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1697, 02
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Eur.
511
m
1697.2
Eur
. 511m
1697,2
Mercure
<36624560720017
<36624560720017
Bayer. Staatsbibliothek
1.
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
FEVRIER 1697.
A
PARIS ,
Chez
MICHEL
BRUNET , Grande Salla
du Palais , au Mercure Galante
O
N donnara toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau , &
Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envie .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. D C. XCVII.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Stactbibliothek
München
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AVIS.
Velquesprieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employes
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
dymanquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peat fervir. On réitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
neprend aucun argent pour les Metaires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourves
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux . On
A ij
AVIS .
prie feulement ceux qui les envoient,
fur tout ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
L'article des Enigmes d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent.
Ceft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le toutenfemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite pre
fentement le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere qu'il est toujours
imprimé au commencement de chá
que mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilferapartirles paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure.Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin, Paris ne
haiffera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
long-temps avant qu'il foit arrive
dans les Villes éloignées, mais aufz
kes Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant.Ceux
quife lefont envoyer par leurs Amis
fans encharger ledit Brunet , s'ex-
Fosent à le recevoir toujours for t
tard par deux raifons. La premiere,
Parce que ces Amis n'ont pas foin de
te venir prendrefitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quel
quesjours avant que l'on en falle le
debit, & l'autre , que ne l'envoyant .
qu'aprés qu'ils l'ont lu eux e' quelques
autres à qui ils le pretent, ilt
rejettent la faue du retardement
far le Libraire , en difant que la
vente nen a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'il fe charge de faire
A iij
AVIS.
les paquets luy-mefme, & de lesfaire
porterà la Pofte ou aux Meffagers,
fans nul intereft, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'illes debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront . Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à la fin
du mois, on les joindra au Mercure,,
afin de n'en faire qu'un mefme pa
quet. Tout cela fera execurè avecune
exactitude dont on aura lieu
deftre content.

е
MERCVRE
GALANT
FEVRIER 197 .
OUS n'aurez pas
de peine à croire
qu'on parle par
tout des furprenantes actions
du Roy , puis que vous ne
vous trouvez en aucun lieu
où les louanges ne faffent la
A iiij
8 MERCURE
plus grande partie de l'entretien
des perfonnes raiſonnables
; mais vous ferez peuteftre
furprise que des Peuples
qui nous paroiffent feroces,
aiment à luy rendre la justice
qui eft deue à fes grandes
qualitez. On racontoit à un
Turc le grand nombre de
victoires que ce Prince a remportées
, & aprés qu'il euc
écouté quelque temps celuy
qui luy en faifoit remarquer
les avantages Ce n'est pas
par là , répondit il , que tu dois
louer l'Empereur de France . Tu
dois dire , que c'eſt un miroir dans
GALANT.
9
lequel tous les Rois du monde doívent
fe mirer. Le Turc a raifon.
Si tous les Souverains de
Europe s'eftoient reglez fur
un fi parfait modele , combien
de fang auroit efté épargné
, & de quel heureux repos
ne joüiroient pas les Peuples
que les fureurs de la
guerre accablent depuis tant
d'années ? Ce leur doit eftre
un foulagement
confiderable
que l'efperance de les voir
bientoft finir.
Il y a une autre guerre qui
ne finit pas fort prompte10
MERCURE
ment. C'est celle qui s'allume
entre les Sçavans On a attaqué
l'explication nouvelle
que je vous ay envoyée d'un
paffage de Virgile , & l'Auteur
de cette explication s'eft
cri obligé de la foutenir.
Voicy ce qu'il a écrit de nouveau
fur ce Paffage.
A MONSIEUR ***
Ous avez vû, Monfieur,
la Lettre qui attaqua au
mois de Novembre , celle de
ma nouvelle explication d'un
paffage de Virgile , laquelle
GALANT:
parut au mois d'Avril . Le
feptiéme mois depuis la naiffance
de cette explication
feroit
il funefte pour elle , de
même que les Medecins
efti
ment que les jours feptenai
res font critiques
, & que les
années feptenaires
font climateriques
? Si je fais cette remarque,
c'eſt que j'ay affaire
à un membre
celebre de la
Faculté , où on n'obmet
pas
cette obfervation
. Un Etudiant
a mis fon nom à cette
Lettre de Novembre
; mais
quoy qu'il foit ftudieux
&
avancé , je fçay de bonne parts
12 MERCURE
qu'il n'a fait que préter fa
main pour la copier , & qu'el
le appartient originairement
à fon Docteur . En effet , corufcat
radiis Magiftri . On y voir
F'efprit & le genie da Maiftre ,
qui eft comme lapis , Phoebo
ante alios dilectus . Cet abus de
nom n'eftoit pas approuvé de
Virgile , qui trouva mauvais
qu'un autre fe fift honneur
d'un diftique qu'il avoit compofé
; ce qui donna lieu à ce
petit Vers , & à d'autres femblables
, où il s'en plaint .
Sicvos non vobis vellera fertis
, oves .
GALANT. 13
Cen'est donc pas pour vous , brebis
, que vous portez vos toifons.
Il ne s'agit pas icy de la toi
fon d'une brebis , mais de la
peau d'une Louve , que j'ay
effayé d'ôter de l'interpretation
d'un endroit de Virgile,
& que l'Auteur de la Lettre
critique y veut retenir. Voicy
le Paffage dont le fens eft
agité & mis en queſtion.
Inde Lupa fulvo nutricis tegmine
laius
Romulus , &c. Eneid. 1 .
J'ay combattu le fens vulgai
re , qui revest icy Romulus
de la peau de la Louve , ou
14 MERCURE
de celle d'un Loup , & j'ay
proposé un nouveau fens qui
le couvre de feuilles , feuilles
fymboliques
d'immortalité
.
On me difpute ma refutation ,
& on me difpute auffi mon
opinion. Il me faut donc faire
une feconde difcuffion de
ces termes , Lupa fulvo nutricis
tegmine , & c. On doit les
entendre paffivement , c'eſt à
dire , de la peau prife de la
Louve : ou activement , de ce
que la Louve fournit hors
d'elle-même , & qui couvre
Romulus , le tirant d'un autre
fujet. Le premier fens a beauGALANT.
15
coup de difficultez , La Louve
furmonte fa ferocité naturelle
, & fon appetit vorace ; au
lieu de devorer Romulus que
le Tibre luy avoit comme
jetté à la gueule, elle l'adopte
comme fon enfant , elle devient
fa mere nourrice , & elle
luy fait part defon lait comme
à fes petits. Romulus doit
ainfi doublement la vie à la
Louve , & pour ne l'avoir pas
mangé comme fa proye ,
pour l'avoir nourri comme
un de fes petits . Se peut- il
aprés cela que Romulus trouve
le moyen de tuer la Louve,
&
16 MERCURE
& qu'il fe couvre de fa peaus
Ce feroit une espece de parricide.
Androdus , cet esclave
fugitif, ayant efté repris , fut
condamné à eftre déchiré par
les beftes. Lors qu'il y eft expofé
, un grand Lion le cou
vre fe mettant au devant de
Juy , & il empêche qu'elles net
l'approchent. Le Peuple Romain
jaloux de la generofité
du Lion , donne la vie à l'elclave
, & il eft mis en liberté.
Ferez vous devenir cet elclave
le meurtrier de ce Lion ,
& le ferez- vous couvrir de fa
peau Si l'action du Lion fur
GALANT. 17
admirée comme une merveil
le , l'action de l'esclave feroit
regardée comme celle d'un
monftre. Il ne fert de rien
d'alleguer la peau du Lynx
d'Harpalice , ny celles des beftes
tuées à la chaffe. Ce font
des dépouilles d'un ennemi
vaincu ; mais icy c'eft la peau
d'une bienfaictrice, d'une tendre
nourrice ; ces fujets & ces
exemples ne font pas de la
nature du noftre , & ne luy ,
reffemblent point . Je vais
plus avant que cette reflexion
morale ; je dis qu'il n'eft pas
!
poffible que
Février 1697
la
peau
de la
B
18 MERCURE
Louve fuft mife à cet ufage.
Romulus enfant n'eftoit pas
en eftat de tuer fa Louve , foit
à la chaffe , foit autrement ;
& quand il eut atteint douze
ou treize ans , quoy que ce
foit encore eftre trop jeune
pour un exercice auffi rude
& auff dangereux qu'eft celuy
de la chaffe du Loup , pofé
qu'il euft tué la Louve , qui
eft - ce qui auroit reconnu
que c'eftoit celle qui avoit
efté fa nourrice ? Ce ne feroit
pas Romulus , qui auroit esté
treize ans fans la voir. Ce ne:
feroit pas non plus Fauftulus ,,
62
1
GALANT: 19
quilors qu'il enleva l'enfant ,
prit fans doute fon temps que..
la Louve n'y eftoit pas . Auffi
femble- t il que le Critique fe
rend fur cet article , puis qu'il
arecours à la peau d'un Loup .
Mais cette opinion ne peut
pas s'ajuster aux termes du
Poëte , qui font Lupa nutricis ,
la Louve nourrice. Le fens doit
eftre tiré des termes. a
Loup n'est pas une Louve ,
encore moins
nourrice. On s'égare donc de
Virgile, & on l'interprete mal ,
une Louve
d'expliquer la chole contre la
fignification des mots . De
Bij
20 MERCURE
plus , j'ay avancé qu'il eftoit
incompatible de mettre une
peau de Loup fur les épaules
du Fondateur de Rome , parce
que ce feroit le traveftir
en Loup , animal affreux ; en
Lycantrope , figure trifte &
d'une mélancolie noire , ce qui
ne convient ny à Romulus ,
ni àlatus ,joint que cet animal
feroit d'une fatalité & d'un
mauvais augure pour l'Empire.
Il y a un paffage de Tite.
Live que j'ay déja cité. Viſo
lupoin Capitolio, dirum putatum.
Un Loup ayant eftè vi dans le
Capitole , on crut que c'eftoit un
GALANT. 21
cruel prodige. En voicy un autre
du même Hiftorien ; c'eſt
au 2.livre de la 4. Decade , où
il dit qu'un Loup eftant entré
dans la Ville par la porte Efquiline,
les Confuls n'oferent
pas fortir que ce prodige &
quelques autres ne fuffent expiez
par l'immolation des
grandes Victimes . Lupus Ef
quilina portâ ingreßus, &c . Ma.
joribus hoftiis funt expiata. Il y
a un troifiéme paffage de la
même confequence , au I.
livre de la troifiéme Decade .
Tite. Live , aprés avoir rapporté
la belle harangue mili22
MERCURE
taire qu'Annibal fit à ſon Armée
, & qui excita fi fort fes
Soldats à en venir aux mains ,
ajoûte que les Romains n'avoient
pas la même ardeur de
combattre. Apud Romanos.
haud tanta alacritas erat , recentibus
etiam territos prodigiu : nam
lapus intraverat caftra . Ce
·
Loup qui eftoit entré dans le
Camp , leur ôta le courage , &
leur fit plus de peur qu'Annibal
luy même. Voila trois
lieux confiderables
, où les
Romains furent prodigieufement
alarmez du fpectacle.
d'un Loup; fçavoir, le CapitoGALANT.
23
le , la Ville , & le Camp . Jupi--
tereftoit au Capitole , le Senat
eftoir dans la Ville , & les Le--
gions Romaines étoient dans
leCamp ; neanmoins la pre::
fence de ces grands fujets ne
pouvoit les raffurer contre.
celle d'un Loup , qui les faifoit
trembler en les menaçant
d'une calamité déplorable.
Aprés cela , la peau fi hideuſe ,
fi funefte d'un Loup fe pourroit
elle fouffrir fur Romulus ,
fans devenir luy même un ob.
jet d'un facheux augure à fes
Romains , même par tour,
dans les Temples , dans le
24 MERCURE
Senat , & dans l'Armée. On me
dit que le Loup n'eftoit d'un
mauvais augure que par des
circonstances
; & moy je fou.
tiens qu'il l'eftoit de luy mème
& de fa nature . Le Loup
eft un compofé d'impudence ,
d'aftuce , de malice , de rapacité,
de voracité & de cruauté;
fa face eft hideuſe , fon regard
affreux, & fon hurlement hor
rible. N'y a- t-il pas là fuffifamment
de quoy former un
mauvais augure , non par ac .
cident , mais de foy même ?
On m'objecte encore qu'il y
avoit un Loup dans les Enfeignes
GALANT.
25
egnes de la Republique . Je
çay que Rline le dit au ch . 4.
de fon x . livre, fans que Tite-
Live en ait parlé. Cela ne fait
rien , parce que ce n'eftoit
que dans celles où il y avoit
auffi un Cheval, un Sanglier,
& un Minotaure ; ce qui marque
que ce Loup n'avoit aucune
relation à Romulus , &
qu'il n'eftoit point de fon inftitution
, autrement on aureit
mis dans ces Enſeignes
militaires , non un Loup,
mais une Louve , & cette
Louve y auroit efté feule . Le
même Pline dit auffi que ce
Février
1697.
C
26 MERCURE
Loup en fut ofté , comme fi
les Romains en euffent eu
honte . On n'y vit plus la figure
affreufe de cette befte ,
qui fut tirée des Enfeignes
Romaines par l'ordre de Marius
, & l'Aigle , cet animal
noble , & le Roy des oifeaux ,
y demeura feule , quoy qu'il
y euft dans la perfonne de ce
cruel Dictateur quelque rapport
à un Loup , ayant devoré
comme la proye plufieurs
Grands de Rome qu'il remplit
de fes cruautez . On infifte
auffi que le Loup eft appellé
martial , Lupus martialis,
GALANT. 27
un animal de Mars . Qu'importe?
C'eft dans l'idée horrible
de la guerre , dans celle
de la cruauté & du carnage ,
& nullement dans l'idée noble
de la valeur . La Choüette
eft nommée Noctua Palladia ,
unoifeau de Minerve , en eftoitelle
moins de mauvais augure
? Elle fervoit de fymbole
pour la fageffe & l'intelligence
profonde de la Déeffe qui
penetre dans les chofes les
plus obfcures , car autrement
elle n'en eft pas moins qualifiée
Noctua improba, la Choüerte
maligne. Cette Epithete me.
Cij
28 MERCURE
"
fait fouvenir de l'opinion de
ceux qui ont cru la Métemplycofe
, fçavoir que l'ame
d'un méchant homme , d'un
homme cruel , entroit au fortir
de fon corps dans celuy
de loup. Mettre une peau
d'un loup fur Romulus , &
l'en couvrir , ne feroit - ce pas
commencer d'avance cette
horrible Metempsycoſe ; fi .
gure tres - oppofée à celle d'un
Dieu , fous laquelle Proculus
Patricien difoit l'avoir vû
dans le Ciel? Affurément cet,
Le opinion , foit de la peau de
la Louve, foit de celle d'un
GALANT. 29
Loup , eft fi peu fortable à
Romulus , que l'Auteur de la
Critique, qui avoit abandon
né l'une , femble ne pas mieux
trouver fon compte dans Fau
tre ,puis qu'il s'attache à un
autre fens , qui eft d'entendre
par lupa nutricis tegmine , le
corps ou le ventre de la Louve
,fous lequel il veut mettre
Romulus ; car de plufieurs
opinions il n'y en peut avoir
qu'une de veritable
, & on paroift
rebuter l'une quand on
approuve l'autre .
Cependant cette derniere
opinion est encore moindre
Ciij
30 MERCURE
que la précedente ; car cellecy
a pour elle Servius , & di-
Commentateurs vers
teur
qui
l'ont fuivi à la file ; au lieu
que l'autre n'a , que je fçache,
eſté adoptée par aucun Auremarquable:
ainſi eſtant
fans préjugé , & ne pouvant
tirer de nobleffe à patre &
avo , je croy devoir employer
moins de paroles à la combattre
. Outre ce que j'en ay
déja dit dans un article de ma
premiere Lettre , je pretens
qu'il y a de la difference à faire
entre les petits de la beſte
& les petits de l'homme . Les
GALANT.
{ ་
petits de la befte ont la tefte
baffe & courbée , conformement
à la figure panchée de
ainfielles peuvent
leur
corps;
bien
eftre
dans
une
fituation
naturelle
fous
le
ventre
de
leur
mere
, fe
mettre
fous
le
même
ventre
dont
ils
font
fortis
. Il n'en
eft
pas
de
même
des
petits
de
l'homme
,
qui
ont
la tefte
haute
& les
yeux
élevez
, fuivant
la ftructure
droite
de
leurs
corps
,
Os
homini
fublime
dedit
, dit
Ovide
. Par
cette
raiſon
, la
même
diſpoſition
que
celle
des
petits
de la befte
, ne
leur
C iiij
32 MERCURE
eft pas propre & commode; le
fait le prouvera. Il y a à Rome
chez le Confervateur du Peu.
ple , une Louve en bronze
appliqué. On y voit Romulus
& Remus , pour atteindre fes
mammelles , hauffer leurs petites
mains en pliant leurs
genoux , pofture fort contrainte
, d'autant plus qu'ils fe
trouvent là contre nature. Il
n'y a que la neceffité de conferver
la vie qui les y retienne;
car autrement n'ya - t il pas une
fecrete repugnance de teter
une befte au lieu d'une femme
? Eftre non feulement du
GALANT. 33
genre humain , mais encore
avoir Mars pour Pere , & une
Veftale pour Mere , & cepen .
dant eftre réduit à la mammelle
d'une befte feroce , affreufe
, & l'averfion des hom .
mes , il n'y a pas là matiere
de joye , je n'y trouve point.
Romulus latus . De plus , quel
emblême , quel caractere
quelle idée de gloire pour
Romulus fe peut on imaginer
à le placer fous le ventre
d'une Louve ? Quel rapport y
a- t- il avec ces grandes chofes
qui fuivent , & que Virgi .
le attribue à ce premier Roy
de Rome ?
34 MERCURE
Romulus excipiet gentem , &*
mavortia condet
Mania , & c. Romulus prendre
le foin de cette Nation , il bâtira
les murs de Rome belliqueuse ,
c. Mais ce n'eft pas affez
d'avoir , pour ainsi dire , fapé
les fondemens des opinions
vulgaires , je fuis obligé de
confirmer de nouveau la conjecture
que j'ay propofée , &
de repouffer les traits qu'on
a lâchez contre elle, afin que
s'ils retentiffent fur le bou .
clier , au moins ils ne le percent
pas .
J'ay donc declaré que par
ces paroles ,
GALANT.
35
Inde lupa fulvo nutricis tegmine,&
c. on pourroit entendre
activement que la Louve
couvriroit de feuilles Romu.
lus enfant ; en quoy cette
nourrice extraordinaire s'ac .
quitte d'un fecond foin envers
fon nourriffon , fçavoir ,
aprés l'avoir allaité , de le
couvrir & de l'enveloper de
feuilles , felon l'inftinct de cet
animal , qui eft de fe fervir de
feuilles pour couvrir la prife.
Plutarque rapporte dans la
vie de Romulus , que la Louve
le trouva fous un Figuier, appellé
à ce fujet ruminalis . Voi36
MERCURE
la Romulus recumbens fub regminefagi,
mais comme la Louve
ne pouvoit pas demeurer
dans un lieu paffant , & fur les
bords du Tybre , & que les
Loups fe retirent ordinairement
dans les forefts , c'eft là
où elle tranfporte Romulus,
& c'est là qu'outre l'abri des
chefnes , elle le couvre encore
de feuilles tombées de
ces arbres , qui font les feuls
langes qu'elle pouvoir don
ner à ce merveilleux nourri
fon . Outre cette convenance
tirée de 1 hiftoire , celle cy
fe prend de Virgile même ,
"
GALANT.
37
par imitation d'Horace fon
original & fon modele. Ce
grand Poëte chante au 6. livre
de l'Odyffée , qu'Uliffe , ce
Heros de fageffe , eftant écha
pé du naufrage , couvre fa
nudité de feuilles arrachées
des branches d'un bois où il
fe
trouva. Virgile en ufe de
même pour Romulus , un Heros
de Mars . Il eftoit fauvé
de l'inondation du Tybre , &
de là eftant emporté par une
Louve dans un bois , il le fait.
couvrir de feuilles dans fa
nudité par cette Louve fa
nourriffe. Aprés cet exemple
38 MERCURE
que le Poëte Latin imite du
Poëte Grec , je puis en produire
un particulier de Virgile
même , c'est dans fa iv.
Eglogue de l'illuftre Enfant
de Pollion. Il met du lierre
fur fon berceau , & il y ajoûte
encore un autre feuillage.
At tibi prima ,puer, nullo munufcula
cultu
"
Errantes hederas paffim cum
baccare tellus , &c.
La terre vons fora de petitsprefens,
nezfans aucune culture, des
feuilles delierre , & de la branche
urfine , & c. Comme il eft raturel
à cet incomparable Poë .
GALANT.
39
te de garder fon caractere
dans des fujets femblables , il
fait dans l'Eneide ce qu'il a
fait dans les Bucoliques , Romulus
eftant un autre enfant
merveilleux , il le couvre de
feuilles de chefne. Le lierre
& la branche urfine ont leur
emblême pour le Fils de Pollion
, & les feuilles de chefne
ont auffi un mistere pour le
Fils de Mars , comme je l'ay
déja remarqué. Joignez ces
rencontres à ce que j'avois
allegué d'Horace ,
Fronde nova patrua Palumbes
Texêre. Il y a dans ce tout
40 MERCURE
une jufte convenance qui affermit
mon fentiment . Il me
refte de répondre à ce qu'on
m'objecte
, , qquuee des feuilles
combées ne font pas une belle
image , & qu'elles marquent
plûtoft une décadence qu'un
eftat floriffant. Je replique ,
qu'il ne faut pas regarder icy
les feuilles de chefne dans
cettecirconstance , mais dans
la nature fimbolique de l'ar
bre , qui eft pour l'éternité,
Lors qu'on recompenfoit d'u
ne couronne de feuïlles de
chetneceluy qui dans le combat
avoit fauvé la vie à un
P
GALANT. 41
Citoyen , ces feuilles qui couvroient
fa tefte , eftoient privées
de la feve du tronc de
l'arbre qui les faifoit vivre , &
cependant elles n'eftoient pas
moins un fimbole de gloire ;
& il n'y a perfonne qui ofe
dire que c'eftoit d'une gloire
fleftrie, parce que ces feuilles
de chefne feparées de l'arbre
eftoient dans un estat Alêtriffant.
On ne rencontre pas
mieux fur la couleur jaune des
feuilles, qu'on affecte de faire
paffer pour une image de la
mort. De toutes les couleurs
il n'y en a guere qui ait moins
Fevrier 1697
D
42 MERCURE
de reffemblance à la mort.
On porte le deuil avec le noir,
avec le blanc , avec le violet ,
& jamais avec le jaune. Le
jaune eft la couleur du Soleil,
cet Aftre immortel . C'eſt aufli
la couleur de l'or , metal incorruptible
; & dans la Chine,
où l'or abonde , & où le Soleil
eft fi puiſſant , le Prince
Y fait du jaune une couleur
augufte & royale.
Je croy , Monfieur , en avoir
affez dit pour faire remarquer
les grands embarras
& les difficultez infurmontables
, qui fe rencontrent à
GALANT. 43
expliquer le Paffage de Virgile
, foit qu'on y entende la
peau de la Louve , ou fon
ventre , ou la peau d'un Loup ;
& en avoir affez dit aufli pour
induire le nouveau fens , qui
couvre Romulus de feuillage
; feuillage qui convient
tellement à cet augufte Enfant
, que j'ofe conclurre que
c'eft cela feul qui faifoit fa
joye , eftant le préfage de fa
gloire.
Romulus baud alio tegmine
lætus erat.
Jefuis , & c .
1:
Dij
44 MERCURE
Je quitte Virgile pour Ovi
de. Vous ne ferez pas fâchée
de voir la Traduction d'une
des Epiftres de ce tendre Poëte.
Biblis eut le malheur de
trouver dans Caunus fon Frere
, des qualitez qui luy plurent
trop . Elle s'en laiffa toucher
, & aprés avoir longtemps
combatu fa paffion ,
telle en fut la violence , qu'el
le fe trouva enfin forcée de
luy en découvrir le fecret , ce
qu'elle fit en ces termes ,
GALANT.
45
BIBLIS A CAUNUS.
S
Elle qui vous écrit , trifte &
timide Amante ,
Celle
qu
Que du Cielpourfuit le courroux ,
Vous fouhaitant heureux , ne peut
vivre contente ,
Sifonbonheur ne vient de vous.
S
Son nom vous furprendra , je tremble
à vous le dire ,
Ei voudrois que fans lefçavoir
Vous ceuliez ce que fouffre un coeur
qui ne refpire
Que le feulplaifir de vous voir.
2
Helas ! en vous aimant que n'eftelle
affurée
Que vous répondrezà ſes voeux ,
46 MERCURE
Avant que de Biblis la honte declarée
Vous revolte contre fes feux !
2
Ouy , Caùnus , il eſt vray. C'eſt Biblis
qui vous aime ,
Biblis à qui le nom de Soeur
N'a pu faire affoiblir la paſſion extrėme
Qui regne pour vous dans fon
uous
coeur.
Mes yeux baignez de pleurs , mes regards
tout de flame ,
Sur vous avidement tendus ,
Vous expliquoient affez le fecret de
mon ame
Si vous les euliez entendus .
32
Quand furpris des foupirs que je
pouffois fans ceffe ,
GALANT 47
Vous m'en demandiez le fujer,
Mon trouble, vousfaifant l'aveu de
ma foibleffe ,
N'en découvroit- il pas l'objet ?
Combien aux vifs transports qui
vous faifoient paroiftre
Tout le defordre de mon coeur
Ay jejoint debaifers , que vous pouviezconnoifte
Plus tendres que ceux d'une Sour !
$
Cependant quelque ardeur qu'une
trop douce image
M'ait pu contraindre de nourrir,
Les Dieux m'en font témoins , j'ag
tout mis en ufage
Pour l'étoufer, pour en guerir.
l'ay long- temps à l'amour diſputè là
victoire ,
48 MERCURE
Et cherchant à me l'affeurer ,
L'ay cent fois plus fouffert que vous
nesçauriez croire ,
Qu'une Fille fuiffe endurer.
S
Enfin forcée à rompre un funefte filence
,
Qu'euft fuivy lafin de mes jours ,
Vous montrant de mon mal toute la
violence ,
L'ofe implorer votre fecours..
23
Le Ciel tient fous vos voeuxma fortune
affervie ,
C'est à vous à regler mon fort.
Deux mois de votre bouche affarcront
ma vie,
Ou feront l'arreft de ma mort.
&
Ce choix dépend de vous ; avant que
de le faire
Songez
GALANT.
49
Songez que celle qui l'attend,
Ne voulant deformais vivre que
pour vous plaire
Merite ce qu'elle prétend...
Il ne luy fuffit pas qu'une mesme
naifance .
Par le fang l'ait unie à vous .
Four remplir fes defirs , combler fen
efperance ,
Elle voudroit des noeuds plus doux.
2
Laiffons examiner ce quipaffe pour
crime
A ceux que le nombre des ans ,
Sur ce qu'on doit tenir injufte ou legitime
,
A fait devenir clairvoyans .

Ce weft qu'avec le temps , aprés un
Long ufage,
Février
1697 .
E
50 MERCURE
Qu'onpeut amortir fes defirs ,
Et trop de retenuë eft mal propre à
noftre àge
Qui n'eftfaitque pour lesplaifirs.
2
Comme nous ignorons ce que les loix
permettent ,
Croyons que tout nous eftpermis.
Les Dieux , tout Dieux qu'ils font ,
al' Amourfe foumettent ;
Ainfi qu'eux foyons luy foumis .
2
Nal obftaclefàcheux nepourra nous
contraindre;
Tout noftre amour peut éclater ,
Et pourvu qu'en effet nous voulions
ne rien craindre ,
Nous n'avons rien à redouter.
$
La prefence d'un Pere aux Amans
importune
GALANT.
SI
N'aura rien de cruel pour nous ,
Et nous pourrons goûter noftre beareufe
fortune
Sans nous attirer dejaloux.
$
De cent larcins d'amour à toute heure
capables ,
Nous enfaurons feuls la douceur,
Et nous les cacherons , ces larcins agreables
,
Sous les noms de Frere & de Soeur.
S
Vous & moy nous pouvons deja ,
quandbon nous femble ,
Iouir d'unfecret entretien ;
Et mefme devant tous nous badinons
enſemble ,
Sans que perfonne en dife rien.

Nous nous abandonnons à d'aimablescarreffes
,
E ij
$92
2
MERCURE
Moins douces pour vous que pour
may.
Pour laiffer le cours libre à nos tendres
foibleffes ,
Ilfaudroit nous donner la foy .
2
We blamezpas , de grace , un aven
trop fincere
Du mal dont je ne puis querir.
Je vous l'aurois caché fi j'avois pû
le faire ,
Mais il faut parler ou mourir.
&
Serezvous fans pitié pour une malbeureuſe
Qui vous rend maifire de fon
fort,
Et croirez vous qu'ilfoit d'une ame
genereule
Deftre la caufe defamort?
GALANT:
13
Il ne faut point chercher
cette Epiftre parmi celles qu
on appelle ordinairement
les
Heroïdes. Elle est tirée du neuviéme
livre des Metamorpho
fes, où Ovide a décrit avec un
art admirable , toute l'avanture
de Biblis , fes differentes
agitations fur un amour qu'
elle condamne elle- mefme
fon defeſpoir aprés que fon
Frerea refufé de lire falettre ,
& fon changement en Fon .
taine , caufé par les larmes
continuelles qu'elle répandit.
C'eft , je croy , une agreable
nouvelle à vous donner , que
E iij
54 MERCURE
de vous apprendre que Mr
Corneille a enfin achevé la
Traduction de ce grand Ouvrage.
Je me fouviens que
quand il en fit imprimer les
fix premiers livres , il y a plus
de vingt ans , vous prêtes tant
de plaifir à cette lecture , que
vous medemandâtesplufieurs
fois fi l'on en pouvoit elpe
rer la fuite. Il a revû ces fix
premiers livres , & mis auffi
en Vers les neuf autres , de
forte que cette Traduction
paroiftra entiere au commencement
du mois prochain ,
divifée en trois volumes , dont

GALANT:
55
chacun contient cinq livres.
Non-feulement il a pris foin
que l'impreflon en faſt auffy
belle que correcte , mais il n'a
épargné aucune dépense pour
donner à cet Ouvrage toute
la beauté qu'il peut recevoir.
Ainfi il a fait graver prés de
deux cens Planches , afin qu'il
yen air une au commencement
de chaque Fable , pour
reprefenter d'abord aux yeux
ce que les Vers expliquent enfuite.
De tout ce que les Anciens
Poëtes nous ont laiffé
rien n'eftoit plus propre
noftre Poëfic , que les Meta-
E iiij
56 MERCURE
morphofes , puis qu'il n'y a
aucun autre Poëme où les
matieres foient fi agreablement
diverfifiées . D'ailleurs ,
on peut dire que c'eſt une lecture
qui eft neceffaire en
quelque forte,puis qu'à moins
que l'on ne fçache la Fable
on ne connoift rien à la plufpart
des Tapifleries & des Tableaux
qu'on trouve par tout
où l'on le rencontre . Il y a
mefme un avantage pour ceux
qui liront la Traduction done
je vous parle. Ovide ayant
écrit dans un temps où toutes
les Fables eftoient fort con
GALANT. 57
enues , il ne s'eft pas mis quel
quefois en peine d'expliquer
pourquoy
les chofes dont il
parle eftoient arrivées , comme
lors qu'il fe contente de
dire que Perlée rencontrant
Andromede attachée à un
rocher , prit la refolution de
combatre le Monftre auquel
elle avoit efté exposée . Il fuppofe
que ceux de fon temps
fçavoient qu'elle avoit elté
condamnée à cette cruelle,
mort pour expier le crime de
Caffiope la Mere , qui avoit
que les:
ofé fe dire plus belle
Nereides. M Corneille , pour
18 MERCURE
éclaircir fes Lecteurs , prefte
quelques Vers à fon Auteur ,
dans tous les endroits de cette
nature , & afin qu'on ne les
attribuë pas à Ovide , il les a
fait imprimer en caractere
Italique . Si l'effay de cette
Traduction n'avoit pas déja
paru avec l'applaudiffement
du Public, qui fouhaite depuis
longtemps de la voir entiere ,
je m'étendrois davantage fur
cet article , que je finiray en
vous apprenant que toutes les
Epiftres du meime Auteur ,
traduites en Vers , fuivront de
prés les quinze livres des Metamorphofes.
GALANT.
་ 9
Le Roy ayant créé par fonEdit
du mois d'Aouft dernier , des
Charges de Gouverneurs dans
toutes les Villes de fon Royau .
me , M' le Maréchal Duc de
Bouflers s'eft fait un honneur
defe procurer l'agrémentde S.
M. pour le Governement de
Ville de Beauvais . Ce nouveau
titre qui pouvoit faire l'ambi
tion d'une perfonne moins
qualifiée , n'ajoute pas à la ve
rité un grand relief à toutes
les éminentes dignitez que
cet Illuftre General a obtenuës
de la juftice de fon Prince
; mais l'affection & l'an60
MERCURE
cienne tendreffe qu'il a rou
jours confervée pour la Patrie
, ont attiré fon choix &s
merité pour cette Ville , une
preference fi honorable . Il - a
cru qu'il fe devoit donner le
titre de Premier Gouverneus
de Beauvais , comme les Anceftres
s'en estoient fait un
de celuy de Grand Bailly de
Beauvoifis , dés le premier
établiſſement qui en fut fait ,
& fe font fait honneur de fe
le conferver depuis ce tempslà
dans leur Mailon . L'on
s'étoit flaté que ce Maréchal
venant de joindre ces deux
GALANT. 61
Charges dans fa perfonne , il
fe feroit mettre en poffeffion
de l'une & de l'autre en même
temps , mais le peu de fejour
que le fervice du Roy luy a
permis de faire à Beauvais, luy
a fait partager ces deux Ceremonies
en differens voyages ,
de forte qu'il a remis la Séance
au Bailliage au premier- intervalle
que fes autres emplois
luy pourront donner . Il
s'eft contenté d'eltre reçû au
Gouvernement de Beauvais ,
où il fe rendit le troifiéme du
paffé fur les fept heures du
foir avec cette même diligen62
MERCURE
ce qu'il a coutume d'apporter
lors qu'il execute les ordres
de Sa Majesté. Son arrivée fuc
une maniere de furpriſe qui
déroba beaucoup des preparatifs
que le zele & l'affection
des Habitans avoient projet,
tez , & leur joye ne fut pas
auffi complette qu'elle l'euſt
efté , pour avoir efté avancée
de quelques femaines . Tous
les Corps de la Ville ne laif
ferent pas de s'empreffer à
l'envy pour luy venir rendre
leurs refpects , & firent un
concours de devoirs dans la
mailon de M Foy de MorGALANT
. 62
court , que M' le Maréchal de
Bouflers a déja plufieurs fois
honoré d'une pareille vifite ,
comme il l'honore d'une entiere
confiance , par l'attachement
& le zele qui a toujours
reconnu en luy pour fa
perfonne & les intereſts . Les
Officiers des quatre Compagnies
des Arbaleſtriers , Arquebufiers
, Infanterie & Canonniers
de la Ville , qu'on
appelle Privilegiez , poférent
fur l'heure les Gardes aux avenuës
du logis de M' le Gouwerneur.
Le Corps de Ville fuc
affemblé auffi - toft , & M' le
64 MERCURE
Prefident Vigneron d'Huc .
queville fit les fonctions de
Maire , en luy prefentant les
Clefs de la Ville , par un Dif
cours qui convenoit autant à
la Compagnie qu'il condui
foit , que celuy qu'il fit quelque
temps aprés , eftoit propre
au Corps du Prefidial , à la
téfte duquel il ſe mit . Le Chapitre
de la Cathedrale s'affembla
précipitamment pour s'ac
quitter des mêmes devoirs.
M l'Abbé d'Ormeffon
"Doyen , & trois anciens Chanoines
, furent députez ; mais
l'empreffement de faluer ce
GALANT. 65
nouveau Gouverneur , rendit
la députation plus nombreufe.
Le compliment de M le
Doyen confirma l'experience
qu'on avoit de fa facilité à
parler fur le champ , & la réponſe
honnefte & obligeante
pour luy & fa Compagnie
qu'y fic M¹le Maréchal , marqua
affez la fatisfaction qu'il
en avoit. Les Officiers de l'Election
ayant à leur tefte M
le Prefident Triftan ; ceux du
Comté Pairie , & ceux de la
Jurifdiction Confulaire , fu.
rent reçûs avec la même honnefteté
, & M¹ Walon , qui
Février 1697. F
LIA
66 MERCURE
étoit du Corps des Bourgeois,
parla d'une maniere polie qui
fut applaudie de tout le monde.
La Nobleffe qui refide
dans la Ville , & les Officiers
d'Armée , & des Gardes du
Corps qui y font leur quartier
d'hiver , s'eftoient rendus
auprés de M❜le Marefchal au
premier avis de fon arrivée , &
luy formérent une Cour di
gne de luy. Elle forma en
mefme temps une groffe
Compagnie pour le fouper ,
qui fut fervi magnifiquement
peu de temps aprés . Les Chefs
de differens Corps de la Ville
GALANT. 67
y furent invitez, & M. l'Abbé
d'Ormeflon y fut traité avec
la diftinction convenable à fa
dignité & à fon nom. Les
Violons & les Hautbois égayerent
la bonne chere , &
furent poftez à une diſtance
à ne pouvoir interrompre la
converfation . Elle continua
agreablement aprés le repas ;
& comme M le Maréchal
encherit toujours par fes fes graces
fur les fervices qu'on luy
rend , il regala à fon tour M¹
de Morcourt ,fon hofte , des
Lettres de Lieutenant de fon
Gouvernement , qu'il luy mie
Fij
68 MERCURE
en main , le dédommageant
avantageulement par la de la
perte qu'il venoit de faire de
fa Lieutenance de la Capitainerie
de la Ville , que la créa
tion d'un Gouverneur avoit
fupprimée. Le lendemain , les
Compagnies privilegiées s'eftant
remifes fous les armes ,
marcherent en bon ordre au
Logis de M le Gouverneur ,
& le Corps de Ville s'y eftant
auffi rendu , M le Maré,
chal précedé de ces quatre
Compagnies fort leftes , fe .
mit en marche, accompagné
de fon nouveau Lieutenant ,
GALANT. 69
des Officiers de Ville , & de
toute la Nobleffe , vers l'Hoftel
commun , pour la prife
de poffeffion de ce nouveau
Gouvernement . La ceremonie
eftoit d'autant plus curieufe
, qu'elle eftoit toute
nouvelle & finguliere, & que
Beauvais n'avoit reconnu juf.
que-là qu'un Capitaine, dont
les fonctions & l'autorité ,
qu'il partageoit avec le Maire
& les Echevins , estoient bor.
nées au commandement des
armes & des Compagnies privilegiées
, dont je viens de
Nous parler. M le Maréchal
70 MERCURE
prit fa feance dans la grande
Salle , fur un fiege diftingué
ayant d'un cofté & d'autre
Meffieurs de Ville & du Prefidial
. Mr Auxconfteaux de
Piffeleux , Bailly du Duché
de Bouffers , en fa fonction
de Procureur du Roy de la
Ville, requir l'enregistrement
des Lettres & Provifions de
Gouverneur , parun Difcours
qui merite que je vous en faſſe
part Quoy que l'ayant renfermé
uniquement à cette
prife de poffeffion , il n'ait pû
luy donner tous les ornemens
& toute l'étendue qu'il avoit
GALANT. 70
donnée à un autre Difcours
Fannée précedente , lors qu
en fa qualité d'Avocat il requit
à l'Audience du Baillia
ge de Beauvais , l'enregistrement
des Lettres patentes de
lérection du Comté de Cagny
en Duché fous le nom
de Bouflers , il ne laiſſa pas
d'avoir les beautez particulieres
. Comme c'eſt en qualité
de Procureur du Roy
qu'il luy parle , vous ne devez
pas vous étonner qu'il ne
luy donne que le titre de
Monfieur..
7 MERCURE
MONS ONSIEUR, SIEU
Si le zele d'un peuple dévoué
de tout temps à vostre illuftre
Maifon, & fi fon attachement
particulier à votre perſonne peu .
went fuffire pour bonorer vostre
reception en ce Gouvernement ,
tout Beauvais en general , & le
Corps de Ville en particulier-peuvent
préfumer de remplir un de .
voir auffi legitime & auffi indif.
penfable. Le concours extraordinaire
de Citoyens de toutes les
conditions , les cris de joye , les
acclamations , les applaudißemens
,
GALANT. 73
mems , qui se font fait entendre
de toutes parts depuis voftre arrivée
, vous ont déja expliqué nos
difpofitions , & la fatisfaction
interieure dont nos Habitansfont
penetre , fe manifefte af dans
leursyeux & dans leurs visages.
Leur admiration & leur filence
même font un langage muet qui
vous repete àfon iour , que vous
ne pouviez trouver en aucun lieu
plus de veneration & de respect
pour voftre illuftre perfonne , plus
d'affection pour votre fervice,
plus de paffion pour vostre gloire.
Tous vous envifagent , Monfieur,
comme le prosecteur de leurs for-
Février
1697 . G
74 MERCURE
}
tunes , l'ornement de la Patrie, g
un des plus fermes foutiens de l'Etat
, & ilsfçavent que nos Ennemis
vous ont toujours connu
éprouvé comme le continuelle
plus redoutable obftacle de leurs
projets & deleurs Ligues .
4
Le Titre de Gouverneur de
Beauvais , que vous voulez bien
ajoûter à ceux de Duc ,de Ma.
réchal de France, & à tant d'autres
dignitez les plus éclatantes
de l'Empire François , vous eft
d'autant plus glorieux , que vous
eftes le premier à qui il ait eſté
Accordé Vousfçavez, Monfieur,
que dés le temps de Jules Céfar,
GALANT
75
cette Ville avoit un Capitaine ,
dont la Charge & le nom s'eftant
confervez même aprés la déca .
dence de l'Empire Romain , ont
fubfifté fous les trois Races de nos
Rous . Cetitre eftoit fans doutefort
honorable par luy-même. Il ne fe
donne pas feulement à un Officier
qui commande une Compagnie de
Soldats , il convient encore plus à
un General d'Armée . C'est en ce
fens que nosplus grands Orateurs
le donnent fi fouvent aux Alexandres
, aux Cefars , aux Pompées
, & generalement à tous les
Heros qui fe font fignaleZ dans.
les guerres de leur temps , comme
Gij
76 MERCURE
vous avez fait dans celles de nos
jours. Cependant l'idée de ce nom
ne nous a jamais paru ny fi grande,
ny fi magnifique que l'eftoit
pour nous le titre de Gouverneur .
C'eftfur cette prévention que
Le Duc de Montmorency
, vers le
milieu de l'autre fiecle, & M¹ de
VillersHodenc,au commencement
de celuy- cy , trouverenticy de fi
grandes oppofitions , comme on le
voit dans nos Annales , quand ils
voulurent changer la qualité de
Capitaine en celle de Gouverneur
de Beauvais Ceftoit à vous ,
Monfieur , que cette diftinction
eftoit refervée , puis que tout ce
GALANT.
77
que vous avez fait , & tout ce
qui vous eft arrivé , eft d'une fi
grande diftinction. Comme vos
illuftres Anceftres ont efté les premiers
honorez de la Charge de
Grand Bailly du Beauvoifis , il
Jemble qu'il estoit naturel
plus grand des Bouflers fult auffi
nostre premier Gouverneur , &
chacun s'est aisément perfuadé
que
que
le
l'Edis que vous le feriez dés
de Sa Majestéfut rendu public.
L'évenement
répond à l'atten : s
& aux voeux du peuple. Nostre
Augufte Monarque
en a fait à
vostre égard une continuation de
fesgraces & defes récompenfes ,
Giij
78 MERCURE
pour l'application & la conduite
dont vous veillez à la confervation
des peuples que la Providence
luy a foumis , & dont vous rendez
inutiles les entrepriſes & les
efforts de tant de fieres Nations
liguées contre luy ; pour l'activité
la prudence dont vous prévenez
leurs deßeins , & déconcertez
leurs meſures ; pour l'intrepidité
inouie , avec laquelle vous avez
fifouvent exposé une vie fi illustre
& fi précieuse, aux plus affreux
plus extraordinaires
rils; pour les fatigues que vous
eBuye , afin de mettre en feureté
en repos les vies & le's fortu
peGALANT,
79
nes defes Soldats & defes Sujets ,
& enfin pour cette vigilante &
active valeur , qui rient lieu d'u
nefecondefronture à fon Royau
me qui l'a mis jufques à prefent
bors d'atteinte de tant de Princes
de Generaux assemble , &
qui avec toutes les forces de l'Europe
n'ont osé vous attaquer cette
derniere Campagne , dans l'experience
qu'ils ont euetant de fois ,
que vostre perfonne feule eft un
rempart également inacceffible à
leurs forces & àleursfurpriſes. "
Il ne faut donc pas s'étonner ,
Monfieur , fi tant de preuves d'u.
ne fidelité d'une prudence cone
G iiij.
ع و ب
80 MERCURE
fommée ont porté Sa Majesté à
vous accorder le Gouvernement
d'une Ville , qui s'est plufieursfois
glorieufement diftinguée dans cette
même fidelité àfon Prince . Vous
I trouverez par là , Monfieur¸
plus defoumiffion & de correſpon
dance àfuivre vos ordres , qui ne
pourront jamais eftre que conformes
aux intentions de Sa Majesté.
L'on s'aßure auffi que vous vou
drez bien , Monfieur , employer
vostre autoritépour entretenir la
paix l'union dans le coeur
de nos Habitans , dont dépend
Le bonheur commun . Noftre Ville
aura defon costé une respectueu
GALANT 81
fe reconnoißance des effets de
vostre protection , & elle ofe fe
fater qu'elle meritera de plus en
plus l'honneur que vous luy faites
de vous charger de fon gouverne
ment & de fa conduite.
Ces Lettres furent levës &
enregistrées fur la prononciation
de Mile Profident d'Hoc
queville , Maire , avec l'agrément
& l'applaudiffement de
tous les affiftans . Les accla
mations du peuple le mêlerent
pour lors au fon des clo
ches , aux fanfares des Trom .
pettes & au bruit des Tam,
bours . La Seance levée , M'le
82 MERCURE
Maréchal fut conduit dans le
même ordre à la Cathedrale,
où il entendit la Meffe , & cet
acte de pieté fut fuivi de plufieurs
liberalitez envers les
Pauvres . Il rendit enfuite
plufieurs vifites aux Principaux
de la Ville , entre autres
à M' le Doyen , à M¹le Preſi
dent Maire , à M' le Lieutenant
General , & à M'le Prefident
de l'Election . Il receut
de nouveaux complimens du
Chapitre , & des autres Com
pagnies , aufquels il ne répon
dit pas par ces fortes d'hon
neftetez , qui font fi bien
GALANT. 83
reffentir à ceux qui les reçoi
vent , la fuperiorité de ceux
qui les font , mais il s'abaiſfoit
, pour ainſi dire , aux expreffions
les plus vives d'une
cordialité de Compatriote &
d'Ami , qui marquoient bien
la fincerité des offres & promeffes
de fervices & de protection
qu'il a faites & réïterées
par lettres à tous les
Corps de la Ville , & dont le
titre de Gouverneur luy fournira
des occafions plus frequentes
à l'avenir. Il fe mit à
table , & le repas en poiffon
renouvella l'abondance du
84 MERCURE
regale de la veille . Sur les deux
heures aprés midy , il monta
à cheval , accompagné de la
même Nobleffe de la Ville ,
groffie par celle du voilinage
& des Officiers d'Armée . Il
fut conduit jufqu'à la derniere
porte de la Ville , par les
quatre Compagnies privilegiées
, & jufques à Bouflers ,
trois lieues au delà , par la Maréchauffée
à cheval . Il y refta
pour donner quelques ordres
domeſtiques jufqu'à plus de
fept heures du foir , & malgré
la rigueur du temps &
l'obfcurité de la nuit , fuivant
GALANT. &
fonactivité ordinaire & fon
ardeur au fervice du Roy , il
femit en route pour l'lfle , où
l'on a fceu qu'il eftoit arrivé
le lendemain avant midy.
Cette diligence de quarante
lieues en fi peu d'heures , a été
fuivie de la tenuë des Etats du
Pays , où il a procuré à Sa
Majefté toute la fatisfaction
qu'Elle en avoit defirée.
La Lettre que vous allez
lire , a efté écrite par un Catholique
à un de fes Amis ,
& contient quelques Reflexions
finceres & pacifiques
!
86 MERCURE
fur la croyance des Eglifes ,
cy- devant Pretenduës Reformées
de France. Ces reflexions
font voir par les principes de
cette même croyance , l'obligation
qu'ont tous les Reli.
gionnaires de cette Communion
, ce qui peut même com
ber fur tous leurs Confreres
Proteftans , Alliez ou Affociez
, de rentrer dans le ſein
de l'Eglife Catholique , Apoftolique
& Romaine, pour s'y
réunir.
1
GALANT 87
A MONSIEUR ***
' Eft pour fatisfaire au
refpect fingulier_que
>
jay pour vous Monfieur
auffi bien qu'au loüable zele
que vous avez pour la converfion
de M'le Marquis de
L... laquelle vous eft fi à
coeur , & à la parole que vous
m'avez engagé de vous donner
là deffus , que je prens
la liberté de vous envoyer ces
courtes Reflexions , que j'ay
faites autrefois en mon particulier
, dans un eſprit de paiz
88 MERCURE
& de charité , fur la croyance
de nos Religionnaires preten
dus Reformez de France , &
que je croyois également utiles
à ceux qui font encore
dans l'erreur , pour les deſabufer
, & les ramener doucement
à la croyance de l'ancienne
& legitime Eglife , leur
Mere , qu'ils ont malheureufement
abandonnée dans la
perfonne de leurs Peres , &
aux nouveaux Convertis ,
pour les affermir & fortifier
de plus en plus dans la
croyance qu'ils ont nouvellement
embraffée, & les attaGALANT.
89
cher plus étroitement & plus
infeparablement à cette fainte
Eglife , hors de laquelle il
n'y a point de falut à eſperer
.
Mais pour ne point perdre
le temps mal à propos dans
des préambules inutiles &
fuperflus , je diray fuccinctement,
que puis qu'il n'eft icy
question que de reflechir fur
quelques articles choifis de
la croyance des Eglifes , cydevant
Pretenduës reformées
de noftre France , il faut d'abord
propofer ceux qui doi
vent fervir de fondement à
H Fevrier 1697.
90 MERCURE
୨୦
toutes nos Reflexions , & les
mettre à la tefte , comme des
principes inconteftables , qui
ne puiffent eftre defavoüez ,
ny éludez par nos Religionnaires
, s'ils veulent eftre finceres
comme nous , fans é.
branler leur Foy & renoncer à
leur croyance. C'est pourquoy
nous commencerons
par ceux- cy , & nous remarquerons
que nos Pretendus
Reformez croyent & confef
fent qu'il n'y a pas plufieurs.
Eglifes de Dieu ou de Jefus
Chrift , mais une feule , la
quelle eft épandue par tout
GALANT. gr
le monde , ce qui eft fignifié
par ce mot de Catholique ou
Univerfelle. Voyez leur Catechifme
, Dimanche is deman
de & réponſe 6. Que l'Eglife
de Dieu eft vifible , & que
Dieu nous a donné des enteignes
ou des marques pour la
connoiftre. Catech: Dim : 16.
réponse . 2. Qu'il demande
faur difcerner foigneufement
& avec prudence quelle eft la
vraye Eglife , à caufe qu'on
abufe trop de ce titre . Voyez
leur Confefion de Foy art.27.
parce que hors de l'Eglife il
n'ya que damnation & morr.
Hij
92 MERCURE
Cela eft certain ; car tous ceux
qui fe feparent de la Communion
des Fidelles pour faire
Secte à part , ne doivent pas
efperer falut , pendant qu'ils
font en divifion. Catech . Di.
manche 16. demande & réponſe 7.
Parce que nul n'obtient pardon
de fes pechez , que premierement
il ne foit incorporé
au Peuple de Dieu , & qu'il
ne perfevere en unité & Com
munion avec le Peuple de
Chriſt , & ainſi qu'il ne foit
vrai membre de l'Eglife. Cat.
Dim : 16. Rép. 6. Que tous ceux
qui ne s'y rangent pas , c'eft
A
GALANT
9?
à dire à cette Eglife , contra
rient à l'ordonnance de Dieu,
l'EConfef.
art. 26. Parce que
glite de Dieu eft un fruit qui
procede de la mort de Jefus
Chrift. Catech . Dim . 15. Rép 3
Qu'avant la reformation de
nos Religionnaires pretendus
reformez , & avant leur
feparation d'avec nous , arrivée
dans le fiecle paffé 1500.
ou fi loin qu'il leur plaira de
lamettre , nous eftions eux &
nous tous unis enſemble
dans cette même Eglife
Dieu & de Jefus Chrift , feule
Catholique ou Univerfelle
و
de
94 MERCURE
car autrement nous aurions
tous efté , ou unis enſemble
dans une fauffe Eglife , qui
n'auroit pas efté celle de Dieu
& de Jefus - Chrift , ou nous
aurions efté déja feparez , les
uns d'avec la vraye Eglife de
Jefus - Chrift , & les autres
dans une fauffe Eglife ; &
ainfi nos Pretendus Refor .
mez n'auroient pas cu befoin ,
ny même pû le feparer de
nouveau d'avec nous ny
ceux , d'eux ou de nous qui
auroient efté dans la vraye
Eglife , n'auroient pas eu , ny
befoin de fe feparer de ceux
GALANT.
95
dont ils auroient efté déja ſeparez
, ny befoin de reformation
dans la Foy ; car la re
formation dans les moeurs &
dans la difcipline eft neceffai--
re de temps en temps en tous
lieux , en tous temps , & en
tous eftats fur la terre & dans
cette vie mortelle , la Foy
eſtant inalterable , incorruptible
& invariable dans la
vraye Eglife de Dieu & de
Jefus Chrift , quoy que les -
particuliers , qui font fragiles,,
inconftans , & faillibles , puif
fent perdre la Foy & fortir de
mais les la vraye Eglife
96 MERCURE
moeurs , qui dépendent des
particuliers , font fujettes à la
corruption & à la difcipline ,
qui devant s'accommoder au
befoin des perfonnes felon
les lieux , les temps & les
âges , eft fujette au change.
ment , & voila ce qui demande
de temps en temps la re
formation dans les moeurs &
dans la difcipline , mais la
Foy ne peut fouffrir , ny rece .
voir aucun changement
par
ce que la verité du Seigneur,
qui en fait l'objet , demeure
éternellement
, dit le Roy
Prophete , & eft toujours la
même .
GALANT. 97
18
d même.Que cette même Egliafede
Jefus.Chrift avoit perfeveré
depuis les Apoftres jufques
à nous , & au temps de
Cette Pretenduë reformation ;
autrement nous n'aurions pas
pû y eftre alors unis enſemble
, ny eux par confequent
fe feparer de nous.
·Cela eftant pofé & lúppofé
, venons prefentement à
nos Reflexions. La premiere
eft , que nos Religionnaires
pretendus reformez tombent
d'accord dans leur Bible de
Geneve , premierement que
cette Eglife de Dieu , en la-
Février 1697.
98 MERCURE
quelle nous eftions unis avant
leur feparation, & pretenduë
reformation , eft celle que
Jefus-Chrift avoit promife au
premier de fes Apoftres , de
bâtir fur la pierre , l'affuranc
que les portes de l'Enfer ne
prévaudroient point contre
elle , en ces termes ,
Pierre , fur cette pierre j'édiferay
mon Eglife , les portes de
l'Enfer n'auront point de force à
l'encontre d'elle. En S. Mathieu
chap. 16. v . 18. Secondement,
avec l'Apoftre S. Paul , que
maifon de Dieu , qui eft l'Eglife
de Dieu vivant , eſt la
Tu es
la
GALANT.
99
colomne & l'appui de la verité.
1. àTim.
ch.3.0.15
.
Cela n'empêche pas nos
Religionnaires de dire en fe
contredifant , que le Diable
diffipé l'Eglife , & fait l'horrible
ruine , dont on voit an.
core les enfeignes , ou les marques
, difoient alors leurs Reformateurs
, en la plupart du
monde , que le Diable en a
détruit la fainte police , & n'a
laiffé que je ne fçay quelles
reliques , qui ne peuvent qu
engendrer fuperftition , fans
aucunement édifier. Dans
l'Avertiffement de leur Cate
I ij
100 MERCURE
chifme , que cette Eglife aut
temps de leur feparation &
pretenduë reformation , eftoit
en ruine & defolation . Dans
leur Confeffion de foy art. 31. Ils
difent avec le même Apoftre,
que Jefus Chrift ayant aimé
T'Eglife , s'eft donné foy- même
pour elle , afin qu'il la fanctifiaft,
aprés l'avoir nettoyée
par le lavement d'eau par la
parole ; afin qu'il la rendiſt
une Eglife glorieuſe , n'ayant
tache , ni ride , ni autre telle
chofe , mais qu'elle fuft fimple
& irreprochable. Aux Ephef,
ch . s . v. 25. Que le usGALANT.
IO!
Chrift ayant racheté fon Eglife
, l'a fanctifiée , afin qu
elle fuft glorieufe & fans tache.
Catech. Dim 15. Réponse
à la demande cinquiéme,
dans lequel fens on nommie
l'Eglife fainte . Ils difent d'ailleurs
au contraire , que l'Eglife
, dans laquelle nous étions
unis avant leur feparation
& pretenduë reformation
, a efté du tour corrompuë
. Avertiffement du Catech
Et que de noftre temps ,
difoient leurs Reformateurs,
l'eſtat de l'Egliſe eſtoit interrompu
& corrompu , dit une
I
iij
Joż MERCURE
autre Edition , & qu'il a fallu
que Dieu ait fufcité des gens
d'une façon extraordinaire ,
pour dreffer l'Eglife denou
veau. Confeff art. 31. Parce
qu'ils condamnent les affembléesde
la Papauté, ou de l'Eglife
, dans laquelle nous nous
trouvions tous unis enfemble
avant leur feparation & pretendue
reformation , vû que
la pure verité de Dieu en eft
bannie , efquelles les Sacrémens
font corrompus , abatardis
, falfifiez , ou aneantis
du tout , & eſquelles toutes
fuperftitions & Idolatries ont
GALANT: 103
la vogue. Confeff. art. 28.
Ils avancent & ne nient pas
que parmi les Fidelles il n'y
ait des hipocrites
& reprouvez
, defquels la malice ne
peut effacer le titre de l'Egli
le . Conf. art. Il s'enfuit de là ,
que les hipocrites & les reprouvez
qui fe font trouvez
dans l'Eglife , dans laquelle
nous eftions tous unis enfemble
avant leur feparation &
pretenduë reformation , n'ont
pû effacer par leur malice le
titre de l'Eglife , & qu'ainfi
elle n'a pas eu befoin de la reformation
pretenduë de nos
Liiij
104 MERCURE
Religionnaires , dans fa do - a
arine & dans la foy , & pár
confequent , qu'ils n'ont aucun
droit , ni raiſon , ni fon- .
dement de fe feparer d'avec
nous. Sur quoy nous allons
voir qu'ils fe condamnent encore
eux- mêmes , quand nous
aurons remarqué que ces contradictions
ne pouvant fubfifter
avec les articles qu'elles
combattent , il faut neceffairement
que ces articles come
battus foient faux , ou leurs
contradictions, & qu'ainfi nos
Religionnairesdémententpar
ces contradictions les articles
GALANT: 105
par eux établis , avouëż & reconnus,
il faut qu'ils fe foient
neceffairement
trompez , &
ayent dit & fuppofé faux dans
ces articles , ou dans leurs
contradictions . Si la fauffété
ſe trouve dans ces articles
combattus
& démentis par
ces contradictions , il s'enfuit
neceffairement que nos Reli
gionnaires pretendus reformez
ont dit & fuppofé faux
dans ces articles , d'où s'enfuivroit
encore que Jefus
Chrift & l'Apoftre Saint Paul
auroient avancé faux , & fe
feroient trompez , ce qui fe
2
106 MERCURE
oit un blafphême à dire & à
penfer de Jefus Chrift & de
fon Apoftre , qui n'a efté que
fon organe. Que fi la fauffeté
fe trouve dans les contradi
&ti onsde ces articles combattus
, comme il faut neceflairement
que cela foit , & il est
bien meilleur & neceffaire
de le dire , il s'enfuic que
nos feuls Religionnaires fe
font trompez , comme des
hommes faillibles & fujets à
l'erreur , & ont dit faux dans.
ces contradictions , & que
Jefus Chrift par confequent,
Apoftre Saint Paul , & euxGALANT:
107
mêmes ont dit vray dans ces
articles combattus & contre,
dits , & que leurs feules cont
tradictions font fauffes ; &
qu'ainfi il n'eft pas vray que
l'Eglife Catholique & univerfelle
de Jefus Chrift , dans
laquelle nous étions tous unis
avant leur feparation & pre
tenduë reformation , ait eſté
corrompue qu'elle ait eſtë
en ruine & défolation ; que
fon eftat ait efté interrompus
& corrompu dans la doctrine
& dans la foy ; qu'elle ait eu
befoin d'eftre dreffée de nouveau
dans la foy , par des gens
108 MERCURE
fufcitez d'une façon extraor
dinaire , & qu'enfin le Diable
l'ait diffipée & ruinée & qu'il
en ait détruit la fainte po
lice.
Ils croyent encore que tous
les Fidelles enſemble doivent
garder l'unité de l'Eglife , fe
foumettant à l'inftruction
commune , & au joug de Je
fus - Chrift. Confef. art. 26. A
quoy ilsont contrevenu , puis
qu'ils n'ont gardé ni entrete
tenu cette unité de l'Eglife ,
dans laquelle nous eſtions
tous unis enſemble avant leur
feparation & pretenduë refor
GALANT. 109
mation , & ne fe font pas foumis
à la commune inſtruction
de ce temps-là , car ils le font
drefféune inftruction particu
liere, &uneConfeffion de foy,
faite d'un commun accord ,
non par tous , ny pour tous
les Chreftiens de cette Eglife
Catholique & Univerfelle de
Jefus-Chrift , dans laquelle
nous eftions tous unis avanc
leurfeparation; ny mefme par
tous , ny pour tous les François
, mais feulement par ceux
& pour ceux des François qui
defirent vivre , comme ils le
préfumoient & le préten10
MERCURE
doient alors , felon la pureté
de l'Evangile de nôtre Sei
gneur Jefus - Chrift . Titre de
leur Confeff. Ils fe ſont dreffé
auffi un Catechifme , ou Formulaire
particulier d'inſtruire
les Enfans en la Doctrine
Chreftienne , une forme particuliere
de Prieres Ecclefiaftiques
, d'adminiftrer le Barefme
, de celebrer la Céne ,
le Mariage , de vifiter les Malades
, & enfin ils fe font dref
fé une difcipline de leurs Eglifes
Pretenduës Reformées
de France , ou ordre , par lequel
elles eftoient conduites
GALANT.
& gouvernées , & tout cela
propre & particulier à leur
Prétendue Reformation
, &
depuis leur féparation d'avec
nous ; afin de ne communiquer
en rien avec l'ancienne
Eglife Catholique & Univerfelle
de Jefus- Chrift , dans la
quelle nous eftions tous unis
avant leur feparation & Pretendue
Reformation . Leurs
Livres , & entre autres , leur
Difcipline des Eglifes Pretendues
Reformées de France ,
font foy de tout cecy , & on
y peut avoir recours pour s'en
inſtruire.
M2 MERCURE
Ils croyent que nul ne fe
doit retirer à part , & fe contenter
de fa perfonne. Confeff.
art.26. Ils contreviennent cependant
à cette croyance , en
reconnoiffant qu'ils fe font retirez
à part , & quils fe font
feparez de cette Eglife Catho
lique , dans laquelle nous
eftions tous unis avant leur
feparation . Ils l'avoüent premierement
par le Titre de
Foy , qui n'a point eſté faite ,
comme nous venons de voir,
ny par, tous , ny pour tous les
Catholiques , qui estoient a.
lors dans cette Eglife , dans
GALANT. 113.
faquelle ils eftoient unis avec
nous avant leur feparation,
ny par tous , ny pour tous les
François , mais ſeulement par
quelques François , qui defiroient
vivre (comme ils le difoient
alors , quoy que fauffement
) felon la pureté de l'Evangile
de notre Seigneur Je
fus- Chrift. Secondement par
la Reformation que leurs premiers
Reformateurs ont prétendu
faire alors dans l'Eglife
, lefquels ils reconnoiffent
pour des gens fufcitez de
Dieu , d'une façon extraordinaire
, pour dreffer l'Eglife de
Février 1697.
K
114 MERCURE
nouveau. Confeff. art. 31. Troifiémement
, en condamnant
les Affemblées de cette Eglife
Univerfelle & Catholique ,
dans laquelle ils eftoient unis
avec nous au temps de leur
féparation , & que l'on nommoit
déja communément
alors l'Eglife Romaine , &
qu'il leur a plû depuis leur
prétendue Reformation , ap
peller , la Papauté , à cauſe du
Pape, qui en eft le Chef vifi.2
ble , & qui la gouverne ſous
fon Chef invifible J. C. nôtre
Seigneur , dont le Pape eſt
Vicaire en terre. Efquelles f
GALANT.
115
femblées de la Papauté , diſentils
, toutes fuperftitions & idolatries
ont la vogue . Conf art . 28 .
Quatrièmement par l'aveu de
leurs Miniftres , qui ont fait
des Apologies pour deffendre
& juftifier leur féparation ,
comme Daillé , quia fait l'Apologie
des Eglifes Preten
dues Reformées , où il pré .
tend montrer la neceffité de
leur feparation d'avec l'Eglife
Romaine ; & Drelincourt
Miniftre de Charenton , comme
l'autre , qui a fait un Traité
des juftes motifs de leur fepa
ration .
Kij
116 MERCURE
Ils croyent encore que tous
ceux qui fe feparent de cette
Eglife de Dieu Catholique &
Univerfelle , & ne s'y rangent
pas , contrarient à l'Ordonnance
de Dieu . Conf. de Foy ,
art. 26. Ils reconnoiffent auffi
& confeffent que tous ceux
qui fe feparent de la Communauté
des Fidelles pour.
faire Secte à part , ne doivent
efperer aucun falut pendant
qu'ils font en divifion. Catec.
Dim, 16. réponſe derniere . Par
confequent nos Religionnai
res Pretendus Reformez s'e.
ftant feparez de l'Eglife & de
GALANT. 117
la Communauté des Fidelles ,
dans laquelle nous eftions
tous unis avant leur feparation,
& qui eftoit alors l'Eglife
Catholique de Jesus -Chrift ,
appellée dés ce temps- là l'Eglife
Romaine , ou s'ils veulent
, la Papauté , s'en eftant
dis je feparez, comme ilsvien
nent de le reconnoiftre, pour
faire Secte à part de Religionnaires
Pretendus Reformez ,
foit Proteftans , Calviniſtes ,
Lutheriens , Puritains , Anabaptiſtes
, ou autres , Il faut
qu'ils avouent par cet Article
26. de leur Confeffion de Foy ,'
118 MERCURE
qu'ils ont contrarié & contrarient
encore , à l'Ordonnance
de Dieu , & qu'ainfi ils ne
doivent elperer aucun falut ,
pendant qu'ils font & feront
en cette divifion , conformement
à leur Catechilme Dim.
16. Rép. derniere ; & par confequent
qu'ils font obligez de fe
réünir avec nous , & de fe ranger
à cette Eglife ; de laquelle
ils font fortis , s'ils veulent
ceffer de contrarier à l'Or.
donnance de Dieu . Conf. art.
26. Enfin qu'ils ne peuvent
obtenir pardon de leurs pechez
, que premierement ils
GALANT. 119
ne foient reincorporez au
Peuple de Dieu , duquel ils fee
font feparez , & qu'ils ne perfeverent
en unité & Communion
avec le Corps de Chrift
quieft fon Eglife. Aux Eph.f.
ch. 1. v . 23 , dont ils font prefentement
divifez , pour eftre,
vrais membres de l'Eglife ,
hors de laquelle Eglife , il n'y
a que damnation & mort.
Dimanche 16 Réponses 6. & 7.
afin de garder tous enſemble
& entretenir l'Unité de
l'Eglife , qu'ils ont rompuët
en quittant leur Confeffion
de Foy , faite par ceux & pour
&
120 MERCURE
ceux des François , qui defi
rent , &c . leur diſcipline , &
leur inftruction particuliere ,
pour le foumette à l'inftruction
commune de toute l'E .
glife Catholique & Univerfelle
de J. C. dans laquelle
nous eftions autrefois tous
anis avant leur feparation , &
au joug de J. C. au lieu où
Dieu a établi un vray ordre
d'Eglife, Confeff. art . 26.
Ils accufent l'Eglife Ro
maine , ou la Papauté , d'avoir
banny de chez foy la pure verité
de Dieu ; de ne point recevoir
la parole , & de ne faire
aucune
GALANT. 120
aucune profeffion de s'y affujettir.
Confeff. art. 28. A quoy
on répond que l'Eglife Ro .
maine , ou la Papauté, comme
il leur plaiſt de l'appeller , eft
fi éloignée de bannir la pure
verité de Dieu , ou de rejetter
& ne point recevoir fa parole,
& de ne s'y pas affujettir , qu
elle reçoit non feulement tou
te la parole de Dieu écrite ,
que nous appellons l'Ecriture
Sainte mais auffi la Parole
de Dieu. non écrite , que
nous nommons la Tradition ,
car elle n'eft pas moins la Pa
role de Dieu , pour n'avoir
&
Février 1697.
L
122 MERCURE
efté écrite par les Ecrivains
Canoniques , comme font les
Prophetes , les Apoftres , les
Evangeliftes , ou les Hifto
riens , ou autres Ecrivains facrez,
que celle qui a esté écrite
par quelqu'un de ces Aureurs.
Or il eft certain que
J. C. par exemple , a fait & dit
beaucoup de chofes qui n'ont
pas eftéécrites , comme Saint
Jean nous en afſure dans fon
Evangile ch. 21. v. 25. De plus.
Saint Paul difant aux Theffaloniciens
, en la feconde Epiftre
ch. 2.v. 15. Demeurezfermes
, & retenez les enfeignemens
GALANT.
123
que vous avez appris , foit par
noftre Parole, ou par noftre Epiftre
, nous donne à connoiftre
qu'il a enfeigné des chez
fes aux Fidelles de la part de
Dieu , & comme Apoftre de
JC. lefquelles il n'a point ceapendant
écrites , & qu'il leur
recommande de garder. Ce
font ces chofes , & les femblables
qu'on a apprifes de
vive voix , & par la pratique
des Apoftres & de leurs Difciples
& Succeffeurs , que
nous nommons la parole de
Dieu non écrite , ou la Tradition
, & que l'Eglife Ro-
Lij
124 MERCURE
maine profeffe de croire , de
s'y foumettre , & de l'obferver
de même que la parole de
Dieu écrite.us Lippm
Les Proteftans , ou nos Religionnaires
pretendus refor-
-mez, rejettent au contraire
toute la parole de Dieu non
écrite , ou la Tradition , & ne
-reçoivent que la parole écrite
, que nous appellons l'Ecriture
Sainte, & qu'ils difent
eftre regle de toute verité ,
contenant tout ce qui eft neceffaire
pour le fervice de
Dieu & noftre falut , & que
toutes chofes doivent entre
GALANT. 125
examinées , reglées & refor
mées felon cette Ecriture.
Confef art. 5 Quoy qu'ils di
lent dans ce même arricle,
qu'il n'eft pas loifible aux
hommes, ni même aux Anges
& il eft vray, d'yajouter, diminuer
, ou changer, cependaut
ils rejettent de cette parole
écrite plufieurs Livres hors
du nombre des Canoniques,
& les mettent entre les Apocriphes
, iucertains , incon
nus ou douteux , comme les
Livres de lâ Sageffet de l'Eco
clefiaftique , des Machabées ,
& plufieurs autres , qu'il eft
Liij
126 MERCURE
aiſé de voir dans leurs Bibles,
& autres ; fur lesquels Livres,
Ecclefiaftiques Apocriphes ,
encore qu'ils foient utiles, on
ne peut , difent-ils , fonder
aucun article de foy . Conf. de
fay art . 4. Nos Religionnaires.
pretendus reformez de France
,fans parler des autres , rejettent
même l'uſage de certaines
chofes qu'ils voyent &
reconnoiffent avoir efté pratiquées
& ordonnées par les
Apoftres , comme eft le Sacrement
de l'Extrême . Onction
, enfeigné dans l'Epiftre
de Saint Jacques , laquelle ils
GALANT. 127
reconnoiffent pour canonique
, où cet Apoftre ordonne
aux Fidelles , Que s'ily a quel
qu'un , dit- il , dentre vous malade
, qu'il appelle les Preftres , difoient
leurs premieres ver
fions de la Bible ; car les mo.
dernes difent , Anciens de l'Eglife
, & qu'ils prient pour luy ,
on fur luy , & qu'ils l'oignent
d'huile au nom du Seigneur , &
la priere de foy fauvera lemalade,
& le Seigneur l'allegera , ou le
relèvera , dilent les nouvelles
éditions , s'il eft en peche,
ou s'il a commis des pechez , ils
buyferont pardonnez , chap. s .
V. 14. & 15.
128 MERCURE
Voila ce que pratique en
core aujourd'huy l'Eglife Rq.
maine & Catholique , & ce
que les Eglifes pretenduës reformées
de noftre France
n'ont jamais voulu pratiquer
depuis leur feparation , ni fe
foumettre en celaà cette inftruction
commune des Apo
Stres & de l'Eglife. Je ne parle
point icy des additions , des
changemens & des retran.
chemens qu'ils ont faits , felon
les occafions & les be.
foins qu'ils ont cru en avoir,
& dont nous avons vû déja
quelques échantillons de
GALANT. 129
en
plufieurs mots , de plufieurs
Paffages ou verlets . & même
de plufieurs chapitres
plufieurs Livres qu'ils reconnoiflent
pour canoniques ,
dans les Verfions & les Traductions
qu'ils ont faires de
la Sainte Ecriture , contre ce .
méme article s . de leur Con-
·S.
feffion de Foy.
Is accufent encore cette
même Eglife Romaine , ou la
Papauté , d'avoir corrompu ,
abatardi , falfifié ou aneanti
du tout les Sacremens Conf.
defoy art . 28. On répond que
l'Eglife Catholique de J. C.
130 MERCURE
dans laquelle nous eſtions
tous unis enfemble avant leur
feparation & pretenduë refor
mation , avoit alors fept Sacremens
, qu'elle avoit toujours
eus & confervez , com
me les a , & les conferve en .
core encore aujourd'huy l'Eglife
Romaine , & je deman .
de à nos Religionnaires pretendus
reformez , qu'il leur
plaife dire lequel de ces fept
Sacremens inftituez par J. C.
l'Eglife Romaine a jamais
aneanti ou aboli . Ils avoüent
eux - mêmes qu'il reste enco
re quelque petite trace d'EGALANT:
131
me que
que
T
glife dans la Papauté , & mêla
fubftance du Ba
préme y eft demeurée , vû
l'efficace du Baptême ne
dépend pas de celuy qui l'adminiftre,
& ils confeffent que
ceux qui y font baptifez, n'ont
pas befoin d'un fecond Baptême.
Conf, art . 28. Les Religionnaires
pretendus reformez
au contraire confeffent
feulement deux Sacremens ,
communs à toute l'Eglife ,
defquels le premier , qui eft
le Baptême , nous eſt donné
pour témoignage d'adoption .
Conf. art.35 . & confeffent que
132 MERCURE
la fainte Cene , qui eft le fe
cond Sacrement , nous eft un
témoignage de l'union que
nous avons avec Jefus- Chrift .
Conf. art. 36. On en peut dire
autant du Sacrement de l'Ex- '
trême- Onction , puis qu'ils
ne pratiquent point à l'égard
de leurs malades , ce que l'Apoftre
Saint Jacques nous ordonne
dans fon Epiftre ch 5.
V. 14. Y a - t il quelqu'un , & c .
comme vous venez de voir
dans leur premiere objection ,
N'eft ce pas avouer qu'ils ont
aneanti & aboli le Sacrement
de la Confirmation
, qui ne
GALANT. 133
peut , difent- ils , qu'engendrer
fuperftition , fans aucunement
édifier , & où il n'y a
que que fingerie fans aucun
fondement ? Avert. du Catech.
Ils reconnoiffent encore à la
fin de leur maniere de celebrer
la Cene , avoir donné
occafion d'un grand ſcandale
à plufieurs , par le changement
qu'ils ont fait en cet
endroit ; car la Meffe ayant
efté longtemps , difent - ils , en
telle eftime, qu'il ſembloit au
pauvre monde que ce fuftle
principal point de la Chretienté,
ça efté une choſe bien
134 MERCURE
étrange , ajoûtent - ils , & nous
pouvons dire, un horrible attentat,
que nousl'aionsabolie ,
ce qui a efté cauſe à quelquesuns
d'eftimer que nous avions
détruit le Sacrement
; en quoy
on peut dire que ceux - là ne
fe font guere , ou point du
tout trompez. Mais ils ont
depuis retranché & ſupprimé
entierement cette remarque
dans les Editions modernes
de leurs Prieres Ecclefiaftiques
, pour éviter apparem
ment les reproches qu'on leur
en faifoit , & la confufion
qu'ils en recevoient . Je fçay
GALANT. 135
bien qu'ils nous reprochent
icy fur la Communion , ou
l'ufage du Sacrement de la
Cene , d'avoir retranché l'ulage
de la Coupe aux Laïques;
car ils pretendent & foutien .
nent que tous doivent indif
féremment ufer de ce fecond
figne , à fçavoir du Calice , ſelon
le commandement de
J. C. en S. Math. ch. 20. v. 25 .
Beuvez en tous , contre lequel
il n'eft permis de rien atten
ter.Gatech. Dim . 58. D. & R. 2.
Mais fans entrer dans l'explication
des raifonsque l'Eglife
Romaine a cues d'en ufer ain136
MERCURE
fi , je dis que nos Religionnaires
n'ont pas droit de nous
faire ce reproche , puis qu'ils
pratiquent eux - mêmes ces
plages à l'égard des perfonnes
, qui , foit par averfion
naturelle , foit par quelque
incommodité , ou par quel
que difficulté de boire aprés
des malades , ne peuvent boi
re de vin , & l'autorifent par
ces paroles de leur Difcipli
ne : On doit adminiftrer le pain
de la Cene à ceux qui ne peuvent
boire du vin , en faiſant protesta.
tion que ce n'est par mépris , &
faifant tel effort qu'ils pourront
GALANT. 137.
même ils approcheront la Coupe
de leur bouche tant qu'ils pourront
, & la prendront & touche
ront des lévres , pour obvier at
toutfcandale. Difcipline Eccl . !
chap. 12. art . 7. & 10. Ainfi
voila nos Religionnaires Pretendus
Reformez convaincus
par eux - mêmes, qu'illeur
manque cinq des fept Sacres :
mens , qui ont toujours efté
dans l'Eglife de J. C. & qui
font encore aujourd'huy dans
l'Eglife Romine . Et que doit-!
on conclurre de tout cecy ,
finon qu'ils les ont abolis &
ancantis du tout
Fevrier
1696.
comme il
M
138 MERCURE
paroiſt évidemment par cet
art. 35. de leur Confeffion , qui
n'en reconnoift & n'en confeffe
que deux feulement ; &
partant , cette feconde accufation
, de même que la premiere
, retombe encore fur
eux -mêmes, comme il est tout
évident touchant la Confirmation
& l'Extrême On-
Єtion.
Il eſt bon de
remarquer
encore
la contradiction
qui
fe trouve dans leur Confeflion
de Foy , fur le Sacrement
du
Baptême
; car ayant dit en
l'article 11. Nous croyons que
GALANT. 139
ce vice , du Peché Originel ,
eft vraiment peché , qui
fuffit à condamner tout le
genre humain , & que pour
tel il eft reputé devant Dieu ;
même qu'aprés le Baptême ,
c'est toujours peché quant à
la coulpe , cela n'empêche
pas qu'ils ne difent dans l'art .
35. Nous en confeffons feulement
deux Sacremens communs
à toute l'Eglife , defquels
le premier , qui eft le
Baptême , nous eft donné
pour témoignage d'adoption
, parce que là nous fom.
mes entez au Corps de Jefus ,
Mij
140 MERCURE
Chrift , afin e'eftre lavez &
nettoyez par fon Sang , &
puis renouvellez en fainteté
de vie par fon Saint Efprit.
Or s'il eft vray que le Peché
Originel foit toujours peché,
même aprés le Baptême ,
quant à la coulpe , qui eft la
tache du peché , il s'enfuic
que nous ne sommes pas bien
lavez & nettoyez au Baptême
par le Sang de Jefus.Chrift ;
ou s'il eft vray que le Baptême
nous ait bien lavez & nettoyez
par le Sang de Jeſus-
Chrift , il s'enfuit que la coulpe
du peché Originel ne deGALANT.
141
meure plus aprés le Baptême,
car nous n'y fommes lavez &
nettoyez par le Sang de J. C.
que pour nous delivrer de cette
coulpe , & nous ôter cette
tache.
Je paffe plufieurs autres
chofes , dont je pourrois par
ler , afin de finir ces Reflexions
, & je laiffe à juger aux
Lecteurs équitables de cet
Ecrit , fur qui , des Catholiques
, ou des Religionnaires
Pretendus Reformez , doivent
tomber ces deux accufations ,
de rejetter la Parole de Dieu ,
& refufer de s'y foumettre,
142 MERCURE
& d'avoir aneanti , ou retranché
les Sacremens , & lefquels
doivent eftre estimez coupa
bles de ces deux attentats ,
ou ceux qui reçoivent & font
profeffion de croire, non feulement
la Sainte Ecriture , ou
la Parole de Dieu écrite , mais
encore la Tradition , ou la
Parole de Dieu non écrite, &
qui ont toujours eu , & ont
encore à prefent l'ufage &la
pratique des fept Sacremens
dans leur Eglife, ou bien ceux
qui ne reçoivent que l'Ecriture-
Sainte , ou la Parole de
Dieu écrite , dont ils retranGALANT.
143
chent encore plufieurs chofes,
& qui rejettent entierement
la Tradition , ou la Parole
de Dieu non écrite ; &
qui de plus ne reconnoiffent
& ne pratiquent que deux Sacremens
dans leur Eglife . Il
ne faut , ce me femble , qu'un
peu de bon fens pour le déci
der , & un peu de bonne foy
pour l'avouer. Je prie le Sei
gneur qu'il leur donne l'un &
l'autre pour leur converfion ,
& pour leur faire la grace
revenir au giron de l'Eglife ,
& de fe réunir à leur bonne
Mere, dont leurs Peres le font
de
144 MERCURE
autrefois fi malheureufement
feparez.
Voila les petites Reflexions ,
Monfieur , que j'ay faites fur
la croyance de nos Religionnaires
Pretendus Reformcz
deFrance. J'ay obey avec plai
fir à l'ordre que vous m'avez
donné de vous les envoyer,
pour les communiquer à M
le Marquis de L. dans le defir
que vous avez qu'il en faffe
un ufage auffi falutaire , que
vous fouhaitez pour fa converfion.
J'en demanderay.
pour luy la grace à noftre
Seigneur par mes prieres , tout
indignes
GALANT : 145
indignes qu'elles foient , &
au faint Sacrifice de la Meffe,
& pour tous ceux de fa Communion
, avec autant de zele
& d'affection , que je fuis avec
respect dans l'amour du Sau .
veur de tous les hommes ,
Voftre tres , & c.
Les Capucins de la Province
de Paris ont fait une perte
confiderable
en la perfonne
du P. Louis de Jully , mort fur
la fin de l'année derniere . Il
eftoit âgé de foixante & dix
ans , & il en avoit paffé cinquante
dans fon Ordre . C'e-
Fevrier 1697. N
146 MERCURE
Aoit un excellent Predica
teur , & d'un merite extraor
dinaire. Ses rares qualitez luy
avoient acquis une reputa
tion univerfelle , & l'avoient
fait élever à toutes les Charges
& dignitez de la Province
& de fon Ordre. Ainfi il
avoit cfté trois fois Provin .
cial de la Province de Paris ,
& avoit affifté à trois Chapitres
generaux , tenus à Rome ,
où il s'eftoio diftingué par la
fublimité de fon efprit & de
fa vertu, y ayant efté élu deux
fois Definiteur general Ila
efté quatre fois Commiffaire
'
GALANT. 147
Apoftolique & general dans
des affaires d'importance
, &
où il y alloit du fervice du
Roy , dont il s'eft acquitté,
avec une tres grande condui.
te . Sa Majefté , dont il avoit
l'honneur d'eftre particulierement
connu , & dont il
avoit efté plufieurs fois demander
la protection , & recevoir
les ordres pour allifter
aux Chapitres generaux , &
luy rendre compte de fes
Commiffions , luy avoit don
né dans toutes fortes de ren ,
contres des marques de la
fatisfaction qu'Elle avoit de
761
Nij
48 MERCURE
fa conduite , & de grands
témoignages de fa bienveil
lance & de l'eftime qu'Elle
en faifoit. Ce Pere avoit toutes
les qualitez perfonnelles
qui fe peuvent defirer dans
un grand homme , eſtant ſçawant
, pieux & orné de toutes
les vertus qui font un parfait
Religieux . Il a efté regreté de
tous ceux qui l'ont connu. Il
eftoit de la Maifon des Comtes
de Sommiéure de Lignon ,
l'une des plus anciennes &
des plus nobles de Champa
gue , & des mieux alliées.
GALANT, 149
C'eft fur les fentimensde
tout le Public que M¹l'Abbé
de Fourcroy a fait ce que
Vous allez lire .
ELOGE
DE M' D'AGUESSEAU,
1 Avocat Gener Parle
ment de Paris .
L
A Providence divine , quż
spar d'inviſibles reforts conduit
les hommes à fes fins , referre
le coeur des uns , les retient dans
les bornes étroites d'une adminiftration
domestique, éleve l'esprit
Niij
150 MERCURE
des autres pour en faire les Con
ducteurs de fon Peuple . Le Sa
gneur en fait des ferviteurs fidelles
, les conduit luy - même
dans les fentiers de la justice,
leur revele peu à peu les fecrets
de la ſageße . C'eſt ainſi qu'ilfor.
'ma M' d'Agueßeau , Avocat
General au Parlement de Paris.
Il le prévint de fes benedictions
Spirituelles , & luy fit éviter par
grace ces dangereufespaffions , qui
font comme les écueils où l'ardeur
de l'âge , la licence du fiecle , la
corruption de la nature , & le
mauvais exemple jettent une jeu .
neße inconfiderée. Auffi remar
GALANT. 151
que- t- on en luy tout ce quifals
les grands Magistrats ; un coeur
docile pour recevoir les impreffions
de la verité , noble pour l'élever
au deßus des paffion's des interests
, tendre pour affister les malheureux
ferme pour refifter à l'ini
quité ; un efprit avide de tour
fçavoir , capable de tout apprendre
prompt à concevoir les
matieres les plus élevées , heureux
à les exprimer quand illes , a une
fou conciues , difcernant von ſew -
lement le bon d'avec le manvas,
mais encore le meilleur d'avec le
bon , appliqué à examiner les
difficultez à les refoudre ; à
Niiij
152 MERCURE
chercher la verité , & à la fuivre
aprés qu'il l'a découverte , à con .
noiftre tout , & à tirer toujours
quelque fruit de fes connoiẞances.
Comme il fe confidere dans une
profeffion où les questions font fi
differentes , les droits fi diffici
les à démêler , où l'on décide des
biens del honneur des hommes,
& où les fautes ne font jamais
petites , & font presque toujours
irreparables, il ne craint rien tant
que de fe tromper dans les conclufions
qu'il eft obligé par fa
Charge de donner. Pour ce fujet
il s'inftruit de fes devoirs , il con
fulte les Oracles de la Jurispru
GALANT.
15?
dence , ilpaße les jours & les nuits
à l'étude , & quel progrés n'y
fait il pas , joignant à l'affiduité
du travail la facilité du genie ?.
Il croiroit manquer à la partie la
plus essentielle de fon eftat , fi
comme il fentfes intentions droi .
tes , il ne les rendoit éclairées.
Utile fans intereft , vertueux
fans vouloir fe faire honneur de
fa vertu , il s'acquitte de fon emplay
pourlafeulefatissfaction de
s'en eftre acquitté , & ne veut
dans toutes fes actions d'autre regle
que fa fidelité , d'autre but que
l'utilité publique , d'autre récompenfe
que la gloire de bien faire.
14 MERCURE
Entreray, je dans les exercices de
fa picté? Diray je qu'il commence
finit routes fes journées parla
priere , & par un facrifice qu'il
fait à Dieu de luy même ? Sa devotion
n'est pas une devotion de
fpiritualitez imaginaires , qui fe
nourrit de reflexions, & quilaiße
les faintes pratiques. Sa foy est
comme fon coeur fainte & folide ,
Ce n'est pas une vaine & faftuen.
fe religion quife répand toute au
dehors, qui n'a que lafuperficie
des bonnes muures . Tout eft inte
rieur en luy , il cherche Dien
dans la fimplicité
de fon coeur. Que ne peut on pas
la fincerué
GALANT. 155
attendre de cet illuftre Magiftrat,
qui eft orné de tant de belles qualitez,
qu'on trouve à peine dans
une vieilleße tres avancée ? Seigneur,
donnez-layde longues an
nées , & le faifant marcher für
pas de fes Ancefires , qui par
leur pieté folide & leur érudition
ont rendu de fi grands fervices à
la France , rendezle digne des
plus grands emplois , & des recompenfes
éternelles.
les
M' l'Archevêque
de Paris ,
qui n'a point encore laiffé
échaper d'occafion
de faire
paroiftre fa pieté & fon zele
156 MERCURE
pour le gouvernement
de for
Dioceſe , en a donné depuis
peu une marque bien éclatante
, par une Miffion qu'il
a fait faire à Paris , par les Peres
Capucins , à la Paroiffe de
S. Hyppolice au Fauxbourg
Saint Marcel. Les Miffionnaires
eftoient au nombre de
douze, tous consommez dans
ce faint & charitable exercice.
L'overture s'en fit le 27.
Decembre de l'année derniere,
par une Proceffion compo
fée du Clergé de la Paroiffe
& des Peres Miffionnaires
,
aprés laquelle le Superieur fit
GALANT. 157
voir dans un Sermon fort inſtructif
& fort pathetique ,
tous les avantages que les
Fidelles peuvent tirer d'une
Miffion , & tous les moyens
d'en profiter. Je ne vous dis
rien des travaux & des fuccés
de ces zelez Miffionnaires ,
malgré la rigueur de la ſaiſon ,
puis que vous le verrez affez
par le témoignage public
que M' le Curé de Saint Hyppolite
en rendit à M' l'Archevêque
dans la Harangue
qu'il luy fit à l'entrée de fon
Eglife . Pendant la Miffion ,
qui a duré prés de fix femai198
MERCURE
nes , il y a eu tous les jours
trois Sermons , & une Confe.
rence fur les Commandemens
de Dieu , & un Salut le
foir avec la benediction du
Saint Sacrement aprés la derniere
Predication .
Le 3. de ce mois , Mil'Archevêque
ferendit dés le matin
dans cette Eglife , pour
terminer cette Miffion . M'le
Curé accompagné d'un Clergé
compoféde cinquante Ecclefiaftiques
, & des Peres
Miffionnaires , Palla recevoir
en Proceffion aux dernieres
maifons de fa Paroiffe , où
GALANT. 159
Ml'Archevêque eftant def
cendu de caroffe , fut con .
duit fous un dais à l'Eglife en
chantant le Cantique Benedictus
. A l'entrée de l'Eglife ,
M le Curé le harangua en
ces termes .
MONSEIGNET
ONSEIGNEUR.
Toute la Paroiffe de Saint
Hyppolite eft dans la joye de voir
fon Archevêque , plus diftingué
parfa pieté é par la modestie ,
que parfonrang 2 parfa dignité,
venir couronner donner le
160 MERCURE
perfection à une fainte Miffion.
Nos Miffionnaires ont travaillé
avec un fucces incroyable. Les
Predicateurs ont attiré une foule
de monde par leurs Predications
penetrantes & pathetiques. Les
Confeffeurs ont efté pleins de fer.
veur inépuisables en patience.
Les Peuples ont donné des mar.
ques d'une converfion entiere La
Paroiffe de Saint Hyppolitefera
deformais voftre joye & voftre
confolation . Le Pafteur que vous
lug avez donné, & que vous
foutenezpar des bontez continuel.
les , va travailler avec un nou.
weau zele , pour conſerver l'esprit
GALANT. 161
de pieté, d'union de charité qui
y regne maintenant Que ne doitil
point faire , voyant fon Archevêque
tout à fon Diocefe , bon ,
affable , éclairé, patient , infati
gable , c'est à dire veritablement
Evêque? Otantà la grandeur cet
airfaftueux dont elle eft prefque
toujours armée , il écoute tout le
monde , toujours preft , toujours
attentif, décide plein d'équité
& de lumiere. Qu'il est éloigné de
cette impatience facheufe qui détruit
les affaires , & qui traîne
fa fuite l'injustice & l'erreur!!
Teut il jamais un efprit plus accommodant
plus ferme , plus
Février 1697 .
162 MERCURE
folide & plus delicat tout enfem
ble ? Eft-il éloigné de la Cour, on
diroit qu'il eftné pour les Provin .
ces . Est il rappellé par le plus
grand & le plusfage des Rois,
on voit bien qu'il est fait pour
gouverner la Capitale du monde.
Pour obtenir cette éminente dignité,
il n'a fait que la meriter
obeir.
Que de Miffions , que de Vifites
, que de courfes , que de campo-
Evangeliques dans unefeule
année , où fa vigilance,femblable
à la courfe rapide du Soler , pargnes
court tour, voit tout , entendtout,
2
S'il fe dérole que quefois cit
GALANT. 163
pour converfer avec Dieu , c'est
pour nous donner ces Ordonnan .
ces où les Herefjes nouvelles font
Heintes , où le Clergé eft reforme,
où la difcipline & la piete abatues
font relevées . Noftre Sourerain
Pontife
, un des grands Pa .
pes qui ayent gouverné l'Eglife ,
& un nouvel exemple de l'an.
ciennefainteté des premiers Evêques
, a voulu que vostre feconde
Ordonnance fuft traduite en fa
Langue: enfuite tous les Deu .
ples l'ont fait traduire dans la
leur , afin qu'ils y puffent appres.
dre lor Religion & leur Foy,
Qu'il eft glorieux à Paris,
0 1
164 MERCURE
qu'il eft glorieux à la France
d'avoir un Archevêque
, l'organe
des Souverains Pontifes , lOraclede
l'Eglife , le Défenfeur de la
Foy , le Reftaurateur de la pieté,
le Reformateur & le modèle du
Clergé! Nos éloges , Monseigneur,
auffi bien que nos remercimens ,
font au deffous de vos bienfaits.
Le Ciel nous acquittera envers
vous. Qu'il abrege nos jours pour
augmenter les vostres , nous ne
pouvons faire de meilleurs fouhaits
, ny pour nous , ny pour toute
Eglife,
M' l'Archevêque répondit
à cette Harangue avec
GALANT: 165
beaucoup de jufteffe & de
bonté , & en donnant fa benediction
au peuple , il alla
fe mettre à genoux fur les
marches de l'Autel , où il repouffa
un carreau qu'on y
avoit mis pour luy . Il celebra
enfuite la Meffe avec une devotion
qui charma tout le
peuple , qui eftoit accourus
des Paroifles voisines pour
voir cette augufte Ceremonie.
Ayant achevé la Meffe il
monta en Chaire avec la
Chappe & la Mitre , & fitune
Predication fort fçavante &
fort édifiante , ayant pris pour
166 MERCURE
fon theme ces paroles de
Saint Paul : Adjuvantes exhor.
samur vos ne in vacuum gratiam
Dei recipiatis : En vous aidant
nous vous exhortons de ne pas recevoir
la grace de Dieu en vain.
Il fit voir au peuple l'obliga
tion qu'il avoit de confervet
les avantages qu'il devoit a
voir tirez des travaux d ces
charitables & zelez Millionnaires
, qui s'eftoient appli
quez avec tant de foin à les
inftruire , & à leur décot vir
Ics obftacles interieurs & exterieurs
qui peuvent détruire
les fruits de la Million , & kur
GALANT. 167
donna les moyens de les éviter.
Ce jour s'eftant trouvé le
Dimanche de la Septuagefime
, il leur fit connoiftre qu '
aprés une Miffion fi heureufe
& fi bien conduite , fi un jour
ils ne fe trouvoient pas devant
Dieu tels qu'ils devoient
efire , & ne travailloient pas
autant qu'ils devoient à leur
fainteté & à leur falut , ils
n'auroient point d'excufe à
luy donner , puis qu'ils ne
pourroient pas dire ce que les
Ouvriers de l'Evangile du
jour , qui cftoient demeurez
oifits toute lajournée, répon168
MERCURE
dirent au Pere de Famille ,
que perfonne ne les avoit
engagez à travailler , puis qu'il
avoit eu foin de leur envoyer
des Miffionnaires , qui n'a.
voient rien épargné pour les
obliger , & pour leur appren .
dre la maniere de travailler à
leur falut. Aprés la Predica
tion, il fit l'Abfoute des Vi
vans dans l'Eglife , & enfuite
il alla au Cimetiere faire l'Ab.
foute & les Prieres pour les
Morts. Eftant de retour à l'E
glife, il y donna le Sacrement
de Confirmation à un grand
nombre d'Enfans , & à d'au
tres
GALANT: 169
Tres perfonnes de plufieurs
Paroiffes qui s'y eftoient rendues
pour cela. Il fit enfuite la
vifite des comptes de l'Eglife,
rendus par les Marguilliers ; il
écouta les Maiftres & Maiftreffes
d'Ecole , comme auffi
tous ceux qui voulurent luy
parler d'affaires de confcience
avec beaucoup de patience
& de douceur. Sur les
cinq heures du foir il affiſta
fous un dais à la Predication
d'un des Miffionnaires , aprés
laquelle il porta le Saint Sacrement
en proceffion dans
T'enceinte de l'Eglife , parce
Février 1697 . Р
70 MERCURE
qu'il eftoittrop
tard
pour
for
tir dehors
, & donna
au peu- ple
la benediction
. Lelendemain
la Miſſion
finit
par
un Service
&
une
Predication
pour
les
Morts
. Il y a tout
lieueu d'efperer
après
une
ac- tion
frédifiante
& fi zelée
de
ce grand
Prelat
, aprés
tant
de fatigues
que
les
Miffionnai- res
le font
données
pouri
pour
truire
le peuple
de cette
Paroiffe
, & tant
de correfpondance
que
ceux
- cy ont
apportée
de
leur
part
, qu'ils
conferveront
longtemps
les fruits
de
cette
Miffion
. Ce
inGALANT:
171
fut pour le foutenir dans ces
exercices de pieté que M' le
Curé de Saint Hyppolite, qui
a fait paroistre pendant tout
le cours de la Miffion ; le
même zele qu'il avoit témoigné
pour l'obtenir de M¹l'Ar .
chevêque , le pria en prefence
de tous les Miffionnaires ,
de trouver bon que ceux qui
avoient fait les Conferences
pendant tout ce temps , les
continuaffent encore jufqu'à
Paiques ; ce que ce Prelat accorda
avec beaucoup de bonté
, en témoignant que cette
demande luy faifoit plaifir , &
Pij
172 MERCURE
en leur donnant les ordres
qui eftoient neceffaires pour
cela.
J'oubliois à vous dire que
le Pere Seraphin, qui prêcha
le dernier Carême fiapoftoliquement
à Versailles , eftoit
un des Miffionnaires de Saint
Hyppolite , & que fur le bien
qu'en a dit le Roy , M ' l'Archevêque
de Paris l'a choifi
pour prêcher ce Carême à
Noftre- Dame.
L'Hiver s'eft trouvé filong
& fi rude cette année , qu'il
merite la Satire que je vous
GALANT. 173
envoye . Elle eft de M ' Robi
OU net , Auteur de l'Automne
dont je vous fis part dans ma
Lettre de Novembre . On ne
fçauroit affez s'étonner de
voir encore tant de force &
de vivacité d'efprit dans un
homme
de fon àge .
L'HIVER.
V
Dicy
le
le hideux Fils d'un Pere
plus bideux.
Ce Pere eft le Peché qui'crenfa les'
abîmes ,
Où par un Arrest jufle autant que
rigoureux ,
Sont à jamais punis les crimes.
Piij
174 MERCURE
Or ce Fils c'eft l'Hiver , dont voicy
le
Portrait ,
14 Mais feulement en mignature,
Car on ne sçauroit trait pour
trait
En faire une exacte peinture.
20
En vain il engourdit ma main,
Mon encre en vain par lay fe
glace ,
Il faut que de cet inhumain
Une idée au moins je vous trace.

Ses glaces , fes frimats , fes neges,
fes broüilars,
Dans les vallons , dans les bois ,
dans les plaines ,
Où l'ou entend fifler fes piquantes
baleines ,
Le prefentent à nos regards.
GALANT 1781
S
Tufque dans nosjardins,jufque dans
nos prairies
1.I.
Et nos royales Tuileries, it's
Il vient etaler fes horreurs,
Et nos Palais , nos domiciles
Ne font pas d'affez bons afiles,
Pour nous fauver de fes fureurs.
Les rivieres font devenues
Par fanfroid des maffes cornues
Et les Poifons tout eronnez
Devoir les ondes retenues ,
S'y trouvent comme emprisonnez
Le Feu là - haut juſqu'en[a [phere,
233 pucb , ho'a
N'est plus , je pense qu'un glaçon.
Tous les tres ani la friſſon, I
Et le Soleil dans fa carriere,
Qui n'eft plus rienqu'une glaciers,
P iiij
176 MERCURE
A moins, fans doute,qu'un tifan,
Et de chaleur & de lumiere.
Save
Immiere
L'air eft épais & venebreax,
La nuit en plein jour tend fes
voiles ;
Et pour ne laiffer voir que fon afpect
affreux,
Elle éteint toutes les Eftoiles.
&
Entre les Elemens nul commerce n'eft
-plus,
On s'il en eft encor , il nous paroift
femblable
Aceluyqu'ils avoient dans le cabos
confus ,
'D'où dans les premiers temps un
pouvoir adorable
En fe joüant tira tant d'eftres confondus.
GALANT. 177
2
Les oifeaux dans les airs n'ont aucanes
journées
Pour chanter les faveurs qu'Amour
leur a données ;
Et ces Chantres ornezde plumages
divers,
Par des rigueurs qui ne font point
bornées ,
Dans leurs petits gofiers fentent
glacer leurs airs.
2
C'eft le temps des Hiboux , c'eft le
temps des Chouettes ,
Hoftes des plus noires retraites ,
C'est le temps des Corbeaux
Qui croulent autour des tombeaux
,
Et cherchent les fquelettes i
Mets frians des fales oifeaux.
178 MERCURE
2
Les Bergers avec les Begeres
Sont renfermez dans leurs chanmieres
,
On n'entend plus leurs charmans
chalumeaux ,
Ny leurs douces Mufettes.
On ne voit plus fur les tendres
berbettes
Leurs
bondiffans
Troupeaux.
Ah ! qu'il eft , cet Hiver , digne de
ma Satyres
Non content des trois mois qui bor.
nent fon Empire ,
Il ufurpe encorceux des trois autres
faifons.
Dans toutes ce tyran vient meer
fes friffons,
Et l'Aquilon y foufle au lieu du
doux Zephire.
GALANT. 179
Qu'il eft digne de ma Satyre !
On ne danfe plus aux chanfons,
Aux portes l'on n'entend plus
rive.
Qu'il eft digne de ma Satyre !

Mais finiffons ces bourrus Vers ,
Ces Versirreguliers qu'on aura peine
à lire.
* En d'autres Vers je ne sçaurois
écrire
D'un Ennemi qui met mon efprit à
l'envers.
Pour luy je ne puis faire Ode , Sone
net , ny Stance.
C'est le dépit qui feul m'infpire icy,
En me voyant prés d'un grand
feu iranfi,
Et je ne puis garder mefure ny cadence.
180 MERCURE
323
· Mais
à quoy donc penfay
-je? He
las !
Dois-je contre l'Hiver avoir tant
de colere ?
Un autre hiver en moy fait bien
plus de fracas ,
Et doit beaucoup plus me déplaire.
Il ruine mon corps , & le renverfi à
bas.
Ce cruel hiver eft mon âge ,
Age de quatre vingt- neuf ans ,
Où de ce monde il faut qu'enfin je
démenage.
Ce n'est pas tout- à-fait pourtant
malgré mes dents ;
Car déja la plufpart pour faire le
voyage,
Ont pris les devans dès long.
temps.
GALANT. 18¢
$
Ta voi , Lefleur , comme je goguenarde
Au grand àge que je dis.
Cependant la Parque camarde,,
Qui tout le
de ,
genre
hamain canat-
Me vint l'an des derniers Iendis
Donner une telle nazarde,
Que tous mes fens en furent étour
dis,
Et que je devins prefque homme
De profundis.
2
Laverité point je ne farde ,
Cela fait voir que jufqu'au mo
nument
La belle hamear poarra me fuivre
.
Sans elle jufqu'icy comme je n'ay pû
vivre,
182 MERCURE
Sans elle je ne puis mourir pareillement.
Ce qui eft arrivé depuis
peu de temps dans une des
meilleures Villes du Royaume
, eft affez extraordinaire
pour meriter que je vous en
falle part. Un fort honnefte
homme avoit amaffé beaucoup
de bien dans un employ
honorable qui répondoit aux
avantages de la naiffance.
L'épargne , l'affiduité au travail
, & une tres longue vie
avoient fort contribue à augmenter
ſa fortune. Il eftoit
aimé & confideré dans touGALANT.
183
te la Ville , & il n'y avoit perfonne
qui n'en parlait avec
less éloges dont il s'eftoit rendu
digne . Ainfi il ſe voyoic
recherché de tout le monde,
particulierement
les jeunes
gens les plus diftinguez luy
faifoient la Cour , & ce qui
caufoit leur attachement auprés
de luy , c'eftoit une Fille
unique qu'il avoit , & qui dèvoit
heriter de tous les biens .
Elle eftoit tres-belle ; & comme
il l'aimoit fort tendrément
, toutes fes penſées alloient
à luy procurer un parti
avantageux. Il n'avoit rien
"
184 MERCURE
épargné pour augmenter eff
en elle un merite que fa complaifance
, l'agrément de fon
humeur & la vivacité de fon
efprit faifoient éclater par
tout où on la voyoit. Elle
avoit une grace merveilleufe
dans la danfe , & fçavoit fort
bien jouer du Lut & du Claveffin.
Tant de belles qualitez
que relevoit fa beauté,
auroient fuffi pour luy attirer
des Adorateurs en fort grand
nombre mais les grands
biens qui ne luy pouvoient
manquer, & une tres groffe
fomme d'argent comprant
;
GALANT. 185.
0.
qu'on luy promettoit, étoient
un furcroift de charmes qui
pouvoit tout fur les plus in -1
differens . Cependant la Belle,
dont l'humeur eftoit fort
douce , & qui n'eftimoit rien '
tant que la vie tranquille ,
comptoir pour rien tous les
avantages que la nature & la
fortune luy avoient donnez,
& la plufpart des chofes du
monde , qui flatent ordinairement
les jeunes perfonnes
n'ayant rien qui la touchaft
fort fenfiblement , elle s'en
trouva fi détachée , qu'elle
demanda un jour à fon Pere
Fevrier 1697.
186 MERCURE
la permiffion de fe retirer
dans un Convent. Le Bonhomme
crut d'abord qu'elle
vouloit badiner , ne pouvant
croire qu'une Fille , ayant autant
de beauté qu'elle en
avoit , & pouvant choifir en
tre les meilleurs partis , fuft
capable de fonger à eftre Re
ligieufe , mais elle ajoûta que
s'il vouloit la laiffer maiftrede
de fes volontez , ce feroit peuteftre
le genre de vie qu'elle
choifiroit , ne trouvant rien.
qui fuft preferable au repos
dont on eftoit affuré de joüir
dans la retraite. Son Pere prit
GALANT. 187 .
alors fon férieux , & luy fit fi
bien connoiftre que fi elle,
s'obtinoit à fonger à un Convent
, elle feroit caufe de fa
mort , qu'elle luy promir de
luy obeïren toutes chofes , &
de fuivre aveuglement les or
dres qu'il jugeroit à propos
de luy preſcrire. Il l'affura
qu'il n'abuferoit jamais du
pouvoir de Pere , & qu'il ne
feroit nulle violence à fon
inclination , qu'ainfi ne cher
chant rien tant qu'à la voir
heureuſe , & voulant la marier
, il la prioit de luy dire fi
parmy ceux qui fembloient
Q ij
188 MERCURE
charmez de ſa beauté , il y en
avoir quelqu'un qui touchaſt
fon coeur , & qu'il le feroic
un fort grand plaifir de le préferer
à tous les autres . La Bel-
Je luy dit qu'elle les eftimoit
tous , fans qu'elle en aimaſt
aucun , & que s'il vouloit ab .
folument qu'elle fe foumift à
un Epoux , ce feroit luy qui le
choifiroit , avec proteftation
que tout ce qu'il luy plairoit
derefoudre , feroit executé de
fa part fans aucune repugnance.
Le Bonhomme ne l'ayant
pû obliger à vouloir choisir
par elle même , fongea à n'éGALANT.
189
pargner aucuns foins pour
bien marier fa Fille. Le plus
fûr moyen d'y réüffir eftoit
d'examiner à loifir les Prétendans.
Tout ce qu'il y avoit
de plus confiderable dans la
robe & dans l'épée s'eflane
prefenté , il connut en peu de
temps la jeuneffe la plus noble
& la plus riche . Il recevoit
tout le monde affez favorablement
, & il aimoit qu '
on luy parlaſt de la beauté de
fa Fille , & des rares qualitez
qu'elle poffedoit . Il écoutoit
mefme les raifons que luy ap
portoient les uns & les autres
4
190 MERCURE
pour l'obliger à les preferer,
mais tout ce qu'ils luy difoient
ne fuffifoit point pour déterminer
fon choix ; le trop
grand nombre d'Amans le
metroit dans un embarras
continuel . Le dernier qu'il
avoit vû l'emportoit toûjours
fur les premiers , & auffi - toft
qu'il paroiffoit un nouvel
Amant , la prévention eftoit
pour luy . Cependant chacun
croyant fes affaires en bon
chemin , redoubloit les affi
duitez pour venir à bout de
fon entreprife , mais le Bonhomme
ne refolvoit rien. Le
GALANT: 19
er
Dient
choix de la Robe ou de l'Epée
tenoit fon efprit en inquietude
, & la Belle ne contribuoit
pas à l'en tirer. Ses
Amans avoient beau tâcher
de gagner fon coeur . Elle recevoit
leurs foins avec toute
l'honnefteté qu'elle leur det
voit , mais ils n'en pouvoient
tirer aucune réponſe plus favorable
, finon qu'elle obeiroit
quand fon Pere auroit
choifi. Quelques- uns fe rebuterent
de cette froideur ,
& ces jeunes prétendans ne
pouvant obliger le Pere à
s'expliquer , fe trouverent à
192 MERCURE
la fin reduits au nombre de
cinq. Après avoir paſſé plufieurs
mois dans cette recherche
fans eftre plus avancez
que le premier jour , il
arriva qu'on fit une grande
Chaffe aux environs . Toute
la Nobleffe s'y devant trouver
, nos Amans furent oblide
quitter la Ville pour
s'y rendre, mais ils n'y appor
terent que du chagrin. L'in,
fenfibilité de la Fille , & l'irrefolution
du Pere eftoient
pour eux un obſtacle dont
rien n'adouciffoit la rigueur;
& comme l'amour les faifant
gez
rivaux,
GALANT. 193
rivaux , ne les avoit pas ren.
dus ennemis , ils auroient volontiers
cedé à l'heureux qui
auroit efté choifi par l'un ou
par l'autre , mais ce qui faifoit
leur plus rude peine , on
leur permettoit des efperances
qui n'eftoient fuivies
d'aucun effer. La Fille continuoit
toujours à fe retrancher
fur ce qu'elle ne sçavoir
qu'obeir , & le Pere paroiffoir
plus incertain que jamais fur
le choix qu'il devoit faire . Ils
eftoient par
tuation affez facheufe , &
l'abattement de leur efprit
là dans une fi.
Février 1697. R
194 MERCURE
paroiffoit fur leur vifage.
Auffi la partie de Chaffe ne
leur caufa telle qu'un plaifir
fort mediocre. Un Marquis
nouvellement marié , & qui
avoit fon Chafteau fort proche
du lieu où elle fut faite,
pria tous ceux qui s'y estoient
rencontrez , de venir chez luy
fe rafraîchir. Il les regala ma
gnifiquement ; & les Amans
de la Belle s'eftant trouvez
de la Troupe , on n'oublia
pas à parler de leur amour.
Ils firent chacun l'Eloge de
laDemoifelle qu'ils aimoient,
fans cacher pourtant ſon hu
GALANT. 195
Dro
UL
meur indifferente , & l'on
admira comment des Rivaux
pouvoient fi longtemps s'attacher
au même objet fans
fe broüiller. Le Marquis qui
eftoit l'Ami commun de tous
ces Amans , les reting chez
Juy jufqu'au lendemain , &
comme ils tâcherent de ré-
-pondre par leur belle humeur
à la bonne chere qu'il
leur fit , il prit cette occaſion
pour leur remontrer le tort
qu'ils avoient de s'obtiner
dans une pourfuite qui leur
devoit eftre infructueufe , &
qui ne pouvoit que les defu-
Rij
196 MERCURE
nir , eux qui eftant de la
même Ville , eftoient nez
pour vivre les uns avec les
autres dans les douceurs de
la plus agreable focieté; qu'il
leur feroit d'autant plus aifé
de renoncer à l'amour qui les
rendoit malheureux depuis fi
longtemps , qu'aucun d'eux
n'avoit fujet de fe croire aimé,
ny par conſequent de ſe
Alater de l'eſperance d'obliger
la Belle à fe déclarer en fa
faveur , & que le Pere , eftant
auffi irrefolu qu'il l'eftoir , &
trouvant en tous un égal mesite,
ne pourroit jamais obteGALANT.
197
nir de luy , d'eftre favorable à
l'un , puis que ce feroit don-,
ner fujet de fe plaindre aux
autres ; qu'ainfi ils auroient
toujours les mêmes difficultez
à combattre , s'ils vouloient
continuer à fe repaiſtre
des vaines idées dont fenourriffoit
leur paffion . Ils répon
dirent qu'il eftoit vray que
leur eftat n'eftoit pas heureux
, mais que les chofes ne
pouvoient demeurer encore
longtemps dans les mêmes
termes qu'il faudroit qu'en
ole Pere ou la Fille le dé
terminat à faire un choix ,
Rij
98 MERCURE
& que c'eftoit ce qu'ils atten.
doient , refolus de fe retirer
fans aucun murmure , fi toft
que l'un d'eux auroit obtenu
la préference. Le Marquis less
voyant fi raiſonnables dans
leurs mutuelles pretentions ,
leur confeilla de n'attendre
ny du Pere , ny de la Fille , ce
qu'ils pouvoient faire par
eux-mêmes , en tirant au fort
l'Amant heureux à qui les autres
s'obligeroient de ceder.
Ils fe récrierent rous d'abord
contre cet avis , mais aprés
avoir examiné les juftes raifons
qu'il y avoit de le fuivre ,
GALANT. 99
en
rer
tolt
enu
ans
Or
res
ra!
1
ils approuverent cet expedient.
Le Marquis commen
ça par les obliger de fe jurer
une amitié inviolable, & cha
cun promit que fi le fort luy
eftoit contraire , il cefferoit
fes pourfuites auprés de la
Belle . On fit cinq billets , &
on- écrivit fur l'un , Amantfor
tuné. Ils furent tirez , & le fort
tomba fur un jeune Cavalier
fort- riche , renommé dans les
fciences , d'une taille mediocre
mais tres bien prife.
Tous d'une commune voix le
nommerent le Fils de la For.
tune . On donna parole de ne
Kiiij.
200 MERCURE
rien dire de cette avanture
jufqu'à ce que le mariage fuft
terminé. Les Amans exclus.
donnerent quelques foupirs à
la perte qu'ils faifoient de la
charmante Heritiere . Il y en
eut même à qui il en couta
quelques larmes. Le Cavalier
pour qui le fort s'eftoit déclaré
, redoubla fes foins auprés
du Pere , & n'eut pas de peine
à venir à bout de les deffeins ,
puis que l'abſence des autres
le laiffoit feul prétendant . Le
bon homme dit plufieurs
fois qu'il avoit bien fait d'examiner
ceux qui prétenGALANT.
201
doient à fa Fille , avant que
de vouloir fe choifir un Gendre.
I accufa d'inconftance
les quatre Amans que les obftacles
avoient reburez , &
loüa la fermeté de celuy qu'ils
avoient laiffé fans concurrence.
La Belle luy fit un merite
de ce que rien n'avoit affoibli
empreffemens
, & confen ,
tit de fort bonne grace à l'époufer
, quand fon Pere luy
eut accordé fon confentement.
Le Cavalier qui trouva
de grands avantages dans
cette alliance , envoya des
prefens galans à les Rivaux ,
fes
202 MERCURE
qui furent depuis fes meilleurs
Amis. Parmy ces prefens
, chacun d'eux trouva
une Tabatiere d'or , fur la
quelle eftoit une Devile qui
reprefentoit un coeur avec ces
paroles , Donnez le à un autre .
Il les pria auffi de fes Noces,
& tout s'y paffa avec autant
de magnificence que de joye .
Je ne puis m'empêcher de
repeter ce que je vous ay dir
déja pluſieurs fois , que jamais
les Arts n'ont tant fleury que
fous le regne du Roy , que jamais
on n'a tant ny fi bien
GALANT. 203
penfé , & qu'on a inventé mil
le chofes , qui ont eſté inconnuës
aux Anciens . Voicy la
troifiéme fois que M de La->
garoufte , Gentilhomme de
la Ville de Saint Cere en Quer
cy , me donne occafion de
parler de fon merveilleux genie.
Je vous ay appris ques
c'eftoit luy qui avoit eu l'hon .
neur de prefenter au Roy ce
beau & fameux Miroir ardent
de cinq pieds & un pouce de
diamettre , qu'il remit à l'Obfervatoire.
C'est ouvrage en
ce genre , le plus extraordinaire
qui ait paru jufqu'icy.
204 MERCUR
E
Je vous ay parlé auffi d'une
machine de Mufique qu'il a
faite , & qu'il a nommée Pandolyre
, nom qui luy convienc
tres-bien , puifque c'est l'af
femblage de toutes fortes
d'Inftrumens ; c'eft une Machine
que l'on ne peut affez
admirer . Auffi le Roy en ayant
examiné le deffein avec beaucoup
d'attention , en fut fi
furpris que Sa Majesté avoüa
qu'elle n'avoit jamais rien vu
d'une fi grande imagination .
Le Public fera bien aife que
je luy en marque la conftruc
tion , mieux que je n'ay fait
GALANT. 205
A
l'Aula
premiere fois , & que je luy
faffe part du détail que
reur en a fait à fes Amis . C'eft
un Corps d'Architecture &
de Sculpture , d'une tresgrande
beauté , qui a vingtdeux
pieds de long fur quator
ze de hauteur , & fept de face
du cofté des Claviers. Il y a
au premier corps d'en bas
treize Statues en forme de
Termes qui font organifées ,
chantant chacune leur partie,
avec le mouvement du menton
, & toutes enſemble comme
dans un Choeur de Mufique.
L'on voit un Char où
206 MERCURE
font affis trois petits Amours
qui jouent de la Mufette ,
avec le mouvement de la
tefte , des bras , & des doigts
fur le chalumeau , qui fert de
chaize à l'Organiſte . Dans ce
premier étage eft une Orgue
à douze ou quatorze Jeux ,
que l'Auteur a fait de fa main.
Les foufflets & le Souffleur y
font cachez. Dans le deuxiéme
Corps font quatre Clavecins
tous differens , dont le
premier qui fert de mobile à
toute la machine , eft à trois
cens cordes portées fur une
table & fur trois chevalets ,
GALANT. 207.
dont chaque rang eft accor
dé differemment de forte
15
que ce Clavecin feul fait un
Concert entier C'est l'Inftru
ment le plus fingulier qu'on
ait jamais vû. Il eft d'une bonté
& d'une beauté admirable,
Dans le troisième étage font
des Luths , des Theorbes , des
Violes , & des Violons . C'eſt
une feule perfonne qui fait
joüer enſemble tous ces Inftrumens
par Te moyen de
trois claviers qui font placez
dans ce grand Clavecin ,
Par le premier l'on fait chanter
les Statues,jouer de la Mu
2c8 MERCURE
fette aux enfans , & l'Orgue
de même , quoy que feparé
ment fi l'on veut , les figures
n'y ayant aucun rapport. Par
le deuxième Clavier toute la
Machine joue à la fois ; & par
le troifiéme, l'Inftrument feul
que l'on veut entendre . On y
voit fur le devant un frontif
pice où font placées les neuf
Mufes avec Apollon , ayant
chacune en main leur Inftrument
de Mufique dont elles
joüent , & dont on voit le
mouvement , & pour couron.
ment l'Auteur y a placé la fi
gure du Roy , que la Gloire
GALANT 209
& la Victoire couronnent , & !
deux Renommées qui luy
viennent offrir l'Univers entier
, en lay prefentant deux
Globes , où font l'un & l'au
tre Hemiſphere . Autour du
Couronnement font treize
enfans qui portent tous des
Inftrumens differens , dont
onvoit encore le mouvemenг..
Cer ouvrage , merveilleux en
toutes les parties , a acquis à
l'Auteur une fi grande reputation
, qu'une infinité de
gens de la premiere qualité ,
& de Curieux ont efté chez
luy pour le voir , ne pou-
Février 1697 . S
210 MERCURE
vant ajoûter foy à tout ce qui
leur en avoit efté dit. Ce Gentilhomme
eftant venu à la
Cour , alla faluer M ' de Pontchartrain
, & luy preſenta en
bois le modele de fon levier ,
qui n'eft compofé que de
deux roues de deux pouces dediametre
chacune ; le bâton
qui les fait mouvoir eft de dixhuit.
C'eft la Machine en ce
genre la plus furprenante &.
la plus utile depuis Archime.
de. Comme fa matiere ne permettoit
pas d'en faire des experiences
, ne la montrant
que pour en donner une fim .
GALANT. 21
ple idée , M' de Lagaroufte
demanda du temps pour la
faire faire d'une matiere plus
folide , & en eftat de refifter
à tous les efforts qu'on pour
roic luy oppofer . Quelque
temps aprés l'ayant fait conftruire
de fer , & encore une
autre dont les roues n'ont
que cinq pouces de diametre ,
& le bâton trois pieds , fi toft
qu'il les eut en main , il eut
l'honneur d'en faire l'épreuve
devant le Roy. Sa Majeſté
qui en vit la ſimplicité ,
eut peine à croire que cela
puft avoir une force fi extra-
Sij
212 MERCURE
ordinaire , & fur tout lors qu'il
l'aflura qu'avec la grande machine
un homme feul feroic
plus fort que fept cens quatre
- vingt- fix hommes. Le
Roy voulut fe convaincre de
la verité , & ordonna qu'on
fift venir quarante hommes.
dans fa chambre . Il s'en trouva
trente- fept, & M de Lagaroufte
ayant pris la corde
qui eftoit attachée à l'axe de
fa machine , par la feule force
de deux doigts , toute celle
de ces hommes fut contrainte
de ceder. Le Roy pouvoit
peine en croire fes yeux , &
GALANT. 213
fut encore fort furpris quand
il vit qu'avec le feul doigt M
de Lagaroufte les faifoit fuivre.
Sa Majesté même vou
lut avoir la complaisance pour
luy d'y appliquer le fien , ce
qui luy donna un veritable
plaifir . M de Vauban , M'le
Chevalier Renaut , & une infinité
des plus habiles Mathematiciens
de Paris , ont fait le
calcul de fa force . Hs ont
trouvé qu'en oppofant une
chofe du poids de cent livres
au haut du levier , de la grane
deur dont il eft dépeint , il
feroit élevé cinquante. cinq
214 MERCURE
ou cinquante - fix milliers. Le
grand bruit qui en fut fait à
Verfailles , obligea tous les
Seigneurs de la Cour à de.
mander à voir ce prodige . M'
de Lagaroufte fit porter ces
mêmes Machines chez Mon.
fieur, où il eut l'honneur d'en
faire l'experiencedevant
leurs
Alteffes Royales , & Monfieur
le Duc de Chartres. Ce jeune
Prince qui n'ignore rien , &
qui a un gouft tout particu
lier pour les Mathematiques
,
fit attacher quinze hommes
à la petite Machine , qui peut
eftre contenue dans la poche,
GALANT.
215
& quand il eut vû que par le
feul effet de deux doigts il les
faifoit fuivre , quelque refiftance
qu'ils puffent faire , il
ferécria , que c'eftoit la chofe
du monde la plus heureufement
inventée . La même
experience a efté faite en prefence
de M le Chancelier ,
qui a voulu fceller gratis le
Privilege dont S. M. a honoré
M' de Lagaroufte , afin que
perfonne ne luy puft dérober
la gloire de l'invention de ces
Machines , dont le Public ,
peut tirer tant d'utilité . M'le
Chancelier voulut auffi voir
216 MERCURE
..
Fexperience du Phofphore:
C'est un Miroir hyperboli .
que , devant lequel on place:
une bougie , avec quoy par
le fecours de cette machine ,
tres difficile à conſtruire ,
comme l'attefte M' Defcar...
tes , qui la traite comme impoflible
à décrire , on lit le plus
menu caractere à la diftance
de plus de cent pas . Cela éclai
re avec une lumiere ſi vive ,
qu'on croit eftre en plein midy.
M'le Chancelier ordonna
qu'on fermaft toutes les feneftres
de quatre grands appartemens
, ce qui eftant fair,
il
GALANT 217
il leut une Lettre en prefence
de tous ceux qui fe trouverent
chez luy. M'de Lagaroufte avoit
eu déjal'honneur de faire
la même experienceà Verſail .
les devant le Roy , en prefence
de Monfeigneur le Dauphin ,
de Monfieur le Duc de Chartres
, de Monfieur le Duc , de
Monfieur le Duc du Maine ,
de Monfieur le Comte de
Toulouſe , & de toutes les
Princeffes. Sa Majesté leuc
une Lettre avec la feule bougie
, d'un bout à l'autre de la
petite Galerie. Cette même
experience fut faite à Saint
Fevrier 1696 .
T
218 MERCURE
Cloud en prefence de Monfieur,
de Madame, de Mademoifelle
, & d'une nombreufe
Cour. La Galerie s'eftant
trouvée trop petite , on alla
dans l'Orangerie, qui eſt envi
ron trois fois plus longue. On
y lut également par tout , &
M' de Lagaroufte y fut comblé
de louanges. Il n'a pas
encore eu le temps de faire
conftruire le modelle d'un
Caroffe inverfable , qu'il doit
avoir l'honneur de prefenter
au Roy, & dont il a le Privi
lege. Cela ne fera pas moins
utile que le refte. La conftru
GALANT. 219
tion en fera admirable , &
entierement differente de ca
qui a paru en ce genre jufqu'i.
cy , & fans gâter la belle ſymetrie
ny la décoration des
Caroffes ordinaires. Au contraire
, fon defſſein eft d'y
ajoûter divers ornemens qui
produiront un tres-bel effet .
Il doit encore faire conftruie
une machine pour le deffablement
des Ports de mer ,
afin de les tenir toujours en
bon eftat . Elle fera plus commode
& plus diligente que
celle dont on s'eft fervi juf
ques à prefent. Tout cela
Tij
220 MERCURE
feroit déja executé , fans l'ap
plication qu'il a eue à inventer
& àfaire conftruire le modele
d'un Batteau à vingtquatre
rames , que quatre
hommes feront mouvoir avec
plus de force & de vîteffe , que
s'il y avoit fix hommes à chacune.
lleurl'honneur cesjours
paffez de le faire voir au Roy
à Versailles , & Sa Majesté luy
témoigna qu'Elle avoit bonne
opinion de cette machine,
qui pouvoit estre d'une grande
utilité à remonter des rivieres.
M de Lagaroufte
affura Sa Majefté que Mrs de
GALANT. 221
Tourville , de Vauban & de
Langeron , & un grand nom²
bre d'Officiers de mer , en
avoient parlé de même . Hs
eroyent auffi qu'on retirera
de grands avantages du Le
vier , puis que c'est une ma
chine que M' de Vauban a déja
nommée univerfelle , pouvant
fervir à élever & à traîner
, tant fur terre que fur
mer,& fur les rivieres , dans les
Bâtimens & dans les Places
de guerre. A l'Artillerie un
Enfant pourra tirer feul an
Canon embourbé, Enfin on
eftime qu'elle aura des ufa
T iij
222 MERCURE
ges infinis , pouvant eftre
employée par tout où l'on
a befoin des forces mou
vantes. On eſt d'autant plus
furpris de voir un genie fi
étendu, qu'on affure qu'il n'a
pas efté ſecouru de l'étude
des mathemathiques , ne devant
uniquement tant de ma
chines differentes , toutes uti
les & tres- curieufes , qu'à fes
meditations. Il a donné des
preuvesde cette veritépar l'invention
du Batteau , où il n'a
pas employéune heure , aprés
que M' de Camps , Abbé de
Signi , l'eut prié d'y penſer.
GALANT. 223
Ha encore de nouvelles Ma
chines à propoſer en Hydrau
lique , & fur tour qui feront
d'un tres - grand ufage dans
Vaiffeaux ,
les res
où il pretend
faire des pompes , quià cha
que coup de pifton jetteront
de l'eau de la groffeur du
corps d'un homme & cela
fans peine , ce qui eft fort
fouhaité de Mrs de la marine ,
qui ont éprouvé fouvent des
effers funeftes par le deffaut
de ce fecours.
M' Duval , Ingenieur &
Architecte des Baltimens du
Roy , connu par plufieurs
Tiiij.
224 MERCURE
dans nee
Ouvrages qui l'ont rendu
recommandable
Royaume , & ont fignalé fon
nom parmy ceux de la profeffion
, s'eft employé
avec
foin depuis plufieurs années ,
à connoiftre les defordres
caufez par les glaces & par
leurs débacles
, qui ruinene
ordinairement
une partie des
Marchands
qui trafiquent
&
negocient fur les rivieres , à
cauſe que leurs Barceaux ,
aprés qu'ils font arrivez fur
les Ports des Villes , particulierement
de Paris , eftant furpris
par les glaces, ne peuvent
GALANT. 225
8
foutenir ny refifter à de telles
chutes d'eaux , qui le phrs
fouvent emportent ce qui s'y
trouve expofé On's'eft plaint
de ces fortes d'accidens dans
tous les fecles paflez , fans
qu'on y ait pû jufqu'icy apporter
aucun remede, & c'eft
ce qui aobligé M. Duval de
faire toutes les obfervations
neceffaires pour faire connoi
Are qu'il a trouvé les moyens
affurez pour empêcher tous
ces defordres, & cela par une
machine toute fimple , facile
à executer , & tres - durable.
Elle est compofée avec des
"
226 MERCURE
Batteaux toujours flottans ,
fans empêcher l'écoulement
des eaux , & elle ne préjudicie
point à la navigation . Elle fe
peut établir à Paris au deflus
du Pont de la Tournelle & du
Pont-Marie , fans y eftre attachée
ny retenue. Au contraire
, cette machine aidera
&foulagera ces mêmes Ponts,
en les retenant contre la rapidité
des eaux de la Riviere.
Ces facilitez engageront les
Marchands de voiturer leurs
marchandiſes avec beaucoup
de foin & de diligence , dont
ils profiteront auflibien quele
GALANT. 227
Public.Il eft mal aifé d'en bien
concevoir la fabrique , fans
eſtre aidé par un deffein gra
vé , ce qui le fera dans la faite
des temps. Ce qui fe trouve
encore de tres - avantageux
dans ce qu'a inventé M¹ Duval
, c'est qu'il facilite & donne
les moyens de mettre les-
Batteaux , lors qu'ils font déchargez
¸à la rade, en quelque
quantité qu'ils puiffent eftre,
& en dégage les Ports où fe
debitent les marchandifes
.
Ainfi on peut dire qu'il a trouvé
ce qu'on a cherché depuis
plufieurs ficcles. Avant que
228 MERCURE
de finir cet article, il eftà propos
de donner avis que le
même Mr Duval fait remar.
quer que les moulins qui font
dans les Batteaux entre le
Pont neuf & le Pont au Chan .
ge à Paris , fe ferviront aifément
des mêmes moyens
que ceux qui feront pour les
glaces , fe faifant de la même
maniere , en ce qui concerne
leur retenue , fans, eftre obligez
à l'avenir de s'arrefter aux
piles du Pont au Change ,
n'ayant plus befoin de codages
, en forre qu'ils feront
en eftat de travailler dans les
GALANT. 229
plus facheux tempsde l'hiver,
fans eftre obligez de quitter
leurs emplacemens pour le
garantir contre les murs des
Quais. On connoiftra par la
fuite combien cette invention
eft de confequence pour
plufieurs Ouvrages qui ne fe
peuvent expliquer en peu de
paroles . Les mêmes deffeins
donnent une ouverture qui
n'eft pas d'une petite importance,
puis qu'ils renferment
un moyen affuré de pouvoir
avoir à l'avenir des eaux , pro
venantes de celles de la ri
viere de Seine , toujours clai
230 MERCURE
res & nettes en toutes les faifons
de l'année , & fans mé
lange avec celles qui s'écoulent
le long des bords de la
Riviere , lefquelles font noir.
empoisonnées par les cies &
écoulemens des boues des
rues de Paris , ce qui cauſe de
grandes maladies à ceux qui
en ufent ; à quoy il est aisé de
donner les remedes aflurez &
neceffaires .
Le comble de M' Hantier
dontje vous envoyayl'Eftam .
pe dans ma Lettre du mois de
Decembre dernier, ayant efté
applaudi dans voftre Provin
GALANT 271
7
ce , j'ay crû vous devoir envoyer
dans celle de ce mois ,
un rideau de l'invention du
même M'Hantier. Ileft compolé
d'une verge de fer avec
fes anneaux , d'une corniche
ou frange , felon le lieu où il
eft placé , de trois poulies ,
d'un anneau au bas , & d'un
cordon fans fin . Ce cordon
eft paffé dans les trois poulies,
& dans un anneau au bas. Les
deux parties de ce cordon qui
font perpendiculaires , marquées
par un 4. fervent pour
tirer ce rideau en cette maniere.
Si on veut le fermer , il
232 MERCURE
faut tirer la partie de main
gauche marquée 4. dans la
Planche que j'ay fait graver ,
& fi on veut l'ouvrir , il faut
tirer la partie de main droite,
de forte qu'on ne voit ny la
verge de fer , ny les anneaux ,
ny' le cordon , ny les poulies ,
ny l'anneau placé au bas du
cordon , foit qu'il paroiffe ou
vert ou fermé , ainſi que
le
montre clairementle rideau 2
&3. Ses cordons ne traînent
jamais fur terre , & le rideau fe
ferme & ouvre d'un même
cofté , ce qui fait voir qu'il eft
& propre & facile . Il a efté inGALANT.
233
venté pour l'Eglife des Car
melites de Dieppe , qui eftoit
ftimée une des plus belles
de fon temps , avant qu'elle
tuft cfté détruite . M' Hanier
avoit donné le deffein de
ette Eglife , & conduit tous
es Ouvrages en l'année 1686 .
več approbation des plus
fçavans Architectes . La voûte
faite de charpente & de menuiferie
en étoit tres eftimée ,
tant à caufe de fa nouvelle int
entien que de fon bel ordre,
es Etrangers quide fireront
voir la maniere de ce ri
acau en confulteront l'Auteur
V
Féumur
1697 .
234 MERCURE
par quelqu'un de leurs Amis,
& il leur en donnera une par
faite connoiffance par un def
fein ample & par écrit. On
fçaura l'adreffe deM'Hantier,
Architecte , chez M ' Moriſſe,
Concierge du Terrain de Noftre-
Dame de Paris .
y.
Je vous envoye des Vers
qui ont fait icy du bruit il
a plus d'un an. Les applaudif.
femens qu'ils receurent në
pûrent engager l'Auteur à
les donner au Public ; mais.
n'ayant pû depuis quelques
mois refufer à un de fes Amis
de luy en préter une copie, &
GALANT. 231
cette copie ayant couru , on
en a fait paroiftre une imita
tion dans la Comedie Italienne
, intitulée Pafquin
Marforio , Medecins des moeurs,
& cette Imitation eftant d'aprés
un bon original , a efté
fort applaudie.
SONGE .
UN oifeandemauvais augure. En dormant , vingt fois m'a
chanté,
C'eft impofture ;
Et pour embrouiller l'avantare ..
Vingt autres fois m'a repetè
C'eft verité.
V ij
236 MERCURE
GLOSE SATYRIQUE.
L'Hommefe pique de droiture ,
De bonne foy , de probité ,
C'eft impofture :
Son coeur n'eft qu'une fource impure
Defraude , de duplicités,
C'eft verité.
S
Affublé d'un vieux froc de bure ,
Laurent préche la pauvretés
C'est impoſture :
Il fait (oupirer la nature
Pour plus d'un fils desherités
C'eft verité.

Nouveau dans la Clericature,
Roch fe pare d'humilité s
C'eft impofture.
GALANT. 237
Sa barbe & fa large tonſure ·
Vifent à quelqué dignité :
C'eft verité.
$
Socin fur la Sainte Ecriture
Plus de vingt ans a medite ;
C'eft impoftare.
Ily cherche quelqu'ouverture
Aux doutes , à l'impietè,
C'eft verité.
2
Soeur Rofe depuis fa veiure
Aux Cieux a l'efprit transporté
C'eft impofture :
Son petit coeur dans la clôture
Medite fur la liberté :
C'eft verité.
26
Affrontant fatigue & bleffure ,
Tu cours à l'Immortalité , •
C'eft impofture .
238 MERCURE
Lycas , je connois ton allure ,
Une penfion t'a tenté :
C'eft verité,
$
Fier en difcours , rogue enfigure,
George eft un Brave redoute:
C'eft impofture.
Chargez le , il rompra la mesure ,
Dans lespieds gift fa fureréz
C'eft verite.
S
Cajas dans la Magiftrature ,
Tient fa morgue de gravité ;
C'eft impofture ;
QuandVenus met bas fa ceinturey
Serviteur à l'integrités
C'eft verité.
Votre bon droit eft chofe fure,
Dit Balde , par vous confulses.
C'eft impofures
GALANT, 239
Il trouve en fa Thèmis obfcure
Des raifons pour l'autre côtés
C'eft verité.
4
Alidor , à ce qu'on affare ,
Triomphe en liberalités
C'eft impofture.
Le Traitre vole , & ſe parjure
Pourfournir à fa vanité ;
C'eft verité.
S
Mabourfe eft à toy , je ze jure ,
Te dit un Traitaut effronter
C'eft impofture.
Damis , je connois l'encloueure
Ta Terre touche àfa Comté ; ,
C'eftverité.
Le Chimifte Bonaventure
Vend des fecrers pour la fantes
Ceft impofture.
240 MERCURE
Ila fait une belle cure
De guérir fa mendicitèr
C'eft verité.
S
Que ces Pedans ont l'ame dure !
Lebeau Sexe en eft derefiés
C'eft impofture.
Maisné fentez vous point l'ordure ?
Leur College en eft empesté ;
C'eft verité.
2
Muny de grands mots & d'enflure ,
Iean de bel efprit s'est flaté ;
C'eft impofture.
Tirez-le de fa tablature ,
Ie le maintiens afne bastei
C'eft verité.
2
Sur les atomes d'Epicure
Morgant dit qu'il a commentés
C'eft impofture.
J'en
GALANT : 245
Ten trouve en lay quelque teinture,
Car il a le timbre gate.
C'eft verité.
S
Par fes Vers cet Anti-Voiture
Promet aux Grands Eternités
C'eft impofture.
Luy-même à la racefuture
N'apprendra point qu'il ait eflè';
C'eft verité.
I pure
La neige eft moins blanche & moins
Que Dorine au teini fi vanié :
C'eft impofture.
Qu'on luy deffende la peinture ,
On luy deffendra la beauté,
C'eft verité.
2
Gabrine eft une créature
Qui fe croit d'un air enchanté ,
C'est imposture:
Février 1697 .
X
242 MERCURE
Diez-lay patins & coiffures
Adien Taille, adieu Majefté ,
C'eft verité.
Propos d'amour font une injure ,
Dont Lyfe à l'efprit irrité ,
C'eft impofture.
Elle aime jeu , feftins , parure ,
Equivoque eft fa chafteré ,
C'eft verité.
S
Alix , fcus la jeune verdure
Jure à Martin fidelite,
C'eft impofture.
Sous fon toit , tant que la nuit dure,
Blaife fait bien mieux fon traité :
C'eft verité.
S
Lucille fait dans fa dorure
Des grimaces de qualité ,
C'eft impofturce
GALANT: 243
·Ses Ayeux prouvent fa roture
Depuis le fiecle de Iephie .
C'eft verité.
Laure a d'un tendron l'encolure
Dans fon begayment affecté ,
C'est imposture."
Ses dents , fes cheveux , fa charnare
Accufent fon antiquité :
C'eft verité.
Il paroift depuis peu un Li .
vre , intitulé Le Blafon de France
, ou Notes curieufes fur l'Edit
concernant la police des Armoiries.
Il commence par un Traité
fommaire du Blafon , pour dif
X ij
244 MERCURE
pofer ceux qui n'ont jamais
étudié cette fcience , à bien
entendre les difpofitions de
l'Edit du Roy , concernant la
police des Armoiries . On voit
enfuite des Notes fur ce fujet,
& quatre chofes qui paroiffent
neceffaires pour executer
facilement cet Edit. La
premiere eft une Inſtruction
pour ceux qui ont des Armoi
ries , à prefenter , faire recevoir
, & enregistrer . La feconde
, enfeigne les regles qu'on
doit obferver dans la compofition
des Armoiries , & dans
la maniere de blafonner. La
GALANT. 245
troifiéme eft un Dictionnaire
de tous les termes du Blaton,
& la quatriéme font des Planches
qui reprefentent les figures
, affietes, difpofitions &
attributs de toutes les pieces
& meubles qui entrent le plus
ordinairement dans la compofition
des Armoiries. Ce
Livre eft dédié au Roy , &
enrichi de plus de deux cens
planches en taille douce. left
in octavo , & fe vend 3. liv . 12. f.
chez le S'Brunet, dans la grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant. Il eftoir attendu avec
impatience de tous ceux qui
X iij
246 MERCURE
en ont ouy parler , & dans la
conjoncture des affaires prefentes,
il doit eftre tres -agréa
ble au Public .
M ' d'Hofier, Genealogiſte
de la Maiſon du Roy , cy devant
Juge general des Armes
& des Blafons de France , &
Chevalier de la Religion , &
des Ordres Militaires de Saint
Maurice & de Saint Lazare de
Savoye , vient d'eftre pourvû
par le Roy, en confequence
de fes grandes lumieres fur
tout ce qui regarde les Genealogies
, Armoiries , & Blaſons,
de la Charge de ConfeillerGALANT.
247
Garde de l'Armorial general
de France; de ſorte qu'à l'avenir
toutes les Armoiries deffi .
nées , peintes & blafonnées ,
feront enregistrées en cet Armorial
, dont le Garde fera
faire les Brevets ou expedi
tions de cet enregistrement ,
contenant l'explication , pein
ture & Blafons des Armes,
avec les noms & les qualitez
de ceux à qui elles appartien
dront
Le Sieur Brunet qui vend
le Blafon de France , dont je
viens de vous parler , debite
auffiun autre Livre nouveau,
X iiij
248 MERCURE
intitulé Milord Courtenay . Ceft
Phiftoire fecrete des premieres
amours d'Elizabeth d'Angleterre.
Les incidens en font
agreables & bien écrits . On
y voit la jalouſie de la Reine
Marie , fa Soeur , qui aimant
le même Milord , lay fit paroiftre
inutilement fa paffion .
Il aima mieux refufer la Cou
ronne qu'elle luy vouloit
donner , que de renoncer à
l'amour d'Elizabeth , tant it
eft vray qu'on n'eft pas maiftre
de fon coeur quand on le
veut , quoy qu'il n'y ait rien
de plus ordinaire que de faire
GALANT. 249
tout ceder à l'ambition : Cette
Princefle afait une figrande f
gure fur leTheatre du monde,
que tout ce qui la regarde ne
fçauroit manquer de plaire ..
Il vient de paroistre encore
deux Livres nouveaux qui fe
trouvent chez le S ' Guignard,
à l'entrée de la grande Salle
du Palais , & dont l'un a pour
titre , Nouvelles découvertes de
Mr de la Salle,, dans l Ameri
que Septentrionale . Cet Ouvrage
merite d'autant plùs la
curiofité du Lecteur , que ce
font des découvertes de plus
de dix huit cens lieuës , tant
250 MERCURE
du cofté du Nord au Sud,
que du Levant au Couchant.
C'eft cette grande étendue
de terre que l'on a nommée
la Loüifiane depuis qu'on en
a pris poffeffion au nom du
Roy. L'Auteur y décrit les
moeurs de fes Habitans , leur
maniere de vivre & de fe lo
ger , & quantité d'autres cho
Les qui font plaifir à fçavoir.
L'autre Livre , que vend le
même Libraire , eft intitulé ,
Les égaremens des paſſions , &
les chagrins quiles fuiwent . On
peut tirer de grandes utilitez
de cette lecture , puis que ces
GALANT:
250
égaremens font reprefentez
par diverfes avantures de ce
Temps , dont la plupart font
connues , & qui font voir à
quels perils on s'expofe ,
quand on s'abandonne à fes
paffions . Le ftile en eft ner ,
aifé , & fort naturel , & l'Au
teur fait fouvent des refle
xions tres juftes , & qui fone,
capables de nous faire ouvrie
les yeux fur le déreglement
de noftre conduite.
L'Hiftoire de Gustave Vafa,
O qui s'eft acquis la Couronne
de Suede par fes grandes actions
, paroift auffi depuis peu
252 MERCURE
de temps , & merite voſtre
curiofité. Elle eft divifée en
deux volumes , & contient
plufieurs avantures fi furpres
nantes, que quoy que vrayes ,
elles ne femblent
pas vrayfemblables
. Ce Livre eft écrit
avec beaucoup de feu , & l'on
y trouve des expreffions har
dies , nouvelles , & heureufes,
& qui marquent que le coeur
des Amans eft connu à la perfonne
qui a bien voulu fe
donner la peine de travailler
à cet Ouvrage. Il eft d'une
Femme de qualité , & le vend
chez le Sieur Benard , ruë
GALANT. 258
Saint Jacques , au Compas
dor , & chez le Sieur Brunet,
´dans la grande Salle du Palais
.
Le choix que le Roy a fair
de M ' le Comte de Briolle ,
premier Ecuyer de Monfieur
le Prince , pour fon Ambaſſadeur
vers Monfieur le Duc
de Savoye , a efté fort applauplaudy.
Ce Comte a toutes
les qualitez neceffaires pour
remplir dignement cet employ
. Il y a long- temps qu'il
eft attaché à la Maifon de
Condé. Il a fait plufieurs
Campagnes ſous feu Mon,

254 MERCURE
fieur le Prince. L'on apprenoit
non feulement à vaincre
fous ce Grand Homme ,
mais encore à avoir de l'efprit,
car perfonne n'ignore que ce
Prince en avoit autant que
de valeur . Tout le trouve
dans ce fang , & il feroit malaifé
de porter la magnificence
plus loin que Monfieur le
Prince d'aujourd'huy . On
voit briller en luy ce caracte
re de grandeur dans tout ce
qu'il fait , & les Festes qu'il a
données à Chantilly , ont efté
fi diftinguées, tant par la grande
dépenſe , que par des maGALANT.
295
nieres galantes & toutes nouvelles
, que l'avenir aura peine
à eftre perfuadé que les Relations
qui en ont eſté faites ,
contiennent des veritez . Ce
Prince donna un Bal le Lun-
12
dy gras , où la magnificence ,
la profufion , & la galanterie ,
parurent dans le plus haut
point. Il y avoir un appartement
de huit pieces , tout brillant
de lumieres , & fuperbement
paré. Aprés un magnifique
foupé, la Compagnie que
Monfieur le Prince avoit regalée
, defcendit dans cet appartement.
On y trouva plus
256 MERCURE
2
fieurs Malques , qu'on crut
eftre venus pour le Bal , Les
Violons jouérent comme
pour commencer , les Malques
fortirent de leur place ,
& dancerent un Balet . Ils cachoient
tout ce que l'Opera
a de meilleurs Danfeurs & de
meilleures Danfeufes . Ce Balet
finy , ils feretirérent , & le
Bal commença. Tant qu'il
dura , on fervit un nombre
infiny de baffins remplis de
tout ce que la Patiflerie peut
fournir de plus agreable au
gouft ; le tout eftoit chaud,
Hy avoit outre cela dans la
GALANT. 357
principale piece une alcove
garnie de tables pleines de
liqueurs , derriere la baluftrade
& dans le fonds , des gradens
qui s'élevoient fort haut .
Le premier eftoit chargé de
toutes fortes . d'eaux ; le fecond
, de piramides de confitures
féches ; le troifiéme
des plus beaux fruits du mondes
le quatrième , eftoit garny
de foucoupes de cristal &
de girandoles de mefme matiere
; & le cinquième eftoit
tout rempli de lumieres , &
tout ce qui eftoit fur ces cinq
gradins paroiffoit double ,
Février 1697. Y
258 MERCURE
parce que tous les fonds ea
toient pleins de glaces , de
forte que le tout enfemble
produifoit un éclat que la vûë
avoit peine à fupporter . Cha
cun demandoit
fuivant fon
gouft , de ce qui rempliffoit
les gradins , & on luy en fervoit
auffi - toft fans dégarnir
ces gradins , parce qu'il y avoit
des corbeilles
toutes pareilles
cachées
dans l'alcovery
qui
eftoient auffi toft prefentées
par des Officiers . Ainfi route
l'Affemblée
eut ce qu'elle
fouhaitoit
pour manger
ou
pour boire , ce qui ne feroit
GALANT. 259
pas arrivé s'il n'y cuft eu que
ce qui rempliffoit les gradins.
Rien n'eftoit plus magnifique
que l'endroit où les Princes
& les Princeffes eftoient placées
, & il y avoit un feul mily
roir de douze pieds de haureur,
Ceux qui avoient danſé
un Balet avant l'ouverture du
Bal , furprirent une feconde
fois l'Affemblée , & en danférent
un fecond , fous d'autres
habits. Leurs Alteffes Roya
les , & tout ce que la Cour &
Paris ont de diftingué , ſe
trouverent à ce Bal , qui me
riteroit une plus ample def
Y ij
260 MERCURE
cription que celle que je vous
en fais.
&
M'Bourdelin, Docteur Regent
de la Faculté de Medecine
de Paris , a expliqué pen
dant tout ce mois , fuivant
les loix de la Mechanique ,
les fonctions , les ufages ,
la ftructure des parties du
corps humain , dont la dé .
monftration s'eft faite par le
fçavant M Mery , de l'Academie
Royale des Sciences
Chirurgien de la feuë Reine ,à
l'AmphiteatredesChirurgiens
du Roy , Maifons & Familles
Royales. Il s'y est trouvé une
GALANT. 261
infinité de perfonnes diftinguées
dans toutes fortes d'états.
On ne peut mieux parler
qu'a fait MF Bourdelin , qui a
charmé tout fon Auditoire ,
& fur tout à l'ouverture de
cette Affemblée , en faisant
FEloge de M Fagon , premier
Medecin du Roy , qui a procuré
de fort grands avantages
à l'Ecole de Medecine, &
au Public , par plufieurs Reglemens
qu'il a faits , qui cor
rigent beaucoup d'abus , & fcront
qu'il n'y aura point de
Medecins à l'avent qui ne
portent un fi grand nom àjufte
titre .
262 MERCURE
M ' Bignon , premier Prefi
dent au Grand Confeil , done
je vous appris la mort le mois
dernier , n'ayant point laiſſé
de Fils , mais feulement une
Fille mariée à M. de Vertamont
, maiſtre des Requestes ,
la Charge de premier Prefident
qu'il poffedoit , a esté
briguée par plufieurs perfonnes
dignes de la remplir; mais
M' de Vertamont , Gendre
de M' Bignon , ayant tout le
merite neceffaire pour rem
plir ce pofte , le Roy a cru le
devoir préferer à tous les
pretendans .
GALANT. 263
Meffire Nicolas de Bau--
quemare , Seigneur d'Onfenbray,
Brefident en la feconde
Chambre des
Requeſtes du
Palais , mourut le 29. du mois.
paffé , âgé de foixante & cinq
ans ; & le 31. du même mois
mourut auffi Mellire Hidrome
de Bauquemare , Gouver.
neur de Bergh en Flandre , &
cy- devant Capitaine aux Gar
des , fon Frere jumeau . Il y
avoit une fi grande fimpathie
entre eux , que le Prefident
fentant un jour une douleur
violente au corps , y mic
la main en s'écriant , Moni
264 MERCURE
Frere eft bleßé , ce qui fe trouva
vray. Le Prefident commençant
à fe trouver malede la
maladie dont il est mort , fon
Frere entra chez luy dans le
temps qu'on l'alloit faigner.
On luy dit qu'il avoit une tres.
grande migraine , & préfque
dans le même moment il fe
fentic atteint du même mal ,
& il en mourut deux jours
aprés. Ils fe reffembloient fi
fort de vifage , qu'on les a
pris fouvent l'un pour l'autre.
Madame leur Soeur , Anne de
Bauquemare , époufa en premieres
noces Marc - Antoine
d'Orleans,
GALANT. 265
d'Orleans , Marquis de Rote .
lin ; & en fecondes , Charles-
Martel , Comte de Claire ,
Chevalier desOrdres du Roy,
Capitaine des Gardes du
Corps de Monfieur. Mrs de
Bauquemare eftoient Fils de
Charles de Bauquemare , Seigneur
de Bourdeny , auffi Prefi .
dent en la feconde Chambre
des Requeftes du Palais , &
d'Elizabeth Servien ; Petitsfils
de Jean de Bauquemare,
Seigneur de Bourdeny , mai ..
ftre des Requeftes , & d'Anne
de Hacqueville d'Onfenbray,
Soeur de Hierôme de Hac-
Fevrier 1697 . Z
266 MERCURE
queville d'Onfenbray , premier
Prefident au Parlement
de Paris , & arriere - petits - Fils
de Jacques de Bauque are,
Seigneur de Bourdeny ,Confeiller
du Roy en fon Grand
Confeil , puis premier Prefident
en fon Parlement de
Normandie , & de Marie de
Croimare. Mile Prefident de
Bauquemare qui vient de
mourir , avoit épousé Dame
Catherine Voifin , d'une tresbonnefamille
de Rouen, dont
il a laiffé quelques Enfans.
Cette Famille s'eft renduë
confiderable en Normandie,
GALANT. 267
où plufieurs particuliers ont
fait de grands legs en differenees
Eglifes de Rouen , &
fur tout en l'Eglife des Chartreux
, autrement dite Noftre
Dame de la Rofe , qui fut
renversée deux fois de fond
en comble à la referve des
murailles , pendant les Sieges
de Rouen, aprés lefquels elle
fut réparée par Meffire Eftien.
ne de Bauquemare , Seigneur
de Franqueville , qui y eft in .
humé au milieu du Choeur .
Le Roy a donné la Charge
de Prefident que poffedoir
M de Bauquemare , à M
Zij
268. MERCURE
Lambert de Vermont,fecond
Fils de feu M Lambert de
Thorigny , Prefident à la
Chambre des Comptes. M
de Vermont eftoit Confeiller
en la même Chambre ,
dont il eft maintenant Prefident.
Quoy qu'il foit fort jeune
, il a paru digne de cette
place, & il n'y a perfonne
qui n'ait applaudy à l'agrément
que Sa Majefté luy en
a donné. Je vous ay parlé de
luy il y a environ deux ans , à
l'occafion du Scrutin qu'il
prefenta au Roy aprés l'életion
de deux nouveaux EcheGALANT.
269
f.

vins. Vous fçavez combien il
a de merite . C'est l'homme
du monde le plus appliqué à
fes devoirs , & qui foutient
avec le plus de magnificence
une vie tres- reglée . Il a encore
une qualité bien rare en ce
temps . cy ; c'eft qu'il'eſt Ami
fidelle , genereux & liberal.
Quant au Gouvernement
de Bergues , que la mort du
Frere de M le Prefident de
Bauquemare a laiffé vacant,
Sa Majefté en a pourvû M'le
Comte de la Mote Houdancourt
, Maréchal de Camp ,
Neveu de feu мr le Maréchal
Z iij
270 MERCURE
de la mote. Je vous ay parlé de
luy dans plufieurs Relations
de nos dernieres Campagnes,
où ce Comte n'a pas feulement
fait voir beaucoup de
valeur ,mais encore beaucoup
d'activité & de vigilance dans
Tous les emplois que Sa majefté
luy a commis.
Voicy les noms des autres
perfonnes confiderables de
T'un & de l'autre Sexe , mortes
depuis ma derniere Lettre .
Meffire Jean de la Croix ,
Seigneur de Torcy & du Frémoy
, Doyen des Maiftres des
Comptes , mort fans alliance,
GALANT.
271
I eftoit Fils de Jean de la
Croix Seigneur de Torcy ,
auffi Maiftre des Comptes , &
de Catherine du Tremblay ,
& Frere de deffunt Claude de
la Croix , Seigneur du Frémoy,
Confeiller du Roy , Auditeur
en ſa Chambre des Comptes ,
Pere de Jean de la Croix , Maître
des Comptes , cy- devant
Secretaire d'Ambaffade de la
part de Sa Majesté auprés du
Pape Innocent X1 . de M
l'Abbé de la Croix , Grand
Vicaire d'Arras , qui a eu
l'honneur de porter la parole
au Roy la derniere fois , all
Z iiij .
27 MERCURE
nom des Etats d'Artois , & de
Mademoiſelle de la Croix , fi
eftimée par les rares talens
qu'elle a pour la Poëfie & pour
la Peinture , dont elle fe fait
un amuſement .
Meffire Charles de Vaffan ,
Seigneur de Morfan , la Tournelle
, Cuvergnon , & c. Confeiller
au Parlement , & hono.
raire en la Grand' Chambre ,
& cy-devant Prefident en la
Chambre des Comptes. Il a
eu plufieurs enfans , entre lef
quels il y en a eu un qui eſt
mort Avocat General de la
Chambre,
GALANT: 273
-
Dame Anne Berthelot ,
Epoufe de Mefire André Potier
de Novion , Prefident au
Mortier. Elle eftoit Fille de
François Berthelot ,Treforier
General de feuë Madame la
Dauphine , & d'Anne Renault
, Fille de M' Renault
Confeiller au Parlement , &
de N. Parfait...
M' Belin , Treforier de Fran
ce en la Generalité de Paris .
II eftoit Frere de M Belin ,
Confeiller au Chafteler..
M Lienard , Medecin ordinaire
du Roy , Docteur Re
gent , & Ancien Doyen de la
274 MERCURE
Faculté . Il avoit efté toujours
fort employé , & il eftoit Fils
d'un celebre Medecin de la
même Faculté. Il laiffe un Fils
Confeiller en la Cour des
Monnoyes , qui a beaucoup
de merite & de capacité.
Dame Angelique le Maiftre.
Elle eftoit Veuve d'Antoine
Ranchin , Capitaine
au Regiment d'Auvergne , &
Commandant pour le Roy.
dans les Villes du Quefnoy
& de Landrecy.
- Meflire Henry Puffort ,
Doyen des Confeillers d'Etat,
& du Confeil Royal des FiGALANT.
275
nances. Il eft mort âgé de 31.
an ,fans laiffer de pofterité de
Dame N. Coignet de la Tuik
lerie . Sa pieté & la grande
charité envers les Pauvres , ne
l'avoient pas rendu moins recommandable
que l'amour
qu'il a toujours fait paroiltre
pour la Justice , & qui estoit
accompagné d'une tres gran
de capacité. Il eftoit Oncle
de feu M' Colbert , Miniftre
& Secretaire d'Etat , & il
laiffé pour heritiers , apres
quelques legs , les Enfans de
feu M le Marquis de Seigne
lay.
r
276 MERCURE
Dame Anne Françoife de
Lomenie , Epoufe de м de
Boucherat , Chancelier &
Garde des Sceaux de France , &
Commandeur des Ordres du
Roy. Elle avoit quatre- vingt↓
cinq ans , & eftoit petite Niece
de м' de Lomenie , Secretaire
d'Etat. Elle avoit épousé
en premieres noces Nicolas
Bretel , Seigneur de Gremonville
, Maiftre des Requettes ,
Intendant de Juftice , Police ,
Finances & Vivres , dans les
Armées du Roy. Il y a une
chole bien
particuliere à remarquer
à l'égard des ChanGALANT,
277
celiers de France , qui ne pren
nent le deüil que, pour la
feule perfonne
du Roy, fans.
leprendre
pour aucune
autre ,
non pas même
pour leurs
Femmes.
Je vous parlay il y a quel-'
ques années du Jeu Genealogique
des Rois de Frafice , par
le moyen duquel on peut apprendre
en fe divertiffant
beaucoup de chofes qui re
gardent l'Hiftoire de ce
Royaume, & la genealogie de
nos Rois . Ce Jeu a eu un tel
fuccés que l'Auteur, qui eſt un
homme de diftinction , de
278 MERCURE
merite , & d'une profonde
erudition , y a ajouté de nou.
velles regles , pour le rendre
plus divertiffant & plus infructif.
Elles fe vendent chez
le fieur Brunet dans la grande
Salle du Palais . On jouë à ce
Jea avec une grande Carte où
font les Portraits des Rois de
France , avec des Notes hiftoriques
, qui inftruifent la jeula
divertiffant.
neffe , en
Leahefme
Libraire
debite
unblivre nouveau ,
auffi curieux
qu'il eft inftructif. Il a
pour titre Contes & Fables , ou
Ï'Ecole du Sage. Il eſt de m' le
GALANT. 279
V
Noble , qui l'a divifé en deux
volumes , & enrichy d'un fort
grand nombre de Planches.
Vous fçavez que мle Noble
a toujours réuffi dans les ouvrages
de cette nature , & qu
ils ont plû de tout temps à caule
de la Morale, Auffi prend on
foin de les faire lire à la jeunefl
fe , cequi luy eft fort utile par
Pinftruction qu'elle en reçoit ,
& qui fait d'autant plus d'im
preffion fur les efprits , qu'elle
"eft donnée d'une maniere
agreable.
Levray mot de l'Enigme du
mois paflé, n'a efté trouvé que
280 MERCURE
par M Germain de merieu &
le Gendre , de la rue Clocheperce
. C'eftoit la Broche tour-.
née par un Chien , qui ne peut
donner du mouvement à la
roue où on le met , s'il n'a
quatre pieds.
Voicy une Enigme nouvel
le , qui vient de bon lieu .
E
ENIGME
St- il rien qui foit compurable
Au dur fupplice oùje fuis deftiné ?
Je ne fuis d'aucun crime accuſé ny
coupable ;
Quoy qu'à mille tourmens le fort
m'ait condamné.
De mes membres chacun eft d'abord
mis en preffe ,
ALANT. 281
D'où , de blanc qu'il eftoit , il fort
prefque tout noir ;
Du moins , en cent endroits on peut
aifémeut voir
Les marques de noirceur que cette
gène y laiffe.
On les raffemble tous pour enformer
mon corps ,
Que l'on bourrele encore & dedans
& dehors ,
De mille manieres cruellès :
On le lie & relies on le coupe , on le
bat ;
Et fouvent d'un fer chaud , comme
pour plus d'éclat
On augmente fes maux par des pei ,
nes nouvelles.s
Je vous envoye un Airnou-
Aeau, eftimé des Connoiffeurs.
Aa Février 1697 .
282
MERKI
AIR NOUVEA
Venous aurons unefacheu
Οa feannée
,
Difoit Gregoire à fon Vefin !
Onne boira point de bon vin ,
Sans voir (a bourse ruinée ;
Mais de me l'épargner je nefuis pas
fi fou,
l'aime mieux manger moins & boire
tout mon fou,
La mort de Mr. Puffort a fait
monter Mr de Baville à la pla
ce de Confeiller d'Etat Ordinaire.
Vous fçavez qu'il eſt
Fils de feu мr le premier Prefident
de Lamoignon
, & qu'il
a fignalé fon zele pour le fer.
vice du Roy dans plufieurs

ac
il .
as
in
&
on
re .
Jamas y cat un n grand
bruit de Paix , ny un fi grand
appareil de guerre . Nos Plenipotentiaires
font partis
pour l'une , nos Guerriers fe
A a ij
28
M
l'a
SIΙ
mo
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nai
- yd
eft
Fils de feu Mr le premier Pre
fident de Lamoignon , & qu'il
a fignalé fon zele pour le fer.
vice du Roy dans plufieurs
GALANT 283
7
·
;
Intendances . M' de Harlay,
Avocat general auParlement,
Fils de Mr le premier Prefilent
d'aujourd'huy , eft monté
à la place de Confeiller d'Etat
Semeftre qu'avoit м ' de Baville;
quoy qu'il ne foit que dans
a vingt neuvieme annné
mais quand on eft Fils d'un
homme fi Ami de la justice , &
qui a defi grandeslumieres, on
eftéclairéde fort bonne heure .
Jamais il n'y eut un fi grand
bruit de Paix , ny un fi grand
appareil de guerre. Nos Plenipotentiaires
font partis
pour l'une , nos Guerriers fe
1
A a ij
284 MERCURE
préparent pour l'autre . Le
Roy fans fe prévaloir de fes
forces , ny de la fuperiorité
qu'il a toujours euë fur fes
Ennemis, veut bien, en faveur
du repos de l'Europe , ne fe
referver que la gloire d'avoir .
vaincu , & de celle que luy
donne fa moderation dans la
fituation heureuſe où fe trouvent
les affaires . C'eft à fes
Ennemis à en profiter. Comme
ils font fur le point de devenir
nos Amis , je n'ay point
voulu vous en parler depuis
deux mois, parce que je n'au
rois pu dire que des chofes
+
C
I
GALANT. 285
qui les auroient chagrinez ;
mais vous devez eftre perfuadée
que d'une maniere ou
d'autre je vous donneray dans
peu des nouvelles de la Guer
re , ou de la Paix , & que jay
pris mes mefures pour vous
en donner plus que jamais de
fidelles & de curieufes
Je viens d'apprendre que
le Roy a donné à Mr de Pomereu
la place qu'avoit Mr
Puffort au Confeil Royal des
Finances . Vous fçavez qu'il a
efténeufans Prevoft des Marchands.
C'eft un homme qui
n'a pas moins de vivacité
P
286 MERCURE
que de penetration
.
M Phelypeaux époufe aujourd'huy
Mademoiſelle de
Roucy , Fille de feu M'le
Comte de Roye . Je remets
jufqu'au mois prochain à
vous parler de ce mariage , &
fuis voftre , & c .
A Paris, ce 28. Fevrier 1697.
PRelude.
TABLE
Nouvelle Differtation ſur un paſſage de
Virgile.
Epiftre de Biblis à Caunus :
9
44
Traduction des quinze Livres des Metamorphofes
d'Ovide en Vers , par Mr
Corneille 54
Reception faite à Mr le Marefchal Duc
de Bouflers à Beauvais , en qualité de
TABLE.
Gouverneur. 59
Lettre remplie de Reflexions fur la
croyance des Eglifes cy-devant Pretèndus
Reformées. 85
Mort du P. Louis de fuilly , Capucin 145
Eloge de Mr Dagueffeans Avocat au
Parlement.
Madix I 1
149.
Million faite par les Capucins , à la Pa
roiffe S. Hyppolite. 156
Haranguefaite à Mr l'Archevesque, 159
L'Hiver.
Hiſtoire. roй shop plenol,das
1173
Secrets merveilleux dont l'experience a
efté faite devant le Roy. 202
Autre pour empefcher le defordre desgla
ces.
Songe.
223
2258
Le Blafon de France , ou Notes curieufes
fur la Police des Armoiries.
Charge de Garde de l'Armorial General
2431
de France , donnée à Mrd Hofter. 247"
247
Milord
Courtenay.
Nouvelles
découvertes de Mrde la Salle
dans l'Amerique
Septentrionale...243
Gustave Vafa , Hiftoire de Sued... 215
TABLE.-
Mrle Comte de Briole nommé à l'Ambaffade
de Savoye.
Bal donnépar Mrle Prince ,
253
254
Les fonctions , les usages , &ftru &ture des
i partes du Corps humain , expliquées
par Mr Bourdelin. 260-
Mr de Verthamon eft nommé premièr
Prefident au Grand Confeil.
Mort de Mrs de Banquemare.
262
263
Mrde Vermont nommé Prefident des Re-
Gouvernement donnépar le Roy.
questes .
Autres Morts.
Enigme.
269.
2674
$270
280
Places de Confeillers d'Etat données parin
282
le Roy.
Départ des Plenipotentiaires de France.
283
Mr de Pommeren eft nomme pour remplir
la place defeu Mr Puſſort.
Mariage.
285
idem.
La Figure doit regarder la page 230.
L'Air doir regarder la page 282 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le