→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Fichier
Nom du fichier
1696, 07
Taille
11.00 Mo
Format
Nombre de pages
349
Source
Année de téléchargement
Texte
807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
THEAD
LYON
LE DAUPHINS
JUILLET 1696.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
२६
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau , &
Vingt- cinq fols en Parchemin .
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice.
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envie .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. D C. XCVI.
Avec Privilege du Roy.
okok ok ok ok:
Oh
AVIS.
Velquesprieres qu'on ait fai
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pac,
d'y manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On réitere la mesma
priere de bien écrire ces noms , ex
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
quil n'y ait rien de licentieux. On
A ij
AVIS.
prie feulement ceux qui les envoient,
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
l'article des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent,
Ceft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite pre-
Tentement le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere qu'il est toujours
impriméau commencement de chaque
mois . Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
ilferapartir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure.Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercare
AVIS.
long- temps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées , mais auſſi
les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant.Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brynet, s'ex .
pofent à le recevoir toujours for t
tard par deux raifons. La premiere
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venir prendrefitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quel
ques jours avant que l'on en falle be
debit, & l'autre , que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont lu eux & quel
ques autres à qui ils le preftent , ils
rejettent la faue du retardement
far le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'il fe charge de faire
A iij
AVIS.
les paquets lay-mefme, & de les faire
porterà la Pofte ou auxMeffagers,
fans nal intereft, tant pour les Particuliers
que pour les Libratres de
Province, qui luy auront donni leur
adreffe. Ilfera la meſme chofe generalement
de tous les Zivres nowveaux
qu'on luy demandera ', foit
qu'il les debite, on qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, onles joindra au Mercure ,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera execute avec
une exactitude dont on aura lieu
deftre content.
Le
MERCVRE
GALANT
BIB
JUILLET 1696.
DE
LYON
Amais Monarque n'a
efté fi égal en tout que
le Roy. Il a toujours aimé
la juftice jufqu'à décider
fouvent contre luy. même , &
en tout temps il à foutenu
avec éclat les qualitez mer-
VILLE
A iiij
8
MERCURE
,
veilleufes qui le diftinguent
de tous les autres Souverains ,
toujours fage par fes Ordonnances
toujours prudent
dans fes entrepriſes , toujours
auffi honnefte homme que
grand Roy , & toujours affable
fans defcendre de la majefté
que luy doit donner l'élevation
du Trône qu'il remplit
fi dignement. C'eſt fur
cette égalité qui ne peut eftre
affez admirée , que M ' Magnin
, Confeiller au Siege Préfidial
de Mâcon , a fait une
Devife , dont le Soleil eft le
corps , & qui a ces mots pour
GALANT: 9
ame , Æterni numinis Index.
On les a expliquez par ces
quatre Vers.
Images de celuy qui ne change
jamais ,
Louis le Soleil , dans leur
&
grandeurfuprême ,,
Pleins de la majesté du Dieu
qui les a faits ,
Et re
regneront toujours , & brilleront
de même.
Je vous ay parlé ſouvent
des Conferences Academiques
de Toulouſe. Elles fe
tiennent chez M' de Mondran
, & ce Difcours y a eſté
prononcé depuis peu de
10 MERCURE
temps , par M' Martel , Secretaire
de la Compagnie
.
A LA GLOIRE
des Academies d'Italie.
ME
ESSIEURS .
Je n'ay pû fentir du penchant
dés ma plus tendre jeuneffe
pour les belles Lettres ,
fans rechercher avec empref
fement le commerce de ceux
qui les cultivoient avec le
plus d'application . Quelques
Ouvrages étrangers , que le
hazard fit tomber entre mes
mains , effacerent , je vous
GALANT: II
l'avouë , les idées trop avantageufes
que je m'eftois formées
du merite de noftre Nation
. Une fimple curiofité
fe changeant prefque auffitoft
en paffion , me ficentreprendre
des voyages en Italie
& en Allemagne , pour y
examiner de plus prés le caractere
different du genie de
ces Peuples. C'est ce qui me
facilita les moyens de comparer
avec plus de jufteffe
nos lumieres avec les leurs ,
qui dans leurs Livres ne m'avoient
paru jufques alors qu'-
en éloignement , Nos Fran12
MERCURE
çois ont , ce me femble , affiż
d'efprit & de folidité pour
perfectionner les Sciences.
S'ils pouvoient changer en
flegme le trop de vivacité,
qui les rend auffi inconftans
pour les Lettres que pour les
modes , ils furpalleroient fa
cilement les autres Nations,
incapables d'une trop grande
application . Ils font rarement
Auteurs de nouvelles productions
, mais dés qu'ils ont pû
donner l'effor à leur efprit , ils
portent ces connoiffances par
des voyes feures au comble
de la perfection. Quoy que
GALANT:
13
les efprits d'Allemagne foient
naturellement pefans , ils ne
laiffent pas neanmoins , par
1 une application invincible ,
d'inventer & de faire des dé-
1 couvertes. Comme on y récompenfe
des premiers Em-.
plois & des titres les plus honorables
ceux qui s'attachent
à la belle Litterature , & à
l'Art militaire , ils fe font un
métier & une occupation de
ce qui fert d'amuſement aux
autres Peuples , partageant
ainfi leur temps entre les Ar
mes & les Sciences , & par
de continuelles applications
14 MERCURE
& par des voyages de long
cours , ils ne manquent prefque
jamais de réuffir dans
ces nobles exercices. Les Italiens
nez dans un climat plus
propre pour joüir d'un aimable
loifir, font naturellement
moins laborieux que les autres
Nations ; mais favorifez
de la nature, qui leur a donné
un efprit fuperieur aux autres,
ils font en moins de temps
plus de progrés dans les Lettres.
Ils ont un genie qui va
au delà de la vivacité des
François , & de la folidité des
Allemans. Il est également
GALANT.
15
capable de ce qu'il y a de plus
delié , de ce qui femble s'échaper
aux yeux les plus fins,
& de ce qui demande une raifon
nette , appliquée & prófonde
. Touché de leur merite
fingulier, je ne fuis nullement
furpris de la préference qu'on
donne à cette Nation fur
toutes les autres les plus polies
de l'Europe. On rend en
Italie tant de juftice aux gens
de Lettres , que les Directeurs
de leurs Academies y font
honorez du nom de Princes.
On y donne le nom de Vertueux
à ceux qui cultivent
16 MERCURE
les Muſes. Il n'eft 'point de
Ville fameuse qui ne fe diftingue
des autres par plufieurs
femblables établiſſemens .
C'eſt en un mot dans ces fertiles
& charmantes Provinces
que la fortune fait gloire
de rendre des hommages à
la vertu. Cette Nation qui fe
fignale par fa delicatele &
par fon bon gouft fur toutes
les autres , s'eft toujours fait
honneur par cet endroit . La
plufpart des Italiens , qui paroiffent
fi reglez dans leur
domeftique , comblent de
faveurs & de bienfaits ceux
GALANT: 17
1
qui cultivent les belles Lettres.
On y voit fouvent ceux
qui fe tirent le plus du commun
par leur naiffance & par
leur credit , montrer de la con !
defcendance
pour les gens
de merite que la fortune
femble leur avoir foumis . La
diverfité des temperamens
,
l'antipatie même qui eſt fi
ordinaire parmy des Peuples
differens , ne font pas des motifs
capables de retenir l'ardeur
des Italiens , lors qu'il
s'agit de l'avancement des
belles Lettres. Je ne puis me
reffouvenir qu'avec beaucoup
Fuillet 1696 .
B
18
MERCURE
de plaifir , d'une experience
que j'en fis durant mon fe
jour à Rome. Je fus invité
d'affifter à l'Anniverfaire du
Cardinal Rofpigliofi , dans
l'Academie de gli Infecondi ,
dont il avoit efté le Fondateur.
Un Academicien , non
moins celebre par ſa naiſſance
que par fon rare fçavoir ,
y deyoit prononcer un beau
Difcours à la gloire du Protecteur
, en preſence d'une
nombreuſe affemblée de Car.
dinaux , de Prelats , de Princes
Seculiers , & d'autres perfonnes
de merite , de toute
"
GALANT. 19
t forte d'eftats & de Nations.
Le fort me fit placer auprés
d'un Prince Meffinois , que
la révolte de fa Nation avoit
nouvellement obligé d'abandonner
les biens , & de chercher
un afile favorable à Rome
, à l'abri des pieges & des
1. perfecutions d'une Nation
qui fait gloire d'éternifer fes
vangeances . Je fus affez furpris
de mevoir exciter par ce
Seigneur à pourfuivre une
place dans cette Compagnie.
J'eus beau m'en défendre par
les motifs d'un départ un peu
précipité. Il m'offrit de faire

Bij
20 MERCURE
abreger en ma faveur les ceremonies
de ma reception
,
malgré le genie & l'uſage de
la Nation ; & luy ayant dic
que je ne croyois pas que des
François deuffent fe flater
d'un honneur qui ſembloit
n'eftre destiné qu'à des Italiens
, il me répondit que la
vertu ne devoit pas faire le caractere
d'un Pays plûroft que
de l'autre , & que s'il y avoit
de la difference à faire , elle
feroit en ma faveur. J'y remarquay
auffi plufieurs Cardinaux
& des Princes Seculiers,
qui à la fin de l'action
GALANT. 21
firent des honneurs & des
careffes extraordinaires à un
Academicien , Soldat des
Gardes du Pape , qui y avoit
porté de tres beaux Vers .
Je n'oublieray pas , Meffieurs
, la fameufe Academie
des Humoristes. Son ancien
établiffement ne fait pas
moins d'honneur à une illuftre
Famille , que la naiffance
d'un Cardinal, dont la fageffe
& la fortune éterniferont la
- gloire.
1
Si je fus touché du merite
des Romains , je n'admiray
pas moins celuy des Floren
22 MERCURE
tins. M ' Magliavecchi , qu'on
pourroit appeller un Regiſtre
vivant d'une polie érudition ,
y fait un des plus beaux ornemens
de l'Academie de la
Crufca. Ces fçavans Acade.
miciens , qui ont déja établi
un préjugé de merite en leur
faveur par leur fameux Dictionnaire
, ne s'arreſtent pas
au milieu de la carriere. Ils
marchent à l'ombre d'une
paix dont ils jouiffent préfe .
rablement à leurs Voifins; ils
marchent , dis-je , à grands
pas dans les routes affurées
de la perfection. Ils produi
GALANT.
23
fent tous les jours mille beaux
Ouvrages , où l'on n'admire
pas moins le bon gouft , que
la force du genie & la delicateffe.
C'eft un Pays où l'ef
e prit , le difcernement , & le
merite en un mot , font fi
communs , que cette Acade .
mie ne craint point de manquer
de Sujets pour remplir
les places de ceux qu'elle
trouve à propos d'exclure.
Elle ne ménage pas ceux qui
fortant du caractere honnefte.
S
des
gens de
Lettres
, y atraquent
la reputation
des bons
Citoyens
. L'exil
du
fameux
24 MERCURE
Cinelli , Auteur de la Bibloteca
volante , en eft un exemple
autentique. Il fera toujours
glorieux à cette Nation . Son
nom y a esté tellement o
dieux , qu'on a peine
trouver les Ouvrages , quoy
que pleins d'efprit & fort fçavans.
y
Je n'ay pû , Meffieurs , renouveller
dans ma memoire,
le zele & le merite peu commun
de Laurent de Medicis ,
fans reconnoiſtre ſou Ouvradans
l'heureux affemblage
de tant de Sçavans . Ils
ajoûtent un nouvel ornemeutge
GALANT:
25
à
Florence , qui a
l'avantage
de furpaffer par fa beauté les
autres Villes d'Italie. Ils font
les dignes
Succeffeurs des
grands hommes que ce Prin
ce avoit attirez dans fes Etats
Ipar des honneurs & par des
bien faits
extraordinaires.
Leur nom vit encore dans
cette
Bibliotheque , remplie
de tant de curieux Manufa
crits . Leur efprit s'eft confervé
tout entier dans cette
- fameufe
Academie , qui en
éternifera la memoire.
·
Je paffay enfuite à Venife ;
dans un temps où le Senar ,
Juillet 1696 .
C
26 MERCURE
par un effet de ſa ſageſſe ordinaire
, fit publier un Decret
pour obliger les Profeffeurs.
de Padouë , de ne donner les
Regences qu'à des Etrangers,
& à ceux qui font nez deçàles
Alpes.
Padouë me paroift affez
remarquable par l'abord
d'un fi grand nombre d'Etrangers
, qui s'y rendent de
tous les coftez de l'Europe ,
pour s'y perfectionner dans
les plus nobles difciplines.
La mort de la fameufe Hele
ne Pifcopie Cornaro affli.
geoit alors cette Ville . Elle
GALANT. 27
d
avoit caufé des regrets immortels
parmy tous les gens,
5 de Lettres. 11 eft incroyable
5 combien de beaux Vers furent
confacrez à ſa gloire . Je
S ne m'étendray pas à vous
marquer les honneurs qu'on
fit à la memoire . Le Procurateur
Cornaro , fon Pere , luy
fit élever dans l'Eglife de
Sainte Juftine un des plus ri
ches & des plus magnifiques
Maufolées, accompagné d'un
bel Epitaphe fur le piedeftal
qui foutient la Statue. Il voulut
par un monument fi autentique
de fon amitié pour
-1
Cij
28 MERCURE
fa Fille , rendre fon nom prétieux
à toute la pofterité.
Cette Heroïne par mille rares
qualitez du corps & de l'efprit
, eftoit d'une fort grande
diftinction parmy celles de
fon Sexe . Elle avoit même
receu de la part des Teſtes
couronnées de fingulieres
marques d'eftime & de confi
deration , fi bien que fa perte
devint commune , & à fa Patrie
, qui dans des Thefes publiques
qu'elle foutint avec
tant de fermeté , fut témoin
de fon fçavoir & de fa vertu ,
& à toutes les parties du mona
GALANT: 29
de , où fes Ouvrages porterent
fa gloire & fa réputation.
Padouë n'eft pas moins
celebre par fon Academie ,
e remplie , comme l'on fçait ,
de Sçavans de toute forte de
5 Nations , & qui reconnoist
s pour Protecteur le Cardinal
Barbarigo , fon Evêque .
M'Patin , dont là fcience
hereditaire a fi heureuſement
paffé jufqu'à fon illuſtre Famille
, je veux dire jufqu'à fes
Filles , ne s'y faifoit pas le
moins remarquer par fes Ouvrages.
Comme ce Sçavant
C iij
30 MERCURE
avec lequel j'avois lié un com .
merce d'amitié , eftoit extrêmement
curieux en Medail.
les , en Portraits , en Livres ,
en Manufcrits , je crus que
je pourrois me rendre plus
digne de fon eftime en luy
envoyant dans une Lettre les
caracteres finguliers des gens
de Lettres de Touloufe. Il la
leut en pleine Academie , &
lors que je m'y attendois le
moins , il m'apprit qu'on m'y
avoit donné une place. Je luy
fceus d'autant meilleur gré
de ce témoignage éclatant
de fon amitié , que je me
GALANT.
31
perfuaday qu'il avoit relevé
ce qu'il y avoit de foible
dans mon Difcours , & je ne
doutay nullement qu'il ne
l'eut tourné à l'ufage & au
s gout de cette Compagnie
,
qui n'eft pas des moins celebres
de l'Italie .
Vous voyez par là , Meſfieurs
, combien ce qu'on admire
par tout ailleurs , eft
commun dans ce climat Les
Lettres y ennobliffent autant
que les Armes , & l'on fçait
équ'il y a de tres illuftres Familles
qui prouvent leur an
tiquité par l'azile favorable
C iiij
32 MERCURE
que
leurs Anceſtres ont toujours
donné aux Muſes , dans
le temps même de leur perfecution.
Leurs Academies uniquement
attentives à répan¬
dre les belles Lettres ,y font un
abregé de ce que le monde
fçavant y a de plus raifonnable.
Ceux qui les
compofent,
bien loin d'affecter un titre
vuide , travaillent ferieufement
& de concert à la perfection
des Sciences & des
Arts , par toute forte d'Ouvrages.
Cette espece d'envie
qui ouvre l'entrée de ces
fortes
d'Affemblées aux uns ,
GALANT.
33
S
C & la ferme aux autres , en eft
s entierement bannie , & l'efprit
general de cette Nation
eft de tâcher par cette com
munication mutuelle de lu-
1 mieres differentes , de concourir
à la gloire & à l'utilité
du Public .
Voicy ce que M' Hemery,
Medecin de Blois , trouve
propos qui foit communiqué
au Public.
J E croy qu'il eft important de
donner cet avis aux Anatomiftes.
Ily a quelque temps que
34 MERCURE
je trouvay dans un Cadavre un
canal qui s'inferois dans le rein .
Il eftoit gros comme une plume de
Cygne , remply de chyle . Jefus
furpris, & crus que ce pouvoit
eftre un jeu de la Nature , & pour
m'en affurer je vifitay l'autre ,
que je trouvay de même rempli
de chyle. Il venoit , je croy , du
mefentere. Jenen fuis pas affuré,
parce que je ne le conduifis pas
jusque-là , c'est pour cela que
j'invite les Anatomistes
de travailler
à fa découverte . Si les
Diffections
n'eftoient point fi ra.
res en ce Pays , je prendrois moy .
même toute la peine de le décou
GALANT.
35
orir; mais par malheur l'occafion
m'en échapefaute defujets . Ils ne
font pas fi rares à Paris , non plus
que les habiles gens . C'est pourquoy
on ne me fçaura peut- eftre
pas mauvais gré de communiquer
cet heureux hazard à ceux du
métier , qui peuvent s'en affurer
A par leur induftrie . On leur aura
bien de l'obligation , puis que cela .
ferviroit à refoudre plufieurs Phenomenes
de l'urine , qu'on n'a point
encore expliquez au gré de tous
les Sçavans . On ne feroit peuteftreplus
furpris pourquoy on uri.
ne fouvent immediatement aprés
avoir beaucoupbú, ou peu aprés26
MERCURE
avoir bú deseaux minerales acte
des , & pourquoy certaines chofes
que l'eftomach n'a pú dompter ,
ont efté rendues par l'urine , ce
qui ne peut guere s'expliquer que
par une infertion des vaiffeausé
lactées dans les reins ou dans la
veffie. M Diemerbroech en admet
pour la veffie , & refute la
conjecture de M Bartholin , qui
en ce cas a avancé qu'il pourroit
y en avoir, qui prenant leur origine
du receptacle de pecques ,
iroient fe décharger dans les reins .
Voicy pourtant de quoy confirmer
la conjecture de M Bartholin ,
une raison pour remettre celle
GALANT.
37
ne
de M
Diemerbroech à un temps
qui nous ait fait rencontrer de
quoy justifier auffila fienne .Je n
décide cependant rien là- deffus ;
je ne fais encore que conjecturer,
juſqu'à ce que l'experience
de plufieurs
autres ait verifié lamien-
Ine , aprés quoy je pourray encore
dire
que c'eft à cause de ce chyle
qu'il y a tant graiffe autour des
reins , & que c'est enfin à ce chyle
qu'on pourroit attribuer la premiere
origine de la pierre qui fe
1. forme dans les reins & dans
la Veffie , ne voyant rien de plus
= propre à cela qu'un chyle_crud
cpagulépar quelque nouvel acide,
38 MERCURE
cimenté par le tartre quife
rencontre dans les reins , ou dans
la veffie , ce qu'on ne trouvera
peut- eftre pas étrange , quand on
fçaura que j'ay une pierre affez
groffe , rendue par le fondement ,
& qui par conſequent a eftéformée
dans les boyaux , d'un chyle
crud indigefte. Sa couleur le
marque affez , auffi bien que fa
figure , qui a pris celle que
boyaux donnent aux excremens
quand ils fortent.
les
Je vous ay marqué dans ma
derniere Lettre que Meffre
Jean - Baptifte . Louis . Gafton
GALANT.
39
01
1
deNoailles, Evêque & Comie
de Châlons , Pair de France , y
avoit été reçû avec des acclamations
extraordinaires . On
ne doit pas en eſtre ſurpris.
Son nom y eft devenu fi cher
dans la perfonne de M'l'Archevêque
de Paris fon frere ,
qu'on ne fçauroit exprimer
les applaudiffemens & les témoignages
d'amour & de
refpect que tous les Peuples
de ce Diocefe ont fait paroî
tre à la reception . Ce Prelat
eft auffi tres- recommandable
par luy- même, d'avoir à l'âge
devingt - feptans une pieté &
40 MERCURE
une doctrine confommée ;
& mille autres qualitez peu
communes , qui l'ont rendu
digne des bien faits de Sa
Majefté , qui ne veille pas
moins aux befoins de l'Eglife
par la qualité de Roy tres-
Chreftien , en luy donnant
des Evefques capables de la
bien gouverner , qu'à la gloi.
re de fon Empire , par celle
du plus grand Heros de la
terre. L'abondance de la matiere
ne m'ayant pas permis
alors d'entrer dans le détail
des circonstances de cette
reception , je vous diray auGALANT.
41
0
Léjourd'huy
que le 7. du mois
paffé, le Chapitre
de Châlons
ayant appris que ce Prelat de .
Svoit arriver le lendemain , députa
M' Laigneau
, Grand Archidiacre,
M'de S. Remy, Archidiacre
d'Aftenay ,M'de
tache & M'deBar, Chanoines,
pour l'aller complimenter
à
l'entrée du Diocefe ; & de la
part de laVille ,M' de Cuiffotte,
premier
Echevin
, & M'Bau .
gier , Echevin
, & Confeiller
au Prefidial
, furent auffi députez
pour luy aller faire un
femblable.compliment
. Le8.
qui fut le jour qu'il entra , on
Juillet 1696.
D
42 MERCURE
mit toute la Bourgeoifie fous
les armes. Les Boutiques furent
fermées , & les chemins
par où il devoit paffer , couverts
d'une infinité de perfonnes
de toutes conditions
& de tous âges , qui allérent
au devant de luy. La Porte
par où cePrelat devoit pafler,
fut entiérement couverte
d'un deffein de Portique de
l'Ordonnance Tofcane , pris
du Sçavant Vignole , & peint
par le fieur Aubert , dans un
fi bon ordre , tant de la Peineure
, que de l'Architecture ,
que cela faifoit un relief adGALANT.
43
mirable. Dans le couronnement
qui compofoit le principal
ceintre , on avoit reprefenté
les Armes de la Maifon
de Noailles . C'eſt un fond de
: gueules à bande d'or. L'écu
eftoit foutenu d'un cofté par
un Ange qui tenoit à fa main
un flambeau dont il éclairoit
une Erreur , quieftoit renverfée
à fes pieds . Il eftoit foute
nu de l'autre par un Sauvage
ayant une maffe d'Hercule ,
qu'il pofoit fur des Armes
brifées , le tout accompagné I d'une Croix , d'une Croйſe ,
de deux Mitres , d'un Cha.
Dij
44 MERCURE
peau avec fes cordons , du
Collier de l'Ordre , des Bâtons
de Marefchal de France,
d'une Ancre , de la Couronne
& du Manteau de Duc , &
d'autres marques d'honneur
qui appartiennent
à cette
Maiſon. Ces paroles eſtoient
écrites au deffus , fur un Billet
volant
, in utrumque parata
, pour marquer qu'elle
s'acquite également bien de
fes devoirs dans l'Eglife , &
dans les Armées ; dans l'Egli
fe , en luy donnant des Prelats
qui l'édifient , & qui la foutiennent
par leur fainteté &
GALANT. 45
1 leur doctrine ; dans les Armées
, en donnant au Roy
des Serviteurs d'une fuffifance
& d'un attachement inviolable
à fon fervice , qui leur
font meriter l'eftime diftingué
dont ce Monarque leur
donne des marques fi éclatantes.
Ces Vers étoient écrits
dans le ceintre qui entouroit
la porte.
Remplir tous les devoirs defa
Religion ,
ך י
Avoir pour l'appuyer l'autorité
fuprême ,
Sur la terre fur l'onde acquerir
un grand nom,
46 MERCURE
Et foutenir par tout l'honneur
du Diademe
,
C'est faire triompher les Autels
& les Lis ,
Et meriter l'amour du Ciel
de LOUIS.
Ils revenoient affez au deffein
des Armes , & à cette Devife,
In utrumque parata. Le quarré
d'en haut de la Corniche , la
denticule , avec les autres
quarrez , les ornemens de
fleurs qui estoient dans la
frize , la baze des colomnes ,
& leurs chapiteaux , tout cela
eftoit relevé d'or , auffi-bien
que quantité de vafes en ,
GALANT. 47
Alâmez qui en eftoient tout
Couverts.
Voicy quelques Devifes
que l'on avoit peintes dans
des cartouches attachez aux
colomnes avec de groffes
guirlandes, faites avec les plus
belles fleurs que l'on avoit
pû trouver. La premiere avoit
pour corps une Lune qui fortoir
de l'Eclipfe , & ces mots
luy fervoient d'ame , iterum
Ibac luce refurgo : La Lune figu
roit la Ville de Chalons , qui
dans la perfonne de fon nouvel
Evêque eftoit une ſecon
de fois frapée de la lumiere
48 MERCURE
qui luy avoit efté enlevée par
la perte de M ' l'Archevêque
de Paris , fon Frere.
Le corps de la feconde eftoit
un miroir expofé au Soleil ,
dont il recevoit la lumiere ,
avec ces mots , Tanium recipit
quantum afpicit . Ce miroir
reprefentoit la Maiſon de
Noailles , que fon merite a
mife dans une fi jufte fituation
, pour recevoir du premier
Roy du monde une infinité
de faveurs .
La troifiéme
repreſentoit
un Soleil couchant , avec une
Lune à cofté. Elle avoit ces
paroles
GALANT: 49
paroles pour ame , totum fe in
imagine reddit. Ce Soleil couchant
repreſentoit M'l'Archeveſque
de Pari;, qui a quitté
cette Ville pour aller répandre
les trefors & les lumieres
t de fa charité fur une autre
terre , & qui rend dans la perfonne
du Prelat , fon frere ,
les vertus qu'il avoit , pour fup.
pléer en fon abfence , ce qui
eftoit figuré par la Lune. Enfin
, il y en avoit une quatriéme
, qui , à la verité , n'avoit
pas l'agrément d'eftre nouvelle
, mais qui convenoit fi
bienà la charité des deux Pres
Fuillet 1696.
E
40 MERCURE
lats , qu'on avoit cru la de
voit mettre avec les autres .
Elle a pour corps un Soleil qui
tire des vapeurs de la terre
& pour ame ces mots : Colligit
ut spargat. Ce Soleil figure ces
pieux & zelez Prelats , qui ne
reçoivent les biens de l'Egli
fe que pour les répandre dans
les mains des Pauvres , & pour
les employer à la décoration
des Temples du Seigneur.
Cependant M¹ de Châlons
eftoit attendu de fon peuple
avec impatience , & il arriva
environ à quatre heures du
foir accompagné de M' le
GALANT.
grand Prevoft qui avoit eſté
au devant de luy à la tefte de
fes Archers , & de quantité
de jeuneffe à cheval. Il paffa
à travers la Bourgeoifie qui
eftoit restée pour border les
ruës , depuis l'extremité du
Faubourg , jufqu'au Palais EEpifcopal.
Son Caroffes'arrefta
devant l'Eglife de Saint Sulpice
, où ce Prelat entra pour
Je reveftir de fes habits Pontificaux
, aprés avoir oui un
Difcours du Curé de cette
Paroiffe. Pendant ces ceremonies
, tout le Clergé , tous
les Ordres Religieux vinrent
E ij
52 MERCURE
en Chappe au devant de luy
jufques à cette Paroiffe de
Saint Sulpice , d'où il fortit
fous un Dais magnifique , &
rempliffant de mille benedictions
fon Peuple , qui le beniffoir
dans fon coeur , il vinc
dans la Cathedrale , où aprés
avoir prêté le ferment , il fut
harangué en ces termes , au
grand Portail de cette Eglife ,
par M'l'Abbé Laigneau , Doc .
teur de Sorbonne , & digne
Chef de fon Chapitre .
MONSEIGNEUR
.
Nous laiffon's au monde de relever
les avantages que vostre
GALANT.
53
Grandeur tire du monde , La hau
= te nobleffe de fa naiffance , les
{ ritres d'honneur accumule dans
fa Maifon, l'éclat de fa dignité,
attirent nos regards , mais ils ne
les fixent pas . A Dieu ne plaife
que ce Clergé, que ce Peuple borne
là fon admiration . Un fentiment
plus religieuxnous infpire, Monfeigneur
, de recevoir le Prophete,
non pas en qualité de grand , mais
felon la regle de l'Evangile , en
qualité de Prophete , afin d'avoir
part à farécompenfe , es aux bcnedictions
qu'il vient répandre
fur nous. Plus illuftre par les
qualitez de l'ame que par celles
E iij
14 MERCURE
que vous tenez de la fortune, vo
fire vertu par deffus tour nous
paroift digne d'honneur. C'est le
Serviteur de Dieu principale.
ment que nous respectons dans celuy
qui devient icy le maiftre.
Attentifs aux préfages qui accompagnent
l'entrée de Vostre
Grandeur au Pontificat
, quel
bonheur n'avons
- nous pas fujer
de nous en promettre ? L'Apoftre
reconnut il dans fon Difciple de
plusgrandes efperances , ou comme
illes appelle, des profperite plus
certaines d'une adminiſtration
tou .
te fainte , lors qu'il l'établitfur
l'Eglife d Ephefe ?
GALANT. 55
Ne que vous estes au milieu
de la Cour fans en avoir pris le
poifon , formé d'un fangvraiment
Chreftien ,fans en avoir alteréla
pureté; dießé aux facrez minif.
ières dans une maison de Clercs ,
aufquels vous avez esté une odeur
de vie ; élevé,conduit , exercé par
tous les degrez de l'Ordre Hierarchique
dont Voftre Grandeur
a rempli fucceffivement les de
voirs avec perfiction , inftruit de
La fcience divine dans la plus floriffante
Academie du monde , d'abord
diſciple , & bien toft aprés
maiftre ; demandé les voeux
par
affidus de l'Eglife pour estre fon
E iiij
56 MERCURE
Paſteur ; élu fans l'avoir recher_
ché, bien plus fans l'avoir defiré,
envoyé par une miſſion tres canonique
, & enfin confacré dans la
Ville Imperiale par l'Archevêque
de ce premier Siege, dont rien n'égale
la haute réputation
que fon
meritepropre. Ce font là , Monfeigneur
, des témoignages fi éclatans
de l'excellence de voftre vocation,
qu'elle peut faire envie aux
plus purs fiecles de ! Eglife , qu'elle
peutfervir d'exemple auxfuivans.
Heureux ceux dont la parfaite
fageffe & lesfoins religieux ont
tant aidé à vous rendre digne de
Epifcopat . Heureux auffi les
GALANT. 57
Peuples deftinez à en recueillir le
fruit . Venez donc promptement
,
• Monfeigneur , nous faire reffentir
cette felicité fi defirée ; venez
remplir les deffeins de Dieu fur
nous. Ce Troupeau qui fouffre la
faim depuis longtemps , foupire
aprés les pasturages falutaires où
vous devez le conduire Preffezvous
d'effuyerfes larmes . Hâtezvous
de reparer fes pertes en
continuant la fucceffion des hom .
1. mes apoftoliques qui l'ont faintementgouverné.
La foule qui vous
ferre de tous coftez dans cette ceremonie
, merite qu'on luy par-
S donne , puis qu'elle ne peche que
-
$588 MERCURE
par l'excés de fon affection Elle
s'explique au nom de votre Dio .
cefe , de la joye qu'on a de vous y
poffeder ; de l'ardeur dont on y
brûle de vous plaire . Ils vous re .
gardent comme leur Ange tutelaire
, ils vous offrent leurs coeurs
par ma voix ; mais au milieu de
tant d'acclamations j'ofe dire,
Monfeigneur, que le Chapitre en
particulier ne fe diftingue pas
moins par jon zele , que par le
rang qu'il a l'honneur de tenir
auprés de voftre Grandeur. Ouy ,
Monfeigneur , je vous le proteste
de fa part , qu'il prétend moins
tirer fa gloire des autres avantaGALANT.
59
ges qu'il poffede , que d'eftre le
premier en toutes chofes à vous
donner des marques d'un attache .
ment fidelle à vous fervir , &
d'une obeiffance tres refpectueuse.
Cé Prelat répondit fort
doctement & avec une grace
qui fit fentir dans le coeur de
tous ceux qui l'écoutérent ,
des mouvemens fecrets d'eftime
& d'inclination , en meſ-
? me temps qu'elle imprimoit
un profond reſpect . Aprés
cela il fut introduit & inftallé
par Mile Doyen à la tefte du
Chapitre , dans la forme que
l'on a coûtume d'obferver en
60 MERCURE
de pareilles occafions ; enfuite
dequoy il entonna le Te Deum ,
qui fut chanté par la Mufique
. Il fut conduir dans fon
Palais Epifcopal , par le Chapitre
, au nom duquel M ' le
Doyen luy fit encore un compliment
. Il y reçut auffi ceux
de tous les Corps de la Ville ,
de M¹ de Vaugency , Lieutenant
General du Prefidial à
la tefte de la Compagnie ; de
M ' du Sorton , Prefident des
Treforiers de France , de Mel
fieurs les Elûs , de м ' de Lctrées
à la tefte des Echevins
& Confeillers de la Ville . On
GALANT. 61
2
!
es
75
Л
avoit mis ces Vers au deffus
de la Porte de la Salle .
Ad nos in medio vivacis flore
juventa
Doctus ades ,fapiens ,ftemmate
clarus avúm.
Dent annos Superi¸namque à te
cætera fumes ,
Sint modo virtuti tempora
longa tua .
Ils eftoient en François dans
un autre endroit,
Tout brillant de l'éclat du fang
de tes yeux ,
Pieux , fage , &fçavant dans
ta vive jeuneffe ;
Aujourd'huy , grand Prelat¸tu
parois à nos yeux.
62 MERCURE
Que de fes jours, Seigneur, jaż
mais le cours ne ceffe ,
Tous les autres trefors illes tient
en fes bras,
Pourvû qu'à fa vertu le temps
ne manque pas .
Le 19. du même mois , M
l'Evêque de Chalons alla au
College des Jefuites , où il
affifta à la repreſentation
d'une Piece de Theatre , que
l'on avoit préparée pour marquer
la joye que toute la
Ville reffentoit de ce que le
Roy luy avoit donné la conduite
de ce Dioceſe. Cette
Piece eftoit divifée en trois
GALANT. 63
parties , avec autant de Concerts
de Mufique que l'on y
avoit entremeſlez
. Le premier
de ces Concerts exprimoit
les regrets de plufieurs Bergers
, fur l'abſence d'un Sacificateur
qu'on leur avoit enalevé
Le fecond faifoit parler
ices mêmes Bergers à l'Echo ,
1 qui leur répondoit favorablement,
& le troifiéme eftoit
un Dialogue entre eux & le
Dieu Pan , qui leur accordoit
e un Protecteur. La Mufique
& les Simphonies eftoient de
la compofition de M ' Bouteil .
sler , Parifien , Maistre de
64 MERCURE
Mufique de la Cathedrale de
Chalons. Plufieurs Devifes
fervoient à la décoration du
Theatre , & elles eftoient
difpofées fur les deux faces.
Dans l'une eftoient celles qui
regardoient les perfonnes de
la Maifon de Noailles les plus
diftinguées par leurs Dignitez
Ecclefiaftiques
.
Le premier , felon l'ordre
du temps , eft Antoine de
Noailles , Comte & Précenteur
de l'Eglife de S. Jean de
Lyon. On l'avoit repreſenté
fous le fymbole d'un Autel
chargé de Premices , avec les
GALANT. 65
es
en
d
paroles fuivantes pour l'ame
de la Devife, cum tempore plura ,
c'eft à dire , avec le temps on
en offrira d'autres , pour faire
entendre que celuy cy avoit
efté comme les prémices des
cinq Prelats que fa Famille , en
qui la pieté eft hereditaire , à
depuis confacrez au culte des
Autels .
Le fecond eft François ,
d Evêque d'Acqs , employé en
diverſes Ambaffades , & fur
tout dans celle de Conftantinople
, où il fe comporta d'u
ne maniere à faire admirer fa
conflance , quand il fut que
Juillet 1696.
1:
F
66 MERCURE
ftion de fouftenir fon rangà
l'Audience qu'il eut de Selim
II. On marquoit cette fermeté
fous le fymbole qu'il prit
luy -même à cette occafion ,
d'un Oranger , à qui les frimats
de l'hiver ne font rien
perdre de fa beauté. Marcefcere
nefcit , il ne fçait ce que
c'est d'eftre flêtry.
Le troifiéme , Gilles de
Noailles , auffi Evêque d'Acqs
& Frere de François . Charles
IX. le fit Chef de fon Confeil.
Comme il fucceda à fon
Frere à l'Evèché d'Acqs & à
l'Ambaffade de ConftantinoGALANT.
6-7
7.
ple , on avoit prétendu marquer
cette parfaite reflemblance
par deux colomnes
d'architecture , qui foutenoient
le même fardeau d'un
Edifice . C'est ce qu'exprimoient
les paroles Latines ,
ambarum fors una.
Le quatriéme , Charles ,
Evêque de Saint Flour , & de
là transferé à Rhodez . La
Science & le zele qu'il fit
paroiftre
dans l'adminiftration
de ces deux Evéchez , eftoient
figurez par un Soleil éclairant
fucceffivement les deux
Hemiſpheres , avec ces paro-
Fij
68 MERCURE
les , flammis illuftrat utrumque.
Le cinquième , Hugues ,
Archipreftre de Gigniac, Envoyé
à Rome & en Espagne ,
pour y negocier des affaires
importantes pour la Religion
& pour l'Etat . On l'avoit defigné
par une Eftoile de
moindre grandeur , mais de
même éclat que d'autres plus
grandes qui l'environnoient ,
& les mots fuivans, majora inter
fydera fplender , vouloient dire,
que dans une dignité inferieure
à l'Epiſcopat , il n'avoit
pas laiffé de briller autant que
les
autres.
GALANT. 69
1
Le fixié me , Louis- Antoine
, Archevêque de Paris , ar-
- rivé à ce haut rang comme
par degrez. On l'avoit repre
fenté dans ce pofte éminent
par le Soleil proche de fon
efolftice. Les mots Latins, vix
ultra quo afcendat
babet , faifoient
entendre
que cette élevation
eftoit dûë à fon me .
rite , & qu'elle ne luy laiffoit
prefque
rien à acquerir .
Le feptiéme
, Jean Baptifte-
Gafton de Noailles , Evêque
& Comte de Chalons
, Pair
de France , qui vient de fucceder
à fon Frere à l'Evêché
70 MERCURE
de cette Ville. Cette heureufe
conjoncture eftoit figurée
par les deux Eftoiles Caftor &
Pollux , dont l'une commence
à luire fur le même horifon
, au moment que l'autre
y difparoift. C'est ce qu'exprimoient
les paroles fuivantes ,
Fraterna lucis fic damna rependit.
C'eft ainfi qu'en l'abfence
de fon Frere il éclaire le
monde.
Dans l'autre face eftoient
les Devifes qui regardoient
les perfonnes de la mefme
Maifon de Noailles , recommandables
par leurs actions ,
GALANT
71
[
A
ou par leurs Charges
militai
res .
Le premier dont il eſt parlé
dans l'Hiftoire , eft Pierre
Hugues de Noailles , qui fui-
Evit S. Louis dans la Croisade
qu'il fit publier pour la Terre
Sainte. Ilfe fignala dans cette
guerre
, & y mourut
en Heros
Chreftien
. On l'avoit
dépeint
fous la figure
d'un Phenix
,
qui felon
la remarque
des
Auteurs
, dreffe
fon bucher
C fur un Palmier
, quand
il veut
mourir
. On prétendoit
fignifierle
glorieux
genre
de mort
de ce grand
homme
, par les
72 MERCURE
mots de la Devile , Ornant
mea funera Palma , les Palmés
font l'ornement de mon tombeau
.
Le fecond eft Jean II . du
nom , qui du temps de Louis
XI. réduiſit la Franche- Comtéfous
l'obéiffance de ce Monarque.
L'action la plus éclatante
qu'il fit , fut ( le Roy prefent
) de fe mettre à la tefte des
Troupes ébranlées , & d'affurer
la victoire à fon party , par
la bataille qu'il gagna aux dépens
de fa vie , mourant ainfi
glorieufement , comme l'Abeille
qu'on luy donnoit pour
fymbole,
GALANT.
73
$
ſymbole , avec ces mots , rege
incolumi. Que je meure
pourvû
• que le Roy vive.
Le troifiéme eft Antoine ,
Lieutenant de Roy en Guienne
, Gouverneur
& Maire de
Bordeaux , &c . Il alla en Eſpad
gne avec le Vicomte de Tu
renne , pour y époufer au nom
de François I. Eleonore d'Autriche,
Soeur de Charle - Quint,
Le Roy Henry II . le fit Gouverneur
de ſes Enfans. Ce dernier
employ eftoit figuré par
un Aigle qui éleve de petits
Aiglons en leur inſpirant fon
courage. Animos crefcentibus
Fuillet 1696 .
G
74 MERCURE
addo. Je leur infpire mon cou
rage en les élevant.
Le quatriéme eft François
de Noailles III. du nom , Comte
d'Ayen , &c. Il employa fa
vie & fes biens pour reprimer
les efforts des Heretiques. Il
fe fignala fur tout par la défaite
des Troupes auxiliaires
que ceux- cy vouloient jetter
dans Montauban , & fut cauſe
de la reduction de la Place.
Cette action hardie eftoit
marquée par une Digue oppofée
à un torrent , dont elle
arreftoit le cours & brifoit les
Aots. Cohibet frangitque tumentes.
GALANT
75
Le cinquiéme eft Henry ,
Fils de François, tué à la Journée
de Rocroy , lors qu'il y
combattoir dans les premiers
rangs. Son courage dans cet
། te rencontre ne pouvoit eftre
mieux comparé qu'à celuy
d'un Lion qui tombe percé
par les dards des Chaffeurs
avec ces mots pour Deviſe
non indecoro vulnere.Si je meurs,
c'eft avec honneur.

Le fixiéme eft Charles fres
re de Henry , tué auffi comme
luy au Siege de Maſtrick , où
il fe diftingua fur tout à repouffer
les Ennemis dans
Gij
76 MERCURE
leurs forties . On luy donnoit
pour fymbole un arbre coupé,
qui écrafoit par fa chûte ceux
qui l'abatoient. Sidant vulnera
, non impuneferunt. Ils payent
cherement les coups qu'ils
me portent.
Le feptiéme eft Anne Duc
'de Noailles , Pere de M ' l'Evefque
de Châlons , qui com .
mença à porter les Armes dés
l'âge de douze ans , & paſſa ,
comme on fçait , par tous les
degrez de la milice juſqu'à la
charge de Lieutenant General
des Armées de Sa Majesté.
Son attachement
au RoypenGALANT.
27
ES
1
4
dant les troubles de la mino .
rité , meriteroit ſeul un grand
éloge ; mais l'heureufe pofterité
de cinq Fils , dont quatre
vivent encore aujourd'huy ,
& qui font les heritiers de ce
mefme dévouement
, repare
la perte que l'Erat fit à la mort C de ce fameux Capitaine . On
T'avoir reprefenté fous le fymbole
d'un Laurier deffeche ,
au bas duquel pouffoient cinq
rejettons qui fembloient luy
faire une couronne . Sicfe non
unamoriendo prole coronat . C'eft
ainfi qu'en mourant il laiffe
une pofterité qui fait fa couronne.
G iij
78 MERCURE
Le huitiéme eft Louis- Ju
les , Marefchal de France ,
Viceroy de Catalogne . Chacun
fçait fes Victoires & la
reduction des importantes
Places , qu'il conquit les Campagnes
dernieres fur les Efpagnols
. Comme fa fanté affoiblie
l'oblige à prefent de demeurer
en repos, on n'avoit pû
le mieux reprefenter que par
un Hercule appuyé ſur ſa maſfue
pour le délaffer. Les mots
latins , Quanto illa quies ftat
parta labore , marquoient fes
travaux , & fon repos qui eft
encore glorieux , aprés fes
fatigues
.
GALANT. 79
1
tes
Le neuviéme, eft François,
Marquis de Noailles . Il a partagé
avec fon frere la gloire
des Conqueftes de Catalogne
, & merite de luy eftre
comparé pour la valeur, On
avoit marqué cette reffemblance
par deux Navires pouf
de fez d'un mefme vent . Quo nos
agit impetus idem , C'est le mef
me efprit qui nous poufſle .
Da
lal.
Stat
jes
elt
fes
Le dixiéme eft Jacques de
Noailles , Grand Bailly de
Malthe , Lieutenant General
des Galeres de France . Son
humeur bien-faifante envers
les Soldats , & les foins pour
Gi
80 MERCURE
leur rendre ce genre de vie
fupportable , eftoient marquez
par une Ancre de Navi .
re , avec ces paroles qui exprimoient
cette noble inclination.
Hinc miferis fperandafalus.
Toutes ces Deviſes furent
expliquées à la fin de la Piece ,
dans des Vers latins , en forme
d'Eloge , que reciterent
les Acteurs qui l'avoient reprefentée.
On feroit bien-aiſe de fçavoir
le fentiment des Sçavans
fur un paffage de Terence ,
GALANT. 8i
vi
Da
qui fait le fujet de la Lettre
que vous allez lire.
J
'Ay lû , Monfieur, avec plaifir
dans le Mercure d'Avril
dernier , l'explication d'un paffa- .
ge du premier livre de l'Eneide ,
fuis bien- aife qu'on ait enfin
pris cette voye pour ſe propofer
les difficultez qui fe rencontrent
Een certains autres paffages des
Anciens. Ce ferà un moyen de
d'inftruire en mefme
D.
plaire
temps. Pour imiter celuy qui
vient de nous donner fes conjectu
res fur les deux Vers de Virgile,
1, rapportezdans ce Mercure, voicy
82 MERCURE
un paffage de Terence qui a bien
moins encore efté entendu juſqu'à
prefent. Il eft dans la premiere
Scene du fecond Acte de Phormion.
Nil fuave meritum eft .
Toute l'obscurité qu'on y trouve
regarde le verbe meritum eft .
On a prétendu la refoudre dans
Les Nouvelles de la Republique des
Lettres, du mois de Février 1687 .
en difant que mereri ſignifie ga,
gner. Cepaffage donefignifieroit,
on n'a rien gagné de bon ,
fçavoir , à faire des noces , parce
que ces paroles qu'on lit un peu
auparavant , non , non fic futurum
eft , non poteft , s'enGALANT
. 83
=
tendent des noces . Mais ce n'eft
ipas feulement à ces paroles qu'il
#faut rapporter ce paffage de Te .
rence , mais auffi à ce qui précede
immediatement. Egon' illam
cum illo ut patiar nuptam
unum diem ? Vous verrez dans
lafuite , Monfieur , que l'usage
de la Latinité le demande . Ainfi
je ne vois pas que nil fuave me ,
gå ritum eft puiffefignifier , on n'a
rien gagné de bon à faire ces
0 Noces. 00
Je m'eftois autrefois déterminé
aufentiment de ceux qui ont cru
qu'il y avoit dans l'original , nihil
fuave merituelt
, pour
84 MERCURE
nihil fuave meritus eft ,
que ce qu'on lit autrement dans
les Manufcrits, n'eftoit qu'un effet
de l'ignorance des Copistes . Cette
conjecture ne repugnant ny à la
maniere d'écrire des Anciens , ny
àla meſure des Vers; & d'ailleurs
prefentant unfens affez naturelį,
je fus autrefois d'autant plus difposé
à la fuivre, qu'elle diffipoit
tout coup d'un toute l'obscurité , que
Mrs de Port Royal , & les autres,
ont trouvée dans ce paffages
mais tout bien confideré , c'eſt
faire auregard de cesse difficulté,
ce que fit Alexandre à l'égard du
Nænd. Gordien , & je ne crois
GALANT: &
I pas qu'il foit permis à Mrs les
a Critiques , quand un paffage les
arrefte , de fappofer pour certaines
= leurs conjectures contre le temoiignage
de tous les exemplaires. Il
faudroit au moins pour cela qu'il
fut autrement entierement impoffi
ble d'y donner un bon fens , ce qui
ne fe peut pas dire du paffage en
question .
P
Le fameux M' le Févre rap.
porte icy deux endroits de Plaute
dont le premier eft , in Pænul .
Act . 1. Sc-3 . Ut non ego te hodie
emittam manu , non me
ream quantum aquæ in mari,
* neque. nubis quantum , neque
quot ftellæ in coelo , ne.
86 MERCURE
que hoc , neque illud . L'autre
paffage , dont il ne marque pas
précisément le lieu , porte . Neque
hodie, ut te perdam , meream
Deûm divitias mihi. D'où il
infere que nihil fuave meritum
elt , fe doit ainfi expliquer.
Quidquid poffum merere ,
quidquid à me mereri poteft,
quæcumque ad me utilitas
ex tolerantia mea redire
queat totum id refpuam ,
& longè afperner , illam ut
cum illo nuptam vel unum
patiar diem , nolim Deûm
immortalitatem merere . 4-
prés quoy il conclur , & hæc ad
GALANT. 87
#
locum Terentii fatis difficilem
, fed qui , ut fpero , nihil
pofthac habebit quod lectorem
poffit morari .
Cette paraphrafe fait parler
Demiphon comme s'il regardoit
pour foy l'avenir , au lieu que
conftamment ce bon homme
parle dupaßé , difant meritum
eft , & non pas mereatur , on
meritum fit , comme il ya dans
les paffages de Plaute, meream .
De plus , nihil fuave , font des
termes bien foibles pour un Pere
outré de colere avec tant defujet.
b Ajoûte que Terence faifoit gloire
d'imiter Plautes & outre qu'il
88 MERCURE
avoit lú fes Livres , il n'eftoit ny
moins fort , ny moins riche en expreffions
, ce qui fe trouveroit
pourtant icy , fi Mr le Févre
avoit bien rencontré.
Verùm , dit cet illuftre Criti
que , antequam manum de
tabula tollo , hoc quoque
monendum arbitror illud
Homen meritum non effe fub .
ftantivum , quod tamen pu
tavit non modo Donati excerptor
, fed & Budæus ipfe .
Hinc autem omnes doctos
arbitror in errorem inductos
fuiffe,
Peu s'en est pourtant fallu que
GALANT: 89
je n'aye efté du fentiment de ces
Auteurs , & je n'y balancerois
pas , fi nihil fuave eftoient des
termes feulement à peu près auffi
forts que quantum aquæ & c.
- Deûm divitias , Deum im .
mortalitatem . M le Fevre dit
- luy même dans fes Notes , Pretium
ætas altera fordet , qui
focus Horatii huic germanus
eft . Or Pretium & Meritum
font quelquefois fynonimes. Ne
pourroit on pas dire fur ce fondement-
là , nihil fuave meritum
eft , ut &c. pour nihil fuave
pretium eft , ut & c . il n'y a
point de douceur qui puiffe
Faillet 1696.
H
90 MERCURE

eftre pour moy un motif
affez puiffant pour m'engager
à cette complaifance . En
verité je ſuis quaſi tenté de m’en
tenir là.
re-
Mais j'ay encore quelques
marques à faire qui m'entraînent
ailleurs .
Premierement au regard
de l'usage qu'on faifoit autrefois
de mereri de meritus , Je
trouve dans Plaute in Captivis.
Act . V. Sc. derniere Tynd.
At ego gran dis grandem natu
ob furtum ad carnificem
dabo . Meritus eft. Phil. Me.
ritus eft. Tynd. Ergo huic
ædepol , meritum mercedem
dabo .
GALANT. g1
?
1
Secondement du temps de Terence
on tenoit fans doute , comme
on a toujours fait , ces maximes
de Morale qui ont obligé Plante
à dire , Stich. Act .. Sc . 2. Prot
merenti optimè hocce preti
redditur ? Bene merenti mala
es , male merenti bona.es..
1. Alors auffi l'on croyoir fans
doute , qu'un homme parla confi
deration de fa vie paßée pourroit
meriter , ou non , le pardon d'u
me fauté qu'il venoit de com
mettre: Ainfi Caton opinant dans
le Senat fur le fujet des complices
I de Catilina , qu'on avoit arrefté ,
entre autres aboſes , Vide
dis
H ij
92 MERCURE
licet vita cætera eorum huic
fceleri obftat.
D'ailleurs , je ne trouve pas
impoffible que Demiphon n'eust
fujer de dire 2
comme Chre
mes , Act IV. Sc. I. Eft fæva
mulier intus. Vereor ne uxor
aliquâ hoc refciſcat mea.
Quod fi fit , ut me excutiam
atque egrediar domo , id reftat
, nam ego meorum folus
, fum meus ; & je crois
d'autant mieux que Demiphon
n'avoit pas plus de fuier de fe
louer de fon Fils Phædrie , que
Chremes d'Antiphon , dans l'idée
de Terence, qui tenoit pour maxi
GALANT. 9.3
1
J
{
me au regard des ieunes garçons ,
Qui unum novit , omnes noverit
, adeo funt fimili inge.
nio . 3
Quand donc il dit prefentement,
nihil fuave meritum eft , aprés
avoir dit , Egon' &c. ne pour
roit on pas rendre ainfifapensée?
Videlicet cætera vita illius
harum nuptiarum veniam à
me poftulat, immo nunquam
bene de me meruit is fævæ
uxoris filius , matri obnoxior,
4 eique adeo haudquaquam
fiem bonus , in re præfertim
tam mala, ou bien en François.
Quoy , je fouffrirois. qu'elle
94 MERCURE
foit fa femme feulement un
jour ? Non , non , ne m'ayant
jamais obligé en rien , au contraire
n'ayant toujours fait
que me chagriner , il ne merite
pas que j'aye pour luy
cette complaisance.
Pour mieux entrer dans la pen-
-sée de Terences il faut confiderer
que Demiphon eftoit en colere ,
d'autant plus qu' Antiphon &
Gera venoient de lepouffer à bout
par leurs réponses. Il parle donc
icy comme Neptune dans Virgile,
Quos ego ! Je veux dire qu'il
ne dit pas tout ce qu'il auroit dit
de fang froid. Que fi nousfup
GALANT. 95
pléons ce qui manque à fon Dif
cours , toutes les difficultezfe trouveront
, à mon avis , levées..
Pour cet effet j'ay encore recours
à Plaute , difant Aulul. fe.
lon Lambin , ut inopem atque
innoxium abs te atque abs
tuis me irrideas ? Namque de
te neque re , neque verbis
merui , ut faceres quod facis.
Prenons icy le tour de Terence,
faifons dire à Plaute ; namque
de re neque re ; neque
verbis quid à me meritum eft,
ut faceres quod facis. Et reciproquement
donnant aux paro
des de Terence le tour de celles de
96 MERCURE
Plaute , difons , Egon ' nihil
fuave de me aut re aut verbis
meruit , ut hoc faciam.
Nay ie pas icy raiſon de dire ,
Plautina germana funt Terentianis
, & viciffim Terentiana
Plautinis ?
le
Ceux qui prendront la peine
de lire cette explication de ce paffage
de Ference, en jugeront ; &
fi j'apprens , Monfieur , par
jugement que vous en ferez que
ces fortes de recherches peuvent
eftre de quelque utilité, je pourray
vous en donner de temps à autre.
Cependant je voudrois bien
que quelque Critique m'apprift
comment
GALANT
97
#
comment il entend ces deux paffages
du mêmeTerence , Ita fugias,
ne præter calam . Terent .
Phorm . Act . V. Sc . 2. nam
de te quidem fat fcio , peccando
detrimenti nil fieri poteft.
Hecyr. Act. II . Sc . 1. Je
ne fuis guere content des Interterpretes
, ny de moy mêmefur ces
deux paffages , mais je fuis veri.
tablement , Monfieur , voftre
tres , M. M.
La Differtation fur un Paf
fage de Virgile, dont il eft par;
lé au commencement de cette
Lettre , eft de M² Sarrau
Juillet 1696 .
I
H
98 MERCURE
Auteur de plufieurs ouvrages
qui ne portent pointfon nom,
& que je vous ay envoyez en
differentes occafions. Je luy
rens la justice que je luy dois
à l'égard de cette Differtation
, fitoft que j'apprens
qu'elle eft de luy. Un de fes
Amis , qui fouffre avec peine
qu'il fe cache fi long-temps ,
luy a adreffé ce Sonner.
ARRAU , dont les polis &les
fçavans DifcourS SAR
Augmententfortfouvent les Trefors
du Mercure ,
Quand tu répans les fruits de ta
belle lecture ;
TAEQUE
DE GALANT: 9
Dans les moindresfujets on t'admi33
toujours.
2
Lesplusfameux Auteurs , dont les
écrits ont cours ,
■ Pour pouvoir i'imuer fe donnent la
torture
Et les foibles Sçavans , de ia lutterature
,
Pour former leur genie , empruntent
Le fecours.
2
Le tour de ta pensée, &fi jufte &
fi rare ,
Eft le fleau declare d'un efprit qui
s'égare
Ton entretien, far tout , a des char
mes divers.
2.
Le Mercure le (çait ; il cherit tes
Ouvrages
1ij
100 MERCURE
1
Et quand tu prens le foin de luy
remplir fes pages ,
De ton Nom en revanche il remplit
l'Univers.
Quoy que les grandes qua
litez de M l'Evêque de
Noyon , Comte & Pair de
France , vous foient connuës,
vous ne ferez pas fachée d'en
voir une fidelle peinture dans
l'Eloge que M l'Abbé de
Fourcroy vient de faire de
ce Prelat.
GALANT. IƠI
ELOGE
DE M L'EVESQUE
L
DE NOYON .
Es Evêques
font des hommes
que Dieu a confacrez
par une fainte fervitude
, & que
Jesus- Chrift fait entrer dansfon
Apofilat
& fa Miffion
, pour
chercher
, affembler
, inftruire
&
fervir fes Elus. Ce font les dépofitaires
de la chofe la plus fainte ,
la plus excellente
& la plus élevée
, qui eft le Sacerdoce
. Ce font
les Epoux de l'Eglife , les Fuges
I inj
102 MERCURE
du Peuple de Dieu , les Peres des
Fidelles , les Docteurs de l'Eglife,
les modelles du Troupeau de Dieu,
la lumiere du monde , le fel de la
terre , les Interpretes de la Loy
divine , les dépofitaires de la Tra
dition , les Miniftres de la Paix ,
lesVicaires de la Charité du
Sauveur du monde. Tout doit
prêcher dans les Evêques , leur
langue dans la Chaire , leur inno
cence dans les moeurs - leurfageffe
leur moderation dans leur miniftere
. En un mot , ilfaut que
Evêquesfoient charitables , affables,
fages , bien reglez , juſtes,
faints , temperans & irreprocha .
les
GALANT. TO?
Eles dans leur conduite. Tils ont
efté les faints Prelats qui ont fuccedé
àla dignité & à la fainteté
des Apoftres. Tel eft auffipar la
gracede Dieu , Monseigneur l'il-
• luftriffime & Reverendiffime
François de Clermont , Evêque
de Noyon , Comte & Pair de
France , l'une des plus grandes
lumieres de l'Eglife Gallicane, qui
eft plus illuftre par fon merite que
parfanaiffance En effet, qu'y a r
il dans cet illuftre Prelat qui nefoit
digne d'admiration , & au deffus
de tous les Eloges ? Que ne puisje
vous le reprefenter dans fes travaux
apoftoliques ! Vous le ver-
1. iiij
104 MERCURE
riez toujours vigilant , toujourš
intrepide , toujours infatigable ,
quand il s'agit de l'honneur de la
Religion & dela Foy. Avec quel
Zele ne s'applique-t- il pas à reformer
le dedans de fon Diocefe ? Il
commence par l'inftruction & la
reformation de l'Ordre Ecclefia.
fique , eftant perfuadé que les
meurs des Peuples dépendentfouvent
de la conduite de ceux qui les
gouvernent. Pour ce sujet , que de
Ordonnances ne fait-il pas ?
S'agit il depunir le crime , ilfait
paroiftre la force & le zele apoftolique
. S'il prêche , tous fes Au .
diteurs l'admirent , & l'écoutent
Jages
GALANT. 105
avec plaifir. Mais nonfeulement
il reformefon Peuple par fesfça.
vans Difcours , il le nourrit auffi
par fes aumônes. Reprefentezvous
ces dernieres années , ces
temps malheureux , où la terre
eftoitfeche & aride , temps funeftes
, où les pauvres eftoient con
fumez par la faim . Quelle fat
alors la charité de noftre illustre
Prelat ? Cet homme de mifericorde
, comme parle l Ecriture , n'avoit
des biens que pour faire connoiftre
ce que peut faire dans un
grand Evêque la charité qui le
preffe, Benefices , grandeurs du
fiecle , tout cela ne fervoit qu'à
106 MERCURE
rendre fes aumônes , & plus ma
gnifiques ; plus frequentes .Non
content d'exhorter les riches defon
Diocefe à répandre leurs biens
dans le fein des Pauvres , il fe
privoit du neceffaire , & pratis
quoit ce qu'il perfuadoit aux autres.
Que le Diocefe de Noyon eft
heureux , de poffeder depuis trente .
cinq ans un fi fage Prelat , qui
vit en Evêque , & qui remplie
fi bien fon miniftere ! C'est avec
Taifon que tous les Peuples font
d'applaudiffemens , & té.
moignent tant de refpect à l'arrivée
de ce charitable Paſteur , qui
est aimé de Dieu & des hommes ,
tant
4
GALANT. 107
1
+
qui par fon rare merite s'eft
acquis la faveur & l'estime du
plus fage du plus Chreftien des
Rois de la terre. Puiffiez vous
conduire encore longtemps voftre
Diocese , illuftre & fage Prelat ,
qui facrifiez à la charité à la
verité de Fefus Chriſt , voſtre
temps , voſtre repos , vos actions ,
voftre Plume , voftre efprit , &
voftre fanté. Ce font les voeux
continuels de toutes vos Oüailles,
qui auront toujours pour votre
Grandeur toute lobeiffance &
tout le respect poffible.
Le 28. du mois paffé , jour
108 MERCURE
de l'Octave de la Fefte - Dieu ;
M l'Archevefque de Paris ,
Docteur de Sorbonne , porta
le Saint Sacrement à la Proceffion
de Sorbonne , qui ne
fe fait tous les ans que ce jourlà
de l'Octave , fans qu'elle fe
faffe le premier jour de la
Fefte . Comme c'eſt un uſage
étably depuis longtemps, que
les
Archevêques de Paris faffent
cette fonction la premie.
re année qu'ils font Archevelques
, ce Prelat avoit efté
invité à la faire par une députation
de huit Docteurs . Ainfi
ce jour-là , il fe rendit dans
GALANT. 109
l'Eglife de Sorbonne à fix heu
res & demie du matin , en ha
bit & en camail violet. Eftant
paffé dans la Sacriftie , il s'y
reveftit de fes habits Pontifi .
caux , & il en forcit pour commencer
la grand'Meffe . On
devoit faire la Proceffion auparavant
, mais le mauvais
temps empefcha que l'on ne
fortift à l'heure marquée
, &´
M l'Archevêque la celebra
pontificalement
, ayant pour
Diacre , & Soudiacre , deux
des plus anciens Docteurs.
Le Choeur eftoit remply des
Docteurs de la Maiſon de Sorto
MERCURE
bonne , & Faculté de Theolo .
gie & des Bacheliers , tous en
fourures fçavoir , les Docteurs
aux hautes chaiſes , & les Bacheliers
aux baffes formes.
On avoit diftribué à la plufpart
de ces derniers , des fon
tions pour la Proceffion . La
Meffe eftant finie , & la pluye
ayant ceffé , on fe mit en marche
en cet ordre . La Croix
de Sorbonne eftoit portée par
un Bachelier de Licence , precedé
par un Porte - bourſe ,
c'eft à - dire par celuy qui porte
le Corporal , c'eftoit M
l'Abbé de Monaco. Deux AGALANT.
TII
colytes ou porte-Chandeliers,
un defquels eftoic м' l'Abbé
de Seve , un Maiftre des Ceremonies
, un porte Collecte,
ou porte-Oraiſon , un porte-
Epiftre , & un porte Evangile.
Un grand nombre de Docla
plufpart Curez de
teurs ,
Paris , en Chappes , fuivoient
deux à deux , & aprés eux marchoit
la Croix de м'l'Archevefque
portée par un Bachelier
, la Croffe enfuite , portée
de mefme. Six Bacheliers en
furplis fuivoient chacun un
flambeau de cire blanche à la
main , entre lefquels eſtoient
112 MERCURE
M' l'Abbé de la Fare , & M
l'Abbé de Rochebonne ; quatre
Thuriferaires au milieu ,
qui encenfoient le S. Sacrement
alternativement deux à
deux. Aprés eux marchoient
fix Bacheliers en fourure ,
chacun un flambeau à la
main , dont quatre eftoient
fimples Bacheliers ; fçavoir
M' l'Abbé de Louvois , M
l'Abbé de Janſon , м ' l'Abbé
de Majeinville , & м ' l'Abbé
de Laval - Montmorency . Les
deux autres qui precedoient
immediatement le Saint Sacrement
avec un flambeau à
GALANT. 133
la main , eftoient Bacheliers
de Licence ; fçavoir , м ' l'Ab-
1 bé de la Baſtie , Doyen de la
Licence , & м ' l'Abbé Marion
. La difference qu'il y a
entre un fimple Bachelier &
un Bachelier de Licence , c'eft
qu'un fimple Bachelier eft
celuy qui afoutenu une Theſe
1 en Sorbonne , appellée Tentative
, & les Bacheliers de
Licence , font ceux qui aprés
avoir efté reçûs Bacheliers , &
avoir attendu le temps marqué
par les Statuts de la Fa .
culté de Theologie , font Bacheliers
fur les Bancs de Sor-
Juillet 1696.
K
114 MERCURE
bonne, pour affifter aux The.
fes de Tentatives & y donner
leurs fuffrages pour la reception
des Bacheliers, & foutenir
eux - melmes pendant le
cours de deux années , trois
Theles appellées Thefes de
Licence , aprés lefquelles ils
font Licenciez , & prennent le
bonnet de Docteur.
Le Dais venoit enfuite por
té par fix des plus anciens
Docteurs en fourure ; fçavoir-
Mr de Leftocq , Profeffeur
en Theologie , M' le Cappelain
, M' Morel , M ' Boucher,
M' le Caron , Curé de Saint
Pierre aux Boeufs , & M' le
GALANT . TIS
1
{
{
}
Blond , Curé de S. Leu S.
Gilles . M'l'Archevefque fous
le Dais portoit le Saint Sacrement,
aidé par deux Docteursen
Chafubles . Deux Bacheliers
portoient derriere le
Dais , les deux Mîtres de M
Archevefque, & enfuite mar
choit le Doyen de la Faculté,
Grand Maistre de la Maifon
de Navarre , fuivy de tous les
Docteurs en Corps revestus
de leur fourure , un cierge à
la main . Aprés eux marchoient
auffi deux à deux les
Bacheliers de Licence , fuivis
de fimples Bacheliers , entre

Kij
116 MERCURE
lefquels eftoit M ' l'Abé de
Soubize qui n'avoit point pris
de fonction , tous un cierge à
la main. La Proceffion paſſa
devant le College de Harcourt
, où il y avoit une grande
Symphonie , & meſme un
concert de Trompettes
. Il y
en avoit auſſi un magnifique
au College du Pleffis . Le zele
& l'air modelte de M'l'Ar.
chevefque
, qui ne manque
point de fe trouver à toutes
Îes actions de pieté où il peut
affifter , quelque penibles
qu'elles puiffent eftre , édifierent
beaucoup
en cette ProGALANT.
$19
ceffion , laquelle eftant ren
trée dans l'Eglife , ce Prelat
donna la Benediction du S.Sa
crement , & chacun fe retira.
Je ne puis mieux vous marquer
l'eftime generale que cet
illuftre Archevefque s'eft acquife
, qu'en vous faiſant part
d'un Difcours qui a eſté fait
à fa gloire , par M' d'Erigny ,
Mailtre és Arts en l'Univerfité
de Paris . Je vous en envoye
une copie.
L
'Ancienne Loy nous apprend
que Dieu fe fervit
de Moyfe pour conduirefon Peu118
MERCURE
ple d'Ifraël. Cette Nation qui
jufqu'alors s'eftoit laiffé aveugler
par les charmes d'une fauffe Reli ,
gion , n'eutpasplutoftfurry léten
dart de ce digne Chef, qu'elle reconnut
fon erreur, changea de con .
duite , & merita enfin de poffeder
cette terre promife , prenant des
fentimens de pieté bien differens
de ceux qu'elle avois auparavant .
Sans rechercher un exemple fiéloigné,
nous voyons de noftre tempsrenaifire
unfecond Moyfe dansla
Perfonne de M¹ de Noailles , noftre
digne Illustre Prelat . Nous pou
vons dire avec juftice qu'il a cfté
choifi du Seigneur pour eftre lefage
GALANT: 119
Conducteur defon Peuple. En effet,
à peine eft il élevé à cette dignité,
qu'on voit un changement admi--
rable dans fon Diocese , par le bel
ordre qu'ily établit. Ilfe déclare
du vice. Il nepeutforffrir ennemy
quece veninpernicieux infecteplus
long temps le coeur de la plupart
des hommes. Toutfon defir cft de
rétablir la vertu fur fon Trône .
afin qu'àfon exemple on luy rende
les honneurs qu'elle merite . Le zele
lardeurqu'ilfaitparoiftre pour
lefervice de Dieu , & lefalut du
Prochain ,fa profonde humilité ,
fa douceur fa charité envers
les Pauvres , qu'il regarde comme
120 WERCURE
les membres de Jesus- Chrift , &
les Temples vivans du S. Efprit.
En un mot , toutes les Vertus
Chreftiennes qui brillent dans luy
avec tant d'éclat , font des marques
ires -fenfibles defa pieté toute
particuliere , & autant de voix
qui publient la gloire de Dieu , &
qui loüent en mefme temps lajuftice
de noftre invincible Monarque ,
d'avoir fait un fi bon choix.
Quelles actions de graces ne devons
nous pas luy rendre , puis
qu'il a donné à cette fameufe Capitale
de la France , une lumiere
qui fert à éclairer tous les autres ,
qui femble eftre envoyée de
Dieu,
GALANT 121
}
je
Dieu , comme un antre S Jean ,
pour rendre fes voyes juftes . A
confidererferieuſement tous les riches
avantages dont il eft orné,
ne fçaurois m'empefcher de dire
que le Ciel a pris plaifir à former
ce Prelat parfait pour la perfection
des autres , puis qu'il répand abon -
dammentfes douces influences tant
fur luy quefurfa noble Famille ,
qui eft destinée du Seigneur pour
la deffenfe de l'Etat & de l'E.
glife.
Pour nous , qui fommes aßez
heureux pour eftre fous lafage con·
duite d'unfi digne Prelat , ne nous
contentons pas d'admirer fes ver-
Juillet 1696. L
122 MERCURE
tus. Il nous fera encore plusglorieux
de les mettre en pratique.
Ecoutons fa parole. Suivons fon
exemple. Prenons le pour modéle.
Par ce moyen , nous ferons les
Elús de Dieu , &femblables au
Peuple d'Ifraël , nous meriterons
d'habiter unjour cette terre promife,
je veux dire , l'Eternité bienbeureufe
, qui doit eftre lafin où fe
doit terminer tout noftre travail.
Voicy des Vers qui enfeignent
les moyens de vivre
heureux. Ils font de M'l'Abe
bé Bardou .
GALANT:
123
"T
-
LE
BONHEUR
de
l'honneſte
Homme,
P
Lus de
bonheur que de fcience,
Beaucoup defoy pourfon Curé.
Un bien
mediocre
aſſuré,
Peu d'Amis, gens de confiance .
Point de Maifire , peu de Valets ,
Beaucoup d'horreur pour le Palais.
Allez de travail & d'étude
Pour éviter
l'inquietude ;
Autant qu'il faut d'oifivete.
Pour une honnefe volupte ,
Eviter
l'amoureux caprice
L'ambition &
l'avarice ;
Laiffer couler fans
murmurer
Ce qui ne peut toujours durer :
Au jour d'éternelle durée
Tenir fon ame préparée.
Ami , voila , felon mes voeux ,
\
Lij
F24 MERCURE
Tout ce qu'il faut pour eftre heureux.
Nous devons à une Muſe
anonyme les Vers fuivans ,
qui ont efté faits à l'imitation
de ceux de M l'Abbé
Bardou.
Jouir
d'un bien qu'on ne doit
point au crime ,
Avir de fes Amis la tendreffe &
l'eftime
Les raffembler quand on veut ,
non toujours ,
Tout autour d'une table & propre
& delicate ,
Où l'efprit brille , où l'allegreſſe
éclate ;
Au merite oublié prefter quelque
fecours.
GALANT. 125
Laßé du tumulte des Cours
Revoir de temps en temps la paifible
Province ,

par
de
Teals bienfaits eclate
Le
pouvoir.
Honoré des regards du Prince ,
Le fervir par amour autant que
par devoir,
Libre de mille emprunts que trop
de fafte exige ,
Ne fe voir affiegé que par gens
qu'on oblige.
Sans que d'un Creancier le vifage
odieux ,
Et vous glace lefang, & vous bleſſe
Les yeux.
D'au feu teujours modefte avoir
l'ame faifie ,
·Et toujours ignorer la noite jaloufies
Ami, voila, felon monjugement ,
Lij
sky
326 MERCURE
Tout ce qu'ilfaut pour vivrebeureufement.
La même Muſe
anonyme
a produit ces autres Vers, fur
une vifite imprévûë & courte
d'une fort belle perfonne , &
d'une naiſſance
diſtinguée.
D
Ans quel fombre chagrin fa
retraite me plonge!
Quelle rifteffe fait un moment fi
flateur!
Helas ! je pers fi- toft un objet en
chanceur;
Mais l'ay-je vûë au moins, & n'estce
point un fonge ?
Quel fujet l'amenoit dans quel
temps ? dans quels lieux ?
Ne me trompay-je point ? en croiray-
je mes yeux ?5 % .
GALANT: 127
En vain une Mere en alarmes
La devore de l'oeil , l'attache à fon
cofté.
Aurois- je vi venir cette jeune
beauté
Seule & fans faite icy que l'éclat
de fes charmes ?
Que dis-je , Ciel quel appareil
pompeux
Peut égaler les ris ,
Les jeux ,
les graces &
Les folâtres amours , les Venus raviffantes,
Compagnes en tous lieux de fes
beautez naiffantes ?
Jamais fibelle escorte &fi brillante
Cour
Ne fceut accompagner la Mere de
l'Amour .
Mais enfin trop prefente à mon ame
éperduë,
L iiij
1:28 MERCURE
Peut- eftre ay-je crû l'avoir vul.
Non , je n'en doute plus , c'eft l'objet
accompli ,
C'eft la Princeffe que j'adore.
Fay vu qu'à fon afpect le jour s'eft
embelli ,
Et de mon coeurj'en crois le trouble
encore.
D'un fier dépit ce matin occupé
Te iurois de brifer mes chainesà
Contre elle ie formois mille entreprifes
vaines ,
Elle vient , d'un regard elle a tout
dilip é.
T'ay fenti dans mon coeur expirer
ma colere ,
Et n'ay plus fongé qu'à luyplaire.
D'un efprit amoureux , étrange aveuglement
?
Sur un rigoureux traitement,
Sur un procedé qui nous bleſſe,
GALANT. 129
On s'arme quelquefois d'un fier
reffentiment.
Loin d'un objet charmant.
Párolt- on devant luy; dès le premier
moment ,
Plus que iamais encor on reffent fa
foiblefle.
Au moins tel fut pour moy le fruit
de mille efforts.
Mais , Dieux , quelle est l'ardeur
dont mon ame eft faifie ?
t
D'un coeur épris i'ay. Les feux , les
transports ,
I'ën ay même la ialoufi?;
Et ie fens dans un fort étrange à
concevoir ,
Tous les feux d'un amour dont je
n'ay nul espoir.
Meffire Scipion Nicolas
de Guilliet de la Platiere
130 MERCURE
Seigneur de Moydieres en
Dauphiné , Maréchal des
Camps & Armées du Roy &
Gouverneur du Fort de Joux ,
de la Ville & Bailliage de
Pontarlier en Franche-Comté,
mourut àMoy dieres le premier
du mois paffé Il s'eftoit
acquis beaucoup d'honneur
& de réputation dans fes em -
plois , ayant commencé à ſervir
Sa Majeſté à l'âge de trei.
ze ans , ce qu'il a continué
pendant foixante années.
Meffire Jean - François de
Lefcot , Seigneur de Chaffeley
, Prefident à Mortier au
GALANT: 13i
Parlement de Dauphiné, mou-
Erut à Grenoble le 13. du mef
me mois . Il eftoit Fils de Meffire
Claude de Lefcot , auffi
Prefident à Mortier au mef
me Parlement , & Petit -Fils
de Meffire Jean de Lescot ,
- Confeiller au mefme Parle-
= ment . Meffire Charles de Lefcot
, Abbé de S. Laurens , Of
ficial de Mile Cardinal le Camus
, Evefque de Grenoble ,
eft fon Frere. Ce Prefident a
laiffé trois Filles , qui font Madame
de Chaponay , Femme
d'un Preſident à Mortier
Mademoiſelle de Chaffeley ,
132 MERCURE
& Mademoiſelle de Lefcot.
Meffire Jean Louis de Po
nat , Seigneur de Combes ,
Doyen de la Chambre des
Comptes de Dauphiné, mou
rut àSeffiner prés Grenoble , le
22. du mefme mois , fans avoir
fait d'alliance. Il eftoit Oncle
de Meffire Gafpard de Ponat,
Baron de Greffe , & de Beuriere
, Prefident à mortier au
Parlement de Dauphiné.
Madame de Maintenon
ayant bien voulu honorer
Grenoble de trois de fes Des
moiselles de Saint Cir , elles
y ont pris l'habit de Religieu
GALANT. 133
fe dans trois Monafteres differens.
La premiere , qui eft
Mademoiſelle de Roviere , le
prit le 2. de Juin à Sainte Ceeile
, & M' de Gramont de la
Poipe, Prefident à Mortier , &
Madame la Comteffe d'Argenſon,
en furent Parrain &
Marraine . Mademoilelle
de
Courboyer , le prit le 14. aux
Carmelites , & M' le Comte
du Bouchage , Confeiller au
Parlement , & Madame la Prefidente
fa Mere , furent Parrain
& Marraine . Mademoi.
felle d'Harbouville le prit le
à Sainte Urfule. Mi de la
22.
134 MERCURE
Rouffiliere , Conſeiller Clerc
au Parlement , & Doyen de
Noftre-Dame de Grenoble ,
en fut Parrain , & Madame la
Marquise de Marcieux Gou
vernante de la Ville , Marrai
ne. M' le Cardinal le Camus
fit la ceremonie de la priſe
d'habit de ces deux dernieres ,
& il y prefcha avec ſon élo
quence accoutumée . Ceux
qui firent les honneurs dans
ces troisEglifes , n'oubliérent
rien de ce qui pouvoit contribuer
à rendre ces ceremonies
plus folemnelles , foit par les
prefens qu'ils firent aux Reli
GALANT. 135
st
W
= gieufes , foit par les foins qu'ils
prirent d'y inviter toutes les
Perfonnes de qualité de la
Ville , qui font en tres grand
nombre à Grenoble. Tout s'y
- paffa fans nulle confufion ,
I quoy que l'on n'euſt vû depuis
long-temps aucune Affemblée
fi nombreuſe.

Le 4. de ce mois , Fefte de la
Tranflation de S. Martin , M
le Cardinal de Furftemberg
,
Evêque de Strasbourg, eftant
accompagné
deM'leMarquis
de Dangeau , Commandeur
des Ordres duRoy , & Gouverneur
de Touraine , fut reçû
136 MERCURE
avec les ceremonies accoutumées
, Chanoine d'honneur ,
& celebra la мeffe dans la fameufe
Egliſe de S. Martin de
Tours,où apréslePape, leRoy,
les Ducs de Bourgogne, d'Anjou
, de Bretagne , de Vendôme
, & les Comtes de Flandre ,
font Chanoines. Le Trefoforier
à la tefte du Clergé le
complimenta à la porte en
Fabfence du Doyen , & le
Chantre eut l'honneur de l'inftaller
au Choeur , & de luy
prefenter auparavant le Surplis
& l'Aumuffe , comme il
s'eftoit pratiqué à l'égard des
GALANT 137
tre
Cardinaux de Lorraine en 1548.
à la reception d'Antoine de
Bourbon , Duc de Vendôme,
Pere de Henry le Grand , & en
1560. à celle ddu Roy François
I. LeChapitre
donna en même
temps à perpétuité le tide
Chanoine honoraire
aux Evefques de Straibourg ,
à l'exemple des Evefques de
Liege , de Poitiers, d'Angers',
de Quebec , & des Archevefques
de Sens & de Bourges .
Aprés la folemnité, le Chapi
tre traita
magnifiquement
M' le Cardinal de Furftemberg
& toute fa -
Compagnie .
Fuillet 1696 .
r *
M..
138 MERCURE
Il eft dangereux de s'affu .
rer trop fur les propres forces
contre les furprifes de l'amour.
La fidelité la plus é
prouvée a quelquefois peine
réfifter à fes charmes , &
qui ne fuit point dans le peril
, manque rarement à eftre
vaincu . Un Cavalier , dont le
feul defaut eftoit fon peu de
fortune , s'eftant par hazard
rencontré un jour auprés d'une
Veuve d'un merite diftingué
, embraffa avec plaifir
l'occafion de connoistre par
luy même , fi on ne la flatoit
point dans les belles qualiGALANT.
139
tez que fes Amis luy donnoient.
Il s'attacha à l'entretenir
, & fut fi content de fon
efprit & de fes , manieres ,
qu'ayant obtenu permiffion
de la voir chez elle , il fit fon
bonheur des foins empreffez
qu'il luy rendit . La Dame
pouvoit avoir vingt cinq ans ,
& l'indépendance
où la mettoit
le Veuvage , la laiffant
maiftreffe de fes actions , elle
menoit une vie douce & aisée ,
fans aucune autre contrainte
que celle qui eft commune à
toutes les Femmes raifonnables
, qui doivent compte de
Mij
140 MERCURE
*
leur conduite au Public . Elle
eftoit bien faite , avoit des
manieres pleines d'agrément ,
les yeux petits , mais remplis
de feu , le teint vif & fort
brillant , la taille grande , une
fraifcheur qui faifoit plaifir,
& fans un peu de groffeur ,
rien n'auroit efté à condamner
dans fon embonpoint.
Elle avoit d'ailleurs l'air noble
, & un fçavoir vivre qui
faifoit le charme de tous ceux
qui la voyoient. Mais tout cet
exterieur qui frapoit les yeux ,
n'avoit rien de comparable
aux qualitez de fon ame .Elle
GALANT. 147
Favoit droite , & fans aucun
fard , les fentimens élevez ,
Befprit bienfaisant & toujours
égal , & l'humeur fi douce ,
qu'on le pouvoit affurer en
tour de fa complaifance. Le
Cavalier ne la vit pas fort
long - temps fans découvrir
tout ce qui la diftinguoit de
la plufpart des perfonnes de
fon Sexe. Il en demeura char :
mé , & l'égalité qu'il luy trou
va en toutes rencontres , luy
ayant fait concevoir combien
ilferoit heureux s'il pouvoit
paffer fa vie avec elle. , il luy
declara tout le pouvoir qu'el
142 MERCURE
le avoit fur luy , & la ' pria de
vouloir réfoudre de fa deftinée.
La Dame qui le trouvoit
d'un caractere eſtimable , &
qui jugeoit par l'attachement
qu'il luy faifoit voir ,
combien il y avoit de fincerité
dans fes proteſtations ,
voulut bien luy avouer que
fon coeur n'y eftoir pas infenfible
; mais comme elle avoit
de la prudence , & qu'elle
fçavoit que prefque toujours
une paffion aveugle fe trouve
fuivie des plus facheux repentirs
, elle luy reprefenta ,
que quelque violent amour
GALANT: 143
qu'il fentiſt pour elle , il devoit
examiner les fuites terribles
de l'engagement qu'il
luy propofoit; que la fortune
de l'un ny de l'autre n'eftoit
point affez confiderable pour
fe hazarder à fe marier enſemble
, s'il n'y arrivoit du changement
, & qu'elle avoit affez
d'eftime pour luy , pour le
preferer à des partis beaucoup
plus avantageux , dés
que fes affaires feroient dans
l'eftat où il fe flatoit de les
pouvoir mettre ; que jufque.
là il devoit fe contenter de la
voir comme une Amie en qui
144 MERCURE
il pourroit avoir une entiere
confiance. Ces fentimens
eftoient fishonneftes & fi raifonnables
, que le Cavalier ne
sobftina point
aà les combatre
. Il dit à la Dame qu'il luy
fuffifoit d'eftre affeuré des fa
vorables difpofitions qu'elle
luy marquoit , pour venir à
bout de faire réüffir en peu
de temps certains projets qui!
luy devoient procurer de
grands avantages . La Dame
luy ayant promis d'employer'
pour leur fuccés tout le credit
qu'elle avoit fur des per
fonnes puiffantes , il redoubla
fon
GALANT. 145
attachement, & fes affiduitez
furent fi fortes , qu'on les foup .
çonna d'eftre mariez fecretement.
Cependant il fe paffa
plus de trois années , fans qu'
on vift le dénouement des ef
perances qui avoient flaté le
Cavalier.C'eftoit toujours un
furcroift d'amour du cofté du
coeur, mais rien n'avançoit du
cofté de la fortune , & enfin la
Dame étant obligée d'aller en
Province , où ce qu'elle avoit
de bien fembloit déperir faute
d'y veiller par elle meſme , elle
refolut de quitter Paris , & de
fe charger des foins qu'elle
Juillet 1696. N
146 MERCURE
&
avoit toûjours negligé de
prendre. Il falloit s'en éloigner
de cinquante lieuës ,
il parut que la ſéparation fuc
tres rude au Cavalier. Quelles
affurances ne luy donnatil
point avant qu'elle s'éloignaft
, qu'il l'aimeroit toujours
avec paffion , & que jamais
il n'aimeroit qu'elle ? Il
la conjura , pour le confoler
de fon abfence , de luy vouloir
bien écrire fouvent , & il vous
eft aifé de juger qu'il n'eut
pas de peine à obtenir ce qui
luy faifoit plaifir à elle- mefme.
Elle partit , il en foupira,
GALANT. 147
mais le long - temps que les
affaires de l'aimable Veuve
devoient l'obliger de paffer
à la Campagne , ayant fait
faire reflexion au Cavalier
qu'il meneroit une vie bien
trifte, s'il foupiroit jufqu'à fon
retour, il crut qu'il eftoit d'un
homme fage , de chercher à
adoucir par d'agreables vifites
le chagrin que luy cauſoit
fon éloignement. Ainfi il fe
plut à voir une Dame , entre
autres , dont le merite n'eftoit
pas moins diftingué que
fa naiffance. Il la trouva d'un
commerce aifé , & les égards
Nij
148 MERCURE
qu'elle luy marqua , luy ayant
donné de l'empreffement
à
venir chez elle , cet empreffe
ment redoubla beaucoup aprés
qu'il fe fut rendu un peu
familier avec fa Fille . C'eftoit
une jeune Blonde , dont la
naiffante beauté ávoit dequoy
faire impreffion
fur les
coeurs les moins diſpoſez à la
tendreffe . Elle eftoit fort enjoüée
, avoit l'efprit délicat &
penetrant, beaucoup de raifon
& de fageffe , quoy que
on peu d'âge la puſt diſpen .
fer
d'en avoir tant , & une
vivacité qui la faiſant briller
GALANT: 149
dans la converſation , luy attiroit
beaucoup de louanges.
Elle joignoit d'ailleurs à mille
agrémens répandus dans ſa
perfonne , une taille fine qui
charmoit tous ceux qui la
voyoient. Auffi le Cavalier ne
put-il résister à tant de charmes.
Il aima la Belle prefque
auffi toft qu'il la vit , & dés la
premiere occafion qu'il trouva
de luy parler fans témoins,
il s'en déclara éperduement
amoureux . La Belle qui n'eftoit
pas Fille à s'accommoder
d'une paffion fiprompte,
luy dịt qu'il alloit bien vîte
N iij
150 MERCURE
& que toure jeune qu'elle
eftoit , elle fçavoit bien que
les proteftations qu'il fe plaifoit
à luy faire , eftoient un
langage ordinaire aux hommes;
qu'elle vouloit bien qu'il
fe divertit , mais qu'il devoit
auffi trouver bon qu'elle écoutaft
comme un conte toutes
les proteftations qu'il luy
faifoit . Le peu de foy qu'ajoûta
la Belleaux difcours du
Cavalier , ne fut point capable
de le rebuter. Il redoubla
fes vifites & les foins , & dés
qu'il pouvoit trouver la Belle
feule , il eftoit à fes genoux
GALANT:
151
à luy jurer un amour qui ne
finiroit jamais. Il luy mar- .
quoit même parfes larmes le
defefpoir qu'elle luy cauſoit,
en ne répondant point à fa
paffion , & il en eftoit ſi fore
aveuglé , qu'il l'euſt épousée
fur l'heure , fans attendre l'imaginaire
fortune dont il fe
flatoit , fi elle euft voulu
confentir. La Belle traita
longtemps de plaifanterie la
conquefte qu'il vouloit luy
perfuader qu'elle avoit faite,
& agiffoit avec luy comme
n'y faifant nulle attention ;
mais enfin connoiffant par fes
Niiij
152 MERCURE
manieres, & par fes tranfports
de paffion , que la chofe eftoit
devenue fort ferieufe , elle le
pria de luy expliquer comment
il accordoit dans fon
coeur l'amour qu'il prétendoit
qu'elle luy euſt inſpiré , avec
celuy qu'il avoit pour l'aimable
Veuve . Il luy répondit
qu'il n'y avoit plus de Veuve
pour luy ; que comme elle
avoit pris fon parti en le quictant
, il fe tenoit dégagé de
ce qu'il pouvoit luy avoir promis
; & pour la convaincre
qu'il ne fongeoit plus à elle ,
il luy apporta toutes les Let,
GALANT. 153 .
tres qu'il en recevoit , & luy
offrit de n'avoir plus avec elle
aucun commerce , pourvû
qu'elle l'affurât de fon amour.
Les Lettres qu'il luy montra,
luy firent connoiftre que la
Veuve eftoit inftruite du nouvel
attachement qu'il avoit
pris. Elle le felicitoit d'avoir
fceu plaire à une jolie perfon
ne , dont le merite eftoit une
preuve de fon bon gouft , &
luy difoit que quand elle
n'auroit pas efté informée de
fes affiduitez , le peu d'empreffement
qu'il avoit à luy
écrire , luy auroit appris qu'il
154 MERCURE
fçavoit remedier aux déplai .
firs de l'abfence ; qu'il faifoit
bien de fe diffiper agreablement
, & qu'elle luy fçavoit
bon gré de chercher toujours
à mener une vie douce . Le
Cavalier crut avoir gagné
beaucoup en faisant voir à la
Belle que la Veuve s'eftoit
apperceuë de fon refroidiffement
, ce qui eftoit une marque
qu'elle commençoit à luy
eftre indifferente . Il ne fe
contenta pas de ce facrifice ,
il voulut y ajoûter celuy d'un
petit Portrait de l'aimable
Veuve qu'il portoit au bras ,
GALANT. 155
& qu'il avoit receu d'elle pour
affurance de l'engagement
qu'elle s'eftoit fait de l'époufer
, fi leur fortune le pouvoit
permettre.Cesfacrifices firent
un effet contraire à ce qu'il avoit
pensé . La Belle ceffa d'eftimer
le Cavalier , & ne fongea
plus qu'à s'en défaire . Le peu
de bien qu'il avoit ne luy permettoit
aucune penſée de mariage.
Elle estoit trop fage
pour fe pardonner un amour
d'amufement , & quand elle
en cuft efté capable , elle ne
pouvoit douter qu'il ne la facrifiaft
à ſon tour à une nou
156 MERCURE
velle paffion , comme il vou
loit luy facrifier la Veuve.
D'ailleurs , les vifites affiduës
ne produifoient rien que de
fâcheux pour fa reputation.
Ainfi la Mere , qu'on blâmoit
de les fouffrir, fe chargea d'en
rompre le cours. Elle dit au
Cavalier qu'eftant Ami de fa
Fille , il devoit chercher tout
ce qui pouvoit fervir à fa g'oire
, & que puifqu'on murmu .
roit de ce qu'il venoit ſi ſouvent
chez elle , elle eftoit perfuadée
qu'il voudroit bien
renoncer en fa faveur à cette
affiduité. Le Cavalier ne put
GALANT. 157
confentir à voir rarement la
perfonne qu'il aimoit . Il refifta
à la mere , & luy parla avec
tant d'emportement , que
s'en tenant offenfée elle rompit
entierement avec luy , &
luy deffendit de la voir jamais.
Il eut béau faire , elle
ne s'adoucit point , & il
chercha inutilement pendant
quinze jours les moyens de
voir la Belle. Il ne le pouvoit
à moins qu'elle ne vouluft
luy donner un rendez vous ,
& pour l'obtenir il luy écrivit
de la maniere du monde la
plus tendre , luy réiterant
158 MERCURE
que fi la Veuve luy faifoit la
moindre peine , elle n'avoit
qu'à parler , & que jamais il
ne la verroit . La Belle , à qui
l'on donna la lettre , refufa
obſtinément d'y faire réponfe
, & le Cavalier en fut fi
piqué qu'il n'eut plus pour
elle les égards qu'il luy devoit .
Il n'en dit rien qui luy puſt
eftre defavantageux , mais il
fit l'indifferent , & cherchant
à fe confoler de l'avanture
avec des perfonnes plus commodes
qu'elle , il répondit à
ceux qui luy en parlérent
qu'il s'eftoit trouvé avec la
GALANT. 159
Belle en de certaines fituations
, qui l'avoient obligé à
dire des
honnefterez qu'on
avoit voulu appeller amour ,
mais qu'il n'avoit cherché
qu'à fe divertir , & que hi toft
qu'il avoit connu que les vifites
mettoient la Mere en mauvaife
humeur contrefa fille , elles
luy tenoient fi peu au coeur
qu'il n'avoit eu aucune peine
a у renoncer. La Belle à qui
l'on conta ce qu'il difoit d'elle
, crut qu'un homme qui en
ufoit d'une maniere fi defobligeante
, ne meritoit pas
qu'elle l'épargnaft. Elle avoit
160 MERCURE
appris l'adreſſe dont il fe fervoit
en écrivant à la Veuve ,
à qui elle envoya l'unique let
tre qu'elle avoit de luy. La
Lettre eftoit fi parlante que
la Veuve fut convaincuë qu'il
l'avoit facrifiée . Elle trouva
pourtant à propos de diffimuler
, & continua toûjours à
luy écrire , feignant de pren
dre pour des veritez tout ce
qu'il voulut luy faire croire
fur cette rupture. Après tout ,
il n'eftoit pas trop blâmable .
Il eftoit jeune . L'abſence affoiblit
l'amour , & une belle
perfonne qu'on voit fouvent
GALANT. 161
doit faire excufer un peu d'infidelité.
Ainfi il n'eut tort que
pour luy - mefme , parce que
s'abandonnant trop à fes plaifirs,
il n'eut pas le foin qu'il
devoit avoir de les affaires , &
negligea bien des chofes qui
auroient contribué à fon établiffement
. L'aimable Veuve
en ufa d'une autre forte . Nonfeulement
elle remit fon bien
en valeur par toutes les peines
qu'elle fe donna, mais elle s'attacha
avec tant d'adreffe auprés
d'un vieil Oncle qui n'avoit
jamais voulu fe marier ,
qu'effant mort un an aprés
Juillet 1696.
O
162 MERCURE
qu'elle fut dans la Province ,
il luy laiffa par fon Teftament
une fomme affez confiderable.
Enfin , elle revint à Paris
, où le Cavalier reprit fes
empreffemens. Elle luy reprocha
d'une maniere fine &
Ipirituelle , fes avantures ga
lantes , qui luy avoient laiffé
fi peu fentir fon éloignement ,
& il fe tira d'affaires en
luy diſant qu'on ne pouvoit
eftre dans le commerce du
monde , fans laiffer échaper
auprés des femmes des chofes
Alateufes qu'elles expliquoient
felon que le coeur
GALANT 163
leur en difoit , & que jamais ,
quelqués douceurs qu'il cuſt
debirées , le fien n'avoit eſté
acoaché qu'à elle feule. La
Veuve n'infifta point là - def
3
fus , mais elle prit fort fon ferieux
fur Ta non chalance à
fe procurer des avantages
dont il avoit un fort grand
befoin Il luy parla de nouveau
des efperances où quel
quelques Amis l'entrete
noient , & elle luy dit de bonne
amitié , que s'il n'agiffoit
plus fortement , & ne fortoit
de fon indolence , le genre de
vie où ils eftoit trop accoutu
}
O ij
164 MERCURE
mé , l'empefcheroit d'arri
ver à rien de folide. Il ne put
ſe vaincre , & continua de rechercher
le plaifir fans aucun
attachement pour les chofes
qui devoient faire fa principale
occupation. Cependant
la Veuve , toûjours pleine de
merite , & dans une fortune
plus abondante qu'elle n'avoit
efté jufques - là , trouva
un party qui luy convenoit.
Elle donna fa parole , & les
conditions eftoient arreſtées
quand le Cavalier en fut averty.
Il fit paroiftre un vifdeſeſpoir
, & crut avoir droit de la
GALANT. 165
traiter d'Infidelle . L'aimable
Veuve luy laiffa jetter fon feu ,
& aprés avoir écouté tous fes
reproches , elle luy montra
pour toute réponſe la Lettre
qu'il avoit écrite à la jeune
Blonde , par laquelle il s'engageoit
à ne plus garder nulle
liaifon avec fa Rivale. Il la
quitta fort confus , n'ayant pas
crû jufques-là , que cette Lettre
euft efté entre fes mains .
Rien ne le pouvoit juftifier
de l'avoir écrite , & le condamnant
foy-melme , il laiffa
achever le mariage auquel il
yoyoit qu'il s'oppoferoit inu166
MERCURE
ny
tilement. Ainfi n'efperant
plus rien de l'amour ny de
la fortune , il embraffa le par
ty que fes Amis luy confeillerent
de prendre , fur l'offre
qui luy fut faite d'un Benefice
qui le mettoit en eftat de
fubfifter tres honneftement.
Il prit le petit collet , & comme
il a beaucoup d'efprit &
d'étude , il peut aller loin s'il
veut s'appliquer à bien remplir
ce nouvel eftat .
Vous m'avez paru touchée
de la mort de Madame la Prefidente
Nicolai , qu'un mal
auffi prompt que violent a
GALANT. 167
enlevée de la terre , au commencement
de fes plus belles
années . Ainfi je croy vous
faire plaifir de vous envoyer
des Vers qui ont efté faits fur
cette mort . Ils font de M' Dader
de Toulouſe.
SUR
ODE
LA MORT
de Madame la Prefidente
Nicolaï.
E Spritfeint , daigner promt
prement
Exaucer mon humble priere,
Eclairez mon entendement
de voftre lumiere.
D'un
rayon
68 MERCURE
2
A me l'accorder auiourd'huy
Voftre gloire vous follicite.
le veux chanter Nicolai ,
Votre plus chere favorite.
S
Avos Loix fidelle en tout temps,
Et de vos faveurs prevenuë ,
Elle a fuivi vos mouvemens ,
Sans iamais vous perdre de veuë .
2
Elle fcent ioindre à la beauté
L'efprit , lagrement , la fazee.
Sa douceur , fon humilitè
S'accordoient avec fa richeſſe.
2
Son coeur charitable & difcret
Parmy l'éclat & l'abondance ,
Trouva l'admirable fecret
De luy faire aimer l'indigence.
Aux
GALANT. 169
2
Aux regles des premiers Chreftiens
Elle s'eftoit accommodée :
Elle poffeda de grands biens
Et n'en fut iamais poffedée.
2 .
Les livres faints & l'oraiſon
Faifoient fes plus cheres délices.
Ses Serviteurs dans fa maifon
L'imitoient en fes exercices.
&
Le meilleur d'entre les Parens ,
Qui pour les fiens touiours s'appli
que,
Prend moins de foin de fes Enfans ,
Qu'elle n'en prit d'un Domestique.
S
Du Ieu , du Bal , de l'Opera
Elle s'interdifoit l'ufage.
Son exemple condamnera
Juillet 1696 . P
170 MERCURE
Ceux qui n'en ont pas le courage,
S
Sans fiel , fans trouble ,fans chagrin.
Zibre de toute inquietude ,
Son falut , fa derniere fin
Faifoient fa principale étude.
2
Elle jouit en ce bas lieu
D'une paix tranquille & profonde.
Son coeur toujours cheri de Dieu ,
Lefut auffi de tout le monde .
2
Que fi les Anges dans les Cieux
Eftoient fufceptibles d'envie ,
Ie dirois que ces envieux.
Ont confpiré contre fa vie,
S
Avec ces Efprits bienbeureux
'Elle avoit tant de reffemblance,
Que laprenantpour l'un d'entr'eux ,
GALANT. 171
On admiroit fon innocence ,
2
Sa vertuplus pure que l'or,
Fit voir , en tous lieux reverée
Que la terre avoit un trefor
Qui n'eftoit dû qu'à l'Empirée.
ශ් රී .
Par l'ordre qui luy fut preferit;
Da Ciel fon ame eftoit fortie,
Et fur les pas de Iefus- Chrift
Elle a regagné la patrie.
2
Sur le point de finir fon fort ,
Bien loin de craindre le naufrage;
Elle vit approcher la mort
Sans jamais changer de viſage.

Grands & petits, triftes Mortels,
Vous qui la viftes dans nos Temples
Chaque jour au pied des Autels,
Pij
172 MERCURE
Reglez vos moeurs furfes exemples.
2
Pour vaincre comme elle a vaincu,
Combattez de la mefme forte.
Vivez ainfi qu'elle a vêcu ,
Et vous mourrez comme elle eft
morte.
EPITAPHE
De Madame la Préfidente
Nicolaï
'On ne vit iamais icy-bas
Tant de Lo vertu, tant de merite.
La Ferre pleure fon trépas ,
Lors que le CCiieell'ss''eenn felicite.
Voicy une Réponſe à la
ettre de M' de *** au fujer
GALANT . 173
de la nouvelle Philofophie de
M' Hartlocker , dont il eſt
parlé dans ma Lettre du mois
de May dernier.
Es remarques que vousfai-
Monfieur ,furles Prin ,
cipes de Phyfique de M¹ Hars.
focker , me paroiffent pour la pluf
part tres -juftes & tres bonnes ;
mais les Eloges que vous donneZ
à cet Auteur mejemblent trop ou -
trez. Si vous trouvez qu'il ait
mieux réuffi que la plupart des
Philofophes dans l explication des
effets de la nature , à la bonne
heure ; mais avec tout cela il a
Pij
174 MERCURE
lieu de craindre que plufieurs perfonnes
voyant bien des chofes nouvelles
dans fa Phyfique & tirées
des nouveaux principes , ne le
condamnent fur celafeul , car que
n'en coúte - t - il pas pourſe dépoüiller
de ſes préjugez , & pour embraffer
des fentimens contraires
ceux que l'on a cru veritables tourefa
vie ? Puifque vous demandez
ce qu'il entend par le mot de Sub-
Stance , je croy vous pouvoir répondre
pour luy que fans doute il
entend par ce mot , ce que tous les
Philofophes
entendent par celuy
de Matiere , dont tous les corps
Senablesfont compofez , & qu'un
GALANT. 175
Phyficien n'a que faire de vouloir
penetrer inutilementfi elle eft créée
ou incréée , fi elle eft finie ou infinie
, fi eftant incréée & infinie ‚·
elle eft Dieu mefme , & que de
cette maniere l'étenduë ne feroit
qu'une des proprietez infinies de
Dieu , comme quelques uns le
veulent , car de tout cela un Phyficien
n'a que faire pour expliquer.
·les effets de la nature , ce qui doir
cftrefafoule vûë.
Ce qu'il a dit de la Subſtance
qui remplit l'Univers ,(çavoir
qu'elle eftfans bornes & fans li
mites , ne vous doit point du tout
furprendre ; car c'eft le fentiment
Piiij.
176 MERCURE
dela plupart des Philofophes &
en effet il femble qu'ony puiffe concevoir
des bornes.
F'approuve entierement ce que
vous trouvez à redire dans lefe
cond Chapitre de ces Principes
où il donne des regles du Mouvement
, qui doivent eſtre le fondement
de de toute la Phyfique, mais
le mal n'est pas grand & le remede
eft aifé.
Ilme
femble que l'on peut prendre
les deux mots de Solide er de
Dur , pour
fynonimes
. Si cela
n'eft pas , ilferafacile defubftituer
le mot de Dur à celuy de Solide,
par tout où il s'eft fervi du mot de
Solide. Je
pourrois
répondre pour
the
GALANT. 177
luy aux objections que vous faites
contre leſeptiéme Chapitre defes
Principes, mais cette réponſe occuperoit
trop de place dans le
Mercure Galant.
Fe fuis fortfurpris que vous
trouvez que l'explication qu'il
donne de flux reflux dé la mer,
ne differe gueres de ce qu'en a dit
M³ Defcartes , car il me paroift
qu'il en a dit toute autre choſe, &
fi vous voulezyfaire attention ,
vous le trouverez ainsi.
Il est vray que vous avezfujtt
de n'eftre pas tout à fait content
des raifons qu'il a données
dans le neuviéme Chapitre , pour178
MERCURE
quoy lors que l'on coupe un Ai
mant de telle forte que le plan de
la fection foit parallele à l'axe ,
chacun de ces deux morceaux doit
à proportion defa grandeur avoir
beaucoup plus de vertu que toute
la pierre n'en avoit avanifa divi .
fion. Mais auffi ce n'est pas unfi
grandgalimatias que vous le dites
car il me paroift que ces raisons dé.
pendent & fuivent affez des raifons
generales qu'il a données
pourquoy l Aimant attire le fer ,
à quoy il femble que vous n'ayez
pas fait affez d'attention .
Il en est de mesme des raifons
de cette autre experience qui fait
GALANT. 179
voir que deux Aiman's ne s'appro
chent pas l'un de l'autre auſſi bien›
&auffifortement qu'un morceau
de fer s'approche d'un Aimant.
Pour ce qui regarde les deux
autres remarques que vousfaites.
fur le neuviéme Chapitre , l'on ne
peut s'en afſurer que par une experience
tres exacte , dont je n'ay
point la commodité.
Vous croyez que la pluyeſeule
ne peut pas fournir aux puits ,
aux fontaines & aux rivieres
principalement dans les Pays où
il pleut rarement ; mais felon le
calcul que quelques - uns en ont
fait , elley peut fournir derefte
180 MERCURE
faites s'il vous plaist reflexion
que quand il commence à pleuvoir
dans ces pays , ily tombe quelquefois
plus d'eau en un jour , qu'il
n'en tombe en un mois entier dans
lespays où ilpleut fouvent.
Vous dites que M Hartfocker
eftnatif de Rotterdam en Hollande
, maisfur cela vous n'avezpas
efté bien informé , car il est d'une
Ville qui eft environ à trois lieues
de Rotterdam.
Vous m'avez marqué qu'
ayant ouïvanter la beauté des
Fontaines de Rome , je vous
obligerois vous & vos Amies,
de vous en faire la defcription .

Fontana nella piazza di
S.Pietro in Vaticano.
10 pi
F.Ertinger.fc:
GALANT. 181
Je veux faire plus encore. Je
les feray graver toutes , pour
fatisfaire vostre curiofité. Je
commencé par celle qui eft
dans la Place de Saint Pierre ,
& vous envoyeray les autres
enfuite , quoy qu'il y en ait
grand nombre , tant dans les
Places publiques que dans les
plus beaux Palais de cette fuperbe
Ville , & des environs ;
mais je ne vous les envoyeray
pas tout de fuite , puifque lors
que l'Hiftoire courante me
fournira des fujets de Planches
, je ne laifferay pas de les
faire graver. J'efpere que vôtre
182 MERCURE
curiofité ne fera pas moins
fatisfaite de ce mélange que
fi je vous donnois de fuite toutes
les Fontaines , dont je vous
envoye aujourd'huy la premiere.
Le
differend qui
partage
depuis fi longtemps
le Carte
fien & le Peripateticien
, n'eft
point encore fini . Voicy une
Réponse du premier à la Lettre
du dernier , inferée dans
la mienne du mois de Mars.
St
Ije voulois juger , Monfieur
, de ma derniere
Lettre , infcrite dans le MerGALANT.
183
cure des mois de Novembre
& de Decembre derniers , par
voftre Réponse inferée dans
celuy du mois de Mars , & ne
confultois fur cela que mon
amour propre , je ferois tenté
d'en porter deux jugemens
entierement oppofez ; car la
fingularité dont vous m'accu →
fez, l'irrite & le bleffe , pendant
que les louanges exceffi .
ves que vous me donnez de
n'avoir rien dit que de jufte &
de bien fuivi , le flatent d'une
maniere tres- agreable . Mais
je renonce volontiers à des
Eloges que je ne merite point
184 MERCURE
pour me mettre à couvert de
vos reproches
, & vous déclareray
d'abord que je n'ay
point prétendu quitter le che
min battu & ordinaire
, pour
avoir la gloire de m'en frayer
un de mon invention ; mais
me rendre feulement
à l'autorité
de la parole de Dieu ,
qui m'a frapé l'efprit dés la
lecture de voftre premiere
Lettre , & dont tout ce que
je vous ay dit fur cela ne me
paroift qu'une fuite naturelle.
Je ne veux encore , мonfieur
, que la définition que
GALANT. 185
glorification de

vous donnez vous- même , de
ce que vous entendez par Foy
implicite , pour eftre affuré
que vostre propofition fur le
temps de la
l'Ame de Jelus Chrift n'eft
pas de cette qualité. Car vous
dites que la Foy implicite eft
celle qui regarde une infinité
de faits contenus dans l'Ecriture
, & certaines déterminations
de Conciles , dont le
commun des Chreftiens n'eft
pas obligé d'eftre inſtruit . Or
felon vous même , aucun
Concile n'a déterminé que
l'Ame de J. C. ait efté heureu
Fuilles 1696.
Q
186 MERCURE
de
fe dés le premier moment de
l'Union hypoftatique avec le
Verbe divin : & vous n'avez
pûrapporter aucunpaffage
l'Ecriture , qui établiſſe cette
propofition . Vous trouverez
donc bon , Monfieur , que
je ne fois pas perfuadé , que
cette propofition foit plus de
foy implicite qu'explicite , det
la maniere même dont vous
l'expliquez , puis que la mienne
n'a pû meriter voftre approbation.
Mais vous reconnoiffez fi
bien , que cette propofition
n'eft point du tout de foy, que.
GALANT. 187.
T
dans le defefpoir de ne l'avoir
pû prouver , pour ne pas faire
paroiftre , que vous lâchez
pied fur cela , & que vous
abandonnez vous-même voftre
définition , vous tâchez,
de vous couvrir d'un Gros de
Scholaftiques , & voulant me
faire paffer leur opinion pour
la Tradition des Peres , & le
confentement general des
Docteurs , qui doit fervir de
régle aux Decrets des Conciles
, par là , dites-vous , cette
verité eft déja décidée ; tout
le monde Chreftien luyaten
dant le témoignage neceffai-
Qij
188 MERCURE
re pour la rendre de foy par
l'uniformité & la generalité
de fon fuffrage. C'eft à dire ,
en un mot , fi cette propofition
n'eft pas encore de foy,
elle eft au moins dans la dif
pofition la plus prochaine
pour le devenir. Vous voyez
bien , Monfieur , que cela ne
veut dire autre chofe en bon
François , qu'une opinion un
peu plus commune , qui ne
pourroit estre au plus que de
foy humaine , & qui n'ay pas
l'autorité d'affujettir les efprics
.
Car je ne croy pas , MonGALANT.
189
fteur , que la Dialectique d'Ariftote
, dont les Scholaftiques
ont voulu fortifier l'ancienne
Theologie des Peres , luy air
donné plus d'autorité ; & l'on
a blâme avec raiſon un Theologien
Italien de ce fiecle , de
s'eftre laiffé fi fort entefter de
ce Philofophe Payen , juſqu'à
avoir dit que nous luy eſtions
redevables de plufieurs arti
eles de Foy .
Vous pouvez voir le Traité
qu'a fait M' de Launay , de
diverfa Ariftotelisfortuna , pour
en porter un jugement plus
feur . Pour moy, je fuis per190
MERCURE
fuadé qu'il n'y a que l'autorité .
divine qui puiffe captiver les
efprits fous le joug de la Foy,
& que fans rien perdre du
reſpect qui eft dû aux Doc-
Scholaftiques , à caufe teurs
de leur doctrine , & de la
fainteté de quelques - uns
d'entre eux , il eft permis à
tous les Particuliers , dans les
chofes non décidées par l'Eglife
, de propofer leurs opi
nions , quelque fingulieres
qu'elles puiffent paroiftre ,
pourvû que ceux qui les propofent
, le faffent avec la fou .
miffion qu'ils doivent à leurs
GALANT. 19t
Superiers , & je crois avoir eu
d'autant plus de raifon de
le faire au fujet de noftre
er
queftion , qu'elle me paroift
décidée par le paffage de l'Ecriture
que je vous ay propofé
d'abord, Nonne hæc oportuit
pati Chriftum , és ita intrare
in gloriamfuam? Ce n'eft pas
même icy , comme les endroits
de l'Ancien & du Nouveau
Teftament , où le Saint
Esprit s'eft contenté d'em.
prunter l'organe & la Plume
de l'homme. Mais c'eſt J. C.
c'eſt à dire Dieu-même qui
nous parle en cet endroits
2
192 MERCURE
& la chofe luy a paru fi importante
, qu'il l'a repetée
juſqu'à deux fois dans le même
chapitre de Saint Luc ;
car non content de s'en eftre
expliqué aux deux Difciples
quialloient à Emmaüs le jour
même de fa Reſurrection
pour ránimer leur foy , qui
s'eftcit éteinte à la veuë de
fes fouffrances & de fa Mort ,
aprés leur avoir reproché
amoureufement leur ignorance
& leur foibleffe , nonobftant
ce que Moyfe , & tous
les Prophetes avoient dit de
luy, & qu'il leur avoit dit luymême
GALANT. 193
même tant de fois avant fa
Mort , comme une choſe arreftée
dans les Decrets éter.
nels . Le foir de ce mêmejour
s'eſtant preſenté au milieu de
les Difciples , & aprés avoir
appaifé le trouble que fa vûë
miraculeufe & inopinée leur
caufa , il leur dit : Hæcfunt
verba
qua
locutus fum apud vos ,
cùm adhuc effem vobifcum , quo
niam neceffe eft impleri omnia
quæ fcripta funt in Lege Moyfis
& Prophetis , & Pfalmis , tunc,
aperuit illis fenfum , ut intellige
rentfcripturas , & dixit eis , quoniam
ficfcriptum eft , &fic opor-
Juillet 1696.
R
194 MERCURE
tebat Chriftum pati , &refurgere
à mortuis tertia die , & c . Cela
fuppofé , Monfieur , devonsnous
préferer l'opinion de
tant de Docteurs qu'il vous
plaira , aux confequences
naturelles
& litterales du témoi
ge de la verité même ?
Mais je ne prétens point
par là b'âmer cette opinion ,
non plus que la voftre , ny
m'ériger en Juge de
grands Hommes , fi élevez
au deffus de moy en tant de
manieres , puis qu'elle n'eſt
née que de la grande idée
qu'ils avoient de l'Hommeces
GALANT. 195
4
Dieu , dont les deux natures
le devant communiquer toutes
leurs proprietez pour en
faire une Union parfaite , ils
ont crû ne les pouvoir feparer
pour aucun temps , ce
qu'ils auroient fait fans doute
, s'ils avoient penfé dans ce
temps- là à fes fouffrances &
à fes ignominies , & qu'envifageant
tous les differens
états du Sauveur , ils euffent
voulu traiter ce Point ex pro
feffo & à fonds , & concilier
fur cela tous les Paffages de
l'Ecriture . Si donc ils les avoient
difcutez , il n'eft pas
Rij
196 MERCURE
à croire qu'ils euſſent oublié ;
ce paffage , Oportuit Christum
pati , & c. & en ayant trouvé ,
la folution , il eft certain que
les ayant examinez comme
vous avez fait avec beaucoup
de foin , vous ne manqueriez
pas de la rapporter , fuppofé
que nonobftant ce paffage ils
euffent perfifté dans leur fentiment.
a
Quant à ce que vous dites
que j'explique mal ce dire,
vulgaire , que J. C. eftoir
tout enſemble Viator & Com .
prehenfor , appliquant le premier
à J. C. Homme , & le & le
GALANT. 197
fecond à J. C. Dieu , par la
raiſon qu'on n'a jamais douté
que J. C.comme Dieu , ne
fuft neceffairement heureux,
& que le mot , Comprehenfor,
marque plûroft la poffeffion
d'un bien merité & remporté
par violence , que deu naturellement
& acquis fans travail
& fans effort ; je vous di
ray que le doute qui peut
naiftre de cette propofition ,
ne tombe pas plûtoft fur le
terme de Comprehenfor, que fur
celui de Viator; mais qu'il vient
uniquement de la liaifon de
ces deux termes oppofez qui
Riij
198 MERCURE
paroiffent inalliables dans un
même fujet , & dans une même
perfonne ; car comme on
ne peut point comprendre
que J. C. comme Dieu , puft
en même temps eftre heu
reux , & acquerir de nouveau
cette même felicité qu'il n'a
jamais pû perdre , il eft aufli
difficile de penetrer
, que
comme Homme il ait pû
acquerir par tous les travaux
de la vie voyagere , ce que
vous voulez qui luy fuft acquis
dés le moment de fon
union hypoftatique, puis que
c'eft admettre l'eftre & le non
GALANT. 199
eftre dans le même fujet,
eodem refpectu Ainfi rien n'eſt
plus naturel que d'entendre
ces contrarietez , diverfo refpectu
, parce que l'union hypostatique
qui s'est faite en
JC. par celle de deux natures
fi oppofées , ne peut qu'elle
ne renferme un amas de contrarietez
, qui fait attribuer
au Tout qui en eft compofé,
tous les attributs & proprie
tez differentes des deux parties
qui le compofent.
Et quoy qu'à parler exactement
le mot de Comprehenfor
foit moins propre en l'attri
R iiij
200 MERCURE
buant à la Divinité qu'à l'Humanité
, vous fçavez , Monfieur
, mieux que moy , que
les termes mêmes qui compofent
l'Ecriture- Sainte , ne
font pas tous dans l'exactitude
philofophique , non plus
que ceux qui compofent le
langage ordinaire . Ainfi par
ce dire vulgaire on a plus
fongé à faire fentir l'Antithefe
qui fe trouve dans l'opipofition
de ces deux termes ,
Viator & Comprehenfor , qu'à
les rendre aufli propres l'un
que l'autre dans leur application.
Nous ne voyons que
GALANT: 201
trop de ces expreffions impropres
dans l'Ecriture - Sainte
, lefquels iroient même jufqu'à
bleffer le refpect dû à la
Divinité , fi l'on les prenoit
litteralement
& à la rigueur ,
témoin cet endroit , Paniter
me feciffe hominem , quoy que
Dieu foit immuable , & autant
incapable de faute que
repentir . Et cet endroit de
Saint Paul , Exinanivit femitipfum
, qui ne peut point convenir
à l'Eftre immuable , &
qui s'est défini luy - même ,
Egofum qui fum , fi nous ne
l'expliquons par ces termes
202 MERCURE
fuivans ,formam fervi accipiens ,
fa Divinité couverte de l'Hu .
manité femblant comme aneantie
par la disproportion
infinie de l'une & de l'autre .
Dans le Symbole même du
Concile de Nicée , quoy qu'-
on tâche dans ces endroits
d'y expliquer les miſteres de
la Foy avec toute l'exactitude
poffible , on n'a pas laiflé d'y
employer une de ces expreffions
figurées , tirées de l'Ecriture
, Qui propter nos homines
& propter noftram falutem defcendit
de cælis ; quoy qu'il ne
foit point vrai , parlant exaGALANT:
203
&tement & à la rigueur , que
la feconde Perfonne de la
Sainte Trinité , le Verbe Divin
, en s'incarnant , ait ceffé
d'eftre au Ciel , & ait rien per
du de fa gloire , ny de l'immenfité
de fon Eftre ; mais
cette defcente du Ciel , s'en
tend dans le même fens que
fon aneantiffement
. Il n'eft
donc point extraordinaire
que le mot de Comprehenfor,
puiffe eftre appliqué à la Di.
vinité de J. C.
Et fi nonobftant ces raifons
, yous voulez qu'il ne
puiffe eftre appliqué qu'à
204 MERCURE
l'Humanité , il faut que vous
vous reduifiez à entendre ce
mot , Comprehenfor , fuivant la
diftinction que je vous en ay
faite dans ma Lettre précedente
, & que vous ne l'étendiez
pas jufques à la joüiffance,
qu'il ne s'eft acquiſe qu'au
moment que fa fonction de
Viator a ceffé.
Car de dire que cette joüiffance
a efté anticipée en luy ,
qu'il l'a eue avant que de l'avoir
meritée , & qu'avant le
combat & la victoire , il a eu
pour luy fecretement tout
l'avantage réel du triomphe ,
GALANT. 205
dont il a feulement differé la
ceremonie aux jours de fa .
Refurrection & de fon Afcenfion
; fi en cela il vous paroift
y avoir plus de diftinction &
de grandeur , il y paroiſt auffi
moins d'humilité & d'amour,
qui font les deux vertus domi
nantes de fon Incarnation ,
ce miftere tout entier n'étant
qu'humilité & charité ; humi
lité envers Dieu , charité envers
les hommes. C'eft la raifon
pour laquelle , ſur la
ftion de fçavoir, s'il n'eut pas
efté plus convenable que
Dieu cuft empèché le peché
que206
MERCURE
du premier homme, dont par
fa prefcience il voyoit toutes
les fuites , que de l'avoir
permis pour n'en reparer qu '
une partie des fuites , & par
des voyes
fi difficiles , & fi
peu rapportantes à la grandeur
; on a toujours répondu ,
qu'outre cette raifon genera-
Je , que la Sageffe même n'avoit
pû choifir que la voye
qui eftoit abfolument la meilleure
, on n'auroit jamais pû
fe perfuader , fans l'Incarnation
, que l'amour de Dieu
pour les hommes euft efté
auffi loin . En effet , jamais.
GALANT
207
l'idée de l'homme , qui s'eft
fait de faux Dieux par fon
imagination , n'a pû penſer à
leur attribuer une telle bonté
; car l'Eltre infiniment parfat
ne pouvant s'élever en
grandeur , ny en luy-même ,
ny par la production des créa
tures , il s'eft , pour ainsi dire,
furpaffé en defcendant
juf
qu'au neant de l'homme , &
élevant ce même homme juf
qu'à Dieu . C'eft
pourquoy
l'Eglife s'écrie : Ofoelix culpa !
que tantum ac talem meruit habere
Redemptorem. O certe neceffarium
Ada peccatum , quod
208 MERCURE
Chrifti morte deletum eft.
Vous avez eu railon , Monfieur
, de propoſer fimplement
les paffages de l'Ecriture
, dont vous parlez dans la
fuite de voftre Lettre , & de
ne vous y point arrefter comme
à des endroits décififs de
noftre queſtion ; car cet endroit
, Beatum faciet eum in terra,
fans application au temps
de la vie voyagere de J. C.
plûtoft qu'à celuy qui a fuivi
fa Refurrection juſqu'à fon
Afcenfion ; ou même à celuy
qui a fuivi la miſſion du Saint
Efprit , & qui durera juſqu'à
GALANT. 209
la confommation des fiecles ,
par la beatification continuelle
de ces Elus qui com.
pofent fon Corps miftique,
il n'y a pas de raifon de le
refraindre àa ce premier
temps , fi l'on ne l'entend ,
comme je l'ay déja dit , au
même fens des huit Beatitudes
: Beati qui lugent .
Pour celuy- cy , Nemo afcen-.
dit in coelum , nifi qui defcendit de
cælo , Filius hominis qui eft in.
coelo , il ne fe peut entendre
que de la Divinité de J. C.
qui certainement comme
homme n'eftoit point au Ciel.
Fuillet 1696 .
S
210 MERCURE
lors qu'il tenoit ce difcours à
Nicodeme , en S. Luc ch . 3 ..
v. 23. car J. Ch. qui comme
Dieu aparu defcendre du Ciel
par fon Incarnation , fans
pourtant ceffer d'eftre au
Ciel , qui eft in calo , n'y eſt
monté réellement comme
Homme , qu'aprés fa Morc
& fa Refurrection , perfonne
n'ayant encore foutenu que
fon Ame , tant qu'elle a efté
unie à fon Corps , l'ait jamais
quitté fans mourir , pour ſe
faire des afcenfions fpirituelles
par anticipation .
Ubi egofum, illic & miniſter
GALANT. 211
meus erit , ne veut point dire
que J. C. joüifloit déja de la
Beatitude , & comme Homme
, & comme Dieu ; mais
que la même gloire dont il
joüiffoit déja comme Dieu ,
faifoit la felicité de fes Difciples
, comme elle faifoit la
fienne propre comme homme.
Que fi vous ne voulez
point que ce mot , Ego fum ,
fe puiffe reduire en futur par
rapport à J. C. homme , fuivant
le langage des Prophetes,
qui parlent ordinairement
des chofes futures comme
prefentes , parce qu'en
Sij
212 MERCURE
cet endroit J. C. employe le
preſent par rapport à luy , &
le futur par rapport à ſes Difciples
, il a pû encore dire ,
ubi ego fum, de la place qui luy
appartenoit de droit , & qui
luy eftoit deſtinée comme
Meffie , quoy qu'il n'en fuft
pas encore dans une joüiffance
actuelle , comme Dieu a
fait dire de luy bien des fiecles
auparavant par l'organe
du Roy Prophete , Dixit Do
minus Domino meo , fede à dextris
meis , donec ponam inimicos
tuos fcabellum pedum tuorum ,
qui eft la place que J. C.
GALANT.
213
donnera luy méme à fes Elus , .
lors qu'au jour de fon Jugement
il les feparera des Reprouvez
, plaçant les uns à ſa
droite , & les autres à la gauche
, fe fervant de la même
expreffion figurée , pour marquer
que le bonheur du Chef
& des Membres fera le même
à proportion , puis qu'il con .
fiftera dans la poffeffion du
mème Dieu.
Quant au paffage du premier
chapitre de Saint Jean ,
Vidimus gloriam ejus quafi Unigeniti
à Patre plenum gratiæ&
veritatis , comme vous conve214
MERCURE
nez vous -même , que la gloire
dont cet Apoftre bien - aimé
entend parler , n'eft autre que
celle qui luy avoit paru fur le
Tabor , lors de la Transfigu
ration de fon Maiftre , de laquelle
vous aviez déja tiré
une induction par voſtre précedente
Lettre , vous trouverez
bon , que pour éviter
la repetition , je vous renvoye
à la réponſe que j'y ay
faite , & que je dife feulement
icy en paffant , que les termes
de Saint Jean , Vidimus gloriam
ejus , font déterminez par les
termes fuivans , au rejailliffeGALANT.
215
ment qui s'eftoit fait fur fon
Corps , & tout fon exterieur ,
de la gloire qu'il avoit comme
Dieu , gloriam quafi unige.
niti à Patre.
Mais il y a encore ces mots ,
Plenum gratia & veritatis ; &
cet Apoftte , dites - vous , pouvoit-
il avoir vû J. C. plein de
grace & de verité , dont la
plenitude comprend la claire
vifion de Dieu , qui eft la Verité
, fans avoir vû en luy la
confommation de la grace ,
qui eft la Gloire ? A quoy je
vous répons , que la plenitude
de la grace emporte bien avec
216 MERCURE
de
foy la certitude de la Gloire ,
maisnon lajoüiffance actuelle
&perpetuelle; car il faut diftinguer
la plenitude de grace où
a efte J. C. Homme, felon fes.
differens eftats . Dans fon état
Voyageur , & fur tout dans
le temps de fes fouffrances ,
il a efté plein de grace , fans
neanmoins jouir pour lors
actuellement de la Gloire ,
parce que cet eftat auroit efté
incompatible avec les fouffrances
, comme vous l'avez
dit vous - même dans voftre
premiere Lettre ; mais il eftoit
dans une affurance entiere
de
GALANT: 217
par
de poffeder la gloire , qui
s'augmentoit , pour ainfi dire,
les approches de fa Mort,
qui eftoit la voye que la Providence
divine , & fa charité
pour les hommes , avoient
choifie pourly conduire , c'eft
pourquoy il difoit à fes Apo
ftres la veille de fa Mort, C'est
maintenant que le Fils de l'Homme
va eftre glorifié . Ce n'eft
donc qu'aprés fa Refurrection
qu'eftant parvenu à un autre
eftat , la grace a receu la confommation
de fa plenitnde
par une glorification entiere ;
il n'a donc manqué aucun
Juillet 1696.
T
218 MERCURE
degré de grace à J. C. ayanc
cu la plenitude &la confommation
de celles de tous les
cftars où il a paffé ; & il ne
laiffe pas d'y avoir une tres
grande difference entre la
fienne & celle de la Bienheu-
1eufe Vierge fa Mere , de fon
faine Precurfeur , du Prophe
te Jeremie,& de les Apoftres,
autant qu'il y en peut avoir
entre la fource & le ruiffeau ,
entre le Soleil & fes rayons ,
puis que la grace de la Sainte
Vierge ne vient que de ce qu'
elle a efté choisie pour eftre fa
Mere ,& qu'elle a porté dans
3
GALANT: 219
fon fein cette fourcede toutes
les graces. Celle de S. Jean
Baptifte ne luy fut auffi accordée
par avance , que parce
qu'ayant efté choifi pour annoncer
for Avenement aux
hommes , il eftoit bien convenable
qu'il fuft auffi diſtingué
parune ſaintetéavancée;
auffi -bien que le faint Prophete
Jeremie , dont les fouffrances
l'ont rendu dans le
temps de l'ancienne Loy une
des plus belles figures du Sau
veur. Pour fes Apoftres , ils
n'ont efté confirmez en grace
, comme vous remarquez
Tij
220 MERCURE
fort bien , qu'aprés la deſcente
du Saint Efprit ; la qualité
d'Apoftre n'ayant point efté
auparavant une affurance de
fainteté, puis qu'un d'entre,
eux fur affez lâche pour trahir
fon divin Maistre ; que ce
luy qui marquoit avoir plus
de zele pour luy , le renia , &
tous enfemble furent affez
foibles pour l'abandonner
lors qu'il tomba entre les.
mains des Juifs.
Lors donc que le Pfalmifte
dit de J. C. Unxit te Deus tuus
oleo lætitia pra conforibus tuis ',
il ne marque autre chofe par
GALANT 221
cette onction , quife donnoit
ordinairement à trois fortes
de perfonnes , aux Rois , aux
Prophetes , & aux Prestres ,
finon qu'il devoit remplir ces
trois fonctions d'une maniere
bien élevée au deffus de ceux
qui les avoient euës avant
luy ; eftant le Roy des coeurs
& des efprits , le Roy du Ciel
& de la terre , le Roy des Rois,
qui s'est fait & fe fera admi
ter par tous les autres , par des
hommages forcez ou volontaires
, eftant le Prophete uni
que , dont tous les autres
n'ont efté infpirez de Dieu
Tiij
222 MERCURE
que pour le figurer & annon
cer la venue le Pontife des
biens futurs , comme dit Saint
Paul , le Saint des Saints
2*
qui par fon Sang a réconcilié
les hommes avec Dieu , &
leur a ouvert l'entrée du
Ciel , le Preftre Eternel , non
felon l'Ordre d'Aaron , dont
la race devoir finir , mais felon
l'Ordre de Melchifedec ;
eftant le feul dont on peut
dire qu'il eft la Voye , la Verité
& la Vie ; en un mot, noftre
unique Mediateur , l'Agneau
de Dieu égorgé pour le
falut du monde , enfin , le
GALANT. 223
Preftre & la Victime tout enſemble
, & le Dieu auquel elle
eft offerte.
Mais lors que Saint Jean
dit , Vidimus gloriam ejus , com
me la gloire dont J. C. joüiffoit
comme Dieu , ne pou
voit point eftre vûë des yeux
du corps , il faut , dites -vous ,
que ce foit la gloire , dont
fon Ame jouiffoit deja .
A quoy je vous répondray,
que quand l'Ame de J.C.euſt
deflors jouy de la gloire , les
yeux corporels & encore
charnels des Apoftres , qui
même alors n'eftoient pas en
T iiij
224 MERCURE
core confirmez en grace ,
n'eftoient pas plus capables
de voir la gloire dont auroit
jouy l'Ame de J. C. qui devoit
eftre toute fpirituelle . Mais
vous fçavez bien , Monfieur,
comme j'ay eu l'honneur de
vous le faire remarquer dans
ma Lettre précedente , que
cette gloire n'eftoit qu'un
fimple rejailliffement de la
gloire divine de J. C.fur fon
Corps & tout fon exterieur ;
ce qui pouvoit bien a - river ,
fans que fon Ame euſt encore
la vifion claire & parfaite
de Dieu , ayant efté auffi faGALANT.
225
cile à Dieu de répandre la
gloire de fa Divinité feule.
ment fur fon Corps & à l'exterieur
, qu'il luy a eſté de
conferver aprés la Mort l'u
nion de la Divinité avec fon
Corps , quoy que ſeul & ſeparé
de fon Ame Il n'en eft
pas de même des corps des
Bienheureux
, qui n'eftanc
point perfonnellement
unis
à la Divinité , & ne devant
eftre glorifiez que fongtemps
aprés leur ame , ce quine fera
qu'au jour de la Refurrection
generale , à la fin du
monde , c'eſt la raison pour226
MERCURE
quoy Saint Auguftin dit , que
la gloire de leur corps viendra
de leur ame.
Mais je veux qu'à la Tranf
figuration de J. C. fon Ame
ait participé à la gloire , auffibien
que fon Corps ena efté
exterieurement reveftu , puis
que que fon Corps n'a pas
efté pour lors veritablement
glorifié , n'ayant point encore
acquis toutes les qualitez
des corps glorieux . De cette
gloire, qui n'a efté que paffa
gere & feulement fuperficielle
à l'égard du corps , vous
n'en pouvez induire une glo.
GALANT. 227
rification fixe: & invariable
dans l'Ame , telle qu'il a eu
aprés la Reſurrection .
J'ay déja eu l'honneurde vous
faire voir , Monfieur , que ce
pallage , Qui est à Deo vidit Patrem
, doit s'entendre de J. C.
comme Dieu , puis qu'il n'eft
à Deo, proprement que com .
me Dieu.
L'abondance de la matiere
m'oblige à referver juſqu'au
mois prochain la fuite de cette
Lettre. Ainfi je paffe à quel
ques Articles dont je ne puis
differer à vous faire part.
228 MERCURE
M' de la Porte , premier Prefident
du Senat de Nice , a
efté nommé par le Roy à la
Charge de Premier Prefident
du Parlement de Mets , vacante
par la mort de M' de Seve.
Quoy que je vous aye déja
parlé de luy en d'autres occa
fions , j'ay crû qu'en vous re
nouvellant l'idée de fon mel
rite , je vous ferois plaifir de
vous dire quelque chofe de
fes Emplois , & de fa Mailon ,
fuivant le Memoire fidelle
qu'un Gentilhomme de fes
Amis a bien voulu m'en don
ner. M' de la Porte a efté Con .
feiller en la Cour des Aides
GALANT. 229
de Vienne , en la Cour Souveraine
de Breffe , au Parlement
de Mets , & Prefident en la
Chambre des Comptes de
Dauphinë. Pendant l'exerci
ce de ces differentes Chargès
, il a efté honoré de plu-
Leurs Commiffions extraordinaires
du Roy pour le faic
du Domaine de Sa Majefté ,
& au mois de Juin 1692. aprês
la Conquefte de la Ville &
Comté de Nice , le Roy luy
fit l'honneur de le choifir
pour remplir la Charge de
Premier Prefident du Senat ,
où Sa Majefté à reçû des mar-
-sydiv blíɔ a iup
230 MERCURE
ques de fon zele , dans le
mefme temps que le Public
en recevoit de fa droiture , &
de ſon experience en l'adminiftration
de la Justice . 11 eft
de la Province de Dauphiné ,
d'une ancienne nobleffe , &
à l'exemple de fes Anceftres ,
qui ont toûjours pris alliance
en des maifons de qualité , il
a époufé Charlote Chriftine
Servien , Dame de beaucoup
d'efprit & de merite . Elle eft
fille de feu . M le Prefident
Servien , qui eftoit Intendant
de l'Armée du Roy en Italie ,
ávant le Traité de Paix des
Pirenées , & qui a eſté vingtGALANT.
235
huit ans de fuite Ambaffadeur
du Roy en la Cour de Savoye,
Il a fervi dans cet employ ,
non- feulement avec beaucoup
de capacité & de fuccés
, mais avec une grande
& jufte reputation d'honneur
& de probiré. Enfin par
une vertu fans fafte , une pieté
folide , & une charité exemplaire
, il a laiffé une memoire
qui fera, toujours reverée de
ceux quiont pour le veritable
merite , l'estime qui luy eft
dûë. Ileftoit Frere de M'Servien
, miniftre & Secretaire
d'Etat , Surintendant des Finances
, & Chancelier des Or
232 MERCURE
dres du Roy , illuftre par le
Traité de Munſter , & par plufieurs
autres negociations importantes.
L'élevation de fon
efprit , & de fon genie avoit
paru beaucoup au deſſus de
celle de fa fortune. Il eftoir
auffi Frere de François Servien,
Evefque de Bayeux , l'un
des Prelats de fon temps le
plus regulier , & le plus accompli
, & d'Alexandre Servien
, Chevalier de malthe ,
qui fut tué à l'âge de vingtcinq
ans , dans un combat
des Galeres de la Religion ,
contre celles de Bizerte.
GALANT. 233
Le Prix des Sonnets en
Bours rimez , donnez cette
année par Mrs de la Compagnie
des Lanterniftes de Touloufe
, & dont je vous ay fait
part lors qu'ils ont efté propolez
, vient d'éftre donné à
Mademoiſelle de Nouvelon,
Fille de feu M Lheritier ,
Confeiller & Hiftoriographe
du Roy , & Sour Cadette de
Mademoiselle Lheritier , qui
remporta l'année derniere le
même Prix , par le jugement
de la même Compagnie .
Comme il ne le peut que
parmy le grand nombre de
Fuillet 1696 .
V
234 MERCURE
Sonnets qui ont
concouru , il
ne s'en foit trouvéd'excellens
,
lagloirede cette jeune mule en
eft beaucoup plus complete.
Les Vers que vous allez lire
font de faiſon , & dignes du
Pere François l'Ami¸ de la
Doctrine
Chreftienne, qui en
eft l'Auteur.
PRIERE POUR LE ROY .
Sign
Eigneur , qui vois Loüis fur le
char de la gloire ,
Vjer modeftement des droits de la
Victaire ,
Et tout preft à borner fes glorieux
projets ,
Pour dreffer dans l'Europe un trephée
à la Paix ,
GALANT. •
2 : 5
Rens fes jours affurez aux dépens
de nos teftes
Et conferve à la France un Roy fi
genereux.
Qu'il jouiffe longtemps du fruit de
fes conqueftes ,
Qu'il vive , & nous mourrons
heureux.
Mademoiſelle Lheritier ,
dont je viens de vous parler,
fait voir le même zele par
cette autre Priere pour le
Roy .
S
Eigneur, qui de Louis vois le
zele & la foy,
De tes plus doux prefens partage
ce grand Roy.
Sur fon front glorieux fais que la
fanté brille ;
V ij
236 MERCURE
Remplis de tes faveurs fonaugufte
Famille .
Rens ce Prince vaillant vainqueur
de toutes parts ,
Permets que les armes heureuſes ,
Qui briferent cent fois Bataillons
& remparts ,
Se rendent encor plus fameuses .
Tu lis du baut des Cieux dans le
coeur des Humains .
De ce pieux Heros benis tous les
deffeins.
Fais par ta main toute-puiſſante
,
Aprés cent triomphes nouveaux,
Qu'à l'Univers furpris de tant d'exploits
fi beaux ,
Il redonne une Paix charmante.
Ne trouve pas trop de temeritè
Dans toutes ces vaftes demandes ,
Puis que Louis par ta bonté,
GALANT. 237
Nous fait voir des vertus qui font
encor plus grandes .
Pour couronner tes dons , ta grace
doit , Seigneur ,
Le mettre au comble du bonheur.
Il a paru depuis peu de jours
un Livre nouveau d'une grande
utilité. Il a pour titre , Reflexions
fur le ridicule , &fur les
moyens de l'éviter ; & qu'y a - t- il
de plus utile pour chaque Particulier
, que de connoiftre le
ridicule qu'il a , puiſqu'en effet
, il n'y a perfonne qui en
foit exempt , & que tel qui
condamne dans les autres de
grands foibles qu'il y trouve ,
238 MERCURE
s'en trouvera encore de plus
grands , s'il veut bien s'examiner
fans le faire grace? Ce livre
eft divifé en plufieurs Chapitres
qui traitent de differentes
manieres ,fçavoir, del'indifcretion,
de l'affectation
, delalotte
vanité , du mauvais gouft , de
Fimpofture
, de l'elprit chagrin
, de l'impertinence
,
la prévention
, de l'intereſt ,
de la fuffifance , des contretemps
, de la bizarrerie , de la
fauffe delicateffe
, & des bienféances
, & tous ces Chapitres
font comme autant de miroirs
, où chacun pouvant fe
de
GALANT
239
regarder fans eftre vû , a tour
le temps qu'il luy faut pour
bien peler les avertiffemens
qu'on luy donne fur fes deffauts
, & en profiter , fans eftre
obligé d'en rougir qu'avec
luy mefme. La correction
qu'on reçoit en cachette &
fans témoins ne doit point
bleffer les perfonnes raifonnables
, & c'eſt le fruit qu'on
tire de la lecture de cet Ouvrage
, qu'en nous faifant remarquer
le foible que nous
avons , il nous met en eftat de
nous en défaire , fans nous
l'avoir reproché ouverte240
MERCURE
ment . Il eſt de la compofition
de M¹l'Abbé de Bellegarde ,
qui prêcha l'année derniere
au Louvre avec beaucoup de
fuccés le jour de la Fefte de
Saint Louis , devant M's de ,
l'Academie Françoife . Ce livre
le trouve chez le St Jean
Guignard , au Palais , à l'entrée
de la grande Salle, & vous
ne pourrez douter que le ftile
n'en foit tres- net & tresépuré
, quand je vous diray
que fon Auteur nous a donné
depuis peu d'excellentes Reflexions
fur l'élégance & la
politeffe du ftile .
Le
GALANT 241
Le Sieur de Luynes,auffi Libraire
au Palais , commence à
debiter un autre Livre nouveau
, qui a pour titre , Cathe
rine de France , Reine d'Angleterre.
Certe Princeffe , la plus
belle de fon temps , eftoir
Fille du Roy Charles VI, &
époufa Henry V. Roy d'Angleterre
, dont le Mariage
porta à la Monarchie Françoife
le plus rude coup qu
elle ait jamais reffenti. Tous
les évenemens de fa vie font
ramaffez avec beaucoup d'arr
dans cet agreable Ouvrage ,
qui fe lit avec d'autant plus
Juillet 1696 .
a
X
3428 MERCURE
de plaifirqdelrouty eft veritable
. Les fentimens de la
Reine Catherine pour Owen
Tider , Prince de Galles , qu
elle épaula en fecret, aprés la
mort de Henry V. y font dé
crits d'une maniere fort ten
dre. C'eft de cet Owen Tider
qu'elle eut entre autres
Enfans , Edmont , que Henry
VI. fon Fils , fit Comte de
Richemont , & qui aprés la
mort d'Edouard IV . d'E
douard V. & de Richard III .
regna fous le nom de Henry
VII. Cette hiftoire eft tress
bien écrite , & fon ftile aifé
GALANT
243
fait voir que l'Auteur connoiſt
parfaitement toutes les
beautez de noftre Langue.
Lez . de ce mois , M' le mar
quis de Rochechouart épou
fa Mademoiſelle de Curton-
Chabanes. La ceremonie fut
faite par M l'Abbé de Seguenville
Faudoüas ,Docteur
de Sorbonne.Ce mariage s'eft
traité avec beaucoup d'agré
ment de part & d'autre . Auffi
n'en fut-il jamais de mieux
afforti dans toutes les circonftances
, La naiffance des nouveaux
Mariez eft fi illuftre, &
fi connue dans le monde ,
X ij
244 MERCURE
·
qu'il n'eft pas neceffaire
d'entrer
dans une longue
difcuffion
genealogique
pour perfuader
lePublic, que les Maifons
de Rochechouart
& de
Chabanes
ont toujours
tenu
des plus diftinguez
un rang
dans le Royaume
. Je me fou
viens de vous avoir parlé l'année
derniére , dans ma Lettre
du mois de Mars , de la Branche
de M' de Rochechouart
,
en vous apprenant
la mort de
M' le Marquis de la Valette ,
Lieutenant
General des Armées
du Roy. Cette Bran
the fut feparée en 1317. de
GALANT 245
celle de Chandenier , Ainée
de la Maifon de Roche .
chouart, par le mariage d'Antoine
de Rochechouart , Seigneur
de Saint Amand , Chevalier
de l'Ordre du Roy ,
Lieutenant General en la Province
de Languedoc , Chambellan
ordinaire de Sa Majefté
, Gouverneur de Lomagne
& Riviere- Verdun , Capitaine
de cent hommes d'armes
des Ordonnances , avec
Catherine , heritiere de Fau
doüas & de Barbazan , qui par
fon alliance porta à fa pofte .
rité les Armes de France fans
X iij
246 MERCURE
aucune brifure , que le Roy
Charles VII. avoit accordées
au fameux Arnaud - Guillem
de Barbazan , dit le Chevalier
fans reproche , Gouverneur
de Champagne & de Laonois ,
premier Chambellan du même
Roy, General des Armées
de Sa Majesté. Il merita par
fes grandes actions contre les
Anglois , d'eftre enterré à
Saint Denis en France , dans
la Chapelle de Charles V.
fous un tombeau élevé de
cuivre , avec deux Epitaphes,
qui témoignent l'eftime que
la France faifoit de fa nobleffe
a
GALANT 247
& de fa vertu . Antoine de Rochechouart
eftoit fecond Fils
de François de Rocheehouart
, Seigneur de Chandenier
, Gouverneur de Genes
, la Rochelle , & c. Ambaffadeur
pour le Roy en Angleterre
, & de Blanche d'Au
mont . La Branche des Marquis
de Rochechouart Faudoüas
en Guienne , devient
l'Aînée de la Maifon aprés
Mr le Marquis de Chandenier.
C'eft une des mieux alliées
de cette Famille ; & fi
le S' le Laboureur ne nous en
avoit donné une ample Ge
X iiij
248 MERCURE
nealogie dans fes Additions
aux Memoires de Caftelnau ,
& le Sidu Chefne avant luy ,
dans l'Hiftoire genealogique
de Richelieu, à l'occafion du
mariage de Françoife de Rochechouart
- Faudoüas , Dame
de Richelieu , Ayeule maternelle
du Cardinal de Riche .
lieu , je pourrois déduire icy
toutes ces alliances , & vous
montrer que M' le Marquis
de Rochechouart a l'honneur
d'appartenir de fort prés
à Monfieur le Prince , à M
d'Armagnac , Grand Ecuyer
de France , & à tout ce qu'il
GALANTM 249
ya de grandes Maifons dans
leuRoyaume. Je vous diray
feulement qu'il eft Fils unique.
de Jean Roger de Roche
chouart , Marquis de Faus
doüas & de Barbazan, premier
Baron Chreftien de Guienne,
& de Marguerite d'Efpenan,
Fille de Roger , Bomte d'Elpenan
, Lieutenant General
des Armées du Roy , Gou
verneur de Philifbourg , Leucate
, & Pays conquis en Al
lemagne , nommé à l'Ordre
du Saint Elprit , un des plus,
grands hommes de ce fiecle,
& de Paule d'Aftorac de Fontrailles
, Soeur de Louis d'Af
250 MERCURE
torac dernier Marquis de
Fontrailles , dont M de Ro
chechouart eft le feul heritier,
Quant à Mademoiſelle de
Curton , elle est belle & bien
faite , & d'un naturel tresdoux.
Sa naiffance n'eft pas
moins illuftre que celle de
Mr de Rochechouart. Elle
s'appelle Gabrielle Françoife
de Chabanes , Fille de Henry
de Chabanes , Marquis de
Curton , & de Gabrielle de
Monlezun , Petite - fille & Filleule
de François de Monlezun
, Seigneur de Befmaus
Gouverneur de la Baftille ,
*
GALANT. 250
iffu de mafle en mafle des and
ciens Comtes de Pardiac , du
nomd
nom de Monlezun , qui a→
voicat l'honneur de porter
dans leurs titres la qualité de
Par la grace de Dieu. Si je re
montois à l'origine de l'illu
રે
tre Maiſon de Chabanes , je
pourrois vous la faire defcendre
avec les Hiftoriens qui
en ont écrit , des anciens
Comtes de Bigorre , Cadets
de la Maiſon Royale de Na
varre : mais je ne m'arrefteray
pas à toutes ces déductions ,
& je vous diray en gros
que cette grande Famille eft
"
252 MERCURE
R. divifée en trois
en trois Branches prin
cipales . La premiere eft celle
de la Paliffe , qui a donné à la
France ce brave Jacques de
Chabanes II, de ce nom , qui
fous le Regne de Louis XII .
& de François I. fut fait maréchal
de France & General
d'Armée. La feconde Branche
eft celle des Marquis de
Curton , devenue l'Aînée par
l'extinction mafculine de l'autre.
Elle reconnoift pourtige
Gilbert de Chabanes , Baron
de Curton , qui fit bastir ce
grand & magnifique Cha-
Iteau de Madic en
Auvergne,
1
GALANT 253
fejour ordinaire des Marquis
de Curton. Le Roy Louis XL
le fit Senéchal de Guienne &
Gouverneur du Limofin , &
lors qu'en 1469. il créa l'Or
dre de Saint Michel , ille don
na feulement à quinze , tant
Princes du Sang , qu'Officiers
de la Couronne , & autres
grands Seigneurs de France ,
parmylefquels ily en eut deux
de la Maifon de Chabanes
qui en furent honorez , Antoine
de Chabanes , Comte
de Damartin , Grand Maiftre
de France , Chef de la troifiéme
Branche , dont nous
254 MERCURE
parlerons ; & ce Gilbert de
Chabanes , Baron de Curton ,
fon Neveu , qui la continué
en ligne directe & maſculine
la pofterité des Marquis de
Curton , toujours illuftrée
par les premiers Emplois du
Royaume . Ce même Gilbert
eut l'honneur d'epoufer en
fecondes Noces Catherine de
Bourbon , Fille de Jean de
Bourbon II . du nom , Comte
de Vendôme & Prince du
Sang. Ileftoit Fils Puifné de
Jacques de Chabanes , Baron
de Curton & de la Paliffe ,
Capitaine des Gendarmes ,
GALANT
ི དོ
255
Charge qui ne le donnoit en
ce temps- là qu'aux Princes &
aux Officiers de la Couronne,
& qu'il avoit cue par la mort
de fon Frere aîné Eftienne de
Chabanes. Il devint enfuite
Grand- Maistre de France , & il
rendit des fervices fi confiderables
au Roy Charles VII.
contre les Anglois que ce
Prince luy donna par Lettres ,
dattées à Lufignan le 4. Juîn
1451. la Baronnie de Curton ,
érigée aujourd'huy sen Marquifar
, qu'il avoir conquife
fur Louis de Beaumont , Conneftable
de Navarre, qui fou
236 MERCURE
tenoit le parti des Anglois.
Ces Lettres font rapportées
par M le Maiftre , celebre
Avocat au Parlement, dans le
dernier de fes Plaidoyers en
faveur de Henry de Chabanes
, Marquis de Curton , demandeur
en ouverture de
fubftitution . C'est à ce beau
& curieux Plaidoyer que je
renvoyé ceux qui voudront
eftre parfaitement inftruits
de la grandeur de la Maifon
de Chabanes. Ils y verront
F'honneur qu'elle a d'avoir
touché de parenté les derniers
Rois de la Race des
GALANT! 257
Valois , François II , Charles
IX. & Henry IIF. Ce dernier
honora du Collier de l'Ordre
du S. Elprit, dans le Chapitre
tenu en 1583. François de
Chabanes , premier Marquis
de Curton , qui avoit l'honneur
d'eftre fon Parent tresproche
; & depuis le Roy
Henry IV.à qui il avoit auffi
l'honneur d'appartenir , le fit
Lieutenant General en Auvergne,
& ce fut en cette qua
lité qu'il gagna la Bataille
d'Iffoire en 1590.
en 1590. le même jour
que le Roy gagna celle d'Ivry
en Normandie . La trolfiéme
Y
Juillet 1696 .
258 MERCURE
"
Branche de Chabanes eft celle
des Comtes de Damartin,
qui reconnoift pour Chef
Antoine de Chabanes ,Comte
de Damartin , Grand -Maiftre
de France aprés fon Frere
Jacques , Baron de Curtón ,
De cette Branche eft defcendue
par divers degrez feuë
Mademoiſelle , qui en avoit
herité de cette belle Terre
de Saint Fargeau , fi fouvent
fubftituée aux mafles de la
Maifon de Chabanes . Cette
Princeffe , en qualité de pa.
rente de M le Marquis de
Curton d'aujourd'huy,l'affifta
GALANTM 252
fon
Contract de
mariage
avec Gabrielle de Monlezun
de
Chabanes , Marquife de
Rochechouart , dont nous
parlons. Les alliances
& l'amitié
qui étoient depuis long.
temps dans les Maifons
de
Rochechouart
, de Chabanes
& de
Monlezun , n'ont pas
peu contribué au mariage qui
s'eft fi
heureuſement
contra-
Até au gré de toutes ces illu
ftres Familles ..
Les nouvelles venues du
Camp de Tordera en Catalogne
portent que le 18. du
Y ij
260 MERCURÆ
mois paffés , les Ennemis
croyant que nous ferions
fauter les Tours qui font aux
environs & fur quelques hauteurs
proche de Calella , &
que nous nous retirerions enfuite
, s'eftoient affemblez en
grand nombre , dans le deſfein
de nous charger en nous
retirant ; mais ce pofte nous
eftant avantageux , l'on n'en
fortira pas fi - toft . Le même
jour , les Galeres d'Espagne
pafferent à la veuë de Blanes ,
de Malgrat , Pineda & Calella.
Elles furent incommodées de
noftre Canon , qui ne tira
GALANT M2613
pas feulement für elles , mais
fur une hauteur , où il tua
deux Cavaliers & fept Miquelets.
Comme l'on eft certain que
la prife de quelques - unes de
nos Barques chargées de mu
nitions , & qu'on envoyoit de
Roles à l'Armée , vient en
partie de ce que les Habitans
de San Feliu , de Quixols , de
Toffa & de Lioret , n'ont pas
averti que des Galeres d'Ef
pagne avoient paffé , & s'eftoient
mifes derriere un rocher
proche le Port de Bagour,
attendant que nos Cha
262 MERCURE
loupes fortiffent du Port , l'on
a envoyé des ordres à ces qua
tre Communautez , --
- pour
payer la fomme de vingt mille
écus , à peine d'y éftre contraintes
par les loix les plusfeveres
de la guerre.
10
Le
29. & le
30. du même
mois , il ne fe paffa rien de
part & d'autre. Le premier de
celuy- cy , Mile Duc de Vendôme
monta à cheval , accompagné
des Officiers generaux
, de trois cens , tant
Carabiniers , que Cavaliers &
Dragons , de trois cens Gre
nadiers , & de quelques MiGALANT
263.
quelets , & s'alla pofter tour
auprés d'Oftaltic, ayant pouf
fé la grande Garde des Ennemis
jufque dans leurs retranchemens
, d'où ils n'oferent
fortir , fe contentant de tirer
à balle perduë fur nos Troupes
, qui s'eftoient rangées fur
une hauteur. Elles y demeurèrent
encore trois bonnes
heures , attendant les Ennemis
,en cas qu'ils euffent voulu
faire quelqué fortie, à quoy
ils ne fe hazarderent point.
C
On a fceu par differens .
Deferteurs que les Ennemis
font miferables dans leurs
+
264 MERCURE
retranchemens , & que finos
François qui font parmy eux
fe pouvoient tenir certains
qu'on leur pardonnaſt , ils
viendroient en plus grand ,
nombre. Le 2. de ce mois il
en déferta cinquante deux ,
qui allerent tous armez du .
cofté de Gironne . Le l'on
envoya des Billets dans leur .
Camp , pour les affurer de
l'amniftie .
4.
Le Cartel a efté auffi renouvellé
avec les Miquelets
d'Efpagne . Nos Soldats ne
manquent de rien , & ont une
entiere confiance en Monfieur
GALANT 265
fieur le Duc de Vendôme ,
dont on ne peut affez admirer
l'exactitude , la penetration
& la conduite ...
M' l'Archevêque de Paris,
dont la pieté & la vigilance
font connues de tout le mon
de , donne tous les jours de
nouveauxfujets d'admirerfon
zele dans le foin qu'il prend
de fon Troupeau. Il ne s'eft
pas contenté de faire publier
des Ordonnances , pour em
pêcher que les Ecclefiaftiques
relâchez des autres Dio.
ceſes ne trouvent dans l'éten-
Fuillet 1696.
Z.
266 MERCURE
a
duë de celuy de Paris , une
retraites qui leur facilite les
moyens de vivre dans le dére :
glement ; à quoy il aremedié
en défendant à tous les Preftres
Etrangers , tant Seculiers
que Réguliers , d'y faire
aucunes fonctions de leurs
Ordres , fans en avoir obtenu
de luy , ou de fes Vicaires generaux
, la permiffion par é
crit , & de loger ailleurs , autant
qu'ils le pourront , que
dans des Seminaires ou Communautez
reglées . Il a encore
pris toutes les précautions
poffibles , pour ne confier qu'à
GALANT 267
'des Miniftres prudens & fi
delles , le pouvoir que le Sauveur
a laiflé à fon Eglife de
lier & de délier les Pecheurs ;
& pour cela ayant commencé
de faire examiner les Confef
feurs de fon Dioceſe, il a donné
fes ordres pour la concinuation
de cet examen , afin
de s'affarer autant qu'il fe
peut , de la capacité , de la
pieté, & de la fidelité des Pre-
Atres qui exerceront ce faint
Miniftere , perfuadé que ceux
qui parignorance ou par foi
bleffe ne fuivent pas les re
gles que l'Eglife a établies,
The
Zij
268 MERCURE
pour difpofer les ames à la
grace de l'Abfolution
, les
perdent loin de les fanctifier!
en leur donnant une faufle
paix , & commettant
une profanation
injurieufe
à Dieu ;
& funefte pour eux. Ce zelé
Prelat fit encore publier une
nouvelle Ordonnance
le zo! 30.
du mois paffé. Elle eft fur une¸
matiere tres- importante
, puis
qu'elle regarde la préparation
aux faints Ordres . C'eft
en effet un fort grand défordre
de voir des perfonnes
encore
toutes pleines de l'efprit
du Siecle , fans teinture de la
GALANT 269
fcience & des regles de l'E
glife, fans changer de moeurs ,
fans avoir donné aucunes
preuves de la gravité & de la
fainteté que demande la di .
gnité du Sacerdoce , paffer
en un moment d'une vid
toute molle , & quelquefois
même déreglée , aux redou
tables Myfteres , en forte qu'
une même année , & fouveng
moins , les faffe paroiftre ha.
billez en gens de guerre , &
reveftus à l'Autel des habits
Sacerdotaux , pou prêchant
dans les Chaires les Veruez
qu'ils n'ont jamais meditecs,
Z ij
270 MERCURE
& encore moins pratiquées .
Cerabus ne le pouvant évi
ter qu'en examinant avec
grande attention dans un Seminaire
les difpofitions de
ceux qui veulent entrer dans
l'Eftat Ecclefiaftique , M'T'Archevêque
de Paris a ordonné
que tous ceux de fon Diocefe
qui s'y croiront appellez , &
qui afpireront aux Ordres fa
crez , prendront fa permiffion
pour entrer dans l'un des Seminaires
qu'il a nommez
pour cela , & qu'ils y demeu
reront au moins neuf mois
avant le Soufdiaconat , trois
GALANT 270
mois avant le Diaconat , &
trois avant da Poeftrifes pour
demander à Dieu Fefprit Ec
clefiaftique , pour le difpofer
à recevoir la grace de l'Ordination
, & pour fe former aux
divers emplois & fonctions
de leurs Ordres. Quant à ceux
des autres Diocefes , qui fe
prefenteront pour eſtré receus
aux Ordres , ils n'obtiendront
point la permiffion
d'eftre reçûs dans le Dioce
fe de Paris , s'ils n'ont paffé
le même temps dans l'un des
Seminaires de Saint Magloire,
deSaint Sulpice , de S. Nico-
Z iiij
272 MERCURE
las du Chardonner , des Bons-
Enfans , ou de Noftre Dame
des Vertusunckilda Ma
Comme jamais les Prelats
de France n'ont fait obferver
la difcipline Ecclefialtique
avec plus de regularité que
depuis le regne du Roy , M
l'Evêque Comte de Noyon
ne laiffe paffer aucune occafion
de marquer fon zele apo
ftolique , en continuant les
foins qu'il a pris depuis le
commencement de fon Epif
copat de trente- cinq années ,
pendant lefquelles il a tou .
jours travaillé à la perfection
.
GALANT: 273
de fon Clergé canonial & paſtoral
, parodés Statuts generaux
& des Ordonnances particulieres
, conformes aux befoins
de ces deux eftats ; &
comme les jeunes Clercs de
fon Dioceſe font ceux qui
doivent un jour remplir les
Prébendes & les Cures que
poffedent actuellement les
Chanoines & les Paſteurs de

ce même Diocefe , il a cru
devoir leur procurer le bonheur
dont parle le Prophete
Jeremie , de porter dés leur
jeuneffe , & de fe rendre facile
le joug de la difcipline, pour
274 MERCURE
les préferver du malheur de
le traîner lâchement. C'est
dans cette veuë qu'il a fait
publier depuis peu de temps
un Mandement tres utile tou .
chant la conduite des Tonfufurez
& Clercs de fon Diocefe
, qui font chez leurs Parens
ou aux Etudes , en quélque
lieu que cé foite
Voicy le noms des perfonnes
diftinguées de lun & de
FautreSexe , decedées fur la fin
-du mois paſſé, & au commen .
cement de celuy.cy,
Jean- François , Marquis de
Noailles, Lieutenant General
GALANT. 275
pourleRoy en la haute Auver.
gne, & Maréchal de Camp de
fes Armées , decedé en Flan
dre au Service de Sa Majefté
dans fa trente - fixiéme année
& inhumé dans l'Eglife des
Religieufes Chanoineffes de
Sainte Gertrude de Mons . Il
avoit époufé Mademoiſelle
Rouillé, fille de Jean Rouille,
Confeiller d'Etat ordinaire ; &
deMarie de Comans d'Aftrie ,
dont il laiffe deux filles . Hé .
toit fils d'Anne , Duc de
Noailles, Pair de France , Capitaine
des Gardes du Corps
du Roy, Gouverneur des Pro276
MERCURE
vinces de Rouffillon , Con
flans , Rouergue, & des Ville ,
Chateau & Citadelle de Per
pignan , Lieutenant General
pour le Roy en Auvergne ,
decedé le 15. Février 1678. &
de Loüife Boyer , Dame d'Atour
de la feue Reine Mere ,
& Frere d'Anne Jules , Duc de
Noailles , Pair & Maréchal de
France , Capitaine des Gar .
des du Corps du Roy ; de
Louis Antoine de Noailles ,
Pair de France , Archevelque
de Paris de Jacques de Noail
les , Chevalier de Malthe
Grand Bailly de l'Ordre , &
;
GALANT 277
Lieutenant General des Gale-
A
res de France ;
tifte-LouisGe Jean - Bapde
Noailles
, Pair de France , Evefque
& Contre de Chaalons, & de
Loüife Anne de Noailles ,
Epoufe de Henry Charles de
Beaumanoir , Marquis de Lavardin
, Chevalier des Ordres
du Roy & Ambaffadeur Extraordinaire
à Rome . Le Lundi
16. de ce mois , M l'Archevefque
de Paris , fon Frere,
celebra pour luy uneмeffe folemnelle
dans Nôtre Dame ,
où fe trouva un grandnombre
de Seigneurs & de Dames des
278 MERCURE
plus qualifiées.Tous les Curez
de Paris en ont auffi celebré
une dans leur Eglife , chacun
feparément.
Dame Madeleine Blondeau.
Elle eftoit Fille de Gille Blondeau
, Preſident à la Chambre
des Comptes , & Veuve de michel
d'Aligre , Seigneur de
Bois -Landri , Confeiller du
Roy en fes Confeils, Maiſtre
des Requeftes ordinaire de
fon Hoffel , Intendant de la
Generalité de Caën , fils d'Eftienned
Aligre, Chancelier de
France, & petit fils d'Eftienne
d'Aligre auffi Chancelier
GALANT 279
de Franc. Elle à laiffé deux
Enfans , Etienne d'Aligre ,
Maître des Requeſtes , & Gil
le d'Aligre , Confeiller au Parlement.
1
Dame Marguerite de Maugis,
Veuve de Jean Deraudy,
Marquis de faint Diery , Seigneur
de Montplaiſir , Ludeſle
, & Saulignac , Maréchal des
Camps & Armées du Roy.
Le Pere du Bois , Preftre
de l'Oratoire . Il avoit en .
viron foixante huit ans , & il
étoit confiderable par fa Doctrine.
Il a fait l'Hiftoire de l'Eglife
& du Chapitre de noftre
280 MERCURE
Dame de Paris , dont il nous a
déja donné un Volume en Latin
, imprimé à Paris infolio il
ya quelques années.
Milord Guillaume Herbert ,
Duc de Powis , Lord Chambellan
de la maifon duRoy de
la Grand' Bretagne , & Che
valier de la lartiere . Ileft mort
à S. Germain en laye dans une
grande pieté, ayant fait parois
tré jufqu'au dernier moment
de favie une entiere foumif
fion & une fidélité inébranlable
à fon veritable & legiti
me Roy.
Jacqués le Verrier , ancien
GALANT. 281
& celebremAvocat au Parle
ment , & Adminiſtrateur de
Hoftel Dieu de Paris. IE
avoit Epoufé Mademoiselle
Martinet , Fille d'un fameux
Avocat au Parlement , dont il
ne laiffe point d'enfans. Ha
voir environ foixante dix ans,
& laiffe un Frere, René le Ver
rier Docteur de Sorbonne .
Pierre Bizot , ey devant
Chanoine des. Sauveur d'Heriffon
en Bourbonnois . Ileft
mort agéde foixante fix ans , &
avoir une
connoiffance parfaite
des medailles , & princi
palement des modernes. ll
Juillet 1696 .
A a
282 MERCURE
à donné un Volume de celle
de Hollande imprimé à Paris
il y a neuf ans , fous le Titre
d'Hiftoire metallique de Hollande,
demirbiläerkin
Dame Madeleine Colbert ,
Veuve de Claude Pellot, Con .
feiller du Roy en tous les Confeils,
Premier Prefident en fon
Parlement de Rouen , Seigneur
de Port David , Trevieres
, les Deffends , & autres
lieux . Elle eftoit Steur
de Michel Colbert Abbé
$
Chef, & General de l'ordre de
Prémontré ; & avoit épousé en
premieres Noces Eftienne le
GALANT 28
Camus, Surintendant des Bâtimens
des.M. Elle n'a laiffé aacuns
enfans de fes deux Maris.
Michel Lambert , Maiftre de
la mufiqué de la chambre du
Roy, dontles Airs & les compofitions
font recherchées
avec tant d'empreffement.
Mademoiſelle Lambert , fa fille
unique , avoit épousé le fameuxBaptifteLully,
Secretaire
& Surintendant de la mufique
de S. M. Le Roy en donnanc
fa placeàm Collaffe, Maistre de
lamufique de la Chapelle, a dir
qu'il la lui donnoit commeau
meilleur Muficien qu'il puſt
A aij
284 MERCURE
choifir Il y a deux maiſtres de
Mufique de la Chapelle Cleft
M'dela Lande qui a l'autre
place.
Jean le Doux , Docteur de
Sorbonne. Il étoit Prieur &
Chanoine Regulier de Sainte
Croix de la Bretonniere à
Paris. 2
Claude Marie Palatin de Dyo,
Abbé de Mont perrous.Il faifoit
fes Etudes dans le College
de Bourgogne à Paris , où
ileft mort & il eftoit fils de
Noël Eleonor Palatin de Dyo,
Marquis de Montperrous en
Auvergne, Comte de Saligny,
GALANT 285
d'Orme , la Roche , &autres
lieux. $ 6500
Dame Louife Raudot ,
Veuve de Louis - Hercule de
Vauquelin , Marquis d'Hefmainville
, Confeiller du Roy
en fon Grand Confeil , Elle
eftoit Soeur de Jacques Raudot
, Confeiller au Parlement
de Mets , & enfuite en la Cour
des Aides de Paris .
Antoinette de Grimaldi ,
appellée Mademoiſelle de
Valentinois , Fille d'Antoine
de Grimaldi , Duc de Valentinois
, Colonel d'un Regi
ment ,& de Dame Marie de
286 MERCURE
Lorraine d'Armagnac Elle
n'avoit que cinq ans neuf
mois , & quelques jours.
Antoine , Marquis de l'a
Mothe Houdancourt, Sacy ,
le petit Lignier , le petit Angeft
, & autres lieux , Gouver
neurdeCorbie Ileft mort fans
alliance, âgé de foixante & fix
ans. Il eftoit Fils d'Antoine
de la Mothe- Houdancourt,
auffi Gouverneur de Corbie ,
& Grand-Bailly d'Allemagne
en Lorraine & de Madeleine
de Beaujeu. Cer Antoine
eftoit Frere de Philippes de
la Mothe- Houdancourt , MaGALANT.
287
reſchal de France . Mile Mar
quis de la Mothe- Houdancourt
qui vient de mourir
avoit pour Frere Charles
Chevalier de la Mothe , &'
pour Seeurs Marie - Anne de la
Mothe - Houdancourt , qui a
épousé en premieres noces le
Comte de la Suze , & en fe
condes , Charles - Claude de
la Haye Baron de Chaumont,
Ambaſſadeur pour le Roy a
Siam , & Anne - Lucie de la
Mothe - Houdancour , Fille
d'honneur de la feuë Reine ,
mariée à René François , Mar
quis de la Vieuville .
288 MERCURE
M Défita , Confeiller du
Royau Chafteler de Paris . 11
eft decedé fort jeune , & avoit
tous les talens qu'on luy pouvoit
fouhaiter pour le rendre
un Magiftrat accomply. I
eltoit Fils unique de Jacques
Défica , Lieutenant Criminel
de la Ville , Prevoſté , & Vicomté
de Paris .
Dame Marie Girard , Veuve
de Jacques , marquis de
Caftelnau Maréchal de France.
Elle eftoit Fille de Pierre
Girard , S ' de Lefpinay & de
la Buzardiere , Maitre d'Ho
ftel ordinaire du Roy , & elle
avoit
GALANT 289
avoit eu plufieurs enfans , entre
autres , Michel Marquis de
Caftelnau , Gouverneur de
Breft, mortà Utrecht en 1672 .
qui avoit épouſé Marie Foucaut,
Fille aînée de Louis Fou
caut , Comte du Daugnon ,
Marefchal de France , & мarie
- Charlotte de Caftelnau ,
morte en 1694. Epouſe d'Antoine-
Charles Duc de Gramont
, Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy ,
Gouverneur de Bayonne
Pere & Mere de м' le Comte
de Guiche , & de Madame la
Marefchale de Bouflers.
Bb
Juillet 1696.
290 MERCURE
zoJean d'Aurat Doyen des
Auditeurs de la Chambre des
Compresa laiſſe un Gar
con & une Fille , de Dame
Philippe Chaillou fon Epoufe
, morte au mois de mars
dernier. Il eftoit d'une bonne
Famille de Limofin , dont
nous avons cu far la fin du
dernier fiecle , le fameux Poëre
Joannes Auratus , autrement
dit Jean Aurat, ou d'Au
rat , également Içavant en
Grec , en Latin , & en François.
Ce Jean d'Aurat fut Lecceur
du RoyàParis en langue
Grecque, & il fe dêmit de cete
GALANT. 291
Charge ,pour en pourvoir fon
Gendre Nicolas Goulu , dis
Gulonius , homme fort celebre?
Dame Yolande de Goulay.
nes , Veuve de Claude Mar
quis du Chaſtel , & de la Garnache
, Comte de Beauvoir
fur mer,Vicomte deS.Nazare
dont elle n'a point eu d'enfans.
Elle étoit fille de Gabriel :
Marquis de Goulaynes , & de
Claude le Cornulier fa fecon.
de femme , fille de Claude le
Cornulier Sr de la Touche ,
Treforier General des Finances
en Bretagne & de Judith
Fleuriot, & Soeur de Claude le
Bb ij
191 MERCURE
Cornulier , Prefident à mor.
tier au Parlement deBretagne
Madame laмarquife du Chaf
tel qui vient de mourir, avoit
de grands biens qui luy étoient
venus de Louis ,Comte
deGoulaynes fon Frere,qui fe
rendit Jefuite à Paris en l'année
1654 Anne de Goulaynes
fa Soeur a épousé le Marquis
de Rosmadec , dont eft venue
une fille , que M la marquife
du Chatel a élevée auprés
d'elle , & à laquelle elle a fait
de grands avantages en mourant.
Cette mailon de Goulaynes
, qui eft une des meil
GALANT 293
leures de Bretagne
, parte
191
pour armes , mi-parti d'Angle-
.
terre deFrance. Voicile
fujet
d´un privilege
ſi avantageux
de la maniere
qu'on le raporte.
On pretend
qu'un Alfonfe
Seigneur
de Goulaynes
homme
vaillant
, & de grand
jugement
, merita que le Duc
de Bretagne
, fon Seigneur
,
Femployaltà
procurer
la paix
entre le Roy de France
& le
Roy d'Angleterre
reüffit , & qu'ayant
refuſe les
préfens
que le Roy d'Angleterre
luy envoya
, сeмonarque
voulur , pour honorer
fa maiqu'il
Bb iij
294 MERCURE
·
ni ont
fon , que luy & les fucceffeurs
portaffent la moitié de fes ar
mes , ce qui ayant été fceu par
le Roy de France il luy permit
auffi de porter la moitié
de fes armes, depuis
efté toujours portées par les
Seigneurs de Goulaynes . L'on .
ajoûte que le meſme Alfon .
fe , pour marque de fon heu
reule Negotiation , fit graver
aux efcaliers , aux manteaux
de cheminées , & autres lieux
éminens de fon Château , deux
grands AA. chacun couronné
d'une couronne , & unis
par un troifiéme A. plus éles
GALANM 295
vé, avec cerce devile, a cerug
cy , à cettuy là , j'accordeles Cou
ronnestalana
Avant que d'entrer dans la
faire du Journal de Flandre,
dont lecommencement
vous
donna tant de plaifir le mois
paffe , je vais vous faire part
d'une Lettre fort curieufe , qui
vous fera connoiftre avec
beaucoup de netteté la veris
table fituation de nos affaires
en ce pays - là . Cette Lettre eft
écrite par un Officier tres.
intelligent à un homme de
qualité.
Bb iiij
296 MERCURE
ich A Maklem če 20. Juillet .
ce
MONSIEUR.
ONSIEUR.
Si les avantages remportez
fur les Alliez dans les Campagnes
paßées , ont donné lieu d'é
crire de toutes parts le détail de
plufieurs actions , le Camp de
Armée du Rny à Maklem donne
occafion de repeter tousles jours des
avantages , qui ne coutent aux
François que la violence qu'ilsfe
doivent faire pour foutenir une fi
longue tranquillité. Ma derniere
vous a appris , Monfieur , la fi
tuation de cette Armée, vousfai
GALANT 297
fantfouvenir de l'ouverture de la
Campagne passée , en vous par
lant de celle cy mais les faires
Jons de fr granule confequence, que
s'il m'euft efté poffible de vous en
parler avant leur évenement ,
vous euffiez dit fans le croire ,
qu'il eftoit aise de s'en flater, &
que le temps vous l'apprendroit.
En effet , Monfieur, s'ilfalloit la
penetration d'un General pour
connoiftre quecette démarche pou
voit rendre inutile le deffein des
Ennemis de ce cofté- cy , il falloir
de la foy pour fe perfuader , que
loin de traverfer noftre tranquilli
té, ils feroient obligez de chercher
I
298 MERCURE
la leur derriere un Canal fortifié
d'un bon retranchement , poury
vivre avec plus de feurelé , mais
commece n'eftoit pas affez d'occu
per ce Camp, & qu'il falloit emi
pefcher les Ennemis de rendre nofre
diligence inutile , M le Ma
refchaldelilleroy alla reconnoiftee
le terrain pour camper la droite
à Gramen , la gauche vers Ca
neghem , erfon quartier à vantreghem
, & cela en cas que les
Ennemis débouchaßent en quelque
endroit du Canal de Gand à
Bruges. Il a fait paffer la Lys à
quinze Bataillons & àfept Efca
drons , qui ont leur droite appuyée
THEQUE
DE
GALANT. 299
2
T
fur le ruiffeau , vis à 13de
Zeveren , & leur gauche vers
Gramen fous les ordres de
M'de Reynold. Cette maniere de
feparer des Troupes par une Ri,
viere confiderable a paru irregu
liere à plufieurs qui n'appuyant
pas leurs raifons fur la coutume
ordinaire ,jugent bardiment ,fans
fe mestre en peine de ce qui fais
dire qu'il n'est point de reglefans
exception ; mais , Monfieur , ce
Camp eft couvert d'un Ruiffean
qui venant des bas d'Arfel &
des deffous de Vincks , va paffer
à Zeveren , & tombant dans la
Lys , vis-à- vis Bacthen, formeun
marais par tout , & met par
700 MERCURE
confequent ce corpsborsd étaid'être
attaqué. Je croy que cette précau
tion eft pour eftre plus à portée de
gagner les !
les hauteurs d' Arfel on
cas que les Ennemis paffent le canal
comme j'ay déja dit , & nonfeulement
pour empefcher d'estre.
furpris mais encore pour donner
moyen à l'Armée de paffer la ri
viere , fans eftre obligée à aucune
précipitation. Cette prévoyancs
affure noftre repos , et tous les
mouvemens des Troupes des Al
liez donnent preſentementfi peu
de jalousie , qu'ilfemble qu'on leur
ait ofté tous les moyens d'entreprendre
de ce cofté- cy. Ce Camp
5
GALANTY 301

donne occafion d'éloigner les détachemens
, de manière qu'ils font
toujours àportée de joindre en cas
d'action ; & juſques icy tous ont
efté faits fi à propos , que toutes
leurs feintes ont effe inutiles . Un
pays ouvert libre nous fournit
des fourrages en abondance. La
peine de les aller chercher eft ce
qu'il en coute , puis qu'on ne perd
de chevaux , qu'autant qu'on neglige
les précautions que M² le
Maréchal prend chaque jour de
fourage general. L'on a com.
mencé de fourager par Nazaret,
enfuite vis à vis de Gavre tout ce
qui s'eft trouvé jufques à la demi.
302 MERCURE
portée du Canon d'Oudenarie
les coftez de Gand vers la Lys
jufques à Barle, Landeghem , Ne
acle , sour le pays revenant à
Deinfe les environs de Ganden
tre les deux Rivieres, & le dernier
a cléfait jusques à Anfenende
Saint Denis , qui font à unepetite
demi lieuë de cette grande Ville.
Les vivresfont icy à bon prix,
la commodité de la Lyseftd'un
grand fecours pour la plupart de
nos Convois. Enfin , Monfieur,
nous vivons aux dépens des En .
nemis, noftrefituation les in
quiete. Nous mangeons un pays
où ils prétendoient triompher en
GALANT 208
nous obligeant de manger le noſtre
Nous les avons exclus du champ
de leurs
prétentions . N'eft ce pas
avorgagné une victoire, & n'eft.
cepas eftrefur l'offenfive. J'auray
foin de vous informer de ce qui fe
paffera à l'avenir. Je puis moins
ons éclaircir de ce qui fe fait à
l'Armée de M de Bouflers. Je
feay cependant qu'il est campé,
Jon quartier à Groo , fa droite
à Bioules , fa gauche au
Bois du Roy , e qu'il a fait tirer
un
retranchement depuis ce Bois
jufques à Saint Gerard, dont ce
Village eft entouré, qu'il a trois
ruiffeaux devant luy, & qu'il

304 MERCURE
Occupe la hauteur fuperieures que
Mle Comte de Tallart eft avec
un Corps entre Prefle & Sara
Atache , qu'il a devant luy un
Tuiffeau tres - difficile e escarpé.
Je fuis , &c.
Je paffe à ce que je vous a
promis au commencement
de cet article.
SUITE DU JOURNAL
de l'Arméede M le Maréchal
Ducde Villeroy,
LM
E vingt troifiéme Juin
M' le Maréchal envoya
plufieurs partis du cofté de
Landeghem pour fçavir des
GALANT 305.
nouvelles des Ennemis , qui
nous rapporterent qu'ilsavoient
fait quelque mouve
ment derriere le Canals que
ce n'eftoit que pour s'étendre
le long du mefme Canal , &
pour en mieux garder les approches.
Le 24.notre droite fit un fou
rage du coſté d'Oudenarde
prés les Villages de Moreghem
& Peteghem. Ce fourage fe fit
à demi portée de Canon
d'Oudenarde , doù l'on nous
tira du canon , qui ne nous tua
perfonne, Ce futмideмagalot.
i maréchal de camp de jour,
Cc
Fuillet 1696.
M
306 MERCURE
qui ordonna l'enceinte de ce
fourage, qui fut fi bien exe
cuté, que les Ennemis n'eurent
pas l'avantage de nous
prendre des chevaux.
Le 25. il ne fe paffa rien de
particulier. save, an oli
Le 26. noftre gauche fit un
fourage du cofté de Thielle.
Le 27. il ne fe fit rien .
Le 28. noftre droite fit un
fourage du cofté d'Oudenar.
de. Il n'y eut rien de particu
lier.
Le mefme jour м² d'Artagnan
eut ordre de décam
GALANTM 207
per d'Helchin avec toutes les
troupes qu'il commandoir
pour paſſer l'Eſcaut , & alla
camper à Cerquen , à deux
lieuës plus loin que l'Efcaue
julques à nouvel ordre.
Le 30. il nous arriva quel
ques Defertours des Ennemis
, qui nous dirent qu'ils
croyoient que nous avions
deffein de les attaquer malgré
leurs
retranchemens , & qu'ils
eftoient tres à lerte.
·
Le 1. Juillet noftre gauche
fic un fourage du cofté de
Landeghem & de Barle.
Le mefme jour M' le Ma-
Oc-ij
308 MERCURE
réchal eut avis que les Ennemis avoienti
envoyé un gros détachement , qui avoit .
efté camper fur le glacis de Gand pour
joindre Mf de Baviere. non day ground.
Pendant la nuit du 1. au 2.Juillet , fury
l'avis qui fut donné à M¹ d'Artagnan qui
cftoit campé à Arque , que les Ennemis
qui alloient joindre M de Baviere marchoient
à luy pour l'attaquer dans fon
Camp, il fit rentrer fon Infanterie dans
les lignes ,fous les ordres de M de Cha
roft , & fe retira avec la Cavalerie du
cofté de Tournay. Cette retraite étonna
les Ennemis qui ne trouvérent plus perfonne
.L'on dit que le détachement étoit :
du double plus nombreux que nos Troupes
; ce qui a donné fujet aux Ennemis
de dire , Que les Espions font plus pour ›
nous que pour eux , ayant foin de nous
mieux inftruire de leurs moindres démerches
qquu''iillss ne font inftruits des~
noftres. Il faut auffi dire que noftre General
n'épargne rien pour ce fujer.
1
Lea il ne fe paffa rien de remarquable..
GALANT 309 ༢༠༡
Le 3. noftre droite fie un fourage du
cofté d'Oudenardeştab 2012 ne
Le 4bil nous vint deux Deferteurs dès
Ennemis qui nous apprirent que l'on travailloit
fans ceffe à faire des Redoutes le
long du Canal.
Le son démeura dans l'inaction de
part & d'autre.
Le 6. noftre gauche & le Camp de M
de Reynold , Meftre de Camp , firent un
fourage du cofté de Danterghem , entre
les deux rivieres de Mindel.
entret
Le 7.noftre droite fouragea du côté de
Nafarette. Quelques quartiers des Ennemis
parurent & fe retirérent en même
temps . Il ne fe paffarien . Ce fourage avoit
efté commandé par M Druy, Maréchal de
Camp.
Le mefme jour Mr le Maréchal eut avis. "
que les Ennemis qui eftoient derriere le
Canal ,avoient jetté quantité de Ponts fur
l'Escaut prés de Gand , qu'ils y avoient
fait paffer beaucoup de Troupes , & en
mefme temps fait paffer de l'Infanterie a
310 MERCURE
Markerge , fur trois Ponts , avec des fatcines,
Cela fit croire qu'ils marchoient
à nous ; l'on eftoit preparé à les bien re-
O les ↑ attendit pendant la nuit
du 7. a 8. mais ils fe retirérent le & au
matin. Ce mouvement & d'autres qu'ils
font affez fouvent , ne tendent qu'à tâcher
à nous faire décamper d'icy, parce
que ce Campeft à portée de rompre tou
tes leurs mefures .:
Ce jourM le Maréchal envoya Mt de i
Martheville , Lieutenant Colonel du Re
giment de Villeroy Cavalerie avec 150.
Maiftres , pour apprendre des nouvelles
des Ennemis.
Leg. le détachement de 150. Maiftres
revint, Mr de Martheville nous affura
que les Ennemis eftoient rentrez dans
leur Camp , & qu'ils avoient appris par
des Payfans que les Ennemis trouvoient
les abords de noftre Camp impraticables,
non pas tant à caufe du pays que par les
Troupes qui le compofent , qui ne fou
haitent rien plus que de les joindre ;
GALANTM 31
2005
mais il eft difficile de les aller chercher
de la maniere qu'elles fe font retranchez.
Leto, il n'y eut rien de nouveau. ?
Leit . noftre gauche fit un fourage depuis
Willbeck jufques à Rofebeck , of
l'on avoit mis l'enceinte laiffant la
Mandelle pour couvrir noftre droite , &
la Lys pour couvrit noftre gauche M de
Caraman eftoit de jour.
Leiz noftre droite fit un fourage du
cofté de Nafarette , & Lautat. M. le Duc
de Villeroy eftoit de jour. Le même jour,
M. le Maréchal envoya plufieurs Pattis
du côté de Touroutte & Lootenhulle,.
pour apprendre des nouvelles des Enne
mis .
Le13 . M. le Maréchal eut avis que les
Ennemis avoient fait paffer 4000. hom
mes au deçà du Canal , pour faire des
fafcines prés de Marikerke , qu'ils en
avoient fait plufieurs voyages , & enfuite
fait charger des Bateaux , pour fervir à 1
quelque entreprife.
Le 14. M. le Maréchal dut avis de M.
312 MERCURE
du Montal que les Ennemis avoient def
fein fur Furnes. L'Infanterie qui eftoit:
dans nos Lignes fous les ordres de M.
de Charoft , eut ordre de fe rendre au
Camp de M. de la Motte , à Bouzingue
prés d'Ipres , pour fe jetter dans Furnes ,
ou aux environs , pour prévenir ce def
fein .
Le 15. M. le Maréchal eut avis que le
deffein des Ennemis eftoit avorté du
cofté de Furnes , par la nouvelle qu'ils
onteuë qu'il y avoit 24. Bataillons profts
ale jetter dans la Place.
Le 16. M. le Maréchal fit faire un fourage
general à une demi portée de Canon
de Gand. L'Eſcorte du fourage eftoit
commandée par M. Dalégie , Maréchal
des Camp de jour. L'on occupa le ruif
feau d'Affencus & de Saint Denis , du
cofté de notre droite , noftre gauche
seftant couverte par la Lys . Ce fourage
fe paffa tres- tranquillement , quoy que
les Ennemis fuffent à portée , & en lieu
dentreprendre quelque choſe. M. le
Marechal
GALANT. 313
Maréchal & les Princes s'y trouvérent
ainfi qu'à tous les autres fourages dont
j'ay parlé cy- deffus.
Les Ennemis fe font tenus tranquilles
dans le temps que nous allions les fourager
jufques à leur Camp dans lequel il
femble qu'il n'y ait qui que ce foit . Ainfi
bien loin d'avoir deffein de nous attaquer,
ils fe tiennent tres - fatisfaits de nous
conferver des fourages.
Le 17. au foir M. le Maréchal reçût un
Courrier de la Cour , par lequel il apprit
la Tréve avec Mr le Duc de Savoye ,
Le 18. l'on cut avis que les Ennemis
faifoient de grandes réjouiffances
croyant la Paix faite , & que l'on a fait
des feux de joye à Gand.
Le 19. rien de particulier.
Le 20. il nous arriva quelques Deferteurs
des Ennemis.
Le 21. le fieur Ballay , Lieutenant du
Prevoft , faifant fa tournée autour de nôtre
Camp , fit rencontre d'un Party de 60 .
Fusiliers des Ennemis , qu'il attaqua avec
30. Maiftres , & 12. à 15. Archers. Il y cut
Dd
Juillet 1696.
314 MERCURE
hommes des Ennemis tuez ou bleffez ,
nous filmes quelques Prifonniers . Nous
y avons perdu un Maréchal des Logis .
Cela fe paffa entre d'Anterghem & Arfeelle.
Le 22. la droite fit un fourage du cofté
de Tighem , prés de l'Escaut au deffus
d'Oudenarde , & en mefme temps noſtre
gauche fouragea du cofté de Vincкt . Il
ne fe paffa rien de particulier à ces deux
fourages.
Nous fommes dans l'efperance de demeurer
encore du temps dans ce Campcy
, puifque les Ennemis ne peuvent faire
de mouvemens qui nous obligent à en
décamper . Nous avons encore des fourages
pour y fubfifter pendant 2. mois ſi
nous voulons prendre fur nos derrieres,
L'on peut aller encore à.4... ou s . fourages
en avant.
Difpofition des Ennemis derriere le Canal
de Gand à Oudenarde..
Il y a 20. Bataillons depuis Marikei Ke
jufques à Louendeghem , s. autres Bataillons
à Bellem.
GALANT. 215
Dix autres Bataillons à la Porte
d'Anvers fur le glacis de Ganda

Deux autres Bataillons prés de la
Citadelle .
Toute la Cavalerie eft entre les deux
canaux campée dans les Prairies.
M. de Vaudemont eft logé à Mari-
Kerke.
Nos Armées eftant entrées les premicres
en Campagne , & s'eftant poftées fort
avant dans le Pays ennemy , les Troupes
des Alliez n'ont pu aller au fourrage que
chez eux- mefmes ; de forte qué lors que
M. de Boufflers a fait paffer ſon Armée
entre Sambre & Meufe , le Prince d'Orange
n'a trouvé en avançant vers nous
qu'un Pays mangé , qu'on a bien voulu
luy laiffer , pour paffer entre Sambre &
Meufe , afin d'y trouver un Pays abondant
& de le manger en repos , en couvrant
Dinant & Charleroy . Aprés y avoir
ainfirefté quelque temps , on a crû à propos
de s'y fortifiet , tant parce que l'Armée
du Prince d'Orange augmentoit
Dd ij
316 MERCURE
tous les jours , que pour couvrir la marche
de la noftre , fi on prenoit le party de
paffer la riviere . Ainfi le Prince d'Orange
n'a pû executer aucun des projets qu'il
avoit formez de ce cofté- là , non plus
que de ceux qu'il s'eftoit propofez du
cofté de la mer. Il ne doutoit point qu'il
ne deuft réüffir dans l'un ou dans l'autre.
Il a faitfaire cent mouvemens à fes Troupes
, pour nous donner le change de
T'un ou de l'autre coſté. Il a fait divers
détachemens d'une Armée à l'autre
, qu'il a fait revenir auffi - toft , & nous
en avons fait dans le mefme temps avec
autant de promptitude que fi nos Generaux
euffent efté dans fon Confeil ; depuis
l'ouverture de la Campagne , il n'a
pas plus avancé que le premier jour , M.
deBouflers ayant fait faifir tous les poftes
& défilez avantageux fur les bords de la
Sambre , & M. de Villeroy ayant admirablement
bien couvert tous ceux qui conduifent
à Dunkerque. Pendant qu'on
tenoit ces deux Armées en échec , parce
qu'elles ruinoient & ruinent encore le
GALANT. 317
"
1 "s
peu de pays qu'elles ont , où elles font
refferrées , M. le Marquis d'Harcourt
-s'eft toujours avancé à mesure que le détachement
des Troupes auxiliaires d'Allemagne
a marché , ce qui a fait avorter
de tous coltez les deffeins des Ennemis .
Nous pouvions les menacer & mefme les
battre , puis qu'ils n'ontjamais tenu contre
nous , mefme dans de forts Retranchemens
; mais comme la victoire coute
fouvent beaucoup de fang aux vainqueurs
, le Roy qui aime fes Sujets , s'eft
contenté de voir perir les Ennemis de
mifere , fans qu'il fuft befoin d'expofer
fes Troupes à aucun combat.
Quand je dis perir de mifere , je n'avan
ce rien de trop fort , puis qu'il y a déja
plus de trois femaines , que l'on écrit du
Camp du Prince d'Orange , qu'ilfaudra
quefes Troupes mangent bientoft la terre ,
fielles demeurent encore longtemps dans le
mefme Camp. Cela feroit arrivé fi elles
n'avoient épuifé le fourage fec de leurs
M gafins , ce qui les incommodera pendant
plufieurs années , fi la guerre dure
Dd iij
318 MERCURE
parce qu'il ne leur en reftera point cette
année de vert pour les remplir , au lieu
que nous en avons fait tranfporter beaucoup
à Philippeville.
Les Princes n'ont pas laiffé de le faire
.diftinguer dans l'une & dans l'autre Armée,
quoy qu'il n'y ait point eu de coups
donnez. Il ne s'eft point fait de mouvemens
, que Monfieur le Duc de Chartres
n'air marché , & le peril n'eftant que dans
les fourages , ce Princess'yo eft fouvent
trouvé. Il y a donné des repas qu'on appelle
Alte. Il y avoit fept tables au dernier
, qui furent fervies en chaud , ce qui
ue s'eft jamais fait à aucun fourage. Ces
fept tables en formérent plus de dinquante
fur l'herbe , & il fe trouva des Officiers
pour les fervir toutes . La magnificence
ne peut aller plus loin , que celle des tables
que tiennent Monfieur le Duc du
Maine , & Monfieur le Comte de Tou-
Joufe dans l'Armée de M. de Bouflers.
Leur vigilance n'eft pas moins grande.
Ils allérent peu aprés leur arrivée visiter
ler fortifications de Dinant. Monfieur le .
GALANT.
319
Comte de Toulouſe , comme General de
la Cavalerie , va tous les jours vifiter les
grandes Gardes , & fouvent aprés eltre
revenu chez luy à dix heures du foir ,
ce Prince y retourne à minuit , lors qu'on
ne l'attend pas.
Le 11.de ce mois , Mr de Vendôme av cc
un détachement de Carabiniers ; de
Dragons , de Cavalerie , de Grenadiers
& de Miquelets , fe rendit aux environs
de Calella , de Pineda , & de Malgrat
qu'ilavoit refolu de faire fauter , ce qu'il
fit executer. Ce Prince rencontra au retour
quatre mille Miquelets , quinze
cens hommes de Troupes reglées , &
huit Efcadrons , qui firent d'abord un
feu épouvantable. Cependant Monfieur
de Vendôme les obligea de gagner les
hauteurs des montagnes , pendant que
nos Troupes demeurerent en bataille fur
des monticules pour es attendre ; mais
ils fe contenterent de tirer d'où ils
eftoient. Ils nous tuerent un Carabinier,
& fix oufept , tant Grenadiers que Dragons
de la Reine d'Angleterre . Monfieur
Dd iiij
320 MERCURE
de Vendôme fit pointer deux canons
dont on leur envoya quatre volées , qui
ayant donné fur une troupe poftée entre
des Oliviers , & fur quelque Cavalerie
qui eftoitfur une petite hauteur , les
obligerent de fe retirer, & de nous laiſſer
retourner fans ofer nous faire teſte . Mr
de Vendôme ayant fceu qu'un habitant
'de Calella avoit coupé un fauciffon qui
avoit empêché une tour de fauter , y
envoya M. de Rouffelau , Ingenieur, qui
fit mettre le feu à ce qui reftoit du fautciffon
, quoy que quelques Miquelets fe
fuffent déja emparez de cette Tour.
Vous ferez fans doute bien-aife d'apprendre
qu'il fe fait une Lotterie , à l'aquelle
on peut mettre fon argent avec
confiance , & qui doit eftre exempte de
tout foupçon . Elle eft compofée de
Pierreries de grand prix , lefquelles avec
leur eftimation faite par gens connoi!-
feurs & fidelles , ont efté remifes entre
les mains de Monfeigneur , qui veut bien
luy- même prendre la peine de tirer cette
Lotterie. Voicy un Mémoire qui vous
GALANT.
321
1
t
inftruira de la qualité des Lots .
Premier & gros Lot. Un fil de vingttrois
Perles , qui compofent un des plus
beaux Colliers qu'il y ait dans l'Europe.
cent huit mille livres , cy 108000. I.
2. Lot. Un gros Diamant brillant en
bague , d'une blancheur & d'une netteté
parfaite , dix- fept mille livres , cy 17000. 1 .
3 , Lot. Dix- huit boutons & dix- huit
boutonnieres de Diamans brillans , quatorze
mille livres , cy 14000. l .
4. Lot. Une bague d'un Diamant brillant
, huit mille livres , cy 8000. 1.
5. Lot . Une autre bague d'un Diamant
brillant , cinq mille livres, cy 5000.l.
6. Une paire de pendans- d'oreilles de
quatre Diamans brillans chacun , cinq
mil livres , cy
5000.1
. 7. Lot. Une pendeloque
en pain , d'un feul Diamant
brillant
, quatre
mil livres ,
cy
4000.
1,
8. Lot. Une Barriere compofée de
18. Diamans brillans , quatre mil livres ,
4006. I. cy ,
2. Lot. Une Bague d'un feul Diamant.
322 MERCURE
brillant , trois mille cinq cens livres
су 3500.1.
10. Lot. Deux Epingles chacune d'un
Diamant brillant , trois mille l. cy 3000. I
11. Lot . Deux Boucles d'oreilles , de
trois mille livres , cy
3000.1 .
12. Lot. Une autre Bague d'un feul
Diamant brillant , deux mille cinq cens
livres , cy
2500, 1.
13.
Lot. Deux autres Boucles d'oreilles
auffi chacune d'un diamant , deux
mille livres , cy
2000. I.
14. Lot. Deux autres , idem , quinze
cens livres , cy 1500. 1.
15. Lot. Une paire de boutons de manche
de Diamans brillans , douze cens
livres , cy
1200. I.
16. Lot. Une autre paire , idem , onze
cens livres , cy
17. Lot . Un Poinçon
brillant , mille livres , cy
cy
1100 1.
1000. l.
d'un diamant
18. Lot. Un autre , idem , mille livres ,
Ce qui fait en tout 18.
tant à la fomme de
1000. L.
Lots , mon-
184800. liv.
GALANT. 323
Les Billets feront d'un Louis d'or val
lant quatorze livres. Il y en aura 13200.
lefquels reviendront à ladite fomme de
184800. liv.
Il fe tiendra un Regiftre , & on délivrera
des Cartes par Numero tres - fidellement.
L'on recevra l'argent, & l'on délivrera
les Numero tous les jours depuis
midy jufqu'à fept heures du foir , ruë
de Bourbon à la deuxième porte cochere
à gauche en y entrant par la rue des
Saints Peres , au Fauxbourg S. Germain,
derriere les Theatins..
Antoinette Jules de Caumartin , quatriéme
file de feu Mr de Caumartin ,
Confeiller d'Etat , & Soeur de Mesdames
de Mafcarani , d'Argenfon , de la Cour,
& de Mr de Caumartin , Intendant des
Finances , & Confeiller d'Etat , époufa
le 17. de ce mois François Delfin d'Aulede
, fils unique de feu Meffire Jean
Denis d'Aulede , premier Prefident au
Parlement de Bordeaux , & de Dame
324 MERCURE
2
Therefe de Pontac fa femme.
Je vous ay parlé des cinq premiers
Volumes des Voyages Hiftoriques de
l'Europe. Il en vient de paroiftre un
fixiéme, Si cet Ouvrage plaifoit moins
au public , on ne le continueroit pas . Ce
dernier Volume contient tout ce qu'il
y a de plus curieux dans l'Empire d'Allemagne
, & fe vend chez le S Nicolas
le Gras , dans la Grand Salle du Palais .
Vous avez donné tant de loiianges au
Livre intitulé Hiftoire fecrete de Bour
gogne , & cet Ouvrage a efté fi bien
reçû du public , que vous ne ferez pas
fâchée que je vous apprenne qu'il en
paroît un autre de la mefme perfonne
qui ne reflit pas moins. Il a pour ti.
tre la Reine de Navarre , foeur de François
Premier. La Cour & la Ville donnent
à cet Ouvrage les louanges qui luy.
font dûes. Il fe vend chez le Steur Benard
rue Saint Jacques , au Compás
d'Or.
Mr Colbert de Croiffy , Secretaire &
Miniftre d'Etat , Treforier de l'Ordre
GALANT 325
du Saint Efprit , eft mort aprés quel
ques jours de maladie , avec une reſignation
& une fermeté dignes d'un
Chreftien & d'un grand Homme , ayant
efté affifte le Pere Bourdaloue. Il
par
me refte trop peu de place pour faire
ici l'éloge d'un Miniftre qui a efté honorê
d'un nombre infiny d'emplois éclatans.
Je diray feulement qu'il a eu la
fatisfaction de figner avant fa mort le
Contrat de mariage de M le Marquis
de Torfy fon fils , avec Mademoiſelle
de Pompone , & que ce Marquis a cu
toutes les Charges que poffedoit Mr de
Croiffy fon pere. Ce choix du Roy pour
les emplois les plus importans de l'E
tat , dit tout ce que je pourrois dire à
fon avantage. Sa fagcffe a toûjours paru
beaucoup au-deffus de fon âge. Il
eft eftimé , il eft aimé , & tous les
Etrangers fe loüent de fes manieres.
Je remets faute de place à vous parler
le mois prochain de la ceremonie
du Baptefme de Mademoifelle de Chartres
, qui a efté nommée par le Roy &
326 MERCURE
par la Reine d'Angleterre .
Enfin cette Flote fi formidable , qui
coûte tant de millions à l'Angleterre , &
qui menaçoit toutes nos Côtes , vient de
fe retirer. Vous apprendrez ce que j'ay
à vous en dire par l'extrait de la Lettre .
que vous allez lire . La verité y paroît
dépeinte fi naturellement , qu'il n'y a
pas lieu de douter de ce qu'il contient.
11:
Leurs manoeuvres font fi extravagantes
, qu'elles confondent les raifonnemens ,
& leurs expeditionsfi honteuses , qu'elles
font concevoir du mépris pour eux. Tout
ce qu'ils ont fait pendant leur fejour à
Belle- Ifle , a efté de defcendre dans l'Ifle
de Groa , qui n'a nulle défenfe , de brûler
des maisons , d'en enlever les moutons ,
de couper les jarets à cent cinquante mazettes
ou chevaux , d'affembler les beftes
à corne dans un Cimetiere , & de les
paffer par les armes . Ils ont auffi brûlé
quelques maifons abandonnées dans les
Ifles d'Honat & de Hedic , & s'étant approchez
des deux Tours , ils en battirent
GALANT: 327
une pendant quatre jours , & l'antre
pendant fix jours , fans les pouvoir
prendre. Un petit Bâtiment ayant voulu
paffer du Port Louis an Croifié , ils
détacherent quatorze Chaloupes aprés,
& les Chaloupes l'obligerent de s'éehouer
à Guibaron , où ils voulurent l'attaquer;
mais le's milices du Pais le défendirent
fibien , qu'ils furent contraints
de fe retirer.
Je ne vous dis rien de Saint Martin
de Ré , où ils ont perdu un Bâtiment
jettè quatre mille Bombes , fans avoir
pú endommager la Citadelle . Ils n'ont
pas eftè plus heureux aux Sables d'Olone,
où ils ont perda denx mille Bombes. Ils
feront deformais peu redoutables , puis
qu'ayant attaqué avec leurs plus grandes
forces les plus foibles endroits de nos coftes
, la feule poudre qu'ils ont employée
à des expeditions , dontils ne remportent
aucun avantage , leur revient à plus que
ne nous coute le dommage qu'ils nous ont
causé.
Vous fçavez la Tréve qui a efté publiée
328 MERCURE
pour trente jours , dans noftre Camp &
a Turin , le 12. de ce mois . Certe publication
a autant réjoüy les Piedmontois,
que fi on avoitfait celle de la Paix. L'échange
des Otages le fit à Vinovo , où
plufieurs Officiers s'eftant trouvez de
part & d'autre , s'embrafferent d'une maniere
fi cordiale , qu'elle parut eftre un
heureux préfage de cette Paix . Nos Otages
, qui font M. le Comte de Teffé ,
Lieutenant General, & M. le Marquis de
Bouzoles , Colonel du Regiment Royal
de Piedmont Cavalerie , furent conduits
à Turin , & le Peuple remply de joye ,
cria, Vive le Roy de France & le Duc de
Savoye. Rien n'eftoit plus magnifique
que les Equipages de ces deux Otages.
Ils avoient plus de cinquante Mulers , &
plus de trente Chevaux de main , avec un
grand nombre de chariots . Ils ne furent
pas plutoft arrivez , qu'on les conduifit
à l'audience du Duc de Savoye & des
Ducheffes ; aprés quoy ils furent menez
dans un Hoftel , où deux appartemens
magnifiques avoient efté préparez . On
GALANT 329
les y traita avec beaucoup de fomptuofité.
Depuis ce temps - là ils y ont tenu une
groffe table. Pendant que nos Otages
eftoient conduits à Turin , M. de Catinat
menoit dans fon Camp ceux du Duc
de Savoye . Ce font le Comte de Tana ,
Capitaine de fes Gardes du Corps , Chevalier
de fes Ordres , & Gouverneur de
Turin, & le Marquis d'Aix , Lieutenant
des mêmes Gardes , où ce Maréchal les
regala avecfa magnificence accoutumée.
J'employerois inutilement beaucoup
de paroles à vous faire un long article
des Armées d'Allemagne. Tout cela n'a-
*boutiroit qu'à vous dire que les Ennemis
font au delà du Rhin ; qu'ils font tous
les préparatifs neceffaires pour le paffer,
& que nous prenons toutes les précautions
poffibles pour les en empêcher.
Nous avons eu l'avantage de paffer la
meilleure partie de la Campagne chez
eux, & de confumer la plus grande partie
de leurs fourages , fans qu'ils ayent ofé
nous faire feulement connoiftre qu'ils
eftoient en Campagne. S'ils paflènt chez
Ee
Juillet 1695.
330 MERCURE
nous , nous leur ferons voir que nous y
fommes , & ils n'auront ny la meſme
tranquillité , ny le mefme avantage que
nous avons eu chez eux, puis qu'ils nous
trouveront preſts à les recevoir , & qu'il
y a apparence que s'ils y paffent, la récolte
fera bien avancée . Rien n'eft plus leſte
que nos Officiers , qui fe promenent tous
les jours au bord du Rhin , dont ils ont
fait une maniere de Cours .
Il n'y a eu que fix perfonnes qui ayent
expliqué l'Enigme du mois paffé fur les
Bottes , qui en eftoient le vray fens . Ce
font l'Auditeur des Comptes de la ruë
Bourlabé; L. Galiffor ; le jeune Hiftorich
du Parvis Noftre-Dame ; l'Inconnu dela
ruë S. Chiſtophe ; la Roche de la ruë des
Vieilles Etuves ; le Chevalier du Guilan,
& la jeune Belette.
Voicy une nouvelle Enigme de l'Auteur
de la derniere.
J
ENIGME.
E dompte un farouche ennemi.
Surle ventre par moy tout le monde luy
paffe ;
BALAT
331
ys.
mevain
ieds.
nfon
eftes
сом-
? une
cas,
belle.
nnée
Dutes
peu .
oient
ue de
les
de
entre par moy ront lo monac ing
affe ;
GALANT. : 331
Pour s'en vanger plus jefuis affermy ,.
Plus à vouloir m'abattre il porte sa me-
пасе .
Mais fes plus grands efforts font en vain
employez ,
Il ferventfeulement à me laver les pieds.
Je n'ay rien à vous dire de la Chanfon
nouvelle que je vous envoye. Vous eftes
trop connoifleuſe pourn'en pas découvrir
toutes les beautez .
V
AIR NOUVEAU.
"Ous brillex , jeune Iris , comme une
fleur nouvellee ;
Mais n'enfaites point tant de cas,
On n'eft pas longtemps jeune & belle,
Cet heureux partage n'est pas
Pour une Beauté mortelle .
Les Hollandois ont pris cette année
beaucoup de Baleines , mais felon toutes
les apparences , ils en profiteront peu .
De plus de cent Vaiffeaux qu'ils avoient
à cette pefche , ils n'ont nouvelles que de
foixante & fix , dont fix ont pery dans les
glaces , & deux font arrivez en Hollande
Ee ij
332 MERCUER
aprés avoir efté rançonnez par deux Capres
de Saint Malo , pour trente- fix mille
livres feulement pour la moindre partie
de leur charge qu'ils leur ont laiffée.
Les Hollandois ont appris par ces deux
Baftimens que les deux Vaiffeaux de convoy
de leur Flote , font en tres - mauvais
eftat , que les équipages font fort dimi
nuez par les maladies qui regnent dars
ces Vaiffeaux , dont un des Commandaiseft
mort , & que quatre Armateurs de
Saint Malo font poftez de maniere , qu'il
y a lieu de croire qu'il ne leur échapera
pas un Vaiffeau de leur Flote .
Vous voulez bien que de Hollande je
retourne en Allemagne , pour vous parkr
de la nouvelle defolation des Huffars . Il
en a paffé depuis peu cinq cens à Mayence,
dont un Party de deux cens a esté auſſitoft
détaché. Jamais ils n'avoient eſté en
fi grand nombre, & jamais ils n'ont efté fi
bien battus ; de forte que defefperant de
réülfir dans leur entreprife , ceux qui ont
efté faits Prifonniers ont demandé d'eftre
envoyez dans le Corps de leurs CamaraGALANT
333
des , qui fervent le Roy en Flandre.
Enfin le Prince d'Orange a commencé
à marcher après avoir fouffert longtemps,
& avoir eu le loifir de rêver aux entreprifes
qu'il médite depuis tant de mois .
Il décampa le 25. de ce mois , & alla camper
fa droite à Mefle & fa gauche à Sombref.
Son Quartier eftoit à Marbais .
Le mefme jour il fit un détachement de
fix hommes par Compagnie de toute
l'Armée , tant Cavalerie , qu'Infanterie ,
qui partit à huit heures du foir . On n'a
pû fçavoir la route qui a prife. Le 26. il
alla à Nivelle . Le 27. à Feluy. Il fortit ce
jour- là deux ou trois fois de fon Camp ,
& y eftant rentré fans marcher, M. deTallard
qui l'obfervoit ne marcha pas . Le 28 il
alla à Soignies . Peut- eftre avoit-il deffein
de nous embaraffer , peut- eftre eftoit- il
embaraffé luy-mefme.Il a pour les mêmes
raifons fait cuire en même temps du pain
à Ath & à Bruxelles . M. de Boufflers
ayant appris fon décampement , refolut
avec beaucoup de prudence de luy laiffer
prendre deux marches fur luy , de peur
334 MERCURE
que ce ne fuft une feinte , & qu'il ne revint
fuft fes pas ,.aprés l'avoir fait dépofter
, mais dans le même temps que M.
de Boufflers prit cette précaution , il fit
avancer tous les Corps qui pouvoient
coftoyer le Prince d'Orange . M. de
Courtebonne alla à la Buiffiere , M. de
Ximenes , à Ham fur Haine , M. de Talard
à Gerpines , M. d'Artagnan à Kiévrin
, & M. de Boufflers alla luy mefme
à Biemerée ; de forte que tous ces Corps
matclient en mefme temps que le Prince
d Orange, & demeurem fors que cePrince
s'arrefte. Ils marcheront quartiers
pour quartiers , à mefure qu'il marchera.
De Soignes il eft venu camper à Ath
& à Artres , ayant la Dendre devant
luy. Il alla le 30. dîner à Ath avec
I'Electeur de Baviere , où il attend ce
Bruxelles plufieurs Chariots chargez
de munitions. Je fuis , Madame, & c.
AParis , ce 31. Juillet 1696.
TABLE.
P
Relude.
Difcours à la gloire des Academies
d'Italie.
Découverte faite par M. Hemery.

33
Reception de M. l'Evêque de Chalons. 38
Lettrefur un Paffage de Terence.
Sonnet.
Eloge de M. de Noyon.
Ceremoniefaite en Sorbonne .
Difcours fait par M. d'Erigny
Le bonheur de l'Honnefte- Homme .
Vers à l'imitation dos procedens.
Sur une courte vifite.
Morts.
Ceremonies faites à Grenoble.
Autre Ceremonie faite à Tours .
Hiftoire.
81
-97
101
107
117
123
124
126
129
132
135
138
166
Odefur la mort de Madame la Prefidente
Nicolai.
Réponse à la Lettre touchant la nouvelle
Philofophie.
173
Réponse à une Lettre inferée dans le
Mercure de Mars. 181
M. de La Porte eft nommé premier Prefi
TABLE
.
dent du Parlement de Mets. 228-
Prix remporté.
233
Prieres pour le Roy.
234
moyens
de l'éviter
.
Reflexions fur le Ridicule , & fur les
Catherine de France , Reine d'Angleter
re.
Mariage.
Nouvelles du Camp de Tordera.
237
241
243
259
Ordonnances de M. l'Archevefque . 265
Ordonnance de M. de Noyon.
rticle de Morts.
Lettre du Camp de Maklem.
272
274
266
Fournal de l'Armée de M.de Villeroy.304
Nouv. de l'Armée de Mr de Bouflers 315
Autres nouvelles de Catalogne. 319
Loterie, 320. Mariage. 323. Livres, 324
Mort de Mr de Croiffy.
Baptême . 325,
Bombardement.
Nouvelles de Piedmont.
Nouvelles d'Allemagne ..
524
326
327
329
330
331
*
Enigme,
Nouvelles de divers endroits.
La Figure doit regarder la page 18c.
L'Air doit regarder lapege 333.
BIBLI
7683

Desill
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le