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807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
MAT 1696 LYCK
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , dans la grande
Salle du Palais , au Mercure Galant.
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant -le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau , &
Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice.
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envie.
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. D. C. XCVI.
Avec Privilege du Roy,
stock ok ok oki
AVIS.
Velquesprieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
d'y manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peat fervir. On réitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , ez
He forte qu'on ne s'y puiſſe tromper. On
Je ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
quil n'y ait rien de licentieux. On
A ij
A IS.
priefeulement ceux qui les envoient,
&fur tous ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
Larticle des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent.
Ceft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere qu'il est toujours
impriméau commencement de cha.
que mois . Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure
AV I S.
long- temps avant qu'il foit arrive
dans les Villes éloignées , mais aufh
les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'ellesfaifoient auparavant . Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'ex ..
at pofent à le recevoir toujours fort
tard par deux raifons. La premiere
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venir prendrefitoft qu'il eft impriis
mé, ouire qu'il le fera toujours quelrques
jours avant que l'on en falle le
debit, & l'autre , que ne l'envoyant
les qu'aprés qu'ils l'ont lu eux & quelques
autres à qui ils le preftent , ils
wirejettent la faure du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voyè dudit Sieur
Brunet, puis qu'il fe charge de faire
A iij
AVIS.
lespaquetslay-mefme, & de lesfaire
porter à la Pofte ou aux Meffagers,
fans nul intereft, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, on qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera execute avec
une exactitude dont on aura liew
d'eftre content.
MERCVRE
I
GALANT
MAY 1696.
LYON
E commence cette Lettre
d'une maniere extraordinaire
, puis que
c'eft par une Nouvelle particuliere
, qui a efté déja répanduë
dans le Public ; mais
comme elle eft accompagnée
A iiii
8 MERCURE
de chofes qui regardent la
grandeur du Roy , vous ne
ferez pas fachée de fçavoir
de quels termes fe font fervis
ceux qui ont envoyé faire
à Sa Majefté , de nouvelles
proteftations de demeurer
fermes à maintenir les Traitez
de Paix qu'Elle a bien
voulu conclurre avec eux.
Soliman Buluc Bachi , Envoyé
du Divan d'Alger , eut audience
de ce Monarque le 24 .
du mois paffé , & ce fut M
Phelypeaux , Secretaire d'Etat
, qui le prefenta . Son compliment,
qu'interpreta M' PeGALANT.
9
tis , Secretaire Interprete du
Roy, fut conceu en ces termes.
Tres puiffant es tres invin .
cible Empereur de France , je fuis
envoyé de la part des magnifiques:
Pacha , Dey Divan de la
Republique d'Alger , pour affurer
Voftre Majesté Imperiale de la
parfaite reconnoiſſance qu'ils ont
des graces qu'Elle a bien voulu
leur faire, & du refpect inviola
ble qu'ils auront toujours pourfa
Perfonne facrée.
Ils fupplient tres humblement
Voftre Majesté derecevoir comme
un témoignage de leur fincere at10
MERCURE
tachement , quelques chevaux de
leur Pays , qu'ils m'ont chargé
de luy prefenter , & ils m'ont ordonné
en me donnant l'honneur de
remettre leur Lettre entre fes
mains , de luy faire de nouvelles
·proteftations des fentimens où ils
font de maintenir les Traitez de
Paix qu'ils ont depuis plufieurs
années avec Votre Majefté , dont
ils prient Dieu de tout leur coeur,
de faire réuffir les deffeins , & de
rendre à jamais fes armes victoricufs.
Le même Envoyé ayant
efté conduit chez Monfeigneur
le Dauphin , parla de
GALANT.
11
Cette forte à ce Prince.
MONSEIGNEUR.
gnages
Fe benis le Cielde l'honneur que
jay eu d'eftre choisi une feconde
fois , pour vous réiterer les témoide
la profonde veneration
que les magnifiques Pacha, Dey
Divan d'Alger,mes Maiftres ont
pour vos vertus incomparables.
Jen'ai pas manqué, Monfeigneur,
de leur rendre ,felon vos ordres, un
compte exact de la bonté que vous
m'avez témoigné avoirpour eux
en les honorant de votre puiffante
protection auprés du grand &
invincible Empereur voftre Pere,
Ils m'ont ordonné , Monfeigneur,
12 MERCURE
de vous en faire de tres- humbles
remercimens , de vous en deman
der la continuation pour nos affaires
prefentes. Jay eu la fatisfa-
Etion , Monfeigneur , de publier à
nos Peuples , que tout ce que la
Renommée leur avoit appris de
voftre valeur , de vostre bonté &
de voftre grandeur d'ame , eftoit
beaucoup au deffous de ce qui eft en
effer , puis que vous poffedez
qualitez dans un degré quifurpaffe
toutes les expreffions du mon.
de. Heureux ceux qui peuvent
les admirer tous les joursces
Soliman Buluc Bachi eut
aufli l'honneur de faluër MonGALANT.
13
feigneur le Duc de Bourgo
gnez , Monſeigneur le Duc
d'Anjou , & Monfeigneur le
Duc de Berri , & il leur parla
ainfi .
1
Je viens , MESSE I
GNEURS , vous rendre
compte de l'admiration dont mes
Maiftres ont efté penetrez , lors
que je leur ay confirmé ce que la
Renommée leur avoit déja appris
de vostre excellente éducation . Ils
connoiffent en vous , Meſſei
gneurs , l'image des perfections du
tres puiffant Empereur de France
, & de Monfeigneur le Dauphin
, & ils vousfupplient d'eftr ·
14 MERCURE
perfuadez qu'ils auront à jamais
pour vous le respect& la vene
ration duë à des Princes , quipar
leur merite perſonnel furpaſſent
autant tous les autres Princes de
l'Europe , qu'ils leur font fuperieurs
par leur naiſſance.
Le Traité qui fuit eft fur
une matiere qui femble in.
tereffer tout le monde , & je
ne fçaurois douter que vous
ne vous faffiez un plaifir de
le lire avec l'attention qu'il
merite.
GALANT.
15
ELOGE ET UTILITE
DU CAFE'.
A MONSIEUR LE ***
JEE fuis , il eft vray , Mon-
Jfieur,un grand preneur de
Café , & l'avantage que j'en
reçois eſt ſi conſiderable, que
je fuis obligé par reconnoif
fance , d'en dire aurant de
bien qu'il m'en fait. Je vais
donc vous en écrire , tant de
mon chef , que ſelon les Auteurs
qui en ont traité avec
foin , & j'efpere que vous
16 MERCURE
ferez content de tout.
Ce feroit de l'honneur
pour le Café de ſe trouver
dans la quatriéme Eglogue
de Virgile , fous le nom de
Colocafia.
Mixtaque ridenti Colocafia
funder Acantho.
La terre vous fera prefent de Co.
locasia meflé de l'agreable Branche
Urfine
.
Et leCafé meriteroit par fes
qualitez fuperlatives , d'eftre
compris dans le rang de tant
de chofes merveilleufes , dont
le Poëte fait le dénombre.
ment dans cette belle EgloGALANT
17
gue , & qui devoient attribuer
à ce temps fortuné , le
titre du regne de Saturne ree
nouvellé , regne de Saturne ,
nommé le Siecle d'or. Mais
tout ce qui fe peut dire icy,
c'eft qu'à faire le parallele du
Café&deColocafia
, ilsfe trouvent
un peu parens . Colocafia
eft une feve , même une
feve diftinguée
des autres , &
qui a une qualité qui la rend
ftomachale, Ces articles con--
viennent au Café, qui eft aufli
une feve éminente, &une feve
tres-propre à guerir les maux
de l'eſtomach
. Jufque - là il y a
May 1696
B
18 MERCURE
de la reffemblance; mais d'autre
part , Colocafia eft une
feve d'Egypte , & le Café eft
une feve d'Arabie. De plus ,
Colocafia eft une feve , dont
la racine , les feuilles , & les
fleuts , felon la defcription
que Diofcore en fait, ſont differentes
de celles du Café. Il
eft encore vray que le Café
n'eftoit point en ufage fous
l'Empire d'Augufte. Certe
plante merveilleule de l'Afie
a demeuré cachée affez longtemps
, par un fort ſemblable
à celuy de Cyrus , qui a eſté
un grand Prince de cette bel
GALANT
19
S
le partie du monde. Cyrusne
pafla durant plufieurs années
que pour un fimple Berger;
mais enfin le periode cuvray
eftat de fa perfonne ſe manifefta
, il fut reconnu pout ce
qu'il eftoit , & il devint le
Emaiftre de l'Afie . Telle a efté
la condition du Café il a efté
ignoré durant plufieurs fiecles
, quoy qu'il ne fut pas
dans les fables de l'Arabie
deferte , & qu'il fuft dans les
belles plaines de l'Arabie heu
reuſe.Ènfin, la faifon vint de fe
faire diftinguer, ce qui arriva,
dit-on, par le moyen de Scialdi
S
Bij
20 MERCURE
& d'Ardrus ; & depuis la découverte
qu'ils en firent , il a
commencé de regner , & regne
toujours fur les autres legumes,
par les qualitez fingulieres.
LeCafé eftdonc devenu
depuis environ deux cens ans,
le breuvage ordinaire & delicieux
des Peuples du Levant ;
& l'ufage y en eft fi univerfel
&fineceffaire, qu'un homme
lors qu'il fe marie , eft obligé
de donner des affurances à la.
femme , qu'elle ne manquera
point de Café avec luy.
L'Alcoran de Mahomet
défend à ces Peuples auffi fe .
GALANT 21
15,
2
E verement de boire du vin ,
que la Loy de Moyfe défen .
doit aux Juifs de manger du
Pourceau; mais ils n'ont nulle
peine à foutenir la rigueur de
Tabftinence du vin , en luy
fubftituant le Café. Ils prétendent
même que le Café a
une grande préference fur le
vin , parce qu'il en a les bons
effets , & qu'il n'en a pas les
mauvais. S'il en faut croire
les Phyficiens , la chaleur natutelle
opere dans l'eftomach
la diftillation du vin , de la
même maniere qu'elle le faic
dans un alembic , en luy don22
MERCURE
nant le degré de feu. Alors,
dit on , l'efprit du vin le fepare
, il entre dans les veines , il
agite le fang , & il bleffe les
membranes du cerveau . Ce
qui refte dans l'eſtomach ,
n'eſt que du vinaigre , autre .
ment le tartre du vin , & ce
tartre par fa refidence peut
caufer dans les reins la gravelle
, dans les boyaux la colique
, & dans les jointures la
goutte. Effets étranges , &
quelquefois funeftes du vin
qui nonfeulement ne fe rentcontrent
point dans l'uſage
du Café , mais de plus , qui
GALANT.
23
peuvent eftre corrigez par le
Café même , dont les excés
ine font pas à craindre, & dont
toutes les impreffions font
benignes & falutaires.
Aufli Afie fait un fi grand
ecas du Café , qu'il femble qu'
elle ait eu de la peine à fe refoudre
d'en faire part à l'Eu
rope, Il y a longtemps que
l'Europe tire de l'Afie , des
Diamans & des Perles , de riches
étoffes de foye , des pieces
de cotton travaillé finement
, des Porcelaines , du
Corail , & plufieurs autres
chofes qui font rares & de
24 MERCURE
grand prix. Mais comme fi le
Café cuft efté plus cher & plus
précieux à l'Afie , que tout ce
qu'on vient de nommer , &
qu'il fuft fon veritable trefor ,
elle l'a tenu ferré fort longtemps
; elle le gardoit tout
pour elle car enfin , nous
n'avons du Café dans l'Europe
que depuis un demi -fiecle ,
& encore à prefent on nous,
le fait beaucoup attendre .
Cette Reine des feves voya
ge , pour ainfi dire , en Princeffe
, elle ne fait pas de lon
gues traites. D'Yemen , οι
croift le Café , on l'apporte à
Mocha,
GALANT. 25
C:
Mocha , où on le charge fur
des Barques pour Gedda, Port
de l'Arabie Petrée . De là on
le tranſporte dans des Vaif
feaux & dans des Galeres à
Suez, autre Port qui eft à l'entrée
de la Mer Rouge. Enfin
on charge le Café fur un
grand nombre de Chameaux
qui le portent au Caire , & du
e, Caire on l'envoye à Alexan-
US
US
drie , où diverſes Nations de
l'Europe le vont prendre ,
pour en faire dans leurs Etats
un commerce tres- confide
rable ; car on a le même em²
preffement pour le Café, que
May 1696.
C
26 MERCURE
pour le blé. On s'intereffe à
fon abondance
& à fon prix ,
comme on fait pour le blé ,
& on craint d'en manquer
comme de pain . Lors qu'il
devient rare & cher , les nouvelles
de fa rareté & de fa
cherté font des nouvelles
affligeantes pour le Public .
On peut confiderer la dignité
du Café par rapport à
l'une des qualitez de l'or , qui
eftant le plus dur des metaux
,
a au deffus d'eux la prérogative
de poffeder une ſubſtance
plus compacte & moins corruptible.
Le Café a de même
GALANT.
27
une
folidité que n'ont pas les
autres feves. On ne fçauroit
l'amollir , ny en le faifant
tremper
, ny en lefaifant
coi
re. Il réfifte par une folidité
extrême , aux deux
Elemens
fi
puiffans de l'eau & du feu ;
& cette
folidité du Café , qui
ne peut eftre
furmontée pour
l'ufage , qu'en le brifant , luy
fert à bien garder fon trefor ,
je veux dire , à
conferver précieufement
fa vertu
balfamique
, de peur qu'elle ne s'évapore
avant que de l'employer
.
On a reconnu
en faisant
chymiquement
l'analyſe
du
a
ןי
ד ע
C ij
28 MERCURE
Café, je veux dire , la fepara
tion de fesparties , qu'il ya du
foufre. On fçait que la vertu
du foufre eft admirable ; qu'il
y a une huile ( l'huile eft nour
riffante) & qu'il y a un fel propre
à rarefier les humeurs , &
a délayer celles qui font craffes
& vifqueufes ; fel enfin qui
aide le fang à circuler . On
affure même que la ſubſtance
volatile du Café , qui fe découvre
dans cette analyſe , &
qui ôtefes voiles , a fes parties
à peu près de même groffeur,
de même configuration & de
même mouvement que font
GALANT. 29
Ccelles des efprits vitaux .
1
C'eft auff une excellence
du Café , que lors que le feu
ouvre les pores de cette admirable
feve, & qu'il en faic
exhaler le phlegme , qui tient
embaraffez les efprits du Café
, il ferépand un parfum fingulier
, qui eft charmant , &
1 qui fortifie. La fumée & la
e vapeur qui font fentir ce parfum
, font fi précieufes aux
Orientaux , qu'ils n'en veulent
rien laiffer perdre dans
fair. Tandis que le Café eft
fi chaud , qu'on ne peut pas
encore le prendre , ils prefen
"
C iij
30 MERCURE
tent à leurs yeux , l'un après
F'autre , la vapeur du Café, ce
qui , difent ils , fortifie la vûë,
lors qu'elle eft foible : & ils
reçoivent enfuite cette vapeur
dans leurs oreilles , où
elle guerit les maux qu'on y
a , & préferve de ceux qui
pourroient venir.
La vertu generale du Café,
eft de prefider fur le temperament
, quel qu'il foit , bilieux
ou mélancolique ; de
temperer la maffe du fang ;
de corriger les humeurs froides
, pituiteufes & falines ; de
deffecher les ferofitez, d'eftre
GALANT 21
d'un grand fecours contre les
incommoditez
qui naiffent
d'une repletion univerſelle
du corps , & d'une groffeur
extraordinaire
du ventre ; de
détacher les phlegmes
pour
les expulfer , de guerir le rhu .
me; d'eftre un reftaurant mer.
veilleux dans un eftat de foibleffe
, & un puiffant cordia →
que dans les défaillances
.
Enfin , le Café a en general
lafaculté de défendre l'interieur
du corps , des eaux qui
pourroient l'inonder , & de
combattre
les maladies qui
luy viennent des membranes,
C iiij
32 MERCURE
des nerfs , & des efprits mal
difpofez.
Les vertus fpecifiques &
particulieres du Café , font
principalement pour la tefte
& pour l'eftomach . Il foulage
infailliblement tout le monde
du mal de tefte , quelque
furieux qu'il foit . Il y en a
des exemples furprenans, juf
ques à avoir gueri des perfonnes
qu'on eftoit preft de trépaner
, ne fçachant plus que
leur faire dans leurs douleurs
vives & aiguës. L'experience
confirme tous les jours cette
vertu cephalique du Café ,
GALANT.
33
1
A
1
laquelle eft fuprême . Pour
moy,je n'ayma tefte en repos,
& je ne fuis delivré d'une migraine
horrible que depuis
que je prens du Café ; & fi je
fuis quelques jours fans en.
prendre , je fens mon mal me
revenir dans toute la force ,
avec les fimptomes du vomiffement
& du dévoyement,
dont il n'y a que le recours au
Café qui y puiffe mettre ordre.
On pretend qu'il eft même
un préſervatif certain
contre l'Apoplexie & la Paralyfie
, empêchant qu'il ne fe
faffe dans le cerveau des ob .
34 MERCURE
ftructions fatales , & s'oppofant
à ce qu'il n'arrive des
fuffocations extraordinaires
par de groffes fluxions , qui
tombant fur la gorge , caufent
des morts fubites . Enfin , le
Café tient toujours la tefte
en bon estat , il en diffipe les
nuages , & il y établit une fe.
renité ferme & conftante ,
dont fe reffentent la memoire
& le jugement . Auffi les Levantins
, qui ont une longué
experience des vertus du Čafé
, n'entrent point dans le
Divan fans en avoir pris ,
ayant éprouvé qu'ils en ont
GALANT:
35
S
ES
l'efprit plus net, & la memoire
plus prefente , pour refléchir
lur les affaires , & pour
les penetrer
.
Le Café eft merveilleux
pour l'eftomach . C'eſt là ,
: pour ainfi dire , fon autre
fcene, où il apparoift d'autres
vertus. Quand les fibres de
l'eftomach font relâchées , il
les refferre par un acide qu'il
tient de fon amertume
perfectionne fon chyle, & abforbe
fes cruditez , il s'oppofe
aux coagulations , il diffipe
les fluxions , il arrefte les vo
miffemens dangereux , il cone
36 MERCURE
fume les matieres morbifiJ
ques. Enfin , le Café nettoye
& purge l'eftomach de tout
ce qui pourroit y caufer de la
corruption.
On a aujourd'huy plus be
foin que jamais du Café , à
caufe des vapeurs nouvelles
& furprenantes , dont le plai
gnent également les hommes
& les femmes Outre cel
les qui procedent aux femmes
des affections hyſteriques,
il s'en éleve d'autres
communes à l'un & à l'autre
Sexe, lefquelles on ne conoiffoit
pas autrefois . Elles font
GALANT
37
excitées par une infinité de liqueurs
nouvellement inventées
, & que la volupté a mifes
à la mode. Le Roffolis , le Ratafia
, le Vaté , l'Eau de Cette ,
l'Eau de Millefleurs , & tant
d'autres , ne fe prennent pas
impunément. Toutes ces
compofitions
delicieuſes fe
font bien payer du plaifir
qu'on ade les boire . Elles
élevent
d'étranges vapeurs ,
dont les fimptomes font
cruels , & dont on craindroit
davantage les fuites , fans le
pouvoir qu'a le Café de furmonter
ces vapeurs , & de les
abattre.
38 MERCURE
Le Café fait du bien à tou
tes fortes de perfonnes ; il
purge les reins de ces matietieres
petrifiantes dont on
craint la pierre. Il foulage
beaucoup les goutteux , eftant
capable de diffoudre ces nodofitez
qui leur mettent les
fers aux pieds & aux mains.
Le Café eft utile à ceux qui
parlent en public , à ceux qui
voyagent, & à ceux qui relevent
de maladie ceux-là en
ont leur memoire plus feure,
leur voix plus forte , & leur
action plus libre. Les autres
fatiguent avec moins de peiGALANT.
39
01
e
15
+
ne , & fouffrent moins du
changement d'air , & de la
mauvaiſe nourriture ; & les
derniers reprennent plûtoft
leurs forces ,leur vifage & leur
embonpoint. Quelquefois
même le Café leur fait du
bien par avance , les gueriffant
de la fiévre que les remedes
n'avoient pû vaincre.
Aprés ce que je viens d'étaler
des merveilles du Café ,
on conçoit ailément que
l'Arabie heureuſe , qui eft fa
Patrie, fi elle n'avoit pas le
titre d'Heureuſe , cette incomparable
feve le luy pro40
MERCURE
cureroit. Elle le luy augmente
au moins , par les grands avantages
qu'en reçoit le genre
humain. Je tiens auffi que fi
Pythagore euft connu l'excellence
miraculeufe du Café
, il fe feroit bien gardé de
faire ce préjudice aux hommes
, de le comprendre , dans
fa défenſe fi fameufe des feves
, Abftenez- vous des Feves .
Il y auroit en affurément une
exception privilegiée pour
l'ufage de celles du Café.
*
Les Connoiffeurs difent
que pour avoir de bon Café,
il faut prendre du dernier ve
棗
1
GALANT. 41
nu,comme eftant le plus frais ,
car fon fuc fe deffeche à mefure
qu'il vieillie. Il faut aufli
i que la feve foit pleine & bien
nourrie , & que fa couleur fois
d'un jaune enfoncé , enfin le
plus leger cft le meilleur . On
doit s'ofter de l'efprit que le
Café airefté paffé dans le feu
pour amortir un germe avanc
que de nous eftre envoyé. Sa
vertu égale dans l'Europe
comme dans l'afie , refute certe
opinion . De plus, on reçoic
t du Café avec la premiere
, écorce , laquelle le feu n'auzoit
pas laiffée , & certe pre-
May 1696.
D
42 MERCURE
miere écorce oftée , ſa couleur
n'eft pas differente du
Café qui n'a que la feconde.
Pour ce qui eft de la pré
paration , elle dépend principalement
de la torrefaction ,
qui en eft le grand article.
Elle fe doit faire avec un feu
de braiſe fans flâme. La braife
du charbon eft la meilleure:
elle eft plus vive , & avance
davantage la coction , &
par ce moyen elle diminue
la perte qui
ve par l'exhalaifon
. Il faut agiter inceffamment
les féves, & les tour.
ner toutes , juſqu'à ce qu'el
2
GALANT. 43
T
les foient d'une couleur tannée
un peu obfcure . Si le Ca
fé eftoit trop rofty , il y au
roit une grande privation de
C fes efprits , & s'il ne l'étoit
pas affez , il y en auroit une
partie encore engagée dans
la matiere. Les féves tirées de
deffus te feu , doivent eftre
tenues couvertes ; on les doic
auffi laiffer un peu refroidir ,
autrementelles empâteroient
le mouliner où on les mer
pour y eftre brifées. Jay vi
des moulinets de Grenoble
qui font commodes & forr
propres . Le bois en ett beay
Dij
44 MERCURE
"
& bien poly , & la ferrure en
cft tres-fine , & bien travaillée.
Il eft bon de paffer la farine
dans un tamis pour en feparer
le fon : un quart d'once
de cette farine fuffit pour
'deux taffes ; & afin de ne s'y
pas méprendre , il eſt ailé
d'en avoir une petite mefure
, ou d'argent ou de fer
blanc. Plufieurs fe fervent de
Cafetieres du Levant , lef
quelles on nomme des quatre
- meraux , mais comme
c'eft du cuivre ſujet à estres
décamé & à faire du verd de
gris , qui eſt un poifon fore
GALANT 45
J
dangereux , le plus feur & le
plus propre eft d'avoir une
Cafetiere d'argent. L'ébullition
ne doit point paffer la
troifiéme partie d'un quart
d'heure car fi elle dure da-
1.
vantage , il s'échape plufieurs
parties volatiles. Prenez garde
dans l'ardeur de l'ébullition
, que l'écume exaltée ne
forte de la Cafetiere , car ce
feroit du Café perdu , du Café
infipide & qui eft privé de
fa force & de fa bonté. L'eau
eft le vehicule du Café, com
e me le vin eft celuy du Quina.
L'eau de riviere dont on
J
46 MERCURE
:
boit y eft meilleure que celle
de fontaine ; & l'eau de la
Seine l'emporte fur celle des
autres rivieres , parce qu'elle
eft un peu purgative . Enfin ,
fi on ne prend pas le Café
par amuſement , comme on
le fait ordinairement avec les
femmes , mais par un motif
ferieux de fanté, il faut prendre
le Café en Café , je veux
dire fans fucre ; car autrement
le Café n'eft plus un
fimple , mais un mixte. De
plus , le fucre échaufe , & luy
emporte fon amertume , qui
eft le principe de fes meil
GALANT. 47
leurs effets. Ce n'est plus auf.
fi du Café , c'eft du Sirop. Il
vaudroit autant emploier le
fucre à faire des dragées de
Café , comme on fait des paftilles
ambrées , de chocola .
ore. Le Café doit eftre pris
comme l'or potable , fans y
rien mêler. Il faut même en
11 feparer le marc , en le précipitant
au fonds avec quelrques
goutes d'eau , car le marc
elt la lie & la partie groffiere
D: du Café , qui peferoit fur l'eftomach,
& luy feroit beau
coup de mal . On ne doit
donc prendre que la teintu-
US
48 MERCURE
re du Cafe , une teinture fro
ple & toute pure ; & cette
teinture eftant bien faire , eft
merveilleuſe; car elle ne contient
que les parties les plus
fubtiles , les plus douces 180
les plus fulphurées de cette
féve fi falutaire à la referve
de quelques corpufcules
gnées , qui volatilisent fest
parties , de quelques partis
cules acides qui font las fai
veur de cette teinture , & dej
quelques fubftances terreftres
, qui ferventà lier la man
tiore volatile , & à luy dons)
ner une conſiſtance . On doit,
boire
GALANT
49
boire cette teinture du Café,
le plus chaud qu'on pourra ,
& à plufieurs repriſes & gorgées
, comme on voit boire
les oyfeaux dans leur petit
abreuvoir. Il me femble que
destaffes de Coco font fort
propresà cela , car les bords
de ce bois des Indes ne prenment
pas tant de chaleur que
les porcelaines , elle demeure
toute entiere dans lé Café
pour la perfections Letovi
Je ne dois pas oublier de
répondre à l'accufation qu'on
fait contre le Café , qu'il em
pêche de dormir . Il faut dire
May 1696.
E
o MERCURE
la chofe comme elle eſt. Le
Café eft ſemblable au Cada.
cée de Mercure dem 429 244
Dat fournes , adimitque. Æ0.4.
#fair dormir, & il réveille; &
comme cette double propries
ré ne fait point de torteau
Caducée de Mercure ,nelle
n'enfait point auſſi au Café.
J'éclaircis la matiere : dans
trois fujets differens. A lie.
gard de ceux qui font dans
un affoupiffement qui tenda
la Lethargie , fi le Café les tire
de cet état de les rient
éveillez , ce n'eft pas là les
empefcher de dormir , c'eft
GALANT SI
Jer empefcher de perir . Ce
3 que fait alors le Café nieft
pas un mai , c'efbunremede,
4 c'est une faveur pour la vie .
Secondement , à l'égard de
ceux qui fouffrent une gran
de agitation d'efprits , agita.
tion causée par une cruelle
migraine , ou par quelque
#zantre mal violent , fi le Café
intervient , c'est pour calmer
botage , & pour remettre les
defprits dans leur ſituation ;
D état qui alors eſt ſuivi d'un
fommeil doux & tranquille ,
que le Café luy a procuré
Enfin , à l'égard de ceux qu
E ij
12 MERCURE
ne font ni lethargiques ni
tourmenez , sil
arrive qu
ayant pris du Café, ils ne s'endorment
pas dans le lit , ce
eft pas une infomnie , c'eft
une veille , ce n'eft pas em-
Pelcher lefommeil , c'eft rendre
le fommeil non neceffaire.
Ces pores du cerveau que
le Café tient ouverts , donment
un grand paffage aux
efprits , qui étant formez ,
n'ont pas befoin de fommeil
pour les faire naiftre . Suppofons
la verité d'une fable. Ju
non , dit- on , avoit une perite
corne d'huile dont deux
GALANT 53
I
900 0
bu trois goutes failoient vivre
deux ou trois mois fans
manger. Accufera t- on cette
petite corne d'huile d'empefcher
de manger , lorfqu'elle
oroit le befoin de
manger ? C'eft là la perfection
veritable du Café ,
ne combat pas alors le fommeil
, mais il en eft un fupplément
: il ne caufe pas des
inquiétudes & des peines de
ne pas dormir , mais il met
dans un état de force & de
vigueur , où la nuit devient
le jour , où l'on peut agir
& travailler avec une difpo
E iij
54 MERCURE
fiuon plus aifée & plus vive
que celle qu'on attendoit du
fommeil.
Jay commencé certe Lettre
par un paffage de Virgi
le , je la finis avec un
in
un aurre
paffage de ce grand Poëte.
Vere fabis fatio eft. On feme's
difoit-il , lesféves dans le Prin
temps. Je dis à la gloire du
Café, cette merveilleufe fé .
vo , qu'elle fair elle - meſme
in Printemps dans la vie de
l'homme , à qui elle forme
une fanté toujours fraifche
& fleuric , & dans laquelle on
Te plaift & on jouit comme
GALANT $5
C
1
dément de foy- mefme. Pour
conclufion , onpeut dire que
Je Café par fon excellence &
fa vertu , telle que je viens
de la reprefenter , eft préfe
rable dans l'ufage au The ,
autant que le fruit l'emporte
fur la feuille , & au Choco,
late , autant que le fimple
eſt plus naturel que le com
polé.
Je vous ay avertie dans une
de mes dernieres Lettres ,de
quelques Vers que le Copifto
auoit oubliez , en tranfer
vant l'Eloge des Dames
E iiij
56 MERCURE
Mademoiſelle l'Héritier. Cer
Eloge a efté lû avec tant de
plaifir par tout , & il a fait
tant d'honneur à toutes celles
devoſtre Sexe , que je ne puis
m'empêcher de vous faire
part de ce qui a efté ccrit fur
re fujet depuis qu'il eft deve
nu public. Je commence par
une Lettre de la même Ma
demoiſelle l'Heritier , dont
l'heureux genie paroift en
tout ce qui porte fon nom.
Elle eft écrite à une Dame ,
qui n'eft pas moins diftinguée
par fon merite que parſa nail
fance.
GALANT. 57
།།
L
MADAMER 930)
180
LA MARQUISE DE CA
16 mug 31st kaplama 201 flora
Es flateufes louanges
;
Madame, que vous don,
nez à mon petit Ouvrage de
l'Eloge des Dames , font fi
obligeantes , qu'elles me fer
roient oublier la querelle que
yous me faites,de ce que vous
n'avez entendu parler de ces
Vers que par le Mercure Ga
lant , fi je n'eftois perfuadée
que l'amitié m'engage à vous
faire voir que cette querelle
1
48 MERCURE
n'eft pas jufte. Vous n'igno
rez pas que depuis que l'afa
cendant d'une certaine Etoi
le , à laquelle on ne peut rés
fifter , eut répandu dans le
monde les bagatelles rimées
que j'avois tant de loin de
cacher , parce que je ne les
croyois bonnes tout au plus
qu'à m'amufer avec trois ou
quatre de mes Amies de mon
caractere; vous n'ignorez pas,
dis-je , que depuis ce temps ,
où vous fuftes informée de
mon commerce avec les Mu
fes , elles ne m'ont rien dicté
de ferieux ou d'enjoüé, que ja
GALANT. 19
ne vous en aye fait part avec
exactitude , puis que voftre
ŭ amitié le vouloit ainfi ; mais
à l'égard des Vers de l'Eloge
des Dames , je ne pouvois
contenter cette exactitude
par la loy queje m'eftois pref
crite , de ne laiffer voir cet
Ouvrage qu'aux perfonnes
qui avoient eu quelque part
à la converfation qui l'avoit
fait naiftre. J'obfervay regulierement
cette loy ; mais
quelques-unes de nos Amies
ne furent pas fi fcrupuleufes,
Elles ne fe firent pas une af
faire de publier cette Piece,
60 MERCURE
malgré les projets que nous
avions faits toutes enfemble
de ne nous en divertir qu'en
tre nous . Comme les raifons
qu'on avoit fur cela ne fub.
fiftent plus , & que de même
que les Vers , la converfation
seft divulguée , peut - eftre
vous en a - t-on fait quelques
recits , mais apparemment
ils ne font que confus . Je vais
le fujet qui
forma une difpute fort vive
dans une compagnie , où l'on
ne fongeoit qu'à fe divertir.
Dans le temps qu'on reprefentoit
la Tragedie de
donc voUSA
GALANT 61
Bradamante , qui , comme
vous fçavez , a fait beaucoup
de bruit , par la force de fes
Vers & la delicatele de fes
fentimens , on vint à exami,
ner les beaurez de cette Piece
dans la compagnie dont il eft
question . Un homme d'un
caradere fort extraordinaire ,
dit qu'il ne comprenoit pas
comment on pouvoit approu
ver une Tragedie dont le fujet
eftoit entierement hors du
vray.femblable , puis qu'on
y introduifoit deux Femmes
vaillantes , ce qui bleffoit tous
Les gens éclairez , qui fçavent
62 MERCURE
bien que jamais lencourage
ny la fermeté ne fe rencon
troient dans ce Sexe. Toute
la compagnie furpriſe d'an fi
étranger fentiment , s'écria
que rien n'eftoit plus vraya
femblable, & plus vray , que
de voir du courage dans des
Femmes ; & comme fijeftois
obligée d'eftres toûjours bla
Championne des belles qua
lirezdes Dames , tout le mon
de tourna les yeux fur mby
& m'engagea à entrer dans
cette difpure pour les deffen
dre. Le Cavalier qui les a
voir attaquées , voulut monGALANT
63
per par des fantatiſtiques
preuves , toutes heriffées de
Grec & de Lacin , qu'il n'y
avoit point de Femmes qui
me fuffent naturellement pol
ronnes , legeres , & pleines
de foiblefles , & meſme qu'il
falloit qu'elles fuffens ainfi
pour plaire. Enſuite il ſe mig
à déclamer mille Philofophi
aques injures contre elles avec
a un rapidité inconcevable
Bi finis en diſant qu'il eftoit
extravagant de fuppofer qu'
ik puft y en avoir de vaillantes.
Aprés qu'il fe fut
ércini la voix à force de par
64 MERCURE
ler vifte & de crier haut ; je
trouvay enfin le temps de luy
répondre , & de luy prouver
par mille raifons ; que je ne
vous redis point parce qu'el
Jes font trop faciles à imaginer
, qu'il eftoit abfolument
dans le vray - femblable que
les Femmes puffent avoir du
courage. Il debita encore de
nouveau une foule de paffa,
ges Larins & dans fes citas
tions , il fit un affemblage bizarre
des badines fictions des
Poëtes , & des Livres dont on
ne doit parler qu'avec le plus
profond refpect. Voyant que
GALANT 65
3
es raifons faifoient fi peu
d'impreffion fur fon efprit , je
fus contrainte d'avoir recours
aux exemples. Ainfi je fis pak
Ter en revueè routes les Fem
mes vaillantes de l'Hiftone
Grecque , Romaine & Franoile
Coffe jufqu'à la Pucelle d'Of
Teans & examinant enfuite
les Herbines entierement
modernes , je n'oubliay "pas
Faction éclatante qui a cou
6 vertlilluftre Mademoiſelle de
Char ffe , d'une gloire imfortelle.
Je connus alors que
#tet adverfaire des Dames
avoit crpparler à de plus
May 1696, Mɔan
F
66 MERCURE
ignorantes perfonnes que
nous n'eftions. Ces exemples
le defarmérent , & il fe com
pta fi bien vaincu qu'il fereduifità
changer de Thefe . Il
s'en tint donc tout d'un coup
à dire que toutes les Femmes
dont je venois de parler au
roient bien mieux fait de mettre
leurs mouches & de filer
leur quenoüille , que d'aller
faire les Capitaines , & les
Generaux, Enfin , Monfieur ,
luy répondis - je , vous eſtes
obligé de convenir qu'il y a
des Femmes vaillantes. Vous
ne yous retranchez plusqu'a
GALANT 67
dire qu'elles ne le devroient
pas eftree Voila la difpute
changée de fujer, mais fiquel
ques-uns de ceux qui nous
écoutent , veulent entrer en
lice, ilsvous conyaingrong a
fément qu'il eſt des pecafions
où le courage & la valeur
même font necellaires aur
Femmes
ce
39 Yous avez fi bien parlé
pour elles , me dit on tout
d'une voix, quenous préten,
dons que vous acheviez
que vous avez fi heureuſe.
ment commencé, & puis que
opsaved prouvé que le væ
Fij
68 MERCURE
leur fe trouve auffi dans leur
fexe , il faut encore que vous
faffiez voir quand il la doit
mettre en ulage. Je ne pus
me deffendre de continuer à
foûtenir une cauſe ſi juſte ,
& je n'eus pas dede peine à
montrer , qu'ainfi qu'ilferoit
hors d'oeuvre à une femme
de quitter le centre de la patrie
où l'on feroit tranquil
le , pour aller faire l'Amazo »
ne à contre- temps dans une
armée nombreuſe , pourveue
d'habiles Genéraux & de braves
Officiers , ce feroit enco
se une conduire bien plus
GALANT. Eg
10
5/14
م ر
blamable , fi fous le prétexte
da peu
peu d'habitude qu'a lon
fexe à effuyer les perils , elle
voyoit fous fes yeux le fer &
le feu ravager fon païs , fans
avoir le courage d'expoferfa
vic & de faire agir fa
valeur , pour conferver fes
biens & fa liberté , & pren
dre le party de ceux à qui le
Ciel n'a pas donné la force
de fe deffendre. Je fis voir
que dans ces occafions, nonfoulement
ileftoit permis aus
femmes qui avoient de la
fermeté & de la valeur , de
la faire éclater ; mais que
70 MERCURE
meſme il leur feroit fort hon⇒
teux de n'en point avoir. Jel
dis encore beaucoup de cho
fes que je ne vous rapporte
pas , de peur de vous ennuyer,
quoy que la fituation d'ef
prit où étoient ceux qui nous
écoutoient , fift qu'ils on eel
toient divertis ; mais enfio
noftre fçavant Cavalier quig
ne ſe battoit plus qu'enercov
raite dans cette derniere difəs
pute , fut mis entierements
hors de combat.
Comme les Dames qui é+ )
toient preſentes à nôtre cone
verſation ſont extrémements
GALANT: 71
de mes amies , je ne pus rem
Lifter aux pricces empreffées ,
qu'elles me firent de la mer.
treen Vers , mais je n'y con
fentis qu'à condition que ces
Vers ne feroient vûs que de
# nôtre petite Societé. On me
lepromit , mais on ne fe fit
point de fcrupule de ne me
pas tenir parole , ainfi que je
vous l'ay déja dit.Cette baga
telle courue dans le monde,
& mefme a donné ſujet à des
Ouvrages d'un tour auffi ai.
fé que délicar. Pour vous ré-
- moigner , Madame , que je
veux continuer à vous faire ■
72 MERCURE
part exactement des nouveautez
du Parnaffe , je vous
envoye ces agréables Ouvrages
, & ceux que j'ay faits
à leur fujet ; & afin que vous
foyez pleinement contente
de moy , je vais vous rendre
compte de certains petits détails
qui vous feront trouver
plus de plaifir à ces produions
d'efprit. Premiere
ment , il faut que je vous
apprenne que fans avoir bra.
vé le feu des ennemis comme
Mademoiſelle de la Char
ffe, ni foûtenu un Siege comme
l'Epouſe du Comte Tékéli
GALANT. 73
C
C
d
kéli , il y a déja long temps
que je ſuis en poffeffion du
titre de Fille courageuse , &
je vous diray confidemment
que jamais titre n'a moins
coûté à aquerir. Parce que
quand il tonne je ne me cache
pas
fous
le rideau
d'un
lit comme
Madame
D ....
&
qu'au
aufli tranquille
que lors qu'il
fait beau temps
, parce
que
quand
je fuis dans
un carof
fe attelé
de chevaux
fou
gueux
, loin de faire
des cris
aufli
hauts
que Mademoi
au contraire on me voir
felle P...
May 1696
$
je n'aynulle
G
74 MERCURE
frayeur , & enfin , parce qu '
on me voit tirer grand nom
bre de coups de pistolet ,
quand le Roy prend des Villes
ou gagne des Batailles ,
& qu'en telle Campagne ce
rapide Conquerant m'a fait
faire cet exercice jufqu'à trois
& quatre fois en un feu !
mois , fur de pareils exploits
on m'a donné liberalement
le nom de Fille intrepide .
Peut- eftre la fuis - je en theorie
, mais , Madame , vous
fçavez que je ne la fuis point
en pratique , je n'en ay jamais
eu l'occafion .
GALANT. 75
7
1
Cependant , comme j'efti.
me infiniment l'intrepidité ,
& que je l'honore par tout
où je la trouve , quelque
temps aprés vôtre départ ,
nous culmes une fort plaifante
converfation fur le courage
, & fur la poltronnerie
chez une belle Ducheffe que
vous connoiffez , qui par
fcience peut juftement eftre
comparée à Minerve , mais
qui ne feroit pas propre à
imiter la valeur de Pallas . Je
luy faifois la guerre de fon
extréme timidité , & luy difois
, que fi le Ciel m'avoit
fa
Gij
76 MERCURE
fait naître d'un autre sexe ,
j'aurois déja bien des fois fignalé
mon courage. Quelques
Cavaliers qui étoient
préfens , me dirent que je
devois faire éclater ce courage
à la gloire de l'amour , au
lieu de le combattre , com
me je faifois fans ceffe. Je
leur répondis en plaifantang
que le fond d'intrepidité que
je me fentois me porteroit
toûjours à éviter du moins
toutes fortes de chaifnes ,
puifque mon fexe m'emper
choit d'aller cueillir des Laugiers
en fuivant les Drapeaux
GALANT: 77
1
du Roy; & comme la charmante
Ducheffe chez qui
nous étions , m'avoit priée
de luy faire des couplets fur
un certain Air qu'elle aimoit
fort , je luy fis improm
ptw une maniere de Romance
que je vous envoye , qui rou
loit fur le mefme fujet que
la
converfation
que nous a
vions eue.
ROMANCE ,
SVR L'AIR
L'autre jour m'allant promener ,
Ah ! mon mal ne vient que d'aimer.
Vitons l'amour & fes traits.
Qu'il eft beau de n'aimer ja
mais !
E
G iij
78 MERCURE
Je croy que fes plus doux attraits
Ont encor bien des peines .
Qu'il est beau de n'aimer jamais !
Bravons toujours les chaifnes .
2
Si quelque objet peut enflamer,
La gloire feule doit charmer.
Chaque Sexe doit s'en former
"Un attirant modele.
La Gloire feule doit charmer ,
Ne vivons que pour elle.
$
On parvient par divers fentiers
A cueillir de brillans Lauriers .
Dames airfi que Cavaliers
Peuvent ornerl'Hiftoire.
On parvient par divers fentiers
Au Temple de Memoire.
S
Mais pour atteindre aux prompts
bonneurs ,
GALANT: 79
3
Vive Mars , vivent fes faveurs ,
Themis & les fçavantes Soeurs ,
Ont une belle route
Mais pour atteindre aux prompts
honneurs ,
Mars vaut bien mieux , fans doute.
S
Quand on eft dufexe àfracas ,
Qu'il eft beau d'aimer les combats !
Qu'ontrouve de touchans appas
Au mefier de Bellone !
Qu'il eftbeau d'aimer les combats !
Que de gloire s'y donne !
Si mon fexe l'avoit permis
Que j'auroit bravé d'ennemis !
Tous ceux que Louis a foumis
M'auroient vû les combattre.
Que j'aurois bravé d'ennemis
Si Dame alloit fe battre!
Giiij
80 MERCURE
$
Onfait des exploits inqüis
Quand on fuit les pas de Louis.
L'ail & le coeur font réjouis
De l'éclat de fa gloire.
Quand onfuit les pas de Louis
On court à la Victoire.
S
Mais en dépit de mon ardour
Je ne puisfuivre ce Vainqueur.
Chantons fa rapide valeur ,
Pour luy faifons des feftes.
Fe ne puisfuivre ce Vainqueur.
Celebrons fet conqueftes.
&
Chantant ce Heros chaque jour
Je prétens combattre à mon tour.
Je veux toujours vaincre Amour
Et terraffer fa brigue.
Je pretens combattre à mon tour
Mais ce n'eft pas la Ligue.
GALANT: 81
Ces couplets devinrent fort
a la mode , & cela me donna
auprés de quelques gens un
petit air Amazonien , que de
bonne foy je n'avois nullement
fongé à m'acquerir,
comme vous jugez bien ,
n'ayant cherché dans cet entretien
& dans ces chanfons
qu'à me divertir , en expli
quant mes fentimens naturellement.
On s'eft fouvenu
encore depuis que pendant
que j'eftois en Normandieen
1694. & que les Ennemis
prenoient mille mefures pour
infulter nos Ports & les Côn
1
82 MERCURE
tes de cette Province , la confiance
que j'ay dans la fuprê
me fageffe , & l'afcendant du
Roy , me fit toujours dire ,
fans prendre les moindres
alarmes , que les Anglois feroient
bien plus de bruit que
d'effet ; & on a remis fur les
rangs une Lettre en chanfons,
que j'écrivoïs à une de mes
Amics de Bayeux , où j'eftois
dans ce temps- là , & qui , comme
vous fçavez, eft fur la route
de la Hogue. Ne m'allez
pas encore faire une affaire ,
de ce que vous n'avez point
vû cette Lettre , c'eft que j'ay
GALANT. 83
cru qu'elle ne meritoit pas
voftre attention ; mais puis
qu'on s'eft avifé de la ti .
rer de l'oubli , je vais vous
ten dire quelques morceaux,
Vous fçavez que ces fortes de
Lettres fe font fur mille
> & qu'on chants differens
change d'air à chaque couplet
. En voicy quelques uns.
Jecomençois par une defcription
des craintes & des alarmes
, qui agitoient certains
coeurs dans le lieu où j'eftois ,
& je difois que le tumulte de
Mars en avoit chaffé tous les
Jeux & les Amours ; puis je
84 MERCURE
pourſuivois
ainfi.
FRAGMENT
D'une Lettre en Chanſons.
SUR L'AIR ,
Sommes- nous pas trop heureux
Dans ce turbulent fracas,
Peat eftre on croit que les Mufes
Interdites & confufes
Du bruit tonnant des Combats,
Ne pourront prendre courage
Que pour chanter dignement
Ce qu'un * Heros jeune & fage
Va faire chez le Flamand.
*Monfeigneur commandoit l'Armée
de Flandre.
SUR L'AIR
Il fait tout ce qu'il défend.
Mais cette troupe divine
Qui penetre l'avenir ,
Dit fans en eftre chagrine »
GALANT. 8
Voyant l'Ennemi venir ;
Comment craindre les tempeftes
Quand Louis défend 'nos teftes ?
Pleines de tranquillité
Imitons leur fermeté.
SVR L'AIR
La verte jeuneffe qui tourne à vous
vents.
Malgré les alarmes ,
Malgré lesTambours ,
Profitons des charmes
Qu'on doit aux beaux jours à
De certain Dieu tendre
Défendons- nous feul,
Et laiffons défendre
Nos Ports à Choifeal.
Mr le Maréchal de Choifeul comman
doit un Camp en Normandie.
SVR L'AIR
Quand Iris prend plaifir à boire
Touis'émeut au bruit de la guerre,
86 MERCURE
Mais quand Louis tient fon ton-
Betre
L'Ennemy doit feul avoir peur.
Noftre Heros enchaifne la Victoi
ሃይ
Bientoft nous le verrons vainqueur,
Etfon Dauphin rempli d'ardeur
Vafe couvrir encor de gloire .
Cette Lettre en chanfons ,
Madame , & la Romance
avoient fait voir les fentimens
que j'ay fur la valeur. La difpute
que j'ay cuë avec le Cavalier
Dogmatifeut, les a confirmez
, & les Vers que i'ay
faits fur cette difpute ont achevé
de les mettre dans leur
iour. Vous voyez bien cepen
GALANT: 87
6
dant que dans ces Vers , ie ne
me fuis pas amufée à rappor
ter les preuves de raifonnement,
& les exemples hiftoriques
que l'avançay dans cette
converfation . J'ay traitéla
difpute moins en forme en
faveur de la Poëfie , qui n'a
pas de grace quand elle fait
des raisonnemens fi fuivis , &
même i'ay pris quelquefois
un ton badin , comme lors
que ie dis ,
De Bradamante & de Marphi,
fe,
Que
le deffein
fut
grand
& doux
!
Elles
triomphoient
par
leurs
armes
Encore
plus
que
par
leurs
charmes
,
88 MERCURE
Il leur eftoit permis de fignaler les
bras
Dans les plus perilleux combats
A bqu'elles poffedoient un heureux
avantage !
Quelplaifir de marquerfon intrepi
dité !
Si noftre fexe encor avoit un teb
ufage ,
Taurois déja pour mon partage ,
Un Brevet d'immortalité.
Eh bien Madame , ces
Vers , avec le fouvenir des
marques de mon Heroïſme ,
dont je vous ay tantoft par
lé , font cauſe qu'on m'a écrit
incognito une des plus je lies
Epîtres du monde , où l'on
me
GALANT 89
2
mecompare à Telefille . Je ne
fçay pas fi cette Heroine a
l'honneur d'eftre connue de
-vous ,mais c'étoit une des plus
illuftres Sçavantes de l'antique
Grece. Plutarque l'a co.
lebrée fort glorieufement
;
mais cependant je ne fçay fi
vous etes inftruite de fon
hiftoire , quoy que j'aye pris
foin de vous en informer dans
le Triomphe de Madame
# Deshoulieres Telefille donc,,
comme vous fçavez , ou com
me vous ne fçavez pas , étoit
d'Argos , & aprés avoir ao
quis dans la Grece une res
May 16962.
90 MERCURE:
putation immortelle par la
beauté de fes Ouvrages , elle
éclata encore par fon courage
d'une maniere toute diftinguée
. Pendant que tous
les hommes étoient en campagne
, dans une guerre où
les Argiens n'avoient pas eft é
heureux , Telefille anima fi
vivement les Dames Argienmes
à la deffenſe de leur Ville
contre les Lacedemoniens ,
que ces lions de Grece furent
contraints de fe retirer ,
voyant de quelle maniere
cette troupe d'Amazones
bravoit la mort fous la con
GALANT: 91
C
'duite d'une heroïne fi propre
à foûtenir la gloire de fa Patrie.
Je ne me fouviens point
d'avoir jamais fait d'action
qui reffemble à celle-là. Cependant
voyez ce que c'eft
que d'avoir bien de l'efprit .
L'inconnu qui m'a écrit l'E,
pître que ie vous annonce ,
a trouvé l'art de faire voir
dans fes Vers mille traits de
reffemblance
entre Telefille
& moy. Ainfi font les
grands Peintres , ils fongent
plûtolt à produire un beau
Tableau , qu'ils ne s'embarraffent
de faire reffembler.
Hii
92 MERCURE
Cependant toutes mes amies ,
plus frapées des beautez de
cette Piece que ie n'étois revoltée
contre la comparaifon
, ont voulu que je répondiffe
à cet agréable Ouvrage
. Si on n'y avoit parlé
que de moy , l'aurois gardé
le filence malgré leurs fouhaits
; mais comme la gloire
du Roy y étoit chantée avec
iufteffe , l'empreffement que
i'ay de mêler ma voix à tou
tes les louanges qu'on don '
ne à ce Heros , me fit répon
dre brusquement à l'inconnu
. Epître pour Epître. La
GALANT. 9.3%
ST
ར།།
mienne ne commençoit qu'à
1 paroître , quand Mademoifelle
d'Alerac dont vous con-›
.noiffez le bon goût , me pria
er de lui faire part de ces deux
( Ouvrages. Je les luy envoyai
accompagnez d'une Lettre
en Vers & en Profe . Cettes
Lettre , ie croy , n'aura rien
d'obfcur pour vous ; car vous
vous fouvenez fans doute ·
que dans une Epître que i'ay
faite au fuiet des Anciens &
des Modernes , qui a paru
dans le Mercure de Novem
bre dernier , il y a ces qua
Tetre Vers ::
94 MERCURE
Faifons donc redire à l'Echo ,
D'Alerac paffe autant Erinne ,
Que Scudery paffe Sapho ,
Er des Houllieres , Corinne.
Toutes ces Heroïnes , Ma
dame , font , ce me femble ,
de voſtre connoiffance. Pour
Praxille, dont il eft parlé auffi
dans cette Lettre en question ,:
fi vous ne la connoiffez pas ,
& quevous ne vouliez point
vous donner la peine de la
démefler dans l'Hiftoire Greque
, informez - vous d'elle
dans le Triomphe de Madame
des Houlieres . Mademoiſelle
d'Alerac , qui fait N
GALANT. 95
naturellement des plus iolis
Vers du monde , a répondu à
la Lettre que ie luy ay écrite,
une autre Lettre mellée de
Profe & de Vers, quieft toute
pleine d'efprit . Cette Demoifelle
en fait tant briller dans
la converfation , qu'il ne faut
que la voir une fois pour eftre
convaincu que perfonne n'a
plus de feu , d'efprit & de
vivacité. Vous connoiſſez fi
bien le caractere de toute fa
Maifon , que ie fuis feure que
Vous trouverez que ce que
i'en dis à la fin de la Lettre
que l'écrivis à cette aimable
96 MERCURE
Fille , n'eft pas la moitié de
ce qu'on y voit de propre à
s'attirer l'eftime la plus di
ftinguée . Hé bien vous plain .
drez vous à prefent que ie ne
vous fais pas affez de part de
ce qui regarde les Mufes ?
Vous les aimez tant , qu'en
bonne foy il y auroit de la
dureté à ne vous apprendre
pas tout ce qu'on fait de
leurs nouvelles , & ie vous
eftime trop pour ne me pas
faire un plaifir des occafions
qu'elles me donneront de
vous marquercombien ie fuis
parfaitement, Madame , voftre
...
Je
GALANT.
97
Je croyois n'avoir plus à
vous informer de rien , mais
j'apprens qu'on a découvers
que l'Epiftre qui me veut fait
re paffer au moins pour Telezille
la cadette , eft du Marquis
de V.... dont vous efti
mez le fçavoir & la politeffe .
A MADEMOISELLE
L'HERITIER.
D
EPISTRE .
Es neuf Sçavantes Soeurs celebre
Favorite ,
Charmantel Heritier , dont les rares
talens
May 1696.
MERCURE
Sone joints au plus touchant
rite
Que n'ay-je vos dons excellenst
Que n'ay.je voftre dolte Lyre
Pour chanter commeilfaut ce qu'en
vous on admire P
En voyant le fçavoir , en voyant
la clarté,
Le courage , la fermere,
Et le vif agrement qui chez voue
toujours brille,
On croit revoir en dous l'illafre
Telefille ,
Qui fceut par fon courage égaler
en Argos
? La gloire desplus grandsHevos,
Cemme elle vous avez une ame
d'Heroines
It fi vous en trouviez le moment
bienheureux ,
Nallan f bardy dansfes vanx,
GALANT
BIBLIO
Trouveroit fous vos coups (on the
tiere raine,
A
Ainfique Telefille eut toujours dang
le coeur
Un beau zele pour fa patrie
Pour la France & Louis toute
pleine fardeur
On vous verroit donner vofirefang,
voftre vie.
• La Grecquepar hazardfignala (om
envie
Mais comme elle vous n'aurezpas
Deperilleuxmoyens d'exercer voftre
dalabras.
DEL
VILLE
Sort
[Lege,
De l'angufte
Louis
tel
eft le privi- Lo
Que
dans
sous
fes vaßes
Etats
,
Kingt
Souverains
liguez
avec
tant
de fracas
Eram A paine ont på former un Siege,
Et n'ontpu triompher dans les moin
cine dres combats.
lij
160
LearfureurURE
Cos lance
plus que leur vaik
que
Eclatafollement dans d'injuftes ex-
Cadete ploits, sa ma doorsfin
Ze Dauphine feulement une fois,
Ainfi que la belle Provence,
Sentit l'effort du Piemontois .
Za Charffe fit alors l'actiongrande
& belle ,
Que vos doctes Ecrits fçaurons rendre
immortelle ;
Mais fi l'on vit fon intrepide
coeur
Dans cette occafion faire brillerfor
< z € l ¢ ;
Malgré la pente naturelle
De fon heroique valeur,
Cette Sujette agiffante &fidelle
Ne trouvera plus lieu d'exercer fon
Pardeur ;
Bellone dormira pour èhe.
GALANT . 101
:
(81
L'invincible Louis par fes prudens
projets supeof sigh
Sçait trop bien garder fes Sujets,
Ainfi vous n'aurez point la gloire
Derepouffer fes Ennemis
Puis que le jufte Ciel par fon ordre
a permis
Qu'il ait fous fes Drapeaux aita.
sas voché la victoire.
Mais cependant confolez - vous:
Vous chanter fes exploits fur des
accords fi doux , xent
Qu'ils vous donnent un nom d'éternelle
memoire ,
Dont mon Sexe feroit jaloux ,
Si tout les rares avantages,
Les verius , les dons précieux,
Qu'avecprofufion vous reccuftes des
Cieux ,
Ne fçavoient réunir pour vous
tous les fuffrages .
I iij
102 MERCURE
戛
"Te discous , car on voit voftre Sexe
charmant
Qui ſe ſent honoré de vos fçavans
Big Onurages , in
Efire rempli pour vous d'un vifem
preffement.
Paiffiez- vous donc, illuftre Fille,
Pulffiez-vous goûter à jamais
Un fort aufi brillant , aufi rempli
d'attraits ,
Quefut celuy de Telefille .
REPONSE DE MADEMOISELLE
L'HERITIER .
Mplas grand des Rois,
On zele ardent & par pour le
Et mon amour pour la Patrie,
Me donnent en effer quelqu'un des
beaux endroits
GALANT 163
A
De l'Heroine qu'autrefois COR
La dolle Grece a tant cherit; v
Mais je n'ay point fon ført , fes
talens , nyfa voix. in
Si Telefille far vaillante
Autant qu'elle parnt fçavante ,
C'eft qu'elle put trouver le moment
fortune
De montrer les vertus dont fon coeur
fat orné
Puis qu'il n'eft pas permis au fexe
dont nous fommes ,
De braver les affreux hazards,
Que quand les Ennemis entourens
nos remparts,
Et qu'en un autre temps il abandonne
aux hommes
Za gloire des exploits de Mars,
Sous le Heros dont la puiffance
Fait fleuriraniourd'huy la
France, it is facakmede y hel
•Liijj
104 MERCURE
Quels lauriers perilleux pourrions
nous acquerir?
Bien loin d'avoir à nous défendre
Des projets que fur nous on pourroit
entreprendre,
L'intrepide Louis ne fait que conquerir.
Si d'une terreur paffagere
La Provence & le Dauphiné
Virent quelques momens leur peuple
confterne ,
Par le bouillant effort d'un Prince
témeraire ;
Ce Prince vit bien-toft que le Ciel
en colere
A fon mauvais deftin l'avoit aban
donné,
La Charle faifant voir une noble
affurance ,
Scent raffembler par fa prudence
-GALANT.
10
= Vn peuple qui fuyoit étourdy, mu-
•
tine.
Avec elle il combat , leur valeur
eft beureuse ,
Et
l'Heroine genereuse as
De lauriers immortels voit fon front
couronné. R
De l'Augufte Louis telle est la desuftinée
,
Que fon jufte party rend tout Sexe
vainqueur.
De l'illuftre la Charffe admirons le
bonheur.
Puiffet . De toujours de gloire environnée',
Eftre auprès du grand Roy qui la
comble d'honneur ;
2
Mais vous avez raifon , fous la loy
fortunée
Prince vaillant & brillant
de Splendeur,
106 MERCURE
Quelque guerriere qu'on fait née,
Onne peut témoigner ceste heroïque
ardeur.
Sous fon regne rempli de bonheur ,
de fageffe ,
Ny los Telefilles de Grece ,
Ny lesJeannes de Vaucouleur,
Ne trouveroient pas lien d'exercer
leur valeur.
Vous, dont l'aimable politeffe
Chante auf noblement ce triomphant
Herosi
Qu'auroit fait dans les vers l'Heroine
d'Argos ,
Occupez fouvent voffre Lyre
A celebrer un Roy que l'Univers
admire.
Pour
moy,
ſuivani toujours le zele
?
que je fenstein
Pour ce Conquerant tont Augufte
,
GALANT: 107
1
#
*
Qui ne fait jamais rien que de
grand , que de juſte,
Fe meleray ma voix à vos doctes
accens.
Mestons ne feront pas merveilleux,,
raviſſans ,
Ainfi que furent ceux de l'illuftre
Argienne ,
Mais du moins mon ardeur furpaffe
ra la fienne,
Et j'auray des fujets cent fois plina
excellens.
Mademoiſelle l'Heritier ,
eftant fort Amie de Mademoifelle
d'Alerac, luy envoya
ces deux Lettres , qu'elle accompagna
de celle- cy
108 MERCURE
A MADEMOISELLE
P
「
D'ALERAComien
je
Uifque vous le fouhaitez
, Mademoifelle
vous envoye la flateufe Epitre
du fpirituel inconnu , qui
me prodigue l'encens , & la
réponse que j'ay faite àa cet
agréable Ouvrage . Je voy
bien que c'eft pour me rendre
le change de ce que je
vous ay donné un nom fa .
meux de l'antiquité
, que ce
fçavant Cavalier m'en donne
un à mon tour. Ain-
161
GALANT 109
fi que je vous ay nommée
Erine , & la charmante Comreffe
de Murat , Praxille , de
mefme l'on veut que Telefit
. le foir deformais mon nom
fur le Parnaffe . Mais les Pa
ralleles que j'ay faits font plus
jultes que la comparaiſon
qu'on a faite pour moy . Tout
le monde eft convaincu que
Mademoilelle
de Scudery eft
autant au deffus de Sapho
par fes grands talens que par
fes rares & folides vertus. On
n'eſt pas moins perfuadé que
Madame Deshoulieres a porté
le fublime & la jufteffe de
tio MERCURE
la Poefie beaucoup plus loin
que Corinne. Vous fçavez
tous les raports que le
beau naturel & le fpirituel
enjouement des Ouvrages de
notre aimable Comreffe luy
*peuvent donner avec Praxille
, & a vôtre égard perſonne
n'ignore jedna
at Qu'on voit en vous briller d'Erinne
Les tours heureux , les agrémens
divers ,
Comme elle vous pensez d'une mas
niere fine ,
aastas
digue dans tous vosVers
wart Et
Sans contrainte&fans art certain
beau feu perille.
GALANT: AM
Quoy que dans quelques lieux on
vanie mes accords,
Il n'eftpoint de pareils rapports
DelHeritier à Telefilles "Da
lesing ) et 1 LETTER wed
ab Mais quoy que le paralle
te ne fait pas juite , l'Epêtre
qui les fair eft fi ingenieuſe
& h bien tournée , que fi elle
ne me loüoit pas tant , je
Ja loüerois beaucoup davan
tage en faveur des agrémens
qu'on voit dans les Vers . Faifons
donc grace à la compa
saifon. Quoy qu'elle foit fort
outrée,ce n'eft pas une affaire.
Jen ay vû cent fois dans nos
Poëtes & dans nos Orateurs,
112 MERCURE
qui l'eftoient encore plus
& je vous avoue que quand
mêmej'aurois quelque air de
Telefille , je ferois ravie de ne
uy reffembler qu'imparfaitement.
Quoy qu'en effet je
fois partagée d'un courage
affez ferme pour méprifer les
dangers , s'il s'agiffoit de te
moigner mon zele à ma Patrie
dans des occafions perilleufes
, jay une joye infinie
qu'elle n'ait nul befoin de
mes fervices . Si j'avois vêcu
fous ces regnes funeftes , où
les Ennemis de l'Etat ravageoient
nos plus belles ProGALANT
13
$
7
vinces , & pilloient nos Villes
tour à tour , j'euffe efté fans
doute la copie ou la fuvanté
de la Pucelle d'Orleans ;
mais je rens mille graces au
Ciel , de vivre fous un regne
éclatant , où mon Sexe , il eft
vray, peut rarement parvenir
à faire quelques exploits
guerriers , mais où Louis le
Grand luy en fournit de fi
merveilleux à chanter , que
tous les antiques Heros n'ont
jamais pû luy en donner de
pareils . Nous fommes donc
bien éloignez de nous trouverfous
un regne qui reffem-
May 1696 K
14 MERCURE
ble à ceux de quelques uns
de nos Rois de la premiere
Race , ou au commencement
de celuy de Charles VII.
་
Et j'avois vècu ſous ses Rais,
Dont l'indolence eftoit le caracteres
Taurois pu fignaler par de fermes
alisk exploits
Unzele ardent & neceffaire.
Mais dans ces trifes temps où les
François confus ,
Sentoient de leurs revers une dou-
3 908 leur amere 84 3852
Yo Ma Muſe contrainte à fe taire,
Auroit va de fa voix les talens fuperfluss
Au lieu que de nos jours Louis par
mes lifes vertus
M'ouvre à chaque moment uns it
Jufre carriere
#GALANT HA§
i '
Ony , ie m'occupe toate entiere
Aobanter fes exploits rapides, gla
LAIMSJIOKATICO HE WO
Ab pour notre bonheur j'aime
About
mille for mieux
En bien dire que d'en bien faire
Vous voyez bien , Mademoifelle
, que , n'en déplaife
à mon courage , j'ay railon
d'aimer mieux raconter qu'agir
, puis qu'on a preferit à
monSexe de ne fe pas mêler
d'affaires fi vigoureufes
, que
quand les Ennemis font à
noftre porte , ou qu'il arrive
quelque autre occafion auffi
preffante Les profperitez.de
laFrance me font trop cheres,
Kij
116 MERCURE
pour ne pas faire mille voeux
au Ciel de ne trouver jamais
aucun lieu de faire éclater ma
fermeté. Cependant je veux
bien eftre Telefille
*
filon
yeur, mais une Telefile , dont
tout le merite confifteracà
ſentir un grand zele pour fa
Patrie & pour fon Roy , & à
avoir quelques talens propres
à chanter les louanges de ce
Heros . Je laiffe à voſtre illuftre
Soeur l'honneur d'avoir
imité l'Heroine d'Argos , par
des endroits plus perilleux ,
& d'abord qu'on ne me regardera
qu'en Telefille de
GALANT 17
1
Paix , la comparaiſon ne deviendra
guere moins juſte
que de vous à Erinne ; car
lors que je fais d'attentives
reflexions , vos avantages me
paroiffent bien autant au def
fus des fiens , que les miens
font au deffous de ceux de
Telefille . Outre cet air charmant
de douceur & de tendreffe
, répandu dans toutes
-les productions d'efprit qui
vous échapent , fans doute
encore plus touchant en vous
qu'en celle à qui on vous
compare , outre tous ces
avantages , dis je , on ne lic
118 MERCURE
4
-dans aucun endroit qu'Erinne
fuſt d'une Maiſon aufli
illuſtre dans la Grecé, qu'ell
celle de la Tour du Pin ën
Frances ny on ne lit poine
non plus que cette fçavante
de Lefbos euft eu une Souf
fi célebre par une belle ac tion
, qu'une telle Heroind
auroit efté feule capable de
couvrir fa Famille de gloire ,
fcette Famille n'en avoit
pas efté partagée d'ailleurs."
L'Erinne de Lelbos n'eut aus
cune de ces heureuſes prérogatives.
D'Alerac , Erinne
de France , les poffedé àved
n
av
GALANT:
éclat , & y joint encore le.
bonheur d'eftre née d'une
•Mere qui rend incertain lequel
on doit le plus admirer
enelle de l'efprit ou de la vercu.
Enfin l'Erinne de France
a des Freres , qui fans eftre ny
Grecs ny Romains , fçavent
pratiquer dans toute la delicateffe
la plus belle Urbani.
té. En bonne foy , pour mê,
ler des termes modernes à
ces expreffions de l'antiquités
Lefbos auroit bien fait du
bruit d'un Citoyen auffi fage
& aufli galant homme, qu'est
le Marquis de la Chaifle, Je
120 MERCURE
conclus donc , que par niille
raifons vous eftes autant au
deffus d'Erinne , que le fuis
au deffous de Telefille. Mais
comme une tendre amitié
m'unit avec vous par les
noeuds les plus étroits , dans
une fi belle union , le fort
-foulagera le foible . Nous ferons
commerce de merite.
Vous me ferez part generey .
fement de ce que vous avez
de trop , cela rendra les chofes
égales ; & ainſi vous resterez
toujours Erinne , & moy
Telefille.
REPONSE
GALANT. 12[
REPONSE
De Mademoiſelle d'Alerac,
A Mademoifelle l'Heritier.
UE je fçay bon gré
Mademoiselle , au fpi
O
rituel înconnu qui vous don :
he le nom de Teléfille ! If
vous convient, fiquelque cho
fe peut vous affortir. Je vous
l'aurois donné , ce nom , fi je
n'eftois perſuadée que
le voftre
vaut mieux que tous ceux
dont l'on peut fe fervir. Si
vous aviez vêcu dans ces fiecles
reculez, vous auriez rem-
May 1696.
L
122 MERCURE
*
pli l'Hiftoire. Alors l'on au
roit décidé pour les Anciens ;
mais il vaut mieux que nos
Neveux lifent ce qui vous dif.
tingue par mille beaux endroits
, & que nous jouillions
de l'heureux plaifir de vous
voir , qui doit eſtre ſi cher à
yos Amis .
L'on trouve en vous une amitie
folide,
On commerce plein de douceur.
Quand fur vos beaux endroits il
faut que l'on décide wit
Quelque bon gouft qui guide,
L'un sient pour votre esprit , l'au
essenstrespour votre coeur,
Il n'y a que l'amour qui fe
GALANT: 123
plaint de vous. Il eft vray .
Mademoiſelle • que vous le
bravez fans ménagement .
Pour avoir plus d'esprit qu'une
autre ,
3. Croyez-vous fauver votre coeur
Dov D'une tendre langueur ? h
C'est une pure erreur.
Ce coeur eft fait comme le noftre,
Dans vos Vers immortels vous
chanterez unjour
La gloire de l'amour.
Il fera feur de triompher
lors que vous ferez valoir fes
charmes.
Vos Vers ont untour enchanteur,
L'amour verra par eux augmenter,
olive fon empire.
Lij
124 MERCURE
Telefille , il n'est point de coeur
Qui ne ſe rende au ſon de voſtre Quine fer
docte Lyre.
U
..
hul flamp and toons now ins
L'amour me fçaura bon
gre de mon préjugé , & peuteftre
par reconnoiffance ,
laiffera til mon coeur à la
mitié , qui eft fi contente de
moy ; & qui a tant de raiſon
de l'eftre . Vous me faites fen:
tout ce tir, Mademoiſelle
qu'elle a d'agreable par le
plaifir que j'ay d'aimer , &
d'eftre aimée d'une Amie de
voftre merite. Je fuis ,
Puis que nous fommes fur
AM AS
1
GALANT.
125
les Lettres , vous voudrez bien
en voir encore une qui eft fur
une matiere plus ferieuſe que
celles que vous venez de lire?
Elle ne vous en plaira pas
[ moins , puis que les plus hau
tes connoiffances n'ont rien
de trop élevé pour vous.
A MONSIEUR DE ***
160
[ Ous ne ferez peur- eftra
pas fâché , Monfieur , que
je vous entretienne un moment
de la nouvelle Philofophie que M²
Hartfacker, natif de Rotterdam
en Hollande , a donnée au Publie
Liij
126 MERCURE
depuispeu de temps , & qui vient
fort a propos pour prendre la place
de celle de M Defcartes . Je vous
diray en peu de mots ce qui me
plaift dans chaque Chapitre de cer
excellent Ouvrage , & * en meſme
Demps ce qui mefemble que l'on y
pourroit trouver à redire.
Cet ingenieux Auteur établit
fi bien dans le premier Chapure .
la neceffité dedeux Elemens , dont
l'un eft abfolument liquide & l'an .
are abfolument dur,
par des raifons fi convaincantes ,
qu'il ne laiffe aucun lieu d'en douter.
Mais quand cegrand Hom .
nae , qui , à mon avis ,ſurpaſſe en
le prouve
GALANT. 127,
matiere de Phyſique tous les Philofophes
qui l'ont precedé , & dont
il nous refte les écrits , dit qu'il ny
qu'une feulefubftance qui rem
plit l'Univers par fon étendue
fans bornes & fans limites , je
voudrois bien luy demander ce
qu'ilentendpar le mot de fubftan .
cs. Si par ce mot il entend un
eftre qui fubfifte par foy mesme
qui n'a befoin d'aucun autre
eftre pour fubfifter , cette fubftance
eft Dien mefme , & par confequent
puifqu'il la divife en deux
differentes fortes d'eftres qu'il appelle
premier & fecond element ,
qu'il luy donne une étendue & du
Liij
128 MERCURE
mouvement local , ce qui ne peut
convenir qu'à la matiere créée ,
il confond Dieu & la matiere..
Si par ce mot defubftance il entend
un eftre qui nefubfifte pas par
foy mefme , mais qui pourſubfifter
a befoin d'un Eftre Souverain
qui l'a crée & qui le conferve
il ne devroit pas , ce femble , dire
qu'elle eft fans bornes &fans limites
, ce qui ne peut eftre dit que
de Dieu feul.
Tout ce que cet illuftre Philofophe
dir du mouvement dans le
Second Chapitrefurpaſſe de beaucoup
tout ce que les Anciens &
les Modernes en ont écrit. Il
GALANT 29
femblepourtant qu'il auroit mieux
fatt de retrancher la premierepra-
-pofition , ou du moins de la mes
tre entre les axiomes , comme af
fez claire d'elle mefme , que d'en
donner une demonftration embaraffée
, comme il fait . Il auroit
mieux fait de prendre la peine de
demontrer la quinziéme Propo .
fition , que defe contenter de dire
qu'elle fe demontre de la mefme
maniere
que la precedence ,
peut eftre qu'alors il fe feroit apperçu
qu'il n'eft pas tout- à fait
vray qu'ellefe démontre de la mèsme
maniere que la precedenteson
Ces quatre Chapitres fuivans
Ko MERCURE
font beaux par excellence ; car tour
y est également bien traité. La
raifon qu'il donne pourquoy le Soleil
demeure toujours à peu prés
de la mefme grandeur , quoy qu'il
s'enfaffefans ceffe des écoulemers
de tous coftez , nefe peut pas payer,
je crois qu'à prefent on n'aura
pas grande peine à abandonner
toutes les rêveries que M'Defcartes
a données là deffus . On pourroit
pourtant luy donner avis qu'il
a tort defefervir par tout du mot
folide ,là où il auroit fallu fefer.
virdu mot dur , & quefa defcription
dufublimé n'eft pas juste.
Lefeptiéme Chapitre où ilparle
GALANT. izt
que
Les é
du mouvement de la terre & des.
Planetes fera fujet à bien des
conteftations. Il avance que l'obliquité
de l'Ecliptique change
ce qui n'eft pas . Il dit
toiles fixes doivent paroistre changer
de latitude , ce quejamais Aſ.
tronome n'a obfervé . Il veut que
l'excentricité de la terre n'eft plus
figrande qu'elle eftoit autrefois , ce
qui eft encore contre l'experience.
Enfin il prétend que toutes les
Planetes vont d'Occident en Orient,
parce que la premiere , dit il,
qui tourne autour du Soleil doit
entraifner avec elle la matiere celefte
qu'elle traverse , & par confe132
MERCURE
quent determiner les autres Pla
netes à fuivre le courant de cette
matiere , & à fe mouvoir de mefme
fens ; mais ces corps font de
beaucoup trop petits à proportion.
de la grande diftance qui eft entrecux
, pour imprimer da mouvement
à la matiere celefte , enforte
que ce mouvementſe puiffe faire
fentir de l'un à l'autre ,
terminer à aller par le mefme che
min. Je ne comprens pas non plus
comment il peut faire tourner la
Lune autour de la terze , car fi
les rayons du Soleil , par lefquels
il les fait mouvoir , la pouffoient
d'Occident en Orient depuis la
les dé
GALANT. 133
conjonction jufqu'à l'oppofition ,
les mefmesrayons la repoufferoient
après d'Orient en Occident , &
ainfî elle ne feroit qu'un balance .
ment continuel,
Ce qu'il dit dans le buitiéme
Chapitre du flux & du reflus de
la mer ne differeguère de ce qu'en
a dit M' Defcartes.
Le neuviéme Chapitre où il
traite de l'Aiman , fait voir la
beauté de fon genie , la force.
defon esprits car il explique tout
d'une manierefifimple & fi claire,
qu'ilfemble prefque impoffible que
la nature puiffe agir autrement
que comme il le dir. Neanmoins
•
134 MERCURE
la raifon qu'il donne pourquoylors
que l'on coupe un Aiman de telle'
forte que le plan de la fection foir
perpendiculaire à l'axe , chacun de
ces deux morceaux doit à propor
tion de fa grandeur avoir beau
coup plus de vertu que toute la
pierre n'en avoit avant la divifion
, tient beaucoup du galima.
tiás , car de dire que cela arrive
parce que l'action de la matiere
magnetique ne doit pas diminuer
à proportion de la grandeur du
morceau , c'est justement dire
ce qui eft en question. La raiſon
qu'ildonne dans le vinge cinquié.
me article , pourquay deux AiGALANT.
135.
>
mans ne peuvent pas s'approcher
l'un del'autre fi bien &fi forte.
ment qu'un morceau de fer s'ap.
proche d'nn Aiman , ne vaut gues
re mieux , du moins elle ne me
femble pas bien claire. Page 185 .
il dit qu'un Aiman ne perd rien de
fa vertu , quoy qu'il touche plufeurt
boules on morceaux de fer
trop épais Je crois que cela eftcon
tre l'experience auffi - bien que ce
qu'il dit page 193. fçavoir qu'un
morceau de fer aimante ne perd
rien defa vertu en touchant à des
boules de fer , ou à des fers trop
épais...
→ Dans le dixiéme Chapitre où
M
#36 MERCURE
il parle des tremblemens de terre,
il explique divinement bien comment
l'air fe peut dilater par la
chaleur jufqu'à occuper cent fois
( il auroit mieux fait de dire qua .
tre ou cing mille fors ) plus d'efpace
qu'il n'en occupoit auparavant.
L'onzième Chapitre des Vents eft
un veritable chefd'oeuvre ; &le
douZiéme Chapitre où il traite
de Metcores , est parfaitement
mignon , mais peut eſtre un peu
trop court.
Pour ce qu'il dit dans le trei
Ziéme Chapitre de l'origine des
Fontaines, des Puits des Rivie
Yes,je nefuispas defonfentimens
GALANT. 137
car il nie femble impoffible que la
pluye feule puiffe fournir aux:
Puits , aux Fontaines , & aux
Rivieres , principalement dans les
pays où il pleut rarement.
• Du refte , ce que j'admire da
vantage dans cet Auteur , t'eft
qu'eftant étranger il ait pu écrire
un fi brau langage , trouver des
expreffions fi heureuses , er avoir
tant de netteté & de pureté dans
fon ftite , qu'il pourroit fervir de
modeleà ceux qui voudroient écrire
fur de pareilles matieres .
Le Pere de la Boiffiere
Preftre de l'Oratoire , ayant
May1696.
M
138 MERCURE
૨
prêché le Carefme dernier
à Saint Euſtache avec beau
coup de diftinction , fic le
jour de Pafque un Compli
ment indirect à Son Alteffe
Royale Monfieur , qui vint
ce jour - là au Sermon dans
cette Eglife , qui eſt la Pa
roiffe. Aprés avoir fait la divifion
de fon Difcours , il dit..
C'est le partage de ce difcours ,
que je confacre , Meffieurs , au
Triomphe de J. C. & à vôtre
inſtruction ; car ni ma bouche.
ne doit point icy annoncer les
oeuvres des hommes , ni vos
yeux ne doivent point regarder
GALANT 139
d'autres grandeurs que celle du
Dieu Saint dont vous venez
entendre la parole; & fi dans la
joye que vous avez de poffedin
au milieu de vous un auguſte
Prince , vous attachez jus lug
vos regards , fi vous admirez
en luy fa pieuſe ardeur à paffen
de fon Palais dans le Temples
fon refpect pourles chofesfaintes ,
fa veneration pour les Miniftres
facrez ,fon Zele pourles gens de
bien dans une fi haute elevation,
unefi grandefageffe dans le cens
tre des paffions , une foûmission
aux Loix fi fidelle ; fi vous êtes
sbarmez de cetre égalité d'ame y
MIT
140 MERCURE
ren
& de cette bonté à qui toute
reputation eft facrée & toute
mifere est précieuſe , bonté qui le
fait regner fans couronne
dez en la gloire à celuy qui donne
la grace. Rapportez ces merveilles
à la puiffance de F. G.
xeffufcité , par qui les Cefars font
devenus Chreftiens , & les fu
perbes Geans ont efté reduits à
T'humilité des enfans , qui a inftruit
à pleurer leurs pechez ceux
qui fçavoient feulement vaincre
leurs ennemis , & qui a faitfa
fouvent defcendre de leurs tro .
nes ces Dieux de la Terre pour
les amener à fon Sepulcre. C'eſt
3GALANT. #41
à ce glorieux Sepulcre que vous
allez apprendre les deux veritez
queje vous ay propofées . Als
#Z53 .
- * Je vous ay mandé que j'a .
vois plufieurs Ouvrages de
Mr de la Fevrerie, dont vous
connoillez le nom & le meri.
ce il y a longtemps. En voicy
un dont la lecture vous fera
plaifir.
*w* dang
213
35 એ
epog are adds and in cu
19 soley? # of magma zal
142 MERCURE
55222 5 $52252522 25.
L'ARBRE GRAVE .
Nouvelle découverte.
So
Oit
que
fon
cours
ordinaire
, ou
qu'elle
s'en
écarte
, & qu'elle
erre
quelquefois
, elle
eſt
tous
jours
admirable
dans
fes
pro
ductions
. Eft
- il rien
de plus
merveilleux
que
cette
con-
-
ftante
uniformité
qu'elle
ob
ferve
dans
tous
les
Ouvrages
depuis
tant
de
fiecles
? Mais
comme
nous
y fommes
ac
la Nature fuive
GALANT. 143
coutumez , il femble qu'elle
veuille de temps en temps
réveiller noftre attention par
des Phenomenes extraordinaires
, & dont la nouveauté,
la fingularité , & le caprice
frappent davantage noftre
imagination . Ce font des
jeux & des délaffemens de la
Nature , plûtoft que des erreurs
& des égare mens , fur
tout, quand le hazard ou l'ar
tifice s'en meflent , & concourent
avec elle pour la
beauté & la perfection de ſon
ouvrage. Mais quand quel.
que accident trouble fon oe .
$44 MERCURE
conomie , & s'oppoſe aux or
dres que la divine Sageffe luy
a preferits , elle n'agit plus
que par contrainte , & elle ne
produit qu'à regret ces monftres
qui nous furprennent ,
& qui la font admirer dans
les chofes où elle eft moins
admirable. Celle dont je veux.
parler n'eft pas de ce genre,
& de celles qu'on luy impute
pour des fautes & pour des
pechez . C'eſt un jeu d'enfans ,
dont elle mefme s'eft fait un
jeu . Ainfi ce Difcours n'aura
rien de trifte & d'affreux ; &
tâcheray de luy donner,
tour
GALANT. 145
tout l'agrément dont la ma
tiere peut eftre capable.
Un de mes Amis m'ayant
propofé , une partie de pro
menade dans un de ces beaux
jours du Printemps qui invitent
tout le monde à prendre
l'air , nous choififme sun Bois
de haute fuftaye en forme de
Parc , qui eft tout proche de
la Ville de Coutance , & qui
en fait un des principaux or
nemens. Après avoir marché
quelque temps dans les routes
les plus aifées de ce Bois
nous nous trouvâmes en un
endroit où il y avoit plufieurs
May 1696.
N
46 MERCURE
ces
arbres abattus , & qu'on avoit
coupez pour brûler. Ayant
jetté par hazard les yeux fur
morceaux de bois , nous
en remarquâmes un qui attira
particulierement nos regards
& noftre curiofité. Il
eftoit d'environ trois à quatre
pieds de long , & d'un pied &
demi de groffeur. On l'avoit
fendu en deur , mais de proportion
inégale , &juſtement
à l'endroit où la Nature avoie
d'abord partagé cet arbre ,
qui cftoir fourchu par le
pied ; mais dans la fuite du
temps elle avoit réuny ces
*
GALANT. 147
deux branches , & n'en avoit
fait qu'un même tronc , à la
hauteur de deux coudées , où
elles s'eftoient rejointes inti
mement,& avoient continué
un feul arbre jufqu'à la cime,
On'voyoit à un des bouts de
ce morceau de bois , cette union
intime & naturelle , car
pour le refteily avoit une dou ,
ble écorce en dedans comme
en dehors ; ce qui marquoit
bien qu'au fortir de terre c'eftoient
deux branches feparées,
& d'inégale groffeur. La
premiere partie étoit concave
dans le milieu ; & de quatre
Nij
148 MERCURE
ou cinq pouffes d'épaiffeur ,
La feconde eftoit convexe ,
& deux fois plus groſſe. L'on
voyoit en dehors quelques figures
& quelques caracteres
gravez fur l'écorce de la partie
la plus mince , nonobſtant
que le temps en cuſt réuni &
prefque effacé les traces ; mais
qui eftoient nettement &
fort bien imprimez au dedans
fur les deux coftez , ce
qui fait la merveille que je
vais décrire, & que je ne crois
pas indigne de la curiofité
des Phyficiens & des Natu
raliftes.
GALANT. 149
On avoit donc gravé fur
Cer arbre deux Ecuffons fort
bien deffinez , l'un au deffus
de l'autre , avec une bande
Qu quarré-long entre deux,
Les Ecuffons avoient plus
d'un demi-pied de hauteur,
quatre ou cinq pouces de
Jargeur. La bande eftoit de
la même étenduë , mais elle
n'avoit de largeur que trois
Qu quatre pouces. Dans 1 ,
cuffon de haut il y avoit en
face ces deux lettres , 1. B. en
gros caractere Romain. Dan's
L'Ecuffon d'en bas on voyoit
en chefces trois lettres , R. D.
F
Nij
150 MERCURE
L. mais la derniere de ces letz
tres eftoit mal formée , & ref
fembloit nieux à un 1. majuf
cule. Dans la bande il y avoit
ces trois lettres , D. M. Q.
beaucoup mieux formées
que les autres , & d'un plus
gros cadeau , en forte qu'el
les en rempliffoient la capacité.
Enfin toutes ces figures
eftoient gravées en dedans
comme en dehors , & à la
même diftance , fur les deux
coftez où ce morceau de bois
eftoit fendu , avec cette difference,
que fur la partie convexe
elles eftoient en boffe
GALANT: 151
9
& de relief, & plates & enfoncées
fur la partie concave,
Comme la double écorce in
terieure qui envelopoit les
deux coftez , s'eftoit enlevée
en fendant le bois , il ne paroiffoit
à quelques endroits
que des lignes noires & unies
comme l'eftampe d'un fer
chaud nouvellement appliqué
. Il y avoit par dehors au
milieu de la bande un trou
en forme de noeud d'un demy
doigt de profondeur ,
& à fourrer un filet feulement.
Toutes ces chofes paroî-
Niiij
152 MERCURE
tront d'abord un peu trop cir
conftantiées, & on pourra les
traiter de minuties , mais
dans la fuite on trouvera
que cela eftoit neceffaire ,
& que j'ay eu raifon de m'y
arrefter. C'est
pourquoy
non content de cette defcription
, j'ay encore voulu
donner icy la figure de ce
morceau de bois , qu'un do-
&te Elevé de Monfieur Manfard
a pris la peine de def.
finer à ma confideration
;
car on ne fçauroit trop bien
reprefenter les objets fur
lefquels on veut raiſonI
B
DMQ
RDE
NCM
GALANT 153
ner & tirer des conjectures.
>Aprés avoir confideré fort
long- temps ce morceau de
bois , & l'avoir curieuſement
examiné de tous coftez, nous
nous affimes au pied d'un ar
bre fur le gazon , & là nous
difmes de part & d'autre
tout ce qui nous vint à l'ef
prit , raifonnans à perte de
veuë , tantoft du mefme fentiment
, & tantoft d'opinion
conttaire , ne pouvant mef
me convenir quelquefois de
ce que nous venions de voir,
& qui eftoit fous nos yeux ;
tant il eft vray que chacun
154 MERCURE
voit differemment les mef
mes chofes , ou plûtoft
que l'homme entêté ſe plaiſt
contredire. Il ne faut donc
pas demander fi chacun prit
parti , & s'il le foûtint avec
chaleur. Mon amy qui s'étoit
d'abord laiffé prévenir à
la merveille , crioit miracoli ,
comme les Italiens , & pretendoit
incontestablement
que la graveure exterieure de
ces figures avoit penetré ininterieurement
, & les avoir
marquées dans cet arbre par
le moyen de l'humeur groffiere
& terreftre qui forme
1
GALANT 155
l'écorce , & qui avoit paffé
& s'eftoit écoulée par le trou
que nous avions remarqué.
Pour moy , je luy foûtenois
au contraire , que la nature
avoit peu de part à ce qu'il
admiroit tant , & que ce n'étoient
que deux branches
jointes enfemble , & fur lef
quelles on avoit gravé d'un
& d'autre cofté les mefmes
figures en égale diſtance ;
qu'à la verité la nature en
les réuniffant pour en faire
un feul arbre , les avoit fi délicatement
envelopées qu'on
ne pouvoit s'appercevoir au
196 MERCURE
dehors qu'il y en euſt deux ,
mais qu'au dedans cela eftoir
tour viſible. On pourroit di
re que la partie la plus mince
de ce morceau qu'on a
voit fendu , n'eftoit qu'une
excrefcence de l'arbre & une
double écorce , dont il eftoit
revêtu de ce cofté-là. En ef
fet , ajoûtai je , fa concavité
interieure , & la convexité
de l'autre partie où elle fe
joignoit , le feroient croire vo
lontiers , mais on changé
bien toft de fentiment quand
on confidere l'extrémité ou
la coignée a paffé qui en fait
5
GALANT. 157
voir l'union , & la meſme
fubftance de l'arbre qui fe
trouve dans la capacité de
cette partie , qui a , comme
j'ay dit , quatre ou cinq pouces
d'épaiffeur. A joindre les
deux écorces interieures qui
couvrent chaque cofté de
ces deux branches , dont la
plus foible & la plus délicate
seftoit applatie , & avoit
pour ainfi dire embraflé l'au
tre en fe joignant à elles on
ne fçauroit en donner une
plus jufte idée que celle d'une
Amande jumelle , dont les
parties inégales fe joignent
158 MERCURE
fi proprement , qu'elles ne
font qu'une feule & mefme
Amande. Mais pour ne rien
déguifer , ce qui favorife un
peu vostre opinion , c'eſt la
difpofition des lettres qui
font placées dans ces figures
, car elles font gravées en
dehors fur la premiere partie
du bon fens , & de gauche à
droit , & en dedans à rebours
de droit à gauche .; &
fur la feconde partie elles fe
trouvent difpofées comme
en dehors ; ce qui donne lieu
de penfer qu'on n'a gravé ces
branches que de deux côGALANT.
159
tez , & non pas de trois , &
que les figures , ainſi que les
caracteres qui font dans la
concavité de la premiere partie
, ont efté imprimées par
l'union & l'application de la
feconde , lors qu'elles fe font
jointes ensemble. Mais quoy
qu'il en foit , vous ne pour
rez jamais prouver que cela
fe foit fait par la voye de la
penetration.
Ajoutez que toutes ces fi
gures font artificielles en de
dans comme en dehors , ce
qui ne feroit pas fi elles n'é.
toient qu'un effet de la féve
160 MERCURE
comprimée interieurement
fur le bois qui les auroit tra
cées , comme celles qui ſe
trouvent naturellement dans
de certains bois & dans quelques
pierres. Tout ce que la
nature a donc pû faire icy ,
a efté de groffir ces figures ,
& ces caracteres en donnant
plus de nourriture & de fraif.
cheur à ces deux écorces in
terieures.
Cela eft bien aisé à dire ,
repliqua mon Amy. Si le
pied de cet arbre eftoit four
chu , comme vous le fuppo
fez , ces deux branches étoient
GALANT.161
toient fiproches l'une de l'au
tre , que la main d'un enfant
pouvoit à peine y paſſer , bien
loin d'avoir la liberté d'y tra
cer trois affez grandes figures
, & plufieurs groffes lettres
qui d'ailleurs ne pouvoient
pas eftre contenues
fur de petites branches telles
qu'elles eftoient avant
-leur union , car fi l'incifion
qu'on fait fur les arbres croift
avec eux , l'efpace où font
les figures diminuë au contraire
à mesure qu'elles grof.
fiffent, Voftre objection , in,
terrompis- jeeft plus fpes
May 1696.
162 MERCURE
cieuſe que folide , puifqu'el
le ne confifte que dans la
difficulté de graver à l'entredeux
de ces branches . Si elles
eftoient encore foibles &
menuës , comme il le faut
fuppofer, avant qu'elles fuf
fent jointes ; il eftoit ailé de
les plier , & d'y graver ces
figures , qui ne font pas fi
grandes que vous les faites.
Vous me permettrez bien
de remarquer en paffant ,
puiſque vous en avez parlé ,
de quelle maniere l'incifion
qu'on fait fur les arbres
croiſt avec eux. La féve que
GALANT. 163
le coûteau où le poinçon
fait retirer des deux côtez
enfle & foûleve l'é-
;
corce fur les bords tanc
que l'arbre a de la vigueur ,
mais felon que l'incifion eft
plus ou moins profonde , ou
qu'elle eft expofée à l'air.
Ajoûtez auffi la nature de
l'écorce , ou le froiffement
de quelque corps eftranger ;
toutes chofes qui contribuent
à groffir ou à diminuer
les caracteres. Mais certe
incifion ne s'eftend jamais
fur la ligne , & demeure toûjours
de la meſme longueur
a
O ij
164 MERCURE
qu'elle eftoit d'abord , fem
blable en ce point à celle
qu'on fait fur la pierre , &
differente de celle du corps
humain, L'incifion qu'on fait
fur la pierre refte toûjours
dans le mefme cftat , parce
que la nature n'y apporte
aucun changement . Celle
qu'on fait fur l'arbre groffit
, &
augmente , parce
que la nature agit ſur elle ,
& celle qu'on fait fur le
corps humain fe renferme,
fe réunit &
diminuë , parce
que l'art & la nature travaillent
à
l'effacer. Le temps
d
GALANT. 165
qui confume tout , efface les
unes & les autres .
Mais je vous demande ,
continuay.je , pourquoy la
féve de cet arbre émeuë &
excitée au dehors par l'inci
fion , & pouffée & comprimée
au dedans par cette ou
verture , n'a laiffé aucun veftige
de fon paffage quand
elle eft allée prefque au milieu
de cet arbre y former
une double écorce , & y gra
ver les mefmes figures ; car
il n'en eft pas comme de
bet ingenieux fecret de l'é
crisure avec Fencre de fym-
2
166 MERCURE
pathie , qui marque fur la
derniere feüille d'une rame
de papier les meſmes cara
Aeres qu'on a tracez ſur la
premiere , fans qu'il on paroiffe
aucune marque au travers.
L'action du poinçon ou
du burin eft toujours vifible
, & elle ne peut penetrer
d'une extrémité à l'autre
fans paffer par le milieu.
Quelque profonde que foit
la graveure qu'on fait fur un
arbre , elle ne peut communiquer
à l'humeur & à la féve
une vertu expreffive qui
pafle d'une maniere impert
GALANT. 167
ceptible , & qui en penerre
interieurement toute la capacité
. Il faudroit pour cela
un burin enchanté , & des
caracteres magiques , & que
cet arbre fuft du temps des
Fées . Enfin , vous me ferez
plaifir de m'apprendre toute
cette oeconomie de la na .
ture , & comment elle s'eft
attachée à fuivre fi exactement
le caprice & le jeu
d'un enfant , elle qui garde
fi peu de regularité dans
les figures qu'elle imprime
quelquefois fur le bois ,
les pierres , ou fur le corps
fur
168 MERCURE
humain. Je vous avoue que,
cela me paffe , & que je ne
le puis comprendre,
Je vais talcher de vous ſatisfaire
, me répondit mon
Amy qui avoit gardé un
affez long filence , & ne pas
éluder la difficulté , comme
vous faites. Je ne vous di
ray point icy pour faire le
fçavant Naturalifte , de quelle
maniere cette fage nature
dont vous voulez fçavoir
l'economie , prepare ,
difpofe , & diftribue la féve
dans les arbres ; que de la
plus groffiere & de la plus
terreftre
GALANT.
169
47
terreftre elle forme l'écorce;
que de la plus pure & de la
plus fimple elle nourrit l'arbre
; que de la plus douce &
de la plus delicate elle compofe
le bouton & les feuilles , &
que de la pluscuite & de la plus
fubtile elle produit les fleurs
& les fruits .Mais pour ne vous
rien dire d'inutile , & ne pas
vous faire toute l'hiftoire de
cet arbre , je m'arrefte feule.
ment à l'humeur qui forme
l'écorce , parce que c'eft la
cauſe de la
merveille que nous
admirons, & que vous voulez
que je vous explique.
May 1696,
P
170 MERCURE
Comme cette humeur cir
cule autour de l'arbre feule
ment , & n'entre pas dans l'in
terieur du bois elle n'a
garde d'y avoir laiffé aucunes
traces de ce qu'on avoit gravé
fur l'écorce , lors qu'elle
en a formé une interieure fur
laquelle on voit les mefmes
figures , & parce que l'incifion
n'a agi exterieurement
que fur l'écorce , la nature
n'a fait auffi cette mefme impreffion
interieure que fur
une autre écorce , & juftement
à l'oppofite où répon
doit le trou que nous avons
GALANT: 17:
res ,
femarqué , par où cette hu
meur s'eft écoulée , & qui
eftant impregnée de ces figu-
& de ces caracteres , l'a
determinée à la conduire
dans cet ouvrage
, par
moyen de ces idées. C'eſt
pourquoy elle a eſté plus reguliere
en cette rencontre
qu'elle ne l'eft d'ordinaire ,
quand elle fe joue feule , &
qu'elle agit fans determinarion
; & s'il eft vray que les
arbres s'échauffent & entrent
en rut , comme parle Bary
dans fa Phyfique , ne fe peutil
pas faire que fi on grave
Pij
172 MERCURE
r
quelque chofe fur un arbre
pendant cette violente fermentation
, elle s'imprimera
interieurement fur le bois d'une
maniere naturelle , comme
on voit fur le corps
enfant , les marques d'envies ,
ou d'autres chofes qui ont
vivement frappé l'imagination
de fa mere, dans le temps
de fa groffeffe ?
d'un
En verité , m'écriay je en
l'interrompant , peu content
de la peine qu'il prenoit pour
expliquer une chimere , vous
eftes admirables vous autres
efpions de la nature , d'eftre
GALANT. 173
fi ingenieux à vous tromper
afin de mieux tromper les au
tres. Examinez le fait , & tâchez
de vous en convaincre
avant que d'établir une nouvelle
hypotheſe pour prouver
une chofe qui n'a jamais efté,
& qui ne fera jamais . Vous
pourriez bien faire de cette
buche, ce qu'on fit de la Dent
d'or en Allemagne . Tous les
Sçavans aimerent mieux compofer
des Livres pour prouver
que la Nature avoit fait une
dent d'or, que de s'appliquer
à découvrir l'artifice du Charlatan
qui avoit doré la dent.
P iij
174 MERCURE
Ainfi vous aimez mieux vous
uerà me foutenir que la Na
zure a imprimé ces figures &
ces caracteres au milieu de ce
morceau de bois , par la voye
de la circulation , de la progreffion
, & de la penetration
idéale de la feve , que de vous
arrefter à examiner foigneufement
le fait , & de reconnoiftre
de bonne foy , que ce
n'eft qu'un pur effet du hazard
, & de l'amuſement d'un
petit Ecolier. Mais mon Ami
ne ferendoit pas , & goûtoit
auffi peu mes raiſons que je
faifois les fiennes . Il appelloit
GALANT.
t ; $
fon fecours tous les Aftrologues
, tous les Philofophes,
tous les Naturaliftes , Part , la
nature , & la cabale. Il m'accabloit
de raiſons & d'experiences
; il alleguoit les Talifmans
& les Gamahez qu'on
trouve dans les bois & dans
les pierres. Enfin il racontoit
les miracles des influences
des Aftres , & de la nature des
Planetes.
Ne feriez vous point auffi
d'humeur , luy dis -je , voyant
qu'il avoit ceffé de parler , de
vouloir déchiffrer ces carateres
, & de leur donner une
Piiij
175 MERCURE
interpretation antique & cu
rieufe ? Car vous n'eftes pas
moins fçavant en Infcriptions
qu'en Phyfique. Cela eft violent
, reprit il d'un ton qui
commençoità s'aigrir , & c'eft
pouffer un peu trop loin la
raillerie ; mais enfin je ne fuis.
pas aujourd'huy d'humeur à
me chagriner contre vous .
On reconnoift dans ces figures
& dans ces caracteres ,
l'efprit & la main d'un enfant ,
& ces bagarelles font indignes
de noftre attention.
Mais vous qui prenez garde
à tout , n'avez - vous jamais
GALANT 157
fait en venant icy , une refle
xion que j'ay faite plufieurs
fois : Il y a beaucoup d'efprit,
de politeffe & de galanterie
dans cette Ville , & ce licu eft
le plus propre du monde à la
meditation d'un Philofophe
contemplatif, & à la rêverie
d'un Amant tranfi . Cependant
je n'en ay jamais vû aucunes
marques fur ces arbres .
Eft-ce , difois-je en moy- même
autrefois , & avant que de
connoiftre la Carte , que l'amour
eft inconnu en ce Pays,
ou que fon empire y eft fi
doux , que l'on y aime fans
178 MERCURE
peine , & qu'il n'y a que des
Amans heureux ? Encore :
quand cela feroit , feroientils
paroistre leur joye & leur
reconnoiffance , & ces arbres
en feroient de fidelles témoins.
Ah des témoins , interrompis-
je , & fçavez- vous
que c'eft là juftement la raifon
de ce que vous demandez.
Ils ont tant de difcretion , qu'-
ils ne veulent pas même confier
leur fecret à ces confidens
muets. J'ay remarqué cela
comme vous , & d'abord j'en
fus furpris ; mais aprés avoir
un peu étudié le caractere
GALANT: 179
des gens , je ne me fuis plus
attaché à chercher dans ce
bois les déclarations
d'amour
, de tendres & de triftes
plaintes , quoy qu'il n'y ait
rien de plus commun & de
plus ordinaire dans un lieu
comme celuy cy , & dans une
faifon où tout le monde y
vient à la promenade
.
Je voy donc bien , reprit
mon A mi , que ceux qui viennent
icy , ne veulent pas dire
le fujet qui les y amene , ny
même qu'on le devine . C'eſt
pourquoy on ne voit fur ces
arbres ny chiffres , ny laqs
180 MERCURE
d'amour , ny coeurs enflâmez
& percez de fléches, tous fimboles
d'une paffion amoureus
fe , violente & delicate . N'en
déplaiſe pourtant à la fage
précaution de nos Amans , ils
ont en cela cela trop de referve ,
& je doute qu'ils foient fort
paffionnez , ou du moins fort
galans car depuis qu'on a
commencé d'aimer , & de fe
plaindre dans le monde ( &
P'un ne va jamais fans l'autre )
les arbres & les pierres en ont
porté par tout des marques.
Dans les bois , dans les caver
nes , fur les rochers on voit.
M
60
GALANT 181
les chiffres , les Deviſes , les
noms & les plaintes des Amans.
Les Poëtes , à qui ces chofes
ont plû , ne les ont pas
negligées ; ils en ont fait l'endroit
mignon & favori des
Elegies & des Eglogues . Les
Grecs , les Latins , les Efpagnols
, les Italiens & les François
ont triomphé là - deſſus .
Virgile que vous aimez tant,
eft à mon gré celuy qui a le
mieux exprimé cet amuſe.
ment rêveur des Amans. II
eft vray , luy dis - je , & je me
fouviens encore avec plaifir
182 MERCURE
des rives du Mince , & de la
Bergere Amarylle. Titire va
dans les bois graver fes a
mours fur les arbres.
Certum eft infilvis interſpelæa
ferarum
Malle pati , tenerifque meos
incidere amores
Arboribus.
C'eſt un ancien uſage , & les
Romains, auffibien que nous ,
foulageoient par là leurs peines
amoureuſes.Mais peut- on
rien voir de plus tendre & de
plus ingenieux que cette réa
ponfe ?
Crefcent ille, crefcetis amores,
GALANT. 183
Un Poëte de noftre connoiffance
a dit d'une maniere
bien refpectueuse en parlant
de fa paffion à fon Rival , qui
s'amufoit comme luy à la dé
crire fur les arbres,
Comme toy dans le fein des
écorces profondes
J'ay gravé mille fois mes fla
mes fansfecondes ;
Mais ce que mon amour avoit
osé tracer
Le reſpect auſſitost me l'a fait
effacer.
Le Tircis de M' de Segrais
imite plus préciſement l'Amant
de Virgile , & n'eft pas
184 MERCURE
fi refpectueux que noftre A
mi , mais il eft plus paffionné,
En mille & mille lieux de ceg
rives champestres
·
Fay gravé fon beau nomfuð
L'écorce des befires.
Sans qu'on s'en apperçoive il
croiftra chaquejou
Helas !fans qu'elleyfonge, ainfi
croift mon amour.
On mit ces Vers en air , s
vous en fouvient , & nous les
avons tant chantez dans noftre
jeuneffe. Comme cet endroit
touche infiniment , il
eftoit tout propre pour la Mu
fique , & je ne fçay qui a plus
GALANT: 185
agrément , ou de l'air ou des
paroles . Madame Deshoulieres
a auffi fort heureuſement
imité cet endroit de Virgile ,
dans fon Eglogue intitulée ,
Celimene, où cette amoureufe
Bergere.
Fantoft cedant à laforce
De fes amoureux tranſports ,
Elle gravefur l'écorce
Des arbriffeaux de ces bords ..
Puiffe durer , puiffe croiſtre
L'ardeur de monjeune Amant,,
Comme feront fur ce befite
Les marques de mon tourment.
Cette Bergere me fait fouvenir
de l'Hermine du Taffe ,,
May 1696.
186 MERCURE
qui faifoit la même chofe
dans fa folitude. Comme elle
eftoit extrémement affligée ,
fa plainte eft fort touchante.
Sur les écorces les plus dures ,
Hermine en diverfes figures
Gravefon amoureux tourment;
Quoy que Tancrede la mépriſe,
Le nom de ce cruel Amant
Compoſe avec le fien une tendre
Devife.
&
Mais ce chiffre außi- toft redou
ble fes allarmes ,
Et luy fait verfer tant delarmes,
Qu'elle en arrose tout ce bois i
GALANT. 187
Dans la douleur qui la tranſporte
,
Encor qu'il foit fourd à fa
voix ,
Elle lay parle de la forte.
ន
Croiffez , branches qui me font
cheres ,
Croiſſez avec ces caracteres
Où mon amour estfibien peint:
Si quelqu'un vient fous vôtre
ombrage
*
Il en fera fans doute atteint.
S
Heureuſe, ingrat Amant , fi pour
prix de ma peine ,
Je puis l'obliger par pitié ;
Q_jj
188 MERCURE
A te porter autant de haine ,
Que je te porte d'amitié,
S
Mais peut - eftre toy mefme un
jour dans ces forefts ,
Tu verras les maux que j'en
dure;
Et
par
d'inutiles regrets ,
Tu plaindras ma trifte avan
ture. 2
Ces chiffres dans ce lieu champêtre-
Meferont affez reconnoiftrte-
Pour ne pas douter de monfort,
Ilfe reffonviendrad'Hermine,
Tu l'aimeras je m'imagine ;
Mais pourquoy , cher Tancrede,
attendre aprés ma mort ?
GALANT. 189
Ce ne font pas icy les
beaux Vers de M' le Clerc ,
comme vous voyez. Je ne
yeux point me faire honneur
de fa Traduction de
la Jerufalem du Taffe ; mais ,
où ma memoire me manque
, il faut que ma verve
fupplée. On ne perd rien
au change , me répondit obligemment
mon Amy. Cet
endroit fait plaifir , & je vous
fçay bon gré de l'avoir mis
en noftre Langue avec tant
d'agrément . Mais pour parler
poëtiquement & dans le
langage de noftre Virgile.
190 MERCURE
Et jam fumma procul villarumi
culmina fumant,
Majorefque cadunt altis de montibus
umbra.
Des arbres ,
$
des monts les om
bres redoublées
Portent déja la nuit dans le fond
des vallées.
C'est à dire qu'il le fait
tard , & qu'il eft temps de
nous en aller. En difant cela
il fe leva , & nous reprif.
mes doucement le chemin
de la ville.
A peine , y eftions nous de
GALANT. 191
1
retour que le Bucheron du
Parc avoit apporté dans la
cour de l'Evefché , ce morceau
de bois qui nous avoit
fervi d'entretien pendant nô
tre promenade. Il fut remarqué
d'abord par quelques
domestiques qui le firent
voir à d'autres gens ,
& ceux - ci en ayant parlé
comme nous à quelques cua
rieux , il fut vifité durant
deux ou trois jours , confideré
& examiné de plufieurs
fortes de perfonnes , & Dieu
fçait les belles chofes qu'on
dir là- deffus . Ceux qui pro392
MERCURE
fitent de tout, ne
ne manque
rent pas pour faire leur Cour
à M. l'Evefque de Coûtance
, a qui ce bois du Parc
appartient
, de dire quer les
écuffons qui eftoient gra
vez fur cet arbre , étoient
des Mitres , fans prendregarde
que la pointe d'une Mi
tre eft bien differente de la
pointe d'un écuffon , & qu'
on ne reprefente pas les Mi
tres renversée & fans fanons
Ils ne manquerent
pas auffi
d'appliquer
la lettre B. qui
eft dans un de ces écuffons à
à l'illuftre nom de Brienne
que
GALANT: 193
que porte ce digne Prelat , &
d'expliquer tous ces caracte
res à fa loüange , & d'en ti
rer des allegories & des pre
dictions admirables pour la
gloire & la durée de fon
Pontificat.
A les entendre , les arbres
du Parc n'eftoient pas moins
merveilleux que les chênes
de Dodone , qui rendoient
des Oracles , & qui préfi
doient à l'avenir , & mêlant
toûjours le facré avec le profane
, ils n'oublierent pas de
comparer la bande qui eft
entre ces deux écuffons au
May 1696
R
194 MERCURE
Rational que le grand Pretre
ou Pontife des Juifs portoir
fur fa poitrine , car ils
vouloient paroiftre fçavans à
quelque prix que ce fuft ;
quoi qu'ils ne fceuffent pas
mieux le Levitique que la
fcience du Blafon.set
Quelques autres plus galans
& moins fcientifiques
foûtenoient en faveur de l'a .
mour & des Dames , & fans
doute avec plus de vrai -femblance
, que ces écuffons
eftoient des coeurs , & toutes
ces lettres quelques miſteres
amoureux qu'ils expliquoient
GALANT 195
A leur fantaifie . Mais pour
revenir à la queſtion ; tous
ces Curieux fe rangerent à
l'opinion de mon Amy ou à
la mienne , & prirent l'un ou
l'autre party. Ainfi toute la
conteftation roule maintenant
fur le quomodo. Ce font
deux branches , difent les
uns , qui fe font jointes aprés
qu'on les a gravées feparément
, comment cela s'eft - il
fait ? Ce n'eft qu'un meſme
tronc , difent les autres , dans
Jequel la nature a imprimé
interieurement
les mefmes
figures & les mefmes caracte-
Rij
146 MERCURE
res qu'on avoit gravezau de
Itors , comment cela fe peuts
#faire? Voila en peu de mors
Tout l'état de la queſtion qu'a
on propofe aujourd'huy
au
public , afin qu'il en foit le
Juge, car quoy qu'ilne s'agile
ici que d'une buche , on croir
cependant
qu'il faut un habile
homme pour la decider,
Trop heureux pour moy , &
pas mal adroit , fien traitant
le premier cette matiere , je
ne me fuis pas allé heurter
mal à propos contre ce more
ceau de bois,
GALANTM 197
Je mefle toujours une Hif
tonierte dans mes Leftresi
Creusen
aurez
uneven
Vers co mois - cy , & M Robir
net ven eſt l'Auteur. C'eſt
toujours un feu d'efprit que
le nombre des années ne raz
lentit point. Sed quoth sup toi
DIALOGUE HISTORIQUE
YO
TOMORAL qosT
3 DUN PERROQUETI
r
ET D'UNE PIE.
(100 ) LA PIE & lom
E' bien , nous voicy ſeuls , tu
ne peux t'en dédire , HⓇ
Riij
198 MERCURE
Conte moy ta vie , & m'apprens
Comme tu m'as promis , fes états
differens .
ALE PERROQUET.
Quy , mais tu n'en teras querire .
Peut eftre mefme iras-tu les iedire
Je fçais ton flus de langue , & m'en
dois défier.
LA PIE.
Non , cher Verdelet , foy de Pie.
Mon babil ailément fe peut
rectifier
Et je m'offre à fouffrir pour
dix ans
la
pepie ,
Si l'on
m'entend
rien
publier
,
Dis
moy
d'abord
des
nouvelles
des Indes ,
Jadis le fejour fi charmant
De ton amy , le Dieu des Brindes
,
THEQUE
DE
GALANT 199
De qui la foupe au vin eſt con ch
aliment .
LE PERROQUET.
Helas quand j'en fortis , à peine
eftois-je en l'âge D
Où de parler , de boire , & de
manger,
On peut au plus avoir l'ufage,
Avec plufieurs de mon plumage
.
M
Je fus pris dans un bois que l'on vint
fourager ;
Et je tombay dans l'efclavage .
Par mer , on nous fit voyager. J
Ainfi paffant de plage en plage
,
Non fans me voir fort fouvent en
danger
De faire un funefte naufrage,
Enfin dans un Port étranger ,
J'eus pour logement une cage.
R iiij
200 MERCURB
Comme celle où tu vois que l'on me
fait loger.palabra V vai }
D. LA PIE. 22 m
Hé-bien , en cage , de la forte,
Comment de toy diſpoſa- t- on ?
LE PERROQUET
Mon Acheteur juſqu'à Madrid
m'apporte ,
Et me met en bonne maifon,
Fy fus reçu par une Dame
Qu'à fon air comme à ſa beauté
3
Je reconnus d'abord , eftre def
haute game
.
En effet , elle eftoit femme de
qualité.
Elle me fit careffe fur careffe ,
M'appella Perroquet mignon .
Et , d'une main enchantereffe .
Aux douceurs de fa bouche , ajoûta
maint bon bon,
F
I
GALANTM zor
asid- H
ArnobuLAY PIƐallas ommod
Cher Verdelet , que la Fortune
Eut envers toy bien -toft adouci fa
•11 rigueur , #283 na , 03id -31
Et qu'aprés un peu de rancune
Elle établit bien ton bonheur !
LE PERROQUET.noM
Tu te trompes , ma pauvre Pie.
Dans quelque eftat brillant que je
me viffe alors, 29tzunY T
Je ne pouvois gouter cette Houvelle
vie.
Et tous les jours pour fuir je faifois
mille efforts.g brueri
Je regrettois mon Bois , mon Parentage
Et ma fauvage liberté ;aa olla
Et quelque doux que fuft mon efcla-
0 vage
C'eftoit toujours une captivité, ule
Je n'entendois point le langage
202 MERCURE
Que ma Geoliere , me parloit ,
Et je m'enfonçois dans ma cage
Lorsque la Belle m'appelloit .
LA PIE.
Voila ce que c'est qu'eftre befte
Et fans aucun difcernement ;
c'eft d'avoir une tefte
Ce
que
Qui manque de raisonnement.
Si l'on ne t'euft pas pris malgré ton
beau plumage
Qui te fait icy rendre hommage
Tu pouvois éprouver le malheu
reux deſtin
D'avoir dans ta foreſt , aile ou tefte
caffée ,
Par le funefte plomb d'un Giboyeur
malin
Qui t'auroit mis en fricaffee ,
Car les Indiens , ce dit - on ,
De chair de Perroquet ont l'appetit
glouton .
GALANT. 209
LE PERROQUET.
Hé , ne blâme point tant les be
ftes.
Ne peut - on pas du nombre te compier?
Si tu prétens le conteſter
Tupeux tenir des raisons preftes ,
Mais ce n'eft pas à quoy je me veux
arrefter .
Je te diray feulement que les
hommes
Sont auffi beftes que nous fommes
Quand il s'agit de leur bonheur .
De tous ceux que l'on a vûs
náiftre ,
Aucun encor n'a pû connoiftre
En quoy d'un fort heureux confiſte
la douceur ,
Aucun du moins , n'en fait un bon
ufage.
204 MERCURE
apLARI Elloupe
Qüais . Perroquer , commettu fçais
Tjaler ¦ ChAAT JO
Tu veux je croy , moralifer
Et contrefaire l'homme fage,
LE PERROQUET
Je parle en Perroquet. La fçavante
Henrica ) yomonacb1.1
C'eftoit ma MaiftreffeEfpagnole,
Lifoit fouvent ce beau paffagedà ,
Dans certain livre appellé Seneca ,
Et je l'ay retenu parole pour parole
LA PIE.US501
G
Sans doute qu'elle avoit de l'efprit
je le voyanetints as
Mais raconte- moy fon hiftoire 1
En Perroquet de bonne foy
Ende bienheureuſe memoire.
Que je fçache , de plus , comment
On t'a fait confentir à te feparer
d'elles
GALANT
205
Puis qu'elle te traitoit fibien , fi ten
drement.
LE
PERROQUET.
e fensune douleur mortelle
Penfant à cet événement,
De point en point je m'en vais te le
dire;
Pardonne-moy, fi je foupire .
LA PIE.
a
•Soupire, & parle promptement,
LE PERROQUET.
Quandje me fus défait de mon hu
meur farouche ,
Et qu'elle m'eut apprivoilé ,
J'en eftois fans ceffe bailé ,
Et jejoignois mon bec à fon aimable
bouche....
Elle y mettoit des pois fucrez
A mon gouft friand confacrez ,
Ces pois eftoient pour moy d'und
amorce puiflante.
206 MERCURE
Mon humeur en devin amouruf
* galante,
Je baifois fon beau col , j'épluchois
{es cheveux ,
Dignes de mille & mille voeux ;
Et cependant ſon doux langage
M'entretenoit de cent proposjolis ,
Pour me dépaïfer de mon jargon
fauvage.
Or , je profitay tant de fes difcours
polis ,
Quejamais Perroquet du plus riche
plumage ,
Ne fut fi beau parleur que je le fus
}
en cage .
Le Domestique & l'Etranger ,
Atous propos venoient me loüanger
,
Et dés quon
me faifoit
paroiftre
Quelque
moment
à la feneftre
,
Vne Troupe
pour m'écouter
,
GALANT. 2017
P
+
Me formoit un grand Auditoire,
Et j'oferois bien me vanter
Que jamais Orateur n'eut l'art de
debiter
Ses talens avec plus de gloire.
Ma cage , au refte , il faut fçavoir
Comment elle eftoit ajustée .
Tout y faifoit plaifir à voir… ) ;
Tant elle eftoit bien concertée ,
Ma Maiftreffe Henrica me la fit faire
exprés .
L'or & mille brillans y furent mis
en oeuvre ,
Et ce bijou fait à grands frais ,
Qu'on regardoit comme un chefd'oeuvre
,
Sembloit un vray petit Palais .
Voilà quelle eftoit ma fortune,
Et j'ay dû t'en entretenir
Avant que de venir
A l'avanture peu commune
208 MERCURE
Où mon malbeur medonnaparts
Et tu vas voir par quel hazard.
LAPIE.
Ah Compere , je le devine.
Tu faifois la Befte badine
Autour de l'aimable Henrica,
Et comme je me l'imagine ,
Quelqu'autre Befte en fut chabomagrine
,
D'humeur jalouſe ſe piqua
Et d'auprés de la Belle , enfin , te
qe débuſquaclean "in lay, t
Voilà tout juſtement l'affaire.
Mais , dis-moy, quel autre ani
mal
Te fut un fi faſcheux Rival ?
Fur- ce quelque autre Oiſeau qui
> mieux que toy fceuft plaire?
Quelque beau chat , quelque beau
-chien , ATEST VAN A KIT
Qui rendit ta Dame infidelle ?
GALANT 209
PERROQUET. ELE
Helas ! je pe me plains pas d'elle ,
Et tu ne devines pas bien.
CecAnimal pour ce le dire en fomime
, t
Que je rendis jaloux , ne fut autre
qu'un homme.
LA PIE.
Un homme ! ô Ciel que me dis
Un homme jaloux d'une beſte !
Ah! je ne l'autois jamais crû .
Quel bizarre martel dans une hu-
2. maine tefte / ch **
Mais qui fut le jaloux que ton bon-
Acheur choqua ? male
LE PERROOVET.
Ce fut le Mary d'Henrica.
woodenge LA PIE.
Le Mary d'Henrica/ Le moyen de
te croire & insole .
May 1696.
S
210 MERCURE
1
LE PERROQUET.
Tu me croiras quand tu fçauras
l'Hiftoire.
Cette Dame , comme j'ay dit ,
Avoit l'air grand, eftoit fort belle.
De plus , elle eftoit jeune , elle avoit
de l'efprit ,
Et nolle autre dans tout Madrid
N'avoit tant de merite qu'elle .
Faite comme cela , pour donner de
l'amour ,
Jete laiffe à juger comme elle eftoit
aimée,
Entre- autres , un Seigneur des plus
grands de la Cour ,
Avant fon mariage , en eut l'ame
charmée ,
Et fans quelque inégalité
De biens , de qualité ,
A quoy fut joint une ligue formée
Contre luy , par la Parenté ,
GALANT. 211
fleuft d'Henrica , fait fa Feinme.
Mais l'hiftoire dit que fa fame,
Quoy qu'elle cuft un Epoux , encor
Jongtemps dura;
Que l'Epoux bien inftruit , en eut
l'ame allarmée ;
Que fon Epoufe il reflerra ,
Ercommit des Argus , enfin , dont
la prunelle
Avec grandfoin faifoit lafentinelle ,
De peur que de jour ou de nuit ,
Le Seigneur par l'amour conduit
,
Ne fe gliffaft dans la ruelle
De la Belle
A peut bruit
Sortoit-elle un moment , il alloit
avec elle.
LA PIE
Mais quoy , fans fondement agiffoir
lainfie
Sij
212 MERCURE
LE PERROQVET
Ouy jaloux dans l'excés fans
cauſeum noi juci pol
Il avoit tout ce vain ſoucy ,
Es la Médiſance qui glofen
Sur la même pudeur , fans aucune
mercy,sq nechal vule ! $
A l'égard de la Belle , eut toujours
bouche, clofe.dedi 13
* volis'up LAPIES cnist) (I
O le fatal poiſoney not
Que la maudite frenchiep , DÄ
Que l'on appelle jalouſie ,
Qui fouvent fans ſujet vient brožilodder
la raifon! Now 010
LE PERROQUET.
Tu le vas encor mieux connoître
Par la fuite de ce recit.
Ruydez ( c'eftoit le nom du Mai-
Eftoit laid , magot , ſans eſprit,
GALANT 213
Et d'ailleurs , avancé dans l'âge,
Son bien qui n'eftoit pas perit ,
Faifoit tout fon merite & tout fon
R avantage. 50 2003 novs I
Quand la Nature an homme ainfi
Onuɔusbaftit , pashoq srobca el su2
Elleluy laiffe un penchant a l'omauoqucbrage
,allo si ab bug ' A
Et fi belle Femmeil choifit ,
craint presque toujouts qu'elle ne
foit pas fage , bio
Ainfi, quoyque prés d'elle, il tremble
dansfon litijs Goʻ
Ruydez troublé de cette forte
Croir voir fans ceffe un Subor-
Linear
Qui careflant fon aimable Conforte
,
Fait quelque bréche à fon honneur.
Or le Deftin , un jour , permit pour
mon malheur Do
214 MERCURE
Qu'allant rêvant à cent fâcheufes
chofes [ coeur,
Qui luy chargeoient beaucoup le
Il trouve des Metamorpholes.
Quoy qu'il fuft fort petit Lecteur
D'un bout à l'autre , il les feuil--
lette ,
Et voit comment jadis les Dieux;
Pour tenir leur flame fecrete ;
Incognito , venoient en ces bas
lieux ,
Traveftis de maniere adreite
De Jupiter les divers changemens
En Cygne chez Léda , dans une
Tour en pluye
Luy rempliffent le coeur de jaloux
mouvemens ,
Il faut
que devant luy tout le monde
s'enfuye.
Il va dans les foupçons jufques à la
fureur 22 .
GALANT: 215
penfe qu'un Oifeau peut encor
eftre un homme.
Trop prévenu de fon erreur,
L'Amant de fa Femme , il me
nomme
Et dans la Chambre d'Henrica
Il entre avec un , Qui va-là ?
J'étois fur le fein de la Belle ,
Helas pour la derniere fois .
Il fe jetta fur moy , fur elle,
*
Avec un affreux ton de voix ,
Et d'un fer afilé me bleffa dans une
aile.
De mes jours croyant voir la fin ,
Avec un grand cri je m'élance
Par la feneftre en un jardin,
Où je fus ramaffé foudain
Par un pauvre Ouvrier , qui là de
bonne chance
Travailloit feul , & m'emporta
chez luy.
7
216 MERCURE
Ciel , quel y fut mon ennuy
Je meurs de chagrin quand j'y
penfessy amoribiona Á
Comme ſi c'eftoit aujourd'huy. >
Le bon homme me mit dans une
avieille cagel Au nom gir
De Merle ou Sanfonnet, d'Alouette
ve ou Moineau,
Sans égard àmon rang , à mon riche
repo
afara dis ! 22splumage
Et m'y nourrit de pain & d'eau .
LA PLE. AS
Compere , c'eftoit là faire un peu
penitencendo penitence stai 100
De tes plaifirs paffez.s
dan M
Mais quel bonheur n'eſt pas fujet à
l'inconftance, and th
· Pourfui , voila moraliſer affez.
LE PERROOVET.
Chez mon Hofte nouveau jet në
demeurayuere.b
Dés
GALANT: 217
Dés que je fusgueri, le cherif Mer
cenaired t
A la fourdine me vendit,
Comme je fuis affèz parépar la na
ture
Que mon babil m'avoit mis en
credit
Et que la rareté de ma trifte avantore
gayong
Faifoit grand bruit par tout ; enfin
tout cela fit
Qu'un jeune Seigneur d'Italie
Sur le point de s'en retourner ,
Macheta cent écus ; exprés pour
me donner
A certaine aimable Julie ,
Qui de fon coeur eftoit l'attrait.
L'Ouvrier eft ravi d'une fi bonne
aubaine ,
Il me voit partir fans regret,
Et moy ,
d'Hentica fort en peine
May 1696.
I
218 MERCURE
Je -pars fans de fon for
le fecret .
apprendra
Burs de ma vilaine
Je
cage.
Pour me faire agréer mon nouvel
eſclavage ,
On m'en préfente une autre , avec
un compliment
Remplid'un doucereux langage ,
Que toutefois j'écoute froidement,
Denouveau fur la mer voila arra
me promene.
ne
Jy fuis plus agité de mes triftes for
CIS ,
Quenel'eſt le Vaiffeau par la vague
1st incertaine
,
Qui de frayeur rend les Nochers
tranfish troos n
Nousarrivons à Naple , où demeu
roit Julie.
Le Seigneur qui mapporte en eft
tres-bien recouI,
GALANT 219
Aucun charmant tranſport envers
luy ne s'oublie,
Et par ce doux accueil pour l'Epoux
on l'euft cru
Que dis je ? Non , en Italie,
Comme depuis ce temps de plu
fieurs je Pay fceur ,
Les Maris au retour de leurs plus
longs voyages ,
Rarement lont receus par leurs cheres
Moitiez
Avec ces
témoignages
Où brille l'agrément des tendres
amitiez.
Auffi,ce Seigneur-là qui fe nommoit
woodbor Camille ,
N'eftoit point de Julie encore le
Mary. [ croyoit chery,
Ce n'eftoit qu'un Amant qui s'en
Et l'un & l'autre eftoient d'une illaftre
Famille,
Tij
220 MERCURE
De s'époufer ils eftoient prefts .
On attendoit Camille avec impa
tience.gamal Kanon 1 și 23
Il revenoir en diligence , an
Et l'on faifoit de fuperbes appreſts,
9 Je
t'acheveray
leur hiftoire ,
Ainfi qu'elle est écrite en ma me
moire
,
vaLors que je t'auray dir comment .
Je fus accueilli de Julie.
Ce fut fi favorablement job fu
Que fans l'excés de ma mélanco
colie ,
Pen caſſe eſté dans le raviflement
On Juy conte mon avanture ,
mio Qui l'étonne beaucoup M
Ellevoit la marque du coup
Qui fur mon aile toujours dure .
Le bruit par tout dans Naple en ell
femé,
Le cas paroift tout extraordinaire ,
GALANT 221
Jamais Oileau ne fut tant eftimés
Et le Phenix imaginaires
Dans l'Univers n'eſt point fi recafioigg
nommélybala notice
Si l'on m'eût mis à quelque Foire,
Ou bien ailleurs , pour me mon*
trer ,
Dziom
Lepeuple pour me voir, ayant freu
mon hiftoire , and al
Euſt donné tout l'argent qu'on cuft
5056 apû defirer.
Au refte , la Belle Julie.
Connoiffant mon chagrin , ſe plaiſt
ale
flatere
coin
Mais Henrica m'occupe , &
que je l'oublie ,
Accablé de mélancolie
Sans ceffe l'on m'entend Henrica
repeter.
Revenons maintenant à Julie, à Camille.
Tij
222 MERCURE
C'eftoit un Couple fort complet
Julie eftoit bien faire , & Camille
bien fait. 62001
Quel feu charmant dans leurs
yeux brille !
Ils avoient les cheveux chacun du
plus beau blond
Le tour du visage un peu long.
Fun
Is eftoient l'un & l'autre auffi de
taille riche
Et l'efprit ne leur manquoit pas.
La fortune d'ailleurs ne leur eftoit
wpoint chiche,
10
De leurs Parens on faifoit cas.
Enfin ils fembloient nez pourcftre
joints enfemble ;
Mais que les chofes d'icy-bas ,
V
- Song ſouvent autres qu'il ne fems
•
ble !
Voilà le jour de leur Hymen venu,
Dont on s'eftoit longtemps entre
teņu.
GALANT 223
L'une & l'autre Famille et pleine
d'allegrefe
2ue
LesEpoux , comme on croit , ont
tous deux les tranfports
Que caufe une même tendreffe,
Et l'on juge par ces dehors,
Que l'Amant comme la Mail
#
ftreffe
A
les
free
,
fimpatiques reflores
ཏྭཾ ཝཱ
Dont dépend l'union des eſprits
des
corps.
Cependant quelques mois font é-
1:01192 Coulez a peine ,
Que Julie a pour ton Epoux
De grands froids & de grands
dégoufts ,
Venant , ce difoit - on, d'amoureufe
migraine. ↑ cal
Sur quoy fondé cela ? Sur Henrica ,
far
moy.
Tij
224 MERCURE
Sur He
LA PIE
dis-tu , fur toy ?
Cela ne fe peut. Quelle hiftoire
Tu veux rire.
LE
PERROQUET.I
Moy , rire Non.
211013
La Belle fait femblant de croire
Que cette Henrica, dont le nom
Eft fi pronfondément gravé dans
ma memoire , col suQ
fois
Et
tant de
SMS
mon
jar
gon ,
Eft quelque Maiftreffe jolic
Que Camille a faite à Madrid.
Elle ajoûte (quelle folie ! )
Que je fuis un prefent que la Done
luy fit ,
Afin que tous les jours m'enten
parler d'elle o
Il air lieu de s'en
fouvenirs
Elle conclut qu'il eft un infidelle,
IGALANT. 225
Et que peut-eftre même il aura fait
Youvenir
110 Avec luy cette Bellę;
Qu'elle eft à Naple , & qu'enTeerer
Luy parlant chaque jour , il eft Amant
difcret.
Le pauvre homme eft furpris ,
model mais on peut lreftre,
2nDa ridicule enteftement
Que fon Epoufe fait paroiftre
ja
1
Et nefçait comment prendre un tel
évenement.
pas
Ce n'eft pas l'ordre en Tralie,
Que les Femmes y foient jaloufes
des Epoux.
C'eft aux Epoux que convient la
folie
D'eftre de leurs Moitiez frenetiques
jaloux.
Camille la deffus rumine ,
là deffus
.
Et romine fi bien ou difons mieux,
fi mal ,
226 MERCURE
Qu'il croit que la Julie , en faisant
ainfi mine
De craindre une Rivale, aime quel-
It
que R
Il fait la guerre à l'oeil
Becky vrir les caufes
pour décou
D'un malheur qui l'étonne , & l'éton
ham ne à bon droit,
Il examine toutes choſes ,
Et fur le fait enfin il met le doigts
Il découvre le pot aux rofes.
le Sexe feminin ,
O
que
A l'ame com be !
Ah , qu'il eft fourbe !,
Qu'il a l'efprit hipocrite & malin !
Cela s'entend dans quelques
Femmes . 1
1
Car on fçait bien qu'il eft nombre
cade, Dames
Qai noutriffent des feux con-
Cheenas kans,
GALANT.
227
* Et qui malgré les moeurs du
temps
Nebrütent que de pures flâmes ,
Mais venons à Julie. On cuſt dit à
1000
V
voir
luy
la vertu fur bn vifage Cer air que
imprime,
Dusitr
Qu'elle regardoit comme un cri-
Tout
me
t ce qui
qui bleffoit fon devoir.
Pourtant avec cet air d'une pudeur extrême
•
LA PIE.
Que vas - tu dire ? Avoit-elle un
Amant ?
LE PERROQUET.
Quy , qu'elle aimoit fort tendrement
,
Et qui l'aimoit de même.
HAD NO LA PIE.
Les hommes vivent donc comme
les Animaux .
228 MERCURE
LE PERROQUET.
Ils connoiffent moins qu'eux & les
biens & les maux
29.1
sidung ?
On les voit rechercher tout ce qui
leur peut nuires
Et s'il eftoit des Beftes parmy nous
A qui l'ufage cuft appris l'art d'écrire
Nous leur ferions connoiftre à
Tous
mieline
BoiA
Dieux
qu'eux
nous
Qu'en Morale mieux
fçavons nous conduire ,
Et qu'ils devroient chez nous
s'inftruire .
CenA
PIE
ce qu'a dit Moliere , & dans
ce qu'il a dit
Je trouve beaucoup d'apparence.
Les B. ftes ne font pas fi Bel
Buftes ne fi
Beftes que
l'on penſe,
Mais pourlui ton récit ,
GALANT
229
Tay d'en ouir la fin beaucoup d'im
patience.
* LEPERROQUET. L
Les yeux qu'éclaire un interef
up d'honnear
Sontbien plusclair- voyans queceux
20 des
Aftronomes ,
Et dans les affaires du coeur
Jop A
Ils peuvent découvrir jufqu'aux
moindres atomes .
Ainfi Camille oblerva fi bien ceux
Obi s'approchoient de fon Epou
Se,
2uQu'il découvrit enfin les feux
Dont la fauffe jaloufe,
51
Et fon Amant , brûloient tous deux ,
certaines langueurs , de certai
nes oeillades ,
Ordinaires aux gens qui d'amoury
up 25 font malades ,
Certains difcours déconcertez,
230 MERCURE
Un filence parlant mieux que le
difcours même
Tout cela luy donna d'infaillibles
so alquas clartez, no al 29 19
Pour voir leur paffion extréme .
Il les fait obſerver enfuite de fort
prés ,
Par des yeux vigilans qu'il y comulan
met exprés , 5 sand baar )
Il gagne par les dons quelques a?
mes venales
Des antes de Valets ,
Que le gain tout- puiffant peut rendre
déloyales
Et par elles , il fçait les plus cachez
Shefearers o
*
Il n'a plus à douter du malheur de fa
refte.
Unjour qu'on lecroioit bien loin ,
Hfe pofta dans un recoin ,
D'où fans peine il put voir la
fefte
CALANT azı
* Convaincu par les propres yeux ,
Ne fe poffedant plus de fa niche il
goldilling élance noh, yul alsa 100T
Et par la mort de ce couple ocomodieux
zuilalov 109
A l'aide d'un poignard, fatisfait la
vangeance.
Grand delordre dans la maiſon
Grand bruit dans l'une se dans l'au
ga autre famille ,
Mais la Juſtice avec raiſon ,
Ablout Pinfortuné Camille .
Si l'on pouvoit , fur l'exemple d'au
tray
padeno
Serendre fage ,
5th
19
O qu'il eft de fous aujourd'huy
craindroient un femblable.
orage!
Mais ilfut & fera toujours
Des Amans fous de toute forte,
#32 MERCURE
PIENT
LA
A leur dam , Verdelet , à nous que
nous importe
Qu'il foit tant de folles amours
Acheve vifte ton Hiftoire.
LE PERROQUET M
Je la termine en peu de mots.
Effrayé plus qu'on ne peut croire
Du delaftre arrivé que je t'ay dic
en gros
Comme alors j'eftois libre , arran
geant mon plumage ,
Je vole dans le voisinage ,
Où le deftin me mit dans les mains
d'un François
Qui m'a fait faire le voyage
De Naple dans Paris , & depuis plu
fieurs mois
J'y fuis Oifeau Bourgeois , loge
24 dans cette cage
Qùde la tienne tu me vois.
GALANT: 233
Voilà mon hiftoire finie,
C'en eft le le récit tout entier,
Que t'en femble
en
mie ?
3 MMargot , ma
LA PIE
Ma foy , dans les Romans jamais.
nut Ecuyer
Ne conta mieux la vie
Defon Heros avanturier
Jay fouvent ouy ma Maiftreffe
Lire dans les fades Romans.
Mais le chagrin me prend , & de
longtemps de ceffe
Quand j'entens l'Ecuyer , en difcours
peu charmans,
Raconter à perte d'haleine
Les explons , les amours & les en-
Deanremens
leurs Heros coureurs de prétentaine.
May 1696.
V
234 MERCURE
LE PERROQUET
Laiflops là les Romans , & fonge
wolloqu'à ton tour
GEE
Ta me doiston hiſtoire,
bno LA PIEZ
Ouy , mais c'eſt trop parler , Yans
manger & fans boire.
Pour difcourir , nous avons tout le
jour
N'imitons pas ces Heros de la Fable
Que les Auteurs nuit & jour font
A parler
Et d'un Pays à l'autre aller 23
Sans que jamais ils fe mettent à
table.
25)
LE PERROQUET
. (r
Je trouve tes avis tres- bonsion
Regalons-nous , mangeons , beuvons,
GALANT. 23
Le Lundy dernier jour d'Avrit
, les Lecteurs & Profef!
feurs Royaux du College
Royal de France , fondé
par le Roy François I. firent
faire un Service folemnel
dans l'Eglife de S. Jean de
Latran , pour feu Mª d'Her
belot , Doyen des Secretal .
res & Intepretes du Roy dans
les Langues Orientales , &
Lecteur & Profeffeur Royal
en Langue Syriaque. Ils y a
voient invitér M d'Herbe
for fon frere , qui s'y trouva
avec quelques autres de fes
Amis & plufieurs de cerve
V ij
276 MERCURE
Compagnie, M Beraule que
remplic fort dignement la
Chaire de Lecteur & Profeſp
feur Royal qu'avoit feu M
Herbelor fitFaptefdiné
und docfe & éloquente Ha
mangue , dans laquelle il para
la de l'excellence
& de turis
Hié de la Langue Syriaque ,
qui eftoit la langue mater
nelle de Nôtre-Seigneur. Ik
avolia enfuite qu'il eftimoir
grand honneur de fucceder
à la place d'un homme auf
h illuftre & auffi regreté que
Mod'Herbelot
, avec qui il
avoit eu une grande liaifong
GADANIM 217
d'amitié & d'études depuis
plufieurs années , & dans des
quelon n'admiroit pas moins
fa piete covers Dieu , la pua
ció de la Religion , ſa bon.
té envers les amis , & fa cha
risé lexemplaireachvers les
pauvres , que la haute intel-I
ligence qu'il avoit depuist
tant d'années dans les Langues
facrées & dans les Lanes
gues Orientales en general ,»
& qui accompagnoit d'une
grande modestie une fi profonde
éruditione es talli d
Je vous envoyai le moist
paffé des Reflexions de M
238 MERCURE
l'Abbé de Fourcroy fur le
bons ufage qu'on doit faire
de la parole. En voicy d'aus
tres de ce mefme Abbé , qui
vous feront voir qu'il est dans
gereux fouvent de parler.
Jack
REFLEXIONS.
SUR
180
33 214 GIR
LE MAUVAIS USAGE ?
e qu'on fait de la patòle, hog
V'il eft rare de trouver.
dans le fiecle où nous vi
vons des perfonnes qui feathens .
bien regler leurs parolest Combien
GALANT 239
me
au contraire en voit on aujour- ..
d'huy qui en font un très maxwais
ufages On eft bardyen mé→
difancese en reparties ; on eft
inépuisable en paroless toute la
Science eft defçavoir ce qu'ily a
de honteux dans la maiſon &
dans la vie de chaque personnes
Tout le fujer des converfations
roule fur les imperfections des
autres. On ne peut fouffrir qu'on
parle d'autre chose que de fon
prétendu merite , on ne s'entre
tient que de l'histoire de fes an
ceftres , de fa fortune & defes
actions . On ne peut parler fans
railler , & on pouffe mente les
240 MERCURE
pointes & les railleries piquan
ses & indiferetes jufqu'au fond
de l'ame. Enfin on fe fait unjeu
de perdre de reputation fon prochain
par un feul coup de langue ,
Quelfuneftejeu ! Cette inclinarion
malheureuſe que nous avons
à témoigneerr llee ppeeuu d'étar que
mous faisons des perfonnes , est une
rage qui nous a esté communi
quée par le Démon avec le ve--
nin qu'il répandi en nous lors
qa'il corrompit nostre nature. Cer
mépris mutuel fait naître toutes ›
fortes de divifions & de procés
dans les maisons , mefmetres.
fouvent des inimitier éternelles, v
Cift
GALANT. 24°
quoy le Sage dit : Le moqueur
lera maudit , parce qu'il a
mis en divifion ceux qui vivoient
en paix. La mauvaife
langue est auffi pour ce sujet comparée
tantoft au rafoir qui emporte
les cheveux fans qu'on le
fente , tantoft à des fleches qui
tirent de loin e qui bleffent les
abfens , tantoft aux ferpens qui
mordentfans bruit & laiffent le
venin dans la playe. En un
mot , le plus éclairé des hommes
voulant nous apprendre com
bien la langue fait de maux dans
l'univers , s'explique d'une maniere
qui doitfaire trembler. Les
May 1696
X
242 MERCURE
playes que fait le fouet , dit il
Affent quelque marque fur la
peau , mais celles de la mauvaiſe
Langue caffent & brifent les oss
Qiyatil de plus redoutable ?
Mais fi c'est un grand peché de
faire fervir les paroles pour blefferfon
prochain il est encore beaucoup
plus criminel d'employer fa
langue pour blafphemer le faint
Nom de Dieu , & n'est ce pas
le deshonneur du Chriftianifme
qu'il se trouve tant de perſonnes
qui blafphement le Seigneur de
1 Univers dans les moindres dif
graces ? Le ciel n'eft-al point favorable
à leur deffeins & à leur
GALANT. 243
defirs , ils murmurent contre
Dieu , ils ofent mefme l'accuser
d'injustice. On les entend faire
mille imprecations contre fa divine
Majefté , bien loin d'a
dorer la main qni lesfrape pour.
leur bien , ils s'emportent tontre
la divine providence. Qu'ilferoip
à fouhaiter que la Loy qu'à éta
blie le plus faint de nos Rois fuft
obfervée fidellement , & qu'om
perçat la langue des blafphemateurs
, puifque leur bouche , felon
que nous l'aprend le Prophete
Royal , n'est remplie que
ledictions ! Plut à Dieu queceux
montre qui je parle connuſſent, les
X ij ***
de ma
244 MERCURE
egaremens ou l'impetuofité de leur
langue les a precipitez tant de
fois qu'ils fceuffent comment
il faut regler leurs paroles , le
bon ufage qu'ils en doivent faire
! Mette , Seigneur , une garde
à leur bouche & un feeau à
leurs lévres , gouvernez la langue
, car nul homme ne la peur
dompterparfes forces &fans vô
tre fecours.
د ر ا د
Le 9. de ce mois , M' l'Ar¬
chevefque de Paris fut receu
au Parlement en qualité de
Duc de S. Cloud. Monfieur
le Prince , Monfieur le Duc
GALANT. 245
7
Monfieur le Prince de Con
ty , Monfieur le Duc du Maine
en qualité de Comte d'Eu
& de Duc d'Aumale , de
Monfieur le Comte de Tou
loufe en celle de Duc d'Anville
, & plufieurs autres Ducs
& Pairs , fe trouverent au
Rapport qui fut fait par M
·Hennequin, Conſeiller en la
Grand Chambre & Chanoi.
ne de l'Eglife de Paris , du
Brevet de fa nomination ,
des Bulles de Rome , & des
Conclufions de M le Prono
cureur General . Ce Prefac
qui eftoit demeuré pendant
X iij
246 MERCURE
le Rapport dans le parques
des Huiffiers , ayant efté ap
pellé à la Barre , prefta le
Serment debout , & tefte
nue , aprés avoir mis la main
ad pectus . La forme de ce ferment
eft d'affiftér le Roy
dans fes hautes & importantes
affaires , de rendre la Juftice
à fes Sujets , aux pauvres
comme aux riches , &
de tenir les deliberations fecrettes.
M'le premier Prefident
fit un compliment à ce
Prélat avec l'Eloquence qui
luy eft fi familiere . Il luy fic
connoiftre que fi le public
*
GALANT: 247
avoit témoigné beaucoup de
joye de fon Elevation à l'Ar
chevefché de Paris , celle de
la Compagnie n'avoit pas
efté moindre ; qu'elle avoiç
efté fenfible à fa promotion ,
& que fi tous les Prelats recevoient
dans toutes les oca
cafions des marques de l'actachement
du Parlement au
fervice du Roy & de fon au
torité pour foûtenir les droits
de leurs Eglifes , cette au
gufte Compagnie fe feroit
un tres grand plaifir de l'em
ployer pour un Prelat , dont
la haute naiffance , le pro
X iiij
248 MERCURE
fond fçavoir, la vertu , la pro
bité & la douceur , fervoient
d'exemple à tous ceux qui
avoient l'avantage de l'ape
procher.
4 On a foûrenu au Con
vent des Feuillans de la ruë
S. Honoré des Thefes de
Theologie. C'est la premiere
fois qu'il s'y en eft foûtenu
de publiques. Elles é
toient dédiées à M Puffort ,
qui fe trouva à l'ouvertu
re. Le Soûtenant luy fit un
compliment qui reçut tous
les applaudiffemens dont it
eftoit digne , & il en meri
GALANT. 249
toit de tres-grands . L'affem ,
blée fut nombreufe & illuftre,
& Monfieur le Nonce vint
Faugmenter , pour marquer
Feftime particuliere dont il
honore ces Peres . Lorsqu'il
eut pris la place , le Soûtenant
luy adreffa la parole ,
& reprit avec beaucoup de
prefence d'efprit tout ce qui
avoit efté dit touchant la
Question qui eftoit agitée ,
afin que Mi le Nonce ayant
eu cet éclairciffement , priſt
plus de plaifir à la difpute.
Ce fut une grande marque
de diſtinction pour ce Prelat.
250 MERCURE
J'ay oublié de vous dire
que M le Nonce ayant dans
fon caroffe M l'Ambafladeur
de Venife & M" les
Envoyez de Florence & de
Modene, s'eftoit trouvé vers
la fin du mois dernier à la
Reveuë que le Roy fit d'u
ne partie des Troupes de fa
Maifon dans la plaine d'Achere
. Sa Majesté paffant
dans les rangs , luy fit l'honneur
de s'approcher de fon
caroffe & de luy parler. M
le Nonce , qui trouva les
Troupes fort magnifiques ,
quoy qu'elles n'ayent pas
GALANT. 251
qu'en
efté habillées de neuf cette
année , dit au Roy
quelque eftut qu'elles fuffent , el
Les feroient toujours également
invincibles ; que tous leurs mouvemens
portoient les caracteres
de la victoire , & que ' c' ftoit
affez qu'elles combatiffent par.
les ordres de Sa Majesté pour
efire victorieuses par tour . M'le
Nonce fut fi touché des
bontez du Roy , & de la
maniere dont ce Prince luy
fit l'honneurde l'entretenir ,
qu'il dit enfuice : que la grandeur
& la puiffance de ce Momarque
pouvoient eftre connuës
252 MERCURE
par toute la terre mais qu'il
falloit avoir l'honneur de l'ap
procher pour fentir les charmes
attachez àfa veuë & à ſes paroles,
& pour comprendre l'alliance
de tant de bonté e de
tant de majeſté dans toute la perfonne
d'unfi grand Roy.
Mile Nonce eftant allé falüer
Sa Majesté au commencement
de ce mois , luy préfenta
deux de fes Neveux qui
portent le nom de Delphino
, qui eft celuy de fa famille
, & témoigna qu'il von.
toit les faire élever en France,
afin qu'ils euffent l'honneur de
GALANT.
253
lug offrir un jour leurs fervices.
Le Roy les receut d'un air
qui marquoit beaucoup de
diftinction & aprés leur avoir
parle de la maniere du monde
la plus obligeante , ce Prince
s'approcha de M' le Nonce
, & luy dic : Quelques étu
des qu'ils faffent , ils ne plairone
pas plus que vous m'eftes agréable,
jefuis fi content de vous,
que je vous en donneray des marques
dans toutes les occafions.
M' le Nonce paffa le refte
de la journée à voir les eaux
de Verfailles , dont il admira
toutes les beautéz qui fucce
254 MERCURE
doient les unes aux autres
& qui font voir que l'art furpaffe
quelquefois la nature .
Quelques jours aprés ,
Mr le Nonce alla faire fa
Cour au Roy qui eftoit pour
lors à Meudon . Sa Majesté
luy fit l'accueil obligeant
que ceux qui ont l'honneur
de luy plaire font toûjours
feurs de trouver. Comme le
temps eftoit alors extrémement
pluvieux , un Seigneur
de la Cour dit qu'il eftoit
mal propre pour voir les fardins
les beautez qui je découvrent
des terraffes . A quoy
ن م
:
GALANT. 255
Mile Nonce répondit : qu'il
trouveroit toûjours Meudon ,
mais qu'il n'y trouveroit pas toujours
le Roy Il y a peu d'hommes
dont les reparties foient
fi promptes , fi juftes & fi
fpirituelles , & tout le monde
convient que tout ce qu'il dit
eft digne d'eftre remarqué &
applaudy.
Madame de Joyeuſe eft
morte dans un âge fort avan
cé. Elle eftoit de la Maifon
d'Angouleſme , & ce grand
nom eft finy en elle. Sa Mere
eftoit de la Maifon de la Gui
che , & fon Pere eftoit Fils
256 MERCURE
d'une Soeur de Madame la
Princeffe , Mere de feu Monfieur
le Prince . Elle eftoit auf
fi Soeur de Madame la Douairiere
de Ventadour , & tou-
- tes les trois eftoient Filles
du Conneftable de Montmorency.
C'est par là que
Monfieur le Prince , Monfieur
le Prince de Conti , M
le Duc de Ventadour & Madame
la Marefchale de Duras
, Soeur de ce Duc , heritent
de Madame de Joyeuse.
Elle eftoit Mere de feu Mon
fieur le Duc de Guife , & Belle
mere de feu Madame de
•
GALANT. 257
Guife qui eft morte depuis
peu . M d'Angoulefine ,
grand Pere de Madame de
Joyeuſe , eftoit Fils naturel
du Roy Charles IX.
On a appris que Dame
Marie-Heleine de Felfins de
Montmurat , Marquife d'Aynac
, eftoit morte le 13. du
imois paffé dans fon Chateau
de Montmurat en Auvergne.
Elle eftoit Fille de Jean Baron
de Felfins & de Montmurat ,
& de Dame Anne de Reilhac,
Fille de Jacques Baron dé
Reilhac & de Jeanne de
Noailles. La maifon de Mont-
May 1696. Y
z༨8 MERCURE
murat eft des plus anciennes
& des plus illuftres d'Auvergne
& de Quercy. Ce nom
qu'on dit parmy les perfonnes .
de marque dans les Chartres.
les plus antiques des Abbayes
de Conques & de Figeac
fondées par l'Empereur Charlemagne
, eft une preuve inconteſtable
de fon ancienneté.
Le Cardinal de Montmurat
, fi connu à Rome fous le
nom de Montemurato , qui fic
bâtir le Chasteau de ce nom ,
en Auvergne , avec une ma--
gnificence qui répondoit à
fon éminente dignité , plus
GALANT: 259
feurs Chevaliers des anciens
Ordres de nos Rois , de ceux
du Temple & de Saint Jean
de Jerufalem, Jean Felix, Ba
ron de Felfins & de Montmu
rat , Chevalier de l'Ordre
qui vivoit à la Cour de Louis
XI. & qui eut parc à la confiance
& aux bonnes graces.
de fon Maistre , qu'il confer
va toute fa vie , ont donné
beaucoup d'éclat à cette
grande maifon. Elle eſt alliée
à celles d'Uzés , de Noailles ,
d'Eftrées , d'Arpajon , & s'eft
éteinte dans celle d'Aynac ,
l'une des plus confiderables
Y ij
260 MERCURE
d'Auvergne , par les alliances
de Cominges , d'Aurillac , de
Genoaillac , Affier de Sales
de Themines , de Turenne
de Cardaillac , de Gourdon ,
'de Vaillac , & enfin de Felfins
de Montmurat. Il refte en
core une Soeur de Madame
la Marquife d'Aynac , mariée
avec M' le Comte d'Aubepeyre
, cy - devant Colonel
d'un Regiment d'Infanterie ,
Frere puifné de M❜le Marquis
d'Aynac,
C
Il y a des Livres d'une utilis
éfi generalement reconnue
GALANT 261
qu'ils ne peuvent eftre traduits
trop fouvent en noftre
langue. Le Combat Spirituel
eft de ce nombre , & le Public
eft tres- obligé au Pere
Alexis du Buc , Superieur des
Theatins , qui vient de nous
en donner une Traduction
nouvelle. L'Original , comme
vous fçavez , eft Italien ,
& l'eftime particuliere que
Saint François de Sales faifoit
de ce Livre , eft une preu- in
ve de fon excellence . On le
lit dans toutes fortes de langues
, parce qu'il plaift à tous
ceux qui ont du gouſt pour
262 MERCURE
Pieté . Le Pere Alexis du Buc
qui l'a traduit en François , a
apporté à cette Traduction
tout le foin & toute l'exactitude
poffible , & elle eft d'au
tant plus à rechercher que
c'eft la plus complette qui
ait paru jufqu'icy . Celles quis
ont efté imprimées en 1595..
en 1648. & en 1681 n'ont
que trente trois Chapitres.
Celle de Bertier n'en a que
trente-fept ; & celle qui eft
dediée à Saint François de Sa--
les en a feulement foixante.
La Traduction dont je vous
parle , en a foixante -fix , & a
GALANT. 263
efté faite fur les Editions Italiennes
les plus amples & les
plus correctes . Elle se trouve
chez le S ' Jean Villette , ruë
Saint Jacques , à la Croix d'or,
& elle eft accompagnée d'une
Differtation , dans laquelle le
Pere Alexis du Buc fait voir,
que le Combat Spirituel n'eft
point un Ouvrage de Dom
Jean Caftagnifa Benedictin
nry du Pere Achillas Gaillar
do Jefuite , ny de Jerôme
Comte de Porcia le vieux
aufquels plufieurs l'ont attribué
fur de differentes conjectures
, mais que fon veritable
264 MERCURE
Auteur eft le Pere Dom Law
rent Scupoli , Théatin. Il par
le enfuite des Additions qui
ont efté faites de temps en
temps à cer excellent Ouvra
ge , & refout les objections
qu'on fait contre ces addi
tions.
On n'oublie point les per
fonnes que de grandes quali
tez ont diftinguées , & M
l'Abbé Geneft , en nous don
nant le Portrait de Mr de
Court , vient de le faire revi
vre , quoy qu'il foit mort il y
a déja prés de deux ans . Il faic
voir par là qu'il a un bon
coeur
GALANT 265
coeur, & qu'il eft zelé pour
fes Amis. Ce Portrait qui fe
debite chez le S ' Jean Boudo
ruë S. Jacques , au Soleil d'or
eft fort eftimé des Connoif
feurs , & il a plû à toute la
Cour. Je vous parlay de M
de Court , lors qu'il mourut,
Il n'avoit que quarante &un
an , & l'on peut dire qu'à cet
âge il eftoit univerfel , tant il
avoit toûjours eu d'applica
tion pour les Sciences, llétoir
Neveu du grand Saumaife , &
eft mort Secretaire des Com
mandemens de Monfieur le
Duc du Maine.
May 1696.
Ꮓ
266 MERCURE
Le Siege de l'Election &
le Bureau des Tailles qui
avoient eſté créez & établis
en 1615 en la Ville de fa
Charité fur Loire , & qui depuis
avoient efté fupprimez,
ont efté rétablis par Edit du
Roy,du mois de Février dernier.
M Samfon , GG
eographe
, a fait marquer toutes
les Paroiffes qui compofent
cette Election , fur les Cartes
des Diocefes d'Auxerre , de
Nevers & de Bourges Il a
aufli fait marquer fur cette
derniere Carte la Divifion
pour l'Estat Eccleſiaſtique
1
3GALANT 267
paroles Archidiaconez , les
Archiprevrez, & la divifion
pour les Finances , par les
Elections dela Generalité de
-Bourges , ce que l'on connoift
par les differens points , &
encore plus facilement au
moyen de deux differens
-Exemplaires. Il y a fur un
Exemplaire , que l'Archevê-
Sché de Bourges , nù l'on trouave
le Duché de Berry a neuf
Archidiaconez , qui font , le
grand Archidiaconé, ceux de
Chaiteau- Roux , Bourbon ,
Bruere , Narzene , Buzançais
, Sologne , Graçay , San-
Z ij
268 MERCURE
cerre,lefquels font fubdivifez
en Achiprévrez. Dans le haur
de la Carre , on a reprefente
toute la Province Ecclefiaft
que de Bourges , dont celle
d'Alby a eſté tirée . Sur un au-
Eexemplaire , l'on trouve
les Elections de Bourges
sden
d'Ifoudun , de Chafteau
Roux , Saint Amand , la Cha
ftre , & du Blane en Berry,
qui compofent la Generalité
de Bourges,
tre
D
ao Si l'on veut voir les Gene
ralitez , on les trouvera toutes
fur une France d'une feuilles
de défunt Nicolas Samfon , le
GALANT 269
Geographe , fur laquelle le S
Mbullart Simfon a fait mar
quer toutes les divifions que
fon Ayeul avoit données dans
la Carte de France de plus de
12. feuilles , qu'il avoit dédiée
au Roy. Ces Divifions pour
le Gouvernement Politique,
font par les Parlemens
Chambres des Compres
Cours des Aides , Generali.
tez , Affemblées d'Eſtats Gep
neraux. Il y a auffi fait
mettre la divifion pour les
Gouvernemens generaux de
Milice. Elle eft du S Samfon,
fon Oncle. A l'égard du Gou
Z iij
270 MERCURE
vernement Ecclefiaftique , il
Le trouve marqué fur ún aus
tre Exemplaire.org 519V01 !
solla aufli donnéune Carte
generale du Globe , avec une
explication des differentes
manieres dele reprefenter en
Plan. Il marque que les plus
ordinaires font de le décrire
comme s'il eftoit divifé en
Hemiſphere Septentrional &
en Hemiſphere Auftrab, où
les Meridiens font reprefencez
par des lignes droites , &
les cercles également diftans
entre eux , Je ne vous en diray
pas davantage, pour vous laif
S
GALANT 278
far lepplaifir dell'apprendre
dans le difcours que vous
trouverez gravé àgcoſtél des
ecure Carte, qui fe vend cliez
le S Pierre Moullard Samfon ,
Geographe ordinaire du Roy,
demeurant Caux Galeries du
Louvre , vis à vis l'Eglife Saint
Nicolas. lov
Je vous envoye une Lifte
des Officiers Generaux , des
plus completes qui ayent ja
mais efté. Cependant je n'ofe
vous affurer qu'elle foit parfaite
, puis qu'il eft rare d'en
trouver, quand elles contien
nent un auffi grand nombre
ة ي د ق
Z iiij
272© MERCURÐ
de noms. Celle- cy eftde deurs
céns, foixante & quarre,&fam
yintrouveli centocinquante
noms de plus que dans roup
res celles qui ont couru. Elles
eft augmentée des noms des
Brigadiers d'Infanteries de
Cavalerie & de Dragons , &
de ceux des Majors generaux,
des Aides majors , & des Mas!
réchaux des Logis des Are !
mées. Les qualitézy z fonta
marquées , mais pour éviterp
les repetitions on a mis un P.g
pour les Princes , un D. pouro
les Ducs , une M.pour les Mars
quis , & un C. pour les Come
aliz
GALANTM 27)
tes Jene
répondrois pas que
malgré toute l'exactitudo qu
on ysa apportée , il n'y cuft
quelques
qualicez d'oubliées;
mais cet oubly n'ofte rien des
Titres den ceux qui en ont.
On peut dire que tous ceux
qui compofent
cette Lifte ?
en ont un que la naiffance
ne
lear a point donné. C'eft ce
luy de Braves qu'ils fe font
acquis par leur valeur , puis
qu'on ne merite point ces
grands Commandemens
, qu'
onn'ait ferviavec
diftinétion,
& qu'on ne fe foit expoſe
cent fois aux plus grands pep
rils.
274 MERCURE
ARMEE DE FLANDRE
Mile Marefchal de Villeroy
Lieutenans Generaux¦¹Â¹OE
llivusgis
M" de Rozen.
De Montrevel.
De Busca.
Proseda
noM & SQ 6
MI
adida
Le M. de Feuquieres.
Le Duc de Barwick.
D'Artagnan.
Le M. de Crequi.
Le Chevalier de Gaffion .
De Buzanval.
Monfieur le Duc .
Monfieur le Prince de Conty.
Marefchaux de Camp₁.91
M³ de Vandeüil.co sb . 9J
GALANT: 275
De Saint Vians.
De Druy, ob fadoluil 65PM
D'Artagnan
.
De Rigauville. da
De Bezons .
De la Motte.
Le M. d'Alegre.
Le D. de Luxembourg.
D'Albergotty.
Le C. de Cayeux.
Raynold.
Le D. de la
Rocheguyon.
Rottembourg.
Greder Allemand .
Surville.
Le D. de Villeroy .
Le D. de Charoſt.
176 MERCURE
Brigadiers d'Infanterie,
มา ย
Mrs de Liancourt
b "M
De
Wagner.
De Bailleul.
Ja
ગી ૩ ૦૯ .
De Salis .
De Saillant.
это я за
DeLabadie.
Dorinckton
. Holesnom
sa
Le M. de Biron, vedasliT sⱭ
Leм . de Rochefort.
Le C. de Mornay.20.151
Le D. d'Humieres
.
3b .M
I
De Mauroux
, sit sb si
De Greder.
De Puyſegur
, dados
ob 18ɔf
De Marfé.
sa
GALANT 277
Brigadiers de Cavaleris
M's du Pleffis.com135b #M
D'Imecourt.
De Prefle. Isallied s
De la Taſte.'
De
Romery.
De Leftrade. SibedaJa
MSI
De Monteflon. Cordaro
De Tifenhaufen .
Le C. de Vaillac . 1
Le P. Camille.
Le M. de Villequier GI
Le M. de Trefnel.
De Coëtanfau.
Le P. de Rohan.
De Villennes ,
De Barzun .
16M 9
278 MERCURE
Le D. de Montfort IMA
Brigadiers de Dragóns. M
Mrs le Code Nogent.
De Sainte Hermine , noM
De Breteuil. Tab...01 * M
Commandant de la Cavalerie,
Monfieur le Duc de Chartres,
Major Generals
M'de Traverfonne,
Aides .Majors Generaux. I
M's de Seraucourt,
De Sauville.dasmaña
Marefchal des Logis de l'Armée,
M' de Puiſegur. 2000 al
Marefchal des Logis de ta
Cavalerie 50 Mel
M ' de la Vieruë.2 90
GALANT 279
ARMEE DE LA MEUZE.
M ' le Marefchal de Bouflers .
Lieutenans Generaux. ™ Ã
Monfieur le Duc du Maine ,
M's le C. de Tallart, 8
De Ximenes.
De Crenan.
De Gacé.
Le D. de Roquelaure..
Le D. d'Elbeuf.
Le Baron de Breffey.
Marefchaux de Camp:
Ms le M. de Lanion.
Le C. de Solre.
De Pracontal,
Le M. de Noailles.
De Saint Laurens.
$280 MERCUR
Le M. de Grammont.
kab -mal
De Zurlauben.I sb m • 1
Du Rozel,
De Surbeck. uciosa
De Cavoye, bað stƆ »J
De Courtebonne. ab м al
De Phelypeaux. tegid sa
Le M. Dantin .
Monfieur le Comte de Tou
loufe.
Brigadiers d'Infanterie,
dod
Mrs le P. d'Epinoy, visiⱭ
De Charmazel.
De Blainville. on tagab
De Chaſtillon. quoat ***
De Princé. SPA La
Le M. de Thury, his d
SOALANT. 281
Le D. de Guiche.
Le M de la Chaftre
1
Le м de Thiange. Met ACI
De Cadrieux. Red OT
Le C. de Goeſbriant,
Le M. de Vibraye.imuno sa
De Bligny.xgrant « G
Courten
Léc . " sharing
Boham
Gaſquer.
De Parate.cat
D'Harbouville, wanted
Brigadiers de Cavalerit.:0
M" D'Achy.
Du Rozel
De Refigny. ASMEN
May 1696.
A á
282 MERCURE
Le C. d'Aubeterre.dap
M
De PuiguyonicD
De
CheladeradavadƆ
91¹M
De Souternon, 990 sf ¹M
De Raffanie
sælger of a
Le C. de Clermontyok
99Kma
De Galmoy. 219pika ul. M
De Scheldon .
Doria.
armato
D
Brigadiers de Dragons,
Mrs Davaray.
Le M. de Ganges .
ai sh 29rq
el 'M
De Bretoncelle
. Bro
Major General, hiringq
M ' de Bragelonne.UZ
Aide- Major General , VI
M' de Clodoré, lansa šl’M
GALANT 288
Marefchal des Logis de la I
Cavalerie
M' le Chevalier d'Urfé.
M' le Comte de Montal
A le mefme Commandement que
l'année derniere.
M le Marquis d'Harcourt
Commandera au Pays de Luz
xembourg, & M de Loëmaria ,
Marefcbal de Camp , fervira
prés de luy.
M
Mr le Comte de Guifcard
Commandera à Dinan , Philip
peville , Charlemont.
SUR LES COSTESA
EN NORMANDIE.
Mile Marefchal de Joyeuse,
Aa ij
284 MERCURE
23
Lieutenans Generaux\\\\
Mrs le M. de RefugeƆ 9J " M
Le M. de Beuvron.V
sl = 0
Le C. de Matignonbair&
Marefchal de Gampab "mi
M' d'Harlus. alusinoм 50
Brigadiers d'Infanterie.
Mis du Peré. Ildolorem el 'm
De la Mare. ) ROMAINS .
Brigadier de Cavalerie.. CX 125
M' de Bellegarde.JayaN
zianoƆ sb'M
EN BRETAGNES A
Mle Marefchal d'Eftrées.
Lieutenans Generaux.3
M's de Polaftron. Tob Op ! " M
Le M. de Lavardin.bnno l'M
GALANT 28
rs
Marefchaux de Camp?
M's Le Code Servon . MM
De la Vaiffepewal obim 9 ,
Brigadiers d'Infanterie,
M" de Vrevinarstw A
De Moncault .
AUNIX band .
X
M' le Marefchal de Tourville. A
Lieutenant General,
M' Daubarede.
Marefchal de Campill
Congis
D'ITALIE
.
M' de Congis,
ARMEE D'ITALIE.
M' le Marefchal de Carinat
Lieutenans Ceneraux.
a
Ms le C. de Teffékoleb v
M' le Grand Prieur lab maj
286 MERCURE
De Vins AvoЯ sb Do I
9
27
Le M. de Larray, 2 ob
Le M. de Villars.zhaga
Le Chevalier de Teffe, & M
Le C. de Vaubecourt, 's
De Bachevilliers.Debi
Le M. de Grignan .
Marefchaux de Campi
rs
Ms le C. de Marfin.
H
6a
Le M. de Varennes, pp 41
Le C. de médavy.
Le M. de Clerambault.a
40 50
De Famechon.schusleif na
Le C. de Gramont.
De Villepion.
De Thoy.
codot
De Saint Maurice, marlb ÷ (
GALANT.1287
Le C. de Rouffy.
Le M' de Sailly.
rs
Brigadiers d'Infanterie d
MTS de Gravaizon
Le C. de
Bouligneux,
Le C. de Chamilly .
Heffy.
Caixon.
Daligny.
De Novion .
De Chartogne
De Sailly
De Chelleberg.
4 )
De Belzunce.
Julien.
Pelor. GOAT SU
De Clerembaule. 400
288 MERCURE
Le M. de Carcado, baas
Youl.
Lautrell
De Blecourt.
De Maifoncelle
De Villaincourt,
De Vraigne.
De Montalan.
rs
Brigadiers de Cavalerie.
M de Catulan.
De Flamanville
De Langallerie.
Le C. Deftain,
Le M. de Molac
De Ligondez.
De Vallemé.
De Vivans.
GALANT 289
Le M. du Chafteler.
De Joffreville.
De Beaujeu .
Le M. de Mezieres.
De Vertilly.
Major General d'Infanterie.
M'd'Arennes.
Maréchal general des Logis
de la Cavalerie.
M'de Mauroy.
ARMEE D'ALLEMAGNE
Mile Marefchal de Choiseul.
Lieutenans Generaux.
M' le Marquis de Chamilly
Le M. de Renty.
Le M. de Revel.
Le M. d'Uxelles.
May 1696.
Bb
290 MERCURE
De Bartilhar. Dibagiya
De la Bretefche.madab " M
De Melac .
Le M. de Payficux, ob .Ɔ » I
Le D. de la Ferté . SMI
Marefchaux de Camp, Ɑ
Mrs le C. du Bourg.va15 1
De Saint Fremont is a
Le C. de Caylus. Dub.0 »I
De Girardin.
s
OT G
Le M. de
Mongommery,
De Romainville
. M- " M
De la Lande.
Le C. d'Hautefort.
Le Baron d'Asfeld , bMe
Le C. de Mongon . o. Mel
GALANT 296
Brigadiers d'Infanterie, C
Mrs de Chamarante, (I
De Blanzac.. LosloMa
Le C. de Vaudray.sh 1o.I
Le M. de Poitiers .
De Berule.
I
Le Chevalier de Carcado, M
De Saint Pater ] ini ? J
Le C. du Gua.lv Deb Dad
Du Tot.
Brigadiers de Cavalerie . I
Mrs le M. de Merinville 50
Le M. de Biffy, bands 60
De Lagny.c
Le M.de Praflin., b nowa o .
Le M. de Murlay,MO
Le Chevalier de Forfat.
Bb ij
292 MERCURE
Le C.de Horn.
Le D. de Duras .
Defclainvilliers
, lubrid
2V DC
ARMEE DE CATALOGNE,
M' le Duc de Vendofme,
Lieutenans Generaux.
Mrs le M. de Chazeron.
Le C. de Coignies .
De Quinçon.
De
Longueval,
modi
D'Uffon .
De Barbezieres.
Marefchaux de Camp.
278
M's le Chevalier de Genlis,
De
Reygnac.
De Préchac.
GALANT. 293
Le C. de Mailly.
De
Poinlegur.
De Nanclas , relivnickla
Brigadiers
d'Infanterie
. © A
Mrs
De la
Chaffagne.
De la Meffaye.
De Poudens .
MTS
Brigadiers de Cavalerie.
De Sibourg.
De
Legal.
De Narbonne.
De Bercourt.
Le Chevalier de Courcelles.
Brigadier de Dragons .
M' du Cambout.
Bb iij
294 MERCURE
Le premier jour de ce mois,
Dame Antoinette de la Chaife
, Benedictine de l'Abbaye
de Cuſſet , futbenie Abbeffe
de Saint Menoux , dans PEglife
de l'Abbaye de Cuffer ,
par M' l'Evêque de Clermont,
en prefence d'un grand nombre
de perfonnes de qualité.
Elle fut accompagnée dans
cette ceremonie de Madame
1'Abbeffe de Cuffet , fa Tante
, de Madame la Prieure
de Marfigny , fa Coufine , &
de Madame Daix ; auffi fa Coufine
, & Religieufe de Cuffet .
Toute la Communauté té,
GALANT: 295
moigna publiquement
la
douleur qu'elle avoit de per
dre une perfonne dont la
conduite , fage & vertueule ,
leur avoit toujours fervi de
modele . Ml'Abbé de Grimauld
, Treforier de la Sainte
Chapelle de Montpenfier , fit
un tres beau Difcours fur cet
te Ceremonie.
Le 1o. de ce mois M'le
Marquis de Roquelaute , me
ftre de Camp de Cavalerie ,
Sous Lieutenant des Gendarmes
de la Reine , & d'une
fort ancienne Nobleffe de
Rouergue , époufa Mademoi
Bb iiij
296 MERCURE
·
felle de Cliffon , Fille d'hone
neur de Son Alteffe Royale
madame. Elle eft de la Maifon
des Sauveftres de Cliflon en
Poitou , ainfi appellez pour
les diftinguer des Sauveftres
de Thouars , leurs Aîneza
Tous les Hiftoriographes de
France , ainfi qu'André du
Chefne en la Préface de l'Hi.
ftoire des Chateigners , la
donnent pour exemple d'une
ancienne Nobleffe. Elle eft!
alliée aux plus confiderables
Maifons du Royaume , comme
il fe voit par le Livre de
la Genealogic , qui eſt impri
GALANT. 297,
me. Le Roy leur fit l'honneur
de figner au Contrat de mariage
, ainſi que toute la maifon
Royale.
Les perfonnes diftinguées
mortes fur la fin d'Avril , &
pendant ce mois ,
font
Dame Madeleine Tiercelin
de Broffes , Veuve de meffire
Gabriel de Mehéranc , Marquis
de Saint Pierre. Elle
eftoit âgée de foixante &
huit ans , & eft morte en la
Communauté de Sainte Agnés
, où elle s'eſtoit retirée .…”
C'eftoit une Dame d'un fort
grand merite , & d'un vray
298 MERCURE
caractere d'honneur , de probité &
de vertu . Elle laiffe trois Enfans
dont l'Ainé eft Capitaine au Regiment
de Cavalerie de Marivaux le
fecond , Capitaine au Regiment de
Bourbonnois , & une Fille Religieufe
à Argenteuil. Elle eftoit Fille da
Geoffroy Tiercelin , Marquis de
Broffe , & de Charlotte d'Aoxy!
Monceaux , Petite- fille de Charles
Fiercelin de Broffe , Comte de Sa
veufe tué au Combat d'Auneau
prés Chartres , & de Marguerite
d'Odenfort , & Arriere - petite- fille
d'Adrien Trercelin , Seigneur de
Broffe , Sarcus & Marines , Chevalier
des Ordres du Roy , Geuver,
neur de Mouzon , & depuis Lieurenant
General en Champagne , & de
Barbe Rouault. La Maifon de Tiercelin
de Broffe eft établie en Picar
LYON
ALLE
GALANT. 209
die depuis longtemps . Celle de Mes
beranc eft originaire de Baffe-Nor
mandie , d'une ancienne Nobleffe
& eft prefentement établie en Brey
tagne, mis lupa
Meffite François Brunet de Monforan
Confeiller honoraire au Par
lement , Préfident en la Chambre
des Compres , & premier Confeiller
d'honneur de S AR Monfieur ,
ayant efté auparavant Conſeiller au
Parlement de Mets , & Treforier general
de la Maifon du Roy. Il avoit
environ cinquante ans , & eft mort
fans alliance . Il eftoittres - bonJuge
& tres- bon Ami , fort charitable
donnant des fommes confiderables
pour marier de pauvres Filles , &
pour faire étudier de pauvres Religieux
& Ecoliers . Il aimoit les beaux
Arts & les Sciences , & avoit un fort
Σ
300 MERCURE
༢༠༠
beau Cabinet de Tableaux , Buftes
Bronzes , Porcelaines , Miroirs , &
autres raretez. Il a plufieurs Fre
res & Soeurs , qui font Jean - Baptifte
Brunet, Garde du Trefor Royals
Gilles Bruner , Abbé de Villeloin
Confeiller Clerc au Parlement , en
la Troifiéme Chambre des Enqueftes
; Paul-Eftienne Brunet Seigneur
de Rancy , Treforier General
de la Maifon du Roy , puis Fermier
General des Gabelles de France ;
Jofeph Brunet Abbé de Beaugerez ,
Philberte Brunet Epoofe de Philbers
Durand , Receveur General des
Fermes-Unies à Lyon , & N. Bru--
net Epouſe de MrDuret , Receveur
General des Fermes de la Franche-
Comté , puis Treforier General de
la Maifon du Roy. Mr Bruner, Garde
du Trefor Royal , aîné de la fa.
GALANT: 301
mille , a plufieurs enfans , fçavoir
Pierre Brunet , Seigneur de Chailly ,
Maiftre
des Requeftes , & auparavant
Confeiller au Parlement , Jean .
ne Brunet, Epoufe de Charles du
Tiller ,Sde la Buffiere , Prefident au
Grand Confeil, & auparavant Con
feiller au Parlement ; Anne- Catherine
Brunet , Epoufe de Charles de
Mornay , Chevalier des Ordres du
Roy , Marquis de Villarceaux , Ca
pitaine - Lieutenant des Chevaux .
Legers de la Garde de Monfeigneur
le Dauphin , qui fe fignala à la Bataille
de Caffel , & à cellede Fleurus ,
où il fut tué , & Françoile - Marie
Branet , Epoufede Roland. Armand
Bignon , Avocat General en la Cour
desAides ,laquelle mourut en couche
de fon premier enfant le 6.May1692 .
Mr de Rancy , autre Frere de feu
302 MERCURE
Mrde Montforan , a épouſé Géneviéve
Colbert , Fille de Michel Col.
bert , Maiftre des Requeſtes , dont
ila plufieurs Enfans , entre- autsės
Jean- Baptifte Brunet , Gilles Brumet
, Jofeph Brunet , Paul. Eftienne
Brunet , & Françoite - Marguerite
Bruner. Mrs Brunet ont un Coufin
germain dans la Robe , qui eft Gi
Tard Brunet le Goux de Serigny ,
Confeiller au Grand Confeil , puis
Confeiller au Parlement , & à pre-
«fent Prefident en la feconde Cham
bre des Requeftes, and lasty log
બ
Dame Marie Fourré de Dam
pierte , Veuve de Meffire Louis
Foucaut , Comte de Daugnon Vice-
Amiral , puis Marefchal de France.
Cette Dame eftoit dans une forc
grande pieté , & avoit pris une maifon
auprés du Val-de- Grace pour
GALANT 303
avoir fouvent la converfation des
Religieufes de ce Monaftere. Ellea
eſté inhumée au Convent des Filles
ade Sainte Claire de l'Ave Maria ,
auprés de fon deffunt Mary , qui
ayant donné de fon vivant des
marques de la valeur de fes Ancêres
, mourut à l'âge de quarantetrois
ans , avec une refignation toure
Chreftienne , ayant voulu eftre
inhumé fans aucune pompe , afin
que l'argent qu'on auroit employé
à fes obfeques fuft diftribué à de
pauvres Familles neceffiteuses . Ils
avoient cu cinq enfans , fçavoir ,
atrois Fils morts en bas âge , Marie
Foucaut de Daugnon , Epoufe de
Michel Marquis de Caftelnau , Gouverneur
de Breft , & Conftance
Foucaut de Daugnon , mariée à M
de Pons Marquis de la Cafe, no
304 MERCURE
Dame Marie Magdeleine VVide
mer Epoufe de Meffire Prince de la
Hyre , Capitaine Suiffe dans le Re
giment de Stoppa. Elle eft morte à
Teize ans , cinq femaines aprés avoir
efté mariée. Dans cette grande jeu
neffe elle avoit toute la fagefle &
toute la folidité de jugement qu'on
peut fouhaiter. Mr fon Pere eft Capitaine
dans le mefme Regiment, où
ilfe fait diftinguer par fon courage.
Meffire Melchior Jolly de Menainville
, Docteur de la Maifon &
Societé de Sorbonne . Il eftoit Fils
de Louis Jolly, Seigneur de Menainville,
Treforier de France en Champagne
, & de Marguerite Poncet
Soeur de défunt Michel Poncet
Archeve que de Bourges , & fille de
Mathias Poncer , Seigneur de la Riviere
, Auditeur en la Chambre- des
GALANT 205
Comptes , & d'Antoinette de Pali
laër
Ferdinand Fgon Landgrave de
Fuiftemberg , Comte de Heiligenberg
, & de VVartemberg , & c.
Brigadier d'Infanterie & de Cavale
rie , dans les Troupes du Roy , mort
à trente-deux ans , & inhumé dans
l'Abbaye Royale de Saint Germain
des Prez, Ila eu trois Freres & deux
Soeurs ,fçavoir Egon . Antoine Prince
Landgrave de Furftemberg & de
Bar , qui eft au fervice de l'Empereur,
& qui a épousé Marie de Ligny
dont font venus deux Garçons ,
morts jeunes , & trois filles qu
font avec leur mere à Paris ; deffunt
Felix - Fgon , Comte de Furftemberg
, Prince & Abbé de Leurs &
de Murbach , Coadjuteur du Cardinal
fon Oncle , de la Principauté &
May 1696.
Cc
306 MERCURE
Abbaye de Stablo , Grand Maistre
& principal Miniftre de l'Electeur
Maximilien Henry Archevelquede
Cologne Emmanuel Comte de
Furftemberg , Colonel de deux Regimens
d Infanterie & de Cavalerie
del'Empereur , tué au Siege de Bellegade
, Marie Charlotte Comteffe
de Fortemberg , mariée ao Price
de la Tour-Taxis , G and Maiftre
des Poites de l'Empire , & Marie-
Françoife : Comff de Furtemberg
, mariée à Charles Prince de
Nffo . Ilsfont cous enfans de Herman-
Egon Prince de Furttemberg,
Grand Muftre & Principal Minif
tre de l'Ele&eut Maximilien de Ba..
viere & de Marie Françoite de Fuckremberg
Landgrave de Stilingen ,
& ont pour Oncle Guillaume Egon
Landgrave de Furftemberg , Eves
GALANT: 307
#
que de Strasbourg, Prince de Stablo,
Cardinal de la Sainte Eglite Romaine
fous le titre de Saint Onuphre ,
Commandeur des Ordres du Roy,
& Abbé de S - Germain des Prez. 1.
Dame Marie- Catherine le Ca
mus Epoule de Meffire Jean-
Emard Nicolai , Marquis de Gouf,
fainvilles premier Preſident en la
Chambre des Comptes. Elle eft
morte à vingt- cinq ans trois mois ,
& laiffe deux Enfans , un Garçon
& une Fille . Il feroit difficile d'exprimer
jufqu'où elle a porté la vertu.
Quoy que tres -jeune, elle n'avoit
aucon attachement pour le monde ,
& eftoit ennemie de la parure , en
forte que les miroirs eftoient pour
elle un meuble inutile, Elle donnoit
aux Pauvres tout l'argent dont il luy
eftoit permis de difpofer , & dans
Cc ij
208 MERCURE
Fannée que le bled eftoit fincher ,
elle vendit la plufpart de les bijoux
pour les foulager. Elle eftoit Fille de
Me Jean le Camus , Seigneur
de Beaumais & du Port , Lieutenant
Civil & Maitre des Réqueftes
honoraire , & Niece de Nicolas le
Camus , Seigneur de la Grange ,
premier Prefident en la Cour des
Aides & d'Eftienne le Camus ,
Cardina
Evêque & Prince de Grenoble
, & Docteur en Theologie de
la Faculté de Paris . Je vous ay parlė
en plufieurs rencontres de la Famille
des le Camusjenk
"
Muffire Mathieu Hotman , Sei .
gneur de Villegomblin , Baron ,
Ver, & autres lieux Il eftoit Coulin
Germain de Mr Hotman , Intendant
en la Generalité de Paris . Thes
Meffire Jean - Baptifte . Antoine
GALANTV 309
B
Dadine de Hauteferre . Procureur
General en la Cour des Aides de
Montauban , où il eft mort fur la fin
d'Avril. Il laiffe plufieurs Enfans ,
dont l'Ainé eft Conſeiller en la
Cour des Aides de Montauban , II
eftoit Fils de feu Antoine Dadine
deerHauteferre , mort Doyen des
Docteurs & Profeffeurs és Droits
de l'Univerſité de Toulouſe ,
connu par fon rare merite , & par
le grand nombre de fçavans Ou
vrages qu'il a donnez au Public.
Il me reste à vous dire qu'il vaque
uneplace à l'AcademieFrançoife par
la mort de Mt de laBruyere,fi connu
par fon Livre des caracteres de
Theophrafte. Il avoit foupé avec un
appetit extraordinaire , & prefque
auffitoft aprê,il tomba en Apoplexie.
Hin'cut plus de connoiffance
&
210 MERCURE
mourut à deux heures aprés mihuic
On vient de m'apprendre la mott
de Meffire Antoine Daquin , Cont
feiller d'Estat ordinaire , oy-devant
premier Medecin du Roy , & anpas
ravant premier Medecin de la Rer
ne. Il laiſſe ſa Veuve , qui eft Niece
de feu Mr Valot , auffi premier Mel
decin du Roy , avec plufieurs En
fans : fçavoir , Antoine Daquin
Sr de Chafteaurenard , Confeiller
honoraire au Parlement , Prefident
du Grand Confeil Secretaire du
Cabinet du Roy , & cy-devant Intendant
de Juftice à Moulins , N.
Daquin , cy- devant Capitaine aux
Gardes ; Louis Daquin , Abbé de
Saint Denis de Reims , & Agent
du Clergé de France en r696 N.
Daquin, Epouſe de Louis- Roflin
Bouillé, Maistre des Requaftes
GALANT. I
eyudevant Confeiller au Parlement
de Mets , & quelques Filles qui ont
pris le parti du Convent. Mr Da
quinseftoit allé a Vichy prendre des
eaux ,à cauſe d'une attaque d'Apoplexie
qu'il avoit euë il y a quelques
meis , & il y eft mort de la fiévre
Hadeux Freres vivans , dont l'un
eft Medecin de la Faculté de Paris,
ayant effé scy devant Medecin or
dinaire du Roy. L'autre eft Meffire
Luc Daquin , Evêque Seigneur de
Frejus auparavant Evêque de
Saint- Paul Trois - Chafteaux. I a
encore une Neveu , qui eft Curé de
Saint Barthelemyauka moi , słupałk
** M * Panetier , Chefd Eſcadre des
Armées Navales du Roy , & Commandeur
dans l'Ordre de S.Louis
eft mort auffi depuis peu de jours ,
âgé
morton60.ans
l'avoit
fervi
212 MERCURE
2
dans la Marine dés fa plus tend e
jeuneffe , & s'estoit trouvé en plu
fieurs occafions , où la capacité 81
fa valeur avoient paru avec beau- ]
coup de gloire pour luy , Mr de Ga
baret , Lieutenant General des Armées
Navales , à qui le Roy a don .
né la Commanderie , s'eft diftingué
par tout où il a efté employé, & tout
nouvellement encore , quand il eut
il y a environ deux mois , le com,
mandement d'une Efcadre d'envi
ron douze Vaiſſeaux de guerre à la
Rade de Dunkerque . Les Anglois
& les Hollandois , au nombre de
plusde quarante , s'avancerent pour
Pattaquer. Il fe prépara à les bien
recevoir. Il rangea fes Vaiffeaux en
ligne du cofté du Banc- Brack , afin
de mettre les Ennemis entre le feu
des batteries se celuy de fes Vaif
feaux. X
GALANT. 3'3
feaux. Il difpofa des Chaloupes armées
du côté de l'entrée de la Rade,
pour détourner les brûlots , & enfuire
il fit baifferdes vergues & les voiles
, & montra une contenance fi
fiete , que les Ennemis ayant deux
fois levé l'ancre pour venir à luy
avec vent & marée , trouvererent
plus à propos de fe retirer.
Le mot de l'Enigme du mois paffé
eftoit le Cerceau , & il a efté trouvé
par Mrs Henry le jeune , du Bureau
du papier de la Douane : Hellant le
jeune auffi de la Douane : Rémond
le jeune du Marché neuf : Bardet de
J'Hoſpital du Mans : de la Couffonniere
de Sainte Foy :Jacques Paſcal
de Lion : Pilhoret : Montigny le
Breffan : l'Abbé de la Bonnardiere :
le petit Estienne de la rue S. Severin
: de la Raudiere , cy-devant En-
May 1696.
Dd
214 MERCURE
:
voyé du Roy à Liege ; Pafquier
Amant de Mademoiſelle M... les
deux Amis de la rue des deux Boules
:l'Inconnu de la rue S, Chriftophe
: l'infortuné Captif du grand
Chaftelet le jeune Hiftorien du
Parvis Noftre-Dame : le Frere de
J'aimable Javote du coin de la rue de
Richelieu : le petit Gendarme le
Charme desJardins duCloiftreSaint
Benoift : le Voyageuren Bretagne de
la rue Coqueron le Dragon blanc
de la Place Royale : de Herne Garde
du Roy ,du Clos & Mademoiſelle
Petit la Greffiere : les Demoiselles
des Bois au beau Soleil de la rue de
Belair , & Langlois de la Vallée de
mifere le bon Ifraëlite d'aupiés
les Capucins du Marais , & fa bonne
Amie la conftante Angelique : le
Chevalier des Macabées de S. Juſt ;
:
GALANT. 315
le jeune Chanoine de S. Maur : le
Side S Germain de la Ville de Dol
en Bretagne le Blond du Bocage,
de la rue S. Antoine : Maquet de la
Tour, & la Veuve de la rue de la
Verrerie. Mefdemoiſelles Javote du
coin de la rue de Richelieu: Gamard
du Fauxbourg S. Germain : la char
mante de Chalet ; Harcouet de l'Epi.
•
nay:
la Demoiſelle
de l'aimable
Brune
de la Paroiffe S. Nicolas du mans :
l'enjouée
petite Javote de la porte de
Richelieu
la belle
Polonoife
: la
jeune Belotte de l'antiquaille
:Faimas
ble Veuve de la rue S M. & fa fpirituelle
Coufine ; la plus belle & la
plus
charmante
de la porte de Paris:
l'incomparable
Tronquoife
de devant
le petit
Luxembourg
: lajeune
Veuve du miroir de vertu , & le
franc & obligeant
Becquet du Pont
Dd ij
216 MERCURE
Noftre-Dame : la belle & fage Lu
crece , & la toute aimable Brunette
fa Soeur , & le bon Coq de la méme
maiſon : Mademoiſelle de l'Etoile,
& fon Amie la Caverne , & la belle
Blonde à l'Anagramme , Merite &
Loyauté.
L'Enigme nouvelle que vous trouverez
icv , eft de Mr de la Tronche
de Rouën,
A
ENIGME.
Vec peine les yeux peuvent
m'appercevoir ,
Et cependant je fais plus de mal
que le foudre ,
Qui réduit ce qu'il touche en poudre.
Mais pour vous déclarer jufqu'où
va mon pouvoir ,
GALANT 217
L
füt
BIBLIOTE
LYON
1893
gea
VILLE
216
MERCURE
9YO?
GALANT: 317
Bar la serre fouvent je répans la
mifere,
Quand le Ciel irrité vent marquer
fa colere.
Je ne doute point que vous ne
vezcontente de la nouvelle Chan
on queje vous envoye.
AIR NOUVEAU.
E voudrois bien fur la fougere
Choifir une jeune Bergere ,
Dont le coeur fuft tendre & confant
Mais on n'en voit plus de fidelle.
La moins legere , helas ! change à
l'inftant
Qu'elle trouve une amour neuvelle.
Vous fçavez l'arrivée à Breft de
***Armée Navale du Roy , comman-
1
D diij
318 MERCURE
dée par Mr le Comte de Chateau,
renault ,Cette Flote ayant eu fouvent
les vents contraires depuis Toulon
jufques au Détroit de Gibraltar , elle
ne l'a paflé qu'après quarante jours
de navigation enfuite de quoy elle
eft arrivée à Breft en quinze jours,
Elle n'a perdu pendant les cinquan .
te-cinq jours qu'elle a efté en che
min , que Mr du Chalart , Capitaine
de Vaiffeau , & Mr du Tillet
, Commiffaire de Marine . Mrle
Prince de Guldenleu , Fils naturel
du feu Roy de Dannemark , cit venu
fur cette Flote ; & Mr de la
Roche- Allart , Neveu de M Villette,
Lieutenant General , a apporté
des nouvelles de fon arrivée.
Les Ennemis ayant plus de vingt
Vaifleaux devant Dunkerque, pour
empêcher Mr Bart d'en fortir , il
.
GALANT 0319
s'impatienta de fe voit ainfi affiegé ,
& aprés avoir monté fur un lieu
fort élevé , & avoir examiné la fi
tuation de ceux qui prétendoienc
Fentermer , il refolut de fortir fur
Pheute , affurant que les Ennemis
ne luy feroient aucun mal, ce qui
arriva comme il l'avoit dit . Son Efeadre
eft de fept Vaiffeaux & d'un
bralor. 2
Mr. l'Abbé de Noailles marchant
fur les traces d'une Famille , où la
vertu eft hereditaire , ayant receu
les Bulles de l'Evêché Comté-Pairie
de Châlons , fut facré le 20. de ce
mois, dans l'Eglife Metropolitaine
de cette Ville , par Mr l'Archevê
que fon Frere. Rien n'eftoit plus
édifiant que l'humilité , la mortifi
eation , la modeſtie & la veritable
pieté qui paroiffoient fur le vifage
Dd iiij
1
220 MERCURE
de ces deux Prelats , qui fortoient
d'une longue retraite, où ils eftoient
entrez pour fe préparer à cette Ceremonie,
dans laquelle Mr l'Arche
chevêque de Paris fut affifté de M
l'Evêque de Chartres , & de M
l'Evêque de Laon, Pair de France.
Mr de Montaigu , Marquis de
Bouzoles , Meſtre de Camp du Regiment
Royal de Piémont , a épou
fé Mademoiſelle Colbert de Croiffy .
Elle est Fille de Mr le Marquis de
Croiffy , Miniftre & Secretaire
d'Eftar. Jamais homme n'a eu un
plus grand nombre d'Emplois de
diftinction que ce Miniftre , & n'a
efté honoré plus de fois de celuy
d'Ambaffadeur; il l'eftoit au Traité
d'Aix - la - Chapelle. Il fut enfuite
nommé Ambafladeur en Angleterre
& en Hollande , puis PleniGALANT.
321
2
potentiaire à Nimegue , & il eut
l'honneur d'aller Ambaffadeur en
Baviere , pour y regler & figner les
articles du Mariage de Monseigneur
Je Dauphin. Il ne faut pas s'étonner
fi Mademoifeile de Croiffy eftans
née d'un Pere qui a tout l'efprit
que demandent ces grands Emplois ,
& d'une Mere qui en a beaucoup, en
a infiniment. Quant à Mr le Marquis
de Bouzoles, il a toutes les qualitez
qu'on peut fouhaiter dans une
perfonne de fa naiſſance , & dans
le pofte qu'il occupe. Il eſt exact ,
vigilant , brave & honnefte homme.
Le Roy en parla de cette ma
niere à M de Croiffy, & Sa Majesté
luy dit qu'il avoit fait un bon choix,
lors que ce Miniftre declara qu'ib
avoit choifi Mele Marquis de Bou
zoles pour fon Gendre
322 MERCURE
Si on examine avec attention
Fouverture de cette Campagne , les
forces de la France cauferont de
l'étonnement , & la conduite , la
fageffe & le fecret : du Monarqué
qui les fait mouvoir , fe feront admirer
meſme de fes Ennemis. Tant
que l'hiver a duré , ils fe font vantez
qu'ils l'ouvriroient par le Siege de
Dinant & de Pignerol, & qu'ils pafferoient
le Rhin pour agir offenfive
ment. On a écouté leurs menaces ;
avec la moderation qui accompa→
gne routes les actions du Roy. On
s'eft préparé fans oftentation à faire
échouer tous leurs deficios , & même
à les prévenir par tout , & on y
a réuffi Noftre Armée de Flandre
eft entrée la premiere encampagne.
Elle s'eft emparée de tous les poftes
qu'il luy a plû de choisir , & elle y..
GALANT. 323
vit aux dépens du Pays ennemi, En
Allemagne , nos Troupes fe font
trouvées plus nombreuſes que les
Ennemis n'avoient cru, & que nous
n'avions publié nous - mêmes , &
elles ont paffé le Rhin pour vivre a
leurs dépens ; au lieu qu'ils le devoient
paffer pour fubfifter aux déə
pens de noftre Pays. Nos Troupes
d'Italie commençant à marcher en
mefme temps pour entrer dans la
Plaine de Piémont , ont porté la .
terreur à ceux qui fe promettoient
d'emporter nos Places pour prélude
de leur Campagne. Je paffe au détail
de toutes ces chofes.
Les Troupes les plus éloignées ,
& qui devoient en partie compofer
l'Armée de Flandre , commencerent
à fe mettre en mouvement dés
le 10. de ce mois , pendant que Me
324 MERCURE
le Maréchal de Villeroy & Me le
Comte du Montal marcherent pour
vifiter les Places & les Lignes de la
Frontiere jufques à la mer . Ils artiverent
le 14. à Dunkerque, La plus
grande partie de l'Armée campa le
17. depuis Courtray jufques à l'Ef
caut. La nuit du 17. au 18. Mª de
Caraman fut détaché avec deux
mille Chevaux & Dragons , & quel
ques Compagnies de Grenadiers ,
pour aller s'emparer du Camp de
Deinfe . Le 18 , l'Armée marcha à
Saint Eloy Vive . Elle y campa ce
jour là , & le refte des Troupes l'y
joignit. Le mefme jour , Mr le Maréchal
de Villeroy fe mit en marche
avec la plus grande partie de
L'Armée , & arriva au Camp de
Machelen fur la Lis , à une demilieuë
de Deinfe , àtrois de Gand, &
GALANT. 325
deux & demie d'Oudenarde. Les
Ennemis avoient projetté de s'emparer
de ce pofte , & ils auroient
executé leur deffein , fi l'on s'en fuft
faifi deux jours plus tard. On eft
rellement fur eux , qu'ils auront de
la peine à déboucher , & ils font
contraints de s'affembler derriere
Gand & Bruges , & meſme derriere
leurs Canaux ; ainfi voilà une grande
Armée bien refferrée , & contrainte
de s'affembler dans les mêmes
endroits où la plus grande partie
a hiverné . Il est aisé de juger par
là qu'elle doit manquer de beaucoup
de choles. Le Prince d'Orange n'a
pû cacher fon chagrin en apprenant
les poftes que nos Troupes ont pris,
Les courfes de nos Partis inquietent
fi fort les Ennemis , que les
portes de Gand font fermées du
1
326 MERCURE
cofté denoftre Camp. L'Arméeque
commande Mr leMaréchal de Bouflers
s'eftant affemblée auprés de
Mons , la plus grande partie campa
le 19. prés de Fleurus . Les deux
Armées que le Roy a de ce coſté là
pour refferrer les Ennemis eftant
ainfi difpofées , y vivent aux dépens
decesderniers avec toute la tranquillité
poffible, Le 24.Monfieur leDuc
deChartres, & MonfieurlePrince de
Conty arriverent à l'Armée de Mr
le Maréchal de Villeroy . Comme
on attendoit ces Princes pour faire
une reveuë generale , elle fe fit le
25. & le 26 , on fit au delà de la Lis
un fourage general pour quatre
jours . Mr de la Motte commande
un petit Campà laKenoque , &M-du
Montal un autre auprés deFurnes &
de Dunckerque , Mrde Tallard eft à
GALANT: 327
S.Crefpin avec un fort grandCorps,
Quant aux affaires d'Italia, Mile
Duc de Savoye n'avoit travaillé aux
preparatifs du Siege de Pigneról ,
que dans la penfée que le Prince
d'Orange ouvrant la Campagne en
Flandre plûtoft qu'à l'ordinaire , &
avec des forces plus nombreuſes ,
obligeroit le Roy à rappeller la Gen
darmerieque l'on avoit refolu d'envoyeren
Piémont ; mais le contraire
eftant arrivé , S. A. R. a esté
contrainte de fonger à le défendre ,
loin de faire des preparatifs pour
atraquer, ce qui a caufé de fi grandes
inquietudes dans l'efprit de tous
fes peuples , que ce Prince , aprés
avoir lû les dépêches duPrince d'Orange
, qu'il recent au commence.
ment de ce mois , affecta de faire
publier que le Courrier qui les avois
328 MERCURE
apportées , eftoit venu exprés pour
luy faire fçavoir que le Prince
d'Orange partoit pour Flandre, &
qu'on ne devoit pas craindre fifort
les menaces des François , qui n'efoient
pas en eftat d'envoyer en
Piemont une aufſipuiſſante Armée
qu'ils en faifoient courir le bruit.
Mais comme on ne publioit pas que
ce Courtier euft apporté les Lettres
de change que M³ de Savoye avoit
demandées , plufieurs dirent , qu'il
auroit mieux valu qu'on euft ap.
porté de l'argent , & qu'à l'égard
des Troupes deFrance, ils en eftoient
bien informez, puis qu'il y en avoit
beaucoup dans leur voisinage , &
que lear nombre augmentoit de jour
en jour. S. A. R. apprehendant
plos les François qu'elle ne faifoit
paroiftre , fir camper quelque temps
GALANT. 329
aprés l'arrivée du Courrier dont je
viens de vous parler fon Regiment
des Gardes auprés du glacis de la
Citadelle de Turin avec ceux de la
Croix blanche, Montferrat, & trois
aurres , pour raffrer le peuple , qui
n'eft pas moins chagrin d'avoir vu
abattre plufieurs de les Caffines qui
eſtoient à portée du Canon de la
même Citadelle , à quoy l'on a tra
vaillé nuit & jour. Il n'eft arrivé
qu'environ onze mille Espagnols ,
au lieu de feize mille qu'on avoit
fait efperer à M de Savoye. Le
Marquis de Leganez n'eft point
venu avec ces Troupes , n'ayant pas
jugé à propos d'effuyer la colere de
S. A. R. Les Allemans & les Efpagnols
partirent le 20 au matin pour
aller fourager les environs de Veillane
, où la Cavalerie de Mº de Sa-
May 1696.
Ee
330 MERCURE
voye les devoit joindre. Les Efpa
gnols ont laiffé dans Turin ce qu'ils
ont conduit de munitions avec eux ,
& Mile Duc de Savoye a envoyé
ordre à Carmagnole de ne rien laif.
fer dans la Ville , qui puiffe fervir
de fubfiftance à l'Armée du Roy .
Le 18. Mr le Chevalier de Teffé
partit avec 14. Bataillons du Camp
de Pinache à deux lieuës de Pigne.
rol. Il paffa le Col de la Feneftre ,
& fe rendit à Buffolin , où la Gendarmerie
, la Cavalerie & les Dragons
arrivoient à la file. Le 19. Mn
de Larray fut détaché avec quatorze
cens Grenadiers , pour le faifir de
la hauteur de Saint Michel , au deçà
de Veillanes, afin de s'affurer du
paffage de Saint Ambroife , & il s'en
affura. Le 20, au matin , Mr de
Catinat voyant tous les ordres heud
GALANT. 331
4
reufement executez , fe rendit à
Buffolin , & de la apVeillane , à cinq
lieues de Turin. Cependant le refte
des Troupes continua à le ſuivre &
à pafler fans aucun peril , par les
défilez que ce General avoit fait
occuper Lan Cavalerie des Alliez
qui eſtoirà Grugtiafque & auh envi
rons , ayant apperçu un petit Party
de noftre Cavalerie fur la hauteur
de Rivolle , crut voir toute l'Armée )
du Roy, & prit Laus mefme inftang
la fuite , fans l'envoyer reconnoi- )
ftre , & la confufion & l'épouvante
s'eftant mife parniy les Soldats & les
Officiers , its fe retirérent tous à
Millefleurs , avec le plus grand defordre
du monde , d'où ils allérent
camper au delà du Pô , entre Mont . ?
callier & Teftoné ; Tallarme duy.
fur donnée par trente Cavaliers des
Ee ij
332 MERCURE
Troupes de Savoye. LaCavalerie de
Son A. Royale qui eftoit à Carignan
, décampa le jour fuivant , &
alla camper à Montcallier. L'Infanterie
Efpagnole , celle de Mr de
Savoye , & les Religionnaires
campérent aux environs du glacis
de Turin , où Son Alteffe Royale a
fait entrer le Regiment des Gardes,
& un détachement de cinq cens
chevaux , outre quatre Bataillons
qui eftoient déja dans cette Place.
Ce Prince a fait faire des retranche .
mens en plufieurs endroits de la
Ville , & a menacé de faire brûler
la maiſon du premier qui parleroit
de contribuer,
Le 19. le 20. & le 21. de ce
mois , l'Armée du Roy paffa le
Rhin à Philisbourg , & quoy qu'elle
ait un affezgrand nombre de Canons
GALANT.
333
pour la faire marcher lentement
elle s'eft renduë en trois jours de
marche , à Sekingen , qui eft affez
proche d'Epingen , où les Ennemis
ont fait faire de nouvelles Lignes,
Je fuis, Madame, & c.
A Paris , ce 38. May 1691 .
Il me refte quantité d'ouvrages
dont je vous feray part le mois prochain.
અમે ૪૪૬૧, એલ
222225552:22552225
TABLE.
PRelade,
P.
Reinde
5
Haranguesfaites au Roy, à Monſeigneur
le Dauphin, à Meffeigneurs les Ducs
de Bourgogne d'Anjou & de Berry,
par l'Envoyé d'Alger.
Eloge & utilité du Café.
Lettre de Mademoiselle & Heritier.
t
Romancen gy
9
15
56
$ 177
Fragment d'une Lettre en chansons. 84.
Epiftre en Vers.
Réponse.
Autres Epiftres.
97
102
108
Lettre de Mademoiſelle d'Alerac. 121
Nouvelle Philofophie.
125
Compliment fait à Monfieur par le Pere
de la
Boißiere. 137
L'arbre gravé, nouvelle decouverte.142 :
Dialogue hiftorique.
Service fait au College Royal.
197
235...
TABLE
237
Reflexions fur le mauvais ufage qu'on
fait de laparole.
Reception deMrl' Archevefque de Paris
an Parlement en qualité de Duc de
Saint Cloud. 5.52444
Thefes foutenues aux Fenillans de larue
Saint Honoré bundy Sune2485 "
1
Mrle Noncefe trouve en divers endroits
pourfaire fa Cour , & dit plafieurs
chofes dignes d'eftre remarquées . 250
Morts.
Le Combat Spirituel.
255
261
Portrait de Mrde Court par Mrl Abbé
Geneft.
Cartes diverses.
264
266
Lifte des Officiers Generaux de toutes les
Armées du Roy.
271
Mede la Cbaife eft benie Abbeffe de Saint,
Menoux. 204
Mariage deMr le Marquis de Roque- 1
laure.
295
Commanderie de S. Louis donnée à Mr
Gabaret.
Enigme.
312
316
TABLE
Mrrivée à Breft de la Flote de la Mediterranée.
Depart de l' Efcadre de Mr Bart.
Sacre de Mr de Chalons.
317
318
319
320
Nouvelles des Armées du Roy, 322
MariagedeMr le Marquis de Bonzoles
& de Mademoiſelle de Croiffy,
La Figure doit regarder la page 152.
L'Air doit regarder la page 317.
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
MAT 1696 LYCK
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , dans la grande
Salle du Palais , au Mercure Galant.
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant -le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau , &
Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNES , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice.
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envie.
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. D. C. XCVI.
Avec Privilege du Roy,
stock ok ok oki
AVIS.
Velquesprieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas
d'y manquer toujours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
peat fervir. On réitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , ez
He forte qu'on ne s'y puiſſe tromper. On
Je ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
quil n'y ait rien de licentieux. On
A ij
A IS.
priefeulement ceux qui les envoient,
&fur tous ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
Larticle des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent.
Ceft fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout ensemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere qu'il est toujours
impriméau commencement de cha.
que mois . Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure
AV I S.
long- temps avant qu'il foit arrive
dans les Villes éloignées , mais aufh
les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'ellesfaifoient auparavant . Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'ex ..
at pofent à le recevoir toujours fort
tard par deux raifons. La premiere
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venir prendrefitoft qu'il eft impriis
mé, ouire qu'il le fera toujours quelrques
jours avant que l'on en falle le
debit, & l'autre , que ne l'envoyant
les qu'aprés qu'ils l'ont lu eux & quelques
autres à qui ils le preftent , ils
wirejettent la faure du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voyè dudit Sieur
Brunet, puis qu'il fe charge de faire
A iij
AVIS.
lespaquetslay-mefme, & de lesfaire
porter à la Pofte ou aux Meffagers,
fans nul intereft, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, on qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera execute avec
une exactitude dont on aura liew
d'eftre content.
MERCVRE
I
GALANT
MAY 1696.
LYON
E commence cette Lettre
d'une maniere extraordinaire
, puis que
c'eft par une Nouvelle particuliere
, qui a efté déja répanduë
dans le Public ; mais
comme elle eft accompagnée
A iiii
8 MERCURE
de chofes qui regardent la
grandeur du Roy , vous ne
ferez pas fachée de fçavoir
de quels termes fe font fervis
ceux qui ont envoyé faire
à Sa Majefté , de nouvelles
proteftations de demeurer
fermes à maintenir les Traitez
de Paix qu'Elle a bien
voulu conclurre avec eux.
Soliman Buluc Bachi , Envoyé
du Divan d'Alger , eut audience
de ce Monarque le 24 .
du mois paffé , & ce fut M
Phelypeaux , Secretaire d'Etat
, qui le prefenta . Son compliment,
qu'interpreta M' PeGALANT.
9
tis , Secretaire Interprete du
Roy, fut conceu en ces termes.
Tres puiffant es tres invin .
cible Empereur de France , je fuis
envoyé de la part des magnifiques:
Pacha , Dey Divan de la
Republique d'Alger , pour affurer
Voftre Majesté Imperiale de la
parfaite reconnoiſſance qu'ils ont
des graces qu'Elle a bien voulu
leur faire, & du refpect inviola
ble qu'ils auront toujours pourfa
Perfonne facrée.
Ils fupplient tres humblement
Voftre Majesté derecevoir comme
un témoignage de leur fincere at10
MERCURE
tachement , quelques chevaux de
leur Pays , qu'ils m'ont chargé
de luy prefenter , & ils m'ont ordonné
en me donnant l'honneur de
remettre leur Lettre entre fes
mains , de luy faire de nouvelles
·proteftations des fentimens où ils
font de maintenir les Traitez de
Paix qu'ils ont depuis plufieurs
années avec Votre Majefté , dont
ils prient Dieu de tout leur coeur,
de faire réuffir les deffeins , & de
rendre à jamais fes armes victoricufs.
Le même Envoyé ayant
efté conduit chez Monfeigneur
le Dauphin , parla de
GALANT.
11
Cette forte à ce Prince.
MONSEIGNEUR.
gnages
Fe benis le Cielde l'honneur que
jay eu d'eftre choisi une feconde
fois , pour vous réiterer les témoide
la profonde veneration
que les magnifiques Pacha, Dey
Divan d'Alger,mes Maiftres ont
pour vos vertus incomparables.
Jen'ai pas manqué, Monfeigneur,
de leur rendre ,felon vos ordres, un
compte exact de la bonté que vous
m'avez témoigné avoirpour eux
en les honorant de votre puiffante
protection auprés du grand &
invincible Empereur voftre Pere,
Ils m'ont ordonné , Monfeigneur,
12 MERCURE
de vous en faire de tres- humbles
remercimens , de vous en deman
der la continuation pour nos affaires
prefentes. Jay eu la fatisfa-
Etion , Monfeigneur , de publier à
nos Peuples , que tout ce que la
Renommée leur avoit appris de
voftre valeur , de vostre bonté &
de voftre grandeur d'ame , eftoit
beaucoup au deffous de ce qui eft en
effer , puis que vous poffedez
qualitez dans un degré quifurpaffe
toutes les expreffions du mon.
de. Heureux ceux qui peuvent
les admirer tous les joursces
Soliman Buluc Bachi eut
aufli l'honneur de faluër MonGALANT.
13
feigneur le Duc de Bourgo
gnez , Monſeigneur le Duc
d'Anjou , & Monfeigneur le
Duc de Berri , & il leur parla
ainfi .
1
Je viens , MESSE I
GNEURS , vous rendre
compte de l'admiration dont mes
Maiftres ont efté penetrez , lors
que je leur ay confirmé ce que la
Renommée leur avoit déja appris
de vostre excellente éducation . Ils
connoiffent en vous , Meſſei
gneurs , l'image des perfections du
tres puiffant Empereur de France
, & de Monfeigneur le Dauphin
, & ils vousfupplient d'eftr ·
14 MERCURE
perfuadez qu'ils auront à jamais
pour vous le respect& la vene
ration duë à des Princes , quipar
leur merite perſonnel furpaſſent
autant tous les autres Princes de
l'Europe , qu'ils leur font fuperieurs
par leur naiſſance.
Le Traité qui fuit eft fur
une matiere qui femble in.
tereffer tout le monde , & je
ne fçaurois douter que vous
ne vous faffiez un plaifir de
le lire avec l'attention qu'il
merite.
GALANT.
15
ELOGE ET UTILITE
DU CAFE'.
A MONSIEUR LE ***
JEE fuis , il eft vray , Mon-
Jfieur,un grand preneur de
Café , & l'avantage que j'en
reçois eſt ſi conſiderable, que
je fuis obligé par reconnoif
fance , d'en dire aurant de
bien qu'il m'en fait. Je vais
donc vous en écrire , tant de
mon chef , que ſelon les Auteurs
qui en ont traité avec
foin , & j'efpere que vous
16 MERCURE
ferez content de tout.
Ce feroit de l'honneur
pour le Café de ſe trouver
dans la quatriéme Eglogue
de Virgile , fous le nom de
Colocafia.
Mixtaque ridenti Colocafia
funder Acantho.
La terre vous fera prefent de Co.
locasia meflé de l'agreable Branche
Urfine
.
Et leCafé meriteroit par fes
qualitez fuperlatives , d'eftre
compris dans le rang de tant
de chofes merveilleufes , dont
le Poëte fait le dénombre.
ment dans cette belle EgloGALANT
17
gue , & qui devoient attribuer
à ce temps fortuné , le
titre du regne de Saturne ree
nouvellé , regne de Saturne ,
nommé le Siecle d'or. Mais
tout ce qui fe peut dire icy,
c'eft qu'à faire le parallele du
Café&deColocafia
, ilsfe trouvent
un peu parens . Colocafia
eft une feve , même une
feve diftinguée
des autres , &
qui a une qualité qui la rend
ftomachale, Ces articles con--
viennent au Café, qui eft aufli
une feve éminente, &une feve
tres-propre à guerir les maux
de l'eſtomach
. Jufque - là il y a
May 1696
B
18 MERCURE
de la reffemblance; mais d'autre
part , Colocafia eft une
feve d'Egypte , & le Café eft
une feve d'Arabie. De plus ,
Colocafia eft une feve , dont
la racine , les feuilles , & les
fleuts , felon la defcription
que Diofcore en fait, ſont differentes
de celles du Café. Il
eft encore vray que le Café
n'eftoit point en ufage fous
l'Empire d'Augufte. Certe
plante merveilleule de l'Afie
a demeuré cachée affez longtemps
, par un fort ſemblable
à celuy de Cyrus , qui a eſté
un grand Prince de cette bel
GALANT
19
S
le partie du monde. Cyrusne
pafla durant plufieurs années
que pour un fimple Berger;
mais enfin le periode cuvray
eftat de fa perfonne ſe manifefta
, il fut reconnu pout ce
qu'il eftoit , & il devint le
Emaiftre de l'Afie . Telle a efté
la condition du Café il a efté
ignoré durant plufieurs fiecles
, quoy qu'il ne fut pas
dans les fables de l'Arabie
deferte , & qu'il fuft dans les
belles plaines de l'Arabie heu
reuſe.Ènfin, la faifon vint de fe
faire diftinguer, ce qui arriva,
dit-on, par le moyen de Scialdi
S
Bij
20 MERCURE
& d'Ardrus ; & depuis la découverte
qu'ils en firent , il a
commencé de regner , & regne
toujours fur les autres legumes,
par les qualitez fingulieres.
LeCafé eftdonc devenu
depuis environ deux cens ans,
le breuvage ordinaire & delicieux
des Peuples du Levant ;
& l'ufage y en eft fi univerfel
&fineceffaire, qu'un homme
lors qu'il fe marie , eft obligé
de donner des affurances à la.
femme , qu'elle ne manquera
point de Café avec luy.
L'Alcoran de Mahomet
défend à ces Peuples auffi fe .
GALANT 21
15,
2
E verement de boire du vin ,
que la Loy de Moyfe défen .
doit aux Juifs de manger du
Pourceau; mais ils n'ont nulle
peine à foutenir la rigueur de
Tabftinence du vin , en luy
fubftituant le Café. Ils prétendent
même que le Café a
une grande préference fur le
vin , parce qu'il en a les bons
effets , & qu'il n'en a pas les
mauvais. S'il en faut croire
les Phyficiens , la chaleur natutelle
opere dans l'eftomach
la diftillation du vin , de la
même maniere qu'elle le faic
dans un alembic , en luy don22
MERCURE
nant le degré de feu. Alors,
dit on , l'efprit du vin le fepare
, il entre dans les veines , il
agite le fang , & il bleffe les
membranes du cerveau . Ce
qui refte dans l'eſtomach ,
n'eſt que du vinaigre , autre .
ment le tartre du vin , & ce
tartre par fa refidence peut
caufer dans les reins la gravelle
, dans les boyaux la colique
, & dans les jointures la
goutte. Effets étranges , &
quelquefois funeftes du vin
qui nonfeulement ne fe rentcontrent
point dans l'uſage
du Café , mais de plus , qui
GALANT.
23
peuvent eftre corrigez par le
Café même , dont les excés
ine font pas à craindre, & dont
toutes les impreffions font
benignes & falutaires.
Aufli Afie fait un fi grand
ecas du Café , qu'il femble qu'
elle ait eu de la peine à fe refoudre
d'en faire part à l'Eu
rope, Il y a longtemps que
l'Europe tire de l'Afie , des
Diamans & des Perles , de riches
étoffes de foye , des pieces
de cotton travaillé finement
, des Porcelaines , du
Corail , & plufieurs autres
chofes qui font rares & de
24 MERCURE
grand prix. Mais comme fi le
Café cuft efté plus cher & plus
précieux à l'Afie , que tout ce
qu'on vient de nommer , &
qu'il fuft fon veritable trefor ,
elle l'a tenu ferré fort longtemps
; elle le gardoit tout
pour elle car enfin , nous
n'avons du Café dans l'Europe
que depuis un demi -fiecle ,
& encore à prefent on nous,
le fait beaucoup attendre .
Cette Reine des feves voya
ge , pour ainfi dire , en Princeffe
, elle ne fait pas de lon
gues traites. D'Yemen , οι
croift le Café , on l'apporte à
Mocha,
GALANT. 25
C:
Mocha , où on le charge fur
des Barques pour Gedda, Port
de l'Arabie Petrée . De là on
le tranſporte dans des Vaif
feaux & dans des Galeres à
Suez, autre Port qui eft à l'entrée
de la Mer Rouge. Enfin
on charge le Café fur un
grand nombre de Chameaux
qui le portent au Caire , & du
e, Caire on l'envoye à Alexan-
US
US
drie , où diverſes Nations de
l'Europe le vont prendre ,
pour en faire dans leurs Etats
un commerce tres- confide
rable ; car on a le même em²
preffement pour le Café, que
May 1696.
C
26 MERCURE
pour le blé. On s'intereffe à
fon abondance
& à fon prix ,
comme on fait pour le blé ,
& on craint d'en manquer
comme de pain . Lors qu'il
devient rare & cher , les nouvelles
de fa rareté & de fa
cherté font des nouvelles
affligeantes pour le Public .
On peut confiderer la dignité
du Café par rapport à
l'une des qualitez de l'or , qui
eftant le plus dur des metaux
,
a au deffus d'eux la prérogative
de poffeder une ſubſtance
plus compacte & moins corruptible.
Le Café a de même
GALANT.
27
une
folidité que n'ont pas les
autres feves. On ne fçauroit
l'amollir , ny en le faifant
tremper
, ny en lefaifant
coi
re. Il réfifte par une folidité
extrême , aux deux
Elemens
fi
puiffans de l'eau & du feu ;
& cette
folidité du Café , qui
ne peut eftre
furmontée pour
l'ufage , qu'en le brifant , luy
fert à bien garder fon trefor ,
je veux dire , à
conferver précieufement
fa vertu
balfamique
, de peur qu'elle ne s'évapore
avant que de l'employer
.
On a reconnu
en faisant
chymiquement
l'analyſe
du
a
ןי
ד ע
C ij
28 MERCURE
Café, je veux dire , la fepara
tion de fesparties , qu'il ya du
foufre. On fçait que la vertu
du foufre eft admirable ; qu'il
y a une huile ( l'huile eft nour
riffante) & qu'il y a un fel propre
à rarefier les humeurs , &
a délayer celles qui font craffes
& vifqueufes ; fel enfin qui
aide le fang à circuler . On
affure même que la ſubſtance
volatile du Café , qui fe découvre
dans cette analyſe , &
qui ôtefes voiles , a fes parties
à peu près de même groffeur,
de même configuration & de
même mouvement que font
GALANT. 29
Ccelles des efprits vitaux .
1
C'eft auff une excellence
du Café , que lors que le feu
ouvre les pores de cette admirable
feve, & qu'il en faic
exhaler le phlegme , qui tient
embaraffez les efprits du Café
, il ferépand un parfum fingulier
, qui eft charmant , &
1 qui fortifie. La fumée & la
e vapeur qui font fentir ce parfum
, font fi précieufes aux
Orientaux , qu'ils n'en veulent
rien laiffer perdre dans
fair. Tandis que le Café eft
fi chaud , qu'on ne peut pas
encore le prendre , ils prefen
"
C iij
30 MERCURE
tent à leurs yeux , l'un après
F'autre , la vapeur du Café, ce
qui , difent ils , fortifie la vûë,
lors qu'elle eft foible : & ils
reçoivent enfuite cette vapeur
dans leurs oreilles , où
elle guerit les maux qu'on y
a , & préferve de ceux qui
pourroient venir.
La vertu generale du Café,
eft de prefider fur le temperament
, quel qu'il foit , bilieux
ou mélancolique ; de
temperer la maffe du fang ;
de corriger les humeurs froides
, pituiteufes & falines ; de
deffecher les ferofitez, d'eftre
GALANT 21
d'un grand fecours contre les
incommoditez
qui naiffent
d'une repletion univerſelle
du corps , & d'une groffeur
extraordinaire
du ventre ; de
détacher les phlegmes
pour
les expulfer , de guerir le rhu .
me; d'eftre un reftaurant mer.
veilleux dans un eftat de foibleffe
, & un puiffant cordia →
que dans les défaillances
.
Enfin , le Café a en general
lafaculté de défendre l'interieur
du corps , des eaux qui
pourroient l'inonder , & de
combattre
les maladies qui
luy viennent des membranes,
C iiij
32 MERCURE
des nerfs , & des efprits mal
difpofez.
Les vertus fpecifiques &
particulieres du Café , font
principalement pour la tefte
& pour l'eftomach . Il foulage
infailliblement tout le monde
du mal de tefte , quelque
furieux qu'il foit . Il y en a
des exemples furprenans, juf
ques à avoir gueri des perfonnes
qu'on eftoit preft de trépaner
, ne fçachant plus que
leur faire dans leurs douleurs
vives & aiguës. L'experience
confirme tous les jours cette
vertu cephalique du Café ,
GALANT.
33
1
A
1
laquelle eft fuprême . Pour
moy,je n'ayma tefte en repos,
& je ne fuis delivré d'une migraine
horrible que depuis
que je prens du Café ; & fi je
fuis quelques jours fans en.
prendre , je fens mon mal me
revenir dans toute la force ,
avec les fimptomes du vomiffement
& du dévoyement,
dont il n'y a que le recours au
Café qui y puiffe mettre ordre.
On pretend qu'il eft même
un préſervatif certain
contre l'Apoplexie & la Paralyfie
, empêchant qu'il ne fe
faffe dans le cerveau des ob .
34 MERCURE
ftructions fatales , & s'oppofant
à ce qu'il n'arrive des
fuffocations extraordinaires
par de groffes fluxions , qui
tombant fur la gorge , caufent
des morts fubites . Enfin , le
Café tient toujours la tefte
en bon estat , il en diffipe les
nuages , & il y établit une fe.
renité ferme & conftante ,
dont fe reffentent la memoire
& le jugement . Auffi les Levantins
, qui ont une longué
experience des vertus du Čafé
, n'entrent point dans le
Divan fans en avoir pris ,
ayant éprouvé qu'ils en ont
GALANT:
35
S
ES
l'efprit plus net, & la memoire
plus prefente , pour refléchir
lur les affaires , & pour
les penetrer
.
Le Café eft merveilleux
pour l'eftomach . C'eſt là ,
: pour ainfi dire , fon autre
fcene, où il apparoift d'autres
vertus. Quand les fibres de
l'eftomach font relâchées , il
les refferre par un acide qu'il
tient de fon amertume
perfectionne fon chyle, & abforbe
fes cruditez , il s'oppofe
aux coagulations , il diffipe
les fluxions , il arrefte les vo
miffemens dangereux , il cone
36 MERCURE
fume les matieres morbifiJ
ques. Enfin , le Café nettoye
& purge l'eftomach de tout
ce qui pourroit y caufer de la
corruption.
On a aujourd'huy plus be
foin que jamais du Café , à
caufe des vapeurs nouvelles
& furprenantes , dont le plai
gnent également les hommes
& les femmes Outre cel
les qui procedent aux femmes
des affections hyſteriques,
il s'en éleve d'autres
communes à l'un & à l'autre
Sexe, lefquelles on ne conoiffoit
pas autrefois . Elles font
GALANT
37
excitées par une infinité de liqueurs
nouvellement inventées
, & que la volupté a mifes
à la mode. Le Roffolis , le Ratafia
, le Vaté , l'Eau de Cette ,
l'Eau de Millefleurs , & tant
d'autres , ne fe prennent pas
impunément. Toutes ces
compofitions
delicieuſes fe
font bien payer du plaifir
qu'on ade les boire . Elles
élevent
d'étranges vapeurs ,
dont les fimptomes font
cruels , & dont on craindroit
davantage les fuites , fans le
pouvoir qu'a le Café de furmonter
ces vapeurs , & de les
abattre.
38 MERCURE
Le Café fait du bien à tou
tes fortes de perfonnes ; il
purge les reins de ces matietieres
petrifiantes dont on
craint la pierre. Il foulage
beaucoup les goutteux , eftant
capable de diffoudre ces nodofitez
qui leur mettent les
fers aux pieds & aux mains.
Le Café eft utile à ceux qui
parlent en public , à ceux qui
voyagent, & à ceux qui relevent
de maladie ceux-là en
ont leur memoire plus feure,
leur voix plus forte , & leur
action plus libre. Les autres
fatiguent avec moins de peiGALANT.
39
01
e
15
+
ne , & fouffrent moins du
changement d'air , & de la
mauvaiſe nourriture ; & les
derniers reprennent plûtoft
leurs forces ,leur vifage & leur
embonpoint. Quelquefois
même le Café leur fait du
bien par avance , les gueriffant
de la fiévre que les remedes
n'avoient pû vaincre.
Aprés ce que je viens d'étaler
des merveilles du Café ,
on conçoit ailément que
l'Arabie heureuſe , qui eft fa
Patrie, fi elle n'avoit pas le
titre d'Heureuſe , cette incomparable
feve le luy pro40
MERCURE
cureroit. Elle le luy augmente
au moins , par les grands avantages
qu'en reçoit le genre
humain. Je tiens auffi que fi
Pythagore euft connu l'excellence
miraculeufe du Café
, il fe feroit bien gardé de
faire ce préjudice aux hommes
, de le comprendre , dans
fa défenſe fi fameufe des feves
, Abftenez- vous des Feves .
Il y auroit en affurément une
exception privilegiée pour
l'ufage de celles du Café.
*
Les Connoiffeurs difent
que pour avoir de bon Café,
il faut prendre du dernier ve
棗
1
GALANT. 41
nu,comme eftant le plus frais ,
car fon fuc fe deffeche à mefure
qu'il vieillie. Il faut aufli
i que la feve foit pleine & bien
nourrie , & que fa couleur fois
d'un jaune enfoncé , enfin le
plus leger cft le meilleur . On
doit s'ofter de l'efprit que le
Café airefté paffé dans le feu
pour amortir un germe avanc
que de nous eftre envoyé. Sa
vertu égale dans l'Europe
comme dans l'afie , refute certe
opinion . De plus, on reçoic
t du Café avec la premiere
, écorce , laquelle le feu n'auzoit
pas laiffée , & certe pre-
May 1696.
D
42 MERCURE
miere écorce oftée , ſa couleur
n'eft pas differente du
Café qui n'a que la feconde.
Pour ce qui eft de la pré
paration , elle dépend principalement
de la torrefaction ,
qui en eft le grand article.
Elle fe doit faire avec un feu
de braiſe fans flâme. La braife
du charbon eft la meilleure:
elle eft plus vive , & avance
davantage la coction , &
par ce moyen elle diminue
la perte qui
ve par l'exhalaifon
. Il faut agiter inceffamment
les féves, & les tour.
ner toutes , juſqu'à ce qu'el
2
GALANT. 43
T
les foient d'une couleur tannée
un peu obfcure . Si le Ca
fé eftoit trop rofty , il y au
roit une grande privation de
C fes efprits , & s'il ne l'étoit
pas affez , il y en auroit une
partie encore engagée dans
la matiere. Les féves tirées de
deffus te feu , doivent eftre
tenues couvertes ; on les doic
auffi laiffer un peu refroidir ,
autrementelles empâteroient
le mouliner où on les mer
pour y eftre brifées. Jay vi
des moulinets de Grenoble
qui font commodes & forr
propres . Le bois en ett beay
Dij
44 MERCURE
"
& bien poly , & la ferrure en
cft tres-fine , & bien travaillée.
Il eft bon de paffer la farine
dans un tamis pour en feparer
le fon : un quart d'once
de cette farine fuffit pour
'deux taffes ; & afin de ne s'y
pas méprendre , il eſt ailé
d'en avoir une petite mefure
, ou d'argent ou de fer
blanc. Plufieurs fe fervent de
Cafetieres du Levant , lef
quelles on nomme des quatre
- meraux , mais comme
c'eft du cuivre ſujet à estres
décamé & à faire du verd de
gris , qui eſt un poifon fore
GALANT 45
J
dangereux , le plus feur & le
plus propre eft d'avoir une
Cafetiere d'argent. L'ébullition
ne doit point paffer la
troifiéme partie d'un quart
d'heure car fi elle dure da-
1.
vantage , il s'échape plufieurs
parties volatiles. Prenez garde
dans l'ardeur de l'ébullition
, que l'écume exaltée ne
forte de la Cafetiere , car ce
feroit du Café perdu , du Café
infipide & qui eft privé de
fa force & de fa bonté. L'eau
eft le vehicule du Café, com
e me le vin eft celuy du Quina.
L'eau de riviere dont on
J
46 MERCURE
:
boit y eft meilleure que celle
de fontaine ; & l'eau de la
Seine l'emporte fur celle des
autres rivieres , parce qu'elle
eft un peu purgative . Enfin ,
fi on ne prend pas le Café
par amuſement , comme on
le fait ordinairement avec les
femmes , mais par un motif
ferieux de fanté, il faut prendre
le Café en Café , je veux
dire fans fucre ; car autrement
le Café n'eft plus un
fimple , mais un mixte. De
plus , le fucre échaufe , & luy
emporte fon amertume , qui
eft le principe de fes meil
GALANT. 47
leurs effets. Ce n'est plus auf.
fi du Café , c'eft du Sirop. Il
vaudroit autant emploier le
fucre à faire des dragées de
Café , comme on fait des paftilles
ambrées , de chocola .
ore. Le Café doit eftre pris
comme l'or potable , fans y
rien mêler. Il faut même en
11 feparer le marc , en le précipitant
au fonds avec quelrques
goutes d'eau , car le marc
elt la lie & la partie groffiere
D: du Café , qui peferoit fur l'eftomach,
& luy feroit beau
coup de mal . On ne doit
donc prendre que la teintu-
US
48 MERCURE
re du Cafe , une teinture fro
ple & toute pure ; & cette
teinture eftant bien faire , eft
merveilleuſe; car elle ne contient
que les parties les plus
fubtiles , les plus douces 180
les plus fulphurées de cette
féve fi falutaire à la referve
de quelques corpufcules
gnées , qui volatilisent fest
parties , de quelques partis
cules acides qui font las fai
veur de cette teinture , & dej
quelques fubftances terreftres
, qui ferventà lier la man
tiore volatile , & à luy dons)
ner une conſiſtance . On doit,
boire
GALANT
49
boire cette teinture du Café,
le plus chaud qu'on pourra ,
& à plufieurs repriſes & gorgées
, comme on voit boire
les oyfeaux dans leur petit
abreuvoir. Il me femble que
destaffes de Coco font fort
propresà cela , car les bords
de ce bois des Indes ne prenment
pas tant de chaleur que
les porcelaines , elle demeure
toute entiere dans lé Café
pour la perfections Letovi
Je ne dois pas oublier de
répondre à l'accufation qu'on
fait contre le Café , qu'il em
pêche de dormir . Il faut dire
May 1696.
E
o MERCURE
la chofe comme elle eſt. Le
Café eft ſemblable au Cada.
cée de Mercure dem 429 244
Dat fournes , adimitque. Æ0.4.
#fair dormir, & il réveille; &
comme cette double propries
ré ne fait point de torteau
Caducée de Mercure ,nelle
n'enfait point auſſi au Café.
J'éclaircis la matiere : dans
trois fujets differens. A lie.
gard de ceux qui font dans
un affoupiffement qui tenda
la Lethargie , fi le Café les tire
de cet état de les rient
éveillez , ce n'eft pas là les
empefcher de dormir , c'eft
GALANT SI
Jer empefcher de perir . Ce
3 que fait alors le Café nieft
pas un mai , c'efbunremede,
4 c'est une faveur pour la vie .
Secondement , à l'égard de
ceux qui fouffrent une gran
de agitation d'efprits , agita.
tion causée par une cruelle
migraine , ou par quelque
#zantre mal violent , fi le Café
intervient , c'est pour calmer
botage , & pour remettre les
defprits dans leur ſituation ;
D état qui alors eſt ſuivi d'un
fommeil doux & tranquille ,
que le Café luy a procuré
Enfin , à l'égard de ceux qu
E ij
12 MERCURE
ne font ni lethargiques ni
tourmenez , sil
arrive qu
ayant pris du Café, ils ne s'endorment
pas dans le lit , ce
eft pas une infomnie , c'eft
une veille , ce n'eft pas em-
Pelcher lefommeil , c'eft rendre
le fommeil non neceffaire.
Ces pores du cerveau que
le Café tient ouverts , donment
un grand paffage aux
efprits , qui étant formez ,
n'ont pas befoin de fommeil
pour les faire naiftre . Suppofons
la verité d'une fable. Ju
non , dit- on , avoit une perite
corne d'huile dont deux
GALANT 53
I
900 0
bu trois goutes failoient vivre
deux ou trois mois fans
manger. Accufera t- on cette
petite corne d'huile d'empefcher
de manger , lorfqu'elle
oroit le befoin de
manger ? C'eft là la perfection
veritable du Café ,
ne combat pas alors le fommeil
, mais il en eft un fupplément
: il ne caufe pas des
inquiétudes & des peines de
ne pas dormir , mais il met
dans un état de force & de
vigueur , où la nuit devient
le jour , où l'on peut agir
& travailler avec une difpo
E iij
54 MERCURE
fiuon plus aifée & plus vive
que celle qu'on attendoit du
fommeil.
Jay commencé certe Lettre
par un paffage de Virgi
le , je la finis avec un
in
un aurre
paffage de ce grand Poëte.
Vere fabis fatio eft. On feme's
difoit-il , lesféves dans le Prin
temps. Je dis à la gloire du
Café, cette merveilleufe fé .
vo , qu'elle fair elle - meſme
in Printemps dans la vie de
l'homme , à qui elle forme
une fanté toujours fraifche
& fleuric , & dans laquelle on
Te plaift & on jouit comme
GALANT $5
C
1
dément de foy- mefme. Pour
conclufion , onpeut dire que
Je Café par fon excellence &
fa vertu , telle que je viens
de la reprefenter , eft préfe
rable dans l'ufage au The ,
autant que le fruit l'emporte
fur la feuille , & au Choco,
late , autant que le fimple
eſt plus naturel que le com
polé.
Je vous ay avertie dans une
de mes dernieres Lettres ,de
quelques Vers que le Copifto
auoit oubliez , en tranfer
vant l'Eloge des Dames
E iiij
56 MERCURE
Mademoiſelle l'Héritier. Cer
Eloge a efté lû avec tant de
plaifir par tout , & il a fait
tant d'honneur à toutes celles
devoſtre Sexe , que je ne puis
m'empêcher de vous faire
part de ce qui a efté ccrit fur
re fujet depuis qu'il eft deve
nu public. Je commence par
une Lettre de la même Ma
demoiſelle l'Heritier , dont
l'heureux genie paroift en
tout ce qui porte fon nom.
Elle eft écrite à une Dame ,
qui n'eft pas moins diftinguée
par fon merite que parſa nail
fance.
GALANT. 57
།།
L
MADAMER 930)
180
LA MARQUISE DE CA
16 mug 31st kaplama 201 flora
Es flateufes louanges
;
Madame, que vous don,
nez à mon petit Ouvrage de
l'Eloge des Dames , font fi
obligeantes , qu'elles me fer
roient oublier la querelle que
yous me faites,de ce que vous
n'avez entendu parler de ces
Vers que par le Mercure Ga
lant , fi je n'eftois perfuadée
que l'amitié m'engage à vous
faire voir que cette querelle
1
48 MERCURE
n'eft pas jufte. Vous n'igno
rez pas que depuis que l'afa
cendant d'une certaine Etoi
le , à laquelle on ne peut rés
fifter , eut répandu dans le
monde les bagatelles rimées
que j'avois tant de loin de
cacher , parce que je ne les
croyois bonnes tout au plus
qu'à m'amufer avec trois ou
quatre de mes Amies de mon
caractere; vous n'ignorez pas,
dis-je , que depuis ce temps ,
où vous fuftes informée de
mon commerce avec les Mu
fes , elles ne m'ont rien dicté
de ferieux ou d'enjoüé, que ja
GALANT. 19
ne vous en aye fait part avec
exactitude , puis que voftre
ŭ amitié le vouloit ainfi ; mais
à l'égard des Vers de l'Eloge
des Dames , je ne pouvois
contenter cette exactitude
par la loy queje m'eftois pref
crite , de ne laiffer voir cet
Ouvrage qu'aux perfonnes
qui avoient eu quelque part
à la converfation qui l'avoit
fait naiftre. J'obfervay regulierement
cette loy ; mais
quelques-unes de nos Amies
ne furent pas fi fcrupuleufes,
Elles ne fe firent pas une af
faire de publier cette Piece,
60 MERCURE
malgré les projets que nous
avions faits toutes enfemble
de ne nous en divertir qu'en
tre nous . Comme les raifons
qu'on avoit fur cela ne fub.
fiftent plus , & que de même
que les Vers , la converfation
seft divulguée , peut - eftre
vous en a - t-on fait quelques
recits , mais apparemment
ils ne font que confus . Je vais
le fujet qui
forma une difpute fort vive
dans une compagnie , où l'on
ne fongeoit qu'à fe divertir.
Dans le temps qu'on reprefentoit
la Tragedie de
donc voUSA
GALANT 61
Bradamante , qui , comme
vous fçavez , a fait beaucoup
de bruit , par la force de fes
Vers & la delicatele de fes
fentimens , on vint à exami,
ner les beaurez de cette Piece
dans la compagnie dont il eft
question . Un homme d'un
caradere fort extraordinaire ,
dit qu'il ne comprenoit pas
comment on pouvoit approu
ver une Tragedie dont le fujet
eftoit entierement hors du
vray.femblable , puis qu'on
y introduifoit deux Femmes
vaillantes , ce qui bleffoit tous
Les gens éclairez , qui fçavent
62 MERCURE
bien que jamais lencourage
ny la fermeté ne fe rencon
troient dans ce Sexe. Toute
la compagnie furpriſe d'an fi
étranger fentiment , s'écria
que rien n'eftoit plus vraya
femblable, & plus vray , que
de voir du courage dans des
Femmes ; & comme fijeftois
obligée d'eftres toûjours bla
Championne des belles qua
lirezdes Dames , tout le mon
de tourna les yeux fur mby
& m'engagea à entrer dans
cette difpure pour les deffen
dre. Le Cavalier qui les a
voir attaquées , voulut monGALANT
63
per par des fantatiſtiques
preuves , toutes heriffées de
Grec & de Lacin , qu'il n'y
avoit point de Femmes qui
me fuffent naturellement pol
ronnes , legeres , & pleines
de foiblefles , & meſme qu'il
falloit qu'elles fuffens ainfi
pour plaire. Enſuite il ſe mig
à déclamer mille Philofophi
aques injures contre elles avec
a un rapidité inconcevable
Bi finis en diſant qu'il eftoit
extravagant de fuppofer qu'
ik puft y en avoir de vaillantes.
Aprés qu'il fe fut
ércini la voix à force de par
64 MERCURE
ler vifte & de crier haut ; je
trouvay enfin le temps de luy
répondre , & de luy prouver
par mille raifons ; que je ne
vous redis point parce qu'el
Jes font trop faciles à imaginer
, qu'il eftoit abfolument
dans le vray - femblable que
les Femmes puffent avoir du
courage. Il debita encore de
nouveau une foule de paffa,
ges Larins & dans fes citas
tions , il fit un affemblage bizarre
des badines fictions des
Poëtes , & des Livres dont on
ne doit parler qu'avec le plus
profond refpect. Voyant que
GALANT 65
3
es raifons faifoient fi peu
d'impreffion fur fon efprit , je
fus contrainte d'avoir recours
aux exemples. Ainfi je fis pak
Ter en revueè routes les Fem
mes vaillantes de l'Hiftone
Grecque , Romaine & Franoile
Coffe jufqu'à la Pucelle d'Of
Teans & examinant enfuite
les Herbines entierement
modernes , je n'oubliay "pas
Faction éclatante qui a cou
6 vertlilluftre Mademoiſelle de
Char ffe , d'une gloire imfortelle.
Je connus alors que
#tet adverfaire des Dames
avoit crpparler à de plus
May 1696, Mɔan
F
66 MERCURE
ignorantes perfonnes que
nous n'eftions. Ces exemples
le defarmérent , & il fe com
pta fi bien vaincu qu'il fereduifità
changer de Thefe . Il
s'en tint donc tout d'un coup
à dire que toutes les Femmes
dont je venois de parler au
roient bien mieux fait de mettre
leurs mouches & de filer
leur quenoüille , que d'aller
faire les Capitaines , & les
Generaux, Enfin , Monfieur ,
luy répondis - je , vous eſtes
obligé de convenir qu'il y a
des Femmes vaillantes. Vous
ne yous retranchez plusqu'a
GALANT 67
dire qu'elles ne le devroient
pas eftree Voila la difpute
changée de fujer, mais fiquel
ques-uns de ceux qui nous
écoutent , veulent entrer en
lice, ilsvous conyaingrong a
fément qu'il eſt des pecafions
où le courage & la valeur
même font necellaires aur
Femmes
ce
39 Yous avez fi bien parlé
pour elles , me dit on tout
d'une voix, quenous préten,
dons que vous acheviez
que vous avez fi heureuſe.
ment commencé, & puis que
opsaved prouvé que le væ
Fij
68 MERCURE
leur fe trouve auffi dans leur
fexe , il faut encore que vous
faffiez voir quand il la doit
mettre en ulage. Je ne pus
me deffendre de continuer à
foûtenir une cauſe ſi juſte ,
& je n'eus pas dede peine à
montrer , qu'ainfi qu'ilferoit
hors d'oeuvre à une femme
de quitter le centre de la patrie
où l'on feroit tranquil
le , pour aller faire l'Amazo »
ne à contre- temps dans une
armée nombreuſe , pourveue
d'habiles Genéraux & de braves
Officiers , ce feroit enco
se une conduire bien plus
GALANT. Eg
10
5/14
م ر
blamable , fi fous le prétexte
da peu
peu d'habitude qu'a lon
fexe à effuyer les perils , elle
voyoit fous fes yeux le fer &
le feu ravager fon païs , fans
avoir le courage d'expoferfa
vic & de faire agir fa
valeur , pour conferver fes
biens & fa liberté , & pren
dre le party de ceux à qui le
Ciel n'a pas donné la force
de fe deffendre. Je fis voir
que dans ces occafions, nonfoulement
ileftoit permis aus
femmes qui avoient de la
fermeté & de la valeur , de
la faire éclater ; mais que
70 MERCURE
meſme il leur feroit fort hon⇒
teux de n'en point avoir. Jel
dis encore beaucoup de cho
fes que je ne vous rapporte
pas , de peur de vous ennuyer,
quoy que la fituation d'ef
prit où étoient ceux qui nous
écoutoient , fift qu'ils on eel
toient divertis ; mais enfio
noftre fçavant Cavalier quig
ne ſe battoit plus qu'enercov
raite dans cette derniere difəs
pute , fut mis entierements
hors de combat.
Comme les Dames qui é+ )
toient preſentes à nôtre cone
verſation ſont extrémements
GALANT: 71
de mes amies , je ne pus rem
Lifter aux pricces empreffées ,
qu'elles me firent de la mer.
treen Vers , mais je n'y con
fentis qu'à condition que ces
Vers ne feroient vûs que de
# nôtre petite Societé. On me
lepromit , mais on ne fe fit
point de fcrupule de ne me
pas tenir parole , ainfi que je
vous l'ay déja dit.Cette baga
telle courue dans le monde,
& mefme a donné ſujet à des
Ouvrages d'un tour auffi ai.
fé que délicar. Pour vous ré-
- moigner , Madame , que je
veux continuer à vous faire ■
72 MERCURE
part exactement des nouveautez
du Parnaffe , je vous
envoye ces agréables Ouvrages
, & ceux que j'ay faits
à leur fujet ; & afin que vous
foyez pleinement contente
de moy , je vais vous rendre
compte de certains petits détails
qui vous feront trouver
plus de plaifir à ces produions
d'efprit. Premiere
ment , il faut que je vous
apprenne que fans avoir bra.
vé le feu des ennemis comme
Mademoiſelle de la Char
ffe, ni foûtenu un Siege comme
l'Epouſe du Comte Tékéli
GALANT. 73
C
C
d
kéli , il y a déja long temps
que je ſuis en poffeffion du
titre de Fille courageuse , &
je vous diray confidemment
que jamais titre n'a moins
coûté à aquerir. Parce que
quand il tonne je ne me cache
pas
fous
le rideau
d'un
lit comme
Madame
D ....
&
qu'au
aufli tranquille
que lors qu'il
fait beau temps
, parce
que
quand
je fuis dans
un carof
fe attelé
de chevaux
fou
gueux
, loin de faire
des cris
aufli
hauts
que Mademoi
au contraire on me voir
felle P...
May 1696
$
je n'aynulle
G
74 MERCURE
frayeur , & enfin , parce qu '
on me voit tirer grand nom
bre de coups de pistolet ,
quand le Roy prend des Villes
ou gagne des Batailles ,
& qu'en telle Campagne ce
rapide Conquerant m'a fait
faire cet exercice jufqu'à trois
& quatre fois en un feu !
mois , fur de pareils exploits
on m'a donné liberalement
le nom de Fille intrepide .
Peut- eftre la fuis - je en theorie
, mais , Madame , vous
fçavez que je ne la fuis point
en pratique , je n'en ay jamais
eu l'occafion .
GALANT. 75
7
1
Cependant , comme j'efti.
me infiniment l'intrepidité ,
& que je l'honore par tout
où je la trouve , quelque
temps aprés vôtre départ ,
nous culmes une fort plaifante
converfation fur le courage
, & fur la poltronnerie
chez une belle Ducheffe que
vous connoiffez , qui par
fcience peut juftement eftre
comparée à Minerve , mais
qui ne feroit pas propre à
imiter la valeur de Pallas . Je
luy faifois la guerre de fon
extréme timidité , & luy difois
, que fi le Ciel m'avoit
fa
Gij
76 MERCURE
fait naître d'un autre sexe ,
j'aurois déja bien des fois fignalé
mon courage. Quelques
Cavaliers qui étoient
préfens , me dirent que je
devois faire éclater ce courage
à la gloire de l'amour , au
lieu de le combattre , com
me je faifois fans ceffe. Je
leur répondis en plaifantang
que le fond d'intrepidité que
je me fentois me porteroit
toûjours à éviter du moins
toutes fortes de chaifnes ,
puifque mon fexe m'emper
choit d'aller cueillir des Laugiers
en fuivant les Drapeaux
GALANT: 77
1
du Roy; & comme la charmante
Ducheffe chez qui
nous étions , m'avoit priée
de luy faire des couplets fur
un certain Air qu'elle aimoit
fort , je luy fis improm
ptw une maniere de Romance
que je vous envoye , qui rou
loit fur le mefme fujet que
la
converfation
que nous a
vions eue.
ROMANCE ,
SVR L'AIR
L'autre jour m'allant promener ,
Ah ! mon mal ne vient que d'aimer.
Vitons l'amour & fes traits.
Qu'il eft beau de n'aimer ja
mais !
E
G iij
78 MERCURE
Je croy que fes plus doux attraits
Ont encor bien des peines .
Qu'il est beau de n'aimer jamais !
Bravons toujours les chaifnes .
2
Si quelque objet peut enflamer,
La gloire feule doit charmer.
Chaque Sexe doit s'en former
"Un attirant modele.
La Gloire feule doit charmer ,
Ne vivons que pour elle.
$
On parvient par divers fentiers
A cueillir de brillans Lauriers .
Dames airfi que Cavaliers
Peuvent ornerl'Hiftoire.
On parvient par divers fentiers
Au Temple de Memoire.
S
Mais pour atteindre aux prompts
bonneurs ,
GALANT: 79
3
Vive Mars , vivent fes faveurs ,
Themis & les fçavantes Soeurs ,
Ont une belle route
Mais pour atteindre aux prompts
honneurs ,
Mars vaut bien mieux , fans doute.
S
Quand on eft dufexe àfracas ,
Qu'il eft beau d'aimer les combats !
Qu'ontrouve de touchans appas
Au mefier de Bellone !
Qu'il eftbeau d'aimer les combats !
Que de gloire s'y donne !
Si mon fexe l'avoit permis
Que j'auroit bravé d'ennemis !
Tous ceux que Louis a foumis
M'auroient vû les combattre.
Que j'aurois bravé d'ennemis
Si Dame alloit fe battre!
Giiij
80 MERCURE
$
Onfait des exploits inqüis
Quand on fuit les pas de Louis.
L'ail & le coeur font réjouis
De l'éclat de fa gloire.
Quand onfuit les pas de Louis
On court à la Victoire.
S
Mais en dépit de mon ardour
Je ne puisfuivre ce Vainqueur.
Chantons fa rapide valeur ,
Pour luy faifons des feftes.
Fe ne puisfuivre ce Vainqueur.
Celebrons fet conqueftes.
&
Chantant ce Heros chaque jour
Je prétens combattre à mon tour.
Je veux toujours vaincre Amour
Et terraffer fa brigue.
Je pretens combattre à mon tour
Mais ce n'eft pas la Ligue.
GALANT: 81
Ces couplets devinrent fort
a la mode , & cela me donna
auprés de quelques gens un
petit air Amazonien , que de
bonne foy je n'avois nullement
fongé à m'acquerir,
comme vous jugez bien ,
n'ayant cherché dans cet entretien
& dans ces chanfons
qu'à me divertir , en expli
quant mes fentimens naturellement.
On s'eft fouvenu
encore depuis que pendant
que j'eftois en Normandieen
1694. & que les Ennemis
prenoient mille mefures pour
infulter nos Ports & les Côn
1
82 MERCURE
tes de cette Province , la confiance
que j'ay dans la fuprê
me fageffe , & l'afcendant du
Roy , me fit toujours dire ,
fans prendre les moindres
alarmes , que les Anglois feroient
bien plus de bruit que
d'effet ; & on a remis fur les
rangs une Lettre en chanfons,
que j'écrivoïs à une de mes
Amics de Bayeux , où j'eftois
dans ce temps- là , & qui , comme
vous fçavez, eft fur la route
de la Hogue. Ne m'allez
pas encore faire une affaire ,
de ce que vous n'avez point
vû cette Lettre , c'eft que j'ay
GALANT. 83
cru qu'elle ne meritoit pas
voftre attention ; mais puis
qu'on s'eft avifé de la ti .
rer de l'oubli , je vais vous
ten dire quelques morceaux,
Vous fçavez que ces fortes de
Lettres fe font fur mille
> & qu'on chants differens
change d'air à chaque couplet
. En voicy quelques uns.
Jecomençois par une defcription
des craintes & des alarmes
, qui agitoient certains
coeurs dans le lieu où j'eftois ,
& je difois que le tumulte de
Mars en avoit chaffé tous les
Jeux & les Amours ; puis je
84 MERCURE
pourſuivois
ainfi.
FRAGMENT
D'une Lettre en Chanſons.
SUR L'AIR ,
Sommes- nous pas trop heureux
Dans ce turbulent fracas,
Peat eftre on croit que les Mufes
Interdites & confufes
Du bruit tonnant des Combats,
Ne pourront prendre courage
Que pour chanter dignement
Ce qu'un * Heros jeune & fage
Va faire chez le Flamand.
*Monfeigneur commandoit l'Armée
de Flandre.
SUR L'AIR
Il fait tout ce qu'il défend.
Mais cette troupe divine
Qui penetre l'avenir ,
Dit fans en eftre chagrine »
GALANT. 8
Voyant l'Ennemi venir ;
Comment craindre les tempeftes
Quand Louis défend 'nos teftes ?
Pleines de tranquillité
Imitons leur fermeté.
SVR L'AIR
La verte jeuneffe qui tourne à vous
vents.
Malgré les alarmes ,
Malgré lesTambours ,
Profitons des charmes
Qu'on doit aux beaux jours à
De certain Dieu tendre
Défendons- nous feul,
Et laiffons défendre
Nos Ports à Choifeal.
Mr le Maréchal de Choifeul comman
doit un Camp en Normandie.
SVR L'AIR
Quand Iris prend plaifir à boire
Touis'émeut au bruit de la guerre,
86 MERCURE
Mais quand Louis tient fon ton-
Betre
L'Ennemy doit feul avoir peur.
Noftre Heros enchaifne la Victoi
ሃይ
Bientoft nous le verrons vainqueur,
Etfon Dauphin rempli d'ardeur
Vafe couvrir encor de gloire .
Cette Lettre en chanfons ,
Madame , & la Romance
avoient fait voir les fentimens
que j'ay fur la valeur. La difpute
que j'ay cuë avec le Cavalier
Dogmatifeut, les a confirmez
, & les Vers que i'ay
faits fur cette difpute ont achevé
de les mettre dans leur
iour. Vous voyez bien cepen
GALANT: 87
6
dant que dans ces Vers , ie ne
me fuis pas amufée à rappor
ter les preuves de raifonnement,
& les exemples hiftoriques
que l'avançay dans cette
converfation . J'ay traitéla
difpute moins en forme en
faveur de la Poëfie , qui n'a
pas de grace quand elle fait
des raisonnemens fi fuivis , &
même i'ay pris quelquefois
un ton badin , comme lors
que ie dis ,
De Bradamante & de Marphi,
fe,
Que
le deffein
fut
grand
& doux
!
Elles
triomphoient
par
leurs
armes
Encore
plus
que
par
leurs
charmes
,
88 MERCURE
Il leur eftoit permis de fignaler les
bras
Dans les plus perilleux combats
A bqu'elles poffedoient un heureux
avantage !
Quelplaifir de marquerfon intrepi
dité !
Si noftre fexe encor avoit un teb
ufage ,
Taurois déja pour mon partage ,
Un Brevet d'immortalité.
Eh bien Madame , ces
Vers , avec le fouvenir des
marques de mon Heroïſme ,
dont je vous ay tantoft par
lé , font cauſe qu'on m'a écrit
incognito une des plus je lies
Epîtres du monde , où l'on
me
GALANT 89
2
mecompare à Telefille . Je ne
fçay pas fi cette Heroine a
l'honneur d'eftre connue de
-vous ,mais c'étoit une des plus
illuftres Sçavantes de l'antique
Grece. Plutarque l'a co.
lebrée fort glorieufement
;
mais cependant je ne fçay fi
vous etes inftruite de fon
hiftoire , quoy que j'aye pris
foin de vous en informer dans
le Triomphe de Madame
# Deshoulieres Telefille donc,,
comme vous fçavez , ou com
me vous ne fçavez pas , étoit
d'Argos , & aprés avoir ao
quis dans la Grece une res
May 16962.
90 MERCURE:
putation immortelle par la
beauté de fes Ouvrages , elle
éclata encore par fon courage
d'une maniere toute diftinguée
. Pendant que tous
les hommes étoient en campagne
, dans une guerre où
les Argiens n'avoient pas eft é
heureux , Telefille anima fi
vivement les Dames Argienmes
à la deffenſe de leur Ville
contre les Lacedemoniens ,
que ces lions de Grece furent
contraints de fe retirer ,
voyant de quelle maniere
cette troupe d'Amazones
bravoit la mort fous la con
GALANT: 91
C
'duite d'une heroïne fi propre
à foûtenir la gloire de fa Patrie.
Je ne me fouviens point
d'avoir jamais fait d'action
qui reffemble à celle-là. Cependant
voyez ce que c'eft
que d'avoir bien de l'efprit .
L'inconnu qui m'a écrit l'E,
pître que ie vous annonce ,
a trouvé l'art de faire voir
dans fes Vers mille traits de
reffemblance
entre Telefille
& moy. Ainfi font les
grands Peintres , ils fongent
plûtolt à produire un beau
Tableau , qu'ils ne s'embarraffent
de faire reffembler.
Hii
92 MERCURE
Cependant toutes mes amies ,
plus frapées des beautez de
cette Piece que ie n'étois revoltée
contre la comparaifon
, ont voulu que je répondiffe
à cet agréable Ouvrage
. Si on n'y avoit parlé
que de moy , l'aurois gardé
le filence malgré leurs fouhaits
; mais comme la gloire
du Roy y étoit chantée avec
iufteffe , l'empreffement que
i'ay de mêler ma voix à tou
tes les louanges qu'on don '
ne à ce Heros , me fit répon
dre brusquement à l'inconnu
. Epître pour Epître. La
GALANT. 9.3%
ST
ར།།
mienne ne commençoit qu'à
1 paroître , quand Mademoifelle
d'Alerac dont vous con-›
.noiffez le bon goût , me pria
er de lui faire part de ces deux
( Ouvrages. Je les luy envoyai
accompagnez d'une Lettre
en Vers & en Profe . Cettes
Lettre , ie croy , n'aura rien
d'obfcur pour vous ; car vous
vous fouvenez fans doute ·
que dans une Epître que i'ay
faite au fuiet des Anciens &
des Modernes , qui a paru
dans le Mercure de Novem
bre dernier , il y a ces qua
Tetre Vers ::
94 MERCURE
Faifons donc redire à l'Echo ,
D'Alerac paffe autant Erinne ,
Que Scudery paffe Sapho ,
Er des Houllieres , Corinne.
Toutes ces Heroïnes , Ma
dame , font , ce me femble ,
de voſtre connoiffance. Pour
Praxille, dont il eft parlé auffi
dans cette Lettre en question ,:
fi vous ne la connoiffez pas ,
& quevous ne vouliez point
vous donner la peine de la
démefler dans l'Hiftoire Greque
, informez - vous d'elle
dans le Triomphe de Madame
des Houlieres . Mademoiſelle
d'Alerac , qui fait N
GALANT. 95
naturellement des plus iolis
Vers du monde , a répondu à
la Lettre que ie luy ay écrite,
une autre Lettre mellée de
Profe & de Vers, quieft toute
pleine d'efprit . Cette Demoifelle
en fait tant briller dans
la converfation , qu'il ne faut
que la voir une fois pour eftre
convaincu que perfonne n'a
plus de feu , d'efprit & de
vivacité. Vous connoiſſez fi
bien le caractere de toute fa
Maifon , que ie fuis feure que
Vous trouverez que ce que
i'en dis à la fin de la Lettre
que l'écrivis à cette aimable
96 MERCURE
Fille , n'eft pas la moitié de
ce qu'on y voit de propre à
s'attirer l'eftime la plus di
ftinguée . Hé bien vous plain .
drez vous à prefent que ie ne
vous fais pas affez de part de
ce qui regarde les Mufes ?
Vous les aimez tant , qu'en
bonne foy il y auroit de la
dureté à ne vous apprendre
pas tout ce qu'on fait de
leurs nouvelles , & ie vous
eftime trop pour ne me pas
faire un plaifir des occafions
qu'elles me donneront de
vous marquercombien ie fuis
parfaitement, Madame , voftre
...
Je
GALANT.
97
Je croyois n'avoir plus à
vous informer de rien , mais
j'apprens qu'on a découvers
que l'Epiftre qui me veut fait
re paffer au moins pour Telezille
la cadette , eft du Marquis
de V.... dont vous efti
mez le fçavoir & la politeffe .
A MADEMOISELLE
L'HERITIER.
D
EPISTRE .
Es neuf Sçavantes Soeurs celebre
Favorite ,
Charmantel Heritier , dont les rares
talens
May 1696.
MERCURE
Sone joints au plus touchant
rite
Que n'ay-je vos dons excellenst
Que n'ay.je voftre dolte Lyre
Pour chanter commeilfaut ce qu'en
vous on admire P
En voyant le fçavoir , en voyant
la clarté,
Le courage , la fermere,
Et le vif agrement qui chez voue
toujours brille,
On croit revoir en dous l'illafre
Telefille ,
Qui fceut par fon courage égaler
en Argos
? La gloire desplus grandsHevos,
Cemme elle vous avez une ame
d'Heroines
It fi vous en trouviez le moment
bienheureux ,
Nallan f bardy dansfes vanx,
GALANT
BIBLIO
Trouveroit fous vos coups (on the
tiere raine,
A
Ainfique Telefille eut toujours dang
le coeur
Un beau zele pour fa patrie
Pour la France & Louis toute
pleine fardeur
On vous verroit donner vofirefang,
voftre vie.
• La Grecquepar hazardfignala (om
envie
Mais comme elle vous n'aurezpas
Deperilleuxmoyens d'exercer voftre
dalabras.
DEL
VILLE
Sort
[Lege,
De l'angufte
Louis
tel
eft le privi- Lo
Que
dans
sous
fes vaßes
Etats
,
Kingt
Souverains
liguez
avec
tant
de fracas
Eram A paine ont på former un Siege,
Et n'ontpu triompher dans les moin
cine dres combats.
lij
160
LearfureurURE
Cos lance
plus que leur vaik
que
Eclatafollement dans d'injuftes ex-
Cadete ploits, sa ma doorsfin
Ze Dauphine feulement une fois,
Ainfi que la belle Provence,
Sentit l'effort du Piemontois .
Za Charffe fit alors l'actiongrande
& belle ,
Que vos doctes Ecrits fçaurons rendre
immortelle ;
Mais fi l'on vit fon intrepide
coeur
Dans cette occafion faire brillerfor
< z € l ¢ ;
Malgré la pente naturelle
De fon heroique valeur,
Cette Sujette agiffante &fidelle
Ne trouvera plus lieu d'exercer fon
Pardeur ;
Bellone dormira pour èhe.
GALANT . 101
:
(81
L'invincible Louis par fes prudens
projets supeof sigh
Sçait trop bien garder fes Sujets,
Ainfi vous n'aurez point la gloire
Derepouffer fes Ennemis
Puis que le jufte Ciel par fon ordre
a permis
Qu'il ait fous fes Drapeaux aita.
sas voché la victoire.
Mais cependant confolez - vous:
Vous chanter fes exploits fur des
accords fi doux , xent
Qu'ils vous donnent un nom d'éternelle
memoire ,
Dont mon Sexe feroit jaloux ,
Si tout les rares avantages,
Les verius , les dons précieux,
Qu'avecprofufion vous reccuftes des
Cieux ,
Ne fçavoient réunir pour vous
tous les fuffrages .
I iij
102 MERCURE
戛
"Te discous , car on voit voftre Sexe
charmant
Qui ſe ſent honoré de vos fçavans
Big Onurages , in
Efire rempli pour vous d'un vifem
preffement.
Paiffiez- vous donc, illuftre Fille,
Pulffiez-vous goûter à jamais
Un fort aufi brillant , aufi rempli
d'attraits ,
Quefut celuy de Telefille .
REPONSE DE MADEMOISELLE
L'HERITIER .
Mplas grand des Rois,
On zele ardent & par pour le
Et mon amour pour la Patrie,
Me donnent en effer quelqu'un des
beaux endroits
GALANT 163
A
De l'Heroine qu'autrefois COR
La dolle Grece a tant cherit; v
Mais je n'ay point fon ført , fes
talens , nyfa voix. in
Si Telefille far vaillante
Autant qu'elle parnt fçavante ,
C'eft qu'elle put trouver le moment
fortune
De montrer les vertus dont fon coeur
fat orné
Puis qu'il n'eft pas permis au fexe
dont nous fommes ,
De braver les affreux hazards,
Que quand les Ennemis entourens
nos remparts,
Et qu'en un autre temps il abandonne
aux hommes
Za gloire des exploits de Mars,
Sous le Heros dont la puiffance
Fait fleuriraniourd'huy la
France, it is facakmede y hel
•Liijj
104 MERCURE
Quels lauriers perilleux pourrions
nous acquerir?
Bien loin d'avoir à nous défendre
Des projets que fur nous on pourroit
entreprendre,
L'intrepide Louis ne fait que conquerir.
Si d'une terreur paffagere
La Provence & le Dauphiné
Virent quelques momens leur peuple
confterne ,
Par le bouillant effort d'un Prince
témeraire ;
Ce Prince vit bien-toft que le Ciel
en colere
A fon mauvais deftin l'avoit aban
donné,
La Charle faifant voir une noble
affurance ,
Scent raffembler par fa prudence
-GALANT.
10
= Vn peuple qui fuyoit étourdy, mu-
•
tine.
Avec elle il combat , leur valeur
eft beureuse ,
Et
l'Heroine genereuse as
De lauriers immortels voit fon front
couronné. R
De l'Augufte Louis telle est la desuftinée
,
Que fon jufte party rend tout Sexe
vainqueur.
De l'illuftre la Charffe admirons le
bonheur.
Puiffet . De toujours de gloire environnée',
Eftre auprès du grand Roy qui la
comble d'honneur ;
2
Mais vous avez raifon , fous la loy
fortunée
Prince vaillant & brillant
de Splendeur,
106 MERCURE
Quelque guerriere qu'on fait née,
Onne peut témoigner ceste heroïque
ardeur.
Sous fon regne rempli de bonheur ,
de fageffe ,
Ny los Telefilles de Grece ,
Ny lesJeannes de Vaucouleur,
Ne trouveroient pas lien d'exercer
leur valeur.
Vous, dont l'aimable politeffe
Chante auf noblement ce triomphant
Herosi
Qu'auroit fait dans les vers l'Heroine
d'Argos ,
Occupez fouvent voffre Lyre
A celebrer un Roy que l'Univers
admire.
Pour
moy,
ſuivani toujours le zele
?
que je fenstein
Pour ce Conquerant tont Augufte
,
GALANT: 107
1
#
*
Qui ne fait jamais rien que de
grand , que de juſte,
Fe meleray ma voix à vos doctes
accens.
Mestons ne feront pas merveilleux,,
raviſſans ,
Ainfi que furent ceux de l'illuftre
Argienne ,
Mais du moins mon ardeur furpaffe
ra la fienne,
Et j'auray des fujets cent fois plina
excellens.
Mademoiſelle l'Heritier ,
eftant fort Amie de Mademoifelle
d'Alerac, luy envoya
ces deux Lettres , qu'elle accompagna
de celle- cy
108 MERCURE
A MADEMOISELLE
P
「
D'ALERAComien
je
Uifque vous le fouhaitez
, Mademoifelle
vous envoye la flateufe Epitre
du fpirituel inconnu , qui
me prodigue l'encens , & la
réponse que j'ay faite àa cet
agréable Ouvrage . Je voy
bien que c'eft pour me rendre
le change de ce que je
vous ay donné un nom fa .
meux de l'antiquité
, que ce
fçavant Cavalier m'en donne
un à mon tour. Ain-
161
GALANT 109
fi que je vous ay nommée
Erine , & la charmante Comreffe
de Murat , Praxille , de
mefme l'on veut que Telefit
. le foir deformais mon nom
fur le Parnaffe . Mais les Pa
ralleles que j'ay faits font plus
jultes que la comparaiſon
qu'on a faite pour moy . Tout
le monde eft convaincu que
Mademoilelle
de Scudery eft
autant au deffus de Sapho
par fes grands talens que par
fes rares & folides vertus. On
n'eſt pas moins perfuadé que
Madame Deshoulieres a porté
le fublime & la jufteffe de
tio MERCURE
la Poefie beaucoup plus loin
que Corinne. Vous fçavez
tous les raports que le
beau naturel & le fpirituel
enjouement des Ouvrages de
notre aimable Comreffe luy
*peuvent donner avec Praxille
, & a vôtre égard perſonne
n'ignore jedna
at Qu'on voit en vous briller d'Erinne
Les tours heureux , les agrémens
divers ,
Comme elle vous pensez d'une mas
niere fine ,
aastas
digue dans tous vosVers
wart Et
Sans contrainte&fans art certain
beau feu perille.
GALANT: AM
Quoy que dans quelques lieux on
vanie mes accords,
Il n'eftpoint de pareils rapports
DelHeritier à Telefilles "Da
lesing ) et 1 LETTER wed
ab Mais quoy que le paralle
te ne fait pas juite , l'Epêtre
qui les fair eft fi ingenieuſe
& h bien tournée , que fi elle
ne me loüoit pas tant , je
Ja loüerois beaucoup davan
tage en faveur des agrémens
qu'on voit dans les Vers . Faifons
donc grace à la compa
saifon. Quoy qu'elle foit fort
outrée,ce n'eft pas une affaire.
Jen ay vû cent fois dans nos
Poëtes & dans nos Orateurs,
112 MERCURE
qui l'eftoient encore plus
& je vous avoue que quand
mêmej'aurois quelque air de
Telefille , je ferois ravie de ne
uy reffembler qu'imparfaitement.
Quoy qu'en effet je
fois partagée d'un courage
affez ferme pour méprifer les
dangers , s'il s'agiffoit de te
moigner mon zele à ma Patrie
dans des occafions perilleufes
, jay une joye infinie
qu'elle n'ait nul befoin de
mes fervices . Si j'avois vêcu
fous ces regnes funeftes , où
les Ennemis de l'Etat ravageoient
nos plus belles ProGALANT
13
$
7
vinces , & pilloient nos Villes
tour à tour , j'euffe efté fans
doute la copie ou la fuvanté
de la Pucelle d'Orleans ;
mais je rens mille graces au
Ciel , de vivre fous un regne
éclatant , où mon Sexe , il eft
vray, peut rarement parvenir
à faire quelques exploits
guerriers , mais où Louis le
Grand luy en fournit de fi
merveilleux à chanter , que
tous les antiques Heros n'ont
jamais pû luy en donner de
pareils . Nous fommes donc
bien éloignez de nous trouverfous
un regne qui reffem-
May 1696 K
14 MERCURE
ble à ceux de quelques uns
de nos Rois de la premiere
Race , ou au commencement
de celuy de Charles VII.
་
Et j'avois vècu ſous ses Rais,
Dont l'indolence eftoit le caracteres
Taurois pu fignaler par de fermes
alisk exploits
Unzele ardent & neceffaire.
Mais dans ces trifes temps où les
François confus ,
Sentoient de leurs revers une dou-
3 908 leur amere 84 3852
Yo Ma Muſe contrainte à fe taire,
Auroit va de fa voix les talens fuperfluss
Au lieu que de nos jours Louis par
mes lifes vertus
M'ouvre à chaque moment uns it
Jufre carriere
#GALANT HA§
i '
Ony , ie m'occupe toate entiere
Aobanter fes exploits rapides, gla
LAIMSJIOKATICO HE WO
Ab pour notre bonheur j'aime
About
mille for mieux
En bien dire que d'en bien faire
Vous voyez bien , Mademoifelle
, que , n'en déplaife
à mon courage , j'ay railon
d'aimer mieux raconter qu'agir
, puis qu'on a preferit à
monSexe de ne fe pas mêler
d'affaires fi vigoureufes
, que
quand les Ennemis font à
noftre porte , ou qu'il arrive
quelque autre occafion auffi
preffante Les profperitez.de
laFrance me font trop cheres,
Kij
116 MERCURE
pour ne pas faire mille voeux
au Ciel de ne trouver jamais
aucun lieu de faire éclater ma
fermeté. Cependant je veux
bien eftre Telefille
*
filon
yeur, mais une Telefile , dont
tout le merite confifteracà
ſentir un grand zele pour fa
Patrie & pour fon Roy , & à
avoir quelques talens propres
à chanter les louanges de ce
Heros . Je laiffe à voſtre illuftre
Soeur l'honneur d'avoir
imité l'Heroine d'Argos , par
des endroits plus perilleux ,
& d'abord qu'on ne me regardera
qu'en Telefille de
GALANT 17
1
Paix , la comparaiſon ne deviendra
guere moins juſte
que de vous à Erinne ; car
lors que je fais d'attentives
reflexions , vos avantages me
paroiffent bien autant au def
fus des fiens , que les miens
font au deffous de ceux de
Telefille . Outre cet air charmant
de douceur & de tendreffe
, répandu dans toutes
-les productions d'efprit qui
vous échapent , fans doute
encore plus touchant en vous
qu'en celle à qui on vous
compare , outre tous ces
avantages , dis je , on ne lic
118 MERCURE
4
-dans aucun endroit qu'Erinne
fuſt d'une Maiſon aufli
illuſtre dans la Grecé, qu'ell
celle de la Tour du Pin ën
Frances ny on ne lit poine
non plus que cette fçavante
de Lefbos euft eu une Souf
fi célebre par une belle ac tion
, qu'une telle Heroind
auroit efté feule capable de
couvrir fa Famille de gloire ,
fcette Famille n'en avoit
pas efté partagée d'ailleurs."
L'Erinne de Lelbos n'eut aus
cune de ces heureuſes prérogatives.
D'Alerac , Erinne
de France , les poffedé àved
n
av
GALANT:
éclat , & y joint encore le.
bonheur d'eftre née d'une
•Mere qui rend incertain lequel
on doit le plus admirer
enelle de l'efprit ou de la vercu.
Enfin l'Erinne de France
a des Freres , qui fans eftre ny
Grecs ny Romains , fçavent
pratiquer dans toute la delicateffe
la plus belle Urbani.
té. En bonne foy , pour mê,
ler des termes modernes à
ces expreffions de l'antiquités
Lefbos auroit bien fait du
bruit d'un Citoyen auffi fage
& aufli galant homme, qu'est
le Marquis de la Chaifle, Je
120 MERCURE
conclus donc , que par niille
raifons vous eftes autant au
deffus d'Erinne , que le fuis
au deffous de Telefille. Mais
comme une tendre amitié
m'unit avec vous par les
noeuds les plus étroits , dans
une fi belle union , le fort
-foulagera le foible . Nous ferons
commerce de merite.
Vous me ferez part generey .
fement de ce que vous avez
de trop , cela rendra les chofes
égales ; & ainſi vous resterez
toujours Erinne , & moy
Telefille.
REPONSE
GALANT. 12[
REPONSE
De Mademoiſelle d'Alerac,
A Mademoifelle l'Heritier.
UE je fçay bon gré
Mademoiselle , au fpi
O
rituel înconnu qui vous don :
he le nom de Teléfille ! If
vous convient, fiquelque cho
fe peut vous affortir. Je vous
l'aurois donné , ce nom , fi je
n'eftois perſuadée que
le voftre
vaut mieux que tous ceux
dont l'on peut fe fervir. Si
vous aviez vêcu dans ces fiecles
reculez, vous auriez rem-
May 1696.
L
122 MERCURE
*
pli l'Hiftoire. Alors l'on au
roit décidé pour les Anciens ;
mais il vaut mieux que nos
Neveux lifent ce qui vous dif.
tingue par mille beaux endroits
, & que nous jouillions
de l'heureux plaifir de vous
voir , qui doit eſtre ſi cher à
yos Amis .
L'on trouve en vous une amitie
folide,
On commerce plein de douceur.
Quand fur vos beaux endroits il
faut que l'on décide wit
Quelque bon gouft qui guide,
L'un sient pour votre esprit , l'au
essenstrespour votre coeur,
Il n'y a que l'amour qui fe
GALANT: 123
plaint de vous. Il eft vray .
Mademoiſelle • que vous le
bravez fans ménagement .
Pour avoir plus d'esprit qu'une
autre ,
3. Croyez-vous fauver votre coeur
Dov D'une tendre langueur ? h
C'est une pure erreur.
Ce coeur eft fait comme le noftre,
Dans vos Vers immortels vous
chanterez unjour
La gloire de l'amour.
Il fera feur de triompher
lors que vous ferez valoir fes
charmes.
Vos Vers ont untour enchanteur,
L'amour verra par eux augmenter,
olive fon empire.
Lij
124 MERCURE
Telefille , il n'est point de coeur
Qui ne ſe rende au ſon de voſtre Quine fer
docte Lyre.
U
..
hul flamp and toons now ins
L'amour me fçaura bon
gre de mon préjugé , & peuteftre
par reconnoiffance ,
laiffera til mon coeur à la
mitié , qui eft fi contente de
moy ; & qui a tant de raiſon
de l'eftre . Vous me faites fen:
tout ce tir, Mademoiſelle
qu'elle a d'agreable par le
plaifir que j'ay d'aimer , &
d'eftre aimée d'une Amie de
voftre merite. Je fuis ,
Puis que nous fommes fur
AM AS
1
GALANT.
125
les Lettres , vous voudrez bien
en voir encore une qui eft fur
une matiere plus ferieuſe que
celles que vous venez de lire?
Elle ne vous en plaira pas
[ moins , puis que les plus hau
tes connoiffances n'ont rien
de trop élevé pour vous.
A MONSIEUR DE ***
160
[ Ous ne ferez peur- eftra
pas fâché , Monfieur , que
je vous entretienne un moment
de la nouvelle Philofophie que M²
Hartfacker, natif de Rotterdam
en Hollande , a donnée au Publie
Liij
126 MERCURE
depuispeu de temps , & qui vient
fort a propos pour prendre la place
de celle de M Defcartes . Je vous
diray en peu de mots ce qui me
plaift dans chaque Chapitre de cer
excellent Ouvrage , & * en meſme
Demps ce qui mefemble que l'on y
pourroit trouver à redire.
Cet ingenieux Auteur établit
fi bien dans le premier Chapure .
la neceffité dedeux Elemens , dont
l'un eft abfolument liquide & l'an .
are abfolument dur,
par des raifons fi convaincantes ,
qu'il ne laiffe aucun lieu d'en douter.
Mais quand cegrand Hom .
nae , qui , à mon avis ,ſurpaſſe en
le prouve
GALANT. 127,
matiere de Phyſique tous les Philofophes
qui l'ont precedé , & dont
il nous refte les écrits , dit qu'il ny
qu'une feulefubftance qui rem
plit l'Univers par fon étendue
fans bornes & fans limites , je
voudrois bien luy demander ce
qu'ilentendpar le mot de fubftan .
cs. Si par ce mot il entend un
eftre qui fubfifte par foy mesme
qui n'a befoin d'aucun autre
eftre pour fubfifter , cette fubftance
eft Dien mefme , & par confequent
puifqu'il la divife en deux
differentes fortes d'eftres qu'il appelle
premier & fecond element ,
qu'il luy donne une étendue & du
Liij
128 MERCURE
mouvement local , ce qui ne peut
convenir qu'à la matiere créée ,
il confond Dieu & la matiere..
Si par ce mot defubftance il entend
un eftre qui nefubfifte pas par
foy mefme , mais qui pourſubfifter
a befoin d'un Eftre Souverain
qui l'a crée & qui le conferve
il ne devroit pas , ce femble , dire
qu'elle eft fans bornes &fans limites
, ce qui ne peut eftre dit que
de Dieu feul.
Tout ce que cet illuftre Philofophe
dir du mouvement dans le
Second Chapitrefurpaſſe de beaucoup
tout ce que les Anciens &
les Modernes en ont écrit. Il
GALANT 29
femblepourtant qu'il auroit mieux
fatt de retrancher la premierepra-
-pofition , ou du moins de la mes
tre entre les axiomes , comme af
fez claire d'elle mefme , que d'en
donner une demonftration embaraffée
, comme il fait . Il auroit
mieux fait de prendre la peine de
demontrer la quinziéme Propo .
fition , que defe contenter de dire
qu'elle fe demontre de la mefme
maniere
que la precedence ,
peut eftre qu'alors il fe feroit apperçu
qu'il n'eft pas tout- à fait
vray qu'ellefe démontre de la mèsme
maniere que la precedenteson
Ces quatre Chapitres fuivans
Ko MERCURE
font beaux par excellence ; car tour
y est également bien traité. La
raifon qu'il donne pourquoy le Soleil
demeure toujours à peu prés
de la mefme grandeur , quoy qu'il
s'enfaffefans ceffe des écoulemers
de tous coftez , nefe peut pas payer,
je crois qu'à prefent on n'aura
pas grande peine à abandonner
toutes les rêveries que M'Defcartes
a données là deffus . On pourroit
pourtant luy donner avis qu'il
a tort defefervir par tout du mot
folide ,là où il auroit fallu fefer.
virdu mot dur , & quefa defcription
dufublimé n'eft pas juste.
Lefeptiéme Chapitre où ilparle
GALANT. izt
que
Les é
du mouvement de la terre & des.
Planetes fera fujet à bien des
conteftations. Il avance que l'obliquité
de l'Ecliptique change
ce qui n'eft pas . Il dit
toiles fixes doivent paroistre changer
de latitude , ce quejamais Aſ.
tronome n'a obfervé . Il veut que
l'excentricité de la terre n'eft plus
figrande qu'elle eftoit autrefois , ce
qui eft encore contre l'experience.
Enfin il prétend que toutes les
Planetes vont d'Occident en Orient,
parce que la premiere , dit il,
qui tourne autour du Soleil doit
entraifner avec elle la matiere celefte
qu'elle traverse , & par confe132
MERCURE
quent determiner les autres Pla
netes à fuivre le courant de cette
matiere , & à fe mouvoir de mefme
fens ; mais ces corps font de
beaucoup trop petits à proportion.
de la grande diftance qui eft entrecux
, pour imprimer da mouvement
à la matiere celefte , enforte
que ce mouvementſe puiffe faire
fentir de l'un à l'autre ,
terminer à aller par le mefme che
min. Je ne comprens pas non plus
comment il peut faire tourner la
Lune autour de la terze , car fi
les rayons du Soleil , par lefquels
il les fait mouvoir , la pouffoient
d'Occident en Orient depuis la
les dé
GALANT. 133
conjonction jufqu'à l'oppofition ,
les mefmesrayons la repoufferoient
après d'Orient en Occident , &
ainfî elle ne feroit qu'un balance .
ment continuel,
Ce qu'il dit dans le buitiéme
Chapitre du flux & du reflus de
la mer ne differeguère de ce qu'en
a dit M' Defcartes.
Le neuviéme Chapitre où il
traite de l'Aiman , fait voir la
beauté de fon genie , la force.
defon esprits car il explique tout
d'une manierefifimple & fi claire,
qu'ilfemble prefque impoffible que
la nature puiffe agir autrement
que comme il le dir. Neanmoins
•
134 MERCURE
la raifon qu'il donne pourquoylors
que l'on coupe un Aiman de telle'
forte que le plan de la fection foir
perpendiculaire à l'axe , chacun de
ces deux morceaux doit à propor
tion de fa grandeur avoir beau
coup plus de vertu que toute la
pierre n'en avoit avant la divifion
, tient beaucoup du galima.
tiás , car de dire que cela arrive
parce que l'action de la matiere
magnetique ne doit pas diminuer
à proportion de la grandeur du
morceau , c'est justement dire
ce qui eft en question. La raiſon
qu'ildonne dans le vinge cinquié.
me article , pourquay deux AiGALANT.
135.
>
mans ne peuvent pas s'approcher
l'un del'autre fi bien &fi forte.
ment qu'un morceau de fer s'ap.
proche d'nn Aiman , ne vaut gues
re mieux , du moins elle ne me
femble pas bien claire. Page 185 .
il dit qu'un Aiman ne perd rien de
fa vertu , quoy qu'il touche plufeurt
boules on morceaux de fer
trop épais Je crois que cela eftcon
tre l'experience auffi - bien que ce
qu'il dit page 193. fçavoir qu'un
morceau de fer aimante ne perd
rien defa vertu en touchant à des
boules de fer , ou à des fers trop
épais...
→ Dans le dixiéme Chapitre où
M
#36 MERCURE
il parle des tremblemens de terre,
il explique divinement bien comment
l'air fe peut dilater par la
chaleur jufqu'à occuper cent fois
( il auroit mieux fait de dire qua .
tre ou cing mille fors ) plus d'efpace
qu'il n'en occupoit auparavant.
L'onzième Chapitre des Vents eft
un veritable chefd'oeuvre ; &le
douZiéme Chapitre où il traite
de Metcores , est parfaitement
mignon , mais peut eſtre un peu
trop court.
Pour ce qu'il dit dans le trei
Ziéme Chapitre de l'origine des
Fontaines, des Puits des Rivie
Yes,je nefuispas defonfentimens
GALANT. 137
car il nie femble impoffible que la
pluye feule puiffe fournir aux:
Puits , aux Fontaines , & aux
Rivieres , principalement dans les
pays où il pleut rarement.
• Du refte , ce que j'admire da
vantage dans cet Auteur , t'eft
qu'eftant étranger il ait pu écrire
un fi brau langage , trouver des
expreffions fi heureuses , er avoir
tant de netteté & de pureté dans
fon ftite , qu'il pourroit fervir de
modeleà ceux qui voudroient écrire
fur de pareilles matieres .
Le Pere de la Boiffiere
Preftre de l'Oratoire , ayant
May1696.
M
138 MERCURE
૨
prêché le Carefme dernier
à Saint Euſtache avec beau
coup de diftinction , fic le
jour de Pafque un Compli
ment indirect à Son Alteffe
Royale Monfieur , qui vint
ce jour - là au Sermon dans
cette Eglife , qui eſt la Pa
roiffe. Aprés avoir fait la divifion
de fon Difcours , il dit..
C'est le partage de ce difcours ,
que je confacre , Meffieurs , au
Triomphe de J. C. & à vôtre
inſtruction ; car ni ma bouche.
ne doit point icy annoncer les
oeuvres des hommes , ni vos
yeux ne doivent point regarder
GALANT 139
d'autres grandeurs que celle du
Dieu Saint dont vous venez
entendre la parole; & fi dans la
joye que vous avez de poffedin
au milieu de vous un auguſte
Prince , vous attachez jus lug
vos regards , fi vous admirez
en luy fa pieuſe ardeur à paffen
de fon Palais dans le Temples
fon refpect pourles chofesfaintes ,
fa veneration pour les Miniftres
facrez ,fon Zele pourles gens de
bien dans une fi haute elevation,
unefi grandefageffe dans le cens
tre des paffions , une foûmission
aux Loix fi fidelle ; fi vous êtes
sbarmez de cetre égalité d'ame y
MIT
140 MERCURE
ren
& de cette bonté à qui toute
reputation eft facrée & toute
mifere est précieuſe , bonté qui le
fait regner fans couronne
dez en la gloire à celuy qui donne
la grace. Rapportez ces merveilles
à la puiffance de F. G.
xeffufcité , par qui les Cefars font
devenus Chreftiens , & les fu
perbes Geans ont efté reduits à
T'humilité des enfans , qui a inftruit
à pleurer leurs pechez ceux
qui fçavoient feulement vaincre
leurs ennemis , & qui a faitfa
fouvent defcendre de leurs tro .
nes ces Dieux de la Terre pour
les amener à fon Sepulcre. C'eſt
3GALANT. #41
à ce glorieux Sepulcre que vous
allez apprendre les deux veritez
queje vous ay propofées . Als
#Z53 .
- * Je vous ay mandé que j'a .
vois plufieurs Ouvrages de
Mr de la Fevrerie, dont vous
connoillez le nom & le meri.
ce il y a longtemps. En voicy
un dont la lecture vous fera
plaifir.
*w* dang
213
35 એ
epog are adds and in cu
19 soley? # of magma zal
142 MERCURE
55222 5 $52252522 25.
L'ARBRE GRAVE .
Nouvelle découverte.
So
Oit
que
fon
cours
ordinaire
, ou
qu'elle
s'en
écarte
, & qu'elle
erre
quelquefois
, elle
eſt
tous
jours
admirable
dans
fes
pro
ductions
. Eft
- il rien
de plus
merveilleux
que
cette
con-
-
ftante
uniformité
qu'elle
ob
ferve
dans
tous
les
Ouvrages
depuis
tant
de
fiecles
? Mais
comme
nous
y fommes
ac
la Nature fuive
GALANT. 143
coutumez , il femble qu'elle
veuille de temps en temps
réveiller noftre attention par
des Phenomenes extraordinaires
, & dont la nouveauté,
la fingularité , & le caprice
frappent davantage noftre
imagination . Ce font des
jeux & des délaffemens de la
Nature , plûtoft que des erreurs
& des égare mens , fur
tout, quand le hazard ou l'ar
tifice s'en meflent , & concourent
avec elle pour la
beauté & la perfection de ſon
ouvrage. Mais quand quel.
que accident trouble fon oe .
$44 MERCURE
conomie , & s'oppoſe aux or
dres que la divine Sageffe luy
a preferits , elle n'agit plus
que par contrainte , & elle ne
produit qu'à regret ces monftres
qui nous furprennent ,
& qui la font admirer dans
les chofes où elle eft moins
admirable. Celle dont je veux.
parler n'eft pas de ce genre,
& de celles qu'on luy impute
pour des fautes & pour des
pechez . C'eſt un jeu d'enfans ,
dont elle mefme s'eft fait un
jeu . Ainfi ce Difcours n'aura
rien de trifte & d'affreux ; &
tâcheray de luy donner,
tour
GALANT. 145
tout l'agrément dont la ma
tiere peut eftre capable.
Un de mes Amis m'ayant
propofé , une partie de pro
menade dans un de ces beaux
jours du Printemps qui invitent
tout le monde à prendre
l'air , nous choififme sun Bois
de haute fuftaye en forme de
Parc , qui eft tout proche de
la Ville de Coutance , & qui
en fait un des principaux or
nemens. Après avoir marché
quelque temps dans les routes
les plus aifées de ce Bois
nous nous trouvâmes en un
endroit où il y avoit plufieurs
May 1696.
N
46 MERCURE
ces
arbres abattus , & qu'on avoit
coupez pour brûler. Ayant
jetté par hazard les yeux fur
morceaux de bois , nous
en remarquâmes un qui attira
particulierement nos regards
& noftre curiofité. Il
eftoit d'environ trois à quatre
pieds de long , & d'un pied &
demi de groffeur. On l'avoit
fendu en deur , mais de proportion
inégale , &juſtement
à l'endroit où la Nature avoie
d'abord partagé cet arbre ,
qui cftoir fourchu par le
pied ; mais dans la fuite du
temps elle avoit réuny ces
*
GALANT. 147
deux branches , & n'en avoit
fait qu'un même tronc , à la
hauteur de deux coudées , où
elles s'eftoient rejointes inti
mement,& avoient continué
un feul arbre jufqu'à la cime,
On'voyoit à un des bouts de
ce morceau de bois , cette union
intime & naturelle , car
pour le refteily avoit une dou ,
ble écorce en dedans comme
en dehors ; ce qui marquoit
bien qu'au fortir de terre c'eftoient
deux branches feparées,
& d'inégale groffeur. La
premiere partie étoit concave
dans le milieu ; & de quatre
Nij
148 MERCURE
ou cinq pouffes d'épaiffeur ,
La feconde eftoit convexe ,
& deux fois plus groſſe. L'on
voyoit en dehors quelques figures
& quelques caracteres
gravez fur l'écorce de la partie
la plus mince , nonobſtant
que le temps en cuſt réuni &
prefque effacé les traces ; mais
qui eftoient nettement &
fort bien imprimez au dedans
fur les deux coftez , ce
qui fait la merveille que je
vais décrire, & que je ne crois
pas indigne de la curiofité
des Phyficiens & des Natu
raliftes.
GALANT. 149
On avoit donc gravé fur
Cer arbre deux Ecuffons fort
bien deffinez , l'un au deffus
de l'autre , avec une bande
Qu quarré-long entre deux,
Les Ecuffons avoient plus
d'un demi-pied de hauteur,
quatre ou cinq pouces de
Jargeur. La bande eftoit de
la même étenduë , mais elle
n'avoit de largeur que trois
Qu quatre pouces. Dans 1 ,
cuffon de haut il y avoit en
face ces deux lettres , 1. B. en
gros caractere Romain. Dan's
L'Ecuffon d'en bas on voyoit
en chefces trois lettres , R. D.
F
Nij
150 MERCURE
L. mais la derniere de ces letz
tres eftoit mal formée , & ref
fembloit nieux à un 1. majuf
cule. Dans la bande il y avoit
ces trois lettres , D. M. Q.
beaucoup mieux formées
que les autres , & d'un plus
gros cadeau , en forte qu'el
les en rempliffoient la capacité.
Enfin toutes ces figures
eftoient gravées en dedans
comme en dehors , & à la
même diftance , fur les deux
coftez où ce morceau de bois
eftoit fendu , avec cette difference,
que fur la partie convexe
elles eftoient en boffe
GALANT: 151
9
& de relief, & plates & enfoncées
fur la partie concave,
Comme la double écorce in
terieure qui envelopoit les
deux coftez , s'eftoit enlevée
en fendant le bois , il ne paroiffoit
à quelques endroits
que des lignes noires & unies
comme l'eftampe d'un fer
chaud nouvellement appliqué
. Il y avoit par dehors au
milieu de la bande un trou
en forme de noeud d'un demy
doigt de profondeur ,
& à fourrer un filet feulement.
Toutes ces chofes paroî-
Niiij
152 MERCURE
tront d'abord un peu trop cir
conftantiées, & on pourra les
traiter de minuties , mais
dans la fuite on trouvera
que cela eftoit neceffaire ,
& que j'ay eu raifon de m'y
arrefter. C'est
pourquoy
non content de cette defcription
, j'ay encore voulu
donner icy la figure de ce
morceau de bois , qu'un do-
&te Elevé de Monfieur Manfard
a pris la peine de def.
finer à ma confideration
;
car on ne fçauroit trop bien
reprefenter les objets fur
lefquels on veut raiſonI
B
DMQ
RDE
NCM
GALANT 153
ner & tirer des conjectures.
>Aprés avoir confideré fort
long- temps ce morceau de
bois , & l'avoir curieuſement
examiné de tous coftez, nous
nous affimes au pied d'un ar
bre fur le gazon , & là nous
difmes de part & d'autre
tout ce qui nous vint à l'ef
prit , raifonnans à perte de
veuë , tantoft du mefme fentiment
, & tantoft d'opinion
conttaire , ne pouvant mef
me convenir quelquefois de
ce que nous venions de voir,
& qui eftoit fous nos yeux ;
tant il eft vray que chacun
154 MERCURE
voit differemment les mef
mes chofes , ou plûtoft
que l'homme entêté ſe plaiſt
contredire. Il ne faut donc
pas demander fi chacun prit
parti , & s'il le foûtint avec
chaleur. Mon amy qui s'étoit
d'abord laiffé prévenir à
la merveille , crioit miracoli ,
comme les Italiens , & pretendoit
incontestablement
que la graveure exterieure de
ces figures avoit penetré ininterieurement
, & les avoir
marquées dans cet arbre par
le moyen de l'humeur groffiere
& terreftre qui forme
1
GALANT 155
l'écorce , & qui avoit paffé
& s'eftoit écoulée par le trou
que nous avions remarqué.
Pour moy , je luy foûtenois
au contraire , que la nature
avoit peu de part à ce qu'il
admiroit tant , & que ce n'étoient
que deux branches
jointes enfemble , & fur lef
quelles on avoit gravé d'un
& d'autre cofté les mefmes
figures en égale diſtance ;
qu'à la verité la nature en
les réuniffant pour en faire
un feul arbre , les avoit fi délicatement
envelopées qu'on
ne pouvoit s'appercevoir au
196 MERCURE
dehors qu'il y en euſt deux ,
mais qu'au dedans cela eftoir
tour viſible. On pourroit di
re que la partie la plus mince
de ce morceau qu'on a
voit fendu , n'eftoit qu'une
excrefcence de l'arbre & une
double écorce , dont il eftoit
revêtu de ce cofté-là. En ef
fet , ajoûtai je , fa concavité
interieure , & la convexité
de l'autre partie où elle fe
joignoit , le feroient croire vo
lontiers , mais on changé
bien toft de fentiment quand
on confidere l'extrémité ou
la coignée a paffé qui en fait
5
GALANT. 157
voir l'union , & la meſme
fubftance de l'arbre qui fe
trouve dans la capacité de
cette partie , qui a , comme
j'ay dit , quatre ou cinq pouces
d'épaiffeur. A joindre les
deux écorces interieures qui
couvrent chaque cofté de
ces deux branches , dont la
plus foible & la plus délicate
seftoit applatie , & avoit
pour ainfi dire embraflé l'au
tre en fe joignant à elles on
ne fçauroit en donner une
plus jufte idée que celle d'une
Amande jumelle , dont les
parties inégales fe joignent
158 MERCURE
fi proprement , qu'elles ne
font qu'une feule & mefme
Amande. Mais pour ne rien
déguifer , ce qui favorife un
peu vostre opinion , c'eſt la
difpofition des lettres qui
font placées dans ces figures
, car elles font gravées en
dehors fur la premiere partie
du bon fens , & de gauche à
droit , & en dedans à rebours
de droit à gauche .; &
fur la feconde partie elles fe
trouvent difpofées comme
en dehors ; ce qui donne lieu
de penfer qu'on n'a gravé ces
branches que de deux côGALANT.
159
tez , & non pas de trois , &
que les figures , ainſi que les
caracteres qui font dans la
concavité de la premiere partie
, ont efté imprimées par
l'union & l'application de la
feconde , lors qu'elles fe font
jointes ensemble. Mais quoy
qu'il en foit , vous ne pour
rez jamais prouver que cela
fe foit fait par la voye de la
penetration.
Ajoutez que toutes ces fi
gures font artificielles en de
dans comme en dehors , ce
qui ne feroit pas fi elles n'é.
toient qu'un effet de la féve
160 MERCURE
comprimée interieurement
fur le bois qui les auroit tra
cées , comme celles qui ſe
trouvent naturellement dans
de certains bois & dans quelques
pierres. Tout ce que la
nature a donc pû faire icy ,
a efté de groffir ces figures ,
& ces caracteres en donnant
plus de nourriture & de fraif.
cheur à ces deux écorces in
terieures.
Cela eft bien aisé à dire ,
repliqua mon Amy. Si le
pied de cet arbre eftoit four
chu , comme vous le fuppo
fez , ces deux branches étoient
GALANT.161
toient fiproches l'une de l'au
tre , que la main d'un enfant
pouvoit à peine y paſſer , bien
loin d'avoir la liberté d'y tra
cer trois affez grandes figures
, & plufieurs groffes lettres
qui d'ailleurs ne pouvoient
pas eftre contenues
fur de petites branches telles
qu'elles eftoient avant
-leur union , car fi l'incifion
qu'on fait fur les arbres croift
avec eux , l'efpace où font
les figures diminuë au contraire
à mesure qu'elles grof.
fiffent, Voftre objection , in,
terrompis- jeeft plus fpes
May 1696.
162 MERCURE
cieuſe que folide , puifqu'el
le ne confifte que dans la
difficulté de graver à l'entredeux
de ces branches . Si elles
eftoient encore foibles &
menuës , comme il le faut
fuppofer, avant qu'elles fuf
fent jointes ; il eftoit ailé de
les plier , & d'y graver ces
figures , qui ne font pas fi
grandes que vous les faites.
Vous me permettrez bien
de remarquer en paffant ,
puiſque vous en avez parlé ,
de quelle maniere l'incifion
qu'on fait fur les arbres
croiſt avec eux. La féve que
GALANT. 163
le coûteau où le poinçon
fait retirer des deux côtez
enfle & foûleve l'é-
;
corce fur les bords tanc
que l'arbre a de la vigueur ,
mais felon que l'incifion eft
plus ou moins profonde , ou
qu'elle eft expofée à l'air.
Ajoûtez auffi la nature de
l'écorce , ou le froiffement
de quelque corps eftranger ;
toutes chofes qui contribuent
à groffir ou à diminuer
les caracteres. Mais certe
incifion ne s'eftend jamais
fur la ligne , & demeure toûjours
de la meſme longueur
a
O ij
164 MERCURE
qu'elle eftoit d'abord , fem
blable en ce point à celle
qu'on fait fur la pierre , &
differente de celle du corps
humain, L'incifion qu'on fait
fur la pierre refte toûjours
dans le mefme cftat , parce
que la nature n'y apporte
aucun changement . Celle
qu'on fait fur l'arbre groffit
, &
augmente , parce
que la nature agit ſur elle ,
& celle qu'on fait fur le
corps humain fe renferme,
fe réunit &
diminuë , parce
que l'art & la nature travaillent
à
l'effacer. Le temps
d
GALANT. 165
qui confume tout , efface les
unes & les autres .
Mais je vous demande ,
continuay.je , pourquoy la
féve de cet arbre émeuë &
excitée au dehors par l'inci
fion , & pouffée & comprimée
au dedans par cette ou
verture , n'a laiffé aucun veftige
de fon paffage quand
elle eft allée prefque au milieu
de cet arbre y former
une double écorce , & y gra
ver les mefmes figures ; car
il n'en eft pas comme de
bet ingenieux fecret de l'é
crisure avec Fencre de fym-
2
166 MERCURE
pathie , qui marque fur la
derniere feüille d'une rame
de papier les meſmes cara
Aeres qu'on a tracez ſur la
premiere , fans qu'il on paroiffe
aucune marque au travers.
L'action du poinçon ou
du burin eft toujours vifible
, & elle ne peut penetrer
d'une extrémité à l'autre
fans paffer par le milieu.
Quelque profonde que foit
la graveure qu'on fait fur un
arbre , elle ne peut communiquer
à l'humeur & à la féve
une vertu expreffive qui
pafle d'une maniere impert
GALANT. 167
ceptible , & qui en penerre
interieurement toute la capacité
. Il faudroit pour cela
un burin enchanté , & des
caracteres magiques , & que
cet arbre fuft du temps des
Fées . Enfin , vous me ferez
plaifir de m'apprendre toute
cette oeconomie de la na .
ture , & comment elle s'eft
attachée à fuivre fi exactement
le caprice & le jeu
d'un enfant , elle qui garde
fi peu de regularité dans
les figures qu'elle imprime
quelquefois fur le bois ,
les pierres , ou fur le corps
fur
168 MERCURE
humain. Je vous avoue que,
cela me paffe , & que je ne
le puis comprendre,
Je vais talcher de vous ſatisfaire
, me répondit mon
Amy qui avoit gardé un
affez long filence , & ne pas
éluder la difficulté , comme
vous faites. Je ne vous di
ray point icy pour faire le
fçavant Naturalifte , de quelle
maniere cette fage nature
dont vous voulez fçavoir
l'economie , prepare ,
difpofe , & diftribue la féve
dans les arbres ; que de la
plus groffiere & de la plus
terreftre
GALANT.
169
47
terreftre elle forme l'écorce;
que de la plus pure & de la
plus fimple elle nourrit l'arbre
; que de la plus douce &
de la plus delicate elle compofe
le bouton & les feuilles , &
que de la pluscuite & de la plus
fubtile elle produit les fleurs
& les fruits .Mais pour ne vous
rien dire d'inutile , & ne pas
vous faire toute l'hiftoire de
cet arbre , je m'arrefte feule.
ment à l'humeur qui forme
l'écorce , parce que c'eft la
cauſe de la
merveille que nous
admirons, & que vous voulez
que je vous explique.
May 1696,
P
170 MERCURE
Comme cette humeur cir
cule autour de l'arbre feule
ment , & n'entre pas dans l'in
terieur du bois elle n'a
garde d'y avoir laiffé aucunes
traces de ce qu'on avoit gravé
fur l'écorce , lors qu'elle
en a formé une interieure fur
laquelle on voit les mefmes
figures , & parce que l'incifion
n'a agi exterieurement
que fur l'écorce , la nature
n'a fait auffi cette mefme impreffion
interieure que fur
une autre écorce , & juftement
à l'oppofite où répon
doit le trou que nous avons
GALANT: 17:
res ,
femarqué , par où cette hu
meur s'eft écoulée , & qui
eftant impregnée de ces figu-
& de ces caracteres , l'a
determinée à la conduire
dans cet ouvrage
, par
moyen de ces idées. C'eſt
pourquoy elle a eſté plus reguliere
en cette rencontre
qu'elle ne l'eft d'ordinaire ,
quand elle fe joue feule , &
qu'elle agit fans determinarion
; & s'il eft vray que les
arbres s'échauffent & entrent
en rut , comme parle Bary
dans fa Phyfique , ne fe peutil
pas faire que fi on grave
Pij
172 MERCURE
r
quelque chofe fur un arbre
pendant cette violente fermentation
, elle s'imprimera
interieurement fur le bois d'une
maniere naturelle , comme
on voit fur le corps
enfant , les marques d'envies ,
ou d'autres chofes qui ont
vivement frappé l'imagination
de fa mere, dans le temps
de fa groffeffe ?
d'un
En verité , m'écriay je en
l'interrompant , peu content
de la peine qu'il prenoit pour
expliquer une chimere , vous
eftes admirables vous autres
efpions de la nature , d'eftre
GALANT. 173
fi ingenieux à vous tromper
afin de mieux tromper les au
tres. Examinez le fait , & tâchez
de vous en convaincre
avant que d'établir une nouvelle
hypotheſe pour prouver
une chofe qui n'a jamais efté,
& qui ne fera jamais . Vous
pourriez bien faire de cette
buche, ce qu'on fit de la Dent
d'or en Allemagne . Tous les
Sçavans aimerent mieux compofer
des Livres pour prouver
que la Nature avoit fait une
dent d'or, que de s'appliquer
à découvrir l'artifice du Charlatan
qui avoit doré la dent.
P iij
174 MERCURE
Ainfi vous aimez mieux vous
uerà me foutenir que la Na
zure a imprimé ces figures &
ces caracteres au milieu de ce
morceau de bois , par la voye
de la circulation , de la progreffion
, & de la penetration
idéale de la feve , que de vous
arrefter à examiner foigneufement
le fait , & de reconnoiftre
de bonne foy , que ce
n'eft qu'un pur effet du hazard
, & de l'amuſement d'un
petit Ecolier. Mais mon Ami
ne ferendoit pas , & goûtoit
auffi peu mes raiſons que je
faifois les fiennes . Il appelloit
GALANT.
t ; $
fon fecours tous les Aftrologues
, tous les Philofophes,
tous les Naturaliftes , Part , la
nature , & la cabale. Il m'accabloit
de raiſons & d'experiences
; il alleguoit les Talifmans
& les Gamahez qu'on
trouve dans les bois & dans
les pierres. Enfin il racontoit
les miracles des influences
des Aftres , & de la nature des
Planetes.
Ne feriez vous point auffi
d'humeur , luy dis -je , voyant
qu'il avoit ceffé de parler , de
vouloir déchiffrer ces carateres
, & de leur donner une
Piiij
175 MERCURE
interpretation antique & cu
rieufe ? Car vous n'eftes pas
moins fçavant en Infcriptions
qu'en Phyfique. Cela eft violent
, reprit il d'un ton qui
commençoità s'aigrir , & c'eft
pouffer un peu trop loin la
raillerie ; mais enfin je ne fuis.
pas aujourd'huy d'humeur à
me chagriner contre vous .
On reconnoift dans ces figures
& dans ces caracteres ,
l'efprit & la main d'un enfant ,
& ces bagarelles font indignes
de noftre attention.
Mais vous qui prenez garde
à tout , n'avez - vous jamais
GALANT 157
fait en venant icy , une refle
xion que j'ay faite plufieurs
fois : Il y a beaucoup d'efprit,
de politeffe & de galanterie
dans cette Ville , & ce licu eft
le plus propre du monde à la
meditation d'un Philofophe
contemplatif, & à la rêverie
d'un Amant tranfi . Cependant
je n'en ay jamais vû aucunes
marques fur ces arbres .
Eft-ce , difois-je en moy- même
autrefois , & avant que de
connoiftre la Carte , que l'amour
eft inconnu en ce Pays,
ou que fon empire y eft fi
doux , que l'on y aime fans
178 MERCURE
peine , & qu'il n'y a que des
Amans heureux ? Encore :
quand cela feroit , feroientils
paroistre leur joye & leur
reconnoiffance , & ces arbres
en feroient de fidelles témoins.
Ah des témoins , interrompis-
je , & fçavez- vous
que c'eft là juftement la raifon
de ce que vous demandez.
Ils ont tant de difcretion , qu'-
ils ne veulent pas même confier
leur fecret à ces confidens
muets. J'ay remarqué cela
comme vous , & d'abord j'en
fus furpris ; mais aprés avoir
un peu étudié le caractere
GALANT: 179
des gens , je ne me fuis plus
attaché à chercher dans ce
bois les déclarations
d'amour
, de tendres & de triftes
plaintes , quoy qu'il n'y ait
rien de plus commun & de
plus ordinaire dans un lieu
comme celuy cy , & dans une
faifon où tout le monde y
vient à la promenade
.
Je voy donc bien , reprit
mon A mi , que ceux qui viennent
icy , ne veulent pas dire
le fujet qui les y amene , ny
même qu'on le devine . C'eſt
pourquoy on ne voit fur ces
arbres ny chiffres , ny laqs
180 MERCURE
d'amour , ny coeurs enflâmez
& percez de fléches, tous fimboles
d'une paffion amoureus
fe , violente & delicate . N'en
déplaiſe pourtant à la fage
précaution de nos Amans , ils
ont en cela cela trop de referve ,
& je doute qu'ils foient fort
paffionnez , ou du moins fort
galans car depuis qu'on a
commencé d'aimer , & de fe
plaindre dans le monde ( &
P'un ne va jamais fans l'autre )
les arbres & les pierres en ont
porté par tout des marques.
Dans les bois , dans les caver
nes , fur les rochers on voit.
M
60
GALANT 181
les chiffres , les Deviſes , les
noms & les plaintes des Amans.
Les Poëtes , à qui ces chofes
ont plû , ne les ont pas
negligées ; ils en ont fait l'endroit
mignon & favori des
Elegies & des Eglogues . Les
Grecs , les Latins , les Efpagnols
, les Italiens & les François
ont triomphé là - deſſus .
Virgile que vous aimez tant,
eft à mon gré celuy qui a le
mieux exprimé cet amuſe.
ment rêveur des Amans. II
eft vray , luy dis - je , & je me
fouviens encore avec plaifir
182 MERCURE
des rives du Mince , & de la
Bergere Amarylle. Titire va
dans les bois graver fes a
mours fur les arbres.
Certum eft infilvis interſpelæa
ferarum
Malle pati , tenerifque meos
incidere amores
Arboribus.
C'eſt un ancien uſage , & les
Romains, auffibien que nous ,
foulageoient par là leurs peines
amoureuſes.Mais peut- on
rien voir de plus tendre & de
plus ingenieux que cette réa
ponfe ?
Crefcent ille, crefcetis amores,
GALANT. 183
Un Poëte de noftre connoiffance
a dit d'une maniere
bien refpectueuse en parlant
de fa paffion à fon Rival , qui
s'amufoit comme luy à la dé
crire fur les arbres,
Comme toy dans le fein des
écorces profondes
J'ay gravé mille fois mes fla
mes fansfecondes ;
Mais ce que mon amour avoit
osé tracer
Le reſpect auſſitost me l'a fait
effacer.
Le Tircis de M' de Segrais
imite plus préciſement l'Amant
de Virgile , & n'eft pas
184 MERCURE
fi refpectueux que noftre A
mi , mais il eft plus paffionné,
En mille & mille lieux de ceg
rives champestres
·
Fay gravé fon beau nomfuð
L'écorce des befires.
Sans qu'on s'en apperçoive il
croiftra chaquejou
Helas !fans qu'elleyfonge, ainfi
croift mon amour.
On mit ces Vers en air , s
vous en fouvient , & nous les
avons tant chantez dans noftre
jeuneffe. Comme cet endroit
touche infiniment , il
eftoit tout propre pour la Mu
fique , & je ne fçay qui a plus
GALANT: 185
agrément , ou de l'air ou des
paroles . Madame Deshoulieres
a auffi fort heureuſement
imité cet endroit de Virgile ,
dans fon Eglogue intitulée ,
Celimene, où cette amoureufe
Bergere.
Fantoft cedant à laforce
De fes amoureux tranſports ,
Elle gravefur l'écorce
Des arbriffeaux de ces bords ..
Puiffe durer , puiffe croiſtre
L'ardeur de monjeune Amant,,
Comme feront fur ce befite
Les marques de mon tourment.
Cette Bergere me fait fouvenir
de l'Hermine du Taffe ,,
May 1696.
186 MERCURE
qui faifoit la même chofe
dans fa folitude. Comme elle
eftoit extrémement affligée ,
fa plainte eft fort touchante.
Sur les écorces les plus dures ,
Hermine en diverfes figures
Gravefon amoureux tourment;
Quoy que Tancrede la mépriſe,
Le nom de ce cruel Amant
Compoſe avec le fien une tendre
Devife.
&
Mais ce chiffre außi- toft redou
ble fes allarmes ,
Et luy fait verfer tant delarmes,
Qu'elle en arrose tout ce bois i
GALANT. 187
Dans la douleur qui la tranſporte
,
Encor qu'il foit fourd à fa
voix ,
Elle lay parle de la forte.
ន
Croiffez , branches qui me font
cheres ,
Croiſſez avec ces caracteres
Où mon amour estfibien peint:
Si quelqu'un vient fous vôtre
ombrage
*
Il en fera fans doute atteint.
S
Heureuſe, ingrat Amant , fi pour
prix de ma peine ,
Je puis l'obliger par pitié ;
Q_jj
188 MERCURE
A te porter autant de haine ,
Que je te porte d'amitié,
S
Mais peut - eftre toy mefme un
jour dans ces forefts ,
Tu verras les maux que j'en
dure;
Et
par
d'inutiles regrets ,
Tu plaindras ma trifte avan
ture. 2
Ces chiffres dans ce lieu champêtre-
Meferont affez reconnoiftrte-
Pour ne pas douter de monfort,
Ilfe reffonviendrad'Hermine,
Tu l'aimeras je m'imagine ;
Mais pourquoy , cher Tancrede,
attendre aprés ma mort ?
GALANT. 189
Ce ne font pas icy les
beaux Vers de M' le Clerc ,
comme vous voyez. Je ne
yeux point me faire honneur
de fa Traduction de
la Jerufalem du Taffe ; mais ,
où ma memoire me manque
, il faut que ma verve
fupplée. On ne perd rien
au change , me répondit obligemment
mon Amy. Cet
endroit fait plaifir , & je vous
fçay bon gré de l'avoir mis
en noftre Langue avec tant
d'agrément . Mais pour parler
poëtiquement & dans le
langage de noftre Virgile.
190 MERCURE
Et jam fumma procul villarumi
culmina fumant,
Majorefque cadunt altis de montibus
umbra.
Des arbres ,
$
des monts les om
bres redoublées
Portent déja la nuit dans le fond
des vallées.
C'est à dire qu'il le fait
tard , & qu'il eft temps de
nous en aller. En difant cela
il fe leva , & nous reprif.
mes doucement le chemin
de la ville.
A peine , y eftions nous de
GALANT. 191
1
retour que le Bucheron du
Parc avoit apporté dans la
cour de l'Evefché , ce morceau
de bois qui nous avoit
fervi d'entretien pendant nô
tre promenade. Il fut remarqué
d'abord par quelques
domestiques qui le firent
voir à d'autres gens ,
& ceux - ci en ayant parlé
comme nous à quelques cua
rieux , il fut vifité durant
deux ou trois jours , confideré
& examiné de plufieurs
fortes de perfonnes , & Dieu
fçait les belles chofes qu'on
dir là- deffus . Ceux qui pro392
MERCURE
fitent de tout, ne
ne manque
rent pas pour faire leur Cour
à M. l'Evefque de Coûtance
, a qui ce bois du Parc
appartient
, de dire quer les
écuffons qui eftoient gra
vez fur cet arbre , étoient
des Mitres , fans prendregarde
que la pointe d'une Mi
tre eft bien differente de la
pointe d'un écuffon , & qu'
on ne reprefente pas les Mi
tres renversée & fans fanons
Ils ne manquerent
pas auffi
d'appliquer
la lettre B. qui
eft dans un de ces écuffons à
à l'illuftre nom de Brienne
que
GALANT: 193
que porte ce digne Prelat , &
d'expliquer tous ces caracte
res à fa loüange , & d'en ti
rer des allegories & des pre
dictions admirables pour la
gloire & la durée de fon
Pontificat.
A les entendre , les arbres
du Parc n'eftoient pas moins
merveilleux que les chênes
de Dodone , qui rendoient
des Oracles , & qui préfi
doient à l'avenir , & mêlant
toûjours le facré avec le profane
, ils n'oublierent pas de
comparer la bande qui eft
entre ces deux écuffons au
May 1696
R
194 MERCURE
Rational que le grand Pretre
ou Pontife des Juifs portoir
fur fa poitrine , car ils
vouloient paroiftre fçavans à
quelque prix que ce fuft ;
quoi qu'ils ne fceuffent pas
mieux le Levitique que la
fcience du Blafon.set
Quelques autres plus galans
& moins fcientifiques
foûtenoient en faveur de l'a .
mour & des Dames , & fans
doute avec plus de vrai -femblance
, que ces écuffons
eftoient des coeurs , & toutes
ces lettres quelques miſteres
amoureux qu'ils expliquoient
GALANT 195
A leur fantaifie . Mais pour
revenir à la queſtion ; tous
ces Curieux fe rangerent à
l'opinion de mon Amy ou à
la mienne , & prirent l'un ou
l'autre party. Ainfi toute la
conteftation roule maintenant
fur le quomodo. Ce font
deux branches , difent les
uns , qui fe font jointes aprés
qu'on les a gravées feparément
, comment cela s'eft - il
fait ? Ce n'eft qu'un meſme
tronc , difent les autres , dans
Jequel la nature a imprimé
interieurement
les mefmes
figures & les mefmes caracte-
Rij
146 MERCURE
res qu'on avoit gravezau de
Itors , comment cela fe peuts
#faire? Voila en peu de mors
Tout l'état de la queſtion qu'a
on propofe aujourd'huy
au
public , afin qu'il en foit le
Juge, car quoy qu'ilne s'agile
ici que d'une buche , on croir
cependant
qu'il faut un habile
homme pour la decider,
Trop heureux pour moy , &
pas mal adroit , fien traitant
le premier cette matiere , je
ne me fuis pas allé heurter
mal à propos contre ce more
ceau de bois,
GALANTM 197
Je mefle toujours une Hif
tonierte dans mes Leftresi
Creusen
aurez
uneven
Vers co mois - cy , & M Robir
net ven eſt l'Auteur. C'eſt
toujours un feu d'efprit que
le nombre des années ne raz
lentit point. Sed quoth sup toi
DIALOGUE HISTORIQUE
YO
TOMORAL qosT
3 DUN PERROQUETI
r
ET D'UNE PIE.
(100 ) LA PIE & lom
E' bien , nous voicy ſeuls , tu
ne peux t'en dédire , HⓇ
Riij
198 MERCURE
Conte moy ta vie , & m'apprens
Comme tu m'as promis , fes états
differens .
ALE PERROQUET.
Quy , mais tu n'en teras querire .
Peut eftre mefme iras-tu les iedire
Je fçais ton flus de langue , & m'en
dois défier.
LA PIE.
Non , cher Verdelet , foy de Pie.
Mon babil ailément fe peut
rectifier
Et je m'offre à fouffrir pour
dix ans
la
pepie ,
Si l'on
m'entend
rien
publier
,
Dis
moy
d'abord
des
nouvelles
des Indes ,
Jadis le fejour fi charmant
De ton amy , le Dieu des Brindes
,
THEQUE
DE
GALANT 199
De qui la foupe au vin eſt con ch
aliment .
LE PERROQUET.
Helas quand j'en fortis , à peine
eftois-je en l'âge D
Où de parler , de boire , & de
manger,
On peut au plus avoir l'ufage,
Avec plufieurs de mon plumage
.
M
Je fus pris dans un bois que l'on vint
fourager ;
Et je tombay dans l'efclavage .
Par mer , on nous fit voyager. J
Ainfi paffant de plage en plage
,
Non fans me voir fort fouvent en
danger
De faire un funefte naufrage,
Enfin dans un Port étranger ,
J'eus pour logement une cage.
R iiij
200 MERCURB
Comme celle où tu vois que l'on me
fait loger.palabra V vai }
D. LA PIE. 22 m
Hé-bien , en cage , de la forte,
Comment de toy diſpoſa- t- on ?
LE PERROQUET
Mon Acheteur juſqu'à Madrid
m'apporte ,
Et me met en bonne maifon,
Fy fus reçu par une Dame
Qu'à fon air comme à ſa beauté
3
Je reconnus d'abord , eftre def
haute game
.
En effet , elle eftoit femme de
qualité.
Elle me fit careffe fur careffe ,
M'appella Perroquet mignon .
Et , d'une main enchantereffe .
Aux douceurs de fa bouche , ajoûta
maint bon bon,
F
I
GALANTM zor
asid- H
ArnobuLAY PIƐallas ommod
Cher Verdelet , que la Fortune
Eut envers toy bien -toft adouci fa
•11 rigueur , #283 na , 03id -31
Et qu'aprés un peu de rancune
Elle établit bien ton bonheur !
LE PERROQUET.noM
Tu te trompes , ma pauvre Pie.
Dans quelque eftat brillant que je
me viffe alors, 29tzunY T
Je ne pouvois gouter cette Houvelle
vie.
Et tous les jours pour fuir je faifois
mille efforts.g brueri
Je regrettois mon Bois , mon Parentage
Et ma fauvage liberté ;aa olla
Et quelque doux que fuft mon efcla-
0 vage
C'eftoit toujours une captivité, ule
Je n'entendois point le langage
202 MERCURE
Que ma Geoliere , me parloit ,
Et je m'enfonçois dans ma cage
Lorsque la Belle m'appelloit .
LA PIE.
Voila ce que c'est qu'eftre befte
Et fans aucun difcernement ;
c'eft d'avoir une tefte
Ce
que
Qui manque de raisonnement.
Si l'on ne t'euft pas pris malgré ton
beau plumage
Qui te fait icy rendre hommage
Tu pouvois éprouver le malheu
reux deſtin
D'avoir dans ta foreſt , aile ou tefte
caffée ,
Par le funefte plomb d'un Giboyeur
malin
Qui t'auroit mis en fricaffee ,
Car les Indiens , ce dit - on ,
De chair de Perroquet ont l'appetit
glouton .
GALANT. 209
LE PERROQUET.
Hé , ne blâme point tant les be
ftes.
Ne peut - on pas du nombre te compier?
Si tu prétens le conteſter
Tupeux tenir des raisons preftes ,
Mais ce n'eft pas à quoy je me veux
arrefter .
Je te diray feulement que les
hommes
Sont auffi beftes que nous fommes
Quand il s'agit de leur bonheur .
De tous ceux que l'on a vûs
náiftre ,
Aucun encor n'a pû connoiftre
En quoy d'un fort heureux confiſte
la douceur ,
Aucun du moins , n'en fait un bon
ufage.
204 MERCURE
apLARI Elloupe
Qüais . Perroquer , commettu fçais
Tjaler ¦ ChAAT JO
Tu veux je croy , moralifer
Et contrefaire l'homme fage,
LE PERROQUET
Je parle en Perroquet. La fçavante
Henrica ) yomonacb1.1
C'eftoit ma MaiftreffeEfpagnole,
Lifoit fouvent ce beau paffagedà ,
Dans certain livre appellé Seneca ,
Et je l'ay retenu parole pour parole
LA PIE.US501
G
Sans doute qu'elle avoit de l'efprit
je le voyanetints as
Mais raconte- moy fon hiftoire 1
En Perroquet de bonne foy
Ende bienheureuſe memoire.
Que je fçache , de plus , comment
On t'a fait confentir à te feparer
d'elles
GALANT
205
Puis qu'elle te traitoit fibien , fi ten
drement.
LE
PERROQUET.
e fensune douleur mortelle
Penfant à cet événement,
De point en point je m'en vais te le
dire;
Pardonne-moy, fi je foupire .
LA PIE.
a
•Soupire, & parle promptement,
LE PERROQUET.
Quandje me fus défait de mon hu
meur farouche ,
Et qu'elle m'eut apprivoilé ,
J'en eftois fans ceffe bailé ,
Et jejoignois mon bec à fon aimable
bouche....
Elle y mettoit des pois fucrez
A mon gouft friand confacrez ,
Ces pois eftoient pour moy d'und
amorce puiflante.
206 MERCURE
Mon humeur en devin amouruf
* galante,
Je baifois fon beau col , j'épluchois
{es cheveux ,
Dignes de mille & mille voeux ;
Et cependant ſon doux langage
M'entretenoit de cent proposjolis ,
Pour me dépaïfer de mon jargon
fauvage.
Or , je profitay tant de fes difcours
polis ,
Quejamais Perroquet du plus riche
plumage ,
Ne fut fi beau parleur que je le fus
}
en cage .
Le Domestique & l'Etranger ,
Atous propos venoient me loüanger
,
Et dés quon
me faifoit
paroiftre
Quelque
moment
à la feneftre
,
Vne Troupe
pour m'écouter
,
GALANT. 2017
P
+
Me formoit un grand Auditoire,
Et j'oferois bien me vanter
Que jamais Orateur n'eut l'art de
debiter
Ses talens avec plus de gloire.
Ma cage , au refte , il faut fçavoir
Comment elle eftoit ajustée .
Tout y faifoit plaifir à voir… ) ;
Tant elle eftoit bien concertée ,
Ma Maiftreffe Henrica me la fit faire
exprés .
L'or & mille brillans y furent mis
en oeuvre ,
Et ce bijou fait à grands frais ,
Qu'on regardoit comme un chefd'oeuvre
,
Sembloit un vray petit Palais .
Voilà quelle eftoit ma fortune,
Et j'ay dû t'en entretenir
Avant que de venir
A l'avanture peu commune
208 MERCURE
Où mon malbeur medonnaparts
Et tu vas voir par quel hazard.
LAPIE.
Ah Compere , je le devine.
Tu faifois la Befte badine
Autour de l'aimable Henrica,
Et comme je me l'imagine ,
Quelqu'autre Befte en fut chabomagrine
,
D'humeur jalouſe ſe piqua
Et d'auprés de la Belle , enfin , te
qe débuſquaclean "in lay, t
Voilà tout juſtement l'affaire.
Mais , dis-moy, quel autre ani
mal
Te fut un fi faſcheux Rival ?
Fur- ce quelque autre Oiſeau qui
> mieux que toy fceuft plaire?
Quelque beau chat , quelque beau
-chien , ATEST VAN A KIT
Qui rendit ta Dame infidelle ?
GALANT 209
PERROQUET. ELE
Helas ! je pe me plains pas d'elle ,
Et tu ne devines pas bien.
CecAnimal pour ce le dire en fomime
, t
Que je rendis jaloux , ne fut autre
qu'un homme.
LA PIE.
Un homme ! ô Ciel que me dis
Un homme jaloux d'une beſte !
Ah! je ne l'autois jamais crû .
Quel bizarre martel dans une hu-
2. maine tefte / ch **
Mais qui fut le jaloux que ton bon-
Acheur choqua ? male
LE PERROOVET.
Ce fut le Mary d'Henrica.
woodenge LA PIE.
Le Mary d'Henrica/ Le moyen de
te croire & insole .
May 1696.
S
210 MERCURE
1
LE PERROQUET.
Tu me croiras quand tu fçauras
l'Hiftoire.
Cette Dame , comme j'ay dit ,
Avoit l'air grand, eftoit fort belle.
De plus , elle eftoit jeune , elle avoit
de l'efprit ,
Et nolle autre dans tout Madrid
N'avoit tant de merite qu'elle .
Faite comme cela , pour donner de
l'amour ,
Jete laiffe à juger comme elle eftoit
aimée,
Entre- autres , un Seigneur des plus
grands de la Cour ,
Avant fon mariage , en eut l'ame
charmée ,
Et fans quelque inégalité
De biens , de qualité ,
A quoy fut joint une ligue formée
Contre luy , par la Parenté ,
GALANT. 211
fleuft d'Henrica , fait fa Feinme.
Mais l'hiftoire dit que fa fame,
Quoy qu'elle cuft un Epoux , encor
Jongtemps dura;
Que l'Epoux bien inftruit , en eut
l'ame allarmée ;
Que fon Epoufe il reflerra ,
Ercommit des Argus , enfin , dont
la prunelle
Avec grandfoin faifoit lafentinelle ,
De peur que de jour ou de nuit ,
Le Seigneur par l'amour conduit
,
Ne fe gliffaft dans la ruelle
De la Belle
A peut bruit
Sortoit-elle un moment , il alloit
avec elle.
LA PIE
Mais quoy , fans fondement agiffoir
lainfie
Sij
212 MERCURE
LE PERROQVET
Ouy jaloux dans l'excés fans
cauſeum noi juci pol
Il avoit tout ce vain ſoucy ,
Es la Médiſance qui glofen
Sur la même pudeur , fans aucune
mercy,sq nechal vule ! $
A l'égard de la Belle , eut toujours
bouche, clofe.dedi 13
* volis'up LAPIES cnist) (I
O le fatal poiſoney not
Que la maudite frenchiep , DÄ
Que l'on appelle jalouſie ,
Qui fouvent fans ſujet vient brožilodder
la raifon! Now 010
LE PERROQUET.
Tu le vas encor mieux connoître
Par la fuite de ce recit.
Ruydez ( c'eftoit le nom du Mai-
Eftoit laid , magot , ſans eſprit,
GALANT 213
Et d'ailleurs , avancé dans l'âge,
Son bien qui n'eftoit pas perit ,
Faifoit tout fon merite & tout fon
R avantage. 50 2003 novs I
Quand la Nature an homme ainfi
Onuɔusbaftit , pashoq srobca el su2
Elleluy laiffe un penchant a l'omauoqucbrage
,allo si ab bug ' A
Et fi belle Femmeil choifit ,
craint presque toujouts qu'elle ne
foit pas fage , bio
Ainfi, quoyque prés d'elle, il tremble
dansfon litijs Goʻ
Ruydez troublé de cette forte
Croir voir fans ceffe un Subor-
Linear
Qui careflant fon aimable Conforte
,
Fait quelque bréche à fon honneur.
Or le Deftin , un jour , permit pour
mon malheur Do
214 MERCURE
Qu'allant rêvant à cent fâcheufes
chofes [ coeur,
Qui luy chargeoient beaucoup le
Il trouve des Metamorpholes.
Quoy qu'il fuft fort petit Lecteur
D'un bout à l'autre , il les feuil--
lette ,
Et voit comment jadis les Dieux;
Pour tenir leur flame fecrete ;
Incognito , venoient en ces bas
lieux ,
Traveftis de maniere adreite
De Jupiter les divers changemens
En Cygne chez Léda , dans une
Tour en pluye
Luy rempliffent le coeur de jaloux
mouvemens ,
Il faut
que devant luy tout le monde
s'enfuye.
Il va dans les foupçons jufques à la
fureur 22 .
GALANT: 215
penfe qu'un Oifeau peut encor
eftre un homme.
Trop prévenu de fon erreur,
L'Amant de fa Femme , il me
nomme
Et dans la Chambre d'Henrica
Il entre avec un , Qui va-là ?
J'étois fur le fein de la Belle ,
Helas pour la derniere fois .
Il fe jetta fur moy , fur elle,
*
Avec un affreux ton de voix ,
Et d'un fer afilé me bleffa dans une
aile.
De mes jours croyant voir la fin ,
Avec un grand cri je m'élance
Par la feneftre en un jardin,
Où je fus ramaffé foudain
Par un pauvre Ouvrier , qui là de
bonne chance
Travailloit feul , & m'emporta
chez luy.
7
216 MERCURE
Ciel , quel y fut mon ennuy
Je meurs de chagrin quand j'y
penfessy amoribiona Á
Comme ſi c'eftoit aujourd'huy. >
Le bon homme me mit dans une
avieille cagel Au nom gir
De Merle ou Sanfonnet, d'Alouette
ve ou Moineau,
Sans égard àmon rang , à mon riche
repo
afara dis ! 22splumage
Et m'y nourrit de pain & d'eau .
LA PLE. AS
Compere , c'eftoit là faire un peu
penitencendo penitence stai 100
De tes plaifirs paffez.s
dan M
Mais quel bonheur n'eſt pas fujet à
l'inconftance, and th
· Pourfui , voila moraliſer affez.
LE PERROOVET.
Chez mon Hofte nouveau jet në
demeurayuere.b
Dés
GALANT: 217
Dés que je fusgueri, le cherif Mer
cenaired t
A la fourdine me vendit,
Comme je fuis affèz parépar la na
ture
Que mon babil m'avoit mis en
credit
Et que la rareté de ma trifte avantore
gayong
Faifoit grand bruit par tout ; enfin
tout cela fit
Qu'un jeune Seigneur d'Italie
Sur le point de s'en retourner ,
Macheta cent écus ; exprés pour
me donner
A certaine aimable Julie ,
Qui de fon coeur eftoit l'attrait.
L'Ouvrier eft ravi d'une fi bonne
aubaine ,
Il me voit partir fans regret,
Et moy ,
d'Hentica fort en peine
May 1696.
I
218 MERCURE
Je -pars fans de fon for
le fecret .
apprendra
Burs de ma vilaine
Je
cage.
Pour me faire agréer mon nouvel
eſclavage ,
On m'en préfente une autre , avec
un compliment
Remplid'un doucereux langage ,
Que toutefois j'écoute froidement,
Denouveau fur la mer voila arra
me promene.
ne
Jy fuis plus agité de mes triftes for
CIS ,
Quenel'eſt le Vaiffeau par la vague
1st incertaine
,
Qui de frayeur rend les Nochers
tranfish troos n
Nousarrivons à Naple , où demeu
roit Julie.
Le Seigneur qui mapporte en eft
tres-bien recouI,
GALANT 219
Aucun charmant tranſport envers
luy ne s'oublie,
Et par ce doux accueil pour l'Epoux
on l'euft cru
Que dis je ? Non , en Italie,
Comme depuis ce temps de plu
fieurs je Pay fceur ,
Les Maris au retour de leurs plus
longs voyages ,
Rarement lont receus par leurs cheres
Moitiez
Avec ces
témoignages
Où brille l'agrément des tendres
amitiez.
Auffi,ce Seigneur-là qui fe nommoit
woodbor Camille ,
N'eftoit point de Julie encore le
Mary. [ croyoit chery,
Ce n'eftoit qu'un Amant qui s'en
Et l'un & l'autre eftoient d'une illaftre
Famille,
Tij
220 MERCURE
De s'époufer ils eftoient prefts .
On attendoit Camille avec impa
tience.gamal Kanon 1 și 23
Il revenoir en diligence , an
Et l'on faifoit de fuperbes appreſts,
9 Je
t'acheveray
leur hiftoire ,
Ainfi qu'elle est écrite en ma me
moire
,
vaLors que je t'auray dir comment .
Je fus accueilli de Julie.
Ce fut fi favorablement job fu
Que fans l'excés de ma mélanco
colie ,
Pen caſſe eſté dans le raviflement
On Juy conte mon avanture ,
mio Qui l'étonne beaucoup M
Ellevoit la marque du coup
Qui fur mon aile toujours dure .
Le bruit par tout dans Naple en ell
femé,
Le cas paroift tout extraordinaire ,
GALANT 221
Jamais Oileau ne fut tant eftimés
Et le Phenix imaginaires
Dans l'Univers n'eſt point fi recafioigg
nommélybala notice
Si l'on m'eût mis à quelque Foire,
Ou bien ailleurs , pour me mon*
trer ,
Dziom
Lepeuple pour me voir, ayant freu
mon hiftoire , and al
Euſt donné tout l'argent qu'on cuft
5056 apû defirer.
Au refte , la Belle Julie.
Connoiffant mon chagrin , ſe plaiſt
ale
flatere
coin
Mais Henrica m'occupe , &
que je l'oublie ,
Accablé de mélancolie
Sans ceffe l'on m'entend Henrica
repeter.
Revenons maintenant à Julie, à Camille.
Tij
222 MERCURE
C'eftoit un Couple fort complet
Julie eftoit bien faire , & Camille
bien fait. 62001
Quel feu charmant dans leurs
yeux brille !
Ils avoient les cheveux chacun du
plus beau blond
Le tour du visage un peu long.
Fun
Is eftoient l'un & l'autre auffi de
taille riche
Et l'efprit ne leur manquoit pas.
La fortune d'ailleurs ne leur eftoit
wpoint chiche,
10
De leurs Parens on faifoit cas.
Enfin ils fembloient nez pourcftre
joints enfemble ;
Mais que les chofes d'icy-bas ,
V
- Song ſouvent autres qu'il ne fems
•
ble !
Voilà le jour de leur Hymen venu,
Dont on s'eftoit longtemps entre
teņu.
GALANT 223
L'une & l'autre Famille et pleine
d'allegrefe
2ue
LesEpoux , comme on croit , ont
tous deux les tranfports
Que caufe une même tendreffe,
Et l'on juge par ces dehors,
Que l'Amant comme la Mail
#
ftreffe
A
les
free
,
fimpatiques reflores
ཏྭཾ ཝཱ
Dont dépend l'union des eſprits
des
corps.
Cependant quelques mois font é-
1:01192 Coulez a peine ,
Que Julie a pour ton Epoux
De grands froids & de grands
dégoufts ,
Venant , ce difoit - on, d'amoureufe
migraine. ↑ cal
Sur quoy fondé cela ? Sur Henrica ,
far
moy.
Tij
224 MERCURE
Sur He
LA PIE
dis-tu , fur toy ?
Cela ne fe peut. Quelle hiftoire
Tu veux rire.
LE
PERROQUET.I
Moy , rire Non.
211013
La Belle fait femblant de croire
Que cette Henrica, dont le nom
Eft fi pronfondément gravé dans
ma memoire , col suQ
fois
Et
tant de
SMS
mon
jar
gon ,
Eft quelque Maiftreffe jolic
Que Camille a faite à Madrid.
Elle ajoûte (quelle folie ! )
Que je fuis un prefent que la Done
luy fit ,
Afin que tous les jours m'enten
parler d'elle o
Il air lieu de s'en
fouvenirs
Elle conclut qu'il eft un infidelle,
IGALANT. 225
Et que peut-eftre même il aura fait
Youvenir
110 Avec luy cette Bellę;
Qu'elle eft à Naple , & qu'enTeerer
Luy parlant chaque jour , il eft Amant
difcret.
Le pauvre homme eft furpris ,
model mais on peut lreftre,
2nDa ridicule enteftement
Que fon Epoufe fait paroiftre
ja
1
Et nefçait comment prendre un tel
évenement.
pas
Ce n'eft pas l'ordre en Tralie,
Que les Femmes y foient jaloufes
des Epoux.
C'eft aux Epoux que convient la
folie
D'eftre de leurs Moitiez frenetiques
jaloux.
Camille la deffus rumine ,
là deffus
.
Et romine fi bien ou difons mieux,
fi mal ,
226 MERCURE
Qu'il croit que la Julie , en faisant
ainfi mine
De craindre une Rivale, aime quel-
It
que R
Il fait la guerre à l'oeil
Becky vrir les caufes
pour décou
D'un malheur qui l'étonne , & l'éton
ham ne à bon droit,
Il examine toutes choſes ,
Et fur le fait enfin il met le doigts
Il découvre le pot aux rofes.
le Sexe feminin ,
O
que
A l'ame com be !
Ah , qu'il eft fourbe !,
Qu'il a l'efprit hipocrite & malin !
Cela s'entend dans quelques
Femmes . 1
1
Car on fçait bien qu'il eft nombre
cade, Dames
Qai noutriffent des feux con-
Cheenas kans,
GALANT.
227
* Et qui malgré les moeurs du
temps
Nebrütent que de pures flâmes ,
Mais venons à Julie. On cuſt dit à
1000
V
voir
luy
la vertu fur bn vifage Cer air que
imprime,
Dusitr
Qu'elle regardoit comme un cri-
Tout
me
t ce qui
qui bleffoit fon devoir.
Pourtant avec cet air d'une pudeur extrême
•
LA PIE.
Que vas - tu dire ? Avoit-elle un
Amant ?
LE PERROQUET.
Quy , qu'elle aimoit fort tendrement
,
Et qui l'aimoit de même.
HAD NO LA PIE.
Les hommes vivent donc comme
les Animaux .
228 MERCURE
LE PERROQUET.
Ils connoiffent moins qu'eux & les
biens & les maux
29.1
sidung ?
On les voit rechercher tout ce qui
leur peut nuires
Et s'il eftoit des Beftes parmy nous
A qui l'ufage cuft appris l'art d'écrire
Nous leur ferions connoiftre à
Tous
mieline
BoiA
Dieux
qu'eux
nous
Qu'en Morale mieux
fçavons nous conduire ,
Et qu'ils devroient chez nous
s'inftruire .
CenA
PIE
ce qu'a dit Moliere , & dans
ce qu'il a dit
Je trouve beaucoup d'apparence.
Les B. ftes ne font pas fi Bel
Buftes ne fi
Beftes que
l'on penſe,
Mais pourlui ton récit ,
GALANT
229
Tay d'en ouir la fin beaucoup d'im
patience.
* LEPERROQUET. L
Les yeux qu'éclaire un interef
up d'honnear
Sontbien plusclair- voyans queceux
20 des
Aftronomes ,
Et dans les affaires du coeur
Jop A
Ils peuvent découvrir jufqu'aux
moindres atomes .
Ainfi Camille oblerva fi bien ceux
Obi s'approchoient de fon Epou
Se,
2uQu'il découvrit enfin les feux
Dont la fauffe jaloufe,
51
Et fon Amant , brûloient tous deux ,
certaines langueurs , de certai
nes oeillades ,
Ordinaires aux gens qui d'amoury
up 25 font malades ,
Certains difcours déconcertez,
230 MERCURE
Un filence parlant mieux que le
difcours même
Tout cela luy donna d'infaillibles
so alquas clartez, no al 29 19
Pour voir leur paffion extréme .
Il les fait obſerver enfuite de fort
prés ,
Par des yeux vigilans qu'il y comulan
met exprés , 5 sand baar )
Il gagne par les dons quelques a?
mes venales
Des antes de Valets ,
Que le gain tout- puiffant peut rendre
déloyales
Et par elles , il fçait les plus cachez
Shefearers o
*
Il n'a plus à douter du malheur de fa
refte.
Unjour qu'on lecroioit bien loin ,
Hfe pofta dans un recoin ,
D'où fans peine il put voir la
fefte
CALANT azı
* Convaincu par les propres yeux ,
Ne fe poffedant plus de fa niche il
goldilling élance noh, yul alsa 100T
Et par la mort de ce couple ocomodieux
zuilalov 109
A l'aide d'un poignard, fatisfait la
vangeance.
Grand delordre dans la maiſon
Grand bruit dans l'une se dans l'au
ga autre famille ,
Mais la Juſtice avec raiſon ,
Ablout Pinfortuné Camille .
Si l'on pouvoit , fur l'exemple d'au
tray
padeno
Serendre fage ,
5th
19
O qu'il eft de fous aujourd'huy
craindroient un femblable.
orage!
Mais ilfut & fera toujours
Des Amans fous de toute forte,
#32 MERCURE
PIENT
LA
A leur dam , Verdelet , à nous que
nous importe
Qu'il foit tant de folles amours
Acheve vifte ton Hiftoire.
LE PERROQUET M
Je la termine en peu de mots.
Effrayé plus qu'on ne peut croire
Du delaftre arrivé que je t'ay dic
en gros
Comme alors j'eftois libre , arran
geant mon plumage ,
Je vole dans le voisinage ,
Où le deftin me mit dans les mains
d'un François
Qui m'a fait faire le voyage
De Naple dans Paris , & depuis plu
fieurs mois
J'y fuis Oifeau Bourgeois , loge
24 dans cette cage
Qùde la tienne tu me vois.
GALANT: 233
Voilà mon hiftoire finie,
C'en eft le le récit tout entier,
Que t'en femble
en
mie ?
3 MMargot , ma
LA PIE
Ma foy , dans les Romans jamais.
nut Ecuyer
Ne conta mieux la vie
Defon Heros avanturier
Jay fouvent ouy ma Maiftreffe
Lire dans les fades Romans.
Mais le chagrin me prend , & de
longtemps de ceffe
Quand j'entens l'Ecuyer , en difcours
peu charmans,
Raconter à perte d'haleine
Les explons , les amours & les en-
Deanremens
leurs Heros coureurs de prétentaine.
May 1696.
V
234 MERCURE
LE PERROQUET
Laiflops là les Romans , & fonge
wolloqu'à ton tour
GEE
Ta me doiston hiſtoire,
bno LA PIEZ
Ouy , mais c'eſt trop parler , Yans
manger & fans boire.
Pour difcourir , nous avons tout le
jour
N'imitons pas ces Heros de la Fable
Que les Auteurs nuit & jour font
A parler
Et d'un Pays à l'autre aller 23
Sans que jamais ils fe mettent à
table.
25)
LE PERROQUET
. (r
Je trouve tes avis tres- bonsion
Regalons-nous , mangeons , beuvons,
GALANT. 23
Le Lundy dernier jour d'Avrit
, les Lecteurs & Profef!
feurs Royaux du College
Royal de France , fondé
par le Roy François I. firent
faire un Service folemnel
dans l'Eglife de S. Jean de
Latran , pour feu Mª d'Her
belot , Doyen des Secretal .
res & Intepretes du Roy dans
les Langues Orientales , &
Lecteur & Profeffeur Royal
en Langue Syriaque. Ils y a
voient invitér M d'Herbe
for fon frere , qui s'y trouva
avec quelques autres de fes
Amis & plufieurs de cerve
V ij
276 MERCURE
Compagnie, M Beraule que
remplic fort dignement la
Chaire de Lecteur & Profeſp
feur Royal qu'avoit feu M
Herbelor fitFaptefdiné
und docfe & éloquente Ha
mangue , dans laquelle il para
la de l'excellence
& de turis
Hié de la Langue Syriaque ,
qui eftoit la langue mater
nelle de Nôtre-Seigneur. Ik
avolia enfuite qu'il eftimoir
grand honneur de fucceder
à la place d'un homme auf
h illuftre & auffi regreté que
Mod'Herbelot
, avec qui il
avoit eu une grande liaifong
GADANIM 217
d'amitié & d'études depuis
plufieurs années , & dans des
quelon n'admiroit pas moins
fa piete covers Dieu , la pua
ció de la Religion , ſa bon.
té envers les amis , & fa cha
risé lexemplaireachvers les
pauvres , que la haute intel-I
ligence qu'il avoit depuist
tant d'années dans les Langues
facrées & dans les Lanes
gues Orientales en general ,»
& qui accompagnoit d'une
grande modestie une fi profonde
éruditione es talli d
Je vous envoyai le moist
paffé des Reflexions de M
238 MERCURE
l'Abbé de Fourcroy fur le
bons ufage qu'on doit faire
de la parole. En voicy d'aus
tres de ce mefme Abbé , qui
vous feront voir qu'il est dans
gereux fouvent de parler.
Jack
REFLEXIONS.
SUR
180
33 214 GIR
LE MAUVAIS USAGE ?
e qu'on fait de la patòle, hog
V'il eft rare de trouver.
dans le fiecle où nous vi
vons des perfonnes qui feathens .
bien regler leurs parolest Combien
GALANT 239
me
au contraire en voit on aujour- ..
d'huy qui en font un très maxwais
ufages On eft bardyen mé→
difancese en reparties ; on eft
inépuisable en paroless toute la
Science eft defçavoir ce qu'ily a
de honteux dans la maiſon &
dans la vie de chaque personnes
Tout le fujer des converfations
roule fur les imperfections des
autres. On ne peut fouffrir qu'on
parle d'autre chose que de fon
prétendu merite , on ne s'entre
tient que de l'histoire de fes an
ceftres , de fa fortune & defes
actions . On ne peut parler fans
railler , & on pouffe mente les
240 MERCURE
pointes & les railleries piquan
ses & indiferetes jufqu'au fond
de l'ame. Enfin on fe fait unjeu
de perdre de reputation fon prochain
par un feul coup de langue ,
Quelfuneftejeu ! Cette inclinarion
malheureuſe que nous avons
à témoigneerr llee ppeeuu d'étar que
mous faisons des perfonnes , est une
rage qui nous a esté communi
quée par le Démon avec le ve--
nin qu'il répandi en nous lors
qa'il corrompit nostre nature. Cer
mépris mutuel fait naître toutes ›
fortes de divifions & de procés
dans les maisons , mefmetres.
fouvent des inimitier éternelles, v
Cift
GALANT. 24°
quoy le Sage dit : Le moqueur
lera maudit , parce qu'il a
mis en divifion ceux qui vivoient
en paix. La mauvaife
langue est auffi pour ce sujet comparée
tantoft au rafoir qui emporte
les cheveux fans qu'on le
fente , tantoft à des fleches qui
tirent de loin e qui bleffent les
abfens , tantoft aux ferpens qui
mordentfans bruit & laiffent le
venin dans la playe. En un
mot , le plus éclairé des hommes
voulant nous apprendre com
bien la langue fait de maux dans
l'univers , s'explique d'une maniere
qui doitfaire trembler. Les
May 1696
X
242 MERCURE
playes que fait le fouet , dit il
Affent quelque marque fur la
peau , mais celles de la mauvaiſe
Langue caffent & brifent les oss
Qiyatil de plus redoutable ?
Mais fi c'est un grand peché de
faire fervir les paroles pour blefferfon
prochain il est encore beaucoup
plus criminel d'employer fa
langue pour blafphemer le faint
Nom de Dieu , & n'est ce pas
le deshonneur du Chriftianifme
qu'il se trouve tant de perſonnes
qui blafphement le Seigneur de
1 Univers dans les moindres dif
graces ? Le ciel n'eft-al point favorable
à leur deffeins & à leur
GALANT. 243
defirs , ils murmurent contre
Dieu , ils ofent mefme l'accuser
d'injustice. On les entend faire
mille imprecations contre fa divine
Majefté , bien loin d'a
dorer la main qni lesfrape pour.
leur bien , ils s'emportent tontre
la divine providence. Qu'ilferoip
à fouhaiter que la Loy qu'à éta
blie le plus faint de nos Rois fuft
obfervée fidellement , & qu'om
perçat la langue des blafphemateurs
, puifque leur bouche , felon
que nous l'aprend le Prophete
Royal , n'est remplie que
ledictions ! Plut à Dieu queceux
montre qui je parle connuſſent, les
X ij ***
de ma
244 MERCURE
egaremens ou l'impetuofité de leur
langue les a precipitez tant de
fois qu'ils fceuffent comment
il faut regler leurs paroles , le
bon ufage qu'ils en doivent faire
! Mette , Seigneur , une garde
à leur bouche & un feeau à
leurs lévres , gouvernez la langue
, car nul homme ne la peur
dompterparfes forces &fans vô
tre fecours.
د ر ا د
Le 9. de ce mois , M' l'Ar¬
chevefque de Paris fut receu
au Parlement en qualité de
Duc de S. Cloud. Monfieur
le Prince , Monfieur le Duc
GALANT. 245
7
Monfieur le Prince de Con
ty , Monfieur le Duc du Maine
en qualité de Comte d'Eu
& de Duc d'Aumale , de
Monfieur le Comte de Tou
loufe en celle de Duc d'Anville
, & plufieurs autres Ducs
& Pairs , fe trouverent au
Rapport qui fut fait par M
·Hennequin, Conſeiller en la
Grand Chambre & Chanoi.
ne de l'Eglife de Paris , du
Brevet de fa nomination ,
des Bulles de Rome , & des
Conclufions de M le Prono
cureur General . Ce Prefac
qui eftoit demeuré pendant
X iij
246 MERCURE
le Rapport dans le parques
des Huiffiers , ayant efté ap
pellé à la Barre , prefta le
Serment debout , & tefte
nue , aprés avoir mis la main
ad pectus . La forme de ce ferment
eft d'affiftér le Roy
dans fes hautes & importantes
affaires , de rendre la Juftice
à fes Sujets , aux pauvres
comme aux riches , &
de tenir les deliberations fecrettes.
M'le premier Prefident
fit un compliment à ce
Prélat avec l'Eloquence qui
luy eft fi familiere . Il luy fic
connoiftre que fi le public
*
GALANT: 247
avoit témoigné beaucoup de
joye de fon Elevation à l'Ar
chevefché de Paris , celle de
la Compagnie n'avoit pas
efté moindre ; qu'elle avoiç
efté fenfible à fa promotion ,
& que fi tous les Prelats recevoient
dans toutes les oca
cafions des marques de l'actachement
du Parlement au
fervice du Roy & de fon au
torité pour foûtenir les droits
de leurs Eglifes , cette au
gufte Compagnie fe feroit
un tres grand plaifir de l'em
ployer pour un Prelat , dont
la haute naiffance , le pro
X iiij
248 MERCURE
fond fçavoir, la vertu , la pro
bité & la douceur , fervoient
d'exemple à tous ceux qui
avoient l'avantage de l'ape
procher.
4 On a foûrenu au Con
vent des Feuillans de la ruë
S. Honoré des Thefes de
Theologie. C'est la premiere
fois qu'il s'y en eft foûtenu
de publiques. Elles é
toient dédiées à M Puffort ,
qui fe trouva à l'ouvertu
re. Le Soûtenant luy fit un
compliment qui reçut tous
les applaudiffemens dont it
eftoit digne , & il en meri
GALANT. 249
toit de tres-grands . L'affem ,
blée fut nombreufe & illuftre,
& Monfieur le Nonce vint
Faugmenter , pour marquer
Feftime particuliere dont il
honore ces Peres . Lorsqu'il
eut pris la place , le Soûtenant
luy adreffa la parole ,
& reprit avec beaucoup de
prefence d'efprit tout ce qui
avoit efté dit touchant la
Question qui eftoit agitée ,
afin que Mi le Nonce ayant
eu cet éclairciffement , priſt
plus de plaifir à la difpute.
Ce fut une grande marque
de diſtinction pour ce Prelat.
250 MERCURE
J'ay oublié de vous dire
que M le Nonce ayant dans
fon caroffe M l'Ambafladeur
de Venife & M" les
Envoyez de Florence & de
Modene, s'eftoit trouvé vers
la fin du mois dernier à la
Reveuë que le Roy fit d'u
ne partie des Troupes de fa
Maifon dans la plaine d'Achere
. Sa Majesté paffant
dans les rangs , luy fit l'honneur
de s'approcher de fon
caroffe & de luy parler. M
le Nonce , qui trouva les
Troupes fort magnifiques ,
quoy qu'elles n'ayent pas
GALANT. 251
qu'en
efté habillées de neuf cette
année , dit au Roy
quelque eftut qu'elles fuffent , el
Les feroient toujours également
invincibles ; que tous leurs mouvemens
portoient les caracteres
de la victoire , & que ' c' ftoit
affez qu'elles combatiffent par.
les ordres de Sa Majesté pour
efire victorieuses par tour . M'le
Nonce fut fi touché des
bontez du Roy , & de la
maniere dont ce Prince luy
fit l'honneurde l'entretenir ,
qu'il dit enfuice : que la grandeur
& la puiffance de ce Momarque
pouvoient eftre connuës
252 MERCURE
par toute la terre mais qu'il
falloit avoir l'honneur de l'ap
procher pour fentir les charmes
attachez àfa veuë & à ſes paroles,
& pour comprendre l'alliance
de tant de bonté e de
tant de majeſté dans toute la perfonne
d'unfi grand Roy.
Mile Nonce eftant allé falüer
Sa Majesté au commencement
de ce mois , luy préfenta
deux de fes Neveux qui
portent le nom de Delphino
, qui eft celuy de fa famille
, & témoigna qu'il von.
toit les faire élever en France,
afin qu'ils euffent l'honneur de
GALANT.
253
lug offrir un jour leurs fervices.
Le Roy les receut d'un air
qui marquoit beaucoup de
diftinction & aprés leur avoir
parle de la maniere du monde
la plus obligeante , ce Prince
s'approcha de M' le Nonce
, & luy dic : Quelques étu
des qu'ils faffent , ils ne plairone
pas plus que vous m'eftes agréable,
jefuis fi content de vous,
que je vous en donneray des marques
dans toutes les occafions.
M' le Nonce paffa le refte
de la journée à voir les eaux
de Verfailles , dont il admira
toutes les beautéz qui fucce
254 MERCURE
doient les unes aux autres
& qui font voir que l'art furpaffe
quelquefois la nature .
Quelques jours aprés ,
Mr le Nonce alla faire fa
Cour au Roy qui eftoit pour
lors à Meudon . Sa Majesté
luy fit l'accueil obligeant
que ceux qui ont l'honneur
de luy plaire font toûjours
feurs de trouver. Comme le
temps eftoit alors extrémement
pluvieux , un Seigneur
de la Cour dit qu'il eftoit
mal propre pour voir les fardins
les beautez qui je découvrent
des terraffes . A quoy
ن م
:
GALANT. 255
Mile Nonce répondit : qu'il
trouveroit toûjours Meudon ,
mais qu'il n'y trouveroit pas toujours
le Roy Il y a peu d'hommes
dont les reparties foient
fi promptes , fi juftes & fi
fpirituelles , & tout le monde
convient que tout ce qu'il dit
eft digne d'eftre remarqué &
applaudy.
Madame de Joyeuſe eft
morte dans un âge fort avan
cé. Elle eftoit de la Maifon
d'Angouleſme , & ce grand
nom eft finy en elle. Sa Mere
eftoit de la Maifon de la Gui
che , & fon Pere eftoit Fils
256 MERCURE
d'une Soeur de Madame la
Princeffe , Mere de feu Monfieur
le Prince . Elle eftoit auf
fi Soeur de Madame la Douairiere
de Ventadour , & tou-
- tes les trois eftoient Filles
du Conneftable de Montmorency.
C'est par là que
Monfieur le Prince , Monfieur
le Prince de Conti , M
le Duc de Ventadour & Madame
la Marefchale de Duras
, Soeur de ce Duc , heritent
de Madame de Joyeuse.
Elle eftoit Mere de feu Mon
fieur le Duc de Guife , & Belle
mere de feu Madame de
•
GALANT. 257
Guife qui eft morte depuis
peu . M d'Angoulefine ,
grand Pere de Madame de
Joyeuſe , eftoit Fils naturel
du Roy Charles IX.
On a appris que Dame
Marie-Heleine de Felfins de
Montmurat , Marquife d'Aynac
, eftoit morte le 13. du
imois paffé dans fon Chateau
de Montmurat en Auvergne.
Elle eftoit Fille de Jean Baron
de Felfins & de Montmurat ,
& de Dame Anne de Reilhac,
Fille de Jacques Baron dé
Reilhac & de Jeanne de
Noailles. La maifon de Mont-
May 1696. Y
z༨8 MERCURE
murat eft des plus anciennes
& des plus illuftres d'Auvergne
& de Quercy. Ce nom
qu'on dit parmy les perfonnes .
de marque dans les Chartres.
les plus antiques des Abbayes
de Conques & de Figeac
fondées par l'Empereur Charlemagne
, eft une preuve inconteſtable
de fon ancienneté.
Le Cardinal de Montmurat
, fi connu à Rome fous le
nom de Montemurato , qui fic
bâtir le Chasteau de ce nom ,
en Auvergne , avec une ma--
gnificence qui répondoit à
fon éminente dignité , plus
GALANT: 259
feurs Chevaliers des anciens
Ordres de nos Rois , de ceux
du Temple & de Saint Jean
de Jerufalem, Jean Felix, Ba
ron de Felfins & de Montmu
rat , Chevalier de l'Ordre
qui vivoit à la Cour de Louis
XI. & qui eut parc à la confiance
& aux bonnes graces.
de fon Maistre , qu'il confer
va toute fa vie , ont donné
beaucoup d'éclat à cette
grande maifon. Elle eſt alliée
à celles d'Uzés , de Noailles ,
d'Eftrées , d'Arpajon , & s'eft
éteinte dans celle d'Aynac ,
l'une des plus confiderables
Y ij
260 MERCURE
d'Auvergne , par les alliances
de Cominges , d'Aurillac , de
Genoaillac , Affier de Sales
de Themines , de Turenne
de Cardaillac , de Gourdon ,
'de Vaillac , & enfin de Felfins
de Montmurat. Il refte en
core une Soeur de Madame
la Marquife d'Aynac , mariée
avec M' le Comte d'Aubepeyre
, cy - devant Colonel
d'un Regiment d'Infanterie ,
Frere puifné de M❜le Marquis
d'Aynac,
C
Il y a des Livres d'une utilis
éfi generalement reconnue
GALANT 261
qu'ils ne peuvent eftre traduits
trop fouvent en noftre
langue. Le Combat Spirituel
eft de ce nombre , & le Public
eft tres- obligé au Pere
Alexis du Buc , Superieur des
Theatins , qui vient de nous
en donner une Traduction
nouvelle. L'Original , comme
vous fçavez , eft Italien ,
& l'eftime particuliere que
Saint François de Sales faifoit
de ce Livre , eft une preu- in
ve de fon excellence . On le
lit dans toutes fortes de langues
, parce qu'il plaift à tous
ceux qui ont du gouſt pour
262 MERCURE
Pieté . Le Pere Alexis du Buc
qui l'a traduit en François , a
apporté à cette Traduction
tout le foin & toute l'exactitude
poffible , & elle eft d'au
tant plus à rechercher que
c'eft la plus complette qui
ait paru jufqu'icy . Celles quis
ont efté imprimées en 1595..
en 1648. & en 1681 n'ont
que trente trois Chapitres.
Celle de Bertier n'en a que
trente-fept ; & celle qui eft
dediée à Saint François de Sa--
les en a feulement foixante.
La Traduction dont je vous
parle , en a foixante -fix , & a
GALANT. 263
efté faite fur les Editions Italiennes
les plus amples & les
plus correctes . Elle se trouve
chez le S ' Jean Villette , ruë
Saint Jacques , à la Croix d'or,
& elle eft accompagnée d'une
Differtation , dans laquelle le
Pere Alexis du Buc fait voir,
que le Combat Spirituel n'eft
point un Ouvrage de Dom
Jean Caftagnifa Benedictin
nry du Pere Achillas Gaillar
do Jefuite , ny de Jerôme
Comte de Porcia le vieux
aufquels plufieurs l'ont attribué
fur de differentes conjectures
, mais que fon veritable
264 MERCURE
Auteur eft le Pere Dom Law
rent Scupoli , Théatin. Il par
le enfuite des Additions qui
ont efté faites de temps en
temps à cer excellent Ouvra
ge , & refout les objections
qu'on fait contre ces addi
tions.
On n'oublie point les per
fonnes que de grandes quali
tez ont diftinguées , & M
l'Abbé Geneft , en nous don
nant le Portrait de Mr de
Court , vient de le faire revi
vre , quoy qu'il foit mort il y
a déja prés de deux ans . Il faic
voir par là qu'il a un bon
coeur
GALANT 265
coeur, & qu'il eft zelé pour
fes Amis. Ce Portrait qui fe
debite chez le S ' Jean Boudo
ruë S. Jacques , au Soleil d'or
eft fort eftimé des Connoif
feurs , & il a plû à toute la
Cour. Je vous parlay de M
de Court , lors qu'il mourut,
Il n'avoit que quarante &un
an , & l'on peut dire qu'à cet
âge il eftoit univerfel , tant il
avoit toûjours eu d'applica
tion pour les Sciences, llétoir
Neveu du grand Saumaife , &
eft mort Secretaire des Com
mandemens de Monfieur le
Duc du Maine.
May 1696.
Ꮓ
266 MERCURE
Le Siege de l'Election &
le Bureau des Tailles qui
avoient eſté créez & établis
en 1615 en la Ville de fa
Charité fur Loire , & qui depuis
avoient efté fupprimez,
ont efté rétablis par Edit du
Roy,du mois de Février dernier.
M Samfon , GG
eographe
, a fait marquer toutes
les Paroiffes qui compofent
cette Election , fur les Cartes
des Diocefes d'Auxerre , de
Nevers & de Bourges Il a
aufli fait marquer fur cette
derniere Carte la Divifion
pour l'Estat Eccleſiaſtique
1
3GALANT 267
paroles Archidiaconez , les
Archiprevrez, & la divifion
pour les Finances , par les
Elections dela Generalité de
-Bourges , ce que l'on connoift
par les differens points , &
encore plus facilement au
moyen de deux differens
-Exemplaires. Il y a fur un
Exemplaire , que l'Archevê-
Sché de Bourges , nù l'on trouave
le Duché de Berry a neuf
Archidiaconez , qui font , le
grand Archidiaconé, ceux de
Chaiteau- Roux , Bourbon ,
Bruere , Narzene , Buzançais
, Sologne , Graçay , San-
Z ij
268 MERCURE
cerre,lefquels font fubdivifez
en Achiprévrez. Dans le haur
de la Carre , on a reprefente
toute la Province Ecclefiaft
que de Bourges , dont celle
d'Alby a eſté tirée . Sur un au-
Eexemplaire , l'on trouve
les Elections de Bourges
sden
d'Ifoudun , de Chafteau
Roux , Saint Amand , la Cha
ftre , & du Blane en Berry,
qui compofent la Generalité
de Bourges,
tre
D
ao Si l'on veut voir les Gene
ralitez , on les trouvera toutes
fur une France d'une feuilles
de défunt Nicolas Samfon , le
GALANT 269
Geographe , fur laquelle le S
Mbullart Simfon a fait mar
quer toutes les divifions que
fon Ayeul avoit données dans
la Carte de France de plus de
12. feuilles , qu'il avoit dédiée
au Roy. Ces Divifions pour
le Gouvernement Politique,
font par les Parlemens
Chambres des Compres
Cours des Aides , Generali.
tez , Affemblées d'Eſtats Gep
neraux. Il y a auffi fait
mettre la divifion pour les
Gouvernemens generaux de
Milice. Elle eft du S Samfon,
fon Oncle. A l'égard du Gou
Z iij
270 MERCURE
vernement Ecclefiaftique , il
Le trouve marqué fur ún aus
tre Exemplaire.org 519V01 !
solla aufli donnéune Carte
generale du Globe , avec une
explication des differentes
manieres dele reprefenter en
Plan. Il marque que les plus
ordinaires font de le décrire
comme s'il eftoit divifé en
Hemiſphere Septentrional &
en Hemiſphere Auftrab, où
les Meridiens font reprefencez
par des lignes droites , &
les cercles également diftans
entre eux , Je ne vous en diray
pas davantage, pour vous laif
S
GALANT 278
far lepplaifir dell'apprendre
dans le difcours que vous
trouverez gravé àgcoſtél des
ecure Carte, qui fe vend cliez
le S Pierre Moullard Samfon ,
Geographe ordinaire du Roy,
demeurant Caux Galeries du
Louvre , vis à vis l'Eglife Saint
Nicolas. lov
Je vous envoye une Lifte
des Officiers Generaux , des
plus completes qui ayent ja
mais efté. Cependant je n'ofe
vous affurer qu'elle foit parfaite
, puis qu'il eft rare d'en
trouver, quand elles contien
nent un auffi grand nombre
ة ي د ق
Z iiij
272© MERCURÐ
de noms. Celle- cy eftde deurs
céns, foixante & quarre,&fam
yintrouveli centocinquante
noms de plus que dans roup
res celles qui ont couru. Elles
eft augmentée des noms des
Brigadiers d'Infanteries de
Cavalerie & de Dragons , &
de ceux des Majors generaux,
des Aides majors , & des Mas!
réchaux des Logis des Are !
mées. Les qualitézy z fonta
marquées , mais pour éviterp
les repetitions on a mis un P.g
pour les Princes , un D. pouro
les Ducs , une M.pour les Mars
quis , & un C. pour les Come
aliz
GALANTM 27)
tes Jene
répondrois pas que
malgré toute l'exactitudo qu
on ysa apportée , il n'y cuft
quelques
qualicez d'oubliées;
mais cet oubly n'ofte rien des
Titres den ceux qui en ont.
On peut dire que tous ceux
qui compofent
cette Lifte ?
en ont un que la naiffance
ne
lear a point donné. C'eft ce
luy de Braves qu'ils fe font
acquis par leur valeur , puis
qu'on ne merite point ces
grands Commandemens
, qu'
onn'ait ferviavec
diftinétion,
& qu'on ne fe foit expoſe
cent fois aux plus grands pep
rils.
274 MERCURE
ARMEE DE FLANDRE
Mile Marefchal de Villeroy
Lieutenans Generaux¦¹Â¹OE
llivusgis
M" de Rozen.
De Montrevel.
De Busca.
Proseda
noM & SQ 6
MI
adida
Le M. de Feuquieres.
Le Duc de Barwick.
D'Artagnan.
Le M. de Crequi.
Le Chevalier de Gaffion .
De Buzanval.
Monfieur le Duc .
Monfieur le Prince de Conty.
Marefchaux de Camp₁.91
M³ de Vandeüil.co sb . 9J
GALANT: 275
De Saint Vians.
De Druy, ob fadoluil 65PM
D'Artagnan
.
De Rigauville. da
De Bezons .
De la Motte.
Le M. d'Alegre.
Le D. de Luxembourg.
D'Albergotty.
Le C. de Cayeux.
Raynold.
Le D. de la
Rocheguyon.
Rottembourg.
Greder Allemand .
Surville.
Le D. de Villeroy .
Le D. de Charoſt.
176 MERCURE
Brigadiers d'Infanterie,
มา ย
Mrs de Liancourt
b "M
De
Wagner.
De Bailleul.
Ja
ગી ૩ ૦૯ .
De Salis .
De Saillant.
это я за
DeLabadie.
Dorinckton
. Holesnom
sa
Le M. de Biron, vedasliT sⱭ
Leм . de Rochefort.
Le C. de Mornay.20.151
Le D. d'Humieres
.
3b .M
I
De Mauroux
, sit sb si
De Greder.
De Puyſegur
, dados
ob 18ɔf
De Marfé.
sa
GALANT 277
Brigadiers de Cavaleris
M's du Pleffis.com135b #M
D'Imecourt.
De Prefle. Isallied s
De la Taſte.'
De
Romery.
De Leftrade. SibedaJa
MSI
De Monteflon. Cordaro
De Tifenhaufen .
Le C. de Vaillac . 1
Le P. Camille.
Le M. de Villequier GI
Le M. de Trefnel.
De Coëtanfau.
Le P. de Rohan.
De Villennes ,
De Barzun .
16M 9
278 MERCURE
Le D. de Montfort IMA
Brigadiers de Dragóns. M
Mrs le Code Nogent.
De Sainte Hermine , noM
De Breteuil. Tab...01 * M
Commandant de la Cavalerie,
Monfieur le Duc de Chartres,
Major Generals
M'de Traverfonne,
Aides .Majors Generaux. I
M's de Seraucourt,
De Sauville.dasmaña
Marefchal des Logis de l'Armée,
M' de Puiſegur. 2000 al
Marefchal des Logis de ta
Cavalerie 50 Mel
M ' de la Vieruë.2 90
GALANT 279
ARMEE DE LA MEUZE.
M ' le Marefchal de Bouflers .
Lieutenans Generaux. ™ Ã
Monfieur le Duc du Maine ,
M's le C. de Tallart, 8
De Ximenes.
De Crenan.
De Gacé.
Le D. de Roquelaure..
Le D. d'Elbeuf.
Le Baron de Breffey.
Marefchaux de Camp:
Ms le M. de Lanion.
Le C. de Solre.
De Pracontal,
Le M. de Noailles.
De Saint Laurens.
$280 MERCUR
Le M. de Grammont.
kab -mal
De Zurlauben.I sb m • 1
Du Rozel,
De Surbeck. uciosa
De Cavoye, bað stƆ »J
De Courtebonne. ab м al
De Phelypeaux. tegid sa
Le M. Dantin .
Monfieur le Comte de Tou
loufe.
Brigadiers d'Infanterie,
dod
Mrs le P. d'Epinoy, visiⱭ
De Charmazel.
De Blainville. on tagab
De Chaſtillon. quoat ***
De Princé. SPA La
Le M. de Thury, his d
SOALANT. 281
Le D. de Guiche.
Le M de la Chaftre
1
Le м de Thiange. Met ACI
De Cadrieux. Red OT
Le C. de Goeſbriant,
Le M. de Vibraye.imuno sa
De Bligny.xgrant « G
Courten
Léc . " sharing
Boham
Gaſquer.
De Parate.cat
D'Harbouville, wanted
Brigadiers de Cavalerit.:0
M" D'Achy.
Du Rozel
De Refigny. ASMEN
May 1696.
A á
282 MERCURE
Le C. d'Aubeterre.dap
M
De PuiguyonicD
De
CheladeradavadƆ
91¹M
De Souternon, 990 sf ¹M
De Raffanie
sælger of a
Le C. de Clermontyok
99Kma
De Galmoy. 219pika ul. M
De Scheldon .
Doria.
armato
D
Brigadiers de Dragons,
Mrs Davaray.
Le M. de Ganges .
ai sh 29rq
el 'M
De Bretoncelle
. Bro
Major General, hiringq
M ' de Bragelonne.UZ
Aide- Major General , VI
M' de Clodoré, lansa šl’M
GALANT 288
Marefchal des Logis de la I
Cavalerie
M' le Chevalier d'Urfé.
M' le Comte de Montal
A le mefme Commandement que
l'année derniere.
M le Marquis d'Harcourt
Commandera au Pays de Luz
xembourg, & M de Loëmaria ,
Marefcbal de Camp , fervira
prés de luy.
M
Mr le Comte de Guifcard
Commandera à Dinan , Philip
peville , Charlemont.
SUR LES COSTESA
EN NORMANDIE.
Mile Marefchal de Joyeuse,
Aa ij
284 MERCURE
23
Lieutenans Generaux\\\\
Mrs le M. de RefugeƆ 9J " M
Le M. de Beuvron.V
sl = 0
Le C. de Matignonbair&
Marefchal de Gampab "mi
M' d'Harlus. alusinoм 50
Brigadiers d'Infanterie.
Mis du Peré. Ildolorem el 'm
De la Mare. ) ROMAINS .
Brigadier de Cavalerie.. CX 125
M' de Bellegarde.JayaN
zianoƆ sb'M
EN BRETAGNES A
Mle Marefchal d'Eftrées.
Lieutenans Generaux.3
M's de Polaftron. Tob Op ! " M
Le M. de Lavardin.bnno l'M
GALANT 28
rs
Marefchaux de Camp?
M's Le Code Servon . MM
De la Vaiffepewal obim 9 ,
Brigadiers d'Infanterie,
M" de Vrevinarstw A
De Moncault .
AUNIX band .
X
M' le Marefchal de Tourville. A
Lieutenant General,
M' Daubarede.
Marefchal de Campill
Congis
D'ITALIE
.
M' de Congis,
ARMEE D'ITALIE.
M' le Marefchal de Carinat
Lieutenans Ceneraux.
a
Ms le C. de Teffékoleb v
M' le Grand Prieur lab maj
286 MERCURE
De Vins AvoЯ sb Do I
9
27
Le M. de Larray, 2 ob
Le M. de Villars.zhaga
Le Chevalier de Teffe, & M
Le C. de Vaubecourt, 's
De Bachevilliers.Debi
Le M. de Grignan .
Marefchaux de Campi
rs
Ms le C. de Marfin.
H
6a
Le M. de Varennes, pp 41
Le C. de médavy.
Le M. de Clerambault.a
40 50
De Famechon.schusleif na
Le C. de Gramont.
De Villepion.
De Thoy.
codot
De Saint Maurice, marlb ÷ (
GALANT.1287
Le C. de Rouffy.
Le M' de Sailly.
rs
Brigadiers d'Infanterie d
MTS de Gravaizon
Le C. de
Bouligneux,
Le C. de Chamilly .
Heffy.
Caixon.
Daligny.
De Novion .
De Chartogne
De Sailly
De Chelleberg.
4 )
De Belzunce.
Julien.
Pelor. GOAT SU
De Clerembaule. 400
288 MERCURE
Le M. de Carcado, baas
Youl.
Lautrell
De Blecourt.
De Maifoncelle
De Villaincourt,
De Vraigne.
De Montalan.
rs
Brigadiers de Cavalerie.
M de Catulan.
De Flamanville
De Langallerie.
Le C. Deftain,
Le M. de Molac
De Ligondez.
De Vallemé.
De Vivans.
GALANT 289
Le M. du Chafteler.
De Joffreville.
De Beaujeu .
Le M. de Mezieres.
De Vertilly.
Major General d'Infanterie.
M'd'Arennes.
Maréchal general des Logis
de la Cavalerie.
M'de Mauroy.
ARMEE D'ALLEMAGNE
Mile Marefchal de Choiseul.
Lieutenans Generaux.
M' le Marquis de Chamilly
Le M. de Renty.
Le M. de Revel.
Le M. d'Uxelles.
May 1696.
Bb
290 MERCURE
De Bartilhar. Dibagiya
De la Bretefche.madab " M
De Melac .
Le M. de Payficux, ob .Ɔ » I
Le D. de la Ferté . SMI
Marefchaux de Camp, Ɑ
Mrs le C. du Bourg.va15 1
De Saint Fremont is a
Le C. de Caylus. Dub.0 »I
De Girardin.
s
OT G
Le M. de
Mongommery,
De Romainville
. M- " M
De la Lande.
Le C. d'Hautefort.
Le Baron d'Asfeld , bMe
Le C. de Mongon . o. Mel
GALANT 296
Brigadiers d'Infanterie, C
Mrs de Chamarante, (I
De Blanzac.. LosloMa
Le C. de Vaudray.sh 1o.I
Le M. de Poitiers .
De Berule.
I
Le Chevalier de Carcado, M
De Saint Pater ] ini ? J
Le C. du Gua.lv Deb Dad
Du Tot.
Brigadiers de Cavalerie . I
Mrs le M. de Merinville 50
Le M. de Biffy, bands 60
De Lagny.c
Le M.de Praflin., b nowa o .
Le M. de Murlay,MO
Le Chevalier de Forfat.
Bb ij
292 MERCURE
Le C.de Horn.
Le D. de Duras .
Defclainvilliers
, lubrid
2V DC
ARMEE DE CATALOGNE,
M' le Duc de Vendofme,
Lieutenans Generaux.
Mrs le M. de Chazeron.
Le C. de Coignies .
De Quinçon.
De
Longueval,
modi
D'Uffon .
De Barbezieres.
Marefchaux de Camp.
278
M's le Chevalier de Genlis,
De
Reygnac.
De Préchac.
GALANT. 293
Le C. de Mailly.
De
Poinlegur.
De Nanclas , relivnickla
Brigadiers
d'Infanterie
. © A
Mrs
De la
Chaffagne.
De la Meffaye.
De Poudens .
MTS
Brigadiers de Cavalerie.
De Sibourg.
De
Legal.
De Narbonne.
De Bercourt.
Le Chevalier de Courcelles.
Brigadier de Dragons .
M' du Cambout.
Bb iij
294 MERCURE
Le premier jour de ce mois,
Dame Antoinette de la Chaife
, Benedictine de l'Abbaye
de Cuſſet , futbenie Abbeffe
de Saint Menoux , dans PEglife
de l'Abbaye de Cuffer ,
par M' l'Evêque de Clermont,
en prefence d'un grand nombre
de perfonnes de qualité.
Elle fut accompagnée dans
cette ceremonie de Madame
1'Abbeffe de Cuffet , fa Tante
, de Madame la Prieure
de Marfigny , fa Coufine , &
de Madame Daix ; auffi fa Coufine
, & Religieufe de Cuffet .
Toute la Communauté té,
GALANT: 295
moigna publiquement
la
douleur qu'elle avoit de per
dre une perfonne dont la
conduite , fage & vertueule ,
leur avoit toujours fervi de
modele . Ml'Abbé de Grimauld
, Treforier de la Sainte
Chapelle de Montpenfier , fit
un tres beau Difcours fur cet
te Ceremonie.
Le 1o. de ce mois M'le
Marquis de Roquelaute , me
ftre de Camp de Cavalerie ,
Sous Lieutenant des Gendarmes
de la Reine , & d'une
fort ancienne Nobleffe de
Rouergue , époufa Mademoi
Bb iiij
296 MERCURE
·
felle de Cliffon , Fille d'hone
neur de Son Alteffe Royale
madame. Elle eft de la Maifon
des Sauveftres de Cliflon en
Poitou , ainfi appellez pour
les diftinguer des Sauveftres
de Thouars , leurs Aîneza
Tous les Hiftoriographes de
France , ainfi qu'André du
Chefne en la Préface de l'Hi.
ftoire des Chateigners , la
donnent pour exemple d'une
ancienne Nobleffe. Elle eft!
alliée aux plus confiderables
Maifons du Royaume , comme
il fe voit par le Livre de
la Genealogic , qui eſt impri
GALANT. 297,
me. Le Roy leur fit l'honneur
de figner au Contrat de mariage
, ainſi que toute la maifon
Royale.
Les perfonnes diftinguées
mortes fur la fin d'Avril , &
pendant ce mois ,
font
Dame Madeleine Tiercelin
de Broffes , Veuve de meffire
Gabriel de Mehéranc , Marquis
de Saint Pierre. Elle
eftoit âgée de foixante &
huit ans , & eft morte en la
Communauté de Sainte Agnés
, où elle s'eſtoit retirée .…”
C'eftoit une Dame d'un fort
grand merite , & d'un vray
298 MERCURE
caractere d'honneur , de probité &
de vertu . Elle laiffe trois Enfans
dont l'Ainé eft Capitaine au Regiment
de Cavalerie de Marivaux le
fecond , Capitaine au Regiment de
Bourbonnois , & une Fille Religieufe
à Argenteuil. Elle eftoit Fille da
Geoffroy Tiercelin , Marquis de
Broffe , & de Charlotte d'Aoxy!
Monceaux , Petite- fille de Charles
Fiercelin de Broffe , Comte de Sa
veufe tué au Combat d'Auneau
prés Chartres , & de Marguerite
d'Odenfort , & Arriere - petite- fille
d'Adrien Trercelin , Seigneur de
Broffe , Sarcus & Marines , Chevalier
des Ordres du Roy , Geuver,
neur de Mouzon , & depuis Lieurenant
General en Champagne , & de
Barbe Rouault. La Maifon de Tiercelin
de Broffe eft établie en Picar
LYON
ALLE
GALANT. 209
die depuis longtemps . Celle de Mes
beranc eft originaire de Baffe-Nor
mandie , d'une ancienne Nobleffe
& eft prefentement établie en Brey
tagne, mis lupa
Meffite François Brunet de Monforan
Confeiller honoraire au Par
lement , Préfident en la Chambre
des Compres , & premier Confeiller
d'honneur de S AR Monfieur ,
ayant efté auparavant Conſeiller au
Parlement de Mets , & Treforier general
de la Maifon du Roy. Il avoit
environ cinquante ans , & eft mort
fans alliance . Il eftoittres - bonJuge
& tres- bon Ami , fort charitable
donnant des fommes confiderables
pour marier de pauvres Filles , &
pour faire étudier de pauvres Religieux
& Ecoliers . Il aimoit les beaux
Arts & les Sciences , & avoit un fort
Σ
300 MERCURE
༢༠༠
beau Cabinet de Tableaux , Buftes
Bronzes , Porcelaines , Miroirs , &
autres raretez. Il a plufieurs Fre
res & Soeurs , qui font Jean - Baptifte
Brunet, Garde du Trefor Royals
Gilles Bruner , Abbé de Villeloin
Confeiller Clerc au Parlement , en
la Troifiéme Chambre des Enqueftes
; Paul-Eftienne Brunet Seigneur
de Rancy , Treforier General
de la Maifon du Roy , puis Fermier
General des Gabelles de France ;
Jofeph Brunet Abbé de Beaugerez ,
Philberte Brunet Epoofe de Philbers
Durand , Receveur General des
Fermes-Unies à Lyon , & N. Bru--
net Epouſe de MrDuret , Receveur
General des Fermes de la Franche-
Comté , puis Treforier General de
la Maifon du Roy. Mr Bruner, Garde
du Trefor Royal , aîné de la fa.
GALANT: 301
mille , a plufieurs enfans , fçavoir
Pierre Brunet , Seigneur de Chailly ,
Maiftre
des Requeftes , & auparavant
Confeiller au Parlement , Jean .
ne Brunet, Epoufe de Charles du
Tiller ,Sde la Buffiere , Prefident au
Grand Confeil, & auparavant Con
feiller au Parlement ; Anne- Catherine
Brunet , Epoufe de Charles de
Mornay , Chevalier des Ordres du
Roy , Marquis de Villarceaux , Ca
pitaine - Lieutenant des Chevaux .
Legers de la Garde de Monfeigneur
le Dauphin , qui fe fignala à la Bataille
de Caffel , & à cellede Fleurus ,
où il fut tué , & Françoile - Marie
Branet , Epoufede Roland. Armand
Bignon , Avocat General en la Cour
desAides ,laquelle mourut en couche
de fon premier enfant le 6.May1692 .
Mr de Rancy , autre Frere de feu
302 MERCURE
Mrde Montforan , a épouſé Géneviéve
Colbert , Fille de Michel Col.
bert , Maiftre des Requeſtes , dont
ila plufieurs Enfans , entre- autsės
Jean- Baptifte Brunet , Gilles Brumet
, Jofeph Brunet , Paul. Eftienne
Brunet , & Françoite - Marguerite
Bruner. Mrs Brunet ont un Coufin
germain dans la Robe , qui eft Gi
Tard Brunet le Goux de Serigny ,
Confeiller au Grand Confeil , puis
Confeiller au Parlement , & à pre-
«fent Prefident en la feconde Cham
bre des Requeftes, and lasty log
બ
Dame Marie Fourré de Dam
pierte , Veuve de Meffire Louis
Foucaut , Comte de Daugnon Vice-
Amiral , puis Marefchal de France.
Cette Dame eftoit dans une forc
grande pieté , & avoit pris une maifon
auprés du Val-de- Grace pour
GALANT 303
avoir fouvent la converfation des
Religieufes de ce Monaftere. Ellea
eſté inhumée au Convent des Filles
ade Sainte Claire de l'Ave Maria ,
auprés de fon deffunt Mary , qui
ayant donné de fon vivant des
marques de la valeur de fes Ancêres
, mourut à l'âge de quarantetrois
ans , avec une refignation toure
Chreftienne , ayant voulu eftre
inhumé fans aucune pompe , afin
que l'argent qu'on auroit employé
à fes obfeques fuft diftribué à de
pauvres Familles neceffiteuses . Ils
avoient cu cinq enfans , fçavoir ,
atrois Fils morts en bas âge , Marie
Foucaut de Daugnon , Epoufe de
Michel Marquis de Caftelnau , Gouverneur
de Breft , & Conftance
Foucaut de Daugnon , mariée à M
de Pons Marquis de la Cafe, no
304 MERCURE
Dame Marie Magdeleine VVide
mer Epoufe de Meffire Prince de la
Hyre , Capitaine Suiffe dans le Re
giment de Stoppa. Elle eft morte à
Teize ans , cinq femaines aprés avoir
efté mariée. Dans cette grande jeu
neffe elle avoit toute la fagefle &
toute la folidité de jugement qu'on
peut fouhaiter. Mr fon Pere eft Capitaine
dans le mefme Regiment, où
ilfe fait diftinguer par fon courage.
Meffire Melchior Jolly de Menainville
, Docteur de la Maifon &
Societé de Sorbonne . Il eftoit Fils
de Louis Jolly, Seigneur de Menainville,
Treforier de France en Champagne
, & de Marguerite Poncet
Soeur de défunt Michel Poncet
Archeve que de Bourges , & fille de
Mathias Poncer , Seigneur de la Riviere
, Auditeur en la Chambre- des
GALANT 205
Comptes , & d'Antoinette de Pali
laër
Ferdinand Fgon Landgrave de
Fuiftemberg , Comte de Heiligenberg
, & de VVartemberg , & c.
Brigadier d'Infanterie & de Cavale
rie , dans les Troupes du Roy , mort
à trente-deux ans , & inhumé dans
l'Abbaye Royale de Saint Germain
des Prez, Ila eu trois Freres & deux
Soeurs ,fçavoir Egon . Antoine Prince
Landgrave de Furftemberg & de
Bar , qui eft au fervice de l'Empereur,
& qui a épousé Marie de Ligny
dont font venus deux Garçons ,
morts jeunes , & trois filles qu
font avec leur mere à Paris ; deffunt
Felix - Fgon , Comte de Furftemberg
, Prince & Abbé de Leurs &
de Murbach , Coadjuteur du Cardinal
fon Oncle , de la Principauté &
May 1696.
Cc
306 MERCURE
Abbaye de Stablo , Grand Maistre
& principal Miniftre de l'Electeur
Maximilien Henry Archevelquede
Cologne Emmanuel Comte de
Furftemberg , Colonel de deux Regimens
d Infanterie & de Cavalerie
del'Empereur , tué au Siege de Bellegade
, Marie Charlotte Comteffe
de Fortemberg , mariée ao Price
de la Tour-Taxis , G and Maiftre
des Poites de l'Empire , & Marie-
Françoife : Comff de Furtemberg
, mariée à Charles Prince de
Nffo . Ilsfont cous enfans de Herman-
Egon Prince de Furttemberg,
Grand Muftre & Principal Minif
tre de l'Ele&eut Maximilien de Ba..
viere & de Marie Françoite de Fuckremberg
Landgrave de Stilingen ,
& ont pour Oncle Guillaume Egon
Landgrave de Furftemberg , Eves
GALANT: 307
#
que de Strasbourg, Prince de Stablo,
Cardinal de la Sainte Eglite Romaine
fous le titre de Saint Onuphre ,
Commandeur des Ordres du Roy,
& Abbé de S - Germain des Prez. 1.
Dame Marie- Catherine le Ca
mus Epoule de Meffire Jean-
Emard Nicolai , Marquis de Gouf,
fainvilles premier Preſident en la
Chambre des Comptes. Elle eft
morte à vingt- cinq ans trois mois ,
& laiffe deux Enfans , un Garçon
& une Fille . Il feroit difficile d'exprimer
jufqu'où elle a porté la vertu.
Quoy que tres -jeune, elle n'avoit
aucon attachement pour le monde ,
& eftoit ennemie de la parure , en
forte que les miroirs eftoient pour
elle un meuble inutile, Elle donnoit
aux Pauvres tout l'argent dont il luy
eftoit permis de difpofer , & dans
Cc ij
208 MERCURE
Fannée que le bled eftoit fincher ,
elle vendit la plufpart de les bijoux
pour les foulager. Elle eftoit Fille de
Me Jean le Camus , Seigneur
de Beaumais & du Port , Lieutenant
Civil & Maitre des Réqueftes
honoraire , & Niece de Nicolas le
Camus , Seigneur de la Grange ,
premier Prefident en la Cour des
Aides & d'Eftienne le Camus ,
Cardina
Evêque & Prince de Grenoble
, & Docteur en Theologie de
la Faculté de Paris . Je vous ay parlė
en plufieurs rencontres de la Famille
des le Camusjenk
"
Muffire Mathieu Hotman , Sei .
gneur de Villegomblin , Baron ,
Ver, & autres lieux Il eftoit Coulin
Germain de Mr Hotman , Intendant
en la Generalité de Paris . Thes
Meffire Jean - Baptifte . Antoine
GALANTV 309
B
Dadine de Hauteferre . Procureur
General en la Cour des Aides de
Montauban , où il eft mort fur la fin
d'Avril. Il laiffe plufieurs Enfans ,
dont l'Ainé eft Conſeiller en la
Cour des Aides de Montauban , II
eftoit Fils de feu Antoine Dadine
deerHauteferre , mort Doyen des
Docteurs & Profeffeurs és Droits
de l'Univerſité de Toulouſe ,
connu par fon rare merite , & par
le grand nombre de fçavans Ou
vrages qu'il a donnez au Public.
Il me reste à vous dire qu'il vaque
uneplace à l'AcademieFrançoife par
la mort de Mt de laBruyere,fi connu
par fon Livre des caracteres de
Theophrafte. Il avoit foupé avec un
appetit extraordinaire , & prefque
auffitoft aprê,il tomba en Apoplexie.
Hin'cut plus de connoiffance
&
210 MERCURE
mourut à deux heures aprés mihuic
On vient de m'apprendre la mott
de Meffire Antoine Daquin , Cont
feiller d'Estat ordinaire , oy-devant
premier Medecin du Roy , & anpas
ravant premier Medecin de la Rer
ne. Il laiſſe ſa Veuve , qui eft Niece
de feu Mr Valot , auffi premier Mel
decin du Roy , avec plufieurs En
fans : fçavoir , Antoine Daquin
Sr de Chafteaurenard , Confeiller
honoraire au Parlement , Prefident
du Grand Confeil Secretaire du
Cabinet du Roy , & cy-devant Intendant
de Juftice à Moulins , N.
Daquin , cy- devant Capitaine aux
Gardes ; Louis Daquin , Abbé de
Saint Denis de Reims , & Agent
du Clergé de France en r696 N.
Daquin, Epouſe de Louis- Roflin
Bouillé, Maistre des Requaftes
GALANT. I
eyudevant Confeiller au Parlement
de Mets , & quelques Filles qui ont
pris le parti du Convent. Mr Da
quinseftoit allé a Vichy prendre des
eaux ,à cauſe d'une attaque d'Apoplexie
qu'il avoit euë il y a quelques
meis , & il y eft mort de la fiévre
Hadeux Freres vivans , dont l'un
eft Medecin de la Faculté de Paris,
ayant effé scy devant Medecin or
dinaire du Roy. L'autre eft Meffire
Luc Daquin , Evêque Seigneur de
Frejus auparavant Evêque de
Saint- Paul Trois - Chafteaux. I a
encore une Neveu , qui eft Curé de
Saint Barthelemyauka moi , słupałk
** M * Panetier , Chefd Eſcadre des
Armées Navales du Roy , & Commandeur
dans l'Ordre de S.Louis
eft mort auffi depuis peu de jours ,
âgé
morton60.ans
l'avoit
fervi
212 MERCURE
2
dans la Marine dés fa plus tend e
jeuneffe , & s'estoit trouvé en plu
fieurs occafions , où la capacité 81
fa valeur avoient paru avec beau- ]
coup de gloire pour luy , Mr de Ga
baret , Lieutenant General des Armées
Navales , à qui le Roy a don .
né la Commanderie , s'eft diftingué
par tout où il a efté employé, & tout
nouvellement encore , quand il eut
il y a environ deux mois , le com,
mandement d'une Efcadre d'envi
ron douze Vaiſſeaux de guerre à la
Rade de Dunkerque . Les Anglois
& les Hollandois , au nombre de
plusde quarante , s'avancerent pour
Pattaquer. Il fe prépara à les bien
recevoir. Il rangea fes Vaiffeaux en
ligne du cofté du Banc- Brack , afin
de mettre les Ennemis entre le feu
des batteries se celuy de fes Vaif
feaux. X
GALANT. 3'3
feaux. Il difpofa des Chaloupes armées
du côté de l'entrée de la Rade,
pour détourner les brûlots , & enfuire
il fit baifferdes vergues & les voiles
, & montra une contenance fi
fiete , que les Ennemis ayant deux
fois levé l'ancre pour venir à luy
avec vent & marée , trouvererent
plus à propos de fe retirer.
Le mot de l'Enigme du mois paffé
eftoit le Cerceau , & il a efté trouvé
par Mrs Henry le jeune , du Bureau
du papier de la Douane : Hellant le
jeune auffi de la Douane : Rémond
le jeune du Marché neuf : Bardet de
J'Hoſpital du Mans : de la Couffonniere
de Sainte Foy :Jacques Paſcal
de Lion : Pilhoret : Montigny le
Breffan : l'Abbé de la Bonnardiere :
le petit Estienne de la rue S. Severin
: de la Raudiere , cy-devant En-
May 1696.
Dd
214 MERCURE
:
voyé du Roy à Liege ; Pafquier
Amant de Mademoiſelle M... les
deux Amis de la rue des deux Boules
:l'Inconnu de la rue S, Chriftophe
: l'infortuné Captif du grand
Chaftelet le jeune Hiftorien du
Parvis Noftre-Dame : le Frere de
J'aimable Javote du coin de la rue de
Richelieu : le petit Gendarme le
Charme desJardins duCloiftreSaint
Benoift : le Voyageuren Bretagne de
la rue Coqueron le Dragon blanc
de la Place Royale : de Herne Garde
du Roy ,du Clos & Mademoiſelle
Petit la Greffiere : les Demoiselles
des Bois au beau Soleil de la rue de
Belair , & Langlois de la Vallée de
mifere le bon Ifraëlite d'aupiés
les Capucins du Marais , & fa bonne
Amie la conftante Angelique : le
Chevalier des Macabées de S. Juſt ;
:
GALANT. 315
le jeune Chanoine de S. Maur : le
Side S Germain de la Ville de Dol
en Bretagne le Blond du Bocage,
de la rue S. Antoine : Maquet de la
Tour, & la Veuve de la rue de la
Verrerie. Mefdemoiſelles Javote du
coin de la rue de Richelieu: Gamard
du Fauxbourg S. Germain : la char
mante de Chalet ; Harcouet de l'Epi.
•
nay:
la Demoiſelle
de l'aimable
Brune
de la Paroiffe S. Nicolas du mans :
l'enjouée
petite Javote de la porte de
Richelieu
la belle
Polonoife
: la
jeune Belotte de l'antiquaille
:Faimas
ble Veuve de la rue S M. & fa fpirituelle
Coufine ; la plus belle & la
plus
charmante
de la porte de Paris:
l'incomparable
Tronquoife
de devant
le petit
Luxembourg
: lajeune
Veuve du miroir de vertu , & le
franc & obligeant
Becquet du Pont
Dd ij
216 MERCURE
Noftre-Dame : la belle & fage Lu
crece , & la toute aimable Brunette
fa Soeur , & le bon Coq de la méme
maiſon : Mademoiſelle de l'Etoile,
& fon Amie la Caverne , & la belle
Blonde à l'Anagramme , Merite &
Loyauté.
L'Enigme nouvelle que vous trouverez
icv , eft de Mr de la Tronche
de Rouën,
A
ENIGME.
Vec peine les yeux peuvent
m'appercevoir ,
Et cependant je fais plus de mal
que le foudre ,
Qui réduit ce qu'il touche en poudre.
Mais pour vous déclarer jufqu'où
va mon pouvoir ,
GALANT 217
L
füt
BIBLIOTE
LYON
1893
gea
VILLE
216
MERCURE
9YO?
GALANT: 317
Bar la serre fouvent je répans la
mifere,
Quand le Ciel irrité vent marquer
fa colere.
Je ne doute point que vous ne
vezcontente de la nouvelle Chan
on queje vous envoye.
AIR NOUVEAU.
E voudrois bien fur la fougere
Choifir une jeune Bergere ,
Dont le coeur fuft tendre & confant
Mais on n'en voit plus de fidelle.
La moins legere , helas ! change à
l'inftant
Qu'elle trouve une amour neuvelle.
Vous fçavez l'arrivée à Breft de
***Armée Navale du Roy , comman-
1
D diij
318 MERCURE
dée par Mr le Comte de Chateau,
renault ,Cette Flote ayant eu fouvent
les vents contraires depuis Toulon
jufques au Détroit de Gibraltar , elle
ne l'a paflé qu'après quarante jours
de navigation enfuite de quoy elle
eft arrivée à Breft en quinze jours,
Elle n'a perdu pendant les cinquan .
te-cinq jours qu'elle a efté en che
min , que Mr du Chalart , Capitaine
de Vaiffeau , & Mr du Tillet
, Commiffaire de Marine . Mrle
Prince de Guldenleu , Fils naturel
du feu Roy de Dannemark , cit venu
fur cette Flote ; & Mr de la
Roche- Allart , Neveu de M Villette,
Lieutenant General , a apporté
des nouvelles de fon arrivée.
Les Ennemis ayant plus de vingt
Vaifleaux devant Dunkerque, pour
empêcher Mr Bart d'en fortir , il
.
GALANT 0319
s'impatienta de fe voit ainfi affiegé ,
& aprés avoir monté fur un lieu
fort élevé , & avoir examiné la fi
tuation de ceux qui prétendoienc
Fentermer , il refolut de fortir fur
Pheute , affurant que les Ennemis
ne luy feroient aucun mal, ce qui
arriva comme il l'avoit dit . Son Efeadre
eft de fept Vaiffeaux & d'un
bralor. 2
Mr. l'Abbé de Noailles marchant
fur les traces d'une Famille , où la
vertu eft hereditaire , ayant receu
les Bulles de l'Evêché Comté-Pairie
de Châlons , fut facré le 20. de ce
mois, dans l'Eglife Metropolitaine
de cette Ville , par Mr l'Archevê
que fon Frere. Rien n'eftoit plus
édifiant que l'humilité , la mortifi
eation , la modeſtie & la veritable
pieté qui paroiffoient fur le vifage
Dd iiij
1
220 MERCURE
de ces deux Prelats , qui fortoient
d'une longue retraite, où ils eftoient
entrez pour fe préparer à cette Ceremonie,
dans laquelle Mr l'Arche
chevêque de Paris fut affifté de M
l'Evêque de Chartres , & de M
l'Evêque de Laon, Pair de France.
Mr de Montaigu , Marquis de
Bouzoles , Meſtre de Camp du Regiment
Royal de Piémont , a épou
fé Mademoiſelle Colbert de Croiffy .
Elle est Fille de Mr le Marquis de
Croiffy , Miniftre & Secretaire
d'Eftar. Jamais homme n'a eu un
plus grand nombre d'Emplois de
diftinction que ce Miniftre , & n'a
efté honoré plus de fois de celuy
d'Ambaffadeur; il l'eftoit au Traité
d'Aix - la - Chapelle. Il fut enfuite
nommé Ambafladeur en Angleterre
& en Hollande , puis PleniGALANT.
321
2
potentiaire à Nimegue , & il eut
l'honneur d'aller Ambaffadeur en
Baviere , pour y regler & figner les
articles du Mariage de Monseigneur
Je Dauphin. Il ne faut pas s'étonner
fi Mademoifeile de Croiffy eftans
née d'un Pere qui a tout l'efprit
que demandent ces grands Emplois ,
& d'une Mere qui en a beaucoup, en
a infiniment. Quant à Mr le Marquis
de Bouzoles, il a toutes les qualitez
qu'on peut fouhaiter dans une
perfonne de fa naiſſance , & dans
le pofte qu'il occupe. Il eſt exact ,
vigilant , brave & honnefte homme.
Le Roy en parla de cette ma
niere à M de Croiffy, & Sa Majesté
luy dit qu'il avoit fait un bon choix,
lors que ce Miniftre declara qu'ib
avoit choifi Mele Marquis de Bou
zoles pour fon Gendre
322 MERCURE
Si on examine avec attention
Fouverture de cette Campagne , les
forces de la France cauferont de
l'étonnement , & la conduite , la
fageffe & le fecret : du Monarqué
qui les fait mouvoir , fe feront admirer
meſme de fes Ennemis. Tant
que l'hiver a duré , ils fe font vantez
qu'ils l'ouvriroient par le Siege de
Dinant & de Pignerol, & qu'ils pafferoient
le Rhin pour agir offenfive
ment. On a écouté leurs menaces ;
avec la moderation qui accompa→
gne routes les actions du Roy. On
s'eft préparé fans oftentation à faire
échouer tous leurs deficios , & même
à les prévenir par tout , & on y
a réuffi Noftre Armée de Flandre
eft entrée la premiere encampagne.
Elle s'eft emparée de tous les poftes
qu'il luy a plû de choisir , & elle y..
GALANT. 323
vit aux dépens du Pays ennemi, En
Allemagne , nos Troupes fe font
trouvées plus nombreuſes que les
Ennemis n'avoient cru, & que nous
n'avions publié nous - mêmes , &
elles ont paffé le Rhin pour vivre a
leurs dépens ; au lieu qu'ils le devoient
paffer pour fubfifter aux déə
pens de noftre Pays. Nos Troupes
d'Italie commençant à marcher en
mefme temps pour entrer dans la
Plaine de Piémont , ont porté la .
terreur à ceux qui fe promettoient
d'emporter nos Places pour prélude
de leur Campagne. Je paffe au détail
de toutes ces chofes.
Les Troupes les plus éloignées ,
& qui devoient en partie compofer
l'Armée de Flandre , commencerent
à fe mettre en mouvement dés
le 10. de ce mois , pendant que Me
324 MERCURE
le Maréchal de Villeroy & Me le
Comte du Montal marcherent pour
vifiter les Places & les Lignes de la
Frontiere jufques à la mer . Ils artiverent
le 14. à Dunkerque, La plus
grande partie de l'Armée campa le
17. depuis Courtray jufques à l'Ef
caut. La nuit du 17. au 18. Mª de
Caraman fut détaché avec deux
mille Chevaux & Dragons , & quel
ques Compagnies de Grenadiers ,
pour aller s'emparer du Camp de
Deinfe . Le 18 , l'Armée marcha à
Saint Eloy Vive . Elle y campa ce
jour là , & le refte des Troupes l'y
joignit. Le mefme jour , Mr le Maréchal
de Villeroy fe mit en marche
avec la plus grande partie de
L'Armée , & arriva au Camp de
Machelen fur la Lis , à une demilieuë
de Deinfe , àtrois de Gand, &
GALANT. 325
deux & demie d'Oudenarde. Les
Ennemis avoient projetté de s'emparer
de ce pofte , & ils auroient
executé leur deffein , fi l'on s'en fuft
faifi deux jours plus tard. On eft
rellement fur eux , qu'ils auront de
la peine à déboucher , & ils font
contraints de s'affembler derriere
Gand & Bruges , & meſme derriere
leurs Canaux ; ainfi voilà une grande
Armée bien refferrée , & contrainte
de s'affembler dans les mêmes
endroits où la plus grande partie
a hiverné . Il est aisé de juger par
là qu'elle doit manquer de beaucoup
de choles. Le Prince d'Orange n'a
pû cacher fon chagrin en apprenant
les poftes que nos Troupes ont pris,
Les courfes de nos Partis inquietent
fi fort les Ennemis , que les
portes de Gand font fermées du
1
326 MERCURE
cofté denoftre Camp. L'Arméeque
commande Mr leMaréchal de Bouflers
s'eftant affemblée auprés de
Mons , la plus grande partie campa
le 19. prés de Fleurus . Les deux
Armées que le Roy a de ce coſté là
pour refferrer les Ennemis eftant
ainfi difpofées , y vivent aux dépens
decesderniers avec toute la tranquillité
poffible, Le 24.Monfieur leDuc
deChartres, & MonfieurlePrince de
Conty arriverent à l'Armée de Mr
le Maréchal de Villeroy . Comme
on attendoit ces Princes pour faire
une reveuë generale , elle fe fit le
25. & le 26 , on fit au delà de la Lis
un fourage general pour quatre
jours . Mr de la Motte commande
un petit Campà laKenoque , &M-du
Montal un autre auprés deFurnes &
de Dunckerque , Mrde Tallard eft à
GALANT: 327
S.Crefpin avec un fort grandCorps,
Quant aux affaires d'Italia, Mile
Duc de Savoye n'avoit travaillé aux
preparatifs du Siege de Pigneról ,
que dans la penfée que le Prince
d'Orange ouvrant la Campagne en
Flandre plûtoft qu'à l'ordinaire , &
avec des forces plus nombreuſes ,
obligeroit le Roy à rappeller la Gen
darmerieque l'on avoit refolu d'envoyeren
Piémont ; mais le contraire
eftant arrivé , S. A. R. a esté
contrainte de fonger à le défendre ,
loin de faire des preparatifs pour
atraquer, ce qui a caufé de fi grandes
inquietudes dans l'efprit de tous
fes peuples , que ce Prince , aprés
avoir lû les dépêches duPrince d'Orange
, qu'il recent au commence.
ment de ce mois , affecta de faire
publier que le Courrier qui les avois
328 MERCURE
apportées , eftoit venu exprés pour
luy faire fçavoir que le Prince
d'Orange partoit pour Flandre, &
qu'on ne devoit pas craindre fifort
les menaces des François , qui n'efoient
pas en eftat d'envoyer en
Piemont une aufſipuiſſante Armée
qu'ils en faifoient courir le bruit.
Mais comme on ne publioit pas que
ce Courtier euft apporté les Lettres
de change que M³ de Savoye avoit
demandées , plufieurs dirent , qu'il
auroit mieux valu qu'on euft ap.
porté de l'argent , & qu'à l'égard
des Troupes deFrance, ils en eftoient
bien informez, puis qu'il y en avoit
beaucoup dans leur voisinage , &
que lear nombre augmentoit de jour
en jour. S. A. R. apprehendant
plos les François qu'elle ne faifoit
paroiftre , fir camper quelque temps
GALANT. 329
aprés l'arrivée du Courrier dont je
viens de vous parler fon Regiment
des Gardes auprés du glacis de la
Citadelle de Turin avec ceux de la
Croix blanche, Montferrat, & trois
aurres , pour raffrer le peuple , qui
n'eft pas moins chagrin d'avoir vu
abattre plufieurs de les Caffines qui
eſtoient à portée du Canon de la
même Citadelle , à quoy l'on a tra
vaillé nuit & jour. Il n'eft arrivé
qu'environ onze mille Espagnols ,
au lieu de feize mille qu'on avoit
fait efperer à M de Savoye. Le
Marquis de Leganez n'eft point
venu avec ces Troupes , n'ayant pas
jugé à propos d'effuyer la colere de
S. A. R. Les Allemans & les Efpagnols
partirent le 20 au matin pour
aller fourager les environs de Veillane
, où la Cavalerie de Mº de Sa-
May 1696.
Ee
330 MERCURE
voye les devoit joindre. Les Efpa
gnols ont laiffé dans Turin ce qu'ils
ont conduit de munitions avec eux ,
& Mile Duc de Savoye a envoyé
ordre à Carmagnole de ne rien laif.
fer dans la Ville , qui puiffe fervir
de fubfiftance à l'Armée du Roy .
Le 18. Mr le Chevalier de Teffé
partit avec 14. Bataillons du Camp
de Pinache à deux lieuës de Pigne.
rol. Il paffa le Col de la Feneftre ,
& fe rendit à Buffolin , où la Gendarmerie
, la Cavalerie & les Dragons
arrivoient à la file. Le 19. Mn
de Larray fut détaché avec quatorze
cens Grenadiers , pour le faifir de
la hauteur de Saint Michel , au deçà
de Veillanes, afin de s'affurer du
paffage de Saint Ambroife , & il s'en
affura. Le 20, au matin , Mr de
Catinat voyant tous les ordres heud
GALANT. 331
4
reufement executez , fe rendit à
Buffolin , & de la apVeillane , à cinq
lieues de Turin. Cependant le refte
des Troupes continua à le ſuivre &
à pafler fans aucun peril , par les
défilez que ce General avoit fait
occuper Lan Cavalerie des Alliez
qui eſtoirà Grugtiafque & auh envi
rons , ayant apperçu un petit Party
de noftre Cavalerie fur la hauteur
de Rivolle , crut voir toute l'Armée )
du Roy, & prit Laus mefme inftang
la fuite , fans l'envoyer reconnoi- )
ftre , & la confufion & l'épouvante
s'eftant mife parniy les Soldats & les
Officiers , its fe retirérent tous à
Millefleurs , avec le plus grand defordre
du monde , d'où ils allérent
camper au delà du Pô , entre Mont . ?
callier & Teftoné ; Tallarme duy.
fur donnée par trente Cavaliers des
Ee ij
332 MERCURE
Troupes de Savoye. LaCavalerie de
Son A. Royale qui eftoit à Carignan
, décampa le jour fuivant , &
alla camper à Montcallier. L'Infanterie
Efpagnole , celle de Mr de
Savoye , & les Religionnaires
campérent aux environs du glacis
de Turin , où Son Alteffe Royale a
fait entrer le Regiment des Gardes,
& un détachement de cinq cens
chevaux , outre quatre Bataillons
qui eftoient déja dans cette Place.
Ce Prince a fait faire des retranche .
mens en plufieurs endroits de la
Ville , & a menacé de faire brûler
la maiſon du premier qui parleroit
de contribuer,
Le 19. le 20. & le 21. de ce
mois , l'Armée du Roy paffa le
Rhin à Philisbourg , & quoy qu'elle
ait un affezgrand nombre de Canons
GALANT.
333
pour la faire marcher lentement
elle s'eft renduë en trois jours de
marche , à Sekingen , qui eft affez
proche d'Epingen , où les Ennemis
ont fait faire de nouvelles Lignes,
Je fuis, Madame, & c.
A Paris , ce 38. May 1691 .
Il me refte quantité d'ouvrages
dont je vous feray part le mois prochain.
અમે ૪૪૬૧, એલ
222225552:22552225
TABLE.
PRelade,
P.
Reinde
5
Haranguesfaites au Roy, à Monſeigneur
le Dauphin, à Meffeigneurs les Ducs
de Bourgogne d'Anjou & de Berry,
par l'Envoyé d'Alger.
Eloge & utilité du Café.
Lettre de Mademoiselle & Heritier.
t
Romancen gy
9
15
56
$ 177
Fragment d'une Lettre en chansons. 84.
Epiftre en Vers.
Réponse.
Autres Epiftres.
97
102
108
Lettre de Mademoiſelle d'Alerac. 121
Nouvelle Philofophie.
125
Compliment fait à Monfieur par le Pere
de la
Boißiere. 137
L'arbre gravé, nouvelle decouverte.142 :
Dialogue hiftorique.
Service fait au College Royal.
197
235...
TABLE
237
Reflexions fur le mauvais ufage qu'on
fait de laparole.
Reception deMrl' Archevefque de Paris
an Parlement en qualité de Duc de
Saint Cloud. 5.52444
Thefes foutenues aux Fenillans de larue
Saint Honoré bundy Sune2485 "
1
Mrle Noncefe trouve en divers endroits
pourfaire fa Cour , & dit plafieurs
chofes dignes d'eftre remarquées . 250
Morts.
Le Combat Spirituel.
255
261
Portrait de Mrde Court par Mrl Abbé
Geneft.
Cartes diverses.
264
266
Lifte des Officiers Generaux de toutes les
Armées du Roy.
271
Mede la Cbaife eft benie Abbeffe de Saint,
Menoux. 204
Mariage deMr le Marquis de Roque- 1
laure.
295
Commanderie de S. Louis donnée à Mr
Gabaret.
Enigme.
312
316
TABLE
Mrrivée à Breft de la Flote de la Mediterranée.
Depart de l' Efcadre de Mr Bart.
Sacre de Mr de Chalons.
317
318
319
320
Nouvelles des Armées du Roy, 322
MariagedeMr le Marquis de Bonzoles
& de Mademoiſelle de Croiffy,
La Figure doit regarder la page 152.
L'Air doit regarder la page 317.
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