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Eur.
511
m
1697.7
Eur.511 m
16977
Mercure
<36624511370010
<36624511370010
7,5
Bayer. Staatsbibliothek }
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUILLET 1697.
A
PARIS ,
Chez
MICHEL
BRUNET ,
Grande Salle
du Palais , au
Mercure
Galant ,
N donnera toûjours un Volume
nouveau
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau , &
Vingt- cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envie .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. D C. XCVII.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
#kecek ck: ckck:
de
AVIS.
Qies jufqu'à prefens de bien
Velques prieres qu'on ait faiécrire
les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
dymanquer toujours . Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On réitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
neprend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux . On
A ij
AVIS.
prie feulement ceux qui les envoient,
fur tout ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
Particle des Enigmes , d'affranchir
Leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent.
Ceft fort peu de chofe pour chaque
particulier, & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere qu'il est toujours
impriméau commencement de chaque
mois . Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilferapartir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure .Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
buffera pas d'avoir le Mercure
PA
AVIS.
long- temps avant qu'il foit arrive
dans les Villes éloignées , mais auli
les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant.Ceu e
qui fe lefont envoyerpar leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toujours fort
tard par
deux raifons. Lapremiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venir prendrefitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours que!
ques jours avant que l'on en falle le
debit , & l'autre , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont lu eux & quel
ques autres à qui ils le preftent, ils
rejettent la faute du retardement
far le Libraire , en difant que li
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'il fe charge defaire
A iij
AVIS.
les paquets luy-mefme,& de les faire
porter à la Pofte ou aux Meſſagers,
fans nulintereft, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe .Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera execute avec
une exactitude dont on aura lien
d'eftre content.
1
14
I
MERCVRE
I
GALANT
JUILLET 1697.
E croy ne pouvoir donner
à cette Lettre un
commencement plus
agreable pour vous , que le
Sonnet en bouts- rimez que
vous allez lire. Il renferme un
court Eloge qui convient au
A iiij
8 MRCUREE
Roy parfaitement dans la fituation
où font les chofes , &
qui fait entendre beaucoup
au de - là de ce qu'il exprime.
AU ROY .
Rand Roy , tonbras eft craint
du Couchant à l' Aurore.
Tu rehauffes l'éclat de tes brillans
Grand crains
Ayeux.
Jadis Rome t'euft mis au rang des
demi-
Dieux ,
Aprestant de hauts faits que nul
Peuple n'
S
ignore .
LaPaix,fille du Ciel, plus char-
Flore,
mante que
Va bien toft couronner
d'un art
ingenieux
GALANT. 9
Les exploits inous , dont tú frapes
nos
yeux ;
Deja fes Etendarts à Rifvvick
elle
2
arbore .
Quelle gloirepour toy ! quel bonpareil!
neur fans
D'un repos plein d'appas lefuperbe
apparei!
Te montre à l'Univers des Heros
le
S
modele.
Les Mufes à loifir fur de nouveaux
accens,
Vont chanter le bonheur de ton
Peuple
fidelle,
Et t'offrir tour à tour un éternel
encens.
10 MERCURE
Priere
pour
le
Roy.
Seigneur , qui de Loin favorifez
la gloire ,
Soyez propice à nos fouhaits ;
Donnez luy toujours la victoi
re ,
Afin qu'il nous donne la Paix.
Plus laudem quàm dona moror.
Ce Sonnet eft du Pere Fran.
çois Lamy , de la Doctrine
Chreftienne , & a remporté
le Prix des Sonnets en Bouts
rimez , propoſez par l'Academie
des Lanternistes de Tou
1
GALANT.
louſe. Ce Prix luy fut adjugé
le 24. du dernier mois , jour
de la Fefte de Saint Jean , dans
la Salle de M ' Morant , premier
Prefident du Parlement
de cette Province , qui décida
entre le Sonnet du Pere Lamy
, & celuy d'une Dame de
qualité , que l'on avoit refer.
vez , pour examiner avec plus
d'attention qui le devoit remporter
des deux. Son Ouvrage
avoit efté envoyé fous le nom
de
Mademoiſelle le Sauvage ,
fa Belle-four , Niece de feu
M' le Sauvage , Evêque de
Lavaur.
12 MERCURE
La conquefte d'Ath , & le
Siege de Barcelone , dont il y
a tout fujet de croire que
vous apprendrez la priſe avant
que je ferme cette Lettre
, autorifent l'efperance
qu'on prend de la Paix dans
voftre Province . Tout fem .
ble engager les Ennemis à ne
point tenir davantge contre
les bontez de Sa Majefté, qui
ne voulant point ſe prévaloir
de tant de triomphes , dont
rien n'interrompt
le cours ,
paroift encore toute prefte à
leur accorder le repos qu'ils
fe refuſent. Cette modera
GALANT.
13
tion ne fçauroit eftre affez
admirée . Auffi tout le monde
en parle- t-il avec des éloges ,
qui tout grands qu'ils font ,
demeurent toujours beaucoup
au deffous du fujet ,qui
les demande . M ' Coufin , Prefident
en la Cour des Monnoyes
, n'oublia pas d'élever
cette vertu, lors qu'ayant efté
élû par Mrs de l'Academie
Françoiſe , pour remplir la
place de feu M' l'Evêque
d'Acqs , il y vint prendre
feance . Ce fut le Samedy 15 .
du mois paffé. Aprés avoir
loüé fon Prédeceffeur , felon
14 MERCURE
que
que
la coutume , auffi- bien
les deux premiers Protecteurs
de l'Academie , il parla du
MonarqueAugufte
quia bien
voulu agréer le même titre,
& ayant fait connoiſtre
les perfonnes les plus diftinguées
dans l'Eglife , dans l'Epée
, & dans la Robe , s'empreffoient
à l'envi d'entrer
dans ce Corps illuftre , & fufpendoient
les fonctions les
plus éclatantes de leurs Charges
, pour n'y exercer point
d'autre empire que celuy de
la raifon , & pour n'y employer
point d'autre autorité
W
GALANT. 15
que celle de la parole; La for
tune de l'Academie fuit celle de
l'Etat , continua- t- il , le &
progrés de la Langue répond au
cours des profperite publiques.
Animez par les évenemens extraordinaires
du regne du Roy ,
vous redoublez votre zele pour
en inftruire le fiecle prefent és la
pofterité la plus éloignée , &pour
leur apprendre qu'il a aboli les
combats finguliers , reprimé le luxe,
refrené la licence , reformé les
Loix , rétabli le Commerce , banni
l'Herefie , affuré le bonheur de fes
Sujets , rendu plufieurs fois la
Paix àl Europe. Nous joüirions
16 MERCURE
de
encore de cette Paix , fi elle n'avoir
efté troublée par la fureur
d'une Ligue qui remplit de confufion
le monde Chreftien ; mais les
defordres qu'elle y cause vousfont
un nouveau fujer , Meffieurs ,
relever les incomparables
vertus
du Prince qui la déconcerte ,
qui foutient feul contre elle les
droits de la Royauté & les interefts
de la Religion. Les Ennemis
vaincusfur mere fur terre ,fentent
la vanité de leurs projets &
la foibleffe deleurs efforts , &femblent
nefe plus affembler que pour
eftrefpectateurs de la prife de leurs
Villes , & des autres fuccés de nos
GALANT. 17
ا م
entreprises . La moderation du
Vainqueur met feule des bornes
fes conqueftes , & luy fait préferer.
repos , aprés lequel l'Europe
foupire , aux triomphes que luy
promet la justice de fa cauſe , la
fagefe de fes confeils , la valeur de
Jes Armées , la fidelité de fes
Peuples. L'equité des conditions.
qu'il propofe , fait efperer une heu
reufe conclufion des Conferences
commencées
, dans lesquelles vous.
avez la fatisfaction , Meſſieurs ,
de voir que des trois Ambaffadeurs
qui portent la parole pour ,
la France, ily en adeux de postre
Corps.
Juillet 1697.
B
18 MERCURE
M' Dacier , alors Directeur
de la Compagnie , répondit
à M' Coufin , d'une maniere
qui fatisfit pleinement tous
fes Auditeurs . Il dit qu'il eftoit
refervé pour la conſoler de la
mort d'un Academicien , qui
dans une grande jeuneſſe avoit
fait paroistre tant de merite
, que le grand Chancelier
Seguier , en le donnant à l'Academie,
l'avoit jugé capable
d'eftre affocié à ces Genies du
premier ordre qu'on avoit
choifis d'abord pour la compofer
; que ce prefent qui venoit
d'une main fi pretieule ,
GALANT: 19
t
devoit estre remplacé par
une autre main qui ne l'eftoit
pas moins ; que tous les Academiciens
publioient avec
plaifir que c'eftoit Mile Chancelier
qui l'avoit donné à la
Compagnie , en le forçant à
leur demander la juftice qu'ils
luy avoient renduë , & qu'il
eftoit également glorieux
pour tous , que ce Dépofi
taire des Loix du plus fagé
des Princes , euft fait connoiftre
fi publiquement , qu'aprés
qu'un homme avoit cousuavec
un tres- grand fuccés
dans la cartiere des Leatres ,
"
Bij
20 MERCURE
il manquoit toujours quelque
degré à la gloire , pendant
qu'il n'estoit pas receu dans
ce Corps. M' Dacier fit paroiftre
dans tout fon Dilcours
beaucoup d'érudition & d'éloquence.
Il employa l'une &
l'autre à parler du Roy , &
aprés avoir dit qu'un des plus
fameux Capitaines Grecs avoit
efté moins loüé de fes
victoires , que d'avoir facrifié
à la Paix plufieurs Villes qu'il
avoit prifes fur les Lacedemoniens;
Louis leGrand, continuat-
il , fera toujours loué du même
facrifice qu'ilfait àfes Peuples,
GALANT. 21
+
C
S
ב
Ilne veut pas fe prévaloir des
avantages qu'il pourroittirer de
·la defunion qui a commencé à confondre
les projets trop audacieux
S dela Ligue , lors
&
que,
comme
le Jupiter d'Homere , il pourroit
attirer plus facilement à luy cette.
& chaîne , & faire voir à fes Ennemis
que rien n'eft capable de luy
= refifter , il est préft à pofer les fon.
dres quil vient encore de lancer
efur une de leurs plus fortes Places
, il s'offre toujours à guerir
Ꮕ leurs playes , àleur épargner de
nouveaux malheurs . Triompher,
&neconferverque des pensées de
Paix au milieu de fes triomphes ,
22
MERCURE
c'eft le dernier effort de la vertu des
plus grands Heros . Venez donc ,
Monfieur , ajoûta -t - il en adreffant
la parole à M ' Coufin ,
venez celebrer avec nous cette
cette veritable magnanimité
gloire , qui n'appartient qu'aux
Princes qui rendent leurs Peuples
heureux. Nous ne pourrons nous
Souvenir de voftre reception fans
nous fouvenir de nos victoires.
Elle fera dattée dans nos Faftes
d'un des jours de triomphe de Louis
le Grand , car pendant que nous
vousouvrons les portes de ce Palais
, tout retentit encore du bruit
dts acclamations & des applaus
GALANT.
33
S
$
diffemens qu'attirent les nouveaux
progrés de fes armes , &
on ne vient que d'ouvrir nos Temples
pour remercier Dieu de la
protection visible dont il accompa
gne tous fes deffeins Mais ce qui
rend encore vostre entrée parmy
nous tres heureuſe , & à jamais
memorable , ce font les nouveaux
témoignages qu'elle nous a attire
de l'attention que le Roy daigne
avoir pour nous au milieu de fes
grands projets , qui doivent faire
le deftin de l'Europe. Cette attention
a paru glorieufement dans
les termes dont le Roy s'eft fervi
en approuvant noſtre choix , lors
24 MERCURE
que j'ay eu l'honneur de luy en
rendre
compte . Qu'il me foit permis
de rapporter icy publiquement.
ces paroles comme je les ay entendues
de cette bouche facrée , que
la douceur la majesté ne quittent
jamais. Vous le fçavez
Meffieurs , le Roy m'a ordonné
de vous dire qu'il aime beaucoup
mieux les Sujets que l' Academie
choifit elle même , que ceux qu'elle
prend par complaisance , & par
déference pour des recommandations
Ce Prince , qui fait regner
dans tous fes Etats la justice & la
liberté , vous rend entierement
maiftres de vosfuffrages . Il n'y
point
GALANT.
25
point d'ordre que vous devieZre.
garder comme fouverain , & vous
ne devez reconnoistre d'autre pou
voir que celuy du merite. Fufqu'i
cy les recommandations aufquelles
vous avez quelquefois déferé ,
n'ont fait que vous foulager du
choix , en vous prefentant des
Sujets que vous auriez choisis
vous mêmes; mais le Roy quipar
Sa prudence & par ſa ſageſſe pre..
voit tout , & pourvoit à tout ,
fait bien qu'un fi grand bonheur
ne peut pas toujours durer, › Le
-ray merite ne fera pas toujours
l'objet de la protection & de la
faveur , ny le jufte difcernement
Juillet 1697.
C
3
26 MERCURE
le fidelle compagnon du credit &
de la puiffance. Ne vous fervez
donc jamais que de vos lumieres,
Meffieurs , pour attirer à vous
des hommes qui foient dignes de
vous, & qui puiffent vous aider
àfoutenir le grand poids dont vous
eftes chargez. Comme le Roy s'eft
élevé au deffus defon Art par la
grandeur defon genie ,fa gloire ne
peut eftre feurement qu'entre les
mains de ceux qui s'éleveront auſſi
au deffus du vostre par leur efprit;
car dans tous les Arts les grands
hommes ne font pas ceux qui les
exercent enfuivant les regles que
leurs Maiftres leur ont enfei
GALANT. 27
gnées,mais ceux quilesfurpaffent,
qui s'éloignant des routes ordinaires
, trouvent des chemins que
leurs guides n'ont pas connus.
Je vous envoye une Piece,
que vous lirez fans doute
avec plaifir , puis qu'elle eft
fur une matiere , qui fait aujourd'huy
beaucoup de bruit ,
C ij
28 MERCURE
LETTRE
きら
PASTORALE
de M l'Evêque Comte de
Noyon , en forme de Prefer
vatif,pour conferver le Clergé
les Fidelles de fon Dioceſe
dans le faint exercice d'une ve
ritable & folide pieté , contre
les maximes pernicieufes du
Quietisme.
F
RANÇOIS DE CLERMONT
, par la grace de
Dieu Evêque Comte de
Noyon ,
Pair de France ,
Commandeur de l'Ordre du
Saint Elprit , Confeiller ordinaire
du Roy en fon Confeil
"
GALANT. 29
'd'Etat ; Au Clergé & aux Fideles
de noftre Diocéfe , Salut
& benediction . Nous a
vons heureuſement arraché.
de nos propres mains dans
le cours de nos Vifites les épi
nes & l'yvraye de la pernicieu
fe doctrine , que l'homme ennemi
avoit malheureufement
femées dans le champ de l'Eglife
, dont le divin Maiftre
nous a confié le foin , tout
indignes que nous fommes .
Cependant comme la contal
gion augmente & ſe répand
prefque par tout , nous avons
eſté obligez de continuer , & ,
•
fe
C iij
30 MERCURE
même de redoubler l'applica
tion de la follicitude paftora
le , & de nous offrir encore au!
fervice du Pere de Famille
dans les termes & fuivant l'e
xemple du zele de fes plus
fidelles ferviteurs . Voulez
vous que nous allions arracher
cette gurage ?
C'eft dans cette veuë qu'a
prés avoir gemi devant Dieu,
& dreffé cet Abregé de la
doctrine du Quietilme,qui eft
plûtoſt une faufſe & terrible
feureté, qu'un veritable & falutaire
repos, nous avons jugé
à propos , & même necellaire
GALANT. (31
༢ ་
de rendre public ce petit Effai
d'un plus grand Ouvrage , &
de vous l'adreffer en forme
d'antidote & de préſervatif ,
pour vous conferver inviola
blement dans le faint exer
cice d'une fincere & folide
-
pieté.
L'experience que nous avons
depuis trente-fix années
d'Epifcopat , de vostre religieufe
foumiflion à toutes nos
Ordonnances
, nous perfuade
facilement
qu'il n'eſt pas neceffaire
de vous défendre fous
-des peines canoniques & grie
ves la lecture des Livres rem
C iiij
32 MERCURE
plis de maximes dangereufes,
condamnées par l'autorité du
Saint Siege & de plufieurs
grands Evêques , & qu'il fuffic
de vous expliquer le Dogme ,
la Morale & le peril de cette
Secte naiffante , pour en in
terrompre le cours . Secte
d'autant plus à craindre , qu'-
elle a déja porté la lépre jufque
dans le Sanctuaire , profané
le Tribunal de la Penitence
, & corrompu l'inno
cence d'un nombre infini de
perfonnes fimples & trop cre
dules. Secte dont la redoutable
Prophetie de l'Apoftre
1.
1
1
CALANT:
33
Saint Paul nous menace , &
décrit par avance les Maiftres
& les Difciples , fous le nom
de certains deferteurs de la
Foy , attachez aux fentimens
des efprits de l'erreur , & infectez
de la doctrine des Démons.
DOG ME
du Quiétifme.
Le Quiéritme eft injurieux
à Dieu & à Noftre - Seigneur
Jefus Chrift.
lleft injurieux à Dieu , parce
qu'il établit une espece de
Deïfme ; qu'il femble adorer
par un filence affecté un Dieu
34 MERCURE
fans mitteres ; & pour parler
avec Tertullien , un Dieu fans
monarchie de Nature , & fans
oeconomie de Perſonnes ; un
Dieu fans culte , lans Minif
tres, & fans Autels ; un Dieu
enfin , quel horrible attentat !
dépouillé de toutes les plus
grandes & plus effentielles
perfections , de la Juftice , de
fa Mifericorde , & de fa Bonté,
par des abftractions prétenduës
miſtiques , ou plûroft
par des exclufions réelles, qui
défendent aux Fidelles parfaits
la crainte des jugemens
de Dieu , l'efperance en fa mi.
GALANT. 35
fericorde , & la reconnoiffan
ce de fa bonté , & leur font
ainfi uncrime des Vertus mê
mes Theologales , que les
Quietiftes condamnent , &
appellent mercenaires& intereffées
. Eft - ce là connoiftre
Dieu par des contemplations
fublimes & intimes ? ou pour
mieux dire , n'est - ce pas le
méconnoiftre ?
Le Quiétifme eft injurieux
à Noftre Seigneur Jeſus-
Chrift. Ses trois qualitez &
fonctions infeparables de la
voye qui conduit l'homme,
de laverité qui l'éclaire , & de
36 MERCURE
la vie qui l'anime , luy font in
juftement ravies . En effet , fi
( comme le Quiétisme l'enfeis
gne )l'Homme peut parvenir
au terme de la Beatitude fur
la terre ,Jefus Chrift n'eft plus
la voye qui le conduit . Aquoy
ferviroir la voye lors qu'on
feroit arrivé? Si l'Homme eft
élevé au fublime degré de la
Lumiere incréée , & de la
fplendeur des Saints , Jeſus-
Chrift n'eft plus la verité qui
l'éclaire -Ne feroit- ce pas cher.
cher la lumiere en plein jour?
Si l'Homme eft transformé
& même identifié avec l'Ef
GALANT 37
fence divine, Jefus Chrift n'eft
plus la vie qui l'anime . Sa gra.
ce vivifiante ne deviendroit.
elle pas inutile? Quel malheur
& quelle impieté tout enfem
ble!Qu'eft devenu l'Homme
Dieu , l'Homme par excel
lence que David demandoit
& attendoir avec tant d'impa
tience , & comme le feul qui
pouvoir eftre le Redempteur?
Qu'eft devenu l'Homme de
la paix , & l'objet de toutes
nos efperances ? Qu'eft devenu
le charitable & neceffaire
Mediateur que Dieu a propo
fé de toute éternité par la Roy
38 MERCURE
en fon Sang ? L'édifice de la
Religion Chreftienne peuil
fubfifter , fi Jelus - Chrift n'en
eft le fondement
? O ingratitude
étonnante! Il n'y ajamais
eu fous le Ciel d'autre nom
pour procurer le falut à la
rerre ; & toutefois il eft ou
blié , méprifé , fupprimé. Où
eft donc la voye que nous devons
fuivre, la verité que nous
devons chercher , & la vie que
nous devons defirer ? Quels
principes & quelles confequences
Helas , fans la voye
nous fommes égarez , fans la
yerité nous fommes aveuglez
GALANT.
39
& fans la vie nous fommes
morts .
MORA LE
に
du Quietisme.
Le Quietume a l'audace
de regarder & de traiter le
Chriftianifme , comme l'Evangile
a regardé & traité le
Judaiſme. L'Evangile a levé
juftement le joug de la Loy
qui eftoit convenable à la
crainte des Serviteurs , pour
rendre la liberté propre à
l'amour des Enfans. Le Quietiſme
prend le pretexte inju
fte d'une prerenduë liberté
des Enfans de Dieu , pour
40 MERCURE
fonder lelibertinage de fa Se.
&te & de la chair fur les ruines
¹des obfervances Evangeliques
, de la neceffité de la
Priere vocale , & même inſtituée
par Jefus Chrift , de
la frequentation des Sacremens
, des jeûnes , des mortifications
, & des bonnes oeuvres
, dont la plus fainte dif
cipline eft fcandaleuſement
violée. Quel aveuglement de
croire & d'ofer écrire , que la
liberté confifte tellement
dans la feule volonté de la
partie fuperieure , que la par
tie infericure peut s'abandon
GALANT.
41
3
a
2.
I'
ner à toute forte de crimes ,
comme fi l'efprit & le coeur
eftoient innocens quand la
chair eft coupable , & fi la
partie fuperieure ne devoit
e pas eſtre la regle , & même la
Caution des mouvemens &
des actes de la parrie inferieure?
Eft ce ainfi qu'il faut
entendre , expliquer & obferver
le precepte de l'Evangile,
qui nous oblige d'arracherles
yeux , dont les regards nous
porteroient aux defir's criminels
? Enfin quelle abomi- !
nation de mettre les vices en :
la place des vertus , & de pre-
Fuillet 1697.
D
42 MERCURE
tendre que des chutes hon
teufes foient des degrez pour
monter à la gloire d'une plus
parfaite union avec Dieu ?
PERILU
du Quiétifme.
.
Le poifon fubtil des Herefies
temperées a toujours fait
plus de mal à l'Eglife , que le
poifon groffier des Herefies
outrées.
L'Arianifme, qui regardoit
le Verbe de Dieu tout au plus
comme le modele de toutes
les creatures ,a donné d'abord
tant d'horreur à tout le monde
indigné , qu'enfuite il aôté
GALANT. 43
toute forte de croyance à fon
erreur intolerablefon berceau
eft devenu fon tombeau.
Mais le Semi - Arianiſme
plus fin & plus dangereux , a
caché fon venin fous les fleurs
apparentes d'une confeffion
fpecieufe du Verbe de Dien
femblable en qualité à fon
Pere , fans vouloir dire qu'il
eftoitconfubitantiel & le mét
me en nature, & s'eft preſque
rendu le maitre du monde.
On peut même avouer que
quelques colomnes du Temple
ont efté du moins ébran
Dij
44 MERCURE
lées , quoy que (graces à Dieu
elles ne foient pas tombées
dans le précipice de l'erreur,
ou qu'elles s'en foient heureufement
relevées , sh
L'orgueil du Pelagianiſme ,
qui flatoit l'Homme d'eftre
le feul arbitre de fon falut indépendamment
de la grace
de Dieu , a fait renaiftre l'orguéil
du Démon plein de fa
propre excellence , & s'eft
attiré tous les foudres de l'Eglife,
qui l'ont d'abord réduit
en poudre.
Mais le Semi Pelagianiſme
fuivant les traces du Serpent,
GALANT 47
quele Texte facré appelle le
plus fin de tous les animaux
de la terre , s'eft fervi de tant
d'adreffes , de déguiſemens, &
de diftinctions de Grace del
Jefus- Chrift , & non feulement
de Dieu , dans la predi
cation del Evangile , lillumi
nation de l'entendement le
fecours & la facilité dú falur ,
qu'en ayant uniquement rés
fervé le commencement à
l'homme par la Foy, & laiffé
à Dieu le progrés & la con
fommation par la Grace
ila furpris & entraîné plu-
Geurs perfonnes fçavances ,
46 MERCURE
graves , & juftes d'ailleurs ."
Le Blafphême de Zuingle,
qui s'eft élevé jufqu'à monter
fur le trône de nos faints Au ·
tels , a tenté d'en arracher le
facré dépoft de la divine Euchariftie
, d'exclure la Realité
par la Figure , d'y ſubſtituer
avec Luther le preſent injurieux
du pain , & de faire le
larcin facrilege de la prefence
du Corps de Jefus-
Chriſt , pour cultiver les premieres
& fatales femences
des nouvelles Herefies , &
en répandre le venin mor
tel.
GALANT
47
-1
er
- Mais le Calvinilme , qui eſt
l'un des ruiffeaux empoiſonet-
nez de cette fource corrom .
puë, a emploié les expreflions ,
plus modeftes en apparence
,
de realité & de prefence lub
eftantielle
par la Foy , quey
qu'également
impies dans le
fond, afin d'achever & de confommer
l'ouvrage d'iniquité;
ouvrage funefte , qui a couté
tant de larmes à l'Eglife & de
re fang à l'Etat , & dont la ruine
centiere eftoit uniquement ré
fervée au Regne glorieux &
religieux de LOUIS LE
GRAND
48 MERCURE
L'ancien Quiétifme ne pouvant
plus fe foutenir en confequence
des Cenfures de
1 Eglife Romaine & de l'Egli
fe Gallicane , & voyant fes maximes
énormes décriées &
flêtries , a reclamé le fecours
& recherché l'afile d'un nouveau
Semi Quierilme.
Mais ce dernier s'eſt inuti
lement efforcé de couvrie
les excés du premier fous le
voile fpecieux de quelques
termes ambigus , & de tem,
peramens captieux qui aigrif
fent le mal en le flatant , &
laiffent la porte ouverte aus
mêmes
GALANT.
49
mêmes abîmes d'impieté &
d'impureté , d'une maniere
d'autant plus dangereufe , qu'
elle eft imperceptible, qu'elle
paroift moins fufpecte, & que
c'eft une espece de gangrene
qui gâte peu à peu tout ce qui
eft lain .
C'eſt ainfi que la grace du
difcernement des efprits , que
Dieu a donnée à l'Etat Apoftolique
& Paftoral , décou
vre aux Evêques l'artifice malin
d'un mélange incompati
ble . & les oblige de déméler
la Religion de l'Illufion , confondues
par des diſtinctions
Fuillet 1697. E
50 MERCURE
imaginaires. Tel eſt le moyen
affuré de réfoudre & de réfuter
les vains & prétendus argumens
des Gnoftiques mitigez
& modernes , qui tombent
dans des contradictions
manifeftes. Le vray même
qu'ils approuvent , eft le principe
du faux qu'ils condamnent
, & le faux qu'ils condamnent
eft la confequence
du vray qu'ils approuvent, fi
nous en croyons quelques
efprits foibles & prévenus.
Et voila quelle eft la peine
de l'aueuglement du crime
qui s'accufe prefque toujours
•
GALANT 51
ך י
en s'excufant , & auquel le
Roy Prophete reproche le démenti
qu'il fe donne.
Et fera noftre prefente Lettre
Paftorale publiée au Prôsne
des Meffes Paroiffiales , &
par les Prédicateurs , à la
diligence de nos Doyens Ru-
1
luë
raux & Vicegerens .
Donné à Noyon , dans notre
Palais Epifcopal , fous nôtre
feing , celuy de noftre Se
cretaire , & le fcel de nos Ar-"
mes , ce dix. huitième jour du
mois de May mil fix cens
quatre-vingt - dix fept.
E ij
5% MERCURE
Voicy quelques Vers fur la
prile d'Ath , que l'abondance
de la matiere ne me permit
pas de vous envoyer le mois
paffé , quand j'achevay le
Journal des derniers jours du
Siege de cette Place. Les premiers
font de Mademoiſelle
Icier.
A
TH eft pris, & bien - toft nous
verrons Barcelone
De LOUIS recevoir la loy.
Fiers Ennemis de ce grand Roy .
Qui voyezqu'en tous lieux lagloire.
le couronne,
Ne pouffez pas plus loin voftre
vainefieri
GALANT. 53
Vous avezéprouvé la force de fes
armes ;
Par une Paix pleine de charmes,
Venez éprouver fa bonté.
2
Vous n'aurezjamais l'avantage
D'épuifer fes trefors , de laffer fon
courage ,
Vainement vous le prétendez 3
Zes deffeins de ce Roy , fi prudent
&fi fage,
Da Ciel font toujours fecondez.
Tous vos retardemens ne font plus
excufables ,
Celfez de refufer la Paix...
Lezele & la valeur de les braves
Sujets
Sont des fources inépuifables,
Quine buy manqueront jamais.
E iij
34 MERCURE
Le Sonnet qui fuit eft de
M' Robinet , toujours zelé
pour la gloire de fon Prince.
SUR LA PRISE D'ATH .
L
A Victoire toujours pourLoäis
fe declare ,
Ses Ennemis en vain cherchent à
l'attirer.
De la voir dans leur Camp l'èvenement
eft rare ;
C'eft un coup de hazard qui la fais
égarer.
12.
'Elle ne peut fouffrir que le fort là
jepare
De foncharmant Heros qui fe fait
adorer,
Par quelque grandfuccès l'outragé
elle repare ,
GALANT. 55
Et vient de fon amour foudain le
rafurer.
2
Zay reprend on Namør , dong là
noble cenquefte
Avoit mis un Laurier fi fameux
fur fa tefte ,
Bien- toftune autre Place eft foumi-
Je au Vainqueur.
S
Ath , que fes forts remparts rendent
fi meurtriere,
A peine treize jours refifte à fon
bonheur
Qui tient à l'admirer l'Europe tonte
entiere.
Cet autre Sonnet, auquel la
priſe da la même Place a donné
lieu , a efté fait fur les der-
E iiij
16 MERCURE
niers Bouts- rimez , propofez
par M's les Lanterniftes de
Toulouſe.
rs
ABoélorsqueindorsune heu re aprés Aurore ,
Sçais tu que nos François imitant
leurs Ayeux,
Font éclater leur nom comme des
Demi- Dieux ,
Qu'ils ont enfinpris Ath, & qu'aucun
ne l'
S
ignore?
Fadis au mois de May Mars &
Venus &
Flore,
A fe prendre fans vert eftoient
ingenieux;
'Mais le Mars d'aujourd'huy ne fait
voir à nos
yeux
Que le vert des Lauriers & des Lis
qu'il arbore.
GALANT.
57
2
Alexandre& Cefar , ce couple fans
Avec tous leurs hauts faits & leur
pareil,
appareil,
Reconnoifroient pourtant Louis
grand
pour
leur
2
modele.
Ila d'un vray Heros le caur & les
accens,
Augufte , genereux , équitable ,
fidelle ,.
Etlayfeal des Mortels merite de
encens.
N'apprehendez rien du ti .
tre que porte la Piece que
vous allez lire. Quoy qu'on
y parle encore de la Louve
qui allaita Romulus , ce n'eft
18 MERCURE
point une nouvelle Differtation
fur le Paffage de Virgile
dont on a déja parlé plufieurs
fois , mais une Declaration
qui fait connoiftre qu'on ne
veut point pouffer plus loin
la difpute , & que chacun a la
liberté de demeurer dans fon
fentiment , puis qu'aucun ne
veut ceder aux raifons de
l'autre.
GALANT. 59
DECLARATION
de l'Auteur d'un nouveaufens
d'un Paffage de Virgile,
A MONSIEUR ***
МЯ
On troifiéme Adver
faire feroit-il devenu ,
Monfieur, un Hypercritique ,
avec fon amas de citations,
extraits favoris de fes Re.
cueils? On peut en douter , cat
quoy qu'il dife, fa peau , ſoit
deLouve , ou de Loup ,foit d'ef
pece ou d'individu , eft percée
de plufieurs trous en divers
endroits. Il paroift qu'il l'a
68 MERCURE
fenti ; car comme les playes
caufent de l'inflammation , fa
Lettre eft écrite avec chaleur,
dans un ftile different de la
precedente. Mais enfin , en
quelque eftat que foit cette
peau , elle luy eft chere , & il
luy plaift de la retenir pour
s'en parer peut- eftre, comme
on fe fait honneur de ces Enfeignes
qu'on rapporte de la
guerre toutes déchirées . A la
bonne heure , qu'il conferve
fon opinion telle qu'elle eſt ,
j'en feray autant de la mienne.
Je fuis feur qu'on ne trouvera
pas des feuilles de chefGALANT.
61
ne indignes du berceau de
Romulus , puis qu'un arbre
de cette elpece fut autrefois
un monument de gloire fur le
tombeau d'Enée , de qui on
fait defcendre le Fondateur,
de Rome ; feuilles de chefne
tres-propres à luy avoir ſervi
de langes , puis qu'elles fervirent
depuis à faire des couronnes
à fes Romains . Il faut bien
en demeurer là ; fçavoir , que
chacun fe tienne dans le parti
qu'il a pris : car ce feroit le fatiguer
inutilement que de
diſputer fans ceffe , fans pouvoir
convenir de l'un ou de
62 MERCURE
l'autre fens . Il a auffi trouvé
un expedient fingulier pour
mettre fin à cette conteftation
; c'eft de répondre en ne
répondant pas. Il s'eftoit attaché
à quelques endroits cydevant
attaquez , & auffitoft
deffendus ; mais comme ce
font - là des plats réchauffez ,
méchans ragouts pour le Lecteur
, il a imaginé une réponſe
muette à de nouvelles
Remarques & à de nouvelles
Reflexions que j'avois faites,
Il dit donc que ce feroit les
faire valoir , que de les refuter
, en quoy il ne fe méprend
GALANT.
63
pas, puis qu'une réponſe qui
ne fatisfait point , donne un
nouveau degré de force à des
raifons qu'on n'a pû détruire.
En effet, ce filence eft politique;
car enfin, que pouvoit- il
dire fur ce que j'ay voulu nous
reduire à la queſtion du fair ,
qu'ordinairement on parce
ne fe cede rien l'un à l'autre ?
J'ay remarqué que Romulus
eft habillé dans un antique ,
dont la figure eft de ſa hauteur
dans le T. Live de Vigenere
, que là on n'y trouve
point la peau de la Louve ,
quoy que ce duft eftre là fa
64 MERCURE
place , comme on voit la peau
du Lion fur les épaules d'Hercule
; que même les trois teftes
qui s'y diftinguent , ne
font point des teftes de Loup.
Cette ftatuë meritoit bien
d'eftre regardée ; mais on ne
regarde pas volontiers ce qui
nous fait de la peine , & où on
ne trouveroit pas fon compte.
Mais au lieu de s'arrêter
à cet endroit , & à d'autres
qui font nouveaux , il effaye
de faire une diverfion en m'apoftrophant
, au fujet d'un
paffage de T. Live , qu'il étale
autant qu'il peut , afin qu'au
GALANT 65
moins il occupe de la place.
Vous aurez , dit il , bien de la
peine à épondre à ce que je vous
oppofe. Je pourris ufer de la
même defaite , & luy rendre
dans un autre lujet , objection
pour objection ; mais on ne
doit pas fuivre un exemple
qu'on n'aprouve point Je vais
3 donc répondre en droiture .
& pofitivement à fon paffage;
car quoy qu'il en faffe fon
fort,comme fic'eftoit un lieu
efcarpé , dont il ne craint
point l'accés , je n'ay pas be
foin de m'efforcer beaucoup
pour y penetrer. Voicy donc
" J
uilles 1697.
F :
66 MERCURE
ce que c'eft. L'Hiſtorien rapporte
qu'on vit un Loup qui
pourſuivoit une Biche , la .
quelle s'enfuit dans le Camp
des Gaulois , qui la tuerent ; &
que les Romains laifferent
paffer au travers de leur Armée
, le Loup , fans le bleffer
feulement , ce qui parmy eux
fut regardé comme un préfage
de la victoire , laquelle ils
remporterent. Je demeure
d'accord du texte , mais nullement
de la conſequence
qu'on en tire fur la nature du
Loup. Ce qui fit l'heureux
préfage , ne fut pas l'efpece,
GALANT.
67
pamais
l'action de l'animal.
Suppolons qu'un Renard euft
paffé dans le même endroit ,
& qu'il euft mis en fuite
Breillement quelque beſte , la
fuperiorité du Renard cuft
efté prife comme eſtant de
bon augure , quoy que le Renard
foit perfe , en foy , un animal
de mauvais augure , com.
me le remarque le fçavant
Critique d'Horace , fur Fa
taque Vulpes , de l'Ode 27. du
livre 3. Ainfi çet incident du
Loup ne change point le ca-
= ractere de cette affreufe be .
te. Le Loup n'en eft pas
Fij
68 MERCURE
moins de la nature , & odieux
& infame , ny moins un objet
de préfage finiftre . Apres
l'apostrophe voicy une accufation
, mais qui affurément
me fera moins de mal qu'à fon
Auteur Tegmen , dit il , n'est
pas formé de cego , comme vous
vous l'eftes perfuadé, mais de cexo.
Où a t il pris cette curieufe
obfervation , que tegmen
vient de texo? Pour moy jefuis
toujours perfuadé,&j'ayraifon
de l'eftre, que tegmen vient de
tego. Veut. il faire juger la caupar
des Juges competens ?
Les voilà fur le fiege preſts à
fe
GALANT
. 69
la juger. Que dis - je , prefts à
juger ? ils ont déja jugé l'affaire
. Robert Eftienne , dans fon
Trefor de la Langue Latine ,
met tegmen au nombre des
delcendans de rego . Calepin
dans fon Dictionnaire
de huit
Langues , met auffi tegmen au
rang des noms dérivez de tego.
Dolet , ce favant du fiecte
de François Premier , le fait
de même dans fes Commen .
taires de la Langue Latine .
Et qui eft-ce qui ne le fait
pas ? Affurément
tego eft le
veritable
de
pere tegmen , &
celuy qui luy en donne un
70 MERCURE
autre , deshonore
un enfant
legitime , & le fait bâtard . Ce
qui a trompé l'Auteur de cette
Critique
finguliere
, c'est
fon fubtemen
: mais fubtemen
n'est pas tegmen . Ces deux
mots ne font pas deux freres .
Chacun a fon pere qui n'ett
pas le pere de l'autre , l'un eft
fils de tego , & l'autre de fubtexo.
Ils ne font pas même parens
par les Verbes compofez
detego , où l'on ne trouve point
fubtego. S'il ne garantit pas
mieux fes Remarques
criti,
ques que par de femblables
origines , il n'augmentera pas
leur
reputation .
GALANT: 71
Voilà ,Monfieur , fi je puis
m'exprimer ainfi , noftre chafle
du Loup. Verbum non amplus
addam , quelque nouvelle
Lettre qui furvienne ; car
quoy que celuy qui foutient
une thefe,même ayant un air
de fingularité , ait le droit &
l'ufage pour luy , de parler le
dernier , je declare que je renonce
deformais à cette prerogative
. Que mon dernier
Adverfaire & fes Alliez foient
contens dans leur Lycophilie .
Pour moy je le feray dans
mon averfion pour cet horri
ble animal , & cette averfion
72 MERCURE
n'eft pas fondée ſur les idées
de quelques fiécles . Noſtre
Poëte avoit la même horreur
du Loup , qu'on l'a aujour
d'huy , Trifte Lupus , dit - il , &
Appollon , le Dieu du Poëte,
compte entre fes Titres , celuy
de Lycoctonos : Destructeur
des Loups . Je luis , & c .
Voicy une fuite de ce que
je vous ay déja envoyé de
l'Algebre. Vous fçavez que
la Theorie de cette Science
excite des idées d'univerfalité
qui ont leurs avantages particuliers,
& que l'Algebre prati
que
GALANT: 73.
que furprend agréablement ,
quand on l'employe pour re
foudre des difficultez de fa jurifdictionparticuliere
;mais el
les ont encore d'autres uſages
quand on s'en fert pour acquerir
des connoiffances d'un
ordre different. C'eſt principalement
à la Geometrie que
l'on doit les appliquer , parce
que certe Science eft confiderable
en foy , qu'elles ne
peuvent rien y conclurre
qui ne foit vray, & que c'eft
voye neceffaire pour les
faire fervir à d'autres parties
de Mathematique , & à la
Juillet 1697.
la
G
74 MERCURE
Phyfique . La Methode que
vous allez voir icy fur ce fujet
, eft de M. L. & comme
vous avez bien reçu les deux.
Pieces de fa façon , que je
vous ay envoyées , vous ne
ferez pas moins contente de
celle - cy ; car l'Auteur n'em
ploye que la définition des
chofes où il applique l'Alge
bre avec les axiomes convenables
à ces définitions pour
regler les applications qu'il
fait de cette Science en ce qui
regarde les projets .
GALANT.
75
A MONSIEUR
LE MARQUIS DE C ***
JAV
Avois appris les intentions
des Auteurs que vous marquez
par voftre Lettre , &
j'avois répondu par des effets
à leurs premiers Memoires ;
avant que vous m'euffiez
fait l'honneur de me les envoyer.
Vous avez vû auſſi par
d'autres Memoires , qu'ils
blâment beaucoup la maniere
dont je me ſuis fervi pour
leur répondre , & même il
femble que vous foyez de leur
Gij
76 MERCURE
cofté à cet égard. Il eft vray
que pour communiquer des
Regles qui font partie de ma
réponſe , je n'ay pas pris les
mêmes voyes qu'ils ont tenues
pour répandre leurs Memoires
, parce qu'il auroit fal .
lu trop de Copies & trop
de foins pour en donner à
tous les Fauteurs qu'on vouloit
defabufer ; & d'ailleurs ,
n'ayant pour ma deffenfe que
des veritez Mathematiques ,
je ne penfois pas que l'on duft
craindre de les expofer en pu,.
blic. Mais je n'ay point marqué
la force de mes preuves
J
GALANT: 77
ny en quoy elles font contraires
à leurs fuppofitions.
Il y a même quelques-une's
de ces fuppofitions aufquelles
je n'ay rien répondu , à
caule qu'il eft tres - facile de
fçavoir ce que l'on en doit
croire , & que les Ouvrages
qu'ils m'oppofent font entachez
des fautes qu'ils m'im
putent l'admire, neanmoins ,
= leur adreffe & les détours
dont ils fe font aviſez , pour
faire croire que j'avois grand
tort touchant une Methode
que je communiquay par
écrit , il y a quelques années ,
Gij
78 MERCURE
pour appliquer l'Algebre aux
Figures rectilignes , & je ne
m'étonne pas qu'ils ayent furpris
en vous de pareils fentimens
, puifque vous ne l'avez
point vûë. Mais vous en aurez
une idée bien differente ,
Monfieur , fi vous prenez la
peine de voir l'extrait que je
vous envoye , & il fuffiroit
pour me juftifier fur ce fujer ,
que vous vouluffiez le comparer
au dernier Memoire
que vous m'avez marqué.
GALANT. 79
EXTRAIT D'UNE
: Methode pour appliquer Algebre
aux Figures Planes
rectilignes.
NO
· ARTICLE I. On ne donne
que les Définitions & les
Axiomes qui regardent les
Figures Planes rectilignes
pour toute Geometrie , & l'on
fe fert de l'Algebre pour démonftrer
toutes les autres
propofitions qui compofent
les Elemens de cette Methode.
L'on prouve d'abord les
proprietez des paralleles , &
Giiij
80 MERCURE
on les applique au Triangle
& au Parallelogramme.
\ II. Pour faire l'eftimation
des fuperficies rectilignes par
le moyen du calcul , on démontre
que fi deux droites
propofées n'eftoient pas capables
d'une meſure commune
, l'erreur feroit plus petite
qu'une fuperficie donnée fur
une fuperficie auffi grande
que l'on voudra , & de là on
prouve que deux droites ont
toûjours une meſure commune
à parte rei. Car fi l'on
fuppofe que la plus petite erreur
ne foit pas zero , ce fera
GALANT. 81
une erreur effective ; mais il
a efté prouvé que cette erreur
eft plus petite qu'une
quantité quelconque. Done
plus petite que cette fuperfi
cie effective ; ce qui eft contre
l'hypothefe.
III. Pour démontrer les
proprietez des triangles fem
blables , l'on en fuppofe deux
avec toutes ces conditions :
Que les coftez du premier
foient a,b,c & les coftez du fecond
xyz : que l'angle formédu
concours de a & bloit
égal à l'angle de x &y ,
l'angle de b & e égal à celuy
dey & z: que ces deux trian
8: MERCURE
gles foient dans un mêmë
plan , que les coftez c & Z
foient de fuite fur une même
ligne droite , que b & x eftant
prolongez indefiniment , il
Le forme un parallelogramme
dont les coftez foient a &
y, que ce parallelogramme
& les deux triangles fuppofez
forment un triangle total ,
dont les coftez font a plus x,
b plusy , plus c , ce qui fe
peut toujours , felon le
premier
Article. Et l'on prouve
auffi par les Articles precedens
que ces quatre figures
ont un quarré ou un lozange
GALANT. 83
pour meſure commune , dont
les angles font égaux aux angles
de ce parallelogramme
chacun au fien . De là on démontre
que les fuperficies
des Triangles propofez font
la moitié de ab & de xy , que
celle du parallelogramme eft
4y. & que ces trois fuperficies
font celle du triangle total.
Mais l'on a encore la fuperfi .
cie de ce même triangle en
multipliant la moitié de a
plus x par b plusy. Ainfi ces
deux expreffions fourniffent
une égalité dans laquelle on
trouve d'abord que les deux
84 MERCURE
parallelogrammes bx & ay
font égaux entr'eux .
On démontre par la même
voye que by eft égal à cy , &
cx égal à az. Ainfi deux triangles
femblables donnent toutes
ces égalitez & chacune
des trois eft toujours une confequence
des deux autres .
REMARQUES
.
Au lieu de chercher ces deux
égalitez , on auroit pù les fuppofer,
ce qui auroit changé leproblême
Theorême..
Cette même propofition fe démontre
par
la 47. 1. d'Euclide ,
& comme cet Auteur n'a poins
GALANT. 85
• fuppofé de mesure commune à cet
égard , ce feroit une voye pour
Césablirla poffibilité de cette meſure.
ou pour l'éviter dans unefuite in-
ㄢ
e
finie de queftions .
On a encore conclu de ce troifiéme
Article , que les triangles équiangles
ont leurs cofte proportionnels
, démontré toutes les
proprietez
des quantitez proportion .
nelles . Mais on ne la fait que,
pours'accommoder aux termes
aux manières des Geometres , n'y
voyant prefque point d'autre uti
litépour lesMathematiques.
COROLLAIRE . Si l'on a un
triangle dont tous les angles
86 MERCURE
foient donnez & que l'on en
faffe un autre qui ait les mê
mes angles , l'on aura deux
le moyen de ce
1
égalitez par
troifiéme Article.
REMARQUES.
Des deux égalirez que fournit
ce Corollaire , on pourroit
en tirer des expreffions pour les
trois coftez du triangle propofé
qui n'auroient qu'une même
inconnuë , & cette inconnué eft
toujours au premier degré , quand
・on n'y introduit point le rapport'
des coffez du triangle que l'on
forme.
Pour l'ordinaire on fait ce
CALANT. 87
2
triangle , enforte quefes coftezfone
relatifs à un cercle & dans ce cas
on les appelle finus.
L'on a encore des tables où ces
finus font calculez par approxi .
mation , ce qui fournit d'abord un
triangle en nombres pour la prati
que , mais ily a des occafions on
ilfaudroit exprimer exactement
lerapport de ces finus pour bien re,
foudre la question.
IV. Lors qu'il y a un Angle
donné dans un Triangle , il
fournit toujours une égalité.
Car fi l'on fuppofe que
foit le cofté oppofé à l'angle
donné , que x & foient les
88 MERCURE
deux autres costez , que a foit
le finus de l'angle droit , & cle
finus du complement de l'angle
donné. Alors le ſolide a z z
eft égal aux deux folides a v v ,
4xx, plus 2cxv, quand l'angle
donné eft obtus , & moins
acxv , lors que cet angle eft
aigu.
REMARQUES.
Ces derniers Articles compren
nent la Trigonometrie
ordinaire ,
✔ont encore un ufage dont l'étendue
eftfort confiderable en Geometrie.
2 V. Si un des angles d'un
triangle doit eftre égal à un
GALANT. 89
angle d'un autre triangle , on
peut toujours en tirer une
égalité.
Car fi les coftez du premier
triangle font ab c , que ceux
du fecond foient e , f, d. &
que l'angle formé de b & c
bit égal à l'angle formé par
e , f. alors la fomme de ces
trois fur fofides : bcdd , efcc ,
efbb eſt égale à la ſomme des
trois efna, bcee , boff.
REMARQUE.
De là on tire pluſieurs corollaires
pour les figures , où un même
angle fe trouve en differens
Juillet, 1697.
H
90୨୦
MERCURE
triangles; pour les angles oppofez
par la pointe , &c.
VI. Si une droite diviſe un
angle d'un triangle en deux
parties égales , & qu'elle foit
prolongée , jufques à ce qu'-
elle ait atteint le cofté oppofé
, l'on peut toujours en tirer
deux égalitez .
Car fi deux coftez qui comprennent
l'angle divifé font
b,f quee & efoient les deux
fegmens du cofté oppofé, que
d foit la coupante , & que b, d, c.
foient les coftez d'un des
triangles partiels ; alors les
deux rectangles be, cf, fent
GALANT.
11
0
toujours égaux entre eux , &
ilarrive toujours aufli que bif
eft égal à la fomme ceplus dd.-
Ce qui s'abrege lors que les
deux ſegmens du cofté oppofé
font égaux entre eux.
REMARQUES.
Si l'on plaçoit les egalite aw
prés des figures d'où on les a urées,
& que l'on mift dans une même
planche toutes les figures quefourniffent
les élemens de cene Meihode,
ceta fuffinoit pour en exciter le
fouvenir , e c'est ainsi que l'on
fera quand on donnera une ample
explication de toutes les regles qui
la compofent , & particulierement
Hij
92 MERCURE
de celles dont il eft parlé aux articlesfuivans.
VII. Par le moyen de ce
dernier Article il eft facile de
regler la divifion des angles,
la conftruction des polygones
reguliers , les rapports de fi
nus qui font exprimables par
des égalitez, L'on peut auffi
par la même voye former des
polygones dont les angles
foient entre eux , comme
nombre à nombre , & réloudre
les égalitez rationnelles
dont les differentes inconnuës
n'expriment que des angles
, en prenant un même
GALANT: 93
point pour le fommet commun
de tous ces angles , ou
de plufieurs , & en d'autres
manieres.
Si l'on veut introduire des
caracteres accommodans
pour exprimer les rapports &
les differences des égalitez
qui le forment pour la divifion
des angles par le moyen
de l'article précedent ; l'on
pourra en tirer des confequences
qui ferviront beaucoup
àl'élégance d'un Canon
general fur cet article , qui
feroient encore utiles pour
fon inverſe , & pour les an94
MERCURE
gles dont le rapport eft irra
tionnel.
VIII. Si des droites furun
même plan paffent parun
même point & par les fommes
de tous les angles d'un
polygone déterminé , l'on en
peut tirer autant d'égalitez
differentes qu'il y a de coftez
moins deux au même circuit ;
en forte
que file polygone
avoit
7. coftez
, & qu'il
n'y euft
qu'un
point
propoſé
, l'on
pourroit
en tirer
égalitez
;
& s'il y avoit
4 de ces points
de concours
, l'on auroit
20
égalitez
, &c.
GALANT .
95
Cela fe démontre aisément
par le moyen de l'Article
mais comme la regle , qu'il
fournit eft longue pour la pra
tique , il eft bon de recourir à
d'autres voyes pour l'abreger,
Qu pour en former une autre ,
& labregement en eft confi
derable, lors que les points de
concours fe trouvent fur les
coftez du polygone.
S'il arrive que des droites
qui aboutiflent au point de
concours paffent par un cofté
du polygone , comme on voudra
, l'on peut en tirer des
égalitez par le moyen de cẹ
96 MERCURE
même Article , foit en rappor
tant ce nouveau cas au dernier
, ou en fuppofant que ce
polygone vient d'un autre
donte quelques angles ont
efté détruits , ou bien formant
les égalitez , fans s'occuper
de ce rapport ny de cette fuppofition
.
On peut appliquer ce mê
me Article aux polygones indéterminez
en obfervant, de
prendre pour inconnuës ou
pour indeterminées plufieurs
lignes qui font connues &
determinées quand le poly
gone eft determiné.
Cer
GALANT:
97
Cet Article eft encore utile
pour les propofitions où il y
a des points requis , pour la
conftitution des polygones ,
pour exprimer la relation des
parties qui les compofent ,
celles des differens polygo
nes , & c .
REMARQUE.
Ily a des propofitions dans
cette Methode pour exprimer le
rapport des fuperficies rectilignes
par des égalitez ; mais on ne les
donne point, parce que l'on ne veut
marquericy que les propofitions où
il pouroit y avoir quelque diffi
culté, & celles quipeuventſervir,
Juillet 1697.
I
98 MERCURE
pour les expliquer , ou pour marquer
l'ordre qu'on a gardé.
IX . Sila figure d'une que
ftion eft entierement reduite
en triangles , & que l'on ob .
ferve les angles communs
avec les points de concours ,
qui fe découvrent par la ſeule
infpection de cette figure.
Alors les articles 5. & 8 fourniront
toutes les égalitez, neceffaires
qui ne font point
marquées en termes exprés
par l'énoncé de la queſtion ,
& ces deux articles , avec les
autres regles de la Methode ,
donneront les autres égaliGALANT.
99
"
tez ; de maniere que les unes
& les autres enſemble exprimeront
toute la détermination
dont les Problêmes re
tilignes font capables , &
qu'on y trouvera les réfolu
tions les plus élegantes , fion
réduit les égalitez aux termes
les plus fimples .
REMARQUES.
Mais il n'arrive point tou
jours que l'operation foit la plus
courte pour trouverles refolutions
les plus élegantes , & il importe
beaucoup de l'abreger pour le progrés
des Mathematiques. Il eft
vray neanmoins qu'aprés avoir
I ij
100 MERCURE
trouvé les plus belles refolutions
par l'examen analytique des éga
livez , on peut voir comment on
auroit dú faire poury arriver par
le plus court chemin , & cela peut
fervir pourformer des regles particulieres
autant qu'on voudra,
en tirer des inductions pour des
abregemens d'une étenduë confiderable.
Mais comme les voyes generales
que l'on a pour y réuſſir
les
font fort ennuyeufes , & que
alirez dont il s'agit ont une origine
particuliere, qui doit parcon-
Jequent fournir des abregemens
particuliers ; il eft neceffaire d'y
faire attention pour en tirer a-van'
GALANT. 151
que
celle
tage. 1 ° . L'on peut faire des formüles
particulieres pour les cas
particuliers quifont les plus confi
derables, Par exemple fil'onprend
la figure qui eft défignée par le 6.
article , & qu'au lieu de chercher
une égalité par la bifection de
l'angle , on ne cherche
d'un angle commun , l'on trovera
que la fomme des deux folides
ebb , cff, est égale aux quatre
folides cdd , cee , ecc , edd
pris enfemble; à quoy fe reduit
l'égalisè furfolide du s . article;
ce qui eft utile pour le 8 , Et ily a
des cas où c'eft encore un abrege,
ment de prendre les égalitez partia
I iij
102 MERCURE
culieres , que l'on fait naistre pour
trouver cesfortes deformules,plú
toft que lesformules mêmes ; d'où
il refulte une figure fupposée , qui
eft differente de la figure de l'énoncé,
qui fournit fouvent des
égalite plusfimples. 2. On abrege
prefque toujours quand on confidere
plufieurs conditions ensemble
au lieu de confiderer chacune à
part , & qu'on profite de la liaifon
qui fe trouve entre elles . C'eft
même un avantage de les réanir
pour en compofer des figures qui
donnent des égalitez commodes.
Cette réunion fe peut toujours
faire en transferant des angles
GALANT Ioż
des prolongemens
des lignes, & quelquefois il nefaur
pour
cela
que
comme il arrive quand on a deux
anglesfur un plan,&que l'onveur
faire que ces deux angles , ou leurs
égaux, ou leurs complèmens ,foient
du circuit d'un même quadrilatere.
3. Silon defigne les divers angles
de la figure par des lettres diffe-
・rentes , & que l'on forme des éga
lisezdu premierdegrépar le moyen
des Theoremes du premier article,
il arrive en plufieurs cas que cès
égalitez donnent des rapports
d'angles qui n'eftoient pas marquez
dans l'énoncé, & qui fourniffent
des égalitez commodes.
I iiij
104 MERCURE
Toutes les colones finales dont tou
tes ces petites égalitezfont capables
, renferment tous ces rapports.
4. Il arrive fouvent que l'onpeut
diftribuer en plufieurs manieres les
conditions d'une même question ,
& que chacune de ces manieres
fuffit pour remplir toute sa détermination
par des égalitez. S'ily
a un triangle donné par exemple,
il fuffit deprendre fes trois coftez,
ou deux coftez avec l'égalité que
donne un des angles , ou celle que
donne fa fuperficie , &c. ainfi il
y a un choix abregeant . s. Quelquefois
il arrive que les conditions
d'une questionfepeuvent tellement
GALANT. 105
1
Separer en d'autres questions que
l'on peut former des égalite pour
chacune , commefielle eftoir independante
des autres . L'on adivisé
cesfortes de détachemens en trois
efpeces ,pour expliquer les differen
tesliaisons quife trouvent
les conditions , & l'on en tire
avantage.
entre
༣༩ སྱཱ་ ས
Tous ces abregemens generaux
font reglez dans la Methode ,
l'on y donne encore des regles démontrées
,par lesquelles il paroift
que toute ligne menée à l'avanture
fournit autant d'égalitez qu'elle
fait introduire dinconnues pour.
déterminer fafituation . Où l'on
156 MERCURE
4
peut voir auffi comment les conditions
qui font naiftre le befoin des
égalitez font celles qui les fourniffent.
Si l'on compare deux lignes
quelconques de la figure qu'onfuppofe
, en chaque queſtion ; ces deux
lignes fe coupent ou elles fe confondent
, ou bien elles font paralleles.
Si elles fe coupent de part ou
d'autre, leurrencontrefera naiftre
des angles communs ,quifourniront
toujours autant d'égalitez que
prolongement fait naiftre d'incons
nuës , & fouvent les égalite
defurcroift qu'ils fourniſſent fervent
pour lier les autres condi
le
GALANT. 107
tions , & pour exprimer les autres
conditions . Si les deux lim
gnes fe confondent , cela diminuë
le nombre des inconnues , ce qui eft
de même quefi l'on en tiroit des
égalitez àl'égard de la détermina .
tion : fi les deux lignes font pas
ralleles , leurs proprietez donnent
auffi des égalitez avantageuses.
L'on a auffi examinè les proprietez
des quadrilateres pour les
fairefervir aux abregemens de la
methode , & pour tirer avantage
des paralleles .
Lors que la question eft indeter
minée il eft fouvent fort utile de
faire en chaque triangle , ow en
108 MERCURE
quelques- uns , que la fomme des
deux coftez quelconques ſurpaſfent
le troifiéme , & de mettre les
petites égalite qui en refultent ,
avec les autres. Il paroift que ce
feroit la meilleure voye s'il s'agif
foit de conftruire un polygone où
il y a beaucoup d'indetermination
; car l'on peut compter chaque
refolution pofitive de ces petites
égalitez , comme une condition
commode en cette occafion , & l'on
fçait que fi le nombre des costez eft
a , celuy des égalitez doit estre za
moins
3.
Cette methode d'appliquer l'Algebre
auxfiguresplanesrectilignes
GALANT . 109
ne fuppofe point des lignes courbes
pourtrouver les égalitez, &fournit
des moyens pour les examiner.
Comme la circonference du cercle
eſt propre pour la meſure des angles
, c'eft auffi la courbe où cette
methode eft le plus utile & il eft
arrivé auffi , voulant la regler que
l'on a rencontré plufieurs proprie .
tez de cette courbe , qui font des
plus notables.
De là on tire un
avantage
confiderable
pour juger de cette
même methode. Car l'on démontre
que tous les milieux qu'elle
fournit , ne peuvent
augmenter
degré naturel de la question que
le
110 MERCURE
par des égalitez planes ou lineai.
res ; enforte que pour trouver la
diminution des reduites , on le peut
toujoursfaire par une ou plufieurs
égalitez dont la plus élevée ne
paffe point le troifiéme degré quoy
que eela nefoitpoint toujoursfai-
Jablepar des divifions immediates
&quefouvent l'on foit obligé de
rapporterla refolution de la reduite
à differentes égalitez qui compofent
un ou plufieurs arbres de retour
pour diftribuer les degrez de
fon élevation.
X. Lorfqu'il s'agit de fçavoir
fi des égalitez données
ont des folutions qui leurs
GALANT IH
foient
communesavecdeségalitez
propofées ; l'on prend les
unes & les autres comme d'une
feule queſtion , & l'on cherche
leurs communs divifeurs
inconnus les plus compofez.
Si l'on n'en trouve aucun
toutes les données n'ont aucune
folution qui leur foit
commune avec les propofées.
S'il le trouve de ces communs
diviſeurs & qu'ils ne foient
point l'effet d'une mauvaiſe
methode , ce qui eſt aisé à
verifier. Alors ils expriment
j un problême dont les refolutions
font communes aux
12 MERCURE
égalitez données & au propo
fées. Ainfi la refolution generåle
de ce problême fournit
la demonſtration generale du
Theorême propolé. Et fi ce
problême eſt impoffible , l'on
peut affurer que le Theorême
n'eft pas veritable .
Ainfi quand on a un theorême
de Geometrie , il n'y a
qu'à exprimer toutes ſes conditions
propofées & données
par des égalitez , & y appliquer
la regle. Enſuite l'on
peut fupprimer l'Algebre &
s'énoncer à la maniére des
Geometres pour les opera
GALANT.
113
tions & pour les raiſonnemens
; par le moyen des ele .
mens Algebriques & Geometriques
.
REMARQUE.
Comme l'on necherche ordinai
rement les communs divifeurs que
par la feule methode d'évanouir.
les inconnuës , & qu'il peut s'en
introduire qui ne conviennent
point aux égalite propofées,
quoy que l'on fçache fi la lettre.
qu'onfait évanouirfe trouve dans
lecommun divifeur , l'on éviterois
toûjours cet inconvenient par les
diftributions que
ce sujet au traité d' Algebre. Et,
Juillet 1697.
l'on a regléesfur
K
114 MERCURE
pourles divifeurs qui fuopofent u ·
ne partie de ce que l'on cherche , l'on
pourroit prendre tous les coëfficiens
de l'inconnue dont on poursuit l'é.
vanauiffement ,fuppofer que cha
cun eſt égal à zero , & mettre l´s
égalitez qui en refultent avec les
autres égalitez du noeud
expedie, crc.Ou bien fefervir des
dutres moyens que l'on a donnez
poar n'eftre point trompéfur cette
espece d'égalitez.
que
L'on
Lors que plufieurs reduitesfont
les mêmes , chacune eft prife pour
le commun divifeur.
XI. Toutes les conditions
du Problême rectiligne ayant
GALANT. . Ils
1
efté exprimées par des égalitez
& cherchant à faire éva
noüir les inconnuës pour
refoudre ; il peut arriver que
l'on trouve un divifeur qui
foit commun à quelques-unes
de ces égalitez , & dans ce
cas l'on n'a qu'à fuivre les dif
tributions que preferit l'arbre
de direction fur ce fujet ,
#pour trouver toutes les folutions
du problême , ou pour
s'aflurer de l'indetermina
tion , & c.
1
Mais il peur arriver que des
reduites ayent un même divifeur
inconnu , qu'il ne foir
Kij
116 MERCURE
pas commun à des propoſées ,
& qu'il n'ait point efté introduit
par la methode , auquel
cas l'égalité formée de ce
commun divifeur doit eftre
fubftituée au lieu de ces re.
duites dans l'arbre de retour.
Ou bien l'on peut prendre
toutes les égalitez propofées
dont on s'eft fervi pour trouver
ces mêmes reduites , &
rejetter du problême toutes
ces égalitez , hormis une , prife
comme on voudra.
!
REMARQUES.
Ce n'est pas une fort grande
difficulté de regler tellement lameGALANT:
17
thode desfigures planes rectilignes
qu'elle ne fourniffe jamais plus
d'égalite qu'il n'en faut , pour
exprimer toutes les conditions de
ces figures. Mais il n'eft pas aifé
de donner une regle fuffifante &
Specifique pour trouver la reduite
de cesfortes d'égalitez par le plus
court chemin , de maniere quelle
ne renferme rien de fuperflu.
Si l'on défigne tous lesfegmens
= pardes lettres , que l'on prennetous
les arbres de retour que peuvent
fournir les égalitez ; enforte que
chaquefegment foitl'inconnue d'u
ne 1e
reduie , & que l'on trouve
à chacune de ces reduites tous les
?
118 MERCURE
par
abregemen sdont ellesfont capables.
les voyes analytiques ,foit en
rejettant lefuperflu , foit en diftribuant
le neceffaire quant aux de
grez & aux termes . Alors on
pourra s'appercevoir comment on
auroit dû faire pour ne former
que les égalitez neceffaires &
pour trouver les reduites les plus
Simples par la voye la plus courte.
Ce qui peur avoir un bon &
mauvan uſage
XII. Les problêmes rectilignes
ayant efté exprimez
par des égalitez , & ces égali .
tez eftant transformées en arbre
de retour , ont rabat l'inu
GALANT. 119
tile , & on le refout en nombre
ou en lignes.
>
Lors qu'on les refour en
nombres , & que leurs racines
ne font pas rationelles , on ne
peut les trouver que par des
approximations , & quelque
fois elles dépendent les unes
des autres. Ce qui n'empêche
pas de pourſuivre jufques à ce
que l'erreur , eft plus petite
qu'aucune fuperficie donnée
fur la figure rectiligne que
l'on cherche , & de marquer
un terme aux operations.
Si l'on fuppofe la poffibilité
d'une melure commune , &
120 MERCURE
que les courbes Geometriques
foient exactement form
mées , l'on explique par leuri
moyen la refolution exacte
des égalitez dont les degrez
font irrationels ; & c'eft peureftre
à cauſe de cet avantage
,
que les Mathematiciens ont
regardé les effections geome
triques , comme une partie
de l'Algebre
.
De plus , il eft naturel que
les queftions de Geometriet
foient geometriquement re
foluës , & de reloudre les
blêmes rectilignes par des lignes,
du moins pour la Theorie.
prot
Mais
GALANT. 121
Mais fi les effections geometriques
fervent aux problêmes
des figures planes re.
Ailignes , ces figures font neceffaires
pour regler ces effections
, & il n'y en a aucune
qui ne ſerve à des cas particu
liers pour l'elegance. Ainfi
ces problêmes font partie de
l'Algébre,
Pour former la methode
generale des effections géometriques
, on a fuppofé deur
courbes fur un plan dans toures
les fituations poffibles , &
on les rapporte à deux cas
generaux .
Juillet 1697. L
122 MERCURE
Silon fuppofe que les deux
courbes fe coupent en un
point quelconque du même
plan , que deux droites
font menées de ce même
point , en forte que chacune
foit parallele à un des
axes , & qu'elle rencontre
l'autre , il en refulte toujours
un parallelogramme , & fup .
pofant auffi les ordonnées de
ces courbes qui aboutiſſent
au même point , il ſe forme
une figure rectiligne dont les
égalitéz font toujours du premier
degré, hormis celles qui
expriment la nature des cour
GALANT: 123
bes. Mais outre cela , il faut
ſuppoſer une droite qui coupe
les deux axes , quand elles
font paralleles pour fixer
leur fituation réciproque ,
ce qui n'eſt pas neceſſaire
quand elles fe coupent ; a
caule qu'ils font affez affujettis
par l'angle de leur
commune ſection.
On peut fuppofer en chacun
de ces deux cas , que les
deux axes fe confondent
, que
les centres le réuniffent , &
trouver ailément les autres
conftructions
particulieres
ui en dépendent . Mais
Lij
MERCURE
4
melure que l'on fimplifie cee
te figure rectiligne , elle four,
nit moins d'inconnues ou
d'indéterminées , pour les é
galitez auxiliaires , que la me
thode fait naiftre .
REMARQUES .
Comme l'on n'a befoin pour
chaque effection geometrique ;
d'une des folutions que four
nit le problême auxiliaire qui fe
forme pour y parvenir, & qu'il
Juffit que les reduites de ce proble
me nefoient pas d'un degré plus
élevé Les courbes dont on fe
que
fert , l'on peut choisir parmy les
differentesfolutions de ce proble
que
GALANT 125
•
me , celle qui est la plus avansageuse
pour arriver au but,
Les points notables des courbes,
les differentes difpofitions de leurs
• axes ,fuivant qu'elles font tan
gentes , fecantes , au afsymptotes,
& qu'elles paffens, ou non , par les
• points norables , rout
cela
fert beaucoup pour trouver les refolutions
les plus élegantes , & fi
l'on veut que les questions nefoient
pas proposées , mais choifies , l'on
peut aisément en compofer des v
lumes.
L'on peut encore trouver , par
ordre ,les plus belles folutions ,
fans aucune difficulté,fi l'on prend
Liii
126 MERCURE
2
defuite tous les lieux geometriques
les plusfimples deux àdeux,
& que l'on regarde leur reduite
comme une proposée. Alorsl'inde_
termination des lieux fournit des
exemplès autant qu'on en vent¸
dont lélegance pourroit furpren
dre fi l'on n'en voyoit pas l'arti
fice.
Mais pour trouver les refolutions
les plus élégantes d'un"pro-
" biéme proposé ilfaut y fairefervir
toutes les conditions qui té confti .
tuent , à l'effection geometrique
qui doit le résoudre , de maniere
que l'élegance foit principalement
tirée de ces conditions .
GALANT. 127
i C'eftau contraire la moinscon.
fiderable de Loures les refolutions
dum probléme,de fairefervircom
res les courbes qui doivent le réfoudre
pour trouver des égalitez
- qui en expriment les conditionss
parce que celafuppofe ce qui eft
en question , & que chacun pour.
roit aisément faire de même en
rour autreproblême , aprés l'avoir
refolu par une bonne merbode .
2006Man l'on peut diftribuer une
refolution legitime en plufieurs
propofitions , de maniere que celles
qui fuivent forent expliquées e
·demontrées par le moyen de celles
qui precedent , & s'il fe trouve
6
Liiij
128
MRCUREE
des gens qui
n'envifagent
que la
derniere
propofition , & qui , par
cette
raison , fe
figurent & que ta
refolution
de ce
Problême
est fort
élegante ; ce n'eſt point lafaute de
celuy qui l'a
donnée , puis qu'il
n'arienfait en cela qui ait dû im
pofer.
On peut obferver icy enpaffant,
que l'on voit naiſtre des effections
geometriques , plufieurs reglespour
les tangentes , & ces effections
pourroient eftre une occafion pour
perfectionner la methode de faire
évanouir les
inconnues ; comme
la
determination des points nota
bles dans les courbes , &c, a pu
GALANT. 129
eftreune occafion pour la détermi
nation des racines.
Lors que l'égalitéproposée eft
réelle & indéterminée , c'eft une
élegance de faire fervirfon indetermination
pourformer une regle
quila redwife au degré le plus fim
ple , afin de la pouvoir conftruire
par des lieux geometriques qui
foient auffi du degré le plus bas ,
autant que cela eft poffible. En
cela on pourroitfe fervirdes Re
gles deDiophante & defes Com
mentateurs ; mais ces Regles font
fort peu confiderables en comparaifon
de la methode dont on auroit
befoin pour remplir ce projet,
f
130 MERCURE
cependant
& on peut enjugerpar leursque
ftions mêmes. Ilsfe propofent pour
exemple , de trouver deux cubes
dont la fomme foit égale àun cube,
dont les racines forent du
premier degré; mais ils nerendent
pas raifon de l'impoffibilité de re
Joudre ce probleme ,
onfçait d'ailleurs qu'il n'estjamais
poffible de trouver trou puiffance
au de là du quarré, quiſoient éga
lement élevées , dont les racines
foient du premier degré, & dont
lafomme ou la difference des deux
premieres foit égale à la troisième
Ce que l'on demontre par une
Theorie quifournit de bonn sreGALANT.
131
l
regles fur ce fujer , & qui n'eftpas
neanmoins encore affez parfaite.
pour reduire les égalitez indeter
minées à un degré donné , où pour
prouver l'impoffibilité d'y reaffir.;
D
XIII. Lorfque toutes les
#
conditions d'un problême
ontefté exprimées par des é.
galitez, & que toutes ces égalitez
font refolues , ce problê
me eft changé en Theorême ,
1 & l'on peut s'affuter en plufieurs
manieres fi les refolution's
ſont veritables . Mais
pour faire qu'on puiſſe éviter
ler preuves particulieres , il
n'y a qu'à démontrer une
#
122 MERCUR E
~
bonne fois l'infaillibité des
trois methodes qui fervent à
cette refolution , & tout ce qui
regarde leur concours & leur
liaifon,
La voye du retour , depuis
la derniere operation de l'ef
fection geometrique jufques
à l'énoncé du Problême, nous
a paru la meilleure voye pour
découvrir les obmiffions &
les fuperfluitez. Elle a même
cet avantage , qu'en faifant
connoiftre tous ces defauts,
elle fait auſſi connoiftre la m
niere de les corriger ; & com.
me on a prouvé, aux Elemens,
ma.
GALANT. 173
1
5
5
l'inverfe des propofitions qui
doivent fervir pour transformer
les Problêmes en égalitez
, ces égalitez en arbre de
retour, & cet arbre en calonnes
finales , foit par nombres
ou par lignes , il ne reste aucune
difficulté confiderable
pour la démonstration generale
des methodes que l'on
donne pour ces trois trans.
formations.
REMARQUES.
Ayant prouvé que les methodes
embraffent toutes les condi
sions, & qu'elles retranchent en.
fin toutes les inutilitez qu'elles
134 MERCURE
ont introduites , ilfuffit defçavoir.
que tousles refultats des operations
font desfuites neceffaires des conditions
dela queftion, pour demontrer
generalement toutes ces methodes
par le moyen de leurs Elemens
, fans fe fervir des inverfes
ny de la voye du retour.
Parmy les differentes voyes qui
fe prefentent pour la dèmonftra.
tion des des Theoremes , c'en est une
fort generale d'ajoûter des inde
terminées aux quantitez pour
faire voir que ces indeterminées
deviennent des zeros quand on
attache des conditions à ces quantiu
fuivant la teneur du Theo,
GALANT. . 135.
rême. Cela fe decouvre toujours
par l'évanouiffement des inconnues
, il eft conftant que ces in- &
determinées ne pouvant estre que
des zeros , ces quantitez ne peu
vent pas auffi cftre augmentées ni
diminuées ; ce quifournit d'abord
des preuves par l'impoſſible , &
l'on pourroit en tirer des preuves
directes.
Je vous envoye une Lettre
de M' l'Abbé
de Villiers,
connu par tant d'excellentes
Prédications
. Son nom (uffiroit
pour vous donner beaucoup
d'empreffement
à la lices
136 MERCURE
mais vous le fentirez redout
bler , quand vous en aurez
connu la matiere par le titre .
LETTRE SUR L'ORAISON
DES QUIETISTES.
Où l'on fait voir les fources
de leur illufion.
Sar A M......
M...
Puis que vous m'ordonnez
de vous dire mon fentiment
fur la nouvelle Oraiſon qui
fait tant de bruit , je dois your
GALANT. 137.
56
faire d'abord une expofition
exacte du caractere & de la
nature de cette Oraifon.
Elle confifte dans une union
parfaite de l'ame avec Dieu ,
en forte que les Quietistes
font perfuadez que dés que
par un Acte qu'ils appellent
de Foy pure ou de pur amour,
ils ont élevé leur coeur & leur
efprit à Dieu , ils font unis à
luy d'une maniere fi intime,
& fi abfolue, que rien ne peut
les en feparer qu'un Acte formel
& pofitif, par lequel ils
revoqueroient , le premier
Acte d'amour ou de foy qui
Juillet 1697.
in
M
123 MERCURE
forme leur Union .
Alors , c'eſt à dire pendant
que dure cette Union , ils fe
croyent comme transformez
en Dieu ; & perfuadez que
c'eft Dieu qui pendant tout
ce temps la agit en eux , ils fe
perfuadent par confequent
que toutes les penſées qui
leur viennent alors dans l'efprit
, & que tous les mouvemens
qui naiffent dans leur
coeur , viennent de Dieu ; en
un mot , que c'est moins leur
efprit & leur coeur qui penſe .
& qui agit , que Dieu même.
De là vient qu'ils regardent
GALANT 139
comme desimperfections , &
même comme des infidelitez,
tous les defirs , & toutes les
Prieres , quelque faint qu'en
puft eftre le motif; enfin tou
tes fortes de reflexions & de
retours fur eux mêmes , parce
que tout cela renferme une
elpece d'intereft , & qu'ils
doivent eftre filoccupez du
Dieu qui les poffede , qu'ils
foient à l'égard d'eux mêmes
dans une indifference abfo
htëza ob jam nub bugb16
En cet eftat ils font enric
rement indifferens pour leur
falut on pourleur damnation,
Mi
140 MERCURE
2
pour le mal même , & pour
tout ce qui pourroit estre appellé
peché, fe figurant que
ce qui eft un mal felon les no.
tions des hommes , ne l'eft
plus dés que Dieu , qui ne
peut eftre auteur que du bien ,
agit en eux. Ainfi le mal, à l'égard
d'une ame élevée à cet
eftat , n'eft plus un mal , & ce
feroit même une imperfection
à cette ame d'eftre touchée
de remords & de honte
à l'égard d'un mal de cette
nature.
9 Voilà en peu de mots , ce
que c'eft que l'Oraifon des
GALANT: 141
•
=>
8
Quietistes . Vous m'accuſerez
de leur en impoſer , mais je
- ne vous ay rien dit , ou qui ne
foit clairement expliqué dans
leurs ouvrages , ou qui ne ſe
tire évidemment de leurs
principes . Vous en ferez convaincu
, fi vous lifez les Actes
de la condamnation de Moli,
nos , ou les extraits qu'ont
fait de quelques- uns de leurs
Ecrits ceux de Noffeigneurs
les Evêques , qui ont publié
des Ordonnances contreeux.
I
Si vous continuez de dire
& qu'il n'eft pas poffible que des
# 12 MERCURE
threſtiens en viennent à ce
point d'illafion & dextrava
gance , je vous répondray que
vous n'avez pas fait attention
à tous les déreglemens dont
l'homme eft capable lors qu'il
elt abandonné à luy même. :
Il ne faut que vous dire que
c'eſt l'orgueil qui a égaré les
nouveaux Mystiques , pour
vous faire croire que leur éga
rement eft tel que je viens de
vous le reprefenter!
Ainfi pendant que d'autres
travaillent avec tant de folie
dicé & de fruit à faire voir par
un long détail de railonne.
GALANT 143
mens & d'autoritez les con
tradictions & des erreurs de
l'Oraifon des Quietiftes , je
vais tâcher de vous découvrir
la fource de leur illufion , &
de vous rendre kur égare.
ment fenfible, en vous failant
voir par quel chemin ils le
font égarez . Je ne puis mieux,
ce me femble, fatisfaire à l'ordrejque
vous m'avez donné de
vous mander mes fentimens
fur cette matiere.is
Je n'examine point s'il y a
d.sames que Dieu dans cette
vie conduit hors de la route ›
commune , & fi par l'infpira
144 MERCURE
tion il nous difpenfe quelque
fois des regles ordinaires. Je
fuis perfuadé que , fi cela arrive
, les ames en qui Dieu agit
de la forte , reffemblent à l'A
poftre S. Paul, qui aprés avoir
efté élevé au troifiéme Ciel ,
n'a pas crû pouvoir expliquer
ce miracle , ny endre un compré
exact de ce qu'il avoit vâ
& de ce qu'il avoit entendu
dans cette fublime élevation
, tant il a cfté éloigné de
vouloir nous la reprefenter
comme un estat fixe & per.
manent , ainsi que font les
Quieriftes en parlant de leur
prétenduë
*
GALANT. 7
145
prétenduë
transformation
.
A Dieu ne plaife que je dife
& que je pense que la main du
Seigneur foit racourcie. Je no
doute point qu'il n'y ait encore
aujourd'huy
des ames
juftes & fidelles que Dieu favorife
de fes dons , & qu'il
éleve à la plus haute contemplation
; mais je croy pouvoir
dire qu'il n'yen a point qui fe
faffe de fes miracles
paffagers
un eftat continuel ; qui ne s'y
foutienne par la ferveur de la
priere , par des defirs ardens
de la felicité éternelle, par une
horreur & une fuite exacte du
Juillet 1697 .
N
14.6 MERCURE
peché , & par de frequentes
reflexions fur foy. même. C'eft
par ces degrez que l'ame fidelle
s'éleve à la contempla
tion ; c'est par la pratique de
ces précautions & de ces ver
tus qu'elle devient parfaite ,
mais fur tout par une humilité
profonde qui l'empêche
de chercher du rafinement ,
fi je puis m'expliquer de la
forte , où Dieu ne demande
que de la fimplicité.
C'eſt le rafinement qui eft
la principale & prefque l'uni
que fource de l'illufion des
Quietistes.
GALANT. 147
Les déreglemens dont quelques-
uns d'entre eux ont efté
convaincus , pourroient faire
croire que leur corruption &
leurs vices ont efté les premieres
fources de leur illufion
, & que pour ne point
faire de fcrupule des defordres
pour lesquels ils avoient
du penchant , & dont peuteftre
ils avoient contracté la
malheureufe habitude, ils ont
cherché à fe perfuader qu'il
E pouvoit y avoir un eftat , où
ces defordres devenoient indifferens.
Car combien fouvent
arrive- t- il que l'homme
Nij
148 MERCURE
pecheur ſe demande à luy?
même dans la corruption de
Ion coeur, mais cecy & celá est il
peché ? Combien ces queſtions
font-elles ordinaires aux a
mes que le monde & le vice
poffedent ? Combien en trou.
ve-t on parmy les Chreftiens
les plus incapables de raifon
ner , qui prétendent avoir des
raifons pour juftifier ce que
la Religion condamne ? Si
donc il fe trouve des Chreftiens
qui fans d'autre autorité
que celle de leur penchant au
mal , cherchent à s'ébloüir
fur la nature & la griéveté de
GALANT. 149
7
Certains pechez,faut- il s'étonner
qu'il y en ait qui joignant
à cette corruption l'ufage des
chofes faintes , & un eſprit
rempli de foy même , fe font
évanouis dans leurs pensées ,
jufqu'à vouloir même faire
fervir aux plus groffiers déreglemens
les chofes faintes
dont ils avoient l'ufage ?
L'Hiftoire ne nous fournit
que trop d'exemples de cette
illufion , & c'eft aprés tant de
funeftes exemplesqu'on
pour
roit croire que certaines ames
forbles & fenfuelles fe fentant
maiftrifées par des paffions
N iij
150 MERCURE
impures qu'elles ne peuvent
fe
refoudre d'attaquer par la
mortification & par les bonnes
oeuvres , ont tâché de fe
perfuader que ces paffions , &
les effets qu'elles produifent,
pouvoient quelquefois eftre
involontaires , & que , fur ce
plan , elles ont imaginé qu'il
le pouvoit faire une fepara
tion parfaite de la partie furieure
de noftre ame , d'avec
la partie inferieure . Elles ont
cherché ce qui pouvoit faire
cette feparation , & elles ont
crûle trouver dans cette prétenduë
union de l'ame avec
GALANT.
151
་
!
Dieu ; car alors la partie fuperieure
eftant, à ce qu'ils s'imat
ginent , abforbée en Dieu,
tout ce qui vient de la partie
inferieure eft cenfé involontaire
, & par conſequent indifferent.
Ainfi on peut fouf
frir & regarder fans fcrupule
tout ce qui fe paffe dans les
fens.
Si ce n'eftoit là que la four,
ce de l'illufion des Quietiftes,
il faudroit, pours'y laiffer fur
prendre , avoir imaginé une
nouvelle Religion , & même
unePhilofophie nouvelle ,puis
que felon lesprincipes avoüicz
Nij
152 MERCURE
& reconnus de tout le monde,
quoy qu'il y ait deux parties
en l'homme , il n'eft pas pof
file de les feparer de telle for
te , qu'elles ne partagent pas
les actions de l'homme qui
demandent de la reflexion ,
ou qui la font naiſtre infail-
Jiblement , telles que font les
actions par où nos paffions
produisent leurs effets ; & à
l'égard de la Religion , c'eſt
en renverser les premiers prin
cipes que de pretendre que
l'union de l'ame avecDieu par
le moyen de l'Oraifon , fait
que les déreglemens de nos
GALANT. 153
"
paffions font comptez pour
rien , puis que l'Oraiſon n'eſt
devenue un moyen de faluc
que parce qu'elle nous fert à
demander & à obtenir la grace
& la volonté de les combattre
& de les vaincre , &
qu'il eft tellement vray que
l'horreur & le combat de ces
paffions font commandez au
Chreftien , qu'il n'y a aucun
eftat pour luy dans ce monde,
où le Seigneur n'ait ordonné
de veiller contre elles,
Mais pour ne point attri
buer aux Quietiftes pour principe
de leur égarement , des
154 MERCURE
paffions qui ont poutant pref
que toujours commencé &
autorisé l'erreur , je croy pouvoir
dire qu'il n'y en a aucun
d'entre eux , quelque reglé
qu'il puiffe eftre dans les
moeurs , qui n'ait commencé
par l'orgueil , par le defaut de
fimplicité , par la présomption
& par l'envie de s'élever au
deffus de l'eftat où Dieu vouloit
eftre fervi & aimé.
Et en effet , quand les veritez
dans lesquelles confifte
l'effence du culte & de l'amour
de Dieu , font propofées
à un efprit qui a le caraGALANT
. 155
tere de fingularité & de préfomption
dont je viens de parler
, quel abus ne peut- il pas
faire de ces divines veritez ?
Dieu veut eftre aimé par deffus
soutes chofes ,
vi en efprit & en verité.
il veut eftrefer-
Voilà les deux caracteres
effentiels de l'amour & du
fervice de Dieu . Ces deux ca.
racteres propoſez à des efprits
qui cherchent de la fingularité
, & qui ne veulent pas
marcher par la route commune,
les ont jettez dans l'erreur ,
& c'eſt là le principal fonde
ment du Quietilme.
156 MERCURE
Au lieu de s'attacher fim
plement à l'obſervation de
ces deux préceptes , & de fe
renfermer dans la maniere
dont Jeſus - Chrift , & toute la
Theologie Chreftienne nous
apprend que nous devons les
obferver , ils ont voulu rencherir
à cet égard fur tout ce
que nous trouvons dans l'E
vangile & dans les Peres ; & à
force de chercher dans l'obſervation
de ces deux préceptes
une perfection chimerique
qui les diftinguaft du
commun , ils en ont perverti
le fens & corrompu l'ufage.
GALANT. 157
1-
re
US
es
0.
ce
E
En confiderant que Dieu
veut eftre aimé par deffus
toutes chofes , ils le font imaginé
que Dieu par le premier
Commandement nous demandoit
une autre perfec
tion que celle qui confiſte à
l'aimer , fans qu'aucun inte
reft partage noftre amour ,
ou luy en difpute la préferen
ce , qui eft le feul veritable
fens de ce Commandement,
& ils ont conclu que pour ai
mer Dieu avec plus de pureté
& moins de partage , ils ne
devoient pas même avoir en
l'aimant la vûëde leur beatitu
18 MERCURE
de nicelle de leur damnation ,
& rafinant fur cette prétendue
perfection ils ont dit ;
puis que nous ne devons enviſager
ny noftre beatitude ny noftre
damnation, ily a donc du defintereffement
à ne point defirer lapremiere
, & à ne point craindre la
feconde. S'ily ade la perfection à
ne point defirer, il y en a à plus
forte raifon à ne point demander,
ne point prier, à ne point`agir
& travailler pour acquerir l'une
pour éviter l'autre. Les defirs
, les prieres, les veilles , les
follicitudes, leur ont paru des
effets d'un amour intereffé &
1
GALANT.
159
groffier. Ils les ont donc ban-
En nis de leur culte , & c'eſt par
ce chemin qu ils font tombez
dans l'indifference & l'abandon
, qui eft une des qualitez
effentielles de leur Orai
n
Dre fon.
Vous comprenez ailément
qu'ils ont pû en raiſonnant ,
comme je viens de les faire
raifonner , tirer ces pernicieu
fes confequences du principe
qui établit qu'ilfaut aimerDien
pardeffus toutes chofes .Voicycelles
qu'ils ont tirées de l'autre
principe , à fçavoir , qu'il faut
fervir Dieu en efpriten verité.
160 MERCURE
Ils ne fe font pas bornez à
croire que Dieu par ce ſecond
Commandement nous demandoit
l'attention , la foumiffion
& le dévoûment de
Pefprit & du coeur dans les
fervices que nous luy rendons
, qui eft encore le veritable
fens de ce Commandement
; mais regardant cette
maniere de fervir Dieu com
me trop vulgaire & trop com
mune , ils le font perfuadé ,
que pour le fervir en efprit &
en verité , il falloit unir fon
efprit à l'efprit de Dieu , par
uneunion plus parfaite & plus
GALANT. 161
J
ad
e.
te
abfolue. Ils ont oublié que
cette parfaite union eftoit refervée
pour le Ciel , & croyant
qu'elle leur eftoit poffible fur
la terre , ils ont efperé pouvoir
la trouver par l'exercice
de la Foy pure & du pur amour.
Ainfi , ont - ils dit , il n'y
a qu'à fçavoir faire un Acte de
pur amour ou de Foy pure pour
parvenirà cette union ; & tane
que cet Acte ne fera point
revoqué par un Acte contraire
, cette union fubfiftera
par la raiſon, qu'une chofe eftant
toujours la même , produit toujours
le même effer. Le coeur &
Fuillet 1697.
O
162 MERCURE
l'efprit eftant arrivez à cette
union avec Dieu , ne doivent
& ne peuvent même plus avoir
part à ce qui fe paffe dans
les ( ens & dans la partie animale
, & par conſequent tout
cela eft indifferent , même ils
ne doivent plus agir , & le
parti que doit prendre une
ame élevée à cette union , c'eft
d'attendre que Dieu agifle en
elle fans rien faire de fon
cofté
.
Voilà comment les Quieti-
Ates ont raiſonné , & leur éga
rement vient de ce qu'à force
de rafinement ils n'ont comGALANT:
163
pris ny le fens , ny l'ufage du
Commandement d'aimer Dieu
= par deffus toutes chofes , & de le
fervir en efprit & en verité,
Ilfuffit donc pour faire voir
leur illufion , de montrer ce
que Dieu a prétendu par ces
deux Commandemens .
Par le Commandement
qu'il nous fait de l'aimer par
deffus toutes chofes , il nous oblige
à luy donner la préference
fur tout ce qui pourroit luy
difputer noftre amour , ou le
7 partager. Ainfi les interefts
qu'il veut que nous banniffions
de fon culte , ne font
O i
164 MERCURE
que les interefts qui pour?
roient cauler ce partage , ou
luy difputer cette préference.
Tout intereft qui n'aura
aucun de ces deux effets , eft
permis & legitime , n'eſtant
point contraire aux intentions
de Dieu .
Qui fommes - nous pour
vouloir ne nous pas conten.
ter de la meſure de perfection
qu'il nous a commandée
?
Je puis donc cftre intereffé
fur tout ce qui , ny en foy , ny
en fes effets , ne partage point
l'amour que je dois à Dieu . Je
dois donc l'eftre à plus forte
GALANT. 165
raiſon fur tout ce qui peut
m'aider à donner à Dieu la
préference qu'il exige . Je puis
donc , & je dois l'eftre fur ma
beatitude éternelle , puis qu'-
en fouhaitant d'eftre heureux
dans le Ciel , j'ay un intereſt
qui me fait aimer Dieu par
deffus toutes chofes , puis qu'il
n'y a que luy qui puifle faire
ma beatitude. Ainfi aimer ma
beatitude , eft dans le fonds
la même chofe qu'aimer
Dieu .
Il y a donc de la contradiction
à dire , que je puis aimer
Dieu, & eftre indifferent pour
166 MERCURE
mon falut & pour ma damna.
tion , puis que le falut n'eft
rien autre chofe que la confommation
de l'amour de
la damnation
Dieu , &
que
renferme
effentiellement
fa
perte
& fa haine
.
S'il y a de l'imperfection ,
ou même du déreglement à
fervir Dieu par l'efperance de
la beatitude & par la crainte
de l'enfer , ce n'eft que quand
cette eſperance &
crainte m'occupent de telle
forte , que je ne regarde que
moy , & que je fuis fi peu
touché deDieu & de la gloire,
Cette
GALANT. 167
que je ferois dans la difpofition
de ne me point foucier de
luy déplaire , s'il ne devoit ny
me recompenfer , ny me punir
. C'est là l'intereft qui deit
eftre banny du culte & de l'amour
de Dieu , parce qu'effeativement
c'est un intereft ,
i qui non feulement partage
l'amour de Dieu, mais qui me
fait me préferer moy même
à luy , puis que je fuis plus occupé
par cette eſperance &
par cette crainte de ce qui me
regarde , que de Dieu même.
C'eft là ce qui proprement
merite le nom d'amour & de
168 MERCURE
culte intereffé. Tel eftoit le
culte & l'amourJudaïque que
Dieu a fi fouvent reprouvé
dans l'Ecriture. Tel eft celuy
des Chreftiens
, qui croyent
pouvoir fervir Dieu fans l'aimer
, n'eftant déterminez à
fon fervice que par l'efperance
du Paradis , ou par la crain
te de l'enfer.
Il y a donc bien de la diffe .
rence entre efperer où craindre
en fervant Dieu , & ne le
fetvir que par le motifde l'ef
perance ou de la crainte .Je ne
puis aimer Dieu fans avoir
cette efperance ou certe
crainte,
GALANT: 169
=
crainte , mais je puis avoir
cette crainte ou cette efperance
fans aimer Dieu.
Je ne puis aimer Dieu fans
avoir cette efperance & cette
crainte , parce que dés que
j'aime Dieu je veux ce qu'il
veut , j'aime ce qu'il aime , &
je hais tout ce qu'il hait . Si
j'aime ce qu'il aime, je dois aimer
, vouloir , defirer & demander
mon falut, parce qu'il
veut me fauver , & qu'il met
fa gloire dans la felicité des
ames qu'il a créées pour luy.
Sije hais ce qu'il bait , je dois
craindre ma damnation , ję
Fuillet 1697.
P
170 MERCURE
dois defirer de l'éviter, je dois
demander des graces pour ce.
la , parce que rien n'eſt plus
l'objet de la haine de Dieu
que le peché conſommé par
la damnation du pecheur.
L'efperance de mon ſalut &
la crainte de ma damnation
font effentiellement renfer
mées dans l'amour que j'ay
pour Dieu , & toutes les précifions
par lesquelles on fepapare
l'Acte de cette elperance
, & celuy de cette crainte
de l'Acte d'amour de Dieu ,
n'empêchent pas que l'amour
de Dieu ne renferme dans la
1
GALANT: 171
fos pratique & l'efperance & la
crainte . Les préciſions ne fervent
qu'à qualifier la diffe-
Drence de ces vèrtus, mais non
pas à en feparer l'uſage à l'égard
d'une ame qui aime
Dieu ; puis que dés qu'elle aime,
elle craint & elle efpere.
Dire donc , j'aimerois Dieu,
er
-1
quandje devrois eftre damné, c'eſt
une fuppofition imaginaire ,
& s'il y a de faintes ames qui
ayent parlé de la forte , il ne
faut regarder cette expreffion
dans leur bouche que comme
une efpece de langage par lequel
elles ont voulu faire en-
Pij
17: MERCURE
tendre combien Dieu eft ai
mable ; car fi elles avoient
prendu , en parlant ainsi ,
dire qu'on peut aimer Dieu
fans efperer fon falut & fans
craindre fa damnation , il y
auroit de la contradiction , &
par confequent de l'illufion
dans leurs paroles .
Bien loin que l'amour de
Dieu excluë l'efperance & le
defir des récompenfes éternelles
, c'eft par ce defir même
& par cette efperance que
les Saints en qui l'amour de
Dieua efté plus parfait & plus
pur , ont exprimé la pureté
GALANT. 173
fi
&la perfection de leur amour.
Il ne faut que lire David &
Saint Paul , pour trouver la
preuve de ce que je dis. L'un
& l'autre , & tous les Saints
aprés eux , dans les plus vio.
lens tranfports de leur amour,
ont defiré de voir Dieu , ont
foupiré aprés le jour heureux
où par la diffolution de leurs
corps, leur ame fe devoit
réunir dans le Ciel à l'objet
de leur amour
Ils ne fe font point aviſez
de faire les précifions qui font
trouver de l'imperfection
dans un amour accompagné
30
de
Piij
174 MERCURE
de crainte & d'efperance. Ils
ont aimé en Dieu un objet infiniment
aimable ; ils ont ef
peré en luy , ils ont craint d'e
ftre privez de fa poffeffion ;
leur amour a renfermé tous
ces fentimens. Ils ne fe font
point demandé à eux mêmes
fous laquelle de ces idées leur
coeur & leur efprit s'attachoit
à Dieu , ils l'ont aimé ; ils
n'ont efté touchez du defir
de leur beatitude que par rap
port à luy , fans qu'ils ayent
cherché par des diſtinctions
frivoles à bannir l'efperance
&la crainte de leur attache
GALANT. 175
ment pour Dieu .
Auffi Jeſus Chriſt , qui eſt
la verité éternelle , & qui à
parfaitement connu quelle
devoit eftre la nature de l'amour
dont il faut aimer Dieu,
en nous donnant l'Oraifon
Dominicale , qui eſt une expreffion
parfaite des difpofitions
& des fentimens où no.
ſtre coeur doit eſtre à l'égard
de Dieu , n'a pas oublié de
joindre à l'amour qui nous
fait fouhaiter la gloire & la
fanctificationde fon nom , le
defir & la demande de noftrè
felicité. Il a même eftéfi eloi-
Piiij
176 MERCURE
gné de nous enſeigner le def
intereffement "
chimerique
qui confiſte à n'eftre point
touché des interefts éternels;
qu'il a bien voulu dans la même
Oraifon nous inſpirer un
intereft temporel , en nous
ordonnant de luy demander
noftre pain , c'eft à dire les
befoins de la vie du corps.
Dira.t on que cette divine
oraiſon eft remplie de retours
fur nous-mêmes , & que qui
en aimant Dieu luy parleroit,
comme Jeſus- Chrift nous
apprend à luy parler , n'auroit
qu'un amour intereffé ? Il y
CALANT. 177
ว
auroit de l'impieté à parler de
la forte. Ce feroit accufer
Jelus - Chrift , ou d'avoir igno .
ré la perfection du pur defintereffement
, ou de n'avoir pas
voulu nous l'enſeigner. Ce feroit
oublier que ceux aufquels
il a appris à demander
& leur felicité & leurs befoins ,
font ceux -là mêmes qu'il vouloit
rendre parfaits , comme leur
Pere Celeste eftparfait. Qui ſom
mes- nous , encore une fois ,
pour chercher dans le fervice
& l'amour de Dieu une autre
perfection que celle que Jefus
Chrift nous a enſeignée ?
180 MERCURE
Heureux leChreftien qui fçair
bien dire fon Pater ! Il eft mille
fois plus parfait que les plus
parfaits Myftiques avec toutes
leurs précifions & tous
leurs rafinemens , puis qu'il
fuit la voye que Jesus - Chrift
luy a enfeignée , & que toute
la perfection confifte à fuivre
cette voye , pourvû qu'on le
falle en efprit & en verité. god
C'ettle fecond caractere de
l'amour de Dieu , fur lequel
nos Quietiſtes ſe ſent égarez ,
& le fecond égarement vient
encore de ce qu'ils ont voulu
rafiner fur le fens & l'uſage
GALANT. 181
de ce Commandement.
Il faut donc expliquer ce
que fignifie cette propofition
, Dieu veureftrefervi en ef
priten verité. Le fens qu'elle
renferme eft tres-commun
C'eft , comme j'ay déja dit ,
que Dieu compte pour rien
le culte & l'hommage que
l'homme luy rend, s'il ne part
de fon efprit & de fon coeur.
Il veut que l'homme tout en
tier l'honore , & que l'ame &
le corps , qui font les deux
parties qui le compofent , con
courentà le fervir. Ainfi tout
ce qu'il nous demande en
182 MERCURE
voulant que nous l'aimions en
eſprit & en verité , c'eſt que
noftre amour , noftre fervice
& noftre adoration foit fincere,
& comme tout cela ne
fçauroit eftre fincere , s'il ne
part du coeur , c'eft noftre
coeur qu'il nous demande;
c'eft à dire, l'attention , la foumiffion
& le dévouement de
noftre coeur , pour obſerver
fes Loix. C'eft dans cette at
tention , cette foumiffion &
ce dévouement du coeur que
confifte toute l'union que
nous pouvons avoir avec luy
dans cette vie . Toute autre
GALANT. 83
union eft imaginaire, ou fielle
eft réelle, elle eft miraculeufe,
& ne peut , comme nous l'avons
dit , ny eftre expliquée
ny eftre enfeignée par les
hommes.
C'est donc en obfervant les
Loix de Dieu , & les obfervant
de bon coeur , que nous pou
vous nous unir à Dieu. C'eſt
par cette oblervation , accom ;
pagnée d'un coeur attentif
foumis & dévoué , que noſtre
amour devient non feule
ment fincere , mais encore
pur & definterellé . C'eft ainf
que nous parvenons à aimer
184 MERCURE
Dieu fans retour intereffé fur
nous mêmes, c'eſt à dire en un
mot , que les Chreftiens fimples
& foumis trouvent feurement
dans la foumiffion & la
fimplicité de leur coeur , ce
que les Myftiques cherchent
avec beaucoup d'incertitude
& de danger d'illufion dans
les préciſions de leur eſprit.
Les Myftiques croyent aimerDieu
parfaitement quand
ils oublient qu'ils negligent &
qu'ils perdent même la veuë
de leur intereft mais les
Chreftiens fimples & foumis
aiment Dieu parfaitement
P
GALANT: 185
U
10
ct
quand ils foumettent leur intereſt
à la volonté divine . Les
Myftiques veulent porter leur
defintereffement
jufqu'à l'indifference
pour leur bonheur
& pour leur malheur ; mais les
Chreftiens fe contentent de
fe foumettre parfaitement à
la volonté de Dieu dans les
chofes pour lesquelles ils ne
font pas indifferens. Les Myftiques
ne font touchez ny de
la récompenfe ny de la puni-,
tion , ils ne portent leur vûë
ny fur l'amertume du Calice,
ny fur les douceurs de la felicité
; mais le Chreftien fimple
184 MERCURE
& foumis , voit & fent l'un &
l'autre. Il dit avec Jelus-
Chrift , Seigneur , que le Calice
paffe ; mais il ajoûte comme
luy , toutefois que vostre volonté
fe faffe , & non pas la mienne.
C'eft , comme j'ay dit , par
cette foumiffion que l'amour
du Chreftien devient pur &
defintereffé , car fe foumetrant
en tout à la volonté dé
Dieu , il n'aime & il ne fou
haite que Dieu . Alors il n'eft
touché ny de fon bonheur ny
de fon malheur , mais de la
feule volonté de Dieu qui
yeut qu'il le fauve. Il ne dig
GALANT 185
1&
US
24
pointà Dieu ,Je vous aimerois,
Seigneur , quand je devrois eftre
damné ; mais il luy dit , Je me
veux fauver , Seigneur , parce
que vous voulezmon falut ; c'eft.
à dire , que la foumiflion où
il eft ne le rend indifferent
que pour les chofes à l'égard
defquelles Dieu luy même a
de l'indifference
, & c'est pour
cela qu'il ne fçauroit eftre indifferent
pour fon falut , parce
que Dieu veut qu'il le fauve.
Si je doutois laquelle de
ces deux maniéres de s'unir à
Dieu , ou de celle du Myftique
, ou de celle du Chreftien
Juillet 1697.
186 MERCURE
fimple & foumis , eft la plus
parfaite , je n'aurois qu'à confulter
ce qui doit eſtre la regle
de ma conduite & de ma
Foy , je veux dire l'Evangile .
En confultant l'Evangile
je ne concevray jamais que
je puiffe dans cette vie eftre
élevé à un eftat où il me foir
permis d'avoir de l'indifference
pour mon falut , puis que
j'y is à chaque page qu'il faut
chercher leRoyaume de Dieu,
& qu'il n'y a que cela de necellaire.
Je ne comprendray
point que je puiffe eftre aflez
uny à Dieu dans cette vie ,
GALANT. 187
dic
pour n'eftre plus obligé a veil
ler fur mes paffions & fur mes
fens , puis que Jefus Chrift me
00% par tout qu'il faut veiller,
fevaincre & le morufier.Je ne
me perfuaderay point que les
prieres puiffent me devenir
inutiles ou indifferentes
, puis
que Jefus Chrift nous dit
fans ceffe , Priez , cherchez ,
1
frapez , & c.
✰
Dira-t-on que Jeſus - Chrift
n'a parlé qu'aux imparfaits ,
16 qu'il a refervé pour certai
2 nes ames une route differen ---
te de celle par laquelle il pa
roit qu'il a voulu nous con-
Qij
188 MERCURE
duire? Si l'on me faifoit cette
réponſe , je demanderois au
moins qu'on me donnaſt des
preuves de cette nouvelle
route , & je ne fçay fi l'on
pourroit en donner qui ne
fuffent point fufpectes , &
aufquelles la vanité & l'imagination
n'euffent aucune
parc.
Pour moy, je croy pouvoir
dire qu'il n'y a point d'autre
perfection pour le Chreftien
dans cette vie que celle
que Jefus Chrift nous a mar
quée dans fon Evangile. Celuy-
là aime Dieu qui obferve
GALANT. 189
1
D
.
fes Loix , & qui les obferve
tellement de coeur & d'efprit
, qu'il eft même attentifà
éviter & à combattre tout ce
qui peut arriver de déreglement
dans fon corps & dans
fes fens. Celuy - là eft uny à
Dieu qui eft foumis à fa volonté.
Celuy là eft homme
d'Oraiſon qui ne ceffe point
de demander à Dieu la grace
d'obferver fes Loix , car c'eft
en priant par ce motif que le
Saint Efprit prie en luy . Celuy
là vit de la vie de l'efprit qui
mortifie fon corps & les paffions.
Celuy-là eft dans un
·
190 MERCURE
aneantiffement parfait qui
reconnoift qu'il ne peut rien
fans Dieu , & qui n'attend
fon falut que de fa mifericorde.
Celuy là , en un mot , a
une foy pure & un amour def
intereffe, qui croit fermement
les veritez de la Foy , parce
que Dieu les a revelées ; qui
n'aime ny le monde , ny les
amuſemens du monde ; qui
eft toujours faifi d'un veritable
repentir de les pechez ,
qui en a une honte continuelle
, qui frequente des Sacremens
qui les expient , qui luy
rendent la grace , & qui la
GALANT. 191
confervent , & enfin qui ne
fouhaite la felicité & qui ne
craint fa damnation que parce
qu'il aime Dieu .
Et comme il n'eft pas même
poffible que l'homme dans
cette vie parvienne d'une maniere
conftante & inalterable
aux divers degrez de perfe-
Ection que je viens de fpecifier,
je croy pouvoir dire qu'il
n'y a de Chreftiens parfaits
en ce monde , que ceux qui fe
croyant toujours imparfaits
= & fort au deffous du degré de
fainteté & de merite où Dieu
les a appellez en les failant
192 MERCURE
Chreftiens , font dans une
veille continuelle , & qui tra
vaillent à leur falur d'un cofté
avec confiance en la mifericorde
de Dieu , mais de l'autre
avec crainte & tremblement
pour leurs infidelitez .
Voilà, M. ce que j'ay penfé
fur le fujet fur lequel vous m'a
vez demandé mes lentimens .
Je les foumets à l'Eglife , & à
ceux qui font plus éclairez
que moy , déteftant de tout
mon coeur tout ce qui ne fes
roit pas conforme à la Foy,
dans laquelle je prie Dieu qu'il
me faffe la grace de vivre & de
mourir.
a
Depuis
GALANT 193
Depuis le commencement
de cette Guerre , les François
ont tellement efté fuperieurs
en valeur au grand nombre
de Troupes des Alliez
qu'ils ont eu à combattre
, qu'ils ont pris Villes fur
Villes , &gagné par tout des
Batailles , de forte que ceux
dont l'employ eft de publier
des Nouvelles dans les Eftats
de leurs Souverains , n'ayant
point à parler de ces grandes
& inconteftables actions ,
parce qu'elles font connues
de tout le monde, fe font attachezà
entrer dans des détails
R
Juillet 1697.
194 MERCURE
de chofes peu confiderables,
en faisant aller fouvent les
Troupes des Ennemis en par-
, & en leur faifant remporter
des avantages imaginai-
Pl
ce
qu'il
leur
eft
d'autant
plus ailé de faire croire , que
ces Partis ne font pas compofez
d'affez de monde pour
rendre ce qui s'y paffe connu
de telle maniere qu'il foit impoffible
de le déguifer. Ils
trouvent moyen d'amuſer par
là les Peuples , aufquels ils
tâchent de perfuader que la
fortune leur eft favorable
dans les occafions obſcures
GALANT. 195
OU
pendant qu'il ne fe paffe
point d'éclatantes actions qui
ne leur foient defavantageu
fes. Mais peut on croire que
dans toutes les affaires generales
la victoire fe declare
toujours pour la France , &
que nous foyons fi fouvent
battus dans les particulieres ?
Il y a fi peu de vray femblance
à cela , que les perfonnes
1 de bon fens refuferont tou
jours de le croire . Si nous parlions
de tout ce que font nos
Partis , toutes nos Nouvelles
en feroient pleines . Les Franpois
nefouffrent point qu'on
Rij
196 MERCURE
les faffe reculer , & non seule
ment ils fe diftinguent par
tout , mais ils fe diftinguent
de toutes manieres. Voicy
quelques-unes de ces actions
particulieres dont je ne vous
ay point parlé, & qui meritent
pourtant d'eftre fceues. La
premiere s'eft paffée en Allemagne.
Un Cavalier du Regiment
de Savine , un Trompette
, & un Valet d'un Capis
taine au Royal Rouffillon ,
s'eftant trop avancez au delà
des Fourageurs , tomberent
dans une Troupe de vinge
Huffarts, qui les firent prilon,
•
GALANT 197
niers . Ces Huffarts en détacherent
deux de leur troupe
pour les mener à Mayence.
Le Cavalier , aprés avoir fait
quelques lieuës , trouva
3 moyen de parler bas au
Trompette , & de luy propo
fer de prendre leur temps
pour ſe jetter fur les deux
Huffarts . Ils convincent d'un
fignal , & un peu de temps
aprés le Cavalier s'élança fur
le plus fort des deux , & l'abattit
de deffus fon cheval, Le
Trompette & le Valet agirent
de la même maniere
avec l'autre , & l'égorgerent.
Riij
198 MERCURE
Dansle même inftant ils cou
rurent au fecours du Cava
lieb, qui feul & fans armes au .
roit eu de la peine à venir à
bout d'un homme armé. Le
Trompette arracha le fabre
du Huffart , qui fut bien- toft
mis en pieces. Ces Huffarts
menoient en main deux chevaux.
Nos gens en prirent
chacun un pour le fauver , &
laifferent le quatrième. Ils
marcherent toute la nuit le
long du Rhin , & arrives
rent au Camp à la pointe du
jour.
M'de Beaufobre, Capitai
GALANT. 199
ne - Lieutenant dans le Regi.
ment de Chelleberg , n'a pas
fait uneaction! moins hardie.
Quoy qu'il y ait déja squel
que temps qu'elle s'eſt paſſée,
elle merite que vous en foyez
inftruite. Cet Officier eftant
parti feul de Mons, & le trou
vant à moitié chemin de Valenciennes
, entendit fonner
le cocfin fu un Parti de vinge
cinq Volontaires de la Garni
T fon d'Ath , qui emmenoient
plufieurs Maires de Villages,
qui n'eftoient pas
as fous cont
tribution. Vous pouvez con
noiftre par là que certe Place
Riiij
200 MERCURE
n'eftoit pas encore à nous
Comme il vit de fort loin qu'
ils gagnoient les bois , il fe fit
fuivre de force le piftolet à la
main , par huit Payfans qu'il
rencontra . Ces Payfans n'eftoient
armez que de Fourches.
Il entra dans le bois, approcha
des Ennemis , & eſtant
venu au qui vive , il leur tira
un coup de piſtoler . Ils fe jer.
terent à cofté dans un marêcage
; & comme il fit figne
de la main pour empêcher fes
gens d'avancer , les Ennemis
les crurent de beaucoup fuperieurs
en nombre , & deGALANT
201
manderent s'il y avoir bon
quartier. Il leur répondit que
ouy , acondition qu'ils ne tireroient
pas un coup de fufil ,
& mettroient les armes bas,
ce qu'ils firent. M' de Beaufobre
fit avancer un Payfan,
qui prit toutes leurs armes?
Il ordonna enſuite à ces Sol
dats defarmez d'avancer deux
à deux, & les fit lier enſemble,
puis il fit approcher les fept
Payſans reftans , qui s'armerent
de leurs armes. Il les partagea
, ſçavoir quatre à la tefte
, & quatre à la queue , &
les conduifit à Valenciennes.
202 MERCURE
Le même Officier vient de
faire une autre action de
grande vigueur. Trente Dra
gons de Namur eftant venus
enlever les Beftiaux des envi.
rons d'Avefnes , quoy qu'ils
euffent une lieuë d'avance fur
luy , il les coupa dans leur
retraite , & s'eftant trouvé
avec trente Grenadiers à
portée des Ennemis ,
vinrent luy le fabre à la
main. Il mit pied à terre , &
alla à l'Eſcadron qui le me
naçoit , aprés avoir fait de fa
troupe un petit bataillon. II
les contraignit par fa manoeu
ils
GALANT 203
&
vre de faire volte face , & les
ayant fuivis pendant cinq
heures à la portée de la caras
bine , il les obligea enfin d'a
bandonner tous les Beftiaux
qu'ils avoient enlevez . On
peut juger par ces actions de
l'extrême valeur & de la grande
conduite de ceux qui les
font , & de quoy ils feroient
capables dans les grandes occafions.
M ' le Marquis Ferrero ,
Ambaſſadeur Extraordinaire
de Savoye en cette Cour,
ayant choifi le Dimanche 7.
de ce mois pour faire fon En204
MRCUREE
trée publique à Paris , Me
Maréchal Duc de Noailles ,
& M de Sainctot , Introdu
Eteur des Ambaſſadeurs , l'allerent
prendre à Picpus , dans
les carroffes du Roy, fuivis de
ceux de Monfieur , de Madame
, de Monfieur le Duc , &
de Madame la Ducheffe de
Chartres , des Princes & des
Princeffes , qui l'accompa
gnerent juſques à l'Hoſtel des
Ambaffadeurs . Son Excellence
avoit trois Carroffes magnifiques
, & d'un tres bon
gouft. L'Imperiale du pres
mier , qui avoit une fculpture
·
GALANT. 205
es
·
fort fine & très bien dòrée ,
eftoit d'un cuir noir fur un
fond d'or cizelé , & enrichie
par tout d'une infinité de
clouds de même , qui formoient
une agreable varieté
de fleurs & de ramages , fem
blables à ceux que reprefen
toit le Velours à fond d'or ,
dont ce carroffe eftoit garny
en dedans . On voyoit fur le
panneau de derriere une tresed
belle peinture , qui reprefentoit
la Paix fortant d'une nuée,
environnée d'un Arc en ciel,
Un Ange qui la précedoit ,
l'annonçoit avec une trom206
MERCURE
te. Un fecond Ange le fuivoit
de prés , tenant un flambeau ,
avec lequel il mettoit le feu à
un trophée de toutes fortes
d'armes , que cette Déeffe
avoit à fes pieds. Tout cela
exprimoit d'une maniere fort
vive , que la Paix eft fortie
du fein de la guerre dans le
temps qu'on s'y attendoit le
moins . Aux quatre coins du
même carroffe eftoient repre
fentées dans des Cartouches
les quatre Vertus Cardinales ,
la Prudence , la Juftice , lai
Force & la Temperance, par
lefquelles cet Ambaſſadeur a
GALANT. 207
at
for
on
voulu reprefenter le caractere
de fon Souverain . Le fecond
carroffe eftoit coupé & argen
té proprement , avec quantité
de peintures fines . Dans le
panneau de derriere
voyoit le Dieu Hymenée , reprefenté
, par la difpofition
de trois figures , dont la principale
eftoit la Concorde , u
niffant les deux Parties qui fe
foumettoient à l'empire dece
Dieu, Le troifiéme carroffe
eftoit à deux fonds , houflé
& garny en dedans d'un tresbeau
velours . Les chevaux &
les harnois répondoient à cet
268 MERCURE
te magnificence. Trente Gen
tilshommes & leur fuite ace
compagnerent M ' l'Ambaſſa .
deur, qui receut de grands ap.
plaudiffemens par toutes les
rues où il paffa . Elles fe trouverent
remplies d'une foule
de peuple extraordinaire, fans
compter les gens de qualité
qui occupoient toutes les feneftres
.Un peu aprés que Son
Excellence fut arrivée à l'Ho
ftel des Ambaffadeurs, où elle
fut traitée avec beaucoup de
profuſion pendant trois jours
& demi , felon la coutume ,
elle y receut les complimens
4
GALANT. 209
ordinaires ; fçavoir de la part
du Roy , par M le Duc de
Beauvilliers , Premier Gentil
homme de la Chambre ; de la
part de Monfieur , par M' le
Marquis de Chatillon , Premier
Gentilhomme
de la
Chambre de S. A. R. de la
part de Madame , par M' de
la Rongere, Chevalier d'honneur
de cette Princeffe ; de la
part de Monfieur le Duc de
Chartres , par M ' le Comte
de Cayeux , fon Premier Gentilhomme
,& de la part deMadame
la Ducheffe de Chartres,
par M' le Marquis de Vil
Juillet 1697.
S
210 MERCURE
lars,fon Chevalier d'honneur.
curle Nonce
, Mrs les
Ambaffadeurs
de Portugal
,
de Veniſe
& de Malte , & les
autres Miniftres
Etrangers
,
l'envoyerent
auffi complimenter
fur fon arrivée
, chacun
par un Gentilhomme
. Le
Mardy
9 M le Comte
de
Brionne
, Prince
de la Maifon
de Lorraine
, qui avoit esté
l'année
derniere
recevoir
Madame
la Princefle
aux confins
de
Savoye , vint
prendre
Son Excellence dans les car-
Toffes du Roy , & l'amena à
Verfailles à l'Audience publi
GALANT 24
E
L
que où M l'Ambaladeur
receur les mêmes applaudiffe.
mens qu'il avoit eus à Paris,
& par tout les mêmes honneurs
qu'on a coutume de fai
re aux Ambaffadeurs des Rois.
Le Jeudy 11. M'Aubert , Introducteur
des Ambaffadeurs
prés de Son Alteffe Royale ,
levint prendre dans les Carroffes
de Monfieur , & le mena
à Saint Cloud , où il eut au .
dience de ce Prince , de Monfieur
le Duc de Chartres , de
Mademoifelle , & de Madame
la Grande Ducheffe de Tolca
ne. M le Marquis Ferrero ,
212 MERCURE
dont je vous parle , eft le mê
me que nous avons déja vû
deux fois Ambaffadeur Ordinaire
de Monfieur le Duc
de Savoye en France . Ce fut
luy qui fit le mariage de Ma.
dame la Ducheſſe Royale , La
vivacité de fon efprit, fa grande
penetration , & la prudente
conduite qu'il a fait paroiftre
en toutes fortes d'occa
fions , l'ont toujours fait en.
trer dans les plus importan
tes & les plus penibles affaires
d'Etat. Ileft d'une des plus anciennes
& plus illuftres Maifons
de
Piémont.L'on compte
GALANT.
ચાર
212
T
1
dans fa Famille cinq Cardinaux,
parmi lefquels il y a deux
Freres , dont l'un fe trouva au
fameux repas , auquel le Pape
Alexandre VI avoit invité
pluſieurs Cardinaux , dont la
probité luy eftoit fufpecte.
M Chevillard , Hiftorio .
graphe de France & Genealogifte
du Roy , qui nous a
donné cy - devant plufieurs
Cartes des Armes des Cardinaux
, des Evêques , & des
Grands Officiers de la Couronne
, nous en vient de donner
tout nouvellement une
des Grands Senéchaux &
214 MERCURE
A
Conneftables de France depuis
le commencement de la
derniere Race de nos Rois ,
jufqu'à prefent. On y voit le
temps de leur nomination &
de leur mort,lesdignitezqu'ils,
ont poffedées , avec les mar
ques de ces dignitez à chacun
de leurs Ecuffons. Il efpere
nous donner bien -toft une pareille
Carte de tous les Grands
Maîtres de la Maiſon du Roy.
Il demeure toujours ruë neuve
Noftre Dame , chez un
Apoticaire.
·
Quoy que la Paix que le
Roy a faite avec la Savoye ait
GALANT 215
rompules deffeins que l'Empereur
avoir formez de fe ren
dre maistre de la plus grande
partie de l'Italie , S. M. I qui
avoit trouvé moyen pendant
la guerre de s'en rendre les
Princes tributaires , vient de
traiter tous les Sujets du Pape
de Vaffaux , dans le placard
qu'il a fait afficher . Le Comte
de Martinits , fon Ambaffadeur
, avoit déja donné plufieurs
fujets de mécontente
ment , afin de tårer par là la
Cour de Rome , & de voir fi
elle foutiendroit avec ferme.
té les infultes qu'on reiteroit
216 MERCURE
fouvent , & ayant trouvé dans
lé Pape les bontez qu'un Pere
fait - prefque toujours parois
ftre pour les premieres fautes
que font fes Enfans , l'Empe
reur a crupouvoirpaffer outre,
& fur l'efperance de trouver
toujours les mêmes facilitez
dans l'efprit de Sa Sainteté, il a
donné ordre au Comte de
Martinics de faire afficher en
divers endroits de Rome, un
Edit daté du 29. Avril à Vienne
, par lequel S.M.I. décla
re, que comme il eft porté
dans l'Ecriture qu'on doit
rendre à Dieu ce qui appar
tient
GALANT. 217
ret
en
VE
tient à Dieu , & à Cefar ce
qui appartient à Cefar , elle
avoit cru qu'un Empereur
eftoit oblige, non feulement
de conferver fes droits , &
ceux de l'Empire , mais encore
de les recouvrer ; en forte
qu'ayant appris que plufieurs
Particuliers poffedoient des
Fiefs Imperiaux , des Dignitez
& des Privileges , ufurpez
pour la plufpart , fans qu'ils
Tuy euffent prefté ferment de
fidelité , elle avoit refolu de
confirmer ceux qui les poffedoient
legitimement , & d'en
dépouiller ceux qui s'en é ,
Juillet 1697.
I
218 MERCURE
瀛
tolent mis en poſſeſſion ſans
titre ; & en conſequence l'Em
pereur ordonne que dans
trois jours de celuy de la pu
blication de cet Edit , tous fes
Vaffaux & Feudataires produiront
leurs titres à la Chancellerie
Imperiale , ou devant
le Comté de Breyner , chargé
de cette Commiffion dés l'année
derniere ; ou devant les
Comte de Martinits,ſon Ambaffadeur
aupres de Sa Sain
teté ; après l'examen defquels
ils recevront de nouvelles inveftitures
, & feront confir
mez dans leur poſſeſſion,avec
GALANT 289
Er
ר
200
menaces pour ceux qui refu
feront d'obeir , deftres dépouillez
& traitez comme res
belles. Le même Edit promes
a moitié ou le tiers des confifcations
aux Dénonciateurs.
Ona efté fort fupris à Rome
de cette entreptile, quibleffe
la Souveraineté du Pape , &
une Congregation d'Eftar
| ayant efté aſſemblée par ordre
de Sa Sainteté , on y refo
lur , par l'avis des Cardinaux
Acciaioli , Calanata , Maref
cotti , Spada , Durazzo , Pan,
ciatici , Coloredo , Tanara ,
Cavallerino , Albano , Orto-
I '
220 MERCURE
bono , & Noris , quiy furent
appellez, de repouffer l'atten.
Fac par l'Edit fuivant , dans
lequel celuy de S. M. Left
employé tout entier , tel que
Le Comte de Martinits l'a fait
afficher en Latin à la porte de
fon Ralais , & en divers autres
lieux de Rome. Je vous en
voye cet Edit du Pape en Italien
, parce que dans des affaires
de cette importance , la
traduction ne fçauroit avoir
Loute la force de l'Original.
GALANT 221
E
Ri
PALUZZO
VESCOVO
di Palestrina Card . Altieri ,
Dadella S.R. C.
Camerlengo
Sfendo feguita in alcuni
luoghi di queft alma Cirra
di Roma publica affiffione d'un
* Editto , o Lettere patenti del te
• nore feguente , Leopoldus , divinâ
favente clementiâ , &c. E
benche à detta affiffione non ſi po ·
teſſe , nè doueffe in alcun modo ve
nire senza l'efpreffa licenza , e
confenfo della Santità di Noftro
Signore , non competendo tal Giu
rifdittione inRoma , e nello Stato
temporale della Santa Romana
Tiij
222 MERCURE
Chiefa foggetto unicamente alla
Santa Sede Apoftolica, e Somme
Pontefice, à niuna Perfona in qua.
lunque gradofia di Dignità , an
corche Regia , ed Imperiale , ed in
a
confeguenza refti dett'atto perfe
medefimo nullo , di niun valore ,
attentato, e notoriamente turbativo
della Giurifdittione della medefima
Santa Sede Apoftolica , e
fuo Pontefice Romano ; In ogni
modo , accio in alcun tempo nonf
poffa allegare detta publica affiffione,
o tacito confenfo approvativo
di tal atto , per debito del noftro
Ufficio di Camerlengo della S.
Romana Chiefa , ed in vigore
GALANT 223
{
d'un Chirografo fpeciale fegnato
dalla Santita Sua questo giorno,
da registrarfi col prefente Editto à
perpetua memoria nelli libri della
Rev Camera Apoftolica à maggior
cautela quando faccia di bi-
Jogno, caffiamo , irritiamo , annulliamo,
circoscriviamo , e dichiaramo
di niun vigore , forza ed efficacia
, come non foffe ftato fatto
il prefato atto di publica affiffione
in Roma , equalunque altro ,
forfe à queft ora fifoffe attentatamente
fatto, e s'attentaffe fare in
auvenire , tanto nella medefima
~ Città di Roma , quanto in qua-
Junque altro luogo dello Stato della
che
Tiiij
224 MERCURE
Chiefa , proibendo allegardo , ed
addurlo contro l'onnimoda , affo
luta , e Suprema autorità , e Giu
rifdittione della prefata Santa
Sede Apoftolica.
E quantunque debba crederſt
che in dette lettere patenti, o Edit.
to, come fopra affiffo non fia ftato
fentimento di comprendere li pof
feffori de Beni Giurifdittionali ,
ed in qualunque modo Feudali
fituati entro lo Stato Ecclefiaftico,
come che questifoggiacciono uni.
camente all' Alto , Diretto , Su
premo , & affoluto Dominio della
S. Sede Apoftolica , e non di alcun
altro Prencipe , nientedimeno ac
GALANT 225
ciòli medefimi Poffeffori fotto pre.
tefto di qualche finiftra , ô erronea
interpretatione , che forse fi daffe
alle lettere patenti,ô Edittofoderti
non incorrino in qualche errore , e
pregiudicio , ricordiamo à tutti li
fudditi , ed altre perfone , che pof
fiedono entro lo Stato temporale
foggetto alla S. Sede, Città Terre,
Caftelli, edogn'altra forte de Beni
Feudali , & Giurifdittionali , le
proibitioni , e pene contenute nelle
Coftitutioni Apoftoliche , contro
chi ardiffe riconofcere altro Pren-"
cipe , che la S. Sede Apoftolica , e
Pontefice Romano, e quando nefis
dibifogno di nuovaproibiamo che
$226 MERCURE
逶
miano di effi Poffeßori prefumaper
fe , o per altri chiedere , ricevere ,
produrre , ô efibire , inveftiture ,
conferme , conceffioni , ô altro qualfivoglia
titolofopra Beni efiftenti
comefopra nello StatoEcclefiaftico,
santo in vigore del prefato Edito
nullamente affiffo , quanto per
qualsivoglia altra caufa , pretesto,
colore si direttamente , come indi
rettamente , nè fare alcun' atto
che poßi importare Omaggio , ri
cognitione di Feudalità , Also , ô
Supremo Dominio verso altre
& Perfone , Curie , Configlio Tri
bunali , ma quelle debba ricevere,
riconofcere refpettivamente dalla
GALANT. 227
S Sede , alla quale folamente
Spetta il Supremo , e affoluto Do
minio di tutti li luoghi Feudali, e
Giurifdittionali entro il fuderto
Stato Ecclefiaftico , forro le pene
della Confifcatione , Ribellione , le
fa Maestà ed altre impofte contra
ufurpantes bona, Jura, & Jurif
dictionemS.SedisApoftolica.
Volendo non fuffragbi à niuno
l'allegare ignoranza , errore,o altro
pretefto , e che alledette pene frano
fottopofte tutte , e fingole Perfone,
che contraveniffero , niuna eccetruatane
, benche foffe degna di
Speciale , e specialissima mentione,
che la publicatione del prefence
218 MERCURE
Editto , con affiggerlo nelle Porte
del Palazzo della Cancellaria
Apostolica , della Curia di Monte
Citatorio , in Campo di Fiore,
e negli altri luoghi foliri aftrings
ogn uno , come fe à ciascuno foffe
Stato prefentato perfonalm nte.
Dato dal noftro Palazzo li 17.
Giugno 1697.
P. Card, ALTIERI , Cam.
Voicy les noms des Perfon.
nes de diftinction mortes de .
puis ma derniere Lettre.
Le P. Jean de Fourgonneau ,
Chanoine Regulier de laCon
gregation de Saint Jean de
GALANT
229
1
Soiffons, decedé à foixantequatre
ans. Quoy qu'il fuſt un
des plus anciens Religieux
de cette Congregation , il a
toujours voulu vivre & mou
rir dans une veritable fimplis
cité religieufe , n'ayant recherché
ny les honneurs , ny
les dignitez aufquelles il pou
voit parvenir , fuivant fon rang
d'ancienneté. Il eftoit Fils de
Martin de Fourgonneau , Ecuyer,
S ' des Oches , & de
Marguerite le Maire. Il a fon
Frere vivant , Pierre Alphonfe
de Fourgonneau , Ecuyer S
de Marlulier , qui a épousé
230 MERCURE
Gilberte de Ferolles , Fille de
Male Marquis de Ferolles (en)
Poitou , Chevalier de l'Ordrell
du Roy, & Soeur de M' le
Marquis de Férolles ; Gouver
neur des lile & Terre- ferme
de Cayenne.
Meffire François de Verthamon
, Comte de Villeme
non , Seigneur Chaſtelain del
la Villeauxclercs , ancien mai
ftre des Requeſtes , mort âgé
quatre -vingt - douze ans .
Il avoit épousé N. Quatre
fols , Fille de Jean Quatrefols,
Auditeur des Comptes , &
Soeur de François Quatrefols,
de
GALANT. 230
Seigneur de Montanelos ,
Confeiller au Parlement, dont
il laiffe quatre Entans , qui
font François de Verthamon ,
Seigneur de la Villeauxclercs,
Confeiller en la Quatrième
des Enqueftes , & auparavant
Confeiller au Chaftelet ; Ang
toine de Verthamon , Confeiller
en la Seconde des En
queftes ; Jean - Baptiste de
Verthamon , Docteur en
Theologie de la Faculté de
Paris , Evêque de Pamiers ,
& N. de Verthamon , Abbeſſe
de Saint Michel de
Crefpy.
#32 MERCURE
Meffire Jean Paul de Choify
, Seigneur de Beaumont ,
Baleroy , Leftanville , Grancamp,
& autres lieux , Confeiller
du Roy en tous les Con
feils & d'honneur au Parlement
de Mets , Chancelier de
feu Son Alteffe Royale Monficur
, Oncle du Roy , Duc
d'Orleans . Aprés avoir lervi
Sa Majefté dans plufieurs In- .
tendances d'Armées & de
Provinces , il s'eftoit retiré en
Baffe - Normandie , dans fon
Chafteau de Baleroy, premier
Ouvrage du vieux Manfard , le
plus grand Architecte de fon
GALANT 233
fiecle. Il y eft mort après une
longue maladie , & a donné
des marques d'une veritable
pieté , demandant à Dieu au
milieu des douleurs les plus
aigues , la grace de le faire
fouffir encore davantage
pour fatisfaire à fa Justice . Il
eftoit Fils & Petit fils de maiftres
des Requeftes & de
Confeillers d'Etat , & comptoir
parmy fes Ayeux mater-
#nels , le Chancelier de Lhopital
, & le fameux Prefident de
Pibrac. Ml'Abbé de Choify ,
de l'Academie Françoiſe , eſt
fon Frere & fon héritier
Juillet 1697.
V
7234 MERCURE
2
Meffire François de Rabvilhod
, ancien maréchal des
Camps & Armées du Roy ,
cy devant Gouverneur de
Charlemont . Il est mort âgé
de quatre-vingt ans , & avoit
commencé à lervir dés fa plus
grande jeuneffe. Il a eu plufieurs
Emplois , & s'eft acquitté
des tous avec beaucoup
d'approbation , fur tout à la
- défenfe de Bonn en 1673. Il
s'eft trouvé à trente- deux
Batailles ou Combars , à quarante
neuf Sieges de Villess
ou de Chasteaux , comme
auffi dans les Villes de KeiferGALANT
235
wert , de Verdun , de Charle-
* ville & de Dinant , Sa Majeſté
l'ayant honoré du Commandement
de toutes ces Places .
e
Il laiffe un Neveu de fon nom
qui fuivra fes traces , & qui
fait paroiftre le même zele
pour le fervice de Sa Majesté .
Dame Nicole Marlot,Veuve
de Louis Deftampes , Seigneur
du Coudray . Elle eftoit
d'une Famille de Reims , dont
il y a eu plufieurs Chanoines
de merite dans la Cathedrale.
M Deftampes , fon
1 Mary , eftoit Frere de Jean-
Baptifte Deftampes, Docteur
V ij
276 MERCURE
de Sorbonne , Evêque de
Perpignan , puis de Marfeilleg
tous deux Fils de Jean-
Baptifte Deftampes , Marquis
d'Auttuy Baron d'Ardreloup,
&c. Meftre de Camp du
Regiment de Condé , & de
Louiſe le Grand , Fille de Hu .
gués le Grand, S ' de Saint Germain
de Luyeres , Maitre des
Comptes , & de Madeleine
Bourlabbé.
Dame Loüife Coutel, Veu
ve de Charles Teftu , Chevalier-
Capitaine du Guet. Elle
eftoit Fille de Jacques Coutel
, Seigneur d'Ardane, ConGALANT
237
Lav
re
..
*
feiller au Parlement , & de
Charlotte Barat , Petite - fille
d'Antoine Coutel , Seigneur
d'Ardane , Leé , & Préforgeux ,
auffiConfeiller au Parlement ,
& de Marguerite du May , &
Arriere petite fille de Jean
Coutel , Seigneur d'Ardane ,
Prefident au Grand Confeil ,
&& de Madeleine d'Albiac . Feu
MTeftu , fon мary , eftoit
Frere de M Teftu de l'Academie
Françoile , Abbé de
Belleval , & Prieur de S. Denis
de la Chartre , tous deux Fils ,
& Petits- fils de Mrs Teftu ,
Chevaliers du Guet de la Ville
de Paris
238 MERCURE
Meffire Claude Filsjan de
Sainte- Colombe , Doyen des
Maiftres des Compres de
Bourgogne & Breffe.
Mademoiſelle de Crequi ,
morte dans fa quatorziéme
année. Elle eftoit Fille unique
de M' le Marquis de Crequi.
La nouvelle de la mort de
M'l'Abbé de Lionniere , qui
m'avoit efté confirmée de
tant d'endroits , s'eft trouvée
fauffe. Ainfi je le refufcite
avec beaucoup de plaifir Ce
qui a donné lieu à cette méprife
, c'eft que M le Cheva
lier de Lionniere mourut efGALANT.
239
fectivement le même jour
que l'on publia que cet Abbé
eftoit mort.
Le mot de l'Enigme du
mois paffé eftoit la Cire d'Ef.
pagne . Il a efté trouvé par Mrs
le Moine , Geographe & Defſi .
nateur ordinaire du Roy; Bardet
& fon Ami du Pleffis de
l'Hôpital general du mans ; du
Bois de provins , de la Chine
de la rue Dauphines de S. Jean
Medecin à Harcourt , de la
Lande ; Muzau de мets ; de la
Gonterie de Pons ; Gueret de
Blois , Galliffor de Langres ;
Lavocat de la rue du pont
240 MERCURE
vieux ; Tamirifte de la rue de
la Cerifaye; le Baron des Jauf
dines ; le Jacobus Amant de
la belle Manette ; le Docteur
-& fon Ecolier Gaillardin , des
Hommeaux Hardy Avocac
Angevin , le petit Compere ,
& la Commere du quartier
Saint Honoré , les deux Amis
du College d'Harcourts le
bon coeur de la rue toyale de
Marfeille , le fage Mathurin
d'Auriol , & le fage Trinitaire
de Marfeille le Marquis de
Fergnieres , & le Baron de
Launay ; l'Abbé Gerard des
Lions ; le Solitaire de la rue
;
de
GALANT. 241
de la Colombe; l'Inconnu &
le petit Grondeur du parvis
Noftre- Dame ; le paffionné
des Belles de la rue S. Jean de
Beauvais , le fortuné Voyageur
de Clermont en Auvergne
, le beau Blond de la ruë
Poupée ; Renaud & Armide de
Grenoble , l'Abbé nouveau
venu de S. Victor de Marſeille ;
le réjouiffant Berger de la rue
Saint Jacques . Mefdemoifelles
Javotte Ogier de la rue de
Richelieu ; de Vigneres de la
rue du petit Lion prés Saint
Sulpice , Mimy & la belle
Blonde fa chere parente du
Juillet 1697. X
242 MERCURE
perit jardinde la Douane : la jeune
Taupette prés la Place Royale : la
Princeffe du Roy doré : la Princeſſe
des beaux efprits de la rue de la Colombe
la charmante Demoiſelle
de Vannes : la belle Marie- Nicole
Valentin , de la rue de la Harpe : la
charmante Marie-Anne de la rue
de l'Univerfité : l'agreable Veuve
de la Montagne & fon Frere l'Abbé
la petite Fauvette & l'ardent
Paffereau de la rue duCoq.:les trois
aimables Seeurs du Parvis Noftre-
Dame, & la Brune Baudouin la
Spirituelle de la Perle du Pont Noftre-
Dame ; la belle Fleur du jardin
du Rofier les deux charmantes
Soeurs de la rue du Colombier : l'Egiptienne
de la rue joignant le Paffe
partout à Strasbourg : la grande Madelon
du carroir S. Michel de Blois
CALANT. 243
อ
Amoureux de l'Amante des Vieillards
; M. Dugué, Sr d'Arny ; M. le
Ch de Bartecour Major de la Ville
d'Auxetre : l'Ame blanche , & les
deux Soeurs incredules de la beauté
Romaine de la rue Bertin Poirée .
Vos Amies voudront peut- eftre
bien s'appliquer à chercher le fens de
la nouvelle Enigme que je vous en
voye..
ENIGME.
Quelque vil queje fois, mon que
foule aux pieds ,
Ma naiffance eft tres-ancienne,
Et perfonne ne peut me comparer la
fienne,
Euft - il ea cent Ayenx en guerre
eftropiez
Suivant ce que d'Anthée a publié
la Fable ,
Sa force eftoit infurmontable
X ij
244
MERCURE
Tandis que fur la terre il pouvoit
s'appuyer.
Comme elle eftoit fa Mere , elle eft
auli la mienne ,
Et pourvû qu'elle me foutienne,
Il n'eft point defardeau qui me falle
plier.
Je ne vous dis rien de la Chanſon
dont vous allez lire les paroles, Vous
en connoîtrez le prix en leschantant
AIR NOU VE AU .
Erger, gardez votre coeurpour
B
une autre,
Le foin de mon troupean fuffitpour
m'occuper.
L'on voit trop fouvent échaper
Un coear leger comme le voftre.
Berger , gardez votre coeur pour
une auire.
Mr le Maréchal de Choiſeul
ayant formé le deffein de paffer le
1
GALANT. 245
F
4
Boin de mon
troupeau ry.
9
Lon le vôtre. Bergengardezvotr
LampsticÛ9 272- ~
& celle qui eftoit à Spire fous M
d'Uxelles. Le premier de ce mois à
la pointe du jour l'Armée partic
d'Otoven fous Mr de Renty , Lieu-
X iij
244
MERCURE
T
e ca
H
Berger , gardez votre coeur pour
une auire.
Mr le Maréchal
de Choifeul
ayant formé le deffein
de paffer
GALANT. 245
Rhin , & de cacher fa marche aux
Ennemis , partit du Camp d'Oftoven
le 30. du mois paflé , à neuf
heures du foir , avec quelques Officiers
generaux Il arriva à Spire le
lendemain à cinq heures du matin &
s'eftant abouché avecMr le Marquis
d'Uxelles , il en repartit , & arriva
le mefme jour au Fort- Louis, ayant
donné les ordres pour avoir des nouvelles
de ee que feroient lesEnnemis
qui eftoient campez à Bruskfal . Mr
le Comte du Bouig eftoit parti le 29 .
Juin à minuit avec le Regiment de
Ligondez , & avoit en paffant fair
marcher l'Infanterie qui eftoit à
Lampsheim , fous Mr de Chamilly,
& celle qui eftoit à Spire fous M
dUxelles. Le premier de ce mois à
la pointe du jour l'Armée partic
d'Oloven fous Mr de Renty, Lieu-
X iij
246 MERCURE
tenant general , & alla camper à
Valsheim , à une lieue de Spire. Le z.
elle campa à Rheinzabern , & le
3.
elle paffa le Rhin au Fort- Louis fug
les quatre à cinq heures du foir
ayant fait en trois jours une marche
de vingt-cinq lieues , tres belle &
tres-bien executée. Le 4. toute l'Ar.
mée partit d'auprés le Fort Louis , &
alla camper à
Nidersbihel, ayant la
droite prés
Kupenheim , petite Ville .
au pied de la
montagne , & la gauche
vis à vis Raftat , & devant elle
la Riviere de Marg , qui eft partagée
en deux ou trois canaux tout le long
de noftre Ligne . Il eft certain que
le Prince Louis de Bade ne
penetra
point le deffein de Mrle Maréchal
de
Choifeul , puifque deux jours
avant que nous paffaffions le Rhin ,
il avoit afluré fes Sujets qu'ils pourGALANT.
247
roient faire leur tecolte en feuretét
Le lendemain , aprés que l'Armée
du Roy fut arrivée, à Kupenheim,
on vit s'avancer fur les onze heures
l'avant-garde de celle des Ennemis ,
& tout le reste de leur Armée en
fuite. Elle campa fur une ligne pref
que parallele alanoftre , leur droite
à Etlingen vers le Rhin , & leur
gauche à Muckenturm , où eft le
quartier ganeral , ayant devant eux
un petit ruiffeau , qui eft prefentement
àfec dans la plus grande partie
de fon cours . Si toft qu'ils y furent
arrivez , ils envoyerent douze cens
Chevaux , qu'ils mirent dans les gor
ges de la montagne fur nos derrieres..
Nos Partifans penetrerent par
la montagne for les leurs. Un de
Dos Partis de foixante& dix hommes
de pied attaqua dans une gorge l'ar-
X iiij
248 MERCURE
riere-garde d'un de leurs Convois,
escorté par huit cens chevaux Ilsen
tuerent quinze , firent huit prifonniers,
prirent feizechevaux , & défon
cerent trente ou quarante barriques
de vin & d'eau de vie.
Mr de Chamilly , Lieutenant general
de jour , fut commandé le 12 .
avec trois mille Chevaux ou Dragons
, & douze cens Grenadiers ,
pour couvrir un fourage où il y avoit
aff.z à rifquer , puis qu'il le faifoit à
la veue d'un Ennemi brave & audacieux
, c'est à dire , du Baron de
Vaubonne , Colonel & Officier general
chez les Ennemis , Partilan
connu par les avantages qu'il a quelquefois
remportez . Il y a longtemps
qu'il eft dans nos derrieres avec un
tres gros Corps , pour inquieter nos
Fourages & nos Convois , & empêGALANT.
249
cher noftre communication avec le
A Fort Louis. Quatre jours auparavant
il avoit eu deffein d'attaquer
Mr de S. Fremont , qui en ramena
le trefor & les vivres , mais il n'ofa
le faire , ne ſe ſentant pas aflez fort .
Nous n'y tirâmes qu'on coup , qui
couta la vie à fon Neveu , Capitains
de Dragons. Cela l'avoit animé , &
avoit redoublé l'impatience où il
eftoit de trouver une occafion de
nous entamer ; il falloit donc un
gros Corps à Mrde Chamilly pour
- le contenir.
Les Grenadiers ayant efté poltez
avantageufement , & la Cavalerie
bien difpofee pour couvrir par tout
le fourage , il fe fit affez tranquille
ment , à quelques chevaux prés qui
s'estoient écartez , & qui furent pris
patles Haffars . Ces Troupes reve250
MERCURE
noient , & il n'y avoit plus qu'un
tiers ou environ de poftre monde ,
qui ne fuft pas éloigné du lieu où
l'on avoit fouragé , lors que le Baron
de Vaubonne attaqua avec vingt ou
trente Haflars nos dernieres troupes
de Cavalerie , qui tout d'un coup
fe trouverent chargées & envelo
pées de plufieurs groffes troupes de
Huffars & de Dragons ; en forte
que nos gens furent d'abord pouffez
jufqu'à une haye où il y avoit cent
Grenadiers du Regiment des Vaif
feaux , qui firent des décharges
tres - vigoureuſes , & fi à propos ,
qu'ils arrefterent les Ennemis , &
donnerent le temps à d'autres troupes
de Cavaleries , commandées par
Mr de Praslin , Neveu de Mr le
Maréchal , de charger les Ennemis.
Ils le firent , & les culbuterent , Oa
GALANT. 251
·
les pouffa longtemps & fort loin en
leur tuant bien du monde. On ne
commença que tard à faire des pri
fonniers Il y en eut quatre vingt ,
parmy lefquels font un autre Neveu
de Mr de Vaubonne , Frere de celuy
qui avoit esté sué depuis quatre
jours , un Lieutenant , un Maréchal
des Logis de Huffars , & trois
Maréchaux des Logis de Dragons,
Les autresfont ouBrigadiers , ou fimples
Dragons , à la reſerve de dix
ou douze Huflars . Parmy ces Pri
fonniers il y en a dix- neuf dange➡
reuſement bleffez. Les Ennemis
perdirent environ cent cinquante
hommes qui refterent fur la place ,
& entre autres un Colonel de Dragons
, & quelques Officiers qui fe
défendirent vaillamment . L'un
d'eux tint longtemps une troupe
252 MERCURE
l'écart , fans vouloir la vie , qu'il fe
fit ofter malgré ceux qui la luy of
froient. Le Commandant des Huf
fars ayant reconnu nos Troupes ,
faifoit difficulté de nous attaquer.
mais le Baron de Vaubonne l'ayant
menacé de l'envoyer au Prince de
Bade pieds & poings liez , il le fit en
brave homme , & qui avoit parlé de
bon fens. Le Baron de Vaubonne
chargea d'abord avec vingeHuffiars ,
& enfuite avec toutes les autresTroupes,
On le vit briller par tout avec
une valeur fans égale . On croit que
les Ennemis ont eu , plus de
quatre
cens hommes hors de combat dans
cette affaire , qui ne nous coute que
dix ou douze Cavaliers ou Dragons
& un Capitaine du Regiment de la
Feuillade , nommé Sommieure On
ne fçait s'il eft pris ou tué . N3 Re
GALANT: 293
gimens bleus , Royal Rouffillon ,
Dauphin & Souvré firent des merveilles
; celuy du Colonel fit encore
mieux , & on pretend que c'eft luy
qui a le plus malttaité les Ennemis.
Nous avions plufieurs Partis dehors,
dont l'un commandé par Mr de
Macias , Lieutenant des Grenadiers
de la Reine , s'eft trouvé à l'action ,
& a tiré fort à propos fur les Enne
mis . Mrle Marquis de Souvré a tué
de deux coups d'épée un Officier
des Ennemis qui luy avoit appuyé
fon piftolet , & Mr le Duc de la
Feuillade en a fait un autre priſonnier.
Ils fe font tous deux fort diftinguez
, auffi bien que Mr le Marquis
de Praslin , qui commandoit la
Cavalerie , Mr le Comte d'Eftain .
Mr le Marquis de Chalmazel , Mrc
Comte de Murfay , & Mr le Mar
254 MERCURE
quis de Plancy . Le 18. à dix heures
du matin l'Armée décampa pour
venir à Liechtenau . M le Maréchal
de Choiteul faifoit l'arriere garde
avec la Gendarmerie , & quoy que
le grand nombre de défilez qu'il
falloit paffer rendiſt fa marche plus
lente qu'elle n'euft efté fans cet ob
ftacle , les Ennemis qui en avoient
cu avis, ne firent aucun mouvement
pour en profiter . Elle arriva le matin
du 18 en ce nouveau Camp , où elle
a fa droite à Liechtenau , & fa gau
che au delà de Schvvartzach , le
Rhin derriere , & le ruiffeau d'Obervvaffer
devant , faifant tefte à la
montagne,
Je viens au Siege de Barcelone,"
dont j'ay commencé à vous parler
dans ma Lettre précedente. Vous
en avez déja vû un Journal dans les
GALANT. 255
Nouvelles publiques , fur lequel il
feroit difficile de rencherir, Cependant
je croy que vous ne laifferez
pas de prendre plaifir à la lecture des
Lettres fuivantes , qui renferment
toute la fuite de ce Siege. Elles font
d'un Lieutenant general , dont la
naiſſance répond à la valeur , & à
l'efprit . Ainfi vous pouvez vous affurer
qu'elles ne contiennent rien
que de veritable.
As Camp devant Barcelone le 17,
Juin 16.97.
M
Onfieur de Vendoſme , qui
avoit demeuré depuis les de
ce mois dans fon Camp de Badaloná
, en partit le 12. au matin pour venir
devant cette Place . Mr le Comte
de Mailly , Maréchal de Camp de
256 MERCURE
jour , fut chargé du campement &
du foin de l'inveftir . Comme il n'y
avoit pas affez de troupes pour le
faire d'une mer à l'autre , il fixa fa
gauche à Saint Martin , où l'on a
établi une partie des vivres , & ſa.
droite au deffus de Saria , où l'autre
partie des vivres a efté mife . Pour
couvrir le quartier de Saint Martin
l'on y a mis fix Bataillons des Gale
res & des Vaiffeaux ,commandez par
Mr le Bailly de Noailles. A l'égard
de Saria , l'on y a mis la Brigade de
Sourches en feconde ligne pour couvrir
ce Village , & les trois Regimens
de Dragons de Bretagne,Fon
boilard & Valencé , couvrent le
flanc de la droite. Dans cette fituation
l'on a demeuré juſqu'au 15. à
faire les préparatifs neceffaires pour
ouvrir la tranchée , & pendant ce
GALANT. 257
T
temps les Ennemis nous ont laiffé
fourager jufqu'auprés de leurs Vedettes.
Le 13 au matin on s'apperceut
qu'ils avoient abandonné le
Convent des Capucins. Le foir
Mr de Venzolime le fit occuper par
Mr Dillon , Colonel , avec fix cens
hommes , & y refta le 14. La nuit dự
15. au16 la tranchée fut ouverte aux
Capucins pat deux attaques : l'une à
la droite par quatre Bataillons , trois
de la Marine & un de Gourville ,
avec huit cens Travailleurs , & fix
Compagnies de Grenadiers à la tefte
pour foutenir le travail , commandez
par Mr de Chazeron , Lieute
neral, & Ms le Marquis de Novion ,
Brigadier d'Infanterie , & l'attaque
de la gauche par quatre Bataillons ,
dont deux de Sparn , un de Perigordon
Bataillon des Ticups
Fuillet 16970
Y
248
MERCURE
des Vaiffeaux , douze cens Travailleurs
, deux Compagnies de Grena
diers, & trois cens Dragons à pied ,
commandez par Mide Fonboifard,
Colonel de Dragons , pour foutenir
le travail . Cette attaque de la gauche
eftoit commandée par Mr de Varen .
nes, Maréchal de Camp. Pour foutenir
la garde de tranchée , M³deVendofme
commanda cinq cen's Chevaux
, fous les ordres de Mrde Legall
, Brigadier de Cavalerie , & fous
luy M de Vandeuïl , Colonel de
Cavalerie. Mr de Rouffelot , Brigadier
des
Ingenieurs , fut chargé du
travail de la droite , & Mde Saint
Louis , auffi Brigadier , du travail
de la gauche. On avança fort les
tranchéesce jour - là , & les ravins qui
fe trouverent dans le terrain , donnerent
moyen de faire la communica
GALANT. 259
tion des deux attaques dés cette pre.
miere nuit , pendant laquelle Mr de
Lapara fit occuper le Convent des
Cordeliers , qui n'eft qu'à cent cinquante
toiles de la paliffade du che,
min couvert. Les Ennemis ne tire ,
rent pas un feul coup de moufquer
pendant cette nuit-là , mais leur ca
non nous tua plus de trente hom
te homimes pendant le jour. Du 16.
au:17. la tranchée fut relevée à la
droite par M le Bailly de Noailles,
Lieutenant general , & par Mr de
Caixon, Brigadier avec quatre Ba
taillons , deux de Sault , celuy de
Caixon , & undes Galeres , & pour
Brigadier d'Ingenieurs Mr de Nobleffe
avec fix cens Travailleurs ,
la gauche par Male Chevalier de
Genlis . Maréchal de Camp Javéc
quatre Bucaillons , un de Solre , &
·
Y ij
260 MERCURE
&
ceux de Vauge , de Clankarty &
de Milly , avec fix cens Travailleurs
, comme à la droite
pour Brigadier d'Ingenieurs Mr Ro
bert . La garde de la tranchée de
cinq Efcadrons à l'ordinaire , commandée
par Mr de Bercourt , Bri.
gadier , Mr de Vienne , Mr.de
Camp, & Mrde Biron , Lieutenant
Colonel de Deſclos ; & pour foute
nir les Travailleurs il y eut la mefme
difpofition de Grenadiers & de
Dragons que la nuit precedente,
L'on perdit huit hommes cette
nuit-là.
De Le 24. Juin.
Es Ennemis . font toûjours un
Lfort gros feu de Canon & de
Bombes cependant , ils ne nous
tuent pas beaucoup de monde : mais
GALANT. 261
I
8
cela nous empêche d'aller auffi vite
que nous ferions , fi le feu de leur
Artillerie étoit moindre. Nous
fommes à quatre - vingt toiles du
chemin couvert , & il nous fait aller
un peu bride en main , ayant affaire
avec une garnifon auffi forte que
celle que nous attaquons . Il y a eu
prefque toutes les nuits des forties ,
où les ennemis ont toujours été repouffez
avec perte . Hier à trois
heures aprés midy , leur Cavalerie
poufla une de nos gardes de vingt
Maiftres avec un Lieutenant . Le Pis
quet des Carabiniers & de Sibours
alla à eux , & malgré l'inégalité dứ
nombre , leurs Efcadrons furent rel
pouffez avec perte de leur part de
trente Cavaliers tuez ou pris , parny
lefquels il y a deux Capitaines . Ce
matin à une heure avant lejour , les ›
262 MERCURE
afliegez ont fait une fort grofle for
tie. Ils font venus d'abord droit à
nôtre Batterie pour enclouer le
Canon , & font tombez fur les compagnies
de Grenadiers de Dillon&
de Cavanac , qui les ont tirez à
bout touchant, eftant fouftenus des
détachemens de Touraine : fi bien
que les ennemis ont été repouflez
jufques dans leur chemin couvert ,
ayant laiffé fur la place foixantes dix
hommes , & en ayant eu plus de cent
bleffez On a compté les morts un
à un pendant une tréve d'une heure
qu'on a faite pour les retirer , pen,
dant laquelle Mr de Lapara avec
d'autres Ingenieurs , a pris un El
ponton comme un Officier de tran
chée , & a reconnu tout ce qu'il a
voulu , fans aucun risque jufque
dans le chemin couvert de la place,
GALANT. 253
116
Dans le temps que les affiegez ont
fait cette fortie , le Viceroy qui eft
campé fur une hauteur avec trois
mille Chevaux , trois mille hommes
de troupes reglées d'Infanterie , &
plus de douze mille Miquelets où
Sommettans, a fait ataquer par quine
ze cens hommes une maiton que
nous occupons avec nos Miquelets ,
& aprés un Combat de deux heures
les ennemis fe font retirez , laiffint
fur la place plus de foixante hom
mes ; ils en ont eu auffi plus de
cent bleffez. Voila l'état où nous
fommes , la Superiorité de nos trous
pes fur celles des Ennemis eft para
faitement établie .
I
Le 27. Iuin 1697.
L s'eft paffé encore cette nuit une
action auffi heureuſe , que toutes
264 MERCURE
1
celles que nous avons entrepriſes
depuis le commencement de ce Sie
ge. Les Ennemis occupoient à la
gauche de l'attaque à nôtre égard un
Pont fur une Biailliere , où ils
avoient fait un bon retranchement,
ayant communication par des
boyaux à leur chemin couvert.
Comme cela nous empêchoit d'aller
en avant , parce que nous ne pou
vions faire un pas que cet ouvrage
ne nous vift à revers , bien qu'il y
euft deux ou trois ravines entre ce
Pont & nous , on l'afait attaquer la
nuit paffée par les deux compagnies
de Grenadiers de Sault , celle de
Manuel & des Dragons à pied Ily
avoit dans ce retranchement des détachemens
foûtenus par un Bitai !-
lon. Cependant nos gens l'ont emporté
, & cent Chevaux des Enne
mis
GALANT. 265
DN
mis voulant venir à leur fecours.
Un Lieutenant de Sault avec vingt
Grenadiers a marché à eux , leur a
mis la boure dans le ventre , & les a
fait retirer .Depuis ce temps là , nous
avons été deux heures tranquilles
poffeffeurs de ce retranchement
& pendant cet intervalle , nos Ingenieurs,
travailloient en toute diligence
pour s'y loger, Une demiheure
avant le jour , les Ennemis fe,
font aviſez de vouloir effayer de le
reprendre , mais ils ont été fi bien
reçûs par les Grenadiers , dont j'ay,
parlé , & on leur a fait un fi gros
feu, qu'ils fe font contentez de jetter
des Grenades fans jamais oler venir
à la main . Enfin nous fommes
trés-bien logez fur le Pont , & cette
petite action nous facilitera beau
coup l'approche du chemin couvert.
Juillet 1697.
Z
166 MERCURE
4.
Nous travaillerons cette nuit à faire
une Batterie pour battre en bréche
le Baſtion de la gauche à noftre
égard , car pour celuy de la droite ,
il eft fi éboulé que nous n'en fommes
guere en peine, On tirera
auffi cette nuit un Boyau , & fi l'on
peut,une parallele entre noftreBatte
rie & le chemin couvert , duquel
nous ne ferons "demain matin qu'à
quarante toifes , fi l'on ne nous inquiette
point. Suivant ce que difent
les Ingenieurs , nous pourrons atta→
quer le chemin couvert Dimanche
ou Lundy au plus tard . Nos Batteries
battrone en bréche peut être
dés Samedy. ~ On croit que les Ennemis
ont perdu deux cens cinquante
hommes à l'affaire de cette nuit,
Nous n'y en avons eu qu'unevingtai
ne de tuez ou bleſſez.
GALANT. 267
LAD
Le 7.1uillet 1697.
A nuit du 4. au 5 , nos tra…
vaux paroiffant bien difpoicz
pour attaquer le chemin couvert,
on prit la réfolution de le faire . Pour
cet effet , on commanda vingt cómpagnies
de Grenadiers & deux cens
Dragons à pied. Ces troupes que
l'on pofta de maniere qu'elles envelopoient
les trois Angles du chemin
couvert, eftoient foutenues par
des détachemens tirez des corps de
la tranchée qui devoient faire feu
pendant l'attaque fur la courtine &
fur les deux Baftions du Poligone.
Tout cela étoit foutenu par des corps
de la Garde de la tranchée. Entre
minuit & une heure , l'attaque fut
commencée. Nos gens arriverents
forr prés de la Paliflade fans être dé
Z リ
268 MERCURE
couverts , & aprés avoir effuyé lá
décharge des Ennemis , ils fe mêlerent
avec eux . L'action fut fort vive
; mais la valeur de nos troupes la
fit bientôt tourner en nôtre faveur.
Les Ennemis commencerent à plier
par nôtre front jufqu'au pied de la
Courtine, & le refte ayant coulé par
noftre droit , tout le longdu chemin
couverte fut poufféjufqu'àtroisTours
qu'on peut voir fur le plan , & qui font
fort éloigneés du lieu de l'attaque.
Nos gens s'en retournerent tranquillement
fans être pourfuivis , & vinrent
occuper les Poftes qu'on leur
avoit indiquez. Pendant ce tempslà
, on preffoit le travail fur l'angle
gauche & fut l'angle droit & aux
angles du Centre du chemin couvert
, & l'on commença à faire un
feu affreux de part & d'autre , c'eftGALANT.
269
C
à- dire , nous , de noftre paralle´e &
de nos deux flancs , & les Ennemis
de leur courtine & de leurs deux Ba-,
tions. Ce feu fut fi violent que nos
logemens fe trouverent affez imparfaits
à la pointe dujour. Une heute
aprés , les Ennemis revinrent tâter.
tous nos poftes , firent une véritable ,
fortie à celuy de la gauche culbute
rent les Travailleurs , & un débris
d'une compagnie de Grenadiers :
fort délabrée . Mr de Barbefieres
qui s'y trouva , ramafla ce qui étoit
autour de luy , & bien que nos Sol
dats euffent ufé toute leur poudre
, il trouva fi important de rechaffer
les Ennemis , qu'il y marcha
dans le moment avec Mr de Gen.
lis la bayonnette au bout du full.
Les Ennemis tinrent. de tems
peu
& furent repouffez jufqu'au pied de
>
Z iij
270 MERCURE
leur Baftion ,aprés quoi nousreſtames
pailibles poffeffeurs , & établisfur L'angle
de la gauche. Les logemens du
Centre & de la droite étant bien plus
imparfaits que celuy-là , il falut les
abandonner , & nous retirer dans
les boyaux d'auprés qui en eftoient
environ à ſept à buit toiles. Nous
nous trouvâmes donc le 5: à neuf
heures du matin occupant L'angle de
la gauche & les Ennemis, L'angle de
la droite & leur place d'Armes du
centre. Ce jour- là , fur les fix heu.
res du foir, ayant eu avis que les ennemis
avoient peu de monde dans
leur place d'Armes , & dans L'angle
droit , on jugea à propos de les faire
tâter par quelques Grenadiers ; mais
Je gros feu de Grenades qu'on fit à
nos gens , les obligea de fe retirer
felon l'ordre qu'ils en avoient reçû.
GALANT. 271
"
La nuit du
ce,
f. au
6
on
pouffa
des
Sappes
pour
tâcher
de gagner
le
centre
de L'angle
droit
occupé
par
les
Ennemis
, qui
firent
encore
un
trés
gros
feu
de leur
ouvrage
, & tire
rent
un
grand
nombre
de
Grenades des
Poftes
qu'ils
occupoient
;
qui
fut
caufe
qu'on
avança
fort
pen
le travail
cette
nuir
-là , on
y perdit
même
affez
de
monde
.
Pendant
tout
le fixiéme
, les
Ennemis
continuant
leur
feu
, & il nous
fut impoffibles
d'avancer
, ce qui
fit prendre
la
refolution
de
les
chaffer
ferieufement
de leur
chemin
couvert
& de
leur
place
d'Armes
.
J'oubliois
de dire
que
nous
nous
étions
étendus
fur
notre
gauche
environ
vingt
toiles
fur
la
bréche
du
chemin
.
Couvert
qui
va
au
centre
. Tout
l'attaque
eftant bien
difpofé zij
272 MERCURE
commença la nuit du 6 , au 7. par
quatorze Compagnies de Grenadiets
& cent Dragons , qu'on fir
foutenir par un pareil nombre de
Fufiliers. Soit que les Ennemis fuffent
avertis de l'attaque , ou qu'ils
craigniffent, le coup de main de
nos Troupe's , qui leur a efté funefte
depuis le commencement du Siege ,
on ne trouva perfonne dans la Place
d'armes , mais les Ennemis revinrent
julques à deux fois , & furent
repouffez avec beaucoup de vigueur ;
aprés quoy nos Troupes fe retirerent
aux lieux qu'on leur avoit marquez.
Le travail avoit efté commencé
pendant l'attaque , & il fut continué
toute la nuit , de maniere qu
on s'eft fort bien logé fur l'angle
droit , & fur les trois du centre ,
On a auffi avancé la communica
GALANT. 273
tion de tous ces logemens fur la
branche gauche . Il ne nous manque,
que dix toiles de communication
jufqu'au centre , & fur la droite entre
trente & quarante . Nos fapes
vont toujours pendant le jour , ce
qui nous fait efperer que noftre logement
fur le chemin couvert fera.
parfait demain au matin . On tâchera
cette nuit de marquer les Batteries ,
fçavoir une de douze pieces dans le
centre de la Place d'armes , pour
battre en bréche la courtine ; une de
quatre à la droite , pour battre en
bréche le flanc du baftion de la gauche
, & une de quatre à la gauche ,
pour battre en bréche le flanc du
baftion de la droite . En attendant
qu'on les ait mifes en eftat
de tirer , on fera ce qu'on pourra
pour attacher le Mineur au baftion
274 MERCURE
de la gauche. On travaille auffi
actuellement à placer feize mortiers
à droit & à gauche de la Place d'armes
, pour tirer dans les baftions , & :
fur la bréche de la courtine , qui eft
déja fi confiderable , qu'il ne faut
qu'un jour ou deux pour mettre cette
batterieen eftat d'intriguer beau~
coup nos Ennemis. On s'applique .
à perfectionner noftre tranchée
pour mettre nos gens en feureté. Je
ne puis m'empêcher de dire que rien
n'eſt égal à la bonne volonté & à la
valeur de nos Troupes, Pendant ces
trois jours nous avons eu mille hommes
tant tuez que bleffez , & nous
fommes convaincus par le rapport
de tous les rendus , & par le témoi
gnages de nos Troupes , qui fe font
trouvées aux actions , que les Ennemis
y ont encore plus perdu que
75
ar
ée ,
de
mbus
aut
ye.
Inbus
B Le Fort.
tcer
Ire
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182
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de
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COL
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Po
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me
fon
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gn
[ [OUTU
mis y ont encore plus perdu que
GALANT. 275
nous. La nuit du 4 aus Mrde Barbefieres
commandoit la tranchée ,
ayant fous luy Mrs de Genlis & de
Chartogne. Mide Chazeron come
mandoit la nuit du 5, au 6 ayant fous
luy Mrs de Préchac & de Maffaye .
Mr le Bailly de Noailles commanmandoit
la nuit du 6.au 7.ayant ſous
luy Mrs les Chevaliers de la Force
& de Chellebert. Chacun d'eux a
fait tout ce qu'on pouvoit attendre
de leur valeur.
Je vous envoye un Plan des attaques.
Il ne va pas juſques à la priſe
de la Contrefcarpe , parce qu'il a
fallu du temps pour le faire graver ;
mais il fuffit de voir les tranchées, &
l'endroit par où la Place eſt attaquée
pour juger du refte .
A La Ville .
B.Le Fort.
276 MERCURE
C Retranchement entre la Ville &
le Fort.
D Camp des Ennemis
E Petit Fauxbourg du Jefus.
F Les Capucins.
G Tranchée de la premiere nuit.
H Tranchée de la feconde.
I Tranchée de la troifiéme,
K Batterie de vingt pieces de canon.
L Batterie de dix pieces.
M Batterie de cinq mortiers .
N Ruiffeau qu'on a détourné en
arrivant.
O Chemins creux qui communiquent
les Tranchées.
P Chemin marqué de jaune , où l'on
: eft à couvert.
Q. Deux Galiotes à bombes à deux
mortiers .
R Une Fregate à un morrier .
S Tranchée de la quatriéme nuit...
GALANT. 277
T Tranchée de la cinquiéme nuit.
2 Deux maiſons & retranchemens
qui ont efté pris , & d'où les Ennemis
voyent la Tranchée S , I ,
Caffines où les Ennemis mirent
le feu deux heures avant que celle
2. fuft attaquée.
3
4 Pont par où Mr le Prince Darmftat
a fait fa Sortie.
5 Autre endroit où l'on a fait une
autre Sortie.
Vous trouverez dans la Relation
qui fuit la chaffe donnée aux Ennemis
dans quatre de leurs Camps , &
leur entiere déroute. Je ne vous en
dis rien , elle eſt de main de Maistre.
Au Camp devant Barcelone ce 15.
Iuillet 16.97:
J
E croy que pour bien faire comprendre
l'action qui fe paffa hier,
il eft à propos de commencer par
278 MERCURE
gat ,
"
donner une idée de la fituation des
Ennemis, & des raiſons qu'on a euës
de les attaquer. Mr le Marquis de
Grigny eftoit avec deux mille cinq
cens Chevaux au moins à Cornella,
petit Village à un quart de lieuë par
delà l'Hospitalet , au bord de Lobre
à une lieuë de la droite de no»
ftre Camp , & D. Miguel Gonzalez
d'Oraffe occupoit les montagnes
derriere noftre Camp avec fix ou:
lept cens Chevaux , mille hommes
de troupes reglées , détachées des
Regimens qui font dans la Place,
des Miquelets & des Payfans , dont
le nombre ne nous eft pas tout à fait
connu , bien qu'il ſoit affez confide.
rable. Tout cela eftoit répandu en
divers poftes fur le haut des montagnes
dont j'ay parlé . La Cavalerie
de Mr de Grigny communiquoit)
GALANT 279
P
tous les jours avec les mille Chevaux
qui font dans la Ville , par le
cofté de Montjoüy , & y faifoit en
trer autant de Convois de muni
tions de guerre & de bouche qu'il
jugeoit à propos. Il fembloit mefme
que leur opiniaftreté à demeurer
dans ce pofte , qui eftoit affez dan
gereux , tendoit principalement à
faire connoiftre aux Affiegez qu'ils
pouvoient tenir jufqu'à la derniere
extrêmité , puis qu'ils avoient une
protection feure de cette Cavalerie
pour retirer leur Garnifon . Nous
fçavons mefme que ce font-là les
difcours qu'on leur tenoit tous les
jours . On leur faifoit croire auffi
que les Troupes des montagnes nous
devoient venir attaquer ; & quelque
peu de fondement qu'il y euft dans
de pareils difcours ils ne laiffoient
K
280 MERCURE
}
pas de faire quelque effet fur l'efprit
des Soldats , & de prolonger le Siege ,
ce quia efté caufe que Mr de Vendô
me voyant la Place preffée , prir la
refolution d'attaquer hier les Ennemis
, pour tâcher de leur ofter toutes
les efperances dont ils fe flatoient,
Pour cet effet il commanda' deux
mille deux cens Chevaux & trois
mille hommes de pied , aufquels il
donna rendez-vous à noftre droite
des Carabiniers . Mille Fufiliers &
cinq cens Chevaux aux ordres de
Mr d'Uffon , furent commandez
pour monter à la montagne par la
droite à noftre égard . Mr de Vendôme
ordonna à Mr de Barbezieres
qui eftoit de jour , de faire tenir
l'Infanterie de l'Armée fous les ar◄
mes à la tefte de fon Camp , & la
Cavalerie qui luy reftoit en bataille,
GALANT: 281
tant pour avoit l'oeil àze, qui pourroit
fe paffer dans la Tranchée , que pour,
empêcher que la Cavaleriede la Vil ,
le ne nous inquietat dans noftre expedition
. Mede Vendôme fe mit en,
matche hier matin deux heures
ayant le jour , avec les deux mille
cinq cens Chevaux, & fes trois mille
benes de pied , ayant deffein d'ar-
.2
ter à la pointe du jour à l'Hospita
lee Bien quele déboucher de noftrei
Gampfojt fort difficile , cela arriva
comme il avoit projecté. Il com:)
mença à diſpoſer de là fon auaque ,
faifant marcher fon Infantsue fr
faudroite par de partes collines 18 fa
Cavalerie iparte grand chemin . [
Nous trouvâmes quelques petites .
gaudes des Ennemis qu'ils ont aceq
coutumé detenir à la teſte d ¢ } Həf
pisidet, fiqui (plierent devant nousi
Juillet 1697 .
A a
282 MERCURE
mefure que nous avançâmes, & qui
vray--femblablement comme il
eftoit nuit , ne pûrent pas donner à
Mr de Grigny des avis certains de la
quantité des troupes qui les avoient
pouffées. Mede Vendôme avoit mis
devantluy Mr de Legall avec deux
cens cinquante Chevaux , & luy
avoit donné ordre de charger & de
pouffer tout ce qu'il trouveroit. Il le
foutenoit à la tefte des Carabiniers .
Comme nous eftions fort prés du
Camp des Ennemis, on nous manda
de noftre Infanterie qu'ils paroif
foient venant de la montagne . Sur
cela Mr de Vendôme manda à Mo
le Chevalier de la Fate qui la commandoit
, de les attaquer , & de
prendre quatre ou cinq des troupes
de Cavalerie qui eftoient à noftte
arrieregardes que pour luy il allois
GALANT 283
charger la Cavalerie des Ennemis
qui commençoit à faire des mou
vemens pour s'en aller , Gela fut
executé dans le moment , Mr de Legall
fe jetta dans le Camp des Ennemis
, & culbuta avec beaucoup de
facilité quatre ou cinq troupes qui ,
s'y rencontrerent . Mr de Vendôme
le fuivoit de prés avec les Carabi
niers , & il y entra prefque en mê
me temps que luy, Les. Ennemis
prirent une telle épouvante de fe
voir chargez fi vivement qu'on
peut dire que certe action commença
plûtoft par une déroute que par
un combat. Mr de Legall executa ,
fort bien les ordres , & poufla les En
nemisjufqu'aun Villa genommé S
Eelion fans que perfoone fe s'alliar
Les Carabiniers & le refte de l'armée
fpivoient au peuis Galop , mais ce
A a j
•
284 MERCURE
pendant dans le meilleur ordre du
monde , & fans que pas un fe débandaft,
Le Vice- Roy étoit dans le
Village de faint Feliou couché dans
fon lit , & n'eut d'autre avis de
cette affaire , que lors qu'il entendit
Les troupes pouflées par les nostres.
On paffa le Village de faint Feliou , &
l'on alla jufqu'à Lobregat que les ennemis
avoient paffé avec beaucoup
de defordre. Comme il y avoit plas
d'unelieuë que nos gens pouffoient
à toutes jambes , leurs chevaux
étoient extrêmement effouflez ce
qui fut caufe que trois ou quatre
troupes des Ennemis , compofées
aparemment des gardes du Viceroy ,
& de ce qu'il pouvoit avoir auprés
de luy , revinrent fur la tête de nos
débandez & les culbuterent , comme
il arrive ordinairement en pareil
GALANT. 28
&
cas ; mais Mr de Vendôme avoic
pris un fi grand foin de les faire fou➡›
ftenir , qu'il le trouva là deux Efcadrons
de Carabiniers & trois ou
quatre troupes de Cavalerie & de
Dragons qui reçûrent fi bien les En->
nemis que nous ne croyons pas qu'il
s'en ſoit guere ſauvé de ces trois ou
quatre troupes qui vinrent fur nous.
Nos gens allerent juſqu'à la Rivie
re , & bien qu'elle foit très mauvai=>
fe , il y en a eu quelques -uns qui
n'ont pas laiffé de paffer de l'autre
cofté. L'action finit là , parce que !
Mende Vendofme ne put
put pas
aller plus loin. Tout le quarties?
du Roy de faint Feliou a eftéabfolu
ment pillé, & toute la vaiffelle d'ates
gent des Generaux a été prife. ÜV
Dragon & un Cavalier ont pris une
Caffette du Viceroy pleine de beau286
MERCURE
1
coup d'or & fr nous en , voulions,
croire un de fes valets de confiance,
qui a été pris fort bleffé , il affure.
qu'il y avoit dedans cinq mille cinq,
cens piéces de quatre Piftoles. Il eft
certain auffi , qu'un Officier de Ca
rabiniers a vû entre les mains d'un.
de nos gens qu'il ne connoit point ,
une Canne du Viceroy garnie de
Diamans de fort grand prix , & que
cet homme bleffé nous a dit auffi
eftre du nombre des pertes de fon
Maitre, On a pris encore plus de .
fix à fept cens Chevaux our Mulers.
Parmi les premiers , il y en a de
trés beaux, appartenans au Viceroy
& aux Officiers Generaux : il y a eu
auffi une telle quantité de toutes fortes
de façons de hardes deprix,qu'ils
feroit trop long d'en faire un détail .
Les Ennemisà vue de Pays ont bien,
GALANT 287
perdu trois cens hommes dans cette
action. Mr de Vendofme
commença à faire retirer fes troupes,
& pas un homme ne s'eft prefenté
pour nous inquieter dans noftre retraite,
all fit brûler en fe retirant le
Camp des Ennemis. Il avoit auffi
réfolu avecles trois millehommes de
pied qu'il avoit avec luy , d'eſſayer
de prendre dans la Montagne des revers
fur les Ennemis , afin de pro..
fter la main à Mª d'Uffon
mais aprés avoir bien , examiné le
Pays , les Montagnes luy parurent
fi difficiles , & le chemin filong
pour y gagner les hauteurs qu'occu
poient les Ennemis de ce côté-là
qu'il trouva) la clioſe impoſſible , &
s'en revint dans fon Camp , impa--
tient de fçavoir ce qu'auroit fait Ms
d'Ullan , dont je vais vous rendre
compte.
་
288 MERCURE
3.
-Monfieur d'Uffon partit dans lay
même nuit que Monfieur de Vensi
dolme avec trois cens Chevaux deuxɔ
censDragons & milleFofiliers , Mon..
fieut le Comte du Breuil , Brigadier
de Dragons qui commandoit l'Avantgarde
, tomba par un bon- heut )
extrême fans être découvert fur leur
corps de garde avancé , & nous entrâmes
fr brufquement dans leurb
premier Camp , que plufieutsOfficiers
furent tuez dans leundit ,
qui échapa à la valeur de nos troupes
fe retira à un fecond Camp qu'ils
avoient fur une hauteur plus élevée ,
avant que d'arriver ài celuy da Ma
d'Otaffe , ils furent pourlaivis fi vis
goureufement que Monſieur d'Ul-p
fon avec fes troupes y arriva prefque
auffi -toft , que les fuyars qui fe reti. !
refent à leur dernier Camp,,482 C ་ ་
Gel
gainde
1
GALANT 289
#
guinderent fur une hauteur fi élevée
que peifonne ne jugea à propos de
les y attaquer . Leur retraite eftant
affurée de cette forte , Monfieur de
Vendofme donna ordre à Monfieut
dUffon de feretirer , le quartier de
Monfieur Dotaffe fut pillé , & les
trois Camps brûlez , & pendant dix
heures que nos Troupes furent en
prefence des fiennes , il fe fit un feu
continuel. Des que les Ennemis
s'apperçûrent de la retraite de nos
Troupes , ils le mirent en é at de les
charger avec de la Cavalerie & de'
l'Infanterie . Nos Grenadiers qui
avoient commencé à defcendre , remonterent
contre l'ordre que Monfieur
d'Uffon leur avoit donné . Cette
demarche hardie intimida fi fort
les Ennemis que nous n'avons pref
que perdu perfonne dans la retraite
Juillet 1697. B b
290 MERCURE
que Monfieur de Vendofme fit fa
vorifer par des Bataillons que Monfieur
de Barbefieres conduifit au pied
de la Montagne. Cette précaution
parut d'autant plus neceffaire , que
plufieurs Elcadrons des Ennemis
étoient defcendus pour coupernoftre
Infanterie qui fe retireroit de la
montagne . Ils furent chargez par
noftre Cavalerie qui en defcendoit.
Si le projet de Monfieur de Vendof.
me euft réuffi dans fon entier , & qu'il
euft pû prefter la main à Monfieur
d'Uffon avec les trois mille hommes
de pied qu'il avoit avec luy , certai
nement tout ce qui étoit fur la montagne
étoir perdu . Les rendus qui
nous font venus depuis l'action de la
Cavalerie , nous affurent que lesEnnemis
eftoient fi épouventez qu'ils
fejettoient par tout dans Lobregat,
GALANT. 298
où plufieurs s'eftoient noyez & em
bourbez. Ainfi leur perte pourroit
eftre plus grande que je ne l'ay mar
quée . Je ne puis m'empêcher de dire
avant que de finir qu'il n'eft rien d'égal
à la valeur de nos troupes , de
puis le premier Officier General ju
qu'au dernier Soldat & Cavalier . '
Monfieur d'Uffon croit que de fon
cofté les Ennemis ont eu trois mille
hommes hors de combat . Tout le
bagage du General Otaffe a été pris
auffi bien que celuy des Officiers
Generaux , & on a brûlé leurs tec
tes.Nous avons fait cent Prifonnier
entre lesquels il y a trente Officiers.
Il eft certain que les Ennemis avoient
tenu un grand Confeil de Guerre
dans lequel il avoit été réfolu de
nous venit ataquer dans roftre-
Camp , la nuit du quatorze au quin-
Bb ij
292 MERCURE
ze , ce qui a fait dire à un Député
principal de Barcelone que nous
avons pris , & qui le tenoit auprés de
Monfieur de Velafque , que nous
n'avions que trop bien executé co
que nos Ennemis avoient projetté.
Nous ne fçavons pas bien encore ce
que Monfieur de Velafque eft devenu.
Les uns difent qu'il s'eſt ſauvé
dans une Cave en chemife , les autres
fur un Cheval à poil . Nous en
fçaurons bien-toft la verité. Nous
avons eu à ces deux actions foixante
Qu quatre- vingt hommes hors de
combat.
"
Le Dimanche ar. de ce mois
Monfieur le Prince de Dombes fut
nommé Louis - Conftantin par le
Roy & Madame la Princeffe . La
ceremonie le fit dans la Chapelle
CALANT. 293-
du Chaſteau de Verfilles , par Mr
l'Evêque d'Orleans premier Aumônier
de Sa Majefté , en prefence de
Monteigneur , de Meffeigneurs les
Ducs de Bourgogne , d'Anjou & det
Berry, de Madame de Chartres , de
Monfieur le Prince , de Madame la
Ducheffe , & de Madame la Prin
ceffe de Conti Doüairiere. Me de
Malezieu , Gouvernante du jeune
Prince , eut l'honneur de le prefenter
au Roy', & de le tenir pendant
toute la ceremonie , à la fin de la
quelle le Roy & Midame la Prin
ceffe , Monfieur le Duc du Maine,
Mr l'Evêque d'Orleans , & Mr le
Curé de Verfailles fignerent l'Acte
qui fuit .
Bb iij
294 MERCURE
Lo
&
"
Ouis Conftantin de Bour
bon , Fils de tres haut &
puffant Prince Louis . Augufte de
de Bourbon , parla grace de Dieu
Prince Souverain de Dombes ,
Duc du Maine d'Aumale,
Comte d'Eu , Pair de France ,
Commandeur des Ordres du Roy,
Colonel General des Suiffes &
Grifons , Gouverneur & Lieute
nans General pour Sa Majesté
dansfes Provinces de Haut
Bas Languedoc , Grand Maiftre
Capitaine General de l'Artillerie
de France ; & de tres haute
puiffante Princeffe Loüife . Be
1
GALANT. 295
nedicte de Bourbon , né à Verſailles
le 27. Novembre 1695, ayant
efté par nous foussigné Superieur
de la Maifon de la Congregation
de laMißion deVersailles & Care
du même lieu , ondoyé en la cham .
bre de Madame la Ducheffe du
Maine le même jour , les cere
monies du Baptême luy ont efte
fupplées en noftre preſence cejourd'buy
21. Fuillet 1697. dans là
Chapelle du Chateau de Verfait
les , par Monfeigneur Pierre du
Cambout de Coislin , Evêque
d'Orleans , premier Aumônier du
Roy , Commandeur de fes Ordnes.
Le Parain a efté tres baut , tres296
MERCURE
excellent &tres puiffint Prince
Louis , parla grace de Dieu, Roy
de France de Navarre ; &
fa Maraine tres bause & puiffan,
te Princeffe Anne Palatine de Ba
viere , Epoufe de stres - baut
puiffant Prince Monseigneur le
Prince de Condé, qui ont bien
voulu figner. Signé , LOUIS,
Anne , Palatine de Baviere ,
Louis Augufte de Bourbon
Pierre da Cambout , Evêque
d'Orleans , Hebert.
J'aurois beaucoup de choles
vous dire de l'élection de
Monfieur
le Prince de Conti à la Couronne
de Pologne : mais je me contente.
I
GALANT. 297
ray de vous envoyer la Lettre qui
fuit. Elle vous fera connoiftre la fi
tuation des affaires touchant la dou
ble élection . Cette Lettre eft une
traduction Latine.
CLETTRES
De Mele Primat de Pologne,
àM P’Electeur de Saxe .
A
·Prés la grande perte que
noftre Republique afaite du
Roy Jean 111 enfin le jour heureux
eft venu où nous avons élu
d'un commun confentement
, fi
l'on en excepte unfort petit nombre
, le Serenißime Prince Fran.
çoisLouis de Bourbon , Prince de
298 MERCURE
Conti , pour noftre Roy Lc perit
nombre de ceux qui n'ont pas efté
de l'avis du plus graud , s'est prévalu
de l'autorité de trois de nos
Chefs ou Generaux d'Armée. Ces
gens là ont voulu embaraſſer vo.
fire Serenité là dedans en la nommant
,&par là ont fait connoi-
Stre qu'ils fouloient aux pieds
toutes les Loix de la Nation ,
qu'ils méprifoient même l'autorité
du Primat , qui eft pourtant la
Seule que l'on doive reconnoistre
dans l'interregne Nous avons crú,
qu'il eftoit de nostre devoir de
faire connoiftre à voſtre Alteffe
Sereniffime avectout le refpect qui
C
GALANT. 299
luy est dû , que ce n'eftoit point
noftre intention de la charger ,
de l'embaraffer des foins de noftre
Royaume , pendant qu'elle eft plus
glorieufement occupée par fes ac.
tions heroïques à combattre l'En.
nemi commun des Chrestiens.
Nous prions donc instamment
Vostre Alieffe , de ne point prendre
pour le confentement unanime
de la Nation , le fentiment particulier
de quelques uns . Nous la
prions même
Voifin , de nous laiffer en paix
avec noftre nouveau Roy , qui a
eſté élu avec la liberté desfuffra
ges. Nous la fupplions de ne point
1.
comme
genereux
300 MERCURE
avoir égard aux fentimens par.
ticuliers de ces trois Chefs qui ont
voulu jetter de la divifion dans
noftre Republique , par là elle
s'acquerra une plus graudegloire,
que fi elle vouloir nous comman.
der.
Le fieut Jean Guignard Libraire
au Palais , debite un Livre Nouveau,
qui contient deux nouvelles Hiftoriques
, l'une intitulée , le Prince de
Longueville , & l'autre Anne de
Bretagne, Ce font deux grands
Noms, que l'hiftoire prendra tou
jours foin de conferver. Des évene
mens tres confidérables Y font atta.
chez , & cette lecture ne peut que
faire plaifir aux Curieux...
GALANT: 301
Le Paperab fait une Promotion
ade Cardinaux pour les Couronnes
fuivant l'intention des Souverains.
aquilles ont prefentez à la Sainteté.
-Ĉe font Mr l'Abbé Grimany pour
Empereur Mt du Cambout de
Coaflin ,Evêque d'Orleans , pour la
France ; Mole Marquis d'Aguilar,
xy-devant Viceroi de Sardaigne ,
pour l'Espagne , Mil'Archevêque
de Lisbonne de la Mailon d'Aron
chez pourle Portugal, & Mr Cori
naro ; Nonce en Portugal , pour la
Republique de Vehife , Mr Noblet
Secretaire de Mr le Cardinal de Jan-
$ fon, ayant aporté cette nouvelle, le
Roy a donné aujourd'huy la Calot.
te à M. l'Evêque d'Orleans.
Vousfçavezque lafuperioritéde nos
Armées eftgrande par tout, Gollée de
Caralbgol doit avoir reçû prefente
Juillet 1697.
Cc
1302 MERCURE
mentun fecours de dix à onze mille
hommes. C'eft un effet des foins
& de la prevoyance du Roya
Lors que les Allemans nous
menaçoient d'affieger quelquesuines
de nos Places & de paffer le
Rhing Mode Choiseul a paffé ce
Fleuve , & eft entré dans le Pays
de Bade au grand étonnement des
Peuples, qui fur la parole du Prince
de ce Nom croyoient pouvoir faire
Jeur recolte én futeté , Mt de Choifeul
les a enforce batrus dans toutes
le's occations où ils ont voulu inquiéter
les fourageurs. Ilsfe vantoient
que deMaréchalne pourroit décam
per dèvánt eux , & ila changé de
Campfansqu'ilsayent feulement ofé
faire mine de l'attaquer, ora DT
1
Nos Armées de Flandres aprés
avoir tellement refferré celles des Al
GALANT. 30%
Nez qu'ils ont été contraints "de fáiro
venità grands ofrais des Fourages i
fecs de Hollande ,Dontdécámpe -pal
laiffent entr'elles , & les ennemis uo:
grandi Pays, dans lequel ils ne pour
roient fubfifter s'ils vouloient avan
cer. Aimfi.nos Armées quodques
nombreuſes , ont non feulement vé- 1
5 cu aux dépens du pays Ennemy :
mais elles ont épargné leurs Magazins
, ce qui dans la fuitte pet deur
être d'un grandfebotus, & lourdonii
ner moyen d'embaraffer les Ennep
mis. M'Empereur left beaucoup
par les mécontons de Hangrie , dont
lenombradft mobtémiſqueslà: quin
zelmilles Outre pluſieurs PlacesM
dont ils fefdnuomparez, ils ont fur
pris la fameule Fortereffe de Mon€I
gats, leur párti crbiſt à toutmomentti
celuy quiales comman de autje çom ba
Cc ij
304 MERCURE
miffion du Comte de Tekely ,
l'on croit que ce Comte fe mettras
bien-toft à leur teftes Heft furprest
nant que ce party fe foit formé fans !
que l'Empereur en ait tien apris , 8g
que ces Troupes fe foient trouvéesz
affemblées fans qu'il enqaitaieu dao
moindre connoiffance , zato imon
On ne parle en Hollande quedu
Siege de Cartagene par Mr de Points
tis , ce bruit s'eft répandu fur ceŝ
qu'on y a receu la copie d'une Let-a
tre, écrite par Dom Diego Martin
Sanchez de Agreda au Gouverneur
de Curaffau , en datte du 124. de
Maydernier , portant que le 19. das
Courant on savoitnou Lettres : deb
Dom Gafpard de Acoſta, Gouver
neur de la Ville de Marcado, dattées
du 8, d'Avril , qui luy marquoit
1150
1 &
I
GALANT. 305
que vingt Navires de Guerre François
avoient paru à la veuë de Cartagene
, que le 12. ils s'eftoient rendus
maiftres du Chateau appellé
Boca Chica, ce qui leur avoit donné
occafion de mettre cinq mille
hommes à terre pour attaquer la
Ville. Je ne vous affure point que
cette nouvelle foit veritable. Je vous
apprens feulement qu'elle eft publiée
par nos Ennemis Jefuis, Madame
Voltre , &c.
AParis, ce 31. Juillet 1697.
Cc iij
isogs usafado e illam b
-Job Lovatool hyp op
Dilim
2.0 of old…..itor sol , lovnonsu )
mialuplerunq6
Sidov
2225522 2222525 525 .
TABLE
PRela
Relude
Sonnet quika rëmportè le prix des\
Sonnets propofez par la compagnie
des Lanterniftes. 8
27
Ce qui s'eft paffé à la Reception de
Mr le Préfident Coufin à l' Aca- ,
demie Françoiſes pihak and 120
Lettre Paftorale de M¹ l'Evêque
& Comte de Nejon. ”.
Diverfes pièces de vers fur des fujets
du temps. pa so pojem 521
Déclaration de l'Auteur de nouveau
Sens d'un paffage de Virgille.
Suite du Traité de l'Algebre, 72
Lettre de M. l'Abbé de Vil-
59%
liers.. 136
TABLE.
Actions remarquables de quelques
braves .
Entrée deMonfieur l'Ambaſſadeur
de
Savoye.
Carte nouvelle.
Morts.
193
203
shals
1.2124
Placarisaffichez à Rome. 1214
Enigmes,
228
239
2254
Nouvelles d'Allemagne, yr 244
Suite du fiège de Barcelone
Baptême de Mr le Prince de Dom .
bes. N 3292
Lettre du Primat de Pologne à
Electeur de Saxeosbig to)1297
Promotion de cinq Cardinaux a gp1
Nouvelles de toutes nos Armées,
mab am ? me3702
Nouvelle de M² de Pointis. 304
JJAT M sh stirod
2vaif
Avis pour placer les Figures.
L'Air doit regarder la page 244.
Le Plan doit regarder la page 275.
511
m
1697.7
Eur.511 m
16977
Mercure
<36624511370010
<36624511370010
7,5
Bayer. Staatsbibliothek }
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUILLET 1697.
A
PARIS ,
Chez
MICHEL
BRUNET ,
Grande Salle
du Palais , au
Mercure
Galant ,
N donnera toûjours un Volume
nouveau
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau , &
Vingt- cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envie .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. D C. XCVII.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
#kecek ck: ckck:
de
AVIS.
Qies jufqu'à prefens de bien
Velques prieres qu'on ait faiécrire
les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
dymanquer toujours . Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On réitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
neprend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux . On
A ij
AVIS.
prie feulement ceux qui les envoient,
fur tout ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
Particle des Enigmes , d'affranchir
Leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent.
Ceft fort peu de chofe pour chaque
particulier, & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere qu'il est toujours
impriméau commencement de chaque
mois . Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilferapartir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure .Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
buffera pas d'avoir le Mercure
PA
AVIS.
long- temps avant qu'il foit arrive
dans les Villes éloignées , mais auli
les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant.Ceu e
qui fe lefont envoyerpar leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toujours fort
tard par
deux raifons. Lapremiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venir prendrefitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours que!
ques jours avant que l'on en falle le
debit , & l'autre , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont lu eux & quel
ques autres à qui ils le preftent, ils
rejettent la faute du retardement
far le Libraire , en difant que li
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'il fe charge defaire
A iij
AVIS.
les paquets luy-mefme,& de les faire
porter à la Pofte ou aux Meſſagers,
fans nulintereft, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe .Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera execute avec
une exactitude dont on aura lien
d'eftre content.
1
14
I
MERCVRE
I
GALANT
JUILLET 1697.
E croy ne pouvoir donner
à cette Lettre un
commencement plus
agreable pour vous , que le
Sonnet en bouts- rimez que
vous allez lire. Il renferme un
court Eloge qui convient au
A iiij
8 MRCUREE
Roy parfaitement dans la fituation
où font les chofes , &
qui fait entendre beaucoup
au de - là de ce qu'il exprime.
AU ROY .
Rand Roy , tonbras eft craint
du Couchant à l' Aurore.
Tu rehauffes l'éclat de tes brillans
Grand crains
Ayeux.
Jadis Rome t'euft mis au rang des
demi-
Dieux ,
Aprestant de hauts faits que nul
Peuple n'
S
ignore .
LaPaix,fille du Ciel, plus char-
Flore,
mante que
Va bien toft couronner
d'un art
ingenieux
GALANT. 9
Les exploits inous , dont tú frapes
nos
yeux ;
Deja fes Etendarts à Rifvvick
elle
2
arbore .
Quelle gloirepour toy ! quel bonpareil!
neur fans
D'un repos plein d'appas lefuperbe
apparei!
Te montre à l'Univers des Heros
le
S
modele.
Les Mufes à loifir fur de nouveaux
accens,
Vont chanter le bonheur de ton
Peuple
fidelle,
Et t'offrir tour à tour un éternel
encens.
10 MERCURE
Priere
pour
le
Roy.
Seigneur , qui de Loin favorifez
la gloire ,
Soyez propice à nos fouhaits ;
Donnez luy toujours la victoi
re ,
Afin qu'il nous donne la Paix.
Plus laudem quàm dona moror.
Ce Sonnet eft du Pere Fran.
çois Lamy , de la Doctrine
Chreftienne , & a remporté
le Prix des Sonnets en Bouts
rimez , propoſez par l'Academie
des Lanternistes de Tou
1
GALANT.
louſe. Ce Prix luy fut adjugé
le 24. du dernier mois , jour
de la Fefte de Saint Jean , dans
la Salle de M ' Morant , premier
Prefident du Parlement
de cette Province , qui décida
entre le Sonnet du Pere Lamy
, & celuy d'une Dame de
qualité , que l'on avoit refer.
vez , pour examiner avec plus
d'attention qui le devoit remporter
des deux. Son Ouvrage
avoit efté envoyé fous le nom
de
Mademoiſelle le Sauvage ,
fa Belle-four , Niece de feu
M' le Sauvage , Evêque de
Lavaur.
12 MERCURE
La conquefte d'Ath , & le
Siege de Barcelone , dont il y
a tout fujet de croire que
vous apprendrez la priſe avant
que je ferme cette Lettre
, autorifent l'efperance
qu'on prend de la Paix dans
voftre Province . Tout fem .
ble engager les Ennemis à ne
point tenir davantge contre
les bontez de Sa Majefté, qui
ne voulant point ſe prévaloir
de tant de triomphes , dont
rien n'interrompt
le cours ,
paroift encore toute prefte à
leur accorder le repos qu'ils
fe refuſent. Cette modera
GALANT.
13
tion ne fçauroit eftre affez
admirée . Auffi tout le monde
en parle- t-il avec des éloges ,
qui tout grands qu'ils font ,
demeurent toujours beaucoup
au deffous du fujet ,qui
les demande . M ' Coufin , Prefident
en la Cour des Monnoyes
, n'oublia pas d'élever
cette vertu, lors qu'ayant efté
élû par Mrs de l'Academie
Françoiſe , pour remplir la
place de feu M' l'Evêque
d'Acqs , il y vint prendre
feance . Ce fut le Samedy 15 .
du mois paffé. Aprés avoir
loüé fon Prédeceffeur , felon
14 MERCURE
que
que
la coutume , auffi- bien
les deux premiers Protecteurs
de l'Academie , il parla du
MonarqueAugufte
quia bien
voulu agréer le même titre,
& ayant fait connoiſtre
les perfonnes les plus diftinguées
dans l'Eglife , dans l'Epée
, & dans la Robe , s'empreffoient
à l'envi d'entrer
dans ce Corps illuftre , & fufpendoient
les fonctions les
plus éclatantes de leurs Charges
, pour n'y exercer point
d'autre empire que celuy de
la raifon , & pour n'y employer
point d'autre autorité
W
GALANT. 15
que celle de la parole; La for
tune de l'Academie fuit celle de
l'Etat , continua- t- il , le &
progrés de la Langue répond au
cours des profperite publiques.
Animez par les évenemens extraordinaires
du regne du Roy ,
vous redoublez votre zele pour
en inftruire le fiecle prefent és la
pofterité la plus éloignée , &pour
leur apprendre qu'il a aboli les
combats finguliers , reprimé le luxe,
refrené la licence , reformé les
Loix , rétabli le Commerce , banni
l'Herefie , affuré le bonheur de fes
Sujets , rendu plufieurs fois la
Paix àl Europe. Nous joüirions
16 MERCURE
de
encore de cette Paix , fi elle n'avoir
efté troublée par la fureur
d'une Ligue qui remplit de confufion
le monde Chreftien ; mais les
defordres qu'elle y cause vousfont
un nouveau fujer , Meffieurs ,
relever les incomparables
vertus
du Prince qui la déconcerte ,
qui foutient feul contre elle les
droits de la Royauté & les interefts
de la Religion. Les Ennemis
vaincusfur mere fur terre ,fentent
la vanité de leurs projets &
la foibleffe deleurs efforts , &femblent
nefe plus affembler que pour
eftrefpectateurs de la prife de leurs
Villes , & des autres fuccés de nos
GALANT. 17
ا م
entreprises . La moderation du
Vainqueur met feule des bornes
fes conqueftes , & luy fait préferer.
repos , aprés lequel l'Europe
foupire , aux triomphes que luy
promet la justice de fa cauſe , la
fagefe de fes confeils , la valeur de
Jes Armées , la fidelité de fes
Peuples. L'equité des conditions.
qu'il propofe , fait efperer une heu
reufe conclufion des Conferences
commencées
, dans lesquelles vous.
avez la fatisfaction , Meſſieurs ,
de voir que des trois Ambaffadeurs
qui portent la parole pour ,
la France, ily en adeux de postre
Corps.
Juillet 1697.
B
18 MERCURE
M' Dacier , alors Directeur
de la Compagnie , répondit
à M' Coufin , d'une maniere
qui fatisfit pleinement tous
fes Auditeurs . Il dit qu'il eftoit
refervé pour la conſoler de la
mort d'un Academicien , qui
dans une grande jeuneſſe avoit
fait paroistre tant de merite
, que le grand Chancelier
Seguier , en le donnant à l'Academie,
l'avoit jugé capable
d'eftre affocié à ces Genies du
premier ordre qu'on avoit
choifis d'abord pour la compofer
; que ce prefent qui venoit
d'une main fi pretieule ,
GALANT: 19
t
devoit estre remplacé par
une autre main qui ne l'eftoit
pas moins ; que tous les Academiciens
publioient avec
plaifir que c'eftoit Mile Chancelier
qui l'avoit donné à la
Compagnie , en le forçant à
leur demander la juftice qu'ils
luy avoient renduë , & qu'il
eftoit également glorieux
pour tous , que ce Dépofi
taire des Loix du plus fagé
des Princes , euft fait connoiftre
fi publiquement , qu'aprés
qu'un homme avoit cousuavec
un tres- grand fuccés
dans la cartiere des Leatres ,
"
Bij
20 MERCURE
il manquoit toujours quelque
degré à la gloire , pendant
qu'il n'estoit pas receu dans
ce Corps. M' Dacier fit paroiftre
dans tout fon Dilcours
beaucoup d'érudition & d'éloquence.
Il employa l'une &
l'autre à parler du Roy , &
aprés avoir dit qu'un des plus
fameux Capitaines Grecs avoit
efté moins loüé de fes
victoires , que d'avoir facrifié
à la Paix plufieurs Villes qu'il
avoit prifes fur les Lacedemoniens;
Louis leGrand, continuat-
il , fera toujours loué du même
facrifice qu'ilfait àfes Peuples,
GALANT. 21
+
C
S
ב
Ilne veut pas fe prévaloir des
avantages qu'il pourroittirer de
·la defunion qui a commencé à confondre
les projets trop audacieux
S dela Ligue , lors
&
que,
comme
le Jupiter d'Homere , il pourroit
attirer plus facilement à luy cette.
& chaîne , & faire voir à fes Ennemis
que rien n'eft capable de luy
= refifter , il est préft à pofer les fon.
dres quil vient encore de lancer
efur une de leurs plus fortes Places
, il s'offre toujours à guerir
Ꮕ leurs playes , àleur épargner de
nouveaux malheurs . Triompher,
&neconferverque des pensées de
Paix au milieu de fes triomphes ,
22
MERCURE
c'eft le dernier effort de la vertu des
plus grands Heros . Venez donc ,
Monfieur , ajoûta -t - il en adreffant
la parole à M ' Coufin ,
venez celebrer avec nous cette
cette veritable magnanimité
gloire , qui n'appartient qu'aux
Princes qui rendent leurs Peuples
heureux. Nous ne pourrons nous
Souvenir de voftre reception fans
nous fouvenir de nos victoires.
Elle fera dattée dans nos Faftes
d'un des jours de triomphe de Louis
le Grand , car pendant que nous
vousouvrons les portes de ce Palais
, tout retentit encore du bruit
dts acclamations & des applaus
GALANT.
33
S
$
diffemens qu'attirent les nouveaux
progrés de fes armes , &
on ne vient que d'ouvrir nos Temples
pour remercier Dieu de la
protection visible dont il accompa
gne tous fes deffeins Mais ce qui
rend encore vostre entrée parmy
nous tres heureuſe , & à jamais
memorable , ce font les nouveaux
témoignages qu'elle nous a attire
de l'attention que le Roy daigne
avoir pour nous au milieu de fes
grands projets , qui doivent faire
le deftin de l'Europe. Cette attention
a paru glorieufement dans
les termes dont le Roy s'eft fervi
en approuvant noſtre choix , lors
24 MERCURE
que j'ay eu l'honneur de luy en
rendre
compte . Qu'il me foit permis
de rapporter icy publiquement.
ces paroles comme je les ay entendues
de cette bouche facrée , que
la douceur la majesté ne quittent
jamais. Vous le fçavez
Meffieurs , le Roy m'a ordonné
de vous dire qu'il aime beaucoup
mieux les Sujets que l' Academie
choifit elle même , que ceux qu'elle
prend par complaisance , & par
déference pour des recommandations
Ce Prince , qui fait regner
dans tous fes Etats la justice & la
liberté , vous rend entierement
maiftres de vosfuffrages . Il n'y
point
GALANT.
25
point d'ordre que vous devieZre.
garder comme fouverain , & vous
ne devez reconnoistre d'autre pou
voir que celuy du merite. Fufqu'i
cy les recommandations aufquelles
vous avez quelquefois déferé ,
n'ont fait que vous foulager du
choix , en vous prefentant des
Sujets que vous auriez choisis
vous mêmes; mais le Roy quipar
Sa prudence & par ſa ſageſſe pre..
voit tout , & pourvoit à tout ,
fait bien qu'un fi grand bonheur
ne peut pas toujours durer, › Le
-ray merite ne fera pas toujours
l'objet de la protection & de la
faveur , ny le jufte difcernement
Juillet 1697.
C
3
26 MERCURE
le fidelle compagnon du credit &
de la puiffance. Ne vous fervez
donc jamais que de vos lumieres,
Meffieurs , pour attirer à vous
des hommes qui foient dignes de
vous, & qui puiffent vous aider
àfoutenir le grand poids dont vous
eftes chargez. Comme le Roy s'eft
élevé au deffus defon Art par la
grandeur defon genie ,fa gloire ne
peut eftre feurement qu'entre les
mains de ceux qui s'éleveront auſſi
au deffus du vostre par leur efprit;
car dans tous les Arts les grands
hommes ne font pas ceux qui les
exercent enfuivant les regles que
leurs Maiftres leur ont enfei
GALANT. 27
gnées,mais ceux quilesfurpaffent,
qui s'éloignant des routes ordinaires
, trouvent des chemins que
leurs guides n'ont pas connus.
Je vous envoye une Piece,
que vous lirez fans doute
avec plaifir , puis qu'elle eft
fur une matiere , qui fait aujourd'huy
beaucoup de bruit ,
C ij
28 MERCURE
LETTRE
きら
PASTORALE
de M l'Evêque Comte de
Noyon , en forme de Prefer
vatif,pour conferver le Clergé
les Fidelles de fon Dioceſe
dans le faint exercice d'une ve
ritable & folide pieté , contre
les maximes pernicieufes du
Quietisme.
F
RANÇOIS DE CLERMONT
, par la grace de
Dieu Evêque Comte de
Noyon ,
Pair de France ,
Commandeur de l'Ordre du
Saint Elprit , Confeiller ordinaire
du Roy en fon Confeil
"
GALANT. 29
'd'Etat ; Au Clergé & aux Fideles
de noftre Diocéfe , Salut
& benediction . Nous a
vons heureuſement arraché.
de nos propres mains dans
le cours de nos Vifites les épi
nes & l'yvraye de la pernicieu
fe doctrine , que l'homme ennemi
avoit malheureufement
femées dans le champ de l'Eglife
, dont le divin Maiftre
nous a confié le foin , tout
indignes que nous fommes .
Cependant comme la contal
gion augmente & ſe répand
prefque par tout , nous avons
eſté obligez de continuer , & ,
•
fe
C iij
30 MERCURE
même de redoubler l'applica
tion de la follicitude paftora
le , & de nous offrir encore au!
fervice du Pere de Famille
dans les termes & fuivant l'e
xemple du zele de fes plus
fidelles ferviteurs . Voulez
vous que nous allions arracher
cette gurage ?
C'eft dans cette veuë qu'a
prés avoir gemi devant Dieu,
& dreffé cet Abregé de la
doctrine du Quietilme,qui eft
plûtoſt une faufſe & terrible
feureté, qu'un veritable & falutaire
repos, nous avons jugé
à propos , & même necellaire
GALANT. (31
༢ ་
de rendre public ce petit Effai
d'un plus grand Ouvrage , &
de vous l'adreffer en forme
d'antidote & de préſervatif ,
pour vous conferver inviola
blement dans le faint exer
cice d'une fincere & folide
-
pieté.
L'experience que nous avons
depuis trente-fix années
d'Epifcopat , de vostre religieufe
foumiflion à toutes nos
Ordonnances
, nous perfuade
facilement
qu'il n'eſt pas neceffaire
de vous défendre fous
-des peines canoniques & grie
ves la lecture des Livres rem
C iiij
32 MERCURE
plis de maximes dangereufes,
condamnées par l'autorité du
Saint Siege & de plufieurs
grands Evêques , & qu'il fuffic
de vous expliquer le Dogme ,
la Morale & le peril de cette
Secte naiffante , pour en in
terrompre le cours . Secte
d'autant plus à craindre , qu'-
elle a déja porté la lépre jufque
dans le Sanctuaire , profané
le Tribunal de la Penitence
, & corrompu l'inno
cence d'un nombre infini de
perfonnes fimples & trop cre
dules. Secte dont la redoutable
Prophetie de l'Apoftre
1.
1
1
CALANT:
33
Saint Paul nous menace , &
décrit par avance les Maiftres
& les Difciples , fous le nom
de certains deferteurs de la
Foy , attachez aux fentimens
des efprits de l'erreur , & infectez
de la doctrine des Démons.
DOG ME
du Quiétifme.
Le Quiéritme eft injurieux
à Dieu & à Noftre - Seigneur
Jefus Chrift.
lleft injurieux à Dieu , parce
qu'il établit une espece de
Deïfme ; qu'il femble adorer
par un filence affecté un Dieu
34 MERCURE
fans mitteres ; & pour parler
avec Tertullien , un Dieu fans
monarchie de Nature , & fans
oeconomie de Perſonnes ; un
Dieu fans culte , lans Minif
tres, & fans Autels ; un Dieu
enfin , quel horrible attentat !
dépouillé de toutes les plus
grandes & plus effentielles
perfections , de la Juftice , de
fa Mifericorde , & de fa Bonté,
par des abftractions prétenduës
miſtiques , ou plûroft
par des exclufions réelles, qui
défendent aux Fidelles parfaits
la crainte des jugemens
de Dieu , l'efperance en fa mi.
GALANT. 35
fericorde , & la reconnoiffan
ce de fa bonté , & leur font
ainfi uncrime des Vertus mê
mes Theologales , que les
Quietiftes condamnent , &
appellent mercenaires& intereffées
. Eft - ce là connoiftre
Dieu par des contemplations
fublimes & intimes ? ou pour
mieux dire , n'est - ce pas le
méconnoiftre ?
Le Quiétifme eft injurieux
à Noftre Seigneur Jeſus-
Chrift. Ses trois qualitez &
fonctions infeparables de la
voye qui conduit l'homme,
de laverité qui l'éclaire , & de
36 MERCURE
la vie qui l'anime , luy font in
juftement ravies . En effet , fi
( comme le Quiétisme l'enfeis
gne )l'Homme peut parvenir
au terme de la Beatitude fur
la terre ,Jefus Chrift n'eft plus
la voye qui le conduit . Aquoy
ferviroir la voye lors qu'on
feroit arrivé? Si l'Homme eft
élevé au fublime degré de la
Lumiere incréée , & de la
fplendeur des Saints , Jeſus-
Chrift n'eft plus la verité qui
l'éclaire -Ne feroit- ce pas cher.
cher la lumiere en plein jour?
Si l'Homme eft transformé
& même identifié avec l'Ef
GALANT 37
fence divine, Jefus Chrift n'eft
plus la vie qui l'anime . Sa gra.
ce vivifiante ne deviendroit.
elle pas inutile? Quel malheur
& quelle impieté tout enfem
ble!Qu'eft devenu l'Homme
Dieu , l'Homme par excel
lence que David demandoit
& attendoir avec tant d'impa
tience , & comme le feul qui
pouvoir eftre le Redempteur?
Qu'eft devenu l'Homme de
la paix , & l'objet de toutes
nos efperances ? Qu'eft devenu
le charitable & neceffaire
Mediateur que Dieu a propo
fé de toute éternité par la Roy
38 MERCURE
en fon Sang ? L'édifice de la
Religion Chreftienne peuil
fubfifter , fi Jelus - Chrift n'en
eft le fondement
? O ingratitude
étonnante! Il n'y ajamais
eu fous le Ciel d'autre nom
pour procurer le falut à la
rerre ; & toutefois il eft ou
blié , méprifé , fupprimé. Où
eft donc la voye que nous devons
fuivre, la verité que nous
devons chercher , & la vie que
nous devons defirer ? Quels
principes & quelles confequences
Helas , fans la voye
nous fommes égarez , fans la
yerité nous fommes aveuglez
GALANT.
39
& fans la vie nous fommes
morts .
MORA LE
に
du Quietisme.
Le Quietume a l'audace
de regarder & de traiter le
Chriftianifme , comme l'Evangile
a regardé & traité le
Judaiſme. L'Evangile a levé
juftement le joug de la Loy
qui eftoit convenable à la
crainte des Serviteurs , pour
rendre la liberté propre à
l'amour des Enfans. Le Quietiſme
prend le pretexte inju
fte d'une prerenduë liberté
des Enfans de Dieu , pour
40 MERCURE
fonder lelibertinage de fa Se.
&te & de la chair fur les ruines
¹des obfervances Evangeliques
, de la neceffité de la
Priere vocale , & même inſtituée
par Jefus Chrift , de
la frequentation des Sacremens
, des jeûnes , des mortifications
, & des bonnes oeuvres
, dont la plus fainte dif
cipline eft fcandaleuſement
violée. Quel aveuglement de
croire & d'ofer écrire , que la
liberté confifte tellement
dans la feule volonté de la
partie fuperieure , que la par
tie infericure peut s'abandon
GALANT.
41
3
a
2.
I'
ner à toute forte de crimes ,
comme fi l'efprit & le coeur
eftoient innocens quand la
chair eft coupable , & fi la
partie fuperieure ne devoit
e pas eſtre la regle , & même la
Caution des mouvemens &
des actes de la parrie inferieure?
Eft ce ainfi qu'il faut
entendre , expliquer & obferver
le precepte de l'Evangile,
qui nous oblige d'arracherles
yeux , dont les regards nous
porteroient aux defir's criminels
? Enfin quelle abomi- !
nation de mettre les vices en :
la place des vertus , & de pre-
Fuillet 1697.
D
42 MERCURE
tendre que des chutes hon
teufes foient des degrez pour
monter à la gloire d'une plus
parfaite union avec Dieu ?
PERILU
du Quiétifme.
.
Le poifon fubtil des Herefies
temperées a toujours fait
plus de mal à l'Eglife , que le
poifon groffier des Herefies
outrées.
L'Arianifme, qui regardoit
le Verbe de Dieu tout au plus
comme le modele de toutes
les creatures ,a donné d'abord
tant d'horreur à tout le monde
indigné , qu'enfuite il aôté
GALANT. 43
toute forte de croyance à fon
erreur intolerablefon berceau
eft devenu fon tombeau.
Mais le Semi - Arianiſme
plus fin & plus dangereux , a
caché fon venin fous les fleurs
apparentes d'une confeffion
fpecieufe du Verbe de Dien
femblable en qualité à fon
Pere , fans vouloir dire qu'il
eftoitconfubitantiel & le mét
me en nature, & s'eft preſque
rendu le maitre du monde.
On peut même avouer que
quelques colomnes du Temple
ont efté du moins ébran
Dij
44 MERCURE
lées , quoy que (graces à Dieu
elles ne foient pas tombées
dans le précipice de l'erreur,
ou qu'elles s'en foient heureufement
relevées , sh
L'orgueil du Pelagianiſme ,
qui flatoit l'Homme d'eftre
le feul arbitre de fon falut indépendamment
de la grace
de Dieu , a fait renaiftre l'orguéil
du Démon plein de fa
propre excellence , & s'eft
attiré tous les foudres de l'Eglife,
qui l'ont d'abord réduit
en poudre.
Mais le Semi Pelagianiſme
fuivant les traces du Serpent,
GALANT 47
quele Texte facré appelle le
plus fin de tous les animaux
de la terre , s'eft fervi de tant
d'adreffes , de déguiſemens, &
de diftinctions de Grace del
Jefus- Chrift , & non feulement
de Dieu , dans la predi
cation del Evangile , lillumi
nation de l'entendement le
fecours & la facilité dú falur ,
qu'en ayant uniquement rés
fervé le commencement à
l'homme par la Foy, & laiffé
à Dieu le progrés & la con
fommation par la Grace
ila furpris & entraîné plu-
Geurs perfonnes fçavances ,
46 MERCURE
graves , & juftes d'ailleurs ."
Le Blafphême de Zuingle,
qui s'eft élevé jufqu'à monter
fur le trône de nos faints Au ·
tels , a tenté d'en arracher le
facré dépoft de la divine Euchariftie
, d'exclure la Realité
par la Figure , d'y ſubſtituer
avec Luther le preſent injurieux
du pain , & de faire le
larcin facrilege de la prefence
du Corps de Jefus-
Chriſt , pour cultiver les premieres
& fatales femences
des nouvelles Herefies , &
en répandre le venin mor
tel.
GALANT
47
-1
er
- Mais le Calvinilme , qui eſt
l'un des ruiffeaux empoiſonet-
nez de cette fource corrom .
puë, a emploié les expreflions ,
plus modeftes en apparence
,
de realité & de prefence lub
eftantielle
par la Foy , quey
qu'également
impies dans le
fond, afin d'achever & de confommer
l'ouvrage d'iniquité;
ouvrage funefte , qui a couté
tant de larmes à l'Eglife & de
re fang à l'Etat , & dont la ruine
centiere eftoit uniquement ré
fervée au Regne glorieux &
religieux de LOUIS LE
GRAND
48 MERCURE
L'ancien Quiétifme ne pouvant
plus fe foutenir en confequence
des Cenfures de
1 Eglife Romaine & de l'Egli
fe Gallicane , & voyant fes maximes
énormes décriées &
flêtries , a reclamé le fecours
& recherché l'afile d'un nouveau
Semi Quierilme.
Mais ce dernier s'eſt inuti
lement efforcé de couvrie
les excés du premier fous le
voile fpecieux de quelques
termes ambigus , & de tem,
peramens captieux qui aigrif
fent le mal en le flatant , &
laiffent la porte ouverte aus
mêmes
GALANT.
49
mêmes abîmes d'impieté &
d'impureté , d'une maniere
d'autant plus dangereufe , qu'
elle eft imperceptible, qu'elle
paroift moins fufpecte, & que
c'eft une espece de gangrene
qui gâte peu à peu tout ce qui
eft lain .
C'eſt ainfi que la grace du
difcernement des efprits , que
Dieu a donnée à l'Etat Apoftolique
& Paftoral , décou
vre aux Evêques l'artifice malin
d'un mélange incompati
ble . & les oblige de déméler
la Religion de l'Illufion , confondues
par des diſtinctions
Fuillet 1697. E
50 MERCURE
imaginaires. Tel eſt le moyen
affuré de réfoudre & de réfuter
les vains & prétendus argumens
des Gnoftiques mitigez
& modernes , qui tombent
dans des contradictions
manifeftes. Le vray même
qu'ils approuvent , eft le principe
du faux qu'ils condamnent
, & le faux qu'ils condamnent
eft la confequence
du vray qu'ils approuvent, fi
nous en croyons quelques
efprits foibles & prévenus.
Et voila quelle eft la peine
de l'aueuglement du crime
qui s'accufe prefque toujours
•
GALANT 51
ך י
en s'excufant , & auquel le
Roy Prophete reproche le démenti
qu'il fe donne.
Et fera noftre prefente Lettre
Paftorale publiée au Prôsne
des Meffes Paroiffiales , &
par les Prédicateurs , à la
diligence de nos Doyens Ru-
1
luë
raux & Vicegerens .
Donné à Noyon , dans notre
Palais Epifcopal , fous nôtre
feing , celuy de noftre Se
cretaire , & le fcel de nos Ar-"
mes , ce dix. huitième jour du
mois de May mil fix cens
quatre-vingt - dix fept.
E ij
5% MERCURE
Voicy quelques Vers fur la
prile d'Ath , que l'abondance
de la matiere ne me permit
pas de vous envoyer le mois
paffé , quand j'achevay le
Journal des derniers jours du
Siege de cette Place. Les premiers
font de Mademoiſelle
Icier.
A
TH eft pris, & bien - toft nous
verrons Barcelone
De LOUIS recevoir la loy.
Fiers Ennemis de ce grand Roy .
Qui voyezqu'en tous lieux lagloire.
le couronne,
Ne pouffez pas plus loin voftre
vainefieri
GALANT. 53
Vous avezéprouvé la force de fes
armes ;
Par une Paix pleine de charmes,
Venez éprouver fa bonté.
2
Vous n'aurezjamais l'avantage
D'épuifer fes trefors , de laffer fon
courage ,
Vainement vous le prétendez 3
Zes deffeins de ce Roy , fi prudent
&fi fage,
Da Ciel font toujours fecondez.
Tous vos retardemens ne font plus
excufables ,
Celfez de refufer la Paix...
Lezele & la valeur de les braves
Sujets
Sont des fources inépuifables,
Quine buy manqueront jamais.
E iij
34 MERCURE
Le Sonnet qui fuit eft de
M' Robinet , toujours zelé
pour la gloire de fon Prince.
SUR LA PRISE D'ATH .
L
A Victoire toujours pourLoäis
fe declare ,
Ses Ennemis en vain cherchent à
l'attirer.
De la voir dans leur Camp l'èvenement
eft rare ;
C'eft un coup de hazard qui la fais
égarer.
12.
'Elle ne peut fouffrir que le fort là
jepare
De foncharmant Heros qui fe fait
adorer,
Par quelque grandfuccès l'outragé
elle repare ,
GALANT. 55
Et vient de fon amour foudain le
rafurer.
2
Zay reprend on Namør , dong là
noble cenquefte
Avoit mis un Laurier fi fameux
fur fa tefte ,
Bien- toftune autre Place eft foumi-
Je au Vainqueur.
S
Ath , que fes forts remparts rendent
fi meurtriere,
A peine treize jours refifte à fon
bonheur
Qui tient à l'admirer l'Europe tonte
entiere.
Cet autre Sonnet, auquel la
priſe da la même Place a donné
lieu , a efté fait fur les der-
E iiij
16 MERCURE
niers Bouts- rimez , propofez
par M's les Lanterniftes de
Toulouſe.
rs
ABoélorsqueindorsune heu re aprés Aurore ,
Sçais tu que nos François imitant
leurs Ayeux,
Font éclater leur nom comme des
Demi- Dieux ,
Qu'ils ont enfinpris Ath, & qu'aucun
ne l'
S
ignore?
Fadis au mois de May Mars &
Venus &
Flore,
A fe prendre fans vert eftoient
ingenieux;
'Mais le Mars d'aujourd'huy ne fait
voir à nos
yeux
Que le vert des Lauriers & des Lis
qu'il arbore.
GALANT.
57
2
Alexandre& Cefar , ce couple fans
Avec tous leurs hauts faits & leur
pareil,
appareil,
Reconnoifroient pourtant Louis
grand
pour
leur
2
modele.
Ila d'un vray Heros le caur & les
accens,
Augufte , genereux , équitable ,
fidelle ,.
Etlayfeal des Mortels merite de
encens.
N'apprehendez rien du ti .
tre que porte la Piece que
vous allez lire. Quoy qu'on
y parle encore de la Louve
qui allaita Romulus , ce n'eft
18 MERCURE
point une nouvelle Differtation
fur le Paffage de Virgile
dont on a déja parlé plufieurs
fois , mais une Declaration
qui fait connoiftre qu'on ne
veut point pouffer plus loin
la difpute , & que chacun a la
liberté de demeurer dans fon
fentiment , puis qu'aucun ne
veut ceder aux raifons de
l'autre.
GALANT. 59
DECLARATION
de l'Auteur d'un nouveaufens
d'un Paffage de Virgile,
A MONSIEUR ***
МЯ
On troifiéme Adver
faire feroit-il devenu ,
Monfieur, un Hypercritique ,
avec fon amas de citations,
extraits favoris de fes Re.
cueils? On peut en douter , cat
quoy qu'il dife, fa peau , ſoit
deLouve , ou de Loup ,foit d'ef
pece ou d'individu , eft percée
de plufieurs trous en divers
endroits. Il paroift qu'il l'a
68 MERCURE
fenti ; car comme les playes
caufent de l'inflammation , fa
Lettre eft écrite avec chaleur,
dans un ftile different de la
precedente. Mais enfin , en
quelque eftat que foit cette
peau , elle luy eft chere , & il
luy plaift de la retenir pour
s'en parer peut- eftre, comme
on fe fait honneur de ces Enfeignes
qu'on rapporte de la
guerre toutes déchirées . A la
bonne heure , qu'il conferve
fon opinion telle qu'elle eſt ,
j'en feray autant de la mienne.
Je fuis feur qu'on ne trouvera
pas des feuilles de chefGALANT.
61
ne indignes du berceau de
Romulus , puis qu'un arbre
de cette elpece fut autrefois
un monument de gloire fur le
tombeau d'Enée , de qui on
fait defcendre le Fondateur,
de Rome ; feuilles de chefne
tres-propres à luy avoir ſervi
de langes , puis qu'elles fervirent
depuis à faire des couronnes
à fes Romains . Il faut bien
en demeurer là ; fçavoir , que
chacun fe tienne dans le parti
qu'il a pris : car ce feroit le fatiguer
inutilement que de
diſputer fans ceffe , fans pouvoir
convenir de l'un ou de
62 MERCURE
l'autre fens . Il a auffi trouvé
un expedient fingulier pour
mettre fin à cette conteftation
; c'eft de répondre en ne
répondant pas. Il s'eftoit attaché
à quelques endroits cydevant
attaquez , & auffitoft
deffendus ; mais comme ce
font - là des plats réchauffez ,
méchans ragouts pour le Lecteur
, il a imaginé une réponſe
muette à de nouvelles
Remarques & à de nouvelles
Reflexions que j'avois faites,
Il dit donc que ce feroit les
faire valoir , que de les refuter
, en quoy il ne fe méprend
GALANT.
63
pas, puis qu'une réponſe qui
ne fatisfait point , donne un
nouveau degré de force à des
raifons qu'on n'a pû détruire.
En effet, ce filence eft politique;
car enfin, que pouvoit- il
dire fur ce que j'ay voulu nous
reduire à la queſtion du fair ,
qu'ordinairement on parce
ne fe cede rien l'un à l'autre ?
J'ay remarqué que Romulus
eft habillé dans un antique ,
dont la figure eft de ſa hauteur
dans le T. Live de Vigenere
, que là on n'y trouve
point la peau de la Louve ,
quoy que ce duft eftre là fa
64 MERCURE
place , comme on voit la peau
du Lion fur les épaules d'Hercule
; que même les trois teftes
qui s'y diftinguent , ne
font point des teftes de Loup.
Cette ftatuë meritoit bien
d'eftre regardée ; mais on ne
regarde pas volontiers ce qui
nous fait de la peine , & où on
ne trouveroit pas fon compte.
Mais au lieu de s'arrêter
à cet endroit , & à d'autres
qui font nouveaux , il effaye
de faire une diverfion en m'apoftrophant
, au fujet d'un
paffage de T. Live , qu'il étale
autant qu'il peut , afin qu'au
GALANT 65
moins il occupe de la place.
Vous aurez , dit il , bien de la
peine à épondre à ce que je vous
oppofe. Je pourris ufer de la
même defaite , & luy rendre
dans un autre lujet , objection
pour objection ; mais on ne
doit pas fuivre un exemple
qu'on n'aprouve point Je vais
3 donc répondre en droiture .
& pofitivement à fon paffage;
car quoy qu'il en faffe fon
fort,comme fic'eftoit un lieu
efcarpé , dont il ne craint
point l'accés , je n'ay pas be
foin de m'efforcer beaucoup
pour y penetrer. Voicy donc
" J
uilles 1697.
F :
66 MERCURE
ce que c'eft. L'Hiſtorien rapporte
qu'on vit un Loup qui
pourſuivoit une Biche , la .
quelle s'enfuit dans le Camp
des Gaulois , qui la tuerent ; &
que les Romains laifferent
paffer au travers de leur Armée
, le Loup , fans le bleffer
feulement , ce qui parmy eux
fut regardé comme un préfage
de la victoire , laquelle ils
remporterent. Je demeure
d'accord du texte , mais nullement
de la conſequence
qu'on en tire fur la nature du
Loup. Ce qui fit l'heureux
préfage , ne fut pas l'efpece,
GALANT.
67
pamais
l'action de l'animal.
Suppolons qu'un Renard euft
paffé dans le même endroit ,
& qu'il euft mis en fuite
Breillement quelque beſte , la
fuperiorité du Renard cuft
efté prife comme eſtant de
bon augure , quoy que le Renard
foit perfe , en foy , un animal
de mauvais augure , com.
me le remarque le fçavant
Critique d'Horace , fur Fa
taque Vulpes , de l'Ode 27. du
livre 3. Ainfi çet incident du
Loup ne change point le ca-
= ractere de cette affreufe be .
te. Le Loup n'en eft pas
Fij
68 MERCURE
moins de la nature , & odieux
& infame , ny moins un objet
de préfage finiftre . Apres
l'apostrophe voicy une accufation
, mais qui affurément
me fera moins de mal qu'à fon
Auteur Tegmen , dit il , n'est
pas formé de cego , comme vous
vous l'eftes perfuadé, mais de cexo.
Où a t il pris cette curieufe
obfervation , que tegmen
vient de texo? Pour moy jefuis
toujours perfuadé,&j'ayraifon
de l'eftre, que tegmen vient de
tego. Veut. il faire juger la caupar
des Juges competens ?
Les voilà fur le fiege preſts à
fe
GALANT
. 69
la juger. Que dis - je , prefts à
juger ? ils ont déja jugé l'affaire
. Robert Eftienne , dans fon
Trefor de la Langue Latine ,
met tegmen au nombre des
delcendans de rego . Calepin
dans fon Dictionnaire
de huit
Langues , met auffi tegmen au
rang des noms dérivez de tego.
Dolet , ce favant du fiecte
de François Premier , le fait
de même dans fes Commen .
taires de la Langue Latine .
Et qui eft-ce qui ne le fait
pas ? Affurément
tego eft le
veritable
de
pere tegmen , &
celuy qui luy en donne un
70 MERCURE
autre , deshonore
un enfant
legitime , & le fait bâtard . Ce
qui a trompé l'Auteur de cette
Critique
finguliere
, c'est
fon fubtemen
: mais fubtemen
n'est pas tegmen . Ces deux
mots ne font pas deux freres .
Chacun a fon pere qui n'ett
pas le pere de l'autre , l'un eft
fils de tego , & l'autre de fubtexo.
Ils ne font pas même parens
par les Verbes compofez
detego , où l'on ne trouve point
fubtego. S'il ne garantit pas
mieux fes Remarques
criti,
ques que par de femblables
origines , il n'augmentera pas
leur
reputation .
GALANT: 71
Voilà ,Monfieur , fi je puis
m'exprimer ainfi , noftre chafle
du Loup. Verbum non amplus
addam , quelque nouvelle
Lettre qui furvienne ; car
quoy que celuy qui foutient
une thefe,même ayant un air
de fingularité , ait le droit &
l'ufage pour luy , de parler le
dernier , je declare que je renonce
deformais à cette prerogative
. Que mon dernier
Adverfaire & fes Alliez foient
contens dans leur Lycophilie .
Pour moy je le feray dans
mon averfion pour cet horri
ble animal , & cette averfion
72 MERCURE
n'eft pas fondée ſur les idées
de quelques fiécles . Noſtre
Poëte avoit la même horreur
du Loup , qu'on l'a aujour
d'huy , Trifte Lupus , dit - il , &
Appollon , le Dieu du Poëte,
compte entre fes Titres , celuy
de Lycoctonos : Destructeur
des Loups . Je luis , & c .
Voicy une fuite de ce que
je vous ay déja envoyé de
l'Algebre. Vous fçavez que
la Theorie de cette Science
excite des idées d'univerfalité
qui ont leurs avantages particuliers,
& que l'Algebre prati
que
GALANT: 73.
que furprend agréablement ,
quand on l'employe pour re
foudre des difficultez de fa jurifdictionparticuliere
;mais el
les ont encore d'autres uſages
quand on s'en fert pour acquerir
des connoiffances d'un
ordre different. C'eſt principalement
à la Geometrie que
l'on doit les appliquer , parce
que certe Science eft confiderable
en foy , qu'elles ne
peuvent rien y conclurre
qui ne foit vray, & que c'eft
voye neceffaire pour les
faire fervir à d'autres parties
de Mathematique , & à la
Juillet 1697.
la
G
74 MERCURE
Phyfique . La Methode que
vous allez voir icy fur ce fujet
, eft de M. L. & comme
vous avez bien reçu les deux.
Pieces de fa façon , que je
vous ay envoyées , vous ne
ferez pas moins contente de
celle - cy ; car l'Auteur n'em
ploye que la définition des
chofes où il applique l'Alge
bre avec les axiomes convenables
à ces définitions pour
regler les applications qu'il
fait de cette Science en ce qui
regarde les projets .
GALANT.
75
A MONSIEUR
LE MARQUIS DE C ***
JAV
Avois appris les intentions
des Auteurs que vous marquez
par voftre Lettre , &
j'avois répondu par des effets
à leurs premiers Memoires ;
avant que vous m'euffiez
fait l'honneur de me les envoyer.
Vous avez vû auſſi par
d'autres Memoires , qu'ils
blâment beaucoup la maniere
dont je me ſuis fervi pour
leur répondre , & même il
femble que vous foyez de leur
Gij
76 MERCURE
cofté à cet égard. Il eft vray
que pour communiquer des
Regles qui font partie de ma
réponſe , je n'ay pas pris les
mêmes voyes qu'ils ont tenues
pour répandre leurs Memoires
, parce qu'il auroit fal .
lu trop de Copies & trop
de foins pour en donner à
tous les Fauteurs qu'on vouloit
defabufer ; & d'ailleurs ,
n'ayant pour ma deffenfe que
des veritez Mathematiques ,
je ne penfois pas que l'on duft
craindre de les expofer en pu,.
blic. Mais je n'ay point marqué
la force de mes preuves
J
GALANT: 77
ny en quoy elles font contraires
à leurs fuppofitions.
Il y a même quelques-une's
de ces fuppofitions aufquelles
je n'ay rien répondu , à
caule qu'il eft tres - facile de
fçavoir ce que l'on en doit
croire , & que les Ouvrages
qu'ils m'oppofent font entachez
des fautes qu'ils m'im
putent l'admire, neanmoins ,
= leur adreffe & les détours
dont ils fe font aviſez , pour
faire croire que j'avois grand
tort touchant une Methode
que je communiquay par
écrit , il y a quelques années ,
Gij
78 MERCURE
pour appliquer l'Algebre aux
Figures rectilignes , & je ne
m'étonne pas qu'ils ayent furpris
en vous de pareils fentimens
, puifque vous ne l'avez
point vûë. Mais vous en aurez
une idée bien differente ,
Monfieur , fi vous prenez la
peine de voir l'extrait que je
vous envoye , & il fuffiroit
pour me juftifier fur ce fujer ,
que vous vouluffiez le comparer
au dernier Memoire
que vous m'avez marqué.
GALANT. 79
EXTRAIT D'UNE
: Methode pour appliquer Algebre
aux Figures Planes
rectilignes.
NO
· ARTICLE I. On ne donne
que les Définitions & les
Axiomes qui regardent les
Figures Planes rectilignes
pour toute Geometrie , & l'on
fe fert de l'Algebre pour démonftrer
toutes les autres
propofitions qui compofent
les Elemens de cette Methode.
L'on prouve d'abord les
proprietez des paralleles , &
Giiij
80 MERCURE
on les applique au Triangle
& au Parallelogramme.
\ II. Pour faire l'eftimation
des fuperficies rectilignes par
le moyen du calcul , on démontre
que fi deux droites
propofées n'eftoient pas capables
d'une meſure commune
, l'erreur feroit plus petite
qu'une fuperficie donnée fur
une fuperficie auffi grande
que l'on voudra , & de là on
prouve que deux droites ont
toûjours une meſure commune
à parte rei. Car fi l'on
fuppofe que la plus petite erreur
ne foit pas zero , ce fera
GALANT. 81
une erreur effective ; mais il
a efté prouvé que cette erreur
eft plus petite qu'une
quantité quelconque. Done
plus petite que cette fuperfi
cie effective ; ce qui eft contre
l'hypothefe.
III. Pour démontrer les
proprietez des triangles fem
blables , l'on en fuppofe deux
avec toutes ces conditions :
Que les coftez du premier
foient a,b,c & les coftez du fecond
xyz : que l'angle formédu
concours de a & bloit
égal à l'angle de x &y ,
l'angle de b & e égal à celuy
dey & z: que ces deux trian
8: MERCURE
gles foient dans un mêmë
plan , que les coftez c & Z
foient de fuite fur une même
ligne droite , que b & x eftant
prolongez indefiniment , il
Le forme un parallelogramme
dont les coftez foient a &
y, que ce parallelogramme
& les deux triangles fuppofez
forment un triangle total ,
dont les coftez font a plus x,
b plusy , plus c , ce qui fe
peut toujours , felon le
premier
Article. Et l'on prouve
auffi par les Articles precedens
que ces quatre figures
ont un quarré ou un lozange
GALANT. 83
pour meſure commune , dont
les angles font égaux aux angles
de ce parallelogramme
chacun au fien . De là on démontre
que les fuperficies
des Triangles propofez font
la moitié de ab & de xy , que
celle du parallelogramme eft
4y. & que ces trois fuperficies
font celle du triangle total.
Mais l'on a encore la fuperfi .
cie de ce même triangle en
multipliant la moitié de a
plus x par b plusy. Ainfi ces
deux expreffions fourniffent
une égalité dans laquelle on
trouve d'abord que les deux
84 MERCURE
parallelogrammes bx & ay
font égaux entr'eux .
On démontre par la même
voye que by eft égal à cy , &
cx égal à az. Ainfi deux triangles
femblables donnent toutes
ces égalitez & chacune
des trois eft toujours une confequence
des deux autres .
REMARQUES
.
Au lieu de chercher ces deux
égalitez , on auroit pù les fuppofer,
ce qui auroit changé leproblême
Theorême..
Cette même propofition fe démontre
par
la 47. 1. d'Euclide ,
& comme cet Auteur n'a poins
GALANT. 85
• fuppofé de mesure commune à cet
égard , ce feroit une voye pour
Césablirla poffibilité de cette meſure.
ou pour l'éviter dans unefuite in-
ㄢ
e
finie de queftions .
On a encore conclu de ce troifiéme
Article , que les triangles équiangles
ont leurs cofte proportionnels
, démontré toutes les
proprietez
des quantitez proportion .
nelles . Mais on ne la fait que,
pours'accommoder aux termes
aux manières des Geometres , n'y
voyant prefque point d'autre uti
litépour lesMathematiques.
COROLLAIRE . Si l'on a un
triangle dont tous les angles
86 MERCURE
foient donnez & que l'on en
faffe un autre qui ait les mê
mes angles , l'on aura deux
le moyen de ce
1
égalitez par
troifiéme Article.
REMARQUES.
Des deux égalirez que fournit
ce Corollaire , on pourroit
en tirer des expreffions pour les
trois coftez du triangle propofé
qui n'auroient qu'une même
inconnuë , & cette inconnué eft
toujours au premier degré , quand
・on n'y introduit point le rapport'
des coffez du triangle que l'on
forme.
Pour l'ordinaire on fait ce
CALANT. 87
2
triangle , enforte quefes coftezfone
relatifs à un cercle & dans ce cas
on les appelle finus.
L'on a encore des tables où ces
finus font calculez par approxi .
mation , ce qui fournit d'abord un
triangle en nombres pour la prati
que , mais ily a des occafions on
ilfaudroit exprimer exactement
lerapport de ces finus pour bien re,
foudre la question.
IV. Lors qu'il y a un Angle
donné dans un Triangle , il
fournit toujours une égalité.
Car fi l'on fuppofe que
foit le cofté oppofé à l'angle
donné , que x & foient les
88 MERCURE
deux autres costez , que a foit
le finus de l'angle droit , & cle
finus du complement de l'angle
donné. Alors le ſolide a z z
eft égal aux deux folides a v v ,
4xx, plus 2cxv, quand l'angle
donné eft obtus , & moins
acxv , lors que cet angle eft
aigu.
REMARQUES.
Ces derniers Articles compren
nent la Trigonometrie
ordinaire ,
✔ont encore un ufage dont l'étendue
eftfort confiderable en Geometrie.
2 V. Si un des angles d'un
triangle doit eftre égal à un
GALANT. 89
angle d'un autre triangle , on
peut toujours en tirer une
égalité.
Car fi les coftez du premier
triangle font ab c , que ceux
du fecond foient e , f, d. &
que l'angle formé de b & c
bit égal à l'angle formé par
e , f. alors la fomme de ces
trois fur fofides : bcdd , efcc ,
efbb eſt égale à la ſomme des
trois efna, bcee , boff.
REMARQUE.
De là on tire pluſieurs corollaires
pour les figures , où un même
angle fe trouve en differens
Juillet, 1697.
H
90୨୦
MERCURE
triangles; pour les angles oppofez
par la pointe , &c.
VI. Si une droite diviſe un
angle d'un triangle en deux
parties égales , & qu'elle foit
prolongée , jufques à ce qu'-
elle ait atteint le cofté oppofé
, l'on peut toujours en tirer
deux égalitez .
Car fi deux coftez qui comprennent
l'angle divifé font
b,f quee & efoient les deux
fegmens du cofté oppofé, que
d foit la coupante , & que b, d, c.
foient les coftez d'un des
triangles partiels ; alors les
deux rectangles be, cf, fent
GALANT.
11
0
toujours égaux entre eux , &
ilarrive toujours aufli que bif
eft égal à la fomme ceplus dd.-
Ce qui s'abrege lors que les
deux ſegmens du cofté oppofé
font égaux entre eux.
REMARQUES.
Si l'on plaçoit les egalite aw
prés des figures d'où on les a urées,
& que l'on mift dans une même
planche toutes les figures quefourniffent
les élemens de cene Meihode,
ceta fuffinoit pour en exciter le
fouvenir , e c'est ainsi que l'on
fera quand on donnera une ample
explication de toutes les regles qui
la compofent , & particulierement
Hij
92 MERCURE
de celles dont il eft parlé aux articlesfuivans.
VII. Par le moyen de ce
dernier Article il eft facile de
regler la divifion des angles,
la conftruction des polygones
reguliers , les rapports de fi
nus qui font exprimables par
des égalitez, L'on peut auffi
par la même voye former des
polygones dont les angles
foient entre eux , comme
nombre à nombre , & réloudre
les égalitez rationnelles
dont les differentes inconnuës
n'expriment que des angles
, en prenant un même
GALANT: 93
point pour le fommet commun
de tous ces angles , ou
de plufieurs , & en d'autres
manieres.
Si l'on veut introduire des
caracteres accommodans
pour exprimer les rapports &
les differences des égalitez
qui le forment pour la divifion
des angles par le moyen
de l'article précedent ; l'on
pourra en tirer des confequences
qui ferviront beaucoup
àl'élégance d'un Canon
general fur cet article , qui
feroient encore utiles pour
fon inverſe , & pour les an94
MERCURE
gles dont le rapport eft irra
tionnel.
VIII. Si des droites furun
même plan paffent parun
même point & par les fommes
de tous les angles d'un
polygone déterminé , l'on en
peut tirer autant d'égalitez
differentes qu'il y a de coftez
moins deux au même circuit ;
en forte
que file polygone
avoit
7. coftez
, & qu'il
n'y euft
qu'un
point
propoſé
, l'on
pourroit
en tirer
égalitez
;
& s'il y avoit
4 de ces points
de concours
, l'on auroit
20
égalitez
, &c.
GALANT .
95
Cela fe démontre aisément
par le moyen de l'Article
mais comme la regle , qu'il
fournit eft longue pour la pra
tique , il eft bon de recourir à
d'autres voyes pour l'abreger,
Qu pour en former une autre ,
& labregement en eft confi
derable, lors que les points de
concours fe trouvent fur les
coftez du polygone.
S'il arrive que des droites
qui aboutiflent au point de
concours paffent par un cofté
du polygone , comme on voudra
, l'on peut en tirer des
égalitez par le moyen de cẹ
96 MERCURE
même Article , foit en rappor
tant ce nouveau cas au dernier
, ou en fuppofant que ce
polygone vient d'un autre
donte quelques angles ont
efté détruits , ou bien formant
les égalitez , fans s'occuper
de ce rapport ny de cette fuppofition
.
On peut appliquer ce mê
me Article aux polygones indéterminez
en obfervant, de
prendre pour inconnuës ou
pour indeterminées plufieurs
lignes qui font connues &
determinées quand le poly
gone eft determiné.
Cer
GALANT:
97
Cet Article eft encore utile
pour les propofitions où il y
a des points requis , pour la
conftitution des polygones ,
pour exprimer la relation des
parties qui les compofent ,
celles des differens polygo
nes , & c .
REMARQUE.
Ily a des propofitions dans
cette Methode pour exprimer le
rapport des fuperficies rectilignes
par des égalitez ; mais on ne les
donne point, parce que l'on ne veut
marquericy que les propofitions où
il pouroit y avoir quelque diffi
culté, & celles quipeuventſervir,
Juillet 1697.
I
98 MERCURE
pour les expliquer , ou pour marquer
l'ordre qu'on a gardé.
IX . Sila figure d'une que
ftion eft entierement reduite
en triangles , & que l'on ob .
ferve les angles communs
avec les points de concours ,
qui fe découvrent par la ſeule
infpection de cette figure.
Alors les articles 5. & 8 fourniront
toutes les égalitez, neceffaires
qui ne font point
marquées en termes exprés
par l'énoncé de la queſtion ,
& ces deux articles , avec les
autres regles de la Methode ,
donneront les autres égaliGALANT.
99
"
tez ; de maniere que les unes
& les autres enſemble exprimeront
toute la détermination
dont les Problêmes re
tilignes font capables , &
qu'on y trouvera les réfolu
tions les plus élegantes , fion
réduit les égalitez aux termes
les plus fimples .
REMARQUES.
Mais il n'arrive point tou
jours que l'operation foit la plus
courte pour trouverles refolutions
les plus élegantes , & il importe
beaucoup de l'abreger pour le progrés
des Mathematiques. Il eft
vray neanmoins qu'aprés avoir
I ij
100 MERCURE
trouvé les plus belles refolutions
par l'examen analytique des éga
livez , on peut voir comment on
auroit dú faire poury arriver par
le plus court chemin , & cela peut
fervir pourformer des regles particulieres
autant qu'on voudra,
en tirer des inductions pour des
abregemens d'une étenduë confiderable.
Mais comme les voyes generales
que l'on a pour y réuſſir
les
font fort ennuyeufes , & que
alirez dont il s'agit ont une origine
particuliere, qui doit parcon-
Jequent fournir des abregemens
particuliers ; il eft neceffaire d'y
faire attention pour en tirer a-van'
GALANT. 151
que
celle
tage. 1 ° . L'on peut faire des formüles
particulieres pour les cas
particuliers quifont les plus confi
derables, Par exemple fil'onprend
la figure qui eft défignée par le 6.
article , & qu'au lieu de chercher
une égalité par la bifection de
l'angle , on ne cherche
d'un angle commun , l'on trovera
que la fomme des deux folides
ebb , cff, est égale aux quatre
folides cdd , cee , ecc , edd
pris enfemble; à quoy fe reduit
l'égalisè furfolide du s . article;
ce qui eft utile pour le 8 , Et ily a
des cas où c'eft encore un abrege,
ment de prendre les égalitez partia
I iij
102 MERCURE
culieres , que l'on fait naistre pour
trouver cesfortes deformules,plú
toft que lesformules mêmes ; d'où
il refulte une figure fupposée , qui
eft differente de la figure de l'énoncé,
qui fournit fouvent des
égalite plusfimples. 2. On abrege
prefque toujours quand on confidere
plufieurs conditions ensemble
au lieu de confiderer chacune à
part , & qu'on profite de la liaifon
qui fe trouve entre elles . C'eft
même un avantage de les réanir
pour en compofer des figures qui
donnent des égalitez commodes.
Cette réunion fe peut toujours
faire en transferant des angles
GALANT Ioż
des prolongemens
des lignes, & quelquefois il nefaur
pour
cela
que
comme il arrive quand on a deux
anglesfur un plan,&que l'onveur
faire que ces deux angles , ou leurs
égaux, ou leurs complèmens ,foient
du circuit d'un même quadrilatere.
3. Silon defigne les divers angles
de la figure par des lettres diffe-
・rentes , & que l'on forme des éga
lisezdu premierdegrépar le moyen
des Theoremes du premier article,
il arrive en plufieurs cas que cès
égalitez donnent des rapports
d'angles qui n'eftoient pas marquez
dans l'énoncé, & qui fourniffent
des égalitez commodes.
I iiij
104 MERCURE
Toutes les colones finales dont tou
tes ces petites égalitezfont capables
, renferment tous ces rapports.
4. Il arrive fouvent que l'onpeut
diftribuer en plufieurs manieres les
conditions d'une même question ,
& que chacune de ces manieres
fuffit pour remplir toute sa détermination
par des égalitez. S'ily
a un triangle donné par exemple,
il fuffit deprendre fes trois coftez,
ou deux coftez avec l'égalité que
donne un des angles , ou celle que
donne fa fuperficie , &c. ainfi il
y a un choix abregeant . s. Quelquefois
il arrive que les conditions
d'une questionfepeuvent tellement
GALANT. 105
1
Separer en d'autres questions que
l'on peut former des égalite pour
chacune , commefielle eftoir independante
des autres . L'on adivisé
cesfortes de détachemens en trois
efpeces ,pour expliquer les differen
tesliaisons quife trouvent
les conditions , & l'on en tire
avantage.
entre
༣༩ སྱཱ་ ས
Tous ces abregemens generaux
font reglez dans la Methode ,
l'on y donne encore des regles démontrées
,par lesquelles il paroift
que toute ligne menée à l'avanture
fournit autant d'égalitez qu'elle
fait introduire dinconnues pour.
déterminer fafituation . Où l'on
156 MERCURE
4
peut voir auffi comment les conditions
qui font naiftre le befoin des
égalitez font celles qui les fourniffent.
Si l'on compare deux lignes
quelconques de la figure qu'onfuppofe
, en chaque queſtion ; ces deux
lignes fe coupent ou elles fe confondent
, ou bien elles font paralleles.
Si elles fe coupent de part ou
d'autre, leurrencontrefera naiftre
des angles communs ,quifourniront
toujours autant d'égalitez que
prolongement fait naiftre d'incons
nuës , & fouvent les égalite
defurcroift qu'ils fourniſſent fervent
pour lier les autres condi
le
GALANT. 107
tions , & pour exprimer les autres
conditions . Si les deux lim
gnes fe confondent , cela diminuë
le nombre des inconnues , ce qui eft
de même quefi l'on en tiroit des
égalitez àl'égard de la détermina .
tion : fi les deux lignes font pas
ralleles , leurs proprietez donnent
auffi des égalitez avantageuses.
L'on a auffi examinè les proprietez
des quadrilateres pour les
fairefervir aux abregemens de la
methode , & pour tirer avantage
des paralleles .
Lors que la question eft indeter
minée il eft fouvent fort utile de
faire en chaque triangle , ow en
108 MERCURE
quelques- uns , que la fomme des
deux coftez quelconques ſurpaſfent
le troifiéme , & de mettre les
petites égalite qui en refultent ,
avec les autres. Il paroift que ce
feroit la meilleure voye s'il s'agif
foit de conftruire un polygone où
il y a beaucoup d'indetermination
; car l'on peut compter chaque
refolution pofitive de ces petites
égalitez , comme une condition
commode en cette occafion , & l'on
fçait que fi le nombre des costez eft
a , celuy des égalitez doit estre za
moins
3.
Cette methode d'appliquer l'Algebre
auxfiguresplanesrectilignes
GALANT . 109
ne fuppofe point des lignes courbes
pourtrouver les égalitez, &fournit
des moyens pour les examiner.
Comme la circonference du cercle
eſt propre pour la meſure des angles
, c'eft auffi la courbe où cette
methode eft le plus utile & il eft
arrivé auffi , voulant la regler que
l'on a rencontré plufieurs proprie .
tez de cette courbe , qui font des
plus notables.
De là on tire un
avantage
confiderable
pour juger de cette
même methode. Car l'on démontre
que tous les milieux qu'elle
fournit , ne peuvent
augmenter
degré naturel de la question que
le
110 MERCURE
par des égalitez planes ou lineai.
res ; enforte que pour trouver la
diminution des reduites , on le peut
toujoursfaire par une ou plufieurs
égalitez dont la plus élevée ne
paffe point le troifiéme degré quoy
que eela nefoitpoint toujoursfai-
Jablepar des divifions immediates
&quefouvent l'on foit obligé de
rapporterla refolution de la reduite
à differentes égalitez qui compofent
un ou plufieurs arbres de retour
pour diftribuer les degrez de
fon élevation.
X. Lorfqu'il s'agit de fçavoir
fi des égalitez données
ont des folutions qui leurs
GALANT IH
foient
communesavecdeségalitez
propofées ; l'on prend les
unes & les autres comme d'une
feule queſtion , & l'on cherche
leurs communs divifeurs
inconnus les plus compofez.
Si l'on n'en trouve aucun
toutes les données n'ont aucune
folution qui leur foit
commune avec les propofées.
S'il le trouve de ces communs
diviſeurs & qu'ils ne foient
point l'effet d'une mauvaiſe
methode , ce qui eſt aisé à
verifier. Alors ils expriment
j un problême dont les refolutions
font communes aux
12 MERCURE
égalitez données & au propo
fées. Ainfi la refolution generåle
de ce problême fournit
la demonſtration generale du
Theorême propolé. Et fi ce
problême eſt impoffible , l'on
peut affurer que le Theorême
n'eft pas veritable .
Ainfi quand on a un theorême
de Geometrie , il n'y a
qu'à exprimer toutes ſes conditions
propofées & données
par des égalitez , & y appliquer
la regle. Enſuite l'on
peut fupprimer l'Algebre &
s'énoncer à la maniére des
Geometres pour les opera
GALANT.
113
tions & pour les raiſonnemens
; par le moyen des ele .
mens Algebriques & Geometriques
.
REMARQUE.
Comme l'on necherche ordinai
rement les communs divifeurs que
par la feule methode d'évanouir.
les inconnuës , & qu'il peut s'en
introduire qui ne conviennent
point aux égalite propofées,
quoy que l'on fçache fi la lettre.
qu'onfait évanouirfe trouve dans
lecommun divifeur , l'on éviterois
toûjours cet inconvenient par les
diftributions que
ce sujet au traité d' Algebre. Et,
Juillet 1697.
l'on a regléesfur
K
114 MERCURE
pourles divifeurs qui fuopofent u ·
ne partie de ce que l'on cherche , l'on
pourroit prendre tous les coëfficiens
de l'inconnue dont on poursuit l'é.
vanauiffement ,fuppofer que cha
cun eſt égal à zero , & mettre l´s
égalitez qui en refultent avec les
autres égalitez du noeud
expedie, crc.Ou bien fefervir des
dutres moyens que l'on a donnez
poar n'eftre point trompéfur cette
espece d'égalitez.
que
L'on
Lors que plufieurs reduitesfont
les mêmes , chacune eft prife pour
le commun divifeur.
XI. Toutes les conditions
du Problême rectiligne ayant
GALANT. . Ils
1
efté exprimées par des égalitez
& cherchant à faire éva
noüir les inconnuës pour
refoudre ; il peut arriver que
l'on trouve un divifeur qui
foit commun à quelques-unes
de ces égalitez , & dans ce
cas l'on n'a qu'à fuivre les dif
tributions que preferit l'arbre
de direction fur ce fujet ,
#pour trouver toutes les folutions
du problême , ou pour
s'aflurer de l'indetermina
tion , & c.
1
Mais il peur arriver que des
reduites ayent un même divifeur
inconnu , qu'il ne foir
Kij
116 MERCURE
pas commun à des propoſées ,
& qu'il n'ait point efté introduit
par la methode , auquel
cas l'égalité formée de ce
commun divifeur doit eftre
fubftituée au lieu de ces re.
duites dans l'arbre de retour.
Ou bien l'on peut prendre
toutes les égalitez propofées
dont on s'eft fervi pour trouver
ces mêmes reduites , &
rejetter du problême toutes
ces égalitez , hormis une , prife
comme on voudra.
!
REMARQUES.
Ce n'est pas une fort grande
difficulté de regler tellement lameGALANT:
17
thode desfigures planes rectilignes
qu'elle ne fourniffe jamais plus
d'égalite qu'il n'en faut , pour
exprimer toutes les conditions de
ces figures. Mais il n'eft pas aifé
de donner une regle fuffifante &
Specifique pour trouver la reduite
de cesfortes d'égalitez par le plus
court chemin , de maniere quelle
ne renferme rien de fuperflu.
Si l'on défigne tous lesfegmens
= pardes lettres , que l'on prennetous
les arbres de retour que peuvent
fournir les égalitez ; enforte que
chaquefegment foitl'inconnue d'u
ne 1e
reduie , & que l'on trouve
à chacune de ces reduites tous les
?
118 MERCURE
par
abregemen sdont ellesfont capables.
les voyes analytiques ,foit en
rejettant lefuperflu , foit en diftribuant
le neceffaire quant aux de
grez & aux termes . Alors on
pourra s'appercevoir comment on
auroit dû faire pour ne former
que les égalitez neceffaires &
pour trouver les reduites les plus
Simples par la voye la plus courte.
Ce qui peur avoir un bon &
mauvan uſage
XII. Les problêmes rectilignes
ayant efté exprimez
par des égalitez , & ces égali .
tez eftant transformées en arbre
de retour , ont rabat l'inu
GALANT. 119
tile , & on le refout en nombre
ou en lignes.
>
Lors qu'on les refour en
nombres , & que leurs racines
ne font pas rationelles , on ne
peut les trouver que par des
approximations , & quelque
fois elles dépendent les unes
des autres. Ce qui n'empêche
pas de pourſuivre jufques à ce
que l'erreur , eft plus petite
qu'aucune fuperficie donnée
fur la figure rectiligne que
l'on cherche , & de marquer
un terme aux operations.
Si l'on fuppofe la poffibilité
d'une melure commune , &
120 MERCURE
que les courbes Geometriques
foient exactement form
mées , l'on explique par leuri
moyen la refolution exacte
des égalitez dont les degrez
font irrationels ; & c'eft peureftre
à cauſe de cet avantage
,
que les Mathematiciens ont
regardé les effections geome
triques , comme une partie
de l'Algebre
.
De plus , il eft naturel que
les queftions de Geometriet
foient geometriquement re
foluës , & de reloudre les
blêmes rectilignes par des lignes,
du moins pour la Theorie.
prot
Mais
GALANT. 121
Mais fi les effections geometriques
fervent aux problêmes
des figures planes re.
Ailignes , ces figures font neceffaires
pour regler ces effections
, & il n'y en a aucune
qui ne ſerve à des cas particu
liers pour l'elegance. Ainfi
ces problêmes font partie de
l'Algébre,
Pour former la methode
generale des effections géometriques
, on a fuppofé deur
courbes fur un plan dans toures
les fituations poffibles , &
on les rapporte à deux cas
generaux .
Juillet 1697. L
122 MERCURE
Silon fuppofe que les deux
courbes fe coupent en un
point quelconque du même
plan , que deux droites
font menées de ce même
point , en forte que chacune
foit parallele à un des
axes , & qu'elle rencontre
l'autre , il en refulte toujours
un parallelogramme , & fup .
pofant auffi les ordonnées de
ces courbes qui aboutiſſent
au même point , il ſe forme
une figure rectiligne dont les
égalitéz font toujours du premier
degré, hormis celles qui
expriment la nature des cour
GALANT: 123
bes. Mais outre cela , il faut
ſuppoſer une droite qui coupe
les deux axes , quand elles
font paralleles pour fixer
leur fituation réciproque ,
ce qui n'eſt pas neceſſaire
quand elles fe coupent ; a
caule qu'ils font affez affujettis
par l'angle de leur
commune ſection.
On peut fuppofer en chacun
de ces deux cas , que les
deux axes fe confondent
, que
les centres le réuniffent , &
trouver ailément les autres
conftructions
particulieres
ui en dépendent . Mais
Lij
MERCURE
4
melure que l'on fimplifie cee
te figure rectiligne , elle four,
nit moins d'inconnues ou
d'indéterminées , pour les é
galitez auxiliaires , que la me
thode fait naiftre .
REMARQUES .
Comme l'on n'a befoin pour
chaque effection geometrique ;
d'une des folutions que four
nit le problême auxiliaire qui fe
forme pour y parvenir, & qu'il
Juffit que les reduites de ce proble
me nefoient pas d'un degré plus
élevé Les courbes dont on fe
que
fert , l'on peut choisir parmy les
differentesfolutions de ce proble
que
GALANT 125
•
me , celle qui est la plus avansageuse
pour arriver au but,
Les points notables des courbes,
les differentes difpofitions de leurs
• axes ,fuivant qu'elles font tan
gentes , fecantes , au afsymptotes,
& qu'elles paffens, ou non , par les
• points norables , rout
cela
fert beaucoup pour trouver les refolutions
les plus élegantes , & fi
l'on veut que les questions nefoient
pas proposées , mais choifies , l'on
peut aisément en compofer des v
lumes.
L'on peut encore trouver , par
ordre ,les plus belles folutions ,
fans aucune difficulté,fi l'on prend
Liii
126 MERCURE
2
defuite tous les lieux geometriques
les plusfimples deux àdeux,
& que l'on regarde leur reduite
comme une proposée. Alorsl'inde_
termination des lieux fournit des
exemplès autant qu'on en vent¸
dont lélegance pourroit furpren
dre fi l'on n'en voyoit pas l'arti
fice.
Mais pour trouver les refolutions
les plus élégantes d'un"pro-
" biéme proposé ilfaut y fairefervir
toutes les conditions qui té confti .
tuent , à l'effection geometrique
qui doit le résoudre , de maniere
que l'élegance foit principalement
tirée de ces conditions .
GALANT. 127
i C'eftau contraire la moinscon.
fiderable de Loures les refolutions
dum probléme,de fairefervircom
res les courbes qui doivent le réfoudre
pour trouver des égalitez
- qui en expriment les conditionss
parce que celafuppofe ce qui eft
en question , & que chacun pour.
roit aisément faire de même en
rour autreproblême , aprés l'avoir
refolu par une bonne merbode .
2006Man l'on peut diftribuer une
refolution legitime en plufieurs
propofitions , de maniere que celles
qui fuivent forent expliquées e
·demontrées par le moyen de celles
qui precedent , & s'il fe trouve
6
Liiij
128
MRCUREE
des gens qui
n'envifagent
que la
derniere
propofition , & qui , par
cette
raison , fe
figurent & que ta
refolution
de ce
Problême
est fort
élegante ; ce n'eſt point lafaute de
celuy qui l'a
donnée , puis qu'il
n'arienfait en cela qui ait dû im
pofer.
On peut obferver icy enpaffant,
que l'on voit naiſtre des effections
geometriques , plufieurs reglespour
les tangentes , & ces effections
pourroient eftre une occafion pour
perfectionner la methode de faire
évanouir les
inconnues ; comme
la
determination des points nota
bles dans les courbes , &c, a pu
GALANT. 129
eftreune occafion pour la détermi
nation des racines.
Lors que l'égalitéproposée eft
réelle & indéterminée , c'eft une
élegance de faire fervirfon indetermination
pourformer une regle
quila redwife au degré le plus fim
ple , afin de la pouvoir conftruire
par des lieux geometriques qui
foient auffi du degré le plus bas ,
autant que cela eft poffible. En
cela on pourroitfe fervirdes Re
gles deDiophante & defes Com
mentateurs ; mais ces Regles font
fort peu confiderables en comparaifon
de la methode dont on auroit
befoin pour remplir ce projet,
f
130 MERCURE
cependant
& on peut enjugerpar leursque
ftions mêmes. Ilsfe propofent pour
exemple , de trouver deux cubes
dont la fomme foit égale àun cube,
dont les racines forent du
premier degré; mais ils nerendent
pas raifon de l'impoffibilité de re
Joudre ce probleme ,
onfçait d'ailleurs qu'il n'estjamais
poffible de trouver trou puiffance
au de là du quarré, quiſoient éga
lement élevées , dont les racines
foient du premier degré, & dont
lafomme ou la difference des deux
premieres foit égale à la troisième
Ce que l'on demontre par une
Theorie quifournit de bonn sreGALANT.
131
l
regles fur ce fujer , & qui n'eftpas
neanmoins encore affez parfaite.
pour reduire les égalitez indeter
minées à un degré donné , où pour
prouver l'impoffibilité d'y reaffir.;
D
XIII. Lorfque toutes les
#
conditions d'un problême
ontefté exprimées par des é.
galitez, & que toutes ces égalitez
font refolues , ce problê
me eft changé en Theorême ,
1 & l'on peut s'affuter en plufieurs
manieres fi les refolution's
ſont veritables . Mais
pour faire qu'on puiſſe éviter
ler preuves particulieres , il
n'y a qu'à démontrer une
#
122 MERCUR E
~
bonne fois l'infaillibité des
trois methodes qui fervent à
cette refolution , & tout ce qui
regarde leur concours & leur
liaifon,
La voye du retour , depuis
la derniere operation de l'ef
fection geometrique jufques
à l'énoncé du Problême, nous
a paru la meilleure voye pour
découvrir les obmiffions &
les fuperfluitez. Elle a même
cet avantage , qu'en faifant
connoiftre tous ces defauts,
elle fait auſſi connoiftre la m
niere de les corriger ; & com.
me on a prouvé, aux Elemens,
ma.
GALANT. 173
1
5
5
l'inverfe des propofitions qui
doivent fervir pour transformer
les Problêmes en égalitez
, ces égalitez en arbre de
retour, & cet arbre en calonnes
finales , foit par nombres
ou par lignes , il ne reste aucune
difficulté confiderable
pour la démonstration generale
des methodes que l'on
donne pour ces trois trans.
formations.
REMARQUES.
Ayant prouvé que les methodes
embraffent toutes les condi
sions, & qu'elles retranchent en.
fin toutes les inutilitez qu'elles
134 MERCURE
ont introduites , ilfuffit defçavoir.
que tousles refultats des operations
font desfuites neceffaires des conditions
dela queftion, pour demontrer
generalement toutes ces methodes
par le moyen de leurs Elemens
, fans fe fervir des inverfes
ny de la voye du retour.
Parmy les differentes voyes qui
fe prefentent pour la dèmonftra.
tion des des Theoremes , c'en est une
fort generale d'ajoûter des inde
terminées aux quantitez pour
faire voir que ces indeterminées
deviennent des zeros quand on
attache des conditions à ces quantiu
fuivant la teneur du Theo,
GALANT. . 135.
rême. Cela fe decouvre toujours
par l'évanouiffement des inconnues
, il eft conftant que ces in- &
determinées ne pouvant estre que
des zeros , ces quantitez ne peu
vent pas auffi cftre augmentées ni
diminuées ; ce quifournit d'abord
des preuves par l'impoſſible , &
l'on pourroit en tirer des preuves
directes.
Je vous envoye une Lettre
de M' l'Abbé
de Villiers,
connu par tant d'excellentes
Prédications
. Son nom (uffiroit
pour vous donner beaucoup
d'empreffement
à la lices
136 MERCURE
mais vous le fentirez redout
bler , quand vous en aurez
connu la matiere par le titre .
LETTRE SUR L'ORAISON
DES QUIETISTES.
Où l'on fait voir les fources
de leur illufion.
Sar A M......
M...
Puis que vous m'ordonnez
de vous dire mon fentiment
fur la nouvelle Oraiſon qui
fait tant de bruit , je dois your
GALANT. 137.
56
faire d'abord une expofition
exacte du caractere & de la
nature de cette Oraifon.
Elle confifte dans une union
parfaite de l'ame avec Dieu ,
en forte que les Quietistes
font perfuadez que dés que
par un Acte qu'ils appellent
de Foy pure ou de pur amour,
ils ont élevé leur coeur & leur
efprit à Dieu , ils font unis à
luy d'une maniere fi intime,
& fi abfolue, que rien ne peut
les en feparer qu'un Acte formel
& pofitif, par lequel ils
revoqueroient , le premier
Acte d'amour ou de foy qui
Juillet 1697.
in
M
123 MERCURE
forme leur Union .
Alors , c'eſt à dire pendant
que dure cette Union , ils fe
croyent comme transformez
en Dieu ; & perfuadez que
c'eft Dieu qui pendant tout
ce temps la agit en eux , ils fe
perfuadent par confequent
que toutes les penſées qui
leur viennent alors dans l'efprit
, & que tous les mouvemens
qui naiffent dans leur
coeur , viennent de Dieu ; en
un mot , que c'est moins leur
efprit & leur coeur qui penſe .
& qui agit , que Dieu même.
De là vient qu'ils regardent
GALANT 139
comme desimperfections , &
même comme des infidelitez,
tous les defirs , & toutes les
Prieres , quelque faint qu'en
puft eftre le motif; enfin tou
tes fortes de reflexions & de
retours fur eux mêmes , parce
que tout cela renferme une
elpece d'intereft , & qu'ils
doivent eftre filoccupez du
Dieu qui les poffede , qu'ils
foient à l'égard d'eux mêmes
dans une indifference abfo
htëza ob jam nub bugb16
En cet eftat ils font enric
rement indifferens pour leur
falut on pourleur damnation,
Mi
140 MERCURE
2
pour le mal même , & pour
tout ce qui pourroit estre appellé
peché, fe figurant que
ce qui eft un mal felon les no.
tions des hommes , ne l'eft
plus dés que Dieu , qui ne
peut eftre auteur que du bien ,
agit en eux. Ainfi le mal, à l'égard
d'une ame élevée à cet
eftat , n'eft plus un mal , & ce
feroit même une imperfection
à cette ame d'eftre touchée
de remords & de honte
à l'égard d'un mal de cette
nature.
9 Voilà en peu de mots , ce
que c'eft que l'Oraifon des
GALANT: 141
•
=>
8
Quietistes . Vous m'accuſerez
de leur en impoſer , mais je
- ne vous ay rien dit , ou qui ne
foit clairement expliqué dans
leurs ouvrages , ou qui ne ſe
tire évidemment de leurs
principes . Vous en ferez convaincu
, fi vous lifez les Actes
de la condamnation de Moli,
nos , ou les extraits qu'ont
fait de quelques- uns de leurs
Ecrits ceux de Noffeigneurs
les Evêques , qui ont publié
des Ordonnances contreeux.
I
Si vous continuez de dire
& qu'il n'eft pas poffible que des
# 12 MERCURE
threſtiens en viennent à ce
point d'illafion & dextrava
gance , je vous répondray que
vous n'avez pas fait attention
à tous les déreglemens dont
l'homme eft capable lors qu'il
elt abandonné à luy même. :
Il ne faut que vous dire que
c'eſt l'orgueil qui a égaré les
nouveaux Mystiques , pour
vous faire croire que leur éga
rement eft tel que je viens de
vous le reprefenter!
Ainfi pendant que d'autres
travaillent avec tant de folie
dicé & de fruit à faire voir par
un long détail de railonne.
GALANT 143
mens & d'autoritez les con
tradictions & des erreurs de
l'Oraifon des Quietiftes , je
vais tâcher de vous découvrir
la fource de leur illufion , &
de vous rendre kur égare.
ment fenfible, en vous failant
voir par quel chemin ils le
font égarez . Je ne puis mieux,
ce me femble, fatisfaire à l'ordrejque
vous m'avez donné de
vous mander mes fentimens
fur cette matiere.is
Je n'examine point s'il y a
d.sames que Dieu dans cette
vie conduit hors de la route ›
commune , & fi par l'infpira
144 MERCURE
tion il nous difpenfe quelque
fois des regles ordinaires. Je
fuis perfuadé que , fi cela arrive
, les ames en qui Dieu agit
de la forte , reffemblent à l'A
poftre S. Paul, qui aprés avoir
efté élevé au troifiéme Ciel ,
n'a pas crû pouvoir expliquer
ce miracle , ny endre un compré
exact de ce qu'il avoit vâ
& de ce qu'il avoit entendu
dans cette fublime élevation
, tant il a cfté éloigné de
vouloir nous la reprefenter
comme un estat fixe & per.
manent , ainsi que font les
Quieriftes en parlant de leur
prétenduë
*
GALANT. 7
145
prétenduë
transformation
.
A Dieu ne plaife que je dife
& que je pense que la main du
Seigneur foit racourcie. Je no
doute point qu'il n'y ait encore
aujourd'huy
des ames
juftes & fidelles que Dieu favorife
de fes dons , & qu'il
éleve à la plus haute contemplation
; mais je croy pouvoir
dire qu'il n'yen a point qui fe
faffe de fes miracles
paffagers
un eftat continuel ; qui ne s'y
foutienne par la ferveur de la
priere , par des defirs ardens
de la felicité éternelle, par une
horreur & une fuite exacte du
Juillet 1697 .
N
14.6 MERCURE
peché , & par de frequentes
reflexions fur foy. même. C'eft
par ces degrez que l'ame fidelle
s'éleve à la contempla
tion ; c'est par la pratique de
ces précautions & de ces ver
tus qu'elle devient parfaite ,
mais fur tout par une humilité
profonde qui l'empêche
de chercher du rafinement ,
fi je puis m'expliquer de la
forte , où Dieu ne demande
que de la fimplicité.
C'eſt le rafinement qui eft
la principale & prefque l'uni
que fource de l'illufion des
Quietistes.
GALANT. 147
Les déreglemens dont quelques-
uns d'entre eux ont efté
convaincus , pourroient faire
croire que leur corruption &
leurs vices ont efté les premieres
fources de leur illufion
, & que pour ne point
faire de fcrupule des defordres
pour lesquels ils avoient
du penchant , & dont peuteftre
ils avoient contracté la
malheureufe habitude, ils ont
cherché à fe perfuader qu'il
E pouvoit y avoir un eftat , où
ces defordres devenoient indifferens.
Car combien fouvent
arrive- t- il que l'homme
Nij
148 MERCURE
pecheur ſe demande à luy?
même dans la corruption de
Ion coeur, mais cecy & celá est il
peché ? Combien ces queſtions
font-elles ordinaires aux a
mes que le monde & le vice
poffedent ? Combien en trou.
ve-t on parmy les Chreftiens
les plus incapables de raifon
ner , qui prétendent avoir des
raifons pour juftifier ce que
la Religion condamne ? Si
donc il fe trouve des Chreftiens
qui fans d'autre autorité
que celle de leur penchant au
mal , cherchent à s'ébloüir
fur la nature & la griéveté de
GALANT. 149
7
Certains pechez,faut- il s'étonner
qu'il y en ait qui joignant
à cette corruption l'ufage des
chofes faintes , & un eſprit
rempli de foy même , fe font
évanouis dans leurs pensées ,
jufqu'à vouloir même faire
fervir aux plus groffiers déreglemens
les chofes faintes
dont ils avoient l'ufage ?
L'Hiftoire ne nous fournit
que trop d'exemples de cette
illufion , & c'eft aprés tant de
funeftes exemplesqu'on
pour
roit croire que certaines ames
forbles & fenfuelles fe fentant
maiftrifées par des paffions
N iij
150 MERCURE
impures qu'elles ne peuvent
fe
refoudre d'attaquer par la
mortification & par les bonnes
oeuvres , ont tâché de fe
perfuader que ces paffions , &
les effets qu'elles produifent,
pouvoient quelquefois eftre
involontaires , & que , fur ce
plan , elles ont imaginé qu'il
le pouvoit faire une fepara
tion parfaite de la partie furieure
de noftre ame , d'avec
la partie inferieure . Elles ont
cherché ce qui pouvoit faire
cette feparation , & elles ont
crûle trouver dans cette prétenduë
union de l'ame avec
GALANT.
151
་
!
Dieu ; car alors la partie fuperieure
eftant, à ce qu'ils s'imat
ginent , abforbée en Dieu,
tout ce qui vient de la partie
inferieure eft cenfé involontaire
, & par conſequent indifferent.
Ainfi on peut fouf
frir & regarder fans fcrupule
tout ce qui fe paffe dans les
fens.
Si ce n'eftoit là que la four,
ce de l'illufion des Quietiftes,
il faudroit, pours'y laiffer fur
prendre , avoir imaginé une
nouvelle Religion , & même
unePhilofophie nouvelle ,puis
que felon lesprincipes avoüicz
Nij
152 MERCURE
& reconnus de tout le monde,
quoy qu'il y ait deux parties
en l'homme , il n'eft pas pof
file de les feparer de telle for
te , qu'elles ne partagent pas
les actions de l'homme qui
demandent de la reflexion ,
ou qui la font naiſtre infail-
Jiblement , telles que font les
actions par où nos paffions
produisent leurs effets ; & à
l'égard de la Religion , c'eſt
en renverser les premiers prin
cipes que de pretendre que
l'union de l'ame avecDieu par
le moyen de l'Oraifon , fait
que les déreglemens de nos
GALANT. 153
"
paffions font comptez pour
rien , puis que l'Oraiſon n'eſt
devenue un moyen de faluc
que parce qu'elle nous fert à
demander & à obtenir la grace
& la volonté de les combattre
& de les vaincre , &
qu'il eft tellement vray que
l'horreur & le combat de ces
paffions font commandez au
Chreftien , qu'il n'y a aucun
eftat pour luy dans ce monde,
où le Seigneur n'ait ordonné
de veiller contre elles,
Mais pour ne point attri
buer aux Quietiftes pour principe
de leur égarement , des
154 MERCURE
paffions qui ont poutant pref
que toujours commencé &
autorisé l'erreur , je croy pouvoir
dire qu'il n'y en a aucun
d'entre eux , quelque reglé
qu'il puiffe eftre dans les
moeurs , qui n'ait commencé
par l'orgueil , par le defaut de
fimplicité , par la présomption
& par l'envie de s'élever au
deffus de l'eftat où Dieu vouloit
eftre fervi & aimé.
Et en effet , quand les veritez
dans lesquelles confifte
l'effence du culte & de l'amour
de Dieu , font propofées
à un efprit qui a le caraGALANT
. 155
tere de fingularité & de préfomption
dont je viens de parler
, quel abus ne peut- il pas
faire de ces divines veritez ?
Dieu veut eftre aimé par deffus
soutes chofes ,
vi en efprit & en verité.
il veut eftrefer-
Voilà les deux caracteres
effentiels de l'amour & du
fervice de Dieu . Ces deux ca.
racteres propoſez à des efprits
qui cherchent de la fingularité
, & qui ne veulent pas
marcher par la route commune,
les ont jettez dans l'erreur ,
& c'eſt là le principal fonde
ment du Quietilme.
156 MERCURE
Au lieu de s'attacher fim
plement à l'obſervation de
ces deux préceptes , & de fe
renfermer dans la maniere
dont Jeſus - Chrift , & toute la
Theologie Chreftienne nous
apprend que nous devons les
obferver , ils ont voulu rencherir
à cet égard fur tout ce
que nous trouvons dans l'E
vangile & dans les Peres ; & à
force de chercher dans l'obſervation
de ces deux préceptes
une perfection chimerique
qui les diftinguaft du
commun , ils en ont perverti
le fens & corrompu l'ufage.
GALANT. 157
1-
re
US
es
0.
ce
E
En confiderant que Dieu
veut eftre aimé par deffus
toutes chofes , ils le font imaginé
que Dieu par le premier
Commandement nous demandoit
une autre perfec
tion que celle qui confiſte à
l'aimer , fans qu'aucun inte
reft partage noftre amour ,
ou luy en difpute la préferen
ce , qui eft le feul veritable
fens de ce Commandement,
& ils ont conclu que pour ai
mer Dieu avec plus de pureté
& moins de partage , ils ne
devoient pas même avoir en
l'aimant la vûëde leur beatitu
18 MERCURE
de nicelle de leur damnation ,
& rafinant fur cette prétendue
perfection ils ont dit ;
puis que nous ne devons enviſager
ny noftre beatitude ny noftre
damnation, ily a donc du defintereffement
à ne point defirer lapremiere
, & à ne point craindre la
feconde. S'ily ade la perfection à
ne point defirer, il y en a à plus
forte raifon à ne point demander,
ne point prier, à ne point`agir
& travailler pour acquerir l'une
pour éviter l'autre. Les defirs
, les prieres, les veilles , les
follicitudes, leur ont paru des
effets d'un amour intereffé &
1
GALANT.
159
groffier. Ils les ont donc ban-
En nis de leur culte , & c'eſt par
ce chemin qu ils font tombez
dans l'indifference & l'abandon
, qui eft une des qualitez
effentielles de leur Orai
n
Dre fon.
Vous comprenez ailément
qu'ils ont pû en raiſonnant ,
comme je viens de les faire
raifonner , tirer ces pernicieu
fes confequences du principe
qui établit qu'ilfaut aimerDien
pardeffus toutes chofes .Voicycelles
qu'ils ont tirées de l'autre
principe , à fçavoir , qu'il faut
fervir Dieu en efpriten verité.
160 MERCURE
Ils ne fe font pas bornez à
croire que Dieu par ce ſecond
Commandement nous demandoit
l'attention , la foumiffion
& le dévoûment de
Pefprit & du coeur dans les
fervices que nous luy rendons
, qui eft encore le veritable
fens de ce Commandement
; mais regardant cette
maniere de fervir Dieu com
me trop vulgaire & trop com
mune , ils le font perfuadé ,
que pour le fervir en efprit &
en verité , il falloit unir fon
efprit à l'efprit de Dieu , par
uneunion plus parfaite & plus
GALANT. 161
J
ad
e.
te
abfolue. Ils ont oublié que
cette parfaite union eftoit refervée
pour le Ciel , & croyant
qu'elle leur eftoit poffible fur
la terre , ils ont efperé pouvoir
la trouver par l'exercice
de la Foy pure & du pur amour.
Ainfi , ont - ils dit , il n'y
a qu'à fçavoir faire un Acte de
pur amour ou de Foy pure pour
parvenirà cette union ; & tane
que cet Acte ne fera point
revoqué par un Acte contraire
, cette union fubfiftera
par la raiſon, qu'une chofe eftant
toujours la même , produit toujours
le même effer. Le coeur &
Fuillet 1697.
O
162 MERCURE
l'efprit eftant arrivez à cette
union avec Dieu , ne doivent
& ne peuvent même plus avoir
part à ce qui fe paffe dans
les ( ens & dans la partie animale
, & par conſequent tout
cela eft indifferent , même ils
ne doivent plus agir , & le
parti que doit prendre une
ame élevée à cette union , c'eft
d'attendre que Dieu agifle en
elle fans rien faire de fon
cofté
.
Voilà comment les Quieti-
Ates ont raiſonné , & leur éga
rement vient de ce qu'à force
de rafinement ils n'ont comGALANT:
163
pris ny le fens , ny l'ufage du
Commandement d'aimer Dieu
= par deffus toutes chofes , & de le
fervir en efprit & en verité,
Ilfuffit donc pour faire voir
leur illufion , de montrer ce
que Dieu a prétendu par ces
deux Commandemens .
Par le Commandement
qu'il nous fait de l'aimer par
deffus toutes chofes , il nous oblige
à luy donner la préference
fur tout ce qui pourroit luy
difputer noftre amour , ou le
7 partager. Ainfi les interefts
qu'il veut que nous banniffions
de fon culte , ne font
O i
164 MERCURE
que les interefts qui pour?
roient cauler ce partage , ou
luy difputer cette préference.
Tout intereft qui n'aura
aucun de ces deux effets , eft
permis & legitime , n'eſtant
point contraire aux intentions
de Dieu .
Qui fommes - nous pour
vouloir ne nous pas conten.
ter de la meſure de perfection
qu'il nous a commandée
?
Je puis donc cftre intereffé
fur tout ce qui , ny en foy , ny
en fes effets , ne partage point
l'amour que je dois à Dieu . Je
dois donc l'eftre à plus forte
GALANT. 165
raiſon fur tout ce qui peut
m'aider à donner à Dieu la
préference qu'il exige . Je puis
donc , & je dois l'eftre fur ma
beatitude éternelle , puis qu'-
en fouhaitant d'eftre heureux
dans le Ciel , j'ay un intereſt
qui me fait aimer Dieu par
deffus toutes chofes , puis qu'il
n'y a que luy qui puifle faire
ma beatitude. Ainfi aimer ma
beatitude , eft dans le fonds
la même chofe qu'aimer
Dieu .
Il y a donc de la contradiction
à dire , que je puis aimer
Dieu, & eftre indifferent pour
166 MERCURE
mon falut & pour ma damna.
tion , puis que le falut n'eft
rien autre chofe que la confommation
de l'amour de
la damnation
Dieu , &
que
renferme
effentiellement
fa
perte
& fa haine
.
S'il y a de l'imperfection ,
ou même du déreglement à
fervir Dieu par l'efperance de
la beatitude & par la crainte
de l'enfer , ce n'eft que quand
cette eſperance &
crainte m'occupent de telle
forte , que je ne regarde que
moy , & que je fuis fi peu
touché deDieu & de la gloire,
Cette
GALANT. 167
que je ferois dans la difpofition
de ne me point foucier de
luy déplaire , s'il ne devoit ny
me recompenfer , ny me punir
. C'est là l'intereft qui deit
eftre banny du culte & de l'amour
de Dieu , parce qu'effeativement
c'est un intereft ,
i qui non feulement partage
l'amour de Dieu, mais qui me
fait me préferer moy même
à luy , puis que je fuis plus occupé
par cette eſperance &
par cette crainte de ce qui me
regarde , que de Dieu même.
C'eft là ce qui proprement
merite le nom d'amour & de
168 MERCURE
culte intereffé. Tel eftoit le
culte & l'amourJudaïque que
Dieu a fi fouvent reprouvé
dans l'Ecriture. Tel eft celuy
des Chreftiens
, qui croyent
pouvoir fervir Dieu fans l'aimer
, n'eftant déterminez à
fon fervice que par l'efperance
du Paradis , ou par la crain
te de l'enfer.
Il y a donc bien de la diffe .
rence entre efperer où craindre
en fervant Dieu , & ne le
fetvir que par le motifde l'ef
perance ou de la crainte .Je ne
puis aimer Dieu fans avoir
cette efperance ou certe
crainte,
GALANT: 169
=
crainte , mais je puis avoir
cette crainte ou cette efperance
fans aimer Dieu.
Je ne puis aimer Dieu fans
avoir cette efperance & cette
crainte , parce que dés que
j'aime Dieu je veux ce qu'il
veut , j'aime ce qu'il aime , &
je hais tout ce qu'il hait . Si
j'aime ce qu'il aime, je dois aimer
, vouloir , defirer & demander
mon falut, parce qu'il
veut me fauver , & qu'il met
fa gloire dans la felicité des
ames qu'il a créées pour luy.
Sije hais ce qu'il bait , je dois
craindre ma damnation , ję
Fuillet 1697.
P
170 MERCURE
dois defirer de l'éviter, je dois
demander des graces pour ce.
la , parce que rien n'eſt plus
l'objet de la haine de Dieu
que le peché conſommé par
la damnation du pecheur.
L'efperance de mon ſalut &
la crainte de ma damnation
font effentiellement renfer
mées dans l'amour que j'ay
pour Dieu , & toutes les précifions
par lesquelles on fepapare
l'Acte de cette elperance
, & celuy de cette crainte
de l'Acte d'amour de Dieu ,
n'empêchent pas que l'amour
de Dieu ne renferme dans la
1
GALANT: 171
fos pratique & l'efperance & la
crainte . Les préciſions ne fervent
qu'à qualifier la diffe-
Drence de ces vèrtus, mais non
pas à en feparer l'uſage à l'égard
d'une ame qui aime
Dieu ; puis que dés qu'elle aime,
elle craint & elle efpere.
Dire donc , j'aimerois Dieu,
er
-1
quandje devrois eftre damné, c'eſt
une fuppofition imaginaire ,
& s'il y a de faintes ames qui
ayent parlé de la forte , il ne
faut regarder cette expreffion
dans leur bouche que comme
une efpece de langage par lequel
elles ont voulu faire en-
Pij
17: MERCURE
tendre combien Dieu eft ai
mable ; car fi elles avoient
prendu , en parlant ainsi ,
dire qu'on peut aimer Dieu
fans efperer fon falut & fans
craindre fa damnation , il y
auroit de la contradiction , &
par confequent de l'illufion
dans leurs paroles .
Bien loin que l'amour de
Dieu excluë l'efperance & le
defir des récompenfes éternelles
, c'eft par ce defir même
& par cette efperance que
les Saints en qui l'amour de
Dieua efté plus parfait & plus
pur , ont exprimé la pureté
GALANT. 173
fi
&la perfection de leur amour.
Il ne faut que lire David &
Saint Paul , pour trouver la
preuve de ce que je dis. L'un
& l'autre , & tous les Saints
aprés eux , dans les plus vio.
lens tranfports de leur amour,
ont defiré de voir Dieu , ont
foupiré aprés le jour heureux
où par la diffolution de leurs
corps, leur ame fe devoit
réunir dans le Ciel à l'objet
de leur amour
Ils ne fe font point aviſez
de faire les précifions qui font
trouver de l'imperfection
dans un amour accompagné
30
de
Piij
174 MERCURE
de crainte & d'efperance. Ils
ont aimé en Dieu un objet infiniment
aimable ; ils ont ef
peré en luy , ils ont craint d'e
ftre privez de fa poffeffion ;
leur amour a renfermé tous
ces fentimens. Ils ne fe font
point demandé à eux mêmes
fous laquelle de ces idées leur
coeur & leur efprit s'attachoit
à Dieu , ils l'ont aimé ; ils
n'ont efté touchez du defir
de leur beatitude que par rap
port à luy , fans qu'ils ayent
cherché par des diſtinctions
frivoles à bannir l'efperance
&la crainte de leur attache
GALANT. 175
ment pour Dieu .
Auffi Jeſus Chriſt , qui eſt
la verité éternelle , & qui à
parfaitement connu quelle
devoit eftre la nature de l'amour
dont il faut aimer Dieu,
en nous donnant l'Oraifon
Dominicale , qui eſt une expreffion
parfaite des difpofitions
& des fentimens où no.
ſtre coeur doit eſtre à l'égard
de Dieu , n'a pas oublié de
joindre à l'amour qui nous
fait fouhaiter la gloire & la
fanctificationde fon nom , le
defir & la demande de noftrè
felicité. Il a même eftéfi eloi-
Piiij
176 MERCURE
gné de nous enſeigner le def
intereffement "
chimerique
qui confiſte à n'eftre point
touché des interefts éternels;
qu'il a bien voulu dans la même
Oraifon nous inſpirer un
intereft temporel , en nous
ordonnant de luy demander
noftre pain , c'eft à dire les
befoins de la vie du corps.
Dira.t on que cette divine
oraiſon eft remplie de retours
fur nous-mêmes , & que qui
en aimant Dieu luy parleroit,
comme Jeſus- Chrift nous
apprend à luy parler , n'auroit
qu'un amour intereffé ? Il y
CALANT. 177
ว
auroit de l'impieté à parler de
la forte. Ce feroit accufer
Jelus - Chrift , ou d'avoir igno .
ré la perfection du pur defintereffement
, ou de n'avoir pas
voulu nous l'enſeigner. Ce feroit
oublier que ceux aufquels
il a appris à demander
& leur felicité & leurs befoins ,
font ceux -là mêmes qu'il vouloit
rendre parfaits , comme leur
Pere Celeste eftparfait. Qui ſom
mes- nous , encore une fois ,
pour chercher dans le fervice
& l'amour de Dieu une autre
perfection que celle que Jefus
Chrift nous a enſeignée ?
180 MERCURE
Heureux leChreftien qui fçair
bien dire fon Pater ! Il eft mille
fois plus parfait que les plus
parfaits Myftiques avec toutes
leurs précifions & tous
leurs rafinemens , puis qu'il
fuit la voye que Jesus - Chrift
luy a enfeignée , & que toute
la perfection confifte à fuivre
cette voye , pourvû qu'on le
falle en efprit & en verité. god
C'ettle fecond caractere de
l'amour de Dieu , fur lequel
nos Quietiſtes ſe ſent égarez ,
& le fecond égarement vient
encore de ce qu'ils ont voulu
rafiner fur le fens & l'uſage
GALANT. 181
de ce Commandement.
Il faut donc expliquer ce
que fignifie cette propofition
, Dieu veureftrefervi en ef
priten verité. Le fens qu'elle
renferme eft tres-commun
C'eft , comme j'ay déja dit ,
que Dieu compte pour rien
le culte & l'hommage que
l'homme luy rend, s'il ne part
de fon efprit & de fon coeur.
Il veut que l'homme tout en
tier l'honore , & que l'ame &
le corps , qui font les deux
parties qui le compofent , con
courentà le fervir. Ainfi tout
ce qu'il nous demande en
182 MERCURE
voulant que nous l'aimions en
eſprit & en verité , c'eſt que
noftre amour , noftre fervice
& noftre adoration foit fincere,
& comme tout cela ne
fçauroit eftre fincere , s'il ne
part du coeur , c'eft noftre
coeur qu'il nous demande;
c'eft à dire, l'attention , la foumiffion
& le dévouement de
noftre coeur , pour obſerver
fes Loix. C'eft dans cette at
tention , cette foumiffion &
ce dévouement du coeur que
confifte toute l'union que
nous pouvons avoir avec luy
dans cette vie . Toute autre
GALANT. 83
union eft imaginaire, ou fielle
eft réelle, elle eft miraculeufe,
& ne peut , comme nous l'avons
dit , ny eftre expliquée
ny eftre enfeignée par les
hommes.
C'est donc en obfervant les
Loix de Dieu , & les obfervant
de bon coeur , que nous pou
vous nous unir à Dieu. C'eſt
par cette oblervation , accom ;
pagnée d'un coeur attentif
foumis & dévoué , que noſtre
amour devient non feule
ment fincere , mais encore
pur & definterellé . C'eft ainf
que nous parvenons à aimer
184 MERCURE
Dieu fans retour intereffé fur
nous mêmes, c'eſt à dire en un
mot , que les Chreftiens fimples
& foumis trouvent feurement
dans la foumiffion & la
fimplicité de leur coeur , ce
que les Myftiques cherchent
avec beaucoup d'incertitude
& de danger d'illufion dans
les préciſions de leur eſprit.
Les Myftiques croyent aimerDieu
parfaitement quand
ils oublient qu'ils negligent &
qu'ils perdent même la veuë
de leur intereft mais les
Chreftiens fimples & foumis
aiment Dieu parfaitement
P
GALANT: 185
U
10
ct
quand ils foumettent leur intereſt
à la volonté divine . Les
Myftiques veulent porter leur
defintereffement
jufqu'à l'indifference
pour leur bonheur
& pour leur malheur ; mais les
Chreftiens fe contentent de
fe foumettre parfaitement à
la volonté de Dieu dans les
chofes pour lesquelles ils ne
font pas indifferens. Les Myftiques
ne font touchez ny de
la récompenfe ny de la puni-,
tion , ils ne portent leur vûë
ny fur l'amertume du Calice,
ny fur les douceurs de la felicité
; mais le Chreftien fimple
184 MERCURE
& foumis , voit & fent l'un &
l'autre. Il dit avec Jelus-
Chrift , Seigneur , que le Calice
paffe ; mais il ajoûte comme
luy , toutefois que vostre volonté
fe faffe , & non pas la mienne.
C'eft , comme j'ay dit , par
cette foumiffion que l'amour
du Chreftien devient pur &
defintereffé , car fe foumetrant
en tout à la volonté dé
Dieu , il n'aime & il ne fou
haite que Dieu . Alors il n'eft
touché ny de fon bonheur ny
de fon malheur , mais de la
feule volonté de Dieu qui
yeut qu'il le fauve. Il ne dig
GALANT 185
1&
US
24
pointà Dieu ,Je vous aimerois,
Seigneur , quand je devrois eftre
damné ; mais il luy dit , Je me
veux fauver , Seigneur , parce
que vous voulezmon falut ; c'eft.
à dire , que la foumiflion où
il eft ne le rend indifferent
que pour les chofes à l'égard
defquelles Dieu luy même a
de l'indifference
, & c'est pour
cela qu'il ne fçauroit eftre indifferent
pour fon falut , parce
que Dieu veut qu'il le fauve.
Si je doutois laquelle de
ces deux maniéres de s'unir à
Dieu , ou de celle du Myftique
, ou de celle du Chreftien
Juillet 1697.
186 MERCURE
fimple & foumis , eft la plus
parfaite , je n'aurois qu'à confulter
ce qui doit eſtre la regle
de ma conduite & de ma
Foy , je veux dire l'Evangile .
En confultant l'Evangile
je ne concevray jamais que
je puiffe dans cette vie eftre
élevé à un eftat où il me foir
permis d'avoir de l'indifference
pour mon falut , puis que
j'y is à chaque page qu'il faut
chercher leRoyaume de Dieu,
& qu'il n'y a que cela de necellaire.
Je ne comprendray
point que je puiffe eftre aflez
uny à Dieu dans cette vie ,
GALANT. 187
dic
pour n'eftre plus obligé a veil
ler fur mes paffions & fur mes
fens , puis que Jefus Chrift me
00% par tout qu'il faut veiller,
fevaincre & le morufier.Je ne
me perfuaderay point que les
prieres puiffent me devenir
inutiles ou indifferentes
, puis
que Jefus Chrift nous dit
fans ceffe , Priez , cherchez ,
1
frapez , & c.
✰
Dira-t-on que Jeſus - Chrift
n'a parlé qu'aux imparfaits ,
16 qu'il a refervé pour certai
2 nes ames une route differen ---
te de celle par laquelle il pa
roit qu'il a voulu nous con-
Qij
188 MERCURE
duire? Si l'on me faifoit cette
réponſe , je demanderois au
moins qu'on me donnaſt des
preuves de cette nouvelle
route , & je ne fçay fi l'on
pourroit en donner qui ne
fuffent point fufpectes , &
aufquelles la vanité & l'imagination
n'euffent aucune
parc.
Pour moy, je croy pouvoir
dire qu'il n'y a point d'autre
perfection pour le Chreftien
dans cette vie que celle
que Jefus Chrift nous a mar
quée dans fon Evangile. Celuy-
là aime Dieu qui obferve
GALANT. 189
1
D
.
fes Loix , & qui les obferve
tellement de coeur & d'efprit
, qu'il eft même attentifà
éviter & à combattre tout ce
qui peut arriver de déreglement
dans fon corps & dans
fes fens. Celuy - là eft uny à
Dieu qui eft foumis à fa volonté.
Celuy là eft homme
d'Oraiſon qui ne ceffe point
de demander à Dieu la grace
d'obferver fes Loix , car c'eft
en priant par ce motif que le
Saint Efprit prie en luy . Celuy
là vit de la vie de l'efprit qui
mortifie fon corps & les paffions.
Celuy-là eft dans un
·
190 MERCURE
aneantiffement parfait qui
reconnoift qu'il ne peut rien
fans Dieu , & qui n'attend
fon falut que de fa mifericorde.
Celuy là , en un mot , a
une foy pure & un amour def
intereffe, qui croit fermement
les veritez de la Foy , parce
que Dieu les a revelées ; qui
n'aime ny le monde , ny les
amuſemens du monde ; qui
eft toujours faifi d'un veritable
repentir de les pechez ,
qui en a une honte continuelle
, qui frequente des Sacremens
qui les expient , qui luy
rendent la grace , & qui la
GALANT. 191
confervent , & enfin qui ne
fouhaite la felicité & qui ne
craint fa damnation que parce
qu'il aime Dieu .
Et comme il n'eft pas même
poffible que l'homme dans
cette vie parvienne d'une maniere
conftante & inalterable
aux divers degrez de perfe-
Ection que je viens de fpecifier,
je croy pouvoir dire qu'il
n'y a de Chreftiens parfaits
en ce monde , que ceux qui fe
croyant toujours imparfaits
= & fort au deffous du degré de
fainteté & de merite où Dieu
les a appellez en les failant
192 MERCURE
Chreftiens , font dans une
veille continuelle , & qui tra
vaillent à leur falur d'un cofté
avec confiance en la mifericorde
de Dieu , mais de l'autre
avec crainte & tremblement
pour leurs infidelitez .
Voilà, M. ce que j'ay penfé
fur le fujet fur lequel vous m'a
vez demandé mes lentimens .
Je les foumets à l'Eglife , & à
ceux qui font plus éclairez
que moy , déteftant de tout
mon coeur tout ce qui ne fes
roit pas conforme à la Foy,
dans laquelle je prie Dieu qu'il
me faffe la grace de vivre & de
mourir.
a
Depuis
GALANT 193
Depuis le commencement
de cette Guerre , les François
ont tellement efté fuperieurs
en valeur au grand nombre
de Troupes des Alliez
qu'ils ont eu à combattre
, qu'ils ont pris Villes fur
Villes , &gagné par tout des
Batailles , de forte que ceux
dont l'employ eft de publier
des Nouvelles dans les Eftats
de leurs Souverains , n'ayant
point à parler de ces grandes
& inconteftables actions ,
parce qu'elles font connues
de tout le monde, fe font attachezà
entrer dans des détails
R
Juillet 1697.
194 MERCURE
de chofes peu confiderables,
en faisant aller fouvent les
Troupes des Ennemis en par-
, & en leur faifant remporter
des avantages imaginai-
Pl
ce
qu'il
leur
eft
d'autant
plus ailé de faire croire , que
ces Partis ne font pas compofez
d'affez de monde pour
rendre ce qui s'y paffe connu
de telle maniere qu'il foit impoffible
de le déguifer. Ils
trouvent moyen d'amuſer par
là les Peuples , aufquels ils
tâchent de perfuader que la
fortune leur eft favorable
dans les occafions obſcures
GALANT. 195
OU
pendant qu'il ne fe paffe
point d'éclatantes actions qui
ne leur foient defavantageu
fes. Mais peut on croire que
dans toutes les affaires generales
la victoire fe declare
toujours pour la France , &
que nous foyons fi fouvent
battus dans les particulieres ?
Il y a fi peu de vray femblance
à cela , que les perfonnes
1 de bon fens refuferont tou
jours de le croire . Si nous parlions
de tout ce que font nos
Partis , toutes nos Nouvelles
en feroient pleines . Les Franpois
nefouffrent point qu'on
Rij
196 MERCURE
les faffe reculer , & non seule
ment ils fe diftinguent par
tout , mais ils fe diftinguent
de toutes manieres. Voicy
quelques-unes de ces actions
particulieres dont je ne vous
ay point parlé, & qui meritent
pourtant d'eftre fceues. La
premiere s'eft paffée en Allemagne.
Un Cavalier du Regiment
de Savine , un Trompette
, & un Valet d'un Capis
taine au Royal Rouffillon ,
s'eftant trop avancez au delà
des Fourageurs , tomberent
dans une Troupe de vinge
Huffarts, qui les firent prilon,
•
GALANT 197
niers . Ces Huffarts en détacherent
deux de leur troupe
pour les mener à Mayence.
Le Cavalier , aprés avoir fait
quelques lieuës , trouva
3 moyen de parler bas au
Trompette , & de luy propo
fer de prendre leur temps
pour ſe jetter fur les deux
Huffarts . Ils convincent d'un
fignal , & un peu de temps
aprés le Cavalier s'élança fur
le plus fort des deux , & l'abattit
de deffus fon cheval, Le
Trompette & le Valet agirent
de la même maniere
avec l'autre , & l'égorgerent.
Riij
198 MERCURE
Dansle même inftant ils cou
rurent au fecours du Cava
lieb, qui feul & fans armes au .
roit eu de la peine à venir à
bout d'un homme armé. Le
Trompette arracha le fabre
du Huffart , qui fut bien- toft
mis en pieces. Ces Huffarts
menoient en main deux chevaux.
Nos gens en prirent
chacun un pour le fauver , &
laifferent le quatrième. Ils
marcherent toute la nuit le
long du Rhin , & arrives
rent au Camp à la pointe du
jour.
M'de Beaufobre, Capitai
GALANT. 199
ne - Lieutenant dans le Regi.
ment de Chelleberg , n'a pas
fait uneaction! moins hardie.
Quoy qu'il y ait déja squel
que temps qu'elle s'eſt paſſée,
elle merite que vous en foyez
inftruite. Cet Officier eftant
parti feul de Mons, & le trou
vant à moitié chemin de Valenciennes
, entendit fonner
le cocfin fu un Parti de vinge
cinq Volontaires de la Garni
T fon d'Ath , qui emmenoient
plufieurs Maires de Villages,
qui n'eftoient pas
as fous cont
tribution. Vous pouvez con
noiftre par là que certe Place
Riiij
200 MERCURE
n'eftoit pas encore à nous
Comme il vit de fort loin qu'
ils gagnoient les bois , il fe fit
fuivre de force le piftolet à la
main , par huit Payfans qu'il
rencontra . Ces Payfans n'eftoient
armez que de Fourches.
Il entra dans le bois, approcha
des Ennemis , & eſtant
venu au qui vive , il leur tira
un coup de piſtoler . Ils fe jer.
terent à cofté dans un marêcage
; & comme il fit figne
de la main pour empêcher fes
gens d'avancer , les Ennemis
les crurent de beaucoup fuperieurs
en nombre , & deGALANT
201
manderent s'il y avoir bon
quartier. Il leur répondit que
ouy , acondition qu'ils ne tireroient
pas un coup de fufil ,
& mettroient les armes bas,
ce qu'ils firent. M' de Beaufobre
fit avancer un Payfan,
qui prit toutes leurs armes?
Il ordonna enſuite à ces Sol
dats defarmez d'avancer deux
à deux, & les fit lier enſemble,
puis il fit approcher les fept
Payſans reftans , qui s'armerent
de leurs armes. Il les partagea
, ſçavoir quatre à la tefte
, & quatre à la queue , &
les conduifit à Valenciennes.
202 MERCURE
Le même Officier vient de
faire une autre action de
grande vigueur. Trente Dra
gons de Namur eftant venus
enlever les Beftiaux des envi.
rons d'Avefnes , quoy qu'ils
euffent une lieuë d'avance fur
luy , il les coupa dans leur
retraite , & s'eftant trouvé
avec trente Grenadiers à
portée des Ennemis ,
vinrent luy le fabre à la
main. Il mit pied à terre , &
alla à l'Eſcadron qui le me
naçoit , aprés avoir fait de fa
troupe un petit bataillon. II
les contraignit par fa manoeu
ils
GALANT 203
&
vre de faire volte face , & les
ayant fuivis pendant cinq
heures à la portée de la caras
bine , il les obligea enfin d'a
bandonner tous les Beftiaux
qu'ils avoient enlevez . On
peut juger par ces actions de
l'extrême valeur & de la grande
conduite de ceux qui les
font , & de quoy ils feroient
capables dans les grandes occafions.
M ' le Marquis Ferrero ,
Ambaſſadeur Extraordinaire
de Savoye en cette Cour,
ayant choifi le Dimanche 7.
de ce mois pour faire fon En204
MRCUREE
trée publique à Paris , Me
Maréchal Duc de Noailles ,
& M de Sainctot , Introdu
Eteur des Ambaſſadeurs , l'allerent
prendre à Picpus , dans
les carroffes du Roy, fuivis de
ceux de Monfieur , de Madame
, de Monfieur le Duc , &
de Madame la Ducheffe de
Chartres , des Princes & des
Princeffes , qui l'accompa
gnerent juſques à l'Hoſtel des
Ambaffadeurs . Son Excellence
avoit trois Carroffes magnifiques
, & d'un tres bon
gouft. L'Imperiale du pres
mier , qui avoit une fculpture
·
GALANT. 205
es
·
fort fine & très bien dòrée ,
eftoit d'un cuir noir fur un
fond d'or cizelé , & enrichie
par tout d'une infinité de
clouds de même , qui formoient
une agreable varieté
de fleurs & de ramages , fem
blables à ceux que reprefen
toit le Velours à fond d'or ,
dont ce carroffe eftoit garny
en dedans . On voyoit fur le
panneau de derriere une tresed
belle peinture , qui reprefentoit
la Paix fortant d'une nuée,
environnée d'un Arc en ciel,
Un Ange qui la précedoit ,
l'annonçoit avec une trom206
MERCURE
te. Un fecond Ange le fuivoit
de prés , tenant un flambeau ,
avec lequel il mettoit le feu à
un trophée de toutes fortes
d'armes , que cette Déeffe
avoit à fes pieds. Tout cela
exprimoit d'une maniere fort
vive , que la Paix eft fortie
du fein de la guerre dans le
temps qu'on s'y attendoit le
moins . Aux quatre coins du
même carroffe eftoient repre
fentées dans des Cartouches
les quatre Vertus Cardinales ,
la Prudence , la Juftice , lai
Force & la Temperance, par
lefquelles cet Ambaſſadeur a
GALANT. 207
at
for
on
voulu reprefenter le caractere
de fon Souverain . Le fecond
carroffe eftoit coupé & argen
té proprement , avec quantité
de peintures fines . Dans le
panneau de derriere
voyoit le Dieu Hymenée , reprefenté
, par la difpofition
de trois figures , dont la principale
eftoit la Concorde , u
niffant les deux Parties qui fe
foumettoient à l'empire dece
Dieu, Le troifiéme carroffe
eftoit à deux fonds , houflé
& garny en dedans d'un tresbeau
velours . Les chevaux &
les harnois répondoient à cet
268 MERCURE
te magnificence. Trente Gen
tilshommes & leur fuite ace
compagnerent M ' l'Ambaſſa .
deur, qui receut de grands ap.
plaudiffemens par toutes les
rues où il paffa . Elles fe trouverent
remplies d'une foule
de peuple extraordinaire, fans
compter les gens de qualité
qui occupoient toutes les feneftres
.Un peu aprés que Son
Excellence fut arrivée à l'Ho
ftel des Ambaffadeurs, où elle
fut traitée avec beaucoup de
profuſion pendant trois jours
& demi , felon la coutume ,
elle y receut les complimens
4
GALANT. 209
ordinaires ; fçavoir de la part
du Roy , par M le Duc de
Beauvilliers , Premier Gentil
homme de la Chambre ; de la
part de Monfieur , par M' le
Marquis de Chatillon , Premier
Gentilhomme
de la
Chambre de S. A. R. de la
part de Madame , par M' de
la Rongere, Chevalier d'honneur
de cette Princeffe ; de la
part de Monfieur le Duc de
Chartres , par M ' le Comte
de Cayeux , fon Premier Gentilhomme
,& de la part deMadame
la Ducheffe de Chartres,
par M' le Marquis de Vil
Juillet 1697.
S
210 MERCURE
lars,fon Chevalier d'honneur.
curle Nonce
, Mrs les
Ambaffadeurs
de Portugal
,
de Veniſe
& de Malte , & les
autres Miniftres
Etrangers
,
l'envoyerent
auffi complimenter
fur fon arrivée
, chacun
par un Gentilhomme
. Le
Mardy
9 M le Comte
de
Brionne
, Prince
de la Maifon
de Lorraine
, qui avoit esté
l'année
derniere
recevoir
Madame
la Princefle
aux confins
de
Savoye , vint
prendre
Son Excellence dans les car-
Toffes du Roy , & l'amena à
Verfailles à l'Audience publi
GALANT 24
E
L
que où M l'Ambaladeur
receur les mêmes applaudiffe.
mens qu'il avoit eus à Paris,
& par tout les mêmes honneurs
qu'on a coutume de fai
re aux Ambaffadeurs des Rois.
Le Jeudy 11. M'Aubert , Introducteur
des Ambaffadeurs
prés de Son Alteffe Royale ,
levint prendre dans les Carroffes
de Monfieur , & le mena
à Saint Cloud , où il eut au .
dience de ce Prince , de Monfieur
le Duc de Chartres , de
Mademoifelle , & de Madame
la Grande Ducheffe de Tolca
ne. M le Marquis Ferrero ,
212 MERCURE
dont je vous parle , eft le mê
me que nous avons déja vû
deux fois Ambaffadeur Ordinaire
de Monfieur le Duc
de Savoye en France . Ce fut
luy qui fit le mariage de Ma.
dame la Ducheſſe Royale , La
vivacité de fon efprit, fa grande
penetration , & la prudente
conduite qu'il a fait paroiftre
en toutes fortes d'occa
fions , l'ont toujours fait en.
trer dans les plus importan
tes & les plus penibles affaires
d'Etat. Ileft d'une des plus anciennes
& plus illuftres Maifons
de
Piémont.L'on compte
GALANT.
ચાર
212
T
1
dans fa Famille cinq Cardinaux,
parmi lefquels il y a deux
Freres , dont l'un fe trouva au
fameux repas , auquel le Pape
Alexandre VI avoit invité
pluſieurs Cardinaux , dont la
probité luy eftoit fufpecte.
M Chevillard , Hiftorio .
graphe de France & Genealogifte
du Roy , qui nous a
donné cy - devant plufieurs
Cartes des Armes des Cardinaux
, des Evêques , & des
Grands Officiers de la Couronne
, nous en vient de donner
tout nouvellement une
des Grands Senéchaux &
214 MERCURE
A
Conneftables de France depuis
le commencement de la
derniere Race de nos Rois ,
jufqu'à prefent. On y voit le
temps de leur nomination &
de leur mort,lesdignitezqu'ils,
ont poffedées , avec les mar
ques de ces dignitez à chacun
de leurs Ecuffons. Il efpere
nous donner bien -toft une pareille
Carte de tous les Grands
Maîtres de la Maiſon du Roy.
Il demeure toujours ruë neuve
Noftre Dame , chez un
Apoticaire.
·
Quoy que la Paix que le
Roy a faite avec la Savoye ait
GALANT 215
rompules deffeins que l'Empereur
avoir formez de fe ren
dre maistre de la plus grande
partie de l'Italie , S. M. I qui
avoit trouvé moyen pendant
la guerre de s'en rendre les
Princes tributaires , vient de
traiter tous les Sujets du Pape
de Vaffaux , dans le placard
qu'il a fait afficher . Le Comte
de Martinits , fon Ambaffadeur
, avoit déja donné plufieurs
fujets de mécontente
ment , afin de tårer par là la
Cour de Rome , & de voir fi
elle foutiendroit avec ferme.
té les infultes qu'on reiteroit
216 MERCURE
fouvent , & ayant trouvé dans
lé Pape les bontez qu'un Pere
fait - prefque toujours parois
ftre pour les premieres fautes
que font fes Enfans , l'Empe
reur a crupouvoirpaffer outre,
& fur l'efperance de trouver
toujours les mêmes facilitez
dans l'efprit de Sa Sainteté, il a
donné ordre au Comte de
Martinics de faire afficher en
divers endroits de Rome, un
Edit daté du 29. Avril à Vienne
, par lequel S.M.I. décla
re, que comme il eft porté
dans l'Ecriture qu'on doit
rendre à Dieu ce qui appar
tient
GALANT. 217
ret
en
VE
tient à Dieu , & à Cefar ce
qui appartient à Cefar , elle
avoit cru qu'un Empereur
eftoit oblige, non feulement
de conferver fes droits , &
ceux de l'Empire , mais encore
de les recouvrer ; en forte
qu'ayant appris que plufieurs
Particuliers poffedoient des
Fiefs Imperiaux , des Dignitez
& des Privileges , ufurpez
pour la plufpart , fans qu'ils
Tuy euffent prefté ferment de
fidelité , elle avoit refolu de
confirmer ceux qui les poffedoient
legitimement , & d'en
dépouiller ceux qui s'en é ,
Juillet 1697.
I
218 MERCURE
瀛
tolent mis en poſſeſſion ſans
titre ; & en conſequence l'Em
pereur ordonne que dans
trois jours de celuy de la pu
blication de cet Edit , tous fes
Vaffaux & Feudataires produiront
leurs titres à la Chancellerie
Imperiale , ou devant
le Comté de Breyner , chargé
de cette Commiffion dés l'année
derniere ; ou devant les
Comte de Martinits,ſon Ambaffadeur
aupres de Sa Sain
teté ; après l'examen defquels
ils recevront de nouvelles inveftitures
, & feront confir
mez dans leur poſſeſſion,avec
GALANT 289
Er
ר
200
menaces pour ceux qui refu
feront d'obeir , deftres dépouillez
& traitez comme res
belles. Le même Edit promes
a moitié ou le tiers des confifcations
aux Dénonciateurs.
Ona efté fort fupris à Rome
de cette entreptile, quibleffe
la Souveraineté du Pape , &
une Congregation d'Eftar
| ayant efté aſſemblée par ordre
de Sa Sainteté , on y refo
lur , par l'avis des Cardinaux
Acciaioli , Calanata , Maref
cotti , Spada , Durazzo , Pan,
ciatici , Coloredo , Tanara ,
Cavallerino , Albano , Orto-
I '
220 MERCURE
bono , & Noris , quiy furent
appellez, de repouffer l'atten.
Fac par l'Edit fuivant , dans
lequel celuy de S. M. Left
employé tout entier , tel que
Le Comte de Martinits l'a fait
afficher en Latin à la porte de
fon Ralais , & en divers autres
lieux de Rome. Je vous en
voye cet Edit du Pape en Italien
, parce que dans des affaires
de cette importance , la
traduction ne fçauroit avoir
Loute la force de l'Original.
GALANT 221
E
Ri
PALUZZO
VESCOVO
di Palestrina Card . Altieri ,
Dadella S.R. C.
Camerlengo
Sfendo feguita in alcuni
luoghi di queft alma Cirra
di Roma publica affiffione d'un
* Editto , o Lettere patenti del te
• nore feguente , Leopoldus , divinâ
favente clementiâ , &c. E
benche à detta affiffione non ſi po ·
teſſe , nè doueffe in alcun modo ve
nire senza l'efpreffa licenza , e
confenfo della Santità di Noftro
Signore , non competendo tal Giu
rifdittione inRoma , e nello Stato
temporale della Santa Romana
Tiij
222 MERCURE
Chiefa foggetto unicamente alla
Santa Sede Apoftolica, e Somme
Pontefice, à niuna Perfona in qua.
lunque gradofia di Dignità , an
corche Regia , ed Imperiale , ed in
a
confeguenza refti dett'atto perfe
medefimo nullo , di niun valore ,
attentato, e notoriamente turbativo
della Giurifdittione della medefima
Santa Sede Apoftolica , e
fuo Pontefice Romano ; In ogni
modo , accio in alcun tempo nonf
poffa allegare detta publica affiffione,
o tacito confenfo approvativo
di tal atto , per debito del noftro
Ufficio di Camerlengo della S.
Romana Chiefa , ed in vigore
GALANT 223
{
d'un Chirografo fpeciale fegnato
dalla Santita Sua questo giorno,
da registrarfi col prefente Editto à
perpetua memoria nelli libri della
Rev Camera Apoftolica à maggior
cautela quando faccia di bi-
Jogno, caffiamo , irritiamo , annulliamo,
circoscriviamo , e dichiaramo
di niun vigore , forza ed efficacia
, come non foffe ftato fatto
il prefato atto di publica affiffione
in Roma , equalunque altro ,
forfe à queft ora fifoffe attentatamente
fatto, e s'attentaffe fare in
auvenire , tanto nella medefima
~ Città di Roma , quanto in qua-
Junque altro luogo dello Stato della
che
Tiiij
224 MERCURE
Chiefa , proibendo allegardo , ed
addurlo contro l'onnimoda , affo
luta , e Suprema autorità , e Giu
rifdittione della prefata Santa
Sede Apoftolica.
E quantunque debba crederſt
che in dette lettere patenti, o Edit.
to, come fopra affiffo non fia ftato
fentimento di comprendere li pof
feffori de Beni Giurifdittionali ,
ed in qualunque modo Feudali
fituati entro lo Stato Ecclefiaftico,
come che questifoggiacciono uni.
camente all' Alto , Diretto , Su
premo , & affoluto Dominio della
S. Sede Apoftolica , e non di alcun
altro Prencipe , nientedimeno ac
GALANT 225
ciòli medefimi Poffeffori fotto pre.
tefto di qualche finiftra , ô erronea
interpretatione , che forse fi daffe
alle lettere patenti,ô Edittofoderti
non incorrino in qualche errore , e
pregiudicio , ricordiamo à tutti li
fudditi , ed altre perfone , che pof
fiedono entro lo Stato temporale
foggetto alla S. Sede, Città Terre,
Caftelli, edogn'altra forte de Beni
Feudali , & Giurifdittionali , le
proibitioni , e pene contenute nelle
Coftitutioni Apoftoliche , contro
chi ardiffe riconofcere altro Pren-"
cipe , che la S. Sede Apoftolica , e
Pontefice Romano, e quando nefis
dibifogno di nuovaproibiamo che
$226 MERCURE
逶
miano di effi Poffeßori prefumaper
fe , o per altri chiedere , ricevere ,
produrre , ô efibire , inveftiture ,
conferme , conceffioni , ô altro qualfivoglia
titolofopra Beni efiftenti
comefopra nello StatoEcclefiaftico,
santo in vigore del prefato Edito
nullamente affiffo , quanto per
qualsivoglia altra caufa , pretesto,
colore si direttamente , come indi
rettamente , nè fare alcun' atto
che poßi importare Omaggio , ri
cognitione di Feudalità , Also , ô
Supremo Dominio verso altre
& Perfone , Curie , Configlio Tri
bunali , ma quelle debba ricevere,
riconofcere refpettivamente dalla
GALANT. 227
S Sede , alla quale folamente
Spetta il Supremo , e affoluto Do
minio di tutti li luoghi Feudali, e
Giurifdittionali entro il fuderto
Stato Ecclefiaftico , forro le pene
della Confifcatione , Ribellione , le
fa Maestà ed altre impofte contra
ufurpantes bona, Jura, & Jurif
dictionemS.SedisApoftolica.
Volendo non fuffragbi à niuno
l'allegare ignoranza , errore,o altro
pretefto , e che alledette pene frano
fottopofte tutte , e fingole Perfone,
che contraveniffero , niuna eccetruatane
, benche foffe degna di
Speciale , e specialissima mentione,
che la publicatione del prefence
218 MERCURE
Editto , con affiggerlo nelle Porte
del Palazzo della Cancellaria
Apostolica , della Curia di Monte
Citatorio , in Campo di Fiore,
e negli altri luoghi foliri aftrings
ogn uno , come fe à ciascuno foffe
Stato prefentato perfonalm nte.
Dato dal noftro Palazzo li 17.
Giugno 1697.
P. Card, ALTIERI , Cam.
Voicy les noms des Perfon.
nes de diftinction mortes de .
puis ma derniere Lettre.
Le P. Jean de Fourgonneau ,
Chanoine Regulier de laCon
gregation de Saint Jean de
GALANT
229
1
Soiffons, decedé à foixantequatre
ans. Quoy qu'il fuſt un
des plus anciens Religieux
de cette Congregation , il a
toujours voulu vivre & mou
rir dans une veritable fimplis
cité religieufe , n'ayant recherché
ny les honneurs , ny
les dignitez aufquelles il pou
voit parvenir , fuivant fon rang
d'ancienneté. Il eftoit Fils de
Martin de Fourgonneau , Ecuyer,
S ' des Oches , & de
Marguerite le Maire. Il a fon
Frere vivant , Pierre Alphonfe
de Fourgonneau , Ecuyer S
de Marlulier , qui a épousé
230 MERCURE
Gilberte de Ferolles , Fille de
Male Marquis de Ferolles (en)
Poitou , Chevalier de l'Ordrell
du Roy, & Soeur de M' le
Marquis de Férolles ; Gouver
neur des lile & Terre- ferme
de Cayenne.
Meffire François de Verthamon
, Comte de Villeme
non , Seigneur Chaſtelain del
la Villeauxclercs , ancien mai
ftre des Requeſtes , mort âgé
quatre -vingt - douze ans .
Il avoit épousé N. Quatre
fols , Fille de Jean Quatrefols,
Auditeur des Comptes , &
Soeur de François Quatrefols,
de
GALANT. 230
Seigneur de Montanelos ,
Confeiller au Parlement, dont
il laiffe quatre Entans , qui
font François de Verthamon ,
Seigneur de la Villeauxclercs,
Confeiller en la Quatrième
des Enqueftes , & auparavant
Confeiller au Chaftelet ; Ang
toine de Verthamon , Confeiller
en la Seconde des En
queftes ; Jean - Baptiste de
Verthamon , Docteur en
Theologie de la Faculté de
Paris , Evêque de Pamiers ,
& N. de Verthamon , Abbeſſe
de Saint Michel de
Crefpy.
#32 MERCURE
Meffire Jean Paul de Choify
, Seigneur de Beaumont ,
Baleroy , Leftanville , Grancamp,
& autres lieux , Confeiller
du Roy en tous les Con
feils & d'honneur au Parlement
de Mets , Chancelier de
feu Son Alteffe Royale Monficur
, Oncle du Roy , Duc
d'Orleans . Aprés avoir lervi
Sa Majefté dans plufieurs In- .
tendances d'Armées & de
Provinces , il s'eftoit retiré en
Baffe - Normandie , dans fon
Chafteau de Baleroy, premier
Ouvrage du vieux Manfard , le
plus grand Architecte de fon
GALANT 233
fiecle. Il y eft mort après une
longue maladie , & a donné
des marques d'une veritable
pieté , demandant à Dieu au
milieu des douleurs les plus
aigues , la grace de le faire
fouffir encore davantage
pour fatisfaire à fa Justice . Il
eftoit Fils & Petit fils de maiftres
des Requeftes & de
Confeillers d'Etat , & comptoir
parmy fes Ayeux mater-
#nels , le Chancelier de Lhopital
, & le fameux Prefident de
Pibrac. Ml'Abbé de Choify ,
de l'Academie Françoiſe , eſt
fon Frere & fon héritier
Juillet 1697.
V
7234 MERCURE
2
Meffire François de Rabvilhod
, ancien maréchal des
Camps & Armées du Roy ,
cy devant Gouverneur de
Charlemont . Il est mort âgé
de quatre-vingt ans , & avoit
commencé à lervir dés fa plus
grande jeuneffe. Il a eu plufieurs
Emplois , & s'eft acquitté
des tous avec beaucoup
d'approbation , fur tout à la
- défenfe de Bonn en 1673. Il
s'eft trouvé à trente- deux
Batailles ou Combars , à quarante
neuf Sieges de Villess
ou de Chasteaux , comme
auffi dans les Villes de KeiferGALANT
235
wert , de Verdun , de Charle-
* ville & de Dinant , Sa Majeſté
l'ayant honoré du Commandement
de toutes ces Places .
e
Il laiffe un Neveu de fon nom
qui fuivra fes traces , & qui
fait paroiftre le même zele
pour le fervice de Sa Majesté .
Dame Nicole Marlot,Veuve
de Louis Deftampes , Seigneur
du Coudray . Elle eftoit
d'une Famille de Reims , dont
il y a eu plufieurs Chanoines
de merite dans la Cathedrale.
M Deftampes , fon
1 Mary , eftoit Frere de Jean-
Baptifte Deftampes, Docteur
V ij
276 MERCURE
de Sorbonne , Evêque de
Perpignan , puis de Marfeilleg
tous deux Fils de Jean-
Baptifte Deftampes , Marquis
d'Auttuy Baron d'Ardreloup,
&c. Meftre de Camp du
Regiment de Condé , & de
Louiſe le Grand , Fille de Hu .
gués le Grand, S ' de Saint Germain
de Luyeres , Maitre des
Comptes , & de Madeleine
Bourlabbé.
Dame Loüife Coutel, Veu
ve de Charles Teftu , Chevalier-
Capitaine du Guet. Elle
eftoit Fille de Jacques Coutel
, Seigneur d'Ardane, ConGALANT
237
Lav
re
..
*
feiller au Parlement , & de
Charlotte Barat , Petite - fille
d'Antoine Coutel , Seigneur
d'Ardane , Leé , & Préforgeux ,
auffiConfeiller au Parlement ,
& de Marguerite du May , &
Arriere petite fille de Jean
Coutel , Seigneur d'Ardane ,
Prefident au Grand Confeil ,
&& de Madeleine d'Albiac . Feu
MTeftu , fon мary , eftoit
Frere de M Teftu de l'Academie
Françoile , Abbé de
Belleval , & Prieur de S. Denis
de la Chartre , tous deux Fils ,
& Petits- fils de Mrs Teftu ,
Chevaliers du Guet de la Ville
de Paris
238 MERCURE
Meffire Claude Filsjan de
Sainte- Colombe , Doyen des
Maiftres des Compres de
Bourgogne & Breffe.
Mademoiſelle de Crequi ,
morte dans fa quatorziéme
année. Elle eftoit Fille unique
de M' le Marquis de Crequi.
La nouvelle de la mort de
M'l'Abbé de Lionniere , qui
m'avoit efté confirmée de
tant d'endroits , s'eft trouvée
fauffe. Ainfi je le refufcite
avec beaucoup de plaifir Ce
qui a donné lieu à cette méprife
, c'eft que M le Cheva
lier de Lionniere mourut efGALANT.
239
fectivement le même jour
que l'on publia que cet Abbé
eftoit mort.
Le mot de l'Enigme du
mois paffé eftoit la Cire d'Ef.
pagne . Il a efté trouvé par Mrs
le Moine , Geographe & Defſi .
nateur ordinaire du Roy; Bardet
& fon Ami du Pleffis de
l'Hôpital general du mans ; du
Bois de provins , de la Chine
de la rue Dauphines de S. Jean
Medecin à Harcourt , de la
Lande ; Muzau de мets ; de la
Gonterie de Pons ; Gueret de
Blois , Galliffor de Langres ;
Lavocat de la rue du pont
240 MERCURE
vieux ; Tamirifte de la rue de
la Cerifaye; le Baron des Jauf
dines ; le Jacobus Amant de
la belle Manette ; le Docteur
-& fon Ecolier Gaillardin , des
Hommeaux Hardy Avocac
Angevin , le petit Compere ,
& la Commere du quartier
Saint Honoré , les deux Amis
du College d'Harcourts le
bon coeur de la rue toyale de
Marfeille , le fage Mathurin
d'Auriol , & le fage Trinitaire
de Marfeille le Marquis de
Fergnieres , & le Baron de
Launay ; l'Abbé Gerard des
Lions ; le Solitaire de la rue
;
de
GALANT. 241
de la Colombe; l'Inconnu &
le petit Grondeur du parvis
Noftre- Dame ; le paffionné
des Belles de la rue S. Jean de
Beauvais , le fortuné Voyageur
de Clermont en Auvergne
, le beau Blond de la ruë
Poupée ; Renaud & Armide de
Grenoble , l'Abbé nouveau
venu de S. Victor de Marſeille ;
le réjouiffant Berger de la rue
Saint Jacques . Mefdemoifelles
Javotte Ogier de la rue de
Richelieu ; de Vigneres de la
rue du petit Lion prés Saint
Sulpice , Mimy & la belle
Blonde fa chere parente du
Juillet 1697. X
242 MERCURE
perit jardinde la Douane : la jeune
Taupette prés la Place Royale : la
Princeffe du Roy doré : la Princeſſe
des beaux efprits de la rue de la Colombe
la charmante Demoiſelle
de Vannes : la belle Marie- Nicole
Valentin , de la rue de la Harpe : la
charmante Marie-Anne de la rue
de l'Univerfité : l'agreable Veuve
de la Montagne & fon Frere l'Abbé
la petite Fauvette & l'ardent
Paffereau de la rue duCoq.:les trois
aimables Seeurs du Parvis Noftre-
Dame, & la Brune Baudouin la
Spirituelle de la Perle du Pont Noftre-
Dame ; la belle Fleur du jardin
du Rofier les deux charmantes
Soeurs de la rue du Colombier : l'Egiptienne
de la rue joignant le Paffe
partout à Strasbourg : la grande Madelon
du carroir S. Michel de Blois
CALANT. 243
อ
Amoureux de l'Amante des Vieillards
; M. Dugué, Sr d'Arny ; M. le
Ch de Bartecour Major de la Ville
d'Auxetre : l'Ame blanche , & les
deux Soeurs incredules de la beauté
Romaine de la rue Bertin Poirée .
Vos Amies voudront peut- eftre
bien s'appliquer à chercher le fens de
la nouvelle Enigme que je vous en
voye..
ENIGME.
Quelque vil queje fois, mon que
foule aux pieds ,
Ma naiffance eft tres-ancienne,
Et perfonne ne peut me comparer la
fienne,
Euft - il ea cent Ayenx en guerre
eftropiez
Suivant ce que d'Anthée a publié
la Fable ,
Sa force eftoit infurmontable
X ij
244
MERCURE
Tandis que fur la terre il pouvoit
s'appuyer.
Comme elle eftoit fa Mere , elle eft
auli la mienne ,
Et pourvû qu'elle me foutienne,
Il n'eft point defardeau qui me falle
plier.
Je ne vous dis rien de la Chanſon
dont vous allez lire les paroles, Vous
en connoîtrez le prix en leschantant
AIR NOU VE AU .
Erger, gardez votre coeurpour
B
une autre,
Le foin de mon troupean fuffitpour
m'occuper.
L'on voit trop fouvent échaper
Un coear leger comme le voftre.
Berger , gardez votre coeur pour
une auire.
Mr le Maréchal de Choiſeul
ayant formé le deffein de paffer le
1
GALANT. 245
F
4
Boin de mon
troupeau ry.
9
Lon le vôtre. Bergengardezvotr
LampsticÛ9 272- ~
& celle qui eftoit à Spire fous M
d'Uxelles. Le premier de ce mois à
la pointe du jour l'Armée partic
d'Otoven fous Mr de Renty , Lieu-
X iij
244
MERCURE
T
e ca
H
Berger , gardez votre coeur pour
une auire.
Mr le Maréchal
de Choifeul
ayant formé le deffein
de paffer
GALANT. 245
Rhin , & de cacher fa marche aux
Ennemis , partit du Camp d'Oftoven
le 30. du mois paflé , à neuf
heures du foir , avec quelques Officiers
generaux Il arriva à Spire le
lendemain à cinq heures du matin &
s'eftant abouché avecMr le Marquis
d'Uxelles , il en repartit , & arriva
le mefme jour au Fort- Louis, ayant
donné les ordres pour avoir des nouvelles
de ee que feroient lesEnnemis
qui eftoient campez à Bruskfal . Mr
le Comte du Bouig eftoit parti le 29 .
Juin à minuit avec le Regiment de
Ligondez , & avoit en paffant fair
marcher l'Infanterie qui eftoit à
Lampsheim , fous Mr de Chamilly,
& celle qui eftoit à Spire fous M
dUxelles. Le premier de ce mois à
la pointe du jour l'Armée partic
d'Oloven fous Mr de Renty, Lieu-
X iij
246 MERCURE
tenant general , & alla camper à
Valsheim , à une lieue de Spire. Le z.
elle campa à Rheinzabern , & le
3.
elle paffa le Rhin au Fort- Louis fug
les quatre à cinq heures du foir
ayant fait en trois jours une marche
de vingt-cinq lieues , tres belle &
tres-bien executée. Le 4. toute l'Ar.
mée partit d'auprés le Fort Louis , &
alla camper à
Nidersbihel, ayant la
droite prés
Kupenheim , petite Ville .
au pied de la
montagne , & la gauche
vis à vis Raftat , & devant elle
la Riviere de Marg , qui eft partagée
en deux ou trois canaux tout le long
de noftre Ligne . Il eft certain que
le Prince Louis de Bade ne
penetra
point le deffein de Mrle Maréchal
de
Choifeul , puifque deux jours
avant que nous paffaffions le Rhin ,
il avoit afluré fes Sujets qu'ils pourGALANT.
247
roient faire leur tecolte en feuretét
Le lendemain , aprés que l'Armée
du Roy fut arrivée, à Kupenheim,
on vit s'avancer fur les onze heures
l'avant-garde de celle des Ennemis ,
& tout le reste de leur Armée en
fuite. Elle campa fur une ligne pref
que parallele alanoftre , leur droite
à Etlingen vers le Rhin , & leur
gauche à Muckenturm , où eft le
quartier ganeral , ayant devant eux
un petit ruiffeau , qui eft prefentement
àfec dans la plus grande partie
de fon cours . Si toft qu'ils y furent
arrivez , ils envoyerent douze cens
Chevaux , qu'ils mirent dans les gor
ges de la montagne fur nos derrieres..
Nos Partifans penetrerent par
la montagne for les leurs. Un de
Dos Partis de foixante& dix hommes
de pied attaqua dans une gorge l'ar-
X iiij
248 MERCURE
riere-garde d'un de leurs Convois,
escorté par huit cens chevaux Ilsen
tuerent quinze , firent huit prifonniers,
prirent feizechevaux , & défon
cerent trente ou quarante barriques
de vin & d'eau de vie.
Mr de Chamilly , Lieutenant general
de jour , fut commandé le 12 .
avec trois mille Chevaux ou Dragons
, & douze cens Grenadiers ,
pour couvrir un fourage où il y avoit
aff.z à rifquer , puis qu'il le faifoit à
la veue d'un Ennemi brave & audacieux
, c'est à dire , du Baron de
Vaubonne , Colonel & Officier general
chez les Ennemis , Partilan
connu par les avantages qu'il a quelquefois
remportez . Il y a longtemps
qu'il eft dans nos derrieres avec un
tres gros Corps , pour inquieter nos
Fourages & nos Convois , & empêGALANT.
249
cher noftre communication avec le
A Fort Louis. Quatre jours auparavant
il avoit eu deffein d'attaquer
Mr de S. Fremont , qui en ramena
le trefor & les vivres , mais il n'ofa
le faire , ne ſe ſentant pas aflez fort .
Nous n'y tirâmes qu'on coup , qui
couta la vie à fon Neveu , Capitains
de Dragons. Cela l'avoit animé , &
avoit redoublé l'impatience où il
eftoit de trouver une occafion de
nous entamer ; il falloit donc un
gros Corps à Mrde Chamilly pour
- le contenir.
Les Grenadiers ayant efté poltez
avantageufement , & la Cavalerie
bien difpofee pour couvrir par tout
le fourage , il fe fit affez tranquille
ment , à quelques chevaux prés qui
s'estoient écartez , & qui furent pris
patles Haffars . Ces Troupes reve250
MERCURE
noient , & il n'y avoit plus qu'un
tiers ou environ de poftre monde ,
qui ne fuft pas éloigné du lieu où
l'on avoit fouragé , lors que le Baron
de Vaubonne attaqua avec vingt ou
trente Haflars nos dernieres troupes
de Cavalerie , qui tout d'un coup
fe trouverent chargées & envelo
pées de plufieurs groffes troupes de
Huffars & de Dragons ; en forte
que nos gens furent d'abord pouffez
jufqu'à une haye où il y avoit cent
Grenadiers du Regiment des Vaif
feaux , qui firent des décharges
tres - vigoureuſes , & fi à propos ,
qu'ils arrefterent les Ennemis , &
donnerent le temps à d'autres troupes
de Cavaleries , commandées par
Mr de Praslin , Neveu de Mr le
Maréchal , de charger les Ennemis.
Ils le firent , & les culbuterent , Oa
GALANT. 251
·
les pouffa longtemps & fort loin en
leur tuant bien du monde. On ne
commença que tard à faire des pri
fonniers Il y en eut quatre vingt ,
parmy lefquels font un autre Neveu
de Mr de Vaubonne , Frere de celuy
qui avoit esté sué depuis quatre
jours , un Lieutenant , un Maréchal
des Logis de Huffars , & trois
Maréchaux des Logis de Dragons,
Les autresfont ouBrigadiers , ou fimples
Dragons , à la reſerve de dix
ou douze Huflars . Parmy ces Pri
fonniers il y en a dix- neuf dange➡
reuſement bleffez. Les Ennemis
perdirent environ cent cinquante
hommes qui refterent fur la place ,
& entre autres un Colonel de Dragons
, & quelques Officiers qui fe
défendirent vaillamment . L'un
d'eux tint longtemps une troupe
252 MERCURE
l'écart , fans vouloir la vie , qu'il fe
fit ofter malgré ceux qui la luy of
froient. Le Commandant des Huf
fars ayant reconnu nos Troupes ,
faifoit difficulté de nous attaquer.
mais le Baron de Vaubonne l'ayant
menacé de l'envoyer au Prince de
Bade pieds & poings liez , il le fit en
brave homme , & qui avoit parlé de
bon fens. Le Baron de Vaubonne
chargea d'abord avec vingeHuffiars ,
& enfuite avec toutes les autresTroupes,
On le vit briller par tout avec
une valeur fans égale . On croit que
les Ennemis ont eu , plus de
quatre
cens hommes hors de combat dans
cette affaire , qui ne nous coute que
dix ou douze Cavaliers ou Dragons
& un Capitaine du Regiment de la
Feuillade , nommé Sommieure On
ne fçait s'il eft pris ou tué . N3 Re
GALANT: 293
gimens bleus , Royal Rouffillon ,
Dauphin & Souvré firent des merveilles
; celuy du Colonel fit encore
mieux , & on pretend que c'eft luy
qui a le plus malttaité les Ennemis.
Nous avions plufieurs Partis dehors,
dont l'un commandé par Mr de
Macias , Lieutenant des Grenadiers
de la Reine , s'eft trouvé à l'action ,
& a tiré fort à propos fur les Enne
mis . Mrle Marquis de Souvré a tué
de deux coups d'épée un Officier
des Ennemis qui luy avoit appuyé
fon piftolet , & Mr le Duc de la
Feuillade en a fait un autre priſonnier.
Ils fe font tous deux fort diftinguez
, auffi bien que Mr le Marquis
de Praslin , qui commandoit la
Cavalerie , Mr le Comte d'Eftain .
Mr le Marquis de Chalmazel , Mrc
Comte de Murfay , & Mr le Mar
254 MERCURE
quis de Plancy . Le 18. à dix heures
du matin l'Armée décampa pour
venir à Liechtenau . M le Maréchal
de Choiteul faifoit l'arriere garde
avec la Gendarmerie , & quoy que
le grand nombre de défilez qu'il
falloit paffer rendiſt fa marche plus
lente qu'elle n'euft efté fans cet ob
ftacle , les Ennemis qui en avoient
cu avis, ne firent aucun mouvement
pour en profiter . Elle arriva le matin
du 18 en ce nouveau Camp , où elle
a fa droite à Liechtenau , & fa gau
che au delà de Schvvartzach , le
Rhin derriere , & le ruiffeau d'Obervvaffer
devant , faifant tefte à la
montagne,
Je viens au Siege de Barcelone,"
dont j'ay commencé à vous parler
dans ma Lettre précedente. Vous
en avez déja vû un Journal dans les
GALANT. 255
Nouvelles publiques , fur lequel il
feroit difficile de rencherir, Cependant
je croy que vous ne laifferez
pas de prendre plaifir à la lecture des
Lettres fuivantes , qui renferment
toute la fuite de ce Siege. Elles font
d'un Lieutenant general , dont la
naiſſance répond à la valeur , & à
l'efprit . Ainfi vous pouvez vous affurer
qu'elles ne contiennent rien
que de veritable.
As Camp devant Barcelone le 17,
Juin 16.97.
M
Onfieur de Vendoſme , qui
avoit demeuré depuis les de
ce mois dans fon Camp de Badaloná
, en partit le 12. au matin pour venir
devant cette Place . Mr le Comte
de Mailly , Maréchal de Camp de
256 MERCURE
jour , fut chargé du campement &
du foin de l'inveftir . Comme il n'y
avoit pas affez de troupes pour le
faire d'une mer à l'autre , il fixa fa
gauche à Saint Martin , où l'on a
établi une partie des vivres , & ſa.
droite au deffus de Saria , où l'autre
partie des vivres a efté mife . Pour
couvrir le quartier de Saint Martin
l'on y a mis fix Bataillons des Gale
res & des Vaiffeaux ,commandez par
Mr le Bailly de Noailles. A l'égard
de Saria , l'on y a mis la Brigade de
Sourches en feconde ligne pour couvrir
ce Village , & les trois Regimens
de Dragons de Bretagne,Fon
boilard & Valencé , couvrent le
flanc de la droite. Dans cette fituation
l'on a demeuré juſqu'au 15. à
faire les préparatifs neceffaires pour
ouvrir la tranchée , & pendant ce
GALANT. 257
T
temps les Ennemis nous ont laiffé
fourager jufqu'auprés de leurs Vedettes.
Le 13 au matin on s'apperceut
qu'ils avoient abandonné le
Convent des Capucins. Le foir
Mr de Venzolime le fit occuper par
Mr Dillon , Colonel , avec fix cens
hommes , & y refta le 14. La nuit dự
15. au16 la tranchée fut ouverte aux
Capucins pat deux attaques : l'une à
la droite par quatre Bataillons , trois
de la Marine & un de Gourville ,
avec huit cens Travailleurs , & fix
Compagnies de Grenadiers à la tefte
pour foutenir le travail , commandez
par Mr de Chazeron , Lieute
neral, & Ms le Marquis de Novion ,
Brigadier d'Infanterie , & l'attaque
de la gauche par quatre Bataillons ,
dont deux de Sparn , un de Perigordon
Bataillon des Ticups
Fuillet 16970
Y
248
MERCURE
des Vaiffeaux , douze cens Travailleurs
, deux Compagnies de Grena
diers, & trois cens Dragons à pied ,
commandez par Mide Fonboifard,
Colonel de Dragons , pour foutenir
le travail . Cette attaque de la gauche
eftoit commandée par Mr de Varen .
nes, Maréchal de Camp. Pour foutenir
la garde de tranchée , M³deVendofme
commanda cinq cen's Chevaux
, fous les ordres de Mrde Legall
, Brigadier de Cavalerie , & fous
luy M de Vandeuïl , Colonel de
Cavalerie. Mr de Rouffelot , Brigadier
des
Ingenieurs , fut chargé du
travail de la droite , & Mde Saint
Louis , auffi Brigadier , du travail
de la gauche. On avança fort les
tranchéesce jour - là , & les ravins qui
fe trouverent dans le terrain , donnerent
moyen de faire la communica
GALANT. 259
tion des deux attaques dés cette pre.
miere nuit , pendant laquelle Mr de
Lapara fit occuper le Convent des
Cordeliers , qui n'eft qu'à cent cinquante
toiles de la paliffade du che,
min couvert. Les Ennemis ne tire ,
rent pas un feul coup de moufquer
pendant cette nuit-là , mais leur ca
non nous tua plus de trente hom
te homimes pendant le jour. Du 16.
au:17. la tranchée fut relevée à la
droite par M le Bailly de Noailles,
Lieutenant general , & par Mr de
Caixon, Brigadier avec quatre Ba
taillons , deux de Sault , celuy de
Caixon , & undes Galeres , & pour
Brigadier d'Ingenieurs Mr de Nobleffe
avec fix cens Travailleurs ,
la gauche par Male Chevalier de
Genlis . Maréchal de Camp Javéc
quatre Bucaillons , un de Solre , &
·
Y ij
260 MERCURE
&
ceux de Vauge , de Clankarty &
de Milly , avec fix cens Travailleurs
, comme à la droite
pour Brigadier d'Ingenieurs Mr Ro
bert . La garde de la tranchée de
cinq Efcadrons à l'ordinaire , commandée
par Mr de Bercourt , Bri.
gadier , Mr de Vienne , Mr.de
Camp, & Mrde Biron , Lieutenant
Colonel de Deſclos ; & pour foute
nir les Travailleurs il y eut la mefme
difpofition de Grenadiers & de
Dragons que la nuit precedente,
L'on perdit huit hommes cette
nuit-là.
De Le 24. Juin.
Es Ennemis . font toûjours un
Lfort gros feu de Canon & de
Bombes cependant , ils ne nous
tuent pas beaucoup de monde : mais
GALANT. 261
I
8
cela nous empêche d'aller auffi vite
que nous ferions , fi le feu de leur
Artillerie étoit moindre. Nous
fommes à quatre - vingt toiles du
chemin couvert , & il nous fait aller
un peu bride en main , ayant affaire
avec une garnifon auffi forte que
celle que nous attaquons . Il y a eu
prefque toutes les nuits des forties ,
où les ennemis ont toujours été repouffez
avec perte . Hier à trois
heures aprés midy , leur Cavalerie
poufla une de nos gardes de vingt
Maiftres avec un Lieutenant . Le Pis
quet des Carabiniers & de Sibours
alla à eux , & malgré l'inégalité dứ
nombre , leurs Efcadrons furent rel
pouffez avec perte de leur part de
trente Cavaliers tuez ou pris , parny
lefquels il y a deux Capitaines . Ce
matin à une heure avant lejour , les ›
262 MERCURE
afliegez ont fait une fort grofle for
tie. Ils font venus d'abord droit à
nôtre Batterie pour enclouer le
Canon , & font tombez fur les compagnies
de Grenadiers de Dillon&
de Cavanac , qui les ont tirez à
bout touchant, eftant fouftenus des
détachemens de Touraine : fi bien
que les ennemis ont été repouflez
jufques dans leur chemin couvert ,
ayant laiffé fur la place foixantes dix
hommes , & en ayant eu plus de cent
bleffez On a compté les morts un
à un pendant une tréve d'une heure
qu'on a faite pour les retirer , pen,
dant laquelle Mr de Lapara avec
d'autres Ingenieurs , a pris un El
ponton comme un Officier de tran
chée , & a reconnu tout ce qu'il a
voulu , fans aucun risque jufque
dans le chemin couvert de la place,
GALANT. 253
116
Dans le temps que les affiegez ont
fait cette fortie , le Viceroy qui eft
campé fur une hauteur avec trois
mille Chevaux , trois mille hommes
de troupes reglées d'Infanterie , &
plus de douze mille Miquelets où
Sommettans, a fait ataquer par quine
ze cens hommes une maiton que
nous occupons avec nos Miquelets ,
& aprés un Combat de deux heures
les ennemis fe font retirez , laiffint
fur la place plus de foixante hom
mes ; ils en ont eu auffi plus de
cent bleffez. Voila l'état où nous
fommes , la Superiorité de nos trous
pes fur celles des Ennemis eft para
faitement établie .
I
Le 27. Iuin 1697.
L s'eft paffé encore cette nuit une
action auffi heureuſe , que toutes
264 MERCURE
1
celles que nous avons entrepriſes
depuis le commencement de ce Sie
ge. Les Ennemis occupoient à la
gauche de l'attaque à nôtre égard un
Pont fur une Biailliere , où ils
avoient fait un bon retranchement,
ayant communication par des
boyaux à leur chemin couvert.
Comme cela nous empêchoit d'aller
en avant , parce que nous ne pou
vions faire un pas que cet ouvrage
ne nous vift à revers , bien qu'il y
euft deux ou trois ravines entre ce
Pont & nous , on l'afait attaquer la
nuit paffée par les deux compagnies
de Grenadiers de Sault , celle de
Manuel & des Dragons à pied Ily
avoit dans ce retranchement des détachemens
foûtenus par un Bitai !-
lon. Cependant nos gens l'ont emporté
, & cent Chevaux des Enne
mis
GALANT. 265
DN
mis voulant venir à leur fecours.
Un Lieutenant de Sault avec vingt
Grenadiers a marché à eux , leur a
mis la boure dans le ventre , & les a
fait retirer .Depuis ce temps là , nous
avons été deux heures tranquilles
poffeffeurs de ce retranchement
& pendant cet intervalle , nos Ingenieurs,
travailloient en toute diligence
pour s'y loger, Une demiheure
avant le jour , les Ennemis fe,
font aviſez de vouloir effayer de le
reprendre , mais ils ont été fi bien
reçûs par les Grenadiers , dont j'ay,
parlé , & on leur a fait un fi gros
feu, qu'ils fe font contentez de jetter
des Grenades fans jamais oler venir
à la main . Enfin nous fommes
trés-bien logez fur le Pont , & cette
petite action nous facilitera beau
coup l'approche du chemin couvert.
Juillet 1697.
Z
166 MERCURE
4.
Nous travaillerons cette nuit à faire
une Batterie pour battre en bréche
le Baſtion de la gauche à noftre
égard , car pour celuy de la droite ,
il eft fi éboulé que nous n'en fommes
guere en peine, On tirera
auffi cette nuit un Boyau , & fi l'on
peut,une parallele entre noftreBatte
rie & le chemin couvert , duquel
nous ne ferons "demain matin qu'à
quarante toifes , fi l'on ne nous inquiette
point. Suivant ce que difent
les Ingenieurs , nous pourrons atta→
quer le chemin couvert Dimanche
ou Lundy au plus tard . Nos Batteries
battrone en bréche peut être
dés Samedy. ~ On croit que les Ennemis
ont perdu deux cens cinquante
hommes à l'affaire de cette nuit,
Nous n'y en avons eu qu'unevingtai
ne de tuez ou bleſſez.
GALANT. 267
LAD
Le 7.1uillet 1697.
A nuit du 4. au 5 , nos tra…
vaux paroiffant bien difpoicz
pour attaquer le chemin couvert,
on prit la réfolution de le faire . Pour
cet effet , on commanda vingt cómpagnies
de Grenadiers & deux cens
Dragons à pied. Ces troupes que
l'on pofta de maniere qu'elles envelopoient
les trois Angles du chemin
couvert, eftoient foutenues par
des détachemens tirez des corps de
la tranchée qui devoient faire feu
pendant l'attaque fur la courtine &
fur les deux Baftions du Poligone.
Tout cela étoit foutenu par des corps
de la Garde de la tranchée. Entre
minuit & une heure , l'attaque fut
commencée. Nos gens arriverents
forr prés de la Paliflade fans être dé
Z リ
268 MERCURE
couverts , & aprés avoir effuyé lá
décharge des Ennemis , ils fe mêlerent
avec eux . L'action fut fort vive
; mais la valeur de nos troupes la
fit bientôt tourner en nôtre faveur.
Les Ennemis commencerent à plier
par nôtre front jufqu'au pied de la
Courtine, & le refte ayant coulé par
noftre droit , tout le longdu chemin
couverte fut poufféjufqu'àtroisTours
qu'on peut voir fur le plan , & qui font
fort éloigneés du lieu de l'attaque.
Nos gens s'en retournerent tranquillement
fans être pourfuivis , & vinrent
occuper les Poftes qu'on leur
avoit indiquez. Pendant ce tempslà
, on preffoit le travail fur l'angle
gauche & fut l'angle droit & aux
angles du Centre du chemin couvert
, & l'on commença à faire un
feu affreux de part & d'autre , c'eftGALANT.
269
C
à- dire , nous , de noftre paralle´e &
de nos deux flancs , & les Ennemis
de leur courtine & de leurs deux Ba-,
tions. Ce feu fut fi violent que nos
logemens fe trouverent affez imparfaits
à la pointe dujour. Une heute
aprés , les Ennemis revinrent tâter.
tous nos poftes , firent une véritable ,
fortie à celuy de la gauche culbute
rent les Travailleurs , & un débris
d'une compagnie de Grenadiers :
fort délabrée . Mr de Barbefieres
qui s'y trouva , ramafla ce qui étoit
autour de luy , & bien que nos Sol
dats euffent ufé toute leur poudre
, il trouva fi important de rechaffer
les Ennemis , qu'il y marcha
dans le moment avec Mr de Gen.
lis la bayonnette au bout du full.
Les Ennemis tinrent. de tems
peu
& furent repouffez jufqu'au pied de
>
Z iij
270 MERCURE
leur Baftion ,aprés quoi nousreſtames
pailibles poffeffeurs , & établisfur L'angle
de la gauche. Les logemens du
Centre & de la droite étant bien plus
imparfaits que celuy-là , il falut les
abandonner , & nous retirer dans
les boyaux d'auprés qui en eftoient
environ à ſept à buit toiles. Nous
nous trouvâmes donc le 5: à neuf
heures du matin occupant L'angle de
la gauche & les Ennemis, L'angle de
la droite & leur place d'Armes du
centre. Ce jour- là , fur les fix heu.
res du foir, ayant eu avis que les ennemis
avoient peu de monde dans
leur place d'Armes , & dans L'angle
droit , on jugea à propos de les faire
tâter par quelques Grenadiers ; mais
Je gros feu de Grenades qu'on fit à
nos gens , les obligea de fe retirer
felon l'ordre qu'ils en avoient reçû.
GALANT. 271
"
La nuit du
ce,
f. au
6
on
pouffa
des
Sappes
pour
tâcher
de gagner
le
centre
de L'angle
droit
occupé
par
les
Ennemis
, qui
firent
encore
un
trés
gros
feu
de leur
ouvrage
, & tire
rent
un
grand
nombre
de
Grenades des
Poftes
qu'ils
occupoient
;
qui
fut
caufe
qu'on
avança
fort
pen
le travail
cette
nuir
-là , on
y perdit
même
affez
de
monde
.
Pendant
tout
le fixiéme
, les
Ennemis
continuant
leur
feu
, & il nous
fut impoffibles
d'avancer
, ce qui
fit prendre
la
refolution
de
les
chaffer
ferieufement
de leur
chemin
couvert
& de
leur
place
d'Armes
.
J'oubliois
de dire
que
nous
nous
étions
étendus
fur
notre
gauche
environ
vingt
toiles
fur
la
bréche
du
chemin
.
Couvert
qui
va
au
centre
. Tout
l'attaque
eftant bien
difpofé zij
272 MERCURE
commença la nuit du 6 , au 7. par
quatorze Compagnies de Grenadiets
& cent Dragons , qu'on fir
foutenir par un pareil nombre de
Fufiliers. Soit que les Ennemis fuffent
avertis de l'attaque , ou qu'ils
craigniffent, le coup de main de
nos Troupe's , qui leur a efté funefte
depuis le commencement du Siege ,
on ne trouva perfonne dans la Place
d'armes , mais les Ennemis revinrent
julques à deux fois , & furent
repouffez avec beaucoup de vigueur ;
aprés quoy nos Troupes fe retirerent
aux lieux qu'on leur avoit marquez.
Le travail avoit efté commencé
pendant l'attaque , & il fut continué
toute la nuit , de maniere qu
on s'eft fort bien logé fur l'angle
droit , & fur les trois du centre ,
On a auffi avancé la communica
GALANT. 273
tion de tous ces logemens fur la
branche gauche . Il ne nous manque,
que dix toiles de communication
jufqu'au centre , & fur la droite entre
trente & quarante . Nos fapes
vont toujours pendant le jour , ce
qui nous fait efperer que noftre logement
fur le chemin couvert fera.
parfait demain au matin . On tâchera
cette nuit de marquer les Batteries ,
fçavoir une de douze pieces dans le
centre de la Place d'armes , pour
battre en bréche la courtine ; une de
quatre à la droite , pour battre en
bréche le flanc du baftion de la gauche
, & une de quatre à la gauche ,
pour battre en bréche le flanc du
baftion de la droite . En attendant
qu'on les ait mifes en eftat
de tirer , on fera ce qu'on pourra
pour attacher le Mineur au baftion
274 MERCURE
de la gauche. On travaille auffi
actuellement à placer feize mortiers
à droit & à gauche de la Place d'armes
, pour tirer dans les baftions , & :
fur la bréche de la courtine , qui eft
déja fi confiderable , qu'il ne faut
qu'un jour ou deux pour mettre cette
batterieen eftat d'intriguer beau~
coup nos Ennemis. On s'applique .
à perfectionner noftre tranchée
pour mettre nos gens en feureté. Je
ne puis m'empêcher de dire que rien
n'eſt égal à la bonne volonté & à la
valeur de nos Troupes, Pendant ces
trois jours nous avons eu mille hommes
tant tuez que bleffez , & nous
fommes convaincus par le rapport
de tous les rendus , & par le témoi
gnages de nos Troupes , qui fe font
trouvées aux actions , que les Ennemis
y ont encore plus perdu que
75
ar
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de
mbus
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ye.
Inbus
B Le Fort.
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[ [OUTU
mis y ont encore plus perdu que
GALANT. 275
nous. La nuit du 4 aus Mrde Barbefieres
commandoit la tranchée ,
ayant fous luy Mrs de Genlis & de
Chartogne. Mide Chazeron come
mandoit la nuit du 5, au 6 ayant fous
luy Mrs de Préchac & de Maffaye .
Mr le Bailly de Noailles commanmandoit
la nuit du 6.au 7.ayant ſous
luy Mrs les Chevaliers de la Force
& de Chellebert. Chacun d'eux a
fait tout ce qu'on pouvoit attendre
de leur valeur.
Je vous envoye un Plan des attaques.
Il ne va pas juſques à la priſe
de la Contrefcarpe , parce qu'il a
fallu du temps pour le faire graver ;
mais il fuffit de voir les tranchées, &
l'endroit par où la Place eſt attaquée
pour juger du refte .
A La Ville .
B.Le Fort.
276 MERCURE
C Retranchement entre la Ville &
le Fort.
D Camp des Ennemis
E Petit Fauxbourg du Jefus.
F Les Capucins.
G Tranchée de la premiere nuit.
H Tranchée de la feconde.
I Tranchée de la troifiéme,
K Batterie de vingt pieces de canon.
L Batterie de dix pieces.
M Batterie de cinq mortiers .
N Ruiffeau qu'on a détourné en
arrivant.
O Chemins creux qui communiquent
les Tranchées.
P Chemin marqué de jaune , où l'on
: eft à couvert.
Q. Deux Galiotes à bombes à deux
mortiers .
R Une Fregate à un morrier .
S Tranchée de la quatriéme nuit...
GALANT. 277
T Tranchée de la cinquiéme nuit.
2 Deux maiſons & retranchemens
qui ont efté pris , & d'où les Ennemis
voyent la Tranchée S , I ,
Caffines où les Ennemis mirent
le feu deux heures avant que celle
2. fuft attaquée.
3
4 Pont par où Mr le Prince Darmftat
a fait fa Sortie.
5 Autre endroit où l'on a fait une
autre Sortie.
Vous trouverez dans la Relation
qui fuit la chaffe donnée aux Ennemis
dans quatre de leurs Camps , &
leur entiere déroute. Je ne vous en
dis rien , elle eſt de main de Maistre.
Au Camp devant Barcelone ce 15.
Iuillet 16.97:
J
E croy que pour bien faire comprendre
l'action qui fe paffa hier,
il eft à propos de commencer par
278 MERCURE
gat ,
"
donner une idée de la fituation des
Ennemis, & des raiſons qu'on a euës
de les attaquer. Mr le Marquis de
Grigny eftoit avec deux mille cinq
cens Chevaux au moins à Cornella,
petit Village à un quart de lieuë par
delà l'Hospitalet , au bord de Lobre
à une lieuë de la droite de no»
ftre Camp , & D. Miguel Gonzalez
d'Oraffe occupoit les montagnes
derriere noftre Camp avec fix ou:
lept cens Chevaux , mille hommes
de troupes reglées , détachées des
Regimens qui font dans la Place,
des Miquelets & des Payfans , dont
le nombre ne nous eft pas tout à fait
connu , bien qu'il ſoit affez confide.
rable. Tout cela eftoit répandu en
divers poftes fur le haut des montagnes
dont j'ay parlé . La Cavalerie
de Mr de Grigny communiquoit)
GALANT 279
P
tous les jours avec les mille Chevaux
qui font dans la Ville , par le
cofté de Montjoüy , & y faifoit en
trer autant de Convois de muni
tions de guerre & de bouche qu'il
jugeoit à propos. Il fembloit mefme
que leur opiniaftreté à demeurer
dans ce pofte , qui eftoit affez dan
gereux , tendoit principalement à
faire connoiftre aux Affiegez qu'ils
pouvoient tenir jufqu'à la derniere
extrêmité , puis qu'ils avoient une
protection feure de cette Cavalerie
pour retirer leur Garnifon . Nous
fçavons mefme que ce font-là les
difcours qu'on leur tenoit tous les
jours . On leur faifoit croire auffi
que les Troupes des montagnes nous
devoient venir attaquer ; & quelque
peu de fondement qu'il y euft dans
de pareils difcours ils ne laiffoient
K
280 MERCURE
}
pas de faire quelque effet fur l'efprit
des Soldats , & de prolonger le Siege ,
ce quia efté caufe que Mr de Vendô
me voyant la Place preffée , prir la
refolution d'attaquer hier les Ennemis
, pour tâcher de leur ofter toutes
les efperances dont ils fe flatoient,
Pour cet effet il commanda' deux
mille deux cens Chevaux & trois
mille hommes de pied , aufquels il
donna rendez-vous à noftre droite
des Carabiniers . Mille Fufiliers &
cinq cens Chevaux aux ordres de
Mr d'Uffon , furent commandez
pour monter à la montagne par la
droite à noftre égard . Mr de Vendôme
ordonna à Mr de Barbezieres
qui eftoit de jour , de faire tenir
l'Infanterie de l'Armée fous les ar◄
mes à la tefte de fon Camp , & la
Cavalerie qui luy reftoit en bataille,
GALANT: 281
tant pour avoit l'oeil àze, qui pourroit
fe paffer dans la Tranchée , que pour,
empêcher que la Cavaleriede la Vil ,
le ne nous inquietat dans noftre expedition
. Mede Vendôme fe mit en,
matche hier matin deux heures
ayant le jour , avec les deux mille
cinq cens Chevaux, & fes trois mille
benes de pied , ayant deffein d'ar-
.2
ter à la pointe du jour à l'Hospita
lee Bien quele déboucher de noftrei
Gampfojt fort difficile , cela arriva
comme il avoit projecté. Il com:)
mença à diſpoſer de là fon auaque ,
faifant marcher fon Infantsue fr
faudroite par de partes collines 18 fa
Cavalerie iparte grand chemin . [
Nous trouvâmes quelques petites .
gaudes des Ennemis qu'ils ont aceq
coutumé detenir à la teſte d ¢ } Həf
pisidet, fiqui (plierent devant nousi
Juillet 1697 .
A a
282 MERCURE
mefure que nous avançâmes, & qui
vray--femblablement comme il
eftoit nuit , ne pûrent pas donner à
Mr de Grigny des avis certains de la
quantité des troupes qui les avoient
pouffées. Mede Vendôme avoit mis
devantluy Mr de Legall avec deux
cens cinquante Chevaux , & luy
avoit donné ordre de charger & de
pouffer tout ce qu'il trouveroit. Il le
foutenoit à la tefte des Carabiniers .
Comme nous eftions fort prés du
Camp des Ennemis, on nous manda
de noftre Infanterie qu'ils paroif
foient venant de la montagne . Sur
cela Mr de Vendôme manda à Mo
le Chevalier de la Fate qui la commandoit
, de les attaquer , & de
prendre quatre ou cinq des troupes
de Cavalerie qui eftoient à noftte
arrieregardes que pour luy il allois
GALANT 283
charger la Cavalerie des Ennemis
qui commençoit à faire des mou
vemens pour s'en aller , Gela fut
executé dans le moment , Mr de Legall
fe jetta dans le Camp des Ennemis
, & culbuta avec beaucoup de
facilité quatre ou cinq troupes qui ,
s'y rencontrerent . Mr de Vendôme
le fuivoit de prés avec les Carabi
niers , & il y entra prefque en mê
me temps que luy, Les. Ennemis
prirent une telle épouvante de fe
voir chargez fi vivement qu'on
peut dire que certe action commença
plûtoft par une déroute que par
un combat. Mr de Legall executa ,
fort bien les ordres , & poufla les En
nemisjufqu'aun Villa genommé S
Eelion fans que perfoone fe s'alliar
Les Carabiniers & le refte de l'armée
fpivoient au peuis Galop , mais ce
A a j
•
284 MERCURE
pendant dans le meilleur ordre du
monde , & fans que pas un fe débandaft,
Le Vice- Roy étoit dans le
Village de faint Feliou couché dans
fon lit , & n'eut d'autre avis de
cette affaire , que lors qu'il entendit
Les troupes pouflées par les nostres.
On paffa le Village de faint Feliou , &
l'on alla jufqu'à Lobregat que les ennemis
avoient paffé avec beaucoup
de defordre. Comme il y avoit plas
d'unelieuë que nos gens pouffoient
à toutes jambes , leurs chevaux
étoient extrêmement effouflez ce
qui fut caufe que trois ou quatre
troupes des Ennemis , compofées
aparemment des gardes du Viceroy ,
& de ce qu'il pouvoit avoir auprés
de luy , revinrent fur la tête de nos
débandez & les culbuterent , comme
il arrive ordinairement en pareil
GALANT. 28
&
cas ; mais Mr de Vendôme avoic
pris un fi grand foin de les faire fou➡›
ftenir , qu'il le trouva là deux Efcadrons
de Carabiniers & trois ou
quatre troupes de Cavalerie & de
Dragons qui reçûrent fi bien les En->
nemis que nous ne croyons pas qu'il
s'en ſoit guere ſauvé de ces trois ou
quatre troupes qui vinrent fur nous.
Nos gens allerent juſqu'à la Rivie
re , & bien qu'elle foit très mauvai=>
fe , il y en a eu quelques -uns qui
n'ont pas laiffé de paffer de l'autre
cofté. L'action finit là , parce que !
Mende Vendofme ne put
put pas
aller plus loin. Tout le quarties?
du Roy de faint Feliou a eftéabfolu
ment pillé, & toute la vaiffelle d'ates
gent des Generaux a été prife. ÜV
Dragon & un Cavalier ont pris une
Caffette du Viceroy pleine de beau286
MERCURE
1
coup d'or & fr nous en , voulions,
croire un de fes valets de confiance,
qui a été pris fort bleffé , il affure.
qu'il y avoit dedans cinq mille cinq,
cens piéces de quatre Piftoles. Il eft
certain auffi , qu'un Officier de Ca
rabiniers a vû entre les mains d'un.
de nos gens qu'il ne connoit point ,
une Canne du Viceroy garnie de
Diamans de fort grand prix , & que
cet homme bleffé nous a dit auffi
eftre du nombre des pertes de fon
Maitre, On a pris encore plus de .
fix à fept cens Chevaux our Mulers.
Parmi les premiers , il y en a de
trés beaux, appartenans au Viceroy
& aux Officiers Generaux : il y a eu
auffi une telle quantité de toutes fortes
de façons de hardes deprix,qu'ils
feroit trop long d'en faire un détail .
Les Ennemisà vue de Pays ont bien,
GALANT 287
perdu trois cens hommes dans cette
action. Mr de Vendofme
commença à faire retirer fes troupes,
& pas un homme ne s'eft prefenté
pour nous inquieter dans noftre retraite,
all fit brûler en fe retirant le
Camp des Ennemis. Il avoit auffi
réfolu avecles trois millehommes de
pied qu'il avoit avec luy , d'eſſayer
de prendre dans la Montagne des revers
fur les Ennemis , afin de pro..
fter la main à Mª d'Uffon
mais aprés avoir bien , examiné le
Pays , les Montagnes luy parurent
fi difficiles , & le chemin filong
pour y gagner les hauteurs qu'occu
poient les Ennemis de ce côté-là
qu'il trouva) la clioſe impoſſible , &
s'en revint dans fon Camp , impa--
tient de fçavoir ce qu'auroit fait Ms
d'Ullan , dont je vais vous rendre
compte.
་
288 MERCURE
3.
-Monfieur d'Uffon partit dans lay
même nuit que Monfieur de Vensi
dolme avec trois cens Chevaux deuxɔ
censDragons & milleFofiliers , Mon..
fieut le Comte du Breuil , Brigadier
de Dragons qui commandoit l'Avantgarde
, tomba par un bon- heut )
extrême fans être découvert fur leur
corps de garde avancé , & nous entrâmes
fr brufquement dans leurb
premier Camp , que plufieutsOfficiers
furent tuez dans leundit ,
qui échapa à la valeur de nos troupes
fe retira à un fecond Camp qu'ils
avoient fur une hauteur plus élevée ,
avant que d'arriver ài celuy da Ma
d'Otaffe , ils furent pourlaivis fi vis
goureufement que Monſieur d'Ul-p
fon avec fes troupes y arriva prefque
auffi -toft , que les fuyars qui fe reti. !
refent à leur dernier Camp,,482 C ་ ་
Gel
gainde
1
GALANT 289
#
guinderent fur une hauteur fi élevée
que peifonne ne jugea à propos de
les y attaquer . Leur retraite eftant
affurée de cette forte , Monfieur de
Vendofme donna ordre à Monfieut
dUffon de feretirer , le quartier de
Monfieur Dotaffe fut pillé , & les
trois Camps brûlez , & pendant dix
heures que nos Troupes furent en
prefence des fiennes , il fe fit un feu
continuel. Des que les Ennemis
s'apperçûrent de la retraite de nos
Troupes , ils le mirent en é at de les
charger avec de la Cavalerie & de'
l'Infanterie . Nos Grenadiers qui
avoient commencé à defcendre , remonterent
contre l'ordre que Monfieur
d'Uffon leur avoit donné . Cette
demarche hardie intimida fi fort
les Ennemis que nous n'avons pref
que perdu perfonne dans la retraite
Juillet 1697. B b
290 MERCURE
que Monfieur de Vendofme fit fa
vorifer par des Bataillons que Monfieur
de Barbefieres conduifit au pied
de la Montagne. Cette précaution
parut d'autant plus neceffaire , que
plufieurs Elcadrons des Ennemis
étoient defcendus pour coupernoftre
Infanterie qui fe retireroit de la
montagne . Ils furent chargez par
noftre Cavalerie qui en defcendoit.
Si le projet de Monfieur de Vendof.
me euft réuffi dans fon entier , & qu'il
euft pû prefter la main à Monfieur
d'Uffon avec les trois mille hommes
de pied qu'il avoit avec luy , certai
nement tout ce qui étoit fur la montagne
étoir perdu . Les rendus qui
nous font venus depuis l'action de la
Cavalerie , nous affurent que lesEnnemis
eftoient fi épouventez qu'ils
fejettoient par tout dans Lobregat,
GALANT. 298
où plufieurs s'eftoient noyez & em
bourbez. Ainfi leur perte pourroit
eftre plus grande que je ne l'ay mar
quée . Je ne puis m'empêcher de dire
avant que de finir qu'il n'eft rien d'égal
à la valeur de nos troupes , de
puis le premier Officier General ju
qu'au dernier Soldat & Cavalier . '
Monfieur d'Uffon croit que de fon
cofté les Ennemis ont eu trois mille
hommes hors de combat . Tout le
bagage du General Otaffe a été pris
auffi bien que celuy des Officiers
Generaux , & on a brûlé leurs tec
tes.Nous avons fait cent Prifonnier
entre lesquels il y a trente Officiers.
Il eft certain que les Ennemis avoient
tenu un grand Confeil de Guerre
dans lequel il avoit été réfolu de
nous venit ataquer dans roftre-
Camp , la nuit du quatorze au quin-
Bb ij
292 MERCURE
ze , ce qui a fait dire à un Député
principal de Barcelone que nous
avons pris , & qui le tenoit auprés de
Monfieur de Velafque , que nous
n'avions que trop bien executé co
que nos Ennemis avoient projetté.
Nous ne fçavons pas bien encore ce
que Monfieur de Velafque eft devenu.
Les uns difent qu'il s'eſt ſauvé
dans une Cave en chemife , les autres
fur un Cheval à poil . Nous en
fçaurons bien-toft la verité. Nous
avons eu à ces deux actions foixante
Qu quatre- vingt hommes hors de
combat.
"
Le Dimanche ar. de ce mois
Monfieur le Prince de Dombes fut
nommé Louis - Conftantin par le
Roy & Madame la Princeffe . La
ceremonie le fit dans la Chapelle
CALANT. 293-
du Chaſteau de Verfilles , par Mr
l'Evêque d'Orleans premier Aumônier
de Sa Majefté , en prefence de
Monteigneur , de Meffeigneurs les
Ducs de Bourgogne , d'Anjou & det
Berry, de Madame de Chartres , de
Monfieur le Prince , de Madame la
Ducheffe , & de Madame la Prin
ceffe de Conti Doüairiere. Me de
Malezieu , Gouvernante du jeune
Prince , eut l'honneur de le prefenter
au Roy', & de le tenir pendant
toute la ceremonie , à la fin de la
quelle le Roy & Midame la Prin
ceffe , Monfieur le Duc du Maine,
Mr l'Evêque d'Orleans , & Mr le
Curé de Verfailles fignerent l'Acte
qui fuit .
Bb iij
294 MERCURE
Lo
&
"
Ouis Conftantin de Bour
bon , Fils de tres haut &
puffant Prince Louis . Augufte de
de Bourbon , parla grace de Dieu
Prince Souverain de Dombes ,
Duc du Maine d'Aumale,
Comte d'Eu , Pair de France ,
Commandeur des Ordres du Roy,
Colonel General des Suiffes &
Grifons , Gouverneur & Lieute
nans General pour Sa Majesté
dansfes Provinces de Haut
Bas Languedoc , Grand Maiftre
Capitaine General de l'Artillerie
de France ; & de tres haute
puiffante Princeffe Loüife . Be
1
GALANT. 295
nedicte de Bourbon , né à Verſailles
le 27. Novembre 1695, ayant
efté par nous foussigné Superieur
de la Maifon de la Congregation
de laMißion deVersailles & Care
du même lieu , ondoyé en la cham .
bre de Madame la Ducheffe du
Maine le même jour , les cere
monies du Baptême luy ont efte
fupplées en noftre preſence cejourd'buy
21. Fuillet 1697. dans là
Chapelle du Chateau de Verfait
les , par Monfeigneur Pierre du
Cambout de Coislin , Evêque
d'Orleans , premier Aumônier du
Roy , Commandeur de fes Ordnes.
Le Parain a efté tres baut , tres296
MERCURE
excellent &tres puiffint Prince
Louis , parla grace de Dieu, Roy
de France de Navarre ; &
fa Maraine tres bause & puiffan,
te Princeffe Anne Palatine de Ba
viere , Epoufe de stres - baut
puiffant Prince Monseigneur le
Prince de Condé, qui ont bien
voulu figner. Signé , LOUIS,
Anne , Palatine de Baviere ,
Louis Augufte de Bourbon
Pierre da Cambout , Evêque
d'Orleans , Hebert.
J'aurois beaucoup de choles
vous dire de l'élection de
Monfieur
le Prince de Conti à la Couronne
de Pologne : mais je me contente.
I
GALANT. 297
ray de vous envoyer la Lettre qui
fuit. Elle vous fera connoiftre la fi
tuation des affaires touchant la dou
ble élection . Cette Lettre eft une
traduction Latine.
CLETTRES
De Mele Primat de Pologne,
àM P’Electeur de Saxe .
A
·Prés la grande perte que
noftre Republique afaite du
Roy Jean 111 enfin le jour heureux
eft venu où nous avons élu
d'un commun confentement
, fi
l'on en excepte unfort petit nombre
, le Serenißime Prince Fran.
çoisLouis de Bourbon , Prince de
298 MERCURE
Conti , pour noftre Roy Lc perit
nombre de ceux qui n'ont pas efté
de l'avis du plus graud , s'est prévalu
de l'autorité de trois de nos
Chefs ou Generaux d'Armée. Ces
gens là ont voulu embaraſſer vo.
fire Serenité là dedans en la nommant
,&par là ont fait connoi-
Stre qu'ils fouloient aux pieds
toutes les Loix de la Nation ,
qu'ils méprifoient même l'autorité
du Primat , qui eft pourtant la
Seule que l'on doive reconnoistre
dans l'interregne Nous avons crú,
qu'il eftoit de nostre devoir de
faire connoiftre à voſtre Alteffe
Sereniffime avectout le refpect qui
C
GALANT. 299
luy est dû , que ce n'eftoit point
noftre intention de la charger ,
de l'embaraffer des foins de noftre
Royaume , pendant qu'elle eft plus
glorieufement occupée par fes ac.
tions heroïques à combattre l'En.
nemi commun des Chrestiens.
Nous prions donc instamment
Vostre Alieffe , de ne point prendre
pour le confentement unanime
de la Nation , le fentiment particulier
de quelques uns . Nous la
prions même
Voifin , de nous laiffer en paix
avec noftre nouveau Roy , qui a
eſté élu avec la liberté desfuffra
ges. Nous la fupplions de ne point
1.
comme
genereux
300 MERCURE
avoir égard aux fentimens par.
ticuliers de ces trois Chefs qui ont
voulu jetter de la divifion dans
noftre Republique , par là elle
s'acquerra une plus graudegloire,
que fi elle vouloir nous comman.
der.
Le fieut Jean Guignard Libraire
au Palais , debite un Livre Nouveau,
qui contient deux nouvelles Hiftoriques
, l'une intitulée , le Prince de
Longueville , & l'autre Anne de
Bretagne, Ce font deux grands
Noms, que l'hiftoire prendra tou
jours foin de conferver. Des évene
mens tres confidérables Y font atta.
chez , & cette lecture ne peut que
faire plaifir aux Curieux...
GALANT: 301
Le Paperab fait une Promotion
ade Cardinaux pour les Couronnes
fuivant l'intention des Souverains.
aquilles ont prefentez à la Sainteté.
-Ĉe font Mr l'Abbé Grimany pour
Empereur Mt du Cambout de
Coaflin ,Evêque d'Orleans , pour la
France ; Mole Marquis d'Aguilar,
xy-devant Viceroi de Sardaigne ,
pour l'Espagne , Mil'Archevêque
de Lisbonne de la Mailon d'Aron
chez pourle Portugal, & Mr Cori
naro ; Nonce en Portugal , pour la
Republique de Vehife , Mr Noblet
Secretaire de Mr le Cardinal de Jan-
$ fon, ayant aporté cette nouvelle, le
Roy a donné aujourd'huy la Calot.
te à M. l'Evêque d'Orleans.
Vousfçavezque lafuperioritéde nos
Armées eftgrande par tout, Gollée de
Caralbgol doit avoir reçû prefente
Juillet 1697.
Cc
1302 MERCURE
mentun fecours de dix à onze mille
hommes. C'eft un effet des foins
& de la prevoyance du Roya
Lors que les Allemans nous
menaçoient d'affieger quelquesuines
de nos Places & de paffer le
Rhing Mode Choiseul a paffé ce
Fleuve , & eft entré dans le Pays
de Bade au grand étonnement des
Peuples, qui fur la parole du Prince
de ce Nom croyoient pouvoir faire
Jeur recolte én futeté , Mt de Choifeul
les a enforce batrus dans toutes
le's occations où ils ont voulu inquiéter
les fourageurs. Ilsfe vantoient
que deMaréchalne pourroit décam
per dèvánt eux , & ila changé de
Campfansqu'ilsayent feulement ofé
faire mine de l'attaquer, ora DT
1
Nos Armées de Flandres aprés
avoir tellement refferré celles des Al
GALANT. 30%
Nez qu'ils ont été contraints "de fáiro
venità grands ofrais des Fourages i
fecs de Hollande ,Dontdécámpe -pal
laiffent entr'elles , & les ennemis uo:
grandi Pays, dans lequel ils ne pour
roient fubfifter s'ils vouloient avan
cer. Aimfi.nos Armées quodques
nombreuſes , ont non feulement vé- 1
5 cu aux dépens du pays Ennemy :
mais elles ont épargné leurs Magazins
, ce qui dans la fuitte pet deur
être d'un grandfebotus, & lourdonii
ner moyen d'embaraffer les Ennep
mis. M'Empereur left beaucoup
par les mécontons de Hangrie , dont
lenombradft mobtémiſqueslà: quin
zelmilles Outre pluſieurs PlacesM
dont ils fefdnuomparez, ils ont fur
pris la fameule Fortereffe de Mon€I
gats, leur párti crbiſt à toutmomentti
celuy quiales comman de autje çom ba
Cc ij
304 MERCURE
miffion du Comte de Tekely ,
l'on croit que ce Comte fe mettras
bien-toft à leur teftes Heft furprest
nant que ce party fe foit formé fans !
que l'Empereur en ait tien apris , 8g
que ces Troupes fe foient trouvéesz
affemblées fans qu'il enqaitaieu dao
moindre connoiffance , zato imon
On ne parle en Hollande quedu
Siege de Cartagene par Mr de Points
tis , ce bruit s'eft répandu fur ceŝ
qu'on y a receu la copie d'une Let-a
tre, écrite par Dom Diego Martin
Sanchez de Agreda au Gouverneur
de Curaffau , en datte du 124. de
Maydernier , portant que le 19. das
Courant on savoitnou Lettres : deb
Dom Gafpard de Acoſta, Gouver
neur de la Ville de Marcado, dattées
du 8, d'Avril , qui luy marquoit
1150
1 &
I
GALANT. 305
que vingt Navires de Guerre François
avoient paru à la veuë de Cartagene
, que le 12. ils s'eftoient rendus
maiftres du Chateau appellé
Boca Chica, ce qui leur avoit donné
occafion de mettre cinq mille
hommes à terre pour attaquer la
Ville. Je ne vous affure point que
cette nouvelle foit veritable. Je vous
apprens feulement qu'elle eft publiée
par nos Ennemis Jefuis, Madame
Voltre , &c.
AParis, ce 31. Juillet 1697.
Cc iij
isogs usafado e illam b
-Job Lovatool hyp op
Dilim
2.0 of old…..itor sol , lovnonsu )
mialuplerunq6
Sidov
2225522 2222525 525 .
TABLE
PRela
Relude
Sonnet quika rëmportè le prix des\
Sonnets propofez par la compagnie
des Lanterniftes. 8
27
Ce qui s'eft paffé à la Reception de
Mr le Préfident Coufin à l' Aca- ,
demie Françoiſes pihak and 120
Lettre Paftorale de M¹ l'Evêque
& Comte de Nejon. ”.
Diverfes pièces de vers fur des fujets
du temps. pa so pojem 521
Déclaration de l'Auteur de nouveau
Sens d'un paffage de Virgille.
Suite du Traité de l'Algebre, 72
Lettre de M. l'Abbé de Vil-
59%
liers.. 136
TABLE.
Actions remarquables de quelques
braves .
Entrée deMonfieur l'Ambaſſadeur
de
Savoye.
Carte nouvelle.
Morts.
193
203
shals
1.2124
Placarisaffichez à Rome. 1214
Enigmes,
228
239
2254
Nouvelles d'Allemagne, yr 244
Suite du fiège de Barcelone
Baptême de Mr le Prince de Dom .
bes. N 3292
Lettre du Primat de Pologne à
Electeur de Saxeosbig to)1297
Promotion de cinq Cardinaux a gp1
Nouvelles de toutes nos Armées,
mab am ? me3702
Nouvelle de M² de Pointis. 304
JJAT M sh stirod
2vaif
Avis pour placer les Figures.
L'Air doit regarder la page 244.
Le Plan doit regarder la page 275.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères