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ON donnera toujours un Volume
nouveau du
Mercure
Galant le
premier jour de chaqueMois,& on le
vendra Trente sols relié en Vegu &
vingtcinqfolsenParchemin.
A PARIS,
Chez G. DELUYNE,auPalais,dans
la Salledes Merciers,àajustice.
T.GIRARD,auPalaisdanslaGrande
Salle, àl'Envie.
~cMICHEL BRUNET, Grand'Salle
du Palais,auMercure Galant.
> M. DC.XCV.
jiï'ec Privilège du Roy.
tIL~ERC.-eyRE.
ïUALpmt(r
lMAY1695 E ne fuis point surpris,
Madame,que vous ayez
trouvede grandes beautez
dans le Placet qui est au
commencement de ma derniere
Lettre,& qui renferme
l'ElogeduRoy, Onnepeus
parler de ce Monarque sans
dire de belles choses.
Louis cftun Herosln guerre,
Louis efl un Héros en Paix.
.Heros parses vertus, Heros
par ses hauts faits,
Soitquilfoudroyé armé de Jon
pHifjant tonnerre,
Ouquà tour l'Univers il donne
le reposs
Il agit toujours en Heros.
Ces Verssont deMrl'Abb- é
Saurin, dans unPortraitqu'il
a fait de Sa Majesté. Voicy
de quelle maniéré il le poursuit
en Prose- i
Ce caraérere luy est si propre
quil rienfort jamais
y
& quoy
quilfembleJe dépouiller quelquefois
de sa grandeur dans la mamere
affable dont il traite ceux
qui ont l'honneur dapprochersa
Personne jl conserve toujours cet
air nobe qui le dijiingue bien
mieux des. autres hommes quesa
grandeur mesme. L'heroïque paroist
dans tout cequ'ilfait ,parce
quil ne fait rien qui ne réponde
à ses vertus fubltmes qui animent
toutes ses afllons, (5 quile
font admirer de tout le monde.
Les Israelites demanderent à
Moysede ne leur pas faire voir
la face du Dieu Tout-puissant
qu'ils adoroient, de peur qitune
Majestési terrible ne portafldins
leurs coeurs la terreur &la mort.
Louis quiefl limage dela Divinitésur
terre, flaitsi bien terll
perer par sa douceur l'éclat dè
cette majesté redoutable, qu'ilinspire
égalemènt l'amour, le refpeSl,&
la crainte,,,& chacun
s'empresse de lèvoir,parceque Iï
'veuë àunsigrand (e- d'unsibon
Àfaiflrt ,excite dans lamede
ses Sujets une joye qui nejl pas
concevable. Iltient tous nos coeurs
fous sa loy ,& quandon le voit,
en revere dans la majef/é d'un
grand Royy les bontez d'un aimable
Pere.
Cest cette joje qui fait les delices
de la plus belle Cour du mon.
de. Les beaute% de Versailles,
ce chef d*oeuvre de la magnificen.
ce Royale
y
languissent,quand
elles nefont point animées par la
presence de ce Prince* dont elles
tirent leur principal agrément.
S'il attire à foyles regards de
tout l'eunivers
B
lorfqn il paroijj:
à la tesie de fis Armées toujours
vittorieufcs
,
qu'il foudroyé les
remparts des Villes ennemies,&
qu'il force desforteresses que la
nature e l'artavoitnt munies
de tout ce qui pouvoit les rendre
imprenables
,
il riejt pas moins
digne d'admiration lors qtiaffis
Jurfon lit de Jujlice3issi dépouille
de ses propres incerefls, pour né..
coûter que la voix de cette FiUe
duCiel, & si soumettre luymcfinieaux
loix dont il est lefou.
'V(razn dtfpenjateur
,
oU quand il
sappliqueàproficrire le vice, à
recornpenfir la vertu,&à difiribûtrrés
grâces dune maniere qui
les rend si pretieuses à ceux qui
les reçoivent. Enfin, (oit qu'on
lenvifagecommeun Conquerant
redoutable, ou comme un Rey
pacifique}fiiviefournir*toujours
iÏHiJloir.e des evenemen; mer- - vtilleiix,&plus on aura defide-
LiJi à écrire, moins on la rendra
croyable,àLaPojlcnté. Lamodérationpeux
bien.donner des.bornes
gfis exploits, mais elle n'enjçauroit
mettre àsa gloire qui en reçoit
w nouvel éclat. ctourîïeey
qui ne croispasqu'on puissè desor.
maisy rien ajoutir
y
content de ladmirer, je demande à Dieu
pour ce prince)
Que sesfiers Ennemis vaincus.,
ï\ir(es'bornez, par sa puissance,
Et charmez de tant de venus Implorant enfin t sa clemence.
Et viennent demander la Paix,
Quefoo coeur genereux ne refuse
jamais.
-
- N'eflilpastempsqu'iljouijfe
en repos des fruits de tant de travaux
& quà l'ombre de ses
lauriers nous goûtions les douceurs
de la Paix,sans quelles
foimtaltéréesparles allarmes que
nous causent les perils où il ltx.
pole pour nous les acquérir f -
Que lassé d'entasser victoire sur
victoire,
Se voyant au dessus des plus fameux
Vainqueurs,
Il mette déformais sa gloire,
Ane triompher que des coeurs.
Voicy un nouvel Ouvrage
de Mr de la Févreric. Son
nom seul en fait l'éloge, ôc
après avoir lu avec plaisir
tous ceux qui ont paru dans
mes Lettres sous son nom ,
comme vous me l'avez marque
plusieurs fois, vous ne
pouvez estre que tres-favorablement
prévenue pour
celuy-cy.
CONVERSATION,
ACIDÉME.
A Madame la ComtcJJe
Je C. R. E.
J E vous ay dit, Madalne,
que Mrle Presidenc de P.
falloir bastir à la campagne.
Nostre illuste Abbé voulut
voir samailon,& le President
l'ayant sceu, l'en convia,
& toute la troupe choisieque
vous connoissez. Le
jour pris, l'Abbé m'envoya
quérir, & souhaita que je
fusse dela partie. Ilya a pparence
que ce fut pour m'engager
adroitement à vous
faire la relation decette fçavante
promenade. Quoy qu'il
en soit
,
je me souviendray
longtemps de ce voyage, ôc jevousenentretiendray avec
plaisir. Le jour estoit beau,
la Compagnie agreable
3
&:
l'Hotte fit parfaitement bien
les honneurs du logis.
La maison du President est
ficuée sur le bord de la nier,
à trois quarts de lieuë decette
Ville. Ce n'est' point de ces
maisons de plaisance qui partent
plûtost de l'imagination
des Poètes, que des mains
desArchitectes. Nevousattendez
pas que je vous en
false une description romancfque.
Elle n'est ny magnifique,
ny superbe, mais seulement
reguliere & commode,
& sansestre embellie de boccages
& de fontaines, elle ne
laisse pas de plaire par la beauté
de son aspect, & de ses
dehors, elle a les plus belles
veuës du monde. D'un costé
l'on voit la mer, qui inorv
dant tout le rivage,vient
deux fois le jour blanchirsois
écumeau piedde ses murailles.
De l'autre on voit la Ville,
qui couronne la cimed'une
montagne environnée de plusieurs
fertiles costeaux
,
&
ombragée d'un grand Bois
de haute futaye qui borne
l'horison.Derriere cette maison
estun tres. beau & fpacieux
jardin:, avec un grand
Parc qui renfermetout ce
qu'on peut souhaiter pour le
plaisir&lacommodité de la
vie. Au bout de ce Parc on découvre
unevaste pelouse, ou
campagne, qui fait toute
l'année un tapis de verdure
fore agreable à la veuë; & au
delà une grande étendue de
Pays, où les vents pouffent
tous les jours le sable de
la mer, & y forment des montagnes
s
qui par leurélévation
& leurs cimes chenuës,
inspirent en mesme temps,
l'horreur des defercs & l'amour
de la solitude. L'arri.
véedela maison est belle, la
court grande,& le corps de
logis d'une juste élevation.
Deux gros pavillons l'accompagnent,&
un tres. bel efcalicr
le partage en deux appartemens
fort bien menagez; O mais ce que je trouvay de
plus charmant danscme folitude,
c'est une terrassequ'-
on a élevée du costé de la
mer. Elle est bien proportionnée
en longueur & en
largeur. Une balustrade regne
toutalentour, &. quatre
rangs de Sapins extrêmement
hauts, & toujours vers, rendent
cette promenade la plus
belle du monde.L$s deux
extrémitez de cetteterrasse
font bornées par deux pavillons.
Dans le premier, qui
touche l'a ppartement; du
President, il yaune belle &
nombreuse Bibliothèque y
où l'on voit tout ce qu'un
Particulier a pu rassembler
de plus rare & deplus curieux.
Dans le second est un
Salon magnifique 1 enrichy
de dorures & de peintures.
Comme il est sur lebord de
la mer, on a pris plaisir à y
representer tout ce que laFable:
& l'Histoire ont dit de
plus étrange de cetadmirable
Element. Ce Salonest
fpaeirtcé de toutes parts, ce qui
que l'on découvre aisément
toute la coste, & que
l'on y confidere avec plaisir
le flux &reflux de la mer qui
bat au pied, & quantité de
petites Barques qui vontàla
perche. Enfin, tait pour rêver,
soit pour se délaiïer3orv
trouve là un aimable lieu de
repos.
Le President qui s'efioic
rendu à cette maison le jour
d'auparavant, nous vint recevoir
avec la plus grande
joye du monde,&après nous
avoir embraflfez, ôc fait mille
amitiezàchacun en particulier,
il nous fitvoir toute sa
maison.L'Abbéqui a beaucoupd'intel
iigence dans [ Architecture,
parut lariStlit du
bastimenr, & y trouva peu de
choses à redire. Chacun loüa
& approuva ce qui luy plai-
[0:[ le plus,selon son goust
& son genie ; mais le chevalier
qui parle de tout percinemment
,nous ravit icy, à
son ordinaire. Je voudrois,
Madame, que vous l'eussiez
entendu.Il auroit confondu
tous les Maistres de l' Art,
&jamais le ChevalierBernin
n'a dit de si belles choses sur
le Louvre. Ensuite le Prefident
dent nous mena dans sa Bibliotheque,
où pendant qu'il
nous montroit quelques Livres
curieux, le Chevalier
toujours alerte,remarqua sur * latable un petit Livre nouveau.
Il l'ouvrit
,
& voyant
que le nom de l'Auteur n'y
estoit pas, illuy demanda de
qui c'estoit. Ce sont, luy répondit-
il, les Re flexions d'un
Academicien de C-.. Quoy,
ces Messieurs font des Livres,
s'écria le Chevalier. L'Abbé
qui les entendit;hé,jevous
prie, voyons un peu ce que
C'est. j'ay oüy parler decette
Compagnie, mais je ne connois
aucun deces Messieurs,
& jen'ay rien vû d'eux. Il y
a moyen de vous contenter,
luy dit le President, pourvû
que vousayez un peu d'indulgence
pour mon Amy,
& que vous ne soyez pas de
cesgens de Cour, qui ne
sçauroient croire qu'il y ait
rien de raisonnable & depoli
dans la Province. Non, non,
répliqual'Abbé, la Cour ne
rnJel point gasté là-dessus, &
sans avoir trop de passion
pour mon pays, je suis per-
(u~~e qu'il y a d'habiles gens
par loujt.
Le Chevalier qui estoit
dans l'impatience de voir
cette Piece, se disposa à lire
sans attendre davantage.
Vous sçavez, Madame, qu'il
est un grand lecteur, & qu'il
lit avec une grâce merveilleuse.
Il donne du relief aux
plus petites choses; mais
quand ilveut, il lit d'un air
& d'un ton malicieux,capable
de décrier le plus excellent
Ouvrage,&de le tourneren
ridicule. On le pria d'éviter
Ces deux cxtrémltezJ afin de
juger plus sainement de celuycy,
quiestintitulé,Reflescions&
Méditationsdiverses.
- Aprés que le Chevalier en
,eut lû quelquesunes, chacun
'-en dit du bien, soit que la
Compagnie voulustcomplaixeau
President, qui prenoic
intereil: àl'Auteur, ou que ce
Livre le meritast en effet;
jnais commeje vous l'envoye,
vous en jugerezvous mesme,
vous qui jugez si finement
des Ouvrages de l'esprit.&
qui connoissez à fond toute
la delicatesse de nostre Langue
,
M& (oo.terlaasolilditeé de.la
Les Reflexions, d.i,cleC
valier en remettant ce Livre,
sur latable,ontsuccedéaux
A pophtegmes des Sages,&
aux Axiomes des Philosophes.
Plus de Diogene Laërce,
plus d'Epictete. Mr dela
Roche foucault & MrPascal
ont supplanté ces genslà.
Vousavez raison ,ditl'Abbé,
On n'a pas moins fait de
découvertes dans le petit
monde que dans le grand.
Le coeur humaina de vastes
regions qui nous estoientinconnuës
; & on peut dire que
Mr Pascal & M'de la Rochefoucault
ont faità l'egardde
l'homme, cequeChristophe
Colomb,&AmericVespuce
avoient fait à l'égard du monde.
Quand j'examine le coeur
del'homme, il me semble
que je voy ces Cartes que
l'on nous a données des
Terres Australes, & des Pays
inconnus. On y remarque des
terres & des mers, mais personnen'yest
encore abordé.
On voit icy desplis&des replis
,des passions &des mouvemens
; mais personne ne
les avoit pû ny penetrer,ny
developer, la gloireenestoit
reservéeà ces grands Hommes.
Les uns nous ont découvert
le Monde qui nous
estoit inconnu; les autres
nous ont fait connoistre
l'homme qui nous estoit caché.
Quelques fameux Pilotes
ont voulu dans la suite
destempspenetrer plusavant
que Colomb & queVeSpuce.
mais ils ont pery dans leur
entreprise , ou ils n'ont découvert
que des terres qu'il
estoit impossible d'habiter.
Ceux qui ont voulu rencherir
sur Mr de la Rochefoucaulc
&Mr Pascal, & prendre une
autre route, se sont égarez,
& ce qu'ils ont reconnu dans
le coeur humain,est si obscur
& si embarassé, qu'on ne peut
faire aucun fond sur leurs découvertes.
Le President voyant la
com pagnie en train de cau- ser,bien-aisedel'oüir,&de
l'amuserenattendant l'heure
du dîner, leur prefenra des
sieges, & les fit asseoir insensiblement;
après quoy l'Abbé
continua de la forte. D'ailleurs
ceux qui ne connoissent
point le coeur de l'homme,
ne croyent non plus ce qu'on
leur en dit, que ce qu'on leur
raconte du nouveau monde,
&des Antipodes. Ce n'est
pas pour ces gens-là que Mr
de la Rochefoucault & Mr
Pascal ont fait des reflexions;
mais ce qui fait encore que
l'on en profite si peu, c'est:
que l'on secontente deconnoistre
le mal, sans vouloir
y apporter le remede, &que
ceux qui parlent si bien sur
la milere
, & la corruption
de l'homme, sont quelquefois
les plus miserables&les
plus corrompus. On croit
qu'il suffit. de connoistre les
vices pour estre vertueux, ôc
que toute la Morale consiste «
à bien remarquer les defauts
des autres;mais un peu d'ignorance
& de charité elt *
bien meilleure en ce point,
que tantde lumiere&despeculation.
Que fertà l'homme
de sçavoir qu'il a un coeur qui
atant deplis&de rep'is,qui
renferme un si grand vuide
dans un si petit espace ; que
l'interest & l'amour, propre
sont les deux tyrans qui le
gouvernent, & qui causent
tous ses mouvemens?Toutes
ces reflexions sont inutiles,
si on ne luy apprend le secret
de chasser ces deux tyrans,&
de redonnerà son coeur la
droiture& latranquillitéqu'-
ils luy ont fait perdre. Tout
l'avantage que l'on peut tirer
de ces nouvelles découvertes,
c'eit de sçavoir maintenant
oùil nousen tient, mais
cela ne fufEt pas pour guerir
nos desordres.Il est àsouhaiter
que quelqu'un travaille
sur la raison, comme on a fait
sur le coeur humain, & qu'-
il nous découvre dans cette
raison, toutcequiest necessaire
pour regler le coeurqu'-
elle doit conduire; mais ce
quiest terrible,ceux qui lej
sont appliquezàdécouvrir
l'homme,& à nous en faire
voir toute la misere, se font
efforcez de nous persuader
que l'esprit est la dupe de ce
coeur; qu'il n'est pas moins
perverty que luy,&que nostre
raison en entieremeut
troublée & corrompuë ;
qu'ain si rhomme s'a p puye
en vain sur lesvertusmorales,
& que comme naturellement
parlant, il est incapable de
tout bien,il ne doit attendre
aucune consolation de luymesme.
Il faut avouer que
c'est icy le dernier trait de la
corruption de l'homme, &
qui marque davantage la malice
& la duplicité de son
coeur:car fous pretexte d'une
cruelle charité, d'une severe
morale, on nous dépouille
detout bienen nous ostant
la liberté & la bonté de nostre
coeur,d où procedent toutes
les vertus. Ces gensont
fait dans la Morale
, ce que
Calvin a fait dans la Reli.
gion. Il n'y a point eu de personneaumondequiait
mieux
concilié le neant & la soiblesse
del'homme,maisill'a privé
de tout secours,& l'a
abandonné dans la misere &
dans ion infirmité. Il luy a
refusé la grâce,commeceuxcy
la raison
,
& il l'a reduit
dans le desespoir du collé de
son salut, comme ont taie
ceux-cy du costé de sa conduite;
nulleassurance du costé
de Dieu, nulle assurance
du cossé des hommes. Mais
ceparallele me meneroit tro p
loin, & jenem'apperçois pas
que je parle toujours.
C'est unemarque que nous
ne nous ennuyons pas de
vousécouter, duleMarquis,
ôeenvehcëit n'yarien deplus
raisonnable & de plus juste
que ce que vous venez de dire
sur les Auteurs des Reflexionsmorales,
ce qui m'a fait
souvenir dece quecet illustre
Académicien, qui aeul'honneur
d'estre choisi pout écrire
la Vie du Roy, répondit si
plaisamment à un Gentilhomme
du Maine, qui luy
demandoit son avis sur les
Reflexions qu'il vouloit faire
| im p rimer. lecrq,ILiydit-il
qu'ily aura la moitié du monde
damnéparreflexion. Ilestvray,
: dit leDocteur, quecesfortes
d'ouvrages sont aujourdhuy
bien communs;mais s'il est
bien ailé de faire des reflexions,
ilestmalaisé d'en faire
de bonnes. Tous les objets
ont tant de faces
, que pour
peu qu'on s'y arrette, on en
découvre quelqu'une, qu'un
autre n aura pas apperçûë ;
mais pour les voir du bon
coHé, & pour y remarquer
quelque chose de rare & qui
puisse servir aux autres, il
faut avoir la vue juste
,
fine
& délicate; autrement on ne
voit rien que de travers, que
grossierement, d'unail commun&
vulgaire. Cependant
tout le monde sepiqued'une
excellente penetration d'efpric,
& ne veut pas regarder
les choses comme les autres.
Tours'examine parreflexion,
& par speculation. C'estl'étude
du prand monde, &des
faiseurs de livres. On voit
tous les jours des Ouvrages
qui portent ce ritre. Conseils
de ia Sagesse
,
avecdes Reflexions.
L'Esprit de l'Ecriture
Sainte, avec des Refletions
La Morale d'Epicure.
avec des Reflexions,&c. Livres
qui d'ailleurs fontexcellens,&
qui meritent l'approbation
qu'on leura donnee,mais
enfin on reflechit surtout,&
on peut dire que l'on a inventé
autant de Lunettes spiritue
lies, & de manieres pour
considerer,&pour envisager
les Sciences, que Meilleurs
de t'O bservatoire en ont fabriqué
pour contempler les
Astres
,
& pour faire leurs
reflexions A ftronomiques
,
car ces Messieurs nesont pas
aussi sans reflexions, c'est à
quoy ilss'appliquent tous les
jours.
Ilme semble, dit lePresident,
qu'il y a bien de la difserence
entre des Remarques
&des Reflexions? La pluspart
de ceux quionttravaillé
sur la Morale, ont fait d'assez
bonnes Remarques ,
mais
peu ont fait de bonnes Reflexions;
car reflechir sur un
sujet,c'est non feulement le
considerer
,
l'examiner, le
penetrer, mais encore entirer
& en extraire l'essence:
bien plus,c'estluy faire produire
& créer un autre fujetv
Toute reflexion est bien une
remarque, mais toute remar-
; que n'est pas une re flexion.
Les reflexions ne se font que
sur les matieres qui concernent
la vie& la conduite des
hommes ; sur toutes les autres
choses du monde, ce
font des remarques, desobservations.
Vous trouverez
peut-estre cette diftintion
delicate,&que jene l'explique
pas assez clairemenr,
mais je vous la laisse à examiner,
& vous dis en deux
mots,reflechissez sur vostre
conduite;observez & remarquez
les Arts & les Sciences.
Toute la sagesse
, toute la
vertu est une reflexion
, toutes
les Sciences, tous les Arts
sont des remarques & des ob..
servations. Pourmoy
,
ditle
Chevalier,je n'examine pas
,
les choses si exactement, &je
nevoudrois que deux Livres
pourestre sage,sçavant &
content,lesEssais deMontagne,
& les Reflexions de
Mr de la Rochefoucaulr.
Vousdevriez bien y joindre
Seneque & Plutarque, dit le
Marquis, quand ce ne seroit
que pour l'estime qu'en a
fait Montagne.C'est la raison
pourquoy je m'en passe,
repliqua le Chevalier, parce
que je trouve dans Montagne
tout ce qu'ils ont de
meilleur, & je ne sçaurois
vous dire,j'estime Plutarque,
mais je ne l'aimepas. Je trouve
Montagne, & l'Auteur des
Reflexions plus de mon goull
& de mon humeur; enfin je
les aime autant que je lesestime.
Je fais grand cas, dit
l'Abbé, du Testament de Mr
de la Hoguette. Je connois
un bel esprit qui l'appelle un
Montagne Chrestien, pour le
distinguer de ce dernier qui
est un peu libre,&auquel
neanmoins il ressemble beau- coup.**
Charon eH le Singe de
Montagne,répondit le Docteur,&
on ne lit jamais l'un
sans se souvenir de l'autre;
mais il estcertain que la Hoguette
aestele Monragne ou
le Charon de nostre siecle.
Jamais deux esprits & deux
humeurs ne furent plussemblables;
& si nous recevions
la Metempsycose,nous pourrions
dire que l'ame deMontagne
avoit paffé dans le
corps de laHoguette. Ils ont
le mesme feu, la mesme vivacité,
& tous deux une penetration
de genie
,
& une
droiture d'ame & de bon sens
qui donne à leurs Ecrits presque
tout le mesme caractere.
Cependant ils sont differens
en beaucoup de choses.
Montagne ett plus obscur,
& moins appliqué. La Hoguerre
est plus clair, & plus
tendu. L'un a de l'ordre, &
fuit pied à pié, prouve ce
qu'il avance, & fait voir sa,
probité,jusques dans sa manicre
d'écrire. L'autre est confus
, sans ordre, & sans liaison,
fuit les objets qui se pr('{en..
tent à son esprit, sans s'arrester
sur aucun en particulier,
&
& se trompe luy mesme en
trompant toujours ses Lecteurs.
Ils sont tous deux sujets
aux re dites, ce qui n'tft
pas moins le défaut des célebres
Ecrivains que des mediocres.
Ceux.cy manquent
d'invention& de pensées, &c
n'envisagent que de loin les
o bjets,parcequ'i lsont la vûë
trop courte pour en voir toute
l'étendue du premier coup.
Comme ils ne les penetrent
pas assez d'a bord, ils sont
obligez de les retoucher plusieurs
fois pour les bien comprendre
Ceux-làau contraire
envisagent les objets tout
entiers d'une feule veuë ; &
comme ils ont une grande
intelligence, ils en découvrent
toutes les qualitez,&
leur donnent differens tours
fie divers biais.
Le stile de Montagne &
de la Hoquette est également
oo concis & ferre,6e parce qu'ils
pensent demesme,ils s'expliquent
souvent de la mesme
fortemais ce qui est surprenant,
c'est que la Hoguette
qui a écrit dans un temps où
la pureté & la politesse de
nostreLangue l'ont mise
dans sa perfection, parle presqueaussi
mal que Montagne,
qui vivoit dans un siecle où
elle ne faisoit que sortir de
la barbarie. Ilest neanmoins
plus intelligible que Monragne,
ce qui faitvoirquel'obscuritéde
ce dernier vient
autant de ses pensées que de
ses paroles; si on ne disoit
plûtost, que ce qui rend la
Hoguette plus clair,c'est qu'il
apenséplus nettement&plus
simplement les choses. En
cfflc, je trouve que Montagne
elt plus embarasse, soit
que ses pensées soient plus
élevées, ou quii n'ait pas
vonlu se donner la peine de
les faire entendre. C'est icy
où l'on peut remarquer la
diffcrence de leurs esprits.
Montagne avoit un feu d'éclair
« qui perce&qui ébloüit.
Il avoit ce qu'on appelle d'agreables
vidons,&la promptitudeavec
laquelle ces visions
passent, fait qu'il luy
estoit assez difficile de les faire
bien remarq uer aux autres.
Il faudroit que ses Lecteurs
eussentle mesme brillant &
la mesme vivacité d'es prit
que luy ,pour les a ppcrcevoir
tout entiers. La Hoguette
avoir des lumieres d'esprit
moins ébloüissantes; il penetroit
& contemploit les objets
à loisir. il sedonnoit à
eux, ils ne s'offroient pas à
luy. Montagne avoir plus
d'élevarion,& il n'avoit rien
de bas, que l'affectation de
vouloir paroistre grand. La
Hoguette cil (lnYpIe, toujours
égal, &va souvent terre
à terre. L'un a l'air d'un grand
Seigneur, l'autre d'unsimple
Gentilhomme.
Pour les moeurs y
l'un est
Chrestien, l'autre estPhilosophe.
Montagne fait douter
de sa Religion, la Hoguette
affecte un peu trop dela persuader.
Ilsont tous deux étudié
la Nature, mais diversement.
L'un n'y trouve qu'ordure
& corru ption
, & n'en
donne pas une juste idée,
l'autre la considere de plus
prés, & trouve en elle la
source&les principes de nos
reglemens, & de nostre conduite.
Montagne détacheles
hommes des Loix, pour les
attacher à la Nature; la Hoguette
attache les hommes
à la Nature pour les attacher
aux Loix. L'un conduit l'homme
par la pure nature, par la
droite raison, par la véritable
Religion;l'autre luy fait voir
les miseres de la nature, les'
foiblesses de la raison, les incertitudes
de la Religion;
mais la maniere dont Montagne
traite ces choses,est
un peu trop forte. Elle gaste
plus l'homme qu'elle ne l'instruit
, & elle est bien plus
propre à faire des impies &
des libertins, que des sages&
des devots. Le Testament de
la Hoguette
» & ses autres
Ecrits font donc meilleurs 6s
plus utiles que les Essais de
Montagne; mais enfin, pour
ne point dissimuler, il y a je
ne sçay quoy dans les Ecrits
deceluy -cy qui charme &
qui plain davantage que dans
ceux de l'autre. Ils font plus
dangereux, mais ils sont plus
agreables; & je puis conclure
que la Hoguette a esté
un bon discipled'un méchant
Maistre, & n'a pas fait comme
Charon, qui en l'imitant
a rendu sa doctrine encore
plus lufpedle.
Jamais Plutarque n'a fait
un si beau parallele
,
dit le
President,voyant quele Docteur
avoitcesse de parlera
que chacun luy donnoit des
louanges. J'en fuis charmé,
& d'autant plus, que vous
n'avez rienemprunté de Balsac
ny de Mademoiselle de
Gournay, pour faire l'Eloge
& laCritique de Montagne.
Je croy mesme que Mrle
Chevalierdoit estrecontent,
quelque passionqu'il ait pour
cetAuteur. Le Chevalier alloit
répondre,mais le Marquis
le prévenant;ilfaudroit
qu'il fust biendifficile,ditil-
& MrleDocteur n'a t-il pas
conclu en faveur de Montagne,
contre Charon & la Hoguette,
dumoins pour le plaisir
& l'agrément de la lecture?
Comme ces fortes de Livres
font desreflexions engrand,
& que nos Auteurs modernes
ont puisé là dedans leurs
maximes
,
& leurs Meditations
morales, nous y devons
avoir recours pour nostre
conduite; car enfin les Anciens
ont esté de grands Maistres
dans les moeurs.
J'admire Epictere.C'estde
tous les Philosophes Payens,
je ne diray pas le plus Chrestien
,
je hais la turlu pinade;
mais celuy quia eu des sentimens
plus Chrestiens touchant
laDivinité, & la conduite
de l'homme.Enfin,s'il
m'estoit permis, comme à
S. Hierôme, de faire une Litanie
des Saints Philosophes
du Paganisme, je reclamerois
Epictete après Socrate, & devant
Seneque. Ce dernier
Sagedel'Antiquitéaramassé
en sa personnetoute la vertu
& toute lasagesse desautres.
C\*ft le dernier effort de U
Philosophie mourante. La
bonté & la pureté de ses
moeurs, reluit dans sadoctri- nece qu'Arrienarecueilly
de ses paroles& de ses Ecries,
sont autant de solides re fiexions
qui contiennent une
excellente morale pour tous
les hommes. C'est avec raison
qu'on a donné à ce petit
Ouvrage, qui est un abregé
de toute la Philosophie, le
nom d'Enchiridion,qui signifieunPoignard
ouunearme
portative pour nous défendre
contre nos passions, &
contre toutes les choses tacheuses
qui nous arrivent
dans la vie. Nous ne devons
non plus estre que les Espagnols
sans cette espece de
Poignard. J'a pprouveencore
duVair, qui luv a donné le
nom de Manuel, pour nous
apprendre que nous devons
toujours avoir cet enseignemensàla
main,& en faireune
continuelle étu de. Mrl'Ab-t

,
continua le Marquis, qui
sçait le prix des choies & les
unir à propos ,
n'est jamais
sans Epictete, & il a fait relier
son Enc hiri d ion avec les
Reflexionsmorales deMrde
la Rochefoucault, qu'il porte
toujours sur luy. Que extte
unionestjuste&raisonnable!
qu'il y a de plaisir à faire le
tiers avec deuxaussi honnefies
gens! Saint François de
Sales devoit une partie de sa
saintetéàl' I mitation de Jesus-
Clirift, & au Combat spirituel
, qu'il portoit toujours
sursoy reliez ensemble. Nous
pouvons dire aussi que Mr
l'Abbé doit une partie de sa
sagesse& de sa vertuà Epittete,
&auDuc de laRochefoucauld
Envérité,Mrle
Marquis,vousoutrez leschotes,
dit l'Abbé, il ne s'agisfoit
que de loüer Epictete, &
vous loüez tous ceux quiont
de la vénération pour luy.
Gardez ces loüanges-là pour
vous, il n'y a personne qui
les merite mieux, parce qu'il
n'y a personne qui faire mieux
son profic decet Auteur. Il
est vrayque je l'ethnie
}
mais
ses conseils font un peu trop
au dessus de ma portée j & à
ne vous rien déguiser, sa Philosophie
n'est pas trop de
mon goust. Il en est de ce
Livre cy comme de bien d'autres.
On les veut avoir,on les
lit, onles porte mesme sur
foy, mais Jpitn souvent plûtoit
par vanité, pour paroistre
vertueux ,ou sçavant,
que pour devenir meilleur,
ou plus habile, que parinclination,
ou par étude. Ainsi
Monsieur, , ne tirez point de
consequenceàmon avantage
des deux Livres reliez ensemble
que je vous ay prêtez.
C'est toujours une bonne
marque, dit le Docteür, que
d'aimer les bons Livres. La
difficulté consiste à les bien
choisir; mais chacun a bon
goust là-dessus, & je ne blâme
personne de suivre son
inclination en cela, car il est
certain qu'on, profite plus
avec les Auteurs qui ont du
ra pport avecnostre genie &
nostre humeur. Quel profit
peut faire un esprit doux &
poly avec Tertulien ? Il est
d'excellens Peres del'Eglise,
& d'excellens Philosophes de
toutes fortes de caracteres,
choisissezceluyqui vous ac.
commodera le mieux; il s'agit ne que de bien faire & de
bien vivre, chacun vousl'seigne en- également en samaniere.
Je m'en tiens à Seneque,
dit le Chevalier, & je-"
me ferts pour ce.ftiier" del'Ouvrage,
qui a ramassé dans
un bouquet toutes les rteurs
de cePhilosophe. Je me faciguerois
à les chercher dans
les Ecrits , quoy qu'ils en
soient pleins;plus les choses
font agreables & faciles, plus
elles apportent de fruit pour
l'instruction. LeCardinaldu
Perron preferoit Ciceron à
Seneque, &c Messieurs de 1
Port Royal méprisentl'un&
j
l'autre. Mais ces Sçavans me f
permettront d'estimer Cice-
,
ron, & d'aimer Seneque,&| n'en déplaise àmon Coufin
le Cardinal du Perron, car t
j'ay l'honneur d'estre son Parent,
je préfere Seneque à Ciceron,&
unedesesEpistres
à toutes lesOffices&lesTufculanes.
Ciceron n'excelle
que du coste de l'Orateur. Il
est beau de tous costez, dit
l'Abbé,mais on doit regler
son estime & son amitié pour
les Livres sur le profit qu'on
en tire, & non pas sur l'opinion
&le goustdes Auteurs:
Que l'on condamne Epicure
tant que l'on voudra; que
sur ce nom le Peuple se révolte
contre sa morale, ce
Philosophe aura toujours
l'approbation des efprics raisonnables
& des honnestes
gens; parce qu'il ya toujours
du profit à faire dans ses
Ecrits. C'estoit le Favory de
Seneque,& jene fuis point
surpris de la réputation que
MrdesCoutures s'estacquise
en donnant sa MoraleauPublic.
Mais Mr des Coutures
a donné la sienne en mesme
temps, interompit le Chevalier;
car les Reflexions qu'il
y a jointes en font la plus
grande partie Quoy qu'il en
soir,repritl'Abbé, c'estun
bon Livre, ôc qui est écrit
avec beaucoup de politesse,
& d'agrément. Il estla quelque
part,ditle President,&
j'ay aussi sa traduction du
Poëte Lucrece ; mais vostre
mot d'agrément me fait rire.
Il est extrémement à la mode;
on le trouve dans tous les
Ouvrages nouveaux, & on
luy donne diverses significations
qu'il n'avoitpas autrefois.
Maisn'est-il pas étrange
que des gens fassentdes Livres,
quin ont pour tout acquis
qn'une douzaine de
mots, sur lesquels ils sont
rouler tout un Ouvrage. La
plufpartdes Auteurs moraux
&reflexifs, pour parler commeeux,
ne font pasexempts
de ce defaut. Qui leur ôteroit
les mots demediter oedèmeditations,
de réfléchir & de
reflexions, de speculer & de
speculations, de sage & de
sagesse, de Philosophe & de
Philosophie, détruiroit toute
la morale que nous debitent
ces faux & nouveaux
Philosophes. Ces gens là devroient
plûtost faire des Romans
que des traitez de Morale
&de Sagesse; mais toutle
monde veut faire le Tartufe.
Ainsi nous pouvons dire
adieu à la faine & veritable
Morale, si nous nous amusons
à écouter davantage le
chant de cesSyrenes dusiecle.
Le President alloit continuer,
&iln'estoit pasaubout
de sa Critique, mais un de ses
gens vint l'avertir qu'on avoir
servi le dîné. La Compagnie
s'estant levée, il nous mena
dans un appartement trespropre
, où nous trouvâmes
un grand & magnifique repas.
Onn'avoit rien oublié
de ce qui pouvoit contribuer
à la bonne c here. Jenevous
diray pointaussi quece futun
Banquet des sept Sages, nous
n'estions quesix,&cesMessieurs
les beaux Esprits (e
réjoüirent comme d'autres
hommes. L'on dit de belles
choses
, mais on ne longea
pas toujoursà les dire. Vous
vous étonnerez sans doune,
de ce que parmy tant
de Demi- dieux il n'y avoit
pas une seule Déesse,&vous
croirez peut-estre que l'on
avoir banni exprés toute occasson
de galanterie,. d'une
partie que l'on avoir faite.
pour
pour les plaisirs de l'espris:
seulement. Ce n'estoitpas
-cela, Madame;une ou deux
Aspasies auroient fort bien
trouvé leur place dans ce Banquet
academique, mais l'in-
- disposition de Madame la
Presidente l'avoit empêchée
de venir faire les honneurs
de sa maison ,& Madame la
Marquise eu à Paris il y a deux
mois: ce quifaisoit dire fou-
VcniauChevahcrôe au Marquis
,qu'il manquoit quelque
choseacetteFeste, & que
les pîaifirsd^ l'homme sur la
terre n'estoient jamais accomplis;
carc'estune des maximes
du Chevalier, que les
Dames sont l'assaisonnement
des Compagnies,ôc qu'il y
en faut toujours un peu.
Aprés ledîné, qui fut assez
long,on se leva detable,
& voyant que la chaleur
estoitdiminuée, on proposa
de prendre le divertissement
de la mer. Nous allâmes donc
sur le rivage, où nous nous
mîmes dans un Bateau qui
ne sert que pour la promenade,
& qui est richement &
galammentéquipé.LeNavire
d'Argos,le Vaisseau que
nionoa Platon,la Barque de
Seneque,n'ontpas porté une
plusnoblecharge. Lameren
étoit toutefïere,&ses flots en
kumùitnr d'or^Ueil.Aïniïîlinies-
iVous portez insensiblement
à la vûe des Isles de Ger-
,
zay & de Garnezay -
,
& après
avoitfaitplusieurs touts dorçi- rtîCtJÎTriôttiphe surceredoutabfe&
terribleElement,nous
vinmes aborder au pied de
ciître Terrasse dont je vlUs
ay parlé. Nous montâmes
dansle beau Salonpour nous
re poser; la colation nous y attendoit.Comme l'air de la
merdonne de l'appetit, quelquesuns
mangerent un peu,
mais voyant que la nuit approchoit,
nous primes contre
du Président, qui nous
laissa aller avec beaucoup de
peine, & nous arrivâmes icy
surlesdix heuresdusoir.
Toute autre quevous, Madame
prendroit peu de plaisir
à cette Relation ;mais
comme je sçay que vous vous
interessez dans tout ce qui
regarde nostreillustreAbbé,
vous ferez- peut-estre bien-
,aise d'apprendre de quelle
maniere il pusTe icy le temps.
Jevoudrois qu'il se fust don^
né la peine de vous faire ce
recit, il s'en seroit acquitté
de meilleure grace, mais je
puis vous assurer qu'il ne l'auroit
pas faitavec plus de toinr
de vous plaire, puis qu'il n'y
a personne qui foitavec plus
de passion que moy, vostre
tres, &c,
J La galanterie qui fuitvous
divertira Elle est de Mr de
Serencourt de Mondidier.
LA LINOTTE. s 4ns moy, sans fin heureux. :
secours,
yojirc Linotte, Iris , auroit fin,
fe9 jours.
Depuis vojhedépart languiftntt,t à muette
Elle ne (t connoissoitplu*.
Tous mes foins efloientfuperftuSy«i
EÛeefloit sourde à ma fleurettes rAVOiJ beau lDJI parler de vous..
Yoflre nom qui devoit luy donnent
un ton douK,
Semblait augmenter fouftlencet>\
le la lfatois de tefpetance
Quelle vous reverroil, & que 1/0"':;
firt retour
Devoit luy marquer vostreamo.',
A twiei mes raisonselle estoit insensible.
La voyant sans force & sans
VOtK , le la crus morte mille fois
, El cette crainte» Iris, ma paru
flus terrible
Que je ne puis vous l'exprim-erx
fallois nuit &jour à sa cagl;
le tàchoia d'wiitetvofhe Aimable
langage»
Je luy disois quil fallût vousaimer.
Aulieu de me répundre elle battoit
de l'aile,
ïeflotstmpùiffantauptèsd'eHey
Et mes voeux3 ma voixMa
main
Estoient unsecours foible &vAin.
Enfiny desesperè
, craignant tvut
de vous-mesme,
Qui m'aviez confié le fort de cet
Oiseaus
.le crus qu'il III, faUoit un "mp".
gnon nouveau. néj" d'atitrefoifrajbxaveconfoin
extrême,
4voient )mais inutilement,
Taché aadoucir son tourwent.
CI comp 'gnon nouveau luy redonne
la
vie,
C'efiun Serin qu'on dit ejhi de Cilnarie
» mais je croy bien plutofi qu'il efi
venu des Cteux.
Son chant efi tout mifierieuxi Ilcoulemille tons, 6 ffail mille
quer la note
Avofire charmante Linote.
Elle reçoit bien ses lefons;
JEue apprend du Sertn les airs &
les chanftns)
Et lors que le ôerin Fappelle,
Voftte Ltnotte est unEchofidelle.
Il rien falloit pas moinspour J'Oi-
Il seau ny pour moy ; ne cratnt plus la mort> ny mof
vftrereproche.
Gface au Serin» tous deux>far un
je ne foy quoy , D'un charme plus puissantnotu
ressentons£approche.
Mille gem ditoientque l'amour
jiptatnfi surtoutes chofes9
Et que telles Metamorphoses
Font fenttramx dmans des tranf~
ports nuit & jour.
Chacun scait ce quecest qu'un
amoureux martire,
Maissansrien s'appliquer, iris,je:.,
fuis vous diret
Que cet exemplenous fait voit
Combien îamour a de pouvoir.
SI vous /entierce que cesi que sa
fîame,
Si vous pouviez^ lire au fond de
mon ame,
Vous ffastie&, belle Irist quece
, qui vient de vous
Mais c'en eji trop ) parlons de la
Linotte.
Jille d four son ysmans un son
charmant&doux.
Que ne pui*-je chantet sur cette
mefmc note !
Voicy d'autres Vers, fairs
par un Abbé qui n'a pas
moins de genie pour la Poëfie
Françoifc que pour la Latine.
MITATION DE L'ODE
d'Horace qui commence
par,
Qnem tu MelçomencJbneL sCavante Mufe de la Scene,
Sage & divine Melpomene,
Celuy qui de tout temps docile à vos
levons
A ) teceu de vos yeux un regard
favorable,
Jlfèpriferaîèclutleplusdurable9
Et vivra content de vos dons.
Ji riira paj chercher la gloire
Au milieu des sanglans combatsy
Et la plus tUuftre viEfaire
Nta.'ht pour luy que de faibles
appas.
Ami dudouxrepos dansun[ombre
boccage> ilpaffcrasesjoursassîs près dan
rivage,
Resvant tranquillement\ & composant
des Ven
Qui feront bruit dans tPniVe'rl.
Dans Partsaujourahuy les plus
fameux Poètes
Daignent me mettre enfin aurang
des beaux e[p'itS
DJjll les envieux & leurs ligues
secretesY
Rattachent moins à mes Ecrits.
0Mufe>qui rtglezj.es accords dt
ma Lire,
Quipouvez^ animer les rochers éf
les bois,[rerlavoixt
Etd*un Cygne mourant leur infpi-
Si chacun Amtllnttnanl s'emprejje
pourma Lire,
Si le passant m'ohferve & me fui-
; vant des yeux t Tient aitachexfor mei fis regards
curieux>
Si je plats, &si je refpite,
Par vous jerespire &je plais,
El si quelquun mlapplaudit &
m'admire, il nadmire que vosbienfaits•
1
Je vous ay promis une seconde
réponse à la Lettre
d'un Peripateticien
, que je
.¥)US envoyayil y a deux ou
trois mois. Il faut vous tenir
parole.
RESPONSE
D'UN
-
CARTESIEN- IAy lû,Monfipur J' dansle
Mercure du mois de Février
dernier, une Objeéîion contre lofmÎQndciJMDescartestouchant
les sensations ; mais quoy que
cette ObjeÛion ne foit point nouvelle
, C4 nattaque pi6 moins fexplication qu en donne la phi.
lufophie de ECO"C.> que la sienne,
elemériténeanmont Pne Réponset
pour la fmceritt qui paroist
dans la Lettre de celuy qui l'a proposée.
Voicjkquojse réduit cette
Objeflton.
Si l opinion de Mr Dtfcdrtes
tjloitimitable, Zur L'ame efl le
sujet unique desjentimensdejoye e de trlftefJe, de piaifir & lie
douleur quellerejjent (7 que le
rorts, comme estanttout'miteriel%
en est incapable,cnm"ef que la t 1,z
caujt occajtonnellcde ces fenrimens,
il s'enfuivroit que J C n'auroit
ritnfuuffert pour nous; car les
Peres tiennent qu'il n'a rflépjjji-
'bie qu en (a. partieinjeriTurc,0*
que (on Ame fairite jou'jjoit dela
*vijt<M beausiquedes lemoment de
sa création& de[onunion hypo.
JlatiqueavecleVerbedivinjionobfiant
tous les tourmens quil
souffroit. Or il implique contradiêlion
de croire que ïÂmedeJ,
C. ait pû en me(metempsjouirde
Li vision beatifique
, qui exclut
toutesfortes depeints, &souffrir
des douleurs extrêmes dans
Us tourmens Donc ilfautcroire
que i'Arnc deJ. C, na Pm fflé
heureuse dans le temps defestour
mens les plus cruels, quoy que le"
contraire paroiJJeun dogmedefoy,
non à la ventédécidé p.'lr aucun
Concile ,mais dont personne n'a
jamais doutéiouqueAd Defcar'
essep trompe en mettant uni
jumentdans lamede l'bomm le
hleegge du plaijir (7 de la douleur,
Comme par cette objeÛionil
êmble qu'on ait voulufairenaiire
uneconteflationentrela TIJeoûgie
Cm la PhilojOphieJ & que
ar le refpeft qui cfl dû à lune on
l-iitt vvoouulluu ff~ermer la bouche à l'au.
re) il fera bon dediftinguer d'alord
leurs différent caralieres par
uelquesproportions,qui çonduiotntdniaftfuircelulelmtéent
àla décision de proposée.
La Theologie donneà l'homme
t connoifJanee. des miftcles de
lieu-, La Philosophiecfl uneconnoissance1ou.
pour mieux dire,
une recherche descauses naturelles
Lapremiereajjvre tholtlme de
lavéritédesmifleres,sur lefondement
de la révélation divines
quelque élever,que ces mifleres
Joient au dejJlM deson ifPritJricn
n'eslans plUt raifinnable que de
croire à la Parole de celuy qui efl
la Verité me/me, & desefoumettre
àsonCréateur. Lafeconde
donne àl'hommeunegrande matitre
d'exercer son esprit, chacun
s" eslans fait différentes routes pour
arriver à la connoiffancedescauses
naturelles
,
sans s'en eflre pû..
apurerjusquàpresent que d'un
petit nombre. Mundum tradidit
disputationibus eorum.
Mais il ne fautpas croire queles
voyes, par lesquelleschacuncherche
lavérité dans les choses naturelles,
nesoient pas bonne,sousprétexte
que la foiblesse deson ejprit
ne luy permet pas de les pouvoir
concilier avec les misteres
3
nespouvant
trouver de proportion entre
les chosessoumises à saraison, çy
celles ausquellessaraison doit estre
soumise. Ce sera uniquement le
partagedesBienheureux dans
l'autre vie,où voyant Dieuface
à face, ilsdécouvriront en luy
le principee les rapports de toutes
Usvcrite%mi&le concours heureux
de toutes les differentesvoyes
que Dieuavoitdonnées à l'homme
pouryparvenir.
Quoy que tous les misteres de
Dieu soient d'une certitude égalementinfaillibles,
iln'yancanmoins
que ceux qu'il luy a plû
revcler aux hommes, qu'on puijje
dire estre matiere de foy & À
l'égard deceux qu'il ne leurapoint
revelez
,
il est dangereux d'en
vouloir rien déterminer par les
conjectures de l'esprit humain,&
témerairede vouloirproposer aux
autresses conjecturescomme articles
d?foy.£ejlfur ces principes
quon peut juger foliiement 3 si
lapenséedeMDcfcartes
, que
c'est lame quiefl lejujet unique
du plaisir e de la douleur, (si
opposée àla mérité defoy,Quey'
C. a ventablementsouffert pour
nous, par lestourmensquii a endureZ!,
our lejalut des hommes,
> LaFoy nous oblige de reconnaîtreenJ.
C. Iunion de deux
natures, de la nature divineav^c
la nature humAine;pour procurer
Iffilut des hommes par lessouffrances
d,unHomme Dieu,pArce
que la nature divine eslans incapable
de fouffiir la peine deue au
pecbé de l homme, dontil avoulu
se cbargir, &la nature humaine*
feule ne pouvant mériter le par
J
doua l'homme par quelqfUS:fouf
: frances epte ce fttft
J
lunionJeule
de ces deux natures en une per.
sonne ,a pû allier ensemble le mérite
des Joujfrances avec la capacité
de Jouffrir; mais cette union
n'a pointconfondu ces deux natures
, & la bajfejje de l'une na
rien diminue de U grandeur de
l'autre.
Le Verbe divin qui estoitDieu,
n-a pas cessé de l'cftre^ nypar confiquent
alterer en rien lesouverain
bonheur epitl trouve dans
Idpojjejjiondc luy mesmey nMvbfiantfionunion
a une nature infirme
& passible
,
tellequefl la
nostre,&qu'il riaprise qu afinde
pouvoirfioujfirir pour nous; mais
il rieflpascertain d'unecertitude
de fioy
J
que dés le moment de cette
uniont la divinité de J. C. ait
communique à sion ame tous les
avantages de la Gloire éternelle,
& de lavifion beatifique, dans
une plcnitude entiereJ continuelle,
CF[ansirnerruption dans touflef
momens defiavie. Nous pouvons
bien croire que J. C-commehom-*
me , a eslé incapable de tous les
defiwts des hommes ytels quesions
l'ignorance5 la prevention, les
jfaufjes opinions, les doutes, ÜsÍ
incertitudes; qu'il a eu en naissànt"!
une pàrfaiteJageffc;qu'il a esle
impeccable) cr affurépourluy. -'
mesmedusalut quileflvenuapporter
& faire meriter aux aultrès.
Nous connoïssons encore par Ecritureque le Verbe divin s'est
sèrvi detAmedeJ C. Homme,
comme d'un canal pour communiqueraux
hommesferdivines in-
JfruÛîons} (jr leur montrer la
voyedusalut, &' quepourautorisersadoélrine,
ils'est jervi de
l'attouchement même desonCorps
pour faire les plus grandsmira-
TAcles que lors desa Transfigul'arion
ration ilafaitparoiftreau dehors
sursonhumanitéquelques rayons
de sa lumicre i mais comme il
anjoit choisi la %'ojedesfoujfran»
ces &dela mort pour acquérir à laj& àfs Elûs la pojjejjïon de
la Gloirey il a 'Uoulu je donner
toutes Usfoiblesses qui le pou-
DQent rendre plus capable de
0uffrir, a9 bien loin de diminuer
(es foujfrances
, comme il a fait
dans lessàints Martirs
, par la
Veut de la Gloire qutlpojjedoit
rommedieu,equ'ilestoitaffuré
itpossederbien rostcomm, hornmt,
ÊP par lacharité ardente qui le
ïottoita,0t-les hommes
O* *fatisfairtpour eux la justice
de Jon Pere, par un artifice
admirabledecettemejme charitér
il s'efi privé de tous as secours
pour pouvoir(ôujifrir davantagey
0* dune maniéré plus pure &
digned'unHommeDieu.Enfin,
prist d'entrer dans la carritrede
sessouffrances5 qui dtvoientestre
juiviesaujif tostdeJDn triomphe
il ne sy prépara que par cette
Priere admirable qu'il fit à fm
Pere apréslaCene, Clarines
me,Pater,claritate quam ha.
bui ab initioantequàmmundus
Hcrcr., &c. ce qui marque
bien que la gloirequ il foffeJWt
Je- tok&jterniti comme rDietfinc
fut communiquée pLinemem à
jw Humanité que par sa mon,
&' <*¥& fewort-, -& cytainfi il
tân cfyoit-pàînrencore en poffep
sson wnme homme,, avant &
pendant le temps de fis fouffranccï.
-Çestpoptrcjttoy il dit
luy mesme à Jes deux Difiiples
qui aUeiem à Emmatts le jour
desa RehtrreBion
t
Oporcuic
Christum pati,& ita intrare in gloriam suam ; &à sesautres
Disciples ensemble, Dataest
mihi omnis potestasincoela
& in terra. Ala verité l'homme p nepeut julerdts chofi-s de
Dieuqueparun esprit borné)&
parles njeuès quil apa'rrapport
à luy
5 ne comprenant pas qu'il
puijjeavoir en mejme temps des
fenumens opposeZ de joye çy de
douleur, y ne conçoit pas que cela
puiffi eftrc autrement en 1. C.
mais si l'on confiderequel'unité
de la Perjonnt en C. n'a point
confondu les deux natures si disproportionnées
qui la composent,
on pourra parvenir à croire que
lagloire de la Divinité du Verbe
a puJubftfter avec toutes les dou..
leurs que sonHuminitéafloufferles
a sa mort; gf comme ilJe*
roit indignede luy> de croireque
le prix defcs tourmens & desa
Mortria eftt a fort égard que la
glorificationdeson Corps, ilne
le Jeroit pas moins de croirequ'il
pourroit avoir mérité la gloirepar
dessouffrances qui riaurounteslé
qu'en Jon Corps,oùson Arne
n'auroit eu aucune part.
Si llonobPant ces raifonsy on
peut encoresepersuader que l'Amc.
del.C homme3/quon a tant
depeine à ne pas confondre avec
sa Divinité, a poDedé la gloire
dés lemo.ment deson union hjpopatzque,
ce n'est pas encore une
consequence, que par là toutebuijjance
de Dieu la jouiJJancc de
cettegloire naitpu egrefufpenduè'«
pendant ses tourmlns; car plu.
fleurs jours avant sa mort il marquaàses
Dtfciples que fonjime*
efloit dans le trouble.4u jardin1
des Olives il tomba dans un fi3
grand affoiblijjement
,
foit à laa
vue des tourmenshorribles qu'ill
alloit endurer, foità la vile desi
pecbei, de tous les hommes dont ill
s'alloit charger, foit suivant le
pensée de quelques Peres,à la vùh
de l'inutilitémesmedesesfouffrances
a légard d'une infintté dd
Pecheurs,quil demanda àfont
Pere d'en tftrt délivré; & aptés
un combat interieurCi nnibi
agonie qui luycausa une sueur de
rang , il furut avoir besoin du
recùHrs d'un Ange pour lefortifier.
Enfin ÀlaCrOlx ilfetrouva
dans une telle désolation
, qu il
texprima à son Pere celejle en
ces termes:Pater,uc quid dereliquifti
me ? Comment donc
peut on douterquel'Amede1. Caitfiuffert
dans ses tourmens cor.
porels, fôus prétexté de l'incom.
patibilitê pntendue de cet eflat
avec la vifton beatifique
, que
l'on veut quelle eufldés lors, si
cette mejme vijion beatifique ne
l'a pas empêché de souffrir des
peines inconcevables dans fin
Amemesme, efiantt cefembley
encore plus malaisé dallier dans
une mesme ame des sentimens
de joye avec des sentimens de
douleur parrapport a elley qua-\
vec desfntimcns de douleur par
rapport au corps auquel elle estoit
unie?
Quanddonc les Teres disent
que C. n'a souffert qu'en
sa partie inférieure, ce n'a pas eslé
pour detruire des verite^ si bien
établies par lEvangilemesmey
mais ilsont voulu dire feulement
quil n'a souffert que commehomme,
& non comme Dieu, puis
que l'humanité toute enttire en
J. C. comme une pure creaturef
estant infiniment au dejjous de la
Divinité qui l'a créée, efi veritablement
la partie inirituyr,&
quand on voudroit dijlinguer encore
unepartie inférieureen 1. C.
simplement comme homme,pourlui
attribuer uniquement les Jous
francesyce ne pourrait jamais estre
pour rattribuer au corps seul de
C. confideréseparementdeson
Ame, puis qu'en cet estat il auroit
esté incapable de sentiment,
mais à l'ame mesmeconjîderce
comme unie & appliquée à son
corps, à loccasion duqueleUe avoit
toussesfènriment, eJe pouvait
dire inférieure a tlle-mifme par
rapport à ses opérationspurement
JPirituellfs, e indépendantes Je
son cttrps; car tousles Philofopbes
font si perfuade% que c'tfl l'ame
qui fent, qu'ils ont imaginé dans
les besiesmejme une amesensitive>
par l'impojjibihtéqu'ily a
qu'une pure matière pUlPè finlir;
cr tout le monde est persuade que
tame de l'homme, quicommeplus
noble, a,félon les Philofopbes, lavantage de sentir & de rau'
sonner, est l'unique sujet du si'"
rimentyparce que ïameayant une
fois quitté le corps, il est visible
qud est incapable de tout finti.
ment. Cf que l'on objeéte à cela,
tft de dire que ce raifonnemcnt ne
prouve autre cbofe, sinon que le
corps a besoin de l'ame pour sentir
parce qu'il nepeutfentirqu il
ne foitvivant
; mais comme on
comprend bien moins que l'ame
puijjesentir par elk.mefmefans
tftre unieà aucun corps,celafait
ûuon est plus portéà attribuer
la sensationau corpsqua lame.
A quoy je diray d'abord que si
l'ona peineà comprendre que ïame
sans estre unieà un corps
fiif capable de sentiment, cess
qu'ayant toujours eslé dans le
corps auquel tUt a eslé uniedés
le momentde facreation, il rietr
pat étrange quelle ignore de quoy\
elleferoit capable dans un rftat auquelelle
n'a jamais eslé; mais il
rjl deja trcs-certain par la foj,
qu'encet estat mfmeelleefl capable
de fintiment
,
fui/que les
ames souffrent les peines de tEn±
fer & du Purgatoire^dés le moment
de leurseparation d'avec le
corps. Je répons en fécond lieu que
la necejjité de l'union de lame
avecsoncorps,ou avec quelque
corps, pourfaire la sensation, induitfeulement
que le corpsy con.
tribul; d'où ilnes*enfuitpasqu'il
en [oit lefnjet principaly & que
cefoit le corpsàproprementparler,
qui fente effectivement. Mais,
me dira-t-on ,qui vous A appris
quecejl l'ameplutojl que lecorps,
puifquc wons convenez déjà qui
le corps y contribue ? Je réfons
que cela se peut connoistre
,
en difiinguant ce dont chacun
sieuxestcapable}par les idées que
nous avons de l'un O* de l'autre.
Or dans la sensation ne trouvant
de lapart du corps qu'uneaélion
çu mouvement des objetsextérieurs
sur les organes du corps
£ïr un 1branlement de jes 0ganes
y & ne trouvant de la part de l'a.
me quune anairftémotion quisi
fait en elltIl à loccafon de fébranlement
des organes de son
corps,laquelle émotion efldifferen.
te, tant pAr 14 diverjitè de cesorganes
, que par laforce ou la foi*
blefjcde leur ébrAnlement, ilsenfuit
de là que le corps, à proprement
parler
,
rieff; que lA cauft
occafionnellede lajenjation.MaÃ
comme par ce terme de caufeocca*
formelletquelqu'unpourroitn'en
tendre qu un rencontreparpurCA
foituit,jedirajpourlefati>faire
qut lecorps eji linjlrument ordi
naire desjenjations de Iime.à L
diff rence des flammes de tEnfi
ou dk Purgatoire
y
qui par un
volontéparticulière de Dieu, que
ton appelle miracle
,
agiront immédiatement
sur les ames pour
tourmenter les unes &purifierles
autres .jnfques 4ux temps dessu
nez de Dieu , pour acquérir par
celles cy unepuretéparfaite,
à ïégard de celles-là,jufquà leur
réiinion avec leurs corps) quise
fera à la refurrcélion generale
pourfouffrzr t ensuite des tourmms
éternels, tant en elles nu/mes que
par 1 entrewife dr leur cçrps,
L'uniondedeuxpartiesaujjiopposéesquekf>
ntlame &le corps,
Ërq44nork( aauuçcmunn rraappppoorrttnnaattuu--
relknftmblc3est lUI des plut grands
chefsd*oeuvre de la SagfJJe de
Dieu;carc'efl par ce lien inconcevable,
que lamepeut Jttermi.
ner àsa volontécertains mouve*
mens de son corps, cm le trans
porter ou illuy plaifl Jans qu'elle
en pénétré le principe, & quelle
efl émuemalgréelle parlemouvement
que les objets extérieurs impriment
dans les organes de son
corps; & cess atrJi quelle a
communication avec les autrcs
corps) mcfme avec les efyrits des
autres hommes par la voje du
langage Et cette union efl d'autant
plus surprenante, que connoifJant
parfaitementces deux
substancesdanslepoint d
-
oppojttton,tellequ'ellejecin:
contrer entre une pensée (;}' ;J
pure matière
,
néanmoinsU 4
gcjJe admirable de l'Ouvrier q;t*
les. a llez,enfenible, nous lesfait
perdre de vile dans lepoint de leur
union; enforte qu'on efl très
- t mbzraeàfixer
les bornes de lune
&de l'autre; à l'exemple de ce
Cloufameux
)
moitiéfer&moivnior,
soude avectant d'adresse9
que fauted'enpouvoirapperce-
'Voir la liaison
5
plusieurs se font
'PQrte'.{ a croire que ce clou efloig
d'abordtout defer aeftecbartgeenorpar
le moyen de laPierre
pbilofophale.
L'on petit comprendre combien
lcette union est intime, en ce que émotion de lamefuit desi près
ce
qui se pajje dans le corps, qu'on
.n'aperçoitaucun intercalede tems
entrelaélwndes objetssur le corps,
l'ébranlement desorganes&lafin.
fation de lume.Cela paroist fifim.
pleJqu'on a peine a l'Attribuer a
un composé de deux parties auss
dijferentes que le fontl'ame&le
corps; & la pluspart du mondi
confondant ces trois chofts enfin..
blcin'enfait qu'une feule assion
que l'on appelle sensation. MAi.
riy ayant en tout cela que l'attion
exterieure des objets quifrappe
lesyeux &les AutresJens,&le
sentiment qui senfuit Aussi tQfl
dans l'ame,rieftantapperclique
de lame
,
qui en est frappée,
cela fait que ceux qui raisonnent
sur le seul témoignage de leurs
fins,attribuent plutofllafenfation
au corps qu'àCame, ou du
moins efiiment que fame ne fent
que parfin corpsedansfôn COtpS;
quoy qu'àdémêlerpar la-raison ce
.qui Je pAjJe dans L'un & dans
l'autre,een distinguant ce dont
chacun cft capable, on nptye bien
que cesst'ameejfettmcmunt qui
Jenta loccasion de laftion qu'impriment
en elle les organes ébranle^
par les objets exterieurs. Orcette
aélion des organesébranlé%
J ne
peut (stre appellée du nom de sentiment
que dans unesignification
très-impropre & très-différente
de ïidie que chacun a du senti..
ment, & ilnj a que l'émotion
que souffrel'âme à L occasion de

ces ébranlemens, qui merite le
<
nom defintiment.
Nous en sommes encore con.
'Vaincus par l'experience de ceux1
qui ayant le bras coupérecemment, (4
Jentent encore de la douleurquils i
aoyent tflre dans ce brai qu"ilsq
riont p-lu-s -- - - f
; & pir l'experience
des membresattaque^ de Para[y,.
fie, qui quoy que mus violemment9
neantmoins les ferojlîiezabondantes
qui remplirent les nerfis> em.
pcfchant le mouvement des ejprits
animauxojlent presque tout/entk
menta ces petformes
s en empeschant
l'ébranlement des organes
qui pourroit l'exciter.
JMais de quelque manière
qu'on explique la sensationy que
ce foit l'ame qui souffre par le
corps, ou. l'ame à loccafion du
carpsylejentimentestant toujours
injeparable de l'ame jje ne vois
pas de raison quonveuilleplutojt
faire une berepe à Mi: Dcfcd-rtes,
d'avoir diflinvué dans lasensation
ce qui sy passidela part de l'amt
& du corps,qu'auxantres Phi-:
lofophes de tavoir entendu iune
maniere confuse,quiattribuéautant
la sensation à lame qu'au
corps, & qui ne peut s'entendre
sans que lamey participe
,
si la
part qtlj prend lame ne peut
compatirttommeonleveut,avec
la gloire&* U vssion'èeatifique.
L'Ouvrage qui fuit merite
vostre curiosité
; il est de Mr
de laFévrerie.1
LA DEFFENSE
DES BOUTS-RIMEZ,
OV
Réponfià laLettredeAdr
,
de Bellocq, qui cil dans
le MercureGalant du
moisdeJuillet 1694..
M 1 !1.. Es Amis de Cabinet
qui sçavent mes goûts,
&mes sentimens pour les ouvrages
d'esprit,s'etonneront
sans doutede me voir prendec
la deffense des Bouts rimez,
pour kfquels je leur ay
toujours marqué assez peu
d'inclination, & mesine pour
le Sonnet ordinaire, qui est
entre les petits POëlUtS) le
chef
-
d'oeuvre des Poëtes;
mais quoy qu'on n'aime pas
certaines choses,on ne laisse
pas de les estimer, &de les
loüer quand elles le méritent,
& qu'elles ont l'approbation
des habilesgens,&desconnoisseurs.
J'aychargé autrefois
mes tablettes & ma memoire
desplus beaux Sonmets,
sans oubliermesme celuy
luy ic Desportes,qui faisoit
les délices de Henry III. &
qui valut dix mille écus àce
Poëte. C'estl'ouvrage d'efpric
lIr plus precieux, & qui a elle
le mieux payé. Je recite encore
souvent les Sonnées de
Job & d'U ranie, & si j'avois
esté de ce. tem ps là, j'aurois
esté Jobelin,ou Uranin, car
assurement j'eussepris party,
&je n'aurois pas fait comme
Balzac., & plusïeurs autres
beaux Esprits
,
qui n'osesent
jamais se déclarer ny pourny
contre. Les Bouts - rimez de
Sarasin sur la mort du Perroquet,
m'onttoujours plû; &
pour venir à ceux que Mrs les
Académiciens de Toulouse,
nommez Lanternistes, ont
propofezau Public,je trouve
le Sonnet du Chevalier de
Pont, qui a remporté le Prix,
fort beau. Peut estremesme
qu'on m'auroit vû dans le
Mercure Galant luy en disputer
la gloire, si d'autres occuparions
ne m'en avoient
empêché; carquand ils'agit
d'un Prix à la loüange du
Roy
,
il est difficile de n'estre
pas tenté d'entrer dans la lice
comme les autres. C'tlt
une témerité qui est pardon-.
nable. Aussi j'avouë que ce
n' est point par prudence ou
par modestie que je ne l'ay
pas fait; mais à l'heure qu'il
est, je ne m'aviferay pas de
grossir le triomphe du Vainqueur
par le nombre des
Vaincus. Je fuis plÛlOtl: d'avis,
battu pour battu
,
de
prendre le party des Boursrimez
,que je voy tom ber en
ruine, si quelqu'un ne s'oppose
à Mr Bellocq ,qui vient
de leur faire une cruelle guerre,
dans une Letrre fort spi.
rituelle, & galamment écrite,
t
qui se trouve dans le Mercure;
Galant du mois de Juillet dernier.
L'entrepriseest hardie,
maiselle est loüable, quand
mesme je n'y réuffirois pas,
& si j'y réussis, quel honneur
n'auray-je point d'avoir combattu
le General Bellocq
» rétabli les Bouts-rimez, &:
défendu lacause des Lanternistes?
Cela me donne des
idées qui me réjouissent pa
avance, &qui me font pren
dre la plumeaux perils de qui
il apparciendra. -
Cependant comme j'en
treprens feulement ladefense I
des Bouts rimez
,
& que je
n'aynullement en vûë d'attaquer
M1 Bellocq, pour qui
j'ay toute l'estime&toutela
consideration que ses Ouvrages
J
peuventinspirer dans
l'esprit d'un honneste homme,
je n'ay pas dessein de
faire une Critique de cette
Apologie,quoy qu'il foit
permis de repousser la force
par la force. On ne doit donc
pas s'attend re que je m'atta.
che icy à examiner sa Letrre,
& son Sonnet pour Madame
la Princesse de Conty. La
Lettre est pleine d'esprit, de
sel, & d'agrément, & s'il y
quelque chose de dur &
di
violent qui recombe sur Mrs
les Lanternistes, c'est à eu»]
de le peser,& d'y faire toute
l'attention qu'il leur plaira.
Pour le Sonnet, l'incomparable
Princesseà ia gloire de"
laquelle il cit fait, le met à
couvert de toute censure.
Neanmoins comme l'Auteur
arelevé luy-mesme le mot de
J.tobufte dans le sens qu'il
luya donné, & dont il se fait
un scrupule, je veux bien luy
dire ma pensée la.d,,ssus)&je
le fais d'autant plus volontiers,
que cela peur servir aî
l'intelligence des Bouts rimez,
& pour les julttfler auprés
de ceux qui sont prévenus
concre ce genre de Poësie.
Il est surprenant que !\,P
Bellocq, qui se récrie tant
contre la bizarreriedesBoutsrimez,
ait rendu celuy de Rohaflt
barbare
,
de propre ôc
simple qu'il eltoua par rafplication
metaphorique qu il
en afaite. A le bi n prendre,
les Bouts rimez doivent estre
composez determes propres,
naturels&usitez,quoy qu'ils
paroissent heteroclites & barbares,
& toute leur singularité
ne vient que de leur arrangement,
& du peu de convenance
qu'ilsontensemble-
Il est vray que pour les remplir
plus facilement, on peut,
leur donner un sens figuré,
O mais il ne faut pas abuser de
cette regle
, autrement on
fait un Sonnet en galimatias,
qui n'a rien de naturel, en
quoy consiste toute sa beauté
;
naturel difficile à attraper,
& qu'on ne trouve qu'en
s'éloignant de la metaphore,
& en Lissant aux mots leur
signification propre & ordinaire.
Cette façon de parler
est trop hardie,surtoutdans
un petit Poëmeoù tout doit
estre poli, exact & correct.
Cette epithete pourroit passer
dans quelque description
d'un Poëme Epique, où la
fougue du Poëte, qui ne luy
donne pas le loisir de réflechir,
efi. pardonnable; mais
icy,où l'on doit agir de sang
rassis, on ne luy fera point de
grâce, ny de quartier , par
la raison mesme qu'il en devroit
leplus attendre pour la
beauté & l'élegance deson
stile, qu'il a fait paroistre ailleurs.
Un celebre Auteur, ennemy
dangereux & redoutable,
& qui avoit lçu joindre l'adresseà
la force,tenta autrefois
la deffaite des Boutsrimez
, mais si Dulot fut
vaincu, & les Bouts-rimez
mis en fuite, la défaite ne fut
pas entiere
,
& le vainqueur
ne joüit paslong
- temps du'
fruit de sa victoire. Comme
Sarazin entreprit cette guerre
sans necessité
,
& seulement
pour complaire à un grand
Prince qu'il servoit, il sir paroistre
plus d'emportement
& de faux zele, que de prudence
,& de conduite; car
puis qu'il avoit rempli avanr
la défaite des Bouts-rimez,
ceux qu'un fameux Ministre
d-EHat avoit proposez sur la
morr du Perroquet d'une Dame
illustre dela Cour, il ne
devoit pas détruire ensuite ce
qui avoit contribué à sa gloire,&
pouffer de la sorte nn.
venteur d'une chose quiluy
avoit esté si avantageuse. Je
sçay bien qu'on a loüé Sarasin
d'avoir employé les mesmes
mots prescrits à la défaite
des Bouts rimez, en faisant
de ces rimes burlesques, les
HerosimaginairesdesonPoëme;
maiss'i l y a deteipric,&:de
l'inventionen cel a,il y aaussi
de la rufe & de la malice, 6c
je doute fort si ce ridicule ne
rejallit poïnt sur la Dame qui
pleuroit son Perroquet, &
sur le Ministre qui avoit donnê
les rimes pour faire son
epitaphe.
Mais quoy qu'il en foie,
ces deux formidables ennemis
des Bouts-rimez,onttenté
une entreprise vaine, & à
laquelle ils n'ont pû réüssir.
Dulot vaincu avec les quatorze
Generaux,& ses Troupes
taillées enpieces dans la
Plaine de Grenelle,n'ont pû
abatre & ruinerce parti. Cette
Plaine a esté comme le
Champ de Cadmus,quia
produit de nouveaux Soldats
quil'ontrelevé,& qui le foutiendront
toujours malgré
tous ses ennemis. LesBoutsrimez
,semblables aux Gots à
sqiui Mr Bellocq les compare
plaisamment
,
ontreparu
de temps en temps ,
& fait
des coures sur le Parnasse
François, où ils ont bien la
mine de regner plus longtemps,
que ne firent ces Peuples
dans les Gaules : & comme
s'ils avoient la mdme
destinée,ils ont choisi aussibien
qu'eux le Languedoc,
& la Ville de Toulouse pour
retraite, & poury établir leur
em pire, sous les loix&la conduite
des Lanternistes,Chefs
qui ont succedé glorieusementau
fameuxDulot.Quelle
joye pour ce Dulot, lors
qu'un deces Lanternistes luy
viendra annoncer quelque
jour,dans les Champs Elisées,
le rerablissement de ces chers
enfans
,
& fidelles sujets les
Bouts-rlmcz! Quelle gloire
pour ces Lanterniites de les
avoir ralliez, & mis non seulementen
estat de tenir teste
à leurs ennemis
,
mais d'aller
de pair dans l'empire de la
Poësie
, avec tous les autres
Poëmes, & d'avoir la Muse
Terpficore pour Patronne, &
Apollon mesme pour Protecteur.
A prés cela, on aura beau
faire, on ne viendra jamais à
bout de chass r les Bouts rimez
du Parnasse. En vain on
presentera des requestes à
ApoBaa ; en vain on les décriera
à la Cour & à la Ville.
La Muse enjouée & badine
qui préside aux Jeux Poëtiques
,aura soin de les deffendre
& de les proteger, & ils
seront toujours le divertissement
des jeunes Poëtes , &
des personnes galantes qui
aiment nostre Poësie.AVersailles
comme à Paris,à Paris
comme à Toulouse,on sera
cLs Bouts-rimez ,on les remettra
sur le tapis, & ils red
viendront à la mode l'en
en comme des Proverbes; ils
sont décriez, on plaisante de
ceux quis'en servent;cependant,
on jouëencore tous ks
jours aux Proverbes. C'estun
jeu, dit-on;& je repons que
les Bouts-rimez sont aussi un
jeu quiamuse, & quifait plaisir
aux personnes spirituelles
qui ont du genie pour les
Vers. Toutes les Sciences,
tous les beaux Arts, ont leurs
jeux, ôc leurs délassemens,
pour ceux qui s'attachent
avec trop d'application, ou
quine font pas capables d'une
meditation profonde, &
d'untravail assidu.Telles sont
les Recreations Mathematiques,
les Questions, les Experiences
}
& les Problêmes
dans la Philosophie & dans
la Morale, & les Bouts-rimez,
les Rondeaux, & les
Balladesdans nostre Poësie,
pour délasser les Poëtes qui
travaillent à des Poëmes serieux
& de longue haleine,
ou pour amuser ceux qui ne
font des Vers que pour se
divertir. Mais de tous ces
Jeux poëtiques, il est certain
que les Bouts rimez font les
plus spirituels & les plus agréables
dans - les Compagnies,
& j'ajoûte, les plus
propres pour exercer un commerce
avec les Dames & avec
ses Amis. Tout le monde n'a
pas de genie pour lesImpromptu
; il faut rêver quelquefois
longtemps pour bien
tourner un Rondeau,&pour
en faire un bon, & du goust
de Marot&de Voiture, mais
pour remplir des Bouts rimez
il ne faut qu'un peu d'esprit
& de feu d'imagination, Se
sçavoir la mesure des Vers,
on fait un Sonnet dans un
moment. Les meilleurs & les
plus heureux font ceux qu'-
on remplit sur le champ, ôc
dont les rimes sont les plus
heteroclites. Je parle dans
les occasions de galanterie
où l'on jouë & où l'onbadine;
car en matiere serieuse,
& dans le stile sublime, far
vouë qu'ils sont tres-difficiles,
& qu'onenfait peu d'excellens.
C'est mesme un fort
bon moyen pour apprendre
àfairedes Vers & à compofer
juste,parce qu'on apprend
- par là tout d'un coup larime,
la mesure du Vers, & la suite,
-
&laliaison dudiscours, sans
parler de la composition du
Sonnet, qui de tous les petits
Poëmes estleplusingenieux,
&leplus difficile. Les Boutsrimez
en sont comme le canevas
,
& quand ils sont bien
disposez
,
cela donne une
grande facilité pour en faire
un bon.
A prendre la chose dans
son origine, lesBouts-rimez
doivent leur naissance au
Sonnet. Tous les Poëtes qui
s'attachent àce genre de
Poësie, commencent presque
toujours par là
, car on cil
bien avancé quand on a ttouvé&
disposé les rimes. Du
Lot, célébré Inventeur des
Bouts-rimez, ne fit que publier
ce secret, & en établir
l'ulage; ce qui donna lieu cn
fuite d'en choisit de bizarres
& de ridicules pour se faire
un jeu, & pour rendre le Sonnet
plus difficile. Comme
l'histoire de cette Invention
deDulor estdans la Préfacé
queMrPelissonfîtpour mettreàlateste
du Poëme de la1
défaite des Bouts-rimez par
Sarasin,je n'en parleray pas
davantage;j'aime mieux dire
quelque chose de la nature
des Bouts-rimez,afin que le
Lecteur pleinement instruit,
puisse juger plus équitablement
du mérité de leur cause.
! Pour bien réüssir dans la
composition des Bouts-rimez,
il faut choi sir des Rimes
propres & convenables
au fujec qu'on veut traiter;
car je ne suis pas de l'avis de
ceux qui commencent d'abord
par des Rimes vagues
& arbitraires, sans se proposer
aucune matiere déterminée.
Je sçay bien qu'on les
peut appliquer en fuiteâ differens
su jets, mais comme
il est libre à chacun de les appliquer
à celuy qu'il aime le
nieux, je soutiensqu'on doit
Lu commencement choisir
une matière à laquelleils conviennent;
mais sur rout qui
soit propre à inspirer des sentimens
nobles & relevez,
tendres & galans, selon que
le sujet le demande, des pensées
ingenieuses & delicates,
judicieuses & raisonnables
des expressions justes & naturelles;
un stile pur & intelligible;
&non pas des sentimens
bas, & des pensées fausses&
extravagantes;desexpressions
forcées,& précieuses; un stile
obscur & barbare. Et c'est en
cela que doit consister ladifserence
des Boutsrimez
,
&
de
a
de la Poësie burlesque. Les
Rimes capricieuses & fantasques
sont bonnes, ou du
moins su pportables, dans les
fumées de Satire & de galanteie,
où il est permis de badier
quelquefois
, & d'outrer
es choses; mais non pas dans
es matieres graves & serieues,
où tout doit estresensé,
grand
,
pompeux,&sublime.
Les Bouts-rimez sur la mort
~ln Perroquet de Madame du
Plessi s Belliére, estoient
Fort bien trouvez, mais je
rous avoue que je n'en pourois
souffrir iur la mort d'un
grand Prince, quelqueinvention
)
& quelque tour que le
Poëte pustleur donner. ilen
a paru d'autres longtemps
aprés, qui ontfait bruit dans
le monde, par les veritez
dont ils estoient remplis sur
plusieurs personnes de differentes
conditions. Ils eurent
un merveilleux succés dans
la Satire, mais il s'en fallut
bien qu'ilsn'eussent le mesme
bonheur, lors qu'on voulue
les;remplirà la louange du
Roy,&de quelques Dames
de laCour.Ilscommencoient
parïïiqmçiBrilut.e, 1. t,
Tabac, & finissoient par Eclanche,
ôiRcbjM.Lîp\uCp3Lttdtnos
Poëtes y échoucrent,& il n'y
cut queMademoiselle deScudery
quien remporta toute la
gloire; mais en effet, il n'appartient
qu'à elle de changer
la brique en diamant, & de
faire un Sonnet achevé d'un
Rebus.
Ce n'est pas en ces termes
qu'on doit loüer un grand
Roy. Il me semble-que je
l'encens haranguer par les
Députez de la Villette, ou
de Vaugirard. Je ne prérens
pas pour cela blâmer le defsein
desLanterniftes,&conJ
damner plusieurs Bouts-rimez
que des personnesdistinguées
par leur qualité,
&r,
par leuresprit, ont proposez
aurrefois au public, à lagloire
du Roy. Au contraire, je les;
approuve, je les loüe
,
mais
ils pardonneront à ma sincerité
,
si en deffendant les
Bouts-rimez, j'en condamne
l'excés qui consille principalement
dans le choix bizarre desMais, dit on,si
on enexclud les Rimes ex- traordinaires ,ils n'auront
rien de rare,d'ingeaieux, de
difficile; ce ne fera plus que
le simple squeleted'un Sonnet
commun. Comme on ne
se laffe point de rebatre (OÛ"
jours la mesme chose , je re-
# peteray encore une fois pour
toutes , que je ne pretens
point exclurre les Rimes singulieres
des fuicts, enjouez
i
ou satyriques ; mais seulement
des matieres serieuses,
& relevées, telles que sont les
Panegyriques des Princes
dans lesquels il est assez mal-,
aisé de réussir avec les Rimes
les plus nobles, & les plus
riches;& si on y fait un peu
d'attention, on avoüera avec
moy , que des Bouts-rimez.
tout simples font plus difficiles
à remplir que les autres
On en voit tous les jours de
fort beaux de cette maniéré,
quiconfirment l'opinion que
j'avance. Cela estant ainsi , il n'y aura plus rien à critiquer
dans ce genre de Poësie,
& son conviendra mesme
qu'elle peutestre de quelque
utilité, sans parler du plaisir
qu'elle peut donner, comme
un jeu d'esprit fort agreable.
Il ya encore une autre chose
fort blâmable dans les
Bout*rimez-.-elle vient de la
part deceuxquiles donnent,
c'estle mauvaisarrangement
ou plutost l'affectation avec
laquelle ils les disposent. Ils
croyent qu'il y a une grande
finesse à ce jeu, mais en voulant
les rendre plus difficiles,
ils lesrendent seulementplus
bizarres &plus ridicules, car
ceux qui n'onten vue que de
remplir les rimes,&faire simplement
quatorze Vers, ne
s'arrestent pas pourcette dit
ficulté, & se mettent peu en
peine de cet impertinent arrangement
; mais ceux qui
veulent faire un Sonnet juste,
lié, & suivi
,
tombent par là
dans un galimatias qu'il etc
impossible d'éviter,quelque
penetration,& quelque nettetéd'esprit
qu'ils puissent
avoir.C'est icy le plus grand
deffaut des Bouts-rimez,&
un abus étrange de ceux qui
s'y appliquent; car pourquoy
ne leur pas donner une
disposition naturelle, & convenable
dans les Quatrains
& dans lesTercets,afin que
le Sonnet n'ait rien d'extravagant?
Ceux que Mrs les
Lanternistesont proposezau
Public, n'ont rien de bizarre
& d'affecté
,
& sont placez
dans cette raisonnable oeconomie
que je demande. Aussi
ont-ils produit des Sonnets
fort justes& fort beaux; mais
quelquefois on échouë sur de
certaines rimes pour trop de
rafinement, & pour ne vouloir
pas s'en servir dans leur
sens naturel.C'est ce que la
pluspart ont fait au mot de
Buste dans les rimes des Lan.
temistes. Monsieur le Duc,
Mrl'AbbéBrunet, l'ont pris
figurément pour le mot de
corps, dans leurs beaux Sonnets
pour Madame la Princesse
de Conty. Je n'ay garde
de reprendre cela comme
une faute, dans desSonnets
dont le stile effc si pur, & la
construction si aisée, & où
les rimes sont appliquées
avec tant de justesse,
qu'il
semble que tout ce qu'elles
pouvoient avoir de dur &de
barbare,n'ait servi qu'à rendre
les Vers plus forts& plus
majestueux. Mais pour reve-t
nir au mot debuste,qui estun
terme de l'art, dont lès Scul-
- pteurs & les peintres se seri
vent pour exprimer une mamere
antique, de representer
les personnes à demi corps,
& sans mains, on peut facilement
s'en servir dans sa signification
propre sans employer
le sensmoral; & c'est
ce qu'a fait heureusement
Mr leDuc de la Feuïllade.
Que l'on montrey ofntyjeule~
mentvojlrc Buste
Dans les trisses climats où régnent
les glaçons.
Il y a encore une autre forte
de Bouts.rimez, qu'on
fait tous les jours dont l'o*
rigineeftauffi ancienne que
nostre Poësie.C'estquand
on répond dans les mesmes
rimes aux Vers que l'on nous
envoye;ce qui arrive souvent
sans y penser
,
&: sans préméditation;
& pour lors on
y réussit, car cela vient naturellement
, & sans y estre
forcé; mais s'ily a de l'affectation
)
& qu'on s'en fasse
un jeu,cen'est plus rien
,
qui
vaille, &l'oneH encoreplus
contraint que dans les prescrits
de commande. Mais
c'est assez parler de la compoficion
des Bouts-rimez,
achevons leur Apologie,
Comme je fuis trop sincere
pour approuver ce qui est
blâmable, & pour louër ce
qui ne le merite pas,je conviens
ingenument avec les
Critiques, que les Bouts-rimex
ne sont qu'un jeu d'esprit
; qu'on les a pouffez trop
Join, que l'excés en est condamnable,
& qu'on a raison
de vouloirreformer cet abus
surle Parnasse: mais aussi on
demeurera d'accord ave nioi.
que l'invention en est loüable
;
qu'ils ne sont pas indignes
de l'amusement des
bons Poëtes, & des honnestes
gens, & qu'ils ne doivent
pasestre bannis de la Republique
des Lettres. Il ne faut
pass'étonner qu'on les ait
décriez& tournezen ridicule
aprés que Sarasin s'en fut
avisé le premier
3
&qu'il eut
fait connoistre le caractere
extravagant de leur Auteur.
Tous les Critiques enjouëz
& spirituelsont triomphé depuis
surce sujet, & ont eu
un beau champ de plaisanter.
M Bellocq y est entré com<
me les autres, & semble en!
estresorti victorieux. Cependant
quand la grace de la
HCLWcaucë estperduë pour
ces fortes dechoses,ellesont
peu d'agrément, on s'enlasse
& ons'en dégoûte, quoy que
la matiere soit inépuisable.
Voilace que je répons aux
Antilantermites,& à tous
ceux qui font une si cruelle
guerre auxBouts-rimez, car
il faut plaisanter avec ceux
qui plaisantent, ou plûtost
avec ceux qui donnent des
plaisanteries pour de bonnes
raisons. Mais pour finir plus
feriel\(è:m' nt ce dilcours , je
fuis persuadéque tous les
^dprns bien sensez seront
grace aux Bouts-rimez, &
prendront leur parti, aprés
avoir reconnu leur merite,
&ce qu'on en peut faire lors
qu'ils tombent entre les
mains d'un genie heureux,
& qui a du talent pour la
Poësie. Je n'en veux pour
exemple que les beaux Sonnets
qui viennent de paroître
sur lesrimes des Lanternistes,
à la loüange de Madame la
Prince sse de Conty, comme
la plus belle & la plus
riche matiere qu'on pouvoit
prendre pour luyplaire, dans
le desir qu'elle avoitmarque
de les voir dignement mis
en oeuvre; ayant proposé
son Portrait enrichi de Diamansàceluyquiyréussiroit
le mieux ; Prix bien capable
d'exciter la plus noble émulation
qui fut jamais entre
les Poëtes; Portrait dont la
seule idéevaut un antousiasmequi
peut inspirertout
ce que lenaturel, l'art & l'invention
sçauroient avoir de
grand, de merveilleux, de
ublime
>
de rendre, de fin,
k de delicat, comme on le
peut voir entre autres dans
e Sonnet de Monsieur le
Duc,si digne de ce Prix, ce
qui fait que je ne puis m'env.
pescher d'appliqueràtous les
deux cette Epigramme d'un
Ancien, sur le Portrait célébre
de la Venus d'Appelle.
Egrcjjdm nuper Vcnerem de
marmorisIIndis1 marmori s *nd<s
, Afpice pracltrinobile Apd/if
opw.
Hacvisa Pallas, fic cum Junonc
locuta rfl :
Deforma Veneris cedere jure
decct.
Envoicy latraduction, que
j'ay faire feulement pour
mieux expliquer ma pensée.
Quand d'un dosse pinceau l'inge:
nieuxappelle
Reprefinta Venuîensortant de
kiner,
,
1J
Palltf en surcharmée
1 & d'un -ire amer,
La montrantàJunon:Cédonsluyylujydit
elle,
,
La qjoiredestre la plus belle.
Madame la Princesse de
Contyn'at-elie pas lemesme
droit que Venuseut autrefois
sur lesDéesses, d'exiger
des plus belles Personnes
dela terre,qu' elles luy cedent
toue l'avantage de la beauté;
beauté dont on doit reconnoistre
icy le pouvoir,&qui
échaufe si vivement les ames,
que je nesuis point surpris
qu'on aitsi bien réussi pour
elle dans ces Bouts-rimez.
Avoüons que le triomphe
seroit complet, de celuy qui
par deux Sonnets superieurs
à tous les autres, emporteroit
sur ses Concurrens le
Portrait de nostre Auguste
Monarque, &celuy de cette
incomparable Princesse. On
pourroit bien dire de cet
heureux Vainqueur.
fleureuxd'avoirfaitunOuii
.r( 'v1Jrraagg~e
Qui de Louis & d'elle a meriték
iÚ limage;
Il voit, en regardant l'un&tau.
tre tableau,•
Tout ceque l'Universadegrand
; 1
q 0* de beau.-vt i. L Mais heureuse & glorieuse,
v tout ensemble
, cette
naissante Academie de Toulouse
, de s'estre attiré les
regards,& la protection de
cette incomparable Princesse
se, en travaillant à la gloire
du Roy. Que de grâces ne
doit elle point rendre à Apoll
lon. & aux Muses d'avoirrendu
les jeux ôc ses amusemens
si précieux! L'honneur dW
voir rétabli lesBoucs ! rimez
est le moindreavantage qu'
elle s'en doit promettre; elle peut encoresevanter
d'avoir fait mettre au jour
lesplus beaux Sonnets qui
ayent parudepuisceux deJob
& d'Uraniede galante & d'amoureuse
mémoire, & qui ni
font pas moins debruit dans
le monde. Ils font déjà secte
ôcjparty àla Cour & à la Ville
& je prevoy qu'ils vont exciter
-
une grosse guerre-sur. le
Parnasse
, car leurs Auteurs
font bien d'autres Paladins
que Voiture, & Benserade.
Ce sont la pluspart des Héros
& des Demi- Dieux qui
sont crcm b ler l'Olimpe
,
&
donc on doit craindre la soudre;
maisApollon sur tour.
Enfin, aux Bouts-rimek tout devientfavorabley
Et le nom de Conry qui leurfut
sifatal,
Sous cette Princejjeadorable9
Leur fait autant de bien, qu'il
leur a fait de mal.
Vous demeurerezd'accordMadame,
quand vous aurez
lu l'Ouvrage quisuit, que fou
Auteur a beaucoup de talent
pour la Poësie. Je luy rendrois
la justice qu'on luy
doit, si son nom m'estoit
connu. 1
L'AMANT HEUREUX. D'tVrnapécriél éev•ite l'image re*-1
Ne porte pas toujours Feffroy dans
:' la Pensée.
Le trouble, les tourment3 les cha~ grinsfurmontez^(
Souvent avec plaisir notu font te*
1 prefentez^
Vn
Un Soldat tchapé dun carnage
Itrrihle.
onfervedu Combat un souvenir
paijible,
t quand malgré les vents> les
ècueils & les flots,
n faiffeau met à bord les trisses
MatelotsJ [torage
,
ans le Partajurex,, à couvert de
s racontent joyeux les dangers du
naufrage.
Mais est-tl fou* le Ciel un efial
pltu heureux
,
te celuy qui succede aux foulons
tropaffreux
an Amant qui craignant de perdre
sa Maifreffe,
ttrouve dans son coeur sa premiere
tendrejle !
Daphnis , depuis longtemps des
yeu* dIris charmé»
Briiloit pour cette Belle
,
g? s'en
voyoit aime.
Ses foins toujours nouveaux /fa-!
voient attirer d'elle
Toujours nouveaux bienfaits,toàjours
douceur nouvelle,
Et leursoufi toujoursvtf dans les'
mesmes objets)
Trom dit pou,s'amorcer de diffe.-
rens (ujets.
Telle de ces Amans estoit la défi
tinte,
Telle de leurs amourj la fuite for**
lunée,
Quand an soupçon jaloux sempan\
rant de Daphnia,
Attaquda d'a¡nrsMson.c{afutrdl'iennUoceen;t^l
Jrta,jusqu'à cejour, douce,ttndre^
Ne luy parut enfin., qu'ingrate dfe.
cttminelle.
Son iflence
,
sa voix , tout mal interprété
Laccusoitd\nju, fiice& dlegereié.
Dans ce trouble fetretDaphnis
(ombre & farouche
cherche Iris en tous lieux le reprocha
à la bouche ; 7 la fuit, sur ses pas rien ne peut larrtfter
lla trouve, il,l'aborde,ileflprefi
£éclater ;
Mais contre ce quon aime en vain l'espritmurmure
i Je coeur ne veut pas consentir à
l'injure>
Pour détruire ses droits
,
la raison d' les sens
onfuir,en>tous les jours des efforts
impuifjans.
Ainsi de ces projets Fmjurieufe
audace
A de plus doux tranfyorts laissant
prendre la place»
Daphnie3 se repentant davoireftèî
jaloux
Se jette aux pieds dIris, embrafjts
ses genoux. Pa,donne" luy dit-il5 mon aÎmttble
Maifireffe,
Pardonnez^ à mon coeur un excez, det tendresse.[allarmk
Ce coeur par ses soupçons vivemenk
Serait plue innocent
,
s'il (l'll,i,
moins atmt.
Heloef! fuis-je le seulpénétré di
vos charmes?
Ay je seuléprouvé le pouvoir dàj
vos armes !
Vos coups par tout sentis
>
&lepem
que je vaux,
Me fait auprès de voué mille fai
cheux rivaux.
Inquiet & tremblant je parle de
mes crdintts.
Vouarientendrez^icy que de modes
tes plaintes 5
le fouffte, mais enfin ma timide
douleur l gieur.
Ignorera toujours un langage dai-
Demessoucis cttifans, de mes peines
secrettes,
Mes tnfies yeux, Iris
,
feront les
Interprétés,
7Jn plence éternel. Ah, ttop ingrat
Amant,
Meritay-je ,
dit"elle, unsidur traitement?
làfont donc mes rigueurs, ou font
mes injufiices?
Non, vos chagrins, vos maux, ne
font que vos caprices.
Lors que tant de raisons pouvoient
voussoulager
IPar de vaines terreurs vous venex^
m'outrager.
Vous deviez appuyé de mes bontez^
insignes
, Vivre persuadé que j'en croyois in~j
dignes
Tous les-coears qui se font offerts deputs
le jour
Que vos tendres reg ards m'appris
rent vcflre amour, Je le connus d'abord , je le voulois
connoistre
Mesmelongtemps avant que je ley
visse naifire, [ fits,,
Et sijayprévenu vos paresseux de.,
Comment mepriferay-je aujour.
dhuy vos soupirs l
Cependant vofire ejprit rtmpli de
(es ombrages
Croit que de vos Rivaux faccepte
les hommages
llpenfe qui,nfenfibleà - vos refpcfts
rendus - Mon oreille est ouverte à leurs
voeux afjiàus.
j4b! deffendeZj-vous mieux d'une
indigne foiblesse;
yous avez,dei uvaux ouy ,
je vous
le consa[je,
Mais ils font, cher Daphnis> nos
ennemis communs.
De concert profitons de leurs foins
importuns.
Que leurs emprelemens. bien loin de
nous déplaire, [sincere ;
Servent à couronner noflre amitié
Par leurs vives ardeurs mon mérité
efl loue
, Pas gou/ls font approuvez, voflre
choix avoué»
Et ces mesmes ardeurs que la voflre
(firpafJe
Montrant de leurs -degêins la Ilml-j
rairetudace,
Za gloire & Usphvfirsdans l*Empire
amoureux
Vous rendent des amans l'amant le
plus heureux.
Il n'y a rien de plus furprenant
que l'avanture que je
vais vous raconter; mais de
quoy l'amour n'est il point
capable? Un Cavalier des
plus accomplis, foit pour l'esprit,
foit pour la personne,
s'estant trouvé à Marseille,
ou une troupe de jeunes gens
comme luy estoit preste à
s'embarquer pour passer en
Italie, prie toutà couple dessein
d'être du voyage. L'occasion
luy parut commode,&
comme le rapport d'humeurs
fait les grandesliaisons, il s'attacha
particulièrement à un
Gentilhomme,dontla Familleluy
estoitconnue.Ilsestoient
tous deux de lamesmeVille,
& ilsavoientdéjàfaitensemble
plusieurs parties de plairiroù
leurs manieres ouverces
& pleines d'honnesteté,
euravoient fait prendre l'un
pour l'autre une estime réciproque.
Cette estime augmenta
dans le voyage, &
habitude des mesmes plaisirs
qui les rendoit presque
inseparables, leur fit lier en
sort peu de temps l'amitié la
plus étroite. Aprés avoir vit
ce qu'ilyavoit de pluscurieux
dans plusieursVilles,ilsarrivèrent
àRome, où ils passerent
deux années enrieres.
Le Cavaliers'y fit connoistre
bientost pour un homme
d'un merite distingué;& s'il
y brilla par son esprit, il y fut
encore plus estimé par la sa
gesse de sa conduite. Le Gentilhomme
beaucoup plus
bouillant dans ce qu'il entreprenoit,
& moins circonspect
sur bien des choses, se
fit de temps en temps des
affaires, qui auroient eu des
suites facheuses, silaconsidetation
qu'on avoit pour son
Ami ne l'en eust tiré. Il salut
mesme que leCavalier exposait
son iang pour luy en plusieurs
occasions, &il le fit
avec tant de zele & tant de
courage, que le Gentilhomme,
qui avoir un coeur tresreconnoissant,
comptoit pour
le plus grand bonheur de sa
vie, l'avantage d'avoir un
Ami quineluy manquoit en
rien. Des services si essentiels
l'obligerent à partager sa
bourle avec luy. Elle estoit
toujours assez bien remplie,
son Pere, qui estoit riche &
ambitieux, ne voulant rien
épargner afin qu'il parust par
sa dépense.Ce secours estoit
commode pour le Cavalier,
qui ayant fort peu de bien,
se fust trouvé fort souvent
embarassé sans ce partage,
qui sournissoità tous ses besoins.
Enfin le Pere du Gentilhomme
ayant formé le
dessein d'établir son Fils
,
le
rappella après trois années
d'éloigment&appritàson
retour les bons offices que
son Ami luy avoit rendus. Ils
estoient assez considerables
1 pour faire approuver l'amitié
parfaite qui les unissoit. Le
Cavalieravoit d'ailleurs beaucoup
de naissance, & on se
faisoit honneur de le recevoir
par tout. Vous pouvez juger
de l'accueil qui luy fut fait
dans la Famille du Gentilhomme,
ou ses bellesq ualitez
furent aussitostconnues. Le
Père&taMère levirent avec
plaisir, &il eut chez eux un
accès tres-libre. Le Gentilhomme
avoit uneSoeur qu'il
avoir laissée tres-jeune, & sa
beauté s'estoit si fort augmentée
pendant son absence,
qu'il fut surpris de la revoir
avec tant de charmes.
Le Cavalier la trouva fort à
son gré,&cherchant en elle
d'autres agrémens que ceux
du visage, il découvrit tant
d'égalité dans son humeur,
& je ne sçay quoy de si droit
dans fis sentimens, qu'il ne
s'ennuyait jamais dans saconvention.
La Belle qui connoissoit
qu'il y avoit beaucoup
à profiter de la sienne,
ne negligeoit pas l'occasion
d'en joüir,&s'il estoit toujours
prest à faire tout ce qu'-
elle pouvoir souhaiter de la
corn plaisance
,
elle ren récompenloit
par des marques
d'estime assez obligeantes,
pour luy faire voir qu'elle
estoit touchée du vray merité-
LaMere de soncostése
plaisoit à voir le Cavalier, qui
estoit sans cesse avec son Fils,
&qui (nt floit beaucoup d'enjouement
d'esprit à une tresgrande
solidité. Il passa un
an dans ce commerce agreable
,
regardant toute la Familledeson
Ami comme la
sienne, &ne songeant qu'à
se conserver avecles uns Ôc
lesautres dans la familiarité
qu'on luy permettoit; mais
enfin a force de voir laBelle,
il commença à s'appercevoir
qu'il avoit pourelle des sentimens
plus vifs & plus tendres
qu'il ne les croyoit. Son
image luy estoittoujours presente
quand il ne la voyoit
pas, & tous les efforts qu'il
faisoit pour la bannir estoient
inutiles. L'attachement qu'il
sentoit pour elle le faisoit louvent
rêvera sa rêverie rembarassa-
Il ne douta point que
l'amour n'en fustlacause, &
faisant de tres-serieuses reflexions
sur ce qu'il auroit à souffrir
de cet amour, s'il luy
laissoit prendre plus d'empire
sur son coeur,il crut devoir
travailler à son repos, & ne
pas ri squer a se mettremal
avec des gens, qu'il y alloit
de son interest d'avoir toujours
pour Amis. La Belle
estoitriche,il n'avoit presque
aucun bien, &c'eustesté s'aveugler
soy-mesme que de
penser qu'on luy eust souffert
des prétentions. Ainsi il supposa
des affaires qui l'empê.
chant de voir si souveni
l'aimable personne dont ii
se sentoit charmé,devoient
le mettre enestat de vaincre
une passion, dont il vouloit
affoiblir la violence. Son Ami
qui avoit peine à vivre sans
luy,alloit le chercher à tous
momens, &trouvant queces
prétendues affaires ne meri
toient pasqu'ils'y donnât tout
entier
,
il joignit aux plain.
ces qu'il luyfaisoit pour Ton
compte,celles de sa Mere &
de sa Soeur.q vi voyoientavec
chagrin ql(il commençoit à
les negliger. Ilse plaignitsi
souvent pour luy & pour elles,
que leCavalier futenfincontraint
de luy avouër ce qui
l'obligeait à la retraite. Son
Ami touché de la contrainte
qu'il se vouloit imposer, luy
dit làdessus les choses du
mondelesplus obli geantes.
Non feulement il approuva
son amour, mais il l'assura
qu'il feroitsi bien, qu'il l'obligeroit
à luy estre favorable,
pourvû que sa Soeur,
dont il faloit laisser le choix
libre,ne fust point contraire
à sa passion. Il ajouta qu'il y
avait fort longtemps qu'ille
regardoit comme son Frere,
& que n'ayant aucune inclination
pour le mariage, ilseroir
ravi qu'illedevinst: pour
partager son bien avec luy.
Quant à son Pere, il luy avoüa
qu'on pourroit avoir de la
peine à le gagner, mais il ne
luy parut pas qu'il fustimpossible
d'en venir à bout, & sa
Soeur estant la partie la plus
interessée dans l'affaire, ille
pria avant toutes choses de
n'épargner rjen pour s'en faire
aimer. Le Cavalier appuyé
d'un Ami si généreux, ne
crut plus. devoir se défendre
l'esperance. Il reprit ses
premières affiduitez
,
& par
de nouveaux soins rendus à
la Belle, il se mit si bien dans
son esprit, qu'il connut bientost
que ce ne seroit jamais
par elle queviendroit l'ob.
stacle qu'il craignoit à son
amour. lienreçût lassurance
d'elle-mesme, lors qu'ayant
trouvé l'occsion de luy déclarer
la force des sentimens
que sa passion luy avoit fait
prendre, elle s'y montraassez
sensible pour ne luy déguiser
pas qu'elle obéïroit sans répugnance
quand son Perc
luy ordonneroit de l'épouser.
Ce sur pour luy un transport
de joye qui ne se peur ex primer.
La Mere qui lisoit sont
amour dans ses regards, &
qui d'ailleurs le remarquoit
tous les jours dans Ces maniérés
,
s'en expliqua avec
luy,&luy dit obligeamment
qu'aimant chèrement ion
Fils, elle appuyeroit de tout
fonpouvoir ledessein d'une al.
liance qu'elle luy voyoit souhaiter
avec ardeur. Il devint
après celale plus amoureux de
tous les hommes, & la Belle
autorisee par sa Mere & par
sonFrere,à toutes les com plaifances
qu'elle avoit pour luy,
ne désendit plus soncoeur de
ces doux je ne sçay quoy qu
nne agreable habitudey forme
insensiblement,&qu'il est:
ensuite si difficile d'en arrac
her C'estoit sa première passion;
& comme on l'y avoir
enhardie, & qu'illuy estoit
permis de s'y abandonner
sans resèrve, plus elle voyoit
le Cavalier, plus son mérité
l'obligeoit à s'applau dir d'avoir
fait cette conquest eIl
n'estoit plus question que
d'obtenir le contentement
pt
du Pete, dont on luy avoit
toujours répondu;& leCavalier,
par l'avis de son Ami,
passoit à l'entretenir toutes
les heures qu'il n'employoit
pas à sesaffairesouàsesplaisïrs,
& tâchoit à force de
complaisances, de luy inspirer
des sentimens qui pussent
tournerà son avantage. L'inégalité
qui se rencontroit
entre la fortune de l'un 5cde
l'autre, l'empêchant de soupçonner
qu'on luy eust permis
des prétentions 3 il le
recevoit toujours agreablement,&
dans la penice que
l'estime
l'estime qu'il marquoit pour
luyJointe à laconsideration
particulière que chacun a,
voit pour sa naissance, l'emporteroit
sur les veuës de l'interest,
on estoit prest à luy
découvrir le secret des deux
Amans, quand le Fils tomba
dangereusement malade. Le
Cavalier en eut un chagrin
inconcevable, & les soins
officieux qu'il luyrendoit
jour & nuit, prouvoient assez
l'amitie sincere qu'il avoit
pour luy. Toute sa Famille
fut dans une grande
consternation de son mal.
La fievre estoit violente, &
accompagnée d'accidens sa.
cheux qui embarassoient la
Medecins. Le Malade se
condamna luy-mesme dés les
premiers jours, & voyant sa
Mere & sa Soeur en pleurs, i
Jeur fit promettre, si elle:
vouloient qu'il mourust con
tent, qu'elles demeureroient
fermes surle mariage duCava
lier. Quelques jours après, si
sentantprest de mourir, il di,
à son Pere, que quand le Cie
luy ostoit un Fils, illuy ex
vouloit donner un autre qu
repareroit sa perte avec beau
coup d'avantage, & qu'ille
conjuroit instamment de
vouloir bien l'accepter. Illuy
expliqua ensuite le dessein
qu'il avoit fait de faire épouser
sa Soeur à son Amy,&luy
demanda par grace de consentir
à cette alliance, qui ne
pouvoit recevoir d'obstacle
que de sa parc. La chaleur
avec laquelle il parla sur cette
affaire ayant épuisé ses forces,
le fit tomber dans une foiblesse,
quifutbientost suivie
de sa mort. Elleapporta de
grands changemens. Le Cavalier
qui en fut tout penetré
de douleur, prévit le malheur
qui luydevoitarriver.LaMere
& laFille l'assurérent de nouveau
de tout ce qui pouvoit
dépendre d'elles pour le rendre
heureux,mais il n'y avoit
pas sujet d'esperer que le Pere
se rendist sur la priere que
sonFils luy avoit faite en mourant.
C'estoit un homme fort
ambitieux
,
& sa Fille estant
devenuë un des plus riches
partis de la Province,il eut
\1n Gendre à choisir entre
plusieurs Prétendans considerables.
La Belle qui avoit
pris unevrayetendresse pour
le Cavalier, futinconsolable,
lors qu'ayant fixé son choix
il luy ordonna de luy obéïr.
La Mere qui ne pouvoit OUI-I
blier ce qu'elle avoir promis
à son Fils, la fortifia dans le
dessein de ne luypas manquer
de parole,&employatoutes
fortesde moyens pour gagner
l'esprit de son Mary, mais
tous ses efforts demeurérent
inutiles. Il ne s'occupaquedu
plaisir de contenter son ambition
, & ne voulut point
écouter sa Fille, qui n'ayant
pû le fléchir
,
se servit des
termes les plus tendres pour
obtenir qu'il voulust bienau
moins luy donner le temps
de s'arrac her du coeur une
passion trop violente, que sa
Mere & son Frere avaient
soufferte,& que l'un&l'autre
avoitflattée jusque-là,del'esperance
d'un heureux succez.
Il la vit siagitée, &ce qu'elle
demandoit estoit si juste
qu'enfin après , une longue
contestation, il luy accorda
trois mois pour se préparer à
recevoir favorablement celuy
qu'il vouloit qu'elleépousast,
& qu'il jugea à propos de ne
luy nommer qu'en ce tem pslà.
C'estoit luy accorder peu
de chose,& comme elle ne
l'obtint qu'à condition qu'el.
de ne verroit jamais le Cavalier,
ce qui fut un ordre irrevoca
ble
,
elle demeura dans
un accablement de douleur
dontrien ne peut a p procher.
Elle luy prononça sonancft^
& ne pouvant l'épouser malgré
son Pere
,
elle tâcha de
leconsoler,en l'assurant qu'*
J elle ne seroit jamais à un autre
, quelque rigueur quvii
pust employer pour l'y contraindre.
Si elle sur privée de
sa vûë, qui n'auroit fait qu'-
¡ entretenir son amour, sonattachement
à penser sans ceflfe
à luy, fit lamesmeeffet.Elle
en parloit à toute heure avec
sa Mere
,
& l'ayant toûjours
present dans son souvenir ,
elle s'enfonça le coup quiIuyi
avoit fait une
playemortelle.
Ses chagrins la devorérent.
Elle tomba insensiblement
dans une maigreur qui ne se
peut croire, & une fiévre lente
qui la consuma
,
laissoit à
peine reconnoistre en elle la
mesme personne que l'on
avoit vûë auparavant dans^
tout l'embonpoint qu'une
Fille peut avoir. Quoy que les
trois mois fussent passez,sois
,- Pere doublement touché de
1
sa langueur & parsa cause !qu'il
ne pouvoit ignorer, &
par les fuites qu'il en devoit
craindre, songea bien moins
* à luy donner un Epoux qu'à
luy faire rendre sa santé, Les
Medecins furent appeliez
,
& ils employerent inutilement
leurs remedes les plus
specifiques contre unmal qui
augmentoit tous les jours.
Une profonde melancolieen
estant la source, ils luy proposoient
la joye comme necessaire
pour vaincre ce mal,
& afin que d'agreables idées.
luy en fissent prendre,ilsluy
parloient quelquefois de
l'heureux estat où elle seroit
si ellevouloit travailler à le
guérir, ayant à choisir pour
se marier, parmy ce qu'il y
avoit deplus éclatant dans la
Province. Il n'en falloit pas
dire davantage pour la faire
soupirer, & pour mettre dans
ses yeux je ne sçay quoy de
funeste qui ne pouvoit estre
que d'un très-méchant présage.
Son avanture leur estant
connuë, ils voulurent éprouver
quel effet feroit sur elle
l'esperance de revoir leCavalier.
Ils luy en parlérent plusieurs
fois, en luy promettant
d'agir pour elle auprés
de son Pere, & chaque fois
son nom prononcé mit quelque
chose de si vif dans ses
regards, qu'ils furent persuadez
que sa guerison dépendoit
entiérement de ce mariage.
Ils en avertirent son
Pere, & voyant de plus en
plus l'inutilité de leurs remedes,
ils luy dirent que s'il ne
seresolvoit à luy faire au plutost
épouser le Cavalier, ils
ne pouvoient luy répondre
:de sa vie, & que sa langueur
continuant, elle les mettroit
dans peude tem ps
hors d'état
de la sauver. Il balança
quelques-jourssurcequ'il
avoità faire,& enfin la crainte
de perdre sa Fillequerien
j
ne pouvoit tirer de l'estat
déplorableoù elle estoit,luy
fit dire qu'il aimoit mieux la
donner à un homme sans
bien mais qui estoitdistingué
par sa naissance, que de
:
la laissermourir par sonobstination
àvouloir contraindre
les sentimens de son coeur..
Sa Mere courutaussi-tostluy ,
porrer cette nouvelle, mais i
[la Belle n'en demeura pas
moins abbatuë. Elleditqu'-
elle connoissoitl'esprit de
son Pere, dont les resolutions
luy avoient toujours paru inébranlables,&
qu'à moins qu'il
ne l'affeuraft luy-mesme de ce
qu'on vouloit quelleesperâr,
elle se croiroit toujours également
malheureuse. Non-seulement
il voulut bien luy dire
luymesme qu'il con sentiroit
.à sn mariage, si-tost que sa
santé seroit rétablie, mais il
trouva bon que le Cavalier
luy renouvelait ses soins. Ce
fut pour elle un fort grand
sujet de joye. Cependant la
pensée qu'elle,eut que son
Pere ne flattoit son esperance
qu'afin que latranquillitéde
l'esprit redonnast au corps
les forces qui luy manquoient
,
la laissa toûjours
dans un chagrin devorant
qu'elleneput surmonter.On
eut beau luy dire que sonPere
luy tiendroit parole,& que
son bonheur dépendoit du
foin qu'elle prendroit de sortir
de sa langueur. Un pressentiment
secret luy fittoûjours
croire que son mariage
ne se seroit point, & son Pcre
persuadé que sa défiance
estoit un obstacle à la gucrisonle
détermina à faire cesser
toutes ses craintes par des articles
dre ssez. Il fie venir son
Notaire,& ce fut alors que la Belle se sentant seure de
ce qui combloit tous ses desirs
, ne pût plus se posseder
Elle s'abandonna toute entiere,
au ravissement que luy icauCa l'heureux succés de sa
passion. Un rouge éclatant
parut sur tout son visage, &
fit dire à ceux qui la regardérent,
que la joyeestoit un
remede essentiel pour les
plus grands maux. On luy
parloit,& elle rioit au lieu
de répondre
,
le i saisissement
où son transport la
mettoit, ne luy laissantpresque
point l'usage de la parole.
Les Articles ayant elle redigez
par le Notaire, le Cavalier
les signa, & luy presenta
la plume ensuite. Elle la prit
d'une main tremblante, & à
peine eut-elle formé la premiere
lettre de son nom, que
les forces luy manquerent.
La plume luy tomba des
mains,& elle feroit tombée
elle-mesme,si on ne l'eull:
-
ibutenue. On rue oblige de
la porter surun lit,lavoyant
sansconnoissance, & l'éva-
Jnoüiffement dura un quart-
Id'heure entier sans qu'on-
(l'en pust retirer. Enfin elle
ouvrit les yeux, regarda
cous ceux qui estoitent présens,
&ayant remarqué le
Cavalier, elle luy tendit la
main
,
sans rien prononcer.
Un accident si long & si
imprévu fit craindre ce qui
trriva, de ce gran d excés de
oye. On connut prefquc
rulTuoft qu'elleestoit morte,
& les crisdedesespoir
,
qui
furent pouffez par le Pere&
par la Mere, firent fondre en
larmes tous ceux quiestoient
presens. Je ne vous dis rien
de l'accablement du Cavalier,
qu'il est impossible de vous
bien representer. Il perdoit
ce qui le flatoit le plus du.
costéducoeur, & en mesme
temps tout ce qu'il avoit pûsouhaiter
du costé de la fortune.
Rien ne luy pouvoit
faire mieux comprendre lej
peu que font les choses dui
monde. Il en futdesabusé;&
sentant par cettemortceque
Dieu vouloit deluy,il [ererira
dans un Monastere de
Religieux tres reformez, ou
il prit l'habitun mois après.
J'ajoûte à cette avature
l'extrait d'une Lettre venuë
de Calais. 'It est conceu en ces
termes.
ACalaisJe18. Avril.
Lonvient de reconnoiflre tint
Fille de bonne Famille de Chaons
en Champagne,dtgui-sée
en
Soldat dans leBataillon de Dutour%,
,
du 2(egimentRoyaldes
7aiffiauxJ qui eji iry. Elle n'a.
fie dix-neuj- Ans) est tras- jolir
& bitn faite. On luy a trouve
deux coups de mouofqutte-trais
coups d'épéesur le corps, dont ellei
a ejlé pansée &gueriesans avoir 1
eslé reconnue. lly 4 trois ans cjtielle
eflSoldat. Elle a esté
verte par une Lettre.. Vn Soldati,,
desa failleadit quelle avoit ejléW
mariéey&quon lafoupçonnoitil
d'avoir trempédans lamort defowm
Mary. Le Commandant l'a saiA'
arreflery en attendant que l'onfça-b
cheson biftoire plus amplement..
Vous sçavez, Madame
avec quel succésMrl'Evêque
d'Agen prêcha l'Avent dernier
à Versailles. Ilalla aussi
prêcher à Saint-Cyr, & c'est
sur ce Sermon que Mademoiselle
deScudery a fait le
Madrigal que vous allez lire.
A Mr L'EVESQUE
COMTE D'AGEN. APrés avoir charme des Cou,..
tifans [ant nombre,
ht luuche f1ortementles1 plus ambitieux
3 Vousallez,^ à Saint-Cyr
,
aefell deliceux,
Où ton voit la vertssans nuage &
sans ombre,
Telle quelledefceni des Cieux. 1
Dans tant de jeunescoeur;,voflr.,
vive éloquence
Pa fixer pour toujours lamour dî
t'innocence.
Comme un contre-foifan des injustes,
desirs,
Et des appastrompentsdes frivoles
plaisirs.
Que vous [erez^furptis de voir cette
jfeuneffe,
Sans le secours des ans, avoir tant
de (agefte,
Et remplir dignement les foins &
les souhaits
De cette Hero'ine Chrefltenne,
Quipar ce beaudejjein a fïgnalcr
la ifenne>
Et dont CiHuflrt nom ne périra
jamais.
Cet autre Madrigal a este
fait par Mr Bosquiilon, de
l'Academie Royale de Soifons,
sur ce que le rrnme Preat
devoit prêcher à Saint-Cyr
e jour de l'Annonciation.
pJur inspirer îamour des phes
hautesvertus,
Il tu va* à Saint-Cyrfarter ton
éloquence
,
"es foinstoujours heureux y feront
(llperjluJ)
)relat, dans ce sejour defaimable
innocence,
ia fage Mamtenon exerce tou*
tes droits
,
son iUufire exemple a prévenu
ta voix.
Le même Mr Bosquillon a
dressé ce troisiéme Madrial
à Mrm'Eveque d'Agen.
D ---. -- - --~
Hs hommrs difiingue\ par lai
haute naissance.
.La pietéJ le rang y la valeur
, lax*
(cunce)
J'affimble avec foin les Portraits.
Souvent en observant leurs traits,'*
De leurhtftoire encorfacquiers las
connotffance,
J'ay de bien des vertu* le modele'1
accowply
Sur qui fattache un oeilavide
Mais, Prélat 5C
, mon Recueil mer
fait voirun grandvuide,
Qui sans Ambroise, ou Vous, ne%i
peut efitc rempli.
Nous avons perdu depuis unn
mois plusieurspersormesconsiderables,
Sçavoir:
Messire François GaIlyotJ(
GaIlard,r.f:
Gallard,Guidon des Gensd'armes
Flamansa mort l'un
des derniers jours d'Avril. Il
a esté inhumé en sa Terre de
Coutance, prés Fontainebleau.
Il estoit fils de feu
M1 Gallard, Maistre des Requestes,
& voulut suivre les
rmes aprés avoir suivy le
Barreau, & s'estre fait ConcilierauChastelet.
Ilavoit
épousé Mademoiselle Auzanet
,
Fille de Mr Auzanet
Conseillerau Grand Conseil
5
5c petite FilledeMrAuzaner,
Fameux Avocat.
j
MessiresHonoré le Roy
Seigneur de Jumelles & d,
Morsan, ancien President en
la Cour des Monnoyes,mor
au commencement de ce
mois. Il estoitfils de Meflii^
Nicolas le Roy,Seigneur dl
Jumelles, Lieutenant gene
ral au Bailliage & SiegePres
fidial d'Amiens, & deN.C
thereau;petit-fils de Viflcem
le Roy, Seigneur de Jumelles
& d'Argilliers aussi Lieute
nant General d'Amiens ,.
arriéré-petit- fils de Vincent
le Roy de jumelles, Pres
dent & Lieutenant Genera
Civil ôc Criminel d'Amiens
Ce dernier menoit une vie
exemplaire, & donnoit touces
les sèmaines aux Pauvres
le tiers des émolumens de sa
Charge. Le Roy Henry le
Grand accorda à Vincenr le
Jumelles II. du nom, une pen-
[ion de 6000. livres, par Brevet
du27. Septembre 1594.
en consideration des signalez
services que ceMagistrat
luy avoit rendus dans le
temps que la Ville d'Amiens
se rendit à Ion obéïssance.
Mrle Roy qui vient de mourir,
avoit épousé Suzanne Moreau.
Le Roy deJumelle3 porte
d'azuràï/igle à deux testes
d'ory accompagné de trots Rafts
de mcfme, ecartelé de Cotbereau
y qui efl d'argent à trois Lézards
definoble.
Messire Alexandre deRieux,
Marquis de Sourdeac
, mort
le7. de ce mois. Il estoit Fils
de Guy de Rieux, Marquis
de Sourdeac, premier Ecuyer
de la Reine Marie de Medicis,
& de Louise de Vieuxpont,
Dame du Neu bourg
, Dame d'honneur de la mesme
Reine, fk petit Fils de
René deRieux, Seigneur de
Sourdeac,Marquis d'Oixant,
Chevalier des Ordres du
Roy, Lieutenant General en
Bretagne, Gouverneur de
Brest, & de Suzanne de Sainte-
Melaine. La Maison de
Rieux (si une des plus illustres
de cette Province,& a
donné des Mareschaux de
France, des Evesques,& des
premiers Officiers dans l'épée.
Mr le Marquis de Sourdeac
avoit épouse Helene de
Clere, Dame d'un fort grand
merite, qui s'est toujours distinguée
par son esprit & par
sa vertu, & dont illaisse un
Fils vivant, à present Marquis
T iiij
de Sourdeac, & quatre Filles;
dont il yen a deux Religieuses
; l'une au Calvaire du
FauxbourgSaint Germain, &;'
l'autre aux Filles du S. Sacrement
du mesme Fauxbourg.
On se souviendra longtemps
de la magnificence avec laquelle
ce Marquis donnaune
grande Feste dans son Chasteau
du Neubourg , en. réjoiiiflancc
de l'heureux mariage
de Sa Majesté, & dela
Paix qu'il luy avoit plû donner
à ses Peuples. La Tragedie
de laToison d'or meslée
de Musique & de superbes
Pedacles,i,fut. faite exprés
pour cc la. Ilfit venir au Neubourg
les Comediens du
Marais, qui l'y representérent
plusieurs fois en presenxc
de plus de soixante des
plus considerables personnes
de la Province, qui furent
logées dans le Chasteau, &
regalées pendant plusdehult
[jours avec toutela propreté&
rtoure l'abondance imaginable.
Cela se fit au commencement
de l'hiver de l'année
1660. &ensuite Mrle Marquis
: de Sourdeac donna aux Comediens
toutes les machines
& toutes les decorationsqui
avoient servy àce grand
f-pei
ctacle qui attira tout Paris 1
chacun y ayant courulong
-
temps en foule.
Messire Jean Chaillou Seigneur
de TI-iolfi> reçû Docteur
de Sorbonne en 1644. 1
a esté inhumé aux Minimes
dela Place Royale, Nous
avons eu plusieurs Officiers
des Comptes de cette Famille
,
qui vient par femmes de
Mrs Dalesso, Parens de Saint
François de Paule, Fondateur
de l'Ordre des Religieux Minimes.
*
Le Pere de Longuemare,
Regentde R hetorique au
College des Jesuites àRennes,
continuant d'exercer son
genie heureux & aisé dans
tout ce qui a rapport à l'Art
dont il fait profession, fit representer
le 16. jour de Mars
dernier une Piece en rrois
Astes. fous le nom d'ApothesedeLaodamas,
àlamémoire
de M' le Mareschal Duc
de Luxembourg, avec des
Intermedes convenables au
sujet, dont les paroles furent
trouvées tres-agreables, aussi
bien que laMusique,compofée
par MrCharpentier. Cette
Piece fut representée aux'
flam beaux par un nom bre de
Rhetoricienscholfis entre les
disciples de ce Pere, qui pour
honorer le mente d'un Heros
quia rendu de si grands
services à rEsiat) avoit Prisun
dessein qui representoit
d'une maniere allégorique
& propre au Theatreu, ce q»ue
Dieu & les hommes avoient
fait à sa mort pour la rendre
plus glorieuse. Ce dessein
renfermoit
,
non-seulement
l'amour & la confiance que
lesSoldats de son Arméeont
euë de tout temps pour Mr
de Luxembourg, mais aulij
l'estime que la France a toujours
faite de sa valeur, & la
justice que Dieuavoulu rendre
aux Victoires quil a remportées
contre les ennemis
de la Religion,en luy donnant
tout letemps dese préparer
à aller joüir de la gloire
immortelle qu'elles meritent
dansleCiel. On soutintl'Allegoric,
en representant ce
Mareschal fous le nom de
Lacdamas, qui veut dire Vainqueur
des Peuples, nom donc
il a si bien remply la fignification,
ayant gagné j-uf(qufaN
dix Batailles contre differens
Peuples de l'Europe. La qualité
de Chef & de Maistre
des Passeurs luy sur donnée,
parce qu'il a commandé les
Troupes en chef
, & on represental'Isle
de France,lieu
où il naquit
, & la Flandre
conquise, qui a esté le Théâtre
de ses Victoires, par les
Genies qui president a cesdifferens
endroits du Royaume.
La Justice de Dieu sur representée
par la Déesse Uranie,
qui éleva ce Heros àune gloire
celeste & immortelle.
Aprés que cette Deesse, accompagnée
de Phosphore&
d'Hesper,Dieux des Astres,
eut fait le Prologue de la Piece
, les Pasteurs du Pays de la
Sambre,qui avoient eu les
premieres apprehensions de
la mort de Laodamas leur
Chef, par son Ombre qui
leur estoit apparuë en fonge
,
par l'aspectdu Ciel, par la
vûë de leurs Prairies & de
leurs Boccages, &par le son
de leurs voix & de leurs Musettes
,
qui leur sembloient
plus Íonlbrcs ô( plus tristes
qu'à l'ordinaire, demeurérent
dans une inquiétude mortelle
, quoy qu'on leur pust dire
de la santé & de l'honneur
qu'il venoit de recevoir à la
Cour du Dieu Pan, Dieu des
Bergers, & pour ensçavo r
quelque chose de plus certain,
ilsinterrogerent l'Echo
qui ne leur rendant que des
réponses ambiguës, les obligea
davoir recours au Devin.,
Les conjurations ordinaires.*
ayant esté faites, le Devin ne
leur put cacher que Laodamas
estoit mort. Cette fâ--
cheuse nouvelle donna heuj
au premier Intermede & aux
plaintes des Bergers, qui
chantérent ces paroles.
LrclDAS.
: 0 Ciel!o difyrace cruelle!
0 la trtjie ntnveUe 7 DAMON.
Zycida*. quave^vruj?
, LYCIDAS.
0 lemalheureux fortl
0 la funefie mort!
, T1TYRE.i
Qttavez^vous, Lycida* ZrciD.is
0 le cruel martyre 1
Je ferds ce que-jaimois le mleNX. Ah, qlhlnd Laodamas exptrey
Puis-jevoirp-luslongtemps la luthiers
des Cieux
T1TYR E.
Ccffé^ dû fouçirtr, tnlt finitfU11"
terre.
LaPaix elaGuerre
Viennenttour àtour.
Aprèsuntriste jour
Vient la fat(en plus bette.
Tout fleurit tout serenouvelle*,
pourquoy la douleur,
Berger,dans ton coeur, Sera-telle éternellei
TITyRE à DAMON.
pourquoy la douleur
,
&c.
LYCIDAS,
Lapinstendre amitié dans fei aimables
noeuds,
N'unit jamais deux Bergen pJtU,
fidellesy
Mats Us Varques ciuettes
Ne rendirent jamau Berger plust
malheureux.
Choeur de Bergers.
Mortdepiot<tb'e,
Mort implacable
0 le malheureux fort !
Olafuneste mort!
LYCIDAS.
Dansnoshameaux tout se plaint,
tout soupire,
Par tout Von rientend plu* que
les cris des Pa/hurs.
Et ta voudroia ,mon cher TilJrt.
Que je ne sufle pas sensible à nos
malheurs? TITYR
Nony non, cher LyciÀa*y jene
puis plus entendre 4
D"un Bercer les trissesfoupirs%
Et ne ptU prendre
Quelque partet ses dèpiwfili\
Choeurde Bergels.:..
Mort déplorable, 6c.
DAMON,
Allonst Btrgers) allons> quune
douleur extrême
Ne nous arrefieplus,préparonsum
tombeau.
C'est le dernier devoir d'un fdéliée
Trflllpeau,
En perdantun Passeurquom
dime,
Choeur de Bergers.
Allons Bergers, &c.
La resolution ayant eilé:
prise d'ériger un magnifique:
Tombeau à Laodamas, les;
Pasteursparurent dans le second
A6lc, pour executer la
,,
commission qu'on leur en
avoit donnée. Pendant qu'ils
prenoient leurs mesures,deux
petits Dieux des jardins & des
boccages,vinrent les consoler
de leur perte, & leuroffrir
leurs services, pour faire plus
d'honneur à Laodamas, mais
à peine furent-ils partis, que
le Genie de la France interrompit
les Pasteurs, & leur
défendit de cantiriucr., prétendant
que c'estoit à luy &
a ses Pasteurs à rendre à Laodamas
l'honneurquiluy était
dû. Il menaça même de rcnverser
le Tombeau déjà commencé;
mais ses menaces se
trouvèrent inutiles à l'arrivée
1
du Genie de la Flandre, qui
soutint si bien ses droits,
,
que ne pouvant tous deux
terminer leur differend,ilss'en
rapportèrent au jugement
d'Uranie
,
& se separerent
laissant les Pasteurs, qui de
leurcosté prirent resolutions
de consulter leur Devin,afin
d'apprendredeluyquel succésauroitcette
contestation.
Elle devint le sujetdu second
Intermede, dans lequel la
Musique fit entendre ces parole.;
LYCIDASBerger de la fuite
dFe Serquaanidne, Gcenieede.la Quel malheur aujourd'huymaccompagne
en tout lieux l
Qu'un funefîe deftm, qu'un Alite
; malheureux
A de fâcheux revers d condUmni
mavie !
IMmêlasm!poourrtuenPlass,leur cheri des
Te meditoitdes voeux ,
jedrefjois
des Autels.
La gloire £achevermevient d'eflre
ravie.
SEQUANIDE, Genie dela
France.
Sambiride jaloux d'un bonheur
sans égal,
Veut feut titre en ce jiur devenir
ton Rivalî
Mais le Ciel dans nos bois Laodamas
pt natflre,
Etjamais sur lebordde ces charmans
ruigeallx
Le Dieu Pan , ne le vit fiaroifln
Qùavecque mille attraits nonveaux.
Vainqueurdes Léopards ,fuividc
laViétoire, il fut icy comblédune brillante
gloire.
Ç*eftdoncànousJ'érigerunTombeau
Pourhonorerun triomphesibeau..
CHOEUR de Bergers de lai
fuite de Sequanide.
C*est donc à nous,??c.
S A MB IRI D E, Genie de lu
Flandre.
Toujouti terrible dans la guerres
Cent fois nous l'avonsvâ fculbra-\
ver le trépas,
JFairemarcherfartoutl'effroy de«'
vant ses pat. il efioit en ces lieux plus craint qum à tonnerre.
Effrayant pAr fort nom les PtinceS
de la terre.
C HOEURde Bergers de la
fuite de bambinde.
C'efldoncà nom d'engeruntombeau,
>
* Pour honoreruntriamphesi beau. SAMBiRlDE.
LeDieuqui faitgronderlafcw
; ¿ri, - [en poudre,
Fit tomber devant-I*, (es ennimu
Non, non, il neftoit rien d'im-
I possible à Ion bras»
Le fier Lion ne luy rejîiïapas.
* CHOEURde*Bergersde
* Sambinde,: Non, nontilnejioit rieny 6c. 1
: Dans le troifiémcaac.le
Devinn'ayant pû tirerrien,
de certain sur le sujet de la
contestation des deux Genies,
s'emporta contre les
Pasteurs, qui ne l'avoient pas:
averti qu'on estoit allé d'ailleurs
consulter Uranie, laquelle
s'estoit reservé le se..
crer malgrétous fesenchantemens.
Il les quitta brusque
ment,&enmesme temps les;
deux Genies arriverent poun
attendre Uranie au lieuassi..
-
gné. Un concert melodieuXJ
leur ayant promissonarrivée fieurayanrpromistonarrivée
deux petits Dieux des Altres;
attachez à cette Déesse, lat
, précederent, & par leur en..
tretien exciterent dans lama
der.
des Pastéurs diverses passions
de joye &detristesse. Uranie
arrivaenfin,&ayant écouté
les qe,u'Ç Genies,qui soutinrent
leursprétentions l'un
aprésl'autre, elle ajugea le
coeur de Laodamas au Genie
de laFlandre,&son corps au
Geniede la France, reservant
pour elle sa grande ame,quelleemporta
dans les Cieux
pour y achever son Apotheo.
se. Voicy les Vers que la
Musique chanta dans letroisiéme
Intermede.
MERCURE.
bergersy reprene, vis houlettess
JSergcrs,heureux Bergen, reprenez^)
osMusettes,
Et faites retentir ces lieux
De cent concerts melâd/etÀx»
SEQUANIDE.
Mercure) quel deffemvou» fait icy
defcenàfe ? MERCURE.
JDelàpart dïVranie on vient four
vous apprendre
due le Ciel aujourd'hui favorable avosvoeux,
j4. mi* Laodamas au rang dès
Demi*Dieux*
Dans vos champsvont regner la
paix & 1.4bondance,
Bientotfvous revenez^ d" les Ris
.& 14 Danse.
Que ce triomphe estj}oruftxf
Zaodamas efi au flus haut des
deux.
Choeur de Bergers.
Que ce triomphe, &c.
UN BERGER.
Puis que le Ciel îordonne,
Finissons nos malheurs> oublions nos
regrets.
La mort a des attraits
QuandcestleCielqui la aantJe.
CHOEUR.
Que ce triomphe, (J-c.
SAMBIRIDE.
Que tout réponde à nos concerts
dejoye,
loiiijjons du bonheur que le Ciel
nous envoye,
Laodamas, le plus grand des
Héros,
Dans le sejour des Dieux goûte un
heureux repos,
CHOEUR de Bergers.
Que tout réponde à nos concerts
dejoye;
Jciiiffons du bonheur que le Ciel
nousenvoye.
Rappelionspoint le destin rigou*
reux 3 .,; Qsandnn Vainqueur ejl pour ja*
mais heureux.
LES GENIES & LES BERGERS:
Que tout réponde à nos concerts
dejoye.
Jouissons du bonheur que le Ciel\
nctts envoye. [ "5J
JLaodama</, le plus grand des Me-
Dans le sejourdes Dieux goûtelin
heureux repos.i
Le Mardy 21. du mois Paffé,
on fit un Service; solemnel
pour Mr leMaréchal Duc
i
de Luxembourg
,
dans l'E -
glise de la Maison Professe
des Jesuites de la ruë Saint
Antoine,qui est une des plus
grandes & des plus commodes
pour ces fortes de Ceremonies,
estant fort étenduë
& ouverte, sans separation
de Choeur ny de Nef, à la
manicre des Eglises d'Italie.
Elle estoit toute tendue de
drap noir depuis le bas jusqu'à
la hauteur des corniches. Les
balustrades de fer qui fontau
dessus,&celles qui font le tour
de la coupole, n'estoient garnies
de drap qu'en dedans,
afinde n'en point cacher les
ornemens& ladorure. L'on
avoitmis toutautourde l'Eglise
deux lez de velours noir,
chargez des Armoiries lrdu
Défunt, entrelassées de'Bâ.
tons de Maréchal de France,
de larmes d'argent, & d'alerions
dorezencre les deux
lez, de grands Ecussons de six
pieds de haut, attachez sur
le drap de distance en distance,
entrelassez de mesme de
Bâtons de Maréchal de France
passez en sautoir;&au
dessousestoit une corniche
dont la frise estoit de gaze
dargent. Sur cette corniche
estoit un grand nombre de
chandeliers d'argentavecdes
cierges & des Ecussons
,
difpolez
en frontons, (u pportez
par destestes de mort aidées
&argentées.Onavoit encore
mis entre chacune des arcadesunscabellon
de mar bre
feint, terminé par un gros
alerion supportant un flambeau
de poing )
6c plusieurs
Bougies.Le grand Autelétoit
tout couvert de drap noirjusqu'àlavoûte;
en forte néanmoins
qu'on avoit con servé
la beauté de l'architecture
par le moyen des velours, des
i franges d'argent, des gazes,
des Armoiries, & d'un nombre
prodigieux de chandeliers
& de cierges,qui estoient
disposez avec tant d'art &
d'industrie, qu'on distinguoit
facilement les frontons, les
corniches, les chapiteaux, les
colomnes,les bases, lesvases,
lescouronnes; & tous les
autresornemens qui font la
beauté de cet Autel. On avoit
dresse au milieu de l'Eglise
un superbe Maufbtce,éieye
deplus de vingt pieds,aux
quatre coins duquel estoient
quatre grandes figures feintes
de marbre blanc, posées
sur des piedestaux remplis de
trophées d'armes, qui representoient
la Renommée
,
la
Force, la Gloire,& la Victoire,
avec leurs attributs. Dans
les timpans ou panneaux de
la bafe, estoient peintes en
grisailleà fond d'or,les quatre
principales Victoires que
ce General a remportées sur
les Ennemis, & au dessus,
quatregrands Ecussons de ses
Armes. La Representation
du Défunt estoit au plus haut
,du Mausolée., couverte d'un
Poële develours noir, armoti
rié & croise d'argent, & ho!!.,.
dé d'hermines. On avoit miî:
au dessus la Couronne Duca
le & les Bâtons de Maréchal
de France, &aubas le Manteau
Ducal avec leCollierd~
Saint Esprit,letoutélevé,
plusieurs degrez de marbre~
feint, sur lesquels il y avoi~
plus de fix-vingt chandeliers
tl'arrenc avec des cierges &
des Ecussons, & quatre Girandoles,
chacune de deux:
douzaines de bougies, qu~
s'élevoient aux quatre coins~
de la Representation. On~
voyoit encore aux pieds de
cette même Representation
14lions dorez,qui sembloient
estre effrayez à la veuë d'un
I spectacle si triste & si lugubre.
Tout estant ainsi disposé,
après avoir fermé toutes les
fenestres, & bouché tous les
jours, l'Eglise n'estantéclairée
que des lumieres des cierges
èc des bougies, la Meslè
commença à onze heures,&:
fut celebréeparMrl'Evêque
& Comte de Noyon, Pair de
France, & réponduë en Mufique
par un grand nombre
de Musiciens des meilleurs
de Paris.La compositionétoit
de MrCharpentier. Les Offrandes
furent portées par
trois Gentilshommes duDéfunt,
& lePere dela Rue, Je-a
fuite, fameuxPredicateur,fit
l'Oraison funebre en prefcn-
Cede
,
Mrle Duc de Luxembourg
,& detousles Parens
du Défunt, & de Messieurs
les Cardinaux de Boiiillon Se
d'Estrées, de plusieurs Archevêques,
Evêques, Ducs,Ma.
réchaux de France, Chevaliers
des Ordres, & autres
Personnes de la premiere
qualité. Il s'y trouva aussi
quantité de Duchcffes &
tutres Dames dedistinction.
L'Oraison funebre fut prononcée
avec cette grace qui
accompagne tout ce que
e Pere de laRue diten
chaire , & elle receut de si
grands applaudissemens de
cette nombreuse& illustre
Assemblée
,
qu'il fut souvent
obligé des'arre ster. Aulu
peut-on dire que l'Eloquence
ne sçauroit aller plus loin,
tant lesmatieres y sont fine,
menttraitées,&avecun tour
qui paroist toujoursnouveau;
Ilprit pour son texte ces pa-
Mt. ,. 4..
roles du chapitre 9.deDaniel
Non in juflificationibus noftriJl.i
frojiernimiiS preccs ante factem
tuam,fed in miferarionibus tum
multis, & dit que si la Religionn
nous permettoit d'honoren
les Tombeaux des Saint
vainqueurs du peché, & des
chanter leurs vertus jusqu'au
pied du Trône deDieu,parce
qu'ils regnent avec luy glonl
rieux de sa mesme gloire;
quand on rendoit de pareils
devoirs aux Princes & aux
Héros, dont les vertus,[ou.
vent humaines,n'ont elle la
pluspart que des payonsde"
*ui{ee$k>us des noms & des
voiles specieux, C'e stoit feuement
pour donner aux
Grandsdu monde un spectacle
touchant de ce terme
inévitableauquelils,ne pensent
point,& pour leur mettre
fous les yeux cette mort
qu'ils regardent avec fierté,
sanglante & précipitée, dans
l'ardeur&le mouvement d'un
combat; mais qu'ils ont tant
de peine àsoutenir froide &
serieuse, exposée à leurs reflexions
dans ce funebre appareil,
qui leur fait malgréeux
des leçons de penitence; &
qu'enfin
;
si quelquefois pan
un usage établi dés les pre
miers tem ps del'Eglise, OIT;
osoit interrompre lessaints
Misteres par l'Eloge de leurs?
actions, ce n'estoit pointavec
l'orgueil du Pharisien, qui
vantoit àDieu la fuilicedeses
oeuvres, mais avec la,lio*n-p-m
te duPublicain, qui ne cre--
mandoitque misericorde..
Ainsise reduisant à l'intention
de l'Eglise
,
& à la Gln--
plicite de son texte, il di—
visa son discours en deux parties-,&:;
m^mrant dansla
premierece que M^kMaré^^
chal de Luxembourg a fait
pour la France, & dans la
seconde, ce que Dieu a fait
pour luy
,
il fitvoir dans l'une
les obligations que la
France avoit de prier, & dans
l'autre les raisons qu'elleavoit
d'esperer. Ce discoursestant
devenu public
,
il me seroit
nutile de vous en marquer
quelquesendroits,outre que
e choix seroit mal aisé à faite
le vous rapporteray
seulement une peinture du
Roy qu'il fit d'abord en peu
de paroles. En parlant de
ant de Nations qui se sont
fait un interest commun de
l'élevation du Prince d'Orange;
Ilftmble
,
dit-il, que
les Souverains,en luydeftrant le
nom de 2~o~; luy ayent tous fait
hommage de leurs Couronnes,e
que Louis ne Jbit Aujourdtbuy tobjet de leur jaloitfte & de leur
inimitié, que parce qu'il a mis
sa gloire à soûtenir, seul contre
tous, les droits de la Majesté
RRooyale u ient cepen~dant, ;il lessoutientcependant,
il triomphe malgré eux. Ils ne
font devenus si puissans par leur
union, que pour mieux sentir devant
luy leur veritable foib/effi.
Leurs efforts n'ont rien diminuény
de la grandeur de fort F-mpire
ny de celle de fin cceur. Sage gr
heureuxplus que jamais, si le
Citlluy-cnlevedetempsen temps
les Minières de fts drffiinJ, il
luy laissè toujours sa (a!/flè &
sa fortune. Ce csWonarque en
fait part à ceux qu'il honore de
fonchoix,efuilvre éxatleltlenr
les ordres du Souverain
,
c'ifi ce
qui fait parmy nous les grands
Capitaines-
Le 17. de ce mois, le Service
de Madame la Princesse
deMeckelbourg fut celebré
solemnellement dans l'Egliic
des Religieuses Carmeli,
tes du Fauxbourg saint Ja-c**
ques., où son coeur repose.
Mr l'Archevesque de Tours
y fit l'Office
,
& le tout fut
fait avec beaucoup de magnificence.
Mre Nicolas Camus Seigneur
de Pontcarré, Maistre
des Requestes, & auparavant
Conseillerau Parlement,
épousa sur la findu mois dernier
J
Mademoiselle le Boulanger
, Fille de Mrle Boulanger
President au Grand
Conseil.
La Famille des Camus-
Pontcarré est sort ancienne.
Geoffroy Camus Seigneur de
Ponccarré
,
Fils de Jean Camus
Seigneur de laRoche,
Sz Baron de BagnolsenLyon
mois, & d'Antoinette de Vilols
Dame d'Arginy fut
Maistre des Requestes
, .&
ensuiteConseillerd'Estrat. Il
épousa Jeanne Sanguin, donc
1 eut Nicolas Camus de
Pontcarré premier du nom,
conseiller au Parlement; Jac.
ques Camus de Pontcarré
Evesque deSais;Nicolas Canus
de Pontcarré Secretaire
les Reines d'Espagne & d'Anleterre
; Antoinette Camus
de Pontcarré, seconde sertis
me de Claude Prevost SerH
gneur deSaint-Cyr, Maistre,
des Requestes & Jeanne Camus
de Pontcarré,Abbesse du
saint Antoine des Champs ; auFauxbourg saint Antoines
Nicolas Camus de Pontcarré
premier du nom, Conseille
au Parlement, épousa Ma
dame de Pincé, dont il eul
plusieurs Enfans, entre au
tres Nicolas Camus de Pont
carre deuxième du nom, Conn
seiller au Parlement, qui
maria à Heleine Hallé, donr
cft venu Nicolas Camus dtj
Pontcarré, troisiéme du nom,
Conseiller au Parlement de
la Seconde des Enquestes,
qui a épousé Mademoiselle
Durand, Fillede deffuntUrsin
Durand Conseiller en la
Grand'Chambre, & de N.
Boüer, duquel mariage sont
venus plusieursEnfans, dont
l'aînéest Nicolas le Camus
de Pontcarre cinq uième du
nom, Maistre des Requestes,
qui vient d'épouser Mademoiselle
le Boulanger.
La Famille des Boulanger
est aussi fort ancienne dans
la Robe. Eustache le Boulanger
Seigneur deFontenay,
épousa Marie Targer , dont
il eue quatre garçons &cfois!
filles. Les fils sontCharles !c
Boulanger, Eustachele Boulanger
,
Macé le Boulanger,
& Jean le Boulanger. Lesfilles,
Catherine le Boulanger,
Epouse de Nicolas le Clerc
Seigneur de Lesseville, de
Thun, Incourt,&autres lieux,
Maistre des Comptes, mort
Doyen de la Chambre en
1657. âgé de quatre-vingtdeux
ans, dont sont venus
Mrs le Clerc de Lesseville;Elizab
beth le Boulang.eti'lrt-. ,,,Epoudse 1 de
de Pierre de Hodicq Maistre
des Comptes, & Anne le
Boulanger, Epouse de Jacques
Barthelemy S' de Relizy
,
aussiMaistre des Comptes.
Charles le Boulanger,
fils d'Eustache le Boulanger,
& de Marie Targer, fut Seigneur
de Fontenay,& il époula
Nicole Lescuyer,dont il eue
Eustache le Boulanger Conseiller
au Grand Conseil,mort
sansalliance; Jean le Boulanger
aussi Conseiller au
Grand Conseil, & depuis
Maistre des Requestes,qui
épousa Marie Dalibert
,
fitle
de Mr DalibertIntendantde
la Ma son de défunt
Monjj
sieurGaston de France On
cle du Roy;Charles & François
leBoulanger, tous deux
Capucins;Claude le Boulanger,
Epouse de Charles Ici
Comte de Montauglan,mort,
Conseiller de la Grand'
Chambre;Geneviéve le Boulanger,
Epouse de Claude
Tudert S' de la Bournaliere,
Confeillerau Parlement; Marie
le BoulangerReligieuse
Capucine; & Nicole le Boulanger
Religieuse à Soisso s.j
Eustache le Boulanger II.
du nom, autre fils d'Eustache
e Boulanger, & de Marie
Targer, épousa N. Picot,
loht il eut Eustache le Bouanger
Prieur de Moustierneuf
; François le Boulanger
Auditeur des Comptes;Chares
le Boulanger Lieutenant
lu Regiment de Navarre;
Claude le Boulanger Epouse
le PierreThibeufSr de Bouville,
Conseillerau Parlement;
Anne le Boulanger,Epouse
de N.de Bretignieres,Conseiller
au Grand Conseil;Anne
le Boulanger, Religieuse
à Soissons; & Catherine le
Boulanger,Religieuse,àsain- teElizabeth.j,-|
Macé le Boulanger, autre
fils eieuflache,je Boulanger
deMarieTargej*:,tutS.eij!
gneur de Mafflé,Quinquem
poix,Viarme,&autreslieux.
Il fut tout de suite.Conseil
Jeren la Cour des Aides,
Conseiller au Parlement, Pre,,
sident des Enquestes
,
Prévost
des Marchands, lX effl
mortConseiller de la Grand"
Chambre. Il épousaClaude
Flamant, dont illuy est restë!
un fils unique, qui est A}.).--
guste Macé le Boulanger,
Seigneur de Viarme
,
Conseiller
au Parlement, Maistre
des Requestes, puisPresident
ÍU Grand Conseil, Epoux
d'Anne de laForell; Jean le
Boulanger, dont est venuë
une Fille unique, qui est Madelene
le Boulanger, qui
vient d'estre mariée à Mr le
Camus de Pontcarré.
Jean le Boulanger, autre
Fils d'EustacheleBoulanger,
&de Marie Targer, fut Seigneur
de Sablonieres & de
Hacqueville. Il fut receu
Maistre des Comptes en 1617.
&épousa Claude Robin,dont
il eut Jean leBoulanger,Conseillerau
Parlement ;Loüisle
Boulanger,Mailtre jdes Re.;
questes, qui suit; Marie le
Boulanger, EpousedeN.Barin,
Sr de la Galissonniere,
Conseiller au Parlement de
Mets, Avocat General au
Gran d Conseil, puis Maistre :
des Requestes, pere deCharlesBarin
de la Galissonniere,
qui est aujourd'huy Doyen
des Substitutsdu Parlement,
& Anne le Boulanger, Epouse
d'Antoine Loysel, Conseiller
au Parlement.
- Loüis le Boulanger, Srde
Hacqueville,Fils de Jean le
Boulanger, Maistre des Comptes,&
de Claude Robin,a
(fié Conseiller au Parlement,
puis Maistre des Requestes.
Il fut l'un des six que le Roy
choisit pour sonConseil avec
six Conseillers d'Estat
,
lors
qu'il tint les Sceaux en personne
en l'année1672. aprés
la mort de Mrle Chancelier
Seguier. Il a épousé Catherine
Lespinette lemairat,dont
font venus les Enfans qui suivent;
Loüis leBoulanger, Seigneur
de Hacqueville
,
Conseiller
au Parlement, puis
Maistre des Requestes
,
qui a
épousé N. Guyet,Fille d>An..!
toine Guyet, Maistre des
Comptes; Jean le Boulanger
de Hacqueville
,
Maistre des
Comptes; Charles- Antoine
le Boulanger de Hacqueville,
Confeiler au Chastelet,
puis Conseiller au Parlement;
Charles-Loüis le Boulanger
de Hacqueville, Conseiller
au Grand Cpnfeil ;
N.le Boulanger
de Hacqueville, decedé,
ayant esté destinépour
estre Conseiller de la Cour
des Aides, & N.le Boulanger
de Hacqueville, Epouse de
Anne pinon,Conseiller au
Grand Conseil, puis Maistre
des Requestes. Nous avons
eu de cette Famille André le
Boulanger, Religieux Augustin
Reformé,du Faux bourg
Saint Germain, fameux Prédicateur,
connu dans le mon*
de sous le nom du Petit Pere
André, qui est mort à quatre-
vingt ans le il. Septembre
1657.aprés avoir esté soixante-
deux ans Religieux, &
avoir prêché cinquante-cinq
Avens &Carêmes.
Le Lundy 23. de ce mois,
MrlePresident deMefme fut
marie dans l'Eglise de S. Paul,
avec Mademoiselle de Brou.
Cette Eglise, quoy que grande,
se trouva trop petite pour
contenir le concours de peuple
qui voulut voir la ceremonie.
On fut d'abord averti
de l'arrivée de la Mariée par
un bruit éclatant de Tambours,
qui se fit entendre à
l'entrée de l'Eglise
,
& qui
fut suivi de la Simphonie
qui estoit dans l'Orgue. La
Mariée fut conduite par Mr
l'Abbé de Mesme dans le
Choeur, au pied du grand Au.
tel) où elle se mit à genoux
vis. à vis de Mrde Mesme, sur
un Prie-Dieu posé sur un
grand tapis de Turquie. Les
Ducs, les Duchesses, & autres
Parens,&les personnes de la
premiere qualité, qui accompagnoient
les Mariez, ayant
tous pris leurs places dans
des Fauteüils ,la celebratiou
du mariage fut faite par MI
l'Evêqued'Amien,Oncle de
la mariée,& ensuite la Messe
dite par Mr le Curé de Saint
Paul, tandis que l'Orgue&
la Simphoniese faisoient entendre
de toutes parts. Aprés
la Messe
,
Mr le President de
Mesme,accompagnédeMesdames
de Vivonne, d'Elbeuf,
ôc des plus proches Parens,
remena la Mariée chez Madame
sa Mere. Il se retira ensuite
en son Hostel, & tour le monde
se separa.Sur les six heures
du Coit, Madame la
Duchesse deVivonne,& Madame
la Comtesse de Nancré,
comme plus proches Parentes
de Mrde Mesme, allerent
prendre la Mariée, & la menerent
à l'Hostel de Mesme,
oùelle fut receuë par Mr de
Mesme, & par un grand nombre
de personnes de la prerçiiei'ç
qualité
,
qui l'attendent.
Elle futconduite dans
le grand Appartement de
l'Hostel deMesmes quiestoit
superbement meublé, &,où
l'on voyoit briller de toutes
parts la magnificence, la propreté,
le bon goust
,
& la
delicatesse. On passajusqu'à
huit heures à recevoir tous les
Conviez. Monsieur le Duc
visita dans cetemps-la MadamedeMesme,&
après le compliment
ordinaire, on serendit
dans l'appartement àl'Italienne,
où toute la Compagnie
fut regalée d'un excellent
concert de Musique.
Sur les neufheures, on monta
dans une grande Salle, où
le Soupé se trouva servi- CetteSalleestoit
éclairée par un
grand nombre de Lustres &
de Bougies. Il y avoit deux tables
de grandeur égale, de
trente couverts chacune, &
unbuffetd'uneextrême magnificence.
La Mariée, &
toutes les Dames se mirent
à une même table, & tous
les Hommes à l'autre, avec
cette circonstance, quecette
table se trouvant plus remplie
qu'il ne falloit,Mrde Mesme
enfitdresserune troisiéme
oùilse mit avec Mrle Duc
d'Elbeuf, & deux ou trois
au tres perlonnes- Les viandes
furent servies par quarante
Suisses divisez en quatre qua- drilles, distinguées par quatre
differentes couleurs. Quatre
Maistres d'hostel avoient foin
de servir chaque table, &
quarante Vale ts de chambre
1
c ftoient occupez à donner
à boire, sans qu'ilyeust
une seule personne de Livrée
dans laSalle. Le fut repas, composé de tout ce qu'il
y avoit de plus delicat pour
la faison; mais l'ordre & la
propretéfut ce qu'il y eut de
plus admirable. Dés qu'on
fut à table,on entendit dans
une Salle voisine toute,la
Simphonie de l'Opera, qui
ne discontinua point pendant
ce repas. Quelque foin que
quatre Suisses eussent pris de
refuserl'entrée de l'Hostel à
toutes autres personnes qu'-
aux Conviez
,
la mailon ne
laissa pas de se trouver remplie
d'un peuple infini, que la
curiositeaussi-bien que l'affection
que tout le monde a
pour Mrde Mesme, avoit porté
à vouloir estre témoin de
cette feste. A prés le Soupé,
toute la Compagnie descendit
dans l'appartement à l'Italienne,
où l'on trouva encore
un autreconcert deMusique
qui dura jusquesà minuit.
Ensuite la Mariée fut
conduite dans son appartement,
& après qu'elle fut
deshabillée, tous les Conviez
s'en retournerent chez eux.

Je ne vous diray rien de
la Maison de Mrle Presidenc
de Mesme
, vous en ayant
parlé amerement dans le
temps de la mort de Mrle
President de Mesme ,son
Pere. A l'égard de la Mariée,
elle s'appelle Marie Therese
Feydeau de Brou, & elle el1
Fille de feu Messire Denis
Feydeau Seigneur de Brou,la
Villeneuve, Prunelay ,& autres
lieux, Presidentau Grand
Conseil; & d'Anne Voisin,
Fille de Messire CharlesVoifin
,
Seigneur de la Brichetiere,
Maistre des Requestes.
Mr Feydeau mourut en 1691.
& avoit esté Conseiller au
Parlement, Maistre des Requestes,
Intendant deMontauban,&
ensuitedecedaen
1691. La Maison de Feydeau
est originaire de la Marche
où se trouvoit le Chasteau
de Feydeau, ancienne Baronnie
dans la baffe Marche,
à quatre lieuës de Feletin; ce
Chasteau fût ruiné par les
Anglois du remps de Charles
VII.Vers l'année 1310. Hugues
de Feydeau, Damoiseau,
Seigneur deFeydeau, épousa
Alix de Neaux, qui luy apporta
la terre & Seigneurie
de Neaux en mariage;& on
voit un Aâc de foy & hommage
rendu par ladite Dame
de Neaux, veuve de Hugues,
en 1351. à Guillaume Roger
Comte de Beaufort, Vicomte
de la Motte, Seigneur d'Hermane
au nom de ses Enfans.
Louis Feydeau leurFils aîné,
Seigneur deFeydeau,Neaux,
la Milliere, Brailli, prend
qualité de ChevalierBaschelec
de dix-huit hommes d'armes,
comme on le voit par
la Liste desdix-huit Efcuyers
qui estoientsous luy,laquelle
se trouve dans la Chambre
des Comptes de Paris, où il
y a auflfi plusieursActes de
foy & hommage rendus par
le mesme Louis Feydeau au
Comte de Poitou, pour les
terres de la Milliere & de
Brailli. Ilépousa Marguerite
d'Archiac,Fille de Jean d'Archiac,
Seigneur de Vivonne,
Saint- Germain, Cerigné,
Soeur de Jeanne d'Archiac,
Femme d'Aymeri de Rochechoiiart.
Les Memoires deS
Castelnau parlent de ce Loüis
Feydeau, & de sa Femme;
comme aussi d'un procés intenté
par ses Enfans contre
Guillaume
-
de la Rochechoüart,
pretendant avoir
moitié de la Terre de Vivonnc,,
comme venant de leur
grand Pere commun Jea-ii
d'Archiac. Le Fils aîné de
Loüis fut Hugues II. du nom
qui épousaYolandeChalus,
& rendit en 1415. foy & hommage
à Jacques de Bourbon
Comte de la Marche, pour
laTerre de Feydeau. De ce
mariage nâquit Albert Feydeau,
Damoiseau, Sr dudit
lieu,Neaux,Giac,Lessone,
lequel fut Pere de Thomas
Feydeau,Seigneur des mesmes
lieux, & de Guillaume-
Benoist- Claude Feydeau,
Conseiller au Parlement de
Bordeaux, puis detoulouse.
Thomas Feydeau fut Pere
de Jacques Feydeau, qui
épousa Jaquette Chauveau,
Fille de Raymond Chauveau,
Seigneur dela Borde,& de
Guillaume Feydeau Conseiller
en laGrand'Chambre du
Parlement de Paris, qui fut
Envoyé par le RoyLoüis
XII. Ambassadeur en Angleterre,
& employé en 1499.
à l'établissement du Parlement
de Normandie. Il elt
enterré à faine Estienne du
Mont, où on lit cette Epiaphe.
D. O. JM.
Hic jacet GuilhimusFcydeatt
ex nobili. Frydeorum afmilia
in Marchia oriundus
3 e
in Curia Parlamenti Sénator
intcgerrimus,quilegatione apud
Anglosftinftusy Regi
3 regno-,
& Curia gratus obiit. Anno
Domim millefîrno quingentefimo
.vigefimo' pridie KalcndasJunii.
Au haut sont les Armes de
Feydeau. Ce Guillaumeeut
un frere qui fut Chanoine&
Doven del'Église de Paris.
De Jacques FeydeausonFrere
aîné sont descendusAntoine&
joseph Antoine Feydeau
deau fut Conseiller en la
Grand Chambre du Parlement
de Paris, d'où descendent
Mrs Feydeau de Vaugien.
Joseph Seigneur de
Prunelay, eut de Marie Milet
Antoine & Denis. An.
toine Feydeau Seigneur de
Bois-le- Vicomte,Tresorier
de l'Espargne
,
n'eut qu'une
Fille mariée à Timoleon de
Daillon, Comte du Lude;
tk de ce mariage sont issus
un Fils & deux Filles: le Fils,
Henry de Daillon, Duc du
Lude, Pair de France,
Commandeur des Ordres
du Roy, premier Gen
tilhommede la Chambre -
Lieutenant General des Ar,
méesduRoy,Grand-maistre
de l'Artillerie, est mort sans
Enfans.L'aînée des Filles a
esté mariée à Loüis de Bretagne
, Comte d'Auvergne;
la seconde à feu Mele Duc de
Roquelaure; pere de Mr le
Duc de Roquelaure, & de
Madame la Duchesse de Foix.
Denis Feydeau, Seigneur de
Brou, Prunelay, la Villes
neuve, Calende, & autres;
lieux,Conseiller du Royen
tous ses Coufeils d'Estat &:
privéépousa en premières
Noces Marguerite le Maire,
&en qecon des, Gabrielle
Hannequin, & a eu de ces
deux Femmes huit Enfans,
trois Garçons & cinq Filles.
L'aîné des Fils fut Henry Feydeau,
Seigneur de Brou, Prunelay
, la Villeneuve, &c.
Conseiller au Parlement de
Paris, qui de Marie Rouillie
a eu trois Enfans,
dont l'aîné est le pere de
Madame la presidente de
M~fme. Le sécond est M' l'Evêque
d'Amiens,& une Fille
mariée à Messire Charles-
Quentin deRichebourg,Seigneur
deSaint-Ange, Maistré
des Requestes
,
duquel mariage
est sortie une Fille, Inariée
à Mr le Févre de Caumartin,
Intendances Finances
Le sécondFils de Denis
Feydeau fut Charles Feydeau
, Seigneur de Calende,
Maistre des Comptes, qui
épousaAnne Charpentier,
FilledeMrCharpentier,Conseiller
au parlement de paris,
puis president au Mortier du
parlement deMets.Decemariage
sont sortis deux Garçons
,Henry Seigneur de Calende
, president en la Quatriéme
des Enquestres qui
épousa Marie Fraguier,Fille
de Mrc François Fraguier,Seigneur
de Quinsy, Conseiller
en la Grand' Chambre,&
François Feydeau,Seigneur
duplessus, Maistre des Reque
stés, Intendantàpau, où il est
mort en1692. & qui avoit
épousé Marie le Févre Dormesson-
Le troisiéme Fils de
Denis Feydeau,fut François
Feydeau, Abbé de Sainte-
Marie de Bernay de Villenous
& de. Maurepas, Conseiller
au parlement de paris. Les
*
Filles de ce Denis Feydeau,
surent, Marie Feydeau mariée
à Messire pierre de Maupeou
Seigneur de Mousseaux,
president desComptes Marguerite
Feydeau, mariée à
Claude Anjoran Seigneur de
Claye, pere de Claude Anjoran
Conseiller au parlement,
lequel a eu Gilles Anjoran
Avocat General au
Grand Conseil, & Claude
Anjoran Conseiller au parlement,
& Catherine Feydeau
qui épousa Mr de le Srat, president
des Enquestes,qui en
a eu une Fille mariée à Mr le
Jay
,
Maistre des Requestes,
pere de Mr le Jay
,
Seigneur
de Maison Rouge,Conseil
ler au parlement, de Henry
le Jay Evesque de Cahors
& de Mr le Jay Chevalier de
Malthe
,
Ca pitaine aux Gardes.
La quatrièmeFillede
Denis Feydeau, fut mariée à
à Mr le Camus president des
Comptes,Contrô lleur General
des finances, qui en a
eu André le Camus Seigneur
Desmery
,
Conseiller au parlement,
& Marie le Camus
mariée à Mr Hannivel de
Mennevillette,dont ileutur
Fils Alexandre Adrien Har
nivel Marquis de Creveçoeur,
president auMortier; &une
Fille mariée à M' le Comte
de Tonnere
, premier Gentilhomme
de la Chambre de
- Monsieur le Duc d'Orleans.
La cinquiéme Fille du mesmeDenis
Feydeau
,
fut ma-*
riée à MrDugué de Bagnols, *
Maistre desRequestes, puis
Conseiller d'Mac, lequel en
a eu Pierre Dugué Seigneur
des Trous, & Dreux Dugué
Conseiller d'Estat,Intendant
en Flandre. Feydeau porte
d'Azur au Chevron d'or
, accompagné
de trois Coquilles de
mrjme-, & pour Tenans
,
deux
Sauvages aunaturel ayant leurs
MajJes.
Vous avez oiïy parler de
la prise du Vaisseau Anglois
nommé l'Esperance
,
de soixance
& dix pieces de Canon; mais comme on n'en a point
encore donné de détail, en
voicy un qui vous instruira
de tout ce qui s'ert passéen
cetre occasion.
COPIE DE LA LETTRE
du fecond Capitaine du N.\virele
S.Antoine, du4. May 1695. cOrnme Mr de la ViUetreux
a ejïc blesse dangereufemeitt
dansun Combat donne contre deux
Naviret de guerre Anglois
)
&
quilnefipas en estat de vous écrire»
je le fais pour vousinfirmerdudétail
de cette rencontre. Estant en
croi/îere avec I'Escadre de cinq
Navires commandée par Mr le
Marquit de Ncfmond, à trentecinq
lieues à fOuest-Sud-ouest de
Sorlinguet nous rencontrâmes le2,0.
du passé, à cinq heures aprèsmidy,
deux Navires de guerre Anglois ; le
premierjtommèïEsperance, de70.
pieces de canon-Jautre t'Eng/clc)',
de 51.. avec un autre Navire pour
,Rllt!ol' Comme letemps tfJoit brumeuxt
ils riejloient qu'à une lieue &
demie fous le ventà nom lots que
nous lesapperceûmes.Nous arrivâmes
vent arriéré sur eux, tous
les cinq Navires avec Pavillon
sfnv^lois à Pouppe) ce qui fit que les
trou l\Tavitcs demeurerent un peu
de temps en pane , noua croyant
Anglois j mais si - tost qu'ils nous
eurent reconnus, ils forcèrent de
voilei pour nous fuir, Nous allions
mieux queux> & qu'aucun de nos
Camarades
,
ainsinous fumes bientost
a leur travers, & les aUdf/flltmes
seuls, ayant commence le combat
àsix hturts) eslans au vent à
cause du Bru/ot. Cela dura ainsi
jusquà huit heures,faisant un feu
continuel depart & d'autre. Pen.
dant tout ce temps, nos CamarJdes
navoienc pâ encore nous joindre
& il riy avoit j. que leFfancois C;,
le Fortuné qui croient dans les eaux
du Commandant Anylois,& qui
le battoient dans la pouppe. Z'En-
, Í.., .J' ,eIlesey avoitga?nèun peu de tvant
de son ca:::.irade, & ne::s
fiifîoM no/ire po/jiùle pour le joindre.
Nous (unl:j à son travers
longtemps
,
cherchantenarrivant
lflr luy (Í le chat,fer de bien près
5 pour l'aborder) si noits avions pû>
ce qrtilprenoitgrandfoind'éviter.
Néanmoins nous en fumes si prés,
que nous luy rompîmes son bafhn
de Pavillon de pouppe avec ncjlro
Beaupréimais Amiral Anglais;
qui £Iilliioit un peu de tarrieie de
Ticflre Navire) nous defoloit avec
son zros canon, 6" nous coupanofrs
w.'»;/ de 4avant, ce qui fut
tause.que ce Navire ltcbapa, ell'
•abandonna son Commandant. Le
BiuUt en fit de mtfme,nonobfianS
les j;'gn,ffI.)( quilluyfaisoitfour se
eli1r auptitdeluy. Le FlHttnÛ
ihafja quelque temps f&ngiefey,
mais inutilement, iktfioitnuitque
Lvir de Nesmond ne nous avoit
pu joindre. Il n'y avoit que le For-
^uné&leFrançoisquibattirent lAnglaisdansseseaux.?!oui étions
demeurez^del'arriéré, ayant este
4efempatez[. Jtn/t il nous auroit
*hchapèsi Mrde Nesmond ne l-avoit
joint5mais comme il estoit beaucoup
defempart, & qu.ilavoit toutes
ses voiles percées* nofire Commandant
l'attrapa à dix heures.Il
se mit à son travers,&fortproche^ è enfinaprès uns heure de combat,
il loblige* de se rendre, ïayanfi
démaftède son grand mass. C.
Navire avoit quatre cens hommesi
etequipage
,
donl ily en avoit em
quatre-vingt de tuer,, ou hl;jez,.,
Le Capitaine, nommé Robinson, a*
eflh blessé legerement. /2* tres. 6ie18
fait (on devoir, e- s'est défendm
avec toute la vigutn, possible. 7~~
dit que lors qu'il fera en Angles
terreilfera pendre lesautresCapi-J
taines pour Savoir abandonné
L'on peut dire, comme c'est la ve~\
ritey quesans le SaintAntoine /Vi
itauroit pas eflèpris, mais nom Uù
(ontraignÍmes pendautdeux heureiw
à faire des lancéespour nous tirer3; <
ce qui l'atrefioit, & estcause quom<
Ça Joint. Nous avons estè fort mlll.
traitenosmafis 6 nos verguesLÎ
fercéts de bouletst particulièrement
le mllft de Misaine e- celuy litAttimon
,
qu'il faut change,. Presque
tous nos haubans ont elle coupez,,
& tappAreil de voile qui
essaisenvergue, hors deftat de fervin
dix hommes tuez^, & trenre
: cinq bleffez^ & eftropie^ Mr de
Nefmond est fort content de la.
o maniere hardie & vigoureuse avec
laquelle Mr dela YzUelreux a attaqué
ces deux Navires Anglois-
Illuy rend là-dessus toute la gloire
qui luy est deue.Jly avoit deux
10urs que deux, de leursCamarades
iefioient [epare, par la brume,
qui font le Monîaigu & la Capitain,
e, de 71). canons chacun, &
vous crayons qu'un du ces deux efioit
, en veaë lors du combat, puis que
trois heurei auparavant nous avions
chaslè un Navirequi nQUsmOTll14
Pavillon Anglois, & qui efJoit à
peu près decetu forCI. Par les prifonuiers
nous avons appris que ces
quatreNavires&leBrûlotavotent
conduit jufquàFinifterreuneFlote
de yo. à 80. Navires qui alloient àCadix, & quicfloiem fortis de tl/le de yvich le 8. du paffé; que
cette Flote estoit escortèe sortant
<£Angletare ,par douzg Navires
de gnene , ayant trou Brûlots
> deux Cahote;àBornées, & p!llsieurs
Navires de charge
, qui ont
quantité de muniiions pour leur
.A,mec,(} trois Reg/mens; que le
mefmejour qu'ils quittèrent cette
Flote, outre les quatre Navires &
le Brûlot qui revenaient dans la
Manche, il se separa deux autres
Naviresdeguerre de70. pieels qui
alloient en Bifcaye. Dimanche
paye premier de ce moii, ncuâ
rançonnâmes ie Navire le Saint
Antoine de Gènes ,
forti depuis
douze jours de Cadix allant à Amfierdam.
notm il dit1que lèVonvay
d'Ofand* estoit forti quinze
foursavant luyduditliens /~y~2~ que tou. ennemie efloit pre/le,
e- qu'il avoit va sortir aVant
son départ deux E[cadres slngloî.
ses,que sondisoit devoirvenir en
Ponant,1, viaLs quilcroyoitflutofi
aller au Levant.
Quoyque le Vaisseau l'Esperance
ne fût montequede
70. Canons; il estoir percé
pour 74.&l'on assure que le
corps de ce Vaisseauest un desmeilleurs quils eussent
en Angleterre.
»
Quant au
Saint-Antoine qui l'a si bien
combatu,il est de 56pieces
de Canon Mr de la Villecreux
l'avoit armé pour faire
la course ; mais lorsqu'ilfut
prest à se mettre en Mer, il
receut ordre daller à la Rochelle
pour se joindre à l'Escadre
deMrde Nemond,où
il a servy utilement &glorieusement
; mais il a eu le
malheur d'estre blessé, & il
est mort ensuite de ses bles
sures, fort regreté, & sort
estimé Il n'en est pas de
mesme du Capitaine Vagham
qui commandoit le
Dartmout h i , pris il y a quelque
temps par les Fran çois.
On estoit si mal content de
sa conduite en Angleterre,
qu'en ayant reçu une Lettre
pleine de menaces, il tom ba
mort en achevant de la lire.
Le Roy estant party de
Versaillesle 1 3. du ln0ispafsé,
dîna dans sonCarrosse en 0
pleine Campagne, au- dcÍfus
de saint Denis, toutes les
viandes se trouvant toujours
prestes dans un Surtout en
quelque lieu que ce Prince
veüille s'arrester. Ilallacoucher
à Chantilly,oùil fut re-
£u au pied de l'Escalier par
Monsieur le Prince, Madame
la Princesse, Mademoiselle
de Condé,Monsieur le Duc
du Maine, & Monsieur le
Comte deThoulouse. Toute
la Cour fut commodement
& magnifiquement logée
dans ce Chasteau,:& ne
manqua d'aucune des choses
dont on peut avoir besoinen
de pareilles occasions. Il sufj
fit de connoistre Monsieur
le Prince pour en estre perfuadé.
Outre les Tables du
Roy) S011 A.. S. y a* Roy ,SonA.S.yatoujours
tenu une grande & magniisque.
Table."S. M. ayantsouventestetirer
pendant son
sejour à Chantilly, y prit force
Faisans.Elle arriva le Samedy
suivant, sur les six heu-
: residu foir à Compiegne. Ce
: Monarque, pendant tout le
temps qu'il y a sejourné
'dîné seul, &soupéen publ,iear
I pour satisfaire Pempressement
que le peuple & la Noblesse
des environs avoient
; de le voir, & pour donner
1 lieu aux Officiers des Trouj
pes de luy faire leur Cour. Il
ya eu pendant son*à
Compiegnc, cinq Chasses SC quatre
Reveues. La premierequiestoit
celle des Carabiniers, se fit le z.
de May. Ils font divisez en cinq
Regimens,qui font cinqBrigades;
la Reveuë ne fut que de quatre,
la cinquiéme estant en Catalogne.
Monsieur le Duc du Maine qui
est Colonel General des Carabiniers
, parut à leur teste avec l'habit
des Officiers de ce Corps
3
dont
ce Prince a tant de foin
,
qu'on
peut dire qu'il n'y a pas de plus
belles Troupes.
La secondee Reveuë flic de la
Mairon du Roy, &,- des Grenadiers.
Je ne diray rien de ces Troupes,
on sçait qu'elles ont fait de tout
temps l'admiration & la terreur des
Ennemis.
Les Regimens de la Reine,de
Toulouse, & quelques autres firent
leplaisir de toute la Cour
9
à Il troisiéme
revûë. Monsieur le Duc du
Maine & Mon sieur le Comte de
Toulouze p crurent à la teste de leurs
Regimens
, vétuscomme las OfHtiers
de ces Troupes, & firent re..
marquer leur bonne grace, & la vivacité
avec laquelle ils se portoient
à tout ce qui regardoit ces Corps
qui ont l'honneur de porter leurs
noms.
La quatriémerevûë fut du
Royal Allemand, de Furstemberg Condé, , Anjou,&: Courtebonne.
Toutes ces Troupes furent admirées
, 8c l'on dit que les hommes
) & les chevaux estoient faits au moule.
C'est une chose sur prenante que
la beauté des chevaux des quatre re
vues. Elle fut remarquée par M-;
l'Ambassadeur diiV^mfe,, qui les
a-dmira
,
& en parla sort avatangeusement.
La remarque estoit juite
& de saison, aprés tout ce que:
les Ennemis ont publié au contraire
Le Roy partit le13. de Com.
piegne pour allera Liencourt
, & il
yséjournale14, Mr le Ditedela
Rochefoucaut, à qui appartient cette
belle maison, alla recevoir Sa Ma.
jessé quelques lieiiës au delà,&
l'accompagna à cheval à la portiere
de son Carosse jusques à Liencourt,
où la Cour se promena d'abord dans
les jardins, & prit le diverrissement
des eaux. Le Roy vit ensuite joüer
à la longue Paume- & Mr de la
Rochefoucaut n'oublia rien de tout
ce qui pouvoir faire passer agreablementle
temps dans cette delicieuse
niailon08z Sa Majesté , dont kJ,
manieres
panières obligeantes n'ontjamais
eu d'égales, continua de luy donner
ihes marques de sa genereulebonté
pour luy ,en luy faisantdes graces
beaucoup plus sensibles que kb dons
dela fortune. Le Roy alla le15. coucheràChantilly,
& se rendit le 1y. àVersailles.
-
Levraymotdel'Enigme dumois
--p.affé estoit le Mouchoir à moucher,
&. ilaesté trouvé par MrsDuvaux
de la rue de la Truanderie;Metidier
Huissier Royal à Blois: l'heureux
Bourgeois delarue S.Antoine:
l'indifferent Amant du coin de la
rue des Augustins : le petit Do-
1 cteur delaruedu Roule:l'Heureux
de nuit, & sa Cousine de la rue de *
Bussy. Mademoiselle Javore& son
Frere, du coin de la rue de Richelieu
: la belle Polonoife; la Bien
nommée à l'Anagramme, Aimer
eflJa vertu: la docile Thinchine
deChilly: la mignonne Marion de
Neusville:la modesteBabet sa Cadette,
& la propre & fage Loüison
deBeaucousin ces quatre de la grande
Place de Noyon: l'agreable Madelon
Robin Dupuis: l'Amitié réciproque
:
les trois Nimphes de la
Chasse de Belveder: Fanchon de
la Ruelle: Angelique & Manon de
Vincennes:Tamiriste de la rue de
la Cerisaye: l'aimable Thucidide : lesdeux Noblesde Meaux: le Cavalier
de Fontenay, & la jeune
Pelagie.
E~ L'Enigmenouvelle que je vous
envoyé, estde Mrdela Tronche,
de Roüen. 1UlOt:)1 x~~ ifr\
ENIGME.
ï"î fuis fonvent chargé de divers
agrémens
jetant "ltI"le J1,ulS amu gOfJjtntiale1 tlP>,.icn
des gens J Eltlus faydegrandeur, moinsje
plais à Leur vetlëj
CependantncceffaiieenHiver, en
Est;,
On tneporte a la Cour, au onmeportePar,,, à la me » £tje porte à mon tour tous (etlx. qui
mont porté.
Onestime forticy l'Air nouveau
que jevous envoyé gravé, &: dont
vous allezlireles paroles.
AIR NOUVEAU.
QZ)and.onaime bientendrement,
Unne pet ut eji.-re un jour-s.-ans voir
ce que l'on aime ,

JE/ 1absence d'un seul moment
Faitsouffrirun chagrin extrême.
Quand la beauté &le vray merite
fcgù naistre l'amour, il fait bien du
chemin en peu de temps. C'est ce
£|uia4ait que Mr le Duc de Lauzun
aconclu en si peude jours son mariageavec
Mademoiselle de Quinrin,
secondeFillede Mr leMaréchal
I:).llcde Lorges. Heureux les maris,
dont les Femmes ont eu une aussi
bonne éducation. Je ne dis rien de
Mr leDuc de Lauzun ; sa vie est un
nrTu. d'accidenssi éclarans qu'il
n'y a personne qui les ignore. Sa
noblesse est des plus anciennes. IL
s'appelle de Caumont. Mr leDucde
la Force est de mesmeMaison&
porte lemesme nom,mais il ne
porte pas les mesmes Armes. Ce
n'etf pas la premiere alliance qui'
s'est faite entre la Maison de Caumont&
cellede Durfort.Ilya prés
de quatre siecles que Gailhard de
Durfort, Seigneur de Duras, épousa
Marguerite de Caumont. Cette
alliance est prouvée dans la Filiation
de la Maison de Duras, & elle est
prouvée encore par un Acte tiré des
Archives de Pau du vieux Inventaired'Albret
, chapitre de Castelnau
, &c. cotre M. 4. C'estun
contrat passé entre Marguerire de
Caumont, Veuve de Gailhard de
Durfort, Seigneur de Duras, de
Blanquefort, &c. &.,. Bernadets
d'Albert du itf.O&obre13^7* La
MaisondeCaumontest si éclatante,
qu'en 1344. Guilhem Raimond
Seigneur , de Caumont (c'est à dire
que c'est un grand non1)Be nom
d'un grand fief) par les Lettres en
Gascon du 21. May, fit treves avec
le Seigneur d'Albret, & autres, juf.
qu'au Dimanche d'aprés la Pentecoste.
Le Seigneur de Caumont dit
qu'il en a donné des Lettres parentes
scellées de son Scean en pendant,
ce font ses termes audit Seigneur
d'Albret. Cet Acre est aussi des
Archives de Pau; &il y en a nombre
d'autres assi distinguez. La
Maison de Lauzun est separée de
celle delaForce vers l'an1300.Sedés
es ce.i;-')Armes differentes,
La Foice porte d'azurà 3.
Lions paffam d'or,Si Lauzun tierce
& bandé diazjt, d'or & devueules*
Mr le Duc de Lauzun futmarié le
Samedy21. de ce mois, dans legli.
se de S. Roch
,
parle Curé de cette
Paroisse,&le lendemain Madame la
Duchesse de Lauzn sa Femme, :
honorée du Tabouret chez le Roy,
où Ce trouvèrent Madame la Duchesse
de Lorgesa Mere
,
& Madame
laDucbesse de Saint Simon, ù
Soeur.
, Quoy que l'Amiral Russel ait
reçeu le Convoyqu'il attendoit
d'Angleterre, il manque encore environ
quatorze mille Maielotsàf*
Flote. La dissenterie &: le scorbut
en ont beaucoup emporté,ainsi que
de Soldats & d'Officiers, & les vers
s'estanc mis dans la pluspart des
corps de leursVaisseaux,cetteflote
est fort en desordre. LesEspagnolsse
font épuisez à fournir
aux Anglois une partie de ce qu'ils
leur avoient promis, & ils les ont
neanmoins biffé manquer detout;
ensorte que ces deux Nations font
fort mécontentes l'une de l'autre.
11 n'y a pas d'apparence que les Anglois
tirent aucun fruit du grand
armement qui a mis l'Angleterre
hors d'estat de s'en relever de plusieurs
années. Quand cetteflote fera
de retour illuy sera du plus de quinze
millions;car selon l'usageon paye les
Veuves des Matelots. de la mort de
qui on tient Registre,&loin que le
Prince d'Orange ait le premier fol
pourpayer ce qu'il devra à cette flote,
il luy manque plus de la moitié
des sommes dont il a besoin pour les
fraisde laguerre de toute l'année:
Ainsi il est tres certain que la flote
estant une fois revenuë de la Mediterranée,
elle n'y pourra retourner
de plusieurs années, non seulement
, parce qu'il faudroit des
sommesimmenies que l'Angleterre
ne peut plus trouver; mais parce
qu'il y auroit une impossibilité absoluë
d'avoir des Matelots LesEspagnols
ne souhaitent point de l'y
revoir & les Prédicateurs, en prefchant
à Cadix contre l'alliance d'E£
pagne avec les Heretiques
,
n'ont
pointdéguisé aux peuples que cette
alliance attiroit sur l'Etat tous les
malheurs dont il se trouve accablée
Il manque d'argent, de pain,& de
viande. Le pain vaut cinq sols la
livre en Angleterre
, ce qui n'est
jamais arrivé, & l'on peut ditequ'il
n'y a que laFrance aujourd'huy
où toutes les choses: necessaires
à lavie soient en abondance.
Jamais le Prince d'Orange ne s'est
trouvé si embarassé que cette an- née. La pluspart des fondsqu'on
luya assignez ne peuvent produire
les sommes pour lesquelles ils luy
ont esté donnez
,
§c la plus grande
partie des bourses qui avoitnt accoûtumé
de faire des avances ,
se
trouvent fermées
, parce que l'on
craint que les Actes du Parlemenr
passez depuis la mort de la Princesse
d'Orange ne puissent valider.
Le Parlement n'a plus esté si empressé
à chercher des fonds,depuis
qu'il a prié le Prince d'Orange de
faire ensorte que le Royaume ne
contribuait à l'avenir auxfrais de
laguerre,qu'à proportion des Alliez.
Cela leur donne beaucoup
d'inquietude, parce que tous les
Princesliguez en reçoivent des subsides,
sans quoy la guerre ne peu!:
t'firc continuée.Ainsi on peut assurer
que le Princed'Orange ne
peur regner en Angleterre sans
qu'il en couste à ses peuples plus de
soixante millions chaque année. Ce
Royaume (e trouve épuisé par là
,
& si la guerre continue il sera dans
deux ans épuisé d'argent. On ne
peut repliquer à cela. L'Angleterre
ne reçoit d'aucune Puissance,
& ne gagne plus à son commerce,
puisque les pertes continuelles égalent
au moins les gains. L*.Parlement
chagrin de tant de dépenses,
a voulu sçavoir ce que les sommes
que le Chevalier Kooke avoit entre
les mains estoient devenuës [1
me reste trop peu de place pour le
détail de cette affaire
,
dont vous
lisez toutes les semaines les fuites
dans les nouvelles publiques,ain si
je ne vous les repeteray point.
Cette affaire a fait deposer l'Orateur
du Parlement qui estoit Creature
du Prince d'Orange, & il n'en
a pu mettre un autre à sa devotion.
Son, premier Ministre se trouveac.
cablé par la mesme affaire, comme
vous verrez dans la fuite de cet article.
Enfin toutes ces sommes
qu'avoit le Chevalier Kocke se
trouvent avoir estedonnées, où
au Prince d'Orange, ou avoir servi
pour corrompre des voix du Parlement
comte la justice SI le bien de :
l'Estat, ce qui a tellement indigné
le Pailement
, que les Committez
establis afin dechercher des fonds
t
pour1âcl-ievernent des subsides ac".
cordez,ont entierement cesse
,
&
qu'iln'a plus pensé qu'à l'affaire du
Chevalier KooKe. Tout cela avoit
fait refondre le Prince d'Orange à
proroger le Parlement pour en empecher
lessuites; mais il acheva
£ Te déterminer , ayant appris par
les Membres qu'il a gagnez dansle
Parlement
,
qu'on s'y disposoit à
luy demander qu'il en continuast
Ces seances, afin que ce Corps pût
gouverner pendant son absence,ou
que du moins il estoit resolu à
le prier de luy nommer ceux qu'il
vouloit laisser pour Administrateurs
du Royaume
,
afin qu'il (Jon^
nast son approbation à ce choix.
Cela estfondé en exemple, le
Prince d'Orange ayant declaré au
Parlement quand ilpassa en Irlande
,
qu'il laissoit la Princesse d'O.
range Regente; mais n'estant plus,
dans ce sentiment
,
il a prorogé le
Parlement afin qu'il ne l'inquierast
point sur cet article; outre qu'il
craignoit que quelques - uns des
Regens qu'il vouloit nommer,
ne se trouvaient envelopez dans
l'affaire du Chevalier Cooke, &
ne fussent accnfez Ainsi le Parlementavant
que d'cftre prorogé n'a
paiïéqueles Astesquiregardent les
Impofts sur la Poterie, Verrerie &
sur le Charbon
,
celuy des Cuirs
ayant esié rejeeté. Les rrois Aaes
qui ont passe
,
ne montent pasensemble
à plus de cinquante mille livres
sterlin. ce qui est bien éloigné
de la somme de prés de vingt millions
qui luy manquoient encore
pour l'achevement dessubsides accordez,
&dont lePrince d'Oiorgei
a mieux aimé se priver, que de se
voir contraint par le Parlement à
nommer peut-estre d'autres Regens
duRoyaume que ceux qu'il avoit
choisis, & à voir la plus grande
; partie deses Creatures emprifont
nées,ou du moins accusées pour
l'affaire du Chevalier Cooke. Milord
Damby, son premier Minière,
est de ce nombre. Il avoir demandé
au Prince d'Orange qu'il ne prorogeast
le. Parlement de crois jours,
parce qu'ilesperoit mettre pendant
ces trois jours ses affaires en estat
de sle justifierjmais ce Princen'ayant
pûluy accorder ces trois jours,dans
l'appreh nsson d'estre sortementinqlJit.:
té par le Parlement touc hant la
Regence, ce Milord est demeuté
chargé de son accusation, dont il

scait sort mauvais gré au Prince
d'Orange ,quia nommé avantson
départ les Commissaires qui doivent
gouverner le Royaume enson ablence.
Ce font 1-Archevesque de
Cantolbery, le Sieur Sommers, Garde du grand Sceau; les Comtes
de Shievvfbury de Dcvonshire,de
Dortet, &c de Pembrock
, avec Milord
Godolphin. Le Prince d'Orange
, pour oster lieu à tous les
raisonnemens sur ce choix, ou du
moins pour ne les point écouter,est
parti aussitost après, & arrivé en
Hollande le 24 de ce mois.
:'t Ma Lettre commençant a estre
trop longue, je vous diray en peu
de mots la situation de nos affaires
,
dans tous les lieux où nous avons destroupes. w
r Mr de Montal qui n'est à lateste
d'un corps de quatorze ou quinze
mille hommes,que pour couvrir
quelques-unes de nos Places, est
tellement redouté des Ennemis,
qu'on mande de Ton camp, que
lëlQ que nous devions craindre
d'estre attaquez de ce costé là, les
ennemis apprehendent que ce General
n'y fasse quelque siege Ils
fwac. encore tout confus de nous
avoirlaisséfairesipaifiblemerrt nos
nouvelleslignes, ayant un si grand
-
nombre de Troupes qui pouvoient
ymetrre obstacle. Ontravaille à
fortifier &'.a garnirceslignes. Nos
troupes &'anemb!eTH à Kevrindepuis
que le fourage commenceà
paroistre.Mrle Maréchal Duc de
Villeroy partit le 24 de ce mois,
& alla coucher le lendemainà Valenciennes.
La Cavalerie de son
Arméeest si belle, qu'un Ministre
Etranger dit en voyant les reveuës
de Compiegne
,
qu'on n'avoit pas
btfoin de lignes qnand on avoit de
fit bônne Cavalerie.
L'Armée de Mr le Maréchal de
Lorges sera en Campagne avant
celle des Ennemis ; elle fera superieure.
On croit qu'elle devoitestre
assemblée le premier de Juin, &
qu'on n'en entendra parler qu'en
apprenant sa marche au-delà du
Rhin Celle deCatalogne doitestre
assemblée preieniemem,Se tout ce
qu'ont dit les nouvelles publiques
touchant le Convoy qu'ils publient
n'avoir pu entrer dans Castel-follit,
est ablolument faux.
Les Lettres dTatie portent ce qui
fuit. ily a sipeu d'ordre dans l'en,
treprife du Siege de Casal, que
quand on croit pouvoir ouvrir la
Tranchée ,tly a toûjours quelque
chose qui manque> car les Canons
efiantplacc^foM fies batteries9 le
affûts se f&nt^trouve^simèchans
qu'ôn a eslè obligéde les changer&
les boulets n\jlnent pas de calibre.-
Ainside6ien d'autreschefes. les
Soldats se raillent des Geniraux
v &1ontfait des Chanfsns qnils
chameut publiquement. Les Lettres*
de Turin du 10. de ce mois,disent
que la Tranchée n'estoit point encore
ouverte devant Cazal
,
&;
qu'on yfaisoit une Digue pour en
empêcher l'inondation
, en cas que lePpôdébordât pendant le Siege.
t:1 Le Tresor du Grand Seigneur
qui estoit éptiité,s'ell trouvé rem
ply du jour au lendemain. Il s'efB
fait donner dix mille bourses de
cinq cens écus chacune, par tous
ceux qui composent le Seirail, pai-'
ce qu'ils ont vendu toutes leiCharges,
Emplois & Dignitez,sousles
quatre derniers Sultans Il prétend
les donner luymesme à l'avenirau
mérité, & à la valeur; ainsi ses affaires
en iront mieux. La Sultane
sa M.:r,' luy a donné plusieursmillions
en Piastres&en Pierreries;
& il a aussi tire trois millions de
la Sultane
,
favorite du dernier Sul.
tan. Les Gens de la Loy luy font
aussi un prêtent considerable
3 &
comme ce nouvel Empereur doit
faire la Campagne, chacun veut
avoir la gloire de le suivre Tout
cela inquiecte beaucoup l'Empereur,
& fair que lorsqu'il partage ses forces
pour faire le Siège de Cazal,
il préféré son ambition aux interests
de la Religion. Je fui,
,
Madame,
vostre , &c.
J
V-cicy uneLettre quimerite fetë
de trouver ilyfa place, le vous là
donne (an y avoir rien change.
De Turinle22. May.
Toute LA cérémonie qui a eftf faite
ptfqpesà.prtfent
,
tombantïentreprise
Sugede Casal,n'aboutitaujourd'hui
efti 4.VOIUécrire que tous cesgrandsdeffeins
rrJontenfHmée
t
& que nostre Prince
voyantclairement que rEmpereur ne
QMUt ce'Siege que pour avoir en Italie
ttue Place de cette eonféquence, &ntpM
manquer l'oecafon qui se presente favo..
rable pour celg-, & ne luy point tenir4%
parole qu'illuy avoit donnée desa déma-
-Lisian après sa prise
, a déclaré qu'il ne
vouloit pas perdreses Troupes à l'entreprtfe
d'une chose qui-ne lui pouvoit que
draurer un tres-grand dommage, & que
peur cet effet S. A. R a déclaré q&'eUe
ordonnoit àsesTroupes des'en retourner,
La Cavalerie mesme en est déjà arrivée
4tu Camp d'OrbaJfan, &l'Infanterie doit
venir camper entre Conj & Démonte.Il
y attra encore un autre Camp entre Turin
& Pignerol. S. _A R. a fan revenir toute
l'artillerie, qu'il avoit envoyée devant
Casal.Notu aurions (fié a la veille de
voir l'Empereur maifrre de l'Italie s'il
eufleu une fois Casal, ($* par conséquent
de nostre Pays quand il l'auroit voulu.
On ditencore birn plus en ce Pays, car on
veut que sur ce que lAmbaffadestr de S
A. R. aVienne a fait tnflance à l'Empereur
de tenir Ja parole au Duc [onMaistre
de raserCasalaprèssa pr:f-, c; que
l'Empereur avoit refusé abJùlttm,nÎ
l/'~simwba~ff4ad~eurr ru!vant ses ordres, d:: a5 ??'A~~, a~
l'Empereur qu'il luy laisseroit faire ce
Siège, (y qutl ne s'enméfierait point.
On veut, encore, que /'Atobaffadctîr ait
découvert que i' on vonloit s'a(furerde S.
A.R. ce que luy ayant fait fçivotr par
un Courierqui arriva hier, s.A. R. prit
r. h 1 rI.' sur le ch ,7mp la rcfolution ae aJc/camper.
Je vous prie de vous souvenir que ce
n'etf pas moy qui parc,& que la Lettre
GÍt de Turin.
TA BLE.
p
Relude.
Portrait du Roy. 8
Cor.verfation Académique. iS
La Linote, Galanterie. 77
Imitation d'une Ode d'Horace. S]
Kepoiife d'un Cartejien à un Peripaticien.
8)
La dejfenfe des Bonts-rimez., OH reponse
à la lettre de Mr. Belloccj. ji9
VAmantheureux. 168
H'floire. ï,-5
Lettre de Calais. l't
Aladrinaux. ziz
M• orts ù 216S
jipoih'of? à la memoire de Air le
Mares.
chai D ftc de IAixt'mvcnrok. m ServicefolcnretF.1'?pourMrle MarefcbÛ
Duc d: Luxemboura,avecroratfonfnnebc
prononce. par le Pere de
Li Rh^,Je-fuite, 2.44
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le