il s'égare,
Tournez le de voſtre coſté .
S
Parmy ces vains objets il cherche
avidement
Une felicité folide
Et rien ne peut remplir ce vuide ,
Qui caufe fon égarement.
S
Je fens qu'il faur s'unir à vous,
Pour goûter à longs traits ces douceurs
toutes pures , ...
Qui font exemptes des dégouts
Qu'on trouve inceffamment parmy
les creatures.
2
Mais telque fans Pilote un Vaiffeau
Idémâté,
Environné d'écueils , & battu de
l'orage , t
GALANT.
33
Je tourne en vain les yeux vers le
Port fouhaité ,
Si voftre bras ne m'aide à gagner le
7
rivage .
2
Soutenu de ce bras puiffant,
Je fçauray furmontet mes paffions
rebelles ;
Un tranquille repos , fous l'ombre
de vos ailes ,
Bannira de mon coeur tous les trou
bles qu'il fent,
La lecture de ces Stances
fut fuivie de celle d'un Son
net fur les mêmes rimes que
celuy auquel on venoit d'aju -34
ger le Prix , & dont l'Auteur
veut bien fe donner le nom
du moins fçavant & du plus
34 MERCURE
želé Confrere de la Compa
gnie des Lanterniftes . Il fut
auffi extremement applaudi ,
& vous allez demeurer d'accord
qu'il eft tres digne de
l'approbation generale qui
luy fut donnée .
D
Ans lebel art d'écrire appli--
quez dés l'
Confultons le loifir de nos fçavans
Aurore,
Ayeux
Pour parler dignement le langage
des
Ouvrons-nous un chemin
vulgaire
*
que
Dieux,
le
ignore.
Dans le choix des fujets préferons
Mars à Flore
GALANT 35
Qu'on y feme par tout des traits
ingenieux,
Travaillons pour la gloire, elle étale
à nos
yeux
Ces Lauriers immortels que le Parnaffe
2
arbore.
Un mediocre efprit croit eftre fans
Lors que d'un Versflateur le pompeux
pareily
appareil,
Luy dit que l'avenir le prendra pout
ata modele.
བའ ། ན
Quelqnefois la louange a de trompeurs
accent.
Choififfons un Amr zelé , difcret
fidele,
Qui fçache à nos defauts refufer de
T
Encens
36 MERCURE
Comme je receus trop tard
le mois paffé tout ce qui regarde
cet Article , je ne pus
vous envoyer que le Sonnet,
victorieux , qui m'avoit efté
donné de bonne heure.M " les
Lanterniftes prient ceux qui à
l'avenir leur envoyeront leurs.
Sonners , de ne pas prendre
d'autre nom que le leur Ce
détour eft inutile , puis que
cette Compagnie ne s'inftruic
jamais du nom des Auteurs
qu'aprés que le Prix eft ajugé.
J'ajoûte un Sonnet quieft
encore fur les mêmes rimes .
La morale en eft d'une grande
utilité.
CALANT.
37
Sur la vanité des chofes
du Monde.
Que
Ue fert- il d'eftre au Jeu juſqu'au
temps de l' Aurore,
Vanter fans imiter fes illuftres
Ayeux,
N'adorer que les Grands , & s'en
Dieux? faire des
Vaine & damnable erreur bienheureux
qui l'
ignore.
$
Que fert-il d'aller voir Philis , Cloris,&
Flore?
A fe perdre , Marquis , c'eft eftre
ingenieux.
Croyez- moy , méprifez les attraits
de leurs yeux,
Et tous ces hauts atours qu'à leur
refte on
arbore.
38 MERCURE
S
Lemonde n'eft , helas ! qu'un abus
fans pareil.
Tâchons donc d'écarter fon funefte
appareil,
Prenons pour nous fauver quelque
affuré
S
modike.
Suivons des vrais Chreftiens la vie
& les
pur
&
accens,
Soupirons vers le Ciel d'un caur
fidelle:
Dieu feul merire enfin nos voeux
& noftre
Encens
Comme j'entens tous les
jours demander par le Public,
& que vous m'avez demandé
vous- même , qui font les Ambaffadeurs,
Miniftres publics ,
GALANT.
39 19
Envoyez , & autres Plenipotentiaires
qui le trouvent aux
Conferences qu'on tient à
Rifvik pour la Paix generale,
$
6
je me fuis informé de leurs
noms &de leurs qualitez avec
tout le foin que j'ay pû y apporter
, & jay crû ne vous en
pouvoir inftruire mieux , qu'
en me fervant d'une la Lifte
qui a paru icy depuis peu .
Afin de ne chagriner perfonne
pour le rang , & auffi pout
la commodité du Lecteur ,
celuy qui a dreffé cette Lifte,
a fuivi l'ordre Alphabetique
,
à l'imitation de ce qui s'eft
40 MERCURE
pratiqué à la Paix de Nime
gue. Tous ces Plenipotentiaires
s'affemblent
regulierement
à Rifwik tous les Mercredis
, à neuf heures du matln
, & les Samedis à cinq
heures l'aprésfdinée , à la maifon
, nommée la Maiſon de
Neubourg.
Ambaffadeurs Plenipotentiaires.
ANGLETERRE.
MR
.Thomas
, Comte
de Pembrok & de
Montgommery , Baron Herbert
de Cardiff , Garde du
GALANT.
41
Sceau privé d'Angleterre ,
Confeiller privé de M le Pr.
d'Orange , un des Seigneurs
Gouverneurs du
Royaume
d'Angleterre , premier Ambaffadeur
Extraordinaire &
Plenipotentiaire aux Traitez
= de la Paix,
M. Edward , Vicomte Villiers
de Darford ; Baron de
Hoo , Chevalier Maréchal
d'Angleterre , Envoyé Extraordinaire
de Mr le Prince
d'Orange auprès des Etats
Generaux, & un des Seigneurs
Gouverneurs du
Royaume
d'Irlande , Ambaffadeur Ex-
Louft1697.
42 MERCURE
traordinaire & Plenipotentiaire
au Traité de Paix.
M.Robert Lord Lexington ,
Baron d'Avere , Gentilhom .
me de la Chambre de M' le P.
d'Orange & fon Envoyé Extraordinaire
auprés de Sa Majefté
Imperiale , & auffi nommé
Ambaffadeur Ext. & Ple-,
nipotentiaire de M. le Prince
d'Orange auTraité de la Paix .
M. Jofeph Williamſon ,
Chevalier , Confeiller privé
de M. le Pr . d'Orange , Garde
desArchives , membre du Parl.
d'Angleterre , Ambaſſadeur
Extraordinaire & PlenipotenGALANT:
43
•
tiaire du même Prince d'Orange
aux Traitez de la Paix.
M. Prior,Gentilhomme de
la Chambre de ce Prince , &
nommé premier Secretaire
d'Irlande, Secretaire de l'Amballade
pour la Paix .
BAVIERE.
M.le Baron de Prielmeyer,
: Miniftre d'Eftat de Son Alteffe
Electorale de Baviere , & fon
Ambaffadeur Extraordinaire
Plenipotentiaire aux Traitez
de Paix .
1
BRANDEBOURG.
M. de Smertau , Confeiller
du Confeil d'Etat de Son Alt
Dij
44 MERCURE
Electorale de Brandebourg ,
& fon Ambaffadeur Extraor
dinaire & Plenipotentiaire
aux Traitez de Paix.i
M. de Dankelman , Confeiler
du Confeil d'Etat de
Son Altelfe Electorale de
Brandebourg , & fon Ambaffadeur
Extraordinaire &
Plenipotentiaire aux Traitez
de Paix.
4
COLOGNE.
M. le Baron de Mean, Chanoine
& Trefoncier de la Cathedrale
de Liege , Conſeiller
d'Etat, & Ambaffadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire
GALANTA 45
de Son Alteffe Electorale aux
Traitez de la Paix.
DANNEMARK .
M. Chriftian Sigfried de
Pleffen , Seigneur de Parin &
de Houkendorf , Chevalier
dé l'Ordre de l'Elephant ,
Confeiller privé, Prefident de
- la Chambre des Finances ,
Gouverneur de Wardenbourg
& de Junghoff , premier
Ambaffadeur Extraorditfaire
& Plenipotentiaire au
Congrés general de la Paix ,
de Sa Majesté le Roy de Dannemark,
Nortwegue, & grand
Chambellan de Son Alteffe
46 MERCURE
Royale le Prince Georges de
Dannemark.
M. Chriftian de Lente , Seigneur
de Sarlhaufen , Chevalier
de l'Ordre de Dannebrogue,
Confeiller privé &d'Etat, "
Grand Maistre des Ceremo .
nies , Ambaffadeur Extraor
dinaire & Plenipotentiaire au
Congrés general de la Paix ,
de Sa Majesté le Roy de Dannemark
, Norvegue, &c.
M. Pawelfe , Secretaire de
l'Ambaffade.
EMPEREUR.
"
M. Dominique André,
Comtede Caunitz & du Saint
GALANT
.
47
Empire , Chevalier
de la Toi .
fon d'Or , Miniftre d'Etat ,
Chambellan
& Vice . Chancelier
de l'Empire , Seigneur
hereditaire
d'Aufterliz
& Ongerifbrod
, premier Ambaſſa
deur Extraordinaire
& Plenipotentiaire
de Sa Majeſté Imperiale
aux Traitez de la Paix
generale.
M. Henry, Comte de Straatman
& Beurbach
, Chambellan
, Confeiller
Imperial Aulique
, & Ambaffadeur
Extraordinaire
& Plenipotentiaire
de Sa M. Imperiale
aux
Traitez de la Paix generale.
48 MERCURE
M. le Baron de Seilern ,
Confeiller Imperial Aulique ,
Ambaffadeur Extraordinaire
&Plenipotentiaire de Sa Majefté
Imperiale aux Traitez
de la paix generale.
M. Hayeck , Secretaire de
l'Ambaffade .
ESPAGNE.
M. Dom Francifco Bernar
do de Quiros , Chevalier de
l'Ordre de S. Jacques , Con .
feiller de Sa Majefté dans le
Confeil Royal de Caftille ,
fon premier Ambaffadeur Ex.
traordinaire & Plenip. de Sa
M. Cath . pour la paix.
&
M. Louis
GALANT.
49
=
?
"
A
M. Louis Alexandre de
Schockards, Comte de Tirimont
, Baron de Gaefbeck
& du Confeil fuprême d'Etat
de Flandre établi à Madrid ,
prés la perfonne de Sa Majefé,
Confeiller de fes Confeils
d'Etat & Privé aux Pays - bas ;
& fon Ambaffadeur Extraor
dinaire &
Plenipotentiaire
pour la Paix generale.v
EtatsGeneraux des Provinces
Unies...
M. Jacques Boréel , Seigneur
de Duynbeeck, Weft
hoven & Mereftein , Senateur
& Bourg meftre de la Ville
Aoust 1697.
E
To MERCURE
d'Amfterdam , & Confeiller
Député de la Province de
Hollande , Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire
pour la Paix , de la part
de leurs Hautes Puiffances
Meffeigneurs les Etats Gene
raux.
M. Everhard de Weede ,
Seigneur de Weede , Dyckvelt
, Rateles , & c. Seigneur
Foncier de la Ville d'Oudewa
ter , Doyen & Eſcolatre du
Chapitre Imperial de Sainte
Marie à Utreght , Dyckgrave
de la Riviere le Rhin dans la
Province d'Utreght , Preft,
GALANT. SI
1
1
dent des Etats de la même
Province , fon Député , &
Ambaffadeur & Plenipoteniaire
pour la paix , de la part
de L. H. P. Meffeigneurs les
Etats Generaux.
M. Guillaume de Haren ,
Grietman , du Bild, Deputé de
la part de la Nobleffe aux
Etats de Frife , & Curateur de.
Univerfité de Franequer ,
Députéde la province de Frife
, & Ambaffadeur Exrraordinaire
& Plenipotentiaire
aux Traitez de la paix , de la
part deL. H. P. Mefleigneurs
les Etats Generaux .
E ij
52
MERCURE
M. Hamel Bruninx eft Se
cretaire de l'Ambaffade.
FRANCE
ན
M' de Harlay , Chevalier
Seigneur de Bonneuil , Con
feiller ordinaire du Roy en
fon Confeil d'Etat , Ambaffa
deur Extraordinaire & Pleni
potentiaire de Sa Majeſté
pour la Paix.
1
M le Comte de Crecy ,
Marquis de Freon Fort Ifle ,
Baron de Couvey . Seigneur
du Boulay , les deux Eglifes
du menillet & autres lieux ,
Confeiller du Roy en tous fes
Confeils , Ambaffadeur Exz
GALANT:
53
I
traordinaire &
Plenipoten
tiaire de Sa Majesté pour la
Paix .
M' de Caillieres , Chevalier
, Seigneur de Caillieres ,
de Rochechelay & de Gigny
Confeiller du Roy en fes
Confeils , Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire
de Sa M. pour la paix.
· Mayence.
M.le Baron de Schonborn,
Frere de Son Alteffe Electo
rale , Grand Maréchal de fa
Cour ,Confeiller d'Etat de Sa
Majefté Imperiale , & Ambalfadeur
Extraordinaire & plc-
E iij
54 ...
མལཨཝར པས ངན
MERCURE
potentiaire
de fadite Alteffe
pour la Paix.
Saxe.
M. le Baron de Bofen,Tre
forier de l'Empire pour
Cercle de la haute & baffe
Saxe , Commiffaire general
de guerre, & Confeiller privé,
Chevalier de l'Ordre de Saint
Jean , Ambaffadeur Extraor
dinaire & plenipotentiaire de
Son Alteffe Electorale pour la
pair.
Suede Mediateur.
M. le Baron Nicolas de
Lillieroot , Ambaffadeur Extraordinaire
& plenip. de Sa
GALANT.
G 55
1 !
Ja
Majefté le Roy de Suede , pour
la mediation de la paix .
M. Charle Guſtave, Baron
de Frifendorf, Secretaire de
lambaffade de Suede .
ENVOYEZ.
Brunfvvick Lunebourg.
R Huncken , Confeiller
& Refident de Son
Mic
Alt . Elect . de Brunfwick Lunebourg
, plenipotentiaire au
Congrés des Hauts Alliez.
Brunfvvick Zell.
M. le Baron Bodmar , Miniftre
d'Etat , Confeiller Intime
, Plenipotentiaire de S. A.
Sle Duc de Brunſwick Zell .
E iiij
56 MERCURE
Brunfvvick Volfenbutel, bite
M. le Baron Frederic de
Steinberg , Confeiller Intime
& Maréchal de la Cour , Ple
nipotentiaire de S.A.S.le Duc
de Brunfvick Wolfenburel.
Empereur.
M.le Comte de Averſperg ,
Chambellan de Sa Majesté
Imperiale du Confeil Imperial
Aulique , & fon Envoyé
Extraordinaire auprés de м.
le Prince d'Orange .
Franconie.
M.Wolfganck Philippe del
Schrottenberg , Miniftre &
Confeiller Intime de la Cour
GALANT: S
Epifcopale de Bamberg, Plenipotentiaire
à la Paix de la
part du Cercle de Franconie .
M. Eraman ' , Baron de
Stein , Burggrave de Norimberg
, Ecuyer hereditaire de
la Cour , & Plenip , à la Paix .
Liege,
M. Norf, Confeiller de S.
A. E. de Cologne , Prince de
Liege , fon Refident ordinaire
auprés des Etats Generaux , &
fon Envoyé Ext. & Plenipotentiaire
aux Traitez de Paix .
Loraine.
M. Claude François Canon ,
Confeiller, Secretaire d'Etat,
58 MERCURE
3
& Prefident de la Cour Souveraine
de Loraine & de Barrois,&
plenipotentiaire de fon
Alt. Seren.le Duc de Loraine.
Munſter.
M.le Baron de Plettenberg
de Lenhaufen , Cofeiller Intime
, Doyen, Chanoine & Capitulaire
des Cathedrales de
Paderborn , Munſter & Hildesheim,
plenip. à la paix.
Orleans,
M' l'Abbé Thefeu , Confeiller
ordinaire de Son Altef
fe Royale Monfeigneur les
Duc d'Orleans , & fon Envoyé
Extraordinaire & Pleniporen.
GALANT.
59
tiaire aux Traitez de la Paix.
Portugal.
M. Pacieco , Envoyé Extra
ordinaire prés de meffeig . les
Etats Generaux, de la part de
S.M. le Roy de Portugal .
Savoye,
M.Philibert , Comte de la
Tour , Baron de Bordeaux ,
Confeiller d'Etat de S. A. R.
de Savoye , preſident de ſes
Finances , Intendant de fa
Maiſon , & fon plenipotentiaire
au Congrés de la paix generale.
M. Pierre- François de Frichignono
, Comte de Caftel
60 MERCURE
lengo , Confeiller d'Etat de
S. A. R. de Savoye , fon Avocat
General en Piémont , &
Plenipotentiaire au Congrés
de la Paix generale.
Suaube,
M. de Turrheimb,Miniftre
d'Etat & Chancelier de Son
Alteffe Reverendiffime Monfeigneur
l'Evêque de Conftance
, Miniftre plenipotenla
paix generale.
tiaire
pour
M.
de
Kulpis
, Noble
de
l'Empire
, Miniftre
d'Eftat
,
Directeur
du Confeil
Eccle
.
fiaftique
de Son
Alteffe
Sereniffime
мonſeigneur le Duc
GALANT 61
7.
1.
de Wirtemberg , miniſtre Plehipotentiaire
du Cercle de
Suaube pour la Paix.com
Treves. 26
M. Jean Henry de Keyſerf
velt , Confeiller & Refident
à la Haye , & Plenipotentiaierede
S.A.S. l'Electeur de Tre
ves aux Traitez de la paix .
Teutonique , Ordre.
M.le Baron de Loë de Wif
fen , Chevalier de l'Ordre &
Commandeur de Pitzeubourg
à Malines , Colonel au
ſervice defa Serenité Electo- ,
rale de Brandebourg
, Confeiller
Intime , premier En63
MERCURE
+
voyé Extraordinaire & Plenipotentiaire
de Son Alteffe Se
reniffime le Prince Palatin ,
Grand . Maistre de l'Ordre
Teut, aux Traitez de la Paix. 1
M. de Beugem , Envoyé
Extraordinaire & plenipoten.
tiaire de S. A. S. le prince palatin
, Grand- Maiftre de l'Ordre
Teutonique , aux Traitez
de la paix .
ه ش
VVirtemberg.
M. Antoine Gumber de
Hefpen , Confeiller dans le
Confeil fuprême de Wirtemberg
& plenipotentiaire aux
Traitez de la paix .
GALANT. 63
rit Vous trouverez une espece
d'hydropifie bien particuliere
2, dans ce que contient la Lettre
qui fuit. Elle est d'un ha
bile Medecin qui a accompa
égné le détail qu'il en fait de
plufieurs Obfervations tresf.
- curieufes.
A Reims , le 6. Juin 1697.
LA
A femme d'un Labou
reur proche Chafteau-
Porcien , âgée de quarante-
-cinq ans , affez bien faite &
1 d'un affez bon temperament
,
a commencé il y a dix -fept
64 MERCURE
ans à fentir une legere doudeur
à l'Hypocondre gauche,
& à s'appercevoir en cette
partie d'une petite tumeur
molle , qui alors l'incommo
doit peu , puifqu'elle s'appli
quoit à l'ordinaire à fes affaires
domeftiques & faifoit tou
tes les fonctions naturelles.
La preuve en eft qu'elle a eu
trois maris , trois enfans fort
fains du premier , & deux du
fecond , dont quelques - uns
vivent encore. Il est vray
qu'elle n'en a point eu du
dernier , avec qui elle a toûjours
efté reglée comme les
GALANT. 65
"
1.
5.
.
autres femmes , éxcepté les
derniers mois de fa vie . Cette
tumeur à augmenté , & s'eſt
I durcie infenfiblement depuis
ce temps - là , & confiderablement
depuis quatre mois , enfuite
d'un violent chagrin ,
+ de maniere qu'elle s'étendoit
environ un demy - pied de
Thypocondre gauche juf
qu'au nombril ; elle eftoit large
de trois travers de doigts ,
& haute de l'épaiffeur d'un
pouce , fans aucun change-
I ment de couleur en la peau.
Cette femme eftant venue à
Reimsle 18. May dernier pour
Aoust 1697. F
OF
ni "
"
66 MERCURE
•
fe faire traiter , je fus mandé
avec un de mes Confreres &
un Maistre Chirurgien pour
confulter fur fa maladie.
Ces Meffieurs eftimerens
que la tumeur eftoit ſchirreufe
. Pour moy , j'en jugeay tour
autrement à caufe de la dou
leur qu'elle reffentoit en cette
partie , & de la fiévre qui
luy prenoit tous les jours
avec friffon depuis deux mois .
Le lendemain tous les deux
changérent de fentiment ,
& convinrent avec moy que
cette tumeur renfermoit de la
mariere . Ainfi l'ouverture en
GALANT. 67
fut conclue , & on la fit en la
partie la plus baffe du cofté
de l'Umbilic, Il en fortit d'abord
de la matiere fort cuite
& fort loüable , enfuite il fe
prefenta à l'ouverture un
corps étranger de la groffeur
d'un abricot mediocre , qui
fi ceffer l'écoulement de la
maiere. Ce corps étranger
eftoit une eau claire envelop
pée d'une membrane blanche
, femblable à la pellicule
interieure d'un oeuf. Depuis
ee temps- là il n'eft plus venu
de matiere , mais une ir grande
quantité de globules de
fr
F
68 MERCURE
differentes groffeurs , que ce .
la eft prefque incroyable. Les
plus gros eſtoient de la groſleur
d'une petite bale de Jeu
de Paume , les autres un peu
plus petits , & les derniers
comme de groffes perles. Ils
contenoient tous une liqueur
tranfparente
& affez fembla ..
ble à un blanc d'oeuf cru , ne
s'épaififfant
néanmoins
prefque
point fur le feu. Ayant
enfuite dilaté la playe , nous
trouvâmes deux doigts au def
fus du nombril , un Kifte ou
fac membraneux , de l'épaiffeur
d'un écu , & affez grand
GALANT . 69
S
pour y fourrer le poing d'un
enfant de quinze ans , entre
les mufcles de l'égigaſtre &
le peritoine. Ce Kilte enfer
moit une partie de ces glo- >
bules , je dis une partie , caril
y avoit un finus , qui condui- :
foit dans l'hypocondre droit
au deffus du foye & fous le
diaphragme , qui nous fournit
un jour par une violente.
refpiration & avec affez de
bruit , en panfant la malade ,
plus de trente des plus gros
globules , vingt des mediocres,
& des centaines des
plus petits . Il n'en eft plus
70 MERCURE
*
forti depuis ce temps là , &
il est à remarquer qu'il n'y a
jamais eu aucune tumeur a
l'hypocondre droit . Enfin ab
cette pauvre femme ,affoiblieis
de douleurs , mourut le trei- ci
ziéme jour de l'incifion , lays
playe eftant tout à fait gangrenée
.
Le lendemain un de mes
Confreres , homme fort cu - se
rieux & fort appliqué à fand
profeffion , fe trouva avech
moy dés le commencementner
à l'ouverture du corps . Nous a
remarquâmes d'abord , que a
le finus qui fournifloit une La
2
GALANT.M
grande quantité de ces globules
,aboutiffoit à une grande
poche pleine de fanie , audeflus
du foye , qui avoit fair
remonter le diaphragme vers
la poitrine , plus de quatre
travers de doigts au deffus de
fa fituation ordinaire .
Nous vîmes enfuite un autre
finus , qui partoit de l'extremité
gauche du Kiſte um .
bilical , & qui fe terminoit à
une autre grande poche fi
tuée à l'hypocondre gauche ,
au deffous du diaphragme
auffi , & qui l'avoit repouffé
pareillement vers la poitrine ,
72 MERCURE
4
comme au cofté droit , de
forte que ces trois Kiftes avoient
communication l'un!
à l'autre par des finus . Cette
derniere poche contenoit encore
une grande quantité del
globules que nous mîmes furt
le feu , mais qui ne s'épaiffirent
plus , comme ceux que
l'on tiroit du vivant de la malade
. Ils s'évaporérent au const
traire comme de l'eau quel
l'on fait bouillir , en recompenfe
leurs membranes s'épaiſſiſſoient
trois fois davantage
.
Ces deux facs membra
neux ,
GALANT. 73
е
Aeux , le droit & le gauche ,
communiquoient tous deux
par le bas à un autre , quicontenoit
le tiers du ventre , &
s'étendoit entre les muſcles
& le peritoine juſqu'à un
grand abfcez du mefentere.
Cet abfcez avoit rempli la
capacité du bas ventre d'une
fi grande quantité de matiere
foetide , femblable en confif
ſtance à de la lie d'huile , qu'il
a efté impoffible au Chirur
gien de rien découvrir davantage
de ce cofté - là . Ayant
enfuite examiné les vifceres ,
nous trouvâmes le coeur en
Aonft 1697.
G
74 MERCURE
fon entier , mais le pericarde
rempli d'une grande quanti
té d'eau jaunâtre , trouble &
boüeufe , le poulmon droit
affez fain ; & c'eſt à quoy nous
attribuons la fortie violente
de ces globules qui fe déchargeoient
avec bruit par le fi .
nus de l'hypocondre droit ;
ce qui ne pouvoit point arri .
ver par le finus de l'hypocondre
gauche , le poulmon de ce
cofté là eftant entiérement
pourri, & ne pouvant par con.
féquent faire aucune impulfion.
Il eft à
remarquer que
le foye n'eftoit prefque point
GALANT: 75
t changé de fon eftat naturel ,
eu égard à la corruption des
autres vifceres ; car la rate
eftoit entierement confumée,
le rein gauche tres purulent&
deux foisgros comme le droit.
maladie peut eftre Cette
comprife fous le nom d'hydropifie
veficulaire , accom.
pagnée de plufieurs abſcez
en differentes parties ; mais
comme ce n'eft pas nôtre intention
d'aporter la raiſon de
ces abfcés , qui font des maladies
vulgaires , nous nous at
tacherons particulierement à
découvrir les caufes de la
Gij
76 MERCURE
quantité de ces globules , &
la maniere dont ils fe font engendrez.
Il feroit difficile de rendre
raifon de la formation d'une
furprenante quantité de
globules , fi on s'attachoit
feulement à l'autorité des An .
ciens , qui ont attribué au
vice du foye les caufes de toutes
fortes d'hydropifies ; mais
l'ouverture des Corps où le
foyes'eft trouvé fort fain dans
la plupart des hydropiques ,
ayant démenti ce fentiment,
nous croyons mieux expliquer
ce Phenomene par l'opi
GALANT.
ラブ
nion des Modernes , dans les
livres defquels on trouve
beaucoup plus d'obfervations
fur cette maladie.
Hipocrate en parle pourtant
affez nettement , lors
qu'il dit que fouvent l'hydropifie
s'engendre par des tubercules
ou globules pleins
d'eau , que l'on appelle proprement
hydatides , qui font
des varices, ou dilatations des
vaiffeaux lymphatiques, dont
la liqueur eft en trop grande
abondance , & arreftée dans
fon cours par quelque caufe
étrangère;mais nous en avons
G iij
78 MERCURE
plufieurs obfervations expli
quées bien plus clairement ,
& mieux circonftanciées chez
les nouveaux Auteurs. Mauritius
Cordeus rapporte qu'à
l'ouverture d'une femme hy.
dropique morte à Paris , l'on
ne trouva aucun endroit dans
le ventre qui ne fuft plein de
ces veficules , dont il y en
avoit un fi grand nombre ,
qu'il s'en trouva juſques à
huit cens. Skenchius raporte
auffi l'hiftoire d'une autre
femme , dans le ventre de la
quelle on en trouva une pro
digieufe quantité de plufieurs
GALANT: 79
groffeurs , attachées enfemble
, comme des grains de rai
fin à leurs grapes , & remplies
d'une eau tres - claire. On en
peut voir plufieurs autres his
ftoires , dans Sennert , Tulpius
, Hofferus , Horftius
Bartholin , & Ermuller.
Les Modernes demeurent
prefque tous d'accord que la
caufe la plus frequente de
l'hydropific vient de la ruptu
redes vaiffeaux limphatiques ,
ce qui eft affez prouvé par la
reffemblance des eaux que
l'on tire du ventre des hydropiques
, à la liqueur conte-
G iiij
80 MERCURE
nuë dans ces fortes de vaif
feaux ; & même il feroit facile
d'expliquer par cette raifon
la cauſe de la pluſpart
des hydropifies , mais comme
plufieurs habiles Auteurs en
ont traité , nous nous reſtraignons
à développer la maniere
dont le font formez ces
globules.
L'on a remarqué avec raid
fon qu'il s'eft engendré de
ces fortes de globules dans
tous les endroits , où les vaif
feaux limphatiques fe rencontrent
en abondance , car
ils ne fe forment pas feule ..
GALANT: 8r
ment dans le ventre, mais fouvent
dans la poitrine & autres
parties , tant dans les hommes
que dans les animaux.
Un habile Chirurgien , appellé
Jacob Muis , en a tiré
jufqu'à deux cens d'une tumeur
ædemateufe à la cuiffe
d'une femme , dont elle eft
parfaitement guérie . On lít
même des hiftoires de femmes
qui ayant efté cruës grof
fes d'enfant , n'ont jetté que
des amas de ces globules attachez
enfemble , comme on
le peut voir dans Chriſtopheà
Vega , Valleriola , Merca82
MERCURE
tus , Skenchius , Tulpius , les
Ephemerides des Sçavans
d'Allemagne , & Stralpatt ,
Vander Wiel.
Il faut auffi obferver qu'on
n'a jamais vû qu'il s'en foit
formé ailleurs que dans les
parties qui font arrofées de
ces vaiffeaux limphatiques.
La raiſon eft que la premiere
origine de l hidropifie confi
fte dans une crudité de toute
la maſſe du fang , & dans une
trop grande quantité de ferofitez
, ce qui fait que ce
fang circulant avec plus de
lenteur , & ne pouvant re-
1
GALANT. 83
monter au coeur qu'avec
beaucoup de difficulté , la ſérofité
entre en abondance
dans ces vaiffeaux limphatiques,
& les rompt lors qu'elle
eft acre & falée , faiſant ainfi
l'hydropific
ordinaire ; mais
lorfqu'elle ne péche qu'en
quantité , & qu'elle approche
de la qualité de l'eau pure , en
empliſſant les vaiffeaux , dans
lefquels elle eft contènuë
elle les enfle en plufieurs endroits
, & ne pouvant parve ,
nir aux lieux où ils s'abbou
chent , à caufe des obftructions
qui font fi communes
84 MERCURE
dans ceux qui ont de la dif
pofition à l'hidropifie ,ny auff
remonter vers fa fource à cau .
fe des valvules qui l'empê
chent , elle étend peu à peu
les membranes des vaiffeaux ,
où elle eft contenue , fe forme
en veffies ou globules ,
qui quelquefois demeurent
attachez par leurs extrémitez ,
& quelquefois fe feparent
entierement & tombent
dans la premiere cavité capa
ble de les contenir .
C'est ce qui s'eft rencontre
dans la Malade que nous
avons fait ouvrir. Elle avoit
GALANT.
85
D
le mefentere , qui cât la partie
du corps la plus arrofée de
ces fortes de vaiffeaux , tour
fchirreux , & par confequent
plein d'obftructions , d'où
il eft facile de conjecturer ,
que non feulement il s'eft pu
former de ces oeufs dans la
S cavité, d'où on les a vû fortir
avec violence du vivant de la
Malade , mais qu'ils y ont efté
pour la plufpart portez du
meſentere par le grand fac
membraneux dont on a parlé,
& enfuite repouffez par le diaphragme
, & la partie du pou- S mon pui eftoit demeurée la
plus entiere.
86 MERCURE
On comprend de là avec
affez de facilité , que ces fortes
d'hydropifies font incu
rables par l'impoffibilité qu'il
y a d'évacuer ces globules par
la voye des urines , des felles ,
ou dés fueurs , mais auffi que
les Malades doivent durer
plus longtemps que dans les
hydropifies ordinaires , où les
vifceres fe corrompent
par le
fejour de la ferofité répanduë,
ce qui caufe lafiévre&la mort.
Il eft même probable que cette
Femme auroit pû durer encore
quelques années , fi elle
n'avoit eu que cette malaGALANT.
87
die , mais la plufpatt des parties
nobles eftant attaquées
d'abfcés confiderables , il ya
lieu de s'étonner qu'elle aic
pû vivre filongtemps .
Si quelqu' un a des conjectures
plus plaufibles , ou des
experiences plus particulieres
fur cette maladie, il nous fera
plaifir de nous en faire part ,
puis que nous travaillons tous
les jours à nous inſtruire dans
une profeffion , où rien n'eſt
plus utile que les obſervations
qui fe font par d'habiles
I gens , fur des cas rares & extraordinaires.
88 MERCURE
LeJeu appellé du Solitaire.
eft tellement à la mode , que
vous & vos Amies , vous ne
ferez pas fachées d'en avoir
des regles certaines. Vous les
trouverez dans les deux Lettres
qui fuivent. Elles vous
feront connoiftre en com .
bien de manieres differentes
ce Jeu peut eſtre joüé.
GALANT 89
PREMIERE LETTRE,
Sur le feu du Solitaire.
A MONSIEUR ***
ON
N m'a dit , Monfieur ,
que le Jeu du Solitaire
pour lequel vous avez de la
curiofité , eft Americain de
Nation . H fe peut que less
* 0
Habitans du nouueau Monde
aimant à eſtre en particulier,,
comme ils vont feuls ala
Chaffe avec leur arc & leurs
fléches , quand ils en font der
retour , plantent leurs petitess
fléches en des trous de feurs
20ust1697.
Hi
90 MERCURE
cafes , & par l'agitation qu'ils
leur donnent , font le Jeu du
Solitaire. De quelque pays
que foit cet Etranger , il a
efté bien receu en France , où
il vient d'arriver . Il plaiſt à la
Cour , à Paris , & dans la Province
; on le veut avoir par
tout.
Pour venir au fait , & vous
expliquer ce que c'eſt que le
Jeu du Solitaire , imaginezvous
un morceau de planche,
coupé en octogone . Dans cet
octogone il y a fept rangs de
trous . Le premier eft percé de
trois trous ; le fecond l'eft de
GALANT.
cinq ; le troifiéme , le quatrié
me & le cinquième , le font
chacun de fept trous . Il y en
acinq au fixiéme , & trois au
feptiéme. Tous ces petits
= trous au nombre de trentefept
, font garnis de chevilles,
hors le premier ou le troifié,
me , chevilles qui pour eftre
propres & jolies , doivent eftre
d'Ebene ou d'Ivoire au moins
d'Ebene verte , bois qui vient
du même pays que le Jeu. Le
Jeu vaut la peine d'avoir un
e Octogone de beau Vernis ,
comme les Cabarets de la
Chine.
Hij
92 MERCURE
C'eft dans le mouvement des
petites chevilles que confifte
ce Jeu , oùl'oujoue tout feul.
Comme il y a quatre coltez
qui fereffemblent, où le rang
n'eft de que trois chevilles , il
eft indifferent , par lequel des
coftez on commence le Jeu ;
ordinairement, c'eſt par le cô .
té du manche. On peut tenir
dans la main cet octogone,
où le pofer fur un gueridon .
Il faut y laiffer un trou vuide ,
afin qu'il y ait de l'eſpace
pour le mouvement . Ce mouvement
eft comme celuy des
Dames; une cheville en prend.
GALANT. $ gr
9
une autre en fautant par deffus
, & va occuper le trou vuide
, avee cette difference , que
les Dames fe prennent de
biais , au lieu que les chevil--
les prennent toujours en droite
ligne, foit en longueur ,foit
en largeur , foit en avançant ,
foit en retrogradant , car les
chevilles ont la faculté des
Dames damées , qui eft
d'aller & de revenir dans
tous les rangs , fi elles fe
trouvent difpofées pour le
faire:
L'induftrie de ce Jeu eft de
prendre les chevilles daps:
94 MERCURE
l'ordre qu'il faut , & de s'y
conduire fi bien , qu'aprés
l'agitation univerfelle dans
tous les rangs , il ne reste aucune
cheville que celle où
finit le Jeu , laquelle eft comme
la cheville victorieufe , de- .
meurée feule mai ftreffe du
champ de bataille , dont les
autres fe font retirées aprés
leur défaire .
Ce Jeu eft nommé le Soli
taire , parce qu'il a cette fingularité
& diftinction fur les
autres Jeux , qu'il le jouë par
une perfonne fcule . C'eft auffi
parce que les chevilles qui
GALANT: 95
font dans le tour , & fur les
bords de l'octogone , font
regardées comme des Solitaires
qui font en éloignment.
Pour donner du relief à ce
Jeu , on luy attribuë des termes
de l'art . Il y a le point
fixe , & le quarré magique ;
les deux grandes allées , le
grand Chaffeur , le petit Chaf
feur , & le coup de piſtoler.
On parle de rapprocher les
Solitaires , de rapprocher les
Troupes , & de nettoyer les
grandes allées .
Le point fixe eft la quatrieme
cheville du quatrième
96 MERCURE
rang . Elle eſt ainſi nommée ,
parce qu'elle fert de pole
pour fe conduire & tenir une
bonne route dans le plus
grand cours du Jeu . Les deux
grandes allées , font les deux
lignes qui font collaterales
à
celle du point fixe , & qui ont
leurs trous vuides , excepté
celuy d'enhaut & celuy d'enbas.
Le quarré magique eft
compofé des deux premiers
rangs vuides , ôtant encore
la fixiéme cheville du quatriéme
rang. La difficulté de
l'ufage de ce quarré luy a
donné le nom de Magique.
Le
GALANT . 97
Le grand Chaffeur , c'eft lors
que l'on prend deux ou trois
Chevilles à la fois. Le petit
Chaffeur c'eft lors qu'on n'en
prend qu'une , & le coup
de Piftolet , c'est lors qu'on
prend la Cheville avec une
de celles d'un coin , Rappro
cher les Solitaires
& rapproa
cher les Troupes : on nomme
Troupes les Chevilles autres
S que les Solitaires , c'eft les
aller chercher , & les faire venir
aupres des autres .
Vous voudriez fçavoir bientoftice
Jeu , & vous le croyez
peut -être aisé à cause de la
Loust 1697.
I
98 MERCURE
figure toute femblable des
Chevilles , & l'uniformité de
leur démarche : ce qui ne fe
rencontre pas aux Echets où
il y a dés pieces de differen .
tes figures & qui ont auffi
une demarche differente . Cependant
, il y a dequoy oc,
cuper fon fçavoir faire pour
fe tirer d'embaras. Il fe trouve
à la fois pluſieurs Chevilles
à prendre, & fi vous choififfez
mal en prenant l'une
au lieu de l'autre , bien loin
d'avancer dans le Jeu , cela
vous broüille , & vous met
hors d'état d'arriver à la der
2
GALANT. 99
0
niere Cheville . Vous en laiffez
deux , trois , quatre & davantage.
Il en eft à peu prés
comme de celuy qui trouve
plufieurs Chemins . S'il net
prend pas le veritable loin
d'avancer dans fon voyage ,
il s'égare , & s'éloigne de plus
en plus du lieu où il vouloir į
aller. Pour prevenir dans
ce Jeu les deffauts , on doit,
comme dans les Voyages,
prendre un Guide qui mar.
che devant vous & dont vous
fuivrez les traces jufqu'à ce
que vous foyez parvenu à
vous paffer de ce Guide
I ij
100 MERCURE
& à ne plus manquer, »
.
•
#
Le Voicy ce Guide pour
faire feurement les allées &
les venues dans ce Jeu du
Solitaire ; & de la maniere
dont je vais établir la chofe ,
on verra que je conſerve le
caractere du Solitaire qui fe
jouë feul en l'apprenant de
même tout feul , fans avoir
befoin de perfonne qui vous
le montre. Il vous faut donc
numeroter chaque trou par
1. 2. 3.4 5.6. &c . jufqu'au dere
nier qui eft le 37. Enfuitte
vous prendrez cette Table
du mouvement
convenable
GALANT. 101
des Chevilles , où vous verrez
celles qu'il faut prendre
preferablement aux autres ,
foit faire vostre route ,
pour
foit pour laiffer du vuide ,
foit pour prevenir l'embarras,
. & faire du progrés dans un
#Chemin tenable & avantageux.
E
Table du Solitaire.
N commençant par la
troifiéme Cheville , prenez
le 2. avec le
Le 6. avec le
Le 7. avec le
3.
12.
8.
I
iij
102 MERCURE
-Le 6. avec le
Le s . avec le
Le ii. avec le
Le savec le
Le 17. avec le
Le 11. avec le
Le 10. avec le
Le 11. avec le
Le 24. avec le
Le 25. avec le
Le 17.
avec le
30.
26
24.
Le 32. avec le
Le 31. avec le
Le 25. avec le
Le 24. avec le
Le 18. avec le
Le 19. avec le
23.
25.
12
36
35.
26.
GALANT. 103
Le . avec le
Le 12. avec le
Le 33.2avec le
Le 27. avec le
4.
10.
6.
134.
201
· Le
32 .
avec le
33.
Le 26 avec le 19.
Lez avecle
31.
Le 33. avec le 37.
Le 21. avec le 22.
Le 27. avec le
20.
Le 28. avec le 49.
Le 27. avec le 33.
Le 13. avec le
20.
Le 14, avee lessı valivadisə
Le avecile manona 213.
Suivez cette Table regu
I iiij
104 MERCURE
lierement & plufieurs fois :
& par le moyen d'une frequente
repetition , vous vous
ferez infenfiblement une habitude
du Jeu fans avoir plus
befoin des nombres des Chevilles
& de la Table. Même
pour attraper le Jeu avec
moins de peine & de contention
, divifez en l'exercice
en quatre parties . Je veux di
re que vous jouyez fuivant la
Table , les neuf premieres
Chevilles feulement , & que
vous recommendiez jufqu '
ce que vous les fçachiez bien
de vous même , & fans avoir
CALANT: Toy
Li
e
befoin de la Table , continuez
ainfi par les neuf autres
Chevilles qui fuivent. Aprés
par les neuf autres de la troifiéme
partie enfin par les
neuf dernieres ; & puis vous
ferez l'exercice entier de tout
le jeu fans regarder la Table.
S'il vous arrive de faire quelque
faute , remarquez la
bien , & redreffez vous en deux
ou trois fois de fuite , pour
être en feureté de n'y plus retomber.
"
-
Au refte quoy que cette
Table contienne le cours infaillible
du Solitaire , vous
108 MERCURE
pourrez , lorsque vous ferez
affuré , vous émanciper quelque
fois , & vous donner la
liberté de changer quelques
coups afin de varier le Jeu
mais prenez garde , que ce
foient des coups qui ne trou
blent point l'ordre & l'économie
du Jeu , & qui n'écarrent
pas trop . Imitez le Voya
geur qui quiere quelque fois
le grand Chemin , & paffe
dans un Sentier , mais il ob .
ferve que ce foit un Sentier
qui le faffe rentrer dans le
grand Chemin .
L
On peut auffi commencer
GALANT: 107
e
S
of
le Jeu diverfement felon
les quatre lignes Ternaires ,
par celle d'en bas , & par celle
d'enhaut, par celle qui eft
à votre droitte , & par celle
qui eft à voftre gauche. Vous
ne hazardez rien de prendre
tantoft l'une , tantoft l'autre ,
ce qui revient tout à un ; parce
que c'eſt la même figure,
& qu'il n'y a que trois Chevilles
dans chacune de ces
lignes , ou de ces coftez . On
a voulu faire un effay de commencer
par le Point fixe en le
tirant du Jeu : & on cherche
auffi de finir le Jeu par le
108
MERCURE
Point fixe , mais on n'a point
encore trouvé ces
manieres ,
quoy qu'on y ait fait l'attention
qu'on a à chercher
la
Quadrature du Cercle .
Mais outre la Table qui
vous mer à
l'Alphabet comme
les Enfans qu'on
enfeigne
à lire , n'y a t-il point , ( direz .
vous ) de regles certaines de
ce Jeu , comme il y a des regles
d'Arithmetique
& d'Algebre
& des
Demonftrations
de
Mathematiques
? On n'en
donne point ici, & il n'en faut
pas
attendre , parce que le
Solitaire n'eft pas un Jeu de
GALANT. 109
cette ſcience. La regle d'une
demonftration ne varie point,
elle est toujours femblable ,
& on diverfifie quelque- tois
le cours de ce Jeu , comme
on fait dans la Mechanique ,
où l'on peut changer de manieres.
::
2
Au defaut de cela il y a
une metode & des maximes
que l'on peut tenir ; comme
de nettoyer les bords où font
les Solitaires de ne point
prendre avec une cheville qui
eft hors de portée d'eftre
rejointe , de ne point faire de
Solitaire au milieu ; de lier les
;
110 : MERCURE
Troupes , & d'en faire un
corps de ne pas employer le
point fixe à prendre , fon fort
eftant , comme il fe voit dans
la Table , d'eftre pris ; de le
rétablir une fois lors qu'il a
efté pris , eftant comme l'étoile
polaire qu'il faut regar
der tant qu'on le peut s de
prendre plus fouvent la cheville
qui eft au milieu des côtez
ternaires , que celle qui'
eft la premiere ou la dernieres
d'obſerver en prenant de faire
une figure triangle qui facilite
les mouvemens , & qui
entre dans la pratique & la
GALANT. 11
perfection du Jeu . On peut
encore , quand on poffede
tour à fait le Jeu , avoir d'autres
voyes inftructives , & le faire
un ufage pour la maneuvre
des chevilles , qui rende le Jeu
plus fingulier, & plus prompt
a eftre fait . En tout cela pour
tant il n'y a rien d'abſolu , &
qui ne fouffre des exceptions,
felon la rencontre
Il me refte de répondre
l'accufation qu'on fait contre
le Solitaire ,lequel on pretend
charger d'un grand defaut .
Ce Jeu , dit- on , eft infipide ,
manquant de l'affaifonne
113 MERCURE
ment des autres Jeux , où on
jouë de l'argent ; caron n'en
peut pas jouer à celuy cya
氧
moins de jouër de l'argent
contre foy- même , puis qu'on
joue tout feul. Ce qu'on nomme'un
defaut , pourroit eſtre
mieux nommé une perfection
, puis que felon le Jurif
confulte , Non licet alterius incommodo
fuum augere commo
dum. Il ne vous eft pas permis
de faire vos affaires aux dé
pens d'autruy , & d'augmen
ter voſtre bien du dommage
de celuy d'un autre . Mais s'il
faut's'accommoder au temps,
GALANT. 113
qui déroge à cette loy , comme
à plufieurs autres. Voicy
comment on peut gagner &
perdre de l'argent au Solitaire:
Cela arrive par le moyen
des paris qu'on fait en jouant'
tour à tour. On gage que
vous ne le ferez pas , & qu'on
le fera .; ou que vous ne le
fercz pas d'une maniere , &
on s'engage de l'entrepren .
dre. Quelquefois même de
ce qui eft un effet de l'igno..
rance du Jeu , on en fait une
fcience ,on gage à qui laiflera
le plus de chevilles ; chacun
fait enfin des découverdouft
1697. K
114 MERCURE
tes parriculieres de quelques
coups & paris fur cela ; com.
me celuy de prendre avec une
même cheville feize autres
chevilles , en plaçant les chevilles
en efpece de quarré irregulier
aux trous 2, 3. 5. 7. 10.
12.14 . 16. 18. 20. 22. 24 , 26. 28.
31.33.36. Il y a diverfes autres
manieres de coups qu'on peut
propofer, & fur lefquels on
peut mettre de l'argent au
Jeu. C'eft de cette forte que
Plutus a part auffi à ce Jeu
Jeu nouveau , Jeu à la mode,
lequel on devroit entretenir
& faire durer , comme ces
GALANT. 115.
modes qui durent depuis plufieurs
années , à caufe de leur
commodité , & aufquelles le
temps n'a rien fait perdre de
leur utilité & de leur agré
ment. Je fuis , & c .
SECONDE LETTRE
Sur le Jeu du Solitaire.
A MONSIEUR
***
CEY
' Eft vous avoir fait
Monfieur , dites vous ,
un veritable plaifir , de vous
avoir introduit dans la connoiffance
du Solitaire : mais
17
Kij
116 MERCURE
vous auriez envie d'aller auffi
loin qu'il fe peut , de penetrer
ce Jeu , & de le fçavoir
detoutes les manieres imaginables
. Ainſi vous me preffez
de faire une addition à la Lettre
que vous avez receuë de
moy fur ce Jeu , & de vous
inftruire de tout. Quoyque la
fpeculation du Solitaire ne
foit pas indigne qu'on y penfe
, je n'y ay pas eu pourtant
toute l'application que vous
avez crû ; de forte que je n'y
fuis pas ni fi univerfel , ni
fi preft à vous fatisfaire , que
celuy qui en auroit fait une
GALANT. ` 117
•
érude ferieufe . Neanmoins
fans vous renvoyer à un au
tre , il faut pour l'amour de
vous , faire une feconde Let -t
tre , & vous dire encore quel..
que chofe fur ce sujet , qui
fuffira peut étre pour vous.
former toutes les idées de ce
nouveau Jeu.
Le dehors du Jeu du Soli.
taire a peu d'apparence. Ceft
une petite Machine, fi Machine
le peut appeller un morceau
d'Ais garni de trente fix
Chevilles : mais ce qu'il y a
de fimple , & ce qui y manque
du grand air n'empeche
Kij
18 MERCURE
.
pas qu'il ne foit de beaucoup
d'étenduë. Il en eft à peu
prés comme de la Mufique.
Il n'y a dans la Tablature ,
que cinq Lignes , & des o fim .
ples ou à queue , qu'on nom. ,
me notes , & qu'on met for .
ces cinq lignes : cela eft fort
mince. Cependant felon que
ces notes font diverfement
pofées fur ces cinq lignes , ' l :
en refulte une varieté infi- :
nie d'accords , que la voix &
les Inftrumens font valoir &
font fentir. De méme , felon
les diverfes difpofitions des .
Chevilles au Jeu du Solitaire ,
GALANT: 11g
dans les fept rangs , & felon
les changemens qui y arrivent
en les deplaçant pour
jouër , il en naift une diverfité
furprenante , de manieres ,
de coups , & de figures , qui
augmentent tous les jours .
Je puis avec d'autant plusde
fujet faire le rapport
des Chevilles du Solitaire ,
aux Notes de la Mufique ,
queje me fouviens de ce Muficien
aveugle , qui ne pouvant
pas comme les autres ,
compofer fes pieces avec la
plume , avoit une planche
percée de divers trous , & le120
MERCURE
lon l'arrangement qu'il y
faifoit de petits morceaux de
Bois, il formoit fa Mufique.
Il y a une premiere maniere
de faire le Solitaire par
le rang des trois trous qui fe
prefente d'abord , foit en prenant
le deuxième Cheville
avec la premiere , foit en la
prenant avec la troifiéme :
c'est à dire qu'on peut commencer
a droite ou à gauche.
On peut chercher cette dou--
ble maniere du Solitaire , aux
autres rangs Ternaires , qui
förs en haut & aux cotez : ce
qui fait enfemble huit maniéres
GALANT: 120
6
Tes du Jeu du Solitaire . Dans
le cours du Jeu , il y a lieu
encore de changer plufieurs
coups s'il ne detournent pas ,
ce qui augmente le nombre
des manieres. De plus , il n'y
a prefque aucune des trente
fix Chevilles , par laquelle on
ne puifle faire une nouvel
le ouverture de Jeu . Enfin ,
on peut auffi finir le Jeu en
cent façons , & chacun vante
fa figure particuliere . Celle-
ci est belle & finguliere ,
de difpofer tellement fon Jeu,
que les onze dernieres Che
villes , foient aux nombres 2 .
Aouſt 1697.
L
A
120 MERCURE
(6.7.11. 139 17. 19. 21. 25. 27-32. 8
37
Mais outre tant de maniéres
diverfifiées du Jeu entier
, il y a les petits Jeux du
Cercle , ou Octogone ; fçavoir
, le Centre , le premier
Diamétre , le deuxième Diamétre
,ale Triangle , & le
Quarré. Tout cela fe fait en
prefence des Solitaires aſſem
blez , qui ne quittent point
leur place , ou qui la repren
nent avant la fin du Jeu , c'eft
à dire, que les Chevilles qui
font dans le tour de l'Octo
gone , comme des contem-
"
GALANT. 123
platifs , y demeurent ou y re
viennent , avant qu'on ait :
achevé.
Vous me direz que l'Oc
togone avec les differences
routes , & avec toutes les au
tres difpofitions , & tous les
tours & detours qui s'y ren-s
contrent , eft une espece de
Labyrinte , & qu'il eft difficile
d'en fortir àfon honneur,
quand même on feroit un
Thefée , à moins que d'avoir
un fil d'Ariane . Er bien , afin
de ne vous pas égarer dans ce
perit Labyrinte , & de n'être
pas expofé au chagrin & au
Lij
44 MERCURE
rongement d'efprit de ne pas
reuflir , car cieft là le Minotaure
du Labyrinte , & le
Monftre qui devore , voici le
fil d'Ariane , autrement des
Tables pour faire feurement
& exactement le Centre , l'un
& l'autre Diamétre , le Triapgle,
& le Quarré.
"
な
TABLE
du premier Diametre.
Prenez 6. avec 12.
5. avec
10. avec
24. avec
17.
30.
GALANT 25
31. avec
32.
33 avec
34.
27. avec
20.
33. avec
5 32.
26. avec
I
25.
27. avec
28. 1
19. avec 26.
13. avec *
12 avec
·H
1 avec
12. avec
6.
Table du 2. Diametre.
Prenez
20.avec
4. avec
7. avec
27.
8.
6 .
Liij
126 MERCURE
$. avec
¹o . avec 17.
27. avec
20, avec
19. avec
18.
25. avec
18. avec
31.
1 .
26. avec 32.
25. avec
24.
26. avec
27. avec
19.
28.
20. avec
3
Table du Centre,
Prenez 12. avec
Savec
GALANT.
127
fr. avec 18:
5 avec
63.
10. avec
17. avec 24
io . avec
25 avec
H 31 , avec 36.
25. avec
26: avec
27%.
32. avec
33..
31. avec
25.
28. avec 29.
21, avec
14.
28. avec 27.
20. avec
1 avec
20. avec
1q.
7.
21
Liiij
128 MERCURE
Table du
Triangle
Prenez 20. avec
14. avec
7.avec
19. avec
25
8144
6.
POWs18
.
20. avec 21.
28. avec 34
27 avec
26.
28. avec 2h
II. avec
So
18. avec
24. avec
259
877-239
17. avec
27IQ
24. avec
39776252
33. avec
CEMC378
32. avec
31.
33 avec
GALANT 129
19. avec
Table du
Quarres
Prenez 12 , avec
12
()
7. avec
14, avec
21
28, avec 34
33. avecom 1322
31. avec
30%
24. avec
17
10. avec
Savec
4
19.avec
32. avec
26
20, avec
36
20
26. avec ·19
18. avec 17
le avec
130 MERCURE
32% avec
Quand on a appris ces petits
jeux par les Tables, il faut
afin de les retenir mieux , en
faire durant quelque temps
une repetition , & même
obferver les coups dogbles
, & qui reviennent ce
font - là comme des guides qui
aident à trouver le chemin.
Au reffe , ces termes de
fcience , Diametre , Centre ,
Triangle , Quarré , termes de
Mathematiques , marquent
qu'il y a effectivement de la
fcience dans le fond du Jeu du
Solitaire. On peut y fubli
GALANT. 131
tuer des termés du monde
pour le beau Sexe qui a don-
1 né un grand cours à ce Jeu .
On peur , dis je , nommer le
premier diametre , l'allée de la
Princeffel'autre diametre de
haut en bas , la Perſpective ; le
Centre , le fer d'ean ; le Triangle
, la parte d' Oye , & le quar
ré , le quarré dujardin . Ces noms
agreables conviennent mieux
aux Solitaires des Dames , qui
fe piquent d'en avoir de fort
propres & de fort riches , jafqu'à
y faire entrer le luxe. Hy
ena d'Yvoire & d'Ebene , &
du plus beau bois des Indes.
132 MERCURE
Il y en a avec un Vernis dela
Chine , il y en ade Criſtal , il y
ena d'argent & de Vermeil , il
y en a d'or avec des chevilles
en poinçons garnis de Diamans
. Cette magnificence
dans les Solitaires
, marque
qu'on aime paffionnément ce
Jeu , & qu'il regne dans le
grand monde. En effet, on fe
roit des Relations des perfon
nes de qualité qui s'y amufent
, & qui y ont un fçavoir
faire ingenieux à diverſifier le
cours du Jeu , & à faire de
nouvelles découvertes. Sil
faut vous dire icy ce que j'en
-
GALANT. 433
es
12-
U
30
k
penfe , le jeu du Solitaire me
paroift tenir un milieu entre
T'oifiveté & l'action. Il y a des
momens où l'on ne veut eftre
capable derien , & où l'on aime
à prendre un repos d'in
dolence. Le Solitaire eft alors
unamufement qui ne trouble
pas cette douce quietude . Il y
a des heures où l'on n'a rien à
faire , & cependant on ne veut
pas eftre tout à fait dans l'ina
tion. Le Jeu du Solitaire marque
alors du mouvement.il y
faut de l'invention & du ge
nie. Il y ades mesures à prendre,
& des coups à chercher,
134 MERCURE
On regarde , on imagine , on
compare , on refléchit on
avance , on retrograde , on
éloigne , on rapproche , on
fait faire aux chevilles , pour
ainfi dire , divers pas de danfe.
Enfin ily a plufieurs mouvemens
dont les refforts font
dans l'efprit de la perfonne
qui joue au Solitaire. Voilà ,
Monfieur, le jugement qu'on
peut faire de ce Jeu , où des
gens de toutes conditions s'e
xercent avec plaifir , fans y
rifquer leurs paffions & leurs
fortunes. Jefuis , & c .
#
q
GALANT. K
M'Bofquillon , de l'Acade
mie Royale de Soiſſons , vient
de nous donner en noftre
Langue , Quatre Difcours de la
1 Componction , compofez par
Saint Ephrem le Syrien , Soli
taire & Diacre d'Edeffe. Cette
traduction eſt tres - digne de
celuy qui l'a entrepriſer, &
fait voir qu'il n'ignore rien
des beautez de noftre Lan
gue. La force de l'expreffion
ne s'y remarque pas moins
que la netteté du ftile , & l'on
doit le promettre autant de
plaifir que d'utilité de cette
lecture. Ces quatre Difcours
136 MERCURE
font précedez d'un Abregé
de la Vie de Saint Ephrem,
quivivoit du temps du Grand
Conftantin. Ses Ouvrages de
Profe & de Vers , compofer
en Syriaque , & en tres -grand
nombre , eftoient fi eftimez
de l'Antiquité, que Saint Jerôme
écrit dés la fin du qua
triéme fiecle, qu'on les lifoit
publiquement dans quelques
Eglifes aprés l'Ecriture Sainte
. La plupart des Dogmati
ques ne font pas venus jufqu'à
nous. Les Originaux fe font
perdus , & les traductions
Grecques, faites du vivant de
GALANT 317
Saint Ephrem , & aprés fa
mort , font prefque toutes
demeurées dans les Bibliothe
ques , où elles font même affez
rares. La traduction que
Gerard Voffius fit dans le fic
cle paffé, de toutes les oeuvres
qu'il avoit pû recueillir de ce
grand Saint , eft la feule quiz
foit entre les mains de tout le
monde. C'eft celle dont s'eft
• fervi M Bofquillon , quiajoûre
à ce que l'on vient de rap
porter, qu'iln'a garde de vou
loir décider ce qu'eft Saint E
phrem,dans les autres Ouvral
ges quel on a de luy" , mais
Aoust1697.
M
18 MERCURE
qu'il croit pouvoir dire que
dans fes quatre Difcours de
la Componction , il est tour
* tenfemble , tendre , ferme, tertible
, confolant ; tendre pour
exciter la mifericorde de
Dieu ; ferme pour ne fe rien
pardonner ; terrible pour réveiller
le pecheur ; confolant
pour ne le pas defefperer . Ses
pensées font nobles , pourfuit- il,
Les peintures vives , fes figures
bardies Son file nourri des divines
Ecritures , entrecoupé defou
pirs , arrosé de larmes , attache,
frape ,faifit , remue. Ce n'eft pas
un Orateur concerté , qui fe laiſſe
GALANT. 139
1
な
Baller àson propre efprit , e qui
cherche à plaire , c'eft un homme
infpiré entraîné par l'efprit de
Dieu , qui vousforce àfuivre fes
Demouvemens. En un mot , ce n'eft
pas un Imitateur fervile des préreceptes
de l'Art qu'il conneiſſoir
3 peu ; c'eft unde ces Genies vigonreux
originaux , uw de ces
grands Modeles , d'aprés lefqul's
les regles ont efté faites. Ce Livre
fe vend chez la Veuve de
Charles Coignard, ruë de la
Bouclerie.
Vous voulez fçavoir ce qui
* eftoit dans les deux Vaiffeaur
Anglois que M' le Chovalier
M. in
140 MERCURE
Damon prit il y a quelque
temps , vers le Cap de Clare
en Irlande , & quelles fortes
de
Marchandifes on envoye
de l'Europe aux Indes. On a
trouvé dans l'un
"
-18 Caifles d'argent de cinq
mille écus chacune .
700 Barres de plomb , pefant
22548. livres.
20. Ancres.
57 Pieces de cordages .
fo. Chaudrons . de Charbon
de terre,
2423 Barres de fer de Suede.
19 Canons de fer..
12. Affuts de Canons,
GALANT 145
488 Ballots de draps.org
100. Barils de Goudron .
so. Barils de Bray fec.
240 Boulets de Canon
22 Coffres de Raffade ..
1 Caiffe de Vermillon , pefant
Aquatre cens foixante.
80 Barils de Poudre.
L. Barique de Quinquaillerie.
2 Coffres de Medicamens.
9 Caiffes d'armes .
1. Coffre plein de Gargouf
fiers..
i Baril plein de peaux pour
couvrir des Caifſes.
12 hallebardes.
12 Piques.
142 MERCURE
6 Pertuifanes,
Un petit coffret de grains de
Corail, pefant 463. onces.
Coffres pleins de papier
blanc.
Ily avoit dans l'autre Vaiffeau....
!
7 Caiſſes d'argent de 5000
écus chacune. $ 55
213. Saumons de plomb.
600 autres , avec deux cens
feize livres en baril.
40B arils de Goudron .
49. Ballots de Draps .
149 Ballots d'autres marchan
difes..
1117 Barres de fer deSuede:
GALANT 143
3
20. Barils de Poudre à canon ,
dont cinq pour amorces
79. Canons de fer.
1637 - Quintaux d'autre fer.
401. Caifles n° B.
1. Paire de Souflets de forge.
16 Canevettes de Liqueurs .
419. Barres de fer , avec vingt
quatre pieces Ditto.
30, Ballots de Drap large.
64 Fanaux.
Voustrouverez un incident
auffi rare que nouveau dans
ce que vous allez lire . Je le
laiffe dans les mêmes termes
qu'ila cfté écrit par celuy qui
144 MERCURE
abien voulu m'envoyer le déc
tail de fon avanture , & je fuis
fort perfuadé que vous croi
rez , comme moy , que fi on
pouvoit fuivre l'exemple de
ceux qui y font intereffez ,
le dégouft feroit beaucoup
moins frequent dans le máriage.
Bien des gens , Galant Mer
cure , vous fourniſſens des Hiftoi
res , mais je croy que perfonne ne
s'eft encore avisé de vous faire
part defon avanture. Je veux
commencer , & vous faire con
fidence de la mienne . Quoy qu'elle
Spit Surprenante , elle n'en est pas
moins
GALANT. 145
moins vraye. Il y a dix ans que
parun Employconfiderableje vins
m'établir dans une petite Ville ,
où il y a bonne compagnie deper-
= fonnes de qualité & polies , qui
compofent une Societe fort charmante.
J'avois trente cinq ans.
Mon coeur eftoit encore tout neuf,
ou du moins il n'avoit jamais rien
aimé veritablement. Mon heure
fatale arriva lors que j'y penfois
le moins . En rendant vifite à une
aimable Veuve , mais que dis- je,
aimable ! il n'y a rien de plus
charmant fur la terre. Elle est belle
toutce qu'on peut l'eftre Elle a un
air de majesté qui luy attire le
Aouſt 1697. N
•
146 MERCURE
refpect de tous ceux qui la woyent;
de l'espritcomme les Anges , mais
un eſprit cultivé e embellide tous
ce quepeut savoir une Femmes
Foignez à cela de la bonté, de la
grandeur d'ame , & mille vertus
beroïques qui ne reffentent en riem
lafoiblefle de fon ſexe. Elle avoit
efte mariée àfeize ans par un insereft
de Famille , & quoy qu'elle
euft bien vécu avec fon Mary elle
n'avoit eu pour luy qu'une amisié
que la raifon luy auoit infpirée
parneceffité, Auffifon coeur estoic
demeuré libre. Elle nefut que deux
ans avec ces Epoux , qui la laiſſanc
extremement riche. Ellefut depuis
GALANT. 147
recherchée par les meilleurs partis
• de la Province. Son bien ,faquaalice
, fon efprit & fon merite luy
donnerent un fort grand nombre
\ d Amans;mais aucun nefut affez
■ beureux pour luy plaire, e ce
bonheur m'eftoitrefer vé. Que j'en
fus charme auffi-rost que je l'eus
■ veuë ! Mais que devins je quand
Aje-bentendis parler ? Jamais per-"
fonne ne s'expliqua avec plus de
netrerény depoliteffe. Il n'y a rien
de faux dans ce qu'elle dit . Toutes
= fes penséesfont grandes & rares
= la nature luy a liberalement →→
prodigne cous fes trefors: Je luy
• rendis de foins qui ne luy déplu……
Nij
148 MERCURE
rent pas ; mais elle me marquoie
tant d'averfion pour le mariage ',
que je perdois prefque l'esperance.
de pouvoir jamais devenir heureux
. L'exemple de mille autres ,
qui ne l'avoientpu toucher , n'eftoit
point pourmoy une confolation qui
diminuaft ma peine , mais je fceus
Si bien me ménager auprés d'elle,
& jeluy marquay par tant d'actions
que rien n'égaloit l'attachement
que j'avois pour elle , qu'enfin
elle confentit à me tirer de
peine , en m'avoüant qu'elle reffentoit
pour moy , ce que jufque là
perfonne n'avoit pu luy inſpirer;
mais elle ajoûta qu'elle apprehenGALANT
doir
qu
a mon
é
149
que le mariage n'éreigniſt en
moy les feux dont elle aimoit à me
voir brûler , & ne fift en elle te
même effei Je luy
répondis qu'il y avoit à cela an
feur remede , qui eftoit de nous marierfifecrctement
queperfonne n'en
puſt a voir connoiſſance , & que le
miftere nousferoit toujoursparoître
noir camour nouveau. Elle fur
longtemps fans's'y réfoudre , mais
enfin aprés trois ans de recherche,
elleferenditàlafor cede mon amour
& defon inclination . Nous nous
convenions parfaitement , pour
lebien pourla
Janie'
mariage fe findans la Chapelle de
N iij
150 MERCURE
moftre Evêque , à qui nous confia
mes noftre fecret. Ilfit la ceremo
nie devant deux Témoins , qui
nous ont eftéfifidelles qu'ilsne l'ont
point revelé. Nos maifons fe tou
chent & nous avons trouvé le
moyen d'y faire des communica
tions qui ne font connuès que de
nousfeuls. Prefque tous les jours
la Compagnie s'affemble chez ma
charmante Epoufe, &perſonne
ne trouve à redire à mon affiduité
auprés d'elle. Elle a ſi bien fair
parfon adreffe qu'aucun de cente
qui la voyent n'ofe plus lug
buyparler d'amour ny de mariages
Jay vécu avec elle depuis que je
GALANT
3
L'ay épousée, de la maniere du niow
de la plus agreable. Jeluy ay trous
vé mille charmes de coeur & d'ef
prit , qui me rendent le plus heureux
de tous les hommes. Que de
tendres d'aimables ménages
mens pour meplaire ! Que de com
plaifance es de bontéfans foibleffe
&fans affectation ! Ily a trois
ans que nousfommes unisfans que
perfonneen ait eu aucun foupçon.
Fe luy rens tous les foins d'un ter
dre Amant ; elle prépond avecum
charme qui m'enchante tous les
jours , & qui n'appartient qu'à
elle , nous vivons devant le
monde fur le pied d'eftime & d'a
Nij
152 MERCURE
mitié. Nous nous fommes déter
minez de vous faire part de noftre.
avanture , eftant tres feurs que
perfonne ne la pourra démêler
& elle fera éternellement fecrete .
finous continuons à ne point avoir
d'Enfans , car nous fommes con .
venus que le dernier vivant brűlera
les Actes qui pourroient apprendre
ce que nous avonsfibeureufement
caché , estant aſſeZ ri»
ches pour nous paffer du bien l'un
de l'autre. Noftre Evêque eft mort
auffi- bien que nos témoins.
Voilà , Galant Mercure , noftre
fecret entre vos mains , que vous
rendrezpublic quand il vous plai
1
GALANT 153
ra , & qui ne laiffera pas pour cela
de demeurer inconnu . Adieu ,
Pour fatisfaire votre curiofité
, je vous envoye la veuë
de la maiſon de Nieuburg ,
prés du Village de Rifwick ,
du coité de la Cour , où fe
tiennent les Conferences
pour la Paix. Vous fçavez que
ce Chafteau appartient à la
Maiſon de Naſſau .
Je vous appris par ma Lettre
du mois de may dernier ,
ce qui s'estoit paflé à Valogne
, quand M' le Comte de
Breauté fut receu au Gouver.
154 MERCURE
My
nement de cette Ville .. Le
Prefidial luy ayant prefenté
l'honneurdu Pain - benit pour
le jour de Saint Yves , Patron
des Gens de Justice , dont il
eft le Chef , comme Grand
Bailly de Corentin , la Nobleffe
, qui en Normandie a
droit de ſeance dans les Tribunaux
avec les Juges , l'ac
compagna à l'Églife , où il y
eut Mufique & Sermon , &
aprés la мeffe il donna un magnifique
repas , où le trous
verent plus de cent perfonnes
des plus confiderables & des
plus diftinguez de la Ville!
GALANT. 155
Tout y fut ferviavec une pos
liteffe qui répondit à l'abon
dance & à la delicateffe des
mets , ce qui futaccompagné
d'une Simphonie qui dura juf
qu'à la nuit.
Le jour de Saint Claude,
qui eft celuy de la naiffance
de M de Breauté , la Ville fe
mit fous les armes dés le mac
in , & fic planter devant le
Chafteau un May fort élevé,
orné de couronnes & de fel
sons de fleurs , & chargé d'une
infinité de quintefeuilles,
dont il y en avoit une partie
de clinquant , & les autres
156 MERCURE
peintes en rouge. On y avolt
attaché l'Ecu de Breauté , qui
porte d'argent à la quintefeuille
de gueules , pour ſupports deux
Sauvages au naturel , feuillez de
finople , tenant à la main chacun
une maffuë posée en bas , & pour
cimier une gerbe d'or liée de gueu
les , les lambrequins d'argent
de gueules, On fit enfuite
planter un Obélilque en figure
de Granith , de trente
pieds de haut. Les quatre fa
ces du piedestal en marbre
noir , eftoient remplies d'inf
criptions à fa louange au
deffus paroifoit un Guidon ,
""
GALANT. 1571
chargé des armes de M & de
Madame de Breauté. Le Maire
& le Corps de Ville , les Officiers
Militaires , & les princi
paux Bourgeois ; chacun en
fon ordre luy firent leurs
complimens , & les mêmes
prefens qu'on fait aux Princes
& aux Gouverneurs de Province
, avec cette différence,
que quantité de Bourgeois
en voulurent faire en leur par
ticulier. Le College de Valo
gne , pour témoigner de fa
part la joye qu'il reffent d'a
voir un Gouverneur qui aime
les belles Lettres , fit habiller
158 MERCURE
à la Romaine dix Ecoliers
de Rhetorique , qui , après
quelques complimens , partie
en François , partie en Latin ,
expliquerent en Vers trente
Deviles , que M' Laifney,
Principaldu College, & Pro
feffeur de Rhetorique , avoit
faires fur les perfonnes les
plus celebres de l'illuftre Fa
mille de Breauté . Il y avoir
une partie des Devifes fur les
boucliers des Ecoliers. Les
autres eftoient peintes fur
deux grands Tableaux , dont
l'un repreſentoit une Renom- ~
mée affife fur un trophée »
GALANT.
19
d'armes , tenant les Armes de
la Maifon, avec le cri de guer
re au deffus , Non cedit labori
virtus . Sur le piedestal qui
foutenait le trophée d'armes,
on avoit écrit en lettres d'or
Ces deux Vers Latins.
Vivat in æternum, vivatdecus
urbis Alauna and to ki
Vivat honoratus , vivat honoris
amor.
Une partie des Devifes
eftoient aux deux coftez de i
cette figure. Le fecond Tar
bleau reprefentoit un Obelifque
, au milieu duquel eftoir
encore l'Ecu de Breauté,
F
160 MERCURE
Jeux
avec les Colliers des deux
Ordres , la Clef dorée ,
Ancres & deux Clefs en fau
toir , avec toutes les autres
marques des dignitez qui ont
efté dans cette Maifon , & ces
paroles , Floret ubique. Auk
côtez eftoient deux Palmiers ,
où l'on avoir attaché lés Deviles
qui reprefentoient les
perfonnes les plus remarqua
bles de cette Famille.
Le premier eftoit N. de
Breauté , qui accompagna le
Duc Guillaumelors
qu'il paffa
en Angleterre, pour retirer
d'entre les mains de Haralde
•
#
GALANTA 16r
ett
75
Se
La Couronne que les fervices
de cette Province avoient fait
donnerafon Prince.Lavictoire
que cePrince remporta lur cer
Ulurpareur , eftoit reprefen
rée par un Leopard , partie
des Arntes d'Angleterre , écor
ché avec deux mains qui en
renoient la peau. Les deux
bras eftoient cachez par deux
draperies. Sur une eftoient
les Armes de la Province , fur
l'autre les Armes de Breauté,
avec ces paroles , Pars eftmihe
magna triumphi.
Le fecond eftoit Guillau
me de Beauté , Favori de
out 1697.
162 MERCURE
Philippes le Bel , qui à caufe
de fes belles qualitez d'efpric
& de coeur , le choifit pour
eftre toujours auprés de luy.
Il eut l'honneur de l'accompagner
dans la vifice qu'il ren
dit au Pape Benoift, qui tenoit
pour lors fon Siege à Avignon.
On l'avoit reprefenté
par l'Aurore auprés du Soleil,
avec ces paroles , Itcomes.
Le troifiéme , Roger de
Breauté Gouverneur de
Roüen & du Pays de Caux , &
Grand Chambellan du Roy
Charles VI . La Ville de Rouen
ayant efté prife par les An
GALANT. 16
DO
ไม่
glois , il y fut retonu priſon .
nier jufqu'à la mort , fans qu'-
svouluffent le rendre , quele
ques offres que le Roy leur
fit , regardant ce Seigneur
comme le plus ferme appuy
de la Province, & le plus grand
ennemi qu'ils euffent. Il eftoit
reprefenté fous la figure d'un
Lion enchaifné , avec ces paroles
, Vinelis meretinet virtur.
C Le quarriéme , Jean de
Breauté Ce Seigneur animé
contre les Anglois , qui n'awoicht
jamais voulurendre
fon Pere , leur fit connoiltre
dans toutes les rencontres,
O ij,
164 MERCURE
qu'il avoit herité de fon cous
rage. Il fut trois fois prifon .
nier en Angleterre . L'ardeur
avec laquelle il combattit
contre les Ennemis lors qu'il
eut recouvré fa liberté, eftoit
reprefentée par un chevalenfermé
, avec ces paroles , Fe
rocior exibit.
Le cinquième , Adrian de
Breauté , Chef de cinq cens
Legionnaires. Ce fut luy qui
par ordre du Roy François I.
conduifit en Ecoffe le Roy
Jacques V. fon Gendre , &
Madeleine de France , Reine
d'Ecoffe. Il défit la Flote des
GALANT 169
Ennemis qui s'oppofbirà fom
paffage , prit dix gros Vaiffeaux
, en coula quatre, & mir
stle reste en fuite. Cette action
eftoit reprefentée par un torsirenti
qui emportoit une digue,
avec ces paroles , Fit via
wi.
·
Le fixieme , Adrian de
ob Breauté , Vice Amiral de
2 France . Par un armement
in qu'il fit à fes frais il rendit le
Iacommerce de la mer libre , &
vo chaffales Ennemis & les Pirates.
Ce fervice rendu à l'Etat,
& fa Charge de Vice- Amiral
est aftoient reprefentez par un
166 MERCURE
Alcyon dans fon nid avec ces
paroles , Equora placat: 1
Le feptieme , Adrian des
Breauté, Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel , & nommé
à celuy du Saint Esprit , Genes
tilhomme ordinaire de la
Chambre du Roy , Capitaines
de la grande Nef nommée la
Cartarine. Il fe jetta par ordre
du Roy dans Theroüanne,
que l'Empereur avoit affies
gée avec foixante mille home
mes. Le corps de la Devife
eftoit un Aigle traverſant des
foudres & des tonnerres
, avec).
ces paroles , Nefcit difcrimina
T
GALANT. 167
pectus impavidum. amb nacht
Le neuvième , Jean de
Breauté ,Gouverneur & grand
Bailly de Gifors ; il porta tou
jours les armes contre les Pretendus
Reformez. Ce zele
pour la Religion eftoit reprefenté
par la quintefeuille de
Breauté , plante excellente &
préſervative contre la morfu.
te des animaux venimeux ,
avec ces paroles , Membris
agit atra venena.
Le dixiéme , Adrian de
Breauté , Gouverneur de
Rouen , Mance , Vernon , An
dely , Gilors, Colonel gerreral
163 MERCURE
de l'Arricban, de Normandie.
& de trois mille Legionnai
res , Capitaine d'une Compagnie
de Gendarmes des Ordonnances
du Roy , & Con
Leiller de Sa Majefté en fes
Conſeils d'Etat 11fit la guerre
par ordre duRoy aux Preten
dus Reformez , & arrefta les
courfes & les pillages qu'ils
faifoient en Normandie. C'eſt
ce qu'on avoit reprefenté par
une digue qui arreftoit un
torrent imperueux , avec ces
paroles , Comprimit ille tumen
tes.
L'onzième Pierre de
Breauté.
GALANT. 169
Breauté. Il donna dés ſes premieres
années des preuves
-
éclatantes de fon courage ,
ayant efté au ſecours de Calais
& d'Ardres , où par quantité
de belles actions il fe fit
diftinguer de Henry IV. & de
toute la Cour. Sa Majefté ,
ponr récompenfer fe merke
de ce jeune Seigneur , qui
n'avoit pas encore dix - fept
ans ,luy donna leRegiment de
Normandie.LaPaix ayant été
conclue, leRoy d'Espagne qui
avoit éprouvé fa valeur dans
plufieurs rencontres , ſurtouc
pendant le Siege d'Amiens ,
Aouft1697.
P
170 MERCURE
le follicita de paffer en Flan
dre , & luy fit offrir tels Em
plois qu'il fouhaiteroit dans
fon Armée .Il répondit qu'il ne
ferviroit jamais un Prince qui
avoit fait la guerre à ſon Roy,
C'eſt ce qu'on avoit reprefen.
té par un chien portant un
bafton fleurdelifé , avec ces
paroles , Unus cuncta mihi.
Le douzième, Adrian- Pier,
re de Breauté , Chevalier des
Ordres du Roy , eftant allé
au Siege de Breda en Hollan ,
de , les Soldats de Grobendonk
, qui avoient affaffiné
fon Pere aux portes de Bolle
CALANT 171
duc, l'attirerent dans une embufcade
, où ils l'égorgerent,
à pareil jour , & dans un lieu
qui n'eftoit pas fort
éloigné
de cette Place. On les avoit
tous deux reprefentez par
deux colomnes que la foudre
avoit abattuës , avec ces pároles
, Pari cecidêre ruinâ,
La Deviſe de M' le Comte
de Breauté , eftoit un jeune
Aigle volant aprés plufieurs
autres qu'on voyoit fort éle .
vez , vers le Soleil , avec ces
paroles , Haud expers virtutis
avita. Aprés la ceremonie ,
M' de Breauté donna encore
Pij
173 MERCURE
un magnifique repas à la
Compagnie.
Voicyl'extrait de quelques
Lettres écritesparM'l'Evêque
de Babilone à M' de S. Olon .
L
D'Hifpaham le 24 Oct. 1696.
Es Arabes ont pris Baffora.
Le Chamde Hamadan
eftant mort ,fon Fils luy afuccede
, mais on dit qu'il fera changé.
Il eft arrivé un Ambaffadenr
Portugais ily adix jours à deux
tieuës d'icy. Ilſe prépare à faire
ne Entrée magnifique. Il a vingt
cingperfonnes delivrée, quarante
GALANT 122
quatre chevaux , & plus de cent
perfonnes à fa fuite . Il ne paroift.
pas avoirplus de quarante anst
It parle affez bien François ,
mieux Latin. Il fe nomme Dom
Antonio Peyra, leftfage,
re,
affable,
a des manieres tres - nobles;;
il foutient fort bien l'honneur de
fon caractere En arrivant proche
de Ler , qui eft en venant de Conte
go icy , tous les Grands allerent au
devant de luy mais comme il n'y
vit
pas
i
le Kam , qui eft un des
principaux
Gouves
de
Perfe
il fit tant de bruit , qu'il l'obligea
dy venir, &ce Seigneur l'a traité
enfuite magnifiquement en trois
Piij.
174 MERCURE
differens appartemens de fon fu
perbe Palais, richement meuble
Les grands Arrofoirs pendus au
plancher , à la mode des Indes , que
des Pages rumuoient doucement,
faifoient rejaillir l'eau des jets fur
les grands Tapis de foyer d'or,
les gâtoient par grandeur. Le
Manandar Bachi , ou grand Introducteur
des Ambaffadeurs ,
ayant envoyé l'autre jour pour
compter fon monde , fuivant la
coutume, pour luy affurer un Giré,
ou fubfide, à proportion , il ne vou
lut pas le permettre , difant , ils
font un , ilsfont mille , qu'importe ?
Je ne veux pas que ma Maison
GALANT. 175
paffe en revenë devant qui que co
Joit.
On dit que le Sophi donne quin-
Ze mille hommes aux Portugais
pour faire la guerre à Mafcati.
Du 27. Decembre 1696 .
L'Ambasadeur de Portugal
eut audience du Grand Sophi ily
a cinq jours, & le lendemain il
fut traité magnifiquement par
Grand Vifir.
le
D'Algs le 20. Avril. 1697.
Les Arabes tiennent Bagdad
tellement bloqué, qu'ils ont réduit
cette Place dans une extrême di .
fette. Les Turcs dans ces endroits
fous le commandement du Bacha
Piiij
176 MERCURE
d'Orpha avec vingt · cinq mille
hommes , courent fur les Gourdes.
& Turquemans, pour les faire
paffer delà l Euphrate, Quoy que
Arméefoit encampagne depuis
quelques jours , nous ne fçavons
encore rien de ce qu'elle a fait.
~ On nous fait manger icy de tresmauvais
pain , & fort cher. Ce
Bacha s'eft affocié avec ceux qui
le refferrent pour faire durer cette
difette, qui continuera juſqu'à la
nouvelle récolte
".
Il paroift depuis peu un Livre
nouveau , intitulé, Avan .
Lures Lettres galantes , Com
GALANT 177
me l'Auteur n'a voulu y rapporter
que des évenemens
veritables , il n'a point cherché
à les embellir par des Epifodes
fabuleux , & s'eft contenté
de dire les chofes comme
elles fe font paffées , fans
les reformer ny les augmenster.
Ainfi il n'a fourni que le
tour & l'arrangement des
• mots ; en- quoy l'on peut dire
qu'il a tres bien réuffi .
Chaque Avanture eft mellée
de Lettres fort vives , qui
font connoistre jufqu'où va
la force de l'amour fur les
coeurs qui s'en trouvent poſs
་
178 MERCURE
fedez. Ce Livre , qui fe vend
chez le S de Luynes , Libraire
au Palais , doit eftre bientoft
fuivi d'un autre du même
Auteur , intitulé Santoliana.
Le 7. de ce mois , M ' Bofe ,
Prevoft des Marchands , fir
placer dans les Jardins de fon
Chasteau d'Ivry , dont il eft
Seigneur , la Statuë du Roy,
fortie de la main du S' Coifeux
, fameux Sculpteur , pour
honorer fa maifon de la prefence
de fon Maiftre , & laiffer
à la pofterité un monument
éternel de fon zele , de fon
reſpect & de fareconnoiflanGALANT.
· 179
cesCette Statue eft fembla
ble à celle qui fut érigée en
1689 dans la Galerie de l'Ho
ftel de Ville de Paris. On lit
au bas deux Inſcriptions , l'une
Latine & l'autre Françoife .
Voicy les Vers de l'une & de
l'autre.
Hoftem, Aras , Populum, Victorque,
Vltorque , Paterque,
Sterno , tego, cumulo, vi , pies,
tate , bonis.
S
Tel eft le Chef d'oeuvre des
Cieux ,
Louis des urais Heros le plus parfait
modele,
19% MERCURE
Echtel doit eftre un Roy , jufte
fage, pieux ,
Qui veut eftre l'amour de fon
Peuple fidelle ."
Plufieurs perfonnes confi
derables, & par leur rang , &
par leur mérite , s'eftant renduës
à Ivry le foir de ce même
jour, y furent receues dans un
beau Salon , d'où l'on décou
vre le Parc & les Jardins de
cette maifon. Il y eut un magnifique
repas de trois tables
proprement fervies , & il fut
accompagné d'un concert de
Flutes douces & Allemandes ,
& d'autres Inſtrumens . Sur la
GALANT 481
me
de ce
repas
, la Compagnie
falüa
debout
avec
refpect
la
Santé
du
Roy
, &
auffitoft
cent
cinquante
Boetes
le
firent
entendre
, ainfi
que
les
fanfares
des
Trompettes
, le
bruit
des
Timbales
, &
le
fon
agréable
des
Hautbois
, tout
cela
eſtant
diſperſé
en
differens
endroits
du
Jardin
.
Chacun
voulut
courir
à
ce
bruit
,
mais
l'on
fur
furpris
en
fortant
de
ce
Salon
, de
voir
des
feux
éclater
de
toutes
parts
. C'aftoient
des
lumieres
dans
des
vafes
qu'on
avoit
poſez
ſur
des
gazons
un
peu
élevez
, à
quatre
182
MERCURE
&
pieds l'un de l'autre , & qui
parun double rang conduifirent
cette nombrcule affem.
blée jufqu'à la Statue du Roy.
Elle eft dans une grande place
de foixante toifes de circonference
, à laquelle aboutiflent
comme à un centre ,
huit avenues, diftantes également
les unes des autres,
Cette place eft environnée
de huit piedeftaux , chacun de
quatre faces , ornées de bas
reliefs & de Deviſes , qui reprefentent
les Victoires & les
conqueftes du Roy , & fes
actions les plus éclatantes
GALANT 18:3
pour la défenſe de la Religion
& des Aurels. Les bafes & les
corniches peintes en marbre,
eftoient bordées de lumisres
, & furmontées de huic
grands vafes qui jettoient un
feu dont toute la place eftoic
éclairée . La compagnie ayant
efte receue en ce lieu au bruic
des Trompettes , des Timbales
& des Hautbois , qui faifoient
ouir alternativement
une melodie guerriere, & des
fanfaresconvenablesàlarefte ,
elle yfut arreftée par un grand
nombre de fulées volantes
qui vinrent y fondre de divers
184 MERCURE
endroits , aprés quoy on fut
conduit par un pareil bordage
de lumieres à un grand
baffin quijette au milieu d'un
beau parterre , où le feu &
l'eau fe rencontrant faifoient
un melange des plus agreables.
Au delà de ce parterre
on voyoit une demi-lune d'une
fort grande étenduë , qui
regarde la Riviere . Sa circonference
eftoit bordée d'un
nombre infini de ces vafes lumineux
dont on a déja parlé,
difpofez en cinq rangs par
étages fur une triple terraffe,
d'où àl'oppoſite l'on décou
GALANT. 185
H
roit le Chasteau . On en avoit
rempli les appartemens de
Luftres & de bougies , & les
dehors eftoient éclairez de
Inmieres qui formoient un
afpect tres agreable . Pendant
que l'on admiroit toutes ces
chofes , on'vit fortir du cofté
de la grille du Jardin.comms
un deluge de feu , qui annon
ça l'artifice que l'on avoit préparé.
Au même moment pay
rurent des Soleils fixes , &
d'autres mobiles , qui font la
Devile de Sa Majefté. Ils fu
rent accompagnez d'aigret
tes , de jets & de pluyes de
Aoust 1697.
P
Q
186 MERCURE
feu en fort grand nombre ; &
fur la fin partirent avec impe
tuofité comme d'un gouffre,
une infinité de ferpenteaux ,
de pots àfeu , & de petards ,
renfermez dans plufieurs
quaiffes jointes enfemble, qui
par une espece de tonnerre
mirent fin à l'artifice qui du.
roit depuis deux heures . A ce
plaifir fucceda celuy de la
promenade , qui ne put eftre
que fort agreable dans une
nuit , où l'on refpiroit un air
fort doux.
Voicy des Vers qui ont eſté
prefentez à M. le Prevoſt des
GALANT . 187
Marchands , fur la magnifi
cence de cette Fefte .
Lluftre Magiftrat , Sujet rare
& fidelle ,
Tes Jardins font donc prefts à recevoir
Louis?
D'unfpectacle pompeux mesyeux
font éblouis.
Qui peut leurprocurercette gloire
immortelles
Pour celebrer ce jour heureus
Une ſuperbe Fefte
De tous coftez s'appreſte-
F'y vois la fombre nuis briller de
mille feux. [la natures
Parun art étonnant qui dompte
Q iji
188: MERCURE
Lejour dans ces fardins rewaift
de toutes parts. plovs
Mille Soleils foudains qui char
para asment nos regards ,
The En chaſſent l'ombre obſcure.
Tel eft ton zele ardent ; selle eft tal
will purefoy's
Et ce feu que tu joins à ton parfait
hommage,
Tout éclarant qu'il eft , n'est qu'une
foible image
De celuy dont ton coeur eft brûlé
pour ton Roy,
Les Muſes ont fait une veritable
perte en la perfonne
de M de Santeul , Chanoine
GALANT: 189
み
Regulier de Saint Victor . Il
avoit un genie merveilleux
pour les Vers Latins , & l'on
peut dire que tous ceux qu'on
voyoit de luy , couloient de
fource . On en a imprimé un
recueil , qui fair connoiftre
que fon efprit eftoit tout do
feu , tant la force & la douceur
de l'expreffion s'y trous
vent jointes agreablement. Il
ne traitoit aucune matiere
qu'il ne l'embellift par la ri
cheffe des termes choifis dons
il fe fervoit. Les Infcriptions
qu'il a faites pour la plufpars
des Fontaines de Paris, feront .
190 MERCURE
કી
des monumens éternels de la
gloire; mais ce qui luy a acquis
un honneur qui confervera
fon nom jufqu'à la derniere
pofterité , ce font fes
Hymnes , qui ont paru un ouvrage
fi achevé , qu'on les
chante prefentement dans
l'Eglife. Il eft mort en Bour
gogne , où il avoit eu l'hon
neur d'accompagner Mon
fienr le Duc , qui tient les
Etats de cette Province . M
Noify a fait pour luy.cetre
Epitaphe Larine.
Hic jacet illuftris Varum Santo
lius Herost
GALANT. 191
Bow
Tantane tam trifti debetur victima
letho?
A
Exilio à longo quas ille reduxerat
artes ,
Hasmoriens traxitfecum, condit
• quefepulchro
Le 14. de ce mois , Meffire
François d'Aix , Comte de la
Chaiſe , mourut en revenant
de Forges , où il étoit allé
prendre des eaux. L'eftime
qu'on avoit pour luy , & qu'il
s'eftoit attirée par fesmanieres
honnêtes & obligeantes , l'a
fait regreter de la Cour , où il
avoit grand nombre d'Amis .
Il eftoit Frere du Pere de la
192 MERCURE
Chaife , & arriere Neveu du
Pere Coton , Confeffeur de
Henry IV . le Roy , en confi
dération de fes fervices , a
donné fa charge de Capitaine
de la Porre a M le Marquis
de la Chaife fon Fils , ce que
tout le monde avû avec plai
fir.
Le 16 de ce mois Ms le
Tourneur & Bruffelayant faig
leur temps d'Echevinage
on proceda à l'élection de
deux autres Echevins .
Sautereau , Confeiller de Ville
fut élû pour premier Echevin,
& Mide la Loire, Procureur en
M
GALANT. 198
Ha
Chambre des
Comptes .
pour fecond. Ils préterent
fer-
I ment entre les mains de Sa
&
furent pre-
19. V Majefté le
fentez au Roy par M Renouard
, Confeiller au Parle
ment , Fils de M Renouard
de la Touanne , Treforier general
de l'Extraordinaire des
Guerres , & Gendre de M
Bofc, Prevoft des Marchands.
Il fit une harangue au Roy ,
qui fut extremement applau
die , & la grace avec laquelle
il la prononça , en augmenta
la beauté. Après avoir fair
connoistre que les nouveaux
Aoust 1697. R
194 MERCURE
Magiftrats qui fe fervoient de
fon miniftere pour fe prefen
tèr ,venoient avec des fentimens
pleins de foumiflion &
de refpect fupplier Sa Majefté
de confirmer leur élection , &
qu'ils fe tiendroient heureux,
s'ils obtenoient
cette grace ,
& plus heureux encore , · fi
aprés l'avoir obtenuë ils pouvoient
y répondre dignement
, il dit , qu'il ne dépendoit
pas toujours des Sujets
defignaler leur zele ; que
la fortune en fourniffoit les
occafions
à qui bon luy fem
bloit , & que fouvent les plus
GALANT: 195
affectionnez n'eftoient, à leur
grand regret , que des ferviteurs
inutiles , mais que fi ta
liberalité du Roy ne manquoit
jamais de recompen
fer avec profufion les fervices
des uns , fa bonté luy faifoit
toujours voir avec plaifir les
bonnes intentions des autres.
Il s'étendit enfuite fur le bon.
heur qu'il y avoit de vivre fous
un Prince qui comptoit juf
qu'auxfervicesqu'on
voudroit
luy rendre , & qui avoit porté
fi haut l'honneur de fon Peu- ,
ple, que le nom de François
fembloit eftre aujourd'huy
Rij
166 MERCURE
plutoft un nom de valeur,
que celuy d'une Nation particuliere,
qu'aprés avoir mis la
France au plus haut degré de
gloire où elle pouvoit arriver,
il ne vouloit plus penfer qu'a
luy donner le repos; que ta
Paix avec la Savoye avoit déja
commencé
ce grand ouvrage
, & que pour en meriter
l'accompliffement
, Sa Majeſté
avoit voulu , autant qu'
elle le pouvoit,imiter dans ce
Traité la Bonté Divine , qui
comble de graces les plus
grands ennemis , & qui les
reçoit même au nombre de
GALANT:370197
Les enfans dés qu'ils changent
de conduite , & qu'ils reviert
nent de leurs égaremens. N
ajoûta que l'alliance avec la
Savoye , fi - fagement projet
tée , fi heureusement , conclae
, & fi fidellement execu
see , feroit ouvrir les yeux au
refte des Alliez , qui s'y
voyoient obligez , non feule
ment par la perte qu'ils
voient faite en Flandre au
commencement
de la Campagne
, mais encore par celle
qu'ils venoient de faire dans
Fancienne & dans la nouvelle
Elpagne, ayant été contraints
Riij
198 MERCURE
de ceder à des actions de va
leur , qui hors le cours du
regne du Roy ne trouve
roient point d'exemple
qu'on ne doutoit point qu
ils ne previnffent les fui
tes dont tant de mauvais fuc
cés les menaçoient , & que
quand aprés tant d'inutiles
efforts ils auroient enfin recours
au feul moyen qui leur
reftoit pour arreſter les con
queftes de Sa Majefté , ce feroit
alors que fa moderation
feroit voir à toute la terre ,
que fila neceffité d'une jufte
défenſe luy avoit mis les arGALANT.
199
mes à la main , il en avoit pris
la refolution, bien moins dans
le deffein de profiter des avan
tages de la Victoire , que dans
la veuë de rendre les Ennemis
plus capables de fouffrir la
Paix . Il finit en priant le Ciel
de ne mesurer la durée du regne
de ce Monarque, que fur
le befoin que fes Peuples
avoient de la protection , pour
jouir longtemps du bonheur
qu'il leur auroit procuré
Les Lettres de Perfe , dont
´je vous ay déja fait part , vous
ont appris l'Entrée que l'Am ,
Riiij
200 MERCURE
baffadur a faite dans Hifpa
han. En voicy des circon
ftances plus préciſes , tirées
d'une autre Lettre de MIE
vêque de Babilone.
L
AHifpaham le 27
Decembre 1696.
Ambaſſadeur
de Portugal
D. AntonioPeyra fit icyſon
Entrée publique le 30 du mois dernier.
Ileftoit précedéde vingt Fu
filiers , d'un Porte Enfeigne avee
Etendart de fon Roy , de deux
Frompettes
d'argent, de vinge
quatre perfonnes
de livrée , vêues
de drap rouge avec des Tur
bans Perfiens deplufieurs Gentila
GALANT. 201
hommes Portugais , & de quanti
te de beaux chevaux de main . Ik
erftoit vetu à la Françoife , avec
des Plumes blanches & rouges.
Tous nos François s'y trouverent,
& toute laNation Armenienne.
fur
contre
en chemin
par
l'Evêque élû d' Hifpaham ,
par le Muphei , le Kalantar ,
te Drogba de la Ville , qui font de
grands Seigneurs de Perfe ; mais
il n'y eut que l'Evêque qui l'ac
compagna jusqu'à fon Palais , on
Lon diftribue force Caffé , Eau de
vie , Vin , & Sucreries aux
Francs , quifurent transz enſuite
ebezles Anguftins Portugais.
201 MERCURE
Vous attendez la Relation
du Voyage de M de Pointis ,
& je vous en envoye une, telle
qu'elle a efté faite par un Offic
cier du Vaiffeau nommé le
Fort , qui eft le premier qui.
ait apporté des nouvelles de
ce qui s'eſt paffé au Siege de
Cartagene . Cette Ville eft
fituée dans une Prefqu'ille
d'une Province de l'Ameque
meridionale , qui porte
le même nom de Cartagene
; & qui eft dans le nou-!
veau Royaume de Grenade.
Cette Prefqu'Ifle eft attachée
à la terre ferme par une chaulGALANT.
203
fée de deux cens
cinquante
pas . La Ville a un Evêché
Suffragant
de Santa Fé de
Bogotta. La Flotte qui part
d'Espagne
pour les Indes Occidentales
, a toujours ordre
de fe rendre dans fon Port ,
ce qui le rend un des plus fameux
de l'Amerique . Vous
fçavez qu'il y a une autre Carthagene
en Espagne, que l'on
nommoit autrefois Carthage
la Neuve . Elle eft fur la mer
Mediterranée , dans le Royau
mede Murcie , avec un Eve
ché Suffragant de Tolede.
204 MERCURE
T
RELATION
Du Voyge fait aux Indes
Efpagnoles.
S
T
A Majefté ayant accordé
M de Pointisfept Waiffeaux
de guerre , trois Fregates , deux
Flutes , quatre Traverfiers ,
une Galiore à Bombes , il partit
de Camaret le 9. Fanvier 1697.
&fit route pour Saint Domingue
Le 7 Marsil moüilla au petit
Goave , où il eut une aug
mentation de quinze cens hommes
tant Soldats , Flibuffiers Habi
tans de la cofte , que Negres , com
mandez par M Ducaffe , Gou
GALANT. 205
werneur du lieu. Il en partit le 19.
Mars, & arriva à Carthagens
le 13. Avrilfur les quatre heures
dufoir. Le 14 la Galiote commen.
ça àfaire feu furles quatre heures
du matin ,fous les ordres de Mªle
Vicomte de Coetlogon ,fait par or
are delaCourGeneral de l'Artille
riepourcette entreprife . L'Efeadre
leva l'ancre , & alla mouiller de.
Dant Bocachica , Fortereffe de
trente fix Canons , qui eft à l'entrée
de la Riviere de Carthagene.
Ce même jourfur les onze heures
a midy , ce General fit le ſignal
pour la defcente , qui fut promptement
executée , les Espagnols ne
206 MERCURE
s'y eftant point oppoſe . On s'em ,
para d'un bois à une portée defu
fil de cette Fortereffe , quifervic
de retranchement , le terrain n'eftant
pas des plus propres pourfe
pouvoir mettre à couvert du feu
des Ennemis. Le Gouverneur de
Carthagenefçachant qu'on avoit
affiegé ce Fort , envoya une Pirgque
une demi- Galere , chargées
de monde pour le fecourir , mais
inutilement , parce que les Fli.
bustiers eftant àla faveur du bois
campez en embuscade ,firent main
baſſe deſſus , aprés avoir mis pied
à terre , en tuerent plufieurs , &
firent les autres prifonniers. Ce
GALANT. 207
fecours eftoit de cent trente hommes
, fans compter la Garnifon ,
qui eftoit de cent quatre vingt.
Cette Place fe voyant fort mal
traitée, tant par le feu continuel
des Vaiffeaux , que par une har
die approche qu'on fit juſqu'au
pied de la muraille , obligea le
Gouverneur de fe rendre à difcre-
• sion, auquel M² de Pointis fut
fort indulgent. M' de la Roche du
Vigier , Capitaine de Fregate legere
, fut fait Gouverneur da
Fort , on luy donna cent qua .
tre- vingt hommes pourfa garde.
Celafait on fe retira à une portée
de fufil de la Ciradelle , d'où l'on
208 MERCURE
partit le lendemain à quatre ben
res du matin pour aller au Fort
de Sainte Catherine , armé de
quinze pieces de Canon , que lès
Ennemis avoient enclouez ,
Jettez dans lesfoßez , lequel on
trouva abandonné. Le 19. les
Troupes pafferent du cofté de
Noftre - Dame de la Loupe , pour
faire les approches du Fort de
Saint Lazare, qu'elles enleverent,
obligeant les Ennemis de feretirer,
par le feu continuel qu'elles faifoient.
Le lendemain on travailla
adreffer à terre des batteries de
Mortiers de Canons . Pendant
ce temps là,la Galiore & les deuse
Reds #004
GALANT: 209
Traverfiers bombardoient incef
famment . L'un de ces deux Traverfiers
, commandé par Mr. de
Mareuil, Sous Lieutenant d'Arrillerie
, fut coulé à fond: Le 221
le Canon des Ennemis nous defo
lant entierement dans nofire
Camp, nous obligea d'aller camɩ
per dans le bois à l'abry du Fort
Saint Lazare . Ce mêmejour.Mr
de Pointis voulant reconnoiftre le
terrain , s'expofa fi avant qu'il
fur bleße, mais legerement : Lezz
cing cens Matelots, armez de
faulx , commandez par Mr de
Vaux Mymars , eurent ordre de
mettre pied à terrepour dreſſer dess
Aouft
1697 Si
210 MERCURE
batteries . Le 24 tout le mondefur
fort occupé à traîner les Canons.
Le26 . nos Batteries fe trouverent
en eftat. On commença à faire la
bréche à la porte de Gemany , n'y
ayant que ce feul endroit qu'on
puftattaquer, eftant du costé où
nous eftions ifolez. De la baſſe
Ville à la Ladrerie , il y a un
pont avec une Demi - lune , fur
lequel nous paffames lors qu'il
fur question de donner l'affaut .
Nousle trouvâmes abandonné,
coupé au pied de la bréche. Le 28 .
l'on commença à travailler aux
fafcines . Le 30. fur les quatre
cing heures du foir, nous montâ.
à
GALANT. 214
mes, & primes Gemani d'affaut.
Les Ennemis firent le même
foir ,fur les buit heures , une fortie,
mais inutilement , n'ayant
osé s'avancer jufqu'à nos retranchemens
au contraire , voyant
nos Troupes aller au devant d'eux,
ils rentrerent au plus vite dans
Carthagene , d'où nous eftions éloi
gnez d'une portée de fufil . Ils reffortirent
aprés minuit pour couper
Lepont Lei May, nous travailla.
mes àmettre nas Mortiers nos
Canons en batterie pour donner
fur Cartagene Le 2.le Sceptre &
le Vermandois commencerent , ä
fairefeufur la Ville ; le même jour
37
sij
212 MERCURE
les gens de Cartagene furpris d'E
ronnement de noftre diligence à les
maltraiter , arborerent Pavillon
blancfur les rempares On y accourut
, ils témoignerent qu ils
vouloient parlementer
, celquon
leur accorda. Deux jours aprés ,
ilsfignerent la Capitulation . Au
bout de troisjours , ils en
urs , ils en fortirent
au nombrede deux mille hommes
de garnifon,Tambour batant¸méche
allumée , Drapeaux déployez,
deux pieces de Canon , & deux
bommes masquez , qui estoient
*deux de nos Soldats , Espagnols de
Nation, qui avoient deferté de nos
Troupes. Ce même jour , Mrde
GALANT.
213
Pointis accompagnédetrente Gar
des de la Marine, & de plufieurs
de fes Officiers , entra dans la
Kille alla directement à la
Cathedrale , où il fit chanter lo
Te Deum en action de
de grace
d'avoir remporté la victoire fur
Jes Ennemis , aprés quoy it atta
Gouvernement prendre pof
feffion de tour. Les principaux
de la Ville y vinrent luy rendre
leurs devoirs , luy demander
fa protection , fe foumettant entierement
à fes ordres. Il me fes
roit difficile de vous marquer la
quantise de bien qui s'eft ironwee
en cette. Kille , tant en Or
au
214 MERCURE
Argent , Pierreries , qu'autres
Marchandifes. Cartagene eftoit
fortifiée de feize Bastions , que
nous avons démolis . Ily avoir
quatre- vingt cinq pieces de Ca.
non en batterie. Enfin , nous
nous en retournions bien glorieuſement
en France & avec joye ,
mais qui ne futpasfans inquietude,
ayantfait rencontre de vingt.
trois Vaiffeaux de Guerre Anglois
à cinquante lieues de Cartagene ,
qui croifoient à cette hauteurpour
nous attendre. Le jour qu'ils nous
donnoient chaffe , noftre Amiral
ayant fait le fignal de revixer à
minuit , il furvint au même moGALANT
215
ment un brouillard qui peut leur
avoir donné moyen d'éviter les
Ennemis , quoy que deux de leurs
Vaiffeauxfuffent proches de nous
à l'un desquels nôtre Amiral,
avant ce grain , tira trois à quatre
bordées , aprés quoy il revira. Le
Fort ou j'eftois s'eftant demaré de
fon petit mat debane, voulantfaire
la même manoeuvre , nous obligea ,
n'étant point en état de combattre,
de faire vent arriere , & d'aban .
donner les autres pour continuer
notre route en France , où nous
fommes arrivez & avons mouillé
à Berthaume la nuit du Lundy an
Mardy 6. Aouft.
our
216 MERCURE
Voici les noms des Officiers
morts ou bleflez dans cette
entrepriſe.
MORT'S
Misle Vicomte de Coëlo
gon , Capitaine de Vaifleau ,
Bleffe dans Gemani , & mort
de maladie.
Combaur , Capitaine de
Vaiffeau , mort de maladie.
Sorel , Infpecteur de compar
gnie franche de la Marine,
bleffé à l'affaut.
Mafiac, Capitaine de Ga
liote.
La Roche du Vigier Capi
raine de Fregate.
Le CheGALANT.
217
Le Chevalier de Marolle ,
Lieutenant de Vaiffeau, & Ca
pitaine de Compagnie.
Morin , Lieutenant de Vaif
feau , bleffé devant Bocachica
.
De Vezins, Lieutenant de
Vailleau & des Gardes de la
Marine .
De Montrofier , Lieutenant
de Vaiffeau.
Lambert , Capitaine de
Brulot.
Le Chevalier de Feriere,
Capitaine de Brulot .
Le Chevalier de Plancy Jau .
court , Enfeigne de Vailleau .
Aouft 1697.
T
218 MERCURE
Du Boury , bleffé à Gema.
ni,
De Courcy d'Anglegue
ville.
De Salfeniere.
De Lavedan.
D'Auny.
Le Jay. Tous cesfix , Enfeignes
de
Vaiffeau.
De Mareüil Sous - Lieutenant
de Galiote.
Delmons,
De Breft , tué devant le
Fort Saint Lazare .
Cannet , premier Ingenieur.
BLESSEZ .
M's de Pointis,
GALANT. 219
Gouverneur de Ducaffe ,
$. Domingue .
De Francine , Lieutenant
deVaiffeau.
De S. Lazare , Lieutenant
de Vaiffeau , & Capitaine de
Compagnie.
De Raujoux, Lieutenant
de Vaiffeau.
Marigny de Longueil , Enfeigne
de Vaiffeau .
De Maroles enfeigne de
Vaiffeau & Lieutenant de
compagnie.
Le Chevalier de Pointis ,
Enfeigne de Vaiſſeau.
De Mouflac , Enfeigne de
Vailleau. Tij
225 MERCURE
De Fouilleufe, Aide d'Artillerie.
Dela Garde, Brigadier des
Gardes.
Vidal , Garde Marine &
quinze de fes Camarades .
Trois jours aprés que le Vaiffeau
le Fort , par qui je vous
ay marqué que l'on avoit eu
les premieres nouvelles de
cette action , eut quitté M
de Pointis , il rencontra vers .
le Cap Saint Antoine de l'Ifle
de Cuba , un Vaiffeau Elpagnol
qu'il prit , aprés quoy il.
continua fa route vers la Baye
de Maranças , où la Prife le léGALANT.
221
para de luy. Elle arriva à la
rade de Bertaume le 9. & eft
eftimée cinquante mille écus.
Il s'eft fait une action fort
hardie en Flandre , M'Philippe
, Exempt des Gardes du
Corps , ayant efté commandé
la nuit du 13 au 14 de ce mois ,
pour aller en parti avec quatre
vingt maiſtres, M'de Sainfal
, qui prit de fon coſté cinquante
Dragons duRegiment
de Sainte- Hermine , convinc
avec luy du lieu où ils fe mettroient
en embuscade , & chacun
enfuite alla prendre fon
terrain. M' de Sainfal , qui fe
Tiij
222 MERCURE
para
fon
détachement
en
deux
, avoit
dix.huit
Dragons
fur
le panchant
de la Justice
de Zelick
, qui
n'eftoit
qu'à un
quart
de lieue
du Camp
des
Ennemis
, d'où
ils pouvoient
voir
, le jour
arrivant
,
tout
ce qui
viendroit
à droit
& à gauche
,& devant
eux
. Le refte
de fa troupe
eftoit
dans un
chemin
creux
, d'où
l'on voyoit
de tres
loin
à fleur
de
terre
, tout
ce qui
pouvoit venir
de
tous
les
endroits
,
même
de noftre
Camp
. Ce chemin
creux
n'eftoit
éloigné
que
d'une
portée
de fufil
de
GALANT. 223
Tembuscade où il croyoit M
Philippe , qui cependant avoit
trouvé à propos de fe reculer
d'un grand quart de lieuë. M
de Sainfal avoit remarqué en
s'embufquant qu'une groffe
troupe de Cavalerie eftoit
paffée , ce qui fe voit facilement
à la pifte quand on en
a pris l'habitude. Cette mar
che alloit du colte de noftre
Camp, ce qui luy fit fare attention
autant de ce cofté - là
que de celuy de l'Ennemi.
A une heure de jour il vit venir
une troupe d'environ cinquante
Maiftres ou Dragons,
Tiiij
224 MERCURE
qu'il laiffa avancer jufqu'à l
demi - portée du piſtoler. Ces
gens là ayant répondu au qui
vive , Espagne, on tira fur quatre
des plus avancez On en
tua un & fon cheval . Un autre
tomba fans eftre bleffé , & le
refte fut chargé , & remené
plus de mille pas du coſté qu'-
ils eftoient venus . Il en refta
trois fur le chemin avec le
Commandant qui estoit un
Capitaine Lieutenant . Ils fe
rallierent à cent pas , de quatre
troupes dont ils eftoient
les coureurs , & qui compofoient
deux cens Chevaux .
GALANT. 225
Cela n'empêcha pas nos Dragons
de les charger une fe
conde fois avec tant de har
dieffe , qu'ils les obligerent
de rentrer en defordre dans
les intervalles des quatre
troupes , ce qui obligea l'Officier
Commandant de faire
fortir d'autres troupes de
leurs rangs , aufquelles ceuxcy
fe joignirent , & contraignirent
les noftres de repaſſer
un défilé, où nous perdîmes
un Lieutenant , tres - brave
homme , le jeune M' Gargant
, & un Cornette , qui
furent pris avec trois Dra226
MERCURE
gons. Les autres garderent
quelque temps l'entrée du
chemin creux , où ils s'estoient
jettez ; mais fe voyant fur le
point d'eftre coupez à droit
& à gauche par derriere , & ne
voyant pas arriver M' Philippe
, que M ' de Sainfal leur difoit
à tous momens venir à
eux , ils fe debanderent , &
il fut impoffible de les rallier .
On en prit douze & douze
chevaux , & les Ennemis reprirent
dix Prifonniers que
nous avions faits . M' Philippe
eſtant arrivé peu de temps
aprés , trouva ces quatre trouCALANT.
227
pes qui avoient paffé le défilé.
leffuya leur décharge de fort
prés , & enfuite il les chargea.
Le Lieutenant & le Cornette
qu'ils avoient pris dans le défilé
, fe jetterent dans la char
ge,ainfi que les trois Dragons,
tous cinq remontez des che
vaux des Ennemis . M'Philippe
les remena fort loin ; &
aprés leur avoir fait prendre
deux differens chemins , il fe
retira fur fon terrain . Les Ennemis
s'eftant ralliez revinrent
avec une troupe de Huf
fars , ce qui en faifoit cinq.
La bonne contenance de M
228 MERCURE
Philippe leur impofa , de ma
niere qu'ils n'oferent l'atta
quer Le Colonel Lieutenant
qui commandoit ces Coureurs
des Ennemis , & qu'on
avoit bleffé d'abord , fut pris ,
& ayant efté mené au Camp ,
il dit à tout le monde , que
jamais Dragons n'avoient eu
plus de hardieffe, ny foutenu
plus longtemps.
On a donné au Public tant
de Relations de ce qui s'eft
paffé à Barcelone , qu'il femble
que vostre curiofité ne
doive plus rien avoir à fou.
haiter fur cet Article. Cepen.
GALANT
229
dant afin que ce Siege fe trouve
entier dans mes Lettres ,
je vais continuer comme j'ay
commencé en vous envoyant
la fuite des mêmes
Relations
, qui ne peuvent
contenir qu'une exacte verité
, eftant écrites par les Generaux
mêmes .
Au Camp devant Barcelone
le 26 Fuiller.
A nuit du 22. au 23. les'
chofes me paroiffant LA
bien difpofées , & les Mines
que nous avions faites fous les
230 MERCURE
deux Baftions étant en état de
jouer ,je réfolus d'en faire l'at
taqueà l'entrée de la nuit.J'allay
à la tranchée à huit heures
du foiravec mon Frere , pour
en faire la difpofition moymême
; mais comme on fut
plus long temps à ſe préparer
que l'on n'avoit crû , l'action
ne commença que fur les dix
heures. On fit jouer les Mines
qui firent à peu prés l'effet
qu'on avoit attendu , & prefque
dans le même temps , on
attaqua les deux Baſtions . Ils
furent emportez aprés une aſfez
vigoureule réfiſtance ,
GALANT. 234
nous nous logeâmes fur l'Angle
du Baltion de la droite , &
Tur le Baſtion de la gauche en
coulant le long de nos deux
bréches , fi bien qu'à une heure
aprés minuic que je fortis
de la Tranchée
, le logement
,
eftoit fait fur ces deux Baftions
, de la maniere dont je,
viens de le dire à Vôtre Majefté.
Les Ennemis attaquerent
ces deux Baftions à la pointe.
du jour , & reprirent celuy de
la gauche . Nous confervames
celuy de la droite que M' de
Maffais & M de Montandre.
deffendirent parfaitement
232 MERCURE
bien ; M' de Montandre étant
monté dans ce Baſtion par le
Flanc à la tefte de deux cens
hommes détachez , je me déterminay
auffi toft à rechaffer
les Ennemis du Baftion de la
gauche , ce qui fut executé à
trois heures aprés midy avec
toute la vigueur imaginable ;
lès Ennemis firent une réfi
ftance tres vive qui dura même
affez long-temps. On
combattit à coups de main :
mais enfin la valeur de nos
Troupes l'emporta . On les
pouffa jufqu'à la porte de la
Ville , & on commençoit à fe
L
GALANT: 233
P
loger , lors que les Ennemis
firent joüer plufieurs fougaffes
, & revinrent en jettant
beaucoup de Grenades . Cela
mitun peu de defordre parmi
nos Troupes ; mais il ne dura
pas long- temps ; car M' le
Prince de Birkenfeld fortit fi
à propos à la tête de fon Régiment
, que tout fut rétabli
dans le moment , & les Enne
mis rechaffez du baftion , dé
maniere qu'ils n'y font pas revenus
.
su Il eſt à remarquer que fue
les deux heures aprés midy ,
dans le temps que nous allions
Aonft 1697.
V
234 MERCURE
attaquer
encore le Baftion de
la gauche , les Ennemis
vou.
lurent fe reflaifir de celuy de
la droite. Leur attaque fut vive
mais ils furent repouffez
par
M² de Chelleberg
& par M
de Monforeau
qui fit marcher
fon Bataillon
fur le Baftion ,
comme avoit fait M de Monrandre.
M's de Coigny
&
d'Uffon prirent le moment
où
les Ennemis
attaquoient
nô
tre logement
fur le Baſtion de
la droite pour faire attaquer
le bastion de lagauche
, qui fuc
emporté
, & le logement
parfaitement
établi
GALANT. 2:15
A
་
La nuit du 23. au 24. on fir
tâter le retranchement que les
Ennemis occupoient dans le
Baltion de la droite ; mais il
étoit fi grand & fi eſcarpé , &
il faloit partir de fi loin pour
aller à eux , que l'on ne jugea
pas à propos de s'obftiner à
Pemporter. Je crûs auffi bien
que M ' de Lapara , qu'il faloit
prendre le parti d'aller à la Sa
pe par leurs Flanes , & en ma
me temps de mettre du Ca
non fur ce Baſtion ; ce qui
ayant été fair , a obligé les n
nemis de l'abandonner . Nous
ne doutons pas qu'ils n'y nyene
Wij
236 MERCURE
fait quelques fougaffes ; ainfi
nous allons travailler à nous.
y loger avec précaution ; mais
Vôtre Majefté peut compter
que nous fommes abfolument
maiftres des deux Ba.
ftions.
Nos Troupes fe font fur
paflées dans toutes ces actions;
& rous les Officiers particuliers
ont fait à l'envi l'un
de l'autre.M™s leComte deCoigny
, de Genlis & de la Maffais
commandoient la Tranchée
la nuit du 22. au 23. Mrs
d'Uffon , de Préchac & de
Chelleberg , la nuit du 23 , au
GALANT: 237
24. Mrs de Barbezieres , de la
Fare & de Chemeraut , la nuit
du 24. au 25. Mrs le Bailly de
Noailles , de mailly & de Poudens
, la nuit du 25. au 25.
Tous ces Mrs ont fait tout
ce qu'on pouvoit attendre
d'eux. M ' de Boqui ne quitta
la Tranchée qu'aprés que le
Baftion eut efté tout à fait
a emporté. Il en a ordonné &
conduit les deux attaques.
Mrs de Chelleberg & de la
Maflais ont efté bleffez de
deux coups de pierre , & M²
Ld'Imecourt, d'un grand éclar
unde grenade en travaillant à la
"
238 MERCURE
difpofition des attaques en
qualité d'Aide - major general
de l'Armée . Tous les rendus
nous ont affuré que dans toures
ces actions les Ennemis
avoient perdu plus de douze
cens hommes. Pour nous,
nous en avons environ fix
cens hors de combat ...
Les Lettres fuivantes font
d'un Lieutenant general , que
le fang unit au Prince qui a
écrit la précedente
,
ki a
GALANT. 239
Du Camp devant Barcelone ,
Le 29. Fuiller.
L
A refiftance des Enne
mis continue toûjours
avec la mefme opiniâtreté.
Nous nous fommesrendus les
maîtres de deux Baftions. Ce
luy de la porte Neuve nous a
coûté des foins & des peines
incroyables & la perte de
beaucoup de monde : il ne falloit
pas moins que les troupes
du Roy pour reaffir dans notre
feconde entreprife. Nous
devons attaquer ce foir le retranchement
que les Enne240
MERCURE
#P
mis ont fait au bas du Baftion
du la droite. Ils y ont fait des
travaux incroyables à la face
des Ouvrages avec de grands
Foffez qui ont dix pieds de
large , & ont allumé des feux
avec des matieres combufti .
bles. Vous diriez que ce font
les furies de l'Enfer qui ont
allumé ces feux. Nos Troupes
ne fe rebutent pas , & jamais
on n'a vû tant de bravoure
, le moindre de nos Sol
dats ayant fait des actions dig.
nes d'être mises dans l'hiſtoire
. Nous en vîmes hier fauter
l'épée à la main dans les retranchemens
GALANT.
241
tranchemens des Ennemis à
plufieurs repriſes , y difputer
un gabion ou un fac à terre.
On vient de me dire que nos
Troupes du côté du Baſtion
de la Marine fe font emparées
d'un fort retranchement où
il y avoit 6 pieces de Canon
& deux Mortiers , & qu'on
và batre par le revers les autres
Retranchemens qu'ils.
ont faits d'où ils ne peuvent
fortir que deux de front , & il
eft impoffible qu'ils ne perdent
beaucoup de monde.
Quelque bonne contenance
que les Efpagnols faffent pa .
Aoust 1697.
X
242 MERCURE
roître , nous fçavons parles
prifonniers & par les rendus ,
qu'ils ont perdu plus de la
moitié de leurs Troupes, tanc
¡tuez que bleffez .
Du Camp devant Barcelone,
Le 29.Juiller.
N
le
Ous fommes depuis
deux jours bien établis
furlesdeux Baftions , & de ma.
niere quelesEnnemis n'yfçau
roient revenir. Nous y avons
du Canon & vingt Mortiers
qui tirent des bombes & des
pierres en quantité. Comme.
GALANT. 243
ces deux Baſtions font apliquez
contre le vieux Rempart
de la Ville , la gorge en eft
fermée par le Rempart . On
y a attaché la nuit d'hier des
Mineurs , & on en a misaufhi
à un refte de courtine que le
Canon n'a pas encore achévé
de ruiner,fi bien que dans peu
on fera en état de faire fauter
toutes les mines ; apres quoy
M' de Vendôme eft refolu de
faire fon logement fur tou .
te la Brêche , qui aura de front
cent foixante toiles . On parci
ra pour cela de fort prés ,
ayant achevé cette nuit dec .
X ij
244 MERCURE
viere une parallele dans le
Foffé qui va d'un Baſtion à
l'autre , qui n'eft qu'à dix toifes
du pied de la Bréche , &
noftre Canon eftant eftably,
nous verrons avec fuperiorité
le retranchement
que les Ennemis
ont fait . Il n'y a nulle ,
apparence qu'ils y puiffent te
nir, Deux Mineurs des Ennemis
qui nous vinrent avant
hier, nous dirent que la bréché
de la Courtine eft minée
en 2 endroits . Hier les Enne,
mis firent fauter au flanc gauche
à noftre égard du Baſtion
de la droite une fort groffe ·
GALANT. ZA5
mine , qui ne nous a pas fait
grand mal , n'ayant bleflé que
quelques Soldats , & M ' de S
André Capitaine de Sault qui
n'en mourra pas . Les rendus
qui nous viennent en quanti.
té tous les jours , nous affurent
que les Ennemis ont fait mettre
pied à terre à leurCavalerie
pour défendre la bréche ; ils
s'en fervent aufli pour leurs
travaux , leur Infanterie n'y
pouvant fuffire-
X iij
246 MERCURE
Au Camp devant Barcelone ce
premier Aouft.
No
Ous avons deux mineurs
attachezàla mu .
raille de la gorge du Baſtion
de la droite à nôtre égard.
Pour celui de la Gauche , naus
avons des Mineurs en che--
min mais cela n'est pas fi
avancé qu'à l'autre. Nous en
tendîmes hier matin les Ennemis
y travailler fous nous , ce
qui obligea nos Mineurs de
quitter , mais en fe retirant ,
ils mirent trois bombes &
GALANT. 247
deux Barils de poudre dans
leur galerie pour effayer d'écrafer
celle des Ennemis qui
eftoit deffous . Nous ignorons
l'effet que cela aura faití Au
jourd'huy fur les deux heures
aprés midy , les Ennemis ont
fait fauter cette Mine , croyang
fans doute faire fauter nôtre
Baltion de la Gauche ; mais au
contraire le mal eft tombé fur
eux , puis qu'il a culbuté une
partie de la gorge du Baftion'
& une de leur Tours ; l'on a
veu même fauter en l'air deux
de leurs Officiers , dont plu
fieurs s'eftoient avancez à dé
•
X iij
248 MERCURE
couvert pour voir l'effet de
leur Mine .Je ne crois pasqu'ils
en ayenc efté contens. Pour
nous , nous en fommes fort
aifes , puis qu'elle a fait une
partie de ce que nous voulions
faire , & ofté à nos Mineurs,
& à nous , l'inquiétude
qu'on vintnous troubler fous
terre. J'oubliois à vous dire
que M' de Vendôme a fait faire
des Chemins d'ici à la Mer
& à Llobregat
, à paffer quatre
& cinq Escadrons de front, &
que demain , nous étendrons
confidérablement
noftre droi
te de ce côté- là , où nous
GALANT: 249
aurons des parris qui bareront
jour & nuit , fi bien que nous
efperons par là les empêcher
de faire entrer rien dans la Vil
leny d'en pouvoir fortir.Comme
cette liberté d'aller & de
venir , fait peut eftre une partie
de l'opiniâtreté des Alliégez
, nous nous flâtons que ce
mouvement les fera capituler
plûtôt .
Je ne puis vous dire avec
autant de certitude que des
précedentes , de qui eft la Relation
qui fuit , mais comme
il n'y en a point de plus ample
fur ce qui s'eft fait pen250
MERCURE
dant qu'on a parlementé
pour conclurre la Capitulation
, je croy devoir vous ent
faire part
.
Du Camp devant Barcelone ,
le·8 . Aoust
.
L
E 4. de ce mois , M' de
Vendofme ayant allon
gé fon Camp pour l'appro
cher de Llobregat , afin de
couper la communication ;
que les Ennemis avoient avec
la Ville de ce cofté- là , fur lest
trois heures aprés midy ils fi
rent fortit toute leur Cavale -y
GALANT 251
rie dans le deffein d'aller au
devant d'un Convoy , qu'ils
avoient deffein de faire entrer.
Pour faire diverfion , ils
firent defcendre un fort gros
Corps d'Infanterie de la Montagne
, foûtenu de quelque
Cavalerie , pour attaquer nos
Poftes . Les Regimens de Dil
lon & de Solre campez à portée
de foûtenir nos Poftes , *
prirent les armes , & les Colonels
, qui fe font fort diftinguez
dans cette occafion à
leur tefte , attaquerent les
Ennemis avec tant de valeur,
fe mêlant avec eux à coups
252 MERCURE
d'épée , qu'ils les chafférent
& reconduifirent
jufques for
le haut de leurs Montagnes
,
en ayant tué une fort grande
quantité . M ' Deiclos , Colo
nel de Cavalerie , avec quelques
Piquets qui avoient
monté brufquement à che
val , chargea leur Cavalerie ,
qu'il rompit entierement.
Dans ce même temps , M ' de
Legal , Brigadier de Cavalerie
de jour , s'eftoit porté du côté
de Llobregat , & avec les Piquets
de nos Carabiniers &
quelque autre Brigade de Ca
valerie , il marcha aux EnneGALANT.
253
mis , qui s'étoient approchez
de luy pour favorifer l'entrée
de leur Convoy , & les rompit ,
de manière que le Convoy
n'entra point , & fi la nuit ne
fuft point lurvenuë , il leur auroit
pris plus de trois cens
chevaux qui s'étoient refu
giez fous une groffe Tour que
les Affiegez avoient à l'embouchure
de Llobregat . Les,
de ce mois, nos Mines s'eftant
trouvées preftes à jouër , & la
bréche de la Courtine eftant
praticable , M' de Vendofme
refolut de faire attaquer les
Ennemis , & de le loger au
254 MERCURE
moins fur les gorges des deux
Baitions en fe fervant du debris
des Mines , & fur la bré.
che de la Courtine . Pour cet
effet il fit monter la Tranchée
par feize Bataillons & deux
Regimens de Dragons à pié ,
qui foutenoient mille Fuziliers
détachez du refte de
l'Armée , & dix Compagnies
de Grenadiers , qui devoient
donner à la tefte de tout. Les
chofes eftant ainfi difpofées
à dix heures du matin , il avoit
ordonné à M' de Barbefieres
Lieutenant General quicommandoit
à la Tranchée , de
GALANT.
255
fommer les Ennemis , & de
demander luy - même à parler
à un de leurs principaux Of
ficiers , ce qui fut executé.
LesEnnemis répondirent qu
ils ne vouloient point parler
par la bréche , & que l'on fe
tranfportaft d'un autre cofté
à l'une des Portes de la Ville ,
où M' de Barbezieres fe rendit
tout auffi - toft . Dans ce
moment Mideda Floride , dit
Pimentel , Lieutenant Géne .
ral de l'Artillerie des Ennemis ,
arriva. M de Barbezieres luy
dit , que M de Vendofme
avoit bien voulu les fommer
256 MERCURE
avant qu'on les attaquaft ;
afin de leur faire voir l'extre
mité où ils eftoient , & qu'ils
devoient éviter les fuites
cruelles de l'action qui s'alloit
faire , & qui ne pouvoit
manquer de réuffit de noftre
cofté ; que peut eftre elle fe
roit fuivie de l'Incendie & du
Pillage d'une auffi groſſe Ville
que celle - là , & que pour
prendre leurs refolutions
M' de Vendofme ne leur vou .
loir accorder qu'une heure .
Il repondit qu'il faloit qu'il
en rendift compte à tous les
Officiers Generaux , & à M
GALANT . 217
le Comte de Corfana , qui
comme Meftre de Camp General
commandoit dans la
Ville. Il s'en retourna , & vint
-dire peu
de temps apres que
tous ces M's fupplioient M
de Vendôme de leur permettre
d'envoyer au Viceroy Dcm
Francifco Velasco qui eftoit
à huit lieuës dẹ là , ce qui leur
ayant efté accordé , on fic
une ceffation d'armes de part
& d'autre. On donna des oftages
pour feureté qu'on ne travailleroit
pas . Les Afliegezenvoyerent
deux Colonels ,l'un
d'Infanterie & l'autre de Ca-
Aoust 1697 . Y
218 MERCURE
12
valerie , & M¹s les Comtes dè
Montandre & de Poitiers leur
furent envoyez en échange .
Le Baron de Preux , l'un des
Officiers Generaux , qui avoit
efté chargé de cette commil
fion , étant revenu le lendemain
aufoir 6. de ce mois , M
de Pimentel vint trouver M
de Vendôme , & aprés luy
avoir dit qu'ils étoient bien
embaraffez , & qu'ils n'étoient
les Maîtres de rien , il le fupplia
de leur donner encore
jufqu'au lendemain matin .
Mide Vendôme y confentit,
& le lendemain à midy M de
GALANT. 259
Barbezieres , qui avoit entaméoette
negociation , fe trouva
au rendez - vous . M' de Pi-
Ementel luy dit qu'ils avoient
refolu de capituler , & ayant
demandé du temps pour dref
fer les Articles de la Capitula
tion , on convint que l'on at--
tendroit jufqueses au foir. M²
= de Barbezieres s'étant rendu
far le lieu , il vint un Officier
de la part du Princed Armftat
qui demanda s'il pouvoit pareler
.S'eftant avancé fur la pas
role , il dit à M de Barbezierrés
, que fur quelque chofe de :
nouveau qui étoit furyenu ,,,
C
Yij!
260 MERCURE
it fouhaiteroit parler à M' de
Vendôme , lequel ayant efté
3
averty , monta à cheval. m'le
Prince d'Armftar alla au devant
de luy , & s'étant abordez
fort honneftement
de
part & d'autre , le Prince
d'Armftat
dit à M de Vendôme
, qu'il leur venoit d'arriver
un Courier de Madrid ,
qui avoit apporté la revocation
de la Viceroyauté
de M
deVelafco
, & que l'on mettroit
à fa place M' le Comte
de Corfana qu'on faifoit le
Gouverneur
General des Ar-
'mes , charge qui n'étoit point
GALANT . 261
4
remplis dépuis quelque tems
en ce Pays la , ce qui luy donnoit
le commandement aprés
le Viceroy.Eu égard à ce changement,
il pria M' de Vendôme
de vouloir leur accorder -
le temps d'envoyer un Courier
à Madrid , à quoi M' de
Vendôme repordit qu'il ne le
pouvoit pas faire , & qu'il en
avoit déja tropaccordé, fi bien
que le P. d'Armftat s'enretour
na , promettant que froſt que
les articles de la Capitulation
feroient dreffez , il en donne
roit avis . Sur les neuf heures
du foir , M'de Pimentel vint
262 MERCURE
trouver M de Vendôme ,.
pour luy dire qu'il n'étoit pas
poffible de finir la chote en
fr peu de temps , le détail quit
regardoit les interêts d'une
auffi groffe Ville & de toutela
Province , étant fort long;
à quoy м de Vendôme répondit
qu'il ne chicaneroit
pas pour un jour de plus ou de
moins , pourvû que le Comte
de Corfana & tous les autres
Officiers Generaux , vouluſfent
bien donner leur parole ,
que quelque événement qui
pûr arriver , cela ne change--
roit rien à la reddition de la
a Place:
GALANT: 263 :
Quoy qu'on cuft commen--
cé dés le 7. à travailler à la
Capitulation ,les Articles n'cn
furent fignez que le 15. &
comme ils portoient que les
Fort de Montjoüy feroit rendu
par les Affiegez en même
temps que la Ville , cela fur
executé. Une porte ayant efté ?
livrée , M le Chevalier de la
Fare prit poffeffion de Barce--
lone avec le Regiment de la
Marine. Il en fortit fix millé-
Fantaffins par la bréche , &
douze cens Chevaux avec :
trente pieces de Canon & fix
Mortiers , & de la poudre pour
$
264 MERCURE
tirer trente coups , M ' de Vendôme
ayant bien voulu accorder
ces marques d'hon .
neur à des Troupes qui ont
acquis beaucoup de gloire
en fe défendant , & qui ont
donné lieu aux noftres d'en
acquerir encore davantage ,
puis qu'elles ont affiegé une
Place, dont ceux qui la défendoient
, fi on y joint les Bourgeois
qui ont pris les armes,
approchoient du nombre des
Affiegeans . Outre cet avantage
, les Affiegez pouvoient
tous les jours eftre rafraîchis
par de nouvelles Troupes , &
toute
GALANT. 265
1
toute l'Efpagne eftant derriere
cette Place , où non feu
lement on pouvoit faire entrer
à toute heure des munitions
de bouche & de guerre,
mais d'où l'on pouvoit faire.
fortir les malades & les Blef
fez , ce qui foulage beaucoup
les Troupes affiegées, parmy
lefquelles la corruption ne
peut fe mettre , & quine font
point frapées de la veuë de
ceux qui meurent de leurs
bleffures , ou que diverſes maladies
emportent . Toutes
ces chofes relevent beaucoup
la gloire des Officiers
Louft1697. Ꮓ
266 MERCURE
qui ont
& des Troupes
affiegé & emporté cette Place
, aprés avoir fait pendant
cinquante trois jours des actions
d'une valeur & d'une
intrepidité dont on voit peu
d'exemples. M' de Vendofme
en a rendu compre au Roy
dans les relations , dont je
vous ay envoyé une partie ,
ainfi que de celles de M ' le
Grand Prieur de France fon
Frere. Vous avez dû remarquer
la modeftie de ces deux
Princes , qui dans ces Relations
ont donné des louanges
à tous ceux qui en meritoient,
GALANT: 267
qui n'ont non plus parlé
d'eux , que s'ils ne s'eftoient
trouvez à aucune action perilleufe
, ou que les principaux
évenemens de ce Siege
n'euffent pas roulé fur les
ordres qu'ils donnoient.
Quand les Troupes du Viceroy
de Catalogne furent mi.
fes en déroute , ces Princes
entrérent les deux premiers
dans fon Camp à la tefte des
Carabiniers , & ils fe font
expoſez de même , lorſque
leur exemple a efté neceffai.
re pour le fervice du Roy , &
pour animer les Troupes .
Zij
268 MERCURE
Auf peut on dire que M' de
Wendofme fe feroit trouvé.
dans toutes les occafions importantes&
dangereuſes ,file
bras d'un General y avoit efté
auffi neceffaire que fa tefte. La
fienne a agi fi à propos , il a
donné des ordres fi juftes , &
fes précautions lages & fans
denteur ont produit de fi bons
effets , que la prife de Barceone
n'eft pas moins due à la
vigilante & fage conduite
qu'il a tenue dans tout ce
grand Siege , qu'à l'intrepidité
& à la valeur des Troupes ,
qui charmées de fes manie
33
GALANT . 269
res honneftes , ont fervy
fous luy avec plaifir. Outro
les Mortiers & les Canons quit
font fortis de Barcelone , il y'
eft demeuré deux cens pieces
de Canon & fix Mortiers
& comme on n'y manquoic
point de munitions de guer
re , à caufe de la facilité qu'on
avoit d'y en faire entrer ,
doit juger du feu que noss
Troupes ont effuyé de tant
de Canons & d'un fr grand
nombre de Troupes. Il y a
entre les deux Armées une
on
fufpenfion d'armes jufques
au premier Septembre pro-
Z iij.
270 MERCURE
chain , pendant laquelle fa
riviere de Llobregat leur fervira
de feparation . Le Roy a
nommé Mile Comte de Coigny,
Gouverneur de Barcelone,
Sa valeur & fa lageffe
font connuës outre que
M' de Vendofme a parlé de
luy avec diftinction dans les
Relations qu'il a envoyées
au Roy. Ce Comte s'eftant
trouvé de jour lors que les
deux Baſtions furent atta.
quez , & nos Troupes ayant
efté chaffées de celuy de la
gauche , il ne voulut point
eftre relevé ny quitter la
GALANT. 271
Tranchée , qu'il n'euft repris
ce Baſtion , à quoy il réüffic
heureufement, Duffon , qui
le relevoit , ayant bien voulu
luy faire cette grace , & partager
avec luy comme parti
culier la gloire de la reprife
de ce Baſtion.
Je finis par un Madrigal de
Mademoiſelle Itier à M le
Duc de Vendofme fur la prife
de cette importante Place .
Enfin , malgrefa résistance
Barcelone eft foumife à noftre Augufte
Roy,
Il ne falloit pas moins que loy
Z inj
272: MERCURE
Prince , pour la réduire à fons
obeillance.
Des braves Espagnols le zéle
lá vaillance
Ont combattu pourfa deffence
D'une manière quifurprend ;
Mais quipeut refifter aux Armes
de la France,
Conduites par le Bras , le Coeur ,
& la Prudence ,
D'un Petit Fils d'Henry lë
Grand?
Les Elemens ayant déclaré
la Guerre à nos Armées de
Flandre &. d'Allemagne , tout
ce qu'elles ont pu faire a eſté
GALANT 273
de fé mettre en eftat de refi
fter au mauvais temps , & de
choifir autant qu'elles ont pu
lés Camps les plus élevez.Celles
de Flandre ont décampé
lë 251 de ce mois , & la plûpart
des Troupes fe ſont apro
chées d'Oudenarde.
Le Prince de Bade témoi
gne toûjours vouloir paffer le
Rhin. Il a fait avancer quel
ques corps du côté dé Mayen,
ce , mais felon toutes les apa
rences , il ne fait faire tous
ces mouvemens aux Troupes
qu'il a commandées de ce cô
té-là , que pour donner de la
274 MERCURE
jaloufie à M de Choifeul , &
l'engager à faire repaffer le
Rhin à fon Armée. Ille pourroit
prefentementquelaCama
pagne eft avancée , & qu'il a
mangé le Pays Ennemy , & il
y a même apparence qu'il le
fera bien - toft , ayant executé
ce qu'il avoit projetté.
Quant aux Ennemis , s'ils paffoient
prefentement le Rhin ,
ilsn'y trouveroient pas les mêmes
avantages , puis que la
faifon les obligeroit de le repaffer
prefque auffi.tôt , &
que la Terre ne leur fournirois
pas de Fourages,
GALANT: 275
Voicy les noms de quelques
perfonnés diftinguées , dont
jay encore à vous apprendre
la mort.
Dame Marguerite Roujault,
Veuve d'Hipolite Rouffeau ,
Correcteur des Comptes ,
morte à foixante dix fept ans,
Elle eftoit fille d'Etienne
Roujault , Secretaire du Roy ,
& d'Anne Feydeau , fille d'An
toine Feydeau Confeiller en
la grand Chambre , & Tante
de Nicolas - Etienne Roujaule
Maistre des Requeftes , de
Claude Roujault Chanoine
de Saint Martin de Tours ,
+
276 MERCURE
Confeiller Clerc en la premiere
Chambre des Enqueftes ,.
& de N. Roujault , Veuve de
feu Meffe Pierre Pucelle ,
premier Préfident au Parle
ment de Dauphiné. Elle laiffe
deux filles N. Rouffeau Epou
fe de Gabriel - Jofeph de Belle .
mare , cy, devant Maitre des
Comptes , & Elizabeth Rouffeau
, Epoufe de Glaude - Anne
de la Mouche , Auditeur des
Compres. Elle avoit encore
un fils decedé depuis peu , Hy
polite Rouffeau, qui avoit elté
reçû Correcteur des Compres
en 1684, à la place de M Rou
feaufonpere.
GALANT. 277
Dame Marguerite Banne-
Jier , Epoufe de Jerôme de
Bragelongne , Confeiller du
Roy en la Cour des Aides .
Dame Marguerite Lumagne
, Veuve de мeffire Sauveur
de Bourlamaque , Che
valier Noble Lucquois.
Dame Claude Collard , Da
me du Chafteau Brehain ,
Epouſe de Mefire Claude de
Foës , Seigneur de Chevillon ,
Confeiller au Parlement de
Mets.
Meflire Loüis, de Beauvais ,
Baron de Gentilly , la Tourquarrée,
& autres lieux , Capi278
MERCURE
+
taine & Gouverneur des Châ
teaux , Maiſons Royales de
Madrid , la мeute , Parcs de
Boulogne , Forets de Rouve
ray , Pont de S. Cloud , Plaine
de S. Denis , & Plaines qui en
dépendent. Il eftoit fils du
deffunt Baron de Beauvais , &
de Catherine Henriette Bellier
, premiere Femme de
Chambre de la deffunteReine
Mere du Roy. Sa loeur Anne
Jeanne-Baptifte de Beauvais
mourut à Paris , à vingtſeptans
en 1663 , & avoit épou
fé Amador Jean Baptifte de
Wignerot du Pleffis , Marquis
CALANT 279
de Richelieu , Lieutenant Ge.
neral des Armées du Roy ,
Capitaine & Gouverneur des
Châteaux de S. Germain en
Laye & de Verfailles ,qui mou
rut à Paris en 1662. âgé de 27.
ans. Ileftoit pere de m ' le мarqnis
de Richelieu , d'aujour
d'huy. Mademoiſelle Angeli
que de Beauvais , autre Soeur
de M' le Baron de Beauvais,
eftoit premiere Femme de
Chambre de la Reine Mere
en furvivance de Me de Beauvais
la mere. A la mort de cette
Princefle elle fe mit dans
les Filles de Sainte Marie de
280 MERCURE
Chaillot où elle fe fit Religieufe &
elle en eff maintenant Superieure &
Bienfai&rice .
MrBorel , l'un desPlenipotentiaires
des Etats Generaux , fils, de feu Mr
Borel qui a efté pendant un grand
nombre d'années Ambaffadeur en
France , & dont là Fille avoit épou
fé Mr le Marquis de Raffan.'Celuy
dont je vous parle avoit fort avancé
l'ouvrage de la Paix meſme avant
Touverture des Conferences . Il y a
longtemps qu'il eftoit incommodé
de la goutes cependant il eft mort
d'une fluxionfur la poitrine,prefque
en arrivant à ſa maifon de Campagne
où il eftoit venu prendre l'air. Il
avoit eu quelques femaines auparavant
une ateinte d'Apoplexie. Illaiffe
une tres belle Famille, & Mefdemoifelles
Borel font l'ornement de
GALANT. 28`·
3
t
laHollande,eftant d'une beauté diftinguée.
Je ne vous dis rien de ce
qui fe paffe aux Conferences, mais il
y a lieu d'efperer que la moderation *
du Roy procurera encore une fois
la Paix à l'Europe .
Mrl'Abbé Bertier , nommé à l'E
vêché de Blois , prit le Bonnet de
Docteur de Sorbonne le 22. de ce
mois,dans laChapelle del'Archevê
ché deParis.Mr l'Abbé Pirot , Chan--
celier de l'Eglife & Univerfité de
Paris , le luy donna, aprés avoir fait
parfaitement on Eloge Ce Prelat fit &
un remerciment don't tout l'Auditoire
fut charmé ."
Levray mot del'Enigme du der--
nier mois eftoit le Pave , &il a esté é
trouvé par Mrs de la Lande de Mets ::
de la Gonterie : le Tellier de Lion: 4
Gueret de Blois de la Thine de la ª
Aoust 16975 AB+
282 MERCURE
rue Dauphine : Bardet & du Pleffis
du Mans : Henry le Jeune du Bureau
du Papier de la Douane : Caron
Archer de la Ville , rue de Bourbon :
le Romain , Parifien du College de
Prefle : Achilles & fon Ami le Chevalier
dela rue de la Colombe : le
Cutieux de nouvelles de Nantes :
Mefdemófelles Poulart & Mimy,
du petit jardin de l'abondance .
Vos Amies n'auront pas un long
examen à faire pour trouver le fens
de la nouvelle Enigme que je vous
envoye , puis qu'il eftcompris en fort
peu de Vers.
D
ENIGME.
Aus les querelles
Les plus cruelles ,
Te fers bien le couroux des Rois
CALANT - 433
"
Aa 11
GALANT: 283
Teleur foumets les plus rebelles :
Mais je nefers jamais deux fois.
Les Vers que vous allez lire ont
efté mis en Air par une perfonne
qui fe connoift parfaitement en Mufique.
AIR NOUVEAU.
E feroit une étrange chofe ,
Si je n'avois qu'un feut CE
Amant tment
Naccufex paint, Lifis , an change
Dont vous effes la caufe.
Quand vous allez dans ce Ha,
meau
Faire l'amour ailleurs en tout temps,
à toute heure ,
Prétendez- vous que je demeure
Sealette près de mon Troupeau?
A a ij
284 MERCURE
Mr de Saint-Vandril , comman♣ -
dant le Vaiffeau le Marin , eft arrivé :
à Port-Louis. 1 l'expedition -
de Cartagene, d'où il a rapporté fixvingts
Canons de fonte . Il avoit
efté feparé de la Flote de Mr de
Pointis , dont il a laiffé deux Vaif
feaux à Plaiſance , fçavoir l'Apol--
lon , chargé d'un million , & l'Ave-·
nant. On affure que Mr de Pointis
a cfté joint prés de Terre neuve
par l'Eſcadre commandée par Mr de
Nelmond , & que fa Flöte a chargé
à Cartagene neuf millions fept cens
mille livres au moins , fans compter
beaucoup d'autres effets.
Je fuis obligé , faute de place &
de temps , de remettre au mois
prochain à vous parler du mariage
de Mr de Montmorency , Marquis -
de Neuvy - Sailou , & de Made-
4
02
GALANT. 284-
moifelle Batefort de Laubepin , ainfa
que de ce qui s'eft paffé en plufieurs
endroits le jour de la Fefte de Saing
Louis , & de plufieurs autres Arri--
cles confiderables. Je fuis , Madames
voftre , & c...
AParis , ce 35. Aðuſt1697.
22525222222533523
P
TABLE.
Relude
Sonnets qui ont diſputé le Prix donné
par la Compagnie des Lanterniftes.
Stances.
10
24
Autres Sonnetsfar les mêmes Rimes
que les précedens . 34
38
Noms de tous les Miniftres publics
quifont à Rifvvik.
Obfervation far une nouvelle efpece
d'hidropifie.
Zetires furle Feu du Solitaire. 88
Difcours de la Componition
63
135
Carguaifon des Vaiffeaux pris par
Mle Chevalier Damon.
Avanture.
Ceremoniesfaites à Valogne.
739
143
153
TABLE.
Extrait de quelques Lettres écrites
par MlEvefque de Babilone.
172
Statue du Roy placée dans le Cha-
Beau & Ivry.
Morts.
Nouveaux Echevins.
1.78
188
192
Entrée de l'Ambasadeur de Portu
gala Hifpaham.
199
Relation du Volage de M² de
Pointis . 202
Belle action de Mr Philippe en
Flandres.
Suite du fiège de Barcelone.
2212
229
Madrigal.
271
Nouvelles de Flandre & dAllemagne.
272.
Autre article de Morts.
275
Enigmes,
281
Nouvelles de Mr de Pointis . 284
Avispour placer les Figures
La Figuredoit regarder la page 153» )-
L'Air doit regarder la page. 283.
511
m
1697.8
Eur. 511
т
16:97,8
Mercure
<36624560800014
<36624560800014
Bayer. Staatsbibliothek
33
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
AOUST 1697.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant .
ON
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau , &
Vingt-cinq fols en Parchemin .
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juſtice .
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envie.
3
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. DC. XCVII
Avec Privilege du Roy,
Bayerische
Stoptsbibliothek
München
1
pkk ckck.sta
O
A VIS.
Velques prieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
ectre les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
d'y manquer toujours . Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
ans de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On réitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
AVIS.
priefeulement ceux qui les envoient,
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
l'article des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent.
C'eft fort peu dechofe pour chaque
particulier , & le tout ensemble ef,t
beaucoup pour un Libraire,
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere qu'il est toujours
imprimé au commencement de chai
que mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilferapartir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure.Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin, Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercare
AVIS.
long-temps avant qu'il fait arrivé
dans les Villes éloignées, mais auſſi
les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'ellesfaifoient auparavant . Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toujours fors
tard par deux raifons. La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendre fitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quel
ques jours avant que l'on en faffe le
debit, & l'autre , que né l'envoyant
qu'apris qu'ils l'ont lu eux quelques
autres à qui ils le preftent, ils
rejettent la faure du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'il fe charge de faire
A iij
AVIS.
les paquets lay-mefme, & de lesfaire
porterà la Pofte ou aux Meſſagers,
fans nulintereft , tant pour les Pariculiers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefmechofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront . Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera execute avec
une exaltitude dont on aura lieu
d'eftre content.
MERCVRE
GALANT
AQUST 1697.00 *
E vous envoyay le mois
paffé le Sonnet qui a
remporté le Prix cette
année , par le jugement de la
Compagnie des Lanterniftes ,
& je vous manday que le Pere
François Lami , de la Doctri-
A iiij
8 MERCURE
ne Chreftienne , en eſtoic
l'Auteur. Il eft Profeffeur des
belles Lettres dans le College
de l'Eſquille , & l'a emporté
fur plufieurs autres Prérendans
, qui fe diftinguent par
leur Jang & pat leur merite.
Voicy fix Sonnets qui ont
concouru , & parmy leſquels
Te beau Sexe fait particulierement
briller fes agrémens ,
& fon heureux naturel . Madame
du Noyer , Epoufe de M
du Noyer , Grand Maiſtre des
Eaux & Forefts de France au
département de Languedoc ,
a compofé celuy que vous
GALANT.
9
trouverez icy le cinquième.
Elle y marque beaucoup de
tendreffe pour le Roy. C'eſt
un Prince que l'on ne peut
s'empêcher d'aimer.Ses grandes
vertus font naistre de
femblables fentimens dans
tous les coeurs. Cet ouvrage
fut fort applaudi , à une faure
prés , que la prononciation
Françoiſe pourroit excufer, fi
la feverité des rimes ne s'y
oppofoit , puis que l'on prononce
également Tu l'ignore
fanss , & tu l'ignores avec une s .
Comme tous ces fix Sonnets
font à la loüange du Roy, j'ay
to MERCURE
crû que je ne pouvois com
mencer ma Lettre par un ar
ticle qui vous fuſt plus agréable
.
SONNETS
Qui ont difputé le Prix dans la
Compagnie des Lanterniftes.
I.
Telqu'on
voit le Soleil für les
pas de
A Aarore,
Louis par les exploits dignes de fes
Ayeux ,
Suit la chaleur d'un fang fecond en
demi- Dieux;
Tout cede à fa fageſſe , il n'eft rien
qu'elle
B
ignore.
C'est pour luy que le fein des frimats
& de
Flore
GALANT! IF
A germer des Lauriers devient ingenieux;
La grandeur de fon ame éclate dans
fes
yeux
La Juffice eft toujours l'étendard
qu'il
S
arbore.
Le Ciel , en ce Heros qu'il forma
fans pareil,
Des plus rares vertus fait briller
P
appareil
SesRivaux les plus fiers le prennent
pour
a
modele.
Son bras qu'ont defarmé leurs dou -`
accens, y loureux
Arrefte la Victoire à nos de first fi
delle
Pour ce nouveau triomphe eft - il
afl: zd' Encens?
12 MERCURE
PRIERE POUR LE ROY,
Seigneur , dont le pouvoir regle nos
deftinées
Exauce nos fouhaits pour le plus
grand des Rois .
1 .
Fais que le cours de fes années
Réponde à fes nombreux exploits.
II.
Onarque reveré du Couchant
à l'enga
MⓇ%
Aurore,'
Qu'on ne me vante plus tes auguftes
Ayer x
Tu fais tout , tu vois tout , à l'exemple
des Dieux ,
Et Mars n'a rien de grand que ta valeur
S
ignore.
Dans le temps des frimats , dans la
1 faifon de
Flore ,
GALANT. 13
Ton bras en l'art de vaincre habile,
ingenieux,
Fait trembler l'Ennemi , foumet
tout à nos
yeux,
Porte en tous lieux les Lis , en tous
lieux les
2
garbore.
Toy feul , Prince invincible , à toy
feul es
Tes folides vertus fant ton riche appareil,
pareils
Sans modele , des Rois tu deviens
le
26
madele .
Mais pourquoy te chanter par mes
foibles succens?
A tes ordres foumis , à mon devoir
fidelle,
Grand Roy, jé dois t'offrir un coeur
au lieu d' Encens
14 MERCURE
PRIERE POUR LE ROY.
Seigneur , remplis tous nos fou
haits ,
Combats avec un Roy qui combat
pour ta gloires Zasi
Fais que pour nous donner la
Paix "
Il fe ferve de la Victoire.
L
... III
Ouis eft reveré du Couchant à
P. Aurore,
Il paffe avec éclat fes plus brillans
Ayeux.
Sa valeur l'auroit mis au rang des
Ademi- Dieux,
Et dans l'art de regner il n'eft rien
qu'il
S
ignore.
Dans le temps des frimats , dans la
faifon de Flores
GALANT.
DIS
et
1
Cachant fes grands deffeins d'un
voile
ingenieux,
Ses Ennemis confus , font furpris
qu'à leurs
yeax,
Sur leurs murs les plus fiers fon étendart
s' arbore.
Dans Rome & dans la Grece il n'eut
point fon
Quoy qu'il ait d'un vainqueur &
l'air & l'
pareil;
appareit,
modele,
left d'un Roy Chreftien , le plus
parfait
$
Mais il n'a pas besoin que nos foi
bles accens
Tracent de fes vertus une image
fidelle,
L'Univers à l'envi luy prodigue
Encens.
16 MERCURE
PRIERE POUR LE ROY.
C'est pour tes droits facrez que Louis
fait la guerre ,
Seigneur , benis tous fes exploits,
Etpermets que fon bras puiffe calmer
la terre ,
Pour y faire regner tes Loix.
L
IV.
Quis eft un Soleil dont on
voyoit ľ
AUTOTE
Eclater noblement dans fes divins
Ayevx.
Il est l'appuy des Loix & l'image des
a. Dieux,
Ce font des veritez que perfonne
n'
ignore,
S
L'on feme fur fes
pas
les richeffes de
Flores
GALANT. 17
Etles Mufes l'ont peint d'un tour
ingenieux,
De l'Univers entier il éblouit les
узих,
Par tout cet Univets fes Drapeaux
il
S
arbora
Louis ,le Graud Louis n'eut jamais
de
Redoutez , Ennemis , fon fuperbe
pareil.
appareil,
modele.
De cet augufte Roy faites- vous un
2
Pour louer fes vertus uniffons nos
accens
Ce Heros à la gloire attentif & fi
delle ,
Des Peuples & des Rois a merité
Encens
douft
1697. B
18 MERCURE
PRIERE POUR LE ROY ,
Dieu de la Paix . Dieu de Victoire,
Exaucez de Louis les plus ardens
fouhaits. =
Il ne veut vaincre & ne cherche la
gloire,
Q
Que pour faire la Paix .
V.
Ue ne fuis-je , Loüis , plus belle
que l'
Aurore ,
Que ne puis-je compter des Rois
pour mes
Ayeux !
Je te préfererois au plus puiffant des
Je le dis hautement , faut-il
ľ
2
Dieux,
que tu
ignore
?
Dans ces vaftes Jardins , les delices
de Flore,
Marly, Trianon & Versailles,
GALANT. 19
Oùla nature cede à l'att ingenieux .
Je ferois mon bonheur d'un regard
de res yeux,
Sansfonger à l'éclat que ta grandeur
arbore.
Grand Roy , lors que mes yeux te
trouvent fans
pareil,
C'est moins par ta Couronne & fon
riche
appareil,
Que par tant de vertus dont tu fers
de
&
modele.
Ah , que n'es- tu touché de mesten.
dres accens!
Mon coeur toujours rempli d'une
flâme
Brûleroit
fidelle,
pour t'off ir un précieux
Encens
Bij
20 MERCURE
PRIERE POUR LE ROY.
Seigneur , fais que Louis dans une
Paix profonde
Soit toujours craint , aimé de tout
cet Univers ;
Conferve- le , grand Dieu , pour le
bonheur du monde ,
Et permets pour le mien qu'il approuve
ces Vers.
D
VI.
Es climats du Couchant juſề
qu'à ceux de l' Aurore
Louis fait triompher les drois de fes
Ayeux s
Jufte & penetrant tout , à l'exemple
des Dieux
Il n'eft rien qu'il ne puiffe , il n'eft
rien qu'il ignores
GALANT. 21
Pour les Arts les plus beaux Themis ,
Minerve & Flore,
Admirent de ce Roy les foins ingenieux.
La valeur de Bellone éclate dans fes
yeux,
Et la fortune fuit les Drapeaux qu'il
arbore
Il fait de fes vertus fon plus riche
Louis dans les Heros ne voit point
fon pareil,
appareil,
pour
modele.
Le Ciel à tous les Rois le donne
S
Tandis que pour la gloire on pouffe
des
accens,
Ce Monarque à fon Dieu rend un
culte
fidelle,
22 MERCURE
Et meritant nos voeux , refufe noftre
Encens
PRIERE POUR LE ROY.
Contre tant d'Ennemis que la fureut
conduit ,
Louis combat luy feul , & fa vale
les dompte.
Seigneur,dans leur orgueil détruit
Faites voir la gloire & leur honte.
Je vous ay déja marqué
que ce fut chez M ' le premier
Preſident de Toulouſe
que la Compagnie des Lanterniftes
ajugea le Prix au
Sonnet du Pere Lami . Cela
eftant fait , cet illuftre Magiftrat
, qui n'a pas le difcernement
moins penetrantGALANT.
23
dans la déciſion des ouvrages
d'efprit , qu'il eftjufte & éclairé
dans les jugemens qui regardent
la fortune des hommes
, pria ces Meffieurs
de
faire part à l'Affemblée
de
quelques uns de leurs Ouvra
ges qui n'avoient point encore
vu le jour. Un Abbé de
la Compagnie
, auffi illuftre
par fa finguliere pieté , que
par les talens de fon efprit ,
fit lire les Stances pieuſes
dont je vous envoye une copie.
Elles furent trouvées tresbelles
, & je ne fçaurois douter
que vous n'en porticz un
24 MERCURE
jugement auffi favorable.
STANCES IRREGULIERES .
H
Eureux , qui content de fon
fort ,
Retiré dans un lieu champestre,
Quand il voit la Nature & mourir
& renaiſtre ,
Regle fur ce modele & fa vie & fa
mort.
Il fe dit à luy- même , icy tout doir
finir ,
Ta vie eft une fleur fragile & paffagerc
.
Ces momens , d'une aile legere,
S'envolent fans efpoir qu'ils puiflent
revenir.
2
Tous ces objets délicieux,
De
GALANT 25
I
De ces prez émaillez la brillante
peinture ,
Ces vallons , ces cofteaux revestus
de verdure ,
Ne feront plus bien -toft de plaifir
de tes yeux.
Avant que
$
l'horrible Borée
Ait ramené du Nord la nége & les
glaçons ,
Cette plaine aujourd'huy ſi verte &
fi
dorée ,
Deviendra le tombeau de ſes propres
moiffons .
S
L'Efté foule aux pieds le Prin
temps ,
Et l'Automne à l'Hiver cede enfuite
la
place ;
Si ce monde me plaiſt , qu'est - ce
que j'en attens ?
Louſt
1697.
C
26 MERCURE
Une trifte vieilleffe , un âge qui me
glace.
2
Abreuvé d'amertume', accablé de
douleurs ,
Si Dieu pour mes pechez prolonge
mes années ,
J'attendray que la mort ferme l'oeil
à mes pleurs ;
Mais verray- je par là mes peines
terminées?
S
Aprés les noirs frimats le Printemps
de retour
Aux foufles des zephirs rouvrira la
carriere ;
Toft ou tard je perdray le jour ,
Et c'eftfans efperer de revoir fa lumiere.
S
Malheureux,je fuis convaincu
GALANT.
27
Que l'on verra perir tout ce qui
m'environne ;
Que la mort n'épargne perfonne,
Et je vis comme j'ay vécu .
$
Encor fi fameux libertin
Je m'eftois figuré que mon ame eſt
mortelle ,
Que du vafte Univers la machine
éternelle
Roule par elle-même , & roulera
fans fin :
ន
Que le hazard raflemble & forme
les accords
Dont je fens rejaillir le plaifir qui
m'enchante ,
Je pourrois en aveugle avec moins
de remords
Suivre de mes defirs la dangereuſe
pente,
Cij
28 MERCURE
2
Mais en ay-je douté ? Je fçay qu'il
eft un Dieu
Qui de ce corps immenfe animeles
parties ,
Qu'autre que luy jamais n'euft fi
bien afforties ,
Dont l'oeil veille fur nous à toute
heure , en tout lieu.
$
'L'Univers me convaine de cette
verité.
L'Air , la Terre & le Ciel , la Mer
& les tempeftes ,
Ce tonnerre éclatant qui gronde
fur nos teftes ,
Tout eft marqué du ſceau de la Divinité.
S
Elle a par de trop vifs crayons
Dans le fond de mon ame imprimé
fon image ,
GALANT: 29
Et m'a trop
rayons ,
éclairé du feu de fes
Pour douter un moment fi j'eftois
Ion
ouvrage.
S
Je lçay ce que la Loy permet ,
Ce qu'un Dieu me défend par une
Loy fifainte
Les maux dont il menace, & les biens
qu'il promet ,
: Dignes motifs pour nous , ou d'ef
poir, ou de crainte.
こshold to pan
S
L'Impie enfeveli dans des gouffres
ardens ,
Devoré d'une foif brûlante ,
De momenr en moment toujours
plus violente ,
Pleutera fans relâche & grincera les
dents .
Ciij
30 MERCURE
Par le feu de l'adverfité
La troupe des Elus icy bas épurée,
Sans mefure & fans fin fera defal.
térée
Dans des torrens de volupté .
&
Dieu me l'apprend luy - même , & je
n'en doute pas.
Cependant occupé de toute autre
penſée ,
Je pourfuis tous les jours dans ma
fougue infenfée ,
D'une ombre de plaifirs les frivoles
appas.
&
Ne reviendrai. je point d'une fi folle
We erreur ?
Le Ciel m'étale fes delices ,
L'Enfer m'ouvre fes précipices ,
Un Dieu m'offre le choix, la grace ,
ou fa fureur.
GALANT.
31
a
Je ne balance point à me détermi-
"
Mais denouveau feduit par des chimeres
vaines ,
Au moment que je romps mes
' chaînes
Pat mes fens révoluez je me laiffe
entraîner. Dimo.
S
Grand Dieu , mon coeur eft en
Vos mains 197for ... I on 6
De même que les eaux qui vont
fans violence , 97 JHO
Se rendre au heu marqué par voſtre
Providence yra pol
Pour fervir de regle aux humains .
Ne l'abandonnez point à fa legereté
,
Ce coeur inconftant & bizarre,
C iiij
22 MERCURE
Il vous cherche , Seigneur , lors
méme qu'il s'égare,
Tournez le de voſtre coſté .
S
Parmy ces vains objets il cherche
avidement
Une felicité folide
Et rien ne peut remplir ce vuide ,
Qui caufe fon égarement.
S
Je fens qu'il faur s'unir à vous,
Pour goûter à longs traits ces douceurs
toutes pures , ...
Qui font exemptes des dégouts
Qu'on trouve inceffamment parmy
les creatures.
2
Mais telque fans Pilote un Vaiffeau
Idémâté,
Environné d'écueils , & battu de
l'orage , t
GALANT.
33
Je tourne en vain les yeux vers le
Port fouhaité ,
Si voftre bras ne m'aide à gagner le
7
rivage .
2
Soutenu de ce bras puiffant,
Je fçauray furmontet mes paffions
rebelles ;
Un tranquille repos , fous l'ombre
de vos ailes ,
Bannira de mon coeur tous les trou
bles qu'il fent,
La lecture de ces Stances
fut fuivie de celle d'un Son
net fur les mêmes rimes que
celuy auquel on venoit d'aju -34
ger le Prix , & dont l'Auteur
veut bien fe donner le nom
du moins fçavant & du plus
34 MERCURE
želé Confrere de la Compa
gnie des Lanterniftes . Il fut
auffi extremement applaudi ,
& vous allez demeurer d'accord
qu'il eft tres digne de
l'approbation generale qui
luy fut donnée .
D
Ans lebel art d'écrire appli--
quez dés l'
Confultons le loifir de nos fçavans
Aurore,
Ayeux
Pour parler dignement le langage
des
Ouvrons-nous un chemin
vulgaire
*
que
Dieux,
le
ignore.
Dans le choix des fujets préferons
Mars à Flore
GALANT 35
Qu'on y feme par tout des traits
ingenieux,
Travaillons pour la gloire, elle étale
à nos
yeux
Ces Lauriers immortels que le Parnaffe
2
arbore.
Un mediocre efprit croit eftre fans
Lors que d'un Versflateur le pompeux
pareily
appareil,
Luy dit que l'avenir le prendra pout
ata modele.
བའ ། ན
Quelqnefois la louange a de trompeurs
accent.
Choififfons un Amr zelé , difcret
fidele,
Qui fçache à nos defauts refufer de
T
Encens
36 MERCURE
Comme je receus trop tard
le mois paffé tout ce qui regarde
cet Article , je ne pus
vous envoyer que le Sonnet,
victorieux , qui m'avoit efté
donné de bonne heure.M " les
Lanterniftes prient ceux qui à
l'avenir leur envoyeront leurs.
Sonners , de ne pas prendre
d'autre nom que le leur Ce
détour eft inutile , puis que
cette Compagnie ne s'inftruic
jamais du nom des Auteurs
qu'aprés que le Prix eft ajugé.
J'ajoûte un Sonnet quieft
encore fur les mêmes rimes .
La morale en eft d'une grande
utilité.
CALANT.
37
Sur la vanité des chofes
du Monde.
Que
Ue fert- il d'eftre au Jeu juſqu'au
temps de l' Aurore,
Vanter fans imiter fes illuftres
Ayeux,
N'adorer que les Grands , & s'en
Dieux? faire des
Vaine & damnable erreur bienheureux
qui l'
ignore.
$
Que fert-il d'aller voir Philis , Cloris,&
Flore?
A fe perdre , Marquis , c'eft eftre
ingenieux.
Croyez- moy , méprifez les attraits
de leurs yeux,
Et tous ces hauts atours qu'à leur
refte on
arbore.
38 MERCURE
S
Lemonde n'eft , helas ! qu'un abus
fans pareil.
Tâchons donc d'écarter fon funefte
appareil,
Prenons pour nous fauver quelque
affuré
S
modike.
Suivons des vrais Chreftiens la vie
& les
pur
&
accens,
Soupirons vers le Ciel d'un caur
fidelle:
Dieu feul merire enfin nos voeux
& noftre
Encens
Comme j'entens tous les
jours demander par le Public,
& que vous m'avez demandé
vous- même , qui font les Ambaffadeurs,
Miniftres publics ,
GALANT.
39 19
Envoyez , & autres Plenipotentiaires
qui le trouvent aux
Conferences qu'on tient à
Rifvik pour la Paix generale,
$
6
je me fuis informé de leurs
noms &de leurs qualitez avec
tout le foin que j'ay pû y apporter
, & jay crû ne vous en
pouvoir inftruire mieux , qu'
en me fervant d'une la Lifte
qui a paru icy depuis peu .
Afin de ne chagriner perfonne
pour le rang , & auffi pout
la commodité du Lecteur ,
celuy qui a dreffé cette Lifte,
a fuivi l'ordre Alphabetique
,
à l'imitation de ce qui s'eft
40 MERCURE
pratiqué à la Paix de Nime
gue. Tous ces Plenipotentiaires
s'affemblent
regulierement
à Rifwik tous les Mercredis
, à neuf heures du matln
, & les Samedis à cinq
heures l'aprésfdinée , à la maifon
, nommée la Maiſon de
Neubourg.
Ambaffadeurs Plenipotentiaires.
ANGLETERRE.
MR
.Thomas
, Comte
de Pembrok & de
Montgommery , Baron Herbert
de Cardiff , Garde du
GALANT.
41
Sceau privé d'Angleterre ,
Confeiller privé de M le Pr.
d'Orange , un des Seigneurs
Gouverneurs du
Royaume
d'Angleterre , premier Ambaffadeur
Extraordinaire &
Plenipotentiaire aux Traitez
= de la Paix,
M. Edward , Vicomte Villiers
de Darford ; Baron de
Hoo , Chevalier Maréchal
d'Angleterre , Envoyé Extraordinaire
de Mr le Prince
d'Orange auprès des Etats
Generaux, & un des Seigneurs
Gouverneurs du
Royaume
d'Irlande , Ambaffadeur Ex-
Louft1697.
42 MERCURE
traordinaire & Plenipotentiaire
au Traité de Paix.
M.Robert Lord Lexington ,
Baron d'Avere , Gentilhom .
me de la Chambre de M' le P.
d'Orange & fon Envoyé Extraordinaire
auprés de Sa Majefté
Imperiale , & auffi nommé
Ambaffadeur Ext. & Ple-,
nipotentiaire de M. le Prince
d'Orange auTraité de la Paix .
M. Jofeph Williamſon ,
Chevalier , Confeiller privé
de M. le Pr . d'Orange , Garde
desArchives , membre du Parl.
d'Angleterre , Ambaſſadeur
Extraordinaire & PlenipotenGALANT:
43
•
tiaire du même Prince d'Orange
aux Traitez de la Paix.
M. Prior,Gentilhomme de
la Chambre de ce Prince , &
nommé premier Secretaire
d'Irlande, Secretaire de l'Amballade
pour la Paix .
BAVIERE.
M.le Baron de Prielmeyer,
: Miniftre d'Eftat de Son Alteffe
Electorale de Baviere , & fon
Ambaffadeur Extraordinaire
Plenipotentiaire aux Traitez
de Paix .
1
BRANDEBOURG.
M. de Smertau , Confeiller
du Confeil d'Etat de Son Alt
Dij
44 MERCURE
Electorale de Brandebourg ,
& fon Ambaffadeur Extraor
dinaire & Plenipotentiaire
aux Traitez de Paix.i
M. de Dankelman , Confeiler
du Confeil d'Etat de
Son Altelfe Electorale de
Brandebourg , & fon Ambaffadeur
Extraordinaire &
Plenipotentiaire aux Traitez
de Paix.
4
COLOGNE.
M. le Baron de Mean, Chanoine
& Trefoncier de la Cathedrale
de Liege , Conſeiller
d'Etat, & Ambaffadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire
GALANTA 45
de Son Alteffe Electorale aux
Traitez de la Paix.
DANNEMARK .
M. Chriftian Sigfried de
Pleffen , Seigneur de Parin &
de Houkendorf , Chevalier
dé l'Ordre de l'Elephant ,
Confeiller privé, Prefident de
- la Chambre des Finances ,
Gouverneur de Wardenbourg
& de Junghoff , premier
Ambaffadeur Extraorditfaire
& Plenipotentiaire au
Congrés general de la Paix ,
de Sa Majesté le Roy de Dannemark,
Nortwegue, & grand
Chambellan de Son Alteffe
46 MERCURE
Royale le Prince Georges de
Dannemark.
M. Chriftian de Lente , Seigneur
de Sarlhaufen , Chevalier
de l'Ordre de Dannebrogue,
Confeiller privé &d'Etat, "
Grand Maistre des Ceremo .
nies , Ambaffadeur Extraor
dinaire & Plenipotentiaire au
Congrés general de la Paix ,
de Sa Majesté le Roy de Dannemark
, Norvegue, &c.
M. Pawelfe , Secretaire de
l'Ambaffade.
EMPEREUR.
"
M. Dominique André,
Comtede Caunitz & du Saint
GALANT
.
47
Empire , Chevalier
de la Toi .
fon d'Or , Miniftre d'Etat ,
Chambellan
& Vice . Chancelier
de l'Empire , Seigneur
hereditaire
d'Aufterliz
& Ongerifbrod
, premier Ambaſſa
deur Extraordinaire
& Plenipotentiaire
de Sa Majeſté Imperiale
aux Traitez de la Paix
generale.
M. Henry, Comte de Straatman
& Beurbach
, Chambellan
, Confeiller
Imperial Aulique
, & Ambaffadeur
Extraordinaire
& Plenipotentiaire
de Sa M. Imperiale
aux
Traitez de la Paix generale.
48 MERCURE
M. le Baron de Seilern ,
Confeiller Imperial Aulique ,
Ambaffadeur Extraordinaire
&Plenipotentiaire de Sa Majefté
Imperiale aux Traitez
de la paix generale.
M. Hayeck , Secretaire de
l'Ambaffade .
ESPAGNE.
M. Dom Francifco Bernar
do de Quiros , Chevalier de
l'Ordre de S. Jacques , Con .
feiller de Sa Majefté dans le
Confeil Royal de Caftille ,
fon premier Ambaffadeur Ex.
traordinaire & Plenip. de Sa
M. Cath . pour la paix.
&
M. Louis
GALANT.
49
=
?
"
A
M. Louis Alexandre de
Schockards, Comte de Tirimont
, Baron de Gaefbeck
& du Confeil fuprême d'Etat
de Flandre établi à Madrid ,
prés la perfonne de Sa Majefé,
Confeiller de fes Confeils
d'Etat & Privé aux Pays - bas ;
& fon Ambaffadeur Extraor
dinaire &
Plenipotentiaire
pour la Paix generale.v
EtatsGeneraux des Provinces
Unies...
M. Jacques Boréel , Seigneur
de Duynbeeck, Weft
hoven & Mereftein , Senateur
& Bourg meftre de la Ville
Aoust 1697.
E
To MERCURE
d'Amfterdam , & Confeiller
Député de la Province de
Hollande , Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire
pour la Paix , de la part
de leurs Hautes Puiffances
Meffeigneurs les Etats Gene
raux.
M. Everhard de Weede ,
Seigneur de Weede , Dyckvelt
, Rateles , & c. Seigneur
Foncier de la Ville d'Oudewa
ter , Doyen & Eſcolatre du
Chapitre Imperial de Sainte
Marie à Utreght , Dyckgrave
de la Riviere le Rhin dans la
Province d'Utreght , Preft,
GALANT. SI
1
1
dent des Etats de la même
Province , fon Député , &
Ambaffadeur & Plenipoteniaire
pour la paix , de la part
de L. H. P. Meffeigneurs les
Etats Generaux.
M. Guillaume de Haren ,
Grietman , du Bild, Deputé de
la part de la Nobleffe aux
Etats de Frife , & Curateur de.
Univerfité de Franequer ,
Députéde la province de Frife
, & Ambaffadeur Exrraordinaire
& Plenipotentiaire
aux Traitez de la paix , de la
part deL. H. P. Mefleigneurs
les Etats Generaux .
E ij
52
MERCURE
M. Hamel Bruninx eft Se
cretaire de l'Ambaffade.
FRANCE
ན
M' de Harlay , Chevalier
Seigneur de Bonneuil , Con
feiller ordinaire du Roy en
fon Confeil d'Etat , Ambaffa
deur Extraordinaire & Pleni
potentiaire de Sa Majeſté
pour la Paix.
1
M le Comte de Crecy ,
Marquis de Freon Fort Ifle ,
Baron de Couvey . Seigneur
du Boulay , les deux Eglifes
du menillet & autres lieux ,
Confeiller du Roy en tous fes
Confeils , Ambaffadeur Exz
GALANT:
53
I
traordinaire &
Plenipoten
tiaire de Sa Majesté pour la
Paix .
M' de Caillieres , Chevalier
, Seigneur de Caillieres ,
de Rochechelay & de Gigny
Confeiller du Roy en fes
Confeils , Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire
de Sa M. pour la paix.
· Mayence.
M.le Baron de Schonborn,
Frere de Son Alteffe Electo
rale , Grand Maréchal de fa
Cour ,Confeiller d'Etat de Sa
Majefté Imperiale , & Ambalfadeur
Extraordinaire & plc-
E iij
54 ...
མལཨཝར པས ངན
MERCURE
potentiaire
de fadite Alteffe
pour la Paix.
Saxe.
M. le Baron de Bofen,Tre
forier de l'Empire pour
Cercle de la haute & baffe
Saxe , Commiffaire general
de guerre, & Confeiller privé,
Chevalier de l'Ordre de Saint
Jean , Ambaffadeur Extraor
dinaire & plenipotentiaire de
Son Alteffe Electorale pour la
pair.
Suede Mediateur.
M. le Baron Nicolas de
Lillieroot , Ambaffadeur Extraordinaire
& plenip. de Sa
GALANT.
G 55
1 !
Ja
Majefté le Roy de Suede , pour
la mediation de la paix .
M. Charle Guſtave, Baron
de Frifendorf, Secretaire de
lambaffade de Suede .
ENVOYEZ.
Brunfvvick Lunebourg.
R Huncken , Confeiller
& Refident de Son
Mic
Alt . Elect . de Brunfwick Lunebourg
, plenipotentiaire au
Congrés des Hauts Alliez.
Brunfvvick Zell.
M. le Baron Bodmar , Miniftre
d'Etat , Confeiller Intime
, Plenipotentiaire de S. A.
Sle Duc de Brunſwick Zell .
E iiij
56 MERCURE
Brunfvvick Volfenbutel, bite
M. le Baron Frederic de
Steinberg , Confeiller Intime
& Maréchal de la Cour , Ple
nipotentiaire de S.A.S.le Duc
de Brunfvick Wolfenburel.
Empereur.
M.le Comte de Averſperg ,
Chambellan de Sa Majesté
Imperiale du Confeil Imperial
Aulique , & fon Envoyé
Extraordinaire auprés de м.
le Prince d'Orange .
Franconie.
M.Wolfganck Philippe del
Schrottenberg , Miniftre &
Confeiller Intime de la Cour
GALANT: S
Epifcopale de Bamberg, Plenipotentiaire
à la Paix de la
part du Cercle de Franconie .
M. Eraman ' , Baron de
Stein , Burggrave de Norimberg
, Ecuyer hereditaire de
la Cour , & Plenip , à la Paix .
Liege,
M. Norf, Confeiller de S.
A. E. de Cologne , Prince de
Liege , fon Refident ordinaire
auprés des Etats Generaux , &
fon Envoyé Ext. & Plenipotentiaire
aux Traitez de Paix .
Loraine.
M. Claude François Canon ,
Confeiller, Secretaire d'Etat,
58 MERCURE
3
& Prefident de la Cour Souveraine
de Loraine & de Barrois,&
plenipotentiaire de fon
Alt. Seren.le Duc de Loraine.
Munſter.
M.le Baron de Plettenberg
de Lenhaufen , Cofeiller Intime
, Doyen, Chanoine & Capitulaire
des Cathedrales de
Paderborn , Munſter & Hildesheim,
plenip. à la paix.
Orleans,
M' l'Abbé Thefeu , Confeiller
ordinaire de Son Altef
fe Royale Monfeigneur les
Duc d'Orleans , & fon Envoyé
Extraordinaire & Pleniporen.
GALANT.
59
tiaire aux Traitez de la Paix.
Portugal.
M. Pacieco , Envoyé Extra
ordinaire prés de meffeig . les
Etats Generaux, de la part de
S.M. le Roy de Portugal .
Savoye,
M.Philibert , Comte de la
Tour , Baron de Bordeaux ,
Confeiller d'Etat de S. A. R.
de Savoye , preſident de ſes
Finances , Intendant de fa
Maiſon , & fon plenipotentiaire
au Congrés de la paix generale.
M. Pierre- François de Frichignono
, Comte de Caftel
60 MERCURE
lengo , Confeiller d'Etat de
S. A. R. de Savoye , fon Avocat
General en Piémont , &
Plenipotentiaire au Congrés
de la Paix generale.
Suaube,
M. de Turrheimb,Miniftre
d'Etat & Chancelier de Son
Alteffe Reverendiffime Monfeigneur
l'Evêque de Conftance
, Miniftre plenipotenla
paix generale.
tiaire
pour
M.
de
Kulpis
, Noble
de
l'Empire
, Miniftre
d'Eftat
,
Directeur
du Confeil
Eccle
.
fiaftique
de Son
Alteffe
Sereniffime
мonſeigneur le Duc
GALANT 61
7.
1.
de Wirtemberg , miniſtre Plehipotentiaire
du Cercle de
Suaube pour la Paix.com
Treves. 26
M. Jean Henry de Keyſerf
velt , Confeiller & Refident
à la Haye , & Plenipotentiaierede
S.A.S. l'Electeur de Tre
ves aux Traitez de la paix .
Teutonique , Ordre.
M.le Baron de Loë de Wif
fen , Chevalier de l'Ordre &
Commandeur de Pitzeubourg
à Malines , Colonel au
ſervice defa Serenité Electo- ,
rale de Brandebourg
, Confeiller
Intime , premier En63
MERCURE
+
voyé Extraordinaire & Plenipotentiaire
de Son Alteffe Se
reniffime le Prince Palatin ,
Grand . Maistre de l'Ordre
Teut, aux Traitez de la Paix. 1
M. de Beugem , Envoyé
Extraordinaire & plenipoten.
tiaire de S. A. S. le prince palatin
, Grand- Maiftre de l'Ordre
Teutonique , aux Traitez
de la paix .
ه ش
VVirtemberg.
M. Antoine Gumber de
Hefpen , Confeiller dans le
Confeil fuprême de Wirtemberg
& plenipotentiaire aux
Traitez de la paix .
GALANT. 63
rit Vous trouverez une espece
d'hydropifie bien particuliere
2, dans ce que contient la Lettre
qui fuit. Elle est d'un ha
bile Medecin qui a accompa
égné le détail qu'il en fait de
plufieurs Obfervations tresf.
- curieufes.
A Reims , le 6. Juin 1697.
LA
A femme d'un Labou
reur proche Chafteau-
Porcien , âgée de quarante-
-cinq ans , affez bien faite &
1 d'un affez bon temperament
,
a commencé il y a dix -fept
64 MERCURE
ans à fentir une legere doudeur
à l'Hypocondre gauche,
& à s'appercevoir en cette
partie d'une petite tumeur
molle , qui alors l'incommo
doit peu , puifqu'elle s'appli
quoit à l'ordinaire à fes affaires
domeftiques & faifoit tou
tes les fonctions naturelles.
La preuve en eft qu'elle a eu
trois maris , trois enfans fort
fains du premier , & deux du
fecond , dont quelques - uns
vivent encore. Il est vray
qu'elle n'en a point eu du
dernier , avec qui elle a toûjours
efté reglée comme les
GALANT. 65
"
1.
5.
.
autres femmes , éxcepté les
derniers mois de fa vie . Cette
tumeur à augmenté , & s'eſt
I durcie infenfiblement depuis
ce temps - là , & confiderablement
depuis quatre mois , enfuite
d'un violent chagrin ,
+ de maniere qu'elle s'étendoit
environ un demy - pied de
Thypocondre gauche juf
qu'au nombril ; elle eftoit large
de trois travers de doigts ,
& haute de l'épaiffeur d'un
pouce , fans aucun change-
I ment de couleur en la peau.
Cette femme eftant venue à
Reimsle 18. May dernier pour
Aoust 1697. F
OF
ni "
"
66 MERCURE
•
fe faire traiter , je fus mandé
avec un de mes Confreres &
un Maistre Chirurgien pour
confulter fur fa maladie.
Ces Meffieurs eftimerens
que la tumeur eftoit ſchirreufe
. Pour moy , j'en jugeay tour
autrement à caufe de la dou
leur qu'elle reffentoit en cette
partie , & de la fiévre qui
luy prenoit tous les jours
avec friffon depuis deux mois .
Le lendemain tous les deux
changérent de fentiment ,
& convinrent avec moy que
cette tumeur renfermoit de la
mariere . Ainfi l'ouverture en
GALANT. 67
fut conclue , & on la fit en la
partie la plus baffe du cofté
de l'Umbilic, Il en fortit d'abord
de la matiere fort cuite
& fort loüable , enfuite il fe
prefenta à l'ouverture un
corps étranger de la groffeur
d'un abricot mediocre , qui
fi ceffer l'écoulement de la
maiere. Ce corps étranger
eftoit une eau claire envelop
pée d'une membrane blanche
, femblable à la pellicule
interieure d'un oeuf. Depuis
ee temps- là il n'eft plus venu
de matiere , mais une ir grande
quantité de globules de
fr
F
68 MERCURE
differentes groffeurs , que ce .
la eft prefque incroyable. Les
plus gros eſtoient de la groſleur
d'une petite bale de Jeu
de Paume , les autres un peu
plus petits , & les derniers
comme de groffes perles. Ils
contenoient tous une liqueur
tranfparente
& affez fembla ..
ble à un blanc d'oeuf cru , ne
s'épaififfant
néanmoins
prefque
point fur le feu. Ayant
enfuite dilaté la playe , nous
trouvâmes deux doigts au def
fus du nombril , un Kifte ou
fac membraneux , de l'épaiffeur
d'un écu , & affez grand
GALANT . 69
S
pour y fourrer le poing d'un
enfant de quinze ans , entre
les mufcles de l'égigaſtre &
le peritoine. Ce Kilte enfer
moit une partie de ces glo- >
bules , je dis une partie , caril
y avoit un finus , qui condui- :
foit dans l'hypocondre droit
au deffus du foye & fous le
diaphragme , qui nous fournit
un jour par une violente.
refpiration & avec affez de
bruit , en panfant la malade ,
plus de trente des plus gros
globules , vingt des mediocres,
& des centaines des
plus petits . Il n'en eft plus
70 MERCURE
*
forti depuis ce temps là , &
il est à remarquer qu'il n'y a
jamais eu aucune tumeur a
l'hypocondre droit . Enfin ab
cette pauvre femme ,affoiblieis
de douleurs , mourut le trei- ci
ziéme jour de l'incifion , lays
playe eftant tout à fait gangrenée
.
Le lendemain un de mes
Confreres , homme fort cu - se
rieux & fort appliqué à fand
profeffion , fe trouva avech
moy dés le commencementner
à l'ouverture du corps . Nous a
remarquâmes d'abord , que a
le finus qui fournifloit une La
2
GALANT.M
grande quantité de ces globules
,aboutiffoit à une grande
poche pleine de fanie , audeflus
du foye , qui avoit fair
remonter le diaphragme vers
la poitrine , plus de quatre
travers de doigts au deffus de
fa fituation ordinaire .
Nous vîmes enfuite un autre
finus , qui partoit de l'extremité
gauche du Kiſte um .
bilical , & qui fe terminoit à
une autre grande poche fi
tuée à l'hypocondre gauche ,
au deffous du diaphragme
auffi , & qui l'avoit repouffé
pareillement vers la poitrine ,
72 MERCURE
4
comme au cofté droit , de
forte que ces trois Kiftes avoient
communication l'un!
à l'autre par des finus . Cette
derniere poche contenoit encore
une grande quantité del
globules que nous mîmes furt
le feu , mais qui ne s'épaiffirent
plus , comme ceux que
l'on tiroit du vivant de la malade
. Ils s'évaporérent au const
traire comme de l'eau quel
l'on fait bouillir , en recompenfe
leurs membranes s'épaiſſiſſoient
trois fois davantage
.
Ces deux facs membra
neux ,
GALANT. 73
е
Aeux , le droit & le gauche ,
communiquoient tous deux
par le bas à un autre , quicontenoit
le tiers du ventre , &
s'étendoit entre les muſcles
& le peritoine juſqu'à un
grand abfcez du mefentere.
Cet abfcez avoit rempli la
capacité du bas ventre d'une
fi grande quantité de matiere
foetide , femblable en confif
ſtance à de la lie d'huile , qu'il
a efté impoffible au Chirur
gien de rien découvrir davantage
de ce cofté - là . Ayant
enfuite examiné les vifceres ,
nous trouvâmes le coeur en
Aonft 1697.
G
74 MERCURE
fon entier , mais le pericarde
rempli d'une grande quanti
té d'eau jaunâtre , trouble &
boüeufe , le poulmon droit
affez fain ; & c'eſt à quoy nous
attribuons la fortie violente
de ces globules qui fe déchargeoient
avec bruit par le fi .
nus de l'hypocondre droit ;
ce qui ne pouvoit point arri .
ver par le finus de l'hypocondre
gauche , le poulmon de ce
cofté là eftant entiérement
pourri, & ne pouvant par con.
féquent faire aucune impulfion.
Il eft à
remarquer que
le foye n'eftoit prefque point
GALANT: 75
t changé de fon eftat naturel ,
eu égard à la corruption des
autres vifceres ; car la rate
eftoit entierement confumée,
le rein gauche tres purulent&
deux foisgros comme le droit.
maladie peut eftre Cette
comprife fous le nom d'hydropifie
veficulaire , accom.
pagnée de plufieurs abſcez
en differentes parties ; mais
comme ce n'eft pas nôtre intention
d'aporter la raiſon de
ces abfcés , qui font des maladies
vulgaires , nous nous at
tacherons particulierement à
découvrir les caufes de la
Gij
76 MERCURE
quantité de ces globules , &
la maniere dont ils fe font engendrez.
Il feroit difficile de rendre
raifon de la formation d'une
furprenante quantité de
globules , fi on s'attachoit
feulement à l'autorité des An .
ciens , qui ont attribué au
vice du foye les caufes de toutes
fortes d'hydropifies ; mais
l'ouverture des Corps où le
foyes'eft trouvé fort fain dans
la plupart des hydropiques ,
ayant démenti ce fentiment,
nous croyons mieux expliquer
ce Phenomene par l'opi
GALANT.
ラブ
nion des Modernes , dans les
livres defquels on trouve
beaucoup plus d'obfervations
fur cette maladie.
Hipocrate en parle pourtant
affez nettement , lors
qu'il dit que fouvent l'hydropifie
s'engendre par des tubercules
ou globules pleins
d'eau , que l'on appelle proprement
hydatides , qui font
des varices, ou dilatations des
vaiffeaux lymphatiques, dont
la liqueur eft en trop grande
abondance , & arreftée dans
fon cours par quelque caufe
étrangère;mais nous en avons
G iij
78 MERCURE
plufieurs obfervations expli
quées bien plus clairement ,
& mieux circonftanciées chez
les nouveaux Auteurs. Mauritius
Cordeus rapporte qu'à
l'ouverture d'une femme hy.
dropique morte à Paris , l'on
ne trouva aucun endroit dans
le ventre qui ne fuft plein de
ces veficules , dont il y en
avoit un fi grand nombre ,
qu'il s'en trouva juſques à
huit cens. Skenchius raporte
auffi l'hiftoire d'une autre
femme , dans le ventre de la
quelle on en trouva une pro
digieufe quantité de plufieurs
GALANT: 79
groffeurs , attachées enfemble
, comme des grains de rai
fin à leurs grapes , & remplies
d'une eau tres - claire. On en
peut voir plufieurs autres his
ftoires , dans Sennert , Tulpius
, Hofferus , Horftius
Bartholin , & Ermuller.
Les Modernes demeurent
prefque tous d'accord que la
caufe la plus frequente de
l'hydropific vient de la ruptu
redes vaiffeaux limphatiques ,
ce qui eft affez prouvé par la
reffemblance des eaux que
l'on tire du ventre des hydropiques
, à la liqueur conte-
G iiij
80 MERCURE
nuë dans ces fortes de vaif
feaux ; & même il feroit facile
d'expliquer par cette raifon
la cauſe de la pluſpart
des hydropifies , mais comme
plufieurs habiles Auteurs en
ont traité , nous nous reſtraignons
à développer la maniere
dont le font formez ces
globules.
L'on a remarqué avec raid
fon qu'il s'eft engendré de
ces fortes de globules dans
tous les endroits , où les vaif
feaux limphatiques fe rencontrent
en abondance , car
ils ne fe forment pas feule ..
GALANT: 8r
ment dans le ventre, mais fouvent
dans la poitrine & autres
parties , tant dans les hommes
que dans les animaux.
Un habile Chirurgien , appellé
Jacob Muis , en a tiré
jufqu'à deux cens d'une tumeur
ædemateufe à la cuiffe
d'une femme , dont elle eft
parfaitement guérie . On lít
même des hiftoires de femmes
qui ayant efté cruës grof
fes d'enfant , n'ont jetté que
des amas de ces globules attachez
enfemble , comme on
le peut voir dans Chriſtopheà
Vega , Valleriola , Merca82
MERCURE
tus , Skenchius , Tulpius , les
Ephemerides des Sçavans
d'Allemagne , & Stralpatt ,
Vander Wiel.
Il faut auffi obferver qu'on
n'a jamais vû qu'il s'en foit
formé ailleurs que dans les
parties qui font arrofées de
ces vaiffeaux limphatiques.
La raiſon eft que la premiere
origine de l hidropifie confi
fte dans une crudité de toute
la maſſe du fang , & dans une
trop grande quantité de ferofitez
, ce qui fait que ce
fang circulant avec plus de
lenteur , & ne pouvant re-
1
GALANT. 83
monter au coeur qu'avec
beaucoup de difficulté , la ſérofité
entre en abondance
dans ces vaiffeaux limphatiques,
& les rompt lors qu'elle
eft acre & falée , faiſant ainfi
l'hydropific
ordinaire ; mais
lorfqu'elle ne péche qu'en
quantité , & qu'elle approche
de la qualité de l'eau pure , en
empliſſant les vaiffeaux , dans
lefquels elle eft contènuë
elle les enfle en plufieurs endroits
, & ne pouvant parve ,
nir aux lieux où ils s'abbou
chent , à caufe des obftructions
qui font fi communes
84 MERCURE
dans ceux qui ont de la dif
pofition à l'hidropifie ,ny auff
remonter vers fa fource à cau .
fe des valvules qui l'empê
chent , elle étend peu à peu
les membranes des vaiffeaux ,
où elle eft contenue , fe forme
en veffies ou globules ,
qui quelquefois demeurent
attachez par leurs extrémitez ,
& quelquefois fe feparent
entierement & tombent
dans la premiere cavité capa
ble de les contenir .
C'est ce qui s'eft rencontre
dans la Malade que nous
avons fait ouvrir. Elle avoit
GALANT.
85
D
le mefentere , qui cât la partie
du corps la plus arrofée de
ces fortes de vaiffeaux , tour
fchirreux , & par confequent
plein d'obftructions , d'où
il eft facile de conjecturer ,
que non feulement il s'eft pu
former de ces oeufs dans la
S cavité, d'où on les a vû fortir
avec violence du vivant de la
Malade , mais qu'ils y ont efté
pour la plufpart portez du
meſentere par le grand fac
membraneux dont on a parlé,
& enfuite repouffez par le diaphragme
, & la partie du pou- S mon pui eftoit demeurée la
plus entiere.
86 MERCURE
On comprend de là avec
affez de facilité , que ces fortes
d'hydropifies font incu
rables par l'impoffibilité qu'il
y a d'évacuer ces globules par
la voye des urines , des felles ,
ou dés fueurs , mais auffi que
les Malades doivent durer
plus longtemps que dans les
hydropifies ordinaires , où les
vifceres fe corrompent
par le
fejour de la ferofité répanduë,
ce qui caufe lafiévre&la mort.
Il eft même probable que cette
Femme auroit pû durer encore
quelques années , fi elle
n'avoit eu que cette malaGALANT.
87
die , mais la plufpatt des parties
nobles eftant attaquées
d'abfcés confiderables , il ya
lieu de s'étonner qu'elle aic
pû vivre filongtemps .
Si quelqu' un a des conjectures
plus plaufibles , ou des
experiences plus particulieres
fur cette maladie, il nous fera
plaifir de nous en faire part ,
puis que nous travaillons tous
les jours à nous inſtruire dans
une profeffion , où rien n'eſt
plus utile que les obſervations
qui fe font par d'habiles
I gens , fur des cas rares & extraordinaires.
88 MERCURE
LeJeu appellé du Solitaire.
eft tellement à la mode , que
vous & vos Amies , vous ne
ferez pas fachées d'en avoir
des regles certaines. Vous les
trouverez dans les deux Lettres
qui fuivent. Elles vous
feront connoiftre en com .
bien de manieres differentes
ce Jeu peut eſtre joüé.
GALANT 89
PREMIERE LETTRE,
Sur le feu du Solitaire.
A MONSIEUR ***
ON
N m'a dit , Monfieur ,
que le Jeu du Solitaire
pour lequel vous avez de la
curiofité , eft Americain de
Nation . H fe peut que less
* 0
Habitans du nouueau Monde
aimant à eſtre en particulier,,
comme ils vont feuls ala
Chaffe avec leur arc & leurs
fléches , quand ils en font der
retour , plantent leurs petitess
fléches en des trous de feurs
20ust1697.
Hi
90 MERCURE
cafes , & par l'agitation qu'ils
leur donnent , font le Jeu du
Solitaire. De quelque pays
que foit cet Etranger , il a
efté bien receu en France , où
il vient d'arriver . Il plaiſt à la
Cour , à Paris , & dans la Province
; on le veut avoir par
tout.
Pour venir au fait , & vous
expliquer ce que c'eſt que le
Jeu du Solitaire , imaginezvous
un morceau de planche,
coupé en octogone . Dans cet
octogone il y a fept rangs de
trous . Le premier eft percé de
trois trous ; le fecond l'eft de
GALANT.
cinq ; le troifiéme , le quatrié
me & le cinquième , le font
chacun de fept trous . Il y en
acinq au fixiéme , & trois au
feptiéme. Tous ces petits
= trous au nombre de trentefept
, font garnis de chevilles,
hors le premier ou le troifié,
me , chevilles qui pour eftre
propres & jolies , doivent eftre
d'Ebene ou d'Ivoire au moins
d'Ebene verte , bois qui vient
du même pays que le Jeu. Le
Jeu vaut la peine d'avoir un
e Octogone de beau Vernis ,
comme les Cabarets de la
Chine.
Hij
92 MERCURE
C'eft dans le mouvement des
petites chevilles que confifte
ce Jeu , oùl'oujoue tout feul.
Comme il y a quatre coltez
qui fereffemblent, où le rang
n'eft de que trois chevilles , il
eft indifferent , par lequel des
coftez on commence le Jeu ;
ordinairement, c'eſt par le cô .
té du manche. On peut tenir
dans la main cet octogone,
où le pofer fur un gueridon .
Il faut y laiffer un trou vuide ,
afin qu'il y ait de l'eſpace
pour le mouvement . Ce mouvement
eft comme celuy des
Dames; une cheville en prend.
GALANT. $ gr
9
une autre en fautant par deffus
, & va occuper le trou vuide
, avee cette difference , que
les Dames fe prennent de
biais , au lieu que les chevil--
les prennent toujours en droite
ligne, foit en longueur ,foit
en largeur , foit en avançant ,
foit en retrogradant , car les
chevilles ont la faculté des
Dames damées , qui eft
d'aller & de revenir dans
tous les rangs , fi elles fe
trouvent difpofées pour le
faire:
L'induftrie de ce Jeu eft de
prendre les chevilles daps:
94 MERCURE
l'ordre qu'il faut , & de s'y
conduire fi bien , qu'aprés
l'agitation univerfelle dans
tous les rangs , il ne reste aucune
cheville que celle où
finit le Jeu , laquelle eft comme
la cheville victorieufe , de- .
meurée feule mai ftreffe du
champ de bataille , dont les
autres fe font retirées aprés
leur défaire .
Ce Jeu eft nommé le Soli
taire , parce qu'il a cette fingularité
& diftinction fur les
autres Jeux , qu'il le jouë par
une perfonne fcule . C'eft auffi
parce que les chevilles qui
GALANT: 95
font dans le tour , & fur les
bords de l'octogone , font
regardées comme des Solitaires
qui font en éloignment.
Pour donner du relief à ce
Jeu , on luy attribuë des termes
de l'art . Il y a le point
fixe , & le quarré magique ;
les deux grandes allées , le
grand Chaffeur , le petit Chaf
feur , & le coup de piſtoler.
On parle de rapprocher les
Solitaires , de rapprocher les
Troupes , & de nettoyer les
grandes allées .
Le point fixe eft la quatrieme
cheville du quatrième
96 MERCURE
rang . Elle eſt ainſi nommée ,
parce qu'elle fert de pole
pour fe conduire & tenir une
bonne route dans le plus
grand cours du Jeu . Les deux
grandes allées , font les deux
lignes qui font collaterales
à
celle du point fixe , & qui ont
leurs trous vuides , excepté
celuy d'enhaut & celuy d'enbas.
Le quarré magique eft
compofé des deux premiers
rangs vuides , ôtant encore
la fixiéme cheville du quatriéme
rang. La difficulté de
l'ufage de ce quarré luy a
donné le nom de Magique.
Le
GALANT . 97
Le grand Chaffeur , c'eft lors
que l'on prend deux ou trois
Chevilles à la fois. Le petit
Chaffeur c'eft lors qu'on n'en
prend qu'une , & le coup
de Piftolet , c'est lors qu'on
prend la Cheville avec une
de celles d'un coin , Rappro
cher les Solitaires
& rapproa
cher les Troupes : on nomme
Troupes les Chevilles autres
S que les Solitaires , c'eft les
aller chercher , & les faire venir
aupres des autres .
Vous voudriez fçavoir bientoftice
Jeu , & vous le croyez
peut -être aisé à cause de la
Loust 1697.
I
98 MERCURE
figure toute femblable des
Chevilles , & l'uniformité de
leur démarche : ce qui ne fe
rencontre pas aux Echets où
il y a dés pieces de differen .
tes figures & qui ont auffi
une demarche differente . Cependant
, il y a dequoy oc,
cuper fon fçavoir faire pour
fe tirer d'embaras. Il fe trouve
à la fois pluſieurs Chevilles
à prendre, & fi vous choififfez
mal en prenant l'une
au lieu de l'autre , bien loin
d'avancer dans le Jeu , cela
vous broüille , & vous met
hors d'état d'arriver à la der
2
GALANT. 99
0
niere Cheville . Vous en laiffez
deux , trois , quatre & davantage.
Il en eft à peu prés
comme de celuy qui trouve
plufieurs Chemins . S'il net
prend pas le veritable loin
d'avancer dans fon voyage ,
il s'égare , & s'éloigne de plus
en plus du lieu où il vouloir į
aller. Pour prevenir dans
ce Jeu les deffauts , on doit,
comme dans les Voyages,
prendre un Guide qui mar.
che devant vous & dont vous
fuivrez les traces jufqu'à ce
que vous foyez parvenu à
vous paffer de ce Guide
I ij
100 MERCURE
& à ne plus manquer, »
.
•
#
Le Voicy ce Guide pour
faire feurement les allées &
les venues dans ce Jeu du
Solitaire ; & de la maniere
dont je vais établir la chofe ,
on verra que je conſerve le
caractere du Solitaire qui fe
jouë feul en l'apprenant de
même tout feul , fans avoir
befoin de perfonne qui vous
le montre. Il vous faut donc
numeroter chaque trou par
1. 2. 3.4 5.6. &c . jufqu'au dere
nier qui eft le 37. Enfuitte
vous prendrez cette Table
du mouvement
convenable
GALANT. 101
des Chevilles , où vous verrez
celles qu'il faut prendre
preferablement aux autres ,
foit faire vostre route ,
pour
foit pour laiffer du vuide ,
foit pour prevenir l'embarras,
. & faire du progrés dans un
#Chemin tenable & avantageux.
E
Table du Solitaire.
N commençant par la
troifiéme Cheville , prenez
le 2. avec le
Le 6. avec le
Le 7. avec le
3.
12.
8.
I
iij
102 MERCURE
-Le 6. avec le
Le s . avec le
Le ii. avec le
Le savec le
Le 17. avec le
Le 11. avec le
Le 10. avec le
Le 11. avec le
Le 24. avec le
Le 25. avec le
Le 17.
avec le
30.
26
24.
Le 32. avec le
Le 31. avec le
Le 25. avec le
Le 24. avec le
Le 18. avec le
Le 19. avec le
23.
25.
12
36
35.
26.
GALANT. 103
Le . avec le
Le 12. avec le
Le 33.2avec le
Le 27. avec le
4.
10.
6.
134.
201
· Le
32 .
avec le
33.
Le 26 avec le 19.
Lez avecle
31.
Le 33. avec le 37.
Le 21. avec le 22.
Le 27. avec le
20.
Le 28. avec le 49.
Le 27. avec le 33.
Le 13. avec le
20.
Le 14, avee lessı valivadisə
Le avecile manona 213.
Suivez cette Table regu
I iiij
104 MERCURE
lierement & plufieurs fois :
& par le moyen d'une frequente
repetition , vous vous
ferez infenfiblement une habitude
du Jeu fans avoir plus
befoin des nombres des Chevilles
& de la Table. Même
pour attraper le Jeu avec
moins de peine & de contention
, divifez en l'exercice
en quatre parties . Je veux di
re que vous jouyez fuivant la
Table , les neuf premieres
Chevilles feulement , & que
vous recommendiez jufqu '
ce que vous les fçachiez bien
de vous même , & fans avoir
CALANT: Toy
Li
e
befoin de la Table , continuez
ainfi par les neuf autres
Chevilles qui fuivent. Aprés
par les neuf autres de la troifiéme
partie enfin par les
neuf dernieres ; & puis vous
ferez l'exercice entier de tout
le jeu fans regarder la Table.
S'il vous arrive de faire quelque
faute , remarquez la
bien , & redreffez vous en deux
ou trois fois de fuite , pour
être en feureté de n'y plus retomber.
"
-
Au refte quoy que cette
Table contienne le cours infaillible
du Solitaire , vous
108 MERCURE
pourrez , lorsque vous ferez
affuré , vous émanciper quelque
fois , & vous donner la
liberté de changer quelques
coups afin de varier le Jeu
mais prenez garde , que ce
foient des coups qui ne trou
blent point l'ordre & l'économie
du Jeu , & qui n'écarrent
pas trop . Imitez le Voya
geur qui quiere quelque fois
le grand Chemin , & paffe
dans un Sentier , mais il ob .
ferve que ce foit un Sentier
qui le faffe rentrer dans le
grand Chemin .
L
On peut auffi commencer
GALANT: 107
e
S
of
le Jeu diverfement felon
les quatre lignes Ternaires ,
par celle d'en bas , & par celle
d'enhaut, par celle qui eft
à votre droitte , & par celle
qui eft à voftre gauche. Vous
ne hazardez rien de prendre
tantoft l'une , tantoft l'autre ,
ce qui revient tout à un ; parce
que c'eſt la même figure,
& qu'il n'y a que trois Chevilles
dans chacune de ces
lignes , ou de ces coftez . On
a voulu faire un effay de commencer
par le Point fixe en le
tirant du Jeu : & on cherche
auffi de finir le Jeu par le
108
MERCURE
Point fixe , mais on n'a point
encore trouvé ces
manieres ,
quoy qu'on y ait fait l'attention
qu'on a à chercher
la
Quadrature du Cercle .
Mais outre la Table qui
vous mer à
l'Alphabet comme
les Enfans qu'on
enfeigne
à lire , n'y a t-il point , ( direz .
vous ) de regles certaines de
ce Jeu , comme il y a des regles
d'Arithmetique
& d'Algebre
& des
Demonftrations
de
Mathematiques
? On n'en
donne point ici, & il n'en faut
pas
attendre , parce que le
Solitaire n'eft pas un Jeu de
GALANT. 109
cette ſcience. La regle d'une
demonftration ne varie point,
elle est toujours femblable ,
& on diverfifie quelque- tois
le cours de ce Jeu , comme
on fait dans la Mechanique ,
où l'on peut changer de manieres.
::
2
Au defaut de cela il y a
une metode & des maximes
que l'on peut tenir ; comme
de nettoyer les bords où font
les Solitaires de ne point
prendre avec une cheville qui
eft hors de portée d'eftre
rejointe , de ne point faire de
Solitaire au milieu ; de lier les
;
110 : MERCURE
Troupes , & d'en faire un
corps de ne pas employer le
point fixe à prendre , fon fort
eftant , comme il fe voit dans
la Table , d'eftre pris ; de le
rétablir une fois lors qu'il a
efté pris , eftant comme l'étoile
polaire qu'il faut regar
der tant qu'on le peut s de
prendre plus fouvent la cheville
qui eft au milieu des côtez
ternaires , que celle qui'
eft la premiere ou la dernieres
d'obſerver en prenant de faire
une figure triangle qui facilite
les mouvemens , & qui
entre dans la pratique & la
GALANT. 11
perfection du Jeu . On peut
encore , quand on poffede
tour à fait le Jeu , avoir d'autres
voyes inftructives , & le faire
un ufage pour la maneuvre
des chevilles , qui rende le Jeu
plus fingulier, & plus prompt
a eftre fait . En tout cela pour
tant il n'y a rien d'abſolu , &
qui ne fouffre des exceptions,
felon la rencontre
Il me refte de répondre
l'accufation qu'on fait contre
le Solitaire ,lequel on pretend
charger d'un grand defaut .
Ce Jeu , dit- on , eft infipide ,
manquant de l'affaifonne
113 MERCURE
ment des autres Jeux , où on
jouë de l'argent ; caron n'en
peut pas jouer à celuy cya
氧
moins de jouër de l'argent
contre foy- même , puis qu'on
joue tout feul. Ce qu'on nomme'un
defaut , pourroit eſtre
mieux nommé une perfection
, puis que felon le Jurif
confulte , Non licet alterius incommodo
fuum augere commo
dum. Il ne vous eft pas permis
de faire vos affaires aux dé
pens d'autruy , & d'augmen
ter voſtre bien du dommage
de celuy d'un autre . Mais s'il
faut's'accommoder au temps,
GALANT. 113
qui déroge à cette loy , comme
à plufieurs autres. Voicy
comment on peut gagner &
perdre de l'argent au Solitaire:
Cela arrive par le moyen
des paris qu'on fait en jouant'
tour à tour. On gage que
vous ne le ferez pas , & qu'on
le fera .; ou que vous ne le
fercz pas d'une maniere , &
on s'engage de l'entrepren .
dre. Quelquefois même de
ce qui eft un effet de l'igno..
rance du Jeu , on en fait une
fcience ,on gage à qui laiflera
le plus de chevilles ; chacun
fait enfin des découverdouft
1697. K
114 MERCURE
tes parriculieres de quelques
coups & paris fur cela ; com.
me celuy de prendre avec une
même cheville feize autres
chevilles , en plaçant les chevilles
en efpece de quarré irregulier
aux trous 2, 3. 5. 7. 10.
12.14 . 16. 18. 20. 22. 24 , 26. 28.
31.33.36. Il y a diverfes autres
manieres de coups qu'on peut
propofer, & fur lefquels on
peut mettre de l'argent au
Jeu. C'eft de cette forte que
Plutus a part auffi à ce Jeu
Jeu nouveau , Jeu à la mode,
lequel on devroit entretenir
& faire durer , comme ces
GALANT. 115.
modes qui durent depuis plufieurs
années , à caufe de leur
commodité , & aufquelles le
temps n'a rien fait perdre de
leur utilité & de leur agré
ment. Je fuis , & c .
SECONDE LETTRE
Sur le Jeu du Solitaire.
A MONSIEUR
***
CEY
' Eft vous avoir fait
Monfieur , dites vous ,
un veritable plaifir , de vous
avoir introduit dans la connoiffance
du Solitaire : mais
17
Kij
116 MERCURE
vous auriez envie d'aller auffi
loin qu'il fe peut , de penetrer
ce Jeu , & de le fçavoir
detoutes les manieres imaginables
. Ainſi vous me preffez
de faire une addition à la Lettre
que vous avez receuë de
moy fur ce Jeu , & de vous
inftruire de tout. Quoyque la
fpeculation du Solitaire ne
foit pas indigne qu'on y penfe
, je n'y ay pas eu pourtant
toute l'application que vous
avez crû ; de forte que je n'y
fuis pas ni fi univerfel , ni
fi preft à vous fatisfaire , que
celuy qui en auroit fait une
GALANT. ` 117
•
érude ferieufe . Neanmoins
fans vous renvoyer à un au
tre , il faut pour l'amour de
vous , faire une feconde Let -t
tre , & vous dire encore quel..
que chofe fur ce sujet , qui
fuffira peut étre pour vous.
former toutes les idées de ce
nouveau Jeu.
Le dehors du Jeu du Soli.
taire a peu d'apparence. Ceft
une petite Machine, fi Machine
le peut appeller un morceau
d'Ais garni de trente fix
Chevilles : mais ce qu'il y a
de fimple , & ce qui y manque
du grand air n'empeche
Kij
18 MERCURE
.
pas qu'il ne foit de beaucoup
d'étenduë. Il en eft à peu
prés comme de la Mufique.
Il n'y a dans la Tablature ,
que cinq Lignes , & des o fim .
ples ou à queue , qu'on nom. ,
me notes , & qu'on met for .
ces cinq lignes : cela eft fort
mince. Cependant felon que
ces notes font diverfement
pofées fur ces cinq lignes , ' l :
en refulte une varieté infi- :
nie d'accords , que la voix &
les Inftrumens font valoir &
font fentir. De méme , felon
les diverfes difpofitions des .
Chevilles au Jeu du Solitaire ,
GALANT: 11g
dans les fept rangs , & felon
les changemens qui y arrivent
en les deplaçant pour
jouër , il en naift une diverfité
furprenante , de manieres ,
de coups , & de figures , qui
augmentent tous les jours .
Je puis avec d'autant plusde
fujet faire le rapport
des Chevilles du Solitaire ,
aux Notes de la Mufique ,
queje me fouviens de ce Muficien
aveugle , qui ne pouvant
pas comme les autres ,
compofer fes pieces avec la
plume , avoit une planche
percée de divers trous , & le120
MERCURE
lon l'arrangement qu'il y
faifoit de petits morceaux de
Bois, il formoit fa Mufique.
Il y a une premiere maniere
de faire le Solitaire par
le rang des trois trous qui fe
prefente d'abord , foit en prenant
le deuxième Cheville
avec la premiere , foit en la
prenant avec la troifiéme :
c'est à dire qu'on peut commencer
a droite ou à gauche.
On peut chercher cette dou--
ble maniere du Solitaire , aux
autres rangs Ternaires , qui
förs en haut & aux cotez : ce
qui fait enfemble huit maniéres
GALANT: 120
6
Tes du Jeu du Solitaire . Dans
le cours du Jeu , il y a lieu
encore de changer plufieurs
coups s'il ne detournent pas ,
ce qui augmente le nombre
des manieres. De plus , il n'y
a prefque aucune des trente
fix Chevilles , par laquelle on
ne puifle faire une nouvel
le ouverture de Jeu . Enfin ,
on peut auffi finir le Jeu en
cent façons , & chacun vante
fa figure particuliere . Celle-
ci est belle & finguliere ,
de difpofer tellement fon Jeu,
que les onze dernieres Che
villes , foient aux nombres 2 .
Aouſt 1697.
L
A
120 MERCURE
(6.7.11. 139 17. 19. 21. 25. 27-32. 8
37
Mais outre tant de maniéres
diverfifiées du Jeu entier
, il y a les petits Jeux du
Cercle , ou Octogone ; fçavoir
, le Centre , le premier
Diamétre , le deuxième Diamétre
,ale Triangle , & le
Quarré. Tout cela fe fait en
prefence des Solitaires aſſem
blez , qui ne quittent point
leur place , ou qui la repren
nent avant la fin du Jeu , c'eft
à dire, que les Chevilles qui
font dans le tour de l'Octo
gone , comme des contem-
"
GALANT. 123
platifs , y demeurent ou y re
viennent , avant qu'on ait :
achevé.
Vous me direz que l'Oc
togone avec les differences
routes , & avec toutes les au
tres difpofitions , & tous les
tours & detours qui s'y ren-s
contrent , eft une espece de
Labyrinte , & qu'il eft difficile
d'en fortir àfon honneur,
quand même on feroit un
Thefée , à moins que d'avoir
un fil d'Ariane . Er bien , afin
de ne vous pas égarer dans ce
perit Labyrinte , & de n'être
pas expofé au chagrin & au
Lij
44 MERCURE
rongement d'efprit de ne pas
reuflir , car cieft là le Minotaure
du Labyrinte , & le
Monftre qui devore , voici le
fil d'Ariane , autrement des
Tables pour faire feurement
& exactement le Centre , l'un
& l'autre Diamétre , le Triapgle,
& le Quarré.
"
な
TABLE
du premier Diametre.
Prenez 6. avec 12.
5. avec
10. avec
24. avec
17.
30.
GALANT 25
31. avec
32.
33 avec
34.
27. avec
20.
33. avec
5 32.
26. avec
I
25.
27. avec
28. 1
19. avec 26.
13. avec *
12 avec
·H
1 avec
12. avec
6.
Table du 2. Diametre.
Prenez
20.avec
4. avec
7. avec
27.
8.
6 .
Liij
126 MERCURE
$. avec
¹o . avec 17.
27. avec
20, avec
19. avec
18.
25. avec
18. avec
31.
1 .
26. avec 32.
25. avec
24.
26. avec
27. avec
19.
28.
20. avec
3
Table du Centre,
Prenez 12. avec
Savec
GALANT.
127
fr. avec 18:
5 avec
63.
10. avec
17. avec 24
io . avec
25 avec
H 31 , avec 36.
25. avec
26: avec
27%.
32. avec
33..
31. avec
25.
28. avec 29.
21, avec
14.
28. avec 27.
20. avec
1 avec
20. avec
1q.
7.
21
Liiij
128 MERCURE
Table du
Triangle
Prenez 20. avec
14. avec
7.avec
19. avec
25
8144
6.
POWs18
.
20. avec 21.
28. avec 34
27 avec
26.
28. avec 2h
II. avec
So
18. avec
24. avec
259
877-239
17. avec
27IQ
24. avec
39776252
33. avec
CEMC378
32. avec
31.
33 avec
GALANT 129
19. avec
Table du
Quarres
Prenez 12 , avec
12
()
7. avec
14, avec
21
28, avec 34
33. avecom 1322
31. avec
30%
24. avec
17
10. avec
Savec
4
19.avec
32. avec
26
20, avec
36
20
26. avec ·19
18. avec 17
le avec
130 MERCURE
32% avec
Quand on a appris ces petits
jeux par les Tables, il faut
afin de les retenir mieux , en
faire durant quelque temps
une repetition , & même
obferver les coups dogbles
, & qui reviennent ce
font - là comme des guides qui
aident à trouver le chemin.
Au reffe , ces termes de
fcience , Diametre , Centre ,
Triangle , Quarré , termes de
Mathematiques , marquent
qu'il y a effectivement de la
fcience dans le fond du Jeu du
Solitaire. On peut y fubli
GALANT. 131
tuer des termés du monde
pour le beau Sexe qui a don-
1 né un grand cours à ce Jeu .
On peur , dis je , nommer le
premier diametre , l'allée de la
Princeffel'autre diametre de
haut en bas , la Perſpective ; le
Centre , le fer d'ean ; le Triangle
, la parte d' Oye , & le quar
ré , le quarré dujardin . Ces noms
agreables conviennent mieux
aux Solitaires des Dames , qui
fe piquent d'en avoir de fort
propres & de fort riches , jafqu'à
y faire entrer le luxe. Hy
ena d'Yvoire & d'Ebene , &
du plus beau bois des Indes.
132 MERCURE
Il y en a avec un Vernis dela
Chine , il y en ade Criſtal , il y
ena d'argent & de Vermeil , il
y en a d'or avec des chevilles
en poinçons garnis de Diamans
. Cette magnificence
dans les Solitaires
, marque
qu'on aime paffionnément ce
Jeu , & qu'il regne dans le
grand monde. En effet, on fe
roit des Relations des perfon
nes de qualité qui s'y amufent
, & qui y ont un fçavoir
faire ingenieux à diverſifier le
cours du Jeu , & à faire de
nouvelles découvertes. Sil
faut vous dire icy ce que j'en
-
GALANT. 433
es
12-
U
30
k
penfe , le jeu du Solitaire me
paroift tenir un milieu entre
T'oifiveté & l'action. Il y a des
momens où l'on ne veut eftre
capable derien , & où l'on aime
à prendre un repos d'in
dolence. Le Solitaire eft alors
unamufement qui ne trouble
pas cette douce quietude . Il y
a des heures où l'on n'a rien à
faire , & cependant on ne veut
pas eftre tout à fait dans l'ina
tion. Le Jeu du Solitaire marque
alors du mouvement.il y
faut de l'invention & du ge
nie. Il y ades mesures à prendre,
& des coups à chercher,
134 MERCURE
On regarde , on imagine , on
compare , on refléchit on
avance , on retrograde , on
éloigne , on rapproche , on
fait faire aux chevilles , pour
ainfi dire , divers pas de danfe.
Enfin ily a plufieurs mouvemens
dont les refforts font
dans l'efprit de la perfonne
qui joue au Solitaire. Voilà ,
Monfieur, le jugement qu'on
peut faire de ce Jeu , où des
gens de toutes conditions s'e
xercent avec plaifir , fans y
rifquer leurs paffions & leurs
fortunes. Jefuis , & c .
#
q
GALANT. K
M'Bofquillon , de l'Acade
mie Royale de Soiſſons , vient
de nous donner en noftre
Langue , Quatre Difcours de la
1 Componction , compofez par
Saint Ephrem le Syrien , Soli
taire & Diacre d'Edeffe. Cette
traduction eſt tres - digne de
celuy qui l'a entrepriſer, &
fait voir qu'il n'ignore rien
des beautez de noftre Lan
gue. La force de l'expreffion
ne s'y remarque pas moins
que la netteté du ftile , & l'on
doit le promettre autant de
plaifir que d'utilité de cette
lecture. Ces quatre Difcours
136 MERCURE
font précedez d'un Abregé
de la Vie de Saint Ephrem,
quivivoit du temps du Grand
Conftantin. Ses Ouvrages de
Profe & de Vers , compofer
en Syriaque , & en tres -grand
nombre , eftoient fi eftimez
de l'Antiquité, que Saint Jerôme
écrit dés la fin du qua
triéme fiecle, qu'on les lifoit
publiquement dans quelques
Eglifes aprés l'Ecriture Sainte
. La plupart des Dogmati
ques ne font pas venus jufqu'à
nous. Les Originaux fe font
perdus , & les traductions
Grecques, faites du vivant de
GALANT 317
Saint Ephrem , & aprés fa
mort , font prefque toutes
demeurées dans les Bibliothe
ques , où elles font même affez
rares. La traduction que
Gerard Voffius fit dans le fic
cle paffé, de toutes les oeuvres
qu'il avoit pû recueillir de ce
grand Saint , eft la feule quiz
foit entre les mains de tout le
monde. C'eft celle dont s'eft
• fervi M Bofquillon , quiajoûre
à ce que l'on vient de rap
porter, qu'iln'a garde de vou
loir décider ce qu'eft Saint E
phrem,dans les autres Ouvral
ges quel on a de luy" , mais
Aoust1697.
M
18 MERCURE
qu'il croit pouvoir dire que
dans fes quatre Difcours de
la Componction , il est tour
* tenfemble , tendre , ferme, tertible
, confolant ; tendre pour
exciter la mifericorde de
Dieu ; ferme pour ne fe rien
pardonner ; terrible pour réveiller
le pecheur ; confolant
pour ne le pas defefperer . Ses
pensées font nobles , pourfuit- il,
Les peintures vives , fes figures
bardies Son file nourri des divines
Ecritures , entrecoupé defou
pirs , arrosé de larmes , attache,
frape ,faifit , remue. Ce n'eft pas
un Orateur concerté , qui fe laiſſe
GALANT. 139
1
な
Baller àson propre efprit , e qui
cherche à plaire , c'eft un homme
infpiré entraîné par l'efprit de
Dieu , qui vousforce àfuivre fes
Demouvemens. En un mot , ce n'eft
pas un Imitateur fervile des préreceptes
de l'Art qu'il conneiſſoir
3 peu ; c'eft unde ces Genies vigonreux
originaux , uw de ces
grands Modeles , d'aprés lefqul's
les regles ont efté faites. Ce Livre
fe vend chez la Veuve de
Charles Coignard, ruë de la
Bouclerie.
Vous voulez fçavoir ce qui
* eftoit dans les deux Vaiffeaur
Anglois que M' le Chovalier
M. in
140 MERCURE
Damon prit il y a quelque
temps , vers le Cap de Clare
en Irlande , & quelles fortes
de
Marchandifes on envoye
de l'Europe aux Indes. On a
trouvé dans l'un
"
-18 Caifles d'argent de cinq
mille écus chacune .
700 Barres de plomb , pefant
22548. livres.
20. Ancres.
57 Pieces de cordages .
fo. Chaudrons . de Charbon
de terre,
2423 Barres de fer de Suede.
19 Canons de fer..
12. Affuts de Canons,
GALANT 145
488 Ballots de draps.org
100. Barils de Goudron .
so. Barils de Bray fec.
240 Boulets de Canon
22 Coffres de Raffade ..
1 Caiffe de Vermillon , pefant
Aquatre cens foixante.
80 Barils de Poudre.
L. Barique de Quinquaillerie.
2 Coffres de Medicamens.
9 Caiffes d'armes .
1. Coffre plein de Gargouf
fiers..
i Baril plein de peaux pour
couvrir des Caifſes.
12 hallebardes.
12 Piques.
142 MERCURE
6 Pertuifanes,
Un petit coffret de grains de
Corail, pefant 463. onces.
Coffres pleins de papier
blanc.
Ily avoit dans l'autre Vaiffeau....
!
7 Caiſſes d'argent de 5000
écus chacune. $ 55
213. Saumons de plomb.
600 autres , avec deux cens
feize livres en baril.
40B arils de Goudron .
49. Ballots de Draps .
149 Ballots d'autres marchan
difes..
1117 Barres de fer deSuede:
GALANT 143
3
20. Barils de Poudre à canon ,
dont cinq pour amorces
79. Canons de fer.
1637 - Quintaux d'autre fer.
401. Caifles n° B.
1. Paire de Souflets de forge.
16 Canevettes de Liqueurs .
419. Barres de fer , avec vingt
quatre pieces Ditto.
30, Ballots de Drap large.
64 Fanaux.
Voustrouverez un incident
auffi rare que nouveau dans
ce que vous allez lire . Je le
laiffe dans les mêmes termes
qu'ila cfté écrit par celuy qui
144 MERCURE
abien voulu m'envoyer le déc
tail de fon avanture , & je fuis
fort perfuadé que vous croi
rez , comme moy , que fi on
pouvoit fuivre l'exemple de
ceux qui y font intereffez ,
le dégouft feroit beaucoup
moins frequent dans le máriage.
Bien des gens , Galant Mer
cure , vous fourniſſens des Hiftoi
res , mais je croy que perfonne ne
s'eft encore avisé de vous faire
part defon avanture. Je veux
commencer , & vous faire con
fidence de la mienne . Quoy qu'elle
Spit Surprenante , elle n'en est pas
moins
GALANT. 145
moins vraye. Il y a dix ans que
parun Employconfiderableje vins
m'établir dans une petite Ville ,
où il y a bonne compagnie deper-
= fonnes de qualité & polies , qui
compofent une Societe fort charmante.
J'avois trente cinq ans.
Mon coeur eftoit encore tout neuf,
ou du moins il n'avoit jamais rien
aimé veritablement. Mon heure
fatale arriva lors que j'y penfois
le moins . En rendant vifite à une
aimable Veuve , mais que dis- je,
aimable ! il n'y a rien de plus
charmant fur la terre. Elle est belle
toutce qu'on peut l'eftre Elle a un
air de majesté qui luy attire le
Aouſt 1697. N
•
146 MERCURE
refpect de tous ceux qui la woyent;
de l'espritcomme les Anges , mais
un eſprit cultivé e embellide tous
ce quepeut savoir une Femmes
Foignez à cela de la bonté, de la
grandeur d'ame , & mille vertus
beroïques qui ne reffentent en riem
lafoiblefle de fon ſexe. Elle avoit
efte mariée àfeize ans par un insereft
de Famille , & quoy qu'elle
euft bien vécu avec fon Mary elle
n'avoit eu pour luy qu'une amisié
que la raifon luy auoit infpirée
parneceffité, Auffifon coeur estoic
demeuré libre. Elle nefut que deux
ans avec ces Epoux , qui la laiſſanc
extremement riche. Ellefut depuis
GALANT. 147
recherchée par les meilleurs partis
• de la Province. Son bien ,faquaalice
, fon efprit & fon merite luy
donnerent un fort grand nombre
\ d Amans;mais aucun nefut affez
■ beureux pour luy plaire, e ce
bonheur m'eftoitrefer vé. Que j'en
fus charme auffi-rost que je l'eus
■ veuë ! Mais que devins je quand
Aje-bentendis parler ? Jamais per-"
fonne ne s'expliqua avec plus de
netrerény depoliteffe. Il n'y a rien
de faux dans ce qu'elle dit . Toutes
= fes penséesfont grandes & rares
= la nature luy a liberalement →→
prodigne cous fes trefors: Je luy
• rendis de foins qui ne luy déplu……
Nij
148 MERCURE
rent pas ; mais elle me marquoie
tant d'averfion pour le mariage ',
que je perdois prefque l'esperance.
de pouvoir jamais devenir heureux
. L'exemple de mille autres ,
qui ne l'avoientpu toucher , n'eftoit
point pourmoy une confolation qui
diminuaft ma peine , mais je fceus
Si bien me ménager auprés d'elle,
& jeluy marquay par tant d'actions
que rien n'égaloit l'attachement
que j'avois pour elle , qu'enfin
elle confentit à me tirer de
peine , en m'avoüant qu'elle reffentoit
pour moy , ce que jufque là
perfonne n'avoit pu luy inſpirer;
mais elle ajoûta qu'elle apprehenGALANT
doir
qu
a mon
é
149
que le mariage n'éreigniſt en
moy les feux dont elle aimoit à me
voir brûler , & ne fift en elle te
même effei Je luy
répondis qu'il y avoit à cela an
feur remede , qui eftoit de nous marierfifecrctement
queperfonne n'en
puſt a voir connoiſſance , & que le
miftere nousferoit toujoursparoître
noir camour nouveau. Elle fur
longtemps fans's'y réfoudre , mais
enfin aprés trois ans de recherche,
elleferenditàlafor cede mon amour
& defon inclination . Nous nous
convenions parfaitement , pour
lebien pourla
Janie'
mariage fe findans la Chapelle de
N iij
150 MERCURE
moftre Evêque , à qui nous confia
mes noftre fecret. Ilfit la ceremo
nie devant deux Témoins , qui
nous ont eftéfifidelles qu'ilsne l'ont
point revelé. Nos maifons fe tou
chent & nous avons trouvé le
moyen d'y faire des communica
tions qui ne font connuès que de
nousfeuls. Prefque tous les jours
la Compagnie s'affemble chez ma
charmante Epoufe, &perſonne
ne trouve à redire à mon affiduité
auprés d'elle. Elle a ſi bien fair
parfon adreffe qu'aucun de cente
qui la voyent n'ofe plus lug
buyparler d'amour ny de mariages
Jay vécu avec elle depuis que je
GALANT
3
L'ay épousée, de la maniere du niow
de la plus agreable. Jeluy ay trous
vé mille charmes de coeur & d'ef
prit , qui me rendent le plus heureux
de tous les hommes. Que de
tendres d'aimables ménages
mens pour meplaire ! Que de com
plaifance es de bontéfans foibleffe
&fans affectation ! Ily a trois
ans que nousfommes unisfans que
perfonneen ait eu aucun foupçon.
Fe luy rens tous les foins d'un ter
dre Amant ; elle prépond avecum
charme qui m'enchante tous les
jours , & qui n'appartient qu'à
elle , nous vivons devant le
monde fur le pied d'eftime & d'a
Nij
152 MERCURE
mitié. Nous nous fommes déter
minez de vous faire part de noftre.
avanture , eftant tres feurs que
perfonne ne la pourra démêler
& elle fera éternellement fecrete .
finous continuons à ne point avoir
d'Enfans , car nous fommes con .
venus que le dernier vivant brűlera
les Actes qui pourroient apprendre
ce que nous avonsfibeureufement
caché , estant aſſeZ ri»
ches pour nous paffer du bien l'un
de l'autre. Noftre Evêque eft mort
auffi- bien que nos témoins.
Voilà , Galant Mercure , noftre
fecret entre vos mains , que vous
rendrezpublic quand il vous plai
1
GALANT 153
ra , & qui ne laiffera pas pour cela
de demeurer inconnu . Adieu ,
Pour fatisfaire votre curiofité
, je vous envoye la veuë
de la maiſon de Nieuburg ,
prés du Village de Rifwick ,
du coité de la Cour , où fe
tiennent les Conferences
pour la Paix. Vous fçavez que
ce Chafteau appartient à la
Maiſon de Naſſau .
Je vous appris par ma Lettre
du mois de may dernier ,
ce qui s'estoit paflé à Valogne
, quand M' le Comte de
Breauté fut receu au Gouver.
154 MERCURE
My
nement de cette Ville .. Le
Prefidial luy ayant prefenté
l'honneurdu Pain - benit pour
le jour de Saint Yves , Patron
des Gens de Justice , dont il
eft le Chef , comme Grand
Bailly de Corentin , la Nobleffe
, qui en Normandie a
droit de ſeance dans les Tribunaux
avec les Juges , l'ac
compagna à l'Églife , où il y
eut Mufique & Sermon , &
aprés la мeffe il donna un magnifique
repas , où le trous
verent plus de cent perfonnes
des plus confiderables & des
plus diftinguez de la Ville!
GALANT. 155
Tout y fut ferviavec une pos
liteffe qui répondit à l'abon
dance & à la delicateffe des
mets , ce qui futaccompagné
d'une Simphonie qui dura juf
qu'à la nuit.
Le jour de Saint Claude,
qui eft celuy de la naiffance
de M de Breauté , la Ville fe
mit fous les armes dés le mac
in , & fic planter devant le
Chafteau un May fort élevé,
orné de couronnes & de fel
sons de fleurs , & chargé d'une
infinité de quintefeuilles,
dont il y en avoit une partie
de clinquant , & les autres
156 MERCURE
peintes en rouge. On y avolt
attaché l'Ecu de Breauté , qui
porte d'argent à la quintefeuille
de gueules , pour ſupports deux
Sauvages au naturel , feuillez de
finople , tenant à la main chacun
une maffuë posée en bas , & pour
cimier une gerbe d'or liée de gueu
les , les lambrequins d'argent
de gueules, On fit enfuite
planter un Obélilque en figure
de Granith , de trente
pieds de haut. Les quatre fa
ces du piedestal en marbre
noir , eftoient remplies d'inf
criptions à fa louange au
deffus paroifoit un Guidon ,
""
GALANT. 1571
chargé des armes de M & de
Madame de Breauté. Le Maire
& le Corps de Ville , les Officiers
Militaires , & les princi
paux Bourgeois ; chacun en
fon ordre luy firent leurs
complimens , & les mêmes
prefens qu'on fait aux Princes
& aux Gouverneurs de Province
, avec cette différence,
que quantité de Bourgeois
en voulurent faire en leur par
ticulier. Le College de Valo
gne , pour témoigner de fa
part la joye qu'il reffent d'a
voir un Gouverneur qui aime
les belles Lettres , fit habiller
158 MERCURE
à la Romaine dix Ecoliers
de Rhetorique , qui , après
quelques complimens , partie
en François , partie en Latin ,
expliquerent en Vers trente
Deviles , que M' Laifney,
Principaldu College, & Pro
feffeur de Rhetorique , avoit
faires fur les perfonnes les
plus celebres de l'illuftre Fa
mille de Breauté . Il y avoir
une partie des Devifes fur les
boucliers des Ecoliers. Les
autres eftoient peintes fur
deux grands Tableaux , dont
l'un repreſentoit une Renom- ~
mée affife fur un trophée »
GALANT.
19
d'armes , tenant les Armes de
la Maifon, avec le cri de guer
re au deffus , Non cedit labori
virtus . Sur le piedestal qui
foutenait le trophée d'armes,
on avoit écrit en lettres d'or
Ces deux Vers Latins.
Vivat in æternum, vivatdecus
urbis Alauna and to ki
Vivat honoratus , vivat honoris
amor.
Une partie des Devifes
eftoient aux deux coftez de i
cette figure. Le fecond Tar
bleau reprefentoit un Obelifque
, au milieu duquel eftoir
encore l'Ecu de Breauté,
F
160 MERCURE
Jeux
avec les Colliers des deux
Ordres , la Clef dorée ,
Ancres & deux Clefs en fau
toir , avec toutes les autres
marques des dignitez qui ont
efté dans cette Maifon , & ces
paroles , Floret ubique. Auk
côtez eftoient deux Palmiers ,
où l'on avoir attaché lés Deviles
qui reprefentoient les
perfonnes les plus remarqua
bles de cette Famille.
Le premier eftoit N. de
Breauté , qui accompagna le
Duc Guillaumelors
qu'il paffa
en Angleterre, pour retirer
d'entre les mains de Haralde
•
#
GALANTA 16r
ett
75
Se
La Couronne que les fervices
de cette Province avoient fait
donnerafon Prince.Lavictoire
que cePrince remporta lur cer
Ulurpareur , eftoit reprefen
rée par un Leopard , partie
des Arntes d'Angleterre , écor
ché avec deux mains qui en
renoient la peau. Les deux
bras eftoient cachez par deux
draperies. Sur une eftoient
les Armes de la Province , fur
l'autre les Armes de Breauté,
avec ces paroles , Pars eftmihe
magna triumphi.
Le fecond eftoit Guillau
me de Beauté , Favori de
out 1697.
162 MERCURE
Philippes le Bel , qui à caufe
de fes belles qualitez d'efpric
& de coeur , le choifit pour
eftre toujours auprés de luy.
Il eut l'honneur de l'accompagner
dans la vifice qu'il ren
dit au Pape Benoift, qui tenoit
pour lors fon Siege à Avignon.
On l'avoit reprefenté
par l'Aurore auprés du Soleil,
avec ces paroles , Itcomes.
Le troifiéme , Roger de
Breauté Gouverneur de
Roüen & du Pays de Caux , &
Grand Chambellan du Roy
Charles VI . La Ville de Rouen
ayant efté prife par les An
GALANT. 16
DO
ไม่
glois , il y fut retonu priſon .
nier jufqu'à la mort , fans qu'-
svouluffent le rendre , quele
ques offres que le Roy leur
fit , regardant ce Seigneur
comme le plus ferme appuy
de la Province, & le plus grand
ennemi qu'ils euffent. Il eftoit
reprefenté fous la figure d'un
Lion enchaifné , avec ces paroles
, Vinelis meretinet virtur.
C Le quarriéme , Jean de
Breauté Ce Seigneur animé
contre les Anglois , qui n'awoicht
jamais voulurendre
fon Pere , leur fit connoiltre
dans toutes les rencontres,
O ij,
164 MERCURE
qu'il avoit herité de fon cous
rage. Il fut trois fois prifon .
nier en Angleterre . L'ardeur
avec laquelle il combattit
contre les Ennemis lors qu'il
eut recouvré fa liberté, eftoit
reprefentée par un chevalenfermé
, avec ces paroles , Fe
rocior exibit.
Le cinquième , Adrian de
Breauté , Chef de cinq cens
Legionnaires. Ce fut luy qui
par ordre du Roy François I.
conduifit en Ecoffe le Roy
Jacques V. fon Gendre , &
Madeleine de France , Reine
d'Ecoffe. Il défit la Flote des
GALANT 169
Ennemis qui s'oppofbirà fom
paffage , prit dix gros Vaiffeaux
, en coula quatre, & mir
stle reste en fuite. Cette action
eftoit reprefentée par un torsirenti
qui emportoit une digue,
avec ces paroles , Fit via
wi.
·
Le fixieme , Adrian de
ob Breauté , Vice Amiral de
2 France . Par un armement
in qu'il fit à fes frais il rendit le
Iacommerce de la mer libre , &
vo chaffales Ennemis & les Pirates.
Ce fervice rendu à l'Etat,
& fa Charge de Vice- Amiral
est aftoient reprefentez par un
166 MERCURE
Alcyon dans fon nid avec ces
paroles , Equora placat: 1
Le feptieme , Adrian des
Breauté, Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel , & nommé
à celuy du Saint Esprit , Genes
tilhomme ordinaire de la
Chambre du Roy , Capitaines
de la grande Nef nommée la
Cartarine. Il fe jetta par ordre
du Roy dans Theroüanne,
que l'Empereur avoit affies
gée avec foixante mille home
mes. Le corps de la Devife
eftoit un Aigle traverſant des
foudres & des tonnerres
, avec).
ces paroles , Nefcit difcrimina
T
GALANT. 167
pectus impavidum. amb nacht
Le neuvième , Jean de
Breauté ,Gouverneur & grand
Bailly de Gifors ; il porta tou
jours les armes contre les Pretendus
Reformez. Ce zele
pour la Religion eftoit reprefenté
par la quintefeuille de
Breauté , plante excellente &
préſervative contre la morfu.
te des animaux venimeux ,
avec ces paroles , Membris
agit atra venena.
Le dixiéme , Adrian de
Breauté , Gouverneur de
Rouen , Mance , Vernon , An
dely , Gilors, Colonel gerreral
163 MERCURE
de l'Arricban, de Normandie.
& de trois mille Legionnai
res , Capitaine d'une Compagnie
de Gendarmes des Ordonnances
du Roy , & Con
Leiller de Sa Majefté en fes
Conſeils d'Etat 11fit la guerre
par ordre duRoy aux Preten
dus Reformez , & arrefta les
courfes & les pillages qu'ils
faifoient en Normandie. C'eſt
ce qu'on avoit reprefenté par
une digue qui arreftoit un
torrent imperueux , avec ces
paroles , Comprimit ille tumen
tes.
L'onzième Pierre de
Breauté.
GALANT. 169
Breauté. Il donna dés ſes premieres
années des preuves
-
éclatantes de fon courage ,
ayant efté au ſecours de Calais
& d'Ardres , où par quantité
de belles actions il fe fit
diftinguer de Henry IV. & de
toute la Cour. Sa Majefté ,
ponr récompenfer fe merke
de ce jeune Seigneur , qui
n'avoit pas encore dix - fept
ans ,luy donna leRegiment de
Normandie.LaPaix ayant été
conclue, leRoy d'Espagne qui
avoit éprouvé fa valeur dans
plufieurs rencontres , ſurtouc
pendant le Siege d'Amiens ,
Aouft1697.
P
170 MERCURE
le follicita de paffer en Flan
dre , & luy fit offrir tels Em
plois qu'il fouhaiteroit dans
fon Armée .Il répondit qu'il ne
ferviroit jamais un Prince qui
avoit fait la guerre à ſon Roy,
C'eſt ce qu'on avoit reprefen.
té par un chien portant un
bafton fleurdelifé , avec ces
paroles , Unus cuncta mihi.
Le douzième, Adrian- Pier,
re de Breauté , Chevalier des
Ordres du Roy , eftant allé
au Siege de Breda en Hollan ,
de , les Soldats de Grobendonk
, qui avoient affaffiné
fon Pere aux portes de Bolle
CALANT 171
duc, l'attirerent dans une embufcade
, où ils l'égorgerent,
à pareil jour , & dans un lieu
qui n'eftoit pas fort
éloigné
de cette Place. On les avoit
tous deux reprefentez par
deux colomnes que la foudre
avoit abattuës , avec ces pároles
, Pari cecidêre ruinâ,
La Deviſe de M' le Comte
de Breauté , eftoit un jeune
Aigle volant aprés plufieurs
autres qu'on voyoit fort éle .
vez , vers le Soleil , avec ces
paroles , Haud expers virtutis
avita. Aprés la ceremonie ,
M' de Breauté donna encore
Pij
173 MERCURE
un magnifique repas à la
Compagnie.
Voicyl'extrait de quelques
Lettres écritesparM'l'Evêque
de Babilone à M' de S. Olon .
L
D'Hifpaham le 24 Oct. 1696.
Es Arabes ont pris Baffora.
Le Chamde Hamadan
eftant mort ,fon Fils luy afuccede
, mais on dit qu'il fera changé.
Il eft arrivé un Ambaffadenr
Portugais ily adix jours à deux
tieuës d'icy. Ilſe prépare à faire
ne Entrée magnifique. Il a vingt
cingperfonnes delivrée, quarante
GALANT 122
quatre chevaux , & plus de cent
perfonnes à fa fuite . Il ne paroift.
pas avoirplus de quarante anst
It parle affez bien François ,
mieux Latin. Il fe nomme Dom
Antonio Peyra, leftfage,
re,
affable,
a des manieres tres - nobles;;
il foutient fort bien l'honneur de
fon caractere En arrivant proche
de Ler , qui eft en venant de Conte
go icy , tous les Grands allerent au
devant de luy mais comme il n'y
vit
pas
i
le Kam , qui eft un des
principaux
Gouves
de
Perfe
il fit tant de bruit , qu'il l'obligea
dy venir, &ce Seigneur l'a traité
enfuite magnifiquement en trois
Piij.
174 MERCURE
differens appartemens de fon fu
perbe Palais, richement meuble
Les grands Arrofoirs pendus au
plancher , à la mode des Indes , que
des Pages rumuoient doucement,
faifoient rejaillir l'eau des jets fur
les grands Tapis de foyer d'or,
les gâtoient par grandeur. Le
Manandar Bachi , ou grand Introducteur
des Ambaffadeurs ,
ayant envoyé l'autre jour pour
compter fon monde , fuivant la
coutume, pour luy affurer un Giré,
ou fubfide, à proportion , il ne vou
lut pas le permettre , difant , ils
font un , ilsfont mille , qu'importe ?
Je ne veux pas que ma Maison
GALANT. 175
paffe en revenë devant qui que co
Joit.
On dit que le Sophi donne quin-
Ze mille hommes aux Portugais
pour faire la guerre à Mafcati.
Du 27. Decembre 1696 .
L'Ambasadeur de Portugal
eut audience du Grand Sophi ily
a cinq jours, & le lendemain il
fut traité magnifiquement par
Grand Vifir.
le
D'Algs le 20. Avril. 1697.
Les Arabes tiennent Bagdad
tellement bloqué, qu'ils ont réduit
cette Place dans une extrême di .
fette. Les Turcs dans ces endroits
fous le commandement du Bacha
Piiij
176 MERCURE
d'Orpha avec vingt · cinq mille
hommes , courent fur les Gourdes.
& Turquemans, pour les faire
paffer delà l Euphrate, Quoy que
Arméefoit encampagne depuis
quelques jours , nous ne fçavons
encore rien de ce qu'elle a fait.
~ On nous fait manger icy de tresmauvais
pain , & fort cher. Ce
Bacha s'eft affocié avec ceux qui
le refferrent pour faire durer cette
difette, qui continuera juſqu'à la
nouvelle récolte
".
Il paroift depuis peu un Livre
nouveau , intitulé, Avan .
Lures Lettres galantes , Com
GALANT 177
me l'Auteur n'a voulu y rapporter
que des évenemens
veritables , il n'a point cherché
à les embellir par des Epifodes
fabuleux , & s'eft contenté
de dire les chofes comme
elles fe font paffées , fans
les reformer ny les augmenster.
Ainfi il n'a fourni que le
tour & l'arrangement des
• mots ; en- quoy l'on peut dire
qu'il a tres bien réuffi .
Chaque Avanture eft mellée
de Lettres fort vives , qui
font connoistre jufqu'où va
la force de l'amour fur les
coeurs qui s'en trouvent poſs
་
178 MERCURE
fedez. Ce Livre , qui fe vend
chez le S de Luynes , Libraire
au Palais , doit eftre bientoft
fuivi d'un autre du même
Auteur , intitulé Santoliana.
Le 7. de ce mois , M ' Bofe ,
Prevoft des Marchands , fir
placer dans les Jardins de fon
Chasteau d'Ivry , dont il eft
Seigneur , la Statuë du Roy,
fortie de la main du S' Coifeux
, fameux Sculpteur , pour
honorer fa maifon de la prefence
de fon Maiftre , & laiffer
à la pofterité un monument
éternel de fon zele , de fon
reſpect & de fareconnoiflanGALANT.
· 179
cesCette Statue eft fembla
ble à celle qui fut érigée en
1689 dans la Galerie de l'Ho
ftel de Ville de Paris. On lit
au bas deux Inſcriptions , l'une
Latine & l'autre Françoife .
Voicy les Vers de l'une & de
l'autre.
Hoftem, Aras , Populum, Victorque,
Vltorque , Paterque,
Sterno , tego, cumulo, vi , pies,
tate , bonis.
S
Tel eft le Chef d'oeuvre des
Cieux ,
Louis des urais Heros le plus parfait
modele,
19% MERCURE
Echtel doit eftre un Roy , jufte
fage, pieux ,
Qui veut eftre l'amour de fon
Peuple fidelle ."
Plufieurs perfonnes confi
derables, & par leur rang , &
par leur mérite , s'eftant renduës
à Ivry le foir de ce même
jour, y furent receues dans un
beau Salon , d'où l'on décou
vre le Parc & les Jardins de
cette maifon. Il y eut un magnifique
repas de trois tables
proprement fervies , & il fut
accompagné d'un concert de
Flutes douces & Allemandes ,
& d'autres Inſtrumens . Sur la
GALANT 481
me
de ce
repas
, la Compagnie
falüa
debout
avec
refpect
la
Santé
du
Roy
, &
auffitoft
cent
cinquante
Boetes
le
firent
entendre
, ainfi
que
les
fanfares
des
Trompettes
, le
bruit
des
Timbales
, &
le
fon
agréable
des
Hautbois
, tout
cela
eſtant
diſperſé
en
differens
endroits
du
Jardin
.
Chacun
voulut
courir
à
ce
bruit
,
mais
l'on
fur
furpris
en
fortant
de
ce
Salon
, de
voir
des
feux
éclater
de
toutes
parts
. C'aftoient
des
lumieres
dans
des
vafes
qu'on
avoit
poſez
ſur
des
gazons
un
peu
élevez
, à
quatre
182
MERCURE
&
pieds l'un de l'autre , & qui
parun double rang conduifirent
cette nombrcule affem.
blée jufqu'à la Statue du Roy.
Elle eft dans une grande place
de foixante toifes de circonference
, à laquelle aboutiflent
comme à un centre ,
huit avenues, diftantes également
les unes des autres,
Cette place eft environnée
de huit piedeftaux , chacun de
quatre faces , ornées de bas
reliefs & de Deviſes , qui reprefentent
les Victoires & les
conqueftes du Roy , & fes
actions les plus éclatantes
GALANT 18:3
pour la défenſe de la Religion
& des Aurels. Les bafes & les
corniches peintes en marbre,
eftoient bordées de lumisres
, & furmontées de huic
grands vafes qui jettoient un
feu dont toute la place eftoic
éclairée . La compagnie ayant
efte receue en ce lieu au bruic
des Trompettes , des Timbales
& des Hautbois , qui faifoient
ouir alternativement
une melodie guerriere, & des
fanfaresconvenablesàlarefte ,
elle yfut arreftée par un grand
nombre de fulées volantes
qui vinrent y fondre de divers
184 MERCURE
endroits , aprés quoy on fut
conduit par un pareil bordage
de lumieres à un grand
baffin quijette au milieu d'un
beau parterre , où le feu &
l'eau fe rencontrant faifoient
un melange des plus agreables.
Au delà de ce parterre
on voyoit une demi-lune d'une
fort grande étenduë , qui
regarde la Riviere . Sa circonference
eftoit bordée d'un
nombre infini de ces vafes lumineux
dont on a déja parlé,
difpofez en cinq rangs par
étages fur une triple terraffe,
d'où àl'oppoſite l'on décou
GALANT. 185
H
roit le Chasteau . On en avoit
rempli les appartemens de
Luftres & de bougies , & les
dehors eftoient éclairez de
Inmieres qui formoient un
afpect tres agreable . Pendant
que l'on admiroit toutes ces
chofes , on'vit fortir du cofté
de la grille du Jardin.comms
un deluge de feu , qui annon
ça l'artifice que l'on avoit préparé.
Au même moment pay
rurent des Soleils fixes , &
d'autres mobiles , qui font la
Devile de Sa Majefté. Ils fu
rent accompagnez d'aigret
tes , de jets & de pluyes de
Aoust 1697.
P
Q
186 MERCURE
feu en fort grand nombre ; &
fur la fin partirent avec impe
tuofité comme d'un gouffre,
une infinité de ferpenteaux ,
de pots àfeu , & de petards ,
renfermez dans plufieurs
quaiffes jointes enfemble, qui
par une espece de tonnerre
mirent fin à l'artifice qui du.
roit depuis deux heures . A ce
plaifir fucceda celuy de la
promenade , qui ne put eftre
que fort agreable dans une
nuit , où l'on refpiroit un air
fort doux.
Voicy des Vers qui ont eſté
prefentez à M. le Prevoſt des
GALANT . 187
Marchands , fur la magnifi
cence de cette Fefte .
Lluftre Magiftrat , Sujet rare
& fidelle ,
Tes Jardins font donc prefts à recevoir
Louis?
D'unfpectacle pompeux mesyeux
font éblouis.
Qui peut leurprocurercette gloire
immortelles
Pour celebrer ce jour heureus
Une ſuperbe Fefte
De tous coftez s'appreſte-
F'y vois la fombre nuis briller de
mille feux. [la natures
Parun art étonnant qui dompte
Q iji
188: MERCURE
Lejour dans ces fardins rewaift
de toutes parts. plovs
Mille Soleils foudains qui char
para asment nos regards ,
The En chaſſent l'ombre obſcure.
Tel eft ton zele ardent ; selle eft tal
will purefoy's
Et ce feu que tu joins à ton parfait
hommage,
Tout éclarant qu'il eft , n'est qu'une
foible image
De celuy dont ton coeur eft brûlé
pour ton Roy,
Les Muſes ont fait une veritable
perte en la perfonne
de M de Santeul , Chanoine
GALANT: 189
み
Regulier de Saint Victor . Il
avoit un genie merveilleux
pour les Vers Latins , & l'on
peut dire que tous ceux qu'on
voyoit de luy , couloient de
fource . On en a imprimé un
recueil , qui fair connoiftre
que fon efprit eftoit tout do
feu , tant la force & la douceur
de l'expreffion s'y trous
vent jointes agreablement. Il
ne traitoit aucune matiere
qu'il ne l'embellift par la ri
cheffe des termes choifis dons
il fe fervoit. Les Infcriptions
qu'il a faites pour la plufpars
des Fontaines de Paris, feront .
190 MERCURE
કી
des monumens éternels de la
gloire; mais ce qui luy a acquis
un honneur qui confervera
fon nom jufqu'à la derniere
pofterité , ce font fes
Hymnes , qui ont paru un ouvrage
fi achevé , qu'on les
chante prefentement dans
l'Eglife. Il eft mort en Bour
gogne , où il avoit eu l'hon
neur d'accompagner Mon
fienr le Duc , qui tient les
Etats de cette Province . M
Noify a fait pour luy.cetre
Epitaphe Larine.
Hic jacet illuftris Varum Santo
lius Herost
GALANT. 191
Bow
Tantane tam trifti debetur victima
letho?
A
Exilio à longo quas ille reduxerat
artes ,
Hasmoriens traxitfecum, condit
• quefepulchro
Le 14. de ce mois , Meffire
François d'Aix , Comte de la
Chaiſe , mourut en revenant
de Forges , où il étoit allé
prendre des eaux. L'eftime
qu'on avoit pour luy , & qu'il
s'eftoit attirée par fesmanieres
honnêtes & obligeantes , l'a
fait regreter de la Cour , où il
avoit grand nombre d'Amis .
Il eftoit Frere du Pere de la
192 MERCURE
Chaife , & arriere Neveu du
Pere Coton , Confeffeur de
Henry IV . le Roy , en confi
dération de fes fervices , a
donné fa charge de Capitaine
de la Porre a M le Marquis
de la Chaife fon Fils , ce que
tout le monde avû avec plai
fir.
Le 16 de ce mois Ms le
Tourneur & Bruffelayant faig
leur temps d'Echevinage
on proceda à l'élection de
deux autres Echevins .
Sautereau , Confeiller de Ville
fut élû pour premier Echevin,
& Mide la Loire, Procureur en
M
GALANT. 198
Ha
Chambre des
Comptes .
pour fecond. Ils préterent
fer-
I ment entre les mains de Sa
&
furent pre-
19. V Majefté le
fentez au Roy par M Renouard
, Confeiller au Parle
ment , Fils de M Renouard
de la Touanne , Treforier general
de l'Extraordinaire des
Guerres , & Gendre de M
Bofc, Prevoft des Marchands.
Il fit une harangue au Roy ,
qui fut extremement applau
die , & la grace avec laquelle
il la prononça , en augmenta
la beauté. Après avoir fair
connoistre que les nouveaux
Aoust 1697. R
194 MERCURE
Magiftrats qui fe fervoient de
fon miniftere pour fe prefen
tèr ,venoient avec des fentimens
pleins de foumiflion &
de refpect fupplier Sa Majefté
de confirmer leur élection , &
qu'ils fe tiendroient heureux,
s'ils obtenoient
cette grace ,
& plus heureux encore , · fi
aprés l'avoir obtenuë ils pouvoient
y répondre dignement
, il dit , qu'il ne dépendoit
pas toujours des Sujets
defignaler leur zele ; que
la fortune en fourniffoit les
occafions
à qui bon luy fem
bloit , & que fouvent les plus
GALANT: 195
affectionnez n'eftoient, à leur
grand regret , que des ferviteurs
inutiles , mais que fi ta
liberalité du Roy ne manquoit
jamais de recompen
fer avec profufion les fervices
des uns , fa bonté luy faifoit
toujours voir avec plaifir les
bonnes intentions des autres.
Il s'étendit enfuite fur le bon.
heur qu'il y avoit de vivre fous
un Prince qui comptoit juf
qu'auxfervicesqu'on
voudroit
luy rendre , & qui avoit porté
fi haut l'honneur de fon Peu- ,
ple, que le nom de François
fembloit eftre aujourd'huy
Rij
166 MERCURE
plutoft un nom de valeur,
que celuy d'une Nation particuliere,
qu'aprés avoir mis la
France au plus haut degré de
gloire où elle pouvoit arriver,
il ne vouloit plus penfer qu'a
luy donner le repos; que ta
Paix avec la Savoye avoit déja
commencé
ce grand ouvrage
, & que pour en meriter
l'accompliffement
, Sa Majeſté
avoit voulu , autant qu'
elle le pouvoit,imiter dans ce
Traité la Bonté Divine , qui
comble de graces les plus
grands ennemis , & qui les
reçoit même au nombre de
GALANT:370197
Les enfans dés qu'ils changent
de conduite , & qu'ils reviert
nent de leurs égaremens. N
ajoûta que l'alliance avec la
Savoye , fi - fagement projet
tée , fi heureusement , conclae
, & fi fidellement execu
see , feroit ouvrir les yeux au
refte des Alliez , qui s'y
voyoient obligez , non feule
ment par la perte qu'ils
voient faite en Flandre au
commencement
de la Campagne
, mais encore par celle
qu'ils venoient de faire dans
Fancienne & dans la nouvelle
Elpagne, ayant été contraints
Riij
198 MERCURE
de ceder à des actions de va
leur , qui hors le cours du
regne du Roy ne trouve
roient point d'exemple
qu'on ne doutoit point qu
ils ne previnffent les fui
tes dont tant de mauvais fuc
cés les menaçoient , & que
quand aprés tant d'inutiles
efforts ils auroient enfin recours
au feul moyen qui leur
reftoit pour arreſter les con
queftes de Sa Majefté , ce feroit
alors que fa moderation
feroit voir à toute la terre ,
que fila neceffité d'une jufte
défenſe luy avoit mis les arGALANT.
199
mes à la main , il en avoit pris
la refolution, bien moins dans
le deffein de profiter des avan
tages de la Victoire , que dans
la veuë de rendre les Ennemis
plus capables de fouffrir la
Paix . Il finit en priant le Ciel
de ne mesurer la durée du regne
de ce Monarque, que fur
le befoin que fes Peuples
avoient de la protection , pour
jouir longtemps du bonheur
qu'il leur auroit procuré
Les Lettres de Perfe , dont
´je vous ay déja fait part , vous
ont appris l'Entrée que l'Am ,
Riiij
200 MERCURE
baffadur a faite dans Hifpa
han. En voicy des circon
ftances plus préciſes , tirées
d'une autre Lettre de MIE
vêque de Babilone.
L
AHifpaham le 27
Decembre 1696.
Ambaſſadeur
de Portugal
D. AntonioPeyra fit icyſon
Entrée publique le 30 du mois dernier.
Ileftoit précedéde vingt Fu
filiers , d'un Porte Enfeigne avee
Etendart de fon Roy , de deux
Frompettes
d'argent, de vinge
quatre perfonnes
de livrée , vêues
de drap rouge avec des Tur
bans Perfiens deplufieurs Gentila
GALANT. 201
hommes Portugais , & de quanti
te de beaux chevaux de main . Ik
erftoit vetu à la Françoife , avec
des Plumes blanches & rouges.
Tous nos François s'y trouverent,
& toute laNation Armenienne.
fur
contre
en chemin
par
l'Evêque élû d' Hifpaham ,
par le Muphei , le Kalantar ,
te Drogba de la Ville , qui font de
grands Seigneurs de Perfe ; mais
il n'y eut que l'Evêque qui l'ac
compagna jusqu'à fon Palais , on
Lon diftribue force Caffé , Eau de
vie , Vin , & Sucreries aux
Francs , quifurent transz enſuite
ebezles Anguftins Portugais.
201 MERCURE
Vous attendez la Relation
du Voyage de M de Pointis ,
& je vous en envoye une, telle
qu'elle a efté faite par un Offic
cier du Vaiffeau nommé le
Fort , qui eft le premier qui.
ait apporté des nouvelles de
ce qui s'eſt paffé au Siege de
Cartagene . Cette Ville eft
fituée dans une Prefqu'ille
d'une Province de l'Ameque
meridionale , qui porte
le même nom de Cartagene
; & qui eft dans le nou-!
veau Royaume de Grenade.
Cette Prefqu'Ifle eft attachée
à la terre ferme par une chaulGALANT.
203
fée de deux cens
cinquante
pas . La Ville a un Evêché
Suffragant
de Santa Fé de
Bogotta. La Flotte qui part
d'Espagne
pour les Indes Occidentales
, a toujours ordre
de fe rendre dans fon Port ,
ce qui le rend un des plus fameux
de l'Amerique . Vous
fçavez qu'il y a une autre Carthagene
en Espagne, que l'on
nommoit autrefois Carthage
la Neuve . Elle eft fur la mer
Mediterranée , dans le Royau
mede Murcie , avec un Eve
ché Suffragant de Tolede.
204 MERCURE
T
RELATION
Du Voyge fait aux Indes
Efpagnoles.
S
T
A Majefté ayant accordé
M de Pointisfept Waiffeaux
de guerre , trois Fregates , deux
Flutes , quatre Traverfiers ,
une Galiore à Bombes , il partit
de Camaret le 9. Fanvier 1697.
&fit route pour Saint Domingue
Le 7 Marsil moüilla au petit
Goave , où il eut une aug
mentation de quinze cens hommes
tant Soldats , Flibuffiers Habi
tans de la cofte , que Negres , com
mandez par M Ducaffe , Gou
GALANT. 205
werneur du lieu. Il en partit le 19.
Mars, & arriva à Carthagens
le 13. Avrilfur les quatre heures
dufoir. Le 14 la Galiote commen.
ça àfaire feu furles quatre heures
du matin ,fous les ordres de Mªle
Vicomte de Coetlogon ,fait par or
are delaCourGeneral de l'Artille
riepourcette entreprife . L'Efeadre
leva l'ancre , & alla mouiller de.
Dant Bocachica , Fortereffe de
trente fix Canons , qui eft à l'entrée
de la Riviere de Carthagene.
Ce même jourfur les onze heures
a midy , ce General fit le ſignal
pour la defcente , qui fut promptement
executée , les Espagnols ne
206 MERCURE
s'y eftant point oppoſe . On s'em ,
para d'un bois à une portée defu
fil de cette Fortereffe , quifervic
de retranchement , le terrain n'eftant
pas des plus propres pourfe
pouvoir mettre à couvert du feu
des Ennemis. Le Gouverneur de
Carthagenefçachant qu'on avoit
affiegé ce Fort , envoya une Pirgque
une demi- Galere , chargées
de monde pour le fecourir , mais
inutilement , parce que les Fli.
bustiers eftant àla faveur du bois
campez en embuscade ,firent main
baſſe deſſus , aprés avoir mis pied
à terre , en tuerent plufieurs , &
firent les autres prifonniers. Ce
GALANT. 207
fecours eftoit de cent trente hommes
, fans compter la Garnifon ,
qui eftoit de cent quatre vingt.
Cette Place fe voyant fort mal
traitée, tant par le feu continuel
des Vaiffeaux , que par une har
die approche qu'on fit juſqu'au
pied de la muraille , obligea le
Gouverneur de fe rendre à difcre-
• sion, auquel M² de Pointis fut
fort indulgent. M' de la Roche du
Vigier , Capitaine de Fregate legere
, fut fait Gouverneur da
Fort , on luy donna cent qua .
tre- vingt hommes pourfa garde.
Celafait on fe retira à une portée
de fufil de la Ciradelle , d'où l'on
208 MERCURE
partit le lendemain à quatre ben
res du matin pour aller au Fort
de Sainte Catherine , armé de
quinze pieces de Canon , que lès
Ennemis avoient enclouez ,
Jettez dans lesfoßez , lequel on
trouva abandonné. Le 19. les
Troupes pafferent du cofté de
Noftre - Dame de la Loupe , pour
faire les approches du Fort de
Saint Lazare, qu'elles enleverent,
obligeant les Ennemis de feretirer,
par le feu continuel qu'elles faifoient.
Le lendemain on travailla
adreffer à terre des batteries de
Mortiers de Canons . Pendant
ce temps là,la Galiore & les deuse
Reds #004
GALANT: 209
Traverfiers bombardoient incef
famment . L'un de ces deux Traverfiers
, commandé par Mr. de
Mareuil, Sous Lieutenant d'Arrillerie
, fut coulé à fond: Le 221
le Canon des Ennemis nous defo
lant entierement dans nofire
Camp, nous obligea d'aller camɩ
per dans le bois à l'abry du Fort
Saint Lazare . Ce mêmejour.Mr
de Pointis voulant reconnoiftre le
terrain , s'expofa fi avant qu'il
fur bleße, mais legerement : Lezz
cing cens Matelots, armez de
faulx , commandez par Mr de
Vaux Mymars , eurent ordre de
mettre pied à terrepour dreſſer dess
Aouft
1697 Si
210 MERCURE
batteries . Le 24 tout le mondefur
fort occupé à traîner les Canons.
Le26 . nos Batteries fe trouverent
en eftat. On commença à faire la
bréche à la porte de Gemany , n'y
ayant que ce feul endroit qu'on
puftattaquer, eftant du costé où
nous eftions ifolez. De la baſſe
Ville à la Ladrerie , il y a un
pont avec une Demi - lune , fur
lequel nous paffames lors qu'il
fur question de donner l'affaut .
Nousle trouvâmes abandonné,
coupé au pied de la bréche. Le 28 .
l'on commença à travailler aux
fafcines . Le 30. fur les quatre
cing heures du foir, nous montâ.
à
GALANT. 214
mes, & primes Gemani d'affaut.
Les Ennemis firent le même
foir ,fur les buit heures , une fortie,
mais inutilement , n'ayant
osé s'avancer jufqu'à nos retranchemens
au contraire , voyant
nos Troupes aller au devant d'eux,
ils rentrerent au plus vite dans
Carthagene , d'où nous eftions éloi
gnez d'une portée de fufil . Ils reffortirent
aprés minuit pour couper
Lepont Lei May, nous travailla.
mes àmettre nas Mortiers nos
Canons en batterie pour donner
fur Cartagene Le 2.le Sceptre &
le Vermandois commencerent , ä
fairefeufur la Ville ; le même jour
37
sij
212 MERCURE
les gens de Cartagene furpris d'E
ronnement de noftre diligence à les
maltraiter , arborerent Pavillon
blancfur les rempares On y accourut
, ils témoignerent qu ils
vouloient parlementer
, celquon
leur accorda. Deux jours aprés ,
ilsfignerent la Capitulation . Au
bout de troisjours , ils en
urs , ils en fortirent
au nombrede deux mille hommes
de garnifon,Tambour batant¸méche
allumée , Drapeaux déployez,
deux pieces de Canon , & deux
bommes masquez , qui estoient
*deux de nos Soldats , Espagnols de
Nation, qui avoient deferté de nos
Troupes. Ce même jour , Mrde
GALANT.
213
Pointis accompagnédetrente Gar
des de la Marine, & de plufieurs
de fes Officiers , entra dans la
Kille alla directement à la
Cathedrale , où il fit chanter lo
Te Deum en action de
de grace
d'avoir remporté la victoire fur
Jes Ennemis , aprés quoy it atta
Gouvernement prendre pof
feffion de tour. Les principaux
de la Ville y vinrent luy rendre
leurs devoirs , luy demander
fa protection , fe foumettant entierement
à fes ordres. Il me fes
roit difficile de vous marquer la
quantise de bien qui s'eft ironwee
en cette. Kille , tant en Or
au
214 MERCURE
Argent , Pierreries , qu'autres
Marchandifes. Cartagene eftoit
fortifiée de feize Bastions , que
nous avons démolis . Ily avoir
quatre- vingt cinq pieces de Ca.
non en batterie. Enfin , nous
nous en retournions bien glorieuſement
en France & avec joye ,
mais qui ne futpasfans inquietude,
ayantfait rencontre de vingt.
trois Vaiffeaux de Guerre Anglois
à cinquante lieues de Cartagene ,
qui croifoient à cette hauteurpour
nous attendre. Le jour qu'ils nous
donnoient chaffe , noftre Amiral
ayant fait le fignal de revixer à
minuit , il furvint au même moGALANT
215
ment un brouillard qui peut leur
avoir donné moyen d'éviter les
Ennemis , quoy que deux de leurs
Vaiffeauxfuffent proches de nous
à l'un desquels nôtre Amiral,
avant ce grain , tira trois à quatre
bordées , aprés quoy il revira. Le
Fort ou j'eftois s'eftant demaré de
fon petit mat debane, voulantfaire
la même manoeuvre , nous obligea ,
n'étant point en état de combattre,
de faire vent arriere , & d'aban .
donner les autres pour continuer
notre route en France , où nous
fommes arrivez & avons mouillé
à Berthaume la nuit du Lundy an
Mardy 6. Aouft.
our
216 MERCURE
Voici les noms des Officiers
morts ou bleflez dans cette
entrepriſe.
MORT'S
Misle Vicomte de Coëlo
gon , Capitaine de Vaifleau ,
Bleffe dans Gemani , & mort
de maladie.
Combaur , Capitaine de
Vaiffeau , mort de maladie.
Sorel , Infpecteur de compar
gnie franche de la Marine,
bleffé à l'affaut.
Mafiac, Capitaine de Ga
liote.
La Roche du Vigier Capi
raine de Fregate.
Le CheGALANT.
217
Le Chevalier de Marolle ,
Lieutenant de Vaiffeau, & Ca
pitaine de Compagnie.
Morin , Lieutenant de Vaif
feau , bleffé devant Bocachica
.
De Vezins, Lieutenant de
Vailleau & des Gardes de la
Marine .
De Montrofier , Lieutenant
de Vaiffeau.
Lambert , Capitaine de
Brulot.
Le Chevalier de Feriere,
Capitaine de Brulot .
Le Chevalier de Plancy Jau .
court , Enfeigne de Vailleau .
Aouft 1697.
T
218 MERCURE
Du Boury , bleffé à Gema.
ni,
De Courcy d'Anglegue
ville.
De Salfeniere.
De Lavedan.
D'Auny.
Le Jay. Tous cesfix , Enfeignes
de
Vaiffeau.
De Mareüil Sous - Lieutenant
de Galiote.
Delmons,
De Breft , tué devant le
Fort Saint Lazare .
Cannet , premier Ingenieur.
BLESSEZ .
M's de Pointis,
GALANT. 219
Gouverneur de Ducaffe ,
$. Domingue .
De Francine , Lieutenant
deVaiffeau.
De S. Lazare , Lieutenant
de Vaiffeau , & Capitaine de
Compagnie.
De Raujoux, Lieutenant
de Vaiffeau.
Marigny de Longueil , Enfeigne
de Vaiffeau .
De Maroles enfeigne de
Vaiffeau & Lieutenant de
compagnie.
Le Chevalier de Pointis ,
Enfeigne de Vaiſſeau.
De Mouflac , Enfeigne de
Vailleau. Tij
225 MERCURE
De Fouilleufe, Aide d'Artillerie.
Dela Garde, Brigadier des
Gardes.
Vidal , Garde Marine &
quinze de fes Camarades .
Trois jours aprés que le Vaiffeau
le Fort , par qui je vous
ay marqué que l'on avoit eu
les premieres nouvelles de
cette action , eut quitté M
de Pointis , il rencontra vers .
le Cap Saint Antoine de l'Ifle
de Cuba , un Vaiffeau Elpagnol
qu'il prit , aprés quoy il.
continua fa route vers la Baye
de Maranças , où la Prife le léGALANT.
221
para de luy. Elle arriva à la
rade de Bertaume le 9. & eft
eftimée cinquante mille écus.
Il s'eft fait une action fort
hardie en Flandre , M'Philippe
, Exempt des Gardes du
Corps , ayant efté commandé
la nuit du 13 au 14 de ce mois ,
pour aller en parti avec quatre
vingt maiſtres, M'de Sainfal
, qui prit de fon coſté cinquante
Dragons duRegiment
de Sainte- Hermine , convinc
avec luy du lieu où ils fe mettroient
en embuscade , & chacun
enfuite alla prendre fon
terrain. M' de Sainfal , qui fe
Tiij
222 MERCURE
para
fon
détachement
en
deux
, avoit
dix.huit
Dragons
fur
le panchant
de la Justice
de Zelick
, qui
n'eftoit
qu'à un
quart
de lieue
du Camp
des
Ennemis
, d'où
ils pouvoient
voir
, le jour
arrivant
,
tout
ce qui
viendroit
à droit
& à gauche
,& devant
eux
. Le refte
de fa troupe
eftoit
dans un
chemin
creux
, d'où
l'on voyoit
de tres
loin
à fleur
de
terre
, tout
ce qui
pouvoit venir
de
tous
les
endroits
,
même
de noftre
Camp
. Ce chemin
creux
n'eftoit
éloigné
que
d'une
portée
de fufil
de
GALANT. 223
Tembuscade où il croyoit M
Philippe , qui cependant avoit
trouvé à propos de fe reculer
d'un grand quart de lieuë. M
de Sainfal avoit remarqué en
s'embufquant qu'une groffe
troupe de Cavalerie eftoit
paffée , ce qui fe voit facilement
à la pifte quand on en
a pris l'habitude. Cette mar
che alloit du colte de noftre
Camp, ce qui luy fit fare attention
autant de ce cofté - là
que de celuy de l'Ennemi.
A une heure de jour il vit venir
une troupe d'environ cinquante
Maiftres ou Dragons,
Tiiij
224 MERCURE
qu'il laiffa avancer jufqu'à l
demi - portée du piſtoler. Ces
gens là ayant répondu au qui
vive , Espagne, on tira fur quatre
des plus avancez On en
tua un & fon cheval . Un autre
tomba fans eftre bleffé , & le
refte fut chargé , & remené
plus de mille pas du coſté qu'-
ils eftoient venus . Il en refta
trois fur le chemin avec le
Commandant qui estoit un
Capitaine Lieutenant . Ils fe
rallierent à cent pas , de quatre
troupes dont ils eftoient
les coureurs , & qui compofoient
deux cens Chevaux .
GALANT. 225
Cela n'empêcha pas nos Dragons
de les charger une fe
conde fois avec tant de har
dieffe , qu'ils les obligerent
de rentrer en defordre dans
les intervalles des quatre
troupes , ce qui obligea l'Officier
Commandant de faire
fortir d'autres troupes de
leurs rangs , aufquelles ceuxcy
fe joignirent , & contraignirent
les noftres de repaſſer
un défilé, où nous perdîmes
un Lieutenant , tres - brave
homme , le jeune M' Gargant
, & un Cornette , qui
furent pris avec trois Dra226
MERCURE
gons. Les autres garderent
quelque temps l'entrée du
chemin creux , où ils s'estoient
jettez ; mais fe voyant fur le
point d'eftre coupez à droit
& à gauche par derriere , & ne
voyant pas arriver M' Philippe
, que M ' de Sainfal leur difoit
à tous momens venir à
eux , ils fe debanderent , &
il fut impoffible de les rallier .
On en prit douze & douze
chevaux , & les Ennemis reprirent
dix Prifonniers que
nous avions faits . M' Philippe
eſtant arrivé peu de temps
aprés , trouva ces quatre trouCALANT.
227
pes qui avoient paffé le défilé.
leffuya leur décharge de fort
prés , & enfuite il les chargea.
Le Lieutenant & le Cornette
qu'ils avoient pris dans le défilé
, fe jetterent dans la char
ge,ainfi que les trois Dragons,
tous cinq remontez des che
vaux des Ennemis . M'Philippe
les remena fort loin ; &
aprés leur avoir fait prendre
deux differens chemins , il fe
retira fur fon terrain . Les Ennemis
s'eftant ralliez revinrent
avec une troupe de Huf
fars , ce qui en faifoit cinq.
La bonne contenance de M
228 MERCURE
Philippe leur impofa , de ma
niere qu'ils n'oferent l'atta
quer Le Colonel Lieutenant
qui commandoit ces Coureurs
des Ennemis , & qu'on
avoit bleffé d'abord , fut pris ,
& ayant efté mené au Camp ,
il dit à tout le monde , que
jamais Dragons n'avoient eu
plus de hardieffe, ny foutenu
plus longtemps.
On a donné au Public tant
de Relations de ce qui s'eft
paffé à Barcelone , qu'il femble
que vostre curiofité ne
doive plus rien avoir à fou.
haiter fur cet Article. Cepen.
GALANT
229
dant afin que ce Siege fe trouve
entier dans mes Lettres ,
je vais continuer comme j'ay
commencé en vous envoyant
la fuite des mêmes
Relations
, qui ne peuvent
contenir qu'une exacte verité
, eftant écrites par les Generaux
mêmes .
Au Camp devant Barcelone
le 26 Fuiller.
A nuit du 22. au 23. les'
chofes me paroiffant LA
bien difpofées , & les Mines
que nous avions faites fous les
230 MERCURE
deux Baftions étant en état de
jouer ,je réfolus d'en faire l'at
taqueà l'entrée de la nuit.J'allay
à la tranchée à huit heures
du foiravec mon Frere , pour
en faire la difpofition moymême
; mais comme on fut
plus long temps à ſe préparer
que l'on n'avoit crû , l'action
ne commença que fur les dix
heures. On fit jouer les Mines
qui firent à peu prés l'effet
qu'on avoit attendu , & prefque
dans le même temps , on
attaqua les deux Baſtions . Ils
furent emportez aprés une aſfez
vigoureule réfiſtance ,
GALANT. 234
nous nous logeâmes fur l'Angle
du Baltion de la droite , &
Tur le Baſtion de la gauche en
coulant le long de nos deux
bréches , fi bien qu'à une heure
aprés minuic que je fortis
de la Tranchée
, le logement
,
eftoit fait fur ces deux Baftions
, de la maniere dont je,
viens de le dire à Vôtre Majefté.
Les Ennemis attaquerent
ces deux Baftions à la pointe.
du jour , & reprirent celuy de
la gauche . Nous confervames
celuy de la droite que M' de
Maffais & M de Montandre.
deffendirent parfaitement
232 MERCURE
bien ; M' de Montandre étant
monté dans ce Baſtion par le
Flanc à la tefte de deux cens
hommes détachez , je me déterminay
auffi toft à rechaffer
les Ennemis du Baftion de la
gauche , ce qui fut executé à
trois heures aprés midy avec
toute la vigueur imaginable ;
lès Ennemis firent une réfi
ftance tres vive qui dura même
affez long-temps. On
combattit à coups de main :
mais enfin la valeur de nos
Troupes l'emporta . On les
pouffa jufqu'à la porte de la
Ville , & on commençoit à fe
L
GALANT: 233
P
loger , lors que les Ennemis
firent joüer plufieurs fougaffes
, & revinrent en jettant
beaucoup de Grenades . Cela
mitun peu de defordre parmi
nos Troupes ; mais il ne dura
pas long- temps ; car M' le
Prince de Birkenfeld fortit fi
à propos à la tête de fon Régiment
, que tout fut rétabli
dans le moment , & les Enne
mis rechaffez du baftion , dé
maniere qu'ils n'y font pas revenus
.
su Il eſt à remarquer que fue
les deux heures aprés midy ,
dans le temps que nous allions
Aonft 1697.
V
234 MERCURE
attaquer
encore le Baftion de
la gauche , les Ennemis
vou.
lurent fe reflaifir de celuy de
la droite. Leur attaque fut vive
mais ils furent repouffez
par
M² de Chelleberg
& par M
de Monforeau
qui fit marcher
fon Bataillon
fur le Baftion ,
comme avoit fait M de Monrandre.
M's de Coigny
&
d'Uffon prirent le moment
où
les Ennemis
attaquoient
nô
tre logement
fur le Baſtion de
la droite pour faire attaquer
le bastion de lagauche
, qui fuc
emporté
, & le logement
parfaitement
établi
GALANT. 2:15
A
་
La nuit du 23. au 24. on fir
tâter le retranchement que les
Ennemis occupoient dans le
Baltion de la droite ; mais il
étoit fi grand & fi eſcarpé , &
il faloit partir de fi loin pour
aller à eux , que l'on ne jugea
pas à propos de s'obftiner à
Pemporter. Je crûs auffi bien
que M ' de Lapara , qu'il faloit
prendre le parti d'aller à la Sa
pe par leurs Flanes , & en ma
me temps de mettre du Ca
non fur ce Baſtion ; ce qui
ayant été fair , a obligé les n
nemis de l'abandonner . Nous
ne doutons pas qu'ils n'y nyene
Wij
236 MERCURE
fait quelques fougaffes ; ainfi
nous allons travailler à nous.
y loger avec précaution ; mais
Vôtre Majefté peut compter
que nous fommes abfolument
maiftres des deux Ba.
ftions.
Nos Troupes fe font fur
paflées dans toutes ces actions;
& rous les Officiers particuliers
ont fait à l'envi l'un
de l'autre.M™s leComte deCoigny
, de Genlis & de la Maffais
commandoient la Tranchée
la nuit du 22. au 23. Mrs
d'Uffon , de Préchac & de
Chelleberg , la nuit du 23 , au
GALANT: 237
24. Mrs de Barbezieres , de la
Fare & de Chemeraut , la nuit
du 24. au 25. Mrs le Bailly de
Noailles , de mailly & de Poudens
, la nuit du 25. au 25.
Tous ces Mrs ont fait tout
ce qu'on pouvoit attendre
d'eux. M ' de Boqui ne quitta
la Tranchée qu'aprés que le
Baftion eut efté tout à fait
a emporté. Il en a ordonné &
conduit les deux attaques.
Mrs de Chelleberg & de la
Maflais ont efté bleffez de
deux coups de pierre , & M²
Ld'Imecourt, d'un grand éclar
unde grenade en travaillant à la
"
238 MERCURE
difpofition des attaques en
qualité d'Aide - major general
de l'Armée . Tous les rendus
nous ont affuré que dans toures
ces actions les Ennemis
avoient perdu plus de douze
cens hommes. Pour nous,
nous en avons environ fix
cens hors de combat ...
Les Lettres fuivantes font
d'un Lieutenant general , que
le fang unit au Prince qui a
écrit la précedente
,
ki a
GALANT. 239
Du Camp devant Barcelone ,
Le 29. Fuiller.
L
A refiftance des Enne
mis continue toûjours
avec la mefme opiniâtreté.
Nous nous fommesrendus les
maîtres de deux Baftions. Ce
luy de la porte Neuve nous a
coûté des foins & des peines
incroyables & la perte de
beaucoup de monde : il ne falloit
pas moins que les troupes
du Roy pour reaffir dans notre
feconde entreprife. Nous
devons attaquer ce foir le retranchement
que les Enne240
MERCURE
#P
mis ont fait au bas du Baftion
du la droite. Ils y ont fait des
travaux incroyables à la face
des Ouvrages avec de grands
Foffez qui ont dix pieds de
large , & ont allumé des feux
avec des matieres combufti .
bles. Vous diriez que ce font
les furies de l'Enfer qui ont
allumé ces feux. Nos Troupes
ne fe rebutent pas , & jamais
on n'a vû tant de bravoure
, le moindre de nos Sol
dats ayant fait des actions dig.
nes d'être mises dans l'hiſtoire
. Nous en vîmes hier fauter
l'épée à la main dans les retranchemens
GALANT.
241
tranchemens des Ennemis à
plufieurs repriſes , y difputer
un gabion ou un fac à terre.
On vient de me dire que nos
Troupes du côté du Baſtion
de la Marine fe font emparées
d'un fort retranchement où
il y avoit 6 pieces de Canon
& deux Mortiers , & qu'on
và batre par le revers les autres
Retranchemens qu'ils.
ont faits d'où ils ne peuvent
fortir que deux de front , & il
eft impoffible qu'ils ne perdent
beaucoup de monde.
Quelque bonne contenance
que les Efpagnols faffent pa .
Aoust 1697.
X
242 MERCURE
roître , nous fçavons parles
prifonniers & par les rendus ,
qu'ils ont perdu plus de la
moitié de leurs Troupes, tanc
¡tuez que bleffez .
Du Camp devant Barcelone,
Le 29.Juiller.
N
le
Ous fommes depuis
deux jours bien établis
furlesdeux Baftions , & de ma.
niere quelesEnnemis n'yfçau
roient revenir. Nous y avons
du Canon & vingt Mortiers
qui tirent des bombes & des
pierres en quantité. Comme.
GALANT. 243
ces deux Baſtions font apliquez
contre le vieux Rempart
de la Ville , la gorge en eft
fermée par le Rempart . On
y a attaché la nuit d'hier des
Mineurs , & on en a misaufhi
à un refte de courtine que le
Canon n'a pas encore achévé
de ruiner,fi bien que dans peu
on fera en état de faire fauter
toutes les mines ; apres quoy
M' de Vendôme eft refolu de
faire fon logement fur tou .
te la Brêche , qui aura de front
cent foixante toiles . On parci
ra pour cela de fort prés ,
ayant achevé cette nuit dec .
X ij
244 MERCURE
viere une parallele dans le
Foffé qui va d'un Baſtion à
l'autre , qui n'eft qu'à dix toifes
du pied de la Bréche , &
noftre Canon eftant eftably,
nous verrons avec fuperiorité
le retranchement
que les Ennemis
ont fait . Il n'y a nulle ,
apparence qu'ils y puiffent te
nir, Deux Mineurs des Ennemis
qui nous vinrent avant
hier, nous dirent que la bréché
de la Courtine eft minée
en 2 endroits . Hier les Enne,
mis firent fauter au flanc gauche
à noftre égard du Baſtion
de la droite une fort groffe ·
GALANT. ZA5
mine , qui ne nous a pas fait
grand mal , n'ayant bleflé que
quelques Soldats , & M ' de S
André Capitaine de Sault qui
n'en mourra pas . Les rendus
qui nous viennent en quanti.
té tous les jours , nous affurent
que les Ennemis ont fait mettre
pied à terre à leurCavalerie
pour défendre la bréche ; ils
s'en fervent aufli pour leurs
travaux , leur Infanterie n'y
pouvant fuffire-
X iij
246 MERCURE
Au Camp devant Barcelone ce
premier Aouft.
No
Ous avons deux mineurs
attachezàla mu .
raille de la gorge du Baſtion
de la droite à nôtre égard.
Pour celui de la Gauche , naus
avons des Mineurs en che--
min mais cela n'est pas fi
avancé qu'à l'autre. Nous en
tendîmes hier matin les Ennemis
y travailler fous nous , ce
qui obligea nos Mineurs de
quitter , mais en fe retirant ,
ils mirent trois bombes &
GALANT. 247
deux Barils de poudre dans
leur galerie pour effayer d'écrafer
celle des Ennemis qui
eftoit deffous . Nous ignorons
l'effet que cela aura faití Au
jourd'huy fur les deux heures
aprés midy , les Ennemis ont
fait fauter cette Mine , croyang
fans doute faire fauter nôtre
Baltion de la Gauche ; mais au
contraire le mal eft tombé fur
eux , puis qu'il a culbuté une
partie de la gorge du Baftion'
& une de leur Tours ; l'on a
veu même fauter en l'air deux
de leurs Officiers , dont plu
fieurs s'eftoient avancez à dé
•
X iij
248 MERCURE
couvert pour voir l'effet de
leur Mine .Je ne crois pasqu'ils
en ayenc efté contens. Pour
nous , nous en fommes fort
aifes , puis qu'elle a fait une
partie de ce que nous voulions
faire , & ofté à nos Mineurs,
& à nous , l'inquiétude
qu'on vintnous troubler fous
terre. J'oubliois à vous dire
que M' de Vendôme a fait faire
des Chemins d'ici à la Mer
& à Llobregat
, à paffer quatre
& cinq Escadrons de front, &
que demain , nous étendrons
confidérablement
noftre droi
te de ce côté- là , où nous
GALANT: 249
aurons des parris qui bareront
jour & nuit , fi bien que nous
efperons par là les empêcher
de faire entrer rien dans la Vil
leny d'en pouvoir fortir.Comme
cette liberté d'aller & de
venir , fait peut eftre une partie
de l'opiniâtreté des Alliégez
, nous nous flâtons que ce
mouvement les fera capituler
plûtôt .
Je ne puis vous dire avec
autant de certitude que des
précedentes , de qui eft la Relation
qui fuit , mais comme
il n'y en a point de plus ample
fur ce qui s'eft fait pen250
MERCURE
dant qu'on a parlementé
pour conclurre la Capitulation
, je croy devoir vous ent
faire part
.
Du Camp devant Barcelone ,
le·8 . Aoust
.
L
E 4. de ce mois , M' de
Vendofme ayant allon
gé fon Camp pour l'appro
cher de Llobregat , afin de
couper la communication ;
que les Ennemis avoient avec
la Ville de ce cofté- là , fur lest
trois heures aprés midy ils fi
rent fortit toute leur Cavale -y
GALANT 251
rie dans le deffein d'aller au
devant d'un Convoy , qu'ils
avoient deffein de faire entrer.
Pour faire diverfion , ils
firent defcendre un fort gros
Corps d'Infanterie de la Montagne
, foûtenu de quelque
Cavalerie , pour attaquer nos
Poftes . Les Regimens de Dil
lon & de Solre campez à portée
de foûtenir nos Poftes , *
prirent les armes , & les Colonels
, qui fe font fort diftinguez
dans cette occafion à
leur tefte , attaquerent les
Ennemis avec tant de valeur,
fe mêlant avec eux à coups
252 MERCURE
d'épée , qu'ils les chafférent
& reconduifirent
jufques for
le haut de leurs Montagnes
,
en ayant tué une fort grande
quantité . M ' Deiclos , Colo
nel de Cavalerie , avec quelques
Piquets qui avoient
monté brufquement à che
val , chargea leur Cavalerie ,
qu'il rompit entierement.
Dans ce même temps , M ' de
Legal , Brigadier de Cavalerie
de jour , s'eftoit porté du côté
de Llobregat , & avec les Piquets
de nos Carabiniers &
quelque autre Brigade de Ca
valerie , il marcha aux EnneGALANT.
253
mis , qui s'étoient approchez
de luy pour favorifer l'entrée
de leur Convoy , & les rompit ,
de manière que le Convoy
n'entra point , & fi la nuit ne
fuft point lurvenuë , il leur auroit
pris plus de trois cens
chevaux qui s'étoient refu
giez fous une groffe Tour que
les Affiegez avoient à l'embouchure
de Llobregat . Les,
de ce mois, nos Mines s'eftant
trouvées preftes à jouër , & la
bréche de la Courtine eftant
praticable , M' de Vendofme
refolut de faire attaquer les
Ennemis , & de le loger au
254 MERCURE
moins fur les gorges des deux
Baitions en fe fervant du debris
des Mines , & fur la bré.
che de la Courtine . Pour cet
effet il fit monter la Tranchée
par feize Bataillons & deux
Regimens de Dragons à pié ,
qui foutenoient mille Fuziliers
détachez du refte de
l'Armée , & dix Compagnies
de Grenadiers , qui devoient
donner à la tefte de tout. Les
chofes eftant ainfi difpofées
à dix heures du matin , il avoit
ordonné à M' de Barbefieres
Lieutenant General quicommandoit
à la Tranchée , de
GALANT.
255
fommer les Ennemis , & de
demander luy - même à parler
à un de leurs principaux Of
ficiers , ce qui fut executé.
LesEnnemis répondirent qu
ils ne vouloient point parler
par la bréche , & que l'on fe
tranfportaft d'un autre cofté
à l'une des Portes de la Ville ,
où M' de Barbezieres fe rendit
tout auffi - toft . Dans ce
moment Mideda Floride , dit
Pimentel , Lieutenant Géne .
ral de l'Artillerie des Ennemis ,
arriva. M de Barbezieres luy
dit , que M de Vendofme
avoit bien voulu les fommer
256 MERCURE
avant qu'on les attaquaft ;
afin de leur faire voir l'extre
mité où ils eftoient , & qu'ils
devoient éviter les fuites
cruelles de l'action qui s'alloit
faire , & qui ne pouvoit
manquer de réuffit de noftre
cofté ; que peut eftre elle fe
roit fuivie de l'Incendie & du
Pillage d'une auffi groſſe Ville
que celle - là , & que pour
prendre leurs refolutions
M' de Vendofme ne leur vou .
loir accorder qu'une heure .
Il repondit qu'il faloit qu'il
en rendift compte à tous les
Officiers Generaux , & à M
GALANT . 217
le Comte de Corfana , qui
comme Meftre de Camp General
commandoit dans la
Ville. Il s'en retourna , & vint
-dire peu
de temps apres que
tous ces M's fupplioient M
de Vendôme de leur permettre
d'envoyer au Viceroy Dcm
Francifco Velasco qui eftoit
à huit lieuës dẹ là , ce qui leur
ayant efté accordé , on fic
une ceffation d'armes de part
& d'autre. On donna des oftages
pour feureté qu'on ne travailleroit
pas . Les Afliegezenvoyerent
deux Colonels ,l'un
d'Infanterie & l'autre de Ca-
Aoust 1697 . Y
218 MERCURE
12
valerie , & M¹s les Comtes dè
Montandre & de Poitiers leur
furent envoyez en échange .
Le Baron de Preux , l'un des
Officiers Generaux , qui avoit
efté chargé de cette commil
fion , étant revenu le lendemain
aufoir 6. de ce mois , M
de Pimentel vint trouver M
de Vendôme , & aprés luy
avoir dit qu'ils étoient bien
embaraffez , & qu'ils n'étoient
les Maîtres de rien , il le fupplia
de leur donner encore
jufqu'au lendemain matin .
Mide Vendôme y confentit,
& le lendemain à midy M de
GALANT. 259
Barbezieres , qui avoit entaméoette
negociation , fe trouva
au rendez - vous . M' de Pi-
Ementel luy dit qu'ils avoient
refolu de capituler , & ayant
demandé du temps pour dref
fer les Articles de la Capitula
tion , on convint que l'on at--
tendroit jufqueses au foir. M²
= de Barbezieres s'étant rendu
far le lieu , il vint un Officier
de la part du Princed Armftat
qui demanda s'il pouvoit pareler
.S'eftant avancé fur la pas
role , il dit à M de Barbezierrés
, que fur quelque chofe de :
nouveau qui étoit furyenu ,,,
C
Yij!
260 MERCURE
it fouhaiteroit parler à M' de
Vendôme , lequel ayant efté
3
averty , monta à cheval. m'le
Prince d'Armftar alla au devant
de luy , & s'étant abordez
fort honneftement
de
part & d'autre , le Prince
d'Armftat
dit à M de Vendôme
, qu'il leur venoit d'arriver
un Courier de Madrid ,
qui avoit apporté la revocation
de la Viceroyauté
de M
deVelafco
, & que l'on mettroit
à fa place M' le Comte
de Corfana qu'on faifoit le
Gouverneur
General des Ar-
'mes , charge qui n'étoit point
GALANT . 261
4
remplis dépuis quelque tems
en ce Pays la , ce qui luy donnoit
le commandement aprés
le Viceroy.Eu égard à ce changement,
il pria M' de Vendôme
de vouloir leur accorder -
le temps d'envoyer un Courier
à Madrid , à quoi M' de
Vendôme repordit qu'il ne le
pouvoit pas faire , & qu'il en
avoit déja tropaccordé, fi bien
que le P. d'Armftat s'enretour
na , promettant que froſt que
les articles de la Capitulation
feroient dreffez , il en donne
roit avis . Sur les neuf heures
du foir , M'de Pimentel vint
262 MERCURE
trouver M de Vendôme ,.
pour luy dire qu'il n'étoit pas
poffible de finir la chote en
fr peu de temps , le détail quit
regardoit les interêts d'une
auffi groffe Ville & de toutela
Province , étant fort long;
à quoy м de Vendôme répondit
qu'il ne chicaneroit
pas pour un jour de plus ou de
moins , pourvû que le Comte
de Corfana & tous les autres
Officiers Generaux , vouluſfent
bien donner leur parole ,
que quelque événement qui
pûr arriver , cela ne change--
roit rien à la reddition de la
a Place:
GALANT: 263 :
Quoy qu'on cuft commen--
cé dés le 7. à travailler à la
Capitulation ,les Articles n'cn
furent fignez que le 15. &
comme ils portoient que les
Fort de Montjoüy feroit rendu
par les Affiegez en même
temps que la Ville , cela fur
executé. Une porte ayant efté ?
livrée , M le Chevalier de la
Fare prit poffeffion de Barce--
lone avec le Regiment de la
Marine. Il en fortit fix millé-
Fantaffins par la bréche , &
douze cens Chevaux avec :
trente pieces de Canon & fix
Mortiers , & de la poudre pour
$
264 MERCURE
tirer trente coups , M ' de Vendôme
ayant bien voulu accorder
ces marques d'hon .
neur à des Troupes qui ont
acquis beaucoup de gloire
en fe défendant , & qui ont
donné lieu aux noftres d'en
acquerir encore davantage ,
puis qu'elles ont affiegé une
Place, dont ceux qui la défendoient
, fi on y joint les Bourgeois
qui ont pris les armes,
approchoient du nombre des
Affiegeans . Outre cet avantage
, les Affiegez pouvoient
tous les jours eftre rafraîchis
par de nouvelles Troupes , &
toute
GALANT. 265
1
toute l'Efpagne eftant derriere
cette Place , où non feu
lement on pouvoit faire entrer
à toute heure des munitions
de bouche & de guerre,
mais d'où l'on pouvoit faire.
fortir les malades & les Blef
fez , ce qui foulage beaucoup
les Troupes affiegées, parmy
lefquelles la corruption ne
peut fe mettre , & quine font
point frapées de la veuë de
ceux qui meurent de leurs
bleffures , ou que diverſes maladies
emportent . Toutes
ces chofes relevent beaucoup
la gloire des Officiers
Louft1697. Ꮓ
266 MERCURE
qui ont
& des Troupes
affiegé & emporté cette Place
, aprés avoir fait pendant
cinquante trois jours des actions
d'une valeur & d'une
intrepidité dont on voit peu
d'exemples. M' de Vendofme
en a rendu compre au Roy
dans les relations , dont je
vous ay envoyé une partie ,
ainfi que de celles de M ' le
Grand Prieur de France fon
Frere. Vous avez dû remarquer
la modeftie de ces deux
Princes , qui dans ces Relations
ont donné des louanges
à tous ceux qui en meritoient,
GALANT: 267
qui n'ont non plus parlé
d'eux , que s'ils ne s'eftoient
trouvez à aucune action perilleufe
, ou que les principaux
évenemens de ce Siege
n'euffent pas roulé fur les
ordres qu'ils donnoient.
Quand les Troupes du Viceroy
de Catalogne furent mi.
fes en déroute , ces Princes
entrérent les deux premiers
dans fon Camp à la tefte des
Carabiniers , & ils fe font
expoſez de même , lorſque
leur exemple a efté neceffai.
re pour le fervice du Roy , &
pour animer les Troupes .
Zij
268 MERCURE
Auf peut on dire que M' de
Wendofme fe feroit trouvé.
dans toutes les occafions importantes&
dangereuſes ,file
bras d'un General y avoit efté
auffi neceffaire que fa tefte. La
fienne a agi fi à propos , il a
donné des ordres fi juftes , &
fes précautions lages & fans
denteur ont produit de fi bons
effets , que la prife de Barceone
n'eft pas moins due à la
vigilante & fage conduite
qu'il a tenue dans tout ce
grand Siege , qu'à l'intrepidité
& à la valeur des Troupes ,
qui charmées de fes manie
33
GALANT . 269
res honneftes , ont fervy
fous luy avec plaifir. Outro
les Mortiers & les Canons quit
font fortis de Barcelone , il y'
eft demeuré deux cens pieces
de Canon & fix Mortiers
& comme on n'y manquoic
point de munitions de guer
re , à caufe de la facilité qu'on
avoit d'y en faire entrer ,
doit juger du feu que noss
Troupes ont effuyé de tant
de Canons & d'un fr grand
nombre de Troupes. Il y a
entre les deux Armées une
on
fufpenfion d'armes jufques
au premier Septembre pro-
Z iij.
270 MERCURE
chain , pendant laquelle fa
riviere de Llobregat leur fervira
de feparation . Le Roy a
nommé Mile Comte de Coigny,
Gouverneur de Barcelone,
Sa valeur & fa lageffe
font connuës outre que
M' de Vendofme a parlé de
luy avec diftinction dans les
Relations qu'il a envoyées
au Roy. Ce Comte s'eftant
trouvé de jour lors que les
deux Baſtions furent atta.
quez , & nos Troupes ayant
efté chaffées de celuy de la
gauche , il ne voulut point
eftre relevé ny quitter la
GALANT. 271
Tranchée , qu'il n'euft repris
ce Baſtion , à quoy il réüffic
heureufement, Duffon , qui
le relevoit , ayant bien voulu
luy faire cette grace , & partager
avec luy comme parti
culier la gloire de la reprife
de ce Baſtion.
Je finis par un Madrigal de
Mademoiſelle Itier à M le
Duc de Vendofme fur la prife
de cette importante Place .
Enfin , malgrefa résistance
Barcelone eft foumife à noftre Augufte
Roy,
Il ne falloit pas moins que loy
Z inj
272: MERCURE
Prince , pour la réduire à fons
obeillance.
Des braves Espagnols le zéle
lá vaillance
Ont combattu pourfa deffence
D'une manière quifurprend ;
Mais quipeut refifter aux Armes
de la France,
Conduites par le Bras , le Coeur ,
& la Prudence ,
D'un Petit Fils d'Henry lë
Grand?
Les Elemens ayant déclaré
la Guerre à nos Armées de
Flandre &. d'Allemagne , tout
ce qu'elles ont pu faire a eſté
GALANT 273
de fé mettre en eftat de refi
fter au mauvais temps , & de
choifir autant qu'elles ont pu
lés Camps les plus élevez.Celles
de Flandre ont décampé
lë 251 de ce mois , & la plûpart
des Troupes fe ſont apro
chées d'Oudenarde.
Le Prince de Bade témoi
gne toûjours vouloir paffer le
Rhin. Il a fait avancer quel
ques corps du côté dé Mayen,
ce , mais felon toutes les apa
rences , il ne fait faire tous
ces mouvemens aux Troupes
qu'il a commandées de ce cô
té-là , que pour donner de la
274 MERCURE
jaloufie à M de Choifeul , &
l'engager à faire repaffer le
Rhin à fon Armée. Ille pourroit
prefentementquelaCama
pagne eft avancée , & qu'il a
mangé le Pays Ennemy , & il
y a même apparence qu'il le
fera bien - toft , ayant executé
ce qu'il avoit projetté.
Quant aux Ennemis , s'ils paffoient
prefentement le Rhin ,
ilsn'y trouveroient pas les mêmes
avantages , puis que la
faifon les obligeroit de le repaffer
prefque auffi.tôt , &
que la Terre ne leur fournirois
pas de Fourages,
GALANT: 275
Voicy les noms de quelques
perfonnés diftinguées , dont
jay encore à vous apprendre
la mort.
Dame Marguerite Roujault,
Veuve d'Hipolite Rouffeau ,
Correcteur des Comptes ,
morte à foixante dix fept ans,
Elle eftoit fille d'Etienne
Roujault , Secretaire du Roy ,
& d'Anne Feydeau , fille d'An
toine Feydeau Confeiller en
la grand Chambre , & Tante
de Nicolas - Etienne Roujaule
Maistre des Requeftes , de
Claude Roujault Chanoine
de Saint Martin de Tours ,
+
276 MERCURE
Confeiller Clerc en la premiere
Chambre des Enqueftes ,.
& de N. Roujault , Veuve de
feu Meffe Pierre Pucelle ,
premier Préfident au Parle
ment de Dauphiné. Elle laiffe
deux filles N. Rouffeau Epou
fe de Gabriel - Jofeph de Belle .
mare , cy, devant Maitre des
Comptes , & Elizabeth Rouffeau
, Epoufe de Glaude - Anne
de la Mouche , Auditeur des
Compres. Elle avoit encore
un fils decedé depuis peu , Hy
polite Rouffeau, qui avoit elté
reçû Correcteur des Compres
en 1684, à la place de M Rou
feaufonpere.
GALANT. 277
Dame Marguerite Banne-
Jier , Epoufe de Jerôme de
Bragelongne , Confeiller du
Roy en la Cour des Aides .
Dame Marguerite Lumagne
, Veuve de мeffire Sauveur
de Bourlamaque , Che
valier Noble Lucquois.
Dame Claude Collard , Da
me du Chafteau Brehain ,
Epouſe de Mefire Claude de
Foës , Seigneur de Chevillon ,
Confeiller au Parlement de
Mets.
Meflire Loüis, de Beauvais ,
Baron de Gentilly , la Tourquarrée,
& autres lieux , Capi278
MERCURE
+
taine & Gouverneur des Châ
teaux , Maiſons Royales de
Madrid , la мeute , Parcs de
Boulogne , Forets de Rouve
ray , Pont de S. Cloud , Plaine
de S. Denis , & Plaines qui en
dépendent. Il eftoit fils du
deffunt Baron de Beauvais , &
de Catherine Henriette Bellier
, premiere Femme de
Chambre de la deffunteReine
Mere du Roy. Sa loeur Anne
Jeanne-Baptifte de Beauvais
mourut à Paris , à vingtſeptans
en 1663 , & avoit épou
fé Amador Jean Baptifte de
Wignerot du Pleffis , Marquis
CALANT 279
de Richelieu , Lieutenant Ge.
neral des Armées du Roy ,
Capitaine & Gouverneur des
Châteaux de S. Germain en
Laye & de Verfailles ,qui mou
rut à Paris en 1662. âgé de 27.
ans. Ileftoit pere de m ' le мarqnis
de Richelieu , d'aujour
d'huy. Mademoiſelle Angeli
que de Beauvais , autre Soeur
de M' le Baron de Beauvais,
eftoit premiere Femme de
Chambre de la Reine Mere
en furvivance de Me de Beauvais
la mere. A la mort de cette
Princefle elle fe mit dans
les Filles de Sainte Marie de
280 MERCURE
Chaillot où elle fe fit Religieufe &
elle en eff maintenant Superieure &
Bienfai&rice .
MrBorel , l'un desPlenipotentiaires
des Etats Generaux , fils, de feu Mr
Borel qui a efté pendant un grand
nombre d'années Ambaffadeur en
France , & dont là Fille avoit épou
fé Mr le Marquis de Raffan.'Celuy
dont je vous parle avoit fort avancé
l'ouvrage de la Paix meſme avant
Touverture des Conferences . Il y a
longtemps qu'il eftoit incommodé
de la goutes cependant il eft mort
d'une fluxionfur la poitrine,prefque
en arrivant à ſa maifon de Campagne
où il eftoit venu prendre l'air. Il
avoit eu quelques femaines auparavant
une ateinte d'Apoplexie. Illaiffe
une tres belle Famille, & Mefdemoifelles
Borel font l'ornement de
GALANT. 28`·
3
t
laHollande,eftant d'une beauté diftinguée.
Je ne vous dis rien de ce
qui fe paffe aux Conferences, mais il
y a lieu d'efperer que la moderation *
du Roy procurera encore une fois
la Paix à l'Europe .
Mrl'Abbé Bertier , nommé à l'E
vêché de Blois , prit le Bonnet de
Docteur de Sorbonne le 22. de ce
mois,dans laChapelle del'Archevê
ché deParis.Mr l'Abbé Pirot , Chan--
celier de l'Eglife & Univerfité de
Paris , le luy donna, aprés avoir fait
parfaitement on Eloge Ce Prelat fit &
un remerciment don't tout l'Auditoire
fut charmé ."
Levray mot del'Enigme du der--
nier mois eftoit le Pave , &il a esté é
trouvé par Mrs de la Lande de Mets ::
de la Gonterie : le Tellier de Lion: 4
Gueret de Blois de la Thine de la ª
Aoust 16975 AB+
282 MERCURE
rue Dauphine : Bardet & du Pleffis
du Mans : Henry le Jeune du Bureau
du Papier de la Douane : Caron
Archer de la Ville , rue de Bourbon :
le Romain , Parifien du College de
Prefle : Achilles & fon Ami le Chevalier
dela rue de la Colombe : le
Cutieux de nouvelles de Nantes :
Mefdemófelles Poulart & Mimy,
du petit jardin de l'abondance .
Vos Amies n'auront pas un long
examen à faire pour trouver le fens
de la nouvelle Enigme que je vous
envoye , puis qu'il eftcompris en fort
peu de Vers.
D
ENIGME.
Aus les querelles
Les plus cruelles ,
Te fers bien le couroux des Rois
CALANT - 433
"
Aa 11
GALANT: 283
Teleur foumets les plus rebelles :
Mais je nefers jamais deux fois.
Les Vers que vous allez lire ont
efté mis en Air par une perfonne
qui fe connoift parfaitement en Mufique.
AIR NOUVEAU.
E feroit une étrange chofe ,
Si je n'avois qu'un feut CE
Amant tment
Naccufex paint, Lifis , an change
Dont vous effes la caufe.
Quand vous allez dans ce Ha,
meau
Faire l'amour ailleurs en tout temps,
à toute heure ,
Prétendez- vous que je demeure
Sealette près de mon Troupeau?
A a ij
284 MERCURE
Mr de Saint-Vandril , comman♣ -
dant le Vaiffeau le Marin , eft arrivé :
à Port-Louis. 1 l'expedition -
de Cartagene, d'où il a rapporté fixvingts
Canons de fonte . Il avoit
efté feparé de la Flote de Mr de
Pointis , dont il a laiffé deux Vaif
feaux à Plaiſance , fçavoir l'Apol--
lon , chargé d'un million , & l'Ave-·
nant. On affure que Mr de Pointis
a cfté joint prés de Terre neuve
par l'Eſcadre commandée par Mr de
Nelmond , & que fa Flöte a chargé
à Cartagene neuf millions fept cens
mille livres au moins , fans compter
beaucoup d'autres effets.
Je fuis obligé , faute de place &
de temps , de remettre au mois
prochain à vous parler du mariage
de Mr de Montmorency , Marquis -
de Neuvy - Sailou , & de Made-
4
02
GALANT. 284-
moifelle Batefort de Laubepin , ainfa
que de ce qui s'eft paffé en plufieurs
endroits le jour de la Fefte de Saing
Louis , & de plufieurs autres Arri--
cles confiderables. Je fuis , Madames
voftre , & c...
AParis , ce 35. Aðuſt1697.
22525222222533523
P
TABLE.
Relude
Sonnets qui ont diſputé le Prix donné
par la Compagnie des Lanterniftes.
Stances.
10
24
Autres Sonnetsfar les mêmes Rimes
que les précedens . 34
38
Noms de tous les Miniftres publics
quifont à Rifvvik.
Obfervation far une nouvelle efpece
d'hidropifie.
Zetires furle Feu du Solitaire. 88
Difcours de la Componition
63
135
Carguaifon des Vaiffeaux pris par
Mle Chevalier Damon.
Avanture.
Ceremoniesfaites à Valogne.
739
143
153
TABLE.
Extrait de quelques Lettres écrites
par MlEvefque de Babilone.
172
Statue du Roy placée dans le Cha-
Beau & Ivry.
Morts.
Nouveaux Echevins.
1.78
188
192
Entrée de l'Ambasadeur de Portu
gala Hifpaham.
199
Relation du Volage de M² de
Pointis . 202
Belle action de Mr Philippe en
Flandres.
Suite du fiège de Barcelone.
2212
229
Madrigal.
271
Nouvelles de Flandre & dAllemagne.
272.
Autre article de Morts.
275
Enigmes,
281
Nouvelles de Mr de Pointis . 284
Avispour placer les Figures
La Figuredoit regarder la page 153» )-
L'Air doit regarder la page. 283.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères