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1697, 01
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m
Eur 511
1697, 1
2715
Mercure
Krüger
ے ک
<36624560780019
<36624560780019
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DE DIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JANVIER 1697.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant
O
N donnata toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau , &
Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ;
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juſtice.
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envic .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M.D C. XCVII.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AVIS.
Velques prieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
d'y manquer toujours. CCeellaa eefftt caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On réitere la meſme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puille tromper. On
ne prend cun argentpour les Memoires
& lon employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
AVIS.
prit feulement ceux qui les envoient,
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
l'article des Enigmes d'affranchir
Leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent.
Ceft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le toutenfemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Siear Brunet qui debite pre-
Jentement le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere qu'il eft toujours
imprimé au commencement de cha
que mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilferapartir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure.Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin, Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
long- temps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées, mais auffi
les Villes ne le recevront pas fitard
qu'ellesfaifoient auparavant . Ceux
qui fe lefont envoyerpar leurs Amis
fans en charger ledit Brunet, s'ex
pofent à le recevoir toujours fort™
tard par deux raifons. La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venir prendre fitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quel
ques jours avant que l'on en falle les
debit, & l'autre , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont lu eux & quel-·
ques autres à qui ils le preftent , ile
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la:
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Prunet, puis qu'il fe charge de faire
A iij
AVIS.
lespaquetsluy-mefme, & de les faire
porter à la Pofte ou aux Mellagers,
fans nulintereft, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe .Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nou
veaux qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que
le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il ſe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mesme paquet.
Tout cela fera execuié avec.
ane exactitude, dont on aura lieu,
d'eftre content...
MERCVRE
GALANT
JANVIER 1697 .
quoy
L n'y a rien qui ait de
fatisfaire davantage
ceux qui font nez
pour pouvoir tout ce qu'ils
veulent , que les louanges que
leur attirent l'amour de la
Religion & de la Pieté . On
A iiij
8 MERCURE
n'en peut faire fon particulier
attachement , fans eftre comme
affuré d'unir enſemble
toutes les autres vertus , &
jamais cette union n'a efté
ny fi parfaite , ny fi éclatante
qu'elle fe trouve dans noftre
Augufte Monarque. Ainfi on
ne doit point s'étonner de ce
qui vient d'eftre dit de ce
grand Prince , dont l'Eloge a
efté commencé en ces termes.
Yeut - il jamais Monarque
plus religieux & plus Zelé pour
foutenir les droits de l'Eglife que
Louis le Grand? N'a - t - il pas
GALANT 9
dés fes plus tendres années , fuivi
les faintes traces des Rois
les plus religieux ,
n'a-t - il pas toujours augmenté
comme le nombre de fes années ?
fon Zele
Combien de Brebis égarées ont efté
ramenées dans le troupeau de l E-
6
par
les
glife ? Combien d'Autels ont efté
élevez àl honneur de F. C. & à
la gloire de Dieu ? Combien d'Eglifes
ont efte ouvertes&rètablies
dans leur premier éclar
Soins de cepieux Monarque ? Ses
Etats quelque vaftes qu'ils foient,
ont efté trop petits pour contenir
Jon Zele; il afallu que les Peuples
des extrémitez de la terre,
10 MERCURE
en reffentiffent les effets , & que fes
Vaiffeaux traversant une vaste é
tenduëde mers, portaffent dans un
monde nouveau les richeffes du
Chriftianifme ; je veux dire , des .
Hommes Apoftoliques , qui eftant
cba mezdelapietéde cegrandRoy,
animezde fon Zele , ont voulu
avoir l'honneur de concourir avec
luy pour établir la Religion Ca.
tholique , engendrer de nou.
veaux Enfans à l'Eglife dans un
Pays , oùles lumieres de l'Evangile
avoient effé obfcurcies par les
tenebres de l'erreur & du men
fonge. C'est encore le même Zele
quilay a mis les armes à la main
pour proteger l'innocence , relev
GALANT. I
L
la Majesté Royale abaiße, &
défendre la fainteté des Autels
contre toutes les Puiffances de
l'Europe; mais auffi ilfaut avoüer
que c'est à ce zele & acerte pieté
li parfaite , qu'il eft redevable de
toutes fes victoires Voilà un Ré
ciproque bien agreable . L'Eglife
obtient par fes prieres d'heureuſes,
iffues aux entreprises des Princes
religieux & foumis à fes loix
&ces pieux Conquerans n'ambitionnent
les Couronnes de la vi
toire , que pourfaire triompher
cette fainte Mere avec plus de
pompe d'éclar. Il est vray que
tous ceux quiont respecté l'Eglife
12 MERCURE
ont éprouve les mifericordes da
Seigneur. Conftantin n'obtint
l'Empire du Monde que parce
qu'il reconnut avec une fincerité
de coeur ,& qu'il adora en efprit
en verité la Croix de l'Eglife,
au moment que Dieu la luy fit
voir dans l'air , pour luy appren
dre qu'il feroit victorieux de fes
Ennemis. Clovis n'eut pas pluroft
conceu le deffein defe faire enfant
de l'Eglife , que la Victoire qui
avoit déja commencé à répandre
fes couronnes furfes Ennemis ,
dépouilla de ces précieux ornemens
pour les mettrefurla tefte de ce.
Roy, qui n'eftoit encore Chrestien
qu'en idée.
les
GALANT, 13
Cet Eloge eft tiré d'un Ouvrage
que M'Abbé de Lion.
niere vient de mettre au jour
fous le titre de Inftruction familiere
& hiftorique , contenant
les caracteres de la vertu heroique
felon les maximes de la Morale
Ꮼ les regles du Christianifme,
Ileft divifé en plufieurs char
pitres , dans chacun defquels
l'Auteura employé de pareils
Eloges ; en forre que les veritables
caracteres du Heros
qu'il peint , yfont rendus fenfibles
dans la perfonne de Sa
Majeſté. Vous jugerez de rous
ces Eloges par celuy que je
14 MERCURE
Vous envoye . Il conclut
que celuy qui fait briller
dans fa perfonne les plus
beaux ornemens de la morale
& les plus vives lumieres de la
Religion , poffedant pleinement
toutes les vertus , parce
que c'eſt une vérité inconteſtable
dans fécole de la fageffe
, qu'une vertu ne peut
eftre fouverainement
parfaire
fans le fecours de toutes les
autres , il eft évident que le
Roy a toutes les perfections
qu'on peut defirer dans l'hon ,
nefte homme , dans le grand
Capitaine , & dans le MonarGALANT.
15
que parfait . Ce Livre ſevend
chez le Sieur Edme Couterot
,
rue Saint Jacques , au Bon
Paſteur.
Voicy des Remarques qui
ont efté faites fur une explication
dont je vous fis
part il y a quelques mois, d'un
paffage de Virgile .
A MONSIEUR
***
Je
TE fuis perfuadé, Monfieur,
que vous avez eu grande
raifon de donner à la Differtation
de M² Sarrau , fur cet
endroit de Virgile ,
16 MERCURE
Atque Lupa fulvo nutricis teg.
mine larus
Romulus excipier gentem.
l'Eloge de pleine d'éradition ; &
je fouferis volontiers aux
loüanges qui font chantées à
fa gloire dans le beau Sonnet
qu'on luy adreffe à cette occafion
. Je ne regarde pourtant
cette derniere Piece de
fa façon , que comme un jeu
d'efprit , où il a affecté de fai.
re paroiftre principalement
la foupleffe de fon beau genie,
& fon grand fçavoir dans les
belles Lettres car je n'y trou
ve pas cette folidité de rai
GALANT. 191
fonnement , avec laquelle il
fe foutient fi bien par tout
ailleurs. Si ma critique en cela
eſt bonne ou mauvaife , vous
pourrez , Monfieur , en juger
par les remarques fuivantes .
Les termes s'entendent ,
dit - il d'abord , mais qui en
tendoit avant M'Sarrau , que
Tegmen fulvum lupa nutricu
par rapport à Romulus , fuffent
des feuilles de chefne dont la
Louve fa nourrice le tenoit enves
loppé à Labry des injures do
l'air ?ou ficela s'entend pourquoy
employer Virgile , Ariftore
, & les autres Naturali-
Fanvier 1697.
B
18 MERCURE
ftes , fon Amy , & fon Berger:
avec fa Brebis , pour nous le
faire entendre ?
Je ne fçay pas non plus
comment il est vray de dire ,
que les termes s'entendent , mais
que le fens ne s'entend pas par les
termes.
*
Mr Sarrau demande aprés
cela quelle idée de Romulus ? s'il
s'en faut tenir au vulgaire , je
veux dire , dit - il , de le regarder
couvert de la peau d'une Louve ,
Ja Nourrice ? Nous la donnerons
, cette idée , fur la fin de
ces Remarques.
Eft ce donc là , ajoûte- t-il ,
GALANT. 19
laveconnoiffance que doit Roma-
1 tendre lus à cette admirable
Nourrice , qu'il faut qu'elle foir
écorchée ou vive on morte , afin
quefon Nourriffon porte fa peau ? ·
Par un femblable raifonnement
l'on pourroit nier ce
que nos Hiftoriens affurent , '
& ce que M' Sarrau ne niera
pas , que Saint Louis eftanc
mort à Tunis , on l'embauma ;
que fa chair & fes entrailles
furent portées en Sicile , fon
Chef à la Sainte Chapelle , &
fon Corps à S. Denis . Mais
pour répondre directement ,
je n'ay qu'à dire , comme le
Bij
20 MERCURE
vulgaire , qu'en cela Romulus
par une jufte reconnoiffance ,
a voulu honorer la memoire
de fa merveilleuse Nourrice ,
à l'imitation de Jupiter , fon
grand Pere , qui aprés la mort
de la Chévre qui l'avoit allaité
, en conſerva la peau , & en
couvrit ce fameux bouclier
avec lequel il refifta à tous les
coups des Titans fes ennemis,
quand ils luy firent la guerre
pour le détrôner.
M ' Sarrau qui n'ignore rien ,
& qui fait tourner tout à fon
but , prévient cette objection ,
& dit , qu'ilfemble que Jupiter
GALANT.1 21
eut quelque remords d'avoir fait
écorcherfa Nourrice , & quepour
celamefme , il lafit revivre. Mais
remords ou non , Romulus
n'a-t- il pas fait plus d'honneur
à la peau de la Nourrice
en s'en couvrant le corps , que
s'il en cut couvert fon bou .
clier , & peut- on douter qu'il
ne l'euft fair revivre , s'il luy
cuft efté poffible ?
La peau du Lyon d'Hercule
, & celle du Lynx d'Harpalice
, ne font encore que des
preuves d'érudition.
A ce qui fuit que de mettre
la peau
peau d'une Louve fur
22 MERCURE
les épaules de Romulus , c'eft
luy donner la figure d'un Ly
canthrope , il fuffit de répon
dre ft modus in rebus. fr
SIM Sarrau entend aprés
cela qu'abfolument parlant ,
le Loup parmy les Romains eftoit ,
un animal de mauvais augure ,e
& file Paffage de Tite live le
prouve , qu'il accorde donc
& Titelive & Virgile , & ger
neralement tous les anciens
Romains avec eux - mêmes ;
car ils ont tous pris à tres bon
augure la nourriture que Ro
mulus expofé a reçûë d'une
Louve,
GALANT.
23
dit
Virgile eftoir trop habile ,
M' Sarrau , pour couvrir d'une
peanfatale le Fondateur de Rome,
enfaire un prefage de calamité
de defolation. Si lon trop
d'habileté a dû empêcher cela
, comment at elle pû luy
permettre de faire nourrir le
Fondateur de Rome par une
Louve , incomparablement ,
plus fatale que fa peau , & qui
luy communiquant fon natu
rel cruel & farouche, avec fon
lait , devoit bien plutoft eftre ,
un prefage de calamité & de
defolation ?
Il faut donc avouer qu'il y
24 MERCURE
avoit parmy les Romains cer.
Laines regles pour tirer des
Loups & des Louves de bons
& de mauvais augures , & M
Sarrau n'a qu'à confulter fur
cela les Hieroglifiques de Pie
rius .
Cette ingenieufe illufion
de M'Sarrau diffipée rend inu
tile tout ce qu'il nous debite
des raifons qui ont obligé M
de Segrais & Martignac a paffer
par deffus fulvo tegmine ,
& à le laiffer fans l'exprimer
dans leurs traductions.
La refutation du fentiment
de ceux qui prétendent que
Laius
GALANT.
25
"
C
Lætus fulvo tegmine , & c . font
des termes qui defignent la
fituation de Romulus tetant
la Louve , & eftant alors fous
fon ventre , cette refutation ,
dis je , me paroift fort jufte.
Mais il n'en eft pas de même
, ce me femble , du ſens ,
qui felon luy convient noblement
au fujet des Vers en qué.
ftion . Tegmen , dit- il ,fe prend
pour le feuillage.
3
Ante leves ergo ,&c. 11
Hle prétend prouver alle
guant le premier Vers de la
premiere Eglogue de Virgile,
Fanvier 1697.
C
26 MERCURE
Titgue , supatularecubansfab
plantegminefagi,
Pour moy , je croirois pluto ft
que tegmine fagi ne fignifie
pas feulement les feuilles ,
mais auffi les branches & le
tronc , en un mot , tout le
heftre , qui par fon ombrage
metroit Tityre à couvett des
incommoditez de l'ardeur du
Soleil.
Je ne veux pourtant pas
nier que l'admirable Nourrice
de Romulus ne l'ait, fui.
yant fon inſtinct de Louve ,
couvert de feuilles ; mais qu'-
elle ait employé pour cela des
GALANT.
27
feuilles de chefne préciſement, &
que cela nous foit fignifié par
le tegmine fulvo de Virgile ,
c'eftune expreffion qui ne me
paroift pas plus ufitée que tegmine,
pourfub alvo à M'Sarrau.
Je n'eftime pas non plus
quefulvo ,foit un terme expreffif
pour marquer la couleur desfeuilles
tombées des arbres , que ce
foit de là qu'eft venue cette couleur
que l'on nomme feuille morte.
Fulvus dans les Animaux
eft le Roux , qui marque leur
fen & leur ardeur martiale.
Le S. Efprit même , au jugement
de Mi de Meauxy & dex
Cij
28 MERCURE
tous les Sçavans , nous reprefente
la guerre , Apac . 6. v. 4.
fous l'emblême d'un cheval
roux , equus fulvus.
Ce qu'Horace raconte de
luy -même , lib .
lib. 3. Ode 4. ne
donne pas à l'opinion de M.
S. tout le jour qu'il prétend ;
car enfin le fronde nova , lanroque
collataque myrto , dont les
Romains couvrirent autrefois
ce Poëte dans le temps de fon
enfance, ne pourra jamais entrer
juftement en parallele
avec les feuilles de chefne de M.
le moyen de fulvo teg.
S.
par
mine
Lupanutricis
de
Virgile
.
GALANTA
29
Ainfi ce que M. S. diren
fuite de la nobleffe des chef.
nes, & de leur durée , n'eft
encore , à le bien prendre ,
qu'une érudition hors d'oeu
vre .
Il ne nous refte plus , Monfieur
, qu'à examiner ce que
c'eſt que latus. Ce mot , dit M.
S fe rapporte admirablement aus
fens qui naift de celuy qui couvre
de feuilles Romulus ; paffe dans
le cas de la fuppofition . Il
nous avoit avertis plus haur ,
que latus , eft là dans Virgile un
terme de préfage & d'heureux,
préfage. Cela ett vray par rap-
Cij
30 MERCURE
port à autruy ; comme quand
les Generaux augurent bien
de la gayeté qui paroift fur le
vifage de leurs Soldats un
jour de Bataille. Mais icy le
même Romulus latus excipiet
gentem ; & il me femble qu'il
ne peut guere fe faire à foymême
de la propre gayeté un
heureux préfage , pour l'exci
ter à prendre foin de ſa Na .
tion . Je ne vois pas même que
l'expreffion de Virgile puifle
recevoir ce fens - là.
Bien plus , latus , fur tout
dans Virgile , exprime tou
jours la joye prefente où fe
GALANT . 31
trouve la perfonne précité
ment au même temps qu'elle
fair l'action qu'on luy artri
bue. En voicy des exemples .
Mutuaque interfelati convivia
curant. Georg.lib. 1.
Vela dabant læti. Æneid . lib. 1 .
·Et latus fluvio fuccedit opaco
Ibid. 7.
443
Et placidum lati componite
foedus . Ibid . 10.
a
Or felon M. S. Romulus
lætus tegm ne , &c. c'eft Romulus
enfant riant fous les feuilles de
chefne dont fa Nourrice le cou
vroit. Mais eftoit - ce en cet
eftar que felon l'Oracle de
C iiij
32 MERCURE
Jupiter , il devoit prendre le
foin de fa Nation , latus excipiet
gentem. Il y a eu du moins
vingt ou vingt-cinq ans d'intervalle
du premier eftat de
M. S. au fecond .
Difons donc enfin , Monfieur
, avec le Vulgaire , que
Virgile dans ces Vers en queftion
, exprime à fon ordinaire ,
& nettement & noblement ,
comme quoyJupiterprédiloit
que Romulus , fon Petit fils ,
l'imitant lors qu'il feroit devenu
fort grand, feroit gloire
de porter la peau de la Louve
qui l'allaiteroit ; & ce avec
GALANT . 33
d'autant plus de joye , que
cette peau rappellant en memoire
les merveillés de fa
naiffance & de fa conferva-:
tion , elle mettroit la pre
miere par
même moyen
à couvert de tout ce qu'on
euft pû luy attribuer autrement
de bas & de honteux , &
qu'ainfi cette peau ferviroit
auffi puiffamment à ſon deffein,
quand ilvoudroit prendre
en main les refnes de la Monarchie
Romaine . Qu'ya til
de plus propre , en effet , pour
donner à des Peuples Payens ,
belliqueux , l'idée d'un grand
4
34 MERCURE
Conquerant
, que de le leur
reprefenter comme le fils du
Dieu de la guerre
, mais Fils
tres chery, en ce qu'ayant efté
exposé dans une foreſt par fes
Parens , qui vouloient le faire
perir ,il fufcita pour fa confer
vation , la Louve qui devoit
&
plutoft le devorer que luy ſervir
de Nourrice . Mais c'eft un
animal confacré à Mars ,
c'eft icy tout dire , tant eft
grande la relation de l'un à
F'autre ; relation qui fait dire
à Jupiter , immediatement
aprés , & mavortia condet moenia.
Mais en voila trop , & il
GALANT.
35
eft tempside vous dire que je
fuis , Monfieur , voftre , & c.
Voicy encore une réponse
fur ce mefme paffage de Vira
gile. Elle eft d'un Academi
cien de
l'Academie d'Angers.
A MONSIEUR ***
Ay examiné les Vers de
Virgile dont nous avons
vû l'interpretation , inferée
dans le Mercure du mois d'Ap
vril dernier.
·Inde lupa fulvo genitricis teg
mine latus ,
Romulus
excipietgentem.
2636 MERCURE
L'Auteur de cette interpreta
tion m'a paru homme d'efprit
& de beaucoupd'érudition En
effet, il a curieuſement recherché
tout ce qui peut favorifer
le fens qu'il donne à ces Vers ,
& comme il dit luy- même ,
il a creusé autant qu'il a pû
pour trouver un trefor ; mais
comme tous ceux qui foüillent
dans la terre n'y trouvent
pas des richeffes , il me femble
que le travail de celuy- cy n'a
pas eu tout le fuccés qu'il
avoit efperé . Je vous diray
mon fentiment fur le fens de
ce Vers , aprés que je vous
GALANT:
37
auray déduit les railons qui
femblent détruire celuy qui
eft employé dans le Mercure.
L'Auteur dit que ce segmen
fulvum , doit s'entendre des
feuilles féches dont la Louve ,
mere nourrice de Romulus &
Remus , avoit couvert ces
deux enfans. Mais en premier
lieu il n'eft pas poffible qu'il
y ait eu des feuilles propres
à couvrir ces enfans fur le rivage
du Tibre , où flottoit encore
vray femblablement
parmy des rofeaux , la petite
nacelle qui les portoit.
Secondement , c'eft un
·
38 MERCURE
monftre d'expreflion d'em
ployer les mots tegmen lupa ,
pour fignifier un amas de
feuilles fait par une Louve ,
pour fervir de couverture à
Romulus. Cette feüille ne feroit
pas tegmen lupa , elle ſeroit
appellée tegmen Romuli.
Quand nous fommes fous un
toir , on ne dit pas que c'eſt
le toit de l'Arcilan qui l'a fabriqué,
mais que c'est noftre
toit ; & Tytire n'eftoit pas à
Fombre de celuy qui avoit
planté le heftre , mais fous le
feuillage de cet arbre.
D'ailleurs , l'épithete. de
GALANT039
fulvam , affortie avec folium ,
ne reffent point la juſteſſe &
Ja beauté de celles dont Virgile
fe fert ordinairement . Ce
Poëte fi judicieux en auroit
employé une plus propre en
fon application , au lieu que
cette épithete de fulvum convient
parfaitement au poil du
Loup , animal que l'on compte
entre les beftes fauves.
Fulvum eft la couleur que
nous appellons fauve , laquel
de ne fe trouvera point avoir
efté attribuée aux feuilles par
aucun Auteur , ny en Vers,,
ny en Profe. Enfin, felon cer40
MERCURE
te explication il femblerot
que Romulus , en fortant de
deffous ces feuilles imaginaires
, auroit auffi toft travaillé
à la fondation
de Rome , tout
fier d'avoir eu ce bel habit de
feuilles , ou que mefme il en
auroit encore efté couvert.
mill -Fulvo tegmine lætus
Romulus excipiet gentem ---
Ne femble- t- il pas qu'il auroit
encore ces feuilles fur le
dos , ainfi que la brebis dont
l'Auteu rapporte l'exemple
?
Il femble donc qu'il y a plus
de raifon d'interpreter
ces
Vers en cette maniere toure
f
GALANT.
4
fimple . Romulus paré & reveftu
de la peau d'une Louve ,
fondera la Ville de Rome , &
pour l'explication & le foutien
de ce fens , il y a deux
chofes à obſerver : la premiere
, que Virgile prend icy le
particulier pour le general ,
& l'individu pour l'efpece ,
& qu'en difant lupa genitricis ,
il n'aa pas entendu
entendu que ce fuft
la Louve même qui avoit allaité
Romulus , mais un ani
mal de la mefme efpece de
celuy qui l'avoit allaité. Si par
une avanture quelqu'un avoit
efté confervé par la rencon-
Fanvier 1697.
D
42 MERCURE
tre d'un Loup , & qu'aprés il
vouluft détruire quelque autre
Loup , on luy diroit fort
juſte : Vous voulez tuer l'animal
qui vous a ſauvé , ou
bien mefme: Vous voulez ôter
la vie au loup qui vous l'a confervée.
C'eft en ce fens figuré
qu'il faut entendre ce lupa genitricis
, comme fi l'on difoit
un animal de la mefme efpece
de celuy qui avoit allaité Ro
mulus.
En fecond lieu , il faut fe
fouvenir que les Heros , les
grands Hommes , & particu .
lierement les Fondateurs des
GALANT.
43.
Villes & des Empires , font
bien aifes que l'on croye qu'il
yaeu quelque chofe de divin
dans leur naiffance. Par cette
railon Romulus tâchoit d'infinuer
au Peuple qu'une Lou.
ve l'avoit allaité par une faveur
des Dieux , & pour faire
montre de ce miracle , il affectoit
qu'on le vift toûjours
marcher couvert de la peau
d'unloup ; car il n'importe icy
que ce foit un loup ou une
louve , Virgile s'eftant fervy
du terme de lupa , pour mettre
devant les yeux le miracle de
l'éducation de Romulus.
Dij
44 MERCURE
On ne doit pas objecter
que Romulus avec cette peau
de loup , auroit paru aux yeux
des hommes une espece de
Lycanthrope , ainfi que le
marque l'Auteur du fens oppofé
; car ceux qui ont le gouft
de l'Antiquité fçavent que les
anciens Heros faifoient gloire
de paroistre veftus de peaux
de beftes farouches , & parti
culierement de celles qu'ils.
avoient tuées de leur main.
Dans le cinquiéme Livre
de l'Eneïde , Acefte vient recevoir
Enée ,
Horridus injaculis pelle Lybi
ftidis Urla.
GALANT
45
F Une peau d'Ours n'eft pas
moins hideufe que celle d'un
Loup , & neanmoins Virgile
en fait une robe à Acefte .
On ne doit pas dire non
plus que le Loup eftant un
animal dont la rencontre
eſtoit de mauvais augure parmy
les Anciens , il n'eſt pas à
croire que Romulus euft voulu
paroiftre revestu de la peau
de cette befte ; car bien que
la rencontre d'un Loup ne
foit pas d'un bon prefage , felon
le fentiment mefme d'Ho.
race .
aut ab agro
48 MERCURE
Rava decurrens lupa lanuvino.
Cela ne regarde point la
peau de cet animal privé de
vie , qui ne doit en cet eftat
préfagerrien de mauvais , non
plus que les dépoüilles d'un
ennemy vaincu , & on ne peut
pas douter de cette verité , fi
l'on obferve que felon le ré
moignage de Pline , au Livre
10. chapitre 4. de fon Hiftoire
naturelle , avant le temps de
Marius , qui confacra l'Aigle
pour la faire marcher feule à
la tefte des Legions Romaines
, la figure d'un loup avec
celles du fanglier , du cheval ,
GALANT
47
& du Minotaure , eftoit l'une
des cinq reprefentées dans les
cinq Enfeignes des Romains,
ce qui fait voir que parmy eux
la figure d'un loup n'eftoit pas
toûjours d'un mauvais augure.
J'eftime que cette interpretation
eft la veritable. Nifi
tu quid diffentis. Jefuis , &c.
Les Vers qui fuivent font
de faifon , puifque nous ne
fommes pas encore bien éloignez
de la grande Fefte , qui
fut folemnifée fur la fin du
mois paffé. Ils font de M
Dader , de Toulouſe.
48 MERCURE
EGLOGUE
SUR LA NAISSANCE
DU FILS DE DIEU.
DAPHNI S.
Vel changement dans la
nature !
L'Hiver eft plus charmant que les
auires Saifons .
Eté , malgré l'éclat de tes riches
moiſſons ,
Printemps , malgré tes fleurs , &
malgré ta verdure :
Malgré mefme tes fruits les plus delicieux,
Que tu produits , fertile Antomne
Nous
GALANT. 49.
Nous n'aimons que le fruit des
Cieux ,
Qu'au milieu de l'hiver une Vierge
nous donne.
LICAS.
Lesfrimais ne font plus affreux .
Noftre divin Sauveur , ce Soleil de
laGrace,
Pour rendre les Mortels heureux,
Vient jufque dans nos coeurs faire
fondre la glace.
TERSANDRE.
Da pouvoir du Sauveur miracles
éclatans !
Nous goûtons dans l'hiver les douceurs
du Printemps-
Déja la campagne eftfleurie ;
Nos moutons bondiffans
Sous l'afpe&t du Fils de Marie
Infultent à l'envi tous les loups raviffans.
Janvier 1697. E
1
To MERCURE
LE CHOEUR.
Qu'à l'adorer chacun s'empreffe,
Dieu qui nous marque fon amour,
N'attend de nous en ce beaujour
Que cris , que chants , que concerts
d'allegreffe.
Chantons , chantons fans ceffe ,
Chantons avec ardeur,
Chantons tous fa grandeur,
Chantons tous fa victoire,
Celebrons , refpeltons , adorons tous
fa gloire.
ALEXIS.
#
Ce Soleil glorieux ,
Cet Enfant adorable,
Charme bien mieux
Noftre coeur & nos yeux
Dans le coin d'une ésable,
!
Que tout ce que le monde a de plus
agreable,
GALANT:
Et doplus précieuse.
DAMON. PRE
Cet Enfant quisie fon Pere
Pour venir vivre avec nous
Aprés un bienfair firdausa
Ne fongeons plus qu'à luy plairo.
Qu'entous lieue onle revere
Malgrède Demon jalouxim L
ALCANDRE.
Les lis, les oeillets , & lesrofes
Sur fon teins écloſes .
Plaiſent mieux à nos coeurs contens
Que les fleurs du Printemps.
LA DAPHNIS. C
Bergers, au milieu de la joye
Que le Ciel nous envoye,
Parmy tant de bonheur, parmy tant
de plaifirs 1 THE BORE.
Mon coeur pour ces Enfant pouffe
mille foupirs.
C
Eij
72 MERCURE
DAMON.
Trife Daphnis , ¡que pretens-in
Svenous dire ?
Lorsqu'ils n'eft pointde coeur
Qui ne reſpires *
La paix da divin Redempteur,
Lois que par toutil infpire
L'amour & le plaifir , la joye &
Ja douceur, D
Veira-i-on parmi nous un Berger
qui faupire ,
Accable fous le poids d'une vive
douleur?
DAPHNI S.
Ce Dieu naiffant , cet objet de ma
flame
M'atirifte enmefme temps qu'il réjouis
mon ame.
l'ay mon coeur partagé de divers
mouvemens.
Sice divin Enfant me charme
GALANT
$3
Be fens que tout mon coeur déja pour
luy s'alarme,
Ah, ne condamnez pas mes jußtesi
fentimens ist und
Bergers , parmy Péclat de ces rofes
divines
Dont fon teins efi o nás
Helas ! je voy les cruelles épines
Dont un jour ce Sauveur doit etre
couronné ja
DAMON.
Daphnis , mal à propos ta pitié
s'intereffe
Noftre pitié pour lay :\
N'eft pas ce qu'il veut aujourd'buy
,
Ilnous veut tous remplis d'une fainte
allegreffe ;
Mais lors que nous verrons ce puif-
(ant Roy des Reis
Expirer pour nous fur la Croixs
E. iij.
$4 MERCURE
Heareas , heureux qui mourrà de
triftefle!
LE CHOEUR.
Qu'à l'adorer chacun s'empreſſe.
Dieu qui nous marque fon amour
N'attend de nons en ce beau jour
Que cris , que chants , que concerts:
wadallegreffe.
Chantons , chantons fans ceffe.
Chantons avec ardeur,
Chantons tous få grandeur, &
Chantons tous fa victoire,
Celebrons , refpećtons, adorens tous
(a gloire ja
A
Mr l'Abbé de Fourcroy
poufuit les Eloges des grands
Hommes, comme vous l'allez
voir par celuy qui fuit.
GALANT
ELOGE DU REVEREND RERE
DOM MASSON,
990
Prieur de la Grande . Char
treyfe , & Generalph
des Chartreux. tog den e-
D
Ans la naiffance du Chriftianiſme
, & dans l'âge
d'or de l'Eglife , rien n'eftoit plus
utilé que la frequentation & le
commerce des bommes ; une inno .
cence universelle eftoit répanduë
dans toutes les actions de leur vie ;
la charité l'union Chreftienne
n'y faifoit qu'un coeur de plufieurs
E iiij
16 MERCURE
Fidelles , la penitence eftoit chez
eux plus occupée à prévenir le pe .
ché , qu'à le punir ; mais depuis
que le corps du peché s'est formé
dans le corps du Chriftianifme ,
depuis qu'une corruption generale
s'est par tout répanduë , il faut
dire avec l'Apoftre ,fauvez vous
de cemonde , fi vous voulez con
ferver voftre innocence, verité que
Dieufit comprendre à Dom Maf.
fon , qui eft prefentement General
des Chartreux , l'une des plus
grandes lumieres de l'Eglife ; car
ayant dés fes plus tendres années
lafageffe des vieillards , il rompit
arvec zele tous lesliens les plus enGALANT.
57
Es
gageans qui pouvoient l'attacher
au monde. Pour ce sujet ilentrepris
de porter le joug du Seigneur
de fe faire Chartreux Depuis
plufieurs fecles regne danscet Or.
dre fi illuftre, une étroite fevere
difeipline dejeune, unfilence conti
nuel , une folitude impenetrable ,
untravail fatigant . Decontinuelles
oraifons , font les premieres
regles de ceux qui s'engagent à cet
Institut. Peu de gens font capables
d'une vie fi fainte . C'est cependant
dans cet Ordre fi auftere:
qu'entra celuy dont j'entreprens ··
1.Eloge. Ce fut là qu'il se cacha .
qu'ilfe perdit dans Dieu ; ce
<8 MERCURE
fur cette école qui fut la premiere
école defa fainteté cefut là que
Jon efprit fe parifia par la fepara.
tion du coeur fe rendit plusfufceptible
des lumieres de la grace,
acquit une tres grande connoiffan
de la Theologie . Cet homme que
Dien avoir destiné pour rendre
de tres confiderables fervices à l Eglife,
s'eft toujours regardé commer
un ferviteur inutile, qui ne devoit
tenir aucun rang dans les
Maifonsde Dieu, maisfon bumilité
n'empêcha pas qu'on ne reconnuft
fon rare merite . On lefit d'a
bord Prieur de la Chartreufe de
Mont- Renaudproche Noyon, où
GALANT.
59
il avoit faitprofeffian Quelle fut
alors fa prudence , fa regularité ,
fafagelle & fa penitence ! Tout
le monde l'admira , fa conduite
reguliere luy attira l'estime & l'a.
mitié de Dom Pegon , qui ftoit
alors Generaldefan Ordre Cette
confideration qu'il avoit pour
Doni Massonfui fi grande, qu'il
témoigna avant fa mort qu il defiroit
qu'on l'éluft pour fon Succeffeur.
L'Aßembléegenerale croitde
voir déferer auxdefirsdeD Pegon
d'autant plus que le Sujet qu'il
avoit proposé pour luy fucceder ,
eftoit digne de cette grande digni.
té. Dom Maſſon s'en croit indi60
MERCURE
gne; on l'oblige enfin de l'accepter.
Que ne puis je rapporter icy tous
les progrés qu'il a faits depuis ce
temps là dans lavertu & dans la
Science du falut , & quels biens il
a procurez, non feulement à l'Ors
dre des Chartreux , mau auffi à
toure l'Eglife ! Que ne puis je faire
le Portrait de ce pieux & Sçavant
General !Je vous dirois qu'il
eft occupé fans embaras , tran
quille fans foibleffe; répanda fans
diffipation , retiré fans orfiveté
; je vous dirois en un mot , qu'il
fçait ioindre Marthe avec Ma
rie , & qu'il eft orné de toutes les
vertus . Mais comme je m'apper;
GALANT. G
çois que tous ces Eloges pourroient
bleffer la modeftie de cefage General
, quine veut eftre connu que
de Dien , à qui feul il defire de
plaire , j'aime mieux admirer fes
wertus dans le filence , d'autant
plus que toute l'Europe , qui con
noistfon rare merite , luy rendra
toujours juftice. Que le Seigneur
foit donc à jamais fa recompenfe,
lerende en benediction à toute
Ja pofterité.
Je vous ay parlé dans quel
qu'une de mes Lettres , des
découvertes faites àValogne.
Voicy les reflexions qu'elles
162 MERCURE
ont donné lieu de faire à M
de Houguet , ancien Vicomre
de la mefme Ville...
Il s'eft fair , dit - il , cinq
fortes de découvertes à Vallogne
, qui justifient que c'efoit
une ancienne Ville , &
que c'eft l'Alauna de la Carte
de Pettinger. ĝu va
La premiere , font des Me
dailles d'argent , de cuivre ,
& de bronze , toutes Romai
nes , tant Confulaires que des
Empereurs , jufqu'à la fin du
quatrieme fiecle . Il y a plus
de cinquante ans que cette
découverte fe fait, particuliéGALANT.
: 63
rement dans un lieu appellé
le Caftelet , qui eſt un terroir
élevé prés: Vallogne , & dans
une Paroiffe nommée Alleau .
me , qui cft l'une des deux
Paroilles qui compoſent le
Bourg ou Ville de Vallogne.
M ' du Houguet enda bu sphus
de cinq cens pour la part ,
dont il a donné la meilleure
partie aux Curieux , & entreautres
, trente ou quarante à
M' Bignon , & autres qui travaillent
aux medailles du Roy.
Il ne s'en trouve point depuis
le quatriéme ficcle, ce qui fait
juger que cette Ville a efté
64 MERCURE
détruite vers ce temps là.
La feconde découverte qui
eft vifible de tout temps , oft
un grand Baftiment ovale ,
dont les murailles font fort
élevées & enterrées , & où l'on
voit encore le baffin d'un
grand bain , avec les fourneaux
, & quatre entrées ou
arcades aux coftez , avec des
efpeces de Galeries , le tout
Souvrage Romain tres -ancien,
dans qu'il paroiffe qu'il cuſt
aucun jour vers le bain ou
baffin , que par en haut , à la
mode des Termes Romains.
11 fe voit aux environs , des
GALANT. 65
Canaux qui y apportoient
L'eau d'un lieu fuperieur, mais
on n'a pas encore fondé ces
environs.
La troifiéme eft un Théatre
Romain , qu'on a trouvé dans
des brouffailles , proche une
Ferme appellée le Bufc. Il n'y
paroift que peu de murailles
hors les fondemens , mais
comme la Maifon & la Ferme
est toute baſtie de petites
pierres taillées à la Romaine ,
ily a apparence qu'elles ont
efté prifes dans les ruines de
ce Theatre , lequel quoy que
d'ouvrage Romain , n'appro
Fanvier 1697.
F
66 MERCURE
che pourtant point de la ma
gnificence desautresThéatres
Romains , dont les reftes paroiffent
encore ailleurs. Ce
Juy de Vallogne ne femble
pas avoir jamais efté achevé.
Il n'y paroiſt que la moitié ,
les quatre grandes entrées &
le pupitre , qui meſme n'eſt
muraillé que de ce coſté du
Théatre , & il a efté pratiqué
dans une vallée qui faifoit na
turellement un parterre à ce
Théatre. La feule terre qui
n'a jamais efté remuée, a fournyen
fon montant les fieges
aux Spectateurs. Peu au-def
GALANT. 1 67
fous de ce Téatre eft une Fontaine
, qui donnoit l'eau au
Bain public dont on a parlé. "
Ce Théatre pouvoit conte.
nir hait à dix mille perfonnes,
ce qui eftoit fort bien placé
dans ce lieu de Catets , &
quoy que les Romains aimal.
fent extrêmement ces fpecta
cles ou jeux publics , ils en
amufoient & adouciffoient
les Peuples de leurs Conquê
tes , mais il n'y a point du tout
d'Amphiteatre , ny rien qui
en approche.
A
La quatriéme découverte
eft une espece d'Hypocrate
Fij
68 MERCURE
A
fudatoire , ou bain fec , quieft
fur la montagne au - deffus du
Théatre , dans la terre & proche
la maison d'un Particu .
lier , que le Pere Jefuite du
Nod a mal prife pour une
Fonderie . Cela ſe voit par la
figure & defcription qu'on
en envoya à м le Marquis de
Vauvers fur fon memoire, par
laquelle il paroift que cette
ruine n'a pû fervir qu'à l'uſage
qu'on vient de dire . La cuve
qui y paroift eft capable
de contenir beaucoup d'eau
qui pouvoit eftre échauffée
par le fourneau qui occupoit
GALANT 69
le deffus , & par les foupiraux
qui font aux coftez. ziske
Il paroift à côté une efpece.
d'aqueduc pour recevoir les
eaux qu'on auroit pû jetter
hors la cuve , & qu'on y pou-
Avoit apporter
d'un puits qui
eft voifin , cet aqueduc
ne
pouvant
fervir à autre chofe ,
parce qu'il n'y a point d'eau
fuperieure
. Le Pere Jefuite
a
trouvé l'aire d'une Salle à côté
, dont il a voulu faire un
at Prétoire , fans aucune
appawrence
de raifon.
La cinquième découverte
eft un grand pan de muraille
70 MERCURE
décrite au memoire de M¹ le
Marquis de Vauvers , qui peut
avoir efté une muraille de
Colonie ou Campement Ro
main , au côté le plus à crain
dre , comme les Romains
avoient de coûtume de fe
fortifier , ce qui fait juger , ne
s'en trouvant point aux autres
côtez que cette ancienne ,
laana n'eftoit qu'un petit lieu,
qui avoit pris fon origine d'un
Campement Romain , com
me quantité d'autres Villes ,
& même celle de Coûtance ,
qui eft la capitale du Coûtan
tin , & ſi c'euſt eſté une ſigran
A
GALANT:
71
de Ville , comme le Pere Jes
fuite s'eft imaginé , elle fe feroit
rétablie , ainsi qu'ont fait
quantité d'autres Villes ruinées
.
D'ailleurs , ce qui fait croi
re que l'Alauna n'a jamais
efté un grand lieu , c'eft le
peu de ruines , d'amas de cail
loux , & autres matieres qui
reftent. Tout le terroir eft la ,
bouré
annuellement
, & quoy
qu'on y trouve des fondemens
, des puits & des pavez,
ce n'eſt pas à la quantité qu
on en voit dans plufieurs
Villes qui ont efté détruites..
72 MERCURE
Il y a même tres- peu de
grandes pierres de taille dans
les ruines qui reftent , quoy
que le pays foit plein de bel
les carrieres.
Au fujet du Memoire de
M Dauvers , l'on dira qu'il
ne s'eſt juſqu'à preſent trou
vé aucune Infcription , & la
Medaille dont parle celuy
qui arépondu à fon Memoi
re , n'a jamais efté veuë de
perfonne , finon dans une vi
tre , dont l'infcription qui y
eft fait voir la fuppofition
,
eftant Latine d'un cofté &
Grecque de l'autre. On en
pourroit
GALANT 73
pourroit dire davantage fur
cela , s'il eftoit befoin ; M'de
Houguer a cependant une
Medaille Grecque , qui eft la
feule dont il ait trouvé l'infcription
en cette Langue ,
quoy qu'il ait vû toutes les
Medailles du pays.
On fouhaite que le P. J. du
Nod fafle revivre Fancienne
Vallogne , & qu'il s'y prenne
un peu mieux qu'il n'a fait
dans ce qu'il a employé dans
le Mercure Galant du mois
d'octobre 1695.
Au refte, c'en eft trop pour
un Memoire ; mais on fup-
Fanvier 1697.
G
74 MERCURE
plie M Danvers , s'il a quel,
que découverte de la prétenduë
Ville de Dam , d'en donner
avis. Les découvertes de
cette Ville de Dam ont eſté
faites au bord de la mer, au
pays de Caux , par M de
Louvigny , Gouverneur du
Havre enp
Vallogne pourroit bien a
voir efté baltie du débris
d'Alone , qui en eft voifine ,
& qui tire fon étimologie de
Cette Ville.
Je vous ay envoyé depuis
quelques mois une Epiftre de
Mademoiſelle des Houlieres

GALANT: 75
à Iris , dans laquelle elle luy
fait voir à combien de chagrins
elle s'expofe , fi elle
fouffre que l'amour touche
fon coeur. Cette Epiftre a receu
par tour les applaudiffe.
mens qu'elle meritoit , mais
elle n'a pas détruit l'erreur où
font la plupart de ceux qui
aiment , que la vie eft infipide
lors qu'on la paſſe fansattachement.
C'est ce que vous
allez voir en lifant les Vers
qui fuivent.
201
Otrovsm A silud elanosov un

suddoom &
Gij
76 MERCURE
A MADEMOISELLE
DES HOULIERES.
Uy , quand on aime bien on
foupire fans ceffe. OU
Heureux l'Indifferent dont le paifible
coeur
N'a jamais reconnu l'amour pour
fon vainqueur :
Rien n'eft plus dangereux qu'une
forte tendreffe .
3
2
Peut-on aimer parfaitement
Sans éprouver mille allarmes,
Qui font trop acheter les char
mes
Du plaifir d'un leger moment ?
2
Par vos confeils , belle Amarante,
Empefchez Iris d'aimer .
GALANT: 77
Amour pour la mieux enflamer
Luy peint de fon Berger une image
touchanter,
Mais qu'elle évite bien de s'en laiffer
charmer.
Plus l'objet qui nous a ſçu plaire
Et digne de nous engager
Et moins nous luy pouvons marquer
noftre colere ,
Quand il ofe nous outrager.
On loupire , on gémit , fans pouvoir
fe vanger.
Rarement une Bergere
Quitte un aimable Berger.
Si la fenfible Iris ne veut pas vous en
}
croire ,
Que du moins elle en croye un
Amant malheureux
;
Et que pour la convaincre mieux ,
G iij
78 MERCURE
Elle apprenne aujourd'huy Thiftoire
De mon malheur & de mes feux.
Sur le
fabloneux rivage
Du vafte empire des eaux ,
Où mille petits ruiffeaux >
Viennent rendre à Thetis un gazoüillant
hommage ,
Jechantois la nuit & le jour
Qu'on ne peut vivre heureux quand
on eft fans amour ,
2
Charmé d'une aimable Balle
Je penfois en eftre écouté ,
Et plein d'un doux espoir mon coeur
tendre & fidelle
Ne trouvoit rien d'égal à ſa felicité.
S
De cette flatteufe idée
Enfin j'ay reconnu l'erreur ,
GALANT
. 79
Et d'un jufte dépit mon ame pofle
dée ,
Voit que l'Amour est un trom
#atytora sidst sliDE
peur.
4 Helas ! qu'il eft bien doux d'eftre
aimé quand on aime' !
Qu'un coeur s'applaudit en luymefme
,
Quand il voit partager fa joye & fes
foupirs !
Non , encore une fois , il n'eft point
de plaifirs
Qui vaillent le plaifir extrême
De trouver dans l'objet qu'on
aime ,
Meſmes
voeux, & mefmes defirs.
2
Content,dans une paix profonde ,
Remply de mon bonheur , crrant en
liberté ,
G iiij
80 MERCURE
Sans fonger au reste du monde ;
Surle fable mouvant d'un rivage
écarté ,
Souvent je confiois aux Déeffes de
l'onde
Les douceurs du faux bien dont j'étois
enchanté.
S
Je ne veux plus aimer , déja je m'abandonne
Au foin de me vanger d'un trop
cruel mépris.
De ce deffein mon coeur s'étonne.
Qu'il gémiffe , s'il veut ; peut - eftre
mieux qu'Iris ,

Je fuivray les fages avis
Que voftre Mule luy donne .
2
Mais quoy ? de tendres mouve
mens
GALANT , 8F
Condamnent les tranfports du dépit
qui m'infpire.
Helas , je pleure , je loupire ,
Je n'ay plus de fiers fentimens .
Je fens que ma colere expire.
Amour , il eft bien vray qu'il n'eft
rien de fi doux
Que de vivre fous ton empire .
Un tendre Amant tout percé de
tes coups ,
Adore ta rigueur & chérit ton mar
tyre.
Amour , par quels enchantemens
Sçais-tu faire aimer les tourmens ?
S
Les maux d'un tendre caur font une
image vaine ,
On ne doit point nommer un A.
mant malheureux .
Amour,de tous les coeurs qui vivent
dans ta chaîne
82 MERCURE
On n'en voit point former des
voeux
Pour voir mettre fin à leur peine
;
Tous fe plaignent à tort , & pour les
en punir ,
Tu n'aurois qu'à permettre à leurs
maux de finir.
S
En vain , pour empefcher Iris d'eftre
fenfible ,
Vous luy faites des coups du fort
Un tableau funefte & terrible.
Si quelquefois on voit la mort
Aux voeux d'une Amante inflexible,
Une telle reflexion
Doit-elle éteindre en nous la douce
paffion
Que caufe un objet adorable ?
C'est vouloir eftre miferable,
GALANT. 83
Dans d'éternels chagrins , c'eft vou
loir s'engager.
Ces craintes font des craintes
vaines
Et l'heure de la Mort & l'heure du
Berger ,
Sont des heures bien incertaines .
Mais autant qu'un Amant ne doit
rien negliger
Four trouver l'heure favorable
Où l'Amour peut le foulager ,
Autant ne doit-on point pour mieux
ſe dégager
De ce qu'on trouve trop aimable
Dans l'avenir impenetrable
;
Chercher ce qui peut affliger,
S
Afe tromper foy-mefme on eft ingenieux.
C'est en vain aimable Amarante,
84 MERCURE
Que vous voulez qu'on ait toûjours
l'heure prefente ,
Où l'on perd pour jamais ce qu'on
aime le mieux .
Tout l'Univers bien toft feroit un
hermitage,
Les richeffes & les honneurs
Refteroient fans adorateurs
Et de la fortune volage
On mépriferoit les grandeurs.
L'homme content des fruits que
donne la nature
Vivroit content fans aimer rien.
Séduit par l'éclat du faux bien ,
On ne le verroit plus traiftre , men.
teur , parjure ,
Suivre l'envie & l'impofture.
N'ayant point d'autre loy que la Gmple
équité ,
On le verroit fans trouble achever
la carriere ,
GALANT 85
On le verroit attendre avec tran.
quillité
Le moment de l'heure dernière.
&
L'homme , encore une fois , fe plaift
à s'abuſer ,
Et l'on a beau moralifer , i
Aprés mille faux biens il afpire fans
· ceffe .
Moy-mefme qui condamne en Caton
fa foibleffe ,
Helas je recommence à faire mille
voeux ,
Et trop préoccupé d'une vive tendreffe
Je prévois tous les maux d'un deſtin
rigoureux ,
Je les prévois en vain , fuis-je moins
amoureux ?
Puis qu'il faut eftre foible , & qu'en
yain on raiſonne
86 MERCURE
Sur ce qui fait trop nous flatter
,
Suivons , fuivons fans refifter
Ce qu'un doux panchant nous ordonne.
Si l'Amour quelquefois tyrannife
nos coeurs ,
De mille appas il affaiſonne
La cruauté de fes rigueurs.
Quoy qu'on dife , jamais la triſte indifference
Pour un coeur genereux n'eut de
touchans attraits.
Le trouble de l'amour eft plus doux
que fa paix
Non ce n'est point pour l'indolence
,
Que les coeurs genereux font
ma'on faitsidio en
GALANT.
87
bi monuib. O
2
Ne condamnez donc plus les maux
que l'amour caufe
Les maux les plus preflans font éga
lement doux
is
Sans examiner autre chofe ,
Jeune Amarante , engagez. vous.
Vous avez l'esprit grand , le coeur
droit & fincere ,
T
Tel qu'il doit eftre enfin pour bien
aimer ;
Tel l'avoit votre illuftre Mere
Tet eft celuy d'Iris, il s'eft faiflé char-
2. mer.
De l'Amour feul on doit attendre
Tout l'agrément des plus beaux
jours .
Amarante , fans les amours
Quels plaifirs goûte un coeur formé
pour eftre rendre ?
Ah , fi c'est une loy pour nous
88 MERCURE
Que d'aimer toft ou tard , pourquoy
nous en deffendre ?
Plus on differe de fe rendre ,
Plus on perd de momens agreables
& doux.
Je paffe à un Article qui
regarde la fanté. C'est une
réponſe que fait M² de la
Broue , Medecin à Lezat en
Foix à une Lettre inferée
dans la mienne du mois
d'Aouft dernier , touchant
ła Fiévre maligne.
200n they pole.
GALANT. 89
A MONSIEUR
DAURISSOL DE LAURE .
MONSIEUR,
ONSIEUR ,.
J'avoue qu'il faut eftre
pouffé d'une grande témerité,
& que c'est beaucoup préfumer
de foy même , que de
prétendre combattre des opi .
nions auflibien défendues que
les vostres touchant la Fié.
vre maligne ; mais vous me
rendrezjuftice , fi vous croyez
que c'est par le feul motif de
m'inftruire dans une matiere
H
Fanvier 1697.
90 MERCURE
qui a efté jufqu'à prefent l'écueil
des plus éclairez fur ce
fait , que j'entreprens d'abord
, en tâchant de prouver
que la caufe des Fiévres malignes,
que vous voulez eſtre un
efprit arfenical , peut par une
action univoque produire
plus de confiftance , & à même
temps plus de fluidité
dans les humeurs , & que les
fudorifiques peuvent convenir
dans l'un & l'autre eftat ;
car fi l'on ne sçauroit nier que
c'eſt en diviſant le fang que
cet efprit agit fur toute la
maſſe, il faut de neceffité qu'il
GALANT 91
faffe plus précifément fon
effet fur les parties les moins
Auides , & qui font capables
de divifion , telles que fontles
parties fibreufes , qu'il tranche
par les pointes , ne pouvant
eftre fixé parles plus li
quides , dans lefquelles il nage
feulement , & qui n'ayant
pas affez de reffort , n'ont pas
par confequent affez de force
pour réfifter à leur action , &
ne leur fervent que de vehicule
pour les porter vers les
parties fibreufes , qui ne manquent
pas de confiftance
pour eftre fufceptibles de l'a
Hij
92 MERCURE
ction , que cet efprit arſenical
exerce fur elles , en les divifant
par les tranchants . Mais
il me femble qu'il eſt aſſez
facile de concevoir que la
maffe du ſang ne sçauroic
perdre fon tonus , fans laiffer
échaper à même temps
une grande quantité de fa
matiere la plus fubtile , qui
n'elt autre que les efprits &
les fels volatils , qui fe dégagent
facilement des fouphres
du fang, où ils reſtoient comme
contraints par les parties
rameufes
des fouphres
grof
fiers , & des principes les plus
GALANT.
93
épais; & je ne vois point de
raiſon qui me faffe douter
qu'il n'y ait alors coagulation
& diffolution à même temps
dans le fang, puis que le poulx
petit , frequent , & fouvent
inégal , les hemorrhagies &
ler diarrhées , qui font prefque
toujours infeparables de
cette Fiévre , font.des fympromes
qui ne peuvent eftre
attribuez qu'à une grande dif
folution , & à un dégagement
des principes les plus actifs
du fang , qui faifant des vellications
fur les parties membraneufes
du coeur , le déter94
MERCURE
minent à faire de plus frequentes
contractions. Les inteftins
en font de même , &
pouffent leurs matieres dehors
par le reffort que leurs
fibres membraneufes
acquie
rent dans leurs contractions
frequentes . On peut expliquer
de même les mouve
mens convulfifs , & tous les
trémouffemens qui arrivent
dans cette Fiévre. Mais pour
montrer évidemment que
voftre efprit arfènical , dont
il eft affez difficile d'affigner
la nature , fait auffi la coagu-"
lation à même temps , il n'y
GALANT.
a qu'à prendre garde , que fi
c'est par les pointes qu'il diviſe
les fibres du fang , il faut
neceffairement qu'aprés qu'il
en a brifé la partie la plus tendre
, & qui eftoit moins capable
de luy réfifter , il perde
de fa force en continuant fes
efforts fur la matiere la plus
groffiere , & qui luy réſitte
davantage , & parce que agens
agendo repatitur , il arrive que
ne pouvant plus continuer
fon action , il refte embaraffé
dans les fouphres groffiers
du fang , & en chaffe les ferofitez,
de même que les efprits
96 MERCURE
acides chaffent la ferofité du
lait de la partie cafeufe
où ils reftent emprisonnez ,
& compofent une maffe folide
; ainfi ils font la cauſe univoque
de la coagulation & de
la
diffolution à même temps ,
aufli -bien que vostre efprit
arfenical . Mais vous m'obje
terez fans doute , que celuy
cy eſtant heriffe de pointes ,
eft plûtoft un alkali qu'un
acide , d'autant mieux qu'on
voit par les effets , qu'il corrode
, qu'il brûle , & qu'il divife
tout ce qui s'oppose à les
effets . Mais à cela j'ay à vous
répondre
GALANT . 97
répondre, que de quelque nature
que vous faffiez cet ef
prit , il faut neceffairement
qu'il perde beaucoup de fes
pointes par la fermentation
extraordinaire qu'il excite
dans les humeurs, qui ont des
fels capables de luy refifteren
quelque maniere, comme j'ay
dit cy - deffus ; & alors je ne
voy point que les fudorifiques
puiffent convenir , puis qu'il
faut neceffairement évacuer
les matieres peccantes , par
les voyes les plus commodes,
Quæ ducere oportet quo maxime
natura vergit , per loca conferen
Janvier 1697.
98 MERCURE
tia eo ducere. Celle des fueurs
eft fans doute la plus propre
,
puis qu'il est évident que c'eſt
celle que la nature choifit
fouvent dans da Fiévre maligne
; j'entens les petits fudorifiques
, & qui fervent feulement
à donner une petite
fermentation
au fang. Mais
il faut faire préceder plus ou
moins de faignées , felon que
les alkalis ou les acides prédominent
dans la maffe , ce
que l'on connoift par le plus
ou moins de facheux fimptomes
qui paroiffent dans cette
Fiévre , comme l'affoupiffe.
GALANT: 99
ment qui arrive fouvent de
même que l'apoplexie , qui
ôte toute forte de doute qu'il
n'y ait aucune coagulation .
Mais je croy fur tout , qu'il
faut bien prendre garde de ne
pas jurare in verba Magiftri , fi
l'on ne veutpas s'expolerades
fautes irreparables. Là - deffus
il ne fera pas hors de proposde
citer l'Aphorifmed Hipocrate
, qui dit concocta medicari
non cruda, neque in principiis
modò non turgeant, plurima verò
non turgent. Ce feul Aphorifme
en a plus fait mourir , que
tous les autres enfemble n'en
I ij
100 MERCURE
ont gueri , car pourquoy at
tendroit - on fi fcrupuleusement
la coction de la matiere,
lors qu'on eft convaincu que
le peu qu'il y a de corrompu ,
peut vitier toute la mafie dans
tres-peu de temps ? Modicum
Fermenti totam maffam coinquimat
,fi l'on ne le met bien- toft
dehors , par des remedes diaphoretiques
ou cathartiques.
On a beau dire que c'eſt bouleverler
tout , & que c'eſt irriter
davantage les matieres
que de vouloir les mettre dehors
à contre-temps ; mais
ne doit- on pas confiderer ces
GALANT. fot
matieres pourries , comme
celles qui font la gangrene ,
lefquelles faifant des progrés
extraordinaires dans fi peu
de temps , doivent eftre oncore
tenues commre moins
fufpectés que celles de la fiévre
maligne , qui nageant
continuellement
dans toute
la maſſe , portent plus prom-
Ftement leur vice , dans les
parties nobles du corps , par
le moyen du liquide , où elles
font confufément
mêlees , &
elles cédent d'autant plutoft
à leur impreflion maligne ,
qu'elles fe froiffent & fe heur-
I. iij,
102 MERCURE
tent immediatement ; & comme
dit le Poëte :
Uvaque contactalivorem ducit
ab uvá.
Auffi le mieux eft de dégager
bien-toft le corps , en purgeant
fouvent. Et le même
Hipocrate femble avoir
mieux rencontré , dans un
autre Aphorifme , où il dit :
In principio , fi quid videtur movendum
, move , & c. Et quoy
qu'il y ait beaucoup de Medecins
, qui croyent que cet
Aphorifme ne doit s'entendre
que de la feule faignée
je ne doute point que la purGALANT.
10 %
gation & la diaphorefe ; ne
puiffent luy convenir puis :
qu'elles font pour le moins
d'auffi grandes évacuations
que la faignée. Et pour mieux
encore toucher au fait , quels
remedes font plus propres à
dégager la maſſe , foit dans la
diffolution , foit dans la coa
gulation, que les fudorifiques
& les diaphoretiques qui
vont combatre la matiére juf
ques dans fon fond ; & qui
par la fermentation qu'ilses
citent dans les humans ; dia
latent les porés des vaiffeaux ,
& des parties mufculeufes
I iiij
104 MERCURE
pour procurer bien toft une
iffue favorable
aux matieres
déja diffoutes
& dérangées
par l'efprit arfenical , & pour
mettre en diffolution celles
que le mefme efprit peut avoir
coagulées
, afin qu'elles
ayent plus de facilité d'eftre
entraînées
hors de la maffe
par les purgatifs. Je paffe ,
Monfieur , les autres endroits
de voſtre Lettre , pour m'at.
tacher à celuy - cy , où vous
voulez prouver par un texte
d'Hipocrate
, l. Epid. fect. 7.
que la fièvre n'eftant qu'un
veritable feu , elle eft à même
GALANT.
ΤΟΥ
temps un mouvement extraaordinaire
de la maffe du fang.
Vous ne prenez pas garde
fans doute , Monfieur , qu'-
Hipocrate deffinit feulement
en cet endroit l'effet de
la fiévre pour fa caufe , puis
qu'il prouve ailleurs , quil y
a des fiévres dont l'ardeur eft
au deffous de la chaleur ordi
naire , & pour cet effet il ap
pelle ces fiévres febres parvas ,
ce font celles qu'on nomme
febres caftrenfes. D'ailleurs , on
ne peut point dire qu'on ne
reffente un grand froid dans
les intermittentes , un fort
106 MERCURE
long - temps avant que le
chaud n'arrive. Et peut on
nier qu'on n'ait pas alors la
fiévre , puifque tous les autres
fymptômes , ou du moins la
plûpart , paroiffent : Je fçay
que ceux qui prétendent que
la caufe de la fiévre confifte
dans la chaleur , difent qu'el
leeft alors concentrée, & que
pour marque de cela , on fouf.
fre une grande foif. A cela je
répons que le fentiment de
froid commence toûjours in
terieurement ; c'est à dire par
la region des lombes , & que
la foifqui tourmente alors les
1
GALANT: 107
malades , ne doit pas s'ateribuer
à la chaleur , mais bien
à la fuppreffion ou diminu
tion de la falive , à caufe du
retreciffement des conduits
falivaux , car le fuc Pancrea
tique s'eftant répandu en abondance
, au commencemenedes
fiévres intermittentes
, à caufe de l'ufage alternatif
de ces deux humeurs ,
les colatoires de la falive fe
trouvent refferrez , & ce qui
prouve que la fechereffe caufe
cette foif, c'eft qu'elle eftpla
toft & mieux foulagée par
l'eau tiede que par l'eau froi
108 MERCURE
de. On obfervé une tres gran≈
de chaleur répandue partouc
le corps dans les maniaques ,
fans pourtant quals ayent de
fiévre. Il y a encore une chaleur
acre & exceffive fans fiévre
, dans ceux qui font malades
de l'élephanthiafis
. La
fiévre ne confifte donc point
dans la chaleur exceffive &
furnaturelle
? C'eft , Monfieur
, tout ce que j'avois à
dire fur votre lettre , & j'attens
avec impatience que
vous me donniez de meilleures
raifons pour abandonner
celles que j'ay crû avoir juf
GALANT. Tog
qu'icy. J'approfondis , comme
vous voyez , très - peu les
matieres , au lieu que vous
mettez tout ce que vous avancez
, dans une évidence parfaite.
Je fuis , Monfieur , vôtre,
&c.
Je croy que vous ne dédaignerez
pas d'entendre
les
plaintes qui fuivent.
Ilo MERCURE
PLAINTE
DU PERROQUET.
A Mademoiſelle de L.....
Non
,
On , Clarice , l'on n'eft
point
Toujoursheureux de tout point.
Natifdes lieux où l'Aurore
Brille fur la rive Maure,
Perroquet prédeftine ,
Pour vous je fus amené,
Bean , bien fait , d'un verd
plumage ,
D'un agreable caquet ,
Le plus mignon Perroquet
Qoe l'on mis jamais en cage.
Je bornois tout mon bonheur,
A regner fur voftre coeur.
GALANT. m
En vofre feule perfonne ,
Douce , complaifanie , bonne,
L'avois trouvé de quoy fixer les
voeux
Du Perroquet le plus heureux.
Sur votre verta fevere .
l'avois fondé l'espoir de mon fort
le plus doux.
Iamais dans nos amours , de crainte
ou de colere ,
Maiftre de voftre coeur , encor plus
feur de vous
l'efois amant , & n'eftois point
jaloux.
Nul d'un air careſſant avec même
tendreffe,
Nul , comme moy , d'un ton languiffant
&flateur,
Ne vous nomma mon petit coeur.
A toute autre flame infenfible,
Sourde à cent frivoles difcours,
112 MERCURE
Vous n'écoutiezque moy; vous m'écoutiez
toujours ,
Amoy feal vous prétiez une oreille
paifible,
Quand je parlois de nos amours.
Mais ,belas ! quel affreux préfage
Vient de troubler mon coeur & con.
fondre mes fens?
Les Oiseaux toujours en partage
'Eurent l'art des preffentimens.
'Te crains je ne fçay quoy que je n'ofe
vous dire ,
Que malgré ma tendreſſe & malgré
voftré foy
Un plus jufte devoir ne vous dérobe
na moy.
Peut eftre , helas ! vous n'enfaises
que rire.
Mais moy taciturne & confus,
Temourray de dépit , ou 'ne jaferay
plus.
GALANT. mj
-
a
Le Sieur Brun, Imprimeur
& Marchand Libraire de Bordeaux
, qui eft à la rue Saine
James , à l'Enfeigne de l'Imitation
de Jefus , a imprimé
des Cartes de Grammaire , à
peu prés femblables à celles
de Geographie qui ont paru
depuis quelque temps . On
voit fur une même Carte la
figure ou du Roy , ou de la
Reine , ou du Valet , ou bien
une pique , un coeur , un carreau
, une trefle , avec un chifre
qui marque la valeur de
la Carte , & une Conjugaison
d'un Verbe actif, ou paffif,,
Fanvier 1697.
K
114 MERCURE
ou déponent , ou anomal , ou
imperfonnel , ou une Déclinaifon
d'un nom , de quelque
Declinaiſon , comme de la
premiere, de la feconde , de la
troifiéme,ou de la quatrième .
De cette maniere les Enfans
peuvent jouër toutes fortesde
jeux , & avoir toujours devant
les yeux une Déclinaiſon ou
une conjugaison, & apprendre
par ce moyen la declinaifon
des noms , ou la conjugaison
des verbesfans aucun livre. Le
tout est fait avec un tel ordre,
qu'il le trouve une couleur
pour chaque forte de verbes,
GALANT. 15
JI
ou de noms . Le même Librai
re aimprimé depuis trois femaines,
la Relation du Voya
ge de Made Montauban ¿ Capitaine
des Elibuftiersen Gui
née en 1699. avec une Deferis
ption du Royaume du Capde
Lopes , des moeurs , des Coutu
mes, & de la Religion dupays.
Ce Livre eft fort duriepx. On
y.
voit d'étonnantes avantus
res , beaucoup de prifes que
ee Capitaine faites , foit fur
les coltes.del Guinées faitfor
celles d'Angola , foir auxdfles
du Cap - Verd, Ifles du Prince,
Saine Omer, Saint Thome ,
Kij
116 MERCURE
&c. beaucoup de combats.
qu'il a donnez à des Vaiffeaux
ennemis de toute grandeur ,
avec une fageffe & une intrepidité
merveilleufe. Le plus
remarquable eft celuy qu'il
donna à la Garde- cofte d'An .
gola. C'eftoit un Anglois de
cinquante - quatre Canons.
Lors qu'il l'eut pris , le Capitaine
ennemy mit le feu à fes
poudres , & les deux Vaiffeaux
qui cftoient accrochez , fautérent
en l'air. M.de Montauban
, dont le nom veritable
eft Montaubond , décrit
ce feu terrible, qui enleva ces
GALANT. 117
7
deux Vaiffeaux en l'air à plus
de deux cens toifes , & le bon
heur avec lequel il fe fauva ,
avec quinze ou feize des
fiens . On fçait que pareilles
avantures font arrivées à d'autres
Officiers . Thomas Rhoë
dans fa Relation , fait men,
tion d'un femblable feu . M
de Coëtlogon , Lieutenant
General , fit un femblable faut
dans le combat que donna
-Mi de Tourville , aux Ennemis
dans la Manche , où il les
battit. M'Grenier , Capitaine
d'une Fregate , fauta auffi en
l'air , il y a deux ans , par le feu
118 MERCURE
qui fe mit àfes poudres , dans
un combat qu'il donna a un
Efpagnol prés de Saint Jean
de Luz . On voit auffi dans la
même Relation une defcription
du Royaume de Gui
née ,fur tout de ce Pays qui
obéit au Roy , qui eft au Cap .
de Lopez . On n'y mange que
de la chair d'Elephant , de
Buffle , & des Poiffons , des
Bananes , & quelques autres
fruits On n'yboit que de l'eau
ou du vin de Palmes. Les Ha
bitans ont une petite teinture
de la Religion Chreftienne.
Le Frere du Roy qu'on apGALANT.
119
auſſi
pelle le Prince Thomas , fic
baptifer un de fes enfans
duquel M' de Montauban fut
Parrain , & comme ce Capi
taine avoit dit au Prince qui
luy demandoit le nom du
Roy de France , qu'on l'ap
pelloit Louis le Grand , il you
lut que fon Fils portalt auffi
le nom de Louis le Grand. Le
Chef de leur Réligion s'apǝ
pelle Papa. Celuy qui les gou
vernoir pour lors mourut , &
la Pompe funebre dura pene
dant huit jours , fuivant la
coutume du pays . On n'hat
bite là que dans des cabanes.
2
120 MERCURE
Get endroit eft fort curieux:
M³ de Montauban fut porté
aux Barbades par un Capitaine
Anglois . M' Ruffel , general
des Ifles Angloifes , le fic
toûjours refferrer jufques à ce
qu'il fuft porté à la Martini ,
que,où il vit mourir M'de Ble
nac. De là il paſſa en France
avec deux hommes des fiens ,
c'eft- à dire de quinze ou leize
avec lefquels il s'eftoit fauvé.
Tout cecy eft raconté d'une
maniere fi naïve & fi expreffive
, qu'on a beaucoup de
plaifir à lire cette Relation ,
qui n'a efté faite que pour
rendre
GALANT, 12L
rendre compte à M' Phelypeaux
, de la Campagne que
ce. Capitaine , dont les Gazet
tes ont parlé , & qui eft forty
connu à Bordeaux , a faite en
Guinée.
Voicy une chofe de Phyfique
trés - remarquable . A
la fin du mois de May der..
nier , dans la Paroiffe Saint
Antoine de Pizou , en Peri-1
gord , Jurifdiction de Monpont
, & proche le Château
de Mademoiſelle de Foix , au
cofté de la maiſon de M'
Daulede , s'éleva une vapeur
noire de la groffeur d'une
Fanvier 1697.
L
#2 MERCURE
c'est- à
cuve de douze tonneaux ,
retrente-fix muids
de Paris , dans un champ la
bouré & nan femé. Certe vapeur
s'eftant fur le champ enfamée
, roula dans tout ce
canton, fitmille ravages , renverfa
douze maifons , arracha
Lous les arbres qui fe trouvé
rent en fon chemin , portant
les troncs , quelque gros qu'-
its fuffent , à plus de cent pas
du lieu d'où ils furent arrachez.
Elle paffa fur des perfonnes
fans leur faire mal ,
parce qu'elles fe couchérent
le ventre à terre . Elle paſſa
GALANT. 123
2
auffi fur des blés fans les endommager,
& courut de cette
maniere un quart de lieuë ,
à la veuë de beaucoup de
monde.
1. J'ajoûte une raiſon Phyfi
que fur une chofe , qui caule
toujours de grandes lurprifes
quand elle paroift . Vous la
trouverez dans cette Lettre?
יי כ
Agaus AUS GOVI UVA (31
EXPLICATION PHYSIQUE
del'Apparition des Efprits.
Ous ne devez pas tant me
flater, Monfieur , fur mes
Explications Phyfiques de l'autre
Lij
024 MERCURE
jour , elles eftoient bien plus cavalieres
que ſcientifiques , & je m'éronne
qu'aprés le peu de fatisfac
tion qu'elles doivent vous avoir
donné , vous m'engagieZ encore à
ous répondre fur de pareilles
ftions , vous à qui j'ay dit tant
de fois que je ne m'eftois ja .
mais appliqué ferieusement aux
Sciences ; que leur recherche m'avoit
paru trop ennuyeuſe , ou trop
ingrate , & que je n'avoisfait que
badiner avec elles. Cependant ,
malgré cet aveu qui n'estque trop
fincére, vous voulez quejefois Phy
ficien , vous prétende , ditesvous
, qu'en cette qualitéje vous
GALANT
$25

explique l'apparition de ces figu
res d'hommes , que l'on voit quel
quefois dans les Cimetieres , dans
les Champs de Batailles , & dans
les lieux où ily a eu des corps enterrez.
Favoüefranchement qu'il
eft fi difficile de donner une expli
cation Phyfique à ce Phenomene ,
qui a toujours paffe , ou pour furnaturel,
ou pour impoffible , que
fi vous me laiffiez le choix de l'un
de ces deux parti , je fçais bien
lequel j'aurois à prendre , mais
vous n'en feriez pas content , car
il vous femble que qui pourroit
trouver un milieu , ce font encore
vos termes , entre les deux fenti.
Lij
126 MERCURE
raimens
oppofez des efprits forts &
desplus credules, romproit la glace,
& ne laifferoit plus de doute
fur une chofe où tant de gens
fonnables de bonne foy , ont
donné. Je crois donc que l'on pour -
roit s'imaginer que lors que l'on a
donné quelque bataille dans une
campagne où l'on a enterré enſuite
les corps morts , fort peu avant
dans la terre , le Soleil venant à
faire des attractions de toutes les
parties du corps , l'inclination na,
turelle qu'elles ont à ſe tenir jointes
enfemble , en la même maniere
qu'elles estoient dans ces corps
leurfera garder la mefme figure,
GALANT. 127
& l'on pourra diftinguer une t eſte,
des bras , des jambes , c. ce qui
fera bienplus apparent fi quelque
feu étranger , comme une étoile
tombante , vient à paffer far ces
figures , enflamme legerement leur
matiere qui y eft difpofé , & les
fait voir plus diftinctement ? Que
fil on m'objecte que ces apparences;
devroient par ce moyen eftre communes
, il est aisé de répondre que
fi ellesfont rares , ce n'eftque parce
qu'il faut un grand nombre de
circonstances pour les faire voir :
par exemple , une attraction violence
du Soleil , un grand & lorg
calme de l'air , pour ne pas rompie
Liiij
128
MERCURE
le fubtil
enchaînement de ces matieres
, une clarté quiy furvienne
par unfeu veritable , &par une
fimple reflexion de quelque corps
lumineux , enfin qu'il n'y ait
aucun nuage interpofé qui les empêche
d'eftre vûës. Voilà , Monfieur
, tout ce que j'ay pû rêver
de plus vray femblable, ſur une
chofe fi douteuse. Voyez jufqu'où
mon
imagination s'eft emportée , je
me trouve en pays perdu pour l'amour
de vous , mais je sçauray
toujours bien revenir quand il s'a
gira de vousfervirplus utilement ,
& de vous prouver que je fuis ,
Voftre , &c.
GALANT
129
+
Vous me demandez des
nouvelles de ce qui eſt arrivé
à Carhaix , dont vous n'avez
entendu parler qu'en termes
confus. J'ay eu loin de m'en
informer , & voicy ce que j'en
ay appris . Je vous diray d'abord
que Carhaix eſt une petite
Ville de Bretagne , dans
le Diocele de Quimper , fituée
fur le fommet d'une pe
tite montagne , & arrofée de
la petite riviere d'Ier , qui cou.
lant au bas de cette Montagne
le long d'un petit Fauxbourg
, nommé Roug- le. Bizan
, ou petit Carhaix , va ar130
MERCURE
rofer quantité de prairies , qui
rendent le Pays fertile en
pafturages , & fecond en bef
tiaux . Cette Ville , quoy qu'à
prefent d'une étendue mediocre
, eftoit anciennement
une des plus grandes & des
plus confiderables de Bretagne.
Elle fut pillée & preſque
reduite en cendres par les
Anglois , en l'année 1978. Les
anciens Comtes de Bretagne
y faifoient leur refidence or
dinaire. On y voit encore les
ruines d'un vieux Chasteau ,
& les chemins qui font aux
environs de la Ville ont conGALANT
13
fervé jufqu'à aujourd'huy les
anciens noms des ruës . Le
Convent des Peres Auguftins
qui eft fort grand & tres ancien
, eft une preuve convainquante
que cette Ville eftoit
autrefois tres confiderable,
Je viens à ce que vous avez
envie de fçavoir. Il y a plus
d'un an que M Etienne ,
Bourgeois de la mefme Ville
& fort entendu , faiſant tra
vailler dans un jardin qu'il a
fait faire aux environs de cette
Ville , qui est un ouvrage
des plus curieux & des plus
beaux , qui foit dans ce can132
MERCURE
ton , trouva un puits , dont
l'entrée eftoit fermée . L'ayant
fait découvrir & percer environ
deux toiſes de profondeur
, on y trouva une tres
belle voute , fort bien peinte,
de la largeur d'environ huit
pieds , d'une figure ronde ,
élevée de fix à fept pieds , &
lors qu'on eut fait continuer à
percer aux environs de cette
voute , on découvritun chemin
fouterrain , voutéde la largeur
de fix pieds , qui paroif
foit conduire fort loin , ayant
une pente tres - douce dont
on ne s'appercevoit prefque
GALANT. 433
pas. Il en fut donné avis àм ' de
la Raudiere Raguideau , Senef
chal & premier Magiftrat de
la Ville , lequel s'eftant rendu
fur les lieux , accompa
gné des plus notables Habi
tans , fit apporter plufieurs
flambeaux de cire , lefquels
eftant allumez , il fit entrer
plufieurs perfonnes dans ce
chemin fouterrain . Ceux - cy
ayant avancé environ trente
ou quarante pieds , remarqué.
rent que ce chemin alloir
pour lors en defcendant , &
qu'ily faifoit grand froid . En
effet , tous les flambeaux s'é134
MERCURE
1
teignirent , ce qui obligea de
fe fervir de lanternes , dans
lefquelles on fit mettre plu
fieurs chandelles allumées ,
de forte que par ce moyen
on put encore continuer ce
chemin environ cinquante
pas toujours en defcendant ,
& on remarquoit que ce froid
augmentoit. Les chandelles
s'éteignirent dans ces lanter
nes , & ceux qui estoient dans
ce chemin s'apperceurent
qu'ils periroient s'ils avançoient
plus avant , car ils fentoient
de grands maux de
coeur , ce qui les obligea de
GALANT.
135
fe retirer promptement . Ainfi
on n'a pu encore fçavoir juſ
ques ou conduit ce chemin
fouterrain , perfonne n'ayant
ofé y retourner. Mais cela
prouve clairement que cette
Ville eftoit autrefois fort
grande. On doit faire de nouvelles
tentatives . pour eftre
éclaircy de ce qu'on ignore ,
& je ne manqueray pas à vous
faire part de ce que j'en ap
prendray.
Le titre de la Piece qui fuit
vous fera croire d'abord que .
vous l'avez veuë , parce que
136 MERCURE
je vous en ay déja envoyé une
autre fous ce même titre ;
mais celle- cy eft entierement
differente , & vous doit paroiftre
toute nouvelle , quoy
que Madame la Princeffe de
Savoye foit en France . Ce
font des Vers qui ont efté
faits avant qu'elle y arrivaſt.
CUPIDON COURRIER ,
A MONSEIGNEUR LE DUC
DE BOURGOGNE.
Rince , c'eft Cupidon .
A ce nom PR
GALANT. 137
Point d'alarmes ,
Ne craignez rien, je ſuisfans
armes.
Adelaispour vaincre Mars ,
M'apris mon carquois & mes
dards...
Elle vient donc accompagnée
De la Paix del'Hymenée ,
Et tout le Peuple Savoyard,
Avec des chants d'allegreffe
Suit à l'envi fa Princeffe ,
Et s'empreffe autour de fon
Char.
Dés qu'aufortir de fes montagnes
D'unplus heureuxclimat elle voit
les
campagnes ,
Janvier 1697.
i
M
138 MERCURE
De tendres foins s'emparent de
fon
on coeur.
Amour, Amour , où font tes
ailes ?
Vole, vole versmonVainqueur,
Va luy dire de mes nouvelles.
Tule reconnoîtras àfa noble fierté,
Du Pere de l' Ayeul il a la majesté;
Amour , mon Vainqueur leur
reſſemble.
Ce n'est pas le Perefeul
Ce n'est pas auffi l'Ayeul,
C'est l'un l'autre tout enfemble.
Vole done . Soit que dans les bois
Il reduife un cerfaux abois ;
LA
3
GALANT
139
Soit qu'avec art il dompte un
Courfier dans la plaine;
Soit qu'au milieu des fleurs de
Herosfe
promenes
Et qu'au doux bruit des eaux
Il s'entretienne
.
Avec deux plus jeunes He-
.ros,
Avance toy, di- luy cent chofes de
ma peine ,
Et redis -m'en fur tout encorplus
de la fienne.
S'il veutfçavoir ce que jefais ,
Tu pourras fur ce point, Amour,
lefatisfaire,
Tun'ignores pas mesfecrets ,
Raconte tout àtamaniere.
M.ij
140 MERCURE
Dis-luy que chaque inftant eftu
Siecle pour moy ,
Que je voudrois voler auffi vite
que toy.
Dis que je m'impatiente
Dans une fi longue attentes
Que pourtant fon Portraitfoulage
mon ennuy,
Que j'ay toujours lesyeuxfur
luy ,
Que je luy parle ,que je l'aime.
Le mienl'occupe- t- il demême ?
Prince , d'Adelaïs voila lesfentimens.
Si Cupidon ofoit ajoûter ce qu'il
penſe....
Telles eftoient Diane & Pallas à
dix
ans
GALANT. 141
Telle Funon dans fon augufte enfance.
Mais vous - même vous la
verrez,
Et jefuis feur que vous direz,
Ma Princeffe eft encor mille fois
plus parfaite
Que Cupidon ne me l'afaite.
Le Madrigal que vous allez
lire eft de l'illuftre Mademoi
felle de Scudery.
ELOGE DE CUPIDON
Courrier .
C
Upidon Courrier eft joli ,
Il eſt agreable & poli¸
Et quand il viendroit de Cythere,
142 MERCURE
Il n'entendroit pas mieux un amoureux
miftere;
Mais ce qui me paroift tress
beau ,
C'est que cet Amourfans banı
deau
Sans arc , fans fléches , fans
flambeau ,
Qui parle fi bien de tendreſſe ,
N'abandonne pas la ſageſſe.
Il nest ny malin , nyfripon
Comme celuy d' Anacreon.
Voicy d'autres Vers , qui
ont efté faits dans le temps
du départ de cette même
Princeffe.
GALANT: 143:
A MADAME LA PRINCESSE
DE SAVOYE
U
moment que les eaux
commençoient
à décroiftre
,
A
Que l'air devint plus pur co que
l'on vit paroiftre
Les arbres de verdure & defeuilles
ornez ,
Dans les champs que lesflots avoient
abandonnez,
Dans cet heureux moment la Co
lombe inspirée ba
Prit un rameau d'olive , d'une
aile affurée ,
Au reste des humains que l'Arche
contenoit
,
ו ד
144 MERCURE
Vint annoncer la Paix que le ciel
leur donnoit
Par un fort plus heureux , Princeffe
incomparable ,
Comme un Ange du ciel à nos
voeuxfavorable ,
Vous portez avec vous les douceurs
de la Paix ,
Et reparez les maux que la Difcorde
a faits.
Lenaudfacré qui doit unir voſtre
Perfonne
A l'augufte Heritier d'une illuftre
Couronne ,
Faifant ceffer le trouble entre deux
Porentats ,
Retiendra pour jamais la Paix
dans leurs Etats. Le
GALANT.
145
Le ciel touché des maux qui defo
loient la terre
Vouloit la délivrer d'une troplon .
gue guerre,
Mais pour nous garantir de fes
funeftes coups ,
Le Ciel dans fon projet avoit be
foin de vous
De Princes de Rois une Prin
ceffe issue, [ pourvûë,
De rares qualitez beureufement
D'unefprit éclairé, d'une extrême
douceur
,
D'un difcernement fin , d'unfens
droit , d'ungrand coeur,
Fidelle àfes devoirs meritoit l'al-
·liance '
Janvier 1697-
N
146 MERCURE
A
F
Qui luyfera donner des Maitres
à la France.
Sur un objet fi beau le Ciel jettoit
les yeux
Pour former de la Paix le lien
précieux.
Déja toute l'Europe attentive à
la joye
Quiremplit aujourd'huy la Fran.
oe &la Savoye,
Au bruit de nos concerts commence
à respirer
;
La Paix que vous donnez fait
par tout esperer
Qu'on la verra bien toft d'oliviers
couronnée ,
Triompher
en tous lieux de Bellone
enchaînée ,
GALANT. 147
Et malgré le defordre & la rebellion
Faire fleurir les Loix & la Reli •
gion.
Alle grande Princeſſe , achevez
voftre ouvrage.
Faites regner la paix du Rhin
jufques au Tage,
Et que le monde entier vous doive
le
reposi
Dont la perte a couté tant d'illuftres
Heros.
J'ajoûte un Madrigal , fait
fur la Paix de Savoye . Il eft de
Ml'Abbé Jaquelor .
Nij
148 MERCURE
AU ROY .
"Eros , qui ne vois rien d'illustre
comme toy ,
H
Qu'en la Paix que tu viens de
faire
Brille un augufte caractere,
Et que j'y connois bien la grandeur
de mon Roy!
De Dieu tu t'yfais voir le parfait
exemplaire.
Souvent de la même maniere
Par les foibles Mortels quand il
eft irrité,
Sous les éclats de fa colere,
Sont les effets de fa bonté.
GALANT : 149
L'amour eft bizarre dans
les pieges differens qu'il tend
à nos coeurs , & il eft mal - aiſé
de n'y pas fuccomber , fur
tout quand on est dans le bel
âge où tout nous porte à ai
mer. C'est ce que vous allez
connoiftre par l'avanture qui
fuit. On m'affure qu'elle eft
vraye dans toutes les circonftances
, & je la laiffe dans les
mêmes termes que je l'ay
receuë. Un jeune Cavalier,
bien fait , plein d'efprit , &
ayant tout ce qu'il faut pour
plaire, vivoit dans une entiere
indifference pour le beau Se-
N iij
150 MERCURE
xe , & fans vouloir fe fervir des
talens que la nature luy avoit
liberalement prodiguez. Les
agreables intrigues ne le touchoient
point . La Chaſſe faifoit
fon unique paffion , & fembloit
fuffire pour remplir tous
lesdefirs defon coeur . L'amour
ennuyé de voir toujours inutile
un homme d'une fijolie
tournûre , chercha non feulcment
à luy faire éprouver le
pouvoir de fes charmes , mais
il voulut , pour rendre fon
triomphe encore plus beau ,
que la perfonne qui l'affujetit,
euft autant d'averfion que
GALANT. 151
luy pour toutes fortes de
tendres engagemens , afin
qu'en foumettant Fun &
l'autre à fon empire , leurs
Cours changeant , pour ainfi
dire , de nature, ils ne puffent
jamais fe rien reprocher dans
la fuite fur leur premiere indifference
, qui alloit un peu
trop loin. La Ville où ce Cavalier
faifoit fon ordinaire,
fejour eftant tres grande , &
remplie de perfonnes de qualité
, le Gouverneur qui
eftoit un homme galant , &
fort curieux de donner de petites
feftes aux Dames , ne
Niiij
152 MERCURE
manquoit aucune occafion
de faire éclater fa magnificence
, tant par les grands repas
qu'il donnoit ſouvent,
que par mille autres divertif
femens qui fe fuccedoient les
uns aux autres . Un foir ayant
invité toutes les Dames de
fe trouver aprés fouper à un
Balaffez confiderable
,afin de
rendre la chofe plus agreable,
& de donner lieu en même
temps aux Cavaliers de conter
indifferemment leurs raifons
par tout , fans eftre connus
de leurs Maiftreffes , il
pria qu'aucun homme n'enGALANT.
153
traft dans l'affemblée fans un
maſque, & fit entendre qu'on
l'obligeroit de ne l'ôter point ,
ce qu'il executa le premier
fort exactement. Les Dames
au contraire , comme eftant
toujours bonnes à voir , n'y
eſtoient receuës qu'à vifage
découpert , & fans aucun dé
guilement. Le Cavalier ayant
efté entraîné par une troupe
de fes Amis qui le forcerent
de le maſquer , & de venir
avec eux paffer une heure à
cette fefte generale , l'amour
profira de ce moment pour
Juy mettre dans le coeur une
154 MERCURE
paffion violente , dans le
temps qu'il s'en croyoir le
plus éloigné. Ses yeux s'attachant
d'abord à confiderer
plutoft les habillemens fuperbes
des Dames , qu'à étu
dier leurs traits , il y en eut
une particulierement
qui luy
parut fi magnifique en pierreries
& en ajuſtemens
, qu'il y
fixa fes regards affez longtemps
, & chercha même à
s'en approcher pour voir de
plus prés le joly tour qu'elle
avoit donné à la parure . Cette
Dame , quoy qu'inconnuë à
toute l'affemblée , ne laifGALANT.
´´ 155
foit pas d'avoir plus d'adora .
teurs qu'aucune autre. Lacuriofité
enfin le porta à luy dire
quelque chofe de galant ,
mais dans le feul deffein de
voir de quel air elle fçauroit
y répondie. Comme il avoit
infiniment de l'efprit , la vivacité
qu'il remarqua dans les
réponſes de cette fpirituel
le Perfonne l'ayant engagé
peu à peu àlier une vraye con
verſation avec elle , il fe trouva
bien- toft enchanté par les
oreilles , & fes yeux ne tardérent
guère gouter enfuite
le même plaifir. Ainfi il fu
156 MERCURE
obligé de tomber d'accord
avec luy - même , que s'il n'avoit
rien vû de plus charmanc
que cette Belle inconnue , il
n'avoit auffi jamais reffenti fi
peu d'indifference
pour une
femme , qu'il en reffentoit
pour celle - là. Certaine joye
fecrette qu'il avoit à voir cette
jeune perfonne , certains
petits empreffemens
ignorez
de luy juſques alors, ſon émo
tion , enfin fon trouble fou.
dain , tout luy annonça qu'un
moment d'attaque fuffit quelquefois
pour vaincre le coeur
le plus rebelle à l'amour . Dés
GALANT. 157
cet inſtant loin de fe faire un
crime d'aimer , s'en faifant
même un devoir , il feroit
mal aifé de repeter toutes les
galanteries que fa paffion
naiffante luy infpiroit continuellement
, quoy qu'il n'euft
jamais eu qu'un tres- leger
commerce avec les Dames.
On peut dire cependant qu'-
on ne peut tourner les chofes
plus agreablement , nyexpli
quer plus finement les mouvemens
d'un coeur tout à
coup charmé, que faifoit ce
nouvel Amant. La Belle de
fon cofté qui prenoit plutoft
18 MERCURE
fes affurances d'amour pour
un jeu d'efprit , que pour une
affaire férieule , y répondoit
avec toute la politeſſe imaginable
, & ne croyoit d'aucune
confequence quelques paroles
flateufes qu'elle laiffoit
échaper dans la converfation ,
& qui ne laiffoient pas de mettre
un vray comble àla paſſion
du credule Cavalier . Deux
raifons empefchoient certe
Dame de fe faire aucun fcrupule
de cet air de liberté ,
l'une qu'elle eftoit fort fûre
que perfonne ne la pouvoit
connoiftre en ce lieu- là , &
GALANT. 159
autre qu'elle parloit à un
Mafque qu'elle n'aimoit aucunement
, & qu'elle croyoit
ne devoir revoir de fa vie .
Pour cet effet il eut beau redoubler
fes prieres pour l'engager
à luy apprendre fon
nom , & le lieu de fa dem eure
, elle s'obſtina à luy cacher
l'un & l'autre , & dans la crainte
qu'elle eut que l'envie qu'il
marquoit de la connoiftre , ne
l'engageaft à la fuivre quand
elle fortiroit du Bal , elle pric
le temps qu'on le vint prendre
à danler , pour le tirer
Lans qu'il en vift rien , & elle
160 MERCURE
le fit fi adroitement qu'il ne
s'en apperçût point . Quelle
fut la furprife du Cavalier ,
lors qu'aprés avoir dancé , il
revint au lieu où il l'avoit laiffée
, & qu'il ne l'y trouva plus .
Il fortit brufquement , & ne
negligea rien pour apprendre
de les nouvelles.Mais tous fes
foins furent inutiles. Le Caroffe
de cette aimable inconnuë
eftoit déja extrêmement
éloigné, & quelques- uns de
fes gens qu'il avoit dépêchez
aprés pour fçavoir du moins
de quel cofté il pouvoit eftre
tourné, luy rapportérent qu'il
GALANT, 161
eftoit forti de la Ville , & alloit
à toute bride du cofté de
la campagne. Quoy que cette
nouvelle fût pour luy un coup
de foudre , loin de fe confumer
en regrers inutiles , il me
perdit aucun temps pour fatisfaire
à ce qu'il crut devoir
à ſon amour , & aprés avoir
parcouru toute la Ville pour
découvrir en quel lieu la Caroffe
de la Dame s'eftoit ar
reſté en arrivant , il prit duymefme
des chevaux de Pofte ,
& courut pendant quelques
jours en Chevalier errant
s'informant par tout de la
Fanvier 1697.
O
162 MERCURE
que
charmante perfonne qui luy
caufoit tant d'inquietude , fans
pouvoirladéfigner autrement
que par une tres belle Dame
fortie de la Ville dans un carroffe
à fix chevaux : mais foit
l'obscurité de la nuit luy
euft donné lieu de s'éloigner
beaucoup fans eftre vûë de
perfonne , ou que la bizarrerie
de fa deftinée l'ordonnaſt
ainfi pour le punir de fes airs
d'indifference qu'il avoit gar.
dez un peu trop long- temps ,
il revint de fa courfe auffi mal
inftruit qu'il eftoit parti , mais
bien plus piqué qu'auparaGALANT.
163
&
vant , & ne pouvant , quoiqu'il
deuſt ſouffrir , le repentir
d'avoir donné fon coeur. à
la perfonne du monde la plus
accomplie felon fes yeux ,
felon ceux de tous les amis
qui l'avoient vûë au bal , &
qui ne trouvoient de fâcheux
dans fon choix que l'impoffibilité
apparente de voir jamais
fes defirs contens. Des
commencemens fi cruels ,
loin d'affoiblir fon amour ,
ne firent qu'y donner un nouvel
aiguillon . Quelque mal
fondée que la conftance paruft
il s'en fit une auftere loy,
O ij
164 MERCURE
& rien ne put jamais le dé
tromper de l'efperance flareuſe
dans laquelle il s'entretenoit
de voir à la fin ſa paſfion
fuivie d'un heureux fuccez.
Ses grands biens , fa
naiſſance , fa figure , fon efprit
, tout enfin parloit en
fa faveur ; mais le moyen de
faire valoir aucunede ces qua
litez auprés d'une perfonne
qu'on ne connoiſt point , &
qu'on ne fçait ou pouvoir
trouver ? Ces raifons qui le
devoient rebuter ne l'effrayoient
point. Parmi les
plus grands troubles dont il
GALANT. 165
eftoit agité , certains preffentimens
fecrets du bonheur
qu'il efperoit , fervoient à le
raffeurer. On avoit beau le
railler fur fa folle fidelité , il
eftoit inébranlable dans fes
amoureuſes refolutions , &
rien ne pouvoir les faire changer.
Deux mois aprés fon
avanture du bal , comme on
parla de donner la chaffe â
un loup qui faifoit des dégafts
confiderables, quoique
ce fût à vingt lieuës de la ville
où il demeuroit , il ne manqua
pas à eftre des premiers
à s'embarquer dans cette par166
MERCURE
tie. Le jour fixé , il ſe trouva
ponctuellement au rendezvous
, & fon ardeur eftant des
plus empreffées , à peine futil
entré dans la foreft , qu'il
pouffa fon cheval fi vivement
que pas un ne le put fuivre,
A la fin , comme il ne connoiffoir
aucunement les routes
, la crainte de s'égarer
l'ayant empêché d'avancer
plus loin , en attendant les
autres Chaffeurs , il mir pied
à terre, cherchant enfuite des
-yeux quelque petite fontaine
pour tâcher d'étancher la foif
que luy caufoient l'exceflive
GALANT. 167
chaleur du jour , & la vio .
lence de fon exercice . Il vit ,
à force de tourner , un endroit
qui luy parut moins fombre
que les autres , & crut melme
entendre un bruit fourd affez
femblable à celuy que caufe
ordinairement l'écoulement
des eaux d'un Fleuve. Il ne
pas
fe trompoit point , & il n'eut
fitoft avancé la longueur
de deux portées de moulquer,
qu'il reconnut que ce lieu
eftoit une des extremitez de
la Foreft , au bord de laquelle
couloit une petite Riviere ,
168 MERCURE
mais des plus claires , & telle
qu'il la pouvoit fouhaiter. Il
ne faut pas demandér fi cer
aſpect le réjoüit , & s'il profi,
ta avec empreffement d'une
fi heureuſe découverte , La fo
litude , & le doux murmure
des eaux luy faiſant infenfi
blement naiſtre l'envie de réver
, il attacha fon cheval à
un hêtre , & s'affit dans le def
fein de bien promener fon
imagination ; mais le fommeil
le furprit prefque auffitoft
, & le renverfa peu à peu
fur un lit de gazon que la nature
fembloit luy avoit pre-
C
paré
GALANT. 169
1
"
paré exprés en ce lieu là . Une
Marquise dont la demeure
ordinaire eftoit un magnifi .
que Chasteau , fitué environ
à deux cens pas de l'endroit
où ce Cavalier dormoit fi
tranquillement, s'étant trouvée
ce jour là fans compagnie
étrangere , ce qui eftoit
tres - rare chez elle , voulur
jouir de la promenade , & vint
fur le bord de cette petite
Riviere dans l'efperance d'y
trouver un air plus frais que
dans fon Chateau . Elle pric
pour cet effet une fimple Demoiſelle
Suivante avec elle ,
Fanvier 1697.
Р
170 MERCURE
ap-
& le hazard luy fit choifir entre
plufieurs autres une allée
qui luy procura bientoft l'ai
mable vue du beau Dormeur.
Cette Marquife eftoit veuve
depuis trois ans , fans toutefois
que fon coeur le fuft
perçû de la perte de fon
Epoux , que par des fentimens
de joye affez bien fondez.
Elle fe trouvoit par ce
moyen une tres-riche doüairière,
& débaraſſée d'un vieux
Septuagenaire qui la voyant
tres belle & dans la fleur de
fes ans, mettoit tous les foins
à la retenir dansfonChaſteau,
GALANT. 171
ou la fuivoit pas à pas toutes
les fois qu'elle ne pouvoit fe
difpenfer de fortir , ſa jaloufie
luy faifant croire que parmi
les glaçons de la vieilleffe,
un homme d'une figure auffi
peu ragoutante que la fienne
devoit craindre de tomber
dans les malheurs qui font
prefque inévitables à tous les
vieux maris, qui ont de jolies
femmes. La Dame n'ayant
encore goufté que tres- foi
blement les douceurs du mariage
, & en ayant au contraire
connu les dés - agréméns
dans toute leur éten-
Pij
172 MERCURE
que , quelque parti qu'on luy
proposât , elle faifoit la fourde
oreille . Les plus doux enga
gemens n'avoient rien qui ne
luy fift peur. L'indépendance
dont levenvage la faifoit jouir
la flatoit par - deffus toutes
chofes . Cependant , à l'afpect
du Cavalier , dormant dans
un lieu où il eftoit fi extraordinaire
de voir quelqu'un,
elle fremit tout d'un coup.
Elle voulut mefme s'en retourner
au plus- vifte, lorſque
fa Suivante qui n'étoit pas naturellement
timide Fobligea
de s'arrefter , en luy difant
GALANT 273
A
qu'une femme de fa qualité,
au milieu de ſes Terres , & à
la porte de fon Chateau , n'a
voit nul fujer d'apprehender
qu'on luy fit infulse . D'ail
lears , ajoûta cette Suivante,
que craindre d'un Cavalier
que l'équipage de fon cheval
qui eft affez magnifique,
vous fait connoiftre pour n'ê
tre pas un homme de rien ?
Apparemment il s'eft égaré
en vous venant rendre vifite,
? Nous en pouvons approcher
fans crainte , il n'a pas l'air
de vouloir du mal aux Dames.
Non-feulement ces paroles
Pij
174 MERCURE

raffeurerent la jeune Mar
quife , mais il fembla qu'un
fecret penchant l'entraifnant
malgré elle, fes pas redoublerent
pour voir plus prompte
ment qui pouvoit eſtre celuy
qui dormoit. Son viſage parut
également inconnu à tou
tes les deux , mais la Marqui
fe s'attacha bien plus que fa
Suivante à en confiderer tous
les traits . Plus elle en approchoit,
& plus fes yeux avoient
peine às'en détacher ; le moment
fatal eftoit proche, auquel
fon coeur devoit enfin
ceder à l'amour. Un air noGALANT.
ble , une phyfionomie heur
reuſe , une grande douceur
apparente , tout ce qu'elle
voyoir , en un mot , la prévenant
en faveur du Cavalier,
elle avoüa bien - toft en ellemême
que jamais un homme
fr accompli ne s'eſtoit offert
à fa veue . Elle commença dés
ce moment à fentir un trouble
qui luy eftoit inconnu.
Certains foupirs qui luy échaperent
, la firent appercevoir
de la fenfibilité de fon coeur.
Bien loin de s'en repentir ,
elle s'y abandonna , & ne put
même s'empêcher de dire à
Piiij
176 MERCURE
>
fa Suivante , que fi fon vieux
Jaloux avoit eu un feul des
traits de cet agreable Inconnu
, fa
perte ne luy auroit pas
couté fi peu de larmes . L'a
droite Fille, à qui elle fit cette
confidence ne combattit
point ces doux fentimens .
Elle applaudit même à fon
bon gouft , loüa fa delicateffe,
& éleva infiniment la phifionomie
brillante , la bonne
mine , le caractere de gran.
deur , la taille avantageule,
& generalement enfin toute
la perfonne du Cavalier. Il
n'étoit pas befoin d'aide pour
GALANT. 177
achever de charmer Taimable
Veuve . Loin d'en demeu
rer aux fimples termes de l'e
ftime, elle avoit déja conceu
une paffion violente , & fe
difoit fecretement dans l'a.
me , que fi un Gentilhomme
d'une pareille figure s'atta
choir à fa conquefte , fod
averfion pour un fecondma.
riage feroit bien- toft diffipee.
Aprés qu'elle cut alongs traits.
avalé le doux poifon qu'elle
prenoit par les yeux , comme
elle eftoit du nombre de ces
genies rares , fins , infiniment
polis , & d'une vivacité en178
MERCURE
chantée , l'impatience de dé
cider fi l'efprit du Heros qu
elle le propofoit , répondoit
aux perfections de fon corps,
luy fit prendre le party
de retourner
promptement chez
elle , afin d'envoyer un Valet
de chambre pour éveiller le
bel Inconnu , & pour l'enga
ger à luy rendre une vifite ;
mais à peine eut- elle le dos
tourné pour reprendre la
route de fon Chateau , que
la Cavalier s'éveilla enfurfaur,
occupé d'un fonge qui luy
avoit reprefenté une Dame
armée , laquelle vouloit luy
GALANT: 179
1
percer le coeur avec un dardi
Il rit de la peur que luy avoient
pû caufer les armes
d'une femme , & remonta à
cheval , aprés qu'un bruit
confus de chiens & de
cors de chaffe luy eut indiqué
la route des autres Chaf
feurs , fans que la rendre Marquiſe
fe fuft apperçue du
moindre mouvement , à caufe
des détours du chemin qui le
déroboient entierement à fa
vûë. Quel chagrin , & quelle
cruelle émotion ne reffentitelle
point , au rapport que luy
fit fon Valet de Chambre , du
180 MERCURE
peu de fuccés qu'avoient eu
fes foins empreffez à chercher
le Cavalier. Elle fe reprocha
mille fois l'imprudence qu'elle
avoit euë de s'éloigner d'un
objet qui luy déplaifoit fi
peu . Elle s'en voulut un mal
infini , & dés ce moment ,
comme fi les plaifirs luy fulfent
devenus odieux , elle fe
retira dans fa chambre , relo .
luë de fuir toute forte de com .
merce , & de ne s'occuper que
du fouvenir du beau Dor
meur. Tant d'amour peut il
naiſtre en fi peu de temps ,
dans le coeur de deux perfonGALANT.
08
nes également indifferentes ,
& y faire des ravages fi terri
bles Quelque foin que prift
Ja Suivante de diftraire fa
Maiftreffe , de les mornes rêveries
, l'amoureux fantôme
la touchoit trop pour l'oublier
un moment . Les jours
& les nuits n'avoient guere
de difference pour elle , puis
qu'elle ne pouvoit jamais attraper
une heure de veritable
repos. Si elle ouvroit la.
bouche , fes difcours rouloient
toujours fur l'obligation
qu'elle auroit au ciel , s'il
luy vouloit donner un époux
"
182 MERCURE
auffi parfait que le Cavalier
quand mefme il feroit fans
aucun bien . Elle fe plaignoit
auffi fans ceffe de l'injuftice
du fort qui la traitoit firigoureufement
que de l'expofer à
mille troubles inoüis , fans luy
faire au moins connoiftre le
nom de celuy qui avoit allumé
dans fon ame des feux , que
l'abfence ny le temps ne
pourroient jamais éteindre.
Si elle reffentoit vivement les
traits de cette paffion , le Cavalier
n'eftoit guere moins à
plaindre de fon cofté , dans
l'enteftement qu'il avoit d'ai-
1
1
GALANT. 1 182
mer juſqu'à la mort , la Dame
qui l'avoit touché le foir du
Bal. Quoy que fes amis filfent
pour le guérir , il n'écoutoit
que fon amour , & fermoit
l'oreille à tout ce qu'on
luy pouvoir dire fur ce ſujet.
Certaine Difeufe de bonné
avanture luy ayant dit un jour
par hazard , qu'il n'aimeroit
jamais qu'une fois , & qu'il feroit
également aimé , il ajoûta
tant de foy à ce pronoftic ,
qu'il aimoit mieux s'expofer
à fouffrir toujours par la contance
, que de chercher fon
konheur avec une autre que
184 MERCURE
fa chère Inconnue. Il n'eut
pas plutoft rejoint les Chaf
feurs qu'il eut l'avantage de
fe trouver à la mort du Loup ,
à laquelle il ne contribua pas
peu , par un coup de piſtoler
qu'il luy donna dans l'épaule
droite. La Chaffe ainfi agréa
blement finie , comme l'exer
cice avoit fait näiftre beaucoup
d'appetit à toute la
Troupe , un Gentilhomme
qui estoit de la partie , offric
fa maifon , qui joignoit la Foreft
, pour s'y venir repofer.
Le party fuc accepté , & la
chere delicieufe que l'on y
GALANT. 185
trouva , fit oublier promptement
toutes les fatigues de
cettejournée.Pendantle repas
le Cavalier fe diftingua fort
audeffus des autres, par fesmanieres
engageantes & par tout
le brillant de ſon eſpris, que
seltant déja fait un folide mcrite
auprés du Gentilhomme ,
qui avoit affez de penetration
& de bon fens , pour luy rendre
la justice qui luy effort
due , lors qu'il fut queſtion
de prendre congé de luy , il
fut prié fi inſtamment de refter
encore quelque temps
pour profiter de la belle faide
Janvier 1697
186 MERCURE
fon , dans le pays du monde
le meilleur , pour toutes fortes
de chaffes , qu'aprés beaucoup
d'honneftetez reciproques
, il y confentit . Quinze
jours aprés, la Femme du Gentilhomme
eftant accouchée
d'une Fille , le Pere crut ne
pouvoir mieux marquer l'eftime
qu'il avoit pour le Ca
valier qui eftoit encore chez
luy , qu'en le priant de luy
vouloir bien donner le nom ,
avec une Dame de fes voififon
intime Amie , qu'il
ne feroit point fâché de connoiftre.
Le Cavalier ayant accepté
la chofe, crut devoir un
nes ,
• GALANT 187
compliment à cette Dame ) ,
avant que l'on fift la ceremo
# nie.Il fe fit conduire chez elle
t
à l'infceu même du Gentilhomme
, chez lequel il demeuroit.
Mais quelle plaifan
te furprise pour luy, lors qu'en
entrant dans fon appartement
, il la reconnut pour
cette divine perfonne qui l'avoit
charmé le foir du Bal, &
qui l'occupoit uniquement
depuis ce jour fatal àla liber
té. L'excés de fon bonheur
luy ayant d'abord ofté la parole
, il fe jetta brufquement
à fes pieds fans luy rien dire ,
188 MERCURE
embrafla fes genoux, prit une
de ſes mains avec toute la ten.
dreffe imaginable , & fit enfin
tout ce qu'un homme qui
retrouve ce qu'il aime dans
le moment qu'il le croit le
moins , peut imaginer pour
exprimer l'exces de fa joye.
A peine fut il un peu revenu
de fon premier étonnement ,
qu'il entra dans les difcours
du monde les plus tendres &
les plus paffionnez . Mille
doux tranfports accompa
-gnoient fes paroles ; fes yeux
en difoient encore mille fois
plus que fà bouche , & enfin
il mettoit tout en ufage pour
GALANT, 189
perfuader la jeune Dame de
la fincerité de fon amour;luy
racontant tout ce que la fide
lité qu'il luy avoit gardée jufque-
là , luy avoit fait entreprendre
, & luy en jurant une
pareille jufqu'au dernier foupir
defa vie. Mais s'il comptoit
cette rencontre pour la plus
fortunée de fes jours , la Dame
de fon costé eftoit fi pleinement
fatisfaite de ce qu'el
le voyoit , que fon unique
crainte eftoit que les yeux ne
la trompaffent. Cette aimable
perfonne eftoit la même qui
avoit vûce Cavalier le jour
190 MERCURE
de la Chaffe au Loup , dormant
au bord d'une riviere .
Elle eftoit cette même Dame
qui l'avoit dés lors reconnu
pour fon vainqueur , & qui ,
comme nous venons de dire ,
ne demandoit au Ciel que
l'avantage de rencontrer un
pareil Epoux . Non feulement
elle le retrouvoit dans le mó .
ment qu'elle avoit perdu pref
que toute efperance de le revoir
, mais elle le retrouvoit
penetré d'amour pour elle, &
luy offrant cent fois fon coeur
avec les plus forts fermens de
la laiffer toujours maiftreffe
GALANT. 191
de fes volontez Quelle joye
pouvoit égaler la fienne , &
que ne devoit pas faire fon
amour dans une fi charmante
occafion? Auffi crut elle hors
de faifon de diffimuler avec
un homme qui luy eſtoit ſi
peu indifferent. Elle luy conta
naturellement tout le paffé ,
& ne luy déguifa rien des
fortes préventions qu'elle avoit
eues en fa faveur. A ce
récit il est aisé de juger quel
plaifir il goûtoit , & files
affurances réciproques qu'ils
ſe donnerent mutuellement
d'un éternel amour, n'étoient
792 MERCURE
-
pas prononcées avec tout ce
que la paffion peut infpirer
de plus touchant. Qu'il cuft
efté réjouiflant de voir ces
deux Amans dans ce premier
quart d'heure , je veux dire ,
la Belle laiffant agir tous les
charmes , & le Cavalier n'oubliant
rien pour plaire parfaitement.
Mais les paroles leur
femblant bien toft crop peu
de chofe pour fe convaincre
entierement de leur reciproque
paffion , ils fongerent fans
perdre de remps , à fe former
une chaîne qui ne puft le brifer
que par la fin de leurs
jours.
GALANT 193
:
jours , & apporterent tant de
diligence pour la conclufiom
de leur mariage , qu'il fe fic
peu de temps aprés qu'ils eurent
donné le nom à la Fille
du Gentilhomme.
1
La Commiffion de Confeiller
Directeur general pour
la fabrique des Jetcons & Me
dailles d'or de Sa Majefté, éra-
Hiie aux Galeries du Louvre,
& prefque toujours efté confée
à des perfonnes diftinuées
par une parfaite conbiffance
dans les Arts. Feu
Varin , fi connu de ce cô -
Janvier 1697.
R
194 MERCURE
té- là dans toute l'Europe , &
au merite duquel la fortune
avoit rendu juftice , l'a exercée
pendant plufieurs années
à la gloire de la France
, & avec un applaudiffe .
ment general ; & tout ce qui
a cfté frápé de fon temps , eft
aujourd'huy recherché par
les Curieux de toute l'Europe
. Feu M' Balin , Orfévre
du Roy , dont les beaux Ou
vrages ont rempli tous les
Appartemens de Sa Majeſté,
& ont efté admirez de toute
la France , & de tous les Etrangers
qui les ont vus , fuc
Γ
GALANT. 195
pourvû de la même Commiffion
aprés la mort de M
Varin , & elle fut donnée enfuire
à M'l'Abbé Bizot. On
peut dire qu'il connoiffoit
profondement les medailles ,
en ayant fait un fort grand
nombre de tres belles & treseftimées
, fur les principales
ctions du Roy. Auffi a - t- il
donné au Public l'Hiftoire
Metallique deHollande, dont
on a fait plufieurs Editions ,'
ce qui n'arrive pas quand les
Livres ne font ny eftimez , ny
recherchez . Aprés la mort de
M'Colbert, qui avoit rempli
Rij
196 MERCURE
cette place de fi bons Sujets ,
ainfi qu'on peut voir par les
deux derniers , comme elle
dépend de la Charge de Sur-
Intendant des Baſtimens , M
de Louvois y nomma M' Petit
, qui l'avoit fervi pour le
Roy dans plufieurs affaires
avec beaucoup de vigilance
& d'exactitude , ce Miniſtre
n'ayant perfonne auprés de
luy qui ne répondiſt à l'activité
qu'il avoit pour le ſervice
de S. M. Enfin cette Commiffion
eftant regardée comme
un employ confiderable,
& digne d'un homme de nom
GALANT. 197
a efté érigée & de
merite
en Charge depuis
quelques
mois . Comme elle eft unique ,
de confiance & de diftination
, plufieurs
perfonnes
fe
font prefentées
pour l'acheter
, & le Roy en a donné la
préference
& l'agrément
à
M' de Launay ; & pour marquer
l'eftime
particuliere
qu'il fait de fa perfonne
, Sa
Majefté a uni à cette Charge
celle de Contrôleur , qui avoit
efté créée en même temps , &
luy a donné
l'agrément
de
l'une & de l'autre , ce qui ne
fait prefque
jamais , les'
Riij
198 MERCURE
hommes fe contrôlant rare
ment eux-mêmes , & fe par
donnant beaucoup de chofes.
Auffi la probité de M¹ de Launay
eft- elle connue du Roy ,
à qui il a l'honneur de parler
fouvent, & de tout ce qu'il y
a de perfonnes de diftinction
dans le Royaume , qui ont la
plûpart affaire à luy , Ila commencé
à former fon gouft en
Italie , & l'a enfuite perfectionné
en France , en forte
qu'il l'a merveilleux pour tout
ce qui regarde les beaux Arts.
A peine fut- il pourvû de cette
nouvelle Charge , qu'il fit.
GALANT. (199
raper les neuf Jettons que
ay fait graver , & dont je
vous envoye l'Eftampe. Ils
ont efté faits pour neuf Treforiers
qui diftribuent lès Fi
nances du Roy Les coins de
toutes les teftes font de M
Rotiers ; celuy du revers du
Jetton du Trefor Royaleft de
M. Mauger ; celuy de l'Extraordinaire
des Guerres , de
M'Rotiers ; celuy de l'Ordi
naire des Guerres , de M Ber
nard ; ceux de l'Artillerie &
des Baftimens , de M'Rouffel,
celuy de la Marine , de M
Heupiere ; celuy des Galetes ,
R iiij
200 MERCURE
de Mr Breton , & ceux des
Parties Cafuelles & de la
Chambre aux deniers , font
de M'Cheron .
Monfieur le Duc de Char
tres ayant fait faire par M
Coypel le Fils , le Tableau
d'Athalie, cet Ouvrage a efté
trouvé fi beau , que ce Prince
a crú le devoir faire voir au
Roy. Il le fit porter au conmencement
de ce mois dans
le grand Appartement de
Verlailles , où Sa Majesté
donna à ce Tableau toutes
les louanges qu'il merite.
Il receut enfuite de grands
GALANT 201
applaudiffemens de toute la
Coeur. Je ne vous en diray
rien davantage , pour laiffer
parler mon Voifin , connu
par plufieurs Ouvrages , dont
le fuccés a égale celuy des
Ouvrages d'efprit qui ont le
plus réuffi depuis quarante
ans . Les Vers que vous allez
lire , ont esté vûs & applaudis
du Roy . Vous fçavez les lumieres
& l'équité de ce Prince,
qui ne fe laiffe jamais prévenir
, & qui juge comme il
gouverne par luy- même.
"
202 MERCURE
SUR LE TABLEAU
D'ATHALIE ,
DE M COY PEL.
JE
VERS LIBRES.
E revenois de voir le Tableau
d'Athalie',
Où le fameux Coypel , prompt à ſe
furpafer,
Fait fentir qu'on peut effacer
Za reputation des Pinceaux d'Italie.
Dans la douce melancolie.
Que me caufoit l'attention ,
Lefommeil me faifit ; mon ame recueillie
[ tion.
Succomba fous le poids de l'admiraGALANT.
203
En cet eftat oùles idées
Sur les objets recents font frequem-"
ment guidées ,
l'eus cette étrange vifion .
25
Le Spectre menaçant d'une hideufe
Femme
Qui portoit la fureur peinte en fes
yeux hagards .
Se prefentant à mes regards ,
letta par ce difcours la frayeur dans
mon ame..
Iufqu'à quand , animez à me mettre
en lambeaux ,
Vos François viendront ils dans les
ombres obfcures ,
Fouiller la poudre des Tombeaux
,
Pour enfairefortir mes triftes avan.
tures ? I loifir,
C'eftoitpeu , qu'abufant d'un odieux
204 MERCURE
Un Auteur immortel embouchaft la
Trompette ,
Et fift aux Filles de Saint Cyr
Chanter ma bonte & ma défaites
Ilfalloit encor que Coppel
S'ouvrit à mes dépens le Temple de
la Gloire ,
Et par un affront folemnel ,
A la trop fidelle Memoire
Vinst de mon opprobre éternel
Configner la fatale hiftoire.
Il falloit que du coup dont ma gran.
deur tomba
Par fon Art impofteur l'horreur fuft
augmentée ,
Et qu'il fit contrafter ma laideur inventée
Aux prétendus attraits qu'il preßte à
Iofaba.
Eh! quoy ? pour exercer la cenfure
publique
GALANT
205
Lefiecle où vous vivez manque- t- il
de fujets ?
Sans deterrer les Morts , la farouche
Critique
Dans les moeurs de ce temps n'a t elle
point d'objets?
De la foif de regner les maximes
hardies
Trouvent-elles chez vous des efprits
moins pervers ,
Et la Scene de l'Univers
Fait-elle retentir de moindres Tra
gedies ?
C'est l'ufage de vos Sçavans ;
Sur ceux qui ne font plus s'acharne
leur furie ,
Au moment que leur flaterie
Erige des Auteis pour les crimes vivans
.
Va , lâche admirateur des Satyres
maeties
206 MERCURE
Qu'on exprime avec la couleur,
Annonce à ton Coypel , de ma jufte
douleur
Les atteintes fecrettes.
"Dis luy , qu'à tout propos prompte
Finquieter,
Te feray refentir à fon ame agitée
Ce quepeut une Ombre irritée
Qui s'attache à perfecuter.
S
Si-toft qu'elle eut fini cette amere in
vective "
Un Demon fortit des Enfers
Qui reclamoit fa fugitive ,
Et venoit rapporter des fers
A la malheureufe captive.
L'Ombre fuit, &l'Esprit la pourfuit
dans les airs.
25
D'effroy lame alors penetrée ,
GALANT.
207
Je me fentois glacer d'une froide
fueur ,
Quand dune foudaine lueur
Ma demeure fut éclairée,
Au milieu d'un beau jour un Vieillard
m'aborda ,
Qui tenant d'une main fa barbe venerable
,
Et difipant ma peur par un regard
affable ,
·
Raffure toy , dit - il , & connois
Ioiada.
D'une Femme en fureur l'impuif-
Jante menace
Ne doit point t'allarmer ;
Le Demon qui la fuit fuffit pour
reprimer
Son infolente audace..
Detonilluftre Amy l'honneur eft ap
puyé
Sur lesfonden ens les plus fermes,
208 MERCURE
Va le voir de ma part fans parolive,)
effrayé ,
Et lay parle en ces termes.
S
Pourfuy , Coypel , tes glorieux
travaux ,
Fourny ta brillantecarriere,
Ton nom de l'avenir forcera la bar
riere
Malgré jaloux , malgrérivaux.
Par tes fages Pinceaux la Verts
confacrée
Eleve l'ame jufqu'aux Cieux ,
Et fon image reverte Iyeux.
Paffe au fond du coeur par les
La Beaute que tu peins , qui n'a
rien deprofane ,
N'èmeut par fes appas aucun trouble
suspect.
Ta modefte Rachel , & ta chafte
Safanne
GALANT.
209
Infpirent feulement l'amour & le
respect.
Mais quand d'un crime affreux ,
dont gemit l'innocence ,
Tu veux exprimer les horreurs,
On voit tomber fon infolence
Sous la force de tes couleurs.
Près de lacob trompé , que la colere
enflame ,
Laban , * quoi qu'endurci , foupire
de
l'affront
De voir les replis de fon ame
Etalez de ia main far fon perfide
front.
Les Vieillards obftinez dans leur
rage craelle ,
Dont le Ciel confondit le menfonge
effionté ,
Partes expreffions pleines de verité ,
Baiffent tout de nouveau leur tefte
criminelle
Janvier 1697.
S
210 MERCURE
Sous le pefant fardeau de leur ini
quité.
Coupable des forfaits que l'histoire
publie
,
L'Ayeule de Ioas n'a pas dû ì'échaper
,
El pour peindre Athalie
Ton Pinceau dans lefiel n'apù trop
Je tremper.
Ne te relache point de ton noble
exercice
Traite quelsfujets tu voudras ,
Moderne on vieux . malheur au
vice ,
Coypel, quand tu l'entreprendras.
En achevant ces mois d'un accent re
doutable ,
Le Pontife majeftneux
S'écoula devant moy comme un fon
ge agreable ,
Ou comme un vent impetueux .
GALANT: 21
&
Je ne doute point que vous
n'ayez remarqué avec quelle
delicateffe L'Auteur, de ces
Vers a touché quelques cndroits
qui ne doivent pas cftre
échapez à ceux qui font re
flexion fur les Affaires du
temps.
Monfieur le Duc de Savoye
fit à Turin le 29. du mois paſſé
une promotion de dix Che-,
valiers de l'Ordre de l'Annon
ciade. Ceux qu'il nomma fu
rent ,
M'le Prince Amedée , âgé
de fept ans , Fils de M le
Sij
212 MERCURE
Prince de Carignan ,
M' le Marquis de S. Tho
mas, qui refte Secretaire d'Etat
avec une gratification
de cent trente mille livres
pour prefent.
>
Mile Marquis de Tournon,
Savoyard , qui eftoit Gouverneur
de la Ville de Nice avant
la guerre.
M' le Marquis de Luccin
ge , premier Capitaine des
Gardes du Corps , avec la
Charge de Gouverneur de
Turin .
M'le Marquis de Palavicin,
fecond Capitaine des Gardes
GALANT: 213
du Corps , avec la Charge de
Grand Ecuyer de Son Alteffe
Royale, & la qualité de Lieutenant
general.
M' le Marquis Tane , troifiéme
Capitaine des Gardes.
du Corps. Il avoit eſté en
oftage à Pignerol , pour la
Paix .
M' le Marquis de S. Georges
, Grand Maistre de la maifon
de Madame la Ducheffe
Royale , qu'on a envoyé reprendre
poffeffion de Nice.
Mile Marquis de la Pierre ,
Gouverneur d'Aft. Ce fuc
luy qu'on envoya prendre
214 MERCURE
poffeffion de Pignerol.
Mile Marquis de Parelle.
M le Marquis de Bagnaf
que .
La Paix a donné lieu à divers
changemens dans la même
Cour , comme vous l'allez
voir par ce qui fuit.
Mile Marquis de Droner ;
qui eftoit Gouverneur de Turin
, a efté fait Gouverneur &
Lieutenant General de la Savoye.
M' de Luccey , Savoyard ,
qui eftoit Cornette dans les
Gardes du Corps , a efté fait
Gouverneur du Chateau de
Chk
GALANT 215
M ' Favier , qui eftoit maté
chal des Logis dans les Gardes
du Corps , a efté fait Commandant
de la Ville de Chambery
.
Mile Comte de Villafalet
a efté fait Gouverneur de
Monmellian .
Mr le Chevalier Serra , qui
eftoit Lieutenant Colonel du
Regiment de Savoye , a eſté
fait Commandant de Monmellian
. M ' Saby en a efté fait
Major.
Mile Chevalier de Brandis ,
qui eftoit Lieutenant Colonel
du Regiment de Monfer.
216 MERCURE
rat , a esté fait Commandant
du Fort de Suze & de la Ville .
Mi le Marquis de Carrail ,
qui eft Capitaine de la qua
triéme Compagnie des Gar--
des du Corps , a efté fait Lieutenant
general de Nice & de
toute la Province , & Gouverneur
de la Ville .
M' de Roffignol de Verceil
, qui eftoit Colonel du
Regiment d'Aofte , a efté fait
Gouverneur du Chafteau de
Nice.
M' de Santena , qui fic la
deffenſe de Veillane à la fe.
conde Campagne , & qui
.eftoit
.
GALANT. 227
eftoit Commandant à Turin ,
en fecond , a efté fait Commandant
de la Ville de Nice,
& Gentilhomme de la Chambre
avec paye .
'M' le Chevalier de Badara
efté fait major de la même
Ville .
Mile Chevalier de Carrail ,
Frere du Marquis , quieftoit
Lieutenant Colonel de la
Croix Blanche , a efté fait
Commandant du Chateau
de Nice.
M' de la Roche d'Alery ,
Savoyard , qui eftoit Colonel
du Regiment de Piedmont,
T
Janvier 1697.
228 MERCURE
a efté fait Gouverneur de Vil
lefranche..
M le Chevalier Capris,
qui avoit rang de Lieutenant
Colonel dans le Regiment
des Gardes , a efté fait Gouverneur
de Suze.
Mr le Comte de Monafterol
, qui eftoit Lieutenant des
Gardes du Corps , a efté fait
Gouverneur de Coni.
Mr le Comte de Martinia.
ne, qui avoit etté Gouverneur
de mondevy , a efté fait Gouverneur
de Pignerol.
M' le Marquis de Sinié, autrement
marquis del marro ,
GALANT.
229
qui eftoit Lieutenant des Gardes
du Corps , a efté fait Gouverneur
d'Aofte , & Commandant
de la Province i
Me le Baron Perron , qui
eſtoir Commandant d'Yvrée ,
en a efté fait Gouverneur.
M' d'Alegre , qui eftoic
Major à Nice , a eftéfait major
à Yvrée , à caufe de fon âge.
Mide Tromant a efté fait
Gouverneur de miolan, ii
Md'Hay , François , qui
eftoit Lieutenant general , &
avoit efté major general de
l'Infanterie , a efté fait Gou
verneuf de Verceil. ob 14
Tij
220 MERCURE
M Faure a efté fait Gouverneur
du Pont de Grefin .
Mle Chevalier.de Fichet,
qui eftoit Lieutenant Colonel
du Regiment de Saluces,
a efté fait major de Verceil ,
& Chevalier du Senat à
Chambery.
Mile Comte de Cafolette,
Frere du premier Prefident
de la Chambre des Comptes,
& qui eftoit Commandant
d'un Bataillon du Regiment
des Gardes , a efté fait Gouvereeur
de mondevy & de
Cerre.
M de Coife a efté fait
GALANT. 227
Commandant à Demont.
M ' de Saint Remy Palavi
cin , Frere du Marquis de ce
nom , qui cftoit premier Cal
pitaine des Grenadiers dans
le premier Bataillon du Regiment
des Gardes , a eu le
rang & la paye de Colonel
M' le Comte de Butiliere ,
Fils de M le Marquis de Saint
Thomas , a eu la furvivance
de fon Pere , & a efté fait Tre
forier de l'Ordre .
M' le Comte de Morette,
Frere de M' le Comte de Dos
gliani , a efté fait premier EL
cuyer de Madame la Ducheffe
Royale . Tiij,
222 MERCURE
7
M' le Comte de Piffine ;
qui a esté Sous gouverneur
de Son Alteffe Royale dans
fon premier âge , a esté fait
fon premier Maistre d'Hoftel.
Mile Marquis du Saut , Fils
de M' le Comte de Martiniane
, qui avoit le rang & la
paye de Colonel , a efté fait
Capitaine de la Porte en fecond
.
Mr le Comte de Prefla ,
Frere de Mr le Marquis del
Marro , qui eft Colonel du
Regiment vert des Dragons ,
a eu une penfion de trois mil.
le livres.
GALANT . 223
M' le Comte de Priouque ,
qui eftoit Lieutenant Colonel
du Regiment de Piedmont
, a cu le Regiment
d'Aofte.
Mile Chevalier de Brezet ,
qui eftoit major du Regiment
de Monferrat , a esté
fait Lieutenant Colonel du
même Regiment .
M' Querra , qui eftoit Lieutenant
dans le Regiment des
Gardes , en a etté fait Capitaine
.
Mile Chevalier de Caftioles
, qui eftoit auffi Lieutenant
dans le Regiment des
Tiiij
224 MERCURE
Gardes , en a auffi efté fait
Capitaine.
Mile General & Intendant
des Finances Marelli a efté.
fait premier Prefident des Finances
, & Intendant des Bâtimens
& de toutes les manufactures
, avec un revenu de
dix mille livres .
On dit que M Groppel ,
qui eftoit Intendant de la
Province de Turin , eft General
des Finances .
Monfieur le Duc de Sa
voye a nommé auffi trois Capitaines
des Gardes du Corps,
fçavoir , м le Marquis de :
GALANT: 225
I
Coudray , m' le Comte d'Alaix
, & м' le Comte de Non.
M' le Comte de Puiſſaſque ,
Mile Comte de Salles , & M.
le Marquis de Garrés onrefté
faits Lieutenans Generaux..
Les Cornettes font encore.
vacantes.
M'le Comte de Montbrif
fon a eu le Regiment de Car
valerie qu'avoit Mile Comte.
de. Non.
L'Académie Françoife a
propofé deux Sujets à ceux
qui voudront prétendre aux
Prix d'Eloquence & de Poë
226 MERCURE
fie , qu'elle diftribuëra le 25.
Aouft prochain , jour de la
Fefte de Saint Louis Le Sujet
pour l'Eloquence eft qu'on
doit faire du bien aux hommes
dans la feule vuë de Dieu , & celuy
qui eft proposé pour la
Poëfie , que le Roy par la Paix
de Savoye , a rendu la tranquillité
àlItalie , donné à toute l'Europe
l'efperance d'une Paix generale.
On y peut ajouter tel autre
fujet de loüange qu'on
voudra pour le Roy , avec une
courte Priere à la fin pour Sa
Majefté, en forte que l'ouvrage
n'excede point le nombre
GALANT. 227
de cent Vers , fans y compren
dre la Priere. Il faut que le
Difcours pour le prix d'Eloquence
finiffe auffi par une
Priere pour le Roy , & qu'il
ne foit que d'une demi heure
de lecture. Les Pieces , tant
Profe que Vers , feront envoyées
fans aucun nom d'Auteur
, dans le dernier jour du
mois de May , chez M ' l'Abbé
Regnier Defmarais , Secretaire
perpetuel de l'Acade
mie Françoiſe , ou chez le S
Coignard , Libraire de la même
Academie . Les Auteurs
de celles de Profe auront foin
228 MERCURE
que leurs Difcours portent
l'attestation de deux Docteurs.
Il s'eft fait depuis peu de
temps un accouchement bien
extraordinaire. Lafemme d'un
Marchand d'or & d'argent de
la rue Saint Denis , âgée d'en.
viron trente-quatre ans , d'un
temperament affez delicat ,
aprés avoir eu déja quatre enfans
, dont elle eftoit accouchée
heureufement , fe trouva
groffe d'un cinquième, conçû
dans les chagrins que peuvent
caufer les mauvaifes afGALANT.
229
י
faires d'un Marchand. Dés
les premieres fix femaines de
fa groffeffe , elle fentit dest
douleurs auffi grandes que
continuelles , qui fe termi
noient toutes & preffoient
vers l'ombilic . Ces douleurs
durérent juſques au troifiéme
mois , & jufqu'au fixiéme elle
fut agitée de convulfions , &
d'efpeces de létargies furieufes
qui la firent tomber plufieurs
fois dans d'extrêmes défaillances,
qui fit prefque defefperer
de la vie. Depuis le
fixiéme jufqu'au huitiéme
elle reprit un meilleur eftat .
2
J
230 MERCURE
Les douleurs qu'elle fouffrit
depuis ce temps - là , furent
comme par fecouffes & par
les efforts que l'Enfant fai
foit alternativement , pouffant
fa tefte à l'endroit & au
cofté droit de l'ombilic de la
Mere, oùil paroiffoit une tresgroſſe
tumeur , & même une
figrande dilatation des tegu
mens , devenus plus minces
par leur extenfion , que l'on
diftinguoit très -fenfiblement
à travers leur épaiffeur , la dureté
du crane du Eoetus. Let
mauvais eftar des affaires de
certe Femme l'ayant obligée
GALANT 231
d'avoir recours à la charité de
l'Hôtel Dieu , elle y fut reçûë
le 20 Septembre dernier , par
Madame de Gouey , Maiftreffe
Sage - femme, qui ayant efté
informée de toutes ces chofes
, toucha cette Femme, lans
pouvoir trouver l'orifice interne
de la matrice. Elle dif
tingua feulement avec fon
doigt indice une membrane
tendue , épaiffe , & remplie
d'eau, dans laquelle elle fentit.
le pied d'un Enfant replié
contre fa cuiffe. Ce fait luy
eftant nouveau , & la laiffant
incertaine fi l'Enfant dont elle
233 MERCURE
4
venoit de toucher le pied ;
-eftoit au dedans ou au dehors
de la matrice , elle en donna
avis à м Hemmerez pour lors
Medecin de la Salle , & à м
de Jouy, Maistre Chirurgien
de l'Hotel. Dieu , qui malgré
-les fortes douleurs de la Femme
groffe , ne virent aucune
apparence d'accouchement ,
& ne purent rien affurer de
l'eftat de la matrice. M'Hemmerez
luy donna fimplement
quelques potions cordiales ,
& jugea à propos de l'abandonner
pendant quelques
jours aux efforts de la nature.
GALANT. 233
Comme elle ne dormoit ny
jour ny nuit , & que les cris·
& fes violences incommodoient
toutes les autres malades
de la Salle , le medecin fit
mêler ce qu'il crut neceffaire
dans des Juleps cordiaux , ce
qui fut caufe qu'elle fouffric
beaucoup moins que de coutume,
& même dormit par in
tervalles . Malgré ce ſecours ,
la vehemence du mal ayant
redoublé , elle fe trouva redui
te en un estat auffi pitoyable
qu'auparavant . Les fortes .
douleurs continuant , & cette
Femme n'eftant pas encore
Fanvier 1697.
V
234 MERCURE
tout à-fait à la fin de fon ter
me, on propofa une faignée
du pied , qu'on fittres petite ,
& aprés laquelle l'Enfant ne
fit plus les mêmes efforts qu'il
avoit faits pour fortir par le
cofté de l'ombilic . Alors on
remarqua qu'il ne formoit
plus de tumeur au ventre de
fa Mere , parce qu'ayant ap
paremment perdu les forces,
& la vie aprés la faignée , il
eftoit tombé dans le fond de
l'hypogaſtre , ne reſtant dans
toute la region du ventre qu'-
une difpofition hydropique
qu'on reconnoiffoit à l'onduGALANT
. 235
lation & au flottement des
eaux . La Mere eftant morte
le 21. Octobre , м' de Jouy fit i
l'ouverture du corps , & fitoft
qu'il eut ouvert les tegumens ,
il fortit deux ou trois pintes
tant d'eau que de fang , & au
même inftant la tefte de l'Enfant
, qui eftoit une Fille , parut
à nud , & dégagée de toute
envelope , ce qui luy fit
croire que la matrice eftoit
percée. Il la trouva , c'eſt- àdire,
la matrice , dans fon eftac
naturel , fi ce n'eft qu'elle
cftoit un peu plus greffe qu'à
Pordinaire , & comme d'une
V ij
236 MERCURE
femme accouchée depuis dix
ou douze jours . Il ne luy pa
rut pourtant point que l'Enfant
y euft efté ; ce qui fut
caufe qu'il demanda à faire.
l'ouverture de la matrice , en .
prefence de м Hemmerez , de
M du Verney , Profefleur en .
Anatomie & Chirurgie au
Jardin du Roy , de м Mauri-.
ceau , celebre Accoucheur ,;
de м ' Merry , Chirurgien &
fameux Anatomifte de l'Aca
demie des Sciences , des anciens
Chirurgiens de l'Hôtel-
Dieu , & de plufieurs autres.
perfonnesqui convinrenttous
GALANT : 237
2
que la conception de cet Enfant
n'avoit point efté faite .
dans la matrice , qu'il n'y avoit .
jamais fejourné, puis qu'on la.
trouva inrerieurement dans la
conftitution ordinaire oùelle .
eft dans toutes les femmes
quine font point enceintes , & .
feulement un peu plus groffe
en tout fon volume , parce .
que les vaiffeaux s'eftoient .
trouvez plus pleins & plus di--
latez qu'à l'ordinaire , durant .
tout le temps de cette labo ..
rieuſe groffeffe . Cela doit :
donner lieu aux Anatomiftes ,
aux Medecins , & aux Phyfi228
MERCURE
ciens , de s'exercer à déveloper
ce jeu de la nature , &
peut-eftre que cette experien
ce fournira quelque moyen
de refoudre ce Problême ,
agité avec tant de chaleur par '
les Anatomiftes modernes
fçavoir fi le Foetus eft formét
d'un ceuf ou de la femence.
Ceux qui voudront fçavoir
plus de circonstances du fait
que je viens de rapporter , les '
trouveront amplement déduites
dans une Lettre que vend'
le S ' d'Houry fous le titre de
Recit exact d'une Groffeffe fort
extraordinaire
, & dans laquelle
GALANT:
239
l'Auteur explique le fait par
d'autres
experiences , & par
des raifonnemens
fondez fur
la nouvelle Phyſique.
Mr Perrault , de l'Academie
Françoiſe , a finy ſon excellent
Ouvrage du Parallele
des Anciens & des Modernes ,
par un quatriéme volume que
le S Coignard Imprimeur &
Libraire du Roy , a commencé
à debiter depuis quelques
jours , mais il n'y a point donné
l'examen exact des plus
beaux endroits des Poëtes
Anciens & des Modernes a
240 MERCURE
qu'il avoit promis de compat
rer enfemble. Il déclare qu'il
avoit à cet effet traduit en
Poëfie Françoise , ces mêmes
endroits pour mieux juger du
fens & de la beauté des penfées
qu'ils renferment, & qu'il
avoit déja jetté fur le papier
une grande partie des raiſons
qu'on peut apporter de part
& d'autre , mais que l'amour
de la paix luy a fait abandonner
cette entrepriſe , & qu'il
a mieux aimé fe priver du plaifir
de prouver la bonté de fa
caufe d'une maniere qui luy
fembloit invincible , que d'ê
X
tre
GALANT. 248
tre plus long- temps brouillé
avec des hommes d'un auffi
grand merite que ceux qu'il
avoit pour adverfaires , & dont'
Pamitié ne pouvoit eftre achetée
trop cher . Il dit là deffus
agreablement dans fa Préface
, qu'il avoit crû d'abord'
qu'en s'oppofant un peu aux'
louanges fans bornes , dont la
prévention eft fi prodigue
pour tous les Auteurs anciens
, & en reduifant l'eftime'
qu'on en doit faire à fa jufte
valeur , ces Auteurs eftoient
éloignez de luy d'un ſi long'
efpace de temps , que ny eux
Fanvier 1697.
X
242 MERCURE
ny ceux qui les eftiment le
plus , ne s'aviferoient
jamais
de s'en tenir offenlez , ce qui
eftoit cauſe qu'il fe regardoit
dans cette fituation comme
des gens qui voulant joüer à la
longue paume, vont fe mettre
dans une pleine Campagne
,
éloignée de tous chemins &
de toutes habitations
, pour
eftre bien affurez de ne bleffer
perfonne , mais qu'il avoit reconnu
qu'il s'eftoit trompé
dans cette penſée , d'excellens
hommes
de noftre temps
dont il avoit cité les Ouvrages
avec éloge , comme des
GALANT 243
preuves inconteftables de la
fuperiorité de noftre fiecle ,
aimant mieux fe fâcher de l'injuftice
qu'ils prétendoient
qu'il euft faite aux Anciens ,
que de luy fçavoir gré de la
juftice qu'il leur avoit renduë.
Ainfi M Perrault qui n'a
point voulu leur donner de
plus longs fujets de plainte ,
quoy que fort peu legitimes ,
s'eft contenté de traiter dans
'ce dernier volume , de ce qui
regardel Aftronomie, la Geographie
, la Navigation , la
Guerre , la Philofophie , la
Mufique , la Medecine , &c.
X ij
244 MERCURE
que
& non - feulement il prouve
les Modernes y font plus
habiles que les Anciens ,
il fait voir combien les
premiers ont efté plus loin
dans la connoiffance exacte
de tous ces Arts & de toutes
ces Sciences.
Le même м'Perrault vient
de donner au Public un autre
Ouvrage fort confiderable de
toutes manieres , qui a pour ti
tre Les Hommes Illuftres qui ont
vécu en France , pendant ce fiecle,
C'est un Recueil in folio de
Portraits , qu'il a entrepris d'étendre
jufques au nombre de
GALANT.
245
cent , affurant qu'on a eu plus ·
de peine à ne le pas exceder
que l'on n'en a eu à le remplir.
C'eft un avantage de l'heureux
fiecle où nous vivons ,
qui s'eft trouvé fi fecond en
grands hommes , ce qui ne
doit pas
étonner , s'agiffant de
le rendre digne du regne de
Louis le Grand , pour qui le
Ciel les a formez , & de mettre
quelque proportion entre
les Sujets & le Prince. On a
raffemblé dans ce Recueil ,
des hommes extraordinaires
dans toutes fortes de Profeffions
. Cette diverfité de ca-
X iij
246 MERCURE
racteres doit avoir fon agré
ment , & d'ailleurs , l'intention
principale de l'Auteur
eftant de faire honneur à noftre
fiecle , il n'auroit pû fans
injuftice oublier ceux qui ont
excellé dans les beaux Arts ,
dont les Ouvrages n'ont pas
moins élevé la France au def
fus des autres Etats , que les
prodiges de valeur de nos
grands Capitaines , que la fageffe
confommée de nos
grands Politiques , & que les
découvertes que nos Gens de
Lettres ont faites dans toutes
les Sciences. Cet Ouvrage ,
GALANT 247
dont on donne prefentement
la moitiépour fatisfaire à l'im .
patience du Public , eft dû
principalement à l'amour que
M' Begon , Intendant de Juftice
& du Maine , a pour la
memoire de tous les grands
hommes . Il ne s'eft pas contenté
d'avoir orné fa Biblio.
teque de leurs Portraits , il a
voulu pour leur faire plus
d'honneur , les mettre dans
les mains de tout le monde ,
en les faiſant graver par les
plus excellens Graveurs que
nous ayons , & comme il a
fouhaité que ces Portraits
X iiij
248 MERCURE
fuffent accompagnez d'éloges
hiftoriques , qui en joignant
l'image de leur efprit
à celle de leur viſage , les fif
fent connoiftre tout entiers .
M' Perrault s'eft appliqué à
les compofer. Il y a réüffi parfaitement
bien , comme il fait
en toutes chofes, & il faudroit
eftre difficile pour n'en eftre
pas content. Il avertit ceux
qui auront quelque chagrin
de ne pas trouver dans ce pre
mier volume les grands Perfonnages
qu'ils reverent particulierement
, qu'ils doivent
s'attendre à les trouver dans
GALANT, 949
le fecond , qui contiendra
auffi cinquante Portraits qu'-
on grave actuellement , & il
les prie d'eftre perfuadez qu'il
n'y a pas plus d'avantage à
eftre mis dans l'un que dans
l'autre, puifque la facilité qu'
on a euë à recouvrer les Portraits
de ceux qui font dans
celuy - cy , eft la principale
caufe de ce qu'ils marchent
les premiers. Ce livre eft trescurieux
, & fe debite chez le
Sieur Antoine Dezallier , rue
Saint Jacques , à la Couronne
d'or .
Je me fouviens de vous
250 MERCURE
avoir envoyé l'année derniere
le Conte de la Belle au Bois
dormant , que vous me témoi
gnaftes avoir lû avec beaucoup
de fatisfaction . Ainfi je
ne doute point que vous n'ap.
preniez avec plaifir que celuy
qui en eft l'Auteur vient de
donner un Recueil de Contes
qui en contient fept autres ,
avec celuy -là. Ceux qui font
de ces fortes d'ouvrages font
ordinairement bien aifes qu'-
on croye qu'ils font de leur
invention . Pour luy , il veut
bien qu'on fçache qu'il n'a
fait autre chofe que de les
GALANT:
251
rapporter naïvement en la
maniere qu'il les a oui conter
dans fon enfance. Les Connoiffeurs
prétendent qu'ils en
font plus eftimables
, & qu'ondoit
les regarder comme
ayant pour Auteurs un - nombre
infini de Peres , de Meres ,'
de Grand'meres
, de Gouver
nantes & de grand'Amies
qui depuis , peut - eftre , plus ?
de mille ans y ont ajoûté en
encheriffant toujours les uns
fur les autres beaucoup d'agreables
circonftances , qui y
font demeurées
, pendant que
tout ce qui eſtoit mal penſé
252 MERCURE
eft tombé dans l'oubli . Ils
difent que ce font tous Con
tes originaux & de la vieille
roche , qu'on retient fans peine
, & dont la morale eft tresclaire
, deux marques les plus
certaines de la bonté d'un
Conte. Quoy qu'il en ſoit , je´´
fuis fort feur qu'ils vous divertiront
beaucoup , & que vous.
y trouverez tout le merite.
que de femblables bagatelles
peuvent avoir. C'eft chez le S
Barbin qu'ils fe trouvent.
• Le fieur Davach de la Riviere
, demeurant à Paris à l'entrée
de la ruë des vieux. AuGALANT
253
guftins , du cofté de la rue
Coquillere, Auteur du Miroir
des Urines , par lesquelles on
voit & connaift toutes fortes
de maladies
& de temperamens
, a encore donné au Public
depuis quelques jours ,
un autre Ouvrage qui n'eft
pas moins curieux que neceffaire
à toutes fortes de perfon .
nes , de Communautez , & de
familles. C'est le Trefor de la
Medecine , contenant l'Anatomie
ou divifion des parties du
Corps humain , les maladies
aufquelles elles font fujettes ,
le regime de vivre , les reme254
MERCURE
f
des ſpecifiques & la vertu des
fimples pour les guerir , felon
l'âge , le temperament & la
caufe de la maladie de cha-
-que perfonne , la circulation
du fang , les nouvelles & dernieres
découvertes , avec des
Obfervations fur l'erreur des
Anciens , & un Traité des maladies
fecrettes , avec les
moyens deles guerir parla ver
tudes fimples , fans mercuré,
ny flux de bouche , ou avec
flux de bouche & mercure ,
felon l'inclination des Malades
, le tout fuivant les longues
experiences de l'Auteur,
GALANT. 253
& les plus celebres Medecins
anciens & modernes. Cet
Quvrage eft divifé en deux
volumes in octavo , & dédié
à Monfieur le Duc de Char
tres.
$
Le même fieur Davach de
la Riviere , donnera encore
inceffamment un Traité des
Fiévres , de leurs caufes & dife
ferences , du regime de vivre ,
& des remedes fpecifiques
pour les guerir felon l'humeur
dominante qui les caufe
, que l'on connoiſtra par
les urines . Il donnera auffi un
Traité de la vertu des Simples
256 MERCURE
par ordre alphabetique , pour
guerir toutes fortes de maladies
les plus defefperées , même
les fecrettes les plus inve
terées , & il continuë de dire
charitablement aux Pauvres
malades qui luy envoyent de
leur urine , la caufe de leurs
maladies, & les moyens de les
guerir par la vertu des fimples
, le tour avec Approbation
& Privilege du Roy.
La Loterie qui fe fait à
l'Hôtel de Bouillon , de la
nouvelle maniere dont je
yous ay parlé dans ma derniere
Lettre , fera tirée par Son
}
GALANT 257:
Alteffe Sereniffime Monfieur
le Prince de Conty , le dernier
jour de Février prochain . Elle
a efté inventée pour remedier
aux moyens de troimper , qui
font quelquefois dans les
Loteries ordinaires , & particulierement
à l'eftimation
des chofes dont elles font
compofées , que l'on metfou
vent beaucoup au -delà delléura
juſte valeur , ce qui est préju
diciable , non pas à ceux qui
gagnent les Lois , puis qu'ils
en font toujours fort contens,
mais aux autres , qui auroient
pû en gagner , fi ces chofes
Janvier 1697.
Y
258 MERCURE
avoient eſté moins eftimées ,
parce qu'il y auroit eu un plus
grand nombre de Lots.
4
Mr l'Abbé d'Aquins cy
devant Agent general du
Clergé de France , Docteur
de Sorbonne , & Fils de feu
Mr d'Aquin , premier medecin
de Sa Majesté , a efté nommé
à l'Evêché de Frejus, vacant
par la démiffion volontaire
de мr d'Aquin , fon Oncle.
Ce nouvel Evêque ne doit
cette dignité qu'à fon merite
perfonnel , qui eft generalement
connu .
GALANT 219
Le Roy a donné à мr le
Marquis de Montrevel , qui
fert depuis fort longtemps
avec beaucoup de diftinction
& de valeur , le Gouvernement
de Montroyal, quieftoic
vacant depuis la mort de Mr
le Comte du Montal.
Mr de Crenant a eu celuy
de Condé , qui vaquoit par le
decés de мr de Betou , dont il
ya plufieurs mois qu je vous
appris la mort . Outre les fervices
que Mr de Crenant a
rendus dans les Troupes , il
s'eft diftingué dans Cafal ,
dont il a esté Gouverneur , &
Y ij
260 MERCURE
<
où fes manieres honneftes &
engageantes luy avoient acquis
l'affection des peuples.
Vous fçavez fans doute
que мr de Bachevilliers , Lieutenant
General des Armées
de Sa Majefté , a auffi efté
pourvû du Gouvernement du
Fort de Barraux en Dauphiné,
qu'avoit feu мr le Marquis
de Genlis. On ne peut fervir
avec plus d'affiduité , de zele
& de valeur , qu'a fait мr de
Bachevilliers , tant qu'a duré
la guerre d'Italie.
Mr de la Reynie s'eftant.
démis volontairement de la
GALANT. 261
Charge de Lieutenant de Police,
aprés l'avoir exercéelong.
temps avec toute l'exactitu
de , la probité , & la juſtice
qu'on peut fouhaiter dans un
bon Juge , Mr d'Argenfon en
a efté pourvû. Il eft maiftre
des Requeftes & Procureur
General des Francs fiefs , des
Amortiffemens , & de la мarine
, & il a toujours vaqué à
ces quatreEmplois avec beaucoup
de netteté d'eſprit fans'
en paroiftre embaraffé , ce qui
fait croire qu'il les remplira
tous cinq avec la même faci
lité. Il eft Fils & Petit fils de
262 MERCURE
1
deux hommes qui fe font
longtemps diftinguez dans la
dignité d'Ambaffadeur à Venife
, où leur mémoire eft
cherie . Je vous ay parlé de
l'un & de l'autre dans plufieurs
de mes Lettres .
Le 29. du mois paffé , Me
de Turmenie , cy- devant Treforier
general de l'Extraordi
naire des Guerres , Comman-1
deur & Treforier general de
l'Ordre de Noftre Dame du
Mont-Carmel & de Saint La.
zare de Jerufalem , fut receu
en la Chambre des Comptes
en la Charge de Garde du
GALANT. 263
Trefor Royal , dont il avoit
prêté ferment quelques mois
auparavant , entre les mains
de Mr le Chancelier , fur la
démiffion de Mr Brunet.
Mrs les Lanternistes doivent
donner un Prix le 24.
Juin prochain , jour de la F -1
te de S. Jean , à celuy qui aura
fait le meilleur Sonnet fur les
Bouts rimez , propoſez dans
l'Ecrit qu'ils viennent de publier.
Il eft conceu en ces
termes .
Oftre Compagnie neceffe
ra point de propofer des No
264 MERCURE
Bouts rimez les Gens de bon
gouft s'en accommodent , & le Püblic
ne fe laffe point d'en redes
mander. Cefont de cesfruitsrares
dont ont attend la faifon avec ,
impatience . Il est à préfumer que
les Bouts rimez de cette année ,
marquez à la fin de cet Ecrit , ne
plairont pas moins
dens . Et pourquoy ne plairoientils
pas ? Les merveillenfes actions
de Louis,le Grand en font l'unique
matiere. Ce Heros toujours !
attentifau bien de fes peuples ,:
leur prépare un repos folide &
une tranquillité qu'on ne verra
jamais finir ? Eft il rien de plus
que
Les préce.
bean ?
GALANT. 265
beau ? Eft il de plus dignes fujets
d'éloges ?
Les Lanterniftes ont une gran
de delicateffe de reconnoiffance à
l'égard des perfonnes qui fe font
déclarées pour eux. Ils neferont
point contens que le Mercure n'en
ait inftruit toutes les Nations El
les apprendront fans doute combien
nous fommes redevables au
Zele que Mr de la Fevrerie a
fait paroître pourles Bouts rimez;
il a défendu leur cauſe en galant
homme , dans le Mercure du mois
de May 1695. Avec quelle érudi
tion , avec quel defintereffement
n'a tilpas répondu à un habile EJanvier
1697-
Z
266 MERCURE
trivain , qui commençoit à fe dé
chaîner contre ce genre de Poëfie,
luy qui d'ailleurs en avoit fait un
defes plus doux amuſemens ? Mr
de Vertron montra d'abord quelque
oppofition pour lesbouts-rimez,
mais il a bien voulu prendre parti
en leurfaveur. Ce fameux Hiftoriographe
nous a écrit d'une ma .
niere fpirituelle , qu'ils avoient enfin
obtenu leur brevet d'entrée à
la Courchez les Princes & chez
les Princeßes. Mademoiſelle l'Heritier
n'a pas moins relevé les
Bouts-rimez par l'excellente A.
pologie qu'elle en a faite , que par
la beauté de fes Sonnets ; ils brilGALANT.
267
lent , comme le refte defes produ
ctions , dans fes oeuvres mêlées.
Le témoignage de Mademoiselle
de Scudery est tropfouverain pour
ne pas l'alleguer. Cette illuftre
Fille , l'ornement defon Sexe, &
l'admiration d'un fiècle auffi poli
quefçavant , n'a pasdefaprouvé
le projet de nos Bouts rimez ; elle a
daigné même le combler de louanges.
.
On pourroit nommer cent autres
perfonnes officienfes , qui en
particulier , de leur propre inclination,
onefoutenu nos intereffs ,
fermé la bouche aux envieux
de noftre Societé. Ces bienfaits
Z ij
268 MERCURE
feront éternellement graveZdans
nos coeurs.
Ileft bon d'avertir encore , que
regulierement tous les ans , le jour
de la Ceremonie , & dans la Salle
de nos Affemblées , on expofera
des Tableaux , où feront reprefentez
couronnez de laurier, ceux
qui auront remporté le Prix. C'est
pour excieerplus d'émulation parmy
les Poëtes , & les mieux dédommager
de leurs foins par cette
maniere d'honorer leur triomphe.
Ceux quieftoient déja informez
de toutes ces circonstances ,
ne trouveront pas mauvais qu'on
Les repete ; du moins cette exactiGALANT
269
all .
tude fait voir que les Lanternistes
ne font pas moins appliqueZ
reßentiment des graces qu'ils ont:
receues , que fidelles aux glorieux
devoirs de leur
établiẞement.
BOUTS.RIMEZ
propoſeZpour l'année 1697.
Aurore. Ayeux . Dieux.Ignore.
Flore.Ingenieux.yeux , arbore .
Pareil , appareil , modelle.
Accens , Fidelle , Encens .
Les Pretendans au Prix aurontfoin
d'accompagner leurs Sonnets
d'une Priere pour le Roy , en
quatre Vers , avec une Sentence,
Z iij
270 MERCURE
de mettre au bas de la page
leurpays & leur nom cachetez,
ou dans une Lettre séparée , le
tout fous la même envelope . Il
faut que huitjours avant la Saint
Jean jour de la diftribution du
Prix , les paquets foient rendus
à leur adreße , à Toulouſe chez
Mr Seré, à la Place de Roaix.
Ils feront francs de port , autre.
ment on ne les recevra point.
Je vous parle rarement des
Prifes que font nos Armateurs
, parce que les Nouvel
les publiques ont occafion
de vous en entretenir avant
GALANT. 271
moy , & que je ne vous parle
jamais de ce que vous fçavez
, à moins que je n'aye
des circonstances à vous apprendre
, dont les Nouvelles
publiques ne vous ayent
point parlé. C'est ce qui m'oblige
à vous envoyer l'article
fuivant.
M de la Merveille ,
de Saint Malo , Grand Gendarme
du Roy , ayant arméà
Nantes pour la courfe la Fregate
la Fortunée de vingt canons
& de cent trente hom
mes d'équipage , apperçût fur
les coftes de Biscaye , où il
Zij
272 MERCURE
croifoit , dix lieuës à la hau
teur du Cap d'Efpinas , deux
Voiles aufquelles il donna la
chaffe. S'eftant approché du
plus gros , il arbora Pavillon
François ; celuy - cy mit de
fon cofté Pavillon Hollandois
, avec la fame fur le fa
grand maft fans giroüette ,
ce qui le fit connoiſtre à м'
de la Merveille , pour eftre
un Vaiffeau de guerre . Quoy
que ce Navire luy paruft eftre
de plus de quarante pieces de
Canon , bon voilier , & bien
maneuvré , il ne laiſſa pas de
l'attaquer , nonobftant l'inéGALANT.
273
galité de forces. L'ayant pris
de Proue en Poupe , il fit un
fi gros feu de moufqueterie
dans fa culaffe , qu'il l'obligea
de fermer fes Sabords de derriere
aprés en avoir tiré qua
tre coups de Canon de feize
livres de bale , fans beaucoup
d'effet. Le Hollandois ayant
reviré de bord , & fe trouvant
au deffus du vent , fe preparoit
à luy lâcher fa bordée de
quatorze Canons , lors que
M'de la Merveille fit amener
pour l'éviter , & regagna en
peu de temps par une fine
maneuvre , le deffus du vent
274 MERCURE
fur l'Ennemy. Alors fans vouloir
s'amufer à le canonner , il
prit la refolution de l'enlever
l'épée à la main . Il fit donner
pour cet effet à l'abordage ,
& l'ayant accroché , il jetta
fur fon bord trente de fes
gens , qui faifant main baſſe
Aur tout ce qui le trouva fur le
pont , s'en rendirent mailtres,
malgré la vigoureufe refiftan .
ce de l'Ennemy . Les Hollandois
repouffez de deffus le
tillac , fe retrancherent fous
les gaillards d'avant & d'ar .
friere , d'où ils firent un feu
continuel fur nos gens , par
GALANT. 275
des meurtrieres , mais y ayant
enfin efté forcez , ils furent .
contraints , aprés une heure
d'un combat fanglant & opiniaftré,
de gagner le fond de
cale , & de le rendre . Ils ont
cu dans cette occafion quinze
hommes tuez & douze
bleffez. M' de la Merveille y
a perdu quatre hommes , &
a cu trois bleffez . Il a fait paroistre
durant toute cette action
beaucoup de valeur & de
conduite . Ses Officiers y ont
auff tous fait leur devoir , &
entr'autres M'leChevalier
du
Charme, fon premier . Enfei
276 MERCURE
gne , s'y eft diftingué , ayant
eu dans l'abordage , les jouës
froiffées de deux bales de
moufquet , & deux hommes
tuez à fes pieds . Ce Vaiffeau .
Hollandois fe nomme le Saint
Jean d'Amfterdam , percé
pour quarante-huit canons ,
quoy qu'il n'en cuft alors que
ving -huit montez & quatre
pierriers. Il eftoit party d'Am-.
fterdam pour la courfe depuis
douze jours , & conduifoit à
Saint Antogne un Vaiffeau
Ecoffois qu'il avoit pris ve-.
nant de Bordeaux , avec un
Paffeport de France , chargé
GALANT 277
t
de fix vingt tonneaux de vin
de Grave . M ' de la Merveille
aprés avoir pris le Corfaire ,
alla s'emparer de la Prife , &
a conduit l'un & l'autre à
Pimbeuf , où il eſt arrivé le
30. du mois paſſé .
Le mot de l'Enigme du
dernier mois eftoit l'Hiver, &
il a efté trouvé par Mrs Hen.
ry le Jeune , du Bureau du papier
de la Douane ; Ridaſſe &
fon Ami Boiffeau ; Donchery
de la rue du Perche au maine;
A. Boiffiere , Commis des
Amortiffemens ; Roquette ;
278 MERCURE
Roume de la rue du Temple ,
prés les Peres de Nazareth ;
Bombe du carrefour de l'Ecoles
du Rofay minor ; le petit
Coq reveille matin du Col
lege de Louis le Grand ; Tamirifte
de la rue de la Cerifaye.
C'eft luy qui a fait le divertiffement
fur la Paix de
Savoyè , en forme d'Opera ; le
Contrôleur , & les deux aimables
Soeurs de la rue Cloche.
perfe d'Orleans ; Gervais de la
même rue ; le grand Seigneur
de la rue du Roy de Sicile ;
Jean Baptifte- Emanuel des
ifles de la rue - neuve S. Mede.
GALANT 279
rie , le Paffionné du parvis
Noftre Dame , l'Anachorette
Vautrin , le bon Coeur de la
rue Royale de Marſeille ; l'Ab .
bé Hautier , & Mademoiſelle
Fleurigant du Havre ; le fa
meux des Godets des marais
du Temple; la charmante Ca.
thos & le Chevalier Ba fon
compere , de la Ville de Char ,
tres ; le Solitaire de l'Ifle du
Palais ; le Refveur de la rue
Dourdonne , & Tarel de la
rue Saint Honoré ; les Amans
conftans de la même rue pro.
che S. Roch ; l'Amantjaloux
de la belle Javotte ; la tou-
?
280 MERCURE
;
chante Climene , & fon enjoué
de Frere , l'Invisible du
Temples l'Hermite de Chaillot
, Mefdemoiselles Javotte
Ogier de la Garenne de
Rouën ; Lambert rue de Clery
; la belle Blonde du Marché
aux veaux de Rouën ; la
jeune Veuve du miroir de
vertu , les charmantes Cathos,
Marion , Manon & Margot de
la rue du Colombier ; Mademoiſelle
Nicole - Genevieve
Aubry , du Fauxbourg Saint
Denis d'Amboife .
L'Enigme nouvelle que je
GALANT. 281
vous envove eft de M¹ de la
280
MERCURE
ymable Jeunes
hance
Climene
, & fon ense,
Ioindreaueclabeautelespritet la sa
6 6
43
nepeutexprimer. mer , Cest ce qu'on trouve en laprincar se, quon
4 4 3
+ +
detourles coeurscaitsefaire adorer,scaitsefaireadorer.rer.Cest
636
165b 6

GALANT. 281
vous envoye , eft de M ' de la
Tronche de Rouen.
$ 4
ENIGM E.
Ans fecours vont mal mes affaires
,
Un lieu chaud eft mon élement ;
Plus de trois pieds font neceffaires
Pour me donner le mouvement .
Les Vers qui fuivent font
de Mademoiſelle de Scudery,
& ils ont efté mis en chant par
Mile Camus.
A
AIR NOUVEAU.
Voir tous les appas de l'aimable
jeunese ,
Ioindre avec la beauté l'esprit &
la fageffe ,
Janvier 1697.
A a
228 MERCURE
Suivi d'un air charmant qu'on në
peat exprimer
C'eft ce qu'on trouve en la Prin
ceffe
Qu'on ne fe laffe point de voir &
d'admirer
Et qui de tous les coeurs fçait fe
faire adorer.
Il s'eft fait plufieurs maria
ges dans ce mois cy. 'M ' Bignon
de Blanzy , Maistre des
Requeftes, Fils de M'Bignon,
Conſeiller d'Eſtat , a épouſé
Mademoiſelle Hebert , Fille
de Meffire André Pierre- Hebert
, S'de Buc , cy- devant
Maistre des Requeftes , & de.
Lavocat, Fille de M' Lavocat ,
GALANT 283
Maitre des Comptes , & de
Dame Marie Rouillé . M' He .
bert allié par là aux Maiſons
de Mrs Lavocat , Arnaud de
Pompone , Rouillé Confeiller
d'Etat ordinaire , de Vins,
Noailles , Bullion & Bouchu ,
a épousé en fecondes noces
Mademoiſelle le Gendre , Fille
de Mile Gendre , maiftre des
Requeftes. M Bignon qui
vient d'époufer Mademoiselle
Hebent , avoit épousé en premieres
noces Mademoilelle
Brunet , Fille de feu M' Bru :
net, Garde du Trefor Royal.
M'Delpech , Confeiller au
A a ij
284 MERCJRE
Parlement , Fils de Mr Del:
pech , Receveur general des
Finances d'Auvergne , a épou
fé Mademoiſelle Boiffon , Fille
unique de M' Boiffon , Secretaire
du Roy ; & M' Bri
çonnet , Avocat general da
Grand Confeil , a époufé Mademoiſelle
Croiſet , Fille de
Mile Prefident Croiſet.
Mr Baudran de la Combe
s'eft auffi marié , & a épousé
Mademoiſelle le Bel , Fille unique
de Mr le Bel , Auditeur
des Comtes. Il eft Fils de Mr
Baudran , Subftitut de Mr le
Procureur General de la Cour
GALANT. 285
des Aides, & cy- devant Eche
vin de cette Ville.
Le 15. de ce mois , peu de
jours aprés que M ' Bignon
Maistre des Requeftes , le fur
marié , mourut à Paris fubitement
Meffire Jerôme Bignon
fon Pere , Confeiller du Roy
ordinaire en tous fes Confeils
, âgé d'environ foixantedix
ans . Il eftoit Confeiller
d'honneur au Parlement , &
employé dans les principales
affaires des Confeils de Sa
Majefté , qui l'avoit nommé
Chef du nouveau
depuis peu
Confeil
établi pour
l'enregif286
MERCURE
trement des Armoiries. II
avoit efté Grand . Maitre de
la Bibliotheque du Roy , &
fur reçû Avocat General au
Parlement , dés le mois de
Février 1652. en furvivance
de M'fon Pere . Il avoit paffé
dix-fept ans dans cette Charge
, & vingt dans le Confeil ,
Pendant tout ce temps il a
toujours donné des preuves
fingulieres de vertu , de defin
tereffement & d'honneur. N
avoit puifé dans le fein d'une
éducation religieufe , cette
vertu antique , mais aimable ,
qui ne reffentoit ny le fafte
GALANT. 287
ny l'aufterité. Sa probité l'éleva
plus que la fortune ; auffi
luy eftoit - elle plus precieuſe.
Senfible aux miferes des
hommes , il n'eut de préven
vention , fi cela fe peut dire ,
& d'ardeur que pour les foulager.
Plein d'une droiture
inflexible , & conftant amy
de la verité , il ne s'en eft jamais
écarté. Il joignoit tant
de douceur à beaucoup de
capacité & de litterature , &
des fentimens fi nobles à des
manieres modeftes , qu'on ne
le quittoit jamais qu'on ne
fuft plein d'admiration & de
280
MERCURE
ymable Jeunes
43
σ
chance
Climene
, & fon ense,
Ioindre auec labeautéléspritet la sa
6 6
**
nepeutexprimer.mer , Cest ce qu'on trouve en laprincar se , quor
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656
*0
3

GALANT. 281
vous envoye , eft de M' de la
Tronche de Rouën .
ENIGM E.
Ans fecours vont mal mes affaires
,
Un lieu chaud eft mon élement
Plus de trois pieds font neceffaires
Pour me donner le mouvement .
;
Les Vers qui fuivent font
de Mademoiſelle de Scudery,
& ils ont efté mis en chant par
Mile Camus.
A
AIR NOUVEAU.
Voir tous les appas de l'aimable
jeuneſſe ,
Ioindre avec la beauté l'eſprit &
la fageffe ,
Janvier
1697. Aa
288 MERCURE
reſpect pour les grandes qua
litez. En un motil parut dans
tous les temps avec toutes
les vertus , qui avoient déja
immortalité fon nom en la
perfonne de fon Illuftre Pere.
Comme il avoit fans ceffe les
yeux fur ce grand modele ,
il a eu la confolation de le
transmettre à M's fes Fils . ll
en a même goûté le fruit avant
la mort , les ayant vûs
dans leurs diverfes fonctions
remplir tous leurs devoirs
avec gloire , & foutenir dignement
l'attente du Public ,
& les caracteres de leur nom ;
Semblable
GALANT:
289
Semblable à cet ancien Romain
, Metellus , que l'Hiftoi
re dit avoir eu le bonheur
d'expirer entre les bras de
quatre Fils , tous illuſtrez &
dignes de l'eftime du Public .
Il avoit épousé en 1656. Suzanne
Phelypeaux de Pontchartrain
, Fille de Louis Phelypeaux
de Pontchartrain ',
Chevalier , Seigneur de Pontchartrain
, Prefident en la
Chambre des Comptes , &
de Suzanne Talon , & Soeur
de M'de Pontchartrain , Controlleur
des Finances d'aujourd'hui
. De ce mariage font
Bb
Fanvier 1697.
290 MERCURE
re
fortisM Jerôme Bignon , Ma
tre des Requeftes , Intendant
de Picardie & d'Artois , cyt
devant Intendant à Rouen ,
& auparavant Confeiller au
Parlement , & Avocat du Roy
au Chaſtelet ; Mt Bignon ,
Capitaine aux Gardes , Με
l'Abbé Bignon , Abbé de S.
Quentin en l'Ifle , & l'un des
quarante de l'Academie
Francoife
, & M'Bignon de Blanzy
, Maiſtre des Requeftes ,
dont je vous ay appris le ma
riage.
Le 19. de ce même mois
mourut auſſi à Paris , meffire
GALANT. 291
Thierry Bignon , Confeiller
du Roy en fon Confeil d'E
tat , Premier Prefident de fon
Grand Confeil , âgé d'envi
ron foixante.fix ans . Il a efté
Prefident au Grand Confeil ,
Maistre des Requeſtes , & auparavant
Confeiller au Parlement.
Il avoit épousé Françoife
Talon , Fille d'Omer
Talon , Avocat General au
Parlement , & de N. Doujat ,
& Soeur de Me Denis Talon ,
cy- devant Avocat General au
Parlement , & à prefent Prefident
au Mortier. Il laiffe
une Fille unique Marie Anne
Bb ij
292 MERCURE
Françoiſe Bignon , Epoufe de
Mr François Michel de Verthamon,
cy - devant Confeiller
aux Requeftes du Palais , &
à prefent maistre des Reque
ftes .
M Jerôme Bignon &
Thierry Bignon , qui viennent
de deceder , eftoient
Freres. Ils ont eu une Soeur
qui avoit épousé M ' Briquet ,
Avocat General au Parlement
, & ils eftoient tous trois
Enfans du Sçavant Jerôme
Bignon , qui dés l'âge de
vingt - trois ans nous avoit
donné la Deſcription de la
GALANT. 293
Terre- Sainte , les Antiquitez
Romaines , un Traité de
Droit , un autre de la maniere
d'élire les Papes , un Traité
de la Préfeance des Rois de
France fur les autres Rois ,-
& des Notes fur les Formules
de Marculphe . Ce Sçavant
Perfonnage né l'an 1590 .
avoit cfté élevé Enfant d'hon ..
neur du Roy Louis XIII.
& fic quelque temps la fonc
tion d'Avocat au Parlement
puis aprés avoir efté Avocat :
General au Grand Confeil ,
il fut revêtu de la Charge
d'Avocat General au Parle
Bb iij
294 MERCURE
ment , qu'il exerça jufques
fa mort arrivée le 7. Avril
1656.
M's Bignon , Freres , ont
eſté inhumez à Saint Nicolas
du Chardonnet , en la Chapelle
de leur Famille , & M'
du Grand Confeil ont fait
l'honneur au deffunt premier
Prefident, d'affifter à fon Convoy
, & au Service qui ſe fit le
Mercredy 23. de ce mois . On
a remarqué que comme ils
font morts à quatre jours
prés l'un de l'autre , мefdames
Bignon , leurs Femmes ,
moururent de la mefme for.
GALANT. 295
te preſque en mefme temps ,
il y a fort peu d'années .
Une place de Confeiller
d'Etat ordinaire ayant vaqué
par la mort de м Bignon ,
Confeiller d'Etat , le Roy
l'a donnée à м" de Breteüil ,
Confeiller d'Etat Semeftre ,
Intendant des Finances , &.
Fils de feu M¹ de Breteüil
Controlleur des Finances , &
Sa Majesté a gratifié м de
Caumartin de celle de Semeftre
qu'avoit M' de Breteüil.
M' de Caumartin avoit déja`
la qualité de Confeiller d'Etat
, fans en avoir la place ,
296 MERCURE
parce que tous les Intendans des Finances
font honorez de ce titre . On
ne peut rien ajoûter au zele avec lequel
ils ont fervileRoy l'un & l'autre
, dans la fonction de leurs Chard'Intendans
des Finances: ges
J'ay encore à vous apprendre la
mort de Mr Treton , Confeiller ho
noraire en la Cour des Aides , homme
d'une reputation & d'un merite
generalement connu . Il avoit épousé
en 1682. Mademoifelle de Varcquier
. Fille de Mr de Varoquier ancien
Prefidentau Bureau des Financès
de Paris , qui eftoit âgé de 86.
ans , en ayant foixante de fervices ,
tant comme Treforier de France
que comme Premier Prefident au
Bureau. Il a fervi avec beaucoup de
diftinction en des emplois confiderables
, & Sa Majefté pour recompen
GALANT: 297
fe de fes fervices , luy fait une penfion
. Je vous ay parlé dans une de
mes Lettres , du merite & de la vertu
de Madame Treton , mais la maniere
dont elle a toujours pris ſoin de feu
Mr Treton fon Mary ,eft tres-digne
de loüanges , puis qu'il devint para.
litique peu de temps aprés fon mariage
, dont il n'eft venu qu'une Fille .
Je ne vous parleray ce mois- cy ny
de la Paix , ny de la Guerre. Depuis
plufieurs mois chacun fait , felon fon
iuclination , des projets pour la Campagne
prochaine , ou des Traitez de
Paix . Les Nouvelles qui ont efté dites
pendant une femaine , ont fouvent
efté détruites la femaine fuivante
, & ceux qui fe font mêlez
d'en dire , ont perdu beaucoup de
papier & de paroles , n'ayant rien
298 MERCURE
dit d'affuré . Les Princes qui font
en guerre , & leurs Miniftres , font
trop habiles pour laiffer échaper leur
fecret. Si les efprits penetrans ort
avancé quelque chofe qui approche
de la verité , il faut qu'ils l'ayent deviné
. Tout ce que je puis vous dire
eft qu'il n'y a point aujourd'huy de
Prince en Europe , plus en eftat que
le Roy , de continuer glorieuſement
la guerre , & qu'il eft difpofé à luy
donner encore une fois la Paix , preferant
le repos de tant de Peuples ,
aux lauriers qu'il parcift affuré de
cueillir ; ce qui me donne lieu d'ef
perer que j'auray occafion de dire
cette année de grandes chofes de ce
Monarque , foit du cofté de la guerfoit
de celuy de la Paix . Je fuis ,
Madame , voftre , & c.
re ,
A Paris , ce 32. Lanvier 1697.
TABLE.
P
Relude.
Eloge duRoy par Mr l'Abbé de Lioniere.8
Remarques fur un Paffage de Virgile 15
Réponse. 35 Eglogue.
ر ش
55
61
Eloge du General des Chartreux.
Reflexions fur les découvertes faites à
Valogne.
Epiftre à Mademoiselle des Houlieres. 76
Lettre de Mr de la Bronë , Medecin. 88
"Plainte, 110 Cartes de Grammaire. 113
Relation du Voyage de Mr de Montańban
, Capitaine de Elibuftiers.
Article pour les Phyficiens.
De l'apparition des Efprits.
115
121
123
Découverte faite à Carhaix en Breta
gne.
129
136
Eloge de Cupidon Courier , par Mademoifelle
de Scudery.
Vers à Me la Princeffe de Savoye. 143
Madrigal au Roy . 148. Hiftoire. 149
Agrément donné par le Roy à Mr de
Launay de la Charge de Directeur general
pour la Fabrique des Jettons &
Medailles d'or &d'argent de S.M. 193
TABLE.
Tableau d'Athalie. 200
202
Versfur le mefme Tableau.
Promotion des Chev. de l'Annonciade , 211
Charges & Gouvernemens donnez par
S. A. R. Mr le Duc de Savoye. 214
Frix de l'Academie Françoife .
Accouchement extraordinaire.
Quatriém Volume du Parallele des Anciens
& des Modernes.
225
228
239
Hommes ill. qui ont vécu en France . 244
Contes. 250 Trefor de la Medecine . 253
Loterie, 256 Evêché de Frejus donné.258
Gouvernemens donnez par le Roy.
Mr d'Argenfon pourvû de la Charge de
Lieutenant de Police .
259
260
Serment de la Charge de Garde du Trefor
Royal , par Mr de Turmenie .
262
Prix propofépar la Compagnie des Lan.
terniftes.
Belle action de Mr de Merveille.
Enigmes. 277.
Morts.
265
270
Mariages. 282
283.296
Charges de Confeiller d'Etat données 294
Nouvelles de l'Europe.
La Figure doit regarder la page 199
L'Air doir regarder la page 281 .
297
CATALOGUE DES LIVRES
nouveaux qui fe vendent chez MICHEL
BRUNET , grande Salle du Pabais , an
Mercure Galant , 169.6.
Es Memoires de la Vie du Comte D ***
avantures qui peuvent fervir d'inftruction
à ceux qui ont,à vivre dans le grand Monde
; Rédigez par M. de Saint- Evremont
12. 2. vol.
La vie de l'admirable Chevalier d'induftris
Dom Gulman d'Alfarache , enrichie d'un
grand nombre de figures , 12. 3. vol. Hiftoire des revolutions
de Suede , 12. 2 .
vol. Seconde Edition .
Arliquiniana
, ou les bons Mots , les Hiftoires
plaifantes & agreables , recueil- lies des converfations
d'Arlequin
,
feconde édition augmentée
.
12 ,
Tome 2. fous le titre de Livre fans
Nom , 12 .
Pratique curieufe , ou les Oracles des Sibylles
, pour fe divertir en compagnie , 12 .
augmentée de la Fortune des Humains.
Les paroles remarquables , les bons mots , &
les maximes des Orientaux , 12 .
Judith Tragedie , par M. Boyer de l'Acade
mie Françoife.
La Duppe de foy - même , ou les Dames van
gées , Comedie , 12 .
Ellais de Jurifprudence , 12.
Le Duc de Guife , furnommé le Balafré 12.
Hiftoire des Guerres Civiles de France , coutenant
tout ce qui s'eft paffé de plus mea
morable fous les Regnes de quatre Rois,
François II. Charles IX . Henry III. &
Henry IV. furnommé le Grand , jufq'uà
la Paix de Vervins inclufivement , par
Davila , 12. 4. vol.
L'Art de la Poëfie , Françoife & Latine , 12,
Geometrie Pratique , par M. le Clerc , remplie
de figures , 12.
Hiftoire de l'Empire Ottoman , par M.
la Croix , 12 3. vol .
La Turquie Chreftienne , fous la puiſſante
protection de Louis le Grand , 12 .
Hiftoire de Charle VI . par le Laboureur,
fol. 2. vol. grand papier.
Entretiens fur le Theatre au fujet de Judith
Tragedie.
Furetiriana , 12.
Antimenagiana , où l'on cherche ces bons
mots , cette morale , ces penfées judicieu-
* fes , & tout ce que l'Affiche du Menagiana
nous a promis , 12.
Hiftoire generale d'Angleterre , d'Ecoffe &
d'Irlande , 12. 4. vol .
Idem , des Turcs , 12. 4. vol .
Idem , d'Efpagne , 12. 3. vol .
Pleaume nouvellement mis en Vers François
, enrichis de figures , 8. par Mademoiſelle
Cheron .
La maniere de bien penfer dans les Ouvrages
d'efprit , Iz.
Entretien d'Arifte & d'Eugene , 12.
Tite-Live reduit en maximes , 12 .
Lettres fur toutes fortes de fujets , avec des
avis fur la maniere de les écrire , par fey
M. de Vaumoriere , 12. 2. volr
Oeuvres de François de la Mothe le Vayer,
nouvelle édition , augmentée de plufieuts
nouveaux Traitez , 12. 15 , vol .
Abregé Chronogique , ou Extrait de l'Hif
toire de France par Mezeray , Hiftoriographe
de France , 4. 3. vol .
Le nouveau Etat de la France , augmenté
dans cette nouvelle Edition de tous les
Chevaliers du nouvel Ordre de faint
Loüis , 12. 2. vol.
L'Etat prefent du Royaume de Maroc , par
M. de Saint Olon , Ambaffadeur à Maroc,
12. enrichi de figures.
Arlequin Comedien aux Champs Elifées ' ,
12. feconde édition enrichie de figures.
Les Satyres de Perfe en Vers François , avec
le Latin à coſté , & des remarques , par
M. de Silvecane , 12 .
Satyres de Juvenal , 12. 2. vol . par le même .
Peroniana & Thuana , ou les pensées de M.
le Cardinal du Perron & de M. de Thou ,
12.
Harangues fur toutes fortes de fujets , avec
l'art de les compoſer, par feuM.de Vaumoriere
, feconde édition , augmentée d'un
grand nombre de Preceptes & de Harangues
, dediées à M. le Chancelier , 4 .
1693
Methode pour apprendre le Blazon , par le
P. Meneftrier , 12. rempli de figures.
Metamorphofe d'Ovide , nouvelle édition :
enrichie de figures , 12. 3. vol.
Journal du Voyage de Siam de M. l'Abbé de
Choify. 12 .
Du Royaume de Siam , par M. de la Lou-
A ij
bere , 12. 2. vol.
La Maifon reglée , 12 .
Recherches curieufes d'antiquitez , Contes
nuës en plufieurs Differtations fur les Medailles
, bas reliefs , ftatuës mosaïques , &
infcriptions antiques, enrichies d'un grand.
nombre de figures , par M. Spon , 4 .
La Découverte des myfteres du Palais , où il
eft traité des Parties en general, des Intendans
des grandes Maifons, des Procureurs,
Avocats , Notaires , & Huiffiers , 12
Lettres familieres & autres fur differentes
matieres , par le fieur Mill erant , 12 .
L'Ariofte Moderne , 12. 4. vol .
Hiftoire de la feue Reine d'Angleterre , dans .
laquelle , outre les actions particulieres
de pieté , on trouve ce qui s'eft paflé de:
plus remarquable pendant les Rois Char
les , I. & Charles II. in 8.
Oeuvres de Voiture , 12 , 2.. vol .
Theatre Philofophique , fur lequel on reprefente
par des Dialogues dans les
Champs Elifées , les Philofophes anciens
& modernes , augmenté en cette derniere:
édition des femmes Philofophes , par M.
Bordelon , 12.
Memoires de la Reine Marguerire 12.1
Hiftoire du gouvernement de Venile de M
Amelotte de la Houffaie , 8: 2. vol.
Le Tibere du même , 8.
Le Prince de Machiavel , 12. du même.
Les Annales de Tacite avec des Reflexions
& Notes Poliques & Hiftoriques , in 4-
& in 12. par le même.
Toutes les Hiftoires de M. Mainbourg ca.
14. vol. 4:
Les mêmes en 26. vel . 12,
Entretiens fur les Vies & les Ouvrages des
plus excellens Peintres , anciens & Mo
dernes par M. Felibien , in 4. 3. vol.
Recueil Hiftorique de la Vie & des Ouvra
ges des plus celebres Architectes , par M
Felibien des Avaux , 4
Recueil des defcriptions de Peintures , &
d'autres Ouvrages faits pour le Roy 12 .
La Science Heroïque du Blazon , par la Co
lombiere,, fol.
L'Hiftoire du Monde , par Chevreau 124
S. vol..
Hiftoire de l'Affrique , ancienne & moderne
enrichie de 80. figures 12. 4. vol .
Hiftoire des troubles de Hongrie, 12.6 . vol .
La Comtelle de Chafteaubrian , ou les effets
de la jaloufie , 12 .
Ouvrages de Profe & de Poëfies des fieurs
Maucroy & la Fontaine , 12. 2. vol .
Vie des Saints , fol . 2. vol .
Idem , I. vol.
Idem , 8. 4. vol .
La Sainte Bible , contenant le Vieil & Nou
veau Teftament , 12. s. vol.
Idem , in fol.
Abregé de l'Hiftoire de France depuis Faramond
jufqu'au Regne de Louis le Grand,
par M. de Riencourt , 12. 7. vol . 1695 .
L'Hiftoire de Louis XIII. dit le Jufte . Se
vend feparément.
L'Hiftoire de Louis XIV . 12. 3. vol .
Voyage des Ambaffadeurs de Siam en Fran--
ce , remply d'une infinité de choſes cu
rieuſes , 12. 4. vol
A iij
Hiftoire Sainte du Pere Gaultruche Iz
vol.
Ducheffe d'Eftramene , 12. 2. vol.
Eleonor d'Yvrée , ou les malheurs de l'a
mour , 12 .
Le Napolitain , 12 .
Le Mary jaloux , 12 ,
Le Secretaire Turc , 12 .
Le Seraskier Bacha , 12 .
Etat prefent de la Puiffance Othomane , 1
L'Illuftre Genoiſe , 12 .
Le Grand Vifir Cara Muftapha , 12 ,
Ambaffades de M. leComte de Guilleragues,
& de M. Girardin auprés du grand Seigneur
, 127
Caracteres de l'Amour , 12.
Les nouvelles converfations de Morales , des
diées au Roy , par Mademoiſelle de Scus
dery , 12. 2. vol .
Dictionaire Royal , 4 .
Bibliotheque , choify de Colomiez ,
Memoires de Sully , fol. 3. vol.
In 12. 8. vol.
L'Hiftoire generale de France , par Dupleix,
fol. f . vol.
De Polybe , par Durier , 12. 3 vol.
Traité des Fortifications , contenant la dé
monftration & l'examen de tout ce qui re
garde l'art de fortifier les Places , tant regulieres
qu'irregulieres , fuivant ce qui fe
pratique aujourd'huy , 12. par M. Gaul
tier, rempli de figures.
Traité de l'Artillerie , expliquant la diffe
rence , les proportions , les portées , les
affuts , & tout ce qui concerne les Canons
dont on fe fert en France , tant ſug
7
Terre que fur Mer , avec plufieurs Planches
, par le même.
Pratique de la Guerre , par Malthus , 8;
enrichie de figures.
Reflexions fur l'Acide & fur l'Alkali , 12 .
Difcours Satyriques & Moraux , en Veis, 12
Dialogues Satyriques & moraux , 11. 2. vol.
Epiftres en Vers de M. Sabatier , de l'Academie
Royale d'Arles , 12 .
Les Oeuvres d'Horace en François , avec le
Latin à cofté , 12. 2. vol .
Le Chemin Royal de la Croix , remply de
figures , 8.
Nouvelle reflexions , ou Sentences & Maximes
morales & Politiques , dediées à
Madame de Maintenon , 12.
La Cour Sainte , fol . 2. vol . grand papier ,
Faramond , 8. 12. vol .
Alma hide , 8. 8. vol.
Aftrée de Meffire Honoré d'Urfé , 8.5.
vol.
Caffandre , 8. 8. vol .
Cyrus , 8. 10. vol.
Polexandre , 8. s . vol.
Voyages de Chardin , 12. 2. vol . remply de
figures.
Les Oeuvres de M. Capiftron , 12.
Idem , de M. Baron , 12 .
Idem , de M. Bourfault , 12,
Hiftoire d'Augufte . 12. 2. vol .
Comedies.
Le Chevallier à la mode , 12,
La Devinereffe , 12 .
Artaxerxe , Tragedie 12 .
A iiij
La defolation des Joueufes .
La Comete.
OUVRAGES DE M. L'ABBI' GOUSSAULT
Confeiller au Parlement.
Les Confeils d'un Pere à fes Enfans , 12 ,
Le Portrait de l'Honnefte Homme , 12 .
Le Portrait de l'Honnefte Femme , 12 .
Reflections fur les deffauts ordinaires des
hommes , & fur leurs bonnes qualitez , 12 .
OEUVRES D'ETT MULLER
Pratique generale de Medecine de tout le
corps humain , 8 2. vol.
Pratique fpeciale du même Auteur , fur les
maladies propres des hommes , des femmes
, & des petits enfans , avec des Differtations
du même Auteur fur l'Epilepfic;
'Yvreffe , le mal hypocondriaque , la
douleur hypocondriaque , la corpulence
& la morture de la Vipere , 8
La nouvelle Chirurgie Medecina e & raiſonnée
de Miche: Ettmuller , avec une Dif
fertation fur l'infufion des liqueurs dans
les Vaiffeaux , 12.
Nouvelle Chimie raifonnée du même Au
teur 12. ,
Les Inftituts de Medecine , 8:
EUVRES DE M. DE FONTENELLE
de l'Academie Françoise
Dialogue des Morts , 12. 2
Jagement de Pluton, 12
Entretiens fur la pluralité des Mondes ,
Hiftoire des Oracles , 12 .
Poëfies Paftorales , avec un Traité de la na
ture de l'Eglogue , & une Difgreffion fur
les Anciens & les Modernes , 12 ,
Lettres galantes de M. le Chevalier d'Her,
12.2 . vol.
Les Travaux de Mars , ou L'art de la Guerre,
Ouvrage enrichi de plus de quatre cens
planches gravées en Tailles- douces , 3. vol.
Bibilia Sacra fol . Lugduni .
Idem , 8.
Idem, 24 , 6. vol. Coloniæ.
Corpus Juris Canonici de Pithæo, fol 2. vol.
Corpus Juris Civilis , 8 . 2. vol . Amftelodami.
Oeuvres de Baquet , fol. par Ferierre.
Les Arrefts de Loüet fol. 2 vol.
La Biblioteque Canonique de Blondeau , fol.
2. vol .
Queftions notables de Droit decidées par plufieurs
Arrefts de la Cour de Parlement , divilées
en 4. Centuries ,parM.Claude le Piêtre
Confeiller du Roy en la Cour de Parlement
de Paris , & augmentées en cette derniere
édition par M. Gueret Avocat en
Parlement , fol.
La promenade de Verfailles ou Celanire
nouvelles H.ftoriques par M. Scudery.
Les Memoires de M. d'Angoulefme , 12 .
Le Secret des Cours , ou les Memoires de
Vualfingham , 12 .
Hiftoire du Cardinal Ximenés , de M. Flechier
, 12, 2. vol.
Difcours du Comte de Buffy Rabutin ,
Το
Tes enfans , 12 .
L'Art de fe connoiftre foi -meme , de Labadie
, 12.
Hiftoire de Jofeph , par M. Arnault
D'Andilly , 12. S. vol .
Hiftoire de S. Louis 4. 2. vol. par M. de
Sacy.
Avantures fecretes , 12 .
Hiftoire fecrete de Bourgogne , 12. 2. vol .
La Reine de Navarre , fuite de l'Hiftoire
de Bourgogne 12. 2. vol .
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