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807156
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LYON
THE
LAY
LE DAUPHINS
DECEMBRE 1696.
DE
LA
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant,
O
N donnara toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau , &
Vingt-cinq fols en Parchemin .
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envie ,
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. D C. XCVI.
Avec Privilege du Roy.
Qu
AVIS.
Velques prieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiſſe pas
d'y manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On reuere la mesme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour , pourve
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
AVIS.
priefeulement ceux qui les envoient,
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
Particle des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent.
C'est fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le toutensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere qu'il est toujours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
ilferapartirles paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que L'on commence à vendre icy Le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin, Paris ne
Laffera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
long- temps avant qu'il foit arrive
dans les Villes éloignées, mais auli
les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'ellesfaifoient auparavant. Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'ex .
pofent à le recevoir toujours fors
tard par deux raifons . La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venir prendre fitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quel
ques jours avant que l'on en falle le
debit, & l'autre , que ne l'envoyant
qu'apres qu'ils l'ont lu eux & quelques
autres à qui ils le preftent , ilt
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
" unet, puis qu'il fe charge de faire
A iij
AVIS.
les paquets lay-mefme & de les faire.
porter à la Pofte ou aux Meffagers,
fans nul intereft, tant pour les Par
ticuliers que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartien.
nent à d'autres Libraires , fans en.
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme pa
quet. Tout cela fera execute avec
une exaltitude dont on aura liew
deftre content.
MERCVRE
GALANT
DECEMBRE 1690
I
Ly a quelque temps
que je vous envoyayune
copie des Harangues
que fit Soliman Buluc Bachi,
Envoyé du Divan d'Alger ,
lors qu'il eut fa premiere
Audience de Sa Majefté , je
A iiij
8 MERCURE
vous fais part aujourd'huy de
celles qu'il a faites depuis
peu à fon Audience de congé.
Elles ont efté traduites
litteralement. Voicy en quels
termes il parla au Roy.
TR
RES GRAND ET TRESINVINCIBLE
EMPEREUR
DE FRANCE.
les
Rempli de reconnoiffance pour
graces que j'ay receuës de Vo .
ftre Majefté Imperiale , comblé de
fes bienfaits , abîmé dans l'admiration
defa grandeur & de fes
augaftes qualitez , je viens , Sire,
recevoir vos ordres pour retour.
GALANT
9
ner à
ma Patrie , publier à mes
Maiftres & à mes Concitoyens
les merites infinis de Voftre Majefté
, ne doutant pas qu elle n'ait
à l'avenir autant de fujer d'eftre
contente de leur fidelité à maintenir
les Traitez, qui font les
liens de la bonne intelligence
de leur refpect, qu'ils en ont d'admirer
les merveilles de fa facrée
Majefté Imperiale.
Il fut conduit enfuite chez
Monseigneur le Dauphin , &
luy fit ce Compliment .
10 MERCURE
MONSE ONSEIGNEUR.
Penetré des graces que j'ayre.
cenes du plus grand Empereur
du monde , comblé de fes bienfaits
, & admirateur de fa magnificence,
je viens prendre congé
deVous, recevoir l'honneur de
&
vos ordres , pour retourner auprés
de mes Maiftres , les Seigneurs du
Divan d'Alger , où je ne manqueray
pas de leurfaire connoistre
la bonté que vous avez euë de les
prot gr , & d'appuyer mes prie .
res auprés de Sa Majesté Imperiale,
afin qu'ils en ayent éterGALANT:
IT
nellement la
reconnoiſſance qu'ils
doivent .
De là il paffa à l'appartement
de Meffeigneurs les .
Princes , Fils de France , auf
quels il parla de cette forte .
M
ESSEIGNEURS,
la liberté de venir
Je
prens
recevoir
vos ordres
, eftant
fur te
point
de retourner
auprés
des Se
nateurs
du Divan
d'Alger
, mes
Maistres
, où je n'oublieray
pas
d'étaler
les graces
que j'ay receies
,
de Sa Majesté
Imperiale
, & la
grandeur
deſa magnificence
,
12 MERCURE
de les aẞsurer que leshautes qualitez
de Meffeigneurs correfpondent
parfaitement à ce qu'on doit
attendre des plus parfaits & des
plus illuftres Princes de l'Univers .
Le même Envoye fut mene
à l'appartement de Madame
la Princeſſe de Savoye , à laquelle
il fit ce compliment...
MADAME,
Quoy que comblé des graces du
plus grand Empereur du monde ,
& noyé dans la mer de fes bienfaits
, ma joye doive eftre au plus
haut degré cependant l'honneur
GALANT.
13
que Sa Majesté Imperiale mefait
à prefent , de me permettre de
rendre mes foumiſſions à une
Princeffe , dont le merite , qui
furpafle l'âge , l'a fait juger digne
du plus aimable Prince de l'Univers
acheve de la rendre parfaite.
Ayez agreable , tres illuftre &
tres-excellente Princeſſe, que je joi
gne majoye à celle de toute l Europe
, que j'aille apprendre aux
Peuples d'Afrique le merite éclatant
de voftre augufte Perfonne ,
dontjefuis témoin oculaire; ‹ftant
venue comme l'Etoile du matin ,
au monde le départ
annoncer
des tenebres de la guerre ; & la
14 MERCURE
venue du jour de la Paix.
M ' Bofquillon , de l'Academie
Royale de Soiſſons , a
fait les Vers que vous allez
lire , pour cette même Princeffe
.
MADRIGAL :
Rinceffe, nos François , en vous
voyant paroifire
PR
Se piquent tous de vous connoifire.
Par vos rians appas justement prévenus
[ nus,
Ceux- cy vous prennent pour Ve-
Qui fort du moite fein de l'onde ,
"Ei d'un feu doux & pur vient embrafer
le monde.
GALANT. 15
Ceux-là ne comptent que vos ans .
Et fous le nom d'Hebé vous offrent
leur encens.
A voftre teint fleuri, tel vous prend
pour l'Aurore i
A la noble fierté quibrille dans vos
yeux,
Tel auire, qui fe trompe encore,
En vous nommant Pallas croit vous
deviner mieux.
Mais d'où vient , Princeffe ado-
Table ,
Que pour vous définir on recourt à
la Fable ?
Les biens que vous cauſez, vos vertus
, vos attraits ,
Vous annoncent aſſezpour un Ange
de Paix .
Jamais Ouvrage ne fut
plus de tailon que celuy qui
16 MERCURE
fuit , toute l'Europe ayant
befoin du repos que les Ennemis
du Roy troublent depuis
huit années . Il eft de M
de la Roche-Boyer , Docteur
en Theologie .
PRIERE A DIEU ,
pour luy demander
la Paix generale.
O
Dieu de Paix , qui.
avez bien voulu que
par le précieux Sang que
vôtre Fils unique a répandu
fur la Croix ,la Paix fuft donnée
à ce qui eft dans le ciel ,
GALANT. 17
& à ce qui eft fur la terre.
Vous nous voyez icy , Seigneur
, profternez aux pieds
de voftre adorable Majefté
pour vous demander inftamment
cette Paix generale
aprés laquelle l'Europe foûpire
ardemment , & fans laquelle
elle ne peut plus fubfifter.
En effet, la cruelle guerre
qui la defole depuis fi longtemps
, l'a réduite à une extrême
fouffrance , & toute
noyée de fang & couverte de
cendre , elle eft prefque fur
le penchant de fa ruine . Elle
paroift un corps foible & lan ,
Decembre 1696.
B
18 MERCURE
guiffant , dont la multitude
des faignées a épuilé toute la
force ; un vaifleau percé par
plufieurs endroits qui le font:
remplis d'eau , & qui eft fur
le point de faire un prompt:
autant que pitoyable naufra
ge . O Dieu de refurrection
& de vie , nous recourons à
vous qui en produiſez en faveur
de ceux qui vous craignent
, des effets également
fenfibles & éclatans . Nous
nous tournons vers vous qui
eftes fi magnifique en confeil
& fi admirable
en toutes vos
voyes, qu'avec les plus petits
GALANT.
moyens vous accompliffez
quand il vous plaift , les plus
grandes chofes. Maintenant ,
Pere de bonté , que tant de
Juftes & tant de Saints unif
fent leurs voix & leurs coeurs ,
& qu'ils pouffent leurs voeux
paffionnez jufqu'au ciel pour .
en obtenir cette heureufe :
Paix , d'où elle tice la fource
comme la gloire , ce bien
commun , le contentement :
du particulier , la gloire du
Public , & l'ornement de tous;
écoutez la voix de leurs gemiffemens
& de leurs larmes ,
qu'elle monte jufqu'à vôtre
Bij
20
MERCURE
Trône environné d'un Arcen-
ciel , & aux entrailles de
vos éternelles & infinies mifericordes.
Dieu des Dieux ,
au moment que vous parlez
toute la nature vous obéit
fans repugnance . Parlez nous
donc , s'il vous plaift , & nous
ferons guéris . Les fecrets des
coeurs de tous les hommes
vous font ouverts ; vous penetrez
dans ces abilmes profonds
, mais vous tenez ceux
des Rois fous voftre loy divine.
Vous les menez & conduifez
à voftre fin fainte &
glorieufe , comme vous meGALANT.
20
nez & conduisez les eaux à la
mer, qui en eft le commun
rendez - vous. Roy des Rois ,
touchez les fi vivement par
vos puiflantes & divines raifons
, qu'ils foient deformais
convaincus que la veritable
grandeur ne fe meſure past
tant au nombre des victoires ,
& à l'étendue de la domination
, qu'à la ſageffe de la conduite
, & que l'art de regner
qui gagne les batailles & qui
fait les Heros , n'eft pas fi beau
ny firelevé , que celuy qui gagne
les coeurs , qui tarit la
fource des miferes publiques ,
22 MERCURE
.
& qui répand l'abondance &
la felicité par tout ; que la ve
ritable magnanimité
fçait fe
preſcrire des bornes dans le
cours des plus magnifiques
triomphes , & qu'elle ne fe
propofe que la Paix qui fait le
fouhait des Peuples . O'Dieu
tout- puiffant , graces immortelles
vous foient renduës ,
de ce que vous nous avez don?
né un Prince qui a ces gene
reux .fentimens ; car encore
qu'il'voye de fes yeux le grand
Royaume que vous luy avez
confié , au plus haut point de
fa gloire , des Troupes aguersGALANT.
23
ries , des Generaux experimentez
, des Flotes puiffantes,
& nombreuſes , des Soldats
accoutumez à vaincre , des
Places qui ne reconnoiffent
point de Vainqueur , parce
que la nature & liart les ont
munies de tout ce qui peur les
rendre imprenables , des ri¬
cheffes également feures &
immenfes ; le Conquerano
cede au Roy pacifique , qui a
tellement à coeur le bien pus
blic , qu'il a le courage de le
preferer à tous ces divers &
glorieux avantages qui flata
tent tant les Teftes couron
24 MERCURE
nées , & qui les éblouiffent
quelquefois . Il facrifie de bon
coeur les Conqueftes & fes
Triomphes au repos de l'Europe
, par les offres de la Paix
que ce nouveau Gedeon a faites
de bonne foy à ſes Ennemis
, & dans le temps
même
qu'ils
ont vû que
les victoiresfameufes
luy promettoient
encore
des progrés
plus
admi
. rables
& plus glorieux
; parce
qu'il
a appris
dans
voftre
fage
& divine
école
, que celuy
qui furmonte
fon courage
eft
plus
fort
que celuy
qui prend
les Villes
, & que
la plus
belle
comme
GALANT 25
comme la plus difficile de toutes
les Victoires fe trouve à
vaincre les paffions dominantes
, & à devenir Maitre de
foy-mefme. Mon Dieu ! quel
fpectacle agreable à vos yeux ,
que de voir le plus g and de
tous les Rois , puis qu'il en eft
l'Arbitre ou le Protecteur ,
fanctifier les guerres par la
pureté de fes intentions , par
la feverité d'une difcipline
exacte , par une équité incorruptible
, par une humilité
profonde,& les terminer heu .
reufement par une égalité
parfaite , par une douceur
Decembre 1696. C
26 MERCURE
charmante , par une bonté
fouveraine , par une magnanimité
icnomparable , & par
une moderation qui ne travaille
pas feulement au repos
& à la feureté de fes plus fiers
Ennemis , mais encore à leur
utilité & à leur gloire . Toutes
ces grandes vertus divifées en
la perfonne de fes glorieux
Anceftres , mais toutes unies
dans la fienne comme les
rayons du Soleil concentrez
dans une belle glace de crital
, & qu'il a renduës illuftres
& éclatantes , lors que
toute l'Europe s'eft ſi injuſte-
J
GALANT. 27
ment foulevée contre luy, ne
nous obligent elles pas à dire
aprés vous , Ephraim aime la
Paix , car il est mon Enfant
favori , & elle fait le plus vio
lent defir de mon Serviteur
Ezechiel, à qui j'ay promis ma
protection ; & à vous prier à
même temps , mais à vous
prier de toutes les puiflances.
de noftre ame , à vous prier
avec une vive foy , avec un
ardent zele , avec une confiance
meflée de crainte , avec
une courageufe perfeverance ,
pour la continuation d'une
auffi belle vie qu'eft la fienne .
Cij
28 MERCURE
Vous fçavez, ô Dieu des bontez,
que la noftre en dépend.
Gardez - la donc préticufement
; en vous priant pour
luy , nous vous prions pour
Lous fes Sujets , & pour nous .
mêmes. Fidelle Garde des
Rois , gardez noftre Roy , fauvez
noftre Roy; faites le mar
cher fur le bord des précipices
comme en des chemins
affurez. Nourriffez - le de voftre
manne divine , & rafraîchiflez
le de vos eaux vives &
falutaires , reveltez - le de votre
bouclier victorieux fi
puiflamment , que ny Ro
GALANT. 29
boam , ny Rahab , ny Sihon ,
ny Bazan, ny Moab , ny Balac ,
ny Sennacherib , ne puiffent
jamais arrefter le cours de
fes Victoires . Défendez fon
Eftat contre la fureur de fes
Ennemis. Diffipez toutes
leurs entrepriſes , renverfez
tous leurs projets , fouflez fur
tous leurs defleins , fauchez
toutes leurs efperances , faites
que toutes les fléches qu'-
ils lanceront contre voftre
Oint , retombent fur leurs
teftes , & leur donnent le
coup de la mort . Eternel des
Armées , reveltez.vous de vos
Cij
30 MERCURE
armes , prenez votre cafque,
ceignez voſtre baudrier , aiguifez
la lame de voſtre épée,
faififfez le jugement , & combattez
contre ceux qui nous
font la guerre ; ou plûtoft ,
mon Dieu , touchez leurs
coeurs , changez leurs defirs,
afin qu'ils foupirent tous aprés
une Paix qui mettra fin
à leurs maux , & que voyant
qu'ils touchent à leur dernie
re ruine , ils faffent confifter
leur ambition à terminer une
guerre dont les fuites ont efté
terribles & fi fanglantes.
Mais, ô Dieu de mifericorde,
GALANT". 3T
nous vous prions encore pour
le Roy que vous nous avez
donné par une espece de miracle
, & dont toute la vie eft
pleine de merveilles ; que vo→
itre nue le conduite , que voftre
colomne l'éclaire , que
voltre Ange l'efcorte , que
voltre puiffance le défende ,
que vostre liberalité l'entretienne
, que vos promeffes
l'affurent, & que vostre grace
le prévienne , l'enrichiffe &
le couronne ; mais fur tout ,
ô Dieu de grace , que voltre
Efprit faint & pacifique te
confirme dans cette humili
Ciiij
32 MERCURE
té, dans cette affabilité, dans
cette douceur , & dans cette
moderation qui l'éleve au
tant au deffus des autres Rois,
qu'il eft élevé au deffus de
fes Sujets . O Dieu juste &
faint,vous voyez que ce grand
Prince , dont le feul nom eft
l'éloge & l'admiration de nos
jours , fait de voſtre Loy fon
amour , de voſtre parole fas
liberté , de voftre ordonnance
fon confeil , de vostre vo
lonté la regle de la fienne.
Que vôtre main , voftre bonne
& toute - puiffante main ,
l'accompagne par tout . Ren.
GALANT.
33
dez -luy felon la pureté de fon
coeur , remunerez fa fainteré ,
récompenfez fon zele ; & puif.
que la folide pieté a fes promeffes
& de la vie preſente
& de la vie à venir , ouvrezluy
vos aimables Tabernacles
, admettez - le dans voftre
fuperbe tente , introduifez
-le dans vos Celliers
abondans. Raffafiez - le de
la graiffe de voftre maiſon ,
bailez-le des baiſers de vôtre
bouche , & nourriffez le felon
vos mifericordieufes promef
fes , des mammelles de vos
plus douces & interieures
34 MERCURE
confolations. Donnez luy
une fanté ferme & inébranlable
, un Confeil fidelle , un
Peuple foumis & obéïſſant ,
& des Armées dont on puiffe
dire toûjours ce qu'on difoit
autrefois de celles du glorieux
Jolué . En a- t on jamais vû de
femblable : & qui eft comparable
à celuy qui la conduit
& qui l'anime par la lumiere
de fa vie , & par la gloire de
fon exemple. Nous vous
prions , ô Souverain Monarque
de l'Univers , pour Monfeigneur
le Dauphin , ce digne
Fils du plus grand Roy

GALANT. 35
du monde. S'il a reçû de fon
glorieux Pere , avec le fang ,
les plus vives marques de fa
grandeur , comme le premier
ordre des intelligences a reçû
immediatement de vous
feul les plus purs rayons de
fa lumiere ; donnez- luy , Seigneur
, toûjours voftre juftice
, & foyez fa deffenſe & fon
rocher , fa vie & fa gloire.
Dieu de benediction , répandez
la abondamment fur ces
trois jeunes Princes , qui
pour tout dire dans un mot ,
ont des dons proportionnez
à la gloire de leur naiffance ,,
36 MERCURE
la plus augufte du monde.
Vous en avez déja fait l'honneur
de leur âge , l'efperance.
des François , & le defefpoir
des ennemis de l'Etat , dont
ils font les fermes & inébran .
Jables colomnes , & vous avez
bien voulu que celuy de ces
jeunes Princes ,
que vostre
Providence
a deſtiné à monter
un jour fur le Trône , fuft
un de ces genies fuperieurs
qui ont un empire naturel fur
les autres , & que vous voulez
unir par le facré lien du ma
riage , avec une Princeſſe à
laquelle vous avez prodigué
GALANT.
37
tous vos dons . Pere charita
ble , regardez - les tous deux
avec des yeux de Pere ; qu'ils
croiffent en âge & en toutes
fortes de vertus morales &
chrestiennes , & que le Roy
voye un jour en la faveur vos
promeffes heureuſement accomplies
, fes enfans , & les
enfans de fes enfans fervir
voftre adorable Majefté , avec
la même pieté , & le même
fuccés . Enfin , Roy des Rois ,
comblez - le d'autant de faveurs
que vous luy avez donné
de victoires. Puiffe fon regne
par le nombre de fes an38
MERCURE
nces furpaffer autant les plus
longs regnes , que par
l'éclat
de les actions il furpaffe les
plus glorieux Monarques.
Puiffe la Paix eftre l'ouvrage
de la juſtice , & accompagnée
de la felicité & de l'abondance
couronner les travaux heroïques.
Vous n'avez rien vû deM
Deflandes , Grand Archidiacre
de Treguier, qui n'ait cfté
rempli d'utiles & curieufes
remarques. C'est ce qui vous
a toujours fait lire fes Ouvrages
avec plaifir . J'efpere
GALANT.
39
que vous ne recevrez pas
moins de fatisfaction de celuy.
cy que
DE LA
des autres.
MANIERE
dont on doit avertir fes
Amis de leurs defauts
AM LE C. D.
D
Eux jeunes Dames voift .
nes s'aimoient plus que
deux Soeurs ; & pour marque
d'amitié elles pafferent une espece
de Contrat , par lequel elles promettoient
de s'avertir de ce que
l'on pourroit dire dans le monde de
leur conduite. Ce Contrat d'ami40
MERCURE
sié fur bien toft rompu ; l'une de
ces Dames dit unjour à la bonne
Amie trois ou quatre choses qui
ne luy plurent pas . On dit de
vous , ma Soeur , que vous de
vriez porter un miroir ,
yregarder lors que des mouvemens
de colere font des changemensfur
vostre beau vifage.
vous
L'ont dit , ma Soeur , que
lecture des Livres du P. Craffet,
la
Jefuite , vous procureroit une
grande tranquillité d'efprit ; au
Lieu que certains Livres que vous
lifez , rempliffent voftre imagi .
nation de chimeres.
Vousfçavez, ma Soeur , què
GALANT.
41
s'il n'eft pas permis de dire du bien
de fon esprit , il eft permis d'en
dire defon coeur & de fa memoire;
jay fouvent embaraße par
des défis de memoire de celebres
Academiciens Il me fouvient
toujours d'une preffante Morale
que fit àVerfailles M' l'Abbé B.
pour avertir les Grands du monde
de leurs obligations . Il dit quefi
c'estoit une erreur dans la Phyfique
de croire
que
le Soleil & les
Aftres euffent leurs foibleffes &
leurs délaiffemens , il n'eftoit que
trop vray dans la Morale tes
que
Grands du monde qui doivent eſtre
les Aftres poury verfer de douces
Decembre 1696.
D
4: MERCURE
que
influences , n'y paroiffent que com
me defâcheux Phenomenes pour
defoler ceux qui leurfontfoumis ;
la Mer , cet élement tout fa
rouche qu'il eft ,fait une gavante
leçon aux Grands du monde. Elle
eft à la verité le centre de tous les
Fleuves & de toutes les Fontaines
; mais ce n'est que pour communiquer
à la Terre ces mefmes.
caux bien plus pures qu'elle ne les
ɩ reçûës ; &puis parlant de l' Aumône,
& exhortant les Dames de
la Cour àprendre elles mefmes le
foin des pauvres , il dit d'un ton
de reproche : Eft-ce que les Officiers
des Princes de la Terre cedent à
GALANT.1
43
>
d'autres l'honneurde s'acquiter de
leurs Charges . Les Pauvres
continua t - il , font comme ces
Plantes medicinales , qui reprefentent
des Etoiles , quoy qu'elles
folent environnées d'épines ; qu'il
falloit regarder les Pauvres comme
les Temples brifez qui estoient
on venerationparmy les Romains,
It dit en finiffant , que pour faire
L'éloge de l'Aumofne , ilsuffifoit de
dire qu'elle porte le mesme nom
dont Dieu eft nommé , Dieu eft
chanté . Ilsemble que l'on ne pou--
voit donner an avis plus adroite .
ment; il ne fut pas cependant bien
reçû. C'est ce qui me fait penferr
Deiji
44 MERCURE
fur la difficulté qu'ily a d'en donner
un qui puiffe eftre utile.
Lors que le Taffe
accompagnas
en France le Cardinal de Ferrare,
le Roy qui prenoit plaifir à l'ens
tretenir , luy demanda un jour ſt
jamais un Souverain pouvoir fe
ruiner. Ouy , Sire , luy répondit
le Taffe , s'il trouvoit à acheter
unfage Miniftre , qui (çeuft le fecret
de luy donner de bons avis.
Une autrefois , ce Prince luy
demanda quel eftoit à fon fens
l'homme du monde le plus malbeureux.
C'eft , dit le Taffe , un
homme qui s'eft ruiné pour n'avoir
pas obéi aux confeils defes amis..
GALANT. 45
Ilya plufieurs manieres d'avertir
fes égaux , fes Superieurs &
ceux mefme qui nous font foumis.
Demeurons d'accord que S. Pau
lin s'y prit d'un tour bien choift
pour faire entendre à un premier
Miniftre , ce qu'il vouloit luy
dire.
Saint Paulin de Nole a efté
l'ornement de la France , par fa
naiffance , & la gloire de toute.
l'Eglife par fa pieté. Il naquit
Bordeaux , où il eut le fameux
Poëte Aufone pour Maiftre. Le
premier Miniftre d'Angleterre
luy avoient dés leur jeuneſſe fait
une étroite liaison d'amitié , lors
46 MERCURE
que S. Paulin eftoit Intendant en
Espagne Ce Seigneur Anglow y
fut envoyé , & ces deux Amis y
contractérent une nouvelle amitié.
En l'an 375. S. Paulin fut Confulà
Rome , & cefut dans ce mê
metemps qu'il apprit queson Amy
avoit esté nommé le premier Miniftre
duRoyd Angleterre. Il ya
voit longtemps qu'il ménageoit cer
Amy pour luy inspirer un dégouft
&un détachementdes chofes de la
vie.
Ce premier Miniftre luy avoit
mandé , qu'il eftoir fi accablé d'af
faires , qu'il ne trouvoit pas
le
moindre moment pour faire de ſe.
GALANT. 47
rieufes reflexions fur l'Eternité,
fur l inconftance de la vie , fur la
fainteté de laReligion ,fur la proximité
de la mort.
Voicy la réponse que luy fit ce
fage Conful; il commencefa Letire
par un ftile pompeux it luy
donne mille loüanges . Il luy dit ,
Vous eftes lhomme de vostre fie
cle d'une plus grande étenduë
d'efprits rien ne vous embaraffe ,
vous embaraffez les plus fins
Politiques des Cours Etrangeres.
Le Roy a raison de vous aimer ,
puis que vous cftes en quelque
maniere l'ame de fon Eflat ; c'cft
pour moy un plaifir d'apprendre
48 MERCURE
que vostre accés est facile , &que
voftre tribunal n'eft pas gardé par
des Lions, comme celuy d'un Prince
dont parle l'Ecriture . L'éclat de
vostre élevation ne vous a pas
fait oublier vos anciens Amis ;
c'eſt pour vous un plaiſir d'obliger
un chacun. Vos grandes occupations
ne vous empêchent point
d'avoir commerce avec tous les
Sçavans hommes de l'Univers ;
vous trouvez du temps pour leur
communiquer vos riches reflexions
, car vous fçavez tous les
Secrets de l'Eloquence ; vouspenetrez
tous les mifteres de la belle
Philofophie. Omnium Orato.
rum
GALANT.: 49
rum Auminibus exundas : Phi
lofophiæ quoquen fontibus
irrigaris . Vous avez du loifir
pour tout ce qui a rapport aux
belles inclinations de votre efprit ;
vous n'en avez pas , dites vous ,
lors qu'il s'agit de l'affaire du
monde la plus importante, ut iftis
occuperis immunis & liber,
ut fapientiam Dei difcas oce
cupatus es ?
Coftar 'écrivant à l'Abbé de
Laubefpin , luy dit , Je viens de
m'aviler de voftre artifice.
Que vous eftes adroit ! Vous
avez cru que pour m'humilier
, c'eftoit un moyen trop
Decembre 1696. E
50 MERCURE
rude de me montrer un miroir
qui me fiſt voir ma laideur
, & vous avez jugé plus
à propos d'employer toutes
vos couleurs à me peindre
l'image de la perfection , de
la vertu & de la fainteté , afin
que je connuffe mieux par
comparaifon les defauts qui
m'en éloignent ; ainfi vous
me corrigez en me loüant .
Il n'y a rien de plus fenfible
que de recevoir une rude corre
ction Il faut imiter la nature ,
qui nous a peint les remedes fur
les fleurs. Natura in floribus
remedia pinxit.
GALANT.
P
Le Fils aifné du Prefident de
Thou voyageant par toute l'Europe
, pour connoiftre le caractere
des Cours étrangeres , fut fi far.
pris d'un reproche que luy fit un
Prince d'Angleterre , de ce que
fon Pere avoit écrit contre fa
Maifon , que dans le même mo-
1 ment il demeurà malade à la der
niere extrémité.
que,
Pendant le Siege de Dunkerle
Maréchal de Gaffion prit
un Officier Espagnol , que le Duc
d'Enguien promit de rendre àfon
Colonel Cer Officier , qui furfa
#parole avoit toute liberié , ne fe
trouva pas auſſi toft que ce Colonel
E j
52 MERCURE
Espagnol le fouhaitoit , il s'avia
de parler d'un air de hauteur. Le
Maréchal le traita comme un
Enfant . Ce Colonel alla ſe plaindre
au Duc d'Enguien ; ce Prince
ne put retenir fa colere ; il dit au
Maréchal qu'ilfçauroit le faire
obeir comme le moindre des Soldats
. Le Maréchal
, quoy que
Surpris , ne parut pas ému ; &fe
retira , ne pouvant trouver le
moyen de s'excufer. Quelques
jours aprés , le Duc bien informe ,
fis reflexion qu'il avoit fait une
faute , & qu'il avoitfans raison
maltraité ce Marefchal
, & par
unegenerofué digne d'une louange
GALANT.
$3
immortelle , il voulut bien pour
reparer fon emportement , rendre
vifite à ce Marefchal . Il luypar
la d'abord d'un Convoy , & puis
de quelques autres affaires. Il
affecta mefme de certains difcours
recherchans & obligeans , où il
mefla dvec adreſſe quelque espece
dexcuse.
La complaifance eft un grand
fecret & d'un grand Secours pour
avertir les Grands de leurs défauts
. Arcadius , Patriarche de
Conftantinople , voyant que par
fes fages confeils , il ne pouvoir
moderer la cruauté de l'Empereur
Leon , feignit d'entrer dans
E iij
$4 MERCURE
fesfentimens pour trouver le mo
ment d'adoucir fon fprit.
Le Preſident Fannin & Villeroy
, Secretaire d Etat , ne pouvantfurmonter
la fureur des Ligueurs
, feignirent d'approuver
leurs folies , pour les ramener infenfiblement
à leur devoir.
Ily a des occafions où il faut
parler avec fermeté aux Grands
du monde. Guillaume de Naffau ,
Pere du Prince d'Orange , irrité
contre la Ville d'Amfterdam , l'af
fiegea . Le Comte de Lufignan e
le Comte de la Vieville , qui eft
mort Evefque de Rennes , n'oubliérent
rien pour luy repreſenter
GALANT.
5 $
Lesfuites defan entreprife . Ilmou
rut de déplaifir pour ne les avoir
pas voulu écouter ; & il leur
avoja en mourant , qu'il euft efté
un Prince heureux , s'il euft fçû
profiter de leurs avis .
Le Souverain Pontife , ce cha
ritable Pere commun de tout le
monde Chrestien , ne peut voir
qu'avec une fenfible douleur , que
des Princes qui fe difent de zelez
enfans del Eglife , ofentfe declarer
les Ennemis du Fils aifné & de
l'unique Protecteur de cette mef=
me Eglife.
Que tous les Ennemis de la.
gloire de Louis le Grand étudient
E iiij
16 MERCURE
l'histoire de ce Monarque , & ils
verront que c'est aux confeils de
la Sageffe qu'il eft redevable de
toutes les victoires qu'il a remportées.
C'est àcette divine école de la
Sageffe , que l'Empereur des
François a appris à eftre prudent
dans fes Entreprifes ,fage dansfes
Confeils , moderé dans fes Con .
queſtes , acceſſible à tous , Fuge
équitable , Pere de fon Peuple.
Nos Neveux pourront -ils croire
les chofes dont nous fommes les
Témoins ? Les actions de ce Prince
pafferont jusques à la fin des fiéeles
. L'Eglife leregardera toûjours
comme le Protecteur defes Autels;
GALANT.
57
dans le
Hos Freres , autrefois feparez ,
beniront fur la terre
ciel l'heureux regne de l'Empereur
des François . Scribantur hæc
in generatione altera , & populus
qui creabitur laudabit
Dominum . Pf.
Henry Coignet de la Tuille .
rie , Comte de Courfon , mourut
à Auxerre dans le mois de
Septembre dernier . Cette Fa
mille eft ancienne & illuftre
Dés l'an 1496. Mathieu Coignet
fut pourvû d'un Office
de Maitre des Requeftes.
On en a encore les provifions
58 MERCURE
en Latin , fignées du Roy
Charles VIII . En 1507. Ma
thieu II . pour lors Confeiller
au Parlement de Paris , épou
fa Marie Poirier , & mourut
en 1549. laiffant deux Fils ,
Mathieu l'aîné , & François le
cadet celuy- cy fut Seigneur
de Pontchartrain prés Montfort
Lamaury, & de S. Aubin
des Clayes , Secretaire du
Roy , & Député aux Eftats
de Blois en 1976. pour repre
fenter les interefts de la Nobleffe
du Comté de Montfort.
Ce fut luy qui fit bâtir
le portail du Chateau de
GALANT.
59
Pontchartrain , où l'on a vû
longtemps les Armes de fa
Famille, avec une Etoile pour
brifure, Il époufa Catherine
Rapoüel , qui le rendit Pere
de Raoul Coignet , Seigneur
de Saint Aubin , receu Secretaire
du Roy en 1577. par la
démiffion volontaire de fon
Pere aprés vingt années d'exercice,
& de Marie Coigner,
Epouſe en 1583. de Philippes
d'Ouglas , Seigneur d'Araucy
,
Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roy , mere
d'un Chevalier de Malte.
MathieuCoignet III . du nom ,
60 MERCURE
Fils aîné de Mathieu II. Sex
gneur de la Haqueboüille &
de la Tuillerie , fut Maiſtre
des Requeſtes , & premier
Ambaffadeur de François I.
prés des Ligues Suiffes , où il
en fit les fonctions pendant
cinq années avec beaucoup
de prudence , puis Procureur
General du même Roy en
Savoye. Il publia en 1583.
un Ouvrage intitulé , Inftru .
ction aux Princes de garder la
foy promife , & un autre de la
Philofophie Chreftienne. Il mourut
âgé de foixante & douze
ans en 1586 & la Femme qu'il
GALANT: 61
avoit épousée en 1549. fut
Marguerite
Rapoüel , Soeur
aînée de Catherine , Epouſe
de fon Frere cadet . On conferve
dans les Archives de la
Famille deux Lettres patenres
du Roy Henry IV. des
années 1592. & 1594. qui permettent
à Marguerite Ra
poüel , Veuve de Mathieu
Coignet , de refter dans Paris
durant les guerres de la
Ligue , à caufe de fon grand
âge , & en confideration
des
fervices de feu fon Mary ,
& de ceux que fon Fils rendoit
actuellement
, C'eſtoit
62 MERCURE
Mathieu Coignet IV. du
nom , Seigneur de la Tuillerie.
Il fut d'abord Secretaire
du Roy , & Audiencier en la
Chancellerie de Paris , puis
en 1588. il fut reçû Gentilhomme
ordinaire de la
Chambre d'Henry , Roy de
Navarre , qui l'envoya en Allemagne
en qualité d'Agent
de Sa Majesté , & enfin lors
que ce Prince fut monté fur
le Trône de France , il fit ce
même Mathieu Coignet un
de fes Maiftres d'Hoftel
ordinaires . Il époufa en premieres
Noces l'an 1584. MarGALANT.
63
guerite Chartier , & en fecondes
l'an 1593. Marguerite Hue,
laquelle le rendit Pere de
GafpardCoignet , Seigneur de
la Tuillerie & de Bregy , Com
te de Courſon , la Chapelle ,
Villepot , & autres lieux . Il
fut Mailtre des Requeftes
ordinaire de l'Hoftel , puis
Confeiller du Roy en fes Confeils
d'Etat , & Direction de
fes Finances , Ambaffadeur
ordinaire & Extraordinaire à
Venife , en Hollande , Allemagne
, Suede , & Dannemark.
Ce fut un homme en
qui la fageſſe & la prudence
64 MERCURE
fe trouvérent, pour ainſi dire ,
prématurées , de ces caracte
res d'efprit qui ne font pas fujets
au temps , capables de
tout dans un áge où l'on ignore
ſouvent fi l'on peut eſtre
propre à quelque chofe. A
vingt & un an , il fut reçû
Confeiller au Parlement de
Paris , & à vingt- fept, Maitre
des Requeftes. Le Roy Louis
XIII. infpiré par le Cardinal
de Richelieu , ayant obligé
les Rochelois , aprés la prife
de leur Ville , de recevoir
un Intendant qui prendroit
foin de faire oblerver fes
GALANT
65
Ordonnances , qui prefideroit
à l'exercice de la Juftice ,
& qui auroit l'oeil fur tour ce
qui pourroit regarder ſon ſervice
, jetta les yeux fur le
Sieur de la Tuillerie , pour un
employ de cette importance ,
& Sa Majefté l'inftalla en cette
qualité dans la Rochelle',,
& l'y laiffa , avec ordre d'en
faire rafer les murs , les ram
parts , & autres Fortifications ,,
dont il s'acquitta avec tant
de prudence & de fermeté ,,
que fans rien negliger des
ordres de fon Prince , il fe
concilia l'amitié des Roche-
Decembre 1696. F
66 MERCURE

lois , qui firent frapper des
jettons à fa gloire . Sur l'un
des revers on voit fes armes
avec une legende , contenant
fon nom & fes qualitez
de Confeiller au Confeil
d'Etat , Maiſtre ordinaire des
Requeſtes , Intendant de la
Juftice , Police , Finance &
Marine , aux Provinces de
Poitou , Xaintonge , Aulnis ,
Ville & Gouvernement de la
Rochelle , & Ifles adjacentes .
Sur l'autre revers eft la Ville
de la Rochelle dans un enfoncement
, fans murailles ,
ayant au- devant d'elle , une
GALANT. 67
4
Juſtice qui la couvre , tenant
a balance dans une main , &
fon épée dans l'autre , & pour
legende , ces mots latins
Hæc mihi murus erit , & dans
l'Exergue 1629. Il refta dans
cer employ jufqu'en 1632 , que
le Roy le nomma à l'Ambaf
fade de Venile . A peine fut-il
arrivé que fa Femme luy
ayant donné un Fils , la Republique
le tint fur les Fonts
de Baptême. Les ceremonies
en furent magnifiques , & ce
fur le Cardinal Cornaro
Patriarche de Venife , qui
baprifa l'Enfant , & luy dan
Fij
68 MERCURE
na le nom de Marc . Les Am
baffadeurs de Modene & de
Pologne ayant l'un & l'autre
endifferens temps , vifitel Ambafladeur
d'Espagne , avant
le fieur de la Tuillerie , il leur
refufa l'entrée de fon Palais ,
& ne voulut point leur donner
d'audience , foutenant
ainfi la preéminence de la
Couronne de France , fur celle
d'Espagne . Les Venitiens
s'eftant brouillez avec le Pape
Urbain VIII . pour les confins
de leurs Etats , il employa
tous fes offices pour
empêcher que cette affaire
GALANT. 69
མ།
n'euft des fuites . Le Nonce
du Pape & les Députez de
la Republique s'affembloient
même chez luy, & enfin aprés
avoir obtenu que les armes
demeureroient oifives de part
& d'autre , il fit la reconciliation
. H nefut pas moins heureux
dans celle de la Princeffe
Marie de Gonzague , Veuve
du Prince Charles de Mantouë
, avec le Duc fon Beaupere.
Aprés un fejour à мantoue
de prés de quatre mois ,
où mefme il penfa mourir
des fatigues qu'il fe donnoit ,
il obligea cette Princeffe de
70 MERCURE
caffer plufieurs Proteftations
qu'elle avoit faites contre
Certaines chofes que luy avoir
fait figner fon Beau- pere ,
& ayant remis la Paix dans
cette Famille , il retourna à
Veniſe , où il refta juſqu'à la
fin de 1637. que le Roy l'envoya
Ambaffadeur Extraor
dinaire vers les Princes d'Italie
, chez lefquels il reſta jufqu'au
commencement de
l'année 1639. que fa prefence
n'eftant plus neceffaire en
Italie , Sa Majefté le rappella
pour le faire pafler en Hollande
l'année fuivante 1640,
2
2
GALANT. 7
en qualité d'Ambaſſadeur
Extraordinaire. Il en fit les
fonctions jufqu'en 1644 que
la guerre s'eftant allumée entre
les Rois de Suede & de
Danemark
; la Reine Regente
dépefcha le S ' de la Tuillerie
, avec le titre d'Ambaffadeur
Extraordinaire
du Roy
vers ces deux Princes , pour
les accommoder
. Il s'y rendit
, & aprés plufieurs voyages
de Danemark en Suede ,
& de Suede en Dannemark ,
durant prés de fix mois , il
obligea enfin ces deux Cours
de nommer des Députez
*
72 MERCURE
pour conferer à Bronfboo ,
petite Ville frontiere des
deux Etats. 1 les y affembla.
au mois de Février 1645. &
aprés la premiere entrevûe ,
on convint , pour éviter les
difputes , que ces Deputez ne
fe verroient plus ; mais que
les uns donneroient par écrit
leurs prétentions au fieur de
la Tuillerie , & que les autres
y feroient leurs repliques..
Ainfi chargé de ces differens
interefts , on le voyoit paffer
inceffamment des Tentes des
uns aux Tentes des autres ,
n'épargnant ny veilles , ny
foins ,
GALANT:
73
foins, ny peines , pour amener
les choſes à une heureuſe fin,
ménageant ces efprits de maniere
que tous furent fatisfaits
de luy. Quatre Députez
de la Republique
de Hollande
les écouterent au commencement
de cette penible
Negociation
; mais enfuite ils
fe retirerent du cofté des Suedois
, changeant leurs quali .
tez de Mediateurs
en celle de
Parties , ce qui rendit la conclufion
bien plus difficiles
mais M'de la Tuillerie , fans
fe rebuter , furmonta toutes
ces difficultez , & fit enfin
Decembre 1696. G
74 MERCURE
figner le Traité de Paix le 23 .
Septembre de la même année
ayant merité également l'affection
& l'eftime de Chriſtian
IV. Roy de Dannemark , &
de la fçavante Chriſtine , qui
l'honorérent chacun de leur
portrait enrichi de Diamans ,
il rentra à Copenhague comblé
de benedictions
de la part
du peuple , & d'honneurs de
la part du Roy , qui luy fit
faire une Entrée magnifique
au bruit du canon de la Ville
& des Vaiffeaux , & de toute
la Moufqueterie , ce Prince
luy ayant fait l'honneur de
GALANT.
75
le faire manger à fa table , &
de le placer luy - même au
haut bout.Il ne fut pas moins
bien receu à Stokolm , ces
deux Cours luy marquant
comme à l'envi la fatisfation
que l'on y avoit de ſes
bons offices . Il revint à la
Haye en Avril 1646. reprendre
fon pofte d'Ambaffadeur;
& aprés avoir obligé les Etats
par fes inftances à ratifier un
Traité que leur Ambaſſadeur
avoit figné en France , il y
vint faire un tour , où il fut
receu de leurs Majeftez , &
du Cardinal Mazarin , felon
Gij
76 MERCURE
h
la grandeur de fes fervices ,
& l'heureux fuccés de toutes
les Negociations . En Juillet
1647. il retourna précipitamment
à la Haye , fur ce que
l'on apprit que les Efpagnols
n'épargnoient rien pour déracher
les Etats Generaux de
la France , en leur offrant
une Paix particuliere. Il y agit
avec tant de feu & de vigueur,
qu'il obligea les Etats àfigner
le 20. Juillet un Traité de ga .
rantie mutuelle avec la France
, pour les Traitez qui devoient
fe conclurre à Munfter
en faveur de l'une & de l'autre
GALANT : 77
Nation . Malgré ce Traité
les Eftais s'eftant accommodez
avec l'Eſpagne l'année
fuivante , M' de la Tuillerie ,
aprés une longue remontrance
qu'il leur fit le 3. Mars
1648. prit fon congé , & partit
de la Haye le 23. de May
,
pour n'eftre pas prefent à la
publication de cette Paix , Il
rendit fi bon compte au Roy
& à la Reine de fes Negociations
, que leurs Majeltez
en furent pleinement fatisfaites
, & il en receut toutes
les démonftrations d'eftime
& de bienveillance que meri-
G iij
78 MERCURE
toit fa fage conduite. Il refta
en Cour à faire les fonctions
de Confeiller d'Eftat ordinaire
, & l'an 1650. Sa Majesté
érigea en Comté pour luy &
pour les Succefleurs , la Terre
de Courfon - le - Chafteau &
Courfon -la-Ville , l'une des
plus anciennes Baronnies du
Comté d'Auxerre . Et ce , comme
le portent les Lettres d'é.
rection , en confideration del antiquité
de la Nobleffe & Che
valerie , & des grands recommandables
fervices que fes Pere
Ayeux ont rendus aux Rois
nos Predeceffeurs, enleurs Armées
GALANT. 79
&Ambaffades ,& de ceux rendus
enfuite par luy au feu Roy,
nostre tres - honoré Seigneur &
Pere , & à nous depuis noftre
avenement à la Couronne , tant
dedans que dehors noftre Royatt.
me , en plufieurs grandes & importantes
Negociations , Ambaffades
ordinaires & extraordi
naires , en Italie , en Hollande ,
Allemagne, Suede & Dannnemark
, où il nous a dignement ,
heureuſement & avantageusement
fervien cet estat , comme il
continue journellement en nos
Confeils. Ce grand homme
mourut en 1653. dans fa cin-
G iiij .
80 MERCURE
quante-feptiéme année. Il as
voit épousé en 1625. Anne
Lefcalopier , Fille de Jean ,
Prefident au Parlement de
Paris , & de Marie Gobelin ,
& Soeur aînée de la Ducheffe
de Betune Charoft. Elle mourut
à Venife le 26. Novembre
1633. âgée de vingt- deux ans,
laiffant Marie de la Tuillerie,
née en 1627. aujourd'huy Superieure
des Carmelites du
Fauxbourg Saint Jacques ;
Henry qui vient de mourir ,
né en 1629. N. morte Reli .
gieufe aux Filles Sainte- Marie
du Fauxbourg S. Jacques,
GALANT. 81
&Marc, dit l'Abbé de Courfon
, Filleul de la Republique
de Venife , né en 1633. mort
Seville en Espagne en 1663.
Henry , Comte de Courfon ,
&c. époula en 164 Lucie de
Gentil-de-Puigeollet , Fille de
George de Puigcollet , Colonel
du Regiment de Cham .
pagne : & en fecondes Noces
Claude-Eleonore de Broüillard.
de. Courfant , Veuve de
Henry Largentier, Comte de
Chapelaine. Il eut de fa premiere
Femme deux Fils , Pierre-
Paul Coignet , Comte de
Courfon , qui eft Bailly &
82 MERCURE
Gouverneur d'Auxerre, aprés
avoir efté douze ans Capitai
ne dans le Regiment du Roy
Infanterie . Il nâquic le 25.
Janvier 1658. & epoufa le 17.
Janvier 1686. Germaine Ni .
got , Fille de Jacques Nigor,
Secretaire du Roy , dont il a
eu plufieurs Enfans . Son Fre
reeft Gafpard Coignet , dit le
Chevalier de Courfon . Cette
Famille fe trouve alliée à cel .
les de Lefcalopier , Bethune-
Charoft , Gobelin , Phelypeaux
Chafteauneuf & Phelypeaux
d'Herbaut , Crevantd'Humieres
, Illiers , Uxelles ,
GALANT.1 83
Beringhen, de Melmes ,Cour
tin Confeiller d'Eftat , Fra
guier, Chevry, Guerchi, Lambert
de Bourgogne , Langallerie
, Miron , Miromefnil , &
autres. Elle porte pour Armes
d'azur , à deux épées d'argent
mifes en fautoir la pointe en haut,
les poignées & gardes d'or , accoftées
de quatre croiffans d'argent ,
pourfuppofts deux Levretes d'ar
gent accolées d'azur.
Le 14. du mois paffé , Eleo
nor- Leonard Cruau , Seigneur
de la Boullaye , ancien Capitoul
de la Ville de Toulouſe ,
Confeiller du Roy , Corre-`
84 MERCURE
cteur ordinaire en fa Chambre
des Comptes de Paris ,
mourut en fa maifon de la
Boullaye en Brie . Il avoit efté
pendant plufieurs années premier
Commis de M ' Fouquer
Sur - Intendant , dont il avoit
acquis l'entiere eftime & la
confiance.
Voicy une Eglogue qui a
efté chantée deux fois à Fontainebleau
, au Soupé du Roy,
où elle a receu de grands applaudiffemens.
Les Vers font
de Madame de Xaintonge ,
dont tout le monde connoift
GALANT. 85
l'excellent genie . Les Airs
ont efté faits par M Marchand
, de la Mufique du
Roy.
EGLOGUE.
Un jeune Berger joue de la Baffe .
Deux Satyres & deux Dryades s'avancent
.
Que
I.
Satyre.
Ventens-je ? O Dieux ? Quels
agreables fons?
II. Satyre .
Quelle douce harmonie ?
I. Satyre.
Ecoutons !
II. Satyre.
Ecoutons.
86 MERCURE
1
I. Satyre .
Ah, je ne puis me deffendre
Des mouvemens jaloux qui viennent
me furprendre.
Quand le Heros qui fait tous nos
defirs
Revient dans nos climats , c'eft à
nous feuls à prendre
Le foin de fes Plaifirs .
Ablje ne puis me deffendre
"Des mouvemens jaloux qui viennant
me furprendre.
Un jeune audacieux
Oferoit-il prétendre
De partager noftrefort glorieux ?
Ah! je ne puis me deffendre
Des mouvemens jaloux qui viennent
me furprendre.
I. Dryade.
Le respect doit calmer
Ze violent dépit qui vient vous animer.
GALANT: 87
C'est le zele qui le fait naifire ;
Mais devant noftre augufte
Maiftre
Le respect doit le calmer .
II. Dryade & les deux Satyres,
Elouffez votre {
jajousie ,
Etouffons noftre
Pour plaire au plus puiffant des
Rois:
Qu'un même deftin { vous
Accordez vos
Accordons nos
{
voix
A cette douce harmonie.
I. Dryade,
lie ;
Trop heureux d'habiter ces aimamables
climats
Où fon penchant le ramene ,
Plus heureux mille fois qui fuit toujours
les pas.
La plus cruelle peine
88 MERCURE
Eft de ne le voir pas .
Les deux Satyres,
Que l'Automne eft pour nous une
Saifon charmante !
Chantons fes douceurs ;
Elle eft plus riante
Que la faifon des fleurs.
Son jus eft delectable ,
Mais c'est moins par ce jus divin
Qu'elle bannit noftre chagrin ,
Qu'en ramenant icy ce Heros redoutable.
Les deux Satyres & les deux
Dryades .
Profitons d'un temps précieux ;
Que nos concerts volent jufques
aux Cieux !
Repetons mille fois dans noftre ardeur
fidelle ,
De toutes les faifons l'Automne eft
la plus belle.
GALANT. 89
I.
Dryade.
Dans ces lieux charmans
L'Amour eft fans allarmes.
On aime affez pour goûter tous fes
charmes
On n'aimepas affez pour fouffrir fes
tourmens .
II.
Dryade.
Quand l'Amour veut toucher notre
Ame,
Il faut s'abandonner à toutes fes
langueurs.
Plus on eft peneiré de l'ardear de fa
flame
Etplus on reffentfès douceurs.
2
D'aimables chaifnes
Doivent coußter des foins & des fou
pirs
L'Amant n'apoint de vrais plaifirs
Decembre 1696. H
90 MERCURE
Pourles Amans qui s'exemptent des
peines.
II. Satyre.
Chacun dans cet heureux fejour ;
Goûte à fon gré les plaifirs de la vie;
Sans contraindre fon envies
On fuit Bacchus ou l' Amour :
Souvent on fe fait une gloire
D'eftre Beuveur fans ceffer d'eftre
Amant.
Pour moy qui ne fçais que boire
Le bois inceffamment .
225
Pour les plus beaux yeux du monde
Le ne quitreroispas ma bouteille un
moment :
·Ie goûte une paix profonde ,
Lefuisfansfoins, je ris, je dorstranquillement.
GALANT. 9E
Zene quitteroispas ma bouteille un
moment
Pour les plus beauxyeux dumonde.
1. Satyre.
Pour le doux jus de la treille
Je nequitterois pas ma Bergere un
moment:
Te briferois ma bouteille
Si Bacchus m'arrachoit à cet objet
charmant ; t .
Ie ne quitterois pas ma Bergere an
moment
Pour le doux jus de la treille.
II . Satyre .
Bacchus feul remplit tous mes
voeux ,
Pour goûter fes plaiſirs , jamais on
nefoupire's
a
Ce n'est pas l'employ d'un Satyre
De faire le langoureux.
Hij
92 MERCURE
I. Satyre.
Le vin fait toute ta gloire
Luy feal a droit de t'enflamer :
Tu n'as que le plaifir de boire ,
Et moy, j'ay leplaifir & deboire &
d'aimer.
"
I. Dryade.
En vain tout plaift , tout enchaute
Dans cet aimable fejour ;
Si l'on en banniffoit l'Amour
Y pourroit-on donner une Fefte galante
?
Bacchus mefme ne fuffit pas
Pour les plaifirs de la table ,
Lorfque l'Amour fe mêle d'un repas
Ileft cent fois plus agreable.
II Satyre .
Ah , que les Buveurs font heureux
Sous les loix du Dieu de la treille !
Il endort , il réveille ,
GALANT:
93
Il chaffe les chagrins , il raſſemble
les Ieux.
Ab , que les Buveurs font beureux
Sous les loix du Dieu de laTreille!
Les plus tendres Amans pour animer
leurs feux
Devroient courir à la bouteille .
Ah , que les Buveurs font heureux
Sous les loix du Dieu de la treille !
II.
Dryade.
Sans le fecours du vin l'Amour a
des douceurs
Qui font toujours nouvelles
Pour les tendres coeurs..
Amans fidelles ,
Gardez- vous bien d'eftre baveurs ,
L'Amour veut du miftere ,
Et lorfque de Bacchus on reffent les
´ardeurs
,
Le plus difcret ne peut fe taire.
94 MERCURE
II. Satyre .
Lors qu'un Amant touche le coeur
D'ane inhumaine ,
L'Amour veut le contraindre à cacher
fon bonheur
Ab quelle gêne !
Bacchus nous fait un plus heureux
deftin ,
La liberté regne dans fon Empire,
Et lors qu'on a bû de bon vin
Il eft permis de le dire.
I. Dryade .
C'est trop parler d'aimer:
1. Satyre
.
C'eft srop parler de boire :
Enſemble .
Rien ne peut nous charmer
Que la brillante gloire
·Du plus grand des Vainqueurs 3
Luy feul vient d'animer &nos voix
& nos coeurs.
GALANT.
95
Les deux Satyres & les deux
Dryades.
Que ceHeros calme toute la terre.
Qu'il falle triompher la Paix.
Qu'il enchaifne pour jamais
Le démon de la guerre.
Voicy une piece où vous
trouverez un grand nombre
de penfées dans un ftile fort
concis. Elle eft de M' de Se
ve , premier Prefident du Parlement
de Dombes , & Prefident
au Prefidial de Lyon.
Les avantages de fon efprit
ne cedent point à ceux de fon
rang , & vous en allez eftre
convaincuë en lifant ce qu'l
a prononcé depuis peu à la
tefte de fon Corps.
96 MERCURE
SUR L'EMULATION.
LE
porte
'Emulation a des charmes
fi puiffans qu'elle
le coeur à toutes fortes
d'actions vertueuses.
Animé du defir de devancer
ou du moins d'imiter les
plus eftimez , rien ne paroift
inacceffible à l'homme . Il
goûte du plaifir dans les peines.
L'exemple inftruit & anime
en mefme temps aux plus
grandes choſes .
Les regles de perfection
font inépuifables. Les bons
exemples
GALANT: 97
exemples en abregent le
cours ; auffi les plus fameux
Peintres ne font que d'habiles
Copiſtes.
Une matiere fi precieuſe
n'a pas befoin de la main de
l'Ouvrier , ny du fecours de
fon Art. Pour peu qu'on par.
le, on dit beaucoup ; & quand
on auroit beaucoup parlé
ce que l'on dit eft infiniment
au deffous de ce que l'émulation
infpire .
L'émulation eft ce reffort
univerfel qui fait mouvoir la
grande machine. Tout eft
imitation dans la nature . Un
Decembre 1696. I
98 MERCUR E
objet fert de repreſentation
à l'autre. Le Maiftre du monde
n'y eft venu que pour donner
exemple ; aufli n'a -t - il fait
voir en luy que l'homme imirable
, & il a caché fa Divinité.
La Philofophie détermine
les corps materiels à une éle.
vationversla partie fuperieure
du monde. On peut dire dans
la Morale que de toutes les
habitudes de l'ame , l'émulasion
comme la plus excellen .
te , eft celle qui l'éleve le plus
haut , & qui fait mieux appercevoir
la veritable grandeur.
GALANT.
99
Il ne faut
pas ſe propoſer
des exemples mediocres , of
eftre trop
ne
peut
delicat fur
le choix des originaux . Si les
copies ne font pas abfolu .
ment infidelles , elles font
prefque toujours imparfaites.
Imitons , mais que ce foit
toujours les exemples les plus
parfaits . Touchez d'une loüa .
ble émulation , que nos efprits
foient remplis des idées les
plus épurées la vie qui finit eft
rrop courte , pour efperer
d'arriver au but de la perfe-
Яtion .
Cette perfection le prefen-
I ij
100 MERCURE
te icy à vos yeux , les Magiftrats
font le Sacrement de la
Divinité , s'il eft permis de
s'exprimer ainsi , leur dignité
& leur fonction reprefeute
fenfiblement cette même Divinité
.
Placez fur la tefte des hommes
, établis Juges de leurs
differends , on ne peut les envilager
fans eftre frappé de l'idée
de cette majeſté , devant
qui toutes les Nations font
comme fi elles n'eftoient pas ,
qui atteint avec force de l'un
àl'autre Pole , & qui diſpoſe
de tout avec douceur.
GALANT.
101
Si nous regardons dans un
fi beau point de vûë , ce n'eſt
pas pour enflamer noftre orgueil,
mais pour exciter nôtre
émulation .
Nous ne prétendons pas
nous glorifier de ce que nous
fommes , nous voulons nous
animerà ce que nous devons
eftre .
de vos
En un mot , fi nous nous
difons des Dieux fur la terre ,
felon l'expreffion de l'Ecriture;
vous ne médirez pas
Dieux ; c'eft à - dire , de vos
Juges & de vos Conducteurs ,
c'est pour nous avertir nous-
I iij
102 MERCURE
mêmes que nous devons nous
dépouiller des foibleffes des
hommes , éviter l'ignorance
dans l'efprit , la corruption
dans le coeur.
Sçavoir ce qui eft de noſtre
fphere , & dans l'immenfité
des connoiffances qu'enferme
cette ſcience ne confondre
rien , embraffer les regles ,
& difcerner les droits , donner
plus de droiture à nos fentimens
que d'étenduë à nos
connoiffances , échaper à toutes
les paffions , & ſe rendre à
l'équité.
Il ne faut pas s'étonner fi
GALANT. 103
on préfume de fon pouvoir ;
on paffe bien aisément de la
vertu à l'ambition . Les Juges
cependant font les Miniftres
de la Juftice , & non pas les
Maiftres . On ne doit pas faire
de fa puiffance , l'effenciel de
fa dignité. L'exemple ſouvent
eft plus necefluire que l'autorité.
Dans tous les temps l'émulation
a fait fentir à l'homme
qu'il eft capable des plus
grandes choſes ; l'ancienne
Grece , l'ancienne Rome ont
fourny des modeles excellens
de juſtice & de valeur .
I iiij
104 MERCURE
les
Le Roy raffemble en luy
même ces precieux traits prefque
effaceż par le temps. Si
la modeftie permet de jetter
yeux avec respect fur les
Perfonnes Sacrées • que la
puiffance éleve infiniment au
deffus de nous , le defir d'en
recevoir des graces , la crainte
de leur déplaire , font fouvent
les mouvemens de nos hommages.
par
fon
Mais de fe faire respecter
propre merite , & de
fe faire un Trône de fa feule
vertu ; c'eft le comble du bonheur
& de la gloire ; c'eft auffi
GALANT. 105
le point de vûë où tout le
monde convient que cet Augufte
Monarque doit eſtre
placé.
L'Aigle s'éleve au - deffus
de fes femblables par la noble
émulation d'eftre plus
prés du Soleil . S. A. Sereniffime
Monſeigneur , arrive par
un fi digne exemple , au fuprême
degré de gloire , également
attentif à ce qu'elle
inſpire , comme à faire le bonheur
de fes peuples , fon nom
fait reffentir le plaifir de l'admiration
, & la douceur de
fon regne
.
106 MERCURE
Me l'Abbé de Fourcroy
rend toûjours juſtice à la vertu
, & c'eft dans cet efprit qu'-
il a fait l'ouvrage que vous
allez lire .
ELOGE
DU P. BOURDALOUE ,
L
JESUITE .
Art le plus difficile , & le
gouvernement qui demande
plus de fcience de travail, c'eſt
&
la conduite des ames. Ilfaut dans
ceux qui l'entreprennent un certain
temperament de vertus qui
GALANT. 107
neferencontre que dans des hommes
extraordinaires . Une bumilité
fans baffeffe , un courage fans
fierté, une compaffion fans lâcheté,
unefermetéfans opiniâtreté;
en un mot , il faut begayer
avec les Enfans , fe rendre infirme
avec les infirmes , & renverfer
toute la difcipline du coeur humain.
Quy a-t-il de plus penible
que cette entrepriſe? Tellesfont
cependant les obligations des Directeurs.
Ne reconnoiſſez
vous
pas icy le Portrait du Pere Bour
dalouë, fçavant & pieux Religieux
de la Compagnie de Jefus ,
& une des plus grandes lumieres
108 MERCURE
9
de l'Eglife ! Reprefentez vous
donc d'abord cet homme apoftoli .
que , qui tantoft fait connoiftre
aux Magiftrats qu'il faut juger
avec équité , tantoft apprend
aux Marchands qu'il faut ufer
de bonne foy dans le commerce
tantoft enfeigne aux Soldats les
plus accoutume à blafphemer le
nom de Dieu , le moyen de chan .
ter fes louanges & de le benir.
Toutes les qualitez convenables
un excellent Prédicateur , fe
trouvent en luy , la nobleſſe , pour
relever fes fentimens , la force
pour fupporter le travail , le conrage
pour refifter au mal . & la
GALANT 109
vivacité la
penetration pour
prévoir les meilleures chofes . Dieu
l'a rendu capable d'executer fes
volontez , de vaincre la raison
humaine par la fcience du falut ,
faifant revivre en fa perfonne
l'Eloquence
de S. Jean Chrifoftome
il luy a donne le corps , le
coeur & l'esprit d'un Apoftre &
l'aformé tout entier pour l'utilité
& lagloire defon miniftere . Que
ne puis je vous parler de fon zele
& de fa prudence ? Vous ver
riez un Directeur Zelé & prudent
à l'égard de tous pour les ramener
tous à Dieu. Il n'eft pas de
ces Directeurs impitoyables , qui
to MERCURE
voulant faire revenir la ſeverité
des fecles paffez , n'excuſent ny
nepardonnent rien; qui d'un temperament
dur & auftere mettent
fur les épaules d'autruy ,felon le
terme de l'Ecriture , des fardeaux
infupportables , qui rendent leurs
corrections inutiles par une morale
rebutante , & qui éloignent des
voyes du falut ceux que Jesus-
Chrift appelle àfoy . Ma il n'est
pas moins éloigné de la foibleſſe
de ceux qui fouffrent tout , qui
appellent doux ce qui eft amer, qui
fe contentent de bander les playes
fans les guerir, qui reduiſent prefqu'à
rien lapenitence chreftienne,
GALANT. 111
&qui s'attirent la colère du Createur,
pour gagner la bienveillance
des creatures. L'illuftre Predicateur
& lefage Directeur dont je
fais l'éloge , n'est jamais tombé
dans aucune de ces extrémitez .
Il fait convertir les pecheurs
fans les décourager, erfans les
jetter dans une fauffe fecurité.
Mais non feulement fes difcours
inftruisent les peuples, il confirme
auſſi parfa vie exemplaire tout
ce qu'il enfeigne . Sa conduite eft
une école de vertus ; fa devotion
n'eſt à charge à perfonne . Quelle
douceur & quelle affabilité ne
fail il pas paroistre ? Il mefle
112 MERCURE
l'aufterité Evangelique avec la
douceur. Tout le monde fçait les
benedictions
que
Dieu a répanduës
fur fes Prédications , &
quelle admiration on laécouté
,foit à la Cour , foit à Paris ,
foit dans les plus celebres Villes
de ce Royaume. Quel bonheur
pour lafçavante & pieufe Compagnie
de Fefus de poffeder unfi
digne Sujet , qui fait revivre le
Zele de Saint Xavier , & qui
publie par tout la faine doctrine
la veritable Morale de Fefus-
Chrift ! Faffe le Ciel que ceux
qui entreprennent d'annoncer la
parole de Dieu , & de conduire
GALANT . 13
les ames , fe reglent fur cet illuftre
fage Directeur , qui fera l'admiration
de tous les fiecles , e
recevrá du Seigneur dans le Ciel
la récompenfe qui eft deuë à fes
travaux apoftoliques.
Vous avez des Amis dans
voftre Province , qui liront
avec plaifir le petit Traité qui
fuit.
Decembre 1696. K
114 MERCURE
LETTRE DE M LAURISOL
DE LAURE' ,
A M Lefparre , Docteur en
Theologie, Curé de Sainte Livrade
d'Agenois , & Archi .
preftre de Montpefat , fur l'union
des deux efp ces que l'objet
envoye dans le cerveau.
MONSIEU
ONSIEUR ,
Je crois ne me pas tromper ,
quand je dis , que l'image materielle
de l'objet ou l'impreffion
qu'il fait fur les organes
de la veuë, étant une fois imGALANT.
115
primée fur le fond de l'oeil ,
eft portée à l'endroit du cerveau
, où l'ame eft determinée
par cette action à penſer à
l'objet qui l'a produite , mais
comme les opinions fur l'union
des efpeces qui font portées
du fond des yeux à même
temps dans le cerveau font
differentes , & que chacun en
raiſonne felon ce qu'il s'en
imagine , j'ay bien voulu
Monfieur , m'attacher d'autant
plus férieuſement à cette
matiere , qu'elle m'a paru dif
ficile à traiter & aprés plufieurs
reflexions fur ce fujet ,
Kij
116 MERCURE
j'ay creu avoir raiſon d'avancer
que comme les filets qui
rempliffent les nerfs optiques
& qui font toute leur fubftan.
ce , partent deux à deux de
certains points du cerveau
jufqu'à la retine de chaque
oeil, en formant une espece de
triangle , & que les deux
bouts de chaque paire de fibres
ne fçauroient eftre mûs ,
que ce mouvement ne vienne
tout à coup à ce point , qui
fait leur feparation
; auffi l'ame
ne peut- elle appercevoir
dans cet endroit qu'une même
image.
GALANT: 117
Et pour mieux faire comprendre
ce que je viens de dire
, il eft bon de remarquer
,
que le microcolpe nous a
clairement fait convenir depuis
peu , que toutes les glandes
du cerveau , de même que
les autres du corps , ont chacune
leur conduit excretoire ,
& que chacun d'eux fe divife
, avant que de fortir de ce
vifcere, prefque en autant de
paires de fibres ou branches ,
qu'il y a de paires de nerfs ;
en forte que le nerfn'eft autre
choſe qu'un amas d'une prodigieufe
quantité de fibres
118 MERCURE
qui partent de la ſubſtance
corticale
du cerveau
. Il pa--
roift par là que les glandes de
ce vifcere portent au nerf par
voye de continuité
l'efprit
animal qui fait toute leur ac
tion , & que comme elles ne
font pas égales , elles en font
la difference
dans chacune de
leurs fibres ; ce qui fait aifément
connoiftre
que le mouvement
de chaque fibre va
directement
répondre
au
point du cerveau , où fa fympatique
fe termine , & là les
deuxfilets d'efprits qui en dérivent
, confondent
fi bien
GALANT. 119
:
leur action , qu'il n'en paroiſt
plus qu'une d'où vient que
l'ame dans cet endroit n'alidée
, que de cette particuliére
efpece de couleur , dont elle
eft frappée.
Ce Systême ſemble n'avoir
rien qui ne tombe fous l'évidence
de la verité ; & pour
en faciliter mieux l'intelligence
, je vais prendre
deux lignes d'efprits qui
rempliffent
entiérement
les
deux fibres provenantes
du
même point du cerveau par
le nerf optique à chaque retine
des yeux ; & je dis que
120 MERCURE
l'objet ne peut pas toucher à
même temps ces deux fibre ,
que leur ébranlement n'aille
tout à coup à ce point du cerveau
, où le fait leur divifion ,
& que ces deux portions de
nerfs eftant également ten .
duës par les efprits viſuels ,
leur impreffion ne fe doive
également faire fentir à ce
même point de divifion : de
même qu'un tronc à deux
branches eft également mû
par le mouvement tant d'une
feule que de toutes les deux ,
& qu'il n'en fouffre pas plus
de changement : auffi cha
que
GALANT. 121
que conduit dans la cervelle
ne reçoit pas plus d'alteration
par l'ébranlement d'un des
fibres fympatiques , que de
toutes les deux .
1
Si je voulois encore profiter
de l'avantage que cette
penſée me donne , je n'aurais
qu'à parcourir tous les filets
fympatiques des nerfs de la
veuë , & les ajufter directement
aux objets , que nous
appellons colorez ; mais comme
mon deffein n'eft pas de
parler abfolument des couleurs
que l'ame reçoit en
nombre fans confufion par
Decembre 1696. L
122 MERCURE
leur miniftere , je me conten
teray, pour la validité de mon
Siftême , de dire deux mots
des plus oppofées , avec cette
affurance qu'elles ne font pas
portées au fond de l'oeil par
des mouvemens compofez ,
& qu'il n'y a que le direct qui
puiffe veritablement les por
ter. Le rayon donne en ligne
directe fur la fuperficie de
l'objet , qui ne manque jamais
de le renvoyer par la li
gne la plus fimple. Si donc il
eft reflechi dans toute fa force
vers la retine de l'oeil droit
à même temps qu'il l'eft fur
GALANT. 123
celle du gauche , je conçois
qu'il s'applique immediatement
aux fibres fympatiques
de la retine , pour y faire
d'autant plus d'impreffion ,
qu'elles font remplies d'un
efprit de même nature ; &
l'ame dans ce moment juge
pleinement du corps blanc
qui en eft la caufe , parce que
les deux fecouffes que ce
corps a imprimées aux bouts
exterieurs de ces deux fibres ,
vont aboutir & preffer le
même point du cerveau en
maniere de triangle , où les
deux actions feparées n'en
2
Lij
124 MERCURE
font plus qu'une , & l'affurent
ainfi de la fimplicité de l'objet.
La même unité d'efpeces
ne ſe rencontre pas moins
dans la reflexion de la lumiere
qui part de deffus un corps
noir. Cette lumiete vient à la
verité foiblement à l'oeil , à
caufe des diverfes déterminations
& reflexions qu'elle a
fouffertes fur ce corps à facetes
fpatiées ; mais elle ne
laiffe pas de fraper à ſa maniere
les deux fibres de la retine
, qui portent une liqueur
analogue , avec laquelle elle
GALANT. 125
fe trouve fi proportionnée
par les foins de la Nature ,
qu'elle y imprime fon action
particuliere , qui par ces deux
routes differentes fe continue
dés le moment au point interieur
du cerveau , & là comme
le centre où le termine leur
mouvement , l'ame a la perception
de cette foible & trifte
fenfation que le corps noir
a caufée .
J'ay cru devoir rapporter
en ce lieu la maniere dont les
deux couleurs oppofées , le
blanc & le noir , font receuës
diftinctement
de l'ame dans
Liij .
126 MERCURE
deux points differens du cer
veau , où l'union de leurs efpeces
fe fait chacune en fon
endroit. Je ne parle pas des
autres couleurs. 11 eft affuré
que l'ame les diftingue de
cette même maniere dans le
cerveau ; car cette fouveraine
y a autant de demeures , qu'il
y a de divifions de fibres , &
les couleurs y font apportées
par le plus ou le moins de
force du rayon de la lumiere,
repouffée de deffus les corps
colorez qui tiennent entre le
blanc & le noir.
Pouffons encore plus loin
GALANT . 127
ce
raiſonnement , & reprenons
pour cet effet noftre
rayon lumineux , qui a efté
moulé fur un objet . Faifonsle
agir à même temps fur les
fibres de la retine qui luy feront
plus convenables
, & difons
tout de bon que l'action
qu'il communique
à chaque
filet fympatique, doit répondre
à un même point du cerveau
, autrement il feroit impoffible
que nous ne viffions
deux objets dans chaque
couleur . Cela me paroift tel.
lement vray , que je ne fçaurois
m'imaginer que l'action
Lij
128 MERCURE
fur deux lignes paralleles
puiffe jamais fe joindre en
telle maniere, qu'elle ne donne
fur deux endroits differens ,
d'autant que l'effence de ces
lignes eft d'eftre d'une égale
diſtance par leurs bouts . Mais
comme il faut neceffairement
que les deux images de corps
s'uniffent fi bien , que l'ame
n'en apperçoive qu'une pour
juger de l'unité de l'objet ,
auffi y a- t- il lieu de croire que
ces deux lignes , que ces images
parcourent , font triangulaires
, je veux dire , que
leurs bouts interieurs s'unif
GALANT. 129
fent dans le
cerveau ; ce que
la Nature nous défigne fort
bien par la divifion
de chaque
conduit
des glandes
de
ce vifcere , & que la raifon
nous doit infinuer
eftre le
lieu où va le terminer
l'action
que les objets
impriment
dans le fond des yeux ,
yeux , de
même que l'action
de deux
lignes triangulaires
s'unit &
fe confond
au point de l'angle
qui donne fur le corps , &
c'eft ce que tous les jours la
raifon & l'experience
confir.
ment.
Je pense que j'en ay affez
130 MERCURE
dit pour faire comprendre
mon fentiment fur l'unité
des efpeces dans le cerveau,
fans que j'aye eu befoin de
rapporter la defcription de
l'oeil , ny de parler de la refraction
& reflexion de la lumiere
, puis que le tout a efté
fçavamment démontré dans
le Mercure du mois d'Aouſt
dernier , par M Verduc le
jeune , & que d'ailleurs je ne
me fuis engagé que de parler
de l'union des efpeces dans le
cerveau : ce qui a fait que j'ay
voulu feulement dire deux
mots de la compofition & de
GALANT. 131
l'origine des nerfs , avec une
petite reflexion fur la diverfe:
nature de l'efprit animal.
Les preuves de cette nouvelle
hypothefe , Monfieur ,
ne font pas fi fortes que je
le fouhaiterois ; toutefois elles
me paroiffent aflez proba .
bles , & me femblent eftre
d'autant plus dignes que l'on
s'y arrefte , qu'elles ne font
contrariées d'aucun fait particulier
; mais ce n'eft pas.
affez , & quelque fentiment
que je puiffe avoir fur ce fujet,
je le foumets toujours au voftre
, que je fuivray aveugle
132 MERCURE
ment , perfuadé que je ne
fçaurois errer à la fuite d'un
fi bon guide. Je fuis , &c.
Je croy ne pouvoir vous
obliger davantage qu'en vous
faiſant part d'un Ouvragé
qui s'est fait fur la Paix de
Savoye, en maniere d'Opera .
Il paroift d'abord un grand
nombre de Combattans & de
Guerriers , divifez en deux
troupes , l'une de François ,
l'autre d'Alliez . La Scene eft
fur les confins du Piedmont.
GALANT: 133
CHOEUR D'ALLIEZ .
Rapons , perçons , foyons impitoyables
, FRa
Accablons les François fous l'effort
de nos coups.
Que nos plaifirs les plus doux
Soient de faire des miferables.
CHOEUR DE FRANCOIS ,
Vos efforts unis contre nous
N'en font pas plus redoutables .
Nos coups font inévitables ,
Vous allez périr tous.
Mercure paroiffant fur un nuage.
Fiers Peuples queféduit la difcorde
infenfée ,
Qui rempliffezces lieux de carnage
d'horreur ,
Eprouvez de mon Caducée ,
Les appas & la douceur.
134 MERCURE
Deux François.
Quel charme fubit nous arrefte ,
Etrend nos efprits étonnez?
Deux Alliez .
Nos coeurs à la guerre obtinez
D'un tranquile repos deviennent la
conquefte.
Mercure.
Le Maifire Souverain qui regit
l'Univers
Lafé de voir ces aimables Provinces
Succomber fous le poids de mille
maux divers ,
Atouché le coeur de vos Princes ,
$
La France & le Piemont par un
voeu folemnel
Vont referrer les nauds de l'ancienne
alliance ;
Uncouple chéri du cie
GALANT. 135
Eft le gage facré de leur intelligence.
En même temps les Piémontois fe
détachent du refte des Alliez , & difent
avec les François :
CHOEUR de François & de
Piémontois .
Des Peuples oppreſſez, c'est le plus
doux foubait.
Un François .
Dieux ! que la Princeffe eft charmante
!
Un Piémontois .
Que le Prince eft bien fait !
Le François .
Dans leurs traits , dans leur air , il
n'est rien qui n'enchante .
Choeur de François & de
Picmontois .
Qu'ils font dignes tous deux de
Empire François
136 MERCURE
Heureux ceux quifuivront leurs
loix.
Mercure parlant au refte des
Alliez ,
Vous qui n'approuvez point ce retour
de tendrelle ,
Partez, ne troublez plus la commune
allegreffe.
Allez exercer vos fureurs
Dans quelque climat barbare ;
Et fi vous afpirez au titre de Vainqueurs,
Deffendez vos Pays du Scythe &
du Tartare.
Les Alliez.
Quel arreft ! quel ordre cruel!
Que plutoftFupiter lance fur nous fa
foudre ,
Que plutoft fon bras immortel
Nous réduife en poudre.
GALANT.
1,7
Mercure .
Connoiffez mieux vos interefts
Ecoutez de Louis les offres ab.il
geantes , graces brillantes
Vous pourrez voir la Paix & fes
Me fuivre deprés .
Les Alliez fortent &
Mercure
continue,
Et vous , braves Guerrièrs , de qu
Lobeiffance
Egale l'extréme valeur
Marquez par mille jeux voftre rés
joüiffance ,
M.
Et beniffez à jamais le bonheur .
De la Savoye & de la France.
Bellone va quitter ces lieux ,
C'est l'ordre du plus grand des
Dieux .
Les François & les Piémonrois .
Marquons par cent plaifirs noftre
réjouiffance ,
Decembre 1696. M
138 MERCURE
Et beniffons à jamais le bonheur
De la Savoye & de la France,
Bellonne va quitter ces lieux ,
C'est l'ordre du plus grand des
Dieux .
Mercure part , & des Bergers , des
Bergeres , & des Faunes , viennent
fe joindre aux Guerriers .
Un Berger,
Des plus profondes retraites
Nous accourons à vos voix ,
Pour joindre nos tendres Mufettes
A vos Trompettes ,
A vos Timbales , à vos Hautsbois.
Choeur des Guerriers & des
Bergers ,
Cebeau jour , malgré l'envie
Eft fait pour de doux concerts .
D'une agreable harmanie
Faifons retentir les airs,
GALANT.
139
Une
Bergere .
Que de plaifirs nous allons voir pa--
roiftre !
Un Berger,
Les fleurs en liberté fous nos pas
vont renaiftre .
La
Bergere .
Nos innocens
Troupeaux
Seront feurs dans nos
Campagnes.
Une autre Bergere .
Et nos aimables
Compagnes
Irontfans crainte aux Hameaux.
Tous les trois enſemble.
Sur ces fertiles rivages
A l'ombre de nos Forests ,
Goûtons tous les
avantages
D'une bien-heureufe Paix.
Moutons , ceffez de vous plaindre
,
Quittez la vaine frayeur.
Mij
140 MERCURE
Nous n'avons plus rien à crain
dre ,
Si ce n'est pour noftre coeur.
U Berger à l'une des Bergeres .
Bergere
, lors que Mars fait place
Al'Amour qui regne aujourd'huy ,
Peut- eftre ton coeur de glace
Pourra-t-il eftre attendry.
La Bergere
.
Faime ma liberré, mon coeur eft inflexible
,
Ilne met fon fouverain bien
Qu'au plaifir de rendre fenfible
Et de ne fentir jamais rien.
Le Berger à l'autre Bergere.
Cette Bergere inexorable
Méprife l'ardeur de mes feux ,
Sitou coeur eftoit plus traitable
Il me vangeroit à fes yeux.
La Bergere .
L'approuve le dépit qu'un tel refus
fait naifire ,
GALANT. 141
Te voudrois t'y fervir , loin de te
condamner ;
Mais je n'avois qu'un feul coeur à
donner ,
Et ce Berger en eft le Maitre.
Le Berger.
Rebuté de l'Amour , accablé de refus
,
A quel fecours dois - je m'attendre
?
Un Faune .
Ilfaut recourir à Bacchus ,
Contre tes noirs chagrins il fçaura
te deffendre.
Le
Berget.
Qu'une Belle a pour moy d'attraits!
Le Faune .
Que le Vin a pour moy de charmes !
Le Berger.
Un regard doux & tendre appaise
mille allarmes.
142 MERCURE
Le Faune.
De l'Amour dans le vin je trempe
tous les traits .
2
Voulez- vous paffer la vie
Sans chagrin & fans bruit ?
Gueriffez vofire efprit
De l'amoureufe fantaisie .
Unfaux appas vous feduit ,
Amans , & vous reduit
A languir nuit & jour dans la melancolie.
A rire , à trinquer , point de ja-
Loufie ,
Ny ce qui la fuit.
Quand on boit bien le jour , on en
dort mieux la nuit.
Le Berger.
Non , non , rien n'eft comparable
Aux delices des Amans.
Bacchus ne plaift qu'à la table ,
GALAZT. 143
Amour plaift dans tous les temps ..
Un Berger.
Il est un moyen facile
Pour nous mettre ious d'accord.
Sur ce qui nous eft utile.
Que chacun regle (on fort .
Aimez , buvez , liberté toute entiere
9
Que chacun à fon grè contente fes
defirs.
Si l'Amour vous prefente une Beau.
té tropfiere
Bacchus pour vous vanger , vous
offre les plaifirs .
Deux Bergers & un Faune .
Aimons , bnvons , liberté toute entiere
,
Que chacun à fon grè contente fes
defirs ,
Et fi l'Amour nous offre une Beauté.
trop fiere ,
144 MERCURE
Bacchus pour nous vanger ,
offre fes plaifirs.
Un des Bergers.
noas
Aux doux transportsde noftre joye
Uniffez- vous ,braves Guerriers.
Que noftre Olive & vos Lauriers
Annoncent le bonheur que le Ciel
nous
envoye.
L'autre Berger.
Remettezau Printemps vos valeureux
exploits ,
Vos jaloux Ennemis ont fonné la
retraite ,
Dans ce repos chantons la victoire
·parfaite.
Et du plus grand des Ducs , & di
plus grand des Rois .
Un Berger , un Guerrier , & un
Faune.
Accordons-nous pour celebrer enfemble
Ces
GALANT.
145
Ces deux Heros fous qui
l'Europe
tremble ,
Et dans nos Concerts melons tour à
tour
Les chants de Bacchus , de Mars ,
& de
l'Amour..
Tout le
Choeur
repete .
Accordons
- nous pour
celebrer
enfemble
, &c.
Les
perfonnes qur ont un
genie
fuperieur aux autres , le
font
éclater dans les
moindres
chofes . On en vient de
voir un
exemple
dans un Reglement
que M'
l'Evêque
Comte de
Noyon a fait pour
les
retributions
deues aux Ecclefiaftiques
de fon Dioceſe ,
Decembre 1696. N
146 MERCURE
à l'occafion defquels il s'eft
expliqué d'une maniere qui
doit faire plaifir à lire à tou
tes fortes de perfonnes . Voi
cy comment il parle dans
fon Reglement.
Toutes les Loix , la Naturelle,
la Mofaïque, l Evangelique , &
l'Ecclefiaftique établiſſent unani .
mement & de concert comme
eftant dictées par le Saint Esprit,
la justice des retributions & des
récompenfes quifont dûës aux Ouvriers
en toutes fortes d'eftats &
d'emplois.
La Loy Naturelle ordonne de
payer lafolde de la Milice au SolGALANT.
147
dat , le fruit de la vigne au Vigneron
& le lait du Troupeau au
Pasteur.
La Loy Mofaïque dèfend de
lier la bouche au Boeuf qui foule
les grains , dôter à celuy qui lesa
battus l'esperance d'y avoir part,
de refufer au Laboureur leprix de
fes peines..
i
La Loy Evangelique permet
àceux qui annoncent l'Evangile,
de vivre de l'Evangile , de recueillir
une moiffon temporelle pour
les biens fpirituels qu'ils ont femez,
& de tirer quelque fubfiftan .
ce des oblations de l'Autel dont ils
font les Miniftres.
Nij
148 MERCURE
&
La Loy Ecclefiaftique marque
expreffement le pouvoir de manger
& de boire auxdépens de ceux
que nous inftruifons , d'avoir des
perfonnes propres à nous fervir ,
fans travailler de nos mains ,
de fuivre en ce point l'exemple
des Apoftres , des Freres de Noftre
Seigneur & de S. Pietre.
Mais d'autant qu'il eft difficile
de trouver quelque temperament
entre les deux dangereufes extrémitez
de la cupidité des Ecclefiastiques
qui prendroient trop ,
de l'injuftice des Laïques qui
ne donneroient pas affez , Nous
avons cru de voir propefer la moGALANT.
149
deration de Saint Paul , pour bor.
ner les prétentions des premiers ,
la liberalité du Peuple d'Ifraël,
qui étendoit fes offrandes au delà
des befoins du Temple,pour animer
la reconnoiffance des feconds .
Cependantpourdefcendre dans
un plus grand détail , que le doige
de Dieu femble nous avoir mar .
qué dans les Livres du Levitique
& du Deuteronome , où il regle la
portion des Miniftres du Clergé
Legal dans dans chaque Sacrifice.
Nous avons , &c .
Il s'eft paffé une chofe af
fez rare dans le Dioceſe de
N iij
150 MERCURE
Châlons en Champagne , &
qui peut- eftre ne fe rencontrera
pas dans aucune Famille
de la France. Sept Freres
nommez les Boucher , originaires
de Châlons , bien unis
enſemble , tous Preftres , tant
Seculiers qne Reguliers , fe
font trouvez le jour de la Fefte
de Saint Martin , en la
Paroiffe de Saint Martin de
Courtifolt , où l'un d'eux eft .
Curé depuis vingt. fix à vingtfept
ans , & là ils ont celebré
folemnellement
la Fefte de
ce glorieux Patron , à commencer
par les premieres
GALANT. ISI
·
Vefpres , & Matines enfuite ;
le lendemain les Laudes , l'Eau
benite , la Proceffion & la
grande Meffe , celebrée par
l'aîné de ces fept Freres , Religieux
Benedictin , Prieur de
P'Abbaye de S. Sauveur des
Vertus , le Curé de cette Paroiffe
faifant l'office de Diacre
, & le plus jeune de tous ,
auffi Religieux Benedictin ,
& Procureur du même Convent
, celuy de Sous- Diacre ;
deux autres Freres , lun Trinitaire
du Convent de Châlons
, l'autre Prémontré du
Convent de Sept fontaines ,
N iiij
152 MERCURE
reveſtus d'Aubes , & de Tuniques,
faifant les ceremonies &
encenfemens ; deux autres Freres,
Chanoines de l'Eglife Col
legiale de la Trinité de Châlons
, faifant les Choristes . Le
Panegyrique du Saint fut prononcé
aprés Vefpres par le
même Prieur deSaint Sauveur
des Vertus , ce qui fut fuivi
de la benediction du Saint
Sacrement & du Te Deum .
Meffire Jean Baptiſte Louis
Gafton de Noailles , Evefque
Comte de Châlons , Pair de
France , ayant choifile 10. du
mois paffé pour faire fon enGALANT.
153
trée dans la Ville de Vitri-le-
François , on ne peut exprimer
les applaudiſſemens &
les témoignages d'amour &
de refpect que le Clergé &
le Peuple firent paroiltre à la
reception de ce digne Prelat ,
qu'on attendoit depuis fr
longtemps , avec beaucoup
d'impatience . Ilarriva fur les
cinq heures du foir , ayant
trouvé le Clergé Seculier ent
Chapes accompagné de
tous les Ordres Religieux .
Il fe revêtit de fes habits.
Epifcopaux , & après avoir
baifé la Croix qui luy
154 MERCURE
fut prefentée par M' l'Abbé
Lirot , ce digne Chef de fon
Chapitre luy dit :
MON
va .
ONSEIGNEUR.
Dans l'empreffement de vous
rendre nos premiers hommages , il
ne feroit pas difficile de faire
loir nos voeux & nos obéißances,
auprés dun Prelat moins vertueux
moins Chreftien que
vous. L'éclat d'une Maifon illuftre
dont on ne peut trouver l'ori ·
dans les fiecles les plus
gine que
éloignez , de grands & de nom .
breuxfervices rendus à l'Etat par
GALANT: 155
vos Ancestres , d'importantes victoires
nouvellement remportéespar
un Heros de vostre Sang; une des
premieres places de l'Eglife rempliepar
un Saint Ministre , avec
lequel vous partagez , sa naif
fance & fes emplois , tout cela expofé
avec art pourroit faire recevoir
favorablement nos foumiffions
nos obéiffances ; mais nous
n'avons pas befoin de relever en
vous ces avantages que le ficcle
admire , & que vous méprifez, &
nous fermons les yeux à toutes
ces grandeurs dont vous avezfait
un facrifice à voftre modestie , en
vous les cachant à vous - même.
16 MERCURE
Nous ne fommes attentifs qu'aux
vertus Paftorales qui brillent en
vous . Cette douceur majestueufe
répandue fur toute votre perfonne
qui vous attire le coeur & le
respect de cettefoule dont vous eftes
environné , ne peut estre qu'un
épanchement de la bonté de vostre
coeur & une marque certaine de
la tendreffe qui doit toûjours accompagner
voftre zele. Venez
donc , Monfeigneur , nous enfai.
re reffentir les effets , en remplif
fant d'une maniere digne de vostre
vocation , les deffeins de Dieu fur
cette Ville , qui fe fert de mafoible
voix pour vous exprimer la joye
GALANT 157
qu'elle a de vous ypoffeder , le
defir fincere qu'elle aura toujours
de vous plaire . Mais fur tout
daignez jetter les yeux fur ce
Chapitre , & voyez avec quelle
ardeur il cherche à fe diftinguer
dans cette ceremonie , par lezele ,
l'amour e le respect qu'ilfait pa
roiftre , en attendant les occafions
de vous témoigner fon attache.
ment inviolable , & fes tres hum
bles obeïffances .
La jutte réponse que ce
Prelat fic à ce
Compliment ,
auroit furpris tous ceux qui
lentendirent , fi depuis fix
mois qu'on a le bonheur de le
158 MERCURE
poffe der dans fon Dioceſe , on
n'avoit pas efté accoutumé à
la vivacité de fon elprit & à
la penetration de fes lumieres.
M's les Echevins accompagnez
du Confeil de Ville ,
le receurent à la porte , & le
complimenterent au nom de
tous les Habitans . Enfuite accompagné
d'une foule de
peuple , qui recevoit avec ſou .
miffion les benedictions qu'il
avoit la bonté de répandre de
tous coftez , il paffa fous un
dais magnifique que le Chapitre
luy avoit d'abord prefenté
, au travers de la BourGALANT.
159
gèoiſie , qui eftoit toute fous
les armes , & qui bordoit les
ruës depuis la porte du Faubourg
jufqu'à l'Eglife , où il
fut de nouveau harangué
par le Doyen de la part du
Chapitre , aprés quoy ayant
efté conduit dans fon appartement
, tous les Corps eurent
l'honneur de le faluër ;
& M' le Blanc , Prefident &
Lieutenant General du Prefi .
dial , luy fit cette Harangue .
MON
ONSEIGNEUR ,
Nous ne venons pas icy avec
160 MERCURE
que
les
desparoles étudiées , relever l'éclat
de voftre avenement , mais nous
y venons avec des coeurs remplis
de tendrelle & de veneration vous
prefenter nos tres humbles refpects.
Nous fçavons , Monseigneur
qu'ilfaut d'autres mains
noftresprur vous eriger desſtatues,
un autre champ que celuy cy
pour étaler la grandeur de voftre
illustre Maifon. Nous ne prefumons
pas affez de nous pour entreprendre
un ouvrage fi relevé ,
& nous connoiffons trop bien nos
forces pour nous engager dans une
matiere qui les furpaſſe infiniment
. En effet , Monfeigneur
,
.
GALANI.
160
·
comment pourrions nous parler de
l'origine de la Maifon de Noail
les , puis qu'elle est ensevelie depuis
plus de fix fiecles , dans les
temps les plus reculez ? Que pour.
rions nous ajouter à la splendeur
de ces fameux Prelats , fi recom
mandables dans toutes les Cours
de l'Europe qui meriteroient de
vous eftre propofez pour modele ,
fi vous n'en aviez un vivant en-
Gore plus parfait que
Et comment enfin pourrions- nous
les
morts
gagnant
?
des demeler ces Heros ,
Batailles à la tefte des Armées ,
d'avec ces Plenipotentiaires qui
ont couronné leurs Victoires par
Decembre 1696..
162 MERCURE
des Paix glorienfes . Mais ,
Monfeigneur fi vous eftes redeva.
ble à la fortune des avantages de
vostre naiffance ,vous leftes encore
plus à la vertu , qui fans le fecours
de tant d'illuftres Ancestres ,
vous éleve au deffus de la grandeur
vous avez reçuë de la que
nature. C'est elle qui a arrefté le
Soleil , je veux dire un Roy triom.
phant , qu'elle afait attendre tout
le temps qui manquoit à vostre
age pour remplir la place que vous
occupez fi dignement . C'est elle
qui avant ce temps a fixé sur vous
les regards de ce grand Monarque
, & qui luy a donné de l'imGALANT.
163
patience de declarer un choix dont
ils eft promis autant de gloire que
des autres actions de fa vie . C'eft
elle enfin qui nous affure & tout
ce Diocese , d'un comble de bonbeurs
et de benedictions , s'il plaift
au Ciel nous faire jouir à longues
années du don précieux dont il
nous a favorife. Venez donc ,
Monseigneur, vivez , &portez
s'ilfe peut , jufques aux dernieres
heures du monde , le glorieux
nom de Noailles . Cefont les voeux
que nous faifons tous les jours . Ce
font les voeux que nous nous ferons
toute noftre vie. Plaife àDieu de
les exaucer , & de vousfaire con-
O ij
164 MERCURE
noistre le respect , & ſi je l'ofe
dire , l'inclination qui nous amenent
vous rendre nos premiers devoirs.
M'de Châlons répondit à
ce difcours avec une jufteffe
qui augmenta l'eftime & les
fentimens refpectueux qu'on
avoit déja conçus pour luy .
Le lendemain , qui eftoit le
Dimanche , cet illuftre Prelat
voulut faire toutes les fonctions
de Paſteur , & non content
d'avoir inftruit fes Peuples
le matin par une Prédication
des plus touchantes ,
on le vit pendant tout le jour
GALANT. 165
vifiter les malades , catechifer
les enfans , & administrer
les Sacremens à ceux qui en
avoient befoin . Le Lundy il
fit l'honneur aux Peres de la
Doctrine Chreftienne de vi.
fiter leur College , & d'affifter
àl'Oraifon d'entrée du Rethoricien
. Il fut reçû à la porte
par le Superieur qui l'attendoit
à la tefte de la Communauté
, & qui luy parla en ces
termes.
MONSER ONSEIGNEUR.
L'honneur que vous voulez
166 MERCURE
bien nous faire aujourd'huy , nous
touche fi fenfiblement . que nous
ne sçaurions affez vous en mar
quer nos reconnoiffances Occupez
de ce devoir feul , nous perdons de
veuë en ce moment tout ce qui
vous attire icy les yeux
refpects de tout le monde . Cette
illustre fuite d'Ayeux dont vous
defcendez , une Maison toute brillante
de Heros
&
les
d'actions heroiques
, les premieres dignitez de
l'Eglife de l'Etat partagées
vous , Mon- entre les vostres
feigneur, ce concours e ce mélange
beureux de tant de grandeurs
bumaines & facrées dont nous
GALANT. 167
vous voyons environné , tout cela
nous touche moins , fi je l'ofe
dire, nous paroift moins grand que
cet excés de bonté dont vous nous
donnez de fi tendres marques.
Vous entre Monfeigneur, dans
une maison,qui ayant l'honneur de
porter le nom de la DoctrineChreftienne
, merite par là d'eſtre un
peu chere à undes premiers & des
plus zelez Miniftres de la doctrine
de Jefus Chrift ; dans un College
, où par des femences éloignées.
defcience & de verta , on vous
prépare des Ouvriers qui puiſſent
recevoir un jour par vos mains.
les forces & le droit de travailler
168 MERCURE
à la vigne du Seigneur ; dans une
maifon qui s'employe , fi non avec
beaucoup de réputation & d'éclat,
du moins avec fidelité , & peuteftre
avec quelque benediction &
quelque fruit , à l'inftruction d'une
des plus nombreuses & des plus
confiderables Jeuneffes de vostre
Diocefe ; dans une Maifonformée
par les foins les liberalitez de
feu M de Vialard ,foutenue en-
Suite & affermie par les bontez
toutesfingulieres de M l'Archevefque
de Paris , ce fage & vertueux
Prelat dont nous nousfouviendrons
toujours avec respect ,
fi vousfouffrez que je le dife ,
Avea
GALANT. 169
aves amour, & dont nous ne parlerons
jamais fans douleur , fi
vous ne laviez ſuivi , dans une
Maifon enfin comme affurée de fe
voir à l'avenir plus floriffante
que jamais par la protection dont
elle feflate que vous voudrez bien
l'honorer. Entrez y donc , Mon.
feigneur , puis qu'elle vous appartient
par tant d'endroits , & venez
entendre le refte de nosfen .
timens dans une autre bouche.
*
Voftre modeftie n'aura point à
rougir des veritez qu'on dira , à
moins que vous ne vouliez rougir
du bien que vous faires à des
vertus que vous avez.
Decemb . 1696. Р
170 MERCURE
On le conduifit enfuite à
la Salle où fe devoit faire le
diſcours , & où on luy avoit
élevé un petit Trône , mais
rien ne put l'obliger à y prendre
place. Sa modeftie l'emporta
fur les voeux de l'affemblée
, & le diſtingua bien plus
glorieufementqu'un fauteuil,
qu'on eut bien de la peine à
faire avancer tant foit peu
hors du premier rang. Le
Clergé & la Juſtice s'y trou
verent en Corps . Le fujer du
Difcours eftoit , Noallius , Ecclefie
Cathalaunenfi ablatus ,
redditus.
GALANT. 171
Vous jugez bien dés là
qu'il n'eftoit pas difficile de
dire de grandes & de belles
chofes, Quand le Difcours de
l'Orateur fut fini , il fit dire
une petite Ode Latine , où il
avoit extrèmement épargné
louanges, comme à deffein
de fe réconcilier avec la mo
deftie de ce Prelat , qui ne
perdant pas la moindre occafion
d'en meriter , ne fçauroit
pourtant en ſouffrir .
les
Il eft mal- aifé de voir fouvent
une perfonne veritablement
aimable , fans prendre
Pij
172 MERCURE
pour elle les fentimens que
l'amour a coutume d'infpirer,
mais il est encore bien plus
difficile de ne s'y attacher pas
quand les avantages de la
Fortune s'y trouvent meflez
à un folide merite . C'eſt ce
qu'à éprouvé depuis peu un
Cavalier qui ayant jetté les
yeux fur une Fille en qui mille
belles qualitez éclatoient de
jour en jour , s'en laiffa fi fort
charmer qu'il fit fon unique
affaire de chercher par où il
pourroit toucher fon coeur.
Ses traits n'eftoient point af
ez reguliers pour faire qu'on
GALANT. 173
ferécriaft en la voyant . Elle
avoit bon air , la taille fine
aifée , & on pouvoit dire
en general qu'elle eftoit
mieux faite que belle , mais
elle avoit de grands charmes
dansl'efprit & dans l'humeur,
& ce qui en est un tresconfiderable
& qui frappoit
tout le monde , fa Mere qu '
elle avoit perduë depuis un
an , luy avoit laiffé beaucoup
de bien . Son Pere qui n'avoit
que cette Fille , eftoit riche
auffi de fon cofté , & on ne
doit pas eftre furpris fi beau,
coup de Pretendans luy fai-
Piij
174 MERCURE
foient la cour , pour avoir la
preference. Il eftoit d'un âge
extrémement avancé , & on
regardoit fa fucceffion , comn'eftant
pas fort éloignée. Le
Cavalier de tout temps avoit
eu accés dans cette maiſon ,
& le droit de voifinage luy
avois acquis la liberté d'y venir
affidument . Il s'eftoit attaché
à plaire à la Demoiſelle
dés fes plus tendres années ,
& la Mere qui aimoit l'enjouëment
de fon efprit , luy
avoit marqué des fentimens.
affez favorables , pour luy
donner lieu de croire qu'il
GALANT.
175

avoit perdu en elle le plus feur
appuy de fon amour . Il continua
de voir le Pere , & ce
qui luy fut d'un tres - grand
fecours , il avoit une Soeur ,
intime Amie de la Demoifelle
, & quien eftoit comme in
feparable. C'eftoit une fort
belle perfonne , d'une humeur
infinuante & tres- enjouée , &
née avec les talens qui font
réüffir à fe faire aimer , quand
on veut bien les mettre en
pratique , mais ne cherchant
point à s'acquerir des Amans ,
elle n'en faifoit aucun uſage ,
& c'eftoit toûjours en dépit
P
jij
176 MERCURE
d'elle qu'elle donnoit de l'amour.
La fidelité de fes Amis
luy fuffifoit pour la rendre
heureuſe , & n'ayant nul gouft
pour le mariage , elle avoit
mis tout fon attachement à
fon Frere, avec qui elle vivoit,
& qu'elle aimoit avec beaucoup
de tendreffe . Il eft aifé.
de juger par là qu'elle n'épar
gna ny foins , ny peines , pour
faire agréer fon amour à fon
Amie. L'obfedant fans ceffe ,
elle en ménagea fi bien l'efpric
qu'elle l'empêcha de voir ce
que la fortune avoit mis entr'eux
de difference . La nail
GALANT. 177.
*
fance & le merite luy tinrent
lieu de richeffes , & aprés
avoir reçû toutes les marques
que le Cavalier luy pouvoit
donner de la paffion la plus
foumife , elle l'affura que
pourvû qu'il fit confentir fon
Pere à leur mariage , il n'y
trouveroit nul obftacle de fa
part. Quoy que la choſe paruft
affez difficile , la Soeur fe
chargea d'en venir à bout.
Comme elle voyoit la Fille à
toute heure , elle avoit beaucoup
de familiarité avec le
Pere , à qui elle commença à
redoubler certaines careffes
178 MERCURE
qui font plaifir à ceux de fon
âge. Il la trouvoit belle , &
ne s'ennuyoit jamais de la
voir. Elle luy donnoit les plus
tendres noms , & luy faifoit
mille plaifans contes qui l'a
mufoient agreablement . Elle
effaya d'abord le pouvoir
qu'il luy avoit laiffé prendre
infenfiblement
fur luy , par
de legeres demandes , fur lef
quelles le bon homme eftoit
toujours prompt à la fatisfaire
, & enfin un jour aprés l'avoir
embraffé d'un air gay &
libre , elle luy die qu'il falloit
qu'il avoüaft que fa preGALANT.
179
fence luy eftoit abſolument
neceffaire pour le plaifir de fa
vie , & qu'il devoit , pour eftre
toujours heureux , la mettre
en eftat de ne le quitter ja
mais . Le bon homme repliqua
qu'elle pouvoit demeurer
avec la Fille , qu'il en auroit
une joye extrême , & que fi le
l'accommodoit , il don- parti
neroit ordre qu'on luy preparaft
un appartement . Sa réponſe
fur qu'elle eftoit liée
avec un Frere qui luy eftoit
infiniment cher, & avec qui la
feparation n'eftoit pas poffible
, mais qu'il y avoit remede
130 MERCURE
à cet inconvenient , qu'il le
pouvoit cchhooiiffiirr pour fon
Gendre , & qu'eltant ainfi
tous unis par l'alliance , ils
pouvoient mener enſemble
la vie la plus douce dans la
parfaite amitié qui estoit entr'eux.
Le bon homme luy
tendit la main en fouriant ,
& ne finit certe converfation
qu'aprés luy avoir marqué
que la chofe eftoit affez fai .
fable , mais que cependant il
avoit befoin qu'on luy don .
naft quelques jours pour fe
confulter. Les deux Amans
avertis de tout , ſe flaterent
GALANT. 18t
d'autant plus d'un heureux
fuccés dans leurs efperances ,
que le bon homme informé
de leur amour fouffrit à fon ordinaire
l'affiduité du Cavalier .
Ils firent à cette charmanté
Fille des remerciemens proportionnez
à l'agreable fervice
qu'elle leur rendoit à fun
& à l'autre , & comme elle
eftoit adroite , & qu'il eftoit
mal- aifé de ne fe pas rendre
à fes manieres , elle tourna fi
bien le bon homme , qu'aprés
deux ou trois autres réponses ,
toujours favorables , mais qui
n'eftoient pourtant pas affez
182 MERCURE
décifives, il luy dit en laregar
dant d'un air fort tendre , qu'il
ne tiendroit qu'à elle qu'il ne fi
gnaftdés ce même jour le contrat
de mariage de fon Frere avec
la Fille , qu'il ne vouloit
pour cela qu'une ſeule choſe
dont elle eftoit la maîtreſſe , &
que fi elle vouloit luy en don ,
ner la parole , il luy donneroit
auffi -toft la fienne . Cette char,
mante perfonne qui ne cherchoit
rien avec tant d'ardeur
queles avantages de fon Frere,
luy promit tout , fans s'imaginer
que la chofe iroit aufli
loin qu'il la porta . Les carGALANT.
183
reffes qu'elle luy avoit comme
prodiguées depuis quel
que temps pour parvenir à fes
les fins , l'en avoient rendu Gi
amoureux , qu'il s'eftoit mis
en tefte d'en faire fa Femme ,
& ce ne fut qu'à cette condition
qu'il luy accorda le
confentement qu'elle demandoit.
Elle cut beau luy
dire que ny l'un ny l'autre
n'eftoit propre au mariage ,
& qu'ils y avoient renoncé
tous deux en quelque forte ,
elle par temperament , & luy
par fon age. Il n'entendic
point railon la deffus , &
184 MERCURE
n'ayant pû l'obliger à chan
ger de fentiment , elle futre
duite à luy demander
un peu
de temps à fon tour, pour voir
le parti qu'elle avoit à préndre.
Son Amie, à qui elle conta
tout , ne put s'empêcher
de rire de l'extravagance
de
fen Pere ; mais le Cavalier qui
connoiffoit l'averfion de fa
Soeur pour le mariage
, regar
da la chofe ferieulement
, &
fe trouva dans un embarras
extraordinaire
. Tout dépendoit
d'elle , & il ne fçavoit
queluy demander . Elle avoit
refulé plus d'une fois de jeu .
GALANT. 185
nes Amans bien faits , qui
s'eftoient offerts à l'époufer.
Et le moyen de prétendre
qu'ellel fe donnaſt à un vicil
homme des plus dégoutans ,
& fujet d'ailleurs à la plupart
des infirmitez dont la vielleffe
eft accompagnée ? Cependant
le parti efloit fi
avantageux pour fon Frere ,
& elle entroit fi vivement
dans les interefts , que voyant
le bon homme toujours obfiné
, elle aima mieux fe facrifier
à l'enteftement qu'il
fut impoffible de luy faire
perdre , que d'eftre caufe qu'
Decembre 1696 .
1
a
186 MERCURE
une fortune tres confiderable
échapaſt au Cavalier.
Ainfi elle refolut de fe marier
avec le bon homme , & ce
qui les charma tous , elle prit
cette refolution de fort bonne
grace , & fans rien diminuer
de la gayeté ordinaire.
Le Notaire vint , on figna
les deux Contrats , & toutes
les chofes qui précedent la
ceremonie de l'Eglife ayant
efté faites , ils devoient tous.
eftre mariez le lendemain ,
quand la Soeur qui avoit tout
fait , fe trouva furpriſe d'un
mal violent qui l'abattit tout
GALANT , 187
d'un coup . Le Cavalier en fut
extrémement affligé , & par
la tendreffe qu'il avoit pour
cette Soeur , & par le retardement
que cette maladie devoit
apporter à fon heureuſe
fortune. Elle fouffroit de
grandes douleurs , accompagnées
d'une Fiévre ardente,
& ces douleurs ayant augmenté
les deux jours fuivans ,
le mal fut connu pour la petite
Verole. Elle en fut reduite
à l'extrémité , & par
tous les foins que les Medecins
en prirent , enfin le danger
ceffa , mais en luy fau-
Q ij
188 MERCURE
vant la vie , il fut impoffible
de conferver fa beauté . Cel
mal , quelquefois impitoyable
, luy gâta le teint , & chan .
gea fes traits ; en forte que
ce n'eftoit plus la même per
fonne. Elle avoit encore le
même enjoüement [d'efprit ,
mais fon viſage n'avoit plus
aucun brillant ; & elle difoit
affez plaiſamment , qu'elle
craignoit bien que fon Amant
, tout vieux qu'il eftoit ,
ne faft comme la plupart des
jeunes gens qui ne s'attachant
qu'à la beauté, ceffent
d'aimer fitoft qu'ils la voyent
GALANT. 189
paffée. Ce qu'elle dit arriva .
Le bon homme ne fentit plus
rien pour elle , fi toft que les
traits n'eurent plus le même
éclat qui l'avoit touché , & ce
qu'il y eut de rare ,
c'est que
n'ayant confenti au mariage
du Cavalier , qu'à condition
que le fien avec la Soeur fe
feroit en même temps , il protefta
qu'il empêcheroit que
ce mariage ne s'achevaſt , à
moins que l'on ne rompiſt
l'engagement où il s'eftoit
mis avec cette même Soeur.
Comme elle n'avoit fait violence
à fon inclination que
190 MERCURE
par un motif dont elle voyoit
ceffer la cauſe , vous jugez
bien qu'elle n'eut aucune peine
à fe confoler de l'inconftance
de fon vieil Amant .
Au contraire elle s'en fit un
fujet de joye ; & quoy qu'elle
fuft fachée de n'avoir plus ce
brillant qui la faifoit regarder
avec plaifir , elle ne laiffoit
pas , difoit - elle , de fçavoir
bon gré à la petite verole , de
l'avoir défaite d'un Mary qu'-
elle ne prenoit qu'avec une
extrême repugnance . Le bon
homme , fort content de fe
voir libre , tint parole au CaGALANT.
191
valier , qui eut à peine épousé
fa Fille , qu'on leur vint apprendre
qu'il eftoit Iny- même
tout preft à fe marier. It
avoir pris gouft aux belles
perfonnes , & ce gouft ayant
paru dans laforte paffion qu'il
avoit marquée pour la Soeur
du Cavalier avant qu'elle cuft
fouffert le ravage de la petite
Verole , on luy eftoit venu
propofer une jeune Blonds
tres.jolie, à qui le manque de
bien faifoit fouhaiter qu'il la
prift pour fa Femme. Il en avoit
donné fa parole , mais il
ne la put tenir, quoy qu'il euft
192 MERCURE
choifi un jour pour la fignature
des articles . La goute le
prit , elle remonta , & cet ac ,
cident finit fon nouvelamour
avec la vie. Le Cavalier qui
joüit par cette mort de tous
les biens de cette Maiſon , a
fait à la Soeur tous les avanta .
ges qu'elle pouvoit fouhaiter
. Son Amie la laiffe d'ailleurs
maiftreffe de tout. Ainfi
elle vit avec tous les deux
dans une fatisfaction parfaite
, & la perte de fa beauté
n'empêche point qu'elle ne
foit toujours fort aimable par
la bonté de fon coeur, & par
la
GALANT 193
la folidité de fon efprit.
M' de Percy a esté receu à
Florence dans l'Ordre des
Chevaliers de Saint Eftienne.
Vous apprendrez ce qui s'eft
paffé à cette ceremonie dans
la Lettre que vous allez lire.
A MONSIEUR ***
O
Uand vous ne prendriez
pas , Monfieur
,
autant
de parr que vous faires
à la grace que Monfieur
le Grand Duc vient d'accorder
à M ' de Percy , Neveu de
M' Dupré , Envoyé
de Sa Ma
Decembre 1696. R
194 MERCURE
jefté à Florence ; celle que
j'y prens , & le plaifir de vous
mander une nouvelle fiagreable
& fi curieuſe , m'obligeroit
à vous faire un recit
dont les circonftances font
tres -fingulieres & peu connuës
. Mais avant que d'entrer
dans le détail de la reception
du nouveau Chevalier,
je croy qu'il eft à propos de
vous dire ce que c'est que
l'Orde de Saint Etienne , &
de vous parler de fon établi f
fement , & des privileges qui
le rendent un des plus confiderables
de l'Europe
.
GALANT. 195
sbr Get Ordres fut eftably par
a Coſme I. de Medicis , l'an
1560. en reconnoiffance d'une
-fameufe Victoire qu'il remportal
fur les Siennois le 2 .
Aouft , Feſte de Saint Effienne
Pape & Martir , & il fut
approuvé le 1. de Février de
l'année fuivante par le Pape
Pie V. Ony obfervela Rcgle
de S. Benoift , chez les Reli
gieux duquel tout Chevalier
eft obligé pendant fix mois
d'aller faire fon Noviciat , qui
confifte à entendre pendant
ce temps la grande Mcffe &
les Velpres les Festes & les

Rij
196 MERCURE
Dimanches dans le Choeur de
leur Eglife avec l'habit de
Ceremonie. Papixe
Il y a trois fortes de Chevaliers
qui font divifez en
trois Claffes. Les premiers fe
nomment Chevaliers par juftice
, c'est à dire , qui ont des
preuves de Nobleffe , dont
l'Ordre eft content . C'eft de
cette Claffe , dont a l'honneur
d'eftre M' le Chevalier
de Percy , qui ſoutient par fon
merite la nobleffe de fon extraction
. Il eft iffu du cofté pa
ternel de l'ancienne Mailon
de Percy , fi celebre dans
GALANT. 197
l'Hiftoire de la Maifon d'Har
court , & dans celles d'Anglererre
& deNormandie , & allié
du cofté maternel à des familles
tres confideraules dans
l'Epée & dans la Robe,
La feconde Claffe eft com- :
pofée des Chevaliers de grace
, que le Grand - Maistre de
l'Ordre fait de fon propre
mouvement , fans les obliger
à faire des preuves de Noblefle
exactement continuée
dans leur Famille.
La troifiéme Claffe qu'il a
fallu établir pour rendre
l'Ordre auffi riche & auffi
Riij
198 MERCURE
puiffant qu'il eft, s'appelle des
Chevaliers de Commande ,
Elle eft composée de perfonnes
qui n'eftant pas d'une
naiffance à pouvoir prétendre
l'entrée dans cet Ordre , vien
nent fe prefenter pour fonder
des Bailliages , Commande
ries , & Prieurez , fuivant les
conditions prefcrites pour de !
pareilles fondations. On ne
reçoit pourtant pas indifferemment
dans cette Claffe :
tous ceux qui viennent s'of
frir ; & avant toutes chofes ,
on examine foigneufement .
la qualité du Sujet , s'il eft né .
NOTRECUE
DE
FILLE
GALANT. 1994
de legitime mariage , s'il
a point de tache diffamatoire
dans fa famille , & fi à la nobleffe
prés , les anceſtres ont
vêcu en gens de bien &
d'honneur.
A l'égard des Commanderies
, il y en a de deux fortes .
Les premieres ne s'obtiennent
que par ancienneté , &
pour y parvenir , il faut avoir
fervila Religion dans les Caravannes
, & prouver par une
attestation qu'on a fait ſon
Noviciat de la maniere dont
on le doit faire . Les fecondes
s'appellent Commanderies
R iiij
200 MERCURE
de grace , que le Grand - Mai
ftre donne à qui il luy plaift.
La Maiſon de l'Ordre eft à
Pife , magnifiquement baſtie.
Tout Chevalier qui veut y aller
refider , a fon logement ,
dix écus Romaius par mois ,
& plufieurs autres douceurs
pour les commoditez de la
vie. Les Privileges dont les
Chevaliers joüiffent , font en
fi grand nombre , qu'on ne
peut les renfermer dans les .
bornes d'une Lettre..
Cet Ordre qu'on peut dire
avec juſtice eſtre un des plus
confiderables des Pays étran
3
GALANT. 201
gers , avoit , avoit pour la guerre il y
a quelques années , fept Ga
leres armées & entretenuës
par la Religion. Elles ont fait
de fi belles actions contre les
Turcs , qu'elles ont merité
l'honneur de commander l'a
vantgarde , quand elles fe rencontrent
en mer avec celles
du Pape , & celles de Malte.
Le nombre en eft à prefenc
fixé à quatre , qui font tresbien
armées dans le Port de
Livourne , & qui vont tous
les jours faire des courfes fur
les Coftés de Barbarie . La …
derniere Prife qu'elles ont fai202
MERCURE
tee fur les Turcs , eft une Galere
de Biſerte , & on ne voit
dans Pife que des Drapeaux
enlevez fur les Infidelles .
Le Grand Maiftre de l'Ordre
tient Chapelle à Florence
dans l'Eglife de Saint Laurent
trois fois l'année ; fçavoir le
jour de Noël , le Jeudy Saint ,
& le jour de l'Aflomption .
Mais à Pife il ya plufieurs autres
Feftes , aufquelles les
Chevaliers font obligez de fe
trouver avec leur habit de ceemonie.
si
Cet habit eft majestueux , &
fait enpartie comme une robe
GALANT. 203
deConfeiller parles manches,
& comme une Cuculle dé Be- >
nedictin , par la quantité de
fes plis. Il eft d'une Finette
d'Angleterre , d'une couleur
blanche , & tres ample, avec
une fort longue queue. Les
manches font toutes doublées
d'un gros de Tours cra.
moify, & viennent s'attacher t
fur les épaules en les repliant.D
Le collet du mefme taffetas :
eft lié autour du col , d'un
gros cordon de foye cramois
Lie , au bout duquel pendent ›
deux groffes houppes d'une
femblable couleur . La Croix,
204 MERCURE
qui eft attachée fur cet habit
elt faite en forme de Croix
de Malte , de fatin cramoifi :
bordé d'un petit galon d'or.
Voilà ce que j'ay pû appren
dre de cet Ordre , & ce qu'il
y a de plus particulier.
Monfieur le Grand Duc
ayant declaré qu'il vouloit
faire M de Percy , Chevalier
de fon Ordre de S. Eftienne ,
luy fit prefent d'une belle
Croix enrichie de diamans ,
en luy difant que lors qu'elle
eftoit donnée de la main du
Grand-Maiftre de l'Ordre di.
rectement , elle conferoit des
GALANT. 205
Indulgences en grand nom
bre pour le Chevalier , & fes
plus proches parens. M' Du
pré tres - fenfible à la grace
que Monfieur le grand Duc ,
en confideration de la fidelité
& du zele avec lequel il
fert auprés de luy , le plus
grand Roy du monde , venoit
d'accorder à fon Neveu , luy
fic demander audience pour
len remercier, & difpofa toutes
choles pour cette Ceremonie
, à laquelle les principaux
Officiers de l'Ordre &
les Miniftres des Princes étrangers
furent invitez .
206.MERCURE
Le to . du mois d'Octobre
© dernier , qui eftoit le jour deftiné
pour la reception , M'
le Chevalier de Percy , con-
< duit par M'l'Envoyé fon Oncle
, & accompagné du Neveu
de M de Magalotty
Prieur de l'Ordre , alla pren .
dre le Grand Conneftable &
le Grand Chancelier. Ils fe
Trendirent tous enſemble dans
l'Eglife des Peres Feuillans ,
François de nation , qui eftoit
magnifiquement parée , & où
il y avoit une grande foule de
Nobleffe & de Peuple, malgré
les Gardes que l'on avoit mis
w
*
GALANT. 207
aux portes. Avant la Meffe le
Chevalier defigné alla pren
dre l'épée des mains du grand
Chancelier , & la dépola dans
celles du grand Conneftable ,
devant lequel il fe mit à génoux
, & qui l'en frappant
deux fois fur les épaules , luy
dit : Soyez Soldat de Jefus Chrift
de Saint Etienne . Enfuite
de quoy deux Chevaliers luy
chaufférent les éperons , & le
grand Conneſtable luy remit
l'épée entre les mains. Le
Chevalier s'eftant relevé ſe la
mit deux fois fur le coeur , &
l'éleva deux fois en l'air , pour
208 MERCURE
2
A
marquer qu'il s'en vouloit fer
vir pour la deffenfe de la Foy.
Cette premiere Ceremonie
eftant finie , il fe remit fur fon
Priédieu , & alors le Pere
Prieur des Feüillans commença
la Meffe , pendant laquelle
felon l'ufage de l'Ordre , on
diftribua
des gans à toute
l'Affemblée
, & des Imprimez
.
de Vers Latins , qu'un jeune
honime avoit fait faire à l'in
fçu du Chevalier . Sur la fin
de la Meffe ik receut la Sainte
Communion
, puis retourna
fe mettre à genoux devant le
grand Connestable , qui luy
GALANT. 209
fit plufieurs queſtions , & entre
les mains duquel il fit le
ferment accoûtumé . Alors on
commenca a luy mettre l'Habit
de l'Ordre , & à dire plu
fieurs Oraifons , aprés lefquel
les le grand Conneftable luy
dit , qu'il alloit commencer
à avoir part aux Indulgences
accordées à l'Ordre , par plu
heurs Papes , & que fes plus
proches parens y participeroient
. Enfuite il luy donna
fa Robe à baifer , & l'ayant
fait relever , il l'embraffa . Le
jeune Chevalier alla de rang
en rang donner le baifer de
Decembre 1696. S
d
210 MERCURE
paix à chaque Prieur , Chevalier
, & Bailly , & puis revint
accompagner le grand Conneftable
jufqu'à la Sacriftie ,
où il fit les remercimens
ordinaires.
M'l'Envoyé de France qui
n'avoit pas voulu s'en tenir à
l'ufage commun , pour mieux
témoigner la reconnoiffance
des graces que luy faifoit fon
Alteffe en la perfonne de fon
Neveu , avoit invité les premiers
Officiers de l'Ordre ,
& les principaux Miniftres à
un repas magnifique , aprés
lequel le nouveau Chevalier

GALANT. 211
prefenta luy-mefme des gans.
brodez à tous les Conviez , &
chacun parut s'en retourner
tres- content des liberalitez
qui avoient efté ajoutées à cette
Ceremonie .
Voicy la Traduction
des
Vers latins dont il eft parlé
dans cette Lettre .
A MONSIEUR UN
LE CHEVALIER DE PERCY .
O
ODE.
Toy qui dans l'Etrurie ,
Te fais nn heureux deftin,
Sij
212 MERCURE
Eftimè de ta Patrie ,
Cheri du Peuple Latins.
Que l'un& l'autre s'empreſſes
A te marquer fa tendreffe, ba
Et que parmy les honneurs, a'a
Dont la foule t'environnej ÁO
Tu reçoives la couronne
Des mains des fçavantes Soeurs.
$
Dans l'Avril de ton bel age
En un fentier peu baziu ,
Le Ciel i'offrit en partage
Les trefors de la vertu.
Avec l'illuftre vaillance
Le fçavoir & l'éloquence
Tout fut prodigué pour toy ;
Et par cette grace infigne
Il te fit paroiftre digne
De l'eftime de ton Roy.
Quel éclat fe joint encore
GALANT 213 %
A celuy de tes Ayeux !
Cofme d'un Ordre t'honore,
Qui rend ton nom glorieux.
Déja la troupe guerriere 152.
T'embraffe dans la carriere
Où jeune on te voit courir,
Et le fiecle dans l'hiftoire
Confacrera ta memoire,
Qui ne doit jamais perir.
Mc le Chevalier de Percy
a fait cette réponſe aux Vers
de l'obligeant Inconnu , qui
avoient efté diftribuez le jour
que fe fit la ceremonie de fa
reception.
Enereux Inconna , dont la
G Mafe freande
214 MERCURE
Prodigue en ma faveur fes beaux
Vers dans le monde ,
Admirant vos talens , éprouvant
vos bontez , giti ( 4/2) +
Ie devreis publier vos rares qualilitez
Mais n'ofant, comme vous , me donner
la licence
D'aller le front levé dans le Sacré
vallon ,
En vain vous l'efperez de ma reconnoiffance.
Voulant invoquer Apollon,
Il feroit de la bien-feance,
Pour en eftre écoute, de prendre vofre
nom.
Ma voix n'eftant pas affezforte,
Les Mufes par pitié me laillent à
lear portes
Implorer le fecours des fublimes
efprits.
detyr?
GALANT. 215.
குதம்
Depuis longtemps j'y fais la quefes
Mais jay beau demanders toujours
mes foibles (cris souvenī
Font qu'on ferit de ma rèquefie,
Aufibien que de mes écrits.
2
Si plus fenfible à mes prieres
Vous me communiquez vosfçavantes
lumieres ,
·Scachant quel est mon fentiment .
Ie n'en feray qu'un bon uſage 5
Car fi j'ay quelque empreffement
De jour d'un sel avantage ,
C'est pour apprendre l'art defaire
un compliment ,
Qui foit pour vous un tendre gage
Demonjufte reſſentiment. “
Sa jontinue nã
Aujourd'huy que par bonté pure ,
Le Grand Cofme , l'amour de toute
Ja Nature ,
216 MERCURE
M'a bien voulu combler de fes
bienfaits ,
*.3
Ie puis , fans eftre témeraire ,
Inviter voftre Muſe à chanter fes
hauts faits , AD
Et tout ce que pour møy fon grand
coeur vient de faire,
Que le mien n'oublira jamais .
S.."
C'est par là qu'on s'acquiert une immortelle
gloire ,
Qu'on vend fon nom fameux au
Temple de memoire :
Pour vos doctes travaux c'eſt le plus
digne objet.
e
Epuifez les eaux d'Hippocrene ,
Vous ne fçauriez jamais vous donner
trop de peine
En traitant un fi beau fujet.
Voicy
GALANT. 217
Vòicy des Vers de Mademoiſelle
de Scuderi , fur cette
même reception . Il parcift
qu'ils font adreffez au Pere
de M ' le Chevalier de Percy .
རོ མྷི – ཚེསྶ ཝཱ
Heft des Chevaliers de toutes les
façons ,
Mais le voftre, Nonchamp , eft de la
Vieille roche
Et par de tres bonnes raiſons,
C'est un Chevalier fans reproche.
M'de Nonchamp a fait la
réponſe qui fuit à ce Quatrain
.
Chevalier de la Vieille-rche ,
Decembre 1696 ,
T
218 MERCURE
Ne feroit pas , Sapho , Chevalier
Jan's reproche ,
Si de votre merite il n'eftoit pas
touché.
Ilfçait de vos verius l'éclat & l'étendue
, 25 %
3
Il ne les perd jamais de veuë,
Et croiroit commettre un peché,
S'il n'eftoit pas fenfible à l'exemple
d'an Pere ,
Qui vous honore & vous revere.
L'Epiftre qui fuit eft de
Mademoiſelle des Houlieres.
Ce nom vous fera regreter
qu'elle foit ficourte.
GALANT. 219
A MADAME ***
NⓇgrandesplus
& grondez plus,
fatisfaites pers
os ferez
L'ay pour vous plaire invoqué
les neuf cours.
Ces Belles m'ont promis tantoft daus
imajo ma xetraite, munka
De me remplir pour vous des divi.
gmones fuxeursas embeddin
Dés que mon ame en fera poſſedéo,
Ma Lyre fous mes doigis par leurs
feins accordée
Ne rendra plus que d'agréables
3x Loni.
Alors ma Plume en cent & cent
façons
Vous reprefentera des Graces pré-
• Macedées !
Ie parleray de vostre belle humeur,
Tij
220 MERCURE
Te vous peindray paifirie & de lis
& de rofes ,
Et fi ma voix répond à mon ar
deur , ---2-
Le chanteray sent pretieu es cha
Dont le recit me comblera d'honneur.
q.
Quandj'auray die ton: ce que la
NatureW
t
A mis en vous de rares qualitez,
Mon coeur charmé de toutes vos
abontez's to
Vous garde un de ces Arcs d'immorielle
fracture tha t
Dont le deffein brillant & go-
Tankericuxa 9
Eft de transmettre à la race fu-
Ces fmeux noms du temps victorieux
T.
GALANT: 2:21
Mais quel que foit mon zele & ma
tendieffe,
Quel que foit le pouvoir que vous
avez far muy,
Bi quel que fuit enfin le defit qui me
preffe
De chanter dons mes vers les graces
que je voy,
Mon efprit qui connoift & qui
craint (a foibleffe,
Sans leur divin fecours fe tiendra
ciclos & coy.
da
On fait à l'Hoftel de Bouillon
une Lotterie d'une maniere
qui n'a point encore
efté pratiquée jufqu'à prefent.
On peut dire que c'eft
une Lotterie d'Or & d'Argent
Tiij
222 MERCURE
monnoyé , quoy qu'elle foit
compofée de curiofitez & de
Bijoux , puis qu'il fera libre à
ceux qui gagneront les Lots ,
d'en prendre le prix en or &
en argent monnoyé , en diminuant
feulement un dixième ."
Elle fera tirée par Son Alteffe
Sereniffime Monfieur le Prin
ce de Conty , à la fin du mois
de Février prochain , de la même
forte que celle qui fut tirée
par Monfeigneur le Dauphin
le 23 de Novembre 1695.
dont je vous ay parlé dans
mes Lettres de ce temps -là ..
Au lieu de Medailles on dif
GALANT.
223
tribuë des Figures en tailledouce
, qui reprefentent la
Fortune avec un bandeau fur
les yeux , & tous les cheveux
par devant,jettant des numero.
Elle eft portée par la Renommée
, qui l'annonce à un
chacun. Au deffous de la Fortune
font ces mots , Te facimus
, Fortuna, Deam, lefquels
font pris des Anciens , qui
croyoient la Fortune quelque
chofe de divin , & qui la met.
toient au nombre des Déef
fes . Les Billets font de dix
huit fols. Le gros Lot fera de
cent Louis d'or neufs , le fe-
Tij
224 MERCURE
cond de cinquante , &c. & les
moindres de dix Louis d'or
neufs. Les perfonnes de voftre
Province qui n'ont aucune
connoiffance à Paris ,
pourront mettre à cette Lotterie,
en s'adreffant à un Com.
mis de la Pofte de leur Ville ;
qui leur fera venir de ces Figures,
& l'explication imprimée
de cette Lotterie. , i
Le S Liebaux , qui a donné
au Public la Carte generale de
Lorraine & d'Alface , vient de
mettre au jour une Carte parriculiere
de la Foreft de Ha.
latte , où font les nouvelles
routesANT
.
225
routes faites par ordre du
Roy , avec les environs de
Chantilly , de Senlis & de plu .
fieurs belles maifons de plaifance
, dreffée fur les lieux , &
dédiée à Son Alteffe Sereniffi
me Monfieur le Prince. Les
Curieux la trouveront chez
l'Auteur , avec celle de Lorraine
& d'Alface , ruë de la
Parcheminerie , prés S. Seve-.
rin , vis à vis la rue Bout- de-
Brie, à l'Enſeigne du Pont-
Leger.
*
Je vous envoye un Difcours
qui a esté prononcé par M
226 MERCURE
Labat , Avocat du Royau
Prefidial d'Agen.
SUR LA PAIX
DE
N
SAVOYE.
Ous avons remply l'air
de nos feux & de nos
cris d'allegreffe , & le ciel , de
nos actions de graces ; & l'écho
de ce qui le dit par tout
m'engage à l'ouverture det
cette Seance , de n'entretenir
la Cour que de l'heureux fuccés
de la Paix de Savoye . Mais
quelle étendue de connoif.
fances ne faudroit - il point
GALANT 227
pour débrouiller depuis ce
dernier Te Deum , les interefts
de rant de Princes , ou plutoft
quelle folidité de jugement
ne faudroit - il point avoir ,
pour compofer une action digne
de cette honorable ! Audience
? C'eſt un ouvrage qui
exige le fens de plufieurs têtes
& le loifir de plufieurs mois.
Ce n'eft pas une marque de
foibleffe de l'efprit humain ,
mais bien la nature de la
chofe qui le veut ainfi . L'Hiftoire
Sainte nous apprend
que Dieu a obfervé luymefme
cet ordre en la crea~
28
MERCURE
tion du monde ; ayant refervé
au quatrième jour à embellir
·les chofes qu'il avoit créées
le premier jour , & difpofées
le fecond & le troifiéme. J'au
rois pû par toutes ces confiderations
, raisonnablement
m'excufer. Que fi elles ne fuffifent
pas pour mettre à cou
vert de quelque accufation
de temerité , quoy qu'il arrive
, j'auray recours à la faillie
d'un Poëte , qui fe crut capable
de faire ce que l'Empereur
luy demandoit , Car , dit
ce Poëte, quand le Ciel comman.
de au Laboureur de femer fon
GALANT.
229
blé , au General d'Armée de l'iuter
bataille au Pilote de fa're
voile , fans examiner fi la terre
ift cultivée &fi l'Armée est en
bon ordre fi les ventsfont favo
rables , il faut obéir an Ciel,
confier au bonheur de fes ordres
le fuccés de l'action qu'il nous
commande. Il faut hardiment
tout entreprendre fous une
Puiffance à qui rien n'eſt impoffible.
Qu'il me foit done
permis d'attendre du miniftere
de ma Charge , ce que
je ne puis efperer de la me
diocrité de mon eſprit . tiukas
Un Philofophe judicieux a
230 MERCURE
écrit que les Laboureurs d'Egyté
n'élevoient jamais les
yeux au Ciel, Pourquoy A
caufe que le fleuve du Nilar
rolant viſiblement toute cette
region , & les années eſtant
plus ou moins fertiles , felon
les crues & les inondations de
ce fleuve , ce Peuple accou
tumé à voir fur la terre cette
fource vifible & apparente de
fon bonheur , oublia & ne
penfa pas qu'il y cuſt dans le
Giel une caule plus élevée ,
dont l'influence fuft plus neceflaire
, & cet oubly le rendit.
facrilege, alqoro ' Faur
GALANT. 1231
O Dieu , tres - abondant
dans vos mifericordes , mais
adorable en vos jugemens ,
fij'ofe entrer dans ce Sanccuaireyje
fçay que comme les
vallées fourniffent la matiere
des foudres qui tombent fur
les montagnes, tout de même
l'iniquité des Peuples merite
affez fouvent des punitions
que la colere du Ciel envoye
fur la tefte des Princes. Il faut
croire que ces orages publics
envoyez du Ciel par la Justice
de Dieu , irrité par l'orgueïl
de nos crimes , avoit divilé lés
Princes Chreftiens.14 13 gui
232 MERCURE
La France eftoit paiſible ,
&l'union des PrincesCatholi
¿ques rendoit le repos de l'Eu-
-rope redoutable aux Ennemis
adecette Religion , mais l'he .
srefie qui eft brouillonne , &
qui ne peut vivre dans la paix ,
onon plus que dans l'obéïffansce
, donna lieu à ces dernieres
guerres , & à de nouveaux,
triomphes.
:
33 Qui croira ceParadoxe, trop
averitable neanmoins , que
l'excés de la bonté, facilité &
douceur du Prince , ait caufé
l'infolence.l'audace ,& la malice
,& à leur fuite, une infinité
GALANT. 233
de maux . Il a porr ant fait
comme les Medecins habiles,
qui n'oublient rien pour prévenir
les maux par des reme.
des benins & innocens , mais
les premiers efforts qu'il a
faits à cette fin , ont efté vains,
& il fallut fouffrir l'accroifflement
du mal . Ouy , la dou
ceur du Prince aigrit l'humeur
farouche de ces Rebelles ; ils
ont pris la grace pour une
oppreflion,Mais l'application
des biens des Transfuges aux
plus proches parens , au pró
judice du Fifc , fera à jamais
un exemple memorable de la
Decembre 1696
*
V
234 MERCURE
generofité de noftre Prince.
Les Amnifties , en un mot ,
toutes les raifons de la Politi
que ne pûrent les guerit de
cette maladie. Ils chercherent
l'occafion de fe donner
à un Prince étranger , pour fe
ravir à leur legitime Souverain
; & oubliant la doctrine
de l'Apoftre , que quiconque
refifte à la Puiffance , refifte
à l'ordonnance
de Dieu ; &
que ceux qui y refiftent , atti
rent la condamnation
fur
eux mêmes , ils font venus à
nous avec l'éclat d'un ſuperabeappareil
, qui nous mena ,
GALANT. 235
çoit d'une honteufe fervitu
de , ou d'un funefte embrafe.
ments car , à bien juger par
les premiers
fimptômes
de
noftre
mal , il fembloit
incu
rable.
A
Je voudrois bien pouvoir
celer que ceux qui precipite
rent fon Alteffe de Savoye , fe
font prévalus du credit qu'ils
avoient fur fon efprit , puis
qu'ils l'armérent contre luy
même ; mais cette verité
eftant connue d'un chacun ,
je dois dire feulement que
toutes les forces qui ont efté
jufques icy miles fur pied , au
V ij
336 MERCURE
prejudice de la tranquillité
publique , ont fondu de.
vant la face du plus heureux
de tous les Rois , comme la
cire fond devant les chaleurs
du Soleil. C'eſt la recompenfe
de la droiture & de la pureté
des intentions de Sa Majefté ,.
ou pour mieux dire , de la pieté
& de toutes les vérrús royales
du Succeffeur de Saint-
Louis . Convertir à la gloire
du Roy tous les mauvais évenemens
qui luy arrivent , luy
faciliter les moyens de ruiner
un party que les mauvais Sujets
de ce Royaume avoient
મારી ન
GALANT. 237
"
depuis fi long temps formé ,
& qui pour le fortifier , s'eftoit
lié à des Puiffances étrangetes
, n'eft- ce pas , à votre avis ,
un miracle fenfible Dieu
change en un moment la
tourmente en calme , la guer
re en paix , l'apprehenfion en
affurance, le danger en fureté.
Il infpire à fon Alteffe de rentrer
dans fes interefts , de pe
fer que les alliances de la
France ont efté toujours heu .
reuſes , & répand en méme
temps dans fon coeur la plus
certaine & la derniere marque
de la nobleffe d'une Mai .
238 MERCURE
fon , puifqu'il rend le Sang de
ce Prince , fi François , qu'au
jourd'huy les interefts de la
France luy font auffi precieux
& auffi chers que les fiens .
N'eft - ce pas une merveille
peu ordinaire d'apprendre de
l'Hiftoire , que depuis prés de
cinq fiecles on ait toujours
vûquelque Princeffe du Sang
de France , alliée de la Sa
voye , & quelque Princeſſe de
Savoye , mariée en France ? :
Amé VI. épousa Bonne de
Bourbon , Amé VII . Bonne
de Berry , Amé VIII Marie de
Bourbon , Amé IX. lolande
*
GALANT. 239
de France. Ce feroit une chofe
fans fin fi je voulois nombrer
les chaînons de cette
précieuſe chaîne, qui afouvnt
uni & lié les deux Maifons . Je
ne parle point de l'antiquité
de la Maifon de Savoye , parce
que chacun fçait que Berold
, Chef de cette Maiſon , -
eftoit Fils de Hugues I. Duc
de Saxe , & Frere de l'Empe
reur Othon III. Ilfuffit de di
re que l'admiration fuccede à
la curieuſe recherche de l'ori !
gine de ces deux Maifons .
Venons aux actions heroi
ques. La prise de Rhodes eft
240 MERCURE
une victoire dûë à leur valeur,
& pour tout dire en un mor ,
leur pieté & leur valeur diſpurent
qui à l'envi des deux fait
leur premier éloge. Tout s'y
rencontre jufqu'à l'admiration
& au prodige . A tant de
marques éclatantes de la nobleffe
de cette Maiſon , que
nos efprits fe contentent de la
folidité admirable des confeils
de Sa Majefté , & diſons
feulement,que fi la juftice par
roift dans le choix du Roy ,
la bonté s'y fait voir avec
plus de pompe .
Sa Majefté & Son Alteffe ,
aujourd'huy
GALANT. 24!
aujourd'huy dans le même
intereft & les mêmes intentions,
on affure qu'on le verra
paroiftre à la tefte de nos Armées
comme unAigle royal ,
à qui le premier des Dieux
ayant confié l'écu de fes fou .
dres , il les porte avec fuccés
par tout. Non , tres haur
& tres puillant Prince Victor
Ame XI . vos vertus agiflantes
ne feront pas oifives , &
cette ardeur qui dreffe vos
mains au combat , comme
parle le Prophete , ne fera
pas inutile . Heureufe Prin
ceffe , puis que vous etes fans
Decembre 1696. X
242 MERCURE
contredit alliée à la premiere
Mailon du monde, auffi n'appartenoit-
il qu'à vous d'eftre
le milieu de leur réconcilia
tion , le gage précieux de leur
paix , & le lien facré de leur
union . Pofe dire en même
temps , Prince heureux , en ce
que cette alliance eft l'ac
compliffement des volontez
de Sa Majefte , qui va combler
de joye vos jours , & les
noftres.
Il ne reste plus qu'à remercier
Sa Majelté de deux pre-
I
fens qu'elle a faits à fon
Royaume , la Princeffe & la
4
GALANT.
243
Paix , & l'Echo de ce qui fe .
dit par tout d'un fuccés fi
récent me diſpenſe d'en dire
davantage .
M' Fagon ; premier Medecin
de Sa Majefté
, ayant
toujours en veuë l'utilité publique
dans toutes les chofes
qui concernent la medecine ,
ne s'eft pas contenté de travailler
avec ardeur à éloigner
de Paris les faux Medecins qui
s'y eftoient introduits fans
talens & fans degrez , & au
préjudice des Loix & des Ordonnances
, il a crû qu'il falloit
en même temps remplir
X ₁j
244 MERCURE
leurs places de gens fçavans,
& à qui il ne manquait aucune
des connoiſſances
qui peu
vent rendre un Medecin habile
dans cette profeflion .
C'est pour cela qu'il a propofé
à la Faculté quelques nou.
veaux Statuts , qui pûſſent
obliger ceux qui s'y feront
recevoir a l'avenir , de ferendre
capables dans les deux
parties effentielles de leur
profeffion , qui font la connoiffance
des remedes , & la
maniere de traiter les maladies.
La Faculté les a receus
avec un tres - grand plaifir , &
GALANT 245
les a prefentez au Parlement,
où ils ont efté homologuez ,
avec l'approbation de M'le
premier Prefident, quia bien
voulu témoigner à la Compagnie
que cette démarche luy
faifoit plaifir. Ces nouveaux
Statuts confiftent aux fix ar.
ticles fuivans.
г.
Le Profeffeur des Plantes traïtera
non feulement des Plantes ,
mais auffi des Animaux & des
Mineraux , en un mot , de tour
la Nature fournit pourles
remedes fimples & compofez, &
à la fin de chaque semaine ilfera
ce que
X ij
246 MERCURE
une démonftration publique des
Plantes , Animaux & Minéraux
dont il aura parle.
II.
Le Profeffeur en Pharmacie ,
dont la feule fonction a esté juf
ques icy , d'affister à la reception
des Apotiquaires , & à la vifite
de leurs Boutiques , fera obligé
de faire un cours de Pharmacie
Galenique & Chymique, afin que
les Ecoliers foient inftruits de ce
qui fait le principal de leur profef
fion , c eft à dire, de la connoiffance
des remedes.
III.
On ne recevra dorefnavant auGALANT.
247
cun Candidat , qu'il n'apporte des
atteftations bien fignées des Profeffeursdes
Ecoles de ceux du fardin
Royal du College Royal.
IV.
On obligera les Candidats ,
dans l'examen des Plantes , de
répondre non feulement fur la Botanique
, mais furtoute la matiere
medicinale , fur laquelle tous les
Docteursferont obligez de les interroger.
Cet examen durera une
femaine entiere , & ily aura une
amende contre chaqueDocteur qui
n'aura pas interrogé.
V.
L'examen particulier fe fera
X iiij
248 MERCURE
dorefnavant dans les Ecoles , des
la même façon que le précedent ,
pendant toute une semaine ,
on obligera les Bacheliers àrépondre
fur la maniere de traiter toutes
les maladies qui affligent le
corps humain , tous les Do-
Eteursferont obligez de les interroger
à leur tour , faute de quoy
ils feront fujets à une amende
pour ne s'eftre pas acquittez de ce
devoir. VI.
Outre la vifite des Malades ,
à laquelle les Bacheliers font obligez
d'affifter pendant deux ans
d'écrire les Ordonnances fous
les fix Docteurs qui s'y trouvent
GALANT 249
tous les Samedis , tous les jeunes
Docteurs feront obligez , aprés
avoirpris le Bonnet , de fuivre
pendant deux années , les Medecens
de l'Hoftel- Dieu , pour fe
former dans la pratique , dont ils
rapporteront au Doyen des attefta.
tations en bonne forme , fans
lefquelles ils ne pourront partici.
per aux émolumens.
L'application continuelle
que le Roy fe donne pour la
Police de fon Royaume , luy
a fait obſerver plufieurs abus
qui s'y eftoient gliffez , für
le fait des Armoiries
, qui
250. MERCURE
eftoient caufe qu'elles n'y
eftoient plus reçues avec tout
l'honneur qui leur eſt dû , &
que ces illuftres marques qui
ont efté regardées comme
des témoignages publics de
vertu , yeftoient fans relief &
fans diftinction. Il y avoit
même des gens peu inftruits
de leur nobleffe qui les trai
toient avec indifference , parce
qu'elles eftoient devenuës
la parure publique de ceux
qui les avoient prifes de leur
mouvement particulier , au
préjudice des droits de la
Souveraineté de Sa Majeſté ,
GALANT. 25t
& au mépris des plus nobles
& des plus anciennes familles,
du Royaume. Cette indigne
ufurpation eftoit une espece
de felonie qui bleffoit les
droits de fa Couronne , & de
fon autorité Royale,àlaquelle
feule il appartient de donner
des Armoiries , & qui auroit
pû même la porter à une recherche
fevere pour en punir
les coupables , fi Sa Majefté
n'avoit pas efté perſuadée
que l'ignorance de ce
Droit Souverain a eu plus de
part dans ces fortes d'entreprifes
, que la penſée ou le
252 MERCURE
25
13
deffein de l'offenfer. Aufli la
diligence de fes Sujets à reparer
cette faute par les moyens
qu'elle leur en fournit , donnera
des preuves éclatantes
de leur foumiffion & de leur
fidelité à cet égard .
Tous ceux qui ne fçavent
rien de la nobleffe & de la dignité
des Armoiries , n'ont
pas laiffé de juger d'abord
favorablement de cet Edit ;
mais un peu de reflexion fur la
beauté & l'utilité de la Police
qui l'établit , l'a fait depuis regarder
avec beaucoup de plaifir
par tousles gens d'honneur
GALANT . 253
les Nobles , les Officiers , &
autres , qui par leur naiffance
ou autrement ont droit des
armoiries qu'ils portent ,
loüent fa Majefté de l'établiſ
fement qu'elle fait d'un Armorial
general , où elles feront
peintes , blafonnées &
gardées dans des Regiftres
particuliers , & deftinez pour
les Corps , Compagnies , &
Communautez du Royaume,
& par là à couvert de toutes
fortes d'ufurpations à l'avenir
; & ceux qui n'avoient pas
ce droit , & à qui Sa Majeſté
le donne , le remercient du
254 MERCURE
prefent qu'Elle leur fait , &
regardent maintenant commede
vrayes marques d'honneur
leurs Armoiries , qui
n'eftoient auparavant que des
marques de leur entrepriſe
innocente fur les droits de la
Souveraineté de leur Prince .
A l'égard des perfonnes qui
font fans diftinction , & fins
relief, cet Edit ne les regarde
point. Les Armoiries font
des marques d'honneur , qui
doivent rendre un témoignage
public de la vertu de ceux
quiles portent , elles ne conviennent
pas par confequent,
GALANT. 235
& font deffendues à ceux qui
n'en font pas une profeffion
publiique, & qui n'ont aucun
degré ny aucune élevation
fur les autres . Afin que l'ordre
qui doit faire la grandeur &
la dignité de cet Armorial
general de la France , y foir
gardé à l'honneur d'un chacun
, les Compagnies , Corps ,
& Communautez , le difpofent
d'y envoyer les armes de
leurs Officiers en même
temps , pour eſtre placées chacunes
rang qui leur
car fi l'apport s'en faifoit
feparément & en divers
#
eft dans le
256 MERCURE
temps , les armes d'un Prefident
pourroient
s'y trouver
placées
aprés celles d'un Officier
du même Corps qui luy
feroit inferieur
en dignité
& un ancien Confeiller
aprés
un nouveau
reçû .
Il eft inutile de vous rien
dire des fages difpofitions de
cet Edit , que vous aurez lû
fans doute , ny de l'utilité de
L'établiffement de cet Armorial
general , qui fera le depoft
de toutes les marques d'honneur
, la preuve de toutes les
filiations , & le repertoire de
toutes les familles celebres &
GALANT. 257
diftinguées du Royaume.
Depuis que cet Edit a efté
publié , une perfonne qui en
penetre la matiere a fait un
petit livre qui s'imprime acruellement
, & qui fe debitera
au commencement du mois
de Janvier prochain . Il a pour
titre , Le Blafonde France étably
fur les principes de l'Edit de Sa
Majefté , concernant la Police
des Armoiries du Royaume ; ou
Notes curieufes fur les Articles
du même Edit . Ce Livre eft
in feize , & le vendra chez les
Libraires du Palais. Il commence
par un préliminaire
Decembre 1696. Y
258 MERCURE
qui eft un petit Traité du
Blafon , tel qu'il doit eftre entendu
& pratiqué en France
en conformité de cet Edit . Il
eft rempli d'un grand nombre
de Planches qui expliquent
les Emaux , Partitions ,
Figures & meubles des Ecus ,
avec leurs pofitions , fituations
, difpofitions , & les attributs
les plus ordinaires &
ufitez , qui entrent dans la
compofition des Armoiries.
Il donne auffi à la fin une inftruction
utile à ceux qui auront
des Armoiries à prefenter
, faire recevoir & enreGALANT.
259
giftrer ; & principalement à
ceux qui feront commis &
prépofez pour les recevoir &
blafonner.
Il s'eft fait depuis peu de
temps deux mariages confi .
derables à Caën . L'un eſt
de M' de la Corderie Colandon
avec Mademoiſelle
de
Chiboville de la Falaife , l'une
des plus belles & des plus fpirituelles
perfonnes de la Province
, & d'une naiffance illuftre
, eftant Niece de feu
M' le Marquis du Bordage , &
petite Fille de feu M' le Duc
Y ij
260 MERCURE
de Merida . M' de la Corderie
, qui a toutes les qualitez
qu'on peut fouhaitter dans un
parfaitement honnefte homme
, eft petit Fils du fameux
Caigni , qui fut employé fous
Henry IV. en diverfes legations
pour procurer la paix à
l'Estat.
L'autre mariage eft celuy
de M' de Pierreville Gonfray
avec Mademoiſelle
de Canchy
, Fille de M' de Canchy,
Confeiller au Parlement de
Normandie. La ceremonie
s'en fic à Contranville , Maifon
de plaifance du melme
GALANT. 260
M de Canchy. Tous les jeu
snes gens de Caën allerent au
devant des Mariez à leur retour
dans la Ville . Les Demoifelles
s'y trouverent en
Amazones , & c'eftoit un plaifir
d'y voir la jeune Mademoiſelle
de Vandeuvre , Fille
du Brigadier de ce nom
Mademoifelle d'Hyeville , riche
heritiere de cette Province
, Mademoifelle de Cleville
& Mademoiſelle de
Burge qui commandoient
cette belle Troupe . Elle eftoit
compofée de quatre Quadrildes
diftinguées par des Dévi262
MERCURE
fes & par des Couleurs . Elles
fe firent voir pendant huit
jours en cet équipage , & les
Cavaliers à leur fuite comme
leur voulant fervir d'E
cuyers. Il y eut chaque jour
table ouverte , bal & feux
d'artifice , & chacun eut dequoy
fe contenter
en voyant
chez M' Gonfray les raretez
que M' fon Pere & Mr l'Abbé
de Saint Martin fon Oncle,
ont pris tant de foin de ramaffer
de tous les coftez de
l'Univers . On n'a pas fujet
d'eftre furpris que M' Gonfray
ait pouffé fi loin la maGALANT.
263
gnificence , puifqu'il eft extrêmement
riche . Il eft Fils
du fameux Jurifconfulte de
ce nom , à qui le Droit eft
redevable de tant de beaux
Commentaires , les Sçavans
de tant de lumieres qu'il leur
a communiquées , & le Public
de fon Traité de l'Oeco
nomie , qui paffe pour un
Ouvrage qu'on ne fçauroit
imiter. Il eft auffi hetitier des
vertus & du bien de feu M
l'Abbé de S. Martin , Protonotaire
du Saint Siege , &
Docteur en Theologie de la
Faculté de Rome , qui par
254 MERCURE
fon rare fçavoir a efté pluheurs
fois choisi pour estre
Recteur de l'Univerfité de
Caën . Je vous ay parlé de luy
en plufieurs occafions , &
vous n'avez pas fans doute
oublié que la medecine luy
eft redevable de plufieurs bel
les découvertes , & la Ville.
de Caën de plufieurs beaux
édifices , monumens eternels
de la pieté , de fa liberalité
& de fa gloire . Quant à Ma
demoiſelle de Canchy , c'eft
une perfonne des plus accom
plies. Elle fait place par ce
mariage à Mademoiſelle de
Manville
GALANT 265
Manville fa foeur , qui paſſe
pour un prodige d'efprit &
de beauté. Elles font toutes
deux petites Filles de Mindu
Moitier , Lieutenant General
de Caen .
Vous avez fi fouvent oüy
parler de M Woolhouse ,
Oculifte Anglois , Gentilhomme
fervant du Roy d'An
gleterre , & des belles cures
qu'il a faites , qu'il n'est pas
furprenant que vous me dcmandiez
un Memoire des dif
ferentes operations manuel,
les qu'il fait fur les yeux. Je
m'en fuis informé , & le voicy,
Decembre 1696. Ꮓ
266 MERCURE
Je fuis perfuadé que beau
coup de perfonnes de voftre
Province Jauront recoursà ce
Sçavant Oculife , & qu'ils fe
feront un plaifir d'admirer en
lifant ce que je vous.envoye ,
juſques ou va la penetration
des hommes , lors qu'ils ont
entrepris d'approfondir quel .
que Science.
71. L'abattement de la cata-
2911B
race, in diep zuin hin
2. La ponction de l'oeil par
le Paracentherium ocularium , in-
Atrument de l'invention du S
Woolhoufe , operation nouvelle
qui fe fait dans l'Hy-
T
GALANT. 267
drophthalmic , ou Hydropific
de l'oeil.
3 LaPhlebophthalmotomie,
ou faignée de l'oeil , operation
exotique , & jufqu'à prefent
inconnue dans ces payscy.
Ses utilitez font fort gran .
des en certaines maladies de
l'oeil.
4. La piqueure des phlicte
nes ou petites velfies qu'on
perce, pour empêcher la fup ,
puration aux tuniques des
усих.
5. La pointure ou l'ouverture
de l'hyopion ou hypoph
thalmium , autrement dit ,
Zij
268 MERCURE
Pus fub cornea, par le moyen
d'une nouvelle canule , encore
plus commode que l'in .
ftrument moderne Hollandois
, connu fous le nom de
Canceola Fobi à Meehren.
6. L'operation de l'Anchyloblepharon
, ou invifcation
& coherence des paupières ,
en toutes les efpeces.
71 De la Trichiafis , Difti
chiafis , & Phalangofis,,
8. De la Profis , atonia ton
blepharon , ou relaxation & paralyfie
de la paupiere fuperieure.
r
9. De la Pofthia ou Chrité,
GALANT.1 269
dit hordeolum en Latin , & en
François Orgeolet , ou grain
d'orge ; par d'autres il s'ap
pelle Longuet , & l'orgenil par
corruption.
10 Des Porreaux ou Loup
pes , fisus ou fic fchirreux , ou
meures & cancer , & c.
II. De Chalazion , grain
de grefle , dit grando , d'hydalis
,fteatoma , meliceris , &c.
12. De Lagophthalmos , ou
l'oeil de Liévre .
13. De Betropion ourenverfement
de la paupiere inferieure
en bas.
14 De la Proptofis , ou tou-
Z iij.
270 MERCURE
tes fes efpeces : à fçavoir le
Myorephalon , Staphyloma ,
Melon ou pommette , Helos
clarus, dic Clou en François.
15. De l'Ecpicfmos , ou procidence
& forjettement entier
de l'oeil hors de fon or..
bile.
16 Du Pterygium , ou
ongle , dit en François Taye
& Maille, & Leucane en Grec.
17. De Pannus , charnue ou
bouton .
18. De Calx ou albula , &
pierrette de la cornée .
19. De l'Anchylops & de
l'Egylops ou fiftule lachrymale
.
GALANT 271
20. De la Ptheiviafie ou pediculation
de facili
Servż ?, Állaôtenaufli les corps
étrangers , quilentrent & qui
fe fechent , & s'arreſtent en
dedans l'oeil.
1522 11 panfe auffi & guerit
les playes , contufions &
meurtriffures des yeux , & c .
Le même Sieur Woolhoufe
vient de mettre au jour un
petit livre qui s'appelle , Ca
talogue d'Inftrumens pour les ope
rations manuelles des yeux. Ce
Livre fe vend chez Laureno
d'Houry , rue Saint Jacques ,
au Saint Elprit. Il contient
Z iiij
272 MERCURE
"
cinquante fept differens Inftrumens
oculaires . Cet Artifte
demeure toujours à Saint
Germain en Laye , mais on
aura de fes nouvelles deux
fois la femaine aux Bene¬
dictins Anglois de la ruë du
Fauxbourg Saint Jacques , à
Paris.
Je vous envoye la Figure
de trois Combles paralleles.
Le plus ancien eft marqué ;
celuy qui a efté ensuite le
plus en ufage , & qui l'eft en .
core , eft chifré , & le dernier
eft marqué par le chifre, & fe
nomme le Comble Hantier,
GALANT. 273
Lauenreur. Il
en
du
lus
lus
es
ay
'ce
es
ës.
ue
nye
272 MERCURE
cinquante fen
ftru
fte
Ger
aur
fois
dia
Fau
Pari
J
det
Let
celu
plus
core
eft x
nom
mfall
GALANT. 273
du nom de fon Inventeur. Il
convient parfaitement bien
à fon nom , le logement du
dernier étage eftant plus
grand,& par confequent plus
entier que celuy des autres ,
defquels je ne vous diray
point les proprietez , parce
qu'eftant plus anciens
proprietez font plus connuës.
Ainfi je ne vous parleray que
de celles du plus nouveau.
Ce Comble , appellé Hantier
, eft tres - facile à bâtir.

29V991459 2
ces
aoins fujet à la pluye
& aux injures du temps.
Il coufte moins à couvrir.
>
274 MERCURE
lyfaut peu de reparations.
H n'eft point befoin d'y
mettre de plomb !
n
Il fubfifte plus longtemps .
On y fait des chambres
quarrées fans aucun ravallemrent.
Ses feneftres font belles ,
ne font point en façon de
fucarne , & coutent moins
que d'autres.
On y peut faire autant de
feneftres
qu'aux chambres
de dortoirs.
Il n'eft point plus élevé
que les autres combles .
Son aſpect est beau , de
GALANT 275
forte que dans le Comble
Hantier on trouve l'utile , le
commode & l'agreables com
Voila le toilé de ces trois
Combles, Suppofé 180. ar..
doifes pour une toife , dans
une pareille grandeur de maifon
, s'il faut pour le comble !
marqué 1.74 toiles , qui font
31420. ardoifes, il faut pour le
comble marqué H. 194. toi->
fes , qui font 35460. ardoifes ,
& il faut pour le Comble
Hantier III . 124. toifes , qui
font 230 40. ardoifes . Cer
Comble a efté fait & conduic!
par M le Hantier , dans le
276 MERCURE
Convent des ReligieusesCar
melites , ruë de Grenelle , en
1689 & il a efté viſité par les
plus fçavans & les plus experts
Architectes , qui l'ont loüé &
approuvé. Les Etrangers , qui
defireront avoir le deffein de
la Charpente , & la maniere
de le bien bâtir conformément
à fon lieu & place , le
confulteront par quelqu'un
de leurs Amis. L'adreffe du
Sieur Hantier eft chez Mr
Maurice , Concierge du Terrain
de Noftre Dame de
Paris.
GALANT. 277
Voicy les noms des perfonnes
diftinguées , mortes
depuis peu de temps , & dont
je ne vous ay point parlé dans
mes dernieres lettres .
M'Centeze , Prettre Chanoine
de S. Aignan en l'Egli
fe de Paris , mort dans fa quatre-
vingt- onzième année ,
eftant né le 3. Avril 1606. I
avoit quatre - vingt - deux ans
de fervice dans l'Eglife de
Noftre- Dame , où il eftoit
entré Enfant de Choeur le
12. Decembre 1614. Aprés a
voir passé par tous les degrez
qui font deſtinez aux Bene-
L
278 MERCURE
-ficiers , il fut éleu Chanoine
de 3. Juin 1682 , & il deceda le
30. Octobre dernier . Comme
cette Chanoinie - Semiprebende
eft une des deux que
M's duChapitre donnent pour
récompenfe aux Beneficiers
qui ont fervy leur Eglife en
qualité d'Enfans de Choeur
ou de Chantres élevez & nourris
au chant & aux ceremonies
de cette Eglife , ils ont
donné celle cy à Pierre Nicolle
, Chanoine Preftre de
S. Denis du Pas , âgé de foixante
treize ans , qui estoit
le plus ancien de tous les BeGALANT
279
27279
neficiers Preftres , & Officiers
de Noftre Dame , où il eft.
entré en qualité de Chantre
dés l'année 1646. & a rendu
fes fervices tant de jour que
de nuit avec toute l'affiduité
& l'application poffible..
Dame Marie Anne de Betizy
de Meziers. Elle eftoit Dame
d'Atour de la Reine de Pologne
, & elle eft morte à Paris.
Le Pere Pierre Gargan ,
Chanoine Regulier de l'Ordre
de S. Auguftin , de la Congregation
de France . Il eftoit ,
Curé de S. Medard au Faux.
bourg de S. Marcel de Paris ;
280 MERCURE
& cette Cure eftant à la nomination
de M's de l'Abbaye
de fainte Genevieve
, ils y ont
nommé le Pere Canto , Religieux
& Procureur de cette
Abbaye.
Dame Renée de Gaudé.
Elle eftoit veuve de M Elie
de Sainte Fére , Seigneur de
Blancafort , Colonel d'un
Regiment d'Infanterie , &
Commandant dans la Cita.
delle de Courtray.
Dame Marie Anne le Febvre
. Elle eftoit femme de M
le Jariel des Forges , Confeil.
ler en la Cour des Aydes .
GALANT. 231
Mademoiſelle Valentine de
Lafemas , Fille de deffunt Ifac
de Lafémas , Lieutenant Ci--
vil de la Ville , Prevofté &
Vicomté de Paris , & premier
Maitre des Requeftes ordinaire
de fon Hoſtel .
Mre Felix Vialar , Seigneur
de Herfe , Lieutenant des
Chaffes & Plaiſirs du Roy de
fes Villes & Chateaux de S..
Germain & Verfailles. If eft:
8
mort à faint Germain en Laye,
d'où fon corps a efté apporté
à Paris , & inhumé en l'Eglife
des Peres Feüillans de la ruë
S. Honoré.
Decembre 1696:
Atal
282 MERCURE
La Mere Soeur Marie Ca
therine nommée dans le
monde Marie de Fécan , Religieule
de la Congregation
de Noftre Dame de Compiegne
, morte dans fon Monaftere
de Compiegne le premier
de ce mois . Elle eftoit
née à Peronne en Picardie ,
fille de Me Alexandre de Fécan
, Colonel du Regiment
d'Harcourt , Seigneur d'Anny,
de Feüilliere , & autres
lieux , & de Mademoiselle de
Creffé fon époufe. Elle perdit
fa mere à l'âge de fept
ans , & fon pere l'ayant mife
GALANT. 283
en penfion dans ce Monaftere
, elle y prit l'habit en 1666 .
Il mourut peu de temps aprés,
ce qui ne l'empécha point:
de faire profeffion , ayant fair
connoistre depuis ce tempsla
par fa conduite & par lon
zele , qu'elle avoit esté veritablement
appellée de Dicu
dans cette laante vocation .
M Perron , Docteur és
Droits , Confeiller & Hifto
riographe du Roy, mort dans
fa quatre- vingt- onzième année.
Il eftoit natif de Lan .
gres , fort verfé dans l'Hiftoi
re , eftant regardé comme un
A a ij
284 MERCURE
repertoire univerfel de toute
ce qui fe paffoit de confiderable
dans l'Europe , ce qui
luy avoit attiré l'eftimes de
feuë Son Alteffe Royale Mademoiſelle
d'Orleans . Ils a
voir efté Precepteur de M
d'Entragues , pere de M. l'Ab .
bé d'Entragues d'aujour -
d'huy , & depuis Precepteurde
M l'Abbé de Clermont-
Tonnerre , Evefque & Com
te de Noyon. Son grand âge
l'ayant rendu fedentaire , il
s'appliquoit à mettre en ordre
quantité de Memoires
curieux d'Hiftoire , qu'il avoit
W
GALANT: 285
tirez des Originaux. Il y a
deux ans qu'il fit imprimer
â Paris un petit Volume in
douze , qui contient plufieurs
Titres , memoires & Antiqui.
tez de la Chaftellenie de
Marcouffy , de la Prevosté &
Comté de Mont- le Hery, du
Chapitre de faint мerry de
Linas , des Fiefs & Seigneu
ries de la Rouë , de Bell -jame,
Guillerville , Beauregard , &
autres lieux circonvoifins. Ce
petic Traité est d'autant plus
curieux qu'il n'y en a eu que
vingt-fept exemplaires , l'Auteur
l'ayant fait imprimer à
286 MERCURE
fes dépens pour en faire prefent
à les plus intimes amis .
On y trouve les noms de plufieurs
anciens Seigneurs de
Marcouffy , des Capitaines &
Gouverneurs de ce Chateau ,
la Fondation , l'Inventaire des
Ornemens , des Vafes facrez
& des Reliques du monaſtere
des Celeſtins de Marcouffy ,
avec une fuite & un dénom :
brement des Prieurs - Curez ,
& des Prieurs Conventuels
de ce Monaftere , de mefme
que plufieurs particularitez
de la Ville , Comté & Prevofté
de Mont- le Hery , de
GALANT. 287
Les anciens Seigneurs, de plus
fieurs de fes Prevofts , & du
Chapitre de faint мerry de
Linas , le tout tiré fur d'anciens
Titres , dont l'Auteur
avoit eu communication . Il
feroit à fouhaiter que quelqu'un
de fes heritiers vouluft
enrichir le public de beaucoup
d'autres découvertes
qu'il avoit faites ,& que l'on
a dû trouver dans les écrits...
Dame Marguerite de Brufcoly
, veuve de M' de Creil ,
Lieutenant en l'Eflection de
Paris , de la Famille des
de Creil qui a donné plufieurs
289 MERCURE
Officiers dans l'Epée , dans le
Confeil , & dans les Cours
Superieures. Elle eft morte
âgée d'environ quatre vingts
ans , ayant mené une Vie toute
pieuſe & toute Chrétienne,
& ayant paffé pour un Exem--
ple de Vertu parmy les Da.
mes de la Paroiffe de S. Euftache
où elle a voulu eftre in .
humée . De plufieurs Enfans
qu'elle a eus , quelques uns
ont pris le party de l'Eglife;.
une feule de fes Filles , Antoi
nette de Creil , eftant reftée
dans le monde . Cette Fille a
épousé en premieres nopces
Francois
GALANT. 289
François Boudet Seigneur de
la Belliere , Confeiller du Roy
en fa Cour des Monnoyes ,
fort verfé en la langue Grecque
, & tres- fçavant en l'Hiftoire
; & en fecondes nopces
Charles Beraud de Villiers
Audireur en fa Chambre des
Compres. Elle n'a point laiffé
d'enfans de ce fecond ma
riage , & a eu du premier une
Fille , qui a époufé M' de
Plancy cy devant Maiſtre
d'Hoftel de fon Alteffe Royale
Monfieur , dont eft venuë
une fille , qui fe trouve feule
& unique heritiere de feuë
Decembre 1696.
Bb
290 MERCURE
Madame de Creil , & qui dans
fon jeune âge eft doüée d'une
fageffe & d'une conduite mer.
veilleufe , ayant raſſembléen
elle toutes les bonnes qualitez
de fes anceftres . Madame
de Creil qui vient de
mourir laiffe un frere & une
foeur qui font , Jean de Bruf
coly Auditeur en fa Chambre
des Comptes , un des plus
intelligens & des plus labo .
rieux de cette Chambre , &
Marie de Brufcoly veuve de
Nicolas Droüyn Ecuyer Seigneur
d'Apoigny , Confeil.
Ter de Roy , Secretaire de Sa
GALANT. 291
Majefté , laquelle eft auffi
dans une tres grande pratique
de vettu .
Dame Marie Jeanne Elizabeth
Bezard . Elle eftoir
Femme de Meffire Claude
de Fay Daty , Seigneur de
Cilly , Colonel d'un Regiment
de Dragons , & Soeur
de Madame de la Chevalerie
, veuve de M' de la Chevalerie
, premier Valet de la
Garderobe.
Dame Madeleine de Fer..
rari Epoule de Meffire Jean
Julien Phillippe de Billy,Con.
feiller en la Grand Chambre.
Bb ij
292 MERCURE
Mr Paylon Docteur , Regent
& ancien Doyen en la
Faculté de Medecine de l'Univerfité
de Paris. Il vivoit
dans une grande devotion ,
& eftoit un des plus capables
& des plus employez fujets
de la Faculté. Il eftoit Fils
d'un fameux Docteur Regent
en la melme Faculté.
Meffire Jean - François de
Gourdon de Genoüillac
Montferan , Seigneur Comte
de Vrillac , Baron de Guienne
, Seigneur de Cançon ,
Caffeneül , Moulinet & aueres
lieux. left le mort le 16.
GALANT. 2.3
de ce mois âgé de 51. ans.
Madame fa Femme a efté Fille
d'honneur de feuë mademoifelle
, Ducheffe d'Orleans.
Il eftoit Fils de мeffire Jean
Paul de Gourdon de Genoüillac
, Comte de Vaillac , Lieutenant
General des Armées
du Roy , Chevalier des Ordres
de Sa Majefté , Capitai
ne des Gardes de Son Alteffe
Royale Monfieur , Chevalier
d'honneur de Madame , & de
Dame Marie- Felice de Voifin
de Montaut . Madame fa four
Galiotte de Gourdon de Ge
nouillac , a épousé Gafpard le
Bb iij
294 MERCURE
Secq , Comte de Montaut &
de Grammont , Marquis de
la Mothe -faint - Heraye , cydevant
Confeiller au Parlement
de Paris.
On vient de donner au
Public un Ouvrage qui doit
plaire également aux perfon
nes de pieté & aux Sçavans .
Il a pour titre , l'Esprit de l'Eglife
dans l'ufage des Pfcaumes
enforme de Priere ou d' Exhortation.
Un des Amis de l'Auteur
, mort depuis quelques
années , qui eftoit fans contredit
un des plus beaux efprits
de noftre fiecle , enayant
GALANT 295
recouvré heureuſement une
copie , a crû devoir faire part
à tout le monde de cette admirable
Paraphrafe , qui non
feulement n'a rien de commun
avec celles qui ont paru
jufques à prefent , mais qui
fans s'écarter du fens litteral
& moral , donne aux Pleaumes
les plus difficiles à entendre
à caufe de l'obfcurité
des Propheties & des faits
Hiftoriques , ou par leur expreffion
abftraite & enigmatique
, une explication fi juf
te , fi aifée , & fi pleine d'on .
ction , que chacun felon l'in .
Bb iiij
296 MERCURE
tention de l'Eglife , qui propofe
à chaque fidelle la lecture
de ces Pleaumes , en peut
faire le fujet de fes prieres &
de fes meditations . L'Auteur
dit dans fa Preface qu'ayant
remarqué que ceux qui en
expliquant ces Pleaumes le
font attachez au feul fens litteral
, ont fait lire une fimple
Hiftoire à un Chrétien , lors
que David mefme pretend
Juy avoir dicté une inſtruction
pour fes moeurs › que
ceux qui n'ont expliqué que
le fens my ftique nous ont fait
parler en Prophetes , pour exGALANT.
297
citer de nous faire parler en
Hiftoriens ; & enfin que ceuxlà
mefme qui n'ont pas negligé
le fens moral , l'ont mê
lé d'une telle maniere avec
l'Hiftoire & la Prophetic que
la plupart des pleaumes femblent
moins des prieres que
des enigmes ; l'Auteur , disje
, avertit fes Lecteurs dans fa
Preface que pour ne pas tom
ber dans ces inconveniens , il
s'eft propofé de faire fervir
également à noftre inftruc
tion , les differentes interpretations
qu'on donne à ces
myfterieux Cantiques , enfor
298 MERCURE
te
que fans rien negliger de
ce qu'ont dit les Saints Perfonnages
qui en font les Auteurs
, il a taché d'employer
tous leurs fentimens dans fa
Paraphrafe pour témoigner à
Dieu noftre refpect , noftre reconnoiffance
& nôtre amour;
& qu'afin d'entrer mieux dans
leur penſée , & de juſtifier ,
pour ainfi dire,l'ufage que l'E,
glife fait de ces pleaumes , il a
crû qu'il falloit les traduire &
les interpreter de telle forte,
que tous les Chrétiens en
peuffent faire leurs prieres &
leurs meditations ordinaires ,
GALANT. 299
fans eftre rebutez par l'obf
curité des prophecies quits
contiennent , par le recit des
faits qu'ils décrivent , par la
differencedes perfonnes qui y
parlent , par la contrarieté apparente
des fens qu'ils renfer
ment , par la fublimité de leurs
expreffions , ou par la fimplicité
de leurs paroles. Ce Livre
eft divifé en deux volumes
, & le vend chez le St
Jean Guignard à l'entrée de
la grande Salle du Palais , &
chez le fieur Jacques Robuftel
, rue S. Jacques au Palmier.
300 MERCURE
Le fieur de Sercy , Libraire
du Palais dans la grand Salle
à la Foy Couronnée , a fait
imprimer depuis peu , & va
debiter inceffamment , Les
Poëfies de M de Benferade , divifées
en deux volumes , dont
le dernier contient les vers
qu'il a compofez pour les Balets
du Roy , dans lesquels ,
par un Art , abfolument fingulier
à cet Auteur inimitable
, il a exercé pendant plus
de quarante années , une Satyre
ingenieufe & hardie contre
les plus grands Seigneurs,
fans exciter leur chagrin ny
GALANT. 301
s'attirer leur reffentiment . Ce
Recueil fera fans doute beaucoup
de plaifir au Public , fur
tout aux Perfonnes qui reftent
de la vieille Cour , & fera
convenir les jeunes gens
qui ont de l'efprit & du goût,
qu'il feroit à fouhaiter que la
galanterie de ce temps - là fuft
un peu plus d'ulage en celuycy.
Le Sieur Collombar Libraire
, rue S. Jacques au Pelican
, a imprimé de nouvelles
Reflexions de Ml'Abbé de Villiers
,fur les defauts des hommes ,
avec les fruits qu'on en peut ti302
MERCURE
xer, pour éviter le ridicule des
perfonnes
du fiecle. C'eft proprement
la fuite de celles qui
ont paru il y a quelque
temps
du mefme
Auteur
, ainfi on
les a fait paroiftre
fur les defauts
d'autruy
. Vous fçavez
que toutes les pensées
de cer
Auteur
font également
ploines
d'efprit
& de bon lens .
Les matieres
qui font traitées
dans ce dernier
Ouvrage
doivent
donner
la curiofité
de le lire. Il y a meſme
à la
fin des Reflexions
fur la manicre
d'écrire
l'Hiftoire
, cù
F'on remarque
en peu de mots
GALANT. 303
les defauts particuliers de la
plupart des Hiftoriens modernes
.
Un inconnu ayant envoyé
à M'le premier Preſident les
vers & le billet fuivant , j'ay
crû devoir vous en faire part.
Je ne devrois point parler de
ce digne Chef du premier
Senat du monde , fans vous
en faire l'éloge ; mais je ne
pourrois que repeter ce que
vous trouverez dans les vers
que vous allez lire.
Il est juste , Monſieur ,
qu'un fils falfe voftre éloge ,
puifque vous avez eu la bon .
304 MERCURE
té de faire celuy de fon pere.
Je me fentois retenu par
la crainte de bleffer cette
modeltic qui ne s'efforce qu'à
dérober , juſqu'à vos moindres
actions , tout l'éclat
qu'elles meritent ; mais mon
zele a furmonté cet obftacle,
& j'ay crû eftre obligé de
donner au public ce petit
éloge , qui paffera pour une
marque de mon reſpect & de
ma reconnoiffance .
D
V Prince du Senat regardez
le vifage ,
Examinez en tous les traits ,
GALANT.
305
Vous y remarquerez deux fideles
Portraits ,
L'un du Iufte & l'autre da
Sage.
Ces rares qualitez qu'on ne luy
•pent ofter,
L'eftime de fan Roy qu'il a fçi
meriter ,
Font que
malice ,
des envieux la plus noire
A ce grand bomme au plus ne fçauroit
imputer
Qu'un zele plein d'ardeur àchaſtier
le vice ,
A maintenir des Loix toute l'autorité
,
A vouloir qu'un Plaideur & ne
penfe & n'agiffe
Qu'à démefler la verité.
Da monfonge & de l'artifice
Qu'une fainte feverité
Decembre 1696. Cc
306 MERCURE
Qui vient du par amour qu'il a
pour la justice.
L'Enigme du mois paffé
avoit eſté faite ſur l'Oignon ,
& ceux qui ont trouvé ce
mot , font M' Roume , prés
les Peres de Nazareth ; du
Rofay ; Dupuis , de Delaire ;
Grapinian , ruë du jour ; Hen
ry le Jeune , du Bureau du
Papier de la Doüane ; le Petit
Coq Réveil matin , du
College de Louis le Grand ,
George Guerin , ruë aux Féyes
; l'Automne glacé , de la
ruë des faints Peres ; Gervais
L
GALANT. 307
à la Sageffe , rue du Temple ;
l'Invincible , du Temple ;
'Hermite , de Chaliot ; M
& Mefdemoiselles Menage ,
de l'Hostel de Noailles ; Javoite
Ogier ; Perinet , de Vitry
le François ; la Charmante
particuliere , de la Ville
de Montfort , l'Adroit Ope--
rateur , du mefine lieu ; Lifette
, de la rue du мure de
Chartres .
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye eft de M ' Amy
de Boyat
.
Cc ij
308 MERCURE
ENIGME
E nais & je meurs tous les
J'
ansi
Rien ne peut retarder ma mort ni
ma naiffance ,
Rien n'eft égal à ma puiffance ,
Sur la terre & les mers je regne en
mefme-temps.
Les plus hardis mortels tremblent
en ma prefence ,
Mars luy-mefme , Dieu des
combats ,
Paflit en me voyant , fe retire à
grands pas ,
Et malgré fa mafle affeurance
Ie rends immobile fon bras.
2
le prens des cieux ma force en venant
fur la terre,
GALANT:
309
En vain Iupiter en couroux
Voudroit me declarer la guerre,
Ie fuis à l'abry de fes coups 5-
Car plus puiſſant que luy , j'arreſte
fon tonnerre ;
2
Enfin je n'ay qu'un ennemy
Qui feul s'oppose à mon Empire,
Sans luy je pourrois tout détraire
;
Mais par fon fecours raffermy
Le monde entier peut me fur
vivre ,
Et n'éprouver en moy qu'un tyran
à
demy.
310 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Cam
Limene , contre vos dédains
f'ay des remedes fouverains ,
fe cours au jus de la treille.
Là fans reffentir ny tourment ny langueur,
Je ne me souviens plùs en vuidant ma
bouteille,
Ny de vostre beauté, ny de vostre rigueur.
Je viens d'apprendre lamort de Mr le
Marquis de Genlis , Lieutenant general
des Armées du Roy. S. M. a donné le
Gouvernement du Fort Barrau , qu'avoit
le deffunt, à Mr de Rubantel , Lieutenant
Colonel du Regiment des Gardes Françoifes
, & cette Lieutenance Colonelle ,
à Mr le Comte d'Avegean . Je fuis , & c .
A Paris , ce 31. Decembre 1696 .
THEODE
LYON
1893**
BE
TABLE.
P
nfei
ces
&
ceffè
VILLE
Gra jje celcorée.
Ce qui s'estpassé à Vitry h
12
14.
aix
16
fes
39
57
&5
95
06
He
14
32
te
310 MERCURE
C

Je ne
Ny c
Je
Mar
NOUVEAU
.
des -
Gou
lede
Col
çoif
à M
TABLE.
P
Relude.
Harangues faites au Roy , à Monfeigneur,
& à Meffeigneurs les Princes ,
par l'Envoyé d'Alger.
8
Haranguefaite à Madame la Princeffi
de Savoye , par le mefme Envoyé. 12
Madrigal à la mefme Princeffe .
Priere à Dieu pour luy demander la Paix
generale.
14
16
De la maniere dont on doit avertir fes
Amis de leurs défauts.
Morts.
Eglogue.
Difcoursfur l'émulation.
39
57
&5
95
Eloge du Pere Bourdalonë , Jefuite . 106
Lettre fur l'union des deux efpeces que
l'objet envoye dans le cerveau.
Maniere de petit Opera.
II4
132
Reglement fait par Mr l'Evefque Comte
de
Noyon.
Grand: Meffe celebrée
146
Sept Freres.
149
ل ئ ا س و
Ce qui s'eft passé à Vitry le rançois , à
બે
TABLE ,
la reception de Mr l'Evefque Comte
de Châlons.
Hiftoire.
1527
171
Mrde Percy , Neven de Mr Dupré Envoyé
de Sa Majesté à Florence , eft reçû
Chevalier de S. Eftienne.
Ode.
Réponse à l'Ode precedente "
193
211
213
Vers de Mademoiselle de Scudery , fur le
mefme fujet.
27
Epiftre en Vers de Mademoifelle des
Houlieres .
Lotterie.
Difcours prononcé à Agen .
218
221
223
Nouveaux Statuts concernant les Etudians
en Medecine .
Article touchant les Armoiries .
Mariages.
De la maladie des yeux.
Morts. 287 Livres.
Eloge de Mrle Premier Prefident.
Des
Enigmes.
Mort de Mr de Genlis.
243
219
La Figure doit regarder la page 277
L'Air doir regarder la page 310.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le