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MERCURE..
AVRIL 1ÓgJ..
A PARIS,
Chez Micwji BRUNJI, du Palais, Grand'Salle au Mercure GalantO
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaqueMois,& on le
vendra Trente sols relié en Veau &
Vingt- cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE,auPalais,dans
laSalle des Merciers, à la Justice.
T. GIRARD,au Palais,danslaGrande
Salle, à l'Envie.
Et MICHEL BRUNET, Grand'Salle
du Palais,.au Mercure Galant.
M. DC. XV.
AvecPrivilège du Ral.
AVIS. QVelquesprieres qu'on dit faites
;u!qu'À present de bien
en.-», les nom- s d1eF-arm.nille employez-,
dans les Mémoires qu'on envoyé
pour ce Mercure , on ne llli/fi pas
d'y manquer toujours Cela est cause
qu'ily a detemps en temps quelques
uns de ces Mémoires dont on ne se
peut seyvir- On réitere la mesme
priere de bien écrire ces nomJ) en
sortequ'on ne s'y puijje tromper. On
ne prend aucunargent pour les MC-'
moires, & l'on employera tous les
bon Ouvrages à leur tour, pvurveu
qurisnedesobligentperfonrve, &
qvil n'y ait rien de licentieux. On
AVI S.
prie seulement ceux qui les envoient,
&suttout ceux qui n'ecrivent que
pourfaire employer leurs nomsdans
l'article des Enigmes
,
d'affranchi,
leurs Lettres defort,sils veulent
qrion fasse ce qu'ilsdemandent.
C efl fort peu de chose peur chaque
Particulier, & le tout ensemble est
beaucoup pourun Libraire.
Le Sieur Brunet qui débité presentementleMercure,
a rétabliles
choses de maniere qu'il est toujours
imprimeau commencement de chaque
mois.Ilavertit qùk l'égarddes
EnvoÍtl qui se font à la Campagne, ilferapartir lespaquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure.Commeces paquets seront
plusieurs jours en chemin, Paris ne
Uifjera fa* d'avoir le Mercure,
AV I S.
longtemps avant qu'il soit arrivé
dans lesVilles éloignées mais aussî
les Villa ne le recevront pas sitard
quellesfaisoient Auparavant.Ceux
qui se lefont envoyerparleursAmis
sans encharger ledit Brunet, sexposent
à le recevoir toujours fort
tard par deux raisont.Lapremière,
parce que cesAmis n'ont pas soin de
le venirprendresitostqu'il est imprimé,
outre qu'il le seratoujours quelquesjoursavaqt
quet'on eltfassi le
débit; & l'autre, que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont la eux & quelques
autres à qui ils le prestent, ils
rejettentlafaute du retardement
sur leLibraire,en disant que Lt
vente n'en a commence que fort
avant dansle mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'il se charge de faire
AVIS.
lespaquetsluy~mesme,&de les faire
portera la Poste ouaux Messagers,
sans nulinterest, tant pour les l'articuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donne leur
adresse.ilfera la mesme chose generalement
de tous les Livres nouveaux
quon luy demandera, soit
qu'illesdebite, ou qu'ilsappartienneutà
d'autres Libraires, sans en
prendre pour cela davantage quele
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il se rencontrera
qu'on demandera ces Livres àlafin
du mois, on les joindra au Mercure,
aûn de n'en faire qu'un mesmepaflquet.
Toutcelasera executéavec
une exattitude dont on IINTa Utu
d'estrecontent.
PAERCVRE
l1~t.~,((.T~'
c.AVRIL i6pf,
E ne puis mieux commencer
maLettre que
par l'Eloge du Roy que
je vous envoye. On n'ajamais
dit tant de choses en si
peu de paroles.
PLACET AU ROY. LO VIS, nous distinguons deux
Personnes en toy,
A,ureestLou*s,lautreest le Roy.
Le Roy nesi que le Roy de Fran..
ce , Mais qu'est-ce que Louis ïïaffure
cyparavance tout £ynivers va répondre
avec mOf.
C'estun grand homme dès 1\n~ sance,
Plus équitable que la Loy,
Plu* iUujire quesanaissance,
Plus grand même que sa puis-
,
sance,
Bon, obligeant, vray Pere, &
l'appuy dela Foy*
Maish proposd'obligeant, de
vray Pere,
Louisvondoit-ilbien me presenter
auRoy?
Tous mes Amis n'osent le faire.
Ces Vers sont de Mr de
Sanlec,dont tous lesOuvrages
meritent l'empressement
qu'on a de les voir. Envoicy
d'autres qui font bruit icy.
Vous y trouverez beaucoup
d'esprit,dubon goust&de
la delicatesse.
A MADAMED.
Qui avoir prié l' Auteur de luy
faire des Vers. cEsse, charmante Iris ,cesse de
souhaiter
jjes Vers qu'Apollonme rtfufe,.
Et n'esperepas que ma Mufie
Puisseàprésent tecontenter,
It ne juù olta, quoi que 111 f^fies^
Tel que j'estois dans mes beaux
jours,
Quand à lasuite des Amours
le badinoisavec les Graces.
C'estalors que faurais chante
Tous lescharmes de tabeauté
Suruntonsidoux el;"sittndre,
Que ton coeur par mes Vers se laisisant
émouvoiry
Auioit presqu'autant pris de flaifi*
à m'entendre,
Que mes yeux en ont à te voir.
Cet heureuxtemps rieflpluu excuse
ma foihltf/tt [où je suis,
Tout ce que je puis faire en îeftat
CJeft decombattreles ennuis
Quetraîneavecsoy lavieiuelt.
Mon esprit plus timide, & mon
corps plus pesant,
Mefontvoir toute ma misere,
Iepleure le paffè
,
jeme plains du
present,
Et tavenirm*dcfefpere.
-
Non) non, puisquemescheveux
gris
Ont fait fuir les jeux & les ris, il ne faut pas que jet'ennuye,
Quelagrément trouvaOH-tu
A m'entendre parler d'un ton de
Ieremie,
Qujl riesi aucun plaisir sur la fin
de la vie,
Que celuy d'avoir bien vécu?
Cependantc'ext ce que je pense,
-
Ce que chacun penseàson tour,
Ce quetoy-mesmeenfin III penseras
un jour
Jrleuteufe situ peux m'en croire pas
avance,
Et sidés aujourd9*y faisant quelques
efforts,
Vn sentiment si salutaire
T'arrache et des plaisirs quine du-
1 reront guere - Pour l'épargner mille remords.
t La Lettre qui fuit est toute
remplie d'érudition,&je suis
!>er(uadc quevous ne la trourerez
pas moins. belle , que
plusieurs Ouvrages du même
Auteur, que je vous ay
pvoyez depuis quelques anrices'.
FA MONSIEUR.
rT,Andis que je fuis dans le
train de la Critique, il
çaut, Monsieur
,
répondre aux
trois articles de vostre Lettre.
Vostre premièrequestionestsurle
terme Hostilement,sçavoir si
èia un mot de bon aloy, qui
ait cours dans le (hie correfl&
châtié.Avous dire le vray , je
ne lecroy pas, jevaisvousen
dire la raison. La regleveutque
de semblables Adverbes soient
formez,non de leurs substantifs,
maisdeleurs adjectifs. Les exemples
font conformes à la regle-
Subtilement,utilement, facilement,
sont formek
non de subtilité,utilité, facilité,
maisdesubtil,utile,facile.,
Ilnesuffit donc pas
qu'ondise hostilité,maisjusquà
ce qu'hostile qui nese dit
pas encore , ait passé devant, OP
qu'il ait obtenu le droit de bour-
ZeoiÇtetil mesemblequece neferA
ny bienparler, ny bien écrire, que
dese servir du mot hostilement.
.Au contraire, ce fera commettre
un acte d'bostilitécontre la Lanfue,&
violer la règle ses exemples,
pour établir un motadulterin,
sans Pere sans Freres qui
le reconnoissent.Aussi Richelet,
quiahéritédubongo std'Ablancourt,
son Maistre tres habile,
n'apointinseré hostilement
dansson Dictionnaire; s'ilse
trouve autre-part, on peut dire
qu'ilseestfourrésans aucun droit
d'y estre; à peu prés comme ces
gens qui entrentfurtivementaux
Balets du Louvre, sans estre de
qualitéày efireadmis ,& qui
courent risque d'estremis dehors
dés qu'ilsseront apperceus.Enfin
pour meservir d'une figure plus
douce, hostilement est un fruit
qui nesspas meurencore,qui doit.
demeurer sur l'arbre, e n'estre
cueilly qu'avec hostile.
Lasecondéquestion de vofin
Lettre, estsur le mot de Paien,
sçavoir s'il faut prononcer paien,
en separant ta d'avec l'i ;
ou s'il faut prononcer pai- en ,
joignant en diphtongue l'aavecl'i.
Ciceron en feroit une remarque
importante, luy quidit, quilja
unemusiquedans la prononciation,
estautem in diccndo quidam
cantus; tellement que prononcer
mal
,
c'est comme celuy qui fait
unfaux ton en chantant, ce qui
blejje rudement l'oreille. Quand
on ne convientpas del usage,ilfaut
len rapporter a l'oreille, 0* à l'analogie,
ou conformité des mots.
Pour l'oreille ellej-Avorife pai-en,
car cette prononciation est douce,
.& l'autre,palien,estrude. L'a est
une voyelle d'unson âprey quise
sempere dans l'union avec l'i.
L'analogiesemble encore estrepour
pai.en, car les mots François
qui viennent du Latin, changent
ordinairementaen ai. On fait
raionde radius, pain de panis,
main de manut. Si donc paien
vient de paganus *
l'analogie
conclut pour paien. Ilya une
irrégularitédans les termesamour
& aimer. La conversion de bz
en ai est au verbe, on a fait ai.
mer d amure, & l'ademeure au
nom comme en Latin, on en a
fait amour d'imor. Comme il y
adu caprice & du changement
dans cette passion, il ne faut pas
s'étonner sily en a dans les te,.,
mes qui servent à l'exprime.Si
la prononciation partagée dans le
verbe&danslenomsepouvoit de
mêmepartager entre tesperformes,
ilsemble que les Femmes qui ont le
gosier étroit & joly
,
devroient
prononcer paien;&les hommes
qui ont la voix grosse &forte,
pourrroient dire pa ien. Enfin il
si trouve unautre mot qui rft du
party depaien. C'est Aïeul,qui
#(lient cfAvus,où la estseparé de
l'i, on dit a ieul, êr non pas aieul.
L'usagequi a>faitpasseràieul
contrel'oreille &l'analogie
,
peut
de mefrne autoriserpaien dans
la prononciation, quoy que rude
&irreguliere; cequiconvient au
caractere deces Idolâtresqui sont
barbares, & hors de la regle
de la Religion. Cette opinionse
fortifie dumotmêmede paganus,
car lors qu'il signifieun hommede
village
, on dit pai-san comme
ph, san Ainsi pouréviter l'omonymie,
quand paganus signifie
paien, il fant prononcer pa-ien.
Jefuis pourtantdusentiment que
n'y ayant point d'h entre ta. CT
1'1, commeen ca hier, il nefaut
pas ouvrirsifort la bouche, ny
aspirer sa autant que dans ce
mot,
Enfinilfautsatisfaireàvestre
troisiéme questionsurl'origine du
mot de Chiourme. C'est une
chose ajftz singuliere, que UGAlereectant
un Vaisseaude supplicepour
ceux qui en font la manoeuevre
, les termes qui luysont
propres font aujji la torture des
gens de Lettres On s'est tourmenté
desçavoir ce qu'estoient les Trirentes
des Anciens.Scaliger est
d'uneopinion, (;7 plusieursSfstvans
font d'une autre. On ne
convient pas mesme du mot de
Galere,que les uns dérivent de
galea,un casque,lesautres d'un
poisson nomméGaliotis,&d'autres
encore de galcrus
, un çhapeau
, ou d'un mot Syriaque.
C'est encore fis.. du mot de
chiourme,qui estvostre article.
Menage n'ena rien dit dans
ses Origine; &pour le Ciorme
de Furetiere,ce riest que le mot
Italien du François. LafjlJabe
chi, qui est une lettre de l'AlphabetGrec,
& qui entre dans
plusieurs mots,Chirographe.
Chirurgie, Chiromance
, me
seroit croire qu'il faut chercher
dans cette Languel'étymologiedu
mot de Chiourme,laquellepourvoit
estre, Chciros ormè, Manuum
impetus , un effort extraordinaire
des bras; car le tra.
vail de ces miferaUes Matelots
est prodigieux. (2enest pas ramer
comme les Mariniers qui se mé:.
nagent dans leur travail;c'est
un mouvement tres violent jusqu'à
se lever de dtfJus les bancs,
pour donner un plus-grand ébranlement
àlaramenaussi en ont-ils
le nomde Forçats, tirant la ra.
me avec une plus grande force
qu'on ne fait autre-part ; çjjr ce
qui aide à cette origine Grecque
du mot de Chiourme, c'est que
Marseille
,
qui est le Port des
Galeres de France
, a ejléautrefois
une Colonie Grecque, &
qu'ilreste toujours dans un lieu
des traces de l'ancienne Langue à
laquelle la nouvt ikafucccdè, Je
suis,
Je vous envoye un projet
sur unematière qui ne vous
déplaira pas, ne doutant pas
que vos Amis ne veüillent
bien contribuer en ce qu'ils
pourront à l'accom plissement
d'une entreprise si difficile*
PROJET
ODe rHàiitoire d'Anjou. Nseplaintily a longtempsque
dans la Province
d'Anjou, celebre parun tres.
grandnombre d'hommes de Let.
tres ,
dont les Souverains 04
les
lesPeuples ontfait tant dechoses
dignes de la postérité ,si peu de
|personnesayent pris soind'en con- Jerver la mémoire , & que pour
tant de Heros nous n'ayonsqu'u-
,.. ne seule Chronique , qui mesme
les défigure.
On commençasous le regne de
FrançoisI.àseréveillerun peu
de ce long assoupissement
, l & Hifioire d'Anjousortit alors de
son premier chaos, mais avec un
reste du goust corrompudessiecles
précedens,sans choix
,
sans recherches,
sans exactitude.
Il estoit difficile de faire mieux
dans un temps où le goust de la
veritable Histoire ne faisoit encore
qne de renaistre
,
où les plus
excellens manuscrits estoient inconnus
à ceux , mesmes qui les
possèdoient, & où la Critique
Historique& Chronologique qui
rteifait presque pas née, n'avoit
point encore desabusé lePublicde
ces fortes de Fables que leurantiquitésembloitautoriser.
Depuis ce temps- là
, comme les
Sciencesse sont toujours perfectionnéesde
plus en plus, quel.
ques personnes '{eléespour lagloire
de cette Province ont diverses
fois tenté de rétablirsonHistoire;
mais tous ont Uipé leursOuvraSesimparfaits;
lesunsprévenus
par une mort précipitée, les auïïres
rebutez par les difficulté£
t/,'un(aujJi grande entreprise ;en
firff qu'après toutes ces vaines
ntatti;,eson peut avancer qu'-
core aujourd uy rienn'estsi peu
connu des Angevinsque l'Histoire
d'Anjou, & que nos Peres
ous ont [tlifié, pour ainsi dire,
une succession d'honneur & de
fjoirey que nous avons presque
\%bandonnée.
eXPettineaude Noulis Gentilhommedecette
Province,Académicien
:'l'}Sceretaire perpetuel
\lt l'Academie Royale d'Angers,
&lundesAcadémiciens de /-
cademie des Ricovrati de Padoue
, qui d'abord n'avoit eu
d'autres pensées que de consacrer
quelques heures de son loisirà la
recherchedel'HistoiredesonPays,
poursapropresatisfaction, &qui
manqued'occasionsdeservirsa
Patrie,tâchoit du moins de 14
faire connoistrese trouve engagé
par des ordres souverains à donner
au Public une nouvelle Histoire
J,'/jnjoM.& ilpeut dire qu'il ejl
déjà fort avancédans ce travail.
Mais parce que ces sortes dedesseins
ne peuvent prtlXlcuteZ
sans le secoursdesTitres de
Memoires historiques qui font
t
renfermez dans les Archives des
anciennes Maisons, (W dans les
Cabinets des Hommesfçavans9-
1si a crû qu'en priant les personnes
qluuyi les ont en leur possessionde les
communiquer, il devoit leur trendre compte de sesveillesy &
exposer au Public un Plan zeneral
desonOuvrage ,sur lequel on
pourra juger de quelle nature) sur quelles matieres doivent estre
les éclaircissemens dont il a be-
\foin.
1
PLANDE L'HISTOIRE
generale J'Anjou. ON peut considererl'An..
jou de trois manieres:
Ou par rapport au GouvernementPolitique;
Ou par rapport à l'Esta~
Ecclesiastique,
Ou suivant l'étenduë de:
ses Jurisdictions.
Ces trois fortes d'Etats
ont leurs differentes limites~
& répondent aux changemens
qui sont arrivez dans
la Province en divers tempsLe
Gouvernement Foliti-
* que comprend la Province
entrere, dont les bornes ont
diverses fois changé suivant
le fort de la Guerre, ou la
disposition des Traitez.
L'Estat Ecclesiastique,q'ue
nous renfermons dans le
Diocese d'Angers, a ses boro
nes plus resserrées que la Province,&
répond à l'ancienne
Province Romaine,
Les Jurisdictions ont leur
écenduë reglée par les grandes
Seigneuries qui en font la
source, ou par les Ordon;
nances de nosRois.
Nous écrirons séparément
en autant de Parties, pour
éviter la confusion,
L'Histoire de l'Estat Politique;
Celle de l'Etat Ecclefiastique;
Et dans une troisiéme Partie,
quelques mélanges historiques
qui regardent le détail
de la Province, mais qui
ne sçauroient entrer dans le
cours des deux autres sans
en rompre le fil,& les rendre
consuses.
qî; -- j ; t » :t » PREMIERE PARTIE.
, HISTOIRE DE L'ESTAT
Politique d'Anjou, , APrés quelques préliminaires
,où nous donne
1- rons une Desi-cription l-Ieo-
! graphique de l'Anjou
, nous parierons à l'Histoire Politique,
qui fera divisée par les-
[
révolutions les plus considerables
arrivées dans le l'ouvernement.
L'Anjou a changé six fois
de Gouvernement, -,
I. J1
Anjou Gaulois. 1
Souslesanciens GauloisJ
& jusqu'au temps de Jules Cei
far
, cette Contrée eue /es'i
Princes particuliers, comme i
la pluspart des Nations des!
Gaules. Il nous reste peu de j
choses de ces premiers temps, i
AnjouRomain.
Il fut conquis par Jules
Cesaravec le rest e des Gaul es,
ôc demeura sous la puissance
des Romains jufcmau temps
de l'Empereur Hunoriusjorf
que par une espece de reprefailles,
l'Empire devint la
proye de toutes les Nations
Barbares. NostreChronique,
sur la foy de quelques Ecrivains
fabuleux, le fait passer
dans ces tem ps-là fous la domination
de quatre Rois de
la Grande Bretagne, dont
quelques-uns ne furent peut- estrejamais , & les autres
n'ont constamment possedé
aucunes Seigneuries dans les
Gaules.
III.
L'Anjousous la première Race
des Rois de France.
Dans ce debris general de
tout rEnlpite, l'Anjou fut 1
partage en trois. Les Wisigots
en possederent pendant qua- -
tre-vin gt-dix ans,fous six
differens Rois, ce qui clt situé
au delà de la Loire. Les
Bretons s'étendirent jusqu'à
laRiviere deMaine; &Chilperic,
quatriéme Roy des
Francs, s'empara de la Ville
d'Angers,&de la plus grande
partie des terres qui sont
entre les Rivieres de Sarte &
de Maine.
Clovis premier du nom,
Successeur de Chilperic, se
renditmaistre du Paysque les
Bretons&les Wi-Iïgots possedoient
dans l'Anjou
, & le
laissatout entier aux Rxrisde
Ftan^ de la première Race,
jusqu'autempsde Loüisle
Debonnaire;non sans quelques
legers changemens
,
mais qui furent depeu de
duiréeo. nqui survint en-
- tre les enfans de Loüïs le Debonnaire
,attira deux disgracesàla
France, qui tomberent
particulièrement sur
l'Anjou.
D'un costé lesBretonsrecommencerentleurscourses;
& presqueen mesme temps lesNormans s'estant répandus
sur les costes Occidentales
du Royaume, s'emparerent
de la Ville d'Angers,&
en firent pendant quatre ans
une place d'armes, d'où ils
ravagerent les Provinces voisines,
jusqu'à ce que Charles
leChauve les enchassa {fàrun
Siege memorable, où le Roy
Breton joignitses forces à
celles du François contre
leurs communs Ennemis.
Charles le Chauve rentra
bien,tost aprés,parunTraité,
dans le canton dont les Bretons
s'estoient emparez.
Nous trouvons fous les regnes
de ces Rois quelques
Comtes en Anjou; mais les
Comtes n'estoient alors que
des Gouverneurs, pour un
temps, des Provinces & des
Villes
,
où cette dignité leur
donnoit l'adminiitration des
armes & de la Justice.
IV.
Comtes hereditaires.
Les fréquentescourses des
Nations Barbares obligerent
Charles le Chauve d'établir
un Comte particulier sur les
Marches de la Province d'Ajijou
, qui de cette,forte. rut.
diviséeen deux Comtez ,l'un
dC'AnIge-rs,l&el'asutr.e desMar- , Robert le Fort,tige de
nos Rois, fut le premier qui
possedaen propriété le nouveau
Comté des Marches; &
ce fut en ce temps-là queles
Comtez commencerentà de.'
venir hereditaires.
Ingelger fut le premier
Comte enpropriétédu Comté
d'Angers, fous le regne des
LoüisII. surnomméleBegue
en l'année 877.
Et bien-tost après le Comté
des Marches,qui fut possedé
sèparément par quatre differens
Comtes héréditaires ,
ayant esté reuny à Angers par
Raoul Roy de France, en la
personne de Foulques le
Roux,Successeurd'Ingelger,
l'Anjou ne fut plus qu'un
seul comté.
Il y a eu trois différentes
Races des Comtes hérédirairesd'Anjou
, sans parler
des Comtes des Marches.
Les deux premières ont
produit chacune sept Comtes,
tous des plus grands hommes
de leur siecles
: l'un qui
fut Roy de Chipre;deux qu
furent Rois de Jerusalem
trois autres qui
furent
Rois
d'Angleterre
, & qui laisse..
rent ce Royaume à leur postérité
; en forte que des COIUJ
tes d'Anjou descendent deux
Maisons Royales
,
celle de
France , Se celled'Angleterre.
L'Anjou revint à la Couronne
par confiscation sun
Jean Sans-terre, fous le regnes
de Philippe Auguste
, & suu
depuis donné avec le mesmes
titre de Comté par S. Loüis
àCharles ion Frere. Ce Priiuj
ce commence la troisiéme
Race, &la premiere branche
de la Maison Royale d'Anjou,
qui fut une pepiniere de
Souverains & de Héros. On
compte jusqu'à trente-cinq
Royaumes,neuf Principautez
,quatorze Duchez, &
vingt Comtez
,
dont ils ont
porté le titre. Ils donnerent
le mouvement à toutce qui
se passa deconfiderable dans
l'Europe en ce temps-là;
& leur vie fait une des plus
belles parties de l'Histoire
deleur siecle.
V.
Ducs héréditaires.
Aprés que l'Anjou eut esté
poffedépar vingt-deux Comtes
hereditaires, il passa fous
la domination des Ducs
, au
temps de Jean
,
Roy de France
, qui l'honora du titre de
Duché en faveur de Loüis
son sécond Fils, Chef de la
seconde branche de la Maison
Royale d'Anjou-
Celle-cy a produit quatre
Ducs,dont lavie fut partagée
entre la bonne&lamauvasse
fortune; heureux s'ils
ne se fussent pointentestez
de laconqueste du Royaume
de Naples, oùils éprouverent
cette ancienne fatalité du
climat d'Italie, avec des
évenemens si divers, que si
d'uncosté le titre de Rois des
deux Siciles leur fit quelque
honneur, on peut dire qu'il
fut payé du fang le plus pur
des François, sans que même
on ait pû le conserver,
aprés l'avoir si chèrement
acheté.
VI.
jépfanages.
Loüis XI. Roy de France,
l'empara del'Anjou sur Reg.
né, le dernier de nos Ducs
hereditaires, le réunit à la
Couronne, & depuis cette
Province a eu l'honneur de
servirde secondAppanage
aux Enfans de France,àtitre
de Duché.
Sur ce plan general, l'Histoire
Politique d'Anjou se
renferme dans six principaux
changemens.
I. L'Anjou Gaulois.
2. L'Anjou Romain.
3. L'Anjou fous la premiere
race de nos Rois,jusqu'aux
Comtes hereditaires.
4. Les trois différentes races
desComtes hereditaires.
5. Les Ducs en propriété.
6. Les Ducs parAppanage,&
ce quis'est passé dans l'Anjou
depuis la reunionde cette
Province à la Couronne.
Nous écrirons cette derniere
Partie par les regnes de nos
Rois,parce que depuis cette
| réunion, la suite des Ducs
| ne fournit plus d'Hiftoirc
i suivie.
k
SECONDE PARTIE.
Histoire Ecclesiastique d'Anjou. LHistoire Eccesiastique
commencera par la Notice
du Dioceseoù nous
examinerons pourquoy le
Diocese est moins étendu
que la Province; d'où vient
sa division en trois Archidiaconez
, & celle des Archidiaconez
en divers Archiprestrez
& Doyennez; par
quelle raison nostre Eglise
reconnoist celle de Tours
pour Metropolitaine, & la
Primatie
Primatie de Lyon.
Nous parlerons ensuite de
.l'ancienne Religion des Angevins,
desvestiges qui nous
en re stent, du premier établissement
, & des progrès
;de la Religion Chrestienne
dans l'Anjou.
A prés ces préliminaires,
nous écrirons ce que les
temps nous ont laissé de la
Vie des Evesquesd'Angers,
dans l'ordre de leurs Pontificats;
& nous observerons,suivant
l'ordre de laChronolo-
Fgie,les fondations des grands
Bénéfices,celles desMaisons
Religieuses;enfin toutce qui
-
regarde l'EtatEcclesiastique.
TROISIE'ME PARTIE.
MélangesHistoriques d'Anjou. DAns les deux premières
Parties de cette Histoire,
ontrouveàchaque pas
beaucoup de singularitez qui
regardent lesCommunautez,
les Familles,&les grands
Hommes de cette Province.
Mais comme on ne peut
en parler qu'en passant,dans
le cours d'une Histoire OULJ
nous sommes emportez par
grandsévenemens,ilnous
sembléque nostre Plan sedc
imparfait, & que nous
remplirions pas toute
',ttcnre de nostre Patrie, si
pus n'entrions ailleurs dans
certains détails qui ne l'intessentpasmoins
que legoucernement
general,parce que
pacun se cherche dans ces
rtes d'Histoires.
UAinfï nous n'avons pas crû
avoir suivre l'exemple de
ux,qui jusqu'à present ont
rit des Histoires de Provins
,
dont les uns se font conntezde
toucher les evenemens
généraux,lesautres 1
sont renfermez dans lesfêui
détails, & quelqueuns ou
confondu toutes ces chofc
avec peu deraechode.
Nous divileronsces Mc
langes historique paroles di
ferens estats de la Province.
Histoire des Villes. d'Anjou.
L'Histoire particuliere di
Villes&des grandes Seigne
ries contiendra leur origin
leur érection,leur accroiflî
ment, & les Seigneurs qui I
odnt séucceessivemsent.poq
..-Nobiliaire.- -
Le Nobiliaire renfermera
E-ïifiroire généalogique1 des
grandes Maisons d'Anjou;les
ioms<&Jes- armes des Familesnobles
qui subsïstent; au-
Wfd%LTY ,decelles qui font
f-ceimes,6c decelles qui (onc
ransplantées.
K-Mdgiflratures.
u-,
Ondonnera icy l'érablif-
Ur) leurs c hangemens, leur
tenduë,la liste des Gouverleurs
, celle des grands Seechaux
,
l'Histoire particuiêrc
delaMairie d'Angers*
avec un CIelrleumiolnrieasl.
Nous finirons par lesElo
ges historiques,avec les Pol
traits des grands Perfonna
ges or iginaires d'Anjou qui f
font rendus celebres, ou dan,
l'Eglile,ou dans la Guerre, ou
dans la Magistrature, ou dan
les Sciences & les beaux Arts
& les Eloges de ces dernier
feront précedez parl'Histoir
re abregée de ItlTniverÍicl
d'Angers, & celle de l'Aca
demie des bellesLettres.
Et pour rendrejustice
toute forte de merite, comme
l'Anjouases Heroïnes aussibien
que sesHeros, nous ne
croyons pas devoir oublier
les Dames que la fainreté de
leur vie, ou d'éminentes q ualitez
ont renduës dignes
d'entrer en partage de la
gloire avec les hommes.
On donnera les preuves à
la fin de chaque Partie.
Le Publicpourrajugersurun
Plansivaste, quun Particulier
nesçauroit le remplir sans de
puissans secours.
Aussi l'Auteur de ce projet
ne se flate pas de pouvoir l'executer
dans toutesses parties quoy
que peut ejfrejt lespersonnes intert
Bées dans cette Histoire ont
quelque empressement pour luy
donner les éclaircissemens dont il
a besoin, ilpust esperer de lamettre
au jour. Mais quoy qu'il en
purffi arriver, ilaura dumoins
lafatisfastion d'ouvrir la carriere
,
s'il ne peut la fournir entierement;&
l'émulation réveillera
sans doute dans quelque autre le
zele que nous devons avoir pour
la gloiredenostre Patrie, &pour
celle de nos Ancestres
Les personnes qui auront la
bonté de communiquer quelques
Titres ou quelques Memoires ,
fovtfttppliées de les AdyefJet: à Mr
Petrincau de Noulis,Secretaire
de l'Academie Royale d Angers,
& enson absence, à Mx Herr
nault^imprimeurdu Roy & de
l'tAcademie Royale, à ^sfygers.
Voilà ce que contiennent
le Projet & \t Plan qui ont itffté publiez. L'ordre & la
netteté qui s'y rencontrent,
-donnent lieu de croire que
TAuteur n'aura pas feulement
l ouvert lacarriere, mais qu'il
la remplira glorieusement.
Depuis que le Roy a fait
fleurir les Arts en France,
toutce qui regardelesFesses
publiques & les Pompes funebres,
y a paru d'un si bon
goust & d'une si grande magnificence,
que l'Italie ne
doit plus se vanter que l'on
n'en peut trouver ailleurs
que chez elle, qu'on doive
appellerveritablement superbes.
Vous allez voir la description
d'un Mausolée fait par
un particulier
,
qui vous pa.
roistra si grand & si bien imaginé,
que vous avouerez que
l'invention peut égaler les
plus beaux Ouvrages de Rome,
& tout ce qui se peur
faire de plus magnifique. Je
laisse les mesmes termes dont
on s'est servi dans la description
du détail que l'on m'en
a envoyé.
t
Le Temple de la Gloire &de la
Vertu en deüil. DESSEIN
,i Du Mausoléedreßé dans ÏEgliJe
deS. Martin de Cbeug,
fous Egreville
POUR
Le Service solemnel
Qu'a fait faire Mt le Prieur
de Chevrj
! A la memoire
De haute cm puissanteDame,
Dame Marie-Françoise-
Eh^abetbdeLhopital-l^itryt
ArfarqHifeae Torcy,
Baronn-e d'Egrevitte ~& de la Maisonfort,Damede Noant,
de Lindebeus le Torp
, &C.
En presence
Du Clergé, ~& de la NolLjje
de la nprovincc,
Et de tous les Officiers dela
Baronnie d' Egveville.
Le9. Février 16pf.
La mort de Madame la
Marquise de Torcy a laissé
dans toutes les Terres un
regret si universel & une douleur
sivive,quevous ne ferez
pas surprise d'apprendre les
justes devoirs quevient de
rendre à sa memoire Mr le
Prieur deChevry,Curé de la
Paroisse qui porte ce nom, &
quied, une dépendance de la
Baronnied'Egreville. Je vous
ay déja parlé de luy dans plu
sieursdemes Lettres, fous le
nomdePrieur de Briqueniault,&
vous vous souvenez
encore d'un dessein de
Feud'artifice,qu'ilfit à Chatillon
aprèslaBataille de
Fleurus,&desDevises ingenieuses
qui accompagnoient
ce dessein, à laloüangede Mr
le Maréchal Duc de Luxembourg.
Comme Madame de
Torcy le distinguoit par son
merite, il a cru devoir aussi se
distinguer par les marques
de sa douleur, d'autant plus
juste, qu'il perdoiràla mort
de cette vertueuse Dame la
Mere des Pauvres de sa Paroisse,
& une personnequi
l'honoroit de sonestime.
Le desseinde ce Mausolée
cftoit une especedeTemple
à la moderne en forme
croix, avec son clocher au
milieu, & toutes les pieces
d'architecture.Il s'estoit
d'autant plus volontiers arresté
à ce dessein, qu'illuyparoissoit
singulier à cause de
la Maison de la Chastre,& de
celle de Lhogit&L* comme
vous verrez dans la suite,& illuysembloitbien justeque
celle qui avoit faitdela maiton
une Eglise domestique,
comme die Sainr Paul ,trouvast
dansl'Eglise une de ces
maisonséternelles, ainsi que
Davidappelle lesSepulchres
des Grands. Les Catacombes
des Martirs n'estoient.ils pas
les premieres Eglises des
Chrertiens? Ils bastissoient
leurs Temples sur leurs tombeaux,
persuadez que lavoix
de leur fang sointe à celle de
leurs prieres, pourroit les
rendre plusagreables à Dieu.
L'on a cru dans ces sentimens
qu'une reprefencation d'Eglise
pourroic servir de MausoléeàuneFemme
vertueuse,
& qui durant sa vieavoirédisiéroute
l'Eglise par ses vertus,
& donné du credit à la
pieté par un attachement in.
violable à tous les devoirs au
milieu du grand monde.
-
L'on voyoit d abord à l'entrée
du Choeur, au dessus de
la principale porte, deux
grands Squelettes d'argent
couchez en forme de supposts,
qui soutenoient de
leursmains un Cartouche
tntrelalîé d'ossemens de
morts &de branches de Cyprés,&
on lisoitdansceCartouche,
ces paroles écrites en
grosses lettres d'argent, sur
un'^fond de marbre noir,
familixextinctaftenainextinguibilis
; c'est à dire que la
Branche de Lhopital-Vitry
estéreinre en la personne de
feuë Madame la Marquise de
Torcy qui en estoit la derniere,
mais que la renommée
de cette illustre Maison ne
s'éteindra jamais.
Aussi voyoit-on au dessus
de ce Cartouche la Renommée
sur un piedestal de marbre
noir. C'estoit une Figure
au naturel vestuëdeblanc&
de vert, avec des aîles blanches
pour marquer l'immortalité
de la Vertu. Elle foulait
aux pieds des telles de
Morts couronnées
, lX des
ossements, & tenoit en ses
nuin* deux Trompettes d'argent
avec leurs pendans, sur
l'un desquels estoit écrit en
lettres d'argent, ainsi que
toutes les autres in scriptions,
d'un costéVirtute, & de l'autre
&Gloriâ; pour dire que si
la Gloire donne de l'éclat à
la Vertu, c'est la Vertu qui
donne de la réputation â la
Gloire, & qui en étend la
renommée au delà duTombeau.
En vain Madame de Torcy
seroit descenduë d'une des
plus illustres & plus anciennes
Maisons de la France,
honorée des plus belles dignitez
du Royaume,sielle
n'en,avoirsoûtenu la gloire
& laréputation par ses vertus.
-
L'on avoit place deux autres
Sq uelettes semblables
aux premiers au dedans du
Choeur
,
& au dessus de la
mesme porte,avec cette difserence
,
qu'ilssoûtenoient
lesArmes de Lhopital Vitry
& de Torcy jointes ensemble.
- -
Le Mausoléeétoic élevéau
milieu du Choeur. C'estoit.
une representation d'Eglise,
poséesurune Estrade detrois
pieds de haut,routeétoffée
de noir. Trois degrez posez
sur cette Estrade,garnis de
flambeaux & de chandeliers,
servoient comme de marches
pour monter à cette Eglise.
Du milieu s'élevoit un Cloc
her femé de bleurs de Lis ,
& de larmes d'argent,terminé
par une boule aussi d'argent,
d'où sortoient douze branches
qui sormoient un espece
de Lustre
,
qui porroit le
mesme nombre de Cierges.
Cette boule soûtenoit la
Croix ancrée d'argent, qui
est de Il Chastre, & sur cette
Croix estoit posé un Coq
hardy d'argent, portant àson
coll'Ecusson de France,qui
est de Lhopital Vitry
, avec
ces mots au dessus;Piange
non canta : il pleure, & ne
chante pas.
Les quatre plus vertueuses
Femmes de l'Ancien Testament
estoient placées aux
quatre coins du Mausolée,
vestuës de deüil, la tristesse
peinte sur levisage, & dans
une contenance qui marquoit
leur douleur. Vous eussiez
dit qu'elles pleuroient la
mort d'une Dame, qui ayant
eu part au malheur de leur
sterilité. les avoit de beaucoup
surpassées parla secondité
de ses vertus. Elisabeth
figuroit sa pieté envers Dieu;
Rachel son amour pour son
Epoux; Sara le foin qu'elle
avoit eu de ses domestiques;
Rebecca son inclination à
faire du bien à tout le monde.
Sur le frontispice de la
porte de ce Mauiolée, deux
Squelettes soûtenoient d'une
main une Inscription où on
lisoit ces paroles, Virtutis, ciT*
glorioeTemplum in luctu
; le
Temple de la Vertu& de la
Gloire en deuil,& de l'autre
ils portoient les Ecussons des
Armes des Rois de Sicile &
d'Arragon
,
dont la Maison
deLhopitaldescend.
La Vertu & la Gloire a
voient deux Temples c hez
les Romains quise touchoient
l'un l'autre
, & ils
estoient disposez de" telle
forte, que pour entrer dans
celuy de la Gloire, il falloit
passer par celuy de la Verth;
pour apprendre aux Grands
que la Vertu estla seu le
voye qui conduit à la veritable
Gloire; voye que Madame
deTorcy a toujours luivie.
Quatre Squelettes au naturel
,un genoüil en terre,
occupoient les quatreangles
de l'Estrade
, qui soûtenoit
le Mausolée & porraienten
leurs mains quatre flambeaux
de cire blanche, avec differensEcussons.
Sur le premier
estoit attaché l'Ecusson des
Armes de la Maison de Lhopital-
Vitry, qui estdegueules
au Coq bardy d'argent,creftégr
ongle d'or, l'Ecusson de france
suspendu au col. Sur le lecond,
les Armes de la Maison de
Torcy
,
qui est desableà la
ban de d' or. Sur letroisieme,les
Armes de la Maison de Pot
deRhodes
,
qui est J'azùr à
laface d'or. - Sur le quatrième,
les Armes de la Maison de la
Chastre,qui est degueules, a
sa Croix d'argent ancrée, ~0*
chargée dtfipt vairs d'azur.
Tous les Cierges, au nombre
de plus de deux cens, pofez
depuis les degrez du Mau.
solée jusqu'au haut du Clocher
de la Representation,
estoient chargez des Ecussons
des alliances quont eu
ces quatre Maisons avec les
plus grandes & les plusconfiderables
Famille du Royaume
; comme font celles de
Rieux, de Courtenay ,
de la
Trïmouiîlej de Rohan, Senneterre,
de Melun
,
de Brichanteau
,
d'Estrées ,de la
Ferré-) de Luzignan
,
d'Aumate;-
a"HtimieresJ de Mouchyd'Hoquincourt
,d'Ef.
tampes, de Chabot, de Boufflers,
d'Hermay
,
de Boul in.
villiers,de Gamache
,
d'Eftourmel
,
de Boraucourt,
d'Aucourt, &c. La différence
du Blason de tous ces Ecussons
découpez & peints en
petit, & attachez sans confusionàcette
multitude prodigieuse
de Cierges,suivant
l'ordre que je viens de vous
marquer,& où on lisoit en
un coup d'oeill'Histoire des
Alliances de ces quatre grandes
Maisons, donnoit un certain
éclat de beauté à cette
lugubre décoration, qui surprenoit
d'abord, & faisoit un
effet admirable.
La Representation estoit
au milieu du Mausolée, fous
le Clocher. Elle estoit couverte
d'un Poële de velours
noir, croisé de moire d'are
gent, bordé d'hermines, &
chargé des armes en broderie
dela Maisonde LhapitaJt*
avec une Couronne de Mar.
quise
, couverte d'uncrel pe
àlà teste de larepresentation.
C'estoit à la faveur de tant
de lumieres, qui éclairoient
toute l'Eglise qu'on découvroitau
dessus duclocher du
Mausolée un nuage, d'où
sortoit un Ange, qui portoit
en ses mains le Portrait de
feuë Madame la Marquise de
Torcy en un cadre doré, couronné
de Lauriers & de Palmfs,
Gmbolcs de la droiture
du coeur. G iiJ.
C'est ainsi que les Anciens
immortalisoient leurs Héros
par une fausse superstition,&
lescouronnoient d'unegloire
qui n'estoit deuë qu'à la vertu,
elle seul e ayant le droit d'élever
les grandes ames dans
le Ciel, & de rendre leur nom
immorrel sur la terre. C'est
pourquoy on lisoit au dessus
de ce Portrait dans l'air ces
paroles.Quid morte deletum
lugetis nomen?scriptum est in librovitæ
c'est à dire, Pourquoy
pleurez-vous le nom
d'une Famille que la mort
vient d'éteindre? il est écrit
dans le livre devie.
Comme le dehors de ce
Temple dela Gloire & de la
Vertu,estoit orné d'une corniche
,
d'une frise & d'une
architrave, l'on avoir representé
dans la frise aux quatre
costezlesvertus differentes
de Madame de Torcy,sur
autant, de cartouches, où
estoient des Devises qui répondoient
au. sujet, & qui
marquoient,ou sa pieté envers
Dieu, oufon amour envers
son Epoux, ou ses foins
envers ses Domestiques, ou
enfin sa charité envers les
Pauvres
,
& les Peuples qui
luy appartenoient dans ses
Terres.
Pour sa pieté, un girasol
panché vers le Soleil,avec
ces mots de l'Evangile, qui
faKoienc l'ame de la Devise,
Adorans,&petens, ill'adore,
semble le prier. L'adoration
& la priere font les deux
principaux actes de la Religion.
Jamais Dame de qualité
n'a eu des dispositions
plus favorablesàla pietéque
Madame la Marquise deTorcy.
Dieu luy avoit tourné le
coeur du costé du bien, & elle
k l'a toujours adoré & prié en
,
esprit &envérité.
Un Arc-en-ciel qui renvoyc
au Soleil toutes les
•
beaurez qu'il en reçoit. Soli
honor & gloria, la gloire ôC
l'honneur en sont dûsau Soleil.
Quelque avantage qu'-
eust cette illustre défunte du
costé de la naissance
,
de la
parenté,& de la bonne grâce,
elle a toujours rapporté toutes
choses au premier Princi-
( pe,&renvoyé vers Dieutout
[ l'encens qu'elle recevoit des
! creatures.
Un arbre chargé de fruits,
& renversé par terre, Non
annis,sed fructibus.Cen'est
pas le nombre de ses années,
c'est le poids de ses fruits qui
l'a renver sé. Quoy que Madame
la Marquisede Torcy
foit morte dans la fleur
deson âge, c'estoit un fruit
meur pour l'éternité devant
Dieu, qui compte les bonnes
actions, & non pas le nombre
des années.
Pour son amour, sa foumission
& son attachement
envers MrleMarquis deTor.
cy ,son Epoux.
Un Cadran exposé au So
1 leil, qui suit par ion, ombre
r tous les mouvemcns de ce
bel Astre. Vestigia sequor in
umbra, mon ombre fuit tous
ses ve stiges. Le devoir d'une
Femme vertueuse est d'estre
cachee, pour ainsi dire, à
l'om bre de sa maison
, & là
d'étudier & de suivre les vo.
lontez de sonEpoux,comme
a fait Madame de Torcy.
Deux coeurs posez sur un
Autel,unis ensemble & enflamez
par le feu du Ciel, avec
î ces mots, Ignesacro, un feu
sacré les brûle, pour marquer
la puretéde Ion amour dans
un mariage formé de la main
de Dieu,& dont le merite ôc
la vertu ont toujours entretenu
l'alliance.
Un Aigle qui regarde fixement
le Soleil. Nil sapit ultra.
Rien ne le touche, & n'est
digne de ses regards que luy.
Tout son attachementestoit
d'étudier le merite de son
Epoux, & de cherchera luy
plaire. Les Femmes des premiers
Chrestiens, comme le
dit Tertulien, navoient des
yeux que pour leurs Epoux.
Le foin de sesDomestiques
estoit marqué dans trois ausisS
Devises. Le bon exemple
qu' elle leur donnoit, se
mettant à la testede toutes
les affaires de pieté & de religion
pour les porter à la
vertu, estoit exprimé par un
grand Aiglequi vole dans les
airs suivi de plusieurs Aiglons,
avec ces paroles,Monflratiter,
il montre le chemin.
Sa douceur, par laquelle
sans en venir à des traitemcns
indignes,elle leur faisoit éviter
le mal,& pratiquer le bien,
estoit figurée par une ruche
environnée de mouches à
miel,qui en sortent, &qui
suivent leur Roy. Ces mots
faisoient l'ame de la Devise.
Pro stimulo exemplar. Son
exemple sert d'aiguillon. Le
Roy des Abeilles n'a point
d'aiguillon, il vole, & tout le
fuit.
Le travail des mains, auquel
elle les exerçoit pour
les détourner du mal quïnC
pire l'oisiveté, les obligeant
tous les soirs deluy faire voir
aprés la Priere
,
l'ouvrage qu'-
ils avoient saitdurant le jour,
estoitrepresenté par plusieurs
Versàsoye dansleurs coques,
avecces paroles. Latentes Ubor
illtijtrat. Leur travail les saic
connoistre.
Enfin trois autresDevises
faisoient voir sa charité envers
les Pauvres, & envers
tous ceux qui luy appartenoient
dans lesTerres.
Le Soleil parcourant les
douze maisons du Zodiaque.
Luftrae&fovet. Il y passe,&
il y fait du bien par ses lUlnie.
res- Elle alloit tous les ans
dans les maisons de campagne
, &elle y passoit une partie
de l'année, & c'estoit là
qu'on s'appercevoitdesa presence
par le soulagement des
Pauvres, & par le soinqu'elle
prenoit de faire du bien à
tout le monde.
Un nuage attiré en haut
par le Soleil qui le fait résoudre
en pluye,& tombersur
la terre pour la rendre fertile.
Elevatutprofit. Il l'éleve pour
le rendre utile. Dieu n'eleve
les Grandsformez dumême
limon que les petits, que pour
faire du bien aux Pauvres, &
- les secourir par lesinfluences
de la charité, comme elle a
fait.
Un Arc en Ciel qui se resoud
en pluyes. Definit in Uchrimas
, pour marquer les
larmessinceres qu'ont répandu
les Pauvres à la mort de
leur Mere commune, 6c les
gemissemens qu'ils poussoient
en conduisant [onl
Corps au tombeau.
Toute l'Eglise &le Choeur
estoient tendusde noir
, avec
cette difference que le Choeur
estoit ceint au dehors & au
dedans d'un lé de velours
noir, chargé des Ecussons
en broderie de la Maison de
Lhopital-Vitry ; & tout autour
du Choeur au dessusdes
balustres,on avoit élevé plufleurs
frontons de deux consoles
de bronze couchez sur
du marbre noir, d'où sortoit
une teste de Mort d'argent
couronnée, & au milieu de
deux aisles de Chauve souris
aussi d'argent, qui sont le
simbole de la nuit & de la
mort. Au dessus de la Couronne
de la teste de Mort,
s'élevoit un Coq d'argent en
forme de cimier avec ces
mots d'un costéVigilate,Veillez
; & de l'autre, In cantu
Galli, Au chant du Coq. Le
Coq a toujours representé la
valeur&la vigilance. Aristote
; l'appelle l'Oiseaude Mars, & ditqu'illuy estoitofferten
Sacrifice. Les Dardaniens
voulant faireconnoîtrequ'ils
ne fuyoient pas le Combat, jfirent graver sur leurs Monj
noyes, deux Coqs qui se bactoient
; &nouslisons dans
! l'Histoire que lesanciensGaul'
lois avoient fait peindre un
Coq dans leurs Etendarts
,
&
1 portoient leurs Casques crê- :tci.. pour dire qu'ils combat-
! toient feulement pour l'honneur.
Tel estlecaractere de
| la Maison de Lhopital. Elle
a autours combattu pour la
gloire,& servy nos Rois avec
un attachement & une fidelité
inviolables; mais le Coq
en cette Ceremonie lugubre
figuroit quelque chose de
plus saint
, & representoitla
vigilance chrestiennes,si fou..
vent recommandée par le
Sauveur, qui ditqu'il se faut
tenir prest
,
& qu'il viendra
au chant du Coq. Ainsi cet
avis ne pouvoit estre donné
plus à propos, qu'au milieu
d'une Pompe funebre, où
l'on pleuroit la mort precipitée
d'une Dame, illustre
p~r'~ vertu encore plus que
parsanaissance.
Tous ces frontons qui environnoientle
Choeur, por-
! toient des flambeaux & des
cierges,& l'on avoit disposé
de telle sorte des lumieres ,
qu'on les appercevoitpar les
yeux des celles deMort, ce. qui leur donnoic encore quel-
1 que chose de plus lugubre.
,/' Le grand Autel estoit paré
d'ornemens semblables au
Poesle de la Representation.
Ungrand rideau de velours
f noir croisé de moire blanche
î couvroit tout le Sanctuaire.
Sur l'Autel étoient placez plu-,Õ
lieurs Chandeliers d'argent,
avec des flambeaux de cire
blancheoù étoient attachées
les Armes pleines delaMaison
de Torcy & de Lhopital;
,
& au milieu de ces Chandeliers
estoit élevée une Croix
aussi d'argent. 9i,
Le 9. Février fut le jour
que Mr le Prieur de Chevry
choisit pour cette triste Ceremonie.
Il y avoit invité un
grand nombre d'Ecclesiastiques,
toute la Noblesse dela
Province, & les Officiers de
la Baronnie d'Egreville. Chacun
s'y renditavec d'autant ,
plus d'empressement que la
memoire de cetteillustre Défunte
,
est en une singuliere
veneration dans tout le Pays,
&il s'y trouva une foule pro-
; digieufe de peuple de toutes
j les Paroisses voisines d'Egreville.
Mr l'Abbé deChateaulandon
,
Fils de Mr le Prefij,
cfent dela Grange,allié à la
NlailonJe Lhopitalparcelle
de la Trimoüille-Noirmoustier,
officia à la grande Messe
avec un Prestre Assistant, un
Maistre des Ceremonies,
deux Diacres, deux Sousdiacresé
& quatre Chapiers.
Aprés l'Offertoire, Mr le
Prieur de Chevry,qui estoit
comme l'ame de toute cette
Ceremonie, monta en Chaire,&
prononça l'Oraison funebre.
C'estoit la coûtume chez
les Romains de chanter les
loüanges de ceux dont ils
faisoient les Funerailles; &
- Ciceron ne croit pas pouvoir
marquer plus de mépris &
plus d'aversion pour Clodius,
qu'en difanc que son corps
fut brûlé, sans que personne
le louast & le pleurast: Sine
lamentis, fine laudationibus am-.
bustus
bustus & abjectus. Cette coûtume
devint commune aux
Femmes aussi-bien qu'aux
Hommes;& Plutarque rapporte
dans la Vie de Camillus
, que les Romains touchez
de reconnoissance des
Presens que firent les Dames
de Rome pourestreenvoyez
au Temple de Delphes, ordonnerent
par un Arrest du
Senat, que doresnavant l'on
feroit des Oraisons funebres
pour les Femmes Illustres
, t comme pour les grandsHom»
'mes. Un semblable honneur
ne devoit pas estre oublié à
la mort de Madame la Marquise
de Torcy, elle qui a
employé une partie de ses
biens à l'ornement des Autels
du veritable Dieu
, & à
l'entretien des Temples vivans
du S. Esprit, qui sont les
Pauvres.
Il prit pour texte ces paroles
des Proverbes chap.31.
communes à la verité, mais
qui semblent estre propres
pour Madame deTorcy:
Yitllax gratia 0/ vana est fulchritudo
;
mulier timens Dominumipsa
laudabirur.Illes tourna
de la sorte. La beauté &
la bonnegrace sont des biens fragiles,
il n'y a que lA Femme qui
craint le Seigneurquimerite des
loüanges. Il s'attacha particulierement
à faire voir que
Madame de Torcyavoit toujours
esté grande sans cesser
d'estre vertueuse,&vertueuse
sans cesserd'estre grande,.&
qu'elle avoic appris aux
Grands du monde le secret
d'allier la pietéavec la grandeur
; & aprés avoir marqué
d'abord la difficulté qu'il y
a de se sauver dans le grand
monde, il commença son
Eloge par ces paroles;
*"Grâces auCiel,nous loüons
'ourd'huy une Femme vertueuse,
qui fortifiée par la crainte du
Seigneur, ria rien éprouvé Je-l"
malignité du monde; qui encore
plus grande parsa pieté quepar
sa naissance,n'aeudelagrandeur
que pour lasoumettre; de l'autorité
, quepour en bien user; du
bien, que pour en faire;du credit,
que pour en donner à la verra.
Mulier timens Dominum
ipsa laudabitur.
Il fie ensuite l'histoire de
sa Maison
,
& de toutes ses
alliances; & aprés avoir relevé
la fidelité de Loüis àç
Lhopital
,
Pere des deux Marechaux
de ce nom, qui fut
le premieràrentrer dans son
devoir dans le temps de la
Ligue, par la reduction de
Meaux,&qui servit d'exemple
à toutes les Places du Royaume,
il continua dela forte.
Mais.. Messieurs
,
oublions nos
malheurs paJJcX.• En dust il conter
quelque chose à la gloire de la
Maison de Lhopital, ne parlons
que du bonheurpresent de la
France, Cr lisons, s'ilse peut,
dans l'avenirsagrandeurfuture.
Nous ne presumons pas tropnos
Neveux en feront un jour les
témoins, & en voyant le Trône
affermy par la naissance de trois
Princes, qui promettentàl'Empïie
François une espece d'éter-
M~, qui font les fruits heu.
reux de la plus auguste alliance
quifoit dans lemonde pourrontils
oublier que ce mariage a cfté
le chef d'oeuvre de lasagesse de
François-Marie de I/bopital-
Vitry, quele Roy choisitpouralller
à Munie traiter d'une affaire si
importante? Quel choix! quel
honneur! Vous avez vu le succésdecetteAmbassade,
qui desarma
le Duc de Baviere, & qui
donna une Dauphine à la France.
iPrévojeT^enlesfuites>sivoush
pouvez.
Cefut après l'experience de
cette haute ftgtjJe que le plus
éclairé de tous les Rois,Louis l(
Grand, dont la bouche nesetrompe
jamais. dans ses jugemens,
, pour parler le langage de l'Ecrituresainte,
Divinatioinlabiis
Regis,&dontle choix est toujours
la preuve & la récomperife
du merite, le nomma pour estre
Plenipotentiaire à Nimegue, c'est
à dire pour donner la Paix à toute
l'Europe, &pour soutenir la réputation
du plusgrand Roy du
monde, par un Traité qui fust
honornble à la France. Quelamas
de gloire se presente à vom à la
simple idée que je vous donne de
l'illustreMaisondeLhopital.VitU,
& que ne devons nous pas
attendre d'une Fille qui descend
d'untelPere!
Il entra après cela dans le
détail du bon usage qu'elle
avoit fait de la grandeur de
sa naissance,soit par sa. pieté
envers
-
Dieu, foit par son
amour sincere envers son
Epoux; soit par les soins qu'-
elle avoit pris de ses Domestiques
,
soit par les charitez
qu'elle avoit répanduës dans
le sein des Pauvres; & après
* un dénombrement de tant
d'actions héroïq ues de vertu
qu'elle a pratiquées durant sa
vie, & le récit de sa mort
chrestienne
,
il finit par ces
paroles. C'eeà vous, Grands du monde,
à quijem'adresse en finissant
ce Discours vous qui rend, z aujourd'huy
les tendres maistristes
devoirs de l'amitié&de la reconnoissanceà
cette illustre Dame, à
qui vous apparteniez parlesliens
de la chair & dusang
, & qui
bvezluy ressemblerpar lesliai
sons de la pieté & de la vertu,
Permettez-moy donc de Doits
dire avec S. GregoiredeNazanze
, que la véritable uotltjje
vientde lavertu;qu'en vain la
nature ey la fortune vous ont
élevez, au dessus des autres,si la
Grace ne vous éleve au dessus
de vous-mesmes;qu'en vain vous
commandez aux hommes,sivous
ne comptez vos passions au nom..
brede vos Sujets. Quelavantage
retirerezvous de la gloire devos
Adatfons, representée danstant
d'Ecussons differens qui ornentce
tombeau de la mort,si vos noms
ne font écrits au livre de Vie?
àouvene^-vQiis donc enfin, Cne
l'oubliez jamais
, que si la
grandeur couronne lapieté&luy
donne de l'éclatsur la terre, c'est
la pieté qui donne de léclat à la
grandeur,& qui la couronne
dans leCiel. Ce Discours receut
une approbation universelle.
Comme on se prepare
à le donner au Public,
je ne vous en diray rien da;
vantage.
La Messe estant achevée,
tes quatre Chappiers, après
avoir occupé les quatre coins
de la Representation, entonnerent
le Libera & l'Officiant
assisté de ses Officiers
fit les aspersions, & les encenfemens
,
ainsi qu'il est
marqué dans le Ceremonial.
Tous les Assistans,leClergé,
la Noblesse
,
& les Officiers
de la Baronnie d'Egreville,
allerent chacun en leur rang
jetter de l'Eau- benire; &
après la Ceremonie
,
Mr le
Prieur de Chevry traittatous
ceux qu'il y avoit invitez.
J'ay remarqué que le stile
de Marot a toujours plu dans
les Contes. Ainsi je ne doute
point que vous ne lisiez. ce
qui fuit avec plaisir.
EPISTRE
A MONSIEUR LE DUC
DE VANDOSME. ADame Alix, que point ne
connoisséz,
( Ainji du moins
,
Seigneur,je le
soupçonne,
D'autant qu'estoit peu chaste sa
personne,
Et que d'ailleurs cent ans se sont
page,
Depuis qu'elle est au rang des Tré.
-ptffexj
A Dame Alix, dis-je, vint un
[crapule,
Que quelques genstrouverentridicule
, D'autresaussi le trouverentsensè.
Elle craignit quele Ciel offensé,
Ne la punist du métier de tendresse,
Qnjlle avoit jà plusieurs ans frlfeè;
:Ains bien qu'alors de mille coeurs
maistresse,
Et bien quelleeust encor tous ses
appas,
( Point remarquable, &- qùon ne
trouve pas
Communément) elle renonce au
monde,
Vers laretraiteelle tourne ses pas*
Couvre son sein , coupe sa tresse
blonde,
Manchesd'aller juffu»au bout de
ses doigs
Habisgrossier,,enfin touteUfuite,
,mCTofiï l'attirailque prend souvente- f0"
! Femmo galante, en changeant de
conduite.
Dans cet estatAlixpassa trois mois,
Fuyant le monde, & méprisant sa
voix.
D'impurs desirs son coeurelle netoye,
Et sa vertu chancelante elle étaye
Par jeune austere & macerations.
Mais cest pitié que nos complexions
Leur doux panchant malgré nous
nous entraîne.
A cet écueil
,
quelque soin que l'on
prenne,
Vont se brisernos resolutions.
Alixavoit choisi pour sa retraire,
Vne maison solitaire & secrete,
Où les Hiboux n'auroient voulu
nicher.
Là toutefois amour vint la chercher.
Il votti luy va bourdonnant à l'oreiUe,
Certain récit deses plaisirs paffe^
Et tant parla qu'en son coeur il réveille
Mille desirs non encore effacez
Jk Dame Alix moins close &
moins couverte,
Se déplaisant dans sa loge déserte.
Bilese va promenant dans les bois,,
Rêve souvent, & d'une voix touchante
Chansons d'amour en rêvant elle
chante
Avec plus d'art mêmement qu'autrefois.
Là sur les bords d'une onde gaz^
oîliliante,
Dontseparoit ce sejour écarté,
Alix par fois va mirer sa beaulé.
Elle s'y plaisi
,
S) trouve encor
brillante,
S'y lave braf} jambes, cuisses, puis
tout
Se va frotant de l'unàl'autre bout,
Aime à revoirchezelle toutes cho-
,
ses
Au même estat,rondeur & fermeté,
Lis répandus où toujours ont esié,
Roses où sont dordinoire les roses.
Or bien voudrois sçavoir si sainte
Alix
Pitt parcourir ces roses & ces lis,
De tant d'endroits toucher la beauténue,
Sans tant soit peu se trouver ïawe
émuë
Mais laissons là cette reflexion,
Etrevenons à l'occupation,
Aux petits soins de ncftrs Penitente.
Dans le moment que àelle si contente,
Bile se mire & se laveauruisseau,
Paffe un Chasseur galant & jouvenceau,
[ trace
Qui par malheur ayant perdu la
D' un animal qu'avec ardeur il
chasse,
Vient altérépour boire de cette eauy
Y voit Alix; Alix le voit de mémet
De tous les deux lasurprise estextrême.
Occasion, glissanteoccasion!
Pour résister à la tentation.
Faut-ilqu'en vàin nos coeurs teajours
travaillent ?
Alix voudroit soutenir sa vertu , Mais tout trahitson esprit abbatu.
Elle veut suir, les jambes luy défaillent.
Quand le Chasseurcharmé de ses
appas,
A ses genoux la presse d'un air
tendre,
Desesefforts veut-elle se défendre,
Dans cet instantelle ria plus de
broi.
Si le Galant ores sans retenuë
, Tout au plus loin s'avance & s'insinuë
Alixvoudroit,parses cris l'efrayer-
La voix lui manque, elle ne peut
crier.
Veut-elle enfin essayer de distraire
De ce projet cet Amant téméraire , Par un regardplein dire & de couroux
1. Son regard p, rend une route contraire
, [ doux
Et vousdiriezqu'ellefait les ye»x
Que faire donc? Elleperdpatience
-
( Pour moins aussi patience l'on
perd. )
Etde dépitd'avoirjàtantsouffert
Plus ne lui fait la moindre resistance.
De ce dépitsitropse courouça
LeIuvenceau, je vous enfais le
Jȏe-
Iugezaussi ce qui lors se passa
Depuisqu'Alix, avisée
)
embrassa
Ce beau dépitpoursonplusseur refuge
Car pas ne (sa,) du moins precisément,
Ce qui futfait en cet heureux moment;
Maisjesçay bien en une telle affaire
Ce qu'auroisfait, e- ce qui se dût
faire.
Orsi voulezsçavoir à quel propos
Ie vou4 ay fait un conte si frivole,
Ie vais
,
Seigneur, vousle dire en
deux mots.
Ce conte-cin'estqu'une Parabole,
Dont le dessein rieji rien moins
qu'excellent.
Maisreduisons cette fable à l'his-
IDire:
Je suis Alix, Auriez- vous pu le
croireï
Et vous, Seigneur, vous êtes le
Galant.
Persuadè que pour moyc'étoitcrime
Quem'amuser à composerdes VerJ,
J'avois juréque pour toutl'Univers
N'agencerois desormais une rIme,
Et dans ces lieux, oùjesuis retiré,
ïaurais tenu ce que j'avois juré.
Ma Muse en vainsans cesse dans
ma te/it,
Pour m'exciter, fredonnait quelque
chant
,
I'y resistois
,
& même à mon penchant,
Quand vous venez,par une Epître
honnête,
De monprojet interromprele cours.
le cede enfin
ju,rvoeus m.e rendezpar-
Voila d'Alixjustement Favanture9
Et mainte Alix peut-être tous les
jours,
Non comme ici feinte ¶bolique,
Mais mainte Alixventable
,
historique
En chair,enos, plus belle que n'est
pas
Celle dont j'ay peint îci les apas,
En prodiguant à vos yeux tous ses
chatmes,
Et vous cedant dés qjre vous la
pTeffe
A ses dépens me justifie /lUe'{,
De vous avoir, Seigneur, rendu
les armes.
Quelque violente passion
que la connoissance du vray
merite fasse naître, elle ne
se trouve jamais assez forte
pour n'estre pointaffoiblie
par le mariage. Les plaisirs y
deviennent trop unis pour piquer
long-temps le goust,&
un bien qui nous est deu,
quoyqu'il nous soit toûjours
cher, perd insensiblement
beaucoup de son prix. Ce que
je vais vous conter en est une
preuve. UnCavrlier éperdument
amoureux d'une fort
jolie personne, futassez heu->-
reux pour eitre écouté favorablement
dans la permission
qu'illuy demanda de se declarerà
ses Parens; mais sielle
luy trouva assez de mérité*
pour voir son amour avec
plaisir, il n'eut pas la mesme
facilité à obtenir leur consentement.
La Demoiselle
estoit riche
, & beaucoup de.:
bien joint aux avantagesque
luy donnoit sa beauté, ieur)
faisant voir ce party inégal
aux elperances qu'illuyestoit
permis de former,ils furent
persuadez
persuadezqu'elle n'auroit pas
de peine à trouver une alliance
qui la mettroit dans
un rang plus distingué. En
effet d'importans Rivaux se
presenterent, & le Cavalier
eut à surmonter de puissans
obstacles; mais le coeur de la
Demoiselle, qu'il estoit juste
de consulter
,
s'expliquant
toûjours en sa faveur,il fut
enfin arresté qu'on feroit le
mariage. Comme il estoit
obligé de toutes manieres à
cette aimable personne, sa reconnoissance
auroit encore
augmenté sa passion
,
si elle
XI1eue pas déjàesté dans coup
l'excèsoù elle pouvoit estre
portée.Laqualité de Mary ne
l'empêcha point decontinuer
à estreAmant ,& il eut pour
elle un attachement si tendre,
qu'il paroissoit s'ennuyer
par tout où il ne lavoyoit
pas. C'estoient tous les jours
des foinsnouveaux pourtoutes
les chosesqui pouvoient
luy plaire, & il alloitau de-i
vant de tous sessouhaits,soit
pour luy procurer des plaisirs,
soit pour luy faire des presens
galans, dont elle estoir
d'autant plus charmée, que
rien ne la touchoit tant que
de connoistre qu'il l'aimoit
parfaitement. Cependant il
s'accoûtuma insensiblement
àestre heureux, & goûtant
moins son bonheur par l'habitude,
aprés deux années par.
fées dans ce grand attachement,
il commençaàsedissiper&
àserépandre dans plusieurs
sociétez.L'agrément de
son espritluy donnant accès
par tout, on ne faisoit aucune
partie où l'on ne cherchât à
le faire entrer. Ilen estoitlame
par son humeur enjouée,
comme il l'estoit de la conversation
sur quelque matiere
qu'on la sist rouler;mais
l'amusement qu'il se faifoic
detoutes ces choses,&donc
tous lessoirs il rendoit compreâ
sa Femme, n'avoit rien
qui diminuât les sentimens
de tendressequ'il luy avait
marquez jusque-là.Elleétoit
trop raisonnable pour s'inquietermal-
à- propos, &pour
s'opposer à desplaisirs innocens
, qu'il pouvoit prendre
sans elle. Son amour luyparoissoit
toujours dans la mesme
force; mais la crainte
qu'elle eut que son coeur ne
ilayéchapât avec letemps,
l'engagea à prendre des précautions
pour estre informée
de toutes ses habitudes. Elle
» gagna Con: Valet de chambre,
qui sçavoit de ses laquais en
:
quels lieuxalloit sonMaistre,
lk son rapport se trouvant
conforme à ce qu'elle apprenoie
par luy-mesme, elle vivoi
t en repos. Le Cavalier
s'estant arresté un jour fore
tard dans les Tuileries, se fentit
frappé par une assez belle
voixquil'attira au lieu où il
l'entendoit. Comme la Musique
estoit de son goût , il
l'écouta avec grand plaisir,
& la personne qui avoitchanté
s'estant levée peu de temps
aprés quelle eut finy
,
il ne
put s'empescher de l'aborder.
C'estoit une jeune Demoiselle
qui avoit de la naissance,
mais fort peu debien,& qui
n'estoit pas fâchée de faire
des connoissances, parce
qu'elle vivoit avec une Mere
qui avoit l'art de les rendre
utiles. Elle répondit d'une
maniere fort spirituelle aux
complimens que luy fit le
Cavalier sur sa belle voix: &
la Lune qui estoialors dans
son plein, luy fit remarquer
quec'estoitune brune des
plus agreables. Il ne cac ha
point qu'il sçavoitchanter, &,
ce fut assez pour luy faire donner
par la Mere la permission
qu'illeur deman d a delesaller
voir. Elles consentirent
qu'il les remenât dans son
Carrosse) & il leur rendit dés
le lendemain une visire assez
longue. La Belle luy plut,&
il luy trouva cet espritinsinuant
du monde qui faittoûjours
effet sur lestendres
coeurs. Il la quittaneanmoins
sans en rien craindre : mais
ce qui le devoit porter a se
défier de sa foiblesse
,
quelque
confiance qu'il crût devoiravoir
en luymesme, il
ne taUfa pas de cacher cette
avanture à (a Femme. Il vie;
la Belle encore trois ou quatre
fois avec le mesmemistere,
& sa Femme qui l'apprit
presque aussi tost
,
fut fort
étonnée de le voir continuer
àluy en faire un secret. Elle
commença à l'observer, & il
luy parut qu'il tomboit de
temps en temps dans desrêveries
qui ne luy estoient
point ordinaires. Il les rejet::
toit sur des distractions d'efkprk
qui l'emportoient sans
qu'il y prît garder elle disoit
en riant qu'il devoit
craindre qu'elles ne vinssent
de quelque jolie personne qui
luy eust blessé le coeur; qu'elle
pretendoit y regner toûjours
absolument, & qu'a-
,
prés tant de marques detendresse
receuës de luy ,il seroit
fâcheux que leur union
troublée donnât sujet à de
méchans contes. Peu de jours
aprés, la conversation estant
tombée devant luy sur les
belles voix, elle prononça le
nom de la belle Brune, comme
d'une personne dont on
estimoit la maniere dechanter
,
& le regardant attentivement,
elle demanda s'il ne
l'avoir jamais entenduë. Cette
demande le olit dans quelque
embarras. Il ne voulut
point nier tour à fait qu'il
connustla Demoiselle,se
contenta de direqu'e lle avoit
chantéfort souventle soiraux
Tuileriespendant tout l'Esté,
& qu'illuy trouvoit assez de
methode. Cette attaque de
la Dame
,
jointe aux reproches
qu'elle luy avoit déja
faits sur laréverie, luycausa
beaucoup dinquietude.Illuy
devoit tant qu'il auroit esté
fâché de luy donner sujet de
se plaindre. Cependant il se
sentoit assez attaché à cette
aimable personne
, pour ne
pouvoir renoncer sans peine
au plaisir qu'il le faisoit de luy
rendre quelques soins. La
crainte qu'il eut d'estre remarqué
chez elle par ceux
qui y venoient comme luy,
luy fit chercher à y devenir
assez familier pour estre en
droit de la voir en de certains
temps, où il pouvoit se flater
de la trouver feule. Quelques
presens faits assez liberalement
luy eurent bien-rost acquisce
privilege. Ils e stoient
toujours agréablement receus
: & comme la Belle qui
n'estoit pas bien dans ses affaires
, sembloit en avoir le
coeur touché, la fin de fan.
née estant fort proche, il resolut
de luy envoyer un fort
bel habit pour ses estrennes.
La Belle aimoitextrêmement
la parure, & elle avoic plusieurs
fois consulté sa Mere
en sa presence sur une sorte
d'étoffequ'elle auroit portée
avecplaisir si la dépense ne
luy eust fait peur. C'estoit
en dire plus qu'il ne falloit
au Cavalier
,
qui estant d'un
bon gouR: surtoutes choses,
alla acheter une étoffe des
plus riches. L'envie qu'il eut
de luyenvoyer l'habit tout
fait,fit qu'il employa sonValet
de chambre pour en avoir
un de ceux de la Garderobe
de sa Femme,qui estoitde
lamesme taille que la belle
Brune, &il le fit porter pour
modele avec l'étoffe à unedes
plus habiles Couturieresde
Paris. Le Valet de chambre
qui avertiffoit la Dame de
tout, n'eut pas de peine à
avoir l'habit qu'illuy demanda.
Si-tost qu'illuy eut nommé
la Couturiere dont il devoit
se servir, & quilchoisit
dans un quartier des plus éloignez
, selon l'ordre de son
Maître, elle sesouvint qu'elle
habilloit une de sesmeilleures
Amies. Elle alla prendre
cette Amie dés le lendemain,
& luy ayant découvert
ce quelleavoitresolu defaire,
elles se rendirent chez la Cou.
turiere, fous pretexte de quel.
que mode nouvelle donc ellesvouloientestre
éclaircies.
A peine furent-elles dans sa
chambre, que l'étoffe qu'on
luy avoit apportée le foir précedent
,
les ayant frappées
l'une & l'autre, elles s'écrierent
sur sa beauté,&luydemanderent
pour qui elle faisoit
un habit si magnifique.
Laréponse fut qu'elleavoit
receu l'étoffe parunemanie- !xc de Valet de chambre, &
qu'apparemment l'habit étoit
pour une Dame de Province,
puisqu'on luy en avoit apporté
un tout fait pour se
regler sur la taille. La Dame
ayant tourné les yeux d'un
autre costé
, & apperceu son
habit qu'ellefit reconnoistre
à son Amie, feignit une fort
grandesurprise, & ditquelle
estoit la plus heureuse de toutes
les Femmes. En mesme
temps ellepeignit lq Valet de
chambre, dont laCouturiere
demeura d'accord
, & commença
à dire tout haut que
c'estoit une galanterie deson
Maryquifaisoit toûjoursl'Amant,
& qui avoit ordonné
cet habit pour elle sans l'en
avertir, commeil faisoittous
ks jours en d'autres choses
qu'onluy apportoit quand
elle s'y attendoit le moins.
Son Amie avec qui la Scene
estoit concertée, répondit
que puisqu'elle avoir deviné
sijuste,elle vouloit bien
luyavoüer que son Mary l'avoit
mise du secret
,
& que
voulant luy donner un habit
pour ses estrennes, il avoit
pris son conseil sur le choix
de l'étoffe. La chose estant
vray. sem blable, laCouturiere
ne douta point que tout
ce qu'elle entendoit ne fust
veritable; ce qui luy fit dire
que puisque l'habit dévoit
estre pour la Dame, il seroit
mieux qu'elle le taillât surelle-
mesme que sur le modele
qu'on luy avoit envoyé. Aprés
que cela eut esté fait, on prit
un jour pour le venir essayer
Les Dames ne manquerent
point de venir encore chez
elle à l'heure marquée, &
l'habit fut trouvé bien faità
fort peu dechose prés. Comme
il estoit des plus beaux,
la Dame parut dans un éclac
merveilleux, & dit que puisqu'elle
estoit en ce quartierlà
, elle vouloit l'aller faire
voir à une Dame qui n'en
estoit pas fort éloignée. La
Couturiere y consentir volontiers
s
pour avoir l'avis de
plusieurs personnes
,
& les
deux Dames estant montées
en Carrosse se firent mener
chez le Mary, qui fut fort furprisde
voir sa Femme parée
d'un habit dont il reconnut
aussitost l'étoffe. Elle rcmbrassa,'
en luy faisantde tendres
remercimens de la plus
obligeante galanterie quieu si:
jamais cité faite. Il fit l'ignorant
d'abord, & ne voulut
demeurer d'accord de rieo:
mais après luy avoir dit qu'étant
allée par. hazard chez la'
;,
Couturiere de son Amie elle
y avoit trouvé un de ses habits
qui luy avoit découvert
la chose, elle eut tant d'adresseàluy
faire croire qu'elle
estoit persuadée qu'il fai.
foit faire cet habit pour elle..
afin de la surprendre agréablement
par un presentde
cette nature; que son Amie
ayant parlé cette mesme langue
,
il crut qu'il dévoie se
prévaloir de l'heureuse prévention
où il les trouvoit,
pour se tirer d'un si méchant
pas. Ainsi il feignit qu'on
avoit deviné juste, & saFemme
l'ayant consulté sur les
défauts qu'il pouvoit trouver
en cet habit, l'alla reporter
à la Coûturiere
, pour le recevoir
le lendemain de la
main de son Mary. Cela fut
executé de si bonne grace
qu'il ne parut pas qu'il eusteu
.:' desseinde le faire faire pour
une autre. Sa Femme ne luy
dit rien qui pustluy faire connoistre
qu'elleeustesté avertie
d'aucune chose;maiscela
n'empêcha pas qu'il nefist
refléxion sur les difficultez
qui se trouvent à tenir longtem
ps secret ce qu'on seroit
fâché qui fust fçu. Il devoit
tout à sa Femme, qui par la
beauté &par sa vertu meritoit
son entier attachement,
& se faisant une honte de
s'attirer des reproches de sa
part sur l'intelligence qu'il
avoit avec la belle Brune, il
supposa quelques embarras
d'affaires pour ne la plusvoir
que tres-rarement-
Voicy des Vers qui onc
esté faits pour une grande
Princesse
,
dont le Portrait
avoit esté proposé pour prix à
celuy quiréüssiroit le mieux à
faire unSonnet à sa gloire.
PORTRAIT
de MadamelaPrincesse
-" deConcy.
1ON voit en la memspersonne
Lesdifférentesqualitez
Des plus grandes Divinitez,.
Wnivers charmé s'en étonne
•>
Tous lescoeursen sontenchantez
Iris a de Iuuonlebelairs lasagesse
La TJttifiance, la majestè,
Legrand coeur, la noble fierté 5
Des Grâces la délicatesse;
Des Muses les rares talens
Et de Minerve la science,
L*esprit élevé, l'éloquence ;
De Venus tous lesagrémens*
Elle a sa taille riche (5 belles
Sa bouche» ses roses, seslysSes
beaux yeux ,
son charmant
souris,
Les Amours deses traits épris
LaprirentpourcetteImmortelle:
Mais restant peu dans leur erreur,
Ils dirent,Ilestvrayque nbtrtMere
est telle,
Mais cependant ce riest pas elle.
Venus n'apoint tant de pudeur,
Le Portrait decette Princesse
Du vainqueurdoit estre le prix. Ilestsibeau, d'unsigrandprix
Qu'en lice on voitsur le Perme.ssir
Une troupe de beaux esprits.
Que le Mortel, chèry des Fillesde
Memoire
Qui sera couronné vainqueur,
0.414'4 de pldi/it& d'honneur !
Tour moy, qui n'oseroisprétendre â
la vtchtie
D'Icare
zr ÎCArt avec raison craignant le
juste sort
Je ne faispointun vain effort.
Mais je travaille pour la gloire
,
De paroître au/li. sur les rangs
De tant d'IllustresCombatans.
Vous ne ferez pas fâchée
de voir une Lettre qui a eilé
écrite au sujet de deux Satyres
qui ont esté publiées depuis
qnelques mois contre le
Mariage.
A MONSIEUR.
~ILy a déja que'que temps,
Monsieur, que nous avons
icy deux Satyres nouvelles; l'une
-
contre les Femmes,& l'autre
contre les Maris. Cefont deux
Pieces ingenieuses,qui ont chacune
leur frise, & qui meritent
qu'on les estime.Ilseroit àsouhai
terque les Portraits de l'un &
de l' autre Sexe n'yfussent pas
tirez d'après Nature, --& qu'il
n'y eust pointd'originaux de ces
copies. Jesçaybien qu'ilya des
txprejjtons un peu fortes, & des
idées surprenantes ; mais neanmoins
des gensmariez s'y reconnoissent,
tr'/ nonobstant la manicre
dure des Peintres, & la
quantité des ombres dont leurs
Tableaux sontchargez, l'airde
ressemblancey estsensible. C'efl
un malheur quelemariage, qui
est unesocieté merveilleuse&necessairey
& que lesLoix humaines
& divines autorisent,n'ait
pas toujours une suite conforme
aux beaux jours qui lecommencent,
& quiybrillent. Il n'arrive
que trop, contre la nature de
son institution, que plusieurs personnes
en deviennent pires qu'elles
n'estoient avant lafln/on conjugale.
Outre lesEnfans qui en
viennent, il donne afftk souvent
naissance à divers défauts, &à
de nouvellespassions qui ne paroissoient
pas auparavant, &
qui sont une pojîeritéétrangère
(yillégitime.
Il ejî difficile de décider, de
quel coftf vient lemal,&quiest
la cause de la mauvaise tnteUu
gence &des orages qui s'y élévent.
Chacun aJes raisons, qu'il
fait valoir pour s' en décharger
sur l'autre, (y pour le rendre
responsable de l'antipathie que le
mariage a enfantée, au lieu d'une
amitié honneste&charmantequi
devoit durer jusqu'au tombeau.
Cependant comme le desordre
d'une Republiques'attribué ordinairement
à ceux qui ensont les
,Maiftres, éJ' quilagouvernent,
puis que le Mary estle superieur
dans la Société conjugale, É5re
sembleaussi avoir le plus de part
auxrevolutions facheuses quiy
arrivent, l'accusation & les reproches
du mauvais estat & dd
la contrariété quis'yrencontrent,
le regardent davantage.G'ejf
l'opinion de Tacite, au3.Livre
deses Annales; où l'on agite la
question, Si ceux que le Senat
envoie danslesProvinces,doivent
mener leurs femmes avec eux.
Cecina en fit la proposition avec*
une déclamation vehemente contre
le Sexe;&ValeriusMessala
fatle Contretenant par un Dif,'
coursfortsage &fort beau, &
qui l'emportasurceluy de Cecina.
Ily dit entre autreschoses,Viri
culpa,si femina modum excedit.
Cestileconcis dit beaucoup;
que c'est la faute du Mary, si
la Femme s
émancipe, & qu'elle
viole la regle & les loix que la
vertu &son devoirluyprescrivent.
En effet
,
le Mary doitservir
de bon exemple à sa Femme
, &luy donner des conseils & des
avis assaisonnez de douceur&de
tendresse; &quelquefois,s'il en
tft bifOtn, anitzicz, d'un air de
superiorite. S'ilen use autrement,
qu'ilnegligesa Femme, & qu'il
ait du mépris pour elle; quil ait
unemauvaise conduite&que
ses moeurs & ses passions soient
dans un excès criminel, c'estlàun
air de contagion poursa Femme,
ilse rend coupable desesdéfauts
&deses déreglemens. Les mecs
de la Femme procedent de ceux
duMary.Viriculpa,sifemina
modum excedit.jugez, de
ce
pajjage de Tacite, combien lendroit
où il est enchassédoit estre
beau.Je vous conseille de joindre
à lalecture des Vers de nos deux
Pöetes, celle de la Prose admirablede
cet excellentHistorien,qui
y represente sibien dans l'occasion
qui s'en presente, les carallera
de la Femme & de l'Homme.
C'eflunematiere de lasaosp,,puis
que les deux Satyres l'ont remise
sur le tapu. & qu'ilefthon aujji
d'entendre parler les Ancienssur les
sujets qui approchent de ceux que
les Auteurs du Temps entreprennent
de traiter. Je suis, e-c.
Messire François-Gaston,
Comte deFoix, & de Rabat,
Marquis de Fornéts,Vicomte
de Maffat
,
& de Mauvezin,
Baron de la Roque,Senefchal
de Nebouzan, mourut
le 18. du mois passe dans
son Château de Rabat en
Foix, âgé de soixante & dix
ans. Son corps fûtporté dans
l'Abbaye de Foix, où il est
enterré au Tombeau des anciens
Comtes de Foix ses Ancestres,
avecl'Aumusse,en
qualité de Chanoine honoraire
de cette Abbaye, dont
sa Famille est Fondatrice. Il
estoit fils d'Henry
-
Gaston
Comte de Foix,& de Jeanne
de Pardaillan de Gondrin,
l'un des quatre Barons qui
furent députer pour aller
quérir la sainte Ampoule à
Rheims pour le Sacre du
RoyLoüisXIII. Ce dernier
avoit pour Pere George-Gaston,
Comte deFoix,Chevalier
de l'Ordre du Roy,& pour
Mere Jeanne deDurefort de
Duras. M1leComte'deFoix
qui vient de mourir,avoit
este marié en premières nôces
avec Maried'Aure,de
laquelle il a
Iailfé Roger-
Gallon, Comte de Foix, Seigneur
d'un meritetres-distingué,
qui pour avoircruellement
souffert au Siege de Philifbourg
, a esté frapéd'une
espece de paralisie, sur les
jambes, ce qui l'a mis hors
-
d'état de continuere service
qu'il avoit si heureusement
commencé. Apres ses premiers
exercices, il entrad'abord
dans les Mousquetaires,
& prit ensuite, comme les autres
Seigneurs, une Sous-lieutenance
dans le Regiment du
Roy, où fervanc avec diftinaion,
l'accident dont je viens
de parler luy arriva. Mr le
Comte de Foix son Pere a
laissé encore de ce mesme lit
Jeanne Rose de Foix, mariée
avec Jean-FrançoisdeCastelnauMarquis
de Castelnau &
de la Loubere. La seconde
alliance qïftl prie, fut avec
Claude du Faur de Saint Jory,
de laquelle il n'a eu qu'unefilleappelléecefarinedefoix,
mariée à Mr le Marquisde
Biron. Cette premiere Race
deFancienne & souveraine
Maison de Foix , ne subsiste ati1ourduyl'une directe
& masculine qu'en la personne
de Mrle Comte de Foix,
âgé de vingt-sept ans ,
non
marié. Je ne vous parle point
des premiers Ancestresde Mr
le Comte de Foix, le Public
estassezinstruitde cette grandeMaison.
Divers I-fiftoriensl
ont fait mentiondes grands
emplois& des hautes alliances
de la branche de Mr le
Comtede Foix; & en dernier
lieu lePereBenoist dans
son Histoire desAlbigeois,
où les Curieux pourront voir
les séançes & les prérogatives
doncjoüissent encore Mrs
les Comtes de Foix dans le
pays de cemesmenom.
Vous m'avez mandé qu'on
avoit trouvé dans vostre Province
tous les ouvrages de
Mr de Verduc le Jeune fort
curieux. Ainsijevousenenvoye
un nouveau, dans lequel
on parle de la réflexion
de la refraction de la lumiere
& descouleurs, &aussi des
Images qui se forment sur le
fond de l'oeil. J'ay fait graverune
Planche où vous trouverez
trois figures qui servi-i
ront d'eclaircissement à toutes
ces choses. Vous y jetterez
les yeux, suivant les en..
droits où il fera besoin dela
consulter.
DISCOURS
DELA VEUE. DE tous les organes desfins,
il ny en a point de plus
noble que celuy de la veuë, enforte
que la pluspart de nos actions
en dépendent comme d'un ressort
qui faitagirla machinedu corps,
la disposant par le moyen desautrèsorganes
à s'approcher des chofis
qui luyjont utiles pour s'en
jervir dansses besoins, çy à évitercefies
qui luysont nuisibles.
L'oeil estant l'organe de cesens,
commençons à examinersa ftructure,
pour voir ensuite comment
les rayons qui entrent dedans s'y
disposent pour causer lesentiment
dela veuL
L'oeil estun corps de figure
ronde,composéde membranes, de
nerfs, demuscles, de vaifijeaux,
& de liqueurs extrêmement claires
& transparentes.
La membraneexterne de loeil
enveloppe toutes ses autres parties;
elle est dure & epùjje. Sa
partie anterieure qui couvre la
prunelle est voûtée & transparente.
On la nomme cornée,parcequ'elle
estdure &luisante comme
de la corne.
La membrane intérieurequ'on
nomme la choroïde, est fort "deliéc.
& tissuëdeplusieurs vaisseaux.
Sa superficie interne qui regarde
le fond de toezl estfort noire. La
Prunelle est un petit trourond qui
est dans son milieu, (§? qui paroît
si noir quand on regarde l'oeÍI;
par dehors.
Le nerf o*ptique perce ïctil1
vèrs sonfond, sesextrémi~
tezs*étendant des deux co'te^^
formenten tissu fort fin qu'on
nomme laRetine;
Les humeurs del'oeilsont au
nombre de trois; la premiere est
nommée aqueuse. Elle est liquide
& coulante comme de l'eau, elle
occupe la partie externe de ïoeiL
L eexxppeerrtieenncceeff4a,iaittvvooiriqrquue«'lellleeccaauu--
se à peu présmesme refraction
aux rayons de lumiere que l'cali
commune.
La deuxiéme est l'humeur cristalline
,ainsi appellée à cause
quelle est claire, transparente &'
un peu dure comme du enflai.
Elle est un peu platte pardevant,
& plus voûtée par derritre-;
semblable en cela à ,eA/tJerres de
Lunette, qui disposent tous les,
rayonsqu'ilsreçoivent d'un mf•
me point de l'objet, à s*allerunir
contre quelqu'autre point. Elle
causeàpeuprésmesme refraction
que le verre, ou le enflai.
Ily a encore de petits fila,
mens noirsquifermentuneespece
de couronne, qui sert à embrasser
tout alentour le criftahia.Cesfi,
lamens viennent de la "rOIde.
Monsieur Descartes pretend
que ce sont autant de petits ten-r
dons, par le moyen desquels le
cristallin devenant tantost plus
plat £<rtantofiptus voûté ,selon
l'intention qu'on a de regarder
des objets proches ou éloig,nc':{"
change un peu toute lafigure du
corps de l'oeil. Il est certain que
l'oeil change de figure & devient
un peu plus long, quand les ob.
jets qu'il regarde font fort procher,
& plusplatlorsquilssont
un peu plus é'oigne%• car l'experience
fait voir que si lorsque
quelqu'unregarde fixement un
objet un peu éloigné, on presente
unlivre devant ses yeux, il n'y
pourravoir distinctementaucune
lettre, jusqu'à ce que leur figure
soit un peu changée.Mais on ne
[fait pas encore bien quellesfont
les parties quiservent à ce changements
neantmoins ily a beau,
coup d'apparence que les deux
muscles obliques y contribuent,
ePnefme qu'ilsy ont lameilleure
part, comme la remarque l ingenieMrRobault.
Je neparleray point desmujcles
de l'oeil
, ny de plusieurs autres
particularitez dont les livres
des Anatomistes font remplis
,
à cause que ne servant
point au (uja que je traite
,
elles
ne feroient qu'embarasser vostre
esprit, & divertir vcjlreattention.
Cependant il ne faut pas
que j'oublie à vous dire que. ce
trout qu'on nomme la prunelle,
n'estpastoujours de mesme grandeur,
maisqu'ildevienttantôtplus
grand, tantost plus petit
,
félon
qu'on regarde des objets plus on
moins eclairez; par exemple,
qu'il est fort petit quand on re.
garde le Soleil,ou la flâme d'une
chandelle
, & que tout au contraire
il est le plus grand qu'il
puisse estre lorsqu'on est dans un
lieufort obscur où il n'entre que
peu ou point de lumière. Remarque:{
encore qu'estant au mesme
jour (y regardant le mesme objet,
si on tâche d'en distinguer les
moindres parties,la prunelle fera
plus petite quesi on le considere
tout entier & sans attention.
Apres vous avoir expliqué a
structure de l'oeil, & les changemens
qui luy arrivent à l'occafion
de la distance d s objets
,
£7*
de la force de la lumiere, il faut
queje vous parlepresentement de
laréflexion & de la refraction
de la lumiere (si de la nature des
couleurs, afin que vous puissieZ
mieux entendre comment se fait
la vision.
DE LA REFLE'XION. pAr la rélfexionen general,
on entend le détour qui arrive
à uncorps qui ensemouvans
en rencontre un autre en son chemindur&
impenetrable, à l'occasion
duquelilest obligé de retourner
surses pas, sans s'arrester
quelque moment au pointderéflexion
, comme le veulent plusieurs
Philosophes.
Pour éclaircir la difficulté qui
pourroit estre en cecy
,
fervonsnous
d'unexemplefortsensible&
dont tout le monde convienne.
Supposons par exemple,selonla
premiere Figure, que la bale A
estant poussée d'A vers B
, rencontre
au point B la surface du
corps durCBE, qui f'emp¿/;"hant
de pojJcr outre, est causequ'ellese
détourne vers jF faisant l'angle
de
de réflexionFBG, égalàceluy
d'incidence ABD.
Si au lieu dela bale, noussupposons
un rayon de lumiere qui
vienne tomber au point B, ilse
réfléchira vers F
, & fera par
consequent l'angle de réflexion
FBG égal à celuy d'incidence
Mais afin quevous ne pensiez
pas quellesifasse autrement-,I-è
veux en mettre if) la demonstration;
car par la pesanteur,
la grosseur & la figure de cette
haie
,
il n'y faut avoir aucun
égard,àcausequeceschoses estant
des empêchemens exterieurs, il
esttoujours fort facile de les
ôter par la pensée, dusujetoù l'on
considerecemouvementenmesme
façon que dans les Mécaniques,
quand on parle de cordes cm de
poulies, l'onconnoist seulement
des lignes & des cetcles quisont
trtJ'Versi'{ d'un aissieu,auquelon
n'attribuépointde grosseur. Ainsi
l'on fait abstraction dela pesanteur,
de la g,rojJtur,& de lafigure
des cordes.
Premierement
, je remarque
que la détermination de la balle
d)A vers3efl composée de deux
autres, dd'rlt l'une la fait descendrede
haut enbas, cefi àdire,
d'AFvers CE, & l'autre en
mefmctemps la fait aller de la
ligneAD,qui està gauche, vers
la droite F G, enforte que ces
deuv jointes tnfimkle, la font
aller dans la ligne A B.
Secondement, ilest évident que
le corps dur quelle rencontre en soncbeinin quioccupe tout
l'espacequi est au dessous
,
emtè.
chenecessairement la détermina.
tion qui la [aifoit descendre de
haut en bas
,
c'est à dire d'AF
vers C E ,sans empêcher l'autre,
à cauje qu'il ne luy ejî point opposé
en cesens là.
Troisiémement&endernier lieu,
pour vous fairevoir le point où
cette balle doit aller, je décris un
cercle du centre B, qui passe par
le point A, & ensuiteje tire les
trois lignes A D,HB,& F G,
&je dis qu'en autant de temps
qu'elle a mis àvenir dupointAau
pointB, elledoit de ce mémepoint
13 retourner àquelquepointde la
circonference du cercle AED,
à cause que tous ceux qui s'y trouvent
font éloignez, de B3 autant
quAl'est du mesme point D.
Adaïs pour déterminer au juste le
point où elle doit arriver, je dis
qu'enautant detemps que la bale
a mis à venir du point A de la
ligne AD ,jusqu'au point B de
la ligne HB, elle doit du mesme
point B,retourneràquelque point
de la ligne F G ,car tous ceux de
cette lignesont autant éloignez
encesens là l'un comme l'autre,
& autant que ceux de la ligne
ADJenforte qu'elle est autant
déterminée à s'avancer vers ce
costé-làqu'elleaesté auparavant,
carilfautsupposer que savitesse
est toujours la Y/lefme. Or il est
manifestequ'elle ne sçauroit aller
en mesme tems à quelque point de
la ligne F G,& aussi à quelque
point de la circonference du cercle
AFDJsi ee n'est au point D,
ou au point F,àcause qu'il n'y
a que ces deux là oùla droite FD,
& la circulaireFED sentitcoupent;
de forte que le corps dur
CEE l'empêchant de passer
vers D
,
il faut conclure qu'elle
doit aller infailliblement njers F.
Vous vgcK bien presentement
comment se fait la reflexion
,
à
sçavoir sélon un angle toujours
égalàceluyd'incidence.
DELAREFRACTION. LA refraction est le détour
qui arrive à un corps qui
se meut d'unmilieu dans un Autrc)
par lequel il paJJe plus ou moins
facilement que par celuy d oii il
fort; (7afin que "vousriajt
depeine à la comprendre) je me
îerluira!Y encore du mesme exemple.
Supposons donc sélon la feco-,de
figureyqu'une baie soit pouséedu
point Avers le point Bde Id,sùperfice
de l'eau C BE, qui luy
resiste3 si vous voulez, cieux
sous plus que l'air d'où elle fort,
eUe n'ira pas vers D, on est sa
tendance, mats vers 1, en s' ,'aignant
de la perpendiculaire //G,
qui est une lignequ'on imagine
tomber à plombsur l'endroit du
corps oùse fait la refraction.
Supposons prefentemeut que la
bale qui cft venue du pointé vers
le point l, foit repousée par
quelque force que ce puisseestre
de cemesme pointI vers le point
B, elle n'irapu enfartantdel'eau
vers El) oùelle tend àaller,mais
vers A, en s'approchant de la
perpendiculaire HG.
L'experience s'accordeparfaitement
bien avec nostre raisonnement;
car elle nous fait voirquen
tirant un coup de pistolet à un
poisson qui estdans l'eau
,
la baie
ne manque jamais de passer au
dessus, lors qu'on tire le coup dans
une ligne quisemble,efiantcontinuée)
aller rencontrerle poisson,
&elle montre que pour le fraper,
il faut tirer le coup, non pat au
heu où on levoit, maisau deilotiS
beaucoup plus bas.Ainsi nous
supposonsunpoisson vers P,par
exemple, le rayon de lumière qui
nous lefera voirfera H B, ce qui
donnera occasiondel'imagineren
I, deforte quesi l'on tire dans la
ligne H B
,
la bale ira au dessus
du poisson sans l'adresser, mais
si l'onveut ne lepat manquer ,
il
faut tirer entreles lignes AB,
HB.
le pourrois vous apporter d'autrès
exemples,mais comme celuy-
9 est fort sensible, & qu'il fait
'voir le détour que la resistance
d'un milieu apporte au mouvement
d'un corps, jeneveux plus
qu'en mettre icy la démonstration.
Du centre B, & de l'ouverturc
A B,jedécris lecercle A I G,
tT je tire à angles droits sur la
surface C BE. , les trois lignes
AC,HB F E suivant la diftance
qui l'si entre les lignes FE,
CIH B
,
double de celle qui est
entre les lignes H B Cm A C, par
ou je démontre que la baie doit
alleraupointI. Carpuisque la
détermination efl composéede
deux parties, dont l'une la fait
tendre en bas, Cm l'autrevers la
maindroite, & que celle qui la
fait tendre en bas peut estrechan.
gée en quelque maniéré par la rencontre
de l'eau
3
sans que l'autre
qui la fait tendre vers la droite
le puisse être,à cause que ïeau ne
s'y oppose point. il est évident
qu'en passant au travers de l'eau
C B E , qui luy ôte la moitié de
savitesse,elle doit mettre deuxsoir
Autanrde temps àpasserau dissous
de l'eau, depuis le point R, jusqu'à
quelque point de la circonférence
A I G, quelle en amis au dessus
à venir du point A au point B ;-
car puis quesa déterminationvers
le costé droit esttoujours la mesme,
c- qu'elle met deux fois autant
de temps à passer au dessous de
l'eau depuis la ligne H B jusqu'à
la ligne FE, qu'elle en amis
avenir du point A au point B,
elle doit faire deux fois autant
de chemin vers le mesme costé,
&ainsi arriverà quelque point
de la ligne droite F D , &
aujjt en mesme temps à quelque
point de la ligne circulaire HI,
c'est à dire au point I, à cause
quec'est leseul au dessous de l'eau
CBE,où le cercle AIG, &
la ligne droite F D lrntrtcou.
pent.
Des Règles qui regardent la
refraction des rayons
delumiere. QVand unrayon de lumiere
Pajle de l'Air dans l'eau,
il le rompt en s'approchant de a
perpendiculaire. Quand unrayon
de lumiere passedel'eaudansl'air,
ilse rompt en s'éloignant de la
perpendiculaire.
Si nous supposons, selon Ils
troisiéme figure, que le rayon de
lumiere K B, tombe au point B
sur la surface de l'eau CBE,il
ira vers P, en se rompant pour
s'approcher de la perpendiculaire
HG, & (t nous supposons que
ce mesme rayon PB, passe dans
l'air, ilse rompra pour aller vers
K,enséloignant de laperpendiculaire
H B.
De la Nature de la Lumiere
& des Couleurs. LA lumiere dans lescorps
lumineux est l'effort que
fait chacune des petites parties
qui les composent, pour pousser à
a ronde les partiesd'unematiere
subtile qui remplit les pores des
corps transparens. Imagineznjom
ces parties toutes rondes
comme de petites boules, & pensez
qu'ellessont appuyées les unes
sur les autres,commesi elles ne
faisoient qu'un seul corps, enforte
qu'on n'ensçauroitpousser
aucune, que les autres qui la
suivent en mesmeligne ne le
soientaussi en mesme temps, de
mesme qu'en poussant l'un des
-b$his d'un bâton, on pousse l'autre
enmesme temps. Par exemple,
la lumiere du Soleil n'efl autre
chose que l'effort que font ces
petites boules qui touchent celuy
de ses côtez qui nous regarde
pour s'en éloignersuivant des lignes
droites; ce qu'elles nefçaw
roientfaire sans ébranler en même
temps les petitsfilets quisont
au fond de nos yeux ,
lorsqu'ils
sont ouverts.Ainsi la lumiere
dans les corps lumineux n'est pas
tant le mouvement de leurs parties
, comme l'action ou l'effort
quelles font pour pouffer ces boules
, e on doit prendre les
lignessuivantlesquelles tend cette
action, pour les rayons de la
lumiere,
DES COULEURS. LA couleur est la lumiere
modifiée qui réflechit de la
superficie des corps qu'on nomme
colorez. Mais pour entendre cecy
, remarquez que les petites
boules que le Soleil ou les autres
corps lumineux poussentseulement
en ligne droite contre les corps
colorez,reviennent en tournoyant,
à cause que ces corps ont leur superficie
tellement disposée que les
petites boules qui tombent dessusperdentune
partiede leurmouvement
en ligne droite (si en
acquierent au lieu un circulaire
qui-peutavoirdiverses proportions
avec ce qu'elles retiennent
du droit, selon que lasuperficie
du corpsqu'elles rencontrent est
diversementdisposée.
,
Les corps rougesfont tourner
ces petites parties beaucoup plus
vîtequ'elles n'avancent en ligne
droite. Les jaunes ne les font
tourner qu'un peu plus vite ; &
les bleus lesfont tournoyer beaucoup
moins vite qu'elles ne vont
en ligne droite. Enfin les corps
verds les font piroüetter presque
aussivite qu'elles vont en ligne
droite.
DES CORPSBLANCS. LEs corps blancs n'apportent
tpairn d'autre (bauxement
1- aux rayons de lumiere, lInon
qu'ils lesfont reflechir vers plusieurs
cÔtCK àussi bien que Les
autrescorps colorez ,sans toutefoisy
apporter un changement fimblablt.
Leursuperficie est âpre, inégale
& raboteuse; C.11 seuuc
au dessu un nombrepresquinfini
depentes éminences si proches les
unes des autres, que les petites
boules qui tombent dessus ,.ne
pouvant pas se glisser dans leurs
intervalles ,sont contraintes de rejaillir
& de s'éparpiller de tous
côteZ: de forte que les corps les
plus blancs sont ceux qui ont un
plus grand nombre de ces petites
superficies
, CI' qui les ont avec
cela disposées de la maniere la plus
propre quisepuisse
,
pourfaire
réfléchir beaucoupde lumierevers
plusieurs differens cite^j
DES CORPS NOIRS. LEs corps noirs font ceux
qui amortissent les rayons
delumière.Ily a deel'apparence
jue leur superficie est fort interrompue
, & remplie ou tijjue de
ÎHlleettss fort ddéélileize,z, qquuiiaammoorrttiesseenntt
es rayons de lumiere.
Si vous me dites qu'il y a
les corps noirsquiAmortissent les
-a.Jons de lumiere,ily a de Vap-
7arence que leursuperficie est fort
nterrompui
, & remplie ou tisruede
filets fort déliez, qui amorijfent
les rayons de lumiere.
Si vous me dites qu'ily a des
;orps noirs quisonttres durs, &
lont lA superficie ne paroît pas
lire fort irJterrompuë, comme
bar exemple le marbre noir, &
qu'ainjt ce que je viens de dire
touchant la nature des corps noirs
nesemblepas vraisemblable
;
à
cela je vous réponds quele marbre
noirpeut estrecomposéde deux
fortes de parties dont les unes
soient grosses
,
fohdis &si bien
jointes entrellesqu'ilsoit besoin
d'une grande force pour les separer
,
cir les autres molles & déliées
comme de l'herbe
, & ce
font celles cy que je compare à de
l herbequiamortissentles rayons
de lumiere.
Des Images qui se forment.
sur le fond de l'oeil. 0N ne peut douter que les
objets que nous regardons
n'impriment leurs images sur la
Retine,silon considere qu'en fermant
toutes les fenêtres d'une
chambre
,
ensorte qu'il ny puiffi
entrer aucune lumiere que celle
qui peut passerpar un trou qu'on
fait à un des volets, & qu'ensuiteétendant
derriere ce trou, à
certaine distance un linge blanc,
la lumiere qui vient des objets de
dehors y forme des images qui
leur ressemblent.
Je ne m'arrête pas icy à vous
parler detoutes lesparticularitez
qu'onyremarque. à cause que
l'experience estant facileàfaire,
chacun peut s'en instruire ; mais
je trouve qu'il rft à propos de
vous dire en peu de mots comment
seforme cette peinture,&
pour cela souvenez-vous de ce
que je vous ay tantost dit de la
nature de la réflexion & de la
refraction de la lumiere & des
couleurs; car vous comprendrez
aisément comment les rayons qui
partent d'un objet, pourrontformer
sur la Retine une image qui
luy ressemble.
Supposons
Supposons donc qu'unoeil regarde
un objet rougequifoitrond,
comme une pomme, les rayons
qui réfléchiront de cet objet pour
entra dans loeilJpa.Deront par le
trou de la prunelle, &se rompront
dans l'humeur aqueuse, en
s'approchant de la perpendiculaire
, mais la refraction qui s'en
fera dans le cristallin fera bien
plusforte; rd en sortantde cette
humeur ils se rompront encore en
s'éloignant un peuplusdela perpendiculaire
qu'ilsn'en étoient loin
avant que d'en sortir,ensorte que
tous ceux qui seront venus d'un
mêmepointde/'objetferontdfropï£
ks*unïrsur la Retine,oùse
trouvant tôusdeofezen riïefme
façon qu'ilslesontsur l'objetd où
ils viennent ils formeront Une
peinturequi luy sera entreremtnt
semblable. Tôtite la differtnce
'fyuilyaura,c'cflqUe l'imagefera
dans uneposition toute Contraire
à celledelobjet,£avec cela extremement
petite,àpeuprès tom",
me dans un Tableau de Perfpe*
étive, enforte que le cosségauche
de l'Imagefera le droitdelobjer,
&le costé droit de l'Image representera
le cosségauchede l'objet.
Vous voje% bien prefentiment
comment les objetsimprimentlèurs
imagessur la retine,&comment
ils peuventfaire sentir à l'ame
qui est dans lecerveau, toutes leurs
diverses qualitez
;
carsi lesrayons
;
qui s'unissentsurles.filets.du nerf
optiqueviennentd'un objetrouge,
parexemple, ilest certainqu'ils
remueront Autrement ces filets
que sils venoient d'un objet qui
fustbleu ;1& si lesobjetsfont plus
ou moins proches de l'oeilunefois
que. l'autre
,
ils luy feront changer
quelque peu de figure,enforte
que ce mouvement en excitera un
Autre dans le cerveau, qui donnera
occasion à nostre ame d'appercevoir
leurdistance.
De l'usage des Muscles
de l'oeil. LEs Muscles del'oeilservent
r"le tourner detous coflez
fort promptement, l'Appliquant
successivement aux différentes
parties des objets, tantost aux j
unes,tantost aux autressuivant 1
l'idée qite nous avons de la directe
situation de leurs parties, & la
volonté de les considerer toutes les
unes aprés les autres; car ilfaut
que vousremarquiez que detous
les points qui forment l'image d'Un
ûfyet} & qui répondent chacuni
àchacun de ceux de cet objet, il
n'y a que celuyvers lequell'oeil ejl
tourné que l'ame puisse voir distinélernent)
& que pour les autres
qui font à sescostez,elle les
voitfort confusément,&même
d'autant plus confusement qu'ils
en sontplus éUigne^.
1
j;. Jeme Contentay le mois
,pasTe de vous apprendre la
Jmort de Sultan Achmet, 6c
ne vous dis rien de ion Successeur,
qui estFils deSlllraR
MahometIV. Il se nomme
Mustapha, qui en Langue
TurquesignificElû, ce que
tous les Turcs ont prisà bon
augure, croyant que ce Prince
estdessiné pour rétablir
l'EmpireOthoman dans son
premier éclat. Il a environ
trente-trois ans. Il est bien
fait & de belle taille;il ala
mine haute, & beaucoup de
regularité dans les traits, le
visage un peurond, les yeux
grands, noirs & vifs, le nez
assez aquilin, la bouche belle,
& leteint blanc &uny. Il
aime la Chasse avec passion.
Les ordres qu'il donna aussitost
qu'il futmonté sur le
Trône,firent connoistre qu'il
avoit desseinde continuer I3
guerre avec vigueur. Aussi
seroit-il honteuxt> à un Prince
de son âge, de commencer
son regne par une Paix quine
pourroit estre que delavaiitageufe
aux Othomans, &:
quand mesme son panchant
auroitesté de finirla guerre,
il n'auroic osé le faire connoistre,
puis que, tous les Sultans
promettentaucommencement
de leur regne,qu'ils
travailleront à l'agrandissement
des bornes de l'Empire.
Il a conserve non seulement
le Grand Visir dans
cette haute dignité, mais en-'
core tous les Ministres, &
tous ceux qui avoient de
l'émploy sous le defunt Grand
Seigneur, & tient pour cer- j
tain que les mauvais succés 1
qui font arrivez àcet Empire
depuis la levée du Siege de
Vienne, ne doivent estre imputez
qu'au changement
trop continuel de Ministres,
& deChefs, dont la pluspart
ont pery par les ordres trop
severes des derniers Sul tans.
On apprend de Charlevile,
que Sa Majesté a gratifié plusieurs
Officiers, Lieurenans,
Cornettes, Maréchaux des
Logis, & autres Soldats du
Regiment desHussarts qui y
font en quartier d'hiver, &
qui estant convaincus de la
verité de nostreReligion par
le foin & le zele du PereVictorin
de Mouzon, Predicateur
Capucin, ont fait abjuration
publique entre ses
mains, tant de la Religion
Lutherienne que delaCalvinienne,
dans l'Eglise des Capucins.
CesHussarts sont bien
heureux d'estre entrez dans
le service de France,puis qu'il
les amis dans la voye de faire
leur salut. Les Capucins font
paroistretant dezele en toutes
fortes d'occasions pour la
conversion des Pecheurs,
qu'il ne faut pas s'étonner s'ils
ont embrassé celle-cy avec
ardeur.
La Lettre qui suit estoit
attendue,& je fuis persuadé
quevous la lirez avec plaisir.
RESPONSE
D'un Cartesien à la Lettre
d'unPeripateticien, inserie
dans leMercure de
Février1 695.
MONSIEUR.
je suis fort surpris qu'aprés
avoir lû laPhilosophie de Mr
Descartes, & sans doute les
Ovres des plus beaux Genies
de ce siecle qui l'ont comi-
nentevous n'ayez pas trouvé
laresolution du doute que
vous proposez, si l'ame feule
eH capable des sentimens de
douleur, de plaisir, de joye,
aristesse,&c.Donc nostrediuin
Redempteur n'a rien sou ffert
pendant tout le cours
de sa Passion
; bonne consequence
,comme siJ. C. avoit
cette d'avoir une ame qui
fust trille jusqu'à la mort,
comme il le dit luy-mesme;
tristesse qui n'avoit point
d'autre cause que la douleur
dont son ame estoit frapée à
la veuë des peines qu'il devoir
endurer; car si la douleur
* étoit feulement dans le corps,
d'où vient que le corps n'avoit
pas la tristesse aussï bien
que la douleur? Ne font ce
pas deux qualirez sensibles
qui peuvent également affecter
le corps 1 D'ailleurs la
tristesse est une fuite necessaire
de la douleur.Comment
voulez-vous donc que l'ame
foit triste tandis qu'elle ne
souffre rien? ou bien comment
voulez
- vous que le
corps souffre sansestretriste,
& quelle raison avez-vous
:. de luy refuser latristesse,aprés
quevous luy avez donné la
douleur? Comment voulezvous
donc que l'ame soit triste
tandis qu'elle nesouffre rien,
ou bien comment voulezvous
que le corps souffre sans
estre triste, & quelle raison
avez-vous de luy refuser la
tristesse aprés que vous luy
avez donne la douleur? Mais,
me dites-vous, l'ame fainre
du Sauveur joüissoit de lavision
beatifique
,
son bonheur
n'a pu estre troublé par
les plus rudes tourmens, &
par consequent la douleur
n'a pu penetrer jusques à
l'ame; argument qui prouve
trop, puisque non-seulement
; il prouve que l'aine de J. C.
a esté incapable de la douleur
causée par les peines,mais
mesme qu'elle n'a point participé
aux souffrances de son
corps, & qu'ainsi le sacrifice
du Sauveur a esté un sacrifice
purement matériel
,
dont son
f ame n'a point dû s'attrister,
quoique dile celuy dont le
témoignage estveritable;car
dites-moy
,
je vous prie
,
l'ai
me pouvoit - elle s'affliger
s d'une douleur qu'elle ne ressentoit
point, & dont ellen'avoit
pasfeulement la moindre
perception ? Mais ce n'est
pas à quoy je veux m'arrester,
je suis dans laresolution d'accorder
le sentiment des Peres
que vous apportez avec
le sentiment de Mr Descartes
que je soûtiens& pour
le faire avec succés
, remarquez
en passant que l'ame
sainte de J. C. avoit deux
rapports, l'un au Verbe divin
avec lequel elle estoit
unie hypostatiquement, l'autre
à son corps avec lequel
elle estoit unie naturellement
: deux differens rapports
qui estoient la cause de
plusieurs sentimens contraires
donc elleestoit frappée.
: Par rapport au Verbe, elle ne
ressentoit que du plaisir;par
rapport à son corps,elle resfentoititantost
du plaisir
tantost de la douleur,confor-,
mément aux differens mouvemens
dont il estoit ébran.
lé. Or voicy ce que je tire de
ce princi pe. Lame de J. C.
estoit frappée de douleur
pendant que son corps fouf-
1froit-, elle devoit s'appercevoir
de ce qui s'y passoit, &
elle ne pouvoit s'en apperce-
,
voir que parunsentiment de
douleur,en fortequecesentiment
n'estoit pas capable de
troubler son bonheur,à moins
que ce Dieu qui avoit en sa
puissance de mettre son ame
ou de la retirer sélonsavolonté,
ne lYuftdétournée pendant
quelque moment de la
veuë de la gloire;&,c'elcf
peutestre ce qu'il fit au jardindesO'ives
,lorsqu'ilvou*
lut nous faire remarquer l'a',;
mertume oùson ame estoir
plongée, par le peu de courage
qu'il sit paroître.-- Inferez
delà que les Peres difenr
vray,mais que lavérité de leur
l, doctrine nest pointçomrai*
1 re à la verité de la doctrinet
Cartesienne, parçe que la ve^
rité ne combat jamais ta vé- rité.L'ame fainte de nostro
Redempteur ne fut point
troubléepar les tourmens de
sa Passion,je l'avQU.ë> donc
elle ne fut point frappée de
douleur, c'est ce que je n'a,
vouë pas. Les sentimens dont
ielle cltoit; troublée à l'occai
sion de son corps estoient
assez. forts pour la frapper,
mais ils navoienc pas afiez
de force pour l'occuper,
parce qu'à l'occasion de*'
ion union avec le Verbe;
elle estoit touchée de sentimens
incomparablementplus
forts,& plus vifs, & par consequens
incomparablement
plus capables de l'occuper.
De là vient que J C. ne se
trouble point; de la vient
qu'il souffre avec autant
de fermeté& de confiance
que s'il ne souffroir pas; fermeté
& confiance, qui ne
pouvoit se trouver que dans
une ame occupée de quelque
chose de plus fort; ce
qui se confirme par l'expcrience
journalière où nous
voyons que nostreame estanc
frappée de quelques tentations
fortes & vehementes
,
ne s'apperçoit presque point
des autres moins vives &
moins vehementes. Voila,
Monsieur;sije ne me trompe
,
la resolution de vostre
doute. Voilaenmesme temps
la maniéré dont on se sert
pour expliquer commentJ.C.
estoit tout ensembleViateur
& Comprehenfeur. J'aurois
encore plusieurs belles choses
à vous dire, mais j'espere de
vous les déduire dans les autres
difficultez que vous pourriezme
proposer
,
cela me
filfEc- pour le prefenr. Je fuis,
&c.
Je reçois presentement une
autre Dissertation
,
& beaucoupplus
ample, sur cette
mesme matiere. Jela reserve
pour le mois prochain.
L'estime que Loüis XI. &
trois autres Rois ses Successeurs
ont fait paroistre pour
Saint François de Paule,ayant
rendu savieremarquable par
plusieurs evenemens aussi
furprenans que singuliers, les
Panegyriques de ce Sainte
ont toujours estejfuivis dcrc^
cherchez. C'estce quim'o-
1: blige à entrer dans le détail
de celuy qui fut prononcé le
Lundy II de ce moisàPoitiers,
jour de sa Feste, dans
l'Eglise des Minimes, par le
Pere Simon de. la Vierge,
Prieur des Carmes. Ce Discours
receut de grands applaudissemens
,& l'Eloge du
Royqu'y mefla ce Pere fut*
! écouté avecbeaucoup de
plaisir.Il prit pour texte ces-
1 paroles du Livre des Aéres).,
* In!.-véni,- njïrum Jecundàm for'
; meum. Apres un exorde où le
f coeur avoit autant de partr
que lefpritjil diftingu4 trois
coeurs; le coeur de Dieu
,
le
coeur des Rois, & le coeur
des Peuples,& dit que Saint
François de Paule avoic esté
un homme félon le coeur de
Dieu par la purete défi conduite;
félon le coeur desRoiSy
par la droiture de ses confeiisy
félon lecoeurdes Peuples, par
Fécendue de(on pouvoir. Le
premier point commença par
ces paroles.Deuxchofesdanstua
penséefont difficilesktrouver dans
lemonde; un Dieufélonle coeurde
l'homme,C un homme félon le
coeur de Dieu. La difficulté de
trouver
trouver unDieuselon le coeurde
l'homme,a,multiplié les Idoles,
difficultédetrouverunhommeselon
le coeur de Dieu a multipliélesSaints.
Les vertus naissantes
du Saint parurent avec
beaucoup d'éloquence,& l'on
n'eut rien à souhaiter à ce
Tableau delaVie toute quadragesimaleque
S. François
s'imposaparvoeu#.&qu'il a laisfée
à fesEnfans.Les fruits les
plus communs, dit-il, pourroient
fuffirc à nostre nourriture, mais devenus
pecheurs) noussommes defvenusvoraces
3
noussommes depenusfanzuinaires.
Ilfautpour
NOUS nourrir répandre du sang,
malgré l'horreur naturellequu
nous cause,&tous les rafinemens
dont nousnous servons pour couvrir
nos tables,suffisent 4peine4
npusdeguifer les cadavres qu'il
nous faut manger pour nous Assouvir.
François dtrpaule imite
de trop prés linnocence du premier
âge
, pour chercherà vivre dans
la mort des Animaux. Content
des herbes & des legumes
,
il se
défend ce quon apelle chair &
viande parmy les hommes. Oi.
seaux qui volez dans les airs.,
bestes domestiques &sauvages,
vous estesd'un goust tropsolide
pour un Saint si pénitent. La
pensée fut continuée avec
untourdeMorale qui parut
aussi spirituel que nouveau,
& qui conduisittaeureufement
aux communications
que François de Paule a euës
avec les Anges, n'estant pas
difficilequ'unSaint,quiavoic
si peu de commerce aveclà
chair,eusttant de familiarité
avec les Esprits. Aprés avoir
remarqué dans sa seconde
Partie) que Saint François de
Paule destiné à dire la vérité
aux Rois, avoit eu lemesme
fort queces grandsHommes
dont le Saint Esprit avOlt
fait l'Eloge; rappticaaon
s'en fit en ces termes: jlavoistrouve ce jnfie tempe.
r*mentqus,cb.ercbotentles> prétendue
SagesdesJteclesidolâtres,ny
trpbhardy, ny trop tomplaifant
Il reprenait lesdéfautssans bIef
sirl*dignité, CTemployaitles
miraclespourconvaincre ceux
qu'il ne pouvoit toucher par les
remontrancesVous pensez à cette
pièce d'or d'où il fit frrtit du
fang, après l'avoirrompue. Ce
métal, quoy
qu'insensible, exprimalesploya
que les tributs
(xctfifsfflw**--dans le Royatfme.
Ce n'tfl pas que les Sujets
riendoiventauxSouverains. Ce
devoir est de droitdivin,perjonne
ne peut en dispenser,depuis
qu'un Dieu s'y est assujetty, Da
eis promet prote. Sauldestiné
au Trône, ne fut pas plâtoft
sacréque Dieu envoyaau devant
de luy trois hommes, qui pew.
tanttrois pains,trots chevreaux,
Ër un rvafe rempli de vin, les:
luy presenterent comme un hom.
mage qu'ilmeritoitenqualité de
Roy. C'es chosesestoient destinées
pour estre offertes à Dieu. Samuel
ne laisse pas de dire à Saiïl
qu'ilpeut les recevoir
, pour nous
apprendre qu'encertainstems ilest
permis aux Rois d'étendre la main
sur les biens de tEzLife;mais dans
ces rencontres ils ne doivent toucher
au patrimoine de J. C. que
comme David toucha aux pains
de Proposition ; seulement dans
une pressante necejjité
3
& avec
degrandes &pieusesprécautions.
Noussommes dans cesconjonctures
difficiles, & nous y sommes
pour une bonne cause. Donnons
sans chagrin ce que les besoins de
l'Estat nous demandent avec juslice.
Pourrionsnousoffre avares
de nos biens
, voyant Loüis
le Grandsiprodigue desonf<w$J
IIs'opposefeulaux effortsdetante
l'Europe;Jeulilfait tremblerun
million d'ennemis;seul ilsoûtient
les interests de la Religion;seul
il protégé les Princes malheureux:
en luy se réunirent la, qualité de
Roy & la qualité Chrêtien
,
le
Vainqueur desNations
, & le
Restaurateur des Autels, Mlniftrès
du Seigneur, ne craignez pas
qu'en cette occasion vostre coeur
vous seduise
,
donnant à la personne
du Maistre que vous ai.
mez, vous donnez à la personne
du Heros que vous admirez.Il
mesemble qu'encetendroitFrançois
derpaule se rend attentifi
mes
paroles, luy qui a toujours
marqué une (plme si particulière
pour nos Monarques
,
estime qui
le fit consentir à passerd'ltalie en
France pour laconsolation de
LouisXl. LePortrait dece
Prince fut tres vif, & les traits
en furent fidelicatement touchez
qu'il sembloit qu'on le
voyoit encore agir. Ses aprehenfions
de la mort, & son
esprit de penitence se trouvèrent
noblement soûtenus.
maissiFrançois de Paule, con.
tinua-il, a disposê Louis XI. à
bien mourir il aenseigné àCharirs.
viii.a% bien vivre.-t Il ne
fit pas moins pourLouisXII.
François I successeursduRoyaume
Il leur apprit à donner au
Dieu des Armées toute la gloire
de leurs exploits; c. aprèsavois
terrassé des voisinsjaloux, ç]?4
domptéd. s Nationsimpics, illeur
enseigna àfairegoûteranxPeuples
lesfruits de la Paix.C'est ce qui
nous est promis,foy de Roy
, parole
de Roy. C'est ce qui nous efl
promis par cette Déclaration flameusequi
remuéaujourd'huy tout
le Royaume
,
quise remuë, non
pour se plaindre
,
mais ponr se
soûmettre. Que nous sommes heureux
d'avoir un Rjy qui jure
ennostrefaveur; Rien n'est plus
brillant que le fut lerecitdes
miracles de saintFrançois de
PauledanslatroisièmePartie.
QueIcjue part où l'on marche dans
la Ville d'Athrnes lon trouve le
trait d'uneHistoire, disoit un
Ancien Quacunque IlJgredi.
mur, inaliquam historiam vestigium
pommas. Et mery je dts
qu'en quelqu'endroit qu'en marche
dans Lt Ville de Tours, l'on
rencontre un miracle deFran.
fois. Quacunque mgredimur
inaliquod miracu l um vestigiutnponimus.
L'on ne put
retenir ses larmes dans la defcription
qu'il fie de la mort
de saint François de Paule,&
de la maniere indigne dont il
fut retiré deson tombeau par
les Heret iques.Impieté,abomination,
sacrilege; pluft à Dieu que
Loüis le Grandeustesftéalors,pourvuquelaProvidence
l'eustconservéjusqu'ànous
LaFranceestant
devenue toute Catholique par son
zele, l'attentat dontje parle n'auroitjamais
estécommis; mais Dieu
est admirable dans ses Saints)-
tout contribué à la gloire de Jes
Elûs.SaintFrançois de Paule
a desiré le martirependantsa vie,
il est martir aprèssa mort. J,'avouë
qu'iln'estoit plus'tC/ors en
étatdemeriter
,
mais iln'estoit
pashors d'état de recevoir un
nouvel accroissement: d honneur.
Cest en haine de la Foyque les
cendres du Saint font jettées au
gré <tes-vents. Il (eroit à desir-
er. que l'Auteur de ce ditcours.
voulust le joindre aux
aurres qu'onluy demande
avec tantd'empressement,
parlegrand succés qu'onteu
ceux qu'il a donnez depuis
quelque temps au Public,&
qui se trouvent chez le Sieur
Edme Couterot, ruë saint Jacques,
au bon Pasteur.
f,. Il est rare de trouver des
mariages aussi considerables
&aulli bien assortis queceluy
de Mr le Duc.de SaintSimon
avec Mademoiselle de Lor-
¡ ges,qui le ne au commencernent
de ce mois. Il tèrnblg
que l'on ait voulu formerune
societé parfaite, puis que les
proportions d'âge, de vertus,
dequalitez,&debiens s'y trouvent.
La Mariée estFille aînée
de Mrle Maréchal Duc de
Lorges, Chevalier des Ordres
du Roy, Gouverneur de Lorraine&
de Barrois,Capitaine
des Gardes, du Corps de Sa
Majesté, & General de ses
Armées,aussirecommandable
pour sa grande probité,
que par tousces titres, &
par sa naissance. Mademoiselle
de Lorges sçait tout ce
que peut apprendre une Fille
élevée dans un Convent, &
auprès d'une Grànde-mere
d'une vertu consommée, 8c
d'une habileté pour l'éduca.
tion au dessusde tout ce qu'-
on peut dire. Cette jeune
personne qui pratique tout
le bien qu'elle connoist, se
fait un devoir de marcher sur
lestraces deMadamesàMe¡'
re, dont la réputation est tel-
[le, que la malice la plus noire,
:& l'envie la plus fine dela
OCournn'ont jamais osé l'atta- ne doit pzs s'étonner
après cela, si MademQi-
!felle de Lorges ayant toujours ;taché de l'imiter, s'est faitsi
généralement estimer par les
s,maniérés engageantes, par sa
• complaisançe,& par sa bonté.
Toutcela est soutenu de
quatre cens mille livres quj
elle a euës en se mariant,
ce qui ne doit faire un jour
qu'une partie deson bien.
Mrle Duc de Saint Simon
n'a que vingtans,il etf Duc
& Pair de France, Gouverneur
de Blaye, Gouverneur
&GrandBailly de Senlis, &
possede : plusieurs grandes
Terres. Il a servi pendant
plusieurs années. & commande
un Regiment de Cavalerie.
Il sçaittoutcequ'un
homme de qualité doit sçavoir,
Se Madame sa Mère,
dont le mérité est connu,l'a
fait particulierement instruire
des devoirs d'un bon Chrestien.
La convenance de toutes
ces choses ayant fait fou.
haiter cette alliance aux Parens
des deux parties, une
personne desplusprochesdes
uns, & Amie singuliere des
autres,quijointà un esprit,
des plus beaux du temps le
meilleur coeur quile trouve, entreprit cet ouvrage malgré
les difficultez que l'excés
de prudence de Madame la
Duchesse deSaint Simon, 8c
l'extrême justice de Mr leMaréchal
deLorges,faisoient
naistre tres fréquemment, &-
leur fit signer les articles le
Mercredy 6. de ce mois. M
le DucdeS.Simon,aussigalant
quamoureux ,envoyat
des presens deNoces qui furent
tresconsiderables, & le
lendemain il accompagnaMr
le Maréchal de Lorges pour
en
!
aller apprendre sa nouvelle
au Royàqui auparavant ils
avoient demandé permission
de faire ce Mariage. Sa Majesté
la receut d'une maniere
qui fit plaisir a l'un & à l'autre
Il dit tout le bien imaginable
à Mr le Marechal
de Lorge d: Mr le Duc de
Saine Simon, & marqua a ce
dernier tant destime pourMr
le Maréchal de Lorge, qu'il
luy fit entrevoir que sa manierc
de vivre avec luy seroit
comme la regle de ses bienfaits.
Le Roy leur fit l'honneur
de signer le Contrat
qui fut * en fuite signé de tous
les Princes & de toutes les
Princesses quise trouverent à
Versailles, & qui temoignerentunejoye
sinceredecette
alliance. LeSamedy Saint2.
de ce mois ils avoient envoié
l'un & l'autre à Monsieur le
Prince à Chantilly & à Ma.
dame la Princesse à Maubuisson,
pour les prier de vouloir
consentir à ce mariage, ayant
l'honneur de leur apparrenir.
Vous pouvez croire quela
réponsefutégaleàla démande.
Le Jeudy 7. Mr la Mareschal
de Lorge donna un
grand soupé, où de part&
'({.autre il ne se trouva que
jusques aux Cousinsgermains
des Mariez. On fut diverty
devant & après par un con-,
cert de flutes&de hautbois.
où les fleurs Philbert & Defcoteaux
charmérent à teur
ordinaire. A minuit, Mr le
Curé deSaint Roch commença
la cérémonie du mariage,
à la Chapelle de l'Hôtel de
Lorge
,
& y dit la Meflfej
i aprésquoy on menales Mariez
dans le grand Appartement
de Madame la Marcchale
de Lorge,où Madame
,:
la Duchesse deSaint Simon-
,
donna la chemise à sa Belle
,; fille,&Mr le Maréchal de
Lorge à sonGendre, qui couchèrent
dans cet Appartement.
Le lendemain matin,
ils receurentles complimens
des deux famillesdetoutes
les personnes distinguées
de la Cour & de Paris, dans
l'Appartement de Mr le Maréchal
,
l'un des plus beaux
qu'il y ait en France,tantpar
sa construction que par sa
magnificence. Il se termine
par un grand Cabinet percé
dans son fond en face enentrant
; on ne peut le voir sans
l'admirer. A costé droit font
de grandes croisées qui donnentà
droite la veuë de tous
les derrieres des maisons de la
ruë neuve saint Augustin,de
tous leurs jardins, & d'une
partie de la Campagne. En
face, on découvre la montagnedeMontmartre,
qui forme
par seseglises,ses moulins,
ses maisons, ses bois, ses prez
& ses terres entrecoupées lk
i peintes de differens coloris ,
un amphiteatre plus char-
: mant que si on l'avoit fait
exprés. Celaest accompagne
d'une partie de la plaine saint
Denis , des Porcherons, de
ses marais , du boulevart &
du jardin de l'Hostel de Lorge
,de quatre-ving-dix toises
delong sur vingt-cinq de
large , ce qui fait ensemble
ce qu'on ne peut exprimer.
Ces beautez sont representéesàcosté
gauche& audessus
de la cheminée, dans
de grandes arcades de glaces
qui font face à deux autres
de mesme hauteur qui sont
entre les croisées
J'
afin que
de quelquecosté que l'on se
tourne, on n'apperçoiveque
ces agreables Images au milieu
d'une dorure du plus
beaudessein, & dumeilleur
goust du monde,dont tous
les costez&le haut duCabinet
fait en dôme
,
font enrichis.
Du milieu du platfondpendun
Lustre de cristal
tres-magnifique, & qui
semble vouloir reparer la perte
que la nuit apporte en ce
charmant lieu,en serepetant
plusieurs fois avec ses lumieres
res aux quatre costez dans ses
quatre grandes arcades de
glaces. Ce fut dans la chambre
qui tien à ce charmant
Cabinet, où la nouvelle Duchesse,
aussi magnifiquement
parée qu'on le puisse estre,
& toute remplied'agrément,
receut sesvisites sur un lit qui
répondoit à la magnificence
de l'Appartement. Le jour
suivant, on alla à Versailles.
MrleMaréchal deLarge,&
Mr le Duc de Saint Simon, se
trouverent àla descente du
Carrosse du Roy qui venoit
de Choisy, tandis que Madame
la Duchesse deSaintSimon,&
Madame laMarêchale
deLorbe avec Madame sa
tilfeenoÍènt montées pour
l'attendre. Le Roy qui sçait
mieux que Prince du monde
assaisonner ses graces, fit toutes
les honneftetez possibles à
la Mariée. Il la trouva belle
& tres- bien faite, & dit à
Madame la Marêchale beaucou
p de choses fort obligeantes
;
à Madame sa fille
qu'elle n'avoit qu'à l'imiter
pour estre parfaite
,
à Madame
la Duchesse de Saint Simon,
avec beaucoup de mer.
ques d'estime pour sa personne,
tout le bien qu'on peut
dire d'un fils aussi accomply
que le sien,& à Mrle Marêchal
ce qu'on peut de plus
obligeant. Le soirmesme,
la jeune Duchesse de Saint
1 Simon prit letabouret au soupeâIi
Roy, aprés que Sa Majesté
luy eut dit deux fois de
s'asseoir;elle y parut avec la
mesme liberté de corps &
d'esprit quesielle y avoitefté
; toute savie. Le lendemain,
ellereceut les visites de tous
les Princes
,
Princesses, Seigneurs
& Dames de la Cour,
dans l'A ppartement de Madaine
la Duchesse d'Aarpaiou,
que l'on avoit emprunté
àcause qu'il est deplein-pied
àrelanagîatlerie. Le Lundy 11. elle
sesvisites, & retourna
le Mardy à Paris chez Mr le
Duc de Saint Simon son
Epoux,qui donna le Mercredy
à tous les conviez de la
Noce un soupé des plus
somptueux
,
& où la délicatesse
le difputoit avec labondance.
Il y eut une simpho.
nie & une Musique choisie
letout accompagnédétou-,
ces les marques possibles
d'hormestete & de joye de
la part de Mr le Duc de
Saint Simon & de Madame la
Duchesse sa merej'oubliois
à vous dire que la Mariée est
blonde, & d'une raille des
plus belles; qu'elle a le reine
d'une finette extraordinaire,
& d'une blancheur àéblouir
les yeux doux,assez grands&
bien fendus, le nez un peu
long & qui releve sa phifionomie,
une bouche gratieuse,
les joues pleines, le visageovale,
&une gorge qui ne
peutestre ny mieux taillée
ny plus belle. Tout celaensemble
forme un air modeste
& de grandeur qui imprime
ou respect.Ellead'ailleurs toute
la beauté d'ame qu'une personne
de saqualitédoitavoir,
& elle ira de pair en merite
avec Mr le Duc de Saine Simon
son Epoux,l'un des plus
sages & des plus accomplis
Seigneurs de la Cour. Leurs
Maisonsne se cedent en rien
l'une à l'autre, non plus que
le reste ; & si celle de Mr 4c
SaintSimon tire son origine
de Vermandois dont il écartelle
avec celle de SaintSimon
,celle de Madame son
BasseBretagne. Il a quatre
Freres
,
Mr le Marquis de
Saint Pierre, l'Aisne de sa
Maison,retiré chez luy en
Basse Normandie; le Pere
de S. Pierre, Jesuite ConsesseurdeMadame
;Mrl'Abbé
deS. Pierre, premier Aumônier
de cettemême Prin.
cesse, de l'Academie Françoise,
& Mr le Chevalierde
S. Pierre, Chevalier de Maire,
Capitaine des Vaisseaux du
Roy. Leur nom est Caster.
Leur Mere estoitGigaut de
Bellefont,Soeur de Madame
la Marquisede Vilars, Tante
troisiéme mariée à du
Fay Maulevrier de Normandie-
Il m'est tombé une Lettre
entre les mains qui me paroist
trop utile pour n'en pas
faire un article de la mienne.
Elle servira à détromperceux
que le malheur de l'obstination
retient encore dans l'Heresse
de Calvin. Un Abbé
très - feco,m'niandablc par sa
pieté, l'écrivit il ya plus de
trois mois, à une Daine de
qualité, dont la Mere estoit
au litde lamort.
A MADAME
vlaMarquise deB. 0 v S voulezbien,Marne
, qu'en envoyant demander
des - nouvellesde "Uof/rt
santé, je m'informe de celle de
Madame vojîte Mere. Pourflatersafamille,
il faudrait en de
meureràcelle du corpsjmaispour
vous obliger, je passe à celle de
lame. Permette-moy de vous
dire que je ne fuis pas encore bien
revenu de l'étonnementoù mejetta,
ilyadeux joursle chagrin de
Àf'voJlrePerelors quejeluy annoncayque
l'étatoùsetrouveMadameson
Epouse, ne laisseaucun
doute de sa très prochaine fin..
Ce mot m'afflige d'autant plus
qu'il tombe sur son ame , autant
que sur son corps car quoy
qu'une substance spirituelle ne
puisse finir, il est pourtant vray
de dire que u'eslans point par
ticipante des grâces de la veritable
Eglise
, cette ame finira en
unsensypuisqu'elle sera privée de
«
la finpour laquelle la Toute. puissance
de Dieu l'avoir créée, par
l'effort du mesmeamourqui luya:
yi/f operer tous les misteresde cetteReligion
nnique
,
hors laquelle
la foy rtfic sans bonnes au- -
ivjrreess, & par ccoonnfluentsans la
écompense promise par le Sauveur,
àceux qui après avoir enré
dans la voye de vérité ,y auont
gardéfis Commandemens.
v*ous ne doutez-Madame.,
que cettevoyenedésigneïEghfè,
lui, selon Rome, est une assem-
'liée de Fidelles sous un mefmc
,beuccejeur de Saint n?ier,c>
m l'estoit de J. C. & je pense
me vous crcryc'Z fortement que
ettesuccession na pas esté interompuëparCalvin
, que interest
,.. l'ambitionontfait errer; mais
ar des opinions qui se contredimp
jifort, que pour peu que la
Grâce voulust agirfur le coeur de
Madame vojhre MtreJ nous aurions
bientostla consolationy err*
perdant son corps , de croire que
son Ameseseroit heureusementretrouvée
entre les mains du verUé
tablePasteur. Jesouhaire de tourmon
coeurquelleécoute Saint Au.
gustin, lors qu'il avertit que per^
sonne ne se trompe sous une tee.
rance sausse.Entrenous,yena
t-il une plus vaine ,que celle des]
l'erreur, dont le
Chefreconnoiæ
luy -mesme
,
qu'il n'y a qu'uni.
Eglise
,
de laquelle il a est; mem::i
bre, comme Curé&Chanoine 4
Noyon, horsde laquelleEglise
ses Scalaires au Dimanche i£,
conviennentqu'il n'yaque dam
nation & que mort f C'estcette
mesme Eglise, que ce membre
feurrjA voulu rétablir, comme si
eslans tombée, ceuss eslé à luy
Qui que le Saint Esprit se sust
donné, pour partager l'ivraye
d'avec le bon grain,&sur la prétendue
reformation duquel, on
sourroit luy dire,comme TertuLpénauxHérétiques
deson temps,
que c'estoita eux à montrer de
quelle autorité ilsvoulaient refar~
ner la croyance de leurs Peres,
qu'ils prouvaientqui'lsestoient
le nouveaux Apostres, & que
J. C. leur eust donné le pouvoir
defaire les mesmes miracles que
luy ; qu'on voyoit à la vérité en
eux une vertu extraordinaire,
qui les rendoit faux imitateurs
des Apostres, en ce qu'au lieu que
les Disciples du Sauveurfaifoient
revivre les Morts, les Marcio--
nites , & les Valentiniens fai<
soient au contraire doublement
mourir les vivans; commeafait
Calvin, au témoignage de Bol-
Zec, quia écrit la vie de cetgerisiarque.
N'y a-tilpoint, Madame
at
auprès de Madame vostre Mere,
quellu-unquiluyfdffcun mesmes
tort, au lieu de luy faire comprendre
(selon mesme le 27. article.
de la Consession de Foy de
Calvin
,
qui dit qu'où il ni a
pas d'usage de Sacremens, on ne
peut jugerqu'ilyait une Egli{t,)
qu'il ejt indubitablequellen'ejlen
Aucune, n'ayant point de Sacre,
mens , point de Payeur sincere
, point de consolationéritablement
fj>iriiuelle! Loin d'avoir toutes ces
chosês
,
n'a t-elle point des personnés
dont l'erreur l'obsede
,
fous
prétexte d'unetendreamitié? Luy
lasse-ton la libertéd'entendre
cette voix intérieure de l'ame qui
cherche às'élever vers son Dieu?
Luy amené-t-on de toutesparts,
des Ouvriers qu'Isayeveut au
front d'airain, pour estre véritablement
dignes de travailler dans
la vigne du Seigneur ; qui puissent
paisiblement l'écouter, doucement
luy répondre
,
l'éclairer
avec amour, la reprendre avec
ttndrlle, &la convaincre avec
'{tle ? Eloigne-ton d'auprés d'elle,
dans les trisses momens quelle est
presse à s'éloigner de toute la nature,
ceux qu'unemesme Secte
peut engager à étousser dans son
coeur l'heureusesynderese, dont
slasse à Dieu, quellesoitsifort,
tourmentée, comme parle seremie,
que sa conscience, que Saint
Chrisostome nomme un Juge incorruptible
,suffisse pour luy faire
rompre les malheureux liens qui
l'emptfthent de témoigner par des
oeuvres conformes àC. quelle
est,selonSaint Cyprien ,verita.
blement Chrestienne ?. Le temps
presse ,Madame
,
de les manisester
ces oeuvres ;
il n'est plusquestion
de remettre,Augustin différaitàdemain,
ilestoit jeune,plein
de santé
,
recherché du monde.
Madame vostre Mere a passésa
jeunesse avertijfe^- l'en. Une
cruelle maladiel'accable, dites luy
sans cesse; le monde la quitte faïtesl'ensouvenir
bardiment, vous
ledevez,. Augustin malgrétout,
seconvertit. Pourquot Madame
vostreMerenejeconvertira t-elle
pas Toutl'ensollicite;ses Parens,
ses Jmisjon Curé, l'heureuse con.
joncture des temps; mais plus que
tout,ses erreurs eson Dieu, auquelil
ne suffit pas de s'écrier en
secret, Seigneur) Seigneur,mais
defairepubliquementsa volonté,
découverte à son Egliseseule
,
contre laquelle lesportesdel'Enfer
ne prévaudront jamais, selon S.
Mathieu C? dont les hautesveritez
n'ontpasestéreveléesà Pierrepar
la chair&parlesang,mais
par le don d'unefoyvivesuivie
de l'execution des voeuxfoUnnels
duBaptesme, accompagnéesansinterruption
de ces bonnesoeuvres que
Saint Paul veut que la charité
couronne ; & qui commenceront
pourMadame vostre Mereàune
abjurationprompte deson heresie,
se continueront paruneConsession
auriculaire
,
se perfectionneront
par lafacrée Communionsous une
seuleespece, comme l'Eglise lapra~
tique, &setermineront par le Sa.
crement de l'ExtrêmeOnction,
après quoy nous auront la joye de
croire sa mort precieuse devant
Dieu, auquel nous offrirons des
Prieres pour adoucirlasatisfaction
quelle fera dans le Pargi..
toire, à la justice de ce Dieu ,
qu'elleu'apointservy depuisqu'-
elle e.st au monde; puis qu'estant
hors de l'Eglise Romaine, toutes
ses oeuvres ont esté mortes pour le
Ciel; ce que je soubasse ardemment
que nesoientpas les dtrnieres
desa,vie, quilfaut offrirauSei
gneur,pour en obtenir plus efficacement
la conversion de son ame,
que je ne doute pointqu'ilnedaigne
accorder,si vous joignez vos
prières à celles de toute l'Eglise,
pormy lesquelles les miennes, toutes
foiblcs quelles sont, vous témoigneront
avec combien de '{elc
& de respect
, jesuis,&.
J'oubliay le mois passé a
vous apprendre la more de
Dame Marie-Anne le Bel,
arrivée sur la fin de Février.
Elle estoit Femme de Messire
Jean de Turmenyes
,
Seigneur
de Nointel, Presles, 6c
autres lieux, Tresorier General
de l'Extraordinaire des
Guerres, & Chevalier de
l'Ordre de Nostre-Dame du
Mont-Carmel, de faine Lazare.
Madame de Turmenyes
est universellement regretée,
mais particulièrement des
Pauvres, donc elle estoit veritablement
la Mere. Ceux
de ses Terres se ressentaient:
si particulièrement de sacharite,
que l'on peut dire qu'elle
a sauvé la vie à plusieurs
familles. A cette excellente
qualité estoit jointe une pietésolide
dont elle a donné
des preuves fin gu lieres
, pen- dant la longueur de lamaladie
dontelleest morte. On
ne peut marquer un plus
grand détachement du monde
qu'ellea fait,ny une plus
parfaite resignation a la vo-"
•lonté deDieu. Mr Billard, fameux Avocat
il mourut peu de jours
-
a pres
aprés. Tout le monde sçait
la haute réputation qu'il s'étoit
acquise
, & que jamais
homme n'apousse plus loin
sa Profession. Il avoit l'esprit
tres penetrant pour. lesaffai- res sonavis estoit d'un
grand poids dans les consultations.-
Il est mort dans un
âge fort avancé. laissant de
grands biens, parmy lesquels
icfl: le Marquisat de Montaterre.
Ses deux Fillesont épousé.
l'une Mr Bignon, & l'autre
MrChauvelin,tous deux dans
les Intendances dont ils s'acquittent
avec unapplaudissement
gêneral.MrBillardétoit
Frere de Madame Ricordeau
Femme de Mr Ricordeau
Conseiller , en la Cour des
Aides.
L'Academie Françoise
vient de faire une perce considérableenla
personne de
Mr de la Fontaine. Il eftoic
Originaldans son genre, Sel
ses Fables& Ces contes font
des Pieces achevées. Il a fait
un Livre en Prose, intitule
le Pfjckî> & rien ne partoit
de luy qui n'eust un caraétere
singulier qui le distinguoit
des autres Ouvrages de me*ï
menature. Ils'appelloit Jean,
& vous. serez bien aise de
voir foïv Epiraphe, faite par
luy-mesme, quelques années
avant qu'il mourust.
fean s'enalla comme ilefloit venu
Mangea le fond comme le revenu»
Tint les Ttefort eh,se peu necesftlre.
Quant à son temps, bien le sçut
* dispenser»
Jbeux parts en sit
,
! v->idoïnt"il souloit
Z'atu à dormir
,
& l'aure à ne
rien faire.
Ilestoit de Chasteaury
, & est mort âgé de foisante
& seize ans. C'est une
vrayeperte. Ces sortes d'heifc
reuxGenies ne se trouvent
pas dans chaquesiecle.
Voicy les noms desautres
personnes del'un&de l'autre
Sexe, mortesdepuis ma der-j niereLettre.
DameJulie-Marie deSaintemaure,
Duchesse d'Usez.Elle
mourut le 14. de ce mois,
âgéede quarante-huit ans,
après une longue maladie.
ElleestoitFille unique de
Charle de Sainte-maure, Du
deMontausier, Pair deFranJ
ce,Gouverneur de Monfei-j
gneux le Dauphin
,
GouverJ
!
neur de Normandie, & Gouverneur&
Lieutenantgeneral
des Paysde Xaintonge &
Angoumois;&Chevalierdes
Ordres du Roy, & de julie-
Lucille d'An gennes, Marquise
deRambouillet&de Pisany,
Gouvernante deMonfeigneur
le Dauphin, dont les Lettres
de Voiture ont tantvanté le
merite.MadamelaDuchesse
d'Usez, sa Fille, qui eftoic
Veuve d'Emanuel deCrussol,
Pair de France & Chevalier
des Ordres du Roy, se faisoit
aussi distinguer par sonesprits
Elle a eu plufieursEnfans."
Mr le Duc d'Usez
,
tué à -la
Bataille deNemndej feuë
Madame: de Barbesieux,Madame
la Marquise d'Antin"
MrleDucd'Uusez d'aujourd'huy
,
Mr leComte dU*-
sez, heritier du Duché de
MFontialllficsr, .& un autre Messire Jean de Longueïl
Chevalier Seigneur de Sévre,
Conseiller au Parlement, &
Doyen de la Seconde des
Reque stes, cy-devant Conseiller
en la Cour des Aides,
âc auparavant Conseiller au
Chaftelct. Il fut inhumé le
%o„ de ce mois en l'Eglise
des Cordeliers du Grand
Couvent, dans la sepulture
deses Ancestres, Il avoit épousé
Mademoiselle de la
Ville, dont il laisse plusieurs
Enfans. Il estoit Fils
de Charles de Longueïl , Seigneur de Sevre, &.
de Louise de Mont-rouge,
Soeur de Denisde Mont-rouge,
Seigneur de Saint Flour,
Petit filsde Charles deLongueuïl,
Seigneur de Sevre & laVaudoire,& de LouifeScguier,
Fille de Pierre Scenicr,
Conseiller au Parlement,
de laFamille de Mr Seguier;
Chancelier de France, & arriere-
petit fils de Jacques de
Longueïl
,
Seigneur de Sevre,
Chevalier del'Ordre du Roy,
Maistred'Hostel ordinaire de
Sa Majesté, & Maistre ordinaire
en sa Chambre des Comptes
,& de Gaterine de Montmirail.
C'est une des branchescadettes
de la. Maison
des Longueïl
,
une des premieres
dela Robe, dontest;
Mr le Marquis de Maisons, Prefident
à Morrier.
« Dame Louïse de CruffoM
cTUzes* Elle avoit époufç,est
premières Noces Antoine-
Hercules de Budos, Marquis
de Portes, Chevalier des Or- jdfcs du Roy, Vice-Amiral
de France, & en secondes
Charles Marquis deS.Simon,
MestredeCamp duRegiment
de Navarre,Chevalier des Ordres
du Roy, Gouverneur de
Sentis. Elle fut inhumée le 22.
de ce mois dans l'Eglise des
Religieuses Bernardines de
Abbaye aux Bois, Fauxbourg
S. Germain. Elleestoit
Fille d'Emmanuel deCrussol,
Ducd'Uzés,Pairde France,
Comte de Crussol ,Chevalier
des Ordres du Roy, & Chevalier
d'honneur de la feuë
Reine Merc Anne d'Austriche.)
&de Claude d'Hebrard
Dame de Saint Sulpice, sa.,
première femme. Elleaeu
de son premier mary ,
Diane
Henriette de Budos, Marquise
de Portes, premiere femmede
deffunt Claude Duc,
de Saint Simon, Frere de son
second Mary, de sorte que
, ces deux freres,le marquis &
le Duc de Saint Simon, ont
épousé chacun une de Budos
de Portes , l'un la Mere, &~j
l'autre laFille, & se sont tro1u-1
vez en mesme temps Frères,
Beaupere
,
& Beau fils. Elle
n'a point laissé de posterité de
Mrle MarquisdeSaint Simon
Ton secondmary. Diane Henriette
de Budos
,
premiere
Femme de Claude Duc de
Saint Simon
, a laisse trois ensans,
unFils mort fort jeune,
une Fille Religieuse
,
& une
autre Fille, Gabrielle Louise
de Saint Simon, Marquise de
Portes, mariée le 17. Avril
1663 àHenry Albert deCosfé
, Duc de Brissac, Pair
de, France, morte sans ensans
le 28Février 1684.**
¡?' Dame Margueritefeoberty
Epouser de Messire Charles
Gilbert, Secrétaire du Roy:
Ellelaisse plusieurs Enfansj
entre autres Messire Louis-
Charles Gilbert, President
en la Chambre des Compres,
cidevantConseillerauGrand
Conseil, & auparavant Substitut
de Mr le Procureur General
du Parlement;unautre
Fils Ecclesiastique
; Marguerite
Gilbert, Femme de mf
Belin., Fermier général; Jeanine
Gilbert, Epouse de Messire
Jofepli.Jean-BaptisteBkariau-
d'Armenonville, Intendilne
des Finances deFrance,
Frerede Messire Louis-GassonFleuriau,
Tresorier de la
Sainte-Chapelle,&deux autres
Filles Religieuses.
|u DameMarieQuentin,VettvedeMessireAntoine
Vyon,
Chevalier
3
Seigneur d'Herouval
,
Conseiler du Roy, Auditeur en la Chambre des
Compas, connu-parmy les
Gens deLettres pour un des
plus sçavans dans l'Histoire
& dans les Recherches de
d'Antiquité. Elle laisse entre
autresEnfans, MessirePierre
deVyou d'Herouval
,
Seigneur
d'Orville, Auditeur de
la Chambre des Comptes,
Messire Antoine-PauLVyon
d'Herouval , Docteuc en
Theologie,& Messire Loüis
de Vyon d'Herouval
,
aulli
Doreur en Théologie de la
Maison de Navarre.
Mrle Boules,Aumônier du
Roy. Je vous en ay parlé depuis
peu à l'occasion d'une
Abbaye considerabledont
SaMajesté l'avoirgratifié.
On a fait sur la fin de ce
mois, dans l'Egise des Jesuites
de la ruë S. Antoine, un
Service solemnel pour Mr
le Maréchal Duc deLuxem
bourg, & l'Oraisonfunebre a
estéprononcée par le P,dela
Ruë Jesuite, avec un applaudissement
si general, qu'ilme
feroit difficile de vous bien
marquer tout le bien qu'on
en public. Je remersau mois
prochain à vousen enrtete.
nir, aussi-bien que de tout
ce qui regarde la Pompe funebre.
Je vous envoye une Lettre
qui aeqté écrite sur lafin
du mois passé, & qui contient
une choseaussi surprenanrequ'extraordinaire.
je
ne ~prgrcns pointestregarant
des circonstances qui yfont
déduites. Le dernier fait est
confiant & chacun peut
raisonner commeiliuy plaira
sur ce qui l'a précédé.On
appelle communément MilicienslesVillageois
que c haque
Village fournit pour les
Compagnies de Milice.Serry
dont il est parlé dans cette
Lettre est vuàdeux
lieuës de Meaux. 'f En l'année i6pi. la dernièr:e«
Ftjle de Noël, N. Garçon
Meunier du Moulin de Serry,
¡;.::o
homme deprobité,quoyque Meunier3
alla du Moulin de Serry à
Villeneuve.'SaintDenis porter
des farines; &ason retcu r pass
jantproche d'une Mar/, il rencontra
unFantosmequi luy dit,
Arreste, & n'àye pas peur.
Je suisun Marchand que l'on
tué à l'endroit où je suis;
Onà coupé mateRe, & on
l'a mise au pied de ce Saule
que tu vois; mes brasfont
proche de mateste
,
& l'on
a mis mon corps dans la haye.
L'on m'a pris deux cens livres
que j'avois. C'est leMilicien
il de Serry
,
& le Miliciende.
qui ont fait le^cp^p*vço un
nommé Bernier, sur l'avis que
le Cabaretier de Serry teur
avoit donné queje devais
partir.Va-t-en, &ne me dis
poinc adieu.
Vers le temps le la Pentecoste
fuivante,plujicats Laboureursla
boutant proche de cetteMare>
çnren direnten plein jour un hom
meseplaindrecomme un mourant,
sans rien voir. Une femme menantsavache
par lacarde,estant
allée la faire boire dans cette Miresentit
me très mauvaise odeur,
sans rien voir non plusque les
Laboureurs. Elleenfitsonrapz
portdansle Village deSerry.
On y #U<*y&onttçuvaeffeflicernent
le corps du Marchand
dans la baye, la teste& lesbras
au pieddeceStyledontle FlI,tItosme
avait parlé au Mcmier.
Acette nouvellele Meunierapa.
ru,&adécouvert la revelation
du Fantosme,On luy a demandé
paurquoy il n'en.otvoit rien dit
dans le temps. Il a réponduqu'il
avoit peur desire tué par les Miliciensce
qu'ils amoient faitil
eustdeclarécequ'il avait appris du
Fantosme.LeMiliciendtSerry
ayant entendu parler decela, alla
trouver le Garçon Meunier,(T
luysit quelquesmenacesde tetuer
s'il negardoit lesecret,luydisant
que quand ilauroitfait le coup,
il riy auroit pas un fort grand
malLe PrevostdesMaréchaux
de Meauxayant eu MIS de cet
homicide
a pris les Miliciens
verslafin du moispassé,&après
qu'ils ont estémis dans les Prisions
deMeaux, on Ilinjlruit leprocès.
Les Miliciens ontavouéqu'ils
estoient les Auteurs du crime. On
les condamna Jeudy passé a
estre rompus, ce qui a esté exécuté.
Le Roy ayant resolu de
faire de nouve lles Lignesentre
laLis& lislcaut,au-deU-:
des anciennes,dépuis la Porce
de SaintJean de Courtray,
jafqu'à Avelghem sur l'Escaut,
à une lieuë du Pont
d'Epierre,ce qui s'est fait
,,
encette occasion
,
estsi surprenant,
qu'il paroiftra incroyable
j(Î l'on considere la
grandeur du travail,& le
pën< detemps qu'on aemployé
à le faire. On destina
vingt mille Pionniers pour
cet Ouvrage, & vingtmille
hommes pour les fourenir.
M1 le MaréchaldeBoufflers
qui lescommandoit,se campa
à trois quarts de lieuë de
Courtray,&mit fesTroupcs
dans des Postes avantageux
pour couvrir les Travaillers.
Ils commencérent le6.de ces
mois ce travail prodigieux , &le13» au soir,tousles retranchemens
furent achevez,
maisils n'estoient pas encore
palissadez, & les Fossez
,
les
Forts, & les Parapets furent:
mis hors d'insulte. Les Fossez
ont quatorze à quinze pieds.
de largeur, & douze de
profondeur, & ses Parapets
en ont dix d'epaisseur.
Il y a cent pieces de Canon
sur tous ces retranchemens,
[ou l'on en doit mettre encore.
Ces Ouvrages estant pref-
, quç achevez ,Mr de Baviere
fctoniç de Bruxelles avec douze
tmille hommes pour inquieter
les Travailleurs. Il en sortit
autant de Bruges, de Gand
,
& de quelques autres Places
ennemies, & toutes ces Troupes
couchérentle11. àNinofvc
, d'où Mr de Baviere ayant
rappris le bon e stat de nos Lignes,&
la bonne disposition
de nos Troupes pour le recevoir
, ce Prince retourna à
^Bruxelles. Cette prudence
estoit de faison
,
puifquM ne
pouvoit nous attaquer sans
s'exposer à perdre toute son
Armée. La nostre devoit occupertoutes
les hauteurs qui
sont avantageusement retranchées,&
d'où l'on auroit
découvert les Ennemis, d-iine
demi lieuë, dans l'espace de
laquelleilsauroient estéobligez
de marcher en bataille.
Comme on ne croyoit pas
qu'ilsdussent se mettre en
Campagne pour disparoistre
atiffi-toft-, que la vigilance.
de Mr le Maréchal de Bouffiers
est grande, &quenos
Troupes
Troupesvolent,lors qu'elles
1 croyentaller au combat, il
se trouva au Camp, le 13. au
soir,soixante-huit Bataillons,
& cent Escadrons. Toutes
ces Troupes se font retirées
I;
depuis ce temps-là, à la re-
?
serve de celles qui font nef
ceffaires pour garder les Li-
; gnes. Il a deserté beaucoup
jd'Anglois qui font mécontens
du service, & qui ont
tous dit, que les Ennemis
manquoient de toutes les
choses necessaires pour tenir
la Campagne. J'oubliois à
vous dire qu'on a enfermé
Courtray dans les Lignes
dont je viens de vous parler,
& qu'ainsi cette Ville- là se
trouve hors d'estat d'estreinsultée.
Ces Lignes mettent
tout un grand Pays àcouvert
des contributions, pendant
que les François en tirent de
tous costez sur les Ennemis,
& le Roy vient aussi de travailler
à la sureté de Dunquerque
& de Furnes, en
donnant un Corps de dix à
douze mille hommes à commander
à Mr le Comte de
Montal, qui couvrira ces
'deux Places.
Les Paysans de quelques
Villages de Catalogne qui
s'estoient revoltez, &attroupez
& joints à quelques Miquelets,
ayant inquieténos
Troupes en quelques endroits
qui enont receu quelque
dommage, comme je
vous marquay le Mois passé,
Mr deCastanaga qui a succedé
au dernier Viceroy
, crut
qu'il n'y avoit qu'à attaquer
les François dans les formes
avec des Troupes reglées, &
que la fortune commençant à leur estre moins favorable, il en viendroit aisément 'à
bout. Dans cette penfée, il
a fait assiegerOstalric &
il s'est rendu luymesme devant
la Place: mais Mr de
Saint-Silvestre ayant marché
avec des Troupes, cette diligence
, & l'air dont ces
Troupes venoient à luy, l'ont
fait souvenir de la maniere
dont les François se battent;
ce qu'ilasouvent éprouvé
aux Pays bas, lorsqu'il estoit
Mestre de Camp de laCavalerieEspagnole,
fous lenom
deDom- Antonio-Agurto,&
ensuite Gouverneur General
des Pays bas, fous celuy de
Marquis de Castanaga: de
sorteque n'ayantoséattendre
Mr de Saint-Silvestre,il a levé
le Siege preique aussi-sost
qu'il a esté formé. Ainsi toutes
les belles esperanccs que lesEspagnols avoient de se
rendre maistres de nos Conquestes
en Catalogne, se trouvent
évanoëies, & dés que
nos Troupes paroistront en
Campagne, elles aurontla
mesme superiorité, & selon
toutes les apparences les mêmes
avantages, si elles jugent
à propos de faire quelque
entreprise. Les Espagnols
font bien chagrins de ce que
les Flotes Angloise & Hollandoise
qui font à Cadix,
ne peuvent leur rendre de ser- *vices proportionnez à ce que
ces Flores leurcoûtent. Elles
font tellement déperies, que
si la mortalité continuë
,
elles
feront hors d'estat d'agir
avant la fin de la Campagne.
Il y meurt tous les jours une
grande quantité de Matelots,
& comme par politique on
en jette les corps dans la mer
pour en cacher le nombre,
tous les poissonsenestant empestez,
faisoient crever ceux
quienmangeoient; ce qui
a obligé les Espagnols à dé.. ,fçndreJa pesche dans la Baye
idepCoaduixr. Je ne vous dis point affaiblir nos ennemis,
c'est un fait si constant, jqueje ne puisvous assurer
Ien avoir vu plusieursLettres
qui marquent toutes la mesme
cbore ;ainsiily a tout
sujet de croire qu-P, quand ces
Flotesferontrétournéesdans
leursPorts à la fin de la Campagne
, ,c:.lJes se trouveront
hors d'état, de revoir laMediteranée
deplusieurs années.
CJefi une chose absolument
impossible
, veu la difficulté
qu'il y a prefcntement de
trouver des Matelots en Angleterre
& en Hollande: de
sorte qu'il est aisé de prévvtfr
les grands avantages que
nous aurons alors sur nos ennemis,
en cas que la guerre
continuë.
Les vents contraires ayant
arresté sept Ordinaires d'Angleterre,
il n'est pas aisé de
vous en donner de nouvelles
seures. Cependant on a appris
par une Barque échapée
de ses Ports, chargée de Laine
,
dont le transport ell désendu,&
arrivée à Calais,
qu'ily avoit de grands démeslez
dans les deux Chambres
du Parlement; que celle
des Communes avoit fait emprisonner
vingt. deux de ses
Membres ; que la pluspart
demandoient l'exil de Milord
Porteland, autrement
du SieurBenting
,
Favory du
Prince d'Orange
,
qui a reu
de l'argent pour faire pafer
plusieurs Bils à la charge
lu Peuple que les fonds,
pour achever le payement
lesSubsides, n'estoient point
encore trouvez, & qu'il y
avoit de grands differens entre
les Episcopaux
,
& les
Non-conformistes, qui embarassoient
fort le Prince
d'Orange.Les vents ayant
changé depuis peu , touc;
ce que je vousécris fera
confirmé ou détruit dans le
temps que vous recevrez ma
Lettre. Cependant le manque
de nouvelles d'Angleter.
reinquiéte fort les Hollandoiselles
ne sçavent que re.,
soudre dans leurs AiTem-'j
blées
,
faute d'instructions
& leurs avis y sontsiparu-<
gez, que chacun s'obstinant
dans le sien,on n'y prend
aucune resolution
, & tout
demeure indecis, & dans une
confusion qui fait un tresgrand
tort aux affaires de
Flandre, les Alliez n'osant
agir sans les confcils du Prince
d'Orange, qui sont des
ordres su perieurs.
Vous sçavez que les Vénitiens,
suivant leurs Lettres
nont perdu dans les deux
combats qui se font donnez
entre leur Armée Navale &
celle des Turcs, que les
Vaisseaux le Lion couronné,
l'Etoile de la mer, le Dragon,
& un autre grand Navire ap
pellé l'Abondance des Richesses
qui servoit de Maga
fin, & qui est tombé entre
les mains de leurs Ennemis,
Ils ajoutent àcette pertecellede
MrsPriu11,.Piian£,çaf
garo,, Bragadino,Zorzi, &
de plusieursautres Nobles
Officiers&Volontaires, avec
cellede deux mille Soldats
& qu'il fut resolu par l'avis
duConseilde guerre,d'a ban.
,
donner la Forteresse de Chio,
&toute l'Isle,aprés en avoir
enlevé la garnison & tout ce
que le temps pourroit permettre,
& avoir faitaussi crever
le Canon & fauter les Fortifications.
LesLettres suivantes
dirent que tout celaestoit
executé ,& qu'ilenestoit sorty
grand nombre de familles
, mais les dernieres ont
marqué qu'il n'en estoit sorty
quesix seulement;qu'on avoir
cassédansle Porc une Galere,
& plusieurs Galiotes,& que
son estoit sorty avec tant de
preci pitation, qu'onavoit emporté
fort peu dechoses; qu'il
avoit beaucoup de muniions
& de canon dans le
Navire qui estoit tombéentre
les mains des Turcs,&
qu'il n'y avoit point d'apparence
que les Fortifications
eussent fauté, parce que les
Venitiens,apréss'estre retirez
,
n'avoient point remarqué
que les mines eussent fait
leureffet.
-
Jamais on n'a tant parlé
d'un Siege avantqu'il sua.
formé, que l'on a parlé de
celuy de Casal; toutes les
Histoires ne font mention
de rien de pareil dans touszi
les siecles, & chez toute»:
les Nations. Sept ouhuit
Puissances Souveraines traillent
aux apprefts de ce
ege depuis cinq ou six mois,
n diroit en examinant les
éparatifsquise font, qu'on
plûtost dessein d'assieger un
Ae Etat qu'une Ville, &-il
déja tres-longtempsquon
tupe des bois pour faire des
scines, ce qui ne sefait jaais
qu'un Siege ne soit foré.
Voicy huit ou neuf exlits
de Lettres écrites deis
le 9. de Mars, date du
emier, qui confirment tout
que je viens de dire touant
ces préparatifs.
Les Nouvelles de ce Pays
4
roulent toujours sur les préparatifs
pour le Siegede Casal, &
ceux qui les ont vûsdisent qu'ils
sont bien plus grands que ceux
que l'onavoitfaits pour leSiege
dePignerol. LesHateauxnefont
qu'aller&venir de TurinàCressentinpourvoiturerles
munitions
de guerre , & les autres choses
necessairespour leSiege Toutes les
Troupes quisont en Piedmont,
intreceude nouveaux ordrespour
marcherà la fin de ce mois. On
a donné ordre aux Milices dese
tenirprestespour marcher en même
temps.
Voicyun autre Extrait du
3. du mesme mois.
Les Nouvelles de Turinsont
ru'ily a vingt-quatre, pieces de
Canon de vingt quatre chargées
Sur leurs chariots, qui doivent
flre embarquées d un jour à l'aure
pour aller à Casal. Le Régi,
nent de Milord Gallouay tft4
Moncalier,prestàestre aussiemarqué.
Ily a un Regiment de
Religionnaires àVilleneuve
Afl, & celuy des Gardes a eu
rdredevenir à Quiers. Le Come
de la Rocque est p*rty pour aller
Cony faire marcherson Régiment,
qui est celuy de Montserrat,
& le ChevalierBerset est
alléfaire partir celuy de la Croix
blanche. Les deux Mortiers qui
portent des Bombesdetrois ans,
ont esté receus après l'épreuve,
& on les a chargezsur leurs
chariots Avec leurs ajftNtJ, pour
este pareillement conduits au Pô.
Les Lettres du 25 disoient
ce qui fuit.
Les nouvelles de Turin font
que SA R efl à Pont de Sture
,
son équipagenéanmoins est
presque tout à Turin. On travaille
à faire des facines hors de
laportée du canon devant Casal;
ony porte aussitous les outils ne,
cessairepourouvrirla tranchée,
(3r on devoit. dés hiercommencerà
travailler aux batteries.Il jesi
encore pwty neufpièces de canon
&dehm morutr$ degros calibre,
S.A. R. a mandéqu'il y en
avoit aujft avec ceux des Espagnels
qui en fmrmjjent pour
les Allemati<ls/>enfwrtequ'ily a
présetement à portée de Casal
cinquante quatre piecesdecanon
04 vingtmortiersi L'on emballe
dansl'Arsenalde Turin desespon
Ions.;, des pertuisanes
,
des fourches
& desfaulx
3 que l'on envoycàTrin
,
partie par le Pô,
partiesur des chariots Les pou<*
dres,mesches, & brûlotspartent
tous les jours
, & S. A. R. ne
reviendra qu'après que les batteriesferontfaites.
Ily a cependant
ordre defaire des amas de paille
a Carignan & à Turin pour la
Çavalerte & l'Infanterie qui
doit venir dansquelquesjoursaudit
Carignan & à Rivole.
Voicy ce que portoient les
Lettres de Turin du31. Mars.
Depuis le dernier Ordinaire,
M a fait partir de cette Citadelle
par ordre de S. A. R. cinq mortiers
avec cinqpieces de canon
de 24. lesquelles furent embarquées
hier. On en a encore con,
dfiit cinq autres qui nesontpoint
embarquéesy &Jes unes & les
autres ne partirontqu'ensemble.
Les- Dragons de Cavalerie de
S.A. R. ont eu ordre de se tenir
prests d marcher aprèsPas-
Voicy ce que disent les
Lettres du 6. de ce mois.
L'oncontinueRemployer toutes
les voitures, tant de chevaux,
que de beufs, pour porter des munitions
au Pô afin de les faire
descendre à Casal
,
pourlequel
lieu il part tous les jours des b¡j.
teaux qui en font charge^. On
fait de grands amas de paille que
/u»/»e//cavec du soin
, pour,
envoyerenfuitedu costéde Riva*
le, afin défairefubÇtjïerUÇa~
valerie,quiy doit marcher avec
de l'Infanterie dey que l'attaque
de Casalaura commencé, eF on
parlemesme de faire un Camp
fortifié à Veillane.
On lie ce qui fuit; dans les
Lettres du jo,
Les Nouvelles de Turindiftni
que, Çontravaille aux Epaulemens
des Batteries ; quelQn pretend
ouvrir la tranchée le 12 (7
que l'on a toutes les peines du mondeà
trouver dufourage pour la
Cavalerie qui est à ce Siege,&;
mesme de la paille pour les Soldats
qui souffrent beaucoup. Ila
AUjJineigé de ce costé là environ de
lA hauteur d'un pied. On confirme
la mort du MarquisPallavesin&
d'un autre Gentilhomme
Piémontois, tuez du Canon
dela Place. On voiture quantité
d'avoine de Coni à Çasal, doù
l'on apprend qu'il_yyaadéjà trois
batteries complettes, que la qui-.;
triéme est fort avancée
,
& que
l'on a mesme commencél'épaulement
de la Cavalerie dedeux
costez pour l ouverture de la tranchée,&
queS. J4. R.ayanteslé
voir lesdits épaulemens
,
ily eut
une déchargé de neuf pieces de
Canon de la Place tirezen mesme
temps ,
qui pensa l emporter,
& qu'zly eut quelques Dragons
tues auprés de ce Prince ; que
l'on 4 porté aux Batteries
,
des
bombes & des carcasses, & que
l'on a encore envoyé chercher des
outils à remuer la terre.
Voicy ce qu'on trouve
dans les Lettres du 15. Elles
font de Pignerol.
Nous apprenons par un Exprés
arrivé de Casal, que l'on
a eslé obligé de discontinuer le
Siege, àcause du mauvais temps
que les Troupesse sontretirées
dansu
dans les Villages voisins; que la
mauvais temps a tellement ramol.
jI la terre que les Batteries qui
sont faites tombent, que les
pieux manquem, en sorte qu'on
if/lIOi,t estéobligéd'employer promptement
des madriers& de grosses
poutres, pour les soutenir.
MrleDucde Savoye est revenu
à Turin; où il a receu unCoulvier
de l'Empereur, quiluy marque
qu'illuy avoit cy -
devantfait
entendre qpiapm-Uprise de Casal
il le feroitraser
,
maisque
depuis il a tfté obligé de changer
de dessein,(7 qu'il ne le feroit
démolirqu'après la Paix.
LesLettresdu17, de Tu*
rin, contiennentceque vous
allez tirc.,
Le temps ayant change en ce
Pays, S.A.R.afixésondépart
pour retourner devant Casal au
i&. de ce mois,& les ordres ont
esté envoyé à toutes les Troupes
destinéespour te Siège,de marcherpourreprendre
leurs postes.
Le Pô est fort enflé par les neges
fondues.Il partit encore hier
sept 'BattâllX chargez de muni*
tions de bouche°uerre, CY
des fournitures pour les TrlUtes,
oùily a déjà beaucoup demaladies.
Outrecela il endeserte beauC&
up quisejettent dans Cajal.
* J'ay cru que sans vous donner
les extraits de toutes ces
Lettres, il n'estoit pas possible
de vous faire croire les mouvemens
que les Alliez se
sont donnez pour le Siege de
Casal, & le grand nombre
de coutes les choses necessai.
res à un Siege qu'on a voiturées
depuis plusieurs mois-,
ensortequ'on peut dire que
ces préparatifs ont déja plus
coûté que le veritable Siege
de la plus forte Place de l'Europe.
j'espere avant que de
fermer ma Lettre vous en envoyer
encore desnouvelles ;
qui vous feront sçavoir si les
Alliez auront en6n osé se déterminer
à l'entreprendre.
-
Depuis l'Elévation du nouveau
Sultan,& les pertes que
les Venitiens ont faites, la
Cour de Vienne se trouvefort
embarassée à trouver des
fonds pour soûtenirune guerre
qui ruine l'Allemagne; &
l'entêtement du Ministere est
de tout risquer pour rendre
l'Empereur maistre de l'italie
, ce qu'il ne peuttenter
dans un autre temps que pendant
le cours de cette guerre.
Ainsi avant qu'elle nnine~
on risque l'Allemagne pour
avoir Casal
,
dans la pensée
qu'ayant deja ruiné les Princes
d'Italie à force de contributions
,
ils feront hors d'etat
de se défendre contre UOE
Prince qui se dis déja. leur
Souverain. , Le mot de l' Enigme du
mois passé estoit le Soufletà
soufler lefeu, & il a este trouvê
par Mrs du Pont: l'Abbé
Rezonec : labbéBarin : le
Triolet de la rue aux Ours:
MademoiselleColart: la belle
Javotte du coin de la rue
de Richelieu: Marie de Caftel:
les Nimphes du Bal de
Fontenay: Angelique de
Vincennes: la Thucidide
Fanchon: la belle Brune de
Noyon: & les deux Jumelles
de la rue S. Loüis.
Je vous envoyeuneEnigme
nouvelle, donc vousferez
part à vos Amies.
ENIGME. MOn absence embarajjsafîe%
toute P,€ffonncy
Oui demonsecours a besoin.
De se munir demoy chacunaussi
prendfin*,
Et la précaution en est louable &
Sonne.•-
Qui la négligé s'en repent ,
Sur tout lors que sa main, dont
mon employ dépend
, Me cherche en vain *àje dois
estre. Je vous ay dit beaucoup, sur cela
devinez.
Qitoy que sur ce portrait voué me
deviez connoistre,
Je veux bien ajouter qu'employé
par monMaistre,
Je prens le plus fin par le nC:I{-
Je ne vous disrien de l'Air
nouveau donc vous allez lire
les paroles. Vousestes;t)yrop
connoisseuse pour n'en pas
juger par vous-mesme.
AIR NOUVEAUA
ux armes,Camarades,
LEnnemy nest pas loin, courons
tous au vin;
Aux armes,Camarades,
Ayons tous le verre à la main*
Au milieu des rasades
L'Amour nous a surfris, IIestenembuscade
Pournousfaire bravade Ilestenembuscade
- Dans les beaux yeux £Iris*
A grands coups de verre
Allons tatltu/lur);
Ce superbe Guerrier.
Pourtenyvrelr1,
passons-luy la guerre
Sans quartier.
Pour Venyvrer
Jebois le premier. Ilfautmeseconder.
uCniéllécbormomnsenlcae vàib£oloiriere, t plus charmant dessin
Quede boireavecsaCatin?
est-ilunpluscharmagt defin
S~~ d'accorder tamour &le vin?
- Je vous pailay il y a quef.
que temps d'un Livre inticu
lé
,
PratiqueCurieuse,oui le.
OracUs des Sibillessur ch-aqu,
questionproposée. Le succésde
ce Livre a esté fort grand
puisqu'on en a fait une seconde
Edition. Elle est au.
gnlenrée de la Fortune des
Humains décidée par les
Dieux, Déesses, demy-Dieux
& grands Hommes de l'HiC
toire profane,avec une ex
plication de leurorigine &
de leur caractere,ce qui rend
ledivertissement que donne
ce Livre utile & agreable. Ily
a plusieurs questions nou-
.q velies dans la seconde Partie
b de cette Edition, où toutest
unnouveau jusques à la malumiere
de trouver lesquestions
bdont le nombre cftaugn-ien..
~bue. Ainsi il y i©Jujec de
~iDcroire quelle n'attachera3c
ume réjouira pasmoinsqu'a
ifi¥ait la premiere Ce Livre
~awend chez le Sieur Brunec
~anslagrandeSalledu Palais,
~ussu Mercure Galant; où fc
Diîrouvetit aujourd'huy la plus
engrande partie des nouveaur,-),-
ez qui regardent le Palais.
) Il debite aussi laTragedie de
Judith, & la Comedie des
Dames Vangées,oula Dupede
soymesme. Vous sçavez que
ces deux Pieces ont alternativement
occupé le Theatre.
pendant les deux derniers
mois de ce.. hiver.
0n
aenfinreceu quelques
Lettres de Londres, par lef-|
quellesenapprendqueleiwj
de ce mois rien n'estoit en
core arresté pour achever les
fond des Subsides C,'efluno,i
chose surprenante que 141
quantitédepersonnes accue
sées de malversàtion,ce qui
, n'a jamais elle à cet excès en
Angleterre. L'Orateur de 14.
Chambre Basseesté,cha(Té.
Plusieurspersonnes ont esté
miles à la Tour ,pour les
obliger à déclarer l'employ
de cent mille livres Sterling
plusieurs autres ont esté nojtéts,
& doivent estre contraintes
par des Actes, pour
répondre à divers Articles de
malversation, & le Chevalier
tCooJce a esté envoyé à la
Tour pour le mesme sujet
Tant de contraintes & tant
d'emprisonnemens ont assez
derapport avec les Nouvelles
apportées par la Barque dont
je vous ay déja parlé. On ne
peut sçavoir seurement sile : Prince d'Orange passera en
Flandre qu'aprésque le Parlementaurafiny
les Seances-
Quand tous les fonds des
subsides qu'on luy a promis a
feroient alors trouvez, il ne :
laissera pas d'estre fort em-- barassé; car ou il fera long--
temps à recevoir l'argent des
ces fonds, ou il fera obligés
à faire de tres-grandes remi--!
ses pour le toucher, ce qui
ne luy peut estre que trespréjudiciable
d'une manieres
ou d'autre, puis qu'il recevra
plus tard les sommes
donc il a besoin, ou qu'il en
recevra de beaucoup moins
confiderabJes, s'il les reçoit
plûtoit. Je fuis Madame,
vostre,&c,.
A Paris, le 30.Avrili6)§.
t
!
APOSTILLE.
Je viens d'apprendre que
sixcens hommesdeTroupes
reglées,& trois mille Paysans
ayant investi Cattel-Follit,
Mr du Guast, Maréchal de
Camp,assembla quelques
Troupes en diligence
,
&
qu'ayant attaq ué les ennemis
le 15. au matin ,
le combat
dura jusques à quatre heures
du foir. Il y eut en cette occasson
douze cens hommes
tuez ou blessez, & trois cens
Paysans furent faits prisonniers.
Comme ils font du
Pays Conquis, ils ont esté
traitez en Sujets rebelles qu'-
on prend les armes à la main.
Je ne puis vous assurer si la
levéedu Siege d'O stalric donc
ona passé n'est pointcette
mesmeaction, qu'onécritde
Perpignan , avec beaucoup decirconflances.
t Les Lettres de Pignerol du
L 3,0. disent que le Pô ayant Jgrossi, a ruinétoutes les bat-
! teries des Ennemis devant
y
Casal, & que les travaux
1 ne sont pas plus avancez devant
cette Place que le premier
jour.
On croit que la Garnison
deChioaestéenlevée par les-
Turcs, ou qu'ils l'ont passéze
au fil de l'épée. Le Capital
ne General de l'Armée Naï
vale des Vénitiens, Dom Ait*
TA B LE.
iettresur les rrivtt d'Hostilement,
Payen, &Chio.,me; '* 13
Projet de l*Htfoire£Anjou.30
Histoire Ecclesiastique d'Anjou.
50
Pompe funèbre»57
Epistreà Mr le Duc de Fandafîlmïef*
l,aire.111909
Portrait de Madame la Princesse
de Conty, 1 42
Lettre touchant les Satirespubliées
contre le Mariage. 145
- TABLE.
Mort de Mr le Comte de J~~
if*
Discours dela Vue.
, :
Ise
l'oriraitdu nouveauSultan. 197
J-Iegarts convertis, im.
Reponsed'unCartesien à la L 94tte
"Rn Pertpatettcten. 203.
Extrait d'un Sermondu Pere Sim'indeL*
Vier^èV, ii~
Mariage* L. ~122^
Mr le Comte de §\PjèrH efinommèPbll.
estreMenindeMonsieur
le DucdeChartres. 247
Lettre pour détromper ceuxque
le malheur de {olfîinatton retient
encore dans tfiefe^e. 250
AuireArticledeMorts. i61
Service faitpour Mr de Luxembourg.
2/9
Lettrequi fera raisonnerleLecteur.
2//
TABLE.
Nouvelles de Flandres.284.
Nouvelles de Catalogne. 291
Nouvelles de Cadix.
"Nouvelles d'Angleterre. „296
Nouvelles de Ventre* 29.9
NouvellesdeCafal. 302,
Nouvelles de-Prertn-e. 316
Article des tyigmis.31j ~ïracle{jle*S)Mes,•-.
Vfit£cesdd#e Tiihlelfatar'ed. ^ngkùim3.2i4J
tpo{hOe contenant des nouvelles de tkfums.sniroi^,tJ •,***
v4visp»urplaçâtesFigures.
-
.- t.,:
La Médaille doit regarderlapage
AVRIL 1ÓgJ..
A PARIS,
Chez Micwji BRUNJI, du Palais, Grand'Salle au Mercure GalantO
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaqueMois,& on le
vendra Trente sols relié en Veau &
Vingt- cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE,auPalais,dans
laSalle des Merciers, à la Justice.
T. GIRARD,au Palais,danslaGrande
Salle, à l'Envie.
Et MICHEL BRUNET, Grand'Salle
du Palais,.au Mercure Galant.
M. DC. XV.
AvecPrivilège du Ral.
AVIS. QVelquesprieres qu'on dit faites
;u!qu'À present de bien
en.-», les nom- s d1eF-arm.nille employez-,
dans les Mémoires qu'on envoyé
pour ce Mercure , on ne llli/fi pas
d'y manquer toujours Cela est cause
qu'ily a detemps en temps quelques
uns de ces Mémoires dont on ne se
peut seyvir- On réitere la mesme
priere de bien écrire ces nomJ) en
sortequ'on ne s'y puijje tromper. On
ne prend aucunargent pour les MC-'
moires, & l'on employera tous les
bon Ouvrages à leur tour, pvurveu
qurisnedesobligentperfonrve, &
qvil n'y ait rien de licentieux. On
AVI S.
prie seulement ceux qui les envoient,
&suttout ceux qui n'ecrivent que
pourfaire employer leurs nomsdans
l'article des Enigmes
,
d'affranchi,
leurs Lettres defort,sils veulent
qrion fasse ce qu'ilsdemandent.
C efl fort peu de chose peur chaque
Particulier, & le tout ensemble est
beaucoup pourun Libraire.
Le Sieur Brunet qui débité presentementleMercure,
a rétabliles
choses de maniere qu'il est toujours
imprimeau commencement de chaque
mois.Ilavertit qùk l'égarddes
EnvoÍtl qui se font à la Campagne, ilferapartir lespaquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure.Commeces paquets seront
plusieurs jours en chemin, Paris ne
Uifjera fa* d'avoir le Mercure,
AV I S.
longtemps avant qu'il soit arrivé
dans lesVilles éloignées mais aussî
les Villa ne le recevront pas sitard
quellesfaisoient Auparavant.Ceux
qui se lefont envoyerparleursAmis
sans encharger ledit Brunet, sexposent
à le recevoir toujours fort
tard par deux raisont.Lapremière,
parce que cesAmis n'ont pas soin de
le venirprendresitostqu'il est imprimé,
outre qu'il le seratoujours quelquesjoursavaqt
quet'on eltfassi le
débit; & l'autre, que ne l'envoyant
qu'après qu'ils l'ont la eux & quelques
autres à qui ils le prestent, ils
rejettentlafaute du retardement
sur leLibraire,en disant que Lt
vente n'en a commence que fort
avant dansle mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'il se charge de faire
AVIS.
lespaquetsluy~mesme,&de les faire
portera la Poste ouaux Messagers,
sans nulinterest, tant pour les l'articuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donne leur
adresse.ilfera la mesme chose generalement
de tous les Livres nouveaux
quon luy demandera, soit
qu'illesdebite, ou qu'ilsappartienneutà
d'autres Libraires, sans en
prendre pour cela davantage quele
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il se rencontrera
qu'on demandera ces Livres àlafin
du mois, on les joindra au Mercure,
aûn de n'en faire qu'un mesmepaflquet.
Toutcelasera executéavec
une exattitude dont on IINTa Utu
d'estrecontent.
PAERCVRE
l1~t.~,((.T~'
c.AVRIL i6pf,
E ne puis mieux commencer
maLettre que
par l'Eloge du Roy que
je vous envoye. On n'ajamais
dit tant de choses en si
peu de paroles.
PLACET AU ROY. LO VIS, nous distinguons deux
Personnes en toy,
A,ureestLou*s,lautreest le Roy.
Le Roy nesi que le Roy de Fran..
ce , Mais qu'est-ce que Louis ïïaffure
cyparavance tout £ynivers va répondre
avec mOf.
C'estun grand homme dès 1\n~ sance,
Plus équitable que la Loy,
Plu* iUujire quesanaissance,
Plus grand même que sa puis-
,
sance,
Bon, obligeant, vray Pere, &
l'appuy dela Foy*
Maish proposd'obligeant, de
vray Pere,
Louisvondoit-ilbien me presenter
auRoy?
Tous mes Amis n'osent le faire.
Ces Vers sont de Mr de
Sanlec,dont tous lesOuvrages
meritent l'empressement
qu'on a de les voir. Envoicy
d'autres qui font bruit icy.
Vous y trouverez beaucoup
d'esprit,dubon goust&de
la delicatesse.
A MADAMED.
Qui avoir prié l' Auteur de luy
faire des Vers. cEsse, charmante Iris ,cesse de
souhaiter
jjes Vers qu'Apollonme rtfufe,.
Et n'esperepas que ma Mufie
Puisseàprésent tecontenter,
It ne juù olta, quoi que 111 f^fies^
Tel que j'estois dans mes beaux
jours,
Quand à lasuite des Amours
le badinoisavec les Graces.
C'estalors que faurais chante
Tous lescharmes de tabeauté
Suruntonsidoux el;"sittndre,
Que ton coeur par mes Vers se laisisant
émouvoiry
Auioit presqu'autant pris de flaifi*
à m'entendre,
Que mes yeux en ont à te voir.
Cet heureuxtemps rieflpluu excuse
ma foihltf/tt [où je suis,
Tout ce que je puis faire en îeftat
CJeft decombattreles ennuis
Quetraîneavecsoy lavieiuelt.
Mon esprit plus timide, & mon
corps plus pesant,
Mefontvoir toute ma misere,
Iepleure le paffè
,
jeme plains du
present,
Et tavenirm*dcfefpere.
-
Non) non, puisquemescheveux
gris
Ont fait fuir les jeux & les ris, il ne faut pas que jet'ennuye,
Quelagrément trouvaOH-tu
A m'entendre parler d'un ton de
Ieremie,
Qujl riesi aucun plaisir sur la fin
de la vie,
Que celuy d'avoir bien vécu?
Cependantc'ext ce que je pense,
-
Ce que chacun penseàson tour,
Ce quetoy-mesmeenfin III penseras
un jour
Jrleuteufe situ peux m'en croire pas
avance,
Et sidés aujourd9*y faisant quelques
efforts,
Vn sentiment si salutaire
T'arrache et des plaisirs quine du-
1 reront guere - Pour l'épargner mille remords.
t La Lettre qui fuit est toute
remplie d'érudition,&je suis
!>er(uadc quevous ne la trourerez
pas moins. belle , que
plusieurs Ouvrages du même
Auteur, que je vous ay
pvoyez depuis quelques anrices'.
FA MONSIEUR.
rT,Andis que je fuis dans le
train de la Critique, il
çaut, Monsieur
,
répondre aux
trois articles de vostre Lettre.
Vostre premièrequestionestsurle
terme Hostilement,sçavoir si
èia un mot de bon aloy, qui
ait cours dans le (hie correfl&
châtié.Avous dire le vray , je
ne lecroy pas, jevaisvousen
dire la raison. La regleveutque
de semblables Adverbes soient
formez,non de leurs substantifs,
maisdeleurs adjectifs. Les exemples
font conformes à la regle-
Subtilement,utilement, facilement,
sont formek
non de subtilité,utilité, facilité,
maisdesubtil,utile,facile.,
Ilnesuffit donc pas
qu'ondise hostilité,maisjusquà
ce qu'hostile qui nese dit
pas encore , ait passé devant, OP
qu'il ait obtenu le droit de bour-
ZeoiÇtetil mesemblequece neferA
ny bienparler, ny bien écrire, que
dese servir du mot hostilement.
.Au contraire, ce fera commettre
un acte d'bostilitécontre la Lanfue,&
violer la règle ses exemples,
pour établir un motadulterin,
sans Pere sans Freres qui
le reconnoissent.Aussi Richelet,
quiahéritédubongo std'Ablancourt,
son Maistre tres habile,
n'apointinseré hostilement
dansson Dictionnaire; s'ilse
trouve autre-part, on peut dire
qu'ilseestfourrésans aucun droit
d'y estre; à peu prés comme ces
gens qui entrentfurtivementaux
Balets du Louvre, sans estre de
qualitéày efireadmis ,& qui
courent risque d'estremis dehors
dés qu'ilsseront apperceus.Enfin
pour meservir d'une figure plus
douce, hostilement est un fruit
qui nesspas meurencore,qui doit.
demeurer sur l'arbre, e n'estre
cueilly qu'avec hostile.
Lasecondéquestion de vofin
Lettre, estsur le mot de Paien,
sçavoir s'il faut prononcer paien,
en separant ta d'avec l'i ;
ou s'il faut prononcer pai- en ,
joignant en diphtongue l'aavecl'i.
Ciceron en feroit une remarque
importante, luy quidit, quilja
unemusiquedans la prononciation,
estautem in diccndo quidam
cantus; tellement que prononcer
mal
,
c'est comme celuy qui fait
unfaux ton en chantant, ce qui
blejje rudement l'oreille. Quand
on ne convientpas del usage,ilfaut
len rapporter a l'oreille, 0* à l'analogie,
ou conformité des mots.
Pour l'oreille ellej-Avorife pai-en,
car cette prononciation est douce,
.& l'autre,palien,estrude. L'a est
une voyelle d'unson âprey quise
sempere dans l'union avec l'i.
L'analogiesemble encore estrepour
pai.en, car les mots François
qui viennent du Latin, changent
ordinairementaen ai. On fait
raionde radius, pain de panis,
main de manut. Si donc paien
vient de paganus *
l'analogie
conclut pour paien. Ilya une
irrégularitédans les termesamour
& aimer. La conversion de bz
en ai est au verbe, on a fait ai.
mer d amure, & l'ademeure au
nom comme en Latin, on en a
fait amour d'imor. Comme il y
adu caprice & du changement
dans cette passion, il ne faut pas
s'étonner sily en a dans les te,.,
mes qui servent à l'exprime.Si
la prononciation partagée dans le
verbe&danslenomsepouvoit de
mêmepartager entre tesperformes,
ilsemble que les Femmes qui ont le
gosier étroit & joly
,
devroient
prononcer paien;&les hommes
qui ont la voix grosse &forte,
pourrroient dire pa ien. Enfin il
si trouve unautre mot qui rft du
party depaien. C'est Aïeul,qui
#(lient cfAvus,où la estseparé de
l'i, on dit a ieul, êr non pas aieul.
L'usagequi a>faitpasseràieul
contrel'oreille &l'analogie
,
peut
de mefrne autoriserpaien dans
la prononciation, quoy que rude
&irreguliere; cequiconvient au
caractere deces Idolâtresqui sont
barbares, & hors de la regle
de la Religion. Cette opinionse
fortifie dumotmêmede paganus,
car lors qu'il signifieun hommede
village
, on dit pai-san comme
ph, san Ainsi pouréviter l'omonymie,
quand paganus signifie
paien, il fant prononcer pa-ien.
Jefuis pourtantdusentiment que
n'y ayant point d'h entre ta. CT
1'1, commeen ca hier, il nefaut
pas ouvrirsifort la bouche, ny
aspirer sa autant que dans ce
mot,
Enfinilfautsatisfaireàvestre
troisiéme questionsurl'origine du
mot de Chiourme. C'est une
chose ajftz singuliere, que UGAlereectant
un Vaisseaude supplicepour
ceux qui en font la manoeuevre
, les termes qui luysont
propres font aujji la torture des
gens de Lettres On s'est tourmenté
desçavoir ce qu'estoient les Trirentes
des Anciens.Scaliger est
d'uneopinion, (;7 plusieursSfstvans
font d'une autre. On ne
convient pas mesme du mot de
Galere,que les uns dérivent de
galea,un casque,lesautres d'un
poisson nomméGaliotis,&d'autres
encore de galcrus
, un çhapeau
, ou d'un mot Syriaque.
C'est encore fis.. du mot de
chiourme,qui estvostre article.
Menage n'ena rien dit dans
ses Origine; &pour le Ciorme
de Furetiere,ce riest que le mot
Italien du François. LafjlJabe
chi, qui est une lettre de l'AlphabetGrec,
& qui entre dans
plusieurs mots,Chirographe.
Chirurgie, Chiromance
, me
seroit croire qu'il faut chercher
dans cette Languel'étymologiedu
mot de Chiourme,laquellepourvoit
estre, Chciros ormè, Manuum
impetus , un effort extraordinaire
des bras; car le tra.
vail de ces miferaUes Matelots
est prodigieux. (2enest pas ramer
comme les Mariniers qui se mé:.
nagent dans leur travail;c'est
un mouvement tres violent jusqu'à
se lever de dtfJus les bancs,
pour donner un plus-grand ébranlement
àlaramenaussi en ont-ils
le nomde Forçats, tirant la ra.
me avec une plus grande force
qu'on ne fait autre-part ; çjjr ce
qui aide à cette origine Grecque
du mot de Chiourme, c'est que
Marseille
,
qui est le Port des
Galeres de France
, a ejléautrefois
une Colonie Grecque, &
qu'ilreste toujours dans un lieu
des traces de l'ancienne Langue à
laquelle la nouvt ikafucccdè, Je
suis,
Je vous envoye un projet
sur unematière qui ne vous
déplaira pas, ne doutant pas
que vos Amis ne veüillent
bien contribuer en ce qu'ils
pourront à l'accom plissement
d'une entreprise si difficile*
PROJET
ODe rHàiitoire d'Anjou. Nseplaintily a longtempsque
dans la Province
d'Anjou, celebre parun tres.
grandnombre d'hommes de Let.
tres ,
dont les Souverains 04
les
lesPeuples ontfait tant dechoses
dignes de la postérité ,si peu de
|personnesayent pris soind'en con- Jerver la mémoire , & que pour
tant de Heros nous n'ayonsqu'u-
,.. ne seule Chronique , qui mesme
les défigure.
On commençasous le regne de
FrançoisI.àseréveillerun peu
de ce long assoupissement
, l & Hifioire d'Anjousortit alors de
son premier chaos, mais avec un
reste du goust corrompudessiecles
précedens,sans choix
,
sans recherches,
sans exactitude.
Il estoit difficile de faire mieux
dans un temps où le goust de la
veritable Histoire ne faisoit encore
qne de renaistre
,
où les plus
excellens manuscrits estoient inconnus
à ceux , mesmes qui les
possèdoient, & où la Critique
Historique& Chronologique qui
rteifait presque pas née, n'avoit
point encore desabusé lePublicde
ces fortes de Fables que leurantiquitésembloitautoriser.
Depuis ce temps- là
, comme les
Sciencesse sont toujours perfectionnéesde
plus en plus, quel.
ques personnes '{eléespour lagloire
de cette Province ont diverses
fois tenté de rétablirsonHistoire;
mais tous ont Uipé leursOuvraSesimparfaits;
lesunsprévenus
par une mort précipitée, les auïïres
rebutez par les difficulté£
t/,'un(aujJi grande entreprise ;en
firff qu'après toutes ces vaines
ntatti;,eson peut avancer qu'-
core aujourd uy rienn'estsi peu
connu des Angevinsque l'Histoire
d'Anjou, & que nos Peres
ous ont [tlifié, pour ainsi dire,
une succession d'honneur & de
fjoirey que nous avons presque
\%bandonnée.
eXPettineaude Noulis Gentilhommedecette
Province,Académicien
:'l'}Sceretaire perpetuel
\lt l'Academie Royale d'Angers,
&lundesAcadémiciens de /-
cademie des Ricovrati de Padoue
, qui d'abord n'avoit eu
d'autres pensées que de consacrer
quelques heures de son loisirà la
recherchedel'HistoiredesonPays,
poursapropresatisfaction, &qui
manqued'occasionsdeservirsa
Patrie,tâchoit du moins de 14
faire connoistrese trouve engagé
par des ordres souverains à donner
au Public une nouvelle Histoire
J,'/jnjoM.& ilpeut dire qu'il ejl
déjà fort avancédans ce travail.
Mais parce que ces sortes dedesseins
ne peuvent prtlXlcuteZ
sans le secoursdesTitres de
Memoires historiques qui font
t
renfermez dans les Archives des
anciennes Maisons, (W dans les
Cabinets des Hommesfçavans9-
1si a crû qu'en priant les personnes
qluuyi les ont en leur possessionde les
communiquer, il devoit leur trendre compte de sesveillesy &
exposer au Public un Plan zeneral
desonOuvrage ,sur lequel on
pourra juger de quelle nature) sur quelles matieres doivent estre
les éclaircissemens dont il a be-
\foin.
1
PLANDE L'HISTOIRE
generale J'Anjou. ON peut considererl'An..
jou de trois manieres:
Ou par rapport au GouvernementPolitique;
Ou par rapport à l'Esta~
Ecclesiastique,
Ou suivant l'étenduë de:
ses Jurisdictions.
Ces trois fortes d'Etats
ont leurs differentes limites~
& répondent aux changemens
qui sont arrivez dans
la Province en divers tempsLe
Gouvernement Foliti-
* que comprend la Province
entrere, dont les bornes ont
diverses fois changé suivant
le fort de la Guerre, ou la
disposition des Traitez.
L'Estat Ecclesiastique,q'ue
nous renfermons dans le
Diocese d'Angers, a ses boro
nes plus resserrées que la Province,&
répond à l'ancienne
Province Romaine,
Les Jurisdictions ont leur
écenduë reglée par les grandes
Seigneuries qui en font la
source, ou par les Ordon;
nances de nosRois.
Nous écrirons séparément
en autant de Parties, pour
éviter la confusion,
L'Histoire de l'Estat Politique;
Celle de l'Etat Ecclefiastique;
Et dans une troisiéme Partie,
quelques mélanges historiques
qui regardent le détail
de la Province, mais qui
ne sçauroient entrer dans le
cours des deux autres sans
en rompre le fil,& les rendre
consuses.
qî; -- j ; t » :t » PREMIERE PARTIE.
, HISTOIRE DE L'ESTAT
Politique d'Anjou, , APrés quelques préliminaires
,où nous donne
1- rons une Desi-cription l-Ieo-
! graphique de l'Anjou
, nous parierons à l'Histoire Politique,
qui fera divisée par les-
[
révolutions les plus considerables
arrivées dans le l'ouvernement.
L'Anjou a changé six fois
de Gouvernement, -,
I. J1
Anjou Gaulois. 1
Souslesanciens GauloisJ
& jusqu'au temps de Jules Cei
far
, cette Contrée eue /es'i
Princes particuliers, comme i
la pluspart des Nations des!
Gaules. Il nous reste peu de j
choses de ces premiers temps, i
AnjouRomain.
Il fut conquis par Jules
Cesaravec le rest e des Gaul es,
ôc demeura sous la puissance
des Romains jufcmau temps
de l'Empereur Hunoriusjorf
que par une espece de reprefailles,
l'Empire devint la
proye de toutes les Nations
Barbares. NostreChronique,
sur la foy de quelques Ecrivains
fabuleux, le fait passer
dans ces tem ps-là fous la domination
de quatre Rois de
la Grande Bretagne, dont
quelques-uns ne furent peut- estrejamais , & les autres
n'ont constamment possedé
aucunes Seigneuries dans les
Gaules.
III.
L'Anjousous la première Race
des Rois de France.
Dans ce debris general de
tout rEnlpite, l'Anjou fut 1
partage en trois. Les Wisigots
en possederent pendant qua- -
tre-vin gt-dix ans,fous six
differens Rois, ce qui clt situé
au delà de la Loire. Les
Bretons s'étendirent jusqu'à
laRiviere deMaine; &Chilperic,
quatriéme Roy des
Francs, s'empara de la Ville
d'Angers,&de la plus grande
partie des terres qui sont
entre les Rivieres de Sarte &
de Maine.
Clovis premier du nom,
Successeur de Chilperic, se
renditmaistre du Paysque les
Bretons&les Wi-Iïgots possedoient
dans l'Anjou
, & le
laissatout entier aux Rxrisde
Ftan^ de la première Race,
jusqu'autempsde Loüisle
Debonnaire;non sans quelques
legers changemens
,
mais qui furent depeu de
duiréeo. nqui survint en-
- tre les enfans de Loüïs le Debonnaire
,attira deux disgracesàla
France, qui tomberent
particulièrement sur
l'Anjou.
D'un costé lesBretonsrecommencerentleurscourses;
& presqueen mesme temps lesNormans s'estant répandus
sur les costes Occidentales
du Royaume, s'emparerent
de la Ville d'Angers,&
en firent pendant quatre ans
une place d'armes, d'où ils
ravagerent les Provinces voisines,
jusqu'à ce que Charles
leChauve les enchassa {fàrun
Siege memorable, où le Roy
Breton joignitses forces à
celles du François contre
leurs communs Ennemis.
Charles le Chauve rentra
bien,tost aprés,parunTraité,
dans le canton dont les Bretons
s'estoient emparez.
Nous trouvons fous les regnes
de ces Rois quelques
Comtes en Anjou; mais les
Comtes n'estoient alors que
des Gouverneurs, pour un
temps, des Provinces & des
Villes
,
où cette dignité leur
donnoit l'adminiitration des
armes & de la Justice.
IV.
Comtes hereditaires.
Les fréquentescourses des
Nations Barbares obligerent
Charles le Chauve d'établir
un Comte particulier sur les
Marches de la Province d'Ajijou
, qui de cette,forte. rut.
diviséeen deux Comtez ,l'un
dC'AnIge-rs,l&el'asutr.e desMar- , Robert le Fort,tige de
nos Rois, fut le premier qui
possedaen propriété le nouveau
Comté des Marches; &
ce fut en ce temps-là queles
Comtez commencerentà de.'
venir hereditaires.
Ingelger fut le premier
Comte enpropriétédu Comté
d'Angers, fous le regne des
LoüisII. surnomméleBegue
en l'année 877.
Et bien-tost après le Comté
des Marches,qui fut possedé
sèparément par quatre differens
Comtes héréditaires ,
ayant esté reuny à Angers par
Raoul Roy de France, en la
personne de Foulques le
Roux,Successeurd'Ingelger,
l'Anjou ne fut plus qu'un
seul comté.
Il y a eu trois différentes
Races des Comtes hérédirairesd'Anjou
, sans parler
des Comtes des Marches.
Les deux premières ont
produit chacune sept Comtes,
tous des plus grands hommes
de leur siecles
: l'un qui
fut Roy de Chipre;deux qu
furent Rois de Jerusalem
trois autres qui
furent
Rois
d'Angleterre
, & qui laisse..
rent ce Royaume à leur postérité
; en forte que des COIUJ
tes d'Anjou descendent deux
Maisons Royales
,
celle de
France , Se celled'Angleterre.
L'Anjou revint à la Couronne
par confiscation sun
Jean Sans-terre, fous le regnes
de Philippe Auguste
, & suu
depuis donné avec le mesmes
titre de Comté par S. Loüis
àCharles ion Frere. Ce Priiuj
ce commence la troisiéme
Race, &la premiere branche
de la Maison Royale d'Anjou,
qui fut une pepiniere de
Souverains & de Héros. On
compte jusqu'à trente-cinq
Royaumes,neuf Principautez
,quatorze Duchez, &
vingt Comtez
,
dont ils ont
porté le titre. Ils donnerent
le mouvement à toutce qui
se passa deconfiderable dans
l'Europe en ce temps-là;
& leur vie fait une des plus
belles parties de l'Histoire
deleur siecle.
V.
Ducs héréditaires.
Aprés que l'Anjou eut esté
poffedépar vingt-deux Comtes
hereditaires, il passa fous
la domination des Ducs
, au
temps de Jean
,
Roy de France
, qui l'honora du titre de
Duché en faveur de Loüis
son sécond Fils, Chef de la
seconde branche de la Maison
Royale d'Anjou-
Celle-cy a produit quatre
Ducs,dont lavie fut partagée
entre la bonne&lamauvasse
fortune; heureux s'ils
ne se fussent pointentestez
de laconqueste du Royaume
de Naples, oùils éprouverent
cette ancienne fatalité du
climat d'Italie, avec des
évenemens si divers, que si
d'uncosté le titre de Rois des
deux Siciles leur fit quelque
honneur, on peut dire qu'il
fut payé du fang le plus pur
des François, sans que même
on ait pû le conserver,
aprés l'avoir si chèrement
acheté.
VI.
jépfanages.
Loüis XI. Roy de France,
l'empara del'Anjou sur Reg.
né, le dernier de nos Ducs
hereditaires, le réunit à la
Couronne, & depuis cette
Province a eu l'honneur de
servirde secondAppanage
aux Enfans de France,àtitre
de Duché.
Sur ce plan general, l'Histoire
Politique d'Anjou se
renferme dans six principaux
changemens.
I. L'Anjou Gaulois.
2. L'Anjou Romain.
3. L'Anjou fous la premiere
race de nos Rois,jusqu'aux
Comtes hereditaires.
4. Les trois différentes races
desComtes hereditaires.
5. Les Ducs en propriété.
6. Les Ducs parAppanage,&
ce quis'est passé dans l'Anjou
depuis la reunionde cette
Province à la Couronne.
Nous écrirons cette derniere
Partie par les regnes de nos
Rois,parce que depuis cette
| réunion, la suite des Ducs
| ne fournit plus d'Hiftoirc
i suivie.
k
SECONDE PARTIE.
Histoire Ecclesiastique d'Anjou. LHistoire Eccesiastique
commencera par la Notice
du Dioceseoù nous
examinerons pourquoy le
Diocese est moins étendu
que la Province; d'où vient
sa division en trois Archidiaconez
, & celle des Archidiaconez
en divers Archiprestrez
& Doyennez; par
quelle raison nostre Eglise
reconnoist celle de Tours
pour Metropolitaine, & la
Primatie
Primatie de Lyon.
Nous parlerons ensuite de
.l'ancienne Religion des Angevins,
desvestiges qui nous
en re stent, du premier établissement
, & des progrès
;de la Religion Chrestienne
dans l'Anjou.
A prés ces préliminaires,
nous écrirons ce que les
temps nous ont laissé de la
Vie des Evesquesd'Angers,
dans l'ordre de leurs Pontificats;
& nous observerons,suivant
l'ordre de laChronolo-
Fgie,les fondations des grands
Bénéfices,celles desMaisons
Religieuses;enfin toutce qui
-
regarde l'EtatEcclesiastique.
TROISIE'ME PARTIE.
MélangesHistoriques d'Anjou. DAns les deux premières
Parties de cette Histoire,
ontrouveàchaque pas
beaucoup de singularitez qui
regardent lesCommunautez,
les Familles,&les grands
Hommes de cette Province.
Mais comme on ne peut
en parler qu'en passant,dans
le cours d'une Histoire OULJ
nous sommes emportez par
grandsévenemens,ilnous
sembléque nostre Plan sedc
imparfait, & que nous
remplirions pas toute
',ttcnre de nostre Patrie, si
pus n'entrions ailleurs dans
certains détails qui ne l'intessentpasmoins
que legoucernement
general,parce que
pacun se cherche dans ces
rtes d'Histoires.
UAinfï nous n'avons pas crû
avoir suivre l'exemple de
ux,qui jusqu'à present ont
rit des Histoires de Provins
,
dont les uns se font conntezde
toucher les evenemens
généraux,lesautres 1
sont renfermez dans lesfêui
détails, & quelqueuns ou
confondu toutes ces chofc
avec peu deraechode.
Nous divileronsces Mc
langes historique paroles di
ferens estats de la Province.
Histoire des Villes. d'Anjou.
L'Histoire particuliere di
Villes&des grandes Seigne
ries contiendra leur origin
leur érection,leur accroiflî
ment, & les Seigneurs qui I
odnt séucceessivemsent.poq
..-Nobiliaire.- -
Le Nobiliaire renfermera
E-ïifiroire généalogique1 des
grandes Maisons d'Anjou;les
ioms<&Jes- armes des Familesnobles
qui subsïstent; au-
Wfd%LTY ,decelles qui font
f-ceimes,6c decelles qui (onc
ransplantées.
K-Mdgiflratures.
u-,
Ondonnera icy l'érablif-
Ur) leurs c hangemens, leur
tenduë,la liste des Gouverleurs
, celle des grands Seechaux
,
l'Histoire particuiêrc
delaMairie d'Angers*
avec un CIelrleumiolnrieasl.
Nous finirons par lesElo
ges historiques,avec les Pol
traits des grands Perfonna
ges or iginaires d'Anjou qui f
font rendus celebres, ou dan,
l'Eglile,ou dans la Guerre, ou
dans la Magistrature, ou dan
les Sciences & les beaux Arts
& les Eloges de ces dernier
feront précedez parl'Histoir
re abregée de ItlTniverÍicl
d'Angers, & celle de l'Aca
demie des bellesLettres.
Et pour rendrejustice
toute forte de merite, comme
l'Anjouases Heroïnes aussibien
que sesHeros, nous ne
croyons pas devoir oublier
les Dames que la fainreté de
leur vie, ou d'éminentes q ualitez
ont renduës dignes
d'entrer en partage de la
gloire avec les hommes.
On donnera les preuves à
la fin de chaque Partie.
Le Publicpourrajugersurun
Plansivaste, quun Particulier
nesçauroit le remplir sans de
puissans secours.
Aussi l'Auteur de ce projet
ne se flate pas de pouvoir l'executer
dans toutesses parties quoy
que peut ejfrejt lespersonnes intert
Bées dans cette Histoire ont
quelque empressement pour luy
donner les éclaircissemens dont il
a besoin, ilpust esperer de lamettre
au jour. Mais quoy qu'il en
purffi arriver, ilaura dumoins
lafatisfastion d'ouvrir la carriere
,
s'il ne peut la fournir entierement;&
l'émulation réveillera
sans doute dans quelque autre le
zele que nous devons avoir pour
la gloiredenostre Patrie, &pour
celle de nos Ancestres
Les personnes qui auront la
bonté de communiquer quelques
Titres ou quelques Memoires ,
fovtfttppliées de les AdyefJet: à Mr
Petrincau de Noulis,Secretaire
de l'Academie Royale d Angers,
& enson absence, à Mx Herr
nault^imprimeurdu Roy & de
l'tAcademie Royale, à ^sfygers.
Voilà ce que contiennent
le Projet & \t Plan qui ont itffté publiez. L'ordre & la
netteté qui s'y rencontrent,
-donnent lieu de croire que
TAuteur n'aura pas feulement
l ouvert lacarriere, mais qu'il
la remplira glorieusement.
Depuis que le Roy a fait
fleurir les Arts en France,
toutce qui regardelesFesses
publiques & les Pompes funebres,
y a paru d'un si bon
goust & d'une si grande magnificence,
que l'Italie ne
doit plus se vanter que l'on
n'en peut trouver ailleurs
que chez elle, qu'on doive
appellerveritablement superbes.
Vous allez voir la description
d'un Mausolée fait par
un particulier
,
qui vous pa.
roistra si grand & si bien imaginé,
que vous avouerez que
l'invention peut égaler les
plus beaux Ouvrages de Rome,
& tout ce qui se peur
faire de plus magnifique. Je
laisse les mesmes termes dont
on s'est servi dans la description
du détail que l'on m'en
a envoyé.
t
Le Temple de la Gloire &de la
Vertu en deüil. DESSEIN
,i Du Mausoléedreßé dans ÏEgliJe
deS. Martin de Cbeug,
fous Egreville
POUR
Le Service solemnel
Qu'a fait faire Mt le Prieur
de Chevrj
! A la memoire
De haute cm puissanteDame,
Dame Marie-Françoise-
Eh^abetbdeLhopital-l^itryt
ArfarqHifeae Torcy,
Baronn-e d'Egrevitte ~& de la Maisonfort,Damede Noant,
de Lindebeus le Torp
, &C.
En presence
Du Clergé, ~& de la NolLjje
de la nprovincc,
Et de tous les Officiers dela
Baronnie d' Egveville.
Le9. Février 16pf.
La mort de Madame la
Marquise de Torcy a laissé
dans toutes les Terres un
regret si universel & une douleur
sivive,quevous ne ferez
pas surprise d'apprendre les
justes devoirs quevient de
rendre à sa memoire Mr le
Prieur deChevry,Curé de la
Paroisse qui porte ce nom, &
quied, une dépendance de la
Baronnied'Egreville. Je vous
ay déja parlé de luy dans plu
sieursdemes Lettres, fous le
nomdePrieur de Briqueniault,&
vous vous souvenez
encore d'un dessein de
Feud'artifice,qu'ilfit à Chatillon
aprèslaBataille de
Fleurus,&desDevises ingenieuses
qui accompagnoient
ce dessein, à laloüangede Mr
le Maréchal Duc de Luxembourg.
Comme Madame de
Torcy le distinguoit par son
merite, il a cru devoir aussi se
distinguer par les marques
de sa douleur, d'autant plus
juste, qu'il perdoiràla mort
de cette vertueuse Dame la
Mere des Pauvres de sa Paroisse,
& une personnequi
l'honoroit de sonestime.
Le desseinde ce Mausolée
cftoit une especedeTemple
à la moderne en forme
croix, avec son clocher au
milieu, & toutes les pieces
d'architecture.Il s'estoit
d'autant plus volontiers arresté
à ce dessein, qu'illuyparoissoit
singulier à cause de
la Maison de la Chastre,& de
celle de Lhogit&L* comme
vous verrez dans la suite,& illuysembloitbien justeque
celle qui avoit faitdela maiton
une Eglise domestique,
comme die Sainr Paul ,trouvast
dansl'Eglise une de ces
maisonséternelles, ainsi que
Davidappelle lesSepulchres
des Grands. Les Catacombes
des Martirs n'estoient.ils pas
les premieres Eglises des
Chrertiens? Ils bastissoient
leurs Temples sur leurs tombeaux,
persuadez que lavoix
de leur fang sointe à celle de
leurs prieres, pourroit les
rendre plusagreables à Dieu.
L'on a cru dans ces sentimens
qu'une reprefencation d'Eglise
pourroic servir de MausoléeàuneFemme
vertueuse,
& qui durant sa vieavoirédisiéroute
l'Eglise par ses vertus,
& donné du credit à la
pieté par un attachement in.
violable à tous les devoirs au
milieu du grand monde.
-
L'on voyoit d abord à l'entrée
du Choeur, au dessus de
la principale porte, deux
grands Squelettes d'argent
couchez en forme de supposts,
qui soutenoient de
leursmains un Cartouche
tntrelalîé d'ossemens de
morts &de branches de Cyprés,&
on lisoitdansceCartouche,
ces paroles écrites en
grosses lettres d'argent, sur
un'^fond de marbre noir,
familixextinctaftenainextinguibilis
; c'est à dire que la
Branche de Lhopital-Vitry
estéreinre en la personne de
feuë Madame la Marquise de
Torcy qui en estoit la derniere,
mais que la renommée
de cette illustre Maison ne
s'éteindra jamais.
Aussi voyoit-on au dessus
de ce Cartouche la Renommée
sur un piedestal de marbre
noir. C'estoit une Figure
au naturel vestuëdeblanc&
de vert, avec des aîles blanches
pour marquer l'immortalité
de la Vertu. Elle foulait
aux pieds des telles de
Morts couronnées
, lX des
ossements, & tenoit en ses
nuin* deux Trompettes d'argent
avec leurs pendans, sur
l'un desquels estoit écrit en
lettres d'argent, ainsi que
toutes les autres in scriptions,
d'un costéVirtute, & de l'autre
&Gloriâ; pour dire que si
la Gloire donne de l'éclat à
la Vertu, c'est la Vertu qui
donne de la réputation â la
Gloire, & qui en étend la
renommée au delà duTombeau.
En vain Madame de Torcy
seroit descenduë d'une des
plus illustres & plus anciennes
Maisons de la France,
honorée des plus belles dignitez
du Royaume,sielle
n'en,avoirsoûtenu la gloire
& laréputation par ses vertus.
-
L'on avoit place deux autres
Sq uelettes semblables
aux premiers au dedans du
Choeur
,
& au dessus de la
mesme porte,avec cette difserence
,
qu'ilssoûtenoient
lesArmes de Lhopital Vitry
& de Torcy jointes ensemble.
- -
Le Mausoléeétoic élevéau
milieu du Choeur. C'estoit.
une representation d'Eglise,
poséesurune Estrade detrois
pieds de haut,routeétoffée
de noir. Trois degrez posez
sur cette Estrade,garnis de
flambeaux & de chandeliers,
servoient comme de marches
pour monter à cette Eglise.
Du milieu s'élevoit un Cloc
her femé de bleurs de Lis ,
& de larmes d'argent,terminé
par une boule aussi d'argent,
d'où sortoient douze branches
qui sormoient un espece
de Lustre
,
qui porroit le
mesme nombre de Cierges.
Cette boule soûtenoit la
Croix ancrée d'argent, qui
est de Il Chastre, & sur cette
Croix estoit posé un Coq
hardy d'argent, portant àson
coll'Ecusson de France,qui
est de Lhopital Vitry
, avec
ces mots au dessus;Piange
non canta : il pleure, & ne
chante pas.
Les quatre plus vertueuses
Femmes de l'Ancien Testament
estoient placées aux
quatre coins du Mausolée,
vestuës de deüil, la tristesse
peinte sur levisage, & dans
une contenance qui marquoit
leur douleur. Vous eussiez
dit qu'elles pleuroient la
mort d'une Dame, qui ayant
eu part au malheur de leur
sterilité. les avoit de beaucoup
surpassées parla secondité
de ses vertus. Elisabeth
figuroit sa pieté envers Dieu;
Rachel son amour pour son
Epoux; Sara le foin qu'elle
avoit eu de ses domestiques;
Rebecca son inclination à
faire du bien à tout le monde.
Sur le frontispice de la
porte de ce Mauiolée, deux
Squelettes soûtenoient d'une
main une Inscription où on
lisoit ces paroles, Virtutis, ciT*
glorioeTemplum in luctu
; le
Temple de la Vertu& de la
Gloire en deuil,& de l'autre
ils portoient les Ecussons des
Armes des Rois de Sicile &
d'Arragon
,
dont la Maison
deLhopitaldescend.
La Vertu & la Gloire a
voient deux Temples c hez
les Romains quise touchoient
l'un l'autre
, & ils
estoient disposez de" telle
forte, que pour entrer dans
celuy de la Gloire, il falloit
passer par celuy de la Verth;
pour apprendre aux Grands
que la Vertu estla seu le
voye qui conduit à la veritable
Gloire; voye que Madame
deTorcy a toujours luivie.
Quatre Squelettes au naturel
,un genoüil en terre,
occupoient les quatreangles
de l'Estrade
, qui soûtenoit
le Mausolée & porraienten
leurs mains quatre flambeaux
de cire blanche, avec differensEcussons.
Sur le premier
estoit attaché l'Ecusson des
Armes de la Maison de Lhopital-
Vitry, qui estdegueules
au Coq bardy d'argent,creftégr
ongle d'or, l'Ecusson de france
suspendu au col. Sur le lecond,
les Armes de la Maison de
Torcy
,
qui est desableà la
ban de d' or. Sur letroisieme,les
Armes de la Maison de Pot
deRhodes
,
qui est J'azùr à
laface d'or. - Sur le quatrième,
les Armes de la Maison de la
Chastre,qui est degueules, a
sa Croix d'argent ancrée, ~0*
chargée dtfipt vairs d'azur.
Tous les Cierges, au nombre
de plus de deux cens, pofez
depuis les degrez du Mau.
solée jusqu'au haut du Clocher
de la Representation,
estoient chargez des Ecussons
des alliances quont eu
ces quatre Maisons avec les
plus grandes & les plusconfiderables
Famille du Royaume
; comme font celles de
Rieux, de Courtenay ,
de la
Trïmouiîlej de Rohan, Senneterre,
de Melun
,
de Brichanteau
,
d'Estrées ,de la
Ferré-) de Luzignan
,
d'Aumate;-
a"HtimieresJ de Mouchyd'Hoquincourt
,d'Ef.
tampes, de Chabot, de Boufflers,
d'Hermay
,
de Boul in.
villiers,de Gamache
,
d'Eftourmel
,
de Boraucourt,
d'Aucourt, &c. La différence
du Blason de tous ces Ecussons
découpez & peints en
petit, & attachez sans confusionàcette
multitude prodigieuse
de Cierges,suivant
l'ordre que je viens de vous
marquer,& où on lisoit en
un coup d'oeill'Histoire des
Alliances de ces quatre grandes
Maisons, donnoit un certain
éclat de beauté à cette
lugubre décoration, qui surprenoit
d'abord, & faisoit un
effet admirable.
La Representation estoit
au milieu du Mausolée, fous
le Clocher. Elle estoit couverte
d'un Poële de velours
noir, croisé de moire d'are
gent, bordé d'hermines, &
chargé des armes en broderie
dela Maisonde LhapitaJt*
avec une Couronne de Mar.
quise
, couverte d'uncrel pe
àlà teste de larepresentation.
C'estoit à la faveur de tant
de lumieres, qui éclairoient
toute l'Eglise qu'on découvroitau
dessus duclocher du
Mausolée un nuage, d'où
sortoit un Ange, qui portoit
en ses mains le Portrait de
feuë Madame la Marquise de
Torcy en un cadre doré, couronné
de Lauriers & de Palmfs,
Gmbolcs de la droiture
du coeur. G iiJ.
C'est ainsi que les Anciens
immortalisoient leurs Héros
par une fausse superstition,&
lescouronnoient d'unegloire
qui n'estoit deuë qu'à la vertu,
elle seul e ayant le droit d'élever
les grandes ames dans
le Ciel, & de rendre leur nom
immorrel sur la terre. C'est
pourquoy on lisoit au dessus
de ce Portrait dans l'air ces
paroles.Quid morte deletum
lugetis nomen?scriptum est in librovitæ
c'est à dire, Pourquoy
pleurez-vous le nom
d'une Famille que la mort
vient d'éteindre? il est écrit
dans le livre devie.
Comme le dehors de ce
Temple dela Gloire & de la
Vertu,estoit orné d'une corniche
,
d'une frise & d'une
architrave, l'on avoir representé
dans la frise aux quatre
costezlesvertus differentes
de Madame de Torcy,sur
autant, de cartouches, où
estoient des Devises qui répondoient
au. sujet, & qui
marquoient,ou sa pieté envers
Dieu, oufon amour envers
son Epoux, ou ses foins
envers ses Domestiques, ou
enfin sa charité envers les
Pauvres
,
& les Peuples qui
luy appartenoient dans ses
Terres.
Pour sa pieté, un girasol
panché vers le Soleil,avec
ces mots de l'Evangile, qui
faKoienc l'ame de la Devise,
Adorans,&petens, ill'adore,
semble le prier. L'adoration
& la priere font les deux
principaux actes de la Religion.
Jamais Dame de qualité
n'a eu des dispositions
plus favorablesàla pietéque
Madame la Marquise deTorcy.
Dieu luy avoit tourné le
coeur du costé du bien, & elle
k l'a toujours adoré & prié en
,
esprit &envérité.
Un Arc-en-ciel qui renvoyc
au Soleil toutes les
•
beaurez qu'il en reçoit. Soli
honor & gloria, la gloire ôC
l'honneur en sont dûsau Soleil.
Quelque avantage qu'-
eust cette illustre défunte du
costé de la naissance
,
de la
parenté,& de la bonne grâce,
elle a toujours rapporté toutes
choses au premier Princi-
( pe,&renvoyé vers Dieutout
[ l'encens qu'elle recevoit des
! creatures.
Un arbre chargé de fruits,
& renversé par terre, Non
annis,sed fructibus.Cen'est
pas le nombre de ses années,
c'est le poids de ses fruits qui
l'a renver sé. Quoy que Madame
la Marquisede Torcy
foit morte dans la fleur
deson âge, c'estoit un fruit
meur pour l'éternité devant
Dieu, qui compte les bonnes
actions, & non pas le nombre
des années.
Pour son amour, sa foumission
& son attachement
envers MrleMarquis deTor.
cy ,son Epoux.
Un Cadran exposé au So
1 leil, qui suit par ion, ombre
r tous les mouvemcns de ce
bel Astre. Vestigia sequor in
umbra, mon ombre fuit tous
ses ve stiges. Le devoir d'une
Femme vertueuse est d'estre
cachee, pour ainsi dire, à
l'om bre de sa maison
, & là
d'étudier & de suivre les vo.
lontez de sonEpoux,comme
a fait Madame de Torcy.
Deux coeurs posez sur un
Autel,unis ensemble & enflamez
par le feu du Ciel, avec
î ces mots, Ignesacro, un feu
sacré les brûle, pour marquer
la puretéde Ion amour dans
un mariage formé de la main
de Dieu,& dont le merite ôc
la vertu ont toujours entretenu
l'alliance.
Un Aigle qui regarde fixement
le Soleil. Nil sapit ultra.
Rien ne le touche, & n'est
digne de ses regards que luy.
Tout son attachementestoit
d'étudier le merite de son
Epoux, & de cherchera luy
plaire. Les Femmes des premiers
Chrestiens, comme le
dit Tertulien, navoient des
yeux que pour leurs Epoux.
Le foin de sesDomestiques
estoit marqué dans trois ausisS
Devises. Le bon exemple
qu' elle leur donnoit, se
mettant à la testede toutes
les affaires de pieté & de religion
pour les porter à la
vertu, estoit exprimé par un
grand Aiglequi vole dans les
airs suivi de plusieurs Aiglons,
avec ces paroles,Monflratiter,
il montre le chemin.
Sa douceur, par laquelle
sans en venir à des traitemcns
indignes,elle leur faisoit éviter
le mal,& pratiquer le bien,
estoit figurée par une ruche
environnée de mouches à
miel,qui en sortent, &qui
suivent leur Roy. Ces mots
faisoient l'ame de la Devise.
Pro stimulo exemplar. Son
exemple sert d'aiguillon. Le
Roy des Abeilles n'a point
d'aiguillon, il vole, & tout le
fuit.
Le travail des mains, auquel
elle les exerçoit pour
les détourner du mal quïnC
pire l'oisiveté, les obligeant
tous les soirs deluy faire voir
aprés la Priere
,
l'ouvrage qu'-
ils avoient saitdurant le jour,
estoitrepresenté par plusieurs
Versàsoye dansleurs coques,
avecces paroles. Latentes Ubor
illtijtrat. Leur travail les saic
connoistre.
Enfin trois autresDevises
faisoient voir sa charité envers
les Pauvres, & envers
tous ceux qui luy appartenoient
dans lesTerres.
Le Soleil parcourant les
douze maisons du Zodiaque.
Luftrae&fovet. Il y passe,&
il y fait du bien par ses lUlnie.
res- Elle alloit tous les ans
dans les maisons de campagne
, &elle y passoit une partie
de l'année, & c'estoit là
qu'on s'appercevoitdesa presence
par le soulagement des
Pauvres, & par le soinqu'elle
prenoit de faire du bien à
tout le monde.
Un nuage attiré en haut
par le Soleil qui le fait résoudre
en pluye,& tombersur
la terre pour la rendre fertile.
Elevatutprofit. Il l'éleve pour
le rendre utile. Dieu n'eleve
les Grandsformez dumême
limon que les petits, que pour
faire du bien aux Pauvres, &
- les secourir par lesinfluences
de la charité, comme elle a
fait.
Un Arc en Ciel qui se resoud
en pluyes. Definit in Uchrimas
, pour marquer les
larmessinceres qu'ont répandu
les Pauvres à la mort de
leur Mere commune, 6c les
gemissemens qu'ils poussoient
en conduisant [onl
Corps au tombeau.
Toute l'Eglise &le Choeur
estoient tendusde noir
, avec
cette difference que le Choeur
estoit ceint au dehors & au
dedans d'un lé de velours
noir, chargé des Ecussons
en broderie de la Maison de
Lhopital-Vitry ; & tout autour
du Choeur au dessusdes
balustres,on avoit élevé plufleurs
frontons de deux consoles
de bronze couchez sur
du marbre noir, d'où sortoit
une teste de Mort d'argent
couronnée, & au milieu de
deux aisles de Chauve souris
aussi d'argent, qui sont le
simbole de la nuit & de la
mort. Au dessus de la Couronne
de la teste de Mort,
s'élevoit un Coq d'argent en
forme de cimier avec ces
mots d'un costéVigilate,Veillez
; & de l'autre, In cantu
Galli, Au chant du Coq. Le
Coq a toujours representé la
valeur&la vigilance. Aristote
; l'appelle l'Oiseaude Mars, & ditqu'illuy estoitofferten
Sacrifice. Les Dardaniens
voulant faireconnoîtrequ'ils
ne fuyoient pas le Combat, jfirent graver sur leurs Monj
noyes, deux Coqs qui se bactoient
; &nouslisons dans
! l'Histoire que lesanciensGaul'
lois avoient fait peindre un
Coq dans leurs Etendarts
,
&
1 portoient leurs Casques crê- :tci.. pour dire qu'ils combat-
! toient feulement pour l'honneur.
Tel estlecaractere de
| la Maison de Lhopital. Elle
a autours combattu pour la
gloire,& servy nos Rois avec
un attachement & une fidelité
inviolables; mais le Coq
en cette Ceremonie lugubre
figuroit quelque chose de
plus saint
, & representoitla
vigilance chrestiennes,si fou..
vent recommandée par le
Sauveur, qui ditqu'il se faut
tenir prest
,
& qu'il viendra
au chant du Coq. Ainsi cet
avis ne pouvoit estre donné
plus à propos, qu'au milieu
d'une Pompe funebre, où
l'on pleuroit la mort precipitée
d'une Dame, illustre
p~r'~ vertu encore plus que
parsanaissance.
Tous ces frontons qui environnoientle
Choeur, por-
! toient des flambeaux & des
cierges,& l'on avoit disposé
de telle sorte des lumieres ,
qu'on les appercevoitpar les
yeux des celles deMort, ce. qui leur donnoic encore quel-
1 que chose de plus lugubre.
,/' Le grand Autel estoit paré
d'ornemens semblables au
Poesle de la Representation.
Ungrand rideau de velours
f noir croisé de moire blanche
î couvroit tout le Sanctuaire.
Sur l'Autel étoient placez plu-,Õ
lieurs Chandeliers d'argent,
avec des flambeaux de cire
blancheoù étoient attachées
les Armes pleines delaMaison
de Torcy & de Lhopital;
,
& au milieu de ces Chandeliers
estoit élevée une Croix
aussi d'argent. 9i,
Le 9. Février fut le jour
que Mr le Prieur de Chevry
choisit pour cette triste Ceremonie.
Il y avoit invité un
grand nombre d'Ecclesiastiques,
toute la Noblesse dela
Province, & les Officiers de
la Baronnie d'Egreville. Chacun
s'y renditavec d'autant ,
plus d'empressement que la
memoire de cetteillustre Défunte
,
est en une singuliere
veneration dans tout le Pays,
&il s'y trouva une foule pro-
; digieufe de peuple de toutes
j les Paroisses voisines d'Egreville.
Mr l'Abbé deChateaulandon
,
Fils de Mr le Prefij,
cfent dela Grange,allié à la
NlailonJe Lhopitalparcelle
de la Trimoüille-Noirmoustier,
officia à la grande Messe
avec un Prestre Assistant, un
Maistre des Ceremonies,
deux Diacres, deux Sousdiacresé
& quatre Chapiers.
Aprés l'Offertoire, Mr le
Prieur de Chevry,qui estoit
comme l'ame de toute cette
Ceremonie, monta en Chaire,&
prononça l'Oraison funebre.
C'estoit la coûtume chez
les Romains de chanter les
loüanges de ceux dont ils
faisoient les Funerailles; &
- Ciceron ne croit pas pouvoir
marquer plus de mépris &
plus d'aversion pour Clodius,
qu'en difanc que son corps
fut brûlé, sans que personne
le louast & le pleurast: Sine
lamentis, fine laudationibus am-.
bustus
bustus & abjectus. Cette coûtume
devint commune aux
Femmes aussi-bien qu'aux
Hommes;& Plutarque rapporte
dans la Vie de Camillus
, que les Romains touchez
de reconnoissance des
Presens que firent les Dames
de Rome pourestreenvoyez
au Temple de Delphes, ordonnerent
par un Arrest du
Senat, que doresnavant l'on
feroit des Oraisons funebres
pour les Femmes Illustres
, t comme pour les grandsHom»
'mes. Un semblable honneur
ne devoit pas estre oublié à
la mort de Madame la Marquise
de Torcy, elle qui a
employé une partie de ses
biens à l'ornement des Autels
du veritable Dieu
, & à
l'entretien des Temples vivans
du S. Esprit, qui sont les
Pauvres.
Il prit pour texte ces paroles
des Proverbes chap.31.
communes à la verité, mais
qui semblent estre propres
pour Madame deTorcy:
Yitllax gratia 0/ vana est fulchritudo
;
mulier timens Dominumipsa
laudabirur.Illes tourna
de la sorte. La beauté &
la bonnegrace sont des biens fragiles,
il n'y a que lA Femme qui
craint le Seigneurquimerite des
loüanges. Il s'attacha particulierement
à faire voir que
Madame de Torcyavoit toujours
esté grande sans cesser
d'estre vertueuse,&vertueuse
sans cesserd'estre grande,.&
qu'elle avoic appris aux
Grands du monde le secret
d'allier la pietéavec la grandeur
; & aprés avoir marqué
d'abord la difficulté qu'il y
a de se sauver dans le grand
monde, il commença son
Eloge par ces paroles;
*"Grâces auCiel,nous loüons
'ourd'huy une Femme vertueuse,
qui fortifiée par la crainte du
Seigneur, ria rien éprouvé Je-l"
malignité du monde; qui encore
plus grande parsa pieté quepar
sa naissance,n'aeudelagrandeur
que pour lasoumettre; de l'autorité
, quepour en bien user; du
bien, que pour en faire;du credit,
que pour en donner à la verra.
Mulier timens Dominum
ipsa laudabitur.
Il fie ensuite l'histoire de
sa Maison
,
& de toutes ses
alliances; & aprés avoir relevé
la fidelité de Loüis àç
Lhopital
,
Pere des deux Marechaux
de ce nom, qui fut
le premieràrentrer dans son
devoir dans le temps de la
Ligue, par la reduction de
Meaux,&qui servit d'exemple
à toutes les Places du Royaume,
il continua dela forte.
Mais.. Messieurs
,
oublions nos
malheurs paJJcX.• En dust il conter
quelque chose à la gloire de la
Maison de Lhopital, ne parlons
que du bonheurpresent de la
France, Cr lisons, s'ilse peut,
dans l'avenirsagrandeurfuture.
Nous ne presumons pas tropnos
Neveux en feront un jour les
témoins, & en voyant le Trône
affermy par la naissance de trois
Princes, qui promettentàl'Empïie
François une espece d'éter-
M~, qui font les fruits heu.
reux de la plus auguste alliance
quifoit dans lemonde pourrontils
oublier que ce mariage a cfté
le chef d'oeuvre de lasagesse de
François-Marie de I/bopital-
Vitry, quele Roy choisitpouralller
à Munie traiter d'une affaire si
importante? Quel choix! quel
honneur! Vous avez vu le succésdecetteAmbassade,
qui desarma
le Duc de Baviere, & qui
donna une Dauphine à la France.
iPrévojeT^enlesfuites>sivoush
pouvez.
Cefut après l'experience de
cette haute ftgtjJe que le plus
éclairé de tous les Rois,Louis l(
Grand, dont la bouche nesetrompe
jamais. dans ses jugemens,
, pour parler le langage de l'Ecrituresainte,
Divinatioinlabiis
Regis,&dontle choix est toujours
la preuve & la récomperife
du merite, le nomma pour estre
Plenipotentiaire à Nimegue, c'est
à dire pour donner la Paix à toute
l'Europe, &pour soutenir la réputation
du plusgrand Roy du
monde, par un Traité qui fust
honornble à la France. Quelamas
de gloire se presente à vom à la
simple idée que je vous donne de
l'illustreMaisondeLhopital.VitU,
& que ne devons nous pas
attendre d'une Fille qui descend
d'untelPere!
Il entra après cela dans le
détail du bon usage qu'elle
avoit fait de la grandeur de
sa naissance,soit par sa. pieté
envers
-
Dieu, foit par son
amour sincere envers son
Epoux; soit par les soins qu'-
elle avoit pris de ses Domestiques
,
soit par les charitez
qu'elle avoit répanduës dans
le sein des Pauvres; & après
* un dénombrement de tant
d'actions héroïq ues de vertu
qu'elle a pratiquées durant sa
vie, & le récit de sa mort
chrestienne
,
il finit par ces
paroles. C'eeà vous, Grands du monde,
à quijem'adresse en finissant
ce Discours vous qui rend, z aujourd'huy
les tendres maistristes
devoirs de l'amitié&de la reconnoissanceà
cette illustre Dame, à
qui vous apparteniez parlesliens
de la chair & dusang
, & qui
bvezluy ressemblerpar lesliai
sons de la pieté & de la vertu,
Permettez-moy donc de Doits
dire avec S. GregoiredeNazanze
, que la véritable uotltjje
vientde lavertu;qu'en vain la
nature ey la fortune vous ont
élevez, au dessus des autres,si la
Grace ne vous éleve au dessus
de vous-mesmes;qu'en vain vous
commandez aux hommes,sivous
ne comptez vos passions au nom..
brede vos Sujets. Quelavantage
retirerezvous de la gloire devos
Adatfons, representée danstant
d'Ecussons differens qui ornentce
tombeau de la mort,si vos noms
ne font écrits au livre de Vie?
àouvene^-vQiis donc enfin, Cne
l'oubliez jamais
, que si la
grandeur couronne lapieté&luy
donne de l'éclatsur la terre, c'est
la pieté qui donne de léclat à la
grandeur,& qui la couronne
dans leCiel. Ce Discours receut
une approbation universelle.
Comme on se prepare
à le donner au Public,
je ne vous en diray rien da;
vantage.
La Messe estant achevée,
tes quatre Chappiers, après
avoir occupé les quatre coins
de la Representation, entonnerent
le Libera & l'Officiant
assisté de ses Officiers
fit les aspersions, & les encenfemens
,
ainsi qu'il est
marqué dans le Ceremonial.
Tous les Assistans,leClergé,
la Noblesse
,
& les Officiers
de la Baronnie d'Egreville,
allerent chacun en leur rang
jetter de l'Eau- benire; &
après la Ceremonie
,
Mr le
Prieur de Chevry traittatous
ceux qu'il y avoit invitez.
J'ay remarqué que le stile
de Marot a toujours plu dans
les Contes. Ainsi je ne doute
point que vous ne lisiez. ce
qui fuit avec plaisir.
EPISTRE
A MONSIEUR LE DUC
DE VANDOSME. ADame Alix, que point ne
connoisséz,
( Ainji du moins
,
Seigneur,je le
soupçonne,
D'autant qu'estoit peu chaste sa
personne,
Et que d'ailleurs cent ans se sont
page,
Depuis qu'elle est au rang des Tré.
-ptffexj
A Dame Alix, dis-je, vint un
[crapule,
Que quelques genstrouverentridicule
, D'autresaussi le trouverentsensè.
Elle craignit quele Ciel offensé,
Ne la punist du métier de tendresse,
Qnjlle avoit jà plusieurs ans frlfeè;
:Ains bien qu'alors de mille coeurs
maistresse,
Et bien quelleeust encor tous ses
appas,
( Point remarquable, &- qùon ne
trouve pas
Communément) elle renonce au
monde,
Vers laretraiteelle tourne ses pas*
Couvre son sein , coupe sa tresse
blonde,
Manchesd'aller juffu»au bout de
ses doigs
Habisgrossier,,enfin touteUfuite,
,mCTofiï l'attirailque prend souvente- f0"
! Femmo galante, en changeant de
conduite.
Dans cet estatAlixpassa trois mois,
Fuyant le monde, & méprisant sa
voix.
D'impurs desirs son coeurelle netoye,
Et sa vertu chancelante elle étaye
Par jeune austere & macerations.
Mais cest pitié que nos complexions
Leur doux panchant malgré nous
nous entraîne.
A cet écueil
,
quelque soin que l'on
prenne,
Vont se brisernos resolutions.
Alixavoit choisi pour sa retraire,
Vne maison solitaire & secrete,
Où les Hiboux n'auroient voulu
nicher.
Là toutefois amour vint la chercher.
Il votti luy va bourdonnant à l'oreiUe,
Certain récit deses plaisirs paffe^
Et tant parla qu'en son coeur il réveille
Mille desirs non encore effacez
Jk Dame Alix moins close &
moins couverte,
Se déplaisant dans sa loge déserte.
Bilese va promenant dans les bois,,
Rêve souvent, & d'une voix touchante
Chansons d'amour en rêvant elle
chante
Avec plus d'art mêmement qu'autrefois.
Là sur les bords d'une onde gaz^
oîliliante,
Dontseparoit ce sejour écarté,
Alix par fois va mirer sa beaulé.
Elle s'y plaisi
,
S) trouve encor
brillante,
S'y lave braf} jambes, cuisses, puis
tout
Se va frotant de l'unàl'autre bout,
Aime à revoirchezelle toutes cho-
,
ses
Au même estat,rondeur & fermeté,
Lis répandus où toujours ont esié,
Roses où sont dordinoire les roses.
Or bien voudrois sçavoir si sainte
Alix
Pitt parcourir ces roses & ces lis,
De tant d'endroits toucher la beauténue,
Sans tant soit peu se trouver ïawe
émuë
Mais laissons là cette reflexion,
Etrevenons à l'occupation,
Aux petits soins de ncftrs Penitente.
Dans le moment que àelle si contente,
Bile se mire & se laveauruisseau,
Paffe un Chasseur galant & jouvenceau,
[ trace
Qui par malheur ayant perdu la
D' un animal qu'avec ardeur il
chasse,
Vient altérépour boire de cette eauy
Y voit Alix; Alix le voit de mémet
De tous les deux lasurprise estextrême.
Occasion, glissanteoccasion!
Pour résister à la tentation.
Faut-ilqu'en vàin nos coeurs teajours
travaillent ?
Alix voudroit soutenir sa vertu , Mais tout trahitson esprit abbatu.
Elle veut suir, les jambes luy défaillent.
Quand le Chasseurcharmé de ses
appas,
A ses genoux la presse d'un air
tendre,
Desesefforts veut-elle se défendre,
Dans cet instantelle ria plus de
broi.
Si le Galant ores sans retenuë
, Tout au plus loin s'avance & s'insinuë
Alixvoudroit,parses cris l'efrayer-
La voix lui manque, elle ne peut
crier.
Veut-elle enfin essayer de distraire
De ce projet cet Amant téméraire , Par un regardplein dire & de couroux
1. Son regard p, rend une route contraire
, [ doux
Et vousdiriezqu'ellefait les ye»x
Que faire donc? Elleperdpatience
-
( Pour moins aussi patience l'on
perd. )
Etde dépitd'avoirjàtantsouffert
Plus ne lui fait la moindre resistance.
De ce dépitsitropse courouça
LeIuvenceau, je vous enfais le
Jȏe-
Iugezaussi ce qui lors se passa
Depuisqu'Alix, avisée
)
embrassa
Ce beau dépitpoursonplusseur refuge
Car pas ne (sa,) du moins precisément,
Ce qui futfait en cet heureux moment;
Maisjesçay bien en une telle affaire
Ce qu'auroisfait, e- ce qui se dût
faire.
Orsi voulezsçavoir à quel propos
Ie vou4 ay fait un conte si frivole,
Ie vais
,
Seigneur, vousle dire en
deux mots.
Ce conte-cin'estqu'une Parabole,
Dont le dessein rieji rien moins
qu'excellent.
Maisreduisons cette fable à l'his-
IDire:
Je suis Alix, Auriez- vous pu le
croireï
Et vous, Seigneur, vous êtes le
Galant.
Persuadè que pour moyc'étoitcrime
Quem'amuser à composerdes VerJ,
J'avois juréque pour toutl'Univers
N'agencerois desormais une rIme,
Et dans ces lieux, oùjesuis retiré,
ïaurais tenu ce que j'avois juré.
Ma Muse en vainsans cesse dans
ma te/it,
Pour m'exciter, fredonnait quelque
chant
,
I'y resistois
,
& même à mon penchant,
Quand vous venez,par une Epître
honnête,
De monprojet interromprele cours.
le cede enfin
ju,rvoeus m.e rendezpar-
Voila d'Alixjustement Favanture9
Et mainte Alix peut-être tous les
jours,
Non comme ici feinte ¶bolique,
Mais mainte Alixventable
,
historique
En chair,enos, plus belle que n'est
pas
Celle dont j'ay peint îci les apas,
En prodiguant à vos yeux tous ses
chatmes,
Et vous cedant dés qjre vous la
pTeffe
A ses dépens me justifie /lUe'{,
De vous avoir, Seigneur, rendu
les armes.
Quelque violente passion
que la connoissance du vray
merite fasse naître, elle ne
se trouve jamais assez forte
pour n'estre pointaffoiblie
par le mariage. Les plaisirs y
deviennent trop unis pour piquer
long-temps le goust,&
un bien qui nous est deu,
quoyqu'il nous soit toûjours
cher, perd insensiblement
beaucoup de son prix. Ce que
je vais vous conter en est une
preuve. UnCavrlier éperdument
amoureux d'une fort
jolie personne, futassez heu->-
reux pour eitre écouté favorablement
dans la permission
qu'illuy demanda de se declarerà
ses Parens; mais sielle
luy trouva assez de mérité*
pour voir son amour avec
plaisir, il n'eut pas la mesme
facilité à obtenir leur consentement.
La Demoiselle
estoit riche
, & beaucoup de.:
bien joint aux avantagesque
luy donnoit sa beauté, ieur)
faisant voir ce party inégal
aux elperances qu'illuyestoit
permis de former,ils furent
persuadez
persuadezqu'elle n'auroit pas
de peine à trouver une alliance
qui la mettroit dans
un rang plus distingué. En
effet d'importans Rivaux se
presenterent, & le Cavalier
eut à surmonter de puissans
obstacles; mais le coeur de la
Demoiselle, qu'il estoit juste
de consulter
,
s'expliquant
toûjours en sa faveur,il fut
enfin arresté qu'on feroit le
mariage. Comme il estoit
obligé de toutes manieres à
cette aimable personne, sa reconnoissance
auroit encore
augmenté sa passion
,
si elle
XI1eue pas déjàesté dans coup
l'excèsoù elle pouvoit estre
portée.Laqualité de Mary ne
l'empêcha point decontinuer
à estreAmant ,& il eut pour
elle un attachement si tendre,
qu'il paroissoit s'ennuyer
par tout où il ne lavoyoit
pas. C'estoient tous les jours
des foinsnouveaux pourtoutes
les chosesqui pouvoient
luy plaire, & il alloitau de-i
vant de tous sessouhaits,soit
pour luy procurer des plaisirs,
soit pour luy faire des presens
galans, dont elle estoir
d'autant plus charmée, que
rien ne la touchoit tant que
de connoistre qu'il l'aimoit
parfaitement. Cependant il
s'accoûtuma insensiblement
àestre heureux, & goûtant
moins son bonheur par l'habitude,
aprés deux années par.
fées dans ce grand attachement,
il commençaàsedissiper&
àserépandre dans plusieurs
sociétez.L'agrément de
son espritluy donnant accès
par tout, on ne faisoit aucune
partie où l'on ne cherchât à
le faire entrer. Ilen estoitlame
par son humeur enjouée,
comme il l'estoit de la conversation
sur quelque matiere
qu'on la sist rouler;mais
l'amusement qu'il se faifoic
detoutes ces choses,&donc
tous lessoirs il rendoit compreâ
sa Femme, n'avoit rien
qui diminuât les sentimens
de tendressequ'il luy avait
marquez jusque-là.Elleétoit
trop raisonnable pour s'inquietermal-
à- propos, &pour
s'opposer à desplaisirs innocens
, qu'il pouvoit prendre
sans elle. Son amour luyparoissoit
toujours dans la mesme
force; mais la crainte
qu'elle eut que son coeur ne
ilayéchapât avec letemps,
l'engagea à prendre des précautions
pour estre informée
de toutes ses habitudes. Elle
» gagna Con: Valet de chambre,
qui sçavoit de ses laquais en
:
quels lieuxalloit sonMaistre,
lk son rapport se trouvant
conforme à ce qu'elle apprenoie
par luy-mesme, elle vivoi
t en repos. Le Cavalier
s'estant arresté un jour fore
tard dans les Tuileries, se fentit
frappé par une assez belle
voixquil'attira au lieu où il
l'entendoit. Comme la Musique
estoit de son goût , il
l'écouta avec grand plaisir,
& la personne qui avoitchanté
s'estant levée peu de temps
aprés quelle eut finy
,
il ne
put s'empescher de l'aborder.
C'estoit une jeune Demoiselle
qui avoit de la naissance,
mais fort peu debien,& qui
n'estoit pas fâchée de faire
des connoissances, parce
qu'elle vivoit avec une Mere
qui avoit l'art de les rendre
utiles. Elle répondit d'une
maniere fort spirituelle aux
complimens que luy fit le
Cavalier sur sa belle voix: &
la Lune qui estoialors dans
son plein, luy fit remarquer
quec'estoitune brune des
plus agreables. Il ne cac ha
point qu'il sçavoitchanter, &,
ce fut assez pour luy faire donner
par la Mere la permission
qu'illeur deman d a delesaller
voir. Elles consentirent
qu'il les remenât dans son
Carrosse) & il leur rendit dés
le lendemain une visire assez
longue. La Belle luy plut,&
il luy trouva cet espritinsinuant
du monde qui faittoûjours
effet sur lestendres
coeurs. Il la quittaneanmoins
sans en rien craindre : mais
ce qui le devoit porter a se
défier de sa foiblesse
,
quelque
confiance qu'il crût devoiravoir
en luymesme, il
ne taUfa pas de cacher cette
avanture à (a Femme. Il vie;
la Belle encore trois ou quatre
fois avec le mesmemistere,
& sa Femme qui l'apprit
presque aussi tost
,
fut fort
étonnée de le voir continuer
àluy en faire un secret. Elle
commença à l'observer, & il
luy parut qu'il tomboit de
temps en temps dans desrêveries
qui ne luy estoient
point ordinaires. Il les rejet::
toit sur des distractions d'efkprk
qui l'emportoient sans
qu'il y prît garder elle disoit
en riant qu'il devoit
craindre qu'elles ne vinssent
de quelque jolie personne qui
luy eust blessé le coeur; qu'elle
pretendoit y regner toûjours
absolument, & qu'a-
,
prés tant de marques detendresse
receuës de luy ,il seroit
fâcheux que leur union
troublée donnât sujet à de
méchans contes. Peu de jours
aprés, la conversation estant
tombée devant luy sur les
belles voix, elle prononça le
nom de la belle Brune, comme
d'une personne dont on
estimoit la maniere dechanter
,
& le regardant attentivement,
elle demanda s'il ne
l'avoir jamais entenduë. Cette
demande le olit dans quelque
embarras. Il ne voulut
point nier tour à fait qu'il
connustla Demoiselle,se
contenta de direqu'e lle avoit
chantéfort souventle soiraux
Tuileriespendant tout l'Esté,
& qu'illuy trouvoit assez de
methode. Cette attaque de
la Dame
,
jointe aux reproches
qu'elle luy avoit déja
faits sur laréverie, luycausa
beaucoup dinquietude.Illuy
devoit tant qu'il auroit esté
fâché de luy donner sujet de
se plaindre. Cependant il se
sentoit assez attaché à cette
aimable personne
, pour ne
pouvoir renoncer sans peine
au plaisir qu'il le faisoit de luy
rendre quelques soins. La
crainte qu'il eut d'estre remarqué
chez elle par ceux
qui y venoient comme luy,
luy fit chercher à y devenir
assez familier pour estre en
droit de la voir en de certains
temps, où il pouvoit se flater
de la trouver feule. Quelques
presens faits assez liberalement
luy eurent bien-rost acquisce
privilege. Ils e stoient
toujours agréablement receus
: & comme la Belle qui
n'estoit pas bien dans ses affaires
, sembloit en avoir le
coeur touché, la fin de fan.
née estant fort proche, il resolut
de luy envoyer un fort
bel habit pour ses estrennes.
La Belle aimoitextrêmement
la parure, & elle avoic plusieurs
fois consulté sa Mere
en sa presence sur une sorte
d'étoffequ'elle auroit portée
avecplaisir si la dépense ne
luy eust fait peur. C'estoit
en dire plus qu'il ne falloit
au Cavalier
,
qui estant d'un
bon gouR: surtoutes choses,
alla acheter une étoffe des
plus riches. L'envie qu'il eut
de luyenvoyer l'habit tout
fait,fit qu'il employa sonValet
de chambre pour en avoir
un de ceux de la Garderobe
de sa Femme,qui estoitde
lamesme taille que la belle
Brune, &il le fit porter pour
modele avec l'étoffe à unedes
plus habiles Couturieresde
Paris. Le Valet de chambre
qui avertiffoit la Dame de
tout, n'eut pas de peine à
avoir l'habit qu'illuy demanda.
Si-tost qu'illuy eut nommé
la Couturiere dont il devoit
se servir, & quilchoisit
dans un quartier des plus éloignez
, selon l'ordre de son
Maître, elle sesouvint qu'elle
habilloit une de sesmeilleures
Amies. Elle alla prendre
cette Amie dés le lendemain,
& luy ayant découvert
ce quelleavoitresolu defaire,
elles se rendirent chez la Cou.
turiere, fous pretexte de quel.
que mode nouvelle donc ellesvouloientestre
éclaircies.
A peine furent-elles dans sa
chambre, que l'étoffe qu'on
luy avoit apportée le foir précedent
,
les ayant frappées
l'une & l'autre, elles s'écrierent
sur sa beauté,&luydemanderent
pour qui elle faisoit
un habit si magnifique.
Laréponse fut qu'elleavoit
receu l'étoffe parunemanie- !xc de Valet de chambre, &
qu'apparemment l'habit étoit
pour une Dame de Province,
puisqu'on luy en avoit apporté
un tout fait pour se
regler sur la taille. La Dame
ayant tourné les yeux d'un
autre costé
, & apperceu son
habit qu'ellefit reconnoistre
à son Amie, feignit une fort
grandesurprise, & ditquelle
estoit la plus heureuse de toutes
les Femmes. En mesme
temps ellepeignit lq Valet de
chambre, dont laCouturiere
demeura d'accord
, & commença
à dire tout haut que
c'estoit une galanterie deson
Maryquifaisoit toûjoursl'Amant,
& qui avoit ordonné
cet habit pour elle sans l'en
avertir, commeil faisoittous
ks jours en d'autres choses
qu'onluy apportoit quand
elle s'y attendoit le moins.
Son Amie avec qui la Scene
estoit concertée, répondit
que puisqu'elle avoir deviné
sijuste,elle vouloit bien
luyavoüer que son Mary l'avoit
mise du secret
,
& que
voulant luy donner un habit
pour ses estrennes, il avoit
pris son conseil sur le choix
de l'étoffe. La chose estant
vray. sem blable, laCouturiere
ne douta point que tout
ce qu'elle entendoit ne fust
veritable; ce qui luy fit dire
que puisque l'habit dévoit
estre pour la Dame, il seroit
mieux qu'elle le taillât surelle-
mesme que sur le modele
qu'on luy avoit envoyé. Aprés
que cela eut esté fait, on prit
un jour pour le venir essayer
Les Dames ne manquerent
point de venir encore chez
elle à l'heure marquée, &
l'habit fut trouvé bien faità
fort peu dechose prés. Comme
il estoit des plus beaux,
la Dame parut dans un éclac
merveilleux, & dit que puisqu'elle
estoit en ce quartierlà
, elle vouloit l'aller faire
voir à une Dame qui n'en
estoit pas fort éloignée. La
Couturiere y consentir volontiers
s
pour avoir l'avis de
plusieurs personnes
,
& les
deux Dames estant montées
en Carrosse se firent mener
chez le Mary, qui fut fort furprisde
voir sa Femme parée
d'un habit dont il reconnut
aussitost l'étoffe. Elle rcmbrassa,'
en luy faisantde tendres
remercimens de la plus
obligeante galanterie quieu si:
jamais cité faite. Il fit l'ignorant
d'abord, & ne voulut
demeurer d'accord de rieo:
mais après luy avoir dit qu'étant
allée par. hazard chez la'
;,
Couturiere de son Amie elle
y avoit trouvé un de ses habits
qui luy avoit découvert
la chose, elle eut tant d'adresseàluy
faire croire qu'elle
estoit persuadée qu'il fai.
foit faire cet habit pour elle..
afin de la surprendre agréablement
par un presentde
cette nature; que son Amie
ayant parlé cette mesme langue
,
il crut qu'il dévoie se
prévaloir de l'heureuse prévention
où il les trouvoit,
pour se tirer d'un si méchant
pas. Ainsi il feignit qu'on
avoit deviné juste, & saFemme
l'ayant consulté sur les
défauts qu'il pouvoit trouver
en cet habit, l'alla reporter
à la Coûturiere
, pour le recevoir
le lendemain de la
main de son Mary. Cela fut
executé de si bonne grace
qu'il ne parut pas qu'il eusteu
.:' desseinde le faire faire pour
une autre. Sa Femme ne luy
dit rien qui pustluy faire connoistre
qu'elleeustesté avertie
d'aucune chose;maiscela
n'empêcha pas qu'il nefist
refléxion sur les difficultez
qui se trouvent à tenir longtem
ps secret ce qu'on seroit
fâché qui fust fçu. Il devoit
tout à sa Femme, qui par la
beauté &par sa vertu meritoit
son entier attachement,
& se faisant une honte de
s'attirer des reproches de sa
part sur l'intelligence qu'il
avoit avec la belle Brune, il
supposa quelques embarras
d'affaires pour ne la plusvoir
que tres-rarement-
Voicy des Vers qui onc
esté faits pour une grande
Princesse
,
dont le Portrait
avoit esté proposé pour prix à
celuy quiréüssiroit le mieux à
faire unSonnet à sa gloire.
PORTRAIT
de MadamelaPrincesse
-" deConcy.
1ON voit en la memspersonne
Lesdifférentesqualitez
Des plus grandes Divinitez,.
Wnivers charmé s'en étonne
•>
Tous lescoeursen sontenchantez
Iris a de Iuuonlebelairs lasagesse
La TJttifiance, la majestè,
Legrand coeur, la noble fierté 5
Des Grâces la délicatesse;
Des Muses les rares talens
Et de Minerve la science,
L*esprit élevé, l'éloquence ;
De Venus tous lesagrémens*
Elle a sa taille riche (5 belles
Sa bouche» ses roses, seslysSes
beaux yeux ,
son charmant
souris,
Les Amours deses traits épris
LaprirentpourcetteImmortelle:
Mais restant peu dans leur erreur,
Ils dirent,Ilestvrayque nbtrtMere
est telle,
Mais cependant ce riest pas elle.
Venus n'apoint tant de pudeur,
Le Portrait decette Princesse
Du vainqueurdoit estre le prix. Ilestsibeau, d'unsigrandprix
Qu'en lice on voitsur le Perme.ssir
Une troupe de beaux esprits.
Que le Mortel, chèry des Fillesde
Memoire
Qui sera couronné vainqueur,
0.414'4 de pldi/it& d'honneur !
Tour moy, qui n'oseroisprétendre â
la vtchtie
D'Icare
zr ÎCArt avec raison craignant le
juste sort
Je ne faispointun vain effort.
Mais je travaille pour la gloire
,
De paroître au/li. sur les rangs
De tant d'IllustresCombatans.
Vous ne ferez pas fâchée
de voir une Lettre qui a eilé
écrite au sujet de deux Satyres
qui ont esté publiées depuis
qnelques mois contre le
Mariage.
A MONSIEUR.
~ILy a déja que'que temps,
Monsieur, que nous avons
icy deux Satyres nouvelles; l'une
-
contre les Femmes,& l'autre
contre les Maris. Cefont deux
Pieces ingenieuses,qui ont chacune
leur frise, & qui meritent
qu'on les estime.Ilseroit àsouhai
terque les Portraits de l'un &
de l' autre Sexe n'yfussent pas
tirez d'après Nature, --& qu'il
n'y eust pointd'originaux de ces
copies. Jesçaybien qu'ilya des
txprejjtons un peu fortes, & des
idées surprenantes ; mais neanmoins
des gensmariez s'y reconnoissent,
tr'/ nonobstant la manicre
dure des Peintres, & la
quantité des ombres dont leurs
Tableaux sontchargez, l'airde
ressemblancey estsensible. C'efl
un malheur quelemariage, qui
est unesocieté merveilleuse&necessairey
& que lesLoix humaines
& divines autorisent,n'ait
pas toujours une suite conforme
aux beaux jours qui lecommencent,
& quiybrillent. Il n'arrive
que trop, contre la nature de
son institution, que plusieurs personnes
en deviennent pires qu'elles
n'estoient avant lafln/on conjugale.
Outre lesEnfans qui en
viennent, il donne afftk souvent
naissance à divers défauts, &à
de nouvellespassions qui ne paroissoient
pas auparavant, &
qui sont une pojîeritéétrangère
(yillégitime.
Il ejî difficile de décider, de
quel coftf vient lemal,&quiest
la cause de la mauvaise tnteUu
gence &des orages qui s'y élévent.
Chacun aJes raisons, qu'il
fait valoir pour s' en décharger
sur l'autre, (y pour le rendre
responsable de l'antipathie que le
mariage a enfantée, au lieu d'une
amitié honneste&charmantequi
devoit durer jusqu'au tombeau.
Cependant comme le desordre
d'une Republiques'attribué ordinairement
à ceux qui ensont les
,Maiftres, éJ' quilagouvernent,
puis que le Mary estle superieur
dans la Société conjugale, É5re
sembleaussi avoir le plus de part
auxrevolutions facheuses quiy
arrivent, l'accusation & les reproches
du mauvais estat & dd
la contrariété quis'yrencontrent,
le regardent davantage.G'ejf
l'opinion de Tacite, au3.Livre
deses Annales; où l'on agite la
question, Si ceux que le Senat
envoie danslesProvinces,doivent
mener leurs femmes avec eux.
Cecina en fit la proposition avec*
une déclamation vehemente contre
le Sexe;&ValeriusMessala
fatle Contretenant par un Dif,'
coursfortsage &fort beau, &
qui l'emportasurceluy de Cecina.
Ily dit entre autreschoses,Viri
culpa,si femina modum excedit.
Cestileconcis dit beaucoup;
que c'est la faute du Mary, si
la Femme s
émancipe, & qu'elle
viole la regle & les loix que la
vertu &son devoirluyprescrivent.
En effet
,
le Mary doitservir
de bon exemple à sa Femme
, &luy donner des conseils & des
avis assaisonnez de douceur&de
tendresse; &quelquefois,s'il en
tft bifOtn, anitzicz, d'un air de
superiorite. S'ilen use autrement,
qu'ilnegligesa Femme, & qu'il
ait du mépris pour elle; quil ait
unemauvaise conduite&que
ses moeurs & ses passions soient
dans un excès criminel, c'estlàun
air de contagion poursa Femme,
ilse rend coupable desesdéfauts
&deses déreglemens. Les mecs
de la Femme procedent de ceux
duMary.Viriculpa,sifemina
modum excedit.jugez, de
ce
pajjage de Tacite, combien lendroit
où il est enchassédoit estre
beau.Je vous conseille de joindre
à lalecture des Vers de nos deux
Pöetes, celle de la Prose admirablede
cet excellentHistorien,qui
y represente sibien dans l'occasion
qui s'en presente, les carallera
de la Femme & de l'Homme.
C'eflunematiere de lasaosp,,puis
que les deux Satyres l'ont remise
sur le tapu. & qu'ilefthon aujji
d'entendre parler les Ancienssur les
sujets qui approchent de ceux que
les Auteurs du Temps entreprennent
de traiter. Je suis, e-c.
Messire François-Gaston,
Comte deFoix, & de Rabat,
Marquis de Fornéts,Vicomte
de Maffat
,
& de Mauvezin,
Baron de la Roque,Senefchal
de Nebouzan, mourut
le 18. du mois passe dans
son Château de Rabat en
Foix, âgé de soixante & dix
ans. Son corps fûtporté dans
l'Abbaye de Foix, où il est
enterré au Tombeau des anciens
Comtes de Foix ses Ancestres,
avecl'Aumusse,en
qualité de Chanoine honoraire
de cette Abbaye, dont
sa Famille est Fondatrice. Il
estoit fils d'Henry
-
Gaston
Comte de Foix,& de Jeanne
de Pardaillan de Gondrin,
l'un des quatre Barons qui
furent députer pour aller
quérir la sainte Ampoule à
Rheims pour le Sacre du
RoyLoüisXIII. Ce dernier
avoit pour Pere George-Gaston,
Comte deFoix,Chevalier
de l'Ordre du Roy,& pour
Mere Jeanne deDurefort de
Duras. M1leComte'deFoix
qui vient de mourir,avoit
este marié en premières nôces
avec Maried'Aure,de
laquelle il a
Iailfé Roger-
Gallon, Comte de Foix, Seigneur
d'un meritetres-distingué,
qui pour avoircruellement
souffert au Siege de Philifbourg
, a esté frapéd'une
espece de paralisie, sur les
jambes, ce qui l'a mis hors
-
d'état de continuere service
qu'il avoit si heureusement
commencé. Apres ses premiers
exercices, il entrad'abord
dans les Mousquetaires,
& prit ensuite, comme les autres
Seigneurs, une Sous-lieutenance
dans le Regiment du
Roy, où fervanc avec diftinaion,
l'accident dont je viens
de parler luy arriva. Mr le
Comte de Foix son Pere a
laissé encore de ce mesme lit
Jeanne Rose de Foix, mariée
avec Jean-FrançoisdeCastelnauMarquis
de Castelnau &
de la Loubere. La seconde
alliance qïftl prie, fut avec
Claude du Faur de Saint Jory,
de laquelle il n'a eu qu'unefilleappelléecefarinedefoix,
mariée à Mr le Marquisde
Biron. Cette premiere Race
deFancienne & souveraine
Maison de Foix , ne subsiste ati1ourduyl'une directe
& masculine qu'en la personne
de Mrle Comte de Foix,
âgé de vingt-sept ans ,
non
marié. Je ne vous parle point
des premiers Ancestresde Mr
le Comte de Foix, le Public
estassezinstruitde cette grandeMaison.
Divers I-fiftoriensl
ont fait mentiondes grands
emplois& des hautes alliances
de la branche de Mr le
Comtede Foix; & en dernier
lieu lePereBenoist dans
son Histoire desAlbigeois,
où les Curieux pourront voir
les séançes & les prérogatives
doncjoüissent encore Mrs
les Comtes de Foix dans le
pays de cemesmenom.
Vous m'avez mandé qu'on
avoit trouvé dans vostre Province
tous les ouvrages de
Mr de Verduc le Jeune fort
curieux. Ainsijevousenenvoye
un nouveau, dans lequel
on parle de la réflexion
de la refraction de la lumiere
& descouleurs, &aussi des
Images qui se forment sur le
fond de l'oeil. J'ay fait graverune
Planche où vous trouverez
trois figures qui servi-i
ront d'eclaircissement à toutes
ces choses. Vous y jetterez
les yeux, suivant les en..
droits où il fera besoin dela
consulter.
DISCOURS
DELA VEUE. DE tous les organes desfins,
il ny en a point de plus
noble que celuy de la veuë, enforte
que la pluspart de nos actions
en dépendent comme d'un ressort
qui faitagirla machinedu corps,
la disposant par le moyen desautrèsorganes
à s'approcher des chofis
qui luyjont utiles pour s'en
jervir dansses besoins, çy à évitercefies
qui luysont nuisibles.
L'oeil estant l'organe de cesens,
commençons à examinersa ftructure,
pour voir ensuite comment
les rayons qui entrent dedans s'y
disposent pour causer lesentiment
dela veuL
L'oeil estun corps de figure
ronde,composéde membranes, de
nerfs, demuscles, de vaifijeaux,
& de liqueurs extrêmement claires
& transparentes.
La membraneexterne de loeil
enveloppe toutes ses autres parties;
elle est dure & epùjje. Sa
partie anterieure qui couvre la
prunelle est voûtée & transparente.
On la nomme cornée,parcequ'elle
estdure &luisante comme
de la corne.
La membrane intérieurequ'on
nomme la choroïde, est fort "deliéc.
& tissuëdeplusieurs vaisseaux.
Sa superficie interne qui regarde
le fond de toezl estfort noire. La
Prunelle est un petit trourond qui
est dans son milieu, (§? qui paroît
si noir quand on regarde l'oeÍI;
par dehors.
Le nerf o*ptique perce ïctil1
vèrs sonfond, sesextrémi~
tezs*étendant des deux co'te^^
formenten tissu fort fin qu'on
nomme laRetine;
Les humeurs del'oeilsont au
nombre de trois; la premiere est
nommée aqueuse. Elle est liquide
& coulante comme de l'eau, elle
occupe la partie externe de ïoeiL
L eexxppeerrtieenncceeff4a,iaittvvooiriqrquue«'lellleeccaauu--
se à peu présmesme refraction
aux rayons de lumiere que l'cali
commune.
La deuxiéme est l'humeur cristalline
,ainsi appellée à cause
quelle est claire, transparente &'
un peu dure comme du enflai.
Elle est un peu platte pardevant,
& plus voûtée par derritre-;
semblable en cela à ,eA/tJerres de
Lunette, qui disposent tous les,
rayonsqu'ilsreçoivent d'un mf•
me point de l'objet, à s*allerunir
contre quelqu'autre point. Elle
causeàpeuprésmesme refraction
que le verre, ou le enflai.
Ily a encore de petits fila,
mens noirsquifermentuneespece
de couronne, qui sert à embrasser
tout alentour le criftahia.Cesfi,
lamens viennent de la "rOIde.
Monsieur Descartes pretend
que ce sont autant de petits ten-r
dons, par le moyen desquels le
cristallin devenant tantost plus
plat £<rtantofiptus voûté ,selon
l'intention qu'on a de regarder
des objets proches ou éloig,nc':{"
change un peu toute lafigure du
corps de l'oeil. Il est certain que
l'oeil change de figure & devient
un peu plus long, quand les ob.
jets qu'il regarde font fort procher,
& plusplatlorsquilssont
un peu plus é'oigne%• car l'experience
fait voir que si lorsque
quelqu'unregarde fixement un
objet un peu éloigné, on presente
unlivre devant ses yeux, il n'y
pourravoir distinctementaucune
lettre, jusqu'à ce que leur figure
soit un peu changée.Mais on ne
[fait pas encore bien quellesfont
les parties quiservent à ce changements
neantmoins ily a beau,
coup d'apparence que les deux
muscles obliques y contribuent,
ePnefme qu'ilsy ont lameilleure
part, comme la remarque l ingenieMrRobault.
Je neparleray point desmujcles
de l'oeil
, ny de plusieurs autres
particularitez dont les livres
des Anatomistes font remplis
,
à cause que ne servant
point au (uja que je traite
,
elles
ne feroient qu'embarasser vostre
esprit, & divertir vcjlreattention.
Cependant il ne faut pas
que j'oublie à vous dire que. ce
trout qu'on nomme la prunelle,
n'estpastoujours de mesme grandeur,
maisqu'ildevienttantôtplus
grand, tantost plus petit
,
félon
qu'on regarde des objets plus on
moins eclairez; par exemple,
qu'il est fort petit quand on re.
garde le Soleil,ou la flâme d'une
chandelle
, & que tout au contraire
il est le plus grand qu'il
puisse estre lorsqu'on est dans un
lieufort obscur où il n'entre que
peu ou point de lumière. Remarque:{
encore qu'estant au mesme
jour (y regardant le mesme objet,
si on tâche d'en distinguer les
moindres parties,la prunelle fera
plus petite quesi on le considere
tout entier & sans attention.
Apres vous avoir expliqué a
structure de l'oeil, & les changemens
qui luy arrivent à l'occafion
de la distance d s objets
,
£7*
de la force de la lumiere, il faut
queje vous parlepresentement de
laréflexion & de la refraction
de la lumiere (si de la nature des
couleurs, afin que vous puissieZ
mieux entendre comment se fait
la vision.
DE LA REFLE'XION. pAr la rélfexionen general,
on entend le détour qui arrive
à uncorps qui ensemouvans
en rencontre un autre en son chemindur&
impenetrable, à l'occasion
duquelilest obligé de retourner
surses pas, sans s'arrester
quelque moment au pointderéflexion
, comme le veulent plusieurs
Philosophes.
Pour éclaircir la difficulté qui
pourroit estre en cecy
,
fervonsnous
d'unexemplefortsensible&
dont tout le monde convienne.
Supposons par exemple,selonla
premiere Figure, que la bale A
estant poussée d'A vers B
, rencontre
au point B la surface du
corps durCBE, qui f'emp¿/;"hant
de pojJcr outre, est causequ'ellese
détourne vers jF faisant l'angle
de
de réflexionFBG, égalàceluy
d'incidence ABD.
Si au lieu dela bale, noussupposons
un rayon de lumiere qui
vienne tomber au point B, ilse
réfléchira vers F
, & fera par
consequent l'angle de réflexion
FBG égal à celuy d'incidence
Mais afin quevous ne pensiez
pas quellesifasse autrement-,I-è
veux en mettre if) la demonstration;
car par la pesanteur,
la grosseur & la figure de cette
haie
,
il n'y faut avoir aucun
égard,àcausequeceschoses estant
des empêchemens exterieurs, il
esttoujours fort facile de les
ôter par la pensée, dusujetoù l'on
considerecemouvementenmesme
façon que dans les Mécaniques,
quand on parle de cordes cm de
poulies, l'onconnoist seulement
des lignes & des cetcles quisont
trtJ'Versi'{ d'un aissieu,auquelon
n'attribuépointde grosseur. Ainsi
l'on fait abstraction dela pesanteur,
de la g,rojJtur,& de lafigure
des cordes.
Premierement
, je remarque
que la détermination de la balle
d)A vers3efl composée de deux
autres, dd'rlt l'une la fait descendrede
haut enbas, cefi àdire,
d'AFvers CE, & l'autre en
mefmctemps la fait aller de la
ligneAD,qui està gauche, vers
la droite F G, enforte que ces
deuv jointes tnfimkle, la font
aller dans la ligne A B.
Secondement, ilest évident que
le corps dur quelle rencontre en soncbeinin quioccupe tout
l'espacequi est au dessous
,
emtè.
chenecessairement la détermina.
tion qui la [aifoit descendre de
haut en bas
,
c'est à dire d'AF
vers C E ,sans empêcher l'autre,
à cauje qu'il ne luy ejî point opposé
en cesens là.
Troisiémement&endernier lieu,
pour vous fairevoir le point où
cette balle doit aller, je décris un
cercle du centre B, qui passe par
le point A, & ensuiteje tire les
trois lignes A D,HB,& F G,
&je dis qu'en autant de temps
qu'elle a mis àvenir dupointAau
pointB, elledoit de ce mémepoint
13 retourner àquelquepointde la
circonference du cercle AED,
à cause que tous ceux qui s'y trouvent
font éloignez, de B3 autant
quAl'est du mesme point D.
Adaïs pour déterminer au juste le
point où elle doit arriver, je dis
qu'enautant detemps que la bale
a mis à venir du point A de la
ligne AD ,jusqu'au point B de
la ligne HB, elle doit du mesme
point B,retourneràquelque point
de la ligne F G ,car tous ceux de
cette lignesont autant éloignez
encesens là l'un comme l'autre,
& autant que ceux de la ligne
ADJenforte qu'elle est autant
déterminée à s'avancer vers ce
costé-làqu'elleaesté auparavant,
carilfautsupposer que savitesse
est toujours la Y/lefme. Or il est
manifestequ'elle ne sçauroit aller
en mesme tems à quelque point de
la ligne F G,& aussi à quelque
point de la circonference du cercle
AFDJsi ee n'est au point D,
ou au point F,àcause qu'il n'y
a que ces deux là oùla droite FD,
& la circulaireFED sentitcoupent;
de forte que le corps dur
CEE l'empêchant de passer
vers D
,
il faut conclure qu'elle
doit aller infailliblement njers F.
Vous vgcK bien presentement
comment se fait la reflexion
,
à
sçavoir sélon un angle toujours
égalàceluyd'incidence.
DELAREFRACTION. LA refraction est le détour
qui arrive à un corps qui
se meut d'unmilieu dans un Autrc)
par lequel il paJJe plus ou moins
facilement que par celuy d oii il
fort; (7afin que "vousriajt
depeine à la comprendre) je me
îerluira!Y encore du mesme exemple.
Supposons donc sélon la feco-,de
figureyqu'une baie soit pouséedu
point Avers le point Bde Id,sùperfice
de l'eau C BE, qui luy
resiste3 si vous voulez, cieux
sous plus que l'air d'où elle fort,
eUe n'ira pas vers D, on est sa
tendance, mats vers 1, en s' ,'aignant
de la perpendiculaire //G,
qui est une lignequ'on imagine
tomber à plombsur l'endroit du
corps oùse fait la refraction.
Supposons prefentemeut que la
bale qui cft venue du pointé vers
le point l, foit repousée par
quelque force que ce puisseestre
de cemesme pointI vers le point
B, elle n'irapu enfartantdel'eau
vers El) oùelle tend àaller,mais
vers A, en s'approchant de la
perpendiculaire HG.
L'experience s'accordeparfaitement
bien avec nostre raisonnement;
car elle nous fait voirquen
tirant un coup de pistolet à un
poisson qui estdans l'eau
,
la baie
ne manque jamais de passer au
dessus, lors qu'on tire le coup dans
une ligne quisemble,efiantcontinuée)
aller rencontrerle poisson,
&elle montre que pour le fraper,
il faut tirer le coup, non pat au
heu où on levoit, maisau deilotiS
beaucoup plus bas.Ainsi nous
supposonsunpoisson vers P,par
exemple, le rayon de lumière qui
nous lefera voirfera H B, ce qui
donnera occasiondel'imagineren
I, deforte quesi l'on tire dans la
ligne H B
,
la bale ira au dessus
du poisson sans l'adresser, mais
si l'onveut ne lepat manquer ,
il
faut tirer entreles lignes AB,
HB.
le pourrois vous apporter d'autrès
exemples,mais comme celuy-
9 est fort sensible, & qu'il fait
'voir le détour que la resistance
d'un milieu apporte au mouvement
d'un corps, jeneveux plus
qu'en mettre icy la démonstration.
Du centre B, & de l'ouverturc
A B,jedécris lecercle A I G,
tT je tire à angles droits sur la
surface C BE. , les trois lignes
AC,HB F E suivant la diftance
qui l'si entre les lignes FE,
CIH B
,
double de celle qui est
entre les lignes H B Cm A C, par
ou je démontre que la baie doit
alleraupointI. Carpuisque la
détermination efl composéede
deux parties, dont l'une la fait
tendre en bas, Cm l'autrevers la
maindroite, & que celle qui la
fait tendre en bas peut estrechan.
gée en quelque maniéré par la rencontre
de l'eau
3
sans que l'autre
qui la fait tendre vers la droite
le puisse être,à cause que ïeau ne
s'y oppose point. il est évident
qu'en passant au travers de l'eau
C B E , qui luy ôte la moitié de
savitesse,elle doit mettre deuxsoir
Autanrde temps àpasserau dissous
de l'eau, depuis le point R, jusqu'à
quelque point de la circonférence
A I G, quelle en amis au dessus
à venir du point A au point B ;-
car puis quesa déterminationvers
le costé droit esttoujours la mesme,
c- qu'elle met deux fois autant
de temps à passer au dessous de
l'eau depuis la ligne H B jusqu'à
la ligne FE, qu'elle en amis
avenir du point A au point B,
elle doit faire deux fois autant
de chemin vers le mesme costé,
&ainsi arriverà quelque point
de la ligne droite F D , &
aujjt en mesme temps à quelque
point de la ligne circulaire HI,
c'est à dire au point I, à cause
quec'est leseul au dessous de l'eau
CBE,où le cercle AIG, &
la ligne droite F D lrntrtcou.
pent.
Des Règles qui regardent la
refraction des rayons
delumiere. QVand unrayon de lumiere
Pajle de l'Air dans l'eau,
il le rompt en s'approchant de a
perpendiculaire. Quand unrayon
de lumiere passedel'eaudansl'air,
ilse rompt en s'éloignant de la
perpendiculaire.
Si nous supposons, selon Ils
troisiéme figure, que le rayon de
lumiere K B, tombe au point B
sur la surface de l'eau CBE,il
ira vers P, en se rompant pour
s'approcher de la perpendiculaire
HG, & (t nous supposons que
ce mesme rayon PB, passe dans
l'air, ilse rompra pour aller vers
K,enséloignant de laperpendiculaire
H B.
De la Nature de la Lumiere
& des Couleurs. LA lumiere dans lescorps
lumineux est l'effort que
fait chacune des petites parties
qui les composent, pour pousser à
a ronde les partiesd'unematiere
subtile qui remplit les pores des
corps transparens. Imagineznjom
ces parties toutes rondes
comme de petites boules, & pensez
qu'ellessont appuyées les unes
sur les autres,commesi elles ne
faisoient qu'un seul corps, enforte
qu'on n'ensçauroitpousser
aucune, que les autres qui la
suivent en mesmeligne ne le
soientaussi en mesme temps, de
mesme qu'en poussant l'un des
-b$his d'un bâton, on pousse l'autre
enmesme temps. Par exemple,
la lumiere du Soleil n'efl autre
chose que l'effort que font ces
petites boules qui touchent celuy
de ses côtez qui nous regarde
pour s'en éloignersuivant des lignes
droites; ce qu'elles nefçaw
roientfaire sans ébranler en même
temps les petitsfilets quisont
au fond de nos yeux ,
lorsqu'ils
sont ouverts.Ainsi la lumiere
dans les corps lumineux n'est pas
tant le mouvement de leurs parties
, comme l'action ou l'effort
quelles font pour pouffer ces boules
, e on doit prendre les
lignessuivantlesquelles tend cette
action, pour les rayons de la
lumiere,
DES COULEURS. LA couleur est la lumiere
modifiée qui réflechit de la
superficie des corps qu'on nomme
colorez. Mais pour entendre cecy
, remarquez que les petites
boules que le Soleil ou les autres
corps lumineux poussentseulement
en ligne droite contre les corps
colorez,reviennent en tournoyant,
à cause que ces corps ont leur superficie
tellement disposée que les
petites boules qui tombent dessusperdentune
partiede leurmouvement
en ligne droite (si en
acquierent au lieu un circulaire
qui-peutavoirdiverses proportions
avec ce qu'elles retiennent
du droit, selon que lasuperficie
du corpsqu'elles rencontrent est
diversementdisposée.
,
Les corps rougesfont tourner
ces petites parties beaucoup plus
vîtequ'elles n'avancent en ligne
droite. Les jaunes ne les font
tourner qu'un peu plus vite ; &
les bleus lesfont tournoyer beaucoup
moins vite qu'elles ne vont
en ligne droite. Enfin les corps
verds les font piroüetter presque
aussivite qu'elles vont en ligne
droite.
DES CORPSBLANCS. LEs corps blancs n'apportent
tpairn d'autre (bauxement
1- aux rayons de lumiere, lInon
qu'ils lesfont reflechir vers plusieurs
cÔtCK àussi bien que Les
autrescorps colorez ,sans toutefoisy
apporter un changement fimblablt.
Leursuperficie est âpre, inégale
& raboteuse; C.11 seuuc
au dessu un nombrepresquinfini
depentes éminences si proches les
unes des autres, que les petites
boules qui tombent dessus ,.ne
pouvant pas se glisser dans leurs
intervalles ,sont contraintes de rejaillir
& de s'éparpiller de tous
côteZ: de forte que les corps les
plus blancs sont ceux qui ont un
plus grand nombre de ces petites
superficies
, CI' qui les ont avec
cela disposées de la maniere la plus
propre quisepuisse
,
pourfaire
réfléchir beaucoupde lumierevers
plusieurs differens cite^j
DES CORPS NOIRS. LEs corps noirs font ceux
qui amortissent les rayons
delumière.Ily a deel'apparence
jue leur superficie est fort interrompue
, & remplie ou tijjue de
ÎHlleettss fort ddéélileize,z, qquuiiaammoorrttiesseenntt
es rayons de lumiere.
Si vous me dites qu'il y a
les corps noirsquiAmortissent les
-a.Jons de lumiere,ily a de Vap-
7arence que leursuperficie est fort
nterrompui
, & remplie ou tisruede
filets fort déliez, qui amorijfent
les rayons de lumiere.
Si vous me dites qu'ily a des
;orps noirs quisonttres durs, &
lont lA superficie ne paroît pas
lire fort irJterrompuë, comme
bar exemple le marbre noir, &
qu'ainjt ce que je viens de dire
touchant la nature des corps noirs
nesemblepas vraisemblable
;
à
cela je vous réponds quele marbre
noirpeut estrecomposéde deux
fortes de parties dont les unes
soient grosses
,
fohdis &si bien
jointes entrellesqu'ilsoit besoin
d'une grande force pour les separer
,
cir les autres molles & déliées
comme de l'herbe
, & ce
font celles cy que je compare à de
l herbequiamortissentles rayons
de lumiere.
Des Images qui se forment.
sur le fond de l'oeil. 0N ne peut douter que les
objets que nous regardons
n'impriment leurs images sur la
Retine,silon considere qu'en fermant
toutes les fenêtres d'une
chambre
,
ensorte qu'il ny puiffi
entrer aucune lumiere que celle
qui peut passerpar un trou qu'on
fait à un des volets, & qu'ensuiteétendant
derriere ce trou, à
certaine distance un linge blanc,
la lumiere qui vient des objets de
dehors y forme des images qui
leur ressemblent.
Je ne m'arrête pas icy à vous
parler detoutes lesparticularitez
qu'onyremarque. à cause que
l'experience estant facileàfaire,
chacun peut s'en instruire ; mais
je trouve qu'il rft à propos de
vous dire en peu de mots comment
seforme cette peinture,&
pour cela souvenez-vous de ce
que je vous ay tantost dit de la
nature de la réflexion & de la
refraction de la lumiere & des
couleurs; car vous comprendrez
aisément comment les rayons qui
partent d'un objet, pourrontformer
sur la Retine une image qui
luy ressemble.
Supposons
Supposons donc qu'unoeil regarde
un objet rougequifoitrond,
comme une pomme, les rayons
qui réfléchiront de cet objet pour
entra dans loeilJpa.Deront par le
trou de la prunelle, &se rompront
dans l'humeur aqueuse, en
s'approchant de la perpendiculaire
, mais la refraction qui s'en
fera dans le cristallin fera bien
plusforte; rd en sortantde cette
humeur ils se rompront encore en
s'éloignant un peuplusdela perpendiculaire
qu'ilsn'en étoient loin
avant que d'en sortir,ensorte que
tous ceux qui seront venus d'un
mêmepointde/'objetferontdfropï£
ks*unïrsur la Retine,oùse
trouvant tôusdeofezen riïefme
façon qu'ilslesontsur l'objetd où
ils viennent ils formeront Une
peinturequi luy sera entreremtnt
semblable. Tôtite la differtnce
'fyuilyaura,c'cflqUe l'imagefera
dans uneposition toute Contraire
à celledelobjet,£avec cela extremement
petite,àpeuprès tom",
me dans un Tableau de Perfpe*
étive, enforte que le cosségauche
de l'Imagefera le droitdelobjer,
&le costé droit de l'Image representera
le cosségauchede l'objet.
Vous voje% bien prefentiment
comment les objetsimprimentlèurs
imagessur la retine,&comment
ils peuventfaire sentir à l'ame
qui est dans lecerveau, toutes leurs
diverses qualitez
;
carsi lesrayons
;
qui s'unissentsurles.filets.du nerf
optiqueviennentd'un objetrouge,
parexemple, ilest certainqu'ils
remueront Autrement ces filets
que sils venoient d'un objet qui
fustbleu ;1& si lesobjetsfont plus
ou moins proches de l'oeilunefois
que. l'autre
,
ils luy feront changer
quelque peu de figure,enforte
que ce mouvement en excitera un
Autre dans le cerveau, qui donnera
occasion à nostre ame d'appercevoir
leurdistance.
De l'usage des Muscles
de l'oeil. LEs Muscles del'oeilservent
r"le tourner detous coflez
fort promptement, l'Appliquant
successivement aux différentes
parties des objets, tantost aux j
unes,tantost aux autressuivant 1
l'idée qite nous avons de la directe
situation de leurs parties, & la
volonté de les considerer toutes les
unes aprés les autres; car ilfaut
que vousremarquiez que detous
les points qui forment l'image d'Un
ûfyet} & qui répondent chacuni
àchacun de ceux de cet objet, il
n'y a que celuyvers lequell'oeil ejl
tourné que l'ame puisse voir distinélernent)
& que pour les autres
qui font à sescostez,elle les
voitfort confusément,&même
d'autant plus confusement qu'ils
en sontplus éUigne^.
1
j;. Jeme Contentay le mois
,pasTe de vous apprendre la
Jmort de Sultan Achmet, 6c
ne vous dis rien de ion Successeur,
qui estFils deSlllraR
MahometIV. Il se nomme
Mustapha, qui en Langue
TurquesignificElû, ce que
tous les Turcs ont prisà bon
augure, croyant que ce Prince
estdessiné pour rétablir
l'EmpireOthoman dans son
premier éclat. Il a environ
trente-trois ans. Il est bien
fait & de belle taille;il ala
mine haute, & beaucoup de
regularité dans les traits, le
visage un peurond, les yeux
grands, noirs & vifs, le nez
assez aquilin, la bouche belle,
& leteint blanc &uny. Il
aime la Chasse avec passion.
Les ordres qu'il donna aussitost
qu'il futmonté sur le
Trône,firent connoistre qu'il
avoit desseinde continuer I3
guerre avec vigueur. Aussi
seroit-il honteuxt> à un Prince
de son âge, de commencer
son regne par une Paix quine
pourroit estre que delavaiitageufe
aux Othomans, &:
quand mesme son panchant
auroitesté de finirla guerre,
il n'auroic osé le faire connoistre,
puis que, tous les Sultans
promettentaucommencement
de leur regne,qu'ils
travailleront à l'agrandissement
des bornes de l'Empire.
Il a conserve non seulement
le Grand Visir dans
cette haute dignité, mais en-'
core tous les Ministres, &
tous ceux qui avoient de
l'émploy sous le defunt Grand
Seigneur, & tient pour cer- j
tain que les mauvais succés 1
qui font arrivez àcet Empire
depuis la levée du Siege de
Vienne, ne doivent estre imputez
qu'au changement
trop continuel de Ministres,
& deChefs, dont la pluspart
ont pery par les ordres trop
severes des derniers Sul tans.
On apprend de Charlevile,
que Sa Majesté a gratifié plusieurs
Officiers, Lieurenans,
Cornettes, Maréchaux des
Logis, & autres Soldats du
Regiment desHussarts qui y
font en quartier d'hiver, &
qui estant convaincus de la
verité de nostreReligion par
le foin & le zele du PereVictorin
de Mouzon, Predicateur
Capucin, ont fait abjuration
publique entre ses
mains, tant de la Religion
Lutherienne que delaCalvinienne,
dans l'Eglise des Capucins.
CesHussarts sont bien
heureux d'estre entrez dans
le service de France,puis qu'il
les amis dans la voye de faire
leur salut. Les Capucins font
paroistretant dezele en toutes
fortes d'occasions pour la
conversion des Pecheurs,
qu'il ne faut pas s'étonner s'ils
ont embrassé celle-cy avec
ardeur.
La Lettre qui suit estoit
attendue,& je fuis persuadé
quevous la lirez avec plaisir.
RESPONSE
D'un Cartesien à la Lettre
d'unPeripateticien, inserie
dans leMercure de
Février1 695.
MONSIEUR.
je suis fort surpris qu'aprés
avoir lû laPhilosophie de Mr
Descartes, & sans doute les
Ovres des plus beaux Genies
de ce siecle qui l'ont comi-
nentevous n'ayez pas trouvé
laresolution du doute que
vous proposez, si l'ame feule
eH capable des sentimens de
douleur, de plaisir, de joye,
aristesse,&c.Donc nostrediuin
Redempteur n'a rien sou ffert
pendant tout le cours
de sa Passion
; bonne consequence
,comme siJ. C. avoit
cette d'avoir une ame qui
fust trille jusqu'à la mort,
comme il le dit luy-mesme;
tristesse qui n'avoit point
d'autre cause que la douleur
dont son ame estoit frapée à
la veuë des peines qu'il devoir
endurer; car si la douleur
* étoit feulement dans le corps,
d'où vient que le corps n'avoit
pas la tristesse aussï bien
que la douleur? Ne font ce
pas deux qualirez sensibles
qui peuvent également affecter
le corps 1 D'ailleurs la
tristesse est une fuite necessaire
de la douleur.Comment
voulez-vous donc que l'ame
foit triste tandis qu'elle ne
souffre rien? ou bien comment
voulez
- vous que le
corps souffre sansestretriste,
& quelle raison avez-vous
:. de luy refuser latristesse,aprés
quevous luy avez donné la
douleur? Comment voulezvous
donc que l'ame soit triste
tandis qu'elle nesouffre rien,
ou bien comment voulezvous
que le corps souffre sans
estre triste, & quelle raison
avez-vous de luy refuser la
tristesse aprés que vous luy
avez donne la douleur? Mais,
me dites-vous, l'ame fainre
du Sauveur joüissoit de lavision
beatifique
,
son bonheur
n'a pu estre troublé par
les plus rudes tourmens, &
par consequent la douleur
n'a pu penetrer jusques à
l'ame; argument qui prouve
trop, puisque non-seulement
; il prouve que l'aine de J. C.
a esté incapable de la douleur
causée par les peines,mais
mesme qu'elle n'a point participé
aux souffrances de son
corps, & qu'ainsi le sacrifice
du Sauveur a esté un sacrifice
purement matériel
,
dont son
f ame n'a point dû s'attrister,
quoique dile celuy dont le
témoignage estveritable;car
dites-moy
,
je vous prie
,
l'ai
me pouvoit - elle s'affliger
s d'une douleur qu'elle ne ressentoit
point, & dont ellen'avoit
pasfeulement la moindre
perception ? Mais ce n'est
pas à quoy je veux m'arrester,
je suis dans laresolution d'accorder
le sentiment des Peres
que vous apportez avec
le sentiment de Mr Descartes
que je soûtiens& pour
le faire avec succés
, remarquez
en passant que l'ame
sainte de J. C. avoit deux
rapports, l'un au Verbe divin
avec lequel elle estoit
unie hypostatiquement, l'autre
à son corps avec lequel
elle estoit unie naturellement
: deux differens rapports
qui estoient la cause de
plusieurs sentimens contraires
donc elleestoit frappée.
: Par rapport au Verbe, elle ne
ressentoit que du plaisir;par
rapport à son corps,elle resfentoititantost
du plaisir
tantost de la douleur,confor-,
mément aux differens mouvemens
dont il estoit ébran.
lé. Or voicy ce que je tire de
ce princi pe. Lame de J. C.
estoit frappée de douleur
pendant que son corps fouf-
1froit-, elle devoit s'appercevoir
de ce qui s'y passoit, &
elle ne pouvoit s'en apperce-
,
voir que parunsentiment de
douleur,en fortequecesentiment
n'estoit pas capable de
troubler son bonheur,à moins
que ce Dieu qui avoit en sa
puissance de mettre son ame
ou de la retirer sélonsavolonté,
ne lYuftdétournée pendant
quelque moment de la
veuë de la gloire;&,c'elcf
peutestre ce qu'il fit au jardindesO'ives
,lorsqu'ilvou*
lut nous faire remarquer l'a',;
mertume oùson ame estoir
plongée, par le peu de courage
qu'il sit paroître.-- Inferez
delà que les Peres difenr
vray,mais que lavérité de leur
l, doctrine nest pointçomrai*
1 re à la verité de la doctrinet
Cartesienne, parçe que la ve^
rité ne combat jamais ta vé- rité.L'ame fainte de nostro
Redempteur ne fut point
troubléepar les tourmens de
sa Passion,je l'avQU.ë> donc
elle ne fut point frappée de
douleur, c'est ce que je n'a,
vouë pas. Les sentimens dont
ielle cltoit; troublée à l'occai
sion de son corps estoient
assez. forts pour la frapper,
mais ils navoienc pas afiez
de force pour l'occuper,
parce qu'à l'occasion de*'
ion union avec le Verbe;
elle estoit touchée de sentimens
incomparablementplus
forts,& plus vifs, & par consequens
incomparablement
plus capables de l'occuper.
De là vient que J C. ne se
trouble point; de la vient
qu'il souffre avec autant
de fermeté& de confiance
que s'il ne souffroir pas; fermeté
& confiance, qui ne
pouvoit se trouver que dans
une ame occupée de quelque
chose de plus fort; ce
qui se confirme par l'expcrience
journalière où nous
voyons que nostreame estanc
frappée de quelques tentations
fortes & vehementes
,
ne s'apperçoit presque point
des autres moins vives &
moins vehementes. Voila,
Monsieur;sije ne me trompe
,
la resolution de vostre
doute. Voilaenmesme temps
la maniéré dont on se sert
pour expliquer commentJ.C.
estoit tout ensembleViateur
& Comprehenfeur. J'aurois
encore plusieurs belles choses
à vous dire, mais j'espere de
vous les déduire dans les autres
difficultez que vous pourriezme
proposer
,
cela me
filfEc- pour le prefenr. Je fuis,
&c.
Je reçois presentement une
autre Dissertation
,
& beaucoupplus
ample, sur cette
mesme matiere. Jela reserve
pour le mois prochain.
L'estime que Loüis XI. &
trois autres Rois ses Successeurs
ont fait paroistre pour
Saint François de Paule,ayant
rendu savieremarquable par
plusieurs evenemens aussi
furprenans que singuliers, les
Panegyriques de ce Sainte
ont toujours estejfuivis dcrc^
cherchez. C'estce quim'o-
1: blige à entrer dans le détail
de celuy qui fut prononcé le
Lundy II de ce moisàPoitiers,
jour de sa Feste, dans
l'Eglise des Minimes, par le
Pere Simon de. la Vierge,
Prieur des Carmes. Ce Discours
receut de grands applaudissemens
,& l'Eloge du
Royqu'y mefla ce Pere fut*
! écouté avecbeaucoup de
plaisir.Il prit pour texte ces-
1 paroles du Livre des Aéres).,
* In!.-véni,- njïrum Jecundàm for'
; meum. Apres un exorde où le
f coeur avoit autant de partr
que lefpritjil diftingu4 trois
coeurs; le coeur de Dieu
,
le
coeur des Rois, & le coeur
des Peuples,& dit que Saint
François de Paule avoic esté
un homme félon le coeur de
Dieu par la purete défi conduite;
félon le coeur desRoiSy
par la droiture de ses confeiisy
félon lecoeurdes Peuples, par
Fécendue de(on pouvoir. Le
premier point commença par
ces paroles.Deuxchofesdanstua
penséefont difficilesktrouver dans
lemonde; un Dieufélonle coeurde
l'homme,C un homme félon le
coeur de Dieu. La difficulté de
trouver
trouver unDieuselon le coeurde
l'homme,a,multiplié les Idoles,
difficultédetrouverunhommeselon
le coeur de Dieu a multipliélesSaints.
Les vertus naissantes
du Saint parurent avec
beaucoup d'éloquence,& l'on
n'eut rien à souhaiter à ce
Tableau delaVie toute quadragesimaleque
S. François
s'imposaparvoeu#.&qu'il a laisfée
à fesEnfans.Les fruits les
plus communs, dit-il, pourroient
fuffirc à nostre nourriture, mais devenus
pecheurs) noussommes defvenusvoraces
3
noussommes depenusfanzuinaires.
Ilfautpour
NOUS nourrir répandre du sang,
malgré l'horreur naturellequu
nous cause,&tous les rafinemens
dont nousnous servons pour couvrir
nos tables,suffisent 4peine4
npusdeguifer les cadavres qu'il
nous faut manger pour nous Assouvir.
François dtrpaule imite
de trop prés linnocence du premier
âge
, pour chercherà vivre dans
la mort des Animaux. Content
des herbes & des legumes
,
il se
défend ce quon apelle chair &
viande parmy les hommes. Oi.
seaux qui volez dans les airs.,
bestes domestiques &sauvages,
vous estesd'un goust tropsolide
pour un Saint si pénitent. La
pensée fut continuée avec
untourdeMorale qui parut
aussi spirituel que nouveau,
& qui conduisittaeureufement
aux communications
que François de Paule a euës
avec les Anges, n'estant pas
difficilequ'unSaint,quiavoic
si peu de commerce aveclà
chair,eusttant de familiarité
avec les Esprits. Aprés avoir
remarqué dans sa seconde
Partie) que Saint François de
Paule destiné à dire la vérité
aux Rois, avoit eu lemesme
fort queces grandsHommes
dont le Saint Esprit avOlt
fait l'Eloge; rappticaaon
s'en fit en ces termes: jlavoistrouve ce jnfie tempe.
r*mentqus,cb.ercbotentles> prétendue
SagesdesJteclesidolâtres,ny
trpbhardy, ny trop tomplaifant
Il reprenait lesdéfautssans bIef
sirl*dignité, CTemployaitles
miraclespourconvaincre ceux
qu'il ne pouvoit toucher par les
remontrancesVous pensez à cette
pièce d'or d'où il fit frrtit du
fang, après l'avoirrompue. Ce
métal, quoy
qu'insensible, exprimalesploya
que les tributs
(xctfifsfflw**--dans le Royatfme.
Ce n'tfl pas que les Sujets
riendoiventauxSouverains. Ce
devoir est de droitdivin,perjonne
ne peut en dispenser,depuis
qu'un Dieu s'y est assujetty, Da
eis promet prote. Sauldestiné
au Trône, ne fut pas plâtoft
sacréque Dieu envoyaau devant
de luy trois hommes, qui pew.
tanttrois pains,trots chevreaux,
Ër un rvafe rempli de vin, les:
luy presenterent comme un hom.
mage qu'ilmeritoitenqualité de
Roy. C'es chosesestoient destinées
pour estre offertes à Dieu. Samuel
ne laisse pas de dire à Saiïl
qu'ilpeut les recevoir
, pour nous
apprendre qu'encertainstems ilest
permis aux Rois d'étendre la main
sur les biens de tEzLife;mais dans
ces rencontres ils ne doivent toucher
au patrimoine de J. C. que
comme David toucha aux pains
de Proposition ; seulement dans
une pressante necejjité
3
& avec
degrandes &pieusesprécautions.
Noussommes dans cesconjonctures
difficiles, & nous y sommes
pour une bonne cause. Donnons
sans chagrin ce que les besoins de
l'Estat nous demandent avec juslice.
Pourrionsnousoffre avares
de nos biens
, voyant Loüis
le Grandsiprodigue desonf<w$J
IIs'opposefeulaux effortsdetante
l'Europe;Jeulilfait tremblerun
million d'ennemis;seul ilsoûtient
les interests de la Religion;seul
il protégé les Princes malheureux:
en luy se réunirent la, qualité de
Roy & la qualité Chrêtien
,
le
Vainqueur desNations
, & le
Restaurateur des Autels, Mlniftrès
du Seigneur, ne craignez pas
qu'en cette occasion vostre coeur
vous seduise
,
donnant à la personne
du Maistre que vous ai.
mez, vous donnez à la personne
du Heros que vous admirez.Il
mesemble qu'encetendroitFrançois
derpaule se rend attentifi
mes
paroles, luy qui a toujours
marqué une (plme si particulière
pour nos Monarques
,
estime qui
le fit consentir à passerd'ltalie en
France pour laconsolation de
LouisXl. LePortrait dece
Prince fut tres vif, & les traits
en furent fidelicatement touchez
qu'il sembloit qu'on le
voyoit encore agir. Ses aprehenfions
de la mort, & son
esprit de penitence se trouvèrent
noblement soûtenus.
maissiFrançois de Paule, con.
tinua-il, a disposê Louis XI. à
bien mourir il aenseigné àCharirs.
viii.a% bien vivre.-t Il ne
fit pas moins pourLouisXII.
François I successeursduRoyaume
Il leur apprit à donner au
Dieu des Armées toute la gloire
de leurs exploits; c. aprèsavois
terrassé des voisinsjaloux, ç]?4
domptéd. s Nationsimpics, illeur
enseigna àfairegoûteranxPeuples
lesfruits de la Paix.C'est ce qui
nous est promis,foy de Roy
, parole
de Roy. C'est ce qui nous efl
promis par cette Déclaration flameusequi
remuéaujourd'huy tout
le Royaume
,
quise remuë, non
pour se plaindre
,
mais ponr se
soûmettre. Que nous sommes heureux
d'avoir un Rjy qui jure
ennostrefaveur; Rien n'est plus
brillant que le fut lerecitdes
miracles de saintFrançois de
PauledanslatroisièmePartie.
QueIcjue part où l'on marche dans
la Ville d'Athrnes lon trouve le
trait d'uneHistoire, disoit un
Ancien Quacunque IlJgredi.
mur, inaliquam historiam vestigium
pommas. Et mery je dts
qu'en quelqu'endroit qu'en marche
dans Lt Ville de Tours, l'on
rencontre un miracle deFran.
fois. Quacunque mgredimur
inaliquod miracu l um vestigiutnponimus.
L'on ne put
retenir ses larmes dans la defcription
qu'il fie de la mort
de saint François de Paule,&
de la maniere indigne dont il
fut retiré deson tombeau par
les Heret iques.Impieté,abomination,
sacrilege; pluft à Dieu que
Loüis le Grandeustesftéalors,pourvuquelaProvidence
l'eustconservéjusqu'ànous
LaFranceestant
devenue toute Catholique par son
zele, l'attentat dontje parle n'auroitjamais
estécommis; mais Dieu
est admirable dans ses Saints)-
tout contribué à la gloire de Jes
Elûs.SaintFrançois de Paule
a desiré le martirependantsa vie,
il est martir aprèssa mort. J,'avouë
qu'iln'estoit plus'tC/ors en
étatdemeriter
,
mais iln'estoit
pashors d'état de recevoir un
nouvel accroissement: d honneur.
Cest en haine de la Foyque les
cendres du Saint font jettées au
gré <tes-vents. Il (eroit à desir-
er. que l'Auteur de ce ditcours.
voulust le joindre aux
aurres qu'onluy demande
avec tantd'empressement,
parlegrand succés qu'onteu
ceux qu'il a donnez depuis
quelque temps au Public,&
qui se trouvent chez le Sieur
Edme Couterot, ruë saint Jacques,
au bon Pasteur.
f,. Il est rare de trouver des
mariages aussi considerables
&aulli bien assortis queceluy
de Mr le Duc.de SaintSimon
avec Mademoiselle de Lor-
¡ ges,qui le ne au commencernent
de ce mois. Il tèrnblg
que l'on ait voulu formerune
societé parfaite, puis que les
proportions d'âge, de vertus,
dequalitez,&debiens s'y trouvent.
La Mariée estFille aînée
de Mrle Maréchal Duc de
Lorges, Chevalier des Ordres
du Roy, Gouverneur de Lorraine&
de Barrois,Capitaine
des Gardes, du Corps de Sa
Majesté, & General de ses
Armées,aussirecommandable
pour sa grande probité,
que par tousces titres, &
par sa naissance. Mademoiselle
de Lorges sçait tout ce
que peut apprendre une Fille
élevée dans un Convent, &
auprès d'une Grànde-mere
d'une vertu consommée, 8c
d'une habileté pour l'éduca.
tion au dessusde tout ce qu'-
on peut dire. Cette jeune
personne qui pratique tout
le bien qu'elle connoist, se
fait un devoir de marcher sur
lestraces deMadamesàMe¡'
re, dont la réputation est tel-
[le, que la malice la plus noire,
:& l'envie la plus fine dela
OCournn'ont jamais osé l'atta- ne doit pzs s'étonner
après cela, si MademQi-
!felle de Lorges ayant toujours ;taché de l'imiter, s'est faitsi
généralement estimer par les
s,maniérés engageantes, par sa
• complaisançe,& par sa bonté.
Toutcela est soutenu de
quatre cens mille livres quj
elle a euës en se mariant,
ce qui ne doit faire un jour
qu'une partie deson bien.
Mrle Duc de Saint Simon
n'a que vingtans,il etf Duc
& Pair de France, Gouverneur
de Blaye, Gouverneur
&GrandBailly de Senlis, &
possede : plusieurs grandes
Terres. Il a servi pendant
plusieurs années. & commande
un Regiment de Cavalerie.
Il sçaittoutcequ'un
homme de qualité doit sçavoir,
Se Madame sa Mère,
dont le mérité est connu,l'a
fait particulierement instruire
des devoirs d'un bon Chrestien.
La convenance de toutes
ces choses ayant fait fou.
haiter cette alliance aux Parens
des deux parties, une
personne desplusprochesdes
uns, & Amie singuliere des
autres,quijointà un esprit,
des plus beaux du temps le
meilleur coeur quile trouve, entreprit cet ouvrage malgré
les difficultez que l'excés
de prudence de Madame la
Duchesse deSaint Simon, 8c
l'extrême justice de Mr leMaréchal
deLorges,faisoient
naistre tres fréquemment, &-
leur fit signer les articles le
Mercredy 6. de ce mois. M
le DucdeS.Simon,aussigalant
quamoureux ,envoyat
des presens deNoces qui furent
tresconsiderables, & le
lendemain il accompagnaMr
le Maréchal de Lorges pour
en
!
aller apprendre sa nouvelle
au Royàqui auparavant ils
avoient demandé permission
de faire ce Mariage. Sa Majesté
la receut d'une maniere
qui fit plaisir a l'un & à l'autre
Il dit tout le bien imaginable
à Mr le Marechal
de Lorge d: Mr le Duc de
Saine Simon, & marqua a ce
dernier tant destime pourMr
le Maréchal de Lorge, qu'il
luy fit entrevoir que sa manierc
de vivre avec luy seroit
comme la regle de ses bienfaits.
Le Roy leur fit l'honneur
de signer le Contrat
qui fut * en fuite signé de tous
les Princes & de toutes les
Princesses quise trouverent à
Versailles, & qui temoignerentunejoye
sinceredecette
alliance. LeSamedy Saint2.
de ce mois ils avoient envoié
l'un & l'autre à Monsieur le
Prince à Chantilly & à Ma.
dame la Princesse à Maubuisson,
pour les prier de vouloir
consentir à ce mariage, ayant
l'honneur de leur apparrenir.
Vous pouvez croire quela
réponsefutégaleàla démande.
Le Jeudy 7. Mr la Mareschal
de Lorge donna un
grand soupé, où de part&
'({.autre il ne se trouva que
jusques aux Cousinsgermains
des Mariez. On fut diverty
devant & après par un con-,
cert de flutes&de hautbois.
où les fleurs Philbert & Defcoteaux
charmérent à teur
ordinaire. A minuit, Mr le
Curé deSaint Roch commença
la cérémonie du mariage,
à la Chapelle de l'Hôtel de
Lorge
,
& y dit la Meflfej
i aprésquoy on menales Mariez
dans le grand Appartement
de Madame la Marcchale
de Lorge,où Madame
,:
la Duchesse deSaint Simon-
,
donna la chemise à sa Belle
,; fille,&Mr le Maréchal de
Lorge à sonGendre, qui couchèrent
dans cet Appartement.
Le lendemain matin,
ils receurentles complimens
des deux famillesdetoutes
les personnes distinguées
de la Cour & de Paris, dans
l'Appartement de Mr le Maréchal
,
l'un des plus beaux
qu'il y ait en France,tantpar
sa construction que par sa
magnificence. Il se termine
par un grand Cabinet percé
dans son fond en face enentrant
; on ne peut le voir sans
l'admirer. A costé droit font
de grandes croisées qui donnentà
droite la veuë de tous
les derrieres des maisons de la
ruë neuve saint Augustin,de
tous leurs jardins, & d'une
partie de la Campagne. En
face, on découvre la montagnedeMontmartre,
qui forme
par seseglises,ses moulins,
ses maisons, ses bois, ses prez
& ses terres entrecoupées lk
i peintes de differens coloris ,
un amphiteatre plus char-
: mant que si on l'avoit fait
exprés. Celaest accompagne
d'une partie de la plaine saint
Denis , des Porcherons, de
ses marais , du boulevart &
du jardin de l'Hostel de Lorge
,de quatre-ving-dix toises
delong sur vingt-cinq de
large , ce qui fait ensemble
ce qu'on ne peut exprimer.
Ces beautez sont representéesàcosté
gauche& audessus
de la cheminée, dans
de grandes arcades de glaces
qui font face à deux autres
de mesme hauteur qui sont
entre les croisées
J'
afin que
de quelquecosté que l'on se
tourne, on n'apperçoiveque
ces agreables Images au milieu
d'une dorure du plus
beaudessein, & dumeilleur
goust du monde,dont tous
les costez&le haut duCabinet
fait en dôme
,
font enrichis.
Du milieu du platfondpendun
Lustre de cristal
tres-magnifique, & qui
semble vouloir reparer la perte
que la nuit apporte en ce
charmant lieu,en serepetant
plusieurs fois avec ses lumieres
res aux quatre costez dans ses
quatre grandes arcades de
glaces. Ce fut dans la chambre
qui tien à ce charmant
Cabinet, où la nouvelle Duchesse,
aussi magnifiquement
parée qu'on le puisse estre,
& toute remplied'agrément,
receut sesvisites sur un lit qui
répondoit à la magnificence
de l'Appartement. Le jour
suivant, on alla à Versailles.
MrleMaréchal deLarge,&
Mr le Duc de Saint Simon, se
trouverent àla descente du
Carrosse du Roy qui venoit
de Choisy, tandis que Madame
la Duchesse deSaintSimon,&
Madame laMarêchale
deLorbe avec Madame sa
tilfeenoÍènt montées pour
l'attendre. Le Roy qui sçait
mieux que Prince du monde
assaisonner ses graces, fit toutes
les honneftetez possibles à
la Mariée. Il la trouva belle
& tres- bien faite, & dit à
Madame la Marêchale beaucou
p de choses fort obligeantes
;
à Madame sa fille
qu'elle n'avoit qu'à l'imiter
pour estre parfaite
,
à Madame
la Duchesse de Saint Simon,
avec beaucoup de mer.
ques d'estime pour sa personne,
tout le bien qu'on peut
dire d'un fils aussi accomply
que le sien,& à Mrle Marêchal
ce qu'on peut de plus
obligeant. Le soirmesme,
la jeune Duchesse de Saint
1 Simon prit letabouret au soupeâIi
Roy, aprés que Sa Majesté
luy eut dit deux fois de
s'asseoir;elle y parut avec la
mesme liberté de corps &
d'esprit quesielle y avoitefté
; toute savie. Le lendemain,
ellereceut les visites de tous
les Princes
,
Princesses, Seigneurs
& Dames de la Cour,
dans l'A ppartement de Madaine
la Duchesse d'Aarpaiou,
que l'on avoit emprunté
àcause qu'il est deplein-pied
àrelanagîatlerie. Le Lundy 11. elle
sesvisites, & retourna
le Mardy à Paris chez Mr le
Duc de Saint Simon son
Epoux,qui donna le Mercredy
à tous les conviez de la
Noce un soupé des plus
somptueux
,
& où la délicatesse
le difputoit avec labondance.
Il y eut une simpho.
nie & une Musique choisie
letout accompagnédétou-,
ces les marques possibles
d'hormestete & de joye de
la part de Mr le Duc de
Saint Simon & de Madame la
Duchesse sa merej'oubliois
à vous dire que la Mariée est
blonde, & d'une raille des
plus belles; qu'elle a le reine
d'une finette extraordinaire,
& d'une blancheur àéblouir
les yeux doux,assez grands&
bien fendus, le nez un peu
long & qui releve sa phifionomie,
une bouche gratieuse,
les joues pleines, le visageovale,
&une gorge qui ne
peutestre ny mieux taillée
ny plus belle. Tout celaensemble
forme un air modeste
& de grandeur qui imprime
ou respect.Ellead'ailleurs toute
la beauté d'ame qu'une personne
de saqualitédoitavoir,
& elle ira de pair en merite
avec Mr le Duc de Saine Simon
son Epoux,l'un des plus
sages & des plus accomplis
Seigneurs de la Cour. Leurs
Maisonsne se cedent en rien
l'une à l'autre, non plus que
le reste ; & si celle de Mr 4c
SaintSimon tire son origine
de Vermandois dont il écartelle
avec celle de SaintSimon
,celle de Madame son
BasseBretagne. Il a quatre
Freres
,
Mr le Marquis de
Saint Pierre, l'Aisne de sa
Maison,retiré chez luy en
Basse Normandie; le Pere
de S. Pierre, Jesuite ConsesseurdeMadame
;Mrl'Abbé
deS. Pierre, premier Aumônier
de cettemême Prin.
cesse, de l'Academie Françoise,
& Mr le Chevalierde
S. Pierre, Chevalier de Maire,
Capitaine des Vaisseaux du
Roy. Leur nom est Caster.
Leur Mere estoitGigaut de
Bellefont,Soeur de Madame
la Marquisede Vilars, Tante
troisiéme mariée à du
Fay Maulevrier de Normandie-
Il m'est tombé une Lettre
entre les mains qui me paroist
trop utile pour n'en pas
faire un article de la mienne.
Elle servira à détromperceux
que le malheur de l'obstination
retient encore dans l'Heresse
de Calvin. Un Abbé
très - feco,m'niandablc par sa
pieté, l'écrivit il ya plus de
trois mois, à une Daine de
qualité, dont la Mere estoit
au litde lamort.
A MADAME
vlaMarquise deB. 0 v S voulezbien,Marne
, qu'en envoyant demander
des - nouvellesde "Uof/rt
santé, je m'informe de celle de
Madame vojîte Mere. Pourflatersafamille,
il faudrait en de
meureràcelle du corpsjmaispour
vous obliger, je passe à celle de
lame. Permette-moy de vous
dire que je ne fuis pas encore bien
revenu de l'étonnementoù mejetta,
ilyadeux joursle chagrin de
Àf'voJlrePerelors quejeluy annoncayque
l'étatoùsetrouveMadameson
Epouse, ne laisseaucun
doute de sa très prochaine fin..
Ce mot m'afflige d'autant plus
qu'il tombe sur son ame , autant
que sur son corps car quoy
qu'une substance spirituelle ne
puisse finir, il est pourtant vray
de dire que u'eslans point par
ticipante des grâces de la veritable
Eglise
, cette ame finira en
unsensypuisqu'elle sera privée de
«
la finpour laquelle la Toute. puissance
de Dieu l'avoir créée, par
l'effort du mesmeamourqui luya:
yi/f operer tous les misteresde cetteReligion
nnique
,
hors laquelle
la foy rtfic sans bonnes au- -
ivjrreess, & par ccoonnfluentsans la
écompense promise par le Sauveur,
àceux qui après avoir enré
dans la voye de vérité ,y auont
gardéfis Commandemens.
v*ous ne doutez-Madame.,
que cettevoyenedésigneïEghfè,
lui, selon Rome, est une assem-
'liée de Fidelles sous un mefmc
,beuccejeur de Saint n?ier,c>
m l'estoit de J. C. & je pense
me vous crcryc'Z fortement que
ettesuccession na pas esté interompuëparCalvin
, que interest
,.. l'ambitionontfait errer; mais
ar des opinions qui se contredimp
jifort, que pour peu que la
Grâce voulust agirfur le coeur de
Madame vojhre MtreJ nous aurions
bientostla consolationy err*
perdant son corps , de croire que
son Ameseseroit heureusementretrouvée
entre les mains du verUé
tablePasteur. Jesouhaire de tourmon
coeurquelleécoute Saint Au.
gustin, lors qu'il avertit que per^
sonne ne se trompe sous une tee.
rance sausse.Entrenous,yena
t-il une plus vaine ,que celle des]
l'erreur, dont le
Chefreconnoiæ
luy -mesme
,
qu'il n'y a qu'uni.
Eglise
,
de laquelle il a est; mem::i
bre, comme Curé&Chanoine 4
Noyon, horsde laquelleEglise
ses Scalaires au Dimanche i£,
conviennentqu'il n'yaque dam
nation & que mort f C'estcette
mesme Eglise, que ce membre
feurrjA voulu rétablir, comme si
eslans tombée, ceuss eslé à luy
Qui que le Saint Esprit se sust
donné, pour partager l'ivraye
d'avec le bon grain,&sur la prétendue
reformation duquel, on
sourroit luy dire,comme TertuLpénauxHérétiques
deson temps,
que c'estoita eux à montrer de
quelle autorité ilsvoulaient refar~
ner la croyance de leurs Peres,
qu'ils prouvaientqui'lsestoient
le nouveaux Apostres, & que
J. C. leur eust donné le pouvoir
defaire les mesmes miracles que
luy ; qu'on voyoit à la vérité en
eux une vertu extraordinaire,
qui les rendoit faux imitateurs
des Apostres, en ce qu'au lieu que
les Disciples du Sauveurfaifoient
revivre les Morts, les Marcio--
nites , & les Valentiniens fai<
soient au contraire doublement
mourir les vivans; commeafait
Calvin, au témoignage de Bol-
Zec, quia écrit la vie de cetgerisiarque.
N'y a-tilpoint, Madame
at
auprès de Madame vostre Mere,
quellu-unquiluyfdffcun mesmes
tort, au lieu de luy faire comprendre
(selon mesme le 27. article.
de la Consession de Foy de
Calvin
,
qui dit qu'où il ni a
pas d'usage de Sacremens, on ne
peut jugerqu'ilyait une Egli{t,)
qu'il ejt indubitablequellen'ejlen
Aucune, n'ayant point de Sacre,
mens , point de Payeur sincere
, point de consolationéritablement
fj>iriiuelle! Loin d'avoir toutes ces
chosês
,
n'a t-elle point des personnés
dont l'erreur l'obsede
,
fous
prétexte d'unetendreamitié? Luy
lasse-ton la libertéd'entendre
cette voix intérieure de l'ame qui
cherche às'élever vers son Dieu?
Luy amené-t-on de toutesparts,
des Ouvriers qu'Isayeveut au
front d'airain, pour estre véritablement
dignes de travailler dans
la vigne du Seigneur ; qui puissent
paisiblement l'écouter, doucement
luy répondre
,
l'éclairer
avec amour, la reprendre avec
ttndrlle, &la convaincre avec
'{tle ? Eloigne-ton d'auprés d'elle,
dans les trisses momens quelle est
presse à s'éloigner de toute la nature,
ceux qu'unemesme Secte
peut engager à étousser dans son
coeur l'heureusesynderese, dont
slasse à Dieu, quellesoitsifort,
tourmentée, comme parle seremie,
que sa conscience, que Saint
Chrisostome nomme un Juge incorruptible
,suffisse pour luy faire
rompre les malheureux liens qui
l'emptfthent de témoigner par des
oeuvres conformes àC. quelle
est,selonSaint Cyprien ,verita.
blement Chrestienne ?. Le temps
presse ,Madame
,
de les manisester
ces oeuvres ;
il n'est plusquestion
de remettre,Augustin différaitàdemain,
ilestoit jeune,plein
de santé
,
recherché du monde.
Madame vostre Mere a passésa
jeunesse avertijfe^- l'en. Une
cruelle maladiel'accable, dites luy
sans cesse; le monde la quitte faïtesl'ensouvenir
bardiment, vous
ledevez,. Augustin malgrétout,
seconvertit. Pourquot Madame
vostreMerenejeconvertira t-elle
pas Toutl'ensollicite;ses Parens,
ses Jmisjon Curé, l'heureuse con.
joncture des temps; mais plus que
tout,ses erreurs eson Dieu, auquelil
ne suffit pas de s'écrier en
secret, Seigneur) Seigneur,mais
defairepubliquementsa volonté,
découverte à son Egliseseule
,
contre laquelle lesportesdel'Enfer
ne prévaudront jamais, selon S.
Mathieu C? dont les hautesveritez
n'ontpasestéreveléesà Pierrepar
la chair&parlesang,mais
par le don d'unefoyvivesuivie
de l'execution des voeuxfoUnnels
duBaptesme, accompagnéesansinterruption
de ces bonnesoeuvres que
Saint Paul veut que la charité
couronne ; & qui commenceront
pourMadame vostre Mereàune
abjurationprompte deson heresie,
se continueront paruneConsession
auriculaire
,
se perfectionneront
par lafacrée Communionsous une
seuleespece, comme l'Eglise lapra~
tique, &setermineront par le Sa.
crement de l'ExtrêmeOnction,
après quoy nous auront la joye de
croire sa mort precieuse devant
Dieu, auquel nous offrirons des
Prieres pour adoucirlasatisfaction
quelle fera dans le Pargi..
toire, à la justice de ce Dieu ,
qu'elleu'apointservy depuisqu'-
elle e.st au monde; puis qu'estant
hors de l'Eglise Romaine, toutes
ses oeuvres ont esté mortes pour le
Ciel; ce que je soubasse ardemment
que nesoientpas les dtrnieres
desa,vie, quilfaut offrirauSei
gneur,pour en obtenir plus efficacement
la conversion de son ame,
que je ne doute pointqu'ilnedaigne
accorder,si vous joignez vos
prières à celles de toute l'Eglise,
pormy lesquelles les miennes, toutes
foiblcs quelles sont, vous témoigneront
avec combien de '{elc
& de respect
, jesuis,&.
J'oubliay le mois passé a
vous apprendre la more de
Dame Marie-Anne le Bel,
arrivée sur la fin de Février.
Elle estoit Femme de Messire
Jean de Turmenyes
,
Seigneur
de Nointel, Presles, 6c
autres lieux, Tresorier General
de l'Extraordinaire des
Guerres, & Chevalier de
l'Ordre de Nostre-Dame du
Mont-Carmel, de faine Lazare.
Madame de Turmenyes
est universellement regretée,
mais particulièrement des
Pauvres, donc elle estoit veritablement
la Mere. Ceux
de ses Terres se ressentaient:
si particulièrement de sacharite,
que l'on peut dire qu'elle
a sauvé la vie à plusieurs
familles. A cette excellente
qualité estoit jointe une pietésolide
dont elle a donné
des preuves fin gu lieres
, pen- dant la longueur de lamaladie
dontelleest morte. On
ne peut marquer un plus
grand détachement du monde
qu'ellea fait,ny une plus
parfaite resignation a la vo-"
•lonté deDieu. Mr Billard, fameux Avocat
il mourut peu de jours
-
a pres
aprés. Tout le monde sçait
la haute réputation qu'il s'étoit
acquise
, & que jamais
homme n'apousse plus loin
sa Profession. Il avoit l'esprit
tres penetrant pour. lesaffai- res sonavis estoit d'un
grand poids dans les consultations.-
Il est mort dans un
âge fort avancé. laissant de
grands biens, parmy lesquels
icfl: le Marquisat de Montaterre.
Ses deux Fillesont épousé.
l'une Mr Bignon, & l'autre
MrChauvelin,tous deux dans
les Intendances dont ils s'acquittent
avec unapplaudissement
gêneral.MrBillardétoit
Frere de Madame Ricordeau
Femme de Mr Ricordeau
Conseiller , en la Cour des
Aides.
L'Academie Françoise
vient de faire une perce considérableenla
personne de
Mr de la Fontaine. Il eftoic
Originaldans son genre, Sel
ses Fables& Ces contes font
des Pieces achevées. Il a fait
un Livre en Prose, intitule
le Pfjckî> & rien ne partoit
de luy qui n'eust un caraétere
singulier qui le distinguoit
des autres Ouvrages de me*ï
menature. Ils'appelloit Jean,
& vous. serez bien aise de
voir foïv Epiraphe, faite par
luy-mesme, quelques années
avant qu'il mourust.
fean s'enalla comme ilefloit venu
Mangea le fond comme le revenu»
Tint les Ttefort eh,se peu necesftlre.
Quant à son temps, bien le sçut
* dispenser»
Jbeux parts en sit
,
! v->idoïnt"il souloit
Z'atu à dormir
,
& l'aure à ne
rien faire.
Ilestoit de Chasteaury
, & est mort âgé de foisante
& seize ans. C'est une
vrayeperte. Ces sortes d'heifc
reuxGenies ne se trouvent
pas dans chaquesiecle.
Voicy les noms desautres
personnes del'un&de l'autre
Sexe, mortesdepuis ma der-j niereLettre.
DameJulie-Marie deSaintemaure,
Duchesse d'Usez.Elle
mourut le 14. de ce mois,
âgéede quarante-huit ans,
après une longue maladie.
ElleestoitFille unique de
Charle de Sainte-maure, Du
deMontausier, Pair deFranJ
ce,Gouverneur de Monfei-j
gneux le Dauphin
,
GouverJ
!
neur de Normandie, & Gouverneur&
Lieutenantgeneral
des Paysde Xaintonge &
Angoumois;&Chevalierdes
Ordres du Roy, & de julie-
Lucille d'An gennes, Marquise
deRambouillet&de Pisany,
Gouvernante deMonfeigneur
le Dauphin, dont les Lettres
de Voiture ont tantvanté le
merite.MadamelaDuchesse
d'Usez, sa Fille, qui eftoic
Veuve d'Emanuel deCrussol,
Pair de France & Chevalier
des Ordres du Roy, se faisoit
aussi distinguer par sonesprits
Elle a eu plufieursEnfans."
Mr le Duc d'Usez
,
tué à -la
Bataille deNemndej feuë
Madame: de Barbesieux,Madame
la Marquise d'Antin"
MrleDucd'Uusez d'aujourd'huy
,
Mr leComte dU*-
sez, heritier du Duché de
MFontialllficsr, .& un autre Messire Jean de Longueïl
Chevalier Seigneur de Sévre,
Conseiller au Parlement, &
Doyen de la Seconde des
Reque stes, cy-devant Conseiller
en la Cour des Aides,
âc auparavant Conseiller au
Chaftelct. Il fut inhumé le
%o„ de ce mois en l'Eglise
des Cordeliers du Grand
Couvent, dans la sepulture
deses Ancestres, Il avoit épousé
Mademoiselle de la
Ville, dont il laisse plusieurs
Enfans. Il estoit Fils
de Charles de Longueïl , Seigneur de Sevre, &.
de Louise de Mont-rouge,
Soeur de Denisde Mont-rouge,
Seigneur de Saint Flour,
Petit filsde Charles deLongueuïl,
Seigneur de Sevre & laVaudoire,& de LouifeScguier,
Fille de Pierre Scenicr,
Conseiller au Parlement,
de laFamille de Mr Seguier;
Chancelier de France, & arriere-
petit fils de Jacques de
Longueïl
,
Seigneur de Sevre,
Chevalier del'Ordre du Roy,
Maistred'Hostel ordinaire de
Sa Majesté, & Maistre ordinaire
en sa Chambre des Comptes
,& de Gaterine de Montmirail.
C'est une des branchescadettes
de la. Maison
des Longueïl
,
une des premieres
dela Robe, dontest;
Mr le Marquis de Maisons, Prefident
à Morrier.
« Dame Louïse de CruffoM
cTUzes* Elle avoit époufç,est
premières Noces Antoine-
Hercules de Budos, Marquis
de Portes, Chevalier des Or- jdfcs du Roy, Vice-Amiral
de France, & en secondes
Charles Marquis deS.Simon,
MestredeCamp duRegiment
de Navarre,Chevalier des Ordres
du Roy, Gouverneur de
Sentis. Elle fut inhumée le 22.
de ce mois dans l'Eglise des
Religieuses Bernardines de
Abbaye aux Bois, Fauxbourg
S. Germain. Elleestoit
Fille d'Emmanuel deCrussol,
Ducd'Uzés,Pairde France,
Comte de Crussol ,Chevalier
des Ordres du Roy, & Chevalier
d'honneur de la feuë
Reine Merc Anne d'Austriche.)
&de Claude d'Hebrard
Dame de Saint Sulpice, sa.,
première femme. Elleaeu
de son premier mary ,
Diane
Henriette de Budos, Marquise
de Portes, premiere femmede
deffunt Claude Duc,
de Saint Simon, Frere de son
second Mary, de sorte que
, ces deux freres,le marquis &
le Duc de Saint Simon, ont
épousé chacun une de Budos
de Portes , l'un la Mere, &~j
l'autre laFille, & se sont tro1u-1
vez en mesme temps Frères,
Beaupere
,
& Beau fils. Elle
n'a point laissé de posterité de
Mrle MarquisdeSaint Simon
Ton secondmary. Diane Henriette
de Budos
,
premiere
Femme de Claude Duc de
Saint Simon
, a laisse trois ensans,
unFils mort fort jeune,
une Fille Religieuse
,
& une
autre Fille, Gabrielle Louise
de Saint Simon, Marquise de
Portes, mariée le 17. Avril
1663 àHenry Albert deCosfé
, Duc de Brissac, Pair
de, France, morte sans ensans
le 28Février 1684.**
¡?' Dame Margueritefeoberty
Epouser de Messire Charles
Gilbert, Secrétaire du Roy:
Ellelaisse plusieurs Enfansj
entre autres Messire Louis-
Charles Gilbert, President
en la Chambre des Compres,
cidevantConseillerauGrand
Conseil, & auparavant Substitut
de Mr le Procureur General
du Parlement;unautre
Fils Ecclesiastique
; Marguerite
Gilbert, Femme de mf
Belin., Fermier général; Jeanine
Gilbert, Epouse de Messire
Jofepli.Jean-BaptisteBkariau-
d'Armenonville, Intendilne
des Finances deFrance,
Frerede Messire Louis-GassonFleuriau,
Tresorier de la
Sainte-Chapelle,&deux autres
Filles Religieuses.
|u DameMarieQuentin,VettvedeMessireAntoine
Vyon,
Chevalier
3
Seigneur d'Herouval
,
Conseiler du Roy, Auditeur en la Chambre des
Compas, connu-parmy les
Gens deLettres pour un des
plus sçavans dans l'Histoire
& dans les Recherches de
d'Antiquité. Elle laisse entre
autresEnfans, MessirePierre
deVyou d'Herouval
,
Seigneur
d'Orville, Auditeur de
la Chambre des Comptes,
Messire Antoine-PauLVyon
d'Herouval , Docteuc en
Theologie,& Messire Loüis
de Vyon d'Herouval
,
aulli
Doreur en Théologie de la
Maison de Navarre.
Mrle Boules,Aumônier du
Roy. Je vous en ay parlé depuis
peu à l'occasion d'une
Abbaye considerabledont
SaMajesté l'avoirgratifié.
On a fait sur la fin de ce
mois, dans l'Egise des Jesuites
de la ruë S. Antoine, un
Service solemnel pour Mr
le Maréchal Duc deLuxem
bourg, & l'Oraisonfunebre a
estéprononcée par le P,dela
Ruë Jesuite, avec un applaudissement
si general, qu'ilme
feroit difficile de vous bien
marquer tout le bien qu'on
en public. Je remersau mois
prochain à vousen enrtete.
nir, aussi-bien que de tout
ce qui regarde la Pompe funebre.
Je vous envoye une Lettre
qui aeqté écrite sur lafin
du mois passé, & qui contient
une choseaussi surprenanrequ'extraordinaire.
je
ne ~prgrcns pointestregarant
des circonstances qui yfont
déduites. Le dernier fait est
confiant & chacun peut
raisonner commeiliuy plaira
sur ce qui l'a précédé.On
appelle communément MilicienslesVillageois
que c haque
Village fournit pour les
Compagnies de Milice.Serry
dont il est parlé dans cette
Lettre est vuàdeux
lieuës de Meaux. 'f En l'année i6pi. la dernièr:e«
Ftjle de Noël, N. Garçon
Meunier du Moulin de Serry,
¡;.::o
homme deprobité,quoyque Meunier3
alla du Moulin de Serry à
Villeneuve.'SaintDenis porter
des farines; &ason retcu r pass
jantproche d'une Mar/, il rencontra
unFantosmequi luy dit,
Arreste, & n'àye pas peur.
Je suisun Marchand que l'on
tué à l'endroit où je suis;
Onà coupé mateRe, & on
l'a mise au pied de ce Saule
que tu vois; mes brasfont
proche de mateste
,
& l'on
a mis mon corps dans la haye.
L'on m'a pris deux cens livres
que j'avois. C'est leMilicien
il de Serry
,
& le Miliciende.
qui ont fait le^cp^p*vço un
nommé Bernier, sur l'avis que
le Cabaretier de Serry teur
avoit donné queje devais
partir.Va-t-en, &ne me dis
poinc adieu.
Vers le temps le la Pentecoste
fuivante,plujicats Laboureursla
boutant proche de cetteMare>
çnren direnten plein jour un hom
meseplaindrecomme un mourant,
sans rien voir. Une femme menantsavache
par lacarde,estant
allée la faire boire dans cette Miresentit
me très mauvaise odeur,
sans rien voir non plusque les
Laboureurs. Elleenfitsonrapz
portdansle Village deSerry.
On y #U<*y&onttçuvaeffeflicernent
le corps du Marchand
dans la baye, la teste& lesbras
au pieddeceStyledontle FlI,tItosme
avait parlé au Mcmier.
Acette nouvellele Meunierapa.
ru,&adécouvert la revelation
du Fantosme,On luy a demandé
paurquoy il n'en.otvoit rien dit
dans le temps. Il a réponduqu'il
avoit peur desire tué par les Miliciensce
qu'ils amoient faitil
eustdeclarécequ'il avait appris du
Fantosme.LeMiliciendtSerry
ayant entendu parler decela, alla
trouver le Garçon Meunier,(T
luysit quelquesmenacesde tetuer
s'il negardoit lesecret,luydisant
que quand ilauroitfait le coup,
il riy auroit pas un fort grand
malLe PrevostdesMaréchaux
de Meauxayant eu MIS de cet
homicide
a pris les Miliciens
verslafin du moispassé,&après
qu'ils ont estémis dans les Prisions
deMeaux, on Ilinjlruit leprocès.
Les Miliciens ontavouéqu'ils
estoient les Auteurs du crime. On
les condamna Jeudy passé a
estre rompus, ce qui a esté exécuté.
Le Roy ayant resolu de
faire de nouve lles Lignesentre
laLis& lislcaut,au-deU-:
des anciennes,dépuis la Porce
de SaintJean de Courtray,
jafqu'à Avelghem sur l'Escaut,
à une lieuë du Pont
d'Epierre,ce qui s'est fait
,,
encette occasion
,
estsi surprenant,
qu'il paroiftra incroyable
j(Î l'on considere la
grandeur du travail,& le
pën< detemps qu'on aemployé
à le faire. On destina
vingt mille Pionniers pour
cet Ouvrage, & vingtmille
hommes pour les fourenir.
M1 le MaréchaldeBoufflers
qui lescommandoit,se campa
à trois quarts de lieuë de
Courtray,&mit fesTroupcs
dans des Postes avantageux
pour couvrir les Travaillers.
Ils commencérent le6.de ces
mois ce travail prodigieux , &le13» au soir,tousles retranchemens
furent achevez,
maisils n'estoient pas encore
palissadez, & les Fossez
,
les
Forts, & les Parapets furent:
mis hors d'insulte. Les Fossez
ont quatorze à quinze pieds.
de largeur, & douze de
profondeur, & ses Parapets
en ont dix d'epaisseur.
Il y a cent pieces de Canon
sur tous ces retranchemens,
[ou l'on en doit mettre encore.
Ces Ouvrages estant pref-
, quç achevez ,Mr de Baviere
fctoniç de Bruxelles avec douze
tmille hommes pour inquieter
les Travailleurs. Il en sortit
autant de Bruges, de Gand
,
& de quelques autres Places
ennemies, & toutes ces Troupes
couchérentle11. àNinofvc
, d'où Mr de Baviere ayant
rappris le bon e stat de nos Lignes,&
la bonne disposition
de nos Troupes pour le recevoir
, ce Prince retourna à
^Bruxelles. Cette prudence
estoit de faison
,
puifquM ne
pouvoit nous attaquer sans
s'exposer à perdre toute son
Armée. La nostre devoit occupertoutes
les hauteurs qui
sont avantageusement retranchées,&
d'où l'on auroit
découvert les Ennemis, d-iine
demi lieuë, dans l'espace de
laquelleilsauroient estéobligez
de marcher en bataille.
Comme on ne croyoit pas
qu'ilsdussent se mettre en
Campagne pour disparoistre
atiffi-toft-, que la vigilance.
de Mr le Maréchal de Bouffiers
est grande, &quenos
Troupes
Troupesvolent,lors qu'elles
1 croyentaller au combat, il
se trouva au Camp, le 13. au
soir,soixante-huit Bataillons,
& cent Escadrons. Toutes
ces Troupes se font retirées
I;
depuis ce temps-là, à la re-
?
serve de celles qui font nef
ceffaires pour garder les Li-
; gnes. Il a deserté beaucoup
jd'Anglois qui font mécontens
du service, & qui ont
tous dit, que les Ennemis
manquoient de toutes les
choses necessaires pour tenir
la Campagne. J'oubliois à
vous dire qu'on a enfermé
Courtray dans les Lignes
dont je viens de vous parler,
& qu'ainsi cette Ville- là se
trouve hors d'estat d'estreinsultée.
Ces Lignes mettent
tout un grand Pays àcouvert
des contributions, pendant
que les François en tirent de
tous costez sur les Ennemis,
& le Roy vient aussi de travailler
à la sureté de Dunquerque
& de Furnes, en
donnant un Corps de dix à
douze mille hommes à commander
à Mr le Comte de
Montal, qui couvrira ces
'deux Places.
Les Paysans de quelques
Villages de Catalogne qui
s'estoient revoltez, &attroupez
& joints à quelques Miquelets,
ayant inquieténos
Troupes en quelques endroits
qui enont receu quelque
dommage, comme je
vous marquay le Mois passé,
Mr deCastanaga qui a succedé
au dernier Viceroy
, crut
qu'il n'y avoit qu'à attaquer
les François dans les formes
avec des Troupes reglées, &
que la fortune commençant à leur estre moins favorable, il en viendroit aisément 'à
bout. Dans cette penfée, il
a fait assiegerOstalric &
il s'est rendu luymesme devant
la Place: mais Mr de
Saint-Silvestre ayant marché
avec des Troupes, cette diligence
, & l'air dont ces
Troupes venoient à luy, l'ont
fait souvenir de la maniere
dont les François se battent;
ce qu'ilasouvent éprouvé
aux Pays bas, lorsqu'il estoit
Mestre de Camp de laCavalerieEspagnole,
fous lenom
deDom- Antonio-Agurto,&
ensuite Gouverneur General
des Pays bas, fous celuy de
Marquis de Castanaga: de
sorteque n'ayantoséattendre
Mr de Saint-Silvestre,il a levé
le Siege preique aussi-sost
qu'il a esté formé. Ainsi toutes
les belles esperanccs que lesEspagnols avoient de se
rendre maistres de nos Conquestes
en Catalogne, se trouvent
évanoëies, & dés que
nos Troupes paroistront en
Campagne, elles aurontla
mesme superiorité, & selon
toutes les apparences les mêmes
avantages, si elles jugent
à propos de faire quelque
entreprise. Les Espagnols
font bien chagrins de ce que
les Flotes Angloise & Hollandoise
qui font à Cadix,
ne peuvent leur rendre de ser- *vices proportionnez à ce que
ces Flores leurcoûtent. Elles
font tellement déperies, que
si la mortalité continuë
,
elles
feront hors d'estat d'agir
avant la fin de la Campagne.
Il y meurt tous les jours une
grande quantité de Matelots,
& comme par politique on
en jette les corps dans la mer
pour en cacher le nombre,
tous les poissonsenestant empestez,
faisoient crever ceux
quienmangeoient; ce qui
a obligé les Espagnols à dé.. ,fçndreJa pesche dans la Baye
idepCoaduixr. Je ne vous dis point affaiblir nos ennemis,
c'est un fait si constant, jqueje ne puisvous assurer
Ien avoir vu plusieursLettres
qui marquent toutes la mesme
cbore ;ainsiily a tout
sujet de croire qu-P, quand ces
Flotesferontrétournéesdans
leursPorts à la fin de la Campagne
, ,c:.lJes se trouveront
hors d'état, de revoir laMediteranée
deplusieurs années.
CJefi une chose absolument
impossible
, veu la difficulté
qu'il y a prefcntement de
trouver des Matelots en Angleterre
& en Hollande: de
sorte qu'il est aisé de prévvtfr
les grands avantages que
nous aurons alors sur nos ennemis,
en cas que la guerre
continuë.
Les vents contraires ayant
arresté sept Ordinaires d'Angleterre,
il n'est pas aisé de
vous en donner de nouvelles
seures. Cependant on a appris
par une Barque échapée
de ses Ports, chargée de Laine
,
dont le transport ell désendu,&
arrivée à Calais,
qu'ily avoit de grands démeslez
dans les deux Chambres
du Parlement; que celle
des Communes avoit fait emprisonner
vingt. deux de ses
Membres ; que la pluspart
demandoient l'exil de Milord
Porteland, autrement
du SieurBenting
,
Favory du
Prince d'Orange
,
qui a reu
de l'argent pour faire pafer
plusieurs Bils à la charge
lu Peuple que les fonds,
pour achever le payement
lesSubsides, n'estoient point
encore trouvez, & qu'il y
avoit de grands differens entre
les Episcopaux
,
& les
Non-conformistes, qui embarassoient
fort le Prince
d'Orange.Les vents ayant
changé depuis peu , touc;
ce que je vousécris fera
confirmé ou détruit dans le
temps que vous recevrez ma
Lettre. Cependant le manque
de nouvelles d'Angleter.
reinquiéte fort les Hollandoiselles
ne sçavent que re.,
soudre dans leurs AiTem-'j
blées
,
faute d'instructions
& leurs avis y sontsiparu-<
gez, que chacun s'obstinant
dans le sien,on n'y prend
aucune resolution
, & tout
demeure indecis, & dans une
confusion qui fait un tresgrand
tort aux affaires de
Flandre, les Alliez n'osant
agir sans les confcils du Prince
d'Orange, qui sont des
ordres su perieurs.
Vous sçavez que les Vénitiens,
suivant leurs Lettres
nont perdu dans les deux
combats qui se font donnez
entre leur Armée Navale &
celle des Turcs, que les
Vaisseaux le Lion couronné,
l'Etoile de la mer, le Dragon,
& un autre grand Navire ap
pellé l'Abondance des Richesses
qui servoit de Maga
fin, & qui est tombé entre
les mains de leurs Ennemis,
Ils ajoutent àcette pertecellede
MrsPriu11,.Piian£,çaf
garo,, Bragadino,Zorzi, &
de plusieursautres Nobles
Officiers&Volontaires, avec
cellede deux mille Soldats
& qu'il fut resolu par l'avis
duConseilde guerre,d'a ban.
,
donner la Forteresse de Chio,
&toute l'Isle,aprés en avoir
enlevé la garnison & tout ce
que le temps pourroit permettre,
& avoir faitaussi crever
le Canon & fauter les Fortifications.
LesLettres suivantes
dirent que tout celaestoit
executé ,& qu'ilenestoit sorty
grand nombre de familles
, mais les dernieres ont
marqué qu'il n'en estoit sorty
quesix seulement;qu'on avoir
cassédansle Porc une Galere,
& plusieurs Galiotes,& que
son estoit sorty avec tant de
preci pitation, qu'onavoit emporté
fort peu dechoses; qu'il
avoit beaucoup de muniions
& de canon dans le
Navire qui estoit tombéentre
les mains des Turcs,&
qu'il n'y avoit point d'apparence
que les Fortifications
eussent fauté, parce que les
Venitiens,apréss'estre retirez
,
n'avoient point remarqué
que les mines eussent fait
leureffet.
-
Jamais on n'a tant parlé
d'un Siege avantqu'il sua.
formé, que l'on a parlé de
celuy de Casal; toutes les
Histoires ne font mention
de rien de pareil dans touszi
les siecles, & chez toute»:
les Nations. Sept ouhuit
Puissances Souveraines traillent
aux apprefts de ce
ege depuis cinq ou six mois,
n diroit en examinant les
éparatifsquise font, qu'on
plûtost dessein d'assieger un
Ae Etat qu'une Ville, &-il
déja tres-longtempsquon
tupe des bois pour faire des
scines, ce qui ne sefait jaais
qu'un Siege ne soit foré.
Voicy huit ou neuf exlits
de Lettres écrites deis
le 9. de Mars, date du
emier, qui confirment tout
que je viens de dire touant
ces préparatifs.
Les Nouvelles de ce Pays
4
roulent toujours sur les préparatifs
pour le Siegede Casal, &
ceux qui les ont vûsdisent qu'ils
sont bien plus grands que ceux
que l'onavoitfaits pour leSiege
dePignerol. LesHateauxnefont
qu'aller&venir de TurinàCressentinpourvoiturerles
munitions
de guerre , & les autres choses
necessairespour leSiege Toutes les
Troupes quisont en Piedmont,
intreceude nouveaux ordrespour
marcherà la fin de ce mois. On
a donné ordre aux Milices dese
tenirprestespour marcher en même
temps.
Voicyun autre Extrait du
3. du mesme mois.
Les Nouvelles de Turinsont
ru'ily a vingt-quatre, pieces de
Canon de vingt quatre chargées
Sur leurs chariots, qui doivent
flre embarquées d un jour à l'aure
pour aller à Casal. Le Régi,
nent de Milord Gallouay tft4
Moncalier,prestàestre aussiemarqué.
Ily a un Regiment de
Religionnaires àVilleneuve
Afl, & celuy des Gardes a eu
rdredevenir à Quiers. Le Come
de la Rocque est p*rty pour aller
Cony faire marcherson Régiment,
qui est celuy de Montserrat,
& le ChevalierBerset est
alléfaire partir celuy de la Croix
blanche. Les deux Mortiers qui
portent des Bombesdetrois ans,
ont esté receus après l'épreuve,
& on les a chargezsur leurs
chariots Avec leurs ajftNtJ, pour
este pareillement conduits au Pô.
Les Lettres du 25 disoient
ce qui fuit.
Les nouvelles de Turin font
que SA R efl à Pont de Sture
,
son équipagenéanmoins est
presque tout à Turin. On travaille
à faire des facines hors de
laportée du canon devant Casal;
ony porte aussitous les outils ne,
cessairepourouvrirla tranchée,
(3r on devoit. dés hiercommencerà
travailler aux batteries.Il jesi
encore pwty neufpièces de canon
&dehm morutr$ degros calibre,
S.A. R. a mandéqu'il y en
avoit aujft avec ceux des Espagnels
qui en fmrmjjent pour
les Allemati<ls/>enfwrtequ'ily a
présetement à portée de Casal
cinquante quatre piecesdecanon
04 vingtmortiersi L'on emballe
dansl'Arsenalde Turin desespon
Ions.;, des pertuisanes
,
des fourches
& desfaulx
3 que l'on envoycàTrin
,
partie par le Pô,
partiesur des chariots Les pou<*
dres,mesches, & brûlotspartent
tous les jours
, & S. A. R. ne
reviendra qu'après que les batteriesferontfaites.
Ily a cependant
ordre defaire des amas de paille
a Carignan & à Turin pour la
Çavalerte & l'Infanterie qui
doit venir dansquelquesjoursaudit
Carignan & à Rivole.
Voicy ce que portoient les
Lettres de Turin du31. Mars.
Depuis le dernier Ordinaire,
M a fait partir de cette Citadelle
par ordre de S. A. R. cinq mortiers
avec cinqpieces de canon
de 24. lesquelles furent embarquées
hier. On en a encore con,
dfiit cinq autres qui nesontpoint
embarquéesy &Jes unes & les
autres ne partirontqu'ensemble.
Les- Dragons de Cavalerie de
S.A. R. ont eu ordre de se tenir
prests d marcher aprèsPas-
Voicy ce que disent les
Lettres du 6. de ce mois.
L'oncontinueRemployer toutes
les voitures, tant de chevaux,
que de beufs, pour porter des munitions
au Pô afin de les faire
descendre à Casal
,
pourlequel
lieu il part tous les jours des b¡j.
teaux qui en font charge^. On
fait de grands amas de paille que
/u»/»e//cavec du soin
, pour,
envoyerenfuitedu costéde Riva*
le, afin défairefubÇtjïerUÇa~
valerie,quiy doit marcher avec
de l'Infanterie dey que l'attaque
de Casalaura commencé, eF on
parlemesme de faire un Camp
fortifié à Veillane.
On lie ce qui fuit; dans les
Lettres du jo,
Les Nouvelles de Turindiftni
que, Çontravaille aux Epaulemens
des Batteries ; quelQn pretend
ouvrir la tranchée le 12 (7
que l'on a toutes les peines du mondeà
trouver dufourage pour la
Cavalerie qui est à ce Siege,&;
mesme de la paille pour les Soldats
qui souffrent beaucoup. Ila
AUjJineigé de ce costé là environ de
lA hauteur d'un pied. On confirme
la mort du MarquisPallavesin&
d'un autre Gentilhomme
Piémontois, tuez du Canon
dela Place. On voiture quantité
d'avoine de Coni à Çasal, doù
l'on apprend qu'il_yyaadéjà trois
batteries complettes, que la qui-.;
triéme est fort avancée
,
& que
l'on a mesme commencél'épaulement
de la Cavalerie dedeux
costez pour l ouverture de la tranchée,&
queS. J4. R.ayanteslé
voir lesdits épaulemens
,
ily eut
une déchargé de neuf pieces de
Canon de la Place tirezen mesme
temps ,
qui pensa l emporter,
& qu'zly eut quelques Dragons
tues auprés de ce Prince ; que
l'on 4 porté aux Batteries
,
des
bombes & des carcasses, & que
l'on a encore envoyé chercher des
outils à remuer la terre.
Voicy ce qu'on trouve
dans les Lettres du 15. Elles
font de Pignerol.
Nous apprenons par un Exprés
arrivé de Casal, que l'on
a eslé obligé de discontinuer le
Siege, àcause du mauvais temps
que les Troupesse sontretirées
dansu
dans les Villages voisins; que la
mauvais temps a tellement ramol.
jI la terre que les Batteries qui
sont faites tombent, que les
pieux manquem, en sorte qu'on
if/lIOi,t estéobligéd'employer promptement
des madriers& de grosses
poutres, pour les soutenir.
MrleDucde Savoye est revenu
à Turin; où il a receu unCoulvier
de l'Empereur, quiluy marque
qu'illuy avoit cy -
devantfait
entendre qpiapm-Uprise de Casal
il le feroitraser
,
maisque
depuis il a tfté obligé de changer
de dessein,(7 qu'il ne le feroit
démolirqu'après la Paix.
LesLettresdu17, de Tu*
rin, contiennentceque vous
allez tirc.,
Le temps ayant change en ce
Pays, S.A.R.afixésondépart
pour retourner devant Casal au
i&. de ce mois,& les ordres ont
esté envoyé à toutes les Troupes
destinéespour te Siège,de marcherpourreprendre
leurs postes.
Le Pô est fort enflé par les neges
fondues.Il partit encore hier
sept 'BattâllX chargez de muni*
tions de bouche°uerre, CY
des fournitures pour les TrlUtes,
oùily a déjà beaucoup demaladies.
Outrecela il endeserte beauC&
up quisejettent dans Cajal.
* J'ay cru que sans vous donner
les extraits de toutes ces
Lettres, il n'estoit pas possible
de vous faire croire les mouvemens
que les Alliez se
sont donnez pour le Siege de
Casal, & le grand nombre
de coutes les choses necessai.
res à un Siege qu'on a voiturées
depuis plusieurs mois-,
ensortequ'on peut dire que
ces préparatifs ont déja plus
coûté que le veritable Siege
de la plus forte Place de l'Europe.
j'espere avant que de
fermer ma Lettre vous en envoyer
encore desnouvelles ;
qui vous feront sçavoir si les
Alliez auront en6n osé se déterminer
à l'entreprendre.
-
Depuis l'Elévation du nouveau
Sultan,& les pertes que
les Venitiens ont faites, la
Cour de Vienne se trouvefort
embarassée à trouver des
fonds pour soûtenirune guerre
qui ruine l'Allemagne; &
l'entêtement du Ministere est
de tout risquer pour rendre
l'Empereur maistre de l'italie
, ce qu'il ne peuttenter
dans un autre temps que pendant
le cours de cette guerre.
Ainsi avant qu'elle nnine~
on risque l'Allemagne pour
avoir Casal
,
dans la pensée
qu'ayant deja ruiné les Princes
d'Italie à force de contributions
,
ils feront hors d'etat
de se défendre contre UOE
Prince qui se dis déja. leur
Souverain. , Le mot de l' Enigme du
mois passé estoit le Soufletà
soufler lefeu, & il a este trouvê
par Mrs du Pont: l'Abbé
Rezonec : labbéBarin : le
Triolet de la rue aux Ours:
MademoiselleColart: la belle
Javotte du coin de la rue
de Richelieu: Marie de Caftel:
les Nimphes du Bal de
Fontenay: Angelique de
Vincennes: la Thucidide
Fanchon: la belle Brune de
Noyon: & les deux Jumelles
de la rue S. Loüis.
Je vous envoyeuneEnigme
nouvelle, donc vousferez
part à vos Amies.
ENIGME. MOn absence embarajjsafîe%
toute P,€ffonncy
Oui demonsecours a besoin.
De se munir demoy chacunaussi
prendfin*,
Et la précaution en est louable &
Sonne.•-
Qui la négligé s'en repent ,
Sur tout lors que sa main, dont
mon employ dépend
, Me cherche en vain *àje dois
estre. Je vous ay dit beaucoup, sur cela
devinez.
Qitoy que sur ce portrait voué me
deviez connoistre,
Je veux bien ajouter qu'employé
par monMaistre,
Je prens le plus fin par le nC:I{-
Je ne vous disrien de l'Air
nouveau donc vous allez lire
les paroles. Vousestes;t)yrop
connoisseuse pour n'en pas
juger par vous-mesme.
AIR NOUVEAUA
ux armes,Camarades,
LEnnemy nest pas loin, courons
tous au vin;
Aux armes,Camarades,
Ayons tous le verre à la main*
Au milieu des rasades
L'Amour nous a surfris, IIestenembuscade
Pournousfaire bravade Ilestenembuscade
- Dans les beaux yeux £Iris*
A grands coups de verre
Allons tatltu/lur);
Ce superbe Guerrier.
Pourtenyvrelr1,
passons-luy la guerre
Sans quartier.
Pour Venyvrer
Jebois le premier. Ilfautmeseconder.
uCniéllécbormomnsenlcae vàib£oloiriere, t plus charmant dessin
Quede boireavecsaCatin?
est-ilunpluscharmagt defin
S~~ d'accorder tamour &le vin?
- Je vous pailay il y a quef.
que temps d'un Livre inticu
lé
,
PratiqueCurieuse,oui le.
OracUs des Sibillessur ch-aqu,
questionproposée. Le succésde
ce Livre a esté fort grand
puisqu'on en a fait une seconde
Edition. Elle est au.
gnlenrée de la Fortune des
Humains décidée par les
Dieux, Déesses, demy-Dieux
& grands Hommes de l'HiC
toire profane,avec une ex
plication de leurorigine &
de leur caractere,ce qui rend
ledivertissement que donne
ce Livre utile & agreable. Ily
a plusieurs questions nou-
.q velies dans la seconde Partie
b de cette Edition, où toutest
unnouveau jusques à la malumiere
de trouver lesquestions
bdont le nombre cftaugn-ien..
~bue. Ainsi il y i©Jujec de
~iDcroire quelle n'attachera3c
ume réjouira pasmoinsqu'a
ifi¥ait la premiere Ce Livre
~awend chez le Sieur Brunec
~anslagrandeSalledu Palais,
~ussu Mercure Galant; où fc
Diîrouvetit aujourd'huy la plus
engrande partie des nouveaur,-),-
ez qui regardent le Palais.
) Il debite aussi laTragedie de
Judith, & la Comedie des
Dames Vangées,oula Dupede
soymesme. Vous sçavez que
ces deux Pieces ont alternativement
occupé le Theatre.
pendant les deux derniers
mois de ce.. hiver.
0n
aenfinreceu quelques
Lettres de Londres, par lef-|
quellesenapprendqueleiwj
de ce mois rien n'estoit en
core arresté pour achever les
fond des Subsides C,'efluno,i
chose surprenante que 141
quantitédepersonnes accue
sées de malversàtion,ce qui
, n'a jamais elle à cet excès en
Angleterre. L'Orateur de 14.
Chambre Basseesté,cha(Té.
Plusieurspersonnes ont esté
miles à la Tour ,pour les
obliger à déclarer l'employ
de cent mille livres Sterling
plusieurs autres ont esté nojtéts,
& doivent estre contraintes
par des Actes, pour
répondre à divers Articles de
malversation, & le Chevalier
tCooJce a esté envoyé à la
Tour pour le mesme sujet
Tant de contraintes & tant
d'emprisonnemens ont assez
derapport avec les Nouvelles
apportées par la Barque dont
je vous ay déja parlé. On ne
peut sçavoir seurement sile : Prince d'Orange passera en
Flandre qu'aprésque le Parlementaurafiny
les Seances-
Quand tous les fonds des
subsides qu'on luy a promis a
feroient alors trouvez, il ne :
laissera pas d'estre fort em-- barassé; car ou il fera long--
temps à recevoir l'argent des
ces fonds, ou il fera obligés
à faire de tres-grandes remi--!
ses pour le toucher, ce qui
ne luy peut estre que trespréjudiciable
d'une manieres
ou d'autre, puis qu'il recevra
plus tard les sommes
donc il a besoin, ou qu'il en
recevra de beaucoup moins
confiderabJes, s'il les reçoit
plûtoit. Je fuis Madame,
vostre,&c,.
A Paris, le 30.Avrili6)§.
t
!
APOSTILLE.
Je viens d'apprendre que
sixcens hommesdeTroupes
reglées,& trois mille Paysans
ayant investi Cattel-Follit,
Mr du Guast, Maréchal de
Camp,assembla quelques
Troupes en diligence
,
&
qu'ayant attaq ué les ennemis
le 15. au matin ,
le combat
dura jusques à quatre heures
du foir. Il y eut en cette occasson
douze cens hommes
tuez ou blessez, & trois cens
Paysans furent faits prisonniers.
Comme ils font du
Pays Conquis, ils ont esté
traitez en Sujets rebelles qu'-
on prend les armes à la main.
Je ne puis vous assurer si la
levéedu Siege d'O stalric donc
ona passé n'est pointcette
mesmeaction, qu'onécritde
Perpignan , avec beaucoup decirconflances.
t Les Lettres de Pignerol du
L 3,0. disent que le Pô ayant Jgrossi, a ruinétoutes les bat-
! teries des Ennemis devant
y
Casal, & que les travaux
1 ne sont pas plus avancez devant
cette Place que le premier
jour.
On croit que la Garnison
deChioaestéenlevée par les-
Turcs, ou qu'ils l'ont passéze
au fil de l'épée. Le Capital
ne General de l'Armée Naï
vale des Vénitiens, Dom Ait*
TA B LE.
iettresur les rrivtt d'Hostilement,
Payen, &Chio.,me; '* 13
Projet de l*Htfoire£Anjou.30
Histoire Ecclesiastique d'Anjou.
50
Pompe funèbre»57
Epistreà Mr le Duc de Fandafîlmïef*
l,aire.111909
Portrait de Madame la Princesse
de Conty, 1 42
Lettre touchant les Satirespubliées
contre le Mariage. 145
- TABLE.
Mort de Mr le Comte de J~~
if*
Discours dela Vue.
, :
Ise
l'oriraitdu nouveauSultan. 197
J-Iegarts convertis, im.
Reponsed'unCartesien à la L 94tte
"Rn Pertpatettcten. 203.
Extrait d'un Sermondu Pere Sim'indeL*
Vier^èV, ii~
Mariage* L. ~122^
Mr le Comte de §\PjèrH efinommèPbll.
estreMenindeMonsieur
le DucdeChartres. 247
Lettre pour détromper ceuxque
le malheur de {olfîinatton retient
encore dans tfiefe^e. 250
AuireArticledeMorts. i61
Service faitpour Mr de Luxembourg.
2/9
Lettrequi fera raisonnerleLecteur.
2//
TABLE.
Nouvelles de Flandres.284.
Nouvelles de Catalogne. 291
Nouvelles de Cadix.
"Nouvelles d'Angleterre. „296
Nouvelles de Ventre* 29.9
NouvellesdeCafal. 302,
Nouvelles de-Prertn-e. 316
Article des tyigmis.31j ~ïracle{jle*S)Mes,•-.
Vfit£cesdd#e Tiihlelfatar'ed. ^ngkùim3.2i4J
tpo{hOe contenant des nouvelles de tkfums.sniroi^,tJ •,***
v4visp»urplaçâtesFigures.
-
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La Médaille doit regarderlapage
Qualité de la reconnaissance optique de caractères