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Eur.
511
m
1697.4
Eur. 511
m
1697,4
Mercure
<36624560680018
<36624560680018
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
AVRIL 1697.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
N donnera toûjours un Vola ne
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau &
Vingt-cinq fols en Parchemin.

A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juſtice .
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envie.
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. D C. XCVII.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
409680780522
Qu
AVIS.
Velques prieres qu'on ait fai
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
d'ymanquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On réitere la meſme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Me- .
moires , & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourve
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. Og
A ij
AVIS.
prie feulement ceux qui les envoient ,
fur tout ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
Particle des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent,
Ceft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite pre-
Jentement le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere qu'il eft toujours
impriméau commencement de chaque
mois,Il avertit qu'à l'égard des
Envol qui fe font à la Campagne,
sferapartir les paquets deceux qui
Le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure.Comme ces paquets ferons
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercare
A VIS.

long- temps avant qu'il ·foit arrivé
dans les Villes éloignées, mais auſſi
les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'ellesfaifoient auparavant.Ceux
qui fe le font envoyerpar leurs Amis
fans encharger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toujours fort
tard par deux raifons. La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas ſoinde
le venir prendrefitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quel
ques jours avant que l'on en faffe le
debit, & l'autre , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont lu eux & que
ques autres à qui ils le preftent, s
rejettent la faute du retardement
Jur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera te
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'il fe charge defaire
A iij
AVIS.
lespaquets luy-mefme , & de les faire
porterà la Pofte ou aux Meffagers,
fans nul intereft , tant pour les Particaliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , fois
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure ,
afin de n'en faire qu'un mefme pa
quet. Tout cela fera execute avec
ane exactitude dont on aura lieu
d'eftre content
MERCVRE
GALANT
AVRIL 1697 .
AMAIS on n'a vu une
fituation femblable à
celle où s'eft trouvé le
Roy depuis huit ou neufan.
nées. La plupart des Souverains
de
l'Europe ont paru
n'avoir eſté liguez contre luy
A iiij
8 MERCURE
9
que pour perdre des Batailles,
& laiffer prendre des Villes.
Ils n'ont triomphé qu'une
fois , mais fans faire de conquefte
fur la France , puis que
la Place qu'ils ont repriſe ne
nous appartenoit pas . Elle
leur a couté tant de fang, tant
d'hommes
, & tant d'argent ,
& ils ont efté depuis fi épuifez,
que loin de faire la moindre
tentative , ils fe font toujours
cachez , & ont laiffé
manquer leurs Troupes de
tout . Ainfi cette conquefte
qu'ils ont payée bien cher ,
feroit peut-eftre caufe de leur
GALANT:
9
ruine entiere , fi le Roy ne
vouloit bien concourir à tout .
ce qui peut donner encore
une fois la Paix à l'Europe.
Si ce Monarque s'eft trouvé
dans une fituation bien nouvelle
, ayant les Miniftres de
tant de Souverains liguez à
combattre , celle où il le trouve
aujourd'huy à l'égard desi
Conferences pour la Paix, ne
feroit pas moins facheule , fi
l'efprit de Sa Majesté n'eftoit
auffi fuperieur que les forces
l'ont toujours efté . Ses Plenipotentiaires
ont feuls à combattre
contre une infinité
10 MERCURE
i d'autres, & tout ce que le miniftere
des Cours de tous les
Princes confedereza de plus
delicat , doit estre employé
en cette occafion ; mais il n'y
arien à craindre pour la Fran
ce , & des Plenipotentiaires
inftruits par le Roy, fçauront
éviter tous les pieges que tant
de Politiques pourroient leur
dreffer.
Perfonne n'ignore à combien
de differens moyens on
a tous les jours recours en
Angleterre , pour trouver des
fonds qui puiffent fournir à
GALANT: [I
ce que la guerre y cauſe de dépenfes
extraordinaires
. Ou
tre les Impofts qu'on y a mis
fur toutes fortes de denrées ,
on a impofé aux Peuples une
nouvelle Capitation , fuivant
laquelle les gens qui ne font
pas mariez , font taxez comme
s'ils avoient une Femme
& trois Enfans. C'eft ce qui
a donné lieu à ces Vers de M
de S. Evremont . Ce nom пe
fçauroit manquer de vous
donner beaucoup d'empreſſement
pour les lire.
12 MERCURE
SUR LA NOUVELLE
Capitation d'Angleterre.
C
Omment payer les taxes or
données ?
Comment fortir d'un fi grand embaras
?
Payons pourtant,& ne nous plaignons
pas.
Que puiffions-nous les payer dix
années !
2
Ox me dira, vos revenus font courts .
Malaisément pourrez- vous fatisfaire
;
Mais je crains moins pour eux que
pour mes jours ,
Vivre eft pour moi la plus preſſante
affaire.
GALANT. 13
$
Fay vécu quatre - vingt -quatre
ans
Sans connoiftre le mariage ,
Heureux fans Femme & fans
Enfans ,
Et voicy qu'au bout de mon âge,
Il faut payer pour une &pour trois
defcendans ,
Sans avoir jamais euny Femme ny
lignage.

Mais la taxe a fon fondement,
Quand on en juge fainement .
Comment , vous n'avez point de
femme ?
Exempt de domeftique bruit :
Exempt du foupçon dont une ame
Eft fans repos & jour &auit ;
Exempt de la vaine dépence,
De lafollemagnificence,
14 MERCURE
Duluxe auxmaiſons introduit
Acquittez-vous de bonne grace ;
Vous qui n'eftes point mariez,
Payez fans en eftre priez,
Que de Maris voudroient payer en
vofire place !
Payezdonc, payez de bon coeur
La taxe de votre bonheur.
2
Un difcours ennuyeux de modes,
D'Engageantes &de Commodes,
D'habits ou commandez ou faits ,
Ne vous importune jamais.
L'air trop libre d'une Coquette,
D'une Galante peu difcrete
Les appetits trop naturels ,
Ne vous donnent aucune atteinte.
Falle qui voudra des Noëls ,
Vous pourrez les chanter fans
crainte
GALANT.
15
Payez donc , payez de bon coeur
La taxe de votre bonheur.
2
Avoir une Epoufe éternelle ,
Aux yeux des autres toujours
belle ,
Et feul en eftre dégoûté
Quand chacun en eft enchanté.
Cependant jaloux &fincere .
Avec chagrin la regarder,
Et plus on a foin de lay plaire ,
Plus on prendfoin de la garder,
C'eftlà, c'est le charmant uſage,
C'est la douceur du mariage.
Vous qui n'eftes point mariez,
Payez fans en eftre priez
S
Tantoft un Epoux difficile
N'a chez luy que feverité :
Tantoft le même trop docile ,
N'a pas fa propre volonté.
16 MERCURE
Malà propos rude ou facile,
Il bie onperd fa liberté ,
Et vous ferez toujours tranquille
Dans une fage égalité, I nes
Et vous vous moquerez des chaî■
De ceux dont je décris les peines.
Payez, & payez
de bon coeur
La taxe de votre bonheur.

On voit arriver d'ordinaire
Qu'un Mary fouhaite un garçon,
Qui voudra la mort de fon pere ,
Pour fe trouver plutoft maiftre de la
maison.
Je ne parle point d'une fille,
Dece Sexe diferet & doux :
Mais je confeille à la Famille
De luy vouloir choisir promptement
un Epoux.
Acquitez vous de bonne grace,
Vous qui n'eftes point mariez,
GALANT. 17
Payez fans en eftre priez
Que de Maris voudroient payer en
voftre place !
&
Après tout, Monfieur Colt , pen-
Jez
Que quatre - vingt - quatre ans
paſſez ,
Sont comme la fin de la vie
Qui de l'éternelle eft fuivic .
2
Ainfi vous n'avez pas de tort,
Dans les taxes que l'on impofe ,
De vouloir me traiter de mort.
Un mort ne paie aucune chofe .
Quandje demande, un Debiteur,
Sur ce beau prétexte fe fonde,
Que je dois eftre hors du monde,
Et l'on me traite d'impoftear.
S
Une tres- verinenfe Dame,
Avril
1697.
B
18 MERCURE
Plus devote , s'il fe pouvoit,
A fait prier Dieu pour mon ame
De l'argent qu'elle me devoit.
2
Par cette pieufe affurance
Qu'on me donne de mon trepas,
L'entre moi-même en defiance
Si je fuis , fije ne fuis pas.
S
A mon age ce n'eft pas vivre ,
Monfieur Colt , mes (ens font
perclus.
Effacez-moi de votre Livre ,
Et dites que je ne fuis plus .
J'oubliay le mois paffé de
vous apprendre la mort de
Meffire Pierre Marin , Marquis
de Montmarin , Seigneur
de la Troufferie & autres PlaGALANT.
19
ces , Confeiller du Roy en fes
Confeils , Maiftre des Requeftes
ordinaire honoraire de
fon Hoftel , cy- devant Confeiller
au Parlement de Paris ,
& auffi Maistre des Requeſtes
ordinaire de l'Hoftel du Roy.
Il eftoit Fils de feu мeffire Denis
Marin , Marquis de la Chaftaigneraye
, Seigneur de
Moüilleron , d'Antigny , мenoublet
, & autres Places ,
Confeiller d'Etat ordinaire &
Intendant des Finances , qui a
exercé plufieurs Intendances,
dans les Provinces , & dans les
Armées , comme auffi tenu
Bij
20 MERCUR E
les Etats de Languedoc & dè
Bretagne en qualité de Commiffaire
de Sa Majesté , & eu
diverfes Commiffions tresconfiderables
dans le Royaume
, deſquelles il s'eſt acquitté
avec un zele , une pruden
ce , une capacité & une integrité
extraordinaires , ayant
rendu plufieurs fervices tresimportans
à l'Etat , & qui
avoit époufé Dame мarguerite
Daurat , Soeur de мeffire
Eftienne Daurat , Marquis de
Doüas , Doyen des Confeillers
du Parlement de Paris .
Le Frere ainé de M'marin qui
GALANT. 21
vient de mourir , eft мeffire
Arnoul de marin , Marquis de
la Chaſtaigneraye , Conſeiller
ordinaire du Roy en tous les
Confeils d'Eftat & Privé , cydevant
Confeiller au Parlement
de mets , maiſtre des
Requeſtes ordinaire du Roy ,
Intendant de Justice , Police
& Finance en la Generalité
d'Orleans, premier Preſident
au Parlement de Provence ,
& Comte Palatin , qui est une
dignité ſemblable à celle des
Ducs & Pairs en France , dont
l'a honoré le Pape ClementX.
par un Bref tres - diftingué
22 MERCURE

Ses autres Freres font , M' de
Marin , Seigneur de Moüille-
Chevalier de l'Ordre
ron ,
Militaire de Saint Loüis , maréchal
des Camps & Armées
de Sa Majesté , cy - devant
premier Lieutenant des Gardes
du Corps du Roy dans la
Compagnie de Luxembourg,
quia paffé par tous les degrez
de l'Armée , & a eu l'honneur
de commander plufieurs fois
la maison du Roy; & M'T'Abbé
de Marin , Treforier de la
Sainte Chapelle de Bayeux ,
Chanoine & Comte de Briou
de en Auvergne , & Abbé de
GALANT:
23
Pibraque. Meffieurs de marin
ont deux Soeurs , l'une mariée
à M' du Pleffis Bonneau , autrefois
Procureur du Roy du
Chaftelet de Paris , & l'autre
à Mefire Jean Baptifte de
Forbin , Marquis de la Verdiere
& de la Caftelane , Baron
d'Oppede , Seigneur de
Varages , de Saint Julien , de
Befaudun , & autres places ,
Prefident à mortier au Parlement
de Provence , cy- devant
Intendant d'Armée de terre
& de mer à Meffine & en Si--
cile , cy - devant auffi Ambaffadeur
Extraordinaire de Sa
24 MERCURE
Majeſté en Portugal , & pro
che parent de M' le Cardinal
de Janfon Forbin , dont il por.
te le nom & les Armes . M'de
Marin de la Troufferie dont je
vous apprens la mort , avoit
efté marié avec Mademoiſelle
de Boyer , d'une tres illuftre
Maiſon de Bourgogne , & Fille
de м. Boyer , Prefident au
Mortier du Parlement de Dijon
, de laquelle il a eu un Fils
Capitaine de Cavalerie , & une
Fille , mariée à M. le Marquis
de Sarcé , Marquis de Ville .
gongis.
Je paffe à un article qui ne
doir
GALANT. 25
doit
pas vous déplaire , puis
qu'il regarde la Santé. Il n'y
a perfonne qui ne convienne
que l'homme n'a rien de plus
precieux.
REPONSE
IDEM LAURISOL
DELARE,
Touchant la purgation dans
la Fiévre maligne .
A Sainte Livrade d'Agenois.
MONSI ONSIEUR ,
11 me feroit fans doute
Avril 1697.
C
26 MERCURE
avantageux de ne vous eftre
connu que par le differend
que j'ay avec M. de la Broffe,
fur la faignée dans la Fiévremaligne,
pour ne point perdre
l'eftime que je me fuis
acquife par l'approbation
favorable
que vous luy donnez;
mais puis que vous avez bien
voulu me fournir l'occafion
de me montrer particulierement
à vous par un autre endroit
auffi difficile , je l'embraffe
avec quelque peine ,
dans la veuë que vous vous en
acquittez mieux que moy, &
que ces difficultez ne vien¬
1
GALANT: 27
nent que d'un fond éclairé
dont voftre modeftie tâche à
nous dérober les lumieres
dans toute leur étenduë ; & ce
n'eſt que dans ce feu qui bril .
le dans voftre Lettre
, & que
vous n'avez pû cacher à nos
yeux, que prend naiſſance ce
que je vay vous dire dans la
fuite de la mienne.
C'eft, Monfieur , qu'ayant
bien confideré les differens
eftats étrangers au fang , je
croy pouvoir avancer , que
puis que la faignée & la purgation
font les principaux &
veritables remedes , & qui ſe
C ij
28 MERCURE
fuivent dans les maladies épi
demiques , ils doivent auffi
avoir neceffairement leur alternative
, & comme le prin
cipe qui prouve l'un , doit fervir
de fondement à l'autre ;
pour ne pas multiplier les
eftres fans neceffité , la raréfaction
&la condenſation des
humeurs , accompagnées de
la plenitude des vaiffeaux , qui
indique la faignée , indiquent
en mêmetemps la purgation ,
dont elle doit abfolument
dépendre.
N'est- ce pas ce qu'on voit
fans nuage , lors qu'on s'atGALANT.
29
tache à confiderer le fang
hors de fon eftat naturel ? Car
fifa maffe fe trouve enflâmée,
& qu'elle bouillonne dans fes
vaiffeaux , ou bien qu'elle y
roule d'un mouvement ferré,
vous le fçavez , elle les occupe
dans toute leur étendue . Cependant
fi vous luy donnez
la liberté qu'elle attend de
voftre fecours par la faignée,
elle acquiert beaucoup plus
de confiftance , d'un colté par
la perte de fes parties les plus
fines ; & de l'autre, parce qu'
eftant alors plus en liberté, les
fucs qui s'y mêlent une fe-
Cilj
30 MERCURE
conde fois , qu'on nomme
pour cet effet fecondaires ,
l'affoibliffent , & ce n'eft que
par les purgatifs qu'elle écar
te ces cruels ennemis , qui
s'oppofoient à fon paffage
dans les viſceres.
Il est vray que fi elle eſt
dans une telle difpofition
,
qu'elle rempliffe
tous les vafes
, & dont la fonte , à l'approche
de l'efprit vitriolique
malin , fe faffe dans les premieres
voyes ,alors la raiſon ,
auf bien que l'experience
,
nous fait apercevoir
qu'on ne
doit pratiquer
la faignée qu'à
GALANT. 31
l
la fin de la maladie ; car ayant
vuidé & dégagé le lang d'une
partie de fes entraves par la
purgation , fes parties volatiles
le trouvent plus débaraf
fees , & y caufent par ce
moyen un prompt écartement.
Voulez -vous que nous re-
Alechiffions un moment à ce
que je viens de dire : Ne trouvez
- vous pas que l'embaras
des humeurs qui
regorgent ,
eft la feule circonftance qui
indique feurement la purgation,
que j'appelle à bon droit
turgence de matiere , abfolu
Ciuj
32 MERCURE
ment dépendante de la diffolution
& de la coagulation
du
fang ? Et ce n'eft que pour
mieux appuyer ce railonnement
, que je m'attache d'abord
aux effets differens que
la cauſe morbifique excite
dans nos veines . D'un cofté
je m'apperçois que la diſſolution
eft toujours devancée
de la rarefaction , & fuivie
d'un épaififfement . De l'autre
, je comprens que la coagulation
étouffe , pour ainſi
dire , la chaleur naturelle.
Vous prenez garde fans doute
, que je ne pretens point
GALANT: 33
parler de l'entiere diffolution
& coagulation , qui font ordinairement
accompagnées de
mais de celles qui la mort
n'ont pas entierement énervé
le malade , & qui laiſſent
affez d'efperance à la nature
du recouvrement de fes forces
par la purgation .
Ainfi , pour ne pas m'éloigner
de mon fujet , je dis qu'il
eft difficile qu'un fang épaiffi
par la diffolution ou par la
coagulation , puiffe traverſer
le paffage glanduleux avec
affez de liberté fans y laiffer
de l'embaras , puis que dans
34 MERCURE
:
l'épaififfement il ne sçauroit
avoir affez de vigueur
pour le faire jour au travers
dans tous ces fentiers capilaires
; & dans la condenſation
il n'a pas affez de fubtilité
pour s'accommoder à leur
delicateffe d'où il s'enfuit
neceffairement deux chofes ;
l'une , que les parties deviennent
gonflées & boufies : &
l'autre , qu'une portion de
cette matiere croupiflante.
ayant acquis affez d'aigreur
pour ſe réduire à la figure des
dores , diftile continuellement
dans les premieres
"1
GALANT. 35
voyes , fans parler des autres
cribles , où le même defaut
fe fait fentir également ; &
donnant ainfi les mêmes impreffions
au chile & aux liqueurs
qui doivent foutenir
la fomentation dans le fang,
fermente de nouveau la caufe
continue du mal , & fouvent
la caufe de la mort.
Je ferois bien aife , Monfieur
, que ce fentiment ne
fuft pas éloigné du voftre , &
que vous convin fliez que lors
que la turgence de matiere ſe
manifefte dés les premiers'
jours dans la coagulation feu36
MERCURE
lement , le premier remede
duft eftre la purgation pour le
foulagement du Malade , ce
qui eft bien oppofé dans la
diffolution, où le purgatif ne
doit , à moins qu'on ne vouluft
abreger les jours des ma
lades , eftre donné que pendant
l'eftat de la maladie , &
à fon déclin , comme le temps :
auquel la coction des humeurs
eft entierement faire;
& comme je prouve ce que
j'avance , faites attention , je
vous prie , que les purgatifs.
retiennent dans leur compofition
une fort groffe quantiGALANT.
37
• té d'alkali , & de petits corps
acres benins , & que par là ils
fe trouvent plus que fuffifans
pour vuider non feulement
les premieres voyes dans les
irritations continuelles qu'ils
y cauſent par leur prefence ,
mais même pour rarefier
beaucoup le fang par le grand
mouvement qu'ils font capables
de luy
communiquer , à
raifon de leurs parties alkalines
, defquelles l'efprit celefte
, dont elles font entierement
penetrées , fait toute
l'action .
Réuniffons de grace tour
38 MERCURE
cecy , & difons hardiment ,' .
que fi les purgatifs donnent
au fang plus de mouvement ,
& contribuent puiffamment
à fararefaction
, comme vous
n'en doutez pas , on ne fçauroit
les employer fans un extrême
danger , que dans la
turgente groffiereté du ſang,
& qu'ainfi ils ne peuvent eftre
que fort préjudiciables
, & au
commencement
de la diffo.
lution , & dans l'entiere coagulation
; dans celle - cy , parce
qu'ils diffipent le peu de
forces qui restent à la nature
pour l'entretien de la cirGALANT.
39
culation ; & dans celle - là ,
parce qu'ils irritent lemouve.
ment de fermentation en bri
fant fortement le fang , & en
vuidant les fucsdes premieres
voyes , qui d'ordinaire ont
affez de crudité pour charger
les parties fermentifcibles
de la maffe des humeurs , &
en empêchent la prompte
diffipation par leur mélange.
Enfin fi je veux joindre l'autorité
à la raiſon , je n'ay qu'à
entrer dans cette maxime
bien prouvée , c'eſt l'Aphoriſme
vingt - neuvième de la
fection feconde d'Hipocrate. E
40 MERCURE
Si quid movendum in principiis
move ; aliter quiefcere multum
præftat.
Je n'en dis pas davantage ;
je n'ay parlé que pour vous
plaire. Il me femble que felon
vos fouhaits , j'ay marqué fuffifamment
la réuffite de la
purgation , & l'opportunité
du temps qu'elle exige pour
eftre utile , fans avoir égard
ny au commencement , ny à
la fin de la malignité de la maladie
, pourvû que l'on voye
cette turgence de matiere ,
qui ne manque point de nous
tendre toujours le bras , & à
GALANT: 41
la fin de la diffolution , & au
commencement de la coagulation
.
Tout ce que je viens de
dire , Monfieur , pour l'établiffement
de ce nouveau Syftême
, me paroistra toujours
peu folide , s'il n'a pas voftre
approbation ; & comme je
n'eftime heureux que mon
fentiment ne vous ait pas déplû
au fujet de la faignée , je
croiray l'eftre davantage , fi
celuy que je donne de la purgation
avoit le même bonheur.
Cependant fi vous y
trouvez quelque chofe qui
Avril 1697.
D
42 MERCURE
ne foit pas bien de voſtre
gouft , faites.le moy connoiftre.
Vous obligerez fenfiblement
voftre , & c.
La Piece qui fuit eft trescurieufe.
Cependant c'eſt de
l'Algebre. Ce mot ne vous
épouventera pas , puis que
vous fçavez que l'Algebre
eft l'art de conduire la raifon
dans les Mathematiques , &
que l'on pourroit par fon
moyen rétablir en peu de
temps toutes les bonnes methodes
que ces fciences ont
déja fournies , fielles eftoient
GALANT.
43
>
perduës , & en former d'autres
qui font neceffaires pour les
perfectionner . Il y aune Algebre
Speculative & une
Algebre Pratique . L'une découvre
une fuite de veritez
fort feparées du commerce
des fens , & réfout des Enigmés
, où les autres (ciences
feroient inutiles ; & l'autre eft
une espece de Jeu , qui ne
demande point de contention
, & qui divertit en inftruifant
de forte que plu
fieurs perfonnes de qualité
de l'un & de l'autre Sexe , s'y
appliquent avec plaifir &
;
Dij
44 MERCURE
avec fuccés. Je vous envoye
ray dans une autre Lettre
l'explication de ce que vous
allez lire.
EXTRAIT D'UNE LETTRE
DEM L.
A Mela Comteffe de M *
Our avoir une idée de l'Al-
Pobre gebre qui réponde au
au récit
qu'on vous en afait , ilfaut avoir
quelque connoiffance de fon uſage.
Ilfaut fçavoir en premier lieu ,
que pour refoudre des questions de
Phyfique & de Mechanique par
perte voye , on les transforme d'aGALANT.
45
bord en questions de Geometrie par
moyen des Syftêmes que
l'on as
le
ou de ceux que l'on forme à mesure
que les difficultez le demandent.
De plus, files queftions de Geo
metrie font curvilignes , on les
change en rectilignes , &fouvent
onfe fert du nouveau Systême des
Infinimens petits pour cette fe
conde transformation .
Les queftions eftant devenues
rectilignes, on en fait des questions
d'Algebre , & ily a des Mathematiciens
qui fe fervent encore des ,
Infinis pour cette troifiéme transformation.
Enfuite l'on transforme le
46 MERCURE
questions d'Algebre , pour réduirè
à une feule égalité la difficulté de
les réfoudre , & quelquefois l'on
fait concourir les Infinis avec la
Phyfique , pour abreger ou pour
éviter cette réfolution & cette
transformation
.
Ces Infinis font d'un grand
fecours en certains cas , pour réduire
un Problême de lignes courbes
, en problême rectiligne , pourvú
qu'on les manie avec tous les
ménagemens qui font dûs à leur
Petiteffe , & c'est en cela auffi que
confifte tout le Sublime de la Geometrie
tranfcendante. Mais iln'eft
bas facile d'en expliquer toutes les
a
GALANT. 47
Metamorphofes , ny de les appuyer
par des preuves folides ; & tou--
tefois l'on fent qu'elles feroient
fort commodes fi l'on avoit des
marques pour reconnoiftre ce que
l'on cherche quand on l'a trouvé
par cette voye là. Ainsi , l'on y
voit des avantages & des écueils,
il paroift auſſi que ces petits
Infinis ont des partisans des
adverfaires de divers ordres.
Pour s'accommoder à tous , o78
pourroit diftribuer en differentes
claßes toutes les fuppofitions qui
ont efté faites fur ce sujet , selon
les differens paradoxès qu'-
'elles renferment pour en tirer des
48 MERCURE
élemens , où chacun pust seperfua
der àfa maniere , & s'en occuper
fuivant fa portée &fes inclinations
. Plus on mettroit de difficulté
dans les principes , moins il. en
resteroit pour les methodes , &l'on
auroit encore l'avantage degagner
en abregemens ou en fecondité , à
mesure que l'on perdroit en évidence.
Ilfaut convenir neanmoins
que tous ces élemens feroient fort
inutiles pour les Sçavans , qui
rejettent toute forte d'indivifibles ;
& l'on sçait auffi que toutes les
methodes formées ou expliquées
par des Systêmes de l'Infini ,ſuppofent
une grande connoiffance de
FAlgebre.
GALANT. 49
T'Algebre ; carfi l'on n'emprunte
ordinairement que les caracteres
& le langage qui font particuliers
à cette fcience pour de grands
Problêmes , c'est que l'on ne fait
qu'une partie de ce qu'il faudroit
faire, & l'on voit souvent auffi
queleschofes qui reffent,font celles
où se trouvent les principales difficultez
Mais par l'Algebre
même qu'on a fupposée pour le
i foutien des Infinis , on pourroit
toujours les éviter quand il s'agit
S des deux dernieres transforma..
tions , où d'une partie de la fe :
conde , & generalement de toutes
les Mathematiques pures ; de maz
Avril 1697:
E
50 MERCURE
1
niere que fi on les y introduit , ce
ne doit estre que dans la veüe d'abreger
, & toutefois pour chaque
question où ils abregent , il y en a
mille autres où ils feroient incommodes
. Cependantfi l'on prend
foin de chercher les questions qui
leur font propres , ou que lony
tombe fans cela , les abregemens
qu'ils fourniffent font toujours
confiderables , il eft facile d'en
trouver plufieurs exemples dans
les lignes courbes . D'ailleurs le
Feu en eft beau. Fefens qu'ilferois
ma folie , s'il eftoit de mon projet ;
mais mon entrepriſe feroit encore
au deffus de mes forces quand je
4
GALANT ST

y
15
en
ns

n'y comprendrois que l'Algebre
dont on a fupposé la connoiffance
pour le Système des Infinis Il
faudroit en tirer une partie d'une
efpece de cabos , où elle eft com
me confonduë parmy un grand
nombre de propofitions & de me
thodes tres défectueuſes , en ajoû
ter d'autres beaucoup plus importantes
, les démontrerfolidement,
choifirparmy les differentes routes,
celle qui a le moins de defautspour
établir de l'ordre , & cela pour.

un genre de perfuafion , où les .
de part. Mais
fens ont fort peu
avant que de démontrer les bønnes
methodes que nous avons , il
E ij
52 MERCURE
+
faut y ajouter les Regles que l'on a
promifes ; c'eft dans cette vue
quel'on avoitformé celles quej'ay
T'honneur de vous envoyer. Je ne
les ay point chargées d'explications
, parce que laperfonne qui les
demande eft versée en Algebre.
REGLES
ET
REMARQUES
Pour les queftions indéterminées
de l'Algebre.
1. Si l'on transforme les
égalitez d'un Problême ſur
GALANT:
53
l'Arbre de Direction , il faut
y comprendre celles qui ne
renferment aucune incon
nue , lors que les quantitez
données qui s'y trouvent ,
font conceuës en termes ges
neraux , à prendre autant de
ces quantitez , s'il eft poffible ,
qu'il y a de ces fortes d'égali .
tez pour leur fervir d'inconnuës
. Cela eft utile pour con.
noiftre les indéterminations,
& le genre des Problêmes ,
&c.
II. Lors qu'il s'agit de faire
une fubftitution de plufieurs
racines qui ne peuvent
E ii
$4 MERCURE
point eftre exactement feparées
, l'on peut les fubftituer
toutes à la fois fuivant la pre
miere regle de l'Arbre de dire
tion; &c'eft ainfiquel'ondoit
faire cettefubftitution,quand
Son doute de fes effets à l'égard
de l'indétermination
ce qui fert encore pour réduire
les Arbres de retour en
colomnes finales , & c .
III. Si l'on difpofe de fuite
toutes les égalitez du Problême
propolé avec celles qui
en refultent , quand on fait
évanouir les inconnues fur
Arbre de direction , & que
P
GALANT.
55
l'on y fubftitue les valeurs
exactes qui donnent des indeterminations
dans l'arbre
de retour , alors on décou
vrira aisément fi ces indéterminations
conviennent au
Problême propofé , quelle
en eft l'origine & l'efpece , &
la maniere de pourfuivre .
IV. Lors que l'on n'a qu'-
une feule égalité , on peut
trouver les principales deter
minations de fes inconnues
par le moyen de la regle fuivante.
Formez la Cafcade imme
diate de chaque inconnue ,
E iiij
56 MERCURE
prenez chacune de ces Calca
des avec l'égalité propofée ,
& confiderez
chaque prife
comme un Problême . Ainfi .
chacun de ces Problémes
44 n'aura
que deux égalitez , &
s'il n'y a que deux inconnuës
dans la propofée , l'on n'aura
auffi que deux Problêmes
; ce
qui fait le premier cas .
S'il y a trois inconnuës
chacun des trois Problêmes
fe reduira au premier cas. Sil
y en a quatre , les Problêmes
Le réduiront au ſecond cas ;.
ainfi de fuite à l'infini , de
maniere que tous les cas fe
GALANT
57
L
reduifent au premier.
Cette regle fuffit pour s'aflurerfi
la propofée eft toute ima
ginaire, pour la baiffer & pour
la refoudre
; mais s'il y avoit
une inconnue
dont le plus
haut degréfuft impair, ou que
fon abfolu fuft negatif, cette
regle ne feroit pas neceffaire
pour trouver
des folutions
autant qu'on en voudroit
; &
fil'on veut avoir toutes les déterminations
, il faut l'Article
fuivant.
V. Prenez toutes les cafcades
de chaque inconnuë , confiderez
chacune de ces cafca$
8 MERCURE
des , avec l'égalité propofée
comme un Problême , &
pourfuivez fur chaque Problême
ainfi formé de même
que dans l'Article precedent ;
de maniere que fr la propo
fée s'appelle B. & qu'elle n'ait
que deux inconnuës x , y , on
prendra d'une part B avec tou
tes les cascades de x chacune
féparément,& le même B avec
toutes les cafcades de y chaey
cune à part. Enfuite l'on appliqueroit
la même regle fur
chaque reduite de chaque
Problême , ainfi de fuite jufqu'à
ce qu'il ne fe trouve qu'
GALANT.
$9.
une feule inconnue dans les
reduites , ou qu'elles foient
refoluës , ce qui n'empefche
pas qu'on ne puiffe auffi comparer
ces cascades entr'elles ,
fuivant les deffeins qu'on fe
propofe , comme on le dira
dans la fuite . Ainfi l'Article:
precedent n'eft qu'un cas de
celuy- cy , & l'on peut encore
obſerver en paſſant que fi
on les appliquoit aux jégalitez
qui ont des fractions ou
des fignes radicaux , les cafcades
ne laifferoient pas de
renfermer toutes les determinations
dès racines égales ,
60 MERCURE
fans qu'il foit neceffaire , à cet
égard , de les délivrer de ces
fractions & de ces fignes , avant
ny aprés l'operation .
VI. Si la propofée eftoit
mefurée par une puiffance litterale
, plus cette puiffance
auroit de divifeurs égaux , &
ces divifeurs d'inconnuës
plus auffi les deux derniers
Articles fourniroient de Problêmes
indeterminez ; &
comme l'évanouiffement dés
inconnues donneroit tous ces
diviſeurs égaux , on pourroit
les feparer facilement. L'on
gourroit auffi refoudre la praGALANT.
61
pofée en tous fes produifans ,
quand elle en a , & appliquer
fur chacun les Articles IV. &
V. C'est le meilleur party
pour la determination des
imaginaires , &c.
VII. S'il ne s'agit que de
racines égales ou de determinations
équivalentes , on peut
augmenter ou diminuer d'une
quantité indeterminée chaque
expofant de l'inconnuë ,
avant que de former les cafcades
, & faire par confequent'
qu'uncoefficientpris àvolonté
dans la refultante foit détruit ,
ou bien égal à une quantité
62 MERCURE
donnée comme on voudra.
. VIII. Pour conferver aux
hypothefes moyennes & à
leurs refultats la plenitude de
leur indetermination avec la
liberté de fixer une origine ,
on peut encore fe fervir de la
regle que M. R. a donnée
dans fon Traité d'Algebre ,
page 143. Cette regle ſert auſſi
pour éviter les negations
mais pour cela il en faut encoreune
autre que cet Auteur a
donnée dans le dernier Cha
pitre du premier Livre de ce ,
Traité , fuivant laquelle on
peut détruire les puiffances
GALANT. 63
d'une même inconnue lors
qu'elles font oppofées par
leurs fignes en differentes
égalitez , à meſure qu'on en
fait la degradation pour l'évanouïffement
des inconnues .
Où il faut obferver de mettre
dans les nouvelles Claffes tous
les multiplicateurs dont l'af
firmation eft douteuse, & d'en
faire de même pour les divifeurs
, ou pour leurs dividendes
, foit que l'on délivre les
quantitez de leurs fractions ,
ou qu'on faffe quelqu'autre
ufage de ces divileurs pour
cette methode.
64 MERCURE
IX. Avant que de chercher
la determination des racines
égales par les Articles precedens
, il feroit quelquefois
avantageux , quand il y a des
termes défaillans , de prendre
autant de binomes indeterminez
, qu'il y a d'inconnuës ,
chacune le fien : de maniere
neanmoins qu'ils foient tous
du premier degré & qu'
une mefme indeterminée fe
trouve dans chacun , ou bien
au lieu d'un binome l'on peut
prendre une fraction littérale
auffi compofée qu'on voudra ,
pourvû que le degré de la re- .
GALANT.
65
fultante ne paffe point le degré
de la propofée , & meſme
ces regles ont des ufages où
l'on pourroit faire que le degré
de la refultante furpaffaft
celuy de la propofée .
L'indetermination de furcroift
peut fervir pour introduire
ou pour exclurre des
racines égales & des imagi
naires , & c. mais fi l'on examinoit
une égalité où il y euft
des quantitez données , on
pourroit aufli les prendre
pour les inconnues des égalitez
auxiliaires . Et fi l'on fuppole
des égalitez indetermi--
Avril 1697. F
66 MERCURE
nées d'un degré tel qu'on
voudra , qui foient d'ailleurs
conceues de la maniere la plus
generale , l'on peut auffi par
le moyen des Articles precedens
& des égalitez auxiliaires
, trouver toutes les folutions
notables dont ce degré
eft capable & celles de tous
les degrez au deffous fans introduire
de nouvelles indeter
minées .
Si les degrez eftoient conçûs
en termes generaux , on
pourroit s'aider de l'Article
VII.
X. Si une égalité a pluGALANT.
67
71
e
S
fieurs produifans , & que chacun
foit fuppofé égal à rien ,
plus l'on pourra refoudre de
ces fortes d'égalitez , plus
auffi la refolution principale
pourra eftre complette ; ce
qui fournit des folutions notables
, qui ont differens ufages
, felon la multitude des
produifans , la fituation , les
degrez & la multitude de leurs
inconnues , & c.
XI. S'il y a un Problême
dont la reduite ait deux inconnues
, & qu'il y en aic
une dont les derniers termes
foient évanouis , alors on
Fij
68 MERCURE
pourra en tirer deux produi
fans , pour la refoudre , &
prendre pour un des deux la
plus haute puiflance de cette
inconnuë qui divife cette reduite.
Si le Problême formé desdeux
égalirez que donnent
ces produifans ne renferme
aucune contradiction , toutes
les refolutions qu'il fournira
donneront autant de folutions
notables de la reduite
propofée , & fice Problême
eft determiné la reduite propolée
fera determinée auffi ,
par le moyen de cette folu
GALANT. 69
[
ES
L
tion notable. Mais fi l'on fe
fuft contenté d'une folution
fuffifante à l'ordinaire , cette
reduite & le Problême principal
d'où elle est dérivée auroient
efté indeterminez , ou
bien toutes fes conditions
n'auroient pas efté exprimées
par des égalitez , & dans ce
dernier cas il faut s'affurer G
cette folution notable fatisfait
aux conditions qui manquent.
Pour cet effet il ne fuffit pas
de fçavoir qu'une des incon--
nuës doit eftre égale à rien
cela ne fert qu'à faire diſtri70
MERCURE
buer le petit Problême en
deux autres , par la regle de
l'Arbre de direction . Il fauc
encore prouver que ce Problême
eftant determiné dans
un des noeuds , fa determination
renferme toutes les conditions
qui avoient eſté obmi-
'fes , en reduifant aux termes
Algebriques le Problême
principal , & fi cela eft , il n'eft
jamais difficile de s'en convaincre
en pure Mathematique
, par le moyen de ces demonſtrations
qui reduiſent à
l'impoffible.
XII . C'est pourquoyfi l'on
GALANT .
7
fçait que les derniers termes
d'une reduite doivent eftre
évanouis & qu'elle doit
eftre refoluë , felon deux de
fes produifans dans le fens de
l'article XI . on pourra la réfoudre
ainfi , avant que de
paffer plus avant , foit que
cela arrive dés le commencement
, ou dans la fuite de
l'Arbre de direction ; & il eft
avantageux de réiterer cela
aurant de fois que
l'on peut
prévoir le même cas dans chaque
égalité de chaque noeud ,
parce que cela eftabregeant .
XIII. Siune même égalité
7 MERCURE
a plufieurs inconnues , & que
leurs derniers termes duffent
eftre détruits dans le fens de
l'Article XI. on pourroit introduire
un commun Divi
feur , qui deviendroit un des
deux produifans , comme on
l'a fait dans le Journal des
Sçavans du 28. May dernier ,
pour un cas particulier ; ce
qui peut encore fervir pour
abreger les derniers articles .
Si le dernier terme , ou
plufieurs derniers termes con
fecutifs de l'inconnue commune
ſe détruiſent , leur évanoüiffement
eft d'une utilité
confiderable,,
GALANT. 73
Confiderable , & il y a des cas
où les évanouiffèmens par
tiels ont un ufage d'autant
plus remarquable, qu'il arrive
plus rarement.
Le terme penultiéme de
l'inconnue commune fournit
les premieres formules , l'antepenultiéme
fournit les fecondes
; ainfi de fuite en retrogradant
, d'où l'on peut
tirer les formules mixtes &
les incompletes .
L'on peut auffi trouver ces
mêmes formules par l'article
V.fil'on obferve de ne point
retrancher des Cafcades rou-
Avril 1697.
G
74 MERCURE
tes les racines qui font des
zeros , & que l'on exprime
par un même caractere tous
ceux qui appartiennent à une
même égalité de maniere
que ce caractere augmente
en dimenfions à meſure que
fon inconnue diminuë , & c.
XIV . Si un Problême eft
exprimé par plufieurs égalitez
, & qu'en ayant tiré toutes
les premieres formules on
faffe évanouir les expreffions
qui ne font que des zeros , les
refultans appartiendront
au
Problême , dans le cas des
derniers articles.
GALANT, 75
Et de là on tire aifément
differentes formules pour
chaque reduite du Problême,
fans qu'il foit neceffaire de
la connoiſtre , par les differentes
manieres de pourfuivre
l'évanoüiffement dans les
inconnues-mêmes , aprés celuy
des zeros.
Mais comme il eft aifé de
lonner une regle pour trouverautant
de Problêmes qu'-
on voudra , qui fe reduifent
une égalité donnée , on pour
ra aufli faire varier la formule
autant qu'on voudra , fi l'on
applique ce quinziéme arti
Gij
76 MERCURE
cle à ces Problêmes , & l'on
peut faire encore de femblables
applications pour les au
tres elpeces de formules.
REMARQUES.
Si l'on a une égalité dont
l'inconnue foit x , qu'il y ait
plufieurs racines égales , &
que chacune de ces racines
foit zero , il y aura toûjours
autant de derniers termes
évanouis qu'il s'y trouvera de
ces fortes de racines , & ja
mais davantage. Et de là on
peut voir le rapport de ces
GALANT.
ワウ
deux voyes que l'on a fuivies
pour trouver les formules.
S'il y a des grandeurs don
nées dans un Problême, & qu
on veuïlle examiner le cas
où quelques - unes de ces
grandeurs doivent effre reduices
à rien , auffitoft l'on
s'apperçoit qu'en prenant
l'expreffion d'une de ces grandeurs
pour l'origine de la reduite
, fon dernier rerme doit
S eftre évanoui . Ainfi l'on peut
es confiderer le cas du zero aux
articles precedens , comme
s'il derivoit d'un Problême
plus general , & ſe ſouvenir
Gij
78 MERCURE
que les expreffions qui ne de
fignent que des zeros , ne laif
fent pas de foutenir les rapports
des quantitez exiftantes
, jufqu'à ce qu'il ayent paf
fé de l'arbre de direction dans
l'arbre de retour.
Pour forcer les derniers ter
mes à le détruire dans le cas
propofé, il faut fuppofer que
chacun eft égal à rien, & pren
dre des quantitez données
pour fervir d'inconnues à toutes
ces égalitez. En cela il ne
faut pas oublier les égalitez
que fournit le premier article,
& fi l'on en veut d'autres qui
GALANT. 79
foient fort abregeantes , l'on
n'a qu'à obferver les autres
quantitezdonnées quidoivent
fe détruire en conſequence ,
ou leurs differences , & c .
Lorfque l'on applique cette
derniere Remarque aux
Problêmes rectilignes , on en
tire à la fois & des courbes &
a determination de leurs tangentes
. L'on voit auffi que la
voye la plus ordinaire dont
on ſe fert pour cette determi
nation eft de former un petit
Problême rectiligne, d'où l'on
tire un Problême d'Algebre
qui eft indeterminé , & il ſem .
Giii
80 MERCURE
ble que la maniere de le déter
miner , n'ait efté fabriquée
qu'à la vue des bons modeles
que l'on avoit déja.
Pour l'inverfe des tangen.
tes , je trouve que le calcul en
eft long par la Methode de
R. L. mais on pourroit l'abreger
en examinant les folutions .
notables de l'égalité requife ,
que doit fournir l'égalité propofée
, comme il arrive quand
on fubftituë un zero , au lieu
de l'expreffion de la fouſtangente
par tout où elle fe trous
ve ; car fi l'on compare les res
fultats entr'eux & avec la fuppofée
, l'on s'apperçoit bien
GALANT. gi
toft fi elle doit eſtre excluë ,
& l'on peut tirer de cette fuppofée
differentes expreffions
de la
fouſtangente , & c . pour
avoir un plus grand nombre
de refultatssce qui eft d'autane
plus expeditif que les exclufions
mêmes inftruifent toû
jours de la forme que doit
avoir l'égalité requise & la
courbe qu'elle exprime. Mais
pour de plus grands abrege
mens il faudroit une Theorie
particuliere fur les termes évanouïs
fimples & mixtes , fur la
Logiſtique des Expofans , fur
la methode d'évanouir les ing
82 MERCURE
connues, &c. Les points no
tables des courbes y fervent
beaucoup , & comme l'on
peut trouver leurs plus gran
des & plus petites curvitez
abfolues & relatives , par le
moyen des articles precedens,
on peut auffi determiner tous
ces points & en tirer avantage.
La determination des affymptotes
dépend d'une espece
de divifion tres-facile àregler
par le moyen des parametres
indeterminez & des égalitez
auxiliaires Mais l'on peur dire
en general que pour trou
ver toutes les lignes & les
GALANT. 83
E
5,
75
1.
es
es
points notables qui ont rela
tion à un lieu donné , il feroit
fouvent avantageux de le preparer
fi generalement , qu'une
ligne droite quelconque
du plan de la courbe , puiffe
en eftre l'axe . Cela eft fort
facile , & alors l'Article IX.
devient inutile à cet égard
Vous fçavez quelle gloire
s'eft acquife la Fauvette de la
celebre Sapho. Il ſemble qu'-
elle fe renouvelle toutes les
années par le retour du Prin
temps . C'eft ce qui a donné
lieu à un jeune Gentilhomme
84 MERCURE
de faire les Vers que vous
allez lire.
LA FAUVETTE
DE SAPHO
Au Moineau de Sylvie
L
Es Oiseaux avec envie
Meregardent prefque tous
Je fais de même de vous.
Ab , vous estes à Sylvie.
Sylvie.
$
Te ne commence mes chants
Que lors qu'on voit la verdare'
Renouveller la nature ;
Vos plaifirs font de tout temps.
ශ් රී
Chez Sapho dans unlieu fombre
GALANT: 85
Te me repofe fouvent.
Chez Sylvie également ,
Vous vous reposez à l'ombre.
r
Dans fes mains elle vous prend
Vous carreffe , vous embrasle,
Et vousy tenez la place
Du Dieu de tous le plus grandi
2
Si je puis qüirfans ceffe
Refpirer les doux zephirs ,
Vous entendez les foupirs
De noftrejeune Maiftreffe.
Tefte à tefte , comme on fçait ,
Vous avez drait de luy dire
Les fentimens qu'elle inſpire,
Ab, Moineau, c'eft un fecret;
$
Changeons defurt , de ma vie
Quoi qu'on vante la douceur
86 MERCURE
Je ne compte pour bonheur
Que celui d'eftre à Sylvie.
REPONSE DU MOINEAU
F
A LA FAUVETTE.
Aavette trop inconftante ,
Quel langage tenez- vous ?
Veftre deftin eftfi doux.
Pourquoy n'eftre pas contente ?
On vous attend au Printemps
Avec tant d'impatience ,
Et Sapho plaint voßre abfence
Quand vous retournez aux champs,
Elle chante voftre eloges
Bien du monde lay répond,
Et l'on en voit qui vous font
Donner des avis au Doge.
GALANT. 87
Mais pour moy , je ne fçay pas
Si je plais à ma Sylvie's
Je l'aime plus que ma vie.
Eft- ce affezpour tant d'appast
&
Vous eftes fur un feuillage,
Où vos concerts languiffans
Charment l'oreille & les fens
De votre maiftreſſe fage.
&
Zefuis fouvent parfaveur
Sur la gorge de ma Belle ;
Mais on ma conppé chaque alle
De peur que je n'aille au coeur.
S
j .
3.Vous refpirer le zephite
Enformans vos chants nonveans
Ce n'eft pas pour des moineaux
Que Sylvie , helas , fonpire.
88 MERCURE
S
On vous écoute chanter
Avec une joye extrême.
Ah ! je ne fais pas de même,
Que ne veut-on m'écouter !
2
'Mais enfin , quoy que je die
Que je languiffe toujours
Je veux terminer mes jours
An fervice de Sylvie,
M' de Fer, qui ne ſe laffe
point de travailler pour le
plaifir & pour l'utilité du Pu
blic , & de faire plus de depenfe
qu'on n'en fait ordinai.
rement en ces fortes d'occafions
, vient de donner un
nouveau Plan de Paris. Il eft
GALANT. 89
1
generalement loué , & le premier
qui ait paru avec les divifions
des quartiers de Polis
ce , qui font tres - curieufes &
tres utiles. La bordure eft
compofée des principales
Maifons Royales , & des plus
beaux Bolquets de Verfailles.
Cette Bordure eft tres - ingenieufe
& tres- bien gravée,
auffi bien que le Plan , dans lequelles
grands enclos ou Jar
dins fontdeffinez d'aprésle naturel
,du nombre defquelsfont
les Tuilleries , le Luxembourg,
les Chartreux , &c . On y a
auffi marqué les nouvelles
Avril 1697. H
90 MERCURE
ruës , & ce qui eft fait de la
nouvelle enceinte
, ainfi que
ce qui refte à faire.
Vous m'avez témoigné a
voir envie de fçavoir quelles
font les Cartes que M ' Nolin,
Geographe de S. A. R. Monfieur
, a miſes au jour depuis
fa grande Carte de France ,
qui parut en 1693. avec le Livre
des Divifions Geographiques
de la France , par M
Tillemon. Je pourrois vous
fatisfaire la deffus en fort peu
de mots , en vous difant qu'il
a donné la Picardie , la Normandie
, la Bretagne , & le
GALANT: 91
Lyonnois; mais je croy devoir
ajoûter quelques Remarques
fur chacune de ces quatre
Cartes , ce que je feray en les
mettant fuivant l'ordre des
Pays , fans avoir égard aux
dates.
La Picardie. Le Titre qu'on
lit fur cette Carte eft curieux,
en ce qu'il fait voir la difference
qu'il y a entre la Province
& le Gouvernement de
Picardie. Beaucoup de gens
n'y prennent pas garde ; ce .
pendant il est tres vray que
toute la Picardie n'eft pas du
Gouvernement de Picardie,
Hij
92 MERCURE
Par exemple , les Pays de
Beauvaifis , du Noyonnois ,
du Laonnois , font du Gouvernement
general de l'Ile
de France , & oonntteeſfttéé tirez de
la Province de Picardie, com
me tout au contraire l'on a
joint au Gouvernement de
Picardie le Comté d'Artois ,
qui eft une des Provinces des
Pays bas. Ceux qui nous donnent
des metodes ou des abre
gez pour apprendre la Geographie,
devroientfaireremarquer
ces fortes de chofes, qui
font curieufes & neceffaires à
fçavoir ; mais pour cela il ne
GALANT.
93
e
ใจ
faudroit pas fe copier les uns
les autres . L'Auteur a eu raifon
de ne divifer cette Pro-
C vince qu'en Haute & Baffe.
Picardie. L'explication des
marques fait connoiftre les
2 Villes où il y a Evêché , Ab
baye , & c. Le Village de Cai
gny , qui eft au Nort - oüeft
de la Ville de Beauvais en
Beauvaifis , eft maintenant
le Duché de Bouflers. On l'a
marqué fur la Carte.
5,
es
7.
La Normandie . Il faut re
marquer que la Province &
le Gouvernement font diffe
rens en quelque chofe. Le
94 MERCURE
2
Havre de Grace eft de la Hau
re Normandie; cependant il
fait un Gouvernement en
chef. Une partie du Pays Ver
xin , qui eft de la Province , a
efté unie au Gouvernement
de l'Ile de France , c'est pourquoy
on l'appelle Vexin Fran
fois Les noms des Pays ont
cité mis à peu près où ils font.
Je dis à peu près , parce que la
Divifion geographiquedeces
Pays n'eft pas certaine , quel
ques uns mettant dansunPays
Villagesquin'enfontpas , fe- des
lon d'autres , particulierement
fur les confins , & où les pays
GALANT. $95
3
I
fe touchent. Il n'en eft pas de
même des Divifions Ecclefia
ftiques, ny de celle des Bailliages
& des Elections , chacun
eftant obligé de fçavoir de
quel Diocele il eft , où il doit
aller plaider , & en quels endroits
il faut payer la Taille .
Comme cela eft d'un ufage
journalier , l'on y eft attentif.
L'Auteur de cete Carte a eu
raifon d'y mettre la divifion
des Dioceſes . S'il avoit eu cel .
VS les des Bailliages , apparem
e. ment elles y euffent trouvé
1 place , & il les auroit diftin-
25
guées par differentes fortes
95 MERCURE
de points. L'explication des
marques fait connoiftre les
Villes , ou les autres lieux qui
ont quelque prérogative qui
les diftingue. Les gros points
fongs marquent les limites de
la Normandie ; les petits
points font les Dioceles , qui
en quelques endroits fortent
hors de la Province Par exem
ple , l'Evêché de Séez com
prendune partie du Perche
& de la Normandie. L'Evêché
du Mans s'étend dans la
Normandie & dans le Maine,
&c.
La Province & le Gouver
nement
GALANT. 97
J
S
nement de Bretagne ont à la
verité les mêmes limites en
general , mais les Divifions
Geographiques en font differentes.
, La Province eft divifée
en Haute & en Baffe Bretagne.
Les limites de l'une &
de l'autre de ces deux parties.
font marquées fur cette Carte
par des points longs , où
l'on doit remarquer qu'il y a
des Diocefes qui y font coupez
fort inégalement , comme
font les Evêchez de Nan-
1 tes , de Vannes & de S. B. ieu ,
qui font en partie de la Haute
& de la Baffe Bretagne . On
Avril 1697.
ך
1
98 MERCURE
n'a encore eu fur aucune
Carte gravée le Gouverne
ment general de Bretagne
divilé en fes deux Lieutenan
ces generales. On y remar
que la Lieutenance generale
de Bretagne fubdivifée en
deux Lieutenances de Roy ,
qui comprennent plufieurs
Evêchez. Dans la Lieutenan
ce de Roy de la Haute Bre
tagne , l'Evêché de Vannes y
eft tout entier , au lieu que
par rapport à la Province , ce
Diocele eft partagé dans la
Haute & la Baffe Bretagne
par les points longs , comme
GALANT.
99
1
je l'ay déja dit. Cet exemple
fuffit pour
faire connoiftre la
difference qu'il y a entre la
31 Haute Bretagne , confiderée
comme partie de la Province ,
& la Haute Bretagne Lieute-
1 nance de Roy du Gouvernement.
Je ne vous feray point
icy un long détail de toutes les
autres Remarques curieufes.
Legrand nombrede pofitions
1 qu'il ya de cette Carte , donne
lieu de croire qu'on
n'en a pas imprimé juſqu'à
prefent une meilleure . M
Nolin , quien a dreflé le Plan,
a trouvé â propos de fuivre
Δε
I ij
100 MERCURE
les Obfervations Aftronomi
ques de Meffieurs de l'Academie
Royale des Sciences.
Ces Meffieurs prétendent
qu'aprés avoir obſervé exa-
&tement les Satellites de Jupiter
, ils ont reconnu quil
falloit rétrefir noftre Conti
nent d'Occident en Orient,
c'est à dire , faire la Terre
moins grande qu'on ne l'avoir
crue jufqu'à aujourd'huy ,
ayant trouvé depuis Breft,qui
eft à l'extremité occidentale
de Bretagne , jufqu'à Siam ,
dans les Indes Orientales
vingt degrez de longitude
GALANT:
de rétreffiffement. Ils doivent
donner dans peu au Public
une Differtation , où ils érá
bliront folidement ces retref
fiffemens. Cependant M ' Nolin
pretend avoir trouvé le
moyen de les accorder avec
l'opinion commune , en mertant
deux échelles , une pour
les diſtances Aftronomiques ,
& l'autre pour les diftances
itineraires. On n'a qu'à lire
fon Avertiffement , il rend
raifon de quelle maniere l'on
doit s'en fervir .
Le Gouvernement general
de Lyonnois. Cette Carte cft
I iij
102 MERCURE
·
7
tres particuliere. Elle com .
prend les Provinces de Lyonnois
, Foreft & Beaujolois , dont
les limites font marquées par
des points longs . Il y a auffi
la Generalité de Lyon , diftinguée
en plufieurs Elections ,
qui font feparées les unes des
autres par de petits points
ronds . L'on y voit encore
dansles confins laplus grande
partie delaBreffe , oùeft encla
véela Principauté dedombes .
Cette Carte a efté faite pour
l'Hiftoire de la Ville de Lyon ,
du Pere Meneſtrier , Jefuite .
Pour voir la difference du
GALANT. Jog
Gouvernement militaire du
Lyonnois qui fubfifte aujourd'huy
, d'avec celuy qui fut
fait à l'Affemblée des Etats ,
tenue à Paris en 1614. on a
mis une petite Carte de ce
dernier, en les comparanten.
femble. On voit que celuy
des Erats eft une fois plus
grand que le Gouvernemen
de Province ou militaire , &
même qu'il comprenoit des
Provinces qui font aujour
d'huy des Gouvernemens de
Provinces en chef, comme le
Bourbonnois l'Auvergne , &
la Marche. Il y a quelques
I iiij
104 MERCURE
années que feu M' Sanfon ,
Geographe du Roy , mit au
jour la Carte du Dioceſe de
l'Archevêché de Lyon , en
quatre feuilles. Il eft certain
que depuis ce temps - là on
n'avoit rien donné de meilleur
; mais comme il eft arrivé
plufieurs changemens , que
des Villages qui y eftoient
pour lors ne fubfiftent plus
aujourd'huy , qu'ily avoit des
noms corrompus , & qui à
peine eftoient connoiffables;
cela obligea M l'Intendant
de Lyon de faire faire une
nouvelle Carte, qui reprefenGALANT
10
taft les choſes comme elles,
font prefentement. L'on y
travailla fur les lieux , & c'eft
Σ
d'aprés le deffein original di
cette Carte , & fous la con
duite du Pere Menestrier , &
de M' de la Valet , Subdele
gué de M l'Intendant , que
M' Nolin a travaillé à faire
graver celle dont je parle
qu'on voit aifément n'eftre.
point une copie de celle de
M'Sanfon , ny pour le Plan
ny pour les Divifions Geos
graphiques. Il feroit à fouhai
ter que chacun dans fa Province
vouluft donner d'auffi
#
106 MERCURE
bons Memoires. Le Public
(en profiteroit , & cela feroit
honneur à la France , fa
I'M Nolin a mis au jour
encore quelques autres Car
res, dont je vous entretiendray
une autre fois , particu
dierement du Canal Royal de
Languedoc , qu'il a fait en
arois grandes feuilles.
Mr Puylata de Lion a eu
l'honneur de prefenter au
Roy il y a quelques jours , le
fameux Bouclier d'argent qui
fat pefché dans le Rhône en
1656. & dont M'Spon a public
GALANT. 107
üne belle Differtation en 1683 .
qui eft à la tefte de fes Recherches
curieufes d'Antiquité. Cer
Auteur croit aveclesAntiquai.
res les plus éclairez , qu'il eft
du temps de Scipion l'Africain
, & que l'Hiftoire qui y
eft repreſentée eft l'action de
vertu que fit ce General de
l'Armée Romaine , à la priſe
de Carthage la neuve en Efpagne
, lors qu'il rendit au
Prince des Celtiberiens cette
belle Prifonniere qui fut trouvée
parmy les dépoüilles des
Ennemis. Le Roy a reçu avec
beaucoup d'agrément ce
108 MERCURE
beau refte de l'Antiquité , & i
l'a fait mettre dans fon Cabi
net de Medailles.
a
Tant de perfonnes meu
rent tous les jours d'apople
xie , que vous ne ferez pas
fâchée que je vous faffe part p
de ce qui a efté écrit fur cette
matiere par M' du Fort , Me
decin d'Agen.
DISCOURS
touchant les differentes caufes
de l'Apoplexie.
L
'Homme eft fans doute
le chef- d'oeuvre de la
Nature ; auffi a-t-elle mis tout
T
GALANT. 109
en ufage pour le rendre im
mortel. Elle a d'abord tâché
de le faire refpecter de tous
les élemens ; elle luy a donné
de l'adreffe pour dompter les
animaux les plus rebelles , &
pour apprivoiler les plus farouches
; elle luy a découvert
tous les fecrets , afin qu'il les
fift fervir à fes ufages ; enfin
cette partie où l'ame exerce
fes fonctions fublimes , qui le
mettent fi fort au - deffus des
brutes , eftant continuelle.
ment exposée à toutes les injures
externes , elle a eu le
foin de la munir d'un double
110 MERCURE
rempart & de tegumens épais
qui puffent l'en garantir : mais
comment pouvoit - elle donner
cette immortalité qu'elle
n'a pas ? Ses mefures & fes
précautions ont efté courtes ;
car outre que cette partie reçoit
du dehors même de puiffantes
infultes , il s'y allume
fouvent une guerre inteftine
qui détruit en un moment
tout ce grand ouvrage.
La funefte maladie dont
j'entreprens de déveloper les
cauſes , ne prouve que trop
ce que je dis . Cet homme
dont la force d'Athlete pro-

GALANT: fr
S
Ca
ne
e
mettoit une vie longue &
heureufe , & qui enflé de tous
fes avantages , fembloit infulter
la mort même , frappé de
Apoplexie comme de la fou .
dre, tombe par terre , fes efprits
s'éclipfent , & la diſpoſi
tion harmonieufe des parties
changeant en un moment ,
toutes les fonctions ceffent
& cette cruelle de laquelle il
n'avoit jamais bien voulu reconnoiftre
les droits , rend fon
fort femblable à celuy des plus
foibles animaux .
Mors etiam faxis , marmoribuf
que venir.
112 MERCURE
Les rifques que ce cruel
mal nous fait courir , même
pour l'éternité , ( la maniere
brufque dont elle nous attaque
ne nous donnant pas le
temps de reconnoiftre nos
pechez & de les detefter dans
l'amertume de noftre coeur )
m'ont déterminé à chercher
fes differentes caufes pour en
entreprendre la cure avec
quelque forte de feureté , fi
pourtant il peut y en avoir
dans une maladie qu'une funefte
experience nousfait voir
prefque toujours mortelle.
Je lçay qu'on reconnoiſt geGALANT.
113
ר
I
neralement pour cauſe de l'A
poplexie tout ce qui com primant
le cerveau ou en fermant
les conduits , empêche
que les efprits ne fe filtrent
dans fa fubftance , ou qu'ils
ne foient diftribuez dans les
nerfs. Jeíçay encore que tout
I dceu fqauing sv'eorpspolfee acuervceoauurs
peut caufer ce funefte accident
: mais ce n'est là qu'une
idée vague d'un fi grand mal.
Ainfi j'entre dans un détail
exact , afin qu'aprés en avoir
examiné les differentes caufes
chacune à son tour , on res
Avril 1697
. K
114 MERCURE
connoiffe dans l'occafion
l'ennemy qu'on doit combatre
, & que ne s'y méprenant
pas , on puiffe l'attaquer par
fon foible.
Mais comme on ne décou
vre jamais mieux ce qui cauſe
nos maladies que par une
exacte connoiffance de ce qui
ſe paſſe chez nous , lorfque
nous joüiffons d'une parfaite
fanté , naturale enim tamquam
rectum , eft norma ad quam examinatur
emendatur præterna
turale tamquam curvum ; j'eſtime
qu'il importe que j'expli
que comment le mouvement
GALANT. 155
i do fang fe fait dans le cera
veau , de quelle maniere les
tefprits s'en feparent , & comment
le fang qui n'a pu devenir
efprit animal , & falymphe
, retournent dans la maſſe
du lang , pour y fubir de nouvelles
fermentations , & le dé.
purer dans les differens criebles
de noftre corps .
Le fang monte dans le cerveau
par les arteres cervicales
,
& vertebrales
, & paffant par
tous les lacis que font leurs
rameaux
en plufieurs
endroits
, l'efprit fe depure de
fon phlegme
qui ne peut paſ-
Kij
116 MERCURE
fer par ces détours ; & enfin
par l'embouchure
des arteres
il s'infinue dans la fubftance
cendrée du cerveau , de là
dans la blanche , qui en eft le'
refervoir
. De là il coule par
la moële allongée
, & par la
moële de l'épine dans les nerfs
qui en naiffent , & qui le diftribuent
par tout le corps.
Toute la lymphe
qui a efté
feparée dans des endroits differens
, le fait un chemin dans
le troifiéme ventricule
. Elle
entre inceffamment
dans l'entonnoir
, elle coule de là dans
les finus de la bafe du crane
8
GALANT: 117
$
1
& enfuite dans les jugulaires
internes ; & enfin le fang qui
n'a pu ny nourrir les parties ,
ny devenir efprit animal , retourne
en partie dans la maffe
par les rameaux des veines
vertebrales , & le reste par
d'autres veines le dégorge
dans les finus de la dure - mere
, & de là dans les jugulaires.
Cela ainfi fuppofé, j'établis
deux fortes d'Apoplexie , l'u
ne que j'ofe appeller lymphatique
ou fereufe , & l'autre
fanguine. Je veux dire que la
premiere eft cauſée par une
118 MERCURE
lymphe vifqueufe & tenace
qui fe répand fur le principe
des nerfs , ou par une ferofité
qui inonde la fubftance du
cerveau, & intercepte le cours
des efprits animaux ; & que la
fanguine arrive par un fang
qui péche en quantité, ou par
la trop grande rarefaction ,
ou qui par quelque acide eft
coagulé & figé dans le cerveau
ou dans les arteres qui
l'y portent
.
La premiere de ces Apoplexies
attaque plus ordinairement
les vieillards , & ceux
qui par un regime de vivre
GALANT. 119
dereglé , ou par la foibleffe de
leurs fermens ont le fang tout
crud , les efprits noyez dans la
matiere , & leur chaleur foible
& languiffante. Leur fang
dans cet eftat fait comme leur
eftomach , duquel le ferment
affoibli ne peut pas digerer
les alimens dont on le charge ,
& comme les vices de la premiere
digeftion ne fe corrigent
pas dans la feconde , &
que leur fang ne peut pas auffi
digerer ce qui luy vient des
premieres voyes , il ne peut
pas l'employer tout à nourrir
les parties , & à fournir la ma
120 MERCURE
tiere des efprits; de forte que
fe trouvant toujours en profic
dans ce commerce , il eft obli
gé de s'en décharger dans le,
cerveau , duquel la maſſe devenuë
plus lâche s'affaiffe , &
le paffage eftant ainfi fermé
aux efprits animaux , l'homme
tombe fans mouvement
& fans féntiment .
Hipocrate dans l'Aphorif
me XVI. de la Section 2. &
dans l'Aphorifme XXIII . de
la troifiéme Section , autorife ,
ce fentiment , lors qu'il die ,
que le temps le plus propre
à caufer des Apoplexies , eft
l'hiver
GALANT. 12I
l'hiver rendu humide par des
pluyes
continuelles. Il s'en
explique encore
parfaitement
dans le livre des Vents : Apoplexia
, dit- il , oriuntur interdum
flatibus . Or les vents ſuppofent
toujours une matière vifqueufe
de laquelle ils s'élévent
par une legere fermentation
. Il n'eft point
d'Auteur
qui ne
reconnoiffe cette premiere
caufe de
l'Apoplexie.
Celle que j'appelle fanguine
attaque ceux mêmes qui
fant dans leur plus bel âge
ceux qui font d'une complexion
fanguine , qu'ils fomen-
Avril 1697. L
122 MERCURE
rent par un regime de vivre
trop fort , qu'ils pouffent
jufqu'à
la crapule. C'eſt de ces
gens que parle Hipocrate
,
dans fes Aphorifmes
, liv. 1.
quand il dit , qu'il eft dangereux
de parvenir
au dernier
excés de fanté ; car il eft à
craindre , comme dit Galien ,
que la chaleur naturelle
ne
foit fuffoquée
par
l'abondance
du fang que ces perfonnes
amaffent
tous les jours , ou
que quelques
vaiffeaux
ne
s'entrouvrent
dans le cerveau
pour y cauſer cette funefte
maladie
.
GALANT.
123
En effet , fi dans ces fortes
de temperamens le fang s'émeut
par quelque caule que
ce puiffe eftre , il fe rarefie ,
& occupant plus d'espace
qu'auparavant , il tend extraordinairement
les vaiffeaux ,
& bouche par compreffion la
fubftance du cerveau , ou le
principe des nerfs ; ou bien ,
le fang dans fes agitations
violentes , s'échape par les ex
tremitez des vaiffeaux , & s'épanchant
dans le cerveau y
cauſe cet accident ; de forte
que Galien même rapporte la
caufe de l'apoplexie à l'inflam
Lij
122 MERCURE
mation du cerveau ; & ce qui
femble favorifer cette opinion,
c'eftquele cerveau ayant
efté ouvert à plufieurs perfonnes
mortes d'apoplexie , on a
trouvé quantité de fang , nonfeulement
dans les cavitez du
cerveau , mais encore dans les
petits intervales de fa fubftan
ce .
Bartholin affure dans la Cen
zurie 2. Hift. 6. qu'il a trouvé
du fang épanché & coagulé
dans le cerveau d'un homme
mort d'Apoplexie. Hildanus
Cent. Obferv. 11. & 12. dit
qu'une femme mourut d'apo-
3.
GALANT. 123
plexie , parce que fes ordinai
res s'eftant arreftez , il s'en
eftoit fait un reflux dans le cerveau
, ce qui avoit paru trente
- fix heures aprés fa mort ,
par une grande hemorragie .
Ces Coryphées de la Medecine
, M's Guy Patin & Spon ,
font de ce ſentiment
. La veritable
apoplexie , difent- ils ,
vient toûjours du fang . Les
Anciens l'ont appellée ictum
fanguinis . On le lit dans Aurelius
Victor , en parlant de
l'Empereur Verus , qui ictu fan.
guinis exanimatus eft quem Gra- .
ti Apoplexiam dicunt .
Liij
126 MERCURE
Hipocrate mefme l'autōrife
abondamment
. Caufa Apoplexia
, dit- il , eft obftructio ve
na. C'eft la mefme chofe que
s'il difoit que les veines ou les
arteres eftant trop tendus par
le fang , compriment les conduits
du cerveau , ou bien que,
le fang ne pouvant pas circu
ler , les efprits ne peuvent s'en
feparer ; ou bien encore , que
s'extravafant
il caufe une inflammationcapable
deproduire
tous les ſymptomes
qui accompagnent
cette cruelle maladie.
Il s'explique encore plus
clairement
dans le 2. Livre
GALANT: 127
des Epid. lect. 5. Qui de repente
finefebre voce deficiunt , iis venam
fecare oportet ; ce grand homme
reconnoiffant toûjours
que le fang trop rarefié , ou
manquant par fa trop grande
quantité , peut feul caufer l'a-.
poplexie , & qu'alors on n'y
fçauroit mieux remedier que
par la faignée.
Le fang caufe encore cette
maladie lorfqu'il eft figé &
coagulé dans le cerveau , ou
dans les conduits qui l'y doi
vent porter , par un acide
étranger que la rate , le pan-
Creas, & l'eftomach même luy
-Liiij
128
MERCURE
peuvent fournir. De-là vient
qu'Etmuller , Dolaus & la
plufpart des Modernes , di
fent que le catherre fuffoquant
, qu'ils appellent finco
pe cardiaca , & l'apoplexie font
également faits par un fang
qui s'arrefte & ne circule pas
librement dans les poulmons
ou le cerveau , & que ces deux
cruels maux ne different qu'à
raifon des
differentes parties
où ils fe font fentir.
Hipocrate dans le 4. livre.
du regime de vivre , dans les
maladies aiguës , & dans le 2.
livre des
Maladies , dit que
GALANT. 129
l'apoplexie confifte dans une
impuiſſance au mouvement ,
& que la caufe de cette impuiffance
eft la coagulation
du fang caufée par une humeur
attrabilaire , qui eftant
agitée & mêlée avec le fang ,
le coagule de même que la
prefure coagule le lait . Fit
autem Apoplexia ubi fanguis refrigeratur
, coagulatur ac moveri
nequit ; & enfuite venant à la
cure , il dit qu'il eſt tres, difficile
d'en guérir même une legeré
, parce que du moment
que le fang commence à fe
feparer en grumeaux par une
humeur acide , toute la maffe
130 MERCURE
en eft aisément corrompuë , a
moins qu'on ne donne des
remedes qui détruiſent la for
ce de cet acide .
Cet endroit d'Hipocrate ,
conforme à fon Aphorifme
XLII . de la 2. Sect . Apople
xiam fortem tollere , impoffibile , l
levem vero difficile , doit regler
noftre prognoftic . Par l'Apo
plexie foible il entend fans
doute celle où le pouls & la
refpiration font encore affez
libres , mais lors que la refpiration
eft difficile , inégale ,
dereglée & intermittente ,
que le pouls eft petit , foible
& intercadent , nous la de
P
a
I
GALANT. 131
vons juger bien forte, puifque
la compreffion ou l'obftruction
des nerfs eft affez grande
, pour faire que les efprits
ne puiffent pas entrer dans
Ceux même dont les pores ont
efté fi ouverts & fi dilatez par
le paffage continuel des efprits
qui alloient au coeur &
aux mufcles qui fervent au
(mouvement de la poitrine.
Suivant ce Systême, que je
ferois trop heurenx d'avoir
bien établi ,
Felix qui potuit morborum
agnofcere caufas.
puis qu'il n'eft rien de fi aifé
132 MERCURE
'
que de fe déterminer jufte
touchant le choix des remedes
, quand on connoift
la caufe du mal ; fuivant ce
Syftême , dis je , les Vieillards,
& ceux qui ont le fang appauvri
, & chargé d'une quantité
d'humeurs terreftres & groffieres
, doivent fe garantir
d'un fi grand mal par un regime
plus exact . Il faut déro
Ber à leur fang par de frequen
tes purgations les humeurs
cruës , que leur eftomac affoi
bli luy fournit ; Calor minor in
fenibus majorem facit excremen .
torum proventum , ideoque fapius
GALANT. 133
J
debent expurgari Il faut encore
ranimer leur fang par tous les
remedes qu'on employe dans
ces fortes d'occafions. Ceux
qui dans leur jeuneffe , foit
par un effet de leur temperament
, foit par une trop gran
te de quantité de bons alimens,
qui fourniffent au fang trop
de feve , ont toutes les marques
d'une veritable pletho
re , préviennent le mal qui les
menace par un regime de vivre
plus ferré , & par les frequentes
faignées, qui vuident
labondance du fang que toute
leur précaution n'a pû évih
2
$ 34 MERCURE
ter. Mais comme il est bien
plus aifé de prévenir les maux
que de les guerir , c'eft fur
tout dans le Paroxiſme qu'i
importe de fe déterminer vite
& jufte,citò tutò, occafio enim
præceps eft . Tous les Auteurs
difputent fi c'eft de la faignée
ou de l'Emetique qu'on doit
fe fervir. Celfus affure que lle
guerit , ou qu'elle tuë infailliblement
le Malade . Sylviusla
croit toujours abſolument
neceffaire , & plufieurs Anciens
la rejettent comme inutile.
Cette grande difference
de fentimens vient de ce qu'
GALANT 135
on ne convient pas des diffexrentes
caufes de ce grand
rmal. Le fçavant Etmuller qui
les a connues mieux que bien
te d'autres , tâche de les ajufter,
& décide la chofe de cette
maniere . Après avoir établi
comme nous , ces deux fortes
d'Apoplexie ; Si figna adfint ,
dit-il, aut aliqua fufpiciofangui
nem imprimis peccare , & fuiftagnatione
inducere apoplexiam, ut
in iis qui funt, corpore euſarco &
fucci pleno , qui vitam agunt fedentariam
, aut in quibus fuppreffa
eft infignis aliqua evacuatio
fanguinis , &c. in talibus ve
136 MERCURE
na fectio eft inftituenda ; fed in
fenibus , ubi videtur potius
fubeffe lympha vitium , autfaltem
ubi nullumfanguinis primarium
deprehenditur peccatum, his
·prodeft potius vomitus.
En effet , lors que la lymphe
touche ou comprime le
principe des nerfs , & qu'elle
eft déja feparée de la maffe
du fang , il eft fans doute que
la faignée ne convient pas.
Vena fectio enim convenit tantùm
humoribus in fanguine con- :
tentis , five plethora , purgatio
verò humoribus feparatis ab ipſo,
five cacochymis. Au lieu que
GALAIT.
1137
rement
intercel
Lavemens ala
faignée,
cicatoires , & c.
neceffité abord la caufe anpeut,
cofe du mal , obligent
te plers
fecouffes les parties
du bas ventre de dégorger
les humeurs
qu'elles
contien
nent , purgent
le fang de celles
qui s'y eftoient déja glif
fées; de forte que les pores
du cerveau
eltant enfuite débouchez
, les efprits entrene:
dans leur premiere
route , &
vont porter en peu de temps
le mouvement
& le fentimene
à toutes les parties .
-Mais lors que par une gran
Avril 1697
. M
138 MERCURE
de tenfion desiruenda ; fed in;
un pouls fort detur potius
& une rougeur du ve̱ , aut falconnoift
qu'une trops primararefaction
du fang , m . his
trop grande quantité eſt a
feule caufe de cette terrible
maladie, de quel fecours peut
eftre alors l'Emetique ? Je fuis
feur que mettant le fang dans
un plus grand mouvement ,
il gonfle extraordinairement
les vaiffeaux dans le cerveaus
& ainfi la compreffion qu'ils
y faifoient déja devenant plus
grande , le cours des efprits
animaux en doit eftre entie
GALANT. 139
rement intercepté : mais pour
la faignée, elle eft alors d'une
neceffité abfoluë , & rien ne
peut, comme elle , vuider cette.
plenitude , ou remettre le
fang dans fa premiere tranquillité.
Francifcus de Lebre , Sylvius
a efté fi bien convaincu
de cette verité , qu'il ne faic
aucune difficulté de dire qu'il
eft impoffible de guerir PApoplexie
fans la faignée.
L'Auteur de l'Anatomie
du Corps humain dans la XI .
des Obſervations qu'il a faitestouchant
plufieurs maladies
Mij
140 MERCURE
confiderables , affure qu'il en
a guéri une Demoiſelle par la
faignée des deux bras & de la
jugulaire. Il pouffe même la
chofe jufques aux remedes ra
fraîchiffans , perfuadé fans
doute , que l'Emetique auroit
avancé le fort de la malade ,
augmentant le mouvement
du fang , & le rendant plus
rarefié. Talpius dans fes Obfervations
, liv . 1. chap . 7. nous
affure avoir guéri en un inftant
un Apoplectique par la
faignée des deux bras faite en
même temps . Mais pourquoy
m'arrefter plus long - temps
GALANT. 141
prouver cette verité , puiſqu'
Hippocrate luy même s'en eft
expliqué en termes formels
dans fes Epidem . Sect 5. Qui
de repentefinefebre voce deficiunt ,
iis venam fecare oportet ? Elle
n'eſt pas d'un moindre fecours
lorfque par la froideur des par
ties , par leur noirceur , par
une fubite & entiere priva
tion du pouls & de la refpiration
, & par tous les fignes
d'une circulation interceptée,
nous jugeons que le fang eft
coagulé par un acide qui en
lie tres étroitement les par
ties. Elle en facilite alors Fé148
MERCURE
largiffement , & remet fous
vent le fang dans fa premiere
fluidité ; ainfi ce feu qui nous
fait vivre & qui fembloit eftre
entierement éteint , fe rallume
& le montre quelquefois avec
toute fa force , fur tout fi on
donne des remedes volatils
qui mortifient cet acide. Sic
recreatur & quafi reffufcitatur
languefcens ignis. Quòdfi fuperior
evadit , dit Hipocrate dans
le 2 livre des Maladies , adeo
ut fanguis incalefcat, five ab his
que offeruntur , five ex fe fubli
matur , fluidior redditur ac movetur,
& c.
GALANT: 145
EPISTR E.
Izlastve Llaftre & genereux Prelat,
Dont les vives clartez& le merite
rare
Scauront orner bien- toft la Pourpre
avec éclat ,
Et dans un autre temps orneront la
Thiare.
Te veux laiffer Rome & Paris
Vanter les grands talens , la folide
Jagele.
L'éloquence , la politeffe ,
Qu'on voit briller en vous fans
prix.
Je ne veux peindre en mes écrits
Que la noble delicateffe
Qu'on voit regner avec tant de
douceur
Avril 1697:Z
Ń
.
146 MERCURE
Dans votre efprit charmant &
dans votre bon coeur.
Cet efprit merveilleux
éclairé , fublime ,
grand
Eft d'un commerce aisé , naturel
plein d'appas .
Il s'attire à la fois le refpect & le
ftime,
Et fçait même nous plaire en ne ſe
montrant pas.
Voftre coeur genereux autant qui
magnanime ,
Se fait fans ceffe un plaifir d'as
bliger.
On ne le voit jamais changer
Le noble panchant qui l'anime,
I'en ay reffenti des effets ,
Ouy, Prelat, vos bontez farpaffent
Les fouhaits .
Quoy ! fi-toft que ma voix vous
fait la priere
GALANT 147
D'obtenir certain pieux don
Dugrand Cardinal de Bouillon ,
De remplir mes defirs vous faites
voftre affaire
Et je reçois par votre heureux
canal.
De cet illuftre &Jage Cardinal,
Dont l'efprit rare & la fcience
Brillent autant que fa haute naiffance,
Un Prieuré pour un de mes Neveux
,
Qui fans ceffe fera des voeux
Pour l'Eminence & l'Excellence,
Premiers Patrons qu'il ait en
France ,
Favorifant fa pieté,
Dant les cours pleins de charité
Zefçachant tout zelé pour le divin
Service ,
L'ont affuré d'un Benefice
Nij
443 , MERCURE
Gage éternel de leurs bienfaits :
L'air dont vous me rendez ce gened
reux office ,
Grand Nonce , a pour moy tant
d'attraits ,
Qu'on ne pourroit trouverjamais
Aucun terme affezfort , aſſez plein
d'éloquence ,
Pour exprimer l'ardeur de ma re
connoiffance.
Außi quandje fuis près de vous
Malgré tout ce que mon coeur
penfe
De vif, de folide & de doux ,
Je fuis reduite à garder le filence.
Cependant on doit avoüer
Que par quatre mots feuls on peat
vous bien louer.
Dire comment le plus grand des
Monarques ,
Le plus éclairé desHeros,
GALANT. 149

De fa diftinction vous donne tant
de marques
,
Neft ce pas dire en quaire mots,
Que vous etes rempli d'un achevé
merite,
Aufi brillant qu'il eft d'élite,
Puis que dece Roy merveilleux
Rien n'égala jamais les perçantes
Et
qu
lumieres ,
laim àmarquer par d'auguftes
manieres
Quels font pour vous font pour vous fes égards
glorieux?
Onne fçauroit vous louer mieux.
Te fens que je puis vous écrire
Plus que je n'oferois vous dire ,
Quand voftre aspect noble &
charmant
Honore mon appartement ..
Permettez donc , illuftre Non .
ce
N iij
150 MERCURE
Qu'au defaut de ma voix ma Plumè
vous annonce
Monzele & mes tendres refpells,
Qui ne doivent jamais vous paroi
fre fufpects
Car de l'éclat du rang je nefuis pas
furprife ,
T'en
en fçay fort difcerner & le mal
C
le bien ;
Si la vertu toujours ne l'autorife,
Le compte la grandeur pour rien.
Vous la faites briller dans un degré
fupreme.
Quel que foit voftre illuftre rang,
Quel que foit voftre illuftre fang,
Vous valez mille fois encor pluspar
vous- même ,
Et c'est le fondement du zele plein
d'ardeur
Dont pour vous eft rempli mon
coeur
.
GALANT, 152
Enfiniffant permettez que je die
Que je fuis & que je feray
Dans de tels fentimens tout le temps
de ma vie ,
Iamais je ne les changeray.
LeRoy a nommé M ' l'Abbé
de Chavigny à l'Evêché
de Troyes , vacant par la démillion
de M ' Bouthillier de
Chavigny , fon Oncle . Ce
Prelat aprés avoir reglé fon
Dioceſe d'une maniere trespieufe
& tres- édifiante , a
fupplié le Roy de luy permet.
tre de fe retirer ; & Sa Maje-
1 fté n'a pas cru pouvoir mieux
remplir fa place, qu'en y nom-
Niiij
132 MERCURE
mant un Neveu que ce dignë
Prelat a formé, & qui l'ac
compagnoit dans toutes les
fonctions Epifcopales qui
prêchoit ſouvent dans fes vifites
, & qu'il avoit fait fon
Grand - Vicaire , & Archidiacre
de fon Eglife. M ' l'Abbé
de Chavigny eft Fils de feu
Mile Marquis de Pont , dont
je vous appris la mort il y a
quelques années , Petit - fils
de Mile Comte de Chavigny,
Miniftre & Secretaire d'Etat,
Gouverneur d'Antibes & de
Vincennes , & arriere - petitfils
de M'Bouthillier
, Surin
GALANT: 153

tendant des Finances. Il a
pour Freres M ' le Comte de
Chavigny,Capitaine de Vaiffeau,
qui a toujours fervi avec
beaucoup de diftinction ; M
le Chevalier de Chavigny ,
Colonel du Regiment d'Auvergne
, qui fut l'un des Otages
de France , lors qu'on démolit
Cafal , & M¹ le Marquis
Pont - Chavigny , Colonel
du Regiment de Quercy , qui
fut bleffé au pied au Siege de
Mons , & d'un coup de mouf.
quet dans le bras à celuy de
Namur,où il fervoit en qualité
d'Ingenieur. Il travailla beaude
154 MERCURE
1
coup la Campagne dernierè
aux Ouvrages que fit faire M
le Maréchal de Choifeul , &
ce General en fut extrêmement
fatisfait , auffi bien que
Mi le Marquis d'Huxelles , &
les autres Officiers géneraux
.
Mrs de Chavigny
ont une
Soeur d'un merite infini , qui
a fait un genereux facrifice à
Dieu de cous les avantages
qu'elle pouvoit tirer de fa
naiffance & de fon bien , dans
le Monaftere
de Clerers , qui
eft fous la direction de M
l'Abbé de la Trape , & done
tout le monde connoift l'au
fterisé
.
GALANT.
155
M' Pontier , Protonotaire
du Saint Siege Apoftolique ,
& Auteur du Cabinet des
Grands, qui eft un Livre rempli
d'érudition , & de chofes
auffi curieufes qu'utiles , vient
de donner au Public un Dialogue
, qui ne peut eftre leu
qu'avec plaifir. Il fe debite
chez le Sieur de Luynes, Marchand
Libraire au Palais ,
a pour titre , Dialogue entre
Mars& Minerve , fur la queftion
, fi un Orateur qui a chaßé
l'Ennemi parfon éloquence , merite
une récompenfe pareille , que le
Capitaine qui l'a chassé en com
&
156 MERCURE
battant . Les raifons dont ces
deux Divinitez appuyent
leurs fentimens , ont de quoy
faire pancher la balance de
chaque cofté.
Vous avez fouvent oüy
parler de M' Moreau , qui a
fait la Mufique des Choeurs de
la Tragedie d'Efther , que
toute la Cour a applau
die toutes les fois que cette
incomparable Tragedie a
efté reprefentée. Il vient de
donner un Concert qui aeſté
executé par tout ce que nous
avons d'habiles gens en France
pour ces fortes de divers
GALANT. 157
tiffemens. Celuy.cy eft un
Idille, qui a pour titre , Concert
fpirituel, ou le Peuple Juif
delivré par Efther. Les Vers qui
font pleins d'onction & d'efprit
, & fort naturels , font de
la compofition de M'de Banzy
; & ce qu'il y a de furprepant
, & qui doit en faire admirer
l'Auteur , c'eſt que ces
Vers font fur la meſure des
Choeurs d'Efther , & qu'on
chante deffus la même мufi- ·
que. Cependant ils ne fe fentent
point de la gênante contrainte
, où cet Auteur doit
ayoir efté en compoſant un
}
158 MERCURE
Ouvrage de fi longue has
leine.
Ce que je vous manday il
y a quelques mois , des machines
de M'de Lagarouſte , vous
a paru fi extraordinaire , que
vous femblez en douter. Cela
m'oblige à vous envoyer
pour vous en convaincre, une
copie du Privilege qu'il a ob
tenu du Roy .
grace
de
OUIS par la
Dieu , Roy de France
Li de
Navarre : Anos
ameZfeaux,
c. Salut. Noftre bien amé Antoine
de Lauricefques , Sieur de
GALANT: 159
Lagaroufte , Ecuyer , Nous afait
remontrer qu'il avoit inventé&
fait conftruire plufieurs Machia
nes nouvelles qui peuvent eftre
utiles au Public , & entre autres
un Levier compofé de trois pieces,
d'une force extraordinaire ,
dont l'action augmente & ſe mul
tiplie fans repose fans perte de
temps fur des roues , en telleforte
qu'il n'eft point defardeau de quelquepesanteur
qu'il puiffe eftre, qui
foit mur élevé par cette Machine
facile à conftruire , n'occu
pantque tres peu d'espace , pouvant
fervir à tous les ufages où lesforces,
mouvantes font neceffaires , tant
160 MERCURE
Sur la terre quefur la mer , & les
rivieres ; ledit Levier retenant le
fardeaufufpendu à chaque coup de
main par fa propre difpofition. Il
a trouvé auffi une Machine beaucoup
plus aifée & diligente que
celles dont on fe fert pour tirer les
Sables , décombrer
les Ports de
Mer, & les entretenir en bon eftat.
Il a encore inventé un train de
Caroffe inverfablefans diminuer
la beauté des Trains ordinaires,
ny leur decoration , & d'une ma
niere differente de celles qui ont efte
déja propofées pour produire un
même effet ; & enfin , il a trouvé
une maniere de Phosphore parun
GALANT. 161
Miroir hyperbolique , &unelam.
pe à mécheincombustible , qui peut
Servir à éclairer pendant la nuit
les lieux publics & particuliers ,
mefme les rues , en telle forte que
cette lumierefe porte plus de cent
pas , d'une manierefi vive , qu'on
y peut lire & écrire comme en
plein jour , ainfi que ledit Sieur
de Lagaroufte l'a experimenté en
prefence de plufieurs perfonnes ,
Nous ayant prefenté les Modeles
defdites Machines qui ont efté
trouvées utiles à Nous & au Public
, il Nous auroit demandé la
permiffion de lesfaire conftruire par
zels Ouvriers que bon luyfemble.
Avril 1697
. O
162 MERCURE
ra ; les employer & les faire diftri
buerfeulpreferablement à tous autres
; ce que Nous luy aurions accordé
volontiers , tant en confideration
du Miroir ardent qu'il a
cy- devant inventé & mis dans
IObfervatoire , que de fon application
continuelle à la recherche
des nouvelles Inventions . A ces
Caufes , de noftre grace speciale
pleine puiſſance & autorité Roya
le , Nous avons par ces prefentes)
fignées de noftre main , donné , accordé
octroyé , donnons , accor
dons & octroyons audit Sieur de
Lagaroufte , où à fes ayans cauſe
feuls , à l'exclufion de tous autres,
GALANT £
63
62
4
x
Te pouvoir, faculté & privil ge ,
de faire faire , conſtruire & expofer
pendant le temps de trente
années , en toutes les Villes , lieux
endroits de noftre Royaume ,
par tels Ouvriers que bon luyfemblera,
en tel nombre qu'il avifera
bon eftre , lefdites Machines
de fon invention ; Sçavoir celle du
Levier compofée de trois pieces ,
l'une fur un point fixe & deux
mouvans , agiffant continuelle -
ment dans les deux mouvemens
du Levier ordinaire's cellé propre
à nettoyer les Ports de Mèr compofée
de caiffes & Chaffs arme
de fer , pouffez par des cours e
O j
164 MERCURE
des leviers ; celle du Train de Ca=
roffe inverfable , composée d'une
Fleche brifée par le milieu , tournantfur
un Tourillon , d'une Balance
derriere les entretoifes qui
joignent les moutons , &• d'un chaf
fis porté par les quatre foúpentes
au milieu duquel Chalfis le corps
du Caroffe fera porté & arresté
en équilibre ; & enfin , la Machine
en maniere de Phosphore
pour éclairer la nuit , compofée
d'un Miroir hyperbolique , d'une
Lampe d'une Mêche incombustible
, & de fe fervir defdite's
Machines à tous les ufages où elles
Le trouveront propres utiles,
GALANT: 165
tant dans les Villes , Ports de Mer,
quefur les Rivieres & leurs Ports,
pour en faciliter la navigation
le paffage des Ports, tant en montant
qu'en defcendant , à l'exclufion
pareillement de tous autres , fans
qu'ilfoit loifible à toutes perfonnes
de quelque qualité & condition
qu'elles foient, de contrefaire, ou de
faire contrefaire lefd .Machines , ou
appliquer icelles à aucun usage ,foit
en lesaugmentant ou diminuant en
quelque maniere que cefoit ,& s'en
fervir ,fi ce n'eft du confentement
dudit Sr de Lagarouste , ou de fes
ayans caufe , à peine de confifcation
defdites Machines & de trois
166 MERCURE
mille livres d'amende contre cha
cun contrevenant , applicable moi
tié à l'Hôpital general de noftre
bonne Ville de Paris , ou Hôpi
taux des lieux où fe pourroient
faire lefdites contraventions , &
l'autre moitié audit Sieur de La.
garoufte , ou fes ayans cause ,
de tous dépens , dommages ; &interefts
; le tout à condition que lef
dites Machinesferont nouvelles ,
& n'auront point juſques àprefent.
efté mises en ufage , àl'effet dequoy
ledit Lagaroufte en remettra un
Modele à la Salle de l'Academie
des Sciences , pour y avoir recours
quand le cas y écherra. Si vous
GALANT. 167
mandons que ces Prefentes vous
ayez à faire registrer , er du con
tenu en icelles jouir & ufer ledit
de Lagarouste , oufes ayans cause,
pleinement & paisiblement, ceffant
faisant ceffer tous troubles &
empêchemens ; Car tel eft noftre
plaifir. Donné à Versailles , le der
nier jour du mois de May l'an de
grace mil fix cens quatre- vingtfeize,
de nostre regne le cinquan .
te quatrième. Signé, LOUIS.
Et plus bas , Par le Roy , Phely
peaux. Etfcellé.
Regiftré , ony le Procureur General
du Roy , pour joüir par l'Impetrant
du contenu aufdites Let.
168 MERCURE
tres , fuivant l'Arrest du Parle
ment du 7. Septembre mil fix cens
quatre- vingt -feize.
Comme l'Amour naiſt ordinairement
de la ſympathie ,
il eft difficile , ou pour mieux
parler , impoffible , qu'il fe
forme entre deux perfonnes ,
que l'éloignement de l'âge
rend prefque toûjours d'une
humeur toute opposée. Une
aimable Brune , dont les traits
eftoient plus piquans que re
guliers , ayant perdu fon Pere
& fa Mere dés fes plus tendres
années , demeuroit avec fon
Frere ,

GALANT. 169.
Frere , qui ne luy voyant que
des inclinations loüables , la
laiffoit maiftreffe de fes volontez,
en forte qu'elle vivoit en
quelque façon dans l'indépendance.
Elle avoit beaucoup
d'Amies dans fon voifinage
, avec qui elle entretenoit
une agreable focieté , &
fielle y faifoit des conqueftes ,
ey
toutes les douceurs que luy
contoient ceux qui ſe ren- ,
controient dans les parties
dont on la mettoit , la touchoient
fi peu, qu'elle acquit
le nom de la Belle Indifferente
. Cette indifference n'empê-
Avril 1697 . P
170 MEK CURE
ne
cha pas qu'un Cavalier fore
bien fait & d'un vray merite ,
s'attachaft à chercher par
où il pourroit luy plaire. Il
avoir un privilege particulier
pour y réüflir. Le Frere del
cette aimable perſonne eftoit
lié avec luy d'une amitié forc
étroite , & ils ne pouvoient
fe voir auffi fouvent qu'ils fai
foient fans que le Cavalier
euft un libre accés auprés de
fa Soeur. Elle l'écoutoit affez
favorablement
, & comme il
avoit de tres bonnes qualitez,
elle luy marquoit toute l'efti
me qui eftoir duë à un parfai
GALANT: 17i
tement honnefte homme ,
Ami de fon Frere , mais foit
qu'elle cuft peine à fe refoudre
à faire fi toft un choix ,
foit qu'un peu d'ambition
l'empêchaft de s'engager avant
qu'elle euft vû s'il ne s'offriroit
point quelque party
plusavantageux pour elle , les
fentimens qu'elle luy marquoir
le bornoient à cette efti
me , & il ne pouvoit la mener
plus loin. Hlen montroit quel,
I quefois beaucoup de chagrin
at Frere , qui ne voulant point
contraindre fa Seeur , fe contentoit
de luy dire que fon
k
Pij
174 MERCURE
Ami meritoit beaucoup , &
que fi fon inclination ne luy
eltoit point contraire , cette
alliance luy feroit plaifir . La
Belle luy répondoit en riant
qu'il ne devoit pas faire tant
d'attention aux plaintes de fon
Ami; que c'eftoit le ftile ordinaire
des hommes de debiter
des douceurs , & de prétendre
que l'on avoit tort de ne les
pas écouter férieufement ; qu'
elle ne fe fentoit encore aucun
gouft pour le mariage, &
que quand ce gouft luy feroit
venu , elle prendroit le temps
neceffaire pour connoiftre fi
1
GALANT.
elle feroit veritablement aimée,
ne fevoulantdonner qu'à
celuydont elle pouroit le tenir
fûre de poffeder tout le coeur.
Cette maniere de vivre dura
encore quelque temps , Le Cavalier
eftoit toujours bien reçû
, mais la feule honneſteré
fembloit regler cet accueil ,
& la Belle ne fe haftoit point
de s'expliquer fur les declara.
tionss qu'il faifoit de. fon a
mour. L'incertitude où il demeuroit
par là , le rendoit rêveur
& melancolique , & le
Frere qui penetroit dans fon
coeur , luy confeilloit de ren-
Pij
174 MERCURE
dre des foins ailleurs , ce qui
ne pourroit manquer de pro
duire un bon effet , puifque
quand même il ne prendroit
point d'amour pour la perfon
ne à qui il s'attacheroit , lajaloufie
qui eft naturelle aux
Femmes que fâche toûjours
une conquefte échapée , forceroit
fa Soeur à luy découvrir
ce que peut eftre elle affectoit
de cacher. Quoy que le
confeil fuft bon , il ne ſe ne fe put
refoudre à le fuivre , & il aima
mieux continuer de fouffrir
que de devoir fon bonheur
à une feinte. Il fçeut ce-
1
GALANT. 175
pendant qu'il eftoit aimé , lors
qu'il s'y devoit le moins attendre.
Un Vieillard fort ri
che , & qui paffoit foixante &
dix ans , ayant un jour rencontré
la Belle chez une Dame à
quiil eftoit allé rendre vifite ,
s'avifa de luy dire des douceurs.
Cette agreable perfon .
ne qui le plaifoit à le divertir
de tout , y répondit d'un air
gracieux , & la chofe fut pouffée
fi loin en prefence de la
Dame , que non . feulemenc
elle l'accepta pourfon Amant,
mais que même elle luy donna
rendez vous pour le lende
Piiij
178 MERCURE
&
main dans le même licu. Le
bon homme s'y trouva , &
rien ne fut plus réjoüiffant
que leur conuerfation , qui
roula toute fur ce qu'un Amant
& une Maiftreffe fè
peuvent dire de plus obligeant.
Ce tendez - vous fut
fuivi de plufieurs autres , & le
bon homme prit feu. La Dáme
qui s'en apperçûc ne fut
pas fâchée de ces entrevues ,
& confeilla à la Belle de fe faire
une affaire ferieufe de l'amour
qu'elle luy avoit donné.
Elle tourna tout en plaifanterie
, ne croyant pas qu'à fon
GALANT. 179
age on puft eftre fufceptible
d'une forte paffion . Ce fut ccpendant
une vraye conquefte
qu'elle fit fans en avoir le def
fein Le bon homme flaté des
favorables réponses qu'elle
luy faifoit pour fe divertir , &
necroyant pas qu'elle fuft ca
pable de mépriſer les avanta
ges qu'il pouvoit luy faire en
l'époufant , alla propofer la
chofe au Frere , & l'affura qu'il
pouvoit compter fur le confentement
de fa Soeur. Le
Frere furpris de la propofition
, luy répondit fort civilement
que fa recherche luy faifoit
honneur , mais qu'il con
178 MERCURE
r
noiffoit l'efprit de la Demoi
felle , & qu'il avoit peine à croi
re , quelque chofe qu'elle cuft
pû luy dire par honnefteté ,
qu'elle fe refoluft auffi aifé.
ment qu'il le croyoit à un ma
riage , où fon âge trop avancé
en comparaison du fien , luy
faifoit craindre qu'il ne trouvaftun
grand obſtacle . Le bon
homme l'ayant prié de parler ,
& de luy répondre de tout ce
qu'elle pourroit fouhaiter du
côté du bien , il fut obligé de
fe charger de cette commit
flion. La Belle fe mit à tire de
la folie du bon homme , &
conta à fon Frere , que par un
GALANT. 179
"
pur enjoûment d'efprit elle
l'avoit bien voulu recevoir
pour fon Amant , en prefence
d'une Dame chez qui elle l'a
voit trouvé plufieurs fois ,
mais que l'intereft n'auroit jamais
affez de pouvoir fur elle ,
pour l'obliger de facrifier ſes
belles années à l'extravagance
d'un Vieillard , qui devoit
plutoft fonger à mourir qu'à
fe marier. Son Frere qui n'avoit
pas voulu la contraindre
en faveur de fon Amy , n'eut
garde de la preffer fur une af
faire où il y avoit de juftes dégouts
pour elle. Il fit réponfe
180 MERCURE
au bon homme , qui ne ſe re
buta point du premier refus.
Sa paffion eftoit devenue fi
forte , qu'il euft volontiers
acheté la Belle de tout fon '
bien , fi pour l'acquerir ,
n'euft fallu que s'en dépouiller
entierement . Il pria le Frere
de luy parler de nouveau ,
& l'affura qu'elle feroir maiftreffe
des articles qu'elle voudroit
que l'on employalt
dans le Contrat , & tout cela
n'ayant rien produit pour fon
amour , il fe fervit d'un moyen
qu'il crut fort für pour mettre
le Frere dans fes interefts . Il
GALANT: 181.
luy fit voir une Fille unique
qu'il avoir , & qui eftoit extrêmement
riche par elle-mê
me, fa Mere, qu'elle avoit per
due depuis trois ou quatrean
nées , luy ayant laiffé beaucoup
de bien. Cette Fille
eftoit aimable & bien faite
de fort belle taille , & d'une
humeur douce qui obligeoit
de l'aimer auſſi - toft qu'on la
voyoit. Le Frere l'ayant entretenuë
trois ou quatre fois .
luy trouva tout le merite qu '
on peut fouhaiter dans une
perfonne de fon ſexe , & fut
fort furpris quand le bon
182 MERCURE
homme luy dit qu'il le répon
doit fi bien de fa tendrefle
pour luy & de fon obéiffance ,
que fi cent mille écus qu'elle
avoit de bien luy fuffifoient , *
il fe pouvoit tenir fûr d'eftre
fón Gendre , pourvû qu'il luy
fift époufer fa Soeur . Rien ne
lay pouvoit eftre plus avantageux
que cette affurance.
Elle avoit dequoy le ſatisfaire
tânt du cofté de l'ambition
que de celuy de l'amour.
L'Heritiere étoit bien capable
de charmer par les agrémens
de fa perfonne , & il s'eftoit
aperçu qu'il ne luy déplaifoit
GALANT. 183
pas. Il en eut encore un
accueil plus favorable aprés
qu'il eut affuré fon Pere
qu'il fe ferviroit de toutes for
tes fortes de voyes pour por
ter fa Soeur au mariage qui luy
avoit eſté déja propofé . Il eft
aifé de juger qu'il n'oublia
rien pour le faire réuffir. Il
cut d'abordrecours aux pric
res , & il les accompagna de
toutes les marques de ten
dreffe qu'un Frere peut don
ner à une Soeur. Il dit à la
Belle , qu'eftant maiſtreffe de
la fortune de l'un & de l'autre
, puis que les deux maria184
MERCURE
ges dont il s'agiffoit , les des
voient mettre tous deux dans
unc fituation, brillante , il ne
doutoit point qu'elle n'euſt
d'autant moins de repugnance
à vaincre l'averfion qu'elle
avoit laiffé paroiftre , qu'ou
tre qu'elle feroit le bonheur
d'un Frere dont elle eftoit
cherement aimée , elle s'affu
roit de grands avantages
, qui
la mettroient enfuite en eftat
de choifir felon fon coeur,puis
que le bon homme eftoit d'un
âge à faire croire qu'il ne vivroit
pas encore longtemps.
Cela fut dit avec toute l'éloGALANT.
185
quence que l'amour & l'inte
tereft peuvent fournir à un
homme qui a deffein de perfuader
; mais la Belle ne s'en
laiffa point toucher. Elle
stobftina dans fon refus , &
dit toujours à fon Frere , que
quand elle n'auroit à paffer
que trois ou quatre de ſes plus
belles années avec un homme
qu'elle ne pouvoit fouffrir
, tout le bien qu'il luy
pouvoit laiffer par fa molt
ne. l'indemniferoit
pas des
vifs chaguins qui l'accableroient
pendant ce temps . Le
Frere pri le toujours par le
Avril 1697
.
Q
186 MERCURE
Vieillard amoureux qui luy
promettoit fa Fille , conti
nua d'agir auprés de fa Sour,
& tous les efforts qu'il fit pour
l'obliger à changer de fentiment
, n'ayant eu aucun fuc
cés , il conjura fon Ami, puis
qu'il n'avoit aucune efperans
ce pour luy- même , de luy
faire concevoir le tort qu'elle
avoit de refufer ce qui devois
eftre fi avantageux à ſa Famille.
Le Cavalier ne luy cacha
pas qu'il s'acquitteroit fort
mal de cette commiffion ;
qu'il aimoit affez la Belle pour
fouffrir fans murmurer qu'-
GALANT 087
elle fuivit fon panchant lors
qu'elle feroit un choix , mais
qu'il fe fentoit entierement
incapable de luy .confeiller .
d'époufer un homme , pour
qui elle paroiffoit avoir tant
d'averfion. Il ne laiffa pas de
luy parler de ce que fon Frere
Favoit prié de luy dire , & il
le fit en des termes fi touchans
, & avec de fiveritables
marques de defeſpoir fer la
refolution qu'elle prendroit
de fe donner à un autre , qu
elle ne put réfiftér plus longtemps
aux fentimens de re.
connoiffance que luy infpi .
Q ij
188 MERCURE
roitune paffion fi bien éprou
vée. Elle l'affura qu'il n'au
roit jamais le déplaifir qu'il
craignoit , & fe chargea de
répondre pour luy à fon Frere ,
à qui elle dit , que pour ne luy
pas donner fujet de ſe plaindre
entierement de fon peu
de complaifance , elle eftoit
prefte d'épouser le Cavalier,
pour qui il l'avoit tant de fois
preffée de fe declarer. Ce n'é.
toit plus ce que fouhaitoit fon
Frere. Cette réponſe le mit en
fureur. Il s'emporta contre
fon Ami , & dit qu'il voyoit
bien qu'il eftoit d'intelligenGALANT.
189
ce avec elle , pour empêcher
qu'il n'époufaft l'Heritiere ;
que puis qu'elle luyavoit refufé
fon confentement quand il
l'avoit voulu marier avec fon
Ami , c'eftoit une affaire à laquelle
il ne falloit plus qu'elle
penfaft , & que fi elle avoit
injuftice de luy faire perdre
fa fortune par des refus qui
luy eftoient defavantageux à
elle - même , elle trouveroit
toujours en luy le plus mortel
de fes Ennemis . La Belle
eut beau luy reprefenter qu'il
n'eftoit pas raisonnable qu'i
exigeaft d'elle le facrifice de
190 MERCURE
fes plus beauxjours , il ne vou
lut point entendre raison . Il
prit même une averfion fe
crete pour fon Ami , qui s'e
ftoit fait enfin aimer de fa
Soeur , & il n'épargna pas les
paroles aigres , en luy reprochant
qu'il eftoit cauſe de ce
qu'il perdoit la belle He - ities
re. Le Cavalier les fouffrit , net
voulant pas pouffer un Amy
que la paffion rendoit incapable
de raifonner jufte , mais
la choſe n'en demeura pas là .
La Belle eftant toûjours ferme
dans fes fentimens , fon
Frere qui avoit declaré qu'il
GALANT 191
1
ne fouffriroit jamais qu'elle
époufaft fon Amy , voulut
l'empêcher d'en recevoir aucune
vifite , & les obstacles
qu'il tacha de mettre à leurs
entrevûës , ne firent qu'augmenter
leur union . Il en eut
un chagrin qui alla jufqu'à la
rage , & l'amitié qu'il avoit
euë jufques - là pour luy , fe
changea en une haine fi forte
, que ne pouvant en eſtre
le maiftre , il s'abandonna à
festranfports les plus violens.
Ainfi l'ayant rencontré un
foir qu'il fartoit de chez fa
Soeur , malgré les deffenfes
1
192 MERCURE
qu'il luy avoit faites de le re
cevoir ſi elle vouloit qu'il
n'arrivait rien qui euft de fâcheufes
fuires , il fut incapable
de fe poffeder , & trop
remply du chagrin de ne pouvoir
fatisfaire le Vieillard pour
obtenir l'aimable Heritiere ,
par un mouvement impetueux
qui luy eftoit aſſez na .
turel , il courut vers fon Ami
l'épée à la main . Le Cavalier
ne tira la fienne que pour fe
mettre en eftat de parer en
reculant . Il le fit autant qu'il
put , fans qu'il portaft un feul
coup ; mais fon ennemy que
la
GALANT. 193
la colere aveugloit , fe précipitant
avec fureur , s'enferra
malgré tout le foin qu'il prenoit
pour l'épargner. La
bleffure qu'il fe fit luy - même,
ple laiffa fans force , & prelqueuffi-
toft fans mouvement . Il
xpira un moment aprés , &
th'eut que le temps de decladeer,
qu'il eftoit luy feul caufe
de fa mort , ayant mis l'épée
jà la main contre un Amy qui
ne fongeoit à rien moins qu'à
avoir un different avec luy,
Cette declaration n'empêcha
pas qu'on ne pourſuiviſt vivemencle
Cavalier , qui fut con-
Avril 1697. R
194 MERCURE
traint de ſe mettre en lieu de
fureté. Le Vieillard qui eftoit
puiffant , aida de tout fon cres
dit les Parens du Mort , &
n'oublia rien pour faire paroiftre
l'affaire toute crimi
nelle. La defolation de la Soeur
fut grande . Elle perdoit un
Frere qui luy avoit toûjours
efté cher , & le perdoit par la
main d'un homme pour qui
elle avoit pris une veritable
rendreffe. Le Cavalier obligé
de s'éloigner jufqu'à ce que
Fon euft vû fi l'affaire n'eftoit
point fufceptible d'accommodement
, la fit prier de luy
GALANT: 195
accorder un rendez-vous où
il puft l'entretenir en ſecret .
Elle refufa toûjours de le voir,
difant que l'entrevûë feroit
inutile , & ne ferviroit qu'à
l'affliger , puis que l'honneur
r'uy deffendoit d'époufer ceuy
qui avoit tué fon Frere ,
- $ quoy qu'elle fuft fort perfuadée
qu'il n'avoit contribué à
cette mort que par le feul (oin
de fe deffendre. Ainfi il paſſa
dans une Cour étrangere fans
avoir eu la douceur de prendre
congé de cette aimablet
perfonne , & cinq ou fix mois
aprés , la Belle , dégoûtée du
Rij
196 MERCURE
monde , & ne fe confolant
point d'avoir efté cauſe d'un
fi grand malheur , alla ſe jet
ter dans un Convent , où elle
a pris depuis peu l'Habit de
Religieufe
.
La démiffion de M ' l'Evêque
de Troyes en faveur de
Ml'Abbé de Chavigny fon
Neveu , n'eft pas le feul changement
qui foit arrivé dans ce
Diocefe . Cet Abbé a remis fa
dignité d'Archidiacre de Sezanne
, dans l'Egliſe deTroyes ,
à M Thierry qui en eftoit
Chanoine & Theologal , &
GALANT. 197
-
qui a efté fon Precepteur. Il
paroift par ce choix , que ce
nouveau Prelat fuivra les traces
de M de Bouthillier fon
Oncle , & qu'il ne remplira
les places de fon Dioceſe , que
de tres dignes Sujets . M
Thierry eft Docteur de Sor .
bonne , & a longtemps profeffé
la Philofophie au College
de Navarre , ce qu'il a fait
avec beaucoup de fuccés.
Tout le monde connoift fa
vertu , quiégale fa capacité.
AMP'Abbé Vinot , Grand
Archidiacre , & cy - devant
Principal du College de Na
Riij
198 MERCURE

varre , eft devenu Grand
Doyen de l'Eglife de Troyes ,
fur la démiffion de M'l'Abbé
de Vienne , Confeiller au Parment,
Fils de M'de Vienne,
Seigneur de Girandot , Rency
& autres lieux , cy- devant
Lieutenant Particulier au Préfidial
de Troyes , & depuis au
Chaftelet de Paris . Ml'Abbé
de Vienne eft Docteur de
Sorbonne , & d'une capacité
profonde . Il a deux Freres ,
l'ainé Confeiller au Parlement
, qui paffe pour un des
plus habiles & des plus éclai
rez Juges de ce Corps , &
*

GALANT. 199
l'autre, Colonel du Regiment
de Cambrefis, M. l'Abbé Vinot
, aujourd'huy Doyen de
' Eglife de Troyes , eft un
homme d'un merite diftingué
& d'une pieté rare . M
l'Evêque de Troyes, quil'eftime
infiniment , l'avoit fait fon
Grand Vicaire & fon Official .
JIM de Chavaudon , Abbé
de more , & cy- devant Archidiacre
d'Arcyes en la même
Eglife de Troyes , & Aumônier
de la Reine , eft devenu
Grand Archidiacre . Il eft Frere
de M' de Chavaudon , Seigneur
de Bercenay & des
R iiij
200 MERCURE
Ruées , Lieutenant General
au Bailliage & Prefidial de
Troyes. Ils fe font acquis l'un
& l'autre beaucoup de confideration
dans leurs Compa
gnies , & ils y ont toujours
parfaitement foutenu leur di
gnité.
4
Mr l'Abbé le Febvre a efté
fait Archidiacre d'Arcyes . Il
eft Chanoine de l'Eglife de
Troyes , Docteur de Sorbonne,
& d'une Famille où l'efprit
& l'agrément font hereditaires.
M'fon Pere eft mort Lieutenant
General de Troyes , &
M' le Febvre de la Planche,
GALANT 201
fon Frere eft Avocat du Roy
des Treforiers de France à
Paris. Mile Premier Prefident
l'honore de fon eftime & de
fon amitié , & cela fuffit pour
faire fon Panegyrique . Mrsle
Febvre font Neveux de M
Vigneron , Prefident des mêmes
Treforiers de France ,
qui a longtemps exercé avec
beaucoup d'applaudiffement
la Charge de Lieutenant Ge
neral de Troyes avant fa fuppreffion
.
M' du Vouldy , Abbé de la
Chapelle aux Planches , a eſté
fait Chanoine de l'Eglife de
1
202 MERCURE
Troye . Il eft homme d'un
vray merite , & d'une Maiſon
qui en eft toute remplie . M
le Baron du Vouldy , Seigneur
de Montfazain , Baire - la. Mothe
, & autres lieux , Gentilhomme
ordinaire , eft fon
Frere , & ils font tous deux
Fils de feu M' le Baron du
Vouldy , auffi Gentilhomme
Ordinaire , que le Roy avoit
employé en plufieurs Commiffions
& Negociations importantes
. Madame leur mere
qui eft Largentier , a de l'efprit
infiniment , & une conduite
admirable. Mile Baron
GALANT. 201
du Vouldy d'aujourd'huy a
beaucoup de politeffe , de bon
gouft & de fineffe d'efprit. Ila
d'ailleurs beaucoup de litterature
, & un grand fond de
probité & d'honneur.
Madame la Princeffe de
Savoye fait toujours le charme
de la Cour , & fon efpritt
dont je vous ay rapporté tant
de traits lorsque cette Princeffe
arriva en France , a toujours
brillé de plus en plus . Je
vous envoye des Vers fort
galans & fort ingenieux , que
Mademoiſelle Lheritier a adreffez
à cette Princeffe .
சேல்
304 MERCURE
A MADAME
LA PRINCESSE DE SAVOYE
V °
Ous n'avez pas un trait qui
ne foit fait pour plaire ,
D'un Heros tout guerrier vous re
ceuftes le jour.
Vous fortez d'une augufte Mere,
Charmante, & Reine de Cithere,
C'est donc avec raison qu'on vous
prend pour l'Amour.
Je trouve cependant dans cette ref
femblance
Un peu de difference .
Voftre Pere fe plait à braver les
hazards ,
Ainfi que le Dieu de la Trace;
Mais au courage il joint & polis
teffe & graces
GALANT: 205
C'est ce qu'on ne voit point en
Mars .
Cette Beauté fi digne Sang de
France,
( Sang dont tout l'Univers vante les
facrez droits ,
Sang dont fort un grand Roy , le
modele des Rois ,
Sang dont le monde entier revere la
puiſſance )
Cette Beauté qui fortant d'un tel
Sang,
Dans l'éclat d'un fuprême rang
Vous donna la naissance,
Voit fon air , il eft vray , briller de
mille appas
Les Graces marchent fur fes pas,
Mais encor la belle Princele
Eft toute pleine de verius ,
De grandeur d'ame , de fageffe.
Ces qualitez ne font point dans
Venus.
206 MERCURE
Pour vous , du Fils de Citherte
Vous avez , il eft vray , les attraits
gracieux ;
Mais dés unage tendre équitable ,
éclairée,
Sur la raifon toujours on vous voit
mefurée.
C'eft là ce que n'eft point le plus
badin des Dieux.
Vous avez, Princeſſe charmante,
Tout ce que l'Amour a de beau,
Sans avoir les defauts dont il nous
épouvante.
Que luy fert fon brillant flambeau
?
Il a les yeux voilez par une nuit
profonde.
Vos beaux yeux font toujours remplis
d'un feu nouveau,
On vous prendra par tout le mon
de
GALANT: 207
Pour l'Amour fage & fans bandeau
La même Mademoiſelle
Lheritier a fait le Madrigal
fuivant.
A SON ALTESSE ROYALE
MADEMOISELLE.
PRincelle , un doute Prece's
Qui vit dés le berceau briller voftre
fageffe,
Sçûtfaire à votre esprit fi remply de
jufelle,
Du fublime fçavoir atteindre la
hauteur.
A vos lumieres infinies
Ce grand Homme donnant l'effor,
Vous furpallates fans effori
2c8 MERCURE
Lestalens merveilleux des plus rares
genies.
On admire de toutes parts
De quelle profonde maniere
Il vous apprit mille beaux Arts :
Mais quoy que fon zele ait pl
faire ,
Pour vous tracer la route à des fecretsfi
doux,
Vous prices encor plus chez vous .
Il ne vous montra point , Princeffe,
l'art de plaire
Que vous fçavezle mieux detous ,
La question qui eft agitée
dans le Traité que vous allez
lire , ne vous paroistra pas
peut -eftre douteufe. Cependant
il ya des gens qui doutent
, puis qu'ils la propofent,
GALANT: 209
& vous ne ferez pas fachée
d'apprendre quelles raiſons
les obligent à douter.
A MONSIEUR
***
No
Oftre queftion de Province
est devenuë une
queſtion de Paris . Il y a , Monfieur,
beaucoup de gens , mais
gens diftinguez , qui fe demandent
quand commencera
le Siecle prochain ; fi ce ſera
en l'an 1700. ou en 1701
Je vous avoue que la que.
tion que le font les Habitans
des Terres Polaires, queljour
Avril 1697
. ' S
210 MERCURE
doit revenir le Soleil , aprés
une abſence de fix mois de
leur horifon , a une utilité plus
fenfible ; car enfin c'eſt un
veritable bien de jouir de la
lumiere fi falutaire de ce bel
Aftre, aprés avoir efté privé fi
longtemps de fes rayons . La
question quefe font entre eux
les Egyptiens , paroiſt auffi
d'un intereft réel : fçavoir ,
quel jourle Nil commencera
de croiftre , parce que ce
grand fleuve vient leur appor
rer l'abondance par fon limon
bourbeux , limon plus riche
& plus précieux que le fable
d'or du Tage.
1
GALANT 211
Neanmoins fans comparer
les queftions , il eft conftant
qu'on a toujours eu de l'attention
au commencement d'un
Siecle , comme on en a au
temps du lever des Aftres , &
à celuy de la naiffance des
Princes; & c'est ce qui donne
lieu à la recherche de l'année
en laquelle doit commencer
le Siecle qui fuccedera au
noſtre .
On fe partage en deux avis
differens. Les uns veulent que
le Siecle ait fon commencement
du premier jour de Janvier
de 1701. & les autres à
Iceuy de 1700 . Sij
212 MERCURE
Le Dictionnaire de l'Academie
Françoiſe eſt un préjugé
pour les premiers . On y lit
dans une phraſe du mot de
Siecle , le Siecle qui court a commencé
au premier deJanvier 1601.
L'induction en eft claire , que
le Siecle fuivant commencera
en 1701. D'autre part, l'hiftoire
du Calendrier Romain
de feu M' Blondel , de l'Aca
demie Royale des Sciences ,
cujus pars magna fuir , donne
de l'autorité à l'opinion des
autres. Voicy donc ce qui fe
trouve fur ce fujet dans le Livre
4.au chapitre premier , de
GALANT. 213
les
l'équation des Epactes. Puis
celles - cy , 1600. 1700. 1800.
autres centenaires ou feculaires de
fuite. Et au Livre s. chapitre 5 .
Ainfi la fuite de ce Siecle 1600
c. & lafuite des Epactes du
Siecle prochain 1700. Et dans la
page fuivante il compte de
même. L'on peut fe fervir à peu
prés de la même pratique pour
Epactes du Siecle prochain 1700 .
Voilà une declaration formelle
& réiterée . Mais ce n'eft
pas affez de pouvoir citer des
expreffions d'Auteurs qui favorifent
l'un & l'autre party ;
les
214 MERCURE
il faut remarquer les raifons
que chacun a pour s'en prévaloir
à fon avantage
.
Celles pour commencer le
Siecle en 1701. font que 1. eft
le commencement du nombre,
& non pas o. qui ne fe
met ordinairement qu'à la fin
du nombre , que l'heure , qui
eft composée de 60. minutes ,
commence par 1. & finit par
60. que le mois qui eſt de'
jours commence par 1. & finit
par 30. que l'année de Romulus
, qui n'eftoit compolée
que de dix mois , d'où vient
que le dernier a retenu le nom
30,
GALANT.
215
de Decembre , commençoit
par 1. & finiffoit par 10. qu'il
en refulte que le Siecle qui
court doit avoir commencé
en 1601. & que celuy qui va
arriver commencera par1701
Les autres ne s'en tiennent
pas à ces convenances numeraires
, des heures , des mois ,
& de l'année de Romulus ,
pour ce qui regarde le Siecle.
Mr Vallemont , fi connu par
fa Phyfique occulte , a remarqué
que les Chronologiftes ,
qui en doivent eftre crus dans
la doctrine des temps , comptent
autrement pour le Sie

216 MERCURE
cle. Ufferius , dit . il , Baronius,
Bellarmin , Petau , & divers
autres Docteurs des temps ,
marquent tous le commen.
cement des Siecles par l'o.
C'est au nombre rond qu'ils
ont adopté, & qui leur paroit
plus propre & plus noblé
pour ce caractere . En effet ils
ont pour eux l'Antiquité.
L'année feculaire de Rome
eftoit en 100. ou en 1o. La
prevve en eft dans Horace en
fon Poëme feculaire , Chefd'oeuvre
admirable de cet
illuftre Poëte .
Certus
GALANT. 217
Certus & denos , ou´undenos den
cies per annos
Orbis ut cantus referatque ludos.
Qu'aprés dix fois dix ans ou
dix fois onze , le Siecle ramène ces
chants & ces jeux. Le Siecle
eft encore exprimé dans cette
belle Ode par Orbis, & les Divinitez
principales quiy font
invoquées , font Phoebus &
Diane :
Phoebe, Sylvarumqueporens Diana
; c'est- à- dire le Soleil & la
Lune , dont la figure orbiculaire
paroift plus fenfiblement
que celle des autres Pla-
Avril 1697
. T
218 MERCURE
nates . Le Soleil auffi avoit
dans la Statue un nombre
rond en la main droite ; &
dans la main gauche ; ce-
Juy qui ne l'eftoit pas . Macrobe
en parle au 1. Livre de
fes Saturnales . Inde fimulacrum
ejus fingitur manu dextrâ 300.
finiftrá 65. numerum tenens,
Le bieroglyfique du Siecle
' eftoit dans le Serpent mor
dant fa queue , ce qui fait un
rond . Enfin le dixiéme Siecle
de la Fondation de Rome fut
celebré , ſelon Eutrope , l'an
1000. Millefimus annus Romana
Urbis ingenti ludorum apparatu
GALANT. : 219
& pectaculorum celebratus est.
Ces remarques autorilent l'an
1700. pour commencer le Siecle
prochain. PTA
On objectera que le Siecle
prochain ne peut pas com
mencer que celuy dans lequel
nous fommes encore ne foit
finy , & que fi l'on ne com.
prend pas dans fon periode
l'année 1700. ce Siecle ne fera
que de 99 ans. C'eſt là l'ob .
jection la plus fpecieuſe , &
à laquelle il eft neceſſaire de
répondre. Peut on dire qu'il
en eft du nombre de 41700 .
pour : Fun & l'autre Siecle
Tij
220 MERCURE
comme de l'Etoile de Venus
finit la nuit & marque le
qui
point dujour ou comme de
Janus qui regardoit devant &
derriere.
Solus de fuperis qui tua terga vi,
des , Ovid. Faft ..
& qui ainfi fermoit l'année
finie , & ouvroit la nouvelle
année. Que de même le nombre
1700. peut eftre commun
pour le Siecle qui va finir &
pour le Siecle qui va naiftre.
Le nombre 1700. n'a ny des
rayons comme la Planete ,
ny deux faces comme Janus..
L'allufion feroit fauffe ; car
GALANT: 221
Tufage du nombre 1700. le
rend unique pour Fun & pour
T'autre Siecle , & ne le partage
nullement pour eux.
Mais voicy ce qui remplit
le nombre des cent années du
Siecle. C'est que la Chronologie
Chreftienne ne compre
pas en Janvier fon premier
Siecle , comme a fait Denis
le Petir elle le compte en
Decembre , mois auquel on
tient que Jefus Chriſt eſt né .
Ceux qui comptent to premier
Siecle en Janvier , nonfeulement
diminuenile temps
de l'incarnation , mais ils t
Tiij
222 MERCURE
tent l'Epoque Chrétienne
non de la Nativité , mais de la
Circoncifion ; ce qui ne le
doit pas. Au lieu que le premier
Siecle fe prenant au
temps précis auquel le Sauveur
du monde eft né , le calcul
fera jufte , & le nombre
plein pour chaque Siecle qui
aura cent ans , & en particu
lier pour celuy dans lequel
nous vivons , quoy que le
nombre 1700. ne luy appar
tienne pas , & qu'il foit en
propre au Siecle fuivant. J'en
excepte pourtant le premier
Siecle à qui il s'en faut beau-
5
GALANT. 223.
coup qu'il n'ait cent ans , puif
qu'il n'a commencé qu'en
Decembre & qu'il finit avec
ce mois. Mais c'est pourtant
un Siecle , un Siecle fi l'on
veut , enfant , enfant même
qui meurt quelques jours
aprés qu'il eft né. Ou bien ,
il en eft de ce premier Siccle
de l'Incarnation , comme du
premier jour de la Paflion : la
mort de nôtre- Seigneur fut à
'neuf heures felon la maniere
des Juifs comptant leurs jours
ad lever du Soleil , & felon
nous , ce fut à trois heures
aprés midy. Il s'en faut beau-
Viiij
224 MERCURE
coup qu'il n'y ait vingt- qua
tre heures dans ce jour de la
Paffion , mais neanmoins il eft
compté pour le premier jour
auquel arrive la Paffion . Prenant
de même le prémier Siecle
en Decembre , quelque
tenips qu'il manque en fon
periode , & joignant ce premier
Siecle de Decembre à
celuy qui fuit en Janvier , on
trouvera le compte exact à
faire naiftre chaque Siecle au
nombre rond , & confequemment
le Siecle prochain en
1700 .
Mais enfin , fi dans le pa
GALANT. 225

rallele de ce que les uns raifonnent
pour commencer le
Siecle en 1701. & de ce que les
autres alleguent pour le com
menceren 1700. il reftoit encore
quelque difficulté à fe
déterminer , voicy un fait pu
blic & folemnel qui doit faire
Ie dénouëment parfait de la
queſtion. M' de Thou au 124.
livre de fon Hiftoire , nomme
l'année 1700. une veritable
année feculaire : & il ajoûre
que cette année feculaire fut
comme telle , celebrée à Rome
, avec un grand concours
de Peuples de toutes Nations,
"
226 MERCURE
Sæcularis hic verè annus , &c.
magnâ omnium nationum expecratione
ac frequentiâ celebratus
fuit Calend. Januarii 1600. Sile
nombre de 1600. n'est pas
dans le texte , il eft à la marge,
où cet illuftre Hiftorien a de
coutume de marquer toutes
les années des Siecles . L'ufage
rapporté de 1600 , cft demon
ftratif pour l'ufige de 1700.
Tent de milliers de perfonnes
qui eurent part à la folemnité
du Siecle commencé en 1600 .
de témoins qu'ils furent de
cette année Seculaire , deviennentJuges
pour celle que l'on
attend , & decident qu'elle
GALANT. 227
commécera en 1700. Au reste,
cette opinion merire d'autant
plus d'eftre preferée à l'autre ,
. qu'elle avance d'une année la
fepulture de noftre vieux Siecle
, & la naiffance du nou
veau : naiſſance du nouveau
;
Siecle attendue avec impa
tience pour voir ce qu'aude
nous n'a vû , & ce qu
aucun de nous ne verra
plus , comme le difoit le He
rault Seculaire : Quæ nec spectavit
quifquam , nec spectaturus
est.
Aprés cette queſtion des
Chronologiftes , les Aftrolo
228 MERCURE
guesauront à leur tour de l'oc
cupation à dreffer , pour ainsi
dire , la figure de la nativité
du nouveau Siecle , & à tirer
des Aftres , de leurs conjonc
tions , de leurs afpects , & de
leurs influences
, ce qu'il en
faudra craindre ou efperer.
Mais ceux qui , comme vous
& may comptent , dans le
cours de leur vie un bon nom
bre d'années de ce Siecle cy,
ne fe mettent guéres en peine
de l'Aftrologie Judiciaire fur
l'Article du Siecle prochain
.
Qu'on en penfe donc & qu'on
en dife tout ce qu'on voudia.
GALANT. 229
Qu'on en faffe un Siecle de
Jupiter ou de Mars , quel que
foit cet avenir , il regarde d'au
tres perfonnes que nous
Fuvenes fpectant venturi tempora
Sacli. Je fuis , & c.
Les conqueftes que fit autrefois
la belle Laïs font fi
connuës , que vous ne ferez
pas furpriſe du Conte qui
fuic.
LE REPENTIR EVITE .
C
Orinthe dans fes murs vật naifire
une Pucelle
Aqui rieu n'échapoit , & qui fceut
tout charmer!
230 MERCURE
Lais fut le nom de la Belle.
Venus , à ce qu'on dit , avoit moins
d'attraits qu'elle,
Et fe feroit moins fait aimer.
Telle qu'on la dépeint il eft aisé de
croire,
Si l'amour euft armé fon coeur de
· cruauté ,
Que fa dangereufe beauté
De cent meurtres fameux auroit
noircil'Hiftoire. 2 C
30
Ce Dieudoney mit ordre , & prévint
ces malheurs .
A peine elle eut quinze ans qu'une
fleche perçante,
Que luy lança la main route-puif
fante,
Eloigna de fon coeur jusqu'aux
moindres rigueurs ,
N'ylaiffant qu'une doute pen
te
GALANT 231
1.
A laiffer prendre , & donner des
faveurs.
Donner , ce n'eft gratis que j'ay prétendu
dire.
Dés ce cemps-là dans l'amoureux
empire , 7
Faveurs ne fe donnoient pour
rien..
Il falloit de l'argent pour toucher
fa Maiftreffe,
Zes Dames ont fourni maint autre
exemple en Greca,
Que celles de Paris ne fuivent que
trop bien. 4
Ce que j'en dis n'eft pas un effet de
ma bile ,
[ à l'utiles
C'eſt bien fait de méler l'agreable
Si l'honnefte en efloit , ce feroit en
cor mieux.
Ly reviens. Lais donc, jeune, belle,
& coquette,
232 MERCURE
Faifant an revenu du pouvoir de
fes yeux ,
Bien- toft de fes Amans vit une Cour
complette,
Et quoy qu'elle vendift cherement
fes faveurs ,
Tant eftoient fet appas dela ratfon
vainqueurs ,
Qu'on n'en regretoit point l'emplete.
Qui l'euft cru? L'amour mit parmy
les Proteftans ,
Que Lais avoit dans fes chatnes,
Un homme des plus importans,
Ce fut lt fameux Demosthenes ,
Philofophe. Orateur , mais menager
du temps ,
Et voulant promptement mettre fin
à fes peines ,
Il fupprima les longs difcours ,
GALANT. 273

Ettous les monas föins par où l'a '
mour s'explique."
Il reduifit fa Rhetorique
Afaire ainfi connoiftre fes defirs..
Depuis deux ou trois jours je vous
aime , ma Belle :
Le fuis jeune , & d'ailleurs affez.
propre à l'amour.
Vous, vous aimez l'argent ;· là,fans
aucun décour
La faveur que j'atiens que me cou4-
tera-t elle? dated 10
Voila , dit - elle, à l'offre près ,
Un compliment de petit maistres
Comme je fais autantfranche qu'on
le peut eftre
9
Il femble que le Ciel exprés
L'un pour l'autre nous ait fais
naiftie
Te ne veux point vous laiffer trop
Souffurys &
Avril
1697.
234 MERCURE
*.
Et s'il eft vray que je puiſſe vous
plaire ,
Et que voftre ardeur foit fincere,
Moyennant un Talent j'ay de quoy
vous guerir. ONC
UnTalent ? vous n'eftes pasfage,
Répond cet Orateur » vous n'y fongez
pas bien.
Dites-may, de grace , dcombien
Vous avez de vos dons mis le pre-
-lossen mier uſage.
Ce n'eft pas là le fait ,je veux cinq
cens écus
Dit Lais , ou n'en parlons plus.
Et moi , dit- il , je veux pourcette
fomme
En conter en tous lieux fans foupirs
fuperflus.
Orfus, je nefuis pas vostre homme.
Une dupe à ce prix pourrois fe di-
• veriri.
GALANT. 23
م ه
Vous en trouverez à vostre aze
Mais un Philofophe bien fage
N'achete pas fi cher un repentir.
Une Dame d'un rang. &
- d'un merité tres- diftingué arriva
icy l'hiver paffé de Province.
Quoy qu'elle foit en
core dans un âge ou le nom
de Grand- Mere femible plus
toft une iujure qu'une vérité,
elle n'a pas laiffé d'étre honor
rée de ce Titre venerable ,,.par
la haiffance d'un Fils dont
Madame de *** (a Belle . fille
eft accouchée. Elleoncçûe des
lettres il y arquchpuks fors
qui luy apprisent cene non
V ij
236 MERCURE
velle. On s'apperçût pendant
qu'elle en faifoit la lecture ,
ou à l'air de fou viſage , ou á
quelques difcours qu'elle tint
enfuite , que fon Fils , qu'elle
aime pourtant avec tendreſſe ,
luy auroit fait plaifir de diffe
rer ce prefent de quelques années
. Une perfonne de les A.
mis luy envoya le lendemain
un enfant en maillot , qui tenoit
les Vers fuivans . Comme
elle ne les a fait voir à perfonne
, & que l'Auteur n'a pas
jugé à propos de fe faire connoiftre,
ils auront toute la grace
de la nouveauté.
GALANT, 037
A MADAME DE **
Cy je cherche une Grand -Mere;
On dit que je la vois en vous .
A cet air , à ces traits fi doux
Ce nom affreux ne convient guere ..
S
Je croyois à des cheveux blancs :
Que je pourrois la reconnoiftre ;
Mais rien ne fait icy paroiftte.
Les rides que tracent les ans .
2
Les Plaifits qui prenant la fuite
Nous quittent avec nos beaux jours,
Empreffez avec les Amours
Marchent encore à vôtre fuite.
2
Que je ne vous étonne pas..
L'injurieux nom de Grand - Mere :
Ne fçauroit empêcher de plaire ,
238 MERCURE
Quand on conferve mille appas.
2
Aux traits d'un auffi beau vifage
Lorfque j'ofe me prefenter ,
Quoy que ce don falle un outrage
Ne laiffez pas de m'accepter.
2
Et
Par mes enfantines carreffes ,
des fouris gracieux , par
Je plairay peut- eftre à vos yeux ,
Et meriteray vos tendreffes .
a
Que dans trente ans un beau pou
pon
Puiffe de moy prendre naiffance ,
Et vous donne à bon droit le nom
Qui prefeneement vous offenle .
Le Roy a donné à M¹l'Ab
bé Blouin l'Abbaye de Şaine
GALANT 239
Vincent du Bourg , Ordre de
Saint Auguftin , Diocele de
Bordeaux. Il y a trente ans
qu'il eft Chapelain de Sa Májefté
, & tous ceux de fon nom
l'ont toûjours fervie avec
beaucoup de zele , de fidelité ,
& d'exactitude.
4
Quoy que Madame la Princeffe
de Savoye n'ait encore .
qu'onze ans & demy , fon efprit
eft tellement au deffus de
fon âge , que le Roy a jugé à
-propos de nommer huit Dames
pour luy tenir compagnie
, qui fuffent diftinguées
par leur merite & par leur ver240MER
CURE
ru , & dont l'exemple puftéd
fiet la jeune Princeffe . Ces
huit Dames font , Madamela
Ducheffe de Sully la jeune ,
Mefdames de Maurepas , de
Torcy, de Barbefieux , & de
Mornay , & Mefdemoiſelles
d'Ayen , de Chevrcule , &
d'Aubigny
.
3
Vous avez fçu la mort de
Mi Gabaret Lieutenant General
des Armées Navales de
France , arrivée à Roch fort
le 26 du mois paffé. Ils choit
diftingué par un fi- grand
nombre d'actions, éclatantes ,
qu'il me faudroit faire un trop
long
GALANT. 241
5
long article pour les marquer
en détail. Je vous feray feulement
fouvenir que ce fut luy'
qui prit il y a quelques années,
la meilleure partie de la Flote
que les Anglois envoyoient à
Smirne , ce qui a cauſé un ſi
grand dommage à leur Nation
, qu'elle fouffre encore de
cette perte. Quoy qu'il n'y
euft qu'une place de Lieutenant
General vacante , le Roy
en a nommé deux , qui font
M le Marquis de Langeron ,
de Mde Relingues , diftinguez
par une infinité d'actions
éclatantes. Sa Majefté
Avril1697.
242 MERCURE
ne remplira point la premie
re place de Lieutenant General
qui vacquera. Elle a nommé
quatte Chefs d'Eſcadre
Sçavoir:
Mile Chevalier de Rofmadec
M'de Septemes.
M'de la Harteloire.
Mle Chevalier Bart.
On
connoit par la que
chacun n'a qu'à fe repofer fur
ce qui le diftingue
dans fon
employ,pourmonter aux pre
mieres
dignitez
de la profef
fion qu'il a embraffée
.
Le Roy aaugmenté les pene
ons de M Pallas , Defnots ,
GALANT: 243
Champmeflin , Bidaut , &
d'Aligre Saint Lié , & ils ont
a prefent chacun cinq cens
écus. Plufieurs autres ont auffi
fenty les liberalitez de Sa Majeſté
, & M² de la Caffiniere ,
M le Chevalier Digoine
Mr de Palieres , de Sevigné, &
Chabert , & Mr le Comte de
Blenac, ont chacun mille livr.
M' le Marquis de Villette
Commandeur de S. Louis , &
Lieutenant General , a eu qua
tre mille liv. de penſion & M¹
deNefmond auffi Lieutenant
General , en a et deux mille.
On a abfi augmente les-ap-
X ij
244 MERCURE
pointemens
des
des Capitaines
dans le Port , & fait Capitaines
de Vailleaux
, M'de la
Preille , Mªle Chevalier
d'Ailly
, M's Desfrancs
, de la Roqueperfin
, Desherbieres
, du
Rivau huet , & de Rouvroy
,
& fait Capitaine
de Fregate
legere , M du Guay-Troüin
qui vient de prendre dix Vaiffeaux
de la Flote de Bilbao
& les trois de Convoy
.
Le
Gouvernement de
Brouage ayant vacqué par la
mort de M' de Saint Efteve ,
cy- devant Lieutenant des
Gardes du Corps , le Roy l'a
GALANT 245
1

"donné à M le Marquis de
Vins , Capitaine Lieutenans
-de la Compagnie des Moufquetaires
noirs , & Gendre de
M'de Pompone. Je vous ay
fi fouvent parlé de luy , tanc
qu'a duré la guerre d'Italie ,
& il s'eft tant de fois cou .
vert de gloire , qu'il me feroit
inutile de vous reperer
tout ce que je vous en ay déja
-dir.
Le Gouvernement de Ham
ayant auffi vacqué par la
mort de Mdê Vareville , le
Roy en a gratifié Mª de Sefignan
,en confideration de fes
X iij
346 MERCURE
longs fervices dans fon Re
giment des Gardes , & çe
choix a efté
applaudy de toyte
la Cour ,
Meffire
Edme Jolly , Supe
rieur
General de la
Congre.
gation de la miſſion , déceda
à Saint
Lazare le 26 du
mois
paffé , âgé de foixante
& dixlept
ans . Il avoit efté
envoyé
des l'âge de
trente
deux ans
pour
Superieur
des miſſionnaires
de Rome , par M¹ Vincent
de Paul, leur
Instituteur
,
& ily avoir
vêcudurant
douze
années
avec une
finguliere
pieté & une
prudence
efti
GALANT. 247
mée de toute la Cour de Ro
me. Il fut élu General de fa
Congregation en la maifon
des. Lazare, les Janvier 195.
& agouverné durant plus de
vingt - quatre ans cette Congregation
, avec la Commu
nauté des Filles de la Charité,
quieft foumile au même Superieur.
Il a auffieu la conduite,
durant plus de vingt ans , de
la Communauté des Filles de
Sainte Genevieve inſtituée
par M de Miramion . Sa profonde
humilité paroiffoit en
toutes les paroles & actions .
Sa prudence confommée
X-iiij
248 MERCURE
réuffiffoit dans les affaires les
plus difficiles. Son zele infatigable
à foutenir toutes les
bonnes oeuvres que Dieu avoit
commencées par Vin.
cent de Paul, pour la fanctification
duClergé & du peuple,
le foulagement des
&
pour
Pauvres
; fon
entiere
mortification
, qui
l'avoit
fait
renoncer
à tous
les
plaifirs
des
fens
les
plus
innocens
; fa
conftante
application
à former
des
Ouvriers
Evangeliques
&
des
perfonnes
pieuſes
,
charitables
, pour
s'acquitter
de
tous
les
importans
emplois
done
GALANT. 249
fa Congregation , & les autres
Communautez
qu'il gouvernoit
eftoient chargées , & enfin
fa pieté & fon zele extraor
dinaire luy avoient acquis l'e
ftime de S. M. qui durant fon
Generalat a établi fes Miffion.
naires en divers endroits ,
comme à Versailles , pour la
conduite de la Cure , & pour
faire l'Office divin dans la
Chapelle du Chateau ; aux
Invalides , pour faire les fonctions
Curiales à tous les Of
ficiers& Soldats qui font dans
cette magnifique мaifon ;
Rochefort , pour la Cure de
250 MERCURE
M
la Ville , & pour avoir le foin
du Seminaire des Aumôniers
des Vaiffeaux , & à Saint Cir,
pour la conduire fpirituelle
des Dames qu'on y éleve avec
tant de pieté & de fageſſe. Son
A. R. Monfieur en a auffi voulu
avoir pour fa Chapelle de
Saint Cloud , & grand nombre
de Prelats du Royaume,
& même d'Italie & de Polo
gne , perfuadez par l'eſtime
& par le choix de noftre fage
Monarque,de
lage
des
fionnaires élevez par M' Jolly
pour tous les emplois de pieté
& de charité , en ont obtenu
GALANT. 251
·
de luy pour la conduite de
leurs Seminaires Ecclefiaftiques
, & pour d'autres établiffemens
tres importans à
la gloire de Dieu , & au falut
du Peuple ; de forte qu'encore
qu'il fuft tres - refervé en
toutes les actions , & fort éloigné
de produire de foy même
ny luy , ny les fiens , il a vû
fa Congregation s'établir durant
fon gouvernement dans
plus de trente endroits dedans
& dehors le Royaume . Ila
maintenu conftamment juf
ques à la mort dans toute fa
Congregation , cet efprit de
252 MERCURE
pieté , d'humilité , de zele &
-de defintereffement
qui a- voit
rendu
fon
Inftituteur
-tres
- recommandable
à toute
l'Eglife
. Il s'eft
auffi
fait dans
tout
fon
Generalat
plus
de cinquante
établiffemens
des
Filles
de la Charité
, pour
le
fervice
des pauvres
malades
, dans
toutes
les Maifons
Roya
les
, & dans
plufieurs
paroiffes
des Villes
& Bourgades
de
France
, où plufieurs
perfon
nes
de la Cour
, & autres
gens
de pieté
les ont appellées
; en les demandant
à M Jolly
,
toujours
appliqué
à ces fortes
GALANT. 253.
de bonnes ceuvres . Il a nommé
en mourant le Superieur
de fes
Miffionnaires de Fontainebleau
, pour Vicaire general
de fa
Congregation , en
attendant que les principaux
Membres qui la compofent
fe foient affemblez à Saint Lazare
pour luy élire un Succeffeur
.
Les Preftres de l'Oratoire
ont auffi perdu le Pere Abel
Louis de Sainte Marthe , leur
cinquiéme Superieur General.
Il mourut le 7. de ce mois,
âgé de foixante & dix huit ans.
en la maifon de Saint Paul aux
254 MERCURE
Bois , où il s'eftoit retiré aprés
que fes continuelles infirmimitez
l'eurent obligé à demander
un Succeffeur . Il fe
deftina d'abord à la profeffion
de la Robe , mais touché vivement
du defir de le confacrer
tout à Dieu , il entra dans
la Congregation des Preftres
de l'Oratoire, pour embraffer
l'eftat Ecclefiaftique, où aprés
avoir exercé plufieurs
emplois importans , il far
choifi pour Affiftant du Pere
General Jean - François Senault
. Il exerça cette Charge
pendant fix années avec une
GALANT. 255
tres grande fatisfaction de
tout fon Ordre , qui aprés la
mort de ce General , le choifit
le 3. Octobre 1672. pour remplir
la place. Ileftoit de la mai-
Jon de Sainte Marthe , de laquelle
font fortis tant de perfonnes
illuftres dans la pieté,
dans les Lettres , dans la Robe
& dans l'Epée , & Frere de feu
Pierre Scevole de Sainte Marthe
, Sieur de Mere , Hiftoriographe
de France , Auteur de
l'Etat de l'Europe , du Traité
del'Originedes Fleurs deLis , &
de l'hiftoire Genealogique
de
la Trimouille . Ils eftoient Fils
256
MERCURE
de Scevole de Sainte Marthe ,
mort à Paris en 1650. Frere
Jumeau de Louis de Sainte
Marthe , mort en 1656. tous
deux fort intelligens dans
l'Hiftoire , & qui nous ont
donné l'Hiftoire Genealogique
de la Maiſon de France ,
& l'Ouvrage intitulé Gallia
Chriftiana.
Le Chapitre de Troyes a
perdu un de fes meilleurs Sujets
en la perſonne deM¹l'Abbé
Paillor , l'un de fes Chanoines
, dont la mere eftoit
Soeurde feu M' du Houffet ,
Chancelier de Monfieur, 11

GALANT
eftoit
de 257
pieté
d'une charité merveilleuſe , &
d'un defintereffement extraordinaire.
Feu M'du Houffer
l'ayant forcé de prendre une
Abbaye que le Roy avoit en
la bonté de luy accorder , il la
garda tres-peu de temps , &
fupplia M' fon Oncle de luy
permettre d'en donner la démiffion
à Sa Majefté , content
comme il l'eftoit de fon Ca
nonicat & d'une partie de fon
Patrimoine. Ilaiffe un Frere
ancien Secretaire du Roy ,
dont le Cabinet eſt un des
plus magnifiques & des plus
Avril 1697
. Y
258 MERCURE
curieux de Paris. Il avoir eu
une Soeur mariée à M de Ru .
bec , qui a laiſſé meſdames les
Marquifes de laHoguete & de
Villandry , toutes deux Nieces
de feu M'l'Abbé Paillot.
Voicy les noms de quelques
autres perfonnes confiderables
. mortes depuis ma
derniere Lettre .
M. Daniel Morel, Seigneur
deStainville, Hauffignemont,
Corbevoye , & autres lieux ,
Secretaire du Roy , Maistre de
la Chambre aux deniers de Sa
Majefté. Il laiffe plufieurs Enfans
, qui font Jean Morel,
GALANT 259
Abbé de S. Arnoul de mets,
Confeiller Clerc en la Grand'
Chambre du Parlement , qui
a efté envoyé par le Roy on
plufieurs Cours étrangeres ,
Zacharie Morel , Confeiller en
la Quatrième Chambre des
Enquetes du Parlement ,
François - Philippes Morel,
Chanoine de l'Eglife de Paris,
Aumônier ordinaire du Roy,
& Confeiller Clere en la fe
conde Chambre des Enqueftes
duParlement ; M Morel,
cy-devantConfeiller au Grand
Confeil , N Morel, Epaufe de
Denis Rochereau , Seigneur
Yij
260 MERCURE
de Hauteville , Confeiller au
Grand Confeil , N. Morel ,
Epoufe de Nicolas Faudel ,
Prefident en la Cour des
Monnoyes , & N. Faudel , E.
poufe de M' de la Tour , Ecuyer,
Seigneur du monftier.
M..Simon Bachelier Seigneur
de Beaubourg & de
Clotomont , Receveur gene.
ral des Finances en la Generalité
d'Orleans , & Doyen des
Receveurs Generaux des Finances.
Illaiffe un Fils , Ecuyer
du Roy , & Chevalier de l'Ordre
de Saint Lazare , & une
Fille mariée à M' le Comte de
すい
GALANT: 261
AME
Brulard , Fils de M ' le Comte
de Rouvres.
Dame Charlotte le Bou
thillier , Veuve de Gilbert
Antoine , Comte d'Albon ,
Chevalier d'Honneur de feuë
Son Alteffe Royale Madame
la Ducheffe d'Orleans .
Elle eftoit Soeur de l'ancien
Abbé de la Trape , tous deux
enfans de Denis le Bouthillier
, Seigneur de Rancey &
de Clayes , Baron de Veyret ,
Secretaire des Commandemens
de la feuë Reine Marie
de Medicis . Elle a eu entreautres
enfans une Fille , Cathe
262 MERCURE
rine dAlbon , qui a époufé
François Chriftophe de la Bar
ge , Seigneur de ce lieu , Fils
de Jean-Baptifte de la Barge
& de Jeanne de Beaufort Canillac.
Vous fçavez que la
Maifon d'Albon eft une des:
plus confiderables de la Province
duLionnois dont eſtoir
Jacques d'Albon , Marquis de
Fronfac , Maréchal de France,
fi renommé dans l'Hiftoire
fous le nom du Maréchal de
Saint André , qui eftant de
meuré prifonnier à la Bataille
de Dreux , fut tué de fang
froid d'un coup de piftoletpar
GALANT. 263
4
Bobigny- Mezieres , Fan1562.
Dame Marie de Graves ,
veuve de Henry de Graves ,
Marquis de Villefargeau , Seigneur
de Saint Martin , de
Graves , & autres lieux , Maréchal
des Camps & Armées
du Roy , Maiftre de la Garde.
robe de Son Alteffe Royale
Monfieur. Elle eftoit proche
Parente de м fon Epoux , &
s'eftoit mariée avec luy par
difpenfe. Elle laiffe entr'au
tres enfans Nicolas de Graves ,
Chanoine de l'Eglife de Paris ,
& Jules Marquis de Graves
Maistre de la Garderobe de
Monfieur.
264 MERCURE
Le R. P. Bidal , Chanoine
Regulier de Sainte Geneviéve
, Prieur Curé de Montar.
gis . Il tomba malade en confeffant
fes Paroiffien's , le jour
de Pâques , aprés avoir fait
tout l'Office du matin , & mou
rut le Mercredy fuivant . Toute
la Ville affifta à fon enterrement
, & les Pauvres necef
fent point de le pleurer. Il s'étoit
fait une obligation de
donner tous les mois une
fomme confiderable aus Bur
reau des Pauvres ; & dans le
temps de la cherté du pain , il
fe retrancha de fon necelak
2
re
GALANT. 265

pour redoubler fa charité¸
afin qu'ils euffent toûjours le
même fecours . Il donnoit outre
cela aux Pauvres , tout l'argent
qui luy revenoit de toutes
les Meffes qu'il difoit depuis
vingt- quatre ans qu'il
eftoit Prieur, & faifoit encore
de grandes charitez en ſecret
à de pauvres Familles ; il n'a jamais
refufé l'aumône à la porte
, & à tous les neceffiteux
qu'il rencontroit en fon chemin
, en forte qu'on ne luy a
Trouvé que vingt cinq francs
d'argent , quand il eft mort.
Il n'a jamais manqué de faire
Avril 1697. Ꮓ
266 MERCURE
मे
le Prâne , & ille fit encore le
jour des Rameaux. Il avoit
donné un nouvel éclat à fa
Paroiffe , en rétabliſſant tou
tes les Ceremonies , & ayant
mis toutes chofes dans un
tres bel ordre. Il n'a jag
mais plaidé , ny preffé perfonne
pour eftre payé de
fes droits. Il entendoit parfai
rement l'Ecriture , les Conci
les , les Peres, l'Hiftoire Eccle
fiaftique , l'Histoire Romaine,
l'Hiftoire du Siecle , & gene
ralement tout ce qui conve.
noit à une perfonne de fon caâgé
de
ractere, Il elt
moon
caGALANT:
267
cinquante - neuf ans.
On a eu nouvelles de Barle-
Duc que Dame Nicole de
Poyart , Femme de Meffire
Charles de Thierriat - d'Elpas
gne , Seigneur de la Mothe ,
& de Petit- Prez , proche Valfy
,
Gouverneur de Thionville,
eftoit morte le s . de ce mois ,
jour du Vendredy Saint . Cetce
Dame eftoit âgée de foi .
xante & dix - huit ans , & les
avoir employez dans toutes
fortes d'exercices de piecé ,
particulierement pendant les
cheres années, Elle avoit fer.
vy de mere aux Pauvres de
Z ij
268 MERCURE
Bar, & du Gouvernement de
Thionville , & n'avoit eu qu'-
un Fils de M ' d'Efpagne , qui
fut tué en fe diftinguant d'u
ne maniere éclatante à la ba
caille de Fleurus , eftant Capitaine
de Dragons dans le
Regiment du Roy . Elle avoit
plufieurs Fils de fon premier
mariage dans le fervice , entr'autres
M Vaffe , Capitaine
dans le Regiment de Champagne
, qui fut tué en 1689 .
Valcourt , en fe fignalant.
Le vray mot de l'Enigme du
mois paffé , eftoit l'Eventail ,
Ceux qui l'ont trouvé , font :
GALANT: 269
Mrs de la Valletiere de Blois
l'Abbé Hebert de la rue Saint
Martin , Bardet de l'Hôpital du
Mans ; Henry le jeune du Bu
reau du Papier de la Doüane ;
Claude Gautier de Cluny ; Pichoret
de la rue aux Ours ;
Jean Baptifte , Seraphin , Jofeph,
Martin , de Martineau de
la rue de Richelieu ; Columb
de la rue Pierre Sarrazin ; Crif
tophore Hubiche , S de No
rois de Prouilly: Royer S ' de
Bonneuil de Dourdan ; Martin
Benoist de Reims , S des
Jardins , l'Abbé Cofteville &
fon Amy l'Abbé de Carmevil-
Z iij
270 MERCURE
le ; Henry le Gris ; l'Amane
leger & conftant ; le Noble ,
Troyen , les deux Amis conftans
de Rouën ; le Chevalier
des maronniers , le Bourgeois
Aubert ; le Solitaire de l'lfle
du Palais ; le fage Adamas ;
Buſcoïa Vognefi ; du Chefne
de Savoye . Meſdemoiſelles
Charlotte de Beaulieu de Mou
lins en Bourbonnois ; la vertueufe
Fanchon du Pontet ;
la Charmante Marie Louïfe de
la rue de Torrigny; Marie Jac
quet , & la Veuve du Roy doré;
Angelique de la rue Jacobs
Marie Louiſe , de la Croix d'og
GALANT. 275
de Soiffons , & fa Compagne
Hourdé , prés de l'Hotel de
Ville ; Jeanne & Anne Pilot
'de la rue N. Dame à Troyes ;
Marion Montau ; la belle Jan.
neton Chantepie; l'admirable
& plaifante petite Lutine ; les
deux aimables Soeurs de la ruë
Cloche perce ; la Brune de la
rue Saint Louis ; Nanon tresaimable
Brune du quartier S.
Sauveur ; L'Aimable Courriere;
la plus belle des Nymphes,
du Pays de Tendre .
L'Enigme que je vous envoye
merite l'application de
Z iiij
272 MERCURE
vos Amies , pour en découvrir
le fens.
H
ENIGM E,
Ors de mafonction , je fuisfort
maniable ,
On fait ce que l'on veut de moy 5
Mais , placée une fois , je fuisfi peu
traitable ,
Q'en vain mon Gouverneur veut
me donner la loy
Si l'on me voit enflée , au moins , c'eft
fans nulfaßte.
Fe fuis bien loin d'avoir un tel def
faut ,
On me voit bien souvent montée en
un lieu haut ,
1
Me promenant en un pays fart
vafte.
GALANT. 273
Tefuis foumife auxloix d'un bizare
étourdy,
Quine refpecte rien , & mefme eftfi
bardy ,
Qu'ilporte enbien des lieux le trouble
& le ravage .
Ilfe fait obéir , fans qu'on puiffe le
voir ;
Aſonſujet jefouffre unfi dur eſclavage,
Qu'on m'attache, & me pend , pour,
le mieux recevoir.
L'Air nouveau dont vous
allez lire les paroles , eſt d'un
fort habile Muficien .
274 MERCURE
AIR NOUVEAU.
E ne font plus tes feux, Amour
mondain ,
C&
Dout jereflens la vive flame .
Ce font les traits d'un fea divin ,
A qui j'abandonne mon ame .
Quand on les peut fentir , belas !
qu'on est heureux ,
Et que les tiens font dangereux !
On vient de voir paroiftre
une nouvelle Actrice fur le
Théatre des Italiens , fous
le nom de Spinetta. Elle y a
repreſenté cinq ou fix Perfonnages
differens dans la
mefme Piece , ce qui luy a
Ce sontles
uon artheu
Cercles & de Villes libres
dont les Troupes affemblées
274
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le 1
rep
fonnages differens dans la
mefme Piece , ce qui luy a
GALANT. 275
attiré de grands applaudiffemens
, & le nom d'Actrice
Univerfelle. Elle eft venuë
de Bruxelles , où elle a joué
longtemps dans la Troupe de
Mr l'Electeur de Baviere.
Voicy la dixième année que
que la France voit prefque
toutes les Puiffances de l'Europe
liguées contre elle. La
Campagne eft prefte à s'ouvrir
& tout le formidable
Corps d'Allemagne , compo
fé de tant de Souvrains , de¹
Cercles & de Villes libres
dont les Troupes affemblées
276 MERCURE
caufoient autrefois tant d'ef
froy , tremble, aujourd'huy
luy même ; tout y eft en mouvement
, & la plus grande par.
tie des Païfans n'y eft occupée
qu'à faire des Lignes & des
Retranchemens , pour le mettre
à couvert de l'inondation
des Troupes de France. Celles
du Roy d'Efpagne en
Flandres, celles d'Angleterre,
& de Hollande , & celles des
autres Alliez dans le même
lieu , ne font pas moins occupées
à fe précautionner ,
contre les approches de ces
mefmes Troupes. Toute la
GALANT. 277
"
Catalogne eft dans de cruelles
agitations. L'Efpagne y faic
venir des Troupes d'Italie &
en leve dans tous les Royaumes
pour les y faire marcher,
afin d'empêcher la perte entiere.
Quelle honte pour tant
de Nations Quelle gloire
pour la France , & encore plus
pour le Monarque qui la gouverne
On s'eft ligué pour
l'accabler , il a toujours battu
tous les Ennemis , & aprés la
dixiéme année d'une guerre
qui les a tous épuiſez , luy
feul eft en eftat de la foute
1
.
278 MERCURE
nir , & la Paix ne peut venir
que de fa bonté . Ce Monar
que eſt le feul en eftat de la
donner , & c'eſt par cette
raifon qu'il y a tout lieu de ſe
la promettre , puifqu'il fem
ble n'eftre né que pour faire
admirer la moderation aprés
avoir fait éclater fa valeur.
Les Anglois & les Hollandois
font defolez par les Prifes
continuelles que les Vaiffaux
François font fur ces deur
Nations , & la priſe de treize
Vaiffeaux venant de Bilbao ,
Jeur à caufé un notable préふ
・GALANT. 279
judice . Ils attendoient les lai
nes fines d'Efpagne dont ces
Vaiffeaux eftoient chargez
pour mêler à leurs laines , fans
quoy ils ne peuvent travailler
à leurs manufactures de
draps , ce qui rend cinquante
mille Ouvriers inutiles dans
J'une & l'autre Nation , & les
oblige à foupirer aprés la
Paix , & à la demander hautement.
Sans elle l'Angleter
re ne peut voir rentrer l'or & r
l'argent dans fon Royaume,
qui en eft forty en efpeces . Il
faut que le commerce réta
280 MERCURE
par
bliffe fes affaires . La Hollan
de qui ne fouffre pas moins
les pertes qu'elle fait tous
les jours dans le fien , n'a pas
moins befoin de la Paix pour
fe rétablir ; elle ne déguiſe
point fes fentimens là - deffus,
& elle travaille de bonne foy
pour l'obtenir. Si ce bonheur
'arrive à l'Europe , j'auray foin
de vous entretenir de tout ce
qui le regardera, & fi la Guerre
continue , j'entreray jufques
dansles moindres détails , pour
contenter voftre curiofité.
Ainfi vous devez eftre per,
GALANT:
280
fuadée que d'une maniere
ou d'autre , mes Lettres feront
tres- curieuſes à l'avenir.
Je fuis , Madame , & c . -
A Paris , ce 30. Avril 1697.
Avril
1697.
Aa

22255222222525 527
PR
TABLE.
Relude.
Vers de Mrde S. Evremont fur
la Capitation d'Angleterre.
'Mort de Mr Marin. 118
Réponse de M¹ Laurifol , vouchaus
la purgation dans les Fiérures
malignes.
Ouvrage concernant l'Algebre.
42
La Fauvette de Sapho au Moineaude
Sylvie.
Réponse.
2017 500
83
86
A a ij
TABLE.
Plan nouveau de Paris . 38
Cartes nouvelles.
30
Bouclier de Scipion preſenté au
Roy.
Difcours touchant les differentes
caufes d'Apoplexie ,
Epiftre à M le Nonce.
106
108 .
114
Evefché de Troyes donné par le
Ex Roy.
Dialogue de Mars & de Miner
ive. ve.. ISS
Concert spirituel , ou le Peuple
Fuifdélivré par Efther sse
Privilege donné à M de Lac
garoufte!
Hiftoire.
? 196
Changemens dans le Diocese de
TABLE.
Troyes.
196
Vers à Madame la Princeſſe de
Savoye. 203
Madrigal à Mademoiſelle. 207
Question tres -curieuse.
Le repentir évité.
Galanterie.
209
229
235
Dames nommées pour tenir compagnie
à Madame la Princeffe
de Savoye.
239
Officiers nomme dans la Marine
, &Penfions données . 240
Gouvernemens donnez.
Morts.
Enigme.
244
246
268
Nouvelle Actrice Italienne. 274
Nouvelles de guerre. 275

Avis pourplacer la Figure.
L'Air doit regarder la page 274
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le