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oN donnera toujours on Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de cht aque Mois, ÕC on le
vendra Trente fols relié en Veau &
Vingt cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
ChezG. DELUYNE,auPalais*dans
laSalle des Merciers, àlaJustice.
T. GIRARD,auPalais,dans laGrande
Salle, à l'Envie.
Etb MICHEL BRUNET, Grand'SaYe
du Palais, au Mercure Galant.
M.DC. XCIV.
/iyee Privilège dn Roy.
AVIS.
QVelques prieres qu'on ait
faites jufquàpresent de bien
écrire Les noms de Famille employez^
dans les Memoires quonenvoye
pourceMercure, onnelaisse pas d'y
manquer toujours. Cela est caufc
quily a de temps entemps quelquesuns
de ces Memoires dont on ne se
peut fervir- On réitéré la mesme
priere de bien écrire ces noms, en
forte qu'on nes'y puissetromper. On
ne prend aucun argent pour Les Memoires,
6 l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour^pourvâ
quils ne de[obligentpersonne, &
qu'il riy ait rien de licentieux. On
priefeulement ceux qui les envoyenl, 6 sur tout ceux qui riécrivent que
pour faire employer leurs noms dans
J'article des Enigmes, d'affranchir
leurs Lettres de fort, lits veulent
qu'on sa(secequ'ilsdemandent.C'est
fort peu de chosepour chaqueparticulier,
& le tout ensemble est beaucoup
pour un Libraire.
Lesieur Brunet qui débité presentement
le Mercure, a rètably les
ehofcs de maniere qu'il est toujours
impriméau commencement de Chdque
mois. Ilavertit qu'à l'égard des
Envois qui se font à la Campagne,
ilfera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que ton commence à vendre icy le
Mercure. Commeces paquetsferont
pluficurs jours en chemin, Paris ne
UUTera pas d'avoir le Mercure
longtemps avant qu'ilfott arrive
dans les Villes éloignées, mais au/Ii
les Villes ne le recevront passitard
qu'elles faisoient auparavant.C'eux
qui se lefont envoyerparleursAmis
sans en charger ledit Brunet5 sexpoftnt
à le recevoir toujours fort
tardpardeux raisons.Lapremiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendresi tôt qutleftimprimé,
outrequ'il le feratoujoursquelques
joursavant que l'onenfaffe le
débit;&ïautre, que ne Renvoyant
qu'aprts quils l'ont lu eux & quelques
autres à qui ils le pressent, ils
rejettent la faute du retardement
sur le Libraire, en disant quela,
vente rien a commencé que fort
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunetjutsquilsecharge de faire
lespaquetsluy-mesmee de lesfaire
10rter à la poste ou aux Mefagers
sans nul interess,tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
province,qui luy auront donné leur
adresse. Ilfera la me[mechoft^enetalement
de tows les Livres nouveaux
qu'on luy demandera
,
foit
quilles debite
, ou quilsappartiennent
à etautres Libraires, sans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il si rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire quun mesme paquet.
Tout cela fera executè avee
une exaHitude dont on aura Lieu
desire content.
'ltERCVIE
%e44ALen~(r
NOVEMBRE1694.
11f"4.i'ATTENDEZ,Madame,
aucun Eloge
duRoy aucommencement
de cette Lettre.
Quoy que chacune de ses
adtionsfournisse une ample
matiere à de glorieusesreflexions,
on peut quelquefois
se dispenser de les faire, &
j'entre aujourd'huy dans les
fentimensde Mrl'Abbé Jacquelot,
qui dans les Vers
que vous allez lire
, nous
donne l'exemple de ne songer
qu'à faire des voeux pour
la conservation decet Auguste
Monarque.
SONNET.
GRandRoy,jefais chagrin des
récits ennuyeux,
Ou font mal peints les traits de ta
fameuse Histoire.
Qjte peuvent tant d'Auteurs ajoûter
à ta gloireï
De l'universentierelle éblouit les
yeux.
Tes Vertus, & ton regne en tout si
glorieux,
Du plu long avenir perceront
Cambre noire:
Qui veut par ses Ecritsaffurer ta
memoire)
Marque un aveugle orgueil) un
%ele injurieux.
Cent miracles divers) dont fleurit
ton Empire,
Sans l'aide du Parnasse,&îappny
du Potpbire,
Sçavent rendre immortel le grand
nom de LOVIS.
Ainft-) Monarque heureux
,
qui
surmonte l'envie,
Je ne fais point de Vers pour tes
faits iuoülf,
Mais je fais mille voeux pour ton
illujlre vie.
Lacuriosité que jevous ay
toujours vue pour les nouvel..
lesdesPays que de vastes mers
separent denous.,me faitjuger
du plaisir que vous donnera la
1 Relation que je vous envoyé. I
Elle est d'un Millionnairei
Jesuite, que son ze le a porte
à aller annoncer l'Evangile
aux Infidelles.
VOYAGE
DE CONSTANTINOPLE
AISPAHAN.
AvIspahan ce14. Septembre169^ OUS avez a pparemment
reçuJ1non R P.
une petite Relation de mon
Voyage de France à Constantinople.
C'est pourquoy je
ne vous en diray plus rien,
aussi-bien ay- je assez de choses
à vous dire sur le reste de
mon Voyage.
1 Nous partismes de Consrantinople
le 8. de Décembre
1691. contre l'avis de bien
des gens qui prétendoient
que c'estoitunetémérité que
de s'exposer aux orages qui
rendent, disent-ils, la Mer
noire impraticable dans cette
faison; mais comme nous
avions de fortes raisons de
hâter nostre voyage, nous
prîmes tout ce qu on nous
disoit des dangers de la Mer
noire, pour un langage d'une
amitié trop craintive, &
nous mettant fous la protection
de la Sainte Vierge)
dont on celebroit ce jourlà
la Feste
, nous nous embarquâmes
sur un Bastiment
Turc, beaucoup plus petit
que ne sont les Bateaux de la
Riviere de Seine. Nous eûmes
un grand calme dans tout le
Canal de la Mer noire,ce qui
nous donna le temps d'en
admirer la beauté. Je ne crois
pas qu'il y ait au monde un
plus bel endroit. Le Canal est
large comme nos grosses Rivieres
de France, & bordé
des deux costez, mais surtout
du cofté d'Europe, de belles
maisons, qui font une ruë de
-
trois lieuës de long. Le pays
est charmant de chaque côré,
& l'ony voit detres-beaux
jardins. C'efi dommage qu'-
11n si beau lieu foit entre les
mains des Turcs, les François
en sçauroient bien mieux
profiter qu'eux. Il y a sur le
Canal deuxgrands Châreaux,
l'unen Afie,& l'autre enEurope.
Ils paÍfent pour forts
dans ce pays, mais je necroy
pas qu'ils f-iifenr peur à nos
Braves, s'ils avoiententrepris
de palier le Canal,vers l'embouchure
duquel9 du costé
de la Mer noire, on voit en
Afie, sur le haut d'une montagne
les restes d'un vieux
Temple, qu'onpretend avoir
esté basti par les Argonautes
à l'honneur de Jupiter)à ren.
droit mesme où ce Dieu enleva
Europe. Vis à vis de ce
Temple on voie en Europe
un grand Monastere de Moines
Grecs, que la libéralité
de l'Empereur MahometIV.
a rendu fort considerable.
Ce Prince estant à la Chasle
s'écartaun peu de ses gens,
&vintàce Monastere si peu
accompagné, qu'onne lereconnue
point pour ce qu'il
estoit. Cependant les Religieux
le receurent parfaitement
bien,&l'Empereuren
fut sicontent, qu'il leur ordonna
de luy demander une
grâce, leur promettant dela
leur accorder, telle qu'elle
-fuit. Les Religieux demanderent
une piece de terre qui
estoit à leur bien.seance, mais
Mahomettrouvant que ce
presentn'estoit pas digne de
luy, leur donna tout ce qu'on
pouvoit découvrir de terre en
Europe du haut de leur Mo.
nastere, qui est situé dans un
lieu aflfez élevé. En entrant
dans la Mer noire, on nous
fit remarquer dans laThrace
les relies d'une colomne exigée
à l'honneur de Pompée.
Il n'y a pas longtemps qu'.
elle est tombée. Quoy que -
nous fussions trop loin pour
la voir comme nous eussions
souhaité,elle ne laissoit pas
de nous paroistre fortgrossè.
En entrant dans la Mernoire
nous eûmes le vent assez
favorable, mais il changea
peu après
)
& nous obligea
d'aller mouilleraune grande
Rade, nomméeKerpé
,
où
l'on ne voit sur le rivage que
cinq ou sixmiierables cabanes.
Nous en partîmesJe lendemain,
& nous eûmes toujours
vent arriere le reste de
nostre voyage. Il fut quelquefois
un peu gros, & fit si peur
à nos Mariniers, qu'ils vinrent
nous prier de ne point
boire de vin, craignant que
cette boisson n'attirail lacolere
de Dieu sur leur Bafii- J
ment. Ce qui fait le grand 4
danger de la Mer noire, c'est !
quelle est si étroite en quel.f
ques endroits, qu'on apper-1
çoit le rivage des deux cô-4
tez j de forte que dans une 3
k
remporte il cft difficile de
s'empescher d'échouer, à
moins d'estre extrêmement
habile, ce que les Turcs ne
font apurement pas.
Nostre Pilote
,
qui nous
avoit promis de nous conduire
droit à Trcbizonde)
oùnous voulions aller, nous
manqua de parole,& le 16.
du mois à la pointe du jour,
il nous fit entrer dans une
petite Anse
,
où son Battement
estoit un peuàcouvert
des vents Nous crûmes qu'il
avoit là quelque affaire; mais
nousfumes bien surprisquelque
temps après, d'apprendre
qu'ilnevouloit pas nous
conduire à Trebizonde dans
sa Saïque { c'ell ainsi que se
nomment les Vaisseaux marchands
Turcs) & qu'il fongeoit
à nous procurer quelque
petite Barquepournous
faire achever le reste de no.
stre voyage, c'est à dire,
trente-cinq lieuës. Ce qui suc
de pis, c'estqu'il nous quitta
luy &tous nos Mariniers~&:
ne nous laissa qu'un Valec
pour garder le Vaisseau. Ils
allèrent tous dans leur Village
qui estoit à une grande
lieuë de là, où ils ne penserent
guere à nous. Il fallut
aller les chercher chez eux,
& les prier bien honneftement
de nous cirer du lieu
où nous estions. Il est difficile
d'en trouver un plus incommode;
ce ne font que rochers
inaccessibles, tout couverts
de bois impénétrables;iln'y
a pas une feule habitation,
& il faut aller une lieuë par
des précipices affreux pour
trouver unVillage. Les flots
agitent les Vaisseaux presque
autant qu'en pleine mer, &
dans une tempeste on est en
grand peril d'aller brifer contre
les rochers. Voila où
nous passâmes sepe jours en
danger d'y mourir de faim,
de froid&de milère,si nous
n'eussions pris une des plus
hardies resolutions qu'on
puft prendre dans Testas où
nous nous trouvions. Nostre
Pilote nous amena enfin un
petit Bateau, de la longueur
de ceux dont on se fert pour
pafferla Seine,encore fallutil
donner quelques piastres
pour l'avoir. Il s'agissoit d'embarquer
là-dessus Icize personnes,
& environ deux mille
pelant de bagage,&cela, lut
la Mer noire au coeur de l'hiver;
mais mourir pour mou- rirnous crûmes qu'il valoit
mieux se noyer viite que de
perir de langueur. Ainsi il
n'y eut personne quine conduit
pour l'embarquement.
Nousestions si pressez dans
nostre Barque, qu'il estoitloic
impossîble de se remuer,ou.
tre que le poids estoit fort
grand, & que le moindre
mouvement pouvoit la faire
tourner; mais autant que les
hommes nous avoient esté
durs)autant le Ciel se montra-
t il favorable. Jamais le
tems ne fut plus beau; nous allâmestoujours
vent en pouppe,
mais nous avions un vent
tel qu'il nous le falloir; car
s'ilcureeilé tant foit peu plus
fort, nous estions perdus. Le
moindre flot estoit ca pable
de nousengloutir. Ce qu'il y
avoit de fâcheux, est qu'il
estoit impossibled'aller terre
à terre; le flot estoit trop
grand le long du rivage, &
ainsi il fallut se mettre en
pleine Mer, sans esperance
de pouvoir nous sauver s'il
nous fustarrivé quelque lnaL
- heur,
heur. Enfin nous arrivâmes
vers le foir à Teraboulou,
où nous fûmes bien receus
des Grecs& des Armeniens,
qui nous firent beaucoup
d'amitiez. Teraboulou n'est
pas un lieu qui mérité d'avoir
place dans une Relation.
Il n'y a rien de remarqua ble,
si cen'ell la ficuationquiest
afiez,agréable: mais en fortant
de Ziphré (c'est le nom
de ce miserable endroit où
nous passâmes sept jours)
tout paroist beau. Teraboulou
, tout ruiné qu'il est., me
sembla un lieu delicieux, &
quoy que nous fussions logez
dans un miserable trou,où
nous pouvions speculer les
Astres sans sortir
, nous ne
trouvions pas que nous euffions
à nous plaindre. Nous
attribuâmes tousnoftre heureuse
sortie de Ziphré à la
protection deSaint François
Xavier, à qui nous avions
fait un voeu, pour sortir par
son moyen des dangers où
nous estions.
Croiriez-vous qu'au milieu
de tous les perils nous
estions aussi contens, &
d'aussi belle humeur que si
nous eussions esté dans le
meilleur College de France >
Quand on a une fois quitté
son pays, & toutes les petites
douceurs qu'on y avoir,
on estsi peu attache au monde,
qu'on apprehende peu
les grands dangers.Comme
on s'est entièrementabandonné
aux soins de la Providence,
on attend avec gran.
de tranquillitétoutce qu'il
luy plain: d'ordonnerjôc l'on
n'auroit pas grande peine à
voirfinir parl'ordre de Dieu
une vie qu'on luy a entierement
consacrée. Bien loin
que ces fortes d'épreuves
dégouttent un Millionnaire,
elles luy rendent aimable
son employ, qui luy fait
trouver des occasions de
participer à la Croix du Sauveur
des hommes. On souffre
volontiers quand on peutdire
qu'on ne louffre que parce
que l'on s'estengagé à procurer
la gloire de Dieu. Nous
prîmes à Teraboulou une
ieconde Barque à peu prés
de la caille de la premiere, &
ainG nous diminuâmes un
peu le danger en nous parra.
géant. Nous partîmes sur le
midy ,oc nous voguames
heureusement jusque bien
avant dans la nuit. Nos Mariniersavoienttenté
de nous
mettre à terre sur les cinq
heures du zoir, mais le Ciel
favorisa l'extrême envie que
nous avions de paffer la Feste
deNoëlàTrebizonde. Toute
"laCofteoù l'on vouloir abor.
der se trouva pleine de brisans,
fj- bien qu'il fut impos
sible de prendre terre. Sur les
onze heures du foir, nousap.
prochaines du rivage,& nous
jettâmes l'ancreau milieu des
rochers. Uny avoit pourtant
point de danger, parce que
cet endroit estoit à couvert
des vents. Nous y passâmes
le reste de la nuit,& je vous
allureque j'y dormis parfaitement
bien. C'estoit juftement
la Veille de Noël, ce
qui fit que le souvenir de la
Crèche du Sauveur nous rendit
plus supportable la faim,
la fois, le froid, & lesautres
incommodirez que nous avions
à fouffrir-Nous levâmes
l'ancre dés le grand matin,&
nous eûmes toujours
le temps favorable-Les Peres
qui nous avoient devancez
f
dans l'autre Barque nous attendirent
un peu, & nous
arrivâmes ensemble à Trebizonde
le jour de Noël sur les
neuf heures du matin. Nostre
premier foin,après avoir fait
porter nôtrebagage dans une
maison que nos Pères avoient
loüéeàTrebizonde l'Esté precedenc,
dans le dessein d'y venir
établir une Million, fut
d'aller rendre gracesàDieu de
ce qu'illuy avoit plûde nous
conserver dans une occasion
si dangereuse. Nous allâmes
le plûtost que nous pûmes
dans une Eglise Arménienne,
ou nous fûmes bien receus,
parce que l'Evesque Arménien
deTrebizonde est bon
Catholique. Comme il estoit
plus de midy, il n'y eut que
le R. Pere^jGriinaU^qui dit
la Mcffe j mais nous eûmes
au moins la confalation d'y
commUnIer, ce que nous
n'avions pû faire depuis Confiantinople.
Toute la cofte d'Anatolie
depuis Teraboulou jufqua
Trebizonde,est tres-belle &
tres-bien cultivée. TrebizondeJ
autrefois Capitale d'un
Empire après la prise de Cônstantinople
par les François,
est située vers la pointe d'un
golfe qui n'avance pas beaucou
p dans les terres, mais
qui s'étend en forme d'arc
prés de dix lieuës du cofté
de Trebizonde. Elle est dominée
par une haute montagne
,d'où l'on découvre tout
le pays.LaVille eil petite&
entourée de bonnes murailles,
mais les Fauxbourgs s'é.
tendent fort loin le long du
rivage aux deux costez de la
Mer. Le pays est beau & fertile
, les fruits y font en quantité;
l'on y mange de fore
beaux raisins durant tout l'hiver;
les Oliviersy sont grands
comme lesgrosarbres fruitiers
en France, & l'air y est
si tem peré
,
qu'au mois de
Janvier nous avions dans nôtre
jardin un arbre tout chargé
de fleurs & de fruits. Il ne
manque àTrebizonde qu'un
Port. Il y a bien quelque reste
d'anciennes digues que les
Empereurs avoient fait jetter
dans la Mer, pour y former
un petitPort, mais aujourd'huy
tout cela ne peur plus
servir,&lesVaisseaux fetiennent
à Platana, qui est une
fort bonne Rade, au fond
du Golfe dont j'ay parlé. Les
Grecs font en grand nombre àTrebizonde, & je croy
qu'ils y feroient moins difficiles
à convertir qu'à Conftantinople;
mais pour les
Arméniens, c'est une moifson
meure. Il est vray qu'il
n'y en a pas un fort grand
nombre
,
mais les Villages
en font pleins,& l'on
peut aisément faire quelques
excursions dans plusieurs
Villes voisines
,
où il n'y a
point de Missionnaires.Nous
n'avions pas envie de faire
un long fejouràTrebizonde,
mais la maladie du Pere Beauvoillier
nous obligea d'y demeurer
, & nous ne pûmes
en partir que le 26. de Janvier
1692. Le Voyage fut un
peu plus rude que celuy de
mer. Dés la premiere nuit il
nous fallut dormir à l'air, ce .:
qui estarrivé plus d'une fois,
car dans ce cofte-là de la
Turquie on trouve peu de
Carvanferas; encore font-ils,
si infames, qu'il n'y a point
d'écurie en France où je n'aimasse
mieux coucher. Ajoûtez
à cela que dans ce pays
)n marche depuis le matin
usquesau soirsans débrider,
& il arrive quelquefois qu'on
ril quatorze heures de fuite
t cheval. Le 27. & le 18. nous
marchâmes par des chemins
es plus affreux que raye jamais
vus. Nousestions toû.;
iqurs sur le bord d'un precipice
de plus de trois cens
Eoifes de profondeur, dans
un chemin couvert de neiges
& de glaces, & si étroit
qu'à peine deux chevaux y
pourroient passer de front.
Nous fufmes obligez dans
plusieurs endroits, de mettre
pied à terre, & de nous promener
dans les neiges & sur
la glace plus long-temps
que nous n'aurions voulu.
Aprés estre arrivez le soir,
bien fatiguezilfalloir encore
songer à aller couper
du bois, & à disputer sa place
dans quelque miserable Carvansera
, d'où l'on nous auroit
chassez plus d'une fois, si
nous n'avions pas esté munis
de bonsCommandemens du
Grand Seigneur. Le 19.nous
arrivâmes au pied d'une montagne,
sur laquelle est située
une assez grande Ville, nomméeGumiscané.
Nous n'eûmes
pas la curiosité d'y monter.
Il y a aux environs quelques
mines d'argent ,& c'efl:
de là que cette Ville a pris
le nom de Gumiscané, qui
veut dire, Maison d'argent.
Depuis làjusques à Baibourg,
où nous celebrâmes la Feste
de. la Purification, hors un
petit Chasteau planté sur le
haut d'une montagne, nous
ne vismes que des montagnes
couvertes de neiges de
la hauteur d'un homme. On
est quelquefois bien embarassé
à y trouver le chemin,
& je ne sçay ce que nous
aurions fait unjour sur le haut
d'une montagne, s'il n'estoit
survenu des Cavaliers mieux
montez que nous, qui nous
frayérent un sentier. Baibourg
n'a rien de remarqua- blequesonChasteau, qui
est situé sur une montagne
escarpée de trois coHez,-'&
qui n'etf commandée d'aucun
endroit. Il a double enceinte
de bonnes murailles,
mais l'Artillerie n'y est pas
en grande quantité. Le nom
fait croire que cette Place a
ellé bâtie par les Européens.
Ce
,
pourroit bien estre un
ouvrage de nos Croisez;
nous n'enpûmes rien apprendre
des gens du pays qui ne
font pas assez curieux pour
se mettre en peine de ces
fortes dechoses. Depuis Baibourg
jusques à Erzerum,où
nous arrivâmes le 6. de Fevrier
, de hautes montagnes
couvertes de neiges & rien
davantage.
Nous trouvâmes à Erzerum
dequoy nousdédommager
de toutes nos fatigues.
Les Peres Villote & Portier,
& nostre Frere Delos, nous
y reçurent de la maniere du
monde la plus aimable. Les
Catholiques vinrent en foule
nous faire des amitiez,&un
MarchandAngloisqui y demeure,
nous combla d'honnesterez.
Erzerum,Ville capitale
de l'Armenie
,
est une
grande Ville Turquesque,
bastie,à ce qu'on dit, par le
grand Theodose. Ellea double
enceinte de très-belles
murailles de pierre de taille,
de grands fossez revestus de
pierre
j & une assez bonne
Citadelle. Il y fait un froid
extrême,& la terre y est couverte
de neige prés de six
mois entiers. Nous prétendions
n'y demeurer qu'autant
de temps qu'il falloit
pour nous délasser, mais le
Bacha
,
à qui quelques gens
firent entendre qu'en nous
faisant une avanie, il pourroit
tirer de nous une grosse
somme d'argent, nous deffendit
de passer outre, malgré
tous lesCommandemens
du Grand Seigneur. Il s'en
repentit quelque temps
aprés, quand il vit que nous
ne songions point à lefléchir
par argent,&que nous nous
estions contentez décrire à
Constantinople à Mr l'Ambassadeur
,pour obtenir par
son moyen de nouveaux
ordres de la Porte. Ilne nous
donna pourtant pas la permission
de partir. Pendant
nostre sejour nous eûmes la
consolation de voir le grand
fruit que faisoient nos Peres
dans cette Mission, & la ferveur
de leurs Catholiques.
La Chapelle estoit pleine.
tous les Dimanches. L'Ecole
estoit tres-nombreuse, & les
enfanssi bien instruits qu'ils
confondoient dans la dispute
tous leurs Prestres. LesSchismatiques
craignant les fuites
de ces beaux commencemens,
songérent pendant que
nous e fiions là,à mettre tout
en oeuvre pour ruiner la MiP
sion. Ils firent courir cent
bruits capables d'effrayer les
Catholiques, & menacérent
souvent de les déferer au Bacha
, comme si en se faisant
Catholiques,ils avoient pris
party contre le Grand Seu
gneur, mais voyanr que
cela n'avoit pas tout le succés
qu'ils en avoient esperé,
ils firent venir deux Vertabiets,
c'est-à- dire Docteurs, 1
en langue Arménienne, pour
les opposer à nos Peres, & à
leur Evesque, qui estoie bon
Catholique. Ces deux Schif- 1
manques commencerent par
déclamer furieusement con- 1
tre les Freres, & les excommunierent
publiquement.Ils
firent chasser l'Evesque par
les Tutcs qu'ils avoient gagnez
à force d'argent, &
pousserentles choses si loin,
que les Catholiques n'osoient
presque venir chez nous. Jusque
là nous n'avions rien
souffert que quelques paroles
outrageuses dont nous ne
nous mettions pas fort en
peine; mais nostretour vint,
& Nostre Seigneur voulut
nous faire encore participer
à sa Croix avant que de sortir
de Turquie.
Aprés trois mois de sejour
à Erzerum
, nous receûmes
de Constantinople des réponses
très-favorables- Mr
l'Ambassadeur écrivitau Bacha
en nostre faveur,& nous
envoya un commandement
du Grand Seigneur le plus
fort que nous pûssions souhaiter.
Sa Hautesse declaroit
que le Bacha dErzerum nous
avoit arrestez mal àpropos,
& contre toute sorte de droit,
& il ordonnoit à tous ses Bachas
de nous donner libre
passage par tous sesEstats,&
de nous faire escorterquand
nous le voudrions. Il nous
permettoit de porter le Turban
blanc, ce qui est défendu
à tous les Chrestiens ,& de
nnoouussaarrmmeerrddeeqquueelqlquueermnaa--
niere que nous ju gerions à
propos. 7out le monde fut
d'avis qu'en portant au Bacha
le commandement du
Grand Seigneur, & la Lettre
de
de Mr rAmbassadeur, on de.
voit se plaindre des deuxVerlabiets
Schismatiques dont
j'ay parlé, & demander qu'ils
fussent chassez de la Ville
comme perturbateurs du repos
public. Le Bacha receut
fort bien nos Peres, & sur
leur plainte il envoya sur le
champ prendre les deux Vertabiets.
Toute la populace les
suivitjusque dans lacourdu
Bacha, qui ordonna d'abord
qu'on les misten prison; mais
un riche Arménien s'estant
faitcautionpour eux,ils furent
incontinent relâchez. Ils
dirent au Bacha, & à (on
Lieuterant , tout ce qu'ils
pûrent contre nos Peres,&
contre les Catholiques, ec
pousserent la fureur jusques
à dire,qu'ilfalloir que les Arméniens
quivouloientchan-
-
ger de Religion, se fissentn
Turcs. Cependant on se retira
de part & d'autre, & les
Bacha promità nos Peres des
leur faire justice. Le lendemain
,
les Schismatiques enn
sortant du Palaiss'en allcretin,
à leur Eglise, où ils sedéchai-i
nerenr touche nouveau con-f
tre les Francs ( c'est ainsiqu'il\
ils appellent les Catholiques)
& ils excommunierent tous
ceux qui ne viendroient pas
le lendemain avec eux chez
le Bacha. Ils y allerent en
effet de grand matin bien
accompagnez. Nous n'avons
pas bien sceu ce qu'ils y firent,
mais en sortant de là,
toute la populace vint pour
nous assassiner dans nostre
maison,où nous ne songions
à rien moins qu'à nous défendre
contre une telle violence.
Ils se jetterent d'abord
en foule dans la porte, qu'ils
trouverent apparemment ouverte;
mais par bonheur lift
Graveur François, que le Pere
Grimaldi meneà la Chine,
s'estant trouvé là
,
il mit l'épée
à la main, & les étonna
si fort qu'ils se retirerent un
peu; si bien qu'il eut le temps
de fermer la porte. Nous
courûmes tous à son secours,
& nous nous baricadâmes le
mieux qu'il nous fut possible.
Nous demeurâmes ainsiassiegez
prés de deux heures,
toujours en danger d' estre
égorgez. Enfin les Turcs vinrent
à nostre secours,& diffipeier
bien ville cette populace
; mais le Bacha nous
envoya ordre de forcir tous
d'Erzerum dans deux heures
,
disant qu'il n'estoit pas
en estat de nous défendre
contre les seditieux. Quelque
chose que nous pussions representer,
il fallut partir sans
pouvoir mesme parler au Bacha,
qui feignant de n'estre
pas luy-mesme en seureté,
avoit fait fermer les portes
de la Ville, pour em pêcher
que les Arméniens qui demeurent
tous dans les Fauxbourgs
,ne vinssentaussil'assieger
dans sa maison. Nous
partîmes donc d'Erzerum le
2.de May, accompagnez de
deux Gardes que le Bacha
nous avoic donnez. Ce qui
fut de plus fâcheux
,
c'est
que lesPeres quifaisoient la
Mission
,
furent obligez de
partir avec nous.
Estantdemes Amisautant
que vous l'estes, vous devez
me plaindre d'avoir manqué
une sibelle occasion de mourir
pour la querelle deNostre
Seigneur; car enfin il s'agissoit
là de ses interests, & l'on
n'en vouloit ànostre vie que
parce que nos Peres travailloient
avec trop de zele & de
succésàla conversion des
Heretiques. Naurois-je pas
esté bienheureux de trouver
fï-tost le plus grand bien
qu'on puisse esperer après de
longs travaux pour la gloire
de Dieu? Mais ces fortes de
graces ne font pas pour des
gens comme moy, &je crains
bien d'avoir le malheur de
mourir tranquillement dans
un lit.
Voila le déplorable estac
où nous laissâmes la pauvre
Eglise d'Erzerum
,
qui estoit
sans contredit, une des plus
belles Missions qu'eu st nostre
Compagnie. Dés que
nous fûmes partis, la perfecution
recommença contre
lesCatholiques plus forte qu'-
auparavant. On prit le nom
de tous ceux qui ne voulurent
pas embrasser l'Heresie,
c'està dire, tous les plus considerables
& les plus riches
de la Ville. Le Bacha les fit
tous emprisonner
,
& ils ne
purent se sauver d'estre assommez
à coups de baston, qu'en
donnant de grosses sommes
d'argent au Bacha, qui en
vouloit plus à leur boursequ'à
leur Religion. Vous ne fçauriez
croire avec quelle constance
ces bons Catholiques
ont souffert cette persecution.
Toute la populace leur
infultoit,& leur faisoit mille
outrages. On les menaçoit
de les perdre abfolunfents'ils
ne renonçoient à laFoyRomaine,
& tout cela ne les a
point touchez. Ils font demeurez
fermes, contens de
mourir, pourvu qu'ils mouruÍfent
Catholiques. Mais si
les nouvelles que nous avons
apprises depuis quatre jours
sont veritables, la Mission
d'Erzerum estplusflorissante
que jamais. Un Armenien
mande d'Erzerum à un de ses
Amis, que le Bacha & les
Vertabiets ont eu la teste
tranchée, sur la plainte que
Mr l'Ambassadeur a faire
d'eux àla Porte. On attend
confirmation de cette nouvelle,
qui est la meilleure que
nous puissionssouhaiter pour
nos Missions.
Nous ne trouvâmes dans
tout le reste de la Turquie
rien de remarquable que trois
assez bonnes Citadelles, Afsemcala,
Cars,&Messinguer.
On dit quecettederniere est
un ouvrage de Theodose,
mais je n'en crois rien. On y
voit dans plusieurs endroits
desInscriptions Turques, qui
nous auroient peut-estre appris
quelque chose sur ce
point-là, si nous avions eu
quelqu'un assez habile pour
les déchiffrer. Nous trouvâmes
aussi quelques montagnes
couvertes de Tulipes,
& quelques Bains d'eauchaude.
On nous dit en sortant de
Messinguer, qu'ily avoit foi.
xante Voleurs qui nous attendoient.
Cela effrayaapparemment
nosGardes,qui
nous abandonnerentmais
nous en fûmes quittespour
la peur. Nous ne trouvâmes
que trois Voleurs, qui, n'eurent
pas la hardiesse de nous
attaquer. La derniere journée
que nous sismes en Turquie
, nous allâmes coucher
à un petit Chasteau nommé
Mahaspat,situésurun rocher
au pied duquelcoule une I
Riviere au milieu d'une grande
chaîne de rochers, plus
hauts que celuy oùest le
Chasteau. C'est là ce qui separe
l'Armenie Turquelque
d'avec laPersienne. Nous eûmes
làun peu à souffrir dela
brutalité des Turcs. Ils avoient
vû quelques armes à
nos gens; ilsvouloientabsolument
les avoir, & nous
firent d'assez grandes violences
pour les enlever; mais
nous tinmes bon,&tous leurs
efforts furent inutiles.Nous
passâmes la Riviere le lendemain,
& nous trouvâmes
dans les rochers, les plus
beauxSimples du monde,
entre autres, desCeduinlim.*
bopurpuraro, incomparablement
plus beaux que ceux
qu'on a apportez du Cap de
BonneEsperance au Jardin
du Roy. Nous respirâmes un
peu quand nous nous vîmes
en Perse. Les Perfes sonttrès
honnestes, doux, aimant les
Etrangers,curieux des bonnes
choses, en un mot, ils
ressemblent presque en tout
à la Nation Françoise.
Toute l'Arménie Persienne
est fort ruinée jufques
à Erivam. Le Grand
Cha-Abas, Roy de Perse,
l'a ruinée pour empêcher les;
Turcs de porter la guerre:
dans ses Estats; mais en ap.-
prochant d'Erivam, ontrou.
ve une grande&belle plaine,
au pied de la fameuse montagne
Datarat, oùl'Arche de
de Noé s'arrefta après le Déjuge.
C'est assurémentune
des plus hautes montagnes du monde. Prés de la moitié
reil: ordinairement au dessus
,
des nuées, mais elle n'a rien
de beau que sa hauteur, car
- au plus fort de l'Esté elle est
y couverte de neiges. Au mi-
H lieu de cette belle plaine on
i voit un tres-beauMonastere,
l
nomméIchemiafin, où le
Patriarche fait sa residence., --
5
Nous y fûmes tres-bien receus
par le Vicaire du Patriarche.
Ce Vicaire est tres-bon
j Catholique, grand homme;
de bien, & tres- honneste;
homme. Il arefusé lePacriarchat;
& en cela il a fait une 3
grande faute, car s'il l'eust
accepté, la Religion Catho--
lique auroit fait de grands 2
progrés danscepays-là. En
sortant d'Iehemiafin,nousallâmes
voir le Patriarche, qui
• en revenant d'Erivam
J
où il
estoit, s'estoit arresté dans
une Eglise pour nous y attendre.
Il nous receut fort
bien, &fit beaucoup d'honneur
au Pere Beauvoillier,
parce qu'estant chargé de la
Lettre de recommandation
que Sa Majesté nous avoit
fait la grace de nousdonner
pour le Roy de Perse,ilestoit
Hoste de ce Prince, & par là
en grande consideration dans
toute la Perse. LesPrivileges
des Hostes du Roy de Perse
font grands. On les défraye
jusques à ce qu'on leur ait
donné réponse à la Lettre.
Ils ne payent aucune douane,
& sont appellez à tous
les Festins que le Roy fait
aux Grands desonRoyaume.
Enfin, le Roy les loge, &ai
une extrême consideration
pour eux, sur tout pour les;
François, parce que le nom
de nostre grand Monarque
est en ce pays-cy en grande
vénération. Nous avons joiïy;
de tous ces avantages, & le
Pere Beauvoillier a affiftodeux
fois au Festin du Royv
Onluy donnail y a quatre
jours réponse à sa Lettre !
ainsi il n'est plus Hoste du
Roy de Perte,& nous ne vii
vons plus aux dépens de cca:
Monarque.
Je ne vous feray pas un
long dérail de tout ce que
nous avons vû en Perse. Outre
que je n'enaypas le temps,
je n'y ay rien vû de fort curieux,
& vous en trouverez
plus dans les Relations de
Tavernier,&des autres,que
je ne pourrois vous en écrire.
Je vous diray feulement en
general, que la Perse est un
assez bon pays, & bien cultivé
dans les endroits,oùil y
il de l'eau, mais on trouve
[buvent de grands deserts fort
secs,& il s'en faut bien que
laPerse ne vaille la France.
On y trouve pourtant toutes
fortesde bons fruits. Les
Villes y font fort grandes,
mais vilaines, les maisons
n'ontqu'un étage,&ne font;
bâties que de terre, mais au j
dedans elles font très-propres
& très-commodes. Les2
Villes paroù nous avons paf--
lé font, Erivan, Nachivamte
Sophia, Tauris, Sultania
K Cafbin
,
Cum. Ifpaham eftfi
sans doute la plus belle do¡
toutes. Julpha, qui estla Ville
des Arméniens,n'est separéo:
d'Ifpaham que par la rivierea
Elle est grande & bien bâties
Nos Peres y ontune tort bel.
IcEgtife, bâtie depuis peu
par un Marchand Armenien
tres-riche. Nous en sismes
Dimanche dernier l'ouverture.
Le Fondateur nous fit ce
jour-là un grand festin àrArmenienne,
c'est à
- dire, un
fort mauvais repas pour des
François. J'aurois bien des
choses à vous dire sur Te(tac
de ces Millions, & sur les
grands biens qu'on y fait,
mais le temps me presse
c'est , pourquoy je vous renvoye
aux Relations que nos
Peres en écrivent au R. P.
Verjus.
Le Pere Beauvoillier reste
icy avec les Peres Tillac 8c
Maldan, afin d'y disposer
tout pour l'entreprise des
Missions de Tartarie. Nous
avons vû des Tartares de différentes
Nations, qui nous
ont appris des nouvelles de
leur pays. ils nous ont tous
dit qu'il part de chez eux des
Caravanes pour la Chine,
mais elles ne vont pas toutes
par la mesmeroute. Voilaun
beau champ quivasouvrir,
si Dieu favorise un peu nos
desseins
} car tandis que le
.3 Pere Beauvoillier entrera par - ,/1
cecosté-cy dans la Tartarie,
nous tâcherons le Pere de
Beze & moy, d'y entrer du
costé de la Chine, où le Pere
Grimaldi veut nous mener.
Nous n'attendons pour cela
qu'un Maimandar, c'est-àdire,
un Conducteur que le
Roy a promis de nous donner.
Ce Maimandar doit
faire toute la dépense de
nostre Voyage aux frais du
Roy, & nous exempter de
toutes les Douanes. Tout
cela se fait à la recommandation
de nostre Monarque
, pour qui le Roy de
Perle a unetrès, grande consideration.
Priez Dieu,mon
R. P. qu'il exauce nos voeux, & qu'il jette enfin un regard
de misericorde sur ces pauvres
Tartares, qui ne font
dans l'aveuglement que parce
qu'ils n'ont personne qui
les éclaire; mais priez-le en
mesme temps qu'il me donne
le courage d'exccuter sa volonté
en serviteur fidelle. Il
m'a fait une grande grace en
me choisissant pour porcer
sa parole aux Infidelles.Sije
n'y répons pas comme je le
dois, quel compte auray-je
à rendre?
a rendre?Aidez-moydonc,
mon R. P. a obtenir du Ciel
les secours dont j'auray besoin
pour m'acquitter comme
il faut de mon employ.
Je suisvostre,&c.
L'Idille qui suit est de Mr
de Senecé. Je n'ay rien à vous
en direaprès la satisfaction
que vous -m'avez témoignée
de tous les Ouvrages que
vous avez vus de luy.
IDILLE.
EReafte ,ce Befverdifcret*
Dontlebon sens faitcroire à tout
nostreVillage,
Qu'au fonddequelqueantrefau.
vage
Pan se dmne le foin de l'instruire
en ftcret
, Jl/'efiant venu rendrevifùe;
4can$%w dit-ildiun air d'auto.
rité ,
Que donne aux hommes le mérité,
Sitoftquilneftpointcontejlè. fadmite ta tranquillité ;
Je te vois tout ensemble indolent
& malade,
Sur ton teints dans tes yeux, fapperçoislepoison.
De courirauremede ileflplus que
faison,
Zemalprejje, faisons un tourde
promenade,
Peut-estre y pourrastu trouver ta
guerison.
Le rigoureux Décembrealors tout
en furie
Fai[oit d'bofiilitè cent aïles declare"
Et les fiers Aquilons avec luy con..
jurez„
Avoient ravi l'honneur de la trisse
Pra,".e.
Cybele contre eux aguerrit,
Pour parer seurement leurs coups
desespere,)
Coavroit d'un manteau blanc fei
atours bigarrez^.
Les moutons dansun tas étroitement
ferrer,
27e quittoientplus la bergerie.
Les ruisseaux mis aux fersjusquen
leur lit natal,
Au lieu de leur murmure tendre,
Pa, un bruit enroüé grondant leur
fort fatal
, A peine se faisoient entendre
Au travers d'un mur de(riftal.
Queltemps pourpromener!suivant
les moeurs antiques,
Donc l'urage est encor fréquent,
J'aurois bien mieux aimé aun vin
doux &piquant
Arrosermes DieuxDomefliqueJ.
Je le suivis toutefoisemprejjé
J)'JPpfendre ce quil vouloit
faire.
Par un Jentier nouveau dans la
neigetracé>
D'abordil me conduit dans un bots
solitaire>
Dont le barbare hiver de frimats
beri(fè,
Augmentoit l'horreur ordinaire.
Lesarbres enfermez,dans un émail
bruyant,
Et dépeiiiffez, de leur feuille honorée
Par le choc ,mutuel de leur sommet
pliant,
Accompagnoient d'un fracas effrayant)
Les fflBemenos arigeus edu .menaçant
A ce trisse concertlesfidelles échos
Vniffant leur voix ajjortie,
Faisoient couler au fond des os
Toutes les places de Scythie;
Et le croassement des funestes Corbeaux
Y tenoit affez^ bien sa lugubre
partie.
Dansl'endroitleplui[ombre & le
moins frequentè%
Etgafte prosternè sur la neige endurcie
Fit retentir la montagne transie
De ce discours pfémeaile.
Terre aimable, terre fetonde,
Ouvre ton fein pour nous donner
des lfeurs.
Dej" pour les orner d'éclatantes
couleurs,
L*Aurore fort du fein de tonde,
Et loffre en (QûTiant le secours de
ses pleurs.
Terre aimable, terre fécondé,
Ouvre ton fein pour nous donner
desfleurs.
iJagreable Zepbir par sa vertu
secrete
Remplittonvaflecorps de germes
amoureux.
Accorde à ïardeur de mes voeux
Le Narcifle & la Violette,
ilrieft plus d'ennemi, dontla rage
inquiete
Fatigue ce sejour heureux.
La faison rigoureuse attaque un
autre monde,
Et le Tyran du Nort, à fOurse
vagabonde,
Court'annoncer de nouvelles douleurs.
Terje aimable, terre fécondé,
Ouvre ton fein pour nota donner
des fleurs.
Le Ciel qui ta promis une ardeur
éternelle,
Paroissoit un peu ralenti,
Mais lte Soleil iannonce enfin qu)il e$fidelle>
Qu'il ne J'estjamais démenti.
Cet AjJre lumineux d'vne y/ace
immortelle,
Te fait son messâge galant j
Le Diadème ètmcelant
Qui couronne sa tresse blonde,
Excite dans les airs de piquantes
chaleurs.
Terre aimable, terre refonde,
Ouvre ton fein,pour nous donner
des fleurs.
le sensdune celefreflajne
DescendrejufquÀ moy les invisibles
donss
Pour chanter ton Epithalame,
l'entens le Rofftgnol redoubler ses
fredons.
Mon espoir le plus doux sur tes
bontex^ sefonde,
Déesse, exauce mes clameurs.
Ainsi jamais sur toy le tonnerre
ne gronde,
Ainsi toujours la mer profonde,
Pourtenourrirfournisse desva-
, peurs-
Terreaimable, terre fécondé
, Ouvre ton fein pour nous donnet
des fleurJ.
A ce début> je le confesse,
J'appliquay la maximeapprise en
ma jeunesse
ChezjtnCritique des plus fins,
Qne parmy les mortels la suprème
Sagesse
Del'insignefolieoccupe les eonjinJ.
Je crus que ce beau feu dont le Ciel
nous honore,
Dans Ergafie efioit endormy,
Et qu'une prtfe d'Ellehore
Sieroit fort bien à monAmi.
Déjàparunfoufris]expliquoisma
pensée
, Quand le Berger, d'un air au def
fus de thumainJ *
Se relevant dela neige enfoncée,
« Acanthe
,
reprit-il,mesaisissant
la main,
le comprens ton muet langage..
'LesfleurJ que je demande avec em- •< pre/fement,
r.Au plusfort de l'hiver, à ce terrain :
(auvage,
Te font croire avec fondement
Que fay de la raisonperdu le noble t
ttfage.
Quel jugementveux-tu que Lon
ftffedetoyï
De toy,quà contre-temps3 dans le
déclin de l'âge
, On voit à l'amoureuse loy
Soumettre lâchement ton indigne
courages
Tu ris de ma témérité,
Quand ja-poftrophe la nature
Pendant la faison la plus durei
Comme si reftois en Esiê?
Jlefl vray que jementsapprouve
ta censure.
Et toy3 dis-tu la vérité
,
En promettant à ta Mai/îreffe
Les plus charmans plaifirsde l'aimable
jeunejffe>
Quand la jeune/fe "Il quittéî
L'onde fous la glace captive,
En dépit des tendres Zephirs
D)oeillets & de jasmins émaillerd
sa rive.
Plutost quon ne verra tes impuif
sans desirs
Rappeller Venusfugitive.
Mùinsinsensé. que toy dans les
voeux que je fais
Je puis de , ma priere au Printemps t
exaucée
Poir les favorables effets,
jlfleurit à coupsur quand laneige
efl cessèe
: Mais de nos jeunes ans quanà la
fleur efl: passèe,
Acanthe,eOe tess pour jamais.
Va ifois plus sensè déformais ;
Aux esperances qui t'abusent
Dérobe de tes jours les refies lan-
- gui/fans,
JEt ne prodigueplus ton inutile
«
encens
Pour les Grâces qui les refusent,
Cederniermst à peine efiprononcé
Que le fage Berger me laisse
, Et dans le fort du bois brusquement
enfonce,
A mes reflexions il livre ma tendresse.
Sur ce fidelle avis faisant atlention
De son soli,de esprit fadmirois la
lumiere
, Et l'ipgenieufe maniéré
De me faire goûter une correction.
Touché de repentir ,
plein d'une
fainte envie,
Je retourne à pas lents regagner le
Hameau,
Et fais voeu Remployer le refle de
ma vie
Au foin d'élever mon Troupeau.
Jemarcbois en refvant>quandtout
à coupClimene
A mes yeuxéblouisfit briller mille
feux.
Dieux1quelle efioit chArmttnte)
& valoit bien la peine,
Quonromptfi des fermentpour resserrer
ses noeuds!
Dans quel combat mon ame alors
fut (onfondtié!
L'Amour parloit au coeur;d'une
flame assiduè
Il moffroit le salaire ,
& se chargeoit
du foin.
La raisonconteftoit, mais helasy
de si loin
Qu'à peine efloit- eUe entenauë.
Qjuarriva-t-il» enfin ? fempiray
mon maTchl,
Et je rentray chez^ moy mille fois
plus touché
i
Plusépris que jamais. 0 Morale,
Morale,
Contre des yeux vainqueurs,dont
on est enchanté,
Qae tes froides lefons ont peu d'au•
torité 1
Q'le ta puissance est inégale !
Que ton secours est limité!
Je ne suis point étonne
que vous me parliez siavantageusement
des Vers que
je vous envoyay le mois passé,
de Mr Bosquillon, Académicien
del'Académie de
Soissons,sur l'Estampe d'un
Chef d' oeuvreen Pharmacie.
Vous avez encela suivy le
goust du Public,qui les a
trouvez tres-beaux. Voicy
deux autres petits Ouvrages
de sa façon. L'un est une
imitation de ces deux Vers
latins de Mrde Santeuil,Chanoine
Regulier de l'Abbaye
de Saint Victor, qui fervent
d'Inscriptionpourune Statuë
du Roy
, que les Maistres
Chirurgiens de Paris font
élever fous un Peristyle, dans
la cour de leur Amphitheatre.
ecce ftltitifersts populo quas p~-
nimiis aies
HM animat
j
populi 'Vita
Jalufattefui.
IMITATION.
LQrfquecontre LOVIS s'arme
la terre entiere
, Nouâ elevons tcy dans un profond
repos
Ce nouvel édifice aux Peuples falutaite.
Qui peut mieux l'animer qu'un si
fameux Héros ?
2Jestil pas en tout temps,malgré
tinjujle envie,
De [es Peuples heureux
, le (alst
&la vie ?
Vous sçavez que Mr l'Evesque
d'Agen doit avoir
l'honneur de prêcher devant
le Roy pendant le temps de
l'A vent. Il fit son premier
Sermon en presence de Sa
Majesté le jour de la Feste
de tous les Saints, & il le fie
avec l'applaudissement de
toute la Cour. C'est sur cet
heureux & grand succez
3
ordinaire
à ce Prelat, chaque
fois qu'il monte en chaire,
que le mesmeMrBosquillon
a fait le Madrigal que vous
allez lire.
QVels éclairs redoublezj quelle
vive éloquence,
MACARON fait briller des [on
p-remierDiscours !
De ce terrent, de son rapide
cours
Rien riarreste la vehemence.
Des trompeuses vertus le fard tombe
à sa voix ;
Au faux Chrefiten il inspire
un vray^ele , Et traçant en LOUIS le modèle
des ROM)
Des Orateurs JacTezsi montre le
modele.
Je vais vous parler d'une
aétion qui n'est point nouvelle
)
mais comme on n'en
a pas encore donné de détail,
jecroy vous faire plaisiren
v vous faisant part de toutes les
circonstances d'une affaire,
qui jusqu'icy n'a esté sçuë
qu'imparfaitement. Vous les
trouverez dans cette Relation
, qui en de Mr David
de Ponr d'Emeri,Majordu
Regiment des Husssars. Je
vous l'envoye dans les mesmes
termes qu'il l'a écrite.
RELATION
De la manière dontle Comte
deTillyaestépris. LE 18. Septembre,nostre
tColonelquiejlun veniable
homme de guerre
3
de valeur
& de conduite, entreprit une des
pinshardies allions qui seJoient
faites depuis la guerrey (;J- qu'on
aura peine à croire. Ily avoit
dou'{e Regimens de Cavalerie
& de Dragons
, campe^ prés
d'JthNojlreColoneldemandaà
Ad de Laubanie deux cens Che-t
vaux, avec cinquante Dragons
)
JïUiifmtuM
0* prit environ cent HuJJars
, des mieux monte%y deux cens
hommes dInfanterie, e cinquante
Dragons à pied
J eny
comprenant quelques Huffars &
quelquesSuiffesyaufft àpied ; ce
qui pouvoitfaireJept cens homes.
Nous montafmesàchevalsur
lessept heures dufot'r, & nous
marchâmesjufques à minuit^aprés
quoy nous jifmes une halte pour
laifjercoucherla Lune, depeurd'être
découverts. Nous marchâmes
ensuite droit au Camp des Enne.
mis.Nouspassâmes la rivière de
Dender.Jurunpontqui n'étoitpas
gardé& qui estoit près du ChâeaudAubre.
Le Colonelnomma
\nCapitaine de cinquantehommes
lepied pour la garde de ce Pont;
y ayant paslé un affiZlongdEtféJ
illaissa un Sergent à la tesse
le ce drfilé, avec quatre petites
reupes de Cavalerie,pour nous
onjerver ce Passage, dont dépendit
noflresalut. Nous marchates
doucement avec le refle de
,os Troupes, pour attaqutr un
iegiment de Dragons, qui counoit
le Quartier General
>
qui
(loit dans une grofît Cense, deriere
ce Regiment de Dragons,
'<r qui avoit outre cela, deux
ms Chevauxàsagarde. Lali.
gne de VArmée efloit derriere U.
Cense à environ deux cens pas
de là. Nous marchâmes doncfortdoucementnoflre
Infanterieà Ui
tejle
,
qui faisoit encore prés de
deux cem hommes, & qui efloitt
partagée en quatre 7 roupes, dont
l'une eut ordre dese couler le Ion!,;
des hayes, pour gagner la maison
de Mr le Comte de Tiljy
, , Lieutenant Çeneral
, çy Commandant
en chef cette Armée..
Le Capitaine qui commandoit
cette Troupe, passa auprès de la
k
garde à Cheval
,
qui crioit toû--
jours Verdo, c'etf à
-
dire, Qui j
va-là. L'autre répondoit tùû-
-
jours"
jours, bon amy , en continuant
des'avancer, & engagnant toujours
la mAison.A. la fin les
Ennemis s*apercevant que ce
nejloient pas de leurs gens, commencèrent
d'abordàcriera. l'erre,
à l'erte, mais il eflolt trop tard.
La dance commença dans ce moment.
Ce Capitaine fit main
baffesur la qarde qui ef/oit à la
porte du General, & avec une
partie de sa Troupe, il entra dans
la maison. On alla aujjî-tofl à la
chambre du General, qui n'tftoit
pas encore couché, & qui courut
à les piflolets
;
mais un de nos
Huffars, borgne. avecune orandemouflache
, & tout des plus
laids, entra le premier dans sa
chambre
,
&luyfauta au collet.
Il fut aussitostfuiyy,&cepauvre
Generalse vitenunmoment
entouréde tous cojleIlpouvoit
estre une heure trois quarts après
minuit. Il avoit encoreson jufleau-
corps, ny ayant pas un demy
quart d'heure qu'il eftoir rentré X
cbez luy, aprèsavoir command*é
trois cens Chevaux de piquet,
t & six cens autres qui devoient
marcher a la pointe du jour duv
cofté de Mons. On ne luy donna5.
le temps de rnettre nysouliers '!J'V:.
bottes
) & ilfallut marcher /Ùr\
e champ. Pendant cela, les
'rois autres troupes d'I nfanterie
poiententreZ dans le Camp,&
10s deux troupes de Huffars aussi,
hacune de leur cofté. J'avois
'honneur d'en commander une.
NosDragons chargèrent d'un
tutre cossé. Ce ne fut d'abord
su'un grand feu de toutes ptrts,
Quoy que la nuitfuslfortjom-
1re, il faisoit fort clair, par le
rrandjeu qu'onfaisoit. On n'en-
'endoit par tout que, tuë
3
tue,
::ï le mot de ralliement} qui estoit
Paris, pour nous reconnoistre
,
:ar nows ne connoijjtons presque
iy amis
, ny ennemis. On fit
d'abord main- baffesur tout ce
qui se rencontra, CM les Dragons
sefauvoienttous en chemisesparmylesbayes
Celaduraprés d'une
demi- heure, que nojire Colonel
fitsonner la retraite, ayant fait
fin coup.NOU4 nous ralliames
donc tous , & marchâmes droit
à ur; grand feu qu'il avoit
commandé de faire avec de la
paille, dont on avoit faitpronjifion
,
a la tesie du défiléj (7
qu'on allumasi-tofi qu'on sonna
la retraite. Sans cela nous n'aurions
(çû de quel cojlé il aurait
fillu rlhlrcher. Tout cela le fit
tout à lajois, êr avec tant de
Promptitude, que nous ne donnâmes
pas le temps à l'armée de
monter à cheval, qucry que tout
le Camp criaft à l'erte, & à
cheval. Nous repassâmes donc
beureufementle défilé&le pont;
&gagnâmes le chemin de Saint
Guislainy au lieu de prendre le
grand chemin de Mons. Ily eut
d'abordquinzecenschevaux qui
noussuivirent d'un cossé,&autant
d'un autre) mais ils ne pu
rent nous joindre, & auffi-tost
que le Comte de Tilly vit qui
nous prenions le chemin de Saint
Guijlain
,
il perdit ïefperance
d'egre délivre.^Tendant cela le
jour vint,&nousgagnâmes heu-
-
reujcment Saint Guillain, e de
•.
là Mons. Nous n'avons perditi
dans cette occasion qu'unCapi--
tainede Grenadiers) 0* un Lieu-
-
tenant, qui furent tuez , avec
quatre ou cinq Soldats, deux de
*
nos Huffars, & deux de leurs
Qhevaux, Nous avons amené
soixante chevaux des Ennemis,
& avons apporté l'Etendart de
leur Meflre de Camp. Mon Frere
ne me quitta jamais d'un
a donné en toute cette occafon
beaucoup de marques de [on in..
trepidité.
Je fuis surpris des brüilleries
que vous me mandez
estre déjàarrivées dans le
mariage donc vous me parlez.
La fuite en est d'autant
plusàcraindre,qu'il n'aesté
fait que depuis fort peu de
temps. Si l'Epoux, qui est
vostre Amy, songeoit à la
séparation,comme vous feinblez
l'apprehender, faitesluy
lire la Lettre que je vous
envoye. Elleest d'un homme
aussisage, qu'il est estimé par
toutes les choses qu'il écrit.
Vostre Amy trouvera dans
cette Lettre de fortes raisons
qui rempelcheroor de prendre
une resolution precipitée.
A MONSIEUR **** V0 US mterme^
Moniteur ,
, une étrange
nouvelle.Est-ilpojfible, que Monfleur
***foit nfolu deJeseparer
de Madamesafemmef C'est
traiter indignement leMariageJ
comme si ce nejloit qu'une partie
de plaiJir,d'où l'on Jeretire sans
façon5torfqu'on sy ennuye , ou
qu'il sy paffe quelque choft qui
fait de la peine. Cependant,le
Mariage est une affaireferteufe
& importante, ou Ion a pris de
grands engagemtns , & que l'on
a bien "voulu prendre, Lesjeux
ont regardé de prés lobjet
,
mef
me plusieurs fois. On la eslimé
& recette, & le coeur a formé
une ardente pajjton de le pojJeder.
Pouryréiïjjîr
, on a employé les
bons offices des parens,e le credit
conjtderable des amis. On en
efl venu aux protestations
, aux
prorneffis, aux prtfèns;on afait
toutes choses; & quand on afurmontéles
difficulté^ & les obstacles
quiJe rencontrent ordinairement,
on en a autant de joie,
que d'une njiftoire remportée.
jiprés tant de mowvemens& de
pratiques pour l'heureuxsuccés;
après que la conclusion en a (fié
scellée du coeur & de la bouche,
de /o~c~ de l'honneur&que,
dirpuisaffe7, de temps, on efi en
poffiffion de la personne qu"on recherchoit
avec tant de pajjion
,
peut. onsans une horrible inconstance,
penserà uneféparation ?
L'idée du Mariage est une
chaîne, efl un noeud. Naturellement,
chaîne d or, noeuddesose;
mais quandla chaîne&le noeud
changcroient de matiere
, cefont
toujours des liens précieux- Il
riejl pas permis de rompre cette
chaîne, & de couper ce noeud.
Il n'y a nulpretextet nulle raison
de le faire. Céfl une Société
infeparable.
La :Fable mcfme est inflruclivesur
ce sujet, dans le mariage
de lupiîer & de Iunon. lunon
4 le caraélere d'une femme inquiéte3jaloufe,
violente, & emportée;
Iupiter nesesepare point
d'elle. Il s'en plaint, illuyfait
des reproches, & quelquefois des
menaces
3
mais il demeure avec
elle. Socrate, le Héros de la Sa.
geffi
, que la qrece 'égaloit ases
'Dieux, avoit épouféXantippe,
femmetrès-fâcbtufe> &souvent
animée& ardente jusqu'à Ufureur.
On ne sçauroit entendre
nommer Xantippe sans concevoir
toutes les impersefiions d'une
femme. Néanmoins Xantippe
avec degrandsdéfauts, demeure
toujours la femme e2r la compagne
de Socrate
j
qui ne la quitte
point. Vn autre exemple superlatife
universel pour le genre
humain. Adamépouse Eve, Eve
cause une entiere & cruelle dif.
grâce à Adam. Elle lefait chasser
du Paradisterrefre, £jrilefi
condamné à une vie laborieuse
0* herijjée dépines; & dimmortel
qu'ilejloit3il devientsujet
à la corruption & à la mort.
Peut-onsouffrir de plus grands
nlaux de la part d'une femmef
Toutefois9Adam ne Je separe
point d Eve
,
elle demeure auprés
deluj comme auparavant ; elle
ruit à son cossé aujji ètroitement,
que lors qu'elleenfut tirée.
Les bestes estant dune nature
fortinférieure àcelle de l'homme,
elles ne composent ny societé ny
famille.Ainjiquelque conjonflion
naturelle qu'ellesayent pour la
propagation, elles ne demeurent
pas ensemblef &n'ont point entr
elles dattachement particulier.
Uhomme qui en use de mesme
)
agitbrutalement,&fe des-bonore.
Il fort de la dignité de (on
effecey & descend dans celle- des
animaux. Encore en voiton qui
luy font le procés. La Tourte.
relie demeure infeparable à la
,
feparable Tourterelle, & il n'y a que la
mort qui ftjje leurseparation.
Le Mariageest une Ente La
femme en est la greffi)& le mary
efl l'arbre, auquel la greffe a esle
jointe. Cette Ente ejl dessinée à
porter unfruit excellent, à augmenter
le Genre humain. C'ejl
le Ciel & la Terre qui ont fait
cette Ente. Cess l'homme luy2
mesmey qui a soubassépaffîonnément
que la femmeluysuflunie.
Il est obligé au foin & à la confervation
de cette union. Ques'il
ruient à la mépriser,£7* quilJeparesafemme
desapersonne, il
se rend coupable
)
il doit craindre
les reproches dumonde9& ildoit
en luy mesme en avoir de la con.
fusion.
Il y a une communauté de.
tout dans le Mariage; communauté
denom& de demeure, du
coeur&deses affettions, du corps
'&dece qui luy efl permis, communauté
d affaires&de biens, de
joye&de deuil, defortune& de
dfgrace, Les Loix Romaines>dit
Tlutarque, ne permettaient pis
qu'il se fifl des donations entre les
personnesmariées. Pourquoyf
Parce quedit-il, toutcequ'ils
ont appartient également a l'un
& alautre. Où ily a une communauté
ifétenduea &presque
universelle, ny a-t- ilpas une opposition
extrême à lafipartttion ? c
Nefl-ce pas divijer les Loix di--
<vwts&humaines quedefeJeparcrf
N'eft-cepas causèr un furieux
ftandale ?
Il ness pas permis à tame de:
sijeparer du corps avant le temps, t
quelquepeineque luyfaJ/elecorps,t
par les disgraces qui luj arriv(nt,,
comme pauvrete, maladieydifformué,
mépris C caducité. Il n'y
a que la Providence, e la loy
de la nature qui puiffint couper
lefil qui les unit. Cette union
de l'ame&du corpsa l'aird'un
mariage naturel, quifait la régle
du mariage civil. Quelques
accidens
,
quelques rigueurs qui
luy surviennent, il engage le
Mary &la Femmeknepouvoir
se Jeparer l'un de l'autre. Il n'y
aque lamain divineylaquelle a
fait la chaisne, qui puiffi la rompre;
autrement etfi uneficieté
inviolable.
L'unionconjugale de deux
personnes, riejlpas fulementune
union morale,comme celle de deux
jûmis
,
ny une union naturelley
comme celledu Pere cm duFils;
;
c'ejl uneunionplusforte &plus
:
inâmr, quisùrpAsse toutes lesi
autres unIOns) qui joint deux.,
personnesenjemble pour riejïreï
qu'une chair, qu'un principe..
C'efl un composemerveilleux,gan
revient à, une unue( ; une unuêi
neJe divije poin AlnfileMAry(
& la Femme qui font un t nn
peuvent point sefipanr-
Les Infid Ues font leursTraiA
te%pour durerautant que le So-<
UILYOHS dîrie^4 laciaufequilsù
ymettent, que ce bel Afin de la
Naturemanquera plûiofi de
rayons & de lumière,queux de
fidélitéà leurengagement. Cependant
à la première occasion
,
lors
qu'ilspeuventeflre superieurs,ils
violent leurs Trditez
, &font
des invasions
3 & tous les aéles
d'bofiilue. LeMariagesecontrafle
à durer autant que la vie;ses
articles étendent l'union conjugale
jufqriau tombeau. Le Mary&
la Femme qui Je [tparenr sans
avoir égard àcette perpétuitéju.
reey sefontressemblera ces perfides.
C'efi profaner lA dignité du
(Mariage&lafidetité de les prvwe/
Jes. Si les personnes efloknc
irrïHortcllcb2 il dcvroit efïre immortel
CLn\4*ryçy3un Freim,font
regard CO'Îimt un Tout, dont
chacun fait un moitiéUufage
qui parlede m'ejme que la vrité
de la chos
,
le témoigne Quand
doncle Mary se separe de sa
Femme
,
il se prrve, pouf ainsi
dirr, de la moitié de luy même.
< 'est un coeur partagé1 en deux.
Peut on vivre en cet eflat ? Il
faut se tenir sur ses gardes pour
reftfier à tout ce qui porte à un
aussî grand mal quefl la separation.
Il ny a personne ajfe7, en
nem; defoymesme pour vouloir
sepriver del unde f'->yuxcomment
peut on se réjouir àperdre
lamoitif deloy.mejrne?
Ceux qui ont fait des ohfernjattonssur
les Songes pour l 0-
nezromancie) tiennent qu'unfonge
de U Lyre marque 1 union charmante
des personnesmariées. Orphée
qui n avoit pas besoin d'y
songer la nuit, &qui avoitune
Lyre admirable
)
qu'il touchoit
divinement, ne put consentir que
la mort mtfme le feparajl de sa
chere Euridice. Au deffaut de
son corps, il vonloit À toute force
[on Ombre,c,ilpoust millecris
iy4 milleJoupirs , lorjquil prratt
la presence& la vuede cette Ombre.
Laissons-Iàlefonge de Id,
Lyre5 Cm la Lyre d'Orphée. Le
tJfrfariage enfoy
•
mcfme efl une
Lyre, par la Sympathie de deux
personnes par l'harmonie de leurs
Jenimens
,
de leurs moeurs, de
leurs parolesde leurs afiions.
Cette Lyre ne peut pas demeurer
toujours d'accord, La bonne intelligence
)
£7l'agrément de la
conduiten'efl pas de tous les momem
,& de toutes les heures. Il
faut donc de temps en temps)
Avec la patience, la moderation)
la douceur O* la complaisance
)
accorder cette Lyrey&jamais la
fendre& la mettre en deux picces
par laJeparation.
On efl pmé à la cupiditépar
le panchant de la nature; cette
cupidité s'enlfâmepar la separation,
eUe devient une fièvreardente
de la chair. Pourquojfe
priver du remede légitimé que
vous avij% vous mesmechoisï,
qui vousaesté accordéavec honneur
quevomdve% receu comme
une faveurconfld.rable, & que
vous d,1Je=\: regardécommedevant
faire lerepos &le bonheur de 110..
stre viefVont renonceZ imprudemment
à ce repos 0* à ce contenttment
lors que par la separation
fionscfies un dtfraurduMariage.
Je veux qu'onJefoitembarqué
dans le Mariage comme dans la
IVefArgo, où l'on nentendait que
rire &chanter ou tout luiqu'au
bruitdes avirons, efloitunejymphonie;
enfin le plaisir & la ll!)'e
y regnoient tout àfait, On veut
lt Mariage de mejme; mais ce
rieftpM lÀ, toute la NefArgo
il faut suivre , le reste. Elle ren
contra plusieurs écucz/s, la navigation
fut difficile&dangereuse,
il fallut endurer de grands travaux>
çyejfuyer de rudes tempeftcs.
pesle Si les beaux jours, les charmes
de la Afrtfique cm lefperance
delàToifond'or}introduisirent les
Argonautes dans la Nef, les
mauvais temps, les orages,les
périlstne les en firent point sortir.
qu'ils neujjent achevéleurnavigation,
& remportélapreci.use
Toisôn. H faut de mefmc dans le
mariages'accorder les beaux jours
avec le tempsfâcheux
,
unir ensemble
ce auily a dedoux & damer.
Si L un afait 1 engagement,
l'autre ne ledoit pas rompre. On
doitsans aucuneseparationcontinuer
le cours de li societéconjugale.
Ony efl d'autant plusoblu
gé
, que dés le commencement
'Vous ave% eu lA toison ; le don
de lapersonne Mec le tresorde la
virginité,celuy de[es biens&de
sa fortune, & celuy desa liberté.
Enfin, il ny a pas lieu de se
servir de lexemplededivorce
des premiers Siècles. Ilefloit alors
pratiqué par les Iuifs, & ceux
qui pratiquent aujourdhujy la
jeparation, nepoudroientpaspas
fer pour luifs. Sile divorceefloit
pin privilège, il a eslé aboly
,
mais
il ne lajamais eslé. C'estoit une
aéhonmanv'aiff
,
Çjjr qui pour
rftre toieièe n'cftoit pas moins
mauvaije
,
semblable à ces crinés
qui nefont pas moins crimes,
juoy qu'on n'en poursuive pas les
tuteurs , CJT* qu'une indulgence
)Ar conjideration les laúfe dans
rïmpunÍté. La tolerance ne fau
roit pas l'innocence du Divorce
,
rlie en efloit feulement J.,afyle-.
EUe ne tautoriftit pas
, mais elle
mettoit un voilesur lesjeux de
la Juflice, pour ne le point
'VOlr.
Voila,Monsieur, un mélange
de penfles & de reflexions
3
qui
mefontvenues dans iefprit, à la
surprise que m"a donnée voflre
Lettre, le fouhaiterois que la
mmiieennnnee, qquui* prouve qu'on doiteonr
-
damner laJeparationJ cette vu
duitécriminelle,precipitée
J &
extraordznaire,euRassez deforce
&devertu', pour empescher celle
de deux personnes
y
qui merite.
voient de vivre éternellement en.
semble.Iefuis,Cr.
On voit tous les jours tant
de furprenans effets de l'amour,
qu'on ne peut douter
de son pouvoir, maîs rien
n'en convaincra davantage,
que l'Elegie que vous allez
lire. Elle est d'une Demoiselle
de dix. huitans,à qui la
passion toute seule a appris
à faire des Vers.
ELEGIE. QVel changement affreux!que fuis-jedevenue!
MeconnoijJable à tousy à moy-meme
inconmh
Detnonjuste dessin, Ciel) quelle est
larigueur !
Je tremble pour tes jours & je
crains four ton coeur.
Cher Tircis, que néstu le témoin
de mes larmes!
Je ne puis soutenir mes mortelles
alarmes.
Quel barbare devoir me retient
dans ses lieuxi
Ne consultons plus rient fartons,
& qu'à ses yeux
De mon amour pour luy se safie
voir touvrage.
Mesfleurs pourront fléchir fort
fuperhe courage.
Son coeur considerantîeftat oit ie
me voy Balancera peu,t-efîre entre la gloire
&moy,
Et touche desmalheurs dont jefuis
poursuivie,
Menagera des jours ou j'attache
ma vie.
Maisenfin, quels que (fJÍent mes
chagrins, mes doulenrt,
Je n'af rien après luy desi cher que
mes pleurs:
Trop heuteufe, s'il faut vivre loin
de tes charmes
Qu'en liberté , mes feux pussentverferdes
lArmes,
Qu'il ne me faluo point étouffer
mes fotipirs.
Mais me veut-on laisser ces fméfiés
fiaifits ?
C'estpeu quon me défende, bêlas!
que je le voye.
Libre dans ma douleur auUî peu
quen ma joye,
le ne puis rencontrer les précieux
momens l sentimens.
jyabandonner mon coeur à ses ref-
DeParensqueffarouche unelfame
sibelle,
JI me faut soutenir l'attention
cruelle.
le les voy chaque jour, me nommant
mon vainqueur,
Sur mon front ardemment étudier
mon coeur.
En vain voudroisje
,
helas!tromper
leur foin extrême;
Souventpour me cacherje me trahis
mov-mème.
jïk, combien de malheurs entraînent
après foy
Vne larme, fin (oupir) tchape(
maigre moy ?
Mais comment dérobermon amour àleurvuel
Tircis, à ton nom seul interditl)
éperdue
) le sens mon coeur frémir, & ma
raison plier,
Et pour me retenir il faudroit t'oublier.
T"oublier mais helas, en ftrois.je
capable? l coupablei
JFtde quoy mon amour petll..¡J efire
Qui peut en condamner l'innocente
ferveuri
Fierlé, gloire,raison, tout parle
en sa faveur.
A de tristes devoirs cependantasservie,
ïattens tout des Parens dont jay
receu la vie;
Mais s*ilfautimmoler £amour que
jay conceu , -
[ ay receu.
Ils me demandent plus que le n'en
Pour un vil interest devenus trop
farouches»
Mux-mesmes monttrahieîhelas!les
mesmes bouches
Qui portaient jusquau Ciel son
mérité, & sesfaits*
Mordonnent aujourd'huy de ne le
voir jamais.
le sentis que mon coeur fremiffoit
à savue,
Je ittlurois évité sije m'en ètois cruei
le prévoyois les maux qtiil me
faudroit [ouffrir,
Mais sans cesseà mes yeux on prit
foin del'offrir,
Pour luyleuramitié toujoursvivey
empressée,
Enfonça dans mon coeur le trait qui
mablessée,
Et j'osay sur la foy de leurs foins
trop pressans,
Suivre de mon amour les transports
innnocens.
Mais ce Heros, telle efi leur injufitce
extrême,
Au moment qutlm'eut plü, ne
leur fut plus le mesme,
Etde mon coeurà peine avoit.il
triomphhle, [l,étou,fIffé.'.
Qu'à leursyeux sonmérité enparut
Pardonne,cher Tircistpardonne
cet outrage,
D'untraitement pareil mon coeur
te dédommage>
Et leur zele pour toy léloignant
lâchement,
N'en allume en mon coeur qu'un feu
plus vehement.
Bien-totf pouffant plus loin leur
dure tyrannie,
Dans un (ejofir affreuxtu me verras
hannie;
Mais four trouver charmant le
plus affreuxsejour,
Cher Tircis, c'cfta/Je,d'y porter
mon amour,
Et pour m'en déroberïafpeB tripe
& Il sauvage, suffit que mon coeury porte ton
imagej
* Au moins en liberté7y plainâray
mes malheurs,
Et mes yeux sans témoins pourront souvrir aux pleurs.
Vous aurez sans doute appris
que Madame la Princesse
d'Epinoy accoucha d'un Fils
lémois-paffé Onn'enpeut
attendre que de grandes choses,
puis qu'ilauraà marcher
sur les traces de Mrle Prince
d'Epinoy son Pere, qui tout
jeune qu'ilest,s'est extrêmement
distingué,&a déjareceu
plusieurs blessures
,
qui
luy font tres-glorieuses.Voicy
un Madrigal qui a esté
fait sur la naissance de ce
Fils. Mrdu Perier en est l'Auteur.
piRince charmant, qui dans
cejour
Viens commencer une nobl-e cartitre
1
Tu ferai beau comme i'Amour.
Jouis longtemps de la lumiere.
Le Ciel qui t'aformé du plusillufire
fang.,
Te donne en tes Ayeux un grand
exemple à (ulvre.
Tu dois les imiter) ou renoncer à
vivre;
Et si tu veux remplir les devoirs
de ton rIng,
Soisaussî vaillantqueton Perey
Sois vertueux comme ta Mere;
On ne peut souhaiter pour toy rien
de plus grand.
La matiere des Srriges ne
vous en pas inconnuë,& je
ne sçaurois douter que vous
ne vous souveniez de cequen
marquent diverses Lettres
que jevous ayenvoyépes.
En voicy une nouvelle, donc
la lecture vous fera plaisir.
SUR
LES STRIGES
DERUSSIE.
JE vous avoue
,
Monsieur,
que la deficrencequej'ay pou.r
vos jLntimens, & pour ceux de
Monsieur * * *,prévenudel'excellence
de vos jugemens
J
me fit
hier douter de la vérité des Striges
de KjtjJic; mais unsinge que
fiay eu cette nuit, & les reflexions
qu'ilm'a donnélieu defat.
xe, mont pénétré de la possibilité
physique de cette merveille. Voicy
le Songe.
VOIMfça'VeZmieux que mqy)
Monsieur,quenos corpsfont Ani.
meK J'erprits plus ou moins greffiers.
Les plus grossiers sattachentauxfondions
du eorps, &
ceux quilefont moinsy s'attachent
à ccliesde lame. Les premiers
repofotent avec mon corps, quand
les féconds si font uniquement occupe7,
à representer surmon imagination,
commesur une toile) à
mon ame le portrait de certaine
Beauté que fay vû trace d'une
main gavante. L'ony a peint
deux yeux de la couleur e du
brillant des-Cieuxau deffius"
mais afleur d'unfront plus blanc,
& plus uny , que n'en pourroit
faireunSculpteur en albâtre.
Vn autre, comme des trophées)
leur a placé deux des arcs dorez,
de 1 arnour, & a mis tous les
traitsdeJon carquois dans leur
capacité. Vn autrey a joint le
nez , je croy, de Venus. Vn autre
a amenélesleux &lesRis,
qu'ilamis en besogne, iluyconftruire
la bouche ; & robfèrvois
la régularité qu'ils donnoient tous
enjemble a ce njifage eharmant
9 quand j'ay reconnu à mes cùsse'{
la belle. t-A ne njous en
point mentir, Monsieur3méfiant
eveillé, j'ay cru longtemps que la
chose ejloitréelle
; &Fen ay cherché
en vain quelque preuve
>
ce
qui mafaitfaire ces reflexions.
Le Mercure de Février dernier
, me disois- je, nous a appris
qu'il y a des Striges en
RuJJîe, que ceux du Payscroyent
estre des Demons, (7 que 1 tuteur
du Mercure prétend cflre
des Ames; qui pour la purgation
des fautes non-morttllesyquelles
ont commisespendantqu'elles habitoienileurs
corps
,
&de ce qu'elles
confentoimt trop à leurs (en/uels
plaisirs,font condamnées a lapewe
temporelle d'habiter ces mesmes
corps, qui lesont fait péchry &
desouffrirpendant un temps leur
cadavereuse odeur, privées de la
njuë de Dieu. Posé que lefait
fou cwflmt
, comme ce qui m'efl
Arrivé cette nuit me le persuade
,
avec cette diffèrence, que l'un est
blanc,&l'autre eflnoir,je veux
dire l'un agréable&l autre desagreable,
je ctoiray, si Ion veuty
r.!i Jt tEglifl me l'ordonne
,
que
ces Striges des Russiens,font des
jimes, qui font ainif leur Purgatoire
: matsen attendant ce
(ujet de mon obéïssance, monJon,
ge mefaitimaginery que comme
félon nos Dofteurs Defèartes,
Gajjendiy & de Vallemont
, ce
font la matieresubtile
)
les atomes,
les eJfrirs) & corpufiules de
laperfonne que j'ay njuë enfonge,
qui peut-eflre dans une aéllon
1violentey poeez en plus grand
nombre, font venus me representer
ce beau Tout, dont déjà
unepartie de ces mesmes eff>ritsy
avoit faitpar la retine de roed ,
impression dans mon ctrveauy &
y avoit ètabli une espece de petite
colonie qui par la raison d'analogie,
c sur l'écoulement àan.
tres esprits de mcfme nature,
que ta Bellesortant du heu, où jétois avec elle le jour auparavant
,émue
,
& échauffée du desordre
qui venoit dyarriver,
Uiffa le long desa route, avoir
attiré, ainsi que par un canal,
ceux quiy ont fait la Comedie
de cette nuit. De mesme ce font
dans l Histoire de la fille de 1\uffie,
les eIfrits, c-lescorpuscules
les plus gtojjtersde la Adere morte,
qui ont reprcfcnté cette Mere à
sa fille3 plutofl qu'à une autrr"
par la raifort que cette Fille eft1
toute composée d'esprits&atomes
homogènes à ceux qui compofoicnt
le corps desa Mere,&ces esprits
pouffez. plutost en un temps qu'en
un autre, cm félon quilsfont ou
plus ou moinséchauffe% par les
evapeurs &les exhalaisons chaudes
, que le feu central envoye
par des canaux, qu'elles si font
petit à petit y]ufquàla superficie
de la terre ,
où enfinarrive^ ,ils
ont échauffé ce cadavre qui s'efi.
rencontrédans eurchemin,&par
cette chaleur révivifianteyils ont
décongelé lefang quiy efioit ressé
congelé, particulièrement dans le
coeur qui en est le siege principal,
çypar une consequence certaine,
ils en ontrendu la chairmollette.
Tour ce qui est du dtjféchement
qui arrive à tous ceuxquifont
,vexe-,,- de ces visions parfaitement
faflidÚufes
, & qui c:Jïent d'en
estre toufmente':{Jors qu'on a coupéla
tesse e ouvert le coeur au
corpstdont ils crojent avoir la représentation
,
la raison n'en efl
pas difficile à trouver
,
& il me
paroifv quelle n'cft autre,que ,
comme l'idée charmante queFay
eue'm'adonné tant deplaisir, que
j'enJouhaiterois une fréquenté répetition;
il eflimpoffibleque la chagrinante
que ces pauvres Rujjïens
ont de la vue d'un mort, qui leur
fuccelcfâng,leurfrapant à tout
moment l'imarfinlation) ne les der
séche
,
jufquà les rendre étiques
y
en les jettant dans une mélancolie,
qui leur envoyant des va.
peurs de l'atrabile quellecauje
dans leurs hypocondres) les rend
hypocondriaques) en ce quelle
leurfait croire que cefantosme leur
fucce leptng, ce qui riefl pas , &
ne ffauroitestre, premièrement
parce que l'on ne trouve sur ces
lIjJlt[/Z nulle playe par où lefang
,puft estreftrtl : &secondementy
parce que ces fantosmes n'eslans
composez que defprits, & de
corpusculesimperceptibles à toute
antre imagination qu'à celle qui
if1 frâpée de cette maladie, il
leur feroit impossible d'emporter
un corps aujJi lourdquefl Jefang
humain;&j'eslime qu'il en efl
de ceux-là, comme de ceux aufquels
la mesme maladie a fait
croire en ces Contrées-cy
3 que le
ne7, leiérefloit crû de deux aunes,
en forte qu'ils avertijjoient ceux
qui venoient à eux de ne les pas
approcherJecrainte qu'ils nemarchassentsur
le bout de leur neZ
Ce quimeconfirme d'autantplus
dans ma pensée,c'efl que la mîme
1
manière de remede guérit l'un c--
l'autremalade3c'ejl à- dire, une
pathetique,
pathétique tromperie;car à celuycy
un Chirurgien
,
aprèsavoir
fait un grand étalage de CouteAuX,
de Biflouris, & de Rasoirs,&
tenant un boyauenfer,
mé dans sa main, il égratigne
d'un de ces inflrumens le bout du
nez du malade, puis lazfe tomber
le boyau, en retenant un bout .t
la main, le met en celles d'un
J<rater qui lemporte
5
&demande
du Jeu àun autre pour arrêter
lefangàqu'ilditcoulerde l'en. Il droit coupé; & celuy la se guérit
en prenant leremede quyappetefon
qui e imagination blesée,quiefdide evvooI'rir
déterrer le cadavre desa Mère>
deluy voir couper latesse, fendre
le coeur, gr d'en voirjbrttr le
fang qu'il sejl figuré que luyfitfOUJan
Fantôme.
le ne dORtt point qu'on ne me
démolit qui a mu ce fang dans
cecoeur5 comment il Jepeutfaire
que la chair de ce corpsJe trouve
raollette- (y que cette bigarre
opérationfaite
,
le malade reçoitvre
sasantés le répons que rien
riefijinaturel Quand lacréâtme
cnuYiée a sinisesjours,son CI'>
s'eflretiréau cceur, &la cc~hjaalleeuurr
é¡c:n[f:, cefmg s'yeft coagulé.
On a mis ce cadavre en terrey on
l'en a couvertd'une grande
pierre
,
si exactement que fair
n'y entroit point, ce qui la ccnjèrnjé
quelquetemps en un même
eflatypendant lequelfontparve.
nues en cettesepulture des ex ba.
lassons, des fumées chaudest
poupéespar le feu central,dont
conviennent tous ls Phtlojo^hes
curieux dentrer dans les arc.ines
de la nature3fous Ls noms de
Dtmorgpn
, ou de Soleil t. mfh e,
toujours en mouvement corame le
celeste
,
pour la circulation des
eaux, la production des Àd'neraux.
des Vegetaux, & même
de la plus grande partie des Anim'aulx;
ttjqucllcs pariur chaleur
ont liquefié ce flng coagulé par
lefroid,1"ont mis enmouvement,
l'ont envoyé au coeur par les artèresy
dans toutes les parties du
corps; & par ce moyen en ont
rendu la chairmollette&colorée.
Le mouvement decefang ayant
cflé la cause detémilfion deJes
esprits
, & corpuscules vers la
Fi!le, où en rejtdoit une de ses
principales parties vivante
,
ils
ont representé lafigure de leur
tout, parlaquellerepresentation
ayantoffensé, & bitfiéle cerveau
de cette Fille, le mal a
cessé des que la cause a fini; &
laCilUfc nayantplus eu d'aélion
de mouvement,ily a eu unesolution
de continuité au cadavre
par laseparation desatejle, &
lefang a esléremorfondu) çjT* reoagulé
par l 'extraéfion de son
coeur 3
&son ouverture à lair.
Ainji ce remede à ce mal, que les
RuJJiensappellent Upierz,&Les
Latins Scm,£7* ce pansement,
feront la preuve de la jujïejje de
mon raisonnement sur la ma.
ladie de Russie, que je n'efiimc
eflrequun Pbenomene de la na
ture,pluscommun en Ruffi'"qu en
tout autre endroit, parce que la
conflelhttion de ce climat en rend
les peuples très- «ro(fiers}trèsat*
tacbt'^auxpâjjïonsfenfhellcs&
(l'ArmUcs que lefmg Jtltr produit;
pouïiifMtMremun mot,
fdrce qndsont:l*fèrrnc^*bîinee
dans la motitre. rail", Monsieur,
etqui fera, je ttr/afJtn't;,
dpptttéjMrlesJNon-Gsr.tsfîens^un
fMimeGjdififtijM^JûYUL je -vous
AJ promis de vous devenir. le
fuisvostre>gfc..s
4_,-:.\;.:..
Voicy deux Ouvrages de
M1 deVin. Son heureux talent
pour la Poësievousestsi
connu, qu'il ne fautpas vous
en dire davantage.
LEDORMITIF. cErtain Ducfatigue de ttois
jours d'insomnie,
e 8 - 1 <; ConsuLtaKoch,son meaecin. il rien dormit pasmieux, Enfin,
appréhendant par IJ d'interesser
sa vie,
Comme un remedefouversin, jl envoya qverir le fameuxTnfjonn.
Monfleur t Abbè
alIe,, je fuis bien
Luy dit-il
,
dès qu'il fut entre,
Qu'onvousait chezjvouslencon- j2
, trs.t chezvous ienconjïfîeycz
vous sur cette ch -4ife
,
Et fçachex^quecbez^moy jeneVDIU
ay mandé
d,u&ee cco,mmmmeetAmy[cul dont jepuiffe fAm
estreaidé.
roflre secours nieftnecejfaire>
Je ne dors non plut qu'anlutin>
ROth, surce malpetd son latin
y Et te vieux fou n'y scait que
faire.
Ah!parmafoy,nymoy nonplta,
Monsieur>je ne fuis point Doreur
en Medecine,
.Et je ti en aypas me[me aile;, fait
& la mine
Pour me consulter là deffru.
Encore (tcefloit sur la Theoloqje,
Sur la belle Eloquence
t
& sur la
Poefie,
Feut-eft*c avec honneur sen âtwè- Icroit'on.[galante
Tout Paris afait cas de ma Vrofe
Et par des Vers pour Amarante.
Grace au Ciel on sest fait un
nom
Si glorieux qu'on sen contente.
~c~ Oh ! Monseigneur,
vousmejeue^.Ah(non*
Je ne me raille point,reprit le Duc
sincere,
Et vous ave\ un somnifere
Que bien des gens ont trouve bon.
Moi ? Vous me surprenez,. Oü;,
vous-mesme,& feffrere
Que vous îaccorderez^ mon humble
ptiere.
DiJes-moy donc du moins ce que cest.
Vn tetmon > De tom les Dormitif; ce(l le plus
f(4Luiaire s Ilnejl point de pavot applique sur
Je front
Oupris me[me en liqueur dont leffet
foit plus prompt.
Ab !mon cherTrissotin» que je dors
bien aux uojîre' !
Ils'en faut tout quà ceux des
autres
On gousse les me(mes douceurs,
JLa. Roche, Hubert Botleau?
Bourdalouë, & la Rüe)
D'uneattentionafjtdu'è,
Noua forcent d'écouter les leurs.
Tvlais comme vous l'aze7,i, nul d'entTe-
CIIX, quoi qu'habile
W'a , cet art merveilleux d'exciter
ces vapeurs
Qjui causent un sommeil aufft long
que iranquile.
Bon* rien moins.Les voit-on
dLhumeur
ji laijferun moment dormir un Auditeur
?
Non, ils font séni misericorde,
Itde peur d'en rienperdre on n'ose
pasenfin
v Baillermejme avec eux »
qu'ils ne
foiene à lafin.
Mais à grand peine voflre Exorde
Est-il cessâ qu'on fent appesantirses
yeux,
Elel par ma propre experiencé sçaiquou miiux ne dort jamais au jamar~t
Qéie qu ;
?d de vom entendre on a hi.\*nre.
sen an*iiy mut autant qu'il
( si'
Vvtu le ve;,rc Au refleil nesipas
r.?c?{j.i:re
F; J'
Dele prendred'un ton si haut.
Parit- sans fougue & sans calere
,
Ne vous fatiguez^ pointj sa, Monsieur,
commence
Et dès que vous aure\ abbatu ma.
paupière,
Cela suffira, fini§ez,.
Ptefchez^ donc
,
rendez^- moy la
vie,
Mais prefchezjvifte» 6trouver.
bon
Qu'un Duc & Pair guéri de fd
trifie insomnie
Vous en ait fOb/igdlion.
Quelqu'un ici croira Plllt-estre
Que ce Duc railleur dr malin
Avait voulu jouer le pauvre Tris":
filin.
Non, ftneere autant quon pfMA fejîre ilcrut ïng énument, las de ne fointx
dormir
» Qu'un Sermon powioitîaffoupir**
ependant à ces mots qu'il prend
pour une injure,
)ans le fond de ion coeur i'A6bé
gronde 6 murmure ;
dais n'osant pas tout haut sexpliquer
là-dessus.
Il se leve, & fort tout confus.
L'AIGUIERE.
L
Vbin au sortir d'un repas, yune Atguiete dargent dontsarma
[a furie,
7endit un jour la tesse a la belle
Vranie.
D'ott vient C'efl ce qu'on ne
scait pas.
Tout ce qu'on (fait, c'est que
Dorante [ mante,
La trouvoit aimable & chai"
Qu'il vantoit tous lesjours la douceur
de ses Jeux,
Et quitta suivoit en torulieux*
Ce tendre emprejfcmer.t, qui ne iuy\
platfoit guère , Porta prolà-eflrecetEpoux
Avangerun elépit.-jaloll"
De cette brutale maniere.
Ducoup ,queyqmil en foit,l*Aiguière
[e rompit.
Cependant. quel prodige! infenfix
hleà la vue
Du fanfegnqduui eTu/Je/oit de sa tefîx , ser, d,-,e,
La modejie ¡"ranic à fcine s'e;
pLa.vî.î*.
Sa b'.cfitrc £> large&profondk
Ne m')u-.!J que fortpeu ses yeux*
quelle etfuy.t
,~ Le }>.ô*i.,:;,quii!cment dumot,' ':, de.
Zuand jusques à cepeint U patienceva,
3/t peut dire quelle efi d'une grande
étendue.
Depuis lob qui ta jamais vue
Se porter à cet excey-là 1
Mais [a douleur trcs-retenue
ïnfin au triste afpecl de £Aiçuierc
rompue
A grands éclats se déploya,
Ut pour Ion teut a coup sensible
devenue,
La Mènagere sécria,
4b! faut il de mon pot voir la fitp/
2 perdue?
Je vous parlay le dernier
nois, cls la pompe funebre
quiaccompagnale corps de
Evla d cmotielle de Valois,lors
qu'elle fut portée au Val de
Grace. VoicyleDiscours que fit Mr l'Abbé de Grancey en
le presentant à la Superieure
de ce Monastere. LE Roy voulant eboiftr un
lieu pour la sepulture de
Adademoifelle de Falots, digne de
fôn rang, a préféré vojfae Maison
,
Madame, à toutes celles qui:
auroient pu prétendre à cet honneur.
Ce n'est pas feulement UÏ
prottélion que vous ave7, rcceuë\
de la feue Reine sa MtreJ vojlre*
Fondatrice, £srl'avantage dei
foffeder les coeursdedeuxgrandes*
Reines,&des Enfans de France,
qui a déterminécegrand Roy en
voflre faveur, mais plutofl la
(àintelé que vous faites paroijîre
dans lapratique des vertus éminentes
qui vous attirent son eflimccelle
de tout son Royaume.
L'exaéle observance de vo.
(Ire Réglé, dont S. A. R. a ejlé
édifiée toutes lesfois quElle vous
a honorée de sa presence, a fait
que cevertueuxPrince a,fouhaité
que ce lieu, qui, pour ainji
dire) a (fié l'école, & comm'e le
Seminairedans lequel JMefdemoifelles
ont tfléformées àla pratique
des vertusChrcfiitnnes,cchjp'.
scss A recevoir dignement- laugujh Sacrement de lEuçba
riflie, fust dépositaire du corps de,,
ttes haute)puijfantc{yexcellente*
Trincejje Madem&ifelle de Va--
lois, Fitle de Monseigneurle Duc:
zâ,,,de Chartres, & Petitefile dez
Adonficur. Je majfureyAdadamty
que vous feindreZ vos prièresi
anxatfibrts de grâcesque les Minières
de nos Autels rendront3
dans leurs Sacrifices A la divinr.
Adaje(lé, d'avoirenlevé de ces
monde cette Princesse
y
de peun
que dans l, poffijJion des Couronnes
que son rang mroitpt*
luyfaire portersur la terre, eHti
ne prrdiftcelle qu' elle possede mjourdhuj
dans le Ciel, pour laquelle
l'Eglise se réjouit par les
chants qu'elle prescrit dans de
pareilles Ceremonies.
Je vous appris aussi par ma
Lettre du mois passé, que
Madame la Duchesse du
Maine étoit accouchée d'une
Princesse
,
qui estoit morte
peu detempsaprès.Llleenaccoucha
à sept mois le II. de
Septembre dernier, & la petite
Princessefut ondoyée à
ll''iinnssttaannst pLarM'VAbbe*Dan> din,Aumônier deMadame
la D uchesse du Maine. Quelques
jours après qu'elle fut:
née, Monsieur le Duc du
Maine ordonna qu'on la
nommeroitMademoiselle de
Dombes. Elle mourut le 26.
du mesme mois, & son corps
fut enfermé dans un petit
Cercueil de plomb, sur lequel
on scella une plaque de
cuivre avec cette inscription
1 gravée.
Icygistle Corps d-e tres haute
& puijjante PrinceJJeMademoiselle
de I;ourbon, Fille detrèshaut
& puissant Prince Louis-
Augujle de BONrbDfJ, par la grâce
de Dieu Prince Souverain de
Dombes, Duc du Maine &
,fAumale, Comte d'Eu,Tair
de Francey & de tres- haute gr
puissante PrinceJJe Louift- Benediéfa
de Bourbon, Princesi; du
Sang, laquelle nâquit au Châ.
teau de Verfaillcs le u. Septem.
bre 1694. & deceda le 26. du
mefmemois an.
Vous remarquerez, Madame
, que par Lettres Patentes
du Roy, données à
Saint Germain au mois de
Janvier 1680. sept ans a prés
les Lettres de Legitimation,
la Posterité de Monsieur
Duc du Maine,àl'infini, est;
en droit de prendre le nom
de Bourbon, en tous aaCSé
publics&particuliers.
Ce petit Cercueïl fut enfermé
dans un autre de bois,
que l'on couvrit d'une toile
d'argent, & le
2. 8. le Corps
fut porté à la Paroisse de Verfailles,
dans un Carosse à six
Chevaux, dans lequel estoin
Madame de Malezieu,Gou.
vernante de la petite Princesse)
& un Aumosnier en
surplis.QuatrePages à cheval,
vétus de deüil, marchoient
aux portieres, des
flambeaux à la main,&douze
Valets-de- piedaussi, avec
des ffllaammbbeeaauuxx., précédoient
le Carosse du Corps
,
avant
lequel marchoit un autre
Carosse à six Chevaux
, où
estoient les Ecuyers de Madame
la Duchesse du Maine,
& MrdeMalezieu, Secretaire
des Commandemens de
Monsieur le Duc du Maine.
Quand on fut arrivé à la
grande Porte de l'Eglise
, l'on y trouva Mr le Curé de
Versailles, à la teste de tout
son Clergé, chacun un cierge
à la main. Madame de Malezieu
descenditduCarosse,
& tenant une main sur le
Corps de la petite Princesse,
elle dit à Mrle Curé, Mon-j
fiesr, wïcy leCorpsdeTres-
Haute & Puissante Princej]e_
Mademoiselle de Dombes, que
je viens déposer dansvostre Eglise
par ordre du Roy ; aprés quoy
deux Gentilshommes portérent
le Corps dans la Chapelle
de Saint Nicolas, qui
,
estoit toute tenduëde blanc
b avec les Armoiries de la Princesse.
On le mit sur un marche-
pié
3 on le couvrit d'un
Poesse de Moire dargent
- garny
garnyd'hermine, & pardes-
Lits le tout,on mit sur un
oreillerla Couronne de la
Princessecouverte d'un voile
blanc. On alluma plusieurs
Cierges autour de la representation,
& sur l'Autel de la
Chapelle, &on les a renouvellez
tous lesjours, jusqu'à
celuy de l'Enterrement.
Le Samedy 16. Octobre,
on tendit de blanc tout le
grand Choeur de la Paroisse)
avec trois rangs de tentures
dans la Nef, & devant le
Portail
,
le tout semé des armoiries
de laPrincesse. L'on
dressa au milieu du Choeur
un Dais soutenu de quatre
piliers,& porté sur trois gradins;
le tout couvert de [a-.
tin blanc semé des armes de
la Princesse, & environnéde
quatre douzaines de flambeaux
d'argent garnis de treslongs
cierges. Sur les sept
heures du füir,touS les Officiers
de la Maison
,
vétus de
deuïl, se rendirent à la Paroisse.
Tout le Clergé avec
des cierges, se trouva à la
Chapelleardente. Le Clergé
se mit en marche pour entrer
dans le Choeur par la grande
porte. A la fuite du Clergé
marcherent tous lesOfficiers
deux à deux, après lelquels le
Secretaire des Commandcmens
marchoic seul
, portant
la Couronne immediatement
avant le Corps qui suivoit,
porté par quatre Gentilshommes,&
couvert de son Poesse,
soutenu par quatre Aumosniers
en Rochet & Manteau
long. Derriere le Corps marchoit
un Gentilhomme avec
un Herault representant le
deuïl & dans cet ordre on arriva
au Choeur, où l'on plaça
le Corps fous le Dais preparé.
Le Clergé chanta les Prieres
ordinaires, aprèslesquelles
les Preitres descendirent le
Corps dans un petir Caveau
que l'on avoit creusé au milieu
du Choeur, & qui fut
couvert d'une pierre de marbre,
avec cette inscription.
Icyefl le Corps de tres- haute
Cr puijjantePrinceJJe * * * de
B'ourbon, Fille de très haut &
puissant PrinceLouis•Augufle
de Bourbon,par lagrâce de Dieu,
Prince Souverain de Dombes,
Duc du Maine & d'Aumale9
Comte d'Eu, PairdeFrance,
Commandeur des Ordresdu Roy,
Lieutenant General des Armas
de SaAfajesté) Colonel General
des SuiJJes & qrifonj
,
Gouverneur
& Lieutenant General
pour SaMajesté en [es Provinces
de haut & bas Languedoc,
Grand-Maiflre & Capitaine
Cipyjeral de 1 Artilleriede France;
& de très- bauteepuissânte
Princeffi Louije
-
'BenediÛe de
BourbonxPrinceJJe du San£,laquelle
deceda le 4 6. Septembre
10a4*
Les Nouvelles publiques
vous doivent avoir appris la
mort de la Princesse de Radzevill,
Soeur du-RovdePologne
,arrivée a
Varsovie
le 19
de Septembre dernier. Le
lendemain, tout le monde
la vit dans son lit le visage découuerr)
&le premier Otl-o-,
bre, elle fut embaumée,& - mise surune espèce de large
estrade de quatre marches,
couverte de hauten bas d'un
porsle de velours cramoisi,;
croisé & bordé de moire d'argent.
Elle demeura pendant
quinze jours surcetteeftra-^
de, entourée de quantité de,
luminaires,le visage découvert,
& tenant un Crucifix
dans ses mains, qui estoient
gantées.Aussi-tost qu'elle eue
rendule dernier soupir on
disposa dans sa chambre,superbementmeublée,
quatre
Autels, sur lesquels furent
dites continuellement des
Mettes, tant par tous les Ordres
Religieux de la Ville,qui
• y venoient en processiontout
à tour, que par les Prestres
Seculiers: de toutes lesEgli-
¡.Ces. Les quinze jours estant
expirez, son corps fut mis
,
dans uu cercueil couvert d'un
drap violet à fond d'or,cloüé,
d'argent,& garnysur tous les
angles d'une longuefrange
d'orses entrailles & son coeur
separément dans deux autres
plus petits, faits & garnis de
mesme que l'autre, sur lequel
on voyoit une Couronne de
Prince,entichie de tres-gros
Diamans. Lejoursuivant,qui
fut le14.d'Octobre,ondressa
un Mausolée dans l'Eglise
principale, où l'on fit un Service
solemnél, au milieu duquelle
Grand Chancelier du
Royaume, qui est Evesque,
prononça l'Oraison funebre,
qui dura deux heures&demie.
Selon lacoutume du Pays,
après avoir fait une ample
mention des grandes & royales
qualitez de la Défunte, ce
Prélatfît sa Généalogie historique,
sans rien oublier ny de
la ligne directe, nyde la col.
laterale,en y ajoutant l'Eloge
en particulier de c haque Parent
vivant, celuy des Créatures
& des Amis dela Princesse,
& même de ceux qui
avoient témoigné de la douleur
à sa mort; c'est à dire de
toutes les perionnes considerables
de la Cour. Apres
le Service, où le Corps ne fut
point porté
,
les Evesques
au nombre de cinq, leurs Ministres,&
toute l'Assemblée,
vinrent dans la chambre,
d'oùils firent enlever le Cercueil,
que l'on descendit dans
la grande Court,où un large
& vaste chariot, couvert d'un
poisle prrJIeil à celuy donc
je viens de vous parler, &;
attelé desix chevaux,caparaçonnez
de la testeà la queuë
jusques à terre, le Cocher&
le Postillon, vestus de mesme
étosse, les attendoient. Le
corps ne fut pas plûtost sur
le chariot, qu'un autreEves.
que monta dans une Chaire,
placéeaumilieu de la court,
& recommença une autre
Oraison Funebre, pendant
laquelle pleurant à chaudes
larmes, il entira des yeux de
la pluspart de ses Auditeurs.
Cette action finie, lechariot
environné des Officiersdela
Princesse,qui d'espaceen espace
soutenoient le Poisle,
précédé par sa Garde, & par
toute celle de leurs Majestez
Polonoifes, & suivià pied par
tous les Parens de l'un & de
l'autte Sexe, sortit de la court,
& s'achemina vers les bords
de la Riviere) ou une grande
Batque attendoit le corps!
pour le conduire à Niewiez"
dans la sepulture du Prince
son dernier Mary.
L'habillement de deuil des
Femmes est assez particulier;
en Pologne. Au lieu de ces
grands voiles de crespe dont
nos Dames deFrancese cou-,
vrent, celles cy en ont de serpilliere,
c'està dire, de cette
toile grosse & claire dont on
se sert à em baller; leurs cornettes
,
bavettes & tabliers
sont de mesme. Il yenaneanmoins
quelques
- unes qui
ayant pris les manieres Franoises,
se dispensent de cette
outume ; mais ce n'est pas
aire sa Cour au Défunt.
Quand un homme de guerc
est mort, on distribuëune
piece de les armes à chacun
le ses Gentilshomes, lesuels
n deuil
,
& superbement
nontez, prennent leur courè
de dedans la rue, & couent
à toute bride dans l'Eglie
jusqua l'endroit du Mauolée,
viennent brisercontre
e cercueil, l'un la lance, l'aure
le sabre, celuy-cy lare,
celuy-là le carquois; d'autres
a hache d'armes) le Baston
decommandemenr, lesPistolets,
le casque, la cuirasse,
&c. & l'effort que ces Cavaliers
font dans cette aétionJ
les fait tomber de cheval. Il
est à remarquer qu'en ce cas
les chevaux, & ce qui s'enfuit,
appartiennent à l'Eglise.
La PrincesseRadzevil1 ,
en premieres Nopces avoit
épouse un Prince d'Ostro,
de la Camille des Jagellons,
si renommez dans l'Histoi
re. Elle a institué par son
testament le Prince Charles
son Fils, pour son Héritier
universel, fait beaucoup de
'gs pieux, & nomme l'Eesque
de Plosko pour en
stre l'Executeur.
La beauté a des charmes
particuliers, qu'elle n'a
uelquefois besoin que d'un
noment pour gagner les
ceurs. Quoy que c'en (oie'
effet ordinaire,il n'a jamais
aru avec tant de force que
ans ce qui est arrivé à un
Cavalier fort sagequi n'eut
las sitostvûune jeune Blonde,
dont tous les traits étoienc
bre piquans qu'il en demeua
charmé. Elle estoit Fille
inique d'un homme, qui
ayant amassé des sommes
immenses dans les affaires,
n'avoit fongé à se marier
que dans un âgeextrêmement
avance. Sa Femme
estant morte dix ou douze
années après l'avoirépousee,
il ne voulut point penser à
un second mariage,&se contenta
d'avoir uneFille, dont
la naissante beautéle mettoit
en droit d'esperer de faire
une alliance fort confiderable-
Il avait chez luy une
Niece, Fille d'un Frere, qui
devoit heriter de tous ses
biens,s'il perdoit la ifenne;
mais autant que sa Fille,
quoy que toute jenne encorcrcftoic
capable de plaire,
autant sa Niece estoit-elle
laide& defagreable» Il fembloit
mesme que le chagrin
de se voir d'une figure qui
n'estoit pas revenante,avoic
mis sur son vilage je ne sçay
quoy d'aigre & de malfaisant,
qui estoit dans son humeur.
LaBelleaugmentant toujours,
en charmes,estoit déja paravenue
jusqu'à sa vingtième
année, sans que l'oneust pû;
faire agréer àson Pere aucun
des Amans qui s'estoient offerts
pour elle. Il estoit du
caractere de ceux, qui estant
nez avec peu de bien, trouvent
les moyens de s'éleverà
une grande fortune. Cette
fortune estoit sa maistresse,&
rien n'aprochoit de son avarice.
Ilregardoitcomme une
charge pesante l'obligation
où ilestoit de marier cette
aimableFille,&la veuë dece
qu'il dévoit luyencouster,le
rendoit, tres-difficile sur le
choix d'un Gendre. Les choses
estoient en cet estat lors
qu'on luy fit un procès où il
sagissoit de dix mille écus.
La sommeavoitdequoy luy
donner de grandes inquiétudes.
Sa Partie estoit considerable,&
ilavoit besoin de recommandations
puissantes
auprès du principal de ses
Juges, qui selon le tour qu'il
donneroit à l'affaire, pouvoir
Juy faire gagner ou perdre sa
;&aufc. il sinforma avec soin
parqui ce Juge estoit gouverné,
& ilapprit qu'un de
fçs Neveux avoit tout pouvoirsur
luy. C'estoitun Cavalier
tres-bien fait,& fortestitué
dans le monde par ses
bellesqualitez.Iln'estoit plus
question que de l'obliger d'agir,
& on luyditquelachose
estoit aisée; qu'il n'y avoic
point d'homme plus galant
ny plus empressé à chercher
toutes les belles Personnes,
& qu'on n'avoit qu'à luy-faire
voir sa Fille, pour le mettre:
entièrement dans ses interests.
Il pria qu'on luy fist;
naistre l'envie de venir chez;
luy,&ordonna à sa Fille de
le recevoir avec agrément.
Cela fut exécuté.On l'amena.
chez la Belle, & dés cette:
premiere visite, il en demeura.
tellement touché que le plaisir
de la voir luy fut préferable
à toutes choses. Il Ce
rendit anidu, &vous jugez
bien que le besoin qu'on avoit
de luy, ne luy fit trouver
aucun obstacle à ce qui
flatoit le plus ses desirs. La
Belle avoit certains traits mignons
,quiluy donnoient un
grand brillant de jeunesse,
mais il en fut encore moins
charmé que de la delicatcffe
de son esprit,& de la beauté
de ses sentimens. Aussi s'apperceut-
elle en fort peu de
jours qu'il prenoit feu, &
s'applaudissantde cette conquestequ'on
luy avoit oùdonné
de faire, & qui estoit
fort selon son coeur,elle se
tint feure de ne recevoir aucun
refus, quand elle voudroit
luy recommander les
interests de son Pere. Elle ne
luy eut pas si-tost témoigné
qu'il pouvoit luy estre utile
dans une affaire importante,
qu'il en fit la sienne propre
avec des honnestetez qui ne
peuvent s'exprimer.Il demanda
dés ce jour-là melrne à entretenir
son Pere
,
& ayant
appris de luyquelles estoient
ses prétentions, illuy offrit
sans nulle reserve tout ce qu'il
avoir de credit, non seulement
auprès de son Oncle,
mais encore auprésdesesautres
Juges, dont la pluspart
estoient ses Amis. Comme
l'affaireavoir de grandes difficultez,&
qu'on ne pouvoir
les applanir que l'une a près
l'autre) il fallut du temps à
solliciter,& les foins du Cavalier
furent si pressans,qu'il
yeut tout lieu d'esperer que
la chose auroit le succés qu'-
on souhaitoit. La Belle,luy
en marquoit beaucoup de
reconnoissance
)
& ses manieres
honnestes, & l'obligeantaccueil
qu'il en recevoit
>
luy faisant connoistre
qu'il n'estoit pas mal dans son
esprit, il luy declara avec
quelle forte passionille fentoit
attaché àelle,&que rien.
ne feroit capable daffoiblir
le sincere amour qu'il luy
juroit eternel, s'il estoit af-.
fez heureux pour ne luy déplaire
pas. Ellerépondit qU'I
elle tenoit à honneur les sentimens
qu'il luy expliquoit,
mais que dépendant d'un
Pere fort absolu dans fesvo.
lontez, c'estoitàluy qu'il se
dévoit
devoir adresser, pour obtenir
un consentement qui ne
luy manqueroit pas de la parc
dés qu'e lle feroit en pouvoir
dele donner. Cette obligeanol
r &
ce réponse mit le Cavalier
dans le comble de la joye.
Il avoit du bien & de la nais:
sance; & quoy que la Demoiselle
fust reconnue pour une
Heritiere des plus riches, il
trouva la conjoncture si favorable
pour luy par le fervice
qu'on en attendoit, qu'il
crut e stre en droit de la demander
en mariage. Le Pere
surpris de la proposition ne
sceuc d'abord que répondre;
Lebesoin qu'il avoit du Cavalier,
ne permettoit pas qu'il
le chagrinast ; mais aussi il ne
vouloir pasluy donner des
assurances trop fortes, dont il
pust avoir sujet de serepentir.
Dans cet embarras d'esprit
il marqua au Cavalier qu'il
fc tiendroit honoré de son
alliance; mais que n'ayant
que son procès dans lateste,
il luyferoit un plaisirextrê-.
me d'attendre qu'il fust jugé!
pour parler de mariage; que
cependant il secroyoit obli..
gé de l'avertir qu'on le tenoit
bien plus riche qu'il n'estoit,
ôcqu'il faudroit qu'il accommodait
ses pretentions à sa
fortune.LeCavalier comprit
par cette réponse, qu'il le
préparoit à se contenter d'une
avance mediocre;& comme
il avoit feulement en
vue le succés desonamour, il
n'entra dans aucune desconditions
du mariage, dont il
prétendoit le laisser le maistre;
& en attendant qu'il se
pust conclure, illuy demanda
la permission d'employer
ses soins à gagner entièrement
le coeur de la Fill. Le
Pere qui ne vouloir point le
,. perdre, par le besoin qu'il
avoir de son secours; luy accorda
sans aucune peine le
droit de la regarder comme
une personne qui devoir un
jour estre sa Femme; il s'en
expliquamême avec elle d'une
maniere qui luy fit connoistre
qu'elle pouvoitsuivre
son panchant,s'illuy parloit
forcement en faveur du Ca-£
va lier. Il n'en salut pas davantage
pour l'autoriser à ne plus
garder aucune reserve dans 1
les sentimens secrets qui luyJ
avoir inspirez, Elleluyapprit
qu'il estoit aime, & les noeuds
de leur amour furent ferrez
par de si fortes promettes,
que rien ne fut plus capable
de les desunir. Trois mois aprés
on jugea le procès du
Pere, & il le gagna dans toutes
sescircontances. Il avoit
obligation au Cavalier, qui
après ce qu'il avoir fait pour
luy, devoit attendre des conditions
très -
avantageuses
dans son mariage,qu'on recommença
à mettre sur le
tapis, & dont le bruit se répandit
aussi-tost dans toute
laVille.Le retardement que
le Pere y apporta par divers
<
bsacles, qu'il ne forma que
pour ne se pas dessaisirsitost
de ce qu'il devoit donner à
sa Fille, mitles deux Amans
dans la plus cruelle épreuve
qu'ils pouvoient appréhender.
Un Marquis d'une Mai
son allez distinguée,&ayant
de belles Terres, entendit
parler cecette riche Heritiere.
Il sceut quec'tll oit une
i très- grande fortune pour le
Cavalier, dont il est l'ennemi
niortel; & pour contenter la
haine qui l'animoit contre
luy
,
il resolut d'employ er
toutes fortes de moyens pour
luy ravir sa Maistresse.On
luy ditque l'avarice du Pere,
qui ne pouvoit se resoudre
à ouvrir sa bourse, estoit la
feule cause du retardementdu
mariage. Ilestoit fort vieuxsa
mort vray-semblablementde
voit arriver dans peu d' années
; & le Marquis seflatant
de n'attendre pas long-temps
aprés son bien, alla luy déclarer
qu'il estoit prest d'épouser
la Fille sans luy demander
aucune chose. Sa
proposition fut receuë avec
un plaisir qui ne se peutexprimer
L'alliance d'un Mar;
quis,& la joye de n'avoir aucune
partie àoster d'un tout
qu'il avoir pris tant de peine
à amasser, furent des charmes
pour luy qui l'emporterent
sur toutes sortes de considerations
dereconnoissance
& de parole donnée. Il demanda
huit jours au Marquis
pour congedier le Cavalier,
& pour disposer sa Fille
à recevoir l'honneur qu'illuy
vou loit faire. Vous pouvezjuger
de la desolation où le Cavalier&
laFillese trouvèrent,
après que le Pere leureutdeclaré
ses intentions. Le Cavalier
parla en Amant soumis,
quinecherchoit que lesavantages
de laBelle,&le bonheur
de sa vie, & la Belle exigea
d'abord deluy qu'illaisseroit
éclater l'orage, sans chercher
par aucune voye à se vanger
du Marquis. Enfuire ils se
firent l'un à l'autre tous les
sermens qui peuvent répondred'une
éternelle con stance,
& attendirent ce que devoit
resoudre le Pere, qui n'ayant
pû obliger sa Fille à renoncer
à l'amour du Cavalier,
luy défendit absolument de
levoir.Ilfallut qu'elleobeist,
tant ill'observa exactement,
&ce ne fut pas sans peine
qu'ils trouverent le moyen
de se servir de Billets, pour
se confirmer dans Je dessein
desaimer toujours, quelques
traverses qu'ils eussentàessuyer.
Le Marquis fut introduit
auprés de la Belle,& sur
le chagrin qu'il luy marqua,
de neZD pouvoir obtenir son
agrément sur une prérention
aussi légitime que la sienne,
elle luy dit d'un ton fier &
resolu, qu'il la devoir estimer
de sa resistances qu'elle n'avoit
engagé son coeur que par
ordre de son Pere;qu'il n'e.
stoit plus tem ps de luy denander
qu'elle prist pour
uy les sentimens qu'elleavoit
pris pour un autre ; que la
plus grande fortune estoie
ncapabledelbà changer;
qu'elle l'en avertissoit,
afin qu'il prist ses mesures
pour ne pas s'abandonner à
les esperances qui luy seoient
inutiles & qu'elle
:royoit
,
après ce sincere
veu, qu'il auroitassez de soin
le sa gloire, pour n'abuser
)as contre elle du pouvoir
injuste que s'attribuoit son
Pere. Le Marquis luy répondit,
ques'il osoit s'en servir,
ellene devoit se plaindre que
de sontrop demerite;qu une
personne comme elle estoit
incapable d'inspirer une mediocre
passion
,
& que la sienne
estoit telle, que connoissant
ce qu'elle val oit, il ne
pouvoit renoncer à l'e sperance
qu'on luyavoit laisseconcevoir.
La réponseestoitgalante,
quoy que la galanterie
n'yeust point de part. Le
Marquis étoit un homme quij
regard oit la beauté comme
n plaisir des yeux, où l'on
estoit plus sensible desqun
y estoit accoûtumé,&en
obstinant à cette conquete,
il ne songeoit qu'à s'acuerir
le bien du bon homne,
&à se vanger du Cavaer.
Le Pere irrité au dernier
point de l'opposition quelle
formoitàses volontez, entra
dans une maniere de fureur,
lui luy fit oublier qu'elle
estoit sa Fille. Il protesta qu'il
a desheriteroit
,
& joignant
a rigueur à la menace, il mit
m usage tous les mauvais
:raitemoens qui pouvoient luy
faire peur. Elle les souffrit sans
vouloir recevoir de visites du
Marquis; & enfinils furent
pouffez si loin,que se voyant
comme prisonniere, & gardée
à veuë,elle resolut de
s'échaper
J
& de s'enfermer
dans unConvent. Elleen prit
la premiere occasionqu'elle
rencontra, & courant chez
une Amie,où elle manda le
Cavalier
,
il fut arresté que
pour étonner le Pere, qui.
n'ayant qu'elle d'Enfans,
pourroit craindre de la perdre,
elle prendroitl'habitde
- Religieuse, s'il persistoit dans
sa dureté. La Belle ajoûta,
que pour empêcher qu'il ne
luy ostast son bien, comme ill'en avoit menacéeplus
d'une fois, elle iroit ju[qu'.
la Profession ,en faisant auparavant
les Protestations
neceiïaires pour n'estre pas
assujettie à ses voeux,s'il arrivoit
qu'il mourust. Ils se
separerent avec de nouveaux
sermens d'une tendresseéternelle,&
d'une constanceinébranlable.
La retraite de la
Belle tllit le bon homme dans
des emportemens de colere
qui allerent au delà de tout
ce que l'on peut dire. Il réitera
ses menaces deluy oster
sa succession,&ledesseinoù
on luy dit qu'elle estoit de
quitter le monde, ne l'attendrit
point. Il la laissa faire,
& prétendit que le desespoir
qui luy faisoit prendre
cette resolution, devoit estre
la punition de sa révolte.
Ainsi lors que le Marquis le
vint prier d'y a pporter quelque
obstacle, illuy répondit,
que c'estoit même pour ses
propres interests qu'ill'abandonnoit
à son caprice; que
quand il pourroit la retirer du
Convent
3
il la connoissoit
si entestée de ses premiers
sentimens, querienne l'obligeroit
à l'épouser
, au lieu
qu'en souffrant qu'ellerenonçait
au monde,sa Niece deviendroit
son Heritiere; que
si elle estoit moins belle,elle
estoit plus raifonnablc; qu'-
elle n'avoitjamais eu d'attachement
qui pust l'em pêcher
de se donner toute à luy, &
qu'en l'épousant il devoit se
tenir feur d'avoir tout son
bien après sa mort. Ensuite
il luy fie un ample détail de
ses richesses, qui estoient encore
beaucoup plus grandes
qu'il ne le croyoit. Le Marquis
goustala chose. Le bien
du bon homme l'avoic toujours
plus touché que la
beauté de saFille, & ilestoit
feur également en consentant
à ce mariage que le Cavalier
perdroic sa Maîtresse. Ilcontinua de voirle Pere,
& entretenoit quelquefois la
Niece
,
qui se voyant destinée
à estre Marquise, faisoit
ce qu'elle pouvoit pour plaire
au Marquis. La Belle qui fut
avertie de tout après qu'elle
eut prit le Voile, sentit un
plaiiir secret des suîtes desesperantes
que devoit avoir
pour le Marquis le mariage
où il sembloit resolu.Lejour
de la Profession arriva, & elle
en remplit la ceremonie ea
Fille entierement détachée
du monde. Le Marquis ne
manqua pas d'épouser sa Parente
peu de temps après,& il
n'en coûtaau bon homme
qu'unCarosse&des chevaux,
avec les habits de Noces Il se
passa une année entiere, pendant
laquelleil eut beaucoup
à souffrir de la mauvaise humeur
de sa Femme, qui
estoit bizarre
5
& bien fouvent
sans raison ; mais le
grand bien qu'il en attendoit,
luy rendoit cette peinemoins
sensible , sur tout lors qu'il
vit que le bon homme tomboit
en langueur. Elle estoit
pour luy d'un heureux presage,&
en effet, sa mort latermina
peu de temps après. Le
Marquis se preparoit à recueillir
une ample succession,
quand on luy Se declarer
qu'il se presentoit une Heritiere,
& que sa Fille, qu'il
croyoit Professe, avoit protesté
contresesVoeux.Cette declaration
le mit dans un estat
terrible, qu'il forma tout à
a fois cent differentes refoutions.
Il employa tout ce
qu'il avoit d'Amis & de credit
pour faire condamner la
Belle àrentrer danssonConvent,
mais il n'y put réussir.
Les Protestations qu'elle
avoit faites estoient en tresbonne
forme, & il n'y eut
pas moyend'y porter attein-
:e. Ainsi le mal qu'il avoit
voulu faire au Cavalier, re-
:omba sur luy. Il se trouva
chargé d'une laide Femme,
qui estoit sans aucun bien,
1
u'il relegua dans une
maison de campagne, ne
pouvant vivre avec elle; &
le Cavalier, outre tous les
avantages d'une tres-grande
fortune,gousta les douceurs
du plus heureux mariage qui
ait jamais esté fait.
Le lendemain de la Saint
Martin, M' Gueritor,troisiéme
Avocat General de la
Cour des Aides, & Frere de
M' des Haguais
,
prononce'
un tres-beau Discours, dans
lequel il sit voir qu'il ne fuff4/
soit pas aux Juges, quand on les
woit receus) (fil/voir répondu
rux quefijons sur lefqueUes ils
/voient eflcinterroge^, & dajoir
rendu la lojy qu'il falloir
Ravoir mille choies qui la conernoient,
pour
eslre
bonJugey
'<? sur touty les Ordonnances.
Il fitvoir quecela demandent
lu travail &de l'application,
& peignit la dissipation de
p!luufsiieeuurrss Jtuupg-eess, leur nnee~g!lii--
gence&leurs manieres nonchalantes,
en forte qu'il femploit
qu'ils affectassent d'avoir
du mépris pour leur prosession.
Il dit ensuite
, que
esprit & le sçavoir mcfmt ne
suffisoient pas pourestre bons Iugcsygr
qu'ilfalloit pardessus tout,
cela, une grande application ;,que
les Juges estoient 4flêZ heureux
pour avoir des modelles dans tOUtes
les Chambres; & il ajoûta
en parlant deMr le Camus,
qu'ils en avoientun tres-confiderable
en la personne de
leur premier President,qui
joignoit l'application au sçavoir,
dont la bonrcrepondok
à la douceur, qui rendoit la~
justice avec toute l'exactitude
qu'on peut souhaiter
,
ôc
qui enfin avoit toutes les
qualitez d'un grand Magistrat.
Le:
Le même jour, M:-* l' Archevêque
deSens, après avoir
cele bré la Metre dans la Cha-
~elle de la grande Salle du
Palais, rentra avec le Parlement
dans la Grand' Chambre
,
ou estant dans sa pla-
~e, il prit la parole
,
& par
~n compliment des mieux
~ournez: il marqua combien
l estoit sensible à l'honneur
qu'on luy avoit fait de le
choisir pour une Ceremonie
i auguste. Il s'étendit sur les
obligations que luy
, & tous
les Pre lacs avoient à ce Corps
auguste, qui dans les appellations
comme d'abus
,
qui
estoient interjettéespar ceux
d'entre leurs Jufticubles qu;
•
s'ecartoient de la régie & de
ladiscipline Ecclesiastique
les renvoyoit devant eux.
il
finit par l'Eloge de l'illustro
Chef qui esloit à la teste du
Parlement
,
& parla de si,
naissance
,
de son zele insati
gable, de sa penetration, dl)
sonamourpour laju!bce,d'J
son attachement au servic:
du Roy, & au soulagemen
deses peuples. t*f
Mr le premier Presiden
répondit à ce Complimen
parundiscours concis & des
plus polis, où après avoir remercié
ce Prelat d'avoir employé
son entremise auprès
de Dieu pour donner ses lumieres
à la Compagnie, il
marqua la joye que route
l'Assembléeavoit de voir dans
ce jour un Prelat de son merite
, remplir si dignement
tous les devoirs de sonministere,
digne Neveud'un Oncle
que l'on avoit vu Précepteur
du Roy qui avoit recompensé
son merite, ses fer.
vices) & sa pieté de l'Arc hevêché
de Paris, où il avoit
donné des marquesdesapicté,
6cde cette haute suffisance
hereditaireàlaFamilie,&
qui avoitpassé aux Archevêques
de Sens.
MrdeHarlay second Av**
-
câc General, qui fuit si gl.-.
rieusement les traces de Mr le
premier President son Pere,
& qui dans un jeune âge a
toutes les qualitez necessaires
à un grand Orateur, &a anl
parfait Magistrat, commença
l'ouverture du Parlement
par une haranguequ'il si
aux Avocats,dans laquelleil
marqua que l'amour de llf,
k-t
rPerte efloit naturelle a l'homme;
jfuil s'imprimoit dansnos caurs
lis le moment qu'on itenoit au
nonde, e qu'il ne sy eteignoit
me lors que la mort termmoit le
ours de noflrevie; que tous les
wmmes la rczardoient comme un
C> les principaux fondemens de leur
elicitejquon la souhaitoit Avec
irdeur; quon faisoit tous fis
fforts pour l'acquérir3qu'on les
edoubloit pour la confcrvcr j
\uc plus on s'estoit élevé au def
"ts des autres par la grandeur de
on couragefpar la noblejjedepi
\aiffance,&parlafubhmite de
mgénie
i
plusonejloitfenfible à ce
àcjîr; que le petit nombre de ceux
qui ont eu le bonheur de la posses
der véritablement, prouvent
affc7, combien leurentreprise lltir,
difficile.Il fitensuiteune peinture
éloquente des routes
que l'on tenoit pour acquerir
cette liberté. 1
Il marqua que c'estoit en vain
qu'on la cherchait dans les choses
étrangères ; que comme l'amouA
enefl gravé dans nos cclars.,Cpoit
aujji dans nom- mefmes- quenous
enpouvions trouver leprin-¡
cipe9 g? que nota ne pouviiaâ lacquérircpïen réglant nos
fions; que Socrate3 le plus*rarm
?hilofophe de la Grece
,
aussi
respéctable par l'innocence de ses
~iccurs, quepar l'élévation deson
enie, cr auJF célébré par l'injusticedesa,
condamnation, que
par laconfiance de sa mort, anjoit
ppru aux hommes à combattre
wrs passions) cm à les itaincre,
n démeslant les vraisprincipes
le la Morale, & traçant dans
~es Ecrits le caractere delavraye
liberté. Il fit ensuite un porrait
ingenieux de cette vraye
liberté que l'on ne pouvoit
trouver que dans la sagesse,
ans le secours de laquelle l'on
estoit toujours esclave des
T<•>;
jMiiicns. Il ajoura, que Icsd-
<vocdts regatdant U liberté comme
le rucrztabl(.appennage de leur
profejjion,ils en devoient connoiflre
les véritables c:irufleres>
t!J" les bornes que 1on devoity
donner; qu ils cjhient oïli^c^ de fcourirles foiblesf de àtendre
les maLheureux,f.7 les InnDcent-,
CT de refijhr avec liberté aux
PuiJfjinces qui les oppriment.
Que fî ces avantages cftoient
précieux
J
tes recompenses
paient grandes ; qu'il falloit du
travail pour les acquérir,veiller
surfoymesme, & efrre attentif
ajes devoirs pour les conferven
que pour meriter le titre glwieux
de Défenseurs de la justice & de
la Loy3il falloits'enrendre digne
parJon amourpour lajuflice,
& par la foumiffton pour la Loy,
se dépouiller dés paffians qui otent
l'uftge de la liberté, el/cerner la
'venteaumilieu dee tenebres que
les Plaideurs répandent dans les
affaires, se garantir de l'er.
reure de la prtnjention; combattre
les passions des Cliens, ef
fayer par des conseilsJalutaires
d'en moderer laviolence
.,
(:) leur
persuader que le bonheur d'une
paixpresente&assuréeestpréférable
aux avantages d'une <vickoire
incertaine&éloignée, quefi lmierejlou laqualité des Clients,
& lofinia.trété de leurs adverjaires
les obh^eoient d'en 'venirAH
combatt ccfloit pour lors qu'il
falloit défendre les caujes avec
une libertéglorienfe.
Ilen traçales routes par des
caracteresvifs&judicieux,en
marquantquelaraijond<voit
conduire tous les pas}cmj>ccl?er SIU -
une trop grande'vivacité
>
la chaleur
de taElzon1ou un zele~poufé
trop loin ne blessassent les regles de
la bien seance&dela jajïice.qne
si le devoirobligeoit de ne tu:il:
dissimuler les 'UtriteZ ejJcnticLes
;
il defendoitden mêler d'étrangères
ni neferventquifatisfaire
U pajjion des Pirries, &
ce penchant tntlbeureux que Ifs
hommes ont à dire des 1JeritrZ
fathrufts, & quilfalloit soutenir
les etufes par des r*ifons}£<r
jamais par des emportemens
Il fit voir lemépris que
l'on dévoit avoir de ceux qui
n'ayant d'autre talent que
leur impudence, s'estoient
fait un honneur de déchirer
l'innocent par des calomnies,
&laprobité par des injures;
qui recherchoient les causes
lesplusdéplorées,comme des
occasionsprécieuses de signalerleur
audace, & qui ne
rougissent point de vendre
leurs paroles,&de prostituer
leurlangue pour satisfaire la
passion de ceux qui les employent.
Que l'on devoir bannir les
railleries qui blessentl'honneur
& la reputation d'un
adversaire,&reprimer avec
grand foin dans les actions
le penchant que la pluspart
des hommes avoient
à en faire; qu'il ne falloit
pas cependant bannir
d'un discours ce que l'on
appelloit le sel; que l'on
pouvoit y en mesler, mais
avec grande retenuë ,& sans
affecter ce caractere; que les
railleries devoient estre utiles
,
necessaires à lacause
fines, délicates, qu'elles de+-
voient se presenter naturellement;
que les Avocats devaientconserver
pour les Juges
la soumission que leur
dignité imposoit ; que l'on
devoit soumettre son avis à
leur Jugement, &ne se donner
jamais la liberté de censurer
dans le Public,nymésme
de condamner dans son
i
coeur les decisions de tant de
gens éclairez.
Il invita ceux qui se distinguoientpar
la beauté de leur
esprit
, & par l'étendue de
leur capacité,à faire de nouveauxefforts
pour atteindre
au plus haut point dela perfection,
& les Gens du se-
-
cond ordre à ceder sans peine
à ces premiers la gloire de
l'éloquence, & à disputer
avec jalousie celle de la modestie
& de la probité, assurez
d'acquerir par ces voyes
honorables, l'estime & rap-i
probationpublique qui doi-
:
ventestre le but de leurs travaux
& la satisfaction de ne
devoir qu'a leur seul mérite
des avantages aussi considerables
que ceux de la reputation
&; de la fortune qui l'accompagnent
toujours.
Il finit en disant aux Procureurs
,qu'encore que leurs
fondions sussent moins élevées
, leur ministere ne laissoit
pas d'estre important
pour l'ordre de la Justice, &
les invita de profiter des avis
qu'il venoit de donner, & de
le soumettre dans toutes les
procedures, aux regles que
les Loix & la raison leur prescrivoient,
& aux sentimens
de leurs Anciens.
M' le Premier President
prit ensuite la parole, & l'adressant
aux Avocats, illeur
marqua qu'ils devoient tirer
-
une grande utilité de la Morale
qu'ils venoient d'entendre
; qu'ils ne devoient pas
abuser de cette liberté qui
faisoit un des beaux endroits
de leur profession;qu'il ne
suffisoit pas d'avoir des talens,&
de la capacité, mais
que l'on devoit y joindre de
la pureté dans les moeurs, &;
ne donner que des conseils
judicieux & desinteressez,&
ne pas avoir une complaisance
aveugle pour les Parties, laquellefaisoitchercher
des
détours, où lasaullesubtiliré
lvoit plus de part que les réglés
dela Justice
, & qui arrestant
le CQurs de la procedure
,
éloignoient le Jugement
des Procès. Il entra
dansundétailexact de l'abus
que l'on faisoit quelquefois
de cette liberté, &- la fit tomber
ingenieusement sur les
jaubgleessqui dévoient estreaf- ,doux&
pitoyables
dans le particulier,fermes Se
severes quand ils procederontau
Jugement des Procés.
Il finit par l'usage que les Avocats
devoient faire de la liber-
( te de leur prosession, êc par
une exhortation aux Procureurs
, de remplir leurs devoiravecrespect,&
dans les
regles qui leur estoient pref
crites par la Cour.
Les Mercuriales se font
faites en la maniere accoutumée.
Mr de Lamoignon,
premier AvocatGeneral
, par
un discours éloquent & en
des termes où toute la policesse
se trouva,fie voir que
ces Magistrats devoient avoir
une connoissance entiere
d'eux-mesmes, avant que de
s'engager dans la Magistrature.
Il marqua de quelle force
on devoit fonder son coeur,
& s'examiner soy-mesme.
Mr le Premier President répondit
à ce discours, & invita
Meilleurs à donner leurs
foins pour juger les questions
generales, qui se presentoient
souvent dans les
Chambres,& de s'assembler
pourcela dans samaison chaque
semaine.
or.
Rien nest plus digne de
suivrece que je viens de vous
rapporter de l'ouverture du
Parlement de Paris, quel'excellent
Discours que vous
allez lire.ILest deMdeSeve,
premier President du Parlement
de Dombes,issu de l'ancienne
MaisondeSeve deSavoye.
C'est une Charge que
cette Famillepossededepuis
lacreation de ce Parlement.
Je ne vous dis rien de la
Branche de ce mesme nain, 1 qui s'estétablie à Paris. Je;.
vous en ay parlé plusieurs
fois & vous ay marqué quelle
a joüy de toutes les Dignicez
qu'on peut souhaiter
dans la Robe.
Cette Ceremonie que nous
renouvelions tous les ans ,
'fJ' est
us une vaine pompe dont le e de nos Pèresfêfoitavijé,
Pour honorer feulement d'un Rio.
re nostre rang & nos Jonchons.
Tefl une espece de Soitn:mtefa~
rte) que laJimplicite de ïancicn
emps 0* lespluspurs fircln de
t Afa^iflratHre ont nju naître;
Hi n4esté uabloe que pour in.
mirenojtreDignité^&rappeL
rà la t¡te de etsSédices le
nvemr de nos devoirs
) tn ouwrant
la carriere de nos travaux.
Il faut en ce jour que les malheureux
nous voyent remonter
sur ces Tribunaux avec joye, les
coupables aveç frayeur, les Peuples
avec confiance.
Nousallonsvoir reparoifireicy
fous nosyeux le credit & l'opprejjion
, la miserel'opulence,
le Grand (y le Peuple. De peurde
confondre leurs droits confondons
toujours /o:;'(S perjmnes;
igno/oris tes noms des P:tl.ries,
c'ejt aJjcz de /cv.voir leurs Cau-.
Ces.
Il arrive aje7, souvent que:
les prééminences des conditions
deviennent prejque entre nos
mains des prééminences de Droit.
On compte le* Titres, le rang , ptrmj les raisons ;
maisl.s Tztrcs
c- le rang ne Jorn pour rien
dans une Caup ; ils ne doivent
pas estre pour plus dans nos In.
gernens.
Qttand tintcgraé ne ferait
pas le chemin de la fortune çy- de lélévation, c tjl un? voye pire À
la réputation & À 'a gloire
;
;1
n'est point de prosp,rité qui p:.:iJ]'
nous dédommageraunebsJ]'-jJ]c.
Poudrionsnous qu'an con.
traire de ces fameux Romains,
dont les Conjulatsfont rn.zrque'{
par des afiions ci:jxjhce U de
valeur•voudrions-nous, da-jey
que la /). pt-rité duttasi de J nos injuftlcdl leJ cours de nosannées,
@'. cjiéune indigne opulence fietrijl
léclat dt reputation?
La médiocrité denos Neveux
leur fera très, bo/iui'iible }si dit: cjl
un Titre de la droiture de leurs
Jïmê.res
0,l p<our/oit ramener icy les
jieries J) yens or representer !a
j-,-.•c.edec:sancienslugesf ; r.-:: l" f de C' S ;i ,:1'1 ens ¡ u¡;cs;
m..<*pu ijîït en a-t on impoje
.'¡UI'¡' ir A uray dire,
es MaÓjl..u.i de ces fîtdes.la
font
fontfabuleux aussi bienque leurs
Héros, £7* dans les Efages qui
font venus jusqu'à nous) peutejîreriy
hfons nous pu ce quils
ont esté, maisfeulement ce que
nous devons estre.
En ejfitJ la plus haute probitésans
la Religion n'a pas esté
si loin; la gloire ne'se foutient
guère que dans les devoirs d'èclat.
Toutes les vertus marquéis
a ce coin,font de pures allions
de ceremonie. Si on avoit rvú ces
gravesPersonnages dans des oe..
cajions obfciiresfypembles•
, on
la déjà dit&je le crois,tous ces
Hérosdeparade auroient mal
soutenu en particulier les mouve*
mens de leur gloire.
La Amoraole de la I<.ellgian
sy prend plus feuremtnt5 elle va
*
reglerles moeurs dans leur fource.
La reputation & tout l'ap
pareil de-la Vertu font une maniere
de train qui luy eftdu,mais
sans que ellefçait marcher av. c
dignité; elle laijje là, quand il le
faut, le bruit & les apparences
, & ne retient de la vertu que la
vertumefme>
.LIufJi quel bonheur pour les
Peuples, qu'un Magiflrat pré.
venu dessentimens de Religion !
C'ejl un Homme que 1,4 main
du TrcSrbaut ellemesmejaprès
luy avoir formé un coeur droit,
un jugement feur, une ame incorruptible
, a placéfur le Trône
de la Iuflice;qui na pas regardé
la Magiflrature comme un établisscment
politique) mais comme
un employsacré qui entrant
dans sa Charge na pas apporté
pour tout mérité le privilège de
l'acheter.
C'est un homme qui écoute
Avec humanité
3
examine avec
religion, prononce avec connois
sance
;
qui console les inortune;C
parson acccüil) rassurelesfaibles
parfon desinteressement3dèconccrte
Usfourbesparses.lumières,
qui ne prend que dans les Loix [s D.c:fions
, & dont tous les
lugemens font formez au centre
mesme de la luftice.
C'cjl un Hommequiregarde
d'un oeil tranquille les fàlliârationsgr
tous les diffèrens reforts
d'interest ou de plaifr que Ion
veut pratiquer pour le seduire;
quipar je ne sçay quelle grandeur
d'ame répanduesur sa perfonney
rua étouffer dans un Plaideur U
hardijfe des offres,&auprès de
qui indigence dune des Parties
tfi presque pour elle un pri/ugé de
bon droit.
Il rieft plus ni Parent, ni
Amy; illaifle aux pieds des Tribunaux
tous les liens dufang&
de l'arllitié, &fin coeur devenu
comme filé, ne tient plus à ceux
qui tenvironnent>que par les liens
des Loix ed: la lujtice.
Plus amoureux de l équitéque
de la gloirey il fiait quelquefois
tJireseul de son party, &j-aire
defonfuffragz une efipece de reparation
a la /ufl'CL'abandonnée.
C'ifi un homme enfin au dessus
de la crainte eS' del cfperancc,
au dejJus mefine ie l'ambition, &
qui neferoit plus à la portée des
fdffions, s'il n'estoit encorejufceptlble
de pitié. X iij
Let simple équité veille toujours
à la porte deson coeur, & l'on
ne pourroit jamais réujjir à leJeduire
}
si Ion ne pouvoit jamais
réussir àse contrefaire.
Le Siecle de LOVISLE
GRAND, ce Siecle donttous
les jou.rs ne font presque plus
marque% que par de nouveaux
prodrres, qui a fiurny aux Lettres
cr aux Arts des hommessi
excellens) quifertile en Généraux
d'Armée, voit renaifire tous les
jours dans le fein mcfmc de la
<vifloire,lesCondé& lesTUiennece
Siecle fournit aujjidans les
Tribunaux des Aîagiflrats de ce
caraéîere.
Ne voit.on pas a la tesie du
premier Parlement de France une
illufire Personne,qui a ramassé
en luy mesme tout le mérité de
sesAnceflresf Son nom, & la
pluspart deses aflions
3
quoyque
marquées d'uncaraélerefingulur
degrandeur, peuvent estre ignorées
des âgessuivans9 maisla
juftict,fonds!ment de tousses Arrefis
3 a fixé lesouvenir éternel dè
sa gloire.
En UOHS ébauchant,Mefi
fleurs, le portrait d'un Magistrat
accompli, je riay pas a aller
cherchersi loin mes modelles.
Il efi heureux pour nous que
U Ciel nous ait fait nAiflrefous
lt;1 Rcrne(t gloïleux, rjr qu' il
ait attache en quelque manière
noi dessinées à celle d'un Monarque
, à lbipoire de qui rien ne
manquera peut estre, que la
croyance delàpoflerité• Nous en
trerons
, & je l'ose dire, prejque
en commerce desa gloire. Si nos
fonflions ne nous permettent pas
d'aller exfoflr nos vies à la teste
de(es Troupes,nousconfirmons
et:'!cs de ses Sujets par la terreur
des Loix.Sinousne reculons pas
Jes Frontières en prenant des
PUces>&remportant des
Viùloires
, nous ajjurons le caur
de lEtaten calmant lestroubles,
& en réglant les Provinces. Si
nous ne mettons pas lavie & la
fortune des peuples à couvert de
la fureur des Etrangers, nous les
sauvons des atteintes domestiques.
En un mot, nous naidons pas
Loüis le Grand à vaincre, nous
iaidons à regner.
Soutenons, Mrffiturs
, toute
la dtgnué de nos fonctions. Me..
ritons parnaRre intégr-itélhonneur
denostre caraélere; remplaçons
par l étendue denostre répu
-
tation ce qui manque à Retendue
de nos Charges; & tandis que
l'Auguste & vadlant Prince.)
nojtre Souverain, s'attire par
mille allions glorieuses l'ejlim(&
la tendresse de ce Monarcpe,
/'applaudissement des Troupes,
l'admiration mejme des Etrangers
, attirons-nousparnojlre
conduite, (7 par nos voeux pour
sa confcrvation, l'honneur deses
regards, la douceur de sa bienveillance>
&l'avantage de sa,
proteEllon.
Je vous promis le plande
Castelfollit lors que je vous
envoyay le détaildelaprise
de cette importante Forreresse
; mais comme il m'a
PLAN
- DE
- CAS TELFOLLIT
fallu plus de temps que je
n'avoi s cru pour en recouvrer
un bon, j'ay differé jusqu'icy
à vous l'envoyer. Il fera
toujours nouveau, puis qu'il
n'en a point paru de gravé.
Vous le pouvez joindre à
tous ceux des conquestes de
M' le Maréchal de Noailles
en Catalogne, que je vous
ay déja envoyez.Voicy l'explication
des chifres que
vous trouverez dans la planche.
A. Corps de laPlace.
B. Premier Chemin couvert.
C. Redoutes à l'épreuve du
Canon.
D. Grande Redoute àquatre
étages,garnie de Canon,
avec un Chemin
couvertJ,
dans laquelle il y avoit
deux cens hommes de
garde.
E. Nos Batteries de Canon.
F. Costé de l'Attaque.
G. Costé du Camp & du
Quartier general, qui estoit
à Bagou d at.
H. LaFluvia, Riviere.
Le 2.6. du mois dernier, il
se fie icy un mariage cressortable,
pour la qualité des
parties. Ce futceluy deMesfire
Gabriel. Henry de Beauvau,
Marquis de Montgogier
, avec Marie Magdelaine
de Brancas
,
Fille de Mr
le Duc de Villars. Elle est
estimée pour son Inerirc) &
estoit dans un Couvent, d'où
elle n'est sortie que pour se
marier. Je vous ay déjaparlé
dans plusieurs de mes Lettres,
de la Maison de Bran.
cas. L'Historien de la Naple
Françoise nous a donné une
entiere & parfaire connoissance
de ion ancienneté, ôc
des grandeurs ou elle est parvenue,
tant dans le Royaume
de Naples
, que dans toure
l'Italie
,
& la France voie le
troisiémedegré dans la personne
de MrleDuc de Brancas,
Frere de la Mariée,depuis
que la Branche de cette
Maison qui s'est etablie en
France a esté élevée à la dignité
dela Duché Pairie. Les
mariages contractez avec la
Maisond'Estrée
,
& ensuite
avec celle de Lorraine, l'ont
alliéeavec la plus grande
partie des Maisons illustres
de ce Royaume.
Pour la Maison de Beau-
YJL1.1? on peut dire que ceux
qui en portent le nom sont
au vingt-quatrièmedegréde
generation depuis qu'elle est
sortie desanciensDucsd'Anjou,
parFoulques I. Seigneur
de Jarzé& deBeauvau, dont
les Enfans Raoul & Giraud,
Freres, firent hommage en
1015. au Duc d'Anjou pour
les Chasteaux de Jarzé & de
Beauvau
,
l'épée au costé &
la Birette en teste, & debout,
à cauie de leur parenté, pendant
que les autres Seigneurs
de cette Province le rendoient,
teste nuë, à genoux,
& sans épée.Geoffroy leur
Fils donna en 1060. avec le
consentement de Jean Con
Fils, & celuy du Duc d'Anjou,
sans lequel,comme Péu
rageur, il ne pouvoit par la
Coutume démembrer son
Parage, à Daibert, Abbé de
Saint Serge d'Angers,laChapelle
située dans sa Ville de
Beauvau,&fondée de toute
ancienneté en l'honneur de
Saint Martin, pour y établir
desReligieux de sonOrdre,
avec ledroit de Pascage dans
la Forest de Chambiers, ce
qui en a fait le Prieuré que
l'Abbaye de Saint Serge possede
encore aujourd'huy.
Cette Terre de Beauvau
,
jadis
Ville, a estépossedé
pendant vingt-trois generations,
par ceux qui en portent
le nom c'eestà dire,jusqu à
ce siecle, où M1 le Marquis
de Beauvau Fleville, aînéde
cette Maison, si recommandable
par ses vertus & par
sa capacité, a prés avoiresté
Gouverneur de feu Charles
V. Duc de Lorraine, a elle
choisi pour le même employ
auprés de Mr de Baviere.
C'est luy qui nous a donné
depuis peul'histoire dela vie
de Charles IV. Duc de Lorraine,
& qui a vendu cette
Terre de Beauvau à Mr les
Marq uis de Jarzé.Mrs de
Sainte Marche n'ont écrit de
cette Maison, faute d'avoir
les Memoires, comme ils le
declarent dans laGenealogie
qu'ils en ont donnéeauPublïc
, que depuis René do
Beauvau
3
Connestable de
Sicile, lequel y mourut do
ses blessures en 1266 au fécond
voyage qu'il y fit-
Ceux de la Maison de
Beauvau ont toujoursjoüy
de certaines distinctionstresremarquables
parmy la Noblesse
Françoise,tant parnos
Rois, que par les Rois de Sicile
& deNaples,& les Ducs
d'Anjou.Outre les emplois
& Charges de grands Chambellans
& Commandans de
leurs Troupes, de Senefchaux
& Gouverneurs de Provence
& d'Anj ou, ils ont eu lagloire
d'estre employez dans les
Ambassades & Traitez, tant
de Paix que de Mariage de
nos Princes, ainsi que dans
l'execution de leurs dernieres
volontez, ayant esté nommez
Exécuteurs de leurs Testamens.
Ainsi lors que Charles
VII. voulut faire faire le ProcezauDucd'Alençon,&
qu'il
assembla à cet effet son Parlement
àVendosme,avec les :
Pairs & Grands du Royaume,
il ordonna que Louis & Ber.
trand de Beauvau,Sire dePrecigny,
quoique non honorezj
de laPairie, y auroient seanceaveceux.
De plus,quand
nos Rois ont mis des Pre- 1
miers Presidens d'épée à la tê- *
te de quelques.unes de leurs -
Cours Supérieures, Bertrand -
deBeauvaufutplacéà lateste
de la Chambre des Comptes
de Paris, Place si confiderable,
que Jacques deBourbon,
Comte de Preaux, Prince du
Sang Ployalde France
,
les
Seigneurs de Suilly
,
de Sarrebruch
, & de Tancarville
l'ont depuis occupée. Mais
l'honneur que cette Maison
a reçû en donnant pour femme
àJean de Bourbon, Comte
de Vendosme
a
Isabeau de
Beauvau, Fille de Louis
,
Sei.
gneur de Beauvau & de la
Roche
-
sur
-
Yon
,
Gouverneur
& Seneschal de Provence
& d'Anjou, & Chevalier
de l'Ordre du Croissant, surpasse
tout ce que l'on pourroit
dire d'ailleurs
,-
puisque
par la fecondité de ce mariage
,
après avoir eu trois de
nos Rois de la Branche de
Valois pour ses petits enfans,
elle voit par une heureuse
luire, au six & septiéme degré
,tout ce qu'il y a de Testes
Couronnées&de Souverains
dans l'Europe forcis de
ce mesme mariage.
Messire Gabriel-Henry de
Beauvau, Marquis de lvlonr.,.-.
gogier,estl'aisné de la B-ranche
puifnée de celle de Beauvau
le Rivau Ce Marquis,
après avoir esté Capitaine-
Lieutenant des Gens-dermes
de Monsieur,a esté Capitaine
des Gardes de son
Corps.
Le 27. du mesme mois,
Messire Antoine de Rancher,
Seigneur de Trememont,
Lieutenant de Roy au Gouvernement
de Berry,Fils de
Mr de Rancher
,
Conseiller
en la Grand'Chambre,& de
DameElizabeth de Rubantel
, épousa Geneviève Angélique
de Machaut, Fille de
Messire Louis deMachaut,
Conseiller au Parlement,&
de Dame Marie Caré de
Montgeron, Soeur de Mr
Caré de Montgeron, Maistre
des Requestes. La Mariée
avoir pour Grands-Oncles
Mrde Machaut, Doyen du
Conseil, & Mr de Machaut,
ancien President du Grand
Conseil. La Mere de Mr
Boucherat Chancelier de
France, estoit leur Soeur. Il
y a eu en cette Maison plu.
sieursCommand eurs de l'Ordre
de Malte,& grand nombre
d'Officiers dans les principales
cipales Charges de la Robe.
LaFamille de MrdeRancher
qui vient d'épouser Mademoiselle
de Machaut,est distinguée
par les grands services
que ses Ancestres ont
rendus à l'Estat,tant au Parlement
, & aux Conseils du
Roy, qu'en d'autres emplois
importans dedans & dehors
le Royaume , particulièrement
Mr de Rancher- de la
Ferriere son Oncle, qui s'est
signalé en plusieurs occasions
de guerre, pendant qu'il a
esté dans le service, & qui en
1692.eut la conduite&le com- -
mandement de l'Arrieban de
la Province d'Orleans. Trois
autres du même nom & de
cette même Familleont esté
tuez pour le service du Roy,
le premier en 1578. au Siege
de la Rochelle, le second en
1684 àceluy deLuxembourg,
&le troisiéme en 1688àceluy
de Philisbourg. Les services
de Mrs de Rubantel, Oncles
maternels de Mr de Rancher,
ne font pas moins considera
bles. L'un d'eux fut tué en
1656. au Siege de Valenciennës,
estant pour lors Capitaine
au Regiment des Gardes
Françoises. Un autre, Enseigne
aumesme Regiment,
fut tue en 1657. au Siege de
Montmedy, & un troisiéme
fert encore actuellement en
qualité de Lieutenant Colonel
de cemesme Regiment,
&de Lieurenant General des
Armées du Roy. MrdeRancher
le Pere
,
Conseiller en
la Grand' Chambre,s'est acquis
beaucoup destime par
la maniere dont il exerce sa
Charge.
On a eu nouvelles que les
Venitiens se font rendus maistres
du Fort & de l'lue de
Chio,à laveuë delaquelle
ils arriverentle7. Septembre
dernier. Ils débarquerent le
8.s'avancerentvers laPlace,
&s'emparerent le9. du grand
Fauxbourg, oùil yavoir deux
mille habitans. Apres qu'on
eut fait jouër une mine le 14.
avec tout le succes que l'on en
pouvoir attendre,HassanBacha,
Commandant,ayant estésommé
de se rendre, y consentit
à condition qu'il fortiroit
du Chasteau avec armes
& bagages, & feroir conduit àSmirne,avectoutesa Garni:
son & les habitans Turcs, ce
.qui a esté execuré. Chio est
une lsle de la mer Egée dans
l'Archipel
, entre Samos &
LesbosouMetelin, proche
l'Afie mineure. Ellea vingtcinqoutrente
milles de tour,
avec une Ville de ce nom,
qui està l'Orient de l'lfle,où
.quelques
- unsont compte
lu 'fquȈ trente-sixVilles. (jn
l'a vûë sujette aux Athéniens,
puis aux Macedoniens, ensuite
aux Romains, & enfin
aux Grecs. Les Genois en furent
les maistres vers l'an 1346.
& les Mahons, premiers Gentilshommes
de la Maison Justiniani
de Gènes, la gouvernaen
forme de Republique,
en payant tribut au Turc. Le
Bacha Piali la prit en 1561.
par l'ordre de Soliman, fous
pretexte qu'ils ne s'acquittoient
point de ce tribut, &
qu'ils avoient donnéavisaux
Maltois de la resolution que
l'onavoit prisedelesassieger.
La Ville de Chio est petite,
mais bien peuplée, & la plu/1
part de ses Habitans font
Chrestiens, Grecs ou Latins.
Ils ont chacun unEvesque,
& plusieursEglises, mais les
Grecs en ont beaucoup plus
que les Latins, à cause que
chacun de leurs Pa pas a son
Eglise,n'approuvant pas qu'il
se dise plus d'une Messe par
jour danschacune. Cette Ville
n'est: pas forte,mais le Chasteau
qui la défend est assez
bon. il a un mille de circuit,&
pour yentrer il faut passert rois
portes. Au dessus de la troisié
me , on voit encore en son
entier le Chasteau aux trois
Tours, avec l'Aigle de pierre
relevée en bosse, qui sont les
Armes des Justiniani, à qui
appartenoit autrefois cette
lsle en titre de Principauté.
Aprés que l'on a paffé cette
derniere porte, on découvre
dans le Chasteau une forr
belle maison,ousont lesmêmes
Armes. Ce Chasteau est
fort beau, & bien bâry. Toutes
sesmaisonsontesté construites
dutemp s que les
Chrestiens en estoient les
maistres.Aussisont-e lles bien
élevées) de pierre deraille,&
ornées de plusieurs Armoiries
& Figures fort bien faites, Il
y en a une entre autres, au
dessus dela porte de laquelle
est representée en bas relief,
l'Entrée de NostreSeigneur
en Jerusalem sur l'Asnesse,1&j
c'est un fort beau travail. Ce
Challeau commande entièrement
le Port, qui est devant,
& peu!:. Il y avoit pourtant
toujours quantitédeSaïques
pouralleràConstantinople&
enrevenir à Metelin, &
auxautres lieux del'Archipel,
&de l'Egypte,&les Galeres
des Beys y passoient ordinairement
l'hiver. A la sortie
du Port, un peu en dehors,
& loin du Mole environ la
portée dun pistolet
,
il y a
dans la mer une petite Eglise,
appellée Saint Nicolas) qui
sert de fanal & de signal la
nuit & le jour pour les Bastimens
qui veulent entrer dans
le Port, à cause que l'entrée
en estassez étroite, par de
grosses pierres qui font à côté,&
qui viennent jusques à
fleurd'eau.
Vous avez oui parler de
l'importante victoire que les
Polonois ont remportée sur
les Tarrares, qui ont esté
contraints d'abandonner un
Convoy qu'ils conduifoienc
a Kaminiets,&quiauroit pu
suffire à pourvoir la Place de i
toutes choses, pendant deux
années, estans composé d1 ej
quatre mille chariots chargez
de munitionsv&devivres, &
de onze cens chargez de marchandises
& d'argent. La
conduite en avoit esté doninlée
à Sultan Cafi.Gérai, & estoitescorté parvingt cinq
mille Tartares ,Gx mille Moldaves,
& Walaques, & trois
mille six cens Turcs, qui le
menèrentjusqu'à Czecora.
Ensuite elle fut remiseàSultan
Schabas- Gérai, qui s'étant
mis en marche avec un
renfort de quinze mille Tartares
de Bialogrod, fut joint
en chemin par trois mille de
Dobrats. Ainsi cette Armée
estoit de cinquante deux mille
hommes. LaCavalerie Polonoise,
& deux mille Dragons
ayant passé le Niester
à la nage pour aller à eux, les
Grands Généraux & les autres
Officiers les suivirent,&
firent attaquer les Tartares
le 6. du mois passé. Le combat
dura depuis deux heures
aprèsmidyjusqu'à la nuit,
qui favorisa la retraite des
Tartares. Ilss'estoientralliez
jusqu'à cinq fois, & perdirent
etois ou quatre mille hommes.
On tient qu'il y en eut
encore deux ou trois mille
defaits à un defilé,appellé
NiesterSchwindel,jusqu'ou
ls furent poursuivis par les
Psolonois) parmy lesquels il efttrouvé que dix Dra.
gons tuez, avec un Officier
& deux Soldats, & environ
quarante blessez.
L'estime particulière que
scay que vous faites de Mr
PORTRAIT
DEM.
L'ARCHEVE S.QUE
D'ALBY.
A M. le Grand Prieur de
l'Eglise de Malthe. VOUS vous étonne?^
)3 Monseigneur,dansvôtre
derniere Lettre, que je trouve
plus d'agrément à Âlbj que dans
Aix,& quapres avoir bâti m4
maison avec tant de foin, je lx
quitte sans peine, pour paffer
juatre ou cinqmois avec Moneigneurl'Jrchevefque
d'jîlby.
70us me dites encore fortagréailement3quilfauc
que la tentaion
de ne pas resider3 ou le mérité
xtraordmaire de ce Prelat lemortentsur
mes obligations; &
jouimefelicitez en mejmetemps
re la continuation d'eslime dont
? Prélat mhonore, en me témoignantquelque
envie de le
)nnoislre se vous envoyé son
ortrait,jem*ajjurequ'après
avoir lû vous feriek tentévoui~
ufmcj silejloitpossible de quitter
votre refidtnce de Malthe
J
de venirpajjer unepartie de votre
vie Avec Ce grand Archevêque.
Contente-vous de l'Admirer,
tandis qu'il m'est permis de joüir
du bonheur de p, prcfince.
Charlesle Goux dela Bercherey
Archevêque d'Albyy est un des
Prelats duRoyaume quisoûtient
lasaintetédejon caraélerc avec
plus d'honneur, de science & de
pieté. Sadévotion ria rien degê,
nant&d'incommode. Sa douceur
&samodefiie quise répandent
dans ses moindres allions, n'y
laiffint rien de trop austere, ny
de trop libre. Son vïjageejl une
ioyvivante,,qui persuade bien
mieux que les maximes severes
de beaucoupd'autres On auroit
honte de nepasfaireson devoir
lors que toutes les aélions de si
vie avemjjtnt qu'il s'acquitte
'Jarftitiment dusen.
Uniquement occupé des obligations
de son Mimftere
,
il efl
tjJeZ heureux pour en faire tous
es plaisirs
, & comme il ne re- herche pas les jojes duJiecle pour
e délasser defis travaux conti-
INelf) il s abandonne volontiers
celles qui naissènt de la sion conver- deses amis Touvant s'a. 'aferavec dignité, £r fefami.
liarifer sans crainte
,
illeur permet
de ne sobserver pas scrupuleusement
dans leurs entretiens,
pourjouird'uneagréablefamiliarite
,
dont les Grands ontfoulent
le malheur d'eflreprive
Sa Table, toute abondante,
quelle efl, ne donne pas dans lai
profusiony &parmyla délicatesse
des viandes on ne IAiJJe pas ci)
voirsonamour pourlafrugalité
On ne s'en apperçoitjamais mieux
que lors qu'ilse prive luymefrm
des ragoufls & des mets les plm
delicitux,etqu'il déguise fine*
ment fous le nom de précaution
poursafante.
LA réputation de science quil
-4st juflement dans le monde, sa
nombreuDibliothelue
diverses occaftons où il afaitparoiftrelâcapaci-
té.
ne permettent
pas ases envieux de douter qu'il
nefoit très sçavant
; mais ceux
qui connoijjent de plus pressâtenduedejon
erudition fontfurpris
que sesgrandes lettures
}
qui ont
pfc nuire aJes yeux,riayent mis
tHcune confusion danssonefj?rtty
lui s'est trouvé naturellementfuïerieur
àson application. Toutes
ses connoijjancesfontrangéesavec
9rdre dans une des plus beureu-
Qs memoires qui sufl jamaw,
Profond dans la Theologie, dans
l'Hifloirede l'Ejife, dans l'étude
des Peres e des Conciles
,
il a
crû ne devoir pas neghger les bel.
les Lettres, les
1
Langues & la
JuriJpiudence. Il parle de toutes
ces Sciences avec tant de netteté,
qu on croiroitqu'il ne s'est appliqué
qu'à celle dont on s entretient.
£)uoyqu'il ne faffe point son
occupation ordinaire de ces Sermons
où l'amour de la gloire a
plus de part que le zjle du salut
des Ames
,
on l'a souvent entendu
dans des occasionsimportâmes,
O* dans dilluftres Aj]emblées
s'attirer les applaudissemens de
tous (es Auditeurs Mau lors
quilparle dans Ici Conférences
deson Diocese & deson Séminairey
ou qio il monte en chaire
pour expliquer à son peuple la
parole de Dieu ctfl alors qu'on
levoit briller par dt sçavans Dif
cours, çy par des Homélies tissué's
des plus beaux endroits des
Peres
,
qui parlent au coeur avec
plus de fruit, que ces 'Discours
pompeux qui nefervent que d'amufement
à lesprit.
Il ne fort jamais de soncara.
tfere, lors mefmS qu'il est oblige
de parler aux 7 estes couronnéesf
& aux Terfonnes du premier
rang, & bienqu'ilpuijje tirer
tous ses Discours de son propre
fondy ilaimemieux en emprunter
unepartiedesplus beaux endroits
desTeres de l'Eglifc, dont la le-
Bure luy est stfamiliere. Il s'en
fert siàproposaquilfemble qu'ils,
riayent écrit que pour luy, cir il
s'exprimed'une maniéré si vive
&si touchante, qu'il eflfeurdes
applaudijjemens, ou des larmes
de ceux qui l'écoutent, suivant
les mouvemens quesonéloquence
veut inspirer.
Amoureux "de ses études &
desaBibliothèque, il s'en prive
sans regret, pour satisfaire aux
devoirs dcfon ministere. Chaque
jour a ses heures marquées pour
travailler tux accommodement
des procès , À lentretien de 1,4
bonne police pour conjerverlahondance
ouaux moyens defaire
fabfifler lHôpital General,dont
sa charitéest la plus feurerefjource-^
gr au milieu de tant d'occupations
pour la Ville, pour les
Pauvres, & pour sonQergé,
qu'il ne perdjamais de rueuë, il
trouve toujours le moyen d'offrir
À Dieu le saintSacrifice de la
Meffe Il ne se dispense jamais.
d'ajjifier les Festes &les DimarychesauxOffices
deson Eglise, &
quand il pontifie, c'tft avec tant
de majeflé
,
qu'il jujjÙ de le voir
four rftre touchéde lasainteté de
nos cérémonies.
Soname noble &élevéecapable
des pinsgrandes choses, laisse toujours
à sa prudence le choix du
temps, & le foin de léxecution.
Les Baflimens qu'il a faits dans
son Palais Archiepficopal^&r dans
les miifons qui en dépendent,
marquent ajJeZ son humeur
fplendldr., qui luy fournit un nou.
veau moyen pour faire fubfifh r
les Pauvres, Content de lafeule
propreté dans ses habits, dans
ses
sesmeublesC-dtnsfon équipa--ge,
il ness magnifique que dans.sa
Bibhotbeque
, & dans les ornemens
de (on Egli/e.
Peu dePrélatsfçauent mieux
cboijir que luj jes domefliques.
Tousfes Eccejiafiiquesfont reglez
& assîdus a leursfondions,
il n'eff pas jujquxa la baJJ:fumille
qui nefc refente de la pieté dun
Mai/Ireaveclequel clic a lebonheur
de finir la journée par la
Prierezparquelquelevure de
fJlete.
Ceux qui ne le connoissènt
[Jas afiJeTi dans le fond doutent
sila plus de bonheur qued'habïlctéletiens
qu'il a de l'un &
1 ¡ J L ',n n"'!' /1 del'autre. Il rieft pas pofbkdê.
si 1 ccleby-e,quine d'un
nCebfaanitrurcnccclceebrree, qiudieatodeli1t uvne- 1ncratl.;(]PotH'Il,!);detout un
Dl;JCl:(e) qui craintaussivivement
de le perdre que ceux q'4i
l'ont dJ>t perdu leregrettent:
enfind e. re estiméde cinq i'lustres
Suffragans, qui le voyent avec
flaifir à leur teste 3sans un peu,,
de bonheur ; mais si la bonne f'r--
tune s'encftmeflée
3
ilfautatoaeq
queIun mérité en fait toutes leA
tVU.Hlf.:CS. Onnenjitjamais tanM
d honneur & de probité) çjr
tant de fidélitépourses amis
1
rtle dans ce Prélat.
SenÇible aux injures qu'on fait
"E[/i{e dans sa, perJonne, il
eut bien en demander la repara,
ion; maisfin coeur d'accord avec
4 Lay de Dieu, nefçauroitmé.
iter une vangeance ; & gçm}iif
tnt pour ceux qUI l'ont oj iJ
a plus dimpatience de , demaner
leur grâce , que les autres
oonnrt ddeeplaisir aaJe vanger. Plusjoigneux de cacher fin
aïoir9 que biendesgens
ne le
nt a mmifefler le leur je l'ay
4 souvent écouter avec pUifir
quil avoir droit d'tnjeig,ner
ix autresjhs remercier
corilme
s'ils le luj avoient appris. On
ne connolftjamaY mieux la b<auté
deson ^:nïey que lors qu'il en
trr:p;end dans les Afemblîes du
OGle'rv,é ou dans les Etats de oc, d'ouvrir une ol~inion bdouvrir opinion
sur un fait imprévu.Cejî alors:
quon fuy voit tirer Je son fondi
erpins préparation tout ce que:
'S plus ha bilest la prévoyance des habiles,
auroit de la peine à fournir; &*
souvent après ces grandesaélion.
on s'appcrçoit qu'il se dèrobi
adroitement aux applaudifetnens
, pour venir se renferme.
dans un cabinet, avec deux Oi
trois de ses amis) où il s'amui
tranquillementà rangerJeshvns.
Quelque inclinationqu'ilait
four la vie retirée, il n'oublie
'as les moindres devoirs de lavie
ùvile
; mais se précautionnant
lu secours de quelque bon hvrs
70ntre la perte du temps ,
il trou,
ve le moyen de confcrvcrhfrit
le retraite au milieu de ler;/-r.
l'as &de la dijjipation desiîfpù.
'es.Il prend encore avec plus
te foin, la mt/me précaution
uins fis iqyagesy ou dans la
nfite de ion Diocefi
; toutes les
lettresyfont renées pour la prie-
'e
}
pour la teBure, & pour
a conversation. Le Carosse qui
reliait la Compagnie5 est tout ensemble
pour luy une Eglise
, un
Cabinet,(yuneVoiture ncccf
faire ;aprèsavoirpajjtq:an-
?'c jours dans cet exercice , on
s'etor,ne
3, au lieu d'estre d!J'ffiné f' J' si ", ) i par l'ennuy&loijiveté duvoyagc,
d'avoir acquis sanspeir.e plus
defaer.eey&plus de vertu.Ce
qu'ilya de merveilleux c'est que1
lents'ypsjjesansgefnc e sans
contrainte; (,rr que ce Prélatejft
si fimtlrr, quil oubliroitfouvent
ce qu'il est,st ceux qui OflIJ
le bonheur de l'accompagner nii
l'en faisoientfotruenir.
Il paroist presenrement
une nouvelle Carte de France
, d'une feuille, dédice à
MrCourtin, Conseiller d'Etat
Ordinaire
,
suivant les
nouvelles observations que
on a faites sur les Elovations
du Pole, & les Meridiens des
ieux de ce Royaume- ainsi
que sur plusieurs coll es, &
particulièrement celle de la
Bretagne
,
où l'on voit un
nota b lechangement. Elle est
considerable par plusieurs
emarques que l'on y a faites.
Les Presidiaux & les Genera.
irez-y sont specifiéesenplus
grand nombre, d'une ma.
nicre plus particulière, & qui *
n'a poinr encore esté obiervée.
On a remarqué le nom
des Eveschez
,
& separément I
celuy de leurs Sieges, qui
différent souvent,&àl'égard
de la justice des Aides donc
:
toutes les autres Cartes confondent
les Sieges, l'Auteur
a eu foin de distinguer les
Parlemens quien connoi f-*
feiu
,
les Cours particulières
des Aides, & celles qui sont
uniesauxChambres desComptes.
Il suffit de vous dire:
5 pour vous faire juger des;
1
foins avec lesquelscetre Carte
a esté faite, que MTAbbe
Bautranden est l'Auteur
s
&
que plusieurs Ouvrages de
cette nature ont fait connoître
qu'il excelle dans tout ce
qui regarde la Geographie.
Elle se vend à Paris chez G.
Roussel, Graveur, ruë Saint
Jacques, proche la Fontaine
Saint Severin, au Prophète
Jercroie.
j'oubliay le mois paffé de
vous apprendre la mort de
Madame la Marquifede Loë.
maria, Mere Mr le Marquis
de Loëmaria-, Maréchal des
Camps&Armées du Roy,&
InspecteurdeCavalerie.Ellese
nommoit Claude deNevet,&
estoit Veuve de Messire Vincent
du Parc., Marquis de
Loëmaria,aussi Maréchal des
Camps&Armées duRoy,&
Conseilleren tous ses Conseils.
De ce mariage restent
trois enfans
,
qui sont
Mrle Marquis, Mrle Comte,
&Mademoiselle deLoëmaria.
Madame de Loemaria, leur
Mere, avoir épousé en premières
Noces Messire Gabriel
de Goulaine,Baron du
Faouet, duqueilne luy restoitpoinr
d'enfans.Les Maisons
duParc, Locmax-ja,, & deGoulaine, sont des plus
illustresdeBretagnecelle
de Nevet est une des plus
anciennes de la mefine Province.
FeuMrle Marquis de
Never, Commandantpour
Le Royen l'Evesché de Quim-
Messire Louis Gaspard de
Foucaud
)
SeigneurDupleffis,
mourut le 17. de ce mois
dans sa maison du Plessis en
Brie ,
âgé de quarante-sept
ans. Il descendoit de Philibert
de Foucaud
,
Gentilhomme
ordinaire de Louis
XII. pendant qu'il n'estoit
que Duc d'Orléans. Sa fidelité
& son attachement obligerent
ce Prince à le faire
son premier Maistre d'Hôtel
lors qu'ilvint à la Couronne.
Cette famille a donnédepuis,
beaucoup
,
de Sujets illustres
dans l'Epée & dans la Robe,
sçavoir , François de Fou.
caud, Capitaine d'uneCompagnie
d'Ordonnance,sous
Henry Il Pierre de Foucaud,
Secretâire du Cabinet sous
Henry III. Charles deFoucaud
tué à laBataille de Coutras,
& François son Frere, Conseiller au Parlement
Maistre des Requestes , &
Conseiller d'Estat sous Henry
IV. Gaspard de Foucaud,
Conseiller au Parlement fous
LouisXIII. lequel eue de
Christine de Rossignol, Louis
Charles dé Foucaua, qui se
retira dans une maison de
Campagne pour vaquer
tout entier à la pieté & à ré.
tude, pour laquelleil avoit
un goust extrao: dinaire. Il
épousà Charlotte le Coq,
- Fille de Henry le Coq, Con.
seiller à la. Cour des Aides,
dont il eutLouis-Gaspard
de Foucaud qui vient de
mourir, & Marie-Suzanne
de Foucaud, mariée à Armand.
Seigneur de Toufll-^
Capitaine de Cavaierie, tU-Ç
à la Bataille de Nervinde.
MdeFoucaud, ddoonnttjevous ) evous
apprens la mort, herita des
vertus & des inclinations de
MFoucaud son Pcre. Ils'appliquadessa
jeunesse à l' étude
de la Philosophie &c des
bellesLettres,qu'il possedoit
parfaitement. Sa profonde
érudition) la facilité de son
esprit, la douceur de son temperamment
,
'& les grâces
qu'il répandoit sur ce qu'il
disoit, luy avoient attiré l'estime
& l'amitié de tous ceux
qui le connoissoient, & particulièrement
des Sçavans ,
avec lesquels il enrrerenoit
commerce, non- seulement
dans toutle Royaume, mais
encore dans les PaysEtrangers.
On luy en a trouve
beaucoup de Lettres aprés
sa mort,entrautres de Mr
Rubini de Florence, Acade.
micien de la Crusca,de Madame
la Viguiered'Albi, de
la mesme Academie
,
de Mr
de Saint-Evremont, de Mr
Jurieu, deMrWallier,Vice-..
Chancelier de l'Université
d'Oxford de Mr Sarraut de
Bordeaux, de MrRanchin de
Toulouze, & d'un grand
nombre d'autres. Vous ne
ferez peut, estre pas fâchée
d'apprendre que l'on a de--
couvert par ces Lettres, que:
Mr Sarraut estoit l'Auteur de
plusieurs Piecescres-curieuses
, qui ont esté dans les Lettres
que je vous adresse tous
les mois, d'un Traité des E---
chets
, de deux Lettres sur
uneFontaine minerale qu'on
a trouvée à Bordeaux; d'une
autre Lettre sur les Pluyes
continuelles des deux demieres
années, & des Remarques
sur la Satyre de la Macetce
du fameux Regnier.
Nos ArmateuDrscontinuent
àfaire des prises considerables
sur les Ennemis, & le
mois passé un Armateur de
Dankerque y en amena une
Angloise où ily avoir quatre
Officiers Anglois,cinquante
Dragonscinquante -
ntuf
chevaux, & beaucoup c;ltArmes
& d'équipages. Peu deH
jours après, il y en entra une
aauurtrree 'cc hargée de harenc, &
Dhart.~nc, le lendemain on y en amena
une troisiéme? qui estoit chargée
d'Eau devie,dTiuile^.&
de diverses autres marc handises.
Vers le IJ. de ce mois,
un autre Armateur amena
dins lamesme VilledeDunkerque,
une Prise Ecoffoife,
chargée d'orge
J
&Ue^plasieurs
aurresmarchandises.
Le 18. il yen arriva deux,
que la Fregate appellée Les
JCMX)avoie faites,& le19 trois
autres, qui avoient esté faites
par les mesmes Armateurs'
& par lamesmeFregate.
Une PriseAngloise,chargée
de Tabac de Virginie,
futaussiamenéelemois passé
à Rofcof, par un Armateur
de Saint Malo,.& leVaisseau
Jesus MariaJofepb ,dela même
Ville,arriva au bas de la
Rivières Paim beuf
,
après
avoir fait sept Prises
,
dont
cinq furent rançonnées
,
Se
- uneautre menéealaRochelle;
elleestoit chargée de Sucre.
Deuxautres Prises Anglosses
ont cité menées au
mesme lieu, selon les nouvelles
qu'on en a eues du 18. Je
ce mois. Lune a esté faite
- en revenant des Barbades,
- par un Vaiffaumarcl-larid de
la Rochelle, & l'autre par un
Vaisseau du Royappelle lz
Cheval marin. - - ----
- - Le Fidelle
,
Armateur de
Saintmald., y amena au commencement
de ce mois, une
Prise chargéed'huile & d'eau
de vie, & le Comtede Toulouse,
autre Armateur, avant
pris un Vatican Anglois qui
alloitàla Jamaïque, l'envoya
à Port Louis
,
& amena l'équipage
à Saint Malo. Il y
avoïc sur ceVaisseau dix (cpt
Catholiques, que l'on menoit
en cette HIe, les fers aux
pieds, pour les y faire travailler
comme des Esclaves. Deux
autres Prises Angloises furent
encore menées a Porc-
Louis
, par le François de la
- Paix, Armateur de Saint Malo.
L'une estoit chargée de
vivres
J
& l'autre de soycries
&de toitcs.. „jM
i
Danslemesme temps,un
Armareur de Nantes ,-moncé
seulement de six pierriers,
prit un VaisseauAnglois de
dix Canons
,
chargé de moruë,
& l'envoya à Saint Jean
de Luz. Il y estoit arrivé au.
paravant un autre Vaisseau
,
j!
aussiAnglois,que huit Irlandois
qui estoient dans une
chaloupe,avoient enlevé sur
la Costed'Espagne.
L'Enigme du mois passé a
esté expliqué sur la Selle, qui
en efloit le vray mot, par
Mrsjuliot,Assesseur du Comté
de Benon; le Comte .de
QtlcrtnLnos;Rocu leFils,de la
rue Sainte Marguerite; Charles
Corroli; le Chevalier pacifiqujle
petitCoqRéveil-matin-
l e petitCoq delatuë Dauphine;
les trois beaux esprits
de la rue Princesse
; l'Héroïne
spirituelle Brunette; Lisette
de Mirivault, & son fidelle
Berger; labelle Javote
du coin de la ruë de Richelieu;
la chere Petitede la rue
Saint Didier de Poitiers;l'aimable
Fanchon Ferry,&son
amant l'incomparable Thomas
de Blois; la toute spirituelle
Familled'Hauteuil
,
& leur réjoüissant Bon-Homme.
Je vous ay deja envoyé
plufieUPS Enigmes du mesme
Auteur, qui a saic celle que
vous allez lire, & elles ont j
toujourseste de celles qui
ont paru avoir le plus dejus- | tesse.
DAnsunpérilleux exercice.>
L'Apprenty trouve en nom an:
utile secours >
*
Et bien souvent >sans nofire bon:
offce- S4n Cdup d'essa, feroit le terme dei
ses jours.
Commq
Comme deux foerJrJ appariées,
Nous sommes enfemLU utet ;
Et qui se feit de nous se fait de ce
lien
Vn très- salutaire foulien.
Nous sommes un fruit fort bi-
%arre, Qui n'a rien d'exquis ny de rare9
»
,
Et quon ne fert jamais,(fuorrttaabbllee,
en un repas: Tout nofire ufa^e &toute nofire
force, -
Qui meritent de nous quon fajfe
un peu de cas,
Confilient feulementen nofire vuide
ècorce.
Les paroles de l'Air nouveau
que je vous envoye
noté, ont esté faites d'après
nature. Elles marquent
la vive douleurd'un mary
que rien ne peutconsolerde
la perte de sa femme. C'est
Mr Arnoux, Ordinaire de la
Musique du Roy. Je ne doute
point que l'Air qu'il a compose
sur cette mort, n'aie
dans vôtre Province le mesapplaudissement
qu'il a eu
dans une Cour ausi délicate
que lanostre.
AIR NOUVEAU.
T'Rifle&cher fouveniYd'unejï
fureflame,
-
Non, je ne prètenspoint voua bannir
de mon coeur,
le n écoute que vous dans mon
cruel tourment,
lans eeffe vous mofrez Celimene
vivante,
2t quand patmy les morts je me la
represente,
Vous me flate, au moins de J'agreable
attente
De la revoir bien-to(} où fin Otnbrè
mattend.
Enfin voila la Campagne
finie sans que les A lhrezaynt
rien entrepris en Piémont
,
quoy qu'ilseussent resolu dés
l'hiver dernier
,
de faire un
grand Siège.Ilsavoierttout
preparé pour cet effet, & s'étoient
mis en Campagne de
bonne heure,puisilsontdisputé
jusques au temps d'entrer
en quartier d'hiver. Je
vous ay déja fait connoistre
plusieurs fois, que l'Empereur
vouloit que l'on affiegeast
Casal
,
& que le Duc
de Savoye prétendoit que
l'on fia le Siege de Pignerol.
Je vous ay aussi marqué
les raisons que chacun
avoir de s'obstiner dans ses
prérentions. Voicy ce que
j'ay appris depuis ce tempslà.
Vous le trouverez assez
curieux & aiïtz particulier.
Le blocus de Casal ayant esté
posé, & mesme le Chasteau
de Saint Georges pris, il fut
tenu un grand Conseil, en
prcfence de S. A. R. du Prin.
ce Eugene de Savoye, dt
l'Envoyé de l'Empereur, du
Marquis de Leganecz, & des
Generaux qui y furent appel.
lez. Ce Conseil fut assemblé
pour y faire resoudre le Siege
de Casal, suivant les ordres
secrets de l'Empereur & du
Roy d'Espagne. Le Marquis
de Leganez ouvrit la proposition
d'en faire incessammène
le Siege. Il s'étendit
sur l'avantage qu'en recevroit
le Duc de Savoye, & conclut
que l'intention de l'Empereur,
du Roy d'Espagne, &
des autres Alliez, estoit que
l'onfist ceSiege sansplus differrer.
Le Duc de Savoye répondit
en ces termes à cette
proposition. Il ne s'agit pas
icy de beaux raisonnemens, ny
d'expliquer des Volontez
; ils'agit
desçavoir si -vous avez, soixante
mille hommespour employer
à ce Siege,& pourfaire tesse au
Mreschal de Catinat en Piémont,
dont l'Armée grojjit tous
les jours. Si "vous les avc^je
donnerayles mains àcetteConqueste,
mais. comme 'VOUJ' estes
bien éloignéz de compte, ne croje%_
pas que jefoujffeque tandis que
vous IVoui attachetezà lafaire
mon pays demeure en prcrye aux
Enntmis. Le Marquis de Leganez
apporta beaucoup de raisons,
pourpersuaderauDuc de
Savoye qu'il devoit consentir
à cette expédition
,
qui luy
feroit acquérir une grandegloiredansle
monde , &
.eût" ~r(3itfgr~~ntageufe -à sieintepests,mâisSoonAltelTc
Royale n'ayampoint voulu
changer de sentimens
3
Leganez
se levant brusquement
de que l'on voyoit bien que le
Duc de Savoye ne vouloit pas
qu'on tirast cette Place des mains
où elle estoit)&quela Campagne
prochaine l'Empereur& le Roy
d'Espagne le déchargeraient de ce
fOlnJque le Roy des Romainsviiendroitfaire
ce Siege9puijquaujjt
bienfalloir.ilqu'jlfififi reconnoistrepar
les Princes d'Italie. Son
A. R. entendit ce discours
avec peine. Cependant Elle
répondit feulement qu'on
pourroit bien prendredes mesures
qui ne réussroient peutestre
pas. Depuis ce temps,
là
,
le Duc deSavoye a marqué
beaucoup d'indifference
pour le Marquis de Legancz,
& n'a que tres.peu communiqué
avec luy. Je ne dis rien
icy des raisons Politiques,
qui ont fait apprehender
à ce Prince de voir Casal
entre les mains de l'Empereur
, j'en ay déjà parlé; mais
celle qu'il aalleguéesuffisoit
pour en empescher le Siege.
Les Troupes de Mr le Mareschal
de Catinat estoient nombreuses
,elles occupoient
toutes les montagnes, & si les
Alliez eussent assiegé Casal,
elles feroient descendues
dans la Plaine, auroient pris
Turin, & auroient mesme
pû avoir assez de tem ps pour
secourir Casal, dont sans ces
inconveniens, le Duc de Savoye
n'auroit pas esté niailtre
d'em pescherle Siege.
Le Comte de Passi General
des Trou p es derEnlpereur,
estant mortàMilan, a près
sept jours d'une fiévre maligne
-,
le Prince de Çommercy
n'eut ,pas si
-
tost
appris cette mort, qu'il partit
pour aller cçmmandejr
les quartiers d'Italie.
Quoy que l'Empereur ait
fait assurer le Pape que ses
Troupes n'entreprendroient
rien dans l'Etat Ecclesiastique
, Sa Sainteté n'a paslaisfé
d'envoyer les siennes sur
les frontieres, & Elle a mesme
expedié des Commissions
pour huit mille hommes
de nouvelles levées.
démonstrations de joye, tout
le Peuple esperant la mesme
protection qu'il areçûë de S.
A. S. Monsieur le Prince son
Pere, qui, pendant plusieurs
années qu'il a gouverné cette.
belle Province, &qu'il y a
tenu les Etats, luy a toujours
donné des marques d'une
bonté généreuse,en entrant
dans tous ses besoins, & dans
tous ses inrerefts, & servant
le particulier,ainsi que le general
,
de forte que la Noblesse
& le Peuple ont esté
également contens de la protection
,
dont ce Prince les
a honorez. Monsieurle Duc
voulant suivre les traces d'un
si grand Prince,aobtenu du
Roy que Sa Majesté remettroitcentmille
livres à laProvince,
sur le million que les
Etats ont promis ; ce que le
Roy a bienvoulu accorder à
la priere d'un jeune Prince de
son Sang, qui depuis l'ouverture
de la guerre presente
,
s'est exposé à une infinité de
perils pour son service
,
&
pour la gloire de l'Etat. Je
suis,Madame,vostre &c.
J04
Elégie. 115
Madrigal, 131
Dtfcours sur les Striges de RnJ/îe.
J3+
LeDormitif,Conte. jyz £Aiguicre ,
du mesme Auteur.
IS7
Difcoun de Mr lAbbè de Graneey
, en presentant le coeur de
Mademoiselle de Valois à la
Superieure du Val de Glace.
*S9
Pompe Funebre de Mademoiselle deDombes.163
Pompe Funebre de la Princesse de
Radz^vvill, avec diverfesparticuiaritez
fort curieuses, tou.
chant les usages de Pologne.
Jiifioire.18x173
Ce qui s'est pajjé à l'ouverture du
Parlement, de la Chambre des
Compta»& de la Cour des Ai-
Mdes.ariages.2j2z14. Prise du Fort de tlfle de Chio par
les Vénitiens. 267
ViHoire remportée par les Polonotât
274
Portrait de Mr l*Archevejque
dAIby. 2y7
Nouvelle Carte de France. 291
Morts. 297
Vrifes faites par nos Armateurs.
305
Articler des Enigmes. 310
Nouvelles dePiémont, 315
tsivis pour placer les Figures-
Le Plan de Castel-Follit
,
doit rc
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de cht aque Mois, ÕC on le
vendra Trente fols relié en Veau &
Vingt cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
ChezG. DELUYNE,auPalais*dans
laSalle des Merciers, àlaJustice.
T. GIRARD,auPalais,dans laGrande
Salle, à l'Envie.
Etb MICHEL BRUNET, Grand'SaYe
du Palais, au Mercure Galant.
M.DC. XCIV.
/iyee Privilège dn Roy.
AVIS.
QVelques prieres qu'on ait
faites jufquàpresent de bien
écrire Les noms de Famille employez^
dans les Memoires quonenvoye
pourceMercure, onnelaisse pas d'y
manquer toujours. Cela est caufc
quily a de temps entemps quelquesuns
de ces Memoires dont on ne se
peut fervir- On réitéré la mesme
priere de bien écrire ces noms, en
forte qu'on nes'y puissetromper. On
ne prend aucun argent pour Les Memoires,
6 l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour^pourvâ
quils ne de[obligentpersonne, &
qu'il riy ait rien de licentieux. On
priefeulement ceux qui les envoyenl, 6 sur tout ceux qui riécrivent que
pour faire employer leurs noms dans
J'article des Enigmes, d'affranchir
leurs Lettres de fort, lits veulent
qu'on sa(secequ'ilsdemandent.C'est
fort peu de chosepour chaqueparticulier,
& le tout ensemble est beaucoup
pour un Libraire.
Lesieur Brunet qui débité presentement
le Mercure, a rètably les
ehofcs de maniere qu'il est toujours
impriméau commencement de Chdque
mois. Ilavertit qu'à l'égard des
Envois qui se font à la Campagne,
ilfera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que ton commence à vendre icy le
Mercure. Commeces paquetsferont
pluficurs jours en chemin, Paris ne
UUTera pas d'avoir le Mercure
longtemps avant qu'ilfott arrive
dans les Villes éloignées, mais au/Ii
les Villes ne le recevront passitard
qu'elles faisoient auparavant.C'eux
qui se lefont envoyerparleursAmis
sans en charger ledit Brunet5 sexpoftnt
à le recevoir toujours fort
tardpardeux raisons.Lapremiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendresi tôt qutleftimprimé,
outrequ'il le feratoujoursquelques
joursavant que l'onenfaffe le
débit;&ïautre, que ne Renvoyant
qu'aprts quils l'ont lu eux & quelques
autres à qui ils le pressent, ils
rejettent la faute du retardement
sur le Libraire, en disant quela,
vente rien a commencé que fort
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunetjutsquilsecharge de faire
lespaquetsluy-mesmee de lesfaire
10rter à la poste ou aux Mefagers
sans nul interess,tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
province,qui luy auront donné leur
adresse. Ilfera la me[mechoft^enetalement
de tows les Livres nouveaux
qu'on luy demandera
,
foit
quilles debite
, ou quilsappartiennent
à etautres Libraires, sans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il si rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois, on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire quun mesme paquet.
Tout cela fera executè avee
une exaHitude dont on aura Lieu
desire content.
'ltERCVIE
%e44ALen~(r
NOVEMBRE1694.
11f"4.i'ATTENDEZ,Madame,
aucun Eloge
duRoy aucommencement
de cette Lettre.
Quoy que chacune de ses
adtionsfournisse une ample
matiere à de glorieusesreflexions,
on peut quelquefois
se dispenser de les faire, &
j'entre aujourd'huy dans les
fentimensde Mrl'Abbé Jacquelot,
qui dans les Vers
que vous allez lire
, nous
donne l'exemple de ne songer
qu'à faire des voeux pour
la conservation decet Auguste
Monarque.
SONNET.
GRandRoy,jefais chagrin des
récits ennuyeux,
Ou font mal peints les traits de ta
fameuse Histoire.
Qjte peuvent tant d'Auteurs ajoûter
à ta gloireï
De l'universentierelle éblouit les
yeux.
Tes Vertus, & ton regne en tout si
glorieux,
Du plu long avenir perceront
Cambre noire:
Qui veut par ses Ecritsaffurer ta
memoire)
Marque un aveugle orgueil) un
%ele injurieux.
Cent miracles divers) dont fleurit
ton Empire,
Sans l'aide du Parnasse,&îappny
du Potpbire,
Sçavent rendre immortel le grand
nom de LOVIS.
Ainft-) Monarque heureux
,
qui
surmonte l'envie,
Je ne fais point de Vers pour tes
faits iuoülf,
Mais je fais mille voeux pour ton
illujlre vie.
Lacuriosité que jevous ay
toujours vue pour les nouvel..
lesdesPays que de vastes mers
separent denous.,me faitjuger
du plaisir que vous donnera la
1 Relation que je vous envoyé. I
Elle est d'un Millionnairei
Jesuite, que son ze le a porte
à aller annoncer l'Evangile
aux Infidelles.
VOYAGE
DE CONSTANTINOPLE
AISPAHAN.
AvIspahan ce14. Septembre169^ OUS avez a pparemment
reçuJ1non R P.
une petite Relation de mon
Voyage de France à Constantinople.
C'est pourquoy je
ne vous en diray plus rien,
aussi-bien ay- je assez de choses
à vous dire sur le reste de
mon Voyage.
1 Nous partismes de Consrantinople
le 8. de Décembre
1691. contre l'avis de bien
des gens qui prétendoient
que c'estoitunetémérité que
de s'exposer aux orages qui
rendent, disent-ils, la Mer
noire impraticable dans cette
faison; mais comme nous
avions de fortes raisons de
hâter nostre voyage, nous
prîmes tout ce qu on nous
disoit des dangers de la Mer
noire, pour un langage d'une
amitié trop craintive, &
nous mettant fous la protection
de la Sainte Vierge)
dont on celebroit ce jourlà
la Feste
, nous nous embarquâmes
sur un Bastiment
Turc, beaucoup plus petit
que ne sont les Bateaux de la
Riviere de Seine. Nous eûmes
un grand calme dans tout le
Canal de la Mer noire,ce qui
nous donna le temps d'en
admirer la beauté. Je ne crois
pas qu'il y ait au monde un
plus bel endroit. Le Canal est
large comme nos grosses Rivieres
de France, & bordé
des deux costez, mais surtout
du cofté d'Europe, de belles
maisons, qui font une ruë de
-
trois lieuës de long. Le pays
est charmant de chaque côré,
& l'ony voit detres-beaux
jardins. C'efi dommage qu'-
11n si beau lieu foit entre les
mains des Turcs, les François
en sçauroient bien mieux
profiter qu'eux. Il y a sur le
Canal deuxgrands Châreaux,
l'unen Afie,& l'autre enEurope.
Ils paÍfent pour forts
dans ce pays, mais je necroy
pas qu'ils f-iifenr peur à nos
Braves, s'ils avoiententrepris
de palier le Canal,vers l'embouchure
duquel9 du costé
de la Mer noire, on voit en
Afie, sur le haut d'une montagne
les restes d'un vieux
Temple, qu'onpretend avoir
esté basti par les Argonautes
à l'honneur de Jupiter)à ren.
droit mesme où ce Dieu enleva
Europe. Vis à vis de ce
Temple on voie en Europe
un grand Monastere de Moines
Grecs, que la libéralité
de l'Empereur MahometIV.
a rendu fort considerable.
Ce Prince estant à la Chasle
s'écartaun peu de ses gens,
&vintàce Monastere si peu
accompagné, qu'onne lereconnue
point pour ce qu'il
estoit. Cependant les Religieux
le receurent parfaitement
bien,&l'Empereuren
fut sicontent, qu'il leur ordonna
de luy demander une
grâce, leur promettant dela
leur accorder, telle qu'elle
-fuit. Les Religieux demanderent
une piece de terre qui
estoit à leur bien.seance, mais
Mahomettrouvant que ce
presentn'estoit pas digne de
luy, leur donna tout ce qu'on
pouvoit découvrir de terre en
Europe du haut de leur Mo.
nastere, qui est situé dans un
lieu aflfez élevé. En entrant
dans la Mer noire, on nous
fit remarquer dans laThrace
les relies d'une colomne exigée
à l'honneur de Pompée.
Il n'y a pas longtemps qu'.
elle est tombée. Quoy que -
nous fussions trop loin pour
la voir comme nous eussions
souhaité,elle ne laissoit pas
de nous paroistre fortgrossè.
En entrant dans la Mernoire
nous eûmes le vent assez
favorable, mais il changea
peu après
)
& nous obligea
d'aller mouilleraune grande
Rade, nomméeKerpé
,
où
l'on ne voit sur le rivage que
cinq ou sixmiierables cabanes.
Nous en partîmesJe lendemain,
& nous eûmes toujours
vent arriere le reste de
nostre voyage. Il fut quelquefois
un peu gros, & fit si peur
à nos Mariniers, qu'ils vinrent
nous prier de ne point
boire de vin, craignant que
cette boisson n'attirail lacolere
de Dieu sur leur Bafii- J
ment. Ce qui fait le grand 4
danger de la Mer noire, c'est !
quelle est si étroite en quel.f
ques endroits, qu'on apper-1
çoit le rivage des deux cô-4
tez j de forte que dans une 3
k
remporte il cft difficile de
s'empescher d'échouer, à
moins d'estre extrêmement
habile, ce que les Turcs ne
font apurement pas.
Nostre Pilote
,
qui nous
avoit promis de nous conduire
droit à Trcbizonde)
oùnous voulions aller, nous
manqua de parole,& le 16.
du mois à la pointe du jour,
il nous fit entrer dans une
petite Anse
,
où son Battement
estoit un peuàcouvert
des vents Nous crûmes qu'il
avoit là quelque affaire; mais
nousfumes bien surprisquelque
temps après, d'apprendre
qu'ilnevouloit pas nous
conduire à Trebizonde dans
sa Saïque { c'ell ainsi que se
nomment les Vaisseaux marchands
Turcs) & qu'il fongeoit
à nous procurer quelque
petite Barquepournous
faire achever le reste de no.
stre voyage, c'est à dire,
trente-cinq lieuës. Ce qui suc
de pis, c'estqu'il nous quitta
luy &tous nos Mariniers~&:
ne nous laissa qu'un Valec
pour garder le Vaisseau. Ils
allèrent tous dans leur Village
qui estoit à une grande
lieuë de là, où ils ne penserent
guere à nous. Il fallut
aller les chercher chez eux,
& les prier bien honneftement
de nous cirer du lieu
où nous estions. Il est difficile
d'en trouver un plus incommode;
ce ne font que rochers
inaccessibles, tout couverts
de bois impénétrables;iln'y
a pas une feule habitation,
& il faut aller une lieuë par
des précipices affreux pour
trouver unVillage. Les flots
agitent les Vaisseaux presque
autant qu'en pleine mer, &
dans une tempeste on est en
grand peril d'aller brifer contre
les rochers. Voila où
nous passâmes sepe jours en
danger d'y mourir de faim,
de froid&de milère,si nous
n'eussions pris une des plus
hardies resolutions qu'on
puft prendre dans Testas où
nous nous trouvions. Nostre
Pilote nous amena enfin un
petit Bateau, de la longueur
de ceux dont on se fert pour
pafferla Seine,encore fallutil
donner quelques piastres
pour l'avoir. Il s'agissoit d'embarquer
là-dessus Icize personnes,
& environ deux mille
pelant de bagage,&cela, lut
la Mer noire au coeur de l'hiver;
mais mourir pour mou- rirnous crûmes qu'il valoit
mieux se noyer viite que de
perir de langueur. Ainsi il
n'y eut personne quine conduit
pour l'embarquement.
Nousestions si pressez dans
nostre Barque, qu'il estoitloic
impossîble de se remuer,ou.
tre que le poids estoit fort
grand, & que le moindre
mouvement pouvoit la faire
tourner; mais autant que les
hommes nous avoient esté
durs)autant le Ciel se montra-
t il favorable. Jamais le
tems ne fut plus beau; nous allâmestoujours
vent en pouppe,
mais nous avions un vent
tel qu'il nous le falloir; car
s'ilcureeilé tant foit peu plus
fort, nous estions perdus. Le
moindre flot estoit ca pable
de nousengloutir. Ce qu'il y
avoit de fâcheux, est qu'il
estoit impossibled'aller terre
à terre; le flot estoit trop
grand le long du rivage, &
ainsi il fallut se mettre en
pleine Mer, sans esperance
de pouvoir nous sauver s'il
nous fustarrivé quelque lnaL
- heur,
heur. Enfin nous arrivâmes
vers le foir à Teraboulou,
où nous fûmes bien receus
des Grecs& des Armeniens,
qui nous firent beaucoup
d'amitiez. Teraboulou n'est
pas un lieu qui mérité d'avoir
place dans une Relation.
Il n'y a rien de remarqua ble,
si cen'ell la ficuationquiest
afiez,agréable: mais en fortant
de Ziphré (c'est le nom
de ce miserable endroit où
nous passâmes sept jours)
tout paroist beau. Teraboulou
, tout ruiné qu'il est., me
sembla un lieu delicieux, &
quoy que nous fussions logez
dans un miserable trou,où
nous pouvions speculer les
Astres sans sortir
, nous ne
trouvions pas que nous euffions
à nous plaindre. Nous
attribuâmes tousnoftre heureuse
sortie de Ziphré à la
protection deSaint François
Xavier, à qui nous avions
fait un voeu, pour sortir par
son moyen des dangers où
nous estions.
Croiriez-vous qu'au milieu
de tous les perils nous
estions aussi contens, &
d'aussi belle humeur que si
nous eussions esté dans le
meilleur College de France >
Quand on a une fois quitté
son pays, & toutes les petites
douceurs qu'on y avoir,
on estsi peu attache au monde,
qu'on apprehende peu
les grands dangers.Comme
on s'est entièrementabandonné
aux soins de la Providence,
on attend avec gran.
de tranquillitétoutce qu'il
luy plain: d'ordonnerjôc l'on
n'auroit pas grande peine à
voirfinir parl'ordre de Dieu
une vie qu'on luy a entierement
consacrée. Bien loin
que ces fortes d'épreuves
dégouttent un Millionnaire,
elles luy rendent aimable
son employ, qui luy fait
trouver des occasions de
participer à la Croix du Sauveur
des hommes. On souffre
volontiers quand on peutdire
qu'on ne louffre que parce
que l'on s'estengagé à procurer
la gloire de Dieu. Nous
prîmes à Teraboulou une
ieconde Barque à peu prés
de la caille de la premiere, &
ainG nous diminuâmes un
peu le danger en nous parra.
géant. Nous partîmes sur le
midy ,oc nous voguames
heureusement jusque bien
avant dans la nuit. Nos Mariniersavoienttenté
de nous
mettre à terre sur les cinq
heures du zoir, mais le Ciel
favorisa l'extrême envie que
nous avions de paffer la Feste
deNoëlàTrebizonde. Toute
"laCofteoù l'on vouloir abor.
der se trouva pleine de brisans,
fj- bien qu'il fut impos
sible de prendre terre. Sur les
onze heures du foir, nousap.
prochaines du rivage,& nous
jettâmes l'ancreau milieu des
rochers. Uny avoit pourtant
point de danger, parce que
cet endroit estoit à couvert
des vents. Nous y passâmes
le reste de la nuit,& je vous
allureque j'y dormis parfaitement
bien. C'estoit juftement
la Veille de Noël, ce
qui fit que le souvenir de la
Crèche du Sauveur nous rendit
plus supportable la faim,
la fois, le froid, & lesautres
incommodirez que nous avions
à fouffrir-Nous levâmes
l'ancre dés le grand matin,&
nous eûmes toujours
le temps favorable-Les Peres
qui nous avoient devancez
f
dans l'autre Barque nous attendirent
un peu, & nous
arrivâmes ensemble à Trebizonde
le jour de Noël sur les
neuf heures du matin. Nostre
premier foin,après avoir fait
porter nôtrebagage dans une
maison que nos Pères avoient
loüéeàTrebizonde l'Esté precedenc,
dans le dessein d'y venir
établir une Million, fut
d'aller rendre gracesàDieu de
ce qu'illuy avoit plûde nous
conserver dans une occasion
si dangereuse. Nous allâmes
le plûtost que nous pûmes
dans une Eglise Arménienne,
ou nous fûmes bien receus,
parce que l'Evesque Arménien
deTrebizonde est bon
Catholique. Comme il estoit
plus de midy, il n'y eut que
le R. Pere^jGriinaU^qui dit
la Mcffe j mais nous eûmes
au moins la confalation d'y
commUnIer, ce que nous
n'avions pû faire depuis Confiantinople.
Toute la cofte d'Anatolie
depuis Teraboulou jufqua
Trebizonde,est tres-belle &
tres-bien cultivée. TrebizondeJ
autrefois Capitale d'un
Empire après la prise de Cônstantinople
par les François,
est située vers la pointe d'un
golfe qui n'avance pas beaucou
p dans les terres, mais
qui s'étend en forme d'arc
prés de dix lieuës du cofté
de Trebizonde. Elle est dominée
par une haute montagne
,d'où l'on découvre tout
le pays.LaVille eil petite&
entourée de bonnes murailles,
mais les Fauxbourgs s'é.
tendent fort loin le long du
rivage aux deux costez de la
Mer. Le pays est beau & fertile
, les fruits y font en quantité;
l'on y mange de fore
beaux raisins durant tout l'hiver;
les Oliviersy sont grands
comme lesgrosarbres fruitiers
en France, & l'air y est
si tem peré
,
qu'au mois de
Janvier nous avions dans nôtre
jardin un arbre tout chargé
de fleurs & de fruits. Il ne
manque àTrebizonde qu'un
Port. Il y a bien quelque reste
d'anciennes digues que les
Empereurs avoient fait jetter
dans la Mer, pour y former
un petitPort, mais aujourd'huy
tout cela ne peur plus
servir,&lesVaisseaux fetiennent
à Platana, qui est une
fort bonne Rade, au fond
du Golfe dont j'ay parlé. Les
Grecs font en grand nombre àTrebizonde, & je croy
qu'ils y feroient moins difficiles
à convertir qu'à Conftantinople;
mais pour les
Arméniens, c'est une moifson
meure. Il est vray qu'il
n'y en a pas un fort grand
nombre
,
mais les Villages
en font pleins,& l'on
peut aisément faire quelques
excursions dans plusieurs
Villes voisines
,
où il n'y a
point de Missionnaires.Nous
n'avions pas envie de faire
un long fejouràTrebizonde,
mais la maladie du Pere Beauvoillier
nous obligea d'y demeurer
, & nous ne pûmes
en partir que le 26. de Janvier
1692. Le Voyage fut un
peu plus rude que celuy de
mer. Dés la premiere nuit il
nous fallut dormir à l'air, ce .:
qui estarrivé plus d'une fois,
car dans ce cofte-là de la
Turquie on trouve peu de
Carvanferas; encore font-ils,
si infames, qu'il n'y a point
d'écurie en France où je n'aimasse
mieux coucher. Ajoûtez
à cela que dans ce pays
)n marche depuis le matin
usquesau soirsans débrider,
& il arrive quelquefois qu'on
ril quatorze heures de fuite
t cheval. Le 27. & le 18. nous
marchâmes par des chemins
es plus affreux que raye jamais
vus. Nousestions toû.;
iqurs sur le bord d'un precipice
de plus de trois cens
Eoifes de profondeur, dans
un chemin couvert de neiges
& de glaces, & si étroit
qu'à peine deux chevaux y
pourroient passer de front.
Nous fufmes obligez dans
plusieurs endroits, de mettre
pied à terre, & de nous promener
dans les neiges & sur
la glace plus long-temps
que nous n'aurions voulu.
Aprés estre arrivez le soir,
bien fatiguezilfalloir encore
songer à aller couper
du bois, & à disputer sa place
dans quelque miserable Carvansera
, d'où l'on nous auroit
chassez plus d'une fois, si
nous n'avions pas esté munis
de bonsCommandemens du
Grand Seigneur. Le 19.nous
arrivâmes au pied d'une montagne,
sur laquelle est située
une assez grande Ville, nomméeGumiscané.
Nous n'eûmes
pas la curiosité d'y monter.
Il y a aux environs quelques
mines d'argent ,& c'efl:
de là que cette Ville a pris
le nom de Gumiscané, qui
veut dire, Maison d'argent.
Depuis làjusques à Baibourg,
où nous celebrâmes la Feste
de. la Purification, hors un
petit Chasteau planté sur le
haut d'une montagne, nous
ne vismes que des montagnes
couvertes de neiges de
la hauteur d'un homme. On
est quelquefois bien embarassé
à y trouver le chemin,
& je ne sçay ce que nous
aurions fait unjour sur le haut
d'une montagne, s'il n'estoit
survenu des Cavaliers mieux
montez que nous, qui nous
frayérent un sentier. Baibourg
n'a rien de remarqua- blequesonChasteau, qui
est situé sur une montagne
escarpée de trois coHez,-'&
qui n'etf commandée d'aucun
endroit. Il a double enceinte
de bonnes murailles,
mais l'Artillerie n'y est pas
en grande quantité. Le nom
fait croire que cette Place a
ellé bâtie par les Européens.
Ce
,
pourroit bien estre un
ouvrage de nos Croisez;
nous n'enpûmes rien apprendre
des gens du pays qui ne
font pas assez curieux pour
se mettre en peine de ces
fortes dechoses. Depuis Baibourg
jusques à Erzerum,où
nous arrivâmes le 6. de Fevrier
, de hautes montagnes
couvertes de neiges & rien
davantage.
Nous trouvâmes à Erzerum
dequoy nousdédommager
de toutes nos fatigues.
Les Peres Villote & Portier,
& nostre Frere Delos, nous
y reçurent de la maniere du
monde la plus aimable. Les
Catholiques vinrent en foule
nous faire des amitiez,&un
MarchandAngloisqui y demeure,
nous combla d'honnesterez.
Erzerum,Ville capitale
de l'Armenie
,
est une
grande Ville Turquesque,
bastie,à ce qu'on dit, par le
grand Theodose. Ellea double
enceinte de très-belles
murailles de pierre de taille,
de grands fossez revestus de
pierre
j & une assez bonne
Citadelle. Il y fait un froid
extrême,& la terre y est couverte
de neige prés de six
mois entiers. Nous prétendions
n'y demeurer qu'autant
de temps qu'il falloit
pour nous délasser, mais le
Bacha
,
à qui quelques gens
firent entendre qu'en nous
faisant une avanie, il pourroit
tirer de nous une grosse
somme d'argent, nous deffendit
de passer outre, malgré
tous lesCommandemens
du Grand Seigneur. Il s'en
repentit quelque temps
aprés, quand il vit que nous
ne songions point à lefléchir
par argent,&que nous nous
estions contentez décrire à
Constantinople à Mr l'Ambassadeur
,pour obtenir par
son moyen de nouveaux
ordres de la Porte. Ilne nous
donna pourtant pas la permission
de partir. Pendant
nostre sejour nous eûmes la
consolation de voir le grand
fruit que faisoient nos Peres
dans cette Mission, & la ferveur
de leurs Catholiques.
La Chapelle estoit pleine.
tous les Dimanches. L'Ecole
estoit tres-nombreuse, & les
enfanssi bien instruits qu'ils
confondoient dans la dispute
tous leurs Prestres. LesSchismatiques
craignant les fuites
de ces beaux commencemens,
songérent pendant que
nous e fiions là,à mettre tout
en oeuvre pour ruiner la MiP
sion. Ils firent courir cent
bruits capables d'effrayer les
Catholiques, & menacérent
souvent de les déferer au Bacha
, comme si en se faisant
Catholiques,ils avoient pris
party contre le Grand Seu
gneur, mais voyanr que
cela n'avoit pas tout le succés
qu'ils en avoient esperé,
ils firent venir deux Vertabiets,
c'est-à- dire Docteurs, 1
en langue Arménienne, pour
les opposer à nos Peres, & à
leur Evesque, qui estoie bon
Catholique. Ces deux Schif- 1
manques commencerent par
déclamer furieusement con- 1
tre les Freres, & les excommunierent
publiquement.Ils
firent chasser l'Evesque par
les Tutcs qu'ils avoient gagnez
à force d'argent, &
pousserentles choses si loin,
que les Catholiques n'osoient
presque venir chez nous. Jusque
là nous n'avions rien
souffert que quelques paroles
outrageuses dont nous ne
nous mettions pas fort en
peine; mais nostretour vint,
& Nostre Seigneur voulut
nous faire encore participer
à sa Croix avant que de sortir
de Turquie.
Aprés trois mois de sejour
à Erzerum
, nous receûmes
de Constantinople des réponses
très-favorables- Mr
l'Ambassadeur écrivitau Bacha
en nostre faveur,& nous
envoya un commandement
du Grand Seigneur le plus
fort que nous pûssions souhaiter.
Sa Hautesse declaroit
que le Bacha dErzerum nous
avoit arrestez mal àpropos,
& contre toute sorte de droit,
& il ordonnoit à tous ses Bachas
de nous donner libre
passage par tous sesEstats,&
de nous faire escorterquand
nous le voudrions. Il nous
permettoit de porter le Turban
blanc, ce qui est défendu
à tous les Chrestiens ,& de
nnoouussaarrmmeerrddeeqquueelqlquueermnaa--
niere que nous ju gerions à
propos. 7out le monde fut
d'avis qu'en portant au Bacha
le commandement du
Grand Seigneur, & la Lettre
de
de Mr rAmbassadeur, on de.
voit se plaindre des deuxVerlabiets
Schismatiques dont
j'ay parlé, & demander qu'ils
fussent chassez de la Ville
comme perturbateurs du repos
public. Le Bacha receut
fort bien nos Peres, & sur
leur plainte il envoya sur le
champ prendre les deux Vertabiets.
Toute la populace les
suivitjusque dans lacourdu
Bacha, qui ordonna d'abord
qu'on les misten prison; mais
un riche Arménien s'estant
faitcautionpour eux,ils furent
incontinent relâchez. Ils
dirent au Bacha, & à (on
Lieuterant , tout ce qu'ils
pûrent contre nos Peres,&
contre les Catholiques, ec
pousserent la fureur jusques
à dire,qu'ilfalloir que les Arméniens
quivouloientchan-
-
ger de Religion, se fissentn
Turcs. Cependant on se retira
de part & d'autre, & les
Bacha promità nos Peres des
leur faire justice. Le lendemain
,
les Schismatiques enn
sortant du Palaiss'en allcretin,
à leur Eglise, où ils sedéchai-i
nerenr touche nouveau con-f
tre les Francs ( c'est ainsiqu'il\
ils appellent les Catholiques)
& ils excommunierent tous
ceux qui ne viendroient pas
le lendemain avec eux chez
le Bacha. Ils y allerent en
effet de grand matin bien
accompagnez. Nous n'avons
pas bien sceu ce qu'ils y firent,
mais en sortant de là,
toute la populace vint pour
nous assassiner dans nostre
maison,où nous ne songions
à rien moins qu'à nous défendre
contre une telle violence.
Ils se jetterent d'abord
en foule dans la porte, qu'ils
trouverent apparemment ouverte;
mais par bonheur lift
Graveur François, que le Pere
Grimaldi meneà la Chine,
s'estant trouvé là
,
il mit l'épée
à la main, & les étonna
si fort qu'ils se retirerent un
peu; si bien qu'il eut le temps
de fermer la porte. Nous
courûmes tous à son secours,
& nous nous baricadâmes le
mieux qu'il nous fut possible.
Nous demeurâmes ainsiassiegez
prés de deux heures,
toujours en danger d' estre
égorgez. Enfin les Turcs vinrent
à nostre secours,& diffipeier
bien ville cette populace
; mais le Bacha nous
envoya ordre de forcir tous
d'Erzerum dans deux heures
,
disant qu'il n'estoit pas
en estat de nous défendre
contre les seditieux. Quelque
chose que nous pussions representer,
il fallut partir sans
pouvoir mesme parler au Bacha,
qui feignant de n'estre
pas luy-mesme en seureté,
avoit fait fermer les portes
de la Ville, pour em pêcher
que les Arméniens qui demeurent
tous dans les Fauxbourgs
,ne vinssentaussil'assieger
dans sa maison. Nous
partîmes donc d'Erzerum le
2.de May, accompagnez de
deux Gardes que le Bacha
nous avoic donnez. Ce qui
fut de plus fâcheux
,
c'est
que lesPeres quifaisoient la
Mission
,
furent obligez de
partir avec nous.
Estantdemes Amisautant
que vous l'estes, vous devez
me plaindre d'avoir manqué
une sibelle occasion de mourir
pour la querelle deNostre
Seigneur; car enfin il s'agissoit
là de ses interests, & l'on
n'en vouloit ànostre vie que
parce que nos Peres travailloient
avec trop de zele & de
succésàla conversion des
Heretiques. Naurois-je pas
esté bienheureux de trouver
fï-tost le plus grand bien
qu'on puisse esperer après de
longs travaux pour la gloire
de Dieu? Mais ces fortes de
graces ne font pas pour des
gens comme moy, &je crains
bien d'avoir le malheur de
mourir tranquillement dans
un lit.
Voila le déplorable estac
où nous laissâmes la pauvre
Eglise d'Erzerum
,
qui estoit
sans contredit, une des plus
belles Missions qu'eu st nostre
Compagnie. Dés que
nous fûmes partis, la perfecution
recommença contre
lesCatholiques plus forte qu'-
auparavant. On prit le nom
de tous ceux qui ne voulurent
pas embrasser l'Heresie,
c'està dire, tous les plus considerables
& les plus riches
de la Ville. Le Bacha les fit
tous emprisonner
,
& ils ne
purent se sauver d'estre assommez
à coups de baston, qu'en
donnant de grosses sommes
d'argent au Bacha, qui en
vouloit plus à leur boursequ'à
leur Religion. Vous ne fçauriez
croire avec quelle constance
ces bons Catholiques
ont souffert cette persecution.
Toute la populace leur
infultoit,& leur faisoit mille
outrages. On les menaçoit
de les perdre abfolunfents'ils
ne renonçoient à laFoyRomaine,
& tout cela ne les a
point touchez. Ils font demeurez
fermes, contens de
mourir, pourvu qu'ils mouruÍfent
Catholiques. Mais si
les nouvelles que nous avons
apprises depuis quatre jours
sont veritables, la Mission
d'Erzerum estplusflorissante
que jamais. Un Armenien
mande d'Erzerum à un de ses
Amis, que le Bacha & les
Vertabiets ont eu la teste
tranchée, sur la plainte que
Mr l'Ambassadeur a faire
d'eux àla Porte. On attend
confirmation de cette nouvelle,
qui est la meilleure que
nous puissionssouhaiter pour
nos Missions.
Nous ne trouvâmes dans
tout le reste de la Turquie
rien de remarquable que trois
assez bonnes Citadelles, Afsemcala,
Cars,&Messinguer.
On dit quecettederniere est
un ouvrage de Theodose,
mais je n'en crois rien. On y
voit dans plusieurs endroits
desInscriptions Turques, qui
nous auroient peut-estre appris
quelque chose sur ce
point-là, si nous avions eu
quelqu'un assez habile pour
les déchiffrer. Nous trouvâmes
aussi quelques montagnes
couvertes de Tulipes,
& quelques Bains d'eauchaude.
On nous dit en sortant de
Messinguer, qu'ily avoit foi.
xante Voleurs qui nous attendoient.
Cela effrayaapparemment
nosGardes,qui
nous abandonnerentmais
nous en fûmes quittespour
la peur. Nous ne trouvâmes
que trois Voleurs, qui, n'eurent
pas la hardiesse de nous
attaquer. La derniere journée
que nous sismes en Turquie
, nous allâmes coucher
à un petit Chasteau nommé
Mahaspat,situésurun rocher
au pied duquelcoule une I
Riviere au milieu d'une grande
chaîne de rochers, plus
hauts que celuy oùest le
Chasteau. C'est là ce qui separe
l'Armenie Turquelque
d'avec laPersienne. Nous eûmes
làun peu à souffrir dela
brutalité des Turcs. Ils avoient
vû quelques armes à
nos gens; ilsvouloientabsolument
les avoir, & nous
firent d'assez grandes violences
pour les enlever; mais
nous tinmes bon,&tous leurs
efforts furent inutiles.Nous
passâmes la Riviere le lendemain,
& nous trouvâmes
dans les rochers, les plus
beauxSimples du monde,
entre autres, desCeduinlim.*
bopurpuraro, incomparablement
plus beaux que ceux
qu'on a apportez du Cap de
BonneEsperance au Jardin
du Roy. Nous respirâmes un
peu quand nous nous vîmes
en Perse. Les Perfes sonttrès
honnestes, doux, aimant les
Etrangers,curieux des bonnes
choses, en un mot, ils
ressemblent presque en tout
à la Nation Françoise.
Toute l'Arménie Persienne
est fort ruinée jufques
à Erivam. Le Grand
Cha-Abas, Roy de Perse,
l'a ruinée pour empêcher les;
Turcs de porter la guerre:
dans ses Estats; mais en ap.-
prochant d'Erivam, ontrou.
ve une grande&belle plaine,
au pied de la fameuse montagne
Datarat, oùl'Arche de
de Noé s'arrefta après le Déjuge.
C'est assurémentune
des plus hautes montagnes du monde. Prés de la moitié
reil: ordinairement au dessus
,
des nuées, mais elle n'a rien
de beau que sa hauteur, car
- au plus fort de l'Esté elle est
y couverte de neiges. Au mi-
H lieu de cette belle plaine on
i voit un tres-beauMonastere,
l
nomméIchemiafin, où le
Patriarche fait sa residence., --
5
Nous y fûmes tres-bien receus
par le Vicaire du Patriarche.
Ce Vicaire est tres-bon
j Catholique, grand homme;
de bien, & tres- honneste;
homme. Il arefusé lePacriarchat;
& en cela il a fait une 3
grande faute, car s'il l'eust
accepté, la Religion Catho--
lique auroit fait de grands 2
progrés danscepays-là. En
sortant d'Iehemiafin,nousallâmes
voir le Patriarche, qui
• en revenant d'Erivam
J
où il
estoit, s'estoit arresté dans
une Eglise pour nous y attendre.
Il nous receut fort
bien, &fit beaucoup d'honneur
au Pere Beauvoillier,
parce qu'estant chargé de la
Lettre de recommandation
que Sa Majesté nous avoit
fait la grace de nousdonner
pour le Roy de Perse,ilestoit
Hoste de ce Prince, & par là
en grande consideration dans
toute la Perse. LesPrivileges
des Hostes du Roy de Perse
font grands. On les défraye
jusques à ce qu'on leur ait
donné réponse à la Lettre.
Ils ne payent aucune douane,
& sont appellez à tous
les Festins que le Roy fait
aux Grands desonRoyaume.
Enfin, le Roy les loge, &ai
une extrême consideration
pour eux, sur tout pour les;
François, parce que le nom
de nostre grand Monarque
est en ce pays-cy en grande
vénération. Nous avons joiïy;
de tous ces avantages, & le
Pere Beauvoillier a affiftodeux
fois au Festin du Royv
Onluy donnail y a quatre
jours réponse à sa Lettre !
ainsi il n'est plus Hoste du
Roy de Perte,& nous ne vii
vons plus aux dépens de cca:
Monarque.
Je ne vous feray pas un
long dérail de tout ce que
nous avons vû en Perse. Outre
que je n'enaypas le temps,
je n'y ay rien vû de fort curieux,
& vous en trouverez
plus dans les Relations de
Tavernier,&des autres,que
je ne pourrois vous en écrire.
Je vous diray feulement en
general, que la Perse est un
assez bon pays, & bien cultivé
dans les endroits,oùil y
il de l'eau, mais on trouve
[buvent de grands deserts fort
secs,& il s'en faut bien que
laPerse ne vaille la France.
On y trouve pourtant toutes
fortesde bons fruits. Les
Villes y font fort grandes,
mais vilaines, les maisons
n'ontqu'un étage,&ne font;
bâties que de terre, mais au j
dedans elles font très-propres
& très-commodes. Les2
Villes paroù nous avons paf--
lé font, Erivan, Nachivamte
Sophia, Tauris, Sultania
K Cafbin
,
Cum. Ifpaham eftfi
sans doute la plus belle do¡
toutes. Julpha, qui estla Ville
des Arméniens,n'est separéo:
d'Ifpaham que par la rivierea
Elle est grande & bien bâties
Nos Peres y ontune tort bel.
IcEgtife, bâtie depuis peu
par un Marchand Armenien
tres-riche. Nous en sismes
Dimanche dernier l'ouverture.
Le Fondateur nous fit ce
jour-là un grand festin àrArmenienne,
c'est à
- dire, un
fort mauvais repas pour des
François. J'aurois bien des
choses à vous dire sur Te(tac
de ces Millions, & sur les
grands biens qu'on y fait,
mais le temps me presse
c'est , pourquoy je vous renvoye
aux Relations que nos
Peres en écrivent au R. P.
Verjus.
Le Pere Beauvoillier reste
icy avec les Peres Tillac 8c
Maldan, afin d'y disposer
tout pour l'entreprise des
Missions de Tartarie. Nous
avons vû des Tartares de différentes
Nations, qui nous
ont appris des nouvelles de
leur pays. ils nous ont tous
dit qu'il part de chez eux des
Caravanes pour la Chine,
mais elles ne vont pas toutes
par la mesmeroute. Voilaun
beau champ quivasouvrir,
si Dieu favorise un peu nos
desseins
} car tandis que le
.3 Pere Beauvoillier entrera par - ,/1
cecosté-cy dans la Tartarie,
nous tâcherons le Pere de
Beze & moy, d'y entrer du
costé de la Chine, où le Pere
Grimaldi veut nous mener.
Nous n'attendons pour cela
qu'un Maimandar, c'est-àdire,
un Conducteur que le
Roy a promis de nous donner.
Ce Maimandar doit
faire toute la dépense de
nostre Voyage aux frais du
Roy, & nous exempter de
toutes les Douanes. Tout
cela se fait à la recommandation
de nostre Monarque
, pour qui le Roy de
Perle a unetrès, grande consideration.
Priez Dieu,mon
R. P. qu'il exauce nos voeux, & qu'il jette enfin un regard
de misericorde sur ces pauvres
Tartares, qui ne font
dans l'aveuglement que parce
qu'ils n'ont personne qui
les éclaire; mais priez-le en
mesme temps qu'il me donne
le courage d'exccuter sa volonté
en serviteur fidelle. Il
m'a fait une grande grace en
me choisissant pour porcer
sa parole aux Infidelles.Sije
n'y répons pas comme je le
dois, quel compte auray-je
à rendre?
a rendre?Aidez-moydonc,
mon R. P. a obtenir du Ciel
les secours dont j'auray besoin
pour m'acquitter comme
il faut de mon employ.
Je suisvostre,&c.
L'Idille qui suit est de Mr
de Senecé. Je n'ay rien à vous
en direaprès la satisfaction
que vous -m'avez témoignée
de tous les Ouvrages que
vous avez vus de luy.
IDILLE.
EReafte ,ce Befverdifcret*
Dontlebon sens faitcroire à tout
nostreVillage,
Qu'au fonddequelqueantrefau.
vage
Pan se dmne le foin de l'instruire
en ftcret
, Jl/'efiant venu rendrevifùe;
4can$%w dit-ildiun air d'auto.
rité ,
Que donne aux hommes le mérité,
Sitoftquilneftpointcontejlè. fadmite ta tranquillité ;
Je te vois tout ensemble indolent
& malade,
Sur ton teints dans tes yeux, fapperçoislepoison.
De courirauremede ileflplus que
faison,
Zemalprejje, faisons un tourde
promenade,
Peut-estre y pourrastu trouver ta
guerison.
Le rigoureux Décembrealors tout
en furie
Fai[oit d'bofiilitè cent aïles declare"
Et les fiers Aquilons avec luy con..
jurez„
Avoient ravi l'honneur de la trisse
Pra,".e.
Cybele contre eux aguerrit,
Pour parer seurement leurs coups
desespere,)
Coavroit d'un manteau blanc fei
atours bigarrez^.
Les moutons dansun tas étroitement
ferrer,
27e quittoientplus la bergerie.
Les ruisseaux mis aux fersjusquen
leur lit natal,
Au lieu de leur murmure tendre,
Pa, un bruit enroüé grondant leur
fort fatal
, A peine se faisoient entendre
Au travers d'un mur de(riftal.
Queltemps pourpromener!suivant
les moeurs antiques,
Donc l'urage est encor fréquent,
J'aurois bien mieux aimé aun vin
doux &piquant
Arrosermes DieuxDomefliqueJ.
Je le suivis toutefoisemprejjé
J)'JPpfendre ce quil vouloit
faire.
Par un Jentier nouveau dans la
neigetracé>
D'abordil me conduit dans un bots
solitaire>
Dont le barbare hiver de frimats
beri(fè,
Augmentoit l'horreur ordinaire.
Lesarbres enfermez,dans un émail
bruyant,
Et dépeiiiffez, de leur feuille honorée
Par le choc ,mutuel de leur sommet
pliant,
Accompagnoient d'un fracas effrayant)
Les fflBemenos arigeus edu .menaçant
A ce trisse concertlesfidelles échos
Vniffant leur voix ajjortie,
Faisoient couler au fond des os
Toutes les places de Scythie;
Et le croassement des funestes Corbeaux
Y tenoit affez^ bien sa lugubre
partie.
Dansl'endroitleplui[ombre & le
moins frequentè%
Etgafte prosternè sur la neige endurcie
Fit retentir la montagne transie
De ce discours pfémeaile.
Terre aimable, terre fetonde,
Ouvre ton fein pour nous donner
des lfeurs.
Dej" pour les orner d'éclatantes
couleurs,
L*Aurore fort du fein de tonde,
Et loffre en (QûTiant le secours de
ses pleurs.
Terre aimable, terre fécondé,
Ouvre ton fein pour nous donner
desfleurs.
iJagreable Zepbir par sa vertu
secrete
Remplittonvaflecorps de germes
amoureux.
Accorde à ïardeur de mes voeux
Le Narcifle & la Violette,
ilrieft plus d'ennemi, dontla rage
inquiete
Fatigue ce sejour heureux.
La faison rigoureuse attaque un
autre monde,
Et le Tyran du Nort, à fOurse
vagabonde,
Court'annoncer de nouvelles douleurs.
Terje aimable, terre fécondé,
Ouvre ton fein pour nota donner
des fleurs.
Le Ciel qui ta promis une ardeur
éternelle,
Paroissoit un peu ralenti,
Mais lte Soleil iannonce enfin qu)il e$fidelle>
Qu'il ne J'estjamais démenti.
Cet AjJre lumineux d'vne y/ace
immortelle,
Te fait son messâge galant j
Le Diadème ètmcelant
Qui couronne sa tresse blonde,
Excite dans les airs de piquantes
chaleurs.
Terre aimable, terre refonde,
Ouvre ton fein,pour nous donner
des fleurs.
le sensdune celefreflajne
DescendrejufquÀ moy les invisibles
donss
Pour chanter ton Epithalame,
l'entens le Rofftgnol redoubler ses
fredons.
Mon espoir le plus doux sur tes
bontex^ sefonde,
Déesse, exauce mes clameurs.
Ainsi jamais sur toy le tonnerre
ne gronde,
Ainsi toujours la mer profonde,
Pourtenourrirfournisse desva-
, peurs-
Terreaimable, terre fécondé
, Ouvre ton fein pour nous donnet
des fleurJ.
A ce début> je le confesse,
J'appliquay la maximeapprise en
ma jeunesse
ChezjtnCritique des plus fins,
Qne parmy les mortels la suprème
Sagesse
Del'insignefolieoccupe les eonjinJ.
Je crus que ce beau feu dont le Ciel
nous honore,
Dans Ergafie efioit endormy,
Et qu'une prtfe d'Ellehore
Sieroit fort bien à monAmi.
Déjàparunfoufris]expliquoisma
pensée
, Quand le Berger, d'un air au def
fus de thumainJ *
Se relevant dela neige enfoncée,
« Acanthe
,
reprit-il,mesaisissant
la main,
le comprens ton muet langage..
'LesfleurJ que je demande avec em- •< pre/fement,
r.Au plusfort de l'hiver, à ce terrain :
(auvage,
Te font croire avec fondement
Que fay de la raisonperdu le noble t
ttfage.
Quel jugementveux-tu que Lon
ftffedetoyï
De toy,quà contre-temps3 dans le
déclin de l'âge
, On voit à l'amoureuse loy
Soumettre lâchement ton indigne
courages
Tu ris de ma témérité,
Quand ja-poftrophe la nature
Pendant la faison la plus durei
Comme si reftois en Esiê?
Jlefl vray que jementsapprouve
ta censure.
Et toy3 dis-tu la vérité
,
En promettant à ta Mai/îreffe
Les plus charmans plaifirsde l'aimable
jeunejffe>
Quand la jeune/fe "Il quittéî
L'onde fous la glace captive,
En dépit des tendres Zephirs
D)oeillets & de jasmins émaillerd
sa rive.
Plutost quon ne verra tes impuif
sans desirs
Rappeller Venusfugitive.
Mùinsinsensé. que toy dans les
voeux que je fais
Je puis de , ma priere au Printemps t
exaucée
Poir les favorables effets,
jlfleurit à coupsur quand laneige
efl cessèe
: Mais de nos jeunes ans quanà la
fleur efl: passèe,
Acanthe,eOe tess pour jamais.
Va ifois plus sensè déformais ;
Aux esperances qui t'abusent
Dérobe de tes jours les refies lan-
- gui/fans,
JEt ne prodigueplus ton inutile
«
encens
Pour les Grâces qui les refusent,
Cederniermst à peine efiprononcé
Que le fage Berger me laisse
, Et dans le fort du bois brusquement
enfonce,
A mes reflexions il livre ma tendresse.
Sur ce fidelle avis faisant atlention
De son soli,de esprit fadmirois la
lumiere
, Et l'ipgenieufe maniéré
De me faire goûter une correction.
Touché de repentir ,
plein d'une
fainte envie,
Je retourne à pas lents regagner le
Hameau,
Et fais voeu Remployer le refle de
ma vie
Au foin d'élever mon Troupeau.
Jemarcbois en refvant>quandtout
à coupClimene
A mes yeuxéblouisfit briller mille
feux.
Dieux1quelle efioit chArmttnte)
& valoit bien la peine,
Quonromptfi des fermentpour resserrer
ses noeuds!
Dans quel combat mon ame alors
fut (onfondtié!
L'Amour parloit au coeur;d'une
flame assiduè
Il moffroit le salaire ,
& se chargeoit
du foin.
La raisonconteftoit, mais helasy
de si loin
Qu'à peine efloit- eUe entenauë.
Qjuarriva-t-il» enfin ? fempiray
mon maTchl,
Et je rentray chez^ moy mille fois
plus touché
i
Plusépris que jamais. 0 Morale,
Morale,
Contre des yeux vainqueurs,dont
on est enchanté,
Qae tes froides lefons ont peu d'au•
torité 1
Q'le ta puissance est inégale !
Que ton secours est limité!
Je ne suis point étonne
que vous me parliez siavantageusement
des Vers que
je vous envoyay le mois passé,
de Mr Bosquillon, Académicien
del'Académie de
Soissons,sur l'Estampe d'un
Chef d' oeuvreen Pharmacie.
Vous avez encela suivy le
goust du Public,qui les a
trouvez tres-beaux. Voicy
deux autres petits Ouvrages
de sa façon. L'un est une
imitation de ces deux Vers
latins de Mrde Santeuil,Chanoine
Regulier de l'Abbaye
de Saint Victor, qui fervent
d'Inscriptionpourune Statuë
du Roy
, que les Maistres
Chirurgiens de Paris font
élever fous un Peristyle, dans
la cour de leur Amphitheatre.
ecce ftltitifersts populo quas p~-
nimiis aies
HM animat
j
populi 'Vita
Jalufattefui.
IMITATION.
LQrfquecontre LOVIS s'arme
la terre entiere
, Nouâ elevons tcy dans un profond
repos
Ce nouvel édifice aux Peuples falutaite.
Qui peut mieux l'animer qu'un si
fameux Héros ?
2Jestil pas en tout temps,malgré
tinjujle envie,
De [es Peuples heureux
, le (alst
&la vie ?
Vous sçavez que Mr l'Evesque
d'Agen doit avoir
l'honneur de prêcher devant
le Roy pendant le temps de
l'A vent. Il fit son premier
Sermon en presence de Sa
Majesté le jour de la Feste
de tous les Saints, & il le fie
avec l'applaudissement de
toute la Cour. C'est sur cet
heureux & grand succez
3
ordinaire
à ce Prelat, chaque
fois qu'il monte en chaire,
que le mesmeMrBosquillon
a fait le Madrigal que vous
allez lire.
QVels éclairs redoublezj quelle
vive éloquence,
MACARON fait briller des [on
p-remierDiscours !
De ce terrent, de son rapide
cours
Rien riarreste la vehemence.
Des trompeuses vertus le fard tombe
à sa voix ;
Au faux Chrefiten il inspire
un vray^ele , Et traçant en LOUIS le modèle
des ROM)
Des Orateurs JacTezsi montre le
modele.
Je vais vous parler d'une
aétion qui n'est point nouvelle
)
mais comme on n'en
a pas encore donné de détail,
jecroy vous faire plaisiren
v vous faisant part de toutes les
circonstances d'une affaire,
qui jusqu'icy n'a esté sçuë
qu'imparfaitement. Vous les
trouverez dans cette Relation
, qui en de Mr David
de Ponr d'Emeri,Majordu
Regiment des Husssars. Je
vous l'envoye dans les mesmes
termes qu'il l'a écrite.
RELATION
De la manière dontle Comte
deTillyaestépris. LE 18. Septembre,nostre
tColonelquiejlun veniable
homme de guerre
3
de valeur
& de conduite, entreprit une des
pinshardies allions qui seJoient
faites depuis la guerrey (;J- qu'on
aura peine à croire. Ily avoit
dou'{e Regimens de Cavalerie
& de Dragons
, campe^ prés
d'JthNojlreColoneldemandaà
Ad de Laubanie deux cens Che-t
vaux, avec cinquante Dragons
)
JïUiifmtuM
0* prit environ cent HuJJars
, des mieux monte%y deux cens
hommes dInfanterie, e cinquante
Dragons à pied
J eny
comprenant quelques Huffars &
quelquesSuiffesyaufft àpied ; ce
qui pouvoitfaireJept cens homes.
Nous montafmesàchevalsur
lessept heures dufot'r, & nous
marchâmesjufques à minuit^aprés
quoy nous jifmes une halte pour
laifjercoucherla Lune, depeurd'être
découverts. Nous marchâmes
ensuite droit au Camp des Enne.
mis.Nouspassâmes la rivière de
Dender.Jurunpontqui n'étoitpas
gardé& qui estoit près du ChâeaudAubre.
Le Colonelnomma
\nCapitaine de cinquantehommes
lepied pour la garde de ce Pont;
y ayant paslé un affiZlongdEtféJ
illaissa un Sergent à la tesse
le ce drfilé, avec quatre petites
reupes de Cavalerie,pour nous
onjerver ce Passage, dont dépendit
noflresalut. Nous marchates
doucement avec le refle de
,os Troupes, pour attaqutr un
iegiment de Dragons, qui counoit
le Quartier General
>
qui
(loit dans une grofît Cense, deriere
ce Regiment de Dragons,
'<r qui avoit outre cela, deux
ms Chevauxàsagarde. Lali.
gne de VArmée efloit derriere U.
Cense à environ deux cens pas
de là. Nous marchâmes doncfortdoucementnoflre
Infanterieà Ui
tejle
,
qui faisoit encore prés de
deux cem hommes, & qui efloitt
partagée en quatre 7 roupes, dont
l'une eut ordre dese couler le Ion!,;
des hayes, pour gagner la maison
de Mr le Comte de Tiljy
, , Lieutenant Çeneral
, çy Commandant
en chef cette Armée..
Le Capitaine qui commandoit
cette Troupe, passa auprès de la
k
garde à Cheval
,
qui crioit toû--
jours Verdo, c'etf à
-
dire, Qui j
va-là. L'autre répondoit tùû-
-
jours"
jours, bon amy , en continuant
des'avancer, & engagnant toujours
la mAison.A. la fin les
Ennemis s*apercevant que ce
nejloient pas de leurs gens, commencèrent
d'abordàcriera. l'erre,
à l'erte, mais il eflolt trop tard.
La dance commença dans ce moment.
Ce Capitaine fit main
baffesur la qarde qui ef/oit à la
porte du General, & avec une
partie de sa Troupe, il entra dans
la maison. On alla aujjî-tofl à la
chambre du General, qui n'tftoit
pas encore couché, & qui courut
à les piflolets
;
mais un de nos
Huffars, borgne. avecune orandemouflache
, & tout des plus
laids, entra le premier dans sa
chambre
,
&luyfauta au collet.
Il fut aussitostfuiyy,&cepauvre
Generalse vitenunmoment
entouréde tous cojleIlpouvoit
estre une heure trois quarts après
minuit. Il avoit encoreson jufleau-
corps, ny ayant pas un demy
quart d'heure qu'il eftoir rentré X
cbez luy, aprèsavoir command*é
trois cens Chevaux de piquet,
t & six cens autres qui devoient
marcher a la pointe du jour duv
cofté de Mons. On ne luy donna5.
le temps de rnettre nysouliers '!J'V:.
bottes
) & ilfallut marcher /Ùr\
e champ. Pendant cela, les
'rois autres troupes d'I nfanterie
poiententreZ dans le Camp,&
10s deux troupes de Huffars aussi,
hacune de leur cofté. J'avois
'honneur d'en commander une.
NosDragons chargèrent d'un
tutre cossé. Ce ne fut d'abord
su'un grand feu de toutes ptrts,
Quoy que la nuitfuslfortjom-
1re, il faisoit fort clair, par le
rrandjeu qu'onfaisoit. On n'en-
'endoit par tout que, tuë
3
tue,
::ï le mot de ralliement} qui estoit
Paris, pour nous reconnoistre
,
:ar nows ne connoijjtons presque
iy amis
, ny ennemis. On fit
d'abord main- baffesur tout ce
qui se rencontra, CM les Dragons
sefauvoienttous en chemisesparmylesbayes
Celaduraprés d'une
demi- heure, que nojire Colonel
fitsonner la retraite, ayant fait
fin coup.NOU4 nous ralliames
donc tous , & marchâmes droit
à ur; grand feu qu'il avoit
commandé de faire avec de la
paille, dont on avoit faitpronjifion
,
a la tesie du défiléj (7
qu'on allumasi-tofi qu'on sonna
la retraite. Sans cela nous n'aurions
(çû de quel cojlé il aurait
fillu rlhlrcher. Tout cela le fit
tout à lajois, êr avec tant de
Promptitude, que nous ne donnâmes
pas le temps à l'armée de
monter à cheval, qucry que tout
le Camp criaft à l'erte, & à
cheval. Nous repassâmes donc
beureufementle défilé&le pont;
&gagnâmes le chemin de Saint
Guislainy au lieu de prendre le
grand chemin de Mons. Ily eut
d'abordquinzecenschevaux qui
noussuivirent d'un cossé,&autant
d'un autre) mais ils ne pu
rent nous joindre, & auffi-tost
que le Comte de Tilly vit qui
nous prenions le chemin de Saint
Guijlain
,
il perdit ïefperance
d'egre délivre.^Tendant cela le
jour vint,&nousgagnâmes heu-
-
reujcment Saint Guillain, e de
•.
là Mons. Nous n'avons perditi
dans cette occasion qu'unCapi--
tainede Grenadiers) 0* un Lieu-
-
tenant, qui furent tuez , avec
quatre ou cinq Soldats, deux de
*
nos Huffars, & deux de leurs
Qhevaux, Nous avons amené
soixante chevaux des Ennemis,
& avons apporté l'Etendart de
leur Meflre de Camp. Mon Frere
ne me quitta jamais d'un
a donné en toute cette occafon
beaucoup de marques de [on in..
trepidité.
Je fuis surpris des brüilleries
que vous me mandez
estre déjàarrivées dans le
mariage donc vous me parlez.
La fuite en est d'autant
plusàcraindre,qu'il n'aesté
fait que depuis fort peu de
temps. Si l'Epoux, qui est
vostre Amy, songeoit à la
séparation,comme vous feinblez
l'apprehender, faitesluy
lire la Lettre que je vous
envoye. Elleest d'un homme
aussisage, qu'il est estimé par
toutes les choses qu'il écrit.
Vostre Amy trouvera dans
cette Lettre de fortes raisons
qui rempelcheroor de prendre
une resolution precipitée.
A MONSIEUR **** V0 US mterme^
Moniteur ,
, une étrange
nouvelle.Est-ilpojfible, que Monfleur
***foit nfolu deJeseparer
de Madamesafemmef C'est
traiter indignement leMariageJ
comme si ce nejloit qu'une partie
de plaiJir,d'où l'on Jeretire sans
façon5torfqu'on sy ennuye , ou
qu'il sy paffe quelque choft qui
fait de la peine. Cependant,le
Mariage est une affaireferteufe
& importante, ou Ion a pris de
grands engagemtns , & que l'on
a bien "voulu prendre, Lesjeux
ont regardé de prés lobjet
,
mef
me plusieurs fois. On la eslimé
& recette, & le coeur a formé
une ardente pajjton de le pojJeder.
Pouryréiïjjîr
, on a employé les
bons offices des parens,e le credit
conjtderable des amis. On en
efl venu aux protestations
, aux
prorneffis, aux prtfèns;on afait
toutes choses; & quand on afurmontéles
difficulté^ & les obstacles
quiJe rencontrent ordinairement,
on en a autant de joie,
que d'une njiftoire remportée.
jiprés tant de mowvemens& de
pratiques pour l'heureuxsuccés;
après que la conclusion en a (fié
scellée du coeur & de la bouche,
de /o~c~ de l'honneur&que,
dirpuisaffe7, de temps, on efi en
poffiffion de la personne qu"on recherchoit
avec tant de pajjion
,
peut. onsans une horrible inconstance,
penserà uneféparation ?
L'idée du Mariage est une
chaîne, efl un noeud. Naturellement,
chaîne d or, noeuddesose;
mais quandla chaîne&le noeud
changcroient de matiere
, cefont
toujours des liens précieux- Il
riejl pas permis de rompre cette
chaîne, & de couper ce noeud.
Il n'y a nulpretextet nulle raison
de le faire. Céfl une Société
infeparable.
La :Fable mcfme est inflruclivesur
ce sujet, dans le mariage
de lupiîer & de Iunon. lunon
4 le caraélere d'une femme inquiéte3jaloufe,
violente, & emportée;
Iupiter nesesepare point
d'elle. Il s'en plaint, illuyfait
des reproches, & quelquefois des
menaces
3
mais il demeure avec
elle. Socrate, le Héros de la Sa.
geffi
, que la qrece 'égaloit ases
'Dieux, avoit épouféXantippe,
femmetrès-fâcbtufe> &souvent
animée& ardente jusqu'à Ufureur.
On ne sçauroit entendre
nommer Xantippe sans concevoir
toutes les impersefiions d'une
femme. Néanmoins Xantippe
avec degrandsdéfauts, demeure
toujours la femme e2r la compagne
de Socrate
j
qui ne la quitte
point. Vn autre exemple superlatife
universel pour le genre
humain. Adamépouse Eve, Eve
cause une entiere & cruelle dif.
grâce à Adam. Elle lefait chasser
du Paradisterrefre, £jrilefi
condamné à une vie laborieuse
0* herijjée dépines; & dimmortel
qu'ilejloit3il devientsujet
à la corruption & à la mort.
Peut-onsouffrir de plus grands
nlaux de la part d'une femmef
Toutefois9Adam ne Je separe
point d Eve
,
elle demeure auprés
deluj comme auparavant ; elle
ruit à son cossé aujji ètroitement,
que lors qu'elleenfut tirée.
Les bestes estant dune nature
fortinférieure àcelle de l'homme,
elles ne composent ny societé ny
famille.Ainjiquelque conjonflion
naturelle qu'ellesayent pour la
propagation, elles ne demeurent
pas ensemblef &n'ont point entr
elles dattachement particulier.
Uhomme qui en use de mesme
)
agitbrutalement,&fe des-bonore.
Il fort de la dignité de (on
effecey & descend dans celle- des
animaux. Encore en voiton qui
luy font le procés. La Tourte.
relie demeure infeparable à la
,
feparable Tourterelle, & il n'y a que la
mort qui ftjje leurseparation.
Le Mariageest une Ente La
femme en est la greffi)& le mary
efl l'arbre, auquel la greffe a esle
jointe. Cette Ente ejl dessinée à
porter unfruit excellent, à augmenter
le Genre humain. C'ejl
le Ciel & la Terre qui ont fait
cette Ente. Cess l'homme luy2
mesmey qui a soubassépaffîonnément
que la femmeluysuflunie.
Il est obligé au foin & à la confervation
de cette union. Ques'il
ruient à la mépriser,£7* quilJeparesafemme
desapersonne, il
se rend coupable
)
il doit craindre
les reproches dumonde9& ildoit
en luy mesme en avoir de la con.
fusion.
Il y a une communauté de.
tout dans le Mariage; communauté
denom& de demeure, du
coeur&deses affettions, du corps
'&dece qui luy efl permis, communauté
d affaires&de biens, de
joye&de deuil, defortune& de
dfgrace, Les Loix Romaines>dit
Tlutarque, ne permettaient pis
qu'il se fifl des donations entre les
personnesmariées. Pourquoyf
Parce quedit-il, toutcequ'ils
ont appartient également a l'un
& alautre. Où ily a une communauté
ifétenduea &presque
universelle, ny a-t- ilpas une opposition
extrême à lafipartttion ? c
Nefl-ce pas divijer les Loix di--
<vwts&humaines quedefeJeparcrf
N'eft-cepas causèr un furieux
ftandale ?
Il ness pas permis à tame de:
sijeparer du corps avant le temps, t
quelquepeineque luyfaJ/elecorps,t
par les disgraces qui luj arriv(nt,,
comme pauvrete, maladieydifformué,
mépris C caducité. Il n'y
a que la Providence, e la loy
de la nature qui puiffint couper
lefil qui les unit. Cette union
de l'ame&du corpsa l'aird'un
mariage naturel, quifait la régle
du mariage civil. Quelques
accidens
,
quelques rigueurs qui
luy surviennent, il engage le
Mary &la Femmeknepouvoir
se Jeparer l'un de l'autre. Il n'y
aque lamain divineylaquelle a
fait la chaisne, qui puiffi la rompre;
autrement etfi uneficieté
inviolable.
L'unionconjugale de deux
personnes, riejlpas fulementune
union morale,comme celle de deux
jûmis
,
ny une union naturelley
comme celledu Pere cm duFils;
;
c'ejl uneunionplusforte &plus
:
inâmr, quisùrpAsse toutes lesi
autres unIOns) qui joint deux.,
personnesenjemble pour riejïreï
qu'une chair, qu'un principe..
C'efl un composemerveilleux,gan
revient à, une unue( ; une unuêi
neJe divije poin AlnfileMAry(
& la Femme qui font un t nn
peuvent point sefipanr-
Les Infid Ues font leursTraiA
te%pour durerautant que le So-<
UILYOHS dîrie^4 laciaufequilsù
ymettent, que ce bel Afin de la
Naturemanquera plûiofi de
rayons & de lumière,queux de
fidélitéà leurengagement. Cependant
à la première occasion
,
lors
qu'ilspeuventeflre superieurs,ils
violent leurs Trditez
, &font
des invasions
3 & tous les aéles
d'bofiilue. LeMariagesecontrafle
à durer autant que la vie;ses
articles étendent l'union conjugale
jufqriau tombeau. Le Mary&
la Femme qui Je [tparenr sans
avoir égard àcette perpétuitéju.
reey sefontressemblera ces perfides.
C'efi profaner lA dignité du
(Mariage&lafidetité de les prvwe/
Jes. Si les personnes efloknc
irrïHortcllcb2 il dcvroit efïre immortel
CLn\4*ryçy3un Freim,font
regard CO'Îimt un Tout, dont
chacun fait un moitiéUufage
qui parlede m'ejme que la vrité
de la chos
,
le témoigne Quand
doncle Mary se separe de sa
Femme
,
il se prrve, pouf ainsi
dirr, de la moitié de luy même.
< 'est un coeur partagé1 en deux.
Peut on vivre en cet eflat ? Il
faut se tenir sur ses gardes pour
reftfier à tout ce qui porte à un
aussî grand mal quefl la separation.
Il ny a personne ajfe7, en
nem; defoymesme pour vouloir
sepriver del unde f'->yuxcomment
peut on se réjouir àperdre
lamoitif deloy.mejrne?
Ceux qui ont fait des ohfernjattonssur
les Songes pour l 0-
nezromancie) tiennent qu'unfonge
de U Lyre marque 1 union charmante
des personnesmariées. Orphée
qui n avoit pas besoin d'y
songer la nuit, &qui avoitune
Lyre admirable
)
qu'il touchoit
divinement, ne put consentir que
la mort mtfme le feparajl de sa
chere Euridice. Au deffaut de
son corps, il vonloit À toute force
[on Ombre,c,ilpoust millecris
iy4 milleJoupirs , lorjquil prratt
la presence& la vuede cette Ombre.
Laissons-Iàlefonge de Id,
Lyre5 Cm la Lyre d'Orphée. Le
tJfrfariage enfoy
•
mcfme efl une
Lyre, par la Sympathie de deux
personnes par l'harmonie de leurs
Jenimens
,
de leurs moeurs, de
leurs parolesde leurs afiions.
Cette Lyre ne peut pas demeurer
toujours d'accord, La bonne intelligence
)
£7l'agrément de la
conduiten'efl pas de tous les momem
,& de toutes les heures. Il
faut donc de temps en temps)
Avec la patience, la moderation)
la douceur O* la complaisance
)
accorder cette Lyrey&jamais la
fendre& la mettre en deux picces
par laJeparation.
On efl pmé à la cupiditépar
le panchant de la nature; cette
cupidité s'enlfâmepar la separation,
eUe devient une fièvreardente
de la chair. Pourquojfe
priver du remede légitimé que
vous avij% vous mesmechoisï,
qui vousaesté accordéavec honneur
quevomdve% receu comme
une faveurconfld.rable, & que
vous d,1Je=\: regardécommedevant
faire lerepos &le bonheur de 110..
stre viefVont renonceZ imprudemment
à ce repos 0* à ce contenttment
lors que par la separation
fionscfies un dtfraurduMariage.
Je veux qu'onJefoitembarqué
dans le Mariage comme dans la
IVefArgo, où l'on nentendait que
rire &chanter ou tout luiqu'au
bruitdes avirons, efloitunejymphonie;
enfin le plaisir & la ll!)'e
y regnoient tout àfait, On veut
lt Mariage de mejme; mais ce
rieftpM lÀ, toute la NefArgo
il faut suivre , le reste. Elle ren
contra plusieurs écucz/s, la navigation
fut difficile&dangereuse,
il fallut endurer de grands travaux>
çyejfuyer de rudes tempeftcs.
pesle Si les beaux jours, les charmes
de la Afrtfique cm lefperance
delàToifond'or}introduisirent les
Argonautes dans la Nef, les
mauvais temps, les orages,les
périlstne les en firent point sortir.
qu'ils neujjent achevéleurnavigation,
& remportélapreci.use
Toisôn. H faut de mefmc dans le
mariages'accorder les beaux jours
avec le tempsfâcheux
,
unir ensemble
ce auily a dedoux & damer.
Si L un afait 1 engagement,
l'autre ne ledoit pas rompre. On
doitsans aucuneseparationcontinuer
le cours de li societéconjugale.
Ony efl d'autant plusoblu
gé
, que dés le commencement
'Vous ave% eu lA toison ; le don
de lapersonne Mec le tresorde la
virginité,celuy de[es biens&de
sa fortune, & celuy desa liberté.
Enfin, il ny a pas lieu de se
servir de lexemplededivorce
des premiers Siècles. Ilefloit alors
pratiqué par les Iuifs, & ceux
qui pratiquent aujourdhujy la
jeparation, nepoudroientpaspas
fer pour luifs. Sile divorceefloit
pin privilège, il a eslé aboly
,
mais
il ne lajamais eslé. C'estoit une
aéhonmanv'aiff
,
Çjjr qui pour
rftre toieièe n'cftoit pas moins
mauvaije
,
semblable à ces crinés
qui nefont pas moins crimes,
juoy qu'on n'en poursuive pas les
tuteurs , CJT* qu'une indulgence
)Ar conjideration les laúfe dans
rïmpunÍté. La tolerance ne fau
roit pas l'innocence du Divorce
,
rlie en efloit feulement J.,afyle-.
EUe ne tautoriftit pas
, mais elle
mettoit un voilesur lesjeux de
la Juflice, pour ne le point
'VOlr.
Voila,Monsieur, un mélange
de penfles & de reflexions
3
qui
mefontvenues dans iefprit, à la
surprise que m"a donnée voflre
Lettre, le fouhaiterois que la
mmiieennnnee, qquui* prouve qu'on doiteonr
-
damner laJeparationJ cette vu
duitécriminelle,precipitée
J &
extraordznaire,euRassez deforce
&devertu', pour empescher celle
de deux personnes
y
qui merite.
voient de vivre éternellement en.
semble.Iefuis,Cr.
On voit tous les jours tant
de furprenans effets de l'amour,
qu'on ne peut douter
de son pouvoir, maîs rien
n'en convaincra davantage,
que l'Elegie que vous allez
lire. Elle est d'une Demoiselle
de dix. huitans,à qui la
passion toute seule a appris
à faire des Vers.
ELEGIE. QVel changement affreux!que fuis-jedevenue!
MeconnoijJable à tousy à moy-meme
inconmh
Detnonjuste dessin, Ciel) quelle est
larigueur !
Je tremble pour tes jours & je
crains four ton coeur.
Cher Tircis, que néstu le témoin
de mes larmes!
Je ne puis soutenir mes mortelles
alarmes.
Quel barbare devoir me retient
dans ses lieuxi
Ne consultons plus rient fartons,
& qu'à ses yeux
De mon amour pour luy se safie
voir touvrage.
Mesfleurs pourront fléchir fort
fuperhe courage.
Son coeur considerantîeftat oit ie
me voy Balancera peu,t-efîre entre la gloire
&moy,
Et touche desmalheurs dont jefuis
poursuivie,
Menagera des jours ou j'attache
ma vie.
Maisenfin, quels que (fJÍent mes
chagrins, mes doulenrt,
Je n'af rien après luy desi cher que
mes pleurs:
Trop heuteufe, s'il faut vivre loin
de tes charmes
Qu'en liberté , mes feux pussentverferdes
lArmes,
Qu'il ne me faluo point étouffer
mes fotipirs.
Mais me veut-on laisser ces fméfiés
fiaifits ?
C'estpeu quon me défende, bêlas!
que je le voye.
Libre dans ma douleur auUî peu
quen ma joye,
le ne puis rencontrer les précieux
momens l sentimens.
jyabandonner mon coeur à ses ref-
DeParensqueffarouche unelfame
sibelle,
JI me faut soutenir l'attention
cruelle.
le les voy chaque jour, me nommant
mon vainqueur,
Sur mon front ardemment étudier
mon coeur.
En vain voudroisje
,
helas!tromper
leur foin extrême;
Souventpour me cacherje me trahis
mov-mème.
jïk, combien de malheurs entraînent
après foy
Vne larme, fin (oupir) tchape(
maigre moy ?
Mais comment dérobermon amour àleurvuel
Tircis, à ton nom seul interditl)
éperdue
) le sens mon coeur frémir, & ma
raison plier,
Et pour me retenir il faudroit t'oublier.
T"oublier mais helas, en ftrois.je
capable? l coupablei
JFtde quoy mon amour petll..¡J efire
Qui peut en condamner l'innocente
ferveuri
Fierlé, gloire,raison, tout parle
en sa faveur.
A de tristes devoirs cependantasservie,
ïattens tout des Parens dont jay
receu la vie;
Mais s*ilfautimmoler £amour que
jay conceu , -
[ ay receu.
Ils me demandent plus que le n'en
Pour un vil interest devenus trop
farouches»
Mux-mesmes monttrahieîhelas!les
mesmes bouches
Qui portaient jusquau Ciel son
mérité, & sesfaits*
Mordonnent aujourd'huy de ne le
voir jamais.
le sentis que mon coeur fremiffoit
à savue,
Je ittlurois évité sije m'en ètois cruei
le prévoyois les maux qtiil me
faudroit [ouffrir,
Mais sans cesseà mes yeux on prit
foin del'offrir,
Pour luyleuramitié toujoursvivey
empressée,
Enfonça dans mon coeur le trait qui
mablessée,
Et j'osay sur la foy de leurs foins
trop pressans,
Suivre de mon amour les transports
innnocens.
Mais ce Heros, telle efi leur injufitce
extrême,
Au moment qutlm'eut plü, ne
leur fut plus le mesme,
Etde mon coeurà peine avoit.il
triomphhle, [l,étou,fIffé.'.
Qu'à leursyeux sonmérité enparut
Pardonne,cher Tircistpardonne
cet outrage,
D'untraitement pareil mon coeur
te dédommage>
Et leur zele pour toy léloignant
lâchement,
N'en allume en mon coeur qu'un feu
plus vehement.
Bien-totf pouffant plus loin leur
dure tyrannie,
Dans un (ejofir affreuxtu me verras
hannie;
Mais four trouver charmant le
plus affreuxsejour,
Cher Tircis, c'cfta/Je,d'y porter
mon amour,
Et pour m'en déroberïafpeB tripe
& Il sauvage, suffit que mon coeury porte ton
imagej
* Au moins en liberté7y plainâray
mes malheurs,
Et mes yeux sans témoins pourront souvrir aux pleurs.
Vous aurez sans doute appris
que Madame la Princesse
d'Epinoy accoucha d'un Fils
lémois-paffé Onn'enpeut
attendre que de grandes choses,
puis qu'ilauraà marcher
sur les traces de Mrle Prince
d'Epinoy son Pere, qui tout
jeune qu'ilest,s'est extrêmement
distingué,&a déjareceu
plusieurs blessures
,
qui
luy font tres-glorieuses.Voicy
un Madrigal qui a esté
fait sur la naissance de ce
Fils. Mrdu Perier en est l'Auteur.
piRince charmant, qui dans
cejour
Viens commencer une nobl-e cartitre
1
Tu ferai beau comme i'Amour.
Jouis longtemps de la lumiere.
Le Ciel qui t'aformé du plusillufire
fang.,
Te donne en tes Ayeux un grand
exemple à (ulvre.
Tu dois les imiter) ou renoncer à
vivre;
Et si tu veux remplir les devoirs
de ton rIng,
Soisaussî vaillantqueton Perey
Sois vertueux comme ta Mere;
On ne peut souhaiter pour toy rien
de plus grand.
La matiere des Srriges ne
vous en pas inconnuë,& je
ne sçaurois douter que vous
ne vous souveniez de cequen
marquent diverses Lettres
que jevous ayenvoyépes.
En voicy une nouvelle, donc
la lecture vous fera plaisir.
SUR
LES STRIGES
DERUSSIE.
JE vous avoue
,
Monsieur,
que la deficrencequej'ay pou.r
vos jLntimens, & pour ceux de
Monsieur * * *,prévenudel'excellence
de vos jugemens
J
me fit
hier douter de la vérité des Striges
de KjtjJic; mais unsinge que
fiay eu cette nuit, & les reflexions
qu'ilm'a donnélieu defat.
xe, mont pénétré de la possibilité
physique de cette merveille. Voicy
le Songe.
VOIMfça'VeZmieux que mqy)
Monsieur,quenos corpsfont Ani.
meK J'erprits plus ou moins greffiers.
Les plus grossiers sattachentauxfondions
du eorps, &
ceux quilefont moinsy s'attachent
à ccliesde lame. Les premiers
repofotent avec mon corps, quand
les féconds si font uniquement occupe7,
à representer surmon imagination,
commesur une toile) à
mon ame le portrait de certaine
Beauté que fay vû trace d'une
main gavante. L'ony a peint
deux yeux de la couleur e du
brillant des-Cieuxau deffius"
mais afleur d'unfront plus blanc,
& plus uny , que n'en pourroit
faireunSculpteur en albâtre.
Vn autre, comme des trophées)
leur a placé deux des arcs dorez,
de 1 arnour, & a mis tous les
traitsdeJon carquois dans leur
capacité. Vn autrey a joint le
nez , je croy, de Venus. Vn autre
a amenélesleux &lesRis,
qu'ilamis en besogne, iluyconftruire
la bouche ; & robfèrvois
la régularité qu'ils donnoient tous
enjemble a ce njifage eharmant
9 quand j'ay reconnu à mes cùsse'{
la belle. t-A ne njous en
point mentir, Monsieur3méfiant
eveillé, j'ay cru longtemps que la
chose ejloitréelle
; &Fen ay cherché
en vain quelque preuve
>
ce
qui mafaitfaire ces reflexions.
Le Mercure de Février dernier
, me disois- je, nous a appris
qu'il y a des Striges en
RuJJîe, que ceux du Payscroyent
estre des Demons, (7 que 1 tuteur
du Mercure prétend cflre
des Ames; qui pour la purgation
des fautes non-morttllesyquelles
ont commisespendantqu'elles habitoienileurs
corps
,
&de ce qu'elles
confentoimt trop à leurs (en/uels
plaisirs,font condamnées a lapewe
temporelle d'habiter ces mesmes
corps, qui lesont fait péchry &
desouffrirpendant un temps leur
cadavereuse odeur, privées de la
njuë de Dieu. Posé que lefait
fou cwflmt
, comme ce qui m'efl
Arrivé cette nuit me le persuade
,
avec cette diffèrence, que l'un est
blanc,&l'autre eflnoir,je veux
dire l'un agréable&l autre desagreable,
je ctoiray, si Ion veuty
r.!i Jt tEglifl me l'ordonne
,
que
ces Striges des Russiens,font des
jimes, qui font ainif leur Purgatoire
: matsen attendant ce
(ujet de mon obéïssance, monJon,
ge mefaitimaginery que comme
félon nos Dofteurs Defèartes,
Gajjendiy & de Vallemont
, ce
font la matieresubtile
)
les atomes,
les eJfrirs) & corpufiules de
laperfonne que j'ay njuë enfonge,
qui peut-eflre dans une aéllon
1violentey poeez en plus grand
nombre, font venus me representer
ce beau Tout, dont déjà
unepartie de ces mesmes eff>ritsy
avoit faitpar la retine de roed ,
impression dans mon ctrveauy &
y avoit ètabli une espece de petite
colonie qui par la raison d'analogie,
c sur l'écoulement àan.
tres esprits de mcfme nature,
que ta Bellesortant du heu, où jétois avec elle le jour auparavant
,émue
,
& échauffée du desordre
qui venoit dyarriver,
Uiffa le long desa route, avoir
attiré, ainsi que par un canal,
ceux quiy ont fait la Comedie
de cette nuit. De mesme ce font
dans l Histoire de la fille de 1\uffie,
les eIfrits, c-lescorpuscules
les plus gtojjtersde la Adere morte,
qui ont reprcfcnté cette Mere à
sa fille3 plutofl qu'à une autrr"
par la raifort que cette Fille eft1
toute composée d'esprits&atomes
homogènes à ceux qui compofoicnt
le corps desa Mere,&ces esprits
pouffez. plutost en un temps qu'en
un autre, cm félon quilsfont ou
plus ou moinséchauffe% par les
evapeurs &les exhalaisons chaudes
, que le feu central envoye
par des canaux, qu'elles si font
petit à petit y]ufquàla superficie
de la terre ,
où enfinarrive^ ,ils
ont échauffé ce cadavre qui s'efi.
rencontrédans eurchemin,&par
cette chaleur révivifianteyils ont
décongelé lefang quiy efioit ressé
congelé, particulièrement dans le
coeur qui en est le siege principal,
çypar une consequence certaine,
ils en ontrendu la chairmollette.
Tour ce qui est du dtjféchement
qui arrive à tous ceuxquifont
,vexe-,,- de ces visions parfaitement
faflidÚufes
, & qui c:Jïent d'en
estre toufmente':{Jors qu'on a coupéla
tesse e ouvert le coeur au
corpstdont ils crojent avoir la représentation
,
la raison n'en efl
pas difficile à trouver
,
& il me
paroifv quelle n'cft autre,que ,
comme l'idée charmante queFay
eue'm'adonné tant deplaisir, que
j'enJouhaiterois une fréquenté répetition;
il eflimpoffibleque la chagrinante
que ces pauvres Rujjïens
ont de la vue d'un mort, qui leur
fuccelcfâng,leurfrapant à tout
moment l'imarfinlation) ne les der
séche
,
jufquà les rendre étiques
y
en les jettant dans une mélancolie,
qui leur envoyant des va.
peurs de l'atrabile quellecauje
dans leurs hypocondres) les rend
hypocondriaques) en ce quelle
leurfait croire que cefantosme leur
fucce leptng, ce qui riefl pas , &
ne ffauroitestre, premièrement
parce que l'on ne trouve sur ces
lIjJlt[/Z nulle playe par où lefang
,puft estreftrtl : &secondementy
parce que ces fantosmes n'eslans
composez que defprits, & de
corpusculesimperceptibles à toute
antre imagination qu'à celle qui
if1 frâpée de cette maladie, il
leur feroit impossible d'emporter
un corps aujJi lourdquefl Jefang
humain;&j'eslime qu'il en efl
de ceux-là, comme de ceux aufquels
la mesme maladie a fait
croire en ces Contrées-cy
3 que le
ne7, leiérefloit crû de deux aunes,
en forte qu'ils avertijjoient ceux
qui venoient à eux de ne les pas
approcherJecrainte qu'ils nemarchassentsur
le bout de leur neZ
Ce quimeconfirme d'autantplus
dans ma pensée,c'efl que la mîme
1
manière de remede guérit l'un c--
l'autremalade3c'ejl à- dire, une
pathetique,
pathétique tromperie;car à celuycy
un Chirurgien
,
aprèsavoir
fait un grand étalage de CouteAuX,
de Biflouris, & de Rasoirs,&
tenant un boyauenfer,
mé dans sa main, il égratigne
d'un de ces inflrumens le bout du
nez du malade, puis lazfe tomber
le boyau, en retenant un bout .t
la main, le met en celles d'un
J<rater qui lemporte
5
&demande
du Jeu àun autre pour arrêter
lefangàqu'ilditcoulerde l'en. Il droit coupé; & celuy la se guérit
en prenant leremede quyappetefon
qui e imagination blesée,quiefdide evvooI'rir
déterrer le cadavre desa Mère>
deluy voir couper latesse, fendre
le coeur, gr d'en voirjbrttr le
fang qu'il sejl figuré que luyfitfOUJan
Fantôme.
le ne dORtt point qu'on ne me
démolit qui a mu ce fang dans
cecoeur5 comment il Jepeutfaire
que la chair de ce corpsJe trouve
raollette- (y que cette bigarre
opérationfaite
,
le malade reçoitvre
sasantés le répons que rien
riefijinaturel Quand lacréâtme
cnuYiée a sinisesjours,son CI'>
s'eflretiréau cceur, &la cc~hjaalleeuurr
é¡c:n[f:, cefmg s'yeft coagulé.
On a mis ce cadavre en terrey on
l'en a couvertd'une grande
pierre
,
si exactement que fair
n'y entroit point, ce qui la ccnjèrnjé
quelquetemps en un même
eflatypendant lequelfontparve.
nues en cettesepulture des ex ba.
lassons, des fumées chaudest
poupéespar le feu central,dont
conviennent tous ls Phtlojo^hes
curieux dentrer dans les arc.ines
de la nature3fous Ls noms de
Dtmorgpn
, ou de Soleil t. mfh e,
toujours en mouvement corame le
celeste
,
pour la circulation des
eaux, la production des Àd'neraux.
des Vegetaux, & même
de la plus grande partie des Anim'aulx;
ttjqucllcs pariur chaleur
ont liquefié ce flng coagulé par
lefroid,1"ont mis enmouvement,
l'ont envoyé au coeur par les artèresy
dans toutes les parties du
corps; & par ce moyen en ont
rendu la chairmollette&colorée.
Le mouvement decefang ayant
cflé la cause detémilfion deJes
esprits
, & corpuscules vers la
Fi!le, où en rejtdoit une de ses
principales parties vivante
,
ils
ont representé lafigure de leur
tout, parlaquellerepresentation
ayantoffensé, & bitfiéle cerveau
de cette Fille, le mal a
cessé des que la cause a fini; &
laCilUfc nayantplus eu d'aélion
de mouvement,ily a eu unesolution
de continuité au cadavre
par laseparation desatejle, &
lefang a esléremorfondu) çjT* reoagulé
par l 'extraéfion de son
coeur 3
&son ouverture à lair.
Ainji ce remede à ce mal, que les
RuJJiensappellent Upierz,&Les
Latins Scm,£7* ce pansement,
feront la preuve de la jujïejje de
mon raisonnement sur la ma.
ladie de Russie, que je n'efiimc
eflrequun Pbenomene de la na
ture,pluscommun en Ruffi'"qu en
tout autre endroit, parce que la
conflelhttion de ce climat en rend
les peuples très- «ro(fiers}trèsat*
tacbt'^auxpâjjïonsfenfhellcs&
(l'ArmUcs que lefmg Jtltr produit;
pouïiifMtMremun mot,
fdrce qndsont:l*fèrrnc^*bîinee
dans la motitre. rail", Monsieur,
etqui fera, je ttr/afJtn't;,
dpptttéjMrlesJNon-Gsr.tsfîens^un
fMimeGjdififtijM^JûYUL je -vous
AJ promis de vous devenir. le
fuisvostre>gfc..s
4_,-:.\;.:..
Voicy deux Ouvrages de
M1 deVin. Son heureux talent
pour la Poësievousestsi
connu, qu'il ne fautpas vous
en dire davantage.
LEDORMITIF. cErtain Ducfatigue de ttois
jours d'insomnie,
e 8 - 1 <; ConsuLtaKoch,son meaecin. il rien dormit pasmieux, Enfin,
appréhendant par IJ d'interesser
sa vie,
Comme un remedefouversin, jl envoya qverir le fameuxTnfjonn.
Monfleur t Abbè
alIe,, je fuis bien
Luy dit-il
,
dès qu'il fut entre,
Qu'onvousait chezjvouslencon- j2
, trs.t chezvous ienconjïfîeycz
vous sur cette ch -4ife
,
Et fçachex^quecbez^moy jeneVDIU
ay mandé
d,u&ee cco,mmmmeetAmy[cul dont jepuiffe fAm
estreaidé.
roflre secours nieftnecejfaire>
Je ne dors non plut qu'anlutin>
ROth, surce malpetd son latin
y Et te vieux fou n'y scait que
faire.
Ah!parmafoy,nymoy nonplta,
Monsieur>je ne fuis point Doreur
en Medecine,
.Et je ti en aypas me[me aile;, fait
& la mine
Pour me consulter là deffru.
Encore (tcefloit sur la Theoloqje,
Sur la belle Eloquence
t
& sur la
Poefie,
Feut-eft*c avec honneur sen âtwè- Icroit'on.[galante
Tout Paris afait cas de ma Vrofe
Et par des Vers pour Amarante.
Grace au Ciel on sest fait un
nom
Si glorieux qu'on sen contente.
~c~ Oh ! Monseigneur,
vousmejeue^.Ah(non*
Je ne me raille point,reprit le Duc
sincere,
Et vous ave\ un somnifere
Que bien des gens ont trouve bon.
Moi ? Vous me surprenez,. Oü;,
vous-mesme,& feffrere
Que vous îaccorderez^ mon humble
ptiere.
DiJes-moy donc du moins ce que cest.
Vn tetmon > De tom les Dormitif; ce(l le plus
f(4Luiaire s Ilnejl point de pavot applique sur
Je front
Oupris me[me en liqueur dont leffet
foit plus prompt.
Ab !mon cherTrissotin» que je dors
bien aux uojîre' !
Ils'en faut tout quà ceux des
autres
On gousse les me(mes douceurs,
JLa. Roche, Hubert Botleau?
Bourdalouë, & la Rüe)
D'uneattentionafjtdu'è,
Noua forcent d'écouter les leurs.
Tvlais comme vous l'aze7,i, nul d'entTe-
CIIX, quoi qu'habile
W'a , cet art merveilleux d'exciter
ces vapeurs
Qjui causent un sommeil aufft long
que iranquile.
Bon* rien moins.Les voit-on
dLhumeur
ji laijferun moment dormir un Auditeur
?
Non, ils font séni misericorde,
Itde peur d'en rienperdre on n'ose
pasenfin
v Baillermejme avec eux »
qu'ils ne
foiene à lafin.
Mais à grand peine voflre Exorde
Est-il cessâ qu'on fent appesantirses
yeux,
Elel par ma propre experiencé sçaiquou miiux ne dort jamais au jamar~t
Qéie qu ;
?d de vom entendre on a hi.\*nre.
sen an*iiy mut autant qu'il
( si'
Vvtu le ve;,rc Au refleil nesipas
r.?c?{j.i:re
F; J'
Dele prendred'un ton si haut.
Parit- sans fougue & sans calere
,
Ne vous fatiguez^ pointj sa, Monsieur,
commence
Et dès que vous aure\ abbatu ma.
paupière,
Cela suffira, fini§ez,.
Ptefchez^ donc
,
rendez^- moy la
vie,
Mais prefchezjvifte» 6trouver.
bon
Qu'un Duc & Pair guéri de fd
trifie insomnie
Vous en ait fOb/igdlion.
Quelqu'un ici croira Plllt-estre
Que ce Duc railleur dr malin
Avait voulu jouer le pauvre Tris":
filin.
Non, ftneere autant quon pfMA fejîre ilcrut ïng énument, las de ne fointx
dormir
» Qu'un Sermon powioitîaffoupir**
ependant à ces mots qu'il prend
pour une injure,
)ans le fond de ion coeur i'A6bé
gronde 6 murmure ;
dais n'osant pas tout haut sexpliquer
là-dessus.
Il se leve, & fort tout confus.
L'AIGUIERE.
L
Vbin au sortir d'un repas, yune Atguiete dargent dontsarma
[a furie,
7endit un jour la tesse a la belle
Vranie.
D'ott vient C'efl ce qu'on ne
scait pas.
Tout ce qu'on (fait, c'est que
Dorante [ mante,
La trouvoit aimable & chai"
Qu'il vantoit tous lesjours la douceur
de ses Jeux,
Et quitta suivoit en torulieux*
Ce tendre emprejfcmer.t, qui ne iuy\
platfoit guère , Porta prolà-eflrecetEpoux
Avangerun elépit.-jaloll"
De cette brutale maniere.
Ducoup ,queyqmil en foit,l*Aiguière
[e rompit.
Cependant. quel prodige! infenfix
hleà la vue
Du fanfegnqduui eTu/Je/oit de sa tefîx , ser, d,-,e,
La modejie ¡"ranic à fcine s'e;
pLa.vî.î*.
Sa b'.cfitrc £> large&profondk
Ne m')u-.!J que fortpeu ses yeux*
quelle etfuy.t
,~ Le }>.ô*i.,:;,quii!cment dumot,' ':, de.
Zuand jusques à cepeint U patienceva,
3/t peut dire quelle efi d'une grande
étendue.
Depuis lob qui ta jamais vue
Se porter à cet excey-là 1
Mais [a douleur trcs-retenue
ïnfin au triste afpecl de £Aiçuierc
rompue
A grands éclats se déploya,
Ut pour Ion teut a coup sensible
devenue,
La Mènagere sécria,
4b! faut il de mon pot voir la fitp/
2 perdue?
Je vous parlay le dernier
nois, cls la pompe funebre
quiaccompagnale corps de
Evla d cmotielle de Valois,lors
qu'elle fut portée au Val de
Grace. VoicyleDiscours que fit Mr l'Abbé de Grancey en
le presentant à la Superieure
de ce Monastere. LE Roy voulant eboiftr un
lieu pour la sepulture de
Adademoifelle de Falots, digne de
fôn rang, a préféré vojfae Maison
,
Madame, à toutes celles qui:
auroient pu prétendre à cet honneur.
Ce n'est pas feulement UÏ
prottélion que vous ave7, rcceuë\
de la feue Reine sa MtreJ vojlre*
Fondatrice, £srl'avantage dei
foffeder les coeursdedeuxgrandes*
Reines,&des Enfans de France,
qui a déterminécegrand Roy en
voflre faveur, mais plutofl la
(àintelé que vous faites paroijîre
dans lapratique des vertus éminentes
qui vous attirent son eflimccelle
de tout son Royaume.
L'exaéle observance de vo.
(Ire Réglé, dont S. A. R. a ejlé
édifiée toutes lesfois quElle vous
a honorée de sa presence, a fait
que cevertueuxPrince a,fouhaité
que ce lieu, qui, pour ainji
dire) a (fié l'école, & comm'e le
Seminairedans lequel JMefdemoifelles
ont tfléformées àla pratique
des vertusChrcfiitnnes,cchjp'.
scss A recevoir dignement- laugujh Sacrement de lEuçba
riflie, fust dépositaire du corps de,,
ttes haute)puijfantc{yexcellente*
Trincejje Madem&ifelle de Va--
lois, Fitle de Monseigneurle Duc:
zâ,,,de Chartres, & Petitefile dez
Adonficur. Je majfureyAdadamty
que vous feindreZ vos prièresi
anxatfibrts de grâcesque les Minières
de nos Autels rendront3
dans leurs Sacrifices A la divinr.
Adaje(lé, d'avoirenlevé de ces
monde cette Princesse
y
de peun
que dans l, poffijJion des Couronnes
que son rang mroitpt*
luyfaire portersur la terre, eHti
ne prrdiftcelle qu' elle possede mjourdhuj
dans le Ciel, pour laquelle
l'Eglise se réjouit par les
chants qu'elle prescrit dans de
pareilles Ceremonies.
Je vous appris aussi par ma
Lettre du mois passé, que
Madame la Duchesse du
Maine étoit accouchée d'une
Princesse
,
qui estoit morte
peu detempsaprès.Llleenaccoucha
à sept mois le II. de
Septembre dernier, & la petite
Princessefut ondoyée à
ll''iinnssttaannst pLarM'VAbbe*Dan> din,Aumônier deMadame
la D uchesse du Maine. Quelques
jours après qu'elle fut:
née, Monsieur le Duc du
Maine ordonna qu'on la
nommeroitMademoiselle de
Dombes. Elle mourut le 26.
du mesme mois, & son corps
fut enfermé dans un petit
Cercueil de plomb, sur lequel
on scella une plaque de
cuivre avec cette inscription
1 gravée.
Icygistle Corps d-e tres haute
& puijjante PrinceJJeMademoiselle
de I;ourbon, Fille detrèshaut
& puissant Prince Louis-
Augujle de BONrbDfJ, par la grâce
de Dieu Prince Souverain de
Dombes, Duc du Maine &
,fAumale, Comte d'Eu,Tair
de Francey & de tres- haute gr
puissante PrinceJJe Louift- Benediéfa
de Bourbon, Princesi; du
Sang, laquelle nâquit au Châ.
teau de Verfaillcs le u. Septem.
bre 1694. & deceda le 26. du
mefmemois an.
Vous remarquerez, Madame
, que par Lettres Patentes
du Roy, données à
Saint Germain au mois de
Janvier 1680. sept ans a prés
les Lettres de Legitimation,
la Posterité de Monsieur
Duc du Maine,àl'infini, est;
en droit de prendre le nom
de Bourbon, en tous aaCSé
publics&particuliers.
Ce petit Cercueïl fut enfermé
dans un autre de bois,
que l'on couvrit d'une toile
d'argent, & le
2. 8. le Corps
fut porté à la Paroisse de Verfailles,
dans un Carosse à six
Chevaux, dans lequel estoin
Madame de Malezieu,Gou.
vernante de la petite Princesse)
& un Aumosnier en
surplis.QuatrePages à cheval,
vétus de deüil, marchoient
aux portieres, des
flambeaux à la main,&douze
Valets-de- piedaussi, avec
des ffllaammbbeeaauuxx., précédoient
le Carosse du Corps
,
avant
lequel marchoit un autre
Carosse à six Chevaux
, où
estoient les Ecuyers de Madame
la Duchesse du Maine,
& MrdeMalezieu, Secretaire
des Commandemens de
Monsieur le Duc du Maine.
Quand on fut arrivé à la
grande Porte de l'Eglise
, l'on y trouva Mr le Curé de
Versailles, à la teste de tout
son Clergé, chacun un cierge
à la main. Madame de Malezieu
descenditduCarosse,
& tenant une main sur le
Corps de la petite Princesse,
elle dit à Mrle Curé, Mon-j
fiesr, wïcy leCorpsdeTres-
Haute & Puissante Princej]e_
Mademoiselle de Dombes, que
je viens déposer dansvostre Eglise
par ordre du Roy ; aprés quoy
deux Gentilshommes portérent
le Corps dans la Chapelle
de Saint Nicolas, qui
,
estoit toute tenduëde blanc
b avec les Armoiries de la Princesse.
On le mit sur un marche-
pié
3 on le couvrit d'un
Poesse de Moire dargent
- garny
garnyd'hermine, & pardes-
Lits le tout,on mit sur un
oreillerla Couronne de la
Princessecouverte d'un voile
blanc. On alluma plusieurs
Cierges autour de la representation,
& sur l'Autel de la
Chapelle, &on les a renouvellez
tous lesjours, jusqu'à
celuy de l'Enterrement.
Le Samedy 16. Octobre,
on tendit de blanc tout le
grand Choeur de la Paroisse)
avec trois rangs de tentures
dans la Nef, & devant le
Portail
,
le tout semé des armoiries
de laPrincesse. L'on
dressa au milieu du Choeur
un Dais soutenu de quatre
piliers,& porté sur trois gradins;
le tout couvert de [a-.
tin blanc semé des armes de
la Princesse, & environnéde
quatre douzaines de flambeaux
d'argent garnis de treslongs
cierges. Sur les sept
heures du füir,touS les Officiers
de la Maison
,
vétus de
deuïl, se rendirent à la Paroisse.
Tout le Clergé avec
des cierges, se trouva à la
Chapelleardente. Le Clergé
se mit en marche pour entrer
dans le Choeur par la grande
porte. A la fuite du Clergé
marcherent tous lesOfficiers
deux à deux, après lelquels le
Secretaire des Commandcmens
marchoic seul
, portant
la Couronne immediatement
avant le Corps qui suivoit,
porté par quatre Gentilshommes,&
couvert de son Poesse,
soutenu par quatre Aumosniers
en Rochet & Manteau
long. Derriere le Corps marchoit
un Gentilhomme avec
un Herault representant le
deuïl & dans cet ordre on arriva
au Choeur, où l'on plaça
le Corps fous le Dais preparé.
Le Clergé chanta les Prieres
ordinaires, aprèslesquelles
les Preitres descendirent le
Corps dans un petir Caveau
que l'on avoit creusé au milieu
du Choeur, & qui fut
couvert d'une pierre de marbre,
avec cette inscription.
Icyefl le Corps de tres- haute
Cr puijjantePrinceJJe * * * de
B'ourbon, Fille de très haut &
puissant PrinceLouis•Augufle
de Bourbon,par lagrâce de Dieu,
Prince Souverain de Dombes,
Duc du Maine & d'Aumale9
Comte d'Eu, PairdeFrance,
Commandeur des Ordresdu Roy,
Lieutenant General des Armas
de SaAfajesté) Colonel General
des SuiJJes & qrifonj
,
Gouverneur
& Lieutenant General
pour SaMajesté en [es Provinces
de haut & bas Languedoc,
Grand-Maiflre & Capitaine
Cipyjeral de 1 Artilleriede France;
& de très- bauteepuissânte
Princeffi Louije
-
'BenediÛe de
BourbonxPrinceJJe du San£,laquelle
deceda le 4 6. Septembre
10a4*
Les Nouvelles publiques
vous doivent avoir appris la
mort de la Princesse de Radzevill,
Soeur du-RovdePologne
,arrivée a
Varsovie
le 19
de Septembre dernier. Le
lendemain, tout le monde
la vit dans son lit le visage découuerr)
&le premier Otl-o-,
bre, elle fut embaumée,& - mise surune espèce de large
estrade de quatre marches,
couverte de hauten bas d'un
porsle de velours cramoisi,;
croisé & bordé de moire d'argent.
Elle demeura pendant
quinze jours surcetteeftra-^
de, entourée de quantité de,
luminaires,le visage découvert,
& tenant un Crucifix
dans ses mains, qui estoient
gantées.Aussi-tost qu'elle eue
rendule dernier soupir on
disposa dans sa chambre,superbementmeublée,
quatre
Autels, sur lesquels furent
dites continuellement des
Mettes, tant par tous les Ordres
Religieux de la Ville,qui
• y venoient en processiontout
à tour, que par les Prestres
Seculiers: de toutes lesEgli-
¡.Ces. Les quinze jours estant
expirez, son corps fut mis
,
dans uu cercueil couvert d'un
drap violet à fond d'or,cloüé,
d'argent,& garnysur tous les
angles d'une longuefrange
d'orses entrailles & son coeur
separément dans deux autres
plus petits, faits & garnis de
mesme que l'autre, sur lequel
on voyoit une Couronne de
Prince,entichie de tres-gros
Diamans. Lejoursuivant,qui
fut le14.d'Octobre,ondressa
un Mausolée dans l'Eglise
principale, où l'on fit un Service
solemnél, au milieu duquelle
Grand Chancelier du
Royaume, qui est Evesque,
prononça l'Oraison funebre,
qui dura deux heures&demie.
Selon lacoutume du Pays,
après avoir fait une ample
mention des grandes & royales
qualitez de la Défunte, ce
Prélatfît sa Généalogie historique,
sans rien oublier ny de
la ligne directe, nyde la col.
laterale,en y ajoutant l'Eloge
en particulier de c haque Parent
vivant, celuy des Créatures
& des Amis dela Princesse,
& même de ceux qui
avoient témoigné de la douleur
à sa mort; c'est à dire de
toutes les perionnes considerables
de la Cour. Apres
le Service, où le Corps ne fut
point porté
,
les Evesques
au nombre de cinq, leurs Ministres,&
toute l'Assemblée,
vinrent dans la chambre,
d'oùils firent enlever le Cercueil,
que l'on descendit dans
la grande Court,où un large
& vaste chariot, couvert d'un
poisle prrJIeil à celuy donc
je viens de vous parler, &;
attelé desix chevaux,caparaçonnez
de la testeà la queuë
jusques à terre, le Cocher&
le Postillon, vestus de mesme
étosse, les attendoient. Le
corps ne fut pas plûtost sur
le chariot, qu'un autreEves.
que monta dans une Chaire,
placéeaumilieu de la court,
& recommença une autre
Oraison Funebre, pendant
laquelle pleurant à chaudes
larmes, il entira des yeux de
la pluspart de ses Auditeurs.
Cette action finie, lechariot
environné des Officiersdela
Princesse,qui d'espaceen espace
soutenoient le Poisle,
précédé par sa Garde, & par
toute celle de leurs Majestez
Polonoifes, & suivià pied par
tous les Parens de l'un & de
l'autte Sexe, sortit de la court,
& s'achemina vers les bords
de la Riviere) ou une grande
Batque attendoit le corps!
pour le conduire à Niewiez"
dans la sepulture du Prince
son dernier Mary.
L'habillement de deuil des
Femmes est assez particulier;
en Pologne. Au lieu de ces
grands voiles de crespe dont
nos Dames deFrancese cou-,
vrent, celles cy en ont de serpilliere,
c'està dire, de cette
toile grosse & claire dont on
se sert à em baller; leurs cornettes
,
bavettes & tabliers
sont de mesme. Il yenaneanmoins
quelques
- unes qui
ayant pris les manieres Franoises,
se dispensent de cette
outume ; mais ce n'est pas
aire sa Cour au Défunt.
Quand un homme de guerc
est mort, on distribuëune
piece de les armes à chacun
le ses Gentilshomes, lesuels
n deuil
,
& superbement
nontez, prennent leur courè
de dedans la rue, & couent
à toute bride dans l'Eglie
jusqua l'endroit du Mauolée,
viennent brisercontre
e cercueil, l'un la lance, l'aure
le sabre, celuy-cy lare,
celuy-là le carquois; d'autres
a hache d'armes) le Baston
decommandemenr, lesPistolets,
le casque, la cuirasse,
&c. & l'effort que ces Cavaliers
font dans cette aétionJ
les fait tomber de cheval. Il
est à remarquer qu'en ce cas
les chevaux, & ce qui s'enfuit,
appartiennent à l'Eglise.
La PrincesseRadzevil1 ,
en premieres Nopces avoit
épouse un Prince d'Ostro,
de la Camille des Jagellons,
si renommez dans l'Histoi
re. Elle a institué par son
testament le Prince Charles
son Fils, pour son Héritier
universel, fait beaucoup de
'gs pieux, & nomme l'Eesque
de Plosko pour en
stre l'Executeur.
La beauté a des charmes
particuliers, qu'elle n'a
uelquefois besoin que d'un
noment pour gagner les
ceurs. Quoy que c'en (oie'
effet ordinaire,il n'a jamais
aru avec tant de force que
ans ce qui est arrivé à un
Cavalier fort sagequi n'eut
las sitostvûune jeune Blonde,
dont tous les traits étoienc
bre piquans qu'il en demeua
charmé. Elle estoit Fille
inique d'un homme, qui
ayant amassé des sommes
immenses dans les affaires,
n'avoit fongé à se marier
que dans un âgeextrêmement
avance. Sa Femme
estant morte dix ou douze
années après l'avoirépousee,
il ne voulut point penser à
un second mariage,&se contenta
d'avoir uneFille, dont
la naissante beautéle mettoit
en droit d'esperer de faire
une alliance fort confiderable-
Il avait chez luy une
Niece, Fille d'un Frere, qui
devoit heriter de tous ses
biens,s'il perdoit la ifenne;
mais autant que sa Fille,
quoy que toute jenne encorcrcftoic
capable de plaire,
autant sa Niece estoit-elle
laide& defagreable» Il fembloit
mesme que le chagrin
de se voir d'une figure qui
n'estoit pas revenante,avoic
mis sur son vilage je ne sçay
quoy d'aigre & de malfaisant,
qui estoit dans son humeur.
LaBelleaugmentant toujours,
en charmes,estoit déja paravenue
jusqu'à sa vingtième
année, sans que l'oneust pû;
faire agréer àson Pere aucun
des Amans qui s'estoient offerts
pour elle. Il estoit du
caractere de ceux, qui estant
nez avec peu de bien, trouvent
les moyens de s'éleverà
une grande fortune. Cette
fortune estoit sa maistresse,&
rien n'aprochoit de son avarice.
Ilregardoitcomme une
charge pesante l'obligation
où ilestoit de marier cette
aimableFille,&la veuë dece
qu'il dévoit luyencouster,le
rendoit, tres-difficile sur le
choix d'un Gendre. Les choses
estoient en cet estat lors
qu'on luy fit un procès où il
sagissoit de dix mille écus.
La sommeavoitdequoy luy
donner de grandes inquiétudes.
Sa Partie estoit considerable,&
ilavoit besoin de recommandations
puissantes
auprès du principal de ses
Juges, qui selon le tour qu'il
donneroit à l'affaire, pouvoir
Juy faire gagner ou perdre sa
;&aufc. il sinforma avec soin
parqui ce Juge estoit gouverné,
& ilapprit qu'un de
fçs Neveux avoit tout pouvoirsur
luy. C'estoitun Cavalier
tres-bien fait,& fortestitué
dans le monde par ses
bellesqualitez.Iln'estoit plus
question que de l'obliger d'agir,
& on luyditquelachose
estoit aisée; qu'il n'y avoic
point d'homme plus galant
ny plus empressé à chercher
toutes les belles Personnes,
& qu'on n'avoit qu'à luy-faire
voir sa Fille, pour le mettre:
entièrement dans ses interests.
Il pria qu'on luy fist;
naistre l'envie de venir chez;
luy,&ordonna à sa Fille de
le recevoir avec agrément.
Cela fut exécuté.On l'amena.
chez la Belle, & dés cette:
premiere visite, il en demeura.
tellement touché que le plaisir
de la voir luy fut préferable
à toutes choses. Il Ce
rendit anidu, &vous jugez
bien que le besoin qu'on avoit
de luy, ne luy fit trouver
aucun obstacle à ce qui
flatoit le plus ses desirs. La
Belle avoit certains traits mignons
,quiluy donnoient un
grand brillant de jeunesse,
mais il en fut encore moins
charmé que de la delicatcffe
de son esprit,& de la beauté
de ses sentimens. Aussi s'apperceut-
elle en fort peu de
jours qu'il prenoit feu, &
s'applaudissantde cette conquestequ'on
luy avoit oùdonné
de faire, & qui estoit
fort selon son coeur,elle se
tint feure de ne recevoir aucun
refus, quand elle voudroit
luy recommander les
interests de son Pere. Elle ne
luy eut pas si-tost témoigné
qu'il pouvoit luy estre utile
dans une affaire importante,
qu'il en fit la sienne propre
avec des honnestetez qui ne
peuvent s'exprimer.Il demanda
dés ce jour-là melrne à entretenir
son Pere
,
& ayant
appris de luyquelles estoient
ses prétentions, illuy offrit
sans nulle reserve tout ce qu'il
avoir de credit, non seulement
auprès de son Oncle,
mais encore auprésdesesautres
Juges, dont la pluspart
estoient ses Amis. Comme
l'affaireavoir de grandes difficultez,&
qu'on ne pouvoir
les applanir que l'une a près
l'autre) il fallut du temps à
solliciter,& les foins du Cavalier
furent si pressans,qu'il
yeut tout lieu d'esperer que
la chose auroit le succés qu'-
on souhaitoit. La Belle,luy
en marquoit beaucoup de
reconnoissance
)
& ses manieres
honnestes, & l'obligeantaccueil
qu'il en recevoit
>
luy faisant connoistre
qu'il n'estoit pas mal dans son
esprit, il luy declara avec
quelle forte passionille fentoit
attaché àelle,&que rien.
ne feroit capable daffoiblir
le sincere amour qu'il luy
juroit eternel, s'il estoit af-.
fez heureux pour ne luy déplaire
pas. Ellerépondit qU'I
elle tenoit à honneur les sentimens
qu'il luy expliquoit,
mais que dépendant d'un
Pere fort absolu dans fesvo.
lontez, c'estoitàluy qu'il se
dévoit
devoir adresser, pour obtenir
un consentement qui ne
luy manqueroit pas de la parc
dés qu'e lle feroit en pouvoir
dele donner. Cette obligeanol
r &
ce réponse mit le Cavalier
dans le comble de la joye.
Il avoit du bien & de la nais:
sance; & quoy que la Demoiselle
fust reconnue pour une
Heritiere des plus riches, il
trouva la conjoncture si favorable
pour luy par le fervice
qu'on en attendoit, qu'il
crut e stre en droit de la demander
en mariage. Le Pere
surpris de la proposition ne
sceuc d'abord que répondre;
Lebesoin qu'il avoit du Cavalier,
ne permettoit pas qu'il
le chagrinast ; mais aussi il ne
vouloir pasluy donner des
assurances trop fortes, dont il
pust avoir sujet de serepentir.
Dans cet embarras d'esprit
il marqua au Cavalier qu'il
fc tiendroit honoré de son
alliance; mais que n'ayant
que son procès dans lateste,
il luyferoit un plaisirextrê-.
me d'attendre qu'il fust jugé!
pour parler de mariage; que
cependant il secroyoit obli..
gé de l'avertir qu'on le tenoit
bien plus riche qu'il n'estoit,
ôcqu'il faudroit qu'il accommodait
ses pretentions à sa
fortune.LeCavalier comprit
par cette réponse, qu'il le
préparoit à se contenter d'une
avance mediocre;& comme
il avoit feulement en
vue le succés desonamour, il
n'entra dans aucune desconditions
du mariage, dont il
prétendoit le laisser le maistre;
& en attendant qu'il se
pust conclure, illuy demanda
la permission d'employer
ses soins à gagner entièrement
le coeur de la Fill. Le
Pere qui ne vouloir point le
,. perdre, par le besoin qu'il
avoir de son secours; luy accorda
sans aucune peine le
droit de la regarder comme
une personne qui devoir un
jour estre sa Femme; il s'en
expliquamême avec elle d'une
maniere qui luy fit connoistre
qu'elle pouvoitsuivre
son panchant,s'illuy parloit
forcement en faveur du Ca-£
va lier. Il n'en salut pas davantage
pour l'autoriser à ne plus
garder aucune reserve dans 1
les sentimens secrets qui luyJ
avoir inspirez, Elleluyapprit
qu'il estoit aime, & les noeuds
de leur amour furent ferrez
par de si fortes promettes,
que rien ne fut plus capable
de les desunir. Trois mois aprés
on jugea le procès du
Pere, & il le gagna dans toutes
sescircontances. Il avoit
obligation au Cavalier, qui
après ce qu'il avoir fait pour
luy, devoit attendre des conditions
très -
avantageuses
dans son mariage,qu'on recommença
à mettre sur le
tapis, & dont le bruit se répandit
aussi-tost dans toute
laVille.Le retardement que
le Pere y apporta par divers
<
bsacles, qu'il ne forma que
pour ne se pas dessaisirsitost
de ce qu'il devoit donner à
sa Fille, mitles deux Amans
dans la plus cruelle épreuve
qu'ils pouvoient appréhender.
Un Marquis d'une Mai
son allez distinguée,&ayant
de belles Terres, entendit
parler cecette riche Heritiere.
Il sceut quec'tll oit une
i très- grande fortune pour le
Cavalier, dont il est l'ennemi
niortel; & pour contenter la
haine qui l'animoit contre
luy
,
il resolut d'employ er
toutes fortes de moyens pour
luy ravir sa Maistresse.On
luy ditque l'avarice du Pere,
qui ne pouvoit se resoudre
à ouvrir sa bourse, estoit la
feule cause du retardementdu
mariage. Ilestoit fort vieuxsa
mort vray-semblablementde
voit arriver dans peu d' années
; & le Marquis seflatant
de n'attendre pas long-temps
aprés son bien, alla luy déclarer
qu'il estoit prest d'épouser
la Fille sans luy demander
aucune chose. Sa
proposition fut receuë avec
un plaisir qui ne se peutexprimer
L'alliance d'un Mar;
quis,& la joye de n'avoir aucune
partie àoster d'un tout
qu'il avoir pris tant de peine
à amasser, furent des charmes
pour luy qui l'emporterent
sur toutes sortes de considerations
dereconnoissance
& de parole donnée. Il demanda
huit jours au Marquis
pour congedier le Cavalier,
& pour disposer sa Fille
à recevoir l'honneur qu'illuy
vou loit faire. Vous pouvezjuger
de la desolation où le Cavalier&
laFillese trouvèrent,
après que le Pere leureutdeclaré
ses intentions. Le Cavalier
parla en Amant soumis,
quinecherchoit que lesavantages
de laBelle,&le bonheur
de sa vie, & la Belle exigea
d'abord deluy qu'illaisseroit
éclater l'orage, sans chercher
par aucune voye à se vanger
du Marquis. Enfuire ils se
firent l'un à l'autre tous les
sermens qui peuvent répondred'une
éternelle con stance,
& attendirent ce que devoit
resoudre le Pere, qui n'ayant
pû obliger sa Fille à renoncer
à l'amour du Cavalier,
luy défendit absolument de
levoir.Ilfallut qu'elleobeist,
tant ill'observa exactement,
&ce ne fut pas sans peine
qu'ils trouverent le moyen
de se servir de Billets, pour
se confirmer dans Je dessein
desaimer toujours, quelques
traverses qu'ils eussentàessuyer.
Le Marquis fut introduit
auprés de la Belle,& sur
le chagrin qu'il luy marqua,
de neZD pouvoir obtenir son
agrément sur une prérention
aussi légitime que la sienne,
elle luy dit d'un ton fier &
resolu, qu'il la devoir estimer
de sa resistances qu'elle n'avoit
engagé son coeur que par
ordre de son Pere;qu'il n'e.
stoit plus tem ps de luy denander
qu'elle prist pour
uy les sentimens qu'elleavoit
pris pour un autre ; que la
plus grande fortune estoie
ncapabledelbà changer;
qu'elle l'en avertissoit,
afin qu'il prist ses mesures
pour ne pas s'abandonner à
les esperances qui luy seoient
inutiles & qu'elle
:royoit
,
après ce sincere
veu, qu'il auroitassez de soin
le sa gloire, pour n'abuser
)as contre elle du pouvoir
injuste que s'attribuoit son
Pere. Le Marquis luy répondit,
ques'il osoit s'en servir,
ellene devoit se plaindre que
de sontrop demerite;qu une
personne comme elle estoit
incapable d'inspirer une mediocre
passion
,
& que la sienne
estoit telle, que connoissant
ce qu'elle val oit, il ne
pouvoit renoncer à l'e sperance
qu'on luyavoit laisseconcevoir.
La réponseestoitgalante,
quoy que la galanterie
n'yeust point de part. Le
Marquis étoit un homme quij
regard oit la beauté comme
n plaisir des yeux, où l'on
estoit plus sensible desqun
y estoit accoûtumé,&en
obstinant à cette conquete,
il ne songeoit qu'à s'acuerir
le bien du bon homne,
&à se vanger du Cavaer.
Le Pere irrité au dernier
point de l'opposition quelle
formoitàses volontez, entra
dans une maniere de fureur,
lui luy fit oublier qu'elle
estoit sa Fille. Il protesta qu'il
a desheriteroit
,
& joignant
a rigueur à la menace, il mit
m usage tous les mauvais
:raitemoens qui pouvoient luy
faire peur. Elle les souffrit sans
vouloir recevoir de visites du
Marquis; & enfinils furent
pouffez si loin,que se voyant
comme prisonniere, & gardée
à veuë,elle resolut de
s'échaper
J
& de s'enfermer
dans unConvent. Elleen prit
la premiere occasionqu'elle
rencontra, & courant chez
une Amie,où elle manda le
Cavalier
,
il fut arresté que
pour étonner le Pere, qui.
n'ayant qu'elle d'Enfans,
pourroit craindre de la perdre,
elle prendroitl'habitde
- Religieuse, s'il persistoit dans
sa dureté. La Belle ajoûta,
que pour empêcher qu'il ne
luy ostast son bien, comme ill'en avoit menacéeplus
d'une fois, elle iroit ju[qu'.
la Profession ,en faisant auparavant
les Protestations
neceiïaires pour n'estre pas
assujettie à ses voeux,s'il arrivoit
qu'il mourust. Ils se
separerent avec de nouveaux
sermens d'une tendresseéternelle,&
d'une constanceinébranlable.
La retraite de la
Belle tllit le bon homme dans
des emportemens de colere
qui allerent au delà de tout
ce que l'on peut dire. Il réitera
ses menaces deluy oster
sa succession,&ledesseinoù
on luy dit qu'elle estoit de
quitter le monde, ne l'attendrit
point. Il la laissa faire,
& prétendit que le desespoir
qui luy faisoit prendre
cette resolution, devoit estre
la punition de sa révolte.
Ainsi lors que le Marquis le
vint prier d'y a pporter quelque
obstacle, illuy répondit,
que c'estoit même pour ses
propres interests qu'ill'abandonnoit
à son caprice; que
quand il pourroit la retirer du
Convent
3
il la connoissoit
si entestée de ses premiers
sentimens, querienne l'obligeroit
à l'épouser
, au lieu
qu'en souffrant qu'ellerenonçait
au monde,sa Niece deviendroit
son Heritiere; que
si elle estoit moins belle,elle
estoit plus raifonnablc; qu'-
elle n'avoitjamais eu d'attachement
qui pust l'em pêcher
de se donner toute à luy, &
qu'en l'épousant il devoit se
tenir feur d'avoir tout son
bien après sa mort. Ensuite
il luy fie un ample détail de
ses richesses, qui estoient encore
beaucoup plus grandes
qu'il ne le croyoit. Le Marquis
goustala chose. Le bien
du bon homme l'avoic toujours
plus touché que la
beauté de saFille, & ilestoit
feur également en consentant
à ce mariage que le Cavalier
perdroic sa Maîtresse. Ilcontinua de voirle Pere,
& entretenoit quelquefois la
Niece
,
qui se voyant destinée
à estre Marquise, faisoit
ce qu'elle pouvoit pour plaire
au Marquis. La Belle qui fut
avertie de tout après qu'elle
eut prit le Voile, sentit un
plaiiir secret des suîtes desesperantes
que devoit avoir
pour le Marquis le mariage
où il sembloit resolu.Lejour
de la Profession arriva, & elle
en remplit la ceremonie ea
Fille entierement détachée
du monde. Le Marquis ne
manqua pas d'épouser sa Parente
peu de temps après,& il
n'en coûtaau bon homme
qu'unCarosse&des chevaux,
avec les habits de Noces Il se
passa une année entiere, pendant
laquelleil eut beaucoup
à souffrir de la mauvaise humeur
de sa Femme, qui
estoit bizarre
5
& bien fouvent
sans raison ; mais le
grand bien qu'il en attendoit,
luy rendoit cette peinemoins
sensible , sur tout lors qu'il
vit que le bon homme tomboit
en langueur. Elle estoit
pour luy d'un heureux presage,&
en effet, sa mort latermina
peu de temps après. Le
Marquis se preparoit à recueillir
une ample succession,
quand on luy Se declarer
qu'il se presentoit une Heritiere,
& que sa Fille, qu'il
croyoit Professe, avoit protesté
contresesVoeux.Cette declaration
le mit dans un estat
terrible, qu'il forma tout à
a fois cent differentes refoutions.
Il employa tout ce
qu'il avoit d'Amis & de credit
pour faire condamner la
Belle àrentrer danssonConvent,
mais il n'y put réussir.
Les Protestations qu'elle
avoit faites estoient en tresbonne
forme, & il n'y eut
pas moyend'y porter attein-
:e. Ainsi le mal qu'il avoit
voulu faire au Cavalier, re-
:omba sur luy. Il se trouva
chargé d'une laide Femme,
qui estoit sans aucun bien,
1
u'il relegua dans une
maison de campagne, ne
pouvant vivre avec elle; &
le Cavalier, outre tous les
avantages d'une tres-grande
fortune,gousta les douceurs
du plus heureux mariage qui
ait jamais esté fait.
Le lendemain de la Saint
Martin, M' Gueritor,troisiéme
Avocat General de la
Cour des Aides, & Frere de
M' des Haguais
,
prononce'
un tres-beau Discours, dans
lequel il sit voir qu'il ne fuff4/
soit pas aux Juges, quand on les
woit receus) (fil/voir répondu
rux quefijons sur lefqueUes ils
/voient eflcinterroge^, & dajoir
rendu la lojy qu'il falloir
Ravoir mille choies qui la conernoient,
pour
eslre
bonJugey
'<? sur touty les Ordonnances.
Il fitvoir quecela demandent
lu travail &de l'application,
& peignit la dissipation de
p!luufsiieeuurrss Jtuupg-eess, leur nnee~g!lii--
gence&leurs manieres nonchalantes,
en forte qu'il femploit
qu'ils affectassent d'avoir
du mépris pour leur prosession.
Il dit ensuite
, que
esprit & le sçavoir mcfmt ne
suffisoient pas pourestre bons Iugcsygr
qu'ilfalloit pardessus tout,
cela, une grande application ;,que
les Juges estoient 4flêZ heureux
pour avoir des modelles dans tOUtes
les Chambres; & il ajoûta
en parlant deMr le Camus,
qu'ils en avoientun tres-confiderable
en la personne de
leur premier President,qui
joignoit l'application au sçavoir,
dont la bonrcrepondok
à la douceur, qui rendoit la~
justice avec toute l'exactitude
qu'on peut souhaiter
,
ôc
qui enfin avoit toutes les
qualitez d'un grand Magistrat.
Le:
Le même jour, M:-* l' Archevêque
deSens, après avoir
cele bré la Metre dans la Cha-
~elle de la grande Salle du
Palais, rentra avec le Parlement
dans la Grand' Chambre
,
ou estant dans sa pla-
~e, il prit la parole
,
& par
~n compliment des mieux
~ournez: il marqua combien
l estoit sensible à l'honneur
qu'on luy avoit fait de le
choisir pour une Ceremonie
i auguste. Il s'étendit sur les
obligations que luy
, & tous
les Pre lacs avoient à ce Corps
auguste, qui dans les appellations
comme d'abus
,
qui
estoient interjettéespar ceux
d'entre leurs Jufticubles qu;
•
s'ecartoient de la régie & de
ladiscipline Ecclesiastique
les renvoyoit devant eux.
il
finit par l'Eloge de l'illustro
Chef qui esloit à la teste du
Parlement
,
& parla de si,
naissance
,
de son zele insati
gable, de sa penetration, dl)
sonamourpour laju!bce,d'J
son attachement au servic:
du Roy, & au soulagemen
deses peuples. t*f
Mr le premier Presiden
répondit à ce Complimen
parundiscours concis & des
plus polis, où après avoir remercié
ce Prelat d'avoir employé
son entremise auprès
de Dieu pour donner ses lumieres
à la Compagnie, il
marqua la joye que route
l'Assembléeavoit de voir dans
ce jour un Prelat de son merite
, remplir si dignement
tous les devoirs de sonministere,
digne Neveud'un Oncle
que l'on avoit vu Précepteur
du Roy qui avoit recompensé
son merite, ses fer.
vices) & sa pieté de l'Arc hevêché
de Paris, où il avoit
donné des marquesdesapicté,
6cde cette haute suffisance
hereditaireàlaFamilie,&
qui avoitpassé aux Archevêques
de Sens.
MrdeHarlay second Av**
-
câc General, qui fuit si gl.-.
rieusement les traces de Mr le
premier President son Pere,
& qui dans un jeune âge a
toutes les qualitez necessaires
à un grand Orateur, &a anl
parfait Magistrat, commença
l'ouverture du Parlement
par une haranguequ'il si
aux Avocats,dans laquelleil
marqua que l'amour de llf,
k-t
rPerte efloit naturelle a l'homme;
jfuil s'imprimoit dansnos caurs
lis le moment qu'on itenoit au
nonde, e qu'il ne sy eteignoit
me lors que la mort termmoit le
ours de noflrevie; que tous les
wmmes la rczardoient comme un
C> les principaux fondemens de leur
elicitejquon la souhaitoit Avec
irdeur; quon faisoit tous fis
fforts pour l'acquérir3qu'on les
edoubloit pour la confcrvcr j
\uc plus on s'estoit élevé au def
"ts des autres par la grandeur de
on couragefpar la noblejjedepi
\aiffance,&parlafubhmite de
mgénie
i
plusonejloitfenfible à ce
àcjîr; que le petit nombre de ceux
qui ont eu le bonheur de la posses
der véritablement, prouvent
affc7, combien leurentreprise lltir,
difficile.Il fitensuiteune peinture
éloquente des routes
que l'on tenoit pour acquerir
cette liberté. 1
Il marqua que c'estoit en vain
qu'on la cherchait dans les choses
étrangères ; que comme l'amouA
enefl gravé dans nos cclars.,Cpoit
aujji dans nom- mefmes- quenous
enpouvions trouver leprin-¡
cipe9 g? que nota ne pouviiaâ lacquérircpïen réglant nos
fions; que Socrate3 le plus*rarm
?hilofophe de la Grece
,
aussi
respéctable par l'innocence de ses
~iccurs, quepar l'élévation deson
enie, cr auJF célébré par l'injusticedesa,
condamnation, que
par laconfiance de sa mort, anjoit
ppru aux hommes à combattre
wrs passions) cm à les itaincre,
n démeslant les vraisprincipes
le la Morale, & traçant dans
~es Ecrits le caractere delavraye
liberté. Il fit ensuite un porrait
ingenieux de cette vraye
liberté que l'on ne pouvoit
trouver que dans la sagesse,
ans le secours de laquelle l'on
estoit toujours esclave des
T<•>;
jMiiicns. Il ajoura, que Icsd-
<vocdts regatdant U liberté comme
le rucrztabl(.appennage de leur
profejjion,ils en devoient connoiflre
les véritables c:irufleres>
t!J" les bornes que 1on devoity
donner; qu ils cjhient oïli^c^ de fcourirles foiblesf de àtendre
les maLheureux,f.7 les InnDcent-,
CT de refijhr avec liberté aux
PuiJfjinces qui les oppriment.
Que fî ces avantages cftoient
précieux
J
tes recompenses
paient grandes ; qu'il falloit du
travail pour les acquérir,veiller
surfoymesme, & efrre attentif
ajes devoirs pour les conferven
que pour meriter le titre glwieux
de Défenseurs de la justice & de
la Loy3il falloits'enrendre digne
parJon amourpour lajuflice,
& par la foumiffton pour la Loy,
se dépouiller dés paffians qui otent
l'uftge de la liberté, el/cerner la
'venteaumilieu dee tenebres que
les Plaideurs répandent dans les
affaires, se garantir de l'er.
reure de la prtnjention; combattre
les passions des Cliens, ef
fayer par des conseilsJalutaires
d'en moderer laviolence
.,
(:) leur
persuader que le bonheur d'une
paixpresente&assuréeestpréférable
aux avantages d'une <vickoire
incertaine&éloignée, quefi lmierejlou laqualité des Clients,
& lofinia.trété de leurs adverjaires
les obh^eoient d'en 'venirAH
combatt ccfloit pour lors qu'il
falloit défendre les caujes avec
une libertéglorienfe.
Ilen traçales routes par des
caracteresvifs&judicieux,en
marquantquelaraijond<voit
conduire tous les pas}cmj>ccl?er SIU -
une trop grande'vivacité
>
la chaleur
de taElzon1ou un zele~poufé
trop loin ne blessassent les regles de
la bien seance&dela jajïice.qne
si le devoirobligeoit de ne tu:il:
dissimuler les 'UtriteZ ejJcnticLes
;
il defendoitden mêler d'étrangères
ni neferventquifatisfaire
U pajjion des Pirries, &
ce penchant tntlbeureux que Ifs
hommes ont à dire des 1JeritrZ
fathrufts, & quilfalloit soutenir
les etufes par des r*ifons}£<r
jamais par des emportemens
Il fit voir lemépris que
l'on dévoit avoir de ceux qui
n'ayant d'autre talent que
leur impudence, s'estoient
fait un honneur de déchirer
l'innocent par des calomnies,
&laprobité par des injures;
qui recherchoient les causes
lesplusdéplorées,comme des
occasionsprécieuses de signalerleur
audace, & qui ne
rougissent point de vendre
leurs paroles,&de prostituer
leurlangue pour satisfaire la
passion de ceux qui les employent.
Que l'on devoir bannir les
railleries qui blessentl'honneur
& la reputation d'un
adversaire,&reprimer avec
grand foin dans les actions
le penchant que la pluspart
des hommes avoient
à en faire; qu'il ne falloit
pas cependant bannir
d'un discours ce que l'on
appelloit le sel; que l'on
pouvoit y en mesler, mais
avec grande retenuë ,& sans
affecter ce caractere; que les
railleries devoient estre utiles
,
necessaires à lacause
fines, délicates, qu'elles de+-
voient se presenter naturellement;
que les Avocats devaientconserver
pour les Juges
la soumission que leur
dignité imposoit ; que l'on
devoit soumettre son avis à
leur Jugement, &ne se donner
jamais la liberté de censurer
dans le Public,nymésme
de condamner dans son
i
coeur les decisions de tant de
gens éclairez.
Il invita ceux qui se distinguoientpar
la beauté de leur
esprit
, & par l'étendue de
leur capacité,à faire de nouveauxefforts
pour atteindre
au plus haut point dela perfection,
& les Gens du se-
-
cond ordre à ceder sans peine
à ces premiers la gloire de
l'éloquence, & à disputer
avec jalousie celle de la modestie
& de la probité, assurez
d'acquerir par ces voyes
honorables, l'estime & rap-i
probationpublique qui doi-
:
ventestre le but de leurs travaux
& la satisfaction de ne
devoir qu'a leur seul mérite
des avantages aussi considerables
que ceux de la reputation
&; de la fortune qui l'accompagnent
toujours.
Il finit en disant aux Procureurs
,qu'encore que leurs
fondions sussent moins élevées
, leur ministere ne laissoit
pas d'estre important
pour l'ordre de la Justice, &
les invita de profiter des avis
qu'il venoit de donner, & de
le soumettre dans toutes les
procedures, aux regles que
les Loix & la raison leur prescrivoient,
& aux sentimens
de leurs Anciens.
M' le Premier President
prit ensuite la parole, & l'adressant
aux Avocats, illeur
marqua qu'ils devoient tirer
-
une grande utilité de la Morale
qu'ils venoient d'entendre
; qu'ils ne devoient pas
abuser de cette liberté qui
faisoit un des beaux endroits
de leur profession;qu'il ne
suffisoit pas d'avoir des talens,&
de la capacité, mais
que l'on devoit y joindre de
la pureté dans les moeurs, &;
ne donner que des conseils
judicieux & desinteressez,&
ne pas avoir une complaisance
aveugle pour les Parties, laquellefaisoitchercher
des
détours, où lasaullesubtiliré
lvoit plus de part que les réglés
dela Justice
, & qui arrestant
le CQurs de la procedure
,
éloignoient le Jugement
des Procès. Il entra
dansundétailexact de l'abus
que l'on faisoit quelquefois
de cette liberté, &- la fit tomber
ingenieusement sur les
jaubgleessqui dévoient estreaf- ,doux&
pitoyables
dans le particulier,fermes Se
severes quand ils procederontau
Jugement des Procés.
Il finit par l'usage que les Avocats
devoient faire de la liber-
( te de leur prosession, êc par
une exhortation aux Procureurs
, de remplir leurs devoiravecrespect,&
dans les
regles qui leur estoient pref
crites par la Cour.
Les Mercuriales se font
faites en la maniere accoutumée.
Mr de Lamoignon,
premier AvocatGeneral
, par
un discours éloquent & en
des termes où toute la policesse
se trouva,fie voir que
ces Magistrats devoient avoir
une connoissance entiere
d'eux-mesmes, avant que de
s'engager dans la Magistrature.
Il marqua de quelle force
on devoit fonder son coeur,
& s'examiner soy-mesme.
Mr le Premier President répondit
à ce discours, & invita
Meilleurs à donner leurs
foins pour juger les questions
generales, qui se presentoient
souvent dans les
Chambres,& de s'assembler
pourcela dans samaison chaque
semaine.
or.
Rien nest plus digne de
suivrece que je viens de vous
rapporter de l'ouverture du
Parlement de Paris, quel'excellent
Discours que vous
allez lire.ILest deMdeSeve,
premier President du Parlement
de Dombes,issu de l'ancienne
MaisondeSeve deSavoye.
C'est une Charge que
cette Famillepossededepuis
lacreation de ce Parlement.
Je ne vous dis rien de la
Branche de ce mesme nain, 1 qui s'estétablie à Paris. Je;.
vous en ay parlé plusieurs
fois & vous ay marqué quelle
a joüy de toutes les Dignicez
qu'on peut souhaiter
dans la Robe.
Cette Ceremonie que nous
renouvelions tous les ans ,
'fJ' est
us une vaine pompe dont le e de nos Pèresfêfoitavijé,
Pour honorer feulement d'un Rio.
re nostre rang & nos Jonchons.
Tefl une espece de Soitn:mtefa~
rte) que laJimplicite de ïancicn
emps 0* lespluspurs fircln de
t Afa^iflratHre ont nju naître;
Hi n4esté uabloe que pour in.
mirenojtreDignité^&rappeL
rà la t¡te de etsSédices le
nvemr de nos devoirs
) tn ouwrant
la carriere de nos travaux.
Il faut en ce jour que les malheureux
nous voyent remonter
sur ces Tribunaux avec joye, les
coupables aveç frayeur, les Peuples
avec confiance.
Nousallonsvoir reparoifireicy
fous nosyeux le credit & l'opprejjion
, la miserel'opulence,
le Grand (y le Peuple. De peurde
confondre leurs droits confondons
toujours /o:;'(S perjmnes;
igno/oris tes noms des P:tl.ries,
c'ejt aJjcz de /cv.voir leurs Cau-.
Ces.
Il arrive aje7, souvent que:
les prééminences des conditions
deviennent prejque entre nos
mains des prééminences de Droit.
On compte le* Titres, le rang , ptrmj les raisons ;
maisl.s Tztrcs
c- le rang ne Jorn pour rien
dans une Caup ; ils ne doivent
pas estre pour plus dans nos In.
gernens.
Qttand tintcgraé ne ferait
pas le chemin de la fortune çy- de lélévation, c tjl un? voye pire À
la réputation & À 'a gloire
;
;1
n'est point de prosp,rité qui p:.:iJ]'
nous dédommageraunebsJ]'-jJ]c.
Poudrionsnous qu'an con.
traire de ces fameux Romains,
dont les Conjulatsfont rn.zrque'{
par des afiions ci:jxjhce U de
valeur•voudrions-nous, da-jey
que la /). pt-rité duttasi de J nos injuftlcdl leJ cours de nosannées,
@'. cjiéune indigne opulence fietrijl
léclat dt reputation?
La médiocrité denos Neveux
leur fera très, bo/iui'iible }si dit: cjl
un Titre de la droiture de leurs
Jïmê.res
0,l p<our/oit ramener icy les
jieries J) yens or representer !a
j-,-.•c.edec:sancienslugesf ; r.-:: l" f de C' S ;i ,:1'1 ens ¡ u¡;cs;
m..<*pu ijîït en a-t on impoje
.'¡UI'¡' ir A uray dire,
es MaÓjl..u.i de ces fîtdes.la
font
fontfabuleux aussi bienque leurs
Héros, £7* dans les Efages qui
font venus jusqu'à nous) peutejîreriy
hfons nous pu ce quils
ont esté, maisfeulement ce que
nous devons estre.
En ejfitJ la plus haute probitésans
la Religion n'a pas esté
si loin; la gloire ne'se foutient
guère que dans les devoirs d'èclat.
Toutes les vertus marquéis
a ce coin,font de pures allions
de ceremonie. Si on avoit rvú ces
gravesPersonnages dans des oe..
cajions obfciiresfypembles•
, on
la déjà dit&je le crois,tous ces
Hérosdeparade auroient mal
soutenu en particulier les mouve*
mens de leur gloire.
La Amoraole de la I<.ellgian
sy prend plus feuremtnt5 elle va
*
reglerles moeurs dans leur fource.
La reputation & tout l'ap
pareil de-la Vertu font une maniere
de train qui luy eftdu,mais
sans que ellefçait marcher av. c
dignité; elle laijje là, quand il le
faut, le bruit & les apparences
, & ne retient de la vertu que la
vertumefme>
.LIufJi quel bonheur pour les
Peuples, qu'un Magiflrat pré.
venu dessentimens de Religion !
C'ejl un Homme que 1,4 main
du TrcSrbaut ellemesmejaprès
luy avoir formé un coeur droit,
un jugement feur, une ame incorruptible
, a placéfur le Trône
de la Iuflice;qui na pas regardé
la Magiflrature comme un établisscment
politique) mais comme
un employsacré qui entrant
dans sa Charge na pas apporté
pour tout mérité le privilège de
l'acheter.
C'est un homme qui écoute
Avec humanité
3
examine avec
religion, prononce avec connois
sance
;
qui console les inortune;C
parson acccüil) rassurelesfaibles
parfon desinteressement3dèconccrte
Usfourbesparses.lumières,
qui ne prend que dans les Loix [s D.c:fions
, & dont tous les
lugemens font formez au centre
mesme de la luftice.
C'cjl un Hommequiregarde
d'un oeil tranquille les fàlliârationsgr
tous les diffèrens reforts
d'interest ou de plaifr que Ion
veut pratiquer pour le seduire;
quipar je ne sçay quelle grandeur
d'ame répanduesur sa perfonney
rua étouffer dans un Plaideur U
hardijfe des offres,&auprès de
qui indigence dune des Parties
tfi presque pour elle un pri/ugé de
bon droit.
Il rieft plus ni Parent, ni
Amy; illaifle aux pieds des Tribunaux
tous les liens dufang&
de l'arllitié, &fin coeur devenu
comme filé, ne tient plus à ceux
qui tenvironnent>que par les liens
des Loix ed: la lujtice.
Plus amoureux de l équitéque
de la gloirey il fiait quelquefois
tJireseul de son party, &j-aire
defonfuffragz une efipece de reparation
a la /ufl'CL'abandonnée.
C'ifi un homme enfin au dessus
de la crainte eS' del cfperancc,
au dejJus mefine ie l'ambition, &
qui neferoit plus à la portée des
fdffions, s'il n'estoit encorejufceptlble
de pitié. X iij
Let simple équité veille toujours
à la porte deson coeur, & l'on
ne pourroit jamais réujjir à leJeduire
}
si Ion ne pouvoit jamais
réussir àse contrefaire.
Le Siecle de LOVISLE
GRAND, ce Siecle donttous
les jou.rs ne font presque plus
marque% que par de nouveaux
prodrres, qui a fiurny aux Lettres
cr aux Arts des hommessi
excellens) quifertile en Généraux
d'Armée, voit renaifire tous les
jours dans le fein mcfmc de la
<vifloire,lesCondé& lesTUiennece
Siecle fournit aujjidans les
Tribunaux des Aîagiflrats de ce
caraéîere.
Ne voit.on pas a la tesie du
premier Parlement de France une
illufire Personne,qui a ramassé
en luy mesme tout le mérité de
sesAnceflresf Son nom, & la
pluspart deses aflions
3
quoyque
marquées d'uncaraélerefingulur
degrandeur, peuvent estre ignorées
des âgessuivans9 maisla
juftict,fonds!ment de tousses Arrefis
3 a fixé lesouvenir éternel dè
sa gloire.
En UOHS ébauchant,Mefi
fleurs, le portrait d'un Magistrat
accompli, je riay pas a aller
cherchersi loin mes modelles.
Il efi heureux pour nous que
U Ciel nous ait fait nAiflrefous
lt;1 Rcrne(t gloïleux, rjr qu' il
ait attache en quelque manière
noi dessinées à celle d'un Monarque
, à lbipoire de qui rien ne
manquera peut estre, que la
croyance delàpoflerité• Nous en
trerons
, & je l'ose dire, prejque
en commerce desa gloire. Si nos
fonflions ne nous permettent pas
d'aller exfoflr nos vies à la teste
de(es Troupes,nousconfirmons
et:'!cs de ses Sujets par la terreur
des Loix.Sinousne reculons pas
Jes Frontières en prenant des
PUces>&remportant des
Viùloires
, nous ajjurons le caur
de lEtaten calmant lestroubles,
& en réglant les Provinces. Si
nous ne mettons pas lavie & la
fortune des peuples à couvert de
la fureur des Etrangers, nous les
sauvons des atteintes domestiques.
En un mot, nous naidons pas
Loüis le Grand à vaincre, nous
iaidons à regner.
Soutenons, Mrffiturs
, toute
la dtgnué de nos fonctions. Me..
ritons parnaRre intégr-itélhonneur
denostre caraélere; remplaçons
par l étendue denostre répu
-
tation ce qui manque à Retendue
de nos Charges; & tandis que
l'Auguste & vadlant Prince.)
nojtre Souverain, s'attire par
mille allions glorieuses l'ejlim(&
la tendresse de ce Monarcpe,
/'applaudissement des Troupes,
l'admiration mejme des Etrangers
, attirons-nousparnojlre
conduite, (7 par nos voeux pour
sa confcrvation, l'honneur deses
regards, la douceur de sa bienveillance>
&l'avantage de sa,
proteEllon.
Je vous promis le plande
Castelfollit lors que je vous
envoyay le détaildelaprise
de cette importante Forreresse
; mais comme il m'a
PLAN
- DE
- CAS TELFOLLIT
fallu plus de temps que je
n'avoi s cru pour en recouvrer
un bon, j'ay differé jusqu'icy
à vous l'envoyer. Il fera
toujours nouveau, puis qu'il
n'en a point paru de gravé.
Vous le pouvez joindre à
tous ceux des conquestes de
M' le Maréchal de Noailles
en Catalogne, que je vous
ay déja envoyez.Voicy l'explication
des chifres que
vous trouverez dans la planche.
A. Corps de laPlace.
B. Premier Chemin couvert.
C. Redoutes à l'épreuve du
Canon.
D. Grande Redoute àquatre
étages,garnie de Canon,
avec un Chemin
couvertJ,
dans laquelle il y avoit
deux cens hommes de
garde.
E. Nos Batteries de Canon.
F. Costé de l'Attaque.
G. Costé du Camp & du
Quartier general, qui estoit
à Bagou d at.
H. LaFluvia, Riviere.
Le 2.6. du mois dernier, il
se fie icy un mariage cressortable,
pour la qualité des
parties. Ce futceluy deMesfire
Gabriel. Henry de Beauvau,
Marquis de Montgogier
, avec Marie Magdelaine
de Brancas
,
Fille de Mr
le Duc de Villars. Elle est
estimée pour son Inerirc) &
estoit dans un Couvent, d'où
elle n'est sortie que pour se
marier. Je vous ay déjaparlé
dans plusieurs de mes Lettres,
de la Maison de Bran.
cas. L'Historien de la Naple
Françoise nous a donné une
entiere & parfaire connoissance
de ion ancienneté, ôc
des grandeurs ou elle est parvenue,
tant dans le Royaume
de Naples
, que dans toure
l'Italie
,
& la France voie le
troisiémedegré dans la personne
de MrleDuc de Brancas,
Frere de la Mariée,depuis
que la Branche de cette
Maison qui s'est etablie en
France a esté élevée à la dignité
dela Duché Pairie. Les
mariages contractez avec la
Maisond'Estrée
,
& ensuite
avec celle de Lorraine, l'ont
alliéeavec la plus grande
partie des Maisons illustres
de ce Royaume.
Pour la Maison de Beau-
YJL1.1? on peut dire que ceux
qui en portent le nom sont
au vingt-quatrièmedegréde
generation depuis qu'elle est
sortie desanciensDucsd'Anjou,
parFoulques I. Seigneur
de Jarzé& deBeauvau, dont
les Enfans Raoul & Giraud,
Freres, firent hommage en
1015. au Duc d'Anjou pour
les Chasteaux de Jarzé & de
Beauvau
,
l'épée au costé &
la Birette en teste, & debout,
à cauie de leur parenté, pendant
que les autres Seigneurs
de cette Province le rendoient,
teste nuë, à genoux,
& sans épée.Geoffroy leur
Fils donna en 1060. avec le
consentement de Jean Con
Fils, & celuy du Duc d'Anjou,
sans lequel,comme Péu
rageur, il ne pouvoit par la
Coutume démembrer son
Parage, à Daibert, Abbé de
Saint Serge d'Angers,laChapelle
située dans sa Ville de
Beauvau,&fondée de toute
ancienneté en l'honneur de
Saint Martin, pour y établir
desReligieux de sonOrdre,
avec ledroit de Pascage dans
la Forest de Chambiers, ce
qui en a fait le Prieuré que
l'Abbaye de Saint Serge possede
encore aujourd'huy.
Cette Terre de Beauvau
,
jadis
Ville, a estépossedé
pendant vingt-trois generations,
par ceux qui en portent
le nom c'eestà dire,jusqu à
ce siecle, où M1 le Marquis
de Beauvau Fleville, aînéde
cette Maison, si recommandable
par ses vertus & par
sa capacité, a prés avoiresté
Gouverneur de feu Charles
V. Duc de Lorraine, a elle
choisi pour le même employ
auprés de Mr de Baviere.
C'est luy qui nous a donné
depuis peul'histoire dela vie
de Charles IV. Duc de Lorraine,
& qui a vendu cette
Terre de Beauvau à Mr les
Marq uis de Jarzé.Mrs de
Sainte Marche n'ont écrit de
cette Maison, faute d'avoir
les Memoires, comme ils le
declarent dans laGenealogie
qu'ils en ont donnéeauPublïc
, que depuis René do
Beauvau
3
Connestable de
Sicile, lequel y mourut do
ses blessures en 1266 au fécond
voyage qu'il y fit-
Ceux de la Maison de
Beauvau ont toujoursjoüy
de certaines distinctionstresremarquables
parmy la Noblesse
Françoise,tant parnos
Rois, que par les Rois de Sicile
& deNaples,& les Ducs
d'Anjou.Outre les emplois
& Charges de grands Chambellans
& Commandans de
leurs Troupes, de Senefchaux
& Gouverneurs de Provence
& d'Anj ou, ils ont eu lagloire
d'estre employez dans les
Ambassades & Traitez, tant
de Paix que de Mariage de
nos Princes, ainsi que dans
l'execution de leurs dernieres
volontez, ayant esté nommez
Exécuteurs de leurs Testamens.
Ainsi lors que Charles
VII. voulut faire faire le ProcezauDucd'Alençon,&
qu'il
assembla à cet effet son Parlement
àVendosme,avec les :
Pairs & Grands du Royaume,
il ordonna que Louis & Ber.
trand de Beauvau,Sire dePrecigny,
quoique non honorezj
de laPairie, y auroient seanceaveceux.
De plus,quand
nos Rois ont mis des Pre- 1
miers Presidens d'épée à la tê- *
te de quelques.unes de leurs -
Cours Supérieures, Bertrand -
deBeauvaufutplacéà lateste
de la Chambre des Comptes
de Paris, Place si confiderable,
que Jacques deBourbon,
Comte de Preaux, Prince du
Sang Ployalde France
,
les
Seigneurs de Suilly
,
de Sarrebruch
, & de Tancarville
l'ont depuis occupée. Mais
l'honneur que cette Maison
a reçû en donnant pour femme
àJean de Bourbon, Comte
de Vendosme
a
Isabeau de
Beauvau, Fille de Louis
,
Sei.
gneur de Beauvau & de la
Roche
-
sur
-
Yon
,
Gouverneur
& Seneschal de Provence
& d'Anjou, & Chevalier
de l'Ordre du Croissant, surpasse
tout ce que l'on pourroit
dire d'ailleurs
,-
puisque
par la fecondité de ce mariage
,
après avoir eu trois de
nos Rois de la Branche de
Valois pour ses petits enfans,
elle voit par une heureuse
luire, au six & septiéme degré
,tout ce qu'il y a de Testes
Couronnées&de Souverains
dans l'Europe forcis de
ce mesme mariage.
Messire Gabriel-Henry de
Beauvau, Marquis de lvlonr.,.-.
gogier,estl'aisné de la B-ranche
puifnée de celle de Beauvau
le Rivau Ce Marquis,
après avoir esté Capitaine-
Lieutenant des Gens-dermes
de Monsieur,a esté Capitaine
des Gardes de son
Corps.
Le 27. du mesme mois,
Messire Antoine de Rancher,
Seigneur de Trememont,
Lieutenant de Roy au Gouvernement
de Berry,Fils de
Mr de Rancher
,
Conseiller
en la Grand'Chambre,& de
DameElizabeth de Rubantel
, épousa Geneviève Angélique
de Machaut, Fille de
Messire Louis deMachaut,
Conseiller au Parlement,&
de Dame Marie Caré de
Montgeron, Soeur de Mr
Caré de Montgeron, Maistre
des Requestes. La Mariée
avoir pour Grands-Oncles
Mrde Machaut, Doyen du
Conseil, & Mr de Machaut,
ancien President du Grand
Conseil. La Mere de Mr
Boucherat Chancelier de
France, estoit leur Soeur. Il
y a eu en cette Maison plu.
sieursCommand eurs de l'Ordre
de Malte,& grand nombre
d'Officiers dans les principales
cipales Charges de la Robe.
LaFamille de MrdeRancher
qui vient d'épouser Mademoiselle
de Machaut,est distinguée
par les grands services
que ses Ancestres ont
rendus à l'Estat,tant au Parlement
, & aux Conseils du
Roy, qu'en d'autres emplois
importans dedans & dehors
le Royaume , particulièrement
Mr de Rancher- de la
Ferriere son Oncle, qui s'est
signalé en plusieurs occasions
de guerre, pendant qu'il a
esté dans le service, & qui en
1692.eut la conduite&le com- -
mandement de l'Arrieban de
la Province d'Orleans. Trois
autres du même nom & de
cette même Familleont esté
tuez pour le service du Roy,
le premier en 1578. au Siege
de la Rochelle, le second en
1684 àceluy deLuxembourg,
&le troisiéme en 1688àceluy
de Philisbourg. Les services
de Mrs de Rubantel, Oncles
maternels de Mr de Rancher,
ne font pas moins considera
bles. L'un d'eux fut tué en
1656. au Siege de Valenciennës,
estant pour lors Capitaine
au Regiment des Gardes
Françoises. Un autre, Enseigne
aumesme Regiment,
fut tue en 1657. au Siege de
Montmedy, & un troisiéme
fert encore actuellement en
qualité de Lieutenant Colonel
de cemesme Regiment,
&de Lieurenant General des
Armées du Roy. MrdeRancher
le Pere
,
Conseiller en
la Grand' Chambre,s'est acquis
beaucoup destime par
la maniere dont il exerce sa
Charge.
On a eu nouvelles que les
Venitiens se font rendus maistres
du Fort & de l'lue de
Chio,à laveuë delaquelle
ils arriverentle7. Septembre
dernier. Ils débarquerent le
8.s'avancerentvers laPlace,
&s'emparerent le9. du grand
Fauxbourg, oùil yavoir deux
mille habitans. Apres qu'on
eut fait jouër une mine le 14.
avec tout le succes que l'on en
pouvoir attendre,HassanBacha,
Commandant,ayant estésommé
de se rendre, y consentit
à condition qu'il fortiroit
du Chasteau avec armes
& bagages, & feroir conduit àSmirne,avectoutesa Garni:
son & les habitans Turcs, ce
.qui a esté execuré. Chio est
une lsle de la mer Egée dans
l'Archipel
, entre Samos &
LesbosouMetelin, proche
l'Afie mineure. Ellea vingtcinqoutrente
milles de tour,
avec une Ville de ce nom,
qui està l'Orient de l'lfle,où
.quelques
- unsont compte
lu 'fquȈ trente-sixVilles. (jn
l'a vûë sujette aux Athéniens,
puis aux Macedoniens, ensuite
aux Romains, & enfin
aux Grecs. Les Genois en furent
les maistres vers l'an 1346.
& les Mahons, premiers Gentilshommes
de la Maison Justiniani
de Gènes, la gouvernaen
forme de Republique,
en payant tribut au Turc. Le
Bacha Piali la prit en 1561.
par l'ordre de Soliman, fous
pretexte qu'ils ne s'acquittoient
point de ce tribut, &
qu'ils avoient donnéavisaux
Maltois de la resolution que
l'onavoit prisedelesassieger.
La Ville de Chio est petite,
mais bien peuplée, & la plu/1
part de ses Habitans font
Chrestiens, Grecs ou Latins.
Ils ont chacun unEvesque,
& plusieursEglises, mais les
Grecs en ont beaucoup plus
que les Latins, à cause que
chacun de leurs Pa pas a son
Eglise,n'approuvant pas qu'il
se dise plus d'une Messe par
jour danschacune. Cette Ville
n'est: pas forte,mais le Chasteau
qui la défend est assez
bon. il a un mille de circuit,&
pour yentrer il faut passert rois
portes. Au dessus de la troisié
me , on voit encore en son
entier le Chasteau aux trois
Tours, avec l'Aigle de pierre
relevée en bosse, qui sont les
Armes des Justiniani, à qui
appartenoit autrefois cette
lsle en titre de Principauté.
Aprés que l'on a paffé cette
derniere porte, on découvre
dans le Chasteau une forr
belle maison,ousont lesmêmes
Armes. Ce Chasteau est
fort beau, & bien bâry. Toutes
sesmaisonsontesté construites
dutemp s que les
Chrestiens en estoient les
maistres.Aussisont-e lles bien
élevées) de pierre deraille,&
ornées de plusieurs Armoiries
& Figures fort bien faites, Il
y en a une entre autres, au
dessus dela porte de laquelle
est representée en bas relief,
l'Entrée de NostreSeigneur
en Jerusalem sur l'Asnesse,1&j
c'est un fort beau travail. Ce
Challeau commande entièrement
le Port, qui est devant,
& peu!:. Il y avoit pourtant
toujours quantitédeSaïques
pouralleràConstantinople&
enrevenir à Metelin, &
auxautres lieux del'Archipel,
&de l'Egypte,&les Galeres
des Beys y passoient ordinairement
l'hiver. A la sortie
du Port, un peu en dehors,
& loin du Mole environ la
portée dun pistolet
,
il y a
dans la mer une petite Eglise,
appellée Saint Nicolas) qui
sert de fanal & de signal la
nuit & le jour pour les Bastimens
qui veulent entrer dans
le Port, à cause que l'entrée
en estassez étroite, par de
grosses pierres qui font à côté,&
qui viennent jusques à
fleurd'eau.
Vous avez oui parler de
l'importante victoire que les
Polonois ont remportée sur
les Tarrares, qui ont esté
contraints d'abandonner un
Convoy qu'ils conduifoienc
a Kaminiets,&quiauroit pu
suffire à pourvoir la Place de i
toutes choses, pendant deux
années, estans composé d1 ej
quatre mille chariots chargez
de munitionsv&devivres, &
de onze cens chargez de marchandises
& d'argent. La
conduite en avoit esté doninlée
à Sultan Cafi.Gérai, & estoitescorté parvingt cinq
mille Tartares ,Gx mille Moldaves,
& Walaques, & trois
mille six cens Turcs, qui le
menèrentjusqu'à Czecora.
Ensuite elle fut remiseàSultan
Schabas- Gérai, qui s'étant
mis en marche avec un
renfort de quinze mille Tartares
de Bialogrod, fut joint
en chemin par trois mille de
Dobrats. Ainsi cette Armée
estoit de cinquante deux mille
hommes. LaCavalerie Polonoise,
& deux mille Dragons
ayant passé le Niester
à la nage pour aller à eux, les
Grands Généraux & les autres
Officiers les suivirent,&
firent attaquer les Tartares
le 6. du mois passé. Le combat
dura depuis deux heures
aprèsmidyjusqu'à la nuit,
qui favorisa la retraite des
Tartares. Ilss'estoientralliez
jusqu'à cinq fois, & perdirent
etois ou quatre mille hommes.
On tient qu'il y en eut
encore deux ou trois mille
defaits à un defilé,appellé
NiesterSchwindel,jusqu'ou
ls furent poursuivis par les
Psolonois) parmy lesquels il efttrouvé que dix Dra.
gons tuez, avec un Officier
& deux Soldats, & environ
quarante blessez.
L'estime particulière que
scay que vous faites de Mr
PORTRAIT
DEM.
L'ARCHEVE S.QUE
D'ALBY.
A M. le Grand Prieur de
l'Eglise de Malthe. VOUS vous étonne?^
)3 Monseigneur,dansvôtre
derniere Lettre, que je trouve
plus d'agrément à Âlbj que dans
Aix,& quapres avoir bâti m4
maison avec tant de foin, je lx
quitte sans peine, pour paffer
juatre ou cinqmois avec Moneigneurl'Jrchevefque
d'jîlby.
70us me dites encore fortagréailement3quilfauc
que la tentaion
de ne pas resider3 ou le mérité
xtraordmaire de ce Prelat lemortentsur
mes obligations; &
jouimefelicitez en mejmetemps
re la continuation d'eslime dont
? Prélat mhonore, en me témoignantquelque
envie de le
)nnoislre se vous envoyé son
ortrait,jem*ajjurequ'après
avoir lû vous feriek tentévoui~
ufmcj silejloitpossible de quitter
votre refidtnce de Malthe
J
de venirpajjer unepartie de votre
vie Avec Ce grand Archevêque.
Contente-vous de l'Admirer,
tandis qu'il m'est permis de joüir
du bonheur de p, prcfince.
Charlesle Goux dela Bercherey
Archevêque d'Albyy est un des
Prelats duRoyaume quisoûtient
lasaintetédejon caraélerc avec
plus d'honneur, de science & de
pieté. Sadévotion ria rien degê,
nant&d'incommode. Sa douceur
&samodefiie quise répandent
dans ses moindres allions, n'y
laiffint rien de trop austere, ny
de trop libre. Son vïjageejl une
ioyvivante,,qui persuade bien
mieux que les maximes severes
de beaucoupd'autres On auroit
honte de nepasfaireson devoir
lors que toutes les aélions de si
vie avemjjtnt qu'il s'acquitte
'Jarftitiment dusen.
Uniquement occupé des obligations
de son Mimftere
,
il efl
tjJeZ heureux pour en faire tous
es plaisirs
, & comme il ne re- herche pas les jojes duJiecle pour
e délasser defis travaux conti-
INelf) il s abandonne volontiers
celles qui naissènt de la sion conver- deses amis Touvant s'a. 'aferavec dignité, £r fefami.
liarifer sans crainte
,
illeur permet
de ne sobserver pas scrupuleusement
dans leurs entretiens,
pourjouird'uneagréablefamiliarite
,
dont les Grands ontfoulent
le malheur d'eflreprive
Sa Table, toute abondante,
quelle efl, ne donne pas dans lai
profusiony &parmyla délicatesse
des viandes on ne IAiJJe pas ci)
voirsonamour pourlafrugalité
On ne s'en apperçoitjamais mieux
que lors qu'ilse prive luymefrm
des ragoufls & des mets les plm
delicitux,etqu'il déguise fine*
ment fous le nom de précaution
poursafante.
LA réputation de science quil
-4st juflement dans le monde, sa
nombreuDibliothelue
diverses occaftons où il afaitparoiftrelâcapaci-
té.
ne permettent
pas ases envieux de douter qu'il
nefoit très sçavant
; mais ceux
qui connoijjent de plus pressâtenduedejon
erudition fontfurpris
que sesgrandes lettures
}
qui ont
pfc nuire aJes yeux,riayent mis
tHcune confusion danssonefj?rtty
lui s'est trouvé naturellementfuïerieur
àson application. Toutes
ses connoijjancesfontrangéesavec
9rdre dans une des plus beureu-
Qs memoires qui sufl jamaw,
Profond dans la Theologie, dans
l'Hifloirede l'Ejife, dans l'étude
des Peres e des Conciles
,
il a
crû ne devoir pas neghger les bel.
les Lettres, les
1
Langues & la
JuriJpiudence. Il parle de toutes
ces Sciences avec tant de netteté,
qu on croiroitqu'il ne s'est appliqué
qu'à celle dont on s entretient.
£)uoyqu'il ne faffe point son
occupation ordinaire de ces Sermons
où l'amour de la gloire a
plus de part que le zjle du salut
des Ames
,
on l'a souvent entendu
dans des occasionsimportâmes,
O* dans dilluftres Aj]emblées
s'attirer les applaudissemens de
tous (es Auditeurs Mau lors
quilparle dans Ici Conférences
deson Diocese & deson Séminairey
ou qio il monte en chaire
pour expliquer à son peuple la
parole de Dieu ctfl alors qu'on
levoit briller par dt sçavans Dif
cours, çy par des Homélies tissué's
des plus beaux endroits des
Peres
,
qui parlent au coeur avec
plus de fruit, que ces 'Discours
pompeux qui nefervent que d'amufement
à lesprit.
Il ne fort jamais de soncara.
tfere, lors mefmS qu'il est oblige
de parler aux 7 estes couronnéesf
& aux Terfonnes du premier
rang, & bienqu'ilpuijje tirer
tous ses Discours de son propre
fondy ilaimemieux en emprunter
unepartiedesplus beaux endroits
desTeres de l'Eglifc, dont la le-
Bure luy est stfamiliere. Il s'en
fert siàproposaquilfemble qu'ils,
riayent écrit que pour luy, cir il
s'exprimed'une maniéré si vive
&si touchante, qu'il eflfeurdes
applaudijjemens, ou des larmes
de ceux qui l'écoutent, suivant
les mouvemens quesonéloquence
veut inspirer.
Amoureux "de ses études &
desaBibliothèque, il s'en prive
sans regret, pour satisfaire aux
devoirs dcfon ministere. Chaque
jour a ses heures marquées pour
travailler tux accommodement
des procès , À lentretien de 1,4
bonne police pour conjerverlahondance
ouaux moyens defaire
fabfifler lHôpital General,dont
sa charitéest la plus feurerefjource-^
gr au milieu de tant d'occupations
pour la Ville, pour les
Pauvres, & pour sonQergé,
qu'il ne perdjamais de rueuë, il
trouve toujours le moyen d'offrir
À Dieu le saintSacrifice de la
Meffe Il ne se dispense jamais.
d'ajjifier les Festes &les DimarychesauxOffices
deson Eglise, &
quand il pontifie, c'tft avec tant
de majeflé
,
qu'il jujjÙ de le voir
four rftre touchéde lasainteté de
nos cérémonies.
Soname noble &élevéecapable
des pinsgrandes choses, laisse toujours
à sa prudence le choix du
temps, & le foin de léxecution.
Les Baflimens qu'il a faits dans
son Palais Archiepficopal^&r dans
les miifons qui en dépendent,
marquent ajJeZ son humeur
fplendldr., qui luy fournit un nou.
veau moyen pour faire fubfifh r
les Pauvres, Content de lafeule
propreté dans ses habits, dans
ses
sesmeublesC-dtnsfon équipa--ge,
il ness magnifique que dans.sa
Bibhotbeque
, & dans les ornemens
de (on Egli/e.
Peu dePrélatsfçauent mieux
cboijir que luj jes domefliques.
Tousfes Eccejiafiiquesfont reglez
& assîdus a leursfondions,
il n'eff pas jujquxa la baJJ:fumille
qui nefc refente de la pieté dun
Mai/Ireaveclequel clic a lebonheur
de finir la journée par la
Prierezparquelquelevure de
fJlete.
Ceux qui ne le connoissènt
[Jas afiJeTi dans le fond doutent
sila plus de bonheur qued'habïlctéletiens
qu'il a de l'un &
1 ¡ J L ',n n"'!' /1 del'autre. Il rieft pas pofbkdê.
si 1 ccleby-e,quine d'un
nCebfaanitrurcnccclceebrree, qiudieatodeli1t uvne- 1ncratl.;(]PotH'Il,!);detout un
Dl;JCl:(e) qui craintaussivivement
de le perdre que ceux q'4i
l'ont dJ>t perdu leregrettent:
enfind e. re estiméde cinq i'lustres
Suffragans, qui le voyent avec
flaifir à leur teste 3sans un peu,,
de bonheur ; mais si la bonne f'r--
tune s'encftmeflée
3
ilfautatoaeq
queIun mérité en fait toutes leA
tVU.Hlf.:CS. Onnenjitjamais tanM
d honneur & de probité) çjr
tant de fidélitépourses amis
1
rtle dans ce Prélat.
SenÇible aux injures qu'on fait
"E[/i{e dans sa, perJonne, il
eut bien en demander la repara,
ion; maisfin coeur d'accord avec
4 Lay de Dieu, nefçauroitmé.
iter une vangeance ; & gçm}iif
tnt pour ceux qUI l'ont oj iJ
a plus dimpatience de , demaner
leur grâce , que les autres
oonnrt ddeeplaisir aaJe vanger. Plusjoigneux de cacher fin
aïoir9 que biendesgens
ne le
nt a mmifefler le leur je l'ay
4 souvent écouter avec pUifir
quil avoir droit d'tnjeig,ner
ix autresjhs remercier
corilme
s'ils le luj avoient appris. On
ne connolftjamaY mieux la b<auté
deson ^:nïey que lors qu'il en
trr:p;end dans les Afemblîes du
OGle'rv,é ou dans les Etats de oc, d'ouvrir une ol~inion bdouvrir opinion
sur un fait imprévu.Cejî alors:
quon fuy voit tirer Je son fondi
erpins préparation tout ce que:
'S plus ha bilest la prévoyance des habiles,
auroit de la peine à fournir; &*
souvent après ces grandesaélion.
on s'appcrçoit qu'il se dèrobi
adroitement aux applaudifetnens
, pour venir se renferme.
dans un cabinet, avec deux Oi
trois de ses amis) où il s'amui
tranquillementà rangerJeshvns.
Quelque inclinationqu'ilait
four la vie retirée, il n'oublie
'as les moindres devoirs de lavie
ùvile
; mais se précautionnant
lu secours de quelque bon hvrs
70ntre la perte du temps ,
il trou,
ve le moyen de confcrvcrhfrit
le retraite au milieu de ler;/-r.
l'as &de la dijjipation desiîfpù.
'es.Il prend encore avec plus
te foin, la mt/me précaution
uins fis iqyagesy ou dans la
nfite de ion Diocefi
; toutes les
lettresyfont renées pour la prie-
'e
}
pour la teBure, & pour
a conversation. Le Carosse qui
reliait la Compagnie5 est tout ensemble
pour luy une Eglise
, un
Cabinet,(yuneVoiture ncccf
faire ;aprèsavoirpajjtq:an-
?'c jours dans cet exercice , on
s'etor,ne
3, au lieu d'estre d!J'ffiné f' J' si ", ) i par l'ennuy&loijiveté duvoyagc,
d'avoir acquis sanspeir.e plus
defaer.eey&plus de vertu.Ce
qu'ilya de merveilleux c'est que1
lents'ypsjjesansgefnc e sans
contrainte; (,rr que ce Prélatejft
si fimtlrr, quil oubliroitfouvent
ce qu'il est,st ceux qui OflIJ
le bonheur de l'accompagner nii
l'en faisoientfotruenir.
Il paroist presenrement
une nouvelle Carte de France
, d'une feuille, dédice à
MrCourtin, Conseiller d'Etat
Ordinaire
,
suivant les
nouvelles observations que
on a faites sur les Elovations
du Pole, & les Meridiens des
ieux de ce Royaume- ainsi
que sur plusieurs coll es, &
particulièrement celle de la
Bretagne
,
où l'on voit un
nota b lechangement. Elle est
considerable par plusieurs
emarques que l'on y a faites.
Les Presidiaux & les Genera.
irez-y sont specifiéesenplus
grand nombre, d'une ma.
nicre plus particulière, & qui *
n'a poinr encore esté obiervée.
On a remarqué le nom
des Eveschez
,
& separément I
celuy de leurs Sieges, qui
différent souvent,&àl'égard
de la justice des Aides donc
:
toutes les autres Cartes confondent
les Sieges, l'Auteur
a eu foin de distinguer les
Parlemens quien connoi f-*
feiu
,
les Cours particulières
des Aides, & celles qui sont
uniesauxChambres desComptes.
Il suffit de vous dire:
5 pour vous faire juger des;
1
foins avec lesquelscetre Carte
a esté faite, que MTAbbe
Bautranden est l'Auteur
s
&
que plusieurs Ouvrages de
cette nature ont fait connoître
qu'il excelle dans tout ce
qui regarde la Geographie.
Elle se vend à Paris chez G.
Roussel, Graveur, ruë Saint
Jacques, proche la Fontaine
Saint Severin, au Prophète
Jercroie.
j'oubliay le mois paffé de
vous apprendre la mort de
Madame la Marquifede Loë.
maria, Mere Mr le Marquis
de Loëmaria-, Maréchal des
Camps&Armées du Roy,&
InspecteurdeCavalerie.Ellese
nommoit Claude deNevet,&
estoit Veuve de Messire Vincent
du Parc., Marquis de
Loëmaria,aussi Maréchal des
Camps&Armées duRoy,&
Conseilleren tous ses Conseils.
De ce mariage restent
trois enfans
,
qui sont
Mrle Marquis, Mrle Comte,
&Mademoiselle deLoëmaria.
Madame de Loemaria, leur
Mere, avoir épousé en premières
Noces Messire Gabriel
de Goulaine,Baron du
Faouet, duqueilne luy restoitpoinr
d'enfans.Les Maisons
duParc, Locmax-ja,, & deGoulaine, sont des plus
illustresdeBretagnecelle
de Nevet est une des plus
anciennes de la mefine Province.
FeuMrle Marquis de
Never, Commandantpour
Le Royen l'Evesché de Quim-
Messire Louis Gaspard de
Foucaud
)
SeigneurDupleffis,
mourut le 17. de ce mois
dans sa maison du Plessis en
Brie ,
âgé de quarante-sept
ans. Il descendoit de Philibert
de Foucaud
,
Gentilhomme
ordinaire de Louis
XII. pendant qu'il n'estoit
que Duc d'Orléans. Sa fidelité
& son attachement obligerent
ce Prince à le faire
son premier Maistre d'Hôtel
lors qu'ilvint à la Couronne.
Cette famille a donnédepuis,
beaucoup
,
de Sujets illustres
dans l'Epée & dans la Robe,
sçavoir , François de Fou.
caud, Capitaine d'uneCompagnie
d'Ordonnance,sous
Henry Il Pierre de Foucaud,
Secretâire du Cabinet sous
Henry III. Charles deFoucaud
tué à laBataille de Coutras,
& François son Frere, Conseiller au Parlement
Maistre des Requestes , &
Conseiller d'Estat sous Henry
IV. Gaspard de Foucaud,
Conseiller au Parlement fous
LouisXIII. lequel eue de
Christine de Rossignol, Louis
Charles dé Foucaua, qui se
retira dans une maison de
Campagne pour vaquer
tout entier à la pieté & à ré.
tude, pour laquelleil avoit
un goust extrao: dinaire. Il
épousà Charlotte le Coq,
- Fille de Henry le Coq, Con.
seiller à la. Cour des Aides,
dont il eutLouis-Gaspard
de Foucaud qui vient de
mourir, & Marie-Suzanne
de Foucaud, mariée à Armand.
Seigneur de Toufll-^
Capitaine de Cavaierie, tU-Ç
à la Bataille de Nervinde.
MdeFoucaud, ddoonnttjevous ) evous
apprens la mort, herita des
vertus & des inclinations de
MFoucaud son Pcre. Ils'appliquadessa
jeunesse à l' étude
de la Philosophie &c des
bellesLettres,qu'il possedoit
parfaitement. Sa profonde
érudition) la facilité de son
esprit, la douceur de son temperamment
,
'& les grâces
qu'il répandoit sur ce qu'il
disoit, luy avoient attiré l'estime
& l'amitié de tous ceux
qui le connoissoient, & particulièrement
des Sçavans ,
avec lesquels il enrrerenoit
commerce, non- seulement
dans toutle Royaume, mais
encore dans les PaysEtrangers.
On luy en a trouve
beaucoup de Lettres aprés
sa mort,entrautres de Mr
Rubini de Florence, Acade.
micien de la Crusca,de Madame
la Viguiered'Albi, de
la mesme Academie
,
de Mr
de Saint-Evremont, de Mr
Jurieu, deMrWallier,Vice-..
Chancelier de l'Université
d'Oxford de Mr Sarraut de
Bordeaux, de MrRanchin de
Toulouze, & d'un grand
nombre d'autres. Vous ne
ferez peut, estre pas fâchée
d'apprendre que l'on a de--
couvert par ces Lettres, que:
Mr Sarraut estoit l'Auteur de
plusieurs Piecescres-curieuses
, qui ont esté dans les Lettres
que je vous adresse tous
les mois, d'un Traité des E---
chets
, de deux Lettres sur
uneFontaine minerale qu'on
a trouvée à Bordeaux; d'une
autre Lettre sur les Pluyes
continuelles des deux demieres
années, & des Remarques
sur la Satyre de la Macetce
du fameux Regnier.
Nos ArmateuDrscontinuent
àfaire des prises considerables
sur les Ennemis, & le
mois passé un Armateur de
Dankerque y en amena une
Angloise où ily avoir quatre
Officiers Anglois,cinquante
Dragonscinquante -
ntuf
chevaux, & beaucoup c;ltArmes
& d'équipages. Peu deH
jours après, il y en entra une
aauurtrree 'cc hargée de harenc, &
Dhart.~nc, le lendemain on y en amena
une troisiéme? qui estoit chargée
d'Eau devie,dTiuile^.&
de diverses autres marc handises.
Vers le IJ. de ce mois,
un autre Armateur amena
dins lamesme VilledeDunkerque,
une Prise Ecoffoife,
chargée d'orge
J
&Ue^plasieurs
aurresmarchandises.
Le 18. il yen arriva deux,
que la Fregate appellée Les
JCMX)avoie faites,& le19 trois
autres, qui avoient esté faites
par les mesmes Armateurs'
& par lamesmeFregate.
Une PriseAngloise,chargée
de Tabac de Virginie,
futaussiamenéelemois passé
à Rofcof, par un Armateur
de Saint Malo,.& leVaisseau
Jesus MariaJofepb ,dela même
Ville,arriva au bas de la
Rivières Paim beuf
,
après
avoir fait sept Prises
,
dont
cinq furent rançonnées
,
Se
- uneautre menéealaRochelle;
elleestoit chargée de Sucre.
Deuxautres Prises Anglosses
ont cité menées au
mesme lieu, selon les nouvelles
qu'on en a eues du 18. Je
ce mois. Lune a esté faite
- en revenant des Barbades,
- par un Vaiffaumarcl-larid de
la Rochelle, & l'autre par un
Vaisseau du Royappelle lz
Cheval marin. - - ----
- - Le Fidelle
,
Armateur de
Saintmald., y amena au commencement
de ce mois, une
Prise chargéed'huile & d'eau
de vie, & le Comtede Toulouse,
autre Armateur, avant
pris un Vatican Anglois qui
alloitàla Jamaïque, l'envoya
à Port Louis
,
& amena l'équipage
à Saint Malo. Il y
avoïc sur ceVaisseau dix (cpt
Catholiques, que l'on menoit
en cette HIe, les fers aux
pieds, pour les y faire travailler
comme des Esclaves. Deux
autres Prises Angloises furent
encore menées a Porc-
Louis
, par le François de la
- Paix, Armateur de Saint Malo.
L'une estoit chargée de
vivres
J
& l'autre de soycries
&de toitcs.. „jM
i
Danslemesme temps,un
Armareur de Nantes ,-moncé
seulement de six pierriers,
prit un VaisseauAnglois de
dix Canons
,
chargé de moruë,
& l'envoya à Saint Jean
de Luz. Il y estoit arrivé au.
paravant un autre Vaisseau
,
j!
aussiAnglois,que huit Irlandois
qui estoient dans une
chaloupe,avoient enlevé sur
la Costed'Espagne.
L'Enigme du mois passé a
esté expliqué sur la Selle, qui
en efloit le vray mot, par
Mrsjuliot,Assesseur du Comté
de Benon; le Comte .de
QtlcrtnLnos;Rocu leFils,de la
rue Sainte Marguerite; Charles
Corroli; le Chevalier pacifiqujle
petitCoqRéveil-matin-
l e petitCoq delatuë Dauphine;
les trois beaux esprits
de la rue Princesse
; l'Héroïne
spirituelle Brunette; Lisette
de Mirivault, & son fidelle
Berger; labelle Javote
du coin de la ruë de Richelieu;
la chere Petitede la rue
Saint Didier de Poitiers;l'aimable
Fanchon Ferry,&son
amant l'incomparable Thomas
de Blois; la toute spirituelle
Familled'Hauteuil
,
& leur réjoüissant Bon-Homme.
Je vous ay deja envoyé
plufieUPS Enigmes du mesme
Auteur, qui a saic celle que
vous allez lire, & elles ont j
toujourseste de celles qui
ont paru avoir le plus dejus- | tesse.
DAnsunpérilleux exercice.>
L'Apprenty trouve en nom an:
utile secours >
*
Et bien souvent >sans nofire bon:
offce- S4n Cdup d'essa, feroit le terme dei
ses jours.
Commq
Comme deux foerJrJ appariées,
Nous sommes enfemLU utet ;
Et qui se feit de nous se fait de ce
lien
Vn très- salutaire foulien.
Nous sommes un fruit fort bi-
%arre, Qui n'a rien d'exquis ny de rare9
»
,
Et quon ne fert jamais,(fuorrttaabbllee,
en un repas: Tout nofire ufa^e &toute nofire
force, -
Qui meritent de nous quon fajfe
un peu de cas,
Confilient feulementen nofire vuide
ècorce.
Les paroles de l'Air nouveau
que je vous envoye
noté, ont esté faites d'après
nature. Elles marquent
la vive douleurd'un mary
que rien ne peutconsolerde
la perte de sa femme. C'est
Mr Arnoux, Ordinaire de la
Musique du Roy. Je ne doute
point que l'Air qu'il a compose
sur cette mort, n'aie
dans vôtre Province le mesapplaudissement
qu'il a eu
dans une Cour ausi délicate
que lanostre.
AIR NOUVEAU.
T'Rifle&cher fouveniYd'unejï
fureflame,
-
Non, je ne prètenspoint voua bannir
de mon coeur,
le n écoute que vous dans mon
cruel tourment,
lans eeffe vous mofrez Celimene
vivante,
2t quand patmy les morts je me la
represente,
Vous me flate, au moins de J'agreable
attente
De la revoir bien-to(} où fin Otnbrè
mattend.
Enfin voila la Campagne
finie sans que les A lhrezaynt
rien entrepris en Piémont
,
quoy qu'ilseussent resolu dés
l'hiver dernier
,
de faire un
grand Siège.Ilsavoierttout
preparé pour cet effet, & s'étoient
mis en Campagne de
bonne heure,puisilsontdisputé
jusques au temps d'entrer
en quartier d'hiver. Je
vous ay déja fait connoistre
plusieurs fois, que l'Empereur
vouloit que l'on affiegeast
Casal
,
& que le Duc
de Savoye prétendoit que
l'on fia le Siege de Pignerol.
Je vous ay aussi marqué
les raisons que chacun
avoir de s'obstiner dans ses
prérentions. Voicy ce que
j'ay appris depuis ce tempslà.
Vous le trouverez assez
curieux & aiïtz particulier.
Le blocus de Casal ayant esté
posé, & mesme le Chasteau
de Saint Georges pris, il fut
tenu un grand Conseil, en
prcfence de S. A. R. du Prin.
ce Eugene de Savoye, dt
l'Envoyé de l'Empereur, du
Marquis de Leganecz, & des
Generaux qui y furent appel.
lez. Ce Conseil fut assemblé
pour y faire resoudre le Siege
de Casal, suivant les ordres
secrets de l'Empereur & du
Roy d'Espagne. Le Marquis
de Leganez ouvrit la proposition
d'en faire incessammène
le Siege. Il s'étendit
sur l'avantage qu'en recevroit
le Duc de Savoye, & conclut
que l'intention de l'Empereur,
du Roy d'Espagne, &
des autres Alliez, estoit que
l'onfist ceSiege sansplus differrer.
Le Duc de Savoye répondit
en ces termes à cette
proposition. Il ne s'agit pas
icy de beaux raisonnemens, ny
d'expliquer des Volontez
; ils'agit
desçavoir si -vous avez, soixante
mille hommespour employer
à ce Siege,& pourfaire tesse au
Mreschal de Catinat en Piémont,
dont l'Armée grojjit tous
les jours. Si "vous les avc^je
donnerayles mains àcetteConqueste,
mais. comme 'VOUJ' estes
bien éloignéz de compte, ne croje%_
pas que jefoujffeque tandis que
vous IVoui attachetezà lafaire
mon pays demeure en prcrye aux
Enntmis. Le Marquis de Leganez
apporta beaucoup de raisons,
pourpersuaderauDuc de
Savoye qu'il devoit consentir
à cette expédition
,
qui luy
feroit acquérir une grandegloiredansle
monde , &
.eût" ~r(3itfgr~~ntageufe -à sieintepests,mâisSoonAltelTc
Royale n'ayampoint voulu
changer de sentimens
3
Leganez
se levant brusquement
de que l'on voyoit bien que le
Duc de Savoye ne vouloit pas
qu'on tirast cette Place des mains
où elle estoit)&quela Campagne
prochaine l'Empereur& le Roy
d'Espagne le déchargeraient de ce
fOlnJque le Roy des Romainsviiendroitfaire
ce Siege9puijquaujjt
bienfalloir.ilqu'jlfififi reconnoistrepar
les Princes d'Italie. Son
A. R. entendit ce discours
avec peine. Cependant Elle
répondit feulement qu'on
pourroit bien prendredes mesures
qui ne réussroient peutestre
pas. Depuis ce temps,
là
,
le Duc deSavoye a marqué
beaucoup d'indifference
pour le Marquis de Legancz,
& n'a que tres.peu communiqué
avec luy. Je ne dis rien
icy des raisons Politiques,
qui ont fait apprehender
à ce Prince de voir Casal
entre les mains de l'Empereur
, j'en ay déjà parlé; mais
celle qu'il aalleguéesuffisoit
pour en empescher le Siege.
Les Troupes de Mr le Mareschal
de Catinat estoient nombreuses
,elles occupoient
toutes les montagnes, & si les
Alliez eussent assiegé Casal,
elles feroient descendues
dans la Plaine, auroient pris
Turin, & auroient mesme
pû avoir assez de tem ps pour
secourir Casal, dont sans ces
inconveniens, le Duc de Savoye
n'auroit pas esté niailtre
d'em pescherle Siege.
Le Comte de Passi General
des Trou p es derEnlpereur,
estant mortàMilan, a près
sept jours d'une fiévre maligne
-,
le Prince de Çommercy
n'eut ,pas si
-
tost
appris cette mort, qu'il partit
pour aller cçmmandejr
les quartiers d'Italie.
Quoy que l'Empereur ait
fait assurer le Pape que ses
Troupes n'entreprendroient
rien dans l'Etat Ecclesiastique
, Sa Sainteté n'a paslaisfé
d'envoyer les siennes sur
les frontieres, & Elle a mesme
expedié des Commissions
pour huit mille hommes
de nouvelles levées.
démonstrations de joye, tout
le Peuple esperant la mesme
protection qu'il areçûë de S.
A. S. Monsieur le Prince son
Pere, qui, pendant plusieurs
années qu'il a gouverné cette.
belle Province, &qu'il y a
tenu les Etats, luy a toujours
donné des marques d'une
bonté généreuse,en entrant
dans tous ses besoins, & dans
tous ses inrerefts, & servant
le particulier,ainsi que le general
,
de forte que la Noblesse
& le Peuple ont esté
également contens de la protection
,
dont ce Prince les
a honorez. Monsieurle Duc
voulant suivre les traces d'un
si grand Prince,aobtenu du
Roy que Sa Majesté remettroitcentmille
livres à laProvince,
sur le million que les
Etats ont promis ; ce que le
Roy a bienvoulu accorder à
la priere d'un jeune Prince de
son Sang, qui depuis l'ouverture
de la guerre presente
,
s'est exposé à une infinité de
perils pour son service
,
&
pour la gloire de l'Etat. Je
suis,Madame,vostre &c.
J04
Elégie. 115
Madrigal, 131
Dtfcours sur les Striges de RnJ/îe.
J3+
LeDormitif,Conte. jyz £Aiguicre ,
du mesme Auteur.
IS7
Difcoun de Mr lAbbè de Graneey
, en presentant le coeur de
Mademoiselle de Valois à la
Superieure du Val de Glace.
*S9
Pompe Funebre de Mademoiselle deDombes.163
Pompe Funebre de la Princesse de
Radz^vvill, avec diverfesparticuiaritez
fort curieuses, tou.
chant les usages de Pologne.
Jiifioire.18x173
Ce qui s'est pajjé à l'ouverture du
Parlement, de la Chambre des
Compta»& de la Cour des Ai-
Mdes.ariages.2j2z14. Prise du Fort de tlfle de Chio par
les Vénitiens. 267
ViHoire remportée par les Polonotât
274
Portrait de Mr l*Archevejque
dAIby. 2y7
Nouvelle Carte de France. 291
Morts. 297
Vrifes faites par nos Armateurs.
305
Articler des Enigmes. 310
Nouvelles dePiémont, 315
tsivis pour placer les Figures-
Le Plan de Castel-Follit
,
doit rc
Qualité de la reconnaissance optique de caractères