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807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JUIN 1696.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , dans la grande
Salle du Palais , au Mercure Galant.
ON
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau , &
Vingt-cinq fols en Parchemin .
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juſtice .
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envie.
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. D C. XCVI.
Avec Privilege du Roy.
ck ck cksckcks
5
Q
AVIS.
fai-
Velquesprieres qu'on ait
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
d'y manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On réitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ene prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
quil n'y ait rien de licentieux. On
3
A ij
AVIS.
prie feulementceux qui les envoient,
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
l'article des Enigmes , d'affranchir
Lears Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent ,
Ceft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout enfemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétabli les
chofes demaniere qu'il est toujours
impriméau commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilferapartir les paquets de ceux qui
Le chargeront de les envoyer avant
l'on commence à vendre icy le
Mercure.Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin, Paris ne
Laiffera pas d'avoir le Mercure
que
AVIS.
t
long-temps avant qu'ilfoit arrivé
dans les Villes éloignées, mais auſi
les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'ellesfaifoient auparavant.Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans encharger ledit Brunet, s'expofent
à le recevoir toujours fort
tard par deux raifons. Lapremiere
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendrefitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quel
ques jours avant que l'on en faffe le
debit, & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont lu eux & quel
es ques autres à qui ils le preftent, ils
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'il fe charge de faire
les
A iij
AVIS.
les paquets lay-mefme, & de lesfaire
porterà la Pofte ou aux Meſſagers,
fans nul intereft, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe. Il fera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , ſoit
qu'il les debite, on qu'ils appartienment
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à la fin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un meſme paquet.
Tout cela fera execurè avec
une exactitude dont on aura lieu
d'eftre content.
MERCYRE
GALANT
JUIN 1696 .
LYON
1893*
DE
LA
E vous ay toujours vû
tant de zele pour le Roy,
& tant d'ardeur pour fa
gloire , que je fuis perfuadé
que ce feroit vous priver d'un
fort grand plaifir , que de ne
vous pas faire part de l'Eloge
A iiij
8 MERCURE
que M' l'Abbé de Fourcroy a
fait de cet Augufte Monarque.
Tous les Ouvrages que
je vous ay envoyez de luy ,
vous ont convaincuë qu'il
penfe jufte , & qu'il s'explique
tres -heureuſement fur
tout ce qu'il penſe.
ELOGE
DE
LOUIS LE GRAND.
N
eft un
pur
Aiftre Prince , c'est don de la fortune , mais
eftre né Roy , & le fçavoir eftre
par merite , c'est de Roy par
GALANT: 9
fortune fe faire Roy parſoy› même.
Ne reconnoiflez- vous pas
icy le Portrait de Louis le Grand,
le plus fage & le plus Chreftien
des Rois ? En effet , qu'y a - t - il
dans cet invincible Monarque
qui ne foit digne d'admiration,
au deffus de tous les Eloges ? Parleray
je de cette affiduité dans les
Confeils, où tout fe paffe fous fes
yeux , de cettefageffe qui tempere
le pouvoir des Grands , de cette
activité , qui fans troubler fon
repos , penetre renverfeles def
feins defes Ennemis , de cette valeur
qui force tous les obſtacles ?
Quand je tairois toutes ces chofes,
10 MERCURE
pourrois -je oublier cette droiture
de coeur qui fait les bons Rois ?
Non fans doute ; faire l'Eloge
de Louis le Grand, & ne pas dire
qu'il donne des exemples immor 、
tels d'une équité pure & fans
tache , ceferoitluy refufer un bonneur
qui eft préferable à tous les
autres. Sa vie n'eft employée qu'à
étendre à maintenir les droits
&
& l'Empire de la veritable Reli .
gion . Avec quel zele n'a - t- il pas
banny le Duel l'Herefie defon
Royaume ? Je ne m'étendray ny
fur la puiffance de ce Prince , ny
fur fes profperite , mais feulementfur
fes vertus perſonnelles ;
GALANT: II
car files avantages de la profperite
fe font fouhaiter , ceux de la
vertu fe font admirer. Sa douceur
,fa bonté ,fon courage intrepide
,fa pieté folide & fon amour
pour les interefts de l'Eglife , le
font refpecter de tous ceux pour
qui la probitè eft une vertu. Il eſt
liberal par lefeuldefir de faire du
bien , magnifique fans orgueil ,
modefte fans affectation , tendre
fansfoibleffe, &fermefans dureté.
Il fe poffede fi bien , que ny
la joye , ny la trifteffe , ny la colere
n'ont point de pouvoir fur fon
augufte Perfonne. Il écoute en
Maistre , & il parle en Pere.
12 MERCURE
S'il promet quelque chofe , il s'en
fouvient toujours pour la donner,
G il ne l'accorde que pour l'oublier.
On l'approche avec crainte ,
à cause de cet air majestueux qui
luy eft fi naturel,
avec admiration
on s'en retire
avec joye ,
tantfes manieresfont engageantes .
Les Officiers de fa Maifon jouif.
fent auprés de luy d'un bonheur
parfait. Il les excufe dans leurs
fautes comme des hommes ; il les
aime comme des amis , & il les
comble de bienfaits , comme s'ils
eftoient toujours dans le befoin.
Ce font toutes ces grandes qualite
qui le rendent le plus heureux
GALANT.
་ 3
Prince du monde ; heureux en
Sujets qui luy rendent hommage;
heureux en un Fils quifait gloire
de marcherfur fes pas ; heureux
en Petits -fils , qui tâcheront de
l'imiter à mesure qu'ils avanceront
enâge ; heureux en un Frere
qui le respecte & l'admire ; heureux
en Princes de fon Sang qui
font confifter toute leur felicité à
luy obeir , encore plus par amour
que par devoir ; heureux enfin en
toutes chofes. Puiffiez- vous durer
encore longtemps pour l'honnneur
de noftre Hiftoire , & pour le
bonheur des François , glorieufes
années de Louis le Grand ! Ce
14 MERCURE
font les voeux continuels de toute
la France pour un Royfifage
fi Chreftien .
Ce que vous allez lire touchant
le fentiment de M' Def
cartes , fur la pluralité des
Mondes , eft de M' Auvray
de Caën. Quoy qu'il le blame
plus qu'il ne l'approuve , je
me flate que j'attireray beau
coup de louanges à ce fameux
Philofophe , puis que
je pourray eftre caufe que l'on
écrira en fa faveur. Je vous
feray part des Pieces que je
recevray pour fa défenſe , &
GALANT.
15
que je rapporteray , comme je
fais celle - cy , fans prendre
parti ny pour, ny contre.
A MONSIEUR LE C.
MONSIEUR .
Je vous envoye un petic
deffein que vous avez fouhai
té de moy touchant le Siftême
de M'Defcartes. Je l'ay
fait le plus exact qu'il m'a efté
poffible , parce que vous vous
plaignez que l'on en voit peu
qui foient bien gravez. Leurs
Auteurs les environnent de
16 MERCURE
nuages , ce qui eft une choſe
contre le bon fens & la verité.
Vous nommez ce Siftême le
Monde indéfiny
, & moy je
l'appelle le Siftême des Siftèmes,
parce qu'il en comprend
plufieurs , comme celuy de
Copernic. Je crois pourtant
que c'est le moins à fuivre ,
parce que c'efl le moins prouvé
, & qu'il n'a peut - eftre de
réalité que dans la tefte de ce
Philofophe . Si cela eft , ce
n'eft pas la moindre de fes
chimeres , & l'on peut dire
que c'eft une des mieux imaginées
, & qui n'a pû fortir
GALANT. 17
que de la tefte d'un grand Reveur
, tel
tel que
Portrait
de M
le marque le
Defcartes .
Quoy que ce Siftême ne foit
que celuy de Copernic multiplié
, il a fallu un fort genie
pour l'imaginer. Neanmoins
ceux qui le conçoivent bien ,
voyent facilement qu'il a
bien moins coufté à ce Philofophe
à mettre toutes ces
infinitez de mondes au jour ,
qu'à la plus grande femme du
Royaume d'y mettre le moindre
enfant. Car , encore une
fois , le Silême de Copernic
a efté la matrice , & la tefte
Juin 1696 .
B
18 MERCURE
de M³ Deſcartes la Sage femme
de ce monftrueux enfantement
, & de toutes les vagues
idées qui s'en enſuivent.
J'ay dit que c'eſt le moins
prouvé , & c'eft une verité ;
car fi avec les Lunettes de
Galilée , qui nous découvrent
les Satellites de Saturne , l'on
ne découvre dans les Eftoiles
du Firmament , que ce qu'un
Payfan y découvre avec la
vûë, fur quelles experiences
ce Siftême eft-il appuyé? Ce
ne font que des raisons de
confequence , & un préjugé ,
qui toutau plus fait dite que
GALANT:
19
cela peut eftre , mais non pas
qu'il foit effectivement ; & fi
dans noftre monde connu il
yatant de conteftations pour
S l'ordre des parties qui le compolent
, c'est à dire les fept
Planetes , nonobftant les experiences
que nous en avons
dans celuy où nous ne découvrons
rien , quelles démonftrations
en peut-on donner
qui ne foient chimeriques
? Neanmoins tous les
amateurs des nouveautez reçoivent
ces idées comme des
veritez inconteftables , les
embraffent opiniaſtrement ,
Bij
20 MERCURE
& croyent auffi fermement
la pluralité des mondes de M
Defcartes , que les Relations
de la Chine ou de l'Amerique,
& prennent des hypothefes
pour des Thefes , & des
chimeres comme des démonftrations
fondées fur l'experience
. De tous ces raiſonnemens
l'on en peut conclure
deux chofes . La premiere
,
c'eft que cela fait voir la force
du genie de l'homme , & fa
penetration dans une infinité
de chofes ; & la feconde , combien
fes connoiffances
font
bornées
, C'est ce qui fait dire
GALANT. 21
I
à un Sçavant de noftre fiecle,
qu'il ya deux termes qui bor-
5 nent toute la curiofité de
l'homme. Le premier , c'eſt
dans la quantité continuë ,
qui eft l'étendue du temps ;
& le fecond , dans la quantité
permanente , qui eſt l'étendue
du lieu . Pour le premier,
il dit que toutes les Hiftoires ,
tant facrées que profanes ,
fe vont terminer au Deluge,
& que ce qu'elles difent au
delà, eft peu de chofe , & confus.
Voilà où va toute l'étenduë
de nos connoiffances
dans le temps, & pour l'éten-
1.
1
22 MERCURE
duë du lieu , toutes nos experiences
, & toute la penetration
de noftre vûë , avec tous
les fecours qu'elle a acquis
depuis un fiècle , ne paffent
pas le Firmament
. C'est un
terme que Dieu a mis pour
borner la curiofité de l'homme
, & luy faire connoiftre
fon ignorance
& confondre
fon orgueil ; & fi dans les productions
de la nature , quiloy
font viſibles & palpables , il en
ignore les mitteres , ou s'il fe
trompe fi ſouvent dans leurs
effets , comment
pourroit- il
parler jufte dans les chofes
GALANT.
23
•
qui font hors de la portée des
fens? J'aime mieux entrer dans
la pensée de quelquesRabins ,
lefquels aprés S. Jean , prennent
cette voûte azurée pour
les avenues de la Jerufalem
celeſte ; ou comme les Egiptiens
, qui regardoient le
Firmament comme un grand
Livre , dont les figures que
compofent les Eftoiles , étoient
autant de caracteres
immuables & ineffaçables
que Dieu expofoit aux yeux
de l'Univers , pour y faire voir
la grandeur de la toute -puif
fance dans la creation de tant
24 MERCURE
de merveilles , incomprehen :
fibles à l'homme , fa fageffe
infinie dans le bel ordre &
l'arrangement de tant de parties
fi differentes entre elles ,
& fi bien teglées dans tous
leurs mouvemens periodiques
& finodiques , & fa bonté
fouveraine dans leur conſervation
. Enfin tous ces ou
vrages ſont autant d'organes
qui publient la gloire de fon
pouvoir . Voilà , Monfieur, le
fentiment de celuy qui vous
affure qu'il eft avec bien du
refpect voftre tres , & c .
Voicy
GALANT. 25
Voicy un Ouvrage de Poëfie
dont vous ne trouverez
> puis
ya
pas le fujet nouveau
qu'il a déja eſté traité par plu .
fieurs perfonnes ; mais il
des matieres toujours fufceptibles
de graces nouvelles,
felon le tour heureux qu'on
leur donne. La Fable qui fuit
eft de ce nombre , & M'Moreau
, Avocat General en la
Chambre des Comptes de
Dijon , en est l'Auteur . Vous
fçavez quel eft fon talent
pour la Poëſie , & qu'on en
peut tout attendre.
Juin 1696.
C
26 MERCURE
L'AMOUR ET LA FOLIE .
V jour le grand Maistre des
UVCieux ,
Content d'un amoureux miftere,
'Et plus joyeux qu'à l'ordinaire
Voulut regaler tous les Dieux.
S
Il fit préparer l'Ambrofe ,
Et les mets les plus delicats ,
Et luy- mefme de ce repas
Ordonna la ceremonie .
S
Par fon ordre de tous coffez
Mercure porta la nouvelle
De cette fefte folemnelle
A toutes les Divinitez.
S
D'abord chacun fit (a partie
Pour y paroiftre des premiers,
GALANT. 27
Les deux qui vinrent les derniers ,
Farent l'Amour & la Folie.
ន
Pour la fefe de ce beau jour
Leur prefence eftoit importante i
Car toute fefte eft languiſſante
Sans la Folie & fans l'Amour.
$
Dans une bonne intelligence.
On les voyoit vivre tous deux ,
Et mefme on remarquoit entr'eux
Une affez jufte reffemblance.
&
Mais il arriva par malheur
Qu'à la porte ils fe rencontrerent,
Et que tous deux fe querellerent
Et mirent le Ciel en rumeur.
Le point d'honneur en fut la cauſe.
L'Amour voulut prendre le pas
Mais l'autre n'y confentit pas ,
Cij
28 MERCURE
Et prétendit la mefme chofe.
S
Tu n'entreras pas devant moy,
'Dit l'Amour, d'un ton de colere ,
Le grand Fupiter eft mon Peres
Et tous les Dieux fuivent ma loy .
2
Et moy , repartit la Folie ,
Moy que tu viens chercher toujours,
Que ferois tu fans mon fecouri ,
Si je n'eftois de la partie ?
ន
Comme on voit parmy nous fouvent
Les Prétienfes , les Bourgeoifes,
Exciter de femblables noifes ,
Pour paffer deffus , on devant,
Après les ra fons , les injures,
Aprés les injures les coups
Puis on met fans deffus deffous
Raifons, cornettes & coëffures.
1
GALANT: 29
2.
De la Folie & de l'Amour
Telle fut alors la querelle ,
Qui pour ce dernier fut cruelle ,
Mais l'autre fit un mauvais tour
S
Commeil ofa dans fa furie
La fraper avec fon carquois,
Elle à l'inftant avec les doigts
Luy creve les yeux , il s'écric.
2
Et de toutes paris on entend ,
A l'aide , au meurtre , on m'affaf
fine ,
Si fort, que la Troupe Divine
Accourut à cet accident .
Jupiter mefme en diligence
Yvint , laiffant là le regal.
L'Amour luy découvrit fon mal ,
Et le preffa pour la vangeance .
Ciij
30 MERCURE
2
La Folie de fon cofte ,
Dit fes raifons pour le défendre ,
Mais à peine put - on l'entendre,
A voir l'Amour fi maltraisé.
2
Alors vint certaine Deeffe ,
Que toucha ce malheur nouveau
Sur les yeux luy mettre un bandeau
,
Luy marquant toute fa tendreffe.
23
Cependant malgrè fa douleur
Il avoit un parti contraire ,
Car il n'eft fi mauvaise affaire
Qui'ne trouve fon dèfenfeur.
ន
Je veux dire qu'en ce rencontre ,
Comme en tous autres differends ,
On fe partagea fur les rangs ,
L'un eftoit pour l'autre eftoit contre.
GALANT.
31
23
Les vns foutenoient que l'Amour
Devoit préceder (a partie ,
D'autres tenant pour la Folie,
Condamnoient l'Amour à leur tour.
Enfin , lupiter en bon Pere
Accorda ce long démeflè ,
Et dit à l'Amour défolé,
Ces mots qui finirent l'affaire.
S
Puis qu'il faut qu'à vivre fans
yeux
La Folie ainfi te réduife,
Je veux qu'en tout temps , en tons
lieux ,
Ce fois elle qui te conduife.
S
Ainfi dit , ainfi fait , & c'eft depuis
ce iour
Que par tout la Folie accompagne
[ l'Amour.
C iiij
32 MERCURE
Je croy , Madame , vous
avoir déja mandé que Maďame
de Laval a efté nommée
Abbeffe de Sainte- Croix de
Poitiers. Elle eft Soeur de Madame
la Ducheffe de Roquelaure
, & d'une tres -illuftre
Maiſon , comme vous leverrez
par cette Lettre , que M
l'Abbé d'Harcotiet a écrire à
une Soeur qu'il a Religieufe
dans cette même Abbaye .
GALANT. 33
A MADAME
D'HARCOUET ,
Religieuſe de Sainte- Croix de
Poitiers , dans le Convent
des Sables d'Ollonnes.
L
A perté que vous avez
faite , ma Soeur , de Mă
dame de Navailles , Abbeſſe
de voſtre Maiſon , vient d'eftre
réparée par la nomination que le
Roy a faite de Madame de Laval.
Rien nepouvoit mieux remla
plir ce vuide que
mort avoit
cause dans votre Monaftere
, qu'-
un choix fi plein de juftice
, où
24 MERCURE
dire le merite a tenu
que
I on
peut
llieu
defaveur
, & lafeule
vertu
de degré
pour
une
élevation
d'au
·
tant
plus
glorieuse
, qu'elle
a efté
prévenue
par
les
voeux
des
perfonnes
de la plus
haute
diftinction
,
& qu'elle
a même
fatisfait
juſqu'à
celles
qui
pouvoient
concourir
avec
cette
illustre
Dame
, dont
une
même
regle
, une
ſemblable
Mai
.
fon
, &
de pareils
voeux
vous
avoient
faite
compagne
, depuis
que
Dieu
vous
deftina
à lefervir
dans
la Religion
Sivoftre
défunte
Ab.
beffe
eftoit
recommandable
, celle
que
la Providence
luy
fait
futce
.
der
, vous
paroistra
fi digne
de
GALANT.
35
respect & de foumiffion , que je
Juis perfuadé que vous benirez la
mifericorde divine , quife referve
de temps en temps des fujets de
benediction , pour les éleverfur le
chandelier de l'Eglife , afin d'y
éclairer ceux qu'elle daigne confier
à la prudence de leur fage adminiftration.
Que ne devez vous
pas attendre de celle de Madame
de Laval? On peut dire qu'à fon
aspect vostre maison va prendre
une nouvelle face , comme le Prophete
s'écrioit
que
la
terre enprenoit
une à la veuë du Seigneur
d'Ifraël
. De fenfibles
graces
vont
s'y répandre
; une rosée
celefte
va
36 MERCURE
remplir vos ames , ¿ leur faire
produire des moiffons de bonnes
oeuvres pour l'éternité. C'eſt par
cette jeune Abbeffe , comme par
un autre Moyfe , que Dieu fe
plaira à vous expliquer fa Loy
Jainte. Vous trouverez en elle une
foy pleine de pureté , une vertu
fans fard , un zele fans dureté ,
unefeveritéfans amertume , une
autorité fansfafte , un agrément
fans artifice, l'humilitéfans amour
propre , le bon exemplefans vanité
, l'economie fans avarice ,
l'abondance fans diffipation , &
ce qui met le comble aux plus éminentes
qualitez du Chriftianifme,
GALANT. 37
une charité parfaite , & telle que
Saint Paul la defire dans une
ame veritablement
dévouée à
Dien.
Que vos jours vont couler dans
une profonde paixfous la conduite
de cette vigilante Superieure !
Plus de brigues , plus d'embaras
ny de cabales au dedans du Cloiftres
plus de foins inutiles &fuperflus
pour les debors . Toute à
elle-même pour mieux eftre à ſes
Filles , de quelle maniere ne vont
point refleurir vos faints exerci.
ces. ? L'Ordre de Saint Benoist
n'en tirera t.il point une gloire
éclatante ne trouvera- t on
1
38 MERCURE
point dans votre Monaſtere autant
de Radegondes , qu'on y va
compter de Religieuses , que la
feule vertu , & non pas l'intereft,
y va deformais placer ? Profitez,
ma Soeur , d'un avantageſipré.
tieux ; redoublez voftre ferveur,
ranime vostre zele , dites avec
David Seigneur , que vos
Ouvrages font admirables !
Vous avez tout fait avec une
fageffe infinie. Graces vous
foient éternellement renduës
de m'avoir donné une auffi
excellente , une auffi vertueufe
Abbeffe.
D'autres vous la feroient va.
1
1
GALANT. 3'9
loir par l'éclat de fa Maiſon ,
defcendue de la ligne mafculne
de Charlemagne, Empereur d'Occident
& Roy de France ; alliée
depuis plufieurs fiecles aux Couronnes
de France , de Navarre ,
de Naples, de Sicile , d'Arragon ,
de Ferufalem & de Bretagne , &
fontenuë de toutes parts depuis
plus de fept cens ans
des plus
auguftes dignitez de l'Estat ; mais
qu'eſt ce , me direz vous , que la
grandeur des Familles les plus nobles
auxpieds du Trône de la Divinité?
Vanité des vanitez, c'écrie
Salomon. Un jour fous la
porte du Seigneur , vaut
>
40 MERCURE
mieux que dix mille fous la
tente des pecheurs , ajoûte le
Roy Prophete. Le choix que cette
fage Abbele a fait de porter le
joug du Seigneur, eftplus glorieux
pour clle , que toutes les grandeurs
dont elle auroit pú eſtre reveſtuë.
Afin neanmoins
que vous ne
croyez pas que je vous impofe , il
faut vous apprendre que
le nom .
de Laval eft illuftre avant même
que la plupart des noms diftinguez
fuffent connus : qu'il n'eſt
point de ceux qui se trouvent
grands par unefubite révolution
de la fortune, ou par un caprice
ordinaire de la faveur. Plus on
GALANT. 41
remonte dans l'antiquité , plus on
luy trouve de fplendeur. Il est
grand par rapport aux branches,
Dattichy , de Loué , de Lezay,
de la Faigne , de Boiſdauphin , de
Pacy, & de Raiz qu'ila produi
tes; illuftre par les trois Conneftables
de France, Mathieu de Montmorency
,feconddu nom , Olivier
de Cliffon, & Bertrand du Guef,
clin , ce reftaurateur du Trône de
Caftille , qui ont épousé des Filles
de cette grande Maison ; & recommandable
par les bonneurs
dont on l'a comblé. , Gilles, André
& Urbain ayant porté le baston
de Maréchal de France dans les
Juin 1696.
D
42 MERCURE
B
trois derniers fiecles , avec toute
la gloire qui doit fuivre de pareil.
les élevations ; mais ce nom est
encore auguste par les mariages de
Jeanne de Laval , le 21 douſt
1424 avec Louis de Bourbon ,
Comte de Vendôme Trifayeulpaternel
de Henry IV . Grand Pere
de Louis le Grand , par difpenfe
du Pape , pour caufe de parenté
de la Maifon de Laval avec celle
de Bourbon ; & de celuy dune
autre Jeanne de Laval en 1454.
avec René, Roy de Feruſalem &
de Sicile, Duc d'Anjou & Comte
de Provence , Fille d'Ifabelle ,
Soeur du Duc de Bretagne ; &
GALANT. €43
encore de celuy de Nicolas - Guy
de Laval , le 27. Janvier 1500 .
avec Charlotte d'Arragon , Fille
de Frederic , Roy de Naples , Duc
de Calabre & Prince de Tarente
, d'Anne de Savoye . Cette
Anne avoit pour Pere Amedée ,
pour Mere Yolande de Fran.
ce, Charlotte eftoit du coftépaternel
Petite - fille d'Alphonfe le
Grand , dit le Magnanime , Roy
d'Arragon , Bifayeul de Charles
V. Roy de France , Predeceffeur
de Charles VII. qui érigea vers
1430. la Baronnie de Laval,
en Comté , pour Guy XIV. du
nom , qui auoit épousé Iſabelle ,
l'an
Di
44 MERCURE
Fille de JeanVI. Duc de Breta
gne, & de Jeanne de France.
Vous neferez pas Surpriſe de
voir jointes à tant d'éclatantes
Alliances , les Charges d'Amiral
de France en 1437. en 1469 de
Bretagne enisoo . de feul Grand-
Maiſtre des Eaux & Forests du
Royaume , en 1450. de Grand
Chambellan des Rois Charles VI.
&VII. & en 1400. de Gouverneur
de nombre defes Provinces ,
de Paris mefme , fa Ville Capitale
, & de Genes qui eftoit alors
à la France , de Grand Maiftre
d'Hoftel de Charles VIII. dans
le mefme Siecle ; fans parler de
GALANT. 45
• quantitéde Chevaliers des Ordres
depuis quatre cens ans ; dignitez
I quiferont des monumens éternels
duzele de la fidelité des grands
Hommesquiles ont remplies.
Les bonneurs
Ecclefiaftiques
n'ont pas efté moins abondans dans
cette illustre Maifon , les Evêchez
de Cornouailles & du Mans
s'y trouvant dés le douzième ftecle
, celuy de Rennes dans le trei-
Zième , & ceux de Reims , de
Saint Brieu de Saint Malo ,
dans le quatorziéme , avec les
Abbayes de Saint Michel en
Lherme , de Saint Aubin , & de
Saint Nicolas d'Angers , que
46 MERCURE
poffedoit Pierre de Laval , Ar .
chevêque Ducde Reims , premier
Pair de France , qui facra
Charles VIII & ceux de Saint
Paul de Leon & de la Rochelle ,
qu'a poffedez de nos jours Henry
de Laval Boifdauphin , Coufin
de Madame voftre Abbeſſe , &
Petit fils de Michel Urbain .
Mais ce qui marque encore plus
la haute élévation du nom de La .
val, c'eft que , comme l'Hiftoire
nous l'apprend , les Bâtards même
ont poffedé ces Prelatures , qui ne
s'accordent dans les familles ordinaires
, qu'à ceux dont la naiffance
eft exempte de tout reproche.
GALANT.
47
&
Guy de Laval XVI du nom ,
Beaupere de Gifpard de Coligny
de Chaftillon , Amiral de France,
eut un Fils naturel qui fut Archevefque
de Dol en Bretagne
& mourut en 1554 Fajouteray à
cette remarque que dés le cing
fixiéme fiecle , les Comtes d'Alençon
de la Maifon de France , &
le fameux Mathieu de Montmo
rency , le Conneftable fecond du
nom , époufant l'Heritiere de Laval,
voulurent bien prendre fon
nom , quittant les leurs propres ,
tout grands & recommandables
qu'ils eftoient ; ce qui fe fit encore
en 1404. lors que Jean de Mont48
MERCURE
fort , Seigneur de Kergolay , en
époufa l heritiere , dont il eut le
Marefchal André de Laval , Sci .
gneur de Lobeac.& de Raiz.
Il reste à vous dire les grandes
Alliances de ces Seigneurs qui fe
divifent en celles qu'ils ont prises
par deurs mariages , avec les Familles
de Vitré , de Neefle , de
Clermont , de Beaumont , de
Brienne dacre , de Gaure , de Za
Zembergue, de Craon, du Perrier ,
de Mainbier Boifdauphin , de S.
Mars , de Lenoncour Nanteuil
de Seguyer, de Barentin , de Beauffay
, de Pomereux , de Maillé ,
de Sainte-Maure , de Beaumon
Breffuire,
GALANT:
49
Breffuire , de la faille , de Clerambault-
la- Pleffe , de la Mothe
Fenelon, & avec les Maifons de
France , d'Angleterre , d'Arra
gon , Rois de Naples , de Breta ,
gne , de Montecler de Bourbon , de
Montmorency, d'Albret, de Foix,
de Touars , de Daillon du Lude ,
de Souvré , de Beauveau, Roche
choüart - Mortemart , & autres .
Et en celles qu'ils ont faites par
le mariage de leurs Filles , dans
les Maifons de Montmorency ,
de Chabot , de Cliffon , du Gues
clin , de Montfort , de Bourbon
Vendofme , de Chasteauroux , de
Rohan , de Harcourt , d'Anjou,
Juin 1696 . E
50 MERCURE
Rois de Sicile , de Bretagne , de
la Tremoüille , de la Rocheguyon,
de Coligny- Chaſtillon , de Rieux,
de Sainte - Maure , d'Alogny-
Rochefort , de Roquelaure , &
autres.
Pour ce qui regarde la branche
de Lavalde Lezay , chef du nom
des Armes de Laval , tige de
Madame voftre Abbeffe , elle eft
fortie dans le 13.fiecle, de lamaifon
de Laval , par un André , Seide
Chastillon en Vendelais ,
gneur
Fils de Guy VIII. qui l'eftoit de
Guy VII. fils de Mathieu II .
Conneftable de Montmorency ,
qui avoit épousé Emme , Veuve
GALANT
SI
de Robert , Duc
d'Alençon , fille
d " Guy VI. dont les Maris prirent
le nom , lequel avoit pour
Pere Guy V. filsde Guy IV. &
d'Emme , Soeur naturelle de Henry
II. Roy
d'Angleterre , lequel
-Guy IV . eftoit fils de Guy 111. die
=
leChauve, Seigneur de Laval,
• de Denise de
Mortain , fille de
Robert , Comte de
Mortain¸ «
Niece de
Guillaume le
Conquerant
, Duc de Normandie
&
Roy
d'Angleterre. Ce Guy III.
avoit pour Pere Hamond , Seide
Laval , & pour mere
Helfande de Bretagne , dont le
Beau pere eftoit Guy 11.
Seigneur
1
gneur
E ij
52 MERCURE
de Laval fils de Guy , Seigneur
Baron de Laval, qui vivoit fous
les Enfans de Charlemagne , qui
portoit alors pour armes , de gueules
à un Leopard d'or , quifut
changé pour les armes de Montmorency
, lors du mariage de Mathien
II. Cadet de Montmo →
rency , Conneftable de France, qui
Y ajouta cinq coquilles pour brifures.
Cet Andre, Seigneur de Cha
ftillon en Vendelais , eut pour fils
Guy , Seigneur de Loué , mort en
1386. Pere de Tibault, Seigneur de
Loué, Chambellan de CharlesVI.
qui eut pour fils Guy II. grand
Chambellan de Charles VII.
GALANT.
53
{
Pere de Pierre de Laval , mort
en is18 . Chef de la branche des
Lezay Laval , qui eut pour fils
1 GuyIII . Seigneur de Lezay &
1 de Breabert en Anjou ; Pere de
1. Pierre , premier Baronde Lezay ,
qui fut Pere de Pierre II . Baron
de LeZayer de Treves , Seigneur
de Breabert & de la Pleffe , qui
alla trouver Henry IV . au Siege
de Beaune avec une Compagnie
de cent hommes d'armes , & le fui.
vit jusqu'à la Paix de Vervins .
Il eut de fon mariage avec Isabelle
Rochechouart
- Mortemart
,
밥
de
Guy de Laval , Marquis de la
Pleffe , Seigneur de la Mothe-
E iij
54 MERCURE
Clerambault , Pere de Pierre de
Laval III . du nom, Marquis de
Laval- Lezay & de Maignac ,
Comte de la Bijotiere & de Fon-
Baine Chalendré , premier Baron
de la Marche , &fon Lieutenant
de Roy , mort en 1687. frere de
Ml'Abbéde Laval , de Madame
la Ducheffe de Roquelaure,
de Madame l'Abbeffe de Sain
te Croix de Poitiers. Je suis vo
ftre , &c.
Je vous envoye une Ode
d'un tour tres - fin & tres- delicat
, & je ne puis vous en
donner une idée plus avanGALANT.
55
Itageule , qu'en vous difant
qu'elle eft de Mademoiselle
des Houlieres . Cette illuftre
Fille d'une Mere qui n'eftoit
qu'efprit, & qui excelloit dans
la Poëfie , a herité d'un fi beau
talent , & donne aux matieres
qu'elle traite un tour qui n'eft
pas commun . Elle a voulu
faire voir pourquoy les Belles
s'acquierent fi peu d'Adorateurs
, & que les dégoufts que
les hommes ont pour elles ,
ne viennent que du peu de
foin qu'elles ont de leur cacher
lear foibleffe . Cet Ouvrage
merite d'autant plus
E iiij
16 MERCURE
56
l'approbation qu'il a receuë
d'un grand nombre de Connoiffeurs
, que les Vers ne font
que de cinq fyllabes , ce qui
rend les rimes difficiles à trouver.
ODE .
E plus beau des mois
Remplit noftre attente,
LR
La terre eft riante ,
Déja dans les Bois
Le Rofignol chante :
Déja les moutons
Paiffent les herbettes ;
Et font mille bonds
Au fon des Mufettes .
2
Cent objets aimez
Doni la mort trop dure
GALANT: 57.
T
Borna l'avanture ,
En fleurs transformez
Parent la verdure .
Un frais éclatant
Sur fon teint demeure
Qu'un zephir galant
Anime à toute heure .
2
Le naiffant gazon
Dans les bois , à l'ombre
D'un boccage fombre ,
Offre à la raison
Des perils fans nombre .
Le Maitre des coeurs
Qui veille fans ceffe ,
Cache fous les fleurs
Le trait qui nous bleffe.
$
Mais à quoy vous fert,
Pour nous mieux furprendre,
Amour , de nous tendre
58 MERCURE
Sur le gazon vert
Un piege fi tendre ?
Quel eft le Berger
Qui daigne nous mettre
Dans l'affreux danger
De luy trop permettre ?
En vain tous les jours
La Nature appelle
La faifon nouvelle
A vofre fecours.
Ab, que vous fers elle?
Les feals animaux ,
Toat fier que vous eftes ,
Sont dans nos hameaux
Vos feules conqueßes.
2 .
Les brillans appas ,
Qui dans le beläge
Sont noftre partage ,
Ne nousvalent pas
GALANT:
19
Un feul tendre hommage.
Quitte ton carquois ,
Enfant plein de charmes ,
A de vains emplois
Refufe tes armes.
S
Pour l'aneantir
Replonge le monde
Dans la nuit profonde ,
D'où l'a fait forvir
Ton ardeur feconde.
Icy , comme ailleurs ,
Que rien ne s'augmente ,
Et de nos malheurs
Que tout fe reffente.
2 .
Mais pourquoy crier ?
Quel dépit m'anime ?
Eh ! quoy donc fans crime
L'Vnivers entier
Seroit ta victime !
60 MERCURE
Ouy , ce n'eft qu'à nous,
Foibles que nous fommes ,
Qu'on doit les dégoufts
Qu'ont pour nous les hommes .
S
Lors que la pudeur
Sans qui la tendreffe
Détruit la fageffe ,
Cachoit au vainqueur
Vn peu de foibleffe ,
Cent & cent Autels
S'erigeoient aux Belles
Et fur les Mortels
Tu regnois par elles.
Le titre de la Lettre qui
fuit vous inftruira de la matiere
qu'elle traite . Elle eft
de MF... Medecin d'Agen .
· GALANT . 61
RESPONSE
A la Lettre de M¹ de Lau .
riffol , touchant la Fiévre
Maligne.
E n'ay jamais pû lire tranquillement
de certains Livres
, dont les Auteurs , bien
loin d'accommoder leur Siftême
à la raiſon & à l'expeperience,
tâchoient dans tout
le cours de leur Ouvrage, de
prouver leurs caprices par
des raisons frivoles , & des
exemples fuppofez , & impo
fant ainfi à leurs Lecteurs, les
62 MERCURE
>
& la
déterminoient à croire des
chofes dont la fauffeté
entraîne ſouvent aprés foy
de cruels maux
mort même. L'impuiffance
où j'estois de les décrier
beaucoup dans le monde , &
de dévoiler leurs impoſtures ,
m'auroit fait encore plus de
peine , fila facilité & le plaifir
que j'avois à concevoir
contre eux de l'aigreur & du
mépris , ne m'avoient fait efperer
que tous ceux qui liroient
leurs Ouvrages , auroient
le même reffentiment ;
& qu'ainfi on fe vangeroic
GALANT. 63
aflez de leur méchante conduite
, par le décri & l'entier
abandon de leurs Ecrits ; car
il est difficile qu'un homme
: qui aime fa profeffion ne fente
pour celuy qui l'avilit quelque
efpece d'aigreur.
Difficile eft Satyram non fcribere,
nam quis iniqua
Tam patiens fortis , tamferreus
, ut teneatfe ?
Mais fi ces fortes d'Ouvrages
n'ont ordinairement pour
toute récompenfe , qu'une
cenfure generale , la Lettre
que vous avez écrite à Monfieur
de la Broffe touchant
64 MERCURE
la Fiévre Maligne , a eu un
fort bien different. Vous donnez
un nouveau luftre à tout
ce qu'elle a de folide & de judicieux
, par le tour delicat &
l'expreffion aifée dont vous
vous fervez , & mettant à leur
faveur tout ce qu'elle a de plus
fin & de mieux imaginé , dans
tout fon jour , vous meritez
les applaudiffemens de tous
les Connoiffeurs .Auffi eftoitil
jufte que celuy qui contribuoit
fi avantageufement à
la deftruction d'un monftre
qui défole la France depuis
plufieurs années , fuftrécom
GALANT. 65
penfé d'une approbation generale
qui le miſt au deffus de
ces Medecins, qui ayant aſſez
de capacité & de conduite
pour fecourir leurs Compatriotes
dans les differens
maux qui les affligent , n'ont
pourtant pas affez de ſcience,
des idées affez nettes , une
expreffion affez bonne , ou
n'aiment pas affez le travail ,
pour que tout un Royaume
reçoive d'eux quelque ſecours
.
Pour trouver les avantages
qu'on peut retirer de voſtre
Lettre , je n'ay qu'à entret
Juin 1696.
F
66 MERCURE
dans le détail , & en toucher
en paffant quelques endroits .
Je remarque d'abord les reflexions
que vous faites fort
à propos fur les effets differens
qu'il femble que M ' de
la Broffe attribue à fon efprit
arſenical , qu'il établit pour
la caufe des Fiévres malignes .
La tiffure des parties humo.
rales , dit il dans un endroit ,
eft entierement rompuë par
cet efprit arfenical , & la maſſe
du fang , dit il dans l'autre , eft
coagulée par ces fels acres &
corrofifs. Voilà , ce femble ,
deux effets entierement opGALANT.
67
1
pofez d'une même cauſe , &
cependant , comme vous di̟-
tes fort bien , ce qui eſt la
caufe de l'un, ne peut pas estre
la caufe de l'autre , puis que ,
felon le Philofophe , l'effet
doit estre de même nature
que la caufe, effectus debet fem.
per redolere naturam fua caufa.
Mais en verité il y a beau
coup d'apparence que ce fçavant
Medecin n'a entendu
par la coagulation faite par
ces fels acres , que cet épaif
fiffement & cette groffiereté
qui fuit la diffipation des par
ties volatiles du fang , quoy
Fij
68 MERCURE
qu'il ne fe foit pas expliqué
fi clairement que vous.
Cependant il eft feur qu'il
eftoit d'une fort groffe confequence
, qu'il fitt la difference
de cette groffiereté, qui
ne provient que de la perte
prefque totale des parties fpiritueufes
d'avec la coagulation
, & l'union étroite de cel.
les qui compofent la maffe
du fang , caufée par un acide
qui porte l'embaras dans toute
fon étenduë , parce qu'il
nous auroit ainfi mis dans un
beau chemin pour prendre
des indications plus juftes ,
GALANT. 69
& pour nous mieux déterminer
touchant le choix des remedes
, & c'eſt en cela que
vous avez parfaitement réuffi ;
car par vos ferieufes reflexions
on reconnoift facile.
ment que le fang n'eft
ainfi épaifli , que parce qu'il
a efté premierement trop dif
fous , & que c'eft cette
grande diffolution , qui en
faifant évaporer & diffiper
toutes les parties volatiles de
la maffe du fang , n'y a laiſſé
1 que les principes paffifs &
des corpufcules brûlez . On
comprend déja facilement
70 MERCURE
que dans cette forte d'épaiffiffement
& de coagulation
du fang , les alkalis ne ſerviroient
qu'à ôter du fang le
peu d'efprits qui luy reſtent,
& qu'ainfi on avanceroit
malheureuſement
le fort des
malades .
Vous ne procurez pas
moins de biens & d'avantages
au Public , lors que , par l'exem
ple du lait que tout acide
coagule , & que le fel de tartre
, qui eft acre , diffout ; &
par l'exemple du fang qu'on
fige par le vinaigre , ou par
l'efprit de vitriol ; au lieu que
GALANT. 71
fon y jette de l'efprit de vin,
ou de bayes de genevrier , il
s'enfuit une entiere defunion
de fes principes ; vous éta-
- bliffez fi folidement deux cau.
afes differentes des Fiévres malignes
, à fçavoir les fels acides
& vitrioliques , qui dans
la coagulation tiennent de la
nature du poifon de la Vipere
, du Scorpion , & du vitriol
Emalin, & des fels acres & corrofifs
, qui dans la diffolution
reffemblent affez aux petits
corps de l'Arſenic & du Su
blimé.
[
Cette connoiffance eft ef72
MERCURE
fentielle , car fi on prenoit
l'un pour l'autre , & que l'on
accufaft les acides , lors que
les alkalis font tant de defordre
, & les alkalis , lors que
les acides font la veritable
cauſe du mal , les alkalis que
l'on donneroit dans la premiere
circonſtance acheveroient
de diviſer & de brifer
la tiffure du fang , ils le mettroient
dans une effervefcenfe
extrême ; de forte que les
efprits s'élançant vers le cerveau
, & ouvrant les pores des
vaiffeaux pour le filtrer dans
la fubftance cendrée , entraîneroient
GALANT.
73
e
neroient avec eux beaucoup
de parties groffieres , leſquelles
leur cftant heterogenes ,
les mettroient dans des mous
vemens irreguliers , d'où s'enfuivroient
infailliblement le
delire , la phreneſie , &c . Si
on donnoit des acides , lors
qu'ils dominent déja dans le
fang , ils y porteroient un
plus grand embaras , & la circulation
ne fe faifant que lentement
, la maſſe du fang ne
fourniroit plus d'efprits au
cerveau , ny de nourriture aux
parties , & l'animal mourroit
accablé de tous les fimpto-
Juin 1696
G
74 MERCURE
mes qui accompagnent ordi
nairement cette coagulation .'
J'ofe pourtant dire qu'il y
a une circonftance , dans laquelle
reconnoiſſant même
la caufe du mal un fel
pour
acre & corrofif qui diffout
trop le fang , on peut donner
des alkalis & des diaphoretiques
; c'eft lors que le malade
fuë , & que ces fueurs femblent
le dégager un peu . Je
croy que pour , lors quo natura
vergit , eò ducendum per loca
convenientia , il faut fuivre le
mouvement de la nature , &
l'aider , parce qu'on a fujet
P
GALANT.
75
d'efperer que les parties heterogenes
eftant feparées du
fang , feront prifes & abforbées
par les ferofitez , & for•
tiront avec ce vehicule par
les pores ouverts ; de forte
que le fang n'eftant plus
- pouffé par ces aiguillons qui
le tenoient dans des mouve→
mens impetueux , il reprend
fa premiere tranquillité , &
nous voyons ainfi ceffer des
Fiévres 1
-
qui nous menaçoient
de fuites
funeftes . Ieft vray
qu'on doit prendre garde de
sne le point trop pouffer par
des fudorifiques
puiffans , &
Gij
6 MERCURE
que fi malgré toutes les précautions
le remede en fait
plus qu'on ne demande , il
faut donner des acides qui
puiffent reparer le mal qu'ont
fait les cordiaux & les diaphoretiques.
De là on connoift aisément
l'erreur de ceux qui donnent
indifferemment des alkalis
dans les Fiévres Malignes de
l'une ou de l'autre efpece ,
puis qu'il eft évident que lors
que le fang eft déja trop diffous
par des fels acres & corrofifs
, & que
d'ailleurs n'y
ayant aucune coction dans
GALANT. 77
les humeurs , il n'y a point
de difpofition à une fucur qui
puiffe l'en purger . Si on vient
à le charger de cordiaux, c'eſt
augmenter la force des fels
étrangers qui n'en avoient
déja que trop pour cauſer
tout le defordre , & agir à
la maniere d'un homme qui
mettroit du foufre au feu
pour l'éteindre .
Hippocrate femble avoir
blâmé tacitement
cette conduite
aveugle ; car il ne nous
paroift pas que dans toutes
les Fiévres Malignes
que nous
voyons exactement décrites
G iij
78 MERCURE
dans les Epidemies , il ait ja
mais employé , ny même reconnu
pour un remede , la
poudre de Vipere & les diaphoretiques
; comme fi ce
bon homme n'eftoit qu'un
ignorant au prix d'un tas de
Novateurs & de Thaumatur.
ges , qui eft le nom , comme
dit Patin , que Galien donne
à ces pretendus faiſeurs de
miracles.
Je viens prefentement aux
confequences que vous tirez
de cette theorie , pour vous
faire une pratique heureufe.
Vous conclucz fort judicieuGALANT.
79
P
1
C
fement à la faignée , exce
ptant apparemment l'aug
ment ou l'eftat de la maladie
dans lesquels paroiffant beaucoup
d'exanthemes , & le malade
fe trouvant foulagé , vous
abandonnez fans doute tout
à la nature . Mais dans un
commencement douteux il
faut faire faigner le malade ,
pour prévenir les facheux
fimptomes qui fe joindroient
infailliblement à la maladie ,
fi on n'avoit pas le foin d'ô .
ter par la faignée la matiere
qui les cauferoit , ficut etiam
in ipfo augmento & ftatu ,fi ager
Giiij
80 MERCURE
non melius fe habeat ab exams
thematum eruptione.
Tout ce qu'il y a de fçavan's
'Auteurs , & d'habiles Praticiens
, font de ce fentiment ,
à la reſerve de quelques timides
Medecins : Medici autem
funt de nibilo , qui complicatis
manibus expectant quod natura ,
ut aiunt , quodfuum eft opus effecerit
, qui apprehendent le re ;
tour de la matiere des exanthemes
dans le fang , lors
qu'il femble que nous devrions
fuivre le mouvement
de la nature ; mais ils ne prennent
pas garde qu'elle ne fait
GALANT. 81
-
jamais mieux fon devoir que
lors qu'elle n'eft pas furchargée
d'une trop grande quantité
d'humeurs , & qu'elle
chaffe bien mieux le refte ,
quand par la faignée elle a
efté delivrée d'une partie du
fardeau qui l'accabloit.
Pour prouver la neceffité
de la faignée dans toutes ces
circonftances , il fuffit de faire
remarquer avec vous , que
le fang dans fa trop grande
fluidité gonfle beaucoup les
vaiffeaux , parce qu'eftant
meu violemment , il occupe
plus d'efpace qu'auparavant,
82 MERCURE
fuivant cet axiome , Omne corpus
quod quiefcit ,femel aut violenter
morum , majusfpatium requirit
quàm anteà , & qu'ainfi il
y a plenitude , qui n'a pas de,
plus court , ny de plus feur
remede que la faignée ; qu'el
le n'eft pas moins utile , fi le
fang a trop de confiſtance ;
car comme il coule plus li
brement , elle facilite l'élargiffement
de fes parties , &
luy donne un mouvement
de liquide plus libre ; de for.
te qu'elle remplie parfaitement
dans les differens caracteres
de cette maladie , l'inGALANT.
83
tention qu'on doit avoir de
condenfer le fangdans fa volatilité
, & de le volatilifer dans
fa tropgrande conſiſtance.
J'ajoûte encore , que com-
( me dans ces deux circonftances
il y a toujours plus
ou moins de plenitude , les
vaiffeaux fanguins qui font
diſperſez dans les differens
cribles où ils portent le fang,
afin qu'il s'y dépure , eftant
fort gonflez , bouchent par
compreffion les pores de
ces mêmes cribles , de forte
3 que le fang ne peut pas y dépofer
les parties heterogenes,
84 MERCURE
qui continuant
à circuler
dans la maſſe , y cauſent tou
jours les mêmes defordres ,
jufqu'à ce que par la faignée
on ait dégagé ces parties , &
donné au fang en y paffant ,
occafion d'y quitter ce qui
Fagite & le trouble. C'eft ainfi
que par des raiſons fi folides
vous animez les Mede.
cins les plus timides , & que
vous les mettez à même d'agir
avec cette hardieffe qui
dégage fouvent les malades ,
que la peine & la difficulté
qu'ils auroient euës à fe déterminer
, auroit abandonnez
à
GALANT. 85
of
leur fort , & auroit laiffé ainfi
perir fans aucun fecours .
On ne peut donc mieux
toucher cette matiere ; vous
l'auriez ſans doute épuiſée , ſi
yous aviez voulu nous ap
prendre vostre fentiment touchant
la purgation , qui n'en
eft pas l'endroit le moins delicat.
Si vous n'aviez pas fi
bien réuffi fur tous les autres
chefs , on n'auroit pas apper-
сец la perte que l'on failoit
par l'indifference que vous
avez euë de nous donner voſtre
ſentiment ſur celuy- cy.
Mais j'entrevois , fi je ne me
86 MERCURE
trompe
', les raiſons
de voſtre
procedé
. Vous avez cru nous
enhardır
à parler de la purgation
, en nous y donnant
un
fi beau jour par tout ce que
vous nous avez dit de la faignée
& des autres
remèdes
.
Vous avez réuffi à mon égard .
J'avoue
que je n'ay pas pû
voir un fi beau chemin
fans
y entrer ; mais en verité c'eſt
plûtoft
le plaifir
qui refte ,
aprés avoir fait tous les efforts
pour le Public , qui m'y détermine
, que la présomption
' de dire des choles
qui puiffent
égaler la force de vos
GALANT. 87
J
raifonnemens , & entrer en
på allele avec voftre Lettre.
Mecum habito , & novi quàm
fit mihi curta fupellex .
Et comme dit Apulée dans
fes Florides , omnibus bonis in
rebus conatusfemper fuit in laude
, eventus in cafu.
Pour entrer d'abord en matiere
, je laifle à part la neceffité
de la purgation à la fin
de la maladie. L'Aphorifme
d'Hipp. Concocta medicari oportet
, non cruda marque affez
que l'on doit vuider par fon
moyen un marc , que les autres
évacuations n'ont pû en .
88 MERCURE
traîner. Il fe chargeroit fans
doute de nouveaux fels , qui
ne manqueroient pas de caufer
une rechute , qui feroit
d'autant plus à craindre, que
le fang appauvri par la premiere
maladie , ne pourroit
jamais fe débaraffer par
peu d'efprits qui luy reſtent,
d'un ennemi qui prendroit
fi bien fon temps .
le
Je parle de cette purgation
qui dans le commencement
de la Fiévre maligne , vuidant
une partie de la caufe morbifique
, & oftant à la maladie
fes plus grandes forces , met
GALANT. 98
le malade dans un eftat à luy
pouvoir mieux refifter. Je fuppofe
que par la faignée on a
vuidé la plenitude, & appaifé
la trop grande effervefcence
du fang , & ce qu'on appelle
orgafmum humorum , & qu'ainfi
les vaiffeaux fanguins remis
dans leur premier eftat , &
n'eftant plus fi fort tendus ,
laiffent les cribles tous ' ouverts
, & permettent au fang
de s'y dépurer de toutes fes
parties heterogenes , & pour
lors je dis qu'on peut & qu'on
doit mefme tres - fouvent purger
le malade , & couper court
Juin 169.5.
H
90 MERCURE
à un mal qui le meneroit trop
loin.
Si pour confirmer cette ve
rité il ne falloit que rappor
ter l'autorité des plus grands
hommes , & des plus heureux
Praticiens , j'y reüffirois facilement.
Sydenham , fameux
Medecin de Londres , Riviere
, Sennert , Helmont , Sylvius
de Laboë , Etmuller , &
les Auteurs du plus grand
poids , vantent les purgatifs
dans ces circonftances ; en un
mot , tous les Modernes foutenus
par les fameules Univerfitez
de Paris & de MontGALANT.
91
pellier , ne croyent pas pouvoir
mieux s'y prendre , pour
prévenir les fymptofmes fâcheux
qui fe joignent ordinairement
à cette maladie , fi
on donne aux humeurs malignes
le temps d'entrer dans
le fang , & d'y porter le defordre
& la confufion .
Enfin , pour refte de droit ,
je pourrois me vanter d'avoir
pour garant le divin Hippo .
crate , falli aut fallere nefcium ,
lequel au fentiment de Galien
purgeoit dans ces maladies
tous ceux qui abondoient en
humeurs, Quod cum prævidiffet,
Hij
92 MERCURE
dit ce fidele Interprete , par
lantd'une conftitutionde l'air,
qui caufoit des fièvres malignes
& peftilentielles , Statim.
abinitio quacumque corpora humida
ipfi videbantur , omni viá
exficcare conabatur , in quibus
fuperfluitates redundabant bac
purgationibusfanabar.
Mais comme la raiſon prévaut
fur l'autorité des plus
grands hommes , c'eft d'elle
principalement que je veux
me fervir comme d'un bouclier
& d'un rempart qui puiffe
mettre cette opinion hors
d'infulte . Scuto veritatis circum
dabo te.
GALANT: 93
Il y a trois fortes d'occafrons
dans lesquelles tous les
Modernes conviennent qu'il
faut purger les malades ; premierement
lors que , materia
turget , je veux dire lors que
les humeurs font fi fort émuës
& agitées , qu'il y a du danger
que fe jettant fur quelque
partie noble, elles n'y caufent
quelque finiftre ſymptôme .
In principio purgabis , fi materia
turgeat.... En deuxième lieu
lors que les premieres voyes.
font remplies d'humeurs impures
& malignes . Dumftagnant
in primis viis.pravi humo94
MERCURE
res , & enfin lors que fur la fin
de la maladie la nature a
triomphe de la cauſe morbifique
, & que l'ayant feparée
du relte des humeurs par une
heureuſe coction , elle demande
d'en eftre délivrée comme
d'un ennemi qui a failly à la
détruire , & auprés duquel on
n'est jamais dans une veritable
tranquillité , cocta non crudafunt
medicanda
Orje dis que dans le commencement
de prefq ie toutes
les fievres ma ignes , nous
trouvons deux de ces circonftances
, & pour commencer
GALANT.
95
1
par la premiere , que nous
marquent ces inquietudes
continuelles , les délires qui
reviennent par intervalles ,
ces oppreffions , ces toux , ces
douleurs vagues , & c. qu'une
agitation extraordinaire des
humeurs , qui produiroient
toûjours quelque fymptôme
funelte par tout où elles fe
prefentent , fi les parties par
leur ton & leur vertu de reffort
, per tonumfuum , ne fe trouvoient
en eftat de les repouffer?
Ainfi aprés avoir vuidé la
plenitude par la faignée , &
avoir , comme j'ay dit , mis les
96 MERCURE
cribles en eftat de feparer les
parties heterogenes de la maf
fe du fang , il faut donner un
purgatifproportionné aux cir .
conftances prefentes , pour la
nettoyer des fels étrangers qui
la tiennent dans cette agitation
violente . Cela a paru fi
plaufible que les plus timides
Medecins fe font enfin faits
à cette pratique , & qu'il n'y
en a pas un à l'heure qu'il eft
qui ne fe glorifie d'avoir épar
gné mille maux à fes malades
-par cette conduite.
Quoy que cette raiſon ait
fa folidité, cependant comme
le
GALANT. 97
le divin Hipp. nous fait remarquer
que les humeurs ne
font pas également agitées , &
qu'ainfi elles ne prennent pas
toujours leur cours fur quel
que partie noble , ut plurimum
verò non turget , & que d'ailleurs
il femble que la faignée
puiffe feule prévenir tous ces
malheurs. Je confens volon
tiers qu'on l'oublie un moment
pour juger fi la feconde
circonftance que je vais
toucher , ne doit pas ~*
de nous détermin
gation.
ver
Ta
pur
Les
Fiévres
Malignes
atta-
1 Juin 1696. I
98 MERCURE
quent feulement quelques
perfonnes dans un pays , par
la feule difpofition des hu
meurs , ou bien elles font Epi
demiques , & font caufées par
la corruption de l'air ou des
alimens . Ex aëre & cibo fiunt
morbi. Dans le premier cas
elles font ordinairement
produites
& fomentées par des
humeurs qui croupiffent dans
le ventricule , le pancreas , la
veficule du fiel , les inteftins ,
ns le fecond , le fang
devient d'abord trop liquide,
la ferofité qui s'en fepare fe
charge d'une quantité de
&c. D
GALANT 9999-70N
en
Miafmes malins qu'elle e
traîne dans les premieres
voyes , de forte que le mêlant
avec le chyle & la boiſſon , ils
entrent de nouveau dans le
fang pour y cauſer de nou
veaux defordres. Ainfi il eſt
C
t
toujours feur que la cauſe prémiere
de ces Fiévres eft contenue
dans les premieres
voyes , ou que du moins c'eſt
là qu'elles trouvent toujours
une matiere propre à leur
fournir inceffamment de nou .
velles forces .
Les fimptomes qui accom
pagnent ordinairement ces
I ij
100 MERCURE
maladies , comme les naufées,
les vomiffemens , les amertumes
de bouche , les défail.
lances , appellées Cardialgias,
qui ne viennent que du picotement
& de l'irritation de
l'orifice fuperieur de l'eftomach
, le hoquet , les flux de
ventre exceffifs , nous empê
chent de douter de la prefence
des humeurs dans ces endroits.
Il est donc bien facile de
comprendre prefentement ,
qu'on ne peut fe paffer
des purgatifs , puis que nettoyant
les premieres voyes ,
GALANT: 101
y
& entraînant ainfi avec eux
la caufe antecedente de la
maladie , ils luy ôtent fes for
ces & fa veritable nourriture,
pabulum detrahunt ; de forte
que la nature n'ayant qu'à fe
débaraffer de ce qui s'eſt déja
gliffé dans le fang , elle
réuffit aisément , n'eftant plus
détournée par l'abord d'une
nouvelle bumeur que ces par
ties luy auroient inceffamment
fournie . Les efprits feparent
les humeurs étrangeres
de la maffe du fang , &
les parties fe fervant de ces
mêmes efprits , les chaffent
I iij
102 MERCURE
par les fueurs , par les urines,
ou par quelque autre évacuation
, fuivant la difpofition
qu'elles ont à paffer par les
differens cribles de noftre
corps.
Il faut fur tout fe hafter ,
& n'attendre pas que ces matieres
ayent eu le temps de
s'infinuer dans le fang. C'eſt
pour cette circonstance qu'il
femble qu'Hippocrate ait dit
dans le premier de fes Aphorifmes
, que l'occafion paſſe
bien vifte , occafio præceps : &
effectivement on ne répare
prefque jamais le mal qu'on
GALANT .1 103
auroit pû éviter , & on ne le
trompe jamais impunément;
ou du moins a t- on le cha
grin de n'avoir pas épargné
une longue fuite de maux à
des perfonnes qui nous avoient
choifis pour eftre les
dépofitaires de leur vie.
Je ne détermine pas fi c'eft
de l'Emetique ou des fimples
purgatifs qu'on doit ſe fervir ;
les differens fimptomes & la
differente conftitution du
malade , détermineront plus
jufte que je ne fçaurois faire
ceux qui feront à même de
les employer.
I iiij
104 MERCURE
Voilà , Monſieur , quel eſt
mon fentiment touchant ce
grand remede. Au refte , je
n'en fuis pas fi fort préoccupé
, que je ne fois toujours
preft à l'abandonner quand
on m'en fera voir la fauffeté.
Si on me montre un chemin
plus feur , j'y entreray avec
plaifir , & j'auray pour ces
perfonnes une reconnoiffance
proportionnée à l'avantage
qu'ils m'auront procuré. J'auray
du moins la confolation
de leur avoir donné lieu de
dire de meilleures chofes que
je n'ay pû faire .
GALANT. 105
Fungor vice cotis , acutum
Redlere quæ ferrum valet , exors.
ipfa fecandi.
Et d'avoir pû vous témoigner
en même temps que je fuis
avec beaucoup d'eftime & de
confideration , voſtre , & c .
Vous ne ferez pas fachée
de voir l'eftat que je vous envoye.
C'est celuy des mar
chandifes provenues du Vaiffeau
le Saint Jacques des Vitoires,
& des Flutes la Petite.
Therefe & le S. Nicolas d'Oftende
. Vous fçavez que ces
Vaiſſeaux ont efté pris par
l'Eſcadre de ceux du Roy que
106 MERCURE
commande M❜le Marquis de
Nefmond , Lieutenant General
des Armées Navales de Sa
Majesté.
729648. aunes de Flandre , de
Dentelles de toutes fortes .
7787. aunes de Flandre , de
: Dentelle noire .
1703 aunes de Dentelle jaune
de foye écruë.
4536. aunes de Flandre , de
Dentelles de foye de couleurs
mellées .
279. aunes Cadres de mouchoirs
de Dentelle .
470. Colets à homme , de Dentelle
.
GALANT:
107
48. Colets à femme , de Dentelle
.
46. Fichus de Dentelle .
47. Mouchoirs ordinaires à
Dentelle.
6. Tabliers tout à dentelle .
5. Tabliers de toile & dentelle..
2. Jupes de dentelle blanche .
1. Jupe de dentelle noire.
13. Eventails à dentelle.
35. Petits paquets d'Engré
lure.
3. Paires de gants à dentelle.
152658. aunes de Licottes .
32174. aunes de Baracan.
25520. aunes de groffe toille
écruë. ·
108 MERCURE
8727. aunés de toille rayée.
16. aunes de coille rayée.
4096. aunes de toille blanche.
3000, aunes de toille de Quintin
.
III . aunes de toille ouvrée .
4776. aunes de toille de Cam
bray.
2280. aunes de Serge blanche.
1256- aunes de Serge noire.
1224. aunes de Serge rouge .
12600. paires de bas de fem
me , de laine.
4405. aunes de Camelor .
507. aunes de Brocard .
3120. aunes de Ras de Genes .
504. pieces de Ligatures pour
Tapifferie.
GALANT. 109
60, douzaines de Lacets de fil .
1941. Paquets de fil blanc.
400. Livres de Verd de montagne
.
71700. Images de plufieurs
fortes , la plufpart en taille
douce , quelques Peignes
en petite quantité , & des
Pipes auffi en petit nombre.
Je vous envoyay quelques
Remarques nouvelles tou
chant le reglement de la Feſte
de Pafques , dans ma Lettre
du mois d'Avril. On y a fait
la réponſe que vous allez lire ,
110 MERCURE
MONONSSIEUR.
Voltre fupputation peut
eftre exacte , & la netteté
avec laquelle vous expofez le
Siftême , montre également
que vous l'avez approfondi ,
& que vous fçavez . Je conçois
donc qu'en l'année 303. aprés
la Biffextile, l'Equinoxe pourroit
monter de deux jours ,
cinq heures & quelques momens,
au rata du retranchement
de pareil nombre , de
la même maniere que l'excedant
de minutes & de fecon
GALANT. III
des , le feroit defcendre de
trois jours en quatre cens ans,
fi ces jours n'eftoient fupprit
mez. Ce que je ne conçois
pas , & qui m'étonne , c'eſt
que la difficulté propoſée ſi
finement , & avec tant de folidité
dans voftre Lettre , ait
échapé aux Sçavans qui tra .
vaillerent fous les ordres du
es
Pape Gregoire , en forte que
rien n'eftoit décidé fur le dél
rangement d'Equinoxes des
303s années . S'en feroient - ils
apperceus , Monfieur ? Qu'en
penfez-vous , ou l'ayant remarqué
, auroient-ils negligé
112 MERCURE
de fixer la Pâques pour ces
temps - lá , comme des temps
plus rares ? Aprés tout , l'obfervation
du reglement dernier
leur eftoit chere , & l'on
voit affez qu'ils le ſuivirent
religieufement comme la regle
la plus feure . Ainfi la fixation
de l'Equinoxe au douziéme
des Calendes d'Avril ,
c'est à dire au 21. de Mars , fut
tellement de leur gouft , qu'à
l'exemple du Sinode , & ne
s'appliquant qu'à reformer
fur cet excellent modelle ce .
qui s'en écartoit , ils firent
dépendre de ce 21. le jour de
GALANT: 113
Pâques , ou fi vous voulez , le
Dimanche qui fuit la quatortorziéme
Lune du premier
mois , je dis du premier mois ,
pour fatisfaire , fi je puis , à
quelques doutes inferez au
Mercure d'Avril , & en paffant
marquer que chez les Juifs
les mois eftant purement
lunaires
, & non folaires , leur
premier jour ne commençoit
qu'avec la pointe du Croiffant
, methode qui rendoit
quelquefois ce mois commun
à plufieurs jours de celuy que
nous appellons Avril ; ce qui
prouve auffi
Juin 1696 .
que la Lune paf-
K
114 MERCURE
chale n'eft celle de Mars qu'
autant que l'Equinoxe attachée
au 21. de ce mois retient
Pâques dans cette Lune .
Pardon pour la digreffion ,
Monfieur , je rentre , & fans
biaiſer davantage , j'ole vous
dire que les Aftronomes de
1582. ces hommes fi penetrans
en un fens dans l'avenir le plus
reculé , paffent chez moy pour
gens qui n'ont peut eftre pas
encore trouvé les Equinoxes
des 303es années placées où
nous les croyons . J'attefte
leur filence fur une affaire
auffi importante qu'eft celle
GALANT. 115
es
de regler jufte pour tous les
4" fiècles , l'Equinoxe , la Pâque
, les Fêtes mobiles ; fans
parler du reculement qui pa
roiffant estre de deux jours
cinq heures douze minuttes ,
comme vous le fuppofez , ne
feroit pas fuffisamment reparé
enfuite. Comment le feroit il?
Le jour unique qui rendra
l'année zoco biffextile , fuffira-
t-il , par exemple , pour fai
re defcendre au zi . Mars une
Equinoxe qui l'année 1903 .
aura monté de deux jours &
plus ? J'avouë que le fuperflu
de minuttes amaffé pendant
Kij
116 MERCURE
97. années anterieures pourra
former certain nombre d'heu
res capable de la rapprocher
un peu , mais de combien ? &
ne peut- on pas toûjours dire
qu'il luy faut autant d'années
pour rentrer au 21. fon pofte
naturel qu'elle en a employé
à s'écarter , calcul cependant
fort éloigné de la
propofition avancée. Suppofons
neanmoins les variations
de l'Equinoxe auffi certaines
qu'elles paroiffent à plus penetrans
que moy , & répondons
que l'hipoteſe en que.
ftion n'empefcheroit pas qu
GALANT. 17
on n'obéiſt dans l'effentiel au
Concile de Nicée , & que la
Pâque ne fuft alors celebrée
le Dimanche qui fuit la 14.
Lune d'aprés le 21. Mars , fans
neceffité aucune de reculer
cette Fefte au 27. Avril ; qu'en
ces 303 années , à la verité par
cas extraordinaire , l'Equinoxe
ne fe trouveroit pas jointe
à ce 21. mais qu'aprés tout la
regle regnante plus communément
ne laifferoit pas d'être
obſervée, & le Synode refpecté
quant au jour , que ce Synode
& les Correcteurs du
dernier fiecle avoient prefcrit
118 MERCURE
un point fixe & fuffilant pour
regler , en marquantce jour ;
qu'enfin une Equinoxe flotante
feulement à noftre:
égard , & toujours affurée du
cofté du Ciel , écartée par
rapport à nous de ce point fixe
dont on parle , j'en conviens ,
mais fort rarement , & en eftat
d'y rentrer quelque temps a
prés , par un retour certain ne
peut faire foy contre l'ordre ;
en un mot que l'Equinoxe extraordinaire
negligée , n'éloigneroit
rien ny de la commune
,ny du jour auquel le Conci .
lel'a invariablement attachée.
GALANT. 119
Nous ne vivrons pas alors ,
Monfieur , vous & moy , pour
voir ce qui en fera, Peut - eftre ,
& j'en doute fort, imaginerat-
on quelque remede ; peuteftre
auffi s'en tiendra- t on à
l'ufage courant . Répondre
ainfi s'appelle fort mal payer
un homme dote & delicat ,
qui ne reçoit que de bonne
monnoye. Je m'en apperçois
bien moy qui m'en contente
à peine , heureux de pouvoir
du moins vous en indiquer
une meilleure . Elle eft fans
doute chez l'Auteur de la Remarque
mife dans le Mercu120
MERCURE
re de Mars , page 277. & fuivantes
, & vous pourriez le
confulter là- deffus , fi toutefois
il ne luy arrive pas de
vous prévenir officieuſement
dans celuy qui s'imprime.
L'érudition qu'il étale , marque
affurément qu'il fçait ,
je ne luy fouhaiterois que le
tour aifé & le dégagement de
ftile dont brille la voftre . J'ignore
s'il eft Auteur de l'Inftruction
annoncée page 275.
du même Livre ; ce que je
fçay , c'est qu'il auroit tort de
me traiter d'abbreviateur de
fon difcours , qui certainement
GALANT 12T
ment m'efl inconnu. Le démeflé
du Pape Victor avec le
Clergé d'Afie piqua autrefois
ma curiofité affez pour me
faireap prendre , fuperficiellement
du moins , ce que j'ofay
donner au Public il y a
trois mois , & l'inftruction
familiere cy - deffus citée ,
n'eft point ma fource . L'Auteur
pourroit m'éclairer fur
quantité de chofes , je ne le
dénie pas ; le fait conftant
eft qu'il ne m'a rien appris
dans celle-cy. En finiſſant ,
Monfieur , je n'ay garde de
vous remercier de cet encens
Juin 1696.
L
022 MERCURE
fi liberalement offert dans
voſtre Lettre , moy qui
ne le regarde que comme
une tentation fine de vaine
gloire. Sans mentir peut - eſtre
aurois - je répondu plus juſte,
s'il ne m'euft offufqué. Je me
trahis neanmoins , & j'avoue,
ce femble , que je vous en
tiens compte , lors que j'affure
que la gratitude de mon
coeur vous vange du peu de
jufteffe de mon efprit. Je fuis ,
Monfieur , voftre , & c .
+
L'Inftruction de l'ufage des
Epactes & des Lettres Domi
GALANT: 123
nicales , qui ſe trouve inſerée
dans ma Lettre du mois de
Mars , a fait naiftre des difficultez
dont on voudroit bien
avoir l'éclairciffement
. Voicy
de quelle maniere un Parti
culier s'en eft expliqué.
Voftre Mercure , qui dans fon
dernier mois de Mars a voulu
nous donner les moyens de connoiftre
l'Epacte , en appliquant le
Nombre d'Or fur les trois doigts
de la main , ne parle que pour le
temps paßé , ou prest à expirer ;
car en l'année 1700 on aura 10 de
nombre d'Or, lequel arrivantſur
le premier doigt de la main, don-
Lij
124 MERCURE
neroit , felon fa fupputation , 10.
d'Epacte. Cependantil eft certain
qu'il n'y aura que 9. d'Epacte en
1700.
En 1710.ily aura 1. de nombre
d'Or , & l'Epactefera mar--
quée dans le Calendrier , d'une
petite Etoile , & dans le Martirologe
du P majufcule .
En l'an 1900 , il y aura 1. de
nombre d'Or , qui tombant encore
fur le premier doigt de la main ,
marqueroit 1. d'Epacte ; & ily
aura 29. d'Epacte en 1900.
L'Auteur nous feroit plaifir,
s'il vouloit nous apprendre les
caufes de ces diverfisz , &nous
GALANT. F25
donner des moyens plus feurs &
de plus d'étendue pour trouver les
Epactes. Je fuis .
Mile Maréchal de Joyeufe
eſtant arrivé à Caën le 10. du
mois paffé à fept heures du
foir , en partit le lendemain
a fept heures du matin , pour
aller à la Hogue, & avant fon
départ M ' le Doyen du Chapitre
du Saint Sepulchre , accompagné
de fes Chanoines ,
luy fit ce Compliment.
MONSEIGNE ONSEIGNEUR
Tous les Rois que l'Antiquité
Liij
126 MERCURE
f
mettoit au nombre des Dieux ;
n'eftoient que de petits Princes en
comparaifon de noftre Augufte
Monarque ; &fi nous ne pouvons
pas l'adorer comme une Divinité
, il merite d'eftre honoré
plus que tous les Souverains de la
terre , puis que jamais Prince- n'a
cu ny tant de majesté , ny tant
d'excellence. Et parmy toutes ces
grandes qualite , Monseigneur ,
cette fageffe plus qu humaine, que
Dieu luy a donnée pour gon verner
fon Royaume , a paru avec
éclat lors qu'il vous a donné le
bafton de Maréchal de France
comme une jufte récompenfe de vos
GALANT. 147
vertus heroïques, & de toutes vos
grandes actions militaires , qui
vous rendent terrible aux Ennemis
, utile àla Couronne ainfi que
vos Ayeux , neceffaire aux Combats
auffi- bien qu'aux Confeils ,
qui vous ont fait remporter tant
de victoires , & qui vous attirent
l'eftime l'admiration de tout le
monde. Nous devons donc dire .
Monfeigneur , avec bien de la
joye , Beny foit le Grand He -`
ros qui vient dans cette Pro .
vince avec le Bouclier de la
Foy , le coeur des Cefars , & les
armes invincibles de la France
, pour nous préſerver de la
Liiij
128 MERCURE
fureur des Ennemis de la
vraye Religion & de cet Etat.
C'est auffi , Monfeigneur , le juſte
devoir que nous venons vousrendre,
en vous aſſurant de nos voeux
de nos très- humbles reſpects.
M' l'Archevêque de Paris
eftant allé aux Nouvelles Catholiques
, dont il eftoit Superieur
avant que d'eſtre élevé
à l'Epifcopat , & celuy qui
gouverne cette Maiſon ne s'y
eftant pas trouvé, un zelé Ecclefiaftique
des Miflions E.
trangeres le complimenta en
ces termes.
GALANT. 129
Mo
ONSEIGNEUR.
Ce que vous avez toujours
efté dans cette Maifon vous prévient
heureusement enfa faveur.
Vous comprenez mieux que perfonne
combien elle doit eftre vive.
ment touchée de la
grace que vous
luyfaites ; & j'ofe dire quepour
bien juger des fentimens qu'elle a
pour vous , il ne faut que confulter
ceux que vous avez pour
elle.
Par des titres finguliers cette
Maifon vous doit eftre chere.
Dien vous a donné à elle dans
130 MERCURE
tous les temps, &fous touteforte
de formes . Elle vous a eu d'abord
pour Ami , vous l'avez ho,
norée de voftre affection . Elle vous
a poffedé enfuite comme Pere ;
vous l'avez formée par vos foins.
Enfin ce qui met le comble àfa
joye & afon bonheur , elle vous
reconnoift aujourd'huy pour Pafteur
, ou plutost voyant en vous
réunies avec toutes les vertus toutes
les qualitez qui luy font fi
avantageufes , elle vous reconnoift
tout ensemble pour Ami , pour
Pere , pourPafteur, & pour Protecteur.
L'abfence de celuy quila conduir
GALANT.
131
fifagement fous vos ordres , nous
eft favorable , puis qu'elle nous
donne lieu de venir icy mêler nos
refpects avec ceux de ces picufes
Filles.
Nous travaillons comme elles ,
quoy que differemment‚à la propagation
de la Foy , & il eftvit
juſte que felon laparole du S. Ef
prit , ceux quifont loin ſe raffemblaffent
avec ceux quifont proche,
pour honorer en vous un zele qui
embraffe également ce qui eftproche
, ce qui eft loin . Vous trou
verez bon, Monfeigneur , que
nous participions avec elles à la
benediction que vous portez avec
132 MERCURE
vousdans tousles lieux que vous
honorez de vostre prefence.
Je vous envoye les ordres
de Bataille de l'Armée de
Flandre & de l'Armée de la
Meuſe. Je ne doute point
qu'on ne les change avant
que vous receviez ma Lettre ,,
felon les mouvemens
que feront
les Ennnemis ; mais
vous verrez du moins la dif
pofition de ces Armées lors
qu'elles font entrées en campagne
, & vous fçaurez de
quelles Troupes elles font
compofées.
GALANT. 133
ORDRE DE BATAILLE
de l'Armée du Roy ,
en Flandre .
GENERAL.
M' le Maréchal Duc de Villeroy,
PREMIERE LIGNE.
Lieutenans Generaux.
Monfieur le Duc.
Monfieur le Prince de Conti,
M'le Comte de Gaffion.
M ' le Duc de Barwick .
Mile Marquis de Crequi.
M ' de Rofen .
Monfieur le Duc de Chartres
commandera la Cavalerie,
134 MERCURE
Marefchaux de Camp:
M's le Comte de la Motte.'
Le Marquis d'Alegre.
Reynold.
Le Marquis de Surville.
- Albergotti .
Le Comte de Cayeux.
Le Marquis de Vandeüil .
De Bezons.
Brigadiers.
Mr le Comte de Nogent.
DRAGON S.
Royal.
Fontenay . 3
ww
3
Mr de Romery.
6
GALANT. 135
CAVALER I E.
Grenadiers à Cheval.
Noailles.
Duras.
De
Lorges.
1
3 3
I
Villeroy.
Gens d'armes .
Chevaux - legers.
Premiers Moufquetaires. I
Seconds Moufquétaires.
M ' le Prince Camille .
Roſen.
Prince Camille..
Cuiraffiers .
Efcadrons 32 .
I
17.
3
3
9
33
1: 6 MERCURE
INFANTERIE.
M' de Liancourt.
Navarre.
Vermandois.
Nice.
Vexin .
Puynormand.
Saint-Second.
M ' de Mornay,
Du Roy.
Poitou .
Senecterre .
D'Ennonville.
M'de Saillant .
Gardes Françoiſes.
I
I
I
I
2
I
GALANT 137
Gardes Suiffes.
M ' de Biron ,
7
Lionnois. 2
Artois . I
Greder Allemand 2
Royal Italien. I
La Marche. I
La Motte. I
8
M de Rochefort.
Deftouches.
Vidame d'Amiens.
Peri.
Zurlauben.
1
I
I
2
Provence. 2
Juin 1696.
M
128 MERCURE
IN
Bourbonnois .
Bataillons 41.
CAVALERIE .
9
Mr le Prince de Rohan.
Du
Roy.
Berri.
Chartres.
Rohan.
3
2
2.
2
MNNN
9
Mr le Duc de Monfort.
Royal Allemand .
Dourches.
Coffé.
Mr Tizenhauzen.
Furftemberg.
3
3
M M N
8
INJ
GALANT. 129
Villeroy.
Anjou .
2
2
Meftre de Camp general. 3
M' de Breteüil.
DRAGONS.
9
Breteüil.
Verruë.
3
3
6
Escadrons 32.
SECONDE LIGNE .
Lieutenans Generaux.
Mrs le Baron de Bufca.
Le Comte d'Artagnan .'
Le Marquis de Feuquieres.
Le Marquis de Montrevel.
Mij
140 MERCURE
Mareschaux de Camp.
M's le Duc de la Roche
guyon.
Le Duc de Villeroy.
Le Duc de Charoft.
Greder.
Le Comte de Rottembourg.
Le Duc de Luxembourg.
Brigadiers.
M' de Vaillac.
CAVALERIE .
Commiffaire General.
Vaillac .
Quoadt
M' du Pleffis ..
Du Roſel
3
3
in
9
3
GALANT: F4T
Prefle.
Du Pleffis.
Escadrons 18.
INFANTERIE
M' de Humieres.
Humieres.
Royal-Montferrat.
Bugey.
Les Landes.
Orleannois.
9
3m in
1
1
!
Lenoncourt.
Montenay.
M' Greder , Suiffe..
Stoppa.
Greder , Suiffe..
I
2.24
9
4
4
8
142 MERCURE
MrMouroux.
Orleannois.
Mouroux.
Limoges.
Angoumois .
M ' de Salis .
Lignieres ,
Laigle.
Reynold .
Salis .
I
2 1
T
1
1
I
7
4
4
8
M' Dorinkton .
Perigueux.
Royal Savoye.
Seougeac .
Montauban.
L
F
GALANT. 143
Angouleſme.
Auxerrois.
I
I
Gardes duRoyd'Angleterre. 2
Bataillons 40.
CAVALERIE .
M' Manderscheidt .
Condé.
Manderscheidt.
La Tournelle.
M' de Villequier.
Villequier.
Roquefpine.
Cravates .
S
∞
2 333
3
2
33
Efcadrons 16.
8
144 MERCURE
CORPS DE RESERVE.
DRAGONS.
Colonel General.
La Reine.
Silly.
Saint-Hermine.
Escadrons 12 .
ARTILLERIE.
RoyalArtillerie.
Bombardiers.
12
Bataillons 3:
Total , Efcadrons гro
Bataillons 84.
3www w
2
1
ORDRE
GALANT. 145
ORDRE DE BATAILLE
de l'Armée du Roy ,
fur la Meufe.
GENERA L.
Mr le Maréchal Duc de Bou-
Alers .
PREMIERE LIGNE.
Lieutenans Generaux.
Monfieur le Duc du Maine .
Mile Comte de Tallard .
M' le Duc d'Elbeuf.
Mile Baron de Breffey.
M' de Ximenes.
Marefchaux de Camp.
M's le Marquis de Pracontal.
De Phelypeaux .
Juin 1696.
N
146 MERCURE
Le Marquis d'Antin..
De Cavoye .
De Zurlauben.
Le Comte de Solre .
Du Rofel.
Le Marquis de Lanion .
M'le Comte de Toulouſe
doit commander la Cavalerie
, & M'de Soufternon fous
ce Prince.
Brigadiers.
Mr le Duc de Guiche.
CAVALERIE.
Mestre de Camp general. 3
Grammont . 3
6
GALANT. 147
M ' du Rofel.
Carabiniers .
M' Dachi.
Carabiniers.
Mr Cheiladet.
16.
8
Noailles.
Toulouſe .
Du Maine.
Orleans .
3M N N 2
Escadrons 31.
INFANTERIE.
M' le Prince d'Epinoy.
9
Picardie.
Lorraine.
Luxembourg.
5.
ம்
3
I
1
MH148
MERCURE
M de Cadrieu .
Cruffol.
Toulouſe.
Teffé
.
Chartres.
Mr de Vibraye.
Guiche.
Boulonnois.
Villefort.
M ' de Blegny.
La Farre.
Xaintonge.
Bernold d'Alface .
Choifinet.
I
I
21H
2
1
I
4
1
I
I
I
4
GALANT. 149
M'de Princé.
Dauphiné.
Soiffonnois .
Bellifle.
3
I
I
5.
Mr de Leé.
Leé Irlandois-
La Marine Irlandois .
M³ de Thianges .
Thianges.
Languedoc.
M de la Chaftres.
Blaifois.
La Chatres.
S
2.
3
2
4
I
14
N iij
150 MERCURE
Brie.
M ' de Thury.
Teffé Fufeliers .
4
Sezame.
Du Maine.
M' de Blainville .
Ponthieu.
Foix.
Champagne .
2
I
Bataillons 46 .
CAVALERIE .
M' de Clermont..
Dauphin Etranger.
Clermont.
I
2
3M 3
GALANT.
151
3
La Valliere.
M'de Raffant .
Prince d'Auvergne.
Sevaftre.
Raffant.
La Reine.
3
3
3
wwww
3
12
Mr d'Avaray.
DRAGON S.
D'Avaray.
Dauphin.
3
6
ww
Escadrons 27.
SECONDE LIGNE.
Lieutenans Generaux .
Mr le Comte de Gacé.
N iiij
152 MERCURE
Le Duc de Roquelaure.
Le Marquis de Crenant.
Marefchaux de Camp.
M'sle Marquis de Grammont.
Le Marquis de Noailles.
De Surbeck.
Le Marquis de Saint Laurent .
Brigadiers.
M' de Puyguion.
CAVALERIE .
Bourgogne .
Imecourt.
Biffy.
333
9
M' d'Auriac.
Mornay.
D'Auriac.
333
GALANT. 153
Bourbon .
Efcadrons 18.
INFANTERI
E.
8
M ' le Duc de Chaſtillon .
2
Piedmont.
Montjoye.
M' de Goeibriant.
Beauvoifis.
Berri.
Bufeville.
Sanzay.
M ' de
Gafquet.
Maulevrier.
Guiſcard.
3
I
4
1
1
I
4 .
4
2
2
154 MERCURE
M' de Paratte.
Bourbon.
De Broc . I
Gournay.
Charolois. 1
M' Courten .
Surbeck. 4.
Monin.
Courten .
4 2 2
M' de Herbouville.
Steenville.
Laonnois.
Monchi .
Herbouville.
8
ì
1
1
I
4
GALANT:
155
M'de Rohan .
Tallandre .
D'IreudeLuxembourg
.
Royal Rouffillon .
M' de Chalmafel .
4
I
1
Tulle.
Thoy.
Anjou .
Bataillons 36.
CAVALERIE.
Milord Gallovay.
La Reine d'Angleterre .
Maffot.
Barantin .
1
I
2
4
3
8
156 MERCURE
Milord Skelton .
Belleport .
N
Sully.
Fiennes.
Le Roy d'Angleterre.
Escadrons 18.
10.
3
3
2
CORPS DE RESERVE .
Bretoncelle.
Alsfeld .
Fimarcon .
Artois .
12
3
3
3
3
Huffards .
Escadrons 12 .
2
Pour eftre porte par tout où
il conviendra.
GALANT. 157
ARTILLER I E.
RoyalArtillerie.
I
Compagnie de Canonniers . 2
3
Gardes du Roy d'Angleterre.1
Ganges Dragons .
4
3
Deux Compagnies de Canonniers
, compris les quatre
Efcadrons cy- deffus , deftinez
pour M le Marquis d'Harcourt
.
Netancourt , Milice de
Mets . Un Bataillon en elt
deſtiné
pour
Vieille France.
la garde de la
158 MERCURE
Sur la fin du Dialogue que
je vous envoyay le mois paffé
, de deux Oifeaux babillards
, la Pie promettoit au
Perroquet de luy raconter fes
avantures . M' Robinet , qui
en eft l'Auteur , luy a fait tenir
parole , & c'eft un recit
que vous prendrez plaifir à
entendre.
SUITE DU DIALOGUE
HISTORIQUE ET MORAL
Du Perroquet & de la Pie .
O
LA PIE.
Uvre l'oreille , Perroquet .
Jefuis prefte à te fatisfaire .
GALANT
159
Je viens d'affiler mon caquet
Dans le petit repas qu'exprés j'ay
voulu faire.
LE PERROQUET.
Je fuis pareillement tout preft àt'écouter
,
Et pour te donner audience ,
Sans que mes inteftins puiffent m'inquiéter
,
Je les ay remplis d'importance .
LA PIE.
Je te parois ce que je ne fuis pas.
On ne doit point en croire ma
figure .
De cette verité toy- mefme jugeras
Quand ie t'auray fait part d'une étrange
avanture,
Tous mes Parens eftoient du noble
Genre humain ,
Et du temps des Metamorpholes
,
160 MERCURE
Où des Dieux ce dit -on , le pouvoir
fouverain ,
Ainfi qu'il leur plaifoit , changeoit
foudain les choſes.
En ce temps - là vivoit un certain
Pierus ,
Quoy que d'un fang commun , riche
comme un Ciéfus,
Epoux d'une Evippé , Femme à tel
point feconde
Que l'on ne pouvoit l'eftre p'us .
Elle mit neuf Filles au monde ,
Qui fe piquoient de fçavoir bien
chanter .
Lear orgueïl devint tel qu'elles eurent
l'audace ,
En un beau jour de difputer
Le Prix du Chant aux Filles du Parnaffe
.
Que cet orgueil leur dut coûter
!
GALANT: 161
Neuf Mortelles , comment ! attaquer
neuf Déeffes !
Mieux auroient - elles fait d'irriter
neuf Tygreffes.
Chez les Mortels , le Sexe eft fort
vindicatif ;
Mais chez les Dieux , il l'eft bien da--
vantage ,
Et fon couroux peut faire outrage
Dans le degré fuperlatif,
De ces trop fiéres Scurs , en les traitant
d'impies ,
: Les neuf Mufes firent neuf Pies.
Peut- on voir un fort plus chetif ?
D'un corps comme le mien , d'un
femblable plumage ,
On reveſtit chacune ; & pour les
mieux railler 9
On changea leur difcours en ce rude
ramage
Juin 1696 .
162 MERCURE
Où du gozier fouvent on m'entend
piailler ,
Incommodant le voisinage .
O leur laiffa l'humeur de babiller
Que leur donna la Nature en partage.
Auffi-toft dans les Bois , on les vic
s'envoler
Pour vivre là , d'un air ſauvage .
Cette punition doit apprendre , à
mon fens ,
Qu'il eft tres dangereux de s'attaquer
aux Grands
•
Mais qui s'attaque aux Dieux court
plus grand rifque encore.
C'eſt une noire impieté,
Et qui l'ofe commettre , en devinftil
Pécore
Reçoit un chaſtiment qu'il a bien
merité .
LE PERROQUET.
Ho , ho Margot , ma chere Pie ,
GALANT: 163
Eft.ce àtoy de moralifer ?
LA PIE.
Comme je te l'ay dit , à mon lignage
impie
La faculté refta de fçavoir bien jaſer ,
Et fa Pofterité jufqu'à moy la con .
ferve .
C'eft le Poëte Martial ,
De qui fi piquante eft la verve ,
Qui le dit , & ne dit pas mal.
Il ajoute qu'à nous entendre
Parler fi délibérément ,
A moins que de nous voir , on ne
pourroit comprendre
ie nous fulfions Oileaux .
LE PERROQUET
.
Il a raifon , vraiment.
Tu viens.là de m'apprendre une
affez belle hiftoire ,
Et fur ta foy , je la veux croire.
Je ne fçay fi les Perroquets
O' ij
164 MERCURE
Ont par metamorphofe autrefois
efté faits ,
A te dire le vray , j'en doute.
Mais qu'importe ? reprens ton fujet ,
je r'écoute.
Tu vois
LA PIE.
que fans le fort du fang de
Piérus ,
Dont la fecondité s'eft par tout répanduë
,
Et dont il faut que je fois defcendue,
J'aurois peut- eftre efté de ces Objets
pourvûs
Des appas tout - puiffans dont les
coeurs font vaincus..
Cela s'entend , quelque Fille charmante.
LE PERROQUET .
Egrillarde fur tout , & mefme trop
allante.
GALANT. 165
Les Amans dont pour toy le coeu
auroit pris feu ,
Auroient en vain tâché de te rendre
conftante ;
Tu leur aurois joüé beau jeu .
LA PIE .
Bon , bon , Perroquet , tu veux
rire.
De tout ce que je viens de dire,
Je ne te cautionne rien .
C'est ainsi que je l'ay ſouvent endu
lire,
Et je m'en reffouviens tres- bien .
Ecoute maintenant ce qu'avec certitude
Je puis te garantir eſtre une verité .
LE PERROQUET.
Dy , mais fupprime le prélude
Qui n'eft d'aucune utilité.
166
MERCURE
LA PIE .
Tu fçauras donc qu'encor que fi
bien je
caquette ,
Je ne fuis qu'un Enfant, & prefqu'à
la bavette .
Je n'ay qu'un an au plus , & l'on
m'a toujours dit
Qu'on vint me dénicher dans le
Bois de
Vincenne ,
Où Pierre , Martin , ou David,
Selon l'Adage , iffu de caboche bien
faine
Trouva pour
lors la Pie au nid .
J'avois dans ce nid Seeur & Frere,
Er noftre Pere & noftre Mere
Firent tous leurs efforts , mais inutilement
,
Pour empêcher
l'enlevement
De leur prétieule couvée ,
Qui fut de la forte enlevée.
Je crois cela du moins
conjectutalement
,
GALANT. 167.
Car je ne voyois goute en cet évenement.
Quelqu'un de ce Logis chez l'Oife
leur m'achete ,
Et me nourrit à la brochette .
C'eft des Oifeleurs le jargon ,
Qui veut dire donner à l'oifeau
nourriçon ,
Comme je l'ay depuis appris d'un
Interprete ,
De l'aliment au bout d'un fort menu
bâton.
Quand je fus parvenuë à l'âge d'être
inftruite ,
On me fit leçon fur leçon ;
Dont je retins bien mieux le mauvais
que le bon .
Je fus efpiegle dans la ſuite.
Je pris & prens plaifir encor ,
A dire aux Paffans des injures
Et quand je puis prendre l'effor ,
168 MERCURE
J'applique mon bec aux captures.
Je vole or , argent , fil , laine aiguilles
, laffets ,
Et les magafins que j'en fais
Sont en des lieux cachez , dont point
je ne me vante ,
Je laiffe de mes vols foupçonner les
Valets ,
Et la Servante.
On les accufe , & moy j'en ris
aprés.
LE
PERROQUET.
Hé quoy , ton penchant donc ,
d'eftre larronne fit ?
eft
Oh , tu fais -là , vraiment , un honnefte
métier !
LA PIE .
Plufieurs y font gagner tous les
jours le Cordier .
Mais c'eſt pour de grands vols , les
miens font tours d'adrefle.
Ce
}
GALANT. 169
Ce font fimples jeux d'un Oifeau ;
Des paffe-temps , des bagatelles ,
Qui n'ont rien de fort laid , non plus
que de fort beau ,
Et qui font moins pour moy , que
fautes venielles .
LE PERROQUET.
Quand tu voles , tu t'ébaudis ;
Mais les injures que tu dis ?
LA PIE .
En vain fur ces fujets tu prétens me
confondre,
Il m'eft aisé de te répondre
Touchant ma médifance , & touchant
mes larcins .
Je péche , mais fur les exemples.
J'en ay tous les jours de trop amples
,
Et tous les quartiers en font pleins.
Combien de laides & de belles ,
Combien de Dames à carreau
Juin 1696.
P
170 MERCURE
Diftilent tous les jours de leur malin
cerveau ,
Des médifances criminelles ,
Et par chaque parole arrachant un
lambeau
De l'honneur de tels & de telles ?
Combien de vilains Ufuriers
Font des vols indignes de grace ,
Faifant, pour devenir de monftrueux
Rentiers ,
De toutes parts arborer la beface ?
Sans fo.tit de cette maifon
( Parlons bas , car fouyent les murs
ont des oreilles )
La Maiftreffe qui fut une Dame
Alizon ,
Et qui n'a point en luxe aujourd'huy
de pareilles ,
Difcourt à tous momens , & du tiers
& du
quart ,
Et de chacun l'honneur déchire,
GALANT. 175
C'eſt à force d'oùir fon bec fi goguenard
Que je m'accoutume à médire .
Le Maiſtre eft un Feffe -Mathieu
Qui n'eft riche que de rapines,
Et qui n'auroit ny feu ny licu ,
Sans les ufuraires machines .
Je ne puis dérober que des colifi
chets ,
Mais fans croire pécher contre les
loix divines ,
Si je pouvois voler au gré de mes
fouhaits ,
Contre luy dans cet art je ferois
maints projets
Qui fur fon bien rabatroient
groffe fomme ,
LE PERROQUET.
Songes -tu bien , Margot , à ce que
tu me dis ?
Nôtre Maître eft un Gentilhomme
Pij
172 MERCURE
Qui defcend des preux Amadis ,"
Si celebres jadis ,
Il le difoit l'autre jour à fa table ,
Et comme moy tu l'entendis .
LA PIE .
Quy , mais c'est une pure Fable.
Un Monfieur qui pour lors dînoit
avecque luy ,
Remarqua qu'un nombre innombrable
De francs vilains font nobles aujourd'huy
,
De qui tous les Parens furent de bas
lignage ,
Chauffe- gueftres , Gagne- petits ,
Qu'en Marquis , qu'en Barons , &
gens d'un haut étage
Ils ont pour s'illuftrer , à plaifir
,
traveftis
Par le fecours venal d'un Genealogifte
.
GALANT.
173
i donnant un faux luftre à tous
ces efcargots ,
fait defcendre , dans fa lifte ,
De la côte des grands Heros .
Ne te fouvient- il pas qu'il dit tottes
ces chofes,
Et qu'il rioit de tout fon caur
De ces fottes metamorphofes
Qui d'un Faquin , font un richie
Seigneur ?
LE PERRCQUET .
Je m'en fouviens , & mefme da
bon conte .
Que l'on fit d'un plaifant Mar
quis ,
Et d'un tres-ridicule Comte ,
Qui , pour bien foutenir ces deux
titres exquis ,
N'avoient point d'autres Fiefs que
de vieilles ruïnes ,
Où les Chouettes , les Hiboux ,
Pij
174 MERCURE
Les Limaces , les Rats , & mille au «
tres vermines ,
Avoient leurs dignes rendez vous ,
Si bien que des gaillards , qui fai .
foient les peintures
, De gens de femblable tenom
Et qui nommoient les chofes par
leur
nom ,
Les appelloient le Comte & Marquis
des Mazures.
LA PIE .
Oh , de femblables Nobles faux ,
Qu'il eſt en effet un grand nombre
,
Et combien on en voit qui par mille
défauts
Rendent encor leur roture plus fom .
bre !
Pour revenir à ceux d'icy ,
Nottre Maître & noftre Maîtreffe
,
J'en ay fouvent oùy dire cecy
GALANT. 175
A leurs Valets , Gille & Lucrece ;
Que l'Epoux & l'Epoufe auffi
Elloient d'une vile naifance ;
Qu'un Pere , fameux Uurier,
Dont ils font toujours le métier ,
Les avoit par fes vols laiffez dans
l'opulence .
Er qu'on le regardoit par tout dans
fon quartier,
Comme un homme fans confcience
,
Qui voudroit , s'il pouvoit , voler
le monde entier.
LE PERROQUET.
Je fuis furpris de ta Satyre ,
Et je trouve fort à redire
Que tu parles fi franchement
E du Maiftre & de la Maiftreffe ,
Qi t'ont fait élever chez eux foigneulement.
Je condamne pareillement
Pij
176 MERCURE
རྣམ Gille & Lucrece ,
winte
De s'en
entretenir fi peu difcretement
;
Car il faut toujours qu'on honore
Ceux de qui l'on mange le pain .
Je ne fuis qu'un Oifeau , c'eſt -à dire
pécoré ,
Mais mon fentiment n'eft point
vain
Le Decorum fe doit garder en toute
choſe.
LA PIE.
Tu fais
l'important , je le voy.
Corrige toutefois ta glofe.
Lorfque nous médifons , Gille , Lu ."
crece , & moy ,
Ce n'est pas à tort & fans caufe ,
Car tu vois affez comme quoy
On nous fait chaque jour un chétif
ordinaire.
GALANT 177
Nous n'avons bien fouvent que du
pain & de l'eau.
Des jours maigres & gras , c'eft la
- meilleure chere ,
Et fi par grand hazard on fait quelque
cadeau ,
Nous n'avons entre nous nulle part
au gâteau .
D'ailleurs Gille & Lucrece
Sont chaque jour , ou battus , ou
criez,
Par leMaiftre ou par la Maitreffe ,
Et qui pis eft , tres mal payez ,
LE PERROQUET.
Voilà bien des griefs , à moins on
peut le plaindre ,
Je ne te condamne plus tant.
LA PIE .
On peut même fans fe contrain .
dre ,
Pefter contre eux tambour battant
.
178 MERCURE
Hé comment pourroit on fe
taile ?
Remarques- tu qu'on nous loge
tous deux
Dans des cages d'oiſeaux poüilleox
.
E qui n'ont rien de propre
à
plaire ? [ re.
N'en dire rien eft une grande affai-
En nous la Satyre prend feu ,
Lors que l'on eft piqué, comme l'on
dit , au jeu.
Taifons -nous neanmoins , ou changeons
de ramage.
Jentens noftre train revenir.
Ah ! foin , que c'eſt un grand
dommage
De ne pouvoir s'entretenir
Sur un tel fujet davantage!"
Là , là , quelque jour reviendra,
Où tout le refte fe dira.
GALANT. 179
Je vous envoye un estat de
l'Armée des Alliez en Flandre
, & fur la Meufe . Vous ne
ferez pas fâchée de fçavoir en
quoy confiftent leurs forces.
Le Prince d'Orange commande
l'Armée de Flandre ,
& il a fous luy
+
Le Prince de Vaudemont ,
General de l'Infanterie
& le Duc de Wirtemberg.
Lieutenans Generaux .
INFANTERIE .
M' le Comte de Naffau .
Henry
Bellafis
.
180 MERCURE
Le Comte de Noyelles .
CAVALERIE.
Mr
Douwerkerque .
Milord Portland .
Milord Rochefort .
Le Duc d'Ormond.
Le Marquis de la Foreft.
Marefchaux de Camp.
INFANTERIE.
Mrs Churchil .
Ramley.
La Melonniere .
Le Marquis de Miremont .
Fagel .
Heugklom.
CAVALERIE.
Milord Riffers.
GALANT. 181
Eppinger.
Dopf.
Brigadiers Hollandoisfeulement.
Piper.
Ryfwich .
Trente - fix Bataillons de
Troupes à la folde Angloiſe.
Quarante-quatre de Troupes
à la folde des Etats
80 .
Soixante & dix - neuf Efcadrons
à la folde Angloife.
Vingt & un à la folde des
Etats.
100 .
Quatre-vingt Bataillons à
600. hommes chacun , 48000 ,
182 MERCURE
Cent Elcadrons à 120. hommes
chacun , 12000 .
Total , 60000.
Dispofition des Generaux pour
l'Armée de la Meufe , com .
mandée par le Prince de Naf
Jau Saarbruck ,fous le Duc de
Baviere.
Le Comte d'Athlone , General
de la Cavalerie.
Lieutenans Generaux .
INFANTERIE .
M ' Cochorn .
CAVALERIE.
M's Dobdam.
Le Comte de Tilly.
GALANT. 183.
Ditterfum.
Marefchaux de Camp.
INFANTERIE.
MIS Falifch .
Lindeboom ,
Berensdorf.
Swerin .
CAVALERIE .
Le Comte de Naflau Veifbrock
.
M¹ de Hubert.
Le Comte de Warfufé.
Quatorze Bataillons des
Troupes de l'Etat .
Deux , des Troupes d'Efpagne
& de Baviere.
184 MERCURE
Seize, des Troupes de Bran
debourg.
Quatre , des Troupes de
Liege.
Trente- fix Bataillons dont
il y en a encore dix à Namur .
Quatre- vingt Eſcadrons des
Troupes de l'Etat .
Vingt, des Troupes d'Efpagne
& de Baviere .
Trente- huit des Troupes de
Brandebourg.
Dix , des Troupes de Liege.
148
Trente fix Bataillons à 600.
hommes chacun 21600
GALANT. + 187
Cent quarante - huit Efcadrons
à izo . hommes chacun
17760.
39600.
Vous avez appris la perte
que l'Espagne a faite , de la
Reine Douairiere , & je vous
envoye un détail de tout ce
qui s'eft paffé devant & aprés
la mort. Cette Princeffe avoit
caché fon mal pendant plufieurs
années , & il n'y avoit
que fort peu de temps qu'elle
Favoit découvert au Roy fon
fils. Quoy qu'il n'y cuft point
à douter que ce mal ne fuſt
Juin 1696.
Q
186 MERCURE
un cancer , les Medecins ont
toujours difputé entre eux
pour en déterminer le nom .
Les uns difoient que c'eftoit
un Cancer , & les autres que
c'eftoit un abcés . Ils s'affemblerent
jufqu'au nombre de
neuf. Ils confulterent tous les
jours , & leurs confultations
n'aboutirent fouvent qu'à or.
donner que la Reine prendroit
un bouillon . Le Roy
voyant que le mal de cette
Princeffe augmentoit de jour
en jour , leur dit qu'elle avoit
befoin d'autres remedes . Ils
crurent donc qu'ils devoient
GALANT. 187
la faire faigner , & elle fut
faignée dès deux pieds , felon
Pulage d'Espagne
, où l'opinion
des Medecins eft qu'il
faut égaler le fang , qui feroit
plus d'un colté que de l'autre .
Les neufqui traitoient la Rei .
ne ne furent pas tous d'avis
de ces faignées , & il y en eut
qui foutinrent. qu'elles cauferoient
fa mort ; mais l'avis
- paffa à la pluralité des voix .
Cette Princeffe fut faignée ,
& aufli- toft aprés attaquée
d'une groffe fièvre , qui ne la
quitta plus . Son ſein s'ouvrit ,
& il en fortit quantité de
188
MERCURE
fa pas
fang & de matiere . On ne laif
de croire qu'elle pourroit
rechaper , & cela fut publié
; parce qu'un jeune Payfan
, que l'on avoit envoyé
chercher fort loin , faifoit des
fignes de croix fur fon mal ,
& affuroit qu'il avoit guery
de cette maniere -là plufieurs
perfonnes qui avoient eu le
mal de la Reine . On eftoit
encore perfuadé de la guerifon
de Sa Majeflé , parc que .
toute la Cour & tout le Peu
ple avoient efté querir en proceffion
, l'Image de Notre-
Dame d'Atocha , qu'on avoit
GALANT. 189
apportée aux
Carmelites
Royales , & qu'on avoit auffi
apporté le corps de Saint Ifidore
à Sainte Marie , vis à vis
le Palais de la Reine ; de forte
que tout eftoit tranquille , &
qu'on fe rendoit avec empref
fement dans l'appartement
de la Camarera Mayor , où
chacun eftoit regalé de Chocolat
, d'autres boiffons à la
glace & de quantité de confitures.
Les Dames eftoient
vétuës d'étofes brillantes &
chargées de rubans & de pierreries
. Gela dura jufques au
foir , que le mal de la Reine
190 MERCURE
ayant augmenté , le Roy qui
connut l'extremité où eftoit
cette Princeffe , fit venir les
Medecins , & leur commanda
de ne le point flater , parce
qu'il vouloit fçavoir le veritable
eftat où elle eftoit Ils luy
répondirent , qu'il n'y avoit
plus d'esperances que Dien eftoit
tout puißant ; mais que pour les
remedes ils n'opereroient plus . Ce
Prince leur demanda s'il étoit
temps de luy faire apporter
noitre Seigneur. Ils répondirent
que ouy , mais qu'il n'y
avoit perfonne qui voulutfe char
ger de l'en avertir. Le Roy s'ap .
GALANT. 191
procha de fon lir, fe mit à genoux
, & luy dit , Madame ,
nous n'avons plus d'efperance qu'-
en noftre Seigneur. Vostre Majesté
ne veut elle pas bien le recevoir
? Il s'attendrit beaucoup
en prononçant ces paroles ,
prit la main de la Reine , &
la baifa plufieurs fois , en pleu .
rant. La Reine le confola , &
luy dit , mon Fils , fi tu m'aime,
ne t'afflige point. Conformonsnous
à la volonté de Dieu Jefuis
bien- aiſe que tu ayes eu la force
de m'apprendre qu'il faut que je
meure. Va toy- mefme querir le
Roy des Rois . Le Roy eut peine
192 MERCURE
à la quitter , mais elle l'en
preffa , & ce Prince alla à Sainte
Marie . On apporta noftre
Seigneur , qu'elle reçut aflife
fur fon lit , & appuyée fur
deux de fes Dames. Elle fic
paroiſtre une veritable devotion
, & une confiance fi en
tiere , que chaque parole qu '
elle difoit en eftoit une preu
ve. Le Patriarche des Indes
qui luy adminiftroit les Sa
cremens , fondoit en larmes ,
& pouvoit à peine prononcer
une parole . La Reine l'encouragea
, & luy dit , Confor
mons nous aux ordres du Tour.
puifant.
GALANT. 193
puiffant. Fene voudrois pas qu'il
fortift unfoupirdema bouche pour
mefauver la vie ,fice n'eftoit felon
la volonté de Dien- Elle demanda
pardon au Patriarche,
& à toutes les perfonnes qui
eftoient prefentes, aprés quoy
elle envoya querir le Duc
d'Albe , & luy demanda deux
fois pardon , parce qu'elle
luy avoit toujours efté contraire.
Le fujet en eft connu.
Le Roy reconduifit Noftre-
Seigneur avec beaucoup de
pieté , & revint enfuite chez
la Reine . Pendant le cours de
fa maladie elle luy a parlé
Juin 1696
R
194 MERCURE
plufieurs fois , & luy a donné
divers confeils . Elle luy dit
ce jour- là , que les maux de
la Monarchie eftant extrêmes
, il devoit choisir un premier
Miniftre, & luy parla en
faveur de celuy qu'elle en
croyoit le plus capable . Elle
nomma aufi des perfonnes
aufquelles il pouvoit donner
fa confiance , & d'autres qu'il
en devoit exclure. Le Roy &
la Reine regnante , qui étoient
fort touchez de fon mal , alloient
tous les jours chez elle
dés fept heures du matin . Le
Cardinal Nonce eftant venų
GALANT. 195
voir cette Princeffe mourante
, elle le receut avec un vifage
riant , & le pria de dire
à Sa Sainteté , que vivante &
morte elle feprofternoit tres -humblement
afes pieds ; qu'elle mouroit
avec la confolation d'avoir
toujours efté obeiffante àfa Mere,
à toutel Eglife. Son mal augmentant
, elle receut l'Extrê
me-Onction , mais lors qu'il
fallut mettre les faintes Huiles
à fes pieds ; elle témoigna une
grande peine à les montrer ,
& demanda fi cela eftoit précisément
neceffaire. On luy
dit que ouy , & preſentant fes
Rij
396 MERCURE
pieds , elle dit , cecy eft pour l'a .
mour de Dieu . On affure qu'el
le n'a tenu fon mal fi longtemps
caché , que par
pugnance qu'elle avoit à
montrer fon fein à des Chila
rérurgiens
. Elle donnoit
à tous
momens des benedictions
au
de
Roy , & luy difoit , Mon cher
Fils , je n'ay point d'autre peine
que me détacher de
toy , &fi
je te voyois un Enfant , je mourrois
contente. Comme elle approchoit
de fa fin , le Roy
entra dans fa chambre , &
vint fe mettre à genoux au
bord de fon lit , mais le pouf
GALANT. 197
fant doucement elle luy dit.
Eloigne toy , mon Fils , va prier
& faire prier pour moy , il eft
temps que je reste avec mes Amis.
Elle vouloit parler du Pere
François Jofeph de Madrid , &
du Pere Beles , qui eftoient
auprés d'elle , & elle tourna
la veuë vers eux , faiſant ſigne
qu'on emmenaft le Roy. 11
fortit en verfant vne fi grande
abondance de larmes , & fi
penetré de fa douleur , qu'il
ne pouvoit refpirer qu'à pei .
ne . Cette Princeffe ne perdit
l'entiere connoiffance qu'elle
avoit euë pendant fon plus
R iij
398 MERCURE
grand mal , qu'une heure a
vant la mott . Elle arriva précifément
à minuit , dans le
milieu d'une Eclipfe de Lune,
qui commença à dix heures
du foir , & dura juſqu'à une
heure & demie , de forte que
tout s'obfcurcit au moment
de fa mort. Il y eut une Eclipfe
pareille le jour de la naiffance
de cette Princeffe . Elle
eft morte âgée de foixante &
deux ans . Il y avoit déja quelque
temps qu'elle avoit renoncé
à la grandeur de fon
rang. , s'humiliant en toutes
rencontres , elle traitoit fou .
LYSK
THEQUE
¥ 99 GALANT. 199YON
vent ceux à qui elle parloit
d'Eminence , d'Alteffe , d
cellence , & de Seigneurie ; &
lors qu'on luy demandoit
quelles raifons elle pouvoit
avoir d'en uſer ainfi , cette
coutume n'eftant pas ufitée
entre les Rois , elle répondoir ,
qu'elle ne fe regardoit pas comme
Reine , & qu'elle eftoit une pauvre
femme pechereffe , quifenom-.
moit Marianne. Le Roy acca ,
blé de douleur , dit au Pere
Jofeph : Ah , mon Pere , l'affliction
où jefuis de la mort de la
Reine ma Mere me coutera la vie.
Le Pere Jofeph le pria d'en
Riiij
200 MERCURE
avoir foin , & luy dit qu'elle
eftoit importante à tous fes Sujets,
& queles Rois eftant mortels comme
les autres , ils ne pouvoient
srop prendre de précautions pour
leur confervation . Le Roy ré
pondit. A quoy fert - il d'eftre
Roy , puis qu'il faut mourir.
Il vaudroit mieux à cette derniere
heure ne l'avoir pas efté.
La Reine- mere employa
quatre heures à faire fon ref
tament. Il commence par fa
profeffion de foy , promettant
de croire en la fainte Euchari
ſtie . Elle ordonne cinquante
mille мeffes , & donne un
GALANT 201
coeur de Diamans au Prince
Electoral de Baviere , fon
Petit-fils. C'est un Bijou de
quarante mille piſtoles. Elle
laiffe au Roy fon Fils les Pierreries
que le feu Roy luy avoit
données en l'époufant ; à la
Reine une corbeille d'or rem- ·
plie de Diamans , qui vaut
vingt mille piſtoles ; à l'Empereur
un tres-beau Tableau
de Vandeick ; à la Reine
Doüairiere de Pologne un
Joyau ; à Dona Eftefania de
Velafco , & à Dona Anna Carillo
, deux de fes plus anciennes
Dames d'honneur , des
202 MERCURE
Pierreries, & elle prie leRoi de
diftribuer tout ce qui luyrefte
à les autres Dames. Elle laiffe à
la
mereмarianne d'Auftriche ,
Carmelite , une мadeleine de
la plus grande beauté , & au
Marquis de Manfera, fon мayor-
dome, une bande de Diamans
. Lors qu'il fut queſtion
d'ouvrir ce teftament , le Corneftable
& les autres Grands
s'aflemblerent felon la coutume
, & s'eftant tous affis , ils
envoyerent querir la Camerera
mayor , qui doit eftre de
cette affemblée , mais elle répondit
, qu'il eftoit du devoir
GALANT. 203
defa Charge de demeurer auprés
du corps de fa Maistreffe , &
qu'ainfi ils n'avoient qu'à venir
où elle eftoit , parce qu'elle n'iroit
pas où ils eftoient . Ils repliquerent,
que le Corps des Grands
pouvoit auffipeuferemuer qu'une
montagne, que chacun feparément
faifoit profeffion de respecter les
Dames , mais qu'eftant joints ils
ne dérogeroient point à leurs droits .
La Camerera repartit , qu'elle
n'auroit pas moins de fermeté à
foutenir les fiens , qu'elle n'estoit
point femme à aller chercher les
hommes,& qu'elle vouloit demeu
rer dans la chambre de la Reine.
204 MERCURE
Il fe paffa huit heures en allées
& en venuës . Enfin , les
Grands tinrent confeil , &
l'expedient qu'ils trouverent
fut , que fans fe lever de def
fus les bancs où ils eftoient
placez , ny fe mouvoir , on
les tranfporteroit dans une
chambre également proche
d'eux & de la Camerera , laquelle
on tranfporta aflife fur
un carreau , de la même maniere
qu'elle eftoit par terre
dans la chambre de la Reine ,
afin qu'on ne put dire qu'aucun
euft fait un pas pour fe
joindre. Le corps ayant efté
GALANT 205
mis dans un cercueil de
plomb , fut porté fur un lit
d'argent , dont les pentes &
les loubaffemens eftoient de
velours noir. Il eftoit couvert
d'un drap d'argent & noir
fort magnifique. Il y avoit
d'un côté un Heraut d'armes,
qui tenoit une riche couronne.
Le Scepte eftoit tenu par
un autre. Un Prelat jettoit de
temps en temps de l'Eau benite
fur le corps . Les Dames
eftoient d'un cofté avec des
habits de Serge noire & de
foye ; & de l'autre la Camerera
mayor , & les Dames
206 MERCURE
d'honneur en avoient de mê :
me. On avoit élevé un Autel
au pied du lit , & fix autres
dans les côtez de la chambre,
avec des chandeliers de criftal
de roche. Tous les ornemens
de ces Autels eſtoient noirs ,`
mais la tapifferie qui ettoit
dansla chambre avantla mort
de la Reine ,y refta.La foule du
peuple fut fi grande pendant
quatre jours que le
corps demeura
expofé , que plufieurs
perfonnes furent étoufées, &
plufieurs bleffées à mort .
Ce fut la nuit du 16. au 17.
du mois paffé que mourut
GALANT. 207
cette Princeffe . Son corpsfut
porté à l'Efcurial , & mis dans
le petit Pantheon , la conſtitution
de Philippe II . portant
qu'on y depofera les corps
des Rois jufques à ce qu'ils
foient fecs ; aprés quoy on
doit les mettre dans le grand
Pantheon . Elle eftoit née en
1634. du mariage de l'Empereur
Ferdinand III. avec Marie-
Anne d'Auftriche, Fille de
Philippe III.Roy d'Eſpagne ,
& de Marguerite d'Autriche,
Fille de Charles Archiduc de
Grats. Philippe IV . Roy d'Elpagne
eſtant demeuré Veuf ·
208 MERCURE
en1644. d'Elizabeth
de Fran
ce, Fille de Henry IV . dont il
avoit eu Marie- Therefe , Rei
ne de France , époufa en 1649.
Marie Anne d'Auftriche
,
Douairiere
d'Espagne
, qui
vient de mourir , & il en cut
Marguerite
- Marie - Thereſe ,
née en 1651. mariée à l'Empereur
Leopold
en 1666. & morte
en 1673. & Charles II, ně
le 16. Novembre
1661. & aujourd'huy
Roy d'Eſpagne
. A
Voicy l'eftat des forces du
Roy en Italie. Vous en trou
verez beaucoup plus que
GALANT: 209
dans les ordres de bataille qui
courent , parce qu'en entrant
dans la Plaine , il en eft beaucoup
demeuré dans les Places ,
& dans les gorges des montagnés
, & au delà .
ARMEE D'ITALIE.
INFANTERI E.
Bataillons.
La Marine.
Feuquieres-
Auvergne.
Nettancourt.
Royal.
Touraine.
Grancey.
Juin 1696.
3
2.
2
2
3
Ι
WINNN MIN
S
210 MERCURE
Limofin .
Bretagne .
La Couronne.
Le Perche.
Condé.
Roüergue.
Bourgogne .
Royal la Marine .
Royal l'Artillerie.
Clerembault.
Royal Comtois .
I
2
I
1.
1
2*
2
I
2
Perigord.
F
Bigorre.
I
Foreft. 2
Cambrefis . 24
Tournaifis .
Brienne .
GALANT
211
Nivernois. I
Aunix .
I
Miromenil.
Catinat.
Noailles.
2.
I
L
Gallard.
Louvagne.
I
Berrille.
Villiers.
Beville.
Milli.
La Force.
Troifiéme du Maine.
Hoffi-Faifre .
Furttemberg,
Famechon .
Tournon,
I
1
I
I
I
I
I
4
3
I
Sij
212 MERCURE
Chelleberg Suiffe.
Royal Danois.
Clare Irlandois .
La Reine d'Angleterre.
Limerick.
Atlone Irlandois .
3
2
2
I
Dragons à pied du Roy d'Angleterre
.
Cinquante - fix Compagnies
de divers Regim. faiſant 4
Vaugrenan de Milices Comté
de Bourgogne
.
Six Compag. Suiffes faifant 2
Daligni de Milices de Dijon .
Vaugençon , Milices de Dauphiné.
Des Milices de Lionnois.
I
112 × 12
GALANT. 213
Coutanges Milices d'Auver
1 gne .
Caizon , milices de Montauban.
Milices de Limofin .
Milices de Languedoc.
2
I
-
I
La Compagnie de d'Ouvriers
de Maiſoncelle .
Trois Compagnies de Canonniers
.
CAVALERIE .
Escadrons.
Gendarmerie.
Royal Etranger.
Royal Piémont.
Cathuelan.
Langallerie.
8
*3
3.
3
3
214 MERCURE
Molac.
Ligondez.
Vivans .
Du
Chaſtelet-
Grignan.
Joffreville .
2
3
3
3
3
mmm en 2 m m m 2
:2
3
3
3
Mauroy.
Leffart.
Montrevel.
Renepont.
La Terrouage cy- devant
Cayeux.
Chevalier de S. Maurice.
Chevalier de
Chaſtillon
Tournefort.
3
in in
3
Poffont.
3.
3
GALANT. 215
DRAGONS.
Comte de Gramont .
Senecterre.
Catinat
Du Breüil.
Wartigny .
Morfan.
Poifac.
www
3
3ww ww
3
3
Dragons à pied de la Reine
d'Angleterre.
Dragons de Morfan.
I
I
Je vous ay envoyé dans ma
derniere Lettre une Lifte des
Officiers Generaux de cette
Armée. Ainfi je ne les met
216 MERCURE
tray point tous icy , pour éviter
les repetitions. Je vous
marqueray feulement ceux
qui ont entré en Plaine.
Lieutenant General au centre de
la premiere ligne.
Mr le Marquis de Larray.
Marefchaux de Camp.
Mr le Comte de Rouffy.
Mr le Comte de Grancey.
Lieutenans Generaux de l'Aile
droite de lapremiere Ligne.
Mr le Comte de Teffé.
Monfieur le Grand Prieur .
"Maréchaux
GALANT: 217
2 Mareschaux de Camp
309 de la mefme Aile.
M' Marcin.
Mr de Saint Maury.
Lieutenans Generaux de l'aile
gauche de la premiere ligne,
M ' de Vins .
Mr de Bacheviliers.
Maréchaux de Camp de
la même aile.
M'de
Varennes .
M ' de Sailly.
Juin 1696.
H
218 MERCURE
Brigadiers de l'aile droite, I
M's de Flamanville
.
De Langallerie
.
De Chartogne.
De Montalan.
De Blecourt.
De Chamilly.
De Gravelon
De Novion .
De
Bouligneux ,
De Vraigne.
De Molac ,
De Cathuelan .
Lieutenans Generaux de
la feconde ligne.
M's de Villars.
De Vaubecourt.
GALANT : 219
Le Chevalier de Teffé.
Maréchaux de Camp de
la même ligne .
IS
M¹s de Villepion .
De Clerambault.
De Gramont.
Brigadiers.
M's de Vivans.
De Joffreville .
De Belluns.
D'Orgemont.
De Carcado .
De Lutrel.
De Villancourt
De Pelot.
De Sailly.
Du Chatelet,
Tij
220 MERCURE
Ligondez.
CORPS DE RESERVE .
Wartigny.
Poylac.
"
Escadrons ?
Dragons à pied du Roy d'An
gleterre , un Bataillon .
Un Bataillon d'Artillerie.
Il y a quelques mois que
vous avez oüy parler de l'expedition
de M de Genes ,
mais on n'en fçavoit alors
aucun détail. Je vous en envoye
un fort curieux .
1
GALANT. 221
COPIE D'UNE LETTRE
Ecrite à bord du Favory An .
& glois , mouillé devant le Fort
Saint Jacques en la Riviere
Add Gambye , le 25. Avril 1695.
M.
ONSIEUR .
Je me fuis donné l'honneur
de vous écrire de Gorée , & de
vous mander que nous partions
pour la riviere de Gambye.
Nous arrivâmes effectivement
peu de jours aprés à
l'embouchure de cette Riviere
, & M' de Genes qui la fit
fonder , ayant appris que les
Tiij
222 MERCURE
Navires y pouvoient entrer
n'y ayant point de barre, mais
feulement deux pointes de
fable , entre lefquelles il y a
un chenal , nous y entrâmes,
& les Vaiffeaux moüillerent
hors la portée du Canon du
Fort , le 22. du paffé fur les
quatre ou cinq heures d'aprés
midy , en une Marée.
Auffi toft que M' de Genes
fut arrivé il écrivit à un Portugais
, qu'on nous avoit affu .
ré eftre fort bien intentionné
pour les François , & quinous
pourroit apprendre l'état du
Fort. En effet , il vint à Bord
GALANT: 223
la
quit,&&
nous
dit
entre
- autres
choles
que
le
Gouver
neur
n'eftoit
point
dans
le
Fort
, qu'il
y avoit
beaucoup
de
malades
, &
qu'il
croyoit
qu'il
eltoit
à
propos
d'ofter
aux
Anglois
la
communication
de
la
terre
. En
mefme
temps
M
de
Genes
comman
da
la
Corvette
la
Felicité
pour
s'avancer
au
deffus
du
Fort
, &
les
Chaloupes
armées
pour
le
tenir
entre
la
terre
&
l'ifle
, de
chaque
côté.
Il
envoya
auffi
fur
les
fix
ou
fept
heures
du
matin
M
de
la
Roque
, avec
un
Tame
Tiiij
224 MERCURE
bour , pour fommer le Gou,
verneur de la Place , & luy
dire qu'il fçavoit l'état où elle
eftoit ; qu'il n'y avoit point
d'eau , mais beaucoup de malades
, & qu'ils n'eftoient
point en eftat de ſe deffendre ,
qu'il alloit faire avancer une
Galiote à Bombes , & que s'ils
attendojent jufqu'a la dixiét
me Bombe , il n'y auroit aucun
quarrier . Sur la propofi
tion qu'on leur fit , un François
qui commandoit dans la
Place en l'absence du Goyverneur
qui n'y eftoit point ,
parce qu'il n'attendoit aucun
GALANT. 215
Navire , ny amy ny ennemy ,
dans une lailon qui eft la plus
fâcheufe à la Côte de Guinée,
par les grains & les pluyes
frequentes qu'il y fait , envoya
à Bord trois Officiers
Anglois , avec M ' de la Roque
, & ils demandérent qu'-
on leur donnaft jufqu'au len
demain midy pour le refou
dre. Ils ne pûrent obtenir de
Mode Genes que jufqu'à fix
heures du matin , & l'Officier
de noftre Bord qui les remenay
rapporta une lettre d'eux ,
par laquelle ils mandoient
que puis qu'on ne leur don226
MERCURE
V noit point affez , de temps,
pour faire toute la reflexion
neceffaire , ils eftoient refolus
à fe deffendre jufqu'à la mort.
On apporta la lettre à M'de,
Genes à huit heures , du foir ,
& auff - toft il alla à la Ga- .
liote pour la preparer & la fai¬
re avancer à portée , mais il
ne put affez profiter de la
marée pour cela , ayant efté
obligé de la moüiller. Il fit
tirer deux Bombes , qui ne
portérent point jufqu'au Fort .
Ainfi il fallut attendre , mais
on n'en eut pas befoin , car
le Gouverneur qu'on avoit
9
GALANT 227
pourſuivy le matin dans fon
Canor , qu'il avoit abandonné
fe fauvant à terre , trouva
moyen d'aller au Fort , dans
une Prioque , ou Bateau de
Negres , & envoya auſſi toft
un Tambour avec un Officier
Anglois , pour prier M' de
Genes d'envoyer quelque Of
ficier pour entendre leurs pro
pofitions. L'Anglois refta en
oftage , & M's de la Roque
& le Chevalier de Fontenay
allérent au Fort , avec pouvoir
d'arrefter les Articles de
la Capitulation . Ils y demeu
rétent jufques à minuit , mais
223 MERCURE
leur voyage ne furpabinfruc
tueux , puis qu'ils rapporte
rent la Capitulation . Le len
demain 25 de Juillet le Cons
feil de guerre fut affembled
On figna les Articles , & Mi
de Genes les leur renvoya ,
& demanda deux Officiers
pour oftage , se qui luy fue
accordé. Le 27 à fix heures
du matin , M' le Chevalier
de Fontenay & la Garnifon
des Vaiffeaux de cinquante
Soldats & autant de Volontaires
, prient poſſeſſion du Fort
& M' de Genes qui en eftoit
à quelque diftance , eftant de
GALANT 229
meuré dans fon Canot , y en
tra auffi toft que toute la
garniton Angloife fut fortie ,
& que l'on eut mis Pavillon
blanc. Après cela on chanta
le Te Deum.
Jay fait l'Inventaire de ce
Fort,qui eftoit affez bien muny.
Il y avoit 72. pieces de
Canon montées & 30. demontées
. C'eſt un quarre flanqué
de quatre Baſtions , & trois
Redoutes au bas de ce Fort.
Il y avoit quantité de Marchandiles
, & entr'autres treize
à quatorze cens barres de
fer; cinq cens cinquante quin
239 MERCURE
taux de Morfib , deux cens
cinquante de cire , quelque
argenterie propre pour les
Rois Negres , & plus de foixante
onces d'or , beaucoup
d'etain & de cuivre , des munitions
, & deux cens quatrevingt
Negres ou Negrefles.
On en a chargé loixante - dix
avec quelques Marchandifes
fur la Flute la Feconde , pour
les porter à la Cayenne , &
enluite remener les Officiers
en Angleterre , & la Garniſon
fur un Brigantin qu'on leur a
pris. On travaille tous les
jours à embarquer toutes ce
EGADANT. 231
Marchandifes ; Is comme
son Inia pas jugé à propos de
garder le Fort , que l'on doit
faire fauter , on fera obligé
d'en abandonner un grand
nombre aprés fa deſtruction.
Nous comptons de con .
tinuer noftre route ,fans nous
arrefter davantage à la Coſte
de Guinée , qui eft inluppor
portable en cette ſaiſon .
Voicy les Articles accordez
par M' de Genes aux
Officiers & à la Garniſon du
Fort.
I.
Que les gages qui leurfont dûs de
232 MERCURE
2917
la Compagnie Royale d'Afrique
25 Angloife , leurferont payez hors
des Magafins de ladite Compagnie.
II.
Que chacun aura la liberté d'em
porter avec luy fes Armes bagages
, coffres , hardes à munitions ,
argent à luy appartenant
tambour battant & méche allumée,
& que chaque Officier aura
un jeune Negre.
III.
Que chaque homme marié ou
Habitant du Pays , aurà la liberté
de demeurer ou de s en aller
en Europe. M's Jean Hellis ,
GALANT: 2 ?3
ゼル
Edouard Hauvry , Charles
Villors & Jean Neyvard ,
defirent refter en ce Pays.
IV.
Que tous Commis qui font
traite de coflée d'autre , joüiront
du mefme privilege que les autres ,
à la charge qu'ils fe rendront icy
& qu'ils remettront entre les
mains des Commandans Fran.
sis , ce qu'ils auront trafiqué.
V.
Que M Charles Davull ,
Proteftant on Reformé , né en
France , mais étably en Angleterre
depuis feize ans , joüira du mefme
privilegeque le Gouverneur.
Juin 1696 .
V
234 MERCURE
Qu'on leur accordera deuxjours
pour mettre leurs comptes en ordre,
avant qu'ils remettent le Fort
entre nos mains ; c'est à dire
que
Mardy matin à fix heures l'on
doit remettre le Fort à M² de
Genes , au ftile Anglois.
VIL
Que douze Negres , hommes
libres , qui font au fervice de la
Compagnie , auront la liberté d'aller
où bon leur femblera.
VIII.
Qu'on leur donnera un bon
Vaiffeau à trois mafts , & une
Chaloupe on Batcan en bon ordre,
GALANT 235
'
avec quelques Canons , munitions
de guerre , vituailles , & toutes
autres chofes neceffaires pour les
transporter en Angleterre , ou à
quelques Ifles appartenantes audie
Royaume ,fans retention d'aucun
de leurs Malades ou en fantéfur
cette Cofte de Guinée , &que
départ fera dans trente jours au
plus tard , à compter de celuy qu'
ils auront remis ledit Fort.
IX .
le
Qu'ils auront un bon Paſſeport
pour aller en feureté en Angleterre
, ou aufdites Ifles en Europe
, fçavoir , la Jamaïque , la
Barbade ,&c. & le Gouverneur
Vij
236 MERCURE
Anglois donnera auffi de fon cofté
un Paffeport valable , afin qu'il
ne luy foit fait aucun trouble ny
chagrin , ny en fa perfonne , ny en
Ja cargaison & équipage , tant en
allant à la Cayenne , que de là en
Angleterre , & enfuite en France.
X.
Qu'aucun d'eux ne fera molefté
ny offense enfa perfonne ny enfes
biens.
Les fufdits Articles accordez
, on trouvera appartenant à
la Compagnie Royale d'Angleterre
, cinq cens quintaux de
Morfil , trois cens quintaux de
cire , plus ou moins , cent tren,
GALANT. 237
te Negres mâles , & quarante
femmes fur life , & cinquante
à Gelefrée , & plus de quatrevingt
mille écus de Marchan
difes , au prix du Pays . On y
trouvera auffi foixante douze
Canons monte
montez , & une tres - grande
quantité de Munitions de guerre.
trente dé-
Qu'ils auront Trève juſquà la
réponse du General & de fon Con.
feil de guerre.
Vous voyez que les François
font des Voyages de
long cours , pour triompher
des deux Puiffances qui fe
238 MERCURE
7
croyoient autrefois : mailtref
fes de la mer , & qu'ils n'yremq
portent pas des avantages
moins confiderables que dans
ces mers , où il eft conftant
qu'ils font fi fouvent des pri
fes , qu'à peine nos Ennemis
prennent -ils un de nos Vaiffeaux
contre douze que nous
leur prenons. Ils fe retirérent
le mois paffé de devant Breft!
fans ofer mefme le regarder
,
s'il m'eft permis de parler
ainfi. Ils eurent raiſon , puis
qu'ils eftoient bien informez
de l'eftat où se trouvent tous
les lieux d'où l'on peut def
GALANT. 239
fendre cette Place . Vous le
pouvez voir dans la feüille)
que je joins icy. On a de plus
formé des Bataillons des
Troupes qui estoient fur les
Vaiffeaux que M' de Chafteaurenaud
à amenez à Breft.
On en a envoyé deux à Rofcanvel
& à Camaret , fous les
ordres de M ' le Marquis de
Langeron , Chef d'Eſcadre ;
un à Bertheaume , & deux au
Conqueft , fous ceux de M² ?
le Comte de Servon , Maref
chal de Camp , & de м' de
Moncaut , Brigadier ; deux
240 MERCURE
fous
Savilis , vers la riviere
beura & l'Ile de Cezon , ou
le commandement
de M' de
Lavaife Marefchal de Camp ,
deux à Saint Malo , fous celuy
de M' de Polaftron , Lieutenant
General , qui y commande
; deux à Rochefort
Mr le Maréchal de Tourville .
On renvoye fix mille matelots
en
Languedoc , partagez
en douze routes , chacune
defquelles eft commandée
par un Capitaine de Vaiſſeau ,
deux Lieutenans , deux Enfei
gnes , & dix Gardes- marines .
Je vous envoye un eſtat
: 2
des
a
M......
Juin 1696.
BIBLIO
THE
41
en
БЕ
LYON
€
1893
A
FILLE
2423
24
be
le
La
de
de
na
m
M
O
lopu
en
de
S
B
pa
de
alongenh
ggo
des
GALANT. 241 s
M245
des Troupes qui fervent en
Catalogne.
INFANTER I E.
Bataillons.
Sault.
Vendôme.
Royal Artillerie.
Sourches.
Medoc.
Ile de France .
Gatinois.
Barrois .
Cotantin .
I
I
I
LA
Vanges.
Alface .
Manuel Suiffe.
Juin 1696.
4
X
242 MERCURE
Solre .
Spar.
1 Billon . QDA Я C
Dragons à pied de la Reine
d'Angleterre. ensiniof
Miquelets. Sploding
28.
CAVALERIE
Efcadrons.
Royal,
• 14
Sibour.
Legall . 109G
Bercourt.
192
Narbonne .
Vandeüil.
Vienne.
Defclos .
3
GALANT. 243
Ruffey.
I
7692
DRAGONS: nolla
Bretagne , so
Poitiers.
Fontboifard .
2
33.
Les Lieutenans Generaux de cette
Armée font,
M's le Marquis de Chazèron .
Le Comte de Coigny.
De Quinçon .
De Longueval .
D'Uffon .
De Barbezieres?
&
Marefchaux de Camp.
Mrs le Chevalier de Genlis.
X ij
PAS TMAJAD
MERCURE
244
De Reygna situlq ûv
De
Préchaçoqm91292LINEVS
Le Comte de Mailly, ongoles
De Poinlegur. , omobnov sb
De Nanclas
31113 Brigadiers d'Inf nterie, ov
M'de la Chaflagne voud
De la Meffaye.
De Poudens.
ut solls
engegmeɔ
At Brigadiers
de Cavalerie
.
Mr de Sibourg .
De Legall.
ᏏᎥ .
bod fool
De Narbonne, ma an} zing
De Bercourt
. 21000
Le Chevalier
de Courcelles
.
200 Brigader de Dragons,
M' du Cambour.
1911
GALANT: 245
Quoy que vous ayez deja
vû plufieurs Relations des
avantages remportez en Cal
talogne par Monfieur le Duc
de Vendôme , celle que vous
allez lire ne laiffera pas de
vous paroiltre nouvelle , étant
beaucoup plus ample , & accompagnée
de plufieurs ciconftances
qui augmentent
la gloire de ce Prince, en faifant
voir fa prudence & fa va.
leur . Les Ennemis n'ont ap
pris fon arrivée que par les
coups dont il les a falucz
arrivant , & les mêmes Cou
riers qui nous
0
en ont
JuoduXjj M
246 MERCURE
apporté des nouvelles , nous
en ont donné de fa gloire &
de fa vigilance. On peut dire
qu'il n'est entréen Catalogne
qu'accompagné de la Victoi
re ; que jamais General n'a été
plus ardent à profiter des occafions
qui peuvent effce glo
ricules aux armes de Sa Majeftés
& que loin d'en laiſſer
chaper aucune , il n'a jamais
rien oublié de tout ce qui
pouvoit les faire naiftre. Ce
Prince fit paffer le Ter à l'Atmée
du Roy , le 30. du mois
dernier , & vint camper à Vil-
Joby. I la joignit le su Ade
166 X &
differ
GALANT. 247
grand matin avec le refte de
Infanterie squal avoit prife.
Gironne, & quelques pieces,
decanon de lerze & de vingtquatre
divres de bale . Ce Prince
qui n'a jamais fait de
Campagne fans eftre averty
de tous les mouvemens des
Ehhemis , & fouvent même
de deurst deffeins , par les
grands foins qu'il le donne, &
par les liberalitez qu'il faic
Pour en eftre bien inftruit ,,
eut avis dans fa marche que
Je Prince Landgrave de Heffe.
Darmftat , qui commandoit
Armée ennemie , campée à
X iiij.
248 MERCURE
a
S Oftaltics eftoit avance i
Maflänet, aaeuglicues en de
ça avec toute la¹Cavaleriel
d'Efpagne , qu'on fait monter
à cinq mille Chevaux ou enls
viron , & qu'elle avort®eſtél
jointe le même jour par mille¹
Fantaflins . M ' Darmſtät ne
fongeoit qu'à faire ſubſiſter
fes Troupes plus commodeli
ment , ce qui luy eftoit allei
en feparant fon Armées mais
il devoit penfer en même
temps qu'on court de grands
rifques lors qu'on fait de fi
grandes fautes devant un Ge
neral vigilant , & qui nelaiffe
GALANIM 244,9%
r
de
paffer aucune occafion
profiter des tout ce quipeut
Juy procurer quelque avantage
Mile Duc de Vendôme
alla luy - même reconnoiltre
le Camp,de M Darmeftat ,
mais comme il crut que dés
que cen General Allemand le
fçauroit dans fon voifinage ,
il décamperoit , ce Prince ne
jugea pas à propos
propos deliven deluven
laiffer le temps , & refolut de
marcher à l'entrée de la nuit ,
avec une partie de ſon Infan ,
terie , & de fa Cavalerie, pour
tâcher de tomber fur la marchemais
l'arriere-garde de
210 MERCURE
l'Armée n'eftantiarrivée que
fort tard à caufe des voitures
du Pays , dont ce Prince avoit
efté obligé de le fervir pour
porter des vivres pour quinze
jours , & d'ailleurs ayantied
avis qu'il eftoit arrivé le même
jour de l'Infanterie au Camp.
de Maffanet, qu'occupoit tou
te la Cavalerie d'Espagne ,fans
pouvoir an fhavoir precife
P ཅས་ * $ «
ment le nombre , il retarda fa
marche jufques à minuit , & ne
fefic fuivreque parquatre cens
Dragons à pied du Regiment
de la Reine d'Angleterre ,
vingt Comgagnies de crena .
GALANT BI
diers commandez parm de
Chemeraut , cinq Efcadrons
de Carabiniers , environ fix
cens Maiftres, & les Régimens
de Bretagne , Poitiers , & Font
boifards avec quatre petites
pieces de canon , portées fur
des mulets , ayant ordonné
à mi de Chazeron ; qui conduifoit
la Cavalerie , & à
de Quinçon , qui menoita in¬
fanterie , de partir au point du
jour de Villoby , pour fuivre
fa marche avec l'Artillerie &
les bagages jufques à Rio de
Arenas , ayant réfolu , non feu
lement de tomber fur la mar
à s
212 MERCURE
7109 ab non
che du Prince Darmitat , en
-105 33 20 T
cas qu il ne fe fuft pas retire
mais auffi de reconnoiftre les
retranchemens que les Enne
mis avoient fairsa Oftalrick .
Pendant que Monfieuf de
Vendôme penfoir que le Prin
ce Darmitat prendroit un
parti aufli fage que celuy de
fe retirer , pour réparer la
faute qu'il avoit faire en fe
feparant de fon Infanterie ,
vo Яlub sem
27030
SUD
General Allemand avoit
des penſées bien differentes ,
puis que le Comte de Tilly,
Commiffaire general de 14
Cavalerie Vallonne, qui a elté
GALANT
fait Prifonnier dans ce compens
ne ;
bat , a affure depuis , que le
Prince Darmitat avoit pris
Shin &
25199920
deux
5D , UHROM
聯
1567
eux ou trois fois la réfolution
de venir attaquer
l'Armée
du Roy dans le Camp
de
Villoby
, quoy qu'elle en fuft
parée par une infinité
de
defilez
. Il refta neanmoins
dans fon Camp jufques
à huic
heures
du matin
, perfuadé
que м de Vendôme
ne feroit
pas en eftat de marcher
á luy
auffi promptement
qu'il a
fait ; mais il ignoroit
la vigilance
de ce General
, qui arriva
à cinq heures du matin à
r
254 MERCURE
Rio de Arenas où il fut obligé
d'attendre fon Infanterie pens
danc deux heures. Il faifoit
alors un fort grand broüillard
, mais ce brouillard ayanc
commencé à fe diffiper , il re
connut que la Cavalerie ens!
nemie avoit décampé de Maf
faner pour regagner le retran
chement , ce qui luy fut confirmé
par deux Cavaliers qu'
un de fes Partis luy amena.
Is l'affurerent que cette Ca
valerie ne pouvoit estre fort
éloignée , de maniere que
Monfieur de Vendôme , fu
vant le deſſein qu'il avoit forKGALANT.
259
méideramberofur fa marche,
pritlechemin d'Oftalric, parce
qu'il craignoit de ne le pou
voir joindre en paffant par
Maffanet , & qu'il comptoit
de tomber fur fon flanc dans
le temps qu'il traverferoit les
grand chemin d'Oftalric , ce
quiarriva , comme ce General
l'avoit penſé . Il envoya ordre
à M' de Chazeron de le fuivre
fans s'arrester à Rio de Are
nas. Son avant-garde eftant
arrivée à un quart de lieuë
d'Oftalric , trouva quelques
troupes de la Cavalerie des
Ennemis , mais ce Prince tou256
,
MERCURE10g
jours prudent, quoy quejoys
jours preft à combattre , ne
voulant rien engager avan
que d'avoir bien reconnu le
terrain , envoya ordre de ne
les pas poufler , & s'arrefta,
pour attendre les Grenadiers.
Il receut pendant ce temps
là plufieurs avis , qui marg
quoient que les Ennemis,
eftoient fur le point d'entrer
dans les retranchemens d Of
talric , que l'on commençoit
déja à découvrir. M ' de Vendôme
confideroit qu'il feroic
d'une grande utilité au fervice
du Roy , s'il pouvoit rem.
GALANT 257
porter quelque
avantage
fur
cefte Cavalerie
, dans laquel
lè les Eſpagnols®
mettoient
feur principale
confiance
,
mais le defir de combattre
ne
prevalut
point ſur la réfolution
qu'il avoit prife de ne le
faire qu'à propos. Il fittâter
d'abord
quelques
troupes
des
Ennemis
qu'on voyoit
à tra
vers les Bois dans une petite
plaine , & détacha
pour cet
effet quatre troupes
de Dragons
des Regimens
de Bre
tagne & de Fontboifard
pour engager
le combat.
Il les fit foutenir
par les Ca--
Jun 1696 .
You Juv
238 MERCURE
rabiniers & les Grenadiers ,
qui furent ſuivis de la tefte de
la Cavalerie . Mis des Comies
de Coigny & de Mailly , qui
n'étoient point commandez,
crurent fe pouvoir mettre àla
tefte des Carabiniers , parcé
qu'ils eftoient de jour. Com
mé ils iugerent par la contenance
des Ennemis qu'ils
fongeoient plûtoft à entrer
dans leurs retranchemens
qu'à combattre , ils refolurent
de les charger brufque
ment , & de mander à Mont
fieur de Vendôme , qu'il fon
geait à les faire foutenir, mais
ce Prince aimant mieux haGADANTM
259
zardér fa perfonne que des
Troupes du Roy , alla luy
même reconnoittre la difpo
ſition des chofes , avec M's de
Longueval & d'Uffon , qu'il
avoit rerenus auprés de luy.
3bfit approcher quelques
Troupes commandées par
Minde la Chaffagne , & par
Mile Comte de Chemeraut ,
ainfi que le Regiment de
Dragons de Poitiers , & pofta
filavantageulement for les
hauteurs les Grenadiers , &
les Dragons á pied de la
Reine d'Angleterre , qu'ils
voyoient également la plaine
-ad xusin , TX ja 9
260 MERCURE
oùl'action fe devoit pafferth
& les retranchemens d'Oftabb
ric ? de maniere qu'ils coul
vroient les flancs del nost
Troupes. memprio
L'Infanterie des Ennemis
ne fongea qu'à garder les pob
ftes , & la Cavalerie , qui feq
mit en bataille fur trois hat
gnes,n'ofa étendre la gauche.
Ainfi elle fe trouva d'un coſtél
fort ferrée dans fon tetrain ,
& attaquée d'un autre coſté
tres vigoureuſement parM'le
Comte de Coigny , quoy qu'il
n'euft pû mettre dans fa pre
miere ligne que quatre Eſca,
GALANTY 261-
ว
drons de
Carabiniers & trois
des Dragons de Bretagne ,qui
eftoient foutenus par Monfieur
le Duc de Vendôme,
avec le cinquiéme
Elcadron
des Carabiniers
, & le refte
du détachement
. Nos Trou
pes effuyerent
avec toute la
fermeté imaginable
, & fans
s'ébranler
, une décharge que
leur firent mille des meilleurs
Fantaffins
des Ennemis , qui
les avoient joints au Camp
de Maffanet. Leur Cavalerie
fit aufli quelques décharges,
que cinq Elcadrons
de Carabiniers
& trois troupes de
2511
262 MERCURE
Bretagne elluyenenp avec la
mème intrepidité! & Ils roul
verent quelque réſiſtances à
la droite, parce que nostdou
pes s'eftoient débandées de
cinq ou fix Escadrons , mais
Monfieur de Vendôme: ldsayant
foutenus à proposavec
lès détachemens de Fontboi.
fard & de Poitiers , & quelque
Cavalerie , on rechargeaulos-
Ennemis deux fois , de forte
que leur premiere lignes fe
renverfa fur la feconde , & la
feconde fur la troifiéme , qui
prit la fuite Le defordre sie .
ftant mis parmy eux , cd cho
GALANT 263
fut plus qu'une déroute, No!
ftre Cavalerie les fuivit pendam
doux lieues . Une partie
declour Cavalerie prit la fuite
du cofté de la riviere de Tordera
, où ily en eut beaucoup
de tucz & de noyez ; & l'autre
regagnades hauteurs qu'elle
venoit de defcendre , pour fe
rendre à Maffanet , où Monficut
de Vendôme avoit fait
pofter les miquelets, qui leur
tuérent plus de trois cens che
vaux,& en prirent plus de cin
quante , ce qui fait juger dour
perre d'autant plus confiderable,
que les Carabiniers ont
264 MERCURE
fait des chofes furprenantes
en cette occafion . Ils y ont
eu deux Capitaines tuez , &
quelques Officiers fubalternes
M de Brazac , qui en eſt
Major , s'y est beaucoup dif
ringué , auffi bien que M' le
Marquis de Barbezieres , qui
a chargé trois fois ; & M's de
Fontboifard , Sibour , Legall ,
& du Cambout . M' le Comte
de Coigny y a eu fon cheval
bleffé , & M' le Comte de
Mailly aefte legerement blef
é à l'épaule d'un coup de
fabre , & a eu un cheval tué .
fous luy. L'action eftant finic,
GALANT. 265
nie , de M. Longueval alla
du cofté des retranchemens
des Ennemis , pour les examiner
; & fon cheval eftant
revenu
feul
, Monfieur
de Vendôme envoyà für le
champ un Trompette à Oftalric
pour en demander des
nouvelles ; mais comme on
n'en a pû apprendre de certaines
, il y a lieu de croire
qu'il a efté tué . On donna la
vie à fept ou huit Capitaines
de Cavalerie , à quelques aútres
Officiers , qui font Prifonniers
ainfi que M le
Comte de Tilly, Commiffaire
Juin 1696.
>
Ꮓ
266 MERCURE
general de la Cavalerie Vallonne,
dont le Regiment a été
entierement défait. Ce qu'il
y a de plus remarquable, c'ett
que toute l'actions'eft paffée
fous le feu du moufquet & du
canon des retranchemens
des
Ennemis , fans qu'il en foit
forty un feul homme. Nous
avons eu environ cent hommes
tuez ou bleffez ; & les
Ennemis y en ont perdu mille
à douze cens , dont il n'y a
guere plus de cent Prifonniers
, les Dragons & les Carabiniers
n'ayant fongé qu'à
faire main baffe ; mais ce
GALANT. 267
combat leur coute plus de
mille chevaux. Monfieur de
Vendôme , dont on ne peut
trop louer le zele , la pruden .
ce & la valeur , s'eft tellement
expoſé , tantqu'a duré l'action,
qu'il a toujours efté dans un
peril évident. Un Officier a
même efté tué d'un coup de
canon auprés de ce Prince .
Mile Chevalier d'Aubeterre,
qui commande fous fes ordres
un Corps de trois à quaue
mille hommes , eftant entré
dans la Cerdagne Eſpagnole
, s'eft rendu mailtre
de tout le quartier de Barida,
Zij
268 MERCURE
qui confifte en vingt - deux
Villages , & du Chateau d'Ariffor
, fitué fur un rocher
prés d'Urgel , dont il a fait
la carnifon prifonniere de
guerre. Les Miquelets , & les
Sommetans de ce Pays - là ,
qui eftoient affemblez en
grand nombre pour luy en
difputer l'entrée , ont esté
diffipez par les Troupes du
Roy qui campoient à Liede.
Je vous envoye un eftat des
Troupes d'Allemagne . Je n'y
ajoûte point les noms des
Officiers generaux , vous en
ayant envoyé la Lifte dans
GALANT: 269
ma Lettre du mois de May.
Je ne vous répons pas que
les noms de tant d'Officiers ,
de Bataillons & d'Efcadrons ,
foient dans la derniere jufteffe
. C'eft une chofe affez diffi
cile , quand il s'agit de noms
propres. Je ne vous répons
point auffi qu'il n'y ait pas du
plus ou du moins dans le dénombrement
des cinq Armées
du Roy , qui fe trouve
dans ma Lettre . Les Troupes
font tant de mouvemens dés
qu'elles ont commencé d'entrer
en campagne , qu'il eft
prefque impoffible que les
Z iij
270 MERCURE
corps d'Armées ne foient
fouvent dans le même mois
plus forts ou plus foibles ,
felon les occafions . Voicy les
Troupes de l'Armée d'Allemagne
dont je viens de vous
parler.
INFANTERIE .
Bataillons.
Normandie.
La Reine.
Vaiffeaux.
Morangis.
3
3
7
2
Guyenne.
Tierarche.
Dublin Irlandois. 2
Beaujolois.
I
GALANT .
278
Vivarés.
Labour.
Beaurepaire.
Charlemont Irlandois .
Chaftellelon .
Marigane.
Royal Artillerie.
Comte
Dugua.
Gaſtebelle Foiriere.
Marcilly.
活
I
I
1
I
I
Damas.
La Sarre.
Dauphiné.
Quercy .
Baffigni.
Flandre.
Dobeq
Z
iiij
272 MERCURE
Beauce.
Albigeois .
Bearn .
Poitiers.
Peremangle.
Durechaux .
39.
I
I
CAVALERIE.
Efcadrons .
Colonel general.
Romainville.
Lagny.
Dauphin.
Horn.
Savines.
Larrart.
Broglio.
w]
333
3
3
2
3
GALANT. 273
Souvray.
3
Duras .
Saint Simon.
Forfac.
Villiers.
Conflans.
Royal Rouffillon .
Talmont.
Du
Bordage .
La Feüillade.
Champlin.
Marivaux .
Chevalier d'Imecourt.
Royal.
Efclainvilliers.
L'Ile de
Vigier.
Gouffier.
2
3
3
3
2
3
2
3
3.
3
3
3
3
274 MERCURE
Chateaumorand.
Bar.
Merinville.
Melun.
Marquis
de Biffi.
DRAGON S
Sailly.
Kaillus ou Lautrec.
Girandon .
Lalande.
Second Languedoc .
Rennes.
Gobert.
Eftrades .
Bragelonne .
3
3
3
3
3
3.
3
3
www
3
3€
3A
3
108.
GALANT:
275
Le Vendredy 8.de ce mois,
le Chapitre de Chaalons
ayant cfté averty que Meffire
Jean-Baptiste - Louis - Gaſton
de Noailles , fon Evefque
devoit arriver ce jour là , pour
prendre poffeffion de fon Evefché
, députa quatre Chanoines
, qui allérent à ſa rencontre
à quatre lieuës de la
Ville , & luy firent compli
ment de la part du Corps.
En voicy les termes :
MONONSEIGNEUR,
Lorſque tout brille dans une
276 MERCURE
famille , comme tout a toujours
brille dans la voftre , plus encore
en vertu qu'en dignitez , quoy
qu'elles y foient en nombre , &
des plus confiderables de l'Etat ;
quand , dis je , tout brille dans
une famille , l'on ne deſcend jamais
de bien en mal, l'on y va
toûjours de bien en bien , & fouvent
mesme l'on y monte de bien en
Smetony
mieux comme nous le voyons arriver
aujourd'huy en vostreperfonne
dans ce qui fe paffe.
Meffire Louis Antoine de
Noailles n'est plus Evefque de
Châlons , il eft Archevefque de .
Paris. Dans cette illuftre Eglife ,
GALANT: 277
la premiere de France , & que
quelques -uns ont nommée la ſeconde
de la Chreftienté , il conferve
pour nous la meſme follicitude
, & la mefme affection qu'
auparavant Lor's qu'il eftoitparmy
nous , il y a formé dans l'ef
prit de Dien Meffire Gafton de
Noailles , fon frere. Il a voulu
qu'il yfrequentaft nos Eglifes ,
qu'il demeuraft dans nos Seminaires
, qu'il affiftaft à tous les
exercices de Pieté de Doctrine
du Diocefe , & par là , qu'il en
fuftl Eleve. Quelle gloire quel
honneur pour nous , d'autant plus
que nous nous reconnoiſſons ious
278 MERCURE
5
les Eleves de ce grand Archevefque
, qui eft en ce genre le premier
Maistre du monde , qui de ce
Meffire Gafton de Noailles en a
fait un chef- d'oeuvre de pieté , en
afait fon propre Tableau , mais
tableau d'aprés nature ! Ce n'eft
pas affez. Il en a fait un autre
luy- mesme , en benignité , enfageffe
& en vertu ; & cet autre
luy mefme fe trouve aujourd'huy
efte noftre Evefque , & voila
noftre bien en mieux Nous confervons
les follicitudes & l'affection
de cet Illuftre Archevefque;
nousfommesfous la main & fous
l'oeil d'un autre luy meſme , mais
GALANT . 276
•
de luy mefme , puifque c'est fon
efprit , efprit de Dieu , esprit de
l'Evangile , efprit de perfection ,
qui va continuer par vous , Monfeigneur
, à nous gouverner &
nous conduire.
Venez donc , noftre aimable
Frere , mau plus respectueuſe、
ment , venez noftre cher & venerable
Pere ; car vous nouseftes
& l'un & l'autre . Vous etes
noftre Frere , puifque dans le fein
de la mefme Mere , nous avons
manzé ensemble à la table d'un
riche Pere , le mefme pain celefte
& spirituel , que nous avons
partagé comme noftre heritage
280 MERCURE
commun . Vous eftes noftre Pere ,
parce que vous estant revestu de
tous les biens de ce riche Pere ,
vous nous l'eftes devenu , & c'eft
à vous enfa place à nous les diftribuer
à prefent , & à nous en enrichir.
Après cela , peut . on s'éton
ner fi nos coeurs ont volé , & fi nos
pas ont redoublé leur viteſſe à vô .
tre rencontre , aprés que nos prie
res qui ont precedél'un & l'autre,
vous ont obtenu du Ciel ? Vous
trouverez en nous la cordialité de
frere mais vous y trouverez la
veneration due à un Pere , plus
que tout cela , vous y trouverez
une docilité telle que la vertu ellemefme
pourroit exiger ,fi elle eftoit
GALANT. 286
fur la terre . Hépourquoy n'yferoitelle
pas , puifque vous en eftes un des
premiers & des plus éclans fujets ?
Venez donc comme le bon laboureur
de l'Evangile, Venez répan
dre par tout toutes fortes de bonnes
graines. Nos coeurs , comme
des terres fertiles font disposez à
les faire fruct fier , mais fructifier
juſqu'à une vie d'Ange & de
perfection. Est ce trop dire pour
des Preftres ? mais peut on moins
& fe fervir d'une autre expreffion
à la vue d'un Prelat que tout,
le monde reconnoist & publie pour
eftre un veritable homme de Dieu ?
Nous vous recevons , Monfei,
Juin.696.
*
A a
282 MERCURE
gneur , avec des fentimens tour
du Ciel, parce que nous fçavons
que vous en venez , & que nos
prieres ont concouru à vous en tirer
pour nous ; ce qui nous fait efperer
que vostre Miniftere va estre
pour vous pour nous , &glorieux
& heureux. C'est le comble
de nos fouhaits.
Aprés ce compliment, cePre
lat ayantfaità ces Ms toutesles
honneftetez poffibles & pour
leurs Corps & pour eux , il
continua la route à Chalons ,
où il fut reçû avec une feſte
& des acclamations publi- ·
ques & fi extraordinaires , tant
GALANT: 283
il y eftoit fouhaité , qu'on ne
peut rien ajouter aux marques
de joye que donna toute la
Ville zuchh milk to
क
aryComme vous apprenez
toutes les femaines par les
nouvelles
publiques , les pri .
fes que nos Armateurs font
fur l'une & fur l'antre mer ,
je ne vous en parle point dans
mes Lettres , parce que ce ne
feroit qu'une repetition de ce
que vous auriez déja appris , à
moins que ces prifes ne foient
accompagnées
de circonftan
ces affez confiderables pour)
vous rendrenouveau
en quel
A.a ij
284 MERCURE
que façon ce que vous fçavez
déja. C'eſt cette raiſon
qui m'engage à vous entreteaujourd'huy
de deux prifes
qui nefont pas moins glorieufes
à ceux qui les ont faites ,
qu'elles font utiles à ceux qui
y font intereffez.
nir
Le Polaftron commandé
par M' de la Beliere le Fer , &
le Dauphin , par M ' de la Lande
Paliffade , fortirent de S.
Malo le 25. du mois paffé ,
tous deux de compagnie. Ils
rencontrérent le fecond de
ce mois , à la hauteur des Sorlingues
, quarante lieuës hors,
GALANT. 285
trois Vaiffeaux qui à la pointe
du jour n'estoient qu'à une
demie lieuë d'eux . L'un de ces
trois Vaiffeaux tint le vent , '
& les deux autres firent chacun
une route differente , ce
qui obligea le Dauphin de
donner chaffe à l'un , & le Pola
ffron à l'autre. Sur les trois heu .
res , le Dauphin joignit le fien ,
qui fe rendit aprés une heure
de combat , ayant fes deux
mafts de hune & fon artimon
coupez. C'eftoit un e Fregate
Angloife de vingt- canons ,
fortant de Londrés pour
Smirne & Conftantinople ,
.
286 MERCURE
chargée de 176. Balots de
Draperie , de bois de Brefil
& de plomb. M' de la Rue ,
Capitaine en fecond fur le , a
Dauphin ,fut mis dedans pour
l'amariner , avec trente deux
hommes
, le Dauphin ayant e
refolu de le convoyer
. 01
Le 6. du mefme mois à la
hauteur de l'Iroize ,
quaranten
lieues hors , le Dauphin cut :
connoiffance d'un Navire ,
fous le vent. Il arriva , & celuy
- cy l'attendit fes deux baf- ,
fes voiles carguées , & Pavillon
Hollandois . Le combatr
commença environ fur les dix
GALANT. 287
heures , & dura plus d'une
heure & demie. Apres ce
temps , le Dauphin mit :
en travers pour attendre fa
Prife , qui avoit toujours faiti
force de voiles pour le joindre.
Cette Prife eftant à la
voix , M ' de la Ruë qui la commandoit
, voyant que le Hollandois
s'échapoit , & qu'on
ne fe battoit plus du Vaiffeau
le Dauphin y paffa dans fa
Chaloupe , & trouva que le
Capitaine avoit efté tué d'un
coup de fufil au travers du
corps , & fon premier Lieute
mant, appellé Desjardins , d'un
288: MERCURE
coup de canon . Un autre
Lieutenant avoit auſſi elté
tué , avec quelques Soldats & :
Matelots , dont ily avoit dixhuit
bleffez . Trois canons
avoient crevé , dont l'un avoit
enlevé plus de la moitié du
Gaillard de l'arriere. Ce Navire
avoit outre cela trois
coups de canon à l'eau . L'Equipage
découragé ne
trouvoit pas en eftat de pour- I
fuivre fa proye ; mais M' de
la Ruey fit paffer trente Mari-;
niers ,porter des voiles , & rac-,
commoder
le plus promptes
ment qu'il put les mancue
fe
vres
11
GALANT. 289
vres coupées , & engagea l'E .
quipage à rejoindre le Fleffingois
, ce qu'il fic une heure
avant la nuit ; & ayant efte la
ranger à la portée du piftolet ,
le Hollandois fe contenta de
luy titer dix ou douze coups
de canon en retraite, & amena
enfuite . Il venoit de Bilbao ,
& eftoit chargé de plus de
cinq cens facs de laine , & de
lames de fer. Ces deux Prifes
ont efté coduites dans la Ri
viere de Nantes , & font eftimées
cinq cens mille livres
au moins. On ne peut trop
admirer la conduite & la va-
Bb
Juin 1696
290 MERCURE
leur de M de la Rue , qui n'eft
ágé que de vingt- deux ans .
Voicy les noms des per
fonnes confiderables , mortes
depuis ma derniere Lettre.
Dame Anne Bouer , Veuve
en premieres noces de мeflire
Philbert Guillemin , S' de
Milly , Maiftre des Comptes,
& au jour de fon décés , de
Meffire Louis Bourgoin , auffi
Maistre des Comptes . Elle
eftoit âgée de plus de quatrevingt-
ans , & ne laiffe point
d'Enfans de fes deux mariages.
Elleétoit Tante maternelGALANT
29t
le de Madame de Pontcarré ,
Epoufe du Confeiller d'honneurau
Parlement, & grande-
Tante maternelle de M' Gilbert
de Voifins , Prefident en
la feconde Chambre des Enqueftes
, & de Mr Gilbert de
Villaroy , Confeiller en la
troifiéme Chambre des Enque
ftes
Dame Marie le Ragois , Epoule
de Meffire Jean le Nain ,
ancien Maiftre des Requeftes .
Elle eft morte auffi à plus de
quatre vingt ans , & laiſſe plufieurs
Enfans , entre autres ,
Jean le Nain , Seigneur de
Bbij
292 MERCURE
.3
Guignonville , Conſeiller en
la Grand Chambre , Pere de
Jean le Nain , & Avocat du
Roy au Chaftelet , puis Confeiller
en la Cinquiéme des
Enqueftes , & de Claude le
Nain , Correcteur des Compres
; Mr l'Abbé le Nain de
Tillemont , fort fçavant dans
l'HiftoireEcclefiaftique
, dont
il nous a déja donné quelques
Ouvrages ; le Pere le Nain ,
Religieux de la Trappe ; N. le
Nain , Epoufe d'Antoine Por
tail , Confeiller en la Grand'-
Chambre , & mere de M' Portail
, Avocat du Roy au Cha
GALANT: 293
ftelet , & la Mere le Nain , Religieufe
Carmelite-
M' du Vernet, S' du Pleffis ,
Ecuyer ordinaire du Roy ,
mort fubitement le 8. de ce
mois , âgé de foixante & feize
ans trois mois. Il avoit épousé
la Soeur du fçavant M'l'Abbé
de Sainte- Beuve , Docteur de
Sorbonne , dont il al aifféune
Fille .Il a esté longtemps Chef
d'une Academie fort celebre ,
par le grand nombre de jeune's
Gentilshommes des plus
illuftres Familles de France ,
& des Pays Etrangers , qui y
eftoient élevez avec beau-
Bb iij
294 MERCURE
coup
de foin. Mr le Duc de
Glocefter , Fils de Charles I.
Roy de la grande Bretagne ,
venoit y faire les exercices .
Aprés la mort de M ' d'Arnol
phini , eftant encore dans
fon Academie , il eut l'honneur
de mettre le Roy &
Monfieur à cheval , conjointement
avec feu M' de Belleville.
Sa Majefté le retira de
fon Academie , pour luy don .
ner une Charge d'Ecuyer de
la grande Ecurie , & le choifit
avec feu M' de Bournonville,
pour mettre Monſeigneur à
cheval. Il y a mis depuis par
6.A.S
GALANT: 295
ordre du Roy , Monfieur le
Duc de Chartres , Monfieur le
Duc , Monfieur le Comté de
Touloufe , & il devoit y met
tre dans peu Monſeigneur le
Duc de Bourgogne . Il avoit
beaucoup d'adreffe , une par
faite connoiffance de tout ce
qui regardoit la profeffion ,
& une grande application
pour s'en bien acquiter, Il
faifoit monter les Gentils .
hommes le matin , & montoit
luy même plufieurs che
vaux l'apréfdînée . Ilen mon .
ta quatre tout jeunes le der
nier jour de fa vie , & a con-
Bb iiij
296 MERCURE
fervé par cet exercice conti
nuel la vigueur de la jeuneſſe
dans un âge plus avancé. Il
eftoit fort charitable envers
las Pauvres. M' du Vernet de
Roquefort , S de Neuville ,
fon Neveu , eft en fa place
Ecuyer ordinaire du Roy.
Dame Marie Elizabeth Richer.
Elle eftoit Femme de
M'Fayet , Auditeur des Comptes
.
Mr le Gendre , Intereffé
dans les Fermes generales du
Roy. Il eft mort âgé environ
de cinquante ans , & fort regreté
de tous ceux qui con
GALANT: 297
noiffoient la droiture de fon
coeur. Il eftoit tres- bon Ami,
& quand il promettoit quel
que chofe , on fe pouvoit af
furer qu'il n'y avoit point de
déguisement. Les follicitations
eftoient inutiles pour
l'en faire fouvenir , & on peut
dire qu'il fe faifoit un plaifir
d'aller au devant de ce qui en
pouvoit faire à ceux qu'il aimoit
à obliger.
de
ce
M'de Varillas , Confeiller
du Roy , & Hiftoriographe
de France , mort le
mois , âgé environ de foixante
& douze ans. Son corps a efté
9.
298 MERCURE
porté aux Carmelites du Faux
bourg S. Jacques , auprés de
celuy de м l'Abbé le Camus,
fon Bienfaicteur . Il eftoit de
la Ville de Gueret dans la
Haute- Marche , d'une honnefte
Famille de cette Ville là ,
& vint fort jeune à Paris , où
il s'adonna à l'étude des belles
Lettres & de l'Hiftoire .
M's du Puy , dont il avoit la
til
connoiffance , le mirent dans
la Bibliotheque du Roy , où
il forma le deffein de compoſer
l'Histoire de France ,
comme il a fait depuis avec
reputation , ayant donné au
THENO
OTHE
GALANT 209
Public l'Hiftoire de Louis X
de Charles VIII . de Louis
XII. de François I. de Herny
11. de François II. de Charles
IX . &de Henry III . l'Hiftoire
de l'Herefie , les Anecdotes
de Florence , la Politique de
la Maifon d'Auftriche , & plufieurs
autres Ouvrages , que
le S Barbin a imprimez en
vingt & un volumes in quarto .
Ily a fept ou huit ans que M
le Duc d'Aumont engagea
Ml'Abbé Quefnel de S. Magloire
, de faire à m'de Varillas
la propofition d'accepter
dans fon Hoftel un apparte-
$
NO
300 MERCURE
EZ
y
a
uy
tement avec fa table , & une
penfion de mille francs , & il
le remercia , pour eftre plus
en liberté. Il eftoit d'une
grande pieté , & fort charitable
envers les Pauvres.
Auffia-t- il laiffé par fon teftament
une fomme confidera- h
ble à l'Hoftel - Dieu .
Jay
ser
on
วง
101
M' le Cardinal de Bonfi
eftant arrivé à Paris depuis
peu de jours, on s'eft empref
fé à luy témoigner la joye
que l'on a de voir fa fanté
parfaitement rétablie. Le Roy an
même , quand ce Cardinal a
eu l'honneur de le ſaluër, a eu
Ric
Duc
GALANT. 301
or
la bonté de luy
marquer l'intereft
qu'il y prenoit , & de
luy dire qu'il avoit appris avec
plaifir que fon indifpofition
n'avoit efte qu'un mal paſſager
, qui n'ayant point eu de
fuite , ne l'avoit pas empêché
de s'employer
avec zele,
comme il a toujours
fait , dans
toutes les chofes qui regardoient
fon ſervice , dont Sa
Majefté
eftoit tres contente,
Les derniers
jours du mois
paffé , l'Academie
Françoife
complimenta
M ' le Duc de
Richelieu
, fur la naiffance
du
Duc de Fronfac
, fon Fils.
302 MERCURE
M Charpentier , Doyen &
Chancelier de la Compagnie,
& M' l'Abbé Teftu , furent
chargez de ce compliment,
& de prefenter en même
temps à ce Duc un exemplai
re du Dictionnaire de l'Academie
Françoiſe , ce qui fut
receu avec beaucoup de reffentiment.
M Charpentier ,
qui portoit la parole , luy dic
en fubftance : Qu'encore que le
nom de Richelieu ne puſt jamais
finir , & que ce fuft un de ces
noms celebres qui n'ont plus rien
à craindre de la viciffitude des
cbofés bumaines , néanmoins on
GALANT 303
me pouvoit s'empêcher de ſe réjouir
quand on voyoit naiftre des
heritiers de ce grand nom , & qu'-
on voyoit éclore de nouvelles fleurs
de cette tige immortelle ; Que le
glorieux ministere du Cardinal
de Richelieu , & fon zele infatigable
pour le fervice de fon Prince
defa Patrie , avoient meri-
¿ té cet attachement univerfel aux
interests de fa Maiſon. Que
l'Academie Françoiſe qui a une
relation plus étroite avec cegrand
Cardinal, qu'aucune autre Compagnie
du Royaume , fefaifoit un
fujer de joye tout particulier de
voir revivre lefangde cet homme
•
304 MERCURE
-46
incomparable en la perfonne de ce
noble Enfant qui vient de naiftre.
Qu'elle les avoit chargeZ de l'en
venir feliciter , & en même temps
de luy offrir ce fruit de fes veilles
fi longtemps attendu , & qu'ils
buy prefentoient non feulement de
la part decette Compagnie , mais
encore de la part & au nom de ce
fameux Cardinal. Que c'estoit un
Ouvrage dont il avoit donné le
·Plan ; que c'eftoit fur jes idées
qu'on avoit travaillé , & que
L'Academie auroit fujet de s'efti.
mer beureuſe , fi elle avoit fceu
profiter de fes lumicres , & fidans
la poursuite d'un deßein fi vafte,
GALANT.
395
elle ne s'eftoit point éloignée des
routes qu'il luy avoit tracées.
Je ne fuis pas étonné que la Cri
tique que l'on a faite du Dictionnaire
de l'Academie
n'ait fait nulle impreſſion
for voſtre efprit . L'Auteur
l'attaque par de fi foibles endroits ,
que fi cette Compagnie
n'y trouvoit
autre chofe à teformer
, elle ne s'appliqueroit
pas , comme elle fait , à
revoir ce grand Ouvrage
. Cependant
, Mr Mallement
de Meffange
n'a pû laiffer cette Critique fans y
faire une réponse , qu'il prefenta le
18, du mois paflé à tous ceux de
l'Academie
qui , ce jour -là , compo-
.
férent l'Affemblée
. La ſubſtance de
fon Compliment
fut , qu'il luy eftoir
glorieux d'avoir trouvé une occafion
de marquer fon zele à ce Corps il-
Juin 1696 . Cc
306 MERCURE
15
luftre , & que ce qu'il venoit de donner
au Public n'eftoit que la premiere
partie de fa Réponſe , qu'il employe.
roit fes foins pour faire que la feconde
fuft plus digne des perfonnes.
pour qui il avoit l'honneur de
parler
; qu'il avoit fait ce qu'il avoit pû
pour le retenir fur leurs louanges
& qu'il avoit eu plus d'égard à leur
modeftie qu'à leur merite, Ce Compliment
fut reçû avec beaucoup
d'honnefteté , & M Dacier , alors
Directeur , remercia Mr de Meffange
au nom de la Compagnie. Cette
Réponse eft divifée en cinquante
Articles dont les uns font voir que
tous les caracteres d'une mauvaife
Critique fe trouvent dans celle du
Dictionnaire de l'Academie , & les
autres font des Remarques fur une
partie des chofes que contient cette
J
GALANT. 307
2
Critique. On la trouve chez le fieur
Pierre Ballard , rue Saint Jacques ,
Sainte Cecile.
Peu de perfonnes ont deviné let
vray mot de l'Enigme du mois paffé,
parce qu'il n'eftoit pas ailé à trouver.
Ceftoit la Nielle. Voicy les noms
de ceux à qui ce mot n'a pas échapé.
Mis l'Abbé du Fretcy , Martin du
Marais de Beaulieu ; de Guivry ,
Moufquetaire ; Martine , fieur de
Fontaine le Curé de Tremblay ::
1'Abbé Guerout , de Saint Paul ; le
Ras ; le Chevalier , du Moulinet de
Nyon; le Jeune, de la Douannele
charme des Jardins du Cloiftre S.
Benoift ; l'obligeant & fpirituel Re--
nard de la Paroifle Saint Roch. La
vettueufe Veuve de la rue des Ber--
nardins ; Polixene & Arface.-
CICLE
ob
251
Vos Amies trouveront peut-
Cc ij
308 MERCURE
estre plus de facilité à expliquer la
nouvelle Enigme que je vous envoye,
ENIG ME .
Oas ne nous vantons pas d'an
N° rang fort relevé,
On nous met au plus bas étage.
Quelquefois on nous fait l'outrage
De nous traifner fur le pave.
Pour mettre à la raison qui contre
nous s'obfline ,
On nous arme d'un fer qui fi bien
le chagrine
Qu'il ne cede que par dépit .
Comme deux Soeurs on nous unit exfemble
,
Et l'on peut dire avec raifon , ce
Jemble,
Malheur à qui l'une de nous fuffit.
L'Air nouveau que je vous envoye
THE
FIELL,
GALANT:
309
gravé , & dont vous allez lire les pa
roles , eft d'un des plus fçavans hommes
que nous ayons en Mufique.
AIR NOUVEAU,
B
Eauté que la nature adore,
Dont la loy regle les Saifons ,
Et fait fucceder aux Glaçons ,
Les fleurs que nous voyons éclore.
D'un regard favorable & doux
Banniffez de mon coeur la froideur
criminelle ,
Et changez mon ame rebelle
Trop lente à s'enflamer pour
vous.
Tout le monde a efté de votre
fentiment fur le Traité du Café que
je vous envoyay le mois paffé. On
l'a lû avec beaucoup de plaifir , & il
n'y a perfonne qui ne convienne des
utilitez que l'on reçoit de l'admira310
MERCURE
ble Féve dont on fe fert à le compofer.
Quand on a parlé de fa raci--
ne , de fes feuilles & de fes Fleurs ,
felon la defcription qu'en fait Diefcore
, vous voyez bien qu'on a voulu
dire Diofcoride , & que c'eft au
Copifte feul que cette faute doit.
eftre imputée. Il s'en eft gliffé quelques
autres dans ce Traité , aufquelles
je ne doute point qu'il ne vous
ait efté facile de fuppléer.
Mr le Marquis de Noailles eftant
tombé malade au Camp de Groffeliers
, y eft mort de la petite Verole
, & a efté enterré dans l'Eglife
des Jefuites de Mons . Il eftoit Lieutenant
de Roy de la Haute Auvergne
, Maréchal des Camps & A--
mées de Sa Majefté . Frere de Mile
Maréchal Duc de Noailles , de Mr
l'Archevêque de Paris , de M'E-
°
GALANT.
ར་ ་ 31
Bukit
vêquè & Comte de Châlons , & de
Mr le Bailly de Noailles , Lieutenant
General des Galeres . Il laite
deux Filles , dont l'aînée eft âgée
de fept ans , & la Cadette de quatre .
Madame la Marquife de Noallles ,
fa Veuve , eft Fille de Mr Roulier
Confeiller d'Eftat , & cy - devant
-Intendant en Provence . Rien n'égale
l'attachement qu'elle avoit pour
luy . A peine eut elle appris fa ma--
ladie , qu'elle partit pour l'aller trou .
ver au Camp , où il eft mort . Mrle
Marquis de Noailles a toujours fervý
avec beaucoup d'application , &
s'eft particulierement diftingué dans
toutes les Campagnes que M le
Marefchal Duc de Noailles a marquées
par autant de Victoires..
Mr de Catinat eſtant entré dans
la Plaine de Piémont , fuivant la
prudence des ordres , qu'il avoit
313 MERCURE
reçûs , plutoft que les Ennemis ne
s'y attendoient , afin de les empefcher
de s'y fortifier , n'avoit pû par
cette raifon faire marcher les gros
Equipages & le gros Canon , qui
d'ailleurs eftoient encore retardez
par les grandes pluyes qu'il a fait en
ce pays- là . Ainfi il a fallu , pour fe
mettre en eftat d'agir feurement ,
tout le temps que vous avez crû qui
fe paffoit dans l'inaction . Comme
pendant tout ce temps - là chaque
party s'eft preparé pour preparé pour l'ouverture
de la Campagne , & que la guerre
ne s'eft faite que pour les fourages
& par des Partis , je me contenteray
de vous rapporter deux ou trois
chofes remarquables qui fe font faites
à cette occafion .
Un Party de douze de nos Dra - 1
gons qu'on avoit envoyé à la décou
verte ,
GALANT. 313
verte , le 10. de ce mois , en ayant
apperçu un de foixante Maiftres
les douze Dragons allêrent à eux
les mitent en fuite , en tuérent plufieurs
, & amenérent chacun leur
prifonnier. Cette action a efté regardée
comme un prodige . On fit
le lendemain un grand fourage . Les
Ennemis voyant nos gens travailler,
détachérent quatre cens chevaux ,
qui vinrent à eux . Ils donnerent
d'abord fur une petite garde avancée
de Cavalerie , qui n'ayant pû ſe
foutenir , tâcha de gagner en faifant
face aux Ennemis , une groffe garde
de nos Dragons , qui marchoient
auffi à eux , & lors qu'ils furent tous
joints , ils firent tefte , & donnerent
fi vigoureufement fur les Ennemis
, qu'ils les firent plier. L: Piquet
eftant furvenu , on les pouffa
Juin 1696.
Dd
*
314 MERCURE
jufques au delà de la plaine de Milleffeurs
, & nos gens revinrent en bon
ordre , & amenerent vingt Prifonniers
& trente chevaux. Il ne s'eft
prefque point paffé de jours où nous
n'ayons eu quelques avantages approchans
de celuy- là , que le peu de
place qui me refte m'empefche de
vous rapporter . On leur donne des
Sauvegardes , mais on ne fait point
de quartier à ceux qu'on trouve fous
les armics , Les Ennemis de leur cofté
menacent en fuyant toujours , &
fiers dans leur confteration ils
mettent tout en ufage pour leur
deffenſe , & pour augmenter la gloire
de nos Troupes.
>
Je vous envoye un Journal exact
& fidelle , de tout ce qui s'eft paffé
en Flandre , depuis l'ouverture de
la Campagne.
Le Roy ayant donné les ordres à
GALANT. 315
Mrs les Marefchaux de Villeroy &
Bouflers , pour ouvrir la Campagne
par des Camps avantageux , afin de
faire fubfifter fes Armées dans le
Pays ennemy , la premiere commandée
par Mrle Marefchal de Vil
leroy , eut ordre de s'affembler fous
Courtray le 17. May , où ce General
fe rendit au retour d'un voyage qu'il
avoit fait pour visiter les Places qui
font du cofté de la mer.
.
La feconde , qui eft fous les ordres
de Mrle Marefchal de Bouflers s'af
fembla aux environs de Fleurus , le
de ce mefme mois.
17.
Pendant la nuit du 17.au 18. Mr
le Marefchial de Villeroy envoya
Mr de Caraman , Marefchal de
Camp , avec 300. chevaux & fix
Compagnies de Dragons , pour
s'emparer de la Ville de Deinfe .
Dd ij
316 MERCURE
Le 18. les Troupes qui eftoiene
campées prés Courtray , vinrent
camper à Vive - Saint-Eloy , où le
refte des Troupes qui compofent
l'Armée de Mr le Marefchal de Villeroy
, joignit. L'on campa la droite
a Potteghem , & la gauche vers Vive
Saint-Eloy , faiſant tefte au ruiſfeau
qui tombe dans la Lis.
Le 19. l'Armée décampa de Vive-
Saint-Eloy , pour venir camper
à Machelen , la droite à Gruys- Hautem
, & la gauche entre Deinfe &
Machelen , appuyée à la Lis . L'ont
mit un petit Camp d'infanterie à
Perghem prés de Deinfe , fous les
ordres de Mr de Caraman , pour
affurer la gauche, & quelques Regimens
d'Infanterie & Dragons pour
couvrir la droite , autour du Cha-
Reau de Gruys Hautem. Ce Camp.
cft fort avantageux , à caufe de fa
GALANT. 317
fituation prés de la riviere de Lis , &
de la quantité de fourages qui font
aux environs.
Le 20. l'on fit quelques ponts fur
la riviere de Lis , pour paffer les
fourageurs , & pour y pouvoir faire
paffer l'Armée , en cas que quelque
mouvement des Ennemis y obligeaft.
Le même jour on eut avis que les
Ennemis avoient affemblé un corps
de Troupes fous Gand , fous les ordres
de Mr de Vaudemont.
Le 21. & le 22.il ne fe fit rien de
confiderable..
Le 23. on marqua un Camp au delà
de la Lis , la droite à Grammont,
& la gauche à Arfelle , tirant vers
Caneghem , pour y pouvoir camper
en cas que les Ennemis euffent voulu
fe pofter de ce cofté -là , afin d'y
Dd iij
218 MERCURE
prévenir leurs deffeins .
Le 24. & 25. on ne fit rien qui
doive eftre remarqué.
Le 26. l'on fit un grand fourage
du cofté de la gauche vers Zeveren.
Les 27. 28. & 29. les chofes demeurerent
en même eftat .
Le 3.0 . la droite de noftre Armée
alla faire un fourage
du coté de
Moreghem
.
Le 31. la gauche de l'Armée fit
un fourage du cofté de Vincke .
⚫ Pendant la nuit du 31 au 1. Juin ,
Mile Maréchal envoya un détache.
ment de Cavalerie & un de Grenadiers
pour bruler les fourages qui
eftoient dans la Contrelcarpe d'Oudenarde
, ce qui fut exécuté avec
beaucoup de fuccés. La Cavalerie
eftoit commandée par le Sr Janet
& l'Infanterie par le St du Pont ,
GALANT. 319
༡༠༢
Capitaine de Grenadiers du Regiment
de Navarte. Voicy comment
l'affaire fe pafla . Mr du Pont détacha
quelques Grenadiers , .qui fe
jerterent dans la paliſfade, La Senti .
nelle ayant demandé qui vive , ils
répondirent, Deferieurs de France.
La Sentinelle leur repliqua , demeurez
.Ils ne laifferent pas d'avancer .
La Sentinelle tira fon coup , & bleffa
un Grenadier. Ils la pourfuivirent.
Ja tuerent , & entrerent dans un
Corps de garde le long du chemin
Couvert , où il y avoir trente hommes
, qu'ils tuerent , blefferent , ou
mirent en fuite, Ils pafferent de là
à un autre Corps de garde , où il y
avoit autant de Soldats que dans
le premier , qui eurent le même fort,
& s'eftant enfuite rendus maitres
d'un Ouvrage qui n'eftoit que
de
Ddij
320 MERCURE
&
par
>
terre , ils mirent le feu à plufieurs
meules de foin & de paille , qui
eftoient à couvert par ces Ouvrages
le chemin couvert . L'alarme
fut d'autant plus grande dans la Ville
, que la Garnifon qui accourut
fur les remparts , ne fçavoit de quel
cofté le rendre , les Commandans
du Party ayant donné ordre de
battre le rambour en plufieurs endroits,
quand le fourage commen !
ceroit à bruler . Aufli n'y eut-il per
fonne de bleffé du feu des remparts .
Nos gens fe retirerent aprés avoir
glorieufement executé leur entreprife,
avec dix ou douze Prifonniers,
quelques vaches & quelques chevaux
qui eftoient dans les dehors,
fans avoir eu qu'un feul Grenadier
bleffé .
Le 2. 3. & 4. il ne fe fit tien de
emarquable .
GALANT. 321
Le s. l'on fit deux fourages , l'un
à la droite du cofté d'Oudenarde , &
L'autre à la gauche du cofté de Nevele.
Le 6 Mile Prince d'Orange ar
riva à Gand pour y joindre Mr de
Vaudemont , qui y commandoit
l'Armée , ayant fon quattier aux
environs de Marikerque . L'arrivée
de ce Prince fut confirmée par trois
décharges generales de toute leur
Artillerie , tant de la Ville que du
Camp. Il donna plufieurs ordres, fic
la reveuë , & en partit deux jours
aprés en chaife , pour aller joindre
1'Armée de Mrde Baviere.i
Le 7. l'on eut avis que les Enne
mis fortifioient leurs retranche
mens le long du Canal de Gand
qui va à Bruges.
Le 8 quinze Bataillons & fept
Efcadrons pafferent la Lis pour aller
322 MERCURE
camper fur les hauteurs de Deinle ,
faifant tefte au Village de Zeveren
ayant un bras de la Mandel devant,
fous les ordres de M. de Reinold
Maréchal de Camp! Ce petit Camp
fut fait à deffein d'avoir des Trou
pes à portée pour gagner le Camp
de Rouffelard , au cas que les Enne
mis vouluffent s'y pofter .
Le même jour on fit un fourage à
la droite du cofté de la riviere de
J'Escaut. "
Leg. on retrancha le Village de
Nevele, poury mettre un pofte hors
d'infulte. Ce Village n'eftant qu'à
une petite lieue du Campdes Ennet
mison auroit efté averty de leurs
mouvemens , s'ils cuflent marché
de cé coſté .
Le 10 la gauche de l'Armée fir
unfourage du cofté de S Martin Lederve
, au delà de la Lis , b
GALANT.
323
Le 11. Mr le Maréchal de Villeroy
ayant appris que les Ennemis
avoient une garde de Cavalerie
à Marikerque , piés de Gand ,
au delà du Canal de Bruges , refolut
de la faire enlever par Mr Janet , Capitaine
dansle Regiment de Bour ,
gogne, quiavec un détachement de
foixante Cavaliers , & de cinquante
Dragons , traverſa les défilez avec
une extrême diligence , & chargea
fi vigoureuſement les Ennemis ,
qu'il en tua quinze ou vingt , pourfuivit
le refte jufqu'aux paliffades
de Gand , & revint avec tout fon
monde , aprés avoir pris neuf chevaux
.
Le 12. l'on eut avis que les Ennemis
avoient fait un détachement de
l'Armée prés de Gand , pour joindre
celle de Mr de Baviere , & qué
le Prince d'Orange y eftoit en per324
MERCURE
fonne , fur l'apparence qu'il y avoir
qu'ils avoient deffein de porter leurs
forces de ce cofté. Mle Marefchal
fit partir des Troupes pour renforcer
celles de Mr de Bouflers . L'on en .
voya pour cela le lendemain 13 les
Regimens de Quadt & du Pleffis
Cavalerie; ceux de Sainte Hermine,
Colonel general , la Reine & Languedoc
, & Dragons , fous les ordres
de Mr de Courtebonne , Marefchal
de Camp . Ils fe rendirent le mefme
jour à Portes fur l'Eſcaut , jufques à
nouvel ordre.
Le 14. la droite de noftre Armée
fit un fourage du cofté d'Oudenarde,
à la vûë de la Place..
Le 15. noftre gauche fit un fourage
depuis Nevele , jufques aux Châteaux
d'Odoueque, fur la Lis .
Le 16. il arriva trois Deferteurs
de l'Armée des Alliez.
GALANT.
325
Le 17.on prit un Party des Ennemis
qui eftoit caché dans un grenier
à Harlebeck , compofé de 21. hom-.
mes , dont le Partifan eftoit un Deferteur
de nos Troupes , nommé du
Mont . Le Prevoft de cette Armée ,
nommé la Cofte , eut ordre de luy
faire fon procés.
Le 18. il arriva encore quelques
Deferteurs au Camp.
Le 19. la droite alla fourager lous
le Canon d'Oudenarde. Les Ennemis
tirérent 25. ou 30. coups de Canon
, parce que l'on s'avança aflez
prés pour examiner la Place. Quelques
boulets qui vinrent prés Mr le
Marefchal de Villeroy & les Princes
, tuerent quelques chevaux fans
bleffer perfonne.
Le mefme jour , l'on cut avis que
Me de Bouflers avoit décampé de
Groffeliers , & que Mr de Baviere
326 MERCURE
avoit aufli décampé .
Le 20. l'on
apprit que le mefme
jour il eftoit party 12000. hommes
qui eftoient
campez
prés d'Oudenarde
, pour marcher
du cofté de
Bruxelles ; l'on crut que c'eftoit pour
joindre l'Armée
de Mrde Baviere .
Le 21. Mr le Marefchal fit partir
II. Bataillons & 18. Efcadrons avec-
10. pieces de canon , fous les ordres
de M d'Artagnan, Lieutenant Gen
neral , pour aller le mefme jour à
Portes julques à nouvel ordre .
Le 22. il fit partir la Brigade de
Lionnois,compofée de 5. Bataillons,
un Bataillon du Regiment Royal .
l'Artillerie , & deux Brigades d'Artillerie
,fous les ordres de Mr le Duc
de Charoft , Marefchal de Camp,
pour aller à Pottes joindre les Trou
pes qui y eftoient depuis le 13. du pre
fent mois.
GALANT. 327
Je viens à l'Armée de Male
Maréchal de Bouflers. Ce vigilant
General pafla la Sambre prés de
Charleroy le 19. du mois paſſé, avec
la plus grande partiede fon Armée,
& campa à Groffeliers fur le Picton,
d'où il alla camper à Fleurus. Let
jour meſme il détacha plufieurs
Partis , afin d'eftre inftruit , non feulement
de tous les mouvemens des
Ennemis , mais auffi de tout ce qui
fe paffoit dans tous les environs de
fon Camp. Il fut informé de la fi
tuation & des mouvemens des Ens
nemis. Un Párti de Huffars qu'il
avoit envoyé lé inclme jour du
cofté de Namur , revint avec quarante
Prifonniers . L'Armée de M
de Baviere ayant quitté le Camp
dffche le 16. de ce mois , pour
venir camper aux environs de
Vvaure , Mt de Bouflers en eut avis
t
328 MERCURE
auffi - tôt par un de fes Partis. Ce
General , dont l'Armée n'eftoit pas
alors auffi nombreuſe qu'elle l'a été
depuis , avoit déja commencé à faire
travailler à des Redoutes , & à
quelques autres Ouvrages , pour défendre
les approches de fon Camp ,
ou pour couvrir la marche , & la
rendre feure en cas qu'il prift le parti
de repaffer la Sambre. Les Ennemis
n'ayant occupé leur nouveau
Camp que le 10. Mr de Bouflers
alla le reconnoiftre dés le 11. & le.
12. il fut joint par le Corps de
Troupes que commandoit Mr le
Comte de Tallard , Il envoya le
lendemain fes gros bagages à Mar-,
chiene - au- Pont , afin d'eftre en
état de combattre les Ennemis fi
l'occafion s'en prefentoit , ou de
repaffer la Sambre , pour couvrir
Dinan s'il le jugeoit à propos. Il
GALANT. 329
ne fe fit rien de confiderable les
jours fuivans.
Depuis ce que je vous ay marqué
de Piedmont , nôtre Armée s'eſt
avancée à une demi - lieue plus prés
de Turin ; nos Partis vont jufques
fous le Canon de cette Piace-là , &
quelques Officiers G.neraux ont
efté le promener dans la Char.
treufe . Le zo . on fit un grand fou
rage , auquel les Payfans foûtenus
de quelques Troupes voulurent
s'oppofer ; mais ils ne firent pas
tong-temps ferme , nos Dragons les
ayant vigoureufement repouffez .
Ainfi le fourage fut fait avec toute
Ja tranquilité poffible . Mr le Maréchal
de Choifeul en fait faire en
Alemagne d'une maniere qui cha
grine bien les Huffars , ce General
envoyant toûjours deux ou trois
Fuin 1696 .
Ee
330 MERCURE
mille Chevaux pour reconnoiftre
les lieux où il veut faire fourager ;
ce qu'il fait fouvent dés la veille ;
& il en envoye fouvent autant pour
couvrir les Fourageurs. Quant au
Prince de B.de , il fe tient toûjours
à couvert de fes retranchemens.
Ainfi le Pays ennemi eft mangé par
les deux Armées. Le Prince d'O.
range ne le trouve pas dans une
fituation moins embaraffante . Il
s'eft avancé du Vvavre à Corbais,
qui n'eft pas tout -à-fait la moitié
du chemin dn Vvavre à Gemblours
. Il avance pour chercher
du fourage ; mais il ne peut plus
gueres avancer fans , troubler un
Pays mangé. S'il paffe la Sambre ,
outre qu'il n'y a plus dequoy fubfi .
fter , il trouvera Mr de Bouflers
dans la Plaine de S. Gerard , qui
couvre Dinan avec une Armée
GALANT. 331
prefte à combattre , fi ce Prince
veut paffer outre de forte qu'il
luy eft abfolument impoffible d'aller
à Dinant , fans paffer la Sambre
& la Meufe à Namur , auquel cas
il pourroit l'inveftir d'un côté , fuppofé
mefme qu'il n'y trouvaft point
d'obftable. Mais outre qu'on ne
prend point une Place qui n'eft
qu'à moitié inveftie , & qui auroit
de l'autre côté une Armée auffi
nombreuſe que celle qui l'affiegetoit
, fi le Prince d'Orange pafloit
la Meufe , il laifferoit la Flandre
en proye à nos deux Armées : ce
qui refteroit de Troupes à Mr de
Vaudemont ne pouvant fuffire pour
leur faire tefte. Nos Troupes dé
Catalogne ne fubfiftent pas moins aux
dépens des Ennemis , que toutes nos autres
Armées . On écrit de ce Pays - là ,
noftre Cavalerie a dufourage jufques au
, que
Ecij
332 MERCURE
ventre . Ce font les propres termes des
Lettres de ce Pays là , où Mr de Vendofme
ne trouve point d'Ennemis , celles
qu'ils ont derriere leurs retranchemens
ne fa fant aucunes courſes.
Le Chevalier Bart en vient de faire
une des plus heureuſes. Il eftoit party à
deffein d'attaquer la Flote de Hollande ,
qui devoir revenir de la Met Baltique. Elle
eftoit de plus de cent Vaiffeaux Marchands
, eſcortez par cinq de guerre commandez
par le fieur Buching, dont le Vaiſ,
feau eftoit de 38. canons . Le fieur Vander-
berg en avoit un de 44 Ceux des
fieurs Swerin, & Manard le jeune , eftoient
chacun de 38. & celuy du fieur Alvin de
24.Le Chevalier Bart crut pouvoir mieux
furprendre cette Flotte , en l'attendant
proche du Port mefme où elle devoit entrer
, mais il envoya plufieurs petits Capres
pour la reconnoiftre , ce qui l'inquieta
beaucoup , mais les ordres des Commandans
de cetteFlote eftant de fe rendre
inceffamment en Hollande , elle pourfuivit
fa route affez heureufement , & crut
eftre hors de tout peril , ayant apperçû les
GALANT. 333
Coftes de Hollande. Peu de temps aprés ,
c'eftoit le 18. de ce mois , elle découvrir à
la pointe du jour une Efcadre de huit ou
dix Vaiffeaux qui vint attaquer fes cinq
Vaiffeaux d'efcorte , & ne tarda pas longtemps
à venir à l'abordage , ce qui rendit
le combat plus court.Le fieur Buching re
cut un coup mortel au deffous de la mammelle
gauche. Le St Van-der-berg eut fur
fon Bord 34. morts & 18. bleffez ; le Capitaine
Swerts fut bleffé au bras, & le Capitaine
Alvin fut tué. Pendant ce combat
les Armateurs qui avoient inquieté la Flote
Hollandoife en allant la reconnoiftre ,
s'y mêlérent , mais comme ils n'avoient
pas affez de monde pour jetter fur tant de
Vaiffeaux , ils eurent ordre de couper les ,
manoeuvres. Ils en brûlérent 35. qui ne
voulurent pas convenir de leurs rançons,
en ptirent 15. qui furent envoyez à Dun-
Kerque aprés l'action , & rançonnerent le
refte. Il eft à remarquer que leurs plus
gros Navires ont efté pris ou brûlez , &
que la plufpart eftoient chargez de blé ,
dont on commençoit à avoir beſoin en
Hollande. A peine le Chevalier Bart fe
334 MERCURE
fut-il rendu maistre des cinq Vaiffeaux de
guerre Hollandois , qu'un Matelot en découvrit
12. ou 13. autres. Ils fervoient de
convoy à une Flote Marchande qui alloit
au Nord , qu'ils quittérent pour ve
nir au fecours de celle de la mer Baltique .
On tint auffitoft Confeil de guerre , il fut
court . On y refolut de brûler les plus
gros Vaiffeaux de guerre qui avoient eftê
pris , d'en tranfporter les Officiers & les
Matelots fur le cinquième , d'en ofter le
Pavillon, d'en mouiller les poudres , d'en
-enclouer le canon , & de retenir pour
oftages , trois Capitaines , patce que ces .
Officiers s'engagerent de renvoyer ce
Vaiffeau à Dunkerque , fitoft que l'Equipage
feroit débarqué. Les 13 Vaiffeaux
de guerre qui ont vu l'action , n'eftoient
qu'à deux lieues au vent au Chevalier
Bart. Le Navire qu'il renvoya cftant arrivê
à Amfterdam , on en débarqua auffitoft
80. bleffez pour les conduire à l'Hôpital.
Ce fpectacle fit foulever la populace , & il
s'en fallut peu qu'elle ne pillaft les maifons
de quelques Officiers de l'Amiranté, ·
qu'elle accufoit de ce malheur, Il y en ent
GALANT 335
à proportion fur les autres Vaiffeaux. Je
fuis , Madame , & c.
A Paris, ce 30. Juin 1696.
TABLE.
P.
Relado.
Eloge du Roy.
Lettrefur la plural des Mondes. 14
25
32
L'Amour & la Folie , Fable.
Lettre.
6I
Ode de Mademoiselle des Houllieres . 54
Réponse à une Lettre touchant lo Fiévre
maligne.
Lifte des Marchandifes contenues fur le
Convoy d'Oftende prispar Mr de Nefmond.
105
109
Réponses aux Remarques touchant la
Fafte de Pafques.
Compliment fait à Mr le Marefchal de
Joyeuse.. 125
Compliment fait à Mr l'Archevefque de
128
Paris.
Ordres de Bataille de l'Armée de Flandre,
de l'Armée de la Meufe, 132
Suite du Dialogue hiftorique du dernier
mois. 158
TABLE.
179
Etat des forces des Alliez en Flandre &
fur la Meufe.
Détail de tout ce qui s'eft paffé à la mort
de la Reine Douairiere d'Espagne. 185
Etat des Troupes du Roy en Italie.
Détail curieux de tout ce qui s'eftpassé à
l'affaire de Gambe ."
280
220
Etat de l'Armée du Roy enCatalogne. 241
Détail nouveau du Combat donné en Catalogne
par Mr de Vendofme . 245
·Etat de l'armée du Roy en Allemagne . 268
·Compliment fait à Mr de Chalons. 275
Combat du Vaiffean le Dauphin.
Morts.
284
290
Retour de Mr le Cardinal de Bonfi . 300
Députation de l'Academie Françoife. 301
Réponse au Critique du Dichonnaire de
l'Academie.
•Enigmes.
305
307
Mort d: Mr le Marquis de Noailles . 310
Nouvelles de divers endroits.
La Figure doit regarder la page 240 .
L'air doit regarder la page 309
391
TKEQ
LYON
*
1893
MEMOIRE
DE MONSIEUR
D'ANGOULESME ,
POUR SERVIR
A L'HISTOIRE
d'Henry III. Roy de France & de Pologne
, & d'Henry IV . Roy de France
& de Navarre.
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Chez MICHEL BRUNET , à l'entrée
de la grande Salle du Palais ,
au Mercure Galant.
M. D C. XCVI.
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la Croix , 12. 3. vol.
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fol . 2. vol. grand papier.
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Tragedie.
Furetiriana 12 .
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cette morale , ces penfées judicieu-
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mors ,
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d'Irlande , 12. 4. vol.
Idem , des Turcs , 12. 4. vol.
Idem , d'Espagne , 12. 3. vol .
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Cheron.
La maniere de bien penfer dans les Ouvrages
d'efprit , 12.
Entretien d'Arifte & d'Eugene , 12 .
Tite -Live reduit en maximes , 12.
Lettres fur toutes fortes de fujets , avec des
avis fur la maniere de les écrire , par feu
}
M. de Vaumoriere , 12. 2. volr
Oeuvres de François de la Mothe le Vayer ,
nouvelle édition , augmentée de plufieuts
nouveaux Traitez , 12. 15 , vol .
Abregé Chronogique , ou Extrait de l'Hif
toire de France par Mezeray , Hiftoriographe
de France , 4. 3. vol.
Le nouveau Etat de la France , augmenté
dans cette nouvelle Edition de tous les
Chevaliers du nouvel Ordre de faint
Loüis , 12. 2. vol .
L'Etat prefent du Royaume de Maroc , par
M. de Saint Olon , Ambaſſadeur à Maroc ,
12. enrichi de figures .
Arlequin Comedien aux Champs Elifées ,
12. feconde édition enrichie de figures .
Les Satyres de Perfe en Vers François , avec
le Latin à cofté , & des remarques , par
M. de Silvecane , 12.
Satyres de Juvenal , 12. 2. vol . par le même.
Peroniana & Thuana , ou les pensées de M.
le Cardinal du Perron & de M. de Thou ,
12.
Harangues fur toutes fortes de fujets , avec
l'art de les compofer, par feuM.de Vaumoriere
, feconde édition , augmentée d'un
grand nombre de Preceptes & de Hatangues
, dediées à M. le Chancelier , 4 .
1693 .
Methode pour apprendre le Blazon , par
P. Meneftrier , 12. rempli de figures.
Metamorphofe d'Ovide , nouvelle édition :
enrichie de figures , 12. 3. vol .
Journal du Voyage de Siam de M. l'Abbé de
Choify. 12 .
*
le
Du Royaume de Siam , par M. de la Lou-
▲ ij
bere , 12. 2. vol .
La Maifon reglée , 12 .
Recherches curieufes d'antiquitez , conte
nuës en plufieurs Differtations fur les Medailles
, bas reliefs , ftatuës mosaïques , &
infcriptions antiques , enrichies d'un grand
nombre de figures , par M. Spon , 4 .
La Découverte des myfteres du Palais , où il
eft traité des Parties en general , des Intendans
des grandes Maifons, des Procureurs,
Avocats , Notaires , & Huiffiers , 12
Lettres familieres & autres fur differentes
matieres , par le fieur Millerant , 12 .
L'Ariofte Moderne , 12. 4. vol .
Hiftoirede la feuë Reine d'Angleterre , dans
laquelle , outre fes actions particulieres
de pieté , on trouve ce qui s'eft paffé de
plus remarquable pendant les Rois Char
les , I. & Charles II . in 8 .
Oeuvres de Voiture , 12. 2. vol.
Theatre Philofophique , fur lequel on reprefente
par des Dialogues dans les.
Champs Elifées , les Philofophes anciens
& modernes , augmenté en cette derniere
édition des femmes Philofophes , par M.
Bordelon , 12.
Memoires de la Reine Marguerire 12,1
Hiftoire du gouvernement de Venile de M.
Amelotte de la Houffaie , 8. 2. vol.
Le Tibere du même , 8 .
Le Prince de Machiavel , 12. du même.
Les Annales de Tacite avec des Reflexions
& Notes Poliques & Hiftoriques , in 44
& in 12. par le même.
Toutes les Hiftoires de M. Mainbourg en
34. vol. 7.
Les mêmes en 26. vol . 12.
Entretiens fur les Vies & les Ouvrages des
plus excellens Peintres , anciens & Modernes
par M. Felibien , in 4. 3. vol .
Recueil Hiftorique de la Vie & des Ouvra
ges des plus celebres Architectes , par M.
Felibien des Avaux , 4.
Recueil des defcriptions de Peintures , &
d'autres Ouvrages faits pou . le Roy 12.
La Science Heroïque du Blazon, par la Co
lombiere , fol..
L'Hiftoire du Monde , par Chevreau IZA
f. vol.
Hiftoire de l'Affrique , ancienne & moderne
enrichie de 80. figures 12. 4. vol.
Hiftoire des troubles de Hongrie, 12.6 . vol.
La Comteffe de Chafteaubrian , ou les effets
de la jaloufic , 12.
Ouvrages de Profe & de Poëfies des fieurs
Maucroy & la Fontaine , 12. 2. vol.
Vie des Saints , fol. 2. vol .
Idem , 1. vol.
Idem , 8. 4. vol.
La Sainte Bible , contenant le Vieil & Nou
veau Teftament , 12. s. vol .
Idem , in fol..
Abregé de l'Hiftoire de France depuis Fara
mond jufqu'au Regne de Louis le Grand,
par M. de Riencourt , 12. 7. vol . 1695.
L'Hiftoire de Louis XIII. dit le Jufte . fe
vend feparément.
L'Hiftoire de Louis XIV . 12. 3. vol.
Voyage des Ambaffadeurs de Siam en France
, temply d'une infinité de choſes curieufes
12 4. vol.
A iij
Hiftoire Sainte du Pere Gaultruche 12. 40
vol.
Ducheffe d'Eftramene , 12. 2. vol .
Eleonor d'Yvrće , ou les malheurs de l'amour
, 12.
Le Napolitain , 12
Le Mary jaloux , 12.
Le Secretaire Turc , 12.
Le Seraskier Bacha , 12.
Etat prefent de la Puiffance Othomane , 12.
L'Illuftre Genoiſe , 12 .
Le Grand Vifir Cara Muftapha , 12 ,
Ambaffades de M. leComte de Guilleragues,.
& de M. Girardin auprés du grand Seigneur
, 12.
Caracteres de l'Amour , 12.
Les nouvelles converſations de Morales , de
diées au Roy , par Mademoiſelle de Scu
dery , 12. 2. vol.
Dictionaire Royal , 4 .
Bibliotheque , choify de Colomiez ,
Memoires de Sully , fol . 3. vol.
In 12. 8. vol.
L'Hiftoire generale de France , par Dupleix,
fol. 5 vol.
6
De Polybe , par Durier , 12. 3. vol.
Traité des Fortifications , contenant la dé
monftration & l'examen de tout ce qui regarde
l'art de fortifier les Places , tant regulieres
qu'irregulieres , fuivant ce qui fe
pratique aujourd'huy , 12. par M. Gaultier
, rempli de figures .
Traité de l'Artillerie , expliquant la difference
, les proportions , les portées , les
affuts , & tout ce qui concerne les Ca--
nons dont onfe fert en France , tant ſug
Terre que fur Mer , avec plufieurs Plan
ches , par le même.
Pratique de la Guerre , par Malthus , 8
enrichie de figures.
Reflexions fur l'Acide & fur l'Alkali , 12 .
Difcours Satyriques & Moraux , en Vers , 12.
Dialogues Satyriques & moraux , 12. 2. vol .
Epiftres en Vers de M. Sabatier , de l'Academie
Royale d'Arles , 12 .
Les Oeuvres d'Horace en François , avec le
Latin à cofté , 12. 2. vol.
Le Chemin Royal de la Croix , remply de
figures , 8 .
Nouvelle reflexions , ou Sentences & Maximes
morales & Politiques , dediées à
Madame de Maintenon , 12 .
La Cour Sainte , fol . 2. vol . grand papier,
Faramond , 8. 12. vol .
Alma hide , 8. 8. vol .
Aftrée de Meffire Honoré d'Urfé , 8.5.
vol.
Caffandre , 8. 8. vol,
Cyrus , 8. 10. vol .
Polexandre , 8. s . vol.
Voyages de Chardin , 12. 2. vol . remply de
figures..
Les Oeuvres de M. Capiftron , 12 ,
Idem , de M. Baron , 12 .
Idem , de M. Bourſault , 12,
Hiftoire d'Augufte. 12. 2. vol .
Comedies.
Le Chevallier à la mode , 12.
La Devinereffe , 12 .
Artaxerxe , Tragedie 12 .
A iii
La defolation des Joueules.
La Comete.
OUVRAGES DE M. L'ABBE' GOUSSAULT,
Confeiller au Parlement.
Les Confeils d'un Pere à fes Enfans , 12
Le Portrait de l'Honnefte Homme , 12 .
Le Portrait de l'Honnefte Femme , 12.
Reflections fur les deffauts ordinaires des
hommes , & fur leurs bonnes qualitez , 12 .
OEUVRES D'ETT MULLER.
Pratique generale de Medecine de tout le
corps humain , 8. 2. vol .
Pratique (peciale du même Auteur , fur les
maladies propres des hommes , des femmes
, & des petits enfans , avec des Differtations
du même Aureur fur l'Epilepfie,
I'Yv.effe , le mal hypocondriaque , la
douleur hypocondriaque , la corpulence ,
& la morfure de la Vipere , 8.
La nouvelle Chirurgie Medecinale & raifonnée
de Michel Ettmulier , avec une Dif
fertation fur l'infufion des liqueurs dans
les Vaiffeaux , 12
Nouvelle Chimie raifonnée du même Auteur
12 . ,
Les Inftituts de Medecine , 8
EUVRES DE M. DE FONTENELLI.
de l'Academie Françoise .
Dialogue des Morts , 12. 2
Jugement de Pluton , 12 ,
Entretiens fur la pluralité des Mondes , 12.
Hiftoire des Oracles , 12 .
Poëfies Paftorales , avec un Traité de la nature
de l'Eglogue,, & une Difgreffion fur
les Anciens & les Modernes , 12 .
Lettres galantes de M. le Chevalier d'Her ,
12. 2. vol.
Les Travaux de Mars , ouL'art de la Guerre,
Ouvrage enrichi de plus de quatre cens
planches gravées en Tailles -douces , 8.
3. vol .
Bibilia Sacra fol . Lugduni.
Idem , 8.
Idem , 24, 6. vol. Coloniæ:
Corpus Juris Canonici de Pithoco, fol 2. vol.
Corpus Juris Civilis , 8 . 2. vol. Amftelodami.
Ocuvres de Baquet , fol . par Ferierre.
Les Arrefts de Loüet fol. 2. vol.
La Biblioteque Canonique de Blondeau ,fol.
2. vol .
Queſtions notables de Droit decidées par plufieurs
Arrefts de la Cour de Parlement , divifées
en 4.Centuries,par M. Claude le Prétre
Confeiller du Roy en fa Cour de Parlement
de Paris , & augmentées en cette derniere
édition par M. Gueret Avocat en
Parlement , fol.
La promenade de Verfailles ou Celanire
nouvelles Hiftoriques par M. Scudery..
Les Memoires de M. d'Angoulefme , 12 .
Le Secret des Cours , ou les Memoires de
Vulfingham , 12 .
Hifre du Cardinal Ximenés , de M. Fle
ier , 12. 2. vol.
Dours du Comte de Buffy Rabutin , à
io
Les enfans , 12.
L'Art de fe connoiftre foi - meme , de Labadie
, 12 .
Hiftoire de Jofeph 2 par M. Arnault
D'Andilly , 12. 5. vol.
Hiftoire de S. Louis , 4. 2. vol . par M. de
Sacy .
Avantures fecretes , 12 .
Hiftoire fecrete de Bourgogne , 12 2. vol.
La Keine de Navarre , fuite de l'Hiſtoire
de Bourgogne 12. 2. vol .
Il fe trouve dans la même Boutique toutes
les nouveautez qui s'impriment à Paris , &
plufieurs bons Livres de Droit , & quantité de
Livres Italiens.
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JUIN 1696.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , dans la grande
Salle du Palais , au Mercure Galant.
ON
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau , &
Vingt-cinq fols en Parchemin .
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juſtice .
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envie.
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. D C. XCVI.
Avec Privilege du Roy.
ck ck cksckcks
5
Q
AVIS.
fai-
Velquesprieres qu'on ait
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
d'y manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On réitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ene prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
quil n'y ait rien de licentieux. On
3
A ij
AVIS.
prie feulementceux qui les envoient,
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
l'article des Enigmes , d'affranchir
Lears Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent ,
Ceft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout enfemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétabli les
chofes demaniere qu'il est toujours
impriméau commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilferapartir les paquets de ceux qui
Le chargeront de les envoyer avant
l'on commence à vendre icy le
Mercure.Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin, Paris ne
Laiffera pas d'avoir le Mercure
que
AVIS.
t
long-temps avant qu'ilfoit arrivé
dans les Villes éloignées, mais auſi
les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'ellesfaifoient auparavant.Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans encharger ledit Brunet, s'expofent
à le recevoir toujours fort
tard par deux raifons. Lapremiere
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendrefitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quel
ques jours avant que l'on en faffe le
debit, & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont lu eux & quel
es ques autres à qui ils le preftent, ils
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'il fe charge de faire
les
A iij
AVIS.
les paquets lay-mefme, & de lesfaire
porterà la Pofte ou aux Meſſagers,
fans nul intereft, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe. Il fera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , ſoit
qu'il les debite, on qu'ils appartienment
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à la fin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un meſme paquet.
Tout cela fera execurè avec
une exactitude dont on aura lieu
d'eftre content.
MERCYRE
GALANT
JUIN 1696 .
LYON
1893*
DE
LA
E vous ay toujours vû
tant de zele pour le Roy,
& tant d'ardeur pour fa
gloire , que je fuis perfuadé
que ce feroit vous priver d'un
fort grand plaifir , que de ne
vous pas faire part de l'Eloge
A iiij
8 MERCURE
que M' l'Abbé de Fourcroy a
fait de cet Augufte Monarque.
Tous les Ouvrages que
je vous ay envoyez de luy ,
vous ont convaincuë qu'il
penfe jufte , & qu'il s'explique
tres -heureuſement fur
tout ce qu'il penſe.
ELOGE
DE
LOUIS LE GRAND.
N
eft un
pur
Aiftre Prince , c'est don de la fortune , mais
eftre né Roy , & le fçavoir eftre
par merite , c'est de Roy par
GALANT: 9
fortune fe faire Roy parſoy› même.
Ne reconnoiflez- vous pas
icy le Portrait de Louis le Grand,
le plus fage & le plus Chreftien
des Rois ? En effet , qu'y a - t - il
dans cet invincible Monarque
qui ne foit digne d'admiration,
au deffus de tous les Eloges ? Parleray
je de cette affiduité dans les
Confeils, où tout fe paffe fous fes
yeux , de cettefageffe qui tempere
le pouvoir des Grands , de cette
activité , qui fans troubler fon
repos , penetre renverfeles def
feins defes Ennemis , de cette valeur
qui force tous les obſtacles ?
Quand je tairois toutes ces chofes,
10 MERCURE
pourrois -je oublier cette droiture
de coeur qui fait les bons Rois ?
Non fans doute ; faire l'Eloge
de Louis le Grand, & ne pas dire
qu'il donne des exemples immor 、
tels d'une équité pure & fans
tache , ceferoitluy refufer un bonneur
qui eft préferable à tous les
autres. Sa vie n'eft employée qu'à
étendre à maintenir les droits
&
& l'Empire de la veritable Reli .
gion . Avec quel zele n'a - t- il pas
banny le Duel l'Herefie defon
Royaume ? Je ne m'étendray ny
fur la puiffance de ce Prince , ny
fur fes profperite , mais feulementfur
fes vertus perſonnelles ;
GALANT: II
car files avantages de la profperite
fe font fouhaiter , ceux de la
vertu fe font admirer. Sa douceur
,fa bonté ,fon courage intrepide
,fa pieté folide & fon amour
pour les interefts de l'Eglife , le
font refpecter de tous ceux pour
qui la probitè eft une vertu. Il eſt
liberal par lefeuldefir de faire du
bien , magnifique fans orgueil ,
modefte fans affectation , tendre
fansfoibleffe, &fermefans dureté.
Il fe poffede fi bien , que ny
la joye , ny la trifteffe , ny la colere
n'ont point de pouvoir fur fon
augufte Perfonne. Il écoute en
Maistre , & il parle en Pere.
12 MERCURE
S'il promet quelque chofe , il s'en
fouvient toujours pour la donner,
G il ne l'accorde que pour l'oublier.
On l'approche avec crainte ,
à cause de cet air majestueux qui
luy eft fi naturel,
avec admiration
on s'en retire
avec joye ,
tantfes manieresfont engageantes .
Les Officiers de fa Maifon jouif.
fent auprés de luy d'un bonheur
parfait. Il les excufe dans leurs
fautes comme des hommes ; il les
aime comme des amis , & il les
comble de bienfaits , comme s'ils
eftoient toujours dans le befoin.
Ce font toutes ces grandes qualite
qui le rendent le plus heureux
GALANT.
་ 3
Prince du monde ; heureux en
Sujets qui luy rendent hommage;
heureux en un Fils quifait gloire
de marcherfur fes pas ; heureux
en Petits -fils , qui tâcheront de
l'imiter à mesure qu'ils avanceront
enâge ; heureux en un Frere
qui le respecte & l'admire ; heureux
en Princes de fon Sang qui
font confifter toute leur felicité à
luy obeir , encore plus par amour
que par devoir ; heureux enfin en
toutes chofes. Puiffiez- vous durer
encore longtemps pour l'honnneur
de noftre Hiftoire , & pour le
bonheur des François , glorieufes
années de Louis le Grand ! Ce
14 MERCURE
font les voeux continuels de toute
la France pour un Royfifage
fi Chreftien .
Ce que vous allez lire touchant
le fentiment de M' Def
cartes , fur la pluralité des
Mondes , eft de M' Auvray
de Caën. Quoy qu'il le blame
plus qu'il ne l'approuve , je
me flate que j'attireray beau
coup de louanges à ce fameux
Philofophe , puis que
je pourray eftre caufe que l'on
écrira en fa faveur. Je vous
feray part des Pieces que je
recevray pour fa défenſe , &
GALANT.
15
que je rapporteray , comme je
fais celle - cy , fans prendre
parti ny pour, ny contre.
A MONSIEUR LE C.
MONSIEUR .
Je vous envoye un petic
deffein que vous avez fouhai
té de moy touchant le Siftême
de M'Defcartes. Je l'ay
fait le plus exact qu'il m'a efté
poffible , parce que vous vous
plaignez que l'on en voit peu
qui foient bien gravez. Leurs
Auteurs les environnent de
16 MERCURE
nuages , ce qui eft une choſe
contre le bon fens & la verité.
Vous nommez ce Siftême le
Monde indéfiny
, & moy je
l'appelle le Siftême des Siftèmes,
parce qu'il en comprend
plufieurs , comme celuy de
Copernic. Je crois pourtant
que c'est le moins à fuivre ,
parce que c'efl le moins prouvé
, & qu'il n'a peut - eftre de
réalité que dans la tefte de ce
Philofophe . Si cela eft , ce
n'eft pas la moindre de fes
chimeres , & l'on peut dire
que c'eft une des mieux imaginées
, & qui n'a pû fortir
GALANT. 17
que de la tefte d'un grand Reveur
, tel
tel que
Portrait
de M
le marque le
Defcartes .
Quoy que ce Siftême ne foit
que celuy de Copernic multiplié
, il a fallu un fort genie
pour l'imaginer. Neanmoins
ceux qui le conçoivent bien ,
voyent facilement qu'il a
bien moins coufté à ce Philofophe
à mettre toutes ces
infinitez de mondes au jour ,
qu'à la plus grande femme du
Royaume d'y mettre le moindre
enfant. Car , encore une
fois , le Silême de Copernic
a efté la matrice , & la tefte
Juin 1696 .
B
18 MERCURE
de M³ Deſcartes la Sage femme
de ce monftrueux enfantement
, & de toutes les vagues
idées qui s'en enſuivent.
J'ay dit que c'eſt le moins
prouvé , & c'eft une verité ;
car fi avec les Lunettes de
Galilée , qui nous découvrent
les Satellites de Saturne , l'on
ne découvre dans les Eftoiles
du Firmament , que ce qu'un
Payfan y découvre avec la
vûë, fur quelles experiences
ce Siftême eft-il appuyé? Ce
ne font que des raisons de
confequence , & un préjugé ,
qui toutau plus fait dite que
GALANT:
19
cela peut eftre , mais non pas
qu'il foit effectivement ; & fi
dans noftre monde connu il
yatant de conteftations pour
S l'ordre des parties qui le compolent
, c'est à dire les fept
Planetes , nonobftant les experiences
que nous en avons
dans celuy où nous ne découvrons
rien , quelles démonftrations
en peut-on donner
qui ne foient chimeriques
? Neanmoins tous les
amateurs des nouveautez reçoivent
ces idées comme des
veritez inconteftables , les
embraffent opiniaſtrement ,
Bij
20 MERCURE
& croyent auffi fermement
la pluralité des mondes de M
Defcartes , que les Relations
de la Chine ou de l'Amerique,
& prennent des hypothefes
pour des Thefes , & des
chimeres comme des démonftrations
fondées fur l'experience
. De tous ces raiſonnemens
l'on en peut conclure
deux chofes . La premiere
,
c'eft que cela fait voir la force
du genie de l'homme , & fa
penetration dans une infinité
de chofes ; & la feconde , combien
fes connoiffances
font
bornées
, C'est ce qui fait dire
GALANT. 21
I
à un Sçavant de noftre fiecle,
qu'il ya deux termes qui bor-
5 nent toute la curiofité de
l'homme. Le premier , c'eſt
dans la quantité continuë ,
qui eft l'étendue du temps ;
& le fecond , dans la quantité
permanente , qui eſt l'étendue
du lieu . Pour le premier,
il dit que toutes les Hiftoires ,
tant facrées que profanes ,
fe vont terminer au Deluge,
& que ce qu'elles difent au
delà, eft peu de chofe , & confus.
Voilà où va toute l'étenduë
de nos connoiffances
dans le temps, & pour l'éten-
1.
1
22 MERCURE
duë du lieu , toutes nos experiences
, & toute la penetration
de noftre vûë , avec tous
les fecours qu'elle a acquis
depuis un fiècle , ne paffent
pas le Firmament
. C'est un
terme que Dieu a mis pour
borner la curiofité de l'homme
, & luy faire connoiftre
fon ignorance
& confondre
fon orgueil ; & fi dans les productions
de la nature , quiloy
font viſibles & palpables , il en
ignore les mitteres , ou s'il fe
trompe fi ſouvent dans leurs
effets , comment
pourroit- il
parler jufte dans les chofes
GALANT.
23
•
qui font hors de la portée des
fens? J'aime mieux entrer dans
la pensée de quelquesRabins ,
lefquels aprés S. Jean , prennent
cette voûte azurée pour
les avenues de la Jerufalem
celeſte ; ou comme les Egiptiens
, qui regardoient le
Firmament comme un grand
Livre , dont les figures que
compofent les Eftoiles , étoient
autant de caracteres
immuables & ineffaçables
que Dieu expofoit aux yeux
de l'Univers , pour y faire voir
la grandeur de la toute -puif
fance dans la creation de tant
24 MERCURE
de merveilles , incomprehen :
fibles à l'homme , fa fageffe
infinie dans le bel ordre &
l'arrangement de tant de parties
fi differentes entre elles ,
& fi bien teglées dans tous
leurs mouvemens periodiques
& finodiques , & fa bonté
fouveraine dans leur conſervation
. Enfin tous ces ou
vrages ſont autant d'organes
qui publient la gloire de fon
pouvoir . Voilà , Monfieur, le
fentiment de celuy qui vous
affure qu'il eft avec bien du
refpect voftre tres , & c .
Voicy
GALANT. 25
Voicy un Ouvrage de Poëfie
dont vous ne trouverez
> puis
ya
pas le fujet nouveau
qu'il a déja eſté traité par plu .
fieurs perfonnes ; mais il
des matieres toujours fufceptibles
de graces nouvelles,
felon le tour heureux qu'on
leur donne. La Fable qui fuit
eft de ce nombre , & M'Moreau
, Avocat General en la
Chambre des Comptes de
Dijon , en est l'Auteur . Vous
fçavez quel eft fon talent
pour la Poëſie , & qu'on en
peut tout attendre.
Juin 1696.
C
26 MERCURE
L'AMOUR ET LA FOLIE .
V jour le grand Maistre des
UVCieux ,
Content d'un amoureux miftere,
'Et plus joyeux qu'à l'ordinaire
Voulut regaler tous les Dieux.
S
Il fit préparer l'Ambrofe ,
Et les mets les plus delicats ,
Et luy- mefme de ce repas
Ordonna la ceremonie .
S
Par fon ordre de tous coffez
Mercure porta la nouvelle
De cette fefte folemnelle
A toutes les Divinitez.
S
D'abord chacun fit (a partie
Pour y paroiftre des premiers,
GALANT. 27
Les deux qui vinrent les derniers ,
Farent l'Amour & la Folie.
ន
Pour la fefe de ce beau jour
Leur prefence eftoit importante i
Car toute fefte eft languiſſante
Sans la Folie & fans l'Amour.
$
Dans une bonne intelligence.
On les voyoit vivre tous deux ,
Et mefme on remarquoit entr'eux
Une affez jufte reffemblance.
&
Mais il arriva par malheur
Qu'à la porte ils fe rencontrerent,
Et que tous deux fe querellerent
Et mirent le Ciel en rumeur.
Le point d'honneur en fut la cauſe.
L'Amour voulut prendre le pas
Mais l'autre n'y confentit pas ,
Cij
28 MERCURE
Et prétendit la mefme chofe.
S
Tu n'entreras pas devant moy,
'Dit l'Amour, d'un ton de colere ,
Le grand Fupiter eft mon Peres
Et tous les Dieux fuivent ma loy .
2
Et moy , repartit la Folie ,
Moy que tu viens chercher toujours,
Que ferois tu fans mon fecouri ,
Si je n'eftois de la partie ?
ន
Comme on voit parmy nous fouvent
Les Prétienfes , les Bourgeoifes,
Exciter de femblables noifes ,
Pour paffer deffus , on devant,
Après les ra fons , les injures,
Aprés les injures les coups
Puis on met fans deffus deffous
Raifons, cornettes & coëffures.
1
GALANT: 29
2.
De la Folie & de l'Amour
Telle fut alors la querelle ,
Qui pour ce dernier fut cruelle ,
Mais l'autre fit un mauvais tour
S
Commeil ofa dans fa furie
La fraper avec fon carquois,
Elle à l'inftant avec les doigts
Luy creve les yeux , il s'écric.
2
Et de toutes paris on entend ,
A l'aide , au meurtre , on m'affaf
fine ,
Si fort, que la Troupe Divine
Accourut à cet accident .
Jupiter mefme en diligence
Yvint , laiffant là le regal.
L'Amour luy découvrit fon mal ,
Et le preffa pour la vangeance .
Ciij
30 MERCURE
2
La Folie de fon cofte ,
Dit fes raifons pour le défendre ,
Mais à peine put - on l'entendre,
A voir l'Amour fi maltraisé.
2
Alors vint certaine Deeffe ,
Que toucha ce malheur nouveau
Sur les yeux luy mettre un bandeau
,
Luy marquant toute fa tendreffe.
23
Cependant malgrè fa douleur
Il avoit un parti contraire ,
Car il n'eft fi mauvaise affaire
Qui'ne trouve fon dèfenfeur.
ន
Je veux dire qu'en ce rencontre ,
Comme en tous autres differends ,
On fe partagea fur les rangs ,
L'un eftoit pour l'autre eftoit contre.
GALANT.
31
23
Les vns foutenoient que l'Amour
Devoit préceder (a partie ,
D'autres tenant pour la Folie,
Condamnoient l'Amour à leur tour.
Enfin , lupiter en bon Pere
Accorda ce long démeflè ,
Et dit à l'Amour défolé,
Ces mots qui finirent l'affaire.
S
Puis qu'il faut qu'à vivre fans
yeux
La Folie ainfi te réduife,
Je veux qu'en tout temps , en tons
lieux ,
Ce fois elle qui te conduife.
S
Ainfi dit , ainfi fait , & c'eft depuis
ce iour
Que par tout la Folie accompagne
[ l'Amour.
C iiij
32 MERCURE
Je croy , Madame , vous
avoir déja mandé que Maďame
de Laval a efté nommée
Abbeffe de Sainte- Croix de
Poitiers. Elle eft Soeur de Madame
la Ducheffe de Roquelaure
, & d'une tres -illuftre
Maiſon , comme vous leverrez
par cette Lettre , que M
l'Abbé d'Harcotiet a écrire à
une Soeur qu'il a Religieufe
dans cette même Abbaye .
GALANT. 33
A MADAME
D'HARCOUET ,
Religieuſe de Sainte- Croix de
Poitiers , dans le Convent
des Sables d'Ollonnes.
L
A perté que vous avez
faite , ma Soeur , de Mă
dame de Navailles , Abbeſſe
de voſtre Maiſon , vient d'eftre
réparée par la nomination que le
Roy a faite de Madame de Laval.
Rien nepouvoit mieux remla
plir ce vuide que
mort avoit
cause dans votre Monaftere
, qu'-
un choix fi plein de juftice
, où
24 MERCURE
dire le merite a tenu
que
I on
peut
llieu
defaveur
, & lafeule
vertu
de degré
pour
une
élevation
d'au
·
tant
plus
glorieuse
, qu'elle
a efté
prévenue
par
les
voeux
des
perfonnes
de la plus
haute
diftinction
,
& qu'elle
a même
fatisfait
juſqu'à
celles
qui
pouvoient
concourir
avec
cette
illustre
Dame
, dont
une
même
regle
, une
ſemblable
Mai
.
fon
, &
de pareils
voeux
vous
avoient
faite
compagne
, depuis
que
Dieu
vous
deftina
à lefervir
dans
la Religion
Sivoftre
défunte
Ab.
beffe
eftoit
recommandable
, celle
que
la Providence
luy
fait
futce
.
der
, vous
paroistra
fi digne
de
GALANT.
35
respect & de foumiffion , que je
Juis perfuadé que vous benirez la
mifericorde divine , quife referve
de temps en temps des fujets de
benediction , pour les éleverfur le
chandelier de l'Eglife , afin d'y
éclairer ceux qu'elle daigne confier
à la prudence de leur fage adminiftration.
Que ne devez vous
pas attendre de celle de Madame
de Laval? On peut dire qu'à fon
aspect vostre maison va prendre
une nouvelle face , comme le Prophete
s'écrioit
que
la
terre enprenoit
une à la veuë du Seigneur
d'Ifraël
. De fenfibles
graces
vont
s'y répandre
; une rosée
celefte
va
36 MERCURE
remplir vos ames , ¿ leur faire
produire des moiffons de bonnes
oeuvres pour l'éternité. C'eſt par
cette jeune Abbeffe , comme par
un autre Moyfe , que Dieu fe
plaira à vous expliquer fa Loy
Jainte. Vous trouverez en elle une
foy pleine de pureté , une vertu
fans fard , un zele fans dureté ,
unefeveritéfans amertume , une
autorité fansfafte , un agrément
fans artifice, l'humilitéfans amour
propre , le bon exemplefans vanité
, l'economie fans avarice ,
l'abondance fans diffipation , &
ce qui met le comble aux plus éminentes
qualitez du Chriftianifme,
GALANT. 37
une charité parfaite , & telle que
Saint Paul la defire dans une
ame veritablement
dévouée à
Dien.
Que vos jours vont couler dans
une profonde paixfous la conduite
de cette vigilante Superieure !
Plus de brigues , plus d'embaras
ny de cabales au dedans du Cloiftres
plus de foins inutiles &fuperflus
pour les debors . Toute à
elle-même pour mieux eftre à ſes
Filles , de quelle maniere ne vont
point refleurir vos faints exerci.
ces. ? L'Ordre de Saint Benoist
n'en tirera t.il point une gloire
éclatante ne trouvera- t on
1
38 MERCURE
point dans votre Monaſtere autant
de Radegondes , qu'on y va
compter de Religieuses , que la
feule vertu , & non pas l'intereft,
y va deformais placer ? Profitez,
ma Soeur , d'un avantageſipré.
tieux ; redoublez voftre ferveur,
ranime vostre zele , dites avec
David Seigneur , que vos
Ouvrages font admirables !
Vous avez tout fait avec une
fageffe infinie. Graces vous
foient éternellement renduës
de m'avoir donné une auffi
excellente , une auffi vertueufe
Abbeffe.
D'autres vous la feroient va.
1
1
GALANT. 3'9
loir par l'éclat de fa Maiſon ,
defcendue de la ligne mafculne
de Charlemagne, Empereur d'Occident
& Roy de France ; alliée
depuis plufieurs fiecles aux Couronnes
de France , de Navarre ,
de Naples, de Sicile , d'Arragon ,
de Ferufalem & de Bretagne , &
fontenuë de toutes parts depuis
plus de fept cens ans
des plus
auguftes dignitez de l'Estat ; mais
qu'eſt ce , me direz vous , que la
grandeur des Familles les plus nobles
auxpieds du Trône de la Divinité?
Vanité des vanitez, c'écrie
Salomon. Un jour fous la
porte du Seigneur , vaut
>
40 MERCURE
mieux que dix mille fous la
tente des pecheurs , ajoûte le
Roy Prophete. Le choix que cette
fage Abbele a fait de porter le
joug du Seigneur, eftplus glorieux
pour clle , que toutes les grandeurs
dont elle auroit pú eſtre reveſtuë.
Afin neanmoins
que vous ne
croyez pas que je vous impofe , il
faut vous apprendre que
le nom .
de Laval eft illuftre avant même
que la plupart des noms diftinguez
fuffent connus : qu'il n'eſt
point de ceux qui se trouvent
grands par unefubite révolution
de la fortune, ou par un caprice
ordinaire de la faveur. Plus on
GALANT. 41
remonte dans l'antiquité , plus on
luy trouve de fplendeur. Il est
grand par rapport aux branches,
Dattichy , de Loué , de Lezay,
de la Faigne , de Boiſdauphin , de
Pacy, & de Raiz qu'ila produi
tes; illuftre par les trois Conneftables
de France, Mathieu de Montmorency
,feconddu nom , Olivier
de Cliffon, & Bertrand du Guef,
clin , ce reftaurateur du Trône de
Caftille , qui ont épousé des Filles
de cette grande Maison ; & recommandable
par les bonneurs
dont on l'a comblé. , Gilles, André
& Urbain ayant porté le baston
de Maréchal de France dans les
Juin 1696.
D
42 MERCURE
B
trois derniers fiecles , avec toute
la gloire qui doit fuivre de pareil.
les élevations ; mais ce nom est
encore auguste par les mariages de
Jeanne de Laval , le 21 douſt
1424 avec Louis de Bourbon ,
Comte de Vendôme Trifayeulpaternel
de Henry IV . Grand Pere
de Louis le Grand , par difpenfe
du Pape , pour caufe de parenté
de la Maifon de Laval avec celle
de Bourbon ; & de celuy dune
autre Jeanne de Laval en 1454.
avec René, Roy de Feruſalem &
de Sicile, Duc d'Anjou & Comte
de Provence , Fille d'Ifabelle ,
Soeur du Duc de Bretagne ; &
GALANT. €43
encore de celuy de Nicolas - Guy
de Laval , le 27. Janvier 1500 .
avec Charlotte d'Arragon , Fille
de Frederic , Roy de Naples , Duc
de Calabre & Prince de Tarente
, d'Anne de Savoye . Cette
Anne avoit pour Pere Amedée ,
pour Mere Yolande de Fran.
ce, Charlotte eftoit du coftépaternel
Petite - fille d'Alphonfe le
Grand , dit le Magnanime , Roy
d'Arragon , Bifayeul de Charles
V. Roy de France , Predeceffeur
de Charles VII. qui érigea vers
1430. la Baronnie de Laval,
en Comté , pour Guy XIV. du
nom , qui auoit épousé Iſabelle ,
l'an
Di
44 MERCURE
Fille de JeanVI. Duc de Breta
gne, & de Jeanne de France.
Vous neferez pas Surpriſe de
voir jointes à tant d'éclatantes
Alliances , les Charges d'Amiral
de France en 1437. en 1469 de
Bretagne enisoo . de feul Grand-
Maiſtre des Eaux & Forests du
Royaume , en 1450. de Grand
Chambellan des Rois Charles VI.
&VII. & en 1400. de Gouverneur
de nombre defes Provinces ,
de Paris mefme , fa Ville Capitale
, & de Genes qui eftoit alors
à la France , de Grand Maiftre
d'Hoftel de Charles VIII. dans
le mefme Siecle ; fans parler de
GALANT. 45
• quantitéde Chevaliers des Ordres
depuis quatre cens ans ; dignitez
I quiferont des monumens éternels
duzele de la fidelité des grands
Hommesquiles ont remplies.
Les bonneurs
Ecclefiaftiques
n'ont pas efté moins abondans dans
cette illustre Maifon , les Evêchez
de Cornouailles & du Mans
s'y trouvant dés le douzième ftecle
, celuy de Rennes dans le trei-
Zième , & ceux de Reims , de
Saint Brieu de Saint Malo ,
dans le quatorziéme , avec les
Abbayes de Saint Michel en
Lherme , de Saint Aubin , & de
Saint Nicolas d'Angers , que
46 MERCURE
poffedoit Pierre de Laval , Ar .
chevêque Ducde Reims , premier
Pair de France , qui facra
Charles VIII & ceux de Saint
Paul de Leon & de la Rochelle ,
qu'a poffedez de nos jours Henry
de Laval Boifdauphin , Coufin
de Madame voftre Abbeſſe , &
Petit fils de Michel Urbain .
Mais ce qui marque encore plus
la haute élévation du nom de La .
val, c'eft que , comme l'Hiftoire
nous l'apprend , les Bâtards même
ont poffedé ces Prelatures , qui ne
s'accordent dans les familles ordinaires
, qu'à ceux dont la naiffance
eft exempte de tout reproche.
GALANT.
47
&
Guy de Laval XVI du nom ,
Beaupere de Gifpard de Coligny
de Chaftillon , Amiral de France,
eut un Fils naturel qui fut Archevefque
de Dol en Bretagne
& mourut en 1554 Fajouteray à
cette remarque que dés le cing
fixiéme fiecle , les Comtes d'Alençon
de la Maifon de France , &
le fameux Mathieu de Montmo
rency , le Conneftable fecond du
nom , époufant l'Heritiere de Laval,
voulurent bien prendre fon
nom , quittant les leurs propres ,
tout grands & recommandables
qu'ils eftoient ; ce qui fe fit encore
en 1404. lors que Jean de Mont48
MERCURE
fort , Seigneur de Kergolay , en
époufa l heritiere , dont il eut le
Marefchal André de Laval , Sci .
gneur de Lobeac.& de Raiz.
Il reste à vous dire les grandes
Alliances de ces Seigneurs qui fe
divifent en celles qu'ils ont prises
par deurs mariages , avec les Familles
de Vitré , de Neefle , de
Clermont , de Beaumont , de
Brienne dacre , de Gaure , de Za
Zembergue, de Craon, du Perrier ,
de Mainbier Boifdauphin , de S.
Mars , de Lenoncour Nanteuil
de Seguyer, de Barentin , de Beauffay
, de Pomereux , de Maillé ,
de Sainte-Maure , de Beaumon
Breffuire,
GALANT:
49
Breffuire , de la faille , de Clerambault-
la- Pleffe , de la Mothe
Fenelon, & avec les Maifons de
France , d'Angleterre , d'Arra
gon , Rois de Naples , de Breta ,
gne , de Montecler de Bourbon , de
Montmorency, d'Albret, de Foix,
de Touars , de Daillon du Lude ,
de Souvré , de Beauveau, Roche
choüart - Mortemart , & autres .
Et en celles qu'ils ont faites par
le mariage de leurs Filles , dans
les Maifons de Montmorency ,
de Chabot , de Cliffon , du Gues
clin , de Montfort , de Bourbon
Vendofme , de Chasteauroux , de
Rohan , de Harcourt , d'Anjou,
Juin 1696 . E
50 MERCURE
Rois de Sicile , de Bretagne , de
la Tremoüille , de la Rocheguyon,
de Coligny- Chaſtillon , de Rieux,
de Sainte - Maure , d'Alogny-
Rochefort , de Roquelaure , &
autres.
Pour ce qui regarde la branche
de Lavalde Lezay , chef du nom
des Armes de Laval , tige de
Madame voftre Abbeffe , elle eft
fortie dans le 13.fiecle, de lamaifon
de Laval , par un André , Seide
Chastillon en Vendelais ,
gneur
Fils de Guy VIII. qui l'eftoit de
Guy VII. fils de Mathieu II .
Conneftable de Montmorency ,
qui avoit épousé Emme , Veuve
GALANT
SI
de Robert , Duc
d'Alençon , fille
d " Guy VI. dont les Maris prirent
le nom , lequel avoit pour
Pere Guy V. filsde Guy IV. &
d'Emme , Soeur naturelle de Henry
II. Roy
d'Angleterre , lequel
-Guy IV . eftoit fils de Guy 111. die
=
leChauve, Seigneur de Laval,
• de Denise de
Mortain , fille de
Robert , Comte de
Mortain¸ «
Niece de
Guillaume le
Conquerant
, Duc de Normandie
&
Roy
d'Angleterre. Ce Guy III.
avoit pour Pere Hamond , Seide
Laval , & pour mere
Helfande de Bretagne , dont le
Beau pere eftoit Guy 11.
Seigneur
1
gneur
E ij
52 MERCURE
de Laval fils de Guy , Seigneur
Baron de Laval, qui vivoit fous
les Enfans de Charlemagne , qui
portoit alors pour armes , de gueules
à un Leopard d'or , quifut
changé pour les armes de Montmorency
, lors du mariage de Mathien
II. Cadet de Montmo →
rency , Conneftable de France, qui
Y ajouta cinq coquilles pour brifures.
Cet Andre, Seigneur de Cha
ftillon en Vendelais , eut pour fils
Guy , Seigneur de Loué , mort en
1386. Pere de Tibault, Seigneur de
Loué, Chambellan de CharlesVI.
qui eut pour fils Guy II. grand
Chambellan de Charles VII.
GALANT.
53
{
Pere de Pierre de Laval , mort
en is18 . Chef de la branche des
Lezay Laval , qui eut pour fils
1 GuyIII . Seigneur de Lezay &
1 de Breabert en Anjou ; Pere de
1. Pierre , premier Baronde Lezay ,
qui fut Pere de Pierre II . Baron
de LeZayer de Treves , Seigneur
de Breabert & de la Pleffe , qui
alla trouver Henry IV . au Siege
de Beaune avec une Compagnie
de cent hommes d'armes , & le fui.
vit jusqu'à la Paix de Vervins .
Il eut de fon mariage avec Isabelle
Rochechouart
- Mortemart
,
밥
de
Guy de Laval , Marquis de la
Pleffe , Seigneur de la Mothe-
E iij
54 MERCURE
Clerambault , Pere de Pierre de
Laval III . du nom, Marquis de
Laval- Lezay & de Maignac ,
Comte de la Bijotiere & de Fon-
Baine Chalendré , premier Baron
de la Marche , &fon Lieutenant
de Roy , mort en 1687. frere de
Ml'Abbéde Laval , de Madame
la Ducheffe de Roquelaure,
de Madame l'Abbeffe de Sain
te Croix de Poitiers. Je suis vo
ftre , &c.
Je vous envoye une Ode
d'un tour tres - fin & tres- delicat
, & je ne puis vous en
donner une idée plus avanGALANT.
55
Itageule , qu'en vous difant
qu'elle eft de Mademoiselle
des Houlieres . Cette illuftre
Fille d'une Mere qui n'eftoit
qu'efprit, & qui excelloit dans
la Poëfie , a herité d'un fi beau
talent , & donne aux matieres
qu'elle traite un tour qui n'eft
pas commun . Elle a voulu
faire voir pourquoy les Belles
s'acquierent fi peu d'Adorateurs
, & que les dégoufts que
les hommes ont pour elles ,
ne viennent que du peu de
foin qu'elles ont de leur cacher
lear foibleffe . Cet Ouvrage
merite d'autant plus
E iiij
16 MERCURE
56
l'approbation qu'il a receuë
d'un grand nombre de Connoiffeurs
, que les Vers ne font
que de cinq fyllabes , ce qui
rend les rimes difficiles à trouver.
ODE .
E plus beau des mois
Remplit noftre attente,
LR
La terre eft riante ,
Déja dans les Bois
Le Rofignol chante :
Déja les moutons
Paiffent les herbettes ;
Et font mille bonds
Au fon des Mufettes .
2
Cent objets aimez
Doni la mort trop dure
GALANT: 57.
T
Borna l'avanture ,
En fleurs transformez
Parent la verdure .
Un frais éclatant
Sur fon teint demeure
Qu'un zephir galant
Anime à toute heure .
2
Le naiffant gazon
Dans les bois , à l'ombre
D'un boccage fombre ,
Offre à la raison
Des perils fans nombre .
Le Maitre des coeurs
Qui veille fans ceffe ,
Cache fous les fleurs
Le trait qui nous bleffe.
$
Mais à quoy vous fert,
Pour nous mieux furprendre,
Amour , de nous tendre
58 MERCURE
Sur le gazon vert
Un piege fi tendre ?
Quel eft le Berger
Qui daigne nous mettre
Dans l'affreux danger
De luy trop permettre ?
En vain tous les jours
La Nature appelle
La faifon nouvelle
A vofre fecours.
Ab, que vous fers elle?
Les feals animaux ,
Toat fier que vous eftes ,
Sont dans nos hameaux
Vos feules conqueßes.
2 .
Les brillans appas ,
Qui dans le beläge
Sont noftre partage ,
Ne nousvalent pas
GALANT:
19
Un feul tendre hommage.
Quitte ton carquois ,
Enfant plein de charmes ,
A de vains emplois
Refufe tes armes.
S
Pour l'aneantir
Replonge le monde
Dans la nuit profonde ,
D'où l'a fait forvir
Ton ardeur feconde.
Icy , comme ailleurs ,
Que rien ne s'augmente ,
Et de nos malheurs
Que tout fe reffente.
2 .
Mais pourquoy crier ?
Quel dépit m'anime ?
Eh ! quoy donc fans crime
L'Vnivers entier
Seroit ta victime !
60 MERCURE
Ouy , ce n'eft qu'à nous,
Foibles que nous fommes ,
Qu'on doit les dégoufts
Qu'ont pour nous les hommes .
S
Lors que la pudeur
Sans qui la tendreffe
Détruit la fageffe ,
Cachoit au vainqueur
Vn peu de foibleffe ,
Cent & cent Autels
S'erigeoient aux Belles
Et fur les Mortels
Tu regnois par elles.
Le titre de la Lettre qui
fuit vous inftruira de la matiere
qu'elle traite . Elle eft
de MF... Medecin d'Agen .
· GALANT . 61
RESPONSE
A la Lettre de M¹ de Lau .
riffol , touchant la Fiévre
Maligne.
E n'ay jamais pû lire tranquillement
de certains Livres
, dont les Auteurs , bien
loin d'accommoder leur Siftême
à la raiſon & à l'expeperience,
tâchoient dans tout
le cours de leur Ouvrage, de
prouver leurs caprices par
des raisons frivoles , & des
exemples fuppofez , & impo
fant ainfi à leurs Lecteurs, les
62 MERCURE
>
& la
déterminoient à croire des
chofes dont la fauffeté
entraîne ſouvent aprés foy
de cruels maux
mort même. L'impuiffance
où j'estois de les décrier
beaucoup dans le monde , &
de dévoiler leurs impoſtures ,
m'auroit fait encore plus de
peine , fila facilité & le plaifir
que j'avois à concevoir
contre eux de l'aigreur & du
mépris , ne m'avoient fait efperer
que tous ceux qui liroient
leurs Ouvrages , auroient
le même reffentiment ;
& qu'ainfi on fe vangeroic
GALANT. 63
aflez de leur méchante conduite
, par le décri & l'entier
abandon de leurs Ecrits ; car
il est difficile qu'un homme
: qui aime fa profeffion ne fente
pour celuy qui l'avilit quelque
efpece d'aigreur.
Difficile eft Satyram non fcribere,
nam quis iniqua
Tam patiens fortis , tamferreus
, ut teneatfe ?
Mais fi ces fortes d'Ouvrages
n'ont ordinairement pour
toute récompenfe , qu'une
cenfure generale , la Lettre
que vous avez écrite à Monfieur
de la Broffe touchant
64 MERCURE
la Fiévre Maligne , a eu un
fort bien different. Vous donnez
un nouveau luftre à tout
ce qu'elle a de folide & de judicieux
, par le tour delicat &
l'expreffion aifée dont vous
vous fervez , & mettant à leur
faveur tout ce qu'elle a de plus
fin & de mieux imaginé , dans
tout fon jour , vous meritez
les applaudiffemens de tous
les Connoiffeurs .Auffi eftoitil
jufte que celuy qui contribuoit
fi avantageufement à
la deftruction d'un monftre
qui défole la France depuis
plufieurs années , fuftrécom
GALANT. 65
penfé d'une approbation generale
qui le miſt au deffus de
ces Medecins, qui ayant aſſez
de capacité & de conduite
pour fecourir leurs Compatriotes
dans les differens
maux qui les affligent , n'ont
pourtant pas affez de ſcience,
des idées affez nettes , une
expreffion affez bonne , ou
n'aiment pas affez le travail ,
pour que tout un Royaume
reçoive d'eux quelque ſecours
.
Pour trouver les avantages
qu'on peut retirer de voſtre
Lettre , je n'ay qu'à entret
Juin 1696.
F
66 MERCURE
dans le détail , & en toucher
en paffant quelques endroits .
Je remarque d'abord les reflexions
que vous faites fort
à propos fur les effets differens
qu'il femble que M ' de
la Broffe attribue à fon efprit
arſenical , qu'il établit pour
la caufe des Fiévres malignes .
La tiffure des parties humo.
rales , dit il dans un endroit ,
eft entierement rompuë par
cet efprit arfenical , & la maſſe
du fang , dit il dans l'autre , eft
coagulée par ces fels acres &
corrofifs. Voilà , ce femble ,
deux effets entierement opGALANT.
67
1
pofez d'une même cauſe , &
cependant , comme vous di̟-
tes fort bien , ce qui eſt la
caufe de l'un, ne peut pas estre
la caufe de l'autre , puis que ,
felon le Philofophe , l'effet
doit estre de même nature
que la caufe, effectus debet fem.
per redolere naturam fua caufa.
Mais en verité il y a beau
coup d'apparence que ce fçavant
Medecin n'a entendu
par la coagulation faite par
ces fels acres , que cet épaif
fiffement & cette groffiereté
qui fuit la diffipation des par
ties volatiles du fang , quoy
Fij
68 MERCURE
qu'il ne fe foit pas expliqué
fi clairement que vous.
Cependant il eft feur qu'il
eftoit d'une fort groffe confequence
, qu'il fitt la difference
de cette groffiereté, qui
ne provient que de la perte
prefque totale des parties fpiritueufes
d'avec la coagulation
, & l'union étroite de cel.
les qui compofent la maffe
du fang , caufée par un acide
qui porte l'embaras dans toute
fon étenduë , parce qu'il
nous auroit ainfi mis dans un
beau chemin pour prendre
des indications plus juftes ,
GALANT. 69
& pour nous mieux déterminer
touchant le choix des remedes
, & c'eſt en cela que
vous avez parfaitement réuffi ;
car par vos ferieufes reflexions
on reconnoift facile.
ment que le fang n'eft
ainfi épaifli , que parce qu'il
a efté premierement trop dif
fous , & que c'eft cette
grande diffolution , qui en
faifant évaporer & diffiper
toutes les parties volatiles de
la maffe du fang , n'y a laiſſé
1 que les principes paffifs &
des corpufcules brûlez . On
comprend déja facilement
70 MERCURE
que dans cette forte d'épaiffiffement
& de coagulation
du fang , les alkalis ne ſerviroient
qu'à ôter du fang le
peu d'efprits qui luy reſtent,
& qu'ainfi on avanceroit
malheureuſement
le fort des
malades .
Vous ne procurez pas
moins de biens & d'avantages
au Public , lors que , par l'exem
ple du lait que tout acide
coagule , & que le fel de tartre
, qui eft acre , diffout ; &
par l'exemple du fang qu'on
fige par le vinaigre , ou par
l'efprit de vitriol ; au lieu que
GALANT. 71
fon y jette de l'efprit de vin,
ou de bayes de genevrier , il
s'enfuit une entiere defunion
de fes principes ; vous éta-
- bliffez fi folidement deux cau.
afes differentes des Fiévres malignes
, à fçavoir les fels acides
& vitrioliques , qui dans
la coagulation tiennent de la
nature du poifon de la Vipere
, du Scorpion , & du vitriol
Emalin, & des fels acres & corrofifs
, qui dans la diffolution
reffemblent affez aux petits
corps de l'Arſenic & du Su
blimé.
[
Cette connoiffance eft ef72
MERCURE
fentielle , car fi on prenoit
l'un pour l'autre , & que l'on
accufaft les acides , lors que
les alkalis font tant de defordre
, & les alkalis , lors que
les acides font la veritable
cauſe du mal , les alkalis que
l'on donneroit dans la premiere
circonſtance acheveroient
de diviſer & de brifer
la tiffure du fang , ils le mettroient
dans une effervefcenfe
extrême ; de forte que les
efprits s'élançant vers le cerveau
, & ouvrant les pores des
vaiffeaux pour le filtrer dans
la fubftance cendrée , entraîneroient
GALANT.
73
e
neroient avec eux beaucoup
de parties groffieres , leſquelles
leur cftant heterogenes ,
les mettroient dans des mous
vemens irreguliers , d'où s'enfuivroient
infailliblement le
delire , la phreneſie , &c . Si
on donnoit des acides , lors
qu'ils dominent déja dans le
fang , ils y porteroient un
plus grand embaras , & la circulation
ne fe faifant que lentement
, la maſſe du fang ne
fourniroit plus d'efprits au
cerveau , ny de nourriture aux
parties , & l'animal mourroit
accablé de tous les fimpto-
Juin 1696
G
74 MERCURE
mes qui accompagnent ordi
nairement cette coagulation .'
J'ofe pourtant dire qu'il y
a une circonftance , dans laquelle
reconnoiſſant même
la caufe du mal un fel
pour
acre & corrofif qui diffout
trop le fang , on peut donner
des alkalis & des diaphoretiques
; c'eft lors que le malade
fuë , & que ces fueurs femblent
le dégager un peu . Je
croy que pour , lors quo natura
vergit , eò ducendum per loca
convenientia , il faut fuivre le
mouvement de la nature , &
l'aider , parce qu'on a fujet
P
GALANT.
75
d'efperer que les parties heterogenes
eftant feparées du
fang , feront prifes & abforbées
par les ferofitez , & for•
tiront avec ce vehicule par
les pores ouverts ; de forte
que le fang n'eftant plus
- pouffé par ces aiguillons qui
le tenoient dans des mouve→
mens impetueux , il reprend
fa premiere tranquillité , &
nous voyons ainfi ceffer des
Fiévres 1
-
qui nous menaçoient
de fuites
funeftes . Ieft vray
qu'on doit prendre garde de
sne le point trop pouffer par
des fudorifiques
puiffans , &
Gij
6 MERCURE
que fi malgré toutes les précautions
le remede en fait
plus qu'on ne demande , il
faut donner des acides qui
puiffent reparer le mal qu'ont
fait les cordiaux & les diaphoretiques.
De là on connoift aisément
l'erreur de ceux qui donnent
indifferemment des alkalis
dans les Fiévres Malignes de
l'une ou de l'autre efpece ,
puis qu'il eft évident que lors
que le fang eft déja trop diffous
par des fels acres & corrofifs
, & que
d'ailleurs n'y
ayant aucune coction dans
GALANT. 77
les humeurs , il n'y a point
de difpofition à une fucur qui
puiffe l'en purger . Si on vient
à le charger de cordiaux, c'eſt
augmenter la force des fels
étrangers qui n'en avoient
déja que trop pour cauſer
tout le defordre , & agir à
la maniere d'un homme qui
mettroit du foufre au feu
pour l'éteindre .
Hippocrate femble avoir
blâmé tacitement
cette conduite
aveugle ; car il ne nous
paroift pas que dans toutes
les Fiévres Malignes
que nous
voyons exactement décrites
G iij
78 MERCURE
dans les Epidemies , il ait ja
mais employé , ny même reconnu
pour un remede , la
poudre de Vipere & les diaphoretiques
; comme fi ce
bon homme n'eftoit qu'un
ignorant au prix d'un tas de
Novateurs & de Thaumatur.
ges , qui eft le nom , comme
dit Patin , que Galien donne
à ces pretendus faiſeurs de
miracles.
Je viens prefentement aux
confequences que vous tirez
de cette theorie , pour vous
faire une pratique heureufe.
Vous conclucz fort judicieuGALANT.
79
P
1
C
fement à la faignée , exce
ptant apparemment l'aug
ment ou l'eftat de la maladie
dans lesquels paroiffant beaucoup
d'exanthemes , & le malade
fe trouvant foulagé , vous
abandonnez fans doute tout
à la nature . Mais dans un
commencement douteux il
faut faire faigner le malade ,
pour prévenir les facheux
fimptomes qui fe joindroient
infailliblement à la maladie ,
fi on n'avoit pas le foin d'ô .
ter par la faignée la matiere
qui les cauferoit , ficut etiam
in ipfo augmento & ftatu ,fi ager
Giiij
80 MERCURE
non melius fe habeat ab exams
thematum eruptione.
Tout ce qu'il y a de fçavan's
'Auteurs , & d'habiles Praticiens
, font de ce fentiment ,
à la reſerve de quelques timides
Medecins : Medici autem
funt de nibilo , qui complicatis
manibus expectant quod natura ,
ut aiunt , quodfuum eft opus effecerit
, qui apprehendent le re ;
tour de la matiere des exanthemes
dans le fang , lors
qu'il femble que nous devrions
fuivre le mouvement
de la nature ; mais ils ne prennent
pas garde qu'elle ne fait
GALANT. 81
-
jamais mieux fon devoir que
lors qu'elle n'eft pas furchargée
d'une trop grande quantité
d'humeurs , & qu'elle
chaffe bien mieux le refte ,
quand par la faignée elle a
efté delivrée d'une partie du
fardeau qui l'accabloit.
Pour prouver la neceffité
de la faignée dans toutes ces
circonftances , il fuffit de faire
remarquer avec vous , que
le fang dans fa trop grande
fluidité gonfle beaucoup les
vaiffeaux , parce qu'eftant
meu violemment , il occupe
plus d'efpace qu'auparavant,
82 MERCURE
fuivant cet axiome , Omne corpus
quod quiefcit ,femel aut violenter
morum , majusfpatium requirit
quàm anteà , & qu'ainfi il
y a plenitude , qui n'a pas de,
plus court , ny de plus feur
remede que la faignée ; qu'el
le n'eft pas moins utile , fi le
fang a trop de confiſtance ;
car comme il coule plus li
brement , elle facilite l'élargiffement
de fes parties , &
luy donne un mouvement
de liquide plus libre ; de for.
te qu'elle remplie parfaitement
dans les differens caracteres
de cette maladie , l'inGALANT.
83
tention qu'on doit avoir de
condenfer le fangdans fa volatilité
, & de le volatilifer dans
fa tropgrande conſiſtance.
J'ajoûte encore , que com-
( me dans ces deux circonftances
il y a toujours plus
ou moins de plenitude , les
vaiffeaux fanguins qui font
diſperſez dans les differens
cribles où ils portent le fang,
afin qu'il s'y dépure , eftant
fort gonflez , bouchent par
compreffion les pores de
ces mêmes cribles , de forte
3 que le fang ne peut pas y dépofer
les parties heterogenes,
84 MERCURE
qui continuant
à circuler
dans la maſſe , y cauſent tou
jours les mêmes defordres ,
jufqu'à ce que par la faignée
on ait dégagé ces parties , &
donné au fang en y paffant ,
occafion d'y quitter ce qui
Fagite & le trouble. C'eft ainfi
que par des raiſons fi folides
vous animez les Mede.
cins les plus timides , & que
vous les mettez à même d'agir
avec cette hardieffe qui
dégage fouvent les malades ,
que la peine & la difficulté
qu'ils auroient euës à fe déterminer
, auroit abandonnez
à
GALANT. 85
of
leur fort , & auroit laiffé ainfi
perir fans aucun fecours .
On ne peut donc mieux
toucher cette matiere ; vous
l'auriez ſans doute épuiſée , ſi
yous aviez voulu nous ap
prendre vostre fentiment touchant
la purgation , qui n'en
eft pas l'endroit le moins delicat.
Si vous n'aviez pas fi
bien réuffi fur tous les autres
chefs , on n'auroit pas apper-
сец la perte que l'on failoit
par l'indifference que vous
avez euë de nous donner voſtre
ſentiment ſur celuy- cy.
Mais j'entrevois , fi je ne me
86 MERCURE
trompe
', les raiſons
de voſtre
procedé
. Vous avez cru nous
enhardır
à parler de la purgation
, en nous y donnant
un
fi beau jour par tout ce que
vous nous avez dit de la faignée
& des autres
remèdes
.
Vous avez réuffi à mon égard .
J'avoue
que je n'ay pas pû
voir un fi beau chemin
fans
y entrer ; mais en verité c'eſt
plûtoft
le plaifir
qui refte ,
aprés avoir fait tous les efforts
pour le Public , qui m'y détermine
, que la présomption
' de dire des choles
qui puiffent
égaler la force de vos
GALANT. 87
J
raifonnemens , & entrer en
på allele avec voftre Lettre.
Mecum habito , & novi quàm
fit mihi curta fupellex .
Et comme dit Apulée dans
fes Florides , omnibus bonis in
rebus conatusfemper fuit in laude
, eventus in cafu.
Pour entrer d'abord en matiere
, je laifle à part la neceffité
de la purgation à la fin
de la maladie. L'Aphorifme
d'Hipp. Concocta medicari oportet
, non cruda marque affez
que l'on doit vuider par fon
moyen un marc , que les autres
évacuations n'ont pû en .
88 MERCURE
traîner. Il fe chargeroit fans
doute de nouveaux fels , qui
ne manqueroient pas de caufer
une rechute , qui feroit
d'autant plus à craindre, que
le fang appauvri par la premiere
maladie , ne pourroit
jamais fe débaraffer par
peu d'efprits qui luy reſtent,
d'un ennemi qui prendroit
fi bien fon temps .
le
Je parle de cette purgation
qui dans le commencement
de la Fiévre maligne , vuidant
une partie de la caufe morbifique
, & oftant à la maladie
fes plus grandes forces , met
GALANT. 98
le malade dans un eftat à luy
pouvoir mieux refifter. Je fuppofe
que par la faignée on a
vuidé la plenitude, & appaifé
la trop grande effervefcence
du fang , & ce qu'on appelle
orgafmum humorum , & qu'ainfi
les vaiffeaux fanguins remis
dans leur premier eftat , &
n'eftant plus fi fort tendus ,
laiffent les cribles tous ' ouverts
, & permettent au fang
de s'y dépurer de toutes fes
parties heterogenes , & pour
lors je dis qu'on peut & qu'on
doit mefme tres - fouvent purger
le malade , & couper court
Juin 169.5.
H
90 MERCURE
à un mal qui le meneroit trop
loin.
Si pour confirmer cette ve
rité il ne falloit que rappor
ter l'autorité des plus grands
hommes , & des plus heureux
Praticiens , j'y reüffirois facilement.
Sydenham , fameux
Medecin de Londres , Riviere
, Sennert , Helmont , Sylvius
de Laboë , Etmuller , &
les Auteurs du plus grand
poids , vantent les purgatifs
dans ces circonftances ; en un
mot , tous les Modernes foutenus
par les fameules Univerfitez
de Paris & de MontGALANT.
91
pellier , ne croyent pas pouvoir
mieux s'y prendre , pour
prévenir les fymptofmes fâcheux
qui fe joignent ordinairement
à cette maladie , fi
on donne aux humeurs malignes
le temps d'entrer dans
le fang , & d'y porter le defordre
& la confufion .
Enfin , pour refte de droit ,
je pourrois me vanter d'avoir
pour garant le divin Hippo .
crate , falli aut fallere nefcium ,
lequel au fentiment de Galien
purgeoit dans ces maladies
tous ceux qui abondoient en
humeurs, Quod cum prævidiffet,
Hij
92 MERCURE
dit ce fidele Interprete , par
lantd'une conftitutionde l'air,
qui caufoit des fièvres malignes
& peftilentielles , Statim.
abinitio quacumque corpora humida
ipfi videbantur , omni viá
exficcare conabatur , in quibus
fuperfluitates redundabant bac
purgationibusfanabar.
Mais comme la raiſon prévaut
fur l'autorité des plus
grands hommes , c'eft d'elle
principalement que je veux
me fervir comme d'un bouclier
& d'un rempart qui puiffe
mettre cette opinion hors
d'infulte . Scuto veritatis circum
dabo te.
GALANT: 93
Il y a trois fortes d'occafrons
dans lesquelles tous les
Modernes conviennent qu'il
faut purger les malades ; premierement
lors que , materia
turget , je veux dire lors que
les humeurs font fi fort émuës
& agitées , qu'il y a du danger
que fe jettant fur quelque
partie noble, elles n'y caufent
quelque finiftre ſymptôme .
In principio purgabis , fi materia
turgeat.... En deuxième lieu
lors que les premieres voyes.
font remplies d'humeurs impures
& malignes . Dumftagnant
in primis viis.pravi humo94
MERCURE
res , & enfin lors que fur la fin
de la maladie la nature a
triomphe de la cauſe morbifique
, & que l'ayant feparée
du relte des humeurs par une
heureuſe coction , elle demande
d'en eftre délivrée comme
d'un ennemi qui a failly à la
détruire , & auprés duquel on
n'est jamais dans une veritable
tranquillité , cocta non crudafunt
medicanda
Orje dis que dans le commencement
de prefq ie toutes
les fievres ma ignes , nous
trouvons deux de ces circonftances
, & pour commencer
GALANT.
95
1
par la premiere , que nous
marquent ces inquietudes
continuelles , les délires qui
reviennent par intervalles ,
ces oppreffions , ces toux , ces
douleurs vagues , & c. qu'une
agitation extraordinaire des
humeurs , qui produiroient
toûjours quelque fymptôme
funelte par tout où elles fe
prefentent , fi les parties par
leur ton & leur vertu de reffort
, per tonumfuum , ne fe trouvoient
en eftat de les repouffer?
Ainfi aprés avoir vuidé la
plenitude par la faignée , &
avoir , comme j'ay dit , mis les
96 MERCURE
cribles en eftat de feparer les
parties heterogenes de la maf
fe du fang , il faut donner un
purgatifproportionné aux cir .
conftances prefentes , pour la
nettoyer des fels étrangers qui
la tiennent dans cette agitation
violente . Cela a paru fi
plaufible que les plus timides
Medecins fe font enfin faits
à cette pratique , & qu'il n'y
en a pas un à l'heure qu'il eft
qui ne fe glorifie d'avoir épar
gné mille maux à fes malades
-par cette conduite.
Quoy que cette raiſon ait
fa folidité, cependant comme
le
GALANT. 97
le divin Hipp. nous fait remarquer
que les humeurs ne
font pas également agitées , &
qu'ainfi elles ne prennent pas
toujours leur cours fur quel
que partie noble , ut plurimum
verò non turget , & que d'ailleurs
il femble que la faignée
puiffe feule prévenir tous ces
malheurs. Je confens volon
tiers qu'on l'oublie un moment
pour juger fi la feconde
circonftance que je vais
toucher , ne doit pas ~*
de nous détermin
gation.
ver
Ta
pur
Les
Fiévres
Malignes
atta-
1 Juin 1696. I
98 MERCURE
quent feulement quelques
perfonnes dans un pays , par
la feule difpofition des hu
meurs , ou bien elles font Epi
demiques , & font caufées par
la corruption de l'air ou des
alimens . Ex aëre & cibo fiunt
morbi. Dans le premier cas
elles font ordinairement
produites
& fomentées par des
humeurs qui croupiffent dans
le ventricule , le pancreas , la
veficule du fiel , les inteftins ,
ns le fecond , le fang
devient d'abord trop liquide,
la ferofité qui s'en fepare fe
charge d'une quantité de
&c. D
GALANT 9999-70N
en
Miafmes malins qu'elle e
traîne dans les premieres
voyes , de forte que le mêlant
avec le chyle & la boiſſon , ils
entrent de nouveau dans le
fang pour y cauſer de nou
veaux defordres. Ainfi il eſt
C
t
toujours feur que la cauſe prémiere
de ces Fiévres eft contenue
dans les premieres
voyes , ou que du moins c'eſt
là qu'elles trouvent toujours
une matiere propre à leur
fournir inceffamment de nou .
velles forces .
Les fimptomes qui accom
pagnent ordinairement ces
I ij
100 MERCURE
maladies , comme les naufées,
les vomiffemens , les amertumes
de bouche , les défail.
lances , appellées Cardialgias,
qui ne viennent que du picotement
& de l'irritation de
l'orifice fuperieur de l'eftomach
, le hoquet , les flux de
ventre exceffifs , nous empê
chent de douter de la prefence
des humeurs dans ces endroits.
Il est donc bien facile de
comprendre prefentement ,
qu'on ne peut fe paffer
des purgatifs , puis que nettoyant
les premieres voyes ,
GALANT: 101
y
& entraînant ainfi avec eux
la caufe antecedente de la
maladie , ils luy ôtent fes for
ces & fa veritable nourriture,
pabulum detrahunt ; de forte
que la nature n'ayant qu'à fe
débaraffer de ce qui s'eſt déja
gliffé dans le fang , elle
réuffit aisément , n'eftant plus
détournée par l'abord d'une
nouvelle bumeur que ces par
ties luy auroient inceffamment
fournie . Les efprits feparent
les humeurs étrangeres
de la maffe du fang , &
les parties fe fervant de ces
mêmes efprits , les chaffent
I iij
102 MERCURE
par les fueurs , par les urines,
ou par quelque autre évacuation
, fuivant la difpofition
qu'elles ont à paffer par les
differens cribles de noftre
corps.
Il faut fur tout fe hafter ,
& n'attendre pas que ces matieres
ayent eu le temps de
s'infinuer dans le fang. C'eſt
pour cette circonstance qu'il
femble qu'Hippocrate ait dit
dans le premier de fes Aphorifmes
, que l'occafion paſſe
bien vifte , occafio præceps : &
effectivement on ne répare
prefque jamais le mal qu'on
GALANT .1 103
auroit pû éviter , & on ne le
trompe jamais impunément;
ou du moins a t- on le cha
grin de n'avoir pas épargné
une longue fuite de maux à
des perfonnes qui nous avoient
choifis pour eftre les
dépofitaires de leur vie.
Je ne détermine pas fi c'eft
de l'Emetique ou des fimples
purgatifs qu'on doit ſe fervir ;
les differens fimptomes & la
differente conftitution du
malade , détermineront plus
jufte que je ne fçaurois faire
ceux qui feront à même de
les employer.
I iiij
104 MERCURE
Voilà , Monſieur , quel eſt
mon fentiment touchant ce
grand remede. Au refte , je
n'en fuis pas fi fort préoccupé
, que je ne fois toujours
preft à l'abandonner quand
on m'en fera voir la fauffeté.
Si on me montre un chemin
plus feur , j'y entreray avec
plaifir , & j'auray pour ces
perfonnes une reconnoiffance
proportionnée à l'avantage
qu'ils m'auront procuré. J'auray
du moins la confolation
de leur avoir donné lieu de
dire de meilleures chofes que
je n'ay pû faire .
GALANT. 105
Fungor vice cotis , acutum
Redlere quæ ferrum valet , exors.
ipfa fecandi.
Et d'avoir pû vous témoigner
en même temps que je fuis
avec beaucoup d'eftime & de
confideration , voſtre , & c .
Vous ne ferez pas fachée
de voir l'eftat que je vous envoye.
C'est celuy des mar
chandifes provenues du Vaiffeau
le Saint Jacques des Vitoires,
& des Flutes la Petite.
Therefe & le S. Nicolas d'Oftende
. Vous fçavez que ces
Vaiſſeaux ont efté pris par
l'Eſcadre de ceux du Roy que
106 MERCURE
commande M❜le Marquis de
Nefmond , Lieutenant General
des Armées Navales de Sa
Majesté.
729648. aunes de Flandre , de
Dentelles de toutes fortes .
7787. aunes de Flandre , de
: Dentelle noire .
1703 aunes de Dentelle jaune
de foye écruë.
4536. aunes de Flandre , de
Dentelles de foye de couleurs
mellées .
279. aunes Cadres de mouchoirs
de Dentelle .
470. Colets à homme , de Dentelle
.
GALANT:
107
48. Colets à femme , de Dentelle
.
46. Fichus de Dentelle .
47. Mouchoirs ordinaires à
Dentelle.
6. Tabliers tout à dentelle .
5. Tabliers de toile & dentelle..
2. Jupes de dentelle blanche .
1. Jupe de dentelle noire.
13. Eventails à dentelle.
35. Petits paquets d'Engré
lure.
3. Paires de gants à dentelle.
152658. aunes de Licottes .
32174. aunes de Baracan.
25520. aunes de groffe toille
écruë. ·
108 MERCURE
8727. aunés de toille rayée.
16. aunes de coille rayée.
4096. aunes de toille blanche.
3000, aunes de toille de Quintin
.
III . aunes de toille ouvrée .
4776. aunes de toille de Cam
bray.
2280. aunes de Serge blanche.
1256- aunes de Serge noire.
1224. aunes de Serge rouge .
12600. paires de bas de fem
me , de laine.
4405. aunes de Camelor .
507. aunes de Brocard .
3120. aunes de Ras de Genes .
504. pieces de Ligatures pour
Tapifferie.
GALANT. 109
60, douzaines de Lacets de fil .
1941. Paquets de fil blanc.
400. Livres de Verd de montagne
.
71700. Images de plufieurs
fortes , la plufpart en taille
douce , quelques Peignes
en petite quantité , & des
Pipes auffi en petit nombre.
Je vous envoyay quelques
Remarques nouvelles tou
chant le reglement de la Feſte
de Pafques , dans ma Lettre
du mois d'Avril. On y a fait
la réponſe que vous allez lire ,
110 MERCURE
MONONSSIEUR.
Voltre fupputation peut
eftre exacte , & la netteté
avec laquelle vous expofez le
Siftême , montre également
que vous l'avez approfondi ,
& que vous fçavez . Je conçois
donc qu'en l'année 303. aprés
la Biffextile, l'Equinoxe pourroit
monter de deux jours ,
cinq heures & quelques momens,
au rata du retranchement
de pareil nombre , de
la même maniere que l'excedant
de minutes & de fecon
GALANT. III
des , le feroit defcendre de
trois jours en quatre cens ans,
fi ces jours n'eftoient fupprit
mez. Ce que je ne conçois
pas , & qui m'étonne , c'eſt
que la difficulté propoſée ſi
finement , & avec tant de folidité
dans voftre Lettre , ait
échapé aux Sçavans qui tra .
vaillerent fous les ordres du
es
Pape Gregoire , en forte que
rien n'eftoit décidé fur le dél
rangement d'Equinoxes des
303s années . S'en feroient - ils
apperceus , Monfieur ? Qu'en
penfez-vous , ou l'ayant remarqué
, auroient-ils negligé
112 MERCURE
de fixer la Pâques pour ces
temps - lá , comme des temps
plus rares ? Aprés tout , l'obfervation
du reglement dernier
leur eftoit chere , & l'on
voit affez qu'ils le ſuivirent
religieufement comme la regle
la plus feure . Ainfi la fixation
de l'Equinoxe au douziéme
des Calendes d'Avril ,
c'est à dire au 21. de Mars , fut
tellement de leur gouft , qu'à
l'exemple du Sinode , & ne
s'appliquant qu'à reformer
fur cet excellent modelle ce .
qui s'en écartoit , ils firent
dépendre de ce 21. le jour de
GALANT: 113
Pâques , ou fi vous voulez , le
Dimanche qui fuit la quatortorziéme
Lune du premier
mois , je dis du premier mois ,
pour fatisfaire , fi je puis , à
quelques doutes inferez au
Mercure d'Avril , & en paffant
marquer que chez les Juifs
les mois eftant purement
lunaires
, & non folaires , leur
premier jour ne commençoit
qu'avec la pointe du Croiffant
, methode qui rendoit
quelquefois ce mois commun
à plufieurs jours de celuy que
nous appellons Avril ; ce qui
prouve auffi
Juin 1696 .
que la Lune paf-
K
114 MERCURE
chale n'eft celle de Mars qu'
autant que l'Equinoxe attachée
au 21. de ce mois retient
Pâques dans cette Lune .
Pardon pour la digreffion ,
Monfieur , je rentre , & fans
biaiſer davantage , j'ole vous
dire que les Aftronomes de
1582. ces hommes fi penetrans
en un fens dans l'avenir le plus
reculé , paffent chez moy pour
gens qui n'ont peut eftre pas
encore trouvé les Equinoxes
des 303es années placées où
nous les croyons . J'attefte
leur filence fur une affaire
auffi importante qu'eft celle
GALANT. 115
es
de regler jufte pour tous les
4" fiècles , l'Equinoxe , la Pâque
, les Fêtes mobiles ; fans
parler du reculement qui pa
roiffant estre de deux jours
cinq heures douze minuttes ,
comme vous le fuppofez , ne
feroit pas fuffisamment reparé
enfuite. Comment le feroit il?
Le jour unique qui rendra
l'année zoco biffextile , fuffira-
t-il , par exemple , pour fai
re defcendre au zi . Mars une
Equinoxe qui l'année 1903 .
aura monté de deux jours &
plus ? J'avouë que le fuperflu
de minuttes amaffé pendant
Kij
116 MERCURE
97. années anterieures pourra
former certain nombre d'heu
res capable de la rapprocher
un peu , mais de combien ? &
ne peut- on pas toûjours dire
qu'il luy faut autant d'années
pour rentrer au 21. fon pofte
naturel qu'elle en a employé
à s'écarter , calcul cependant
fort éloigné de la
propofition avancée. Suppofons
neanmoins les variations
de l'Equinoxe auffi certaines
qu'elles paroiffent à plus penetrans
que moy , & répondons
que l'hipoteſe en que.
ftion n'empefcheroit pas qu
GALANT. 17
on n'obéiſt dans l'effentiel au
Concile de Nicée , & que la
Pâque ne fuft alors celebrée
le Dimanche qui fuit la 14.
Lune d'aprés le 21. Mars , fans
neceffité aucune de reculer
cette Fefte au 27. Avril ; qu'en
ces 303 années , à la verité par
cas extraordinaire , l'Equinoxe
ne fe trouveroit pas jointe
à ce 21. mais qu'aprés tout la
regle regnante plus communément
ne laifferoit pas d'être
obſervée, & le Synode refpecté
quant au jour , que ce Synode
& les Correcteurs du
dernier fiecle avoient prefcrit
118 MERCURE
un point fixe & fuffilant pour
regler , en marquantce jour ;
qu'enfin une Equinoxe flotante
feulement à noftre:
égard , & toujours affurée du
cofté du Ciel , écartée par
rapport à nous de ce point fixe
dont on parle , j'en conviens ,
mais fort rarement , & en eftat
d'y rentrer quelque temps a
prés , par un retour certain ne
peut faire foy contre l'ordre ;
en un mot que l'Equinoxe extraordinaire
negligée , n'éloigneroit
rien ny de la commune
,ny du jour auquel le Conci .
lel'a invariablement attachée.
GALANT. 119
Nous ne vivrons pas alors ,
Monfieur , vous & moy , pour
voir ce qui en fera, Peut - eftre ,
& j'en doute fort, imaginerat-
on quelque remede ; peuteftre
auffi s'en tiendra- t on à
l'ufage courant . Répondre
ainfi s'appelle fort mal payer
un homme dote & delicat ,
qui ne reçoit que de bonne
monnoye. Je m'en apperçois
bien moy qui m'en contente
à peine , heureux de pouvoir
du moins vous en indiquer
une meilleure . Elle eft fans
doute chez l'Auteur de la Remarque
mife dans le Mercu120
MERCURE
re de Mars , page 277. & fuivantes
, & vous pourriez le
confulter là- deffus , fi toutefois
il ne luy arrive pas de
vous prévenir officieuſement
dans celuy qui s'imprime.
L'érudition qu'il étale , marque
affurément qu'il fçait ,
je ne luy fouhaiterois que le
tour aifé & le dégagement de
ftile dont brille la voftre . J'ignore
s'il eft Auteur de l'Inftruction
annoncée page 275.
du même Livre ; ce que je
fçay , c'est qu'il auroit tort de
me traiter d'abbreviateur de
fon difcours , qui certainement
GALANT 12T
ment m'efl inconnu. Le démeflé
du Pape Victor avec le
Clergé d'Afie piqua autrefois
ma curiofité affez pour me
faireap prendre , fuperficiellement
du moins , ce que j'ofay
donner au Public il y a
trois mois , & l'inftruction
familiere cy - deffus citée ,
n'eft point ma fource . L'Auteur
pourroit m'éclairer fur
quantité de chofes , je ne le
dénie pas ; le fait conftant
eft qu'il ne m'a rien appris
dans celle-cy. En finiſſant ,
Monfieur , je n'ay garde de
vous remercier de cet encens
Juin 1696.
L
022 MERCURE
fi liberalement offert dans
voſtre Lettre , moy qui
ne le regarde que comme
une tentation fine de vaine
gloire. Sans mentir peut - eſtre
aurois - je répondu plus juſte,
s'il ne m'euft offufqué. Je me
trahis neanmoins , & j'avoue,
ce femble , que je vous en
tiens compte , lors que j'affure
que la gratitude de mon
coeur vous vange du peu de
jufteffe de mon efprit. Je fuis ,
Monfieur , voftre , & c .
+
L'Inftruction de l'ufage des
Epactes & des Lettres Domi
GALANT: 123
nicales , qui ſe trouve inſerée
dans ma Lettre du mois de
Mars , a fait naiftre des difficultez
dont on voudroit bien
avoir l'éclairciffement
. Voicy
de quelle maniere un Parti
culier s'en eft expliqué.
Voftre Mercure , qui dans fon
dernier mois de Mars a voulu
nous donner les moyens de connoiftre
l'Epacte , en appliquant le
Nombre d'Or fur les trois doigts
de la main , ne parle que pour le
temps paßé , ou prest à expirer ;
car en l'année 1700 on aura 10 de
nombre d'Or, lequel arrivantſur
le premier doigt de la main, don-
Lij
124 MERCURE
neroit , felon fa fupputation , 10.
d'Epacte. Cependantil eft certain
qu'il n'y aura que 9. d'Epacte en
1700.
En 1710.ily aura 1. de nombre
d'Or , & l'Epactefera mar--
quée dans le Calendrier , d'une
petite Etoile , & dans le Martirologe
du P majufcule .
En l'an 1900 , il y aura 1. de
nombre d'Or , qui tombant encore
fur le premier doigt de la main ,
marqueroit 1. d'Epacte ; & ily
aura 29. d'Epacte en 1900.
L'Auteur nous feroit plaifir,
s'il vouloit nous apprendre les
caufes de ces diverfisz , &nous
GALANT. F25
donner des moyens plus feurs &
de plus d'étendue pour trouver les
Epactes. Je fuis .
Mile Maréchal de Joyeufe
eſtant arrivé à Caën le 10. du
mois paffé à fept heures du
foir , en partit le lendemain
a fept heures du matin , pour
aller à la Hogue, & avant fon
départ M ' le Doyen du Chapitre
du Saint Sepulchre , accompagné
de fes Chanoines ,
luy fit ce Compliment.
MONSEIGNE ONSEIGNEUR
Tous les Rois que l'Antiquité
Liij
126 MERCURE
f
mettoit au nombre des Dieux ;
n'eftoient que de petits Princes en
comparaifon de noftre Augufte
Monarque ; &fi nous ne pouvons
pas l'adorer comme une Divinité
, il merite d'eftre honoré
plus que tous les Souverains de la
terre , puis que jamais Prince- n'a
cu ny tant de majesté , ny tant
d'excellence. Et parmy toutes ces
grandes qualite , Monseigneur ,
cette fageffe plus qu humaine, que
Dieu luy a donnée pour gon verner
fon Royaume , a paru avec
éclat lors qu'il vous a donné le
bafton de Maréchal de France
comme une jufte récompenfe de vos
GALANT. 147
vertus heroïques, & de toutes vos
grandes actions militaires , qui
vous rendent terrible aux Ennemis
, utile àla Couronne ainfi que
vos Ayeux , neceffaire aux Combats
auffi- bien qu'aux Confeils ,
qui vous ont fait remporter tant
de victoires , & qui vous attirent
l'eftime l'admiration de tout le
monde. Nous devons donc dire .
Monfeigneur , avec bien de la
joye , Beny foit le Grand He -`
ros qui vient dans cette Pro .
vince avec le Bouclier de la
Foy , le coeur des Cefars , & les
armes invincibles de la France
, pour nous préſerver de la
Liiij
128 MERCURE
fureur des Ennemis de la
vraye Religion & de cet Etat.
C'est auffi , Monfeigneur , le juſte
devoir que nous venons vousrendre,
en vous aſſurant de nos voeux
de nos très- humbles reſpects.
M' l'Archevêque de Paris
eftant allé aux Nouvelles Catholiques
, dont il eftoit Superieur
avant que d'eſtre élevé
à l'Epifcopat , & celuy qui
gouverne cette Maiſon ne s'y
eftant pas trouvé, un zelé Ecclefiaftique
des Miflions E.
trangeres le complimenta en
ces termes.
GALANT. 129
Mo
ONSEIGNEUR.
Ce que vous avez toujours
efté dans cette Maifon vous prévient
heureusement enfa faveur.
Vous comprenez mieux que perfonne
combien elle doit eftre vive.
ment touchée de la
grace que vous
luyfaites ; & j'ofe dire quepour
bien juger des fentimens qu'elle a
pour vous , il ne faut que confulter
ceux que vous avez pour
elle.
Par des titres finguliers cette
Maifon vous doit eftre chere.
Dien vous a donné à elle dans
130 MERCURE
tous les temps, &fous touteforte
de formes . Elle vous a eu d'abord
pour Ami , vous l'avez ho,
norée de voftre affection . Elle vous
a poffedé enfuite comme Pere ;
vous l'avez formée par vos foins.
Enfin ce qui met le comble àfa
joye & afon bonheur , elle vous
reconnoift aujourd'huy pour Pafteur
, ou plutost voyant en vous
réunies avec toutes les vertus toutes
les qualitez qui luy font fi
avantageufes , elle vous reconnoift
tout ensemble pour Ami , pour
Pere , pourPafteur, & pour Protecteur.
L'abfence de celuy quila conduir
GALANT.
131
fifagement fous vos ordres , nous
eft favorable , puis qu'elle nous
donne lieu de venir icy mêler nos
refpects avec ceux de ces picufes
Filles.
Nous travaillons comme elles ,
quoy que differemment‚à la propagation
de la Foy , & il eftvit
juſte que felon laparole du S. Ef
prit , ceux quifont loin ſe raffemblaffent
avec ceux quifont proche,
pour honorer en vous un zele qui
embraffe également ce qui eftproche
, ce qui eft loin . Vous trou
verez bon, Monfeigneur , que
nous participions avec elles à la
benediction que vous portez avec
132 MERCURE
vousdans tousles lieux que vous
honorez de vostre prefence.
Je vous envoye les ordres
de Bataille de l'Armée de
Flandre & de l'Armée de la
Meuſe. Je ne doute point
qu'on ne les change avant
que vous receviez ma Lettre ,,
felon les mouvemens
que feront
les Ennnemis ; mais
vous verrez du moins la dif
pofition de ces Armées lors
qu'elles font entrées en campagne
, & vous fçaurez de
quelles Troupes elles font
compofées.
GALANT. 133
ORDRE DE BATAILLE
de l'Armée du Roy ,
en Flandre .
GENERAL.
M' le Maréchal Duc de Villeroy,
PREMIERE LIGNE.
Lieutenans Generaux.
Monfieur le Duc.
Monfieur le Prince de Conti,
M'le Comte de Gaffion.
M ' le Duc de Barwick .
Mile Marquis de Crequi.
M ' de Rofen .
Monfieur le Duc de Chartres
commandera la Cavalerie,
134 MERCURE
Marefchaux de Camp:
M's le Comte de la Motte.'
Le Marquis d'Alegre.
Reynold.
Le Marquis de Surville.
- Albergotti .
Le Comte de Cayeux.
Le Marquis de Vandeüil .
De Bezons.
Brigadiers.
Mr le Comte de Nogent.
DRAGON S.
Royal.
Fontenay . 3
ww
3
Mr de Romery.
6
GALANT. 135
CAVALER I E.
Grenadiers à Cheval.
Noailles.
Duras.
De
Lorges.
1
3 3
I
Villeroy.
Gens d'armes .
Chevaux - legers.
Premiers Moufquetaires. I
Seconds Moufquétaires.
M ' le Prince Camille .
Roſen.
Prince Camille..
Cuiraffiers .
Efcadrons 32 .
I
17.
3
3
9
33
1: 6 MERCURE
INFANTERIE.
M' de Liancourt.
Navarre.
Vermandois.
Nice.
Vexin .
Puynormand.
Saint-Second.
M ' de Mornay,
Du Roy.
Poitou .
Senecterre .
D'Ennonville.
M'de Saillant .
Gardes Françoiſes.
I
I
I
I
2
I
GALANT 137
Gardes Suiffes.
M ' de Biron ,
7
Lionnois. 2
Artois . I
Greder Allemand 2
Royal Italien. I
La Marche. I
La Motte. I
8
M de Rochefort.
Deftouches.
Vidame d'Amiens.
Peri.
Zurlauben.
1
I
I
2
Provence. 2
Juin 1696.
M
128 MERCURE
IN
Bourbonnois .
Bataillons 41.
CAVALERIE .
9
Mr le Prince de Rohan.
Du
Roy.
Berri.
Chartres.
Rohan.
3
2
2.
2
MNNN
9
Mr le Duc de Monfort.
Royal Allemand .
Dourches.
Coffé.
Mr Tizenhauzen.
Furftemberg.
3
3
M M N
8
INJ
GALANT. 129
Villeroy.
Anjou .
2
2
Meftre de Camp general. 3
M' de Breteüil.
DRAGONS.
9
Breteüil.
Verruë.
3
3
6
Escadrons 32.
SECONDE LIGNE .
Lieutenans Generaux.
Mrs le Baron de Bufca.
Le Comte d'Artagnan .'
Le Marquis de Feuquieres.
Le Marquis de Montrevel.
Mij
140 MERCURE
Mareschaux de Camp.
M's le Duc de la Roche
guyon.
Le Duc de Villeroy.
Le Duc de Charoft.
Greder.
Le Comte de Rottembourg.
Le Duc de Luxembourg.
Brigadiers.
M' de Vaillac.
CAVALERIE .
Commiffaire General.
Vaillac .
Quoadt
M' du Pleffis ..
Du Roſel
3
3
in
9
3
GALANT: F4T
Prefle.
Du Pleffis.
Escadrons 18.
INFANTERIE
M' de Humieres.
Humieres.
Royal-Montferrat.
Bugey.
Les Landes.
Orleannois.
9
3m in
1
1
!
Lenoncourt.
Montenay.
M' Greder , Suiffe..
Stoppa.
Greder , Suiffe..
I
2.24
9
4
4
8
142 MERCURE
MrMouroux.
Orleannois.
Mouroux.
Limoges.
Angoumois .
M ' de Salis .
Lignieres ,
Laigle.
Reynold .
Salis .
I
2 1
T
1
1
I
7
4
4
8
M' Dorinkton .
Perigueux.
Royal Savoye.
Seougeac .
Montauban.
L
F
GALANT. 143
Angouleſme.
Auxerrois.
I
I
Gardes duRoyd'Angleterre. 2
Bataillons 40.
CAVALERIE .
M' Manderscheidt .
Condé.
Manderscheidt.
La Tournelle.
M' de Villequier.
Villequier.
Roquefpine.
Cravates .
S
∞
2 333
3
2
33
Efcadrons 16.
8
144 MERCURE
CORPS DE RESERVE.
DRAGONS.
Colonel General.
La Reine.
Silly.
Saint-Hermine.
Escadrons 12 .
ARTILLERIE.
RoyalArtillerie.
Bombardiers.
12
Bataillons 3:
Total , Efcadrons гro
Bataillons 84.
3www w
2
1
ORDRE
GALANT. 145
ORDRE DE BATAILLE
de l'Armée du Roy ,
fur la Meufe.
GENERA L.
Mr le Maréchal Duc de Bou-
Alers .
PREMIERE LIGNE.
Lieutenans Generaux.
Monfieur le Duc du Maine .
Mile Comte de Tallard .
M' le Duc d'Elbeuf.
Mile Baron de Breffey.
M' de Ximenes.
Marefchaux de Camp.
M's le Marquis de Pracontal.
De Phelypeaux .
Juin 1696.
N
146 MERCURE
Le Marquis d'Antin..
De Cavoye .
De Zurlauben.
Le Comte de Solre .
Du Rofel.
Le Marquis de Lanion .
M'le Comte de Toulouſe
doit commander la Cavalerie
, & M'de Soufternon fous
ce Prince.
Brigadiers.
Mr le Duc de Guiche.
CAVALERIE.
Mestre de Camp general. 3
Grammont . 3
6
GALANT. 147
M ' du Rofel.
Carabiniers .
M' Dachi.
Carabiniers.
Mr Cheiladet.
16.
8
Noailles.
Toulouſe .
Du Maine.
Orleans .
3M N N 2
Escadrons 31.
INFANTERIE.
M' le Prince d'Epinoy.
9
Picardie.
Lorraine.
Luxembourg.
5.
ம்
3
I
1
MH148
MERCURE
M de Cadrieu .
Cruffol.
Toulouſe.
Teffé
.
Chartres.
Mr de Vibraye.
Guiche.
Boulonnois.
Villefort.
M ' de Blegny.
La Farre.
Xaintonge.
Bernold d'Alface .
Choifinet.
I
I
21H
2
1
I
4
1
I
I
I
4
GALANT. 149
M'de Princé.
Dauphiné.
Soiffonnois .
Bellifle.
3
I
I
5.
Mr de Leé.
Leé Irlandois-
La Marine Irlandois .
M³ de Thianges .
Thianges.
Languedoc.
M de la Chaftres.
Blaifois.
La Chatres.
S
2.
3
2
4
I
14
N iij
150 MERCURE
Brie.
M ' de Thury.
Teffé Fufeliers .
4
Sezame.
Du Maine.
M' de Blainville .
Ponthieu.
Foix.
Champagne .
2
I
Bataillons 46 .
CAVALERIE .
M' de Clermont..
Dauphin Etranger.
Clermont.
I
2
3M 3
GALANT.
151
3
La Valliere.
M'de Raffant .
Prince d'Auvergne.
Sevaftre.
Raffant.
La Reine.
3
3
3
wwww
3
12
Mr d'Avaray.
DRAGON S.
D'Avaray.
Dauphin.
3
6
ww
Escadrons 27.
SECONDE LIGNE.
Lieutenans Generaux .
Mr le Comte de Gacé.
N iiij
152 MERCURE
Le Duc de Roquelaure.
Le Marquis de Crenant.
Marefchaux de Camp.
M'sle Marquis de Grammont.
Le Marquis de Noailles.
De Surbeck.
Le Marquis de Saint Laurent .
Brigadiers.
M' de Puyguion.
CAVALERIE .
Bourgogne .
Imecourt.
Biffy.
333
9
M' d'Auriac.
Mornay.
D'Auriac.
333
GALANT. 153
Bourbon .
Efcadrons 18.
INFANTERI
E.
8
M ' le Duc de Chaſtillon .
2
Piedmont.
Montjoye.
M' de Goeibriant.
Beauvoifis.
Berri.
Bufeville.
Sanzay.
M ' de
Gafquet.
Maulevrier.
Guiſcard.
3
I
4
1
1
I
4 .
4
2
2
154 MERCURE
M' de Paratte.
Bourbon.
De Broc . I
Gournay.
Charolois. 1
M' Courten .
Surbeck. 4.
Monin.
Courten .
4 2 2
M' de Herbouville.
Steenville.
Laonnois.
Monchi .
Herbouville.
8
ì
1
1
I
4
GALANT:
155
M'de Rohan .
Tallandre .
D'IreudeLuxembourg
.
Royal Rouffillon .
M' de Chalmafel .
4
I
1
Tulle.
Thoy.
Anjou .
Bataillons 36.
CAVALERIE.
Milord Gallovay.
La Reine d'Angleterre .
Maffot.
Barantin .
1
I
2
4
3
8
156 MERCURE
Milord Skelton .
Belleport .
N
Sully.
Fiennes.
Le Roy d'Angleterre.
Escadrons 18.
10.
3
3
2
CORPS DE RESERVE .
Bretoncelle.
Alsfeld .
Fimarcon .
Artois .
12
3
3
3
3
Huffards .
Escadrons 12 .
2
Pour eftre porte par tout où
il conviendra.
GALANT. 157
ARTILLER I E.
RoyalArtillerie.
I
Compagnie de Canonniers . 2
3
Gardes du Roy d'Angleterre.1
Ganges Dragons .
4
3
Deux Compagnies de Canonniers
, compris les quatre
Efcadrons cy- deffus , deftinez
pour M le Marquis d'Harcourt
.
Netancourt , Milice de
Mets . Un Bataillon en elt
deſtiné
pour
Vieille France.
la garde de la
158 MERCURE
Sur la fin du Dialogue que
je vous envoyay le mois paffé
, de deux Oifeaux babillards
, la Pie promettoit au
Perroquet de luy raconter fes
avantures . M' Robinet , qui
en eft l'Auteur , luy a fait tenir
parole , & c'eft un recit
que vous prendrez plaifir à
entendre.
SUITE DU DIALOGUE
HISTORIQUE ET MORAL
Du Perroquet & de la Pie .
O
LA PIE.
Uvre l'oreille , Perroquet .
Jefuis prefte à te fatisfaire .
GALANT
159
Je viens d'affiler mon caquet
Dans le petit repas qu'exprés j'ay
voulu faire.
LE PERROQUET.
Je fuis pareillement tout preft àt'écouter
,
Et pour te donner audience ,
Sans que mes inteftins puiffent m'inquiéter
,
Je les ay remplis d'importance .
LA PIE.
Je te parois ce que je ne fuis pas.
On ne doit point en croire ma
figure .
De cette verité toy- mefme jugeras
Quand ie t'auray fait part d'une étrange
avanture,
Tous mes Parens eftoient du noble
Genre humain ,
Et du temps des Metamorpholes
,
160 MERCURE
Où des Dieux ce dit -on , le pouvoir
fouverain ,
Ainfi qu'il leur plaifoit , changeoit
foudain les choſes.
En ce temps - là vivoit un certain
Pierus ,
Quoy que d'un fang commun , riche
comme un Ciéfus,
Epoux d'une Evippé , Femme à tel
point feconde
Que l'on ne pouvoit l'eftre p'us .
Elle mit neuf Filles au monde ,
Qui fe piquoient de fçavoir bien
chanter .
Lear orgueïl devint tel qu'elles eurent
l'audace ,
En un beau jour de difputer
Le Prix du Chant aux Filles du Parnaffe
.
Que cet orgueil leur dut coûter
!
GALANT: 161
Neuf Mortelles , comment ! attaquer
neuf Déeffes !
Mieux auroient - elles fait d'irriter
neuf Tygreffes.
Chez les Mortels , le Sexe eft fort
vindicatif ;
Mais chez les Dieux , il l'eft bien da--
vantage ,
Et fon couroux peut faire outrage
Dans le degré fuperlatif,
De ces trop fiéres Scurs , en les traitant
d'impies ,
: Les neuf Mufes firent neuf Pies.
Peut- on voir un fort plus chetif ?
D'un corps comme le mien , d'un
femblable plumage ,
On reveſtit chacune ; & pour les
mieux railler 9
On changea leur difcours en ce rude
ramage
Juin 1696 .
162 MERCURE
Où du gozier fouvent on m'entend
piailler ,
Incommodant le voisinage .
O leur laiffa l'humeur de babiller
Que leur donna la Nature en partage.
Auffi-toft dans les Bois , on les vic
s'envoler
Pour vivre là , d'un air ſauvage .
Cette punition doit apprendre , à
mon fens ,
Qu'il eft tres dangereux de s'attaquer
aux Grands
•
Mais qui s'attaque aux Dieux court
plus grand rifque encore.
C'eſt une noire impieté,
Et qui l'ofe commettre , en devinftil
Pécore
Reçoit un chaſtiment qu'il a bien
merité .
LE PERROQUET.
Ho , ho Margot , ma chere Pie ,
GALANT: 163
Eft.ce àtoy de moralifer ?
LA PIE.
Comme je te l'ay dit , à mon lignage
impie
La faculté refta de fçavoir bien jaſer ,
Et fa Pofterité jufqu'à moy la con .
ferve .
C'eft le Poëte Martial ,
De qui fi piquante eft la verve ,
Qui le dit , & ne dit pas mal.
Il ajoute qu'à nous entendre
Parler fi délibérément ,
A moins que de nous voir , on ne
pourroit comprendre
ie nous fulfions Oileaux .
LE PERROQUET
.
Il a raifon , vraiment.
Tu viens.là de m'apprendre une
affez belle hiftoire ,
Et fur ta foy , je la veux croire.
Je ne fçay fi les Perroquets
O' ij
164 MERCURE
Ont par metamorphofe autrefois
efté faits ,
A te dire le vray , j'en doute.
Mais qu'importe ? reprens ton fujet ,
je r'écoute.
Tu vois
LA PIE.
que fans le fort du fang de
Piérus ,
Dont la fecondité s'eft par tout répanduë
,
Et dont il faut que je fois defcendue,
J'aurois peut- eftre efté de ces Objets
pourvûs
Des appas tout - puiffans dont les
coeurs font vaincus..
Cela s'entend , quelque Fille charmante.
LE PERROQUET .
Egrillarde fur tout , & mefme trop
allante.
GALANT. 165
Les Amans dont pour toy le coeu
auroit pris feu ,
Auroient en vain tâché de te rendre
conftante ;
Tu leur aurois joüé beau jeu .
LA PIE .
Bon , bon , Perroquet , tu veux
rire.
De tout ce que je viens de dire,
Je ne te cautionne rien .
C'est ainsi que je l'ay ſouvent endu
lire,
Et je m'en reffouviens tres- bien .
Ecoute maintenant ce qu'avec certitude
Je puis te garantir eſtre une verité .
LE PERROQUET.
Dy , mais fupprime le prélude
Qui n'eft d'aucune utilité.
166
MERCURE
LA PIE .
Tu fçauras donc qu'encor que fi
bien je
caquette ,
Je ne fuis qu'un Enfant, & prefqu'à
la bavette .
Je n'ay qu'un an au plus , & l'on
m'a toujours dit
Qu'on vint me dénicher dans le
Bois de
Vincenne ,
Où Pierre , Martin , ou David,
Selon l'Adage , iffu de caboche bien
faine
Trouva pour
lors la Pie au nid .
J'avois dans ce nid Seeur & Frere,
Er noftre Pere & noftre Mere
Firent tous leurs efforts , mais inutilement
,
Pour empêcher
l'enlevement
De leur prétieule couvée ,
Qui fut de la forte enlevée.
Je crois cela du moins
conjectutalement
,
GALANT. 167.
Car je ne voyois goute en cet évenement.
Quelqu'un de ce Logis chez l'Oife
leur m'achete ,
Et me nourrit à la brochette .
C'eft des Oifeleurs le jargon ,
Qui veut dire donner à l'oifeau
nourriçon ,
Comme je l'ay depuis appris d'un
Interprete ,
De l'aliment au bout d'un fort menu
bâton.
Quand je fus parvenuë à l'âge d'être
inftruite ,
On me fit leçon fur leçon ;
Dont je retins bien mieux le mauvais
que le bon .
Je fus efpiegle dans la ſuite.
Je pris & prens plaifir encor ,
A dire aux Paffans des injures
Et quand je puis prendre l'effor ,
168 MERCURE
J'applique mon bec aux captures.
Je vole or , argent , fil , laine aiguilles
, laffets ,
Et les magafins que j'en fais
Sont en des lieux cachez , dont point
je ne me vante ,
Je laiffe de mes vols foupçonner les
Valets ,
Et la Servante.
On les accufe , & moy j'en ris
aprés.
LE
PERROQUET.
Hé quoy , ton penchant donc ,
d'eftre larronne fit ?
eft
Oh , tu fais -là , vraiment , un honnefte
métier !
LA PIE .
Plufieurs y font gagner tous les
jours le Cordier .
Mais c'eſt pour de grands vols , les
miens font tours d'adrefle.
Ce
}
GALANT. 169
Ce font fimples jeux d'un Oifeau ;
Des paffe-temps , des bagatelles ,
Qui n'ont rien de fort laid , non plus
que de fort beau ,
Et qui font moins pour moy , que
fautes venielles .
LE PERROQUET.
Quand tu voles , tu t'ébaudis ;
Mais les injures que tu dis ?
LA PIE .
En vain fur ces fujets tu prétens me
confondre,
Il m'eft aisé de te répondre
Touchant ma médifance , & touchant
mes larcins .
Je péche , mais fur les exemples.
J'en ay tous les jours de trop amples
,
Et tous les quartiers en font pleins.
Combien de laides & de belles ,
Combien de Dames à carreau
Juin 1696.
P
170 MERCURE
Diftilent tous les jours de leur malin
cerveau ,
Des médifances criminelles ,
Et par chaque parole arrachant un
lambeau
De l'honneur de tels & de telles ?
Combien de vilains Ufuriers
Font des vols indignes de grace ,
Faifant, pour devenir de monftrueux
Rentiers ,
De toutes parts arborer la beface ?
Sans fo.tit de cette maifon
( Parlons bas , car fouyent les murs
ont des oreilles )
La Maiftreffe qui fut une Dame
Alizon ,
Et qui n'a point en luxe aujourd'huy
de pareilles ,
Difcourt à tous momens , & du tiers
& du
quart ,
Et de chacun l'honneur déchire,
GALANT. 175
C'eſt à force d'oùir fon bec fi goguenard
Que je m'accoutume à médire .
Le Maiſtre eft un Feffe -Mathieu
Qui n'eft riche que de rapines,
Et qui n'auroit ny feu ny licu ,
Sans les ufuraires machines .
Je ne puis dérober que des colifi
chets ,
Mais fans croire pécher contre les
loix divines ,
Si je pouvois voler au gré de mes
fouhaits ,
Contre luy dans cet art je ferois
maints projets
Qui fur fon bien rabatroient
groffe fomme ,
LE PERROQUET.
Songes -tu bien , Margot , à ce que
tu me dis ?
Nôtre Maître eft un Gentilhomme
Pij
172 MERCURE
Qui defcend des preux Amadis ,"
Si celebres jadis ,
Il le difoit l'autre jour à fa table ,
Et comme moy tu l'entendis .
LA PIE .
Quy , mais c'est une pure Fable.
Un Monfieur qui pour lors dînoit
avecque luy ,
Remarqua qu'un nombre innombrable
De francs vilains font nobles aujourd'huy
,
De qui tous les Parens furent de bas
lignage ,
Chauffe- gueftres , Gagne- petits ,
Qu'en Marquis , qu'en Barons , &
gens d'un haut étage
Ils ont pour s'illuftrer , à plaifir
,
traveftis
Par le fecours venal d'un Genealogifte
.
GALANT.
173
i donnant un faux luftre à tous
ces efcargots ,
fait defcendre , dans fa lifte ,
De la côte des grands Heros .
Ne te fouvient- il pas qu'il dit tottes
ces chofes,
Et qu'il rioit de tout fon caur
De ces fottes metamorphofes
Qui d'un Faquin , font un richie
Seigneur ?
LE PERRCQUET .
Je m'en fouviens , & mefme da
bon conte .
Que l'on fit d'un plaifant Mar
quis ,
Et d'un tres-ridicule Comte ,
Qui , pour bien foutenir ces deux
titres exquis ,
N'avoient point d'autres Fiefs que
de vieilles ruïnes ,
Où les Chouettes , les Hiboux ,
Pij
174 MERCURE
Les Limaces , les Rats , & mille au «
tres vermines ,
Avoient leurs dignes rendez vous ,
Si bien que des gaillards , qui fai .
foient les peintures
, De gens de femblable tenom
Et qui nommoient les chofes par
leur
nom ,
Les appelloient le Comte & Marquis
des Mazures.
LA PIE .
Oh , de femblables Nobles faux ,
Qu'il eſt en effet un grand nombre
,
Et combien on en voit qui par mille
défauts
Rendent encor leur roture plus fom .
bre !
Pour revenir à ceux d'icy ,
Nottre Maître & noftre Maîtreffe
,
J'en ay fouvent oùy dire cecy
GALANT. 175
A leurs Valets , Gille & Lucrece ;
Que l'Epoux & l'Epoufe auffi
Elloient d'une vile naifance ;
Qu'un Pere , fameux Uurier,
Dont ils font toujours le métier ,
Les avoit par fes vols laiffez dans
l'opulence .
Er qu'on le regardoit par tout dans
fon quartier,
Comme un homme fans confcience
,
Qui voudroit , s'il pouvoit , voler
le monde entier.
LE PERROQUET.
Je fuis furpris de ta Satyre ,
Et je trouve fort à redire
Que tu parles fi franchement
E du Maiftre & de la Maiftreffe ,
Qi t'ont fait élever chez eux foigneulement.
Je condamne pareillement
Pij
176 MERCURE
རྣམ Gille & Lucrece ,
winte
De s'en
entretenir fi peu difcretement
;
Car il faut toujours qu'on honore
Ceux de qui l'on mange le pain .
Je ne fuis qu'un Oifeau , c'eſt -à dire
pécoré ,
Mais mon fentiment n'eft point
vain
Le Decorum fe doit garder en toute
choſe.
LA PIE.
Tu fais
l'important , je le voy.
Corrige toutefois ta glofe.
Lorfque nous médifons , Gille , Lu ."
crece , & moy ,
Ce n'est pas à tort & fans caufe ,
Car tu vois affez comme quoy
On nous fait chaque jour un chétif
ordinaire.
GALANT 177
Nous n'avons bien fouvent que du
pain & de l'eau.
Des jours maigres & gras , c'eft la
- meilleure chere ,
Et fi par grand hazard on fait quelque
cadeau ,
Nous n'avons entre nous nulle part
au gâteau .
D'ailleurs Gille & Lucrece
Sont chaque jour , ou battus , ou
criez,
Par leMaiftre ou par la Maitreffe ,
Et qui pis eft , tres mal payez ,
LE PERROQUET.
Voilà bien des griefs , à moins on
peut le plaindre ,
Je ne te condamne plus tant.
LA PIE .
On peut même fans fe contrain .
dre ,
Pefter contre eux tambour battant
.
178 MERCURE
Hé comment pourroit on fe
taile ?
Remarques- tu qu'on nous loge
tous deux
Dans des cages d'oiſeaux poüilleox
.
E qui n'ont rien de propre
à
plaire ? [ re.
N'en dire rien eft une grande affai-
En nous la Satyre prend feu ,
Lors que l'on eft piqué, comme l'on
dit , au jeu.
Taifons -nous neanmoins , ou changeons
de ramage.
Jentens noftre train revenir.
Ah ! foin , que c'eſt un grand
dommage
De ne pouvoir s'entretenir
Sur un tel fujet davantage!"
Là , là , quelque jour reviendra,
Où tout le refte fe dira.
GALANT. 179
Je vous envoye un estat de
l'Armée des Alliez en Flandre
, & fur la Meufe . Vous ne
ferez pas fâchée de fçavoir en
quoy confiftent leurs forces.
Le Prince d'Orange commande
l'Armée de Flandre ,
& il a fous luy
+
Le Prince de Vaudemont ,
General de l'Infanterie
& le Duc de Wirtemberg.
Lieutenans Generaux .
INFANTERIE .
M' le Comte de Naffau .
Henry
Bellafis
.
180 MERCURE
Le Comte de Noyelles .
CAVALERIE.
Mr
Douwerkerque .
Milord Portland .
Milord Rochefort .
Le Duc d'Ormond.
Le Marquis de la Foreft.
Marefchaux de Camp.
INFANTERIE.
Mrs Churchil .
Ramley.
La Melonniere .
Le Marquis de Miremont .
Fagel .
Heugklom.
CAVALERIE.
Milord Riffers.
GALANT. 181
Eppinger.
Dopf.
Brigadiers Hollandoisfeulement.
Piper.
Ryfwich .
Trente - fix Bataillons de
Troupes à la folde Angloiſe.
Quarante-quatre de Troupes
à la folde des Etats
80 .
Soixante & dix - neuf Efcadrons
à la folde Angloife.
Vingt & un à la folde des
Etats.
100 .
Quatre-vingt Bataillons à
600. hommes chacun , 48000 ,
182 MERCURE
Cent Elcadrons à 120. hommes
chacun , 12000 .
Total , 60000.
Dispofition des Generaux pour
l'Armée de la Meufe , com .
mandée par le Prince de Naf
Jau Saarbruck ,fous le Duc de
Baviere.
Le Comte d'Athlone , General
de la Cavalerie.
Lieutenans Generaux .
INFANTERIE .
M ' Cochorn .
CAVALERIE.
M's Dobdam.
Le Comte de Tilly.
GALANT. 183.
Ditterfum.
Marefchaux de Camp.
INFANTERIE.
MIS Falifch .
Lindeboom ,
Berensdorf.
Swerin .
CAVALERIE .
Le Comte de Naflau Veifbrock
.
M¹ de Hubert.
Le Comte de Warfufé.
Quatorze Bataillons des
Troupes de l'Etat .
Deux , des Troupes d'Efpagne
& de Baviere.
184 MERCURE
Seize, des Troupes de Bran
debourg.
Quatre , des Troupes de
Liege.
Trente- fix Bataillons dont
il y en a encore dix à Namur .
Quatre- vingt Eſcadrons des
Troupes de l'Etat .
Vingt, des Troupes d'Efpagne
& de Baviere .
Trente- huit des Troupes de
Brandebourg.
Dix , des Troupes de Liege.
148
Trente fix Bataillons à 600.
hommes chacun 21600
GALANT. + 187
Cent quarante - huit Efcadrons
à izo . hommes chacun
17760.
39600.
Vous avez appris la perte
que l'Espagne a faite , de la
Reine Douairiere , & je vous
envoye un détail de tout ce
qui s'eft paffé devant & aprés
la mort. Cette Princeffe avoit
caché fon mal pendant plufieurs
années , & il n'y avoit
que fort peu de temps qu'elle
Favoit découvert au Roy fon
fils. Quoy qu'il n'y cuft point
à douter que ce mal ne fuſt
Juin 1696.
Q
186 MERCURE
un cancer , les Medecins ont
toujours difputé entre eux
pour en déterminer le nom .
Les uns difoient que c'eftoit
un Cancer , & les autres que
c'eftoit un abcés . Ils s'affemblerent
jufqu'au nombre de
neuf. Ils confulterent tous les
jours , & leurs confultations
n'aboutirent fouvent qu'à or.
donner que la Reine prendroit
un bouillon . Le Roy
voyant que le mal de cette
Princeffe augmentoit de jour
en jour , leur dit qu'elle avoit
befoin d'autres remedes . Ils
crurent donc qu'ils devoient
GALANT. 187
la faire faigner , & elle fut
faignée dès deux pieds , felon
Pulage d'Espagne
, où l'opinion
des Medecins eft qu'il
faut égaler le fang , qui feroit
plus d'un colté que de l'autre .
Les neufqui traitoient la Rei .
ne ne furent pas tous d'avis
de ces faignées , & il y en eut
qui foutinrent. qu'elles cauferoient
fa mort ; mais l'avis
- paffa à la pluralité des voix .
Cette Princeffe fut faignée ,
& aufli- toft aprés attaquée
d'une groffe fièvre , qui ne la
quitta plus . Son ſein s'ouvrit ,
& il en fortit quantité de
188
MERCURE
fa pas
fang & de matiere . On ne laif
de croire qu'elle pourroit
rechaper , & cela fut publié
; parce qu'un jeune Payfan
, que l'on avoit envoyé
chercher fort loin , faifoit des
fignes de croix fur fon mal ,
& affuroit qu'il avoit guery
de cette maniere -là plufieurs
perfonnes qui avoient eu le
mal de la Reine . On eftoit
encore perfuadé de la guerifon
de Sa Majeflé , parc que .
toute la Cour & tout le Peu
ple avoient efté querir en proceffion
, l'Image de Notre-
Dame d'Atocha , qu'on avoit
GALANT. 189
apportée aux
Carmelites
Royales , & qu'on avoit auffi
apporté le corps de Saint Ifidore
à Sainte Marie , vis à vis
le Palais de la Reine ; de forte
que tout eftoit tranquille , &
qu'on fe rendoit avec empref
fement dans l'appartement
de la Camarera Mayor , où
chacun eftoit regalé de Chocolat
, d'autres boiffons à la
glace & de quantité de confitures.
Les Dames eftoient
vétuës d'étofes brillantes &
chargées de rubans & de pierreries
. Gela dura jufques au
foir , que le mal de la Reine
190 MERCURE
ayant augmenté , le Roy qui
connut l'extremité où eftoit
cette Princeffe , fit venir les
Medecins , & leur commanda
de ne le point flater , parce
qu'il vouloit fçavoir le veritable
eftat où elle eftoit Ils luy
répondirent , qu'il n'y avoit
plus d'esperances que Dien eftoit
tout puißant ; mais que pour les
remedes ils n'opereroient plus . Ce
Prince leur demanda s'il étoit
temps de luy faire apporter
noitre Seigneur. Ils répondirent
que ouy , mais qu'il n'y
avoit perfonne qui voulutfe char
ger de l'en avertir. Le Roy s'ap .
GALANT. 191
procha de fon lir, fe mit à genoux
, & luy dit , Madame ,
nous n'avons plus d'efperance qu'-
en noftre Seigneur. Vostre Majesté
ne veut elle pas bien le recevoir
? Il s'attendrit beaucoup
en prononçant ces paroles ,
prit la main de la Reine , &
la baifa plufieurs fois , en pleu .
rant. La Reine le confola , &
luy dit , mon Fils , fi tu m'aime,
ne t'afflige point. Conformonsnous
à la volonté de Dieu Jefuis
bien- aiſe que tu ayes eu la force
de m'apprendre qu'il faut que je
meure. Va toy- mefme querir le
Roy des Rois . Le Roy eut peine
192 MERCURE
à la quitter , mais elle l'en
preffa , & ce Prince alla à Sainte
Marie . On apporta noftre
Seigneur , qu'elle reçut aflife
fur fon lit , & appuyée fur
deux de fes Dames. Elle fic
paroiſtre une veritable devotion
, & une confiance fi en
tiere , que chaque parole qu '
elle difoit en eftoit une preu
ve. Le Patriarche des Indes
qui luy adminiftroit les Sa
cremens , fondoit en larmes ,
& pouvoit à peine prononcer
une parole . La Reine l'encouragea
, & luy dit , Confor
mons nous aux ordres du Tour.
puifant.
GALANT. 193
puiffant. Fene voudrois pas qu'il
fortift unfoupirdema bouche pour
mefauver la vie ,fice n'eftoit felon
la volonté de Dien- Elle demanda
pardon au Patriarche,
& à toutes les perfonnes qui
eftoient prefentes, aprés quoy
elle envoya querir le Duc
d'Albe , & luy demanda deux
fois pardon , parce qu'elle
luy avoit toujours efté contraire.
Le fujet en eft connu.
Le Roy reconduifit Noftre-
Seigneur avec beaucoup de
pieté , & revint enfuite chez
la Reine . Pendant le cours de
fa maladie elle luy a parlé
Juin 1696
R
194 MERCURE
plufieurs fois , & luy a donné
divers confeils . Elle luy dit
ce jour- là , que les maux de
la Monarchie eftant extrêmes
, il devoit choisir un premier
Miniftre, & luy parla en
faveur de celuy qu'elle en
croyoit le plus capable . Elle
nomma aufi des perfonnes
aufquelles il pouvoit donner
fa confiance , & d'autres qu'il
en devoit exclure. Le Roy &
la Reine regnante , qui étoient
fort touchez de fon mal , alloient
tous les jours chez elle
dés fept heures du matin . Le
Cardinal Nonce eftant venų
GALANT. 195
voir cette Princeffe mourante
, elle le receut avec un vifage
riant , & le pria de dire
à Sa Sainteté , que vivante &
morte elle feprofternoit tres -humblement
afes pieds ; qu'elle mouroit
avec la confolation d'avoir
toujours efté obeiffante àfa Mere,
à toutel Eglife. Son mal augmentant
, elle receut l'Extrê
me-Onction , mais lors qu'il
fallut mettre les faintes Huiles
à fes pieds ; elle témoigna une
grande peine à les montrer ,
& demanda fi cela eftoit précisément
neceffaire. On luy
dit que ouy , & preſentant fes
Rij
396 MERCURE
pieds , elle dit , cecy eft pour l'a .
mour de Dieu . On affure qu'el
le n'a tenu fon mal fi longtemps
caché , que par
pugnance qu'elle avoit à
montrer fon fein à des Chila
rérurgiens
. Elle donnoit
à tous
momens des benedictions
au
de
Roy , & luy difoit , Mon cher
Fils , je n'ay point d'autre peine
que me détacher de
toy , &fi
je te voyois un Enfant , je mourrois
contente. Comme elle approchoit
de fa fin , le Roy
entra dans fa chambre , &
vint fe mettre à genoux au
bord de fon lit , mais le pouf
GALANT. 197
fant doucement elle luy dit.
Eloigne toy , mon Fils , va prier
& faire prier pour moy , il eft
temps que je reste avec mes Amis.
Elle vouloit parler du Pere
François Jofeph de Madrid , &
du Pere Beles , qui eftoient
auprés d'elle , & elle tourna
la veuë vers eux , faiſant ſigne
qu'on emmenaft le Roy. 11
fortit en verfant vne fi grande
abondance de larmes , & fi
penetré de fa douleur , qu'il
ne pouvoit refpirer qu'à pei .
ne . Cette Princeffe ne perdit
l'entiere connoiffance qu'elle
avoit euë pendant fon plus
R iij
398 MERCURE
grand mal , qu'une heure a
vant la mott . Elle arriva précifément
à minuit , dans le
milieu d'une Eclipfe de Lune,
qui commença à dix heures
du foir , & dura juſqu'à une
heure & demie , de forte que
tout s'obfcurcit au moment
de fa mort. Il y eut une Eclipfe
pareille le jour de la naiffance
de cette Princeffe . Elle
eft morte âgée de foixante &
deux ans . Il y avoit déja quelque
temps qu'elle avoit renoncé
à la grandeur de fon
rang. , s'humiliant en toutes
rencontres , elle traitoit fou .
LYSK
THEQUE
¥ 99 GALANT. 199YON
vent ceux à qui elle parloit
d'Eminence , d'Alteffe , d
cellence , & de Seigneurie ; &
lors qu'on luy demandoit
quelles raifons elle pouvoit
avoir d'en uſer ainfi , cette
coutume n'eftant pas ufitée
entre les Rois , elle répondoir ,
qu'elle ne fe regardoit pas comme
Reine , & qu'elle eftoit une pauvre
femme pechereffe , quifenom-.
moit Marianne. Le Roy acca ,
blé de douleur , dit au Pere
Jofeph : Ah , mon Pere , l'affliction
où jefuis de la mort de la
Reine ma Mere me coutera la vie.
Le Pere Jofeph le pria d'en
Riiij
200 MERCURE
avoir foin , & luy dit qu'elle
eftoit importante à tous fes Sujets,
& queles Rois eftant mortels comme
les autres , ils ne pouvoient
srop prendre de précautions pour
leur confervation . Le Roy ré
pondit. A quoy fert - il d'eftre
Roy , puis qu'il faut mourir.
Il vaudroit mieux à cette derniere
heure ne l'avoir pas efté.
La Reine- mere employa
quatre heures à faire fon ref
tament. Il commence par fa
profeffion de foy , promettant
de croire en la fainte Euchari
ſtie . Elle ordonne cinquante
mille мeffes , & donne un
GALANT 201
coeur de Diamans au Prince
Electoral de Baviere , fon
Petit-fils. C'est un Bijou de
quarante mille piſtoles. Elle
laiffe au Roy fon Fils les Pierreries
que le feu Roy luy avoit
données en l'époufant ; à la
Reine une corbeille d'or rem- ·
plie de Diamans , qui vaut
vingt mille piſtoles ; à l'Empereur
un tres-beau Tableau
de Vandeick ; à la Reine
Doüairiere de Pologne un
Joyau ; à Dona Eftefania de
Velafco , & à Dona Anna Carillo
, deux de fes plus anciennes
Dames d'honneur , des
202 MERCURE
Pierreries, & elle prie leRoi de
diftribuer tout ce qui luyrefte
à les autres Dames. Elle laiffe à
la
mereмarianne d'Auftriche ,
Carmelite , une мadeleine de
la plus grande beauté , & au
Marquis de Manfera, fon мayor-
dome, une bande de Diamans
. Lors qu'il fut queſtion
d'ouvrir ce teftament , le Corneftable
& les autres Grands
s'aflemblerent felon la coutume
, & s'eftant tous affis , ils
envoyerent querir la Camerera
mayor , qui doit eftre de
cette affemblée , mais elle répondit
, qu'il eftoit du devoir
GALANT. 203
defa Charge de demeurer auprés
du corps de fa Maistreffe , &
qu'ainfi ils n'avoient qu'à venir
où elle eftoit , parce qu'elle n'iroit
pas où ils eftoient . Ils repliquerent,
que le Corps des Grands
pouvoit auffipeuferemuer qu'une
montagne, que chacun feparément
faifoit profeffion de respecter les
Dames , mais qu'eftant joints ils
ne dérogeroient point à leurs droits .
La Camerera repartit , qu'elle
n'auroit pas moins de fermeté à
foutenir les fiens , qu'elle n'estoit
point femme à aller chercher les
hommes,& qu'elle vouloit demeu
rer dans la chambre de la Reine.
204 MERCURE
Il fe paffa huit heures en allées
& en venuës . Enfin , les
Grands tinrent confeil , &
l'expedient qu'ils trouverent
fut , que fans fe lever de def
fus les bancs où ils eftoient
placez , ny fe mouvoir , on
les tranfporteroit dans une
chambre également proche
d'eux & de la Camerera , laquelle
on tranfporta aflife fur
un carreau , de la même maniere
qu'elle eftoit par terre
dans la chambre de la Reine ,
afin qu'on ne put dire qu'aucun
euft fait un pas pour fe
joindre. Le corps ayant efté
GALANT 205
mis dans un cercueil de
plomb , fut porté fur un lit
d'argent , dont les pentes &
les loubaffemens eftoient de
velours noir. Il eftoit couvert
d'un drap d'argent & noir
fort magnifique. Il y avoit
d'un côté un Heraut d'armes,
qui tenoit une riche couronne.
Le Scepte eftoit tenu par
un autre. Un Prelat jettoit de
temps en temps de l'Eau benite
fur le corps . Les Dames
eftoient d'un cofté avec des
habits de Serge noire & de
foye ; & de l'autre la Camerera
mayor , & les Dames
206 MERCURE
d'honneur en avoient de mê :
me. On avoit élevé un Autel
au pied du lit , & fix autres
dans les côtez de la chambre,
avec des chandeliers de criftal
de roche. Tous les ornemens
de ces Autels eſtoient noirs ,`
mais la tapifferie qui ettoit
dansla chambre avantla mort
de la Reine ,y refta.La foule du
peuple fut fi grande pendant
quatre jours que le
corps demeura
expofé , que plufieurs
perfonnes furent étoufées, &
plufieurs bleffées à mort .
Ce fut la nuit du 16. au 17.
du mois paffé que mourut
GALANT. 207
cette Princeffe . Son corpsfut
porté à l'Efcurial , & mis dans
le petit Pantheon , la conſtitution
de Philippe II . portant
qu'on y depofera les corps
des Rois jufques à ce qu'ils
foient fecs ; aprés quoy on
doit les mettre dans le grand
Pantheon . Elle eftoit née en
1634. du mariage de l'Empereur
Ferdinand III. avec Marie-
Anne d'Auftriche, Fille de
Philippe III.Roy d'Eſpagne ,
& de Marguerite d'Autriche,
Fille de Charles Archiduc de
Grats. Philippe IV . Roy d'Elpagne
eſtant demeuré Veuf ·
208 MERCURE
en1644. d'Elizabeth
de Fran
ce, Fille de Henry IV . dont il
avoit eu Marie- Therefe , Rei
ne de France , époufa en 1649.
Marie Anne d'Auftriche
,
Douairiere
d'Espagne
, qui
vient de mourir , & il en cut
Marguerite
- Marie - Thereſe ,
née en 1651. mariée à l'Empereur
Leopold
en 1666. & morte
en 1673. & Charles II, ně
le 16. Novembre
1661. & aujourd'huy
Roy d'Eſpagne
. A
Voicy l'eftat des forces du
Roy en Italie. Vous en trou
verez beaucoup plus que
GALANT: 209
dans les ordres de bataille qui
courent , parce qu'en entrant
dans la Plaine , il en eft beaucoup
demeuré dans les Places ,
& dans les gorges des montagnés
, & au delà .
ARMEE D'ITALIE.
INFANTERI E.
Bataillons.
La Marine.
Feuquieres-
Auvergne.
Nettancourt.
Royal.
Touraine.
Grancey.
Juin 1696.
3
2.
2
2
3
Ι
WINNN MIN
S
210 MERCURE
Limofin .
Bretagne .
La Couronne.
Le Perche.
Condé.
Roüergue.
Bourgogne .
Royal la Marine .
Royal l'Artillerie.
Clerembault.
Royal Comtois .
I
2
I
1.
1
2*
2
I
2
Perigord.
F
Bigorre.
I
Foreft. 2
Cambrefis . 24
Tournaifis .
Brienne .
GALANT
211
Nivernois. I
Aunix .
I
Miromenil.
Catinat.
Noailles.
2.
I
L
Gallard.
Louvagne.
I
Berrille.
Villiers.
Beville.
Milli.
La Force.
Troifiéme du Maine.
Hoffi-Faifre .
Furttemberg,
Famechon .
Tournon,
I
1
I
I
I
I
I
4
3
I
Sij
212 MERCURE
Chelleberg Suiffe.
Royal Danois.
Clare Irlandois .
La Reine d'Angleterre.
Limerick.
Atlone Irlandois .
3
2
2
I
Dragons à pied du Roy d'Angleterre
.
Cinquante - fix Compagnies
de divers Regim. faiſant 4
Vaugrenan de Milices Comté
de Bourgogne
.
Six Compag. Suiffes faifant 2
Daligni de Milices de Dijon .
Vaugençon , Milices de Dauphiné.
Des Milices de Lionnois.
I
112 × 12
GALANT. 213
Coutanges Milices d'Auver
1 gne .
Caizon , milices de Montauban.
Milices de Limofin .
Milices de Languedoc.
2
I
-
I
La Compagnie de d'Ouvriers
de Maiſoncelle .
Trois Compagnies de Canonniers
.
CAVALERIE .
Escadrons.
Gendarmerie.
Royal Etranger.
Royal Piémont.
Cathuelan.
Langallerie.
8
*3
3.
3
3
214 MERCURE
Molac.
Ligondez.
Vivans .
Du
Chaſtelet-
Grignan.
Joffreville .
2
3
3
3
3
mmm en 2 m m m 2
:2
3
3
3
Mauroy.
Leffart.
Montrevel.
Renepont.
La Terrouage cy- devant
Cayeux.
Chevalier de S. Maurice.
Chevalier de
Chaſtillon
Tournefort.
3
in in
3
Poffont.
3.
3
GALANT. 215
DRAGONS.
Comte de Gramont .
Senecterre.
Catinat
Du Breüil.
Wartigny .
Morfan.
Poifac.
www
3
3ww ww
3
3
Dragons à pied de la Reine
d'Angleterre.
Dragons de Morfan.
I
I
Je vous ay envoyé dans ma
derniere Lettre une Lifte des
Officiers Generaux de cette
Armée. Ainfi je ne les met
216 MERCURE
tray point tous icy , pour éviter
les repetitions. Je vous
marqueray feulement ceux
qui ont entré en Plaine.
Lieutenant General au centre de
la premiere ligne.
Mr le Marquis de Larray.
Marefchaux de Camp.
Mr le Comte de Rouffy.
Mr le Comte de Grancey.
Lieutenans Generaux de l'Aile
droite de lapremiere Ligne.
Mr le Comte de Teffé.
Monfieur le Grand Prieur .
"Maréchaux
GALANT: 217
2 Mareschaux de Camp
309 de la mefme Aile.
M' Marcin.
Mr de Saint Maury.
Lieutenans Generaux de l'aile
gauche de la premiere ligne,
M ' de Vins .
Mr de Bacheviliers.
Maréchaux de Camp de
la même aile.
M'de
Varennes .
M ' de Sailly.
Juin 1696.
H
218 MERCURE
Brigadiers de l'aile droite, I
M's de Flamanville
.
De Langallerie
.
De Chartogne.
De Montalan.
De Blecourt.
De Chamilly.
De Gravelon
De Novion .
De
Bouligneux ,
De Vraigne.
De Molac ,
De Cathuelan .
Lieutenans Generaux de
la feconde ligne.
M's de Villars.
De Vaubecourt.
GALANT : 219
Le Chevalier de Teffé.
Maréchaux de Camp de
la même ligne .
IS
M¹s de Villepion .
De Clerambault.
De Gramont.
Brigadiers.
M's de Vivans.
De Joffreville .
De Belluns.
D'Orgemont.
De Carcado .
De Lutrel.
De Villancourt
De Pelot.
De Sailly.
Du Chatelet,
Tij
220 MERCURE
Ligondez.
CORPS DE RESERVE .
Wartigny.
Poylac.
"
Escadrons ?
Dragons à pied du Roy d'An
gleterre , un Bataillon .
Un Bataillon d'Artillerie.
Il y a quelques mois que
vous avez oüy parler de l'expedition
de M de Genes ,
mais on n'en fçavoit alors
aucun détail. Je vous en envoye
un fort curieux .
1
GALANT. 221
COPIE D'UNE LETTRE
Ecrite à bord du Favory An .
& glois , mouillé devant le Fort
Saint Jacques en la Riviere
Add Gambye , le 25. Avril 1695.
M.
ONSIEUR .
Je me fuis donné l'honneur
de vous écrire de Gorée , & de
vous mander que nous partions
pour la riviere de Gambye.
Nous arrivâmes effectivement
peu de jours aprés à
l'embouchure de cette Riviere
, & M' de Genes qui la fit
fonder , ayant appris que les
Tiij
222 MERCURE
Navires y pouvoient entrer
n'y ayant point de barre, mais
feulement deux pointes de
fable , entre lefquelles il y a
un chenal , nous y entrâmes,
& les Vaiffeaux moüillerent
hors la portée du Canon du
Fort , le 22. du paffé fur les
quatre ou cinq heures d'aprés
midy , en une Marée.
Auffi toft que M' de Genes
fut arrivé il écrivit à un Portugais
, qu'on nous avoit affu .
ré eftre fort bien intentionné
pour les François , & quinous
pourroit apprendre l'état du
Fort. En effet , il vint à Bord
GALANT: 223
la
quit,&&
nous
dit
entre
- autres
choles
que
le
Gouver
neur
n'eftoit
point
dans
le
Fort
, qu'il
y avoit
beaucoup
de
malades
, &
qu'il
croyoit
qu'il
eltoit
à
propos
d'ofter
aux
Anglois
la
communication
de
la
terre
. En
mefme
temps
M
de
Genes
comman
da
la
Corvette
la
Felicité
pour
s'avancer
au
deffus
du
Fort
, &
les
Chaloupes
armées
pour
le
tenir
entre
la
terre
&
l'ifle
, de
chaque
côté.
Il
envoya
auffi
fur
les
fix
ou
fept
heures
du
matin
M
de
la
Roque
, avec
un
Tame
Tiiij
224 MERCURE
bour , pour fommer le Gou,
verneur de la Place , & luy
dire qu'il fçavoit l'état où elle
eftoit ; qu'il n'y avoit point
d'eau , mais beaucoup de malades
, & qu'ils n'eftoient
point en eftat de ſe deffendre ,
qu'il alloit faire avancer une
Galiote à Bombes , & que s'ils
attendojent jufqu'a la dixiét
me Bombe , il n'y auroit aucun
quarrier . Sur la propofi
tion qu'on leur fit , un François
qui commandoit dans la
Place en l'absence du Goyverneur
qui n'y eftoit point ,
parce qu'il n'attendoit aucun
GALANT. 215
Navire , ny amy ny ennemy ,
dans une lailon qui eft la plus
fâcheufe à la Côte de Guinée,
par les grains & les pluyes
frequentes qu'il y fait , envoya
à Bord trois Officiers
Anglois , avec M ' de la Roque
, & ils demandérent qu'-
on leur donnaft jufqu'au len
demain midy pour le refou
dre. Ils ne pûrent obtenir de
Mode Genes que jufqu'à fix
heures du matin , & l'Officier
de noftre Bord qui les remenay
rapporta une lettre d'eux ,
par laquelle ils mandoient
que puis qu'on ne leur don226
MERCURE
V noit point affez , de temps,
pour faire toute la reflexion
neceffaire , ils eftoient refolus
à fe deffendre jufqu'à la mort.
On apporta la lettre à M'de,
Genes à huit heures , du foir ,
& auff - toft il alla à la Ga- .
liote pour la preparer & la fai¬
re avancer à portée , mais il
ne put affez profiter de la
marée pour cela , ayant efté
obligé de la moüiller. Il fit
tirer deux Bombes , qui ne
portérent point jufqu'au Fort .
Ainfi il fallut attendre , mais
on n'en eut pas befoin , car
le Gouverneur qu'on avoit
9
GALANT 227
pourſuivy le matin dans fon
Canor , qu'il avoit abandonné
fe fauvant à terre , trouva
moyen d'aller au Fort , dans
une Prioque , ou Bateau de
Negres , & envoya auſſi toft
un Tambour avec un Officier
Anglois , pour prier M' de
Genes d'envoyer quelque Of
ficier pour entendre leurs pro
pofitions. L'Anglois refta en
oftage , & M's de la Roque
& le Chevalier de Fontenay
allérent au Fort , avec pouvoir
d'arrefter les Articles de
la Capitulation . Ils y demeu
rétent jufques à minuit , mais
223 MERCURE
leur voyage ne furpabinfruc
tueux , puis qu'ils rapporte
rent la Capitulation . Le len
demain 25 de Juillet le Cons
feil de guerre fut affembled
On figna les Articles , & Mi
de Genes les leur renvoya ,
& demanda deux Officiers
pour oftage , se qui luy fue
accordé. Le 27 à fix heures
du matin , M' le Chevalier
de Fontenay & la Garnifon
des Vaiffeaux de cinquante
Soldats & autant de Volontaires
, prient poſſeſſion du Fort
& M' de Genes qui en eftoit
à quelque diftance , eftant de
GALANT 229
meuré dans fon Canot , y en
tra auffi toft que toute la
garniton Angloife fut fortie ,
& que l'on eut mis Pavillon
blanc. Après cela on chanta
le Te Deum.
Jay fait l'Inventaire de ce
Fort,qui eftoit affez bien muny.
Il y avoit 72. pieces de
Canon montées & 30. demontées
. C'eſt un quarre flanqué
de quatre Baſtions , & trois
Redoutes au bas de ce Fort.
Il y avoit quantité de Marchandiles
, & entr'autres treize
à quatorze cens barres de
fer; cinq cens cinquante quin
239 MERCURE
taux de Morfib , deux cens
cinquante de cire , quelque
argenterie propre pour les
Rois Negres , & plus de foixante
onces d'or , beaucoup
d'etain & de cuivre , des munitions
, & deux cens quatrevingt
Negres ou Negrefles.
On en a chargé loixante - dix
avec quelques Marchandifes
fur la Flute la Feconde , pour
les porter à la Cayenne , &
enluite remener les Officiers
en Angleterre , & la Garniſon
fur un Brigantin qu'on leur a
pris. On travaille tous les
jours à embarquer toutes ce
EGADANT. 231
Marchandifes ; Is comme
son Inia pas jugé à propos de
garder le Fort , que l'on doit
faire fauter , on fera obligé
d'en abandonner un grand
nombre aprés fa deſtruction.
Nous comptons de con .
tinuer noftre route ,fans nous
arrefter davantage à la Coſte
de Guinée , qui eft inluppor
portable en cette ſaiſon .
Voicy les Articles accordez
par M' de Genes aux
Officiers & à la Garniſon du
Fort.
I.
Que les gages qui leurfont dûs de
232 MERCURE
2917
la Compagnie Royale d'Afrique
25 Angloife , leurferont payez hors
des Magafins de ladite Compagnie.
II.
Que chacun aura la liberté d'em
porter avec luy fes Armes bagages
, coffres , hardes à munitions ,
argent à luy appartenant
tambour battant & méche allumée,
& que chaque Officier aura
un jeune Negre.
III.
Que chaque homme marié ou
Habitant du Pays , aurà la liberté
de demeurer ou de s en aller
en Europe. M's Jean Hellis ,
GALANT: 2 ?3
ゼル
Edouard Hauvry , Charles
Villors & Jean Neyvard ,
defirent refter en ce Pays.
IV.
Que tous Commis qui font
traite de coflée d'autre , joüiront
du mefme privilege que les autres ,
à la charge qu'ils fe rendront icy
& qu'ils remettront entre les
mains des Commandans Fran.
sis , ce qu'ils auront trafiqué.
V.
Que M Charles Davull ,
Proteftant on Reformé , né en
France , mais étably en Angleterre
depuis feize ans , joüira du mefme
privilegeque le Gouverneur.
Juin 1696 .
V
234 MERCURE
Qu'on leur accordera deuxjours
pour mettre leurs comptes en ordre,
avant qu'ils remettent le Fort
entre nos mains ; c'est à dire
que
Mardy matin à fix heures l'on
doit remettre le Fort à M² de
Genes , au ftile Anglois.
VIL
Que douze Negres , hommes
libres , qui font au fervice de la
Compagnie , auront la liberté d'aller
où bon leur femblera.
VIII.
Qu'on leur donnera un bon
Vaiffeau à trois mafts , & une
Chaloupe on Batcan en bon ordre,
GALANT 235
'
avec quelques Canons , munitions
de guerre , vituailles , & toutes
autres chofes neceffaires pour les
transporter en Angleterre , ou à
quelques Ifles appartenantes audie
Royaume ,fans retention d'aucun
de leurs Malades ou en fantéfur
cette Cofte de Guinée , &que
départ fera dans trente jours au
plus tard , à compter de celuy qu'
ils auront remis ledit Fort.
IX .
le
Qu'ils auront un bon Paſſeport
pour aller en feureté en Angleterre
, ou aufdites Ifles en Europe
, fçavoir , la Jamaïque , la
Barbade ,&c. & le Gouverneur
Vij
236 MERCURE
Anglois donnera auffi de fon cofté
un Paffeport valable , afin qu'il
ne luy foit fait aucun trouble ny
chagrin , ny en fa perfonne , ny en
Ja cargaison & équipage , tant en
allant à la Cayenne , que de là en
Angleterre , & enfuite en France.
X.
Qu'aucun d'eux ne fera molefté
ny offense enfa perfonne ny enfes
biens.
Les fufdits Articles accordez
, on trouvera appartenant à
la Compagnie Royale d'Angleterre
, cinq cens quintaux de
Morfil , trois cens quintaux de
cire , plus ou moins , cent tren,
GALANT. 237
te Negres mâles , & quarante
femmes fur life , & cinquante
à Gelefrée , & plus de quatrevingt
mille écus de Marchan
difes , au prix du Pays . On y
trouvera auffi foixante douze
Canons monte
montez , & une tres - grande
quantité de Munitions de guerre.
trente dé-
Qu'ils auront Trève juſquà la
réponse du General & de fon Con.
feil de guerre.
Vous voyez que les François
font des Voyages de
long cours , pour triompher
des deux Puiffances qui fe
238 MERCURE
7
croyoient autrefois : mailtref
fes de la mer , & qu'ils n'yremq
portent pas des avantages
moins confiderables que dans
ces mers , où il eft conftant
qu'ils font fi fouvent des pri
fes , qu'à peine nos Ennemis
prennent -ils un de nos Vaiffeaux
contre douze que nous
leur prenons. Ils fe retirérent
le mois paffé de devant Breft!
fans ofer mefme le regarder
,
s'il m'eft permis de parler
ainfi. Ils eurent raiſon , puis
qu'ils eftoient bien informez
de l'eftat où se trouvent tous
les lieux d'où l'on peut def
GALANT. 239
fendre cette Place . Vous le
pouvez voir dans la feüille)
que je joins icy. On a de plus
formé des Bataillons des
Troupes qui estoient fur les
Vaiffeaux que M' de Chafteaurenaud
à amenez à Breft.
On en a envoyé deux à Rofcanvel
& à Camaret , fous les
ordres de M ' le Marquis de
Langeron , Chef d'Eſcadre ;
un à Bertheaume , & deux au
Conqueft , fous ceux de M² ?
le Comte de Servon , Maref
chal de Camp , & de м' de
Moncaut , Brigadier ; deux
240 MERCURE
fous
Savilis , vers la riviere
beura & l'Ile de Cezon , ou
le commandement
de M' de
Lavaife Marefchal de Camp ,
deux à Saint Malo , fous celuy
de M' de Polaftron , Lieutenant
General , qui y commande
; deux à Rochefort
Mr le Maréchal de Tourville .
On renvoye fix mille matelots
en
Languedoc , partagez
en douze routes , chacune
defquelles eft commandée
par un Capitaine de Vaiſſeau ,
deux Lieutenans , deux Enfei
gnes , & dix Gardes- marines .
Je vous envoye un eſtat
: 2
des
a
M......
Juin 1696.
BIBLIO
THE
41
en
БЕ
LYON
€
1893
A
FILLE
2423
24
be
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La
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M
O
lopu
en
de
S
B
pa
de
alongenh
ggo
des
GALANT. 241 s
M245
des Troupes qui fervent en
Catalogne.
INFANTER I E.
Bataillons.
Sault.
Vendôme.
Royal Artillerie.
Sourches.
Medoc.
Ile de France .
Gatinois.
Barrois .
Cotantin .
I
I
I
LA
Vanges.
Alface .
Manuel Suiffe.
Juin 1696.
4
X
242 MERCURE
Solre .
Spar.
1 Billon . QDA Я C
Dragons à pied de la Reine
d'Angleterre. ensiniof
Miquelets. Sploding
28.
CAVALERIE
Efcadrons.
Royal,
• 14
Sibour.
Legall . 109G
Bercourt.
192
Narbonne .
Vandeüil.
Vienne.
Defclos .
3
GALANT. 243
Ruffey.
I
7692
DRAGONS: nolla
Bretagne , so
Poitiers.
Fontboifard .
2
33.
Les Lieutenans Generaux de cette
Armée font,
M's le Marquis de Chazèron .
Le Comte de Coigny.
De Quinçon .
De Longueval .
D'Uffon .
De Barbezieres?
&
Marefchaux de Camp.
Mrs le Chevalier de Genlis.
X ij
PAS TMAJAD
MERCURE
244
De Reygna situlq ûv
De
Préchaçoqm91292LINEVS
Le Comte de Mailly, ongoles
De Poinlegur. , omobnov sb
De Nanclas
31113 Brigadiers d'Inf nterie, ov
M'de la Chaflagne voud
De la Meffaye.
De Poudens.
ut solls
engegmeɔ
At Brigadiers
de Cavalerie
.
Mr de Sibourg .
De Legall.
ᏏᎥ .
bod fool
De Narbonne, ma an} zing
De Bercourt
. 21000
Le Chevalier
de Courcelles
.
200 Brigader de Dragons,
M' du Cambour.
1911
GALANT: 245
Quoy que vous ayez deja
vû plufieurs Relations des
avantages remportez en Cal
talogne par Monfieur le Duc
de Vendôme , celle que vous
allez lire ne laiffera pas de
vous paroiltre nouvelle , étant
beaucoup plus ample , & accompagnée
de plufieurs ciconftances
qui augmentent
la gloire de ce Prince, en faifant
voir fa prudence & fa va.
leur . Les Ennemis n'ont ap
pris fon arrivée que par les
coups dont il les a falucz
arrivant , & les mêmes Cou
riers qui nous
0
en ont
JuoduXjj M
246 MERCURE
apporté des nouvelles , nous
en ont donné de fa gloire &
de fa vigilance. On peut dire
qu'il n'est entréen Catalogne
qu'accompagné de la Victoi
re ; que jamais General n'a été
plus ardent à profiter des occafions
qui peuvent effce glo
ricules aux armes de Sa Majeftés
& que loin d'en laiſſer
chaper aucune , il n'a jamais
rien oublié de tout ce qui
pouvoit les faire naiftre. Ce
Prince fit paffer le Ter à l'Atmée
du Roy , le 30. du mois
dernier , & vint camper à Vil-
Joby. I la joignit le su Ade
166 X &
differ
GALANT. 247
grand matin avec le refte de
Infanterie squal avoit prife.
Gironne, & quelques pieces,
decanon de lerze & de vingtquatre
divres de bale . Ce Prince
qui n'a jamais fait de
Campagne fans eftre averty
de tous les mouvemens des
Ehhemis , & fouvent même
de deurst deffeins , par les
grands foins qu'il le donne, &
par les liberalitez qu'il faic
Pour en eftre bien inftruit ,,
eut avis dans fa marche que
Je Prince Landgrave de Heffe.
Darmftat , qui commandoit
Armée ennemie , campée à
X iiij.
248 MERCURE
a
S Oftaltics eftoit avance i
Maflänet, aaeuglicues en de
ça avec toute la¹Cavaleriel
d'Efpagne , qu'on fait monter
à cinq mille Chevaux ou enls
viron , & qu'elle avort®eſtél
jointe le même jour par mille¹
Fantaflins . M ' Darmſtät ne
fongeoit qu'à faire ſubſiſter
fes Troupes plus commodeli
ment , ce qui luy eftoit allei
en feparant fon Armées mais
il devoit penfer en même
temps qu'on court de grands
rifques lors qu'on fait de fi
grandes fautes devant un Ge
neral vigilant , & qui nelaiffe
GALANIM 244,9%
r
de
paffer aucune occafion
profiter des tout ce quipeut
Juy procurer quelque avantage
Mile Duc de Vendôme
alla luy - même reconnoiltre
le Camp,de M Darmeftat ,
mais comme il crut que dés
que cen General Allemand le
fçauroit dans fon voifinage ,
il décamperoit , ce Prince ne
jugea pas à propos
propos deliven deluven
laiffer le temps , & refolut de
marcher à l'entrée de la nuit ,
avec une partie de ſon Infan ,
terie , & de fa Cavalerie, pour
tâcher de tomber fur la marchemais
l'arriere-garde de
210 MERCURE
l'Armée n'eftantiarrivée que
fort tard à caufe des voitures
du Pays , dont ce Prince avoit
efté obligé de le fervir pour
porter des vivres pour quinze
jours , & d'ailleurs ayantied
avis qu'il eftoit arrivé le même
jour de l'Infanterie au Camp.
de Maffanet, qu'occupoit tou
te la Cavalerie d'Espagne ,fans
pouvoir an fhavoir precife
P ཅས་ * $ «
ment le nombre , il retarda fa
marche jufques à minuit , & ne
fefic fuivreque parquatre cens
Dragons à pied du Regiment
de la Reine d'Angleterre ,
vingt Comgagnies de crena .
GALANT BI
diers commandez parm de
Chemeraut , cinq Efcadrons
de Carabiniers , environ fix
cens Maiftres, & les Régimens
de Bretagne , Poitiers , & Font
boifards avec quatre petites
pieces de canon , portées fur
des mulets , ayant ordonné
à mi de Chazeron ; qui conduifoit
la Cavalerie , & à
de Quinçon , qui menoita in¬
fanterie , de partir au point du
jour de Villoby , pour fuivre
fa marche avec l'Artillerie &
les bagages jufques à Rio de
Arenas , ayant réfolu , non feu
lement de tomber fur la mar
à s
212 MERCURE
7109 ab non
che du Prince Darmitat , en
-105 33 20 T
cas qu il ne fe fuft pas retire
mais auffi de reconnoiftre les
retranchemens que les Enne
mis avoient fairsa Oftalrick .
Pendant que Monfieuf de
Vendôme penfoir que le Prin
ce Darmitat prendroit un
parti aufli fage que celuy de
fe retirer , pour réparer la
faute qu'il avoit faire en fe
feparant de fon Infanterie ,
vo Яlub sem
27030
SUD
General Allemand avoit
des penſées bien differentes ,
puis que le Comte de Tilly,
Commiffaire general de 14
Cavalerie Vallonne, qui a elté
GALANT
fait Prifonnier dans ce compens
ne ;
bat , a affure depuis , que le
Prince Darmitat avoit pris
Shin &
25199920
deux
5D , UHROM
聯
1567
eux ou trois fois la réfolution
de venir attaquer
l'Armée
du Roy dans le Camp
de
Villoby
, quoy qu'elle en fuft
parée par une infinité
de
defilez
. Il refta neanmoins
dans fon Camp jufques
à huic
heures
du matin
, perfuadé
que м de Vendôme
ne feroit
pas en eftat de marcher
á luy
auffi promptement
qu'il a
fait ; mais il ignoroit
la vigilance
de ce General
, qui arriva
à cinq heures du matin à
r
254 MERCURE
Rio de Arenas où il fut obligé
d'attendre fon Infanterie pens
danc deux heures. Il faifoit
alors un fort grand broüillard
, mais ce brouillard ayanc
commencé à fe diffiper , il re
connut que la Cavalerie ens!
nemie avoit décampé de Maf
faner pour regagner le retran
chement , ce qui luy fut confirmé
par deux Cavaliers qu'
un de fes Partis luy amena.
Is l'affurerent que cette Ca
valerie ne pouvoit estre fort
éloignée , de maniere que
Monfieur de Vendôme , fu
vant le deſſein qu'il avoit forKGALANT.
259
méideramberofur fa marche,
pritlechemin d'Oftalric, parce
qu'il craignoit de ne le pou
voir joindre en paffant par
Maffanet , & qu'il comptoit
de tomber fur fon flanc dans
le temps qu'il traverferoit les
grand chemin d'Oftalric , ce
quiarriva , comme ce General
l'avoit penſé . Il envoya ordre
à M' de Chazeron de le fuivre
fans s'arrester à Rio de Are
nas. Son avant-garde eftant
arrivée à un quart de lieuë
d'Oftalric , trouva quelques
troupes de la Cavalerie des
Ennemis , mais ce Prince tou256
,
MERCURE10g
jours prudent, quoy quejoys
jours preft à combattre , ne
voulant rien engager avan
que d'avoir bien reconnu le
terrain , envoya ordre de ne
les pas poufler , & s'arrefta,
pour attendre les Grenadiers.
Il receut pendant ce temps
là plufieurs avis , qui marg
quoient que les Ennemis,
eftoient fur le point d'entrer
dans les retranchemens d Of
talric , que l'on commençoit
déja à découvrir. M ' de Vendôme
confideroit qu'il feroic
d'une grande utilité au fervice
du Roy , s'il pouvoit rem.
GALANT 257
porter quelque
avantage
fur
cefte Cavalerie
, dans laquel
lè les Eſpagnols®
mettoient
feur principale
confiance
,
mais le defir de combattre
ne
prevalut
point ſur la réfolution
qu'il avoit prife de ne le
faire qu'à propos. Il fittâter
d'abord
quelques
troupes
des
Ennemis
qu'on voyoit
à tra
vers les Bois dans une petite
plaine , & détacha
pour cet
effet quatre troupes
de Dragons
des Regimens
de Bre
tagne & de Fontboifard
pour engager
le combat.
Il les fit foutenir
par les Ca--
Jun 1696 .
You Juv
238 MERCURE
rabiniers & les Grenadiers ,
qui furent ſuivis de la tefte de
la Cavalerie . Mis des Comies
de Coigny & de Mailly , qui
n'étoient point commandez,
crurent fe pouvoir mettre àla
tefte des Carabiniers , parcé
qu'ils eftoient de jour. Com
mé ils iugerent par la contenance
des Ennemis qu'ils
fongeoient plûtoft à entrer
dans leurs retranchemens
qu'à combattre , ils refolurent
de les charger brufque
ment , & de mander à Mont
fieur de Vendôme , qu'il fon
geait à les faire foutenir, mais
ce Prince aimant mieux haGADANTM
259
zardér fa perfonne que des
Troupes du Roy , alla luy
même reconnoittre la difpo
ſition des chofes , avec M's de
Longueval & d'Uffon , qu'il
avoit rerenus auprés de luy.
3bfit approcher quelques
Troupes commandées par
Minde la Chaffagne , & par
Mile Comte de Chemeraut ,
ainfi que le Regiment de
Dragons de Poitiers , & pofta
filavantageulement for les
hauteurs les Grenadiers , &
les Dragons á pied de la
Reine d'Angleterre , qu'ils
voyoient également la plaine
-ad xusin , TX ja 9
260 MERCURE
oùl'action fe devoit pafferth
& les retranchemens d'Oftabb
ric ? de maniere qu'ils coul
vroient les flancs del nost
Troupes. memprio
L'Infanterie des Ennemis
ne fongea qu'à garder les pob
ftes , & la Cavalerie , qui feq
mit en bataille fur trois hat
gnes,n'ofa étendre la gauche.
Ainfi elle fe trouva d'un coſtél
fort ferrée dans fon tetrain ,
& attaquée d'un autre coſté
tres vigoureuſement parM'le
Comte de Coigny , quoy qu'il
n'euft pû mettre dans fa pre
miere ligne que quatre Eſca,
GALANTY 261-
ว
drons de
Carabiniers & trois
des Dragons de Bretagne ,qui
eftoient foutenus par Monfieur
le Duc de Vendôme,
avec le cinquiéme
Elcadron
des Carabiniers
, & le refte
du détachement
. Nos Trou
pes effuyerent
avec toute la
fermeté imaginable
, & fans
s'ébranler
, une décharge que
leur firent mille des meilleurs
Fantaffins
des Ennemis , qui
les avoient joints au Camp
de Maffanet. Leur Cavalerie
fit aufli quelques décharges,
que cinq Elcadrons
de Carabiniers
& trois troupes de
2511
262 MERCURE
Bretagne elluyenenp avec la
mème intrepidité! & Ils roul
verent quelque réſiſtances à
la droite, parce que nostdou
pes s'eftoient débandées de
cinq ou fix Escadrons , mais
Monfieur de Vendôme: ldsayant
foutenus à proposavec
lès détachemens de Fontboi.
fard & de Poitiers , & quelque
Cavalerie , on rechargeaulos-
Ennemis deux fois , de forte
que leur premiere lignes fe
renverfa fur la feconde , & la
feconde fur la troifiéme , qui
prit la fuite Le defordre sie .
ftant mis parmy eux , cd cho
GALANT 263
fut plus qu'une déroute, No!
ftre Cavalerie les fuivit pendam
doux lieues . Une partie
declour Cavalerie prit la fuite
du cofté de la riviere de Tordera
, où ily en eut beaucoup
de tucz & de noyez ; & l'autre
regagnades hauteurs qu'elle
venoit de defcendre , pour fe
rendre à Maffanet , où Monficut
de Vendôme avoit fait
pofter les miquelets, qui leur
tuérent plus de trois cens che
vaux,& en prirent plus de cin
quante , ce qui fait juger dour
perre d'autant plus confiderable,
que les Carabiniers ont
264 MERCURE
fait des chofes furprenantes
en cette occafion . Ils y ont
eu deux Capitaines tuez , &
quelques Officiers fubalternes
M de Brazac , qui en eſt
Major , s'y est beaucoup dif
ringué , auffi bien que M' le
Marquis de Barbezieres , qui
a chargé trois fois ; & M's de
Fontboifard , Sibour , Legall ,
& du Cambout . M' le Comte
de Coigny y a eu fon cheval
bleffé , & M' le Comte de
Mailly aefte legerement blef
é à l'épaule d'un coup de
fabre , & a eu un cheval tué .
fous luy. L'action eftant finic,
GALANT. 265
nie , de M. Longueval alla
du cofté des retranchemens
des Ennemis , pour les examiner
; & fon cheval eftant
revenu
feul
, Monfieur
de Vendôme envoyà für le
champ un Trompette à Oftalric
pour en demander des
nouvelles ; mais comme on
n'en a pû apprendre de certaines
, il y a lieu de croire
qu'il a efté tué . On donna la
vie à fept ou huit Capitaines
de Cavalerie , à quelques aútres
Officiers , qui font Prifonniers
ainfi que M le
Comte de Tilly, Commiffaire
Juin 1696.
>
Ꮓ
266 MERCURE
general de la Cavalerie Vallonne,
dont le Regiment a été
entierement défait. Ce qu'il
y a de plus remarquable, c'ett
que toute l'actions'eft paffée
fous le feu du moufquet & du
canon des retranchemens
des
Ennemis , fans qu'il en foit
forty un feul homme. Nous
avons eu environ cent hommes
tuez ou bleffez ; & les
Ennemis y en ont perdu mille
à douze cens , dont il n'y a
guere plus de cent Prifonniers
, les Dragons & les Carabiniers
n'ayant fongé qu'à
faire main baffe ; mais ce
GALANT. 267
combat leur coute plus de
mille chevaux. Monfieur de
Vendôme , dont on ne peut
trop louer le zele , la pruden .
ce & la valeur , s'eft tellement
expoſé , tantqu'a duré l'action,
qu'il a toujours efté dans un
peril évident. Un Officier a
même efté tué d'un coup de
canon auprés de ce Prince .
Mile Chevalier d'Aubeterre,
qui commande fous fes ordres
un Corps de trois à quaue
mille hommes , eftant entré
dans la Cerdagne Eſpagnole
, s'eft rendu mailtre
de tout le quartier de Barida,
Zij
268 MERCURE
qui confifte en vingt - deux
Villages , & du Chateau d'Ariffor
, fitué fur un rocher
prés d'Urgel , dont il a fait
la carnifon prifonniere de
guerre. Les Miquelets , & les
Sommetans de ce Pays - là ,
qui eftoient affemblez en
grand nombre pour luy en
difputer l'entrée , ont esté
diffipez par les Troupes du
Roy qui campoient à Liede.
Je vous envoye un eftat des
Troupes d'Allemagne . Je n'y
ajoûte point les noms des
Officiers generaux , vous en
ayant envoyé la Lifte dans
GALANT: 269
ma Lettre du mois de May.
Je ne vous répons pas que
les noms de tant d'Officiers ,
de Bataillons & d'Efcadrons ,
foient dans la derniere jufteffe
. C'eft une chofe affez diffi
cile , quand il s'agit de noms
propres. Je ne vous répons
point auffi qu'il n'y ait pas du
plus ou du moins dans le dénombrement
des cinq Armées
du Roy , qui fe trouve
dans ma Lettre . Les Troupes
font tant de mouvemens dés
qu'elles ont commencé d'entrer
en campagne , qu'il eft
prefque impoffible que les
Z iij
270 MERCURE
corps d'Armées ne foient
fouvent dans le même mois
plus forts ou plus foibles ,
felon les occafions . Voicy les
Troupes de l'Armée d'Allemagne
dont je viens de vous
parler.
INFANTERIE .
Bataillons.
Normandie.
La Reine.
Vaiffeaux.
Morangis.
3
3
7
2
Guyenne.
Tierarche.
Dublin Irlandois. 2
Beaujolois.
I
GALANT .
278
Vivarés.
Labour.
Beaurepaire.
Charlemont Irlandois .
Chaftellelon .
Marigane.
Royal Artillerie.
Comte
Dugua.
Gaſtebelle Foiriere.
Marcilly.
活
I
I
1
I
I
Damas.
La Sarre.
Dauphiné.
Quercy .
Baffigni.
Flandre.
Dobeq
Z
iiij
272 MERCURE
Beauce.
Albigeois .
Bearn .
Poitiers.
Peremangle.
Durechaux .
39.
I
I
CAVALERIE.
Efcadrons .
Colonel general.
Romainville.
Lagny.
Dauphin.
Horn.
Savines.
Larrart.
Broglio.
w]
333
3
3
2
3
GALANT. 273
Souvray.
3
Duras .
Saint Simon.
Forfac.
Villiers.
Conflans.
Royal Rouffillon .
Talmont.
Du
Bordage .
La Feüillade.
Champlin.
Marivaux .
Chevalier d'Imecourt.
Royal.
Efclainvilliers.
L'Ile de
Vigier.
Gouffier.
2
3
3
3
2
3
2
3
3.
3
3
3
3
274 MERCURE
Chateaumorand.
Bar.
Merinville.
Melun.
Marquis
de Biffi.
DRAGON S
Sailly.
Kaillus ou Lautrec.
Girandon .
Lalande.
Second Languedoc .
Rennes.
Gobert.
Eftrades .
Bragelonne .
3
3
3
3
3
3.
3
3
www
3
3€
3A
3
108.
GALANT:
275
Le Vendredy 8.de ce mois,
le Chapitre de Chaalons
ayant cfté averty que Meffire
Jean-Baptiste - Louis - Gaſton
de Noailles , fon Evefque
devoit arriver ce jour là , pour
prendre poffeffion de fon Evefché
, députa quatre Chanoines
, qui allérent à ſa rencontre
à quatre lieuës de la
Ville , & luy firent compli
ment de la part du Corps.
En voicy les termes :
MONONSEIGNEUR,
Lorſque tout brille dans une
276 MERCURE
famille , comme tout a toujours
brille dans la voftre , plus encore
en vertu qu'en dignitez , quoy
qu'elles y foient en nombre , &
des plus confiderables de l'Etat ;
quand , dis je , tout brille dans
une famille , l'on ne deſcend jamais
de bien en mal, l'on y va
toûjours de bien en bien , & fouvent
mesme l'on y monte de bien en
Smetony
mieux comme nous le voyons arriver
aujourd'huy en vostreperfonne
dans ce qui fe paffe.
Meffire Louis Antoine de
Noailles n'est plus Evefque de
Châlons , il eft Archevefque de .
Paris. Dans cette illuftre Eglife ,
GALANT: 277
la premiere de France , & que
quelques -uns ont nommée la ſeconde
de la Chreftienté , il conferve
pour nous la meſme follicitude
, & la mefme affection qu'
auparavant Lor's qu'il eftoitparmy
nous , il y a formé dans l'ef
prit de Dien Meffire Gafton de
Noailles , fon frere. Il a voulu
qu'il yfrequentaft nos Eglifes ,
qu'il demeuraft dans nos Seminaires
, qu'il affiftaft à tous les
exercices de Pieté de Doctrine
du Diocefe , & par là , qu'il en
fuftl Eleve. Quelle gloire quel
honneur pour nous , d'autant plus
que nous nous reconnoiſſons ious
278 MERCURE
5
les Eleves de ce grand Archevefque
, qui eft en ce genre le premier
Maistre du monde , qui de ce
Meffire Gafton de Noailles en a
fait un chef- d'oeuvre de pieté , en
afait fon propre Tableau , mais
tableau d'aprés nature ! Ce n'eft
pas affez. Il en a fait un autre
luy- mesme , en benignité , enfageffe
& en vertu ; & cet autre
luy mefme fe trouve aujourd'huy
efte noftre Evefque , & voila
noftre bien en mieux Nous confervons
les follicitudes & l'affection
de cet Illuftre Archevefque;
nousfommesfous la main & fous
l'oeil d'un autre luy meſme , mais
GALANT . 276
•
de luy mefme , puifque c'est fon
efprit , efprit de Dieu , esprit de
l'Evangile , efprit de perfection ,
qui va continuer par vous , Monfeigneur
, à nous gouverner &
nous conduire.
Venez donc , noftre aimable
Frere , mau plus respectueuſe、
ment , venez noftre cher & venerable
Pere ; car vous nouseftes
& l'un & l'autre . Vous etes
noftre Frere , puifque dans le fein
de la mefme Mere , nous avons
manzé ensemble à la table d'un
riche Pere , le mefme pain celefte
& spirituel , que nous avons
partagé comme noftre heritage
280 MERCURE
commun . Vous eftes noftre Pere ,
parce que vous estant revestu de
tous les biens de ce riche Pere ,
vous nous l'eftes devenu , & c'eft
à vous enfa place à nous les diftribuer
à prefent , & à nous en enrichir.
Après cela , peut . on s'éton
ner fi nos coeurs ont volé , & fi nos
pas ont redoublé leur viteſſe à vô .
tre rencontre , aprés que nos prie
res qui ont precedél'un & l'autre,
vous ont obtenu du Ciel ? Vous
trouverez en nous la cordialité de
frere mais vous y trouverez la
veneration due à un Pere , plus
que tout cela , vous y trouverez
une docilité telle que la vertu ellemefme
pourroit exiger ,fi elle eftoit
GALANT. 286
fur la terre . Hépourquoy n'yferoitelle
pas , puifque vous en eftes un des
premiers & des plus éclans fujets ?
Venez donc comme le bon laboureur
de l'Evangile, Venez répan
dre par tout toutes fortes de bonnes
graines. Nos coeurs , comme
des terres fertiles font disposez à
les faire fruct fier , mais fructifier
juſqu'à une vie d'Ange & de
perfection. Est ce trop dire pour
des Preftres ? mais peut on moins
& fe fervir d'une autre expreffion
à la vue d'un Prelat que tout,
le monde reconnoist & publie pour
eftre un veritable homme de Dieu ?
Nous vous recevons , Monfei,
Juin.696.
*
A a
282 MERCURE
gneur , avec des fentimens tour
du Ciel, parce que nous fçavons
que vous en venez , & que nos
prieres ont concouru à vous en tirer
pour nous ; ce qui nous fait efperer
que vostre Miniftere va estre
pour vous pour nous , &glorieux
& heureux. C'est le comble
de nos fouhaits.
Aprés ce compliment, cePre
lat ayantfaità ces Ms toutesles
honneftetez poffibles & pour
leurs Corps & pour eux , il
continua la route à Chalons ,
où il fut reçû avec une feſte
& des acclamations publi- ·
ques & fi extraordinaires , tant
GALANT: 283
il y eftoit fouhaité , qu'on ne
peut rien ajouter aux marques
de joye que donna toute la
Ville zuchh milk to
क
aryComme vous apprenez
toutes les femaines par les
nouvelles
publiques , les pri .
fes que nos Armateurs font
fur l'une & fur l'antre mer ,
je ne vous en parle point dans
mes Lettres , parce que ce ne
feroit qu'une repetition de ce
que vous auriez déja appris , à
moins que ces prifes ne foient
accompagnées
de circonftan
ces affez confiderables pour)
vous rendrenouveau
en quel
A.a ij
284 MERCURE
que façon ce que vous fçavez
déja. C'eſt cette raiſon
qui m'engage à vous entreteaujourd'huy
de deux prifes
qui nefont pas moins glorieufes
à ceux qui les ont faites ,
qu'elles font utiles à ceux qui
y font intereffez.
nir
Le Polaftron commandé
par M' de la Beliere le Fer , &
le Dauphin , par M ' de la Lande
Paliffade , fortirent de S.
Malo le 25. du mois paffé ,
tous deux de compagnie. Ils
rencontrérent le fecond de
ce mois , à la hauteur des Sorlingues
, quarante lieuës hors,
GALANT. 285
trois Vaiffeaux qui à la pointe
du jour n'estoient qu'à une
demie lieuë d'eux . L'un de ces
trois Vaiffeaux tint le vent , '
& les deux autres firent chacun
une route differente , ce
qui obligea le Dauphin de
donner chaffe à l'un , & le Pola
ffron à l'autre. Sur les trois heu .
res , le Dauphin joignit le fien ,
qui fe rendit aprés une heure
de combat , ayant fes deux
mafts de hune & fon artimon
coupez. C'eftoit un e Fregate
Angloife de vingt- canons ,
fortant de Londrés pour
Smirne & Conftantinople ,
.
286 MERCURE
chargée de 176. Balots de
Draperie , de bois de Brefil
& de plomb. M' de la Rue ,
Capitaine en fecond fur le , a
Dauphin ,fut mis dedans pour
l'amariner , avec trente deux
hommes
, le Dauphin ayant e
refolu de le convoyer
. 01
Le 6. du mefme mois à la
hauteur de l'Iroize ,
quaranten
lieues hors , le Dauphin cut :
connoiffance d'un Navire ,
fous le vent. Il arriva , & celuy
- cy l'attendit fes deux baf- ,
fes voiles carguées , & Pavillon
Hollandois . Le combatr
commença environ fur les dix
GALANT. 287
heures , & dura plus d'une
heure & demie. Apres ce
temps , le Dauphin mit :
en travers pour attendre fa
Prife , qui avoit toujours faiti
force de voiles pour le joindre.
Cette Prife eftant à la
voix , M ' de la Ruë qui la commandoit
, voyant que le Hollandois
s'échapoit , & qu'on
ne fe battoit plus du Vaiffeau
le Dauphin y paffa dans fa
Chaloupe , & trouva que le
Capitaine avoit efté tué d'un
coup de fufil au travers du
corps , & fon premier Lieute
mant, appellé Desjardins , d'un
288: MERCURE
coup de canon . Un autre
Lieutenant avoit auſſi elté
tué , avec quelques Soldats & :
Matelots , dont ily avoit dixhuit
bleffez . Trois canons
avoient crevé , dont l'un avoit
enlevé plus de la moitié du
Gaillard de l'arriere. Ce Navire
avoit outre cela trois
coups de canon à l'eau . L'Equipage
découragé ne
trouvoit pas en eftat de pour- I
fuivre fa proye ; mais M' de
la Ruey fit paffer trente Mari-;
niers ,porter des voiles , & rac-,
commoder
le plus promptes
ment qu'il put les mancue
fe
vres
11
GALANT. 289
vres coupées , & engagea l'E .
quipage à rejoindre le Fleffingois
, ce qu'il fic une heure
avant la nuit ; & ayant efte la
ranger à la portée du piftolet ,
le Hollandois fe contenta de
luy titer dix ou douze coups
de canon en retraite, & amena
enfuite . Il venoit de Bilbao ,
& eftoit chargé de plus de
cinq cens facs de laine , & de
lames de fer. Ces deux Prifes
ont efté coduites dans la Ri
viere de Nantes , & font eftimées
cinq cens mille livres
au moins. On ne peut trop
admirer la conduite & la va-
Bb
Juin 1696
290 MERCURE
leur de M de la Rue , qui n'eft
ágé que de vingt- deux ans .
Voicy les noms des per
fonnes confiderables , mortes
depuis ma derniere Lettre.
Dame Anne Bouer , Veuve
en premieres noces de мeflire
Philbert Guillemin , S' de
Milly , Maiftre des Comptes,
& au jour de fon décés , de
Meffire Louis Bourgoin , auffi
Maistre des Comptes . Elle
eftoit âgée de plus de quatrevingt-
ans , & ne laiffe point
d'Enfans de fes deux mariages.
Elleétoit Tante maternelGALANT
29t
le de Madame de Pontcarré ,
Epoufe du Confeiller d'honneurau
Parlement, & grande-
Tante maternelle de M' Gilbert
de Voifins , Prefident en
la feconde Chambre des Enqueftes
, & de Mr Gilbert de
Villaroy , Confeiller en la
troifiéme Chambre des Enque
ftes
Dame Marie le Ragois , Epoule
de Meffire Jean le Nain ,
ancien Maiftre des Requeftes .
Elle eft morte auffi à plus de
quatre vingt ans , & laiſſe plufieurs
Enfans , entre autres ,
Jean le Nain , Seigneur de
Bbij
292 MERCURE
.3
Guignonville , Conſeiller en
la Grand Chambre , Pere de
Jean le Nain , & Avocat du
Roy au Chaftelet , puis Confeiller
en la Cinquiéme des
Enqueftes , & de Claude le
Nain , Correcteur des Compres
; Mr l'Abbé le Nain de
Tillemont , fort fçavant dans
l'HiftoireEcclefiaftique
, dont
il nous a déja donné quelques
Ouvrages ; le Pere le Nain ,
Religieux de la Trappe ; N. le
Nain , Epoufe d'Antoine Por
tail , Confeiller en la Grand'-
Chambre , & mere de M' Portail
, Avocat du Roy au Cha
GALANT: 293
ftelet , & la Mere le Nain , Religieufe
Carmelite-
M' du Vernet, S' du Pleffis ,
Ecuyer ordinaire du Roy ,
mort fubitement le 8. de ce
mois , âgé de foixante & feize
ans trois mois. Il avoit épousé
la Soeur du fçavant M'l'Abbé
de Sainte- Beuve , Docteur de
Sorbonne , dont il al aifféune
Fille .Il a esté longtemps Chef
d'une Academie fort celebre ,
par le grand nombre de jeune's
Gentilshommes des plus
illuftres Familles de France ,
& des Pays Etrangers , qui y
eftoient élevez avec beau-
Bb iij
294 MERCURE
coup
de foin. Mr le Duc de
Glocefter , Fils de Charles I.
Roy de la grande Bretagne ,
venoit y faire les exercices .
Aprés la mort de M ' d'Arnol
phini , eftant encore dans
fon Academie , il eut l'honneur
de mettre le Roy &
Monfieur à cheval , conjointement
avec feu M' de Belleville.
Sa Majefté le retira de
fon Academie , pour luy don .
ner une Charge d'Ecuyer de
la grande Ecurie , & le choifit
avec feu M' de Bournonville,
pour mettre Monſeigneur à
cheval. Il y a mis depuis par
6.A.S
GALANT: 295
ordre du Roy , Monfieur le
Duc de Chartres , Monfieur le
Duc , Monfieur le Comté de
Touloufe , & il devoit y met
tre dans peu Monſeigneur le
Duc de Bourgogne . Il avoit
beaucoup d'adreffe , une par
faite connoiffance de tout ce
qui regardoit la profeffion ,
& une grande application
pour s'en bien acquiter, Il
faifoit monter les Gentils .
hommes le matin , & montoit
luy même plufieurs che
vaux l'apréfdînée . Ilen mon .
ta quatre tout jeunes le der
nier jour de fa vie , & a con-
Bb iiij
296 MERCURE
fervé par cet exercice conti
nuel la vigueur de la jeuneſſe
dans un âge plus avancé. Il
eftoit fort charitable envers
las Pauvres. M' du Vernet de
Roquefort , S de Neuville ,
fon Neveu , eft en fa place
Ecuyer ordinaire du Roy.
Dame Marie Elizabeth Richer.
Elle eftoit Femme de
M'Fayet , Auditeur des Comptes
.
Mr le Gendre , Intereffé
dans les Fermes generales du
Roy. Il eft mort âgé environ
de cinquante ans , & fort regreté
de tous ceux qui con
GALANT: 297
noiffoient la droiture de fon
coeur. Il eftoit tres- bon Ami,
& quand il promettoit quel
que chofe , on fe pouvoit af
furer qu'il n'y avoit point de
déguisement. Les follicitations
eftoient inutiles pour
l'en faire fouvenir , & on peut
dire qu'il fe faifoit un plaifir
d'aller au devant de ce qui en
pouvoit faire à ceux qu'il aimoit
à obliger.
de
ce
M'de Varillas , Confeiller
du Roy , & Hiftoriographe
de France , mort le
mois , âgé environ de foixante
& douze ans. Son corps a efté
9.
298 MERCURE
porté aux Carmelites du Faux
bourg S. Jacques , auprés de
celuy de м l'Abbé le Camus,
fon Bienfaicteur . Il eftoit de
la Ville de Gueret dans la
Haute- Marche , d'une honnefte
Famille de cette Ville là ,
& vint fort jeune à Paris , où
il s'adonna à l'étude des belles
Lettres & de l'Hiftoire .
M's du Puy , dont il avoit la
til
connoiffance , le mirent dans
la Bibliotheque du Roy , où
il forma le deffein de compoſer
l'Histoire de France ,
comme il a fait depuis avec
reputation , ayant donné au
THENO
OTHE
GALANT 209
Public l'Hiftoire de Louis X
de Charles VIII . de Louis
XII. de François I. de Herny
11. de François II. de Charles
IX . &de Henry III . l'Hiftoire
de l'Herefie , les Anecdotes
de Florence , la Politique de
la Maifon d'Auftriche , & plufieurs
autres Ouvrages , que
le S Barbin a imprimez en
vingt & un volumes in quarto .
Ily a fept ou huit ans que M
le Duc d'Aumont engagea
Ml'Abbé Quefnel de S. Magloire
, de faire à m'de Varillas
la propofition d'accepter
dans fon Hoftel un apparte-
$
NO
300 MERCURE
EZ
y
a
uy
tement avec fa table , & une
penfion de mille francs , & il
le remercia , pour eftre plus
en liberté. Il eftoit d'une
grande pieté , & fort charitable
envers les Pauvres.
Auffia-t- il laiffé par fon teftament
une fomme confidera- h
ble à l'Hoftel - Dieu .
Jay
ser
on
วง
101
M' le Cardinal de Bonfi
eftant arrivé à Paris depuis
peu de jours, on s'eft empref
fé à luy témoigner la joye
que l'on a de voir fa fanté
parfaitement rétablie. Le Roy an
même , quand ce Cardinal a
eu l'honneur de le ſaluër, a eu
Ric
Duc
GALANT. 301
or
la bonté de luy
marquer l'intereft
qu'il y prenoit , & de
luy dire qu'il avoit appris avec
plaifir que fon indifpofition
n'avoit efte qu'un mal paſſager
, qui n'ayant point eu de
fuite , ne l'avoit pas empêché
de s'employer
avec zele,
comme il a toujours
fait , dans
toutes les chofes qui regardoient
fon ſervice , dont Sa
Majefté
eftoit tres contente,
Les derniers
jours du mois
paffé , l'Academie
Françoife
complimenta
M ' le Duc de
Richelieu
, fur la naiffance
du
Duc de Fronfac
, fon Fils.
302 MERCURE
M Charpentier , Doyen &
Chancelier de la Compagnie,
& M' l'Abbé Teftu , furent
chargez de ce compliment,
& de prefenter en même
temps à ce Duc un exemplai
re du Dictionnaire de l'Academie
Françoiſe , ce qui fut
receu avec beaucoup de reffentiment.
M Charpentier ,
qui portoit la parole , luy dic
en fubftance : Qu'encore que le
nom de Richelieu ne puſt jamais
finir , & que ce fuft un de ces
noms celebres qui n'ont plus rien
à craindre de la viciffitude des
cbofés bumaines , néanmoins on
GALANT 303
me pouvoit s'empêcher de ſe réjouir
quand on voyoit naiftre des
heritiers de ce grand nom , & qu'-
on voyoit éclore de nouvelles fleurs
de cette tige immortelle ; Que le
glorieux ministere du Cardinal
de Richelieu , & fon zele infatigable
pour le fervice de fon Prince
defa Patrie , avoient meri-
¿ té cet attachement univerfel aux
interests de fa Maiſon. Que
l'Academie Françoiſe qui a une
relation plus étroite avec cegrand
Cardinal, qu'aucune autre Compagnie
du Royaume , fefaifoit un
fujer de joye tout particulier de
voir revivre lefangde cet homme
•
304 MERCURE
-46
incomparable en la perfonne de ce
noble Enfant qui vient de naiftre.
Qu'elle les avoit chargeZ de l'en
venir feliciter , & en même temps
de luy offrir ce fruit de fes veilles
fi longtemps attendu , & qu'ils
buy prefentoient non feulement de
la part decette Compagnie , mais
encore de la part & au nom de ce
fameux Cardinal. Que c'estoit un
Ouvrage dont il avoit donné le
·Plan ; que c'eftoit fur jes idées
qu'on avoit travaillé , & que
L'Academie auroit fujet de s'efti.
mer beureuſe , fi elle avoit fceu
profiter de fes lumicres , & fidans
la poursuite d'un deßein fi vafte,
GALANT.
395
elle ne s'eftoit point éloignée des
routes qu'il luy avoit tracées.
Je ne fuis pas étonné que la Cri
tique que l'on a faite du Dictionnaire
de l'Academie
n'ait fait nulle impreſſion
for voſtre efprit . L'Auteur
l'attaque par de fi foibles endroits ,
que fi cette Compagnie
n'y trouvoit
autre chofe à teformer
, elle ne s'appliqueroit
pas , comme elle fait , à
revoir ce grand Ouvrage
. Cependant
, Mr Mallement
de Meffange
n'a pû laiffer cette Critique fans y
faire une réponse , qu'il prefenta le
18, du mois paflé à tous ceux de
l'Academie
qui , ce jour -là , compo-
.
férent l'Affemblée
. La ſubſtance de
fon Compliment
fut , qu'il luy eftoir
glorieux d'avoir trouvé une occafion
de marquer fon zele à ce Corps il-
Juin 1696 . Cc
306 MERCURE
15
luftre , & que ce qu'il venoit de donner
au Public n'eftoit que la premiere
partie de fa Réponſe , qu'il employe.
roit fes foins pour faire que la feconde
fuft plus digne des perfonnes.
pour qui il avoit l'honneur de
parler
; qu'il avoit fait ce qu'il avoit pû
pour le retenir fur leurs louanges
& qu'il avoit eu plus d'égard à leur
modeftie qu'à leur merite, Ce Compliment
fut reçû avec beaucoup
d'honnefteté , & M Dacier , alors
Directeur , remercia Mr de Meffange
au nom de la Compagnie. Cette
Réponse eft divifée en cinquante
Articles dont les uns font voir que
tous les caracteres d'une mauvaife
Critique fe trouvent dans celle du
Dictionnaire de l'Academie , & les
autres font des Remarques fur une
partie des chofes que contient cette
J
GALANT. 307
2
Critique. On la trouve chez le fieur
Pierre Ballard , rue Saint Jacques ,
Sainte Cecile.
Peu de perfonnes ont deviné let
vray mot de l'Enigme du mois paffé,
parce qu'il n'eftoit pas ailé à trouver.
Ceftoit la Nielle. Voicy les noms
de ceux à qui ce mot n'a pas échapé.
Mis l'Abbé du Fretcy , Martin du
Marais de Beaulieu ; de Guivry ,
Moufquetaire ; Martine , fieur de
Fontaine le Curé de Tremblay ::
1'Abbé Guerout , de Saint Paul ; le
Ras ; le Chevalier , du Moulinet de
Nyon; le Jeune, de la Douannele
charme des Jardins du Cloiftre S.
Benoift ; l'obligeant & fpirituel Re--
nard de la Paroifle Saint Roch. La
vettueufe Veuve de la rue des Ber--
nardins ; Polixene & Arface.-
CICLE
ob
251
Vos Amies trouveront peut-
Cc ij
308 MERCURE
estre plus de facilité à expliquer la
nouvelle Enigme que je vous envoye,
ENIG ME .
Oas ne nous vantons pas d'an
N° rang fort relevé,
On nous met au plus bas étage.
Quelquefois on nous fait l'outrage
De nous traifner fur le pave.
Pour mettre à la raison qui contre
nous s'obfline ,
On nous arme d'un fer qui fi bien
le chagrine
Qu'il ne cede que par dépit .
Comme deux Soeurs on nous unit exfemble
,
Et l'on peut dire avec raifon , ce
Jemble,
Malheur à qui l'une de nous fuffit.
L'Air nouveau que je vous envoye
THE
FIELL,
GALANT:
309
gravé , & dont vous allez lire les pa
roles , eft d'un des plus fçavans hommes
que nous ayons en Mufique.
AIR NOUVEAU,
B
Eauté que la nature adore,
Dont la loy regle les Saifons ,
Et fait fucceder aux Glaçons ,
Les fleurs que nous voyons éclore.
D'un regard favorable & doux
Banniffez de mon coeur la froideur
criminelle ,
Et changez mon ame rebelle
Trop lente à s'enflamer pour
vous.
Tout le monde a efté de votre
fentiment fur le Traité du Café que
je vous envoyay le mois paffé. On
l'a lû avec beaucoup de plaifir , & il
n'y a perfonne qui ne convienne des
utilitez que l'on reçoit de l'admira310
MERCURE
ble Féve dont on fe fert à le compofer.
Quand on a parlé de fa raci--
ne , de fes feuilles & de fes Fleurs ,
felon la defcription qu'en fait Diefcore
, vous voyez bien qu'on a voulu
dire Diofcoride , & que c'eft au
Copifte feul que cette faute doit.
eftre imputée. Il s'en eft gliffé quelques
autres dans ce Traité , aufquelles
je ne doute point qu'il ne vous
ait efté facile de fuppléer.
Mr le Marquis de Noailles eftant
tombé malade au Camp de Groffeliers
, y eft mort de la petite Verole
, & a efté enterré dans l'Eglife
des Jefuites de Mons . Il eftoit Lieutenant
de Roy de la Haute Auvergne
, Maréchal des Camps & A--
mées de Sa Majefté . Frere de Mile
Maréchal Duc de Noailles , de Mr
l'Archevêque de Paris , de M'E-
°
GALANT.
ར་ ་ 31
Bukit
vêquè & Comte de Châlons , & de
Mr le Bailly de Noailles , Lieutenant
General des Galeres . Il laite
deux Filles , dont l'aînée eft âgée
de fept ans , & la Cadette de quatre .
Madame la Marquife de Noallles ,
fa Veuve , eft Fille de Mr Roulier
Confeiller d'Eftat , & cy - devant
-Intendant en Provence . Rien n'égale
l'attachement qu'elle avoit pour
luy . A peine eut elle appris fa ma--
ladie , qu'elle partit pour l'aller trou .
ver au Camp , où il eft mort . Mrle
Marquis de Noailles a toujours fervý
avec beaucoup d'application , &
s'eft particulierement diftingué dans
toutes les Campagnes que M le
Marefchal Duc de Noailles a marquées
par autant de Victoires..
Mr de Catinat eſtant entré dans
la Plaine de Piémont , fuivant la
prudence des ordres , qu'il avoit
313 MERCURE
reçûs , plutoft que les Ennemis ne
s'y attendoient , afin de les empefcher
de s'y fortifier , n'avoit pû par
cette raifon faire marcher les gros
Equipages & le gros Canon , qui
d'ailleurs eftoient encore retardez
par les grandes pluyes qu'il a fait en
ce pays- là . Ainfi il a fallu , pour fe
mettre en eftat d'agir feurement ,
tout le temps que vous avez crû qui
fe paffoit dans l'inaction . Comme
pendant tout ce temps - là chaque
party s'eft preparé pour preparé pour l'ouverture
de la Campagne , & que la guerre
ne s'eft faite que pour les fourages
& par des Partis , je me contenteray
de vous rapporter deux ou trois
chofes remarquables qui fe font faites
à cette occafion .
Un Party de douze de nos Dra - 1
gons qu'on avoit envoyé à la décou
verte ,
GALANT. 313
verte , le 10. de ce mois , en ayant
apperçu un de foixante Maiftres
les douze Dragons allêrent à eux
les mitent en fuite , en tuérent plufieurs
, & amenérent chacun leur
prifonnier. Cette action a efté regardée
comme un prodige . On fit
le lendemain un grand fourage . Les
Ennemis voyant nos gens travailler,
détachérent quatre cens chevaux ,
qui vinrent à eux . Ils donnerent
d'abord fur une petite garde avancée
de Cavalerie , qui n'ayant pû ſe
foutenir , tâcha de gagner en faifant
face aux Ennemis , une groffe garde
de nos Dragons , qui marchoient
auffi à eux , & lors qu'ils furent tous
joints , ils firent tefte , & donnerent
fi vigoureufement fur les Ennemis
, qu'ils les firent plier. L: Piquet
eftant furvenu , on les pouffa
Juin 1696.
Dd
*
314 MERCURE
jufques au delà de la plaine de Milleffeurs
, & nos gens revinrent en bon
ordre , & amenerent vingt Prifonniers
& trente chevaux. Il ne s'eft
prefque point paffé de jours où nous
n'ayons eu quelques avantages approchans
de celuy- là , que le peu de
place qui me refte m'empefche de
vous rapporter . On leur donne des
Sauvegardes , mais on ne fait point
de quartier à ceux qu'on trouve fous
les armics , Les Ennemis de leur cofté
menacent en fuyant toujours , &
fiers dans leur confteration ils
mettent tout en ufage pour leur
deffenſe , & pour augmenter la gloire
de nos Troupes.
>
Je vous envoye un Journal exact
& fidelle , de tout ce qui s'eft paffé
en Flandre , depuis l'ouverture de
la Campagne.
Le Roy ayant donné les ordres à
GALANT. 315
Mrs les Marefchaux de Villeroy &
Bouflers , pour ouvrir la Campagne
par des Camps avantageux , afin de
faire fubfifter fes Armées dans le
Pays ennemy , la premiere commandée
par Mrle Marefchal de Vil
leroy , eut ordre de s'affembler fous
Courtray le 17. May , où ce General
fe rendit au retour d'un voyage qu'il
avoit fait pour visiter les Places qui
font du cofté de la mer.
.
La feconde , qui eft fous les ordres
de Mrle Marefchal de Bouflers s'af
fembla aux environs de Fleurus , le
de ce mefme mois.
17.
Pendant la nuit du 17.au 18. Mr
le Marefchial de Villeroy envoya
Mr de Caraman , Marefchal de
Camp , avec 300. chevaux & fix
Compagnies de Dragons , pour
s'emparer de la Ville de Deinfe .
Dd ij
316 MERCURE
Le 18. les Troupes qui eftoiene
campées prés Courtray , vinrent
camper à Vive - Saint-Eloy , où le
refte des Troupes qui compofent
l'Armée de Mr le Marefchal de Villeroy
, joignit. L'on campa la droite
a Potteghem , & la gauche vers Vive
Saint-Eloy , faiſant tefte au ruiſfeau
qui tombe dans la Lis.
Le 19. l'Armée décampa de Vive-
Saint-Eloy , pour venir camper
à Machelen , la droite à Gruys- Hautem
, & la gauche entre Deinfe &
Machelen , appuyée à la Lis . L'ont
mit un petit Camp d'infanterie à
Perghem prés de Deinfe , fous les
ordres de Mr de Caraman , pour
affurer la gauche, & quelques Regimens
d'Infanterie & Dragons pour
couvrir la droite , autour du Cha-
Reau de Gruys Hautem. Ce Camp.
cft fort avantageux , à caufe de fa
GALANT. 317
fituation prés de la riviere de Lis , &
de la quantité de fourages qui font
aux environs.
Le 20. l'on fit quelques ponts fur
la riviere de Lis , pour paffer les
fourageurs , & pour y pouvoir faire
paffer l'Armée , en cas que quelque
mouvement des Ennemis y obligeaft.
Le même jour on eut avis que les
Ennemis avoient affemblé un corps
de Troupes fous Gand , fous les ordres
de Mr de Vaudemont.
Le 21. & le 22.il ne fe fit rien de
confiderable..
Le 23. on marqua un Camp au delà
de la Lis , la droite à Grammont,
& la gauche à Arfelle , tirant vers
Caneghem , pour y pouvoir camper
en cas que les Ennemis euffent voulu
fe pofter de ce cofté -là , afin d'y
Dd iij
218 MERCURE
prévenir leurs deffeins .
Le 24. & 25. on ne fit rien qui
doive eftre remarqué.
Le 26. l'on fit un grand fourage
du cofté de la gauche vers Zeveren.
Les 27. 28. & 29. les chofes demeurerent
en même eftat .
Le 3.0 . la droite de noftre Armée
alla faire un fourage
du coté de
Moreghem
.
Le 31. la gauche de l'Armée fit
un fourage du cofté de Vincke .
⚫ Pendant la nuit du 31 au 1. Juin ,
Mile Maréchal envoya un détache.
ment de Cavalerie & un de Grenadiers
pour bruler les fourages qui
eftoient dans la Contrelcarpe d'Oudenarde
, ce qui fut exécuté avec
beaucoup de fuccés. La Cavalerie
eftoit commandée par le Sr Janet
& l'Infanterie par le St du Pont ,
GALANT. 319
༡༠༢
Capitaine de Grenadiers du Regiment
de Navarte. Voicy comment
l'affaire fe pafla . Mr du Pont détacha
quelques Grenadiers , .qui fe
jerterent dans la paliſfade, La Senti .
nelle ayant demandé qui vive , ils
répondirent, Deferieurs de France.
La Sentinelle leur repliqua , demeurez
.Ils ne laifferent pas d'avancer .
La Sentinelle tira fon coup , & bleffa
un Grenadier. Ils la pourfuivirent.
Ja tuerent , & entrerent dans un
Corps de garde le long du chemin
Couvert , où il y avoir trente hommes
, qu'ils tuerent , blefferent , ou
mirent en fuite, Ils pafferent de là
à un autre Corps de garde , où il y
avoit autant de Soldats que dans
le premier , qui eurent le même fort,
& s'eftant enfuite rendus maitres
d'un Ouvrage qui n'eftoit que
de
Ddij
320 MERCURE
&
par
>
terre , ils mirent le feu à plufieurs
meules de foin & de paille , qui
eftoient à couvert par ces Ouvrages
le chemin couvert . L'alarme
fut d'autant plus grande dans la Ville
, que la Garnifon qui accourut
fur les remparts , ne fçavoit de quel
cofté le rendre , les Commandans
du Party ayant donné ordre de
battre le rambour en plufieurs endroits,
quand le fourage commen !
ceroit à bruler . Aufli n'y eut-il per
fonne de bleffé du feu des remparts .
Nos gens fe retirerent aprés avoir
glorieufement executé leur entreprife,
avec dix ou douze Prifonniers,
quelques vaches & quelques chevaux
qui eftoient dans les dehors,
fans avoir eu qu'un feul Grenadier
bleffé .
Le 2. 3. & 4. il ne fe fit tien de
emarquable .
GALANT. 321
Le s. l'on fit deux fourages , l'un
à la droite du cofté d'Oudenarde , &
L'autre à la gauche du cofté de Nevele.
Le 6 Mile Prince d'Orange ar
riva à Gand pour y joindre Mr de
Vaudemont , qui y commandoit
l'Armée , ayant fon quattier aux
environs de Marikerque . L'arrivée
de ce Prince fut confirmée par trois
décharges generales de toute leur
Artillerie , tant de la Ville que du
Camp. Il donna plufieurs ordres, fic
la reveuë , & en partit deux jours
aprés en chaife , pour aller joindre
1'Armée de Mrde Baviere.i
Le 7. l'on eut avis que les Enne
mis fortifioient leurs retranche
mens le long du Canal de Gand
qui va à Bruges.
Le 8 quinze Bataillons & fept
Efcadrons pafferent la Lis pour aller
322 MERCURE
camper fur les hauteurs de Deinle ,
faifant tefte au Village de Zeveren
ayant un bras de la Mandel devant,
fous les ordres de M. de Reinold
Maréchal de Camp! Ce petit Camp
fut fait à deffein d'avoir des Trou
pes à portée pour gagner le Camp
de Rouffelard , au cas que les Enne
mis vouluffent s'y pofter .
Le même jour on fit un fourage à
la droite du cofté de la riviere de
J'Escaut. "
Leg. on retrancha le Village de
Nevele, poury mettre un pofte hors
d'infulte. Ce Village n'eftant qu'à
une petite lieue du Campdes Ennet
mison auroit efté averty de leurs
mouvemens , s'ils cuflent marché
de cé coſté .
Le 10 la gauche de l'Armée fir
unfourage du cofté de S Martin Lederve
, au delà de la Lis , b
GALANT.
323
Le 11. Mr le Maréchal de Villeroy
ayant appris que les Ennemis
avoient une garde de Cavalerie
à Marikerque , piés de Gand ,
au delà du Canal de Bruges , refolut
de la faire enlever par Mr Janet , Capitaine
dansle Regiment de Bour ,
gogne, quiavec un détachement de
foixante Cavaliers , & de cinquante
Dragons , traverſa les défilez avec
une extrême diligence , & chargea
fi vigoureuſement les Ennemis ,
qu'il en tua quinze ou vingt , pourfuivit
le refte jufqu'aux paliffades
de Gand , & revint avec tout fon
monde , aprés avoir pris neuf chevaux
.
Le 12. l'on eut avis que les Ennemis
avoient fait un détachement de
l'Armée prés de Gand , pour joindre
celle de Mr de Baviere , & qué
le Prince d'Orange y eftoit en per324
MERCURE
fonne , fur l'apparence qu'il y avoir
qu'ils avoient deffein de porter leurs
forces de ce cofté. Mle Marefchal
fit partir des Troupes pour renforcer
celles de Mr de Bouflers . L'on en .
voya pour cela le lendemain 13 les
Regimens de Quadt & du Pleffis
Cavalerie; ceux de Sainte Hermine,
Colonel general , la Reine & Languedoc
, & Dragons , fous les ordres
de Mr de Courtebonne , Marefchal
de Camp . Ils fe rendirent le mefme
jour à Portes fur l'Eſcaut , jufques à
nouvel ordre.
Le 14. la droite de noftre Armée
fit un fourage du cofté d'Oudenarde,
à la vûë de la Place..
Le 15. noftre gauche fit un fourage
depuis Nevele , jufques aux Châteaux
d'Odoueque, fur la Lis .
Le 16. il arriva trois Deferteurs
de l'Armée des Alliez.
GALANT.
325
Le 17.on prit un Party des Ennemis
qui eftoit caché dans un grenier
à Harlebeck , compofé de 21. hom-.
mes , dont le Partifan eftoit un Deferteur
de nos Troupes , nommé du
Mont . Le Prevoft de cette Armée ,
nommé la Cofte , eut ordre de luy
faire fon procés.
Le 18. il arriva encore quelques
Deferteurs au Camp.
Le 19. la droite alla fourager lous
le Canon d'Oudenarde. Les Ennemis
tirérent 25. ou 30. coups de Canon
, parce que l'on s'avança aflez
prés pour examiner la Place. Quelques
boulets qui vinrent prés Mr le
Marefchal de Villeroy & les Princes
, tuerent quelques chevaux fans
bleffer perfonne.
Le mefme jour , l'on cut avis que
Me de Bouflers avoit décampé de
Groffeliers , & que Mr de Baviere
326 MERCURE
avoit aufli décampé .
Le 20. l'on
apprit que le mefme
jour il eftoit party 12000. hommes
qui eftoient
campez
prés d'Oudenarde
, pour marcher
du cofté de
Bruxelles ; l'on crut que c'eftoit pour
joindre l'Armée
de Mrde Baviere .
Le 21. Mr le Marefchal fit partir
II. Bataillons & 18. Efcadrons avec-
10. pieces de canon , fous les ordres
de M d'Artagnan, Lieutenant Gen
neral , pour aller le mefme jour à
Portes julques à nouvel ordre .
Le 22. il fit partir la Brigade de
Lionnois,compofée de 5. Bataillons,
un Bataillon du Regiment Royal .
l'Artillerie , & deux Brigades d'Artillerie
,fous les ordres de Mr le Duc
de Charoft , Marefchal de Camp,
pour aller à Pottes joindre les Trou
pes qui y eftoient depuis le 13. du pre
fent mois.
GALANT. 327
Je viens à l'Armée de Male
Maréchal de Bouflers. Ce vigilant
General pafla la Sambre prés de
Charleroy le 19. du mois paſſé, avec
la plus grande partiede fon Armée,
& campa à Groffeliers fur le Picton,
d'où il alla camper à Fleurus. Let
jour meſme il détacha plufieurs
Partis , afin d'eftre inftruit , non feulement
de tous les mouvemens des
Ennemis , mais auffi de tout ce qui
fe paffoit dans tous les environs de
fon Camp. Il fut informé de la fi
tuation & des mouvemens des Ens
nemis. Un Párti de Huffars qu'il
avoit envoyé lé inclme jour du
cofté de Namur , revint avec quarante
Prifonniers . L'Armée de M
de Baviere ayant quitté le Camp
dffche le 16. de ce mois , pour
venir camper aux environs de
Vvaure , Mt de Bouflers en eut avis
t
328 MERCURE
auffi - tôt par un de fes Partis. Ce
General , dont l'Armée n'eftoit pas
alors auffi nombreuſe qu'elle l'a été
depuis , avoit déja commencé à faire
travailler à des Redoutes , & à
quelques autres Ouvrages , pour défendre
les approches de fon Camp ,
ou pour couvrir la marche , & la
rendre feure en cas qu'il prift le parti
de repaffer la Sambre. Les Ennemis
n'ayant occupé leur nouveau
Camp que le 10. Mr de Bouflers
alla le reconnoiftre dés le 11. & le.
12. il fut joint par le Corps de
Troupes que commandoit Mr le
Comte de Tallard , Il envoya le
lendemain fes gros bagages à Mar-,
chiene - au- Pont , afin d'eftre en
état de combattre les Ennemis fi
l'occafion s'en prefentoit , ou de
repaffer la Sambre , pour couvrir
Dinan s'il le jugeoit à propos. Il
GALANT. 329
ne fe fit rien de confiderable les
jours fuivans.
Depuis ce que je vous ay marqué
de Piedmont , nôtre Armée s'eſt
avancée à une demi - lieue plus prés
de Turin ; nos Partis vont jufques
fous le Canon de cette Piace-là , &
quelques Officiers G.neraux ont
efté le promener dans la Char.
treufe . Le zo . on fit un grand fou
rage , auquel les Payfans foûtenus
de quelques Troupes voulurent
s'oppofer ; mais ils ne firent pas
tong-temps ferme , nos Dragons les
ayant vigoureufement repouffez .
Ainfi le fourage fut fait avec toute
Ja tranquilité poffible . Mr le Maréchal
de Choifeul en fait faire en
Alemagne d'une maniere qui cha
grine bien les Huffars , ce General
envoyant toûjours deux ou trois
Fuin 1696 .
Ee
330 MERCURE
mille Chevaux pour reconnoiftre
les lieux où il veut faire fourager ;
ce qu'il fait fouvent dés la veille ;
& il en envoye fouvent autant pour
couvrir les Fourageurs. Quant au
Prince de B.de , il fe tient toûjours
à couvert de fes retranchemens.
Ainfi le Pays ennemi eft mangé par
les deux Armées. Le Prince d'O.
range ne le trouve pas dans une
fituation moins embaraffante . Il
s'eft avancé du Vvavre à Corbais,
qui n'eft pas tout -à-fait la moitié
du chemin dn Vvavre à Gemblours
. Il avance pour chercher
du fourage ; mais il ne peut plus
gueres avancer fans , troubler un
Pays mangé. S'il paffe la Sambre ,
outre qu'il n'y a plus dequoy fubfi .
fter , il trouvera Mr de Bouflers
dans la Plaine de S. Gerard , qui
couvre Dinan avec une Armée
GALANT. 331
prefte à combattre , fi ce Prince
veut paffer outre de forte qu'il
luy eft abfolument impoffible d'aller
à Dinant , fans paffer la Sambre
& la Meufe à Namur , auquel cas
il pourroit l'inveftir d'un côté , fuppofé
mefme qu'il n'y trouvaft point
d'obftable. Mais outre qu'on ne
prend point une Place qui n'eft
qu'à moitié inveftie , & qui auroit
de l'autre côté une Armée auffi
nombreuſe que celle qui l'affiegetoit
, fi le Prince d'Orange pafloit
la Meufe , il laifferoit la Flandre
en proye à nos deux Armées : ce
qui refteroit de Troupes à Mr de
Vaudemont ne pouvant fuffire pour
leur faire tefte. Nos Troupes dé
Catalogne ne fubfiftent pas moins aux
dépens des Ennemis , que toutes nos autres
Armées . On écrit de ce Pays - là ,
noftre Cavalerie a dufourage jufques au
, que
Ecij
332 MERCURE
ventre . Ce font les propres termes des
Lettres de ce Pays là , où Mr de Vendofme
ne trouve point d'Ennemis , celles
qu'ils ont derriere leurs retranchemens
ne fa fant aucunes courſes.
Le Chevalier Bart en vient de faire
une des plus heureuſes. Il eftoit party à
deffein d'attaquer la Flote de Hollande ,
qui devoir revenir de la Met Baltique. Elle
eftoit de plus de cent Vaiffeaux Marchands
, eſcortez par cinq de guerre commandez
par le fieur Buching, dont le Vaiſ,
feau eftoit de 38. canons . Le fieur Vander-
berg en avoit un de 44 Ceux des
fieurs Swerin, & Manard le jeune , eftoient
chacun de 38. & celuy du fieur Alvin de
24.Le Chevalier Bart crut pouvoir mieux
furprendre cette Flotte , en l'attendant
proche du Port mefme où elle devoit entrer
, mais il envoya plufieurs petits Capres
pour la reconnoiftre , ce qui l'inquieta
beaucoup , mais les ordres des Commandans
de cetteFlote eftant de fe rendre
inceffamment en Hollande , elle pourfuivit
fa route affez heureufement , & crut
eftre hors de tout peril , ayant apperçû les
GALANT. 333
Coftes de Hollande. Peu de temps aprés ,
c'eftoit le 18. de ce mois , elle découvrir à
la pointe du jour une Efcadre de huit ou
dix Vaiffeaux qui vint attaquer fes cinq
Vaiffeaux d'efcorte , & ne tarda pas longtemps
à venir à l'abordage , ce qui rendit
le combat plus court.Le fieur Buching re
cut un coup mortel au deffous de la mammelle
gauche. Le St Van-der-berg eut fur
fon Bord 34. morts & 18. bleffez ; le Capitaine
Swerts fut bleffé au bras, & le Capitaine
Alvin fut tué. Pendant ce combat
les Armateurs qui avoient inquieté la Flote
Hollandoife en allant la reconnoiftre ,
s'y mêlérent , mais comme ils n'avoient
pas affez de monde pour jetter fur tant de
Vaiffeaux , ils eurent ordre de couper les ,
manoeuvres. Ils en brûlérent 35. qui ne
voulurent pas convenir de leurs rançons,
en ptirent 15. qui furent envoyez à Dun-
Kerque aprés l'action , & rançonnerent le
refte. Il eft à remarquer que leurs plus
gros Navires ont efté pris ou brûlez , &
que la plufpart eftoient chargez de blé ,
dont on commençoit à avoir beſoin en
Hollande. A peine le Chevalier Bart fe
334 MERCURE
fut-il rendu maistre des cinq Vaiffeaux de
guerre Hollandois , qu'un Matelot en découvrit
12. ou 13. autres. Ils fervoient de
convoy à une Flote Marchande qui alloit
au Nord , qu'ils quittérent pour ve
nir au fecours de celle de la mer Baltique .
On tint auffitoft Confeil de guerre , il fut
court . On y refolut de brûler les plus
gros Vaiffeaux de guerre qui avoient eftê
pris , d'en tranfporter les Officiers & les
Matelots fur le cinquième , d'en ofter le
Pavillon, d'en mouiller les poudres , d'en
-enclouer le canon , & de retenir pour
oftages , trois Capitaines , patce que ces .
Officiers s'engagerent de renvoyer ce
Vaiffeau à Dunkerque , fitoft que l'Equipage
feroit débarqué. Les 13 Vaiffeaux
de guerre qui ont vu l'action , n'eftoient
qu'à deux lieues au vent au Chevalier
Bart. Le Navire qu'il renvoya cftant arrivê
à Amfterdam , on en débarqua auffitoft
80. bleffez pour les conduire à l'Hôpital.
Ce fpectacle fit foulever la populace , & il
s'en fallut peu qu'elle ne pillaft les maifons
de quelques Officiers de l'Amiranté, ·
qu'elle accufoit de ce malheur, Il y en ent
GALANT 335
à proportion fur les autres Vaiffeaux. Je
fuis , Madame , & c.
A Paris, ce 30. Juin 1696.
TABLE.
P.
Relado.
Eloge du Roy.
Lettrefur la plural des Mondes. 14
25
32
L'Amour & la Folie , Fable.
Lettre.
6I
Ode de Mademoiselle des Houllieres . 54
Réponse à une Lettre touchant lo Fiévre
maligne.
Lifte des Marchandifes contenues fur le
Convoy d'Oftende prispar Mr de Nefmond.
105
109
Réponses aux Remarques touchant la
Fafte de Pafques.
Compliment fait à Mr le Marefchal de
Joyeuse.. 125
Compliment fait à Mr l'Archevefque de
128
Paris.
Ordres de Bataille de l'Armée de Flandre,
de l'Armée de la Meufe, 132
Suite du Dialogue hiftorique du dernier
mois. 158
TABLE.
179
Etat des forces des Alliez en Flandre &
fur la Meufe.
Détail de tout ce qui s'eft paffé à la mort
de la Reine Douairiere d'Espagne. 185
Etat des Troupes du Roy en Italie.
Détail curieux de tout ce qui s'eftpassé à
l'affaire de Gambe ."
280
220
Etat de l'Armée du Roy enCatalogne. 241
Détail nouveau du Combat donné en Catalogne
par Mr de Vendofme . 245
·Etat de l'armée du Roy en Allemagne . 268
·Compliment fait à Mr de Chalons. 275
Combat du Vaiffean le Dauphin.
Morts.
284
290
Retour de Mr le Cardinal de Bonfi . 300
Députation de l'Academie Françoife. 301
Réponse au Critique du Dichonnaire de
l'Academie.
•Enigmes.
305
307
Mort d: Mr le Marquis de Noailles . 310
Nouvelles de divers endroits.
La Figure doit regarder la page 240 .
L'air doit regarder la page 309
391
TKEQ
LYON
*
1893
MEMOIRE
DE MONSIEUR
D'ANGOULESME ,
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d'Henry III. Roy de France & de Pologne
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La maniere de bien penfer dans les Ouvrages
d'efprit , 12.
Entretien d'Arifte & d'Eugene , 12 .
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Lettres fur toutes fortes de fujets , avec des
avis fur la maniere de les écrire , par feu
}
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Oeuvres de François de la Mothe le Vayer ,
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nouveaux Traitez , 12. 15 , vol .
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toire de France par Mezeray , Hiftoriographe
de France , 4. 3. vol.
Le nouveau Etat de la France , augmenté
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Chevaliers du nouvel Ordre de faint
Loüis , 12. 2. vol .
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M. de Saint Olon , Ambaſſadeur à Maroc ,
12. enrichi de figures .
Arlequin Comedien aux Champs Elifées ,
12. feconde édition enrichie de figures .
Les Satyres de Perfe en Vers François , avec
le Latin à cofté , & des remarques , par
M. de Silvecane , 12.
Satyres de Juvenal , 12. 2. vol . par le même.
Peroniana & Thuana , ou les pensées de M.
le Cardinal du Perron & de M. de Thou ,
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, feconde édition , augmentée d'un
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P. Meneftrier , 12. rempli de figures.
Metamorphofe d'Ovide , nouvelle édition :
enrichie de figures , 12. 3. vol .
Journal du Voyage de Siam de M. l'Abbé de
Choify. 12 .
*
le
Du Royaume de Siam , par M. de la Lou-
▲ ij
bere , 12. 2. vol .
La Maifon reglée , 12 .
Recherches curieufes d'antiquitez , conte
nuës en plufieurs Differtations fur les Medailles
, bas reliefs , ftatuës mosaïques , &
infcriptions antiques , enrichies d'un grand
nombre de figures , par M. Spon , 4 .
La Découverte des myfteres du Palais , où il
eft traité des Parties en general , des Intendans
des grandes Maifons, des Procureurs,
Avocats , Notaires , & Huiffiers , 12
Lettres familieres & autres fur differentes
matieres , par le fieur Millerant , 12 .
L'Ariofte Moderne , 12. 4. vol .
Hiftoirede la feuë Reine d'Angleterre , dans
laquelle , outre fes actions particulieres
de pieté , on trouve ce qui s'eft paffé de
plus remarquable pendant les Rois Char
les , I. & Charles II . in 8 .
Oeuvres de Voiture , 12. 2. vol.
Theatre Philofophique , fur lequel on reprefente
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Champs Elifées , les Philofophes anciens
& modernes , augmenté en cette derniere
édition des femmes Philofophes , par M.
Bordelon , 12.
Memoires de la Reine Marguerire 12,1
Hiftoire du gouvernement de Venile de M.
Amelotte de la Houffaie , 8. 2. vol.
Le Tibere du même , 8 .
Le Prince de Machiavel , 12. du même.
Les Annales de Tacite avec des Reflexions
& Notes Poliques & Hiftoriques , in 44
& in 12. par le même.
Toutes les Hiftoires de M. Mainbourg en
34. vol. 7.
Les mêmes en 26. vol . 12.
Entretiens fur les Vies & les Ouvrages des
plus excellens Peintres , anciens & Modernes
par M. Felibien , in 4. 3. vol .
Recueil Hiftorique de la Vie & des Ouvra
ges des plus celebres Architectes , par M.
Felibien des Avaux , 4.
Recueil des defcriptions de Peintures , &
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La Science Heroïque du Blazon, par la Co
lombiere , fol..
L'Hiftoire du Monde , par Chevreau IZA
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Hiftoire des troubles de Hongrie, 12.6 . vol.
La Comteffe de Chafteaubrian , ou les effets
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Ouvrages de Profe & de Poëfies des fieurs
Maucroy & la Fontaine , 12. 2. vol.
Vie des Saints , fol. 2. vol .
Idem , 1. vol.
Idem , 8. 4. vol.
La Sainte Bible , contenant le Vieil & Nou
veau Teftament , 12. s. vol .
Idem , in fol..
Abregé de l'Hiftoire de France depuis Fara
mond jufqu'au Regne de Louis le Grand,
par M. de Riencourt , 12. 7. vol . 1695.
L'Hiftoire de Louis XIII. dit le Jufte . fe
vend feparément.
L'Hiftoire de Louis XIV . 12. 3. vol.
Voyage des Ambaffadeurs de Siam en France
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Eleonor d'Yvrće , ou les malheurs de l'amour
, 12.
Le Napolitain , 12
Le Mary jaloux , 12.
Le Secretaire Turc , 12.
Le Seraskier Bacha , 12.
Etat prefent de la Puiffance Othomane , 12.
L'Illuftre Genoiſe , 12 .
Le Grand Vifir Cara Muftapha , 12 ,
Ambaffades de M. leComte de Guilleragues,.
& de M. Girardin auprés du grand Seigneur
, 12.
Caracteres de l'Amour , 12.
Les nouvelles converſations de Morales , de
diées au Roy , par Mademoiſelle de Scu
dery , 12. 2. vol.
Dictionaire Royal , 4 .
Bibliotheque , choify de Colomiez ,
Memoires de Sully , fol . 3. vol.
In 12. 8. vol.
L'Hiftoire generale de France , par Dupleix,
fol. 5 vol.
6
De Polybe , par Durier , 12. 3. vol.
Traité des Fortifications , contenant la dé
monftration & l'examen de tout ce qui regarde
l'art de fortifier les Places , tant regulieres
qu'irregulieres , fuivant ce qui fe
pratique aujourd'huy , 12. par M. Gaultier
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Traité de l'Artillerie , expliquant la difference
, les proportions , les portées , les
affuts , & tout ce qui concerne les Ca--
nons dont onfe fert en France , tant ſug
Terre que fur Mer , avec plufieurs Plan
ches , par le même.
Pratique de la Guerre , par Malthus , 8
enrichie de figures.
Reflexions fur l'Acide & fur l'Alkali , 12 .
Difcours Satyriques & Moraux , en Vers , 12.
Dialogues Satyriques & moraux , 12. 2. vol .
Epiftres en Vers de M. Sabatier , de l'Academie
Royale d'Arles , 12 .
Les Oeuvres d'Horace en François , avec le
Latin à cofté , 12. 2. vol.
Le Chemin Royal de la Croix , remply de
figures , 8 .
Nouvelle reflexions , ou Sentences & Maximes
morales & Politiques , dediées à
Madame de Maintenon , 12 .
La Cour Sainte , fol . 2. vol . grand papier,
Faramond , 8. 12. vol .
Alma hide , 8. 8. vol .
Aftrée de Meffire Honoré d'Urfé , 8.5.
vol.
Caffandre , 8. 8. vol,
Cyrus , 8. 10. vol .
Polexandre , 8. s . vol.
Voyages de Chardin , 12. 2. vol . remply de
figures..
Les Oeuvres de M. Capiftron , 12 ,
Idem , de M. Baron , 12 .
Idem , de M. Bourſault , 12,
Hiftoire d'Augufte. 12. 2. vol .
Comedies.
Le Chevallier à la mode , 12.
La Devinereffe , 12 .
Artaxerxe , Tragedie 12 .
A iii
La defolation des Joueules.
La Comete.
OUVRAGES DE M. L'ABBE' GOUSSAULT,
Confeiller au Parlement.
Les Confeils d'un Pere à fes Enfans , 12
Le Portrait de l'Honnefte Homme , 12 .
Le Portrait de l'Honnefte Femme , 12.
Reflections fur les deffauts ordinaires des
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Les Inftituts de Medecine , 8
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Jugement de Pluton , 12 ,
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Hiftoire des Oracles , 12 .
Poëfies Paftorales , avec un Traité de la nature
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Lettres galantes de M. le Chevalier d'Her ,
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Idem , 8.
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Corpus Juris Civilis , 8 . 2. vol. Amftelodami.
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Confeiller du Roy en fa Cour de Parlement
de Paris , & augmentées en cette derniere
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La promenade de Verfailles ou Celanire
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Le Secret des Cours , ou les Memoires de
Vulfingham , 12 .
Hifre du Cardinal Ximenés , de M. Fle
ier , 12. 2. vol.
Dours du Comte de Buffy Rabutin , à
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Les enfans , 12.
L'Art de fe connoiftre foi - meme , de Labadie
, 12 .
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D'Andilly , 12. 5. vol.
Hiftoire de S. Louis , 4. 2. vol . par M. de
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