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807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JANVIER 196.
BIB
*1893
ON
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grand Salle
du Palais , as Mercure Galan
ONdonneratoujours un Volume nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau &
Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Justice .
T. GIRARD , au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie,
Et MICHEL BRUNET, Grand'Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. DC. XCV I.
Avec Privilege du Roy.
Ο
n
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à preſent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiſſe pas
d'y manquer toujours . Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne
peut fervir. On réitere la meſme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentiens . On
A ij
AVIS.
"
"
priefeulement ceux qui les envoient,
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
Tarticle des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent .
C'est fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout enfemble eft
beaucoup pour un Libraire.
"
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercare , a rétabli les
chofes de maniere qu'il est toujours
imprimé au commencement de chaque
mois . Il avertit qu'à l'égard des
+Envois qui fe font à la Campagne,
ilferapartir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
›Mercure.Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin, Paris ne
baillera pas d'avoir le Mercure
AVIS $ .
" long- temps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées , mais auſſi
15 les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant . Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
1. fans encharger ledit Brunet, s'ex .
pofent à le recevoir toujours fort
Atardpar deux raifons. La premiere
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venir prendre fitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quelquesjours
avant que l'on en faffe le
debit , & l'autre , que ne l'envoyant
qu'apr s qu'ils l'ont la eax es quel
ques autres à qui ils le prefent, ils
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
1 avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet , puis qu'il fe charge de faire
A iij
AVIS.
lespaquets lay-mefme, & de lesfaire
porter à la Pofte ou aux Meſſagers,
fans nul intereft, tant pour les Par
ticuliers que pour les Libraires de
Province, qui lay auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nowveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra as Mercure,
afin de n'en faire qu'un meſme paquet.
Tout cela fera execute avec
ane exactitade dont on aura lien
d'eftre content.
MERCVRE
GALAI
BIBL
QUE
LYON
JANVIER 18m
DELA VILLE
N fait en tout
temps
des
Prieres
pour le
Roy , mais il n'y en
a point
où tous les
vaux des François fe renouvolent
avec plus d'ardeur
pour la santé & profperité de
A iiij
8 MERCURE
ce Prince , que dans celuycy.
Le commencement d'une
année est un fujet pour luy
en fouhaiter encore un grand
nombre, & qui foient accompagnées
de tout le bonheur
dont fes grandes qualitez le
rendent digne. Nos vûës font
peut -eftre intereffées , puis
que ce Monarque eft le foutien
de la France , & que tous
fes foins ne vont qu'à rendre
fes Peuples heureux ; mais il
eft permis d'eftre întereffé de
cette forte , & c'est toujours
travailler pour conferver à la
terre , ce que le Ciel luy a
GALANT.
9
jamais accordé de plus parfait
. Les. Vers que vous allez
lire , feront voir ces voeux exprimez
avec tout le zele que
peuvent avoir des Sujets pour
un Souverain qui meriteroit
de commander à tout l'Uni-
Pers,meager
PRIERES
POUR LE ROY.
G
Rand Dieu , qui tenez
dans vos mains
Le fort du plusgrand dès Humust
mains
Ecartez tous les maux où luymefme
ilfe livre
10 MERCURE
Parmyfes foins laborieux
Confervez fes jours précieux.
Qui défend vos Autels eft bien
digne de vivre.
Daignez encorfurfon Auguſte
Fils
Etendre voftre Providence.
De cette noble Tige il fort de fi
beaux Lis ;
Verſez fur eux une douce in-
Auence
し
LOUIS arméfeulcontre tous
Soutient une jufte querelle.
Tous contreluy , bien moins que
contre vous, k
Forment une Ligue rebelle.
Diffipez leurs projets , fortifiez
Son bras;
GALANT
.
YI
Qu'il mette enfin fes Ennemis
par terré,
Et terminant unefunefteguerre,
Faites , Seigneur qu'aprés tant
de combats,
Las d'entaffer victoire fur vi.
Etoire ,
Il regne en paix dans le fein
de la Gloire.
Cette Priere eft de M ' de
Héricourt , l'un des Acade
miciens de l'Academie Roya
le de Soiffons .
Il s'eft fair depuis peu de
temps à Avignon , une Feſte
folemnelle , dont vous trou12
MERCURE
verez la defcription dans la
Lettre que je vous envoye.
A MONSIEUR DE ...
V
“ Ous attendez , Monfieur,
de mes nouvelles , me voicy
arrivédepuis peu de jours Je n'ay
pas oublié la parole que je vous
donnay enprenant congé de vous,
je la tiens d'autant plus vo-
༧༠ ;
lontiers , que ce que jay à vous
écrire le merivemieux Jeme croirois
bien dédommagé des fatigues
de mon voyage , fi on faifoit ail
leurs des Festes folemnelles pareilles
à celles qu'on fit hier aux PeGALANT.
13
nitens Gris de cette Ville .Je n'euffe
jamais cru qu'en un lieu faint,
qui ne refpiroit que la pieté , on
vift tant d'agrémens . Le fujet
mefme en eftoit tout à fait fingu .
lier. On y fit la Tranflation du
Saint Sacrement , par ordre de
Mỹ l'Archevêque de cette Ville,
pour renouveller la memoire d'un
prodige arrivé icy dans la Chapelle
de ces Penitens depuis prés
de trois fiecles . Je fuis feur qu'un
homme auffi pieux que vous l'eftes ,
& qui s'estfait un fi grand plai .
fir de m'yfaire obferver bien des.
fois lapieté la religion du Roy
touchant nos adorables Mifteres,
14 MERCURE
la
mefçaura bon gré que ce foit icy
premiere nouvelle
que je lug
donne depuis mondépart de Paris;
cette nouvelle vousfera d'au.
tant moins fufpecte , que l' Amy
qui vous l'écrit eft volontiers un
peu incredule. Jepouvois m’en tenir
à la Relation qu'un Abbé de
qualité , plein de zele & de droi.
ture , vient de faire imprimer icy;
mais j'ay bien voulu par moymême
m'inftruire du fait , en li
fant lesTitres authentiques qui en
font fog, dont les expreffions
fimples naives ont un air&
un caractere de verité tout àfait
perfuafifJeprens la chofed'un peu
GALANT. 15
loin , par la liaiſon neceſſaire qu'-
elle a avec ce qui fe paffa fous le
regne de Louis Vili. Ce Prince
l'an 1226, aprés trois mois de Siege
s'eftant rendu maistre d'Avignon,
où les Heretiques Albigeois s'étoient
cantonnez , voulutpar une
espece d'amende honorable reparer
les outrages .qu'avoient fait à
Jefus Chrift les ennemus jureZdu
Saint Sacrement, en affistant
luy- mêmerevêtu d'unfac couleur
de terre , ceint d'une corde , la tefte
nuë , ¿ le flambeau à la main¸à
une Proceffion folemnelle ;
trouva le Cardinal de Saint An
ge, Legat à Latere , que le Pape
où ſe
16 MERCURE
Gregoire IX. avoit envoyé exprés
pour accompagner le Roy
dans fon expedition, & où Pierre.
de Corbie , de l'Ordre de Cluny ,
Evêque d'Avignon , porta le
Saint Sacrement le 14 de Septem.
bre de la même année à une Cha
pelle hors de la Ville fous le titre
de la Sainte Croix . L'exemple
de ee pieux Monarque ramena à
fon devoir toute la Ville , qui a.
voit favorife les Heretiques , &
donna commencement dés l'année
1226. à une devote Compagnie ,
fous le titre des Penitens Gris, ou
de laConfrairie des Difciplinez, de
laquelle il eft probable qu'ont pris
GALANT. 17
naiſſance toutes celles quife font
depuis eftablies dans la Chreftienté,
puifque fuivant l'opinion de
Varillas , la plus ancienne n'eft que
depuis l'an 1234. & felon le Pere
Maimbourg, depuis l'an 1260 .
L'Evefque leur donna des Regles
que le Legat confirma , la ferveur
des Citoyens , que leur Evef
que avoit obligez d'aller par penitence
reciter tous les Vendredis les
Pfeaumes de la Penitence , dans
cette Chapelle , les porta fi loin
qu'outre les rudes difciplines dont
ilsy chastioientfouvent leurs corps,
ils voulurent encore furl exemple
du Roy , qui les toucha vivement ,
Janvier 1696.
B
>
18 MERCURE
qu'ils reconnoiffentpourFonda
seur de leur Confrairie ,fereveftir
d'un fac tel que le Prince l'avoit
porté, & qu'ils portent encore aujourd
buy , & allerent paſſer tous
les jours , &prefque les nuits entieres
, à y adorer le S. Sacrement;
ce qui détermina le Prelat a ordonner
qu'on l'y tiendroit exposé
jour nuit à perpetuitè , pour
rendre d'éternelles actions degraces
du changement fiprompt &fiuniverfel
d'une Ville qui venoit de
donner retraite à l'Herefie ; &
comme cette ferveur ne ſe rallentit
point dans la fuite des temps , les
Papes , les Evefques , les ArcheGALANT.
19
vefques autorifèrent l'Expofition
perpetuelle du Saint Sacrement
dans cette Chapelle, mais le Ciel
voulut bien luy mefme l'autorifer
par unprodige éclatant. Avignon
eft tout entouré de rivieres , & la
Chapelle des Penitens Gris eft mef
me baſtie fur le Canal de la Sorque,
& comme le
29 .
1
de Novem:
bre
1433
res
firent
déborder
les
eaux
, il en
entra
une
figrande
quantité
dans
certe
Chapelle
, que
les
deux
Chefs
de
la
Confrairie
craignat
que
l'eau
ne
s'élevat
jufqu'auTabernacle
, où
étoit
exposé
le S
Sacrement
, refo
lurent
d'y
entrer
le30
pour
lefaire
les playes extraordinai.
Bij
20 MERCURE
transporter ailleurs , au cas qu'ily
euft quelque danger ; mais ils trouverent
que les eaux qui estoient
montées à droit & àgauche le long
des murailles à la hauteur de qua ,
trepans , s'eftoient partagées , &
laiffoient au milieu un paffage libre
fec qui conduiſoir juſqu'à
l'Autel où eftoit le S. Sacrement ;
parfurcroift de merveilles , tous
les environs de l'Autel qui estoient
àplein pié à niveau de la Cha..
pelle , etoient pareillement fans
eaux & tout fecs. Les cause
mefme de part & d'autre le long
des murailles , venoient en pente
jufqu'au chemin qu'elles laifGALANT.
21
foient libre , & formoient un talus
, ou comme s'explique l'ancienne
Relation , une espece de toit.
Ces deux Confreres , aprés avoir
fatisfait leurpieté,& adorélª Auteur
de cette merveille , en allerent
donner avis à beaucoup d'autres
des leurs. Il y en eut douze qui
les fuivirent , dont l'un s'explique
Luy même de laforte dans l'Au
thentique qu'on garde dans les
Archives de la Chapelle. Nous
autres qui eftions bien douze
, vilmes tous le miracle, &
pour en eftre plus certains ,
nous allâmes querir quatre
Freres Mineurs , delquels les
-
22
MERCURE
trois eftoient Docteurs en
Theologie , & l'autre eftoic
Bachelier
, & firent la preuve.
Le jour après que les eauxfe furent
écoulées , que tout le mon
de entra enfoule dans la Chapelle,
chacun fur témoin oculaire que les
Livres , lesPapiers , les Nappes ,
& les autres meubles qui estoient
fous l'Autel, ne furent nullement
moüillez
, & que
bancs , à égalité des autres , qui
furent tous remplis d'eau
meura fi feche , que creufans
même furl heure le bois avec un
couteau , & par dehors & par
dedans , on ne s'apperceut
pas
la moitié des
>
"
deGALANT.
23
du moindre veftige d'humidité.
Ce prodige augmenta beaucoup
ladevotion des Fidelles ,
elle s'est maintenuë juſqu'à au.
jourd'huy. Cependant , comme
M. l'Archevêquefaifant(a vifite
paftorale le 18 Juillet 1694.
eut vû qu'on tenoit exposé le
Saint Sacrement dans une niche
de pierre affez proprè au costé de
l'Evangile, & d'autre part que
leuri Titres eftoient tres - bons , il
ordonna qu'on en feroit la tranf
lation , & qu'on l'expoferoit nuit
jour à perpetuité au milieu de
l'Autel , fuivant l'usage prefent
de l'Eglife. Les Confreres , pour
24 MERCURE
Concourir aux pieufes intentions
de leur fage Prelat ,
voulurent
celebrer cette Fefte avec toute la
folemnité la magnificence poffi.
ble le 30 de Septembre 1695. qui
fut le jour en l'année 143 auque!
le miracle des eaux arriva. Ils
commencerent par faire faire une
Niche de la derniere propreté;
elle eft de noir d'Ebene aux colomnes
Corinthiennes , dont les
chapiteaux , & tous les autres
ornemensfont d'argent cizelé, d'un
travailfort delicat Cette Niche
qui est de l'invention de l'habile
M Pirus , eft entourée de nuées
rayonnantes , chargées avec bean.
coup
GALANT. 25
coup d'art &fans confusion , de
de Cherubins, groupes d'Anges
qui font un tres . bel effet. La decoration
de la Chapelle répondoit
àla propreté de l'Autel , chargé
d'argenterie. On y entre par une
longue & belle Gallerie , qui conduit
à une espece de Salon exagone;
l'un l'autre eftoit en comparti
&
mens dans le plat fond , & aux
deux coftez le tout orné de Tableaux
choifis , de glaces de Miroir,
de divers autres ouvrages
d'Orfevrerie doreé, avec unbel arrangement
,& beaucoup defimmetrie
. Dès l'entréejufqu'à l'Autel
tout eftoit mieux éclairé , & par.
Janvier 1696.
C
26 MERCURE
ticulierement l'Autel où le Saint
Sacrement devoit estre exposé.
M¹l'Abbé Delphino , Vicelegat,
dont on ne loue pas moins icy la
pieté exemplaire queſon integrité
&fa vigilance dans l'exercice de
fa dignité , voulut , aprés avoir
fait l'honneur aux Confreres de
s'affocier à leur Compagnie, faire
lug- même cette Ceremonie augufte
. Il vint celebrer la Meffe dans
leur Chapelle , aprés quoy on fit
une Proceffion folemnelle au jon
des Trompettes , & parmy la
Simphonie & les accords d'une
Mufique excellente , M¹ le Vicc
Legatfous un Daisportépar Mrs
GALANT 27
4
•
le Viguier les Confuls , alla
prendre le Saint Sacrement dans
l'ancien Tabernacle , & à la fin
de la Proceffion le plaça dans cette
Niche , qui eftoit au milieu de
l'Autel. Ilfe rendit enfuite l'apréfdinée
à la Chapelle , poury
affifter au Sermon que fit Mr
l'Abbé Bocqui, Chanoine de Saint
-Didier. Son Difcours prononcéde
la meilleure grace du monde , fut
folide , jufte touchant. Ildonna
une très haute idée de cette Tranflation
par rapport à celle de l'Arche
dans le Temple de Salomon ,
• ilmontra que le Seigneur eftant
dans ce lieu magnifique comme
=
Cij
28 MERCURE
fur un Trône de gloire & de
grace , nous devions en approcher
avec refpect & avec confiance.
Son texte même faifoit une allyfion
fisnaturelle avec cette Niche
dont je vous ay parlé , qu'il fem.
bloir eftre fair exprés . Intule.
runt Sacerdotes Arcam foederis
Domini in locum fuum
fubter alas Cherubim , On
termina la Fofte par la benedi.
tion du Saint Sacrement , où l'on
chanta un Motet , dont les pa.
roles toutes propres au fujet ,
fort favorables pour laMusique,
donnerent lieu à l'habile Maitre
À qui on l'avoir fait compofer à
GALANT. 29
}
Rome , d'yfaire des Recits char :
mans , toujours foutenus, & ens
tremefle de fimpbonies , dont jer
vous avoue que je fus enchanté.
Je paffe te's bornes d'une Destre,
mais pardonnez Monſieur , à
un Amy, qui aprés avoir pris
tant de plaifir à cette Fefte , croit
qu'il peut vousen donner quelquest
momens , par le recit fidelte qu'il
vous en fait On m'appelle à
I heure que j'écris pour aller prendre
la benediction dans cette Chapelle
, où les Concerts dureront
pendant l'Octave, numurgiąż
On vient de me faire pare
d'une Epigramme Latine fur
C iij
3༡0༠ MERCURE
ce grand prodige , que je
penfe que vous ferez bienaife
de voir.
Sufpendit Jordanis aquas , dum
permeat Arca:
Ad te , Chrifte, viam penfilis
unda dedit.
Que quondam Domini cognove .
rat unda vel umbram,
Non noffet
Dominum , quem
videt illa ,fuum ?
Voicy l'Imitation de cette
Epigramme , en noſtre Langue.
GALANT.
31
Quand l'Arche dut paffer , par
respect le Fourdain
Fitremonterfes eaux ,
Soudain Lo
s'arrefta
L'eau fufpendue en l'air , Seigneur,
vousfait hommage,
跨Et
pour
aller à vous nous ouvre
le paffage.
Si cet infenfible Element,
Par l'ombre la figure a reconnu
fon Maifre ,
A tilpu ne le pas connoiftre
Lors qu'il l'avú réellement ?
Vous prenez trop d'intereft
à la gloire de nos Lis , pour
ne vous pas faire un plaifir
C iiij
22 MRECURE
d'eftre informee de tout ce
qui regarde leur origine Cetre
matiere a efté déja traitée
dans plufieurs de mes Lettres ,
& j'ay cru devoit vous faire
encore part de ce qui fuit.
REPONSE
en forme de Differtation
* fur l'origine des Fleurs
de Lis .
A Monfieur de Cipieres .
E quelques termes
Dobligeans dont vous
vous ferviez, Monfieur , pour
GALANT.
33
me demander l'analyze de vos
fentimens fur les Lis , difpenfez
moy de vous obeïr. La
chofe pafferoit ma force , &
Vous ne devez pas fouhaiter
plus que je ne dois , non feulement
parce que chaque opi
nion a fes Partiſans, que je ne
condamne pas , mais encore.
parce qu'avec autant de po-.
liteffe , & de capaciré que.
vous en marquez , peu de perfonnes
fufflamment éclai
rées , voudront vous foumet.
tre à leur examen .
C'eft fans doute fur ce que
jay dit des Enfeignes où
34 MERCURE
Francus, Roy des Gaules , quarante
ans avant l'Ere Chré- ·
tienne , eleva un Lis , que vous
voulez une Analyze , qu'il faut
tirer de l'Hiftoire & de la tradition
pour vous fatisfaire , &
vous expliquer ce qui me perfuade
que l'origine des Ecuf
fons de nos Rois , eftoit connue
longtemps avant les Mores
,Charlemagne , & les Tournois.
Vous demandez, Monfieur ,
où Tritheme a pris ce qu'il dit
deFrancus , qui n'eft pas celuy
qu'on feint eftre venu du Siege
de Troye, qui malgré Ho
GALANT.
35
mere & Virgile ne fut qu'une
belle imagination , fi nous en
croyons ce qui nous reſte des
Oeuvres de Dion de Pruffe ,
quile foutint il y a feize cens
ans, dans un Difcours fur ce
fujer , mais bien un des Rois
Sicambriens qui gouvernoient
les Gaules avant Jefus-
Chrift , felon Hunibalde qui
en a écrit fous Clovis , & que
Tritheme a abregé dans le
quinziéme fiecle . ce qui luy
a donné le malheur de paffer
dans le noftre , pour un Auteur
de paradoxe , contre
l'affurance que devoit à fes
26 MERCURE
Écrits la proximité des temps
de fon Exemplaire , & quoy
qu'ait pu operer l'Abbé Sigif
mond pour garantir de reproches
l'integrité de fon
Confrere.
Ainfi , quand j'ay raporte
fur fa foy ce qu'il a laiffé fur
celle d'un autre , l'heureufe
conjecture dont vous me fairès
l'honneur de me feliciter,
doit elle eftre fufpecte , étant
auffi avantageufe à la France,
qui a lieu de fe plaindre qu'on
accufe de fuppofition ' ceux
qui traitent de fes premiers
remps , qu'on ne revoque en
GALANT.
37
doute que par l'excés de leur
narration , comme on pourra
faire dans les ficclesà venir de
ceux qui auront écrit fur l
grandeur immenfe du Regne
de Louis le Grand,
Faites donc grace à Tritheme
, à Sigebert , & loüez
, à
Hunibalde,de nous avoir donné
la connoiſſance de nos Lis
avant Charlemagne où vous
les fixez , & par confequent
longtemps avant Louis VII .
dans l'onzième ficcle , dont
Mr de Sainte Marthe affurent
que les Sceaux ont efté les
premiers marquez, d'une
38 MERCURE
Fleur de Lis , fes Predeceffeurs
n'y mettant que leur Image
vêtuë royalement , comme
j'ay remarqué l'avoir vû dans
le Cachet de Saint Louis , qui
regnoit au fiecle fuivant ; ce.
qui ne doit pas infinuer qu'elles
ne fuffent d'ufage auparavant
, fur tout dans les Oriflambes
& Enſeignes , puifque
des Auteurs hors d'intereft de
cacher la verité l'ont affure, &
que la tradition en a eſté une
autre preuve auffi forte que
leurs Ecrits .
Que diriez- vous , Monfieur,
fi je vous apportois le fentiGALANT.
39
ment de Goropius , Medecin
de Charle Quint , qui écrit
hardiment que Japhet , du
temps de Noé , porta les trois
Fleurs de Lis , qu'il donna aux
François dont il eftoit Souve
rain. Ce feroit à luy à qui il
faudroit demander où il a pris
ce beau conte , & où mefme
alors on parloit de François ,
cent quarante ans aprés le
Deluge .
Je paffe à la Tradition , eile
vaut fouvent l'Hiftoire , parce
qu'elle conferve les choles
d'homme à homme , qu'elle
eft une Bibliotheque vivan40
MERCURE
J
te , où l'on apprend par le fentiment
uniforme de tous , ce
que les Livres renferment, &
ne communiquent qu'à peu
¿ de perfonnes.
***** C'eſt dans les
Enfeignes de
Clovis & avant fon
Baptefme
qui fut l'an 5oo . de jelus Ch.
que la Chronique
deNaucler
"veut que les trois Ctapauts
ayent efté miraculeufement
"changez en Lis ce qui a faït
dire il y a deux cens ans à
Gaguin dans fes Annales , Per
feverance ad hane meam ætatem
fama , vulgatum accepi , fuiffe
Regibus France , Bufones tres,
GALANT. 41
Nobilitatis quidem infigne ; fed
Clodoveofacris initiato demiffum,
Coelo effe id quod nunc . Reges
geftant Lilia aurea , quibus fubeft
, Cieli fereni color , quem azu..
ram Franci dicunt. » Opinion
dont a ché Duhaillan , ainf
que Paul Emile dans fes Anemales
, où il raporte que ce ne
furent pas crois Crapaurs , mais
trols Couronnes , qui furent
changées en Lis , & Bellefo-
Left veut quilsayent efté ap-
-portez par un Ange à un Her
mite dans la Foreft de Saint
Germain , où depuis a efté
fondée l'Abbaye de Joye en,
t
Fanvier 1696.
• D
42 MERCURE
Val , en memoire eternelle
d'un auffi fingulier prefent.
Gerfon , Chancelier de Pa
ris , dans le quatorziéme fiecle
les veut données à la France
par Saint Denis . Vivaldus
dans fon Triomphe des Lis ,
Chaffanée, Gilbert de Varennes,
& Petranfata ; celuy cy
dans fon Livre Teffera Gentilitia,
& celuy là dans ſon Armorial,
les font rendre à
Charlemagne.par un Ange,
dont pourtant Gregoire de
Tours , Eginard, Ammoin de
Fleury,& Flodoard ne difent
rien.
GALANT.
43
S
Voilà une partie de ce qui
concerne la tradition des Lis ,
qui ne vous permet pas d'en
rabaiffer l'origine à l'onzième
fiecle, quand tous les Peuples
les ont connus dés le quatriéme,
où les Enſeignes & les
Drapeaux, les Sceptres & les
Couronnes , les Veftemens &
jufqu'aux Reprefentations ſepulchrales
en ont efté ornez,
témoin leTombeau de la Reine
Fredegonde , qui mourut
dans le cinquiéme fiecle , que
le Pere Dom Mabillon, un des
pius fçavans de nos jours , affure
n'avoir point efté fait
aprés coup .
Dij
44 MERCURE
De les aller prendre du
temps de Noé, Goropius nous
meneroit auffi loin que Sandoüal
, Evefque de Pampelonne,
menoit Charles . Quint,
en remontant la continuité
de ſes Anceſtres par cent dixhuit
generations juſqu'à Adam.
Ce premier n'avoit pas
comme le ſecond , fon inte ..
reſt à flater , neanmoins je ne
le fçaurois croire .
Si les Crapauts avoient efte
veritablement les Armes de
nos Rois , au lieu qu'ils ne
l'ont efté que de quelques
Princes de la Gaule Belgique,
1
GALANT. 45
J
dont le terroir gras & humide
abonde en ces reptiles , je
ferois affez du fentiment de
ceux qui croyent que les Sculpteurs
, Graveurs & Peintres,
auroient fait prendre des Crapauts
mal faits & gaftez par
la vetufté, pour des Lis, qu'on
auroit ajuftez avec autant de
fimetrie que nous les voyons
aujourd'huy. On pretend même
que dans l'Eglife de Saint
Sorrin,d'unde nosFaubourgs,
cette opinion y trouve fa
e preuve, dont le Prefident Faucher,
Anfelme de Gemblours,
Sigebert, & M Chifflet ne
46 MERCURE
font pas d'eftime .
Les Lis dont vous parlez
dans voftre Lettre qu'on tire
de l'union des trois Sceptres
d'Auftrafic , Normandie &
Bourgogne , liez enſemble
dans la main de Dagobert I.
de qui eft la Medaille du cinquiéme
fiecle qui le reprefente
ainfi , font expliquez dans
une Differtation du Pere
Heskennius , où il les fait ref
fembler à la Plante nommée
Iris ; que les Allemans nom
ment Lyfelhum , c'eſt à dire
Fleur de Lis , ajoûtant qu'on
les fit d'or, parce que cette
GALANT. 47.
Fleur eft jaune, qu'on les mit
en champ d'azur, parce qu'el
le naift dans les eaux dont la
couleur tire fur le bleu , &
qu'elle a efté crue originaire
du Ciel , parce que les Latins
l'ont nommée Lilium Cælefte.
Par cette Medaille , qui eft
la feule dont on puiffe vraifemblablement
tirer nos Lis ,
les voila au deffus du huitié.
me Siecle , où les Capitulatres
de M' Baluze , & un Mamufcrit
de la
Bibliotheque
du Roy , écrit par l'ordre de
Charles le Chauve , en ornent
la Couronne de ce Monar48
MERCURE
que.La negligence des temps
qui fe font écoulez depuis ,
nous a fans doute dérobé les
plus anciennes , en cas que
nos Anceftres , fur l'exemple
des Grecs & des Romains ,
euffent fait fraper de ces Mo.
numens précieux , qui peuvent
s'eftre perdus , ou par
la fonte qu'on aura faite du
métal , s'il a efté au plus
haut degré de fin ,
peu de foin à les garder , fi
le trop bas alliage les a jettez
dans l'empirance , pour uſer
ou
par le
des termes de cet Art.
Un autre fentiment , à la
verité
GALANT. 49
verité moderne , eft que le
Lis a pris fa figure du fer d'une
pique , nommée Francifque
, qui pourroit bien eſtre
le Lis dont vous dites que
Céfar fait mention . La def
cription qu'en fait Agathias
feroit trop longue , & ne fert
de rien à mon fujet ,fi ce n'eſt
qu'au cas que fa figure ſe tiraft
d'une arme offenfive ,
comme par ce Vainqueur des
1 Gaules , on pourroit croire
= que les Lis des Enfeignes de
Francus avoient efté faits fur
ce modele , autant que fuc
Janvier 16,6 .
E
९ MERCURE
50०
celuy qu'auroit pû fournir la
Nature .
Ainfi , Monfieur , craignant
la Tradition , doutant
du miracle j'aime mieux
m'en tenir à ce que j'en ay
avancé , que la terre a produit
la premiere origine des
Lis , qui parurent dans les
Drapeaux de ce Prince des
Sicambriens , qui a précedé
ceux qui l'eftoient des François
, & qu'on tenoit de ſa
race , felon le témoignage de
Fortuné , Evêque de Poitiers,
qui écrit à Charibert , Roy
de Paris .
GALANT. 51
Cùm fis progenitus clara de
gente Sicamber.
Entre tant d'opinions dif-
Iferentes , tant d'Auteurs anciens
& modernes , n'auray.
je point la liberté de conje-
Aurer que celuy qui donna
le nom à la France , merite
auffi l'honneur de luy avoir
donné, felon Paradin , la plus
belle fleur pour
Lis eft celle des Rois , felon
S. Gregoire de Nazianze , qui
la nomme Fleur Royale , &
Clement Alexandrin, la Fleur
des Fleurs. Le Sauveur s'y
compare , Ego flos campi &
pour Armoirie
? Le
E ij
52 MERCURE
lilium convallium . Jofephe en
fait le plus bel ornement du
Temple; & Herodote l . 1. &
Strabon I. 16. nous affurent
que les Rois d'Affirie la mettoient
au haut de leurs Sceptres.
Le Lis eft le fimbole
de la pureté & de la blan .
cheur , & c'est peut -eſtre ce
qui le fit prendre aux Gaulois,
dont on prétend que le nom
vienne du mot Grec , qui veut
dire Lait , à cauſe de la conformité
de leur teint avec la
couleur de ce bel ornement
de nos Jardins.
Sur ce que vous dites , MonGALANT.
53
&
fieur, que les Enfeignes n'ont
efté chez les Romains qu'une
botte de foin , une main au
bout d'une pique , une tefte
ou une queue de cheval , com
me chez les Turcs , & non pas
des draps de foye , ou de laine
, peintes ou brodées , je
prendray , s'il vous plaiſt , la
liberté de vous dire , que ces
fortes d'Enfeignes n'ont pas
efté de deffein , mais d'occurence
& de hazard , comme la
queuë de cheval des Turcs ,
qui vient de ce qu'en une Bataille,
où l'Armée d'un Sultan
eftoit en déroute , un Bacha
E iij
54 MERCURE
d'un
manquant de Drapeaux pour
rallier fes Soldars ,
coup de fabre emporta la
queuë traînante de fon cheval
, l'éleva au bout d'une
pique, raffembla fes Troupes ,
redonna fur les Ennemis , &
leur arracha la victoire d'entre
les mains ce qui vou
obligera à changer de fentiment
, quand vous aurez fur
tout reflechi
que les Aigles ,
I'S . P. QR.les Couronnes , les
Teftes d'Empereurs , le Ki &
le Ro ; la Croix , & le Labarum
de Conftantin , qui font trois
Lettres Grecques K. P. & .
GALANT.
$5
つい
1
ད
entrelaffées , doivent neceffairement
avoir cfté peintes
ou brodées , ainfi que la Louve,
le Cheval , le Minotaure ,
le Sanglier, qui ont varié dans
les Enfeignes Romaines jufqu'à
la feconde année du
Confulat de Marius , qui les
fixa aux Aigles.
Si vous vouliez agréer que
je paffaffe hors de l'Italie ,
nous trouverions que les Perfes
& les Medes , au témoi
gnage de Xenophon Liv . I de
fon Hift. & fuivant Philoftrate
fur Temistocle, portoient
un Aigle d'or , dans un Dra
E iiij
56 MERCURE
peau blanc , les Corinthiens
le Pegaſe , les Atheniens une
Chouette , les Meffeniens, ces
Peuples qui fonderent Zanclé
, aujourd'huy Meffine , la
feconde année de la vingtfeptiéme
Olimpiade , la confonne
M , les Lacedemoniens
leur Ales Rhodiens une Refe
; ceux de Delphes un Dauphin
, comme ceux de Judée
une Palme , qu'il eft de neceffité
qui ayent efté peintes
ou brodées , dans les Drapeaux,
dont l'etymologie , felon
M' du Cange , marque un
morceau de drap . Ainfi bien
GALANT. 57
loin que les Enfeignes
des
fiecles éloignez n'ayent pas
égalé les noftres ,je croy qu'el
les les furpaffoient
par la matiere
& par l'ouvrage ; & que
Sigebert & Tritheme peuvent
eftre crus , quand ils mettent
un Lis dans celles de Francus ,
fecond fils d'Anthaire
, Roy
des Gaules , prés de quarante
ans avant la naiffance du Sauveur,
qui aura donné l'origine
à ceux de l'Ecu de nos
Rois dans les Batailles , dont
on aura depuis compofé
&
perfectionné
leurs Armoiries.
(
$188
MERCURE
D'où il fera par conſequent
fort aisé de conclurre que ce
n'eft pas des Tournois , Car.
Toufels & Jeux Equeftres que
font venus les Lis , puis que
ce n'eft que du onzième fiecle
que la Chronique de
Tours apprend que Geoffroy,
Comte d'Anjou , en fut le
veritable Auteur en France ,
d'où l'Hiftoire Bizantine af
fure mal , qu'ils pafferent aux
Grecs & aux Latins , quoy
qu'ils fuffent en Allemagne
le fiecle auparavant , introduits
par Henry Duc de Saxe,
furnommé l'Oileleur , qui les
GALANT.
59
pouvoit avoir tirez de Rome,
où Tarquin l'Ancien les établit
en y baftiffant le grand
Cirque vers l'an 140. de fa
fondation , lequel les avoit
fans doute apportez de Corinthe
, d'où fon Pere Demarate
eftoit venu en Tofcane
quarante ans auparavant , en
haine de Cypfelus , l'un des
petits Tyrans de Grece , où
Tertulien, dans fon Livre des
Spectacles , pretend que Circé
, Reine des Sarmates , qui
enchanta Ulyffe , les inventa,
dreffant un Cirque & des
Courſes en l'honneur du So60
MERCURE
leil ; à quoy les Allemans ont
ajoûté longtemps aprés , les
Cimiers ; les François & Italiens
, les Chars & Cavalca.
des ; & enfin les Maures , les
livrées , devifes & ornemens ,
qui ont fervi depuis aux belles
fictions des Zegris & des
Abencerrages , dont on a
tiré mille chofes ingenieuſes ,
mais nullement le Blazon ,
que le Texte Hebreu au 2.c.
du Livre des Nombres , nous
montre établi pour divifer
les Familles par les Enfeignes,
finguli juxta vexillum fuum , in
fignis domus Patrum fuorum caGALANT.
61
ftra metabantur ; ce qui fait
opiner Prado , Commentateur
fur Ezechiel, que chaque
Chef de Tribu avoit les Ar
mes de la Famille dans fes
Drapeaux. Enimvero , dit- il ,
finguli Duces Tribuum propria
geftabant infignia , parentum fci.
licet ftemmata in vexillis depicta;
qui pouvoienr les avoir tirez
des Egiptiens , que Diodore
de Sicile 1. 1. de la Bibliothe
que, prétend estre Inventeurs
des Armoiries ; d'où je penfe
que les Croifades,dont la premiere
fut concluë en 1097. au
Concile de Clermont , fous le
62 MERCURE
Pape Urbain II. nous en ont
apporté le deffein dans l'Europe
, où je croyque les Tour.
nois ont mis les ornemens, &
noftre fiecle la perfection ;
ce qui détruit l'opinion de
Pancirol , qui au 37. c. de la
Notice de l'Empire , veut que
le Blazon ait efté tiré des
Boucliers Romains : Milita.
rium fcutorum colores fuere de.
cem › aureus , argenteus , lacteus ,
puniceus, viridis, cæruleus, niger,
purpureus , ferrugineus , rubens ,
qu'il faut pourtant convenir
qui ont fait les premiers
Ecuffons , comme eftant les
GALANT.
63
fonds de tous ceux qui le
trouvent aujourd'huy chargez
de pieces.
dans
Pour ce que vous pensez,
Monfieur, que les Lis ont efté
pris par allufion à la Loy Sali-,
que , & le mot de l'Evangile,
Lilia neque nent, neque laborant,
par allufion aux Lis ,
voftre opinion cela eft vray
non pas dans la mienne , qui
établit les Lis avant la Monarchie
, qui n'a inſtitué cette
Loy que trois cens vingt ans
aprés l'Evangile de S. Mathieu
, qui l'écrivit en Hebreu
ſous Caligula , environ qua64
MERCURE
rante ans aprés Jesus - Chrift;
outre que les Devifes , & cellela
fur toutes , font fi modernes,
qu'on peut hardiment les
tirer des Tournois , à moins
que nous ne les croyions auffi
anciennes que le Cimier de
Corvinus , rapporté par le
Poëte Silius ; la graveure du
pommeau d'épée du Fils de
Thefée ,
qu'Ovide marque
au 7. de
fes
Metamorphofes
;
l'Aigle
du
Bouclier
de
Tela
.
mon
, dans
le Meleagre
d'Euripide
, & beaucoup
d'autres
,
que
l'illuftre
Pere
Meneſtrier
ne
veut
pas
qui
foient
des
GALANT.
65
Armoiries , mais feulement
des Deviles ou Repreſenta
tions de leurs belles actions ;
opinion , qui comme toutes
celles qu'on a fur l'antiquité,
auroit les Sectateurs & fes
Antagonistes , puis que luymême
affure que les Montmorancy
en France , les Colonnes
en Italie , les Zunigas
& les Menefes en Espagne ,
ont pris leurs Armes des cho
fes memorables qui leur font
arrivées ; & qui depuis ont
fait la diftinction de leurs
Familles , quand on en a faitles
Ecuffons .
Janvier 1696.
F
66 MERCURE
Il me reſteroit , Monfieur,
à vous dire ma pensée fur les
temps avant Pharamond , que
vous nommez fabuleux , &
qui ne le font qu'au cas que
Tite Live foit un impofteur ;
mais comme la matiere de
cette Réponſe l'a renduë longue,
& peut eftre importune,
je remettray à une autre
fois , fi vous le ſouhaitez , à
m'expliquer là- deffus en
moins de paroles , & tâcher
de tirer de l'oubli les commencemens
de la premiere
Nation de l'Univers. Cecy
foit dit fans partialité , mais
GALANT. 67
Vous y verriez que nos Peres
font Auteurs de prefque tous
les Peuples de l'Europe , &
qu'il y a de l'équité à leur accorder
un honneur qui leur
eft fi legitimement dû ; comme
ily auroit , par exemple ,
de l'injuftice à nos Neveux ,
dans deux mille ans , de refufer
aux Braves du commencement
de ce fiecle , qui pafferent
au fecours de l'Ile de
Ré , fous le vaillant & le fage
Thoïras , à la veuë de Louis
XIII. entre lefquels eftoit
un Cipiere , comme il fe
voit dans l'Hiftoire de ce
Fij
68 MERCURE
Maréchal , 1.1 . c . 13. page 185.
la gloire qui leur fut acquife,
pour avoir chaffé les Anglois ,
rembaré l ' Herefie , raffuré
la France, & fignalé leur courage.
Agréez , Monfieur , que
je fignale mon zele , en vous
affurant de nouveau que je
fuis infiniment voftre , &c.
L'ABBE HARCOUET.
A Parisee 19 .
Dec. 1695.
Puis que nous fommes fur
les origines , je ne dois pas
oublier à vous envoyer ce qui
a efté écrit au même M² CiGALANT.
69
piere , fur celle du mot Payen.
Voicy les termes dont on
s'eft fervi.
Lque
'Origine du mot Payen ,
vous me propofezcomme
une conjecture , eft peut- eftre
plus veritable que vous ne pen-
Jez, vous voulez bien que je
vous dife , que plufieurs grands
hommes ont pensé la même cho-.
Se avant vous. En effet , le
mot de Paganus ne doit pas eftre
mis dans le fens de l' Epiftre vingt.
cinquième de Pline à Rufus pour
un homme rustique &groffier, ou
comme Perfe le prend , pour un
70 MERCURE
y
demi fçavant. Ce feroit offenfer
la verité & la justice , & il
a eu parmy les Payens des gens
·tres fçavans & tres polis ; parmy
les testes couronnées , les Mithri
dates , les Marc Aureles ; parmy
les Philofophes , les Aristores , les
Plines ; parmy les Orateurs , les
Demosthenes , les Cicerons ; parmy
les Poëtes , les Anacreons , les
Horaces , &c .
Je croirois plutoft , fuivant
voftre fentiment , que la Religion
Chreftienne s étant dabord établie
dans les Villes : car nous fçavons
que les Apoftres alloient ordinairement
prêcher dans les · Villes ;
GALANT: 75
parce qu'ily avoit plus de monde,
plus d'efperance de faire de gran
des converfions , plus de gensfçavans
contre lesquels il falloit difputer
, plus de grands Seigneurs
dont la converfion pouvoit fervir
d'exemple , plus d'occafions à fou
tenir la Foy par le martyre. Je
croirois donc plutoft , dis-je , que
les Villes eftant devenues Chreftiennes
, l'Idolatrie ayant efté.
releguée dans les Villages, on auroit
appellé les Idolatres du nom
de Pagani , ainfi qu'on appelloit
les Villageois , fuivant Servius.
Get Auteur dit auffi que le nom
de Pagani vient de pagus , &
72 MERCURE
que celuy cy vient du Grec pegué,
Fontaine , parce qu'ordinairement
on bâriffoit les Villages prés des
fontaines LePoëte Prudence a appellé
les Idolatres attache à leurs
fuperftitions , des gens attachez
à leurs Villages , deditos pago ,
fans doute l'ufage a voulu
dans la fuite qu'on appellaft du
même nom ceux qui dans les Villes
mêmes reftoient adonnez aux
Idoles , qui n'eftoient plus adorées
•que par les fimples & les ignorans
qui habitoient d`ns les campagnes
.
Mais , Monfieur, agréez que
je vous propose une autre origine
du
GALANT. 73
du mot de Payen, & je ne ſçay ſi
vous ne l'aurez point déja pensé.
Vous pensez fi bien fur toutes
chofes , que je ne crois pas vous
rien dire de nouveau; fije vous
dis icy une autre opinion , ce n'eft
qu'afin de vous faire connoiftre
queje n'ignorepas ce que d'autres
ont trouvéfur ce fujet.
Le grand Saumaife croit que
le mot de pagus n'a pas feulement
voulu dire un village , mais un
grand Pays , & une Nation ,
comme fi nous difions par exemple
, Pagus Aquitanus , pour la
Guienne. En effet , la Gloſe de
Philoxene fait finonimes les mots
Janvier 1696 .
G
74 MERCURE
de Toparchie , Koratis , No
mos , Pagus , de forte que ce
dernier mot fignifie ce que les
François appellent un Pays , les
Hebreux Goim , les Grecs Ethnos
, les Latins gens ou pagus
. De là eft venu le mot Payen ,
Ethnicus , Gentilis , Paganus ,
comme il fe trouve dans le Code
Theodofien , de Hereticis leg .
46.Judæi atque Gentiles quos
vulgo Paganos appellant.
Vous fçavez , Monfieur , que
l'Ecriture les Peres de l'Eglife
parlant des Idolatres , les appellent
toujours les Nations , & ce qui
eft digne de remarque , les Juifs
GALANT.
75
ont donné aux Gentils les noms
de Hellenes ou de Grecs . C'eft
ainsi que la Vulgate a traduit le
verfet 35: du chap
. 7. de Saint
Jean
, où elle a mis , numquid
in
difperfionem
gentium
iturus
eft. Le mot
de Gentium
eft
employé
là pour
Hellenon
. La
fageffe
Grecque
&
la fageffe
Payenne
veulent
encore
dire
une
même
choſe
. La raison
de cela
eft,
que
les Grecs
s'eftant
répandus
prefque
dans
toute
l'Afie
aprés
la
mort
d'Alexandre
, la plupart
des
Idolatres
voifins
des
Juifs
,
parloient
Grec
vulgairement
.
Tout
cela
me fait
voir
tant
de
Gij
76 MERCURE
urai -ſemblance dans cette feconde
origine du nom de Payen , que je
ne fçaurois m'empêcher de me declarer
pour elle. A la verité il y
a dans votre Etimologie plus
d'érudition plus de recherches ;
elle paroift plus agreable , parce
qu'elle nous reprefente une image
du premier Chriftianifme ,
qu'elle nous fait voir les lieux où
l'Evangile a pris naiffance . La
mienne fent plus la Grammaire ,
ne nous donnant d'abord
des noms à connoiftre , elle n'a pas
l'avantage de plaire à la premiere
veue , comme la voftre ; mais com.
me il s'agit iey d'un nom , nepeutque
GALANT. 77
on pas dire qu'il n'appartient qu'
aux Grammairiens d'en donner
l'étymologie. Dies moy , je vous
prie , Monfieur , ce que vous en
penſez. Je (say que vous estes
également bon Hiftorien & bon
Ġrammairien , & ainſi habile
Juge dans les matieres qui regardent
l'Hiftoire & la Grammaire.
On n'a pas ralfon de dire
que le courage &l'efprit n'entrent
point dans le partage
des Femmes , puis qu'il s'en
trouve plufieurs en qui ces
deux qualitez éclatent avec
beaucoup d'avantage . C'eft
'Giij
78 MERCURE
ce que prouve agreablement
une perfonne de voftre Sexe,
dont on ne m'a point appris
le nom . Cependant les Vers
que je vous ay déja envoyez
dans une de mes dernieres
Lettres , fur l'action heroïque
de Mlle de la Charfe , doivent
fervir à vous la faire connoi .
ftre . Voicy ce qu'elle a écrit
fur ce lujet .
A MADAME
***
V
३
Enez àmon fecours , aimable
Celimene ,
Vous qui dans les beaux Arts fies
tant de progrés
Vous qui de votre Sexe aimez les
interefts,
GALANT. 79
D'un de vos Ennemis rendez l'astaque
vaine,
Et pour luy mieux lancer des
traits
Allez boire dans l' Hipocrene .
S
Certain Ceufeur mis en homme
de Cour ,
Dit que lesFemmes ne font faites
Quepour inventer chaque jour
Des parures à leurs Toilettes
Et pour faire regner la moll effe &
l'amour.
Dans le jaloux chagrin qui contre
nous le guide ,
Avec emportement il dit ,
Qu'en Oracles tres- clairs la Nature
décide
Qu'on ne doit point chez nous voir
un brillant efprit
Encor moins une ame intrepide .
G iiij
80 MERCURE
Pourplaire , fi l'on croitfes bizarresdifcours
,
Le Sexe doit eftre toujours
Dupe , coques, poltron, timide.
Contre ces vains raisonnemens,
Formez en dépit du bon fens ,
Sur un ton moins bruyant j'ayfait
voir que les Femmes
Ont le droit d'avoir dans leurs
ames
De brillantes clartez , de fermes
fentimens ,
Et fans tomber à tous momens ,
Comme cet Ennemi des Dames,
Dans de brufques emportemens ,
Fay montre qu'un grand cara-
Etere
Ne les reudoit encor que plus propres
à plaire.
Voicy comme à peu près j'ay vanté.
leurs talens.
GALANT. 81
S
L'exemple prouve que les Belles
Peuvent avoir l'efprit ailleurs qu'-
aux bagatelles.
Telles firent jadis des coups
Qu'au Theatre aujourd'huy l'on
voit avec ſurpriſe.
De Bradamanie & de Marphife
Que le deftin fur grand & doux!
Elles triomphoient par leurs armes
Encore plus que par leurs charmes.
Il leur eftoitpermis defignaler leur
bras
Dans les plus perillexx combats .
Ah , qu'elles poffedoient un heureux
avantage!
Quel plaifir de marquer fon intrepidité!
82 MERCURE
Si noftre Sexe encor avoit un tel
usage,
F'aurois déja pour mon partage
Un Brevet d'immortalité.
Rien n'eft fi charmant que la
gloire
Que donne la victoire.
Heureux mille fois les Guerriers!
Ils peuvent à fouhait moiffonner
des lauriers,
Et marcher à grands pas auTemple
de memoire ,
Dans ces temps fortunez où nous
voyons Louis
Faire dans un feul jour tant d'exploits
inouis,
Que mème enles voyant on a peine
à les croire.
On n'a qu'à fuivre ce Héros
Pourfefaire un nom dans l'Hif
toire ;
GALANT.
83
Qu'on ne fe fit jamais à l'ombre du
repos.
Cependant un destin dont je n'ofe
me plaindre ,
Veut que nous choifißions cet indolent
eftat ,
Et nous engage même à craindre
Toutes les actions d'éclat.
C'est en vain qu'en fecret un grand
coeur en murmure ;
Pour nous point de lauriers , point
de brillans exploits.
Nous aimons mieux languir dans
une vie obfcure,
Et toujours obeirà de fiveres loix,
Qui par une regle trop
dure
Voulurent retrancher la valeur de
nos droits.
Mais außi pour le prix de noftre
obeiffance ,
On nous a confervé de certains
champs d'honneur ,
84 MERCURE
Où le Sexe avec bien-ſeance
Pent témoigner de la valeur.
Telle fut près de Gap l'affaire glorieuſe
,
Où la Charfe animant le courage
François ,
Sceut par une prudence heureufe
Renverser les deffeins des fougueux
Piémontois.
On vit ceste illuftre Guerriere
Les punir par fes coups de leur témerité.
Comme elle a de Pallas la mine
noble & fiere ,
Elle a fon courage indompté
Enfin elle eft aufsi vaillante,
Außi pleine de fermeté,
Que le furent jadis Marphife &
Bradamante.
Que fi fa valeur agiſſante ,
Lsure moins fon grand coeur à d'èclatans
deftins ;
GALANT. ย 8
C'est que la fortune changeante,
Fait qu'on n'eft plus an temps des
errans Paladins.
&
Les Heroines qu'un ſpectacle,
Par les plus beaux Vers ennobli,
Tire pour jamais fans obftacle
Du fein tenebreux de l'oubli,
Ont le plaifir flateur de retrouver
en France
Une image de leur vaillance.
La Charfe marche fur leurs pas ,
Et la scene aujourd'huy parle de
leurs appas
Dans un langage fi fublime ,
Qu'on reste convaincu de tout ce
qu'il exprime.
Peut-on trop admirer leurs fenti.
mens , leurs faits
Peints avec de fi nobles iraits ?
Si les Heroines guerrieres
86 MERCURE
Par Corneille aujourd'huy font
mifes dans leur jour,
D'autres ont éclaté par de vives
lumieres ,
Que la Scene pourra celebrer à leur
tour.
Voilà , charmante Celimene ,
Ce que jay dit tranquillement
Au prétendu Sçavant , dont la
bouillante haine
Déclame contre nous d'un ton f
vehement
,
Et mes raisons ont pu luy faire
perdre baleine
Du meins pendant quelque moment.
Il ne faut pas que son air vous
impoſe ,
Quoy qu'il parle fi haut , il ne fçait
ce qu'il dit.
Gafté d'un vain fçavoir , fon_ridicule
efpris
GALANT. 87
Melle les Livres faints & la Metamorphofe.
Vous fçaurez le rendre interdit ,
Dès que vous écrirez , foit en Vers,
foit en Profe ,
Vous pensez toujours finement ;
Et puis que vous avez un tour plein
d'agrémens ,
C'eft icy qu'il fe doit produire,
Voftre bon gouft, voftre bon coeur,
Tout vous doit engager d'écrire ;
Vous aimezvotre Sexe, & luy faites
honneur,
Car la raifon fçait toujours vous
conduire.
Votre Sexe à fon tour vous aime
avec ardeur.
Efforcez vous donc de détruire
L'injufte & jaloufe fureur
Des fantafques Cenfeurs qui veulent
en médire
88 MERCURE
Le 18. du mois paffé , M'le
Marquis de Dangeau , Chevalier
des Ordres du Roy , &
Gouverneur de Touraine ,
prefta ferment de fidelité en.
tre les mains de Sa Majesté ,
dans la Chapelle de Verfailles
, pour la Charge & dignité
de Grand Maistre des Ordres
Royaux , Militaires & Hofpitaliers
de Noftre - Dame du
Mont-Carmel & de Saint Lazare
, de Jerufalem, Nazareth
& Bethleem , tant deça que
delà les mers. Le Roy avoit
choisi pour cette ceremonie,
le Dimanche le plus proche
GALANT. 89
de la Fefte de Saint Lazare.
Le matin , M le Marquis
de Rumont , Gouverneur de
Nemours , M Montalet , Co.
lonel de Dragons , M ' de So.
leur, Frere de M ' de Cibourg,
Maréchal de Camp , M de
Guenegaud , ancien Maiftre
des Requeſtes , & Ambaſſa .
deuren Portugal , MF Colin ,
premier Maistre d'Hoſtel de
Monfieur , M de Genouillac ,
ancien Confeiller
du Grand
Confeil
, & quelques
au
tres , tous Chevaliers
de ces
Ordres , faits avant les changemens
arrivez en 1672 , ſe
·Janvier
1696 .
H
90 MERCURE
rendirent en l'appartement
de leur Grand Maiftre. Ils
avoient tous des Juftaucorps
de velours amarante , dont
plufieurs eftoient en broderie
d'or & d'argent , doublez de
brocart vert & or. Dés qu'ils
eurent eftéavertis que le Roy
eftoit preft d'aller à la Meſſe,
ils marcherent deux à deux
devant leur Grand Maistre ,
pafferent par l'appartement
de la Reine , par la grande
Gallerie , par l'appartement
du Roy , & defcendirent par
le grand degré. Le Grand
Maiftre avoit le grand man.
GALANT. 91
teau de ces Ordres , de velours
amarante , donblé de fatin
vert. L'amarante eft la couleur
de l'Ordre de Noftre-
Dame du Mont Carmel , &
le vert la couleur de celuy de
Saint Lazare . Ce manteau eft
à queue trainante. lleftenrichi
d'une broderie d'or, compolé
de diverfes pieces , qui
ont toutes rapport à ces deux
Ordres , de doubles M M. de
doubles L.L. entrelaffées avec
des S. S. des Fleurs de lis , des
Croix de Chevalier & des tro.
phées d'armes , tant de terre
que de mer. Il avoir , à la
Hij
92 MERCURE
maniere des ancieus Cheva
liers , une Soubreveſte de
moire d'argent , fur laquelle
cftoit une grande Croix partie
d'amarante & de vert. Il
avoit auffi une Toque à l'antique
develours amarante , avec
une aigrette de plumes de
Heron , foutenuë d'une ma .
gnifique attache de Diamans.
Quand ils furent arrivez à
la Chapelle , le Grand Maiftre
fe mit à cofté gauche du
Priedieu un peu en dedans .
Les Chevaliers qui l'accompagnoient
furent tous placez
GALANT.
93
autour de luy , fans qu'il y
cuft perfonne devant eux.
Aprés l'Evangile , l'Aumônier
de quartier apporta le Livre
des Evangiles , & le plaça fur
le Priedieu devant le Roy ; le
Grand Maiſtre ſe leva auffitoft
de la place , fit deux réverences
à l'antique , femblables
à celles des Chevaliers de
l'Ordre du Saint Efprit , l'une.
à l'Aurel & l'autre au Roy.
Enfuite il s'agenoüilla devant
le Priedieu , & aprés avoir mis
les mains fur les Evangiles , il
lut tout haut le ferment de
fidelité , que fa dignité l'o94
MERCURE
bligeoit de préter au Roy.
Aprés quoy Sa Majeſté luy
donna la Croix de ces Ordres
avec le ruban amarante , qui
luy avoient efté prefentez par
M' des Granges , Maiftre des
Ceremonies de France , en
l'absence de M' le Marquis
de Blainville , Grand Maiftre
des Ceremonies . qui eftoit en
Normandie. Cette Croix eft
de même figure que celle de
l'Ordre du Saint Efprit , mais
les Emaux en font differens ,
& il y a d'un cofte une Noftre
Dame , & de l'autre un Saint
Lazare. Le Grand Maiftre
GALANT. 95
la porte attachée au bas de
fon Cordon bleu , comme les
Princes du Sang & les Maréchaux
de France portent la
Croix de l'Ordre du Saint
Efprit
.
Quand le Grand Maiſtre
eut receu la Croix , il ſe leva ,
fit une reverence au Roy , &
une à l'Autel , & s'alla remettre
à fa place , où il acheva
d'entendre la Meffe . Il donna'
enfuite un magnifique dîné
à tous les Chevaliers qui l'avoient
accompagné
.
L'Ordre de Saint Lazare eft
un des plus anciens Ordres
96 MERCURE
de Chevalerie qui foit au
monde . Il eftoit autrefois établi
à Jerufalem , & aprés y
avoir exercé longtemps fa
charité envers les Pauvres , &
fa valeur contre les Ennemis
de la Religion , il fut transferé
en France par les Rois Louis
VII. & Saint Louis . Les Papes
& les Rois luy ont accordé
de grands privileges , & en
1607. le Roy Henry le Grand
l'unit à l'Ordre de Noftre-
Dame du Mont Carmel, qu'il
venoit de fonder , pour donner
à toute l'Eglife une preu
ve éclatante de fa converfion
à
GALANT.
97
à la Religion Catholique , &
de fa devotion envers la Sainte
Vierge. Il choifit pour eftre
Grand Maistre de ces deux
Ordres unis le Marquis de
Nereftang , Capitaine de fes
Gardes , qui depuis fut tué à
l'attaque du Pont de Cé, commandant
l'Armée du Roy
Louis XIII . Cette dignité a
efté plus de quatre vingt ans
dans la Maifon de Nereftang.
}
On vient de me dire que
le Roy a fait Mile Marquis de
Dangeau , Confeiller d'Etat
d'Epée . Vous fçavez , Madame
, qu'il y a trois Confeillers
Fanvier 1695.
I
98 MERCURE
d'Etat d'Eglife , & trois d'E
pée , & qu'ils font tous Ordinaires.
Le premierjour de ce mois,
on prefenta pour Etrennes à
Monfeigneur le Duc de Bour,
gogne un Coq , composé de
coquilles tres rares , repre
fentant la Nation Françoiſe.
Ces coquilles qu'on a trou."
vées depuis peu dans une Iſle
de la Chine , ont toutes , ou le
même feu que les Rubis, ou le
même oeil que les Emeraudes,
qu le même éclat que les Diamans
, ou la même cau que
les Perles. Le coq qu'elles
REQUE
LY it
BIBLIO
LYON
GALANT. 19
VILLE
forment eft élevé fur un Pie
deſtal , au bas duquel dans les
quatre angles fe trouvent
quatre Efclaves enchaînez ,
le tout dans une boete fort
riche entourée de glaces tresfines.
Cette boëte eft de trois
pieds de hauteur fur deux de
largeur , & fa matiere eſt d'écaille
de Tortue . Elle eft cnrichie
d'ornemens d'or moulu ,
de figures & de colomnes ,
avec des Sentences gravées
fur le bronze , & placées toutes
avec fimmetrie. Ces Sentences
tirées de l'Ecriture ,
font autant d'heureux préju-
1 ij
100 MERCURE
gez fur la gloire de Monfei
gneur le Duc de Bourgogne.
En voicy les termes.
I.
7
Ego primogenitum ponam
illum , excelfum præ Regibus.
terræ Semen ejus in æter
num manebit . & thronus
ejus ficut fol in conſpectu
meo. Pfal. 88.
Ce Fils Aifné que l'Eſtre infini
favoriſe ,
Elevé fur les Rois n'aura point
de pareil ,
Etfa Pofteritéque le Ciel éternife,
Fera briller fon Trône autant que
le Soleil,
GALANT Tol
Quis dedit gallo intelligentiam
? Non erit Rex qui
refiftat Job cap 3.
Par d'heroïques faits dignes
de fa naiffance,
Comme Louis le Grand, fage, in .
trepide , heureux ;
De Souverains armeZil vaincra
la puiffance ,
En affurant par tout fon triomphefur
eux.
III.
Arcum conteret & confringet
arma , & fcuta comburet
igni. Pfal. 46 .
I iij
102 MERCURE
Plus craint que les Cefars , &
que les Alexandres ,
On le verra brifer l'arc de fes
Ennemis ;
Leurs Etats fubjuguez , leurs
boucliers en cendres
Prouveront qu'à fon bras tout
doit eftre foumis.
ᏗᏤ .
Timebunt omnes Reges
terræ gloriam tuam, Pf. 144.
En faisant redouter fa gloire
&fon tonnerre ,
Signalant fa valeur par mille exploits
guerriers,
Les foudres à la main pour conquerir
la terre,
GALANT.
103
Il ira chez les Rois moiffonner
des Lauriers.
V.
Regnum tuum regnum
omnium fæculorum , & dominatio
tua in omni genèratione
. Pf. 101.
L'arbitre fouverain des grandes
destinées ,
Perpetuera fon regne &fa Pofteritè
,
Et fon Sceptre , l'effroy des Teftes
couronnées ,
Affujettira tout àfon autorité.
VI.
Dominus mihi adjutor , &
ego defpiciam omnes ini.
I iiij
104 MERCURE
micos meos. Pfalm . 117.
Protegé du Tres haut , dont le
pouvoir fuprême
Eleve , aneantit les chofes à fon
choix ,
Ce Heros foutiendra l'éclat du
Diademe ,
En forçant l'Univers d'obeir à
fes loix.
V11.
Stulti , aliquando fapite , an .
nunciate inter gentes gloriam
ejus. Pf. 105 .
Tremblez, Ligueurs , tremblez
des futures conqueftes
De ce Prince formé d'un Sang
victorieux.
GALANT. 105
Déja fa noble ardeur a menacé
vos reftes ,
Et vous avancerez ſes progrés
glorieux.
VIII.
Diffipa gentes quæ bella
volunt. Pf.67.
Cet Alcide naiffant, l'espoir de
noftre France ,
Ainſi que ſes ´Ayeux vaincra les
Nations.
Des plus fiers Ennemisfoudroyant
l'infolence ,
Il diffipera feul toutes lesfactions.
Les Vers qui fuivent accompagnoient
ce preſent .
106 MERCURE
25222255 25 255SSES
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE.
PR
Rince augufte & charmant,
à qui les deftinées
Doivent un regneheureux , & de
longues années,
Rempli d'un zele ardent je viens
en ce grand jour
Joindre pour vous mes voeux à
tous ceux de la Cour.
Mais
que vous fouhaiter ! Seur
d'un puiffant Empire,
GALANT. 107
Digne Fils des Vainqueurs que
l'Univers admire.
Faloux impatient d'imiter leurs
beaux faits ,
Le Ciela prévenu pour vous tous
nos fouhaits.
Votre coeur élevé , genereux , beroïque
,
En faveur de Bellone à chaque
inftant s'explique.
Guerrier des le berceau comme
eftoient les Cefars.
Voulant chercher la gloire , &
fuivre le Dicu Mars ,
Tout brûlant de marcher fur les
pas de vos Peres ,
On vous a vû gemir des défenfes
feveres
108 MERCURE
Qui retardent encor les coups vi-
Aorieux
Qu'à fon tour doit lancer voftre
bras glorieux.
Quand ce bras deviendra le fon .
dre de la guirre
,
·Deprodiges nouveaux il remplira
la terre.
Par vos faits éclatans tous les
Rois éblouis ,
Reconnoiftrent en vous la valeur
de Louis.
En tous lieux vous irez exciter
des tempeftes,
Sans qu'ilspuiffent borner le cours
de vos conqueftes ,
Sur la foy du Prophete on peut
s'en affurer.
GALANT.
109
Ces Oracles certains que l'on doit
reverer ,
Et que j'ay recueillis avec unfoin
fidelle ,
Prédiſent clairement vostre gloire
immortelle.
Vous devez eftre un jour maiftre
de l'Univers
Des fieres Nations appeſantirles
fers ,
Eternifer leurjoug, terraſſer leur
puiffance ,
Leur ofter tout espoir d'infulter à
la France,
Et leur prouver qu'elle eft trop
fertile en Heros ,
Pour les fouffrir longtemps dans
un oififrepos
110 MERCURE
Cetimperieux Coq , de qui la tefte
altiere
Menace vos Rivaux de voſtre
ardeur guerrieres
Augmente lafrayeur de ces triſtes
Captifs ,
Qu'à fes pieds nous voyons defefperez
, craintifs .
En vous avec douleur ils décon
vrent les marques
D'un courage qui fait les illuftres
Monarques
,
Et de vostre valeur par avance
affligez ,
Ils confirment pour vous ces heureux
préjugez.
C'est voftrebras qui doit accomplir
ces Oracles ,
GALANT. 111
Grand Prince , à l'Univers vous
devezces miracles .
Nous efperons vous voir , en ſecondant
vos voeux ,
D
Soumettre un monde entier à vos
exploits fameux.
Sans doute le Ciel
remplira
que
voftre attente,
Que toujours couronne d'une gloi .
re éclatante ,
Parfait Imitateur de nostre Au.
gufte Roy,
Vous ferez, comme luy , Défen..
feur de la Foy .
Le Pere Athanafe de Saint
Charles , Carme Reformé
112 MERCURE
des Billettes , qui a eu l'avantage
de prêcher dans les meilleures
Chaires de Paris , & qui
a fait beaucoup de converfions
, eft l'Auteur de tous ces
Ouvrages , qui furent receus
par ce jeune Prince avec
beaucoup d'agrément. Il eut
l'honneur de prefenter il y a
quelques années à Monfeigneur
le Dauphin ; un fecret
pour l'intelligence
des Mathematiques
, & met à prefent
la derniere main à des
Ouvrages , dont le Public ne
fçauroit manquer d'eſtre ſatisfait
.
GALANT.
113
Je vous ay déja fait part de
quelques Eloges de grands
Perfonnages , faits par M
l'Abbé de Fourcroy . Il a cru
devoir la même juftice à feu
M' d'Urfé , Evêque de Li
moges, qui eft mort en odeur
de fainteré , & il en a parlé
en ces termes.
Un parfait Evefque eft un
autre Phinées dont le zele ne
s'allume que parce qu'il voit
violer la Loy du Seigneur.
C'eft un Moife qui demande
à Dieu mifericorde pour les
feditieux & les rebelles . C'eft
un Elie qui fe retire dans la
Fanvier 1696.
K
P
114 MERCURE
folitude pour recevoir les or
dres du Ciel , & qui ne paroiſt
dans le monde que pour les
publier. C'eft unJean Baptiſte
qui prefche au defert auffi
volontiers qu'à la Cour , &
c'eſt un Saint Paul qui brûle
dés que le moindre de fes
Freres eft fcandalifé , qui fe
rend foible avec les foibles ,
& qui le fait tout à tous , pour
les fauver tous. Ne reconnoiffez
- vous pas icy le Portrait
de Monſeigneur l'Illuſ
triffime & Reverendiffime
Louis d'Urfé , Evefque de Limoges
? Senfible aux intereſts
GALANT. 115
€
de Jefus - Chrift & de fon Eglife
, & infenfible à tout le
refte , il ne s'eft appliqué qu'à
faire fervit le Seigneur dans
fon Dioceſe . Pour cela , que
ne facrifioit-il pas ? Ses biens ,
fa fanté, la fortune , fa propre
vie , rien ne luy couroit . Il
facrifioit tout pour deffendre
la Religiun dé J. C. & ne ménageoit
rien , quand il falloit
étendre les bornes de fon
Empire. L'on voyoit revivre
en ce Saint Prelat , les vertus
des Apoftres , méprisant tout
ce qu'il y avoit de plusf enga.
geant dans le monde , il s'ex-
Kij
116 MERCURE
pofoit volontiers à toutes for
tes de peines pour porter le
nom de J. C. devant les Peuples.
Tout fon plaiſir eftoit
de fouffrir les plus fâcheufes
incommoditez , la faim , la
foif, les rigueurs des Saifons ,
la difette de toutes chofes ,
pour annoncer l'Evangile ,
ne se mettant nullement en
peine de ce que deviendroit
fon corps , pourvû qu'il contribuaft
à la gloire de Dieu.
Digne Ouvrier qui travailloit
à la Vigne du Seigneur à fes
propres frais , & qui portoic
le poids du jour & de la chaGALANT.
117
leur , fans fe plaindre. Serviteur
fidelle , qui arrofoit de
fes fueurs & de fon propre
fang le champ qu'il cultivoit ,
quoy qu'il n'en vouluft recueillir
la moiffon qu'au profit
des Pauvres. Pafteur charitable
, qui engraifſoit de ſa
propre fubftance le Troupeau
qui luy eftoit confié , bien
loin de fonger à s'enrichir de
les dépouilles. Fervent Miniſ
tre , enfin , qui s'épuifoit pour
fon Troupeau , & qui fe refu
foit le neceffaire pour en af
fiſter les indigens. Avec quel
zele & quelle pieté ne s'eit-il
118 MERCURE
pas comporté dans les befoins
preffans ? Onľa vû vendre
fes meubles & fa vaiffelle
d'argent , & ce qui luy eftoit
mefme le plus neceffaire pour
reveftir les membres de J. C.
que les malheurs du temps
avoient réduit dans un eſtat
déplorable. Tout le monde
fçait que pour s'appliquer à
la Priere , il s'eftoit retiré dans
fon Seminaire
, y menant une
vie tres - fobre , & édifiant tout
fon Dioceſe par fon détachement
, fon recueillement , fon
humilité , & par fa pieté folide.
Que ne puis -je vous rapGALANT.
119
porter toutes les vertus de ce
Saint Prelat ! Vous y remarqueriez
ce qu'il y a eu de plus
grand & de plus Saint dans
les premiers Miniftres de l'Eglife
.Mais je m'apperçois que
le fujet de cet Eloge eft audeffus
de mes forces. Que
tous les gens de bien rendent
donc à ce Saint Prelat tous
les Eloges qu'il merite . Vivez
à jamais dans la memoire des
Juftes , ô pieux Evefque de
Limoges. Que le Seigneur
pour qui vous avez tant travaillé
, foit la recompenfe de
vos travaux & de yos vertus.
120 MERCURE
1
Vous ferez toûjours en bene
diction devant Dieu & devant
les hommes.
>
Il s'étoit affemblé dans le
haut Languedoc , entre Mon
tauban & Alby , aux environs
d'une Foreft appellée la Grefigne
, une bande de cinquan
te Voleurs , dont le Chef fe
faifoit nommer le Capitaine
Saint Jean , cy- devant Maref
chal des Logis d'une Compagnie
de Cavalerie . Il avoit
avec luy une Bohemienne ,
laide , & vieille , qu'il appelloit
fa femme , & qui eftoit
magniGALANT.
121
magnifiquement veftuë . Ce
Capitaine ny fes gens ne faifoientaucun
mal aux habitans
du Pays ,fur tout aux Gentilshommes
, & il avoit tellement
gagné leur eftime , qu'ils ne
faifoient aucune difficulté de
l'aller voir , de faire avec luy
des parties de chaſſe , car il
avoit des chiens , & mefme de
manger avec luy. Il alloit auffi
quelquefois dans les Villes du
voifinage de cette Foreft , mais
bien accompagné
. Ses gens
ne tuoient point , & ne voloient
que des Etrangers
qui
paffoient. Ils rendoient mef
Fanvier 1696.
L
122 MERCURE
me quelquefois ce qui avoit
efté volé , particuliérement ſi
c'eftoit à quelque Perſonne
de qualité. Le Parlement de
Toulouſe ayant efté informé
de tout ce détail , a decreté
prife de corps contre ce Chef
de Voleurs , & un Conſeiller
de la grande Chambre , a efté
fur les lieux , précedé du Prevoft
& d'un bon nombred'Archers.
On l'a manqué d'une
heure. Il refulte des procedures
faites par ce Commif
faire, que ledit Saint Jean eft
un fcelerat en tous points . La
plufpart de ceux qui ont bû
GALANT.
123
& mangé avec luy , ont efté
interrogez , & on leur a fait
craindre de les regarder comme
fes complices . Voila la
feureté des chemins rétablic
dans ce Pays- là , par la retraite
de ce fameux Bandit & de fes
侩
gens , qui font pour la plufpart
des Bohemiens.
Vous avez fceu le mariage
de la Princeffe Louiſe de
Meckelbourg Guſtraw , avec
le Prince Royal de Danemarck.
La Lettre qui fuit
vous en apprendra les Ceremonics
.
Lij
›24 MERCURE
De Copenhague , le 23. Decembre
L'
1695.
*
'Entrée magnifique de Son
Alteffe la Princeffe de
Guftravu commença le If. Decembre
, aprés difner , par un corége
fuperbe de plus de quatrevings
Caroffes , qui partirent de
Fagersbourg, avec une grande
pompe , & elle fut fuivie immediatement
de la Ceremonie da
mariage , qui fe fit par un temps
extraordinairement beau. Ce
mefme jour tous les Bourgeois de
Copenhaguefurentfous les armes ,
depuis le matin jufqu'au foir , ils
GALANT. 125
eftoient tous habillez &parez
l'envy l'un de l'autre . Désque
la Princeffe entra dans la Ville ,
elle fut faluée du bruit de trois
cens quatre vingt pieces de canon
de deffus les remparts & de la
Flote, & la Ceremonie finie , on
fit encore une triple faive de deffus
les Fregates que l'on fit monter
pour cet effet dans le Canal
devant le Chasteau , & ainfi finit
la premiere foirée. Le lendemain
16. la Bourgeoisie fut paffée enrevûë
e exercée fur la Place du
Chasteau , en prefence du Roy &
de toutefa Maifon ; ce qui fe fit
avec beaucoup de pompe. On fe
Lij
126 MERCURE
mit enfuite à table , & un
peu aprés que le repas fur finy,
on fit jouer devant le Chasteau
un Feu d'artifice des plus
beaux qu'on cuft veus depuis
longtemps , & qui eut tout le fuccez
imaginable . De là on paſſa à
la Comedie , & puis à un Bal tresmagnifique.
Le mefme jour, le Roy
honora du caractére de Confeiller
Privé, dix perfonnes d'un merite
diftingué ; qui font , Mª Knuth ,
premier Gentilhomme de la Cham
bre du Roy , M' Knuts , Gou.
verneur de Friderichſbourg , M
Krabé , Gouverneur de Sceland ,
M' Meyercroon , Envoyé ExGALANT.
127
4.
traordinaire à la Cour de France
, M Gabel , Chambellande Sa
Majesté, M Ablefelds , Grand
Chambellan de Son Alieffe Roya
le , M Geifmar, Grand Maiftre
d'Hoftel de la Maiſon de la Rei
ne , M Moth , Premier Secretaire
d'Eftat , M Harboe , premier
Secretaire d'Eftar , & M²
Feffe. Pour ce qui eft des divertiffemens
, comme ils ne font pas
encore tous finis , on n'en pourra
mander les particularitez quepar
l'ordinaireprochain . Prefentement
il fuffit de dire qu'on ne sçauroie
dépeindre ny exprimer la joye e
la fatisfaction que cette alliance a
Liiij
128 MERCURE
caufée , foit du cofté des illuftres
Mariez , foit parmy le Public.
Je ne dois pas oublier icy que le
jour de l'entrée, tous les Bourgeois
furent rangez en double haye , depuis
la rue du Nord juſques à l'a
Place du Chateau. Le vieux
Marché & celuy qu'on nomme
Amacker ,furent occupez chacun
d'un Bataillon du Regiment du
Comte de Schak. Les Mariniers
du Prince Frideric avec le Regiment
de Seelandz , furent poftez
fur la Place Royale. Quant à la
Garde du Roy , elle eftoit devant
le Chasteau & le Holm. Tout
eſtant ainſi disposé, à trois heures
GALANT.
29
[Izg
aprés midy , une falve de cent cin
quante pieces de canonfut lesignal
de l'arrivée du Cortége de l'Illuf.
tre Epouse , laquelle on fit defcen
dre hors de la Ville , & paffer
fous une tente qu'on avoit dreffée
exprés pour la regaler avec toutes
Jortes de confitures exquifes , &
pour luyfaire voir en mefme temps
le train du Cortége qui paſſa devant
elle de la maniere fuivante.
A la tefte marchoit une Com .
pagnie de Cavalerie , fuivie d'un
Ecuyer , de foixante- dix couples
de chevaux de main , & d'autant
de caroffes àfix chevaux , preceentourez
de gens de li- de
130 MERCURE
vrées tres bien équippez . Enfuite
vinrent les chevaux de main des
Comtes du Royaume , & leurs
caroffes , avec leurs Ecuyers &
Maiftres d'Hoftel. Tout cela fe
termina par un Regiment de Ca
valerie . A quelque distance de là
on vit avancer douze Trompettes
avec les Timballes du Roy , fuivis
d'un Efcadron de la Garde du
Corps de Sa Majesté , &de dou
ze chevauxdeparade , tousfuperbement
enharnachez & converts
de houffes de velours couleur de
pourpre , garnies d'or , à la fuite
defquels marcherent vingt quatre
chevaux de main , dont les orneGALANT
11
131
-
mens eftoient encore plus riches ,
& qui estoient conduits par deux
Ecuyers tres bien équippez. On
fit marcher devant ceux cy les
vingt quatre Pages du Roy , avec .
leur Gouverneur, Immediatement
aprés ,fuivoit l'Ecuyer de l'Aca
demie Royale , accompagné de
vingt - quatre Academiftes . Enfui.
te pafférent douze caroffes du Roy
remplis en partie de Dames & de
Cavaliers , fuivis des livrées des
Miniftres& Officiers de la Cour ,
apres lefquelsparurent les Gentils.
hommes de la Cour , dans un équi
page magnifique , & puis legrand
Chambellan & le Mareschal de
132 MERCURE
Son Alteffe Royale , tenant à l'a
main le Bafton de Marefchal.
Aprés luy marchoit Son Alteffe
Royale montée fur un tres beau
cheval blanc entouré de quantité
de Trabans. Il paffa devant le
caroße où estoitfon Illuftre Epouse ,
avec Madamefa Soeur , la Princeffe
Royale , la Princeſſe de
Hambourg Quelques Gentils.
hommes marchoient auprés du caroſſe
, la tefte nuë , & anx deux
costez ily avoitplufieurs Trabans.
A lafin parut le General- Lieu.
tenant Pleß , avec toute la Garde
du Roy à cheval , qui finiffoit le
train du Cortége. La Ceremonie
GALANT .
133
fefitpar le Confeffeur du Roy , &
pendant toutes ces Festes on mar.
choit fur du drap rouge , depuis la
Place du Chateau jufques à la
Salle des Chevaliers . Il n'y
eur à la table du Roy que neuf
perfonnes , qui furent fervies
par les premiers Miniftres de la
Cour.
Le 7. de ce mois , M' le
Maire prefenta à M' l'Archevêque
de Paris ſept Deviles
en miniature . Je vous
les
envoye , parce
qu'elles
ont efté trouvées fort
belles , & qu'elles convien .
134 MERCURE
nent parfaitement à cet illuftre
Prelat.
1 .
Les Armes de la Maifon
de Noailles ,
accompagnées
de fes ornemens , avec ces
mots : Clarus Avis ,fed clarior
Aris.
II.
Deux Croffes croifées enfemble,
avec une Croix d'Archevêque
au milieu , au def
fus de laquelle paroiſt dans
une nuée un chapeau de Cardinal
. On lit autour ces paroles
: Plus ultra .
GALANT. 135
III.
Trois Mitres les unes dans
les autres en forme de Tiare,
pofées fur un Autel , avec ces
paroles : Ofi quandofimul.
IV .
Le Roy des Abeilles à la
tefte d'un Effain de mouches ,
avec ces mots : Dux &forma
gregis.
V.
Cette verge veillante dont
il eft parlé dans Ezechiel ,
dépeinte par une houlette , au
deffus de laquelle paroift un
oeil ouvert. Ces mots luy fervent
d'ame : Corrigit & vigilat.
136 MERCURE
VI.
Un Cameleon , animal qui
change de couleur felon les
differens pafturages où il fe
retie. Ces paroles tirées de
Saint Paul fe lifent autour :
Omnibus omnia.
VII.
Un de ces Lacs dont quel.
ques Hiftoriens font mention
, & dont l'eau, quoy que
tranquille , ne laiffe pas d'exciter
des orages & des tempeftes
, quand on y jette quelques
pierres: Ces mots paroiffent
au deflus : Impune
quieto non infultatur.
GALANT. 137
VERS NUMERAL
Où fe voit l'année dans laquelle
M l'Archevêque a
pris poffeffion .
LVX eXorta nova eft, greX
foLatVra DoLore M.
Je vous envoyay le mois
paffé , des Vers Latins de M
de Santeul , & une Imitation
en Vers François fur le Portrait
de M' Fagon . En voi
cy d'autres encore avec un
Madrigal .
Fanvier 1696.
M
138 MERCURE
E
Nire cent Medecins en ſçavoir
excellens ,
Celuy- cy que le Roy choifit pour fon
ufage ,
Dés longtemps du Public pour-fes
rares talens
Avoit obtenu le fuffrage.
Quelle diftinction ! quel merveillenx
éclat
Répandra t-elle farfa vie,
Puis qu'un même choix luy confie
Et le falut du Prince , & celuy de
l'Etat ?
POUR LE MESME.
Le
MADRIGAL.
E puiffant Dien des Vers &
de la Medecine
GALANT. 129
En faveur de Louis nous fait part
de fes dons.
Pour chanterfes Exploits s'il m'inf
pire des Jons ,
A conferver fes jours Apollon te
deftine.
Mais que nofire partage apeu d'égalité!
Et que mon nom feroit vante
Parmy les Filles de memoire ,
Si je travaillois pour fa gloire
Comme tu fais pour (a faniè!
Je vous envoye une Ritornelle
que non feulement
vous chanterez avec
plaifir , parce qu'elle a efte
mife en air par un tres habile
Muficien , mais dont vouss
Mij
140 MERCURE
trouverez toutes les paroles
fort agreables . Il y a pluſieurs
couplets , dont le ftile aifé &
naturel vous fera connoiftre
qu'ils partent de fource , &
que l'Auteur a un talent tout
particulier pour la Poëfie.
RITORNELLE.
U
v foir dans une grotte obfcare
,
Où d'un ruiſſeau le cours fecret
Accompagnoit de fon murmare ,
Les plaintes d'un Amant difcret ;
Tircis à l'objet qui l'engage
Recommençoit ceste chanfon
C'en eft trop, fi c'eft badinage,
Et troppeu , fi c'eft tant de bon.
ALALT
11
d'un ruisseau
w
OTHER
re, Les
quilongo.
ge
n
i c'est ba di
bon .
BE
LYON
TATALLE
WUNNLIN
GALANT:
141
S
Lors que l'excés de ma fouffrance
Me rend inquiet & rêveur
Tufais voler mon esperance
Sur les ailes de ta faveur.
Aprés tu m'abas le courage
Par des rigueurs hors de faifor.
C'en eft trop , c'eft badinage,
Et trop peu , fi c'est tout de bon.
2
Quand fur ma Mufette plaintive
Je chante quelque air langoureux,
le vois ton oreille attentive
A mes préceptes amoureux,
Si je veux les mettre en uſage,
Tu deviens fourde à ma leçon.
C'en eft trop , fi c'eft badinage ,
Et trop peu , fi c'est tout de bon.
2
De fleurs fraichement amaßées
Quand je teprefente un bouquet,
14 : MERCURE
Dans ton fein je les vois placées
D'un air complaifant & coquer.
Veux-je enfaire ungalant pikage?
A peine j'en obriens pardon.
C'en eft trop, fi c'eft badinage,
Et trop pew , fi c'est tout de bon,
S
Dema Soeur entre tes compagnes
Tu parois cherir l'entretien ,
Et fouvent parmy nos campagnes,·
Ton Troupean paift avec le fien :
Mais un pareil foin te ménage
Les Soeurs & Ergafte & d'Alcidon .
C'en eft trop , fi c'eft badinage ,
Et trop pen , fi c'eft tout de bon.
2
Piqué de quelque jaloufie ,
Si je te découvre mes maux,
Tu te ris de ma phrenefie ,
Tu plaifantes de mes Rivaux.
Avicenx fou l'épais ombrage
GALANT. 143
Ta danjes pourtant fans façon.
C'en eft irop , fic eft badinage,
Et trop peu , fi c'est tout de bon .
S
Quelquefois par un trait de flame
Tes yeax aux miens font entrevoir
Qu'Amour , qui captive mon ame,
Te tient außi fous fon pouvoir :
Sij'en veux an baiser pour gage,.
Ie n'en puis obtenir le don.
C'en eft trop , fi c'eft badinage,
Et trop pew , fi c'est tout de bon.
2
Pour me prouver toute la force
Du trait dont ion coeur eft bleffé,
Tu graves fur la tendre écorce
Mon Chiffre au tien entrelacé :
Mais fondain d'une main volage
Tavenx l'effacer fans raison..
C'en eft trop , fi c'eft badinage,
Et trop peu , fi c'est tout de bon.
144 MERCURE
Ingrat , interrompi la Bergere,
Avant qu'ilfut preft d'achever,
Ef- ce veritable colere ,
On la feins-tu pour m'éprouver?
Je t'aime , & inle fçais : fois fage,
Chaffe un injurieux foupçon.
C'en eft trop, fi c'eft badinage,
Et trop pen , fi c'est tout de bon .
S
Répandant des pleurs d'allegreffe,
Tircis interdit & perclus ,
Baife la main de fa Maistreffe,
Et n'ofe tenter rien de plus .
Le feu d'amour monte au vifage,
Et de la Fille & du Garçon.
C'en eft trop , fi c'eft badinage:
Et trop peu , fi c'est tout de bon.
S
Un Faune babitant de cet antre,
Qui les regardoit par un trou ,
Couché
GALANT. 145
Couchè tout àplat fur le ventre,
S'en mit à rire comme unfox ,
D'une voix moquenſe & ſauvage
Redifant fur le mefme ton ,
C'en eft trop , fi c'eft badinage
Et trop pen , fi c'eft tout de bon.
2
Cette hiftoire par la contrée
Se répandit en peu de temps ,
Et du galant pays d'Aftree
Réjouit fort les Habitans :
Tousychantoient dans leur village,
Menant paifire chevre & mouton ,
C'en est trop , fi c'eft badinage,
Et trop peu , fi c'est tout de bon.
Je vous ay déja parlé des
Navires du Roy , le François
& le Fortuné , qui fe font rendus
maiftres des trois Vaif-
N
Fanvier 1696.
146 MERCURE
feaux Anglois , nom mez le
Défenfe , le Succés, & la Refolution.
Ces trois Vaiffeaux
ayant efté menez au Port.
Louis , les Intereffez à l'armement
des deux Navires de
Sa Majesté ont fait une lifte
des Marchandifes qu'on y a
trouvées , & je vous l'envoye,
la croyant utile à ceux de voftre
Province, qui eſtant dans
le Negoce , voudront prendre
part à la vente qui en fera
faite. Il eft porté par cette
lifte , que ceux qui voudront
acheter ces trois Vaiffeaux ,
& les marchandifes dont ils
GALANT. 147
ſe font trouvez chargez, pourront
faire leurs offres à M' de
Lagny, Directeur General du
Commerce , dans le quinzićme
de Février prochain , &
qu'ils luy communiqueront
leurs pouvoirs , pour enfuite
l'adjudication
eſtre faite , &
la livraiſon au Port Louis ,
aux prix , charges , clauſes , &
conditions dont on ſera convenu,
Nij
148. MERCURE
Marchandiſes trouvées dans
La Défenſe.
Toille Indienne.
Chint Mamodez , balors 9 .
2880 pieces , 7aulnage , largeur
2
Chint Broard b12, p2400
27.12
4
Chint Surat b 4. p 1300 .
a 8. 13
Chint Cadix Smals b 22.
P 6355. a 6. 1 3
Chint Jaffercon b12 . 3794 .
28.12.
Palemporez ou Tapis b8.
2
P 2242, a 27
GALANT. 149
Cotton filé de 612.1.chacun ,
b 102. pefant 62424 1 .
Bafras Narou Uhit , Toille
de cotton blanche étroite ,
b 68. p 10870. a 132 1 2
Bafras Broad Uhit , Toille
de cotton blanche & large,
b 89. p 9135. a 14.12
Bafras Broad Brou , Toille
de cotton écruë , b 4 p 400.
a 14
3
1/2/
4
Bafras Narou Brou , Toille
de cotton écruë étroite , b 5.
p.800.a.14.1
2
Pautkas Uhit , Toille de
cotton blanche , b54 . pis275.
2
a4.1
N iij
150 MERCURE
Pautkas Broun , Toille de
cotton écruë , b 140. p. 27850.
a s. 12/1
Pautkas Blou , toille de
cotton bleue , b. 9. p 1449.
gà x là
II.
2
3
Souaguzez Uhit , Toille de
cotton blanche , b59. p 7080.
a14.1
2 I
3 I
Souaguzez Broun , Toille
de cotton écruë , b 3. p. 360 .
a 14. 1 /1/
De Riabauls Smals , Toille
de cotton petite, b 20. p 4000
a 9.1 /1/ 1
Necanes Broüad , Toille
rayée , bleuë & blanche, b 32
P. 3143. a 11. 1½
GALANT: Isl
›
Necanes Narou , idem étroite
, b 22, p 2652. a 10. 1 ½
Guinea Stufs , Toille de
cotton rayée , blanche &
bleuë , b 39. p 12 480. a 31
Tapfels Broad , Toille de
cotton , idem , b 23. p 1800.
3
a 10.12
3
3-
Chint Seronge, Toille Indienne,
b 4. P1595 . 6 à 4.1½à
Dury Agra, Toille de cotton
rayée bleuë & blanche ,
b 4. p 1357. a 11. 1
TapfelsNarou , toille de cotton
rayée blanche & bleuë ,
b s p 578. a .11
Dury d'Ungares Uhit,
Niiij
152 MERCURE
Toille de cotton blanche , bi
P70.a131
D'Ungarez, Broun Toille
de cotton écruë , b76 . p 6080
a 14.12
Brauls , Turbans rayez ,
blancs & bleus , b 14. P 3399
a 2. 12/
Boffars Broun , Toille de
cotton écruë , b 1. 150. 101
Chint Ramauls, Toille Indienne
pour mouchoirs , b6
P 1771.3733 134
a
Dury Gourgouche , Toille
de cotton blanche , b1.p 70
a1321
IF. N°. B. C. Toille de cot.
GALANT.
153
ton blanche , b2 . p292. a 1,3
I 3
1 4 2
Differentes Etoffes de foye ,
de cotton & Indiennes , b 18 .
P 2630.
Ris , b 3.
Poignées de Cannes , un
balot & un baril , b 2.
Caffé , b 122 .
Gommes , b 123 .
Canelle 5 .
Thé 5. caiffes .
Poivre 265 tonneaux .
Salpeſtre 90 idem .
Couvertures blanches piquées
, bi p2o.
Balle de Plume 1 .
$4 MERCURE
Porcelaines trouvées dans les
trois Prifes , en paniers ,
coffres & caifles.
DOUZAINE S.
S
Taffes , 3950 & 10 .
Gobelets , 733.
Soufcoupes , 886 I
Ecuelles , 245 6
Grandes Urnes , 6 6
Affiettes , 16 6
Sucriers 11 10
Gamelles , 2 6
Beurriers ,
Plats,
I 8.
Lyons , 3
6
Chiens , 2 8
Burettes , 6
GALANT.
155
Douzaines.
Pots à Thé,
Flacons , Bouteilles ,
Pots & Vales ,
4 & 6
72
6
Pagodes ,
Paons ,
Chatshuans,
Coqs ,
Petites figures de differentes
manieres ,
6
4
2
6
Bandeches ou Cabarets ,
Petites fioles en maniere
de petites Tabatieres, 83 4
DANS LE SUCCEZ .
Mouſſeline unie fine.
Cogmoria , bal . 19. p 1914 .
aulnage 16. 17 8
156 MERCURE
Tang , b 62. p6250 . a 1
Bang , b 13. P 1333. a 4
Coffas , b 37. p. 3761. a idem.
Mul , b 1. p 1104. a id .
Mul , b 3. p 362. a id . 1 id.
Mul , b3. p 39. aid. l id.
Moff. b7. p 822. a 16.1 id.
Seer Coff. b 2. p207.a id.
lidem .
Dom Coff. b 7. p 700. a id.
did.
Bor Coffas , b2 . p 273. a id.
lidem .
AD, br. p189, a id. 1 id . . :
ABC, br.p57. aid . lidem .
Tang , b 40. p 4051, a idem ,
lidem .
GALANT.
157
Torp Coffas , b 1. p 137. a id.
1 idem .
Sans marque Angloiſe , b 10.
P 337. a 16. 13
Doria , Mouffeline rayée ,
35. P 3584. a 16.12
b
F Dor Emul , Mouffeline à
fleurs. b7.p631 . a 16.12
F Tang , Mouffeline brodée à
fleurs . b 4. p340. a16.12
Tnek , Mouffeline brodée
pour cravattes . b 4. p 14613 .
Peignoirs , P 135 .
Toille de cotton tres -fine ,
dont une raye de foye . b 18 .
3
P2959 , a de 8 à 9 à 2
4
I
4 2
Gur , Toille de cotton blan158
MERCURE
che, b102.p7611. a 14.78.
Toille de cotton rayée de
foye pour mouchoirs. b 18 .
P2969 218.2
Taffetas à fleurs , b 1. pisz . a 5.
1/4/2
Taffetas rayez & unis de toutes
couleurs , b 40. P 5637.
a8 à 9 à 24 /
3
Sofie , écorce d'arbre , foye &
cotton . b 42. PS491 . a 16 à
19a78.
Balaflors , écorce d'arbre. b
119. p 11880. a 8
4
Balots de Mouffeline , Taffe
tas de plufieurs couleurs 2 .
P176
GALANT.
139 .
Soye écruë , b 3 .
Opium , b 25.
Bois rouge , 2500 buches.
Salpestre , 150 tonneaux.
Poivre long , 45 lacs.
Dans la Refolution.
Chint Jaffercon , Toille Indienne
peinte, b 32. p 10066.
a 8. 2
4
Chint Mamodez , idem- b . 18.
P. 5760. 27.11
Chint Broad , id. b 8. p 1600.
દ
a 7.
27.7
Palemporez , Tapis d'Indienne.
b7.2100 . a 2
I
Chint Ramauls , Toille In160
MERCURE
dienne pour mouchoirs.
b 4. p 1200. a 7/11/
Cotton filé de 612 1. chacur
b . 37.22644 l .
Cotton filé de 306. 1. chacun .
b 9.2754 . 1 .
Tapfels Narou , Toile de cotton
étroite bleue & blanche
. b 14. p 1680. a 11. 14.
Tapfels Broad , idem large ,
bs. P 400. a 10.12 .
Brauls , Turbans bleus &
blancs . b7. p 1680. a 2. l½
GI , Toille Indienne. b 1. p
395. 12.
GP , Toille de cotton bleuë.
b2. p 80. a 4. 1 .
GALANT. 161
GP , Toille de cotton blanche.
b 1. p 80.344.. 1--/
Dungares Ühit , Toille de
cotton blanche. b 20. p
1963. a 13 12
Dungares Broun , Toille de
cotton écruë . b 96. p 7679 .
2 14.123/2
Duty Dungapors , Toille cotton
écruë. b5 p 400. a 14.
12/2
4
De Riabauls Smals , Toille
de cotton petite. b 51. p .
10240. a 9. ι
De Riabauls large , Toille de
cotton large. b 16. p 1850 .
a 14. 12
Janvier 1696.
162 MERCURE
Baftas Broad Uhit , Toille de
* cotton blanche large. b 45.
•P 4612. a 14 12
Baftas Narou Uhit , Toille de
cotton blanche & étroite.
b 35. P 5560. a 13. 1 2
Baftas Broad Broun , Toille
de cotton large écruë. b 18 .
P 1800. a 14 1 p
Baffas Narou Broun , idem
étroite . b 46. P 5640. a 14.
1 // 2
Pautkas Uhit , Toille de corton
blanche. b 19. 5700. a
I
5S/ī12/230
Pautkas Broun , Toille de corton
écruë. b 81. p 16100. a §.
1 /
GALANT. 163
Necanes large , Toille de cotton
rayée , bleue & blanche.
b 17. p. 1700. an. 1
Mecanes Narou , idem étroice.
b 38, p 4560. a 10- 1/4/
Guinea Stuffs , Toille de cotton
rayée bleuë & blanche,
b 31. p 9916. a 3.
Souaguzez Uhir , Toille de
cotton blanche. b 17. P
2040.214: 1
4
I:
Souaguzez , Toille de corton
écruë. b 16. p 1920. a 14 12
VVP N°. 2. 38. p. Toille de
cotton blanche. br.
a 14. 12/2
P 80% Р
Balots refaits de Toille de
O ij
164 MERCURE
cotton de differente qualité
& aulnage . b 6. p 1099,
Caifles de Canelle.b . 150.liv.
Poivre. 376030. livres .
Indigo . 410. bales , 98755 . livr.
Sel Armoniac. 296. bales
66304- livres.
Gommes. 7 bales 1100 livres.
Caffé. 150. bales , 55798 livres.
La réputation des Religieux
de l'Abbaye de la Trappe eft
tellement répandue dans le
monde , que je fuis perfuadé
que vous en verrez avec plaifir
l'Eloge que je vous envoye . Il
eft de M l'Abbé de Fourcroy.
GALANT. 165
LA
à la
A devote Abbaye de la
Trappe eft devenuë fi
celebre , que de tous les endroits
du monde on y vient
pour y admirer ces heureux
Martirs de la penitence. On
remarque les effets ſurprenans
de la grace de Dieu
veuë de ces illuftres Penitens ,
qui ont tout quitté pour pleu
rer dans le filence leurs pechez
, & pour travailler à leur
falut , comme à l'unique chofe
neceffaire. C'est dans ce
defert où les fuperbes deviennent
humbles , où les intem166
MERCURE
perans deviennent fobres , &
où l'on donne un frein auxlangues
des médifans & des
envieux. L'on y voit regner
la paix , & toutes les vertus
s'y rencontrent au fuprême
degré. La foy , l'efperance , la
charité, la douceur, la modef
tie , l'humilité , le recueillement,
la penitence & la componction
fleuriffent dans cette
fainte mailon. On n'y trou
ve que des fujets d'édification
, & on y voit des muets ,
qui par leur filence nous inftruifent
plus que les Predica.
teurs.par leurs difcours. Tou
GALANT
Igr
res leurs actionsfont faintes , &
n'inſpirent que lapieté Ils paffent
les nuits entieres à louër
leur Createur ; leurs efprits
s'élevent au deffus de toutes
les chofes prefentes , pour fervir
parfaitement à Dieu . Ils
employent les jours & les nuits .
à chanter des Pleaumes , &
des Cantiques , à mediter ſa
fainte Loy, & ils ont fans ceſſe
ſes loüanges dans la bouche.
Ils ne portent que des
habits tres -fimples & trespauvres
, leur marcher eft
grave & édifiant , ils ne ſouffrent
jamais que leurs yeux
168 MERCURE
s'égarent. Ils font paroiftre
fur leur viſage la ferenité de
leur ame ; ils obfervent un
filence exact, qui eft plus efti
mable que tous les difcours .
Leurs poffeffions confiftent
en ce qu'ils n'ont rien de propre
, & leurs delices dans
la privation des plaifirs . Dieu
feul eft la part de l'heritage
qu'ils efperent ; ils n'ont rien
en ce monde, & ils poffedent
rout ce qui eft au deſſus du
monde ; ils font morts à toutes
chofes , & cette mort les
rend immortels.Ilsemployent
chaque jour à cultiver leur
jardin ,
GALANT. 169
jardin , & durant leur travail ,
leur efprit ne ceffe jamais de
prier. Tout leur temps eft
employé utilement . Les heu
res leur paroiffent trop courtes
, pour s'appliquer à Dieu .
A peine prennent- ils les alimens
qui font neceffaires à la
vie , & ils ne peuvent le foumettre
à cette fervitude qu'avec
douleur. Qui pourroit exprimer
leur zele à s'exciter
dans la vertu , leur exactitude
à garder l'obfervance & la
difcipline, leur refpect & leur
obeiffance pour fuivre la regle
& la volonté de leurs Supe-
Fanvier 1695 .
P
170 MERCURE
tieurs ? Ils fe privent des cho
fes neceffaires , & les revenus
de leur Abbaye cftant fort
mediocres , ils travaillent des
mains pour nourrir plufieurs
pauvres . Ils s'occupent à reconcilier
la terre avec le Ciel,
& rien ne leur paroift penible,
pourvû qu'ils puiffent dé.
tourner les juftes & redou .
tables effets de la colere de
Dieu . En un mot , ce font des
hommes tout divins , qui retracent
en nos jours la vie
parfaite & admirable des plus.
celebres Solitaires . Y a-t -il
rien qui égale une telle fo.
GALANT 171
cieté Qu'y a - t - il de plus
charmant que cette union
qui regne parmy eux ? Des
gens qui font venus de pays
étrangers & de Nations dif
ferentes , le rtrouvent unis
dans une conformité fi
parfaite
, qu'on ne voit qu'une
feule ame en plufieurs corps ,
& que plufieurs corps ne paroiffent
que les organes d'une
feule ame. S'il y en a quelqu'un
d'entre eux qui foit
attaqué de quelque infirmité
dans le corps , tous compa
tiffent à fon mal , & leur plaifir
feroit d'eftre à la place de
Pij
172 MERCURE
celuy qui eft incommodé,
tant leur charité eft grande .
C'eſt d'eux dont le Prophete
a voulu parler dans fes Cantiques
, lors qu'il a dit , que
c'eft une chofé excellente & agreable
que de voir des Freres
unis enfemble dans une parfaite
union- Deſert heureux ,
vousétesle refuge de ceux qui
fe convertiffent au Seigneur.
Sainte retraite , la confolation
des affligez , & le rafraichiffement
contre les ardeurs
des paffions , que vous eftes
terrible aux malins efprits , &
agreable aux faints Anges !
GALANT. 173
Ovie folitaire Ivie Angelique,
que vous eftes aimable : quels
éloges ne meritez - vous pas ?
Mais il n'y a que ceux qui
jouiffent du repos & de la
douceur que vous donnez,
qui puiffent connoiſtre combien
vous eftes digne d'eftre
loüée. Subſiſtez à jamais , devot
Monaftere de la Ttappe ,
& foyez toujours la bonne
odeur deJefus Chrift.Et vous ,
illuftre & pieux Abbé . , dont
le Seigneur s'eft fervi pour
faire revivre dans ce fiecle
corrompu , la ferveur , la pieté
& la penitence des plus grands
Pij
174 MERCURE
Saints de l'Eglife , vous ferez
en benediction devant Dieu
& devant les hommes.
Ce que je vous ay écrit de
l'ordre que Mile Marquis de
Forville avoit établi à Marfeille
, pour repouffer les Ennemis
, en cas qu'ils fuffent
venus l'Efté dernier , a efté
trouvé d'une fi grande conduite
, & a fait tant de plaifir
à tous ceux qui ont lû cet
article dans la Lettre où je
vous ay appris qu'il a efté fait
Chef d'Efcadre , qu'on a fouhaité
de le connoiftre plus
GALANT.
175
particulierement . Ainfi , je
me fuis informé avec ſoin de
fa Famille ; & quoy que je
n'aye pas de couftume de
vous envoyer des Genealogies
auffi étendues que le fera
celle-cy , fur tout lors qu'il
ne s'agit ny de mariage , ny
de mort , je vous ay marque
plus d'une fois que quand il
feroit queftion de Maifons
étrangeres établies en France.
je vous en parlerois toujours
amplement , parce qu'
elles y font moins connuës.
C'eft ce qui m'engage à vous
dire que celle de Fortia , dont
Piiij
176 MERCURE
eft iffu M' le Marquis de Forville
-Pilles , eft originaire de
Catalogne, d'où elle fut tranf
plantée àmontpellier, & de là
uaComté d'Avignon . Elle eſt
defcenduë d'un Bernard de
Fortia, né au Chateau de Fortia
aux environs de Rofe,&frere
de Sibille de Fortia , Reine
d'Arragon , 4 Epoule du
Roy Dom Pedro IV. qui le fit
fon Lieutenant General en
Catalogne , & luy donna , &
àfes Succeffeurs , plufieurs
Terres & Seigneuries . Ce don
fut confirmépar l'Affemblée
generale de Monçon en 1384.
GALANT. 177
mais aprés la mort du Roy,
certe Reine & Bernard de
Fortia, fon frere , furent obligez
de fe refugieràBarcelone ,
à caufe des perfecutions du
nouveau Roy , qui confifqua
tous les biens de Bernard ; la
Reine Sibille y mourut en
1391. Ce fut en confideration
des biens importans que cette
Famille perdit en Catalogne
, lors qu'elle vint s'établir
en France , & en recompenfe
des fervices de M' de Durban,
Brigadier des Armées du Roy,
& Gouverneur de Mont-
Louis , lequel eft de la même
178 MERCURE
Famille de Fortia , & de la
branche de l'Ailné , que Sa
Majefté luy fit don de la confilcation
de la Terre & Seigneurie
de Fortia , dont il
toucha le revenu .
Jean de Fortia , Fils de Bernard
, fe maria à Montpellier
en 14:22 & fut Pere de Jean II.
qui eftant mort en 1493. fut
enterré dans fa Chapelle de
l'Eglife des Cordeliers , qu'il
dora par des donations . Il fit
un legs à chaque Convent de
l'un & de l'autre Sexe , auffi
bien qu'à tous les Hôpitaux
de la mefme Ville. Il legua laGALANT.
179
liberté à quatre Efclaves qu'il
avoit , avec cent écus d'or à
chacun , outre leur ſubſiſtan -
ce dans la maifon de fon Heritier
; & aprés avoir réglé la
reftitution de la dot de fon
Epoufe , en monnoye de Barcelone
, il fit un legs à Jean
III . de Fortia , fon petit Fils ,
& Trifayeul de M' le Marquis
de Forville , de la Tour & Jurifdiction
de Orte , en la Paroiſſe
Saint Denis deGobelez ,
Dioceſe de Barcelone , & fit
fon heritier Marc de Fortia
fon Fils , qui mourut en 1498 .
Jean III. fe tranfplanta de
+
180 MERCURE
Montpellier à Avignon en
150s . à l'occaſion de fon mariage
avec Françoiſe de Vital ,
Noble Romaine , que Bernard
II. de Fortia fon Frere
alla prendre à Rome , avec un
Paffeport du Roy Louis XII .
qui qualifie ces deux Freres ,
Citoyens de Montpellier , fest
bien aimez & familiers , & de
la Reine fon Epouſe , faifant
expreffe mention du train de
ce Bernard dans fon voyage
compofé de huit chevaux &
autant de Valets , or & argent,
joyaux & équipage , auffibien
que du fujet qui le fai-
16
3
GALANT. 181
foit aller à Rome , pour amener
fa Belle Soeur à Avignon .
Bernard à fon retour de Rome
, fe tranfplanta
dans la
Touraine , où il acquit les
Seigneuries de Paradis & de
la Branchoire , & fit la branche
de M' de Fortia , Confeiller
au Grand Confeil , Fils de
Meffire Bernard de Fortia ,
Doyen des Maiftres des Requeſtes
, mort en 1694.Il y a eu
dans cette Branche plufieurs
perfonnes confiderables
dans
l'Eglife , & dans la Robe , &. ,
particulierement
des Confeillers
d'Eftat , & un Evefque
182 MERCURE
qui mourut en allant prendre
poffeffion de fon Eveſché en
Bretagne. Claude de Fortia ,
Chevalier de Malte , qui mou.
rut en 1652. Capitaine d'une
des Galeres de Sa Majefté ,
eftoit de la mefme branche.
Jean III. de Fortia , qui fit
celle de Provence , poffeda à
Avignon les charges les plus
confiderables
. Il mourut en
1553. & fut Pere de Marc de
11. & de Charles de Fortia ,
lequel Charles fut Gouverneur
des Place , Chafteau , &
Fortereffe du Pont de Sorgues
. Marc II . de Fortia , quaGALANT:
183
ſe
lifié Magnifique Seigneur , dans
les documens , fut Seigneur
de Caderouffe. Il épousa Jeanne
des Henriquez à Avignon
en 1549. & Françoiſe de Filio .
li en fecondes noces , à Carpentras
en 1559. Il s'y tranfporta
à l'occafion de ce fes
cond mariage , & il y mourut
en 1582. ayant laiffé trois Fils ,
Gilles & Jean IV. de fon premier-
mariage , & Paul de Fortia
, du fecond , avec une tresriche
fucceffion , dont ils he
riterent également . Ces trois
Freres firent les trois bran184
(
MERCURE
ches des Seigneurs de Durban
, de Montreal , & de
Pilles.
Gilles de Fortia , qui fit celle
de l'Aîné , fut Chevalier de
l'Ordre du Roy , Seigneur de
Caderouffe & de Durban ,
Gentilhomme ordinaire de
la Chambre , & Capitaine
d'une des Galeres de Sa Majefté,
ll épousa en 1582. Lucre .
ce de Galien , des Seigneurs
des Iffars ; en 1592 Laurenfe
de Toulon , des Seigneurs de
Sainte Jalle, en 1595. Françoife
de Roquart , des Seigneurs
de Roquart , n'ayant laiffé
GALANT.
185
des Enfans que de la derniere ;
fçavoir , Louis de Fortia , Seigneur
de Caderouffe & de
Durban , qui époufa en 1618 .
Gabrielle de la Salle , des Seigneurs
de la Garde ; & Jean
Baptifte de Fortia , qui fut
receu Chevalier de Malte
en 1639; & qui mourut en
1642. De Louis de Fortia naquirent
Louis II . & François
de Fortia . Louis II . fut pre :
mier Capitaine & Comman
dant un Bataillon du Regiment
de la Marine , & épou
fa en 16,1 . Marie de Vivet de
Montelus . François eft celuy
Fanvier 1696. Q
196 MERCURE
dont on a déja parlé , Briga
dier des Armées du Roy &
Gouverneur de Mont -Louis.
De Louis II. font iffus Paul &
Jacques - Jofeph de Fortia .
Paul, Seigneut de Caderouffe
& de Durban époufa en 1681 .
Marie-Efprite de Viffec de la
Tude de Ganges , & Jacques-
Jofeph , connu fous le nom
de Chevalier de Durban , fut
Capitaine dans les Regimens
d'Infanterie de Piemont & de
Tournaify. Il eut la majorité
de ce dernier , & ſe diſtingua
au Siege de Coni , où il eut
une épaule caffée d'un coup
de moufquet.
GALANT. 187
La branche des Seigneurs
de Montreal fut commencée
par Jeau IV. fecond Fils de
Marc II. de Fortia . Ce Jean
IV. fut Seigneur de montreal,
& époufa en 1583. Françoile
de Seytre , des Seigneurs de
Caumont , dont il eut Paul de
Fortia . qui fut Seigneur de
Montreal & de Bedarrides ,
Capitaine d'une des Galerés
du Roy , nommée la мontreale
, & qui fe trouva aut
combat des quinze Galeres
d'Eſpagne en 1638. ayant empoé
une Capitane d'Efpagne
. Paul dont on vient de
Qij
189 MERCURE
parler , épouſa en 1613. Catherine
de la Salle , des Seigneurs
de la Garde , & de ce mariage
nâ quirent Gafpard de Fortia ,
Seigneur de Montreal & de
Bedarrides, qui tur Capitaine
de la même Galere ; Louis de
Fortia, Evelque de Cavaillon ,
& enfuite de Carpentras , ſur
la démiffion du Cardinal Bichi
, & qui mourut en 1660 .
Dominique de Fortia , receu
Chevalier de Malte en 1632.
& qui mourut Capitaine d'u
ne des Galeres de Sa Majefté
; Henry de Fortia , re cu
auffi Chevalier de malte en
GALANT: 189
1631. & qui fut tué dans un
combat de mer au lervice de
la Religion , Jean - Louis de
Fortia , connu fous le nom
de l'Abbe de Montreal , &
Paul de Fortia , receu Chevalier
de malte en 1674 Gaipard
de Fortia , dont on a parlé ,
époula en 1655 Françoiſe de
Nogaret de Calviffon . De ce
mariage font iffus Jules de
Fottia , Seigneur de Montreal
& de Bedarrides , qui époufa
en 1684 Françoiſe de Saffenage
du Dauphiné .
La Branche des Seigneurs
de Pilles , de laquelle M' le
190 MERCURE
Marquis de Forville eft iffu ,
fat commencée par Paul de
Fortia , fon Ayeul , & troifié
me Fils de Marc II . lequel
Paul qualifié Haut & puiſſant
Seigneur dans les titres , fut
Seigneur de Pilles , Baron de
Baumes , & autres Places . Il
fut fait Capitaine d'une Compagnie
d'Ordonnance fous
Henry III . en 1532. Mestre de
Camp de la Cavalerie Legere
& étrangere en France , fous
Henry IV. en 1591. Gentilhomme
ordinaire de la
Chambre du Roy en 159 .
Gouverneur de la Ville & Ci
•
GALANT: 198
tadelle de Berre en 1596 .
Chevalier de l'Ordre du Roy
en la même année , Gouverneur
des Places du Chafteau-
Dif, Rotonneau , Pommegues
& Ifles de Marfeille , & Capitaine
d'une des Galeres de Sa
Majefté , nommée la Pille ,
en 1598. dans laquelle annee
Il eut dix-huit mille livres de
gratification du Roy , avec
un Brevet de quatre mille
francs de penfion , en recom .
penſe de fes fervices ; & enfin
il fut fait Confeiller d'Eftat
d'Epée en 1608. Il époufa en
1599, Jeanne de Toulon de
192 MERCURE
Sainte Jalle , Fille de Fouquet
de Toulon , Chevalier det
l'Ordre du Roy, Seign ur de
SainteJalle & de Saint Marcellin
, Lieutenant de Sa Maicfté
en Languedoc , Capitaine de
cent Gentilshommes , Fils
de Lois de Toulon , premier
Preſident au Parlement
de Grenoble , & Neveu de
Didier deToulon Sainte Jalle ,
élu Grand Maistre de Malte
en 165. Ce Paul de Fortia
mourut en 1521.dans fon Gouvernement
du Chateau d'If,
laiſſant fix enfans ; fçavoir
Paul II. Ludovic , Galpard
Jofeph
GALANT: 193
Jofeph , Charlotte & Sibille
de Fortia. Paul II . Pere de
M' le Marquis de Forville ,
fut élevé auprés du feu Roy ,
en qualité d'Enfant d'honneur
. Il fut pourvû d'une
Compagnie franche , en garnilon
au Chafteau d'Ifen 1611.
n'eftant alors âgé que d'onze
ans , & de la furvivance de
tous les Gouvernemens de
fon Pere , auffi bien que
Commandement de la mcfme
Galere en 1614. Il fut fait
Mestre de Camp de la Cava
lerie Legere & Etrangere en
France en 1621. & pourvû d'un
Fanvier 1696.
R
du
194 MERCURE
Regiment d'Infanterie qui
portoit fon nom de Pilles en
1635. Il fignala fa valeur en plufieurs
occafions , & fur tout
au Siege de Montauban . Ses
fervices , fon experience &
fa fidelité luy ayant fait acquerir
l'eftime & la confian
ce de fon Prince , Sa Majefté
luy donna l'adminiftration
des affaires de la Province
dans le temps des Troubles
de Provence , qu'Elle fit cef.
fet les fonctions des Procu
reurs du Pays. On luy fit expedier
un Brevet de quatre
mille livres de penfion en
GALANT. 195
.
1644- Il fut fait Maréchal des
Camps & Armées du Roy en
1649. & Gouverneur Viguier
de Marfeille en 1660. En ce
temps-là Sa Majesté voulut
bien luy donner encore une
matque diftinguée de fon
eftime , en luy faifant l'honneur
de le faire fouper avec
Elle à Tarafcon. Il époufa en
1627 Marguerite de Coüet ,
Fille du riche Baron de Couet
& de Lucrece de Grace , Baronne
de Bormes , dont l'autre .
Fille avoit épousé Gaſpard de
Forbin , Marquis de Soliers ,
Gouverneur de Toulon , l'Ai-
Rij
196 MERCURE
né de la Branche de Palame
des de Forbin , Lieutenaur
general en Provence fous
Louis XII. Ludovic de Forria
, frere de Paul II . a efté un
des plus vaillans hommes de
fon temps. Il fut premier Ca
pitaine du Regiment de la
Marine , & Capitaine d'une
des Galeres de Sa Majesté. Il
mourut au Siege de Portolongo,
où il fut tué d'un coup de
canon. Gafpard de Fortia de
Coftechaude , & Jofeph de
Fortia de Forville , autres freres
de Paul II . furent auffi
tuez au ſervice de Sa Majesté,
GALANT. 197
le premier au Siege de la Rochelle
, à la tefte du Regiment
de fon freie Ainé , & l'autre
combat de quinze Galeres
d'Eſpagne devant Genes .
Charlote de Fortia , leur
Soeur , fut mariée à Paul de
Miſtral , Seigneur de Mondragon
, Benbartane , & autres
Places , fils de Paul de
Miſtral , Seigneur de Crofes
& de Dons , & de Silvie de
Brancas , fille d'Ennemond
de Brancas , Baron d'Oyfe &
de Vilars , & de Catherine de
Joyeuſe , Soeur du Maréchal
de Joyeuse , & Mere d'André
R iij
198 MERCURE
de Brancas , Amiral de France
, & de Georges de Brancas,
sen faveur duquel la Terre de
Vilars fut érigée en Duché.
Sibille de Fortia , l'autre Soeur,
fut mariée à Loüis Aldonfe
de Thefan de Venalque , Chevalier
de l'Ordre du Roy ,
Marquis de Saint Gervais ,
Comte de Nabuton , Baron
de Negran & Caſtenet , Seigneur
de Metamis & Seneviers
Venafque , Saint Didier,
& autres Places , dont le Pere,
auffi Chevalier de l'Ordre du
Roy, avoit épousé la Sout
du Comte de Clermont LoGALANT.
199
deve , dont l'autre Soeur fut
mariée au Duc d'Arpajon .
Du mariage de Paul II . &
de Marguerite de Coüet , nâ
quirent Charles- Bernard de
Fortia , Baron de Baumes ,
Marquis de Sainte Jalle , Seigneur
de Saint Marcellin &
autres Places. Il fignala fa
valeur en Flandre , dans l'Armée
commandée par le mal
réchal d'Aumont , & parti .
culierement aux lignes d'Arras
. Il époufa Marie de Tolon
Sainte Jalle , heritiere de la
Maiſon de Sainte Jalle , &
dont la Mere Louife de Bon-
R iiij
200 MERCURE
ne eftoit fille du marquis
d'Auriac , coufin - germain coufin - germain
du Conneftable de Lefdiguieres.
De ce mariage eft
iffu Jofeph de Fortia , Marquis
de Sainte Jalle , fils unique.
Paul III . de Fortia , Mar
quis de Pilles , Seigneur de
Peirwis, Pioufin , Auges , мont .'
fort , Coftechaude , & autres
Places , & Gouverneur de
celles du Chafteau d'If, Ro-
Pommegues &
tonneau
Illes de Marſeille fut pourveu
de ce Gouvernement
en
1660. Ilépousa en 1675. Geneviefve
de Vento des Pennes,
GALANT . 201
fille du Marquis des Pennes
& de Renée de Forbin de
Janfon , four aifnée de Mr
le Cardinal de Janfon . De
ce mariage font iffus Alphonfe
& Touffaint de Fortia de
Pilles , qui au fortir d'eftre
Pages du Roy , font entrez
dans les Moufquetaires de Sa
Majefté, où ils fervent actuellement.
Gafpard de Fortia ,
troifiéme fils de Paul II. &
qu'on nommoit M' Daubre,
fut tué au fiege de Gigeri en
1664 Alexandre, de Fortia fon
frere , connu fous le nom de
l'Abbé de Pilles , eft Seigneur
202 MERCURE
fpirituel & temporel des lieux
de Saint May , Remufac &
leurs dépendances . Alphonfe
de Fortia , cinquiéme fils
de Paul II. eft M le Marquis
de Forville , à l'occafion duquel
cette Genealogie eft
donnée . Il fut Officier aux
Gardes Françoifes du Roy
en 1659. Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment des
Cravates en 1667. Capitaine
d'un des Vaiffeaux de Sa мajefté
en 1669. Capitaine d'une
de les Galeres en la mefme
année , Gouverneur Viguier
de Marſeille en 1682 .
GALANT. 203
*
Lieutenant de Roy en Provence
, au departement d'Aix
en 1693. Chevalier de l'Ordre
Militaire de Sa Majesté en
1693. & Chef d'Efcadre des
Galeres en 1695. Jofeph de
Fortia fon frere , fut receu
Chevalier de Malthe en 1657.
& mourut à Meffine , fur la
Galere commandée par M
le Marquis de Forville fon frere
, dont il eftoit Lieutenant.
Jeanne de Fortia , fille de
Paul II. fut mariée à Annibal
de Grace , Comte du Bar, Fils
de Charles de Grace , Comte
du Bar & de Marguerite de
204 MERCURE
Grimaldidu Beüil , Fortia porte
d'azur à une Tour ronde , crenelée
de quatre pieces d'or, maçonnée de
fable , portée fur un tertre de
finople.
Le Jeudy 29. du mois paffé,
Mr Dacier , connu par tant
d'excellentes Traductionsdes
Ouvrages de nos meilleurs
Auteurs Grecs & Latins , accompagnées
de fçavantes notes
, fut reçû à l'Academie
Françoiſe ,à la place de feu M
l'Archevefque de Paris . Aprés
avoir marqué fa reconnoiffance
à ce Corps illuftre , par
des termes qui faifoient conGALANT.
205
noiftre à quel point il eltimoit
la grace qu'il avoit reçue
, il dit que le grand Armand
de Richelieu , qui faifoit
mouvoir avec tant de
force & d'adreffe tous les
refforts de l'Etat , fous Louis
le Jufte , perfuadé qu'inutilement
il auroit jetté les fondemens
d'une Puiffance fuperieure
à toutes les autres , s'il
ne luy affeuroit par les Lettres
, feulés capables d'éternifer
la grandeur des Empires,
une gloire qui ne puſt jamais
finir ,avoit embraffé avec ardeur
laProtection de l'Acade206
MERCURE
*
mie naiſſante , afin que com
me la France avoit herité de
la valeur des Grecs & des
Romains , elle fuccedaft auffi
à leur éloquence , & qu'elle:
trouvaft dans fon fein des :
hommes capables de publier:
dignement fes grands Exploits
; que l'application de
ce Miniftre à calmer les orages
que ce nouvel établiffement
avoit excitez , & fonattention
à perfectionner fes
Regles & fes Statuts , étoient
pour ce Corps , des Titres
bien glorieux ; Mais , ajoutat-
il , il fit davantage , il voulut
GALANT. 207
Meffieurs , animer tous vos def
Jeins. Cette Ame remplie des idées
immortelles , qui ont produit ce
grand ouvrage de Politique , où
tous les Etats pourroient puifer
les regles d'un heureux gouvernement
; & qui ferviroit encore à
nous conduire , fi Dieu n'avoit
misfur nos teftes un Genie fuperieur
, qui dans l'art de regner ne
peut avoir de Maistre que luymefme
; cette Ame incapable de
s'occuper que de chofes proportionnées
à fa grandeur , devient l'ame
de vofire Compagnie , & cet efprit
qui , comme une Divinité, chan .
geoit àfon gréla face de l'Europe ,
208 MERCURE
travaille de concert avec vous
changer noftre langue & à la tirer
du nombre des langues barbares
, en la dépouillant de tout ce
qu'elle avoit de bas & de rude ,
enluy donnant de l'harmonie ,
de la force , de l'élégance , & de
la Majesté. Il n'oublia pas
l'Eloge de Mile Chancelier ,
qui avoit eu l'avantage de
fucceder à ce premier Ange
tutelaire de l'Academie , &
ce qui eftoit infiniment plus
glorieux , de preparer les
voyes au grand Prince qui
aprés luy,avoit daigné l'honorer
de la Protection auguſte,&
GALANT. 209
la recevoir dans fon Palais . Il
parla de la perte qu'elle avoit
faite de Ml'Archevefque de
Paris , que fon merite & fes
travaux avoient placé fur le
Siege le plus important de ce
Royaume. Il dit que la politeffe
de ce Prelat n'eftoit pas
une fuperficie fans profondeur
, mais le dehors éclatant
de plufieurs qualitez intrieures
également folides , veritables
fources de la moderation
, de l'affabilité , de l'humanité
, des Graces , qui pour
le rapprocher de fes inferieurs
, cachoient ou temp-
Fanvier 1096 .
S
210 MERCURE
roient la Superiorité , & qui
faifoient que ceux qui l'approchoient
eftoient toûjours
contens de luy & d'eux - mefmes
, & que fa douceur eftoit
accompagnée de toute la fage
fermeté que donne une
dignité fi haute. Il ajouta
les differens talens de
que
la parole
n'avoient
jamais
paru avec plus d'éclat
que
dans fes Difcours
publics ,
& dans fes
Conferences
particulieres
; qu'il plaifoit
dans celles - cy par fa folidté
& par la noble fimplicité
avec laquelle
il expliquoit
les
GALANT 211
plas grandes difficultez de la
Theologie , & faifoit fervir
les lumieres des autres comme
les fiennes , à l'éclairciffement
de la verité , fans opiniaftreté,
fans enteftement, &
fans envie , que dans fes Difcours
publics il égaloit toujours
la grandeur de fon fujet
avec une facilité fimerveilleufe
, qu'on ne pouvoit diftin .
guer les actions fur le champ ,
d'avec celles que la reflexion
avoit travaillées , & qu'on
trouvoit dans les unes comme
dans les autres , la grace & la
force , l'abondance & l'arran-
Sij
212 MERCURE
gement. Il parla de la force
avec laquelle il avoit foutenu
les interefts
de l'Eglife
, ceux
du Roy & de l'Etat dans neuf
Affemblées
du Clergé aufquelles
il a eu l'avantage
de
prefider
du fervice qu'il
avoit rendu à l'Eglife en découvrant
les illufions & le
poifon funefte d'une doctrine
de tenebres , qui fappant les
fondemens
que la verité mê.
mea polez , jette les hommes
dans un criminel abandon
& dans une fecurité mortelle
; & enfin des fentimens de
reconnoiffance
éternelle
que
GALANT. 213
devoit avoir l'Academie pour
cet illuftre Prelat , qui avoit
obtenu pour elle la protection
dont elle joüit , & qui
a efté fuivie de la glorieufe
diftinction qui l'égale en
quelque maniere aux premicres
Compagnies de ce Royaume
. Il prit de là occafion de
louer le Roy , & dit que l'Eloquence
eftant fille de la verité
, c'eftoit la rendre digne
de fon origine , & la confacrer
àfon veritable uſage que
de l'employer à immortaliſer
la gloire de ce grand Prince.
Jamais , pourfuivit il , on ne luy
214 MERCURE
a donné d'objet plus digne d'elle
qu'un Roy , qui eft perfuadé que
les hommes ne font grands qu'à
mesure qu'ils font juftes , qui regarde
la foumiffion qu'il a pour
Dieu , comme lafource & laborne
de l'autorité qu'il a fur les
hommes,&qui dans une puiſſance
fuperieure est toujours lié par
les loix & par la fageffe , dont les
liens luy deviennent , comme parle
unfage , une protection deforce
une baze de vertu. Quel fpectacle
plus admirable , Meffieurs,
plus dignede vos Eloges, pu'un
homme dont Dieu a rempli l'ame
defplendeurs , pour me fervir de
GALANT 215
l'expieffion d'un grand Prophete ,
qui eftant le plus grand des
Rois par fa naiffance , par la di.
gnité de fa Couronne , par fes vi-
Etoires , par l'étenduedefes Eftars,
eft encoreplus grandpar les exem .
ples qu'ildonne. C'eft luy quirem
pliffant tout le devoir d'un veritable
Roy , qui est proprement le
Miniftre de Dieu , pour rendre
beureux les Peuples , a brifé les
chaines qu lioient une grande partie
de fes Sujets , & a fait tomber
une rosée de lumiere fur ceux
qui estoient couchez dans les tcnebres
. Cent Peuples irriteZ de
fes vertus fi éclatantes , &con.
216 MERCURE
jurez pour le plus horrible des at ·
tentats , fondent fur ce Royaume
avec un bruit effroyable , de tourbillon,
de rempefte, & de feu . Louis
le Grandfoutenu parle bras invifible
qui a toujours esté fon bouclier
& fon azyle , s'oppofe feul
à cette foule d'Ennemis. A me-
Jure que cette bydre croift , la
force & le courage de ce Prince
fe multiplient. C'auroit efté un
triomphe tres- glorieux de refifter
à tani de Puiances unies ; mais
fa pieté obtient du Dieu des Armées
des Victoires pleines de merveilles
, qu'il n'attendoit pas de
fon bras M' Dacier s'étendit
en
GALANT. 217
#
enfuite fur les efperances
que nous devons concevoir
ď une guerre, entrepriſe pour
diffiper une Ligue injufte ,
pour proteger un Roy précipité
du Trône , & pour affurer
le triomphe de la Religion
, & dit que plus cette
Ligue s'efforçoit de ranimer
fon courage , pour avoir repris
une feule de ſes places ,
aprés fept années de mauvais
fuccés , plus elle nous faifoit
voir la fierté & l'affurance
que nous devoient donner
tous nos avantages.
Aprés que M' Dacier eut
Fanvier 1696 .
T
218 MERCURE
achevé fon Difcours , M
l'Abbé de Clerambault , a
lors Chancelier de l'Academie
, luy répondit d'une ma
niere , qui fit connoître qu'il
eftoit tres digne de fe trouver
à la tefte de cette celebre
Compagnie. Après avoir
fait l'éloge de feu M' l'Archevefque
de Paris , dont la
perte eftoit également grande
pour l'Academic & pour
l'Eglife , il dit que fi là ſa .
geffe du Prince avoit reparé
pleinement celle de l'Eglife,
pas le choix d'un fujer , dont
le merite & la vertu ne
GALANT. 219
luy laiffoient rien mefme à
fouhaitter , on pouvoit dire
que la perte de l'Academie
n'eftoit pas moins heureuſement
reparée par un Confrere
auf fameux dans les
lettres que M' Dacier , qui
avoit efté formé au bon goût
par les plus grands Maiſtres .
Il parla de fes Traductions
élegantes , de fes fçavantes
Remarques , & de l'art merveilleux
qu'il avoit trouvé de
nous rendre faciles & aimables
, ces Connoiffances
ab.
ftraites recueillies des Monumens
de l'antiquité
, ou
Tij
220 MERCURE
.
renfermées jufqu'icy dans
les Ecrits de quelques Sçavans
obſcurs . Heureux , ditil
, dans des Recherches fi laborieuſes
d'avoir pour Compagne·
úne Perfonne qui fait tant d'honneur
à fonfexe & à noftre fiecle.
Cet éloge fit plaifir à tout le
monde. Et qui ne connoiſt
pas le merite de l'illuftre madame
Dacier. M' l'Abbé de
Clerambault ayant enfuite
felicité ce nouveau Confrere
de l'heureux engagement où
il fe trouvoit d'affeurer la
perpetuité de fon nom ,
en exerçant fon éloquen
GALANT. 221
w
>
ce fur un fujet veritable
ment digne d'elle , Ce ne
peut eftre , continua t - il , que
Louis le Grand noftre Augufte
Protecteur , fi élevé au deffus des
autres hommes , par le rare concours
de tant de perfections &
quoy que la grandeur , & s'il
faut ainfi dire l'immensité
de la matiere , foit redoutable
aux plus grands Maiftres , fou
tenue neanmoins de cette longue
babitude contractée par vos veilles
avec tant de Heros , vous
pourrez plus aifement inftruire
la pofterité des merveilles de fon
regne. La parfaite connoiſſan-
Tiij
222 MERCURE
ce de leurs differens caracteres ,
vous donnera lieu d'en tracer de
plus vives images en fa perfonne
& fi lafuperiorité avec laquelle
ce Prince poffede toutes
les vertus de ces grands Perfonnages
, vous empeſche de le faire
connoistre avec affez d'exa .
Etitude ; ce fera du moins de la
Imaniere la plus approchante de
la verité. Ces deux Difcours
s'attirerent de grands applau .
diffemens d'une Affemblée
fort nombreuſe ; & je ne
doute point que
le peu que
vous en envoye un extrait
, ne vous donne beauGALANT
223
coup d'envie de les voir
dans toute leur eftenduë .
Ils fe debitent chez le Sieur
Coignard , Libraire de l'Academie
, à la rue Saint Jacques
.
Je vous envoye une Fable
de M Diereville. Vous
n'avez rien veu de fa façon
qui ne vous ait pleu . Ainfi
je ne puis douter que vous
ne la liſiez avec plaiſir.
Tiiij
224 MERCURE
LE HIBOU ;
ET LES VAUTOURS.
Ꭰ
FABLE.
Dan
Hibou ,
Ans un Hameau certain
Né fous le Signe de Saturne,
Et qui ne voit le jour que par un
treu ,
Fut rencontré dans fa courſe no-
Eturne
Pardeux Vautours d'un naturel
filou.
Cet Oifeau de mvuvais augure'
Venoit de faire fa capture
Dans les Villages d'alentours
Les deux Vautours cachez fous un
toit de maſure
GALANT. 225
L'attendoient à deffein de luy jouer
an tour.
La piece fut executée
Ainfi qu'elle eftoit concertée.
Ces Vautours font intelligens,
Ils avoient (ceu prendre le temps
Que la nuit n'eftoit pas trop
brune ,
Et qu'aidez du clair de la Lune,
Et de mille autres feux encor plus
éclatans ,
Le Hibou couvoit la fortune
De ne pas échaper à leurs foins vigilans.
Ils faifoient trop bien fentinelle,
Le Hibou vient ; à fon afpect
Les deux Vautours fur luy tombent
dun feul coup d'aile,
Et luy faifant fentir & la ferre &
le bec ,
Ils le firent trembler d'une frayeur
mortelle.
228 MERCURE
D'où viens-tu , dirent- ils , vilain
Oifeau de nuit ?
Ca , donne ta proye, & fans bruit,
Sinon, gare une fin tragique.
Le pauvre Hibou fans replique,
Faità l'infant ce qu'on luy dit.
Ce n'est pas cependant fans peine ,
Mais les deux Vautours en ha
leine ,
De ce butin peu fatisfaits ,
Recommençant fur nouveaux
frais,
Ne luy laiffent pas une plume.
Ab , quel excés de cruauté !
En hiver, c'eft affezpourgagner an
bon rame.
LeHibo u dans fa nudité
De colere & de rage écume
De fe voir ainfi maltraité.
Après un tel outrage ,
Il entend les Vautours
GALANT. 229
Luy faire en leur langage
A peu près ce difcours.
Depuis longtemps dans ces retraites
Te donnant des airs d'Epervier,
Tu pourfuis certaines Fauvettes
Qui ne font pas de ton gibier.
Toy qui n'es deftiné que pour faire
la challe
Aux rats , aux mulots , Anx
fouris ;
Vilain Hibou, de son andace
Tu viens de recevoir le prix.
Va dire à tes pareils sa funefte
avanture,
A ces mots , les Vautours s'elancent
dans les airs,
Et le Hibou confus d'un fi honteux
revers ,
Cherche pour fe cacher la premiere
mafure.
228 MERCURE
Il y trouve d'autres Oiseaux
Al'abry de l'apre froidure ,
Qui voyant fa fotte figure ,
L'agaffent par des cris nouveaux
.
Alors chacun d'eux l'environne,
Mais après l'avoir bequesè ,
Touchez de voir comme il frif
fonne ,
De fes plumes chacun luy donne
De quoy couvrir la nudité
De fa biboutique perfonne .
S
A voir les Vautours fans quar
tier
Plamer le Hibeu de ma Fable,
Pour éviter un fort femblable,
Chacun doit faire fon métier.
GALANT 229
à
Il n'y a rien de plus extraordinaire
que ce qui eft arrivé
depuis quelque temps
un Cavalier plein de merite,
dans une des principales Villes
du Royaume . Il fortoit
d'une famille auf noble
qu'ancienne
; & il eftoit né
avec des inclinations quirépondoient
à cet avantage.
Comme rien ne contribuë
tant à former l'efprit & les
moeurs que les voyages , &
que fon pere luy avoit laiffé
affez de bien pour pouvoir
fournir agreablement à cette
dépenfe , il employa qua232
MERCURE
tre ou cinq années à voir les
Cours étrangeres
; & il en
revint avec des manieres dégagées
entierement des airs
rudes & groffiers qu'on reproche
à ceux qui ne fortent
point de la Province. Tous
fes Amis luy marquerent
une grande joye de fon retour
& il crut ne devoir
fonger qu'à jouir à l'avenir
d'une vie tranquille
. Son
bon goût , la politeſſe & fa
complaifance pour les Dames
luy donnerent un accés
facile chez toutes celles
qui fe diftinguoient
par quelGALANT
233
que endroit . Quoy qu'il contaft
des douceurs à la pluf
part , & qu'il en fuft écouté
avec plaifir , il ne laiffa pas
de les voir toutes affez indif.
feremment pendant plufieurs
mois mais enfin il
eftoit de fa destinée de per
dre cette indifference. Son
étoile l'entraîna chez une
jeune perfonne d'une beauté
wive , qu'il eftoit fort difficile
de voir ,
fans prendre
pour elle les fentimens
qu'infpire l'amour. Elle joi
gnoit à une humeur des plus
enjoüées une adreffe mer232
MERCURE
>
veilleufe pour le rendre aimable
à ceux qu'elle vouloit
engager; & tout ce qu'elle
difoit , eftoit foûtenu d'un
feu d'efprit , qui donnoit
toûjours à la converſation un
agrément incroyable. Auffi
avoit-elle une groffe cour
qu'elle avoit grandfoin de s'a
tirer, failant confifterfa gloire
à fe voir des adorateurs en
grand nombre. Plus elle en
avoit , plus elle applaudiffoit
à fes charmes , & vous jugez
bien qu'étant de ce caractere,
& fçachant l'eftime où le Cavalier
eftoit , elle cut grande
GALANT. 233.
attention à n'oublier rien
pour s'affeurer fa conquefte.
Elle y réuffit admirablement ,
& le Cavalier charmé du progrés
qu'il s'appercevoit que
fes foins faifoient de jour en
jour dans fon coeur , devint
en fort peu de temps le plus
amoureux de tous les hommes.
La Belle ravie de ce
triomphe qui ne pouvoit que
luy eftre glorieux , tâcha de
fe mettre en eftat d'en profter
par toutes les complai
fances qui pouvoient flatter
le Cavalier. Elle ne luy cachoit
point qu'elle avoit
Fanvier 1696.
V
236 MERCURÉ
pour luy les fentimens qu'un
amour qui plaift doit faire
naiftre , & dés qu'il marquoit
de la jaloufic pour
quelque Rival , ce Rival étoit
auffi-toft facrifié . Il n'y
avoit rien de plus engageant
que cette conduite , auffi en
tira-t-elle un grand avantage
, en difant au Cavalier
que fon Pere demandoit qu'il
s'expliquât , pour faire ceffer
les bruits qui couroient qu'el .
le n'avoit des yeux que pour
luy , & que peut - eftre il ne
la voyoit que par en amufement
qui ne devoit rien
GALANT. 237
produire . Le Cavalier amoureux
au dernier point , luy
proteſta qu'il n'avoit cher
ché à toucher fon coeur que
dans des veuës legitimes
qu'il eftoit preft de luy en
donner des marques , & que
le plaifir de s'unir à elle par
des liens que l'on ne puft
rompre , feroit pour luy le
bonheur fuprême . La Belle
luy dit cent chofes flateufes,
& ménagea fi bien fon efprit
, que deux jours aprés
elle l'obligea de fe declarer a
vec fon Pere.C'eftoit un home
me qui entendoit admirable
V ij.
236 MERCURE
ment fes interefts , & qui
voyant le party avantageux
pour fa fille , chercha a con.
clure fans aucun retardement.
Le Cavalier en montra
beaucoup de joye ; mais
il fut contraint de demander
le délay d'un mois pour
faire venir le confentement
d'un Oncle dont il devoit heriter
, & qui demeuroit dans
une Province fort éloignée.
Il fe tenoit d'autant plus certain
de l'obtenir , qu'ayant
paffé chez luy quelque temps
au retour de fes voyages,
cet Oncle l'avoit prié de ne
GALANT. 237
point tarder à faire choix
d'une femme , avec qui il puſt
s'affurer . de vivre heureux .
Le terme d'un mois parut
long au Pere , & voulant avoir
des affeurances
préciſes,
il ne l'accorda
, qu'à condition
qu'on figneroit
toûjouts
des articles avec un dedit de
dix mille francs . Le Cavalier
confentit
à tout . Les articles
furent dreffez & fignez
, & l'on arrefta que l'on
tiendroit
la chofe cachée ,
iufqu'à ce qu'on euft rêponfe
de l'Oncle. Cependant
l'attachement
que le Cava238
MERCURE
lier avoir pour la Belle fai
fans bruit par tout , la pluf
part des Dames qu'il conti
nuoir de voir luy firent
une espece de raillerie fur les
pouvoir qu'il donnoit fur luy
à la beauté , puis qu'il rendoit
tant de foins à la plus
coquette de toutes les file
les Les Portraits defa -1
greablés que chacune luy en
fit felon fon genie , plus ou
moins porté à découvrir
ce qui eft blâmable , blefferent
fa délicate ffe , mais il eut
encore bien plus à fouffrir .
quand on ajoûta tout d'une
GALANT.
239
·
voix , qu'il ne falloit pas eftre
furpris qu'elle eût une groffe
Cour ; qu'elle écoutoit fans
aucune diftinction de merite
tous ceux qui luy en contoient
, que c'eftoit un feur
moyen pour avoir beaucoup
d'Amans , mais que rarement
on trouvoit par là un Epoufeur
, à moins que quelque
Etourdy nevinst donner dans
le piege. Le Cavalier touché
au vif du reproche , commença
d'apprehender d'eftre l'E .
tourdy qui s'eftoit impru
demment laiffé furprendre à
l'éclat de la beauté. Il ouvrit
440 MERCURE
le
les yeux fur la conduite , & fa
paffion s'afforbliſſant par
dépit de le voir la dupe d'un
amour trop prompt & trop
aveugle , il ne trouva plus la
mefme perlonne qui luy avoit
匪
jufques - la paru toute aimable .
La complaifance qu'elle avoit
de répondre avec enjouëment
à tout ce qu'on luy difoit
de flateur , luy fit une peine
qu'on ne fçauroit exprimer.
I la voulut obliger à
prendre un air ferieux fur ces
fortes de douceurs , qui ne .
devoient plus luy plaire , puis
qu'elle s'eftoit refoluë à ſe
donner
GALANT. 24 !
toute à luy , & comme elle
cherchoit à le mettre fur
le pied d'un Mary commode ,
elle répondit que les femmes
ne renonçoient jamais au plaifir
d'eftre louées , & que luymefme
il devoir s'en faire
beaucoup , de voir qu'on la
trouvaft belle & toute brillante
puifque les elo –
ges qu'elle recevoir , faifoient
connoiftre qu'il eftoit
d'un fort bon gouſt de l'avoir
choifie pour Femme.
D'ailleurs , elle pretendoit
que le mariage feroit bien
gefnant , fi en prenant un
Fanvier 1696.
X
242 MERCURE
Epoux , il falloit ceſſer de vivre
agreablemeut avec fes
amis . C'eftoit s'avouer coquette
elle-mefme , que de
laiffer échapper ces fentimens
, mais il y eut encore
plus. Le Cavalier qui voulut
approfondir la conduite,
apprit de divers endroits
qu'elle avoit eu des galanteries
fecrettes , qui en mettant
la vertu en doute , avoient
fait un tort irreparable
à fa reputation . Elle avoit
difparu tout d'un coup dans
ces temps là , & ſon abſence
GALANT. 243
quelque couleur que l'on eût
pu luy donner , effort tou
jours demeurée fufpecte Le
Cavalier aimoit trop la gloire,
pour vouloir encore écouter
aprés cela l'amour aveugle
qui l'avoit feduit . Il refolut
de ne plus jamais fonger
à la Belle ; & le premier
deffein qu'il forma , ce fut
de voyager de nouveau , &
de s'éloigner d'un lieu où il
avoit pris un engagement
qui luy faifoit honte ; mais
le dédit des dix mille francs
qu'il avoit figné , ne luy permit
pas de l'executer. Il fal-
X ij
244 MERCURE
2
I
loit fortir de cette affaire ; &
ce n'eftoit pas une chofe
aifée. L'embarras d'efprit
où il fe trouva , ayant don
né quelque atteinte à fa
fanté , il fur obligé de garder
la chambre pendant huit
jours , pour quelques remedes
. La Belle qui l'alla voir
quelquefois , s'ennuyoit prefque
auffi - toft avec luy , rien
n'eftant moins de fon gouft
que l'entretien d'un malade ,
& il fçavoit que loin que fon
mal la tint inquiete , elle
recevoit des vifites agreables
où elle exerçoit la belle
"
GALANT. 245
humeur. Cependant le tempss'avançoit
toûjours
Cavalier avoit receu le con-
& le
fentement qu'on attendoit
pour faire le mariage . Il s'épuifoit
tous les jours à imaginer
quelque moyen de le
rompre, & enfin rien ne luy
parut plus feur pour cela ,
que de le faire croire accablé
de dettes. Le remede
eſtoir un peu violent , puifqu'il
ne s'en pouvoit fervir
fans éclat ; mais enfin rien
ne luy fembloit facheux pour
festirer du mauvais pas où
il s'eftoit mis llalla trouver
X iij
246 MERCURE
le principal Juge de la Ville
, qui eftoit de fes amis , &
de concert avec luy , il fe
rendit priſonnier. Le bruit
courut par tout dés le lendemain
qu'un creancier l'avoit
fait arrefter pour mille
>
écus ; &&
que s'il ne donnoit
ordre à le fatisfaire promptement
il eftoit à craindre
qu'on ne le retinft pour des
fommes plus confiderables .
La plufpart de fes amis qu'il
avoit en fort grand nombre,
s'emprefferent à luy aller of.
frir le fecours qui luy pouvoit
eftre neceffaire. Vous
GALANT 247
jugeż bien qu'il refufa tout,
n'ayant en effet befoin de
rien . La nouvelle de fon
emprisonnement fut un fort
grand fujet de furpriſe pour
Le Pere de la Belle , qui s'alarma
de ce qu'on diſoit , &
qui commença à fe repen .
tir de s'eftre engagé avec un
homme , dont les affaires
pouvoient n'eftre pas dans
Fordre. Il ne put fe difpenfer
d'aller apprendre de luy
ce qu'il falloit faire pour le
mettre en liberté . Le Geolier
qu'on avoit inſtruit , demanda
en le voyant , s'il ve
X iiij
248 MERCURE
noit empefcher comme les
autres , qu'on ne fift fortir le
Cavalier , & dit que depuis
le peu de temps qu'on l'avoit
mis en fa garde , il avoit
efté déja recommandé pour
plus de dix mille écus . Quel
coup affommant pour un
homme qui croyoit avoir
trouvé un Gendre qui le de
faifoit heureuſement d'une
Fille , dont la garde commençoit
à le laffer ! Le Cavalier
ne s'expliqua point
préciſement avec luy fur ce
qu'il pouvoit devoir à fes
Creanciers ; il pretendie feu-
"r
GALANT 249
lement qu'il y avoit beaucoup
de difficultez à éclair .
cir fur toutes les fommes
qu'ils luy demandoient , & ;
témoigna eftre refolu de demeuter
plutoft prifonnier
toute la vie , que de les payer,
s'ils ne confentoient à luy en
remettre une partie . Ce n'étoit
pas là le compte du Peore.
Il attendit encore quelques
jours , & jugeant par
les dettes que l'on décou
vroit du Cavalier qu'il en
avoit encore d'autres qui abforberoient
la plus grande
partie de fon bien , il luy fit
30 MERCURE
dire qu'il n'eftoit pas raifonnable
que les articles qu'ils
avoient fignez enfemble fubfiftaffent
au defavantage de
fa fille , pour qui il s'offroit
divers partis ; que la connoiffance
qu'on avoit du mauvais
eftat de fes affaires devoit
fuffire pour les rendre nuls ,
& qu'il feroit bien injufte ,
s'il pretendoit tirer avantage
d'un dédit qui devoit eftre
fans force , quand le mariage
dont il faifoit l'affurance,
n'eftoit plus faiſable entr'eux.
Le Cavalier qui ne fouhaittoit
rien tant que cette ruGALANT
251
pture , pour laquelle il auroit
fait encore pis que de
fe mettre en prifon , ne fit
pas le difficile pour confen .
tir à ce qu'on vouloit de luy.
On obferva les ceremonies
accoûtumées , le Cavalier fut
conduit entre deux Guichets ,
& un Notaire appellé , dreſſa
un acte , par lequel tout ce
que le Pere de la Belle avoit
figné avec luy , fûr declaré
nul . On n'avoit point fçû
juſques là qu'il y euſt un engagement
de mariage ; & on
ne put s'empefcher de dire
en l'apprenant , que la dif
212 MERCURE
1
grace du Cavalier ne luy étoit
pas entierement defavantageufe
, puis qu'elle le dégageoit
du plus grand malheur
que puft craindre un honnette
-homme. La Belle qui
n'avoit jamais aimé qu'elle
mefme , fe confola ailément
de l'avanture avec les autres
Amans . Elle demandoit en
plaifantant , fi elle n'eftoit
point obligée d'aller quelquefois
tenir compagnie
au
Ĉavalier
, qui ſelon les appas'ennuyeroit
long.
rences
temps dans le lieu où il étoits
& ce ne fut pas un petit fajet
1
GALANT
253
d'étonnement pour elle &
fon Pere , d'apprendre deux
jours aprés qu'il eftoit en li
berté. Ses amis ravis de le
voir tiré d'affaires , lui demanderent
comment il avoit
pû en fortir fitoft.. Il répon
dit en riant , fans vouloir rien
dire davantage , qu'il n'avoit
que d'honneftes Creanciers,
qui l'avoient laiffé aller fur
fa parole , & que fi jamais
il s'avifoit de fe vouloir marier
, il conſeilloit à ceux qui
y prendroient intereft , de
s'informer plus à fond de
l'état de les affaires. Cepen254
MERCURE
dant il eut beau cacher la
verité de l'hiſtoire , an la devina
, fur ce que les preten
dus Creanciers ne fe nommoient
point , & qu'il s'eftoit
trouvé libre , fi toft que le
dédit des dix mille francs n'avoit
plus efté à craindre pour
luy. On fit plufieurs contes
qui ne furent pas agreables
pour la Belle ; & l'on dit tout
haut , qu'il n'y auroit point à
balancer , s'il falloit choifir
entre une prifon perpetuelle,
& le malheur d'avoir à paffer
fa vie avec la plus grande des
Coquettes.
GALANT. 255
Je vous ay déja parlé de
quelques réjoüiflances faites
pour la naiffance de M' le
Prince de Dombes. La Ville
de Thoiffis n'a pas oublié de ,
marquer fon zele fur cette
naiffance. Mrs de Ville firent
élever un Feu de joye, qui attiraunnombreinfiny
de peuple
des environs le 21. du mois paffé.
L'édifice de ce feu reprefentoit
leTemple de la Gloire,
dont la Statue étoit à l'entrée.
Elle tenoit par la main un
petit Enfant reveſtu d'une
robe royale , & luy montroit
dans ce Temple la place qu'il
256 MERCURE
y devoit occuper un jour.
L'Architrave eftoit d'un Ordre
Compofite, & fur le fronton
on lifoit ces Vers .
Sans eſtre prévenu pour ce jeune
Heros ,
Qui promet à la Dombe un
éternel
repos
Ilfera fans égal dans la paix ,
dans la guerre
.
Ilfervira d'exemple aux Princes
de la terre.
On le verra paréde ces traits
glorieux ,
Qui tracent en luy feul fon
Pere fes Ayeux y
Les foudres à la main , fuivi
de la Victoire ,
GALANT. 257
3
S'en aller à grands pas au
Temple de la Gloire .
Le même jour , le Principal
& les Aggregez du College
de la même Ville , firent
jouer un feu d'artifice,qui eut
un fort grand fuccés . Au milieu
de la façade de ce College
, eftoit un globe de feu ,
de deux pieds de diamettre ,
reprefentant le Soleil dans un
mouvement continuel , avec
un tres - grand nombre de
rayons , tous fort btillans ,
chacun de plus de trois pieds
d'étendue. Au deffous étoient
trois Vers latins , écrits en ca
•Janvier 1695.
Y
258 MERCURE
ractere de demi pied dans un
cartouche , dont les lettres
paroiffoient d'or , à la faveur
de quantité de lumiere qui
eftoient derriere le cartouche
, avec ces quatre lettres
au deffus des Vers , D. C. V.S.
Dombafum Collegii votum fo→
lemne,
D. C. V. S.
Vive Pater , puerumque tuum
virtutibus imple.
Crefce Puer , patremque tuum
virtutibus aqua.
Vivite , è noftris veftros Deus
augeat annos.
GALANT: 259
Les corniches , tablettes
des feneftres , & les cordons
de chaque étage , & de la
Tour de l'Horloge , qui eft
en face du College , eftoient
ornées de lampes ardentes ,
entre-laffées de fleurs de lis
d'or , & des Armes du Prince.
A l'entrée du College eftoit
une grotte ornée de rocaille ,
de mouffe & de buis , d'où
fortoit une fontaine de vin ,
qui jettoit de la hauteur de
huir pieds , & retomboit dans
un baffin , où le Peuple venoit
boire , avec ces deux Vers
latins .
Y i
260 MERCURE
Plaudite nafcenti , juvenes , &
quotquot adeftistte
2
Haurite , & madeant pectora
veftra mero.
Au milieu de la Place qui
eſt devant le College , eftoit
un corps d'Architecture de
marbre feint , à trois faces de
trente pieds de large , d'Ordre
Dorique , qui foûtenoit une
Piramide triangulaire de la
hauteur de vingt pieds , qui
faifoit avec le corps d'Architecture
de dix-huit pieds de
hauteur , pofé fur un Socle
d'un pied & demy , trenteneuf
pieds & demy de haut.
GALANT. 261
Chaque face reprefentoit un
Portique avec un attique au
deffus. Les piedeftaux , les frifes
, & les pilaftres de l'attique
paroiffoient d'un marbre de
couleur d'agathe , & les colomnes
d'un marbre couleur
de feu. Les bales , & chapiteaux
, impoftes , & archivolres
eftoient de marbre blanc .
La frile eftoit ornée de fes
triglyphes , & les metopes
contenoient en bas relief des
lampes ardentes , caffolettes ,
bailes à feu , & autres ornemens
femblables . L'attique
renfermoit une table de mar.
262 MERCURE
bre blanc\couchée en pane
neaux , & au deffus de l'attie
que s'élevoit la Piramide
triangulaire
, en forme d'obelifque
, terminée par le globe
du monde . Au devant des
faces de l'obelifque , eftoient '
trois Statues ifolees de grandeur
coloffale. Au deffous
du globe qui terminoit l'o
belifque , eftoient plufieurs
lances à feu qui éclairoient ce
globe , avec ces mots , qui
marquoient
que le jeune Prin
celera un jour par les actions
heroïques , l'ornement
& la
gloire du monde. Splendor
.
GALANT 263
novus additus orbi . L'obelif
que eftoit garni de lances à
feu , de fauciffons , & de fufées
de toutes fortes , qui en
faifant leur effet reprefentoient
une piramide toute en
feu. La premiere faiſant face
au College , reprefentoit Minerve
avec une lance & un
bouclier , & ces Vers en faveur
du jeune Prince , ·
Dombe, réjouis toy , dansl'agreable
attente
De voir ton jeune Prince inftruit
dans les beaux Arts
En fageffe , en prudence , éga
Ler les Cefars ,
264 MERCURE
Et furpaffer tous ceux que
l'Antiquité vante.
La feconde repreſentoit
Hercule combattant une hydre
, & à ſon cofté paroiffoit
un jeune Enfant , reveſtu
d'une robe royale , tirant la
peau d'un Lion dont Hercule
eftoit couvert , pour s'en
couvrir luy- même , avec ces
Vers.
Cet Enfant du berceau veut
aller à la gloire.
Bien rost on le verra parmy
les grands Guerriers,
Au milieu des hazards cueillir
tant de lauriers ,
Qu'en
GALANT. 265
Qu'en fon fiecle, ilferal Her
cule de l'Hiftoire:
La troifiéme repreſentcit
Vulcain dans fa caverne
forgeant des armes >
tenant
d'une main fon marteau , &
de l'autre une foudre fur
l'enclume, avec ces Vers.
La foudre que je forge à ce
Prince doit plaire ,
Rien ne pourra bornerfa guer.
riere chaleur,
Et fi defes Ayeux il y joint
la valeur ,
Il en uſera plus , que l'on n'en
pourrafaire.
Sur la corniche de chaque
* Janvier 1696 .
Z
266 MERCURE
portique
eftoit une devife.
La premiere reprefentoit
l'Etoile
du matin , avec ces
mots , Splender ab ortu , pour
marquer
que M ' le Prince
de
Dombes
brille
dés fa naiffance.
La feconde
reprefentoit
le Sagittaire
, avec ees
mots , Ad pralia
natus , pour
faire connoiftre
que ce jeune
Prince
eftant né fous ce
figne , il fera grand
guerrier
.
La troifiéme
reprefentoit
une
main avec une épée , & ces
mots , Ipfum verebitur
hoftis.
ChaqueStatue
étoit garnic de
lances
à feu dans les endroits
GALANT. 267
•
propres ; & avoit derriere foy
une quaiffe de vingt fufées ,
avec quantité de fauciffons
au bas . Dans le Globe du
monde terminant
la pirami.
de , eftoit un pot à feu , &
fur les trois angles des attiques
, eftoient d'autres pors
à feu qui formoient une efpece
d'acrotere , avec un
vale à lampe ardente . Tout
le refte de l'entablement
eftoit garny de demy pied
en demy pied , tant fur la
corniche , que fur l'architrave,
de lances à feu , chacune
accompagnée
de deux
Z ij
268 MERCURE
fauciffons , & au milieu de
chaque frife une girandole
à neuf fufées ; les dedans
des portiques eftoient rem .
plis de petards , de fauciffons
& autres feux artificiels qui
terminerent le feu d'artifice .
Cent cinquante fufées , fu +
rent jettées à la main , les
unes à pluye d'or , les autres
à étoiles , & les autres en fer.
penteaux , & un dragon aux
armes du Prince , partit du
College pour mettre le feu à
la machine.
Le Samedy 7. de ce mois,
M' de Montezan , Prefident
GALANT 269
1
à Mortier au Parlement de
Dombes , accompagné de
Mrs Maugas , Penet , Janin ,
Confeillers , & de M. Perchon
Procureur General , Deputez
de cette Compagnie ,
alla complimenter Monfieur
le Duc du Maine , fur l'heureufe
naiffance de M' le Prince
de Dombes .
le Duc du Maine eftant couvert
& affis dans un fauteuil ,
& environné d'une foule de
Seigneurs & d'Officiers , ayant
fait admettre les Deputez à
fon Audience , les falija
quand ils s'approcherent de
Monfieur
Z iij
270 MERCURE
luy , & fe recouvrit auffi toft.
Alors M' de. Montezan prononça
le diſcours qui fuit.
MONSEIGNE ONSEIGNEUR,
L'heureuse naiffance du
Prince qui doit le jour à Var
tre Alteffe Sereniffime , a com.
blé de joye , les Peuples de vostre
Souveraineté. Animez par leur
propre zele , & invitez par
xemple de vostre Parlement ,
l'on a veu éclater dans la Dom .
l'ebe
des marques fenfibles de la
plus vive allegreſſe , & qui juſ
qu'icy y avoient efté inconnues :
GALANT. 27
Mais quelques grands quayent
paru nos empressemens , ils n'ont
cependant efté que de foibles expreffions
des fentimens de nos
eoeurs. Nous avons tous regardé
, Monfeigneur , le nouveau
Prince que le Ciel vient de
nous donner comme un gage
•
certain qui nous affure pour de
longues années les mefmes douceurs
dont nous joüiffons fous le
regne de Vostre Alteffe Sereniffi
Dés vostre avenement à
me .
la Souveraineté, vous avez marqué
à vos Sujets in genereux
defintereffement. Vous estes en
tré dans le détail des befoins de
Z iiij
272 MERCURE
vos Peuples , afin d'y pourvoir
dans les occafions. Non content,
Monfeigneur , de confirmer les
Privileges de votre Parlement,
V. A. S.luy en a accordé de nou.
Nousfommes perfuaveaux
.
dez , Monfeigneur , que le jeune
Prince fera quelque jour le digne
Succeffeur de vos vertus heroïques
, ainsi que de vostre autorité
fuprême. Ce changement
n'arrivera pas de nos jours , finos
vaux font exauccz. Nous en
avons fait de tres ardens pour
la confervation de V.A. S. pen.
dant les dernieres Campagnes ,
oùfon intrepiditéluy a fifouvent
GALANT . 273
fait affronter les hazards , &
expofer une vie qui nous eft fi
precieuſe. Voftre Parlement ,
Monfeigneur , ne ceffera jamais
de renouveller ces voeux , & de
marquer dans toutes les occafions
à V. A. S.fa reconnoiffance pour
ves bienfaits , fon profond ref
pect pour vos ordres , &fa fidelité
inviolable.
Monfieur le Duc du Maine
répondit ,
Je reçois , Meffieurs avec
plaifir les témoignages d'affection
que me donne mon Parlement ,
l'occafion de la naiſſance de mon
fils. J'auray foin que ce Prince
274 MERCURE
foit élevé dans les fentimens que¸
jay pour votre Compagnie , &
j'espere que vous vous en appercevrez
unjour avec fatisfaction.
Les Deputez furent enluite
conduits à l'Audience de
Madame la Ducheffe du Maine
, qui les receut affile dans
fon fauteuil. Voicy le difcours
que hay fit м ' de Montezan.
MADAME,
Nous venons le coeur temply
de joye marquer à V. A. S. de la
part du Parlement , combien il est
fenfible à la naiffance du Prince
que vous venez de nous donner.
GALANT. 275
Que nous sommes heureux , Ma
dame , d'avoir veu fucceder les
plus vifs tranfports de joye , aux
continuelles allarmes que nous cau ·
foient les dangereux accidens de
voftre groffeffe ! Il ne manquoit
plus pour rendre noftre felicité
parfaite, que de nous voir naftre
un Prince qui puft un jour imiter
les vertus & la valeur de Mon-
Seigneur, & marcher dignement
fur les traces glorieufes des Heros
dont vous defcendez , Le nom des
Condez , vos fameux Ancestres ,
eftfi connu & fi reveré dans le
monde , que d'en entreprendre l'é-
·loge , ce feroit affoiblir celuy que
276 MERCURE
renferme cet augufte nom . Nous
n'oferion's nonplus , Madame , entreprendre
celuy de V. A. S. ny
parler de ce rare affemblage de
charmes & de vertus , qui vous
attirent l'admiration univerfelle.
Comme vous eftes , Madame, au
deffus des loüanges , nous nous ren .
fermerons à vous témoigner de la
part denoftre Compagnie fesfentimens
refpectueux , & noftre
parfaite foumiffion.
Madame la Ducheffe du
Maine répondit ,
Je fuis fort fenfible , Meffieurs
à tout ce que vous me dites
de la part du Parlement. Je
GALANT 277
luy fçay tres - bon gré de l'interest
qu'il prend au bonheur de mes
couches , & d'avoir choisi pour
m'expliquer fes fentimens , une
perfonne qui s'en acquitte fi bien.
Mellieurs les Deputez furent
enfuite conduits à l'Audience
de m' le Prince de
Dombes . Madame de Malzieu
, ſa Gouvernante , aſfile
dans un fauteuil , tenoit
ce Prince entre les bras. Elle
fe leva pour les recevoir,
& s'affit aufli - toft que m'de
Montezan commença à parler
, Voicy les termes dont
il fe fervit.
278 MERCURE
qui
MONSEIGNEUR.
Le Parlement vient rendrefes
profonds refpects à V. A. S.&
Iny témoigner la joye qu'il a de
voftre naissance. Il vousfouhaite,
Monfeigneur , de longs jours ; &
auſſi glorieux que ceux du Heros
doit eftre voftre modelle . Vo
ftre éducation eftant confiée en de
fi bonnes mains , nous ne doutons
*point que Madame voftre Gon.
vernante , diftinguée parfon merite
fa vertu , ne vous mette
fouvent devant les yeux tant de
grands exemples domeftiques . Ses
Joins remplis de zele , &ſa vigilance
continuelle , nous font efpe.
GALANT. 279
rer que nos Neveux obeiront
vos loix. Pour nous , Monſeigneur
, nous aurons toujours pour
V. A. S une foumiſſion parfaite,
un tres profond respect.
Madame de Malzieu fe
leva pour lors , & le tint toûjours
debour en parlant . Voicy
la réponse.
il
ne
Quand M le Prince de Dombes
, fera en estat de répondre
aux fentimens que le Parlement
vient de luy temoigner
,
faut pas douter , Meffieurs , qu'il
n'en ait en effet beaucoup de reconnoiffance.
En mon particu.
lier , dans l'honneur qu'on m'è
280 MERCURE
fait de me confier fon éducation,
je me feray une obligation particuliere
de l'elever dans l'eftime &
la confideration que merite une fi
celebre Compagnie
.
;
I
Madame de Malzieu ayant
ceffé de parler , remit м¹ le
Prince de Dombes entre les
mains d'une femme de Chambre
& conduifit Mrs les
Deputez jufqu'à la derniere
porte de l'appartement du
Prince. Ils pafferent delà à
l'Hostel du Maine , où м ' de
Malzieu Secrétaire des
Commandemens de Monficur
le Duc du мaine , &
GALANT. 281
Garde des Seaux de la Souveraineté,
les regala ſomptueufement
par l'ordre de leur
Souverain .
Voicy les noms de quelques
perfonnes confiderables
mortes à la fin de l'année
derniere , & au commencement
de celle cy.
Mademoilelle Conftance
de Bretagne de Cliffon . Elle
eftoit Fille de Claude de Bretagne
, Comte de Vertus , Baron
d'Avaugour , Gouver
neur de Rennes , mort en 1637.
& Soeur de M' le Marquis
d'Avaugour , & de la teue
Fanvier 1696.
A a
(
282 MERCURE
Ducheffe de Montbafon, мe
re de M¹ le Prince de Soubife.
Dame Claude Neftz . Elle
eftoit Veuve de Meffire Gilles
de Ruellan Seigneur de
Tiercent , Maistre des Requestes.
Meffire Armand - Nicolas
Bruflart, Marquis de la Borde ,
Sombernon, Malain , & c. Fils
de Meffiré Nicolas Bruflart,
premier Prefident au Parlement
de Dijon , & de Dame
N. Bouthillier de Chavigny ,
Fille de Meflire Leon Bouthillier,
Comte de Chavigny,
Secretaire d'Etat , & d'Anne
GALANT. 283
Phelyppeaux Villefavin.
Meffire Gafpard de Gillier,
Confeiller honoraire en la
Grand' Chambre du Parlement.
· Meffire Julien
Coignet ,
Seigneur
des Clayes , Confeiller
honoraire au Parlement.
Il eftoit Frere de M
Coignet , Curé de Saint
Roch.
Meffire Nicolas Daniau ,
Seigneur de faint Gilles , Confeiller
honoraire en la Grande
Chambre. Sa Fille avoit
époufé M' de Vertillac , Gou
verneur de Mons.
P
A a ij
284 MERCURE
Dame Marie Vidaur , Mar.
quiſe de Pufignan , morte en
fa maifon à Lyon. Elle eſtoir
veuve de M' le Marquis de
Pufignan , & Soeur de M de
la Tour- Vidaut , qui eft depuis
plufieurs années Procureur
General au Parlement
de Grenoble , de Madame de
Couleur , & de feue Madame
de Pourroy , femme d'un Prefident
à Mortier du mefme
Parlement de Grenoble. Madame
de Pufignan eſtcit une
Dame d'une grande vertu &
d'une pieté exemplaire. Elle
avoit cu de feu M ' le Marquis
GALANT. 289
de Pufignan , un Fils & une
Fille , qui eftant morts jeunes
& fans alliance , les biens de
cette mailon échurent à M'le
Marquis d'Arginy , qui prie
le nom de Pufignan , & fut
tué en Irlande dans les premieres
années de cette guerru
, où il fervoit en qualité de
Meltre de Camp du Regi-.
ment de Languedoc , & de
Brigadier des Armées du
Roy. Celle dont je vous ap .
prens la mort , fortoit de la
mailon de Vidaut , quieft une
ancienne famille originaire
de la Ville de Limoges , où
286 MERCURE
fubfifte encore la branche ?
aifnée de ce nom . Elle eft alliée
aux maifons de Bezins
Garnier , de Couleur , Pouroy
, Charreton de la Terriere
, Molé , Brancas , de Salins ,
& plufieurs autres . Elle porte
d'azur au Lyon paſſant d'or ,
fommé d'une trangle de mesme ,
de trois fleurs de lis d'or , rangées
en chef.
Meffire Louis Rouillé , Ecclefiaftique
, Fils de Meffire
Jean Rouillé , premierement
Maistre des Requeſtes & depuis
Confeiller d'Etat , & de
Marie le Picard , Fille de
GALANT. 287
Jean le Picard , fieur de Perigny
, Avocat General au
Grand Confeil , eft mort le 9 .
de ce mois , âgé de quatrevingt
-quatre ans , après avoir
mené une vie exemplaire par
fon humilité , & par fa charité
envers les Hôpitaux & les
Pauvres , à qui il avoit diſtribué
tout fon bien de fon vivant.
I eftoit Coufin germain
de Meffire Jean Roüillé ,
à prefent Confeiller d'Etat ,
& de feu M'Roüillé du Coudray
, Maiſtre des Requeſts .
M' le Commandeur de 鸞
Goths. Il eftoit âgé de plus
288 MERCURE
de quatre - vingt ans , & le
plus ancien Chevalier de Malte
du Royaume ..
Le 3. de ce mois il y eut une
promotion d'Officiers Gene .
raux , & Sa Majesté nomma
feize Lieutenans Generaux ,
trente Marefchaux de Camp ,
& foixante - cinq Brigadiers ,
fçavoir , trente-trois de Cavalerie
, & trente - deux d'Infan
terie. Les Lieutenans Generaux
qu'on tire toujours du
nombre des Marefchaux de
Camp , comme on tire ces
derniers du nombre des Brigadiers
, font :
MTS
GALANT:
289
M's le Marquis de Puifieux ,
Fils de feu M le Marquis de
Sillery , Gouverneur de Huningue
, & Frere de M ' l'Evelque
de Soiffons.
D'Aubarede , ancien Officier
qui commande dans l'ifle
de Ré.
Le Marquis de Refuge ,
Le Comte de Longueval.
Il eft d'une ancienne Maifon
de Picardie & de Flandre.
Le Comte d'Uffon , Frere
de M' de Bonrepaus , Ambaffadeur
pour le Roy en Danemark.
Le Chevalier de Teffé. Il
Fanvier 1696 .
Bb
290 MERCURE
fert en Piémont , & cft Cadet
de Mr le Comte de Teffé ,
Gouverneur de Pignerol.
De Polaftron . Il eft Coufin
de M³ de Polaſtron , cy.
devant Capitaine des Gardes
du Marefchal de la Ferté ,
Gouverneur de Caſtilione , en
Guyenne , Frere de M' l'Evef
que de Leitoure.
Le Comte d'Artagnan , cydevant
Major du Regiment
des Gardes , & Gouverneur
d'Arras.
Le Duc de Roquelaure , Fils
de feu m ' le Duc de Roquelau .
re , Gouverneur de Guyenne.
GALANT. 291
Le Marquis de Crequi , Fils
du feu
Marefchal de Crequi.
Le Duc d'Elbeuf. Ileft Fils
de feu M' le Duc d'Elbeuf,
Gouverneur de Picardie .
Le Baron de Brefley. Il eft
Francomtois , & eftant devenu
Sujet du Roy , il a quitté
le fervice des Efpagnols , dont
il eftoit principal Ingenieur .
Le Chevalier de Gaffion ;
Lieutenant des Gardes du
Corps.
Le Marquis de Vaubecour,
Gouverneur de Chalons , &
Beaufrere de M' Amelot ,Ambaffadeur
en Suiffe.
Bb ij
292 MERCURE
De Bachevilliers. Il a com
mandé depuis plufieurs années
le Camp des Sablons .
LeMarquis de Barbefieres .
敷
Il eft d'une fort bonne mai
fon de Poitou , & comman
doit les Dragons dans Mayence
..
Les Marefchaux de Camp
nommez par Sa Majesté
font :
Mrs le Comte de Toulou
fe , Amiral de France.
M Girardin . Il eft Frère
du deffunt Lieutenant Civil
de ce mefme nom , mort Ambaffadeur
pour le Roy à ConfGALANT.
293
•
tantinople . M de Vauvray
eft auffi fon Frere.
M' de Famechon , Gentilhomme
d'Artois , Colonel
d'un Regiment Etranger qui
porte fon nom.
De Poinſegur. Ileft Fils de
M' de Poinfegur , qui a´eſté
long-temps Mestre de Camp
du Regiment de Piémonr ,
& Favory du feu Roy.
Le Marquis de Cayeux . Il
eft premier Gentilhomme de
la Chambre de Monfieur le
Duc de Chartres , & Fils de
feu M' le Marquis de Gamaches
.
Bb iij
294
MERCURE
Le Comte de Montgommery
, Gentilhomme de Tou
raine.
De Harlus , Colonel d'un
Regiment de Cavalerie.
De Magnac , Frere de M
Arnolfini .
Du Rofel .
De Romainville , Colonel
d'un Regiment de ce nom .
De Renneville.
De Villepion . Il eft Fils de
Madame Cornuel , & avoit un
Regim. qui portoit fon nom .
De la Lande , Brigadier de
Dragons .
Le Comte de Gramont. Il
eft Francomtois , & trois FreGALANT.
295
res de ce nom font Officiers
de
Dragons.
Le Marquis de Thouy ,
Gouverneur de Chamberry.
De Renold , Suiffe .
De la Vaiffe:
De Nanclas
De Zurlauben , Colonel
d'un Regiment Etranger.
De Boiffelor , Gouverneur
de Charleroy. Il a efté Capitaine
aux Gardes , & a deffendu
avec beaucoup d'éclat &
de gloire la Ville de Limerik ,
en Irlande .
De Saint - Maurice . Il eft
Piémontois .
Bb iiij
296 MERCURE
Le Duc de la Rocheguyon .
Il eft Fils aifné de M' le Duc
de la Rochefoucaud , & Gendre
de feu M' de Louvois .
Le Marquis de Hautefort ,
Fils aifné de feu M'le Comte
de Montignac , Premier Ecuyer
de la Reine .
Asfeld l'aîné , Baron de
Bidal. M Asfeld , fon Frere ,
commandoit dans Bonn , &
il y eft mort en ſe diſtinguant.
Le Comte de Roucy . Il eft
Lieutenant des Capitaine
Gendarmes Ecoffois , & Fils
aîné de feu M' le Comte de
Roye.
GALANT. 97
DELA
VALLE
Le Marquis de Blanche
fort , fecond Fils de feu м' le
Marquis de Crequi .
Le Duc de Villeroy . Il eft
Fils de м' le мMarefchal Duc
de Villeroy , & a épouſé une
Fille de feu M' de Louvois .
Le Duc de Charoft . Il eft
Fils de m' le Duc de Charoft ,
dont la pieté eft fi exemplaire.
N
Le Marquis d'Antin . Il a
épousé une Fille de feu m ' le
Duc.d.Uzez .
Le Marquis de Surville. Il
eft Gendre de feu м' le мarefchal
de Humieres , & Frere
298 MERCURE
de. M le Marquis de Hautefort.
Les Brigadiers de Cavalerie ,
font :
Mrs le Marquis de molac .
Ileft Gouverneur de Nantes ,
& мeftre de Camp de Cava .
lerie.
Manderfcheid , Allemand .
Le Comte de Vaillac . Il
eft Fils de Male Comte de
Vaillac , cy - devant premier
Capitaine des Gardes , &
premier Efcuyer de monfieur.
De Ligondez, Colonel d'un
Regiment de ce nom.
GALANT. 299
Le Marquis de Valſemé, Capitaine
de Chevaux-legers.
Le Duc de Duras , Fils de
M' le Maréchal Duc de Duras ,
Capitaine des Gardes du
Corps de Sa Majesté.
De Clermont , Colonel
d'un Regiment
.
De Vivans. Il eft Fils de
M' de Vivans , qui eftant ma
réchal de Camp , fut bleſſé à
la Bataille de Fleurus, & mourut
quelques mois aprés.
Le Marquis du Chaftelet.
Il eft d'une des meilleures
maiſons de Lorraine , & Gendre
de feu M. le Maréchal de
Bellefond .
300 MERCURE
Le Prince Camille . C'eft le
fecond Fils de м le Comte
d'Armagnac .
De Jeoffreville .
Le Marquis de Villequier,
Fils de M. le Duc d'Aumont ,
premier Gentilhomme de la
Chambre.
Le Marquis de Trenel , Fils
de m'le Marquis de Palefeau,
du fecond lit.
b
Le Marquis de Coëtenfau .
II eft de Bretagne, & Cornerte
des Chevaux - legers de
Monfieur.
De Beaujeu , Colonel .
Le Prince de Rohan , Fils
GALANT. 201
ailné de m'le Prince de Sou.
bife.
De Chazeron , Lieutenant
des Gardes du Corps , & Gouverneur
de Brest , Fils de M
de Chazeron , Lieutenant
General.
-De Villaine , Enfeigne des
Gardes du Corps.
-i Le Chevalier du Rozeh 1
commande une des Brigades
des Carabiniers.
D'Auriac , Gentilhomme
d'Auvergne . Colonel d'un
Regiment qui porte fon nom .
De Puyguion.
De mezieres , Officier dans
la Gendarmerie.
302 MERCURE
D'Achy . Il commande une
Brigade de Carabiniers .
De Vertilly.
De Refigny , Comman
dant d'une des cinq Compagnies
de Carabiniers.
Barfun .
Le Chevalier de Courcelles.
Il commmande la qua
triéme Brigade des Carabiniers.
D'Efclainvilliers.
Le Duc de Montfort , Fils
ainé de M. le Duc de Chevreufe
, & Gendre de M. le Marquis
de Dangeau
.
Le Comte d'Aubeterre. Il
GALANT. 303
commande la cinquiéme Brigade
des Carabiniers.
Le Marquis de Ganges , Colonel
de
Dragons.
De Breteuil , Frere de м.
de Breteuil , Intendant des Finances
, & de M. de Breteuil ,
Chef d'Elcadre de Galeres,
Du Breuil.
Ily a eu trente-deux Brigadiers
d'Infanterie nommeZ,ſçavoir
:
Mrs le Marquis de Liancourt
, fecond Fils de M. le
Duc de la Rochefoucault .
Le Camus de Blegny , Fls
de m'le Camus , premier Pre3°
4 MERCURE
mier Prefident le la Cour
des Aides .
Pelor, Fils de feu м' Pelot ,
premier Prefident au Parlement
de Rouen.
Le Marquis de Chemeraut .
Il eft de la melme maifon
que m' de Barbefieres.
Le Marquis de Kerkado .
Il eft Breton , & Fils de M
de Kerkado , qui a commandé
les Genfdarmes ou
Chevaux Legers de la Reine.
De Biron , defcendu d'un
Frere du Marefchal de Biron .
Il eft Colonel d'Infanterie,
neyeu du feu Marefchal de la
GALANT. 305
Meilleraye , & a fervy en Irlande.
Le Chevalier de Kerkado .
De Saint Pater.
Le Marquis de Rochefort ,
Fils du feu Marefchal de cc
nom.
Le Marquis de Mornay ,
Fils de m ' le Marquis de Montchevreuil.
Le Duc de Humieres , fecond
Fils de м le Duc d'Au ·
mont , & Gendre du feu мarefchal
de Humieres.
Youl , Dañois , Comman.
dant le Regiment de Guldenleu
.
Fanvier 1695 .
Cc
306 MERCURE
De Montroux
, Colonel
d'Infanterie
Italienne .
Le Chevalier Baüin , Capitaine
aux Gardes .
De Traverfonne , Capitaine
aux Gardes.
Le Prince d'Efpinoy,Gendre
de feu м le Prince de
Liflebonne , & chef de la
Maiſon de melun , dont il por
te le nom & les armes .
D'Orgemont , Neveu de
M' le Maréchal de Carinat .
De Poudens.
Du Gas.
་ Greder , Frere de м ' Greder
, qui a cfté fait depuis
2
GALANT: 307
Maréchal de Camp. On dit
Greder Suiffe & Greder Allemand
, parce que l'un commande
un Regiment Allemand,
& l'autre un Regiment
Suiffe.
De Lutrel , Lieutenant Colonel
Irlandois.
De Gafques , Lieutenant
Colonel de Champagne
.
De Puifegur , Lieutenant
Colonel du Regiment du
Roy.
De Blecourt Lieutenant
Colonel de la Couronne .
Du Tot , Lieutenant Co
lonel de la Reine.
Cc ij
308 MERCURE
Paratte , Lieutenant Colonel
de Thiange
.
De mailoncelle , Capitaine
d'Infanterie à Pignerol , &
Capitaine d'Ouvriers .
De Villaincourt , Lieutenant
Colonel du Perche.
De Vraigne , Lieutenant
Colonel de Feuquieres.
De Marlé , Lieutenant Co.
lonel de Navarre.
Verpel.
Richerand.
Le 6. de ce mois , le Roy
fit une feconde promotion
d'Officiers Generaux , & nomma
un Lieutenant General ,
GALANT. 309
qui fut M ' le Duc de la Ferté,
Fils de feu Mile Meréchal dc
la Ferté , treize Maréchaux
de Camp , & trois Brigadiers
.
Les
Maréchaux de Camp ,
furent
Mrs de Sailly , Gentilhom .
me de Picardie , & cy devant
Brigadier de Dragons .
Le Marquis de Courtebon-
Gouverneur de Hedin .
ne ,
De Rottembourg , Allemand
, Gendre de M' Rozen
Mestre de Camp de la Cavalerie
, Lieurenant General des
Armées du Roy.
310 MERCURE
Le Comte de Druys , Gen
dre de M' du Montal.
Le Comte d'Artagnan ,
Sous-Lieutenant des Moufquetaires
gris .
Greder. C'est celuy qu'on
appelle Greder Allemand .
Allemad .
Surbec , Suiffe.
De Caraman , Comman .
dant dans Courtray. I eft
Fils du fameux M Riquer ,
qui a entrepris le canal de
communication des deux
Mers , & Frere de M ' Riquet ,
Prefident à Mertier à Tou
loufer
GALANTS zir
De Saint Viance , Lieutenant
des Gardes du Corps .
Le Comte de Mongon ,
Meftre de Camp du Regi
ment des Cuiraffiers du Roy,
& Gendre de M d'Heudi
Court.
De Cavoye , cy.devant
Brigadier d'Infanterie , commandant
les Milices de Picardie
.
Phelyppeaux, Frere de M²
l'Evêque de Lodeve.
Les trois Brigadiers font ,
Mrs Courten
Suiffe.
Colonel
De la Mote , Lieutenant
312 MERCURE
des Gardes du Corps , & Frere
de feu Mile Marquis de Vate.
ville , Lieutenant General.
De Monthalan , Lieutenant
Colonel du Regiment Royal.
Vous avez lçû fans doute
le mariage de M. le Marquis
de Barbezieux , Secretaire
d'Etat , avec Mademoiſelle
d'Alegre , Fille de Mr le Marquis
d'Alegre , Maréchal des
Camps & Armées du Roy: Il
fe fit l'n . de ce mois , àl'Hoftel
d'Alegre , avec une magnificence
qui ne fe peut exprimer.
Il y avoit cinq tables
de dix huit à vingt couverts
chacune,
GALANT.
3T39
chacune , & jamais l'abondance
& la propreté n'ont .
regné entemble avec plus
d'éclat , tant pour le ſervice .
des tables , que pour la pa
rure des appartemens , tout
céla par les foins de Madame
la Marquife d'Alegre , qui doit
eftre naturellement fort magnifique.
Elle eft Fille de
M. d'Inneville , Prefident à
Mortier au Parlement deTou.
loufe. La Maifon d'Alegre
eft des plus confiderables.
Yves Baron d'Alegre , l'un
des plus grands Capitaines
de fon temps , eftoit forty
Janvier 1696.
M
Dd
314 MERCURE
forty d'une illuftre Maiſon d'Auvergne
, & donna des preuves de
fon courage à la conqueste de Naples
, fous Charles VIII. & Louis
XII. Il fut fait Lieutenant Gencral
des Armées d'Italie , & fe diftingua
avec le Seigneur de Vivarais
lon fils aux journées de Cerignolles
& Daignadel , & à celle de Ravenne
, où ils perdirent enfemble la
vie, De cet Yves font forus les
Barons de Millaud & le Marquis
d'Alegre , Grands Maiftres des
Eaux & Forefts de France , Prevoſts
de Paris , & Chambellan de nos
Rois , qui fe font alliez avec les familles
de Foix , de Chabanes , de
Bourbon-Carency , de Bourbon
Beffes , de Miolans d'Eftouteville,
de Mailly , de Baufremont
Prat ,Nantouillet , d'Aumont , de
de
GALANT. 315
2
Laval de Senneterre, de Hautefort,
de Fervaques , d'Arcourt , de Be - mot
thunes , Selles & du Faz en Normandie
, Comte de Maulevrier.
La jeune mariée n'a que quatorze .
ans. Elle cft toute charmante , mais
fon efprit pafle encore tous les
avantages qu'elle a du cofté de la
beauté , & il n'y a point de fcience , a
dont elle n'ait quelque teinture , ale
jufqu'à n'ignorer pas mefme la Philofophie.
Je ne vous dis rien de
Mr de Barbefieux , vous ayant parlé
en plufieurs occaſions de tout ce
qui le regarde.
Le Lundy 16 , de ce mois , Mr les
Duc de Lefdiguieres épouſa Mademoiſelle
de Duras. Ce font de fi
grands noms , & ces deux Maifons
font fi connues que je ne vous en
feraypoint icy la Genealogie, Male
Dd ij
7
216 MERCURE
Duc de Lefdiguieres n'a que dix
fept ans , & à cet âge il a toutes les
qualitez qu'on peut fouhaitter dans
un Seigneur de fon rang , & qui a
un fi grand bien . Mademoiſelle
de Duras , à prefent Ducheffe de
Leldiguieres , n'a pas encore qua
torze ans ; elle a cet agrément ,
cette taille , & ce gtand air qu'on a
toûjours admiré dans toutes les pertonnes
de foninom . Le Roy fignal
cut Contrat de Mariage à Meudon
le Samedy 14. Mr le Marefchal de
IDuras prefenta Mele Duc de Léfdiguieres
à fa Majesté , qui le recent
avec un agrément , qui montra
qu'Elle voit cette alliance avec plai
fir. Ancun preparatif ne fut affecté
pour cette Noce ; on eftoit hien feur
d'une affemblée illuftre , fans appeller
des étrangers . On n'a ja
GALANT. 17
·
mais veu de famille qui ait pû affembler
à la fois tant de Ducs & tant
de Marefchaux de France . Mle
Marefchal Duc de Lorge eft frere
de Mrle Marefchal Duc de Duras ,
& font tous deux Fils d'une Saur
de M de Turenne. Ils ont chachin'
deux filles Ducheffes . Mr le Duc
de Duras , fils aifné de Monfieur le
Marefchal , a épousé l'Heritiere de
la Maifon de la Mark, Madame la
Marefchalelde Durastit Ventadour.
Madame fa Mere eft fille & heritiere
de feu Monfieur le Marefchal
de Saint Geran , & Madame de
Vantadour fa belle-four eft fille de
feu Mr le Marefchal de la Motte.
Madame la Princefle de Rohan eft
Fille de Mr le Duc de Ventadour,
& Niece de Madame la Maref
chale de Duras. Madame la Du-
Dd iij
218 MERCURE
t
cheffe Douairiere de Lefdiguieres ,
eft fille unique de feu Mr le Duc de
Rez , & Niece du feu Cardinal du
Imefme nom. Voila de tous coftez
tout ce qu'il y a de plus illuftre &
de plus éclatant.
Leurs Alteffes Royales Monfieur,
Madame & Madame la Ducheffe
de Chartres ont rendu vifite aux
ncuveaux Mariez dans l'Hoftel de
Duras où ils font logez. Le nom de
la Maifon de Duras eft Durfort. La
Terre de Duras eſt entrée dans cette
Maiſon dans le commencement
du quatorziême fiecle , par Regine
Goth , Niece du Pape Clement V.
On donnera au Public dans peu de
temps une Genealogie exacte , &
une filiation bien fuivie de cette
illuftre Maifon. On n'en avoit ja
mais pû trouver l'origine ; mais.
GALANT 319
aprés de grandes recherches , on
prouve par des Actes originaux ,
tirez des plus anciennes archives du
Royaume , qu'elle vient d'un cadet
des anciens Comtes de Foix , qui
eut pour fon appanage les Viles de
Durfort , de Fanjaux & autres, 80°
qui porta toûjours le nom de Durfort
, & le laiffa à fes defcendans,
dont la fuite eft bien prouvée .
Le 18 Mile Duc dÜzez épouſa
Anne- Hippolite de Grimaldi , Fille
de Mr le Prince de Monaco , & Mr
PArchevelque de Paris fit la ceremonie
des Epoufailles dans la Chapelle
du Palais Archiepifcopal. Il
eft Fils de feu Mr le Duc d'Uzez,
& petit fils de Mr le Duc de Montaufier
, dont Madame la Duchefle
d'Uzez eftoit la Fille, Mrle Duc
d'Uzez fon Fiere ayant efté tué
Dd iiij
320 MERCURE
dans une de nos dernieres Campagnes
, & un Abbé, fon autre Frere ,
eftant mort , il eft demeuré feul
Heritier de cette Maifon . Je vous
en ay fi fouvent parlé , qu'il ne me
refte plus rien à vous en dire. Ma--
demoiſelle de Monaco eft Fille de
Mrle Prince de Monaco , & d'une
Fille de feu Mr le Marefchal de
Grammont
& par confequent
Coufine de Mr le Comte de Guiche
, Fils de Mr le Duc de Gram .
mont , qui a époulé une Fille de
-M le Marefchal Duc de Noailles ,
& c'eſt à caufe de cette alliance que,
ce Marefchal avoit une procura .
tion de Mt le Prince de Monaco
pour tout ce qui pouvoit regarder
ce Mariage.
C
t
Il s'en eft fait deux autres dans
le mefme temps , l'un de Mr le
GALANT. 321
Marquis de Janffou , Neveu de
Mr le Cardinal de Janffon de Forbin
, qui a époufe Mademoiſelle
de Viricu , Fille de feu Mr le Marquis
de Saint André Virieu , premier
Prefident au Parlement de
Grenoble , & l'autre de Mr le Marquis
de Mornay , Fils aifné de Mr
le Marquis de Monchevreuil , qui
a épaulé Mademoiselle du Gué .
Les prifes que les Armateurs de
Saint Malo ont faites depuis le
commencement de cette guerre ,
font fi confiderables , qu'elles rendront
pour jamais le nom de cette
Ville-là immortel . Un fi grand
nombre de Piifes ayant produit de
groffes fommes pour les dreits de
Mr l'Amiral, ce genereux Prince en
cette confideration , a fait preſent à
la Ville de Saint Milo , de douze
322 MERCURE
pieces de Canon de trente-fix livres
de balle, & de douze de quarantehuit
. Ce Prince qui n'avoit encore
tenu table qu'à l'Aimée , la tient de
puis quelques mois avec une magnificence
digne de fon Sang ; mais la
bonne chere y touche moins que
fes manieres honneftes & prevenantes
dont on eft charmé. Il eftoit
aifé de s'imaginer qu'avec la bonne
éducation qu'il a euë , il deviendroit
un jour le charme de la Cour. Il
tient auffi appartement , & le plaifir
de le voir y attire beaucoup de
monde .
L'intrepidité des François paroift
en toutes fortes d'occafions. Il y a
quelque temps qu'une petite Fregate
de huit pieces de canon , prefte à
entrer dans la rade du Havre , fut
rencontrée par quatre Vaiffeaux
GALANT. · 323
#
ou Fregates Angloifes , deux de
quarante pieces de canon , & deux
autres de dix huit , Elle fe battit
longtemps en retraite , tâchant de
gagner Fefcamp. Lors qu'elle eftoit
prefte d'entrer dans le Port , la ma
mitée luy manqua , & il fallut refter
dans la rade . Le combat fe renou
avella , & la petite Fregate , foutenuë
du feu d'un petit Fott , où il y
avoit quatre pieces de canon , fe
it battit avec une bravoure extraordi
naire. Elle effuya plus de deux cens
5 coups de canon & endommagea
un gros Vaiffeau Ennemi , qui ayant
receu plufieurs coups fous l'eau, fut
obligé de fe mettre à la bande afin
d'y remedier. Les autres également
endommagez dans leurs mancuvres
,fe virent contraints de gagner
la haute mer. La marée revint , &
་
324 MERCURE
la perite Fregate entra dans le Port
de Fefcamp . Elle eftoit commandée
par Mr Monnier Capitaine , ayant
Mtle Chevalier de Pont S. Pierre
pour Lieutenant , & Mr le Chevalier
d'Efpinay fon Coufin , pour
Enfeigne . Ce dernier eft Fils de M
le Marquis d'Efpinay, Ainé & Chef
de la Maifon d'Elpinay Saint Luc
Il est d'une valeur extraordinaire , &
alla il y deux ans enlever fous le
canon de Maigue un gros Navire
marchand, défendu pat quatre Vailfeaux
de guerre Il eftoit dans une
Chaloupe avec huit autres Gardes
Marine . A Palamos , il monta le
premier à l'affaut , & emporta une
Demilune.
La Barbe eftoit le mot de l'Enig .
me du mois paffé , & ceux qui l'ont
trouvé font , Mrs Henry le Jeune ,
GALANT. 325
du Bureau du Papier de la Douane !
Demoncour le Fils : Bonnard de
l'Evêché d'Angoulême ; du Faulx
de la Ville d'Evron : Bardet de l'Hopital
du Mans : l'Abbé de Valieaux
de Nantes : du Cornier de ladite
Ville, deineurant à Paris : de Perthes
de Reims de la rue S. Germ. l'Au,
xerrois , & Benoift de ladite Ville &
de la même rue : Hellant le jeune
le Gendre de la rue Guenegaud : le
Commiffaire d'Art, de la rue des
Poitevins : le gros Controlleur : le
Galant de la rue S. G. l'Auxerrois :
le Duc de Rouen du Parvis N , D. le
Rev. Pere logé au Luxembourg : le
Chapelain de S Jacques S. Chr. le
Docteur , & fon petit Coq réveillematin
du Cloiftre S. Jacques de la
Boucherie le petit Coq Reveilmatin:
le Sedentaire de la Rochelle:
326 MERCURED
le Solitaire de Rouen , & fon aimana
ble Aminte de las Rue nobleaked
dolent Bourguignon :le joly Pierrot, s
de Falaife : Morphée de la rue des
Saints Peres : la Fleur des jardins du
Cloiftre S. Benoift : le Friquet & la
Fauvette de Romainville :Tanter &
de Courcy : du Riez ,fieur de Belan- 33
cour : Caiffes ficur de Reaucour : de
Saint Germain de Dol en Bret, de
la Grave : Bernot d'Authun : l'Oe57
dipe de Bourgogne Glifcot de 15
Nante le Chevalier de Lufches.
Meſdemoiſelles , la fpirituelle Turpin
la jeune de Rouviere ; Jeanneron
Pouffard de Tonnerre , & Verrier
de la ruedu Roule ; la belle Marie-
Anne ; la jeune Veuve devote
du miroir de Vertu ; les trois Sibilles
du Rendez-vous , & le petit Mouton
du même lieu ; la belle CatheGALANT.
327
rine de la rue Quimquempoix : la
belle Portugaile ; la belle Polonoiſe
la jeune Mariamne de la rue de Bernou;
Cagnard de S. Quentin ; Angelique
Dordela , de Ligny en Barrois
; Javotte & Mayette , du Pavillon
de Picardie ; Pelicier de Soiffons
& du Four de Rouen.
L'Enigme nouvelle que je vous
envoye eft pleine d'efprit , & merite
l'application de vos Amies , pour
en découvrir le fens.
J
ENIGME.
Habite un fombre lieu d'un accés
difficile.
Lorfque l'on veut m'en faire déloger
On va chercher un Etranger
En cela plus que vous habile,
328 MERCURE
Alors , rendu femblable en partie à
l'Amour,
Il m'attaque , il m'abbat , & fier de
Ja Victoire,
Si- toft qu'il apperçoit le jour
Il chante à haute voix ma défaite
&fa gloire.
Les paroles de la Ritornelle que
j'ay employée dans cette Lettre , &
qui commence par
r
Un four dans une grotte obfcure ,
ont efté trouvées fi agreables , qu'un
fecond Muficien des plus habiles
que nous ayons a voulu auffi les mettre
en air Ainfi je vous les envoye
notées de fa compofition , afin que
vous ayez le plaifir de juger du ge.
nie de l'un & de l'autre , par la difference
de leurs caracteres. an
Nous fommes dans un temps ou
les Muſes aiment à fe familiarifer
T
GALANT. 329
avecles Dames . Il dftaifé de lev oir
Podrec mabrates
ent
Эп
Luiseau le
re, Les plaintes
ngage,
si cest ba di
w
DE
eft .
d'ire
à
i on
iént
Er la
aru
'on
Maons
,
rque
enie
Coup
l'elle
* de
ips la
j'elle
328 MERCURE
Alors rendu femblable en partie à
GALANT. 329
par
que
´` ·
avec les Dames. Il dft ailé de le voir
de Recueil de Poefies galantes
Madame de Saintonge vient
de nous donner. Le premier Ouvrage
de cet excellent Recueil eft
le Ballet des Saifons , quia fervi d'idée
à celuy qu'on a fait paroiftre à
l'Opera , depuis peu de temps . Si on
s'étoit fervi de fes Vers , ils n'auroient
fans doute fait qu'en augmenter la
beauté , puis qu'ils font ailez , natu
rels , & tres-chantans . Tout ce qu'on
y lit enfuite , Idilles , Elegies , Madrigaux
, Epigrammes & Chanfons ,
eft du mefme caractere , & marque"
la fecondité & la delicateffe du genie
de cette Dame , qui fait beaucoup
d'honneur à fon Sexe. C'eft d'elle
que font les Opera de Didon , & de "
Circe , qui ont attiré fi longtemps la
foule. Il ne faut pas s'étonner qu'elle-
Fanvier 1695.
Ee
330 MERCUR
E
ait de fi beaux talens , puis qu'elle eft
Fille d'une Mere , qui eft rout efprit,
L'Ariofte Moderne , & plufieurs au.
tres ouvrages qui ont tous efté reçûs
tres- favorablement du Public , en
font une preuve. Les Poches galan
tes de Madame de Saintonge ,fe de
bitent chez le Sr. Jean Goignard , Libraire
, à l'entrée de la grande Salle
du Palais .
Il y avoit plus de foixante ans
qu'on n'avoit eu aucune Traduction
de la Vie de Guzman d' Alfarache ,
Original Efpagnol , univerfellement
eftimé. Il vient d'en paroiftre une
nouvelle que les Curieux pourront
lire avec plaifir. Elle eft divifée en
trois tomes , & chaque tome eft em..
belly de figures Ce n'eft que la vie.
d'un Gueux , mais ce Geux fait raifonner
, & debite une Morale qui ne:
GALANT: 331
peut eftre que fort utile, Mathieu
Alleman , qui en eft l'Auteur , n'a
eu en vûe que le bien public. Les Enfans
apprendront dans cette hiftoire
combien ils font obligez à leurs
Parens , qui en prenant foin de leur
éducation , leur montrent de quelle
maniere ils doivent fe gouverner
dans le monde , & les Peres y apprendront
à leur tour l'application
qu'ils doivent avoir à détourner
leurs Enfans de l'oifiveté , qui les
fait tomber dans toutes fortes de vi..
ces , qquuaanndd on neglige de cultiver
feur efprit , & qu'on les abandonne
trop à leur panchant . Je n'ay rien a
Vous dire du Traducteur qui m'est
inconnu , finon que fon ftile eft naturel
, & proportionné à la matiere
qu'il traite . Ce livre ſe vend dans la
grande Salle du Palais , chez le ficust
Ec it
232 MERCURE
Brunet Libraire , qui debite prefen .
tement la plufpact des plus agreables
nouveautez
La veuve du fieur Claude Thibouft &
le Sr Efclaffan , Libraire ordinaire de l'Univerfité
de Paris , ont fait paroiftre depuis
quelques jours un Ouvrage fort
cftimé pariny les Sçavans . C'eft une nouvelle
Geographie , en Vers Latins & en
Profe Françoife, avec des Remarques fur
les lieux les plus difficiles de l'Hiftoire,
Geographie , & Chronologic . La lecturede
Ouvrage donne beaucoup de
plaifit . Comme la Fable y eft parfaite
ment bien expliquée , la jeuneffe en peut
tirer de grandes urilitez.Il eft de Ml'Abbé
de Lionniere Licentié en Theologie ,
dont le nom & le merite font connus
par plufieurs autres Ouvrages qu'il a
donnez au Public. Son Tableau de
l'Eglife qu'il a dedié au P. de la Chaife,
& qui fe vend chez le S Couteror ruë
Saint Jacques , au bon Pafteur , n'eft pas
le moins confiderable..
GALANT 333
Jamais la foule n'a efté fi grande aux
divertiffemens publics que depuis que
l'hyver a commencé . Les trois Theatres
ont toujours efté remplis , & l'Opera
de Jafon a fuccedé au Balet des Saifons
. La Mufique de l'un & de l'aurre,
eft de M Colaffe , excepté les airs de
Violon du Ballet des Saifons , qui font
des anciens Ballets de feu Mr de Lully, &
qui ont efté faits avant l'eftabliſſement
de l'Opera. La Foire de Saiut Germain
a paru à l'envy fur le Theatre François ,
Son Alteffe
& fur celuy des Italiens.
Royale Monfieur a donné deux Bals
avec toute la magnificence qui accompagne
toujours tout ce que fait ce Prince.
Monfeigneur s'eft rendu au Palais
Royal , pour prendre ce divertiffement,
& la foule des Mafques a efté tresgrande.
J'attens à chaque moment ce qui aura
efté decidé touchant le prix qui doit
eftre donné au meilleur Sonnet fait fur
le Bouts- rimez qui ont efté propofez, ily
314 MERCURE
a trois mois à la gloire de Madame la
Princeffe de Conty. Comme les Juges
font d'une diftinction , à ne pouvoir
cftre preffez , vous ne trouverez ce Sonnet
victorieux que dans ma Lettre de
Février.
Je vous apprendray cependant que fa
celebre Compagnie des Lanterniſtes de
Touloufe , continuant à propofertous les
ans des rimes à remplir à la gloire de Sa
Majefté , a marqué celles cy pour cette
année dans le Programme qu'elle a fait
imprimer fur ce fujet.
Sublime , Candeur , Splendeur , Anime ,
Crime , Ardeur , Grandeur , Victime,
Mutins , Deftins , Etoufée ,
Flots , Trophée , Complots .
Le Prix fera donné à la Saint Jean prochain
, & ceux qui y prétendront auront
foin d'accompagner leurs Sonnets d'une
Priere pour le Roy , en quatre Vers , fuivis
d'une Sentence en latin , de mettreati
bas de la page , leur pays & leur nom cachetez
, ou dans une lettre feparée, le
GALANT. 325
rout fous la mefme envelope. Il faut que
huit jours avant la diftribution du Prix,
les paquets foient rendus à leur adreffe à
Toulouſe , chez Mr Seré à la Place de
Roaïs , & qu'ils foient francs de port,
fi
on veut qu'ils foient reçûs .
Je ne vous dis rien des Affaires genera
les de l'Europe , & remets au mois prochain
à vous parler de leur fituation ,
quand celles d'Angleterre feront plus
avancées. Je fuis , Madame , voſtre , &c.
A Paris , ce 31. fanvier 1696:
P
Relude
TABLE.
Priere pour le Roy.
Feste celebre à Avignon.
IF
Réponse fur l'origine des Fleurs de Lis . 31
Lettre fur l'origine du mot de Payen. 69
Eloge des Dames.- 77
88
Serment prefté par M le Marquis de
Dangeau.
Etrennes ingenienfes prefentées à Mon--
feigneur le Duc de Bourgogne.
Eloge de M l'Evefque de Limoge: 1135
98
TABLE.
124
Hiftoire du Capitaine S -fean..
Ceremonies obfervées au Mariage an
Prince Royal de Danemarck.
Devifes prefentes a M l'Archevêque.133
Madrigalfur le Portrait de M Fagon.137
Cargaifon des trois Vaiffeaux Anglois pris
par les Navires le François & le Fortuné.
145
Eloge de Mrt'Abbé de la Trappe : 164
Maifon de Forville.
174
Rreception deM Dacierà l'Academie, 204
Fable.
Hiftoire.
224
229
Réjouiffances & barangues faites pour la
naifancee de M le Prince d . Dombes.255
Morts.
Officiers Generaux.
Mariages.
Combat d'une Fregate.
Enigme .
Livres nouvcaux.
281
288
312
*322
324
828
Nouveaux Bout- rimez des Lanternistes.·
334
L'Air doit regarder les pages 140. & 328.
LYON
1893
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JANVIER 196.
BIB
*1893
ON
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grand Salle
du Palais , as Mercure Galan
ONdonneratoujours un Volume nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau &
Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Justice .
T. GIRARD , au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie,
Et MICHEL BRUNET, Grand'Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. DC. XCV I.
Avec Privilege du Roy.
Ο
n
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à preſent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiſſe pas
d'y manquer toujours . Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne
peut fervir. On réitere la meſme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentiens . On
A ij
AVIS.
"
"
priefeulement ceux qui les envoient,
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
Tarticle des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'on faffe ce qu'ils demandent .
C'est fort peu de chofe pour chaque
particulier , & le tout enfemble eft
beaucoup pour un Libraire.
"
Le Sieur Brunet qui debite prefentement
le Mercare , a rétabli les
chofes de maniere qu'il est toujours
imprimé au commencement de chaque
mois . Il avertit qu'à l'égard des
+Envois qui fe font à la Campagne,
ilferapartir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
›Mercure.Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin, Paris ne
baillera pas d'avoir le Mercure
AVIS $ .
" long- temps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées , mais auſſi
15 les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant . Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
1. fans encharger ledit Brunet, s'ex .
pofent à le recevoir toujours fort
Atardpar deux raifons. La premiere
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venir prendre fitoft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quelquesjours
avant que l'on en faffe le
debit , & l'autre , que ne l'envoyant
qu'apr s qu'ils l'ont la eax es quel
ques autres à qui ils le prefent, ils
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
1 avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet , puis qu'il fe charge de faire
A iij
AVIS.
lespaquets lay-mefme, & de lesfaire
porter à la Pofte ou aux Meſſagers,
fans nul intereft, tant pour les Par
ticuliers que pour les Libraires de
Province, qui lay auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nowveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra as Mercure,
afin de n'en faire qu'un meſme paquet.
Tout cela fera execute avec
ane exactitade dont on aura lien
d'eftre content.
MERCVRE
GALAI
BIBL
QUE
LYON
JANVIER 18m
DELA VILLE
N fait en tout
temps
des
Prieres
pour le
Roy , mais il n'y en
a point
où tous les
vaux des François fe renouvolent
avec plus d'ardeur
pour la santé & profperité de
A iiij
8 MERCURE
ce Prince , que dans celuycy.
Le commencement d'une
année est un fujet pour luy
en fouhaiter encore un grand
nombre, & qui foient accompagnées
de tout le bonheur
dont fes grandes qualitez le
rendent digne. Nos vûës font
peut -eftre intereffées , puis
que ce Monarque eft le foutien
de la France , & que tous
fes foins ne vont qu'à rendre
fes Peuples heureux ; mais il
eft permis d'eftre întereffé de
cette forte , & c'est toujours
travailler pour conferver à la
terre , ce que le Ciel luy a
GALANT.
9
jamais accordé de plus parfait
. Les. Vers que vous allez
lire , feront voir ces voeux exprimez
avec tout le zele que
peuvent avoir des Sujets pour
un Souverain qui meriteroit
de commander à tout l'Uni-
Pers,meager
PRIERES
POUR LE ROY.
G
Rand Dieu , qui tenez
dans vos mains
Le fort du plusgrand dès Humust
mains
Ecartez tous les maux où luymefme
ilfe livre
10 MERCURE
Parmyfes foins laborieux
Confervez fes jours précieux.
Qui défend vos Autels eft bien
digne de vivre.
Daignez encorfurfon Auguſte
Fils
Etendre voftre Providence.
De cette noble Tige il fort de fi
beaux Lis ;
Verſez fur eux une douce in-
Auence
し
LOUIS arméfeulcontre tous
Soutient une jufte querelle.
Tous contreluy , bien moins que
contre vous, k
Forment une Ligue rebelle.
Diffipez leurs projets , fortifiez
Son bras;
GALANT
.
YI
Qu'il mette enfin fes Ennemis
par terré,
Et terminant unefunefteguerre,
Faites , Seigneur qu'aprés tant
de combats,
Las d'entaffer victoire fur vi.
Etoire ,
Il regne en paix dans le fein
de la Gloire.
Cette Priere eft de M ' de
Héricourt , l'un des Acade
miciens de l'Academie Roya
le de Soiffons .
Il s'eft fair depuis peu de
temps à Avignon , une Feſte
folemnelle , dont vous trou12
MERCURE
verez la defcription dans la
Lettre que je vous envoye.
A MONSIEUR DE ...
V
“ Ous attendez , Monfieur,
de mes nouvelles , me voicy
arrivédepuis peu de jours Je n'ay
pas oublié la parole que je vous
donnay enprenant congé de vous,
je la tiens d'autant plus vo-
༧༠ ;
lontiers , que ce que jay à vous
écrire le merivemieux Jeme croirois
bien dédommagé des fatigues
de mon voyage , fi on faifoit ail
leurs des Festes folemnelles pareilles
à celles qu'on fit hier aux PeGALANT.
13
nitens Gris de cette Ville .Je n'euffe
jamais cru qu'en un lieu faint,
qui ne refpiroit que la pieté , on
vift tant d'agrémens . Le fujet
mefme en eftoit tout à fait fingu .
lier. On y fit la Tranflation du
Saint Sacrement , par ordre de
Mỹ l'Archevêque de cette Ville,
pour renouveller la memoire d'un
prodige arrivé icy dans la Chapelle
de ces Penitens depuis prés
de trois fiecles . Je fuis feur qu'un
homme auffi pieux que vous l'eftes ,
& qui s'estfait un fi grand plai .
fir de m'yfaire obferver bien des.
fois lapieté la religion du Roy
touchant nos adorables Mifteres,
14 MERCURE
la
mefçaura bon gré que ce foit icy
premiere nouvelle
que je lug
donne depuis mondépart de Paris;
cette nouvelle vousfera d'au.
tant moins fufpecte , que l' Amy
qui vous l'écrit eft volontiers un
peu incredule. Jepouvois m’en tenir
à la Relation qu'un Abbé de
qualité , plein de zele & de droi.
ture , vient de faire imprimer icy;
mais j'ay bien voulu par moymême
m'inftruire du fait , en li
fant lesTitres authentiques qui en
font fog, dont les expreffions
fimples naives ont un air&
un caractere de verité tout àfait
perfuafifJeprens la chofed'un peu
GALANT. 15
loin , par la liaiſon neceſſaire qu'-
elle a avec ce qui fe paffa fous le
regne de Louis Vili. Ce Prince
l'an 1226, aprés trois mois de Siege
s'eftant rendu maistre d'Avignon,
où les Heretiques Albigeois s'étoient
cantonnez , voulutpar une
espece d'amende honorable reparer
les outrages .qu'avoient fait à
Jefus Chrift les ennemus jureZdu
Saint Sacrement, en affistant
luy- mêmerevêtu d'unfac couleur
de terre , ceint d'une corde , la tefte
nuë , ¿ le flambeau à la main¸à
une Proceffion folemnelle ;
trouva le Cardinal de Saint An
ge, Legat à Latere , que le Pape
où ſe
16 MERCURE
Gregoire IX. avoit envoyé exprés
pour accompagner le Roy
dans fon expedition, & où Pierre.
de Corbie , de l'Ordre de Cluny ,
Evêque d'Avignon , porta le
Saint Sacrement le 14 de Septem.
bre de la même année à une Cha
pelle hors de la Ville fous le titre
de la Sainte Croix . L'exemple
de ee pieux Monarque ramena à
fon devoir toute la Ville , qui a.
voit favorife les Heretiques , &
donna commencement dés l'année
1226. à une devote Compagnie ,
fous le titre des Penitens Gris, ou
de laConfrairie des Difciplinez, de
laquelle il eft probable qu'ont pris
GALANT. 17
naiſſance toutes celles quife font
depuis eftablies dans la Chreftienté,
puifque fuivant l'opinion de
Varillas , la plus ancienne n'eft que
depuis l'an 1234. & felon le Pere
Maimbourg, depuis l'an 1260 .
L'Evefque leur donna des Regles
que le Legat confirma , la ferveur
des Citoyens , que leur Evef
que avoit obligez d'aller par penitence
reciter tous les Vendredis les
Pfeaumes de la Penitence , dans
cette Chapelle , les porta fi loin
qu'outre les rudes difciplines dont
ilsy chastioientfouvent leurs corps,
ils voulurent encore furl exemple
du Roy , qui les toucha vivement ,
Janvier 1696.
B
>
18 MERCURE
qu'ils reconnoiffentpourFonda
seur de leur Confrairie ,fereveftir
d'un fac tel que le Prince l'avoit
porté, & qu'ils portent encore aujourd
buy , & allerent paſſer tous
les jours , &prefque les nuits entieres
, à y adorer le S. Sacrement;
ce qui détermina le Prelat a ordonner
qu'on l'y tiendroit exposé
jour nuit à perpetuitè , pour
rendre d'éternelles actions degraces
du changement fiprompt &fiuniverfel
d'une Ville qui venoit de
donner retraite à l'Herefie ; &
comme cette ferveur ne ſe rallentit
point dans la fuite des temps , les
Papes , les Evefques , les ArcheGALANT.
19
vefques autorifèrent l'Expofition
perpetuelle du Saint Sacrement
dans cette Chapelle, mais le Ciel
voulut bien luy mefme l'autorifer
par unprodige éclatant. Avignon
eft tout entouré de rivieres , & la
Chapelle des Penitens Gris eft mef
me baſtie fur le Canal de la Sorque,
& comme le
29 .
1
de Novem:
bre
1433
res
firent
déborder
les
eaux
, il en
entra
une
figrande
quantité
dans
certe
Chapelle
, que
les
deux
Chefs
de
la
Confrairie
craignat
que
l'eau
ne
s'élevat
jufqu'auTabernacle
, où
étoit
exposé
le S
Sacrement
, refo
lurent
d'y
entrer
le30
pour
lefaire
les playes extraordinai.
Bij
20 MERCURE
transporter ailleurs , au cas qu'ily
euft quelque danger ; mais ils trouverent
que les eaux qui estoient
montées à droit & àgauche le long
des murailles à la hauteur de qua ,
trepans , s'eftoient partagées , &
laiffoient au milieu un paffage libre
fec qui conduiſoir juſqu'à
l'Autel où eftoit le S. Sacrement ;
parfurcroift de merveilles , tous
les environs de l'Autel qui estoient
àplein pié à niveau de la Cha..
pelle , etoient pareillement fans
eaux & tout fecs. Les cause
mefme de part & d'autre le long
des murailles , venoient en pente
jufqu'au chemin qu'elles laifGALANT.
21
foient libre , & formoient un talus
, ou comme s'explique l'ancienne
Relation , une espece de toit.
Ces deux Confreres , aprés avoir
fatisfait leurpieté,& adorélª Auteur
de cette merveille , en allerent
donner avis à beaucoup d'autres
des leurs. Il y en eut douze qui
les fuivirent , dont l'un s'explique
Luy même de laforte dans l'Au
thentique qu'on garde dans les
Archives de la Chapelle. Nous
autres qui eftions bien douze
, vilmes tous le miracle, &
pour en eftre plus certains ,
nous allâmes querir quatre
Freres Mineurs , delquels les
-
22
MERCURE
trois eftoient Docteurs en
Theologie , & l'autre eftoic
Bachelier
, & firent la preuve.
Le jour après que les eauxfe furent
écoulées , que tout le mon
de entra enfoule dans la Chapelle,
chacun fur témoin oculaire que les
Livres , lesPapiers , les Nappes ,
& les autres meubles qui estoient
fous l'Autel, ne furent nullement
moüillez
, & que
bancs , à égalité des autres , qui
furent tous remplis d'eau
meura fi feche , que creufans
même furl heure le bois avec un
couteau , & par dehors & par
dedans , on ne s'apperceut
pas
la moitié des
>
"
deGALANT.
23
du moindre veftige d'humidité.
Ce prodige augmenta beaucoup
ladevotion des Fidelles ,
elle s'est maintenuë juſqu'à au.
jourd'huy. Cependant , comme
M. l'Archevêquefaifant(a vifite
paftorale le 18 Juillet 1694.
eut vû qu'on tenoit exposé le
Saint Sacrement dans une niche
de pierre affez proprè au costé de
l'Evangile, & d'autre part que
leuri Titres eftoient tres - bons , il
ordonna qu'on en feroit la tranf
lation , & qu'on l'expoferoit nuit
jour à perpetuité au milieu de
l'Autel , fuivant l'usage prefent
de l'Eglife. Les Confreres , pour
24 MERCURE
Concourir aux pieufes intentions
de leur fage Prelat ,
voulurent
celebrer cette Fefte avec toute la
folemnité la magnificence poffi.
ble le 30 de Septembre 1695. qui
fut le jour en l'année 143 auque!
le miracle des eaux arriva. Ils
commencerent par faire faire une
Niche de la derniere propreté;
elle eft de noir d'Ebene aux colomnes
Corinthiennes , dont les
chapiteaux , & tous les autres
ornemensfont d'argent cizelé, d'un
travailfort delicat Cette Niche
qui est de l'invention de l'habile
M Pirus , eft entourée de nuées
rayonnantes , chargées avec bean.
coup
GALANT. 25
coup d'art &fans confusion , de
de Cherubins, groupes d'Anges
qui font un tres . bel effet. La decoration
de la Chapelle répondoit
àla propreté de l'Autel , chargé
d'argenterie. On y entre par une
longue & belle Gallerie , qui conduit
à une espece de Salon exagone;
l'un l'autre eftoit en comparti
&
mens dans le plat fond , & aux
deux coftez le tout orné de Tableaux
choifis , de glaces de Miroir,
de divers autres ouvrages
d'Orfevrerie doreé, avec unbel arrangement
,& beaucoup defimmetrie
. Dès l'entréejufqu'à l'Autel
tout eftoit mieux éclairé , & par.
Janvier 1696.
C
26 MERCURE
ticulierement l'Autel où le Saint
Sacrement devoit estre exposé.
M¹l'Abbé Delphino , Vicelegat,
dont on ne loue pas moins icy la
pieté exemplaire queſon integrité
&fa vigilance dans l'exercice de
fa dignité , voulut , aprés avoir
fait l'honneur aux Confreres de
s'affocier à leur Compagnie, faire
lug- même cette Ceremonie augufte
. Il vint celebrer la Meffe dans
leur Chapelle , aprés quoy on fit
une Proceffion folemnelle au jon
des Trompettes , & parmy la
Simphonie & les accords d'une
Mufique excellente , M¹ le Vicc
Legatfous un Daisportépar Mrs
GALANT 27
4
•
le Viguier les Confuls , alla
prendre le Saint Sacrement dans
l'ancien Tabernacle , & à la fin
de la Proceffion le plaça dans cette
Niche , qui eftoit au milieu de
l'Autel. Ilfe rendit enfuite l'apréfdinée
à la Chapelle , poury
affifter au Sermon que fit Mr
l'Abbé Bocqui, Chanoine de Saint
-Didier. Son Difcours prononcéde
la meilleure grace du monde , fut
folide , jufte touchant. Ildonna
une très haute idée de cette Tranflation
par rapport à celle de l'Arche
dans le Temple de Salomon ,
• ilmontra que le Seigneur eftant
dans ce lieu magnifique comme
=
Cij
28 MERCURE
fur un Trône de gloire & de
grace , nous devions en approcher
avec refpect & avec confiance.
Son texte même faifoit une allyfion
fisnaturelle avec cette Niche
dont je vous ay parlé , qu'il fem.
bloir eftre fair exprés . Intule.
runt Sacerdotes Arcam foederis
Domini in locum fuum
fubter alas Cherubim , On
termina la Fofte par la benedi.
tion du Saint Sacrement , où l'on
chanta un Motet , dont les pa.
roles toutes propres au fujet ,
fort favorables pour laMusique,
donnerent lieu à l'habile Maitre
À qui on l'avoir fait compofer à
GALANT. 29
}
Rome , d'yfaire des Recits char :
mans , toujours foutenus, & ens
tremefle de fimpbonies , dont jer
vous avoue que je fus enchanté.
Je paffe te's bornes d'une Destre,
mais pardonnez Monſieur , à
un Amy, qui aprés avoir pris
tant de plaifir à cette Fefte , croit
qu'il peut vousen donner quelquest
momens , par le recit fidelte qu'il
vous en fait On m'appelle à
I heure que j'écris pour aller prendre
la benediction dans cette Chapelle
, où les Concerts dureront
pendant l'Octave, numurgiąż
On vient de me faire pare
d'une Epigramme Latine fur
C iij
3༡0༠ MERCURE
ce grand prodige , que je
penfe que vous ferez bienaife
de voir.
Sufpendit Jordanis aquas , dum
permeat Arca:
Ad te , Chrifte, viam penfilis
unda dedit.
Que quondam Domini cognove .
rat unda vel umbram,
Non noffet
Dominum , quem
videt illa ,fuum ?
Voicy l'Imitation de cette
Epigramme , en noſtre Langue.
GALANT.
31
Quand l'Arche dut paffer , par
respect le Fourdain
Fitremonterfes eaux ,
Soudain Lo
s'arrefta
L'eau fufpendue en l'air , Seigneur,
vousfait hommage,
跨Et
pour
aller à vous nous ouvre
le paffage.
Si cet infenfible Element,
Par l'ombre la figure a reconnu
fon Maifre ,
A tilpu ne le pas connoiftre
Lors qu'il l'avú réellement ?
Vous prenez trop d'intereft
à la gloire de nos Lis , pour
ne vous pas faire un plaifir
C iiij
22 MRECURE
d'eftre informee de tout ce
qui regarde leur origine Cetre
matiere a efté déja traitée
dans plufieurs de mes Lettres ,
& j'ay cru devoit vous faire
encore part de ce qui fuit.
REPONSE
en forme de Differtation
* fur l'origine des Fleurs
de Lis .
A Monfieur de Cipieres .
E quelques termes
Dobligeans dont vous
vous ferviez, Monfieur , pour
GALANT.
33
me demander l'analyze de vos
fentimens fur les Lis , difpenfez
moy de vous obeïr. La
chofe pafferoit ma force , &
Vous ne devez pas fouhaiter
plus que je ne dois , non feulement
parce que chaque opi
nion a fes Partiſans, que je ne
condamne pas , mais encore.
parce qu'avec autant de po-.
liteffe , & de capaciré que.
vous en marquez , peu de perfonnes
fufflamment éclai
rées , voudront vous foumet.
tre à leur examen .
C'eft fans doute fur ce que
jay dit des Enfeignes où
34 MERCURE
Francus, Roy des Gaules , quarante
ans avant l'Ere Chré- ·
tienne , eleva un Lis , que vous
voulez une Analyze , qu'il faut
tirer de l'Hiftoire & de la tradition
pour vous fatisfaire , &
vous expliquer ce qui me perfuade
que l'origine des Ecuf
fons de nos Rois , eftoit connue
longtemps avant les Mores
,Charlemagne , & les Tournois.
Vous demandez, Monfieur ,
où Tritheme a pris ce qu'il dit
deFrancus , qui n'eft pas celuy
qu'on feint eftre venu du Siege
de Troye, qui malgré Ho
GALANT.
35
mere & Virgile ne fut qu'une
belle imagination , fi nous en
croyons ce qui nous reſte des
Oeuvres de Dion de Pruffe ,
quile foutint il y a feize cens
ans, dans un Difcours fur ce
fujer , mais bien un des Rois
Sicambriens qui gouvernoient
les Gaules avant Jefus-
Chrift , felon Hunibalde qui
en a écrit fous Clovis , & que
Tritheme a abregé dans le
quinziéme fiecle . ce qui luy
a donné le malheur de paffer
dans le noftre , pour un Auteur
de paradoxe , contre
l'affurance que devoit à fes
26 MERCURE
Écrits la proximité des temps
de fon Exemplaire , & quoy
qu'ait pu operer l'Abbé Sigif
mond pour garantir de reproches
l'integrité de fon
Confrere.
Ainfi , quand j'ay raporte
fur fa foy ce qu'il a laiffé fur
celle d'un autre , l'heureufe
conjecture dont vous me fairès
l'honneur de me feliciter,
doit elle eftre fufpecte , étant
auffi avantageufe à la France,
qui a lieu de fe plaindre qu'on
accufe de fuppofition ' ceux
qui traitent de fes premiers
remps , qu'on ne revoque en
GALANT.
37
doute que par l'excés de leur
narration , comme on pourra
faire dans les ficclesà venir de
ceux qui auront écrit fur l
grandeur immenfe du Regne
de Louis le Grand,
Faites donc grace à Tritheme
, à Sigebert , & loüez
, à
Hunibalde,de nous avoir donné
la connoiſſance de nos Lis
avant Charlemagne où vous
les fixez , & par confequent
longtemps avant Louis VII .
dans l'onzième ficcle , dont
Mr de Sainte Marthe affurent
que les Sceaux ont efté les
premiers marquez, d'une
38 MERCURE
Fleur de Lis , fes Predeceffeurs
n'y mettant que leur Image
vêtuë royalement , comme
j'ay remarqué l'avoir vû dans
le Cachet de Saint Louis , qui
regnoit au fiecle fuivant ; ce.
qui ne doit pas infinuer qu'elles
ne fuffent d'ufage auparavant
, fur tout dans les Oriflambes
& Enſeignes , puifque
des Auteurs hors d'intereft de
cacher la verité l'ont affure, &
que la tradition en a eſté une
autre preuve auffi forte que
leurs Ecrits .
Que diriez- vous , Monfieur,
fi je vous apportois le fentiGALANT.
39
ment de Goropius , Medecin
de Charle Quint , qui écrit
hardiment que Japhet , du
temps de Noé , porta les trois
Fleurs de Lis , qu'il donna aux
François dont il eftoit Souve
rain. Ce feroit à luy à qui il
faudroit demander où il a pris
ce beau conte , & où mefme
alors on parloit de François ,
cent quarante ans aprés le
Deluge .
Je paffe à la Tradition , eile
vaut fouvent l'Hiftoire , parce
qu'elle conferve les choles
d'homme à homme , qu'elle
eft une Bibliotheque vivan40
MERCURE
J
te , où l'on apprend par le fentiment
uniforme de tous , ce
que les Livres renferment, &
ne communiquent qu'à peu
¿ de perfonnes.
***** C'eſt dans les
Enfeignes de
Clovis & avant fon
Baptefme
qui fut l'an 5oo . de jelus Ch.
que la Chronique
deNaucler
"veut que les trois Ctapauts
ayent efté miraculeufement
"changez en Lis ce qui a faït
dire il y a deux cens ans à
Gaguin dans fes Annales , Per
feverance ad hane meam ætatem
fama , vulgatum accepi , fuiffe
Regibus France , Bufones tres,
GALANT. 41
Nobilitatis quidem infigne ; fed
Clodoveofacris initiato demiffum,
Coelo effe id quod nunc . Reges
geftant Lilia aurea , quibus fubeft
, Cieli fereni color , quem azu..
ram Franci dicunt. » Opinion
dont a ché Duhaillan , ainf
que Paul Emile dans fes Anemales
, où il raporte que ce ne
furent pas crois Crapaurs , mais
trols Couronnes , qui furent
changées en Lis , & Bellefo-
Left veut quilsayent efté ap-
-portez par un Ange à un Her
mite dans la Foreft de Saint
Germain , où depuis a efté
fondée l'Abbaye de Joye en,
t
Fanvier 1696.
• D
42 MERCURE
Val , en memoire eternelle
d'un auffi fingulier prefent.
Gerfon , Chancelier de Pa
ris , dans le quatorziéme fiecle
les veut données à la France
par Saint Denis . Vivaldus
dans fon Triomphe des Lis ,
Chaffanée, Gilbert de Varennes,
& Petranfata ; celuy cy
dans fon Livre Teffera Gentilitia,
& celuy là dans ſon Armorial,
les font rendre à
Charlemagne.par un Ange,
dont pourtant Gregoire de
Tours , Eginard, Ammoin de
Fleury,& Flodoard ne difent
rien.
GALANT.
43
S
Voilà une partie de ce qui
concerne la tradition des Lis ,
qui ne vous permet pas d'en
rabaiffer l'origine à l'onzième
fiecle, quand tous les Peuples
les ont connus dés le quatriéme,
où les Enſeignes & les
Drapeaux, les Sceptres & les
Couronnes , les Veftemens &
jufqu'aux Reprefentations ſepulchrales
en ont efté ornez,
témoin leTombeau de la Reine
Fredegonde , qui mourut
dans le cinquiéme fiecle , que
le Pere Dom Mabillon, un des
pius fçavans de nos jours , affure
n'avoir point efté fait
aprés coup .
Dij
44 MERCURE
De les aller prendre du
temps de Noé, Goropius nous
meneroit auffi loin que Sandoüal
, Evefque de Pampelonne,
menoit Charles . Quint,
en remontant la continuité
de ſes Anceſtres par cent dixhuit
generations juſqu'à Adam.
Ce premier n'avoit pas
comme le ſecond , fon inte ..
reſt à flater , neanmoins je ne
le fçaurois croire .
Si les Crapauts avoient efte
veritablement les Armes de
nos Rois , au lieu qu'ils ne
l'ont efté que de quelques
Princes de la Gaule Belgique,
1
GALANT. 45
J
dont le terroir gras & humide
abonde en ces reptiles , je
ferois affez du fentiment de
ceux qui croyent que les Sculpteurs
, Graveurs & Peintres,
auroient fait prendre des Crapauts
mal faits & gaftez par
la vetufté, pour des Lis, qu'on
auroit ajuftez avec autant de
fimetrie que nous les voyons
aujourd'huy. On pretend même
que dans l'Eglife de Saint
Sorrin,d'unde nosFaubourgs,
cette opinion y trouve fa
e preuve, dont le Prefident Faucher,
Anfelme de Gemblours,
Sigebert, & M Chifflet ne
46 MERCURE
font pas d'eftime .
Les Lis dont vous parlez
dans voftre Lettre qu'on tire
de l'union des trois Sceptres
d'Auftrafic , Normandie &
Bourgogne , liez enſemble
dans la main de Dagobert I.
de qui eft la Medaille du cinquiéme
fiecle qui le reprefente
ainfi , font expliquez dans
une Differtation du Pere
Heskennius , où il les fait ref
fembler à la Plante nommée
Iris ; que les Allemans nom
ment Lyfelhum , c'eſt à dire
Fleur de Lis , ajoûtant qu'on
les fit d'or, parce que cette
GALANT. 47.
Fleur eft jaune, qu'on les mit
en champ d'azur, parce qu'el
le naift dans les eaux dont la
couleur tire fur le bleu , &
qu'elle a efté crue originaire
du Ciel , parce que les Latins
l'ont nommée Lilium Cælefte.
Par cette Medaille , qui eft
la feule dont on puiffe vraifemblablement
tirer nos Lis ,
les voila au deffus du huitié.
me Siecle , où les Capitulatres
de M' Baluze , & un Mamufcrit
de la
Bibliotheque
du Roy , écrit par l'ordre de
Charles le Chauve , en ornent
la Couronne de ce Monar48
MERCURE
que.La negligence des temps
qui fe font écoulez depuis ,
nous a fans doute dérobé les
plus anciennes , en cas que
nos Anceftres , fur l'exemple
des Grecs & des Romains ,
euffent fait fraper de ces Mo.
numens précieux , qui peuvent
s'eftre perdus , ou par
la fonte qu'on aura faite du
métal , s'il a efté au plus
haut degré de fin ,
peu de foin à les garder , fi
le trop bas alliage les a jettez
dans l'empirance , pour uſer
ou
par le
des termes de cet Art.
Un autre fentiment , à la
verité
GALANT. 49
verité moderne , eft que le
Lis a pris fa figure du fer d'une
pique , nommée Francifque
, qui pourroit bien eſtre
le Lis dont vous dites que
Céfar fait mention . La def
cription qu'en fait Agathias
feroit trop longue , & ne fert
de rien à mon fujet ,fi ce n'eſt
qu'au cas que fa figure ſe tiraft
d'une arme offenfive ,
comme par ce Vainqueur des
1 Gaules , on pourroit croire
= que les Lis des Enfeignes de
Francus avoient efté faits fur
ce modele , autant que fuc
Janvier 16,6 .
E
९ MERCURE
50०
celuy qu'auroit pû fournir la
Nature .
Ainfi , Monfieur , craignant
la Tradition , doutant
du miracle j'aime mieux
m'en tenir à ce que j'en ay
avancé , que la terre a produit
la premiere origine des
Lis , qui parurent dans les
Drapeaux de ce Prince des
Sicambriens , qui a précedé
ceux qui l'eftoient des François
, & qu'on tenoit de ſa
race , felon le témoignage de
Fortuné , Evêque de Poitiers,
qui écrit à Charibert , Roy
de Paris .
GALANT. 51
Cùm fis progenitus clara de
gente Sicamber.
Entre tant d'opinions dif-
Iferentes , tant d'Auteurs anciens
& modernes , n'auray.
je point la liberté de conje-
Aurer que celuy qui donna
le nom à la France , merite
auffi l'honneur de luy avoir
donné, felon Paradin , la plus
belle fleur pour
Lis eft celle des Rois , felon
S. Gregoire de Nazianze , qui
la nomme Fleur Royale , &
Clement Alexandrin, la Fleur
des Fleurs. Le Sauveur s'y
compare , Ego flos campi &
pour Armoirie
? Le
E ij
52 MERCURE
lilium convallium . Jofephe en
fait le plus bel ornement du
Temple; & Herodote l . 1. &
Strabon I. 16. nous affurent
que les Rois d'Affirie la mettoient
au haut de leurs Sceptres.
Le Lis eft le fimbole
de la pureté & de la blan .
cheur , & c'est peut -eſtre ce
qui le fit prendre aux Gaulois,
dont on prétend que le nom
vienne du mot Grec , qui veut
dire Lait , à cauſe de la conformité
de leur teint avec la
couleur de ce bel ornement
de nos Jardins.
Sur ce que vous dites , MonGALANT.
53
&
fieur, que les Enfeignes n'ont
efté chez les Romains qu'une
botte de foin , une main au
bout d'une pique , une tefte
ou une queue de cheval , com
me chez les Turcs , & non pas
des draps de foye , ou de laine
, peintes ou brodées , je
prendray , s'il vous plaiſt , la
liberté de vous dire , que ces
fortes d'Enfeignes n'ont pas
efté de deffein , mais d'occurence
& de hazard , comme la
queuë de cheval des Turcs ,
qui vient de ce qu'en une Bataille,
où l'Armée d'un Sultan
eftoit en déroute , un Bacha
E iij
54 MERCURE
d'un
manquant de Drapeaux pour
rallier fes Soldars ,
coup de fabre emporta la
queuë traînante de fon cheval
, l'éleva au bout d'une
pique, raffembla fes Troupes ,
redonna fur les Ennemis , &
leur arracha la victoire d'entre
les mains ce qui vou
obligera à changer de fentiment
, quand vous aurez fur
tout reflechi
que les Aigles ,
I'S . P. QR.les Couronnes , les
Teftes d'Empereurs , le Ki &
le Ro ; la Croix , & le Labarum
de Conftantin , qui font trois
Lettres Grecques K. P. & .
GALANT.
$5
つい
1
ད
entrelaffées , doivent neceffairement
avoir cfté peintes
ou brodées , ainfi que la Louve,
le Cheval , le Minotaure ,
le Sanglier, qui ont varié dans
les Enfeignes Romaines jufqu'à
la feconde année du
Confulat de Marius , qui les
fixa aux Aigles.
Si vous vouliez agréer que
je paffaffe hors de l'Italie ,
nous trouverions que les Perfes
& les Medes , au témoi
gnage de Xenophon Liv . I de
fon Hift. & fuivant Philoftrate
fur Temistocle, portoient
un Aigle d'or , dans un Dra
E iiij
56 MERCURE
peau blanc , les Corinthiens
le Pegaſe , les Atheniens une
Chouette , les Meffeniens, ces
Peuples qui fonderent Zanclé
, aujourd'huy Meffine , la
feconde année de la vingtfeptiéme
Olimpiade , la confonne
M , les Lacedemoniens
leur Ales Rhodiens une Refe
; ceux de Delphes un Dauphin
, comme ceux de Judée
une Palme , qu'il eft de neceffité
qui ayent efté peintes
ou brodées , dans les Drapeaux,
dont l'etymologie , felon
M' du Cange , marque un
morceau de drap . Ainfi bien
GALANT. 57
loin que les Enfeignes
des
fiecles éloignez n'ayent pas
égalé les noftres ,je croy qu'el
les les furpaffoient
par la matiere
& par l'ouvrage ; & que
Sigebert & Tritheme peuvent
eftre crus , quand ils mettent
un Lis dans celles de Francus ,
fecond fils d'Anthaire
, Roy
des Gaules , prés de quarante
ans avant la naiffance du Sauveur,
qui aura donné l'origine
à ceux de l'Ecu de nos
Rois dans les Batailles , dont
on aura depuis compofé
&
perfectionné
leurs Armoiries.
(
$188
MERCURE
D'où il fera par conſequent
fort aisé de conclurre que ce
n'eft pas des Tournois , Car.
Toufels & Jeux Equeftres que
font venus les Lis , puis que
ce n'eft que du onzième fiecle
que la Chronique de
Tours apprend que Geoffroy,
Comte d'Anjou , en fut le
veritable Auteur en France ,
d'où l'Hiftoire Bizantine af
fure mal , qu'ils pafferent aux
Grecs & aux Latins , quoy
qu'ils fuffent en Allemagne
le fiecle auparavant , introduits
par Henry Duc de Saxe,
furnommé l'Oileleur , qui les
GALANT.
59
pouvoit avoir tirez de Rome,
où Tarquin l'Ancien les établit
en y baftiffant le grand
Cirque vers l'an 140. de fa
fondation , lequel les avoit
fans doute apportez de Corinthe
, d'où fon Pere Demarate
eftoit venu en Tofcane
quarante ans auparavant , en
haine de Cypfelus , l'un des
petits Tyrans de Grece , où
Tertulien, dans fon Livre des
Spectacles , pretend que Circé
, Reine des Sarmates , qui
enchanta Ulyffe , les inventa,
dreffant un Cirque & des
Courſes en l'honneur du So60
MERCURE
leil ; à quoy les Allemans ont
ajoûté longtemps aprés , les
Cimiers ; les François & Italiens
, les Chars & Cavalca.
des ; & enfin les Maures , les
livrées , devifes & ornemens ,
qui ont fervi depuis aux belles
fictions des Zegris & des
Abencerrages , dont on a
tiré mille chofes ingenieuſes ,
mais nullement le Blazon ,
que le Texte Hebreu au 2.c.
du Livre des Nombres , nous
montre établi pour divifer
les Familles par les Enfeignes,
finguli juxta vexillum fuum , in
fignis domus Patrum fuorum caGALANT.
61
ftra metabantur ; ce qui fait
opiner Prado , Commentateur
fur Ezechiel, que chaque
Chef de Tribu avoit les Ar
mes de la Famille dans fes
Drapeaux. Enimvero , dit- il ,
finguli Duces Tribuum propria
geftabant infignia , parentum fci.
licet ftemmata in vexillis depicta;
qui pouvoienr les avoir tirez
des Egiptiens , que Diodore
de Sicile 1. 1. de la Bibliothe
que, prétend estre Inventeurs
des Armoiries ; d'où je penfe
que les Croifades,dont la premiere
fut concluë en 1097. au
Concile de Clermont , fous le
62 MERCURE
Pape Urbain II. nous en ont
apporté le deffein dans l'Europe
, où je croyque les Tour.
nois ont mis les ornemens, &
noftre fiecle la perfection ;
ce qui détruit l'opinion de
Pancirol , qui au 37. c. de la
Notice de l'Empire , veut que
le Blazon ait efté tiré des
Boucliers Romains : Milita.
rium fcutorum colores fuere de.
cem › aureus , argenteus , lacteus ,
puniceus, viridis, cæruleus, niger,
purpureus , ferrugineus , rubens ,
qu'il faut pourtant convenir
qui ont fait les premiers
Ecuffons , comme eftant les
GALANT.
63
fonds de tous ceux qui le
trouvent aujourd'huy chargez
de pieces.
dans
Pour ce que vous pensez,
Monfieur, que les Lis ont efté
pris par allufion à la Loy Sali-,
que , & le mot de l'Evangile,
Lilia neque nent, neque laborant,
par allufion aux Lis ,
voftre opinion cela eft vray
non pas dans la mienne , qui
établit les Lis avant la Monarchie
, qui n'a inſtitué cette
Loy que trois cens vingt ans
aprés l'Evangile de S. Mathieu
, qui l'écrivit en Hebreu
ſous Caligula , environ qua64
MERCURE
rante ans aprés Jesus - Chrift;
outre que les Devifes , & cellela
fur toutes , font fi modernes,
qu'on peut hardiment les
tirer des Tournois , à moins
que nous ne les croyions auffi
anciennes que le Cimier de
Corvinus , rapporté par le
Poëte Silius ; la graveure du
pommeau d'épée du Fils de
Thefée ,
qu'Ovide marque
au 7. de
fes
Metamorphofes
;
l'Aigle
du
Bouclier
de
Tela
.
mon
, dans
le Meleagre
d'Euripide
, & beaucoup
d'autres
,
que
l'illuftre
Pere
Meneſtrier
ne
veut
pas
qui
foient
des
GALANT.
65
Armoiries , mais feulement
des Deviles ou Repreſenta
tions de leurs belles actions ;
opinion , qui comme toutes
celles qu'on a fur l'antiquité,
auroit les Sectateurs & fes
Antagonistes , puis que luymême
affure que les Montmorancy
en France , les Colonnes
en Italie , les Zunigas
& les Menefes en Espagne ,
ont pris leurs Armes des cho
fes memorables qui leur font
arrivées ; & qui depuis ont
fait la diftinction de leurs
Familles , quand on en a faitles
Ecuffons .
Janvier 1696.
F
66 MERCURE
Il me reſteroit , Monfieur,
à vous dire ma pensée fur les
temps avant Pharamond , que
vous nommez fabuleux , &
qui ne le font qu'au cas que
Tite Live foit un impofteur ;
mais comme la matiere de
cette Réponſe l'a renduë longue,
& peut eftre importune,
je remettray à une autre
fois , fi vous le ſouhaitez , à
m'expliquer là- deffus en
moins de paroles , & tâcher
de tirer de l'oubli les commencemens
de la premiere
Nation de l'Univers. Cecy
foit dit fans partialité , mais
GALANT. 67
Vous y verriez que nos Peres
font Auteurs de prefque tous
les Peuples de l'Europe , &
qu'il y a de l'équité à leur accorder
un honneur qui leur
eft fi legitimement dû ; comme
ily auroit , par exemple ,
de l'injuftice à nos Neveux ,
dans deux mille ans , de refufer
aux Braves du commencement
de ce fiecle , qui pafferent
au fecours de l'Ile de
Ré , fous le vaillant & le fage
Thoïras , à la veuë de Louis
XIII. entre lefquels eftoit
un Cipiere , comme il fe
voit dans l'Hiftoire de ce
Fij
68 MERCURE
Maréchal , 1.1 . c . 13. page 185.
la gloire qui leur fut acquife,
pour avoir chaffé les Anglois ,
rembaré l ' Herefie , raffuré
la France, & fignalé leur courage.
Agréez , Monfieur , que
je fignale mon zele , en vous
affurant de nouveau que je
fuis infiniment voftre , &c.
L'ABBE HARCOUET.
A Parisee 19 .
Dec. 1695.
Puis que nous fommes fur
les origines , je ne dois pas
oublier à vous envoyer ce qui
a efté écrit au même M² CiGALANT.
69
piere , fur celle du mot Payen.
Voicy les termes dont on
s'eft fervi.
Lque
'Origine du mot Payen ,
vous me propofezcomme
une conjecture , eft peut- eftre
plus veritable que vous ne pen-
Jez, vous voulez bien que je
vous dife , que plufieurs grands
hommes ont pensé la même cho-.
Se avant vous. En effet , le
mot de Paganus ne doit pas eftre
mis dans le fens de l' Epiftre vingt.
cinquième de Pline à Rufus pour
un homme rustique &groffier, ou
comme Perfe le prend , pour un
70 MERCURE
y
demi fçavant. Ce feroit offenfer
la verité & la justice , & il
a eu parmy les Payens des gens
·tres fçavans & tres polis ; parmy
les testes couronnées , les Mithri
dates , les Marc Aureles ; parmy
les Philofophes , les Aristores , les
Plines ; parmy les Orateurs , les
Demosthenes , les Cicerons ; parmy
les Poëtes , les Anacreons , les
Horaces , &c .
Je croirois plutoft , fuivant
voftre fentiment , que la Religion
Chreftienne s étant dabord établie
dans les Villes : car nous fçavons
que les Apoftres alloient ordinairement
prêcher dans les · Villes ;
GALANT: 75
parce qu'ily avoit plus de monde,
plus d'efperance de faire de gran
des converfions , plus de gensfçavans
contre lesquels il falloit difputer
, plus de grands Seigneurs
dont la converfion pouvoit fervir
d'exemple , plus d'occafions à fou
tenir la Foy par le martyre. Je
croirois donc plutoft , dis-je , que
les Villes eftant devenues Chreftiennes
, l'Idolatrie ayant efté.
releguée dans les Villages, on auroit
appellé les Idolatres du nom
de Pagani , ainfi qu'on appelloit
les Villageois , fuivant Servius.
Get Auteur dit auffi que le nom
de Pagani vient de pagus , &
72 MERCURE
que celuy cy vient du Grec pegué,
Fontaine , parce qu'ordinairement
on bâriffoit les Villages prés des
fontaines LePoëte Prudence a appellé
les Idolatres attache à leurs
fuperftitions , des gens attachez
à leurs Villages , deditos pago ,
fans doute l'ufage a voulu
dans la fuite qu'on appellaft du
même nom ceux qui dans les Villes
mêmes reftoient adonnez aux
Idoles , qui n'eftoient plus adorées
•que par les fimples & les ignorans
qui habitoient d`ns les campagnes
.
Mais , Monfieur, agréez que
je vous propose une autre origine
du
GALANT. 73
du mot de Payen, & je ne ſçay ſi
vous ne l'aurez point déja pensé.
Vous pensez fi bien fur toutes
chofes , que je ne crois pas vous
rien dire de nouveau; fije vous
dis icy une autre opinion , ce n'eft
qu'afin de vous faire connoiftre
queje n'ignorepas ce que d'autres
ont trouvéfur ce fujet.
Le grand Saumaife croit que
le mot de pagus n'a pas feulement
voulu dire un village , mais un
grand Pays , & une Nation ,
comme fi nous difions par exemple
, Pagus Aquitanus , pour la
Guienne. En effet , la Gloſe de
Philoxene fait finonimes les mots
Janvier 1696 .
G
74 MERCURE
de Toparchie , Koratis , No
mos , Pagus , de forte que ce
dernier mot fignifie ce que les
François appellent un Pays , les
Hebreux Goim , les Grecs Ethnos
, les Latins gens ou pagus
. De là eft venu le mot Payen ,
Ethnicus , Gentilis , Paganus ,
comme il fe trouve dans le Code
Theodofien , de Hereticis leg .
46.Judæi atque Gentiles quos
vulgo Paganos appellant.
Vous fçavez , Monfieur , que
l'Ecriture les Peres de l'Eglife
parlant des Idolatres , les appellent
toujours les Nations , & ce qui
eft digne de remarque , les Juifs
GALANT.
75
ont donné aux Gentils les noms
de Hellenes ou de Grecs . C'eft
ainsi que la Vulgate a traduit le
verfet 35: du chap
. 7. de Saint
Jean
, où elle a mis , numquid
in
difperfionem
gentium
iturus
eft. Le mot
de Gentium
eft
employé
là pour
Hellenon
. La
fageffe
Grecque
&
la fageffe
Payenne
veulent
encore
dire
une
même
choſe
. La raison
de cela
eft,
que
les Grecs
s'eftant
répandus
prefque
dans
toute
l'Afie
aprés
la
mort
d'Alexandre
, la plupart
des
Idolatres
voifins
des
Juifs
,
parloient
Grec
vulgairement
.
Tout
cela
me fait
voir
tant
de
Gij
76 MERCURE
urai -ſemblance dans cette feconde
origine du nom de Payen , que je
ne fçaurois m'empêcher de me declarer
pour elle. A la verité il y
a dans votre Etimologie plus
d'érudition plus de recherches ;
elle paroift plus agreable , parce
qu'elle nous reprefente une image
du premier Chriftianifme ,
qu'elle nous fait voir les lieux où
l'Evangile a pris naiffance . La
mienne fent plus la Grammaire ,
ne nous donnant d'abord
des noms à connoiftre , elle n'a pas
l'avantage de plaire à la premiere
veue , comme la voftre ; mais com.
me il s'agit iey d'un nom , nepeutque
GALANT. 77
on pas dire qu'il n'appartient qu'
aux Grammairiens d'en donner
l'étymologie. Dies moy , je vous
prie , Monfieur , ce que vous en
penſez. Je (say que vous estes
également bon Hiftorien & bon
Ġrammairien , & ainſi habile
Juge dans les matieres qui regardent
l'Hiftoire & la Grammaire.
On n'a pas ralfon de dire
que le courage &l'efprit n'entrent
point dans le partage
des Femmes , puis qu'il s'en
trouve plufieurs en qui ces
deux qualitez éclatent avec
beaucoup d'avantage . C'eft
'Giij
78 MERCURE
ce que prouve agreablement
une perfonne de voftre Sexe,
dont on ne m'a point appris
le nom . Cependant les Vers
que je vous ay déja envoyez
dans une de mes dernieres
Lettres , fur l'action heroïque
de Mlle de la Charfe , doivent
fervir à vous la faire connoi .
ftre . Voicy ce qu'elle a écrit
fur ce lujet .
A MADAME
***
V
३
Enez àmon fecours , aimable
Celimene ,
Vous qui dans les beaux Arts fies
tant de progrés
Vous qui de votre Sexe aimez les
interefts,
GALANT. 79
D'un de vos Ennemis rendez l'astaque
vaine,
Et pour luy mieux lancer des
traits
Allez boire dans l' Hipocrene .
S
Certain Ceufeur mis en homme
de Cour ,
Dit que lesFemmes ne font faites
Quepour inventer chaque jour
Des parures à leurs Toilettes
Et pour faire regner la moll effe &
l'amour.
Dans le jaloux chagrin qui contre
nous le guide ,
Avec emportement il dit ,
Qu'en Oracles tres- clairs la Nature
décide
Qu'on ne doit point chez nous voir
un brillant efprit
Encor moins une ame intrepide .
G iiij
80 MERCURE
Pourplaire , fi l'on croitfes bizarresdifcours
,
Le Sexe doit eftre toujours
Dupe , coques, poltron, timide.
Contre ces vains raisonnemens,
Formez en dépit du bon fens ,
Sur un ton moins bruyant j'ayfait
voir que les Femmes
Ont le droit d'avoir dans leurs
ames
De brillantes clartez , de fermes
fentimens ,
Et fans tomber à tous momens ,
Comme cet Ennemi des Dames,
Dans de brufques emportemens ,
Fay montre qu'un grand cara-
Etere
Ne les reudoit encor que plus propres
à plaire.
Voicy comme à peu près j'ay vanté.
leurs talens.
GALANT. 81
S
L'exemple prouve que les Belles
Peuvent avoir l'efprit ailleurs qu'-
aux bagatelles.
Telles firent jadis des coups
Qu'au Theatre aujourd'huy l'on
voit avec ſurpriſe.
De Bradamanie & de Marphife
Que le deftin fur grand & doux!
Elles triomphoient par leurs armes
Encore plus que par leurs charmes.
Il leur eftoitpermis defignaler leur
bras
Dans les plus perillexx combats .
Ah , qu'elles poffedoient un heureux
avantage!
Quel plaifir de marquer fon intrepidité!
82 MERCURE
Si noftre Sexe encor avoit un tel
usage,
F'aurois déja pour mon partage
Un Brevet d'immortalité.
Rien n'eft fi charmant que la
gloire
Que donne la victoire.
Heureux mille fois les Guerriers!
Ils peuvent à fouhait moiffonner
des lauriers,
Et marcher à grands pas auTemple
de memoire ,
Dans ces temps fortunez où nous
voyons Louis
Faire dans un feul jour tant d'exploits
inouis,
Que mème enles voyant on a peine
à les croire.
On n'a qu'à fuivre ce Héros
Pourfefaire un nom dans l'Hif
toire ;
GALANT.
83
Qu'on ne fe fit jamais à l'ombre du
repos.
Cependant un destin dont je n'ofe
me plaindre ,
Veut que nous choifißions cet indolent
eftat ,
Et nous engage même à craindre
Toutes les actions d'éclat.
C'est en vain qu'en fecret un grand
coeur en murmure ;
Pour nous point de lauriers , point
de brillans exploits.
Nous aimons mieux languir dans
une vie obfcure,
Et toujours obeirà de fiveres loix,
Qui par une regle trop
dure
Voulurent retrancher la valeur de
nos droits.
Mais außi pour le prix de noftre
obeiffance ,
On nous a confervé de certains
champs d'honneur ,
84 MERCURE
Où le Sexe avec bien-ſeance
Pent témoigner de la valeur.
Telle fut près de Gap l'affaire glorieuſe
,
Où la Charfe animant le courage
François ,
Sceut par une prudence heureufe
Renverser les deffeins des fougueux
Piémontois.
On vit ceste illuftre Guerriere
Les punir par fes coups de leur témerité.
Comme elle a de Pallas la mine
noble & fiere ,
Elle a fon courage indompté
Enfin elle eft aufsi vaillante,
Außi pleine de fermeté,
Que le furent jadis Marphife &
Bradamante.
Que fi fa valeur agiſſante ,
Lsure moins fon grand coeur à d'èclatans
deftins ;
GALANT. ย 8
C'est que la fortune changeante,
Fait qu'on n'eft plus an temps des
errans Paladins.
&
Les Heroines qu'un ſpectacle,
Par les plus beaux Vers ennobli,
Tire pour jamais fans obftacle
Du fein tenebreux de l'oubli,
Ont le plaifir flateur de retrouver
en France
Une image de leur vaillance.
La Charfe marche fur leurs pas ,
Et la scene aujourd'huy parle de
leurs appas
Dans un langage fi fublime ,
Qu'on reste convaincu de tout ce
qu'il exprime.
Peut-on trop admirer leurs fenti.
mens , leurs faits
Peints avec de fi nobles iraits ?
Si les Heroines guerrieres
86 MERCURE
Par Corneille aujourd'huy font
mifes dans leur jour,
D'autres ont éclaté par de vives
lumieres ,
Que la Scene pourra celebrer à leur
tour.
Voilà , charmante Celimene ,
Ce que jay dit tranquillement
Au prétendu Sçavant , dont la
bouillante haine
Déclame contre nous d'un ton f
vehement
,
Et mes raisons ont pu luy faire
perdre baleine
Du meins pendant quelque moment.
Il ne faut pas que son air vous
impoſe ,
Quoy qu'il parle fi haut , il ne fçait
ce qu'il dit.
Gafté d'un vain fçavoir , fon_ridicule
efpris
GALANT. 87
Melle les Livres faints & la Metamorphofe.
Vous fçaurez le rendre interdit ,
Dès que vous écrirez , foit en Vers,
foit en Profe ,
Vous pensez toujours finement ;
Et puis que vous avez un tour plein
d'agrémens ,
C'eft icy qu'il fe doit produire,
Voftre bon gouft, voftre bon coeur,
Tout vous doit engager d'écrire ;
Vous aimezvotre Sexe, & luy faites
honneur,
Car la raifon fçait toujours vous
conduire.
Votre Sexe à fon tour vous aime
avec ardeur.
Efforcez vous donc de détruire
L'injufte & jaloufe fureur
Des fantafques Cenfeurs qui veulent
en médire
88 MERCURE
Le 18. du mois paffé , M'le
Marquis de Dangeau , Chevalier
des Ordres du Roy , &
Gouverneur de Touraine ,
prefta ferment de fidelité en.
tre les mains de Sa Majesté ,
dans la Chapelle de Verfailles
, pour la Charge & dignité
de Grand Maistre des Ordres
Royaux , Militaires & Hofpitaliers
de Noftre - Dame du
Mont-Carmel & de Saint Lazare
, de Jerufalem, Nazareth
& Bethleem , tant deça que
delà les mers. Le Roy avoit
choisi pour cette ceremonie,
le Dimanche le plus proche
GALANT. 89
de la Fefte de Saint Lazare.
Le matin , M le Marquis
de Rumont , Gouverneur de
Nemours , M Montalet , Co.
lonel de Dragons , M ' de So.
leur, Frere de M ' de Cibourg,
Maréchal de Camp , M de
Guenegaud , ancien Maiftre
des Requeſtes , & Ambaſſa .
deuren Portugal , MF Colin ,
premier Maistre d'Hoſtel de
Monfieur , M de Genouillac ,
ancien Confeiller
du Grand
Confeil
, & quelques
au
tres , tous Chevaliers
de ces
Ordres , faits avant les changemens
arrivez en 1672 , ſe
·Janvier
1696 .
H
90 MERCURE
rendirent en l'appartement
de leur Grand Maiftre. Ils
avoient tous des Juftaucorps
de velours amarante , dont
plufieurs eftoient en broderie
d'or & d'argent , doublez de
brocart vert & or. Dés qu'ils
eurent eftéavertis que le Roy
eftoit preft d'aller à la Meſſe,
ils marcherent deux à deux
devant leur Grand Maistre ,
pafferent par l'appartement
de la Reine , par la grande
Gallerie , par l'appartement
du Roy , & defcendirent par
le grand degré. Le Grand
Maiftre avoit le grand man.
GALANT. 91
teau de ces Ordres , de velours
amarante , donblé de fatin
vert. L'amarante eft la couleur
de l'Ordre de Noftre-
Dame du Mont Carmel , &
le vert la couleur de celuy de
Saint Lazare . Ce manteau eft
à queue trainante. lleftenrichi
d'une broderie d'or, compolé
de diverfes pieces , qui
ont toutes rapport à ces deux
Ordres , de doubles M M. de
doubles L.L. entrelaffées avec
des S. S. des Fleurs de lis , des
Croix de Chevalier & des tro.
phées d'armes , tant de terre
que de mer. Il avoir , à la
Hij
92 MERCURE
maniere des ancieus Cheva
liers , une Soubreveſte de
moire d'argent , fur laquelle
cftoit une grande Croix partie
d'amarante & de vert. Il
avoit auffi une Toque à l'antique
develours amarante , avec
une aigrette de plumes de
Heron , foutenuë d'une ma .
gnifique attache de Diamans.
Quand ils furent arrivez à
la Chapelle , le Grand Maiftre
fe mit à cofté gauche du
Priedieu un peu en dedans .
Les Chevaliers qui l'accompagnoient
furent tous placez
GALANT.
93
autour de luy , fans qu'il y
cuft perfonne devant eux.
Aprés l'Evangile , l'Aumônier
de quartier apporta le Livre
des Evangiles , & le plaça fur
le Priedieu devant le Roy ; le
Grand Maiſtre ſe leva auffitoft
de la place , fit deux réverences
à l'antique , femblables
à celles des Chevaliers de
l'Ordre du Saint Efprit , l'une.
à l'Aurel & l'autre au Roy.
Enfuite il s'agenoüilla devant
le Priedieu , & aprés avoir mis
les mains fur les Evangiles , il
lut tout haut le ferment de
fidelité , que fa dignité l'o94
MERCURE
bligeoit de préter au Roy.
Aprés quoy Sa Majeſté luy
donna la Croix de ces Ordres
avec le ruban amarante , qui
luy avoient efté prefentez par
M' des Granges , Maiftre des
Ceremonies de France , en
l'absence de M' le Marquis
de Blainville , Grand Maiftre
des Ceremonies . qui eftoit en
Normandie. Cette Croix eft
de même figure que celle de
l'Ordre du Saint Efprit , mais
les Emaux en font differens ,
& il y a d'un cofte une Noftre
Dame , & de l'autre un Saint
Lazare. Le Grand Maiftre
GALANT. 95
la porte attachée au bas de
fon Cordon bleu , comme les
Princes du Sang & les Maréchaux
de France portent la
Croix de l'Ordre du Saint
Efprit
.
Quand le Grand Maiſtre
eut receu la Croix , il ſe leva ,
fit une reverence au Roy , &
une à l'Autel , & s'alla remettre
à fa place , où il acheva
d'entendre la Meffe . Il donna'
enfuite un magnifique dîné
à tous les Chevaliers qui l'avoient
accompagné
.
L'Ordre de Saint Lazare eft
un des plus anciens Ordres
96 MERCURE
de Chevalerie qui foit au
monde . Il eftoit autrefois établi
à Jerufalem , & aprés y
avoir exercé longtemps fa
charité envers les Pauvres , &
fa valeur contre les Ennemis
de la Religion , il fut transferé
en France par les Rois Louis
VII. & Saint Louis . Les Papes
& les Rois luy ont accordé
de grands privileges , & en
1607. le Roy Henry le Grand
l'unit à l'Ordre de Noftre-
Dame du Mont Carmel, qu'il
venoit de fonder , pour donner
à toute l'Eglife une preu
ve éclatante de fa converfion
à
GALANT.
97
à la Religion Catholique , &
de fa devotion envers la Sainte
Vierge. Il choifit pour eftre
Grand Maistre de ces deux
Ordres unis le Marquis de
Nereftang , Capitaine de fes
Gardes , qui depuis fut tué à
l'attaque du Pont de Cé, commandant
l'Armée du Roy
Louis XIII . Cette dignité a
efté plus de quatre vingt ans
dans la Maifon de Nereftang.
}
On vient de me dire que
le Roy a fait Mile Marquis de
Dangeau , Confeiller d'Etat
d'Epée . Vous fçavez , Madame
, qu'il y a trois Confeillers
Fanvier 1695.
I
98 MERCURE
d'Etat d'Eglife , & trois d'E
pée , & qu'ils font tous Ordinaires.
Le premierjour de ce mois,
on prefenta pour Etrennes à
Monfeigneur le Duc de Bour,
gogne un Coq , composé de
coquilles tres rares , repre
fentant la Nation Françoiſe.
Ces coquilles qu'on a trou."
vées depuis peu dans une Iſle
de la Chine , ont toutes , ou le
même feu que les Rubis, ou le
même oeil que les Emeraudes,
qu le même éclat que les Diamans
, ou la même cau que
les Perles. Le coq qu'elles
REQUE
LY it
BIBLIO
LYON
GALANT. 19
VILLE
forment eft élevé fur un Pie
deſtal , au bas duquel dans les
quatre angles fe trouvent
quatre Efclaves enchaînez ,
le tout dans une boete fort
riche entourée de glaces tresfines.
Cette boëte eft de trois
pieds de hauteur fur deux de
largeur , & fa matiere eſt d'écaille
de Tortue . Elle eft cnrichie
d'ornemens d'or moulu ,
de figures & de colomnes ,
avec des Sentences gravées
fur le bronze , & placées toutes
avec fimmetrie. Ces Sentences
tirées de l'Ecriture ,
font autant d'heureux préju-
1 ij
100 MERCURE
gez fur la gloire de Monfei
gneur le Duc de Bourgogne.
En voicy les termes.
I.
7
Ego primogenitum ponam
illum , excelfum præ Regibus.
terræ Semen ejus in æter
num manebit . & thronus
ejus ficut fol in conſpectu
meo. Pfal. 88.
Ce Fils Aifné que l'Eſtre infini
favoriſe ,
Elevé fur les Rois n'aura point
de pareil ,
Etfa Pofteritéque le Ciel éternife,
Fera briller fon Trône autant que
le Soleil,
GALANT Tol
Quis dedit gallo intelligentiam
? Non erit Rex qui
refiftat Job cap 3.
Par d'heroïques faits dignes
de fa naiffance,
Comme Louis le Grand, fage, in .
trepide , heureux ;
De Souverains armeZil vaincra
la puiffance ,
En affurant par tout fon triomphefur
eux.
III.
Arcum conteret & confringet
arma , & fcuta comburet
igni. Pfal. 46 .
I iij
102 MERCURE
Plus craint que les Cefars , &
que les Alexandres ,
On le verra brifer l'arc de fes
Ennemis ;
Leurs Etats fubjuguez , leurs
boucliers en cendres
Prouveront qu'à fon bras tout
doit eftre foumis.
ᏗᏤ .
Timebunt omnes Reges
terræ gloriam tuam, Pf. 144.
En faisant redouter fa gloire
&fon tonnerre ,
Signalant fa valeur par mille exploits
guerriers,
Les foudres à la main pour conquerir
la terre,
GALANT.
103
Il ira chez les Rois moiffonner
des Lauriers.
V.
Regnum tuum regnum
omnium fæculorum , & dominatio
tua in omni genèratione
. Pf. 101.
L'arbitre fouverain des grandes
destinées ,
Perpetuera fon regne &fa Pofteritè
,
Et fon Sceptre , l'effroy des Teftes
couronnées ,
Affujettira tout àfon autorité.
VI.
Dominus mihi adjutor , &
ego defpiciam omnes ini.
I iiij
104 MERCURE
micos meos. Pfalm . 117.
Protegé du Tres haut , dont le
pouvoir fuprême
Eleve , aneantit les chofes à fon
choix ,
Ce Heros foutiendra l'éclat du
Diademe ,
En forçant l'Univers d'obeir à
fes loix.
V11.
Stulti , aliquando fapite , an .
nunciate inter gentes gloriam
ejus. Pf. 105 .
Tremblez, Ligueurs , tremblez
des futures conqueftes
De ce Prince formé d'un Sang
victorieux.
GALANT. 105
Déja fa noble ardeur a menacé
vos reftes ,
Et vous avancerez ſes progrés
glorieux.
VIII.
Diffipa gentes quæ bella
volunt. Pf.67.
Cet Alcide naiffant, l'espoir de
noftre France ,
Ainſi que ſes ´Ayeux vaincra les
Nations.
Des plus fiers Ennemisfoudroyant
l'infolence ,
Il diffipera feul toutes lesfactions.
Les Vers qui fuivent accompagnoient
ce preſent .
106 MERCURE
25222255 25 255SSES
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE.
PR
Rince augufte & charmant,
à qui les deftinées
Doivent un regneheureux , & de
longues années,
Rempli d'un zele ardent je viens
en ce grand jour
Joindre pour vous mes voeux à
tous ceux de la Cour.
Mais
que vous fouhaiter ! Seur
d'un puiffant Empire,
GALANT. 107
Digne Fils des Vainqueurs que
l'Univers admire.
Faloux impatient d'imiter leurs
beaux faits ,
Le Ciela prévenu pour vous tous
nos fouhaits.
Votre coeur élevé , genereux , beroïque
,
En faveur de Bellone à chaque
inftant s'explique.
Guerrier des le berceau comme
eftoient les Cefars.
Voulant chercher la gloire , &
fuivre le Dicu Mars ,
Tout brûlant de marcher fur les
pas de vos Peres ,
On vous a vû gemir des défenfes
feveres
108 MERCURE
Qui retardent encor les coups vi-
Aorieux
Qu'à fon tour doit lancer voftre
bras glorieux.
Quand ce bras deviendra le fon .
dre de la guirre
,
·Deprodiges nouveaux il remplira
la terre.
Par vos faits éclatans tous les
Rois éblouis ,
Reconnoiftrent en vous la valeur
de Louis.
En tous lieux vous irez exciter
des tempeftes,
Sans qu'ilspuiffent borner le cours
de vos conqueftes ,
Sur la foy du Prophete on peut
s'en affurer.
GALANT.
109
Ces Oracles certains que l'on doit
reverer ,
Et que j'ay recueillis avec unfoin
fidelle ,
Prédiſent clairement vostre gloire
immortelle.
Vous devez eftre un jour maiftre
de l'Univers
Des fieres Nations appeſantirles
fers ,
Eternifer leurjoug, terraſſer leur
puiffance ,
Leur ofter tout espoir d'infulter à
la France,
Et leur prouver qu'elle eft trop
fertile en Heros ,
Pour les fouffrir longtemps dans
un oififrepos
110 MERCURE
Cetimperieux Coq , de qui la tefte
altiere
Menace vos Rivaux de voſtre
ardeur guerrieres
Augmente lafrayeur de ces triſtes
Captifs ,
Qu'à fes pieds nous voyons defefperez
, craintifs .
En vous avec douleur ils décon
vrent les marques
D'un courage qui fait les illuftres
Monarques
,
Et de vostre valeur par avance
affligez ,
Ils confirment pour vous ces heureux
préjugez.
C'est voftrebras qui doit accomplir
ces Oracles ,
GALANT. 111
Grand Prince , à l'Univers vous
devezces miracles .
Nous efperons vous voir , en ſecondant
vos voeux ,
D
Soumettre un monde entier à vos
exploits fameux.
Sans doute le Ciel
remplira
que
voftre attente,
Que toujours couronne d'une gloi .
re éclatante ,
Parfait Imitateur de nostre Au.
gufte Roy,
Vous ferez, comme luy , Défen..
feur de la Foy .
Le Pere Athanafe de Saint
Charles , Carme Reformé
112 MERCURE
des Billettes , qui a eu l'avantage
de prêcher dans les meilleures
Chaires de Paris , & qui
a fait beaucoup de converfions
, eft l'Auteur de tous ces
Ouvrages , qui furent receus
par ce jeune Prince avec
beaucoup d'agrément. Il eut
l'honneur de prefenter il y a
quelques années à Monfeigneur
le Dauphin ; un fecret
pour l'intelligence
des Mathematiques
, & met à prefent
la derniere main à des
Ouvrages , dont le Public ne
fçauroit manquer d'eſtre ſatisfait
.
GALANT.
113
Je vous ay déja fait part de
quelques Eloges de grands
Perfonnages , faits par M
l'Abbé de Fourcroy . Il a cru
devoir la même juftice à feu
M' d'Urfé , Evêque de Li
moges, qui eft mort en odeur
de fainteré , & il en a parlé
en ces termes.
Un parfait Evefque eft un
autre Phinées dont le zele ne
s'allume que parce qu'il voit
violer la Loy du Seigneur.
C'eft un Moife qui demande
à Dieu mifericorde pour les
feditieux & les rebelles . C'eft
un Elie qui fe retire dans la
Fanvier 1696.
K
P
114 MERCURE
folitude pour recevoir les or
dres du Ciel , & qui ne paroiſt
dans le monde que pour les
publier. C'eft unJean Baptiſte
qui prefche au defert auffi
volontiers qu'à la Cour , &
c'eſt un Saint Paul qui brûle
dés que le moindre de fes
Freres eft fcandalifé , qui fe
rend foible avec les foibles ,
& qui le fait tout à tous , pour
les fauver tous. Ne reconnoiffez
- vous pas icy le Portrait
de Monſeigneur l'Illuſ
triffime & Reverendiffime
Louis d'Urfé , Evefque de Limoges
? Senfible aux intereſts
GALANT. 115
€
de Jefus - Chrift & de fon Eglife
, & infenfible à tout le
refte , il ne s'eft appliqué qu'à
faire fervit le Seigneur dans
fon Dioceſe . Pour cela , que
ne facrifioit-il pas ? Ses biens ,
fa fanté, la fortune , fa propre
vie , rien ne luy couroit . Il
facrifioit tout pour deffendre
la Religiun dé J. C. & ne ménageoit
rien , quand il falloit
étendre les bornes de fon
Empire. L'on voyoit revivre
en ce Saint Prelat , les vertus
des Apoftres , méprisant tout
ce qu'il y avoit de plusf enga.
geant dans le monde , il s'ex-
Kij
116 MERCURE
pofoit volontiers à toutes for
tes de peines pour porter le
nom de J. C. devant les Peuples.
Tout fon plaiſir eftoit
de fouffrir les plus fâcheufes
incommoditez , la faim , la
foif, les rigueurs des Saifons ,
la difette de toutes chofes ,
pour annoncer l'Evangile ,
ne se mettant nullement en
peine de ce que deviendroit
fon corps , pourvû qu'il contribuaft
à la gloire de Dieu.
Digne Ouvrier qui travailloit
à la Vigne du Seigneur à fes
propres frais , & qui portoic
le poids du jour & de la chaGALANT.
117
leur , fans fe plaindre. Serviteur
fidelle , qui arrofoit de
fes fueurs & de fon propre
fang le champ qu'il cultivoit ,
quoy qu'il n'en vouluft recueillir
la moiffon qu'au profit
des Pauvres. Pafteur charitable
, qui engraifſoit de ſa
propre fubftance le Troupeau
qui luy eftoit confié , bien
loin de fonger à s'enrichir de
les dépouilles. Fervent Miniſ
tre , enfin , qui s'épuifoit pour
fon Troupeau , & qui fe refu
foit le neceffaire pour en af
fiſter les indigens. Avec quel
zele & quelle pieté ne s'eit-il
118 MERCURE
pas comporté dans les befoins
preffans ? Onľa vû vendre
fes meubles & fa vaiffelle
d'argent , & ce qui luy eftoit
mefme le plus neceffaire pour
reveftir les membres de J. C.
que les malheurs du temps
avoient réduit dans un eſtat
déplorable. Tout le monde
fçait que pour s'appliquer à
la Priere , il s'eftoit retiré dans
fon Seminaire
, y menant une
vie tres - fobre , & édifiant tout
fon Dioceſe par fon détachement
, fon recueillement , fon
humilité , & par fa pieté folide.
Que ne puis -je vous rapGALANT.
119
porter toutes les vertus de ce
Saint Prelat ! Vous y remarqueriez
ce qu'il y a eu de plus
grand & de plus Saint dans
les premiers Miniftres de l'Eglife
.Mais je m'apperçois que
le fujet de cet Eloge eft audeffus
de mes forces. Que
tous les gens de bien rendent
donc à ce Saint Prelat tous
les Eloges qu'il merite . Vivez
à jamais dans la memoire des
Juftes , ô pieux Evefque de
Limoges. Que le Seigneur
pour qui vous avez tant travaillé
, foit la recompenfe de
vos travaux & de yos vertus.
120 MERCURE
1
Vous ferez toûjours en bene
diction devant Dieu & devant
les hommes.
>
Il s'étoit affemblé dans le
haut Languedoc , entre Mon
tauban & Alby , aux environs
d'une Foreft appellée la Grefigne
, une bande de cinquan
te Voleurs , dont le Chef fe
faifoit nommer le Capitaine
Saint Jean , cy- devant Maref
chal des Logis d'une Compagnie
de Cavalerie . Il avoit
avec luy une Bohemienne ,
laide , & vieille , qu'il appelloit
fa femme , & qui eftoit
magniGALANT.
121
magnifiquement veftuë . Ce
Capitaine ny fes gens ne faifoientaucun
mal aux habitans
du Pays ,fur tout aux Gentilshommes
, & il avoit tellement
gagné leur eftime , qu'ils ne
faifoient aucune difficulté de
l'aller voir , de faire avec luy
des parties de chaſſe , car il
avoit des chiens , & mefme de
manger avec luy. Il alloit auffi
quelquefois dans les Villes du
voifinage de cette Foreft , mais
bien accompagné
. Ses gens
ne tuoient point , & ne voloient
que des Etrangers
qui
paffoient. Ils rendoient mef
Fanvier 1696.
L
122 MERCURE
me quelquefois ce qui avoit
efté volé , particuliérement ſi
c'eftoit à quelque Perſonne
de qualité. Le Parlement de
Toulouſe ayant efté informé
de tout ce détail , a decreté
prife de corps contre ce Chef
de Voleurs , & un Conſeiller
de la grande Chambre , a efté
fur les lieux , précedé du Prevoft
& d'un bon nombred'Archers.
On l'a manqué d'une
heure. Il refulte des procedures
faites par ce Commif
faire, que ledit Saint Jean eft
un fcelerat en tous points . La
plufpart de ceux qui ont bû
GALANT.
123
& mangé avec luy , ont efté
interrogez , & on leur a fait
craindre de les regarder comme
fes complices . Voila la
feureté des chemins rétablic
dans ce Pays- là , par la retraite
de ce fameux Bandit & de fes
侩
gens , qui font pour la plufpart
des Bohemiens.
Vous avez fceu le mariage
de la Princeffe Louiſe de
Meckelbourg Guſtraw , avec
le Prince Royal de Danemarck.
La Lettre qui fuit
vous en apprendra les Ceremonics
.
Lij
›24 MERCURE
De Copenhague , le 23. Decembre
L'
1695.
*
'Entrée magnifique de Son
Alteffe la Princeffe de
Guftravu commença le If. Decembre
, aprés difner , par un corége
fuperbe de plus de quatrevings
Caroffes , qui partirent de
Fagersbourg, avec une grande
pompe , & elle fut fuivie immediatement
de la Ceremonie da
mariage , qui fe fit par un temps
extraordinairement beau. Ce
mefme jour tous les Bourgeois de
Copenhaguefurentfous les armes ,
depuis le matin jufqu'au foir , ils
GALANT. 125
eftoient tous habillez &parez
l'envy l'un de l'autre . Désque
la Princeffe entra dans la Ville ,
elle fut faluée du bruit de trois
cens quatre vingt pieces de canon
de deffus les remparts & de la
Flote, & la Ceremonie finie , on
fit encore une triple faive de deffus
les Fregates que l'on fit monter
pour cet effet dans le Canal
devant le Chasteau , & ainfi finit
la premiere foirée. Le lendemain
16. la Bourgeoisie fut paffée enrevûë
e exercée fur la Place du
Chasteau , en prefence du Roy &
de toutefa Maifon ; ce qui fe fit
avec beaucoup de pompe. On fe
Lij
126 MERCURE
mit enfuite à table , & un
peu aprés que le repas fur finy,
on fit jouer devant le Chasteau
un Feu d'artifice des plus
beaux qu'on cuft veus depuis
longtemps , & qui eut tout le fuccez
imaginable . De là on paſſa à
la Comedie , & puis à un Bal tresmagnifique.
Le mefme jour, le Roy
honora du caractére de Confeiller
Privé, dix perfonnes d'un merite
diftingué ; qui font , Mª Knuth ,
premier Gentilhomme de la Cham
bre du Roy , M' Knuts , Gou.
verneur de Friderichſbourg , M
Krabé , Gouverneur de Sceland ,
M' Meyercroon , Envoyé ExGALANT.
127
4.
traordinaire à la Cour de France
, M Gabel , Chambellande Sa
Majesté, M Ablefelds , Grand
Chambellan de Son Alieffe Roya
le , M Geifmar, Grand Maiftre
d'Hoftel de la Maiſon de la Rei
ne , M Moth , Premier Secretaire
d'Eftat , M Harboe , premier
Secretaire d'Eftar , & M²
Feffe. Pour ce qui eft des divertiffemens
, comme ils ne font pas
encore tous finis , on n'en pourra
mander les particularitez quepar
l'ordinaireprochain . Prefentement
il fuffit de dire qu'on ne sçauroie
dépeindre ny exprimer la joye e
la fatisfaction que cette alliance a
Liiij
128 MERCURE
caufée , foit du cofté des illuftres
Mariez , foit parmy le Public.
Je ne dois pas oublier icy que le
jour de l'entrée, tous les Bourgeois
furent rangez en double haye , depuis
la rue du Nord juſques à l'a
Place du Chateau. Le vieux
Marché & celuy qu'on nomme
Amacker ,furent occupez chacun
d'un Bataillon du Regiment du
Comte de Schak. Les Mariniers
du Prince Frideric avec le Regiment
de Seelandz , furent poftez
fur la Place Royale. Quant à la
Garde du Roy , elle eftoit devant
le Chasteau & le Holm. Tout
eſtant ainſi disposé, à trois heures
GALANT.
29
[Izg
aprés midy , une falve de cent cin
quante pieces de canonfut lesignal
de l'arrivée du Cortége de l'Illuf.
tre Epouse , laquelle on fit defcen
dre hors de la Ville , & paffer
fous une tente qu'on avoit dreffée
exprés pour la regaler avec toutes
Jortes de confitures exquifes , &
pour luyfaire voir en mefme temps
le train du Cortége qui paſſa devant
elle de la maniere fuivante.
A la tefte marchoit une Com .
pagnie de Cavalerie , fuivie d'un
Ecuyer , de foixante- dix couples
de chevaux de main , & d'autant
de caroffes àfix chevaux , preceentourez
de gens de li- de
130 MERCURE
vrées tres bien équippez . Enfuite
vinrent les chevaux de main des
Comtes du Royaume , & leurs
caroffes , avec leurs Ecuyers &
Maiftres d'Hoftel. Tout cela fe
termina par un Regiment de Ca
valerie . A quelque distance de là
on vit avancer douze Trompettes
avec les Timballes du Roy , fuivis
d'un Efcadron de la Garde du
Corps de Sa Majesté , &de dou
ze chevauxdeparade , tousfuperbement
enharnachez & converts
de houffes de velours couleur de
pourpre , garnies d'or , à la fuite
defquels marcherent vingt quatre
chevaux de main , dont les orneGALANT
11
131
-
mens eftoient encore plus riches ,
& qui estoient conduits par deux
Ecuyers tres bien équippez. On
fit marcher devant ceux cy les
vingt quatre Pages du Roy , avec .
leur Gouverneur, Immediatement
aprés ,fuivoit l'Ecuyer de l'Aca
demie Royale , accompagné de
vingt - quatre Academiftes . Enfui.
te pafférent douze caroffes du Roy
remplis en partie de Dames & de
Cavaliers , fuivis des livrées des
Miniftres& Officiers de la Cour ,
apres lefquelsparurent les Gentils.
hommes de la Cour , dans un équi
page magnifique , & puis legrand
Chambellan & le Mareschal de
132 MERCURE
Son Alteffe Royale , tenant à l'a
main le Bafton de Marefchal.
Aprés luy marchoit Son Alteffe
Royale montée fur un tres beau
cheval blanc entouré de quantité
de Trabans. Il paffa devant le
caroße où estoitfon Illuftre Epouse ,
avec Madamefa Soeur , la Princeffe
Royale , la Princeſſe de
Hambourg Quelques Gentils.
hommes marchoient auprés du caroſſe
, la tefte nuë , & anx deux
costez ily avoitplufieurs Trabans.
A lafin parut le General- Lieu.
tenant Pleß , avec toute la Garde
du Roy à cheval , qui finiffoit le
train du Cortége. La Ceremonie
GALANT .
133
fefitpar le Confeffeur du Roy , &
pendant toutes ces Festes on mar.
choit fur du drap rouge , depuis la
Place du Chateau jufques à la
Salle des Chevaliers . Il n'y
eur à la table du Roy que neuf
perfonnes , qui furent fervies
par les premiers Miniftres de la
Cour.
Le 7. de ce mois , M' le
Maire prefenta à M' l'Archevêque
de Paris ſept Deviles
en miniature . Je vous
les
envoye , parce
qu'elles
ont efté trouvées fort
belles , & qu'elles convien .
134 MERCURE
nent parfaitement à cet illuftre
Prelat.
1 .
Les Armes de la Maifon
de Noailles ,
accompagnées
de fes ornemens , avec ces
mots : Clarus Avis ,fed clarior
Aris.
II.
Deux Croffes croifées enfemble,
avec une Croix d'Archevêque
au milieu , au def
fus de laquelle paroiſt dans
une nuée un chapeau de Cardinal
. On lit autour ces paroles
: Plus ultra .
GALANT. 135
III.
Trois Mitres les unes dans
les autres en forme de Tiare,
pofées fur un Autel , avec ces
paroles : Ofi quandofimul.
IV .
Le Roy des Abeilles à la
tefte d'un Effain de mouches ,
avec ces mots : Dux &forma
gregis.
V.
Cette verge veillante dont
il eft parlé dans Ezechiel ,
dépeinte par une houlette , au
deffus de laquelle paroift un
oeil ouvert. Ces mots luy fervent
d'ame : Corrigit & vigilat.
136 MERCURE
VI.
Un Cameleon , animal qui
change de couleur felon les
differens pafturages où il fe
retie. Ces paroles tirées de
Saint Paul fe lifent autour :
Omnibus omnia.
VII.
Un de ces Lacs dont quel.
ques Hiftoriens font mention
, & dont l'eau, quoy que
tranquille , ne laiffe pas d'exciter
des orages & des tempeftes
, quand on y jette quelques
pierres: Ces mots paroiffent
au deflus : Impune
quieto non infultatur.
GALANT. 137
VERS NUMERAL
Où fe voit l'année dans laquelle
M l'Archevêque a
pris poffeffion .
LVX eXorta nova eft, greX
foLatVra DoLore M.
Je vous envoyay le mois
paffé , des Vers Latins de M
de Santeul , & une Imitation
en Vers François fur le Portrait
de M' Fagon . En voi
cy d'autres encore avec un
Madrigal .
Fanvier 1696.
M
138 MERCURE
E
Nire cent Medecins en ſçavoir
excellens ,
Celuy- cy que le Roy choifit pour fon
ufage ,
Dés longtemps du Public pour-fes
rares talens
Avoit obtenu le fuffrage.
Quelle diftinction ! quel merveillenx
éclat
Répandra t-elle farfa vie,
Puis qu'un même choix luy confie
Et le falut du Prince , & celuy de
l'Etat ?
POUR LE MESME.
Le
MADRIGAL.
E puiffant Dien des Vers &
de la Medecine
GALANT. 129
En faveur de Louis nous fait part
de fes dons.
Pour chanterfes Exploits s'il m'inf
pire des Jons ,
A conferver fes jours Apollon te
deftine.
Mais que nofire partage apeu d'égalité!
Et que mon nom feroit vante
Parmy les Filles de memoire ,
Si je travaillois pour fa gloire
Comme tu fais pour (a faniè!
Je vous envoye une Ritornelle
que non feulement
vous chanterez avec
plaifir , parce qu'elle a efte
mife en air par un tres habile
Muficien , mais dont vouss
Mij
140 MERCURE
trouverez toutes les paroles
fort agreables . Il y a pluſieurs
couplets , dont le ftile aifé &
naturel vous fera connoiftre
qu'ils partent de fource , &
que l'Auteur a un talent tout
particulier pour la Poëfie.
RITORNELLE.
U
v foir dans une grotte obfcare
,
Où d'un ruiſſeau le cours fecret
Accompagnoit de fon murmare ,
Les plaintes d'un Amant difcret ;
Tircis à l'objet qui l'engage
Recommençoit ceste chanfon
C'en eft trop, fi c'eft badinage,
Et troppeu , fi c'eft tant de bon.
ALALT
11
d'un ruisseau
w
OTHER
re, Les
quilongo.
ge
n
i c'est ba di
bon .
BE
LYON
TATALLE
WUNNLIN
GALANT:
141
S
Lors que l'excés de ma fouffrance
Me rend inquiet & rêveur
Tufais voler mon esperance
Sur les ailes de ta faveur.
Aprés tu m'abas le courage
Par des rigueurs hors de faifor.
C'en eft trop , c'eft badinage,
Et trop peu , fi c'est tout de bon.
2
Quand fur ma Mufette plaintive
Je chante quelque air langoureux,
le vois ton oreille attentive
A mes préceptes amoureux,
Si je veux les mettre en uſage,
Tu deviens fourde à ma leçon.
C'en eft trop , fi c'eft badinage ,
Et trop peu , fi c'est tout de bon.
2
De fleurs fraichement amaßées
Quand je teprefente un bouquet,
14 : MERCURE
Dans ton fein je les vois placées
D'un air complaifant & coquer.
Veux-je enfaire ungalant pikage?
A peine j'en obriens pardon.
C'en eft trop, fi c'eft badinage,
Et trop pew , fi c'est tout de bon,
S
Dema Soeur entre tes compagnes
Tu parois cherir l'entretien ,
Et fouvent parmy nos campagnes,·
Ton Troupean paift avec le fien :
Mais un pareil foin te ménage
Les Soeurs & Ergafte & d'Alcidon .
C'en eft trop , fi c'eft badinage ,
Et trop pen , fi c'eft tout de bon.
2
Piqué de quelque jaloufie ,
Si je te découvre mes maux,
Tu te ris de ma phrenefie ,
Tu plaifantes de mes Rivaux.
Avicenx fou l'épais ombrage
GALANT. 143
Ta danjes pourtant fans façon.
C'en eft irop , fic eft badinage,
Et trop peu , fi c'est tout de bon .
S
Quelquefois par un trait de flame
Tes yeax aux miens font entrevoir
Qu'Amour , qui captive mon ame,
Te tient außi fous fon pouvoir :
Sij'en veux an baiser pour gage,.
Ie n'en puis obtenir le don.
C'en eft trop , fi c'eft badinage,
Et trop pew , fi c'est tout de bon.
2
Pour me prouver toute la force
Du trait dont ion coeur eft bleffé,
Tu graves fur la tendre écorce
Mon Chiffre au tien entrelacé :
Mais fondain d'une main volage
Tavenx l'effacer fans raison..
C'en eft trop , fi c'eft badinage,
Et trop peu , fi c'est tout de bon.
144 MERCURE
Ingrat , interrompi la Bergere,
Avant qu'ilfut preft d'achever,
Ef- ce veritable colere ,
On la feins-tu pour m'éprouver?
Je t'aime , & inle fçais : fois fage,
Chaffe un injurieux foupçon.
C'en eft trop, fi c'eft badinage,
Et trop pen , fi c'est tout de bon .
S
Répandant des pleurs d'allegreffe,
Tircis interdit & perclus ,
Baife la main de fa Maistreffe,
Et n'ofe tenter rien de plus .
Le feu d'amour monte au vifage,
Et de la Fille & du Garçon.
C'en eft trop , fi c'eft badinage:
Et trop peu , fi c'est tout de bon.
S
Un Faune babitant de cet antre,
Qui les regardoit par un trou ,
Couché
GALANT. 145
Couchè tout àplat fur le ventre,
S'en mit à rire comme unfox ,
D'une voix moquenſe & ſauvage
Redifant fur le mefme ton ,
C'en eft trop , fi c'eft badinage
Et trop pen , fi c'eft tout de bon.
2
Cette hiftoire par la contrée
Se répandit en peu de temps ,
Et du galant pays d'Aftree
Réjouit fort les Habitans :
Tousychantoient dans leur village,
Menant paifire chevre & mouton ,
C'en est trop , fi c'eft badinage,
Et trop peu , fi c'est tout de bon.
Je vous ay déja parlé des
Navires du Roy , le François
& le Fortuné , qui fe font rendus
maiftres des trois Vaif-
N
Fanvier 1696.
146 MERCURE
feaux Anglois , nom mez le
Défenfe , le Succés, & la Refolution.
Ces trois Vaiffeaux
ayant efté menez au Port.
Louis , les Intereffez à l'armement
des deux Navires de
Sa Majesté ont fait une lifte
des Marchandifes qu'on y a
trouvées , & je vous l'envoye,
la croyant utile à ceux de voftre
Province, qui eſtant dans
le Negoce , voudront prendre
part à la vente qui en fera
faite. Il eft porté par cette
lifte , que ceux qui voudront
acheter ces trois Vaiffeaux ,
& les marchandifes dont ils
GALANT. 147
ſe font trouvez chargez, pourront
faire leurs offres à M' de
Lagny, Directeur General du
Commerce , dans le quinzićme
de Février prochain , &
qu'ils luy communiqueront
leurs pouvoirs , pour enfuite
l'adjudication
eſtre faite , &
la livraiſon au Port Louis ,
aux prix , charges , clauſes , &
conditions dont on ſera convenu,
Nij
148. MERCURE
Marchandiſes trouvées dans
La Défenſe.
Toille Indienne.
Chint Mamodez , balors 9 .
2880 pieces , 7aulnage , largeur
2
Chint Broard b12, p2400
27.12
4
Chint Surat b 4. p 1300 .
a 8. 13
Chint Cadix Smals b 22.
P 6355. a 6. 1 3
Chint Jaffercon b12 . 3794 .
28.12.
Palemporez ou Tapis b8.
2
P 2242, a 27
GALANT. 149
Cotton filé de 612.1.chacun ,
b 102. pefant 62424 1 .
Bafras Narou Uhit , Toille
de cotton blanche étroite ,
b 68. p 10870. a 132 1 2
Bafras Broad Uhit , Toille
de cotton blanche & large,
b 89. p 9135. a 14.12
Bafras Broad Brou , Toille
de cotton écruë , b 4 p 400.
a 14
3
1/2/
4
Bafras Narou Brou , Toille
de cotton écruë étroite , b 5.
p.800.a.14.1
2
Pautkas Uhit , Toille de
cotton blanche , b54 . pis275.
2
a4.1
N iij
150 MERCURE
Pautkas Broun , Toille de
cotton écruë , b 140. p. 27850.
a s. 12/1
Pautkas Blou , toille de
cotton bleue , b. 9. p 1449.
gà x là
II.
2
3
Souaguzez Uhit , Toille de
cotton blanche , b59. p 7080.
a14.1
2 I
3 I
Souaguzez Broun , Toille
de cotton écruë , b 3. p. 360 .
a 14. 1 /1/
De Riabauls Smals , Toille
de cotton petite, b 20. p 4000
a 9.1 /1/ 1
Necanes Broüad , Toille
rayée , bleuë & blanche, b 32
P. 3143. a 11. 1½
GALANT: Isl
›
Necanes Narou , idem étroite
, b 22, p 2652. a 10. 1 ½
Guinea Stufs , Toille de
cotton rayée , blanche &
bleuë , b 39. p 12 480. a 31
Tapfels Broad , Toille de
cotton , idem , b 23. p 1800.
3
a 10.12
3
3-
Chint Seronge, Toille Indienne,
b 4. P1595 . 6 à 4.1½à
Dury Agra, Toille de cotton
rayée bleuë & blanche ,
b 4. p 1357. a 11. 1
TapfelsNarou , toille de cotton
rayée blanche & bleuë ,
b s p 578. a .11
Dury d'Ungares Uhit,
Niiij
152 MERCURE
Toille de cotton blanche , bi
P70.a131
D'Ungarez, Broun Toille
de cotton écruë , b76 . p 6080
a 14.12
Brauls , Turbans rayez ,
blancs & bleus , b 14. P 3399
a 2. 12/
Boffars Broun , Toille de
cotton écruë , b 1. 150. 101
Chint Ramauls, Toille Indienne
pour mouchoirs , b6
P 1771.3733 134
a
Dury Gourgouche , Toille
de cotton blanche , b1.p 70
a1321
IF. N°. B. C. Toille de cot.
GALANT.
153
ton blanche , b2 . p292. a 1,3
I 3
1 4 2
Differentes Etoffes de foye ,
de cotton & Indiennes , b 18 .
P 2630.
Ris , b 3.
Poignées de Cannes , un
balot & un baril , b 2.
Caffé , b 122 .
Gommes , b 123 .
Canelle 5 .
Thé 5. caiffes .
Poivre 265 tonneaux .
Salpeſtre 90 idem .
Couvertures blanches piquées
, bi p2o.
Balle de Plume 1 .
$4 MERCURE
Porcelaines trouvées dans les
trois Prifes , en paniers ,
coffres & caifles.
DOUZAINE S.
S
Taffes , 3950 & 10 .
Gobelets , 733.
Soufcoupes , 886 I
Ecuelles , 245 6
Grandes Urnes , 6 6
Affiettes , 16 6
Sucriers 11 10
Gamelles , 2 6
Beurriers ,
Plats,
I 8.
Lyons , 3
6
Chiens , 2 8
Burettes , 6
GALANT.
155
Douzaines.
Pots à Thé,
Flacons , Bouteilles ,
Pots & Vales ,
4 & 6
72
6
Pagodes ,
Paons ,
Chatshuans,
Coqs ,
Petites figures de differentes
manieres ,
6
4
2
6
Bandeches ou Cabarets ,
Petites fioles en maniere
de petites Tabatieres, 83 4
DANS LE SUCCEZ .
Mouſſeline unie fine.
Cogmoria , bal . 19. p 1914 .
aulnage 16. 17 8
156 MERCURE
Tang , b 62. p6250 . a 1
Bang , b 13. P 1333. a 4
Coffas , b 37. p. 3761. a idem.
Mul , b 1. p 1104. a id .
Mul , b 3. p 362. a id . 1 id.
Mul , b3. p 39. aid. l id.
Moff. b7. p 822. a 16.1 id.
Seer Coff. b 2. p207.a id.
lidem .
Dom Coff. b 7. p 700. a id.
did.
Bor Coffas , b2 . p 273. a id.
lidem .
AD, br. p189, a id. 1 id . . :
ABC, br.p57. aid . lidem .
Tang , b 40. p 4051, a idem ,
lidem .
GALANT.
157
Torp Coffas , b 1. p 137. a id.
1 idem .
Sans marque Angloiſe , b 10.
P 337. a 16. 13
Doria , Mouffeline rayée ,
35. P 3584. a 16.12
b
F Dor Emul , Mouffeline à
fleurs. b7.p631 . a 16.12
F Tang , Mouffeline brodée à
fleurs . b 4. p340. a16.12
Tnek , Mouffeline brodée
pour cravattes . b 4. p 14613 .
Peignoirs , P 135 .
Toille de cotton tres -fine ,
dont une raye de foye . b 18 .
3
P2959 , a de 8 à 9 à 2
4
I
4 2
Gur , Toille de cotton blan158
MERCURE
che, b102.p7611. a 14.78.
Toille de cotton rayée de
foye pour mouchoirs. b 18 .
P2969 218.2
Taffetas à fleurs , b 1. pisz . a 5.
1/4/2
Taffetas rayez & unis de toutes
couleurs , b 40. P 5637.
a8 à 9 à 24 /
3
Sofie , écorce d'arbre , foye &
cotton . b 42. PS491 . a 16 à
19a78.
Balaflors , écorce d'arbre. b
119. p 11880. a 8
4
Balots de Mouffeline , Taffe
tas de plufieurs couleurs 2 .
P176
GALANT.
139 .
Soye écruë , b 3 .
Opium , b 25.
Bois rouge , 2500 buches.
Salpestre , 150 tonneaux.
Poivre long , 45 lacs.
Dans la Refolution.
Chint Jaffercon , Toille Indienne
peinte, b 32. p 10066.
a 8. 2
4
Chint Mamodez , idem- b . 18.
P. 5760. 27.11
Chint Broad , id. b 8. p 1600.
દ
a 7.
27.7
Palemporez , Tapis d'Indienne.
b7.2100 . a 2
I
Chint Ramauls , Toille In160
MERCURE
dienne pour mouchoirs.
b 4. p 1200. a 7/11/
Cotton filé de 612 1. chacur
b . 37.22644 l .
Cotton filé de 306. 1. chacun .
b 9.2754 . 1 .
Tapfels Narou , Toile de cotton
étroite bleue & blanche
. b 14. p 1680. a 11. 14.
Tapfels Broad , idem large ,
bs. P 400. a 10.12 .
Brauls , Turbans bleus &
blancs . b7. p 1680. a 2. l½
GI , Toille Indienne. b 1. p
395. 12.
GP , Toille de cotton bleuë.
b2. p 80. a 4. 1 .
GALANT. 161
GP , Toille de cotton blanche.
b 1. p 80.344.. 1--/
Dungares Ühit , Toille de
cotton blanche. b 20. p
1963. a 13 12
Dungares Broun , Toille de
cotton écruë . b 96. p 7679 .
2 14.123/2
Duty Dungapors , Toille cotton
écruë. b5 p 400. a 14.
12/2
4
De Riabauls Smals , Toille
de cotton petite. b 51. p .
10240. a 9. ι
De Riabauls large , Toille de
cotton large. b 16. p 1850 .
a 14. 12
Janvier 1696.
162 MERCURE
Baftas Broad Uhit , Toille de
* cotton blanche large. b 45.
•P 4612. a 14 12
Baftas Narou Uhit , Toille de
cotton blanche & étroite.
b 35. P 5560. a 13. 1 2
Baftas Broad Broun , Toille
de cotton large écruë. b 18 .
P 1800. a 14 1 p
Baffas Narou Broun , idem
étroite . b 46. P 5640. a 14.
1 // 2
Pautkas Uhit , Toille de corton
blanche. b 19. 5700. a
I
5S/ī12/230
Pautkas Broun , Toille de corton
écruë. b 81. p 16100. a §.
1 /
GALANT. 163
Necanes large , Toille de cotton
rayée , bleue & blanche.
b 17. p. 1700. an. 1
Mecanes Narou , idem étroice.
b 38, p 4560. a 10- 1/4/
Guinea Stuffs , Toille de cotton
rayée bleuë & blanche,
b 31. p 9916. a 3.
Souaguzez Uhir , Toille de
cotton blanche. b 17. P
2040.214: 1
4
I:
Souaguzez , Toille de corton
écruë. b 16. p 1920. a 14 12
VVP N°. 2. 38. p. Toille de
cotton blanche. br.
a 14. 12/2
P 80% Р
Balots refaits de Toille de
O ij
164 MERCURE
cotton de differente qualité
& aulnage . b 6. p 1099,
Caifles de Canelle.b . 150.liv.
Poivre. 376030. livres .
Indigo . 410. bales , 98755 . livr.
Sel Armoniac. 296. bales
66304- livres.
Gommes. 7 bales 1100 livres.
Caffé. 150. bales , 55798 livres.
La réputation des Religieux
de l'Abbaye de la Trappe eft
tellement répandue dans le
monde , que je fuis perfuadé
que vous en verrez avec plaifir
l'Eloge que je vous envoye . Il
eft de M l'Abbé de Fourcroy.
GALANT. 165
LA
à la
A devote Abbaye de la
Trappe eft devenuë fi
celebre , que de tous les endroits
du monde on y vient
pour y admirer ces heureux
Martirs de la penitence. On
remarque les effets ſurprenans
de la grace de Dieu
veuë de ces illuftres Penitens ,
qui ont tout quitté pour pleu
rer dans le filence leurs pechez
, & pour travailler à leur
falut , comme à l'unique chofe
neceffaire. C'est dans ce
defert où les fuperbes deviennent
humbles , où les intem166
MERCURE
perans deviennent fobres , &
où l'on donne un frein auxlangues
des médifans & des
envieux. L'on y voit regner
la paix , & toutes les vertus
s'y rencontrent au fuprême
degré. La foy , l'efperance , la
charité, la douceur, la modef
tie , l'humilité , le recueillement,
la penitence & la componction
fleuriffent dans cette
fainte mailon. On n'y trou
ve que des fujets d'édification
, & on y voit des muets ,
qui par leur filence nous inftruifent
plus que les Predica.
teurs.par leurs difcours. Tou
GALANT
Igr
res leurs actionsfont faintes , &
n'inſpirent que lapieté Ils paffent
les nuits entieres à louër
leur Createur ; leurs efprits
s'élevent au deffus de toutes
les chofes prefentes , pour fervir
parfaitement à Dieu . Ils
employent les jours & les nuits .
à chanter des Pleaumes , &
des Cantiques , à mediter ſa
fainte Loy, & ils ont fans ceſſe
ſes loüanges dans la bouche.
Ils ne portent que des
habits tres -fimples & trespauvres
, leur marcher eft
grave & édifiant , ils ne ſouffrent
jamais que leurs yeux
168 MERCURE
s'égarent. Ils font paroiftre
fur leur viſage la ferenité de
leur ame ; ils obfervent un
filence exact, qui eft plus efti
mable que tous les difcours .
Leurs poffeffions confiftent
en ce qu'ils n'ont rien de propre
, & leurs delices dans
la privation des plaifirs . Dieu
feul eft la part de l'heritage
qu'ils efperent ; ils n'ont rien
en ce monde, & ils poffedent
rout ce qui eft au deſſus du
monde ; ils font morts à toutes
chofes , & cette mort les
rend immortels.Ilsemployent
chaque jour à cultiver leur
jardin ,
GALANT. 169
jardin , & durant leur travail ,
leur efprit ne ceffe jamais de
prier. Tout leur temps eft
employé utilement . Les heu
res leur paroiffent trop courtes
, pour s'appliquer à Dieu .
A peine prennent- ils les alimens
qui font neceffaires à la
vie , & ils ne peuvent le foumettre
à cette fervitude qu'avec
douleur. Qui pourroit exprimer
leur zele à s'exciter
dans la vertu , leur exactitude
à garder l'obfervance & la
difcipline, leur refpect & leur
obeiffance pour fuivre la regle
& la volonté de leurs Supe-
Fanvier 1695 .
P
170 MERCURE
tieurs ? Ils fe privent des cho
fes neceffaires , & les revenus
de leur Abbaye cftant fort
mediocres , ils travaillent des
mains pour nourrir plufieurs
pauvres . Ils s'occupent à reconcilier
la terre avec le Ciel,
& rien ne leur paroift penible,
pourvû qu'ils puiffent dé.
tourner les juftes & redou .
tables effets de la colere de
Dieu . En un mot , ce font des
hommes tout divins , qui retracent
en nos jours la vie
parfaite & admirable des plus.
celebres Solitaires . Y a-t -il
rien qui égale une telle fo.
GALANT 171
cieté Qu'y a - t - il de plus
charmant que cette union
qui regne parmy eux ? Des
gens qui font venus de pays
étrangers & de Nations dif
ferentes , le rtrouvent unis
dans une conformité fi
parfaite
, qu'on ne voit qu'une
feule ame en plufieurs corps ,
& que plufieurs corps ne paroiffent
que les organes d'une
feule ame. S'il y en a quelqu'un
d'entre eux qui foit
attaqué de quelque infirmité
dans le corps , tous compa
tiffent à fon mal , & leur plaifir
feroit d'eftre à la place de
Pij
172 MERCURE
celuy qui eft incommodé,
tant leur charité eft grande .
C'eſt d'eux dont le Prophete
a voulu parler dans fes Cantiques
, lors qu'il a dit , que
c'eft une chofé excellente & agreable
que de voir des Freres
unis enfemble dans une parfaite
union- Deſert heureux ,
vousétesle refuge de ceux qui
fe convertiffent au Seigneur.
Sainte retraite , la confolation
des affligez , & le rafraichiffement
contre les ardeurs
des paffions , que vous eftes
terrible aux malins efprits , &
agreable aux faints Anges !
GALANT. 173
Ovie folitaire Ivie Angelique,
que vous eftes aimable : quels
éloges ne meritez - vous pas ?
Mais il n'y a que ceux qui
jouiffent du repos & de la
douceur que vous donnez,
qui puiffent connoiſtre combien
vous eftes digne d'eftre
loüée. Subſiſtez à jamais , devot
Monaftere de la Ttappe ,
& foyez toujours la bonne
odeur deJefus Chrift.Et vous ,
illuftre & pieux Abbé . , dont
le Seigneur s'eft fervi pour
faire revivre dans ce fiecle
corrompu , la ferveur , la pieté
& la penitence des plus grands
Pij
174 MERCURE
Saints de l'Eglife , vous ferez
en benediction devant Dieu
& devant les hommes.
Ce que je vous ay écrit de
l'ordre que Mile Marquis de
Forville avoit établi à Marfeille
, pour repouffer les Ennemis
, en cas qu'ils fuffent
venus l'Efté dernier , a efté
trouvé d'une fi grande conduite
, & a fait tant de plaifir
à tous ceux qui ont lû cet
article dans la Lettre où je
vous ay appris qu'il a efté fait
Chef d'Efcadre , qu'on a fouhaité
de le connoiftre plus
GALANT.
175
particulierement . Ainfi , je
me fuis informé avec ſoin de
fa Famille ; & quoy que je
n'aye pas de couftume de
vous envoyer des Genealogies
auffi étendues que le fera
celle-cy , fur tout lors qu'il
ne s'agit ny de mariage , ny
de mort , je vous ay marque
plus d'une fois que quand il
feroit queftion de Maifons
étrangeres établies en France.
je vous en parlerois toujours
amplement , parce qu'
elles y font moins connuës.
C'eft ce qui m'engage à vous
dire que celle de Fortia , dont
Piiij
176 MERCURE
eft iffu M' le Marquis de Forville
-Pilles , eft originaire de
Catalogne, d'où elle fut tranf
plantée àmontpellier, & de là
uaComté d'Avignon . Elle eſt
defcenduë d'un Bernard de
Fortia, né au Chateau de Fortia
aux environs de Rofe,&frere
de Sibille de Fortia , Reine
d'Arragon , 4 Epoule du
Roy Dom Pedro IV. qui le fit
fon Lieutenant General en
Catalogne , & luy donna , &
àfes Succeffeurs , plufieurs
Terres & Seigneuries . Ce don
fut confirmépar l'Affemblée
generale de Monçon en 1384.
GALANT. 177
mais aprés la mort du Roy,
certe Reine & Bernard de
Fortia, fon frere , furent obligez
de fe refugieràBarcelone ,
à caufe des perfecutions du
nouveau Roy , qui confifqua
tous les biens de Bernard ; la
Reine Sibille y mourut en
1391. Ce fut en confideration
des biens importans que cette
Famille perdit en Catalogne
, lors qu'elle vint s'établir
en France , & en recompenfe
des fervices de M' de Durban,
Brigadier des Armées du Roy,
& Gouverneur de Mont-
Louis , lequel eft de la même
178 MERCURE
Famille de Fortia , & de la
branche de l'Ailné , que Sa
Majefté luy fit don de la confilcation
de la Terre & Seigneurie
de Fortia , dont il
toucha le revenu .
Jean de Fortia , Fils de Bernard
, fe maria à Montpellier
en 14:22 & fut Pere de Jean II.
qui eftant mort en 1493. fut
enterré dans fa Chapelle de
l'Eglife des Cordeliers , qu'il
dora par des donations . Il fit
un legs à chaque Convent de
l'un & de l'autre Sexe , auffi
bien qu'à tous les Hôpitaux
de la mefme Ville. Il legua laGALANT.
179
liberté à quatre Efclaves qu'il
avoit , avec cent écus d'or à
chacun , outre leur ſubſiſtan -
ce dans la maifon de fon Heritier
; & aprés avoir réglé la
reftitution de la dot de fon
Epoufe , en monnoye de Barcelone
, il fit un legs à Jean
III . de Fortia , fon petit Fils ,
& Trifayeul de M' le Marquis
de Forville , de la Tour & Jurifdiction
de Orte , en la Paroiſſe
Saint Denis deGobelez ,
Dioceſe de Barcelone , & fit
fon heritier Marc de Fortia
fon Fils , qui mourut en 1498 .
Jean III. fe tranfplanta de
+
180 MERCURE
Montpellier à Avignon en
150s . à l'occaſion de fon mariage
avec Françoiſe de Vital ,
Noble Romaine , que Bernard
II. de Fortia fon Frere
alla prendre à Rome , avec un
Paffeport du Roy Louis XII .
qui qualifie ces deux Freres ,
Citoyens de Montpellier , fest
bien aimez & familiers , & de
la Reine fon Epouſe , faifant
expreffe mention du train de
ce Bernard dans fon voyage
compofé de huit chevaux &
autant de Valets , or & argent,
joyaux & équipage , auffibien
que du fujet qui le fai-
16
3
GALANT. 181
foit aller à Rome , pour amener
fa Belle Soeur à Avignon .
Bernard à fon retour de Rome
, fe tranfplanta
dans la
Touraine , où il acquit les
Seigneuries de Paradis & de
la Branchoire , & fit la branche
de M' de Fortia , Confeiller
au Grand Confeil , Fils de
Meffire Bernard de Fortia ,
Doyen des Maiftres des Requeſtes
, mort en 1694.Il y a eu
dans cette Branche plufieurs
perfonnes confiderables
dans
l'Eglife , & dans la Robe , &. ,
particulierement
des Confeillers
d'Eftat , & un Evefque
182 MERCURE
qui mourut en allant prendre
poffeffion de fon Eveſché en
Bretagne. Claude de Fortia ,
Chevalier de Malte , qui mou.
rut en 1652. Capitaine d'une
des Galeres de Sa Majefté ,
eftoit de la mefme branche.
Jean III. de Fortia , qui fit
celle de Provence , poffeda à
Avignon les charges les plus
confiderables
. Il mourut en
1553. & fut Pere de Marc de
11. & de Charles de Fortia ,
lequel Charles fut Gouverneur
des Place , Chafteau , &
Fortereffe du Pont de Sorgues
. Marc II . de Fortia , quaGALANT:
183
ſe
lifié Magnifique Seigneur , dans
les documens , fut Seigneur
de Caderouffe. Il épousa Jeanne
des Henriquez à Avignon
en 1549. & Françoiſe de Filio .
li en fecondes noces , à Carpentras
en 1559. Il s'y tranfporta
à l'occafion de ce fes
cond mariage , & il y mourut
en 1582. ayant laiffé trois Fils ,
Gilles & Jean IV. de fon premier-
mariage , & Paul de Fortia
, du fecond , avec une tresriche
fucceffion , dont ils he
riterent également . Ces trois
Freres firent les trois bran184
(
MERCURE
ches des Seigneurs de Durban
, de Montreal , & de
Pilles.
Gilles de Fortia , qui fit celle
de l'Aîné , fut Chevalier de
l'Ordre du Roy , Seigneur de
Caderouffe & de Durban ,
Gentilhomme ordinaire de
la Chambre , & Capitaine
d'une des Galeres de Sa Majefté,
ll épousa en 1582. Lucre .
ce de Galien , des Seigneurs
des Iffars ; en 1592 Laurenfe
de Toulon , des Seigneurs de
Sainte Jalle, en 1595. Françoife
de Roquart , des Seigneurs
de Roquart , n'ayant laiffé
GALANT.
185
des Enfans que de la derniere ;
fçavoir , Louis de Fortia , Seigneur
de Caderouffe & de
Durban , qui époufa en 1618 .
Gabrielle de la Salle , des Seigneurs
de la Garde ; & Jean
Baptifte de Fortia , qui fut
receu Chevalier de Malte
en 1639; & qui mourut en
1642. De Louis de Fortia naquirent
Louis II . & François
de Fortia . Louis II . fut pre :
mier Capitaine & Comman
dant un Bataillon du Regiment
de la Marine , & épou
fa en 16,1 . Marie de Vivet de
Montelus . François eft celuy
Fanvier 1696. Q
196 MERCURE
dont on a déja parlé , Briga
dier des Armées du Roy &
Gouverneur de Mont -Louis.
De Louis II. font iffus Paul &
Jacques - Jofeph de Fortia .
Paul, Seigneut de Caderouffe
& de Durban époufa en 1681 .
Marie-Efprite de Viffec de la
Tude de Ganges , & Jacques-
Jofeph , connu fous le nom
de Chevalier de Durban , fut
Capitaine dans les Regimens
d'Infanterie de Piemont & de
Tournaify. Il eut la majorité
de ce dernier , & ſe diſtingua
au Siege de Coni , où il eut
une épaule caffée d'un coup
de moufquet.
GALANT. 187
La branche des Seigneurs
de Montreal fut commencée
par Jeau IV. fecond Fils de
Marc II. de Fortia . Ce Jean
IV. fut Seigneur de montreal,
& époufa en 1583. Françoile
de Seytre , des Seigneurs de
Caumont , dont il eut Paul de
Fortia . qui fut Seigneur de
Montreal & de Bedarrides ,
Capitaine d'une des Galerés
du Roy , nommée la мontreale
, & qui fe trouva aut
combat des quinze Galeres
d'Eſpagne en 1638. ayant empoé
une Capitane d'Efpagne
. Paul dont on vient de
Qij
189 MERCURE
parler , épouſa en 1613. Catherine
de la Salle , des Seigneurs
de la Garde , & de ce mariage
nâ quirent Gafpard de Fortia ,
Seigneur de Montreal & de
Bedarrides, qui tur Capitaine
de la même Galere ; Louis de
Fortia, Evelque de Cavaillon ,
& enfuite de Carpentras , ſur
la démiffion du Cardinal Bichi
, & qui mourut en 1660 .
Dominique de Fortia , receu
Chevalier de Malte en 1632.
& qui mourut Capitaine d'u
ne des Galeres de Sa Majefté
; Henry de Fortia , re cu
auffi Chevalier de malte en
GALANT: 189
1631. & qui fut tué dans un
combat de mer au lervice de
la Religion , Jean - Louis de
Fortia , connu fous le nom
de l'Abbe de Montreal , &
Paul de Fortia , receu Chevalier
de malte en 1674 Gaipard
de Fortia , dont on a parlé ,
époula en 1655 Françoiſe de
Nogaret de Calviffon . De ce
mariage font iffus Jules de
Fottia , Seigneur de Montreal
& de Bedarrides , qui époufa
en 1684 Françoiſe de Saffenage
du Dauphiné .
La Branche des Seigneurs
de Pilles , de laquelle M' le
190 MERCURE
Marquis de Forville eft iffu ,
fat commencée par Paul de
Fortia , fon Ayeul , & troifié
me Fils de Marc II . lequel
Paul qualifié Haut & puiſſant
Seigneur dans les titres , fut
Seigneur de Pilles , Baron de
Baumes , & autres Places . Il
fut fait Capitaine d'une Compagnie
d'Ordonnance fous
Henry III . en 1532. Mestre de
Camp de la Cavalerie Legere
& étrangere en France , fous
Henry IV. en 1591. Gentilhomme
ordinaire de la
Chambre du Roy en 159 .
Gouverneur de la Ville & Ci
•
GALANT: 198
tadelle de Berre en 1596 .
Chevalier de l'Ordre du Roy
en la même année , Gouverneur
des Places du Chafteau-
Dif, Rotonneau , Pommegues
& Ifles de Marfeille , & Capitaine
d'une des Galeres de Sa
Majefté , nommée la Pille ,
en 1598. dans laquelle annee
Il eut dix-huit mille livres de
gratification du Roy , avec
un Brevet de quatre mille
francs de penfion , en recom .
penſe de fes fervices ; & enfin
il fut fait Confeiller d'Eftat
d'Epée en 1608. Il époufa en
1599, Jeanne de Toulon de
192 MERCURE
Sainte Jalle , Fille de Fouquet
de Toulon , Chevalier det
l'Ordre du Roy, Seign ur de
SainteJalle & de Saint Marcellin
, Lieutenant de Sa Maicfté
en Languedoc , Capitaine de
cent Gentilshommes , Fils
de Lois de Toulon , premier
Preſident au Parlement
de Grenoble , & Neveu de
Didier deToulon Sainte Jalle ,
élu Grand Maistre de Malte
en 165. Ce Paul de Fortia
mourut en 1521.dans fon Gouvernement
du Chateau d'If,
laiſſant fix enfans ; fçavoir
Paul II. Ludovic , Galpard
Jofeph
GALANT: 193
Jofeph , Charlotte & Sibille
de Fortia. Paul II . Pere de
M' le Marquis de Forville ,
fut élevé auprés du feu Roy ,
en qualité d'Enfant d'honneur
. Il fut pourvû d'une
Compagnie franche , en garnilon
au Chafteau d'Ifen 1611.
n'eftant alors âgé que d'onze
ans , & de la furvivance de
tous les Gouvernemens de
fon Pere , auffi bien que
Commandement de la mcfme
Galere en 1614. Il fut fait
Mestre de Camp de la Cava
lerie Legere & Etrangere en
France en 1621. & pourvû d'un
Fanvier 1696.
R
du
194 MERCURE
Regiment d'Infanterie qui
portoit fon nom de Pilles en
1635. Il fignala fa valeur en plufieurs
occafions , & fur tout
au Siege de Montauban . Ses
fervices , fon experience &
fa fidelité luy ayant fait acquerir
l'eftime & la confian
ce de fon Prince , Sa Majefté
luy donna l'adminiftration
des affaires de la Province
dans le temps des Troubles
de Provence , qu'Elle fit cef.
fet les fonctions des Procu
reurs du Pays. On luy fit expedier
un Brevet de quatre
mille livres de penfion en
GALANT. 195
.
1644- Il fut fait Maréchal des
Camps & Armées du Roy en
1649. & Gouverneur Viguier
de Marfeille en 1660. En ce
temps-là Sa Majesté voulut
bien luy donner encore une
matque diftinguée de fon
eftime , en luy faifant l'honneur
de le faire fouper avec
Elle à Tarafcon. Il époufa en
1627 Marguerite de Coüet ,
Fille du riche Baron de Couet
& de Lucrece de Grace , Baronne
de Bormes , dont l'autre .
Fille avoit épousé Gaſpard de
Forbin , Marquis de Soliers ,
Gouverneur de Toulon , l'Ai-
Rij
196 MERCURE
né de la Branche de Palame
des de Forbin , Lieutenaur
general en Provence fous
Louis XII. Ludovic de Forria
, frere de Paul II . a efté un
des plus vaillans hommes de
fon temps. Il fut premier Ca
pitaine du Regiment de la
Marine , & Capitaine d'une
des Galeres de Sa Majesté. Il
mourut au Siege de Portolongo,
où il fut tué d'un coup de
canon. Gafpard de Fortia de
Coftechaude , & Jofeph de
Fortia de Forville , autres freres
de Paul II . furent auffi
tuez au ſervice de Sa Majesté,
GALANT. 197
le premier au Siege de la Rochelle
, à la tefte du Regiment
de fon freie Ainé , & l'autre
combat de quinze Galeres
d'Eſpagne devant Genes .
Charlote de Fortia , leur
Soeur , fut mariée à Paul de
Miſtral , Seigneur de Mondragon
, Benbartane , & autres
Places , fils de Paul de
Miſtral , Seigneur de Crofes
& de Dons , & de Silvie de
Brancas , fille d'Ennemond
de Brancas , Baron d'Oyfe &
de Vilars , & de Catherine de
Joyeuſe , Soeur du Maréchal
de Joyeuse , & Mere d'André
R iij
198 MERCURE
de Brancas , Amiral de France
, & de Georges de Brancas,
sen faveur duquel la Terre de
Vilars fut érigée en Duché.
Sibille de Fortia , l'autre Soeur,
fut mariée à Loüis Aldonfe
de Thefan de Venalque , Chevalier
de l'Ordre du Roy ,
Marquis de Saint Gervais ,
Comte de Nabuton , Baron
de Negran & Caſtenet , Seigneur
de Metamis & Seneviers
Venafque , Saint Didier,
& autres Places , dont le Pere,
auffi Chevalier de l'Ordre du
Roy, avoit épousé la Sout
du Comte de Clermont LoGALANT.
199
deve , dont l'autre Soeur fut
mariée au Duc d'Arpajon .
Du mariage de Paul II . &
de Marguerite de Coüet , nâ
quirent Charles- Bernard de
Fortia , Baron de Baumes ,
Marquis de Sainte Jalle , Seigneur
de Saint Marcellin &
autres Places. Il fignala fa
valeur en Flandre , dans l'Armée
commandée par le mal
réchal d'Aumont , & parti .
culierement aux lignes d'Arras
. Il époufa Marie de Tolon
Sainte Jalle , heritiere de la
Maiſon de Sainte Jalle , &
dont la Mere Louife de Bon-
R iiij
200 MERCURE
ne eftoit fille du marquis
d'Auriac , coufin - germain coufin - germain
du Conneftable de Lefdiguieres.
De ce mariage eft
iffu Jofeph de Fortia , Marquis
de Sainte Jalle , fils unique.
Paul III . de Fortia , Mar
quis de Pilles , Seigneur de
Peirwis, Pioufin , Auges , мont .'
fort , Coftechaude , & autres
Places , & Gouverneur de
celles du Chafteau d'If, Ro-
Pommegues &
tonneau
Illes de Marſeille fut pourveu
de ce Gouvernement
en
1660. Ilépousa en 1675. Geneviefve
de Vento des Pennes,
GALANT . 201
fille du Marquis des Pennes
& de Renée de Forbin de
Janfon , four aifnée de Mr
le Cardinal de Janfon . De
ce mariage font iffus Alphonfe
& Touffaint de Fortia de
Pilles , qui au fortir d'eftre
Pages du Roy , font entrez
dans les Moufquetaires de Sa
Majefté, où ils fervent actuellement.
Gafpard de Fortia ,
troifiéme fils de Paul II. &
qu'on nommoit M' Daubre,
fut tué au fiege de Gigeri en
1664 Alexandre, de Fortia fon
frere , connu fous le nom de
l'Abbé de Pilles , eft Seigneur
202 MERCURE
fpirituel & temporel des lieux
de Saint May , Remufac &
leurs dépendances . Alphonfe
de Fortia , cinquiéme fils
de Paul II. eft M le Marquis
de Forville , à l'occafion duquel
cette Genealogie eft
donnée . Il fut Officier aux
Gardes Françoifes du Roy
en 1659. Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment des
Cravates en 1667. Capitaine
d'un des Vaiffeaux de Sa мajefté
en 1669. Capitaine d'une
de les Galeres en la mefme
année , Gouverneur Viguier
de Marſeille en 1682 .
GALANT. 203
*
Lieutenant de Roy en Provence
, au departement d'Aix
en 1693. Chevalier de l'Ordre
Militaire de Sa Majesté en
1693. & Chef d'Efcadre des
Galeres en 1695. Jofeph de
Fortia fon frere , fut receu
Chevalier de Malthe en 1657.
& mourut à Meffine , fur la
Galere commandée par M
le Marquis de Forville fon frere
, dont il eftoit Lieutenant.
Jeanne de Fortia , fille de
Paul II. fut mariée à Annibal
de Grace , Comte du Bar, Fils
de Charles de Grace , Comte
du Bar & de Marguerite de
204 MERCURE
Grimaldidu Beüil , Fortia porte
d'azur à une Tour ronde , crenelée
de quatre pieces d'or, maçonnée de
fable , portée fur un tertre de
finople.
Le Jeudy 29. du mois paffé,
Mr Dacier , connu par tant
d'excellentes Traductionsdes
Ouvrages de nos meilleurs
Auteurs Grecs & Latins , accompagnées
de fçavantes notes
, fut reçû à l'Academie
Françoiſe ,à la place de feu M
l'Archevefque de Paris . Aprés
avoir marqué fa reconnoiffance
à ce Corps illuftre , par
des termes qui faifoient conGALANT.
205
noiftre à quel point il eltimoit
la grace qu'il avoit reçue
, il dit que le grand Armand
de Richelieu , qui faifoit
mouvoir avec tant de
force & d'adreffe tous les
refforts de l'Etat , fous Louis
le Jufte , perfuadé qu'inutilement
il auroit jetté les fondemens
d'une Puiffance fuperieure
à toutes les autres , s'il
ne luy affeuroit par les Lettres
, feulés capables d'éternifer
la grandeur des Empires,
une gloire qui ne puſt jamais
finir ,avoit embraffé avec ardeur
laProtection de l'Acade206
MERCURE
*
mie naiſſante , afin que com
me la France avoit herité de
la valeur des Grecs & des
Romains , elle fuccedaft auffi
à leur éloquence , & qu'elle:
trouvaft dans fon fein des :
hommes capables de publier:
dignement fes grands Exploits
; que l'application de
ce Miniftre à calmer les orages
que ce nouvel établiffement
avoit excitez , & fonattention
à perfectionner fes
Regles & fes Statuts , étoient
pour ce Corps , des Titres
bien glorieux ; Mais , ajoutat-
il , il fit davantage , il voulut
GALANT. 207
Meffieurs , animer tous vos def
Jeins. Cette Ame remplie des idées
immortelles , qui ont produit ce
grand ouvrage de Politique , où
tous les Etats pourroient puifer
les regles d'un heureux gouvernement
; & qui ferviroit encore à
nous conduire , fi Dieu n'avoit
misfur nos teftes un Genie fuperieur
, qui dans l'art de regner ne
peut avoir de Maistre que luymefme
; cette Ame incapable de
s'occuper que de chofes proportionnées
à fa grandeur , devient l'ame
de vofire Compagnie , & cet efprit
qui , comme une Divinité, chan .
geoit àfon gréla face de l'Europe ,
208 MERCURE
travaille de concert avec vous
changer noftre langue & à la tirer
du nombre des langues barbares
, en la dépouillant de tout ce
qu'elle avoit de bas & de rude ,
enluy donnant de l'harmonie ,
de la force , de l'élégance , & de
la Majesté. Il n'oublia pas
l'Eloge de Mile Chancelier ,
qui avoit eu l'avantage de
fucceder à ce premier Ange
tutelaire de l'Academie , &
ce qui eftoit infiniment plus
glorieux , de preparer les
voyes au grand Prince qui
aprés luy,avoit daigné l'honorer
de la Protection auguſte,&
GALANT. 209
la recevoir dans fon Palais . Il
parla de la perte qu'elle avoit
faite de Ml'Archevefque de
Paris , que fon merite & fes
travaux avoient placé fur le
Siege le plus important de ce
Royaume. Il dit que la politeffe
de ce Prelat n'eftoit pas
une fuperficie fans profondeur
, mais le dehors éclatant
de plufieurs qualitez intrieures
également folides , veritables
fources de la moderation
, de l'affabilité , de l'humanité
, des Graces , qui pour
le rapprocher de fes inferieurs
, cachoient ou temp-
Fanvier 1096 .
S
210 MERCURE
roient la Superiorité , & qui
faifoient que ceux qui l'approchoient
eftoient toûjours
contens de luy & d'eux - mefmes
, & que fa douceur eftoit
accompagnée de toute la fage
fermeté que donne une
dignité fi haute. Il ajouta
les differens talens de
que
la parole
n'avoient
jamais
paru avec plus d'éclat
que
dans fes Difcours
publics ,
& dans fes
Conferences
particulieres
; qu'il plaifoit
dans celles - cy par fa folidté
& par la noble fimplicité
avec laquelle
il expliquoit
les
GALANT 211
plas grandes difficultez de la
Theologie , & faifoit fervir
les lumieres des autres comme
les fiennes , à l'éclairciffement
de la verité , fans opiniaftreté,
fans enteftement, &
fans envie , que dans fes Difcours
publics il égaloit toujours
la grandeur de fon fujet
avec une facilité fimerveilleufe
, qu'on ne pouvoit diftin .
guer les actions fur le champ ,
d'avec celles que la reflexion
avoit travaillées , & qu'on
trouvoit dans les unes comme
dans les autres , la grace & la
force , l'abondance & l'arran-
Sij
212 MERCURE
gement. Il parla de la force
avec laquelle il avoit foutenu
les interefts
de l'Eglife
, ceux
du Roy & de l'Etat dans neuf
Affemblées
du Clergé aufquelles
il a eu l'avantage
de
prefider
du fervice qu'il
avoit rendu à l'Eglife en découvrant
les illufions & le
poifon funefte d'une doctrine
de tenebres , qui fappant les
fondemens
que la verité mê.
mea polez , jette les hommes
dans un criminel abandon
& dans une fecurité mortelle
; & enfin des fentimens de
reconnoiffance
éternelle
que
GALANT. 213
devoit avoir l'Academie pour
cet illuftre Prelat , qui avoit
obtenu pour elle la protection
dont elle joüit , & qui
a efté fuivie de la glorieufe
diftinction qui l'égale en
quelque maniere aux premicres
Compagnies de ce Royaume
. Il prit de là occafion de
louer le Roy , & dit que l'Eloquence
eftant fille de la verité
, c'eftoit la rendre digne
de fon origine , & la confacrer
àfon veritable uſage que
de l'employer à immortaliſer
la gloire de ce grand Prince.
Jamais , pourfuivit il , on ne luy
214 MERCURE
a donné d'objet plus digne d'elle
qu'un Roy , qui eft perfuadé que
les hommes ne font grands qu'à
mesure qu'ils font juftes , qui regarde
la foumiffion qu'il a pour
Dieu , comme lafource & laborne
de l'autorité qu'il a fur les
hommes,&qui dans une puiſſance
fuperieure est toujours lié par
les loix & par la fageffe , dont les
liens luy deviennent , comme parle
unfage , une protection deforce
une baze de vertu. Quel fpectacle
plus admirable , Meffieurs,
plus dignede vos Eloges, pu'un
homme dont Dieu a rempli l'ame
defplendeurs , pour me fervir de
GALANT 215
l'expieffion d'un grand Prophete ,
qui eftant le plus grand des
Rois par fa naiffance , par la di.
gnité de fa Couronne , par fes vi-
Etoires , par l'étenduedefes Eftars,
eft encoreplus grandpar les exem .
ples qu'ildonne. C'eft luy quirem
pliffant tout le devoir d'un veritable
Roy , qui est proprement le
Miniftre de Dieu , pour rendre
beureux les Peuples , a brifé les
chaines qu lioient une grande partie
de fes Sujets , & a fait tomber
une rosée de lumiere fur ceux
qui estoient couchez dans les tcnebres
. Cent Peuples irriteZ de
fes vertus fi éclatantes , &con.
216 MERCURE
jurez pour le plus horrible des at ·
tentats , fondent fur ce Royaume
avec un bruit effroyable , de tourbillon,
de rempefte, & de feu . Louis
le Grandfoutenu parle bras invifible
qui a toujours esté fon bouclier
& fon azyle , s'oppofe feul
à cette foule d'Ennemis. A me-
Jure que cette bydre croift , la
force & le courage de ce Prince
fe multiplient. C'auroit efté un
triomphe tres- glorieux de refifter
à tani de Puiances unies ; mais
fa pieté obtient du Dieu des Armées
des Victoires pleines de merveilles
, qu'il n'attendoit pas de
fon bras M' Dacier s'étendit
en
GALANT. 217
#
enfuite fur les efperances
que nous devons concevoir
ď une guerre, entrepriſe pour
diffiper une Ligue injufte ,
pour proteger un Roy précipité
du Trône , & pour affurer
le triomphe de la Religion
, & dit que plus cette
Ligue s'efforçoit de ranimer
fon courage , pour avoir repris
une feule de ſes places ,
aprés fept années de mauvais
fuccés , plus elle nous faifoit
voir la fierté & l'affurance
que nous devoient donner
tous nos avantages.
Aprés que M' Dacier eut
Fanvier 1696 .
T
218 MERCURE
achevé fon Difcours , M
l'Abbé de Clerambault , a
lors Chancelier de l'Academie
, luy répondit d'une ma
niere , qui fit connoître qu'il
eftoit tres digne de fe trouver
à la tefte de cette celebre
Compagnie. Après avoir
fait l'éloge de feu M' l'Archevefque
de Paris , dont la
perte eftoit également grande
pour l'Academic & pour
l'Eglife , il dit que fi là ſa .
geffe du Prince avoit reparé
pleinement celle de l'Eglife,
pas le choix d'un fujer , dont
le merite & la vertu ne
GALANT. 219
luy laiffoient rien mefme à
fouhaitter , on pouvoit dire
que la perte de l'Academie
n'eftoit pas moins heureuſement
reparée par un Confrere
auf fameux dans les
lettres que M' Dacier , qui
avoit efté formé au bon goût
par les plus grands Maiſtres .
Il parla de fes Traductions
élegantes , de fes fçavantes
Remarques , & de l'art merveilleux
qu'il avoit trouvé de
nous rendre faciles & aimables
, ces Connoiffances
ab.
ftraites recueillies des Monumens
de l'antiquité
, ou
Tij
220 MERCURE
.
renfermées jufqu'icy dans
les Ecrits de quelques Sçavans
obſcurs . Heureux , ditil
, dans des Recherches fi laborieuſes
d'avoir pour Compagne·
úne Perfonne qui fait tant d'honneur
à fonfexe & à noftre fiecle.
Cet éloge fit plaifir à tout le
monde. Et qui ne connoiſt
pas le merite de l'illuftre madame
Dacier. M' l'Abbé de
Clerambault ayant enfuite
felicité ce nouveau Confrere
de l'heureux engagement où
il fe trouvoit d'affeurer la
perpetuité de fon nom ,
en exerçant fon éloquen
GALANT. 221
w
>
ce fur un fujet veritable
ment digne d'elle , Ce ne
peut eftre , continua t - il , que
Louis le Grand noftre Augufte
Protecteur , fi élevé au deffus des
autres hommes , par le rare concours
de tant de perfections &
quoy que la grandeur , & s'il
faut ainfi dire l'immensité
de la matiere , foit redoutable
aux plus grands Maiftres , fou
tenue neanmoins de cette longue
babitude contractée par vos veilles
avec tant de Heros , vous
pourrez plus aifement inftruire
la pofterité des merveilles de fon
regne. La parfaite connoiſſan-
Tiij
222 MERCURE
ce de leurs differens caracteres ,
vous donnera lieu d'en tracer de
plus vives images en fa perfonne
& fi lafuperiorité avec laquelle
ce Prince poffede toutes
les vertus de ces grands Perfonnages
, vous empeſche de le faire
connoistre avec affez d'exa .
Etitude ; ce fera du moins de la
Imaniere la plus approchante de
la verité. Ces deux Difcours
s'attirerent de grands applau .
diffemens d'une Affemblée
fort nombreuſe ; & je ne
doute point que
le peu que
vous en envoye un extrait
, ne vous donne beauGALANT
223
coup d'envie de les voir
dans toute leur eftenduë .
Ils fe debitent chez le Sieur
Coignard , Libraire de l'Academie
, à la rue Saint Jacques
.
Je vous envoye une Fable
de M Diereville. Vous
n'avez rien veu de fa façon
qui ne vous ait pleu . Ainfi
je ne puis douter que vous
ne la liſiez avec plaiſir.
Tiiij
224 MERCURE
LE HIBOU ;
ET LES VAUTOURS.
Ꭰ
FABLE.
Dan
Hibou ,
Ans un Hameau certain
Né fous le Signe de Saturne,
Et qui ne voit le jour que par un
treu ,
Fut rencontré dans fa courſe no-
Eturne
Pardeux Vautours d'un naturel
filou.
Cet Oifeau de mvuvais augure'
Venoit de faire fa capture
Dans les Villages d'alentours
Les deux Vautours cachez fous un
toit de maſure
GALANT. 225
L'attendoient à deffein de luy jouer
an tour.
La piece fut executée
Ainfi qu'elle eftoit concertée.
Ces Vautours font intelligens,
Ils avoient (ceu prendre le temps
Que la nuit n'eftoit pas trop
brune ,
Et qu'aidez du clair de la Lune,
Et de mille autres feux encor plus
éclatans ,
Le Hibou couvoit la fortune
De ne pas échaper à leurs foins vigilans.
Ils faifoient trop bien fentinelle,
Le Hibou vient ; à fon afpect
Les deux Vautours fur luy tombent
dun feul coup d'aile,
Et luy faifant fentir & la ferre &
le bec ,
Ils le firent trembler d'une frayeur
mortelle.
228 MERCURE
D'où viens-tu , dirent- ils , vilain
Oifeau de nuit ?
Ca , donne ta proye, & fans bruit,
Sinon, gare une fin tragique.
Le pauvre Hibou fans replique,
Faità l'infant ce qu'on luy dit.
Ce n'est pas cependant fans peine ,
Mais les deux Vautours en ha
leine ,
De ce butin peu fatisfaits ,
Recommençant fur nouveaux
frais,
Ne luy laiffent pas une plume.
Ab , quel excés de cruauté !
En hiver, c'eft affezpourgagner an
bon rame.
LeHibo u dans fa nudité
De colere & de rage écume
De fe voir ainfi maltraité.
Après un tel outrage ,
Il entend les Vautours
GALANT. 229
Luy faire en leur langage
A peu près ce difcours.
Depuis longtemps dans ces retraites
Te donnant des airs d'Epervier,
Tu pourfuis certaines Fauvettes
Qui ne font pas de ton gibier.
Toy qui n'es deftiné que pour faire
la challe
Aux rats , aux mulots , Anx
fouris ;
Vilain Hibou, de son andace
Tu viens de recevoir le prix.
Va dire à tes pareils sa funefte
avanture,
A ces mots , les Vautours s'elancent
dans les airs,
Et le Hibou confus d'un fi honteux
revers ,
Cherche pour fe cacher la premiere
mafure.
228 MERCURE
Il y trouve d'autres Oiseaux
Al'abry de l'apre froidure ,
Qui voyant fa fotte figure ,
L'agaffent par des cris nouveaux
.
Alors chacun d'eux l'environne,
Mais après l'avoir bequesè ,
Touchez de voir comme il frif
fonne ,
De fes plumes chacun luy donne
De quoy couvrir la nudité
De fa biboutique perfonne .
S
A voir les Vautours fans quar
tier
Plamer le Hibeu de ma Fable,
Pour éviter un fort femblable,
Chacun doit faire fon métier.
GALANT 229
à
Il n'y a rien de plus extraordinaire
que ce qui eft arrivé
depuis quelque temps
un Cavalier plein de merite,
dans une des principales Villes
du Royaume . Il fortoit
d'une famille auf noble
qu'ancienne
; & il eftoit né
avec des inclinations quirépondoient
à cet avantage.
Comme rien ne contribuë
tant à former l'efprit & les
moeurs que les voyages , &
que fon pere luy avoit laiffé
affez de bien pour pouvoir
fournir agreablement à cette
dépenfe , il employa qua232
MERCURE
tre ou cinq années à voir les
Cours étrangeres
; & il en
revint avec des manieres dégagées
entierement des airs
rudes & groffiers qu'on reproche
à ceux qui ne fortent
point de la Province. Tous
fes Amis luy marquerent
une grande joye de fon retour
& il crut ne devoir
fonger qu'à jouir à l'avenir
d'une vie tranquille
. Son
bon goût , la politeſſe & fa
complaifance pour les Dames
luy donnerent un accés
facile chez toutes celles
qui fe diftinguoient
par quelGALANT
233
que endroit . Quoy qu'il contaft
des douceurs à la pluf
part , & qu'il en fuft écouté
avec plaifir , il ne laiffa pas
de les voir toutes affez indif.
feremment pendant plufieurs
mois mais enfin il
eftoit de fa destinée de per
dre cette indifference. Son
étoile l'entraîna chez une
jeune perfonne d'une beauté
wive , qu'il eftoit fort difficile
de voir ,
fans prendre
pour elle les fentimens
qu'infpire l'amour. Elle joi
gnoit à une humeur des plus
enjoüées une adreffe mer232
MERCURE
>
veilleufe pour le rendre aimable
à ceux qu'elle vouloit
engager; & tout ce qu'elle
difoit , eftoit foûtenu d'un
feu d'efprit , qui donnoit
toûjours à la converſation un
agrément incroyable. Auffi
avoit-elle une groffe cour
qu'elle avoit grandfoin de s'a
tirer, failant confifterfa gloire
à fe voir des adorateurs en
grand nombre. Plus elle en
avoit , plus elle applaudiffoit
à fes charmes , & vous jugez
bien qu'étant de ce caractere,
& fçachant l'eftime où le Cavalier
eftoit , elle cut grande
GALANT. 233.
attention à n'oublier rien
pour s'affeurer fa conquefte.
Elle y réuffit admirablement ,
& le Cavalier charmé du progrés
qu'il s'appercevoit que
fes foins faifoient de jour en
jour dans fon coeur , devint
en fort peu de temps le plus
amoureux de tous les hommes.
La Belle ravie de ce
triomphe qui ne pouvoit que
luy eftre glorieux , tâcha de
fe mettre en eftat d'en profter
par toutes les complai
fances qui pouvoient flatter
le Cavalier. Elle ne luy cachoit
point qu'elle avoit
Fanvier 1696.
V
236 MERCURÉ
pour luy les fentimens qu'un
amour qui plaift doit faire
naiftre , & dés qu'il marquoit
de la jaloufic pour
quelque Rival , ce Rival étoit
auffi-toft facrifié . Il n'y
avoit rien de plus engageant
que cette conduite , auffi en
tira-t-elle un grand avantage
, en difant au Cavalier
que fon Pere demandoit qu'il
s'expliquât , pour faire ceffer
les bruits qui couroient qu'el .
le n'avoit des yeux que pour
luy , & que peut - eftre il ne
la voyoit que par en amufement
qui ne devoit rien
GALANT. 237
produire . Le Cavalier amoureux
au dernier point , luy
proteſta qu'il n'avoit cher
ché à toucher fon coeur que
dans des veuës legitimes
qu'il eftoit preft de luy en
donner des marques , & que
le plaifir de s'unir à elle par
des liens que l'on ne puft
rompre , feroit pour luy le
bonheur fuprême . La Belle
luy dit cent chofes flateufes,
& ménagea fi bien fon efprit
, que deux jours aprés
elle l'obligea de fe declarer a
vec fon Pere.C'eftoit un home
me qui entendoit admirable
V ij.
236 MERCURE
ment fes interefts , & qui
voyant le party avantageux
pour fa fille , chercha a con.
clure fans aucun retardement.
Le Cavalier en montra
beaucoup de joye ; mais
il fut contraint de demander
le délay d'un mois pour
faire venir le confentement
d'un Oncle dont il devoit heriter
, & qui demeuroit dans
une Province fort éloignée.
Il fe tenoit d'autant plus certain
de l'obtenir , qu'ayant
paffé chez luy quelque temps
au retour de fes voyages,
cet Oncle l'avoit prié de ne
GALANT. 237
point tarder à faire choix
d'une femme , avec qui il puſt
s'affurer . de vivre heureux .
Le terme d'un mois parut
long au Pere , & voulant avoir
des affeurances
préciſes,
il ne l'accorda
, qu'à condition
qu'on figneroit
toûjouts
des articles avec un dedit de
dix mille francs . Le Cavalier
confentit
à tout . Les articles
furent dreffez & fignez
, & l'on arrefta que l'on
tiendroit
la chofe cachée ,
iufqu'à ce qu'on euft rêponfe
de l'Oncle. Cependant
l'attachement
que le Cava238
MERCURE
lier avoir pour la Belle fai
fans bruit par tout , la pluf
part des Dames qu'il conti
nuoir de voir luy firent
une espece de raillerie fur les
pouvoir qu'il donnoit fur luy
à la beauté , puis qu'il rendoit
tant de foins à la plus
coquette de toutes les file
les Les Portraits defa -1
greablés que chacune luy en
fit felon fon genie , plus ou
moins porté à découvrir
ce qui eft blâmable , blefferent
fa délicate ffe , mais il eut
encore bien plus à fouffrir .
quand on ajoûta tout d'une
GALANT.
239
·
voix , qu'il ne falloit pas eftre
furpris qu'elle eût une groffe
Cour ; qu'elle écoutoit fans
aucune diftinction de merite
tous ceux qui luy en contoient
, que c'eftoit un feur
moyen pour avoir beaucoup
d'Amans , mais que rarement
on trouvoit par là un Epoufeur
, à moins que quelque
Etourdy nevinst donner dans
le piege. Le Cavalier touché
au vif du reproche , commença
d'apprehender d'eftre l'E .
tourdy qui s'eftoit impru
demment laiffé furprendre à
l'éclat de la beauté. Il ouvrit
440 MERCURE
le
les yeux fur la conduite , & fa
paffion s'afforbliſſant par
dépit de le voir la dupe d'un
amour trop prompt & trop
aveugle , il ne trouva plus la
mefme perlonne qui luy avoit
匪
jufques - la paru toute aimable .
La complaifance qu'elle avoit
de répondre avec enjouëment
à tout ce qu'on luy difoit
de flateur , luy fit une peine
qu'on ne fçauroit exprimer.
I la voulut obliger à
prendre un air ferieux fur ces
fortes de douceurs , qui ne .
devoient plus luy plaire , puis
qu'elle s'eftoit refoluë à ſe
donner
GALANT. 24 !
toute à luy , & comme elle
cherchoit à le mettre fur
le pied d'un Mary commode ,
elle répondit que les femmes
ne renonçoient jamais au plaifir
d'eftre louées , & que luymefme
il devoir s'en faire
beaucoup , de voir qu'on la
trouvaft belle & toute brillante
puifque les elo –
ges qu'elle recevoir , faifoient
connoiftre qu'il eftoit
d'un fort bon gouſt de l'avoir
choifie pour Femme.
D'ailleurs , elle pretendoit
que le mariage feroit bien
gefnant , fi en prenant un
Fanvier 1696.
X
242 MERCURE
Epoux , il falloit ceſſer de vivre
agreablemeut avec fes
amis . C'eftoit s'avouer coquette
elle-mefme , que de
laiffer échapper ces fentimens
, mais il y eut encore
plus. Le Cavalier qui voulut
approfondir la conduite,
apprit de divers endroits
qu'elle avoit eu des galanteries
fecrettes , qui en mettant
la vertu en doute , avoient
fait un tort irreparable
à fa reputation . Elle avoit
difparu tout d'un coup dans
ces temps là , & ſon abſence
GALANT. 243
quelque couleur que l'on eût
pu luy donner , effort tou
jours demeurée fufpecte Le
Cavalier aimoit trop la gloire,
pour vouloir encore écouter
aprés cela l'amour aveugle
qui l'avoit feduit . Il refolut
de ne plus jamais fonger
à la Belle ; & le premier
deffein qu'il forma , ce fut
de voyager de nouveau , &
de s'éloigner d'un lieu où il
avoit pris un engagement
qui luy faifoit honte ; mais
le dédit des dix mille francs
qu'il avoit figné , ne luy permit
pas de l'executer. Il fal-
X ij
244 MERCURE
2
I
loit fortir de cette affaire ; &
ce n'eftoit pas une chofe
aifée. L'embarras d'efprit
où il fe trouva , ayant don
né quelque atteinte à fa
fanté , il fur obligé de garder
la chambre pendant huit
jours , pour quelques remedes
. La Belle qui l'alla voir
quelquefois , s'ennuyoit prefque
auffi - toft avec luy , rien
n'eftant moins de fon gouft
que l'entretien d'un malade ,
& il fçavoit que loin que fon
mal la tint inquiete , elle
recevoit des vifites agreables
où elle exerçoit la belle
"
GALANT. 245
humeur. Cependant le tempss'avançoit
toûjours
Cavalier avoit receu le con-
& le
fentement qu'on attendoit
pour faire le mariage . Il s'épuifoit
tous les jours à imaginer
quelque moyen de le
rompre, & enfin rien ne luy
parut plus feur pour cela ,
que de le faire croire accablé
de dettes. Le remede
eſtoir un peu violent , puifqu'il
ne s'en pouvoit fervir
fans éclat ; mais enfin rien
ne luy fembloit facheux pour
festirer du mauvais pas où
il s'eftoit mis llalla trouver
X iij
246 MERCURE
le principal Juge de la Ville
, qui eftoit de fes amis , &
de concert avec luy , il fe
rendit priſonnier. Le bruit
courut par tout dés le lendemain
qu'un creancier l'avoit
fait arrefter pour mille
>
écus ; &&
que s'il ne donnoit
ordre à le fatisfaire promptement
il eftoit à craindre
qu'on ne le retinft pour des
fommes plus confiderables .
La plufpart de fes amis qu'il
avoit en fort grand nombre,
s'emprefferent à luy aller of.
frir le fecours qui luy pouvoit
eftre neceffaire. Vous
GALANT 247
jugeż bien qu'il refufa tout,
n'ayant en effet befoin de
rien . La nouvelle de fon
emprisonnement fut un fort
grand fujet de furpriſe pour
Le Pere de la Belle , qui s'alarma
de ce qu'on diſoit , &
qui commença à fe repen .
tir de s'eftre engagé avec un
homme , dont les affaires
pouvoient n'eftre pas dans
Fordre. Il ne put fe difpenfer
d'aller apprendre de luy
ce qu'il falloit faire pour le
mettre en liberté . Le Geolier
qu'on avoit inſtruit , demanda
en le voyant , s'il ve
X iiij
248 MERCURE
noit empefcher comme les
autres , qu'on ne fift fortir le
Cavalier , & dit que depuis
le peu de temps qu'on l'avoit
mis en fa garde , il avoit
efté déja recommandé pour
plus de dix mille écus . Quel
coup affommant pour un
homme qui croyoit avoir
trouvé un Gendre qui le de
faifoit heureuſement d'une
Fille , dont la garde commençoit
à le laffer ! Le Cavalier
ne s'expliqua point
préciſement avec luy fur ce
qu'il pouvoit devoir à fes
Creanciers ; il pretendie feu-
"r
GALANT 249
lement qu'il y avoit beaucoup
de difficultez à éclair .
cir fur toutes les fommes
qu'ils luy demandoient , & ;
témoigna eftre refolu de demeuter
plutoft prifonnier
toute la vie , que de les payer,
s'ils ne confentoient à luy en
remettre une partie . Ce n'étoit
pas là le compte du Peore.
Il attendit encore quelques
jours , & jugeant par
les dettes que l'on décou
vroit du Cavalier qu'il en
avoit encore d'autres qui abforberoient
la plus grande
partie de fon bien , il luy fit
30 MERCURE
dire qu'il n'eftoit pas raifonnable
que les articles qu'ils
avoient fignez enfemble fubfiftaffent
au defavantage de
fa fille , pour qui il s'offroit
divers partis ; que la connoiffance
qu'on avoit du mauvais
eftat de fes affaires devoit
fuffire pour les rendre nuls ,
& qu'il feroit bien injufte ,
s'il pretendoit tirer avantage
d'un dédit qui devoit eftre
fans force , quand le mariage
dont il faifoit l'affurance,
n'eftoit plus faiſable entr'eux.
Le Cavalier qui ne fouhaittoit
rien tant que cette ruGALANT
251
pture , pour laquelle il auroit
fait encore pis que de
fe mettre en prifon , ne fit
pas le difficile pour confen .
tir à ce qu'on vouloit de luy.
On obferva les ceremonies
accoûtumées , le Cavalier fut
conduit entre deux Guichets ,
& un Notaire appellé , dreſſa
un acte , par lequel tout ce
que le Pere de la Belle avoit
figné avec luy , fûr declaré
nul . On n'avoit point fçû
juſques là qu'il y euſt un engagement
de mariage ; & on
ne put s'empefcher de dire
en l'apprenant , que la dif
212 MERCURE
1
grace du Cavalier ne luy étoit
pas entierement defavantageufe
, puis qu'elle le dégageoit
du plus grand malheur
que puft craindre un honnette
-homme. La Belle qui
n'avoit jamais aimé qu'elle
mefme , fe confola ailément
de l'avanture avec les autres
Amans . Elle demandoit en
plaifantant , fi elle n'eftoit
point obligée d'aller quelquefois
tenir compagnie
au
Ĉavalier
, qui ſelon les appas'ennuyeroit
long.
rences
temps dans le lieu où il étoits
& ce ne fut pas un petit fajet
1
GALANT
253
d'étonnement pour elle &
fon Pere , d'apprendre deux
jours aprés qu'il eftoit en li
berté. Ses amis ravis de le
voir tiré d'affaires , lui demanderent
comment il avoit
pû en fortir fitoft.. Il répon
dit en riant , fans vouloir rien
dire davantage , qu'il n'avoit
que d'honneftes Creanciers,
qui l'avoient laiffé aller fur
fa parole , & que fi jamais
il s'avifoit de fe vouloir marier
, il conſeilloit à ceux qui
y prendroient intereft , de
s'informer plus à fond de
l'état de les affaires. Cepen254
MERCURE
dant il eut beau cacher la
verité de l'hiſtoire , an la devina
, fur ce que les preten
dus Creanciers ne fe nommoient
point , & qu'il s'eftoit
trouvé libre , fi toft que le
dédit des dix mille francs n'avoit
plus efté à craindre pour
luy. On fit plufieurs contes
qui ne furent pas agreables
pour la Belle ; & l'on dit tout
haut , qu'il n'y auroit point à
balancer , s'il falloit choifir
entre une prifon perpetuelle,
& le malheur d'avoir à paffer
fa vie avec la plus grande des
Coquettes.
GALANT. 255
Je vous ay déja parlé de
quelques réjoüiflances faites
pour la naiffance de M' le
Prince de Dombes. La Ville
de Thoiffis n'a pas oublié de ,
marquer fon zele fur cette
naiffance. Mrs de Ville firent
élever un Feu de joye, qui attiraunnombreinfiny
de peuple
des environs le 21. du mois paffé.
L'édifice de ce feu reprefentoit
leTemple de la Gloire,
dont la Statue étoit à l'entrée.
Elle tenoit par la main un
petit Enfant reveſtu d'une
robe royale , & luy montroit
dans ce Temple la place qu'il
256 MERCURE
y devoit occuper un jour.
L'Architrave eftoit d'un Ordre
Compofite, & fur le fronton
on lifoit ces Vers .
Sans eſtre prévenu pour ce jeune
Heros ,
Qui promet à la Dombe un
éternel
repos
Ilfera fans égal dans la paix ,
dans la guerre
.
Ilfervira d'exemple aux Princes
de la terre.
On le verra paréde ces traits
glorieux ,
Qui tracent en luy feul fon
Pere fes Ayeux y
Les foudres à la main , fuivi
de la Victoire ,
GALANT. 257
3
S'en aller à grands pas au
Temple de la Gloire .
Le même jour , le Principal
& les Aggregez du College
de la même Ville , firent
jouer un feu d'artifice,qui eut
un fort grand fuccés . Au milieu
de la façade de ce College
, eftoit un globe de feu ,
de deux pieds de diamettre ,
reprefentant le Soleil dans un
mouvement continuel , avec
un tres - grand nombre de
rayons , tous fort btillans ,
chacun de plus de trois pieds
d'étendue. Au deffous étoient
trois Vers latins , écrits en ca
•Janvier 1695.
Y
258 MERCURE
ractere de demi pied dans un
cartouche , dont les lettres
paroiffoient d'or , à la faveur
de quantité de lumiere qui
eftoient derriere le cartouche
, avec ces quatre lettres
au deffus des Vers , D. C. V.S.
Dombafum Collegii votum fo→
lemne,
D. C. V. S.
Vive Pater , puerumque tuum
virtutibus imple.
Crefce Puer , patremque tuum
virtutibus aqua.
Vivite , è noftris veftros Deus
augeat annos.
GALANT: 259
Les corniches , tablettes
des feneftres , & les cordons
de chaque étage , & de la
Tour de l'Horloge , qui eft
en face du College , eftoient
ornées de lampes ardentes ,
entre-laffées de fleurs de lis
d'or , & des Armes du Prince.
A l'entrée du College eftoit
une grotte ornée de rocaille ,
de mouffe & de buis , d'où
fortoit une fontaine de vin ,
qui jettoit de la hauteur de
huir pieds , & retomboit dans
un baffin , où le Peuple venoit
boire , avec ces deux Vers
latins .
Y i
260 MERCURE
Plaudite nafcenti , juvenes , &
quotquot adeftistte
2
Haurite , & madeant pectora
veftra mero.
Au milieu de la Place qui
eſt devant le College , eftoit
un corps d'Architecture de
marbre feint , à trois faces de
trente pieds de large , d'Ordre
Dorique , qui foûtenoit une
Piramide triangulaire de la
hauteur de vingt pieds , qui
faifoit avec le corps d'Architecture
de dix-huit pieds de
hauteur , pofé fur un Socle
d'un pied & demy , trenteneuf
pieds & demy de haut.
GALANT. 261
Chaque face reprefentoit un
Portique avec un attique au
deffus. Les piedeftaux , les frifes
, & les pilaftres de l'attique
paroiffoient d'un marbre de
couleur d'agathe , & les colomnes
d'un marbre couleur
de feu. Les bales , & chapiteaux
, impoftes , & archivolres
eftoient de marbre blanc .
La frile eftoit ornée de fes
triglyphes , & les metopes
contenoient en bas relief des
lampes ardentes , caffolettes ,
bailes à feu , & autres ornemens
femblables . L'attique
renfermoit une table de mar.
262 MERCURE
bre blanc\couchée en pane
neaux , & au deffus de l'attie
que s'élevoit la Piramide
triangulaire
, en forme d'obelifque
, terminée par le globe
du monde . Au devant des
faces de l'obelifque , eftoient '
trois Statues ifolees de grandeur
coloffale. Au deffous
du globe qui terminoit l'o
belifque , eftoient plufieurs
lances à feu qui éclairoient ce
globe , avec ces mots , qui
marquoient
que le jeune Prin
celera un jour par les actions
heroïques , l'ornement
& la
gloire du monde. Splendor
.
GALANT 263
novus additus orbi . L'obelif
que eftoit garni de lances à
feu , de fauciffons , & de fufées
de toutes fortes , qui en
faifant leur effet reprefentoient
une piramide toute en
feu. La premiere faiſant face
au College , reprefentoit Minerve
avec une lance & un
bouclier , & ces Vers en faveur
du jeune Prince , ·
Dombe, réjouis toy , dansl'agreable
attente
De voir ton jeune Prince inftruit
dans les beaux Arts
En fageffe , en prudence , éga
Ler les Cefars ,
264 MERCURE
Et furpaffer tous ceux que
l'Antiquité vante.
La feconde repreſentoit
Hercule combattant une hydre
, & à ſon cofté paroiffoit
un jeune Enfant , reveſtu
d'une robe royale , tirant la
peau d'un Lion dont Hercule
eftoit couvert , pour s'en
couvrir luy- même , avec ces
Vers.
Cet Enfant du berceau veut
aller à la gloire.
Bien rost on le verra parmy
les grands Guerriers,
Au milieu des hazards cueillir
tant de lauriers ,
Qu'en
GALANT. 265
Qu'en fon fiecle, ilferal Her
cule de l'Hiftoire:
La troifiéme repreſentcit
Vulcain dans fa caverne
forgeant des armes >
tenant
d'une main fon marteau , &
de l'autre une foudre fur
l'enclume, avec ces Vers.
La foudre que je forge à ce
Prince doit plaire ,
Rien ne pourra bornerfa guer.
riere chaleur,
Et fi defes Ayeux il y joint
la valeur ,
Il en uſera plus , que l'on n'en
pourrafaire.
Sur la corniche de chaque
* Janvier 1696 .
Z
266 MERCURE
portique
eftoit une devife.
La premiere reprefentoit
l'Etoile
du matin , avec ces
mots , Splender ab ortu , pour
marquer
que M ' le Prince
de
Dombes
brille
dés fa naiffance.
La feconde
reprefentoit
le Sagittaire
, avec ees
mots , Ad pralia
natus , pour
faire connoiftre
que ce jeune
Prince
eftant né fous ce
figne , il fera grand
guerrier
.
La troifiéme
reprefentoit
une
main avec une épée , & ces
mots , Ipfum verebitur
hoftis.
ChaqueStatue
étoit garnic de
lances
à feu dans les endroits
GALANT. 267
•
propres ; & avoit derriere foy
une quaiffe de vingt fufées ,
avec quantité de fauciffons
au bas . Dans le Globe du
monde terminant
la pirami.
de , eftoit un pot à feu , &
fur les trois angles des attiques
, eftoient d'autres pors
à feu qui formoient une efpece
d'acrotere , avec un
vale à lampe ardente . Tout
le refte de l'entablement
eftoit garny de demy pied
en demy pied , tant fur la
corniche , que fur l'architrave,
de lances à feu , chacune
accompagnée
de deux
Z ij
268 MERCURE
fauciffons , & au milieu de
chaque frife une girandole
à neuf fufées ; les dedans
des portiques eftoient rem .
plis de petards , de fauciffons
& autres feux artificiels qui
terminerent le feu d'artifice .
Cent cinquante fufées , fu +
rent jettées à la main , les
unes à pluye d'or , les autres
à étoiles , & les autres en fer.
penteaux , & un dragon aux
armes du Prince , partit du
College pour mettre le feu à
la machine.
Le Samedy 7. de ce mois,
M' de Montezan , Prefident
GALANT 269
1
à Mortier au Parlement de
Dombes , accompagné de
Mrs Maugas , Penet , Janin ,
Confeillers , & de M. Perchon
Procureur General , Deputez
de cette Compagnie ,
alla complimenter Monfieur
le Duc du Maine , fur l'heureufe
naiffance de M' le Prince
de Dombes .
le Duc du Maine eftant couvert
& affis dans un fauteuil ,
& environné d'une foule de
Seigneurs & d'Officiers , ayant
fait admettre les Deputez à
fon Audience , les falija
quand ils s'approcherent de
Monfieur
Z iij
270 MERCURE
luy , & fe recouvrit auffi toft.
Alors M' de. Montezan prononça
le diſcours qui fuit.
MONSEIGNE ONSEIGNEUR,
L'heureuse naiffance du
Prince qui doit le jour à Var
tre Alteffe Sereniffime , a com.
blé de joye , les Peuples de vostre
Souveraineté. Animez par leur
propre zele , & invitez par
xemple de vostre Parlement ,
l'on a veu éclater dans la Dom .
l'ebe
des marques fenfibles de la
plus vive allegreſſe , & qui juſ
qu'icy y avoient efté inconnues :
GALANT. 27
Mais quelques grands quayent
paru nos empressemens , ils n'ont
cependant efté que de foibles expreffions
des fentimens de nos
eoeurs. Nous avons tous regardé
, Monfeigneur , le nouveau
Prince que le Ciel vient de
nous donner comme un gage
•
certain qui nous affure pour de
longues années les mefmes douceurs
dont nous joüiffons fous le
regne de Vostre Alteffe Sereniffi
Dés vostre avenement à
me .
la Souveraineté, vous avez marqué
à vos Sujets in genereux
defintereffement. Vous estes en
tré dans le détail des befoins de
Z iiij
272 MERCURE
vos Peuples , afin d'y pourvoir
dans les occafions. Non content,
Monfeigneur , de confirmer les
Privileges de votre Parlement,
V. A. S.luy en a accordé de nou.
Nousfommes perfuaveaux
.
dez , Monfeigneur , que le jeune
Prince fera quelque jour le digne
Succeffeur de vos vertus heroïques
, ainsi que de vostre autorité
fuprême. Ce changement
n'arrivera pas de nos jours , finos
vaux font exauccz. Nous en
avons fait de tres ardens pour
la confervation de V.A. S. pen.
dant les dernieres Campagnes ,
oùfon intrepiditéluy a fifouvent
GALANT . 273
fait affronter les hazards , &
expofer une vie qui nous eft fi
precieuſe. Voftre Parlement ,
Monfeigneur , ne ceffera jamais
de renouveller ces voeux , & de
marquer dans toutes les occafions
à V. A. S.fa reconnoiffance pour
ves bienfaits , fon profond ref
pect pour vos ordres , &fa fidelité
inviolable.
Monfieur le Duc du Maine
répondit ,
Je reçois , Meffieurs avec
plaifir les témoignages d'affection
que me donne mon Parlement ,
l'occafion de la naiſſance de mon
fils. J'auray foin que ce Prince
274 MERCURE
foit élevé dans les fentimens que¸
jay pour votre Compagnie , &
j'espere que vous vous en appercevrez
unjour avec fatisfaction.
Les Deputez furent enluite
conduits à l'Audience de
Madame la Ducheffe du Maine
, qui les receut affile dans
fon fauteuil. Voicy le difcours
que hay fit м ' de Montezan.
MADAME,
Nous venons le coeur temply
de joye marquer à V. A. S. de la
part du Parlement , combien il est
fenfible à la naiffance du Prince
que vous venez de nous donner.
GALANT. 275
Que nous sommes heureux , Ma
dame , d'avoir veu fucceder les
plus vifs tranfports de joye , aux
continuelles allarmes que nous cau ·
foient les dangereux accidens de
voftre groffeffe ! Il ne manquoit
plus pour rendre noftre felicité
parfaite, que de nous voir naftre
un Prince qui puft un jour imiter
les vertus & la valeur de Mon-
Seigneur, & marcher dignement
fur les traces glorieufes des Heros
dont vous defcendez , Le nom des
Condez , vos fameux Ancestres ,
eftfi connu & fi reveré dans le
monde , que d'en entreprendre l'é-
·loge , ce feroit affoiblir celuy que
276 MERCURE
renferme cet augufte nom . Nous
n'oferion's nonplus , Madame , entreprendre
celuy de V. A. S. ny
parler de ce rare affemblage de
charmes & de vertus , qui vous
attirent l'admiration univerfelle.
Comme vous eftes , Madame, au
deffus des loüanges , nous nous ren .
fermerons à vous témoigner de la
part denoftre Compagnie fesfentimens
refpectueux , & noftre
parfaite foumiffion.
Madame la Ducheffe du
Maine répondit ,
Je fuis fort fenfible , Meffieurs
à tout ce que vous me dites
de la part du Parlement. Je
GALANT 277
luy fçay tres - bon gré de l'interest
qu'il prend au bonheur de mes
couches , & d'avoir choisi pour
m'expliquer fes fentimens , une
perfonne qui s'en acquitte fi bien.
Mellieurs les Deputez furent
enfuite conduits à l'Audience
de m' le Prince de
Dombes . Madame de Malzieu
, ſa Gouvernante , aſfile
dans un fauteuil , tenoit
ce Prince entre les bras. Elle
fe leva pour les recevoir,
& s'affit aufli - toft que m'de
Montezan commença à parler
, Voicy les termes dont
il fe fervit.
278 MERCURE
qui
MONSEIGNEUR.
Le Parlement vient rendrefes
profonds refpects à V. A. S.&
Iny témoigner la joye qu'il a de
voftre naissance. Il vousfouhaite,
Monfeigneur , de longs jours ; &
auſſi glorieux que ceux du Heros
doit eftre voftre modelle . Vo
ftre éducation eftant confiée en de
fi bonnes mains , nous ne doutons
*point que Madame voftre Gon.
vernante , diftinguée parfon merite
fa vertu , ne vous mette
fouvent devant les yeux tant de
grands exemples domeftiques . Ses
Joins remplis de zele , &ſa vigilance
continuelle , nous font efpe.
GALANT. 279
rer que nos Neveux obeiront
vos loix. Pour nous , Monſeigneur
, nous aurons toujours pour
V. A. S une foumiſſion parfaite,
un tres profond respect.
Madame de Malzieu fe
leva pour lors , & le tint toûjours
debour en parlant . Voicy
la réponse.
il
ne
Quand M le Prince de Dombes
, fera en estat de répondre
aux fentimens que le Parlement
vient de luy temoigner
,
faut pas douter , Meffieurs , qu'il
n'en ait en effet beaucoup de reconnoiffance.
En mon particu.
lier , dans l'honneur qu'on m'è
280 MERCURE
fait de me confier fon éducation,
je me feray une obligation particuliere
de l'elever dans l'eftime &
la confideration que merite une fi
celebre Compagnie
.
;
I
Madame de Malzieu ayant
ceffé de parler , remit м¹ le
Prince de Dombes entre les
mains d'une femme de Chambre
& conduifit Mrs les
Deputez jufqu'à la derniere
porte de l'appartement du
Prince. Ils pafferent delà à
l'Hostel du Maine , où м ' de
Malzieu Secrétaire des
Commandemens de Monficur
le Duc du мaine , &
GALANT. 281
Garde des Seaux de la Souveraineté,
les regala ſomptueufement
par l'ordre de leur
Souverain .
Voicy les noms de quelques
perfonnes confiderables
mortes à la fin de l'année
derniere , & au commencement
de celle cy.
Mademoilelle Conftance
de Bretagne de Cliffon . Elle
eftoit Fille de Claude de Bretagne
, Comte de Vertus , Baron
d'Avaugour , Gouver
neur de Rennes , mort en 1637.
& Soeur de M' le Marquis
d'Avaugour , & de la teue
Fanvier 1696.
A a
(
282 MERCURE
Ducheffe de Montbafon, мe
re de M¹ le Prince de Soubife.
Dame Claude Neftz . Elle
eftoit Veuve de Meffire Gilles
de Ruellan Seigneur de
Tiercent , Maistre des Requestes.
Meffire Armand - Nicolas
Bruflart, Marquis de la Borde ,
Sombernon, Malain , & c. Fils
de Meffiré Nicolas Bruflart,
premier Prefident au Parlement
de Dijon , & de Dame
N. Bouthillier de Chavigny ,
Fille de Meflire Leon Bouthillier,
Comte de Chavigny,
Secretaire d'Etat , & d'Anne
GALANT. 283
Phelyppeaux Villefavin.
Meffire Gafpard de Gillier,
Confeiller honoraire en la
Grand' Chambre du Parlement.
· Meffire Julien
Coignet ,
Seigneur
des Clayes , Confeiller
honoraire au Parlement.
Il eftoit Frere de M
Coignet , Curé de Saint
Roch.
Meffire Nicolas Daniau ,
Seigneur de faint Gilles , Confeiller
honoraire en la Grande
Chambre. Sa Fille avoit
époufé M' de Vertillac , Gou
verneur de Mons.
P
A a ij
284 MERCURE
Dame Marie Vidaur , Mar.
quiſe de Pufignan , morte en
fa maifon à Lyon. Elle eſtoir
veuve de M' le Marquis de
Pufignan , & Soeur de M de
la Tour- Vidaut , qui eft depuis
plufieurs années Procureur
General au Parlement
de Grenoble , de Madame de
Couleur , & de feue Madame
de Pourroy , femme d'un Prefident
à Mortier du mefme
Parlement de Grenoble. Madame
de Pufignan eſtcit une
Dame d'une grande vertu &
d'une pieté exemplaire. Elle
avoit cu de feu M ' le Marquis
GALANT. 289
de Pufignan , un Fils & une
Fille , qui eftant morts jeunes
& fans alliance , les biens de
cette mailon échurent à M'le
Marquis d'Arginy , qui prie
le nom de Pufignan , & fut
tué en Irlande dans les premieres
années de cette guerru
, où il fervoit en qualité de
Meltre de Camp du Regi-.
ment de Languedoc , & de
Brigadier des Armées du
Roy. Celle dont je vous ap .
prens la mort , fortoit de la
mailon de Vidaut , quieft une
ancienne famille originaire
de la Ville de Limoges , où
286 MERCURE
fubfifte encore la branche ?
aifnée de ce nom . Elle eft alliée
aux maifons de Bezins
Garnier , de Couleur , Pouroy
, Charreton de la Terriere
, Molé , Brancas , de Salins ,
& plufieurs autres . Elle porte
d'azur au Lyon paſſant d'or ,
fommé d'une trangle de mesme ,
de trois fleurs de lis d'or , rangées
en chef.
Meffire Louis Rouillé , Ecclefiaftique
, Fils de Meffire
Jean Rouillé , premierement
Maistre des Requeſtes & depuis
Confeiller d'Etat , & de
Marie le Picard , Fille de
GALANT. 287
Jean le Picard , fieur de Perigny
, Avocat General au
Grand Confeil , eft mort le 9 .
de ce mois , âgé de quatrevingt
-quatre ans , après avoir
mené une vie exemplaire par
fon humilité , & par fa charité
envers les Hôpitaux & les
Pauvres , à qui il avoit diſtribué
tout fon bien de fon vivant.
I eftoit Coufin germain
de Meffire Jean Roüillé ,
à prefent Confeiller d'Etat ,
& de feu M'Roüillé du Coudray
, Maiſtre des Requeſts .
M' le Commandeur de 鸞
Goths. Il eftoit âgé de plus
288 MERCURE
de quatre - vingt ans , & le
plus ancien Chevalier de Malte
du Royaume ..
Le 3. de ce mois il y eut une
promotion d'Officiers Gene .
raux , & Sa Majesté nomma
feize Lieutenans Generaux ,
trente Marefchaux de Camp ,
& foixante - cinq Brigadiers ,
fçavoir , trente-trois de Cavalerie
, & trente - deux d'Infan
terie. Les Lieutenans Generaux
qu'on tire toujours du
nombre des Marefchaux de
Camp , comme on tire ces
derniers du nombre des Brigadiers
, font :
MTS
GALANT:
289
M's le Marquis de Puifieux ,
Fils de feu M le Marquis de
Sillery , Gouverneur de Huningue
, & Frere de M ' l'Evelque
de Soiffons.
D'Aubarede , ancien Officier
qui commande dans l'ifle
de Ré.
Le Marquis de Refuge ,
Le Comte de Longueval.
Il eft d'une ancienne Maifon
de Picardie & de Flandre.
Le Comte d'Uffon , Frere
de M' de Bonrepaus , Ambaffadeur
pour le Roy en Danemark.
Le Chevalier de Teffé. Il
Fanvier 1696 .
Bb
290 MERCURE
fert en Piémont , & cft Cadet
de Mr le Comte de Teffé ,
Gouverneur de Pignerol.
De Polaftron . Il eft Coufin
de M³ de Polaſtron , cy.
devant Capitaine des Gardes
du Marefchal de la Ferté ,
Gouverneur de Caſtilione , en
Guyenne , Frere de M' l'Evef
que de Leitoure.
Le Comte d'Artagnan , cydevant
Major du Regiment
des Gardes , & Gouverneur
d'Arras.
Le Duc de Roquelaure , Fils
de feu m ' le Duc de Roquelau .
re , Gouverneur de Guyenne.
GALANT. 291
Le Marquis de Crequi , Fils
du feu
Marefchal de Crequi.
Le Duc d'Elbeuf. Ileft Fils
de feu M' le Duc d'Elbeuf,
Gouverneur de Picardie .
Le Baron de Brefley. Il eft
Francomtois , & eftant devenu
Sujet du Roy , il a quitté
le fervice des Efpagnols , dont
il eftoit principal Ingenieur .
Le Chevalier de Gaffion ;
Lieutenant des Gardes du
Corps.
Le Marquis de Vaubecour,
Gouverneur de Chalons , &
Beaufrere de M' Amelot ,Ambaffadeur
en Suiffe.
Bb ij
292 MERCURE
De Bachevilliers. Il a com
mandé depuis plufieurs années
le Camp des Sablons .
LeMarquis de Barbefieres .
敷
Il eft d'une fort bonne mai
fon de Poitou , & comman
doit les Dragons dans Mayence
..
Les Marefchaux de Camp
nommez par Sa Majesté
font :
Mrs le Comte de Toulou
fe , Amiral de France.
M Girardin . Il eft Frère
du deffunt Lieutenant Civil
de ce mefme nom , mort Ambaffadeur
pour le Roy à ConfGALANT.
293
•
tantinople . M de Vauvray
eft auffi fon Frere.
M' de Famechon , Gentilhomme
d'Artois , Colonel
d'un Regiment Etranger qui
porte fon nom.
De Poinſegur. Ileft Fils de
M' de Poinfegur , qui a´eſté
long-temps Mestre de Camp
du Regiment de Piémonr ,
& Favory du feu Roy.
Le Marquis de Cayeux . Il
eft premier Gentilhomme de
la Chambre de Monfieur le
Duc de Chartres , & Fils de
feu M' le Marquis de Gamaches
.
Bb iij
294
MERCURE
Le Comte de Montgommery
, Gentilhomme de Tou
raine.
De Harlus , Colonel d'un
Regiment de Cavalerie.
De Magnac , Frere de M
Arnolfini .
Du Rofel .
De Romainville , Colonel
d'un Regiment de ce nom .
De Renneville.
De Villepion . Il eft Fils de
Madame Cornuel , & avoit un
Regim. qui portoit fon nom .
De la Lande , Brigadier de
Dragons .
Le Comte de Gramont. Il
eft Francomtois , & trois FreGALANT.
295
res de ce nom font Officiers
de
Dragons.
Le Marquis de Thouy ,
Gouverneur de Chamberry.
De Renold , Suiffe .
De la Vaiffe:
De Nanclas
De Zurlauben , Colonel
d'un Regiment Etranger.
De Boiffelor , Gouverneur
de Charleroy. Il a efté Capitaine
aux Gardes , & a deffendu
avec beaucoup d'éclat &
de gloire la Ville de Limerik ,
en Irlande .
De Saint - Maurice . Il eft
Piémontois .
Bb iiij
296 MERCURE
Le Duc de la Rocheguyon .
Il eft Fils aifné de M' le Duc
de la Rochefoucaud , & Gendre
de feu M' de Louvois .
Le Marquis de Hautefort ,
Fils aifné de feu M'le Comte
de Montignac , Premier Ecuyer
de la Reine .
Asfeld l'aîné , Baron de
Bidal. M Asfeld , fon Frere ,
commandoit dans Bonn , &
il y eft mort en ſe diſtinguant.
Le Comte de Roucy . Il eft
Lieutenant des Capitaine
Gendarmes Ecoffois , & Fils
aîné de feu M' le Comte de
Roye.
GALANT. 97
DELA
VALLE
Le Marquis de Blanche
fort , fecond Fils de feu м' le
Marquis de Crequi .
Le Duc de Villeroy . Il eft
Fils de м' le мMarefchal Duc
de Villeroy , & a épouſé une
Fille de feu M' de Louvois .
Le Duc de Charoft . Il eft
Fils de m' le Duc de Charoft ,
dont la pieté eft fi exemplaire.
N
Le Marquis d'Antin . Il a
épousé une Fille de feu m ' le
Duc.d.Uzez .
Le Marquis de Surville. Il
eft Gendre de feu м' le мarefchal
de Humieres , & Frere
298 MERCURE
de. M le Marquis de Hautefort.
Les Brigadiers de Cavalerie ,
font :
Mrs le Marquis de molac .
Ileft Gouverneur de Nantes ,
& мeftre de Camp de Cava .
lerie.
Manderfcheid , Allemand .
Le Comte de Vaillac . Il
eft Fils de Male Comte de
Vaillac , cy - devant premier
Capitaine des Gardes , &
premier Efcuyer de monfieur.
De Ligondez, Colonel d'un
Regiment de ce nom.
GALANT. 299
Le Marquis de Valſemé, Capitaine
de Chevaux-legers.
Le Duc de Duras , Fils de
M' le Maréchal Duc de Duras ,
Capitaine des Gardes du
Corps de Sa Majesté.
De Clermont , Colonel
d'un Regiment
.
De Vivans. Il eft Fils de
M' de Vivans , qui eftant ma
réchal de Camp , fut bleſſé à
la Bataille de Fleurus, & mourut
quelques mois aprés.
Le Marquis du Chaftelet.
Il eft d'une des meilleures
maiſons de Lorraine , & Gendre
de feu M. le Maréchal de
Bellefond .
300 MERCURE
Le Prince Camille . C'eft le
fecond Fils de м le Comte
d'Armagnac .
De Jeoffreville .
Le Marquis de Villequier,
Fils de M. le Duc d'Aumont ,
premier Gentilhomme de la
Chambre.
Le Marquis de Trenel , Fils
de m'le Marquis de Palefeau,
du fecond lit.
b
Le Marquis de Coëtenfau .
II eft de Bretagne, & Cornerte
des Chevaux - legers de
Monfieur.
De Beaujeu , Colonel .
Le Prince de Rohan , Fils
GALANT. 201
ailné de m'le Prince de Sou.
bife.
De Chazeron , Lieutenant
des Gardes du Corps , & Gouverneur
de Brest , Fils de M
de Chazeron , Lieutenant
General.
-De Villaine , Enfeigne des
Gardes du Corps.
-i Le Chevalier du Rozeh 1
commande une des Brigades
des Carabiniers.
D'Auriac , Gentilhomme
d'Auvergne . Colonel d'un
Regiment qui porte fon nom .
De Puyguion.
De mezieres , Officier dans
la Gendarmerie.
302 MERCURE
D'Achy . Il commande une
Brigade de Carabiniers .
De Vertilly.
De Refigny , Comman
dant d'une des cinq Compagnies
de Carabiniers.
Barfun .
Le Chevalier de Courcelles.
Il commmande la qua
triéme Brigade des Carabiniers.
D'Efclainvilliers.
Le Duc de Montfort , Fils
ainé de M. le Duc de Chevreufe
, & Gendre de M. le Marquis
de Dangeau
.
Le Comte d'Aubeterre. Il
GALANT. 303
commande la cinquiéme Brigade
des Carabiniers.
Le Marquis de Ganges , Colonel
de
Dragons.
De Breteuil , Frere de м.
de Breteuil , Intendant des Finances
, & de M. de Breteuil ,
Chef d'Elcadre de Galeres,
Du Breuil.
Ily a eu trente-deux Brigadiers
d'Infanterie nommeZ,ſçavoir
:
Mrs le Marquis de Liancourt
, fecond Fils de M. le
Duc de la Rochefoucault .
Le Camus de Blegny , Fls
de m'le Camus , premier Pre3°
4 MERCURE
mier Prefident le la Cour
des Aides .
Pelor, Fils de feu м' Pelot ,
premier Prefident au Parlement
de Rouen.
Le Marquis de Chemeraut .
Il eft de la melme maifon
que m' de Barbefieres.
Le Marquis de Kerkado .
Il eft Breton , & Fils de M
de Kerkado , qui a commandé
les Genfdarmes ou
Chevaux Legers de la Reine.
De Biron , defcendu d'un
Frere du Marefchal de Biron .
Il eft Colonel d'Infanterie,
neyeu du feu Marefchal de la
GALANT. 305
Meilleraye , & a fervy en Irlande.
Le Chevalier de Kerkado .
De Saint Pater.
Le Marquis de Rochefort ,
Fils du feu Marefchal de cc
nom.
Le Marquis de Mornay ,
Fils de m ' le Marquis de Montchevreuil.
Le Duc de Humieres , fecond
Fils de м le Duc d'Au ·
mont , & Gendre du feu мarefchal
de Humieres.
Youl , Dañois , Comman.
dant le Regiment de Guldenleu
.
Fanvier 1695 .
Cc
306 MERCURE
De Montroux
, Colonel
d'Infanterie
Italienne .
Le Chevalier Baüin , Capitaine
aux Gardes .
De Traverfonne , Capitaine
aux Gardes.
Le Prince d'Efpinoy,Gendre
de feu м le Prince de
Liflebonne , & chef de la
Maiſon de melun , dont il por
te le nom & les armes .
D'Orgemont , Neveu de
M' le Maréchal de Carinat .
De Poudens.
Du Gas.
་ Greder , Frere de м ' Greder
, qui a cfté fait depuis
2
GALANT: 307
Maréchal de Camp. On dit
Greder Suiffe & Greder Allemand
, parce que l'un commande
un Regiment Allemand,
& l'autre un Regiment
Suiffe.
De Lutrel , Lieutenant Colonel
Irlandois.
De Gafques , Lieutenant
Colonel de Champagne
.
De Puifegur , Lieutenant
Colonel du Regiment du
Roy.
De Blecourt Lieutenant
Colonel de la Couronne .
Du Tot , Lieutenant Co
lonel de la Reine.
Cc ij
308 MERCURE
Paratte , Lieutenant Colonel
de Thiange
.
De mailoncelle , Capitaine
d'Infanterie à Pignerol , &
Capitaine d'Ouvriers .
De Villaincourt , Lieutenant
Colonel du Perche.
De Vraigne , Lieutenant
Colonel de Feuquieres.
De Marlé , Lieutenant Co.
lonel de Navarre.
Verpel.
Richerand.
Le 6. de ce mois , le Roy
fit une feconde promotion
d'Officiers Generaux , & nomma
un Lieutenant General ,
GALANT. 309
qui fut M ' le Duc de la Ferté,
Fils de feu Mile Meréchal dc
la Ferté , treize Maréchaux
de Camp , & trois Brigadiers
.
Les
Maréchaux de Camp ,
furent
Mrs de Sailly , Gentilhom .
me de Picardie , & cy devant
Brigadier de Dragons .
Le Marquis de Courtebon-
Gouverneur de Hedin .
ne ,
De Rottembourg , Allemand
, Gendre de M' Rozen
Mestre de Camp de la Cavalerie
, Lieurenant General des
Armées du Roy.
310 MERCURE
Le Comte de Druys , Gen
dre de M' du Montal.
Le Comte d'Artagnan ,
Sous-Lieutenant des Moufquetaires
gris .
Greder. C'est celuy qu'on
appelle Greder Allemand .
Allemad .
Surbec , Suiffe.
De Caraman , Comman .
dant dans Courtray. I eft
Fils du fameux M Riquer ,
qui a entrepris le canal de
communication des deux
Mers , & Frere de M ' Riquet ,
Prefident à Mertier à Tou
loufer
GALANTS zir
De Saint Viance , Lieutenant
des Gardes du Corps .
Le Comte de Mongon ,
Meftre de Camp du Regi
ment des Cuiraffiers du Roy,
& Gendre de M d'Heudi
Court.
De Cavoye , cy.devant
Brigadier d'Infanterie , commandant
les Milices de Picardie
.
Phelyppeaux, Frere de M²
l'Evêque de Lodeve.
Les trois Brigadiers font ,
Mrs Courten
Suiffe.
Colonel
De la Mote , Lieutenant
312 MERCURE
des Gardes du Corps , & Frere
de feu Mile Marquis de Vate.
ville , Lieutenant General.
De Monthalan , Lieutenant
Colonel du Regiment Royal.
Vous avez lçû fans doute
le mariage de M. le Marquis
de Barbezieux , Secretaire
d'Etat , avec Mademoiſelle
d'Alegre , Fille de Mr le Marquis
d'Alegre , Maréchal des
Camps & Armées du Roy: Il
fe fit l'n . de ce mois , àl'Hoftel
d'Alegre , avec une magnificence
qui ne fe peut exprimer.
Il y avoit cinq tables
de dix huit à vingt couverts
chacune,
GALANT.
3T39
chacune , & jamais l'abondance
& la propreté n'ont .
regné entemble avec plus
d'éclat , tant pour le ſervice .
des tables , que pour la pa
rure des appartemens , tout
céla par les foins de Madame
la Marquife d'Alegre , qui doit
eftre naturellement fort magnifique.
Elle eft Fille de
M. d'Inneville , Prefident à
Mortier au Parlement deTou.
loufe. La Maifon d'Alegre
eft des plus confiderables.
Yves Baron d'Alegre , l'un
des plus grands Capitaines
de fon temps , eftoit forty
Janvier 1696.
M
Dd
314 MERCURE
forty d'une illuftre Maiſon d'Auvergne
, & donna des preuves de
fon courage à la conqueste de Naples
, fous Charles VIII. & Louis
XII. Il fut fait Lieutenant Gencral
des Armées d'Italie , & fe diftingua
avec le Seigneur de Vivarais
lon fils aux journées de Cerignolles
& Daignadel , & à celle de Ravenne
, où ils perdirent enfemble la
vie, De cet Yves font forus les
Barons de Millaud & le Marquis
d'Alegre , Grands Maiftres des
Eaux & Forefts de France , Prevoſts
de Paris , & Chambellan de nos
Rois , qui fe font alliez avec les familles
de Foix , de Chabanes , de
Bourbon-Carency , de Bourbon
Beffes , de Miolans d'Eftouteville,
de Mailly , de Baufremont
Prat ,Nantouillet , d'Aumont , de
de
GALANT. 315
2
Laval de Senneterre, de Hautefort,
de Fervaques , d'Arcourt , de Be - mot
thunes , Selles & du Faz en Normandie
, Comte de Maulevrier.
La jeune mariée n'a que quatorze .
ans. Elle cft toute charmante , mais
fon efprit pafle encore tous les
avantages qu'elle a du cofté de la
beauté , & il n'y a point de fcience , a
dont elle n'ait quelque teinture , ale
jufqu'à n'ignorer pas mefme la Philofophie.
Je ne vous dis rien de
Mr de Barbefieux , vous ayant parlé
en plufieurs occaſions de tout ce
qui le regarde.
Le Lundy 16 , de ce mois , Mr les
Duc de Lefdiguieres épouſa Mademoiſelle
de Duras. Ce font de fi
grands noms , & ces deux Maifons
font fi connues que je ne vous en
feraypoint icy la Genealogie, Male
Dd ij
7
216 MERCURE
Duc de Lefdiguieres n'a que dix
fept ans , & à cet âge il a toutes les
qualitez qu'on peut fouhaitter dans
un Seigneur de fon rang , & qui a
un fi grand bien . Mademoiſelle
de Duras , à prefent Ducheffe de
Leldiguieres , n'a pas encore qua
torze ans ; elle a cet agrément ,
cette taille , & ce gtand air qu'on a
toûjours admiré dans toutes les pertonnes
de foninom . Le Roy fignal
cut Contrat de Mariage à Meudon
le Samedy 14. Mr le Marefchal de
IDuras prefenta Mele Duc de Léfdiguieres
à fa Majesté , qui le recent
avec un agrément , qui montra
qu'Elle voit cette alliance avec plai
fir. Ancun preparatif ne fut affecté
pour cette Noce ; on eftoit hien feur
d'une affemblée illuftre , fans appeller
des étrangers . On n'a ja
GALANT. 17
·
mais veu de famille qui ait pû affembler
à la fois tant de Ducs & tant
de Marefchaux de France . Mle
Marefchal Duc de Lorge eft frere
de Mrle Marefchal Duc de Duras ,
& font tous deux Fils d'une Saur
de M de Turenne. Ils ont chachin'
deux filles Ducheffes . Mr le Duc
de Duras , fils aifné de Monfieur le
Marefchal , a épousé l'Heritiere de
la Maifon de la Mark, Madame la
Marefchalelde Durastit Ventadour.
Madame fa Mere eft fille & heritiere
de feu Monfieur le Marefchal
de Saint Geran , & Madame de
Vantadour fa belle-four eft fille de
feu Mr le Marefchal de la Motte.
Madame la Princefle de Rohan eft
Fille de Mr le Duc de Ventadour,
& Niece de Madame la Maref
chale de Duras. Madame la Du-
Dd iij
218 MERCURE
t
cheffe Douairiere de Lefdiguieres ,
eft fille unique de feu Mr le Duc de
Rez , & Niece du feu Cardinal du
Imefme nom. Voila de tous coftez
tout ce qu'il y a de plus illuftre &
de plus éclatant.
Leurs Alteffes Royales Monfieur,
Madame & Madame la Ducheffe
de Chartres ont rendu vifite aux
ncuveaux Mariez dans l'Hoftel de
Duras où ils font logez. Le nom de
la Maifon de Duras eft Durfort. La
Terre de Duras eſt entrée dans cette
Maiſon dans le commencement
du quatorziême fiecle , par Regine
Goth , Niece du Pape Clement V.
On donnera au Public dans peu de
temps une Genealogie exacte , &
une filiation bien fuivie de cette
illuftre Maifon. On n'en avoit ja
mais pû trouver l'origine ; mais.
GALANT 319
aprés de grandes recherches , on
prouve par des Actes originaux ,
tirez des plus anciennes archives du
Royaume , qu'elle vient d'un cadet
des anciens Comtes de Foix , qui
eut pour fon appanage les Viles de
Durfort , de Fanjaux & autres, 80°
qui porta toûjours le nom de Durfort
, & le laiffa à fes defcendans,
dont la fuite eft bien prouvée .
Le 18 Mile Duc dÜzez épouſa
Anne- Hippolite de Grimaldi , Fille
de Mr le Prince de Monaco , & Mr
PArchevelque de Paris fit la ceremonie
des Epoufailles dans la Chapelle
du Palais Archiepifcopal. Il
eft Fils de feu Mr le Duc d'Uzez,
& petit fils de Mr le Duc de Montaufier
, dont Madame la Duchefle
d'Uzez eftoit la Fille, Mrle Duc
d'Uzez fon Fiere ayant efté tué
Dd iiij
320 MERCURE
dans une de nos dernieres Campagnes
, & un Abbé, fon autre Frere ,
eftant mort , il eft demeuré feul
Heritier de cette Maifon . Je vous
en ay fi fouvent parlé , qu'il ne me
refte plus rien à vous en dire. Ma--
demoiſelle de Monaco eft Fille de
Mrle Prince de Monaco , & d'une
Fille de feu Mr le Marefchal de
Grammont
& par confequent
Coufine de Mr le Comte de Guiche
, Fils de Mr le Duc de Gram .
mont , qui a époulé une Fille de
-M le Marefchal Duc de Noailles ,
& c'eſt à caufe de cette alliance que,
ce Marefchal avoit une procura .
tion de Mt le Prince de Monaco
pour tout ce qui pouvoit regarder
ce Mariage.
C
t
Il s'en eft fait deux autres dans
le mefme temps , l'un de Mr le
GALANT. 321
Marquis de Janffou , Neveu de
Mr le Cardinal de Janffon de Forbin
, qui a époufe Mademoiſelle
de Viricu , Fille de feu Mr le Marquis
de Saint André Virieu , premier
Prefident au Parlement de
Grenoble , & l'autre de Mr le Marquis
de Mornay , Fils aifné de Mr
le Marquis de Monchevreuil , qui
a épaulé Mademoiselle du Gué .
Les prifes que les Armateurs de
Saint Malo ont faites depuis le
commencement de cette guerre ,
font fi confiderables , qu'elles rendront
pour jamais le nom de cette
Ville-là immortel . Un fi grand
nombre de Piifes ayant produit de
groffes fommes pour les dreits de
Mr l'Amiral, ce genereux Prince en
cette confideration , a fait preſent à
la Ville de Saint Milo , de douze
322 MERCURE
pieces de Canon de trente-fix livres
de balle, & de douze de quarantehuit
. Ce Prince qui n'avoit encore
tenu table qu'à l'Aimée , la tient de
puis quelques mois avec une magnificence
digne de fon Sang ; mais la
bonne chere y touche moins que
fes manieres honneftes & prevenantes
dont on eft charmé. Il eftoit
aifé de s'imaginer qu'avec la bonne
éducation qu'il a euë , il deviendroit
un jour le charme de la Cour. Il
tient auffi appartement , & le plaifir
de le voir y attire beaucoup de
monde .
L'intrepidité des François paroift
en toutes fortes d'occafions. Il y a
quelque temps qu'une petite Fregate
de huit pieces de canon , prefte à
entrer dans la rade du Havre , fut
rencontrée par quatre Vaiffeaux
GALANT. · 323
#
ou Fregates Angloifes , deux de
quarante pieces de canon , & deux
autres de dix huit , Elle fe battit
longtemps en retraite , tâchant de
gagner Fefcamp. Lors qu'elle eftoit
prefte d'entrer dans le Port , la ma
mitée luy manqua , & il fallut refter
dans la rade . Le combat fe renou
avella , & la petite Fregate , foutenuë
du feu d'un petit Fott , où il y
avoit quatre pieces de canon , fe
it battit avec une bravoure extraordi
naire. Elle effuya plus de deux cens
5 coups de canon & endommagea
un gros Vaiffeau Ennemi , qui ayant
receu plufieurs coups fous l'eau, fut
obligé de fe mettre à la bande afin
d'y remedier. Les autres également
endommagez dans leurs mancuvres
,fe virent contraints de gagner
la haute mer. La marée revint , &
་
324 MERCURE
la perite Fregate entra dans le Port
de Fefcamp . Elle eftoit commandée
par Mr Monnier Capitaine , ayant
Mtle Chevalier de Pont S. Pierre
pour Lieutenant , & Mr le Chevalier
d'Efpinay fon Coufin , pour
Enfeigne . Ce dernier eft Fils de M
le Marquis d'Efpinay, Ainé & Chef
de la Maifon d'Elpinay Saint Luc
Il est d'une valeur extraordinaire , &
alla il y deux ans enlever fous le
canon de Maigue un gros Navire
marchand, défendu pat quatre Vailfeaux
de guerre Il eftoit dans une
Chaloupe avec huit autres Gardes
Marine . A Palamos , il monta le
premier à l'affaut , & emporta une
Demilune.
La Barbe eftoit le mot de l'Enig .
me du mois paffé , & ceux qui l'ont
trouvé font , Mrs Henry le Jeune ,
GALANT. 325
du Bureau du Papier de la Douane !
Demoncour le Fils : Bonnard de
l'Evêché d'Angoulême ; du Faulx
de la Ville d'Evron : Bardet de l'Hopital
du Mans : l'Abbé de Valieaux
de Nantes : du Cornier de ladite
Ville, deineurant à Paris : de Perthes
de Reims de la rue S. Germ. l'Au,
xerrois , & Benoift de ladite Ville &
de la même rue : Hellant le jeune
le Gendre de la rue Guenegaud : le
Commiffaire d'Art, de la rue des
Poitevins : le gros Controlleur : le
Galant de la rue S. G. l'Auxerrois :
le Duc de Rouen du Parvis N , D. le
Rev. Pere logé au Luxembourg : le
Chapelain de S Jacques S. Chr. le
Docteur , & fon petit Coq réveillematin
du Cloiftre S. Jacques de la
Boucherie le petit Coq Reveilmatin:
le Sedentaire de la Rochelle:
326 MERCURED
le Solitaire de Rouen , & fon aimana
ble Aminte de las Rue nobleaked
dolent Bourguignon :le joly Pierrot, s
de Falaife : Morphée de la rue des
Saints Peres : la Fleur des jardins du
Cloiftre S. Benoift : le Friquet & la
Fauvette de Romainville :Tanter &
de Courcy : du Riez ,fieur de Belan- 33
cour : Caiffes ficur de Reaucour : de
Saint Germain de Dol en Bret, de
la Grave : Bernot d'Authun : l'Oe57
dipe de Bourgogne Glifcot de 15
Nante le Chevalier de Lufches.
Meſdemoiſelles , la fpirituelle Turpin
la jeune de Rouviere ; Jeanneron
Pouffard de Tonnerre , & Verrier
de la ruedu Roule ; la belle Marie-
Anne ; la jeune Veuve devote
du miroir de Vertu ; les trois Sibilles
du Rendez-vous , & le petit Mouton
du même lieu ; la belle CatheGALANT.
327
rine de la rue Quimquempoix : la
belle Portugaile ; la belle Polonoiſe
la jeune Mariamne de la rue de Bernou;
Cagnard de S. Quentin ; Angelique
Dordela , de Ligny en Barrois
; Javotte & Mayette , du Pavillon
de Picardie ; Pelicier de Soiffons
& du Four de Rouen.
L'Enigme nouvelle que je vous
envoye eft pleine d'efprit , & merite
l'application de vos Amies , pour
en découvrir le fens.
J
ENIGME.
Habite un fombre lieu d'un accés
difficile.
Lorfque l'on veut m'en faire déloger
On va chercher un Etranger
En cela plus que vous habile,
328 MERCURE
Alors , rendu femblable en partie à
l'Amour,
Il m'attaque , il m'abbat , & fier de
Ja Victoire,
Si- toft qu'il apperçoit le jour
Il chante à haute voix ma défaite
&fa gloire.
Les paroles de la Ritornelle que
j'ay employée dans cette Lettre , &
qui commence par
r
Un four dans une grotte obfcure ,
ont efté trouvées fi agreables , qu'un
fecond Muficien des plus habiles
que nous ayons a voulu auffi les mettre
en air Ainfi je vous les envoye
notées de fa compofition , afin que
vous ayez le plaifir de juger du ge.
nie de l'un & de l'autre , par la difference
de leurs caracteres. an
Nous fommes dans un temps ou
les Muſes aiment à fe familiarifer
T
GALANT. 329
avecles Dames . Il dftaifé de lev oir
Podrec mabrates
ent
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Luiseau le
re, Les plaintes
ngage,
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328 MERCURE
Alors rendu femblable en partie à
GALANT. 329
par
que
´` ·
avec les Dames. Il dft ailé de le voir
de Recueil de Poefies galantes
Madame de Saintonge vient
de nous donner. Le premier Ouvrage
de cet excellent Recueil eft
le Ballet des Saifons , quia fervi d'idée
à celuy qu'on a fait paroiftre à
l'Opera , depuis peu de temps . Si on
s'étoit fervi de fes Vers , ils n'auroient
fans doute fait qu'en augmenter la
beauté , puis qu'ils font ailez , natu
rels , & tres-chantans . Tout ce qu'on
y lit enfuite , Idilles , Elegies , Madrigaux
, Epigrammes & Chanfons ,
eft du mefme caractere , & marque"
la fecondité & la delicateffe du genie
de cette Dame , qui fait beaucoup
d'honneur à fon Sexe. C'eft d'elle
que font les Opera de Didon , & de "
Circe , qui ont attiré fi longtemps la
foule. Il ne faut pas s'étonner qu'elle-
Fanvier 1695.
Ee
330 MERCUR
E
ait de fi beaux talens , puis qu'elle eft
Fille d'une Mere , qui eft rout efprit,
L'Ariofte Moderne , & plufieurs au.
tres ouvrages qui ont tous efté reçûs
tres- favorablement du Public , en
font une preuve. Les Poches galan
tes de Madame de Saintonge ,fe de
bitent chez le Sr. Jean Goignard , Libraire
, à l'entrée de la grande Salle
du Palais .
Il y avoit plus de foixante ans
qu'on n'avoit eu aucune Traduction
de la Vie de Guzman d' Alfarache ,
Original Efpagnol , univerfellement
eftimé. Il vient d'en paroiftre une
nouvelle que les Curieux pourront
lire avec plaifir. Elle eft divifée en
trois tomes , & chaque tome eft em..
belly de figures Ce n'eft que la vie.
d'un Gueux , mais ce Geux fait raifonner
, & debite une Morale qui ne:
GALANT: 331
peut eftre que fort utile, Mathieu
Alleman , qui en eft l'Auteur , n'a
eu en vûe que le bien public. Les Enfans
apprendront dans cette hiftoire
combien ils font obligez à leurs
Parens , qui en prenant foin de leur
éducation , leur montrent de quelle
maniere ils doivent fe gouverner
dans le monde , & les Peres y apprendront
à leur tour l'application
qu'ils doivent avoir à détourner
leurs Enfans de l'oifiveté , qui les
fait tomber dans toutes fortes de vi..
ces , qquuaanndd on neglige de cultiver
feur efprit , & qu'on les abandonne
trop à leur panchant . Je n'ay rien a
Vous dire du Traducteur qui m'est
inconnu , finon que fon ftile eft naturel
, & proportionné à la matiere
qu'il traite . Ce livre ſe vend dans la
grande Salle du Palais , chez le ficust
Ec it
232 MERCURE
Brunet Libraire , qui debite prefen .
tement la plufpact des plus agreables
nouveautez
La veuve du fieur Claude Thibouft &
le Sr Efclaffan , Libraire ordinaire de l'Univerfité
de Paris , ont fait paroiftre depuis
quelques jours un Ouvrage fort
cftimé pariny les Sçavans . C'eft une nouvelle
Geographie , en Vers Latins & en
Profe Françoife, avec des Remarques fur
les lieux les plus difficiles de l'Hiftoire,
Geographie , & Chronologic . La lecturede
Ouvrage donne beaucoup de
plaifit . Comme la Fable y eft parfaite
ment bien expliquée , la jeuneffe en peut
tirer de grandes urilitez.Il eft de Ml'Abbé
de Lionniere Licentié en Theologie ,
dont le nom & le merite font connus
par plufieurs autres Ouvrages qu'il a
donnez au Public. Son Tableau de
l'Eglife qu'il a dedié au P. de la Chaife,
& qui fe vend chez le S Couteror ruë
Saint Jacques , au bon Pafteur , n'eft pas
le moins confiderable..
GALANT 333
Jamais la foule n'a efté fi grande aux
divertiffemens publics que depuis que
l'hyver a commencé . Les trois Theatres
ont toujours efté remplis , & l'Opera
de Jafon a fuccedé au Balet des Saifons
. La Mufique de l'un & de l'aurre,
eft de M Colaffe , excepté les airs de
Violon du Ballet des Saifons , qui font
des anciens Ballets de feu Mr de Lully, &
qui ont efté faits avant l'eftabliſſement
de l'Opera. La Foire de Saiut Germain
a paru à l'envy fur le Theatre François ,
Son Alteffe
& fur celuy des Italiens.
Royale Monfieur a donné deux Bals
avec toute la magnificence qui accompagne
toujours tout ce que fait ce Prince.
Monfeigneur s'eft rendu au Palais
Royal , pour prendre ce divertiffement,
& la foule des Mafques a efté tresgrande.
J'attens à chaque moment ce qui aura
efté decidé touchant le prix qui doit
eftre donné au meilleur Sonnet fait fur
le Bouts- rimez qui ont efté propofez, ily
314 MERCURE
a trois mois à la gloire de Madame la
Princeffe de Conty. Comme les Juges
font d'une diftinction , à ne pouvoir
cftre preffez , vous ne trouverez ce Sonnet
victorieux que dans ma Lettre de
Février.
Je vous apprendray cependant que fa
celebre Compagnie des Lanterniſtes de
Touloufe , continuant à propofertous les
ans des rimes à remplir à la gloire de Sa
Majefté , a marqué celles cy pour cette
année dans le Programme qu'elle a fait
imprimer fur ce fujet.
Sublime , Candeur , Splendeur , Anime ,
Crime , Ardeur , Grandeur , Victime,
Mutins , Deftins , Etoufée ,
Flots , Trophée , Complots .
Le Prix fera donné à la Saint Jean prochain
, & ceux qui y prétendront auront
foin d'accompagner leurs Sonnets d'une
Priere pour le Roy , en quatre Vers , fuivis
d'une Sentence en latin , de mettreati
bas de la page , leur pays & leur nom cachetez
, ou dans une lettre feparée, le
GALANT. 325
rout fous la mefme envelope. Il faut que
huit jours avant la diftribution du Prix,
les paquets foient rendus à leur adreffe à
Toulouſe , chez Mr Seré à la Place de
Roaïs , & qu'ils foient francs de port,
fi
on veut qu'ils foient reçûs .
Je ne vous dis rien des Affaires genera
les de l'Europe , & remets au mois prochain
à vous parler de leur fituation ,
quand celles d'Angleterre feront plus
avancées. Je fuis , Madame , voſtre , &c.
A Paris , ce 31. fanvier 1696:
P
Relude
TABLE.
Priere pour le Roy.
Feste celebre à Avignon.
IF
Réponse fur l'origine des Fleurs de Lis . 31
Lettre fur l'origine du mot de Payen. 69
Eloge des Dames.- 77
88
Serment prefté par M le Marquis de
Dangeau.
Etrennes ingenienfes prefentées à Mon--
feigneur le Duc de Bourgogne.
Eloge de M l'Evefque de Limoge: 1135
98
TABLE.
124
Hiftoire du Capitaine S -fean..
Ceremonies obfervées au Mariage an
Prince Royal de Danemarck.
Devifes prefentes a M l'Archevêque.133
Madrigalfur le Portrait de M Fagon.137
Cargaifon des trois Vaiffeaux Anglois pris
par les Navires le François & le Fortuné.
145
Eloge de Mrt'Abbé de la Trappe : 164
Maifon de Forville.
174
Rreception deM Dacierà l'Academie, 204
Fable.
Hiftoire.
224
229
Réjouiffances & barangues faites pour la
naifancee de M le Prince d . Dombes.255
Morts.
Officiers Generaux.
Mariages.
Combat d'une Fregate.
Enigme .
Livres nouvcaux.
281
288
312
*322
324
828
Nouveaux Bout- rimez des Lanternistes.·
334
L'Air doit regarder les pages 140. & 328.
LYON
1893
Qualité de la reconnaissance optique de caractères