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1697, 05
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Eur.
511
m
1697.5
Eur. 514th
1697,5
Mercure
AK
<36624511560010
<36624511560010
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
MAY 1697.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salla
du Palais , au Mercure Galant ,
O
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau , &
Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice.
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envie .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. D C. XCVII
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
+kk k ckck:
O
AVIS.
Welquesprieresqu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
d'y manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On réitere la meſme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Me
moires , & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux . On
A ij
AVIS.
prie feulement ceux qui les envoient,
&fur tout ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
l'article des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent.
C'eft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere qu'il eft toujours
impriméau commencement de cha
que mois . Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilferapartir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
l'on commence à vendre icy le
Mercure Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin, Paris ne
baiffera pas d'avoir le Mercure
que
A VIS.
long-temps avant qu'ilfoit arrivé
dans les Villes éloignées, mais aufli
les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'ellesfaifoient auparavant . Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Branet , s'ex ·
pofent à le recevoir toujours fort
tard par deux raifons. La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venir prendre fitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quel
quesjours avant que l'on en faffe le
debit, & l'autre , que ne l'envoyans
qu'après qu'ils l'ont lu eux & quelques
autres à qui ils le preftent, its
rejettent la faute du retardement
far le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'il fe charge de faire
A iij
AVIS .
les paquets lay-mefme, & de lesfaire
porter à la Pofte ou aux Meſſagers,
fans nulintereft, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite , ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que
le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera executè avec
une exactitude dont on aura lieu
d'eftre content.
MERCYRE
GALANT
MAY 1697.
OUS avez vû dif.
ferens Portraits du
Roy. On en fait
tous les jours de nouveaux
fans que la matiere le trouve
épuifée, Ainfi je crdy vous
faire plaifir de vous en en-
A iiij
8 MERCURE
voyer un que vous n'avez
point encore vû , & qui le reprefente
au naturel en quatorze
Vers .
P4
SONNET.
Ar fes rares Vertus répondre
à la naiſſance ;
Faire obferver les Loix, &fleurir
les beaux Arts ;
Au milieu des Hivers affronter
les hazards ;
Sçavoir à la valeur allier la clemence.
2
Servir d'afile aux Rois , éloigner
de la
France
GALANT.
9
L'Hidre qui l'infectoit jadis de
toutes
parts ;
De Genes & d'Alger abattre les
remparts ,
Mettre aux fers le Lion , l'Aigle
bors de défenfe.
S
Parmy tous les Heros tenir le premier
rang,
Egaler par l'efprit la fplendeur de
fonfang,
Par d'immenſes travaux ſurpaſfer
la nature;
S
Eteindre le poifon, abolir le Duel;
Détruire la Chicane , &condammer
l'Ufure,
10 MERCURE
Neft - ce pas meriter le nom
d'Homme Immortel.
L'Adieu que fait Hector à
fon Epoufe Andromaque ,
quand il la quitte pour aller
combattre , eft un des endroits
les plus touchans qu
on remarque dans Homere.
On le trouve fur la fin du fixiéme
Livre de l'Iliade , &il feroit
à fouhaiter que celuy qui
l'a mis en Vers François , voufuft
travailler fur d'autres endroits
de cet inimitable Poëme.
Il court icy beaucoup de
copies de cet Adieu , & il n'eft
GALANT: 11
pas jufte que voſtre Province
foit privée des beautez qu'on
y admire.
ADIEU D'HECTOR
ET D'ANDROMAQUE.
L
E redoutableHe &tor s'éloignoit
à grands pas ,
Enflammé du defir de fignaler fon
bras ,
Quand tout à coup auprés de la
te de Scée
por
Se prefente à fes yeux Andromaque
empreffée ,
Andromaque l'objet de fa pudique
ardeur ,
Dont l'amour & l'Himen luy fou
mettoient le coeur.
12 MERCURE
Sur le bruit du combat où la gloire
l'appelle ,
Elle arrivoit en hâte & traînoit
aprés elle
Le jeune Aftianax , le fruit de leurs
amours ,
L'efperance de Troye , & celle de
Les jours.
Hector pour un moment s'arreſte à
cette vûë , [ ame émuë.
Et d'un plaifir fecret il fent fon
Il fourit , il regarde & fa Femme &
fon Fils.
D'un filence profond fes regards
font fuivis ;
Mais la trifte Andromaque en proye
à fes alarmes ,
En marqua la rigueur par un torrent
de larmes.
Elle moüilloit les mains , & repetoit
le nom
GALANT.
13
Du Heros dont fon coeur redoutoit
l'abandon.
Ah luy dit- elle enfin , qu'allezvous
entreprendre ?
Voftre valeur vous trompe, elle aide
à vous ſurprendre .
Cette même valeur , fi longtemps
voftre appuy ,
Qui vous fauva cent fois , va vous
perdre aujourd'huy.
Mille Grecs conjurez pour vous ôter
la vie, [ avec furie.
Sur vous , tout à la fois , fondront
Seul contre tous , cominent s'empefcher
de perir?
Vous mourrez ; aprés vous que ne
puis- je mourir !
Tout mon bonheur feroit de ne
vous point furvivre .
A quel affreux deftin voftre trépa's
me livre !
14 MERCURE
Quelle foule d'ennuis ! quel amas de
tourmens !
Quand finiront mes maux & mes
gemiffemens ?
N'avez vous point pitié d'une trop,
tendre Amante ,
Qui deviendroit , helas ! une Veuve
tremblante ?
Qui me confoleroit ? Je n'ay plus de
Parens ,
Achille m'en priva dés mes plus
jeunes ans .
Thebes par ce cruel vit égorger mon
Pere ,
Dans un dur esclavage il emmena
ma Mere ,
Qu'à la fin de Diane accabla le couroux;
[ ôratous .
Sept Freres que j'avois il me les
Vous reparez , Hector , tant de pertes
ameres ,
GALANT. 15
Vous m'eftes & mon Pere , & ma
Mere & mes Freres :
C'eft peu que tous ces noms fi flateurs
& fi doux ,
Hector , mon cher Hector , vous
eftes mon Epoux.
Mais fi voftre fierté que vainement
j'attaque ,
N'ole ou ne peut ceder à la feule
Andromaque ,
S'il faut pour vous toucher y joindre
voftre Fils ,
Vous voyez qu'à mes pleurs il ajoûte
fes cris.
Employez voftre bras à fauver voftre
Troye , [ la proye,
Empêchez que des Grecs elle ne lojt
Mais fur tout gardez- vous de quitter
les remparts ,

Et n'allez pas ailleurs mandier des
hazards .
16 MERCURE
Un cofté de nos murs , prés du Figuier
fauvage ,
Prefente aux Ennemis un puiffant
avantage !
Il eft bas , il eft foible , & noftre
mauvais fort
Depuis peu , leur y fait adreffer leur
effort.
Les deux fameuxAjax ,le grand Ido.
menée ;
Uliffe ,Merione, & le Fils de Tidée,
Qu'anime quelque Dieu , prétendent
y monter.
Quels guerriers ! vous pouvez vous
feul les arrefter.
En remportant für eux une noble
victoire ,
Daignez vous contenter , Hector ,
de cette gloire.
Je fuis de mon devoir la rigoureufe
loy ,
GALANT. 17
Qu'Andromaque à fon tour en ufe
comme moy ;
Je ne vous quitte point fans une peine
extrême ,
Répondit le Heros , je parts , & je
vous aime;
Mais caché dans ces murs ,endormi
dans vos bras ,
Voulez- vous que j'apprenne à quitter
les combats?
7
Nos Troyens font faifis d'une vaine
épouvante ,
Il me faut foutenir leur valeur chancelante
;
Quand la fiere Pallas tâche à les
defarmer, [ ranimer.
C'eft l'exemple d'Hector qui doit les •
Au milieu des dangers diftingué dés
l'enfance ,
On y remarqueroit fans doute mon
abfence ;
May 1697.
B
18 MERCURE
J'ay d'autant plus d'honneur à conferver
, qu'au mien
Mon Pere,déja vieux , veut attacher
le fien .
Je ne me flate point d'une vaine défenſe,
Vous perirez bien toft , auteurs de
ma naiſſance,
Vous Priam , vous Hecube , & tous
ces Grecs vainqueurs,
S'affouviront icy de carnage &
d'horreurs .
Vous pouvez feulement , Troupes
infortunées ,
Reculer , & non pas changer vos
deftinées.
Mais quoy que nos malheurs meritent
ma pitié, [ mitié .
L'amour en ce moment étouffe l'a-
Ouy , ma chere Andromaque , un
avenir fi rude
GALANT. 19
Sur vous fixe ma peur & mon inquietude.
D'Hecube & de Priam je crains trop
peu la mort ,
Parce que je crains trop votre ri
goureux fort, ziqsvool
Quel coup,fi quelque jour la fortune
vous brave
D'un vil Arcadien jufqu'à vous rendre
eſclaver called pa
Peut-eftre on vous verra , Fille de
tant de Rois,
Remplir honteufement de ferviles
emplois.
On vous verra reduite à filer dans
Micenes, f des fontaines.
Ou bien puifer de l'eau fur le bord
Vous pleurerez peut eftre , & peut-" ,
eftre qu'encor
Un Dolope dira , c'eft la Veuve
d'Hector..
Bij
20 MERCURE
De cet Hector par qui Troye euft
paré la perte ,
Si Neptune & Junon ne nous l'euffent
ouverte .
Andromaque à ces mots , quel trifte
fouvenir,
Il vous en coutera plus d'un nouveau
foupir.
Non , je ne feray point témoin de
ce fupplice.
Que la terre s'entr'ouvre, & qu'elle
m'engloutiffe ,
Ou queleCiel à qui j'ofe me confier,
M'accorde la douceur de mourir le
premier.
Ainfi parloit Hector , & ce ferme
courage
Laiffoit voir la douleur peinte fur
fon viſage .
Pour moderer le trouble où flotoient
ſes efprits,
GALANT. 21
-
Il voulut dans fes bras tenir fon jeune
Fils :
Mais cet Enfant frapé de l'éclat de
fes armes ,
Et du noir appareil que
aux alarmes ,
l'on
porte
Se détourne , & craignant qu'on ne
veuille approcher ,
Des robes de fa Mere il tâche à fe
cacher.
Le Heros en fourit , il ôte de fa tefte
Son Cafque qu'ombrageoit une fanglante
crefte.
Il prend Aftianax , & le baifant cent
fois
,
Au Maistre de l'Olimpe il adreffe fa
voix .
Grand Jupiter , dit- il ,
Roy du monde ,
Souverain
Faites que cet Enfant à mes defirs
réponde.
22 MERCURE
Senfible à fon devoir qu'il marche
fur mes pas ,
Qu'il cherche avidement la guerre
& les combats.
Qu'il ait pour fa Patrie une attache
fidelle :
Toujours preft à voler, preft à mourir
pour elle.
Vainqueur des Ennemis les plus audacieux
,
[ Dieux .
Puiffe - t il s'élever au rang des demi-
Qu'on dife en le voyant , il furpaffe
fon Pere ,
Mais fur tout , qu'il honore & qu'il
aime fa Mere :
Que l'ardeur de luy plaire & de la
contenter ,
Aux grandes actions fuffife à l'exciter
.
Mon Ombre chez les Morts fçaura
fans jaloufie
!GALANT.
23
Que fes faits terniront les hauts faits
de ma vie.
Alors Hector preffé de finir fes
adieux ,
Embraffe Aftianax , & l'ofte de fes
yeux.
Sa conftance déja fé trouvoit alterée ..
Il le remet aux mains de fa Mere
éplorée ,
Qui luy lance , malgré la peine qu’-
elle fent ,
Au travers de fes pleurs un coup
d'oeil care fant.
Cet éloquent regard plein d'amour
& de flame ,
Du farouche guerrier alla
l'ame.
penetrer
Andromaque eft mourante , il ref
fent fes tourmens ,
Et dans de longs baifers cache fes
mouvemens.
24 MERCURE
Chere Epouſe, calmez l'ennuy qui
vous devore ,
Vous pleurez des maux vains , du
moins douteux encore.
N'est- ce que d'aujourd'huy que je
vais au danger ? ( dégager.
Mon bras , ajoûta -t- il , fçaura m'en
Non, malgré les frayeurs dont voftre
coeur friffonne ,
Je ne periray point , fi le fort ne
l'ordonne.
Quoy qu'attentent fur moy tous les
Grecs irritez ,
Son pouvoir nous maiftrife , & nos
jours font comptez.
Sous d'innocens plaifirs accablant
vos alarmes ,
Attendez le fuccés qu'il referve à
mes armes .
Je dois combattre ; Troye a befoin
de foutien .
Adieu ,
GALANT.
25
Adieu , je cours remplir le deftin
d'un Troyen .
A ces mots fur fon front brille une
fiere audace ,
Et des bras d'Andromaque He &or
fe débaraffe .
Il a remis fon Cafque , il s'éloigne,
il la fuit.
Auffi loin qu'elle peut
le fuit ,
des yeux elle
Elle pâme , & ftupide en fa douleur
amere ,
Regagne à pas tremblans le Palais
de fon Pere.
Il faut vous parler encore ,
mais pour la derniere fois , de
la nouvelle explication qu'on
adonnée à un Vers de Virgile,
qui regarde la Louve qui
May 1697.
C
36 MERCURE
allaita Romulus . Voicy une
refutation de ce qui parut
dans ma Lettre de Février fur
cette matiere.
A MONSIEUR **
J'A
'Ay lû , Monfieur , voftre
Réponse à la Critique que
j'ay faite du nouveau fens
que vous donnez à ce Vers de
Virgile.
Inde Lupa fulvonutricis tegmine
latus
Romulus ,&c.
Vous affurez que ce fens qui
entend par Tegmine , la peau,
GALANT: 27
*
couvreRomulus de la peau de
la même Louve qui l'allaita ,
parce qu'il faut tirer le fens
des termes. Sur quoy j'ay à
vous dire , que pour bien
commenter un Poëte , il faut
eftre parfaitement inſtruit de
toutes les façons de parler
poëtiques , & fur tout de celles
qui font propres à celuy
dont on entreprend de rendre
le fens . Avez - vous ignoré,
pou -avez- vous diffimulé.
cette licence fi familiere aux
Poëtes , qui eft de prendre
l'individu pour l'efpece , à
caufe de quelque circonftan-
C ij
28 MERCURE
cememorable. Cette liberté
poëtique eft fondée fur la
parfaite reflemblance qui fe
trouve entre tous les indivis
dus de la même eſpecé , qui
fait qu'ils ont tous quelque
part à l'avanture . Ainfi Seneque
a appellé quelque part le
Taureau , vector Europa ; ainfi
Virgile nomme dans la IX.
Eglogue , les pigeons , Chaonias
columbas.A and al Lab
Vous fçavez, Monfieur, que
les chefnes de la foreft de
Dodone rendirent anciennement
des oracles , & que deux
pigeons qui s'eftoient perdus
GALANT. 29
fur ces arbres , s'envolerent ;
l'un au Temple de Delphes ,
& l'autre à celuy de Jupiter
Ammon . Maintenant je vous
demande , fi cette circonftance
marquée par le terme
Chaonias , ne nous induit pas
à dire que les pigeons dont
parle Virgile , eftoient ceuxla
mêmes qui s'envolerent de
deffus ces arbres, pourquoy la
circonftance de Lupa nutricis
nous indaira - t - elle à dire que
ceftoit la peau de la même
Louve qui avoit allaité Romulus
? Mais , dites vous , il y
a lupa . Il le faut bien , pour
C iij
30 MERCURE
marquer la circonftance
, &
je ne fçache pas que jamais
loup mâle ait donné à tetter.
Vous vous fatiguez
encore
vainement
à découvrir
fi le
Loup qui eftoit dans les Dra
peaux Romains , eftoit mâle
ou femelle , ô curas hominum ,
vous y aurez bien de la peine ,
car rien au monde ne reffem.
ble mieux à un Loup , qu'une
Louve.
Quelque grande que foit
la prévention où vous cftes
contre le Loup , il vous en
faut deffaire , fi vous voulez
commenter les Anciens proGALANT.
31
fanes , & vous accoutumer
à le regarder comme eux ,
tantoft avec plaifir , & tantoft
avec peine. Vous foutenez à
tort qu'il eftoit de mauvais
augure de luy-meſme , & par
fa nature. Vidit Deus cuncta
quæ fecerat & erant valde bona.
Eft- ceà vous à établir les bons
& les mauvais prefages , quiste
conftituit judicem ? Ce n'eft pas
de l'opinion que vous avez du
Loup qu'il s'agit icy , mais de
celle qu'on en avoit à Rome
au temps de la Republique.
Il faut pour le fçavoir au vray
remonter jufqu'à ces temps
C iiij
32 MERCURE
éloignez , & nous deffaire des
opinions bâties fur les moeurs:
de noftre fiecle. Les differences
des temps ne cauſent
pas
moins de differentes perfpectives
aux objets de l'efprit ,
que les diverfes fituations en
caufent aux objets de la vûë-
Quand on voir un objet de
loin , il paroift monstrueux ,
il effraye; mais à mesure qu'on
va vers luy , il fe développe
inſenſiblement
à nos yeux
en diftingue peu à peu le
different arrangement
de fes
parties , on fe détrompe enfin
agreablement
, mais non
GALANT.
33
pas fans quelque dépit d'avoir
jugé avec trop de precipitation
. Confultons Horace
, il a donné au Loup l'epithete
de Martial , Lupos
martiales. Cette epithete le
met parfaitement à couvert
de voftre invective , & quel
que grande que foit la haine
que vous avez conçue pour
cet animal , il faut enfin vous
radoucir , cuffiez - vous mille
brebis errantes fur les monta
gnes de Sicile . Ecoutez mains
tenant Virgile.
Ac velutipleno Lupus infidia
tus ovili.
34 MERCURE
Cumfremit ad caulas ventos
perpeſſus & imbres ;
Ille asper improbus ira ,
Haud aliter rutulo... Æn .
9.
Selon vous , cette comparaifon
feroit bien injurieufe
à Rutulus , & infupportable
aux Romains
, chers Lecteurs
de ce divin Poëte , & dont il
ménageoit
la bienveillance
avec tant de foin . Il faut donc
tomber d'accord que la figure
du Loup n’eftoit pas toujours
déplaifante. Sa rencontre
même a fouvent relevé
aux Soldats leurs coeurs abbatus
, non pas à la verité quand
GALANT.
35
il entroit dans la Ville , ou
dans le Camp , car ces circonftances
le reprefentant com
me un ennemy qui protegé
de Mars avoit forcé les remparts
, le rendoient funefte.
Mais voicy un fait que vous
avez oublié , où le Loup fut
un ſpectacle agreable. Tite-
Live rapporte au 10. livre de
la premiere Decade , que l'Ar
mée Romaine & l'Armée Ennemie
eftant en prefence ,
une Biche pourſuivie par un
Loup , paffa entre ces deux
Armées , & enfuite ces deux
beftes s'étant écartées l'une
36 MERCURE
de l'autre , la Biche prit fa
courſe parmy les Gaulois , &
le Loup du côté des Romains ,
qui le laifférent paffer au tra.
vers de leurs rangs . L'auriez-
Vous crû ? mais les Gaulois
tuérent la Biche . Lupo data
inter ordines via , cervam Galli
confixere. Sur cela vous concluriez
d'abord la deffaite
des Romains . Attendez . Romanus
miles antefignanus , illac
fuga , inquit , & cades vertit ubi
facram Diana feram jacentem
videtis , hinc victor martius Lu
pus integer &intactus gentis nos
martia conditoris noftri admoGALANT.
37
nuit . La fuite & le carnage ,
dit alors un Romain de ceux
qui combattoient
devant les
Enfeignes
, fera du coté où
vous voyez à terre cette befte
confacrée à Diane , & le Loup
confacré à Mars , qui eſt paſſé
comme victorieux
, puifqu'il
n'a point efté bleffé , eft venu
nous faire fouvenir que nous
fommes fortis d'un Peuple
belliqueux , & que noftre Fondateur
eftoit Fils de Mars ,
Voyez-vous , Monfieur , com
me felon les circonstances
; la
Biche devint fatale aux Gaulois
, & le Loup fut aux Ro38
MERCURE
mains un prefage de la Victoi .
re qu'ils gagnérent. En voilà
affez fur cet Article. Je crois
qu'aprés cela vous aurez vû
vous-même le Loup dans les
circonftances de Maris .
Vox quoque Marin
;
Jamfugit ipfa , Lupi Mærin
videre priores. Egl . 9 .
Mæris eft enroué, Mærisn'a
plus de voix , les Loups l'ont
apperçu lespremiers. Je veux
dire que vous aurez de la peine
à répondre à ce que je
vous oppoſe.
Au lieu de conclurre comme
vous devicz de ce que j'éGALANT.
39
tabliſſois les deux fens , qu'ils
me paroiffoient tous deux
bons , vous avez jugé que je
ne trouvois pas mon compte
dans l'un , puifque je m'attachois
à l'autre. Je foutiens
qu'il font tous deux bons ,
Monfieur , &fi bons que l'un
des deux eft neceffairement
le vray , quoy qu'on ne fçauroit
le marquer , ſans crainte
de ſe tromper , à moins
que Virgile ne revinft des
Champs Elifées pour nous
dire luy - même ſa penſee ,
dontje le difpenfe volontiers.
Ils font tous deux bons, dis je,
40 MERCURE
& parce que l'un & l'autre eft
conforme au genie de l'Auteur
, & parce que les termes
ont dans tous les deux toute
leur force & leur jufteffe.
Maisquel rapport , dites - vous,
de Romalus fous le ventre de
la Louve , avec les grandes
chofes qui fuivent ? Il faute
aux yeux. La Louve , animal
de Mars , couvrant de fon
corps Romulus , eſt une vive
image de la protection de ce
Dieu , & je m'attens bien
pour moy , que Virgile forcé
par ce prodige , chante immediatement
aprés que cet én .
GALANT
41
fant ficheri de Mars fondera
un jour la Ville Martiale , ma
vortiacondet mænia L'illuftrem
de Segrais qui voit clair dans
cePoëtesy a trouvé ce rapport
que vous n'y voyez pas .
Nourriffon d'une Louve
Fils d'une Veftale
Romulus fondera la Ville martiāle.
Il n'a pas eu recours , non
plus que M' de Martignac , à
l'inſtinct de cette befte , qui
eft , dites - vous , de couvrir la
proye de feuillage, ils fe Tont
contentez de la faire acquir
ter de fa fonction de nourrice,
May 1697.
D
42 MERCURE
qui eft d'allaiter & de couvrir
de ſon corps fon nourriffon .
Virgile a heureufement exprimé
ce double devoir par fon
lupa nutricis tegmine, & les deux
Traducteurs que je viens de
citer , ont feulement marqué
le premier , parce qu'il eft infeparable
de l'autre .
Vous infiftez que Romulus
enfant tetant la Louve ,
eftoit tout droit fous fon ventre
; mais le moyen qu'à l'âge
• tendre où il eftoit il euft pû fe
tenir fur fes pieds ; car à peine
fon Frere & luy eurent vû le
jour , qu'ils furent expofez , &
GALANT. 43.
ion ne les put pas longtemps
1 dérober au défiant Amulius ,
qui eut plus d'yeux qu'Argus
pour découvrir la fupercherie.
Latus ne vous plait pas
dans ce fens -la , & il ne fuc
a jamais mieux placé. On éprouve
toujours un fentiment
de joye quand on le voit en
feuretéaprés un danger évité
& un de mes Amis m'a fouvent
demandé la raiſon d'une
joye qu'il goûte ordinairement
la nuit dans fon lit pendant
un furieux orage. Cette
fatisfaction fecrete & fans re-
D "J
CV
44 MERCURE
flexion , qui naift de la compa
raiſon que l'ame fair en ellemême
de ſon eftat heureux ,
ou d'un bonheur inesperé
avec des malheurs évitez , convient
parfaitement à Romulus
fous le ventre de la Louve
aprés tant de perils qu'il avoit
courus , fur tout , de ce que
devant vrai - femblablement
eftre devoré par une befte
naturellement feroce , tout
tourne à fon avantage . Je"
viens maintenant à voftre
nouveau fens , fans m'amufer ·
à refuter certaines chofes que
vous ſemez ça & là dans vo
GALANT: 45
ftre Ecrit , ad populum Phale
ras, Je m'en tiens à l'avis d'un
bel efprit de l'antiquité , fçavoir
, qu'on fe doit bien gar
der de refuter des choſes qui
ne le meritent pas , de peur
de donner par une refutation
ferieufe quelque poids &
quelque autorité à ce qui
tombe de foy-méme.
Inde lupa fulvo nutricis
mine lætus :
teg-
Romulus &c.'n lenivka
L'heureux Romulus couvert
de feuilles mortes par la Louve
la nouriffe.or CAST
Sice fens eft le veritable ,
46 MERCURE
je vous tiens pour un grand
Prophete , magnus Apollo , car
c'eft proprement ce qu'on
appelle deviner ; il faut au
moins fçavoir la vraye fignification
des mots pour bien
traduire. J'avois infinué dans
ma Critique le vray fens du
mot tegmen. Il eft conftant
qu'il ne convient qu'aux cho
fes ,qui à raifon de leur tiffu.
re femblent eftre faites pour
couvrir ; il n'eft pas formé du
verbe tegere , comme vous
vous l'eftes perfuadé , mais de
texo . Subtemen est mis par Horace
dans la creiziéme Epode ,
GALANT: 47
pour la trame ou ce filet que
les Parques font paffer parmy
les autres filets , tantoft par
deffous , tantoft par deffus, en
ourdiffant la vie des hommes ,
ce qui reprefente naïvement
le haut & le bas dont elle eft
tiffuë .
Unde tibi reditum certo fubtemine
Parca Rupêre. -
Il eſt ordinaire à Virgile
d'exprimer la couverture, que
les arbres fourniffent avec
leur feüillage , par le mot de
regmen, où par le verbe texo .
Erlenta texunt umbracula vites
. Egl. 19.
48 MERCURE
Mais quand il s'agit de la
couverture de feuilles détachées
des arbres ; il employe
leverbe regere , tant il eft exact
dans les expreffions.
Ramis tegerem ut frondentibus
aras. Æn. 3.
Si les termes vous font contraires
, les convenances font
encore moins pour vous ; qui
jufqu'icy aviez trouvé une
couverture dans ces deux
Vers de la 4. Eglogue , où il
h'eft fait mention que de petits
prefens.weluque
At tibi prima puer nullo munufcula
cultu,
Errantes
GALANT. 49
Errantes ederas paffim cum
bacchare tellus.
Combler de preſens fe dit
bien , mais couvrir de prefens
eft une expreffion auffi monftrueuse
dans noftre Langue ,
que tegmen pour un amas de
feuïlles entaffées fous les arbres
dans la Latine . De plus ,
quel rapport du lierre verdoyant
entrelaffé avec l'agreable
branche Urfine , que
la terre produit en faveur de
l'heureux Enfant de Pollion
avec des feuilles feches , qui
ne pouvant plus faire honneur
au chefne , l'ornement
May 1697.
E
50 MERCURE
des forests , tombent à terre.
Vous voulez qu'on regarde
la feuille dans la nature fym .
bolique de l'arbre , mais des
feuilles nfortes & feparées des
arbres , ne leur appartiennent
plus ; & effectivement j'ay lû
dans Suetone qu'une branche
de chefne fonda un mauvais
augure pour un Enfant , parce
qu'elle s'étoit fechée le jour
de fa naiffance.
Comme en paffant du chef
"ne à fa feuille , vous ne faites
point ulage de voſtre Logique
, vous n'en faites point
non plus de voſtre Phyſique ,
GALANT.
ད་
quand vous dites que les
feuilles qu'on a recemment
détachées des troncs , font
privées du caractere de vie
qu'elles ont quand elles leur
font unies, puis que leur ame,
s'ils en ont , eft diviſible , &
par confequent la feuille feparée
en retient une portion
par le moyen d'un fuc qui en
eft le lien , & qui eft contenu
dans les petites veines , qui
font difperfées par toute la
feuille . Aufli fe faifoit-on des
couronnes de feuilles fraîchement
cueillies ; mais quand
elles eftoient vieilles , on ne
E
ij
52 MERCUR E
les jugeoit bonnes à autre
chole , qu'à en faire un facrifi
ce à la faifon trifte & facheu
fe de l'hiver.
Lata quod pubes edera virenti
Gaudeat,pulla magis atque myr
ᎬᎾ
Aridasfrondes hyemis fodali
Dedicet hebro.
Hor. Od . 25. 1.1.
O'qu'alors vous vous plaindrez
, dit Horace , parlant à la
coquette Lydie , de voir que
les jeunes gensdont l'humeur
eft enjouée , aiment beaucoup
mieux les jeunes Myr- .
tes & le Lierre verdoyant , &
GALANT:
53
qu'ils devouënt à l'Hebre ,
compagnon du trifte hiver ,
les feuilles qui font feches.
Dans l'embarras où je vous
vois fur la fin de vostre Ecrit ,
je me reprefente un homme ,
qui ayant fait naufrage pour
s'eftre embarqué fur une mer
inconnue , tâche de fe fauver
à la nâge , & aborde où il
peurs ce qui m'oblige enfin
à conclurre, que fila ſenſualité
de l'efprit pouvoit entrer en
parallele avec celle du coeur ,
voftre conduite feroit une
image affez naïve de celle des
anciens Romains , qui dégoû

E ij
54 MERCURE
tez par l'abondance que les
dépouilles de tant d'Ennemis
apportoient dans Rome , fel
fatiguoient fans raiſon à chercher
des mers inconnuës , &
à découvrir de nouvelles Terres
, qui enfermaffent dans
leur fein de nouveaux trefors.
Si quis finus abditus ultra,
Si qua foret tellus qua fulvum.
mitteret aurum.
Petro.Satyr
.
Mais pour tout fruit de tant
de fatigues ils ne rapportoient
Le plus fouvent que du coquillage.
Voftre grand deffein
de trouver de nouveaux
trefors dans Virgile ,
GALANT.
55
n'a pas eu un meilleur fuccés .
Je fçay que la couleur vous a
impofé , mais faut - il fe tant
attacher au fens merveilleux
d'un Poëte , qu'on en neglige
le moral . Le fage avis que Co.
ridon donne à Alexis , dans la
feconde Eglogue , vous cult
épargné bien de la peine fi
vous en cuffiez profité.
Nimium ne crede colori.
Ne vous fiez pas trop à la couleur
de l'or , Monfieur , elle
eft trompeufe. Je tuis.
Vous aimerez la Piece qui
fuit par le nom de fon Auteur,
E mij
56 MERCURE
puis que je ne vous ay rien
envoyé de luy , que vous
n'ayez lû avec beaucoup de
plaifir. Elle eft de M ' de la
Févrerie , & merite d'autant
plus voftre curiofité , qu'elle
contient la defcription des
plus beaux Jardins des Anciens
, & parle des grands
Hommes qui les ont aimez.
La matiere convient à cette
faifon , qui en nous donnant
les fleurs , porte tout le monde
à chercher les lieux où
elles font l'ornement
des plus
beaux Parterres.
1
GALANT, $ 7
LE PARTERRE
DE GAZON.
A MONSIEUR D. L. R.
Pa
Our me délaffer l'efprit
d'une laborieufe étude
qui m'occupe prefentement ,
j'allay me promener à la Cam
pagne un de ces beaux jours
du mois de Mars , qui ont
fait l'agreable prelude du
Printemps de cette année!
Je choifis pour cela la belle
Maiſon du Conful Mutius.
Vous voudrez bien , Mon;
"
$8 MERCURE
fieur , que je vous en parle
fous ce nom , quand ce ne
feroit que pour donner un
petit air de Roman à cette
Promenade auffi bien ne
pourriez vous jamais croire
le recit que je vais vous en
faire , quoy qu'il n'y ait rien
de plus veritable.
!
:
Cette maiſon a des dehors
admirables , & la terre & la
mer y font un coup d'oeil
furprenant. Elle meriteroit
avec juſtice , & fans hyperbole
, cette infcription qu'un
bel efprit a faite pour Verfailles..
A
GALANT.
59
Cedant his Theffalia Tempe.i
En voyant ces lieux on peut croire,
Sans en eftre trompé,
& Tout ce que la Fable l'Hiftoire
Nous ont dit de Tempé.
En effet cette infcription luy
convient naturellement. Ver.
failles eft un lieu enchanté ,
où l'art & la magnificence
font regner la nature . Cette
maiſon eft un lieu delicieux ,
où il femble qu'elle a choifi
fa demeure ; & pour y répandre
elle-même les liberalitez ..
On n'y voit que des beautez
naturelles , qui la rendent plus
agreable que magnifique , du
60 MERCURE
moins de cette magnificence
que la vanité & le luxe des
hommes ont inventée , & qui
furcharge & accable la natu
re , au lieu de l'aider & de
l'embellir.
Il eft vray qu'il y aune magnificence
naturelle , qui furpaffe
quelquefois tout ce que
les Rois peuvent faire de plus
grand & de plus fuperbe . Elle
fe rencontre dans les bois ,
dans les eaux , dans les plaines,
dans les
montagnes
, fans
parler des beautez que la mer,
toute terrible qu'elle eft , apporte
aux lieux qu'elle enviGALANT.
61
ronne. Toutes ces chofes qui
.produisent les belles veuës ,
l'agrément & l'abondance
dans la campagne , fe trou
vent icy naturellement , & fi
bien difpofées, qu'elles y produifent
de charmans effets ,
que tout l'art des hommes
n'eft point capable d'égaler .
Tel eftoit le delicieux Tempé,
ce Jardin de la Grece ,
comme la Touraine eft le
Jardin de la France. Telle eft
la charmante maiſon dont je
parle, digne d'avoir placedans
Cyrus ou dans Clelie , & que
l'illuftre Sapho de nôtre fie,
62 MERCURE
cle en euft fait la defcription ,
comme fon Frere a fait dans.
l'Almahide , celle du Cha.
fteau de Pirou qui en eft cout
proche.
La propreté & la politeffe
des dedans répond aux beau
tez des dehors , & on paffe
fous des plafonds & des lambris
dorez, que je ne m'amule
point à vous décrire , puis
que je ne cherche qu'à me
promener , pour aller dans des
•Jardins & des parterres embellis
de fleurs , & de boüis en
compartimens de broderie ,
ou de pieces coupées , en
GALANT 63
1
forte qu'il femble que le
Jardinier ait voulu difputer
du prix avec le Tapiffier , le
Peintre & le Brodeur. Le celebre
le Noftre en approuve.
roit les deffeins , tant la broderie
en eft fine , les volutes
legeres , & les contours des
Rinceaux bien concertez.
Tout y eft galant , tout y eft
extraordinaire. Une Terraffe
admirable & à double étage,
regne d'un coſté , d'où l'on
découvre la plus bdlle veuë
du monde. De l'autre eft une
grande allée de Cyprés , d'où
l'on entre dans de longs pro64
MERCURE
menoirs détournez , qui font
prefque tout le tour de la mai
fon , & dans lefquels on trouve
de diftance en diſtance des
Jets d'eau & des Repofoirs de
gazon . Je ne vous parle point
des autres baffins qui arrosent
les Jardins & les parterres. Les
eaux y font abondantes , &
font une des plus grandes
beautez de cette maiſon .
Le Maitre qui fe plaiſt à y
faire travailler tous les jours ,
faifoit faire un parterre de
gazon lors que j'y allay ; &
comme il cherche plus à
s'occuper agreablement qu'à
ey
GALANT 65
executer de grands deffeins ,
qui ruinent ceux qui les entreprennent
, & qui demandent
un temps infiny , il ſe
contente des ouvrages qu'on
fait à peu de frais , & qu'on
voit bien - toft achevez . 11
donnoit luy-même le deffein
dece Parterre , mais ce qui eft
plaifant , c'eftoit un Couvreur
de chaume qui l'executoit
avec beaucoup de delicateffe
& d'habileté. C'eft un homme
de tous métiers ; & Moliere
n'auroit pas manqué de
l'appeller un Payfan de quali
té , qui fçait tout fans avoir
May 697 .
F
66 MERCURE
jamais rien appris . Il avoir
déja fait quelques carreaux de
ce Parterre , & Mutius eftoit
plus embaraffé à luy fournir
le deffein , que luy à couper
le gazon ; mais une Niece
du Conful , qui define parfaitement
bien , l'eftant venu
voir , l'avoit tiré de peine , &
s'eftoit chargée de la conduite
de l'ouvrage.
Cette Fille , en fa maniere,
n'eft pas moins rare que le
Jardinier. Elle a beaucoup de
genie pour les ouvrages , &
une facilité ſurprenante pour
inventer des deffeins , & pour
GALANT.
61
67
les executer. Elle s'y plaift ,
elle les aime , & il fe fait en
elle une merveilleule circulation
d'efprit , fij'ole parler de
la forte , car lorfqu'on la voit
travailler , il femble qu'elle
l'ait tout entier au bout des
doigts . Elle brode , elle deffine
; c'eſt une autre Arachné
en Tapiflerie.
Quandj'arrivay , je les trouvay
tous deux une canne à la
main , qui traçoient d'aprés
leur fantaisie , diverfes deurs ,
& diverfes figures , car la Niece
excitoit le Conful , & l'un
& l'autre donnoient un mer.
201 2020
Fij
68 MERCURE
*
veilleux courage au Jardinier,
qui déja devenu habile à les
voir faire , corrigeoit quelquefois
leurs deffeins pour
jufteffe des contours , & des
compartimens. Je ne fuis pas
furpris , dis - je à Mutius , de
vous voir travailler de la forte.
Les plus grands Hommes
dans tous les ficcles ont pris
plaifir à l'Agriculture , & au
Jardinage. De noftre temps
encore , un digne Magiftrat
a greffé quatre mille pieds
d'arbres en fa Maifon de
Campagne, de la meſme main
dont il a écrit tant de beaux
GALANT 69
livres pour ne rien dire de
ces fameux Solitaires , qui ont
cultivé en même temps les
belles Lettres , les arbres &
les allées d'une retraite qu'ils
ont rendue fi celebre . Cet
exercice n'a rien de bas , &
qui foit indigne de la Royauté
même . L'on a vû des Empereurs
defcendre du Trône
pour travailler au Jardinage ,
& des Jardiniers monter fur lei
Trône pour gouverner des
Royaumes. Mutius qui eft
naturellement plaiſant, mʼinterrompir
, & montrant cet
homme dont je viens de par70
MERCURE
ler ; en voicy un , me dit il ,
qui vous écoute avec attention
, & qui me prenant pour
un autre Alexandre , croit
que je le pourrois bien faire
Roy quelque jour , comme
Abdolominus. Vous n'en ferez
peut - eftre pas un Roy ,
luy dis- je en riant , mais en
qualité de Conful vous pouvez
l'élever aux Charges de
la Republique , quand vous
l'aurez affranchi. Nous avons
bien vû des Baillis de Village ,
qui n'avoient pas meilleure
mine que luy , & il auroir bien:
autant de gravité que le Sena
GALANT. Sr
teur de cette petite Ville dont
plaifante Horace . Mais enfin ,
continuay je , les Confuls de
l'ancienne Rome , dont vous
avez le courage & la vertu ,
labouroient
la terre , & gouvernoient
la Republique.
Plufieurs Familles illuftres
avoient tiré leurs noms du
foin & de l'application qu'ils
avoient à l'agriculture. Dios
cletien abdiqua l'Empire
pour aller planter des chouxs
& fi nous remontonsau
temps de la Fable , Adonis ,
Alcinoüs , & les Hefperides ,
fe font rendus immortels par
72 MERCURE

là Plus connus & plus cele
bres par leurs delicieux Jardins
qué par leur naiffance &
leur Couronne , il leur a efté
plus glorieux d'avoir préfidé
au jardinage & à l'agriculture,
& d'en eltre adorez comme
les Divinitez , que d'avoir
commandé aux Pheaques , &
regné fur les peuples de Mauritanie
, sluther
Dieu-même n'a pas méprifé
cette qualité, puis qu'au com
mencement du mande ilplanta
le , Paradis torreftre , o
qui estoit un Jardin de deli
ces , où il plaçable premier
homme
GALANT: 73
hommes pour luy apprendre
que la culture de la terre n'eftoit
pas indigne de luy , &
qu'il en devoit prendre le
foin. Noftre Seigneur, le ſecond
Adam , s'apparut à la
Madeleine fous la figure d'un
Jardinier. Mais je ne m'apper.
çois pas que mes complimens
& ma Morale vous détournent
devoftre travail. J'aime
rellement à être loüé,&à vous
entendre , me répondit Mu
vias , que je ne m'apperçois
pas moy- même qu'il y a longtemps
que vous etes debout,
& que je dois mieux faire les
·May 16.97.
G
74 MERCURE
honneurs de chez moy. En
difant celail me conduifit au
logis , remettant à nous promener
aprés le dîné , car il
s'en alloit midy , & il.commençoit
à faire chaud. On
fervit peu de temps aprés avec
beaucoup de propteté , de
bon gouſt & de politefle. Ce
ne fut point un de ces repas
qu'un Ancien appelle des re
pas de promenade ; ny à la
mode des gens de Cour , où il
faut fe dépêcher. Mutius qui
eftoit de fort bonne humeur
ce jour- la , car il eſt toujours
plus trifte, ou plus gay qu'un
GALANT.
75
autre , nous fit cent contes &
cent plaifanteries . Enfin ,
Monfieur , on chanta , on but
des fantez , rien ne manqua à
la bonne chere , & je puis dire
que nous facrifiâmes folemnellement
à Cerés , à Pomone
, à Priape , à Vertumne , &
à toutes les autres Divinitez
de la Campagne & des Jar -´
dins , fans oublier le grotef
que Jardinier qui pourroit
bien prefider un jour aux Par
terres de Gazon.
Aprés le dîné, qui fut long,
comnie vous voyez , la Compagnies
qui eftoit grofle , le
Gij
76 MERCURE
partagea. Les uns le mirent
au jeu , les autres prirent le
plaifir de la promenade
. Mutius
& moy nous vifitâmes
fa
maiſon
, enfuite de quoy nous
reprîmes
le chemin du Jardin
ou , aprés plufieurs
tours d'allées
, & avoir encore confideré
le Partere de Gazon qui
s'avançoit
à chaque moment
,
car cette forte d'ouvrage
va
fort vifte , nous montames
fur la terraffe , qui merite bien
que je vous en falſe une defcription
particuliere
.
<
Je vous ay déja dit qu'elle
en double. Elle a plus de cent
GALANT:
ר ד
pas de long , fur cinquante
de large. L'allée d'embas , ou
la terraffe baffe , qui ferme le
Parterre , eft leparée de la
terraffe haute par une paliffa -
de de charmes , qui fait une
muraille de verdure la plus
agreable du monde . La terraffe
haute , d'où l'on découvre
la mer , & ces échapées
de vûës que je vous ay d'abord
fait remarquer, eft partagée
en trois grandes allées
d'ormes , de chevrefeuïl & de
Laurier-rofe , qui aboutiffent
à un grand ovale en forme
d'amphitheatre , d'où s'éleve
3
Gij
78
MERCURE
à
l'extrémité une espece de
theatre
rustique qui fait une
perſpective
à l'autre bout de
la terraffe , & tout cela orné
de gazon , d'arbustes artif
tement taillez , de ftatuës , de
vafes , & de pots de fleurs , en
fait un réduit
enchanté.
Nous choififmes ce lieu-là
pour nous repofer , mais à pei
ne commençois - je à me tranquillifer
, & à tomber dans
une douce rêverie qu'inſpire
da vue des objets
champêtres ,
que Mutius charmé des plaifirs
de la
Campagne , & tout
occupé de fon Parterre de
´GALANT.
79
gazon , m'engagea dans une
Converfation qui pour eftre
naturellene laiffa pas de m'ap
pliquer , & que vous trouve
rez peut - eſtre un peu trop
étudiée. Cependant elle fe
paffa comme je vais vous l'é
crire.
Ce que vous m'avez dir
tantoft de l'inclination des
Anciens pour le Jardinage
me revient dans l'esprit , me
dit Mutius , & me fait croire
qu'ils y ont excellé , comme
dans les autres chofes. Il eſt
vray, luy répondis - je , ils cherchoient
l'agrément auffi bien
G iiij
80
MERCURE
que l'utilité dans
l'Agricultu
re , & ils avoient foin d'embellir
leurs
Jardins , & leurs
Vergers , en les rendant fe-
&
conds ; mais ils
preferoient
toujours
en cela les beautez
naturelles à
toutes celles que
l'Art peut
inventer. Ils tâ
choient
d'aider la
nature ,
de la
perfectionner , maís ils
évitoient de la
défigurer à
force de
l'embellir.
Contens
de fes
productions où elle ſe
plaift àles faire pour la neceffité
des
hommes , ils n'y recherchoient
que
l'abondance
, & la
perfection . Dans les
GALANT.
autres chofes qu'elle fait en
fe jouant , & pourl'ornement
de la terre, ils y apportoient
quelque artifice , mais ils y
vouloient toûjours plus de
naturel que d'affectation . Ils
avoient des treilles , des berceaux
, des promenoirs & des
allées. Ils avoient auffi des
Parterres , & des Parterres de
gazon , plus que d'autres ,
comme plus naturels , & plus
conformes à l'ufage de ce
temps-là , où l'on peut dire
que l'Agriculture eftoit encore
naiffante. Je croy même
que les Romains aimoient les
82 MERCURE
Parterres de gazon, puifqu'on
ne voit encore aujourd'huy
autre chofe en Italie . Quoy
qu'il en fait , l'invention des
Parterres n'eft pas moderne.
On trouvedans Pline le cemps
propre pour hiftorier les Arbres
& les Plantes , & la maniere
de dreffer les carreaux ,
plate- bandes , & les allées.
Il a même diftingué les Jardins
de plaifance , de ceux
que nous appellons des Pota
gers , & des Legumiers ..
Cependant les Anciens
qui aimoient les Jardins rufti.
ques , s'attachoient particu
les
GALANT: 83
६ lierement à trouver des places
que la nature euft embellies
elle - même , & où il falluft
moins d'art & de travail. Les
Anciens , interrompit Mutius
, eftoient plus laborieux
que nous, & il falloit un grand
artifice , & un travail infatiga
ble , pour faire venir des pommes
dans le Jardin des Hef
perides. Je ne fuis pas hom
me à croire des Fables , continua
-t-il , cependant je ne
penſe pas que ce fuffent des
pommes comme les noftres ,
& j'aime autant dire que c'é
toient des pommes d'or , que
84 MERCURE
des citrons & des oranges ,
comme l'affurent quelquesuns.
Il eft vray , luy dis je , que
ceJardin chez les Chymiftes
eft fabuleux & allegorique .
C'est le Jardin des Philofo.
phes , & du grand oeuvre ;
mais il fe peut faire aufli que
les Peuples de cette Contrée
qui n'avoient jamais vû de
citrons & d'oranges , feur
donnérent le nom de Pommes
d'or , pour leur couleur
& leur excellence . Je ne fçay
d'où Pline avoit appris que
ces arbres precieux n'eftoient
que des Oliviers ſauvages
Lyx
GALANT. 85
qu'on voyoit encore de fon
tempsar les olives ont bien
moins de rapport à des pommes
d'or , que les citrons &
les oranges , & même que les
pommes ordinaires. Quoy
qu'il en foir , le Jardin des
Hefperides eftoit enclos d'un
bras de mer , qui ferpentant..
tout à l'entour , avoit donné
lieu aux Poëtes de feindre
qu'il eftoir gardé par un Dragan
. Il y avoit dans fon enceinte
un Temple d'Hercule,
pour nous apprendre non.
foulement l'alliance quieftoir
catre ces Princeffes & ce De86
MERCURE
my.Dieu ; mais encore que
le Jardinage & l'Agriculture
demandent un travail conti.
nuel.
L'ancienne Grece remplie
de la delicieuſe idée de fon
Tempé , forma fes Jardins für
ce Plan , & y rechercha les
mêmes beautez. Mais quelle
deſcription pourrois je vous
en faire? Sapho , la Grecque
Sapho , qui pouvoit avoir efté
fur les lieux , & en avoir vû
encore quelques veftiges ,
eftoit feule capable de les décrires
ou du moins la Sapho
Françoife , dont toutes les
GALANT. 87
Peintures font fi vives , finobles
, & fi fçavantes , l'oferoit
entreprendre , & pour nous
les reprefenter tels que nousi
nous les imaginons , elle fe
roits contrainte de nous ren4
voyer à fes belles Promena
des de Saint Cloud, & de Ver
failles. Imaginez - vous Trianon
, & vous formerez peut
eftre quelque idée des Jardins
d'Adonis , où ce jeune.
& galant Prince paffoit de fi
douces heures avec la belle
Déeffe , s'il eft vray que ce
Prince foit le même que l'Amant
de Venus ; Jardin deli
88 MERCURE
cieux , cultivé des mains de
l'Amour , de Venus , & des
Graces. L'idée m'en eft reve
nue à l'efprit quand je vous ay
vu travailler avec voftre Fils
& voftre Niece , au Parterre
de gazon. La comparaiſon eft
jolie , s'écria Mutius ; mon
Fils & ma Niéce vous en feront
compliment.Mais continuez
à nous décrire ce galant
Jardin , vous avez fi bien
commencé . Il me femble Y
voir naiſtre mille petits ' Amours
, parmy les lis & les
rofes, Les arbres & les fruits ,
les plantes & les fleurs , tour
GALANT. 89
y faifoit aimer , tout n'y reſpiroit
qu'Amours. Toutes choſesy
venoient en abondance ,
& d'un gouft plus favoureux,
& plus exquis qu'ailleurs ; car
Venus prefide particulierement
aux Jardins , & il ne fauc
pas douter qu'elle ne répatidift
fes plus douces influences
fur celuy de fon Amant.
On voyoit par tout les noms
& les chiffres de Venus &
d'Adonis , & je me les reprefente
tous deux appliquez à
les graver fur les arbres , &
fur le fable des allées . Il vous
fouvient de cette belle Dame
May 1697.
H
90 MERCURE
qui eftoit aimée d'un grand
Prince . Un jour qu'ils étoient
enfemble dans un Jardin , elle
traça avec le bout de fa can.
ne , fur la pouffiere , le nom
de ce Prince & le fien , en forme
de lacqs d'amour. Le Jardinier
qui s'en apperçut aprés
qu'ilsfe furent retirez , couvrit
foigneufement cet endroit ,
& plaça des fleurs dans toutes
les rayes , qui rendirent avec
le temps ces chiffres naturels
& durables . Cela furprit dans
la fuite fort agreablement ces
deux Amans , & le Jardinier
fir la fortune par cette gaGALANT.
91
lanterie , mais il le meritoit
bien:
Car peut on mieux qu'avec
des fleurs
Exprimer l'union
des
coeurs ,
des noms ,
Et peindre de l'amour les plus
Secrets miſteres
Par de plus tendrés caracteres?
11 eft vray , luy dis je cela
eft galamment imaginé, & vos
Vers ne le font pas moins..
Mais à propos de cette Dame
qui gravoit fur la pouffiere de
ce Jardin , vous me faites fou
venir d'une autre , quigravoite
fur le fable de la mer. Vous
2
Hij
92 MERCURE
en fçavez l'hiſtoire, mais vous
ne l'avez pas veuë en Vers de
ma façon. Les voicy . La Piece
n'eft pas longue , & il n'y
a pas longtemps que j'ay fait
ces Vers.
Climene au bord de la mer
Voulut un jour exprimer
Combien elle eftoit fidelle
Afon aimable Berger ;
Plutoft mourir que changer,
Sur le fable écrivit elle.
S
Mais à peine eut elle écrit
Cette terrible promeffe ,
Qu'il femble que par dépit
L'onde à l'effacer s'empreffe.
GALANT. 1993
Car ce perfide Element
Infenfible à la tendreffe , n
Engloutit dans un moment
Ce gage de la Maiftreſſe ,
Et tout l'espoir del Amant,
2
Alorsfaifi de douleur,
Il prévoit bien le malheur
Que ce figne luy prefage .
Du Sexe toujours trompeur.
Il connoiſt aſſezl'humeur ,
Et la mer fur le rivage
N'a rien fait , que la volage
N'ait déja fait dans fon coeur.
B
Auff , Climene interdite
De ce prompt évenement
94. MERCURE
Qui l'accufe & la dément ,
Cache bien toft par fa fuite .
La bonte de fon ferment.
Le Bergerfe defefpere ,
Il ne peut trop s'alarmer;:
Mais c'eft contre la Bergere
Qu'il doit tournerfa colere,
Et non pas contre la mer.
Il feroit à fouhaiter , dit
Mutius , aprés m'avoir fair
encore repeter ces Vers , que
pour éprouver la fincerité des
Amans , il leur arrivaſt quel .
que petite punition , quand
ils s'avifent de graver finconfiderément
leurs rêveries
amoureuſes , ou du moins qu
GALANT.
95
1
ils ne les écriviffent jamais
que fur le fable & la pouffiere
, afin que le vent & la pluye
les effaçaffent auffi- toft , &
leur en donnaffent le démenti
. Vous etes bien fevere, luy
repliquay-je , de refufer à ces
pauvres Amans cette legere
fatisfaction. Il y a même de
l'injuftice dans votre fentiment;
car il n'en eft pas de
ces fortes d'écritures, comme
des Lettres d'amour. Quand
un Amant écrit une Lettre
dans le commerce de fa paf
fion , il le fait fouvent aprés
y avoir refléchi , & alors il
96 MERCURE
3
peut feindre , tromper
, diffimuler
, c'est l'efprit
qui parle
; mais quand il écrit en révant
dan un Bois , ou fur le
bord de la mer , telle eft fa
penſée , il n'y a rien de plus
vray & deplus fincere , c'est
le coeur qui parle. J'en conviens
, repartit
Mutius , &
pour m'en tenir à la Devife,
Plutoft mourir
que changer
, de
la fidelle Amante
que vous
avez fi bien décrite
, je veux
croire que dans le moment
"elle difoit
la pure verité
, car
quand on aime , on ſe perfuade
qu'on aimera
toujours
;
mais
GALANT . 97
mais il ne faut pas y aller fi
vifte. Les Elemens même fe
révoltent contre nous , comme
vous l'avez remarqué ,
lors que nous préfumons tant
de noftre fidelité .
La pensée & l'air chagrin
avec lequel Mutius me parfoit
, me fit rire , & nous plaifantâmes
quelque temps fur
fes galanteries ordinaires ,
aprés quoy il reprit le diſcours
de cette forte.
Les Jardins d'Adonis é- •
toient charmans ; mais nonobftant
tout ce que nous en
avons dit , j'aime encore
May 1697.
1
98 MERCURE
sieux celuy des Hefperides
. Vous avez le gouft bien
intereffe , luy dis -je ; car c'eft
apparemment à caufe des
pommes d'or , mais cela n'eſt
pas d'un homme qui a le
coeur tendre comme vous.
On aime par tout , reprit Mus
tius , l'amour ne manque pas
de reduits , mais on ne trouve
pas par tout des pommes d'or
pour donner aux Belles, & en
amour elles font encore plus
neceffaires qu'en autre choſe.
Ce fentiment de Mutius redoubla
la plaifanterie , & fit
quelque tréve à un entretien
GALANT.
99
qui avoit efté jusque -là affez
ferieux. Mais l'amour du Jar.
dinage poffedoit fi fort Mutius
, qu'il nous rengagea dans
cette matiere comme auparavant.
On dit qu'Epicure eft le
premier Inventeur des Jardins
de plaifance , dis -je , & qu'il
commença à faire dreffer le
fien à Athenes , les Jardins
eftanttous fituez à la campagne
en ce temps - là , fi nous en
croyons Pline. Si les Jardins .
d'Alcinous , d'Adonis & des
Hefperides , font les plus ce
lebres chez les Poëtes ; ceux
I ij
100 MERCURE
de Semiramis , de Salufte , de
Lucullus, & de Mecenas chez
lesHiftoriens, celuy d'Epicure
eft fameux chez les Philofophes
.On peut croire que ce
Jardin étoit fagement ordon
né, Il y avoir apporté tous les
foins qu'unePhyfique experi
mentéefçaváte peut donner,
à l'agriculture . Imaginez -vous
voir Descartes en Hollande
dans fa maiſon de
campagne,
proche de la Haye , qui plan .
te des choux , & qui forme
en même temps une nouvelle
Sete de Philofophes. Il ne
fait pas moins beau voir un
GALANT: for
7
Philofophe Jardinier , qu'un
Roy , ou qu'un Empereur, &
des plantes & des arbres cultivées
par des mains fçavantes
que par des mains royales ,
Si vous avez dit tantoft que
tout infpiroit l'amour au Jardin
d'Adonis , tout infpiroic
dans celuy d'Epicure la fageffe
& la vertu . L'on y goûtoit
particulierement toute la
volupté fine & delicate dont
il faifoit profeffion . La frugalité
y regnoit parmy labor.
dance ; & comme un potage
de fanté eſt ſouvent de meilleur
gouft , & vaut mieux qu'-
I iij
102 MERCURE
une Bifque fucculente, je préfere
volontiers le Jardin de ce
Philofophe à tous les Parterres
que l'art prend tant de
peine de cultiver . C'eftoit un
Jardin de fanté , où le corps &
l'ame dans la fimplicité de
fes fruits & de fes legumes ,
trouvoit une fpirituelle & delicieufe
nourriture . UneRave ,
une Laictue cultivée de la
main d'Epicure , donnoit de
l'efprit , & avoit plus de fuc
qu'une autre. Ce Jardin eftoit
une espece de Paradis terreftre
, fi j'ofe parler ainſi , où
tous les arbres & toutes les
GALANT. 103
or
plantes eftoient des arbres ,
& des plantes de fcience , du
l'ame éclairée de la pure cernoiffance
de la nature , apprenoit
à fuivre fes mouvemen's
avec toute la difcretion & tou.
te la fimplicité qui luy eſt
propre , & que l'enfeignoit
Epicure. C'eftoit une vive
peinture de fa Morale , dont
ce Jardin faifoit leçon . Il n'y
avoit point de plante ou d'arbufte
qui ne luy fournift quelque
maxime , & qui ne fervift,
aprés de fimbole aux autres ,
pour fuir le vice , ou pour pra
tiquer la vertu. Jardin fçavant
I iiij
104 MERCURE
& moral , dont la promenade
eftoit inftructive. Mais je me
perds dans cette idée d'Epi .
cure Jardinier , & je ne fcay fi
vous me pardonnnerez cet
enthouſiaſme de Morale. Il
eſt admirable , me répondit
obligeamment Mutius.
Les anciens, continua t- il,
avoient auffi-bien que nous,
des Jardins pour le délaffement
& le plaifir , pour le recueillement
& la meditation .
Ils y foupoient fouvent en
compagnie ; ils y donnoient
des feftes domeftiques & pri
vées ; ils y tenoient des EcoGALANT.
105.
les & des Academies. Ils fi
rent même exprés de ces Jardins
ftudieux , comme celuy
d'Epicure , que vous avez fi
fpirituellement décrit. Tel
eftoit le Jardin d'Academus
aux portes d'Athenes , qui
fervit d'Ecole à une nouvelle
Secte de Philofophes , qui
porta fon nom depuis , & qui
devint fi celebre , qu'on l'a
donné à toutes les Societez
de beaux efprits qui ont paru
dans le monde. Mais ces Jar
dins de Philofophes eftoient
rêveurs & mélancoliques , &
peu de gens prendroient plai
106 MERCURE
fir aujourd'huy à s'y promener
; car ils n'avoient pas l'a .
grément & la beauté du Jardin
royal des Plantes , oùTE.
cole da Medecine de Paris
fait toutes les femaines de fi
fcavantes leçons de Botanique.
Mais enfin ils feront
toujours fameux , quand ils
n'auroient fervi qu'à inventer
tant de doctes Fables & tant
d'ingenieufes allegories . Ou
cette comparaison de Jardins'
mifterieux ne fe trouve- t elle'
pas ? Chez les Poëtes , chez
les Philofophes , chez les
Saints Peres , dans la Sainte ;
GALANT: 107
Ecriture même. Mais quittons
ces Jardins allegoriques,
où nous pourrions nous éga
rer.
Quoy que l'Antiquité nous
ait extrémement vanté fes
beaux Jardins , il faut croire
neanmoins que ce n'eftoit
rien en comparaiſon de ceux
de noftre Siecle.Ils pouvoient
l'emporter pour la fituation,
l'afpect , le folage , l'abon .
dance & la fertilité ; mais
pour la propreté , la politeffe
& la magnificence , ils eftoient
infiniment au deffous des noftres.
Tous ces Jardins fa108
MERCURE
ne
meux dont nous avons parlé,
l'auroient celé aux Jardins
des Tuilleries, de Saint Cloud
& de Verſailles. Le temps qui
détruit toutes chofes ,
pourra effacer les excellentes
&riches deſcriptions que tant
de beaux efprits en ont faites,
& la pofterité jugeant alors
fans prévention des anciens
& des modernes , reconnoiftra
que le Siecle de Louis le
Grand a furpaffé en toutes
chofes celuy d'Augufte.
Mais il faut auffi avouer,
luy dis - je , que fi nous
l'emportons fur les anciens , &
GALANT. 109 .
même fur toutes les autres
Nations pour l'agriculture &
le jardinage , noftre politeffe
eft en cela trop grande. Il ya
trop de delicateffe & d'affetation.
La Nature eft enchainée
& captive dans nos
Jardins ; prefque rien n'y
vient & n'y croift naturellement
, tout y eft placé par
machines. Ce ne font que
Terres,que canaux, eaux fleurs ,
arbuftes , tout y eft dans les
liens & en prifon . Les autres
Nations ont mieux confervé
le gouft fimple & ruftique
des anciens pour les Jardins
110 MERCURE
Ils préferent une negligence
fans mal propreté à une culture
trop recherchée ; ils veulent
que la Nature y paroiffe
feule , ou du moins que l'art
ne la furmonte pas.
1
Je ne prétens pas neanmoins
que les Anciens ayent
ëfté fi groffiers en jardinage
qu'on le l'imagine ; ils ont eu
foin d'orner & d'embellir
leurs Jardins. Un Pere de
l'Eglife , c'eft Clement d'Ale.
xandrie , m'apprend que de
Ton temps il y avoit des Jardins
propres & bien peignez
où les arbres & les plantes.
GALANT. III
y
eftoienr rangez avec ordre ,
pour divertir la veuë . Ila une
penſée fort jolie fur ce fujet .
Il dit que ces Jardins fi polis
& fi reguliers , font plus expofez
au pillage que les autres
, parce que les chofes
font plus prefentes, & qu'elles'offrent
d'elles- mêmes fous
la main , aulieu que dans les
autres elles font plus cachées,
& ne ſe trouvent pas fi facile.
ment . Il n'y a que les curieux
qui les démeſſent , & qui en
faffent leur profit . Enfin chaque
Nation a fon gouft pour
les Jardins & les Parterres.
112 MERCURE
Quelques Peuples les con
fondent , d'autres les partagent
. On voit en cela le gouft
des Juifs dans le Cantique des
Cantiques . Le Jardin de l'Epoux
, qui eft à la lettre, celuy
de Salomon , eft tantoft un
Parterre agreable , tantoft un
Verger delicieux , & tantoft
une Vigne plantureufe. C'eft
un mélange confus d'arbres,
de fleurs , & de plantes aromatiques.
Quelques - uns ai
ment le boüis dans les Parterres,
la broderie & les compartimens
, les bordures & les
platebandes ; d'autres le fim
GALANT. 113
ple gazon & les fleurs naturelles.
Les uns aiment les
Treilles & les Berceaux
, les
autres les Bofquets & les paliffades.
Les uns aiment les
grands arbres , les autres les
arbres nains. Les uns les veulent
en efpalier , les autres en
éventail & en buiffon . Les uns
ne font curieux que de fleurs
rares , les autres que de legumes
étrangers , de choux de
Siam , & d'oeillets d'Inde...
Cette diverfité paroift auffi »
dans la fituation des Jardins,
Les uns les veulent en terraf
fes , les autres de plein pied.
May 1697.
K
114 MERCURE
Les uns les placent devant ,
les autres derriere la maiſon ,
Pline veut qu'ils foient proche
de la maifon , & d'une
Riviere , ou de quelque fontaine.
Cela me fait remarquer
la maniere de bâtir d'à prefent
, & de faire des Jardins ,
fur tout chez les particuliers.
J'admire la mode de nos Architectes
, qui fous prétexte
de regularité, ou plûtoft manque
d'invention , font toutes
les maifons femblables , & fur
un même modele . A la campagne
, auffi bien qu'à la Ville ,
par tout, un efcalier au milieu
GALANT. 115
du baftiment , & deux ailesäux
coftez ; par tout un grand jardin
quarré , comme s'il n'y
avoit point d'autre forme &
d'autre fimetrie dans l'Archi
tecture , qui fuft plus agreable
& plus commode . Mais
laiffons les appartemens , &
venons au jardin quarré Jede
mande un peu quel agrément
& quelle beauté on trouve
dans cette figure ? Un jardin
de plein pied eſt, dit- on , plas
aifé pour la promenade ; mais
pour entre long & partagé, encft
il moins de plein pied
La campagne nouspapalit .
Kij
116 MERCURE
belle que par fes irregularitez
, il faut toujours du haut
& du bas pour former les
les veuës & les charmantes
perſpectives. Un jar
din fait aux champs ou à la
Ville luy doit reffembler en
quelque façon , & nous la reprefenter
en petit, Il eft vray
qu'à la Ville on n'eft pas malftre
de la place; mais à la campagne
j'aime les grands jardins
, compofez de differentes
pieces, qui n'expofent pas
feurs beautez tout d'un coup,
comme le jardin quarré; mais
qui les dévelopen opcu à pu
GALANT. 117
rencheriffant toujours les u
nes fur les autres , & dont le
tout enſemble fait aux yeux
un admirable & furprenant
effet. J'aime la l'inégalité , la
diverfité & le changement , &
que mes yeux ne foient pas
raffafiez tout d'un coup, mais .
qu'ils foient frapez agreable
ment de temps en temps par
quelque objet nouveau . C'eft
pourquoy les jardins mêlez ,
qui tiennent du Potager & du
Parterre , où les feurs font ?
confonduës avec les plantes
& les legumes , me déplai
fent . La belle chofe de voir
118 MERCUR E
un quarré de choux entouré
de boüis & de platebandes. Il
faut avoir le go ft bien groffier
& de Village . Vous avez
évité ce defaut en mettant
voftre Legumier à remotis , &
dans un lieu où il ne gaſte
point votre terraffe , & voftre
Parterre , qui avec les autres
promencis qui l'environnent
, fait cette belle diverfité
que je demande dans les
jardins. Je n'aime point enfin
à eftre renfermé dans un jar .
din comme dans une chambre
, & que mes cours d'allées
foienttous mefurez , de quel
GALANT. 119
que
cofté que je me promene.
Je me plais à fuir dans un
fentier écarté , à me repoſer
de diſtance en diſtance , & à
trouver quelque chofe qui
m'arrefte. Je ne voudrois non
plus monter fur le toit des
maiſons , & me promener
dans les nuës. Tous les jardins
de l'Afie , de l'Afrique , &
generalement de tous les pays
chauds , font fufpendus en
l'air , fur des pilotis , ou fur
le toit des maifons , afin de
les tenir plus fraifchement ,
& d'en recevoir la rofée , cat,
il y pleut rarement, & les eaux,
120 MERCURE
n'y font pas communes . Ces
jardins font chargez de
grands arbres , qui produi .
fent du fruit en abondance ;
mais à proprement parler ,
ce ne font que de grandes
Serres pour élever des arbres
& des plantes . On y va le foir
prendre le frais , mais affis , &
non pas en promenade .
Les Anciens , die Mutins
qui m'avoit écouté avec beau
coup d'attention , eftimoient
fort ces jardins fufpendus au
haut des maifons . Il y en avoit
un grand nombre à Rome ,
& meme de ces petits jardins
portatifs
GALANT. 121
portatifs dans les Serres , dont
ils paroient leurs Balcons &
leurs feneftres ; de maniere
que Pline dit , qu'il ſembloit
qu'on eftoit dans les champs
quand on alloit par lesruës .
Ces jardins fufpendus ne ſeroient
pas bons en ce pays,
où les vents font frequens &
furieux; ils y cauferoient plus
de defordre & de changement
qu'à celuy de Marcellus , dont
parle Pline. Il dit que ce verger
, qui eftoit planté d'oli
viers , fut tranfporté en ſon
entier , & tout comme il eftoit,
de l'autre cofté du chemin
May 1697.
L
122 MERCURE
public , où il eftoit fitué dans
l'Abruzze
, d'où la terre luy
ceda laplace, & alla prendre
la
fienne , étrange
effet de quel
que Ouragan
, que je laiffe à la
bonné
foy de cet Auteur
.
Les jardins
de Semiramis
,
que quelques
-uns attribuent
à Cyrus , eftoient
élevez
en
l'air fur quatre
colomnes
,
qui contenoient
l'eſpace
de
quatre
journaux
de terre ,
chargez
d'arbres
fruitiers
de
• cinquante
pieds de haut ; ce
qui faifoit paroistre
de loin
ces jaudins , comme
une foreſt
plantée
fur une montagne
,
GALANT. 123
L'Hiftoire les compte pour
une merveille
, mais je n'y
trouve rien d'admirable
que
leur ftructure. La Fable , qui
a le don de groffir & d'embel
lir les objets , nous vante les
jardins
d'Alcinoüs. Cependant
ce qu'elle en dit nous
les rend
aujourd'huy
méprifables
, quoy qu'on foit fi prévenu
en faveur des Anciens .
Voyez la defcription
qu'en
fait Homere
; rien n'eſt
plus fimple & plus naturel ;
ce ne font que quelques arpens
de terre bien culti
vez & bien arrofez ; mais
Lij
34 MERCURE
es jardins de Lucullus nous
donnent une autre idée de
l'Agriculture des Anciens ,
& nous font voir comme elle
s'estoit perfectionnée à Rome
dés ce temps - là . C'eftoit
comme les Tuilleries à Pariss
la Cour & la Ville y alloient
en foule à la promenade dans
les beaux jours. Ce grand
homme , auffi illuftre dans fa
retraite que dans le gouver
nement de la Republique , &
dans le commandement des
Armées , joignit ces jardins
delicieux & enchantez , aux
fuperbes Edifices qu'il fit
GALANT. 125
"
conftruire. Il fit percer des
montagnes , & conduire la
Mer par de longs canaux
pour l'ornement & la commodité
de les jardins & de fes
maiſons. Imaginez -vous voir
feu Monfieur le Prince dans
fa belle maiſon de Chantilly.
Si Theophile revenoit au
monde , il ne reconnoiftroit
plus la maifon de Silvie , & il
auroit honte de la peinture
qu'il en a faite .
Les jardins de Salufte fur
le mont Quirinal , furent encore
celebres à Rome pendant
la Republique ; mais
Liij
126 MERCURE
.3
fous le regne d'Augufte , &
durant l'Empire les jardins de
Mecenas furent un lieu de
delices pour les Romains . Ce
digne Favory , fi éclairé , fi
poli , fi delicat en toutes chofes
, y avoit recherché tout
ce que l'art & la Narure ont
de plus rare & de plus exquis.
Onn yy voyoit tout ce que l'Agriculture
eft capable de produire
pour flater la veuë , le
gouft, & l'odorat, trois de nos
Tens, qui dans un beau jardin
doivent eftre également fatisfaits
, & qui l'eftoient d'une
maniere excellente dans les
GALANT. 127
jardinde Mecenas . Ajoûtez
à cela des veues , des perfpectives
, des reduits , dont l'ingenieufe
& delicate ordonnance
eftoit fi propre à diffiper
, ou à entretenir la rê ,
verie , felon l'humeur où
l'on vouloit eftre , lieux admirables
pour chaffer la mélancolie
, pour imprimer de
tendres fentimens , pour faire
naiftre de belles pensées ; enfin
pour cultiver l'amour , &
la Philofophie , car c'eſt en
cela que confiftoir particu
lierement la beauté des jardins
de Mecenas ; & ce qui
"Liiij
128 MERCURE
fait que je les préfere à tousles
autres dont nous avons parlé .
Ils fe fentoient de l'efprit du
Maiftre , qui eftoit un parfait
Courtisan , & un agreable
Philoſophe. La Vigne Pamphile
, la Vigne Borghese ,
Frefcati , Belveder , peuvent à
peine nous les reprefenter.
Il y a dans le jardinage ,
auffi- bien que dans les Baſtimens
, un certain gouſt fin &
delicat , dont tous les hommes
ne font pas capables , &
qui fe trouve rarement dans
les plus beaux Palais. Mais je
m'érige icy un peu trop en
GALANT. 129
Connoiffeur , & vous m'allez
faire paffer pour un Maiſtre
Jardinier. Je vous affure , luy
dis-je ,» que vous n'en devez
guere à la Quintinie & au
Noftre; & je ne doute point
que dans la pratique vous ne
poffediez tout leur art à fond.
Mais il fe fait tard , & il ne
me refte du jour que pour
m'en retourner chez moy
En diſant cela je me levay , &
pris congé de Mutius , nonobftant
tous les efforts qu '
il put faire pour m'arre
fter jufqu'au lendemain . Je
fus fi content de cette pro
ط ب
130 MERCURE
menade , que je refolus de
vous en faire une fidelle Re.
lation . Je fçay que vous ai
mez le jardinage , & les plaifirs
de la campagne , & que
vous prenez un peu de part à
la fanté & au divertiffement
de voſtre Philofophe
, qui
n'a point d'autre paffion que
celle de vous plaire , & de vous
"fervir. Je fuis , &c.
Il paroift depuis peu un Li-
Vre nouveau , qui fe vend
chez la Compagnie des Libraires.
Ils font douze Affociez.
En voicy le titre.
GALANT. [31
BIBLIOTHEQUE
ORIENTALE ,
ου
DICTIONNAIRE
UNIVERSEL ,
Contenant generalement
tout ce qui regarde la connoiffance
des Peuples de l'Orient
, feurs Hiftoires & Traditions
veritables ou fabuleufes
; leurs Religions , Sectes
& Politiques; leurs Gouverne
mens , Loix , Coutumes ,
Moeurs, Guerres , & les Revolutions
de leurs Empires ; leurs
132 MERCURE
Sciences & leurs Arts ; leur
Theologie, Mythologie, Ma
gie , Phyfique , Morale , Medecine
, Mathematiques , Hi
ftoire naturelle, Chronologie,
Geographie , Obfervations
Aftronomiques , Grammaire
& Rhetorique ; les Vies &
actions remarquables de tous
leurs Saints Docteurs , Philo.
fophes , Poëtes , Capitaines ,
& de tous ceux qui le font
rendus illuftres parmy eux ,
par leur vertu & par leur fçavoir;
des Jugemens critiques,
& des Extraits de tous leurs
Ouvrages , de leurs Traitez ,
GALANT. 133
Traductions , Commentaires ,
Abregez, Recueils de Fables ,
de Sentences , de Meximes ,
de Proverbes , de Contes , de
bons mots , & de tous leurs
Livres écrits en Arabe , en
Perfan ou en Turc , fur toutes
fortes de Sciences , d'Arts &
de Profeffions.
M'd'Herbelot , Auteur de
ce Livre , n'a pas eu le plaifir
d'en voir achever l'impreffion.
Cependant comme il
n'y a point de Lecteurs qui
ne s'attendent à une Préface ,
parce que les uns veulent
eftre affurez de la bonté d'un
134 MERCURE
Livre , avant que d'en faire la
lecture , & que les autres qui
font perfuadez qu'il eft bon
par la capacité de l'Auteur ,
qui leur eft connuë, font bien
aifes d'eftre inftruits en general
de tous les avantages qu'-
ils en peuvent retirer , M
Galant , qui aprés feu M'
d'Herbelor eft celuy qui
eftoit le plus capable de tra
vailler à un fi difficile Quvrage
, parce qu'il a demeuré
longtemps à Conftantinople,
a fait un Difcours qu'on a
imprimé au devant de cet
Ouvrage , & qui luy peur ferGALANT
135
vir de Préface. Mais quel ex ,
trait vous en faire , puis qu'en
vingt pages infolio il n'a fait
qu'un petit abregé de ce que
la Bibliotheque Orientale
contient? Si je rapporte ce
qu'il a dit , il ne me faudra
pas moins d'étenduë , puiſque,
comme je viens de le dire , il
n'a fait qu'un abregé, & ſi j'en
retranche beaucoup , on croira
le Livre moins confiderable
qu'il n'eft , & on ne fera
pas perfuadé qu'il traite des
chofes dont je n'auray point
parlé. Ainfi je ne diray rien
autre chofe , finon que l'on
136 MERCURE
doit juger de la diverfité & de
la beauté de ce grand Ouvrage
, par les cinquante quatre
titres qui font renfermez
dans le titre general. Chacun
de ces titres contient une in
finité de choſes. Par exemple,
les Vies , les Loix , les Arts, &
les Sciences
ne font que qua.
tre titres . Cependant dans le
corps de cette Bibliotheque
ils font une infinité d'articles .
Il en eft de même des cinquante
autres . Ce qu'il y a
de particulier dans ce Livre,
qui eft un vray Dictionnaire
où toutes les matieres font
GALANT 137
rangées par ordre Alphabetique
, c'eft qu'on y peut voir
l'Hiftoire de chaque Dynaftie
fuivie fans interruption , fion
veut profiter du foin que
l'Auteur a pris de nommer le
Prédeceffeur & le Succeffeur
de chacun des Princes dont
il décrit les actions . Ainfi en
cherchant de Prédéceffeur en
Prédeceffeur felon l'ordre
Alphabetique , on remonte
jufqu'à la fource de la Dynaftie
, & en cherchant de Succeffeur
en Succeffeur felon le
même ordre Alphabetique ,
on defcend jufques au temps
May 1697.
M
138 MERCURE
où cette Dynaſtie as finy.
D'ailleurs , au commencement
de chaque Dynastie ,
M' d'Herbelot nomme tous
des Princes dont elle a efté
compofée , ce qui eft encore
un moyen facile de lire leur
Hiftoire tout de fuite , en
cherchant leurs noms felon
l'ordre Alphabetique où ils
font rangez. Il est mal- aiſé
qu'un Ouvrage fi laborieux
& fi utile , ne donne pourfon
Auteur toute l'estime que
• meritent les grandsHommes ,
& que cette eftime ne vous
faffe fouhaiter de le connoiGALANT
139
ftre autrement que par fon
nom . Je ne puis mieux fatisfaire
une ſi juſte curioſité ,
qu'en vous faifant part de
l'Eloge que j'ajoûte icy. Il a
efté fair par M' Coufin , Prefident
à la Cour des Monla
mort de
noyes.
A douleur
La
que
M d'Herbelor a causée à
La plupart des gens de Lettres, a
efté égale à l'opinion qu'ils avoient
de fonfçavoir. Il nâquit à Paris
le 4. Decembre de l'année 1625.
d'une Famille unie , ou de parenté
ou d'alliance , à quantité des meil-
Mij
140 MERCURE
leures de cette Ville. Auffi cost
qu'il eut achevéles études d'Hu .
manitez & de Philoſophie , fous
les plus celebres Profeffeurs de
Univesité , il apprit les Langues
Orientales , & s'appliqua principalement
àl'Hebraique , à deffein
d'entrer dans l'intelligence du Tex .
te original des Livres de l'Ancien
Teftament.
Aprés ce travail continuel de
quelques années , il entreprit un
voyage en Italie , dans la eroyance
que la converfation des Armeniens
, des autres Orientaux ,
qui abordent fouvent à fes Ports,
le perfectionneroit dans la connoif
GALANT 141
fance de leurs Langues . A Rome,
il fur particulierement eftimé par
les Cardinaux Barberin & Gri.
maldi , contracta une étroite
amitié avec Lucas Holftenius &
Leo Allatius , deux des plus fçavans
de ce Siecle, En 1656. le
Cardinal Grimaldi , Archevêque
d'Aix en Provence , avec qui il
revint en France , l'envoya à
Marseille an devant de la Reine
de Suede , qui admirafa profonde
érudition dans les Langues Orien
tales.
Au retour de ce voyage , quis
ne dura qu'un an & demi , M
Fouquet , Procureur General du
142 MERCURE
Parlement de Paris , & Sur- Intendant
des Finances , l'attira
dansfa maifon , & luy donna
une penfion de quinze cens livres.
L'attachement qu'il avoit eu
àce Miniftre , n'empêcha pas qu'
aprésfa difgrace il ne fuft élevé
à un employ , dont рец d'autres
eftoient auffi capables que luy, &
que par Lettres verifiées en la
Chambre des Comptes , il ne fuft
pourvu de la Charge de Secretaire
& d'Interprete des Langues O.
rientales.
Quelques années s'eftant écou ·
l'ées , il fit un fecond voyage en
Italie , y acquit une fi grande
GALANT. 143
nom ,
reputation , que les Perfonnes les
plus diftinguées , foit par leur
Science ou par leur dignité, s'emprefferent
à l'envide le connoistre.
Feu Monfieur le Grand Duc de
Tofcane , Ferdinand II . du
luy donna des marques ordinaires
defon eftime Ce fut à Livourne
qu'il eut l'honneur de voir ce
Prince pour la premiere fois . Il y
eut avec luy , & avec le Prince
fon Fils , qui eft le Grand Duc
d'aujourd'huy , de frequentes converfations
dont ces Princes furent
fi fatisfaits , qu'ils luy firent pro
mettre de les venir trouver à Flo .
rence.
Ily arriva le 2. Fuiller 1666 .
144 MERCURE
egy fut receu par le Secretaire
d'Etat , & conduit dans une maifon
préparée pour fon logement
où il y avoit fix pieces de plein
magnifiquement meublées,
une table de quatre couvertsfervie
avec toute forte de delicateße,
un Caroffe aux Livrées de
pied
Son A. S. On trouvera certainement
peu d'exemples d'honneurs
auffi grands , rendus au feul merite
d'un Particulier par un Sou.
verain . Une Bibliotheque ayant
efté en ce temps - là exposée en
vente dans Florence , Monfieur le
Grand Duc pria M d'Herbelot
de la voir , d'examiner les Ma
nufcrit's
GALANT, 145
nafcrits en Langues Orientales
quiy eftoient contenus , d'en mettre
à part les meilleurs , & d'en
marquer le prix. Dés que cela eur
efté fait , ce genereux Prince les
acheta , en fit preſent à M
d'Herbelor
, comme de la chofe qui
luy eftoit la plus convenable ,
plus avantageuse au defir qu'il
avoit d'avancer de plus en plus
dans la connoiffance de ces Langues
, & dans celle dugenie des
affaires des Peuples qui les par
lent.
·
وم
Un traitement auffi honorable
que celuy là pouvoit paroiftre un
Jujet de reproche à la France , qui
May 1697.
N
146 MERCURE

Se privoit fi longtemps d'un fiexcellent
komme. M' Colbert le fit
inviter de revenir à Paris , avec
affurance qu'il y recevrait des
preuves folides de l'estime qu'il
avoit acquife Le Grand Ducqué,
regne à preſent ne le laiſſa partir
qu'aprés qu'il luy cut montré les
ordres précis du Miniſtre qui le
rappelloit:
Quandilfut de retour en France
,le Roy luyfit l'honneur de l'entretenir
plufieurs fois , & luy
donna une penfion de quinze cens
Livres par an. Le loifir dont il
joüiffoit en France ne pouvoir
eftre mieux employéqu'à continuer
GALANT. 147
la Bibliotheque Orientale qu'il
avoit commencée en Italie. Ď'abord
il la compofa en Arabe ,
M Colbert avoit refolu
qu'elle fuft imprimée au Louvie¸
qu'on fondist pour cet effet des
caracteres en cette Langue ; mais
cette refolution n'ayant pas efté
executée , M. d'Herbelor mit en
François le même Ouvrage qui
paroiftra dans peu de mois . Alors
fen expliqueray plus au longdans
un Extrait à part , le deffein
& l'oeconomie.
Ce qui n'apú entrer dans cette
Bibliotheque a efté redigé par
Md Herbelot , fous le titre
Nij
148 MERCURE
pas
d'Anthologie contient ce qu'il
ya deplus curieux dans l'Hiftoire
des Turcs , & dans celle des Ara
bes & des Perfes. Je ne dois
omettre qu'il avoit mis la derniere
main à un Dictionnaire Turc
Perfan , Arabe & Latin , que
M fon Frere donnera au Public,
de même que plufieurs Traitez qui
meritent de voir le jour..
Cefut en confideration de ces
vares talens que M² d'Herbelot
fut pourvu ily a quelques années
d'une Charge de Profeffeur Royal
en Langue Syriaque, vacantepar
la mort de Mr Dauvergne . Ce
qui releve extrémement ce quej'ay
GALANT: 149
dit icy de Md'Herbelor , c'est que
fa modeftie eftoit encore plus gran
de que fon érudition , que dans
les affemblées des Sçavans , où il
fe trouvoitfouvent, & dans celles
qu'il tenoit prefque toujours chez
lay , il ne décidoit jamais avec
fierté, ne préferoit point fon fentiment
àceluy des autres , écoutoit
leursraifons avec patience,& leur
répondoit
voir estoit
son
fçad'une
probité
parfaite , d'une piece folide ,
d'une tendreſſe extrême pour les
pauvres , des autres vertus
chreftiennes qu'il pratiqua conftamment
dans tout le cours defa
Niij
150 MERCURE
vie. Ellefut terminée le 8. Decembre
dernier , par une maladie
de dix ou douze jours , pendant
lefquels il fit paroiftre une entiere
refignation aux volonte de
Dieu, recent les Sacremens de
"l'Eglife avec une devotion exem
plaire.
La même Societé de Li
braires qui debite la Bibliotheque
Orientale, debite auffi
un Livre nouveau du fçavant
M' Dacier. Je n'ay rien à vous
en dire , le merite de l'Auteur
fait l'éloge de l'Ouvrage. M
Dacier, qui en a déja donné
tant d'autres tres utiles au
GALANT. TI
Public, a entrepris de mettre
les Oeuvres d'Hippocrate en
noftre Langue , & il a commencé
par deux volumes in
douze , dont le premier contient
les Traitez fuivans . De
l'art de la Medecine, De l'ancienne
Medecine, La Loy . Le Ser
ment. Du Medecin . De la De .
cence. Les Préceptes . De la Nature
humaine. Des Chairs & des
Principes, Des Vents . De l'ufage
des chofes humides . Ces divers
Traitez , aufquels il a joint de
tres - judicieufes Remarques,
font précedez d'une Préface
aufli curieufe que fçavanté ,
Niiij
152 MERCURE
dans laquelle il fait une hif
toire abregée de la naiſſance
& du progrés de la Mede .
cine jufqu'à Hippocrate ;
aprés quoy il
il rapporte les
raifons qui l'ont obligé d'entreprendre
la traduction des
Livres de ce grand homme .
Le fecond volume contient
les trois Livres de la Diete ; un
Traité, De la Diete falubre , &
un autre , De l'Air , de l'Eau ,
des Lieux. On ne fçauroit
trop louer M Dacier
de fon entrepriſe , qu'il eft
tres capable de bien executer,
& dont le Public peut le proGALANT.
133
mettre de retirer de grands
avantages.
Ce ne fera pas vous parler
d'un Livre nouveau , que de
vous parler de l'Hiftoire de la
Monarchie Françoife , puis qu
on en a déja vû trois Editions.
On peut dire cependant que
la quatrième qui commence
à paroiftre , donne en quelque
forte un Ouvrage rout
nouveau , non feulement parce
que
le ftile qui avoit efté
fort negligé par l'Auteur , a
efté changé dans toutes les
pages , mais à cauſe des augmentations
qui ont efté fai
154 MERCURE
tes en divers articles , & des
fept dernieres années , dont
on a fait un détail exact , en
forte que cette Hiftoire , dont
ces fept dernieres années font
prefque le troifiéme volume
tout entier , contient prefentement
tout ce qui s'eft
paffé de confiderable fous
le regne du Roy jufqu'en
l'année 1697. Cette quatrié.
me Edition eft en trois volumes
, qui fe trouvent chez
le S ' Michel Brunet , Librai
re , dans la grande Salle du
Palais.
Le même Michel Brunet
GALANT. ISS
'debite auffi une Hiftoriette
nouvelle , qui a pour titre ,
l'Illuftre Mousquetaire. On y
remarque des fentimens vifs
& paffionnez, qui font plaifir
à ceux qui fe piquent d'aimer
tendrement & fidellement.
Onaeu avis de Stokholm,
que Charles XI . Roy de Suede
, y eft mort leis . du mois
paffé , dans fa dans
fa quarantedeuxième
année . Comme il
fçavoit que fa maladie eftoit
dangereufe , aprés qu'elle eut
duré quelques jours , il fe fit
faire la lecture de fon Tefta156
MERCURE
ment , auquel il ajoûta plufieurs
articles , enfuite ide
quoy il le figna , & le fit fceller
en preſence de la Reine
fa Mere , du Prince fon Fils ,
des deux Princeffes fes Filles,
& des principaux Miniftres
de fon Eftat . Son mal augmentant
toujours , il figna le
14. un ordre pour mettre en
liberté quelques Offciers
Livonie , qu'on retenoit prifonniers
depuis quelques années,
à caufe qu'ils avoient eu
part aux derniers mouvemens
arrivez dans cette Province;
& le lendemain fur les dix
'
R
GALANT: 157
heures du foir il expira . Le 16.
le Prince fon Fils aîné , qui luy
eftoit feul refté de quatre gar
çons qu'il avoit eus de fon
mariage avec Ulrique Eleos
nor , Fille de Frideric III . Roy
de Dannemarck , morte en
1693. fut proclamé Roy avec
les folemnitez ordinaires ,
fous le nom de Charles XII.
La proclamation ayant efté
faite, on fit une lecture publique
du Teftament ,
par lequel
la Reine fa Mere eft declarée
Regente du Royaume,
& Tutrice du jeune Prince,
ſon Petit fils , qui felon les
158 MERCURE
Loix de l'Eftat , ne sçauroit
gouverner feul , qu'il ne foit
dans fa dix- huitième année .
Cette Princeffe, fuivantce qui
eft porté dans le Teftament,
doit eftie affiftée pendant fa
Regence de cinq Confeillers
d'Eftar , fçavoir , du Comte
Bengt Oxenstiern pour les
affaires Etrangeres, du Comte
Chriftophle de Guldenſtiern
pour les Troupes de terre , du
Comte de Wrede pour les af
faires de la Marine ; du Comte
de Guldenftolpe pour celles
de Justice , & du Comte de
Wallersted,pour la Treforerie
GALANT. 1591
& pour les Finances . Le
Royaume de Suede , qui avoit
toujours efté électif, n'a.commencé
à eftre hereditaire
que
depuis que Guftave Vala s'étant
échapé de Copenhague,
où Chriftierne 11. dit le Cruel,
Roy de Danemarck , le retenoit
prifonnier , s'établit fi
bien , qu'ayant efté déclaré
Prince & Gouverneur de Sue.
de, il s'en fit enfuite élire Roy
prés d'Upfal en i523 . Ce fut luy
qui introduifit l'Herefie de
Luther dans ce Royaume. Il
mourut en 1530. & laiffa fon
Fils Eric XLV. Roy de Suede.
160 MERCURE
Jean III. Frere d'Eric , fe fic
couronner Roy en 1560. aprés
l'avoir renfermé dans la mê
me prifon où Eric l'avoit tenu
fix ou fept ans . Il eut de Catherine
, Fille de Sigifmond-
Augufte , Roy de Pologne ,
Sigifmond , Roy de Pologne
en 1587. & depuis de Suede ,
d'où Sigifmond fur chaffé par
fon Oncle Charles , Duc de
Sudermanie , Frere de Jean III.
Guftave Adolphe , Fils de ce
Duc de Sudermanie , qui re
"gna fous le nom de Charles
IX. luy fucceda en 1611. & fe
rendit redoutable à toute
es.
& demi
les acux tiers de l'Allemagne ,
aidé par les Proteftans , depuis
la Viftule jufqu'au Danube &
au Rhin ; & aprés avoir ravagé,
le Palatinat , la Suaube , la
Baviere , & quelques autres
Provinces, il donna la bataille
contre Valftein à Lutzen , où
il fut tué de deux coups de
piftolet le 16. Novembre 1632 .
laiffant pour heritiere fa Fille
unique Chriftine , âgée alors
de cinq ans . Cette Princeffe
voulant fuivre la Religion Ca
tholique , fie une abdication
May 1697.
O
en
ve X. foli uung
Cafimir , Comte Palatin du
Rhin , & de Catherine de Sue.
de , Fille de Charles , IX . &
Soeur de Guſtave Adolphe le
Grand . Ce Prince mourut en
1660. dans fa trente- huitiéme
année , laiffant Charles XI,
fon Fils , né en 1655. fous la tutelle
de la Reine Edwige-
Eleonor fon Epouſe , Fille de
Frederic, Duc d'Holſtein , qui
eft la même qui vient d'eſtre
declarée Regente du Royaume
de Suede , & Tutrice du
demois
panc , a fait paroiftre en diver.
les occafions , beaucoup de
courage & d'experience pour
la guerre . Il gagna la Batail-
"
le de Lunden en Schonen
contre les Danois en 1676. &
les défit à celle qui fut donnée
prés de Landfcron le 24. Juil.
let de l'année fuivante . Il avoit
un zele extraordinaire pour
tout ce qui regardoit ſa Religion.
J'ay fait encore graver une
des Fontaines que l'on voit à
O ij

C'elt com
Fontana alla cadena di Borgo.
Voicy une fuite de ce que
je vous envoyay le mois paffé
fur l'Algebre . Les fautes d'impreffion
eftant d'une grande
confequence dans cette matiere,&
pouvant changer tout
le fens , l'Auteur prie que l'on
ne décide point , que l'on
n'ait vû dans le difcours du
volume fuivant s'il ne s'y en
eft point gliffé quelques -unes .
Ainfi l'on avertit que dans la
74 page de ma Lettre du mois
GALANT. 193
cipes deconnoiffance pour d'autres
recherches dans cet abifme.
Pour trouver les rapports des
quantitez heterogenes , ilfaut les
reduire en homogenes ; &pour les
homogenes, ilfaut une mesure con
mine.
Si unegrandeur homogenes ap -
pelle B, que fa meſureſoit n¸ &
que nfoit contenue ûn nombre de
fois dans B. alors ce nombreeftant
exprimépar x , la quantité B's exs
primera par x n ; & filon fuppofe
que x foit tantoft un nombre
entier , tantoft une fraction , co
quelquefois unirrational, les diffic
cultez qui peuvent s'y trouverfe
May 1697-
R
194 MERCURE

peuvent refoudre par le moyen des
articles precedens , & du detail
que l'on donnera pour les expliquer.
Les quantitez litterales , comme
xn. y n. zn. exprimentle rapport
que doivent avoir les veritables
grandeurs, dont ellesfont les
fignes , avec la mefure commune ,
le rapport qu'elles ont entr'elles ,
les nombres feuls x. y. z, expri
ment auffi ces rapports ; mais il
Arrive tres fouvent que ces nom
bres font les racines de differentes .
égalitez, que ces racines font irra.
tionnelles d'ungenrefort élevé, ce
quife voit par l'élevation des exGALANT
195
preffions x, y. z. dans l'arbre de
retour
Lors qu'il s'agit de multiplier
des grandeurs , comme xn . y n .
&c. chaque produifant emporte
avecfoy l'expreffion de la meſure
commune , de manière que lepro
duit des quantitez homogenes ain.
fi exprimées est toujours mefuré
par une puiffance dela mefure même
, & que le degré de cette puiffance
contient autant d'unite
qu'il y a deproduifans. La preuve
en eft facile . Et fi une quantité
complexe eft toute composée deproduits
qui ayent une égale multitu
de de ces produifans, qu'on la di
R ij
196 MERCURE
wife par cettepuiffance , la mesure
Commune s'évanouira entierement .
Vex-
Ce qui produit le même effet que
fi l'on prenoit l'unité pour
preffion de cette mefure , ou qu'on
fubftituaft l'unité au lieu den dans
la quantité proposée. Ainfi il ne
refte aprés la divifion ou lafubstitution
que les expreffion's numereu
fes x. y. &c. Et de là onpeut voir
comment chaque queftion de quantitez
homogenes deja exprimées
par des égalite par la commune
mefure , fe transforme na
turellement en queftion de nombres,
&que fi l'on en Suppose qui ne
foientpoint capables de cette tran
CALANT
197
formation , ce ne font point des
questions Mathematiques . C'eft
la un principe pour la loy des homogenes
, & pour voir qu'il n'eft
point d'égalite où elle ne fe trouve
quand elles font relatives à des
grandeurs.
Cependant la fcience desnombres
confiderée comme un jeu de
caracteres , n'en a pas befoin , &
toutefoisfi on la fuppofe , on peut
en tirer quelqué avantage pour
conduire les calculs . Mais elle eft ,
d'ufage pour plufieurs démoftrations,
principalement quand il
s'agit de comparer des dimenfionsdoenen
Rij
198 MERCURE
Voicy les principales propo
ficions que je vous avois pros
miſes pour déterminer come
bien de
dimenfions au plus
peuvent avoir les égalitez qui
réfultent de l'évanouiffement
des inconnuës .
XII . Si l'on a des égalitez,
dont les inconnues foient également
élevées, que le premier
coefficient de chacune
n'ait point de dimenfions ,
qu'elles n'ayent point de ter,
mes évanouis , & que tous
leurs parametres foient con
ceus de la maniere la plus generale
, on dira que chacune
GALANT. 199
de ces égalitez eft complete.
XIII . Si l'on fel propofe
autant d'égalitezecompletes
qu'on voudra pour en faire
évanouir les inconnues , &
qu'avant l'operation l'on fubftitue
au lieu des parametres
d'autres quantitez qui leur
foient égales en dimenfions ,
je dis que la reduite doit
eftre telle que fi la fubftitution
n'avoir efté faite qu'aprés
l'operation.
XIV. SiPeft un Problême
déterminé qui aitaurant d'égalitez
completes qu'on voudra
, que l'on ait une autre
Rijij
I
200 MERCURE
les
je le
égalité complete T. dans laquelle
fe trouvent touteš k
inconnues qui font dans P,
avec une autre inconnue x,
& que l'on fubftituë dans T
chaque folution de P ; que
produit des réſultats ſoit ſuppoſé
égal à rien , & que l'on
confidere P avec T comme
un feul Problême : je dis que
cette égalité doit eftre telle ,
fi l'on cuft fait évauoüir
du Problême total PT, toutes
les inconnues qui font dans
P , hormis x , & que le premier
coefficient dex nedoit y
avoir aucune dimenfione
que f
GALANT. 201
XV.Les mêmes choſes étant
fuppofées , & fuppofant aufli
qu'au lieu des parametres qui
font dans P onyfubftitue des
quantitezcompoféesdex, qui
foient égales en dimenfions
à ces parametres , & que l'on
faffe évanouir de PT toutes
les inconnuës , hormis le mêmex;
je dis que la reduite
doit avoir autant de dimenfions
que celle qui a eſté déterminée
par le 14. article
precedent , & qu'elle ne doit
point en avoir davantage.
XVI. Si au lieu des Parametres
du Problême total
202 MERCURE
PT, on fubftitue d'autres inconnues
autant qu'on voudra
qui foient égales en dimenfions
à cès Parametres
& qu'aprés la fub .
ftitution on faffe l'évanouif.
fement de maniere que l'inconnue
x foit dans la reduite
je dis que les dimenfions de
cette reduite doivent eftre
égales à celles que prefcrivent
les articles precedens.
XVII. On peut dire de
chaque égalité du problème
total PT , à l'égard des autres
égalitez qui le compofent ,
Tout ce qui a ellé conclu de
GALANT 203
Tà l'égard de P , & diré de
chaque inconnue , ce qui a
efté conclu de x , pour
multitude des dimenfions.
XVIII. Si l'on multiplie
mutuellement tous les nom
bres qui expriment la multi
tude des dimenfions de cha
que égalité du Problême to
tal je dis que fa reduite doit
avoir autant de dimenſion
que ce produit contient d'u
nitez , & qu'elle ne doit poin
en avoir davantage.
Pour le démontrer, Quion
ne fuppofe d'abord qu'une
feule égalité determinée dans
204 MERCURE
P , que le nombre de fes
dimenfions
foite , & que celuy
des dimenfions de T foit
d , auffi toft l'on pourra conclurre
que le nombre des dimenfions
de leur reduite eft
ed . Enſuite, l'on prouvera que
fil'on fubftitue au lieu des parametres
autant d'inconnues
qu'on voudra qui leur foient
égales , en dimenfions , la
reduite en aura autant qu'elle
en avoit auparavant
, felon
les propofitions precedentes .
Ainfi l'on fçaura que les dimenfions
de deux égalitez
completes, dont les unes font
GALANT 205
& les autres d donneront
une reduite , qui aura autant
de dimenfions qu'il ya d'unitez
en dc.
S'il y a trois égalitez propofées
, qu'on en détache une
pour T. Alors il en reftera
deux pour P , & l'on ſçait déja
combien leur reduite doit
avoir de dimenfions . Enfuite
on fuppofera que l'on ait fub
ftitué dans T autant de folu
tions qu'il y a de dimenfions
dans la reduite de P , & par
un femblable raifonnement
que
deffus
on conclurra que
files dimenfions de Teftoient,
206 MERCURE
bdans ce fecond cas , & que
celles de P fuffent mr, la reduire
des trois égalitez pro
pofées auroit bmr pour le
nombre de fes dimenfions .
Et fi l'on prend toujours
une des propofées pour T ,
& toutes les autres pour P, on
verra que le même raifonne .
ment s'applique pour quatre
égalitez , que la démonftration
de quatre s'applique à
cinq. Ainfi de fuite à l'infini.
REMARQUES
.
"
Les égalitez ayant eftésupposées
complètes , il eſt évident qu'elles
comprennent toutes lesformes parGALANT
207
ticulieres dont leur degré est capable
, même celles des degrez inferieurs.
"
L
Si l'on fuppofe qu'il y ait des
dimenfions auxpremiers coefficiens
des égalitez proposées , on peut les
confiderer comme un cas d'un degré
plus composé que le leur.
Pour demontrer d'une autre
maniere la multitude des dimen
fions dans les reduites. On peutfe
fervir des produifans du premier
degré, en fuppofant que ces produifans
peuvent avoir des inconnuës
autant qu'on voudra, & que
leurs coefficiens font des nombres
conceus en termes generaux , qui
208 MERCURE
ne defignent aucune dimenſion,
& c.
Comme la metode dfaire éva
nouir les inconnues est celle qui
donne ces reduites , c'est d'elle auffi
que l'on devroit apprendre le nom.
bre de leurs dimenfions. Mais les
conditions fuperflués qu'elle intro -
duit àcet égard ayant efté une occafion
d'erreur fur ce sujet pour
Mathematiciens , l'on plufieurs
ne peut pas y compter.
Si l'on examine les operations
que preferit cette metode, ellesfereduifent
à des differences & à des
multiplications , lors qu'il ne fe
fait point de distributions &
GALANT. 209
comme ces distributions ne font
quepour retrancher des inutilítez
trompeufes , ce n'estpoint là où il
faut chercher lafourcedesfuperflui.
tez. Pour les differences l'on prue
s'affurer aisément qu'elles n'introduifent
ny ne retranchent aucune
folution du Problême , & par confequent
aucune dimenfion . Car
fi A & B font deux égalite
d'une même propofition , il estévi
dent ou facile de prouver que toutes
les valeurs des inconnues , dont
La fubftitution pour détruire A
B feparément détruiront auſf la
difference de ces deux égale .
Ainfi toutes les folutions, qui leur
May 1697. S
zio MERCURE
conviennent , convichnens aufive
leur difference ; & de là il est aisé
de voir que ſi l'on prend une des
deux proposées comme on vaudra
avec l'égalité que fournis ceste
difference,ellesferont unProb¹énie
qui renferme les mêmes conditions
queles deuxproposées . Il est encore
aisé de prouver par la voye du
retour , que ce problême ainſi formé
ne renferme point d'autres for
lutions que celles qui ſe trouvent
dans les mêmes proposées A & B.
Ces petites demonſtrations\ s'appliquent
àla fomme de deux éga.
litez commeà leur difference , co
de là on prouve quefi lon multiGALANT.
211
plie, corque l'on diwife des égalisez
quelconques par des nombres
antierement connus „ la multipli -
cation ny la divifion n'introdui .
fentny ne retranchent aucunefolutions
Adore dal movitos
dinfi lesfuperfluitez qui vienment
de l'operation , me peuvent
venir que des multiplicateurs qui
renferment des inconnues , eril
est aiséencore d'en juger par l'ope
ration même auffi teft que l'on y
fait attention. Heft wras quetou.
tes les valeurs quipeuvenî wefore.
dre la proposée refoudront erfi
celle qui refulte della minktiplica.
tion. Cela eft évident, mais deff
S ij
212 MERCURE
clair auſſi qu'en pluſieurs cas citte
refultante peut avoir des folutions
qui ne foient pas convenables à la
proposée. Ainfi le principe des fu
perfluitez eft evident , & fillon
pouvoit les retrancher entierement
, ilferoir inutile de recourir
• aux propofitions que l'on vient de
donner fur les dimenfions. Mais
bien-toft on en verra l'utilité, 3 .
mob ,syoucas ba?
J'oubliay le mois paffé de
vous apprendre la mort de
Meffire Henry de Lyonne ,
Seigneur Comte de Servon ,
Maréchal des Camps & Ac
mées de Sa Majeſté, Cheva
GALANT. 213
lier de l'Ordre de Saint Louis ,
2 arrivée le 40 de ce même
mois dans la foixante & fe.
- ptiéme année . Il avoit commencé
à porter les armes
pour le fervice de Sa Majefté
dés l'âge de dix neuf ans , fans
avoir manqué depuis ce
temps -là aucune Campagne.
Il fut fait Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment de Hu.
miere en 1651. en 1666. Major,
sh & en- 1673 . Colonel de Cavalerie
, le Roy l'ayant gratifié
¿ du Regiment de Vantadour. ,
Il fe trouva en cette qualité
au Combat de Senef, où il fe
214 MERCURE
diftingua , & au Combat de
Turquem en 1675. où il foute-1
noit l'Infanterie avec fix Efca
drons qu'il commandoit. En
1688. il fut fait Brigadier &
Inspecteur general de Cavalerie.
En 1689. il commanda
la Cavalerie en l'Armée de
Rouffillon , & en 1690. celle
de Piedmont , où il s'acquis
beaucoup de gloire dans la
Bataille de Stafarde
, ayant
redreffé la Cavalerie qui fet
trouva ébranlée d'abord , ce
qui ne contribua pas pou au
gain de cette Bataille . Ily for
bleffé , & eut deux chevaux
GALANT. 216
tuez fous luy ; & même ſon
Fils aîné , Capitaine dansfon
Regiment,yfuctué d'un coup
de moufquer dans la tefte . En
1691. il eut encore le même
commandement dans ladite
Armée. Deux ans aprés il fut
fait Maréchal de Camp , fervir
en cette qualité fur les
côtes de Normandie, en 1694.
1695. & en 1696. fur les câces
de Bretagne . A Camaretiheut
la gloire de repouffer les An
glois qui y eftoient defcen
dus . Le Roy l'avoit encore
choifi pour commander au
même endroit cette année ,
216 MERCURE
& il eftoit preft de partir
quand il eſt mort. Il fut fart
Chevalier de Saint Louis dans
la creation de cet Ordre..52 B
Le 8. de ce mois mourut
Meffire Gafpard de Tende
âgé de foixante & diz neuf
ans. Il eftoit Perit- fils d'An
nibal de Tende, Capitaine de
Cavalerie , Fils naturel de
Claude de Savoye , Comtede
Tende , Gouverneur, de Pro
vence , qui gouvernai certe
Province avec tant de mode
ration & de douceur ,que M
de Varillas parlant de luy dans
fon Hiftoire de Charles X
dit
GALANT 217
dit qu'il paffoit pour le meilleur
le plus civil des hommes , Gaſ
pard de Tende fervit d'abord
en qualité d'Officier dans le
Regiment d'Aumont Cavalerie
, mais l'amour de fa Religion
& l'étude des belles
Lettres l'ayant retiré du grand
monde , il fe lia d'amitié avec
des perfonnes dont le merite
eftoit univerfellement reconnu.
Madame la Marquife de
Sablé , qui l'honora d'une
cftime particuliere, eftoit du
nombre. Ce fut dans le commerce
de ces perſonnes de
merite , qu'ayant acquis une
May 1697.
T
218 MERCURE
parfaite connoiffance
de la
Langue Françoife
, il donna "
au Public , & dédia à cette illuftre
Dame , fous le nom du
Sicur de l'Etang , les Regles
de la belle Traduction
, que le
P. Mabillon
, dans fon Traité
des Etudes Monaftiques
, recommande
à ceux qui veulent
apprendre
à bien traduire
de Latin en François,
Quelques
années aprés il fe
vit obligé de faire le voyage
de Pologne , où le Roy Cafi .
mir qui connoifloit
fa capaci
té & la droiture , l'honora de
la Charge de Contrôleur
geGALANT.
2219
neral de fa Maiſon .
Eftant
retourné en France avec ce
Prince , il le vit encore engagé
à faire un fecond voyage
en Pologne. Mle Cardinal
de Janfon , alors Evêque de
Marſeille , dont la vafte penetration
ne fait que d'excellens
choix , luy confia le fecret
de fon Ambaffade Extraordinaire
pour l'élection du Roy
Jean . Ces deux Voyages luy
ayant fait acquerir une connoiffance
exacte des moeurs &
des Coutumes des Polonois ,
il donna au Public , fous le
nom du Sieur de Hauteville,
Tij
220 MERCURE
une Relation hiftorique du
Royaume de Pologne , dont
on vient de faire une feconde
édition Le genie de la Nation
y eft fi bien reprefenté , que
de l'aveu même des Polonois
, on ne peut les peindre
avec des couleurs plus natu
relles. Mi de Tende eft mott
regreté de tous les Amis pour
la droiture de fon coeur , &
pour fon inclination bienfai
fante. Il laiffe un Fils unique.
Je vous appris dans ma der
niere Lettre la mort de M'
Joly , Superieur General de la
Million. Son humilité ne luy
GALANT 221
r
ayant pas permis de fe laiffer
peindre , comme on l'aurois
fouhaité , le Sieur Marchant,
Peintre
à Paris , entreprit
de le peindre de memoire ,
ce qui eftant venu à la connoiffance
de M Joly , il fe
fit apporter ce Portrait , fous
prétexte de le vouloir voir ,
& ille jetta enfuite. dans le
feu. Le Sieur Marchant
,
encore tout rempli de fes
idées , recommença
tout de
nouveau
à le peindre
; en quoy
il a fi bien réuffi , que depuis
la mort de M Joly , le Portrait
a paru tres - reffemblant
,
T iij
222 MERCURE
& a eu l'approbation de tous
ceux de fon Ordre . Il demeureà
Paris , rue Geoffroy
Lafnier , chez M' Galliot
Peintre , proche le Grand
Turc .
Meffire Charles Claude ,
Sire de Breauté , grand Bailly
de Coftentin, pourvû par le
Roy à la Charge de Gouverneur
de Vallognes , creée par
Edit du mois d'Aouft dernier
, fit lire fes Lettres de
provifion en l'Audience des
Aflifes generales du même
lieu le 23. du mois paffé . Il y
fut accompagné d'une nomGALANT.
223
breufe Nobleffe & d'une fou-
Te de Peuple incroyable.
Quelques jours auparavant.
les Colonel , Capitaines &
Bourgeois l'avoient été recevoir
fous les Armes à fon arrivée
, & en même temps , il
avoit receu les Complimens
du Maire & des Officiers de
Ville , ainfi que de toutes les
Perfonnes diftinguées. Jene
vous dis point que la famille
de Breauté eft l'une des plus
anciennes , des plus illuftres ,
& des mieux alliées de Normandie.
C'est un détail , cù
THiftoire qui en a été donnée
Tiiij
224 MERCURE
ily a long- temps au Public ;
ne me permet point d'entrer.
Je vous dirai feulement que
M' le Comte de Breauté dont
je vous parle , peut compter
fes Predecefleurs en ligne directe
, depuis le Duc Guillau
me , que l'un d'eux accompa
gna à la Conquête du Royaume
d'Angleterre jufques à
prefent , tous revétus des plus
confiderables Charges & di
gnitez dans la Guerre & à la
Cour. Deux chofes y font
fort particulieres : l'une que
ceux de ce Nom ont porté l'épée
pour le fervice du Roy
HGALANT 225
& de
entret
fans
qu'aucun
ait
entré dans l'Eglife ni dans la
Robe l'autre , qu'un tresgrand
nombre font morts à
T'Armée & dans l'action , &
-prefque tous en Flandre : ce
qui a fait dire à l'Auteur de
la Vie de feu M' le Prince ,
parlant du Marquis de Breauté
, qui fut tué au dernier Siege
de Dunquerque , que cette
mort augmentoit les funeftes
exemples du malheur de fes
Ancêtres, dont nos dernieres
Hiftoires font pleines , & confirmoit
l'opinion commune ,
que le deftin des Guerres de
226 MERCURE
Flandre étoit fatal à ceux de
certe Mailon. Mr le Comte de
Breauté quieft le feul qui faffe
aujourd'hui lignée , à bien
voulu joindre la Charge de
Gouverneur de Vallognes à
celle de Grand Bailly de Cô
tentin qu'il poffede depuis
quelques annéess celle - ci le
faifant non feulement Capi .
taine de la Nobleffe d'un Bailliage
qui comprend deux Evê
chez entiers , où il y a plus de
deux mille familles de Gentilshommes
, mais encore Chef
de la Juftice , c'eft à dire , d'un
Prefidial , de dix Sieges de
GALANT. 227
Bailliage, & de vingt- cinq Sieges
fubalternes
, tandis que
la qualité de Gouverneur
de Vallognes luy donne toute
l'autorité du Roy dans cet-
$ te ancienne Ville , qui n'eft
prefque remplie que de Gentilshommes
de diftinction
,
d'un Chapitre & d'un Clergé
confiderables
, d'Officiers
de Juſtice tres- intelligens
&
judicieux , d'un Seminaire fameux
, & de plufieurs Maifons
Religieufes
, remarquables
par leur pieté . Les autres
Habitans , quoique d'un caractere
affez fingulier fone
228 MERCURE
tous polis ,ingenieux & pleins
d'efprit , & il y paroît toûjours
quelques Perfonnes de fçavoir
, & qui ont des talens extraordinaires
, de forte que
de quelque rang que l'on puiffeeftre
, on y vit d'une maniere
fort agreable. Il n'y avoit
plus rien à fouhaiter dans un
lieu diftingué par tant d'endroits
, qu'un Gouverneur
rempli des avantages & des
belles qualitez qui éclattent
en la perfonne de Mile Comte
de Breauté , & qui le font
refpecter & honorer de tour
le Pais.
GALANT 229
LeRoy a donné laCharge de
Profeffeur en Chymie de l'U.
niverfité de Monpellier que
poffedoit feu M Fonſorbe , à
M' Deidier ,Fils d'un Pere illuftre
par fa pieté & par la capacité.
Quoiqu'il foit fort jeune,
il a paru neanmoins digne
de cet employ par fon rare ge
nie , & il n'y a perfonne qui
n'ait applaudy à la nomination
que Sa Majefté en a faite ,
en le preferant,fur lesfuffrages
de l'Univerfité , à d'habiles
Concurrens qui ont difpute
cette Chaire. On ne doute
point qu'il ne foûtienne cette
230 MERCURE
étant Charge avec éclat
avec éclat
l'homme
du monde le plus
appliqué à fes devoirs , fui
vant en cela les traces de l'I
luftre M' Chirac fon Oncle ,
Profeffeur
en la même Univerfité.
Chacun connoît le
merite de ce fçavant homme
,
qui n'eft pas moins recom
mandable
par fa vertu que par
fa profonde érudition , qui le
fait diftinguer
parmi tant de
celebres Medecins
qui font
dans cetté Ville.
4
Vous fçavez fans doute que
M le Comte d'Egmont a
épousé Mademoiſelle de Cof
GALANT 231
nac. Ce mariage fut celebré
le 12. du mois paffé , dans la Pa
roiffe de S. Sulpice , par M
l'Archevêque
d'Aix , Oncle de
la Mariée . C'eft une Demoifelle
pleine de bonnesqualitez
qui a été élevée plufieurs an
nées auprés de Madame la
Princeffe des Urfins , cy- devant
Madame la Ducheffe de
Bracciano , & il ne faut point
d'autre témoignage
pour eftre
perfuadé de fon merite & de
fa vertu. Elle est d'une Maifon
tres ancienne . En l'année
1368. le Pape Urbain V. en
voya Bertrand de Cofnac, Evê-

232 MERCURE

que de Cominges , Nonceen
Efpagne , & aprés la mort de
ce Pape , Gregoire XI . luy fit
exercer le même emploi , &
le nomma Cardinal en 1370.
Ce futlui qui fit la paix entre
les Rois d'Arragon & de Caftille
, & à fon retour il- mourut
à Avignon en 1374. Pour
M ' le Comte d'Egmont
, toute
PEurope connoît la grandeur
de fa naiffance . Sa Maiſon eft
la principale de Hollande. Ellea
eu des Ducs de Gueldres
dés l'année 1425. & fes Alliances
ont efté avec tout ce qu'il
y a de grand dans l'Europe
GALANT. 233
avec la Maifon de Bourbon ,
de Bourgogne,de Brunfwich,
de Lorraine & plufieurs autres.
Ceux de cette Maiſon
on poffedé à la Cour des Rois
& des Empereurs , les plus
grands emplois , & ont eu le
Commandement des Armées
dans les Guerres les plus importantes,
Madame la Com
teffe d'Egmont ayant été conduite
à la Cour quelques jours
aprés fon Mariages, elle fur
prelentée au Roy, parfon Alreffe
Royale Madame la gran
de Ducheffe,& Sa Majesté luy
donna les honneurs qu'Elle
May 1697.
V
234 MERCURE
veut bien accorder aux Perfonnes
de fon rang.
up
M de Montbrifon , Colonel
de Dragons , en garnifon
Luxembourg , qui commandoit
un détachement de cent
Fufiliers & de cent Dragons ,
défit au commencement de
ce mois , trois Partis ennemis
de quarante hommes chacun ,
quis'étoientjoints, ap ésavoir
brûlé plufieurs Villages du
Païs de Luxembourg , qui refuloient
de payer la contribution.
Vingt des Soldats ennemis
demeurerent fur place , &
il en fic quarante - deux PrifonGALANT
, 235
niers avec le Commandant
,
qu'il mena à Luxembourg
.
On les trouva faifis d'une Lifte
de plus de quarante
Villages
qu'ils avoient ordre de
brûler , & d'un paquet de Billets
imprimez
, qui contenoient
des menaces
s'ils
ne payoient
inceffamment
la
contribution
.
Le Roy a nonimé M'Rouil
lé, Prefident au grand Confeil ,
Ambafladeur extraordinaire
en Portugal , à la place de M
l'Abbé d'Eftrées qui en faifoit.
les fonctions depuis prés de
cinq ans. Il eft fils de feu M
Vij
236 MERCURE
Rouillé , Seigneur du Cou
dray Mendes Requeftes ,
qui a exercé des Intendances
en differentes Provinces du
Royaume , & Neveu de M
Roüillé, Confeiller d'Etat or
dinaire . Il a pour Frere aîné
M'Roüillé du Coudray , Pros
cureur General du Roy en la
Chambre des Compres.Certe
Famille eft des plus étendues
& des plus confiderables de
la Robbe.
Le 6. de ce mois , Hadgi
Muſtafa Aga , Envoyé du Divan
de Tripoli en Barbarie ;
fuc admis à l'Audience du
GALANT. 237
Roy, eftant prefenté par M*
le Comte de Maurepas , Secretaire
d'Etat. Il rendit fes Lettres
de creance à Sa Majefté ,
à laquelle , aprés un Difcours
qui fut interpreté par M Pe
tis de la Croix , & que je vous
envoyeray le mois prochain ,
il fit un prefent , conſiſtant en
cinq Chevaux , dont il y en
avoir unfort petit que le Roy
andonné à Monfeigneur le
Duc de Bourgogne. Il y avoit
auffi quatre Moutons du Païs,
d'une grandeur extraordinai . •
re , un Faucon & deux Gazel.
les . Deux autres Gazelles
238 MERCURE
eftoient mortes en chemin.
Voicy ce qu'une celebre
Academie vient de faire publier.
Ceux qui voudront dif
puter les Prix qu'elle doit dif
tribuer tous les ans , feront
bien- aifes d'eftre éclaircis de
fes conftitutions , afin de s'y
conformer.
L
le
Academie des Jeux Floraux
de Touloufe fait fçavoir an
Public:,, que 3. jour de May de
l'année prochaine 16 98. elle diftri
buera les quatre Prix on Fleurs
qu'elle doit donner chaque année.
Le premier est une Amaranthe
d'or, dela valeur de quatre cens lie
vres , qui fera adjugée à une O de….
GALANT 239
Set Le fecond est
gent
,de la vale
Violette
d'arde
deux cens cin
quante livres , qui fera adjugée à
un Poème de foixante Vers an
moins , & de cent Vers au plus , tous
Alexandrin's & fuivis , ou à rimes
plates , dont le fujet foit heroïque.
Le troisième eft une Eglantine
d'argent , du prix de deux cens cinquante
livres , qui fera adjugée à
anepiece de Profe d'un quart d'heure
, on d'une petite demi-heure de
lecture , dont Academie des Leux
Floraux publiera toutes les années
le fajet, qui fera ponr l'année 1698
La louange produit ordinairement
de mauvais effets.
4
Le quatrième Prix eft un Souci
d'argent , de la valeur de deux cens
livres on le donnera à une Elegie,
à une Eglogue, ou à une Idille.
240 MERCURE
Des quaire Prix de cette année
1697 , on n'a donné que celuy de la
Profe & celay de l'Eglogue on a
refervé ceux de l'Ode & du Poëme.
Ily en a un troiſième de l'année der
niere , qui eft celuy de la Profe . On
fouhaite que l'année prochaine ily
ait affez de bons Ouvrages aufquels
on puiffe donner , & les trois Prix
refervez, & les quatre ordinaires ,
Le fujet de toutes les fortes de
Poëfies qui peuvent pretendre à ces
Prix Jera au choix de Auteurs.

A l'égard des Vers , ils doivent
eftre reguliers, & n'avoir rien de
barlefque , de fatyrique , ny d'indecent.
On avoit donnè ce même avis
l'année derniere ; neanmois il a efté
envoyé cette année des Idilles & des
Eglogues en Vers irreguliers . Cés
piecesont d'ailleurs leur meritesmais
elles
GALANT. 241
elles n'ont efté ný examinées , ny admifes
au concours , à cause que par
an des articles des Statuts de cette
Academie il eft dit expreffèment ,
que toutes fortes de Poëmes qui prétendront
aux Prix , doivent efre
reguliers.
Toutes perfonnes , de quelque
qualité & pays qu'elles foient , de.
Fun & de l'autre sexe pourront
afpiter aux Prix. Les Auteurs
qui y prétendront , feront remettre
leurs Ouvrages dans tout le mois de
Fanvier de l'année 1698. lequel
eftant expire , on n'en recevra plus .
Ilfaudra qu'on s'adreffe à Mr de
la Faille Secretaire perpetuel des
Ieux Floraux, qui loge prés la
Place de Saint George. Les Auteurs
ne fe feront point connoiftre
avant la diftribution des Prix. Ils
May 1697.
X
224 MERCURE
me mettront point lens noms à leurs
Ouvrages, mais feulement unpara
phe & une Sintence. Le Secretaire
des leux en écrira la reception fur
unregifre , où il metira le nom , la
qualue , & la demeure des perfons.
nes qui luy auront delivré leurs Ou
vragess lesquelles perfonnes figneapni
le Regiftre , & en recevront un
Extrait en forme de Recepiffe figne
da Secretaire. Les Auteurs ferons
obligez de lay fournir trois copies,
pareilles & bien lifebles de chacun
de leurs Ouvrages . L'aprésmidy
du troifiéme jour de May on.
diftribuera les Prix aux Auteurs",
mêmes , ou à ceux qui auront charge
d'eux ; onles defignera par la Sen
sence qu'ils auront mife au bas de
l'Ouvrage, Alors ils feront tenus de
montrer le Recepiflé au Secretaire
GALANT: 243
Ides Feux Floraux , & de fe faire
-connoiftre en recevant les Fleurs.
On leur donnera, ou à ceux qui aurant
charge d'eux, des atteftations ,
portant qu'un tel, une telle année,
-pour un vel Ouvrage par luy compofé,
a remporté un tel Prix, & l'Ouvrage
en original y fera attaché
fous le contre-fcel det feux. Un
méme Auteur ne pourra neanmoins
Savoir le même Prix que trois fois
en la vie; mais il pourra les avoir
-vous , ouplufieurs en une même an-
Bél. 111
Celuy qui aura remporté trois
Prix , l'an defquels foit l'Amaranthe
, pourra obtenir des Lettres
-de Maifre, & il fera toute fa vie
du Corps des Jeux Floraux avec
droit d'affifter & d'opiner comme
Luge, avec le Chancelier, les Main-
X ij
244 MERCURE
F
reneurs , & les autres Maiftres, aux
"Affemblées publiques & particulieres
qui regarderont le jugement det
Ouvrages & l'adjudication des
Prix:
On avertit auffi que ceux qui remettront
au Courrier des Paquets
adreſſez à Mr le
Ieux , doivent Secretaire des
2
les affranchir , s'ils
veulent qu'on les retire : fans cette
précaution ils doivent eftre affarez
"qu'on les laiffera au Bureau. Ďaillears
, pour ce qui regarde les Onvrages
qu'on envoyera pour les prix,
il est neceffaire de fe fervir de la
vaye de quelque particulier de Tonloufe
, qui remette les Ouvrages , &
en retire le Recepiffè de Mr le Secretaire
, pour éviter l'embarras qui
furviendroit, fi ane piece ainfi remife
par le Courrier en droiture à M
CALANT. 245
Te Secretaire venoit deftre jugée
digne du Prix car on ne fçauroit à
qui le delivrer.ws bus mesos de
Mrl'Abbé Marfolier , Auteur de
la Vie du Cardinal Ximenez , a eu
cette année le Prix de la Profe.
Et Mademoifelle Bernard celuy de
FEglogue. Elle remporta l'année
paffée celuy de l'Ode,
>
Voicy les Noms de quelques autres
Perfonnes confiderables dont
jay à vous apprendre la morr.
Le P. de la Croix Religieux Thea ..
tin . Il étoit âgé de loixante & dix
ans, & il n'en avoi, encore qué vingt
lorfqu'il fut nommé Intendant des
Armées de Sa Majesté dans unc
Province des plus confiderables de
nos Frontieres ; mais peu de temps
apiés s'eftant voulu donner tout à
X iij
246 MERCURE
Dieu , il vendit fes meubles , en di
ftribua l'argent aux Pauvres , & fe
fit Theatin âgé de trente ans . Il a
vécu depuis ce temps-là dans une
grande pieté , & dans une maceration
extraordinaire. Il ne fongeoit
qu'à mortifier fon corps & à s'humilier?
Ainfi encore qu'il fut fort içavant
, il s'employoit aux fonctions
les plus viles & les plus baffes de fon
Convent. It n'alloit jamais à la recreation
avec les Freres , & n'apro
choit point du feu , quelque froid
qu'il fift. Il étoit grand Directeur
de confciences , & a fait revenir plu
fieurs heretiques de Genéve où il
avoit efté exprés pour les convertir.
Quand il voyoit dans quelque Mai
fon un Livre fufpect , il le demandoit
, le brûloit , & en achetoit d'auares
; qu'il donnoit en échange.
1
GALANT. 247
3
In a trouvé aprés fa mort les mar
ques de fa penitence fur fon corps ,
fa peau toute écorchée , & la chair
route meurtrie. On l'expofa roug
habillé dans Eglife des Theatins ,
oùle Peuple qui le regardoircomme
-un Saint , étant acouru en foule mit
fa Robe en morceaux pour en emporter
les pieces comme des Reli
ques , enforte qu'il fallut luy en re .
mettre une autre pour l'eaterfer.
Quantité de Perfonnes de diftin-
Яtion affifterent à fes Obfeques , qui
furent faites avec toute la pompe
que la fimplicité de cet Ordre le
permettre. Il avoit un Frere qui eft
mort Intendant de l'Armée envoyée
au lecours de Candie.
7
24
peut
Meffire François de Longueil,
*Seigneur de la Touche , mon dans fa
foixante & neuvième année. Il n'a-
X iiij
248
MERCURE
voit point efté marié , & létoit Fils
de
Nicolas de
Longüeil ,
Seigneur du
Rancher , de l'Illuftre Maifon des
Longueuils , dont est
aujourd'huy
Jean de
Longueuil ,
Marquis de
Maifons ,
Prefident au Mortier. Sa
Mere , Anne le Boindre , étoit grande
Tante de deffunt Jean le Boindre,
Doyen des Confeillers de la Grand'
Chambre , Pere de Jean François le
Boindre ,
Confeiller en la premiere
des Enquêtes . Il a eu quinze tant Fre
res que Soeurs,dont plufieurs ont pris
party de l'Eglife . Il ne luy reftoit
plus qu'une Soeur Marthe de Longueüil
, Religieufe aux
Cordelieres
de Noyan , au Maine. Une de fes
Soeurs , Anne de
Longueuil , avoit
épousé M Souhé ,
Gentilhomme de
Dijon dont elle a eu un Fils & une
Fille,fçavoir N. de Souhé ,
Capitaine
le
GALANT. 249
Wide Carabiniers , & N. de Souhé
Epouſe de M¹ de Damas , Seigneur
Rode Crux ,laquelle a pareillementdeux
Enfans, Mr de Damas de Crux , Capitaine
dans le Regiment de Phe-
Typeaux, & Mademoitelle de Damas
de Crux , mariée depuis peu à Mг
Saugy , Seigneur de Lantilly , tou
tes Familles nobles , & des premieres
de la Bourgogne .
Meffire Claude Thévenin , Chanoine
de l'Eglife de Paris . 11 a eu
fon Oncleauffi Chanoine de Notre-
Dame , qni mourut en 1665.
Mr le Chevalier de la Hilliere .
Il étoit Gouverneur de Rocroy , &
auparavant Lieutenant des Gardes
du Corps.
Dame Louyfe Boyer , Ducheffe
Douairiere de Noailles , cy-devant
Dame d'Atour de la Reine mere du
250 MERCURE
Roy , morte le 22 de ce mois, agee
de foixante & fix ans. Elle étoit
veuve d'Anne de Noailles , Duc &
Pair de France , Chevalier Com
mandeur des Ordres de Sa Majesté ,
Gouverneur & Lieutenant General
pour le Roi des Comtez & Vigueries
de Rouffillion Conflans & Cerdai
gne , Gouverneur particulier des
Ville Château & Citadelle de Peru
pignan . Elle l'aiffe quatre enfans ,
fçavoir , Mr le Duc de Noailies ,
Pair , & Maréchal de France , Chievalier
des Ordres du Roy , & cv .
devant Viceroy de Catalogne , Mr
P'Archevêque de Paris , Duc de S.
Cloud Pair de France M² l'Evefque
de Chalons , Comte & Pair
de France , & Mr. le Bailly
de Noailles Lieutenant General
des Galeres de France, La verto &
>
,
*
GALANT 295
La beautéde feu Madame la Ducheffe
de Noailles ont brillé au milieu
de la Cour , où elle a toûjours été
propolée comme un modele de la
gefle. Depuis fon veuvage elle n'a
pas ceffé de donner des marques
d'une pieté folide , & d'une grande
chatité envers fon prochain. Les
Roy qui l'a toujours eftimée a fou
vent envoyé fçavoir des nouvelles
de fa fanté pendant fa maladie. On
eft tous les jours venu de la part de
Monfieur pour en apprendre , &
ce Prince a été luy-mefme la voir.
Mr le Duc de Noailles , & My
l'Archevefque de Paris, font demeu
rez aupres d'elle à l'affifter juſques
au dernier moment de fa vie Elle
a lété enterrée à S. Paul dans le
Tombeau du Duc fon mati , la
Pompe funebre étoit des plus bril,
lantes
252 MERCURE
- Mr de Polaftron , Chevalier de
la Hilliere, originaire de la Ville de !
Lombez , Gouverneur de Roctoy,
Maréchal des Camps & Armées du
Roy , & cy-devant Lieutenant des
Gardes du Corps , mourut à Paris
au commencement de ce mois , âgé
de foixante & douze ans . Le Roy
donna auffi-toft ce Gouvernement
à Mr de Bartillar , Lieutenant general
de fes Armées. On peut dire
qu'il a fervi S. M. avec autant de
zele que Mr de Bartillat fon Pere.
luy a fait voir de fidélité en le fervant
dans fes Finances . Il a efté fort
longtemps Garde du Trefor Royal,
& Treforier de la Reine- mere.
Mr de Palmquist , qui depuis plufieursannées
eft Envoyé de Suede
en France , oùfon merite & fa con-'`
duite luy ont acquis beaucoup d'eſtiGALANT:
253
me, fut conduit ces jours paffez
' Audience du Roy avec les ceremoniesaccoutumées
, & fit part à S. M,
de l'avis qu'il avoit eu de la mort
du Roy de Suede Il eut auffi audience
fur le même fujet de Monſeigneur
le Dauphin , & de Meffeigneurs les
Enfans de France. ६
On n'a jamais vû dans aucun
Etat rien de pareil à ce qui fe paffe
aujourd' huy en Angleterre , à l'égard
de l'argent. Il fe trouve rare
de temps en temps chez quelques
Souverains , parce que les Bourfes
s'y refferrent felon la bonne ou la
mauvaife fituation des affaires , qui
fait que ceux qui ont accoutumé
d'en entretenir le mouvement , ne
trouvent pas à propos de continuer,
mais cela ne dure pas toujours , &
ne vient pas de lamême caufe qui le
254 MERCURE
fait manquer en Angleterre , d'ou
l'efpece en eft fortie , & n'y peut renter
qu'aprés une longue Paix , par
demoyen du commerce . Quand on
aridové l'expedient de s'y fervir de
Billers & de Taillis comme d'argent
pour toutesles choſes dont on a be
foin , on a trouvéle fecret de ruiner
ce Royaume pour plufients ficcles ,
parce que l'argent dont on le paffe
prefentement , fort du pays pour
payer les Alliez , & pour les Trou
pes loqui te konfument ailleurs : au
lieu que fon n'achetoit rien qu'avec
de l'argent , il faudroit neceffaireiment
que ce qui eft dans le Royaume
y demeuraft , mais tout en eftant
prefque forti , lors que le commerce
de Taillis & de Billets viendra à ceffer
, ce qu'il faudra enfin qui arrive,
on ne pourra éviter de tomber dans
GALANT. 255
des malheurs qu'il n'est pas poffible
de s'imaginer parce qu'on n'a jamais
entendu parler d'un fait pareil. T
Je vous ayentretenue plus d'une fois
de Mr le Prince Senechal de Ligne
Marquis d'Aronchez , Ambaffadeur
de Portugal à Vienne . Le malheur
qui luy étoit arrivé , meritoit bien
que quelqu'un répondist pour luy
tout ce qu'on publioit à fon deſavan
tage. Un de les amis a pris ce foin.
On vient de donner au public une
Apologie en fa faveur . On y expofe
ce qu'il y a de veritable , dans l'af
faire, & on y detruit ce qui s'y trou
ve de fuppofé. On fe plaint du peu
ple de Vienne , & on ſe louë de l'Empereur.
On y fait le recit des inful,
tes qu'on a faites à cet Ambaffadeur
& on y fait entrevoir avec beaucoup
de fageffe & de ménagement , quel
256 MERCURE
dans
en étoit le motif , & quelles en font
les confequences. On
Y fait voir
enfin , qquuee la mort du Comte de
Halveil qu'on avoit affaffiné
un bois ne peut pas eftre imputée
fans preuve ny témoins à un homme
de cette confequence , lorfque
le Comte avoit des ennemis qui
avoient plus d'un intereft de s'en
défaire,
On convient que le Comte avoit
gagné environ cent mille francs
à l'Ambaffadeur, qui étoit bien en
état de les payer. La mort du Comte
de Halveil n'étoit pas une quitan.
ce de la fomme.
Il en avoit touché une partie ,
fes parens ont touché le refte , &z
l'Ambaffadeur n'a pas cherché dans
la mort de fon creancier un moyen
de ne pas payer la dette, Les enneGALANT.
257
mis de ce Miniftre ont publié que
fous pretexte d'en venir au paye
ment il avoit attiré dans un bois
fon creancier.Quelle apparence qu'il
eût donné rendez vous dans un bois
pour compter une grofle fommer?
Falloit-il aller à fix lieues de Vien
ne pour un pareil payement : Eft ce
dans un defert qu'un Ambaffadeur
peut mettre fon argent en fureté ,
& le Comte pouvoit- il croire que ce
fût là qu'on loyalloit comprenunė ,
fomme auffi forte . Surquel fondement
auroit- il porté à la chaffe des
billets qui ne pouvoient stay etté
payez que chez l'Ambaffadeur où
chez des Banquiers piima'i sh slovs
- Le Comte de Halveihavoit differentes
inclinations qui loy avoient
déja fait des affaires ; & let duy
avoit fouvent attiré des ennemis.
May 1697.

258 MERCURE
Il avoit gagné en dernier lieu cin
quante huit mille livres à un Gen+
tilhomme Polonois, nommé Federic
Vilerco Drolki. Ce Polonois eftoit
faché par plus d'une raifon d'avoir
tant perdu. Les patens du Comte
& toute la Cour de Vienne fçavent
bien que le Polonois, attendoit le
Comte pendant la nuit , & qu'il le
cherchoit le jour pour l'attaquer.
Le Comte ne fe crût en futeté que
lorfqu'il eut fait mettre en prison
le Gentilhomme Polonois . Il s'és
chapa de fa priſon . Un mois aprés
le Comte fut tué , & l'on accuſe de
fa mort un Prince Ambaffadeur qui
avoit de l'amitié pour lui , plûtôt que
des ennemis declarez , qui en vouloient
à la vie. Il n'y a que le peu
ple de Vienne qui puiffe s'arrêter à
un foupçon auffi leger contre tant
GALANT: 259
de railons qui le détruifent . Le Confeil
de Portugal , fage & éclairé , a examiné
à fonds cette grande affaire.
Mr le Prince Senéchal y eft declaté
libre de toute accufation , & pleinement
dechargé des prétendues informations
des parens du Comte ,
qui ne portent ni autorité de Juge
ny preuve , ny témoins . Jamais af.
faire n'a été publiée plus diverſement
; mais par bon- heur pour Me
le Princé Senéchal , il a donné en divers
païs des idées bien opposées à
celles que vouloit faire prendre de
lui le peuple de Vienne .
Mr de Cabanes de Viens , Evêque
de Vence , Fils d'un Confeiller
da Parlement d'Aix , eſtant mort ,
le Roy a donné cer Evêché à Me
l'Abbé de Grillon , Grancaire
A
. Yij
260 MERCURE
de Mr l'Evêque de Saint Paul Trois-
Chafteaux. Cer Abbé eft originaire.
d'Avignon , & Frere de Mr de Grillon
, Officier general , qui a com
mandé les Troupes du Roy en
Guienne. Ses Anceftres ont fervi
fous les Rois Henry III & Henry
IV. & eftoient dans une haute reputation
de valeur & de probité.
Vous fçavez que Mr d'Aubuffon
de la Feuillade , Evêque de Mets,
ancien Archevêque d'Ambrun ,
Commandeur de l'Ordre du S. Ef
ptit, Confeiller d'Etat ordinaire , &
Doyen de la Faculté de Theologie ,
eft mort depuis peu à Mets . Il étoit
âgé de quatre - vingt huit ans , &
Frere de Mr le Maréchal Duc de la
Feuillade . Ce fut luy qui eftant
Ambasadeur en Espagne lorique
GALANT. 261
Mr d'Eftrade fut infulté en Angle
terre par le Baron de Batteville, nego
tia à Madrid la fatisfaction que le
Roy dEfpagne en fit faire au Roy ,
dans laquelle , il declara que fes Ambaffadeurs
ne prétendroient jamais
le pas fur ceux de France, Mr l'Ab
bé de Coiflin , receu en ſurvivance
de la Charge de premier Au
mônier du Roy , a été pourvû par
Sa Majesté de l'Evéché de Mets ,
où fon Prédeceffeur a fondé un
tres-bel Hôpital. Il eft Fils de Mr
le Duc de Coiflin , & Neveu de Mr
l'Evêque d'Orleans , nommé par
le Roy au Cardinalat. Des deux
Abbayes que poffedoit feu Mr l'E
vefque de Mets , celle de Saint ,
Jean de Laon a efté donnée à Mr
l'Abbé de Quelus, Atmaler du
262 MERCURE
Roy , dont je vous ay déja parlé
lors qu'il fut pourvû de cette:
Charge ; & Mr. l'Abbé Faurrier a
eſté nommé à celle de Saint Loup
de Troyes. Il a efté Intendant à
Maubeuge. C'est un homme d'une
exacte probité & d'un grand defintereffement.
L'Ordre qu'avoit cel
même Prelat , a'eſté donné à Mr
l'Archevêque de Paris. Sa pieré
brille aflez , fans qu'il foit beſoin de
vousen rien dire .
Le mot de l'Enigme du mois paffé
étoit une voile de Navire , &
ceux qui l'ont trouvé font Mrs Hinri
le Jeune du Bureau du papier de
la Douane L'Abbé Bernard de
l'Hôtel de Crequy Julliet Affeffeur
domité de Benon : Bardet
GALANT. 253
:
& fon amy, Pleffis de Hofpital Ge
neral du Mans : Le Duc : Colin
d'Avilers : Le Jeune Mr de Barcos
& fon ami le jeune Chanoine de S.
Maur Dorliac Commis au Greffe
des prefentations du Parlement de
Bordeaux La vertueuse Fanchon
du Ponter , Tamirifte de la rue de las
Cerilaye Le Remois : Blondin à
la Sageffe : Le Blondin folitaire de
la rue du Temple : Le jeune & complaifant
Gafcon de la rue de laTruan
derie : Le plus fidelle amy de Biblis ;
Le nouveau venu à la ruë de la
Coquille Le Procureur voifin des
Incurables , & fon aimable niece :
L'Huiffier Audiencier de Chaftillon
: Le Grand Seigneur de la rue
des Juifs : Le Joly. Pourvoyeur de
la rue des Mouleurs , & iole
Simphonie de la rue Clocheperie :
264 MERCURE
l'Abbé deS Michel de Rouen. Buf
CojaVognefi , & fon ami l'Abbé Cof
fin : Mes demoiſelles Javore Ogier &
du coin de la rue de Richelieu : La
petite Javotine de larue de Braque !
La Belle Brune de la cour de l'Amoignon
: La Belle Blonde du Carroy
de S Michel de Bos; & le voyageur
en amour : La Bele Fleur du
Jardin de Troffier la nouvelle de
barquée : L'aimable Nette de la rue
du Colombier : La femme fans pareille
de la rue Haute- Feuille , &
l'Avocat le mieux fait de la même
rue La plus charmante des Nimphes
de Mademoiſelle le Roy de la
S. Martin Le petit mouton
du quartier des Jacobins du Mans.
L'Enigme nouvelle que je vous
enve merite bien application
devos Amies, 47
rue
ENIGGALANT.
265
ENIGME
'un même nom convienne à
double chofe ,
C'est ce qui , diras - ru , n'eft pas un
cas nouveau :
Soit , devine nous doncs icy l'on se
propofe
Deux chofes , dont on va te tracer
Dauntableau.
De ces deux chofes que nous fom
mes,
.
Sansrapport entre nous que da nom
feulement ;
L'une d'un mal preſſant peus foulatager
les hommes ,
Et l'autre de sout malofte le fentiment.
L'ane eft affrè fe aux yeux , & ſe
cache en la terre,"
May 1697.
Z
266 MERCURE
Al'anire, qu ednanAsngllaetFelr,anadrne , ainfi
Comme en bien d'autres lieux bien
des gens font la
cour
L'une caufe le deuil, l'autre infpire
la joye: ** i
Le chagrin vient de l'une , & dans
Lantre il fe noye.
C'eft , pour nous découvrir , donner
affez de jour.
*
Je vous envoye une Chanſon
nouvelle , dont les paroles font de
Mr Morel, & l'Air de Mr Arnoul,
} AIR NOUVEAU.
A
Imable objet d'une flame innocente
.
Afire brillant , beaurenaiſſante,
Goûtezles doux auraits de ce charnt
fejour ;
L'Amour qui vous forma pour ai
mer& pour plaire,
le
re
es
es
ro
7
C
GALANT. 267
Vous enleve du fein de vòire auguste
Mere,
Pour vous unir au Sang qui luý
denna le jour.
Vous voyez bien que ces paroles
ne peuvent regarder que Madamela
Princefle de Savoye.
Je viens aux nouvelles de guerre.
Mrde Chaferon affemble l'Armée
de Catalogne , en attendant Mr le
Duc de Vendôme , qui doit eſtre
arrivé il y a déja quelques jours . Les
Troupes font tres -belles , & toutes
les Compagnies completes. Elles ont
autant d'empreffement d'entrer en
action , que les Ennemis l'apprehendent,
Ils ont abandonné les retrane
cheniens qui les mirent à couverc
pendant toute la Campene dernie
re, & fe font retranchez derriere
Barcelonne , dan un lieu qu'on ap
Z ij
268 MERCURE
pelle la Trinité. La frayeur en a fait
déferter beaucoup. Rien ne manque
à noftre Armée , & elle fe trouve en
eftat de faire quelque entreprife confiderable.
Celle d'Allemagne embaraffe
plus les Ennemis que lors
qu'ils croyoient que nos grands efforts
devoient eftre de ce cofté là.
Ils fe font bien fatiguez à faire de
grands retranchemens qui leur demeurent
inutiles's & cependant ils
ne laiffent pas de craindre , ne ſçachant
de quel cofté nous ouvrirons
la Campagne. Ils ont efté lurpris
d'apprendre que les François ont
détourné la riviere qui paffoit au
milieu de Neuftat , pour la faire tour
ner autour des murailles. Mr de
Chefcule it rétablir le Chateau
d'Hart , qui fit perdie l'année derniere
aux Ennemis une partie de
GALANT. 269
feur Campagne , & il y a fait faire de
nouveaux Ouvrages. Nos Armées
de Flandre font entrées les premie.
res en action. Il n'y a rien de plus
beau. Jamais on ne vit de Cavalerie
fi lefteny de fi beaux chevaux , Ona
douté longtemps fur quelle Place
l'orage tomberoit . Mr le Maréchal
de Villeroy , fu qui les Ennemis faifoient
une grande attention , ne fuc,
pas plutoft arrivé en Flandre , qu'il
vifita toutes les Places frontières ,
jufqu'à la mer , en commençant par
Lille.Tout cela ne déterminoit rien ,
& les Ennemis ne fçavoient de quel
cofté tourneroient les Troupes.com.
mandées par Mr de Catinat . Ils
avoient d'abord craint pour l'Alle
magne , ils apprehenderent enfuite
pour Namur.
Enfin aprés avoir fait beaucoup,
Z iij
270 MERCURE
de mouvemens pour embraffer les
Ennemis , nos Troupes qui s'éten
doient le long de l'Efcaut , depuis
Mons jufques au Pont d'Epierres ,
entrérent par cinq Ponts de Bateaux ,
dans le Pays ennemy. Toutes les
mefutes eftoient déja prifes pour le
Siége d'Ath , & les Pionniers avoient
efté commandez dans les Provinces.
voifines. On fceut qu'il y avoit qua,
tre mille Chariots pour charger tou❤
tes les chofes neceffaires pour un
grand Siége. On apprit auffi qu'il y
a trois Mortiers qui péfent chacun
cinq mille livres , & deux autres qui
en péſent treize mille , & des Bombes
qui eftant chargées , péfent cinq
& fept cens. Il y a auffi quinze Mortier
des à quatre cens , & des
Bombes de deux cens ; trente-deux
gros Canons , dont vingt font de
GALANT. 271
1
Vingt-quatre livres de balle , & quarante
& une autres pieces , fans celles
qu'on prépare encore.Toutes lescho
fes neceffaires eftant en eftat pour le
Siége que l'on avoit refolu , routes les
Troupesle renditenten même temps
le 16. de ce mois devant la Place .
Il y avoir deja quelque temps qu'on.
fe.doutoit que cette Ville feroit affic .
gée , mais ce doute n'eftoit que parce
qu'on ne pouvoit affieger que deux
ou trois Places de ce cofté-là , Ceux
d'Ach difoient hautement qu'ils devoient
eftre affiegez , parce qu'ils
l'apprehendoient
. Oudenarde trem
bloit & Bruxelles ne fel croyoit
gueres plus en furété ; mais il y alloit .
de la gloire d'une auffi grande Viller
de faire paroiſure moins de crainte .
Gestrois Villes eſtant dansmie égale
inquiétude , devoient avoir esté mis
Z iiij
272 MERCURE
3
fes en eftat de foûtenir un Siege . Ce
pendant quelques Troupes & quele:
ques Officiers de plus auroient efté
neceflaires pour la deffenſe d'Ath , t
mais il eft difficile que la mefintelli
gence qui fe trouve ordinairement
parmy un grand nombre d'Alliez ,!
ne portent quelque préjudice à la
caufe comme. Mr de Baviere eftoit:
perfuadé que Mr de Vaudemont
avoit pris les précautions pour met
tre Ath en eftat de faire une longue
refiftance , & Mr de Vaudemont ne
doutoit point que Mr de Baviere
n'euft pris ce même foin . Ce n'eft .
pas que la Place ne foit bonne , &
en eftat de le deffendre longtemps
contre d'autres Troupes que celles
de France que les Ennemis ne
foient peut-eftre ravis d'avoir ce pretexte
, fi la Place ne fe deffend pas
GALANT. 273
longtemps . Les mefures furent fi
bien prifes , que les Ennemis ne purent
deviner le temps qu'elle feroit
inveftic. Les Troupes dont je vous
ay déja parlé qui fe rendirent devant
la Place , y arrivérent à neuf heures
du matin. Voicy les quartiers qui
leur furent diftribuez.
› y.
QUARTIER GENERAL.
Depuis Villers S. Amant jufques à
la baule Dendre.
Mrs
De Catinat.
Le Comte de Teffé .
Le Chevalier de Teffé.
De Gaffion.
Le Comte de Matfin .
Vilpion.
Biffy.
CAVALERIE
3 Efcadrons,
274 MERCURE
t
3-- La Tournelle .
Dragons de Marfan 300
Dragons de Gouffier.3lvab
32 2112 Eleadrons.
INFANTERIE.
Navarre
Sey Irlandois
Artois
Tournaifis
Vexin.
Peyrié
Vermandois .
La Marche
Beucy
3 Bataillons.
3.
I.
1.
I.
I.
14. Bataillons.
•Depuis la Haute Dendre
jufqu'à la bale Dendred
Mrs
De Larev
Bachevillier I
Clerembaut.:
GALANT 275
Dragons du Roy
Greder.
CAVALERIE ,
3 Efcadrons
Dragons d'Hautefort 3 .
Royal Allemand .
Vaillac
3.
3.
Furftemberg
Royen
2.
3.
17 Elcadrons
.
INFANTERIE .
3
Poitou 2 Bataillons .
Zurlauben
Catinat 2
Humiere 1.
Fufiliers de Teffé 2,
Denonville ...
Maulevrier.
Xaintonge
Angoumois
Santerre 1.
15 Bataillons 11
276 MERCURE
Depuis la bafe Dendre juſqu'à
Mrs
Villers S. Amant)
De Vins .
Vaubecour.
Grancey.
Hautefort.
Sailly.
CAVALERIE .
Colonel general de
Dragons 3 Efcadions,
Catinat
3.
Bréteüil
3.
Les Cravates
3 .
Molac
13.
Condé
La Valiere
3.
21 Efcadrons,
INFANTERIE
Anjou 2 Bataillons.
Lorraine
I..
GALANT. 277
Hautefort
Mouchy
Choifinet I.
Zürbec 4.
Stoppa 4 .
Salis 4 Bataillons
Au Parc & Artillerie.
LeRoyal Artillerie . 2Bataillons.
Les Bombardiers.
Cavalerie
Infanterie
I.
3
50 Eſcadrons
.
50 Bataillons
.
Le tout faifant à compter homme
pour homme , 40000. hommes .
A peine la place eut e'le été inveftie
qu'on travailla avec toute la
diligence poffible aux lignes de cir
convallation , à quoy furent emplo
yez plus de vingt mille panners gui
travaillerent auffi à faire le parc de
Artillerie , les amas de Canons ; &
278 MERCURE
Mortiers , Bombes , Boulets , Pouz
dres , Grenades , & autres chofes
neceffaires pour un Siége de cette
importance , cette Place étant des
meilleures que les Espagnols ayent
dans les Pais- Bas. Elle eft en tres
bon état tres-bien fortifiée , & fouftenue
d'une bonne inondation . Od
affure qu'il y a dans la Place trois
mille fix cent dix hommes ; deux
cents Mineurs, trente Canonniers ,
& trente Ingenieurs. Le Come de
Ræux , de la Maiſon de Croy , eſt
Gouverneur de la Place , le 17 les
Gardes avancez prirent le Comte
d'Aquaviva Commandanı d'un Res
giment Napolitain qui eft dans lá
Place , & qui vouloit s'y jetter ,
·
me jour17 , le Gouverneur
fift mettre le feu aux Faux-bourgs
de la Place , qui furent entierement
GALANT. 279
bruffez, On fit ce jour- là plufieurs
détachéniens , pour couvrir nos lignes
. Le Regiment de Surbec ef
fuya un grand feu & perdit cinq ou
Lix Officiers & quelques foldats Le
18. Ma de Breteuil , Brigadier & Co
lonel d'un Regiment de Dragons ,
eut un cheval tué fous luy en allant
reconnoiftre la place. Le mêmejour
on fit une fortie dans laquelle il y
cut dix pionniers tuez. Le 19 , on
prit le Marquis de Risbourg , Colo
Jonel de Dragons , fils du Gouver
neur de Vallence , qui vouloit fe
jetter dans la Place , veftu en Bou
langer. Le 26 , & le 21 , on travailla
à perfectionner les travaux pour
l'ouverture de la tranchée. Il y euc
divers mouvemens de nos troupes,
depois que la Place fut inveftie juf
qu'à cejour -là . Nos deux Armées ,
280 MERCURE
& les corps commandez par Mrs de
Montrevel , de Crequi & de la Mot.
te , fe pofterent de maniere à pou
voir tous fe joindre quand ils le ju
geroient à propos . Les Ennemis
avoient crû rompte toutes nos me
fures , en le faififfant du pofte de
Deinfe , long- temps avant l'ouver.
ture de la Campagne ; mais outre
qu'ils n'ont apporté par là aucun ob.
ftacle à l'éxecution de nos deffeins
qui n'eftoient pas de ce coſté- là , ils
ont fait perir une grande partie de
leurs Troupes , parceque le Printemps
n'ayant jamais été fi pluvieux ,
leur Infanterie a été obligée de camper
dans les boués , tout le Pays n'a
yant pû fournir autant de paille
qu'elle en avoit befoin . Les Enne,
miş auroient pû fe confoler de cette
perte fi en s'emparant de ce pofte ,
GALANT: 221
ils avoient fait échouer nos deffeins ,
mais ils ont efté obligez de l'abandonner
, pour revenir au Siege qui
les embaraffe fort , & qui eft caufe
qu'ils ont quitté ce Pofte . Toutes
chofes eftant en eſtat pour l'ouverture
de la Tranchée ; elle fe fit le 22 .
entre fept & huit heures du foir , aŭ
front de la Porte de Bruxelles , par
deux attaques. Mr le Comte de Teffé
Lieutenant General la monta à la
droite , avec Mr de Salis Brigadier ,
& les trois Bataillons d
Mr le Comte de Marfin , Maréchal
de Camp , les deux Bataillons de
Poitou , & celuy de la Marche , la
montérent à la gauche. Le travail
fut poufle fi avant pendant certè
nuit-là , que les deux attaques fe
communiquérent par use Parallelle.
Perlonne n'y fut tué ny blefle . Ily
May 1697 .
Navarre .
282 MERCURE
eut cette nuit-là trois mille Travail
leurs. On commença à Méfle fur la
hauteur de Dendre , en s'étendant
à la Porte de la Ville nommée la
Porte de Mons. Elle embraffa quatre
Baftions & autant de Courtines.
Mrs les Maréchaux de Villeroy &
de Catinat fe mirent à la tefte des
fafcines, Un boulet de la Ville palla
entre-eux & alla tuer un cheval de
la fuite de Mr de Villeroy On fit la
mefme nuit un grand détachement ,
dont eftoient fix cens hommes de la
Maifon du Roy , pour aller reconnoistre
de prés de les Ennemis. Le
24 Mr le Marquis de Vins monta
la Tranchée à l'attaque de la droite
avec Mr de Vibray , Brigadier , deux
Bataillons d'Anjou , & un de Tournefis.
M. de Médavy , Maréchal de
Camp, la monta à la gauche, avec
GALANT 283
que
le.
deux Bataillons d'Humieres , & on
de Vexin, On fait un fi grand travail,
cette nuit là , que la deuxième Parallele
fut achevée . On s'approcha
à 80, toifes de la Contrefcarpe . Le.
Chirurgien Major d'Anjou fut tué ,
& fept ou huit Soldats furent bleflez .
Le canon & la moufqueterie des Ennemis
fe firent plus entendre
jour precedent. Mr de Larray Lieutenant
General , Mr de Lée Briga
dier , avecle premier Bataillon d'Ar
tois , le premier de Carinar , & le
premier de Seymontérent la
Tranchée le 25. au foir à la droite.
Mr de Clerembault , Maréchal de
Camp , avec deux Bataillons de
Vermandois , & un de Bugey, la
montérent à la gauche. 1ly cut un
Lieutenant de Bugeyes deux Sol
dacs bleflez , dont un eut le bras
Aaj
}
284 MERCURE
emporté. La tranchée fut pouffée
cette nuit là jufques au bord du che
min couvert. Quatre Soldats du
Regiment Royal d'Artillerie , furent
bleffez du même bouler dans
leur Camp.
Le Canon n'ayant point encore
commencé à tirer le 25 on fit did
vers raiſonnemens , mais on ceffa
d'eftré furpris , quand on eut fçû que
par une nouvelle metode , on mettoit
les Batteries affez proches de la
Place , pour ne les point changer ,
comme on faifoit autrefois . Ce Siege
a déja couté la vi e aux deux plus fameux
Partifans de Flandre dont
l'un s'appelloit Guetem ; il avoit
deux Compagnies franches. Ils ont
efté tuez en attaquant les Convois
qui fefonte Tournay à Ath .
L'Arniée de l'Electeur de BavicGALANT.
28%
re décampa le 25 au point du jour
de fon pofte de Neuville , & arriva
à Gand en deux differens endroits
de la Ville, pour ſe rendre le foir à
Lokre à trois lieues de la même
Ville ; afin d'aller joindre le Prince ,
d'Orange. Le Major Genera . Fagel
quita auffi Nieuport , apres avoir
laiffé trois ou quatre Bataillons aux
environs. J'ai oublié de vous dire ,
que Mr le Marquis de Conflans qui
étoit dans Charleroy pendant le der
nier Siége de cette Place , ayant eu
ordre de le jetter dans Ath , pour y
Commander fut arrété le 24 , dans
l'Armée de Mele Maréchal de Vil .
leroy , & que Mr de Trafi ayant demandé
qui il étoit , il répondit qu'il
étoit Capitaine d'un Regiment , qui
ne fe trouva point dans octre Ar
mée , ce que ce Marquis ayant apris
286 MERCURE
il déclara luy-mêmes, qu'il étoit pris
fonnier. Mr le Chevalier de Tellé
fin bleffé le 25 à la tranchée d'un éclat
de brique , & d'une bale qui s'étant
amortie fur la poitrine ne luy fit
qu'une contufion . Je ne vous ay
point marqué que chaque jour de
tranchée , outre les corps nommez
pour la monter , il y a toujours deux
cens Fufiliers , & une Compagnie
de Grenadiers , yaaufli un grand
nombre de travailleurs commandez :
par deux Ingenieurs , Chefs de Bri ..
gåde , l'un à la droite , l'autre à la
gauche . Hy eut les premiers jours
de tranchée , jufques à mille de ces
travailleurs , dont on diminue le
nombre à mesure que le travail avane
ce. Il n'y avoit encore le 25 que neof
broffez a Hopital . Les Ennemis
n'ayant fait aucune forte , & les tra
1
GALANT. 287
1
vaux ayant été tres - bien conduits ,
par Mr de Vauban , il n'y auroit eu
perfonne de tué , ny de bleffé jufs
ques au jour des premieres attaques,
fi ceux qui l'ont efté , ne s'étoient
expofez volontairement . Mr da
Vauban , ayant fceu que plufieurS
Officiers avoient été arrétez , en
voulant fe jetter dans la Place , fit
dire à Mr de Cattinat , qu'il pouvoit
donner des paff -ports à tous les Of
ficiers qui voudroient y aller fervir ,
.
Le 26. MileChevalier de Gaffion ,
Lieutenant General,& Mr de Biron ,
Brigadier , monterent la tranchée
à la droite , avec deux Bataillons de
Maulevrier , & Mr le Marquis de
Hautefort , Maréchal de Camp , " la
monta à la gauche , avec trois Bataillons
de Surbec .
Trente-fix pieces de Canon fé288
MERCURE
parées en fix batteries commencerent
à tirer le 27. de grand matin ,
vingt-quatre autres pieces devoient
tirer le lendemain , & quinze Mortiers
devoient enfuite commencer à
jetter des Bombes . La Demy lune
de Barbançon & leBuftion de Lim .
bourg furent fort incommodez du
Canon.
le
Quelques Lettres portent que
Prince del Ch may s'eft jetré dans
la Place. Il eft âgé de 27.ans . On a
ordinairement plus de valeur que
d'experience à cet âge- là.
Le Prince d'Orange qui eftoit
indifpofé à Zuileftin , lors qu'il apprit
le Siege d'Ath , refolut de fe
rendre à l'Armée , au lieu d'aller à
Loo , où il devoit demeurer quelques
jours, Il fit partir plufieurs
Couriers pour faire paßler en Flandre
t
1
GALANT. 289
dre des Troupes de l'Electeur Palatin
,du Prince de Heffe Caffel , & de
l'Evêque deMunster , qui avoient déja
refufé de marcher faute d'argent ;
ainfi on craint qu'elles ne viennent
fort lentement, Il dépêcha auffi des
Couriers pour faire venir des déta
chemens de plufieurs Garnifons des
Places qui font fur fes derrieres , &
al envoya demander la Compagnie
des Gardes du jeune Prince de Frife ,
perfuadé que cette Compagnie , qui
n'eft compofée que de Braves qui ont
longtemps fervi dans les Troupes ,
& à qui il pretend avoir vû faire des
actionsd❜unevaleur extraodinaire, lui
feroit d'un grand fecours , I avoit
mefme refolu de la joindre à fes
Gardes du Corps , & de la faire
combattre auprés de fa Perfonne
en cas qu'il donnaſt Bataille . Cele
Bb
May 1697.
-A
3
290 MERCURE
Compagnie a efté embarquée avec
Les Chevaux , fur un grand nombre
de Barques qui n'eurent pas plutoft
fait voile qu'elles furent furpriſes
d'un vent furieux qui les écarta, Les
fecouffes que l'eau donne aux Bar
reaux furent, caufe que les Che
waux le heurtérent fi rudement: que
plufieurs en font morts , la pluſpatt
de ceux qui refterent donnerent par
leur agitation un fi grand mouve
ment aux Barques , qui , eftant déja
agitées par le vent , ne purent refifter,
& périrent , de forte qu'ona
res- peu fauvé d'hommes & de che
vaux de cette Compagnie, & qu'elle
n'eft pas en état de fervir certe Campagne
, les Barques qui ont échappé
de cette tempefte n'eftant pas même
arrivées en Hollande, Les huit Regimens
Anglois qui ont efté embar
CALANT. 291
quezpour paffer en Flandre doivent
auffi en avoir effuyé une furieuſe
qui s'éleva quelque temps aprés leut
départ , & le Prince d'Orange en eft
d'autant plus inquiet , que tous es
malheurs paroiffent loy en prédire
de plus grands . Ses Gardes du Corps
n'ayant point reçû d'argent , leurs
Officiers om efté obligez de répondre
de la dépente qu'ils ont faite à la
Haye , & comine les Troupes Angloifes
demandent tous les jours de
l'argent , & que le Prince d'Orange
ne peut leur donner ce qu'il leur a
promis , on apprehende fort les defertions
, & il y a peu d'apparence
que ces Troupes veulent combatre.
On eft perfuadé que le Prince d'O
range en a encore moins d'envie , &
que les bruits qu'il fait répandre ne
font que pour raffurer les Peuples Ou
Bb jj
3
*
292
MERCURE
croit que ce Prince n'a point d'au
tre deffein que celuy de couvrir
de
Bruxelle , & que c'eſt
par cette
railon qu'il s'eft campé aux en- ,
virons de
Halle , ayant les Bois .
d'Enghien
devant luy. Nos deux
grandes
Armées , & les Câmps feparez
s'aflemblent pour
couvrir Ath
elles fe
mettent en état de
repoufer
ce Prince s'il ofe tanter
quelque cho
fe : Elles ont même déja choifi les.
poftes
qu'elles
veulent
occuper en
cas de
Bataille , & marqué les endroits
, où doit eftre leur Canon .
Les Anglois ayant fait partir une
Flote de 36.
Vaiffeaux pour les
Barbades & pour la
Virginie , avec
quelques
Vaiffeaux de Guerre , &
un Brulot pour
l'escorter ,
Flotea efté
rencontrée par Mr
d'Andenne qui
commandoit quacette
GALANT 293
tre Vaiffeaux. Il en a pris huit &
un Brulot , & il à brulé un des Vaiffeaux
de Convoy . Il auroit pris le
refte , fans une brume qui furvint,
Deux Armateurs de S. Malo prirent
enfuite un des plus riches Vaiffeaux
Marchands de la mefme Flote. Je
fuis , Madame , & c.
A Paris , ce 31. May 1697 .
APOSTILLE.
Il s'eft gliffé dans quelques exemplaires
de ma lettre du mois paffé
que Mrde Vins étoit gendre de Mr
de Pompone. Il eft fon Beau-frere.
On a prétendu feulement faire con.
noistre que les Capitaines de Vaifa
feaux , dont il eft parlé dans la même
lettre , ont eu des augmentations
de penfion , & non qu'ils ont été
faits Capitaines,
2225 5 22 222 2SES SE Z
TABLE
.
Retude
PR
Sonnis
10
25
Traduction
en vers de l'endroit
d'Homere, ou deElor die adieu à
(onEpoule Andromaque .
Derniere replique fur l'explication
gu on a donuée àun vers de vòrgile
qui regarde la Louve , qui
allaita Romulus
Leparserre de gazon , contenant la
defcription
des plus beaux jardius
des anciens avec les nomS:
des grands hommes qui les ont
aimez.
Bibliotheque
Orientale
, où Dictionnaire
univerfel.
231
TABLE.
Trailez d'Hipocrate; Traduits par
Mr Dacier.
150
Hiftoire de la Monarchie Francaife.
Mort du Roy de Suede.
153
155
Saite du Traitre de l'Algebre , qui
eft dans le Volume dernier. 164
**
212 Morts.
Portrait de Mar Folly , Supericar
Genéral de la Miſſion. 220
Mr le Marquis de Breauté eft
receu Gouvereeur de Valogne.
Charge de Profeffeur de Chimies ,
donnée par le Roy
222
229
Mariage. 230
Belle action de Mr de Monbrifon.
234 .
Ambaſſadeur Extraordinaire de
Portugalnommé par le Roy, 33
Audiencedonnée par le Roy à l'EnTABLE
.
voyé de Tripoly.
Feux Floraux .
Autre article de morts..
239
258
245
Audience donnée à l'Envoyé de
I Suede.
252
253 Nouvelles d'Angleterre.
Apologie de Monfieur le Prince Se
nechal de Ligne. 255
Benefices donner par le Roy. 259
262 Enigmes.
Nouvelles de Guerre de plufieurs en
droits. 25267
Journal du Siège d'Ath. 273
Prifes faites par Mrd Adenne. 192
Apoflille. 293
La Figure doit regarder la pape. 163
L'air doit regarder la page. 266
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le