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807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
BLIO
LYON
LE DAUPHINS
JUIN 1697.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
On
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
wendra Trente fols relié en Veau , &
Hingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice.
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envie .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. DC. XCVII
.
Avec Privilege du Roy.
ckack ckckck:
*
Ο
AVIS.
Velquesprieres qu'on ait faites
jufqu'à prefens de bien
écrire les noms de Famille employer
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercare , on ne laiffe pas
d'y manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a detemps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On réitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
Forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourves
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
AVIS.
priè fculement ceux qui les envoient,
& futut ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
L'article des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent,
C'eft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite pres
fentement le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere qu'il est toujours
impriméau commencement de cha
que mois . Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilferapartir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure Comme ces paquets feront
lufieurs jours en chemin, Paris ne
Taiffera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
long- temps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées , mais auſſi
les Villes ne le recevront pas ſi tard
qu'elles faifoient auparavant.Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunes , s'ex .
pofent à le recevoir toujours fort
tard par deux raifons. La premieres
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venir prendrefitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quel
ques jours avant que l'on en falle le
debit, & l'autre , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont la eux & quelques
autres à qui ils le prefent, ils
rejettent la faute du retardement.
far le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye
dudit Sieur
Brunet, puis qu'il fe charge de faire
A iij
AVIS.
les paquets lay-mefme, & de lesfaire
porter à la Pofte ou aux Meffagers,
fans nul intereft, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe. Il fera la mefme chofe gene
ralement de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que
le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera execute avec
ane exactitude dont on aura lieu
Leftre content.
MERCVRE
GALANT
JUIN 1697.
THEQUE
LYON
E vous tiens parole , Ma
dame , & je vous envoye
le Difcours qui fut fait
au Roy , au commencement
du mois paffé , par Muſtafa
Aga , Envoyé du Divan de
Tripoli d'Afrique vets Sa
DE
A iij
8 MERCURE
Majefté. Il a efté traduit litteralement
par M' Petis de la
Croix , Interprete des Langues
Arabiqnes &Orientales .
RES PUISSANT ,
TRETRES AUGUSTE ET
TRES- CLEMENT EMPEREUR
DE FRANCE .
La
Renommée ayant appris
aux tres -illuftres & magnifiques
Pacha , Dey & Divan de Tripoli
d'Afrique , mes Maiftres , les
Exploits incroyables de Voftre
Majefté , quifeule contre tous les
Potentats de l'Europe , conjurez
GALANT: 9
depuis fi longtemps , leur afait
connoiftre par le gain de tant de
Batailles, par la conqueste de leurs
Villes , & par la priſe de leurs
Navires , que la refistance à un
Prince favorisé du Ciel eft une,
entreprise témeraire , & mes
Maiftres confiderant d'un coſté le
bonheur de la Paix avec vos Sujets
, & de l'autre la terreur de
vos armes , leur coeur eſtant partagé
entre un amour respectueux
par la clemence de Voftre Majefté,
& la crainte de luy déplaire , ils
m'ont envoyé , Sire , rendre en
face de tout l'Univers les hommages
dus au Heros de l'Univers;
10 MERCURE
en luyfaifant leurs petits Prefens
, luy demander la continuation
de la Paix , defon eftime ,
les
dont ils deferent avoir de nouvelmarques
par une grace qui con.
cerné les Efclaves , & quelques
effets de Marchands , affurant
Voftre Majefté Imperiale qu'ils
en auront une reconnoiſſance éternelle.
Il n'y a rien qui foit plus à
fouhaiter que de vivre heureux
, & qui en pourroit trouver
le fecret , pourroit s'affurer
de poffeder un Trefor.
La Differtation que vous alGALANT.
I
lez lire , a eſté faite fur cette
matiere . M'
Deflandes , premier
Archidiacre & Chanoine
de Treguier , en eſt l'Auteur
, & vous fçavez combien
tout ce qui part de luy
eft eftimé.
A ME L'ABBE
DE LA
VALLAVIELLE,
Premier Archidiacre &
Chanoine de Toulon.
C
' Eft un Proverbe des
Grecs que le filence eft
la réponſe des Sages , & Seneque
ne veut pas que nous
12 MERCURE
fervions de miroir à un homa
me qui s'emporte de colere
contre nous. C'eft avec beau
coup d'efprit qu'un ancien
Comique a dit , que c'eſt quereller
un abfent que de faire
des reproches à un yvrogne.
Abfentemladit cum ebrio qui litigat
. Et ne fçait on pas qu'il
n'y a point de plus dangereufe
yvreffe que celle de la colere,
ni de plus grande abſence
d'efprit que celle qu'elle nous
caufe Un homme emporté
eft comme ce defefperé qui
met le feu dans fa propre maifon.
Tout y eft plein de fumée,
GALANT. 13
juf
de bruit & de tumulte ; il eft
comme ces fauvages dont
nous parle le Pere le Blanc Jefuite
dans fes Relations , qui
s'imaginent , qu'il eft de leur
honneur de remordre les bêtes
qui les ont morduś ,
ques aux plus petites.
On blâmoit Socrate de n'a
voir pas demandé juftice d'un
jeune fou qui luy avoit donné
un coup de pied devant tout
le monde . Hé quoy , répondit
ce Sage Politique , fi un
Cheval avoit regimbé contremoy
, feriez vous d'avis que
j'en demandaffe la réparation
14 MERCURE
devant les Juges de l'Areopage
? Cette réponſe ſe répandit
auffi- toft par toute la Ville ;
& on en fit une guerre , & une
raillerie fi cruelle à celuy qui
fe l'étoit attirée, qu'il en mourut
, & de honte & de chagrin.
Il faut pourtant avouer que
T'honneur du
Magiftrat appartient
à la République ;
qu'elle eft offenfée dans fa
perfonne , & qu'il ne peut pas
être liberal des injures qui luy
ont été faites .
Il faut auffi
avouër , que la
maxime eſt bien
imporante
GALANT.
IS
pour
noftre repos, de ne nous
laiffer jamais furprendre par
de nouveaux accidens . Sije
m'affligeois , difoit la Reine
Catherine de Medicis , je me
rangerois du parti de ceux qui
me veulent du mal.
Quand le Cardinal de Richelieu
porta le Roy à donner
la paix aux Rochelois pour le
mettre en état de faire la loy
aux Eſpagnols , les Miniftres
d'Espagne qui fe picquoient
de fpeculation,, publierent
contre ce Grand Miniftre des
libelles qu'ils firent diftribuer
dans les Cours étrangeres ; on
16 MERCURE
l'appelloit hautement le Car
dinal Lutherien . Ce fage Miniftre
voulut imiter ces Courtifans
d'Egypte dont nous
parle Toftat , qui s'écrivoient
en s'envoyant des Tableaux .
Le Cardinal de Richelieu prit
une nouvelle devife. C'eftoit
une Autruche avec ces paroles
. Fortis dura coquit. Le fecond
Tableau étoit une repreſentation
de plufieurs enfans
qui jouoient fur le bord
d'un ruiffeau , dont quelquesuns
fe querelloient , & d'autres
fe frapoient , & au bas du
Tableau il y avoit ce Vers de
GALANT . 17
Terence , Pueri inter fe fe quàm
pro levibus noxisiras gerunt ? Il
n'y a rien qui paroiffe, ce femble,
plus difficile que de fouffrir
une injure. Tout plaiſt à
un Courtiſan qui veut faire la
Cour , il fouffre tout .
Eft prefiofa fames.
Illic
Cependant cette injure fouf
ferte,vous rend heureux .Vous
refpirez la vangeance , vous
vous vangez en louffrant , vous
aimez la gloire , vous vous acquerez
l'eftime d'eftre fage
moderé , tranquille , capable
de gouverner les autres , puif
que vous devenez le Pilote , &
€
Juin 1697 .
B
18 MERCURE
le maistre de la paffion du
monde la plus farouche.
La Fortune dans fon Tem
ple eftoit reverée par des in
jures , cum convitiis colitur.
Ne compte- t -on pour rien
le repos , la joye , le plaifir , la
tranquillité? On s'imagine
qu'il n'y a qu'une forte de débauche
, & qu'une vertu op
pofée , qui eft la Temperance
, hilaris temperantia , on fe
trompe. Il y a la temperance
de la colere. Il faut s'abſtenir
de cette pallion impetueufe,
fe ménager dans une égalité,
fe prépareraux chagrins pour
GALANT.
e
fe
refifter. Il ne faut pourtant
pas fe rendre ridicule pour
donner matiere de fouffrir .
Saint Hierôme fe moquoit
affez plaifamment d'un homme
qui pretendoit eftre Avocat
, & qui n'en avoit ny le:
emerite , ny les grandes quali
tez. Rideo Advocatum qui Par
trono indigeat.
L'homme fage doit s'aimer
fans choquer les rigoureufess
maximes de l'Evangile. Souvenez-
vous de ne vous excepter
pas du nombre de voss
Amis.
- Teque tuas numères inter amicii .
tias:
Biji
20 MERCURE
Eft ce aimer un Ami que de
le facher & de l'inquieter ?
Aimez-vous donc.
Ce Prince dont nous parle .
Tacite , n'eftoit pas malheureux
, de rouler continuellement
dans fon efprit les injures
qu'il croyoit avoir receuës
: in animo revolvente iras .
Un homme genereux eft bien
capable d'un noble dédain ,
mais il laiffe les plaintes aux
ames vulgaires . En donnant
la paix à un homme que l'on
pouvoit longtemps tourmenter
, on la rend à fon efprit ;
tibi ipfi peperciſt i, cùm vifus es
GALANT. 21
alteri parcere. En effet , on ſe
fauve la peine que l'on a toutes
les fois qu'il faut uſer de
feverité , & forcer l'inclination
naturelle qui porte à la
douceur & à la clemence. Ce
qu'a dit ce Politique étran
ger doir eftre expliqué : perdonar
le injurie è da Chriftiano
mà obliarle è da beftia .
Saint Auguſtin liv. 22. de
Civit. c. 30. expliquant cette
propofition , que les Saints .
dans le Ciel oublient tous les
maux qu'ils ont foufferts , dif
tingue deux fortes d'oubli ,
l'un de connoiffance , & l'au
22 MEK CURE
tre de fentiment ; ajoûtant
qu'ils confervent les images
des injures qu'ils ont endurées.
On peut cependant af
furer qu'ils les ont oubliées ,
parce qu'ils ne les fentent
plus . La prudence veut que
l'on conferve la penfée des
outrages receus , non pas pour
s'en vanger , mais pour s'in
ftruire.
La premiere maxime du
Sage , & la premiere regle de
l'art du gouvernement
, eft
celle de s'acquerir la ſcience
d'endurer l'ingratitude , l'envie
& la jaloufie,. Ars prima
$
GALANT. 23
regni eft poſſe te invidiam pati.
Ceux qui nous outragent,
nous haïffent ; & ne fçait on
pas que la haine & l'amour
ont les mêmes accés de fu .
reur , & les mêmes fignes de
folie. Idem eft exitus odii & a
moris infani , dit Seneque ? Je
fuis , mon cher Confrere ,
tout à vous.
Vous fçavez que M ' l'Ab .
bé d'Auvergne a eſté élu
Coadjuteur de M'le Cardinal
de Bouillon , fon Oncle , à la
celebre Abbaye de Cluni .
C'est ce qui a donné lieu à
24 MERCURE
cette Lettre , que M'de Senecé
a écrite de Maſcon .
A MONSIEUR D. B.
Po
Ce 28 Avril 1697.
Our tant de grands évenemens
que vous prenez
foin chaque jour de m'apprendre
, j'en ay , Monfieur ,
un tres - memorable à vous fai
re fçavoir . C'eſt l'élection de
M'l'Abbé d'Auvergne ,à la dignité
de Coadjuteur de M¹ le
Cardinal de Bouillon , fon
Oncle , à l'Abbaye Chef
d'Ordre de Cluni , qui s'eft
faite
GALANT.
25
faite la ſemaine paffée avec des
circonftances memorables.
La reputation de cette fameuſe
Abbaye eft répanduë
par tout le monde Chreftien ;
& d'ailleurs vous avez trop de
connoiffance de nos Hiſtoires
, pour ignorer que dans
le commencement du dixiéme
Siecle elle fut établie dans
un defert du Comté de Mafconnois
, par des devots Solitaires
, qui fuivoient la Regle
que Saint Benoist avoit pu-
- bliée au Mont- Caffin , plufieurs
années auparavant.
Leur pieté attira bien tot les
Juin 1697.
C
26 MERCURE
regards de tous les hommes ,
qu'ils tâchoient foigneufement
d'éviter . Les Princes du
voifinage touchez de leurs
vertus & de leurs miracles ,
s'emprefferent à l'envi de
leur faire du bien , & les
mirent d'abord par leurs libe
ralitez en eftat de n'eftre
point diffipez dans leurs exercices
, par le foucy de leur
fubfiftance. Entre les autres
fe diftingua par fon empreffement
à leur faire du bien ,
Guillaume Duc d'Aquitaine
& Comte d'Auvergne , qu'ils
confiderent comme le prin
GALANT: 27
cipal de leurs Fondateurs.
Je pafferois les bornes d'une
Lettre, fi j'entreprenois de
vous dire le progrés que fit
en peu d'années cet Ordre
floriffant ,fous les Saints Abbez
Mayeul , Odile & Hugues
, dont le dernier eftoit
forti de la premiere Race des
Ducs de Bourgogne, les foins
que les Rois, & les Souverains
Pontifes fe donnerent d'en
augmenter les revenus
d'en étendre les Privileges ,
& la quantité de Sujets qu'il
= fournit en peu de temps pour
les premieres dignitez de l'E-
&
Cij
28 MERCURE
glife , entre lefquels on compta
bien toft cinq ou fix Pa
pes. Le fameux Hildebrand ,
Moine Profés de Cluny , en
fut un des plus celebres. Ce
fur luy qui fous le nom de
Gregoire VII. mit , pour fe
fervir des retmes de Comines,
les Evêques de Rome hors
de page , & qui les delivra de
la fervitude des inveftitures
où les Empereurs les avoient
pendant longtemps affujettis ;
mais peut-eltre ne ferez vous
pas faché que je vous diſe un
mot de la fituation du lieu
que choifirent pour leur état
GALANT. 29
bliſſement ces celebres Cénobites.
A quatre petites lieuës de la
Riviere de Sône , dans la fertile
Province du Malconnois
, s'étend
du Midy au Septentriou
un agreable vallon , que forment
deux chaînes de hautes
& fauvages montagnes
, qui
regnent du côté du foir & de
celuy du Soleil levant . La cime
de ces montagnes
eft garnie
de forefts épaiffes , le ter
rain en eft coupé par
chers & des précipices
. On n'y
rencontre pendant une heure
de chemin, ny habitations
, ny
des ro-
C iij
30 MERCURE
champs cultivez , & fi l'on ne
venoit pas immediatement
de quitter le plus beau pays
du monde , on s'imagineroit
avoir efté transporté par enchantement
dans le plus inculte.
Cependant , l'âpreté
de ces montagnes s'adoucit ,
& leur hauteur s'humilie infenfiblement.
Aprés que l'on
a defcendu pendant une de .
mi-heure de chemin , on trouve
une riante prairie , où la i
poiffonneule Riviere de Grô .
ne ferpente agréablement ,
jufqu'à ce qu'aprés huit ou dix
lieues de courfe , elle aille per-
4
GALANT.
31
dre fes eaux & fon nom dans
la Riviere de Sône. Les prairies
qu'elle partage , font bordées
des deux côtez par de
fertiles côteaux , couronnez
de Chasteaux & peuplez de
Villages , au deffus defquels
s'éleve de cofté & d'autre la
tefte fourcilleufe de ces affre..
fes montagnes dont je viens
de vous parler, qui femblent
avoir été difpofées exprés par
la Nature , pour garder les
avenues de ce pays delicieux ,
ou pour former avec luy un
contrafte qui ferve à donner
du relief à fes beautez..
C iiij
32 MERCURE
Ce fut dans ce vallon , & à
peu prés au milieu de fa longueur
, que les Fondateurs de
Cluni s'établirent par un
choixjudicieux;à la verité dans
un deſert, par rapport aux avenuës
quien défendent l'abord
, mais d'ailleurs dans un
canton abondant de tout ce
qui peut contribuer aux commoditez
de la vie . Ils ne fe
contenterent pas de s'y attirer
de la veneration par la
pureté de leurs moeurs , & par
la regularité de leur inftitut ,
ils voulurent encore par des
objets fenfibles exciter la deGALANT.
33
votion des Peuples , que le
culte exterieur frape plus vivement
qu'aucune autre chofe
, & ils y réuffirent par la
grandeur des édifices , & par
la magnificence
des baltimens
. Dans cette veuë ils éleverent
une Eglife , qui eſt encore
prés de huit cens ans
aprés , une des plus vaftes &
des plus auguftes de la Cbreftienté,
où l'on ne peut entrer
fans eftre touché d'admiration
, & émeu de pieté , & où
ils employerent de fi prodigieufes
pierres , que l'on eſt
encore obligé aujourd'huy de
}
34 MERCURE
recourir à certains miracles
qu'ils alleguent , pour comprendre
comment elles ont
efté mifes en place . Le refte
de leurs Baftimens
, quoy que
pour la plupart d'une ordon .
nance Gothique , & conſtruit
à plufieurs fois avec peu de
fuite & de regularité , ne laiſſe
pas d'imprimer une idée refpectueule
, & de répondre à
la magnificence de l'Eglife ;
fur tout la beauté de leur va
fte Cloiftre , dont le lambris
eft appuyé fur une infinité de
petites colomnes de plufieurs
ordres , & de toute forte de
A
GALANT. 35
marbres differens .
Leur Trefor eftoit enrichi
d'un nombre prodigieux de
Reliques des plus autentiques
& des plus faintes , dont
la pieté de plufieurs Princes
les avoit rendus dépofitaires,
aprés les expeditions des
Croisades, où ils les avoient
recouvrées , & ces Reliques
eftoient enfermées dans de
précieux Reliquaires de la
valeur de plufieurs millions ;
mais la fureur des guerres
civiles , & l'impieté des Calviniſtes
leur en a fait perdre
une grande partie , bien qu'il
36 MERCURE
leur en reste encore d'affez
confiderables
pour exciter
une profonde veneration . Un
trefor irreparable qu'ils ont
perdu , & qui fera éternellement
déploré par les gens de
Lettres , c'eftoir un amas de
plus de fix mille Manufcrits
originaux , où le travail fucceffif
& affidu de ces laborieux
Solitaires , avoit pris
foin de conferver une infi .
nité de faits concernant l'Hiftoire
Ecclefiaftique & profane
, où la verité avoit choifi
nnafile contre la barbarie qui
occupa prefque tout l'UniGALANT:
37
vers pendant cinq ou fix fiecles
confecutifs . Ce trefor
inestimable fut diffipé ou réduit
en cendres par nos Incendiaires
publics , & avec
luy perit la memoire d'un
grand nombre d'actions dignes
de n'eftre jamais ou
bliées .
Ce fut à la faveur de cette
puiſſante Abbaye , & ſous la
protection de fes Clochers ,
que s'établit une . Ville aſſez
confiderable , & qui l'a efté
davantage qu'elle ne l'eft prefentement
, fur laquelle fes
Abbez ont confervé tout
38 MERCURE
droit de Haute- Juſtice , qui
eft exercée en leur nom , à
l'inftar de celles des Duchez-
Pairies ; mais je ne dois pas
negliger de vous dire , qu'en .
tre les bonnes qualitez qui
rendoient confiderables les
Benedictins Cluniffois , l'Hofpitalité
fe faifoit particulierement
remarquer. Tout ce qu'il
y avoit de gens de qualité , &
de diftinction dans nos Provinces
, & ceux que la dévo
tion y attiroit des Pays les plus
éloignez , étoient reçûs & régalez
dans leur maiſon , avec
une charité édifiante . Chacun
GALANT.
39
en foûtenoit les droits , & en
confideroit le revenu comme
fon Patrimoine , c'eftoit en effet
le Patrimoine public.Leurs
facultez étoient fi grandes &
leur liberalité fi étendue ,
qu'on les a veu recevoir chez
cux tout à la fois , un Pape ,
un Empereur & trois ou quatre
autres Princes Souverains
avec toute leur fuite . Ajoûtez
à cela que leur maison eftoit
l'azile & l'école de toute la
pauvre Nobleffe des Provinces
circonvoifines , & qu'ils
élevoient fous le petit Habit
de leur Ordre une infinité de
40 MERCURE
jeuneffe dont ceux qui ne
vouloient pas s'engager dans
la Regle , outre le beneficede
l'éducation gratuite , rempor
toient chez leurs Parens des
principes ineffaçables de toute
forte de ſciences , & de vertus.
Il n'eft pas croyable combien
de progrés ils firent par
cette conduite , & combien
de Colonies ils établirent dans
tous les Royaumes Chrétiens .
Le grand nombre de riches
collations qui restent encore
à leurs Abbez , en est un témoignage
fuffifant , & leurs
GALANT. 41
Archives en contiennent de
plus grandes preuves , dans
le dénombrement de celles
qu'ils ont perduës . Mais les
Herefies de Luther & de
Calvin , les ayant forcez d'abandonner
une partie de ce
qu'ils poffedoient en Suiffe ,
en Allemagne , & dans les
Pays - Bas , avec tout ce qu'ils
avoient en Angleterre, & dans
S les Royaumes du Nort ; &
d'ailleurs , les Congrégations
s érigées fous les noms de Saing
Maur , & de S. Vannes , ayant
démembré de leur Jurifdiction
une partie de ce qu'ils poffe-
Fnin 1697.
1
D
42 MERCURE
doient en France , ils crûrent
que pour conferver quelque
integrité à la Robe de Saint
Benoift, qui alloit chaque jour
fe déchirant , il étoit à propos
de mettre à leur tête des perfonnes
puiffantes , dont la naiſfance
& le credit puffent concourir
à en foûtenir la dignité.
Nos Rois , les anciens Protecteurs
de tout ce qui concerne
la Religion dans leurs
Etats , voulurent bien entrer
avec eux dans le foin de leur
confervation , & affiſtant par
des Commiffaires aux Elections
de leurs Abbez , ils fe
GALANT.. 43
I
.
donnerent quelquefois la pei
ne de leur indiquer les fujets
dont ils eftimoient que leur
Ordre pourroit tirer lun plus
grand fecours. A leur imitation
, les perfonnes les plus
qualifiées du Royaume s'emprefferent
de fe mettre à latê .
te du puiffant Ordre de Cluni.
On y vit des Princes du
Sang Royal , & des Princes
de la Maifon de Lorraine , &
les celebres Cardinaux de Ri
chelieu , & Mazarin ne dédaignerent
pas d'ajoûter le titre
de cette fameufe Abbaye , à la
foule des titres illuftres , dont
D
44. MERCURE
Ils
ils fe trouvoient revétus .
Cependant un fcrupule que
les Moines de Cluni jugeoient
effentiel , traverſoit la fatif
faction qu'ils fentoient , de
voir refleurir leur Ordre , fous
les aufpices , & la puiffance de
leurs nouveaux Abbez .
avoient un voeu qui leur étoit
particulier, & c'étoit une obligation
qu'ils contractoient à
leur profeffion , de ne jamais
donner leur fuffrage pour être
eur Abbé , à aucun Sujet qui
ne fuft pas de leur Habit , &
qui ne profeffaft pas leur Regle.
Cette Loy, qui étoit émaGALANT.
45
née d'un bon principe , & qui
avoit eu fes raifons dans fon
origine , n'étoit plus en pouvoir
de fubfifter. La prudence
vouloit qu'on s'accommodât
à la neceffité des temps ; mais
un amour déreglé des anciennes
couftumes agitoit de
temps à autre ces elprits foli
taires , chez lefquels les principes
de laprudence humaine,
paffoient pour une éclatante
folie. Quelquefois on vit
dans leurs Elections certains
mouvemens qui leur firent de
la peine , & qui les mirent par
dévotion à quatre doigts de
46 MERCURE
leur ruine. La bonté de nos
Rois prit le foin de remedier
à cet inconvenient , & quand
ils le jugerent à propos , ils
obtinrent à la Cour de Rome
les diſpenſes necellaires pour
rétablir le calme dans ces
confciences timorées , au fu .
jet de ce quatriéme voeu , dont
l'éxecution ne convenoit plus
à leurs véritables interefts.
C'eft à peu prés l'état où le
trouvoit l'Ordre de Cluni
fous le gouvernement de M
le Cardinal de Bouillon , par
l'autorité , & la prudence duquel
, on voyoit chaque jour
GALANT.
47
fes priviléges maintenus , fès
immunitez confervées,les poffeffions
accrües , fes édifices
reparez , & ce qui eft de plus
important, ſa pieté réchauffée,
& la régularité rétablie fur le
pied des premiers principes ;
lors que le Roy, ayant jetté les
= yeux fur cet illuftre Cardinal ,
5 pour le charger du ſoin de fes
affaires à la Cour de Rome,
Sa Majefté , à qui rien n'écha-
, pe , & qui dans les grandes
affaires qui l'occupent , ne refufe
pas une partie de fon attention
aux chofes qui lui font
d'une moindre confequence ,
48 MERCURE
jugeant que dans la longue
abſence , où le bien de fes affaires
devoit apparemment
re.
tenir M' le Cardinal , il étoit
à propos que l'Ordre de Cluni
ne demeurât pas fans Chef ,
& fans protecteur , Elle donna
fes ordres à M ' Ferrand , Intendant
de la Province de
Bourgogne, pour faire fçavoir
fes intentions à la Communauté
de cette Abbaye , afin
qu'en s'y conformant , ils fe
difpofaffent ,fuivant leurs an .
ciens privileges , & les exemples
de ce qui s'étoit pratiqué
en pareil cas , à nommer un
CoadGALANT.#
49
Coadjuteur , qui pût vaquer
aux affaires temporelles , &
fpirituelles de cet Ordre celebre.
La conjoncture étoit favorable
, le Chapitre General
étoit intimé pour le Dimanche
vingt - huitiéme d'Avril, &
Male Cardinal s'y étoit rendu
quelques jours auparavant
pour y diſpoſer toutes choſes.
Le Dimanche precedent , que
l'on comptoit le vingt & uniéme
du même mois , M' l'Intendant
s'étant rendu à Cluni ,
aprés qu'il eut employé le refte
du jour à rendre les devoirs à
OM' le Cardinal , il alla le len-
Juin 1697.
E
50 MERCURE
demain rendre la vifite au R
P. Dem Etienne Joly , Prieur
Clauftral de l'Abbaye ; &
l'ayant prié de faire affembler
fa Communauté , pour leur
communiquer certains ordres
du Roy,dont il étoit chargé
, la chofe fur le champ fut
exécutée. Là , dans le Chapitre
de la maiſon Abbatiale ,
qu'ilsappellent la Voûte, M¹ le
Cardinal y préfidant , la Lettre
du Roy fut remiſe au Secretaire
, & ayant été leuë à haute
voix , il fe trouva qu'elle étoit
en datte du fixiéme Avril , &
que par elle , faifant ſçavoir
GALANT.
SI
aux Religieux de cette Maifon
, que Sa Majefté avoit befoin
du Miniftere de Mr le
Cardinal leur Abbé, auprés du
Pape , elle avoit jugé à propos
qu'ils procedaffent à l'élection
d'un Coadjuteur , qui puften
fon abfence vaquer au gouvernement
de l'Ordre de Cluni
, & qu'il leur indiquoit M'
l'Abbé d'Auvergne , comme
un Sujet tres-propre à remplir
cette dignité. Enfuite M'l'Intendants'étant
retiré , pour ne
point troubler par fa prefence
la liberté des fuffrages , quel
ques uns des Capitulans firent
E 1)
12 MERCURE
*
une remontrance à M le Car
dinal , & luy repreſenterent
que s'étant engagéz par un
Nou folemnel qu'ils ajoûtoient
aux autres voeux de leur profeffion
, de ne jamais donner
leur voix pour eſtre Abbé de
Cluni à aucune perfonne qui
né fût pas de leur Habit , & de
leur Regle , ils ne pouvoient
en conſcience proceder à l'élection
qui leur étoit propofée
: & fur ce que M' le Cardinal
repliqua , qu'au dernier
Chapitre qu'il avoit renu avec
eux , il leur avoir preſenté une
Bulle du Pape , qui luy don
GALANT. 43
noit pouvoir de les difpenfer
de ce vou , laquelle avoit été
regiftrée parmy leurs autres
Actes Capitulaires , ils luy dirent
qu'à la verité ils convenoient
qu'il avoit le pouvoir
de les abfoudre de ce voeu
mais qu'il ne l'avoit pas encore
fait , & qu'avant toutes chofes
il faloit venir à l'Acte prochain
de cette abfolution ; de
maniere que pour fatisfaire à
cette délicateffe de confcience
, il falut que M ' le Cardinal
déclarât ,qu'en vertu du pouvoir
qu'il en avoit reçû par fa
Rulle , dont la datte étoit rap-
E iij
14 MERCURE
pellée , il donnoit aux Religieux
de Cluni , l'abſolution
de ce voeu qui les engageoit à
la nomination d'un Abbé Régulier,
dont il fut dreffé un acte
en forme. Cette difficulté le
trouvant levée , il ne s'en pre
fenta plus aucune autre , & les
premiers opinans ayant donné
leurs voix à M l'Abbé
d'Auvergne , ils furent ſuivis
par un confentement fi unanime
des autres , qu'il paſſa
parmy eux avec railon pour
une inſpiration divine.
Aprés que Mr le Cardinal
eut été dans l'Eglife ſuivy de
*
CALANT. 55
tout le Corps du Chapitre
pour rendre graces à Dieu de
cet heureux fuccés , il dépêcha
un Courrier à M' fon Neveu ,
pour luy en donner avis. M
l'Abbé d'Auvergne fe trou .
voit alors à Lyon , où il avoit
été obligé de ſe rendre pour
certaines affaires de fon Miniftere
, & où il étoit fort éloigné
de la pensée de ce que la
Providence operoit alors en
fa faveur. Sa réfidence ordinaire
étoit dans la Ville de
Vienne , où il rempliffoit avec
un grand aplaudiffement les
fonctions de Grand Vicaire
E iiij
56 MERCURE
de M' l'Archevêque de cette
Ville,fuivant la loüable, quoy.
que nouvelle Coûtume , qui
s'eft introduite depuis peu parmy
les jeunes Abbez Epifcopifans
, qui font dans cet employ
une espece d'aprentiffage
Gouvernement fpirituel. du
Je ne vous feray point icy l'éloge
de Mr l'Abbé d'Auvergne
,vous le connoiffez mieux
que moy , & il eft inutile de
vous dire , quel progrés furprenant
la beauté de fon genie
a fait dans les Lettres , &
la pureté de ſes moeurs dans
es Vertus , & cela dans un âge
GALANT. 57
où les autres hommes com-
-mencent à peine à faire les
premiers pas. Il fuffit que
je vous dife que le lendemain
qu'il eut appris la nouvelle
de fon Election , il fe rendit
en diligence à Cluni , où
1 aprés les actions de graces
rendues à Dieu , il s'eft oc
cupé pendant quelques jours
xà remercier , & à régaler fes
e Electeurs parmi les applau
diffemens du peuple de la Ville
, & les conjouïflances de
toute la Nobleffe du Voifisnage
, quilefpere avec raiſon
des avantages extraordinaires,
68 MERCURE
fous la protection de l'Oncle
illuftre , & de fon illuftre Neveu.
Le temps ne pouvoit être
plus favorable pour divulguer
promptement cette importan .
te nouvelle , parce que plús de
cent cinquante Religieux vocaux
, qui estoient arrivez de
toute l'Europe Catholique
pour tenir le Chapitre Gene .
ral de l'Ordre , ont inceffamment
donné avis en autant
d'endroits differens , de l'Election
infpirée de leur Superieur
General .
Je n'ajoufterai rien de plus
à cette Relation , qui paffe déGALANT.
59
ja les bornes ordinaires d'une
Lettre,fice n'eft qu'aprés l'infpiration
du Saint Eſprit , un
des motifs qui a le plus contribué
à l'Election de Mil'Ab.
béd'Auvergne , ce fontles nouvelles
connoiffances que les
Religieux de cette Abbaye
ont tirées depuis peu de leurs
Archives , des fondations confidérables
dont leur Ordre a
été doté par la liberalité du
-même Guillaume , Duc d'Aequitaine
, & Çomte d'Auvergne
, dont je vous ay touché
un mot au commencement de
ma Lettre.Ils ont crû qu'il étoit
60 MERCURE
de leur devoir d'en témoigner
leur reconnoiffance aprés neuf
fiécles à un de fes illuftres Neveux
, & ils ont chargé de ce
motif l'acte capitulaire de la
nomination qu'ils ont faite de
Mr l'Abbé d'Auvergne . Tout
le monde fçait que l'illuftre
Maiſon de Bouillon , dont il
fort , porte le nom de la Tour
d'Auvergne , & qu'elle prouve
fa defcendance des anciens
Souverains de cette Province ,
d'une maniere invincible , j'efpere
quelque jour vous donner
une deſcription du magnifique
Maufolée , que Mr le CarGALANT.
61
S
dinal de Bouüillon , fait conftruire
aux Princes de fa Maifon
, dont il a fait apporter les
Corps dans la grande Eglife de
Cluni. Le deffeinen eft grand
& magnifique , & paffera tout
ce que nous avons de Tombeaux
en France. Le Ciel a fi
vifiblement favorisé cette entrepriſe
, qu'il a permis depuis
peu pour en faciliter l'éxécu
cution , que l'on ait découvert
une carriere d'un tres - bel Albâtre
dans une des Terres de
l'Abbaye , qui n'en eft qu'à
deux petites lieues . Cet Albâ ,
tre compofera le corps de l'ou
62 MERCURE
vrage , qui fera enrichi d'une
infinité de marbres de Gréce,
d'Italie , & de Provence
, de
toutes fortes de couleurs , & or
né de plufieurs ftatuës , auf.
quelles travaillent
actuelle
ment fur les lieux , quelques
uns des premiers Sculpteurs
de
l'Europe. En attendant
quelque
chofe de meilleur , je vous
envoye une trentaine de Vers,
par lesquels ma Muſe a voulu
prendre part à la joye de nos
Provinces
fur cette heureuſe
Election, que nous confiderons
icy comme un bon- heur pu
blic. Je fuis voftre , & c .
GALANT 63.
IS
01
A ME L'ABBE'
D'AUVERGNE,
ELU COADJUTEUR
à l'Abbaye de Cluni .
Rince , qui commence une
illuftre carriere , Pin
Où par un effor glorieux ,
Vos brillantes vertus vont laiffer
en arriere
Les merveilles de vos yeux;
Quoy que témoin du fait , j'yfuis
prefque incredule.
Pour vous un grand Corps
reuni
64 MERCURE
Mieux qu'il ne fut jamais pour
Armand , ny pour Fulė,
Vient de fe guerir du fcrupule
Qu'infpire l'amour du Cuculle
Aux fiers Capitulans de l'antique
Cluni.
GS
[glife ,
S'il eft vray qu'Apollon quelque.
fois prophetife
Ce beau commencement nous permet
d'esperer
Qu'il n'est dignité dans l'E.
Où vous n'ayez droit d'afpirer.
Ony Prince , l'Esprit Saint , qui
fçait rendre amollie
La plus dure prévention
Par la mêmeinſpiration
GALANT. 65
Malgré les préjugeZ& la pref-
[ l'Italie
cription ,
Peut en voftre faveur détromper
Du zele de fa Nation.
S
En attendant que les années
Se donnent le foin d'accomplir
Ce qui feul manque pour remplir
Vos éclatantes deftinées ;
Puiffe bien - toft par le Senat
Romain
Elevé fur l'Autel de noſtre premier
Temple ,
Le grand Bouillon par fon
exemple
Vous en préparer le chemin.
Juin 1697-
F66
MERCURE
Je vous ay fait part du petit
Poëme fur l'Hiver , de la compofition
de Mr Robinet . Il
faut vous faire voir ce qu'il a
écrit fur la Saifon où nous
fommes. Comme elle a esté
fort inégale , il a marqué dans
la deſcription qu'il en fait , &
qu'il commence dés le premier
Mars , tous les mauvais
jours que nous avons eus.
LE PRINTEMPS.
L
E Dieu du jour , je croy , par
mes Vers irrité
Contre l'Hiver hideux dont j'ay
fait la peinture ,
GALANT: 67
Vient enfin triompher, couronné
de clarté ,
De ce cruel tyran de toute la Nature.
Il ne fçauroit fouffrir fon regne plus
longtemps ,
Ilen retranche un mois, & le donne
au Printemps ,
Qu'il ramene en fon char accompa
gné de Flore.
Tout eft changé , la terre s'amolit ,
Et la charmante Aurore
En quittant plus matin ſon lir,
Eft furpriſe de voir les fleurs fitoft
éclorre. S
•
Le Soleil qui la fuit ne fut jamais
beau
Qu'il le montre à prefent dans fa
noble Victoire,
Et jamais le Printemps, par qui tout
eft nouveau ,
Fij
68 MERCURE
Ne parut à nos yeux avecque tant
de gloire.
Que leur retour cheri produit d'ef
fets pompeux
,
Et qu'ils répondent bien l'un & l'au
tre à nos voeux ,
Prenant foin de bannir un Hiver fi
funefte !
Que tout est beau , que belles font
les nuits !
Diane fait briller dans la voûte ce-
'lefte.
A plein fes feux épanouis ,
Et de l'obfcurité l'on n'y voit aucun
refte. S
Nous pourrions difcourir du Printemps
aujourd'huy ,
Ainfiqu'en difcouroit noſtre galant
Horace ,
Si nous pouvions fur nous attirer
comme luy ,
GALANT: 69
: Les divines faveurs des Filles du
Parnaffe .
Chantons , quoy qu'en marchant
de fort loin fur les
pas .
Le voicy de retour le Printemps
plein d'appas ..
En Scithie il bannic l'Hiver rude &
fauvage ,
Qui defoloit de tous coftez nos
champs ,
Qui dans les Elemens faifoit tant de ·
ravage ,
Et qui faifoit ceffer les chants
Des Choriftes ailez de different
plumage , S
Les aimables Zephirs , ces chers
Amans des fleurs ,
Déja dans les jardins , & déja dans
les plaines ,
Commencent d'en chercher de toutes
les couleurs,
70 MERCURE
Et de les careffer par leurs douces
haleines.
Déja les Papillons , ces rivaux des
Zephirs ,
Al'oreille des fleurs font oüir leurs
foupirs.
Ils cherchent tout le jour les plus
belles d'entr'elles ,
Sans pour aucune avoir rien de
conftant.
De l'une à l'autre ils vont de leurs
legeres ailes ,
Etaler l'émail éclatant,
Et ce font les Portraits des Amans
infidelles .
S
Les Oiseaux enfermez dans les feuillages
verts ,
Pour chanter du Printemps la vi
&toire nouvelle ,
GALANT:
71
S
Recommencent par tout leurs excellens
concerts ,
Où l'amour les anime , & redouble
leur zele .
L'Abeille deformais vole dés le
matin,
Pour faire fur les fleurs l'ordinaire
butin ,
Dont avecque tant d'art ſon miel
elle compofe
.
D'autre cofté la prudente Fourmi,
En qui , comme en un point , la fageffe
eft encloſe ,
Et qui jamais ne travaille à demi ,
Pour remplir fes greniers agit fans
nulle paule.
2
Aujourd'huy les Bergers loin d'eftre
renfermez ,
Sortant de leur cabane avecque leurs
Bergeres ,
72 MERCURE
Pour qui feules leurs coeurs fe fentent
enflâmez ,
Vont les entretenir fur les molles
feugeres .
Ils font innocemment au fon des
chalumeaux >
Mufettes , flageolets , paiftre leur
gais troupeaux ,
Qai bondiffent de joye en quittant
la cloture ,
Où l'âpre froid les avoit reten us ;
Et d'aife les agneaux fautent fur la
'verdure ,
Eftant par les chiens défendus
Contre les Loups gloutons , ardens
à la capture
.
Comme eux bondiffent les Poif
fons ,
Nâgeant en liberté de l'une à l'autre
rive,
Depuis
GALANT.
73
Depuis l'heureux débris de ces vaftes
glaçons ,
Qui les tenoient captifs fous une
onde captive .
On reverra bien - toft retourner fur
les eaux
Nautonniers ,
Mariniers avecque
leurs Vaiffeaux ,
Ceux cy pour le Commerce , &
ceux-là pour la Guerre
Les Voyageurs vont fe mettre en
chemin ,
Soit fur les flots , foit fur la terre,
Laiffant leur deftin dans la main
Du puiffant Immortel qui regit le
Tonnerre.
S
Le Laboureur chagrin d'eftre trop
au foyer ,
Le quittant tout joyeux retourne à
la charuë .
Juin 1697.
G
7.L MERCURE
İl cultive la terre, attendant le loyer
Que promet la récolte , & pour la
quelle il fuë.
Les Boeufs avec le foc fendent les
durs fillons ,
Où fouflent les doux vents au lieu
des Aquilons ,
En faveur de Cerés , qui fur les
champs prefide .
Dans les forefts les chiens & le
Chaffeur
Vont reduire aux abois , tantoft le
Cerf timide ,
Tantoft le Sanglier en fureur,
Dont la dent écumante eft ſouvent
homicide.
Les Nymphes fe parant de leurs
pompeux atours
Yont s'ébartre au clair de la
Lune,
GALANT. 75
Entre elles font mêlez plufieurs briilans
Amours
Les uns aimant la Blonde , & les
autres la Brune :
Par là nous entendons tant de jeunes
Beautez ,
Tant de galants poudrez qu'on voit
à leurs côtez ,
Qui fe trouvent le foir dans les lieux
de plaifance,
Où plus qu'ailleurs le Printemps
femble beau,
Où l'on fait des feftins , où l'on rit ,
où l'on dance ,
V
Où l'on met enfin au tombeau
Les ennuis de l'Hiver qu'a chaffez
la prefence,
Que de Myrthe à l'envi l'on faffe
des chapeaux ,
Et que chacun en mette fur fa
I tefte,
Gij
76 MERCURE
Qavec les Inftrumens & des concerts
nouveaux ,
Du plus beau des Printemps on celebre
la fefte .
Au premier qui parut dans le premier
jardin , ..
Ce jardin fi fameux qui fut planté
foudain
Avec tant d'agrément par une main
fuprême ,
On pourroit bien comparer celuy
cy .
mę
Ce n'eft pas fans fujet que je me
l'imagine ,
Il a mille charmes auffi ,
Et je le croy produit par une main
divine .
2
Mais que voy -je ? Ici bas que tout eft
inconſtant !
D'un Printemps merveilleux , je
veux tracer l'Image,
GALANT:
LL
Et voila fes attraits effacez à l'in
ftant ;
Tout eft , tout eft changé , c'eſt un
autre vifage.
Des nuages épais viennent rebrouiller
l'air.
Aprés quatorze jours qu'il le mon
tre fi clair,
Et l'on en voit tomber à la fois
grêle & pluye ,
Comparons donc au Printemps
d'autre fois ,
Dont fi -tôt la beauté parut évanouie
,
Ce Printemps - ci , d'un demimois
,
Dont ma Mafe s'étoit trop vifte
réjoüie.
2
Que les quatorze jours qu'à Hy
ver il a pris.
Giij
78 MERCURE
Avant qu'il duft finir , nous couteront
peut- eftre T
En écrivant d'abord , que je m'étois
mépris ,
Et qu'au temps fi changeant , c'étoit
mal me connoiſtre !
On n'en fçauroit tenir un affurć
diſcours ,
Il change tous les ans , tous les mois,
tous les jours ,
Où pluftoft à chaque heure , à chaque
moment meſme.
En compofant prefentement ces
vers ,
Ne reconnois- je pas ce changement
extrême ?
Que d'afpects du Soleil divers !
Tantoft il eft brillant , & tantoſt
trifte & blême .
S
A ce temps incertain que nous
fommes fujets,
GALANT.
es
Nous changeons mille fois ,dans le
cours d'une année,
De paffions, d'humeurs , de gouft &
de projets.
Tant nôtreame eft par luy puiffamment
entrainée .
Que dis - je ? à chaque inftant elle a
nouveaux defirs .
Tout le bon-heur ne peut arrefter
fes foupirs.
Non, tien ne peut jamais la rendre
fatisfaite ,
Bien moins on voit felon le vent ,
Sur le haut d'un Clocher tourner
la giroüetre .
Qu'au vent d'un appas dece .
vant ,
L'Ame toûjours volage , & toûjours
e dans le Ciel
1.
inquiete. Z
Ce n'eſt
que que
l'on
trouve un Printemps ,
Giiij
80 MERCURE
Qui ne change jamais , qui tous les
fiecles dure
Et ce n'eft qu'en Dieu feul
coeurs font contens ,
que leš
Leurs voeux par tout ailleurs , épui
fent la Nature.
Renonçons donc aux chofes d'-
ci-bas , [ appas ,
Ne nous attachons plus à de foibles
Penfons дне c'est au Ciel , qu'est
noftre domicile.
Sortonsd'erreur, icy tout eft abus,
Tout eft periffable & fragile
Ouvrons les yeux & ne nous trompons
plus
Ce n'eft qu'en faux objets que ce
monde eft fertile ,
N
L Soleil * aujourd'hui reprend fon
Afcendant
Du vingiiéme de Mars
mier jour du Printemps.
GALANT. 81
Avec un vif éclat , il rentre en fa
carriere ,
On fent avec plaifir que cet Aftre eft
aident ,
Et l'on est tout ravi de revoir fa
lumiere .
Ce beau jour eft auffi du Printemps
le premier ,
I commence les mois qu'il a pour
fon quartier ,
Ce debut eft charmant , maisyoyons
en la fuite ,
Sans du Printemps encor fouhaitter
les plaifirs.
C'eſt par là feulement que le cha
grin s'evite ,
Lors que des biens qui flattoient
nos defirs.
Dans nos coeurs tout à coup l'efperace
eft détruite.
82 MERCURE
S
Ah ! j'avois bien prévu que les
quatorze jours ,
Retranchez à l'hiver de fon âpre
froidure ,
Et dont fi beau fut tout le cours ,
S'eroient reftituez & mefme avec
ufure ,
Le barbare il a fçeu ſe bien dédom
mager.
A peine nous a -t-il permis d'envifager
Depuis un mois entier l'aftre de la
lumiere ..
Ce n'eft que froid , que pluie , épaiffe
obfcurité.
Je fens petiller ma colere ,
Prefte à pefter encor contre fa cruauté.
S
Mais non, j'ay tort , entrons dans
des pensées ,
GALANT. 83
Plus morales & plus fenfées .
C'eft,comme je l'ay dit ,qu'ici rien
n'eft conftant.
C'eft que fans ceffe tout y change ,
Que du bien & du mal il s'y fait
un mélange ,
Qui ne permet jamais qu'on puiffe
eftre content.
S
N: nous defolons pas ; trois beaux
jours d'intervale ,
Nous font donnez , & le Soleil ,
De fes clairs afpects nous regale ,
Nous verrons fi demain le temps
fera pareil
2
Non , depuis ce jour-là , jufques
au quatriéme
Du Mois des douze le plus vert
Le Ciel pour nous toûjours le mefme,
84 MERCURE
S'eft fait voir à nos yeux
couvert.
de
nuages
Nous n'avons eu que vent ,que grefle
& pluye ,
Bon dieu qu'un tel defordre en
nuie ,
Lors qu'on penfe jouir d'une aima.
ble faifon .
Mais nous nous plaignons fans
raiſon .
Ce qu'on nomme defordre eft un
ordre fupreme ,
Il vient de la fageffe méme ,
e nous devons , fans murinu Q¹e
rer ,
Humblement adorer ,
A nos plaintes faiſons fucceder
mille graces ,
Depuis le trois du prefent mois de
May ,
GALANT. 85
10
De l'affreux temps on ne voit
nules traces ,
Prefentement
tout renaft , tout eft
gai ,
Nos aimables Tuilleries ,
De tous coftez font fleuries
Et du Monde charmant on y voit
le concours .
Mes forces que l'Hyver avoit beau
coup fêtries ,
Semblent fe retablir en ces premiers
beaux jours ,
Et j'iray m'égayer dans les vertes
Prairies
Mais il eft bon de finir ce difcours ,
Par un Proverbe de grand cours ,
L'Homme propole ,
Et Dieu difpole .
Vous me témoignez vouloir
apprendre à combien fe
86 MERCURE
montent toutes les Armées
du Roy , les noms des Corps
qui les compofent , & ceux
des Officiers Generaux qui
les commandent
. Ce que vous
me demandez paroift affez
difficile, cependant il faut tâcher
de fatifaire vostre curiofité.
Je vous ay déja envoyé un
eftat de l'Armée de Mile Maréchal
de Catinat , qui faifoit
le Siege d'Ath , & je vous en
envoye un de l'Armée de Mª
le Maréchal Duc de Villeroy
.
Je vous envoyeray les autres
avant que de fermer cette
Lettre,
197
GALANT. 87
Ľ
ORDRE DE BATAILLE
de l'Armée de M' le Maréchal ,
de Villeroy. 1697.
Mile Maréchal Duc de Ville
roy , GENERAL .
M' de Surville .
Les Officiers Generaux di
la premiere Lignefont,
Mrs de Feuquieres
,
e Roſen ,
M Le Duc de Barwick ,
De Montrevel,
De Vandeüil ,
De Befons ,
Le Duc de Villeroy
88 MERCURE
D'Alegre.
PREMIERE LIGNE.
BRIGADIERS.
Mr Dauvray , Brigadier.
Dragons.
La Reine
Dauvray 3
6 .
M de Romeri, Brigadier..
Maifon du Roy.
Grenadiers du Roy
Noailles
Duras
Lorges
Villeroy
Gendarmes
Chevaux- legers
I
3
3
3
3
1
GALANT. 89
Moufquetaires
CAVALERIE.
I
16 .
Mile Prince Camille ,
Brigadier.
Villeroy
Camille
Anjou
Cuiraffiers
10-
2
3
2.
3
32. Efcadrons
.
INFANTERIE.
Mr Grǝder , Brigadier
Champagne
Greder Allemand
› Juin 1697.
3
5.
H
90 MERCURE
"
M' Puiſegur , Brigadier.
Du
Roy
Lorraine
5.
M ' de la Chatre, Brigadier.
4
Lyonnois
La Chatre
Royal Italien.
2
2
I
M ' de Saillant , Brigadier.
Gardes Françoiſes .
Gardes Suiffes
4
7
M'de Bligny , Brigadier.
Maulevrier
Xaintonge
Angoumois
N.
I
I
GALANT. 91
I
5.
Santerre
M'de Vibray, Brigadier.
Anjou
Boulonnois
Hautefort
Mouchy
5.
2
I
ΙInd H
M' de Liancourt , Brigadier.
La Ferre.
Bourbon
Angouleſme.
Orleanois
La Mothe
I
I
I
1
I
S.
I
M'de Rochefort , Brigadier.
Saint-Second
Hij
92 MERCURE
Coalin
Bourbonnois 2
5.
42 Bataillons
.
CAVALERIE.
M' de Montfort , Brigadier."
Du Roy
Berry
Auvergne
3
2
3
8.
1.
Mcde Villequiers , Brigadier.
Villequiers
Roquepine
Tournefort
2
3
3
8.
M ' de Rohan , Brigadier.
Coffé
GALANT. 93
.
Rohan
Orleans 2
Mestre de Camp general 3
Dragons.
Sainte-Hermine
Fimarcon
9.
3
3
6.
31. Efcadrons .
SECONE LIGNE.
Officiers Generaux.
Mrs
d'Artagnan ,
De Buſca,
De
Crequi,
De Gaffion ,
De Greder ,
De Luxembourg,
W
94 MERCURE
Le Duc de Charoft ,
De Rofembourg.
BRIGADIERS.
M' de Breteuil. Brigadier .
Dragons.
Breteuïl
Hautefort
3
3
6 .
CAVALERIE.
M' Mandercheid , Brigadier.
Mandercheid
Pelleport
Sailly
3
2
3
M' de Biffy , Brigadier.
Quoad
La Tournelle
8.
3
23
GALANT.
95
Biffy 3
9
23. Efcadrons.
INFANTERIE.
M'Dorington , Brigadier.
Gardes d'Angleterre
Vidame d'Amiens
Montauban
Auxerrois
2
I
I
Artagnan
6 .
M'Mouroux , Brigadier.
Mouroux 3
Laonnois
Renel
Choifinet
Sanfay
..
I
1
96 MERCURE
Deftouches
y
6.17
M'deSalis , Brigadier,
Stoppa
Surbeck 4
- Salis . 4
12 .
Mc Goëfbriant , Brigadier.
Berry
Royal Savoye
Laigle
Tallandre
Chevalier de Pont :
Broc
6 .
M' de Thoy , Brigadier.
Damas
I
Trecefion
GALANT.
97
Treceffon
I
Thoy
I
Breffe
Provence
6.
36. Bataillons
.
CAVALERIE.
M' Dourches , Brigadier.
Dourches
1 Barentin
1 Fontaines
I
M² de Vivans , Brigadier.
1
3www
3
3
G
La Feronaye. 3
Sovaftre
3
Vivans
1
Fuin 1697.
1
1 8.
98 MERCURE
Dragons .
Chevalier Gouffier OM 3
20. Escadrons.
Royal Artillerie
Bombardiers
Infanterie 80. Bataillons.
Dragons 21. Elcadrons. !
Cavalerie 85. Escadrons.v.
Efcadrons 106, 1150
6
Vous n'avez peut-être ja
mais entendu parler , d'une
maladie pareille à celle que
vous trouverez décrite dans
une lettre de Mr Hemeri
Medecin de Blois , que je vouš
envoye,
GALANT
99
A MONSIEUR
DE
100%
V
Ous ferez fans doute
furpris,M , de ce que je
vais vous apprendre. Une
Fille de ce pays eft depuis
long -tems incommodée de
vents qui femblent circuler
par tout fon corps. Elle les
fent tantoft dans un endroir,
tantoft dans un autre ; mais
fur tout dans l'eftomac , où
ils produifent une tenſion
douloureuſe quil'oblige quel
que fois de courber un peu
l'épine du dos en arriere. Le
Ijj
YOO MERCURE
rare & le merveilleux , c'eſt
qu'en preffant l'endroit où il
y en a , on les fait lortir en
moins de deux minutes par la
bouche , de forte que quel
ques perfonnes par amitié luy
frapaut fur l'épaule luy caufoientauffi
totune oppreffion ,
fuivie d'une eruption de ces
vents . Elle n'a fouvent qu'à
fe froter l'oreille , qu'à fe preffer
le bras , elle ne manque
point d'en donner la fcene.
Elle a eu depuis peu une fracture
à la jambe pres du tar
fe , où ces vents ont caufé une
enflure du pié avec de violen
2
m
BAUDEM cot
GALANT
. TA > <
!
dos .
tes douleurs . Pour diffiper &
les douleurs & l'enflure , il a
fallu de temps en temps preffer
fucceffivement le pied juf
qu'a quelque diftance de la
fracture . On n'avoit prelque
pas appuyé le pouce que fans
mettre beaucoup d'intervalle
entre la touche & le fredon ,
n entendoit ces vents faire
leur jeu par l'anche de cette
partie qu'on compare à une
mufette. Je me fers du mor
de fredon , parce qu'un Auteur
de ce temps dit que les
vents dans leurs fifflemens
imitent tous les tons de Mufi.
on
I iij
002 MERCURE
que.Je ne fçay pas à quoy it
tient qu'il ne foit tout à fait
mufical , car ce qui le fait
jouer eft comme une efpece
deClavier, où il femble qu ily
ait des tuyaux à l'uniffon , qui
le plus fouvent font touchez
par une habile Muficienne ,
qui touche parfaitement l'orgue
& le claveffin , mais elle
n'a pas ici plus de credit qu'un
autre , car ce vent preffé au
pied , au dos , à la tefte , felon
Fendroit qui incommode le
plus , ne rend jamais que la
même note . Il faut obferver
que la malade ne peut foute
GALANT 103
E
1
U
1
e
2
nir la preffion continue , mais
il faut luy donner du relâche
parceque l'eructation l'acca
ble ,& luydonne desfoibleffes.
Ces vents caufent quelquefois
bien du feu du feu dans la partie
où ils font , & ce n'eft pas
alors le moment propre à les
faire fortir; ce n'eft que dans
leur maturité , & lors qu'ils
fontécartez.Cesvents
par leur
courfe dans la jambe malade
ont enfin tant caufé de douleur
, que pour en calmer la
furie , on a été obligé d'ofter
la ligature avant le temps , ce
qui les tient en paix . La mala-
I iiij
104 MRCUREE
de a toujours eu la fievre af
fez forte & mefme le pouls
intermittent. La nourriture
liquide l'incommodoir , mais
elle n'eftoit point incommodée
du pain qu'elle demandoit
comme une choſe que
veulent les vents .
On ne voit rien, fije ne me
trompe, dans les obfervateurs
de femblable , Skenkius rapporte
bien aprés Albukafis ,
qu'une femme eut des vents
vers la veine du coude , qu'on
les vit en moins de rien cou .
rir à l'épaule & de là dans tou
tel'habitude du corps.Il nom
GALANT.: + Ios
Flatusfu
Ime cette maladie
riofus , & en la langue Nakir ,
mais elle n'approche pas de
a celle-cy.Si
j'ofois luy donner
un nom , je l'appellerois
flatus
plectricus .
Je n'ay pû reflechir deffus
fans me donner la torture
pour en connoiftre la nature ,
je n'ay pû d'abord croire que
ces vents fuffent entre les
muſcles ,comme quelques au
teuas femblent l'infinuer , entr'autres
Hildanus , qui dic
en avoir obfervé à l'occafion
d'unveficatoire
qu'ilfefic apli ."
quer. Il dit qu'en appliquant
2 .
166 MERCURE
Poreille fur l'ulcere, on enten
doit un petit fiflement de
vent , mais fi cela eft , comment
concevoir que la pref
fionles en fift fortir par l'eftomac,
& en fi peu de temps. Je
tombe d'accord que le corps
eft , commedit Hipocrate , tout
infpirable & tout expirable;
+
comprend on pour cela qu'ils
fortent plutoft par l'eftomac
que par une autre voye fl
vaudroit autant dire qu'il y a
une trachée artere & veine,
pour porter & reporter l'air à
fon premier terme, & en ce cas
l'air rarefié par la fermenta.
GALANT 107
as
a.
1
tion de quelques humeurs , ne
pourroit peut- être eftre pouf
fé,commeje l'ay marqué,qu'il
ne pouffaft avec force celuy
qui lay eft contigu , & ainfi
de fuitte , jufqu'à la trachée
artere par oùil fortiroit avec
éclat ; mais cecy n'eft qu'ima
giné. Cherchons quelque canal
plus réel. Lesvaiffeaux fanguins
ne contiendroient ils
point ce vent ? Une veine, au
rapport deSkenkius, parut enflée.
On la perça , il en fortir
force vents, & la tumeur ceffa .
Silvius dit auffi avoir obfervé
fouvent que des vents font
103 MERCURE
fortis des Vaiffeaux Sanguins .
Il peut arriver qu'un petic
tourbillon de matiere fubtile
qui ne plonge qu'avec peine
dans un fang patteux , fe pro
mene fur la furface & paroifſe
être du vent . Cela fuppofé,
comment de veine en veine
peut il dans un inſtant fe ren
dre à l'eftomac Lors qu'une
partie eft enflée par le long féjour
qu'il yfait ,pourquoy n'en
arrive - il pas des Anevri
mes dans les uns & des vad
rices dans les autres , & pour
quoy point de ces accidens
qui fuivent la circulation inGALANT:
109
1
35
terrompue ? Pourquoy fontils
de la douleur? Les vaiffeaux
fanguins font infenfibles . Seroit
ce donc par les lymphatiques
? Non , il y auroit encore
des difficultez
. Me tromperois
je, fi je difois que ce font
les nerfs ?
Bien des circonstances femblent
le marquer. La promptitude
de leur action convient
aſſez avec celle dont il
s'agit , outre que la douleur
le pouls intermittent , la foibleffe
qui accompagne l'eructation
de ces vents , les
treffaillemens que la malade
ni aculeon.
To MERCURE
reffent , perfuadent que les
nerfs contiennent ces flatuofitez.
Celles qu'elle dit fentir
dans la fubftance du cerveau ,
& luy foulever le teft , celles
qu'elle fent à l'épine du dos ,
n'y font point contraires .
Mais comment de là revenir
par l'eftomac Pour cela , je
confidere que tous les nerfs
par la communication du
Ipinal avec la paire vague , &
de la paire vague avec l'intercoftal
, peuvent avoir de la
fympatie avec l'eftomac , que
de la paire vague il y a quel
ques rameaux qui diftribuent
GALANT. !!!
1.
n
de leur liqueur volatile pour
la fermentation des alimens,
& que d'autres reçoivent de
l'eftomac les parties les plus
fubtiles du chile. Les cruditez
du chile qui fuivent les
chagrins , & la forte application
d'efprit , marquent l'un ,
& la prompte refection , lors
qu'on prend des alimens avec
grand befoin , marque l'autre.
Je croy de plus , que les
efprits circulent par les nerfs,
dont les uns font déferens , &
les autres afcendans
pour reporter les efprits que
le mouvement & la nourritu
tant
12 MERCURE
re n'ont pas confumez , que
pour fervir au ſentiment, qu
on ne peut , à mon fens , bien
expliquer fans cela . J'ajoûte
que les efprits font une li
queur , à qui la matiere fub
tile donne le mouvement de
liquide , en faisant tourner les
globules fur leur centre. Ce
la fuppofé , la Malade , tane
par les chagrins qu'elle a cus,
que par fon grand attachement
au travail , n'a fait qu'un
chile pafteux , plein de crudi
tez , & par confequent les
ofprits animaux de même nature.
L'eftomac qui retient
( ૧૩૨
Ked .
GALANTM 113
3
t
es
2-
-nt
dans les fillons quelque reſte
de chile pour luy fervir de
ferment , en retenant icy plus
qu'il ne faut, s'eft trouvé plein
de cruditez acides , d'où eft
venu ce befoin de manger
fouvent , & du pain plûroft
qu'autre chofe par la propor
tion avec ce ferment. L'eltomac
qu'on peut regarder
comme une poire à feu , râ,
chant par fon mouvement &
par la chaleur des parties voifines
de digerer ces cruditez,
& ne le pouvant à caufe de
leur vifcofité , les a du moins
difpofées à ferarefier , ce qui
Juin 1697.
K
Λ
14 MERCURE
a produit leur tenfion dans
l'eftomac de maniere que
fes fibres en ont efté comme
à l'uniffon. D'ailleurs , la ma
tiere fubtile qui tourbillonne
dans la liqueur fpiritueuse ,
contenue dans les autres nefs ,
pour donner le même mouvement
à fes globules , les
trouvant moins maniables &
moins flexibles qu'ils ne doivent
eftre , rouloit plus par
deffus qu'elle ne plongeoit
& ne circuloit en dedans ; &
c'est ce que j'appelle icy du
vent. Si dans cette difpofition
on preffoit ce vent , ou
GALANT. g
23
e
ne
2.
le,
ብO
cette matiere fubtile, on l'obligeoit
de plonger & de ſe
faire faire place entre les globules
qu'elle pouffoir par
confequent avec effort . L'im
pulfion qu'elle leur donnoit ,
efs, les faifoit paffer comme un
éclair jufqu'au cerveau ; ce
les qu'on peur juger , puis qu'el-
Te fentoit le vent avant que
de le rendre par la bouche du
cerveau . Reflechiffant par la
paire vague , parce que les
; & pores font les plus ouverts , a
caufe de la tenfion de l'efto.
mac , ils enfiloient par la mê
me railon les rameaux froma-
K
es &
Hoi
par
oit ,
du
of
no :
116 MERCURE
chiques , aufquels par leur
forte impulfion ont
fair faire
le propre
mouvement
of
à
exclure
ces cruditez
par l'orifice
fuperieur.
Les Vers qui fuivent font
de M' de la Fevrerie , dont
Vous avez lû avec tant de
plaifir l'Ouvrage intitulé , Le
Parterre de Gazon , dont je
vous fis part le mois paffé .
TRADUCTION
D'une Epigramme Latine.
Sur les ailes de la Pudeur,
La chafte Lycoris d'une courfe les
geres
GALANT. 17
it
à &
ont
Ont
de
Le
e.
je
as Fuit Damon qui cherche à luy
plaireoilluqmi anot
Et qui la (uit avec ardeur
en une pierre
Is tombent
ABAR
les bleffe ,
Et l'amour rit de tout fon coeur
De l
3 Amant & de la Maiſtreſſe.
Mais bien-toft ce ris cede à de vives
3ncbdouleurs
.
Lycoris à Damon montre fa main
Ableſſée.
Damon l'arrofe de fes pleurs,
91 Fache de l'avoir offensée.
Que ne puis- je , dit il , apporter da
Wifecours
Ala douleur qui vous poffede ?
Le temps y donnera remede ,
La mienne durera toujours
2:
118 MERCURE
*
མ་
$
M Haudiquer de Blancourt
, tres- verfé en la connoiffance
des Maiſons nobles
du Royaume , ayant donné
au Public celles de la Province
de Picardie , fous le titre
de Nobiliaire , & les Recherches
hiftoriques de l'Ordre
du S.Efprit , travaillant actuel
lement fur l'Hiftoire des Premiers
Prefidens du Parlement
de Paris , qu'il doit mettre
dans peu au jour , & enfaire
celle de tous les autres Officiers
de ce même Corps , n'excelle
pas feulement dans cette
fcience , mais encore em
GALANT. 19
コー
те
re
el.
reent
tre
aire
offi
'ex
cere
en
celle de la Phifique & des
beaux Arts L'Ouvrage qu'il
vient de donner au Public , en‹‹
eft une preuve convaincante .
Ileft intitulé , L'art de la Ver
rerie Il ne fe contente pas d'y
parler de l'origine & de la ma
niere de fabriquer le Verre ,
y parle encore des Privile .
ges des Gentilshommes qui
le travaillent , de la manière
de préparer toutes les matie
res de Verres , Criftaux , Sels ,
& Soudes ; celle de tirer les
Teintures de tous les meraux
& mineraux , pour les communiquer
au Verre , & en
120 MERCURE
faire ces belles & riches couleurs
éclatantes qui paroiffent
aux vitres des anciennes Egli
fes , dont le fecret fembloit
eftre perdu , celle de faire &
teindre toutes fortes de pierres
précieules , auffi belles
que les naturelles , & de leur
donner le feu & la dureté ; de
faire toutes fortes d'Emaux ,
& de les teindre de ces mêmes
riches & belles couleurs ;
de peindre en émail & fur le
Verre , & même de le dorer;
de tirer toutes fortes de couleurs
des Aeurs , graines ,
gommes , herbes , racines ,
bois ,
GALANT. IN
5
es
bois , & autres matieres , pour
en faire de tres belles lâques,
auffi bien que du lapis lazuli,
le vray Outremer , & autres
belles & vives couleurs pour
l'ufage de la Peinture ; de
faire toutes fortes de Perles de
matieres fines , aufli belles
que les naturelles , de leur
donner l'eau , l'éclat & la
blancheur , même d'en faire
de fauffes tres- belles & foli-
Tle des ; de faire les Glaces & Mirer;
roirs de ' criſtal ; les Metallicuf
de
nê-
FS :
r
•по-
ques concaves , convexes &
es, Paraboliques Spheriques ;
mais tout cela n'eft encore
nes,
bois ,
Juin 1697.
L
122 MERCURE
rien en comparaison des befles
& rares operations quis'y
rencontrent , utiles dans la
Chymie & dans la medecine ,
fans parler des chofes fublimes
que M. de Blancourt
touche en paffant, fur la ſcience
profonde des anciens Philofophes
, où il paroift entendu
. Ainfi on peut dire que ce
Livre eft le plus beau , le plus
recherché , & le plus curieux
qui ait jamais paru fur cette
matiere. Il fe vend à Paris
chez le S' Jean Jombert , prés
des Auguftins , à l'Image Notre
- Dame ; & quoy qu'il
GALANT. 123
.९
la
ne ,
pli.
Jurt
ien
Phiten
je ce
plus
rieu
contienne plufieurs Figures ,
qui fervent à éclaircir les matieres
dont il traite , on le
donne pour foixante fols .
Le S'de Luynes , Libraire
au Palais , debite auffi un Livre
nouveau , intitulé , La Bi .
bliotheque des Auteurs . Ce font
des maximes fur toutes fortes
de fujets , ramaffées par les
foins de M'de Courfant. On
doit les eftimer d'autant plus,
qu'il eft aiſé d'en tirer en peu
de temps un degré d'habileté
pre Pour la conduite des mours,
cetre
Paris
e No
& un air d'agrément dans les
Oqul
converfations
,
qu'il
feroic
Lij
124 MERCUR E
སྒྱུ་
·
impoffible d'acquerir par
d'autres voyes , qu'aprés un
long & tres penible travail.
Ainfi l'Auteur a raifon de dire
que la plupart des autres
Ouvrages font comme de vattes
forefts , où il faut traverfer
cent buiffons avant que
d'y trouver une roſe , au lieu
que celuy.cy eft un Parterre
émaillé des plus belles fleurs ,
apportées de Grece , d'Italie ,
d'Eſpagne , & de plufieurs autres
endroits..
Voicy encore un ordre de
Bataille d'une des Armées du
Roy en Flandre.
GALANT 125
ES
3.
પ્ર
eu
ORDRE DE BATAILLE
de l'Armée que M le Maréchal
de BOUFLERS commande,
PREMIERE LIGNE.
Mile Maréchal Duc de Bouflers
, GENERA L.
Tre M le Comte de Touloufe ,"
rs
au
commandant la Cavalerie.
ie Me de Souternon commandant
cette même Cavalerie
, fous M' le Comte de
Toulouſe.
de Lieutenans Generaux.
Mrs de Crenant ,
Le Duc d'Elbeuf.
Liij
126 MERCURE
Le Comte de Tallard .
De Ximenes.
Maréchaux de Camp :
Mrs le Comte de Solre,
De Phelypeaux,
De Lagnion,
De Pracontal,
Le Marquis Dantin ,
BRIGADIERS.
M' de Raffant , Brigadier.
Dragons.
Meſtre de Camp general
Paifac
Senecterre
Efcadrons.
3
3
CAVALERIE.
M' du Rofel , Brigadier.
GALANT. 127
Commiffaire general
Raffant
Chaftres
Carabiniers
6 •
3
3
3
16
INFANTERIE. Bat .
M' le Prince d'Epinoy,.
Brigadier.
Picardie
-15
Royal Comtois
Cambrefis
2
I
6 .
M'de Chamilly , Brigadier.
Grancey
Bourgogne
Soiffons
3
2
Liij
128 MERCURE
ގ
Aunis.
M'du Tuzy, Brigadier.
Du Maine
Turie
Charolois
I
Ouzu
Mª de Cadrieu , Brigadier .
Beauvoifis
Toulouſe
I
N
Bellifle
Guifcart
M' de Tianges , Brigadier.
Tianges
Languedoc
GALANT. 129 129
Ponthieu
5.
M'de Bouligneux , Brigadier
Limofin
Chaffé
I
2
I
Montjoye
Renold
Clore Irlandois
Nivernois
1 Cruffol
2
1
1
Mr le Duc de Chaftillon,
Brigadier.
Blaifois
Chartres
I
3
E
130 MERCURE
Foix
Piémont
6 .
M
CAVALERIE. Efcadrons.
Mile Duc de Duras, Brigadier.
Royal Piémont
Dauphin Ettanger
3
Bourbon
Duras
10.
Mide Chelader , Brigadier.
Noailles
Grignan
Toulouſe
Dù Maine
Royal Etranger
2
M N N
WN
3
12,
GALANT. 131
Dragons
Frontenay
Dauphin
Houffars
3
3
6 .
SECONE LIGNE.
Lieutenans Generaux .
Mrs le Baron de Berſé,
De Gaflé ,
Le Duc de Roquelaure.
Maréchaux de Camp
Mrs de Surbeck ,
De Zurlauben,
De Grammont,
De Courtebonne.
132 MERCURE
BRIGADIERS.
M' du Pleffis , Brigadier.
Cavalerie. Efcadrons
Du Pleffis
3
Rennepons
Saint-Proüané
3
8 .
M' de Fiennes , Brigadier.
Egmont 3
Chaſtillon
3
Fiennes
9 .
Infanterie,
Bataillons.
Royal 3
I
* Lignieres
La Force
Tulles
I
I
6.
GALANT. 133
La Couronne
Tournon
Villefort
Bevic
Condé
2
I
I
I
5.
I
Furftemberg
Montenay
d'Alençon
5.
Mr de Courten, Brigadier.
Courten Suiffe
Monnin Suiffe
Royal Rouffillon
Miraumenil
Gournay
2
4..
2
3
2
L
5.
134 MERCURE
M'de Gravefon , Brigadier,
Royal la Marine
Stinville
Serville
Sioujal
M' de Princé, Brigadier.
Bufeville
Barceville
Noailles
Dauphin
I
I
1
S
I
I
6
Cavalerie. Efcadrons.
M ' de Joufreville , Brigadier-
Joufreville
Champlain
Mornay
3
3
る。3
9:
GALANT. 135
M' du
Chaſtelet ,
Brigadier.
Duzés
Imecourt
Chaſtelet
3
3
3
9.
Royal Artillerie 1. Bataillon.
RESERVE.
Dragons.
Du Heron
Vareville
Languedoc
Escadrons.
www
.
3
3.
3
9.
Total des Efcadrons 108 .
Total des Bataillons 79 .
136 MERCURE
Je vous parlay au Mois
d'Avril dernier de quelques
Cartes que Mi Nolin , Geographe
deMonfieur, avoit mifes
au jour. En voicy encore
quelques unes du même Auteur
qui ne font pas moins curieuſes
que les autres
.
Celle du Gouvernement
General de Languedoc, com
prend non feulement la Province
de Languedoc , mais en
core celles de Sevennes. Ces
deux Provinces enſemble
compofent le Gouvernement
General de Province où militaire
de Languedoc . Il eft di
GALANT 137
vifé en trois Lieutenances generales
, qui font fubdivifées
en plufieurs Dioceſes , comme
on le verra par le titre de
cette Carte , qui peut fervic
de Table Geographique. Les.
Villes ou autres lieux qui ont
quelque prerogative , font
1 diftinguez fur cette Carte ,
par des marques particulieres.
avec une explication.La pluf
part de ces remarques n'aevoient
jamais été mifes fur les
Cartes Generales de cette
Province qui ont paru avant
celle cy. On y remarquera.
entr'autres les Baronnics &
Juin 1697.
M
138 MERCURE
les Villes qui envoyent des
Députés aux Etats de Languedoc
. Le nouveau Canal-
Royal n'étoit fur aucuneCarte
Generale de ce Gouvernement
qui ait été gravéejufqu'à
prefent comme fur celle- cy.
Les bouches du Rhofne ayant
changé plufieurs fois , elles
ont fur cette Carte leur figure
veritable. L'on y trouvera
pour la premiere fois l'étendue
du nouvel Eveſché d'Alais.
Les latitudes & les longitudes
des principales Villes
y font conformes aux obfervations
Aftronomiques de
GALANT
139
S
Mrs de
l'Academie
Royale
des
fciences . Le
Gouverne.
ment
General de Foix eft aufi
fur cette Carte .
Neanmoins
il ne depend point
duLangue,
doc . Dans
l'Affemblée
des
Etats
tenus à Paris l'an 1614 , .
le pays & Comté de Foix fut
joint au
Languedoc , qui étoit
alors le
feptieme des douze
Gouvernemens
Generaux
de
France , mais
.comme
cette
0.
divifion n'a été en ufage que
pendant
l'Affemblée
qui dura
environ
quatre
mois , l'on
n'y a plus cu d'égard
depuis
ce temps
là , & maintenant
C
a
Mij
140 MERCURE
le Comté de Foix avec les pays.
de Donnefan & d'Andorre
font un Gouvernement General
en chef,indépendant de
celui de Languedoc.Ilsont
des
Gouverneurs feparez qui ne
relevent point l'un de l'autre.
La Carte du Canal Royal
de Languedoc , pour la jonction
de l'Ocean & de la Mer
Mediterranée , eft une des
plus belles , des plus particulieres
, & des plus exactes que
M ' Nolin ait données au public
, elle contient trois grandss
feuilles . Divers Auteurs
en ont déja donné de lu-
"
GALANT. 141
J
Je
1
* fieurs grandeurs , mais depuis
Fan 1666 , que ce Canal fut
commencé , on a jugé à propos
d'y faire plufieurs chan .
gemens pour en rendre la navigation
plus aisée , ce qui fait
que ces Cartes ne font plus
fuivant l'état prefent des chofes
, comme celle cy , qui a été
gravée d'aprés un excellent
original , & qui vient de bonne
main. Il y a fur cette Carre
plufieurs particularitez
qu'on ne trouvera point fur
les autres qui ont été faites
de ce Canal . Les Diocefes
par lefquels le Canal paffe y
142 MERCURE
font diftinguez par despoints.
les uns des autres . La pluf
part des Aqueducs font gravez
cn plan autourde laCarte ,
& marquez d'un Chiffre pour
les trouver aifément fur la
Carte même felon leur jufte
pofition. Par exemple celuy
de Caftanet , qui eſt du Dio.
cefe de Toulouſe , eft chifré
deux fur la Carte & dans la
bordure , il en eft ainfi des
autres . Outre les principaux
Aqueducs , l'on trouve fur
la bordure des plans & des
petites Cartes particulieres
des endroits les plus confide
GALANT. 143
tables , comme font le magazin
des Eaux de S. Farriol ,
les Eclufes de Poncerane prés
de Beziers , la Riviere de Beziers
ou de l'Orbe , dans laquelle
paffe le Canal avec les
Pilots , Digues , & les Chauffées
qui fervent à fouftenir
les eaux pour fa conduite , le
Port de Cette par ou le Canal
communique avec la Mer
Mediterranée , une Carte de
la communication
de l'Ocean
& de la Mediteranée par
le Canal. Cette Carte fert à
à faire voir d'un coup d'oeil
comment fe fait cette com144
MERCURE
P
munication au travers des !
Gouvernemens Generaux de
Languedoc & de Guyenne.
Il y a encore une autre Carte?
particuliere de l'entrée de las
Garonne où Gironde , & c'est
l'lffue du Canal dans l'o
cean, L'Eclufe ronde d'Age :
de , & le Baflin de Nauroulez
font encore des endroits tresremarquables
; c'eft pourquoy
il y en a des plans gravez.
Cette Carte est encore
ornée des Blafons & Armoi
ries de tous ceux qui ont droid
d'entrer à l'affemblée de Etats
de Languedoc , comme font
Is
GALANT: $ 45
les Archevêques & Evêques ,
le Gouverneur , les Lieute
nans Generaux , & les autres
Seigneurs , Marquis , Comtes ,
& Barons , qui ont des terres
confiderables en Languedoc
où dans les Sevennes , l'Intendant
de la Province , les
Syndics Generaux , les Secretaires
& Greffiers des Etats ,
& autres y ont auffi leurs Blafons
. L'on n'a pas auffi ou .
blié d'y mettre les Medailles
qui ont efté frapées pour conferver
la memoire de ce grand
Ouvrage dans les fiécles à
venir.
Fiun 1697.
N
146 MERCURE
La Carte de Provence eft
diviſée en douze Senéchauf
fées , qui font fubdivifées en
vingt- quatre Vigueries . Juf
qu'à prefent elles n'avoient
point efté marquées exactement
fur les Cartes , comme
on les trouve icy. Les Villes ,
ou Bourgs qui envoyent aux
Etats de la Province , y font
diftinguez des autres , &
même leurs Armoiries fervent
d'ornement au Cartouche.
Les Côtes y font deffinées
plus exactement que fur les
autres qui ont paru ; & afin
que l'on puiffe comparer ai
GALANT: 147
fément les embouchures du
Rhône comme elles eſtoient
il y a plus de cent ans , avec
celles d'aujourd'huy , on en a
gravé une petite Carte féparée
fur la mefme Planche
pour en faire voir toute la difference.
L'on a auffi remarqué
les lieux qui ont titre de
Principauté , de Duché , de
Marquifat , de Comté , & de
Baronnie.
La Carte du Comté de
Flandre eft fort particuliére ,
quoy qu'elle ne foit que d'une
feuille. Elle eft tres- commode
pour les Gens de guer
Nij
148 MERCURE
tre. Ceux qui aiment la Geo .
graphie y trouveront uneTable
des Divifions Geographi
ques de ce Comté , qui font
en ufage dans le Pays , & ou
tre cela , les Jurifdictions qui
font poffedées par les Fran
çois , les Efpagnols , & les
Hollandois .
Les deux Cartes des Comtez
de Namur , de Haynaut ,
& du Cambrefis , n'ont efté
refaites que pour les rendre
plus amples & plus particulie
res que celles qui ont paru ,
& afin qu'elles fuffent plus
propres aux Gens de guerre.
GALANT. 149
LaCarte de Lorraine com
corn
prend les Duchez de Lor
raine & de Bar , avec la Seit
neurie temporelle des trois
Evêchez de Mets , de Toul ,
& de Verdun , qù font remarquées
les Terres qui y on
efté réunies par les Arrefts
de la Chambre Royale de
Mets , en l'an 1680. & c .
L'on ne trouvera fur aucune
Carte cette divifion , qui eft
cependant la feule qui foit
maintenant en ufage . Il n'y
a plus aujourd'huy de ces
Terres adjacentes , toutes
ayant eſté réünies aux deux
Niij
150 MERCURE
Duchez & aux trois Evêchez.
Les Seigneuries ou Jurifdic
tions qui font du Domaine
de ces Etats font diftinguées
de celles qui ne font que des
Fiefs qui en relevent ilya
des Lettres particuliéres qui
les font connoiftre & dont
on a donné l'explication . Certe
mefme Carte comprend
auffi les Prefidiaux de Mets ,
de Toul , de Verdun , & de
Sar-Louis , avec les Bailliages
de Longwy , & d'Epinal , qui
font indépendans des Prefidiaux
,felón les Edits du Roy
de l'an 1685. comme les limiCALANT.
151
4
sès de ces Prefidiaux & de
ces Bailliages , font tresdifferentes
de celles des
Duchez & Evêchez dont
nous avons parlé. On n'en
peut voir la difference que
fur deux exemplaires de cette
Carte , qui feront enluminez
feparément , fuivant la divifion
geographique des Etats ,
& fuivant les refforts de la
Juftice. Celuy qui voudroit
réünir ces deux Divifions fi
differentes fur un feul exemplaire
enluminé , gafteroit
rout , & tomberoit dans une
confufion fi étrange , qu'il në
N iiij
152 MERCURE
pourroit rien comprendre à
aucune de ces Diviſions , au
lieu que fur deux Cartes féparées
, il fera aifé de les com
parer l'une avec l'autre , & de
voir en quoy ces Divifions
s'accordent ou font differentes
. Cet avertiffement eft en .
core neceffaire pour la Carte
du Lyonnois dont on a parlé
dans le Mercure d'Avril der
nier. Le Gouvernement
ge- .
neral & militaire du Lyon
nois comprend les Provinces
du Lyonnois , du Forefts , &
du Beaujollois , qui ont leurs
limites particulieres ; mais les
GALANT 153
Elections qui compofent la
Generalité de Lyon , ont une
étendue toute differente de
celles des Provinces qu'elles
coupent en divers endroits ,
&& celuy qui en voudra voir
la difference aisément , n'en
viendra jamais à bout que
lors qu'il aura deux exemplaires
de cette Carte peints
differemment , pour les conferer
enſemble .
M' Nolin prepare encore
d'autres Cartes qui ne feront
pas moins curieuſes , ny
moins inftructives que celles
qu'il a données. Il fera en
154 MERCURE
forte qu'il y ait toûjours
quelques particularitez qui
les diftinguent de celles qui
auront paru avant les fiennes.
Quand elles feront au jour
on en donnera avis au Public.
L'avarice eft la paffion des
ames baffes ; mais elle poffede
fouverainement ceux qui s'en
font une fois laiffé attaquer ,
& ils n'y renoncent qu'en
quittant la vie. Un Cavalier
tres -eftimable de toutes manieres,
s'eftant attaché auprés
d'une jeune Demoiſelle , qui
GALANT: 15
avoit beaucoupde bien , en fur
écouté affez favorablement ,
pour avoir fujet de croire qu'il
ne tiendroit pas à elle que fes
prétentions ne réuffiffent , s'il
venoit à bout de gagner l'ef
prit de fes Parens . Il s'en falloit
beaucoup qu'il ne fuft
auffi riche que la Belle , & il y
auroit eu entre-eux une entiere
inégalité de ce cofté-là , s'il
n'eut pas efté l'unique heritier
d'un Oncle, qui ne s'eftoit
appliqué toute la vie qu'à
chercher les moyens de s'enrichir.
Il eftoit entré dans tou .
tes fortes d'affaires , & il avoit
156 MERCURE
toujours fi bien ménagé les
chofes , qu'il avoit gagné dans
toutes. Une grande épargne
jointe à ce bonheur luy avoit
fait amaffer des fommes immenfes,
& outre l'argent comptant
dont fon cofre fort étoit
rempli , & quantité de Billets
dont il retiroit un profit confiderable
, il avoit fait quelques
acquifitions de Terres
qui luy rapportoient un gros
revenu. La fucceffion d'un
homme fi riche cftant infaillible
au Cavalier , faifoit qu'
on jettoit les yeux fur luy
comme fur un des meilleurs
GALANT. $57
partis de la Ville ; & on s'en
leiffoit d'autant plus flater
qu'elle ne pouvoit estre longtemps
attendue , puis que
l'Oncle eftoit fort vieux , &
qu'il paffoit foixante & quinze
ans. Ainfi la Belle n'ayant
rien à defirer dans le Cavalier
du cofté de la naiſſance ny
des belles qualitez , on ſe préparoit
de part & d'autre à
figner le Contrat de ma
riage , lors qu'un incident
que l'on n'avoit pas prevû ,
yapporta des difficultez . Le
vieil Oncle demeura veuf lors
qu'il y penfoit le moins , Sa
18 MERCURE
Femme, qui n'avoit guere plus
de cinquante ans , fut emportée
en peu de jours d'une fiévre
continue ; & comme il
eftoit d'une richeffe extraordinaire
, on dit auffi toft par
touté la Ville qu'il alloit eftre
couru. La chofe arriva comme
on le difoit. On luy fit
faire des propofitions de toutes
parts , & de fort jolies perfonnes
, à qui la fortune n'avoit
pas efté auffi favorable
que la nature, commencerent
à briguer pour avoir la préfe
rence. Son grand âge , ny les
frequentes incommoditez nels
GALANT: 159
les étonnerent point . Elles
confentoient à facrifier quelques
-unes de leurs plus belles
années , pour eftre enfuite en
pouvoir de fe choisir un Mari
felon leur gouft . Le bon homwe,
en qui cet empreffement
fit renaiftre tout à coup certains
fentimens que fes années
devoient avoir entierement
affoupis crut qu'il
meritoit d'éftre recherché ,
puis qu'on luy venoit propofer
de jour en jour quelque
nouvelle Maiftreffe , &
fier des avances qui luy
eftoient faites , il voulut voir,
160 MERCURE
·
la plufpart de celles dont on
luy vantoit le merite & la
beauté. Plufieurs luyparurent
fort aimables , mais ce qui
eftoit tres chagrinant pour
un homme auffi avare que lui ,
il n'y avoit point à choiſir entre
- elles fur le plus ou moins
de bien , chacune en eftoita
aflez de dépourveuë . Il ne
fçavoit qué répondre , & on
avoit peine à le faire demeurer
d'accord , que dans l'âge
où il eftoit , s'il avoit envie
d'avoir une femme qui fuſt
jeune & belle , il falloit qu'il
l'achetaft. Du moins il fe mit
GALANT. 0161
en tefte, s'il en prenoit une ,
de la choifir au rabais , & de
s'arrefter à celle qui fe vou
droit contenter de moins que
les autres , car quoy qu'ileult
déclaré à toutes qu'il ne vouloit
faire aucune dépenſe , ny
rien donner de comptant, il
pouffoit fon avarice jufqu'al
prés fa mort , & ne pouvoir
coníentir que la Veuve qu'il
laifferoit , cuft beaucoup à reprendre
fur fon bien . Il eftoit
avantageur
pour le Cavalier
qu'il fuft de ce caractere . Cependant
le bruit qui courut
par tout qu'il pourroit bien
Juin 1697 .
O
162 MERCURE
fe remarier , fit peur aux Pa
rons de la jeune Demoiselle ,
qui avant que de figner les
Articles , demanderent que le
vicil Oncle s'obligeaft de
conferver fa fucceffion à fon
Neveu. Cette propofition le
mit en colere. Il dit que fon
bien eftoit à luy ; qu'il l'avoit
acquis par mille peines , &
qu'il y avoit une injustice
effroyable à l'en vouloir dépoüiller.
On eut beau faire
pour l'adoucir , & pour luy
faire entendre raiſon . Quoy
que le mariage qui estoit
preft de fe faire , s'il accordoit
GALANT 163
1
Q
la condition que l'on exigeoit
de luy , fuft d'une extrême
importance pour le Cavalier,
à qui la Belle échapoit par fon
refus , il fut impoffible de luy
faire rien figner. Ce qu'il avoit
amaffé par fon fçavoir faire ,
luy fembloit perdu pour luy,
s'il n'eftoit plus en pouvoir
d'en difpofer , & tout refolu
qu'il eftoit de le garder prétieulement
, jufqu'à fe priver,
comme il avoit fait toute
fa vie , des chofes commodes,
de peur de retranchet quelque
chofe d'un trefor qu'il ne
poffedoit qu'en imagination,
O ij
164 MERCURE
puis qu'il n'en faifoit aucun
ufage , il aima mieux mettre
fon Neveu au hazard de perdre
l'heureux avantage qui fe
prefentoit , que de confentir
à luy affurer fon bien aprés fa
mort. L'obſtination qu'il fit
paroiftte à refuſer tous ceux
qui luy en parlerent , ne laiffant
plus douter qu'il ne penfaft
tout de bon à un fecond
mariage , on fufpendit la con .
clufion de celuy du Cavalier,
juſqu'à ce que l'on euſt vu
quelle refolution prendroit le
bon homme. Le Cavalier en
fut vivement touché , & s'aGALANT:
165
larma d'autant plus , qu'il vic
tous les jours de nouvelles
tentatives auprés de fon
Oncle,pour l'engager à prendre
une Femme . S'il s'y réfolvoit
, elle pouvoit luy donner
3 un heritier qui euft emporté
* fa fucceffion , & il voyoit tout
à craindre s'il n'empêchoic
qu'il ne fe remariaft. Quand
même il feroit arrivé que le
bon homme n'euft point eu
d'Enfans , une Femme adroite
le pouvoit indemnifer
dans la fuite , du peu d'a .
vantage qu'il luy auroit fait
en l'époufant. L'avarice ne
166 MERCURE
tient pas toûjours contre l'a .
mour , & des manieres flateufes
ont grand pouvoir fur un
homme qui en fe remariant
lors qu'il n'auroit deu fonger
qu'à mourir , a déja fait la
plus grande des fottiles . Le
Cavalier qui avoit des efpions
chez fon Oncle , pour être infruit
de tout ce qui fe pafloit,
apprit qu'une mere luy menoit
ſouvent fa fille , que cette
fille étoit fort aimable , que
le bon homme la voyoit toû
jours avec plaisir , & qu'on
avoit commencéà parler d'articles.
Cet avis receu fit agir
GALANT. 167
le Cavalier. Il s'informa de
la mere , & de la fille. L'une
avoit toute l'adreffe & tout
l'efprit que l'on peut avoir , &
rien ne manquoit à l'autre du
cofté de la beauté. Le commerce
de ces deux perſonnes
étoit d'angereux pour le bon
homme qui paroifſoit ébranlé
, & qui donnoit lieu de
craindre qu'il ne fe laiffaſt
gagner tout à fait . Il étoit
lié d'intereft & d'amitié avec
un homme qu'il avoit affocié
dans la pluſpart des affaires
qui luy avoient réüffi . Le
Cavalier s'adreffa à cet ami ,
168 MERCURES
à qui il reprefenta le grandp
préjudice que le mariage dep
fon Oncle luy alloit faire , s'il
ne trouvoit moyen de l'en déng
tourner. L'ami qui regardois
le Neveu comme un parfatus !
tement honnefte homme
qu'il euft été ravi d'obliger
& qui d'ailleurs ne pouvoit
foufrir dans un homme age
l'aveuglement où étoit fon
Oncle, raifonna long temps
fur les mefures qui étoient à
prendre pour l'en tirer. Aprés
avoir bien examiné ce qu'il y
avoit à faire , il s'avifa tour
d'un coup d'un expedient
qu'il
GALANT 169
qu'il ne voulut
voulut point
lut
point
expl
quer au Cavalier , & qu'il luy
dit feulement eftre fort feur ,
pourveu qu'illuy promift d'approuver
la chofe quand il
l'auroit mife en état de réüf.
fir. Le Cavalier le laiffa maî
tre de tout , fans fe vouloir informer
de rien , & luy repera
qu'il luy étoit d'une fi grande
importance d'empefcher fon
Oncle de fe marier , qu'il n'y
avoit point de conditions
qu'il n'acceptaft pour avoir la
joye d'en venir à bour . L'ami
fur cette affurance alla trou
ver le bon homme , qu'il mit
1 Juin 1697. P
170 MERCURE
"
d'abord fur fon mariage, dont
il luy parla comme d'une cho
fe qu'il fçavoit être arreſtée,
Il ajouta qu'il étoit fâché
pour luy , qu'il cuſt vécu fi
long - temps en reputation
d'homme fage pour faire
enfin une folie auffi grande
qu'étoit celle de fe réfoudre
à fe marier à une jeune co.
quette qui luy donneroit mille
chagrins , en luy faifant dif
fiper en fort peu d'années , la
plus grande partie du bien
qu'il avoit eu tant de peine à
amaffer. Le bon homme nia
fortement la chofe , & aprés
a
GALANT. 178 .
913)
une longue conteftation , fur
ce qu'on difoit fçavoir avec
certitude qu'il étoit engagé
de telle forte qu'il n'étoir plus
en pouvoir deus'en dedire ,
fon ami finitzen offrant de
* parier telle fomme qu'il vous
droit qu'il ne mourroir poins
dans le veuvage Lebon !
homme fur qui Pintereft .
pouvoit beaucoup plus que
toute autre chofe, infilta furi
le pari & fon ami voyanc
qu'il mordoie à l'hameçon ,
lay dit qu'il fe tenoit fraffeuré
de fon fait qu'il étoit rout
preft de luy apporter dix mil
Pij
172 MERCURE
le écus , qui feroient à luy
comme faifant partie de fon
bien , s'il arrivois qu'il mouruft
fanss eſtre remarié , mais
qu'auffi s'ib fuccomboit à la
tentation de prendre une fem
me ,il feroit contraint dés le
lendemain de fon mariage, de
luy remettre cette même fom.
me , avec une autre pareille ,
puifqu'il auroit perdu le pa
ry. Le bon homme le voyant
le maistre de gagner dix mille
ecus , ne balanca point à aclaccepter
le parti , & fon ami alla
aufli toft rendre compte au
Cavalier de ce qu'il venoit de
a
GALANT. 173
•
faire , en luy offrant ce qui
pouvoit luy manquer de cette
fomme pour la fournir toute
entiere. Le Cavalier comprit
auffi toft , que fi fon Oncle
recevoit dix-mille écus , il ne
fe voudroit jamais marier ,
parcequ'ilfaudroit en donner
vingt-mille. On luy mit entre
les mains la fomme dont on
étoit convenu , & il s'obligea
de la rendre au double , s'il
fe laffoit d'eftre veuf. Il mit
bon ordre à éviter la tentations
il ne voulut plus fouffrir
aucun commerce de Femmes
, & onfe faifoit bannir
Piij
174 MRCUREE
de chez luy , fi-toft qu'on luy
propofoit d'en voire quelqu'une.
Ainfi l'Oncle & le
Neveu furent fort contens .
L'un regardant l'acquifition
nouvelle des dix mille écus ,
comme une bonne fortune ,
infultoit à fon amiqu'il croyoit
être la duppe des faux rapports
qu'on luy avoit faits fur
fon mariage prétendu , & l'au
tre,dont la principale affaire
étoit de s'affeurer fa fuccef
fion , prétendoit n'avoir pu
choifir un plus feur dépofitaire
des dix mille écus qu'on
luy avoit mis entre les mains ,
GALANT. 175
Il ne les garda que cinq ou
fix mois , & fa mort qui fuivit
prefque auffi-toft uneviolente
apoplexie , dont il fut
frappé , mit le Cavalier en
poffeffion de tous les biens.
On peutjuger ailément qu'on
ne fit plus de difficulté de
luy donner l'aimable perfonne
qui luy avoit été déja acl
cordée. Leur mariage fut fait
en fort peu de temps , & ils
vivent dans une union qu'il
paroift que rien n'eft capable
de troubler.
Voicy le dénombrement
P iiij
176 MERCURE
des Troupes qui fervent en
Allemagne .
ORDRE DE BATAILLE
de l'Armée d'Allemagne.
PREMIERE LIGNE .
M 'le Maréchal de Choifeul,
GENERAL .
Lieutenans Generaux.
Mrs le Marquis de Chamilly:
De Puifienx ,
D'Uxelles ,
De Renti ,
De Revel ,
De Villars.
Maréchaux de Camp
Mrs de la Londe ,
GALANT: 177
De Quelus ,
Du Bourg ,
De Rouffi ,
De Fremont ,
De Romainville.
BRIGADIERS.
Escadrons.
Mr le Chevalier d'Asfeld ,
Dragons.
Brigadier.
Gobert
Verac
Sailly
3
3
9.
CAVALERIE.
M'de Flamanville , Brigadier,
Gendarmeric 8
178 MERCURE
M' de Murfay, Brigadier .
Dauphin
Villiers
3
La Feüillade
3
8.
M'de Langallerie , Brigadier .
Gouffier
Langallerie
Royal
3
3
3
9,
: INFANTERIE . Bataillons,
M de Blanzac , Brigadier.
Normandie
Guienne
S.
M' de Chamarante , Brigadier.
La Reine
GALANT : 179 .
Beauce
Dragons du Roy d'Angle.
terre , à pied.
5 .
M'de Charmazel , Brigadier.
I
Royal Vaiffeaux
Dublin Irlandois
M' le Chevalier de Carcado ,
Brigadier.
Le Perche
Dauphiné
Charlemont Irlandois
1
Tierache
31.7
.6
M de Sailly , Brigadiers ."
Breffe
180 MERCURE
Quercy
Robecq
Auvergne
5.
CAVALERIE. Efcadrons.
Mr de Praflin , Brigadier.
Royal Rouffillon
Souvré
Talmont
M'de Biffy , Brigadier.
Biffy
Lifle du
Vigier
Monrevert
3
3
2
8.
9
M¹ de Mariyaux , Brigadier.
La Barre
3
GALANT 18
Marivaux
Colonel general
3
$3
8 .
Dragons, nochEscadrons.
M' de Givaudan , Brigadier.
Rannes
Givaudan
Lautrec Od
Plus
Met band 9.
Bataillons.
3
3
3
Royal Artillerie nogee M2
6 Compagnies de Canonniers.
62 Pieces de Canon , &
Mortiers.
182 MERCURE
SECONDE LIGNE.
Lieutenans Ceneraux.
Mrs le Duc de la Ferté.
De Melac , bor DJM
Bertillac,
De la Bretefche.
Maréchaux de Campan
Mrsde Baron d'Asfeld ,
Girardin,
De
Mongommery,
o Dǝ Mongon ,
stagequand a
BRIGADIERST .
Cavalerie. Eſcadrons
M'de Forfac , Brigadier.
Forfac
Melion
3
GALANT. 183
Şaint Maurice 3
8'
M' d'Efclainvilliers , Brig.
Efclainvilliers
Wits
Baur
22
3
8.
M ' de Lagny , Brigadier.
Broglio
Du Bordage
Lagny
T
1
I
INFANTERIE . Bataillons,
M' de Vaudray , Brigadier.
La Sarre
Bafligny
Albigeois
3
I
184 MERCURE
Limerik
La Boure
M'de Poitiers , Brigadier.
Morangis
Poitiers
!I /
1
Damas
Durechaux
Villers
M' du Gats , Brigadier.
Bearn
Du Gats
Permangle
Beaurepaire
1
•Hehr wint
GALANT ros
M' de Berulle , Brigadier.
Flandre
Beaugelois
Marignane
I
I
I
Villemaure
Mr de Sainr Pater, Brigadier.
Athelone
Marcilly
Belle-affaire
Vivarais
I
I'
I
I
Clerambaut , à preſent Mirabeau
CAVALERIE . Efcadrons.
Mr Horn , Brigadier.
Horn
Juin 1697.
186 MERCURE
Chafteaumorantiub AM
D'Imecourt almansson 13
Savines
10.0
3
Mr de Ligondez , Brigadier.
Saint Simon GeFor
Conflans
Ligondez
0352974
Dragons, danas
Bragelonne
2. De Languedoc
Lefttade
9
TOTAL
Escadrons 120.2
Bataillons
GALANT. 187
Ma dernière Lettre & cell
cy contenant le denombree
ment des Armées commandées
par Mrs les Maréchau3
de Villeroy , de Boufflers , de
Choifcul , & de Catinat , lorf
qu'elles font entrées en Campagne
, vous fçaurez à peu
prés à combien fe montent les
Trouppes de Terte du Roy ,
fi vous y joignez ſeize Bataillons
, & vingt fept Efcadrons ,
qui étoient d'abord commandez
par M. le Marquis d'Har-
Cour , & qui viennent d'être
feparez en Flandre & en Alemagne
, & l'Armée que M' de
Q ÿj
88 MERCURE
Vendofme commande en
Catalogne , dont je vous envoyerai
auffi l'Ordre de Bataille
, avant que de fermer
cette Lettre .
ellieh
1 Le Dimanche 16 de ce mois ,
M le Marquis de Dangeau ,
Chevalier des Ordres du Roy
& Grand- Maiftre de Noftre
Dame de Montcarmel , & de
Saint Lazare de Jerufalem ,
s'étant rendu dans l'Eglife des
Carmes appellez Billettes , y
receut pour Chevaliers du
mefme Ördre , M ' le Comte
de Nucheze , Neveu de M
le
Commandeur deNucheze ,
a
GALANT. 82182
e
nɔVice Admiral de France , &
Fils de Madame de Jeure Mil
let , qui eft de la Famille des
15 Comtes de Montbas & de
Maillé.
Leiombparoit depuis peu un Livre
nouveau, intitulé l'Arithmeticien
familier , enfeignant la
smaniere d'apprendrefans Maiftre
Arithmetique en perfection , contenant
une entiere explication de
tous fes principes , & de toutes les
regles utiles & neceffaires , tant
pourle commerce , quepour les Fi
nances ,avec un Trauéde l'alliage
des Metaux. L'Arithmetique .
étant une fcience des plus im
190 MERCURE
portantes dans les affaires &
dans les Negociations
, eftauffi
une de celles qui demandent
le plus d'application
pour en
être parfaitement inftruit
mais comme on la croit tresdifficile
à acquerir
, & qu'on
eft perfuadé que ceux qui la
fçavent l'oublient aisément ,
elle eft extremement
neglis
gée. L'Auteur à cru qu'ilpou .
roit défabufer
le public , en
luy donnant un traité qu'
trouvera fi familier & fi ins
ftructif , qu'il fera contraint
d'avouer, que cette fcience eft
tres facile à concevoir fron
GALANTM 191
fuit les preceptes , & les in
ftructions qu'il donne , & que
l'ayant acquife par raiſon , on
ne la
1
oublier. Le prepeur
miet motif qui l'a excité à
compofer cet Ouvrage , à été
de faire connoiftre qu'on
peut avoir la fatisfaction d'aprendre
fans maître une fcience
fi utile, que prefque per
fonne ne s'en peut paffer.
C'eft pourquoy il s'eft tresfoigneufement
appliqué à en
expliquer les principes , avec
netteté , afin d'en faire condevoir
les difficultez , comme
silles enfeignoit de vive voix ,
.
192 MERCURE
& il y a infere pour cet effet
tous les moyens neceffaires
pour en acquerir facilement
& en peu de temps une connoiffance
parfaite. Ainfi les
Amateurs de cette (cience A
qui fe ferviront du fecours de
fon Livre , peuvent s'affurer
de l'apprendre en perfection ,
& avec beaucoup de facilité,
puifqu'il donne poury parve
nir une entiere & parfaite ex- d
plication , & tour ensemble
tres - familiere , de tous les pringb
cipes & de toutes les Regles
d'Arithmetique. Ce livre et
de M' Binet, cy- devant Com
mis
GALANT. 193
mis en la Monnoye de Paris
pour la verification des
Comptes des Monnoyes , &
il fe vend chez le Sr Michel
David, fur le Quay des grands
Auguftins à la Providence .
On a eu avis par les lettres
de S. Gal du 29 du Mois paffé
que le different furvenu entre
le Prince Abbé & les Proteftans
de cette Ville là , étoit
heureuſement terminé . La
pieté des Carholiques y avoit
donné occafion ; l'opiniâtreté
des Proteftans , faifoit apprehender
des fuittes facheutes ;
& enfin par la prudence &
Juin 1697.
2
R
194 MERCURE
,,
S
les foins des Cantons Suiffes
la bonne intelligence càrété
entierement rétablie . Le
May huit Proceffions d'autant
de Villages dependants
du Prince Abbé de S. Gał
arriverent , felon la coutume
qui fe pratique tous les ans, à
l'Eglife de l'Abbaye . Elles
avoient porté leurs Croix, élevées
à la maniere des Catho
liques. Les Proteftans en furent
fi irritez , qu'ils refolu
renc d'infulter les Catholi
ques à leur retour. Ils amaf
ferent des Troupes , fe fortifierent
, & le mirent en état
GALANT
195
de tirer raifon par la force
d'un prétendu attentat , done
ils n'auroient pas deu s'offenfer.
L'Abbé fut bien toft
averti du deflein de fes Sujets.
Les Catholiques demeurerent
par fon ordre , avec leurs
Croix dans le Chasteau de
l'Abbaye , & pour plus gran
de fureté , ce Prince y fit encore
entrer fix mille hommes
de Garnifon . Les Suiffes qui
n'aiment la guerre que hors
de leurs pays , ont voulu ter
miner cette mefintelligence ,
& leur mediation à été acceprée.
Les Deputez , tant des
Rij
196 MERCURE
Mediateurs que des parties ,
te font affemblez à Ronfchac,
& font convenus que de
part & d'autre on poferoit les
armes. La Ville de S. Gal .
commença le 6 à ſix heures
us 103
du matin à demolir tous les
ouvrages qu'elle avoit faits
pour la deffence. Les Offciers
du Prince firent la même
chofe, aprés que les Habitans
curent commencé. A fept
heures du matin , les Habi
tans firent defiler leurs Trou
pes & les congedierent , &
auffi - toft le Prince renvoya
les fiennes , tant celles qui
GALANT 197
étoient ent dans
l'Abbaye , que
celles qu'il avoit dehors , Les
huit Croix enfuite
repaffe
rent au milieu de la Ville , &
on les porta fufpenduës
au
au lieu qu'elles
avoient
été apportées élevées. Les
Mediateurs
ont declaré que
cet acte ne portera aucun pré,
judice aux parties.
Les Vers qui fuivent , font
de Mr de la Sale .
Si-toft que le Printemps rever-
¿UOTE dit les ombrages ,
Du Rolignol aimable on entend les
SHOW/ lamages,
Au retour des Zephirs ſes raviffans
accords
R iij
998 MERCURE
Sont l'agreable effet de fes tendres
Toltransportsst com :
C'est dans les plus beaux jours qu'à
fachere Maifree ,
Il exprime avec art le zele qui le
preſſe.
"Mais faut il que fes chants , ainf
Ramours
b que
Ceffent dans la faifon qui nous rend
ces beaux jours ?
Que n'eft il dans les bois quelque
Beauté rébelle,
Qui luy put infpirer une flame èteruelle
!
Il explique fi bien fon amoureux
defir ,
Que luy prefter l'oreille eft un char-
Sumant plaifir. D
Hélas, fi (on Amante eft tropprom .
te à se rendre ,
C'est qu'il chante trop bien pour pou
voir s'en deffendre.
GALANT. 199
!
Je vous parlay il y quel .
ques années de la galan
fte que M le Marquis de Livry
donna à Monfeigneur le
Dauphin dans fa maifon de
Livry Ce Marquis a acheté
depuis peu la belle maiſon du
Raincy , que
feu M ' Bordier ,
Intendant des Finances , a fait
bâtir. Elle a appartenu depuis
fa mort , & celle de M de
Raincy , fon Fils , à Madame
la Princeffe Palatine , mere de
Madame la Princeffe , & enfuite
à Monfieur le Prince.
Comme Mr de Livry avois le
Marquilat de Livry avant que
Riiij
200 MERCURE
d'avoir acheté le Raincy , il a
obtenu des Lettres , par lef.
quelles il luy a efté permis de
vendre Livry fans le Marquifat
, & de transporter le
Marquilat à la Terre de Raincy
Rien n'a efté épargné pour
rendre cette mailon magnifi
que , celuy qui l'a fait bâtir
eftant un des plus riches hommes
de fon temps . Monfei
gneur en admira toutes les
beautez en y arrivant. L'ar
chitecture en parut fort belle
& de bon gouft; les Peintures
plûrent beaucoup , & les ap
partemens furent trouvez
GALANT. 201
ས
stres bien dorez. HOVE
On remar
qua dans le plafonds
de celuy
qui eftoit deftiné
pour Monfeigneur
, une Bacchanale
,
qui charma
tous ceux qui s'attacherent
à la confiderer
;
mais
le Sallon
qui occupe
le
milieu
du bâtiment
, attira
plus d'attention
. C'eſt auffi
le premier
qui ait efté fait en
France
auffi fpacieux
, & il eſt
encore
aujourd'huy
un des
plus grands
que l'on voye . Il
eft tres bien percé
, & tire du
jour de tous coftez
. On voit
au bas de la corniche
qui regne
he autour
de tres - beaux
202 MERCURE
bas - reliefs & au - deffus de
cette même corniche paroif
fent d'autres bas- reliefs , mais
fibien imitez en Camayeux
qu'on ne les peut regarder
fans y eftre trompé , & les
prendre pour de veritables
bas -reliefs . La veuë de ce
Sallon eft tres belle , & fait
découvrir quantité de tres
agreables paysages . Monfeigneur
amangé dans ceSallon ,
& lors que ce Prince s'y mit à
table la premiete fois , on fut
furpris de voir un Tableau au
milieu, & de la hauteur de ce
Sallon , fe détacher , & s'éleGALANT
203
ver infenfiblement jufques à
la voûte d'une petite chambre
qui fe trouvoit derriere ,
pour laiffer voir Philidor , &
la Troupe . On entendit auffi .
tofte un concert de Flûtes
douces , qui avoit quelque .
chofe de fi agreable dans ce
Sallon , qu'il parut nouveau
àceux qui entendent ſouvent
ces Inftrumens.Le lendemain
Monfeigneur eut le plaifir de
la Chaffe. Il joüa à l'hombre à
fon retour : & pendant que ce
Prince eftoit au Jeu , un Loup
vint fe prefenter à fa veuë à la
porte du Chateau , comme
204 MERCURE
pour inviter ce Prince à une
feconde Chaffe , dans laquelle
it auroit contribué à fes plaifirs
. Le Jeu eftant fini , Monfeigneur
le promena dans le
Jardin jufqu'à l'heure du Soupé
. Aprés cette promenade
ce Prince revint dans le Sallon
avec toute la Cour , Auffi toft
qu'on eut fervi , on vit paroî
trea tre autour de la table des Mu
ficiens de l'Opera en habits
de Theatre , qui commence.
rent un concert tout char ,
chanterentun Diamana
·
logue de Bacchus , de Comus
2001
& de Silene , fait exprés pour
GALANT
205
ou Citre chante au Raincy
Livry le Chasteau . La Mufi- muſi
que en parut excellence
, &
on la croit de M¹ le… ... les
Vers font de Mr l'Abbé Geneft
. On les entendit
, & on
Ies lut avec plaifir , & мonſeigneur
fut tellement
fatisfait
de ce Concert, ainſi que ceux
qui eurent l'honneur de manger
avec luy , que ce Prince
le fit recommencer
au fortir
$ de table. Le lendemain
, jour
du départ de monſeigneur
, ce
Prince alla encore à la Chaffe,
où il trouva , peut - eftre , le
Loup qui s'eſtoir preſenté le
310)
206 MERCURE
jour précedent aux feneftres
du Sallon . Monfeigneur fut
fort content de la maniere
dont M le Marquis de Livry
l'avoit receu , ce qui parue
dans le récit qu'il en fit aux
Dames qui dînerent avec luy
à Meudon à fon retour . Tous
les Officiers qui fe font trou
vez au Raincy , pour y fervir
Monſeigneur , ont efté comblez
des honneftetez de Mr
de Livry. Ils avoient fur le
champ tout ce qu'ils pous
voient defirer ; ou plûcoſt on
prenoit foin de prévenir tous
leurs fouhaits . Ceux qui ont
GALANT 207.
accompagnés Monfeigneur
dans cette promenade , font
Monfieur le Duc de Chartres,
Monfieur le Duc, Monfieur, le
Prince de Conty, Mr le Duc de
Grammont , Mr le Marquis
de Dangeau , Mrs de Florenfac,
de Sainte Maure , d'Heudicour,
de Chevry,& de Cayeux,
& Mr l'Abbé de Lignerac.
·
Le Sr Claude Rouffel , Graveur
vient de mettre aujour
une Carte particuliere de la
principauté de Catalogne &
du Comté de Rouffillon , en
deux grandes feuilles , dref.
208 MERCURE
fées fur les Memoires de M
le Maréchal Duc de Noail-
#
les . C'eft la plus ample de toutes
celles qui ont paru. On
n'avoit point encore veu une
divifion fi étenduë , ny
exactedes Vigueries de l'une &
de l'autre Province . Les plans
des principales places font
gravez au bas de la planche
& tous les grands chemins,
fur tout les paffages des Pirenées
y font obfervez dans la
derniere regularité. Nous devons
cette Carte aux foins
de M' l'Abbé Baudrand , affez
connu pour fa grande capa
GALANT. 209.
cité dans tout ce qui regarde
la Geographie . Elle fe vend à
Paris chez ledit Rouffel ruë
S. Jacques , à l'Enfeigne de
la Samaritaine prés la ruë du
Plâtre.
nes
Voicy les noms des perfon
confiderables , mortes depuis
ma derniere lettre.
Meffire Claude Antoine dela
Tour , Comte de Rochefortd'Ailly
, Seigneur de Zoze.
vant & de Bicoz.llavoit épou
fé Marie de Machault , veuve
de Jacques des Bergers Baron.
des Salles , & fille de Jean de.
Machault , Seigneur de S. Su-
Juin 1697 .
S
zro MERCURE
100
plex , & de Montmor en Brie,
& de Michelle de Nouel . O
M le Marquis de Montjay.
Il a deux garçons , entr'autres
enfans , dont l'un eft
dans le fervice , & l'autre Chevalier
de Malthe. zoong
Meffire Louys Pachau
Maître Ordinaire en la Cham.
bredes Comptes de Paris &
auparavant Correcteur des
Comptes.
magi ?
Meffire Charles , Comte de
l'Hôpital , cy - devant Commandant
pour Sa Majeſte ,
dans les Villes & Principadtez
de Monaco , Gouverneur
GALANT 211
des Villes & Principautez de
Château Regnault , & Commandeur
de l'Ordre du mont..
Carmel & de S. Lazare de Jerufalem.
o
6
Meffire Charles Courtin , Scigneur
des Menus , frere de M
Courtin Doyen des Confeillers
d'Etat , & cy- devant Ambaffadeur
en Angleterre . Ils
font fils d'Achilles Courtin ,
Seigneur & Comte des menus
Confeiller d'Etat , & de
Jeanne Barentin , fille de
Charles Barentin , maître des
Requeftes , & de Madeleine
Carréspetit - fils de jean Cour .
Sij
212 MERCURE
1
tin , Confeiller au Parlement ,
& de Marie Hennequin , fille
de Dreux Hennequin , Sei.
gneur d'Am , Preſident en la
Chambre des Comptes ; &
de Renée Nicolai , & arriere
petits fils de Guillaume
Courtin , Seigneur de Rofay
Confeiller au Parlement , &
d'Anne le Cirier , fille de Jean
le Cirier , auffi Confeiller au
Parlement.
25 Mademoiſelle le Picard ,
Dame d'Aubercour , morte
dans fa vinge fixiéme année.
Elle étoit fille de мeffire François
le Picard , Seigneur d'AuGALANT
213
a
bercour , Prefident des Treforiers
de France , en la Generalité
d'Amiens , & de Dame
Anne Benard de la Fortereffe .
Cette Demoiselle quoyque
jeune , bien faite , & ayant du
bien confiderablement ,
vêcu depuis qu'elle s'eft veuë
fans pere & fans mere , dans
une penitence, & dans une auufterité
que l'on auroit peine à
croire , fi on rapportoit quelle
étoit fa vie . Elle couchoit depuis
plufieurs années fur une
fimple planche élevée fur
deux treteaux , & ne fe nour .
riffoit que de potages aux her214
MERCURE
M
bes fans beure , ou de legu
mes à l'huile Elle a fouhaité
d'être enterrée dans le mo
nastere des Dames Religieufes
de Popincourt au Fau
bourg S. Antoine , où elle a
fondé une мeffe à perpetuité!
Mr. l'Abbé de Lionniere
mort dans fa trentiéme an
née , le premier jour de ce
mois leftoit d'une familles
où l'efprit & la valeur font
comme hereditaires . L'as
mour qu'il avoit pour les bals
les lettres , luy avoit dons
né beaucoup d'attachement
pour l'étude , & il faifoit un
GALANT 25
de fes plus grands plaifirs de
cettes oforte d'application
Quoyque dans un bâge fort
peu avancé , il avoit compofé
Hiftoire des mouvemens
de l'Europe en fept Volumes ,
le Tableau de l'Eglife en deux
Tomes, les caracteres des He-
Foss, & un Traité des intereſts
de tous les Princes du monde
& du Genie & des Coutumes
des Nations.ll avoit efté nommé
depuis trois mois pouraller
au Grand Caire en Egypten
enoqualité d'Envoyé & de
grand Conful. Il eftoit d'une
Academie qui fe tient à Caën
2 : 6 MERCURE
chez M' de Segrais , l'un des
quarante de l'Academie Fran .
çoife , & voicy ce que M¹ de
Segrais a écrit de luy.
Nous venonsdeperdre M l'Ab ·
bé deLionnière . C'eftoit un homme
d'un rare merite , &• dont le ge .
nie vafte & élevé promettoit de
grandes choses. Toute noftre Academie
en eft vivement touchée , &
nos Mufes en marqueront nos regretsquand
elles auront effugé leurs
larmes , & qu'ellesferont revenues
de leur douleur , Il estsurprenant.
que n'ayant pas encoré trente ans ,
ilfuft Docteur de Sorbonne , qu'il
cust composé plufieurs ouvrages.
de
GALANT 2130
·
de Panegyriques d'Hiftoires ,
d'Humanitez de Theologie , eg
de Politique , & qu'ilfceuft parfaitement
le François, le Latin ,
le Grec , l'Italien , l'Espagnol ,
l'Hebrew , le Syriaque , & prefque
parfaitement les Langues
Allemande & Turque. Il tras
vailloit depuis deux années à engager
une de fes Parentes àfonder
un Prix d'Eloquence dans noftre
. Academie , res affurément il
y auroit réuffi. Il eftoit aimé de
tous ceux qui le connoiffoient.
Outre qu'il eftoit beau de visage ,
d'une belle taille & d une phyſionomie
tout à fait heureuſe , il
Juin 1697.
T
218 MERCURE
avoit l'esprit naturellement doux,
poli, complaifant , honnefte , &fi
aifé , qu'il apprenoit enfort peu de
temps , ce qui coûte aux autres
beaucoup de travail . Il eftoit ad
mirable pour la conversation , en.
trant dans le détail de toutes les
conditions , foûtenant fort
agreablement toutes fortes de caractéres.
Il avoit de la voix , ai.
moit la Mufique , &fçavoit fort
bien jouer du Theorbe & de la
Guitarre ; mais ce que j'eftimois
le plus dans cet Illuftre Abbé ,
c'eftoit fon bon naturel , fon ben
coeur , &ſa belle ame.
GALANT: 219
Le 16 de ce mois , M l'Abbé
d'Aquin, cy devant Agent
General du Clergé , fut lacré
Evefque de Frejus en l'Eglife
de Sorbonne. La ceremonie
fut faite par M l'Archevêque
d'Aix , qui avoit pour affiftans
Mrs les Evefques de Couftances
& de S. Flour, Mle Cardinal
d'Eftrées , & Mr le Nonce
s'y trouverent avec plus de
trente autres Prelats. On ne
doit pas en être furpris , cet
Abbé s'étant acquitté de fon
Agence Generale à la fatisfaction
de tout le Clergé . U
donna enfuite un magnifique
Tij
220 MERCURE
repas aux principales perfon.
nes qui avoient affifté à la ceremonie
de fon Sacre.
Le 19 M' le Prince de Galles
reçeut le Sacrement de
Confirmation dans la Cha
pelle du Chateau de S. Ger.
main en Laye , par м ' l'Are
chevefque de Paris , en pre
fence de m' le Nonce & de
tous les Ambaſſadeurs qui
font en France . Ce Prince en-
Tra le lendemain dans fa dixiéme
année.
Vous avez vû dans ma der.
niere Lettre tout ce qui s'eft
paffé au Siége d'Ath , jufques
GALANT 221
au 24 de may. Il faut vous em
donner la fuice , mais avant
que d'entrer dans ce détail
je vous diray que la tranchée
étoit tous les jours montée
par fix Bataillons , trois à l'ate
taque de la droite , & trois al
celle de la gauche , qu'outre
les trois Bataillons qui montoient
tous les jours à chaque
attaque, ily avoit encore deux
cens cinquante Fuziliers , &
une Compagnie de Grenadiers
détachez des autres Regimens
, commandez par un
Lieutenant General , & un
Brigadier d'Infanterie, & l'at
Tiij
222 MERCURE
taque gauche par un marés
chal de Camp. Les Regimens
qui n'étoient point de trans
chée , ceux qui ne la devoient
pas monter , & ceux qui ne
la defcendoient pas , fournit
foient les travailleurs , & les
meſmes Regimens faifoient
relever le jour , les travailleurs
qui avoient été de tranchée
la nuit. On en a fourni pens
dant les premiers jours , juf
qu'à mille à chaque attaque .
pendant la nuic & aurant
pendancle jour. Le nombrea
diminué a mefure que le tra
I
vail a avancé. La tranchée a
GALANT. 223
auffi été montée chaque jour
par un Ingenieur en cheff
ou chef de Brigade.
Le 27 , noftre Canon fir
taire en moins de fix heures
celuy des affiegez , enforte
qu'ils ne tirerent plus que de
deux pieces du cofté de l'at
taque. Prefque tous les para
pets du bastion que l'on aita
quoic furent emportez. Huit
guerites des remparts,les murailles
du rempart depuis le
cordon juſques aux parapets
furent mis à bas , aux faces des
deux baſtions & de la courti
ne des deux mefmes baftions
Tiiij
224 MERCURE
qui étoient du cofté de l'ar
taque. Les ennemis remon
terent une de leurs batteries,
mais feize volées de noſtre
Canon les remirent par terre,
& la tranchée fut pouffée jufqu'à
douze toiſes de la contreſcarpe
. On tira enfuite à
Ricochet , pour infulter les
Affiegez , & les aller chercher
jufques dans les endroits les
plus cachez , à quoy on réüflic
fi bien , que le jour perſonne
ne paroiffoit , ny fur les che
mins couverts, ny fur les rem
parts . Comme noftre canon
n'avoit pas tiré fi - toft qu'à
JGALANT 228
l'ordinaire à caufe que M
de Vauban avoit voulu pour
épargner du monde & luy fai
re faire plus d'effet , qu'il fur
placé dans un lieu , où il pûr
demeurer tant que dureroit
le fiége , les Ennemis étonnez
de voir tant avancer nos
tranchées fans Canon , raille
rent nos Soldats , avant qu'il
cuſt commencé à tirer , & leur
demanderent de deffus les
remparts , ce qu'ilétoit devenu,
& s'ils l'avoient vendu pour
avoir du pain. Ils en curent
peu de temps aprés des nou
velles à leurs dépens , comme
226 MERCURE
vous venez de l'apprendre.
Le matin du 28 , deux batte
ries de douze mortiers chacune
, jetterent des bombes
de douze pouces , qui pe→
foient deux cens cinquante
livres , l'une à l'attaque de la
droite , l'autre à l'attaque de
la gauche , feulement fur les
ouvrages qui étoient atta
quez , à cauſe qu'on voulut
épargner les maiſons de la
Ville. La troifiéme dont les
bombes étoient de dix- huit
pouces , & pefoient cinq cens
livres chacune , rira fur l'éclu
fe qui retenoit les eaux dans
}
CALANT. 227
le foffé , où il y en avoit huic
pieds, & une inondation des
deux coftez de la Haute- Den.
re. La nuit du mefme jour fut
employée à perfectionner les
Ouvrages de la tranchée , &
à la nettoyer. On pouffa les
deux a tranchées en Zigzag
par fapes , fçavoir celle de la
droite jufqu'à douze toifes
de la contrefcarpe , & celle
de la gauche jufqu'à treize.
La veuë de мde Vauban
étoit de chaffer les ennemis
du chemin couvert , par le
Canon qu'il faifoit tirer à
Ricochet. La mefme nuit
218 MERCURE
Monfieur le Comte de Tou
louſe , & Mrs les maréchaux
de Bouflers & de Catinat alle
rent vifiter les travaux de la
tranchée , quoy que Monfieur
le Comte de Touloufe , qui
n'eftoit point de l'Armée qui
faifoit le Siege , euft pû s'em
difpenfer ; mais l'ardeur de ce
jeune Prince le faifoit trouver
par tout où il y avoit de la
gloire à acquerir en s'expofant
, & il auroit fouhaité qu'-
on luy euft permis d'eftre par
tout où le peril eftoit le plus
évident. La nuit du 29.au 30
on pouffa les travaux jufqu'au
GALANT 229
Chemin couvert . A cinq heu
res du matin on fe logea fur
la Contrefcarpe , & les lignes
dés Baltions s'eftant communiquées
, les Ennemis abandonnerent
la demi - lune de
Bruxelles . Ils fe jetterent dans
la Ville , leverent les ponts , &
ne laifferent perfonne dans le
Chemin couvert que l'on em
braffoit. On avoit difpofé des
Troupes pour l'affaut , & on
les avoit envoyées à la refte
des premiers boyaux , mais
contre l'ordinaire on fit paffer
les Travailleurs devant- La
molle défenſe que les Affic
230 MERCURE
gez avoient faite jufque- là ,
fit croire qu'ils n'auroient pas
affez de fermeté pour difpu
ter la Contrescarpe. Sur ce
fondement on plaça les Travailleurs
feuls fur les capitales
des Baſtions de Namur & de
Limbourg, & de la demi - lune
d'entre- deux , depuis l'extre
mité des zigzags jufqu'aux
paliffades des angles faillans
desChemins couverts de tout
ce front , & on les fit enfuite
étendre de la droite à la gauche
pareillement aux faces
fur deux toifes de long , toujours
fur le bord de la paliſſa
*
GALANT. 238
:
5
5
de. Les Ennemis cederent
tranquillement les Chemins
couverts à la premiere veuë
des gens , qui n'avoient pour
Loutes armes que des pioches
& des pelles , & ils le retirerent
dans ceux des Baſtions
qui n'eftoient point attaquez,
fans qu'il fuft beſoin de leur
prefenter aucun homme ar
mé. Cependant ils firent un
tres-gros feu pendant le reſte
de la nuit , du rempart de la
Place & des ouvrages voisins .
M'de Vauban receut un coup
d'une balle de mousquet, qui
heureuſement ne le toucha
232 MERCURE
qu'après avoir percé un ſac à
terre. Le Chirurgien qui le
panfa voulut faire une ouver
ture à l'endroit de la contufion
, mais il s'y oppola , en
difant , que cela l'empêcheroit
d'agir pendant le reste du Siege ,
& qu'il aimoit mieux courir le
rifque qu'ily avoit en ne faifant
pas ouvrir fa playe . Le Chevalier
de Pizy , Ingenieur , receut
un coup qui luy caffa le bras ,
& qui luy entra un peu dans
le corps ; & M' de Vialis, auffi
Ingenieur , eut le pouce de la
main droite emporté. Ily eut
trois Sapeurs & quinze Sol-
901
GALANT 233
dats de tuez , & vingta trente
de bleffez, M' le Maréchal
de Catinat & M de Vauban
pafferent la nuit à la tranchée.
On fir le 30. un détachement
de Mineurs pour travailler à
la defcente du Foffé de la Demy-
lune. La nuit du 30. au 31 .
on fit la communication des
deux attaques , & l'on dreſſa
deux Batteries , l'une de trois
pieces , & l'autre de deux ,
qui commencérent à tirer le
marin du 31. Elles battirent
les deux faces de la Demy- lur.
ne de la gauche , & fon angle
faillant. On fit la nuit du 31.
Juin 1697.
V
234 MERCURE
au premier de Juin à la face
gauche de cette Demy- lune ,
une defcente du chemin couvert.
M¹ de Joinville , Ingenieur,
y fut bleffé legerement ;
& 'M' Emonin , Capitaine ge
neral des Charois d'Artillerie,
le fut dangereufement
, en
reconnoiffant
le chemin pour
mettre les cinq pieces de Ca
non en batterie fur la palif
fade. Il s'eftoit avancé dix
pas à découvert de l'entrée
du Boyau . Il y eut un Lieus
tenant des Grenadiers de
Poitou tué , dix ou douze Soldats
bleffez , & deux de nos
6
GALANT: 235
Sapeurs emportez d'une de
nos Canons qui tiroit à rico
chet. On travailla pendant le
jour à une batterie de huit
pieces pour battre en bréche
la face du Baftion gauche
& pour faire le foir une def
cente du chemin couvert visà
- vis l'angle faillant de ce
Baſtion. Trois de nos groffes
I bombes tombérent fur le Batardeau
, qui retenoit l'inondation
à la gauche de no-
Atre attaque. Elles ficent une
fi grande ouverture au Ba
fardeau , que l'inondation
diſparur & s'écoula , & on re
V ij
236 MERCURE
marqua à la muraille que l'eau
des Foffez avoit diminué des
cinq pieds. M'Salomon In-s
genieur receut un coup de
moufquet proche de la veines
cave. Le premier Juin on fitt
un logement fur la pointe de
la Demy-lune de la gauche
dans laquelle les Ennemist
avoient un retranchement.
Ils en voulurent fortir pour
chaffer les noftres de leur los
gement , mais ils ne réüffirent
pas. Il y eut un Sapeur tué
& cinq ou fix Grenadiers
bleffez. On fit une defcente
du foffé vis -à- vis de l'épauleGALANT.
237
ment gauche à noftre égard ,
au Baftion de la gauche , &
aprés qu'on cut pouffé le
: Boyau tout du long de l'ef
carpe du Foffé , l'on ferendit
maistre de la Place d'Armes.
On difpofa ce jour- là fix pieces
de Canon pour battre en
bréche la face droite du Baf
tion de la droite , & quatre
pieces pour
battre les flancs.
On en prepara autant pour
battre le Baſtion de la gauche.
Outre toutes ces batteries
, on en mit encore deux
en eftat , de quatre pieces
chacune ; l'une , tout à la
238 MERCURE
3
droite de la tranchée pour
battre en ricochets la Demy.
lune de la droite ; & l'autre ,
tout à fait à la gauche , par
de - là la Denre , pour battre
de revers & en ricochets le
Baſtion de la gauche. La
nuit du 1 au 2. on avança la
Sappe à la droite , aux deux
tiers de la Demy- lune . Une
Compagnie de Grenadiers
d'Artois chaffa le matin cinquante
hommes qui eſtoient
dans la traverfe de la Place
d'Armes du chemin couvert
de la droite , & en tua quatre
ou cinq. On continua le tras
GALANT-1 239
vail fans eftre incommodé
des Ennemis dans le réduit
de la Demy-lune. Il y eut au
travail de la droite environ
e quarante Soldats tuez ou
bleffez , & un Capitaine de
Vermandois . M' de Saint-
Maurice , Capitaine de Ca ;
1 nonniers , & M Mercier .
Ingenieur furent bleflez , &
M'Courtin Ingenieur fut tué.
M' Emonin mourut de fe's
bleffures. M'de Vauban mar .
#qua deux batteries de dix
Mortiers chacune pour battre
en bréche les deux Baftions
attaquez. Il marqua auffi
1
•
240 MERCURE
deux endroits pour faire la
defcente du Foffé. En mer-h
tant le Canon en batterie fur
le chemin couvert , la nuit du
2. au 3. il y eut quatre che.
vaux de tuez & vingt de blef
fez. Vingt pieces de Canon
battirent en bréche les faces ,
& ruinérent les flancs oppo
fez à l'attaque des Baftions de
Namur , & de Limbourg, M
de Marfouliere & Monlibert ,
Ingenieurs , furent bleſſez.
Sur les onze heures du matin,
un Capitaine , un Lieutenant,
un Enfeigne , & environ foixante
Soldats des Troupes de
Brandebourg ,
GALANT 241
Brandebourg , qui s'eftoiene
retranchez dans le reduit de
la demi- lune de Barbançon ,
& qui avoient eu quatre Sol
dats bleffez & quatre tuez,
voyant qu'il leur feroit im
poffible de nous chaffer de
l'angle que nous occupions ;
que d'ailleurs nous leur avions
coupé la retraite par la
rupture du pont qui leur donnoit
communication avec la
Ville , & que l'on commen
çoit à les entourer , demande.
derent à fe rendre à difcretión,
de crainte que la nuit
fuivante on ne les paffaft au
Juin 1697. X
24 MERCURE
fil de l'épée. On trouva dans
ce reduit beaucoup de muni .
tions de guerre & de bouche .
Dés que les Troupes en furent
forties , on fir un loge.
ment à la gorge de cette demi-
lune , & une communication
avec ceux qui avoient
efté faits fur l'angle & dans le
centre de cette piece . Il y eut
ce jour- là fept à huit Canon.
niers tuez , & м Berangers,
Commiflaire Provincial d'Ar
tillerie , fut auffitué. On continua
de battre en flanc deux
Baltians , & l'on mir double
charge de poudre dans les
GALANT. 243
1
Canons pour les ébranler da
vantage , & les faire plutoft
ébouler. On fir une bréche
au Baſtion de la gauche appellé
le Baftion de Namur ,
de vingt toiſes de large. Nos
boulets à ricochets incommodoient
tellement les En
nemis , qu'ils n'ofoient fe
1 montrer , &l'on affure même
qu'ils leur ont tué cent homa
mes en un feul jour. Le 4. lá
face droite du Baſtion de
Limbourg tomba , & l'on tra
availla aux fafcines pour le
paffage du Foffé , & à perfectionner
les defcentes. Cepen-
X ij
244 MRCUREE
dant vingt un mortiers pofez
fur les faces du chemin couvert
de la Demy- lunė , deſoloient
les Ennemis . On fit
differens boyaux & d'autres
Guvrages dans la Demy - lune
pour y pofter les Troupes qui
devoient eftre commandées ,
tant pour monter à l'affaut
que pour foutenir celles qui
devoient y monter , & tout
du long de l'eau vive qui eſt
dans le Follé au pied du rampart
, depuis l'endroit de devant
la bréche du Baſtion de
la droite jufqu'à celle du Bas
Rion de la gauche , les dé
GALANT. 245
combres qui eftoient tombez
des bréches dans l'eau
des Foffez l'ayant comblée
en partie , on continua à la
combler. On le preparoit à
donner l'affaut les au foir.
Les bréches faites aux deux
Baſtions eftoient des plus
aifées qu'on cuft encore vûës,
& cinquante hommes pouvoient
y monter de front,
Les Ponts fur les Foflez de la
Place eftoient en eftat , & M
le Comte de Marcin eftoit
commandé avec vingt Com
pagnies de Grenadiers , lors
que les Ennemis , qui n'eſpe
I
Xiij
246 MERCURE
roient aucun fecours & qui
apprehendoient d'eftre pris
de force , demandérent à capituler.
S'ils euffent attendu
qu'on cuft touché la bréche ,
on avoit refolu de ne les recevoir
qu'à difcretion . Ils de
mandérent à fortir de la Pla
ce le n. & M' de Catinat les
obligea de fortir le . ils
prierent qu'on leur accordaft
fix pieces de Canon ; on leur
répondit qu'ils s'en eftoient
trop bien deffendus , & qu'ils
refteroient dans la Ville . Ils
demandérent fix Chariots
Couverts. M' de Catinat y con
GALANT 247
fentit , à condition qu'ils fe
roient vifitez , & les perfon
nes fufpectes demafquées. Ils
vouloient eftree conduits à
Bruxelles ou à Oudenarde ,
mais ce General voulut qu
on les conduifituà Dender.
monde. lls furent obligez
de livrer les Deferreurs & de
remettre cinq Officiers dif
tinguez, qu'on garderoit juf
qu'à ce que les Ennemis euffent
rendu en payant , cinq
perfonnes qu'ils retiennent
dans la Citadelle d'Anvers ,
depuis la prife de Namur
fous pretexte de faire payer
X₁₁iij
248 MERCURE
&
du
par ce moyen ce qui eſt dû
aux Habitans par la Garnis
fon Françoiſe
, fans que les
Ennemis ayent voulu les dé
livrer , quoy qu'on ait offert
plufieurs
fois de la part
Roy d'acquitter entiérement
ces dettes , dont ils n'ont ja.
mais voulu donner un eſtat
Les cinq perfonnes qui furent
données pour otages , font
M❜le Prince de Chimay , Che
valier de la Toifon d'or , M
de Lacatoire , Lieutenant Co
lonel , un major , & deux Capitaines
, qui furent conduits
Valenciennes
. La Garniſon
sta WEB CORS
BIBL
YON
Hipase 23, T
bet co wolow ca dor en
es
MAJA
ushabandiones
ela
FErtinger
GALANT. 249
fortit le 7. au nombre de deux
mille cinq cens hommes
ayant en tefte мr le Comte
de Roux , Gouverneur de la
Place , fuivi de m' le Prince
d'Anhalt , & des autres paincipaux
Officiers qui faluerent
en paffant м le Maréchal de
Catinat , & Monfieur le Com
te de Toulouſe. Je vous en
voye le Plan des attaques que
j'ay fait graver.On ne sçauroit
le voir fans admirer les tra
vaux qui ont efté faits de
vant cette Place. Vous trou
verez en lifant ce qui fuit
l'explication des Lettres qui
250 MERCURE
font gravées fur ce Plan.ma
A. Six Batteries de fix pieces
de Canon chacune , pour
e battre àricochet les deux
Baftions , la Demy-lune , &
les Contrefcarpes du from
© de l'attaque .
t
B. Deux Batteries , chacune
de quatre pieces de Canon
pour le même effet.
C. Batterie de deux pieces
de Canon pour battre l'E .
clufe.
D. E. Batterie de trois gros
Mortiers & de neuf ordi
naires.
GALANT. 251
F. Batterie de douze Mortiers
ordinaires .
G. Deux Batteries , l'une de
deux & l'autre de trois
* pieces de Canon pour battre
en bréche la Demy-lu
ne..
H. Ilya avec ces cinq pieces
de Canon vingt-un Mortiers
que l'on a tiré des Bat
teries.
E. F. I. Deux Batteries , chacune
de fix pieces de Ca
non , pour battre en bré .
che les faces des Baſtions .
K. L.M. N. Endroits où
l'on a fait les paffages du
252 MERCURE
Fofflé pour monter à l'af
faut.
La prife d'Ath donne au
Roy quatre Camps où fes
Armées peuvent vivre aux
dépens des Ennemis . On a
mené à Tournay trente
pieces de Canon de celles
qui eftoient dans Ath. On a
trouvé que nos Canons en
ont percé plufieurs pieces
par le milieu , & qu'ils ont
fait aux plus gros , vers la lumiere
, des trous à mettre la
tefte.
Le Mardy 18 de ce mois)
le Roy fit voir les Ecuries à
GALANT. 253
Madame la Princefle de Savoye.
Il commença par fa petite
Ecurie,qui n'eft pas moins
confiderable par la quantité
des plus beaux chevaux de
l'Europe qu'on y voit , que
par la grandeur & la magnificence
de fes baftimens . Une
nombreuſe livrée , diftribuée
dans chaque rang , faifoit remarquer
d'abord, que la grandeur
du Roy paroift julques
dans les moindres chofes . Sa
Majefté entra par le double
rang de cette Ecurie , où il y
avoit fix attelages des plus
beaux que l'on puiffe voir,
お
254 MERCURE
Delà ce Prince paſſa au Dome
qui eft un tres beau morceau
d'Architecture . On y avoit
fait placer douze petits Che→
yaux noirs à courtes queues,
qui fervent aux caleches defti .
nées pour la promenade. Ils
étoient tenus chacun par un
petit poftillon , ce qui parue
auffi fingulier qu'agreable. Le
Roy paffa enfuite dans tous
les rangs ou eftoient les che→
vaux , aprés quoy il alla voir
ceux de Monfeigneur. Ce Print
ce étoit arrivé quelque temps
auparavant pour attendre Sa
Majefté. Mrle Nonce , Mi
GALANT. 255
l'Ambaſſadeur de Portugal
, & plufieurs autres Am
baffadeurs & Envoyez , s'y
trouverent aufh . Monfei .
gneur fit voir les chevaux au
Roy & luy en montra
un grand nombre de tres
beaux qu'il avoit fait venir de
puis peu de fon Haras , qui eft
en Balle - Normandie . On
paffa de là dans la Salle des
exercices des Pages , où Sa
Majefté vit voltiger affez
long- temps. Elle rentra enfuite
dans l'Écurie , pour aller à
fa Sellerie , & à celle de Monfeigneur.
Il faudroit un long
256 MERCURE
decail pour en bien faire
connoiftre la magnificence
Aprés qu'on eut admiré ces
deux Selleries , le Roy monta
en Caroffe pour aller à fa gran
de Ecurie , où cinquante Pages
en haye attendoient Sa
Majefté à la porte, par laquelle
elle devoit entrer. Le Roy
vifica rous les rangs , où tous
les chevaux eftoient auffi en
bridons . Il alla aprés cela dans
la Sellerie de cette Efcurie ,
qui n'eft pas moins belle que
celle de la petite.Au fortir.
de là , ce Prince monta en
caroffe pour aller dans le ma
GALANT 257
nége découvert , ou il avoit
ordonné aux Ecuyers qui ont
la foin des chevaux de mané
ge , d'en travailler quelques
uns avec un nombre de Pages.
Ces Ecuyers font au nombre
de quatre , dont deux font
chefs & les deux autres fous-
Ecuyers. Le plus ancien des
deux chefs , eft M'de Memond.
Il eft connu depuis
long- temps , & paffe pour le
plus habile Ecuyer de fon
Liecle. Iba tenu à Paris une
Academie celebre. L'autre
eft Mr de Neuville , nevey
de feu Mr du Plef
Juin 1697 .
Y
258 MERCURE
fis . Les deux fous Ecuyers ,
font Mrs de Vaux & d'Auricour.
Chaque Ecuyer travailla
deux chevaux . Il y avoit
huit Pages à cheval , je n'ay
retenu les noms que des cinq
quifuivent. Mrs de Memond ,
fils de l'Ecuyer , de Poillac &
Devizé. Ces trois là font de
la grande Ecurie. Ceux de la
petite font Mrs de S. Maurice
& de Bidulphe Anglois. Ces
Pages firent manier leurs che
vaux , plufieurs repriſes , & re+
ceurent beaucoup d'applau
diffemens .
Le mot de l'Enigme du mois
GALANT: 259
páffé étoit la Biere . Ceux qui
l'ont trouvé font Mrs , le Che .
valier du Moulinet , de Noyon
, de Lonaire de S. Quentih
: Demiziers Commis de la
Pofte d'Auxerre : l'Abbé мachuel
de Reims : Bofc: F.l'Ab.
bé de Cabrefpine : Colin d'Ar
villers : Vivot : L'Abbé de S.
Thibaut de Brouillis : Tami
rifte Berthelot : le petit
Vicaire de l'Abbé de la Ri
viere de Toubouſe : l'Ab
bé de Ste Croix de Rouen .
les deux amis du College
d'Arcour l'Inconnu & le
jeune Hiftorien du Parvis
:
Y ij
260 MERCURE
Noftre Dame : Crognard de
la ruë des mathurins : le Trium
virat : Tourangeau : le fage
Jofeph de la foffe de Nantes :
le paffionné des Belles de la
ruë de S. Jean de Beauvais :
l'obligeant Bequet du Pont
Noftre- Dame : le petit compere
de la Belle Brune de la
ruë de jouy : Le Jeune Furetiere
de la ruë Michel le Com.
te: le Paffionné amoureux de
la rue de la Colombe : les
quatre infeparables de la ruë
des Noyers le Brave de S.
Julien des Meneftriers : De
la Chine de la rue Dauphine :
:
GALANT: 261
Le Roffignol Chalonnois !
Les Bouleux de Ste Catherine
hors le pont de Tours : l'Amoureux
Motton de la Folle
de Nantes.
:
Medemoiſelles Vaudret du
Cloiftre S. Jacques de l'Hôpital
: Javotte du coin de la
ruë de de Richelieu le Jay
du cul de fac de S. Thomas
du Louvre : l'Exquife voifine
de la maiſon noire : La Charmante
de l'Hoftel des Cadrans
: les belles Sauvages de
la Cité : la belle Claudine du
quartier S. Honoré : & la
Grondeule du quartier S. Lan
262 MERCURE
dry: la perfeverante Clitie de
la Licorne : la Bergere Silvie
du Mortier d'or : & le Berger
Moufquetaire tous trois de
Soiffons : La belle Refveufe
& fon Amant maltraitté : l'ai .
mable Fanchon & fon amie :
la belle reclufe volontaire de
la rue du Colombier la petite
Nimphe chantante : la Jeune
Epoufe du coin de la rue des
Lombarts : la petite Fauvette
de la rue du Coc : la belle
Fleur des Jardins des Roziers .
Vos amies ont tant de facilité
à trouver le fens de toutes
les Enigmes que je vous
GALANT. 263
envoye , qu'il y a grande appa
rence que le mot de celle- cy
ne leur échappera pas.
Qoy
ENIGME.
Voy que je porte un nom ennemy
de la France ,
I'y fuispourtant en grand credit,
Mon utilité fait qu'avecque confiance
De moy publiquement on y fait !
grand debit.
Mefme l'on m'y confie , avec toute
affurance ,
Les plus importans des fecrets .
Si le fort , malgré moy , les met en
évidence ,
On ne me l'impute jamais .
En ma difcretion la confiance ef
telle ,
264 MERCURE
Qu'ainsi qu'on m'y commes la meindre
bagatelle
Onmy commet aufi ce que l'on veut
cacher.
l'en rends bon compte à moins que
d'eftre violée ;
Mais en cas qu'une chofe ainfi foit
revelée
On n'a pas contre moy raifon de s'en
fâcher.
Les Vers qui fuivent ont efté notez
par un fort habile Maiftre.
AIR NOUVEAU .
M
Outons cheris d'une fiere
Bergere, wy
Qui paiffez fous fes yeux au piedde
ce coftean:
Puifquevousfeuls fçavez luyplaire,
Que ne fuis je un Mouton de votre
beureux Troupeau!
Avant
THE
BIBLIO
DE
LA
LYON
*1893*
VILLE
Juin
1697.
SNOD
ailasa
Z
beureux Troupeau !
Avant
GALANT: 265
Avant que de vous parler
du Siege de Barcelone , je
vous apprens que M ' de Fer
vient de donner au Public un
beau plan de cette Place , &
qu'il debite il y a deux mois
plufieurs veuës de la Maifon
de Nieuburg, prés du Village
de Rifwick, où le tiennent les
Conferences pour la Paix, que
Le Siege de Barcelone pourra
procurer. Voicy en quay con
fifte l'Armée que commande
Monfieur le Duc de Vendofme.
Juin 1697.
N
266 MERCURE
&
ORDRE DE BATAILLE
de l'Armée de Catalogne.
PREMIERE LIGNE.
Mi le Duc de Vendofme ,
GENERAL.
Monfieur le Grand Prieur.
M'de Sibourg , commandant
la Cavalerie.
M' le Marquis du Cambour ;
commandant les Dragons.
Lieutenans Generaux.
Mrs de Chazeron ,
D. Quinfon.
Maréchaux de Camp.
Mrs de Preſchac ,
De Genlis ,
GALANT. 267
De Varennes ,
BRIGADIERS.
De Mailly.
Dragons. Escadrons.
Me du Cambout , Brigadier.
Bretagne
Fonboifard
Cavalerie.
4
8.
Efcadrons.
M' de Courcelles , Brigadier.
Carabiniers
M'de Bericourt , Brigadier.
Bericourt
Vandeüil
6.
Infanterie
Bataillons.
M'de la Chaffaigne,Brigadier
Z1
268 MERCURE
La Marine
Barrois
Dragons d'Angleterre
Mª de la Maſſais , Brigadier.
Touraine
L'Ile de France
Cabanac Ι
3.
M'de Lautrel, Brigadier.
Vendofme
La Reine d'Angleterre
Clankarty
2
M' de Chemeraut, Brigadier.
Sourches
Solre
4.
I
GALANT . 269
Dillon
3.
M'de Novion,Brigadier.
Bretagne
Sparr
Milly
4.
Mr de Chartogne, Brigadier
Vauge
Cotantin
Sault
Cavalerie
4.
Escadrona
M' de Legall ,
Brigadier
Legall
Vienne
Zij
270 MERCURE
Sibourg
Dragons.
412.
M' du Breuil , Brigadier.
Valencey
Du Breüil
4
4
8.
SECONDE LIGNE.
Lieutenans Ceneraux.
Mrs d'Uffon ,
De
Coigny,
De Barbefieres
.
Maréchaux
de Camp:
Mrs de Nanclas,
De
Poinlegur,
De la Fare ,
De Saint Maurice.
A
Mag: T
GALANT. 271
BRIGADIERS.
Gavalerie. Efcadrons.
M'de Narbonne, Brigadier.
Narbonne
DuClos
6 .
INFANTERIE. Bataillons.
M' de Caixon, Brigadier.
Alface
Caixon
5.
M'de Pondeux, Brigadier.
Medoc
Gaſtinois
Le 2. de Chelbert
Courville
2
4
4
I
1
I
I
272 MERCURE
M'de d'Yoult, Brigadier.
Perigord
Royal Danois
Nizas
Mr Chelbert , Brigadier.
Le 1. de Chelbert : I.
Manuel
I
4.
I
4
M'd'Andigné, Brigadier..
Royal Artillerie
CAVALERIE. Efcadrons.
Courlandon
4.
Ruffé
dan s
modlodo ob 6%
Fafiliers
Bataillons
De Montagne , ou Miquelets
GALANT. 273
Corps de referve.
Dragons de Poitiers 4 Efcadrons
Total de la Cavalerie 35. Efca
drons.
Total de Dragons 20. Eſcad .
Total de l'Infanterie 43. Bataillons.
Outre ces Troupes qui af
fiégent Barcelonne par terre ,
il y a trente Galeres devant
cette Place . On en a débarqué
deux mille cinq cens
hommes , qui fe ſont joints
à l'Armée de terre . La Place
eft auffi affiegée par les Vaif
feaux , dont voici la lifte,
474 MERCURE
VAISSEAUX .
Vice-Amiral.
Mrle Comte
d Eftrées.
Le Serieux
Le Content
Le Trident ,
Capitaines.
Melliears ,
Trulet ,
Palles ,
Le Marquis ,
Le Vaillant ,
Champigny.
Des Francs ,
Del
Campe ,
L'heureux Retour , De Forbin
L'Entreprenant , De Cerfau ,
Le Neptune ,
Le Volontaire ,
De la Boiffiere
Girardin ,
FREGATES.
La Salamandre , De Reffons ,
Galiotesàbombe.
Le Vulcain ,
La Proferpine ,
FLUTE.
La Baleine ,
iDaniel ,
Clovel.
De Grandmaifon,
GALANT. 275
Officiers , Mariniers
, Soldats, Canons.
&
410.
410.
58..
54.
410.
54.
378
.
56.
297.
50
297. so.
378. 54.
324. 50.
242.
40.
108. 18 .
54.
6.
54
6 .
19.
20 .
3421.
496.
276 MERCURE
Ces Vailleaux ont débar
qué huit cens hommes , que
l'on nomme le Bataillon des
Vaiffeaux. Ils ont encore mis
à terre foixante gros Canons
avec vingt - quatre mortiers ,
fans compter les munitions ,
dont ils ont débarqué une
grande quantité pour la fubfiftance
de l'Armée .
Ceux qui nevouloient point
croire le Siege de Barcelone
avant que d'avoir ſceu des
nouvelles de l'ouverture de la
Tranchée devant cette Place,
ne doivent plus mettre le Sie
ge'en doute , puis que ces
grandes
GALANT. 277
grandes nouvelles font enfin
arrivées .
Toutes les munitions de
guerre & de bouche ayant
efté débarquées avec une diligence
extrême , & Monfieur
le Duc de Vendofme ayant
tout fait préparer pour l'ouverture
de la Tranchée , ce
Prince s'empara avant que de
la faire ouvrir , du poſte des
Capucins , qui eft à trois cens
cinquante toifes du Chemin
couvert de la Place, fur lequel
on a depuis établi des Batteries
de mortiers.Il mit fix cens
hommes dans ce pofte. La
Juin 1697.
A a
278 MERCURE
Tranchée fut ouverte à 250,
toiſes de la Place, dans un lieu
templi de ravins & de chemins
creux , qui favorifoient
beaucoup le travail , Ceterrain
regarde le Baſtion de
"Saint Pierre , qui eft au front
oppofé de la mer . On fit deux
à trois cens toiles de tran
chée , & les deux attaques fe
communiquerent . Les bombes
que les Galiotes jettereur
pendant la nuit , favoriferent
les Travailleurs , Elles mirent
le feu dans la Place à unMa
gafin de farines , qu'on vit
brûler pendant fixe ou fept
GALANT. 479
&
heures. La premiere tranchée
fur montée par M. de Chafer
rón, Lieutenant general , Mr
de Varennes , Maréchal de
Camp , & Mt de Novion , Bri
gadier avec quatre Bataillons
å chacune des deux attaques,
& fix cens Travailleurs. 11 y
avoit, outre cela «cinq cens
chevaux pour foutenir les forties.
Mile Bailly de Noailles
la monta le fecond jour en
qualité de Lieutenant general.
Nous avons eu d'abord
trentę xCanons en batterie ,
qui ont eftés placez par des
Canonniers des Vaiffeaux , &
A a ij
280 MERCURE
des Matelots , au nombre de
mille , qui avec des poulies à
retour ont travaillé fous le
feu de la Place. Leur adrefle
& leur intrepidité ont eftéads
mirées ; & Monfieur de Ven
dofme en aeſté tellement fatisfait
, qu'il a demandé des
Canonniers des Vaiffeaux
pour fervir le Canon pendant
le Siege , & on luy en a donné
un grand nombre . Il y a dans
la Place , felon les derniers
avis , huit mille hommes de
pied & mille chevaux , fans
compter leRegiment de Grenade
, & celuy d'Acoſta , qui
GALANT 280
s'y jetterent l'onzième de ce
à mois . Monfieur de Vendôme
n'a pas jugéà propos d'enfermer
le Mont - Jouy dans les
Lignes , ny de l'attaquer , fe
refervant , ou à l'affieger a
-prés la priſe de la Place , ou à
ne point accorder de capitulation
au Gouverneur de Bar-
Gelone , qu'il n'ait obligé celuy
du Mont- Jouy à remertre
fa Place.
Je viens de voir de nouvel
les Lettres , qui portent que
les Ennemis n'avoient pastiré
un feul coup pendant la premiere
nuit de tranchée , mais
Asa iijj
282 MERCURE
que
le matin ils s'eftoient mis
en eftat de faire feu , tant du
cofté de la mer , que de la terre
, & qu'ils nous avoient tué
deux Officiers & un Sergent ,
& tué ou bleffé trente Soldats ;
que les Galiotes qui avoient
continué de bombarder toute
la nuit du 17.avoient mis le feu
en un endroit de la Ville ;
qu'au point du jour les Ennemis
avoient fait un plus
grand feu de Canon que le
jour precedent ; qu'ils avoient
tué plufieurs Soldats , & frappé
deux Galiotes , fans y avoir
tué perfonne. Les mêmes
GALANT. 28
28 ;
a
Lettres ajoutent que la Cava
lerie des Ennemis avoit tenté
deux forties ; mais que nous
voyant prefts à la bien rece
voir,elle eftoit rentrée dans la
Ville; que la tranchée eftoit le
18 fort prés de la paliffade que
les affiegez commençoient à
ralentir leur feu , & qu'on s'é
toit emparé du Convent des
Cordeliers , qui eft fort proche
de la Place.
Je ne vous dis rien de Flandres ,
où il fera peut-eftre arrivé de grandes
chofes avant que vous receviez
ma Lettre , Mr le Maréchal de Catinat
avec ſon Armée obſerve M
284 MERCURE
de Baviere , & l'empêche d'aller
joindre le Prince d'Orange. Mrs les
Maréchaux de Villeroy & de Bou .
flers , avec deux grandes Armées ,.
profitant des avantages que leut
donne la prise d'Ath , d où ils tirent
leurs munitions , font proche de Bru.
xelles , où ils vivent aux dépens des
Ennemis Le Prince d'Orange s'eſt
campé fous le Canon de cette Place,
où il n'eft pas fans inquiétude .
Vous ne devez point vous étonner
s'il ne le fait rien en Allemagne.
Quand nous ne paffons point le
Rhin pour aller chercher les Enne
mis , ils ne font pas fort empreffez à
venir nous rendre vifite. Cependant
les Armées eftant de part & d'autre
en estat d'agir , nous devons dans
peu apprendre de leurs nouvelles.
M: l'Evefque de Meaux vient .
1
GALANT: 285
d'eftre nommé pour remplir la place
de Confeiller d'Etat qu'avoit feu
Mr l'Evefque de Mets. Je fuis , Madame
, & c.
A Paris , ce 30. Juin 1697.
TABOUR
#1883
2225522 222 2525 SES
P
TABLE.
Relude.
Harangue faité au Roy par l'Envoyé
de Tripoli.
8
Differtation fur le fecret de vivre
beureux.
10
Lettre deMr de Senece, remplie d'érudition.
Le Printemps.
23
16
Ordre de Bataille de l'Armée de
Mr le Maréchal de Villeroy. 87-
Lettre de Mr Hemery , touchant
unemaladie dont on n'a point encore
ony parler.
98.
Traduction d'une Egigramme larine.
L'art de la verrerie.
116
118
TABLE.
La Bibliotheque des Auteurs , $ 23
Ordre de Bataille de l'Armée de
Mr leMaréchal Bouflers . 125
Cartes du gouvernement de Lan
guedoc & du Canal Royal de la
mefme Province , des Comtez de
Flandres, de Namur de Lorraine.
Hiftoire.
136
554
Ordre deBataille de l'Armée d'Allemagne.
175
Mr le Comte de Neucheze eft reçû
Chevalier de S. Lazare,
L'Arithmeticien familier.
Demele arriveé aàsS.. Gal.
A
188
189
193
Voyage de Monfeigneur à Raincy.
196
209
Nouvelle Carte de la Catalogne ,
& du Rouillon.
Morts. 209
Suite du Iournal dufiége d'Ath . 220
TABLE.
Le Roy fait voir les Ecuries à Madame
la Princeffe de Savoye. 252
Enigmes
258
Ordre de Bataille de l'Armée de
265
Catalogne.
Etat des Vaiffeaux qui font devant.
1.275
Barcelone,
Journal dufiège de Barcelone. 276
Autres nouvelles de guerre.
LYON
283
Le Plan des Attaques doit regarder
la page 249.
L'Air doit regarder la page 164.
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
BLIO
LYON
LE DAUPHINS
JUIN 1697.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET, Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
On
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
wendra Trente fols relié en Veau , &
Hingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice.
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envie .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. DC. XCVII
.
Avec Privilege du Roy.
ckack ckckck:
*
Ο
AVIS.
Velquesprieres qu'on ait faites
jufqu'à prefens de bien
écrire les noms de Famille employer
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercare , on ne laiffe pas
d'y manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a detemps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On réitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
Forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourves
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
AVIS.
priè fculement ceux qui les envoient,
& futut ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
L'article des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent,
C'eft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite pres
fentement le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere qu'il est toujours
impriméau commencement de cha
que mois . Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilferapartir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure Comme ces paquets feront
lufieurs jours en chemin, Paris ne
Taiffera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
long- temps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées , mais auſſi
les Villes ne le recevront pas ſi tard
qu'elles faifoient auparavant.Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunes , s'ex .
pofent à le recevoir toujours fort
tard par deux raifons. La premieres
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venir prendrefitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quel
ques jours avant que l'on en falle le
debit, & l'autre , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont la eux & quelques
autres à qui ils le prefent, ils
rejettent la faute du retardement.
far le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye
dudit Sieur
Brunet, puis qu'il fe charge de faire
A iij
AVIS.
les paquets lay-mefme, & de lesfaire
porter à la Pofte ou aux Meffagers,
fans nul intereft, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe. Il fera la mefme chofe gene
ralement de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que
le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera execute avec
ane exactitude dont on aura lieu
Leftre content.
MERCVRE
GALANT
JUIN 1697.
THEQUE
LYON
E vous tiens parole , Ma
dame , & je vous envoye
le Difcours qui fut fait
au Roy , au commencement
du mois paffé , par Muſtafa
Aga , Envoyé du Divan de
Tripoli d'Afrique vets Sa
DE
A iij
8 MERCURE
Majefté. Il a efté traduit litteralement
par M' Petis de la
Croix , Interprete des Langues
Arabiqnes &Orientales .
RES PUISSANT ,
TRETRES AUGUSTE ET
TRES- CLEMENT EMPEREUR
DE FRANCE .
La
Renommée ayant appris
aux tres -illuftres & magnifiques
Pacha , Dey & Divan de Tripoli
d'Afrique , mes Maiftres , les
Exploits incroyables de Voftre
Majefté , quifeule contre tous les
Potentats de l'Europe , conjurez
GALANT: 9
depuis fi longtemps , leur afait
connoiftre par le gain de tant de
Batailles, par la conqueste de leurs
Villes , & par la priſe de leurs
Navires , que la refistance à un
Prince favorisé du Ciel eft une,
entreprise témeraire , & mes
Maiftres confiderant d'un coſté le
bonheur de la Paix avec vos Sujets
, & de l'autre la terreur de
vos armes , leur coeur eſtant partagé
entre un amour respectueux
par la clemence de Voftre Majefté,
& la crainte de luy déplaire , ils
m'ont envoyé , Sire , rendre en
face de tout l'Univers les hommages
dus au Heros de l'Univers;
10 MERCURE
en luyfaifant leurs petits Prefens
, luy demander la continuation
de la Paix , defon eftime ,
les
dont ils deferent avoir de nouvelmarques
par une grace qui con.
cerné les Efclaves , & quelques
effets de Marchands , affurant
Voftre Majefté Imperiale qu'ils
en auront une reconnoiſſance éternelle.
Il n'y a rien qui foit plus à
fouhaiter que de vivre heureux
, & qui en pourroit trouver
le fecret , pourroit s'affurer
de poffeder un Trefor.
La Differtation que vous alGALANT.
I
lez lire , a eſté faite fur cette
matiere . M'
Deflandes , premier
Archidiacre & Chanoine
de Treguier , en eſt l'Auteur
, & vous fçavez combien
tout ce qui part de luy
eft eftimé.
A ME L'ABBE
DE LA
VALLAVIELLE,
Premier Archidiacre &
Chanoine de Toulon.
C
' Eft un Proverbe des
Grecs que le filence eft
la réponſe des Sages , & Seneque
ne veut pas que nous
12 MERCURE
fervions de miroir à un homa
me qui s'emporte de colere
contre nous. C'eft avec beau
coup d'efprit qu'un ancien
Comique a dit , que c'eſt quereller
un abfent que de faire
des reproches à un yvrogne.
Abfentemladit cum ebrio qui litigat
. Et ne fçait on pas qu'il
n'y a point de plus dangereufe
yvreffe que celle de la colere,
ni de plus grande abſence
d'efprit que celle qu'elle nous
caufe Un homme emporté
eft comme ce defefperé qui
met le feu dans fa propre maifon.
Tout y eft plein de fumée,
GALANT. 13
juf
de bruit & de tumulte ; il eft
comme ces fauvages dont
nous parle le Pere le Blanc Jefuite
dans fes Relations , qui
s'imaginent , qu'il eft de leur
honneur de remordre les bêtes
qui les ont morduś ,
ques aux plus petites.
On blâmoit Socrate de n'a
voir pas demandé juftice d'un
jeune fou qui luy avoit donné
un coup de pied devant tout
le monde . Hé quoy , répondit
ce Sage Politique , fi un
Cheval avoit regimbé contremoy
, feriez vous d'avis que
j'en demandaffe la réparation
14 MERCURE
devant les Juges de l'Areopage
? Cette réponſe ſe répandit
auffi- toft par toute la Ville ;
& on en fit une guerre , & une
raillerie fi cruelle à celuy qui
fe l'étoit attirée, qu'il en mourut
, & de honte & de chagrin.
Il faut pourtant avouer que
T'honneur du
Magiftrat appartient
à la République ;
qu'elle eft offenfée dans fa
perfonne , & qu'il ne peut pas
être liberal des injures qui luy
ont été faites .
Il faut auffi
avouër , que la
maxime eſt bien
imporante
GALANT.
IS
pour
noftre repos, de ne nous
laiffer jamais furprendre par
de nouveaux accidens . Sije
m'affligeois , difoit la Reine
Catherine de Medicis , je me
rangerois du parti de ceux qui
me veulent du mal.
Quand le Cardinal de Richelieu
porta le Roy à donner
la paix aux Rochelois pour le
mettre en état de faire la loy
aux Eſpagnols , les Miniftres
d'Espagne qui fe picquoient
de fpeculation,, publierent
contre ce Grand Miniftre des
libelles qu'ils firent diftribuer
dans les Cours étrangeres ; on
16 MERCURE
l'appelloit hautement le Car
dinal Lutherien . Ce fage Miniftre
voulut imiter ces Courtifans
d'Egypte dont nous
parle Toftat , qui s'écrivoient
en s'envoyant des Tableaux .
Le Cardinal de Richelieu prit
une nouvelle devife. C'eftoit
une Autruche avec ces paroles
. Fortis dura coquit. Le fecond
Tableau étoit une repreſentation
de plufieurs enfans
qui jouoient fur le bord
d'un ruiffeau , dont quelquesuns
fe querelloient , & d'autres
fe frapoient , & au bas du
Tableau il y avoit ce Vers de
GALANT . 17
Terence , Pueri inter fe fe quàm
pro levibus noxisiras gerunt ? Il
n'y a rien qui paroiffe, ce femble,
plus difficile que de fouffrir
une injure. Tout plaiſt à
un Courtiſan qui veut faire la
Cour , il fouffre tout .
Eft prefiofa fames.
Illic
Cependant cette injure fouf
ferte,vous rend heureux .Vous
refpirez la vangeance , vous
vous vangez en louffrant , vous
aimez la gloire , vous vous acquerez
l'eftime d'eftre fage
moderé , tranquille , capable
de gouverner les autres , puif
que vous devenez le Pilote , &
€
Juin 1697 .
B
18 MERCURE
le maistre de la paffion du
monde la plus farouche.
La Fortune dans fon Tem
ple eftoit reverée par des in
jures , cum convitiis colitur.
Ne compte- t -on pour rien
le repos , la joye , le plaifir , la
tranquillité? On s'imagine
qu'il n'y a qu'une forte de débauche
, & qu'une vertu op
pofée , qui eft la Temperance
, hilaris temperantia , on fe
trompe. Il y a la temperance
de la colere. Il faut s'abſtenir
de cette pallion impetueufe,
fe ménager dans une égalité,
fe prépareraux chagrins pour
GALANT.
e
fe
refifter. Il ne faut pourtant
pas fe rendre ridicule pour
donner matiere de fouffrir .
Saint Hierôme fe moquoit
affez plaifamment d'un homme
qui pretendoit eftre Avocat
, & qui n'en avoit ny le:
emerite , ny les grandes quali
tez. Rideo Advocatum qui Par
trono indigeat.
L'homme fage doit s'aimer
fans choquer les rigoureufess
maximes de l'Evangile. Souvenez-
vous de ne vous excepter
pas du nombre de voss
Amis.
- Teque tuas numères inter amicii .
tias:
Biji
20 MERCURE
Eft ce aimer un Ami que de
le facher & de l'inquieter ?
Aimez-vous donc.
Ce Prince dont nous parle .
Tacite , n'eftoit pas malheureux
, de rouler continuellement
dans fon efprit les injures
qu'il croyoit avoir receuës
: in animo revolvente iras .
Un homme genereux eft bien
capable d'un noble dédain ,
mais il laiffe les plaintes aux
ames vulgaires . En donnant
la paix à un homme que l'on
pouvoit longtemps tourmenter
, on la rend à fon efprit ;
tibi ipfi peperciſt i, cùm vifus es
GALANT. 21
alteri parcere. En effet , on ſe
fauve la peine que l'on a toutes
les fois qu'il faut uſer de
feverité , & forcer l'inclination
naturelle qui porte à la
douceur & à la clemence. Ce
qu'a dit ce Politique étran
ger doir eftre expliqué : perdonar
le injurie è da Chriftiano
mà obliarle è da beftia .
Saint Auguſtin liv. 22. de
Civit. c. 30. expliquant cette
propofition , que les Saints .
dans le Ciel oublient tous les
maux qu'ils ont foufferts , dif
tingue deux fortes d'oubli ,
l'un de connoiffance , & l'au
22 MEK CURE
tre de fentiment ; ajoûtant
qu'ils confervent les images
des injures qu'ils ont endurées.
On peut cependant af
furer qu'ils les ont oubliées ,
parce qu'ils ne les fentent
plus . La prudence veut que
l'on conferve la penfée des
outrages receus , non pas pour
s'en vanger , mais pour s'in
ftruire.
La premiere maxime du
Sage , & la premiere regle de
l'art du gouvernement
, eft
celle de s'acquerir la ſcience
d'endurer l'ingratitude , l'envie
& la jaloufie,. Ars prima
$
GALANT. 23
regni eft poſſe te invidiam pati.
Ceux qui nous outragent,
nous haïffent ; & ne fçait on
pas que la haine & l'amour
ont les mêmes accés de fu .
reur , & les mêmes fignes de
folie. Idem eft exitus odii & a
moris infani , dit Seneque ? Je
fuis , mon cher Confrere ,
tout à vous.
Vous fçavez que M ' l'Ab .
bé d'Auvergne a eſté élu
Coadjuteur de M'le Cardinal
de Bouillon , fon Oncle , à la
celebre Abbaye de Cluni .
C'est ce qui a donné lieu à
24 MERCURE
cette Lettre , que M'de Senecé
a écrite de Maſcon .
A MONSIEUR D. B.
Po
Ce 28 Avril 1697.
Our tant de grands évenemens
que vous prenez
foin chaque jour de m'apprendre
, j'en ay , Monfieur ,
un tres - memorable à vous fai
re fçavoir . C'eſt l'élection de
M'l'Abbé d'Auvergne ,à la dignité
de Coadjuteur de M¹ le
Cardinal de Bouillon , fon
Oncle , à l'Abbaye Chef
d'Ordre de Cluni , qui s'eft
faite
GALANT.
25
faite la ſemaine paffée avec des
circonftances memorables.
La reputation de cette fameuſe
Abbaye eft répanduë
par tout le monde Chreftien ;
& d'ailleurs vous avez trop de
connoiffance de nos Hiſtoires
, pour ignorer que dans
le commencement du dixiéme
Siecle elle fut établie dans
un defert du Comté de Mafconnois
, par des devots Solitaires
, qui fuivoient la Regle
que Saint Benoist avoit pu-
- bliée au Mont- Caffin , plufieurs
années auparavant.
Leur pieté attira bien tot les
Juin 1697.
C
26 MERCURE
regards de tous les hommes ,
qu'ils tâchoient foigneufement
d'éviter . Les Princes du
voifinage touchez de leurs
vertus & de leurs miracles ,
s'emprefferent à l'envi de
leur faire du bien , & les
mirent d'abord par leurs libe
ralitez en eftat de n'eftre
point diffipez dans leurs exercices
, par le foucy de leur
fubfiftance. Entre les autres
fe diftingua par fon empreffement
à leur faire du bien ,
Guillaume Duc d'Aquitaine
& Comte d'Auvergne , qu'ils
confiderent comme le prin
GALANT: 27
cipal de leurs Fondateurs.
Je pafferois les bornes d'une
Lettre, fi j'entreprenois de
vous dire le progrés que fit
en peu d'années cet Ordre
floriffant ,fous les Saints Abbez
Mayeul , Odile & Hugues
, dont le dernier eftoit
forti de la premiere Race des
Ducs de Bourgogne, les foins
que les Rois, & les Souverains
Pontifes fe donnerent d'en
augmenter les revenus
d'en étendre les Privileges ,
& la quantité de Sujets qu'il
= fournit en peu de temps pour
les premieres dignitez de l'E-
&
Cij
28 MERCURE
glife , entre lefquels on compta
bien toft cinq ou fix Pa
pes. Le fameux Hildebrand ,
Moine Profés de Cluny , en
fut un des plus celebres. Ce
fur luy qui fous le nom de
Gregoire VII. mit , pour fe
fervir des retmes de Comines,
les Evêques de Rome hors
de page , & qui les delivra de
la fervitude des inveftitures
où les Empereurs les avoient
pendant longtemps affujettis ;
mais peut-eltre ne ferez vous
pas faché que je vous diſe un
mot de la fituation du lieu
que choifirent pour leur état
GALANT. 29
bliſſement ces celebres Cénobites.
A quatre petites lieuës de la
Riviere de Sône , dans la fertile
Province du Malconnois
, s'étend
du Midy au Septentriou
un agreable vallon , que forment
deux chaînes de hautes
& fauvages montagnes
, qui
regnent du côté du foir & de
celuy du Soleil levant . La cime
de ces montagnes
eft garnie
de forefts épaiffes , le ter
rain en eft coupé par
chers & des précipices
. On n'y
rencontre pendant une heure
de chemin, ny habitations
, ny
des ro-
C iij
30 MERCURE
champs cultivez , & fi l'on ne
venoit pas immediatement
de quitter le plus beau pays
du monde , on s'imagineroit
avoir efté transporté par enchantement
dans le plus inculte.
Cependant , l'âpreté
de ces montagnes s'adoucit ,
& leur hauteur s'humilie infenfiblement.
Aprés que l'on
a defcendu pendant une de .
mi-heure de chemin , on trouve
une riante prairie , où la i
poiffonneule Riviere de Grô .
ne ferpente agréablement ,
jufqu'à ce qu'aprés huit ou dix
lieues de courfe , elle aille per-
4
GALANT.
31
dre fes eaux & fon nom dans
la Riviere de Sône. Les prairies
qu'elle partage , font bordées
des deux côtez par de
fertiles côteaux , couronnez
de Chasteaux & peuplez de
Villages , au deffus defquels
s'éleve de cofté & d'autre la
tefte fourcilleufe de ces affre..
fes montagnes dont je viens
de vous parler, qui femblent
avoir été difpofées exprés par
la Nature , pour garder les
avenues de ce pays delicieux ,
ou pour former avec luy un
contrafte qui ferve à donner
du relief à fes beautez..
C iiij
32 MERCURE
Ce fut dans ce vallon , & à
peu prés au milieu de fa longueur
, que les Fondateurs de
Cluni s'établirent par un
choixjudicieux;à la verité dans
un deſert, par rapport aux avenuës
quien défendent l'abord
, mais d'ailleurs dans un
canton abondant de tout ce
qui peut contribuer aux commoditez
de la vie . Ils ne fe
contenterent pas de s'y attirer
de la veneration par la
pureté de leurs moeurs , & par
la regularité de leur inftitut ,
ils voulurent encore par des
objets fenfibles exciter la deGALANT.
33
votion des Peuples , que le
culte exterieur frape plus vivement
qu'aucune autre chofe
, & ils y réuffirent par la
grandeur des édifices , & par
la magnificence
des baltimens
. Dans cette veuë ils éleverent
une Eglife , qui eſt encore
prés de huit cens ans
aprés , une des plus vaftes &
des plus auguftes de la Cbreftienté,
où l'on ne peut entrer
fans eftre touché d'admiration
, & émeu de pieté , & où
ils employerent de fi prodigieufes
pierres , que l'on eſt
encore obligé aujourd'huy de
}
34 MERCURE
recourir à certains miracles
qu'ils alleguent , pour comprendre
comment elles ont
efté mifes en place . Le refte
de leurs Baftimens
, quoy que
pour la plupart d'une ordon .
nance Gothique , & conſtruit
à plufieurs fois avec peu de
fuite & de regularité , ne laiſſe
pas d'imprimer une idée refpectueule
, & de répondre à
la magnificence de l'Eglife ;
fur tout la beauté de leur va
fte Cloiftre , dont le lambris
eft appuyé fur une infinité de
petites colomnes de plufieurs
ordres , & de toute forte de
A
GALANT. 35
marbres differens .
Leur Trefor eftoit enrichi
d'un nombre prodigieux de
Reliques des plus autentiques
& des plus faintes , dont
la pieté de plufieurs Princes
les avoit rendus dépofitaires,
aprés les expeditions des
Croisades, où ils les avoient
recouvrées , & ces Reliques
eftoient enfermées dans de
précieux Reliquaires de la
valeur de plufieurs millions ;
mais la fureur des guerres
civiles , & l'impieté des Calviniſtes
leur en a fait perdre
une grande partie , bien qu'il
36 MERCURE
leur en reste encore d'affez
confiderables
pour exciter
une profonde veneration . Un
trefor irreparable qu'ils ont
perdu , & qui fera éternellement
déploré par les gens de
Lettres , c'eftoir un amas de
plus de fix mille Manufcrits
originaux , où le travail fucceffif
& affidu de ces laborieux
Solitaires , avoit pris
foin de conferver une infi .
nité de faits concernant l'Hiftoire
Ecclefiaftique & profane
, où la verité avoit choifi
nnafile contre la barbarie qui
occupa prefque tout l'UniGALANT:
37
vers pendant cinq ou fix fiecles
confecutifs . Ce trefor
inestimable fut diffipé ou réduit
en cendres par nos Incendiaires
publics , & avec
luy perit la memoire d'un
grand nombre d'actions dignes
de n'eftre jamais ou
bliées .
Ce fut à la faveur de cette
puiſſante Abbaye , & ſous la
protection de fes Clochers ,
que s'établit une . Ville aſſez
confiderable , & qui l'a efté
davantage qu'elle ne l'eft prefentement
, fur laquelle fes
Abbez ont confervé tout
38 MERCURE
droit de Haute- Juſtice , qui
eft exercée en leur nom , à
l'inftar de celles des Duchez-
Pairies ; mais je ne dois pas
negliger de vous dire , qu'en .
tre les bonnes qualitez qui
rendoient confiderables les
Benedictins Cluniffois , l'Hofpitalité
fe faifoit particulierement
remarquer. Tout ce qu'il
y avoit de gens de qualité , &
de diftinction dans nos Provinces
, & ceux que la dévo
tion y attiroit des Pays les plus
éloignez , étoient reçûs & régalez
dans leur maiſon , avec
une charité édifiante . Chacun
GALANT.
39
en foûtenoit les droits , & en
confideroit le revenu comme
fon Patrimoine , c'eftoit en effet
le Patrimoine public.Leurs
facultez étoient fi grandes &
leur liberalité fi étendue ,
qu'on les a veu recevoir chez
cux tout à la fois , un Pape ,
un Empereur & trois ou quatre
autres Princes Souverains
avec toute leur fuite . Ajoûtez
à cela que leur maison eftoit
l'azile & l'école de toute la
pauvre Nobleffe des Provinces
circonvoifines , & qu'ils
élevoient fous le petit Habit
de leur Ordre une infinité de
40 MERCURE
jeuneffe dont ceux qui ne
vouloient pas s'engager dans
la Regle , outre le beneficede
l'éducation gratuite , rempor
toient chez leurs Parens des
principes ineffaçables de toute
forte de ſciences , & de vertus.
Il n'eft pas croyable combien
de progrés ils firent par
cette conduite , & combien
de Colonies ils établirent dans
tous les Royaumes Chrétiens .
Le grand nombre de riches
collations qui restent encore
à leurs Abbez , en est un témoignage
fuffifant , & leurs
GALANT. 41
Archives en contiennent de
plus grandes preuves , dans
le dénombrement de celles
qu'ils ont perduës . Mais les
Herefies de Luther & de
Calvin , les ayant forcez d'abandonner
une partie de ce
qu'ils poffedoient en Suiffe ,
en Allemagne , & dans les
Pays - Bas , avec tout ce qu'ils
avoient en Angleterre, & dans
S les Royaumes du Nort ; &
d'ailleurs , les Congrégations
s érigées fous les noms de Saing
Maur , & de S. Vannes , ayant
démembré de leur Jurifdiction
une partie de ce qu'ils poffe-
Fnin 1697.
1
D
42 MERCURE
doient en France , ils crûrent
que pour conferver quelque
integrité à la Robe de Saint
Benoift, qui alloit chaque jour
fe déchirant , il étoit à propos
de mettre à leur tête des perfonnes
puiffantes , dont la naiſfance
& le credit puffent concourir
à en foûtenir la dignité.
Nos Rois , les anciens Protecteurs
de tout ce qui concerne
la Religion dans leurs
Etats , voulurent bien entrer
avec eux dans le foin de leur
confervation , & affiſtant par
des Commiffaires aux Elections
de leurs Abbez , ils fe
GALANT.. 43
I
.
donnerent quelquefois la pei
ne de leur indiquer les fujets
dont ils eftimoient que leur
Ordre pourroit tirer lun plus
grand fecours. A leur imitation
, les perfonnes les plus
qualifiées du Royaume s'emprefferent
de fe mettre à latê .
te du puiffant Ordre de Cluni.
On y vit des Princes du
Sang Royal , & des Princes
de la Maifon de Lorraine , &
les celebres Cardinaux de Ri
chelieu , & Mazarin ne dédaignerent
pas d'ajoûter le titre
de cette fameufe Abbaye , à la
foule des titres illuftres , dont
D
44. MERCURE
Ils
ils fe trouvoient revétus .
Cependant un fcrupule que
les Moines de Cluni jugeoient
effentiel , traverſoit la fatif
faction qu'ils fentoient , de
voir refleurir leur Ordre , fous
les aufpices , & la puiffance de
leurs nouveaux Abbez .
avoient un voeu qui leur étoit
particulier, & c'étoit une obligation
qu'ils contractoient à
leur profeffion , de ne jamais
donner leur fuffrage pour être
eur Abbé , à aucun Sujet qui
ne fuft pas de leur Habit , &
qui ne profeffaft pas leur Regle.
Cette Loy, qui étoit émaGALANT.
45
née d'un bon principe , & qui
avoit eu fes raifons dans fon
origine , n'étoit plus en pouvoir
de fubfifter. La prudence
vouloit qu'on s'accommodât
à la neceffité des temps ; mais
un amour déreglé des anciennes
couftumes agitoit de
temps à autre ces elprits foli
taires , chez lefquels les principes
de laprudence humaine,
paffoient pour une éclatante
folie. Quelquefois on vit
dans leurs Elections certains
mouvemens qui leur firent de
la peine , & qui les mirent par
dévotion à quatre doigts de
46 MERCURE
leur ruine. La bonté de nos
Rois prit le foin de remedier
à cet inconvenient , & quand
ils le jugerent à propos , ils
obtinrent à la Cour de Rome
les diſpenſes necellaires pour
rétablir le calme dans ces
confciences timorées , au fu .
jet de ce quatriéme voeu , dont
l'éxecution ne convenoit plus
à leurs véritables interefts.
C'eft à peu prés l'état où le
trouvoit l'Ordre de Cluni
fous le gouvernement de M
le Cardinal de Bouillon , par
l'autorité , & la prudence duquel
, on voyoit chaque jour
GALANT.
47
fes priviléges maintenus , fès
immunitez confervées,les poffeffions
accrües , fes édifices
reparez , & ce qui eft de plus
important, ſa pieté réchauffée,
& la régularité rétablie fur le
pied des premiers principes ;
lors que le Roy, ayant jetté les
= yeux fur cet illuftre Cardinal ,
5 pour le charger du ſoin de fes
affaires à la Cour de Rome,
Sa Majefté , à qui rien n'écha-
, pe , & qui dans les grandes
affaires qui l'occupent , ne refufe
pas une partie de fon attention
aux chofes qui lui font
d'une moindre confequence ,
48 MERCURE
jugeant que dans la longue
abſence , où le bien de fes affaires
devoit apparemment
re.
tenir M' le Cardinal , il étoit
à propos que l'Ordre de Cluni
ne demeurât pas fans Chef ,
& fans protecteur , Elle donna
fes ordres à M ' Ferrand , Intendant
de la Province de
Bourgogne, pour faire fçavoir
fes intentions à la Communauté
de cette Abbaye , afin
qu'en s'y conformant , ils fe
difpofaffent ,fuivant leurs an .
ciens privileges , & les exemples
de ce qui s'étoit pratiqué
en pareil cas , à nommer un
CoadGALANT.#
49
Coadjuteur , qui pût vaquer
aux affaires temporelles , &
fpirituelles de cet Ordre celebre.
La conjoncture étoit favorable
, le Chapitre General
étoit intimé pour le Dimanche
vingt - huitiéme d'Avril, &
Male Cardinal s'y étoit rendu
quelques jours auparavant
pour y diſpoſer toutes choſes.
Le Dimanche precedent , que
l'on comptoit le vingt & uniéme
du même mois , M' l'Intendant
s'étant rendu à Cluni ,
aprés qu'il eut employé le refte
du jour à rendre les devoirs à
OM' le Cardinal , il alla le len-
Juin 1697.
E
50 MERCURE
demain rendre la vifite au R
P. Dem Etienne Joly , Prieur
Clauftral de l'Abbaye ; &
l'ayant prié de faire affembler
fa Communauté , pour leur
communiquer certains ordres
du Roy,dont il étoit chargé
, la chofe fur le champ fut
exécutée. Là , dans le Chapitre
de la maiſon Abbatiale ,
qu'ilsappellent la Voûte, M¹ le
Cardinal y préfidant , la Lettre
du Roy fut remiſe au Secretaire
, & ayant été leuë à haute
voix , il fe trouva qu'elle étoit
en datte du fixiéme Avril , &
que par elle , faifant ſçavoir
GALANT.
SI
aux Religieux de cette Maifon
, que Sa Majefté avoit befoin
du Miniftere de Mr le
Cardinal leur Abbé, auprés du
Pape , elle avoit jugé à propos
qu'ils procedaffent à l'élection
d'un Coadjuteur , qui puften
fon abfence vaquer au gouvernement
de l'Ordre de Cluni
, & qu'il leur indiquoit M'
l'Abbé d'Auvergne , comme
un Sujet tres-propre à remplir
cette dignité. Enfuite M'l'Intendants'étant
retiré , pour ne
point troubler par fa prefence
la liberté des fuffrages , quel
ques uns des Capitulans firent
E 1)
12 MERCURE
*
une remontrance à M le Car
dinal , & luy repreſenterent
que s'étant engagéz par un
Nou folemnel qu'ils ajoûtoient
aux autres voeux de leur profeffion
, de ne jamais donner
leur voix pour eſtre Abbé de
Cluni à aucune perfonne qui
né fût pas de leur Habit , & de
leur Regle , ils ne pouvoient
en conſcience proceder à l'élection
qui leur étoit propofée
: & fur ce que M' le Cardinal
repliqua , qu'au dernier
Chapitre qu'il avoit renu avec
eux , il leur avoir preſenté une
Bulle du Pape , qui luy don
GALANT. 43
noit pouvoir de les difpenfer
de ce vou , laquelle avoit été
regiftrée parmy leurs autres
Actes Capitulaires , ils luy dirent
qu'à la verité ils convenoient
qu'il avoit le pouvoir
de les abfoudre de ce voeu
mais qu'il ne l'avoit pas encore
fait , & qu'avant toutes chofes
il faloit venir à l'Acte prochain
de cette abfolution ; de
maniere que pour fatisfaire à
cette délicateffe de confcience
, il falut que M ' le Cardinal
déclarât ,qu'en vertu du pouvoir
qu'il en avoit reçû par fa
Rulle , dont la datte étoit rap-
E iij
14 MERCURE
pellée , il donnoit aux Religieux
de Cluni , l'abſolution
de ce voeu qui les engageoit à
la nomination d'un Abbé Régulier,
dont il fut dreffé un acte
en forme. Cette difficulté le
trouvant levée , il ne s'en pre
fenta plus aucune autre , & les
premiers opinans ayant donné
leurs voix à M l'Abbé
d'Auvergne , ils furent ſuivis
par un confentement fi unanime
des autres , qu'il paſſa
parmy eux avec railon pour
une inſpiration divine.
Aprés que Mr le Cardinal
eut été dans l'Eglife ſuivy de
*
CALANT. 55
tout le Corps du Chapitre
pour rendre graces à Dieu de
cet heureux fuccés , il dépêcha
un Courrier à M' fon Neveu ,
pour luy en donner avis. M
l'Abbé d'Auvergne fe trou .
voit alors à Lyon , où il avoit
été obligé de ſe rendre pour
certaines affaires de fon Miniftere
, & où il étoit fort éloigné
de la pensée de ce que la
Providence operoit alors en
fa faveur. Sa réfidence ordinaire
étoit dans la Ville de
Vienne , où il rempliffoit avec
un grand aplaudiffement les
fonctions de Grand Vicaire
E iiij
56 MERCURE
de M' l'Archevêque de cette
Ville,fuivant la loüable, quoy.
que nouvelle Coûtume , qui
s'eft introduite depuis peu parmy
les jeunes Abbez Epifcopifans
, qui font dans cet employ
une espece d'aprentiffage
Gouvernement fpirituel. du
Je ne vous feray point icy l'éloge
de Mr l'Abbé d'Auvergne
,vous le connoiffez mieux
que moy , & il eft inutile de
vous dire , quel progrés furprenant
la beauté de fon genie
a fait dans les Lettres , &
la pureté de ſes moeurs dans
es Vertus , & cela dans un âge
GALANT. 57
où les autres hommes com-
-mencent à peine à faire les
premiers pas. Il fuffit que
je vous dife que le lendemain
qu'il eut appris la nouvelle
de fon Election , il fe rendit
en diligence à Cluni , où
1 aprés les actions de graces
rendues à Dieu , il s'eft oc
cupé pendant quelques jours
xà remercier , & à régaler fes
e Electeurs parmi les applau
diffemens du peuple de la Ville
, & les conjouïflances de
toute la Nobleffe du Voifisnage
, quilefpere avec raiſon
des avantages extraordinaires,
68 MERCURE
fous la protection de l'Oncle
illuftre , & de fon illuftre Neveu.
Le temps ne pouvoit être
plus favorable pour divulguer
promptement cette importan .
te nouvelle , parce que plús de
cent cinquante Religieux vocaux
, qui estoient arrivez de
toute l'Europe Catholique
pour tenir le Chapitre Gene .
ral de l'Ordre , ont inceffamment
donné avis en autant
d'endroits differens , de l'Election
infpirée de leur Superieur
General .
Je n'ajoufterai rien de plus
à cette Relation , qui paffe déGALANT.
59
ja les bornes ordinaires d'une
Lettre,fice n'eft qu'aprés l'infpiration
du Saint Eſprit , un
des motifs qui a le plus contribué
à l'Election de Mil'Ab.
béd'Auvergne , ce fontles nouvelles
connoiffances que les
Religieux de cette Abbaye
ont tirées depuis peu de leurs
Archives , des fondations confidérables
dont leur Ordre a
été doté par la liberalité du
-même Guillaume , Duc d'Aequitaine
, & Çomte d'Auvergne
, dont je vous ay touché
un mot au commencement de
ma Lettre.Ils ont crû qu'il étoit
60 MERCURE
de leur devoir d'en témoigner
leur reconnoiffance aprés neuf
fiécles à un de fes illuftres Neveux
, & ils ont chargé de ce
motif l'acte capitulaire de la
nomination qu'ils ont faite de
Mr l'Abbé d'Auvergne . Tout
le monde fçait que l'illuftre
Maiſon de Bouillon , dont il
fort , porte le nom de la Tour
d'Auvergne , & qu'elle prouve
fa defcendance des anciens
Souverains de cette Province ,
d'une maniere invincible , j'efpere
quelque jour vous donner
une deſcription du magnifique
Maufolée , que Mr le CarGALANT.
61
S
dinal de Bouüillon , fait conftruire
aux Princes de fa Maifon
, dont il a fait apporter les
Corps dans la grande Eglife de
Cluni. Le deffeinen eft grand
& magnifique , & paffera tout
ce que nous avons de Tombeaux
en France. Le Ciel a fi
vifiblement favorisé cette entrepriſe
, qu'il a permis depuis
peu pour en faciliter l'éxécu
cution , que l'on ait découvert
une carriere d'un tres - bel Albâtre
dans une des Terres de
l'Abbaye , qui n'en eft qu'à
deux petites lieues . Cet Albâ ,
tre compofera le corps de l'ou
62 MERCURE
vrage , qui fera enrichi d'une
infinité de marbres de Gréce,
d'Italie , & de Provence
, de
toutes fortes de couleurs , & or
né de plufieurs ftatuës , auf.
quelles travaillent
actuelle
ment fur les lieux , quelques
uns des premiers Sculpteurs
de
l'Europe. En attendant
quelque
chofe de meilleur , je vous
envoye une trentaine de Vers,
par lesquels ma Muſe a voulu
prendre part à la joye de nos
Provinces
fur cette heureuſe
Election, que nous confiderons
icy comme un bon- heur pu
blic. Je fuis voftre , & c .
GALANT 63.
IS
01
A ME L'ABBE'
D'AUVERGNE,
ELU COADJUTEUR
à l'Abbaye de Cluni .
Rince , qui commence une
illuftre carriere , Pin
Où par un effor glorieux ,
Vos brillantes vertus vont laiffer
en arriere
Les merveilles de vos yeux;
Quoy que témoin du fait , j'yfuis
prefque incredule.
Pour vous un grand Corps
reuni
64 MERCURE
Mieux qu'il ne fut jamais pour
Armand , ny pour Fulė,
Vient de fe guerir du fcrupule
Qu'infpire l'amour du Cuculle
Aux fiers Capitulans de l'antique
Cluni.
GS
[glife ,
S'il eft vray qu'Apollon quelque.
fois prophetife
Ce beau commencement nous permet
d'esperer
Qu'il n'est dignité dans l'E.
Où vous n'ayez droit d'afpirer.
Ony Prince , l'Esprit Saint , qui
fçait rendre amollie
La plus dure prévention
Par la mêmeinſpiration
GALANT. 65
Malgré les préjugeZ& la pref-
[ l'Italie
cription ,
Peut en voftre faveur détromper
Du zele de fa Nation.
S
En attendant que les années
Se donnent le foin d'accomplir
Ce qui feul manque pour remplir
Vos éclatantes deftinées ;
Puiffe bien - toft par le Senat
Romain
Elevé fur l'Autel de noſtre premier
Temple ,
Le grand Bouillon par fon
exemple
Vous en préparer le chemin.
Juin 1697-
F66
MERCURE
Je vous ay fait part du petit
Poëme fur l'Hiver , de la compofition
de Mr Robinet . Il
faut vous faire voir ce qu'il a
écrit fur la Saifon où nous
fommes. Comme elle a esté
fort inégale , il a marqué dans
la deſcription qu'il en fait , &
qu'il commence dés le premier
Mars , tous les mauvais
jours que nous avons eus.
LE PRINTEMPS.
L
E Dieu du jour , je croy , par
mes Vers irrité
Contre l'Hiver hideux dont j'ay
fait la peinture ,
GALANT: 67
Vient enfin triompher, couronné
de clarté ,
De ce cruel tyran de toute la Nature.
Il ne fçauroit fouffrir fon regne plus
longtemps ,
Ilen retranche un mois, & le donne
au Printemps ,
Qu'il ramene en fon char accompa
gné de Flore.
Tout eft changé , la terre s'amolit ,
Et la charmante Aurore
En quittant plus matin ſon lir,
Eft furpriſe de voir les fleurs fitoft
éclorre. S
•
Le Soleil qui la fuit ne fut jamais
beau
Qu'il le montre à prefent dans fa
noble Victoire,
Et jamais le Printemps, par qui tout
eft nouveau ,
Fij
68 MERCURE
Ne parut à nos yeux avecque tant
de gloire.
Que leur retour cheri produit d'ef
fets pompeux
,
Et qu'ils répondent bien l'un & l'au
tre à nos voeux ,
Prenant foin de bannir un Hiver fi
funefte !
Que tout est beau , que belles font
les nuits !
Diane fait briller dans la voûte ce-
'lefte.
A plein fes feux épanouis ,
Et de l'obfcurité l'on n'y voit aucun
refte. S
Nous pourrions difcourir du Printemps
aujourd'huy ,
Ainfiqu'en difcouroit noſtre galant
Horace ,
Si nous pouvions fur nous attirer
comme luy ,
GALANT: 69
: Les divines faveurs des Filles du
Parnaffe .
Chantons , quoy qu'en marchant
de fort loin fur les
pas .
Le voicy de retour le Printemps
plein d'appas ..
En Scithie il bannic l'Hiver rude &
fauvage ,
Qui defoloit de tous coftez nos
champs ,
Qui dans les Elemens faifoit tant de ·
ravage ,
Et qui faifoit ceffer les chants
Des Choriftes ailez de different
plumage , S
Les aimables Zephirs , ces chers
Amans des fleurs ,
Déja dans les jardins , & déja dans
les plaines ,
Commencent d'en chercher de toutes
les couleurs,
70 MERCURE
Et de les careffer par leurs douces
haleines.
Déja les Papillons , ces rivaux des
Zephirs ,
Al'oreille des fleurs font oüir leurs
foupirs.
Ils cherchent tout le jour les plus
belles d'entr'elles ,
Sans pour aucune avoir rien de
conftant.
De l'une à l'autre ils vont de leurs
legeres ailes ,
Etaler l'émail éclatant,
Et ce font les Portraits des Amans
infidelles .
S
Les Oiseaux enfermez dans les feuillages
verts ,
Pour chanter du Printemps la vi
&toire nouvelle ,
GALANT:
71
S
Recommencent par tout leurs excellens
concerts ,
Où l'amour les anime , & redouble
leur zele .
L'Abeille deformais vole dés le
matin,
Pour faire fur les fleurs l'ordinaire
butin ,
Dont avecque tant d'art ſon miel
elle compofe
.
D'autre cofté la prudente Fourmi,
En qui , comme en un point , la fageffe
eft encloſe ,
Et qui jamais ne travaille à demi ,
Pour remplir fes greniers agit fans
nulle paule.
2
Aujourd'huy les Bergers loin d'eftre
renfermez ,
Sortant de leur cabane avecque leurs
Bergeres ,
72 MERCURE
Pour qui feules leurs coeurs fe fentent
enflâmez ,
Vont les entretenir fur les molles
feugeres .
Ils font innocemment au fon des
chalumeaux >
Mufettes , flageolets , paiftre leur
gais troupeaux ,
Qai bondiffent de joye en quittant
la cloture ,
Où l'âpre froid les avoit reten us ;
Et d'aife les agneaux fautent fur la
'verdure ,
Eftant par les chiens défendus
Contre les Loups gloutons , ardens
à la capture
.
Comme eux bondiffent les Poif
fons ,
Nâgeant en liberté de l'une à l'autre
rive,
Depuis
GALANT.
73
Depuis l'heureux débris de ces vaftes
glaçons ,
Qui les tenoient captifs fous une
onde captive .
On reverra bien - toft retourner fur
les eaux
Nautonniers ,
Mariniers avecque
leurs Vaiffeaux ,
Ceux cy pour le Commerce , &
ceux-là pour la Guerre
Les Voyageurs vont fe mettre en
chemin ,
Soit fur les flots , foit fur la terre,
Laiffant leur deftin dans la main
Du puiffant Immortel qui regit le
Tonnerre.
S
Le Laboureur chagrin d'eftre trop
au foyer ,
Le quittant tout joyeux retourne à
la charuë .
Juin 1697.
G
7.L MERCURE
İl cultive la terre, attendant le loyer
Que promet la récolte , & pour la
quelle il fuë.
Les Boeufs avec le foc fendent les
durs fillons ,
Où fouflent les doux vents au lieu
des Aquilons ,
En faveur de Cerés , qui fur les
champs prefide .
Dans les forefts les chiens & le
Chaffeur
Vont reduire aux abois , tantoft le
Cerf timide ,
Tantoft le Sanglier en fureur,
Dont la dent écumante eft ſouvent
homicide.
Les Nymphes fe parant de leurs
pompeux atours
Yont s'ébartre au clair de la
Lune,
GALANT. 75
Entre elles font mêlez plufieurs briilans
Amours
Les uns aimant la Blonde , & les
autres la Brune :
Par là nous entendons tant de jeunes
Beautez ,
Tant de galants poudrez qu'on voit
à leurs côtez ,
Qui fe trouvent le foir dans les lieux
de plaifance,
Où plus qu'ailleurs le Printemps
femble beau,
Où l'on fait des feftins , où l'on rit ,
où l'on dance ,
V
Où l'on met enfin au tombeau
Les ennuis de l'Hiver qu'a chaffez
la prefence,
Que de Myrthe à l'envi l'on faffe
des chapeaux ,
Et que chacun en mette fur fa
I tefte,
Gij
76 MERCURE
Qavec les Inftrumens & des concerts
nouveaux ,
Du plus beau des Printemps on celebre
la fefte .
Au premier qui parut dans le premier
jardin , ..
Ce jardin fi fameux qui fut planté
foudain
Avec tant d'agrément par une main
fuprême ,
On pourroit bien comparer celuy
cy .
mę
Ce n'eft pas fans fujet que je me
l'imagine ,
Il a mille charmes auffi ,
Et je le croy produit par une main
divine .
2
Mais que voy -je ? Ici bas que tout eft
inconſtant !
D'un Printemps merveilleux , je
veux tracer l'Image,
GALANT:
LL
Et voila fes attraits effacez à l'in
ftant ;
Tout eft , tout eft changé , c'eſt un
autre vifage.
Des nuages épais viennent rebrouiller
l'air.
Aprés quatorze jours qu'il le mon
tre fi clair,
Et l'on en voit tomber à la fois
grêle & pluye ,
Comparons donc au Printemps
d'autre fois ,
Dont fi -tôt la beauté parut évanouie
,
Ce Printemps - ci , d'un demimois
,
Dont ma Mafe s'étoit trop vifte
réjoüie.
2
Que les quatorze jours qu'à Hy
ver il a pris.
Giij
78 MERCURE
Avant qu'il duft finir , nous couteront
peut- eftre T
En écrivant d'abord , que je m'étois
mépris ,
Et qu'au temps fi changeant , c'étoit
mal me connoiſtre !
On n'en fçauroit tenir un affurć
diſcours ,
Il change tous les ans , tous les mois,
tous les jours ,
Où pluftoft à chaque heure , à chaque
moment meſme.
En compofant prefentement ces
vers ,
Ne reconnois- je pas ce changement
extrême ?
Que d'afpects du Soleil divers !
Tantoft il eft brillant , & tantoſt
trifte & blême .
S
A ce temps incertain que nous
fommes fujets,
GALANT.
es
Nous changeons mille fois ,dans le
cours d'une année,
De paffions, d'humeurs , de gouft &
de projets.
Tant nôtreame eft par luy puiffamment
entrainée .
Que dis - je ? à chaque inftant elle a
nouveaux defirs .
Tout le bon-heur ne peut arrefter
fes foupirs.
Non, tien ne peut jamais la rendre
fatisfaite ,
Bien moins on voit felon le vent ,
Sur le haut d'un Clocher tourner
la giroüetre .
Qu'au vent d'un appas dece .
vant ,
L'Ame toûjours volage , & toûjours
e dans le Ciel
1.
inquiete. Z
Ce n'eſt
que que
l'on
trouve un Printemps ,
Giiij
80 MERCURE
Qui ne change jamais , qui tous les
fiecles dure
Et ce n'eft qu'en Dieu feul
coeurs font contens ,
que leš
Leurs voeux par tout ailleurs , épui
fent la Nature.
Renonçons donc aux chofes d'-
ci-bas , [ appas ,
Ne nous attachons plus à de foibles
Penfons дне c'est au Ciel , qu'est
noftre domicile.
Sortonsd'erreur, icy tout eft abus,
Tout eft periffable & fragile
Ouvrons les yeux & ne nous trompons
plus
Ce n'eft qu'en faux objets que ce
monde eft fertile ,
N
L Soleil * aujourd'hui reprend fon
Afcendant
Du vingiiéme de Mars
mier jour du Printemps.
GALANT. 81
Avec un vif éclat , il rentre en fa
carriere ,
On fent avec plaifir que cet Aftre eft
aident ,
Et l'on est tout ravi de revoir fa
lumiere .
Ce beau jour eft auffi du Printemps
le premier ,
I commence les mois qu'il a pour
fon quartier ,
Ce debut eft charmant , maisyoyons
en la fuite ,
Sans du Printemps encor fouhaitter
les plaifirs.
C'eſt par là feulement que le cha
grin s'evite ,
Lors que des biens qui flattoient
nos defirs.
Dans nos coeurs tout à coup l'efperace
eft détruite.
82 MERCURE
S
Ah ! j'avois bien prévu que les
quatorze jours ,
Retranchez à l'hiver de fon âpre
froidure ,
Et dont fi beau fut tout le cours ,
S'eroient reftituez & mefme avec
ufure ,
Le barbare il a fçeu ſe bien dédom
mager.
A peine nous a -t-il permis d'envifager
Depuis un mois entier l'aftre de la
lumiere ..
Ce n'eft que froid , que pluie , épaiffe
obfcurité.
Je fens petiller ma colere ,
Prefte à pefter encor contre fa cruauté.
S
Mais non, j'ay tort , entrons dans
des pensées ,
GALANT. 83
Plus morales & plus fenfées .
C'eft,comme je l'ay dit ,qu'ici rien
n'eft conftant.
C'eft que fans ceffe tout y change ,
Que du bien & du mal il s'y fait
un mélange ,
Qui ne permet jamais qu'on puiffe
eftre content.
S
N: nous defolons pas ; trois beaux
jours d'intervale ,
Nous font donnez , & le Soleil ,
De fes clairs afpects nous regale ,
Nous verrons fi demain le temps
fera pareil
2
Non , depuis ce jour-là , jufques
au quatriéme
Du Mois des douze le plus vert
Le Ciel pour nous toûjours le mefme,
84 MERCURE
S'eft fait voir à nos yeux
couvert.
de
nuages
Nous n'avons eu que vent ,que grefle
& pluye ,
Bon dieu qu'un tel defordre en
nuie ,
Lors qu'on penfe jouir d'une aima.
ble faifon .
Mais nous nous plaignons fans
raiſon .
Ce qu'on nomme defordre eft un
ordre fupreme ,
Il vient de la fageffe méme ,
e nous devons , fans murinu Q¹e
rer ,
Humblement adorer ,
A nos plaintes faiſons fucceder
mille graces ,
Depuis le trois du prefent mois de
May ,
GALANT. 85
10
De l'affreux temps on ne voit
nules traces ,
Prefentement
tout renaft , tout eft
gai ,
Nos aimables Tuilleries ,
De tous coftez font fleuries
Et du Monde charmant on y voit
le concours .
Mes forces que l'Hyver avoit beau
coup fêtries ,
Semblent fe retablir en ces premiers
beaux jours ,
Et j'iray m'égayer dans les vertes
Prairies
Mais il eft bon de finir ce difcours ,
Par un Proverbe de grand cours ,
L'Homme propole ,
Et Dieu difpole .
Vous me témoignez vouloir
apprendre à combien fe
86 MERCURE
montent toutes les Armées
du Roy , les noms des Corps
qui les compofent , & ceux
des Officiers Generaux qui
les commandent
. Ce que vous
me demandez paroift affez
difficile, cependant il faut tâcher
de fatifaire vostre curiofité.
Je vous ay déja envoyé un
eftat de l'Armée de Mile Maréchal
de Catinat , qui faifoit
le Siege d'Ath , & je vous en
envoye un de l'Armée de Mª
le Maréchal Duc de Villeroy
.
Je vous envoyeray les autres
avant que de fermer cette
Lettre,
197
GALANT. 87
Ľ
ORDRE DE BATAILLE
de l'Armée de M' le Maréchal ,
de Villeroy. 1697.
Mile Maréchal Duc de Ville
roy , GENERAL .
M' de Surville .
Les Officiers Generaux di
la premiere Lignefont,
Mrs de Feuquieres
,
e Roſen ,
M Le Duc de Barwick ,
De Montrevel,
De Vandeüil ,
De Befons ,
Le Duc de Villeroy
88 MERCURE
D'Alegre.
PREMIERE LIGNE.
BRIGADIERS.
Mr Dauvray , Brigadier.
Dragons.
La Reine
Dauvray 3
6 .
M de Romeri, Brigadier..
Maifon du Roy.
Grenadiers du Roy
Noailles
Duras
Lorges
Villeroy
Gendarmes
Chevaux- legers
I
3
3
3
3
1
GALANT. 89
Moufquetaires
CAVALERIE.
I
16 .
Mile Prince Camille ,
Brigadier.
Villeroy
Camille
Anjou
Cuiraffiers
10-
2
3
2.
3
32. Efcadrons
.
INFANTERIE.
Mr Grǝder , Brigadier
Champagne
Greder Allemand
› Juin 1697.
3
5.
H
90 MERCURE
"
M' Puiſegur , Brigadier.
Du
Roy
Lorraine
5.
M ' de la Chatre, Brigadier.
4
Lyonnois
La Chatre
Royal Italien.
2
2
I
M ' de Saillant , Brigadier.
Gardes Françoiſes .
Gardes Suiffes
4
7
M'de Bligny , Brigadier.
Maulevrier
Xaintonge
Angoumois
N.
I
I
GALANT. 91
I
5.
Santerre
M'de Vibray, Brigadier.
Anjou
Boulonnois
Hautefort
Mouchy
5.
2
I
ΙInd H
M' de Liancourt , Brigadier.
La Ferre.
Bourbon
Angouleſme.
Orleanois
La Mothe
I
I
I
1
I
S.
I
M'de Rochefort , Brigadier.
Saint-Second
Hij
92 MERCURE
Coalin
Bourbonnois 2
5.
42 Bataillons
.
CAVALERIE.
M' de Montfort , Brigadier."
Du Roy
Berry
Auvergne
3
2
3
8.
1.
Mcde Villequiers , Brigadier.
Villequiers
Roquepine
Tournefort
2
3
3
8.
M ' de Rohan , Brigadier.
Coffé
GALANT. 93
.
Rohan
Orleans 2
Mestre de Camp general 3
Dragons.
Sainte-Hermine
Fimarcon
9.
3
3
6.
31. Efcadrons .
SECONE LIGNE.
Officiers Generaux.
Mrs
d'Artagnan ,
De Buſca,
De
Crequi,
De Gaffion ,
De Greder ,
De Luxembourg,
W
94 MERCURE
Le Duc de Charoft ,
De Rofembourg.
BRIGADIERS.
M' de Breteuil. Brigadier .
Dragons.
Breteuïl
Hautefort
3
3
6 .
CAVALERIE.
M' Mandercheid , Brigadier.
Mandercheid
Pelleport
Sailly
3
2
3
M' de Biffy , Brigadier.
Quoad
La Tournelle
8.
3
23
GALANT.
95
Biffy 3
9
23. Efcadrons.
INFANTERIE.
M'Dorington , Brigadier.
Gardes d'Angleterre
Vidame d'Amiens
Montauban
Auxerrois
2
I
I
Artagnan
6 .
M'Mouroux , Brigadier.
Mouroux 3
Laonnois
Renel
Choifinet
Sanfay
..
I
1
96 MERCURE
Deftouches
y
6.17
M'deSalis , Brigadier,
Stoppa
Surbeck 4
- Salis . 4
12 .
Mc Goëfbriant , Brigadier.
Berry
Royal Savoye
Laigle
Tallandre
Chevalier de Pont :
Broc
6 .
M' de Thoy , Brigadier.
Damas
I
Trecefion
GALANT.
97
Treceffon
I
Thoy
I
Breffe
Provence
6.
36. Bataillons
.
CAVALERIE.
M' Dourches , Brigadier.
Dourches
1 Barentin
1 Fontaines
I
M² de Vivans , Brigadier.
1
3www
3
3
G
La Feronaye. 3
Sovaftre
3
Vivans
1
Fuin 1697.
1
1 8.
98 MERCURE
Dragons .
Chevalier Gouffier OM 3
20. Escadrons.
Royal Artillerie
Bombardiers
Infanterie 80. Bataillons.
Dragons 21. Elcadrons. !
Cavalerie 85. Escadrons.v.
Efcadrons 106, 1150
6
Vous n'avez peut-être ja
mais entendu parler , d'une
maladie pareille à celle que
vous trouverez décrite dans
une lettre de Mr Hemeri
Medecin de Blois , que je vouš
envoye,
GALANT
99
A MONSIEUR
DE
100%
V
Ous ferez fans doute
furpris,M , de ce que je
vais vous apprendre. Une
Fille de ce pays eft depuis
long -tems incommodée de
vents qui femblent circuler
par tout fon corps. Elle les
fent tantoft dans un endroir,
tantoft dans un autre ; mais
fur tout dans l'eftomac , où
ils produifent une tenſion
douloureuſe quil'oblige quel
que fois de courber un peu
l'épine du dos en arriere. Le
Ijj
YOO MERCURE
rare & le merveilleux , c'eſt
qu'en preffant l'endroit où il
y en a , on les fait lortir en
moins de deux minutes par la
bouche , de forte que quel
ques perfonnes par amitié luy
frapaut fur l'épaule luy caufoientauffi
totune oppreffion ,
fuivie d'une eruption de ces
vents . Elle n'a fouvent qu'à
fe froter l'oreille , qu'à fe preffer
le bras , elle ne manque
point d'en donner la fcene.
Elle a eu depuis peu une fracture
à la jambe pres du tar
fe , où ces vents ont caufé une
enflure du pié avec de violen
2
m
BAUDEM cot
GALANT
. TA > <
!
dos .
tes douleurs . Pour diffiper &
les douleurs & l'enflure , il a
fallu de temps en temps preffer
fucceffivement le pied juf
qu'a quelque diftance de la
fracture . On n'avoit prelque
pas appuyé le pouce que fans
mettre beaucoup d'intervalle
entre la touche & le fredon ,
n entendoit ces vents faire
leur jeu par l'anche de cette
partie qu'on compare à une
mufette. Je me fers du mor
de fredon , parce qu'un Auteur
de ce temps dit que les
vents dans leurs fifflemens
imitent tous les tons de Mufi.
on
I iij
002 MERCURE
que.Je ne fçay pas à quoy it
tient qu'il ne foit tout à fait
mufical , car ce qui le fait
jouer eft comme une efpece
deClavier, où il femble qu ily
ait des tuyaux à l'uniffon , qui
le plus fouvent font touchez
par une habile Muficienne ,
qui touche parfaitement l'orgue
& le claveffin , mais elle
n'a pas ici plus de credit qu'un
autre , car ce vent preffé au
pied , au dos , à la tefte , felon
Fendroit qui incommode le
plus , ne rend jamais que la
même note . Il faut obferver
que la malade ne peut foute
GALANT 103
E
1
U
1
e
2
nir la preffion continue , mais
il faut luy donner du relâche
parceque l'eructation l'acca
ble ,& luydonne desfoibleffes.
Ces vents caufent quelquefois
bien du feu du feu dans la partie
où ils font , & ce n'eft pas
alors le moment propre à les
faire fortir; ce n'eft que dans
leur maturité , & lors qu'ils
fontécartez.Cesvents
par leur
courfe dans la jambe malade
ont enfin tant caufé de douleur
, que pour en calmer la
furie , on a été obligé d'ofter
la ligature avant le temps , ce
qui les tient en paix . La mala-
I iiij
104 MRCUREE
de a toujours eu la fievre af
fez forte & mefme le pouls
intermittent. La nourriture
liquide l'incommodoir , mais
elle n'eftoit point incommodée
du pain qu'elle demandoit
comme une choſe que
veulent les vents .
On ne voit rien, fije ne me
trompe, dans les obfervateurs
de femblable , Skenkius rapporte
bien aprés Albukafis ,
qu'une femme eut des vents
vers la veine du coude , qu'on
les vit en moins de rien cou .
rir à l'épaule & de là dans tou
tel'habitude du corps.Il nom
GALANT.: + Ios
Flatusfu
Ime cette maladie
riofus , & en la langue Nakir ,
mais elle n'approche pas de
a celle-cy.Si
j'ofois luy donner
un nom , je l'appellerois
flatus
plectricus .
Je n'ay pû reflechir deffus
fans me donner la torture
pour en connoiftre la nature ,
je n'ay pû d'abord croire que
ces vents fuffent entre les
muſcles ,comme quelques au
teuas femblent l'infinuer , entr'autres
Hildanus , qui dic
en avoir obfervé à l'occafion
d'unveficatoire
qu'ilfefic apli ."
quer. Il dit qu'en appliquant
2 .
166 MERCURE
Poreille fur l'ulcere, on enten
doit un petit fiflement de
vent , mais fi cela eft , comment
concevoir que la pref
fionles en fift fortir par l'eftomac,
& en fi peu de temps. Je
tombe d'accord que le corps
eft , commedit Hipocrate , tout
infpirable & tout expirable;
+
comprend on pour cela qu'ils
fortent plutoft par l'eftomac
que par une autre voye fl
vaudroit autant dire qu'il y a
une trachée artere & veine,
pour porter & reporter l'air à
fon premier terme, & en ce cas
l'air rarefié par la fermenta.
GALANT 107
as
a.
1
tion de quelques humeurs , ne
pourroit peut- être eftre pouf
fé,commeje l'ay marqué,qu'il
ne pouffaft avec force celuy
qui lay eft contigu , & ainfi
de fuitte , jufqu'à la trachée
artere par oùil fortiroit avec
éclat ; mais cecy n'eft qu'ima
giné. Cherchons quelque canal
plus réel. Lesvaiffeaux fanguins
ne contiendroient ils
point ce vent ? Une veine, au
rapport deSkenkius, parut enflée.
On la perça , il en fortir
force vents, & la tumeur ceffa .
Silvius dit auffi avoir obfervé
fouvent que des vents font
103 MERCURE
fortis des Vaiffeaux Sanguins .
Il peut arriver qu'un petic
tourbillon de matiere fubtile
qui ne plonge qu'avec peine
dans un fang patteux , fe pro
mene fur la furface & paroifſe
être du vent . Cela fuppofé,
comment de veine en veine
peut il dans un inſtant fe ren
dre à l'eftomac Lors qu'une
partie eft enflée par le long féjour
qu'il yfait ,pourquoy n'en
arrive - il pas des Anevri
mes dans les uns & des vad
rices dans les autres , & pour
quoy point de ces accidens
qui fuivent la circulation inGALANT:
109
1
35
terrompue ? Pourquoy fontils
de la douleur? Les vaiffeaux
fanguins font infenfibles . Seroit
ce donc par les lymphatiques
? Non , il y auroit encore
des difficultez
. Me tromperois
je, fi je difois que ce font
les nerfs ?
Bien des circonstances femblent
le marquer. La promptitude
de leur action convient
aſſez avec celle dont il
s'agit , outre que la douleur
le pouls intermittent , la foibleffe
qui accompagne l'eructation
de ces vents , les
treffaillemens que la malade
ni aculeon.
To MERCURE
reffent , perfuadent que les
nerfs contiennent ces flatuofitez.
Celles qu'elle dit fentir
dans la fubftance du cerveau ,
& luy foulever le teft , celles
qu'elle fent à l'épine du dos ,
n'y font point contraires .
Mais comment de là revenir
par l'eftomac Pour cela , je
confidere que tous les nerfs
par la communication du
Ipinal avec la paire vague , &
de la paire vague avec l'intercoftal
, peuvent avoir de la
fympatie avec l'eftomac , que
de la paire vague il y a quel
ques rameaux qui diftribuent
GALANT. !!!
1.
n
de leur liqueur volatile pour
la fermentation des alimens,
& que d'autres reçoivent de
l'eftomac les parties les plus
fubtiles du chile. Les cruditez
du chile qui fuivent les
chagrins , & la forte application
d'efprit , marquent l'un ,
& la prompte refection , lors
qu'on prend des alimens avec
grand befoin , marque l'autre.
Je croy de plus , que les
efprits circulent par les nerfs,
dont les uns font déferens , &
les autres afcendans
pour reporter les efprits que
le mouvement & la nourritu
tant
12 MERCURE
re n'ont pas confumez , que
pour fervir au ſentiment, qu
on ne peut , à mon fens , bien
expliquer fans cela . J'ajoûte
que les efprits font une li
queur , à qui la matiere fub
tile donne le mouvement de
liquide , en faisant tourner les
globules fur leur centre. Ce
la fuppofé , la Malade , tane
par les chagrins qu'elle a cus,
que par fon grand attachement
au travail , n'a fait qu'un
chile pafteux , plein de crudi
tez , & par confequent les
ofprits animaux de même nature.
L'eftomac qui retient
( ૧૩૨
Ked .
GALANTM 113
3
t
es
2-
-nt
dans les fillons quelque reſte
de chile pour luy fervir de
ferment , en retenant icy plus
qu'il ne faut, s'eft trouvé plein
de cruditez acides , d'où eft
venu ce befoin de manger
fouvent , & du pain plûroft
qu'autre chofe par la propor
tion avec ce ferment. L'eltomac
qu'on peut regarder
comme une poire à feu , râ,
chant par fon mouvement &
par la chaleur des parties voifines
de digerer ces cruditez,
& ne le pouvant à caufe de
leur vifcofité , les a du moins
difpofées à ferarefier , ce qui
Juin 1697.
K
Λ
14 MERCURE
a produit leur tenfion dans
l'eftomac de maniere que
fes fibres en ont efté comme
à l'uniffon. D'ailleurs , la ma
tiere fubtile qui tourbillonne
dans la liqueur fpiritueuse ,
contenue dans les autres nefs ,
pour donner le même mouvement
à fes globules , les
trouvant moins maniables &
moins flexibles qu'ils ne doivent
eftre , rouloit plus par
deffus qu'elle ne plongeoit
& ne circuloit en dedans ; &
c'est ce que j'appelle icy du
vent. Si dans cette difpofition
on preffoit ce vent , ou
GALANT. g
23
e
ne
2.
le,
ብO
cette matiere fubtile, on l'obligeoit
de plonger & de ſe
faire faire place entre les globules
qu'elle pouffoir par
confequent avec effort . L'im
pulfion qu'elle leur donnoit ,
efs, les faifoit paffer comme un
éclair jufqu'au cerveau ; ce
les qu'on peur juger , puis qu'el-
Te fentoit le vent avant que
de le rendre par la bouche du
cerveau . Reflechiffant par la
paire vague , parce que les
; & pores font les plus ouverts , a
caufe de la tenfion de l'efto.
mac , ils enfiloient par la mê
me railon les rameaux froma-
K
es &
Hoi
par
oit ,
du
of
no :
116 MERCURE
chiques , aufquels par leur
forte impulfion ont
fair faire
le propre
mouvement
of
à
exclure
ces cruditez
par l'orifice
fuperieur.
Les Vers qui fuivent font
de M' de la Fevrerie , dont
Vous avez lû avec tant de
plaifir l'Ouvrage intitulé , Le
Parterre de Gazon , dont je
vous fis part le mois paffé .
TRADUCTION
D'une Epigramme Latine.
Sur les ailes de la Pudeur,
La chafte Lycoris d'une courfe les
geres
GALANT. 17
it
à &
ont
Ont
de
Le
e.
je
as Fuit Damon qui cherche à luy
plaireoilluqmi anot
Et qui la (uit avec ardeur
en une pierre
Is tombent
ABAR
les bleffe ,
Et l'amour rit de tout fon coeur
De l
3 Amant & de la Maiſtreſſe.
Mais bien-toft ce ris cede à de vives
3ncbdouleurs
.
Lycoris à Damon montre fa main
Ableſſée.
Damon l'arrofe de fes pleurs,
91 Fache de l'avoir offensée.
Que ne puis- je , dit il , apporter da
Wifecours
Ala douleur qui vous poffede ?
Le temps y donnera remede ,
La mienne durera toujours
2:
118 MERCURE
*
མ་
$
M Haudiquer de Blancourt
, tres- verfé en la connoiffance
des Maiſons nobles
du Royaume , ayant donné
au Public celles de la Province
de Picardie , fous le titre
de Nobiliaire , & les Recherches
hiftoriques de l'Ordre
du S.Efprit , travaillant actuel
lement fur l'Hiftoire des Premiers
Prefidens du Parlement
de Paris , qu'il doit mettre
dans peu au jour , & enfaire
celle de tous les autres Officiers
de ce même Corps , n'excelle
pas feulement dans cette
fcience , mais encore em
GALANT. 19
コー
те
re
el.
reent
tre
aire
offi
'ex
cere
en
celle de la Phifique & des
beaux Arts L'Ouvrage qu'il
vient de donner au Public , en‹‹
eft une preuve convaincante .
Ileft intitulé , L'art de la Ver
rerie Il ne fe contente pas d'y
parler de l'origine & de la ma
niere de fabriquer le Verre ,
y parle encore des Privile .
ges des Gentilshommes qui
le travaillent , de la manière
de préparer toutes les matie
res de Verres , Criftaux , Sels ,
& Soudes ; celle de tirer les
Teintures de tous les meraux
& mineraux , pour les communiquer
au Verre , & en
120 MERCURE
faire ces belles & riches couleurs
éclatantes qui paroiffent
aux vitres des anciennes Egli
fes , dont le fecret fembloit
eftre perdu , celle de faire &
teindre toutes fortes de pierres
précieules , auffi belles
que les naturelles , & de leur
donner le feu & la dureté ; de
faire toutes fortes d'Emaux ,
& de les teindre de ces mêmes
riches & belles couleurs ;
de peindre en émail & fur le
Verre , & même de le dorer;
de tirer toutes fortes de couleurs
des Aeurs , graines ,
gommes , herbes , racines ,
bois ,
GALANT. IN
5
es
bois , & autres matieres , pour
en faire de tres belles lâques,
auffi bien que du lapis lazuli,
le vray Outremer , & autres
belles & vives couleurs pour
l'ufage de la Peinture ; de
faire toutes fortes de Perles de
matieres fines , aufli belles
que les naturelles , de leur
donner l'eau , l'éclat & la
blancheur , même d'en faire
de fauffes tres- belles & foli-
Tle des ; de faire les Glaces & Mirer;
roirs de ' criſtal ; les Metallicuf
de
nê-
FS :
r
•по-
ques concaves , convexes &
es, Paraboliques Spheriques ;
mais tout cela n'eft encore
nes,
bois ,
Juin 1697.
L
122 MERCURE
rien en comparaison des befles
& rares operations quis'y
rencontrent , utiles dans la
Chymie & dans la medecine ,
fans parler des chofes fublimes
que M. de Blancourt
touche en paffant, fur la ſcience
profonde des anciens Philofophes
, où il paroift entendu
. Ainfi on peut dire que ce
Livre eft le plus beau , le plus
recherché , & le plus curieux
qui ait jamais paru fur cette
matiere. Il fe vend à Paris
chez le S' Jean Jombert , prés
des Auguftins , à l'Image Notre
- Dame ; & quoy qu'il
GALANT. 123
.९
la
ne ,
pli.
Jurt
ien
Phiten
je ce
plus
rieu
contienne plufieurs Figures ,
qui fervent à éclaircir les matieres
dont il traite , on le
donne pour foixante fols .
Le S'de Luynes , Libraire
au Palais , debite auffi un Livre
nouveau , intitulé , La Bi .
bliotheque des Auteurs . Ce font
des maximes fur toutes fortes
de fujets , ramaffées par les
foins de M'de Courfant. On
doit les eftimer d'autant plus,
qu'il eft aiſé d'en tirer en peu
de temps un degré d'habileté
pre Pour la conduite des mours,
cetre
Paris
e No
& un air d'agrément dans les
Oqul
converfations
,
qu'il
feroic
Lij
124 MERCUR E
སྒྱུ་
·
impoffible d'acquerir par
d'autres voyes , qu'aprés un
long & tres penible travail.
Ainfi l'Auteur a raifon de dire
que la plupart des autres
Ouvrages font comme de vattes
forefts , où il faut traverfer
cent buiffons avant que
d'y trouver une roſe , au lieu
que celuy.cy eft un Parterre
émaillé des plus belles fleurs ,
apportées de Grece , d'Italie ,
d'Eſpagne , & de plufieurs autres
endroits..
Voicy encore un ordre de
Bataille d'une des Armées du
Roy en Flandre.
GALANT 125
ES
3.
પ્ર
eu
ORDRE DE BATAILLE
de l'Armée que M le Maréchal
de BOUFLERS commande,
PREMIERE LIGNE.
Mile Maréchal Duc de Bouflers
, GENERA L.
Tre M le Comte de Touloufe ,"
rs
au
commandant la Cavalerie.
ie Me de Souternon commandant
cette même Cavalerie
, fous M' le Comte de
Toulouſe.
de Lieutenans Generaux.
Mrs de Crenant ,
Le Duc d'Elbeuf.
Liij
126 MERCURE
Le Comte de Tallard .
De Ximenes.
Maréchaux de Camp :
Mrs le Comte de Solre,
De Phelypeaux,
De Lagnion,
De Pracontal,
Le Marquis Dantin ,
BRIGADIERS.
M' de Raffant , Brigadier.
Dragons.
Meſtre de Camp general
Paifac
Senecterre
Efcadrons.
3
3
CAVALERIE.
M' du Rofel , Brigadier.
GALANT. 127
Commiffaire general
Raffant
Chaftres
Carabiniers
6 •
3
3
3
16
INFANTERIE. Bat .
M' le Prince d'Epinoy,.
Brigadier.
Picardie
-15
Royal Comtois
Cambrefis
2
I
6 .
M'de Chamilly , Brigadier.
Grancey
Bourgogne
Soiffons
3
2
Liij
128 MERCURE
ގ
Aunis.
M'du Tuzy, Brigadier.
Du Maine
Turie
Charolois
I
Ouzu
Mª de Cadrieu , Brigadier .
Beauvoifis
Toulouſe
I
N
Bellifle
Guifcart
M' de Tianges , Brigadier.
Tianges
Languedoc
GALANT. 129 129
Ponthieu
5.
M'de Bouligneux , Brigadier
Limofin
Chaffé
I
2
I
Montjoye
Renold
Clore Irlandois
Nivernois
1 Cruffol
2
1
1
Mr le Duc de Chaftillon,
Brigadier.
Blaifois
Chartres
I
3
E
130 MERCURE
Foix
Piémont
6 .
M
CAVALERIE. Efcadrons.
Mile Duc de Duras, Brigadier.
Royal Piémont
Dauphin Ettanger
3
Bourbon
Duras
10.
Mide Chelader , Brigadier.
Noailles
Grignan
Toulouſe
Dù Maine
Royal Etranger
2
M N N
WN
3
12,
GALANT. 131
Dragons
Frontenay
Dauphin
Houffars
3
3
6 .
SECONE LIGNE.
Lieutenans Generaux .
Mrs le Baron de Berſé,
De Gaflé ,
Le Duc de Roquelaure.
Maréchaux de Camp
Mrs de Surbeck ,
De Zurlauben,
De Grammont,
De Courtebonne.
132 MERCURE
BRIGADIERS.
M' du Pleffis , Brigadier.
Cavalerie. Efcadrons
Du Pleffis
3
Rennepons
Saint-Proüané
3
8 .
M' de Fiennes , Brigadier.
Egmont 3
Chaſtillon
3
Fiennes
9 .
Infanterie,
Bataillons.
Royal 3
I
* Lignieres
La Force
Tulles
I
I
6.
GALANT. 133
La Couronne
Tournon
Villefort
Bevic
Condé
2
I
I
I
5.
I
Furftemberg
Montenay
d'Alençon
5.
Mr de Courten, Brigadier.
Courten Suiffe
Monnin Suiffe
Royal Rouffillon
Miraumenil
Gournay
2
4..
2
3
2
L
5.
134 MERCURE
M'de Gravefon , Brigadier,
Royal la Marine
Stinville
Serville
Sioujal
M' de Princé, Brigadier.
Bufeville
Barceville
Noailles
Dauphin
I
I
1
S
I
I
6
Cavalerie. Efcadrons.
M ' de Joufreville , Brigadier-
Joufreville
Champlain
Mornay
3
3
る。3
9:
GALANT. 135
M' du
Chaſtelet ,
Brigadier.
Duzés
Imecourt
Chaſtelet
3
3
3
9.
Royal Artillerie 1. Bataillon.
RESERVE.
Dragons.
Du Heron
Vareville
Languedoc
Escadrons.
www
.
3
3.
3
9.
Total des Efcadrons 108 .
Total des Bataillons 79 .
136 MERCURE
Je vous parlay au Mois
d'Avril dernier de quelques
Cartes que Mi Nolin , Geographe
deMonfieur, avoit mifes
au jour. En voicy encore
quelques unes du même Auteur
qui ne font pas moins curieuſes
que les autres
.
Celle du Gouvernement
General de Languedoc, com
prend non feulement la Province
de Languedoc , mais en
core celles de Sevennes. Ces
deux Provinces enſemble
compofent le Gouvernement
General de Province où militaire
de Languedoc . Il eft di
GALANT 137
vifé en trois Lieutenances generales
, qui font fubdivifées
en plufieurs Dioceſes , comme
on le verra par le titre de
cette Carte , qui peut fervic
de Table Geographique. Les.
Villes ou autres lieux qui ont
quelque prerogative , font
1 diftinguez fur cette Carte ,
par des marques particulieres.
avec une explication.La pluf
part de ces remarques n'aevoient
jamais été mifes fur les
Cartes Generales de cette
Province qui ont paru avant
celle cy. On y remarquera.
entr'autres les Baronnics &
Juin 1697.
M
138 MERCURE
les Villes qui envoyent des
Députés aux Etats de Languedoc
. Le nouveau Canal-
Royal n'étoit fur aucuneCarte
Generale de ce Gouvernement
qui ait été gravéejufqu'à
prefent comme fur celle- cy.
Les bouches du Rhofne ayant
changé plufieurs fois , elles
ont fur cette Carte leur figure
veritable. L'on y trouvera
pour la premiere fois l'étendue
du nouvel Eveſché d'Alais.
Les latitudes & les longitudes
des principales Villes
y font conformes aux obfervations
Aftronomiques de
GALANT
139
S
Mrs de
l'Academie
Royale
des
fciences . Le
Gouverne.
ment
General de Foix eft aufi
fur cette Carte .
Neanmoins
il ne depend point
duLangue,
doc . Dans
l'Affemblée
des
Etats
tenus à Paris l'an 1614 , .
le pays & Comté de Foix fut
joint au
Languedoc , qui étoit
alors le
feptieme des douze
Gouvernemens
Generaux
de
France , mais
.comme
cette
0.
divifion n'a été en ufage que
pendant
l'Affemblée
qui dura
environ
quatre
mois , l'on
n'y a plus cu d'égard
depuis
ce temps
là , & maintenant
C
a
Mij
140 MERCURE
le Comté de Foix avec les pays.
de Donnefan & d'Andorre
font un Gouvernement General
en chef,indépendant de
celui de Languedoc.Ilsont
des
Gouverneurs feparez qui ne
relevent point l'un de l'autre.
La Carte du Canal Royal
de Languedoc , pour la jonction
de l'Ocean & de la Mer
Mediterranée , eft une des
plus belles , des plus particulieres
, & des plus exactes que
M ' Nolin ait données au public
, elle contient trois grandss
feuilles . Divers Auteurs
en ont déja donné de lu-
"
GALANT. 141
J
Je
1
* fieurs grandeurs , mais depuis
Fan 1666 , que ce Canal fut
commencé , on a jugé à propos
d'y faire plufieurs chan .
gemens pour en rendre la navigation
plus aisée , ce qui fait
que ces Cartes ne font plus
fuivant l'état prefent des chofes
, comme celle cy , qui a été
gravée d'aprés un excellent
original , & qui vient de bonne
main. Il y a fur cette Carre
plufieurs particularitez
qu'on ne trouvera point fur
les autres qui ont été faites
de ce Canal . Les Diocefes
par lefquels le Canal paffe y
142 MERCURE
font diftinguez par despoints.
les uns des autres . La pluf
part des Aqueducs font gravez
cn plan autourde laCarte ,
& marquez d'un Chiffre pour
les trouver aifément fur la
Carte même felon leur jufte
pofition. Par exemple celuy
de Caftanet , qui eſt du Dio.
cefe de Toulouſe , eft chifré
deux fur la Carte & dans la
bordure , il en eft ainfi des
autres . Outre les principaux
Aqueducs , l'on trouve fur
la bordure des plans & des
petites Cartes particulieres
des endroits les plus confide
GALANT. 143
tables , comme font le magazin
des Eaux de S. Farriol ,
les Eclufes de Poncerane prés
de Beziers , la Riviere de Beziers
ou de l'Orbe , dans laquelle
paffe le Canal avec les
Pilots , Digues , & les Chauffées
qui fervent à fouftenir
les eaux pour fa conduite , le
Port de Cette par ou le Canal
communique avec la Mer
Mediterranée , une Carte de
la communication
de l'Ocean
& de la Mediteranée par
le Canal. Cette Carte fert à
à faire voir d'un coup d'oeil
comment fe fait cette com144
MERCURE
P
munication au travers des !
Gouvernemens Generaux de
Languedoc & de Guyenne.
Il y a encore une autre Carte?
particuliere de l'entrée de las
Garonne où Gironde , & c'est
l'lffue du Canal dans l'o
cean, L'Eclufe ronde d'Age :
de , & le Baflin de Nauroulez
font encore des endroits tresremarquables
; c'eft pourquoy
il y en a des plans gravez.
Cette Carte est encore
ornée des Blafons & Armoi
ries de tous ceux qui ont droid
d'entrer à l'affemblée de Etats
de Languedoc , comme font
Is
GALANT: $ 45
les Archevêques & Evêques ,
le Gouverneur , les Lieute
nans Generaux , & les autres
Seigneurs , Marquis , Comtes ,
& Barons , qui ont des terres
confiderables en Languedoc
où dans les Sevennes , l'Intendant
de la Province , les
Syndics Generaux , les Secretaires
& Greffiers des Etats ,
& autres y ont auffi leurs Blafons
. L'on n'a pas auffi ou .
blié d'y mettre les Medailles
qui ont efté frapées pour conferver
la memoire de ce grand
Ouvrage dans les fiécles à
venir.
Fiun 1697.
N
146 MERCURE
La Carte de Provence eft
diviſée en douze Senéchauf
fées , qui font fubdivifées en
vingt- quatre Vigueries . Juf
qu'à prefent elles n'avoient
point efté marquées exactement
fur les Cartes , comme
on les trouve icy. Les Villes ,
ou Bourgs qui envoyent aux
Etats de la Province , y font
diftinguez des autres , &
même leurs Armoiries fervent
d'ornement au Cartouche.
Les Côtes y font deffinées
plus exactement que fur les
autres qui ont paru ; & afin
que l'on puiffe comparer ai
GALANT: 147
fément les embouchures du
Rhône comme elles eſtoient
il y a plus de cent ans , avec
celles d'aujourd'huy , on en a
gravé une petite Carte féparée
fur la mefme Planche
pour en faire voir toute la difference.
L'on a auffi remarqué
les lieux qui ont titre de
Principauté , de Duché , de
Marquifat , de Comté , & de
Baronnie.
La Carte du Comté de
Flandre eft fort particuliére ,
quoy qu'elle ne foit que d'une
feuille. Elle eft tres- commode
pour les Gens de guer
Nij
148 MERCURE
tre. Ceux qui aiment la Geo .
graphie y trouveront uneTable
des Divifions Geographi
ques de ce Comté , qui font
en ufage dans le Pays , & ou
tre cela , les Jurifdictions qui
font poffedées par les Fran
çois , les Efpagnols , & les
Hollandois .
Les deux Cartes des Comtez
de Namur , de Haynaut ,
& du Cambrefis , n'ont efté
refaites que pour les rendre
plus amples & plus particulie
res que celles qui ont paru ,
& afin qu'elles fuffent plus
propres aux Gens de guerre.
GALANT. 149
LaCarte de Lorraine com
corn
prend les Duchez de Lor
raine & de Bar , avec la Seit
neurie temporelle des trois
Evêchez de Mets , de Toul ,
& de Verdun , qù font remarquées
les Terres qui y on
efté réunies par les Arrefts
de la Chambre Royale de
Mets , en l'an 1680. & c .
L'on ne trouvera fur aucune
Carte cette divifion , qui eft
cependant la feule qui foit
maintenant en ufage . Il n'y
a plus aujourd'huy de ces
Terres adjacentes , toutes
ayant eſté réünies aux deux
Niij
150 MERCURE
Duchez & aux trois Evêchez.
Les Seigneuries ou Jurifdic
tions qui font du Domaine
de ces Etats font diftinguées
de celles qui ne font que des
Fiefs qui en relevent ilya
des Lettres particuliéres qui
les font connoiftre & dont
on a donné l'explication . Certe
mefme Carte comprend
auffi les Prefidiaux de Mets ,
de Toul , de Verdun , & de
Sar-Louis , avec les Bailliages
de Longwy , & d'Epinal , qui
font indépendans des Prefidiaux
,felón les Edits du Roy
de l'an 1685. comme les limiCALANT.
151
4
sès de ces Prefidiaux & de
ces Bailliages , font tresdifferentes
de celles des
Duchez & Evêchez dont
nous avons parlé. On n'en
peut voir la difference que
fur deux exemplaires de cette
Carte , qui feront enluminez
feparément , fuivant la divifion
geographique des Etats ,
& fuivant les refforts de la
Juftice. Celuy qui voudroit
réünir ces deux Divifions fi
differentes fur un feul exemplaire
enluminé , gafteroit
rout , & tomberoit dans une
confufion fi étrange , qu'il në
N iiij
152 MERCURE
pourroit rien comprendre à
aucune de ces Diviſions , au
lieu que fur deux Cartes féparées
, il fera aifé de les com
parer l'une avec l'autre , & de
voir en quoy ces Divifions
s'accordent ou font differentes
. Cet avertiffement eft en .
core neceffaire pour la Carte
du Lyonnois dont on a parlé
dans le Mercure d'Avril der
nier. Le Gouvernement
ge- .
neral & militaire du Lyon
nois comprend les Provinces
du Lyonnois , du Forefts , &
du Beaujollois , qui ont leurs
limites particulieres ; mais les
GALANT 153
Elections qui compofent la
Generalité de Lyon , ont une
étendue toute differente de
celles des Provinces qu'elles
coupent en divers endroits ,
&& celuy qui en voudra voir
la difference aisément , n'en
viendra jamais à bout que
lors qu'il aura deux exemplaires
de cette Carte peints
differemment , pour les conferer
enſemble .
M' Nolin prepare encore
d'autres Cartes qui ne feront
pas moins curieuſes , ny
moins inftructives que celles
qu'il a données. Il fera en
154 MERCURE
forte qu'il y ait toûjours
quelques particularitez qui
les diftinguent de celles qui
auront paru avant les fiennes.
Quand elles feront au jour
on en donnera avis au Public.
L'avarice eft la paffion des
ames baffes ; mais elle poffede
fouverainement ceux qui s'en
font une fois laiffé attaquer ,
& ils n'y renoncent qu'en
quittant la vie. Un Cavalier
tres -eftimable de toutes manieres,
s'eftant attaché auprés
d'une jeune Demoiſelle , qui
GALANT: 15
avoit beaucoupde bien , en fur
écouté affez favorablement ,
pour avoir fujet de croire qu'il
ne tiendroit pas à elle que fes
prétentions ne réuffiffent , s'il
venoit à bout de gagner l'ef
prit de fes Parens . Il s'en falloit
beaucoup qu'il ne fuft
auffi riche que la Belle , & il y
auroit eu entre-eux une entiere
inégalité de ce cofté-là , s'il
n'eut pas efté l'unique heritier
d'un Oncle, qui ne s'eftoit
appliqué toute la vie qu'à
chercher les moyens de s'enrichir.
Il eftoit entré dans tou .
tes fortes d'affaires , & il avoit
156 MERCURE
toujours fi bien ménagé les
chofes , qu'il avoit gagné dans
toutes. Une grande épargne
jointe à ce bonheur luy avoit
fait amaffer des fommes immenfes,
& outre l'argent comptant
dont fon cofre fort étoit
rempli , & quantité de Billets
dont il retiroit un profit confiderable
, il avoit fait quelques
acquifitions de Terres
qui luy rapportoient un gros
revenu. La fucceffion d'un
homme fi riche cftant infaillible
au Cavalier , faifoit qu'
on jettoit les yeux fur luy
comme fur un des meilleurs
GALANT. $57
partis de la Ville ; & on s'en
leiffoit d'autant plus flater
qu'elle ne pouvoit estre longtemps
attendue , puis que
l'Oncle eftoit fort vieux , &
qu'il paffoit foixante & quinze
ans. Ainfi la Belle n'ayant
rien à defirer dans le Cavalier
du cofté de la naiſſance ny
des belles qualitez , on ſe préparoit
de part & d'autre à
figner le Contrat de ma
riage , lors qu'un incident
que l'on n'avoit pas prevû ,
yapporta des difficultez . Le
vieil Oncle demeura veuf lors
qu'il y penfoit le moins , Sa
18 MERCURE
Femme, qui n'avoit guere plus
de cinquante ans , fut emportée
en peu de jours d'une fiévre
continue ; & comme il
eftoit d'une richeffe extraordinaire
, on dit auffi toft par
touté la Ville qu'il alloit eftre
couru. La chofe arriva comme
on le difoit. On luy fit
faire des propofitions de toutes
parts , & de fort jolies perfonnes
, à qui la fortune n'avoit
pas efté auffi favorable
que la nature, commencerent
à briguer pour avoir la préfe
rence. Son grand âge , ny les
frequentes incommoditez nels
GALANT: 159
les étonnerent point . Elles
confentoient à facrifier quelques
-unes de leurs plus belles
années , pour eftre enfuite en
pouvoir de fe choisir un Mari
felon leur gouft . Le bon homwe,
en qui cet empreffement
fit renaiftre tout à coup certains
fentimens que fes années
devoient avoir entierement
affoupis crut qu'il
meritoit d'éftre recherché ,
puis qu'on luy venoit propofer
de jour en jour quelque
nouvelle Maiftreffe , &
fier des avances qui luy
eftoient faites , il voulut voir,
160 MERCURE
·
la plufpart de celles dont on
luy vantoit le merite & la
beauté. Plufieurs luyparurent
fort aimables , mais ce qui
eftoit tres chagrinant pour
un homme auffi avare que lui ,
il n'y avoit point à choiſir entre
- elles fur le plus ou moins
de bien , chacune en eftoita
aflez de dépourveuë . Il ne
fçavoit qué répondre , & on
avoit peine à le faire demeurer
d'accord , que dans l'âge
où il eftoit , s'il avoit envie
d'avoir une femme qui fuſt
jeune & belle , il falloit qu'il
l'achetaft. Du moins il fe mit
GALANT. 0161
en tefte, s'il en prenoit une ,
de la choifir au rabais , & de
s'arrefter à celle qui fe vou
droit contenter de moins que
les autres , car quoy qu'ileult
déclaré à toutes qu'il ne vouloit
faire aucune dépenſe , ny
rien donner de comptant, il
pouffoit fon avarice jufqu'al
prés fa mort , & ne pouvoir
coníentir que la Veuve qu'il
laifferoit , cuft beaucoup à reprendre
fur fon bien . Il eftoit
avantageur
pour le Cavalier
qu'il fuft de ce caractere . Cependant
le bruit qui courut
par tout qu'il pourroit bien
Juin 1697 .
O
162 MERCURE
fe remarier , fit peur aux Pa
rons de la jeune Demoiselle ,
qui avant que de figner les
Articles , demanderent que le
vicil Oncle s'obligeaft de
conferver fa fucceffion à fon
Neveu. Cette propofition le
mit en colere. Il dit que fon
bien eftoit à luy ; qu'il l'avoit
acquis par mille peines , &
qu'il y avoit une injustice
effroyable à l'en vouloir dépoüiller.
On eut beau faire
pour l'adoucir , & pour luy
faire entendre raiſon . Quoy
que le mariage qui estoit
preft de fe faire , s'il accordoit
GALANT 163
1
Q
la condition que l'on exigeoit
de luy , fuft d'une extrême
importance pour le Cavalier,
à qui la Belle échapoit par fon
refus , il fut impoffible de luy
faire rien figner. Ce qu'il avoit
amaffé par fon fçavoir faire ,
luy fembloit perdu pour luy,
s'il n'eftoit plus en pouvoir
d'en difpofer , & tout refolu
qu'il eftoit de le garder prétieulement
, jufqu'à fe priver,
comme il avoit fait toute
fa vie , des chofes commodes,
de peur de retranchet quelque
chofe d'un trefor qu'il ne
poffedoit qu'en imagination,
O ij
164 MERCURE
puis qu'il n'en faifoit aucun
ufage , il aima mieux mettre
fon Neveu au hazard de perdre
l'heureux avantage qui fe
prefentoit , que de confentir
à luy affurer fon bien aprés fa
mort. L'obſtination qu'il fit
paroiftte à refuſer tous ceux
qui luy en parlerent , ne laiffant
plus douter qu'il ne penfaft
tout de bon à un fecond
mariage , on fufpendit la con .
clufion de celuy du Cavalier,
juſqu'à ce que l'on euſt vu
quelle refolution prendroit le
bon homme. Le Cavalier en
fut vivement touché , & s'aGALANT:
165
larma d'autant plus , qu'il vic
tous les jours de nouvelles
tentatives auprés de fon
Oncle,pour l'engager à prendre
une Femme . S'il s'y réfolvoit
, elle pouvoit luy donner
3 un heritier qui euft emporté
* fa fucceffion , & il voyoit tout
à craindre s'il n'empêchoic
qu'il ne fe remariaft. Quand
même il feroit arrivé que le
bon homme n'euft point eu
d'Enfans , une Femme adroite
le pouvoit indemnifer
dans la fuite , du peu d'a .
vantage qu'il luy auroit fait
en l'époufant. L'avarice ne
166 MERCURE
tient pas toûjours contre l'a .
mour , & des manieres flateufes
ont grand pouvoir fur un
homme qui en fe remariant
lors qu'il n'auroit deu fonger
qu'à mourir , a déja fait la
plus grande des fottiles . Le
Cavalier qui avoit des efpions
chez fon Oncle , pour être infruit
de tout ce qui fe pafloit,
apprit qu'une mere luy menoit
ſouvent fa fille , que cette
fille étoit fort aimable , que
le bon homme la voyoit toû
jours avec plaisir , & qu'on
avoit commencéà parler d'articles.
Cet avis receu fit agir
GALANT. 167
le Cavalier. Il s'informa de
la mere , & de la fille. L'une
avoit toute l'adreffe & tout
l'efprit que l'on peut avoir , &
rien ne manquoit à l'autre du
cofté de la beauté. Le commerce
de ces deux perſonnes
étoit d'angereux pour le bon
homme qui paroifſoit ébranlé
, & qui donnoit lieu de
craindre qu'il ne fe laiffaſt
gagner tout à fait . Il étoit
lié d'intereft & d'amitié avec
un homme qu'il avoit affocié
dans la pluſpart des affaires
qui luy avoient réüffi . Le
Cavalier s'adreffa à cet ami ,
168 MERCURES
à qui il reprefenta le grandp
préjudice que le mariage dep
fon Oncle luy alloit faire , s'il
ne trouvoit moyen de l'en déng
tourner. L'ami qui regardois
le Neveu comme un parfatus !
tement honnefte homme
qu'il euft été ravi d'obliger
& qui d'ailleurs ne pouvoit
foufrir dans un homme age
l'aveuglement où étoit fon
Oncle, raifonna long temps
fur les mefures qui étoient à
prendre pour l'en tirer. Aprés
avoir bien examiné ce qu'il y
avoit à faire , il s'avifa tour
d'un coup d'un expedient
qu'il
GALANT 169
qu'il ne voulut
voulut point
lut
point
expl
quer au Cavalier , & qu'il luy
dit feulement eftre fort feur ,
pourveu qu'illuy promift d'approuver
la chofe quand il
l'auroit mife en état de réüf.
fir. Le Cavalier le laiffa maî
tre de tout , fans fe vouloir informer
de rien , & luy repera
qu'il luy étoit d'une fi grande
importance d'empefcher fon
Oncle de fe marier , qu'il n'y
avoit point de conditions
qu'il n'acceptaft pour avoir la
joye d'en venir à bour . L'ami
fur cette affurance alla trou
ver le bon homme , qu'il mit
1 Juin 1697. P
170 MERCURE
"
d'abord fur fon mariage, dont
il luy parla comme d'une cho
fe qu'il fçavoit être arreſtée,
Il ajouta qu'il étoit fâché
pour luy , qu'il cuſt vécu fi
long - temps en reputation
d'homme fage pour faire
enfin une folie auffi grande
qu'étoit celle de fe réfoudre
à fe marier à une jeune co.
quette qui luy donneroit mille
chagrins , en luy faifant dif
fiper en fort peu d'années , la
plus grande partie du bien
qu'il avoit eu tant de peine à
amaffer. Le bon homme nia
fortement la chofe , & aprés
a
GALANT. 178 .
913)
une longue conteftation , fur
ce qu'on difoit fçavoir avec
certitude qu'il étoit engagé
de telle forte qu'il n'étoir plus
en pouvoir deus'en dedire ,
fon ami finitzen offrant de
* parier telle fomme qu'il vous
droit qu'il ne mourroir poins
dans le veuvage Lebon !
homme fur qui Pintereft .
pouvoit beaucoup plus que
toute autre chofe, infilta furi
le pari & fon ami voyanc
qu'il mordoie à l'hameçon ,
lay dit qu'il fe tenoit fraffeuré
de fon fait qu'il étoit rout
preft de luy apporter dix mil
Pij
172 MERCURE
le écus , qui feroient à luy
comme faifant partie de fon
bien , s'il arrivois qu'il mouruft
fanss eſtre remarié , mais
qu'auffi s'ib fuccomboit à la
tentation de prendre une fem
me ,il feroit contraint dés le
lendemain de fon mariage, de
luy remettre cette même fom.
me , avec une autre pareille ,
puifqu'il auroit perdu le pa
ry. Le bon homme le voyant
le maistre de gagner dix mille
ecus , ne balanca point à aclaccepter
le parti , & fon ami alla
aufli toft rendre compte au
Cavalier de ce qu'il venoit de
a
GALANT. 173
•
faire , en luy offrant ce qui
pouvoit luy manquer de cette
fomme pour la fournir toute
entiere. Le Cavalier comprit
auffi toft , que fi fon Oncle
recevoit dix-mille écus , il ne
fe voudroit jamais marier ,
parcequ'ilfaudroit en donner
vingt-mille. On luy mit entre
les mains la fomme dont on
étoit convenu , & il s'obligea
de la rendre au double , s'il
fe laffoit d'eftre veuf. Il mit
bon ordre à éviter la tentations
il ne voulut plus fouffrir
aucun commerce de Femmes
, & onfe faifoit bannir
Piij
174 MRCUREE
de chez luy , fi-toft qu'on luy
propofoit d'en voire quelqu'une.
Ainfi l'Oncle & le
Neveu furent fort contens .
L'un regardant l'acquifition
nouvelle des dix mille écus ,
comme une bonne fortune ,
infultoit à fon amiqu'il croyoit
être la duppe des faux rapports
qu'on luy avoit faits fur
fon mariage prétendu , & l'au
tre,dont la principale affaire
étoit de s'affeurer fa fuccef
fion , prétendoit n'avoir pu
choifir un plus feur dépofitaire
des dix mille écus qu'on
luy avoit mis entre les mains ,
GALANT. 175
Il ne les garda que cinq ou
fix mois , & fa mort qui fuivit
prefque auffi-toft uneviolente
apoplexie , dont il fut
frappé , mit le Cavalier en
poffeffion de tous les biens.
On peutjuger ailément qu'on
ne fit plus de difficulté de
luy donner l'aimable perfonne
qui luy avoit été déja acl
cordée. Leur mariage fut fait
en fort peu de temps , & ils
vivent dans une union qu'il
paroift que rien n'eft capable
de troubler.
Voicy le dénombrement
P iiij
176 MERCURE
des Troupes qui fervent en
Allemagne .
ORDRE DE BATAILLE
de l'Armée d'Allemagne.
PREMIERE LIGNE .
M 'le Maréchal de Choifeul,
GENERAL .
Lieutenans Generaux.
Mrs le Marquis de Chamilly:
De Puifienx ,
D'Uxelles ,
De Renti ,
De Revel ,
De Villars.
Maréchaux de Camp
Mrs de la Londe ,
GALANT: 177
De Quelus ,
Du Bourg ,
De Rouffi ,
De Fremont ,
De Romainville.
BRIGADIERS.
Escadrons.
Mr le Chevalier d'Asfeld ,
Dragons.
Brigadier.
Gobert
Verac
Sailly
3
3
9.
CAVALERIE.
M'de Flamanville , Brigadier,
Gendarmeric 8
178 MERCURE
M' de Murfay, Brigadier .
Dauphin
Villiers
3
La Feüillade
3
8.
M'de Langallerie , Brigadier .
Gouffier
Langallerie
Royal
3
3
3
9,
: INFANTERIE . Bataillons,
M de Blanzac , Brigadier.
Normandie
Guienne
S.
M' de Chamarante , Brigadier.
La Reine
GALANT : 179 .
Beauce
Dragons du Roy d'Angle.
terre , à pied.
5 .
M'de Charmazel , Brigadier.
I
Royal Vaiffeaux
Dublin Irlandois
M' le Chevalier de Carcado ,
Brigadier.
Le Perche
Dauphiné
Charlemont Irlandois
1
Tierache
31.7
.6
M de Sailly , Brigadiers ."
Breffe
180 MERCURE
Quercy
Robecq
Auvergne
5.
CAVALERIE. Efcadrons.
Mr de Praflin , Brigadier.
Royal Rouffillon
Souvré
Talmont
M'de Biffy , Brigadier.
Biffy
Lifle du
Vigier
Monrevert
3
3
2
8.
9
M¹ de Mariyaux , Brigadier.
La Barre
3
GALANT 18
Marivaux
Colonel general
3
$3
8 .
Dragons, nochEscadrons.
M' de Givaudan , Brigadier.
Rannes
Givaudan
Lautrec Od
Plus
Met band 9.
Bataillons.
3
3
3
Royal Artillerie nogee M2
6 Compagnies de Canonniers.
62 Pieces de Canon , &
Mortiers.
182 MERCURE
SECONDE LIGNE.
Lieutenans Ceneraux.
Mrs le Duc de la Ferté.
De Melac , bor DJM
Bertillac,
De la Bretefche.
Maréchaux de Campan
Mrsde Baron d'Asfeld ,
Girardin,
De
Mongommery,
o Dǝ Mongon ,
stagequand a
BRIGADIERST .
Cavalerie. Eſcadrons
M'de Forfac , Brigadier.
Forfac
Melion
3
GALANT. 183
Şaint Maurice 3
8'
M' d'Efclainvilliers , Brig.
Efclainvilliers
Wits
Baur
22
3
8.
M ' de Lagny , Brigadier.
Broglio
Du Bordage
Lagny
T
1
I
INFANTERIE . Bataillons,
M' de Vaudray , Brigadier.
La Sarre
Bafligny
Albigeois
3
I
184 MERCURE
Limerik
La Boure
M'de Poitiers , Brigadier.
Morangis
Poitiers
!I /
1
Damas
Durechaux
Villers
M' du Gats , Brigadier.
Bearn
Du Gats
Permangle
Beaurepaire
1
•Hehr wint
GALANT ros
M' de Berulle , Brigadier.
Flandre
Beaugelois
Marignane
I
I
I
Villemaure
Mr de Sainr Pater, Brigadier.
Athelone
Marcilly
Belle-affaire
Vivarais
I
I'
I
I
Clerambaut , à preſent Mirabeau
CAVALERIE . Efcadrons.
Mr Horn , Brigadier.
Horn
Juin 1697.
186 MERCURE
Chafteaumorantiub AM
D'Imecourt almansson 13
Savines
10.0
3
Mr de Ligondez , Brigadier.
Saint Simon GeFor
Conflans
Ligondez
0352974
Dragons, danas
Bragelonne
2. De Languedoc
Lefttade
9
TOTAL
Escadrons 120.2
Bataillons
GALANT. 187
Ma dernière Lettre & cell
cy contenant le denombree
ment des Armées commandées
par Mrs les Maréchau3
de Villeroy , de Boufflers , de
Choifcul , & de Catinat , lorf
qu'elles font entrées en Campagne
, vous fçaurez à peu
prés à combien fe montent les
Trouppes de Terte du Roy ,
fi vous y joignez ſeize Bataillons
, & vingt fept Efcadrons ,
qui étoient d'abord commandez
par M. le Marquis d'Har-
Cour , & qui viennent d'être
feparez en Flandre & en Alemagne
, & l'Armée que M' de
Q ÿj
88 MERCURE
Vendofme commande en
Catalogne , dont je vous envoyerai
auffi l'Ordre de Bataille
, avant que de fermer
cette Lettre .
ellieh
1 Le Dimanche 16 de ce mois ,
M le Marquis de Dangeau ,
Chevalier des Ordres du Roy
& Grand- Maiftre de Noftre
Dame de Montcarmel , & de
Saint Lazare de Jerufalem ,
s'étant rendu dans l'Eglife des
Carmes appellez Billettes , y
receut pour Chevaliers du
mefme Ördre , M ' le Comte
de Nucheze , Neveu de M
le
Commandeur deNucheze ,
a
GALANT. 82182
e
nɔVice Admiral de France , &
Fils de Madame de Jeure Mil
let , qui eft de la Famille des
15 Comtes de Montbas & de
Maillé.
Leiombparoit depuis peu un Livre
nouveau, intitulé l'Arithmeticien
familier , enfeignant la
smaniere d'apprendrefans Maiftre
Arithmetique en perfection , contenant
une entiere explication de
tous fes principes , & de toutes les
regles utiles & neceffaires , tant
pourle commerce , quepour les Fi
nances ,avec un Trauéde l'alliage
des Metaux. L'Arithmetique .
étant une fcience des plus im
190 MERCURE
portantes dans les affaires &
dans les Negociations
, eftauffi
une de celles qui demandent
le plus d'application
pour en
être parfaitement inftruit
mais comme on la croit tresdifficile
à acquerir
, & qu'on
eft perfuadé que ceux qui la
fçavent l'oublient aisément ,
elle eft extremement
neglis
gée. L'Auteur à cru qu'ilpou .
roit défabufer
le public , en
luy donnant un traité qu'
trouvera fi familier & fi ins
ftructif , qu'il fera contraint
d'avouer, que cette fcience eft
tres facile à concevoir fron
GALANTM 191
fuit les preceptes , & les in
ftructions qu'il donne , & que
l'ayant acquife par raiſon , on
ne la
1
oublier. Le prepeur
miet motif qui l'a excité à
compofer cet Ouvrage , à été
de faire connoiftre qu'on
peut avoir la fatisfaction d'aprendre
fans maître une fcience
fi utile, que prefque per
fonne ne s'en peut paffer.
C'eft pourquoy il s'eft tresfoigneufement
appliqué à en
expliquer les principes , avec
netteté , afin d'en faire condevoir
les difficultez , comme
silles enfeignoit de vive voix ,
.
192 MERCURE
& il y a infere pour cet effet
tous les moyens neceffaires
pour en acquerir facilement
& en peu de temps une connoiffance
parfaite. Ainfi les
Amateurs de cette (cience A
qui fe ferviront du fecours de
fon Livre , peuvent s'affurer
de l'apprendre en perfection ,
& avec beaucoup de facilité,
puifqu'il donne poury parve
nir une entiere & parfaite ex- d
plication , & tour ensemble
tres - familiere , de tous les pringb
cipes & de toutes les Regles
d'Arithmetique. Ce livre et
de M' Binet, cy- devant Com
mis
GALANT. 193
mis en la Monnoye de Paris
pour la verification des
Comptes des Monnoyes , &
il fe vend chez le Sr Michel
David, fur le Quay des grands
Auguftins à la Providence .
On a eu avis par les lettres
de S. Gal du 29 du Mois paffé
que le different furvenu entre
le Prince Abbé & les Proteftans
de cette Ville là , étoit
heureuſement terminé . La
pieté des Carholiques y avoit
donné occafion ; l'opiniâtreté
des Proteftans , faifoit apprehender
des fuittes facheutes ;
& enfin par la prudence &
Juin 1697.
2
R
194 MERCURE
,,
S
les foins des Cantons Suiffes
la bonne intelligence càrété
entierement rétablie . Le
May huit Proceffions d'autant
de Villages dependants
du Prince Abbé de S. Gał
arriverent , felon la coutume
qui fe pratique tous les ans, à
l'Eglife de l'Abbaye . Elles
avoient porté leurs Croix, élevées
à la maniere des Catho
liques. Les Proteftans en furent
fi irritez , qu'ils refolu
renc d'infulter les Catholi
ques à leur retour. Ils amaf
ferent des Troupes , fe fortifierent
, & le mirent en état
GALANT
195
de tirer raifon par la force
d'un prétendu attentat , done
ils n'auroient pas deu s'offenfer.
L'Abbé fut bien toft
averti du deflein de fes Sujets.
Les Catholiques demeurerent
par fon ordre , avec leurs
Croix dans le Chasteau de
l'Abbaye , & pour plus gran
de fureté , ce Prince y fit encore
entrer fix mille hommes
de Garnifon . Les Suiffes qui
n'aiment la guerre que hors
de leurs pays , ont voulu ter
miner cette mefintelligence ,
& leur mediation à été acceprée.
Les Deputez , tant des
Rij
196 MERCURE
Mediateurs que des parties ,
te font affemblez à Ronfchac,
& font convenus que de
part & d'autre on poferoit les
armes. La Ville de S. Gal .
commença le 6 à ſix heures
us 103
du matin à demolir tous les
ouvrages qu'elle avoit faits
pour la deffence. Les Offciers
du Prince firent la même
chofe, aprés que les Habitans
curent commencé. A fept
heures du matin , les Habi
tans firent defiler leurs Trou
pes & les congedierent , &
auffi - toft le Prince renvoya
les fiennes , tant celles qui
GALANT 197
étoient ent dans
l'Abbaye , que
celles qu'il avoit dehors , Les
huit Croix enfuite
repaffe
rent au milieu de la Ville , &
on les porta fufpenduës
au
au lieu qu'elles
avoient
été apportées élevées. Les
Mediateurs
ont declaré que
cet acte ne portera aucun pré,
judice aux parties.
Les Vers qui fuivent , font
de Mr de la Sale .
Si-toft que le Printemps rever-
¿UOTE dit les ombrages ,
Du Rolignol aimable on entend les
SHOW/ lamages,
Au retour des Zephirs ſes raviffans
accords
R iij
998 MERCURE
Sont l'agreable effet de fes tendres
Toltransportsst com :
C'est dans les plus beaux jours qu'à
fachere Maifree ,
Il exprime avec art le zele qui le
preſſe.
"Mais faut il que fes chants , ainf
Ramours
b que
Ceffent dans la faifon qui nous rend
ces beaux jours ?
Que n'eft il dans les bois quelque
Beauté rébelle,
Qui luy put infpirer une flame èteruelle
!
Il explique fi bien fon amoureux
defir ,
Que luy prefter l'oreille eft un char-
Sumant plaifir. D
Hélas, fi (on Amante eft tropprom .
te à se rendre ,
C'est qu'il chante trop bien pour pou
voir s'en deffendre.
GALANT. 199
!
Je vous parlay il y quel .
ques années de la galan
fte que M le Marquis de Livry
donna à Monfeigneur le
Dauphin dans fa maifon de
Livry Ce Marquis a acheté
depuis peu la belle maiſon du
Raincy , que
feu M ' Bordier ,
Intendant des Finances , a fait
bâtir. Elle a appartenu depuis
fa mort , & celle de M de
Raincy , fon Fils , à Madame
la Princeffe Palatine , mere de
Madame la Princeffe , & enfuite
à Monfieur le Prince.
Comme Mr de Livry avois le
Marquilat de Livry avant que
Riiij
200 MERCURE
d'avoir acheté le Raincy , il a
obtenu des Lettres , par lef.
quelles il luy a efté permis de
vendre Livry fans le Marquifat
, & de transporter le
Marquilat à la Terre de Raincy
Rien n'a efté épargné pour
rendre cette mailon magnifi
que , celuy qui l'a fait bâtir
eftant un des plus riches hommes
de fon temps . Monfei
gneur en admira toutes les
beautez en y arrivant. L'ar
chitecture en parut fort belle
& de bon gouft; les Peintures
plûrent beaucoup , & les ap
partemens furent trouvez
GALANT. 201
ས
stres bien dorez. HOVE
On remar
qua dans le plafonds
de celuy
qui eftoit deftiné
pour Monfeigneur
, une Bacchanale
,
qui charma
tous ceux qui s'attacherent
à la confiderer
;
mais
le Sallon
qui occupe
le
milieu
du bâtiment
, attira
plus d'attention
. C'eſt auffi
le premier
qui ait efté fait en
France
auffi fpacieux
, & il eſt
encore
aujourd'huy
un des
plus grands
que l'on voye . Il
eft tres bien percé
, & tire du
jour de tous coftez
. On voit
au bas de la corniche
qui regne
he autour
de tres - beaux
202 MERCURE
bas - reliefs & au - deffus de
cette même corniche paroif
fent d'autres bas- reliefs , mais
fibien imitez en Camayeux
qu'on ne les peut regarder
fans y eftre trompé , & les
prendre pour de veritables
bas -reliefs . La veuë de ce
Sallon eft tres belle , & fait
découvrir quantité de tres
agreables paysages . Monfeigneur
amangé dans ceSallon ,
& lors que ce Prince s'y mit à
table la premiete fois , on fut
furpris de voir un Tableau au
milieu, & de la hauteur de ce
Sallon , fe détacher , & s'éleGALANT
203
ver infenfiblement jufques à
la voûte d'une petite chambre
qui fe trouvoit derriere ,
pour laiffer voir Philidor , &
la Troupe . On entendit auffi .
tofte un concert de Flûtes
douces , qui avoit quelque .
chofe de fi agreable dans ce
Sallon , qu'il parut nouveau
àceux qui entendent ſouvent
ces Inftrumens.Le lendemain
Monfeigneur eut le plaifir de
la Chaffe. Il joüa à l'hombre à
fon retour : & pendant que ce
Prince eftoit au Jeu , un Loup
vint fe prefenter à fa veuë à la
porte du Chateau , comme
204 MERCURE
pour inviter ce Prince à une
feconde Chaffe , dans laquelle
it auroit contribué à fes plaifirs
. Le Jeu eftant fini , Monfeigneur
le promena dans le
Jardin jufqu'à l'heure du Soupé
. Aprés cette promenade
ce Prince revint dans le Sallon
avec toute la Cour , Auffi toft
qu'on eut fervi , on vit paroî
trea tre autour de la table des Mu
ficiens de l'Opera en habits
de Theatre , qui commence.
rent un concert tout char ,
chanterentun Diamana
·
logue de Bacchus , de Comus
2001
& de Silene , fait exprés pour
GALANT
205
ou Citre chante au Raincy
Livry le Chasteau . La Mufi- muſi
que en parut excellence
, &
on la croit de M¹ le… ... les
Vers font de Mr l'Abbé Geneft
. On les entendit
, & on
Ies lut avec plaifir , & мonſeigneur
fut tellement
fatisfait
de ce Concert, ainſi que ceux
qui eurent l'honneur de manger
avec luy , que ce Prince
le fit recommencer
au fortir
$ de table. Le lendemain
, jour
du départ de monſeigneur
, ce
Prince alla encore à la Chaffe,
où il trouva , peut - eftre , le
Loup qui s'eſtoir preſenté le
310)
206 MERCURE
jour précedent aux feneftres
du Sallon . Monfeigneur fut
fort content de la maniere
dont M le Marquis de Livry
l'avoit receu , ce qui parue
dans le récit qu'il en fit aux
Dames qui dînerent avec luy
à Meudon à fon retour . Tous
les Officiers qui fe font trou
vez au Raincy , pour y fervir
Monſeigneur , ont efté comblez
des honneftetez de Mr
de Livry. Ils avoient fur le
champ tout ce qu'ils pous
voient defirer ; ou plûcoſt on
prenoit foin de prévenir tous
leurs fouhaits . Ceux qui ont
GALANT 207.
accompagnés Monfeigneur
dans cette promenade , font
Monfieur le Duc de Chartres,
Monfieur le Duc, Monfieur, le
Prince de Conty, Mr le Duc de
Grammont , Mr le Marquis
de Dangeau , Mrs de Florenfac,
de Sainte Maure , d'Heudicour,
de Chevry,& de Cayeux,
& Mr l'Abbé de Lignerac.
·
Le Sr Claude Rouffel , Graveur
vient de mettre aujour
une Carte particuliere de la
principauté de Catalogne &
du Comté de Rouffillon , en
deux grandes feuilles , dref.
208 MERCURE
fées fur les Memoires de M
le Maréchal Duc de Noail-
#
les . C'eft la plus ample de toutes
celles qui ont paru. On
n'avoit point encore veu une
divifion fi étenduë , ny
exactedes Vigueries de l'une &
de l'autre Province . Les plans
des principales places font
gravez au bas de la planche
& tous les grands chemins,
fur tout les paffages des Pirenées
y font obfervez dans la
derniere regularité. Nous devons
cette Carte aux foins
de M' l'Abbé Baudrand , affez
connu pour fa grande capa
GALANT. 209.
cité dans tout ce qui regarde
la Geographie . Elle fe vend à
Paris chez ledit Rouffel ruë
S. Jacques , à l'Enfeigne de
la Samaritaine prés la ruë du
Plâtre.
nes
Voicy les noms des perfon
confiderables , mortes depuis
ma derniere lettre.
Meffire Claude Antoine dela
Tour , Comte de Rochefortd'Ailly
, Seigneur de Zoze.
vant & de Bicoz.llavoit épou
fé Marie de Machault , veuve
de Jacques des Bergers Baron.
des Salles , & fille de Jean de.
Machault , Seigneur de S. Su-
Juin 1697 .
S
zro MERCURE
100
plex , & de Montmor en Brie,
& de Michelle de Nouel . O
M le Marquis de Montjay.
Il a deux garçons , entr'autres
enfans , dont l'un eft
dans le fervice , & l'autre Chevalier
de Malthe. zoong
Meffire Louys Pachau
Maître Ordinaire en la Cham.
bredes Comptes de Paris &
auparavant Correcteur des
Comptes.
magi ?
Meffire Charles , Comte de
l'Hôpital , cy - devant Commandant
pour Sa Majeſte ,
dans les Villes & Principadtez
de Monaco , Gouverneur
GALANT 211
des Villes & Principautez de
Château Regnault , & Commandeur
de l'Ordre du mont..
Carmel & de S. Lazare de Jerufalem.
o
6
Meffire Charles Courtin , Scigneur
des Menus , frere de M
Courtin Doyen des Confeillers
d'Etat , & cy- devant Ambaffadeur
en Angleterre . Ils
font fils d'Achilles Courtin ,
Seigneur & Comte des menus
Confeiller d'Etat , & de
Jeanne Barentin , fille de
Charles Barentin , maître des
Requeftes , & de Madeleine
Carréspetit - fils de jean Cour .
Sij
212 MERCURE
1
tin , Confeiller au Parlement ,
& de Marie Hennequin , fille
de Dreux Hennequin , Sei.
gneur d'Am , Preſident en la
Chambre des Comptes ; &
de Renée Nicolai , & arriere
petits fils de Guillaume
Courtin , Seigneur de Rofay
Confeiller au Parlement , &
d'Anne le Cirier , fille de Jean
le Cirier , auffi Confeiller au
Parlement.
25 Mademoiſelle le Picard ,
Dame d'Aubercour , morte
dans fa vinge fixiéme année.
Elle étoit fille de мeffire François
le Picard , Seigneur d'AuGALANT
213
a
bercour , Prefident des Treforiers
de France , en la Generalité
d'Amiens , & de Dame
Anne Benard de la Fortereffe .
Cette Demoiselle quoyque
jeune , bien faite , & ayant du
bien confiderablement ,
vêcu depuis qu'elle s'eft veuë
fans pere & fans mere , dans
une penitence, & dans une auufterité
que l'on auroit peine à
croire , fi on rapportoit quelle
étoit fa vie . Elle couchoit depuis
plufieurs années fur une
fimple planche élevée fur
deux treteaux , & ne fe nour .
riffoit que de potages aux her214
MERCURE
M
bes fans beure , ou de legu
mes à l'huile Elle a fouhaité
d'être enterrée dans le mo
nastere des Dames Religieufes
de Popincourt au Fau
bourg S. Antoine , où elle a
fondé une мeffe à perpetuité!
Mr. l'Abbé de Lionniere
mort dans fa trentiéme an
née , le premier jour de ce
mois leftoit d'une familles
où l'efprit & la valeur font
comme hereditaires . L'as
mour qu'il avoit pour les bals
les lettres , luy avoit dons
né beaucoup d'attachement
pour l'étude , & il faifoit un
GALANT 25
de fes plus grands plaifirs de
cettes oforte d'application
Quoyque dans un bâge fort
peu avancé , il avoit compofé
Hiftoire des mouvemens
de l'Europe en fept Volumes ,
le Tableau de l'Eglife en deux
Tomes, les caracteres des He-
Foss, & un Traité des intereſts
de tous les Princes du monde
& du Genie & des Coutumes
des Nations.ll avoit efté nommé
depuis trois mois pouraller
au Grand Caire en Egypten
enoqualité d'Envoyé & de
grand Conful. Il eftoit d'une
Academie qui fe tient à Caën
2 : 6 MERCURE
chez M' de Segrais , l'un des
quarante de l'Academie Fran .
çoife , & voicy ce que M¹ de
Segrais a écrit de luy.
Nous venonsdeperdre M l'Ab ·
bé deLionnière . C'eftoit un homme
d'un rare merite , &• dont le ge .
nie vafte & élevé promettoit de
grandes choses. Toute noftre Academie
en eft vivement touchée , &
nos Mufes en marqueront nos regretsquand
elles auront effugé leurs
larmes , & qu'ellesferont revenues
de leur douleur , Il estsurprenant.
que n'ayant pas encoré trente ans ,
ilfuft Docteur de Sorbonne , qu'il
cust composé plufieurs ouvrages.
de
GALANT 2130
·
de Panegyriques d'Hiftoires ,
d'Humanitez de Theologie , eg
de Politique , & qu'ilfceuft parfaitement
le François, le Latin ,
le Grec , l'Italien , l'Espagnol ,
l'Hebrew , le Syriaque , & prefque
parfaitement les Langues
Allemande & Turque. Il tras
vailloit depuis deux années à engager
une de fes Parentes àfonder
un Prix d'Eloquence dans noftre
. Academie , res affurément il
y auroit réuffi. Il eftoit aimé de
tous ceux qui le connoiffoient.
Outre qu'il eftoit beau de visage ,
d'une belle taille & d une phyſionomie
tout à fait heureuſe , il
Juin 1697.
T
218 MERCURE
avoit l'esprit naturellement doux,
poli, complaifant , honnefte , &fi
aifé , qu'il apprenoit enfort peu de
temps , ce qui coûte aux autres
beaucoup de travail . Il eftoit ad
mirable pour la conversation , en.
trant dans le détail de toutes les
conditions , foûtenant fort
agreablement toutes fortes de caractéres.
Il avoit de la voix , ai.
moit la Mufique , &fçavoit fort
bien jouer du Theorbe & de la
Guitarre ; mais ce que j'eftimois
le plus dans cet Illuftre Abbé ,
c'eftoit fon bon naturel , fon ben
coeur , &ſa belle ame.
GALANT: 219
Le 16 de ce mois , M l'Abbé
d'Aquin, cy devant Agent
General du Clergé , fut lacré
Evefque de Frejus en l'Eglife
de Sorbonne. La ceremonie
fut faite par M l'Archevêque
d'Aix , qui avoit pour affiftans
Mrs les Evefques de Couftances
& de S. Flour, Mle Cardinal
d'Eftrées , & Mr le Nonce
s'y trouverent avec plus de
trente autres Prelats. On ne
doit pas en être furpris , cet
Abbé s'étant acquitté de fon
Agence Generale à la fatisfaction
de tout le Clergé . U
donna enfuite un magnifique
Tij
220 MERCURE
repas aux principales perfon.
nes qui avoient affifté à la ceremonie
de fon Sacre.
Le 19 M' le Prince de Galles
reçeut le Sacrement de
Confirmation dans la Cha
pelle du Chateau de S. Ger.
main en Laye , par м ' l'Are
chevefque de Paris , en pre
fence de m' le Nonce & de
tous les Ambaſſadeurs qui
font en France . Ce Prince en-
Tra le lendemain dans fa dixiéme
année.
Vous avez vû dans ma der.
niere Lettre tout ce qui s'eft
paffé au Siége d'Ath , jufques
GALANT 221
au 24 de may. Il faut vous em
donner la fuice , mais avant
que d'entrer dans ce détail
je vous diray que la tranchée
étoit tous les jours montée
par fix Bataillons , trois à l'ate
taque de la droite , & trois al
celle de la gauche , qu'outre
les trois Bataillons qui montoient
tous les jours à chaque
attaque, ily avoit encore deux
cens cinquante Fuziliers , &
une Compagnie de Grenadiers
détachez des autres Regimens
, commandez par un
Lieutenant General , & un
Brigadier d'Infanterie, & l'at
Tiij
222 MERCURE
taque gauche par un marés
chal de Camp. Les Regimens
qui n'étoient point de trans
chée , ceux qui ne la devoient
pas monter , & ceux qui ne
la defcendoient pas , fournit
foient les travailleurs , & les
meſmes Regimens faifoient
relever le jour , les travailleurs
qui avoient été de tranchée
la nuit. On en a fourni pens
dant les premiers jours , juf
qu'à mille à chaque attaque .
pendant la nuic & aurant
pendancle jour. Le nombrea
diminué a mefure que le tra
I
vail a avancé. La tranchée a
GALANT. 223
auffi été montée chaque jour
par un Ingenieur en cheff
ou chef de Brigade.
Le 27 , noftre Canon fir
taire en moins de fix heures
celuy des affiegez , enforte
qu'ils ne tirerent plus que de
deux pieces du cofté de l'at
taque. Prefque tous les para
pets du bastion que l'on aita
quoic furent emportez. Huit
guerites des remparts,les murailles
du rempart depuis le
cordon juſques aux parapets
furent mis à bas , aux faces des
deux baſtions & de la courti
ne des deux mefmes baftions
Tiiij
224 MERCURE
qui étoient du cofté de l'ar
taque. Les ennemis remon
terent une de leurs batteries,
mais feize volées de noſtre
Canon les remirent par terre,
& la tranchée fut pouffée jufqu'à
douze toiſes de la contreſcarpe
. On tira enfuite à
Ricochet , pour infulter les
Affiegez , & les aller chercher
jufques dans les endroits les
plus cachez , à quoy on réüflic
fi bien , que le jour perſonne
ne paroiffoit , ny fur les che
mins couverts, ny fur les rem
parts . Comme noftre canon
n'avoit pas tiré fi - toft qu'à
JGALANT 228
l'ordinaire à caufe que M
de Vauban avoit voulu pour
épargner du monde & luy fai
re faire plus d'effet , qu'il fur
placé dans un lieu , où il pûr
demeurer tant que dureroit
le fiége , les Ennemis étonnez
de voir tant avancer nos
tranchées fans Canon , raille
rent nos Soldats , avant qu'il
cuſt commencé à tirer , & leur
demanderent de deffus les
remparts , ce qu'ilétoit devenu,
& s'ils l'avoient vendu pour
avoir du pain. Ils en curent
peu de temps aprés des nou
velles à leurs dépens , comme
226 MERCURE
vous venez de l'apprendre.
Le matin du 28 , deux batte
ries de douze mortiers chacune
, jetterent des bombes
de douze pouces , qui pe→
foient deux cens cinquante
livres , l'une à l'attaque de la
droite , l'autre à l'attaque de
la gauche , feulement fur les
ouvrages qui étoient atta
quez , à cauſe qu'on voulut
épargner les maiſons de la
Ville. La troifiéme dont les
bombes étoient de dix- huit
pouces , & pefoient cinq cens
livres chacune , rira fur l'éclu
fe qui retenoit les eaux dans
}
CALANT. 227
le foffé , où il y en avoit huic
pieds, & une inondation des
deux coftez de la Haute- Den.
re. La nuit du mefme jour fut
employée à perfectionner les
Ouvrages de la tranchée , &
à la nettoyer. On pouffa les
deux a tranchées en Zigzag
par fapes , fçavoir celle de la
droite jufqu'à douze toifes
de la contrefcarpe , & celle
de la gauche jufqu'à treize.
La veuë de мde Vauban
étoit de chaffer les ennemis
du chemin couvert , par le
Canon qu'il faifoit tirer à
Ricochet. La mefme nuit
218 MERCURE
Monfieur le Comte de Tou
louſe , & Mrs les maréchaux
de Bouflers & de Catinat alle
rent vifiter les travaux de la
tranchée , quoy que Monfieur
le Comte de Touloufe , qui
n'eftoit point de l'Armée qui
faifoit le Siege , euft pû s'em
difpenfer ; mais l'ardeur de ce
jeune Prince le faifoit trouver
par tout où il y avoit de la
gloire à acquerir en s'expofant
, & il auroit fouhaité qu'-
on luy euft permis d'eftre par
tout où le peril eftoit le plus
évident. La nuit du 29.au 30
on pouffa les travaux jufqu'au
GALANT 229
Chemin couvert . A cinq heu
res du matin on fe logea fur
la Contrefcarpe , & les lignes
dés Baltions s'eftant communiquées
, les Ennemis abandonnerent
la demi - lune de
Bruxelles . Ils fe jetterent dans
la Ville , leverent les ponts , &
ne laifferent perfonne dans le
Chemin couvert que l'on em
braffoit. On avoit difpofé des
Troupes pour l'affaut , & on
les avoit envoyées à la refte
des premiers boyaux , mais
contre l'ordinaire on fit paffer
les Travailleurs devant- La
molle défenſe que les Affic
230 MERCURE
gez avoient faite jufque- là ,
fit croire qu'ils n'auroient pas
affez de fermeté pour difpu
ter la Contrescarpe. Sur ce
fondement on plaça les Travailleurs
feuls fur les capitales
des Baſtions de Namur & de
Limbourg, & de la demi - lune
d'entre- deux , depuis l'extre
mité des zigzags jufqu'aux
paliffades des angles faillans
desChemins couverts de tout
ce front , & on les fit enfuite
étendre de la droite à la gauche
pareillement aux faces
fur deux toifes de long , toujours
fur le bord de la paliſſa
*
GALANT. 238
:
5
5
de. Les Ennemis cederent
tranquillement les Chemins
couverts à la premiere veuë
des gens , qui n'avoient pour
Loutes armes que des pioches
& des pelles , & ils le retirerent
dans ceux des Baſtions
qui n'eftoient point attaquez,
fans qu'il fuft beſoin de leur
prefenter aucun homme ar
mé. Cependant ils firent un
tres-gros feu pendant le reſte
de la nuit , du rempart de la
Place & des ouvrages voisins .
M'de Vauban receut un coup
d'une balle de mousquet, qui
heureuſement ne le toucha
232 MERCURE
qu'après avoir percé un ſac à
terre. Le Chirurgien qui le
panfa voulut faire une ouver
ture à l'endroit de la contufion
, mais il s'y oppola , en
difant , que cela l'empêcheroit
d'agir pendant le reste du Siege ,
& qu'il aimoit mieux courir le
rifque qu'ily avoit en ne faifant
pas ouvrir fa playe . Le Chevalier
de Pizy , Ingenieur , receut
un coup qui luy caffa le bras ,
& qui luy entra un peu dans
le corps ; & M' de Vialis, auffi
Ingenieur , eut le pouce de la
main droite emporté. Ily eut
trois Sapeurs & quinze Sol-
901
GALANT 233
dats de tuez , & vingta trente
de bleffez, M' le Maréchal
de Catinat & M de Vauban
pafferent la nuit à la tranchée.
On fir le 30. un détachement
de Mineurs pour travailler à
la defcente du Foffé de la Demy-
lune. La nuit du 30. au 31 .
on fit la communication des
deux attaques , & l'on dreſſa
deux Batteries , l'une de trois
pieces , & l'autre de deux ,
qui commencérent à tirer le
marin du 31. Elles battirent
les deux faces de la Demy- lur.
ne de la gauche , & fon angle
faillant. On fit la nuit du 31.
Juin 1697.
V
234 MERCURE
au premier de Juin à la face
gauche de cette Demy- lune ,
une defcente du chemin couvert.
M¹ de Joinville , Ingenieur,
y fut bleffé legerement ;
& 'M' Emonin , Capitaine ge
neral des Charois d'Artillerie,
le fut dangereufement
, en
reconnoiffant
le chemin pour
mettre les cinq pieces de Ca
non en batterie fur la palif
fade. Il s'eftoit avancé dix
pas à découvert de l'entrée
du Boyau . Il y eut un Lieus
tenant des Grenadiers de
Poitou tué , dix ou douze Soldats
bleffez , & deux de nos
6
GALANT: 235
Sapeurs emportez d'une de
nos Canons qui tiroit à rico
chet. On travailla pendant le
jour à une batterie de huit
pieces pour battre en bréche
la face du Baftion gauche
& pour faire le foir une def
cente du chemin couvert visà
- vis l'angle faillant de ce
Baſtion. Trois de nos groffes
I bombes tombérent fur le Batardeau
, qui retenoit l'inondation
à la gauche de no-
Atre attaque. Elles ficent une
fi grande ouverture au Ba
fardeau , que l'inondation
diſparur & s'écoula , & on re
V ij
236 MERCURE
marqua à la muraille que l'eau
des Foffez avoit diminué des
cinq pieds. M'Salomon In-s
genieur receut un coup de
moufquet proche de la veines
cave. Le premier Juin on fitt
un logement fur la pointe de
la Demy-lune de la gauche
dans laquelle les Ennemist
avoient un retranchement.
Ils en voulurent fortir pour
chaffer les noftres de leur los
gement , mais ils ne réüffirent
pas. Il y eut un Sapeur tué
& cinq ou fix Grenadiers
bleffez. On fit une defcente
du foffé vis -à- vis de l'épauleGALANT.
237
ment gauche à noftre égard ,
au Baftion de la gauche , &
aprés qu'on cut pouffé le
: Boyau tout du long de l'ef
carpe du Foffé , l'on ferendit
maistre de la Place d'Armes.
On difpofa ce jour- là fix pieces
de Canon pour battre en
bréche la face droite du Baf
tion de la droite , & quatre
pieces pour
battre les flancs.
On en prepara autant pour
battre le Baſtion de la gauche.
Outre toutes ces batteries
, on en mit encore deux
en eftat , de quatre pieces
chacune ; l'une , tout à la
238 MERCURE
3
droite de la tranchée pour
battre en ricochets la Demy.
lune de la droite ; & l'autre ,
tout à fait à la gauche , par
de - là la Denre , pour battre
de revers & en ricochets le
Baſtion de la gauche. La
nuit du 1 au 2. on avança la
Sappe à la droite , aux deux
tiers de la Demy- lune . Une
Compagnie de Grenadiers
d'Artois chaffa le matin cinquante
hommes qui eſtoient
dans la traverfe de la Place
d'Armes du chemin couvert
de la droite , & en tua quatre
ou cinq. On continua le tras
GALANT-1 239
vail fans eftre incommodé
des Ennemis dans le réduit
de la Demy-lune. Il y eut au
travail de la droite environ
e quarante Soldats tuez ou
bleffez , & un Capitaine de
Vermandois . M' de Saint-
Maurice , Capitaine de Ca ;
1 nonniers , & M Mercier .
Ingenieur furent bleflez , &
M'Courtin Ingenieur fut tué.
M' Emonin mourut de fe's
bleffures. M'de Vauban mar .
#qua deux batteries de dix
Mortiers chacune pour battre
en bréche les deux Baftions
attaquez. Il marqua auffi
1
•
240 MERCURE
deux endroits pour faire la
defcente du Foffé. En mer-h
tant le Canon en batterie fur
le chemin couvert , la nuit du
2. au 3. il y eut quatre che.
vaux de tuez & vingt de blef
fez. Vingt pieces de Canon
battirent en bréche les faces ,
& ruinérent les flancs oppo
fez à l'attaque des Baftions de
Namur , & de Limbourg, M
de Marfouliere & Monlibert ,
Ingenieurs , furent bleſſez.
Sur les onze heures du matin,
un Capitaine , un Lieutenant,
un Enfeigne , & environ foixante
Soldats des Troupes de
Brandebourg ,
GALANT 241
Brandebourg , qui s'eftoiene
retranchez dans le reduit de
la demi- lune de Barbançon ,
& qui avoient eu quatre Sol
dats bleffez & quatre tuez,
voyant qu'il leur feroit im
poffible de nous chaffer de
l'angle que nous occupions ;
que d'ailleurs nous leur avions
coupé la retraite par la
rupture du pont qui leur donnoit
communication avec la
Ville , & que l'on commen
çoit à les entourer , demande.
derent à fe rendre à difcretión,
de crainte que la nuit
fuivante on ne les paffaft au
Juin 1697. X
24 MERCURE
fil de l'épée. On trouva dans
ce reduit beaucoup de muni .
tions de guerre & de bouche .
Dés que les Troupes en furent
forties , on fir un loge.
ment à la gorge de cette demi-
lune , & une communication
avec ceux qui avoient
efté faits fur l'angle & dans le
centre de cette piece . Il y eut
ce jour- là fept à huit Canon.
niers tuez , & м Berangers,
Commiflaire Provincial d'Ar
tillerie , fut auffitué. On continua
de battre en flanc deux
Baltians , & l'on mir double
charge de poudre dans les
GALANT. 243
1
Canons pour les ébranler da
vantage , & les faire plutoft
ébouler. On fir une bréche
au Baſtion de la gauche appellé
le Baftion de Namur ,
de vingt toiſes de large. Nos
boulets à ricochets incommodoient
tellement les En
nemis , qu'ils n'ofoient fe
1 montrer , &l'on affure même
qu'ils leur ont tué cent homa
mes en un feul jour. Le 4. lá
face droite du Baſtion de
Limbourg tomba , & l'on tra
availla aux fafcines pour le
paffage du Foffé , & à perfectionner
les defcentes. Cepen-
X ij
244 MRCUREE
dant vingt un mortiers pofez
fur les faces du chemin couvert
de la Demy- lunė , deſoloient
les Ennemis . On fit
differens boyaux & d'autres
Guvrages dans la Demy - lune
pour y pofter les Troupes qui
devoient eftre commandées ,
tant pour monter à l'affaut
que pour foutenir celles qui
devoient y monter , & tout
du long de l'eau vive qui eſt
dans le Follé au pied du rampart
, depuis l'endroit de devant
la bréche du Baſtion de
la droite jufqu'à celle du Bas
Rion de la gauche , les dé
GALANT. 245
combres qui eftoient tombez
des bréches dans l'eau
des Foffez l'ayant comblée
en partie , on continua à la
combler. On le preparoit à
donner l'affaut les au foir.
Les bréches faites aux deux
Baſtions eftoient des plus
aifées qu'on cuft encore vûës,
& cinquante hommes pouvoient
y monter de front,
Les Ponts fur les Foflez de la
Place eftoient en eftat , & M
le Comte de Marcin eftoit
commandé avec vingt Com
pagnies de Grenadiers , lors
que les Ennemis , qui n'eſpe
I
Xiij
246 MERCURE
roient aucun fecours & qui
apprehendoient d'eftre pris
de force , demandérent à capituler.
S'ils euffent attendu
qu'on cuft touché la bréche ,
on avoit refolu de ne les recevoir
qu'à difcretion . Ils de
mandérent à fortir de la Pla
ce le n. & M' de Catinat les
obligea de fortir le . ils
prierent qu'on leur accordaft
fix pieces de Canon ; on leur
répondit qu'ils s'en eftoient
trop bien deffendus , & qu'ils
refteroient dans la Ville . Ils
demandérent fix Chariots
Couverts. M' de Catinat y con
GALANT 247
fentit , à condition qu'ils fe
roient vifitez , & les perfon
nes fufpectes demafquées. Ils
vouloient eftree conduits à
Bruxelles ou à Oudenarde ,
mais ce General voulut qu
on les conduifituà Dender.
monde. lls furent obligez
de livrer les Deferreurs & de
remettre cinq Officiers dif
tinguez, qu'on garderoit juf
qu'à ce que les Ennemis euffent
rendu en payant , cinq
perfonnes qu'ils retiennent
dans la Citadelle d'Anvers ,
depuis la prife de Namur
fous pretexte de faire payer
X₁₁iij
248 MERCURE
&
du
par ce moyen ce qui eſt dû
aux Habitans par la Garnis
fon Françoiſe
, fans que les
Ennemis ayent voulu les dé
livrer , quoy qu'on ait offert
plufieurs
fois de la part
Roy d'acquitter entiérement
ces dettes , dont ils n'ont ja.
mais voulu donner un eſtat
Les cinq perfonnes qui furent
données pour otages , font
M❜le Prince de Chimay , Che
valier de la Toifon d'or , M
de Lacatoire , Lieutenant Co
lonel , un major , & deux Capitaines
, qui furent conduits
Valenciennes
. La Garniſon
sta WEB CORS
BIBL
YON
Hipase 23, T
bet co wolow ca dor en
es
MAJA
ushabandiones
ela
FErtinger
GALANT. 249
fortit le 7. au nombre de deux
mille cinq cens hommes
ayant en tefte мr le Comte
de Roux , Gouverneur de la
Place , fuivi de m' le Prince
d'Anhalt , & des autres paincipaux
Officiers qui faluerent
en paffant м le Maréchal de
Catinat , & Monfieur le Com
te de Toulouſe. Je vous en
voye le Plan des attaques que
j'ay fait graver.On ne sçauroit
le voir fans admirer les tra
vaux qui ont efté faits de
vant cette Place. Vous trou
verez en lifant ce qui fuit
l'explication des Lettres qui
250 MERCURE
font gravées fur ce Plan.ma
A. Six Batteries de fix pieces
de Canon chacune , pour
e battre àricochet les deux
Baftions , la Demy-lune , &
les Contrefcarpes du from
© de l'attaque .
t
B. Deux Batteries , chacune
de quatre pieces de Canon
pour le même effet.
C. Batterie de deux pieces
de Canon pour battre l'E .
clufe.
D. E. Batterie de trois gros
Mortiers & de neuf ordi
naires.
GALANT. 251
F. Batterie de douze Mortiers
ordinaires .
G. Deux Batteries , l'une de
deux & l'autre de trois
* pieces de Canon pour battre
en bréche la Demy-lu
ne..
H. Ilya avec ces cinq pieces
de Canon vingt-un Mortiers
que l'on a tiré des Bat
teries.
E. F. I. Deux Batteries , chacune
de fix pieces de Ca
non , pour battre en bré .
che les faces des Baſtions .
K. L.M. N. Endroits où
l'on a fait les paffages du
252 MERCURE
Fofflé pour monter à l'af
faut.
La prife d'Ath donne au
Roy quatre Camps où fes
Armées peuvent vivre aux
dépens des Ennemis . On a
mené à Tournay trente
pieces de Canon de celles
qui eftoient dans Ath. On a
trouvé que nos Canons en
ont percé plufieurs pieces
par le milieu , & qu'ils ont
fait aux plus gros , vers la lumiere
, des trous à mettre la
tefte.
Le Mardy 18 de ce mois)
le Roy fit voir les Ecuries à
GALANT. 253
Madame la Princefle de Savoye.
Il commença par fa petite
Ecurie,qui n'eft pas moins
confiderable par la quantité
des plus beaux chevaux de
l'Europe qu'on y voit , que
par la grandeur & la magnificence
de fes baftimens . Une
nombreuſe livrée , diftribuée
dans chaque rang , faifoit remarquer
d'abord, que la grandeur
du Roy paroift julques
dans les moindres chofes . Sa
Majefté entra par le double
rang de cette Ecurie , où il y
avoit fix attelages des plus
beaux que l'on puiffe voir,
お
254 MERCURE
Delà ce Prince paſſa au Dome
qui eft un tres beau morceau
d'Architecture . On y avoit
fait placer douze petits Che→
yaux noirs à courtes queues,
qui fervent aux caleches defti .
nées pour la promenade. Ils
étoient tenus chacun par un
petit poftillon , ce qui parue
auffi fingulier qu'agreable. Le
Roy paffa enfuite dans tous
les rangs ou eftoient les che→
vaux , aprés quoy il alla voir
ceux de Monfeigneur. Ce Print
ce étoit arrivé quelque temps
auparavant pour attendre Sa
Majefté. Mrle Nonce , Mi
GALANT. 255
l'Ambaſſadeur de Portugal
, & plufieurs autres Am
baffadeurs & Envoyez , s'y
trouverent aufh . Monfei .
gneur fit voir les chevaux au
Roy & luy en montra
un grand nombre de tres
beaux qu'il avoit fait venir de
puis peu de fon Haras , qui eft
en Balle - Normandie . On
paffa de là dans la Salle des
exercices des Pages , où Sa
Majefté vit voltiger affez
long- temps. Elle rentra enfuite
dans l'Écurie , pour aller à
fa Sellerie , & à celle de Monfeigneur.
Il faudroit un long
256 MERCURE
decail pour en bien faire
connoiftre la magnificence
Aprés qu'on eut admiré ces
deux Selleries , le Roy monta
en Caroffe pour aller à fa gran
de Ecurie , où cinquante Pages
en haye attendoient Sa
Majefté à la porte, par laquelle
elle devoit entrer. Le Roy
vifica rous les rangs , où tous
les chevaux eftoient auffi en
bridons . Il alla aprés cela dans
la Sellerie de cette Efcurie ,
qui n'eft pas moins belle que
celle de la petite.Au fortir.
de là , ce Prince monta en
caroffe pour aller dans le ma
GALANT 257
nége découvert , ou il avoit
ordonné aux Ecuyers qui ont
la foin des chevaux de mané
ge , d'en travailler quelques
uns avec un nombre de Pages.
Ces Ecuyers font au nombre
de quatre , dont deux font
chefs & les deux autres fous-
Ecuyers. Le plus ancien des
deux chefs , eft M'de Memond.
Il eft connu depuis
long- temps , & paffe pour le
plus habile Ecuyer de fon
Liecle. Iba tenu à Paris une
Academie celebre. L'autre
eft Mr de Neuville , nevey
de feu Mr du Plef
Juin 1697 .
Y
258 MERCURE
fis . Les deux fous Ecuyers ,
font Mrs de Vaux & d'Auricour.
Chaque Ecuyer travailla
deux chevaux . Il y avoit
huit Pages à cheval , je n'ay
retenu les noms que des cinq
quifuivent. Mrs de Memond ,
fils de l'Ecuyer , de Poillac &
Devizé. Ces trois là font de
la grande Ecurie. Ceux de la
petite font Mrs de S. Maurice
& de Bidulphe Anglois. Ces
Pages firent manier leurs che
vaux , plufieurs repriſes , & re+
ceurent beaucoup d'applau
diffemens .
Le mot de l'Enigme du mois
GALANT: 259
páffé étoit la Biere . Ceux qui
l'ont trouvé font Mrs , le Che .
valier du Moulinet , de Noyon
, de Lonaire de S. Quentih
: Demiziers Commis de la
Pofte d'Auxerre : l'Abbé мachuel
de Reims : Bofc: F.l'Ab.
bé de Cabrefpine : Colin d'Ar
villers : Vivot : L'Abbé de S.
Thibaut de Brouillis : Tami
rifte Berthelot : le petit
Vicaire de l'Abbé de la Ri
viere de Toubouſe : l'Ab
bé de Ste Croix de Rouen .
les deux amis du College
d'Arcour l'Inconnu & le
jeune Hiftorien du Parvis
:
Y ij
260 MERCURE
Noftre Dame : Crognard de
la ruë des mathurins : le Trium
virat : Tourangeau : le fage
Jofeph de la foffe de Nantes :
le paffionné des Belles de la
ruë de S. Jean de Beauvais :
l'obligeant Bequet du Pont
Noftre- Dame : le petit compere
de la Belle Brune de la
ruë de jouy : Le Jeune Furetiere
de la ruë Michel le Com.
te: le Paffionné amoureux de
la rue de la Colombe : les
quatre infeparables de la ruë
des Noyers le Brave de S.
Julien des Meneftriers : De
la Chine de la rue Dauphine :
:
GALANT: 261
Le Roffignol Chalonnois !
Les Bouleux de Ste Catherine
hors le pont de Tours : l'Amoureux
Motton de la Folle
de Nantes.
:
Medemoiſelles Vaudret du
Cloiftre S. Jacques de l'Hôpital
: Javotte du coin de la
ruë de de Richelieu le Jay
du cul de fac de S. Thomas
du Louvre : l'Exquife voifine
de la maiſon noire : La Charmante
de l'Hoftel des Cadrans
: les belles Sauvages de
la Cité : la belle Claudine du
quartier S. Honoré : & la
Grondeule du quartier S. Lan
262 MERCURE
dry: la perfeverante Clitie de
la Licorne : la Bergere Silvie
du Mortier d'or : & le Berger
Moufquetaire tous trois de
Soiffons : La belle Refveufe
& fon Amant maltraitté : l'ai .
mable Fanchon & fon amie :
la belle reclufe volontaire de
la rue du Colombier la petite
Nimphe chantante : la Jeune
Epoufe du coin de la rue des
Lombarts : la petite Fauvette
de la rue du Coc : la belle
Fleur des Jardins des Roziers .
Vos amies ont tant de facilité
à trouver le fens de toutes
les Enigmes que je vous
GALANT. 263
envoye , qu'il y a grande appa
rence que le mot de celle- cy
ne leur échappera pas.
Qoy
ENIGME.
Voy que je porte un nom ennemy
de la France ,
I'y fuispourtant en grand credit,
Mon utilité fait qu'avecque confiance
De moy publiquement on y fait !
grand debit.
Mefme l'on m'y confie , avec toute
affurance ,
Les plus importans des fecrets .
Si le fort , malgré moy , les met en
évidence ,
On ne me l'impute jamais .
En ma difcretion la confiance ef
telle ,
264 MERCURE
Qu'ainsi qu'on m'y commes la meindre
bagatelle
Onmy commet aufi ce que l'on veut
cacher.
l'en rends bon compte à moins que
d'eftre violée ;
Mais en cas qu'une chofe ainfi foit
revelée
On n'a pas contre moy raifon de s'en
fâcher.
Les Vers qui fuivent ont efté notez
par un fort habile Maiftre.
AIR NOUVEAU .
M
Outons cheris d'une fiere
Bergere, wy
Qui paiffez fous fes yeux au piedde
ce coftean:
Puifquevousfeuls fçavez luyplaire,
Que ne fuis je un Mouton de votre
beureux Troupeau!
Avant
THE
BIBLIO
DE
LA
LYON
*1893*
VILLE
Juin
1697.
SNOD
ailasa
Z
beureux Troupeau !
Avant
GALANT: 265
Avant que de vous parler
du Siege de Barcelone , je
vous apprens que M ' de Fer
vient de donner au Public un
beau plan de cette Place , &
qu'il debite il y a deux mois
plufieurs veuës de la Maifon
de Nieuburg, prés du Village
de Rifwick, où le tiennent les
Conferences pour la Paix, que
Le Siege de Barcelone pourra
procurer. Voicy en quay con
fifte l'Armée que commande
Monfieur le Duc de Vendofme.
Juin 1697.
N
266 MERCURE
&
ORDRE DE BATAILLE
de l'Armée de Catalogne.
PREMIERE LIGNE.
Mi le Duc de Vendofme ,
GENERAL.
Monfieur le Grand Prieur.
M'de Sibourg , commandant
la Cavalerie.
M' le Marquis du Cambour ;
commandant les Dragons.
Lieutenans Generaux.
Mrs de Chazeron ,
D. Quinfon.
Maréchaux de Camp.
Mrs de Preſchac ,
De Genlis ,
GALANT. 267
De Varennes ,
BRIGADIERS.
De Mailly.
Dragons. Escadrons.
Me du Cambout , Brigadier.
Bretagne
Fonboifard
Cavalerie.
4
8.
Efcadrons.
M' de Courcelles , Brigadier.
Carabiniers
M'de Bericourt , Brigadier.
Bericourt
Vandeüil
6.
Infanterie
Bataillons.
M'de la Chaffaigne,Brigadier
Z1
268 MERCURE
La Marine
Barrois
Dragons d'Angleterre
Mª de la Maſſais , Brigadier.
Touraine
L'Ile de France
Cabanac Ι
3.
M'de Lautrel, Brigadier.
Vendofme
La Reine d'Angleterre
Clankarty
2
M' de Chemeraut, Brigadier.
Sourches
Solre
4.
I
GALANT . 269
Dillon
3.
M'de Novion,Brigadier.
Bretagne
Sparr
Milly
4.
Mr de Chartogne, Brigadier
Vauge
Cotantin
Sault
Cavalerie
4.
Escadrona
M' de Legall ,
Brigadier
Legall
Vienne
Zij
270 MERCURE
Sibourg
Dragons.
412.
M' du Breuil , Brigadier.
Valencey
Du Breüil
4
4
8.
SECONDE LIGNE.
Lieutenans Ceneraux.
Mrs d'Uffon ,
De
Coigny,
De Barbefieres
.
Maréchaux
de Camp:
Mrs de Nanclas,
De
Poinlegur,
De la Fare ,
De Saint Maurice.
A
Mag: T
GALANT. 271
BRIGADIERS.
Gavalerie. Efcadrons.
M'de Narbonne, Brigadier.
Narbonne
DuClos
6 .
INFANTERIE. Bataillons.
M' de Caixon, Brigadier.
Alface
Caixon
5.
M'de Pondeux, Brigadier.
Medoc
Gaſtinois
Le 2. de Chelbert
Courville
2
4
4
I
1
I
I
272 MERCURE
M'de d'Yoult, Brigadier.
Perigord
Royal Danois
Nizas
Mr Chelbert , Brigadier.
Le 1. de Chelbert : I.
Manuel
I
4.
I
4
M'd'Andigné, Brigadier..
Royal Artillerie
CAVALERIE. Efcadrons.
Courlandon
4.
Ruffé
dan s
modlodo ob 6%
Fafiliers
Bataillons
De Montagne , ou Miquelets
GALANT. 273
Corps de referve.
Dragons de Poitiers 4 Efcadrons
Total de la Cavalerie 35. Efca
drons.
Total de Dragons 20. Eſcad .
Total de l'Infanterie 43. Bataillons.
Outre ces Troupes qui af
fiégent Barcelonne par terre ,
il y a trente Galeres devant
cette Place . On en a débarqué
deux mille cinq cens
hommes , qui fe ſont joints
à l'Armée de terre . La Place
eft auffi affiegée par les Vaif
feaux , dont voici la lifte,
474 MERCURE
VAISSEAUX .
Vice-Amiral.
Mrle Comte
d Eftrées.
Le Serieux
Le Content
Le Trident ,
Capitaines.
Melliears ,
Trulet ,
Palles ,
Le Marquis ,
Le Vaillant ,
Champigny.
Des Francs ,
Del
Campe ,
L'heureux Retour , De Forbin
L'Entreprenant , De Cerfau ,
Le Neptune ,
Le Volontaire ,
De la Boiffiere
Girardin ,
FREGATES.
La Salamandre , De Reffons ,
Galiotesàbombe.
Le Vulcain ,
La Proferpine ,
FLUTE.
La Baleine ,
iDaniel ,
Clovel.
De Grandmaifon,
GALANT. 275
Officiers , Mariniers
, Soldats, Canons.
&
410.
410.
58..
54.
410.
54.
378
.
56.
297.
50
297. so.
378. 54.
324. 50.
242.
40.
108. 18 .
54.
6.
54
6 .
19.
20 .
3421.
496.
276 MERCURE
Ces Vailleaux ont débar
qué huit cens hommes , que
l'on nomme le Bataillon des
Vaiffeaux. Ils ont encore mis
à terre foixante gros Canons
avec vingt - quatre mortiers ,
fans compter les munitions ,
dont ils ont débarqué une
grande quantité pour la fubfiftance
de l'Armée .
Ceux qui nevouloient point
croire le Siege de Barcelone
avant que d'avoir ſceu des
nouvelles de l'ouverture de la
Tranchée devant cette Place,
ne doivent plus mettre le Sie
ge'en doute , puis que ces
grandes
GALANT. 277
grandes nouvelles font enfin
arrivées .
Toutes les munitions de
guerre & de bouche ayant
efté débarquées avec une diligence
extrême , & Monfieur
le Duc de Vendofme ayant
tout fait préparer pour l'ouverture
de la Tranchée , ce
Prince s'empara avant que de
la faire ouvrir , du poſte des
Capucins , qui eft à trois cens
cinquante toifes du Chemin
couvert de la Place, fur lequel
on a depuis établi des Batteries
de mortiers.Il mit fix cens
hommes dans ce pofte. La
Juin 1697.
A a
278 MERCURE
Tranchée fut ouverte à 250,
toiſes de la Place, dans un lieu
templi de ravins & de chemins
creux , qui favorifoient
beaucoup le travail , Ceterrain
regarde le Baſtion de
"Saint Pierre , qui eft au front
oppofé de la mer . On fit deux
à trois cens toiles de tran
chée , & les deux attaques fe
communiquerent . Les bombes
que les Galiotes jettereur
pendant la nuit , favoriferent
les Travailleurs , Elles mirent
le feu dans la Place à unMa
gafin de farines , qu'on vit
brûler pendant fixe ou fept
GALANT. 479
&
heures. La premiere tranchée
fur montée par M. de Chafer
rón, Lieutenant general , Mr
de Varennes , Maréchal de
Camp , & Mt de Novion , Bri
gadier avec quatre Bataillons
å chacune des deux attaques,
& fix cens Travailleurs. 11 y
avoit, outre cela «cinq cens
chevaux pour foutenir les forties.
Mile Bailly de Noailles
la monta le fecond jour en
qualité de Lieutenant general.
Nous avons eu d'abord
trentę xCanons en batterie ,
qui ont eftés placez par des
Canonniers des Vaiffeaux , &
A a ij
280 MERCURE
des Matelots , au nombre de
mille , qui avec des poulies à
retour ont travaillé fous le
feu de la Place. Leur adrefle
& leur intrepidité ont eftéads
mirées ; & Monfieur de Ven
dofme en aeſté tellement fatisfait
, qu'il a demandé des
Canonniers des Vaiffeaux
pour fervir le Canon pendant
le Siege , & on luy en a donné
un grand nombre . Il y a dans
la Place , felon les derniers
avis , huit mille hommes de
pied & mille chevaux , fans
compter leRegiment de Grenade
, & celuy d'Acoſta , qui
GALANT 280
s'y jetterent l'onzième de ce
à mois . Monfieur de Vendôme
n'a pas jugéà propos d'enfermer
le Mont - Jouy dans les
Lignes , ny de l'attaquer , fe
refervant , ou à l'affieger a
-prés la priſe de la Place , ou à
ne point accorder de capitulation
au Gouverneur de Bar-
Gelone , qu'il n'ait obligé celuy
du Mont- Jouy à remertre
fa Place.
Je viens de voir de nouvel
les Lettres , qui portent que
les Ennemis n'avoient pastiré
un feul coup pendant la premiere
nuit de tranchée , mais
Asa iijj
282 MERCURE
que
le matin ils s'eftoient mis
en eftat de faire feu , tant du
cofté de la mer , que de la terre
, & qu'ils nous avoient tué
deux Officiers & un Sergent ,
& tué ou bleffé trente Soldats ;
que les Galiotes qui avoient
continué de bombarder toute
la nuit du 17.avoient mis le feu
en un endroit de la Ville ;
qu'au point du jour les Ennemis
avoient fait un plus
grand feu de Canon que le
jour precedent ; qu'ils avoient
tué plufieurs Soldats , & frappé
deux Galiotes , fans y avoir
tué perfonne. Les mêmes
GALANT. 28
28 ;
a
Lettres ajoutent que la Cava
lerie des Ennemis avoit tenté
deux forties ; mais que nous
voyant prefts à la bien rece
voir,elle eftoit rentrée dans la
Ville; que la tranchée eftoit le
18 fort prés de la paliffade que
les affiegez commençoient à
ralentir leur feu , & qu'on s'é
toit emparé du Convent des
Cordeliers , qui eft fort proche
de la Place.
Je ne vous dis rien de Flandres ,
où il fera peut-eftre arrivé de grandes
chofes avant que vous receviez
ma Lettre , Mr le Maréchal de Catinat
avec ſon Armée obſerve M
284 MERCURE
de Baviere , & l'empêche d'aller
joindre le Prince d'Orange. Mrs les
Maréchaux de Villeroy & de Bou .
flers , avec deux grandes Armées ,.
profitant des avantages que leut
donne la prise d'Ath , d où ils tirent
leurs munitions , font proche de Bru.
xelles , où ils vivent aux dépens des
Ennemis Le Prince d'Orange s'eſt
campé fous le Canon de cette Place,
où il n'eft pas fans inquiétude .
Vous ne devez point vous étonner
s'il ne le fait rien en Allemagne.
Quand nous ne paffons point le
Rhin pour aller chercher les Enne
mis , ils ne font pas fort empreffez à
venir nous rendre vifite. Cependant
les Armées eftant de part & d'autre
en estat d'agir , nous devons dans
peu apprendre de leurs nouvelles.
M: l'Evefque de Meaux vient .
1
GALANT: 285
d'eftre nommé pour remplir la place
de Confeiller d'Etat qu'avoit feu
Mr l'Evefque de Mets. Je fuis , Madame
, & c.
A Paris , ce 30. Juin 1697.
TABOUR
#1883
2225522 222 2525 SES
P
TABLE.
Relude.
Harangue faité au Roy par l'Envoyé
de Tripoli.
8
Differtation fur le fecret de vivre
beureux.
10
Lettre deMr de Senece, remplie d'érudition.
Le Printemps.
23
16
Ordre de Bataille de l'Armée de
Mr le Maréchal de Villeroy. 87-
Lettre de Mr Hemery , touchant
unemaladie dont on n'a point encore
ony parler.
98.
Traduction d'une Egigramme larine.
L'art de la verrerie.
116
118
TABLE.
La Bibliotheque des Auteurs , $ 23
Ordre de Bataille de l'Armée de
Mr leMaréchal Bouflers . 125
Cartes du gouvernement de Lan
guedoc & du Canal Royal de la
mefme Province , des Comtez de
Flandres, de Namur de Lorraine.
Hiftoire.
136
554
Ordre deBataille de l'Armée d'Allemagne.
175
Mr le Comte de Neucheze eft reçû
Chevalier de S. Lazare,
L'Arithmeticien familier.
Demele arriveé aàsS.. Gal.
A
188
189
193
Voyage de Monfeigneur à Raincy.
196
209
Nouvelle Carte de la Catalogne ,
& du Rouillon.
Morts. 209
Suite du Iournal dufiége d'Ath . 220
TABLE.
Le Roy fait voir les Ecuries à Madame
la Princeffe de Savoye. 252
Enigmes
258
Ordre de Bataille de l'Armée de
265
Catalogne.
Etat des Vaiffeaux qui font devant.
1.275
Barcelone,
Journal dufiège de Barcelone. 276
Autres nouvelles de guerre.
LYON
283
Le Plan des Attaques doit regarder
la page 249.
L'Air doit regarder la page 164.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères