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807156
MERCURE
CALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR *
LYON
*
1833
LE DAUPHIN
MARS 1696.
VILLE
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grand' Salle
du Palais , au Mercure Galant
O
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau &
Vingt- cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Justice.
T. GIRARD ,au Palais, dans la Grande
Salle , à l'Envie.
Et MICHEL BRUNET , Grand'Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. DC. XCV I
Aves Privilege du Roy,
O
AVIS.
Velques prieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercare , on ne laiffe pas
d'y manquertoujours. Cela eft caufe
qu'ily a detemps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne fe
15 peat fervir. On reitere la mesmo
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On .
ene prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
quil n'y ait rien de licentieux . On
de
A ij
AVIS..
prie feulement ceux qui les envoient,
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
l'article des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent.
Ceft fort peu de chose pour chaque
particulier , & le tout enſemble eft
beaucoup pour un Libraire.
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétabli les
chofes de maniere qu'il est toujours
impriméau commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilferapartir les paquets deceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure.Commè ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
baifera pas d'avoir le Mercure
A VIS .
long- temps avant qu'ilfoit arrivè,
dans les Villes éloignées, mais auſfi
les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavani.Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans encharger ledit Brunet, s'expofent
à le recevoir toujours fort
tard par deux raifons. La premiere
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venir prendre fitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quel
ques jours avant que l'on en falle le
debit, & l'autre , que ne l'envoyant
" qu'apres qu'ils l'ont lu eux quel
ques autres, à qui ils le preftent, ils
rejettent la faute du retardement.
fur le Libraire , en difant que la.
avente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'il fe charge de faire
es
le
A iij
AVIS.
les paquets lay-mefme, & de lesfaire
porter à la Pofte ou aux Mellagers,
fans nulintereft, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreffe.Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , ſoit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera executè avec
ane exactitude dont on aura liem
d'efre content.
LE
LA,
VILLE
MERCVRE
GALANT
I
MARS
1696 .
TAEQUE
BIBLIO
Ly a longtemps , Madame
, que vous avez
remarqué ce que l'admiration
qu'on a pour les
furprenantes qualitez du
Roy , a produit dans tous les
coeurs. Elle eft fi generale-
LYON
1893 *
A iiii
8 MERCURE
ment répandue par tout, qu'il
ne fe fait plus aucune Action
publique , fans que fon Eloge
en faffe la principale matiere
. C'est ce qui fut encore
pratiqué le 7. de Janvier dans
la ceremonie de l'ouverture
du Senat de Nice. M' Tonduti
, qui en eſt ſecond Prefident
, fit un Difcours Latin
tres-éloquent , en l'abſence
de M' de la Porte , Premier
Prefident de ce Senat. Il y
parla de l'application avec
laquelle Sa Majeſté maintient
l'ordre de la Juſtice
parmy le tumulte des armes ,
GALANT. 9
S
f
1
s
en forte que dans le cours
d'une guerre fi longue & fi
vivement allumée , rien n'avoit
troublé la tranquillité de
fes Sujets. M' Barelli , Avocat
General , homme d'un fort
grand merite , & le troifiéme
de ceux de fa Famille qui ont
Occupé la place où il eft, parla
avec enfuite beaucoup d'érudition,
&fit connoistre ce que
nous devons à la vigilance
& aux foins infatigables du
Roy. Mr Tonduti eft d'une
tres ancienne Maiſon , qui a
donné plufieurs Chevaliers à
la Religion de Malte , & il a
10 MERCURE
29.
paffé par degrez depuis la
Charge de Prefet de la Ville ,
jufqu'à celle qu'il remplit aujourd'huy
fi dignement , avec
la reputation d'un Magiſtrat
d'une probité incomparable
.
Le Dimanche du mê
me mois de Janvier , Meffire
Marc-Daniel Delfino, Noble
Venitien , Vicelegat d'Avignon
, nommé à la Nonciature
de France , fut facré Archevêque
de Damas in partibus
Infidelium , dans l'Egliſe
des Jefuites d'Avignon , par
Meffire Louis - Aube de Roque
- Martine , Evêque &
-
GALANT IF
I
Comte de Saint Paul-Trois-
Chafteaux , affifté de M's les
Evêques d'Orange & de Carc
pentras. La ceremonie fut
tres- folemnelle , tant par let
grand nombre de perfonnes
de qualité de toute la Province
, qui y affifterent , que
par une excellente Mufique
& Symphonie de soute forte
d'Inftrumens. Enfuite le
nouveau Nonce traita magnifiquement
à dîner Mäles
Evêques , les Confuls , les
Officiers de la Legation , &
les perfonnes les plus diftinguées
de la Ville,
12 MERCURE
Je vous envoye un Diver
tiffement
de Mufique
, qui a
efté fait pour Monfeigneur
.
Il eft de la compofition
de
M ' Boiffet , fi connu par fes
beaux Airs, & les paroles font
de M ' Moreau de Mautour,
dont je vous ay déja envoyé .
plufieurs Pieces & Traductions
galantes.
GALANT §
SS222 SS52252522 25
IDILLE DE MEUDON.
Flore, l'Hiver,Cerés , Bacchus,
deux Plaifirs chantans , deux
Bergers & deux Bergeres .
UN BERGER de la fuite de Flore;
Ce
Amours
E n'eft plus le temps des
Que la faifon de Flore.
C'eft en vain qu'on entend au lever
de l'Aurore
Les Oifeaux dans nos bois annoncer,
les beaux jours.
On ne voit plus d'Amans fenfibles,
[ paifibles,
Les plaifirs ont quitté nos retraites
14 MERCURE
La Guerre en a troublè le cours:
Za Deeffe desfleurs que le Zephire
adore
A
Se plaint & repete toujours
Ce n'eft plus le temp sdes amours
Que la faifon de Flore,
FLORE ,
Le Printemps par mes foins apeinè
fait éclore
Lesfleurs , dont ces jardins, ces prez
font embellis,
Que les Heros de l'Empire des
Lis
Me quittent pour Bellone, & conrent
à la gloire.
A leur exemple on voit mille &
mille Guerriers
Aux Myries amourex préferer les
Lauriers,
Dont la valeur couronne la Vi-
Etoire.
GALANT:
IS
Au pouvoir de Venus en vainjax-
TOM TECOUTS,
On neglige fes loix lors que Mars
regne encore ,
Ce n'eft plus le temps des amours
Que la faifon de Flore.
Choeur de la fuite de Flore.
Les échos font pour nous muets
fourdss
Le bruit de nos Concerts, le fon de
nos Mafettes
Cede au fon des Trompettes ,
Cede an brait des Tambours.
On neglige nos champs lors que
Mars regne encore.
Ce n'eft plus le temps des amours
Que la faifon de Flore.
L'HIVER.
L'hiver eft la faifon des Amours,
desl Paifirs , [ armes
C'est le temps où le Dien des
16 MERCURE
Sufpend les craintes , les alarmes,
Aux tendres coeurs il permet les
foupirs ;
L'hiver eft la faifon des Amours,
des Plaifirs.
DEUX PLAISIRS.
Pour les Amans guerriers que le
repos appelle ,
Tous les Hivers font des Prin
temps.
Le retour des frimats tous les ans
renouvelle
Leurs foins &leurs empreſſemens .
C'est l'heureux temps des jeux, des
ris-charmans.
Et loin de la fiere Bellone
On vient goûter de doux momens
Dans les beauxjours que l'amour,
donne.
GALANT.
17
KOFLORE .
De toute autre faifon qu'on vanie
les faveurs ,
Pour moy , jay l'avantage,
Que l'aimable faifon desfleurs
Sera toujours le doux partage .
Des tendres coeurs.
L'HIVER...
Divinité charmante !
Que ton deftin doit te rendre con
tente.
Icy tout flate tes defirs ;
Ony voit en tout temps , même fans
des zephirs ,
Ta Cour toujours nouvelle &floriffante
,
Ei tu fçais conferver dans ces lieux
pleins d'appas ;
La verdure & les fleurs au milien
des frimais.
Mars
1695.
B
18 MERCURE
L'HIVER & FLORE.
Pour plaire à l'angufte Maiftre
Dece fejour digne des Dieux,
Faifons paroiftre
Noftre zele à fes yeux ,
Meflons nos foins , nos chanſons
& nos jeux,
UN PLAISIR .
Vous , Bacchus & Cerès, qui verà
Sexfur la France
Vos biens & vosfaveurs au gré de
tous ses voeuxi
Pour le Heros , dont la preſence
Vient embellir ces lieux,
Meflons nos foins , nos chanſonș
&nos jeux.
CHOEUR.
Pour plaire à l'augufte Maiftri
De ce fejour digne des Dieux
Faifons paroiftre
Noftre zele àfes yeux,
GALANT. 19
Meflons nos foins , nos chanfons
& nos jeux.
UN PLAISIR .
Publions la valeur de ce nouvel Al
cide.
Ainfi que le Soleil dans fa coarfe
rapide ,
On l'a vu traverser
Des Belges fiers les vaftes plaines
,
*
Pour prévenir & renverser
De cent Peaples liguez les entreprifes
vaines.
BACCHU S.
C'eft dans les mains de ce Vainquear
heureux
Que le plus grand Roy de la
terre
Dépofa fon tonnerre ,
* La marche de quarante lieuës en
Flandre en 1694 .
Bij
20 MERCURE
Pour dompter les Lions & l'Aigle
audacieux.
*
Le bruit de fon nom glorieux
S'étend jufqu'aux climats où j'ay
porté la guerre:
Pour feconder fes efforts genereux
T'enrichis fes Sujets de vins delicieux
.
CERES.
Pour luy plaire par tout je feme
l'abondance ;
Si mes épics fans nombre égalent
les Guerriers
Que nous produit la France ,
Elle eft außi feconde en moiffons
qu'en lauriers.
BACCHUS & CERES.
Son illuftre Dauphin dans ces lieux
nous raffemble ,
* La priſe de Philifbourg.
GALANT. 21
Celebronsfes vertus dans nos chants
les plus doux.
Peut- on manquer deplaifirs entre
nous
Zors que Bacchus & Ceres font
enfemble ?
CHOEUR.
Celebrons fes vertus dans nos chants
les plus doux,
Peut-on manquer de plaifirs entre
nous ,
Zors que Bacchus & Ceres font
enfemble?
Chant de Bergers .
Bergers , accourons tous , & quittons
nos Hameaux
Louis qui fur nos coeurs exerce un
doux empire , [attire.
Dans ces lieux charmans nous
A des concerts divins joignons nos
chalumeaux.
22 MERCURE
Deux Bergers.
Dans nos prairies,
Nos Bergeries,
Sinous goûtons un plein repos,
Nous le devons aux foins de cé
Heros.
Nos trompeaux paillent fans
alarmes
Sans craindre lafureur des loups,
Et quand l'amour nous fait (entir
fes charmes ,
Rien n'eft plus à craindre poar
nous
Que lesyeux des jaloux .
Dans nos prairies ,
Nos &c.
Deux Bergeres.
Dans cet azile
Goutons le bonheur tranquille
Devoir l'angufte Fils du plus grand
des Vainqueurs.
GALANT
23
J
Za majefté qui dans fes yeux
éclate
'Inſpire de la crainte à nos timides
coeurs.
'Mais (a douceur nous raſſure &
nous flate.
Qu'il eft digne de nos amours ,
Ce Prince qui fait nos beaux
jours !
Une
Bergere.
Depuis qu'il a receu noftre nouvel
hommage,
Nos champs , nos bois n'ont plus
rien de fauvage,
Tout brille en nos hameaux , nos
jeux y font charmans ,
Et nous pallons d'heureux momens.
Le bruit des armes,
Et les trifes alarmes
24 MERCURE
Ne troublent point les voeux&les
Joins des Amans.
Un Berger.
Un rendre coeur joüit de ſa vi-
Etoire ,
Il a le plaifir à fon tour,
De faire fouffrir à la Gloire
Lesmauxqu'elle
afaitsàl' Amour.
Bacchus , Ceres , deux Plaifirs.
Dans ce brillant fejour , dont l'éclat
nous enchante,
Le Prince aimable en fait tousles
attraits,
Qué tout reffente
Sa prefence charmante.
Ah ,fans lay nos plaifirs ne feroient
qu'imparfaits.
CHOEUR.
Que le bruit de fon nom au doux
fon des Mafettes ,
Au doux fon des trompettes
Retentiffe
GALANT.
25
Retentie de toutes parts.
Deux Plaifirs.
Au milieu de fa Cour ce Vainqueur,
eft aimable
Autant que redoutable
Dans le champ de Mars .
CHOEUR.
Que le bruit de fon nom au doux
fon des Mufettes ,
Au doux fon des Trompettes
Retentiffe de toutes parts,
L'Article qui fuit eft l'Extrait
d'une Lettre écrite de
Nifmes par M' de la Baume ,
Secretaire de l'Academie
Royale de la meſme Ville .
Mars
1696.
C
26
MERCURE
A Nifmes le 14. de Février 16.96.
L&
E Lundy 30. du paffé ;
Mr l'Abbé Poncet fut
reçû à l'Academie Royale de
cette Ville , où il avoit preſ
ché la veille , Feſte de Saint
François de Sales , dans noftre
Cathedrale , le Panegirique
de ce Saint Evefque , avec un
grand applaudiffement d'un
auditoire des plus choifis , &
des plus nombreux , la repu
tation qu'il s'eft acquife , y
ayant attiré d'Avignon & des
Villes voifines , pluſieurs perGALANT.
27
t
fonnes de diftinction .
Tous les Academiciens ;
aprés s'eftre affemblez en particulier
pour deliberer fur fa
reception , fe rendirent dans
la Salle de l'Evelché qu'on avoit
preparée pour cette ceremonie.
Ils y trouverent une
Affemblée de tout ce qu'ily
a dans cette Ville de perſonnes
confiderables , foit par le
foit par
le merite , & le
fçavoir. Ayant pris leurs places
, M ' noftre Evefque , firenommé
par fon éloquence &
par la profonde erudition , fit
l'ouverture par un Difcours
rang ,
Cij
28 MERCURE
des plus obligeans pour cer
Illuftre Abbé , & qu'on ne
peut mieux louer qu'en difant
qu'il eftoit digne de ce
Sçavant Prelat.
Il dit entre autres chofes
que M' l'Abbé Poncet commençoit
la carriere par où les
autres s'eftimeroient heureux
de la pouvoir finir ; qu'il donnoit
des fruits dans la faifon
des fleurs ; que dans une auffi
grande jeuneffe que la fienne ,
on avoit tout à louer & rien
a reprendre , tout à admirer
& rien à pardonner ; qu'enfin
La Compagnie en le recevant
1
GALANT. 29
#
e
ce
ne fe faifoit pas moins d'honneur
à elle- même qu'elle luy
en faifoit ; & qu'il porteroit
la gloire de l'Academie plus
loin qu'elle n'auroit ofé ef
es perer.
1-
es
UX
on.
M' l'Evefque de Nifmes
ayant achevé de parler , M
l'Abbé Poncet fit le remerci .
ment accoutumé. Comme
on dans ces occafions les Acafi
demiciens font obligez de
donner au Secretaire de l'Aien
cademie une copie de leurs
rer Difcours , il m'a efté fort ailé
de l'avoir , & j'ay crû que je
ant vous ferois plaifir de le met
ne,
fin
C. iij
30 MERCURE
mettre icy tout entier , de la
maniere qu'il a efté dit . Il n'y
manque que la grace avec laquelle
on l'a prononcé. Vous
pouvez juger pas cet échantillon
de ce qu'il eſt capable
de faire dans des Difcours
plus longs , où l'éloquence a
un champ libre , & où l'on
n'eft pas contraint de fe renfermer
dans des bornes auffi
étroites que le font cellesd'un
Compliment
.
MESSIEURS ,
C'est avec peine que je hazarde
d'avoir l'honneur de parler auGALANT.
31
a
2.
us
nble
rs
a
on
enles
jourd'huy devant vous. J'avonë
que je me trouve dans une dispofition
toute oppofée à celle où je
devrois eftre , & dans un temps'
où tant de raiſons me portent
vous remercier , j'ay honte de me
fentir fi difpofe à me plaindre ſi
En effet , Meffieurs , fi ceuse
que Dieu deftine au Miniftere de
ja Parole doivent s'appliquerfur
toutes chofes , à donner l'exemple
de cequ'ils prefchent ; s'ils nepeuvent
esperer defuccés de leurs difcours
qu'autant que la pureté de
leur conduite prouve la verité de
ce qu'ils annoncent , quel fruit
dois je attendre deformais de mes
Ciij.
32 MERCURE
foibles travaux , & comment ofe
ray-je exhorter les Fidelles à dom
prer leur amour propre, aprés que
j'aurayfait connoiftre en cette occafion
combien la grace inesperée
dont vous m'honorez , fait d'impreffionfurle
mien?
Heft vray , Meffieurs , ( car
permettez moy de parler auſſi un
peu en ma faveur , ) il eft vray
qu'il eft peu de conjonctures auffi
flatenfes que celle où je me trouve .
Me voir admis dans une Compa-
·gnie diftinguée , qui reconnoiſtpour
Protecteur pour Pere un Prince
que nous voyons tous les jours
charmerfes Sujets parfes bontez &
GALANT. 33
Esqu
teof
d'in
< ca
of reprimer l'envie par les armes
dom confondre l'erreur par fa vertu
&quipour le bonheur defes Peuplesferoit
immortelfi la durée de
ſper Ses jours precieux fe proportion
noit à celle de fa gloire ; dans une
Compagnie qui voit àfa tefte un
Prelat Illuftre * que lafublimité
Ji W defon genie met autant au deffus
des autres esprits , que fa dignité
aufi facrée l'éleve au deffus des autres
hommes , qui , joignant à lafineſſe
du gouft , la vivacité des pensées ,
à la delicateſſe des tours , la poli-
Prin teffe du langage , renferme dans
jours luyfeul mille talens , lefquels s'ils
vra
Our
тра
7pour
* Mr l'Evefque de Niſmes .
34 MERCURE
eftoient partagez, pourroient fai
re mille perfonnes de merite ; dans
une Compagnie dont chaque particulierfe
diftingue par unefcience
profonde ,fans mauvaise humeur ,
par une droiture d'esprit fans dureté,
&femble avoir herité de
la beauté du genie des Romains ,
auffi bien que de leurs monumens.
*
Quoy de plus capable , Meffieurs
, defervir d'aiguillon à l'amour
propre , qui de luy mefmefe
réveille fi aifement ? Mais enfin ,
j'avoue ma foibleffe , loin d'efpe
* On voit encore à Nifines plufieurs '
édifices des Romains.
GALANT,
35

-rer de la vaincre en cette occafion ,
s je n'ofe pas mefmel'attaquer . Mes
forces nefe font jamais vûës à de
pareilles épreuves . Cependant ce
, qui me confole , c'eft , Meffieurs ,
4 que vous ne pouvez vous rendre
de justice , fans que je paroiſſe excu .
s , fable à vos yeux .
Mr Restaurant , Avocat
confultant , Directeur de la
f. Compagnie , répondit à ce
Compliment , fuivant la couefe
tume. Il dit qu'il avoit cette
Curs
fatisfaction en loüant M
l'Abbé Poncet , qu'on ne le
foupçonneroit ny de flatterie
, ny d'exageration , que les
26 MERCURE
applaudiffemens qu'il avoit
receus à Paris , à Niſmes , à
Uzés , à Montpelier , où il
avoit prefché le jour de Noël ,
en prefence des Etats Generaux
de la Province , ce beau
Sermon qui luy avoit acquis
tant de reputation , & qui luy
avoit procuré la nomination
que S. E. M le Cardinal de
Bonzi , Prefident des mefmes
Etats, en avoit faite pour prefcher
à l'ouverture qui s'en
doit faire cette année ; que
tout ce qu'on voyoit en luy
de talens extraordinaires luy
faifoit apprehender, bien loin
GALANT.
37
0
ent
ca
ul
de donner dans l'hyperbole ,
de ne pas fatisfaire à la verité
la plus exacte ; qu'ilavoit ſurpaffé
& mefme prevenu par
les qualitez furprenantes de
fon efprit , & par la droiture
de fon coeur, ce qu'on avoit
lu lieu d'attendre de la plus heuio
reufe éducation ; qu'il eftoit
dfcavant dans un âge où l'on
travaille encore à le devenir ,
refage & reglé dans un temps
set où les paffions dans toute leur
force ont coutume d'entraif
ner les plus retenus ; appliluy
qué , laborieux , retiré dans
la faifon des plaifirs
me
que
Luy
pin
38 MERCURE
Il ajouta que ces qualitez
à la verité , luy venoient de
plus loin , que les Aigles n'en
gendroient point les Colombes
, qu'un fang illuftre n'a
voit pas coutume de fe dé
mentir ; qu'eftant petit- fils
de feu м' Poncet , Doyen des
Confeillers d'Eftat , fi renommé
par fon fçavoir & par
toutes les belles qualitez qui
peuvent former un des plus
grands Magiftrats du Royaume
, Fils de M ' le Profident
Poncet , fi connu par tant
d'Intendances de Province
foutenues avec tant d'hon,
GALANT.
39
neur & de réputation , Ne-
[ veu de feu M' Poncet , Archevefque
de Bourges , & de M²
l'Evefque d'Uzés d'aujour
et d'huy , il eftoit bien difficile
et qu'il ne tinft pas de tant de
grands hommes , du fang def
quels il avoit esté formé, qu'il
no ne fe reglaft pas fur de fi
beaux modeles , & qu'il ne fe
zq piquaft pas de les égaler , ou
mefme de les furpaffer . Qu'à
la verité ce feroit beaucoup
de faire , mais qu'il n'y avoit rien
ca qu'on ne puft attendre du
vin plus heureux naturel qui fut
hot jamais ; d'un fonds d'efprit
P
40 MERCURE
}
admirable , & cultivé avec
tant de foin , d'un travail &
d'une application capable de
vaincre des obftacles qui ne
fe trouvoient point dans luy ,
ce qui eſtoit ſecondé par tout
ce qu'on voyoit & par tout ce
qu'on avoit lieu d'en attendre
de grand .
Ce qu'il y a de plus furpre .
nant dans ce Portrait , c'eft
qu'il n'eft point flaté ; rien
de plus reffemblant à l'Original.
M' l'Abbé Poncet eft
tel en effet qu'il y eft reprefenté.
Mais pourquoy prendre
ces précautions , puis qu'il
GALANT.
41
eeft encore plus connu à Paris
& que dans noftre Province , qui
dne le poffede que depuis
quelques mois ?
ne
y Au refte , nous devons certe
acquifition que vient de
ct faire noftre Academie , au deen
fir qu'il a eu de voir m' l'Evefque
d'Uzés fon Oncle ,
re qu'une refidence de plufieurs
ef années , & des plus exactes
ie fepare depuis long- temps de
fon illuftre Famille , à laquel
e le il eft extrêmement cher.
La curiofité de voir les plus ›
belles Provinces du Royaume
ne paroift pas avoir eu
Mars 1696.
Ori
re
en-
D
42 MERCURE
beaucoup de part à ſon voyage
, puifque depuis la fin des
Etats , où il eftoit venu joindre
M l'Evefque d'Uzés fon
Oncle , il eft toûjours demeuré
dans fon Dioceſe auprés
de luy , s'appliquant à prefcher
& à feconder les foins
de ce Prelat , pour la réunion
fincere des nouveaux conver
tis à l'Eglife Catholique.
Aprés que M' de Reſtau
rant eut ceffé de parler , on
leut quelques Pieces d'Elequence.
M' de Marfolier
Chanoine de la Cathedrale
d'Uzés, renommépar fa belle
GALANT:
43
1.
-D
ns.
hiftoire du Cardinal Ximenez
, & par
d'autres ouvrages
pleins de bon gouft & de po--
liteffe , qu'il a donnez au Public
, l'un des Academiciens ,
leut une fort belle Epiftre deef
dicatoire à S, Á . S. Monfieur
le Duc du Maine , qui doit
eftre à la tefte de fa nouvelle
hiftoire de Henry VII : Roy
d'Angleterre , qu'il eft preft
de mettre en lumiere . Il leug
enfuite la Preface de la mef
me hiftoire , où l'on trouva
de grandes beautez . M ' Paulian
, Confeiller au Prefidial
de Nifmes , autre Academir
Of
er
OF
ale
lle
Dij
44 MERCURE
cien , connu par fes excellens
Ouvrages , & particulierement
par fa belle réponſe
aux Lettres Paftorales du S
Jurieu , Miniftre de Hollande,
leut auffi un fort beau Dilcours
Latin qu'il doit mettre
à la tefte d'un Ouvrage des
plus curieux , qu'il fe prepare
de donner au Public .
Enfuite de cette lecture
quelques perſonnes qui n'étoient
pas de
l'Academie
,
preſentérent des Vers à la
loüange de M' l'Abbé Ponentre
- autres ce Madricet
,
gal.
GALANT: 45
de
re
Les
re
re
1-
A M. L'ABBE' PONCET.
A
Prés un tel Panegyrique
,
Où le zele éminent d'un homme
apoftolique
Avec tant d'éclat est dépeint,
On n'a pû decider dans un grand
.
Auditoire,
Duquel éclate plus la gloire
Ou celle de Poncet , où celle defon
Saint.
On n'eftima pas moins ce's
quatre Vers , qui font de M¹
de Marfolier. C'eſt l'explica46
MERCURE
tion d'une Devife qu'il a faite
pour cet Illuftre Abbé. Le
corps reprefente un Oranger
chargé de fleurs & de fruits ,
il a pour ame ces belles paroles
latines , qui conviennent
fi bien à l'un & à l'autre : Veris
Autumni decus .M de Marfolier
les a expliquées par ces
quatre Vers François-
VERIS ET AUTUMNI
DECUS.
Voir les agrémens d'une
A beureuſe jeuneſſe
Avec tous les trefors d'unefage
vicilleffe ,
GALANT: 47
e
Sy
C'eft poffeder en mefme temps
Et les fruits de l'Automne , లో
les fleurs du Printemps .
La lecture de ces Vers fi-
。nit l'Affemblée , qui fut fuivie
des complimens que toutes
les perfonnes de diftincation
firent à M' l'Abbé Ponctcet
, fur la reception .
N
Mr l'Abbé de Fourcroy
continuant à nous donner les
Eloges des grands hommes ,
qu'un merite fingulier a diftinguez
, vous feriez ſurpriſe
s'il oublioit à faire celuy de
M' l'Archevêque de Paris . Il

48 MERCURE
vient de paroiftre , & je fçay
que c'eft vous faire plaifir
que de vous en envoyer une
copie.
ELOGE DE MESSIRE
LOUIS - ANTOINE
DE NOAILLES ,
ARCHEVESQUE DE PARIS .)
C
Omme il eft difficile qu'un
homme connoiffe s'il a une
vertu affez forte & affez pure
pour pouvoir exercer un faint
Miniftere , il eft plus feur pour
luy de le refufer ,
il ne doit pas eftre opiniaftre dans
neanmoins
ce
GALANT: 49
ཀ་
ce refus , lors qu'il paroift que
Dieu veut qu'il s'y engage C'eft
l'exemple admirable que Moyfe
nous a donné , lors qu'il refufa
d'abord la conduite d'un fi grand
Peuple , qu'il la receut neanmoins
enfuite par obeiffance ; car
comme ç'auroit esté un orgueil à
luy que de s'engager fans crainte
dans un employ fi difficile , c'en
auroit efté auffi un autre que de
refufer d'obeir à Dieu mefme qui
ly appelloit . Ainfi il témoigna
Jon bumilité fa foumiffion foit
en refufant , foit en acceptant
cette charge ; car d'une part confiderant
fa propre foibleffe , il re
Mars 1696.
E
ད o
MERCOR
E
fufa l'employ dont on vouloit le
charger , de l'autre s'appuyant
fur la toute puiffance de celuy qui
luy commandoit de le prendre , il
fe foumit à lerecevoir. C'eft cette
fage conduite qui a brillé dans
tous lesfaints Evêques de l'Egli
fe. Qu'heureux font les Prelats
qui Te reglent fur ces modelles !
qu'ilsfont dignes d'eftre estimez !
Auffi toute l'Europe a-t-elle admiré
depuis peu cettefage conduite
de l'illuftriffime & reverendiffime
Louis- Antoine de Noailles, Eveque
& Comte de Châlons , lequel
ayant esté nommé à l'Archevé.
ché de Paris par le plus fage &
GALANT.
le plus Chreftien des Rois , refufa
dabord une fi grande dignité, &
? ne l'accepta qu'avec peine. Que
tu es heureuse , illuftre Ville de
Paris , d'avoir un Pasteur fi
pieux ,fi éclaire , & qui est fi decaché
des honneurs de l'Eglife !
Si le Diocefe de Châlons eft à
le plaindre dans la perte d'un ſiſage
Prelat , quelle doit eftre ta joye de
4 le poffeder ? Qu ne m'est il permis
de vous tracer icy en abregé
le Portrait de cet admirable Archevêque
, je vous ferois voir qu'il
eft mort à toutes les paffions de la
chair , qu'il vit déja d'une vie
O toute spirituelle & divine , qu'il
17
E ij
52 MERCURE
*
foule aux pieds tous les biens du
monde,qu'iln'en apprehendepoint
les maux , & qu'il ne defire que
les richeffes intérieures & celeftes .
Je vous dirois que bienloin deſouhaiter
ce qu'il n'a pas , il est toujours
preft de donneraux Pauvres
tout ce qu'il as qu'il compatit à
l'infirmité des ames foibles , &fe
réjouït de l'avancement de fes Freres
comme du fien propre , en un
mot , qu'il rend toutes les actions
un modelle que ceux qui luy font
foumis doivent imiter.
:
Seigneur , quelles actions de
graces ne doit- on pas vous rendre
pour un fi grand don que vous
GALANT:
53
avez fait au Diocefe de Paris,
quelles louanges ne merite pas
noftre invincible Monarque davoir
fait un choix fi jufte & fi
#prudent, que non feulement toute
la France l'a approuvé , mais
a auffi le Souverain Pontife de
l'Eglife ! Quels biens ne doit on
pas attendre d'une élection fi
canonique , & quelles benedictions
noftre divin Sauveur ne répan .
dra til pas fur un fifage Prelat,
qui est aimé de Dieu & des
hommes !
Mt Woolhouse , Gentilhomme
Angiois , Fils de feu
E iij.
$4 MERCURE
M' Woolhoufe , de Londres,
& Parent de Mylady Ivy , défunte
, les deux plus celebres
Oculiftes d'Angleterre , va
mettre au jour toutes les
Remarques & Obſervations
fur l'oeil, qui ont efté recueillies
avec beaucoup de recherche
& d'application par fa
Famille, laquelle a particu
lieremenr étudié & pratiqué
cet art depuis long-temps ;
comme auffi d'autres nouvelles
découvertes , faites fur
ce fujet , par les plus fçavans
de noftre temps , decedez &
encore en vie. On fera men-
D
GALANT.
55
Erion de chacun d'eux dans fon
* propre element , ou felon fes
= propres autopfies&invētions
Phyfiologiques , Medicales ,
#Anatomiques, Chirurgiques ,
Optico-phyfiques , Mecani-
I co phyfiques , &c . A quoy
ron ajoûtera un Effay trescurieux
d'Ophthalmoscopie,
ou de Phyfiognomie par la
veuë de l'oeil , avec une Dif
fertation critique de l'aveu
glement & dela guerifon du
vieux Tobie , par l'Archansge
Raphaël , un petit Traité
des differens maux dont cet
se partie eft attaquée , & des
E iiij
56
MERCURE
remedes qui leur font propres
, foit par la Medecine ,
ou par l'operation
manuelle.
Dans ce Traité on démontre.
ra entre plufieurs
découver.
tes
ophtalmiques , tres-utiles
&
inconnues
jufqu'icy , une
certaine
maladie de l'oeil ,
qu'il appelle
Hydrophthalmie
, Hydropifie , dans le
corps de cet organe de la
veuë , & fon
operation particuliere
, de même , une methode
infaillible
d'abattre la
cataracte avec une
nouvelle
efpece d'aiguille, de telle forte
que la pellicule
dont l'oeil
:
GALANT.
57
aura efté couvert , ne pourra
jamais remonter duns la region
de la pupille . On y trouvera
auffi le veritable moyen
de guerir la goutte fereine ,
ou l'obftruction du nerfoptique
, maladie qu'on a cruë
jufqu'icy incurable . Le titre
du Livre fera , Garophylacium
Phylophthalmicum , & il fera
imprimé en François & en
Latin , felon que les divers
Auteurs des découvertes auront
envoyé leurs Remarques
à M Woolhoufe . Il y aura
les Plans de l'Anatomie nou--
velle de l'oeil , & les figures
2
58 MERCURE
des meilleurs & des plus mo
dernes inftrumens , au nombre
de cinquante - trois , du
moins , dont les plus habiles
Ophthalmiſtes
fe fervent aujourd'huy
, felon leurs diffe
rentes operations oculaires .
Cet ouvrage eft curieux , &
fera d'une tres - grande utilité
au Public . Les Medecins &
Profeffeurs des Academics , les
Anatomistes & Chirurgiens ,
les Optiſtes & Oculiftes ,
pourront y faire inferer
gra
tis telles Obfervations & Recherches
Phylophthalmiques
qu'il leur plaira , en affran
GALANT. 59
D
ES
• chiffant feulement le port
de leurs paquets , qu'ils adreſferont
au College Anglois à
Rome , ou aux Benedictins
Anglois de la rue du Fauxbourg
Saint Jacques à Paris.
Ces Meffieurs font priez d'y
mettre leurs fentimens en peu
de mots , en François ou en
Latin , comme ils lejugeront
à ES propos , & ajoûteront leurs
noms , âges , profeffions, pays
& demeures . L'Auteur pren
dra feulement vingt mois ,
pour achever ce Recueil , à
commencer du premier jour
de Mars de la prefente année
S
1696
60 MERCURE
Voicy une nouvelle Repli
que d'un Peripateticien , à la
Lettre d'un Cartefien , infe.
rée dans mes Lettres des mois
de Novembre & de Decem
bre de l'année derniere .
MON
CONSIEUR.
Je vais tâcher de fatisfaire
à ce que vous attendez de
moy. Je ne le fis pas dans ma
Replique du mois de Juillet
dernier , pour ne pas paffer les
juftes bornes d'une Lettre . Je
le feray même à prefent le
plus brièvement que je pour
GALANT: 61
ray. Je vous en dis alors affez,
ce me femble, pour vous marquer
que je voulois bien que
vous fuffiez de la partie , &
que fans faire le brave , jaurois
efté marry de n'avoir plus
eu à faire avec vous. J'avois
trop d'intereft à cela , & prévis
dés la premiere lecture de
vôtre Lettre , que ma deffaite
ne me feroit pas moins glorieufe
que profitable , venant
d'une perfonne qui écrit avec
tant de netteté & d'exactitu
de, avec tant d'honnefteté &
de bonne foy , & fur tout avec
tant d'érudition & d'étendue
62 MERCURE
d'efprit . Je fixe la matiere , il
eft vray , mais non pas pour
vous attirer un nouvel Enne.
my , & pour vous obliger par
là à mettre armes bas .Je n'eus
d'autre vûë que celle de me
débaraffer moy - mefme , &
me garantir des coups redou
blez que je ne pouvois éviter
de recevoir , ayant à répon
dre furun mefme fujet à deux
adverfaires auffi puiflans &
auffi aguerris que vous l'étes .
Je puis auffi vous dire avec
verité , que je crus mettre par
là plutoft fin à noftre diffe
rend , & le terminer en moins
GALANT. 63
-e
get
ECT
de temps ; vous d'un coſté
examinant
le fond de la quetion
, & voltre Second de
l'autre Mais puifque vous
n'avez pas trouvé à propos
d'accepter
le partage , & que
non content de la gloire de
me vaincre feul fur un point,
dont voftre Second & moy
convenons , vous voulez encore
prendre part à celle qu'il
auroit de me terraffer fur l'autre
, dont il ne convient pas
avec moy s'il y en pouvoit
avoir de fe battre deux contre
un , & de réduire au filence
un Peripateticien
ſi peu
64 MERCURE
habile que moy. ) je confens
volontiers que vous fuiviez
~voftre pointe, & que vous en
ufiez là-deffus du mieux qu'il
vous femblera . Tout ce que
je vous demande , c'eft de ne
spas exiger de moy , qui ne
me plais pas aux redites , que
je réponde de nouveau à de
melmes chofes. Obligezmoy
de lire les Repliques que
je feray à voftre Second , &
de prendre pour vous les répontes
que je luy adrefferay,
fur ce que vous m'aurez objecte
de femblable. Il me fera
plaifir d'en ufer de mefme fur
1
GALANT: 65
celles que je vous feray . Je
vais donc effayer de fatisfaire
à voftre attente , & de répon
dre aux principales preuves
des deux Propofitions de vôtre
alternative .
"
A
Vous avez peine , Mon
fieur , à croire que les Peres
& les Docteurs dont je
n'ay rapporté aucun Paflage
, difent que dés le moment
de l'union hypoftatique du
Verbe Divin avec la nature
humaine , fa Divinité ait com
muniqué à l'Ame de Jefus--
Chrift tous les avantages dem
la gloire éternelle , & de la
FF
Mars 16965.
66 MERCURE
vifion beatifique , dans une
plenitude entiere & continuelle
mais vous n'aurez
plus telle peine fi vous voulez
bien prendre celle de lire les
endroits des livres affez communs
, où les uns & les autres
traitent expreffément de cette
matiere. Vous trouverez
quant aux Docteurs , que les
Mailtres qui partagent les Ecoles
de Théologie , que les
Pierres Lombards & les Alexandres
d'Alés , que les Thomas
& les Bonaventures , que
les Scots & les Ochames enfeignent
tous unanimement
cette verité ; & que tout ce
GALANTIM 6-
qu'il y a eu depuis de Saints &
de Docteurs dans l'Eglife ont
faivi ce fentiment , fans qu'au
tre qu'embert & le Pere Amelor
l'ait revoqué en dou .”
te . Parmy mefme les Hereti
ques du ficcle paffé , je ne fçacche
pas qu'autre que Bucer
fes sfoit ouvertement élévé
contre cette verité , fe fon-
Edant , entre autres chofes
far certains endroits de l'Ecriture
, qui femblent attri
buer à Jefus Chrift la foy &
l'efperance durant le cours
de fa vie voyagere . Vertus incompatibles
avec la poffef-
" 99 3001 30p
Fiji
68 MERCURE
fion de la gloire , qui , felon
l'Apôtre , n'admet avec elle
que la Charité , Manet autem
Charitas. Melchior Canus a
dignement répondu à cet Heretique
, livre 12. De locis Theo.
logicis , c.14 . Voyez le , je vous
prie , & je doute aprés cela
que vous vouliez eftre fon
difciple & le deffenfeur de fa
3
Doctrine.
Quant aux Peres quiteconnoiffent
la meſme verité ,
diſpenſez moy , Monfieur , je
vous prie , de rapporter leurs
Paffages , il feroit trop long
de les coucher icy, Meltous
GALANT. 69
0
H
chior Canus , ou du moins >
Suarez , in 3. part. diſp 25. fect..
I vous les fourniront en abondance,
& vous convain--
cront que les Saints Peres ,
dont la Phyfique eftoit parfaitement
affurée , puifqu'el
le venoit du Pere des lumieres
, ne tiennent pas d'autre :
langage que celuy des Docteurs
qui font venus aprés
eux , & que tout concourt à
rendre ce ſentiment de tradition
conftante , unanime ,
& generale , & par confe .
quent de foy du moins implicite
non pas à la verité
:
70 MERCURE
comme vous l'entendez, mais
comme je vais l'expliquer de
nouveau , puifque je n'ay pas
eu le bonheur de me faire
entendre .
*
J'appelle avec les Docteurs,
veritez de foy implicite , cel
les que toutes fortes de perr
fonnes ne font pas obligées
d'apprendre & de fçavoir dif
tinctement & déterminé_- :
ment pour eftre fauvez. Tel
les font celles qui regardent
une infinité de faits contenus
dans l'Ecriture , & certaines
déterminations de Conciles
dont un Payfan , un homme
GALANT. 71
S
e
5
de commerce , un Chrétien
laïque engagé à vivre
dans le monde , n'eſt pas tenu
d'eftre inftruit en particulier ,
luy fuffifant de croire en general
ce que l'Eglife croit làdeffus
, & d'eftre dans la difpofition
de captiver fon efprie
fous le joug de fon in-
Efaillibilité en tout ce qu'elle
reconnoift & declare eftre de
$
1
foy .
J'appelle veritez de foy ex-
- plicite celles que tous les
Chrêtiens generalement doivent
apprendre , & fçavoir dif
tinctement & déterminé
72 MERCURE
ment. Telles font celles qui
font contenues dans le Symbole
des Apoftres , dans la
Profeffion de foy du premier
Concile de Nicée en un mot,
dans les Catechifmes ordi-,
naires que l'Eglife propofe
aux Fidelles . La foy explicite
eft donc celle qui a pour objet
les veritez fondamentales ,
de la Religion , qu'un chacun
doit connoiftre de neceffité
de falut. La foy implicite eft
celle qui a pour objet les
veritez moins principales de
la Religion , qu'une infinité
de Chreftiens peuvent ignorer
GALANT: 73
·
rer fans danger de leur falut .
C'eft dans ce dernier rang
que je crois devoir mettre
cette propofition . L'ame de
7. C. a toujours efté heureuſe dés
le premier moment de fon union
hypoftatique avec le Verbe divin.
Il n'y a pas de détermination
de Concile qui le dife expreffément
, j'en conviens ; mais
outre que toutes les veritez
de foy ne font pas expreffément
décidées dans les Con
ciles , il me femble que la tra
dition des Peres , & le confentement
general des Docteurs
fervant de regle aux Decrets
Mars 1696.
G
74 MERCURE
des Conciles , cette verité eft
déja décidée , tout le monde
Chreftien luy rendant le témoignage
neceffaire pour la
rendre de foy , par l'uniformité
& la generalité de fon
fuffrage. Ainfi comme vous
avez pris le change , tout ce
que vous dites à ce sujet ne
conclut rien , non plus que
l'explication que vous donnez
au dire vulgaire , que J. C.
eftoit tout enſemble Creator
comprehenfor , puis que la
felicité , auffi - bien que la vûë
& la connoiffance
de toutes
chofes eftant compriſe dans
GALANT:
75
l'idée de l'eftre infiniment
parfait , on n'a jamais mis en
doute que J. C. comme Dieu ,
ne fuft neceffairement heu .
◊ reux , & toutyeux & lumiere.
Si on l'avoit entendu ainſi que
vous faites , on auroit mal
parlé de défigner fon bon-
1 heur par le terme de comprebenfor
, qui felon fa propre &
naturelle fignification , marque
la jouiffance d'un bien
qui n'eft pas naturellement
dû & acquis , mais qu'on doit
meriter & remporter par violence
, violenti rapiunt illud.
Auffi Saint Thomas , & les
Gij
76 MERCURE
Theologiens qui l'onc fuivi &
précedé , ne s'en font jamais
fervis dans le fens que vous
luy donnez ; ny les Peres , fur
tout Saint Auguſtin, expliqué
voftre maniere les paffages
aufquels vous répondez. Hoft
vray que confequemment à
voftre fentiment, on n'y peut
rien ajoûter , tout y quadre ,
tout y eftjuste , tout y eft parfaitement
fuivi ; il n'y paroiſt
d'autre deffaut que celuy de
la fingularité , & d'avoir quitté
le chemin battu & ordinaire
pour en frayer un nouveau
& inconnuà nos Peres,
GALANT. 1 T
Mais avant que de paffer
outre, agréez, Monfieur , que
fans m'arrefter à ces Paffages:
Beatum faciet eum in terra ; nemo
afcendit in coelum , nifi qui
defcendit de cælo , filius hominis
qui eft in coelo ubi ego fum , illic
అ minifter meus erit , agréez ,
dis-je , que j'en rapporte un'
que j'oubliay l'autre fois plus
veritablement que les grands
hommes dont vous parlez ,
& qui me paroift decifif. Il
eft dans ces termes au ch. 1 .
de l'Evangile de Saint Jean .
Vidimus gloriam ejus , gloriam
quafi unigeniti à Patre , plenum
G iij
78 MERCURE
gratia veritatis . Cet Apôtre
pouvoit-il dire avoir vûJeſus-
Chrift fur le Tabor , plein de
grace & de verité , dont la
plenitude comprend la claire
vifian de Dieu , qui eft la verité
; l'avoir vû , dis-je , plein
de grace , s'il n'y euft montré
la grace confommée , qui eft
la gloire des Saints ? Poffedet-
on la plenitude de la grace
tandis que la principale & la
plus abondante manque ? Et
quand cela fe pourroit , quelle
difference y auroit - il du
FilsCreateur de toutes chofes,
à la Mere pure Creature que
GALANT. •
79
l'Ange falua, pleine de grace ?
Quelle difference du Maiftre
à quelques uns de fes ferviteurs
, dont l'Ecriture dit qu'
ils furent pleins de grace &
du Saint Esprit ? Celle que
Vous pourriez tirer du droit
inamiffible que Jeſus - Chrift
avoit à la gloire , ne fuffit pas ,
puifque la Sainte Vierge , le
Prophete Jeremie , & Saint
JeanBaptifte, qui furent fanctifiez
dans le fein de leur mere
, l'eurent auffi bien que les
Apôtres , depuis le jour de la
defcente du Saint Eſprit , auquel
ils furent confirmez en
G iiij
80 MERCURE
grace. Le Pfalmifte ſemble
avoir reconnu cette difference
, lors qu'il dit de Jefus-
Chrift : unxit te Deus Deus
tuus oleo latitia pra confortibus
tuis .
Cet Apôtre dit de plus avoir
vû la gloire de Jefus-
Christ , vidimus gloriam ejus .
Pouvoit- il voir celle dont le
Sauveur joüiffoit comme
Dieu ? La gloire de Dieu qui
eft Dieu mefme , peut - elle
tomber fous les yeux du
corps ? Peut- elle eftre mefme
apperçue fur la terre des yeux
de l'efprit ? Peut- on voir Dieu
S.GALANT. 8
C
sen ce monde & vivre ? Autre
que le Fils naturel du Pere
Eternel a-t-il eu cet avantage
? N'affure-t- il pas que perfonne
que luy n'a jamais vû
Dieu en cette vie ? Deum nemo
vidit unquam. Qui eft à Deo
vidit Patrem .
Si cet Apôtre a donc vû
la gloire de Jefus - Chriſt , ce
ne peut eftre que comine
Saint Leon le reconnoift
, que
celle de fon ame , qui par ceffation
de miracle
, rejallit
pour un temps fur fon corps ,
qu'elle rendit tout éclatant
de lumiere, la clarté des corps
82 MERCURE
bienheureux venant de leur
ame , comme Saint Auguftin
l'enſeigne dans l'Epiltre à
Diofcore. D'ailleurs , fi dans
cette occafion , ç'euft efté la
gloire de Jefus- Chrift comme
Dieu qui fe fuft manifeftée
, les Peres diroient - ils
avec Saint Leon , que la gloire
de noftre divin Chef fur
le Tabor , nous confirme
dans l'efperance d'y partici
per unjour, beaucoup mieux,
felon Saint Pierre , que toutes
les promeffes & toutes les
Propheties qui en avoient
efté faites ? Habemus firmiorem
GALANT. 83
1
f
Propheticumfermonem . Peut-on
fonder la participation des
membres de Jefus - Chrift à fa
gloire , fur celle qu'il poffede
comme Dieu ? La gloire de
Dieu eft- elle communicable
à fes creatures ?Devons- nous
y avoir part comme fes coheritiers
Eft - il
proprement
noftre Chef comme Dieu ?
Nous a-t- il merité la gloire
en cette qualité ? Sommesnous
affurez par Saint Paul
de la refurrection future de
nos corps , que fur celle de
Jefus - Chrift comme homme?
N'est-ce pas par ce ſeul en84
MERCURE
·
droit que nous pouvons luy
reffembler & participer aux
melines avantages & au mef
me bonheur que le fien : Enfin
a-t-il pû comme Dieu recevoir
dans le temps quelque
chofe de fon Pere ? A - cil
pû en cette qualité recevoir
de luy fur le Tabor l'hon .
neur & la gloire que Saint
Pierre dit qu'il y reçût , accipiens
à Patre honorem & glo
riam ? Il faut donc que la clarté
qui parut dans fon corps ,
& qui changea en luy jufqu'à
la forme de fês habits fans
alterer leur fubftance ; il faut
GALANT.
85
( & c'est l'induction que j'en
tire avec Saint Leon ) que cette
clarté fuft un écoulement
miraculeux , non de la gloire
de fa divinité , mais de celle
dont fon ame jouïffoit . Gloire
qu'il n'eftoit pas neceffaire
qu'il meritaft plutoft que de
la recevoir , l'ayant fait defurabondamment
par
puis

fon obeïffance jufqu'à la mort
de la Croix & fa parfaite foumiffion
aux volontez de fon
Pere. Semblable à ceux qui
reçoivent le prix de leur peine
avant que de l'avoir prife ,
il reçut la recompenfe des me
86 MERCURE
rites infinis de fa paffion avant
que de l'avoir foufferte ,
felon ces paroles : Prævenifti
eum in benedictionibus dulcedinis.
Il ne devoit pas eſtre en
cela de pire condition que les
Saints de l'ancien Teftament
, qui felon les Peres &
les Theologiens , ont reçû
par anticipation l'effet de ſes
merites pour eftre fanctifiez
& élevez à la gloire du Ciel ,
n'ayant pû y parvenir que par
grace du Redempteur des
hommes , qui en ce fens
fut immolé dés l'origine du
monde.
la
GALANT. 87
PS
Z
S
S
1
D'où vous devez conclure
, Monfieur , que comme
il n'a pas efté indigne de Jefus-
Chrift & de fa qualité de
Redempteur , que les Elus
de l'ancienne Loy ayent reçû
fur terre par anticipation
la fantification , & dans les
lymbes la glorification de
leurs ames , pour prix de les
merites futurs ; il n'a pas eſté
non plus indigne de luy , &
contre le deffein que Dieu
avoit formé de nous racheter
par fon Fils , qu'il reçuſt l'une
& l'autre dés le premier moment
de fa vie , pour prix de
88 MERCURE
fon obéïffance & de fa mort
future . Il l'auroit efté felon
vous , fi fes fouffrances ne
luy euffent merité que la glorification
de fon Corps , &
que fon Ame n'euft eu nulle
part au facrifice fanglant de
la Croix. Mais elle n'y a pas
eu moins de part que fon
Corps ; car quelque droit que
Jefus - Chrift cuft naturellement
à l'heritage de fon Pere,
il a bien voulu que fon Ame
meritaft fa propre glorification
& celle de fon Corps ,
par l'acceptation pratique
des humiliations , des outraGALANT:
89
e
j
ges , & de la mort mefme
& que fon Corps contribuaſt
de fa part à la meriter pour
luy - mefme & pour elle , en
fouffrant tout feul . Rien ne
paroift y avoir efté à obſtacle.
Le Verbe divin n'ayant pas
SE
1
trouvé indigne de luy de s'aneantir
foy - mefme , jufqu'à
s'unir au Corps auffi bien qu'à
l'Ame de Jefus Chrift , pour.
quoy l'auroit- il efté que ce
Corps auffi adorable , infiniment
élevé & honoré par une
telle union , euft merité la
gloire que l'Ame avoit reçûë
par anticipation , quand bien
Mars 1696 .
H
90 MERCURE
celle- cy ne l'auroit fait reci .
proquement avec luy , l'un
n'ayant pû agir ny meriter
fans l'autre , le Corps fans
l'offrande refpectueuse
que
l'Ame faifoit à Dieu de fes
fouffrances ; & l'ame fans une
infinité de faints defirs qui
luy faifoient fouhaiter de pou
voir partager avec le Corps.
les peines qu'il enduroit , &
qui pour y prendre toute la
part poffible , affujettirent ſa
perfonne à mille traitemens
injurieux & flétriffans qu'il
reçut des Juifs , & le réduifi .
rent à l'eftat pauvre & humi
GALANT. 91
liant où il a paru , comme s'il
n'cuft pas efté le Roy de gloi
re & le Maiftre de l'Univers ;
ce qui me paroiſt eſtre d'un
prix infiny & digne de l'amour
immenfe de J. C. pour
les hommes , & de la fin qu'il
s'eftoit proposée d'eftre leur
parfait modele en toute forte
de vertu. Ainfi , Monfieur , il a
pû dire avec verité , oportuit
Chriftum pati , & c. puifqu'il a
efté reduit felon tout fon
eftre dans le plus piroyable
eftat qui fuft jamais; que tou .
tes fes actions ont efté autant
d'exemples pour nous ; qu'il
Hij
92 MERCURE
luy a fallu meriter fa gloire ,
& y entrer par la perte même
de fon honneur & de fa vie , &
que quoy que vous difiez , la
glorification de fon ame n'eftoit
pas plus incompatible
avec fon eftat abjet & dénué,
que l'union du Verbe à fon
humanité fainte , l'une n'eftant
pas plus difficile à cacher
, ny plus oppofée que
l'autre aux deffeins de Dieu
fur fon Fils , par
rapport à
noftre falut. Quelque
reflexion
donc qu'on faffe fur le
mot intrare , il quadre parfaitement
avec l'opinion
comGALANT
93
1
mune , & il n'y a visiblement
rien de contraire , puis qu'il a
fallu qu'il ait paffé par une infinité
d'épreuves avant que
d'arriver & d'eftre élevé à l'entiere
poffeffion de la gloire .
Il n'a reffenti , il eſt vray ,
ny opprobres, ny ignominies ,
ny trifteffe , qu'autant que
la
veuë des objets qui auroient
produit en fon ame ces fortes
d'émotions fans la felicité,
caufoit dans fon corps un
abattement prodigieux , & le
mettoit à peu prés dans le
même eftat où le noftre eft.
reduit en pareilles occafions ,
*
94 MERCURE
par une fuite neceflaire des
loix de fon union avec l'ame ;
mais une telle veuë eſtant en
luy la plus vive & la plus perçante
qu'on puifle imaginer,
elle caufoit en échange à fon
corps des douleurs les plus
aiguës & les plus cuifantes qui
furent jamais ; ce qui montre
évidemment
que fon corps
n'a efté ny phantaftique
, ny
emprunté , ny une matiere
étrangere à fon facrifice, puis
qu'il faifoit partie de luymême
, & qu'il y avoit une
parfaite correfpondance
entre
l'ame & le corps dont il
GALANT
95
1
1
eftoit compofé comme nous .
De là vient la difference extrême
qu'il y a entre noftre
grand & unique Pontife avec
ceux de la Loy de Moyfe. Les
Preftres de l'ancien Teftament
eftoient en tout fens
étrangers aux Victimes qu'ils
offroient à Dieu . Ils immoloient
des animaux qui ſubfiftoient
par eux mêmes , &
dont la mort ne leur caufoir,
ny mal ny dommage . Ils
n'avoient d'autre union avec
eux que celle de l'attouchement
, qui ne tire à nulle
confequence. La deftruction
96 MERCURE
qu'ils en faifoient n'eftoft
nullement fuivie de la leur .
Ils ne s'en fervoient que pour
les fubftituer à la place des
ceux pour qui ils les offroient ..
Ils ne pouvoient pas dire dés
leur entrée au monde , & dans
le Sacerdoce d'Aaron , que
Dieu leur euft expreffément
formé un corps pour le luy
facrifier une fois d'une maniere
fanglante , ny le foumettre
à une telle deftruction
par un acte libre de volonté ,
n'ayant pas l'ufage de raifon ,
comme J. C. l'eut dés le premier
moment de fa concea
prion ,
1
GALANT.
97
ption , & fut ainfi dés lors
rendu capable de faire les
fonctions de fon Sacerdoce
& de Redempteur des hom-
- mes , par le facrifice continuel
qu'il faifoit à ſon Pere
de tout luy-même , Sacrifice
qu'il acheva fur le Calvaire ,
= fans avoir jamais révoqué
l'acte de volonté par lequel
il fe foumit dés fon entrée au
monde à l'accomplir lors que
l'heure ferait venue ; ce qui
le rendit beaucoup plus fpiri.
tuel que materiel, & par confequent
plus digne de Dieu ,
& plus meritoire pour nous.
Mars 1696.
I
98 MERCURE
Ainfi quand l'Apoftre dit ,
que nous avions eſté ſanctifiez
par cet acte de volonté , fuivi de
l'offrande de fon Corps , il n'exclutque
ce qui eft incompati
ble avec l'eftat glorieux de
l'ame de J. C. fçavoir la dou
leur , & nullement les autres
épreuves où il devoit eftre
expofé, pour meriter d'entrer
dans la gloire , & qui estoient
compatibles avec un tel eſtat ;
car fi felon Saint Bernard ,
ferm. 61.in can. la grace & l'amour
de Dieu a pû faire que
Fame de plufieurs Martirs ait
efé dans des plaifirs & des
VILLE
BIBLIOTE
GALANT.99
joyes ineffables pendante
leurs corps eftoient mis en
pieces , & fouffroient des
tourmens inoüis , fans que
pour cela leur martire & leur

récompenſe en ait efté moindre
, ny leur facrifice moins
fpirituel & meritoire devant
Dieu , pourquoy les douceurs
& les voluptez de la gloire
dont l'ame de J. C. joüiffoit
au temps de la flagellation &
du crucifiement
de fon corps,
auroient elles efté en luy
un obstacle à la fpiritualité &
au merite infini de fon Sacri- ,
fice ? La paffibilité ne fut ja-
I ij
100 MERCURE
mais de l'effence du facrifice,
ç'a toujours êté la deftruction
volontaire de la victime : autrement
le Sacrifice de nos
Autels ne le feroit que de
nom ,puis que le corps & l'a
me de J. C. y font également
impaffibles; autrement il n'y
en auroit point eu dans la
Loy ancienne , puis que
animaux qu'on immoloit alors
, eftoient comme à prefenty
felon voftre Philofophie
, incapables de douleur ,
& par confequent d'eftre des
victimes de propitiation, fubftituées
par leurs fouffrances à
les
GALANT. 101
la place de celles qu'on auroie
1 dûfubir pour les plaifirs cris
minels qu'on avoit pris ; ce
qui , comme vous voyez , në
s'accommode pas trop bien
avec le principe des fenfa-
1 tions de MT Defcaries .
Mais,Monfieur, pour finir,
répondons à ce paffage que
$ vous citez , & auquel vous di
tes qu'il n'y a aucune répon
fe. Le voicy dans les mêmes
termes qu'a chapitre 17. de
l'Evangile de S. Jean Cla
rifica me , Pater , claritate quam
habui antequam mundus fierer.
Ne trouvez pas mauvais , je
Iiij
102 MERCURE
vous prie , que j'y réponde
feulement par les endroits du
même chapitre , qui expliquent
ce que J. C. demande
à fon Pere dans cette Priere.
Il luy avoit dit auparavant
dans le même fens qu'aux
chapitres 12.13.816 . parlant du
S. Efprit: Pater, venit hora , clarifica
Filium tuum , ut Filius tuas
clarificet te: ego te clarificavifuper
terram ; mais comment ? Opus
confummavi , quod dedifti mihi,
ut faciam. Voilà , Monfieur ,
la maniere dont il demande
enfuite par le ſuſdit paſſage ,
que fon Pere le glorifie , faiGALANT
103
1
fant connoiftre au monde ce
qu'il eft pour le fauver, com
meily avoit fait connoiftre à
ce deffein ce qu'il eftoit , la
vie éternelle confiftant dans
la connoiffance de l'un & de
l'autre , comme il le dit làmême,
& ne pouvant demander
à fon Pere la gloire que
fon ame avoit antequam mundus
fieret , puis qu'elle n eftoit
pas alors en nature, non plus
que fon corps ; ny celle qu'il
poffedoit comme Dieu , puis
qu'il n'en fut jamais privé , &
que l'Incarnation ne luy donna
aucune atteinte .
1 iiij
104 MERCURE
Mais fi par ces paroles
clarifica me , Pater , &c. il cuft
demandé à fon Pere la glorification
de fon ame , comment
l'affureroit-il vers la fin
du même chapitre , qu'il a
donné à fes Difciples , qui
conftamment n'ont efté heureux
qu'aprés leur mort , la
même gloire qu'il avoit re
ceuë de luy? Claritatem quam
dedifti mihi , dedi eis . Que veutil
dire par là , finon que com
me fon Pere le devoir faire
reconnoiftre dans le monde
pour fon Fils unique & natu
rel , pour le Sauveur & le Re
GALANT:
105
1
drmpteur des hommes , & c .
il les y feroit auffi reconnoiftre
pour les Fils adoptifs ,
pour les Envoyez ,pour les miniftres
, pour les Predicateurs
de la verité , & les Restaurateurs
du vray culte dû à un
feul Dieu en trois Perfonnes ?
Et ne dites pas , Monfieur ,
- que cela ne meritoit pas d'entrer
dans les Prieres de J. C.
Le falut des hommes qu'il
eſtoit venu operer, en dépendoit
abſolument , puis que la
Vie éternelle eft attachée à la
connoiffance du vray Dieu &
de fon Fils J. C. qu'il a ene
106 MERCURE
voyé pour nous la meriter &
quand même il eût feulement
demandé à fon Pere la glorification
de fon corps , ne
telle priere n'auroit efté nullement
indigne de luy , puis
qu'en la faifant il ſepropofa,
comme en toutes les autres
actions , de luy procurer infiniment
plus de gloire accidentelle
, qu'il n'en reçoit par
l'ordre , la beauté , & le nombre
prodigieux des creatures ,
fon feul corps l'honorant plus
dans les horreurs mêmes
du tombeau , que tous les
eftres enſemble, puis qu'il les
GALANT. 107
tire encore tous de leur eftat
profane , & les rend dignes
de la complaifance de leur
ar
Createur , n'ayant efté faits
qu'en veuë de J. C. qui felon
l'Apoftre , en eft la fin principale
,finis omnis creatura, comme
eftant feul digne de l'action
infinie , par laquelle il les
a produits & tirez du neant.
D'ailleurs , la gloire de fon
corps devant eftre le modele ,
pour ne pas dire le principe ,
de celle des noftres , felon ces
paroles , Reformabit corpus bumilitatis
noftræ , configuratum
sorpori claritatisfua, peut eftre
108 MERCURE
pria-t-il fon Pere autantpour
nous que pour luy , puis que
nous ne faiſons qu'un même
corps myftique avec le fien,
& devons eftre fes coheritiers
dans le Ciel , fi nous partici
pons à fes fouffrances fur la
terre . Enfin l'évenement a
fait voir que fa priere n'a efté
nyindigne , ny inutile , ny def
agreable à fon Pere , puis qu'il
l'exauça à caufe de fon refpect
& de fa pieté , & que pour
récompenfer fon obeiffance
jufqu'à la mort de la Croix ,
exaltavit illum , dit l'Apoftre,
& donavit illi nomen quod eft
GALANT. 109
fuper omne nomen, c. J'aurois,
Monfieur , d'autres chofes à
vous dire fur certains endroits
de voſtre Lettre , mais je ne
lofe faire maintenant , de
peur de vous ennuyer.J'efpere
que ce fera dans la fuite , &
que cependant vous me croirez
toujours , & c.
La Piece que vous allez lire
eft de M de Senecé , dont
plufieurs Ouvrages que je
yous ay envoyez de luy, vous
ont fait connoiftre le rare &
heureux talent qu'il a pour
donner aux Vers ce tour aifé
110 MERCURE
qui les rend agréables à l'oreille.
La matiere en eft cresnoble
, puis qu'elle eft prife
des grandes qualitez de M
l'Evêque de Nilmes , à qui
M' de Senecé adreffe l'Imitation
qu'il a faite d'une Ode
Latine de M'l'Abbé Boutard,
qui contient l'Eloge de cet
illuſtre Prelat. Elle est précodée
d'une maniere d'Epiſtre
dédicatoire , conceuë en ces
termes.
MONSEIGNEUR.
J'aurois peut eftre toute ma vie
inutilement cherché l'occafion de
GALANT. ant
témoigner àV. G. mon respect &
ma reconnoiffance , fi M™ l'Abbé
Boutard ne me l'avoit procurée.
Quelque rempliqueje fois de l'idée
de vostre merite , je ne trouvois
point de paroles pour m'enexpliquer;
je ne pouvois tout dire ,
je nefçavois que choifir. Heureufement
cet Ami genereux m'a
déterminé , en me faifant part
La belle Ode qu'il vous a confacrée.
J'ay cru que dans le filence
du Cabinet je pouvois utilement
me fervir du fratagême que
pratiquefouvent dans le tumulte
de la guerre , où , pour quelque
importante expedition , on fait
de
l'on
112 MERCURE
la
monter le Fantaffin en croupe du
Cavalier. Je fuis perfuadé queje
n'auray point rendu fidellement
tontes les beautez de mon original;
mais comme il eft dans la Langue
des Sçavans , il eft bon que
vulgaire qui fefait plus univerfellement
entendre prenne furfoy
le foin depublier vos grandes qua
litez. J'ajouterois qu'il feroit à
fouhaiter que vos loüanges fuffent
traduites dans toutes les Langues
de l'Europe, fi je n'eftois perfuadé
que ce foin augmenteroit peu de
chofe au bruit quyfait votre nom.
Pour moy , j'auray atteint le but
que je mefuis proposé, en donnant
GALANT. 113
par cet Effay à V.G. un témoignage
auffi autentique qu'il m'eft
poffible de le faire , de la veneralaquelle
je fuis , &c. tion avec la
IMITATION
D'une Ode Latine de Mr l'Abbé
BOUTARD.
ODE
C'Eft aujourdbuy qu'il faut
prendre
Un ton digne de mon choix ,
Et par l'accord le plus tendre
- Foindre ma lyre à ma voix.
Bouche diferte & fidelle,
Dont Dieu fufcite le zele
Pour fe faire respecter ;
Herault du Saint Evangile ,
Fléchier , élevez mon file ,
C'est vous que je veux chanter.
Mars 1696-
K
114 MERCURE
Et vous, Mafes, fi l'on ofe
Meflericy vos noms vains ,
Faites fon Apothéose
Par vos fons les plus divins, mol
Autrefois votre harmonie
Forma fon heureux genie
Aux chants que vous enfeignez
Et dans cet apprentiſſage
Vos lauriers à fon jeune age
Ne furent point épargnez.
S
Mais voftre beautè volage
Ne peut plus le retarders
Il s'y dérobe , il s'engage
Dans l'Art de perfuader.
Ilfuit l'honneur qui l'invite ,
Ilfent croiftre fon merite
Par fon application .
Il fefurpaffe , il s'anime ,
Il joint à l'efprit fublime
La vafte irudition,
C
3
GALANT ny
Cent fois fous les voûtes amples
De leurs facrez bâtimens ,
Fay vú retentir nos Temples
De longs applandiffemens .
Ouy , Fléchier a la cadence
De cette mafle éloquence
Dont le bruit ne peut vieillir,
Senfibles à vos merveilles.
Leurspierres toutes d'oreilles
N'ont celle de treffaillir.
C'eft- là , qu'en troupes nombreafes
Couroient la Ville & la Cour,
Comme vagues écumeufes
Qui fe pouffent tour à tour.
Là , dans les devoirs funebres
Que rend aux Manes eelebres
La Chreftienne Piete,
On voyoit avec furprife
De vostre parole exquife
Ba puiffante nouveauté.
Kip
116 MERCURE
Onvoyoit la Mort terrible
Prompte à fléchir fous vos loix
Dufond de fon antre horrible
Obéir à votre voix.
On voyoit fes Cloitres fombres
Ceder les plus grandes Ombres
A voftre ordre fouverain ,
Epovantez du Tonnerre,
Qui pour les rendre à la terre
Brifoit leurs portes d'airain.
S
C'est par vous , que reffüfcite
' D
'Autrichè l'Augußte Sang ›
Terele , en qui le merite
Eclata plus que le rang.
Par vous revoit la lumiere
L'Heroine de Baviere ,
Que le Ciel combla de dons
Trois fois heureufe Princeffe
Des trois Princes qu'elle laiffe
A la Race des Bourbons,
GALANT 117
Parvous , le fameux Turenne
Survivant àfon malheur,
Brave le fort , dont la haine
A foudroyé fa valeur.
Avec luy, dont le courage.
Cent fois détourna l'orage
Sur nos jaloux Ennemis ,
Vous (auvez du trait finiftre
Lamoignon , cefaint Miniftre
Des neufSoeurs , &deThemis.
S
Par vous de la fepulture
Sort le Protecteur ardent
De ces efprits dont Mercure
Regit le noble afcendant.
Surmonté par l'excellence
De vofire reconnoiffance ,
Montauzier brille d'honneur ,
Et fa memoire embellie ,
De rejoindre fa Julie
Luy procure le bonheurs
18 MERCURE
L'aveugle & foarde Puiffance,
Si peu flexible à la voix ,
Fremix de la violence
Que Fléchier fait à fes droits con
Safierté fe defefpere
Des miracles qu'il opere
Sur fon butin le plus beau ,
Lors qu'il rend à lalumieres
Ceux , dont preffoit la paupiere
La froide horreur du Tombeau.
$
Ne craignez point fa menaces
Quoy qu'elle puiffe atienter,
Voftre parole efficace .
Vous en fera redouter.
Prelat , qui del'ombre noire
Développez la memoire
De tant de Noms reverez ,
Vainqueur de la nuit obfcure »
L'Eternité vous eft fûre ,
A vous , qui laprocurez
*
GALANT. rig
1 Ce n'est plus de fa puiffance
Que Nilmes doit fe vanter ,
Ny des eaux que la dépenſe
Dans fes murs fit transporter.
Ce n'eft plus defes Arènes ,
Où des Legions Romaines
Lefafte encor eft vivant ;
Et l'endroit de fon hiftoire
Qui fait fa plus grande gloire ,
C'eft fon Evefque fçavant.
Par fon étude aßiduë
Par fes foins laborieux ,
Dans toute fon étenduë
La Vertu brille à nos yeuxs
De fon glorieux Empire
Les maximes qu'il infpire
Sont le plus folide appuy ,
Et la Mitre qui l'honore,
Semble defirer encorene
Un prix plus digne de layer .
120 MERCURE
Nifmes , des Mufes amie ,
Où l'honneur eft prodigué ·
Que dans ton Academier
Il tient un rang diftingue !
l'y vois la Troupe choifies
De raviffement faifie
L'invoquer à fon fecours
Et pour polir fon langage ,
Sacrifier à Bufage
Sur l'Autel de fes difcours.
&
Par un furprenant Augures,
Pour luy devint verité
La fabuleufe avanture
De la Grecque vanité.
Autour de luy ramaſſées :
Les Abeilles empreffées
Ne cefférent de voler ,
Et nourrirent fon enfance
De la favoureufe effence
Du miel qu'elles font couler.
Sil
GALANT: 121
S'il veat tenter de l'Hiftoire
Le file doux & coulant ,
Quel autre avec plus de gloire
Scait exercer ce talent ?
Quel coeur rempli de foibleffe
A l'amour de la fageffe
Peut n'eftre point excité ,
·Fléchier luy propofe ·
Lors que
De l'Empereur Theodofe
L'éclatante
pieté?
$
Les Saints qu'honorent nos Temples
Celebrez dans fes écrits ,
De leurs vertueux exemples
Y trouvent le digne prix.
Sur l'aile de fa parole
Leur Foy brille , leur nom vole
Prompt à nous folliciter ,
Et d'une grace immortelle
Il peint au Peuple fidelle
Tout ce qu'il doit imiter,
Mars 1696.
#22 MERCURE
Chanteray -je l'Eloquence
Mife dans un fi beau jour ,
Qu'elle attira le filence
De la dédaigneufe Cour ,
Quand Député vers le Prince
Des Eftats de fa Province
Egal à ce noble employ,
D'un nouveau degré de gloire ,
Il rebaußa la memoire
Des triomphes du Grand Roy?
$
Diruy -je la belle audace
Qui fur de fublimes tons
Vanta l'heureufe difgrace
De la Reine des Bretons ;
Cette ame forte & virile
Qui dans un fexe debile
Fait voir tant de fermeté ,
Ce grand coeur que rien n'étonne ,
Qui prefere à la Couronne
La Chreftienne Verité ?
GALANT. 123
Non , non , fixons noftre estime
Sur des objets plus touchans.
Soit qu'il détourne du crime
La cabale des mèchans ,
Soit que fon zele s'applique
Aramenerl' Heretique
Au centre de l'Union ,
Sa plume n'eft reverée ,
Sa langue n'eft confacrée ,
Que par la Religion.
Je ne fuis point furpris ,
Madame ,, que le détail que
je vous ay fait le mois paffé ,
des Ceremonies qui ont efté
obfervées àla reception de
M le Marquis de Dangeau,
Grand- Maitre desOrdres de
Saint Lazare & de Noftre-
Lij
424
MERCURE
Dame de Montcarmel
, vous
ait paru auffi curieux que vous
me le dites . 11 y manquoit le
Compliment
que luy fit à
l'entrée de l'Eglife , le Pere
Prieur des Carmes , appellez
des Billettes, en qualité d'Aumônier
des mêmes Ordres .
J'en ay recouvré une copie ,
& je vous l'envoye .
MONS ONSEIGNEUR,
Dans le pompeux appareil de
cette Augufte Ceremonie , dans le
riche commerce de grandeur & de
gloire qui fe renoue aujourd huy ,
GALANT . 129
مل
il n'eft pas aife de decider lequel
des deux eft le plus grand , ou
L'honneur que le Roy vous a fait
en vous nommant Grand Maiftre
des Ordres Militaires de noftre-
Dame de Mont Carmel & de
Saint Lazare , ou l'honneur que
ce grand Prince a fait à ces Ordres
en vous en établiſſant le
Chef
Rien deplus glorieux aux Fa.
milles mefme les plus diftinguées ,
que la qualité de Chevalier : rien
de plus illuftre dans les Etats , que
les Ordres de Chevalerie. Les
Princes ne dédaignent pas d'en
recevoir les Auguftes Caracteres
Liij
126 MERCURE
d'une main étrangere , & quel
quefois mefme inferieure. Tous
les Souverains par une noble ja
loufie ont fondé ces grands corps
dans leurs Etats ; communiniquer
la qualité de Grand Maifire
d'un Ordre Militaire , c'eft
en quelque forte communiquer la
grandeur l'autorité des Rois
fur une des plus nobles portions de
leur Empire. Mais autant que
les Ordres de Chevalerie font au
deffus du Corps de la Nobleffe ,
tout illuftre qu'il eft , autant les
Ordres de Saint Lazare
Noftre Dame de Mont Carmel
".
de
l'emportent fur les autres Ordres
GALANT 127
8
de Chevalerie. Il ne faut pour
en convenir , que confidererfans
prévention l'antiquité , le merite ,
la fin de l'Inftitution de ces
deux Ordres
7 L'Ordre de Saint Lazare precede
par fon ancienneté tous les
Ordres Militaires , fans en ex±
cepter aucun , non pas mefme celuy
de Saint Jean de Jerufalem
dont l'antiquité va se cacher fi
avant dans l'obfcurité des premiers
Siecles. L'Orient le vitÉ
naiftre prefque avec l'Eglife naif
fante , pour fes premiers befoins .
L'Occident l'a vu transferer par
nos Rois tres Chreftiens , pour u-
Liiij
128 MERCURE
tilité de fes Royaumes . L'un &
l'autre la toujours vû avec admiration
, appliqué fans relâche
aux plus heroïquesfonctions de la
plus noble des vertus ; deſtiné par
Otat aufervice des Lepreux , rèverantjufque
fous cette figure affreufe
, celle qu'un Dieu fait homme
à bien voulu prendre pour
trefalut ; le premier de tous les
Ordres confacré aux exercices de
la Charité : le premier de tous
armé pour la deffenfe de la Foy ,
combattant d'une main les Ennemis
de la Religion , reédifiant de
l'autre les temples vivans de Fefus
Christ , étendus deçà
nonô .
deta
1
GALANT. 129
les Mers ; utile à l'Eglife & à
l'Etat , auffi confiderable par la
grandeur defes fervices , qu'incomparable
par le nombre defes
Heros , de fes Saints & de fes
Martyrs:
L'Ordre Militaire de Noftre
Dame de Montearmel , pour eftre
moins ancien , n'en est pas moins
illustre. Henry le Grand ( à ce
mot vous vous rappelle le Prince
le plus fage , le Heros le plus intrepide
, le Monarque le plus mas
gnifique. ) Henry le Grand , dont
Le feul nom épuife la matiere de
tout éloge , institua cet Ordre pour
lug confier fa Perfonne Sacrée ,
130 MERCURE
pour avoir toujours auprés d'elle
une Compagnie de Nobles & de
Braves Chevaliers qui la fuivist
à la guerre , qui ne l'abandonnast
jamais dansle s plus grands perils,
& qui fervist par tout où à fa
deffenfe , ou à fa gloire.
L'Illuftre Fondateur que Henry
le Grand ! le pretieux depoft
que la Perfonne Sacrée d'un Roy
tres - Chreftien ! leglorieux employ
que celuy de partager l'honneur
de fes victoires , en partageant
les
travaux de fes Combats ! Helas!
fice grand Monarque n'eſt pas
efté trop toft enlevé à la France
à cet Ordre encore naiſſant ,
GALANT. 131
quelles marques ne luy euft ilpas
données de ſa magnificence aprés
luy en avoir tant donné defa confiance
, la plus parfaite & laplus
honorable qui fuft jamais ?
Mais la perfection de ce grand
deffein eftoit refervée à Louis le
Grand Comme luy feul eftoit capable
de marcher en toutes chofes
fur les glorieufes traces de fon an
gufte Ayeul , luy feul a auffi la
d'étendre fes gloire de remplir
vaftes & juftes projets, defurpaf
fer mefme l'esperance de tous les
Heros qui l'ont precedé.
C'eft luy , Monfeigneur , quie
en vous nommant Grand-Mai.
132 MERCURE
tre de ces deux Ordres celebres
vous appelle au partage de cette
richefucceffion de gloire , qui vous
fait entrer dans une heureuse fo
cieté de grandeur , avec tous les
Princes & tous les grands hommes
qui ont gouverné ou compofé
cès Ordres depuis tant de fiecles ;
je doute fi par quelque autre
endroit il pouvoit nous marquer
plus fenfiblement la haute idée
qu'il a conçuë de vôtre vray &
folide merite.
Auffi , Monfeigneur , ce que
vôtre conftante modeftie croit te
nir de la feule bonté du Prince ,
vous le devez également à fon
GALANT.
133
1
difcernement. Le Roy auffi jufte
dans fes choix , que magnifique
dansfesgraces , vous a fait juftice
en vous faisant honneur. Il a mefme
par là continué à faire bonneur
àfa justice & àſa ſageſſe.
Cette nouvelle preference qui
vous diftingue de tant d'autres
dans une Cour fi diftinguée , fait
bien connoiftre de plus en plus vos
grandes qualitez , mais elle ne
vous les donne pas . Si elle en groffit
le nombre , elle n'en rehauffe
pas le prix . Le brillant qu'elle
donne n'ajoute prefque rien aufo
lide qu'elle fuppofe ; vous rendez
pour le moins autant d'honneur
134 MERCURE
que vous en recevez. Le merite
fe communique
avec ufure du chef
aux membres; une noble émulation
acheverafans doute ce beau
cercle de gloire
.
En effet , quel nouveau comble
d'honneur & de joye pour ces deux
·Ordres , de voir à leur tefte un
homme auffi grand par la vertu
queparfanaiffance ;fidelle à Dieu
& àfon Roy ; zelé pour les inte
refts de la Religion & de l'Etat ,
Vaillant dans la guerre ,fçavant
dans la Paix ; les delices de la
Cour les charmes de fa per
par
fonnes l'admiration de deux Aca
demies , par la fublimité & la
GALANT 135
delicatele defon esprit , le precieux
cornement de lune , l'aimable Protecteur
de l'autre; la confiance du
Prince auprés du Trône ; l'efperance
des Peuples dans le gouvernement
des Provinces.
Les voeux , les fouhaits les plus
élvez de ces deux Ordres réunis
pouvoient - ils aller plus loin qu'à
vous, Monfeigneur, qui réüniffez
en vous toutes les vertus civilese
militaires , avec les vertus Chreftiennes
morales ; la droiture de
nosperes, avec lapoliteffe du temps;
l'élevation du genie , avec la folidite
; la vivacitédes lumieres , avec
les attraits de la douceur ; tant de
136 MERCURE
grandeur avec tant de modeſtie ?
Les douees , lesfolides efperances
qu'infpire à ces deux Ordres
cet admirable concours de grandes
qualitez ! Sous un Cheffi accom.
pli , ne peuvent ils pas toutfepromettre
& du Ciel & de la terre?
Ne doit-on pasjustement attendre
de les voir paroiftre avec un nouvel
éclat , dans les extrcices de la
charité , dans la gloire des armes ,
dans l'estime du Prince? Ce
font icy , Monfeigneur , les voeux
continuels de cette Communauté,
penetrée de l'honneur que vous lay
faites. Cefont les miens en particulier,
engagé quejefuis par tant
GALANT.
137
d'endroits à vous honorer & à
vousfervir; foibles , mais finceres
marques de ma reconnoiſſance.
Je vous ay dit que depuis
la promotion des trente- cinq
Chevaliers qui furent receus
dans les Ordres de S. Lazare
& de Noftre- Dame de Montcarmel
, le 29 Janvier , M ' le
Marquis de Dangeau avoit
receu deux nouveaux Chevaliers
, fçavoir M' le Comte de
la Bourlie , & M' le Comte de
Clermont d'Amboife ; mais
je ne vous ay pas dit que
le 16. du mois paffé , il avoit
nommé aux deux Comman-
Mars 1696.
M
128 MERCURE
deries anciennes de ces mê.
mes Ordres , qui eftoient va
cantes. Celle de Bafoche
Dioceſe de Soiſſons , a eſté :
donnée à M' de Balaine , ancien
Chevalier & Gentilhom.
me de la Chambre de Son
Alteffe Royale Monfieur; &
celle d'Aigreville , Diocefe
de Maſcon , à Meffire Jean-
François Meigret d'Hauteville
, des anciens Chevaliers
fous M de Louvois , & l'un
des Chevaliers créez le 29.
Janvier dernier , au Chapitre:
general, tenu aux Carmes des
Billettes , par M le Grand-
-
GALANT
139
D
Maiftre. La Maiſon de Meigret
a donné un Prefident au
Parlement de Paris , un Con
trolleur des Finances fous
François I. & plufieurs Offi
ciers à la Guerre & dans la
Robe. Celuy qui vient d'è--
ftre pourvû d'une Commanderie
de ces Ordres , fut bleffé
en Candie , à la fortie de M
le Duc de Beaufort Il fit la
Campagne de Maftrik ; & en
1674 celle de Franche Com
té dans les Gardes du Corps
de S. A. Royale Monfieur. 111
für bleffé à Besançon , & à¹
l'ouverture de la Tranchée de
I
Mij
140 MERCURE
Dole , au cofté de M' le Che
valier de Chaftillon ,ſon Capi
gaine. En 1675. eftant Capitaine
d'une Compagnie des
Gardes Allemandes de Sa
Majefté Suedoiſe , & enfuite
Maréchal des Logis de l'Armée
au Duché de Brémen , il
fur eftropié d'un coup de canon
au paffage du Wefer.
En 1676. à la fin d'Octobre, il
apporta au Roy la nouvelle
du gain de la Bataille d'Almftad.
Au commencement
de
Fan 1677. le Roy l'envoya à
Meffine , où il fur bleffé en
qualité de Maréchal des LoGALANT
: 141
gis de l'Armée , en marquant
le Camp devant Molazzo. En
1678 , il fit la Campagne aprés
la retraite de l'Armée de Sicile
, fur les Galeres , par Lettres
de Cachet . Il fut bleffé à
la Canonnade de Genes , &
aprés la Paix il fut fait Capitaine
dansKonifmark .En1683.
au mois de Novembre , il eut
la jambe caffée auprés de M
les Princes , à l'ouverture de
laTranchée devant Courtray .
En 1684. il eut l'oeil brûlé d'un
coup de feu fous Bellegarde ,
allant au Siege de Gironne ,
où le Regiment de Konigf142
MERCURE
markpaffa la Riviere du Ter à
la nâge.Il a depuis étéCapitai .
ne au Regiment de Mile Car..
dinal
Landgrave de Furſtem .
berg , &
prefentement il eft
fon grand Ecuyer . Le Roy de
Suede luy accordant fa démiffion,
luy envoya fon Portrait
enrichi de
Pierreries , par M ' le,
Marquis de
Feuquieres, Am--
baffadeur du Roy à la Cour
de Suede , avec des Patentes
de
naturaliſation , de Gentil-"
homme Suedois , & une Couronne
de conceffion dans fes
armes , que Sa Majesté Suedoife
accompagna d'une Lets
GALANT. 143
f
5
tre expreffe au Roy , pour le
recommander à Sa Majesté
Tres.Chreftienne , & luy rendre
compte de la conduite. Il
porte tiercé en face au premier
d'or à la tefte de Lion arraché de
gueules; aufecond d'azurà laCon ,
ronne d'or; au troisième d'azur
au chevron d'or , accompagné de
trois befans de gueules.
Je vous ay appris au commencement
de cette Lettre ,,
que ME Delphino, Vicelegat
d'Avignon , y avoit eſté facré
Archevêque de Damis , &
qu'il venoit en France , où
Sa Sainteté l'envoye en qua
2
144 MERCURE
lité de Nonce , en la place de
M' le Cardinal Cavallerini
Sur la fin dn mois paffé , il
partit d'Avignon , où il a
efté trois ou quatre ans Vicelegat
, generalement regreté
de ceux que le vray merire
touche. Pendant tout ce
ce temps il a receu magnifiquement
toutes les Perlonnes
de marque qui ont paffé
par cette celebre Ville , &
foutenu par là avec grand
éclat les avantages de la naiffance.
Sa Famille eft l'une des
vingt - quatre plus anciennes
de Venife , & il eft Neveu du
Cardinal
GALANT. 145
Cardinal Jean Delphino , Patriarche
d'Aquilée encore vivant
, qui eſt le troifiéme Cardinal
de cette Famille , qui a
donné un Doge dans le quatorziéme
fiecle . Ce fur l'an
1356. Ce nouveau Nonce étant
arrivé à Lion , alla loger au
College des Jefuires , où le
- Pere de Colonia , Profeffeur
Ede Rhetorique , luy fit faire e
edesComplimens en François,
en Italien , en Eſpagnol , en
Latin & en Grec , par ſept ou
huit Gentilshommes de fes
Ecoliers Je vous envoye une
partie des Vers François qui
Mars 1696.
N
146 MERCURE
luy furent prefentez . Les premiers
furent fur la douleur
generale qu'avoit caufée fon
départ dans Avignon .
MADRIGAL.
Vore
faifanie ,
Qftre humeur douce & bien
N'en douterpoint , Grand Nonce,
eft connue en ces lieux.
On fçait que vostre coeur eft des plus
genereux ;
Et qu'il fent une aimable pente
Aren tre , s'ilfe peut , tous les hom
mes heureux.
Agréez, cependant , qu'entre nous
je le dife.
Certain bruit conṛt icy qui nous
étonne fort,
T
GALANT
147
Et qui pourroit vous faire tort.
On entend dire avec furprise ,
Qu'après avoir trois ans gouverné
le Comtat ,
Sans avoir dans tout cet Etat
Chagriné la moindre perfonne ,
Par un ménagement qu'on dit fort
délicat ,
Et qui marque un grand fens , une
ame belle & bonne.
Vous n'avez pas laiffé pourtant ,
( Et c'eft dequoy tout le monde s'étonne
)
De chagriner tout un Peuple en
partant.
AUTRE.
Nterprete Sacré du Pape le plus
INterprete
fage
Qui fut & qui fera jamais į
Nij
148 MERCURE
Nous voyons fur voftre visage
Briller fes plus auguftes traits.
Is nous donne dans vous fa vive &
jufte image ,
Pourcouronner tous fes bienfaits.
Probité , talens , coeur, naiſſance,
Sublime & vafte intelligence ,
Tout juſque- là s'accorde bien.
Il ne manqueroit du tout rien
Pour une entiere reſſemblance ,
Si la Thiare entre vous deux
Ne mettoit quelque differences.
Mais fi l'on écoute nos voeux ,
Si l'on en croit les defirs de la Fran-
се ,
Delphino pourra quelque jour
Nous envoyer des Nonces à fon
LOUT.
GALANT. 149
AUTRE .
Nonce,
Once , qui par toy-mefme és
cent fois plus illuftre ,
Que par lefang de tes yeux ;
Qui donnes à leur nom encore plus
de luftre
Qu'il n'en reçût jamais de leursfaits
glorieux.
Je trouve que du Ciel les bontezberales
Ont répandu dans ta maifon
Untongamas d'honneurs & de totste
façon.
Fy vois de tout , en creufant les
Annales :
Doges , Gouverneurs. neurs , Gencraux
,
Patriarches , & Cardinaux 9'
Rien ne manque dans ta familles
Niij.
150 MERCURE
Par tout elle entre , & par tout
elle brille :
Ie ne trouve à dire qu'un point
Quijufques à ce jour ne s'y rencontre
point.
le
Il faut qu'elle ait une Thiare.
Ce point eft des plus importans.
Mais j'apperçois , enfin , que
Ciel fe prepare ,
A l'y mettre dans peu dede
temps.
Tout t'annonce ce rang; toui m'engage
à le croire ,
Ta vertu , ton fang , tes talens.
Pour donner à ton nom cette nouvelle
gloire ,
Tunas qu'à vivre encor dix ans .
Sur ce qu'on luy a fair des Complimens
en François , en Italien , &
en Espagnol .
GALANT. I
I vous voyez en mefme temps
La Seine , le Tibre , & le Sou
Tage
Nous fournir chacun fon langage,
Pour vous marquer nos fentimens
;
Nous vous expliquerons fans
peine
D'où viennent ces empressemens.
Le Tibre , le Tage , & la Seine,
Commencent , Grand Prelat, à vous
faire leur cour.
Ils fe doutent déja que fous voftre
Domaine
Leurs eaux doivent couler un
jour .
Le Pere de Colonia , Auteur de
cts Madrigaux , en fir un dans le
Niiij
152 MERCURE
temps de la naiffance de Monfieur
le Prince de Dombes , qui merite
que vous le voyicz . Il dit beaucoup
en huit Vers .
L'
E fang de trois Heros réuni
dans moy feul ,
Me promet un courage égal à ma
naiſſance ;
Et d'un espoir nouveau flate l'hezreuſe
France.
l'ay d'ane part Louis peur mon
Ayeul.
Ze fors dugrand Condé par le fang
de ma Mere.
Unjeune Mars eft mon Pere.
De toy , pour me former , Loüis , je
feray choix.
Et te fuivant toy feal, je les fuivray
tous trois.
BIBLIO
LYON
1893 *
IN
OMNE
VOLVBILIS
SRVVM
ARMIS
INUNG
TOTA.
ERARIVM REGIVM
M.DC.XCVI
R
EDIFICIA REGIA
1696 .
ONVS
CONT
EXTRAORD DES
GVERRES .
1696.
ORDINAIRE DES
1696
DAM
PARTIES CASVELLES
1696
TANTI
ALVISS
ISSE. JOUEM
CHA AVXDEN
MDCXCVE
f:Ertinger C
GALANT. K3
Je vous envoye fix des pritcipaux
Jettons qui ont efté
frapez au
commencement
de cette année . La face droite
contient le Portrait du
Roy , & les Devifes que vous
trouverez dans les revers ,
conviennent fi bien aux fujets
pour lesquels on les a
faites , qu'on ne peut refufer
à leurs Auteurs les loüanges
qu'ils meritent.
Les reflexions qui fuivent
font de faifon , & je ne puis
vous les envoyer dans un
temps plus propre à les rendre
utiles à ceux qui voudront
154 MERCURE
en profiter. Elles font de M
l'Abbé de Fourcroy.
REFLEXIONS
Sur la neceffité d'une prom
pte converfion .
Lurezde vivre neuf cens
Es Pecheurs , fuffent ils afne
doivent pas differer ans
leur converfion , puis qu'aucune
raiſon ne peut excufer ce delay ;
car s'il y en avoit quelqu'une , ce
feroit , ou que leurs peche ne meritent
pas qu'on
on les expie par une
longue penitence , ou que la loy de
l'Evangile ne lesy oblige point ,
GALANT: 155
ou que Dieu est obligé de leur
donner moyen de
de la faire quand
ils voudront , aurez d'avoir af-
Jez de temps pour s'en acquitter.
Mais ne fçavent ils pas qu'un
peché veniel paroist énorme à celuy
qui aime Dieu , & qu'ilfaut
l'expier ou en cette vie , ou dans le
feu destiné pour purger les fouillures
les plus legeres avec lesquelles
on fort de ce monde ? Et fi cela eft
veritable , s'il faut rendre compte
aujufte Fuge d'unefeule parole oi
five , quel fera le compte qu'on
rendra de tant de medifances , de
tant de vanitez , de baines , d'ind'impurete
, dans juftices ,
156 MERCURE

lefquelles la plupart des Fidelles
vivent ? L'Evangile ne dit- il pas
qu'on ne fortira point desprifons
divines qu'on n'ait payéjusqu'au
dernier denier? De tousles pecheurs
dont la converfion eft rapportée,
aucun ne la remet au lendemain.
Auffitoft quela Pechereffe connoift
quele Fils de Dieu est chez Simon
le Pharifien, ne va-t- elle pasfaire
penitence à fes pieds ? Elle eftoit.
jeune , elle jouiffoit d'une parfaite
Santé , elle pouvoit fe promettre
de vivre encore fort longtemps
,
& d'avoir le loifir de pleurer fes
pechez; mais elle fçavoir que cette
promeffe eftoit trompeufe , & que
GALANT. 157
la vie de l'homme eft une vapeur
qui fe diffipe lors qu'on y penfe
le moins. Le mauvais
arbre
tombe quand on le croit plusfortement
enraciné , la coignée est toujours
au pied , & quand il eft con-
-pé, il n'est bon qu'à eftre jetté au
feu. On nepeut obtenir le pardon
de fes pech z fi l'on n'en conçoit
un vray repentir joint à une ferme
esperance de la remiffion , &
à une parfaite refolution
de s'amender.
Et qui peut donner ce repentir
qui a fonfiege dans le coeur,
que celuy à qui il appartient
de le
toucher , de l'amolir
de le chan
ger? Quipeut lefortifier par une
158 MERCURE
gneur,
4
vive efperance que celuy qui en
eft l'objet , & qui nous a regenerez?
Qui peut tirer le pecheur de la
captivité malheureuse du peché,
ou l'empêcher d'y retomber auffis
tost qu'il en eft forti , que celuy à
qui ungrand Penitent diſoit , Seidelivrez
moy de mes
pechez ? L'Avare quitte-t- il
à la mort des richeſſes dont il fait
fes idoles ? Il ne les peut emporter
L'ambitieux laiffe til lès di
gnitez ? Elles ne le peuventſuivre
dans le cercueil. Le voluptueux
abandonne- t lfes plaifers ? Son
corps n'en est plus capable , & il
a perdu l'ufage de tous les fens.
GALANT. 159
* Je ne dis pas que tous ceux qui attendent
àfaire penitence lors qu'ils
font prés de la mort , la fiffent
toujours mauvaiſe,& qu'ilsfoient
damnez ; mais je n'ay garde auffi
d'affurerqu'ils obtiendront mifericorde.
Lebon Larron s'eft àla veritéconverti
peu de temps avant
fa mort ; mais l'Ecriture nous apprendauffique
Dieu refufa le pardon
des pechez à l'impie Antiochus,
quoy qu'ille demandaft avec
larmes . La vie d'un Chreftien doir
estre une continuelle peniteuce ,
comment luyferoit- il permis de la
differerjuſqu'à la mort ? Les in.
nocensy font obligez , commens
160 MERCURE
les coupables pourroient ils s'en
exempter ? C'eft fe mocquer de
Dieu , dont on ne fe peut nean .
moins mocquer impunément , de
vouloir demeurer de longues an
nées dans le peché , & de fonger a
reffufciter lors qu'on eft à l'article
de la mort . Demain, dites vous ,je
me convertiray ; &pourquoy non
aujourd'huy ? Vos chaînesferontelles
plus aisées à rompre ? Letemps
qui détruit toutes chofes , fortifie
les mauvaiſes habitudes . Mais
qui vous a dit que vousferez de
main en vie ? Celuy qui a promis
mifericorde an pecheur quife convertiroit
, ne luy a pas promis le
GALANT, 161
-
lendemain Quelle témerité , de
rifquer fon falut fur un avenir
incertain ! Quelle impieté de differer
fa converfion ,pour goûter plus
longtemps les plaifirs du peché !
Quelle impieté , de confacrer fes
plus belles années aux creatures ,
dene referver au Createur que
les reftes d'une vie toute usée !
Fufques à quand refterez- vous
dans une erreur fi funefte ? Ne
reconnoiftrez vous jamais que
differer fa converfion , c'est vouloir
moarir en impenitent. Qu'
heureux font ceux qui jaloux de
leurfalut , fe confacrent au Seigneur
fans aucun delay, &fe con-
Mars 1696-
162 MERCURE
vertiffent de tout leur coeur ! C'eft
à vous, divin Sauveur , à changer
nos coeurs ; convertiffez nous ,
nous nous convertirons , attireznous
aprés vòus , & nous cour
rons aprés vous ; fauvez nous.,
& nous ferons fauvez ; briſez
nos chaînes, & fi noftre coeur
s'oppose à un fi grand bonheur ,
forcez le doucement & agreablement
par cette grace victorieuse
qui a renversé Saint Paul , &
quid'un Perfecuteur de l'Eglife ,
en a fait un Apostre. Frapez ,
brûlez, coupez , ne nous épargnez
pas en ce monde , é faites - nous
mifericorde dans l'éternitése
GALANT. 163
1
On a découvert depuis peu
de temps , des Eaux minerales
vers Pamiers , qui ont efte
trouvées merveilleufes pour
les maladies chroniques .
Leur compofition confifte à
un meflange de Mars atti é
par le vitriol , dont la fource
part immediatement
, & s'in--
troduit dans la mine du fer ,
dont les Pirenées font remplies
, & coulant dans les entrailles
de la terre , vient four
dre abondamment fous les >
fondemens d'un moulin , appartenant
à M" du Chapitre
Cathedral de Pamiers . Ce A
Oij
164 MERCURE
moulin eft fitué le long de la
Riege , à la portée du moufquet
de la Ville , ce qui donne
une grande commodité
aux Etrangers qui veulent
ufer de ces Eaux , le lieu eftant
agreable de luy- même , &
d'un accés fort facile à toute
forte de voitures. On en a vû
les effets avantageux dés cette
premiere année , & plu
freurs perfonnes qui en ont
beu , ont efté gueries ou foulagées.
Je vous envoye un Dialo.
gue , qui a efté mis en mufique
par un de nos plus habiGALANT.
165
1
1
les Muficiens . Il a receu une
approbation generale , dans
une affemblée de Connoif
feurs , où il a efté chanté ,
pour fatisfaire une Dame du
premier rang , qui s'est fait
un plaifir de celebrer le retour
d'un Epoux aufli vaillant
, & fidelle Sujet du Roy,
qu'il eft tendremcnt aimé
d'une Epoufe aimable.
166 MERCURE
"
IRIS ET TIRCIS..
L'
DIALOGUE.
IRIS.
Hiver flate mon coeur de l'ef
poir du repos.
Son retour interrompt le bruit ton--
nant des armes ,
Aprés tant de vives allarmés ,
Enfin , je revoy mon Heros.
Te le revoy couvert d'une gloire im
mortelle
,
Mais belas ! revient - il fidelle ?
TIRCIS
D'où vous naift cefoupçon jaloux ?
Toûjours , charmante Iris , voftre
empire m'eft doux ,
Toûjours pour vos beaux yeux mon ·
coeur eft tout deflame ,
$
GALANT 167
Le Ciel dont le pouvoir me foumit ·
à leurs coups , 1
N'a jamaispartagé mon ame
Qu'entre la gloire & vous .
IRIS.
Ah , Tircis , eft - il vray qu'une fi
longue abfence
N'ait point changé pour moy vos
tendres fentimens?
Les jeunes Heros de ce temps
Ne fe piquent pas de conftance."
Eloignez des objets qui poffedoient
lenrs coeurs ,
Ils prennent aisément de nouvelles
ardeurs.
TIRCIS.
Non, fi pour me livrer à quelque
amour nouvelle
Mon coeur vouloit ſe dégager ,
Lefens qu'il ne pourroit changer..
Lajeune Iris eft la plus belle
168 MERCURE
Des Nymphes qu'on voit four les
Cieux.
Son air n'est pas d'une Mortelle
,
Paifque rien de fi beau ne peut
charmer mes yeux
Lemoyen que mon coeur ne refe pas
four elle "
Dans tous les temps dans tous les
lieux ,
Toujoursfoumis , tendre & fidel
le?
IRIS.
Si je pouvois n'en point douter
Helas , que je ferois heurenfe !
Mais les bords arrofez par la Sambre
& la Meufe
Ont des Nymphes à redouter.
Leur conduite toujours prévenante
& flatteufe ,
Promet un fort rempli d'auraits
Lux
GALANT: 169
Aux Amans bleffez de leurs
traits,
Et nos jeunes Guerriers dans le temps
que Bellonne
Quelque intervale donne
Sont ravis de trouver près d'eux
D'agreables objets propres à rendre
heureux.
TIRCIS.
Des communes faveurs je méprife
les charmes ,
Ie vous adoreray feule_jufqu'au
trépas ,
Vous triomphez de ' moy par vos
charmans appas ,
Autant que Loüis par les armes
Triomphe de Nalau dans centfameux
combats .
Quittez - donc un foupçon qui
·bleſſe
Ma fincere delicateffe.
Mars 1696. P
170 MERCURE
1
IRIS.
Ouy , Tircis , je voy bien que vous
eftes conftant.
Que mon coeur eft charmé ! que mon
coeur eft content !
IRIS ET TIRCIS,
Après qu'une longue abfence
A fait fentir fon pouvoir
Quel plaifir de fe revoir
Pleins d'ardeur & de conftance !
"L'Amour feul peut donner un fort
doux & charmant.
TIRCIS.
I'aimeray mon Iris jufqu'au dernier
moment.
IRIS.
He cheriray Tircis tout le temps de
ma vie.
Par unheureux deftin dont mon ame
eft ravie
Le devoir s'accorde à mes feux,
GALANT.
171
TIRCI S.
L'Amour & la Raifon nous animent
tous deux ,
C'eft ce qu'à peine on pourra croire.
IRIS ET TIRCIS.
Durent à jamais les beaux noeuds
Quifont formez chez nous par l'amour
& la gloire.
Ce Dialogue eft de la mef
me Mademoiſelle l'Heritier ,
qui a fait l'Eloge des Dames ,
employé dans ma Lettre de
Janvier , dont vous m'avez
? témoigné ettre fi contente.
Il faut que vous ayez examiné
ce petit Ouvrage avec grande
attention , puifque vous y
1
Pij
172 MERCURE
avez remarqué un endroit qui
ne vous a pas femblé toutàfait
jufte . La faute n'en doit pas
eftre imputée à Mademoifelle
l'Heritier , mais au Copiſte
qui a oublié deux Vers dans
l'endroit qui vous a fait de la
peine. Ainfi au lieu de lire ;
Voila , charmante Celimene ,
Ce quejay dit tranquillement
Au pretenda Sçavant , dont la
bouillante haine
Déclame contre nous d'un ton
vehement ,
fi
Et mes raifons ont pu luy faireperdre
baleine,
Du moins pendant quelque
moment. Ho
GALANT. 173.
Il ne faut pas que fon air vous
impofe, &c.
Vous devez lire dans les derniers
Vers que je vous marque ,
Et mes raifons ont pu luy faire perdre
haleine ,
Du moins pendant quelque
moment .
Mais vous , fi vous daignez vous
en donner la peine ,
Vous le confondrez pleinement .
Il ne faut pas que fon air vous impoſe
, &c.
Nous ferions toujours heu
reux , fi nous pouvions eftre
maiftres de nos paffions
mais il en eft de fi violen-
Piij
174 MERCURE
tes , qu'elles l'emportent fur
tous les fecours que nous
offre la raifon. Un Cavalier
né avec toutes les inclinations
qui peuvent rendre un
homme eftimable , vivoit
tranquille , & avoit atteint
l'âge de vingt ans fans
qu'il euft fenti les troubles
que l'amour caufe ordinairement
dans les jeunes coeurs .
Son veritable panchant eftoit
pour les belles Lettres , & le
defir d'acquerir toujours de
nouvelles connoiffances l'oc
cupoit fi fort, qu'il ne croyoit
pas que l'on puft eftre fenfiGALANT.
175.
ble à d'autres plaifirs qu'à
S ceux de l'efprit. L'avantage
qu'il avoit d'eftre Gentilhom
me,luy fit auffi fouhaiter d'apprendre
tout ce qui peut con-
Venir à un Cavalier , qui a le
droit de porter l'épée , &
S comme c'eftoit affez qu'il entreprift
quelque chofe pour y
réaffir , il fit de fi grands progrés
dans fes exercices , qu'en
fort peu de temps il devint
parfait , autant qu'on peut l'etre
à faire des armes & à monter
à cheval. Son Pere , qui
n'avoit que luy d'Enfans ,
commença à craindre qu'il ne
5
Phij
176 MERCURE
vouluft prendre employ dans
l'Armée , & le voulant arrefter
auprés de luy jufqu'à ce qu'il
euft l'âge neceffaire pour
exercer une Charge des plus
importantes de la Robe,qu'il
luy deftinoit , il n'en trouva
point un plus feur moyen que
le mariage. Ainfi il luy choifit
une Femme, que d'affez grandes
fucceffions regardoient.
C'eftoit une Fille de quinze
ans , qui fans eftre belle , ne
manquoit pas d'agrémens en
fa perfonne. Le Cavalier qui
n'en avoit encore que vingt-
&un,fe laiffa conduire par fon
GALANT. 177
anPere , & fe maria par complai
fance,fans pourtant fentir aucun
dégouft pour la perfonne
qu'on luy faifoit époufer .
Elle eftoit d'une humeur fort
douce & accommodante , &
meritoit les égards qu'il marqua
toujours pour elle , mais
ils eftoient plus fondez fur ,
l'honnefteté que fur l'amour ,
& fi en confentant à toutes
les chofes qu'il luy voyoit
fouhaiter , il croyoit l'aimer
veritablement , c'eftoit parce
qu'il n'avoit point éprouvé
cette paffion dans toute fa
force . Il paffa deux ans dans
178 MERCURE
l'heureufe
tranquillité que
Fon goûte quand on borne
fes defirs à ce qu'on poffede .
Il avoit lié une amitié fort
étroite avec un jeune Gentilhomme
, qui ayant les mef
mes inclinations que luy , ne
contribuoit
pas peu à luy fai
re aimer ce genre de vie. Ils
eftoient infeparables , & depuis
plufieurs années , ils n'avoient
jamais paffé un jour
fans fe voir. Cet Amy qui
eftoit d'une Province éloignée
de Paris d'environ foi
xante lieuës , eftant obligé
d'y retourner , conjura le CaGALANT.
179
valier de vouloir bien y venir
paffer un peu de temps avec
luy , afin de luy pouvoir faire
rendre dans fa famille les
honneftetez qu'on avoit euës
pour luy dans la fienne . Le
Cavalier , qui ne le pouvoit
quitter qu'avec peine , confentit
à ce voyage , & ils partirent
lors que la faifon du
Carnaval alloit commencer.
Le Gentilhomme qui n'avoit
en tefte que de procurer des
plaifirs à fon Amy , le prepara
à voir de fort jolies femmes
dans le lieu où ilsalloient . Le
Cavalier , naturellement ga180
MERCURE
lant , quoy qu'il cuft toûjours
vécu fans attachement , le
pria de ne point dire qu'il
fuft marié , afin qu'il puft avoir
un champ plus libre à
leur conter des douceurs , ne
doutant point qu'il ne fuft
mieux écouté , quand il paf.
feroit pour un homme en
pouvoir de difpofer de luymefme
, outre qu'il fe faifoit
une honte d'avoir pris fi jeuneun
engagement fur lequel
les plus fenfez trouvent à déliberer
toute leur vie . Ainfi
pour n'eftre point en danger
d'eftre connu , il quitta le
GALANT. 18r
nom de fa Famille , & en prit
un d'une Terre de fon Pere ,
qu'il n'avoit jamais porté. Son
Amy luy tint parole , & luy fit
voir beaucoup de monde
choifi. Comme le Cavalier
avoit infiniment de l'efprit ,
il brilla par tout avec de
grands avantages , & s'acquit
en peu de jours par la bonne
mine & par fes manieres ,
une reputation merveilleuſe
auprés des femmes . Il eftoit
bien fait de fa perfonne
avoit la phifionomie tresheureufe
, & difoit les chofes
avec un tel agrément , qu'on
182 MERCURE
eftoit toûjours ravy de l'ent
tendre. Il n'y avoit rien en
lay ny d'évaporé ny de fé- '
rieux. C'eftoit un enjouë
ment plein de feu qui donnoit
lieu aux plus agréables
converfations , & il joignoit '
à beaucoup de politeffe ,
je ne fçay quoy de fi engageant
, qu'il eftoit mal aifé
de s'en deffendre. On felicitoit
le Gentilhomme d'avoir
un Ami d'un fi grand
merite , & comme on avoit
appris de luy que fon bien &
fa naiffance répondoient àfes
belles qualitez , c'eftoit à qui
GALANT. 183
luyferoit un accueil plus obli
geant. Quelque empreffement
que l'on témoignaſt
par tout à luy donner des
marques d'eftime , il eut un
attachement particulier pour
une jeune perſonne qui luy
parut toute aimable . Outre
la beauté qui eftoit piquan
te en elle , & une taille fine
& avantageufe , que l'on pou
voit dire avoir efté faite au
tour , elle avoit l'air doux &
attirant , & tant d'égalité dans
l'humeur , qu'elle eftoit toujours
la mefme , c'eſt- à- dire ,
toujours honnefte , toujours
184 MERCURE
complaifante , & toujours
prefte à faire de bonne grace
toutes les chofes qu'on pouvoit
attendre d'elle , mais ce
qui charma principalement
le Cavalier , il luy trouva l'efprit
auffi folide que
vif. Ilremarqua,
malgré tous les foins
à n'en laiffer rien paroiftre
qu'elle s'eftoit appliquée à le
cultiver par diverſes connoiffances
qui ne font pas ordinaires
aux perlonnes de fon
fexe. On ne languiffoit jamais
dans fa converfation , &
comme elle avoit beaucoup
delecture, s'il arrivoit quelque
AGALANT. 85
fois que l'on propofaft quelque
queſtion , de celles qu'on
wpeut agiter avec les Dames ,
elle en difoit naturellement
fon fentiment , avec une nétteté
inconcevable , & ce qu'-
elle avoit penſé eftoit toujours
décifif. Avec tant de
belles qualitez , il ne faut pas
s'étonner file Cavalier ſe laiffa
prendre . Plus il la connut ,
plus il l'eftima ; & plus il eut
d'eftime pour elle , plus fon
coeur en fut touché. La Belle
s'en apperçut , & s'en apperçut
avec plaifir. Elle voyoit
dans le Cavalier tout ce
Mars 1696.
186 MERCURE
qu'on peut fouhaiter en um
parfaitement honneſte homme
, beaucoup de droiture
d'ame,, une bonté de coeur
admirable , & s'imaginant par
ce qu'on luy avoit dit de fon
bien & de fa naiſſance , qu'il
ne pouvoit que luy eftre avantageux
de meriter la tendref
fe, elle ne prit aucun foin de
refifter au panchant qu'elle
fe fentoit pour luy. Il eft dif
ficile que les fentimens du
coeur ne s'échapent au dehors
, Le Cavalier connut en
fort peu de temps qu'il eftoit
aimé , & la joye qu'il eut d'aGALANT
187
un
voir fait cette conquefte , fut
pour luy un fi grand charme ,
qu'il tomboit d'accord avec
luy meſme , qu'il n'avoit jamais
goûté un plaifir pareil .
La douceur en augmentoit à
toute heure , & tout rempli
des idées fateufes que fa
paffion luy fourniffoit ,
jour qu'il fe trouva feul avec
la Belle , il ne fe put empecher
de luy dire en foupirant,
que tant qu'il vivroit , il envie
roit l'heureufe fortune de celuy
à qui le Ciel avoit deftiné
le glorieux avantage de vivre
uni avec elle , par des noeuds
Q ij
188 MERCURE
que la mort feule feroit capable
de rompre. La Belle ravie
qu'il luy donnaft lieu de l'obliger
à fe declarer plus précifément
, luy répondit qu'il
eftoit fort rare d'envier un
bien que l'on pouvoit acque
rir , & qu'elle voyoit pour luy
de fi favorables difpofitions
dans l'efprit de fes Parens ,
qu'il en pouvoit tout attendre
fitoft qu'il s'expliqueroit qu'à
fon égard elle vouloit croire
qu'il luy rendoit affez de juftice
pour eftre perfuadé qu'-
elle ne mettroit aucun obfta
cle à ce qui pourroit le rendre
GALANTA 189
heureux. Le Cavalier touché
jufqu'au fond du coeur d'un
aveu fi obligeant , regarda la
Belle fort tendrement , luy
preffa la main , & répandit
quelques larmes. Il tomba en
fuite dans un trouble , dont
tout ce qu'elle luy dit ne put
le tirer. Il la quitta un quart
d'heure aprés , & eftant preffé
par elle de luy dire avant que
de s'éloigner , ce qui l'avoit
mis dans un eftat fi different
de celuy où il avoit accourumé
d'eftre , il la conjura de
vouloir bien luy accorder
quelques jours pour s'y pré190
MERCURE
préparer. La Belle ne fceur
que s'imaginer de tout ce
qu'elle avoit vû . Elle ne pouvoit
douter que le Cavalier
n'euft beaucoup d'amour.
Elle venoit de luy témoigner
que la declaration en feroit
tres-bien receuë . Selon ce
e
que fon Ami avoit publié ,
leur naiffance eftoit égale, &
il n'avoit pas un bien qui fuft
au deffus de ce qu'elle avoit
fujet de prétendre. Ses reflexions
n'aboutirent enfin qu'à
luy faire croire que fon Ami,
pour donner plus de luftre à
fon merite , l'avoit fait pafler
GALANT: 191
pour un homme riche , & d'une
Maiſon confiderable , &
que ce n'eftoit qu'un Avanturier
qui fe foutenoit par des
manieresacquiſesdansle
com
merce qu'il avoit avec le beau
monde . Dans cette penfée ,
elle le plaignit de s'eſtre oublié
jufqu'à l'aimer , & elle fe
plaignit en même temps ellemême
, d'avoir pris pour luy
des fentimens que fa gloire ne
permettoit pas qu'elle confervaft.
Le Cavalier d'un autre
cofté eftoit fort rêveur &
mélancolique. Il fe fentoit
dans le coeur une paffion ,
192 MERCUREAR
,
dont il commença à s'apper
cevoir qu'il auroit de la peine
à fe défaire , & il ne pouvoir
fe pardonner d'avoir en quel
que façon engagé la Belle à
répondre à un amour que la
raifon luy défendoit d'écouter
. Ainfi il trouva qu'il eftoit
de l'honnefte homme de ne
pas fouffrir que la choſe allaft
plus loin , & il falloit pour
cela luy déclarer qu'il n'eftoit
point en pouvoir de profiter
des bontez qu'elle paroiffoit
avoir pour luy. C'eft ce qu'il
fit peu de jours aprés , en luy
difant qu'il n'avoit pû fe réfoudre
GALANT.
[ 193
193
foudre d'avouer qu'il cuft
confenti à fe marier fi jeune ,
& luy demandant le même
fecret que fon Ami luy avoit
gardé , il accompagna cette
declaration de tant de marques
d'eftime , & de protestations
fi fortes d'une amitié
auffi folide que tendre , que
la Belle , quoy qu'étouffant à
regret des efperances qui luy
avoient femblé legitimes , ne
put s'empêcher de luy pro
mettre la fienne, qu'il luy de
manda avec des inftances
qui la mirent hors d'eftat de
le pouvoir refufer . Tout fim-
Mars 1696. R
194 MERCURE
patiloit en eux , l'humeur , les
fentimens , les manieres , &
un amour peu commun pour
tour ce qui peut éclairer l'efprit.
Ils continuerent à ſe voir
avec la même affiduité, quoy
que détachez de tout ce qui
a coutume de foutenir les
liaiſons où il eft permis de
fouhaiter quelque chofe , &
l'estime qu'ils avoient conçuë
l'un pour l'autre, & qu'ils fentoient
s'augmenter de jour
en jour, leur ayant donné une
ouverture de coeur recipro
que fur tout ce qui ſe paſſoir
de plus fecret dans leurs ames,
GALANT. 199
elle établit entre eux une amitié
d'une entiere confiance ,
qui les charmoitd'autant plus ,
qu'ils n'avoient aucun interêt
en veuë. Le Cavalier vir finir
le temps qu'il s'eftoit preſcrit
pour fon voyage ; & en prenant
congé de la Belle , il obtine
la permiffion de luy écrire
, pourvû que leur commerce
de Lettres ne fuft pas frequent.
Il crut devoir fe fou
mettre à cette condition ,
comprenant bien que les
Lettres étoient dangereufes
pour le coeur ; & comme il
devoit beaucoup à la Femme,
Rij
196. MERCURE
a
pour qui il avoit de la tendref
fe , il fut bien - aife qu'on l'obligeaft
à ne fe pas trop permettre
fur ce qui pouvoit
nourrir une paffion infruc
tueufe. Cependant
il eut beau
faire. Eftant de retour chez
luy , il connut fenfiblement
que la Belle luy manquoit
.
Ces douces converfations
fi
pleines d'efprit & de fentimens
fi droits fur les matieres
les plus delicates, luy eftoient
toujours prefentes , & il ne
pouvoit s'en voir privé fans
fouffrir beaucoup
. Il aimoit
La Femme , & reconnoiffoit
GALANT. 197
les complaifances qu'elle avoit
pour luy , par toutes les
honneftetez quila pouvoient
fatisfaire , mais il connoiffait
avec chagrin que cette amitié
eftoit bien moins vive que
le panchant qui l'attachoit à
la Belle , & il ne pouvoit dou
ter que ce panchant ne fuft
de l'amour. Il faifoit part de
fes peines à cette charmante
Fille , & en luy difant qu'il
effayoit de fe diffiper parmy
les Femmes , il luy avoüoit
qu'elle luy avoit rendu leur
entretien infipide . La Belle fe
plaignoit de fon costé , de ce
Riij
198 MERCURE
1
qu'il l'avoit laiffée ſans gouft
pour tous ceux qu'elle voyoit,
& en l'inftruifant de l'eftat de
fes affaires , elle luy marquoit
qu'il s'offroit toujours quel
que Parti, mais qui luy avoit
ouvert les yeux fur un genre
de merite qu'elle ne pouvoit
trouver , & qui devoit feul
meriter fon choix . Ainfi elle
paroiffoit refolue en quelque
forte à ne fe point marier , fi
quelque raifon plus forte que
fon inclination ne l'y engageoit.
Les chofes eftoient en
cet eftat , quand le Cavalier
demeura Veuf. Sa Femme
GALANT.
2015
199
mourut
prefque
tout
coup d'un mal violent
, ou
l'on ne put trouver
de remede
. Il en parut affligé
, & il le
fut effectivement
; mais mille
chofes
flateufes
qui luy fraperent
l'efprit
, adoucirent
fa
douleur
, & la liberté
où il fe
vit de ne plus donner
de bornes
à ce qu'il avoit toujours
fenti pour la belle , luy fit
concevoir
des efperances
qui
Juy peignirent
un bonheur
parfait
. Il ne voulut
point
luy écrire le changement
d'efac
qui luy eftoit arrivé , &
feignant
que le chagrin
l'o-
R. iiij
200 MERCURE
bligeoit à fe retirer quelque
temps dans une maison de
campagne , il partit preſque
auffitoft pour luy en aller luymême
porter la nouvelle ,
perfuadé que le témoigna
ge d'une paffion empreffée ,
l'engageroit à fe donner toute
à luy , comme il eftoit tout રે
à elle. Le fecond jour qu'il
fut en chemin , eftant entré
dans la plus fameuſe hoſtel
lerie d'un lieu où il jugea à
propos de s'arreſter
ner, il leva les yeux vers une
galerie qui regnoit le long
d'une partie de la cour , &
1
pour

GALANT 1 201
tout à coup frappé par des
traits brillans qui le furprirent
il reconnut l'aimable
perfonne qu'il alloit chercher.
ils firent tous deux un cri , qui
marquoit de part & d'autre
autant de joye que d'étonnement.
Le Cavalier courut à la
Belle , qui luy demanda d'abord
où il alloit , & d'où luy
venoit fon habit de deüil . Il
luy apprit qu'elle eftoit l'unique
fujet de fon voyage , &
pour l'en mieux affurer , il
ajoûta , qu'elle ne pouvoit
douter qu'il n'euft toujours,
& le même amour & le même
+
202 MERCURE
empreffement qu'il luy avoir
fait paroiftre , qu'une mont
fort impréveuë luy avoit ofte
fa Femme qu'il eftoit mai
ftre de ſes volontez , & qu'il
ne tiendroit qu'à elle qu'il ne
devinſt le plus heureux de
tous les Amans . Cette nouvelle
qui la devoit réjoüir , la
laiffa toute interdite , & un
air ferieux, & fombre qui pas
rut tout d'un coup fur fon
vilage , ayant obligé le Ca
valier à luy dire avec tranfport,
qu'il craignoit bien qu'
elle n'euft changé , elle répondit
, qu'il eftoit fi vray
GALANT 203
qu'elle eftoit toujours la même
pour duy, qu'une des plus
grandes fatisfactions dont .
elle s'eftoit flatée à Paris , où
elle alloit demeurer , eftoit
celle de le voir , & de luy
donner de nouvelles preuves
de fa parfaite amitié ; mais
qu'elle ne pouvoit rien au delà
, puis qu'elle eftoit mariée
depuis huit jours à un Gentil
homme qui fe diſoit fort de
fes Amis ; qu'elle croyoit
l'aller furprendre agreable.
ment, eftant bien éloignée de
s'imaginer que fins qu'elle
en cult rien fceu , il fuft en
204 MERCURE
pouvoir de difpofer de luy
même. Ce coup de foudre
abattit le Cavalier. Ses elpe ,
rances évanouies tout à coup
lors qu'il avoit lieu de n'y
craindre aucun obftacle , luy
cauferent un fi fort faififfe
ment , qu'il en perdit toute
connoiffance , en forte qu'il
feroit tombé , fi on ne l'euft
foutenu: On le porta comme
on put dans une chambre
voifine , où il demeura longtemps
fans reprendre fes efprits.
Si- toft qu'il fut un peu
revenu àluy , il jetta les yeux
de tous coftez , & remarqua
GALANT: 205
parmi ceux qui eſtoient dans
cette chambre , l'heureux Epoux
de la Belle , qu'il reconnut
pour un Gentilhomme
avec qui il avoit eu beaucoup
d'habitude . Ce Gentilhom
me ,qui dans le temps de l'évanoüiffement
donnoit quelques
ordres , afin qu'on euſt
foin de les chevaux , témoigna
au Cavalier qu'il prenoit
grand intereft , & à l'accident
qui luy venoit d'arriver , & à
la douleur qu'il ne doutoit
point qu'il ne reffentiſt pour
la perte de fa Femme. Le Ca
valier apprit enfuite de luy ,
206 MERCURE
qu'eftant depuis fix mois en
Province , un de fes Amis luy
avoit fait voir l'aimable perfonne
qui avoit bien voulu
l'époufer , & qu'en la voyant
il avoit efté tellement charmé
de fa beauté , de fon efprit
, & de fes manieres , que
dés le troifiéme jour il avoit
parlé de mariage ; qu'heureus
fement la Famille & fa naiffance
eftoient connues , &
que l'affaire s'eftoit concluë
auffitoft , d'autant plus faci
lement , que la Belle eftant
dégouftée de la Province , où
aucun Parti ne l'accommo
GALANT 207
doit , avoir paru avoir de la
joye de trouver l'occafion de
s'établir à Paris. Cela fur fuivi
d'un renouvellement d'af
furances d'amitié , & on ne
fçauroit rien ajoûter aux
honneftetez qu'ils fe firent
P'un à l'autre. Ils dînerent tous
enfemble; & le Cavalier dont
le chagrin avoit une caufe apparente
qui cachoit la vraye,
dit en les quittant , que pour
éviter les complimens qu'on
luy venoit faire de toutes
parts fur fon déplaiſir , il alloit
paffer quelques jours à
une Terre où il ne verroit que
208 MERCURE
fort peu de monde . Il y allà
en effet , & tâcha de s'y remettre
du coup dont il venoit
d'eftre fi cruellement frapé.
Combien de reflexions fit-il
dans fa folitude , fur le malheur
d'avoir eu des efperances
qui paroiffoient ne pouvoir
eftre douteuses, & de les
trouver détruites prefque
auffitoft par un mariage que
le hazard avoit fait faire ,
dans le temps même qu'il avoit
commencé à eftre libre !
Cependant il falloit qu'il fe
contentaft d'avoir une Amie
pleine de merite & de vertu ,
GALANT
... 209
avec qui il pouvoit ouvrir fon
coeur fur toutes choſes. Il la
vit avec affez d'affiduité à fon
retour , & luy donna fes confeils
fur les perfonnes qui luy
convenoient, pour faire focieté
. Comme elle avoit l'ef
prit penetrant & fort delicat ,
elle ne lia commerce qu'avec
du monde choifi C'eftoit le
moyen d'avoir de fort agreables
converſations . Le Cavalier
en eftoit prefque toujours
; & s'il n'y paroiffoit pas
avec la gayeté qui luy eftoit
ordinaire , la mort de fa Fem .
me eftoit un pretexte qui au-
Mars 1696.
S
210 MERCORE
torifoit ce changement. Le
temps le rendit à la raiſon ,
& quoy qu'il euft toujours
pour la Belle an très violent
amour , il ſe le déguifoit à luymême
, & vouloit croire que
tous fes foins n'eftoient qu'un
fimple effet d'amitié. Il eft
vray qu'il ne fe permettoit
aucune parole qui luy márquaft
rien de plus , & l'union
eftant auffi grande avec le
Mary qu'avec la Femme , elle
ne bleffoit perfonne . On voulut
fouvent le remarier , & il
s'offrit même des Partis qui
obligerent la Dame à luy
GALANT 211
confeillet de n'en pas negligerlles
avantages , mais rien
neoput l'obliger à changer
d'eftar , & il avoit paffé cinq
ou fix années toujours charmé
de cette aimable perfonne
, & toujours également
empreflé pour elle , lors que
fon Mary ayant monté un
cheval un peu fougueux qu'il
vouloit réduire , ce qu'il avoir
déja fait plus d'une fois , ne
put un jour foutenir une fecouffe
impreveuë, qui malgré
toute fon adreffe , le jetta fur
une pierre , dont il eut la tefte
fracaflée.On n'eut pas plûtolt
Sij
212 MERCURE
appris la mort , que tous ceux
qui connoiffoient l'attachement
du Cavalier pour la Dame
, & la forte estime qu'elle
avoit pour luy , les marierent
enfemble. Le Cavalier , quay
qu'affligé veritablement d'un
accident fi cruel , ne put renoncer
au plaifir fecret que
luy donna l'efperance qui
eftoit rendue à fon amour. Il
n'en fit rien d'abord paroiftre
à la Dame , & s'appliqua
feulement à la confoler , & à
prendre foin de fes affaires ,
mais quand il vit fa douleur
un peu affoupie , il luy deSGALANT.
3213
mandafi elle vouloir qu'il fuft
toûjours malheureux quand
tout fon bonheur dépendoit
d'elle. La Dame qui l'entendit
ne luy voulut point déguifer
fes fentimens. Elle luy
dit qu'elle n'avoit pas de fi
mauvais yeux qu'elle cutt pû
ne pas s'appercevoir de l'effort
qu'il s'eftoit fait , pour
fe contraindre auprés d'elle ;'
qu'elle avoit lû dans fon coeur
tout ce qu'il avoit fouffert ,
& que l'honnefte homme luy
ayant fait fupprimer tout ce
que l'Amant fembloit le devoir
forcer à luy dire , elle fe
214 MERCURE
fentoit engagée à reconnois
ftre ces marques d'eftime, par
toutes les chofes qu'il pou
voit attendre de fon amitié.
mais que devant compte de
fa conduite au Public , elle
ne pouvoit , fans bleffer la
bienféance , fonger à aucun
engagement que la premiere
année de fon deüil ne fuft
expirée ; qu'elle vouloit bien
qu'il la vift jufqu'à ce temps ,
avec toute l'affiduité permife
à un homme qui a des efpes
rances autorisées , & qu'elles
avouëroit fans aucune peine
que fi elle prenoit jamais un
GALANT: 215
fecond Mary gece feroit luy
qu'elle choifiroit . Le Cavalier
aimoit trop la gloire de
la Dame pour la vouloir expofer
aux murmures du Public.
Ainfi quoy que fon amour
euft peine à s'accommoder
d'un fi long retardement
, il la laiffa maitreffe
du temps , pourvû que fans
differer , elle vouluft bien figner
avec luy un Contrat de
Mariage . Elle eut cette com .
plaifance , & il fut dreffé aux
conditions qu'elle voulut.
Plus le Cavalier en reçut de
joye , & plus il eut d'impa216
MERCURE
tience de voir la fin du ter
me preferit. Elle arriva , & le
jour fur arrefté pour le mariage.
Tout le monde y applaudit
, & les complimens
qu'on leur en vint faire de
tous coftez , n'euffent point
eu d'interruption , fans une
langueur accompagnée de
fiévre , où l'aimable Veuve
tomba tout à coup . Le Cavalier
vit fon bonheur reculé
avec un chagrin inconcevable
Il appella auffi toft les
Medecins , qui l'affurerent
que ce feroit pour fort peu de
temps ; mais quoy qu'ils ne
trouvaffent
GALANT. 217
trouvaffent rien de dangereux
au mal de la Dame , elle
en eut fort mauvaiſe opinion
dés les premiers jours , & frapée
du preffentiment qu'elle
en mourroit , elle voulut fer
mettre en eftar de ne craindre,
pas d'eftre furprife . Quoy
qu'on fuft perfuadé qu'elle,
s'alarmoit mal à propos , ily
auroit eu de l'injuftice à l'empêcher
de fe fatisfaire . Le
Cavalier qui ne l'abandonnoit
point , la voyant toujours
dans de funeftes penfées,
faifoit les efforts pour
l'en défaire , & luy demandoit
Mars 1696 Τ
4
13
218 MERCURE
fouvent fi elle vouloit le def
elperer. Rien ne pouvoit ap
procher de fa douleur, quand
fe reprefentoit que l'ayant
trouvée mariée lors qu'il alloit
la prier d'agréer fon coeur
& fa fortune , il eftoit fi malheureux
, qu'il fe voyoit preſt
de la perdre pour toujours
fur le point de l'époufer . Elle
cut dix ou douze jours aprés
de frequentes défaillances ,
dont les Medecins ne pouvoient
bien connoiftre la
caufe, & continuant toujours
à dire qu'elle n'en reviendroit
pas , elle conjuroit le Cavalier
GALANT: 219
de la moins aimer , s'il fe pou
voit , afin que la mort ne le
touchaft point, fi vivement.
Les chofes tendres qu'elle
ajoûtoit pour l'en confoler ,
eftoient pour luy autant de
coups de poignard . Auffi
n'eut-il pas la force de foutenir
celuy qu'il receut , lors
que luy tenant un jour la
main , elle dit tout d'un coup
d'une voix foible qu'elle alloit
mourir , & que l'on prift gar
de à elle . On accourut promptement
, & on tâcha de la
fecourir . Le Cavalier la regardoit
attentivement, fans pou
Tij
220 MERCORE
voir prononcer une parole , &
il demeura immobile dans un
fauteuil , ayant les yeux attachez
fur elle. Un moment
aprés on cria qu'elle eftoit
morte , & ce triſte cri le penetra
de telle maniere , qu'on
le trouva mort luy - même.
Tous ceux qui avoient pris
intereft à leur mariage , connoiffant
le rare merite qui les
rendoit fi dignes d'eftre unis
autrement que par la mort ,
les pleurerent l'un & l'autre ,
& admirerent dans le Cavalier
le plus furprenant effet
de l'amour , dont on cuft enGALANT.
221
-
core entendu parler .
Madame la Marquife du
Puydufou mourut à Paris le 7!
de ce mois , âgée de quatrevingt
- trois ans . Elle eftoit
Veuvel de Meffire Gabriel,
Marquis du Puydufou , Sire &
Prince de Pefcheufeul , pre
nier Marquis & Dauphin
d'Auvergne. Cette illuftre &
ancienne Maifon a fini en
luy. Iln'avoit que deux Filles ;
dont l'Aînée eft Madame la
Marquife Douairiere de Mirepoix
La Cadette eftoit feue
Madame la Comteffe de Grignan-
Madame la Marquife
Tiij
226 MERCURE
du Puydufou , leur Mere ,
eftoit de la Maifon de Belie .
vre ; & ce nom fi illuftre & fi
cheri en France , eft fini en
elle. Le grand Pomponne de
Believre , premier Prefident,
eftoit fon Frere . Elle eftoit
Petite fille du Chancelier de
Believre & du Chancelier de
Sillery , & elle a confervéjuf
qu'à la mort cet efprit & cette
éloquence , qui ont eſté inſeparables
des perfonnes de
fon nom . Elle avoit un fond
de bonté qui la prévenoit conjours
en faveur de ceux qui
luy reprefentoient leurs be
GALANT 223
foins , & elle a porté la charité
jufqu'à fe priver fouvent
du neceffaire en faveur de
ceux à qui elle faifoit du bien.
Elle a efté inhumée avec tous
ces grands Hommes de fon
nom , en l'Eglife de S. Germain
l'Auxerrois , dans la
Chapelle qui appartient à
cette Illuftre Maiſon .
Je vous envoye une Lettre
fort curieufe , fur une chofe
qui fait bruit par tout. Elle
eft de M de Lavardin , Lieu
tenant General en Bretagne.
Tiiij
224 MERCURE
A MONSIEUR L'ABBE
DE LA FAYETTE.
A Vannes , le 3. Mars 1696.
I qu'un homme auffi peu fuper-
L vous paroistra bizarre
ftutieux que moy , vous mande
unprodige , mais il est tres vray,
& affez fingulier pour vous le
mander. Il y a aujourd buy buit
jours , Fefte de Saint Mathias
que l'on vit dans une Lande spatieuse
à cinq lieues dicy tres dif
tinctement trois Armées d'In
fauterie en Bataille , deux en
GALANT. 725
prefence bien rangées. Il y
en avoit une troisieme feparée
, quifembloit faire un Corps
de referve. Elle ne combattit
point , demeura comme spectatrice
, puis elle difparut apres le
Combat. Les deux autres fe me
lérent combatirent depuis trois
heures aprés midy jufqu'à la nuit.
Celle qui eftoit du cofté du Nord,
avoit un Drapeau rouge , &
celle du cofté du Mily , un Dra .
peau blanc. Un General de taille
gigantefque & de grande apparence
, à la tefte de chacune , les
faifoit agir , & des Generaux on
Majors alloient de cofté & d'au226
MERCURE
tre. Aprésle Combat l'Armée du
Nord retourna , quoy que déran.
gée , vers un lieu nommé Lommé.
Deux cens perſonnes , l'ont
vûë f'en ay des relations affez
confirmées. Vous fçavez que nos
Hiftoires en rapportene de feme
blables . Cela eft arrivé dans une
Paroiffe appellée Ravengal. J'en.
vove à M de Rennes la Lettre
du Curé de ce lien là.
Je n'ay rien à vous dire fur
cette Lettre , finon qu'il eſt
vray que les Hiftoires ont par
lé de plufieurs apparitions
,
mais qu'elles eftoient toutes
GALANT, 227
en l'air , & non pas fur terre
comme celle cy.
Le Mariage de Mademoifelle
de Royan avec Mle
Duc de Chaſtillon , fut fait la
nuir du Lundy 6. de ce mois
au Mardy. La Ceremonie
s'en fic par M l'Evefque de
Noyon , dans la Chapelle de
la maifon de M le Duc de
Noirmontier , Oncle de la
Mariée . Toute la Famille de
M's de Luxembourg y afſiſta.
Elle s'appelle Marie - Anne de
la Tremoille , & elle eft Fille
d'Alexandre de la Tremoille ,
Marquis de Royan , & d'Yo228
MERCURE
Fille
llaftre
lande de la Tremoille ,
de Meffire François de la Tremoille
, Duc de Noirmontier.
Ce mariage réunit les deux
branches de cette
Maifon , dont Mule Duc de
la Tremoille eft l'afné . Mile
Duc de Chaftillon s'appelle
Sigifmond deMontmorency.
C'est le fecond Fils de feu :M
le Marefchal Duc de Luxem
bourg, & de Madelaine Char
lotte Bonne . Therefe de Cler
mont- Tonnerre. Tous ces
noms illuftres , font pleine !
ment foutenus par les deux
Mariez. Mi le Duc de ChaGALANT.
229
ftillon a mille belles qualitez,
fans compter une valeur extrême
, & un zele incomparable
pour le fervice du Roy ;
vertu qu'il a heritée du feu
Marefchal fon Pere , dont
tout le regret a efté de ne pas
mourir les armes à la main
pour la gloire de fon Prince ?
On peut dire auffi que peu
de perfonnes de fa qualité
ont autant de fageffe , de prul
dence , & de moderation que
luy. Le Public dit tant de bien
de fa conduite , que je puis
T'en louer icy , fans craindre
de le flatter. Mademoiſelle
230 MERCURE
de Royan meritoit tout le
bonheur dont elle joüit,
Aprés avoir paffé fes premie,
res années auprés de Mada
me l'Abbeffe du Pont-aux-
Dames , la Tante , Fille de
grande vertu , elle est entrée
dans le monde fous la conduite
de Madame la Duchef
fe de Bracciano fa Tante maternelle
, dont le feul nom , &
la grande reputation font également
l'Eloge & celuy de
la jeune Mariée . Avec une fi
bonne conductrice , elle ne
pouvoit que s'attirer les applaudiffemens
publics , & elle
IGALANT. 231
n'avoit , comme elle a fait ,
qu'à fuivre les pas , pour ne
s'éloigner jamais de la vertu ,
Auff on luy trouve non-feulement
une douceur & une
modeftie extrême , mais encore
une politeffe , & un ju
gement qui luy attirent l'eftime
de tout le monde . Elle eft
auffi Niéce de Mela Ducheffe
Lenti, dont le Mary a efté ho
noré depuis peu de temps pár
le Roy , du Cordon de fes Ordres.
Elle eft fort confiderée
dans Rome , non - feulement
par le grand rang que luy
donne fa qualité, mais encore
232 MERCURE
par fon efprit , par fa* vertu ,
& par fa fage conduite . On
ne fçauroit croire combien
ce Mariage a efté generale .
ment approuvé à la Cour &
dans la Ville . Le Peuple qui
femble avoir en garde les
Maiſons illuftres , & qui doit
s'intereffer dans la confervation
des grands noms , a témoigné
une joye univerfelle
'de l'union de ceux de Mont.
morency & de la Tremoille .
M le Marquis de la Bau
me , Fils de M le Comte de
Talard , Lieutenant de Roy
de la Province de Dauphiné,
GALANT 233
8
& Lieutenant General des
Armées de Sa Majefté , a épcufé
Mademoiſelle de Verdun
Fille unique de Mile
Comte de Verdun , Licurenant
de Roy du Pays de Foreft
, & Deputé de la Noblef
le de Bourgogne. Les Peres
font Coufins germains , enfans
des deux Freres , & cette
alliance réunit tous les biens
de leur Famille . Le Roy &
toute la Maiſon Royale leur
firent l'honneur de figner le
Contrat de Mariage fur la
fin du mois paffé .
Les Nouvelles publiques
Mars 1696 . V
234 MERCURE
Vous ont appris que Mile Duc
de Modene avoit épousé Ma
dame la Princeffe de Hanover.
Cette nouvelle Ducheffe
accompagnée de Madame la
Ducheffe de Hanover fa Me ,
re , arriva au commencement
du mois paffé , dans les Etats
du Duc fon Mary. La Lettre
qui fuit vous fera ſçavoir la
reception quia efté faiteà ces
deux Pripceffes, en beaucoup
de lieux par où elles ont paffé.
A Modene ce 15 Février 1696 .
Po
Our continuer à vous rendre
compte de noftre voyage,
GALANT: 235
dont je vous ay informé jusqu'à
Charnits qui eft l'entrée & la
elef du Tirol, qui font des Montagnes
des Alpes qui feparent
l'Allemagne de l'Italie , je vous
diray qu'il fe trouva le Comte
de Laudron " qui complimenta
leurs Alteffes Sereniffimes de l'a
part de l'Empereur , de la Reine
Ducheffe de Lorraine , & des
Princes fes Enfans . Nous entrâmes
au bruit du canon de
la moufqueterie , & arvons efté
,
des Com- fuivis de ce Comte
miffaires de l'Empereur , qui nous
ont défrayez jusqu'à deux lieuës
en deçà deTrente , quifont quinze
V ij
236 MERCURE
oufeize jours. Nous trouvâmes
à Trente le train de Madame la
Ducheffe de Modene , compofé de
plus de deux cens perfonnes ,
fçavoir , une Dame d'honneur ,
fix Filles d'honneur leur Gouvernante
( la Dame eft Mar.
quife , & la Gouvernante, Com-
* teffe , ) buit Pages , douze ou
•quinze Gentilshommes , dont les
moindres font Comtes , buit Cou
reurs , deux Eftafiers , qui font
les Valets depied , douze Gardes.
Le refte eftoir la fuite pour le
fervice , neuf Cuifiniers , & plufieurs
perfonnes de l'Office . A la
difnée de lafeconde journée aprés
GALANT 237
Trente , se trouva l'Ambaſſadeur
de la Republique de Venife ,
fort accompagné , qui complimen
ta les Ducheffles ; & à commencer
dés le mesme foir jusqu'à deux
journées en decà de Veronne , qui
fontfept on huit jours , à caufe de
deux jours de fejour à Veronne,
la Republique a défrayé noftre
train & celuy de Modene , qui
compofoient plus de trois cens cinquanteperfonnes
. A l'endrou qui
fepare lesEtatsde l'Empereur d'avec
la Republique, la commiffion
du Comte de Laudron ceffant , il
complimenta , accompagné de toute
la Milice du pays fous les ar228
MERCURE
mes , & fut regale d'un Portrait
du Duc de Modene , enrichi de
Diamans , eftimé trois mille écus ,
& de la part de S. A. S. d'une
bague de cinq cens écus . Toutjoignant
,fur les Etats de la Republique
, fe trouva l'Ambaſſadeur
de Venife , & le Podesta , c'est à
dire le Gouverneur
, qui eft an
grand Seigneur, NobleVenitien
qui complimenterent de nouveau,
accompagnez auffi de de toute la
Milice fous les armes , & de buit
Compagnies de Cavalerie , qui
nous conduifirent à la couchée. Le
lendemain , pour éviter de mau.
vais chemins pleins de précipices ,
GALANT. 239
la Republique fit faire un pont de
bateaux fur la Riviere de Lige .
On ne fais jamais ce pont que
pour les Princes . Il fut fait la
premiere fois pour l'Imperatrice
Eleonor. Nous partîmes l'aprèsmidy
pour nous rendre à Veronnè,
éloignée de quatre lienës d Allemágne
, toujours accompagnez de tou
tela Milice , & des huit Compagnies
de Cavalerie Aune lieuë de
Veronne , nous trouvâmes le Podefta
avec vingt Caroffes à fix
chevaux , accompagné de fes Gardes
, qui complimenta. Leurs Al
teffes monterent dans l'un de ces
vinge Caroffes. Tout le chemin
A
249 MERCURE
eftoit bordé d'une double haye de
Milicefousles armes, & d'unefou
le de Peuple , qui redoubloit à tous
momens les cris de Viva . Les deux
costez du chemin eftoient bordeZ
de dix en dix pas de poêles à feu ,
fur des piliers de fept à buit pieds
de bant, ce qui produifoit un tresbel
effet la nuit . Nous entrames à
Veronne au bruit du canon , de la
moufqueterie , des boëtes , & de
toute's fortes d'instrumens , &
trouvâmes, plus de dix mille per-
Jonnes hors de la Ville . Toutes les
rues eftoient illuminées , tous les
balcons tapiffez. Nous logeâmes
dans le Palais du Podeſta. Ily eur
le
GALANT:
241
le foir, & tous les jours fuivans
de noftre fejour , Serenades , Opera
, Comedie & Bals , oùse trouverent
toujours plus de trois cens
Dames , plus belles &mieux mifes
les unes que les autres , &tou -
tet couvertes de pierreries. Il nefe
peut rien ajoûter àla magnificence
des tables , & à l'affluence de
toutes chofes , qui furpafferent
tout ce qu'on s'en peut imaginer.
Tout cela nous fuivit jusqu'à une
journée demic de Veronne C'cfroient
les limites de la Republique
, & de l'Etat de Mantoйe.
Làfe trouverent l'Ambaſſadeur
le Podefta de Veronne , avec
Mars 1696 X
242 MERCURE
les mêmes Troupes reglées de Mi
lice , & une infinitéde peuple . Ils
baranguerent de nouveau , &
prirent congé. L' Ambaſſadeurfus
regale dun Portrait enrichi de
Diamans , de la part du Duc de
Modene , en cet endroit fe
trouva la Dame d'honneur de la
Ducheffe de Mantoué , qui complimenta
les Ducheffes de lapart de
fa Maistreffe, & monta dans leur
caroffe . Ily avoit auffila Compagnie
des gardes de la villedeMantonë
, qu'on appelle la Compagnie
des Marchands- Leurs chevaux
eftoient chargez de rubans , les
Gardes étoient tous en jufte- awGALANT.
243
د
des cris de
corps de velours couleur de citron .
Adeux lienës de Mantoüe arrivale
Duc , qui fit fes complimens
& s'en retourna. Une lieuëapprochant
de Mantouë , nous trouvâmes
les chemins garnis de lu
mieres de Milice comme à
Veronne. Nous entrâmes au bruic
de toute l'artillerie
joye. Le Duc la Ducheffe fe
trouverent à la porte pour yrece+
voir les noftres . Nous logeámes
dans le Chasteau , qui eſt un des
plus grands er des plus richement
meublez de l'Europe. Il eſt fitué
fur un lac , ce qui le rend un lieu
fort malfain. Nous y fejourna
X ij
244 MERCURE
mes deux joure, pendant lefquels
ily cut doujours Opera , Comedie
Bal , où eftoient de tres- belles
plufieurs autres qui Dames ,
nous avoient fuivi de Veronne,
Nous partîmes de Mantoile leg.
Février aprés midy , fur les Bucentaures
de la Ville, magnifique.
ment meublez , & nous nous rendîmes
en deux jours par le lace
par le fleuve du Pô , à Stalata,
qui eft un Bourg de la dépendance
du Pape , à cause du Duché de
Ferrare, Le Cardinal Imperial ,
Legat de Ferrare , y fit compli
menter les Ducheffes , & l'ontira
Je canon du Fort , à quoy nous réGALANIN
(245
, י
pondîmes parceluy de nos Bucer .
raures .Il teir fir auffi prefenter
un regale de trente baffins pleins
de veauxgras , de Perdrix, Cailles
Faifans , Oranges , Citrons ,
Raifins autres fruits des plus
beaux , avee des Vins exquis ,
Roffolis , Rarafia , & plufieurs
autres liqueurs , des Truffes ,
des Confitures de toutes fortes. Le
Dimanche s . nous prifmes par
Pembouchurela Riviere de Panara
, que nous fuivîmes deux jours
fur les Bucentaures de Modene.
Celuy der Ducheffes eftoit tout
doré au dehors dans l'eau ,les mafts
lesrames y avoit au dedans
X iij
246 MERCURE
trois chambres , dont deux estoient
tapiẞées aux coſtez & au platfond
, de velours cramoifi avec de
gros galons & des franges d'or.
La troifiéme eftoit toute de miroirs,
tous les parquets où marchoicnt
les Rameurs , eftoient couverts de
tapis de Perfe. Le deffus eftoit entouré
d'une balustrade defculpture
dorée , les mafts & la ba &
lustrade eftoient ornez de grandes
banderoles de damas & de taffetas
bleu, aux armes de Modene. Tour
les Matelots de ce Bucentaure ,
qui eftoit armé de quatre pieces de
canon , avoient des habits de ve-
Jours bleu à la livrée de Modene,
2%
GALANT. 247
Foute lafuite , provifions & bagage
, eftoit dans douze ou treize
autres Bucentaures , la pluſpart
tapiffez de damas de differentes.
couleurs , ou peints ou dorez , bien
vitre & armez de canon . Ily en
avoit un entr'autres , dans lequel ,
outre deux chambresfort propres ,
ilyavoit une grande Salle de dixhuit
pas de long & de douze de
large, le tout doré & peint, meuble
de fauteuils , chaifes & tapis de
velours cramoifi à crefpines & galons
d'or, grands brafiers d'argent ,
&toutes fortes de commoditez , le
deffus environné d'une balustrade
entourée de trentegros moufquets ,
Xij
248 MERCURE
9
tres - poli.
attachez comme fept canons
dont ce Bucentaure eftoit armé.
Le 6. fur les trois heures après
midy , le Duc aborda celuy des
Princesses , avec fept onbuit Gen.
tilshommes , dans un Efquifd ifd E
bene , ou couleur, avec la prouë
la pouppe d'un acier tres-
Cette entreveue fe fit avec toute
la joye & toute la fatisfaction
imaginable . On arriva à deux
beures de nuit à Buon Porto.
Nous logeâmes dans un Palais
appartenant à la Marquife
Rangoni , Dame d'honneur de la
Ducheffe de Modene ; le mariage
9fut confommé , & nous en par- ·
de
GALANT, 249
times à trois heures aprés midy en
caroffe , pour nous rendre le foir à
Modene , éloignée de quatre lieuës.
Amoitié chemin nous rencontráemere
, accommesla
Ducheffe mere
pagnée de foixante e dix caroffes
à fix chevaux , qui compoferent
le cortege de noftre Entrée.
Depuis là les chemins furent bordez
de lumieres , comme avant
qu'on arrivaft à Veronner à
Mantoile. Tous les Clochers étoient
illuminez à triple étage ,
auffibien qué les remparts , ce qui
produifoit la nuit le plus bel effet
du monde. Nous entrâmes all
bruit du canon , de la moufquete250
MERCURE
rie , des boeftes , des fusées volantes
qui continuerent toute la nuis
des acclamations du Peuple.
Toute la Ville eftoit illuminée
tapiẞée dans les principaux
endroits . Les rues même où l'on
ne devoir point paffer , l'estoienc
auffi depuis le pavéjufque fur lés
toits , avec des lanternes de papier
builé & peint de differentes
couleurs Les Palais l'eftoient par
une infinité de grands flambeaux
de cire blanche , & l'on en compta
à celuy du Ducjufques
à huit cens,
qui brûlerent toute la nuit . Le
Palais qui n'eftpoint encore ache .
vé ,fera un des plusgrands des
GALANT 251
plus magnifiques d'Italie. Ily a
de's à prefent un grand nombre
d'appartemens auffi fomptueusement
meublez que l'on en voye
enbeaucoup de Cours . Celuy de la
Ducheffe contient dix fept on dix
buit grandes Pieces de plein pied,
où les moindres tapifferiesfont de
velours cramoifi avec de larges
galons & des franges d'or . Le lit
de la Ducheffe eft d'une broderie
particuliere dedans & dehors , a
vec quantité d'ornemens de Perles
; & la Toilette , qui eftoir des
plus magnifiques , eft de vermeil
ciZelé, avec le bas d'un tres beau
point de Venife. En un mot , c'eſt
252 MERCURE
le veritable Palais où l'Amour
fit tranſporter Pfyché partes Zes
phirs . Il n'y a perfonne qui foit
plus galant , plus fage & plus
content que le Duc. Ce fur le 7.
que nous arrivâmes icy , & lo
Lundy 13. on fit la ceremonie du
mariage dans l'Eglife Cathedra
le , qui eftoit magnifiquement or
née. Tout le pavé, & même celuy
du Porche, eftoit couvert de vieux
tapis. La Meffe fut celebrée pon
tificalement par l'Evêque , avec
Mufique , & le Te Deum chan .
tés aprés quoy on fit le Festin na
ptial. Vous n'avez qu'à vousimaginer
tout ce qu'ily a de plus
GALANT. 293
propre de plus delicat de plus
abondant en viandes , fruits &
confitures , ce qui fut fuivi du
Bal. Hier l'on tiraun Feu d'artis
fice des mieux entendus . Tout cela
meriteroit une defcription plus
étenlue que
celle queje vous fais ,
mais j'espere que vous voudrez
bien vous en contenter.
a
Le 17. de ce mois mourut
à Verfailles Elifabeth d'Orleans
, Ducheffe de Guife ,
Fille de Gafton Jean- Baptifte
de France , Duc d'Orleans ,
Oncle du Roy , & de Marguerite
de Lorraine , Fille
254 MERCUREpuifnée
de François , Comte
de Vaudemont. Elle eftoit
née le 26. Decembre 1646. &
elle avoit efté mariée en 1667.
avec Louis - Jofeph de Lorraine
, Duc de Guife , né en
1650. du mariage de Louis de
Lorraine , Duc de Joyeuſe ,
avec Françoile- Marie de Va.
lois . Elle en eut un Fils appellé
François -Joſeph de Lorraine
, né le 28. Aouſt 1670.
& mort le 16. Mars 1675. C'a
efté le dernier Duc de
Guile , Louis-Jofeph de Lorraine
Duc de Guiſe , fon Pe
re , eftant mort à Paris de la
GALANT 255
petite verole , le 30. Juillet
1671. Madame la Ducheffe de
Guife , fa Veuve qui vient de
mourir , a montré dans les
derniers momens de fa vie
toute la refignation qu'on
peut attendre d'une perfonne,
qui a toûjours vécu dans
de grandes pratiques de pieté.
C'eft ce qui a fait dire au
Roy que cette Princeffe
eftoit morte , comme elle avoit
vécu , c'eft- à- dire , toû→
jours pleine de charité ; en
forte que ne fe refervant de
fon revenu , que ce qu'il falloit
pour l'entretien de fa
256 MERCURE
Maiſon , elle donnoit tout le
refte aux Pauvres. Incontinent
aprés fon decés , on tendit
fon appartement de drap
noir , avec deux lez de velours
, & les Peres Feuillans
de la rue Saint Honoré , furent
appellez par l'ordre du
Roy , pour affilter jour & nuit
auprés du corps de cette
Princeffe , qui fut exposé fous
un dais , avec quantité de luminaires.
C'eft un honneur
qui eft particulier aux Peres
Feüillans , depuis la mort de
Henry III . leur premier Fondateur
, auprés du corps du
GALANT, -237
al
quel on les appella , & depuis
ce temps , on a faic la
mefme chofe aux decés des
Rois , des Reines , des Princes
, & des Princeffes du Sang.
Sa Majesté qui ne manque
en rien , avoit donné fes ordres
pour travailler aux preparatifs
des obfeques de Madame
la Duchefle de Guife ;
mais comme on ouvrit fon
Teftament , par lequel elle
fupplioit le Roy de trouver
bon qu'elle fuft enterrée fans
aucune ceremonie dans l'Eglife
des Carmelites du Faux
bourg Saint Jacques , comme
Mars 1696.
258 MERCURE
une fimple Religieufe , on fie
tout ceffer , & elle y fut por
tée le Mardy 20. au foir . Ou
tre quantité de legs pieux ,
elle en a fait à tous les Do
meſtiques , qu'elle a ordonné
que l'on nourrift encore une
année ,à commencer du jour
de la mort . M ' de Pontchar
train eft executeur de fon
Teftament . Elle n'a pas ou
blie l'Hofpital d'Alençon ,
où elle faifoit de fort grandes
charitez , & a marqué
dans ce Teftament qui eft
olographe , & fait le 3. Mars
1695. qu'elle eſperoit de la
GALANT. 259
bonté du Roy, que fi fes meu
bles & fes pierreries ne fuffifoient
pas pour acquitter tous
les legs , Sa Majesté voudroit
bien qu'on y ajoutaft une année
de fon revenu .
Voicy les noms des Per.
fonnes diftinguées de l'un
& de l'autre fexe , mortes fur
la fin du mois paffé , & au
commencement de celuycy
.
M. Jacques Vincent Loubraill
, natif de Toulouſe
Infpecteur , Brigadier , &
Commandant les Troupes
qui eftoienten Italie. Ilafté
Yij
260 MERCURE
inhumé à Argenteuil prés
Paris. I rollisino
Meffire Louis de Marillac ,
Docteur en Theologie de la
Maifon de Sorbonne , Curé
de Saint Jacques de la Boucherie
, & cy - devant Curé de
Saint Germain de l'Auxerrois
. Il menoit une vie exemplaire
, eftoit fort charitable
aux Pauvres , & édifioit fes
Paroiffiens autant par fon
exemple que par les inftructions.
Il eftoit Frere de M²
de Marillac Dolinville , Con .
feiller d'honneur au Parlement
, & Confeiller d'Etat ,
GALANT. 26·1
;
Fils de Michel de Marillac ,
Confeiller d'Etat , & de Jeanne
Potier , Fille aînée de Nicolas
Potier , Seigneur d'Ocquerre
, Secretaire d'Etat, Petit
- fils de René de Marillac ,
Maiftre des Requeftes , & de
Marie de Creil , & arriere..
petit fils de Michel de Marillac
, Seigneur de Ferrieres ,
Garde des Sceaux de France.
La Maifon de Marillac eft connuë
de tout le monde par fon
ancienneté , par les perfonnes
d'honneur & de pieté
qu'elle a produites , & par les
Charges & Emplois confide-

262 MERCURE
rables dont ils ont eflé revé
tus . milo M'
Meffire Felix le Févre de
Caumartin, Seigneur de Mat
zy , Capitaine de Fregate del
gere pour le fervice du Roya
Il n'avoit que vingt cinq ans ,
& le faifoit diftinguer parmy
les Officiers de Marine . left
Fils de feu M de Caumatting, "
Confeiller d'Etat , & de
de Verthamon , fa feconde
femme.
Dame Philippe Chaillou ..
Elle eftoit Femme de Meffire :
Jean Dorat , Confeilter » du '
Roy, & Doyen de fa Chama
GALANT 263-
brew des Comptes .
Meffire Jean -Baptiste de
la Croix de Chevrieres , Marquis
de Saint-Vallier. Il eftoit
fils de Pierre - Felix de la Croix
dev Chevrieres , Comte de
Saint Vallier , cy - devant Capitaine
des Gardes de la Por.
te chez le Roy , & Colonel
d'un vieux petit Corps d'Infanterie
, entretenu par Sa
Majefté.
Dame Anne Saulnier . Elle
eftoit Veuve de мeffire
Pierre Gangnot , Seigneur
de Maincourt , Arzilliers &
autres lieux , Surintendant &
264 MERCURE
Commiffaire general des vi²
vres des Camps , Armées , &
Garnifons de France .
Dame Anne Bazin , Veuve
de m ' de Loynes , Seigneur
de Chaubuiflon , ancien Confeiller
du Roy , Correcteur en
fa Chambre des Compres .
Elle eftoit Soeur de м Bazin
Auditeur des Comptes , &
Tante de M Bazin мaiftre
des Requeftes .
Dame Anne du Poncet ,
Epocfede Guillaume Briçonnet
, Seigneur de Feucherol
les & de Lanluës .
Meffire Bernard de la Gui
che ,
GALANT: 265
the ' , Comte de S. Geran , de
la Paliffe & de Saligny , Chevalier
des Ordres du Roy ,
Lieutenant General des Armées
de Sa Majefté, mort fubitement
le 18. de ce mois . Il
avoit cinquante - quatre ans ,
& il eftoit Fils unique , & feul
heritier de Claude de la Guiche
, Comte de S. Geran , de
la Paliffe , & de Saligny, Gouverneur
, Senechal & Maréchal
de Bourbonnois , & de
Sufanne de Longaunay , &
Petit- Fils de Jean - François
de la Guiche , Seigneur de
S. Geran , Chevalier des Or-
Mars 1696 Ꮓ
266 MERCURE
dresduRoy , мéchal de Fran
ce , & Gouverneur du Bourbonnois,
& de Sufanne aux Ef
paules , Fille aînée de Henry
Robert auxEfpaules Seigneur
deSainte Marie dumont , Lieu
tenant de Roy en Norman
die , & de Jeanne de Bours ,
M' de S. Geran qui vient de
mourir , avoit épousé Françoife-
Madeleine - Claude de
Wargnies , Fille unique de
François de Wargnies , marquis
de Montferville , Lieu .
tenant de Roy en Normandie
, & de Jourdaine- made .
leine de Carbonnel, dont il a
eu une Fille unique .
GALANT. 267
Meffire Pierre de
Bretigne.
res , cy-devant Confeiller
au
Parlement
, âgé d'environ
foixante
& quatorze
ans . Ileftoit
Fils de Meffire
François de
Bretigneres
, Seigneur
de la
Pertuifiere
, Procureur
General
au Parlement
de Normandie
, puis Confeiller
d'Etat, &
de Dame
Loüife de Pleurre.
Il avoit époufé Marthe
Petini,
dont il laiffe un Fils unique,
fçavoir Meffire Pierre de Bretigneres
, Confeiller
au Grand .
Confeil , & auparavant
Subftitut
au Parlement
. Cette
Famille eft fort ancienne , &
Zij
258 MERCURE
tres- bien alliée dans l'Épée &
dans la Robe. Elle eft origi
naire de Normandie , &la
donné trois Procureurs Ge
neraux de fon nom au Parle
ment de cette Province , &
entre autres Jacques de Bretigneres
, qui en eftoit Procureur
General fous le regne du
Roy Charles IX. Il y a eu
auffi plufieurs perfonnes de
ce nom dans le Grand Confeil.
re
LX
&
Mr Charles - Nicolas de
Créqui, Marquis de Blanchefort
, fecond Fils de feu Mile.
Maréchal de Crequi. Il eft
GALANT 269
mort à Tournayile 16. de ce
mois. Il eftoit Maréchal des
Camps & Armées du Roy , &
fort eftimé pour fa fagefle ,
quoy que dans un âge peu
1
avance.TATIK 121
Les. de demois , le R. Pere
Dom Zofime , Abbé de la
Trappe , mourut âgé de trente
- cinq ans , aprés cinq jours
de maladie. C'eftoit le fecond
Abbé Regulier de cette Abbaye,
depuis qu'elle s'eft mife
dans la grande Reformell n'y
avoit que peu de mois qu'il
avoit eftés beny par MIE.
yêque de Sécz , le premier
Z iij
270 MERCURE
Abbé regulier, qui eft de la
Famille des Bouthillier- Chavigny
, sleftant demis de fon
Abbaye avec la permiffion
du Roy , & vivant prefentement
dans fa maiſon comme
les plus fimples Religieux.
M'Bauyn , Directeur du
Seminaire de Saint Sulpice , y
eft mort âgé de cinquantecinq
ans , confumé par la pe
.nitence & par les travaux áu
fervice du Prochain , fa maladie
n'eftant venuë que d'un
épuifement de forces. Il a
porté toutes les vertus Chretiennes
à un degré fi émis
GALANT. 271
nent , qu'on admiroit en lay
•ces exemples que nous honofrons
dans l'ancienne Eglife ,
& qu'on regarde , foit foibleffe
, foit amour propre , foit
relachement
, comme impof.
fibles à noftre fiecle . Il avoir
>pour Dieu un amour ardent,
pur & rendre , dont un eſprit
-occupé de l'amour du monde
-ne conçoit ny la force, ny les
douceurs , ny la violence , &
il avoit pour luy même une
haine falutaire, vertu prefque
inconnue aux gens du fiecle,
mais neceffaire , non feulement
à la perfection , mais
Z iiij
272 MERCURE
encore au falut . De cet amour
de Dieu & de cette haine de
luy-même , naiffoit une faim
& une foifdes fouffrances qui
luy infpiroient ces pieux èxcés
& ces faints emportemens
de penitence , dont le détail
feroit fremir noftre delicatef
fe. Son humilité profonde &
fincere luy a toujours fait refufer
avec beaucoup de refif
tance, tous les emplois diftinguez
, & luy infpiroit pour
luy des fentimens , que ceux
qui ne connoiffent pas juf
qu'où peut aller cette vertu ,
ne croiroient pas finceres,
GALANT 273
Pour fa charité & fon zele
envers le Prochain , il n'y a
qu'un recit exact de fes fatigues
& de fes travaux qui nous
en pourroit donner l'idée.
Toutes ces vertus ont eſté
récompenfées par une tranquillité
qu'on ne fçauroit exprimer
, par une joye & par
une paix interieure dans ces
derniers jours de crainte , de
douleur & d'amertume. I
mourut enfin le jour de Saint
Jofeph , aprés avoir donné
des inftructions particulieres
à tous les jeunes Ecclefiaftiques
qui fe forment dans le
+
274 MERCURE
Seminaire de S. Sulpice , pour
le Sacerdoce: Hrendit le der
nier foupir en prononçant
ces paroles de l'Apocalipfe.
Veni , Domine , & c. & laiffa
Loute cette Communauté
remplie de l'odeur de fes ver
tus , & de la memoire de fes
grands exemples .
- La Fefte de Pafques ayant
'efté celebrée en 1693. le 22 .
Mars , qui eft le plûtoſt qu'on
la puiffe celebrer , je vous en
appris les raifons en vous en
voyant dans ma Lettre du
mois de Decembre de l'année
GALANT: 275
1692. un petit Traité intitulé ,
Inftruction familiere & facile
pour connoiſtre à perpetuité le
temps
de la celebration de la Fefte
de Pafques. Comme certe Feſte
eft toujours mobile , ce qui
eft caufe que dans le nouveau
Breviaire à l'ufage de Paris ,
il ett enjoint aux Pafteurs &
Officiansde prononcer à hau
te voix à l'Autel , incontinent
aprés l'Evangile de la grande
Meffe , Mes tres- chers Freres en
Fefus - Chrift , vous fçaurez que
par la mifericorde de Dieu & de
Noftre-Seigneur J.C. la Fefte de
Pafquesfera celebrée un teljour en
276 MERCURE
1.
laprefente année , un particulier
confiderant qu'elle eft recu
lée en celle- cy jufqu'au 22 ,
d'Avril , qui est on mois plus
tard qu'on ne la celebra en
1693 a voulu nous apprendre
plus fuccinctement que ne
l'a fait l'Auteur de l'Inftruction
familiere dont je viens
de vous parler , d'où vient
cette difference de temps ,
comme vous le verrez dans
ce qui fuit .
GALANT. 1 277
USAGE DES EPACTES
des Lettres Dominicales ,
5 appofées dans le Calendrier
Remain , à chacun des jours dé
l'années au moyen defquelles
95 on connoift le temps de la celebration
de la Fefte de Pafques,
»
ILE
E Pape Gregoire XIII.
ayant obfervé avec les
plus fameux Aftronomes de
fon ficcle , que l'on ne celebroit
pas la Fefte de Pafques
dans le temps reglé par l'E
glife , dans le Concile de Nife
, tenu en l'an de Salut 25 .
278 MERCURE
fuivant lequel cette Feſte de
Paſques fe doit celebrer tous
les ans le premier Dimanche
d'aprés le quatorziéme de la
Lune , arrivant aprés le 21 .
Mars , ou ce jour là mefmeà
perpetuiré , fans aucunement
l'avancer , ny la retarder , &
cejour 21.Mars ayant efté fixé
par l'Eglife à fon égard pour
l'Equinoxe du Printemps
afin de faire une uniformité
parmy tous les Chreftiens ,
en celebrant cette Fefte tous
en un meſme temps , on s'ap
perceut de deux erreurs qui
s'eftoient gliffées au fujer de
GALANT 279
cette Fefte , l'une concernant
le Soleil , & l'autre concernant
la Lune.
a
La premiere de ces erreurs
à l'égard du Soleil , eftoit
qu'on fuppofoit que les fix
heures que l'on comptoit
par delà les 365 , jours , que le
Soleil employe à faire fon
cours annuel , eftoient entieres
, & de ces fix heures , on
compoſe un jour de 24, heures
, qu'on infere tous les qua
tre ans , entre le 23 , & le 24.
du mois de Février , ce qui
fait qu'on le nomme Biffexsil
, c'eſt à dire, deux fois fix ,
280 MERCURE
dautant que ce jour qui a
efté eftably par les Romains ,
eftoit nommé par eux deux
fois le fixiéme des Calendes
de Mars , c'eft-à -dire , avant
le premier jour de Mars ,
qualifiant de ce nom de Calendes
, tous les premiers
jours de chaque mois . Cepen
dant ces fix heures ne font
pas entieres , & il n'y a par
delà ces 365. jours du Soleil ,
que cinq heures 49. minuttes
& 16. fecondes , d'où il arrive
par conféquent une anticipa
tion tous les ans de 11. minuttes
44. fecondes , en comGALANT:
281
ptant ces fix heures comme
fi elles eftoient entieres , laquelle
anticipation avoit produit
dix jours entiers , que
l'on reputoit le Soleil eftre
dans l'Equinoxe établi le 21
Mars , qui eft un des fondemens
de la celebration de la
Fefte de Pafques , depuis
l'année 325. jufqu'en l'année
1582. quoy qu'il n'y fuft pas ,
laquelle erreur eftoit caufe
qu'on ne celebroit plus cette
Feſte dans le veritable temps
ordonné par l'Eglife , dans le
Concile de Nice . Tea
Pour remedier à cet abus
A a. Mars 1696.
282 MERCURE
le Pape Gregoire XIII. par
l'avis de ces mefmes Aftronomes
, retrancha dix jours
dans l'année 1582. & c'eft ce
qu'on nomme la reformation
du Calendrier , ce qui fe fit
de la forte , qui fut que dans
le mois d'Octobre de cette
année - là , aprés le quatrième
jour de ce mois d'Octobre ,
on compta le jour fuivant le
quinziéme de ce même mois,
puis le feiziéme , & le refte ,
tant de ce mois que de toute
l'année , à l'ordinaire. Par ce
moyen ce Paperemit en quel!
que façon l'Equinoxe du
GALANT: 283
Printemps en fon lieu accou
tumé,&en conféquence laFête
de Paſques & toutes les autres
Feftes mobiles dans leurs
veritables jours , l'Eglife vou-
Jant faire celebrer ces Feftes
dans les temps qu'ont eftéoperez
les Mylteres qu'elles reprefentent,
cequi feroit arrivé
tout au contraire , fi on n'avoit
pas remedié à cette erreur
, qui auroit par fucceffion
de temps , caufé beaucoup
de confufion , en ce que
la Fefte de Pafques auroit
efté à la fin celebrée dans le
mois de juin , & plus carden
A a ij fuite.

284 MERCURE
Mais comme nonobftant
le remede du retranchement
de ces dix jours , il ne laiffe
pas de fe faire tous les ans
une anticipation des ces minutes
& fecondes , en reputant
ces fix heures comme fi
elles eftoient entieres , dont
fe compofe tous les quatre
ans ce jour biffextil , ce mefme
Pape qui a fait le retranchement
de ces dix jours , y
a apporté le remede pour l'avenir
, en ordonnant que l'on
obmettroit trois jours , qui
devroient eftre Biffextils , &
qui ne le feront pas dans
GALANT 285
l'espace de quatre cens ans ,
au commencement des trois
premiers ficcles , comme il
arrivera que l'année 1700. ne
fera point Biffextile , ny celle
de 1800. ny celle de 1900 .
mais celle de 2000. fera Biffextile
, ce qui fe pratiquera
de meſme à l'avenir furl'obfervation
qu'on a faite que
ces minutes & fecondes , forment
un jour entier en 134 .
ans , ce qui n'eft pas neanmoins
fi jufte qu'il ne fe faffe
encore à l'avenir quelque anticipation
, mais fi peu confiderable
qu'elle ne fçauroit
286 MERCURE
caufer de confufion qu'aprés
plus de vingt mille ans .
Lafeconde erreur eftoit à
l'égard de la Lune qui ferr
auffi de fondement à la cele.
bration de cette Feſte de Pafques
, en ce qu'on fuppofort
que la grande révolution de
la Lune dans le Ciel , qui eft
ce que l'on nomme le Cycle
Lunaire , c'est-à- dire le temps
qu'elle met à fe conjoindre
au Soleil dans le mefme
point duquel elle en eftoit
partie en l'espace de 19. ans
entiers , quoy qu'il manque
de ces dix-neuf ans une heu
·
GALANT 287
re vingt- fept minutes &
trente - trois fecondes , qui
font d'anticipation
, qu'on
faifoit tous les dix - neuf ans ,
laquelle anticipation avoit
produit prés de cinq jours
que l'on reputoit la Lune revenir
audit point du Ciel ,
dont elle eftoit partie depuis
l'année 325. jufqu'en l'année
1982. ce qui eftoit caufe pareillement
que l'on ne celebroit
plus cette Fefte de Pafques
dans le temps ordonné
par l'Eglife , en anticipant le
temps des nouvelles Lunes .
Afin d'y remedier , ce mef
288 MERCURE
me Pape Gregoire , lors du
retranchement de ces dix
jours , voyant que les Epactes
qui fervoient à montrer
les nouvelles Lunes , ne
marquoient pas juftement le
temps de ces Epactes , qui
fervent auffi de fondement à
la celebration de la Fefte de
Pafques , a difperfé les Epactes
dans le Calendrier Romain
, les appliquant de la
forte , qui eft qu'au premier
jour de Janvier , il y a mis une
marque en forme d'une étoille
au lieu du nombre de 30.
n'y pouvant avoir jamais 30.
d'Epacte
,
GALANT. 289
par
d'Epacte , au fecond de Janvier
xxix . d'Epacte , au troifiéme
xxvIII . & ainfi de fuite
le mefme ordre retrogra
de jufqu'au 30. de ce meme
mois de Janvier , auquel eft
appofé i d'Epacte , puis au
31. Janvier eft appofée encore
une Etoile , comme au premier
de Janvier. Au premier
jour de Février eft appofé
xxix . d'Epacte
au fecond
xxvшí , d'Épacte , & ainfi dans
le mefme ordre retrograde
jufqu'au
31.
de Decembreauquel
fe trouve appofé xx. d'E
pacte , lefquelles Epactes
Mars
1696.
Bb
MERCURE
290es nouvelles Lumontrent
nob sigmON 51 5VW sidmon
nois en cette
nes de chaque
façon , qui eft que le jour auquel
le trouve appofée l'E
pacte d'une année , marque
le jour de la nouvelle Lune
dans tous les mois de la meſ
me année .
Orcomme la connoiffance
de la nouvelle Lune par ces
Epactes , dépend de celle de
TEpacte de chaque année ,
cette Epacte le connoift de la
forte , qui eſt qu'il faut compter
fur les trois premiers
doigts de la main , & voir fur
lequel de ces trois doigts ar
R 18
GALANT. 29t
rive le nombre d'or , lequel
pour fon excellence & utilité
à faire connoiftre les nouvelles
Lunes , on marquoit autrefois
en lettres d'or , dont il
aretenu le nom . Ce nombre
19.
Ainfi fur
d'or eft celuy de
le premier doigt on compte
un , fur le fecond on compte
deux , fur le troifiéme on com.
pte trois ; puis derechef fur
le premier doigt on compte
quatre , fur le ſecond on compte
cinq , & ainfi de fuite de
même jufqu'au nombre de 19.
qui échet fur le premier
doigt ; & quand ce nombre
Bb ij
292 MERCURE
d'or de l'année proposée é
cher fur le premier doigt, E
pacte eft pareille à ce nombre
d'or. S'il échet fur le fes
cond doigt , il y faut ajoûter
10. S'il échet fur le troifiéme
doigt, il y faut ajoûter 20. & le
nombre qui refultera de ces
nombres d'or , leto . ou le zo .
y eftant joints , comme il eſt
dit cy-deffus , ce fera celuy
de l'Epacte de l'année propo
lée , pourvû que ces nombres
joints enfemble n'excedent
point celuy de trente , caren
ce cas-là il faut retrancher
trente , & ne prendre que le
GALANT 2937
furplus pour compoſer , IEL '
pacteme
Et comme la connoiffance
de cette Epacte fuppofe celle
du nombre d'or , cette con.
noiffance fe trouve ainfi . Pour
trouver le nombre d'or d'une
année propofée , il faut ajoû
tér un à cette année , & divifer
le tour par 19 & ce qui
retera aprés cette divifion
faite, fera le nombre d'or de
cette année. Exemple . Pour
fçavoir le nombre d'or de
l'angée 1695, il faut y ajoûter
un qui fait 1696. leſquels 1696 .
divilez parto il reste cinq, &
Bb iij
294 MERCURE
Partant
le , nombre d'or de
cette année 1695. efts. & pour
fçavoir quelle eft l'Epacte de
cette année 1695 comme ce
nombre des arrive fur le fes
cond doige de la main , il faut
y ajoûter 1o. qui font 15. Partant
l'Epacte de cette année
1695 , eftoit 15 mist diedɔ
Cette Epacte eftant connuë,
fi l'on veut avoir celle de
la nouvelle Lune dans tous les
mois de la même année 1695.
il faut voir dans le Calendrier
Romain au quantiéme jour
des mois de cette année fe
trouve appofée cette Epace
GALANT.
299
2
le
is . & entre autres , dans
mois de Mars , pour trouver
le jour de la celebration de
la Feſte de Paſques , laquelle
fe trouve appofée au 16. jour
de ce mois , dont le 14 eft arrivé
le 29. de ce mois de Mars ,
duquel 29. il faut aller cher.
cher la lettre Dominicale de
cette année qui eft le B.c
me il fera montré cy aprés ,
lequel B. eft appofé au troi.
fiéme jour d'Avril enfuivant ,
& partant le jour de la celebration
de la Fefte de Paf
ques en cette année 1695 a
efté le troifiéme jour d'Avril .
Bb iiij
com296
MERCURE
Ces chofes ainfi connues ,
fçavoir le Nombre d'or del
ceite année 1695. l'Epacte
enfuite par le moyen de ce
Nombre d'or , & la nouvelle
Lune par le moyen de l'Epac
te , il refte à connoiftre la
Lettre Dominicale de cettel
année , ce qui le trouve de
lasforte ; quimelt que le
mefme Pape Gregoire a fait
appoler ces Lettres Dominicales
, c'est à dire qui monst
trent, les Dimanches dans
tous les mois de Pannée , qui
font immuables dans le Calendrier
Romain ( & ce font
GALANT. 297
les fept premieres Lettres de
Alphabeth , fçavoir , ABC
DEFG) à tous les jours de
l'Année , en forte qu'au premierjour
de Janvier eft appo
fée la Lettre Atau fecond
jour , le B , au troifiéme jour
le C , au quatriéme le D , aul
cinquiéme l'Es pau fixiéme
I'F , au feptiéme le G ; & ded
rechef au huitiéme de Jana:
vier la Lettre A , au neuviéme
le B , au dixiéme le C, & ainfi
le reste de fuite , du mefmer
ordre dans tous les mois de
l'année , jufqu'au 31. jour de
Decembre , auquel eft appoi
298 MERCURE
fée la Lettre A , comme au
premier jour de Janvier, &' il
eft à remarquer que dans les
années Biffextiles dans lefquelles
à caufe de ce jour qu'.
on infere entre le 23. & Te 24.
de Février , on y met deux
fois la lettre F , fçavoir , l'une
au 23. & au 24. une pareille ,
pour ne point changer l'or
dre de ces lettres . Pour fea
voir donc laquelle de ces fept
lettres qui deviennent Dominicales
les unes aprés les
autres ) eft celle d'une année
propofée , il faut prendre le
nombre de l'année preceden-'
GALANT: 299
te , auquel il faut joindre le
quart de ce nombre , fans
avoir égard à ce qui reste ,
puis divifer ces deux nombres
joints enfemble par 7 & ce
qui restera aprés la diviſion
faite fera celuy qui marquera
queljour de la femaine a eſté
le premier jour de cette an
née , pourvû que cette année
foit avant l'année 1582. car fi
elle eft depuis cette année ,
il faut de ce nombre compo.
fé de celuy de l'année préce
dente à l'année proposée , &
du quart de cette année qu'
on y a joint , en retrancher
10. puis faire la diviſion en 7.
300 MERCURE
comme deffus, ce qui le dois
pratiquer depuis l'année 15811
jufqu'en 1700 cat en cette
année & pendant tour ceffe = |
cle de 1700, il faudra retrans
cher onze au lieu de dix du
nombre.compofé de celuy
de l'année precedente à celle
qui fera propofée & du quart
de cette annéer, d'autant
que dans cette année 1708 .
onsennobmertranou retran :
chera un jour , lequel y del
vroit eftré ajouté à l'ordinai
re. En l'année 1800. on req
tranchera 12. & dans l'année.
1900. on retranchera 13. mais
21:
GALANT. gon
dans l'année 2000.on ne retranchera
encore que 13. puis
- derechefdansles annéeszioð .
· 2200, &,2300 on retranchera
un jout davantage en chacune
que dans les ficcles precédens
, fçavoir en 2100. on re
trancheraal en 2200,15 en
2300, 16. &bainfi de mélme
enfuite dans les ficcles fuivans
, de la mefme manière ,
en augmentanto d'un jour
dans chacun des strois apre
miers ficcles à l'avenir.Quand
par ce moyen on a connu
quel jour de la femaine a ofté
le premier jour de l'année
302 MERCURE
propoſée
, il eſt facile d'en
connoiftre
la Lettre Domi,
nicale , car comme ces Lettres
font immuables
, fi ce premier
jour de l'année eft un
Dimanche
, la Lettre Dominicale
de cette année Tera la
Lettre A; fi un Lundy , ce fera
le B ; fi un Mardy , ce fera le
fiun
C , & le reste de melme.sup
21974013
Exemple en l'année 1695 .
Pour en connoiftre la lettre
Dominicale, on a pris le nom
bre de l'année précedente ,
qui eft 1694 auquel on a joint
lenombre 423, qui eft le quart
decenombre, defquels deux
GALANT 303
nombres joints enfemble, qui
font 2117, on a retranché 10:

d'autant
1982. partant
reſte
que cette année 1695
eft
2107. lefquels partagez en 7.
il ne refte rien. Ainfi le premier
jour de cette aunée a
efté le Samedy , marqué par
un A. & partant le lendemain ,
qui eftoit le Dimanche , s'eft
trouvé marqué par un B , qui
fait connoiltre que la Lettre
Dominicale de cette année
1695. a eſté le B qui a marqué |
les Dimanches dans tous les
mois de cette année. Il eft à
remarquer que cette prati
304 MERCURE
*
que fe fait dans les années
communes , c'est- à - dire , qui
ne font pas Biffextiles , car
quand les années font Biflex
tiles , il y a deux Lettres Do
minicales
, dont la premiere
eft depuis le premier Janvier
jufqu'au vingt - troifiéme de
Février , & la feconde depuis
le mefme jour 23. Février juf
qu'à la fin de l'année . Etainfi
en la prefente anné 1696, qui
eft Biffextiles, il y a deux
Lettres Dominicales
, fçavoir
A & G , & par conſequent
la
Lettre A a fervi pour mon
trer les Dimanches
de cette
GALANT. 305
année , depuis fon commen
cement juſqu'au 23. jour de
Fevries & la Lettre G fert
depuis de melme jour & fervira
jufqu'à la fin de cetre année
16964 star (a peng
Le Vray mot de Enigme
du mois paffe , eftle Breviaire,
& ila efté trouvé par M de
Profond , de Clermont en
Auvergne Benard du Pavil
lon de Crufy ; Remond le
jeune du marché neuf; Eftienne:
Bernard S de la Berriar
diere , du bout du Pont neuf ,
de Malthe Liegeois , Auteur
Mars
1695.
*
Cc
306 MERCURE
du Livre intitulé , Les Nobles
dans les Tribunaux ; мontigny
le Breffan de la Grave ; de
Saint Maſſan , Chevalier du
Jardin de l'Arquebuſe de'
Noyon ; Dumefnil de la rue
Beauregard d'Amiens ; Henry
le Jeune du Bureau du Papier
de la Douane , Hellant le jeu
ne , auffi de la Douane , de
Parfond de S. Lo ; Pellechatte
; le Curé du Tremblay;Hebert
de la rue S. Louis ; de la
Roche du Marais ; de Sautereau
de la rue Vivienne ; l'inconnu
Moufquetaire prés de
S. Gervais ; Michel de Saints
GALANT 307
*
Angel au College de Louis le
Grands Charles Henriart de
Glane , S'da Manoir , l'un des
Gardes du Corps de Sa Majefté
; Antoine Benard rue neuve
Noftre Dame Chardon ,
Subtil du Pleffis , rue S. Jaeques
; Charon du Pleffis de la
même rue , Quesnel de la rue
Beauregard d'Amiens; Bardet
de Lhofpical du Mans; Lalive
de l'Orangerie Royale Fauxbourg
S. Germain ; le Duc de
-Rouen du Parvis Noftre- Dame
; le petit Coq réveille- matin
Roume & Dor ; l'Abbé¹
Chaaf Abbé de Bois vicé'
Cc ij
208, MERCURE
de Chartres , le Sedentaire del
la Rochelle, le nouvel Hoftei
du cul- de- fac de la rue Saint
Dominique;le fpirituel Secre
taire de la rue Hautefeüille; Y
de Caillet , le grand Solitaired
de Vicq & la charmante Nies
ce de la petite montagne de
Montfort; les deux agreables :
Eftachon & Charler d'Avi
gnon , les deux Avanturiersnit
de la rue Galande ; la Fleur ,
des jardins du Cloiftre S. Benoift
, le bon Patot de la rue si
noiſt
;
Gervais Laurent, legros Condon
trolleur, le malheureux & Ma
demoiselle G. L. fa Fille ; Ca
GALANT 1309
therine du morier , proche
l'Abbaye
de Beaumont
à
Tours ; Catin Moreau ; le
Comte, & Berteville ; la jeune
Veuve du miroir de vertu ; la
charmante & fpirituelle Dame
de L. de la rue Tarane ;
l'aimable Brune de la Ville
de Colange du Quay de la
Tournelle , & fon prude Cou.
fin le Receveur ; la jeune Belette
de l'Antiquaille
de Lion ;
la Nimphe du Mont Olimpe;
la preticufe Blonde de Vienne
lez Blois , & fa bonne amie
la belle Brune du même lieu ;
la Veuve S. Yves de la rue du
310 MERCURE
.
Foing Mongin ; la petite Solf-"
taire de la Perfpective de las
rue Bourgbrie ; la belle Polonoiſe
, l'inconnue Genevieve
Clemence , la plus charmante
& la plus aimable Bergere
de fon Hameau ; S Ger
main de Dolen Bretagne
; la
belle Olimpe de la rue des
petits Champs ; Mr Beurie de
laCompagnie
des Afſurances ;
les quatre Amies du coin de
la rue d'Enfer la Belle Dril
lon ; le Marquisde la Ferrariere,
& l'Abbé de la Rouillere.
La nouvelle Enigme que
je vous envoye , divertira vos
GALANT
211
Amies , felles veulent bien
en chercher le fens.
ENIGME
JE day,comme on va voir
rime ny raiſon
ny
Combien je fuis utile , on ne le fçauroiter
oire ;
C'eſt par moy qu'on connoift une
bonne memoire, naudo on
Et pour le Vers , je fuis bors de
comparaifon.
S
Nous fommes vingt jumeaux d'une
-si mesme maison put of
Dix au rez - de - chauſſie ont leur
demeure noire ,
Les autres pour marquer quelque
beau trait d'Hiftoire ,
1
312 MERCURE
Au Lecteur affidu font toujours de
faifon
. 24
Je fais faire fouvent une laide gri
mace , DIKI
l'agis , je vais , je viens fans fortir
de ma place ,
El jay part aw travail de tout ce
que l'on voit,
S
Quelque grand queje fois , mataille
eft fort petitenant
Avec tous ces talens , jay fort per
de merite
Et tout le monde , enfin , peut me
montrer au doigt.
Je vous envoye à monordinaires,
un Air nouveau d'un
de nos meilleurs Maiſtres de
Mufique.
AIR
1416
In
Je

GALANT: 313
AIR NOUVEAU.
D
E votre changement , la
Belle ,
Le ne fais point en couroux .
Si vous eftes infidelle ,
Ie le fuis autant que vous.
Il en eft des Auteurs illuftres
comme des grands Peintres
, leurs Ouvrages ſemblent
augmenter de prix par leur
mort. C'eft ce qui fait qu'a
prés qu'on les a perdus , on
s'empreffe à ramaffer tout ce
qu'on peut trouver d'eux , juf
qu'à des fragmens , quoy que
mutilez. Ainfi, vous ne devez
Mars 1696 . Dd
314 MERCURE
pas eftre furprife , fi depuis la
mort de M' de la Fontaine, on
a pris foin de faire un recueil
de tous les Ouvrages qui portoient
fon nom , & qui n'avoient
point encore eſté imprimez.
On vient de le donner
au Public , fous le titre
d'Oeuvres Pofthumes. Ce ne
font point des fragmens , ny
des morceaux détachez qu'il
ait laiffez imparfaits, Celone
toutes pieces que M de la
Fontaine a finies , & qui dojvent
d'autant plus attirer les
Curieux , que l'on peut eftre
affuré qu'elles font de luy
GALANT: 35
puis qu'eſtant original dans
fon genre , & par conféquent
inimitable , fon Stile eft trop
ailé à connoiftre pour luy
pouvoir imputer de fauffes
copies. Il y a des Lettres en
Profe , des Lettres en Vers ,
d'autres mêlées de Vers & de
Profe avec quelques Fables ,
& dans tout cela , on voit bril
ler ce talent exquis , qui l'a
diftingué avec tant de gloire ,
de tous ceux qui ont tâché
de fuivre la melme route . Ce
recueil d'Oeuvres Pofthu .
mes , qui eft regardé comme
un trefor , par tout ce qu'il y
Dd ij
#16 MERCURE
a de perfonnes qui aiment les
belles chofes , fe trouve chez
le S ' de Luynes , Libraire au
Palais , dans la Salle des Mer.
ciers.
Je vous manday le mois
paffe que la Troupe des Comediens
du Roy , avoit reprefenté
une Piece ferieuſe ,
quipar fa beauté avoit réveillé
le gouft de la Tragedie . Cette
Piece qu'on appelle Polixene ,
a eu quantité de Partiſans forr
confiderables , & fon fuccez
ajuftifié tour le bien qu'ils
en ont dit . Vous en pourrez
juger par vous - mefme en la
GALANT. 217
Hfant , puifqu'elle fe debite
chez le S Thomas Guillain ,
Libraire , à la defcente du
Pont-neuf, prés les Auguſtins .
hurt
jours ,
La premiere reprefentation
de la Comedieintitulee ,
be Vieillard couru , où les differens
caractéres des Femmes , ayand
efté faite il y a
plufieurs s'appliquerent à
chercher de la verité dans les
portraits qu'ony fait de quan
tité de Maiftreffes du Vieillard
, quoy que l'Auteur n'ait
eu intention de peindre perfonne
, mais feulement de
Dd iij
318 MERCURE
donner des Amantes au He
ros de fa Piece , qui , fuivant
fon fujet , devoit en avoir
beaucoup. Il n'eft pas impof
fible que plufieurs de ceux
qui ont fait des applications ,
fe foient trompez de bonne
foy, mais il eft fûr que
d'autres
cherchant àperdre la Pie
ce , & à exciter du murmure
ont fait exprés de fauffes applications
, puiſque de diffe
rens portraits placez en
vers Actes , ils ont pris des
morceaux , & les ont joints
pour en compofer quelquesuns
, & appliquer à une feule
diGALANT.
119
perfonne ces differens morceaux
joints ensemble , quoy
qu'ils ayent cfté faits pour
plufieurs , & fans qu'on ait eu
d'autre objet que d'entrer
dans le naturel , foit à l'egard
du beau , foit à l'égard du laid ,
de la plupart des femmes.
Voila ce qui attira tant d'ens
nemis à la Piece , le premier
jour qu'elle parut , mais le
nombre de fes Auditeurs
ayant efté grand & équitable
dans les reprefentations fui.
vantes , l'Auteur doit eftré
fatisfait de la juftice que le
Public luy rend , en dépit
Dd iiij
330 MERCURE
des ennemis qu'il s'eſtoit innocemment
attirez .
Si l'on en croit les nouvelles
publiques de nos ennemis
, tous les Magazins de
Givet font brûlez , & cepen.
dant les poudres , les grains ,
& les farines n'ont point fouffert.
Auffin'ont ils brûlé que
quelques fourages du bas
Givet , & quelques mailons
quieftoient hors de l'enceinte
, l'apprehenfion qu'ils avoient
d'eftre coupez , ne leur
ayant pas donné le temps de
furmonter les difficultez qui
GALANT. 321
les empéchoient d'aller jufqu'au
haut Givet ; de forte
qu'on peut dire que certe
entrepriſe leur coûte des
fommes immenfès , fans leur
avoir apporté aucun profit ,
& fans nous avoir fait aucun
tort, qui puiffe nous eftre fen .
fible , un peu de paille & de
foin brûlezne pouvant aporter
un grand préjudice à nos
affaires. Ce n'eftoit pas auffi
le but de nos Ennemis. Les
Troupes que nous avions fur
les coftes les inquietoient ,
& ils prétendoient que leurs
mouvemens nous en feroient
222 MERCURE
faire d'autres , mais leur po
litique eft demeurée fans
aucun fruit de ce cofté - là .
Nous n'avons point depoſté
de Troupes , & ils ont eu le
chagrin de fe retirer en gran
de hafte , & de perdre beaucoup
des leurs en fe retirant ;
tant par la defertion, que par
la quantité de traîneurs que
nous leur avons pris , à caufe
de la precipitation avec laquelle
ils ont efté obligez de
regagner leurs quartiers.
Je ne fuis point furpris que
yous m'ayez demandé de qui
GALANT: 323
eft l'Epiftre en Vers que je
vous envoyay le mois paffé ,
& qui commence par
Ebquoy , toujours fidelle à vo
ſtrefolitude ?
Le tour en eft fi aifé , & les
penfées fi naturelles , qu'il eft.
difficile en la lifant , de n'avoir
pas la même curiofité
que vous m'avez fait paroître
Certe Epiftre eft de M' de
Senecé , dont le nom vous eft
connu par plufieurs Ouvra
ges d'un tres-bon gouſt que
vous avez déja vûs de luy.
Mile Maréchal de Choiseul
324 MERCURE
a elte nommé pár le Roy ,
pour commander en Alle
gne . Vous fçavez qu'il s'eft
acquis beaucoup de gloire
au Pont de Rinfelds , où il
pouffa vigoureufement les
Ennemis , & que la conduite !
a efté fort eftimée dans le
commandement qu'il a ea
des Troupes de Cologne. -
*
) .
Il me reste une mort à vous
apprendre, arrivée le Samedy
241 de ce mois. C'eft celle de.
Dame Marie Bonneau de
Rubel, Veuve de M ' de miramion.
C'est elle qui a infti.
·
GALANT. 325
tué & fondé la Communauté
des Filles de Sainte Geneviéve
, établie à Paris fur le
Quay de la Tournelle , dong
elle est morte Superieure,
Cette Dame eftoit fi connue
par fa pieté , que je n'appren
drois rien au Public quand
j'en dirois davantage.
Les nouvelles d'Angleter ?
re ayant manqué pendant
trois ordinaires , on n'en peut
attribuer le retardement
qu'à la mauvaiſe fituation
des affaires de ce Pays- là ',
dont on veut cacher le defor
326 MERCURE
dre. Il faut que le Prince d'O
range foit perfuadé que les
coeurs des Peuples ne font
pas pour luy , puis qu'il y fait
paffer julques à vingt - deux
mille hommes , & dégarnit
des Pays qui en ont un grand
befoin. Ces Troupes feront
à charge à l'Angleterre , puif
qu'il faudra qu'elle les nourriffe
Cependant les vivres n'y
abondent pas depuis deux
ou trois années , & la mon.
noye rognée faifant perdre
aux habitans le tiers de leur
bien , & les impofts en em
portant prefque le reſte , il y

GALANT. 327
en a peu qui ne fouhaitent
la paix . Ils ont railon , le Prin
ce d'Orange ne pouvant de
meurer fur le Trône , fans
qu'il leur en coûte prés de
cent millions tous les ans ,
qui doivent fortir du Royau
me ; puifque la guerre ne s'y
fait pas , & fans que fon com.
merce fouffre beaucoup
, ce
qui empelche l'argent d'y
entrer. Je n'ay rien à vous
dire du Roy d'Angleterre
; il
ne doit pas agir plus qu'il faie
pendant que tout le remue
pour luy dans fes Royaumes ,
& que fan arrivée fur les cô328
MERCURE
tes de France , produit de
fi grands mouvemens dans
Les Etats , où le Prince d'Orange
a feint une conſpira.
tion contre luy , & accufé
trois ou quatre perfonnes
d'avoir voulu l'affaffiner
quoy qu'elles n'ayent point
quitté le Chasteau de Saint
Germain en Laye , où elles
font encore. Il y a cent contradictions
dans ce qu'on a
publié à Londres , touchant
cette confpiration . Je vous
en apprendray le détail d'une ·
maniere qui empefchera de
douter de la fauffeté de tout
GALANT: 329
ce qu'on avance là.deffus. Je
fuis , Madame , & c .
A Paris ce 31. Mars 1696.
BE
LA
VILLE
LYON
#1893 *
Mars 1696 EG

$5222 3552252522 25
P
TABLE..
Relades
Ceremonies obfervées à l'onverture
du Senat de Nice. 9*
Sacre de Mr Delfino , Nonce en
France.
Edille de Meudon.
ΤΟ
12
26
Reception de Mr l'Abbé Poncer à
Academie Royale de Nifmes,
avec les Difcours qui fefont faits
à cette reception..
Eloge de Mr Archevêque. 47
Obfervations fur l'oeil- 58'
Nouvelle replique d'un Peripateticien
à la Lettre d'an Cartefien.
60
Epifre à Mrl'Evêque de Nifmes.
109
Le ij
TABLE.
Imitation d'une Ode Latine de Mr
l'Abbé Boutard.
Compliment fait à Mr le Marquis
de Dangeau.
113
123
Nouveaux Chevaliers de Saint
Honneurs rendus à M. Delfino.143
-Lazare.
Reflexions de faifon.
237
253.
Nouvelle découverte d'eaux minerales.
Dialogue.
Hiftoire.
163
16
A
173
Mort de Madame la Marquife da
Puydufou
221
Lettre de M de Lavardin à Mr
Abbé de laFayette.
Mariages.
226
227
Relation des honneurs rendus à Me
la Ducheffe de Modene.
Morts.
234
-2535
Vfage des Epailes & des lettres
TABLE.
Dominicales, au moyen desquelles
on connoift le temps de la celebration
de la Fefte de Pafques. 274
Article des Enigmes.
Ouvrages pofthumes de Mr de la
Fontaine.
305
313
Le Viellard coura , ou les differens
caracteres des Femmes:.
Entrepriſe fur Givet.
Epiftre de Mr de Senece
,
376
320
Mr le Maréchal de Choifeal ef
nommé pour commander en Allemagne.
Mort de Madame de Miramion ,
Nouvelles d'Angleterre
323
224
3.25
Avispour plaser les Figures.
La Figure doit regarder la page
153.1
L'Air doit regarder la page 313 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le