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1694, 10
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Eur.
511
m
1694.10
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$26.
1694,10
Eur
. 511m
Mercure
و ج م
Bibliotheca Palatina
<36624511400017
<36624511400017
ε
Bayer. Staatsbibliothek
33

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
OCTOBRE 1694.
A
PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grand'Salic
du Palais , au Mercure GalantO
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau &
Vingt- cinq fols en Parchemin,
BIBLIOTHECA
REGIA
DMDB. NSIS
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juſtice .
T. GIRARD , au Palais, dans la Grande
Salle , à l'Envie .
Et MICHEL BRUNET, Grand'Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. DC. XCIV .
Avec Privilege du Roy.
Q
*********
AVIS.
Velques prieres qu'on ait
faites jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas ay
manquer toûjours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelquesans
de ces Memoires dont on ne fſe.
peut fervir. On reitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour , pourvû
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
AVIS.
que
priefeulement ceux qui les envoyent,
& fur tout ceux qui n'écrivent
pour faire employer leurs noms dans
l'article des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'onfaffe ce qu'ils demandent . C'eft
fort peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup
pour un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure, a rétably les
chofes de maniere qu'il est toujours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir les paquets dé ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure, Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure
AVIS .
longtemps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées , mais auſſi
les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant.Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'ex-,
posent à le recevoir toujours fort
tard par deux raifons. Lapremiere .
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendre fi tôt qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant que l'on en faſſe le
debit; & l'autre, que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont lu eux & quelques
autres à qui ils leprefent , ils
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet,puis qu'il fe charge de faire
A iij
AV'IS.
lespaquets luy-mefme & de lesfaire
porter à la pofte ou aux Meßagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilferala mesme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite , ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à la fin
du mois , on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera executé avec
une exactitude dont on aura lieu
d'eftre content.
MERCVRE
GALANT
I
OCTOBRE 1694.
AMAIS Monarque n'a
efté plus Pere de fes
Sujets que le Roy , &
pourvû à tout ce qui peut
contribuer à leurs avantages
& à leur repos de plus de
manieres. Depuis que ce
A iiij
8 MERCURE
Prince regne , il a fait plufieurs
établiſſemens confiderables
pour les ſoulager, ſans
compter celuy des Hôpitaux
generaux dans la plus grande
partie des Provinces de Franque
la nature a rece.
Dés
fufé à la terre de quoy
faire
vivre
les plus
miferables
, il a
efté
au devant
de leurs
befoins
, & il les
a foulagez
. La Ville
de Dieppe
eftant
la
feule
qui
ait reffenty
de ru.
des
effets
des menaces
des
Anglois
, ce Monarque
pour
rendre
cette
Ville
plus
belle- qu'auparavant
, fournit
des
GALANT. 9
arbres de fes Forefts , donne
de l'argent de fon Epargne,
& fe prive de fes droits pendant
dix années . Si fa bonté
s'étend fi loin prefentement,
jufqu'où n'iroit- elle point
dans un autre temps ?
Comme il faut des mois
entiers pour eftre bien inf
truit de toutes les circonftances
de ce qui fe paffe
d'important dans les Pays
éloignez , je ne vous ay rien
dit jufqu'à preſent d'un illuſtre
Mariage. Le Comte de
Terin , Envoyé extraordinaire
de Mi l'Electeur de Baviere ,
10 MERCURE
ayant apporté au Prince Jacques
de Pologne , les pleins
pouvoirs d'époufer , au nom
de S. A. E. la Princeffe Fille
du Roy , on difpofa toutes
chofes pour cette grande ceremonie
, en forte que les
Fiançailles fe firent dans l'Eglife
de S. Jean deVarfovie , le
Samedy14.d'Aouft
à une heure
aprés midy , à la fin de la
Meffe pontificalement
celebrée
par le Cardinal Radziewski
, Archevefque de
Gnefne , Primat du Royaume
, à laquelle S. A. R. communia.
Le grand Autel eftoit
GALANT. II
paré des plus riches ornemens
, & le Choeur & la Nef
eſtoient rendus d'une tapifferie
rehauffée d'or & d'argent ,
reprefentant l'Hiftoire de la
Genefe , d'un ouvrage & d'un
deffein admirable . La Princeffe
tint table ce jour- là en
particulier , & aprés le difné ,
le Grand General de Pologne
vint complimenter
le
Roy & la Reine.
15.
Le les Gardes du Corps
de leurs majeftez & les Suiffes
s'emparerent de l'interieur
du Chafteau , & l'on
pofa les quatre Compagnies
12 MERCURE
des Janiffaires, des Hongrois,
des Seménes , & des Heyduques
, dans les cours , & fur
toutes les avenues. La Bour_
geoifie Françoife , Allemande
, & Armenienne , monta
à cheval , & aprés avoir faic
quelques tours dans la Ville ,
elle fe rendit au Palais Cazimir
, où déja le Prince Alexandre
& le Prince Conftantin
, & tous les Seigneurs Polonois
eftoient arrivez , pour
y prendre le Prince Jacques
qui y demeure , & le conduire
en Cavalcade au Chaſteau .
A fix heures du foir ces deux
GALANT.
13
Compagnies leftement vétues
& tres - bien montées
entrerent en bon ordre dans
la cour du Chaſteau , où ayant
fait quelques évolutions militaires
en prefence du Roy ,
qui eftoit àunefeneftre , elles
mirent en bataille . Peu de
temps aprés , arriva le Prince
à cheval , accompagné des
deux Princes fes freres , precedé
& fuivy d'un nombre
infini de Seigneurs , qui ayant
mis pied à terre au bas de
l'escalier , le conduisirent à
l'appartement du Roy. C'é
toic quelque chofe de fort
14 MERCURE
beau à voir que cette multitude
confule de Nobleffe ,
foit que l'on confideraft la
beauté furprenante des chevaux
, la richeffe de leurs
harnois , la plufpart garnis
de pierreries , foit qu'on fift
attention à la fomptuofité
des habits , tant à la Françoife
qu'à la Polonoife , foit enfin
que l'on regardât le grand
air de tous ces Seigneurs avec
une nombreuſe ſuite . Le
Prince , qui le jour des Fiançailles
avoit un habit à la
Françoiſe d'une étoffe d'or
à fond noir , & dont les bouGALANT.
15
tons du jufte- au corps étoient
de Diamans , parut le jour du
mariage , en habit à manteau
de meſme étoffe que le
premier
, chamarré de dentelles
d'argent , avec un bouquet
de plumes blanches . Les
Princes Alexandre & Conf
tantin eftoient vétus à la maniere
du Pays , mais tresrichement.
L'habit de la Princeffe
eftoit le jour des Fiançailles
d'un fatin couleur de
cerife , avec des agrémens
d'argent , & tout garny de
pierreries ; celuy du mariage
eftoit de moire d'argent avec
16 MERCURE
le Manteau Royal de meſme
étoffe doublé d'hermine , &
long de quatre aunes , le tout
enrichi de perles , de diamans
& d'autres pierres precieufes ,
avec une Couronne fermée
d'un tres -grand prix.

Le jour des Fiançailles on
avoit efté à l'Eglife par de
longues galeries de communication
entre deux hayes de
Gardes du Corps , de Suiffes ,
& des quatre Compagnies ,
dont je viens de vous parler ;
mais le jour du mariage on
traverfa à pied les cours du
Chafteau , fur de longues pie .
GALANT: 17
ces de drap d'écarlatte bordees
par les meſmes Troupés
, depuis le bas de l'eſcalier
jufqu'à Saint Jean par la
Ville. Cela fe fit au bruit du
canon , des Trompettes , des
timbales , & des tambours ,
accompagnez
d'inftrumens
guerriers à la Turque , placez
fur des Balcons dans la principale
cour , & qui ſe répondant
les uns aux autres , formoient
un concert tout martial
, qui mettoit la joye dans
tous les coeurs.
Aux fons aigus & perçans
des haut-bois des Janiffaires ,
Octobre 1694. B
18 MERCURE
& des clairons des Hongrois ,
fe joignirent les cris de Vive
le Roy , renforcez par les acclamations
de la populace ,
à l'afpect des fontaines jal
liffantes de vin de Hongrie.
Il y en avoit deux dans la
meſme cour. Au - deffus du
refervoir de ces fontaines ,
s'élevoient deux grandes ſtatuës
de Pallas , dont la premiere
avoit fur la teftele bonnet
Electoral , & à la main
droite un efponton , avec un
bouclier ovale au bras gauche
. Sur ce bouclier eftoient
en relief les armes de m² de
GALANT. 19
Baviere ; & l'autre avoit la
Couronne de Pologne , & un
Bouclier à l'antique , qui eft
l'écuffon de la famille du Roy.
A fix heures du foir on commença
à marcher dans l'ordre
fuivant. Les Carroffes de tous
les principaux Seigneurs
chacun attelé de fix chevaux ,
marchoient à la tefte de tout ,
faivis de deux carroffes du
Roy. Une Compagnie de
Marchands Armeniens vétus
à la Turque , venoient aprés ,
avec trois Compagnies de
Marchands Allemans , puis
un tres - grand nombre de
Bij
20 MERCURE
le
Gentilshommes des Staroftes
ou Gouverneurs , avec
plufieurs Officiers ; les Senateurs
, les marefchaux , & le
Treforier General ; le grand
General de Pologne
grand & petit General de
Lithuanie. Les Gardes du
Roy fuivoient , precedant la
Compagnie de Cavalerie , &
la Garde de Sa Majefté. La
marche eftoit fermée par plufieurs
autres carroffes de leurs
Majeſtez. Les rues depuis le
Chafteau jufqu'à l'Eglife
eftoient tendues de drap rou
ge , & bordées des deux côGALANT:
21
tez par les Gardes du Corps .
La
Nobleffe entra la premiere
dans l'Eglife , & fut fuivie
par les Senateurs Laïques ,
par le Clergé, le grand Treforier
, & le Chancelier. Le
Nonce du Pape marchoit enfuite
, puis le Roy , appuyé
fur le Referendaire & fur le
Capitaine de l'Artillerie , &
precedé du мarefchal de la
Couronne , du marefchal de
la Cour , & du Mareschal de
Lithuanie , avec la marque
de leur dignité , qui eſt un
grand bâton d'ébene garny
d'or en plufieurs endroits , &
22 MERCURE
enrichy de pierreries . Les
deux Miniftres de l'Electeur
de Baviere précedoient la
Princeffe, qui marchoit aprés
ce Monarque , donnant la
main droite au Prince Jacques
, & la gauche au Prince
Alexandre. Son Manteau
Royal eftoit porté de deux
en deux par huit Dames ,
Femmes de Senateurs , & le
bout par Mademoiſelle Vielopolski
, Niéce de la Reine ,
& Fille du feu grand Chancelier
de la Couronne. La
Reine fuivoit de prés la Princeffe
, eftant couduite à la

GALANT. 23
droite par le Prince Conftantin
, & à la gauche par M
l'Abbé de Polignac , Ambaſ
fadeur extraordinaire de France.
Sa Majesté eftoit fuivie
de la grande Chanceliere de
la Couronne fa Soeur , & celle-
cy de toutes les Dames
de la Cour & des Filles d'honneur
chacune en fon rang.
La parure de toutes les Da.
mes eftoit magnifique , & ce
n'eft que dans une occafion
femblable , qu'on peut voir
tant & de fi belles pierreries
raffemblées fur les plus riches
étoffes.
24 MERCURE
Quand on fut arrivé à l'Eglife
, où le Cardinal Radziewski
, affifté de huit Evel
ques en Mitre & en Croſſe
s'eftoit rendu , leurs Majeſtez
fe placerent fur un Trône
qu'on leur avoit préparé à la
droite du Choeur , pendant
que la Princeffe & les Princes
s'avancerent vers le marchepied
de l'Autel , où aprés le
Veni Creator , chanté
chanté
par
Mufique de la Chapelle , on
lut tout haut les Pouvoirs de
Monfieur l'Electeur ; aprés
quoy le Cardinal donna la
Benediction nuptiale. La tenla
ture
GALANT. 25
ture de drap fut cependant
déchirée , & partagée par les
Soldats , felon la coutume.
L'Eglife , quoy qu'affez grande
, ſe trouva fi remplie de
gens de tout âge , lexe &
condition que plufieurs Dames
ne pouvant y avoir place
, furent obligées de monter
dans des Tribunes vitrées ,
qui regnent tout le long du
cofté droit de ce Temple. La
Princeffe Royale , qui malgré
fa groffeffe & fa fiévre voulut
affifter à la ceremonie , occupa
avec S. E.M' le marquis ,
Pere de la Reine , une de ces
Octobre 1694. C
26 MERCURE
Tribunes , entre l'Autel & le
Trône de leurs majeſtez .
La Cour eftant revenue par
les Galeries au Château , dont
tous les appartemens eftoient
meublez fort fuperbement ,
& parfaitement illuminez ,
leurs Majefteż & leurs Alteffes
Royales jufqu'à l'heure du
fouper receurent les complimens
fur ce qui venoit de fe
paffer. Dans l'enfoncement
de la grande Salle de la Diette
, fur une Eſtrade élevée de
trois marches , & couverte
d'écarlate , avec un tres - magnifique
Dais au deſſus , on
GALANT.
27
avoit pofé une table pour
leurs Majeftez , la Maiſon
Royale , le Nonce du Pape ,
&
l'Ambaffadeur de France ,
aufquels on donna des fauteüils
. M' le Marquis d'Arquien
, fur une indifpofition
fe difpenfa de s'y trouver.
Cette table fut fervie par les
Officiers de la Couronne. Le
Roy placé immediatement
fous le Dais dans un grand
fauteuil de Vermeil doré, garny
de velours cramoifi , avec
degroffes crefpines d'or, avoit
à la droite la nouvelle Ele
&trice , le Prince Royal , & le
C ij
28 MERCURE
Nonce du Pape , à ſa gauche ,
la Reine, les deux jeunes Princes
, & l'Ambaffadeur de France
. Sur les coftez de la mefme
Salle on avoit dreffé deux
grandes tables de foixante
couverts chacune, l'une à droi
te pour les Generaux , les Of
ficiers de la Couronne , & autres
Grands , & l'autre à gauche
pour les Dames. Il y en
avoit encore plufieurs dans
des chambres voifines pour le
refte de la Cour. A cofté de
la table de leurs Majeftez ,
dans l'embrafure d'une feneftre,
eftoit une espece d'AmGALANT.
29
phitheatre
, où l'on avoit pla
cé la Simphonie
. Trois étages
de larges tabletes , avec des
tables qui leur fervoient
de
bafe , formoient
le Buffet , &
occupoient
trois coſtez d'une
Salle quarrée, proche celle
où l'on mangeoit
. Le premier
de ces étages fe trouvoir plus
accablé qu'orné par quantité
de gros vales , la plufpart cifelez
, avec de grandes girandoles
entre-deux. Le fecond
eftoit garny de vaſtes & pefans
baffins , dont les vuides
fe rempliffoient
par autant
de piles de Vaiffelle , & le
C iij
30 MERCURE
troifiéme, par un grand nombre
de Vafes à l'antique de
toutes façons , coupez par
un pareil nombre de flambeaux
garnis de groffes bougies
, le tout d'argent & de
Vermeil.
Je ne vous dis rien de la
profufion & de la delicateſſe
des viandes & des entremets
dont toutes ces tables furent
couvertes , non plus que de
la rareté des fruits & des confitures
qui les releverent . Les
Vins les plus exquis de Hongrie
, d'Italie & de France ,
auffi- bien que les Liqueurs
GALANT. 31
& les Eaux glacées , y furent
moins diftribuez que prodiguez.
Aprés ce fplendide repas
, qui fut reiteré les deux
jours fuivans avec la mefme
magnificence , il y eut un Bal
qui dura jufques au jour .
Le 16. & le 17. aprés dîné,
leurs Majeftez & leurs A.
R. receurent de nouveaux
complimens , accompagnez
des prefens qu'on a coutume
de faire dans une pareille occafion
. Ils firent connoistre
veritablement le profond ref
pect & la veneration des Seigneurs
& des Grands du
C iiij
32 MERCURE
Royaume pour leurs Majeftez.
Ce fut à qui en donneroit
des marques plus convaincantes
par la richeſſe , la
galanterie, & le bon gouft des
Bijoux qu'on prefenta . Le 18.
pour diverfifier les plaifirs ,
on tira fur la Viftule un grand
Feu d'artifice qui reprefentoit
un Vaiffeau de guerre
avec tous les agrés . Sur les
voiles , pariny les cordages , &
le long de fes mafts , on lifoit
quantité d'Infcriptions ,
Deviſes , d'Emblêmes & de
Chifres convenables au fujet.
Le 19. on reprefenta unOpera
de
GALANT . 33
dre
Italien avec des changemens
de decoration , & plufieurs
entrées de Balet dans les Entre-
actes. A la fin de ce divertiffement
, qu'on a eu plus
d'une fois , on fervit un magnifique
Ambigu, où chacun
eut entiere liberté de prenpart
. Le 22. pour achever
la pompe de cette Fefte ,
Prince de Radzevil , Neveu
du Roy , traita magnifique .
ment tous les Seigneurs de la
Cour ; en quoy il fut imité
le 24 par le Prince Sartoreski ,
l'un des plus magnifiques
Seigneurs de Pologne . Les
le
34 MERCURE
à
autres doivent faire tour
tour de pareils regales . On
m'apprend que ce fut l'Evef
que de Polin , & non le Cardinal
Radziewzki , qui fit
la Ceremonie du Mariage .
Voicy des Vers fur la Profeffion
faite depuis peu par
Mademoiſelle de Maunay ,
feconde Fille de M' le Marquis
d'Etampes. Ils font de
Mr l'Abbé Nadal , dont on
doit fouhaiter de voir les
Ouvrages , puis qu'il ne fait
rien qui ne merite l'approbation
des Connoiffeurs , foit
en Profe , foit en Vers.
GALANT.
35
5522555 525 25SSZZZ 2555222
A MADEMOISELLE
DE MAUNAY .
LA
A Foy, fage Maunay , vous
pretant fa lumiere,
Vous a conduite enfin au bout de
la carriere,
Г
Et voftre coeur s'engage en ce celebre
jour,
Afairepar devoir ce qu'il fait par
amour.
En vain l'éclat trompeur d'une illuftre
fortune ;
En vain dans le fejour d'une Cour
importune.
Le luxe , les honneurs , les charmes
, les plaifirs
36 MERCURE
Venoient fe prefenter à vos jeunes
defirs.
Vous n'avez eftimé que les biens de
la Grace.
Vous fçavez qu'il n'eft point de
grandeur qui ne paſſe ,
Et que malgré l'éclat qu'on cherche
avec ardeur , [ deur ;
L'humilité devient la folide gran-
Que l'on doit moins prifer dans un
degré fuprème ,
Le fang de fes Ayeux que les eaux
du Baptefme ;
Que de tous les trefors étalez à nos
yeux I cieux ;
La parole facrée eft le plus pre-
Que le filence exact où ce voeu vous,
engage,
Eft avec le Seigneur un éternel lan-
[ perit ,
gage ,
Que l'unique beauté qui jamais ne
GALANT.
37
Eft d'exprimer en foy les traits de
Lefus - Chrift ,
Qu'enfin de quelque rang dont vous
fulliez jaloufe ,
Il n'eft rirn de fi beau que d'efire
fon Epoufe.
Ainfi de fa maifon fe déroba
Rachel
I d'Ifraël,
Pour fuivre fon Epoux, & le Dieu
Et n'offrant de l'encens qu'au Souverain
des eftres,
Ofa fouler aux pieds les Dieux de
fes Anceftres.
Oxy , quelque attrait en luy qui
nous puiffe fraper ,
Le monde fur fes biens devroit nous
détromper.
Contre tous fes honneurs & contre
tous fes charmes,
Ce fuperbe Ennemi peut nous préter
des armes,
38 MERCURE
Et qui de la raison ouvre fur luy
les yeux,
Y rencontre à la fois mille objets
odieux.
Injuftice, intereft, cruauté, perfidie,
La tendre enfance mefme aux crimes
enhardie ;
De mille palions les Mortels combattus
,
Et tout eft faux en eux juſques à
leurs vertus.
Du fond da fiecle ainfi la Sageſſe
Suprême
Nous tira des fecours contre le fiecle
mefme ,
Et nous menant au Ciel par de fecrets
chemins ,
Fit fervir le defordre au falut des
Humains .
Heureux qui comme vous adorant,
fes maximes,
GALANT.
39
Sauve fi jeune encor fon coeur de
tant de crimes ,
Et qui fans lay laiffer le temps de
s'avilir
Cherche la folitude , & court s'enfevelir.
C'est alors qu'à fon Dieu , qu'à foymefme
livrée,
Des douceurs de la Grace une ame
eft enyvrée ,
Et dans le faint tranſport de fes
vives ardeurs
Met parmi fes plaifirs d'innocen
tes rigueurs .
Là d'un folide efpoir s'ouvre une
heureufe voye. [ pure joye,
C'est là que l'on jouit d'une auffi
Qu'au fortir de l'Egypte en goûtoit
Ifraël ,
Zibre du joug affreux d'un Prince
criminel.
40 MERCURE
Mais c'est peu qu'au Seigneur vofre
fagelle immole
Du fiecle corrompu la dangereufe
Idole,
Iufqu'en ces murs facrez redoutez
les attraits
Et , s'ilfe peut encor , ne le voyez
jamais.
Dans le coeur qui l'écoute il répand
fes ufages , [ images,
Il offre quelquefois de flatenfes
Et convrant a vos yeux milleperils
preffans ,
Doit vous rendre fufpects fes difcours
innocens.
Dans fon filence ainfi Iudith enfevelie
,
Au milieu des honneurs que luy fit
Bethulie ,
Tout fentiment d'orgueil en elle
s'étouffant,
GALANT 41
Craignit les cris Aateurs d'unpeuple
triomphant.
De ces lâches Chretient loin d'icy
la foibleffe, [ jeunelle,
Qui déplore chez vous la beauté , la
Et qui s'effarouchanı de tant d'auferité
,
Croit qu'on immole en vous la Fille
de Iephré.
Que dans le choix heureux que vo.
fre coeur embraſſe ,
Ils reſpectens au moins l'ouvrage
de la Grace ,
Es que moins éblouis d'un periſſaż
ble éclat ,
Ils tentent la grandeur de ce now,
vel estar.
Iamais rien ne parat plus digne de
Dien mefme ,
Rien ne nous peignit mieux fa majefte
fupreme ,
Octobre 1694. D
42 MERCURE
Que l'humble abaiffement d'un
Dieu crucifié,
Que fon amour pour nous avoit
facrifié.
De quelque efpoir flateur dont un
coeur s'entretienne,
Rien n'eft plus digne auſſi d'une
Fille Chreftienne ,
Que le Ciel fit fortir du fein de la
faveur,
Que l'humble & pauvre eftat qu'a
choifi le Sauveur.
En vous apprenant dans
ma Lettre du mois de Mars
dernier , l'accident extraordi
naire arrivé au Fauxbourg de
Sainte Savine de Troyes en
Champagne à l'occafion
GALANT.
43
d'un puits , où trois hommes
qui y defcendirent , perirent
l'un aprés l'autre , j'affuray
ceux qui auroient des lumieres
fur ces morts précipitées,
qu'ils pouvoient m'envoyer
leurs fentimens
, & que j'au
rois foin d'en faire part au
Public. Il eft jufte que je
tienne ma parole, en publiant
ce que M Gachet , Apothiquaire
de Saujon en Xaintonge
; a écrit fur cette matiere .
Je vous l'aurois envoyé plû
toft , fi j'avois pû reculer
d'autres articles qui ont rem
ply mes dernieres Lettres ,
Dij
44 MERCURE
Voicy ce que j'ay receu de
luy.
LA
Accident arrivé dans le
puits d'Edme Gilbert , Capitaine
de Charroy , demeurant à
Troye , eft fort ſurprenant &je
n'ay pas remarqué que l Hiftoire
nous ait fourny un femblable
exemple ; mais quoy que j'aye
beaucoup d'eftime pour les illuftres
perfonnes , dont les fentimens font
rapportez dans le Mercure Ga .
lant du mois de Mars dernier ,
j'oferay dire qu'il faut chercher
plus loin qu'ils n'ont fait la caufe
de ce funefte accident , que l'on
GALANT. 45
Je
trouverafans doute , fi on fouille
dans les entrailles de la terre.
diray que la mort de ces trou
hommes ne peut avoir eſté causée
enfi peu de temps par lafroideur
du puits , quelque grande qu'elle
fuft , puis qu'on peut demeurer une
heure dans les eaux d'Amboife ,
qui font beaucoup plus froides à
caufe de leur profondeur, que n'eft
un puits de fix toifes . Fefçay bien
qu'on affocie à cette froideur la
vapeur d'un nitregroffier&épais,
& qu'on pretend mefme que ce
nitre fe foit introduit dans les
glandes milaires de la peau , &
de là dans les veines & arteres
46 MERCURE
quiy aboutiffent. Cefentiment
eftplaufible , à la verité, mais il eft
opposé à l'experience , parce qu'il
eft impoffible qu'une vapenr acide,
auffigroffiere que celle qu'onfuppoſe
, puiffeficherfes pointes dans
les pores de ces glandules , & de
làfe communiquer dans les veines
dans les arteres , qui font revêtuës
de quatre tuniques dont les
poresfont affez ferrez pour coagu
ler le fang, & arrefter le mouvement
de la circulation , & caufer
la mort enfuite ; car quand ilferoit
vray que cette vapeur nitreufe
auroit forcé toutes ces barrieres,
qu'elle fe feroit fait fentir dans
GALANT. 47
des au-
Les petits vaiffeaux, & qu'elley
auroit mefme figé le fang , elle
n'auroit pas empêché que le fang
ne circulaft dans les grands , &
cette malignité ne fe feroit tour
au plus communiquée au coeur
par ce moyen , qu'à la faveur de
la circulation , de mefme quefait
levenin des Serpens ,
tres animaux veneneux. Fe/çay
bien auffi que ll''oonn prétendquecet
airfroid & nitreux eftant attiré
par la refpiration , a beaucoup
contribué à la mort fubite de ces
trois hommes , parce que c'est
propre des acides de figer & de
coaguler lefang; mais comme le
le
48 MERCURE
grand froid qu'on fuppofe peut
empefcher l'action du nitre en
émouffant fes pointes , on ne peut
pas luy attribuer cet effet pernicieux
, car tous les bons Chimiftes
tiennent que le nitre deluy- même
eft incombustible, & qu'il ne contient
aucunes parties fulphurées.
Ainfi il nepeut agir , s'il n'eft mis
en mouvement par quelque chaleur
, comme je l'ayfait voir dans
le petit Livre quej'ay composécontre
la maladie contagieuse qui eft
aux Ifles de l'Amerique. On ne
peut pas dire icy que la chaleur
naturelle amis cet acide en mouvement
, puis qu'on pretend qu'il
l'a
GALANT 49
l'a éteinte fubitement parſa frigidité.
Pour ce qui eft des vapeurs
mercurielles
arfenicales , il y a
auffi beaucoup de vray femblance
; mais quand on aura bien examiné
à fond ce fentiment , on
trouvera qu'il n'eft pas tout àfait
jufte , puis que s'il eftoit vray
qu'il y eust dans ce puits des veines
de terres qui fourniſſent une
vapeur mercurielle & arfenicale ,
il est vray . Semblable de croire
que ces vapeurs eftant tres- vola
tiles , comme provenant de deux
alkalis abfolument volatiles , infecteroient
empoisonneroient
ceux qui regarderoient dans ce
Oct.
1694.
E
50 MERCURE
les
puits , car lepropre des chofes voi
Latiles eft de fe porter en haut, &
non pas de fe fixer aux parties
baffes de la terre. De plus , nous
fçavons que les alkalis vola.
tiles particulierement , ont une
force merveilleufe pour rompre
pointes des acides , qu'ils s'embaraffent
avec eux, les abforbent,
&les détruifent,& que les acides
auffi détruifent les alkalis eg leur
ôtent la force en rempliffant leurs
pores , en écartant & en divifant
leurs parties , de maniere que les alkalisfont
la mortification des acides
, & que lesacides font la mortification
des alkalis, Ainfi ny les
GALANT. SI
vapeurs groffieres & épaiffes du
nitre , ny les vapeurs mercurielles
arfenicales
n'ont pû produire
cet effet , outre que l'arſenic ne
tuë point les chiens non plus que
le Mercure , & que leur vapeur
n'éteindroit
pas la chandelle. On
pretend encore que le violent
exercice quefaifoient actuellement
ces gens de travail , air diffipé une
grande partie des efprits , en forte
que les forces du corps n'ont pas
esté fuffifantes. pour refifter à la
frigidité
malignité de cette vapeur
; mais fi on fait reflexion
que les Athletes dont parle Hipocrate,
estoient rendusplus forts
E ij
52 MERCURE
robustes par les violens exercices
qu'ils faifoient continuellement
, on ne croirapas qu'un exercice
moderé ait contribué à la mort
de ces trois hommes. D'ailleurs ,
ceux qui s'exercent à la paralyfie
de Platon frequemment reïterée ,
fuent pour le moins autant que les
gens de peines ; & l'épuisement
des efprits en est beaucoup plus
grand ; car outre la diffipation
infenfible qui s'enfaitpar la tranfpiration
, il s'en fait encore une
fenfible & grande évacuation.
Cependant on a vu plufieurs fois
ces fortes de gens , aufortir de cet
exercice , boire plus d'une pinte
GALANT.
53
d'eau froide , penfant par ce moyen
éteindre la grande chaleur qui
les preffoit , & mefme ils fe vont
fouvent baigner dans des eaux
courantes , fans que la mort s'en
enfuive ; deforte que les moyens
cy- deffus établis ne peuvent eftre
vray-ſemblablement la caufe de
cette foudaine mort, Cela posé
pour incontestable, il en faut cher .
cher une raifon plus folide , &
dire avec Trifmegifte , qu'ilfefait
dans les entrailles de la terre , par
moyen d'un feu central , une
calcination des Metaux & des
Mineraux , beaucoup plus forte
plus active celle de nos
le
que
É iij
$4 MERCURE
en
fourneaux ordinaires . Dans le
temps de cette calcination ilfefait
une détonation fi forte & fi violente
, qu'elle pouffe une vapeur
avec une tres- grande impetuofité,
forte que bien fouvent elle fe
fait jour à travers les terres les
plus denfes les plusferrées. Il
y a quelque apparence qu'auprés
du puits dont eft question , ils'eft
allumé un feu fouſterrain par
moyen des matieres combustibles
qui s'y font rencontrées . Ce feu
peut encore s'y eftre communiqué
par le frottement du fer qui eft
attaché aux cordes du puits contre
quelques pierres ou cailloux de ta
le
GALANT.
55
"
*
paroy , qui ayant excité quelques
étincelles ces détincelles ont efté
attirées dans les canaux ouverts
par un bitume ignée , femblable
au Naphta ou au Maltba des
3
Anciens , qui avoit proprieté
d'attirer le feu , comme l'Aiman
fait le fer. Le feu s'eftant ainfi
allumé comme une grande fournaiſe
, envoye des fumées mali.
gnes & mortiferes dans le puits,
par le moyen des canaux qui y
aboutiffent. Ces fumées frapant
avec impetuofité la paroy vis
vis , circulent tout autour ,
environnent l'endroit d'où elles
3
font forties , ne peuvant s'élever
E
iiij
56 MERCURE
aux parties fuperieures du puits,
foit faute d'air exterieur, ou par le
peud'efpace qu'ily a dans la circon.
ference , ou enfin , parce que peuteftre
ces
fuliginofitez font accom
pagnées d'an efprit alumineux ,
qui fort avec les fumées bitumineufes
, & fixe en quelque façon
la
volatilité des
vapeurs fulfurées,
les retient
circonfcrites dans
un certain espace du puits. Ce qui
me feroit avoir du
panchant pour
cefentiment , c'est que la chandelle
allumée y eft éteinte , & qu'il n'y
a proprement que l'alum qui puiſſe
produire cet effet. Ce n'est pas
que la groffe & épaiffe vapeur
GALANT.
57.
Sulfurée qui fort des veines de l'a
terre occupant un certain efpace ,
n'empêche parfes parties rameufes
que l'air exterieur ne s'y communique
, pour entretenir le feu
des flambeaux , qui ne peuvent
fubfifter fans fon fecours , lefquels
en eftant privez font contraints
de s'éteindre ; & ce font auffi ces
mefmes vapeurs malignes qui ont
Suffoque ces trois hommes , le
chien & le chat , en rempliſſant
les bronchies de leurs poumons
d'une fumée onctueuse , qui ayant
enflamé obftrué ces petits conduits
, fe communiquant à la
premiere infpiration juſques au
58 MERCURE
coeur , y ont figè & coagule le
fang dansfes ventricules , car les
vapeurs fulfurées font toujours
accompagnées d'un acide ; de ma
niere que fe trouvant engorgé, il
ne peut faire d'affez fortes contractions
pour fe defaire de l'ennemi
qui le molefte. Ainfi l'animal
eft contraint de tomber dans une
fincope mortelle. Cette verité eft
fi conftante , que l'écume qu'on a
appercenë à la bouche de ces trois
hommes , le confirme incontefta
blement ; car, comme dit Hipocrate,
ceux que quelque accident
fuffoque , & qui ne font pas
encore morts , ne rechapeGALANT
.
59
ront jamais s'il arrive que
l'écume leur vienne à la bouche.
Auffieft- il vray que L'écume
à la bouche d'une perfonne
qu'on étrangle ou qu'on étouffe, eft
une marque certaine que le poumon
ſouffre une grande violence;
car les maux , dit Galien , qui
caufent la perte de l'action
de quelque
partie principale
fans laquelle
l'animal ne peut
vivre,attirent la mort . Mais ce
n'est pas tout , il faut encore ajoûles
vapeurs bituminenfes
s'introduifant
dans les nerfs olfactoires
, communiquent
leur ma-
·lignité au Cerveau , y fixent
ter
que
60 MERCURE
les efprits par leurs parties falines
, qui ont unee.qualitéStyptiques
de là s'infinuant dans les nerfs
quiportent les efprits animaux au
coeur , en bouchent les conduits ;
de maniere que le coeur ne recevant
plus d'efprits animaux, &
n'ayant plus de commerce avec le
cerveau, ceffe d'agir, & auffitoft le
malade meurt. C'eft de ce commerce
que dépend principalement la.
circulation dufang, la vie de
l'homme. Onpeut dire encore , que
les nerfs de l'odorar estant ainsi
frapezpar l'odeur puante de cette
fumée fulfurée , qui eft acre &
corrodante , communique d'abord
GALANT.
61
fa malignité aux nerfs de la cinquiéme
paire , qui fe répandent
fur la langue , & caufent un
grand ébranlement à cette partie,
qui y attire beaucoup deferofitez,
les vaiffeaux falivai- parce que
res , qui font alors preſſez
par
la contraction
des anneaux
nerveux
qui les environnent
, font
couler la falive à la bouche , qui
eftant agitée par ces efpritsfulfureuse
,fe fermente
en quelque
façon
, & produit
l'écume
qu'on a
apperceuë
à la bouche de ces trois
hommes
. Si on les avoit liez
à la corde du puits , qu'on les
euft retirez
auffi toft qu'on leur
62 MERCURE
a ouy rendre les derniersfoupirs,
qu'on les eust exposez à un grand
air & au Soleil, comme on fit le
chien , & qu'on leur eust fair
prendre des efprits volatiles de
viperes , & defel armoniac , peuteftreferoient-
ils revenus , non pas
par
parce que legrandfroid avoitglacé
& coagulé leur fang dans les
poumons , dans le coeur ; mais
parce que l'airdélié & volatilizé
La chaleur du Soleil ,
qu'ils
auroient respiré , auroit dû par
fa fubtilité diffiper l'air épais &
onctueux qui leur bouchoit les
conduits de la refpiration
, comme
nous le voyons par experience ,
GALANT. 63
lors que nousfaifon's quelques préparations
de Chymic , où ily a du
fouphre , ou quelques matieresful
phurées , dont la vapeur eftant
attirée dans nos poumons embarraße
incontinent noftre respiration
; jufques - là qu'il faut que
nous ayons recours à un grand air
& frais , pour en eftre délivreZ:
Par ce moyen ils auroient peuteftre
repris leurs forces , quoy que
j'aye peine à le croire. Pour ce qui
regarde le bafilic , & le fumier
qui eft prés du puits , on ne doit
pas donner là - dedans. L'experience
qu'on a faite au mois de
Janvier , de la Poule - d'Inde
64 MERCURE
qu'on
on a retirée en vie , & du
flambeau allumé, eft remarquable.
Cela vient apparemment de ce
que la matiere combuſtible eſtoit
tout à fait confumée ; ainfi la
caufe eftant oftée , l'effet ceffe.
Mais , dira quelqu'un , pourquoy
les animaux qui beuvoient actuellement
de cette eau n'en ont - ils
point efté endommagez ? Il eſt
vray femblable que ces vapeurs
estant dans un continuel mouvement
, fe foutenoient fufpenduës
parelles mefmes, & ne pouvoient
eftre precipitées au fond par la
froideur du puits , mais quand
mefme elles fe feroient incorporées
GALANT. 65
dans laſubſtance de l'eau , elles ne
pourroientpas faire cet effet , tant
parce que leur mouvement feroit
ceffé , que & leurs partiesferoient
divifées , que parce qu'il eft vray
que les chofes bitumineuses fulfurées
ne font point du tout de
mal aux animaux , eſtant meſme
priſes en ſubſtance , mais au con ,
traire elles les foulagent en plufieurs
maladies. sias: f
Commej'achervois ce diſcours ,
un de mes amis eftant entré dans
mon cabinet , & ayant jetté les
yeux fur le Mercure Galant qui
eftoit fur ma table , le hazard
fit qu'il tomba preciſément for
Octobre.
F
66 MERCURE
l'endroit de l'accident arrivé à
Troyes. Aprés l'avoir lû il me
dit qu'une pareille avanture eftoit
arrivée dans la Paroiffe de Saint
Georges , prés de Royan en Sain.
tonge , au Village dé Didonne ,
ily avoit prés de dix ans ; ce qui
m'obligea d'y envoyer mon fils
aifné pour en apprendre les circonftances.
Il me rapporta le len-·
demain que vers la fin de Septem .
bre de l'année 1685. la plus grande
partie des puits s'eftantfechez , le
nommé Luneau , Maiſtre de Bar,
que craignit que le fien ne fechaft
auffi Ainfi comme ilfe trouva le
feul du Village qui avoit de l'eau ,
GALANT. 67
il ne voulut point fouffrir que les
voisins y vinffent puifer , depeur
qu'on ne l'épuifaſt. Cela obligea
un mal - intentionné dy jst
ter une cruche d'huile de poiffon ,
afin d'infecter l'eau qui eftoit.
tres-bonne , ce qui réuffit deforte
quenepouasantplus en boire, deux
hommes entreprivent de le curer.
L'un fe nommoir Charles Moncher,
Laboureur âgé de trente ans,
& Pautres \Paul Chardavaine
Matelot âgé de vingt trois ans •
Ces deux hommes n'ayant pú le
nettoyer du premier. jour parce
que le puies a treize roifes de pro
fondear, ils s'aviférent lefoir d'y
Fij
68 MERCURE
jetter quantité de Rouches allu .
mées , efperant par ce moyenfaire
brûler confumer l'huile de poif
fon pendant la nuit . On appelle
Rouches en Saintonge
de grandes
berbes qui viennent dans des lieux,
marefcageux . Les Payfans les
amaffent , & s'enfervent à faire
de la litiere à leurs beftiaux , ils
lesfont mefme brûler en plufieurs
endroits ,faute de bois . Le lende
main un des deux defcendit dans
cepuits , comme le jourprecedent ,
il nefut pas plutoft en bas ,
qu'il mourut. Son Compagnon
croyant qu'il fust tombé en foibleffe
, defcendit incontinent
GALANT. 69
que
aprés luy , mais il fut à peine à
buit ou neuftoifes, qu'il leva un
bras en haut , & tomba mort
comme l'autre , au fond de ce
puits. Tout le Village s'affembla
pour retirer ces deux hommes , ce
l'on fit avec des crochets Le
puits a efté enfuite quelque temps
fans eftre puife; mais enfin on l'a
curé jusqu'au fond , & l'eau eft
prefentement auffi bonne que ja
mais, Il est question de découvrir
la caufe de la mort fubite de ces
deux hommes. Il faut fçavoir
pour cela qu'auprés de ce Village
il y a un grand marais qui eft
abreuvéd'un espece de Lac , du
70 MERCURE
quel il s'éleve en certain temps des
vapeurs afphaltiques &fulfurées
fort puantes. Les Rouches dontfe
fervirent ces deux hommes avoient
efté prifes dans ce marais , &im .
bues & penetrées de cette vapeur.
maligne , elles ne commencerent par
plutoft à brûler dans le puits , que
le feu ayant mis en mouvement
les parties falines & bituminenfes
jointes à l'huile de poiffon , qui
s'eftoit auffi enflamee , remplit la
partie baße du puits de fuméès
épaiffes & gluantes , qui n'a-
1
voient pu s'élever fe diffiper
pendant la nuit , parce qu'elles
s'eftoient accrochées & entre lafGALANT.
A
fées par leurs parties rameufes
deforte que l'on ne doit pas eftre
furprisfices deux hommes dėmen
rérent fuffoquez auffi 'roft qu'ils
furent prés dufonds du puits Ces
odeurs ferides onctueufes s'étant
communiquées par les nerfs
de l'odorat à la neuvième paire,
s'infinuerent dans les nerfs recurrens,&
empêcherent la voix,&
´s eſtant auffi portées au poumon
& au coeur par la respiration
elles firent auffi tost tomber l'un
l'autre dans une défaillance
mortelle,fast pl
- Eftans allé à Xaintes pour
quelque affaire ,j'ay trouvé dans
72 MERCURE
mon Auberge un Ecclefiaftique de
Niort , où il eftoit arrivé , à ce
qu'il m'a dit , une avanture femblable.
Il y a environ cinq ans
qu'un Cordonnier , nommé Bonnet
rouge par fon nom de guerre ,
fit faire un puits dansfon jardin
à la Porte de S. Jean . Lors qu'on
fut environ à fix toifes bas , celuy
qui piquoit tomba mort en un inftant.
Un autre quitiroit les de
livres hors du puits , croyant qu'-
un mal de coeur l'avoit pris , def
cendit aufond du puits , où ilexpira
fur l'heure de la mefme forte,
ce qui étonna beaucoup le Cordonnier.
Son Fils voulut abſolument
GALANT. 73
que
le
ment y defcendre, & aprés avoir
" pris quelque prefervatif , & mis
fur luy quantité d'odeurs , ilfefit
attacher à la corde , & eftant
deſcendu au fond , il n'eut
temps de s'écrier , tirez moy
vifte , ou je fuis mort . En effet
eftant tiré du puits il fut plus de
trois heuresfans nul mouvement;
mais eftant enfin revenu à luy
• par le fecours qu'il recent , il dir
qu'il avoit efté incontinent ſuffoqué
par une odeur tres puante ,
femblable à la fumée de la forge
d'un Maréchal. Il est encore vivant
, & le puits n'avoit point
d'eau.
Oct. 1694. G
74 MERCURE
Il est arrivé l'hiver dernier
une particularité digne de remar
que , dans le Bourgde S. Romain
prés de Saujon en Xaintonge. Le
nomme Pierre Begnier l'aifné ,
Cabaretier, ayant mis fixpoulets
éclos depuis deux jours , auprés
du feu , à cause du grand froid ,
l'un des fix chanta fort diftinctement
trois fois de fuite , & un
moment aprés il chanta encore
deux fois , ce que tous ceux qui
eftoient dans la chambre entendirent
avec un fort grand étonnement.
GALANT. 75
J'oubliay de vous dire le
mois paffé , que M ' l'Abbé
de Saulx , nommé à l'Evefché
d'Alez , avoit efté facré le
Dimanche 29. d'Aouft à
Montpellier , dans l'Eglife des
Dames Religieufes de la Vifitation
, par M' le Cardinal de
Bonzi , affifté de Mrs les
Evefques d'Uzez & de Lodeve.
Ce Prelat eft d'une Famille
des plus anciennes & des
plus nobles du Poitou . 11
eftoit Docteur aggregé en
Sorbonne , où il s'eft acquis
un profond fçavoir , & il
a donné tant de marques
Gij
76 MERCURE
de fon zele pour la Religion
& pour le bien de
l'Etat , dans plufieurs Mif.
fions où il a travaillé avec
fuccés , que Sa Majeſté , qui
ne fe trompe jamais , n'a pas
jugé pouvoir faire un meilleur
choix que de fa perfon.
ne pour un premier Evefque
de ce nouveau Dioceſe , où
l'Herefic avoit jetté de fi profondes
racines ; mais fi cet
Abbé avoit merité la grace
que le Roy luy a faite , la Ville
d'Alez n'eftoit pas indigne
de la diftinction qu'il a plû
à Sa Majefté de luy accorder,
GALANT. 77
en y établiffant le Siege principal
de ce mefme Diocefe ;
car outre qu'elle eft Capitale
des Cevenes , M de Mandajors
, qui en eft Maire , & qui
en cette qualité doit s'inte
reffer à ce qui la touche, vient
de découvrir que c'eft la fameufe
Alezia , dont Cefar
raconte le Siege au feptiéme
Livre de fes Commentaires ;
fur quoy il compofe un Ouvrage
qui contiendra un
grand nombre de recherches
tres- curieufes touchant plufieurs
Peuples , Villes & Provinces
, avec une nouvelle
G iij
78 MERCURE
route de Cefar dans les Gaules
pendant la Campagne du
Siege d'Alefia , qui n'eft pas
écrit Alexia dans le Manuf
crit du Vatican , fuivant la remarque
de Fulvicus Urfinus .
Il prétend y faire voir que
les Legions Romaines n'eftoient
pas à Sens , à Langres,
ny à Treves à l'arrivée de Cefar
au deça des Alpes , comme
l'on a cru jufques icy ;
mais du cofté de l'Ocean , où
eftoit Agendicum , qu'on a pris
pour Sens , & les Senonois
auffi , fuivant le mefme Cefar
& Prolomée. En effet, fi cela
GALANT. 79
Ce
OU
ס נ
OIS
e.
ue
n'avoit pas efté ainsi , on
feroit fort en peine de rendre
raifon pourquoy Ceſar partant
de Languedoc alla tra ,
verfer les montagnes des Ce
venes dans le plus fort de
l'hiver, & en mefme temps
expoſer & fatiguer les Troupes
, pour s'ouvrir un chemin
dans les neges , & pour entrer
en Auvergne , au lieu de
marcher vers fes Legions ,
qu'il avoit déja fouhaité de
pouvoir joindre .
L'on ne voit pas auffi que
Cefar laiffant à Brutus le commandement
des Troupes
G iiij
80 MERCURE
qu'il avoit levées dans la Province
Romaine , compofée
d'une partie du Languedoc ,
de la Provence , & des Allobroges
, ou qu'il avoit amenées
d'Italie , cuft pû luy pro
mettre de ne pas s'éloigner
de fon Camp de plus de trois
journées , & cependant aller
à Langres & à Sens , qui en
eftoient fi loin , prévoyant
d'ailleurs , comme il le dit ,
que Verfingentorix marcheroit
vers Brutus.
L'on ne comprend pas non
plus comment Verfingentorix
, Roy des Auvergnats , &
GALANT.
81
General des Troupes des peu .
plus révoltez du cofté de l'Ocean
, envoya pour empêcher
la jonction de Cefar qui venoit
d'Italie , & de fes Legions
qu'on place vers Langres &
Sens , une partie de fon Armée
vers le Rouergue , &
marcha avec le reste du cofté
de la Loire , fans paffer cette
Riviere , ce qui auroit eſté
abfolument neceffaire pour
fe mettre entre deux , & pouvoir
executer ce deffein , qui
avoit efté formé dans un con.
feil fecret dés le commencement
de la révolte . Suivant
82 MERCURE
cette mefme fuppofition , l'on
feroit encore bien en peine
de dire d'où pouvoit proceder
la crainte où fut Cefar eftant
arrivé dans la Province, que
fes Legions ne fuffent battuës
en chemin , s'il les appelloit
à luy , puis que les Heduens
qui eftoient maiftres de la
Bourgogne, de la Breffe, & du
Lyonnois , par où il pouvoit
faire paffer fes Troupes ,
eſtoient alliez du Peuple Romain
, & encore fort tranquilles
.
Les Interpretes n'ont jamais
dit ny connu le lieu où
GALANT. 83
Verfingentorix fut battu par
Cefar avant le Siege d'Alefia ,
& M' de Mandajors l'indiquera
préciſement à trois
lieues d'Alez , fur une voye
militaire des Romains dont
on voit encore des veftiges .
Cet endroit eft tel qu'on peut
le concevoir par le difcours
de cet Auvergnac à ſes Troupes
, & celuy de fa défaite ,
fuivant une tradition generalement
receue dans le pays ,
qui porte que c'eft de là que
cet endroit tient fon nom du
Plan de la Bataille ; de mefme
qu'un autre qui eft à quelques
84 MERCURE
lieuës au deffus , celuy du
Camp de Cefar. Il eſt vray
que Cefar paffoit alors par
les confins des Lingones , qu'il
alloit aux Sequani ; & il n'eſt
pas moins vray qu'il y avoit
de ces premiers du cofté de
Langres , & des autres vers la
Franche- Comté , mais il juftifiera
qu'il y avoit alors divers
Peuples de meſme nom,
comme les Centrones , Lemovices,
& plufieurs autres , dont
Cefar ne marquoit pas toujours
la difference lors qu'il
en faifoit mention , & que les
Lingones en queſtion , prés
GALANT. 85
defquels Cefar fut attaqué,
compofent aujourd'huy
une Viguerie confiderable du
Diocele de Mande , qui porte
encore le nom de Langogne.
Il pretend que Cefar n'avoit
pas pû de la Franche - Comté
fecourir avec la facilité qu'il
fe propofoit le Languedoc ,
qui eftoit attaqué par ceux
du Quercy & du Roüergue ,
puis que les Sequani de ce
quartier eftoient de la révolte
, auffi bien que les Suiſſes ,
les Segufiens , & les Heduens,
depuis qu'il avoit levé le Sicge
de Clermont , & qu'ainfi
86 MERCURE
il faut conclure qu'il marchoit
à d'autres Sequani ; &
c'est ce que le mefme M' de
Mandajors établira .
Voila des conjectures tresfavorables
à la Ville d'Alez ;
mais fielles concourent pour
la preuve d'un fait qui luy eft
fi glorieux , elle ne contribuera
pas peu de fon coſté à faire
valoir ces mefmes conjectures
; car non feulement elle
a confervé jufqu'à preſent le
nom de cette Ville fi celebre,
mais encore elle a la fituation
& toutes les marques de la
defcription que Cefar en a
GALANT.
87
pas
faite , lefquelles on ne trouve
à Alife en Bourgogne ,
fuivant les annotations de
Vigenere . En effet , on y voit
premierement les deux Rivieres
qui baignoient le pied
de la colline où eftoit Alefia,
qui portent le nom , l'une de
Gardon , & l'autre de Gros-
Brieu , & qui ne devoient pas.
eftre confiderables , puis que
Cefar ne les nomme pas. Secondement
, l'on y voit une
colline , au fommet de laquelle
eftoit l'ancienne Ville d'Alez
, où le Roy a fait baſtir un
Fort depuis peu de temps ſur
88 MERCURE
les ruines de la Fortereffe , de
laquelle Cefar a parlé, & dont
les reftes , qui eftoient deux
belles & anciennes Tours ,
ure nt démolis par ordre de
la Cour aprés les guerres de
Religion . Troifiémement , les
collines qui environnent Alefia,
y paroiffent de la maniere
que Cefar les a décrites , de
mefme que la plaine de trois
quarts de lieuë , devant la
Place qui fait aujourd'huy
une des plus belles prairies
du Royaume. Quatrièmement
, on trouve encore des
pieces d'urne fur une colline
GALANT. 89
du cofté où eftoit le Camp
de Cefar , & l'on y remarque
vifiblement
l'endroit où il fe
pofta pendant un combat
qu'il raconte , d'où il pouvoit
tout voir , comme il le dit , &
envoyer du fecours où il en
eftoit befoin .
En un mot, on ne croit pas
qu'il y ait aucune autre Ville
dont la fituation réponde fi
bien à la deſcription que Ce.
far a faite, mefme de toutes
celles qui n'ont pas la conformité
de nom. Cette verité
paroiftra par le Plan de la Ville
d'Alez , que M' de Manda-
Octobre 1694
. H
90 MERCURE
jors joindra à fon Ouvrage.
En attendant il donne avis
aux perfonnes qui n'ont pas
connu jufqu'icy quels Peu
ples eftoient ceux que Cefar
nomme Mandubii , qui habitoient
dans Alefia, qu'ils n'ont
qu'à voir le quatrième Livre
de Strabon , où ils pourront
verifier que les Mandubii eltoient
confins d'Auvergne ,
ce qui n'a aucun rapport avec
Alife , & convient parfaite
ment à Alez , qui n'eſt qu'à
une lieue des confins du Diocefe
de Mande , duquel nom
Cefar a fait Mandubü bien
GALANT
91
que
l'on ait dit Mimata plufieurs
ficcles enfuite , ignorant
le nom Latin qu'il en
avoit formé , & qui eftoit
beaucoup plus jufte & plus
conforme au mot de l'Idio .
me du pays que ce dernier.
Je vous ay déja fait part de
quelques Vers qui vous ont
appris que les Mufes one mis
M'de Betoulaud en commerce
avec Mademoiſelle de Scidery.
En voicy de nouveaux
qu'il a envoyez depuis peu
fous le nom de la Victoire , à
cette illuftre perfonne , qui
a fi bien merité le nom qu'on
Hij
92 MERCURE
luy donne de Sapho . Ils accompagnoient
une Onyx 0.
rientale miſe en Cachet ,
pour la donner à Sa Majeſté.
Cette Pierre eft tres - antique
& tres - curieufe. On y voit la
Victoire gravée avec de grandes
ailes , comme les Anciens
la reprefentoient , tenant d'une
main une couronne de
Lauriers , & de l'autre une
Palme. La Pierre , & les Vers
que vous allez lire , ont efté
donnez au Roy.
GALANT.
93
LA VICTOIRE
A Mademoiſelle de Scudery .
Vo
Ous puis-je ouvrir, Sapho , tout
le fond mon ame ?
Il eft vray , LOVIS feul m'enflâme
,
Ie ne guide plus que fon Char.
En quelque lieu qu'il marche , en
quelque lien qu'il tonne,
Ie luy porte auffi - toft la Palme &
la Couronne ,
Que j'offrois jadis à Cefar.
$
De fes bords renommez Déeffe tu
telaire,
Pour le fervir , & pour luy
plaire ,
Sans regret je quitte les Cieux ,
94 MERCURE
Eft- il quelque rocher où pour luy
je ne grimpe ?
Tous fes Camps ont pour moy
attraits de l'Olympe ,
les
I'y croy voir le Maistre des
Dieux.
2
Cependant quandfon coeurfigrand,
fi magnanime ,
3
Iufqu'au bout du monde m'anime,
Et m'embrafe toute pour luy ,
Se peut -il qu'à fon tour , parmy
Le bruit des armes ,
Ce Heros trop modefte aux douceurs
de mes charmes
Soit fi peu fenfible aujourd'huy ?
Quoy! depuis fon berceau qu'il voit
mes (oins fidelles ,
Et que pour luy feul jay des
Sailes
,
GALANT.
95
Pour voler d'abord fur fes pas ,
Le verray je toujours fi prompt à
fe défendre
De ce encens fi pur qu' Alcide &
qu'Alexandre
Autrefois ne refufoient pas ?
Je viens m'en plaindre à vous dans
mon refpect extrême ;
N'ofant pas m'en plaindre à
gr luy-mesme ,
Ne pourriez vous point le changer
?
Est-ce que vofire efprit , que veſtre
noble adreffe ,
Sapho , d'une exceffive & trop haute
fageffe ,
Nefçauroient pas le corriger ?
Que les ordres d'un Roy fi fameux
fur la terregin ] DASS
92 MERCURE
Si femblable au Dieu de la
guerre ,
Soient par moy du moins tous
remplis ,
Et que du moins fa main fi brillante
de gloire
Se ferve auffi fouvent du Sceau de
la Victoire
Que de celuy des Fleurs de Lis.
Voicy la réponſe qe Mademoiſelle
de Scudery a faite
à la Victoire .
VONS
Ous vous plaignez en vain ,
beroique Victoire ,
Que l'encens pour Louis a de foibles
appas
.
Par ce charmant difcours vous ne
me trompez pas ;
Au
GALANT: 97
Au lieu de l'accufer vous publiez
fa gloire.
Vn Conquerant fans vanité
Voit au deẞous de luy toute l'Ang
tiquité ,
De qui les faux Heros , n'aimant
la fumée que ,
Ne cherchoient que la Renommée
;
Mais un Heros comme le mien,
Plus grand que tous vos Dieux
dont vous parlez fi bien ,
Sans faßte & fans orgueil , eft un
Heros Chreftien ,
Ces autres Vers ont efte
adreffez par M' de Betoulaud
à Mademoiſelle de Scudery.
Octobre 1694.
I
28 MERCURE
Aprompte Renommée & l'aimable
Victoire
Fille de la valeur & Mere de la
gloire ,
Difputoient tour à tour qui d'elles
[ervoit mieux
Le Heros que le Ciel fait regner
en ces lieux.
La Victoire difait , Doutez- vous
de mon zele ?
Vous voyez mon ardeur dés que
LOVIS m'appelle .
Bien que l'Envie affreuse en gemiffe
aujourd'huy,
Garday-jomes Lauriers pour d'autres
que pour luy ?
Quel Hellar aujourd'huy refifte à
cet Achille ?
Et le Rhin & la Meufe enmiracles
fertiles ,
1
GALANT .
99
Erle Ter , & le Po fugitif , plein
d'effroy ,
Diront comme je vole au gré de ce
grand Roy.
Me laffai-je un inftant malgré le
nombre immenfe
De fes fiers Ennemis jaloux de fa
puiffance ?
Ne lai-je pas fuivi jufque fous
ces Rampars ,
D'où la Mort en fureur voloit de
toutes parts ?
Louis efface en moy par fon ame
intrepide
L'aimable fouvenir & de Mars &
d'Alcide.
Avoient-ils fur la terre , avoient¬
Bils fur les mers
A latter comme luy contre tout l'1-
·nivers ¿
Inerra
Jupiter que j'aidois à lancer le ton
I ij
100 MERCURE
Ne foudroya pas mieux les Geants
de la terre.
'La Renommée alors en élevant fa
voix
,
S'écria , Pouvez- vous me difputer
mes droits ?
Que feriez- vous fans moy , redoatable
Victoire ?
C'eft moy qui de Louis ay public la
[ loin ? gloire.
Pour quel autre Heros ai-je volé fi
Comme l'ardent Midy , le Nort en
eft témoin.
Mais ma voix , qu'on entend du
Couchant à l'Aurore ,
boar Per fes faits inouis feroit trop
foible encore.
Si,pour les porter même aux oreilles
des Dieux ,
Je ne la redoublois juſqu'auplas
haus des Cieux.
GALANT . 101
Vous prenez , il eft vrai , vos plus.
rapides ailes ,
Pour moiffonnerpour luy mille Pal
mes nouvelles ;
Icy vous prévenez, là vous fuivez
fes pas,
Et refervant pour luy vos plas
charmans appas ,
Vous voulez, en dépit de l'infernale
envie,
Conduire encor fon Char tout le
temps de fa vie.
Mais mes foins par fes jours ne
feront point bornez,
Et c'eft moy qui fans vous aux humains
étonnez,
En cent climats divèrs de la terre &
de l'onde { du monde
Conterai fes exploits jufqu'à lafin
Et jufga au dernierjour où le Temps
arrefté
I iij
102 MERCURE
Sur les ailes des ans ne fera plus
porté.
S
Vous qui prés de la Seine entendez
ces Déeffes ,
Des Heros & des Dieux immor-
Les
Maiftreffesưn
Et qui pouvezjuger comme un autre
Paris ,
A qui donnerez- vous la Couronne
& le Prix ?
Mademoiſelle de Scudery
a répondu à ces Vers par ceuxqui
fuivent.
t
SElo
Elon man premier
(entiment
,
Le prix feroit pour la Victoire
.
La Renommée
affurement
Ne doit pas ufurper
fa gloire.
Tres fouvent
,fans difcerner
rien,
GALANT. 103
I
Elle dit le mal& le bien.
Par elle nous fçavons que ce Grand
Alexandre ,
Au fortir d'un feftin , mit un Pa-
Lais en cendre ,
Ettua de de fa main le malheureux
Clitus.
Elle blame à fon tour les Cefars , les
Cyrus ;
Enfin elle parle fans ceffe ,
Et plus en Femme qu'en Déeffe.
Mais comme par bonheur vous la
faites parler,
Ze conviens qu'aujoud' buy rien ne
peut l'égaleri
Qu'elle dit que Louis , que j'admire
&que j'aime ,
Ce qu'en pense mon coeur, ce que
j'en dis moy- mefme ,
Et qu'entre les Heros c'est le Heros
Suprime.
I iiij
104 MERCURE
Ce qui fuit eft l'extrait
d'une Lettre écrite par M¹
Verduc le jeune . La matiere
eft curieuſe , & tout ce que je
vous ay envoyé de luy , vous
a fait plaifir.
SES25252525252525
EXAMEN
DE DEUX PROBLEMES
Touchant la Viſion.
Ommeles rayons de lumiere
qui viennent d'un objet ,ſe
C
qui
croifent neceffairement en traverfant
le cristallin , il arrive de là
GALANT. 105
que le rayon d'en haut frape la
partie baffe de la retine , & le
rayon d'en bas , la partie haute.
Ceux qui viennent de la partie
droite de l'objet , touchent la partie
gauche de la retine , & ceux,
de la partie gauche vont à la droite
; c'est ce qui fait que l'Image
eft renversée. Tout cela ſe voit
par la Chambre obfcure , l'ail
artificiel , les Microfcopes, &c.
On s'eft toûjours bien fatigué
pour çavoir pourquoy nous
voyons cependant les objets dans
leur veritable fituation . Les uns
"difent que le criftallin redreſſe
l'image qui eftoit renversée fur la
106 MERCURE
cornée , & que cette lentille fair
l'office d'un fecond verre , qui
dreffe ce que le premier avoit renverfé.
Kepler dit que c'eſt la vitrée
qui redreffe l'image , &
Plempius veut que ce foit la convexité
pofterieure du cristallin .
Cependant l'experience fait voir
le contraire, en regardant ce qui
fe paffe au fondde l'eil d'un veau
on d'un boeuf, qui eft tout frais s
car aprés avoir coupé adroitemeut
la felerotide qui couvre le derriere
de la retine , par où entre le nerf
optique , en forte qu'ellefoit décou
verte fans pourtant eftre endommagée
,fi l'on met cet oeil du coffe
GALANT. 107
de la cornée , au trou d'une fenefire,&
que lederriere foit couvert
de papier , ou de la coquille d'un
oeuf, on aura le plaifir de voir
une peinture qui reprefentera en
perspective tous les objets du dehors
; mais fon principal defaut
c'est qu'elle fera renversée , comme
on a dit qu'il arrivoit dans l'oeil
artificiel. Cette experience eft difficile
à executer , & quelque précaution
qu'on prenne , on déchire
toujours la retine , & l'humeur
aquenfe fe perd. J'avoue pourtant
que j'y ay réussi une fois
mais l'image me parut avec unë
telle confufion , que je ne pus en
108 MERCURE
remarquer toutes les parties ,j'ap
perçus bien qu'elle eftoit renversée.
Quoy qu'il n'y ait rien de plus
veritable, quel'image est toujours
renverséefur la retine , il y en a
pourtant qui affurent le contraire ,
& qui veulent qu'ellefoit droite,
mais c'eft aller contre les principes
de l'optique. D'autres , comme
Louis Dulaurent , celebre Philo
fophe Medecin de Boulogne ,
pretend dans fa Differtation fur
le moyen de redreffer les images
dans la chambre obfcure
que l'image eft tantoft droite , e
tantoft renversée fur la retine ,
felon la differente distance des
GALANT. 109
objets . Ce qui le fait entrer dans
cette penfee , c'est qu'en regardant
au travers d'une loupe , on peut
voir l'objet droit ourenverſe ,ſelon
qu'on l'approche plus ou moins
de l'oeil. Il est vray qu'en regardant
dans un verre convexe , la
chofe arrive comme il le dit , mais
ce n'est pas la mefme chofe quand
on regarde les objets fans verre ,
ils paroiffent toujours droits ,
jamais renverfe , à quelque dif
tance qu'on fe mette pour les voir.
Ily en a qui veulent expliquer
autrement ce Phenomene,&
fans avoir égard àl'oeil , ils diſent
que fi l'image qui eft renversée
NC MERCURE
fur laretine fait voir l'objet dans
fa veritablefituation, c'est un effet
du fentiment de celuy qui voit.
Voicy comme ils s'expliquent.
Comme noftre ame rapporte les
fenfations d'un objet de la veuë
dans les lignes droites , fuivant
lefquelles elle reçoit l'impreffion de
chaque partiede l'objet, elle le doit
voir dans fa veritablefituation , $
quoy que l'image en ait une toute
contraire , parce que l'impreffion
quife fait dans la partie baße du
fond de l'oeil, venantpar la ligne la
"plus haute de celles qui font fentir
l'objet , c'est dans cette ligne que
nous rapportons la fenfation par
GALANT. TIE
ticuliere qui en refulte . De même
on rapporte au lieu le plus bas de
l'objet , le fentiment que caufe
l'impreffion qu'il fait au lieu le
plus haur du fond de l'oeil , &
cela fait qu'encore que l'image
totale que l'objet trace fur la retine
, foitrenversée , lors que nous
regardons cet objet au travers
d'un milieu qui eft fimple & uniforme,
nous ne laiffonspas de voir
Pobjet dans fa veritable fitua
tion , c'est à dire, que l'imagefpirituelle
nous fait voir l'objet comme
il
est.
C'est
ainsi
qu'en
parle
Mrs.
Robault
&
Regis
aprés
M
112 MERCURE
la
Defcartes ; mais il mesemble que
cette hypotheſe ne refout pas
difficulté, car s'il eft vray , comme
le veulent ces celebres Philo-
Jophes , que la fituation de l'objet
ne depende point de celle de l'image
qui eft peinte fur la retine ,
mais de l'ame mefme qui porte
fon attention dans les lignes droi
tes qui partent de tous les points
de l'objet , pourquoy arrive- t - il
quelquefois que des perfonnes qui
Je portent bien , & qui n'ont point
l'imagination dépravée , voyent
cependant les objets renverse ?
Sennerte en rapporte un exemple
affez particulier. Il dit qu'un
GALANT. 17
Medecin de Dordreck ayant jetté
fa vue en haut pour prendre un
livre dans fa Bibliotheque , il
s'apperçût avec étonnement qu'il
voyoit les objets renverfeZ ; mais
aprés avoirfait quelque mouve
ment de fes yeux , & les avoir
tournezen tes levant en haut avec
impetuofité , comme la premiere
fors,fa vûëfe rétablit comme auparavant.
Cette obfervation qui ef
tres-rare , fait voir que fi les ob
jets paroient quelquefois renver
fez , c'est un effet du changement
de l'oeil , & non pas dufentiment
de celuy qui voit , & par confer
quent lors qu'on voit les objets
Oct. 1694. K
114 MERCURE
parcomme
ils font , c'est donc auffi
plûtoft un effet de l'oeil que de l'ame;
je veux dire , pour m'expliquer
plus clairement , que la dispo
fition naturelle de toutes les
ties de l'oeildans l'ordre où ellesfont
pourrecevoir les images des objets
eft peut eftre ce qui donne lieu àl'a.
me de voir les objets dans leur ve .
ritable fituation Quoy qu'il en
foit, c'eft un Probleme tres-difficile
à refoudre , queje foumets de nouveau
à l'examen des Opticiens .
Il nous reste encore un autre
Problême plus difficile que lepre.
nier , & qui a donné de tout
temps bien de l'exercice aux plus
Sçavans Philofophes , On demanGALANT.
15
de pourquoy un objet vû des deux
yeux ne paroit pas double , mais
unique , quoy qu'il imprime deux
images dans le fond des yeux , une
dans chaque oeil. M Gaffendi
a voulu refoudre ce Problême , en
difant qu'il ne faut pas s'étonner
que l'objet paroiffe fimple , quoy
qu'on ait les deux yeux ouverts
parce qu'on ne voit jamais l'objet
bien diftinctement
que d'un ail ;
mais l'experience
montre le con.
traire , puifqu'un objet fe vois
mieux des deux yeux que d'un
feul. Ceux qui expliquent la vi
fion par emiffion ne trouvent pas
de difficulté dans ce Phenomene
Kij
116 MERCURE
parce qu'ils font concourir les
rayons qui partent en mesme.
temps des deux yeux fur l'objet.
Nous ne nous arrefterons pas davantage
à leur fentiment , parce
que nous avons refuté ailleurs leur
hypothefe , en montrant qu'il ne
fortpoint delumiere desyeux, mais
que la vifion d'un objet dépend de
tous les rayons qui partent defes
points , & qui aprés avoir paffé
dans les humeurs de l'oeilfe raßem.
blentfurplufieurs points de la reti
ne. Galien, & aprés luy Vitellion,
affurent que nous fentons de ce
que l'action de l'objet feporte jufqu'au
concours des nerfs optiques.
GALANT.
117
Cette opinion fe détruit par l'experience
des Anatomiftes , qui ont
trouvé que ces nerfs ne conconroient
paspourfe joindre & s'unir
enfemble , mais qu'ils ne faifoient
fimplement que s'approcher pour
continuer chacun leur route vers le
cerveau . Jean Baptifte Porta n'y
trouve pas tant de difficulté , car
il prétend avec M* Gaffendi , que
nous ne voyons jamais que d'un
ail dans le mefme temps , quoy
que nous ayons les deux yeux onverts
, ce qui cft pourtant contre
l'experience , comme nous l'avons
déja remarqué. Il y en a d'autres
qui veulent qu'encore qu'il y ait
118 MERCURE
deux images d'un meſme objet ,
nous ne laiffons pas de voir l'objet
fimple , parce que toute nostre
attention n'eft portée qu'à cet objet
, & que les deux yeux ne regardent
que luy. Mais que ré
pondront - ils fi on leur fait voir
que l'objet , quoy qu'unique , peut
eftre cependant vi double d'un
oeil , quand on fe le preffe d'une
certaine maniere ?
M® Rohbault pour expliquer
comment un objet qui eft vú en
mesme temps des deuxyeuxparoist
fimple , conjecture qu'outre la reffemblancefenfible
qui fe rencontre.
dans les deuxyeux , ily en a enGALANT.
119
coreune autre que les fens ne fçauroient
appercevoir , laquelle confiste
en ce que le nombre des filets.
de l'un des nerfs optiques est égal
au nombre des filets de l'autre.
Ainfifi pour une plus grande faci .
lité nous fuppofons que le nerfoptique
d'un des yeux
contienne cinq
filets dont les extremitez foient
1. 2. 3. 4. 5. il faut penfer qu'il
y en a un pareil nombre dans le
nerfde l'autre oeil , dont les extremitezfont
6.7.8 . 9. 10. Il faut
encore s'imaginer que Les extremitez
des deux filets 3. & 8.
qui fe trouvent au milieu des autres
, font juftement au bout des
120 MERCURE
axes optiques , c'est à dire aux
extremitez des rayons qui paffent
par les centres de la prunelle , de
l'humeur cristalline , & du corps
de l'oeil , & que les bouts des autres
filets font tellement rangez
autour de ceux du milieu , que
l'on peut prendre feparément en
certain ordre tous les filets de
l'un des yeux , & les comparer
avec ceux de l'autre dans le mê.
me ordre , pour en compofer plufieurs
paires que nous nommerons
Sympathiques
. Ainfi commençant
par les filets 1.6.qui
font à la gauche de chaque ail ,
on a la premiere paire , les autres
paires
GALANT. 121
510. paires font 27. 38. 49.
Enfin onfe perfuade que les filets
Sympathiques de chaque paire a
boutiffent àun mefme point de la
partie du cerveau qui excite l'ame
à fentir : d'où il fuit qu'au lieu de
deux images que l'objet trace dans
a lesyeux , il ne s'en forme qu'une
fur le principalorgane du cerveau
qui faitfentir l'ame.
A C
Mr Briggs , tres-celebre Phi
lofophe Anglois ,fuppofe àpeu prés
la mefme chofe que M Robaults
mais voicy la difference qu'il y a.
Il fuppofe que les filets des nerfs
optiques fe continuent depuis l'endroit
d'où ils prennent leur origine
Octobre
1694. L
122 MERCURE
dans le cerveau , jufque dans la
retine ; que toutes ces fibres ont
la mefme fituation dans l'un de
cès nerfs que dans l'autre, qu'elles
ont le mefme parallelisme & le
mefme degré de tenfion , de forte
que l'objet n'en fçauroit toucher
une dans l'ail , fans toucher l'autre
qui luy répond de la meſme
maniere , car ces deux fibres ont
la meſme tenſion , & ellesfont ,
pour ainfi dire , comme les cordes
des Inftrumens de Muſique , qui
font montées à l'uniffon . L'ame
ne peut donc recevoir qu'unefeule
fenfation du mefme objet , puis
la double impreffion fe réunit que
GALANT. 123
"
h in une feule par la difpofition des
filers des nerfs optiques , qui ferépondent
tous les uns auxautres ,
qui ont un égal degré de tenfion.
Mais fans vouloir en rien diminuer
la reputation que M
Briggs s'eft fi juftement acquife
par ce nouveau Systeme , dont on
a inferé l'extrait dans les Fournaux
d'Angleterre , je propoferay
les doutes qui me font venus dans
l'esprit , qui paroiffent détruire
en quelque maniere les raifons de
ce Philofophe . Ie dis d'abord que
s'il eftoit vray que cefuft la con-
Jonance des filets des deux nerfs
optiques qui gardent le mefmepa
Lij
124 MERCURE
rallelifme , qui fist voir l'objet
fimple , il devroit arriver plus
fouvent qu'il n'arrive des dépravations
de veuë, parce qu'on peut
bien penfer que ce parallelisme ne
peut pas demeurer longtemps le
mefme, fur tout dans ceux qui
abondent en limphe , & qui ont
des difpofitions à la goutte fereine
, à cause qu'une fibre d'un des
nerfs optiques pourra ſe relâcher
l'humidité, tandis que lamê
me de l'autre nerf gardera tou
jours fa tenfion. Secondement ,
pourquoy arrive t il qu'en com .
primant un oeil , ou en le retenant
dans une fituation contrainte ,
l'objet paroift double ? Je (çay
par
GALANT. 125
bien queM Briggsme répondrá
felon fon hypothefe , que les rayons
ne tombent pasfur les mefmes fibres,
maisfur desfibres contraires ,
qui n'ont pas la mesme tenfion ;
mais lors que le parallelifme des
fibres des nerfs optiques change
eft - ce que les autres parties de l'oeil
ne changent pas auffi de fituation?
Ainfi l'on peut toujours douter
avec raifon fi c'est au parallelifme
des optiques qu'il faut attribuer
la raison pourquoy l'objet paroift
fimple , plûtoft qu'à celuy de
toutes les parties des yeux ; car
il n'eft pas moins certain qu'elles
gardent entre-elles le mefme pa-
L iij
126 MERCURE
rallelifme, &quelors qu'il change
on voit l'objet double . Parexemple
,fi l'onfuppofe du changement
dans le cristallin de l'oeil gauche;
qu'il foit plus proche , plusreculé,
ou plus retire vers les cofte de
l'oeil , que n'est le cristallin de l'au
tre oeil, on verra double . La même
chofe arrivera encore , fi un des
yeux fort defa fituation, & qu'il
fe jette au dehors. Langius rapporte
une obfervation que l'on
peut mettre icy , parce qu'ellefers
à prouver que le changement des
parties externes de l'oeil fuffit
quelquefois tout feul pour faire
voir les objets doubles . Il dit que
GALANT: 127
que
dans uneplaye de l'oeil , il arriva
aprés la guerifon , qu'il fe colla à
la paupiere interieure , de forte
l'ail eftant contraint , & la
prunelle plus baffe que celle de l'oeil
fain , la perfonne voyoit tout double.
Cette incommodité duratant
que l'oeil reſta collé à la paupiere,
elle ne finit qu'aprés que l'oeil
parfon mouvement fe fut rendu
plus libre , & que la paupiere fe
fut un peu relâchée en prêtant.
D'où il faut conclure que
que les objets paroiffent doubles,
c'est toujours par le déplacement de
tout le globe de l'oeil , ou par le
changement de quelqu'une de fes
lors
Liiij
128 MERCURE
parties, qui fait que les deuxyeux
n'ayant plus le mefme parallelifme,
ne regardentplus l'objet comme ils
faifoient auparavant.
Je finirois , mais vous demandez
encore pourquoy quand on
s'eft forcé à regarder fixement le
Soleil,ou quelque autre lumiere vive
, l'impreffion continue aprés , en
forte qu'ilfemble qu'on voye diverfes
couleurs , quoy qu'on tienne les
yeuxfermez ; à quoy il eft facile
derépondre , en difant que le mouvement
extraordinaire, ou le violent
ébranlement des petits filets
de la retine ne peut ceffer fi toft.
Ainfi leur agitation qui continue
GALANT. ” 129
encore , aprés qu'on a les yeux
fermez , n'eftant plus affezgrande
pour reprefenter cette vive lumiere
du Soleil qui l'a causée , elle
reprefente des couleurs moins vives
, ces couleursfe changent
en s'affoibliffant
, ce qui montre
évidemment que leur nature ne
I confifte que dans la varieté des
mouvemens des petits filets de la
retine
·
Le Lundy 4. de ce mois , le
S Eftienne François Geoffroy
s'acquitta d'un Chefd'oeuvre
qu'il avoit propofé
pour la Pharmacie. M Rolin ,
130 MERCURE
Profeffeur d'éloquence,ayant
fait de tres beaux Vers Latins,
à fon ordinaire , fur l'Eftampe
placée à la tefte ce Chefd'oeuvre
, M' Bofquillon , illuftreAcademicien
de Soiffons ,
les a rendus par ceux - cy en
noftre Langue.
Α
Vx beaux jours qui du monde
éclairerent l'enfance s
Où tout ne refpiroit que l'aimable
innocence,
Logeant un efprit fain dans un
corps vigoureux ,
Sans chagrins & fans maux que
l'homme eftoit heureux !
Mais dés qu' Epimethée ouvrit l'1-
ne funefte ,
GALANT.
r31
Qui cachoit les trefors de la fureur
[ enchantezi celefte ,
Et que Pandore offroit à les yeux
Onvit les maux affreux fondre de
tous coftex
La Pefte meurtriere , & la Faim
devorante
,
Les glaçons de la Fièvre , & fon
ardeur brûlante
Creuferent aux

Humains cent
tombeaux différents ,
Et haftèrent la Mort qui venoit à
pas lents.
L'Vine trompeufe exhale une vapear
impure
i Qui dépouille les champs de fleurs
& de verdure ;
La Nature fuccombe à cet air
affaffin ,
Et pour le relever
cherche
un
appui divin.
132 MERCURE
Mais les pafles langueurs loin d'elle
font bannies ,
Auffitoft qu' Apollon luy montre les
Genies
Qu'il aformez lui- mefme au grand
art de guerir.
Par les prez , par les bois l'un
s'occupe à courir
Et ne dédaignant pas les herbes les
plus viles , [ utiles.
En tire un fue de vie & des fecours
Celuy-la plus hardi va jufqu'an
fein des mers ,
Iufqu'au coeur de la terre & proche .
des Enfers
Chercher les perles , l'or , & ces autres
richeffes,
Des regards d'Apollon prétienfes
largeffes.
Celui- cy fait changer de nature
aux ferpens
GALANT
133
-1
Are
On les voit dans les mains devenir
bienfaifans ,
Leur venin le plus noir fe transforme
en remede.
Ainfi par ce grand Ari , à qui tout
auire cede ,
En butte à tant de coups l'homme
eft en feureté ,
Et parmi tous les maux joüit de
La fanté.
Je vous envoye encore
quelques Sonnets fur les rimes
propofées dans ma Lettre
d'Aouft. Ils font tous fur
differentes matieres . Le premier
eft de M' de Baize , Receveur
à Saint Florent ; les
deux fuivans, de M Robinet;
134 MERCURE
le quatrième , de M ' de Vertron
, & le dernier , de Mr
Gillet le Fils , Avocat au Parlement
de Dijon.
L
·I.
A la gloire du Roy.
E fang des Ennemis plus rou-
Ecarlate,
ge qu'
Sortant à gros bouillons comme celuy
d'un
Boeuf ,
Devroit contre l'envie eftre leur
Mithridate ,
Et les morts aux vivans devroient
faire un coeur
S
neuf.
Chate,
Naffau craint le Dauphin_plus
que le Ratla
La coque eft pour Naſſau, pour nofire
Dauphin P
oeuf,
GALANT. 135
AN
De ce jeune. Heros qui n'a rien
d'un Sarmate ,
Les faits l'affligent plus que s'il
devenoit Veuf.
S
Au chant du Coq vainqueur l'on
voit s'envoler l'
Aigle,
regle,
Le Batave & l'Anglois ayant
leur fens pour
Suivent aveuglement le chemin des
2
Enfers.
Au lieu de regarder l'Eglife pour
leur centre ,
Au lieu de fe fauver & des feuxfers,
& des
Efclaves du Demon , ils vont chercher
fon antre.
136. MERCURE
AUX
II.
ALLIEZ
du Prince d'Orange..
E dépit je me fens plus rouge
Eearlate,
DⓇdqu
Grands Princes , de vous voir au
joug comme le Boeuf,
Sous un Avanturier Vendeur de
Mithridate,
Qui ne devroit avoir de chalans
qu'au Pont-
2
neuf.
Les exploits amoureux d'un Chat
& d'une
Chate,
oeuf,
Les oeuvres d'une Poule en produiduifant
un
Valent tous les beaux faits de
Nallau , vray
Sarmate ,
GALANT.
137
Et qui le croit un Mars , dela rai-
Jon eft
Veuf.
AU
Il nefçauroit paſſer pour Lion, ny
pour Aigle ,
regle ,
C'eft au plus un Renard , la fineffe
eft fa
Il a bien moins de foy qu'on n'en
garde aux
S
Enfers
O cercle d' Alliez , dont il s'eftfait
le centre ,
Quittez-là ce Tyran qui veut tout
mettre aux
fers,
Et qu'il s'aille cacher , de honte
au fond d'an
Oct.
1694
antre
M
138 MERCURE
III.
Les propos rompus.
AInfique fous la Bure, aulſi
Sous
l Ecarlate,
{ L'étoffe n'y fait rien ) on peut eftre
un gros
Boeuf.
Qu'il eft de Charlatans vendeurs
de Mithridate!
Bien des Maris n'ont pas des Femmes
le coeur
ශ් රී.
neuf .
Vn Fou jadis a fait la fienne
d'une
Chate.
Quel caquet d'une Poule ,
pour un pauvre
helas >
ocuf!
GALANT . 139
Guillaume à fon Beau-pere eft pire
qu'un
Sarmate,
Plufieurs Epoux voudraient avoir
Le nom de
2
Veuf.
Le Croiffant en Hongrie a fouvent
plumé ľ
·
Aigle,
Maini Moine hait le Froc, & fuit
tres mal fa regle ,
Que de Menages font l'Image des
S
Enfers !
centre ,
Le beau Sexe à Paris eft comme
dans fon
Tout Vfurier merite en Galere des
fers.
Heureux qui dans l'orage à propos
trouve un antre
Mij
140 MERCURE
1 V.
SUR LA VIE
Chreftienne .
N n'eft plus ébloui par l'or
nyľ
Ο
ON
écarlate ,
Et l'on n'adore plus ny le veau ny
le
Boeuf ;
Contre tous ces poifons l'homme à
fon
Mithridate ,
Et Dieu du vieil Adam en a fait
an tout neuf.
AU
La Femme maintenant plus douce
chate ,
qu'une
Garde mieux fon Mary qu'une
Poule fon
oeuf
GALANT . 141
Et l'Epoux qui jadis avoit le coeur
Sarmate ,
Ef faif de douleur d'abord qu'il
devient veuf,
S
L'Homme , enfin , ne veut plus s'ér
lever comme l'
Aigle ,
regle ,
Et la Religion luy fert par tout
de
Dés fon bas âge il prend horreur
pour les
enfers :
Son ame an Paradis tend comme
centre
à fon vray
Il fait que les Pécheurs
font condamnez
aux
fers,
Etfontprecipitez pour jamais dans
an antre.
142 MERCURE
V.
L'AMANT CONSTANT.
O
N me verra plutoft revefu
ď écarlate ,
Cultiver nuit & jour la terre avec
le
boeuf ,
Tiray plutoft à Pont , où regnoit
Mithridate ,
Que de changer d'amour & repren
dre un coeur neuf.
Philis , je t'aime plus qu'une vieille
fa
chate,
Qu'unpere fes enfans , qu'une poule
fon
oeuf,
GALANT: 143
Mais je crains qu'un rival plus
cruel qu'un Sarmate
T'enlevant à mes yeux ne me rende
un jour 33. veuf.
S
En penetration ton efprit eft un
Aigle ,
regle ,
De tout ce que tu fais la prudence'
eft la
Ta vertu brilleroit mefme dans
Les
2
Enfers.
Ne t'étonne donc pas fi l'amour eft
mon
centre ,
Ie baiferois la main qui m'a chargé
de
fers.
Que ne puis-je avec tay vivre feul
dans
un
antre !
144 MERCURE
Le petit Ouvrage qui fuit
vous plaira fans doute , puis
qu'il nous fait voir quels
font les avantages de noftre
Langue , & que vous en connoiffez
toutes les beautez ,
vous eftant toujours attachée
à bien parler , & à bien
écriré.
A MONSIEUR ....
CEF
font , Monfieur , des
titres de nobleffe dans la
Republique des Lettres , d'estre
Citoyen d'Athenes , & d'avoir
le droit de Bourgeoisie
à Rome s
"
mais
GALANT. 145
mais fi c'eſt une prérogative de
fçavoir bien le Grec le Latin ,
ily a auffi de l'honneur defçavoir
la Langue Françoife . Cela pa-
Toiftra dans fa dignité , que je
vais reprefenter avec quelquesuns
defes traits. Son extraction
eft illuftre. Elle est dérivée de plufieurs
mots Grecs & Latins , &
mefme Hebreux , & par les changemens
qu'elle y a faits pourfon
ufage , ce nefont plus des emprunts
& des dettes dont elle foit chargée
, ce font des acquefts & des
fonds incorporez dansſon domaine.
Pour les autres termes quiluy
font communs avec les Langues
Oct. 1094.
N
146 MERCURE
étrangeres , elle y ajoûte outre les
accens d'une prononciation particuliere
, un air d'agrément , &
d'élegance , quifait qu'elle les poffede
avec diftinction , & dans une
nature toute nouvelle.
L'étendue de la Langue Fran
coife eft digne de la nobleße deſon
origine . Elle paffe les limites du
Royaume. Elle ne fe borne nypar
les Pyrenées & les Alpes , ny par
le fleuve du Rhin. On entend le
François dans toute l'Europe.
La Langue Françoise afon Academie
, le Tribunal de fes Juges
en France ; mais elle a dans les
autres Etats des Ecoles & des
·
GALANT. 147
7
Maiftres qui l'enfeignent ; elle eft
connue dans toutes les Cours , les
Princes les Grands la parlent,
les Ambaffadcurs l'écrivent , &
le beau monde en fait une mode ,
un air de politeffe . Elle merite
d'eftre ainfi univerfelle. Elle a de
·la beauté, de l'élegance , de laforce,
de la clarté, & beaucoup de delicateſſe.
Dans la compofition de
fesfyllabes , elle n'eft point hériffée
de trois ou quatre confones , comme
le font les Langues du Nort , quon
ne sçauroit prononcer qu'avec
des efforts de gofier , & des tons
rudes & mugiffans ; elle n'en a
que ce qu'ilfaut pour des liaiſons
Nij
148 MERCURE
fines & des jointures naturelles .
Elle eft tiffue de plufieurs voyelles,
comme une nuance de couleurs
douces , & la varieté de leur barmonie
plaift toujours à l'oreille .
Elle ne ferpente point , elle ne fe
dérange point, en mettant la queuë
à la tefte , & la tefte à la queuë
par une tranfpofition fifrequente
dans le Grec & dans le Latin ,
& qui leur caufe de l'obscurité
de l'ambiguité ; ce qui fervoit
auffi aux équivoques des Oracles
de la Grece ,pour affurer leur reputation
, pour tendre des pieges
, &faire des illufions à celuy
qui les confultoit . Témoin cette
GALANT 149
réponse à double entente de l'Oracle
de Delphes , qui engagea Pyrrhus
à donner une Bataille dans
laquelle il fut vaincupar les Romains
. L'amphibologie eft fenfifible
dans le Latin.
Aiote , Eacide , Romanos
vincere poffe .
Ses phrafes fimples & unies ne
font point de pareilles furpriſes ,
il y a toujours de la lumiere & des
rayons , comme fi elles estoient
Filles du Soleil.
La Langue Françoife eftriche
& abondante ; les Sciences &
les Arts ont fort augmenté. On a
fait des découvertes confiderables
Niij
150 MERCURE
dans la Phyfique . Noftre Chymie
qui prépare extraordinairement
les metaux, & qui en compofe.
des remedes admirables , eftoit
inconnuë aux Anciens . Il y a de
grandes additions à l'Optique ,
à la Fortification , e à la Navigation.
Toute l' Artillerie à feu,
Siprodigieufe fifurprenante , eft
feulement du quatorZiéme fiecle.
On ne voit point de ces machines
ardentes dans les guerres d'Alexandre
dans celles de Cefar.
La Langue Françoife a tous les
termes propres à déſigner &
faire comprendre tant derares
differentes nouveautez , pour en
GALANT. 151
pouvoirfaire l'étude e l'ufage.
Elle s'accommode de touteforte
de fujets , & elle réuſſit admirablement
pour le genre
le genre deliberatif.
N'eft elle pas forte & énergique
dans nos Manifeftes , dans nos
Memoires d'Etat , & dans nos
Traitezd'alliance ? Pour le genre
judiciaire elle eft fubtile & folide.
Elle a de la douceur , de l'action
& du transport , dans les Plai
doyers du Maistre , & dans ceux
de Patru . Celuy qui eſt pour un
Gradué ne le cede poins à l'Oraifon
de Ciceron pour le Poëte Archias.
Et pour le genre
Stratif, elle est éloquente &fublidémon-
Nij
152 MERCURE
me , dans le Panegirique de Peliffon
, dans les Oraifons Funebres
de Boffu, & dans celles de
Flechier. Les belles Traductions
d'Ablancourt , de Vaugelas , &
de plufieurs autres , témoignent
que la Langue Françoife a un
genie éminent qui atteint & qui
penetre dans toutes les Langues.
Elles ne font rien perdre àl'Original,
& quelquefois elles l'élevent
, femblables à ces grands
Peintres , qui trouvent parfaite
ment la reſſemblance , & qui la
peignent en beau. Lucien y parle
mieux François que Grec , &
Tacite y eft plus clair plus inGALANT.
KZ
telligible qu'en Latin . Ciceron
trouveroit noftre François auffi
beau dans fes Offices , que nous y
trouvons belle fa Latinité. Quinte.
Curce eft un Chef d'oeuvre en
François , il n'eft pas moins charmant
qu'en Latin, quoy qu'on ait
dit qu ' Alphonse , Roy d'Arragon,
guerit d'une grande maladie en
lifant . Ces illustres Interpretes
qui ont le talent de foûtenir le
reliefdes Anciens , font paroiftre
la Langue Françoise dans un
luftre qui est également beau par
tout.
Si elle eft merveilleuse dans
la Profe , elle ne l'eft pas moins
194 MERCURE
dans les Vers. La Tragedie
Françoife eft auffi fublime &
auffi paffionnée dans Corneille &
dans Racine , que la Tragedie
Grecque le peut estre dans So.
phocle & dans Euripide. Lecaractere
Comique fur le ridicule
des gens , eft parfait dans Moliere.
Les Satyres de Defpreaux
qui découvrent finement les foibleffes
de l'homme , & qui s'en
expriment avec des termes précis
tournez noblement , ne font
pas inferieures aux Satyres d'Horace.
Les Fables de la Fontaine
dont les images font fi naturelles
& fi ingenieufement touchées >
GALANT. 155
difputent le prix à toutes les Fa
bles. Ily a dans tous ces Ouvrages
, des tours d'expreffioner des
• manieres fines , qui ne le cedent
point à l'atticifme des Grecs , &
àl'urbanité des Romains. Pour
leftile galant , foit en Profe ,foir
en Vers , il ne peut eftre plus ga
lant , ny plaire davantage qu'il
eft galant , & qu'il plaift dans
Voture , tant ily a defel de
graces,
La Langue Françoise n'apas
toujours eu ces avantages ; mais
au contraire des Femmes , qui
n'ont de beauté que dans la jeuneffe
, & qui la perdent avec les
156 MERCURE
années , elle avoit des rides eftant
jeune , & à mesure qu'elle s'eft
avancée en âge , elle eſt embellie ,
&fes attraits ont augmenté. Elle
eft àprefent dans fon embonpoint
dans fon éclat ; les Remarques
de Vaugelas , & de Bouhours ,
le Recueil des mots ufitez , des
phrafes châtiées , des regles ferveres
des figures chaftes , & de l'ufage
approuvè , Ouvrage digne de
l'Academie , ont achevé la corre .
ction de la Langue Françoife .
L'Epoque en eft illuftre. L'Epoque
de l'élégance & duftile fleury
de la Langue Hebraique, femarque
au fiecle de Salomon
.
; ce
GALANT 157
Prince fi heureux & fi éclairé, à
qui le Ciel , dans une profonde
paix , ouvrit les trefors de la fageffe.
L'Epoque de la force & de
la gravité de la Langue Grecque
eft du temps des conqueftes d'Ale
xandre , qui avoit auprés de luy
Ariftote , l'heritier des lumieres
&de la fageffe de Platon & de
Socrate , trois grands Philofophes
de la Grece , plus à estimer que
toutes les Divinitez . L'Epoque
de la majefté de la perfection de
la Langue Latine , eft fous l'Empire
d'Augufte , admirateur de
Telegance de Ciceron , jaloux
des Mufes de Virgile & d'Ho158
MERCURE
T
mere ,
4
de la
Auteurs incomparables .
L'Epoque de la pureté
beauté de la Langue Françoise ,
n'est pas moins celebre. Elle fe
rencontre fous le regne de Louis
le Grand , que fon puiffant genie,
le cours triomphant de ſes armes
rempliffent d'évenemens mer–
veilleux. Ce grand Roy parle
luy- mefme fi bien & fi jufte, que
fon exemple fuffiroit feul pour juftifier
que la Langue Françoife eft
aujourd'huy parvenuë au point de
fa maturité, & au periode defa
gloire. C'eft , Monfieur , tout ce
que j'avois fait deffein de répondre
voftre Lettre. Jefuis , &c.
ay
.
GALANT. 159
プト
Il est temps de vous parler
des Machines infernales
qui ont fait tant de bruit, &
peu d'effet . C'eftoit une fi
des reffources du Prince d'O.
range , pour abifmer la France.
Elles ont paru devant
toutes les Villes de nos Coftes
, mais elles n'ont fait que
caffer des vitres à S. Malo, &
fuir devant Breft. Dieppe les
a veuës fauter en l'air inutilement
, fon malheur eftant
venu d'une autre caufe. Elles
fe font promenées devant le
Havre de Grace , d'où elles
ont fait une retraite honteu160
MERCUKE
fe. Les Ennemis ont crû
qu'elles feroient plus heureufes
devant Dunkerque, &
c'eft où elles ont receu le
plus grand affront , deux de
leurs plus formidables ayant
feulement fervi de divertif
fement aux Princes , qui les
apprehendant peu , eſtoient
allez pour en voir l'effet. Enfin
elles font venues fe faire
voir devant Calais, d'où aprés
avoir efté faluées d'un grand
nombre de coups de canon ,
elles fe font retirées en Angleterre
, où leurs poudres s'éventeront
pendant l'hiver.


GALANT . 161
Je vous envoye le deffein
d'une de celles qui estoient
deſtinées › Pour brûler la
tefte des Jettées de Dunkerque.
Voicy l'explication des
chiffres qui font marquez
dans la planche que j'ay fait
graver.
>
1. Le fond de calle rempli
de fable limonneux afin
de donner plus de force aux
poudres.
2. Premier pont d'un pied
& demy d'épaiffeur.
3. Quinze milliers de poudre.
e !
4. Second pont
Octobre 1694.
fait
en
O
162 MERCURE
coffre , qui avoit un pied &
demy de vuide , & qui eftoit
rempli de cailloux du poids de
quinze à vingt livres chacun.
5. Trois cens cinquante.
bombes , & cinquante. Car-,
caffes , qui eftoient fur le
mefme pont
.
6. Troifiéme pont d'un
demi - pied d'épaiſſeur.
7. Deux cens cinquante
barils de cercles de fer , remplis
de grenades goudron .
nées , & cinquante machines
de fer ayant des pointes pour
s'attacher fur le bois où elles
tomberoient , & remplis d'uGALANT.
163
ne compofition de poix goudronnée
, de fouphre , &
d'eau de vie . Ces machines
font marquées par la lettre A.
8. L'ais qui couvre la Machine
, pour empêcher les
amorces de brûler.
9. Le canal qui conduit le
feu aux amorces & aux poudres.
Cette Machine avoit trente
-quatre pieds de Rinlandé
de longueur ; elle avoit huit
pieds de hauteur , & prenoit
neuf pieds d'eau .
En quelque nombre que
foient les Relations de Perfe ,
O ij
164 MERCURE
de Turquie , de la Chine , &
des autres Eftats d'une auffi
vafte étendue , les dernieres
qui en paroiffent ont toûjours
quelque chofe de nouveau
qui ne fe trouve point
dans les autres. Vous le remarquerez
dans une Relation
de l'Etat prefent du Royau
me de Perfe , qui fe vend depuis
peu chez le fieur de Luynes à
la Juſtice , & chez le fieur
Brunet , dans la grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
Elle eft faite par M
Sanfon, Miffionnaire
Apoftolique
envoyé en Perfe en 1683 .
GALANT. 165
3
1
1
où il a demeuré pendant trois
ans & huit mois , en divers
temps , ayant exercé la Miffion
dans les Royaumes cír
convoisins de ce vafte Eftat ,
d'où il eft revenu depuis peu
pour preſenter au Roy une
lettre de Soliman , prefente.
ment Roy de Perfe . Sa Ma .
jefté luy a ordonné de recueillir
ce qu'il avoit de Me
moires touchant ce fuperbe
Empire . Il a executé les ordres
de ce Monarque , & c'eft
dequoy eft compofé le livre
dont je vous parle. Il n'a traité
uniquement que de l'Eſtat
166 MERCURE
prefent de Perfe , fans rien
dire de ce que cet Etata eſté
dans les fiecles precedens
, &
fans rien rapporter des diverfes
revolutions qui l'ont fait
changer tant de fois de face .
Il parle feulement de la perſonne
du Roy , du nombre
& des emplois de fes principaux
Officiers , de la magnificence
de fes Divertiffemens
, de les Finances , & de
fes Armées . Il paffe de là au
Gouvernement
Politique
,
à l'autorité de ce Monarque
, à fon Confeil d'Eftat
au pouvoir des Eunuques ,
GALANT. 167
l'ordre étably dans les Gouvernemens
des Provinces , &
à la maniere dont ils fe conduifent
avec les Peuples, It
fait voir comment ils adminiftrent
la Juſtice Seculiere ,
& celle que nous appellerions
Ecclefiaftique.
Le Sieur Brunet debite depuis
peu la feconde edition
du livre intitulé Arlequiniana ,
ou les bons Mots , les Hiftoires
les agreables re plaifantes ,
cueils des converfations d'Arle
quin. Quelque bon
que foit
un livre , il eft difficile d'affu
rer s'il eft trouvé tel par lo
168 MERCURE
Public , mais aprés un grand
debit & plufieurs editions ,
perfonne ne peut difconvenir
, à moins d'eftre d'un fen
timent particulier , & de vouloir
paffer pour Milantrope ,
qu'il n'ait eu l'avantage de luy
plaire. Les mefmes raifons
prouvent la bonté des Lettres
fur toutes fortes de fujets ,
avec des avis fur la maniere
de les écrire. La derniere Edition
, qui eft augmentée
d'un grand nombre de Preceptes
, & de Lettres , fe vend
chez le S Guignard à l'entrée
de la grande Salle du
Palais ,
GALANT. 169
Palais , à l'Image Saint Jean ,
& chez le S Brunet.
Les petites Hiftoires ayant
pris depuis peu la place des
Romans , qui laffoient l'im .
patience Françoiſe , malgré
les grandes beautez dont ils
eftoient remplis , il en paroift
une depuis peu chez le S de
Luynes , intitulée Ildegerte ,
Reyne de Norvvege. Ce livre
.a
pouvant eftre lû en quelques
heures , je ne vous en fais
aucun détail , afin que vous
puiffiez , en le lifant , joüir du
plaifir de la furpriſe.
Je vous envoye un Madri
Octobre 1694
. P
170 MERCURE
gal de Mademoiſelle l'Heritier
, qui s'eftant trouvée depuis
peu dans le Diocefe de
M' l'Evefque de Bayeux , a
eſté fi édifiée des grandes
vertus de ce Prelat , & du zele
qu'il fait paroiftre pour la
Religion & pour l'Eſtat , en
toutes fortes d'occafions
qu'elle a cru devoir employer
fa Mufe à les celebrer . Sa
charité pour les malheureux
n'a point eu de bornes , &
malgré la difette de l'année ,
il n'y a prefque perfonne qui
ait fouffers dans toute l'étenduë
de fon Diocefer
GALANT. 171
A
ME L'EVESQUE
de
Bayeux.
Elilluftre Nefmond le fortu-
Done
Troupeau
De la fureur des Loups n'eft jamais
Le partage >
Guidé par un Pafteur fi fage ,
Que fon fort eft doux , qu'il eft
beau !
Ce Pafteur des Vertus eft un brillant
flambeau ;
Modefte , liberal , affidu dans les
Temples ,
Il donne à fes Brebis les plus touchans
exemples
De candeur & de pieté ,
Et par mille actions d'éternelle
memoire,
Pij
172 MERCURE
Où regne la fageffe ainsi que la
bonté ,
On le voit acquerir la gloire
D'une double immortalité.
La mefme Mademoiſelle
l'Heritier fit cet autre Madri
gal dans le temps que les armes
du Roy foumirent Gironne.
SUR LA PRISE
de Palamos & de Gironne.
HVmble
aux pieds des Autels,
fier dans les Batailles ,
&
On voit l'intrepide Noailles
Imiter fan augufte Roy.
Al'orgueilleufe Espagne il va donner
la loy.
GALANT. 173
Mille Etendarts conquis , Palamos
& Gironne ,
De lauriers immortels luy font une
Couronnes
Son bras portant par tout la terreur
& l'effroy,
Va foumettre à Louis les murs de
Barcelone ;
Et les braves Guerriers , qui fur le
fein des eaux,
Guidezpar Neptune & Bellone,
Firent cent cent fois triompher
nos Vaiffeaux,
Vont briller à leur tour d'une nouvelle
gloire.
Que de Palmes encor pour noftre
grand Heros !
Il combat pour le Ciel : mais auffi
la Victoire
Le couronne toujours fur la terre
& lesflots.
P iij
174 MERCURE
Il s'eft fait depuis peu de
temps un Mariage entre deux
perfonnes
qui ne fongeoient
à rien moins qu'à
s'époufer ,
& il s'eft fait par des raisons
fi
contraires à ce que portoient
les
apparences , que
leur
nouveauté
m'engage à
vous faire part de cette avan
ture. Une jeune Demoifelle
toute aimable , ayant le teint
vif & fort brillant , & tous les
traits affez reguliers pour fe
diftinguer
parmy les belles
Perfonnes
, prit fans devenir
coquette, des airs du monde
fi infinuans , qu'il eftoit diffid
GALANT. 175
cile de la voir fans prendre
pour elle ce je ne fçay quoy
qui approche de l'amour . Elleavoit
une Mere habile &
fage , dont les confeils regloient
fa conduite , & fon
entiere foumiffion à fes volontez
eſtant une marque de
l'application qu'elle auroit
toujours à bien remplir les
devoirs , luy gagnoit l'eftime
de tous ceux qui luy rendoient
quelques foins . Son
efprit eftoit vif & penetrant ,
& fa converfation des plus
agreables. Avec de ſemblables
qualitez vous pouvez
Piiij
176 MERCURE
juger qu'elle eut un fort
grand nombre d'Amans . Entre
ceux qui s'attacherent à
elle , un Cavalier extremement
riche parut des plus
empreffez . Il n'eftoit pas fi
bien fait que quelques autres
, & fon air n'impofoit
pas , mais il reparoit par
grand bien ce qui luy manquoit
du cofté de la nature.
Il eftoit d'ailleurs d'une humeur
douce & fort complaifante
, & la Belle avoit tout
fujet de fe flater qu'elle vivroit
heureuſe avec luy.
Comme fon coeur n'avoit ja
fon
GALANT. 177
me
mais eu d'attachement , il
eftoit capable de recevoir
toutes les impreffions que
fes interefts pourroient l'obliger
à prendre . Ainfi par le
confeil de fa Mere , à qui il
aeftoit fort naturel de fouhaiter
de voir fa Fille opulente ,
elle eut pour luy des égards
particuliers , qui le rendirent
bien - toft le plus amoureux de
tous les hommes . Elle fut
plus moderée dans fes fentimens
, & avant que de répon
dre à fa paffion , elle voulut
éprouver fielle n'eftoit point
l'effet de ces defirs violens
178 MERCURE
qui commencent à languîr fr
toft qu'ils font fatisfaits . Cette
paffion qui de jour en jour
prenoit de nouvelles forces
l'ayant contraint de fe decla
rer, & cette aimable perfonne,
auffi raifonnable que char.
mante , ne voulant devoir fon
coeur qu'à la forte estime qu'il
auroit pour elle , & qui feule
pouvoit rendre fon amour
durable , elle luy reprefenta
qu'il ne voyoit pas qu'il nuifoit
à fa fortune en prenant
de l'attachement pour elle ,
que comme la fienne eftoit
mediocre , il luy feroit aiGALANT.
179
fé de trouver ailleurs des
avantages beaucoup plus
confiderables , & qu'il devoit
prendre garde , que fi aprés
l'avoir époulée il arrivoit qu'il
sen repentift , dans le temps
qu'elle fe feroit abandonnée
à tout ce que fon devoir &
fon inclination auroient pû .
exiger d'elle , il la mettroit
dans un eftat déplorable, d'où
= la fincerité qu'elle luy mar-
1 quoit meritoit bien qu'il la
garantift. Des fentimens fi
honneftes & fi genereux ne
#firent qu'augmenter la violence
de ce qu'il fentoit pour
180 MERCURE
.
elle. Il y avoit déja quatre
mois qu'ils fe voyoient , lors
qu'un procés des plus importans
rendit la prefence
du Cavalier neceffaire dans
une Province fort éloignée.
Cela l'obligea de preffer
la Belle de l'époufer , afin
qu'elle puft l'accompagner
dans ce long voyage , & qu'il
ne fuft point privé pendant
un longtemps de la douceur
de la voir , qu'il difoit eftre
pour luy le plus grand de
tous les biens. Comme elle
ne fe fentoit encore touchée
tres -foiblement , & qu'-
que
GALANT. 181
pour
elle ne vouloit fe marier que
our eftre heureufe , elle luy
dit qu'afin qu'il fçeuft mieux
5à quoy il eftoit refolu de s'engager
, il devoit laiffer les
chofes en l'eftat où elles
eftoient , jufqu'à fon retour
de la Province ; que l'amour
groffiffant toûjours les objets
par la prefence, le merite qu'il
trouvoit en elle en la voyant
tous les jours , diminueroit
peut eftre beaucoup quand
il feroit longtemps fans la
voir , & qu'il eftoit de ſes interefts
de s'affurer par l'éloi-
1 gnement fi la paffion qu'un
182 MERCURE
peu de beauté avoit eu la force
de luy infpirer , n'avoit
point fait de furprile à la raifon
. Le Cavalier eut peine à
s'accommoder du retardement
, mais elle demeura fermeà
exiger de luy cette rude
épreuve , & il fut obligé de
fe contenter de l'affurance
qu'elle luy donna que quelque
party qui fe pult offrir
pendant fon abfence , on n'écouteroit
aucune propofition
à fon préjudice . La Mere
fit ce qu'elle put pour faire
conclurre
le mariage avant
fon départ , & remontra à fa
GALANT. 183
"
Fille , qu'il y avoit beaucoup
d'imprudence à riſquer une
fortune qui luy pouvoit écha
per , & quelque perfonne aif
mable que le Cavalier rencontreroit
, pouvoit réüffir à
luy donner de l'amour. La
Belle luy répondit que s'il
eftoit capable d'un tel changement
, il valoit mieux avoir
ce chagrin à effuyer , que de
s'expofer à luy voir prendre
du dégouft pour elle quand
elle feroit fa femme ; que luy
voulant donner fon coeur
tout entier , elle ne pouvoit
trop éprouver file fien eftoit
184 MERCURE
veritablement à elle , & que
de l'humeur dont elle eftoit ,
quand il n'y auroit que du
bien à perdre , il luy feroit
aifé de s'en confoler. Le Cavalier
la quitta , & alla mettre
ordre à fes affaires. Il eut foin
de luy écrire fouvent , & il
parut par fes lettres que l'abfence
ne faifoit que l'enflammer
encore davantage . Cette
exactitude à luy rendre compte
de ce qu'il faifoit , & à luy
donner les plus fortes affurances
d'une vive paffion , l'obligerent
de s'abandonner - infenfiblement
aux fentimens
GALANT. 185
de reconnoiffance & de tendreffe
, qu'elle devoit à un
homme qui n'oublioit rien
de ce qui pouvoit le faire aimer
. Il revint plus amoureux
qu'il n'eftoit parti , & la Belle
qu'une abfence de fix mois
avoit convaincuë d'un par
fait attachement , n'eut aucune
peine à luy témoigner
que la poffeffion de fon coeur
eſtoit la choſe du monde qui
luy faifoit le plus de plaifir.
L'union fe trouvant déja fi
forte , les defirs du Cavalier
n'eurent plus d'obſtacle.
Le mariage . fe fit avec
Q Octobre
1694.
186 MERCURE
.<
des avantages fi grands pour
la Belle , que quand elle n'auroit
pas éprouvé la paſſion
depuis filongtemps, elle n'en
euft pu douter , aprés le foin
qu'il prenoit de luy affurer
un bien tres confiderable s'il
arrivoit qu'il mouruft Cette
derniere marque d'un amour
fincere la toucha fenfiblement.
Elle l'aima avec une
paffion auffi violente que la
fienne l'avoit efté jufques- là ,
& n'eut en vuë que ce qui
pouvoit luy plaire . Ses complaifances
allérent jufques
l'excez , & il ne formoit auGALANT.
187
J
UTO
411
O cuns defirs qui ne fuffent
prévenus quand elle pouvoit
les deviner. Amans dans le
mariage , ils n'y trouvoient
aucune amertume , & pen
dant deux ans la Belle fortement
touchée des bontez de
fon Mary , cur fujer de le tenir
la plus heureuſe perfonne
du monde ; mais enfin le Ca
valier laiffa peu à peu dim
nuerfa tendreffe. L'habitude
d'eftre aimé luy tendit cette
douceur moins fenfible, &un
amour qui luy eftoit deu , ceffa
d'avoir des charmes pour
luy . La Belle ne fe fut pas
Q ij
188 MERCURE
plûtoft apperceuë de fon refroidiffement
, que fans luy
en faire aucune plainte , elle
redoubla fes foins pour regagner
dans fon coeur ce
qu'elle craignoit d'y avoir
perdu . Il garda toujours de
grandes honneftetez , mais
tous les foins qu'elle prit ,
& toutes fes complaifances
ne pûrent luy redonner
fa premiere ardeur . Il
s'ennuyoic auprés d'elle , luy
faifoit fecret de mille chofes,
& ne fe trouvoit jamais dans
une fituation plus agreable
que quand il eſtoit ailleurs.
GALANT 189
Le déplaifir qu'elle en eut la
fit recourir aux larmes & aux
foupirs , qu'elle employa inutilement
. Il en parut peu tou
ché , & les reproches qu'elle
ofa luy faire , quoy que doux
& raisonnables , n'eurent aucun
autre effet , que de faire
naitre entre eux certains dif
ferens , qui eftoient ſouvent
fuivis d'un peu d'aigreur du
cofté du Cavalier. Il luy difoit
quelquefois qu'elle avoit
tort de fe plaindre , puis qu'il
eftoit vray qu'il l'aimoit toujours
, & qu'elle en devoit
eftre convaincue par la liber
190 MERCURE
té qu'il luy donnoit de fe
choifir toutes fortes de plaifirs
, ne luy défendant ny le
Jeu , ny l'Opera , ny la pro
menade. Ces permiffions ne
pouvoient fuffire pour la ren,
dre heureufe . Elle s'eftoit
accoutumée à l'aimer avec
toute la tendreffe que l'on
peut avoir pour une perfonne
dont on fait le feul plaifir
de fa vie Elle cuft voulu eftre
aimée de meſme , & les attachemens
qu'il prenoit chez
quelques Dames , où il fe
montroit toujours de belle
humeur , ne luy apprenoient
GALANT. 191
que trop qu'il avoit le coeur
ufé pour elle. Alors elle comprit
avec une douleur incroyable
, qu'il eſt impoſſis
ble qu'une violente paffion
foit de durée ; & que quand
il s'agit de mariage , beau
coup d'eftime eft à préferer.
à beaucoup d'amour. Ce
changement où elle s'eftoit ;
d'autant moins attendue ,
qu'elle avoit fait toutes les é
preuves neceffaires pour eftre
certaine qu'elle poffedoir le
coeur du Cavalier, la mit dans
une langueur qui la reduifiti
à l'extremité. Sa beauté di

r
192 MERCURE
minua ; fon teint perdit la vivacité
charmante qui frapoit
tous ceux qui la voyoient
& aprés avoir paffé une an
née entiere dans un abattement
qu'on ne fçauroit concevoir
, les chagrins qui la
rongeoient , & qu'elle tenoit
renfermez en elle - mefme ,
pour ne fe pas donner en
fpectacle par l'éclat , luy auroient
caufé la mort , ficelle
de fon Mary ne fut pas arri
vée inopinément . Il eft aifé de
s'imaginer que cette perte.
luy fut beaucoup moins fen- .
fible qu'elle ne l'auroit eſté
s'il
GALANT. 193
311008
1
s'il luy euſt toujours donné
les mefmes marques d'amour.
Elle fe fervit de fa raifon
, & aprés s'eftre foumiſe
autant qu'elle y eftoit obliée,
aux loix de la bien - feangée,
ce , elle reprit du gouft pour
la vie , & fut lenfible au plai
fir de voir fes Amis. Elle
avoit beaucoup de bien , &
elle en fçavoit ufer d'une
maniere agreable. Ainfi ,
comme elle
vivoit
contente,
& dans une indépendance
qui fait le bonheur des perfonnesfages
, fa beauté revint
en peu de temps, & elle parut
Oct. 1694. R
T
194 MERCURE
d'autant plus aimable , que
les agrémens de fa perfonne
eftoient foutenus de beaucoup
d'efprit . On la rechercha
de tous coftez , tant hommes
que femmes , & le temps du
deüil ne fut pas plûtoft paffé ,
que voulant bien recevoir du
monde , elle fe vit une grof
fe Cour. La fageffe de fa
conduite luy attira de grandes
loüanges . Elle recevoit
rous ceux qui venoient chez
elle avec des manieres hon .
neftes & infinuantes , mais
fans aucune de ces diftin-
Ations particulieres , qui en
GALANT. 195
faifant des jaloux , nuiſent à
la reputation des Femmes ,
& donnent licu de penfer qu'-
elles le font laiffé entamer le
coeur . Elle connoiffoit parfaitement
le merite de chacun
, mais perfonne n'avoit
fujet de te plaindre fur la préference
, & on ne pouvoit
s'appercevoir que fon panchant
l'entrainait d'aucun côté.
Enfin un Gentilhomme
tres fpirituel & tres bien fait ,
& qui s'eftoit attaché des
premiers à luy rendre quelques
foins , fut fi charmé
d'elle, qu'il refolut de s'en
Rij
196 MERCURE
faire aimer. Il y réüffit par
fes complaifances , & par des
fentimens de droiture , qui
font toujours leur effet quand
ils font connus. Elle trouvoit
enlui un efprit folide ,&routes
les qualitez qu'elle pouvoit
fouhaiter pour luy accorder
fa confiance , & afin de l'empêcher
de porter fes vues plus
loin qu'elle ne vouloit , elle
jugea à propos de le prevenir
fur la declaration qu'il cust
pû luy faire , & luy avoüa qu'-
elle remarquoit depuis quel
que temps qu'il s'appliquoit à
chercher tout ce qui pouvoit
GALANT: 197
luy être agreable; fur quoi elle
fe croyoit obligée de l'avertir
que s'il fe bornoit à fon amitié
elle fe fentoit dans des
difpofitionsdont il auroit lieu
d'eftre content , mais que s'il
fe permettoit une efperance
plus forte , elle eftoit bien
aife de luy dire , que quoy
qu'il cuft tout ce qu'il falloit
pour autorifer fes prétentions
, il alloit s'embaraffer
le coeur inutilement. , puifqu'il
n'eftoit rien au monde
qui puft la porter à un ſecond
mariage. Cela fut dit d'un ton
fi determiné que le Gentil-
R iij
198 MERCURE
homme fe trouvant heureux
de voir fes foins agréez tous le
nom d'Amy , ne pouffa pas la
chofe plus loin. Il l'affura qu'il
n'aſpireroit jamais à une autre
qualité , & les affiduitez
luy eftant permiſes , il ne
douta point qu'avec le temps
il ne l'engageaft , fans qu'elle
s'en apperçuft , à prendre
pour luy les fentimens qu'il
avoit pour elle. Pour mieux
l'éblouir il l'applaudiffoir fou
vent fur la refolution où elle
eftoit de demeurer toûjours
Veuve. Il luy diloir melme
quelquefois, que c'eftoitavec
raifon qu'elle craignoit les
GALANT 199
chagrins qui font attachez
au mariage , & en luy oftant
par là tout fujet de défiance ,
il l'accouftuma
fi bien à luy
découvrir ce qu'elle avoit de
plus caché dans le coeur ,
qu'il s'en rendit maiſtre en
quelque forte. Quand il fut
bien affuré que le plaifir de
le voir luy eftoit affez fenfible
pour n'y pouvoir renoncer
fans peine , il s'échapa de
temps en temps à luy dire ,
que quoy que le mariage euſt
fes dégoufts , leur amitié
eftoit fi tendre & fi éprouvée,
qu'ils fe pourroient
épou
R iiij.
4
200 MERCURE
fer fans rien apprehender de
fâcheux. La Dame luy répondoit
en riant qu'il eftoit
la dupe de fes fentimens , &
que tout honnefte homme
qu'il eftoit , & quelque forte
amitié qu'il luy euft jurée ,
il cefferoit de l'aimer fi elle
avoit la foibleffe de vouloir
bien devenir fa femme. Il
luy jura mille fois que fon
coeur feroit inébranlable , &
reprit fi fouvent cette matiere
, que la Dame ſe défiant
d'elle mefme s'il continuoit
de luy parler fur le mefme
ton , commença à s'examiGALANT
. 201
nerferieufement. Elle fentoit
que t'aimant plus qu'elle n'avoit
penfé , non-feulement il
luy feroit impoffible de fe
priver de la fatisfaction de le
voir , mais que mefme il pourroit
affez fur fon efprit pour
luy arracher le confentement
qu'il fouhaitoit. Cependant
elle ne pouvoit fonger au
chagrin qui luy paroiffoit
inévitable, aprés ce qui luy
eftoit déja arrivé , fans fe reprocher
un aveuglement
qu'il luy feroit honteux de fe
pardonner. Le peril où elle
eftoit luy eftant connu , elle

202 MERCURE
refva à tous les moyens qui
l'en pouvoient garantir , &
refoluë , quoy qu'il puft luy
en coûter , de ne s'expofer.
jamais à voir l'amitié du Gen.
tilhomme fe refroidir par fa
faute , elle en trouva un fort
violent , mais qui la mettoit
en fureté. Un jour qu'il la
preffoit plus qu'à l'ordinaire
de fe vouloir déclarer , elle
luy dit que luy connoiffant
de tres-belles qualitez , elle
ne balanceroit pas à le
preferer
à tous les hommes , fi
elle n'eftoit certaine que le.
mariage diminueroit la tenGALANT.
203
dreffe , ce qui la mettroit au
defefpoir, qu'elle vouloir qu'il
T'aimaft toûjours , & que pour
eftre hors d'eftat de l'épou
fer , & par confequent de perdre
ce qu'elle croyoit avoir
gagné dans fon coeur , elle
alloit donner parole à un Officier
fort confiderable dans
larobe , qu'il fçavoit luy avoir
fait faire des propofitions
fort avantageufes . Le Gentilhomme
s'eftant écrié fur
l'injuftice qu'elle fongeoit à
luy faire , elle répondit que
n'ayant jamais efté aimée de
cer Officier , il luy fuffiroit
9
204 MERCURE
qu'il l'eftimaft pour eftre con
tente , & qu'une femme
d'honneur
faifoit toûjours
fon devoir fans peine , mais
qu'aprés tant de tendres marques
d'amitié qu'elle avoit reçues
du Gentilhomme
, il fau
droit,fielle pouvoit confentic
à l'époufer , qu'il luy en don
naft encore de plus fortes
fans que jamais il y arrivaſt la
moindre diminution
, & que
c'eftoit une chofe entierement
impoffible
. Il n'y eut
rien que le Gentilhomme
n'employait
pour luy faire
changer le deſſein de ſe donGALANT.
205
nerà un autre. Elle n'ytrouva
1 qu'un expedient qui dépendoit
de luy feul . Il promit
tout , pourveu qu'on n'exigeaft
pas de luy qu'il cefferoit
de la voir. La réponſe fut
$ que loin de vouloir l'engager
à une choſe dont elle auroit
autant à fouffrir que luy,
elle prétendoit fe faire encore
une obligation plus préecife
de le voir toûjours . L'expedient
fut d'époufer faSoeur,
à qui e le vouloit affurer fon
bien en faveur du mariage.
Cette Soeur eftoit jeune , bien
faite , d'un efprit fort doux ,
206 MERCURE
& comme elle avoit peu vû
le monde , il luy pouvoit don
ner les impreffions qui luy
conviendroient le mieux. 11
rej tra quelque temps cette
propofition , mais voyant
que la Dame s'obſtinoit , malgré
tout ce qu'il put dire , à
Tuy vouloir faire époufer fa
Soeur , s'il ne vouloit pas qu '
elle fe mariaft elle - mefme ,
il aima mieux prendre le premier
party , & le mariage fe
fit il y a trois mois.
Je vous ay dit bien des fois
que nous vivons fous un reGALANT.
207
gne où le vray merite n'eft
jamais fans recompenfe . Les
Lettres de Nobleſſe que le
Roy vient de donner à Mr le
Chevalier Bart , en font une
preuve convaincante. Elles
contiennent un détail fort
curieux de tous les fervices
qu'il a rendus à la France ,
depuis plus de vingt années ,
& vous ferez fuprile de voir
combien un feul homme a
fait de tort à nos Ennemis.
L
grace
de QUIS par la
Dieu Roy de France
& de
Navarre ; A tous prefens à
208 MERCURE
*
venir , Salut. Comme il n'y a
point de moyen plus affure pour
entretenir l'emulation dans le
coeur des Officiers qui font employez
pour noftre fervice
pour les exciter àfaire des actions
éclatantes
› que
>
de recompenfer
ceux quiſeſont fignalez dans les
commandemens que nous leur
avons confiez , & de les diftin
guer par des marques glorieufes
qui puiffent paffer jusques à leur
pofterité . Nous avons par ces
confiderations accordé des Lettres
de nobleffe à ceux de nos Officiers
qui fe font rendus les plus recom
mandables ; mais de tous les OffiGALANT.
209
ciers qui ont merité cet honneur,
nous n'en trouvons point qui s'en
foir rendu plus digne que noftre
cher & bien améle St Jean Bart,
Chevalier de noftre Ordre mili .
taire de S. Louis , Capitaine de
Marine , commandant actuellement
une Eſcadre de nos Vaiffeaux
de guerre , tant par l'ancienneté
de fes fervices , que par
la qualité de fes actions , & de
fes bleffures puis qu'en 167 58
ayant le commandement d'une
Galiote armée en courfe, & mon
tée feulement de deux pieces de
Canon , & de trente fix hommes,
il enleva à l'abordage devant le
&.
1694.
S
210 MERCURE
ayant
Texel une Fregate de dix- huitCanons
, & defoixante cinq hommes,
venant d'Espagne. En 1676.
eu le commandement de la
Fregate la Royale , armée en´
courfe , & montée de dix pieces
de Canon , il prit une Fregate
Hollandoife nommée , l'Efperance,
de douze Canons , qui fervoit
de convoy de Hollande à
Hambourg; enfuite de quoy eftant
allé croifer, contre la pensée defditsHollandois,
il en détruifit 670 .
aprés avoir battu deux Convois ,
dont il en enleva un , monté de 18.
pieces de Canon , nommé la Bergere.
En 1677. commandant la
GALANT.: 201
Fregate la Palme , montée de 18 .
Cañons , il enleva aprés trois
heures d'un combat tres - opiniâtré,
la Fregate le Suanembourg
,
montée de 24 Canons , fervant de
convoy de Hollande en Angleterre
, & prit ſeize Vaiffeaux
Marchands , quoy qu'il cuſt eu
plus de cent hommes morts ou
bleffez. Au mois de Septembre
de la mefme année ; commandant
ladite Fregate la Palme , il prit
à l'abordage un Vaiffeau Hol
landois nommé le Neptune, de 36 .
Canons , quoy que beaucoup plus
fort en Artillerie que
gate ; en confideration
de quoy
ladite Fie
Sij
22 MERCURE
Nous luy donnâmes une Medaille
& une chaifne d'or. Au mois de
Mars 1678. ayant le commandement
de la Fregatele Dauphin, de
14. Canons, ayant fait rencon.
tre d'un Vaiffeau de guerre Hol
landois nommé le Schedain, monté
de 32. canons ,fervant de Gardecofte
devant le Texel , ce Vaiffean
ayant voulu l'enlever, il combatit
avec tant de valeur qu'il le prit à
l'abordage, & reçutplufieurs blef
fures en cette occafion . Ilprit pendant
le refte de cette année trois
Corfairesd Oftende , & depuis ladite
année 1678.jufques à la Paix ,
arrivée en
ilcoula bas , fit
GALANT. 213
échouër, brûla, & amena au Port
deDunkerque un grand nombre de
Navires Espagnols , dont les Regiftres
de ladite Ville font char.
gez La Paix estant furvenuë ,
fes belles actions nous convierent
à le prendre à noftre fervice, &
luy ayant donnéle commandement
de la Fregate la Vipere de 14.
Canons , pour croifer contre les
Saltins , il en prit un de feize
canons de cent cinquante hom- &
mes. La guerre eftant declarée
contre l'Espagne , nous luy donnames
le commandement de la
Fregate la Serpente, avec laquelle
il prit un Vaiẞean où il y avoit
214 MERCURE
trois cens cinquante Soldats Efpagnols
; enfuite de quoy ayant
eu ordre de s'embarquer avec le
S' d' Ambliment ,fur le Vaißeau
le Moderé ,pour la Campagne de
Cadix , il contribua à enlever
deux Vaißeaux de guerre Efpagnols
, dans laquelle occafion il
fur bleẞé à la cuiße d'un coup
d'éclat . Enfin , la guerre qui eft
allumée aujourd'huy estant furvenue,
il eut le commandement
de la Fregate la Railleufe defeize
Canons , avec laquelle il a fait
beaucoup de prifes confiderables . Il
fut bleßé mefme tres- dangereuſement
en efcortant par notre ordre
GALANT 215
A
uneflote de Navires Marchands
adu Havre à Brest . En 1690 , com-
-mandant le Vaiẞeau l' Alcion de
36. Canons , il détruifit la Pefche ,
coula bas plufieurs Pefcheurs
Hollandois. Il prit en venant à
Dunkerque deux Vaiffeaux qui
portoient en Angleterre quatre
cens cinquante Soldats Danois ;
enfuite de quoy il fut à Breft , &
de la en Irlande , fous les ordres
du feu S d'Amfreville , lors
Lieutenant General en nos ArméesNavales
; enfuite forvant
dans la Manche , il eut ordre.
aprés la défaite de l'Armée Angloiſe
& Hollandoiſe , d'aller à
216 MERCURE
les
l'Elbe charger deux Navires que
nous avions fait charger de cui.
vre , poudres , armes , & autres
munitions de guerre ; & ayant
eu avis de Hambourg que
Vaiffeaux n'estoient pas prefts , il
alla croifer pendant quinze jours.
• Il rançonna pour quarante cinq
mille écus de Navires revenant
de la Pefche de la Baleine , &
ramena lefdites rançons à Dunkerque.
En 1692. ayant eu le
commandement de fept Fregates
d'un Brûlot, trente deux Vaifſeaux
de guerre Anglows & Hollandois
bloquerent le Port de la
dite Ville de Dunkerque , mas il
trouva
GALANT
217 ,
1
4 trouva le moyen de paffer , le
lendemain il enleva quatre Vaiffeaux
Anglois richement charge
, qui alloient en Mofcovie.
Enfuite il alla brûler quatre- vingt
fix Baftimens , tant Navires
qu'autres Vaiffeaux marchands ;
ayant fait defcente vers Neucaftel
, il brula environ deux cens
maiſons , &amena à Dunkerque
pour cinq cens mille écus de pri
fes. Sur la fin de ladite année
1692. ayant efté croifer au Nort
avec trois de nos Vaiffeaux , il
fit rencontre d'une flote Hollandoife
venant de la Mer Balti .
que , chargée de bled , eſcortéc par
Octobre 1694. T
218 MERCURE
trois Navires de guerre , il atta
qua ces Convois , & en prit un,
aprés avoir mis les deux autres
en fuite . Il pritfeize Vaiffeaux
de ladite flote chargez de bled ,
feigle , orge , goudron , & autre
marchandife , qu'il amena à Dunkerque.
En 1693. ayant eu le
commandement du Vaiffeau le
Glorieux , de 66. Canons , pour
fervir dans noftre Armée Nava.
le , qui eftoit pour
dée par noftre Coufin l'Amiralde
Tourville , qui furprit la flore de
Smirne , & s'eftant trouvéſeparé
de ladite Armée , & ayant ren .
contré proche de Faro fix Navi .
lors.commanGALANT.
219
ع ج ر ن
res Hollandois ,fçavoir un de so .
les autres de 44 36.28 26.
24. Canons, tous richement char
gez, il les fit échouër & bruler
enfuite ; aprés quoy ayant defarme
à Toulon , ilfe rendit à Dunkerque
, fuivant nos ordres ,
il partit pour VVleker , où il eut
le
commandement de fix de nos
Vaiffeaux ,pour amener en France
une flote chargée de bled , qu'il
conduifit heureusement
à Dunkerque
, quoy que les Anglois
les Hollandois euffent de grof
fes Efcadres en mer pour l'empêcher.
Enfin eftant party le 28.
Juin de la prefente année 1694 .
Tij
220 MERCURE
quelques voifut
avec les mefmes fix Vaiffeaux
de guerre , pour aller chercher une
flore de bled à VVleker , cette
flore qui eftoit partie dudit lieu au
nombre de cent
les , fous l'efcorte de trois Vaif
feaux Danois & Suedois ,
rencontrée entre le Texel & le
Fly , par
, par le Contre- Amiral de
Frife. Le S Hidde qui commandoit
une Efcadre, composée de huit
Vaiſſeaux de guerre , s'eftoit déja
emparé de ladite flote ; mais le
lendemain le S Bartle rencontra
à la hauteur du Texel , comme
il s'agiffoit de faire une action
auffi éclatante qu'utilepourle bien
GALANT. 221
de noftrefervice, & le foulagement
de nos Sujets , il prit la refolution
de les combattre , quoy
qu'inferieur en nombre & en artillerie
, & ayant abordé le Contre-
Amiral , il l'enleva , auſſi
bien que deux autres , qui furent
enlevezpar les autres de l'Efcadre
dont nous luy avions confiéle
commandement , & ainfi il fe
rendit maistre des Baftimens dont
ils s'eftoiont déja emparez , & il
conduifit à Dunkerque les Vaiffeaux
chargez de bled qui estoient .
deftinez pour ladite Ville , avec
les trois Vaisseaux deguerre Hollandois
, qui ont efté pris en cette
Tiij
222 MERCURE
occafion , montez , l'un de $ 8, pieces
de Canon , lautre de sale
troifiéme de 34. Une actionfi
diftinguée jointe à plufieurs autres
qui l'ont fignalé par tant de fameux
exploits , nous convient à
luy donner des marques de l'eftime
que nous faifons de fa perfonne,
& de lafatisfaction que
nous avons de fes fervices , en
l'honorant du titre de Nobleffe ,
d'augmenter , s'il eft poffible,
l'ardeur qu'il a de fe fignaler, &
de donner en mefme temps de
l'émulation à nos autres Officiers
de Marine,. l'envie de l'imiter,
dans l'eſperance de s'acquerir
afin
GALANT. 223
à leur famille un femblable
bonneur. A ces caufes , voulant
reconnoiftre lesfervices importans
dudit St Bart
par
des marques
de diftinction , qui faſſent connoiftre
à la pofterité la confideration
particuliere que nous avons
pour fa valeur , qu'il a toujours
conduite avec tant d'avantage
pour le fuccés des entrepriſes qu'il
a faites pour noftre fervice , de
noftre grace Speciale , pleine puiffance
& autorité royale , nous
avons ennobly , & ennobliffons .
par ces prefentes ,fignéesde noftre
main , ledit St Jean Bart ; enfemble
fes Enfans , pofterité &
Tiiij
224 MERCURE
lignée , tant mafles que femelles ,
nez à naiſtre en legitime mariage
, que nous avons decoré
decorons du titre qualité de
Gentilhomme. Voulons & nous
plaift qu'ils foient dorefnavant
tenus , comptez & reputez pour
Nobles Gentilshommes ; en tous
acles&endroits , tant en Fugemens
que dehors ,& qu'ilsfe puif.
fent dire qualifier Ecuyers, &
puiffent parvenir à tous degrez
de Chevalerie , titres , qualitez ,
& autres dignitez de noftre
Royaume , acquerir , tenir& pof
feder tous Fiefs , terres Nobles ,
& Seigneuries , de quelque nom ,
GALANT. 225
titre , qualité , & nature qu'ils
puiffent eftre , jouir de tous les
honneurs, prerogatives , privile
ges , franchifes , libertez , exem-
Eptions , &immunitez dont joùiffent
les autres Gentilshommes de
noftre Royaume
comme s'ils
eftoient d'ancienne
& noble race ,
-tant qu'ils vivront noblement
ne feront acte dérogeant
; permettant
audit S Bart & à fa
pofterité , de porter les Ecuffons
Armoiries
timbrées
qu'elles font cy empreintes
, avec
Faculté de charger l'écuffon defes
Armes d'une Fleur- de - lys d'or
à fonds d'azur , que nous luy
telles
226 MERCURE
avons concedée & concedons par
ces Prefentes , en memoire & confideration
defes fignalezfervices ,
icelles faire peindre , graver ,
& infculper en fes Maifons ,
Terres , & Seigneuries à luy
appartenantes , ainsi que
bon luy
femblera ,fans que pour raifon de
ce , ilfoit tenu de Nous payer &
à nos Succeffeurs , aucunefinance ,
ny indemnité , dont Nous l'a
vons déchargé déchargeons ,
en tant quebefoinferoit , Nous
luy en avons fait & faifons don
&remife par cefdites Prefentes.
Si donnons en Mandement à nos
amez & feaux les Gens tenant
GALANT. 227
noftre Cour de Parlement, Chambre
des Comptes , Courdes Aides ,
à Paris , & à tous autres nos
Fufticiers & Officiers qu'il appartiendra
, que ces Prefentes ils
ayent à enregistrer , & de tout
leur contenu faire jouir & uſer
ledit Bart & fes enfans , pofterité
& lignée , tant mafles que
femelles , nez ànaiſtre en légitime
mariage , pleinement&pai-
се
fiblement , perpetuellement
ceßant & faifant ceßer tous troubles
& empefchemens , nonobftant
tous Edits , Declarations , Arrefts
, Ordonnances , Reglemens ,
Lettres à ce contraires , auf228
MERCURE
quels Nous avons dérogé & derogeons
par ces Prefentes . Car
tel eft nostre plaifir. Et afin que
ce foir chofe ferme & ftable à tonjours
, Nous avonsfait mettre
Scel à ces Prefentes . Donné à
Verfailles au mois d'Aouft , l'an
degrace 1694. de noftre regne
le cinquante - deuxièmete
Les Armes de Mr le Cheva.
lier Bart confiftent en un fond
d'argent mi-party.d'une barre
d'azur , fur laquelle il y a une
Fleur- de- lys d'or ; au- deffus
de la barre deux ancres de
fable au fautoir , & au - deffous
de la barre , un lion de gueuGALANT.
229
les
marchant à droit ,
cargue
en tefte de front
flamboyant
ayant au - deffus une main tenant
un fabre nud.
L'abondance de la matiere
m'empêcha la derniere fois
de vous rien dire de particulier
de la Maifon de Modene ,
à l'occafion de la mort de
François II . Duc de Modene,
arrivée le 6. du mois paſſé à
Saffuolo, Château à dix milles.
de la Ville de ce nom . Il n'a
point laiffé d'enfans de Marguerite
de Parme , Fille de
Ranuce II. Duc de Parme .
230 MERCURE
François Sanfovin qui a fait
un livre de l'origine des
Maiſons Illuftres d'Italie
dans le Sommaire qu'il a tiré
de Jean Baptiſte Pigna , tresfçavant
dans l'Antiquité , &
Secretaire de la Maifon d'Efte
, qui a écrit l'Hiftoire des
Princes qui en font fortis , les
fait defcendre par une longue
fucceffion jufques à nos
jours , d'un Cajus Actius , Con
ful Romain
. C'eft pourquoy
la Maiſon de Brunſwick en
Allemagne , tient à grand
honneurd'eftre defcenduë de
ces Princes . Il eft certain
GALANT . 231
qu'outre la fplendeur de leur
origine , il y a eu dans cette
Maifon des Princes égale .
ment diſtinguez dans les Armes
& dans les Sciences . I
y a eu auffi des Cardinaux
bien- faifans , genereux
, qui
aimoient les gens doctes , &
qui fe faifoient leurs Protec
reurs en France & à Rome.
On n'oubliera jamais la magnificence
d'Hippolite , Cardinal
d'Efte , Fils d'Alfonfe I.
& de Lucrece de Borgia ,
Frere d'Hercule II . Duc de
Ferrare & de Modene. Ce
Cardinal fut fait Protecteur
232 MERCURE
de France à Rome , & fut
chery des Rois François I. &
Henry II . Il fit faire des Baf
timens tres- magnifiques en
France , à Fontainebleau , à
Rome , & à Tivoli , cette fuperbeVigne
auprés de Rome,
où il mourut âgé de 60. ans ,
en 1573. Son tombeau eſt à
Tivoli chez les Cordeliers.
Louis , Neveu d'Hippolite ,
Cardinal & Protecteur de
France , fils d'Hercule 11.
Duc de Ferrare & de Modene
, & de Renée Fille
de Louis XII. & d'Anne de
Bretagne , a efté l'ornement
GALANT. 233
des Cardinaux , le refuge des
Pauvres , & le Protecteur des
Sçavans . Il avoit une Phyſionomie
royale , ce qui a ebli .
gé Baptifte de la Porte , Napolitain
, qui a fait un tresbeau
livre de la Phyfionomie ,
à mettre celle de ce Cardinal
à
l'entrée de fon ouvrage ,
pour un modele de toutes
les vertus. Aprés la mort
du Cardinal Hippolite , fon
Oncle , il fut fait Protecteur
des affaires de France à Rooù
il mourut âgé de
me ,
48. ans en 1586. Son coeur fuc
porté à Auche , dont il eftoit
V
Octobre 1694.
234 MERCURE
Archevelque. Ses entrailles
font à Saint Louis des Fran
çois à Rome , & fon corps
fut porté à Tivoli auprés de
celuy de fon Oncle dans les
Cordeliers.
.
La Maifon d'Efte tient Fer
rare du Saint Siege en 1320,
& les Papes en ont efté les
maiſtres , depuis la donation
que leur en fit en 1115. la
Comteffe Mathilde qui mourut
fans enfans , âgée de plus
de 70. ans.
Alfonfe II. Duc de Ferra
re n'ayant point d'enfans ,
adopta Cefar fon Coufin ,
GALANT. 235
mais le Pape Clement VIII.
qui prétendoit un droit de
reverfion , fe rendit maiſtre
de Ferrare en 1598. aprés la
mort d'Alfonfe , & laifa Modene
& Reggio au Prince
Cefar d'Efte , qui estoient des
Fiefs de l'Empire , & il fallut
ceder à la force.
Cefar,Duc de Modene, eur
d'Anne Virginie de Medicis
fa femme , Alfonfe III . mort
Capucin en 1644. & laiffa d'Elifabeth
de Savoye , François
qui fur Duc de Modene , &
Renaud Cardinal d'Efte ,Protecteur
des affaires de France,
Vij
236 MERCURE
Abbé de Cluni & de Saint
Vaft d'Arras. C'étoit un Prince
tres- liberal & magnifique,
& qui a foutenu avec vigueur
& avec un grand courage , les
interefts de la France , fous
les Pontificats d'Innocent X.
& d'Alexandre VII. Il eft
mort en Italie en 1672 .
François I. du nom , Duc de
Modene , Fils d'Alfonfe III.
avoit de fort grandes quali
tez , & fembloit né pour la
guerre. Il eftoit genereux ,
liberal , magnifique dans fes
Palais, & aimoit les perfonnes
de Lettres & les beaux Arts ;
"
GALANT. 237
mais il fut prefque toujours
appliqué aux exercices de la
guerre dés fa tendre jeuneſſe ,
ce qui fut la caufe qu'il ne
put achever fon Palais dans
Modene , ny celuy de Saffuo.
lo , qui en eſt à dix milles. Il
s'unit avec la France pour
faire la guerre dans le Milanez
dés l'année 1647. & dans
les années fuivantes il fut faith
Generaliffime des Armées de
France en Italie, aprés la mort
du Prince Thomas , & pric:
en 1656. Valence , Mortare ,
vint en France , où il fut tresbien
receu par Sa Majeſté.
238 MERCURE
Le Cardinal Mazarin le traita
plufieurs fois . Toute la Cour
faifoit une estime particuliere
de fon merite . Il mourut en
1658. dans le Milanez , âgé de
cinquante & un an , & for regreté
generalement de tous
les gens diftinguez. Il laiſſa
d'une Princeffe de Parme
Alfonfe IV. qui fucceda à
fes Etats , & le Prince Alme
ric, & d'une Barberin , Niece
du Pape Urbain VIII . le
Prince Rinaldo d'Eſte , Cardinal
, & Duc de Modene prefentement.
Le Prince Almeric
, Fils du Duc François ,
GALANT. 239
eftoit un jeune Prince d'une
valeur fans égale , & d'une
prudence confommée. Il fut
fait Generaliffime des Troupes
que le Roy envoya en
1660.au fecours des Venitiens,
en Candie , où il mourut d'u
ne maladie caufée par la fatigue
de la guerre & par l'in
emperie de l'air. Le Cardinal
Mazarin l'avoit deſtiné pour
fon heritier , en luy donnant
fa Niece Hortenfe Mancini,
à condition qu'il porteroit
fon nom & fes Armes.
Alfonfe IV. du nom , Duc
de Modene, Fils de François,
240 MERCURE
101
époufa Laura Martinozzi ,
Fille aifnée de Jerôme Comic
Martinozzi . Gentilhomme
Romain , & de Marguerite
Mazarin , Soeur aifnée du
Cardinal Mazarin , & mourut
âgé feulement de vingt- neuf
ans , laiffant un Fils & une
Fille. Le Fils eft François II :
qui vient de mourir , & qui
n'a prefque point eu de fanté
dans tout le cours de fa vie,
La Princeffe Marie , fa Soeur,
fut mariée au Duc d'York en
1673. & eft à preſent Reine
d'Angleterre. Elle a de tresgrandes
qualitez , eftant genereufe
,
GALANT. 241
nereufe , liberale , & d'une
pieté exemplaire.
Le Cardinal Rinaldo , qui
regne aujourd'huy , a herité
de toutes les belles & heroïques
qualitez que poffedoient
les Cardinaux Hippolite
& Louis , fes Anceftres.
Il eft Fils du Duc François I.
& d'une Barberin , ce qui le
rend Parent tres - proche des
deux Cardinaux Barberin , qui
font à Rome en grande reputation.
Il eft genereux , li
beral , magnifique , & aime
les gens de Lettres .
Le 20. du mois paffé arri-
Oct.
1694.
X
242 MERCURE
va la mort de Marie Carhe
rine - Adrienne de Pefeux, }
Chanoineffe du Chapitre deb
Soulangis en Champagneb
Elle eftoit Fille de Mle Com
te de Pefeux , haut Comtois ,
diftingué par fon illuftre
Mailon , & par fon meriter
Ce fut luy qui eut l'honneur
d'eftre député au Royau nom
de toute la Nobleffe de Franche-
Comté , quand Sa Ma
jesté en eut fait la conquefte.
Madame fa Mere eftoit Sour
de Mile Maréchal de Choi
feul. Cette Chanoineffe eft
morte à l'âge de vingt - dix
GALANT. 243
ans. Ses vertus , fon merite ,
fonefprit & fa beauté, la ren
doient digne de l'admiration,
de l'eftime & de l'amitié de
tout le monde. Auffi eft - elle
generalement regretée , &
l'on peut dire que jamais la
mort n'a fait répandre plus
de larmes finceres , qu'en
cette trifte occafion .
Je croy , Madame , que
pour vous donner envie de
lire la Lettre qui fuit , il fuffica
de vous dire qu'elle a efté
écrite par M ' de la Fontaine ,
de l'Academie Françoife, qui
eftoit alors à Chafteau - Thier
X ij
ry.

244 MERCURE
S52525252525 22525
A MADAME LA DUCHESSE
DE BOUILLON.
E ne fçay , Madame , qu'écrire
à V. A. qui foit digne
d'elle , & qui puiffe la réjouir.
Il m'a femblé que la Poëfie
s'acquitteroit mieux de ce
devoir que la fimple Profe.
Il m'a encore paru qu'il vous
falloit donner un nom du
Parnaffe . Je croy vous avoir
déja donné celuy d'Olimpe
en des occafions de pareille
nature. Ne pourroit on point
GALANT.• 245

mettre en chant ces paroles ?
32Ru Olimpe a de beautez, de graces
& de charmes !
Elle fait enchanter les efprits &
les yeux.
Mortels, aimez la tous 3 mais ce
902 n'eft qu'à des Dieux
Qu'eft refervé l'honneur de luy
Prendre les armes.
Ce que je vais ajoûter n'eft
pas moins vray , & m'a efté
confirmé par des Correfpondans
que j'ay toujours eus à
Paphos , à Cythere , & à Amatonte.
Je me doutay bien que
cela feroit , & m'en eftois déja
apperceu la derniere fois que
X iij
246 MERCURE
j'eus l'honneur de vous voir.
La Mere des Amours, & la Reine
des Graces ,
C'eft Bouillon,& Venus luy cede
fes emplois
Tout ce peuple à l'envi s'empreffe
fur vos traces,
Plus nombreux qu'il n'eftoit , &
tout fier de vos loix.
Vous filtes dire l'année
paffée à M de la Haye qu'il
euft foin que je ne m'ennuyaffe
point à Chasteau-
Thierry. Il eft fort aifé à M²
de la Haye de fatisfaire à cet
ordre ; car outre qu'il a beaucoup
d'efprit,
GALANT. 247
4
Peut-on s'ennuyer en des lieux,
Honorez par les pas , éclairez par
yus lesyeux
D'une aimable & vive Princeſſe,
A pied blanc & mignon , à brune
& longue treffe ,
Nez trouffe , c'est un charme encor
felon mon fens,
C'en eft mefme un des plus puiffans.
Pour moy le temps d'aimer eft paffé,
je l'avouë
Et je merite qu'on me lože
De ce libre & fincere aveu,
Dont pourtant le Public fe fouciera
tres-peu.
Que j'aime, on n'aime pas , c'est
pour luy mefme chofe .
Mais s'il arrive que mon coeur
Retourne à l'avenir dans fa premiere
erreur,
X iiij
248 MERCURE
Nez aquilins & longs n'en feront
pas la caufe.
Voicy des reflexions qui
ont efté faites fur l'Analyſe
des cornes du Limaçon ,
que je vous envoyay dans ma
Lettre du mois d'Octobre de
l'année derniere . Elles
ront donner lieu à une répon
pour
fe qui éclaircira les chofes
dont on ne peut convenir.
REFLEXIONS
de Mr Du ....
A plupart de ceux qui font
des
Obfervations eftant per Les
GALANT.
249
fuadez qu'ils ont pensé jufte , n'y
donnent pas toute l'attention qu'il
Seroit à fouhaiter qu'ils y apportaffent.
Cela fe voit dans une
Lettre du Sieur Poupart, quifut
inferée dans le Mercure du mois
d'Octobre 1693. à l'occafion du
mouvement des cornes da Limaçon
qu'il fait jouer de dedans en
debors par le moyen d'une liqueur
claire
animal pouffe dans la cavité de
Jes cornes. Je n'ay rien à dire .
fur cette Obfervation , finon que
je l'avois remarquée longtemps
avant luy , quoy que je ne l'euffe
pas encore publiée, parce que je la
transparente , que cet
250 MERCURE
refervois pour une autre occafion ;
mais il eftfurprenant que cet Ob
fervateur , qui donne fes décon.
vertes avec une exactitude fi
affectée , n'ait pu découvrir le
refervoir de la liqueur dont l'a.
nimal fe fert pour pouffer fes cor.
nes en dehors.
Ilfçaura donc quepour le trouver
il faut caffer la coquille du
Limaçon , le laiffer mourir en
cet eftat,parce que fion le diffeque
tout vivant , ilfait des contractions
fi violentes qu'il confond
toutes fes parties les unes avec les
antres ,& ces parties deviennent
un peloton qu'on ne fçauroit plus
GALANT.
251
developer. Quand l'animal fera.
mort, on le mettra fur le dos,
l'on ouvrira en long avec une
Lancette le plan ou le pied dont il
Je fert pour marcher , jufqu'à ce
qu'on ait mis à découvert une
grande cavité qu'on trouve pleine
de la liqueur dont il eft question ,
qui maintientfouples degros muf
cles dont l'animalfe fert pourfaire
fes contractions fi violentes. Cette
cavité a communication avec le
col de l'animal, & fe continue
jufque dans l'extrémité des cornes
; de maniere qu'en faisant la
moindre contraction , il fait rejallir
cette liqueur jufque dans
252 MERCURE
l'extremité des cornes , & mefme
dans le mufcle qui les tire de dehors
en dedans , car il eft creux ,
& a une ouverture par où l'eau
peut entrer ; & voilà ce que le
nouvel Anatomifte n'avoir pas
obfervé.
Ils'eft mefme trompé lors qu'il
a dir , que le mufcle qui attire la
corne de dehors en dedans alloit
jufque dans les dernières petites
volutes de la coquille , mais il eft
certain qu'il fe va attacher aux
mufcles qui font dans le refervoir
dont je viens de parler , & non
plus avant , à moins qu'il n'ait
voulu dire , que le muſcle de la
GALANT. 253
la
corne , & celuyquifait la contraction
du corps de l'animal , deviennent
unmufcle commun , car
celuy cy s'inferejustement dans le
lieu qu'il a marqué. Il mefemble
auffi qu'il a avancé trop legere.
ment contre M Lifter , de la
Societé royale de Londres , que
tache noire quife trouve à l'extrémité
des cornes du Limaçon
n'eft pas fon ail; car ayant mis
la tache ou le petit globule noir
fur mon ongle pour le developer,
reconnoiftre en le frotane fice
le tendon du muscle attache
au fommet de la corne, ainfi
le S Poupart nous apprend
n'est
que
que
254 MERCURE
qu'ilfaut faire, j'ay reconnu qu'il
eft forty une liqueur noire de ce
globule , laquelle a noircy mon ongle
, ce qui m'a donné à penfer que
pourroit bien eftre les humeurs
de l'oeil de l'animal , & qu'il ne
feroit pas aveugle , comme il le
dit. Je ne sçaurois pourtant dif
fimuler , que luy ayant prefenté,
comme il a fait , plufieurs corps.
de differentes couleurs , il n'a
donné aucune marque qu'il les
appercevoit.
La figure que je vous envoye
vous fera fans doute
plaifir. Vous y verrez l'arriSAT
TAKOSKE
RTASARA
dmc
THAJAD
namme siol al ob
en morbirolli aisl
B
B
B
100 300 2000
CALAIS
1500 2,000
Eschelle de 2000. Toisez .
211
GALANT:
255
vée de la Flote ennnemie à
Calais à l'endroit marqué A.
Il s'en détacha douze Galiotes
à bombes , qui vinrent le
long de la ligne marquée par
trois B , & qui formerent un
cercle à l'endroit marqué par
trois autres B. Elles jetterent
foixante & dix Bombes en
tournant avec leurs voiles ,.
comme vous voyez dans l'Eftampe
, afin d'éviter le feu du
Canon de nos Batteries, marqué
C. Je vous ay parlé plus
au long dans ma derniere
Lettre , de ce bombardement
, qui n'a eu aucun effet.
256 MARCURE
ob
Cependant le Prince d'Orange
a pris loin de faire envoyer
dans toutes les Cours
éloignées , de fauffes Relations
, qui portent que Dunkerque
& Calais ont eſté preſreduits
en cendre , quoy
que
qu'il n'y ait eu que quelques
maifons endommagées à Calais
,& que les Anglois n'ayent
pas jetté une feule Bombe
dans Dunkerque , où il ne
s'eft rien paffé hors la perte
de deux de leurs plus redou
tables Machines. C'eft ainfi
qu'il tourne à fa gloire toutes
les chofes qui font à fon
GALANT 257
defav
metme
& qu'il trompe
les Peuples des Etats
& des Princes qu'il gouverne ,
en faifanc tous lesjoursfemer
de faux bruits contre la France
, afin d'empêcher
que les
Alliez ne travaillent
à la
Paix.

Le 11. du mois paffé , Madame
la Ducheffe du Maine
accoucha d'une Princeffe ,
qui mourut cinqjours aprés.
Son corps qui eftoit demeuré
en depoft dans une
Chapelle de la Paroiffe de
Verſailles , y a efté inhumé
depuis peu de jours .
Octobre 1694. Y
258 MERCURE
"
Mademoiſelle de Valoist
Fille de Monfieur le Duc de
Chartres mourut au Palais
Royal , le dernier de ce
mois , Le lendemain on porta
fon Corps au Val- de- Grace
par ordre du Roy. Il eftoit
dans un caroffe de Monfieur ,
accompagné de Madame la
Ducheffe d'Elbeuf , que Sa
Majefté avoit nommée , &
d'un grand corrége de Caroffes
de la Maiſon de leurs
Alteffes Royales. Il y eut un
grand nombre de flambeaux
portez par les Gardes , par
les Pages , & par les Valets
GALANT 259
de pied , en forte que ce
lugubre Convoy demeura
une heure à defiler du Palais
Royal. M l'Abbé de Grancey
, Premier Aumônier de
Monfieur en fit la Ceremo
nie. Cette Princeffe eftoit
âgée de dix mois.
Voicy les noms des perfonnes
confiderables de l'un
& de l'autre Sexe , mortes
auffi dans ce mefme mois.
Meffire Bernard de Fortia.
Il eftoit Doyen des Maifires
des Requeſtes , & a eſté enterré
dans la Sainte Chapelle .
Meffire Jean Armand de
Y ij
260 MERCURE
Ryants , Marquis de la Ga
leziere , & ancien Procureur
du Roy au Chaſtelet. Il eftoit
d'une naiffance diftinguée
,
& avoit eſté élevé Page de la
Chambre de Sa Majesté . Il a
laiffé des enfans dans le Ser
vice.
100
Dame Marie - Françoife
Elifabeth de l'Hofpital de
Vitry. Elle eftoit Fille de feu
François - Marie de l'Hofpital
, Duc de Vitry , mort en
1679. & de Louiſe Elifabeth-
Aimée , Pot de Rhodes , &
avoit épousé Meffire Antoine
- Philbert de Torcy , Mar
GALANT. 261
Lour
quis de Torcy & de la
Baron d'Efgreville , & autres
lieux , Brigadier des Armées
du Roy, Capitaine Sous Lieutenant
de la Compagnie des .
Chevaux.legers de la Garde
de Sa Majesté . Elle eftoit en
core dans une grande jeuneffe.
sh Dame Marie Lyonne. Elle
Leftoit veuve de Meffire Charles
Perrochel , S de Grand-
Champ , Conſeiller au Parle
ment de Paris.
Mademoiſelle Marie Ma
deleine d'Orleans Rothelin,
Fille de Henry d'Orleans
262 MERCURE
9
Premier du nom , Marqnis
de Rothelin , mort en 1651.
& de Dame Catherine de
Lomenic . Elle eftoit d'un
âge affez avancé & left
morte d'une chute cauféé
par une maniere d'apoplexie.
Meffire Pierre Raince 37
Preftre , Chantre & Chanoi
ne de la Sainte Chapelle de
Vincenne ...
Meffire Jean- Louis Bergeret.
Il eftoit Secretaire du
Cabinet de Sa Majesté , &
premier Commis de M le
Marquis de Croiffy , Miniftre
& Secretaire d'Eftar. Sonme
GALANT. 263
rite luy avoit donné beau .
coup d'amis à la Cour , où il
eft fort regretté , aufà bien
qué dans l'Academie Françoile.
Il y avoit fait de tres .
beaux Difcours , parlant à la
tefte de ce Corps , & s'il s'étoits
acquis de l'eltime du
cofté de l'éloquence
, fa probité
& la douceur de fes
moeurs faifoient voir en luy
un homme fage , qui meritoit
toutes les louanges qu'on
luy donnoit de ce colté- là .
Illaiffe une feconde place vacante
à l'Academie Françoi
fo , celle de M Daucour n'é264
MERCURE
encore remplie
Tant point
Meffire Charles le Coigneux
,SS ' de Changy , Bezon
ville , & autres lieux , Confeiller
au Chafteler de Paris.
Il eft mort âge de quarante-
M
cinq ans , & a laiſſé d s enlaiffe
fans de Dame Marie - Louiſe
de Courtenay
hé ub
Meffire Etienne Sachot .
Il eftoit ancien Avocat au
Parlement , & Frere de feu
Mr. Sachot , Curé de Saint
Gervais.
Dame Marie Madeleine ·
de Mangot. Elle eftoit Veuve
Mefire Barillon
d'Amoncourt,
GALANT. 265
court , Marquis de Branges
Seigneur de Mancy , Chaſtillon
fur Marne, & autres lieux ,
Confeiller d'Eftat ordinaire.
211 M' de Rez , Curé d'Argenteüil
. Il avoit beaucoup d'efprit
, prêchoit admirablement
bien , & eftoit fort affi
du à la Paroiſſe . Il eft mort
d'une fiévre maligne qu'il a
gagnée en allant vifiter les
malades. I eftoit Frere de
M de Rez , celebre Avocat ,
qui mourut au commencement
de cette année , & dont
je vous ay parlé dans ma
Lettre du mois de mars der
Oct.
1694•
+
Z ,
266 MERCURE
,
nier. I laiffe un Frere , ancien
Subftitut de M le Procureur
General de la Cour des Aides,
un autre Frere , Religieux
de Premontré , & un autre
Chartreux .
Le Pere Philippes Gourreau
de la Prouftiere , Chanoine
Regulier , & ancien
Prieur de Saint Victor de
Paris. Il eftoit Prieur Adminiftrateur
du Prieuré - Cure
de Villiers le- Bel. Mr Gourreau
de la Prouftiere , ancien
Prefident de la Quatrième
des Enqueftes , & à preſent
Sous -Doyen des Confeillers
GALANT 267.
Ecclefiaftiques du 267.
ment , eft fon Neveu .
IA
Parle-
* ~ Sur la fin du mois paffé
M' l'Evefque de Meaux rendit
viſite à м² l'Evefquè de
Châlons dans fon Dioceſe ,
& il y demeura quelque
temps . Ce Prelat a couftume
tous les ans de faire de femblables
vifites aux Perfonnes
d'une pieté reconnue. C'eft
plutoft pour s'encourager au
bien avec elles faire des pro
jets pour l'utilité de l'Eglife ,
& les confulter fur quelque
point de Doctrine , ou de
*
Z ij
268 MERCURE
Morale , que rale , que pour
aucune
autre
railon
. Vous
ne doute
ne doutez
pas qu'il n'ait trouvé à Châlons
ce qu'il cherchoir
, puifque
le Prelat qui a lá condui.
te de ce Diocefe , s'eft fait le
modele de l'Epifcopat
. Le
Chapitre
de Châlons , qui
connoift le merite de M de
Meaux , luy voulut donner
des marques de fes refpects ,
& le Doyen eftant abfent ,
un autre Chanoine à la tefte
de ce Chapitre , luy fit le
Difcours que vous allez lire .
GALANT 259
2001
Eft autant par inclination ,
Monfeigneur , que par devoir
, que tout le monde vous ho
nore. Voftre affabilité vous attire
Tubroz
tous les coeurs , & vos talens
voftre erudition , & vos vertus
vous rendent l'admiration de tous
les efprits , dans l'Eglife & dans
l'Estat . Vous avez forme un
Prince qui est la merveille de
ceux que Dieu a voulu é ever à
fon mefme rang , & vous avez
feul , en ce qui regarde la Doctrine
, tire une partie confide
rable de l'Eglife , des abifmes
d'erreurs où elle eftoit plongée
Z iij
270 MERCURE
depuis fi longtemps , en déconurant
dans fon Histoire , fa
veritable origine. Par tout où paroift
le Prince , il paroift que vous
avez cultivé, embelly rehaußé
les dons dont la nature luy a esté
fi prodigue , & par tout où l'Eglife
a befein d'unfevere Cenfeur
, d'unfçavant Auteur , d'un
genereux Cafuifte , ce qui n'arrive
que trop souvent , vous l'eftes
toujours , & en tous lieux , par
vos prudentes décifions , par vos
doctes Ecrits , prefque innombrables,
&furtouteforte de matieres,
par vos avis auffi charitables
que neceffaires . Qui est ce qui
GALANT. 271
dans les fiecles paffez en a fait
davantage? Adrien a efté Precepteur
de Charles . Quint ; mais
1 Auguſte Dauphin que vous
savez forme , a plus de vertus
que n'en avoit cet Empereur, c
n'a aucun de fesvices . Adrien a
efté Pape , mais chacun fçait que
vous avez mieux fervi l'Eglife
que luy , & que le rang que vous
tenez dans l'eftime du Prince , &
de tous fes Sujets , égale le rang
de tous les Sieges , que vous rempliriez
fi bien , fi la Providence
divine vous y plaçoit. Faffe le
Ciel qu'une fanté comme la vostre
fe conferve encore longtemps . C'est
"
Z iiij
272 MERCURE
un bien public que vous n'épar
gnez pas pour procurer la paix
aux consciences , & pour faire
reconnoiftre la verité de l'Eglife
& de fes mifteres , & regnerpar
tour la difcipline le bon exem
ple. Ce font là, Monfeigneur les
voeux du Chapitre de Chalons ,
& l'attente des Grands
Petits du Royaume, svelo sb
des
Le 4. de ce mois , Meffire
Henry François Dagueffeau,
Avocat General au Parle
ment , & cy- devant Avocab
du Roy au Chaſtelet , épouſa
Anne le Févre d'Ormeffon.
GALANT 273
Ila plufieurs Freres & Soeurs
dont l'aifnée a épousé м le
Comrende Tavannes , & eft
Fils de Melfire Henry Da
gueffeau , Confeiller d'Eftar
ordinaire , cy- devant mailtre
des Requeftes , Intendant de
Juftice en Guyenne , & Prel
fident au Grand Confeil , &
de Claire le Picart de Peri
gny, & petit - fils d'Antoine
Dagueffeau , Maistre des Requeftes
, puis Premier Prefi
dent au Parlement de Bor
deaux , & d'Anne de Gives ,
d'une noble & ancienne famille
d'Orleans. Maric Da274
MERCURE
2
gueſſeau fa Tante , eſt Veuve
de Claude du Houftet ,
Seigneur de ce mefme lieu ,
Marquis de Trichateau
,
Chancelier
de Monfienr , Frere
unique du Roy .
Annele Févre d'Ormeffon ,
la nouvelle mariée , eft dans
une tres - grande jeuneffe , &
n'a qu'un Frere unique , Oli
vier le Févre d'Ormeffon.
Elle eft Fille d'André le Févre
d'Ormeflon , Seigneur
d'Amboile , Maiftre des Requeftes
, & d'Eleonor le maiftre
de Bellejamme , Fille de
Jerôme le maiftre , Seigneur
GALANT 275
de Bellejamme , Prefident en
la Quatrième des Enqueftes ,
& de Marie - Françoife Fey
deau . Cet André eftoit Fils
d'Olivier , Seigneur d'Amboile
, Maiftre des Requektes,
Intendant de Juftice en Pi
cardie , & de marie de Fourcy ,
Fille de Henry de Fourcy ,
Prefident en la Chambre des
Compres , & Surintendant
des Baftimens du Roy . La Famille
des le Févre d'Ormelfon
defcend d'un Olivier le
Févre , Seigneur d'Ormeffon
& d'Eaubonne , Prefident en
la Chambre des Comptes , &
276 MERCURE
Surintendances
,
des
qui fut la fouche des le Fe
vre de Lezeau , d'Ormeflon
& d'Eaubonne
, & qui avoir
époufé Anne d'Aleſſo
, petite
Niece du Garde des Sceaux
de Morvilliers
, & parente
de
Saint François
de Paule . An
toine d'Ormeffon
, maiſtre
des Requeſtes
, Intendant
de
Juftice
à Rouen
, & cy-devant
Confeiller
au Grand
Confeil , eft Oncle de la nou
velle mariée
.
Le 7. de ce mefme mois ,
Louis --Henry , legitimé de
Bourbon , Fils de Louis de
M.
GALANT 277
Bourbon,Comte de Soiffons ,
Pair & Grand . Maitre de
France , Prince du Sang , qui
fut tué en 1641 , à la Bataille
de Sedan , époufa dans la
Chapelle de l'Hoftel de Soif
fons , Angélique-Cunegonde
den Montmorency - Luxembourg
, Fille de François-
Henry de Montmorency ,
Duc de Luxembourg , Pair
& Maréchal de France , & de
Madeleine- Charlote Bonne-
Therefe , Ducheffe de Luxembourg.
Il poffedoit deux
belles Abbayes , qu'il a re
mifes entre les mains de S. M.
4
278 MERCURE
Les démellez de la Cour
de Rome & de celle de Sa.
voye , touchant l'affaire des
Barbets , ne font pas grand
bruit prefentement . Le Pape
en uſe avec une moderation
digne du rang qu'il tient dans
l'Eglife , & a fait ce que fon
devoir , & la Religion exigeoient
de duy ' ; mais il ne
veut pas pouffer les choſes à la
derniere extremité , afin de
laiffer au Duc de Savoye le
temps de fe reconnoiftre .
C'eſt agir en Peré qui ne veut
pas perdre les enfans , & qui
efpere qu'ils chercheront à fe
J
GALANT 279
1
corriger , aprés les remontrances
paternelles. Voicy ce
qui fe paſſa il y a quelque
temps fur ce fujet , entre le
Duc de Savoye & Milord Galoway.
Ce Milord preffa for
tement le Duc de la part du
Prince d'Orange , de demeurer
ferme fur l'affaire des Barbets.
Le Duc luy demanda ,
S'il n'eftoit venu en Piedmont que
pour le rétabliſſement de ſa Religion
, & les affaires ne furent
point pouffées dans cette
converſation ; mais quelques
jours aprés , ce Milord eftant
venu voir le Duc de Savoye ,
280 MERCURE
ce Prince luy dit , qu'il l'avoir
toujours cru , & le croyoit encore
de fes Amis ; qu'il avoit un con
feil à luy demander , & qu'il le
prioit de luy parler fincerement ,
fans luy rien déguifer de ce
qu'il penfoit. Le Milord luy
ayant promis d'eftre fincere ,
le Duc de Savoye le pria de
fe mettre en fa place , & de
luy dire , ce qu'il trouveroit à
propos de faire , s'il eftoit Duc
de Savoye , fur la propofition
qu'il luy avoit faite peu de jours
auparavant , touchant l'affaire
des Barbets , de la part du Prin
ce d'Orange. Ce Milord fut
GALANT 281
$
fi embaraffe qu'il demeura
muet , ne fçachant que ré
pondre , & la converfation
n'alla pas plus loin . Depuis
ce temps là , le Duc de Savoye
ayant confideré combien les
Alliez Proteftans ont cette
affaire à coeur , l'a regardée
comme une chofe qui , pourroit
luy procurer de grands
avantages ; & aprés avoir receu
de l'argent du Prince
d'Orange , à qui il a promis
de maintenir les Barbers , il
a fait valoir fon zele auprés
de l'Electeur de Brandebourg
pour ceux de la Religion
Oct. 1694.
A a
282 MERCURE
Proteftante, & à cette confide
ration il a obtenu qu'il pour !
roit lever des Troupes dans
cet Electorat . Son Envoyé a
tenu le mefme langage en
Hollande , de forte que ce
Prince fe trouve fortement
engagé à maintenir ce qu'il
a fait en faveur des Protef
tans, Je laiffe à juger , fiavec
le tort que la Religion Catholique
a fouffert en Angle
terre depuis l'invafion du
Prince d'Orange
, on peur
dire que la guerre prefente ne
foit pas une guerre de Reli
gion.Ce Prince tâche par tout
GALANT 283
à la détruire , il veut élever
la Proteftante , luy donner
de fortes racines où elle
chancelle , & la rétablir en
France. Le Roy feul la dé
fend , & Dieu benit fes are
mes feules.
Comme je ne vous ay preſ
que rien dit de M ' de Riants,
Confeiller au Parlement de
Paris , puis ancien Procureur
duRoyauChâteler ,j'ajoute ce
qu'on vient de m'en apprendre.
Il avoit épouſe Madame
Marceau , Veuve du Prevost
de Troyes , dont il n'a point
eu d'Enfans . On l'a inhumé
A a ij
284 MERCURE
aux Cordeliers du Grand
Convent dans la Chapelle
de fa Famille . Il avoit un Fre
re, Charles de Riants , Comte
de Regmalatt , Maistre des
Requeſtes , dont il eſt reſté
un Fils unique , Charles de
Riants Comte de Regmalart
, Baron de Voré , Corne
te generale des Dragons de
France , qui mourut en Nos
vembre 1690. n'ayant laiffe
qu'une Fille de Therefe Ansh
gelique de Bourlon , Fille de
Mathieu de Bourlon , maiftre
des Comptes , & d'Anner
Moucigot . Cette Fille a épous
GALANTM 285
,
fé en fecondes Noces Meffire
Louis- Charles , Marquis de
Maridor , & mourut au com.
mencement du mois de Janvier
dernier . M de Riants
avoit encore quatre Soeurs,
dont l'une , Anne de Riants ,
époufa Urbain de Laval , Mar
quis de Sablé , Seigneur de
Boisdauphin & eft morte
fan's enfans, une autre, Clau-I
( de de Riants , épouía Claude
! de Champagne , Vicomte de
Neufvillette , & a efté enterr
trée aux Cordeliers de Paris , &
gune autre , Germaine der
Riants,éponfa David de mari
280 MERCURE
dor , S de Saint Ouën , qui
a cu une grande poſterité,
Ils font Enfans de François
de Riants , S d'Audangeau ,
Maistre des Requeſtes , & de
Claude Gatian . Ce François
eftoit Fils de Gilles de Riants,
Baron de Villeray , Prefident
au mortier du Parlement de
Paris ; & de Madeleine Fernel,
Fille de l'illuftre Jean Fernel,
premier medecin de Henry II.
& petit Fils des Denis de
Riants auffi prefident au
:
Mortier , & de Gabrielle Sapin
, fille de Jean Sapin, Receveur
generali des Finances
GALANT 287
deLanguedoc , & Soeur de Baptifte
Sapin , Confeiller au
Parlement. De Riants porte
d'azur femé de trefles d'or , à
deux Bars adoẞez de mefme.
Charles le Coigneux , Sef,
gneur de Bezonville , Con
feiller au Chaftelet de paris,
que je vous ay feulement
nommé parmy les morts de
ce mois, eftoit fort confideré
dans la Compagnie . Il avoit
époufé Marie - Loüife , de la
Maiſon des princes de Courtenay
, dont il laiffe huit Enfans
; fçauoir deux Garçons,
dont l'un eft nommé Che
288 MERCURE

valier de Malte, & trois Filles .
Ileftoit fils de Jacques le Cor
gneux , Seigneur de Bezonville,
& de Marie Garnier , Pe
tit -fils d'Edouard le Coi,
gneux , Seigneur de Sandricourt
, Confeiller au parle .
ment , & d'Elizabeth Bourdin
, & Arriere- petit - fils de
Jacques le Coigneux de San
dricourt
, Confeiller en la
Grand Chambre . & de Geneviève
de Montholon .
Soeur de M. le Coigneux qui
vient de mourir , fe nomme
Gabrielle le Coigneux , & a
époulé François de Vyon,
Seigneur
La
GALANT. 289
Seigneurde Teffancourt , dont
eft iffu entre autres Enfans ,
Jean -François de Vyom , Chevalier
de l'Ordre de S Jean de
Jerufalem. Il a eu encore deux
Freres Chevaliers de malte ,
qui font Marie Claude le Coi .
gneux, mort Capitaine de Ga-
Iere , & Jean le Coigneux. Cet-
5te Famille nous a donné deux
Prefidens à Mortier au parle.
ment de Paris , & plufieurs
1 Officiers dans l'Epée & dans
les Cours Superieures . Elle eft
alliée aux Maréchal , Sachor,
Thumety. de Boiffife , Chartier
,Chaumont de mornay ,
Octobre 1694.
Bb
290 MERCURE
Chaffebras de Cramailles ;
le Camus , Alongny de Rochefort
.
de
Le Coigneux porte d'azur
à trois Porc Epics d'or. Courtenay
fon Epoule , porte
France , écartelé d'or , à trois
tourteaux de gueules .
Jajoûte à ce que je vous
ay déja dit de Mr Sachot ,
celebre Avocat du Parlement
, & qui avoit fuivy le
Barreau depuis l'année 165 3 .
qu'il s'eftoit adonné particulierement
aux matieres Beneficiales
. Il ne fe faifoit pas
feulement diftinguer dans le
GALANT. 291
>
Palais , mais il brilloit dans
la converſation , & avoit ac
quis beaucoup d'eftime par
une probité exemplaire.
Comme il eftoit homme de
lettres , & qu'il avoit une
grande connoiffance
l'Hiftoire , & des Sciences
de
il s'eftoit fait une fort belle
- Bibliotheque. Il eftoit Fals
de Nicolas Sachot , Doyen
des Confeillers de l'ancien
Chaftelet , & d'Anne le Coigneux
, Fille de Jacques le
Coigneux , Seigneur de Sandricourt
Confeiller en la
Grand'Chambre , & de Ge-
Bb ij
292 MERCURE
nevieve de Montholon , &
avoit pour Soeur Marie - Sachot
, Veuve d'André Gourry
, Seigneur de Girolles
Correcteur en la Chambre
des Comptes , dont eſt venuë
une Fille unique Marie-
Anne de Gourry , qui a épou
fé Nicolas de Channevel es ,
Controlleur General des Gabelles
de France . Il eftoit
auffi , comme je vous l'ay déja
dit , Frere de deffunt Jacques
Sachot , Docteur de la
Maiſon & Societé de Sorbonne
, & dernier Curé de Saint
Gervais . M' Sachot a Jaiffé
GALANT. 293
deux Filles de fon mariage
avec Marie- Valentine Crefpin
du Vivier , Fille de M
Crefpin du Vivier , qui a eu
des premieres harges dans
l'Armée , puis a cfté Maitre
d'Hoſtel de Sa Majesté , &
de N. Chevalier , mort
Doyen du Parlement , & petite
fille de Jerôme - Crefpin
du Vivier , mort auffi Doyen
du Parlement aprés avoir efté
Prefident des Enqueftes. La
Soeur de Madame Sachot , le
nomme Angelique Crefpin
du Vivier. Elle eft Veuve de
Jacques Angran , Vicomte
Bb iij
294 MERCURE
de Font - perthuys , & de
Lailly , Confeiller au Parlement
de mets , Fils d'Euverte
Angran , Vicomte de Fontperthuys
& de Lailly , Greffier
en Chef des Requeſtes
de l'Hoſtel , & de Catherine
Taigner , dont eft venu un
Fils unique Loüis Angran
Vicomte de Font - perthuys
& de Lailly , qui eft dans le
Service de mer. Elle a encore
des Freres qui portent les
Armes , dont l'un eft Lieutenant
aux Gardes . Sachot
porte d'azur , à trois haches
d'argent.
GALANT. 295
Le Conte que vous allez
lire eft de м de Vin , dont
l'heureux genie vous eft connu
par un grand nombre
d'ouvrages , que je vous ay
envoyez de temps en temps.
LES ENTRAVES.
Ba
Laife n'eftoit de fon métier
Qu'un mediocre Apovicaire,
Mais plus glorieux qu'un Barbier
,
Il voulut de Saint- Sauge , ainfi
que fit fon Pere
Tafer un peu du Miniftere.
Au gré de fes fouhaits , enfin ,
Devenu Monfieur l'Echevin ,
Il en fut fi gonflé de gloire ,
Bb iiij
296 MERCURE
Que fans doute il en euft crevé
Sans certain malheur arrivé ,
Dont voicy la fidelle hiftoire.
Ce maiftre Blaife , unjour , fut dés
le grand matin
Porter deux prifes d'Emerique
Au Curé moribond d'un Village
voifin ;
Mais de retour chez luy , fans irouver
Dominique •
Pour mener fon cheval au Pré ,
Car dis qu'en Ariés le Soleil eft
entré ,
Sans avoine ny foin , felon le vieux
ufage ,
Tous chevaux Saint - Saugeois font
conduits à l'herbage.
De retour donc chez luy , fans trouver
fon Valet ,
Luy-mefme il fe réfout dy mener
fon Bidet ,
GALANT. 297
Et là , preft à ſes pieds de mettre
les
Entraves ,
Ah ! dit- il, tu me fais pitié ,
Pauvre Befte, & mon amitié
Nepeut voir dans ces fers tes deux
jambes efclaves .
Dis- moy , quand in les as , te fontils
bien du mal ?
Mais tu ne répons rien , & lors que
ma tendrelle
Dans ton fort ainfi s'intereffe ,
La paye t- on, fot animal ,
D'un fi mal- bonnefte filence ?
Quoy , par ma propre experien
ce ,
Faut- il doncm'en inftruire ? bé bien,
foit. A ce mot ,
Le tendre Echevin en vray (ot
A les pieds fe met cette chaifne ,
Et veut marcher , mais quelque
peine
298 MERCURE
Qu'ilprift pour en venir à bout ,
Ilne put faire un pas , & demeura
debout.
Comme cette pofture eftoit un pen
gefnante,
Il voulut fe defentravers
Mais par une avanture & fatale ·
& plaifante ,
Cherchant la clef par tout , il ne
put la trouver,
Et dans l'herbe déja touffuë ,
Cet imprudent l'avoit perduë.
Que faire ? fa boutique au travail
l'appelloit.
Ainfi croyant à pas de Pie
Pouvoir s'en retourner à travers la
Prairie
A joints pieds ce fou fautilloit ;
Mais bien-toft las de cette allure
,
Il fe couche fur la verdure
GALANT. 299
Et fe refout d'attendre enfin
Que quelqu'un pour l'aider , vienne
par ce chemin.
Il ne paffois perfonne , & tandis
qu'à la ronde
A regarder par tout en vain il
fe laffoit ,
Peu d'humeur à courir le monde ,
Le Roulin affamé paifoit
D'une tranquillité profonde ,
Et du Sot entrave fort peu s'embaraffoit.
Cependant pour loger une groffe
Recruè ,
2
Depuis fon départ furvenuë ,
Dans tout Saint- Sauge , mais
en vain ,
On cherchoit Monfieur l'Echevin.
N'eft-ce donc pas affez au milieu.
de la rue ,
300 MERCURE
Difoit le Commandant , faire le
pied de grue ?
Où Diable s'eft-il donc fourre ?
Veut- il encor longtemps ainfi me
faire attendre ?
Parla mort ! A ce mot juré
Vn pallant dit , le viens d'apprendre
,
Que près de fon Bidet on la vi
dans fon pré.
Allons done le trouver , reprit ce
Cantaine
Il est temps d'avoir nos Billets.
Et vous , Melfieurs , prenez
la
peine
D'y conduire mes pas , & m'en donnez
l'accés.
Quand on vit le Bidet paroi.
fre
On crus qu'auprés de luy devoit eftre
fon Maistres
GALANT. 301
.
Ily court , bè morbleu , luy dit- il
de vingt pas ,
Avec ce beau cheval de bas
Efes vous donc , Monfieur , venu
de
compagnie
Prendre l'herbe en cette prairie
?
Rien n'eft meilleur pour vous
purger ;
Mais qu'elle foit , ou non , bonne à
chaffer la bile ,
Levez- vous , s'il vous plaift , &
venez nous loger.
A cela pas un mot l'Echevin immobile,
Et vers fes pieds baiffant les yeux,
Gardoit unmorne & froid filence,
Et faifoit perdre patience
Au Capitaine bilieux .
Il en eſſuya mefme une fort groffe
jujure ,
302
MERCURE
Mais n'en pouvant fouffrir l'affront
,
Et tout mouillé de l'eau qui couloit
fur fon front ,
Il fit dubout du doigt voir fa trifte
avanture.
Eft- ce donc la coutume icy
S'écria plaifamment ce Chef de la
Recue ,
D'entraver les hommes ainfi ,
Et fi- toft que l'herbe affez crue
Aux champs rappelle les troupeaux
,
Quoy , fur leur bonne foy laiffe-t- on
les chevaux ?
Vrayement , ajousta- t il , en s'écla
tant de rire,
Votre Bidet , Monfieur , eft heu
reux , & j'admire
La tranquille douceur qu'ila.
GALANT. 303
Cependant , nos Billets , qui nous
les donnera ?
A ces mots , fur une civiere ,
Qu'on envoya querir dans un Hameau
voifin ,
A Saint Sauge on porta le ftupide
Echevin
Chezune veuve Serruriere ;
Et tandis qu'on limoit (es fers ,
Il traça d'une main tremblante
Plus de fix- vingt Billets divers
Qu'exigeoit des Soldats la Troupe
impatiente.
On crut d'abord qu'à l'enchaifner
Quelque ennemy fecret avoit porté
fa haine,
Mais quand avec bien de la
peine ,
Las de fe voir queftionner ,
304 MERCURE
Il eut de fa fottife au public renda
comple ,
Alors , fans nul respect du confus
Magiftrat ,
Il s'éleva de rire un fi bruyant
éclat
Que fort peu s'en fallut qu'il n'en
mourut de honte.
L'Enigme du mois paſſé a
efté expliquée fur le Trou qui
en eftoit le vray mot , par le
Patriarche de la ruë Payenne
au Marais ; le Chevalier
pacifique ; les deux freres Amans
fidelles de la belle
Blonde de la rue des Grenets
de Chartres ; Mademoiſelle
de la Maffonniere de Gentil
GALANT. 305
ly ; la belle Indeterminée à
fe choifir un Amant ; l'Aimable
Capricieuſe ; la Veuve
ennuyée du deüil ; l'Amant
Philofophe , les Rivaux infeparables
& le malheureux
fans efperance.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye eft de M' David
de Bordeaux .
ENIGME.
L'vn des deux queje fers ,
A plus de force , & l'aut e plus
d'adreffe ;
Le ferre l'un , l'autre me preſſe .
Cc
Oct.
1694.
306 MERCURE
L'arrive fans marcher en mille endroits
divers .
A la Campagne , à la Cour , à
la Ville
L'on me voit dans le mefme
employ.
Te fuis à tout le monde utile.
Qui nepeut cependant nourrir d'autres
que foy ,
Se paße fortfouvent de moy.
Je vous marquay le mois
dernier la précipitation avec
laquelle le Prince de Bade
avoit efté obligé de repaffer
le Rhin. Il fit auffi- toft aprés
une reveuë generale de toutes
fes Troupes , où , felon les
Lettres de cette Armée , il
GALANT. 307
s'y trouva moins de cinq mil
le hommes, Il eft à croire
que
puis qu'on en avouë cinq
mille de perte , l'Armée qu'il
commande eftoit beaucoup
plus diminuée qu'on ne l'a
dit. C'eft ce que nous ne pou
vons éclaircir par nous mêmes
, parce qu'il eft impoffible
de fçavoir le nombre de
ceux qui ont efté tuez dans
les partis que l'on a défaits ,
& dans les poftes que l'on a
repris , non plus que la quantité
qui aeſté affommée , ou
qui a peri dans les montagnes
en cherchant à fe fau-
Cc ij
308 MERCURE
ver. On affure qu'il y en a encore
beaucoup qui le font
attroupez pour voler. On a
auffi découvert que les payfans
en avoient caché un
grand nombre dans leurs ca
ves ; de forte que toutes ces
pertes jointes enſemble doivent
avoir extrémement affoibli
l'Armée du Prince de Bade
, qui fe trouve fort chagrin
de l'affront qu'il a receu , au
lieu des grands avantages
qu'il avoit pû fe promettre.
Son Armée eftoit plus nombreuſe
que la noſtre, & nous
avons vêcu pendant toute la
GALANT. 309
4
Campagne , tant au delà qu'.
en deçà du Rhin , aux dépens
des Ennemis. Depuis Fouverture
de la guerre preſente
nous avons prefque paffé
toutes les Campagnes au delà
du Rhin , nous promenant
en maistres dans tout leur
pays. Ils ont voulu faire la
mefme choſe cette année , à
caufe que leur Armée eftoit
fuperieure à la noſtre , mais
au lieu que nous demeurions
pendant trois ou quatre mois
fur leurs terres , à peine onte
ils pûrefter huit ou neufjours
fur les noftres , & ce fejour
310 MERCURE
leur coute au moins fix ou
fept mille hommes, fans qu'ils
ayent pû tirer d'autre avantage
que celuy d'avoir fait quel
ques dégaſts , car il eft con
ftant qu'ils n'ont point em
mené d'Otages , & ceux qui
le publient ne fçavent pas
l'ufage de la guerre en ces
rencontres. Il faut envoyer
des Mandemens aux Com .
munautez ; il faut qu'elles
s'affemblent , qu'elles déliberent
de la fomme qu'elles
veulent , ou qu'elles peuvent
donner , & qu'aprés ces deliberations
, elles nomment des
GALANT.
311
Oftages , & il n'y a que ces
fortes d'Oftages qui tiennent
lieu d'argent à ceux qui les
önten leur pouvoir .Toutesles
- perfonnes qu'on prend fans
que ces formalitez ayent efté
obfervées , ne font que de
fimples prifonniers de guerre,
I qui ne peuvent payer que
pour leurs perfonnes , & non
pour les Communautez . Le
Prince de Bade n'avoit encore
envoyé que des Mandemens
pour les faire affembler
; & comme elles n'ont
pas eu le temps de déliberer
avant qu'il ait repaffé le Rhin ,
312 MERCURE
les Oftages n'ont point efté
livrez . Peu de jours aprés , les
Troupes de Saxe s'en retour .
nerent en leur pays , ayant
quitté l'Armée du Prince de
Bade dés le 10 , de ce mois.
Ce Prince eft à Hailbron , &
les Troupes commencent à
défiler de part & d'autre pour
entrer en quartier d'hiver .
Voicy la fuite du Journal
de ce qui s'est paffé en Flan
dre depuis celuy que je vous
donnay la derniere fois.
Le premier Octobre M
le Marefchal de Villeroy ar
riva dans fon Camp de Bouzingue
,
GALANT.
313
zingue , prés d'Ipres , eftant
party de Calais le 30. du
mois paffé.
Le 2. l'on eut avis que le
General Hubert avoit décampé
d'Ath , avec un petit
Corps de Troupes qu'il com.
mandoit depuis quelque
temps , & qu'il marchoit à
Soignies. L'on eut auffi avis
de Dunkerque que le Frere de
M'Bart avoit fait une prife fur
mer d'un Vaiffeau , dans lequel
il y avoit cinquante Dragons
& quatre Officiers , cinquante-
neuf chevaux , & des
harnois pour plus de mille ;
Octobre 1694.
Dd
314 MERCURE
que ce Vaiffeau eftoit party.
le mefme jour d'Angleterre
pour la Hollande , pour une
Compagnie de Dragons que
l'on fait prefentement
Ce melme jour l'on fceut
que le Prince d'Orange eftoit
party de fon Camp pour aller
du cofté de Liege , & que
Monfieur le Duc de Chartres,
Monfieur leDuc, Monfieur le
Duc du Maine, & Monfieur le
Comte de Toulouſe eftoient
partis du Camp de Courtray
pour s'en retourner en Cour.
Le M le Maréchal de
Villeroy alla à Courtray , &
a
GALANT. 314
retourna en fon Cample mê
me jour. Monfieur le Prince
de Conty partit de la même
Place pour s'en retourner
en Cour , & le General Hubert
décampa de Soignies
pour marcher à Arquefne ,
à deffein de joindre l'Armée
des Alliez à Liege , ou de camper
fur la Meule.
Le il 4: y cut une rencon
tre prés d'Oudenarde , d'un
de nos partis & des Ennemis ,
où l'on nous reprit quelques
chevaux ; & l'on eut avis que
lesEnnemis fortifioient Deinfe
; que M ' le Comte de Frant
Ddij
316 MERCURE
y commandoit avec neuf Bataillons
& quelques Regiv
mens de Cavalerie. Ceméme
jour le General Hubero décampa
d'Arquefne pour mar
cher à Marbais. Vob I
Legoles Ennemis firentun
convoy de paliffades quiver
Abit de Bruges & de Nicab
port , pour travailler à la fore
tification de Dixmude . Le
même jour , le Prince d'Orane
ge alla à Liege , d'où il partic
prefque aufli toft pour Maf
nick , & le General Hubert
décampades Marbais pour!
aller camper à Gemblours, 3
4
GALANT 317
- Le 6. le Prince d'Orange
vintà Loo , pour y paffer quel,
ques jours.ambl£ vsƆ ab enam
Le 17 l'on seues avist que
l'Electeur de Bavieres &nle
Prince deVaudemonvétoient
partis de Rouffelart pour sen
retourner à Bruxelles , où M5
de Wirtemberg commande
preſentément. 1009 109
avec
Le 8. M de Bouflers
partit denCourtray
un corps de Troupes déca
chées de l'Armée de Cour
tray, & de celle de Mole
Maréchal de Villeroy , com
pofé de vingt Bataillons &
D`d iij
218 MERCURE
de cinquante Efcadrons , pour mar
cher du cofté de Condé , afin d'y
prendre les quartiers de fourage , &
de veiller au mouvement des Ennemis
Le même jour ,l'on eut avis que
le Comte d'Atelonne , avec un petit
de troupes qu'il commandoit
prés deGand, eneftoit décampé cour
venir camper à Gaure , & que les En .
nemis alloient travailler à fortifier
Ninove & Giammont , pour y faire
hiverner des troupes.
corps
Le 9. un détachement de cinquante
Grenadiers avec quelques
Officiers & des Ingenients vintent
auprés du Fort de la Kenoque pour
le reconnoiftre . Ils fe difoient François
pour en avoir l'accés plus libre;
mais fitoft qu'ils furent reconnus
Ennemis , ils le fauverent par la
Chauffée qui va à Dixmude . L'on
GALANT. 219
fe donne de garde de ces fortes de
fineffes .
Le 10 , on fut averty que les Ennemis
avoient difcontinué de relever
les ouvrages pour les fottifications
de Dixmude & que l'on travailloit
à mettre les paliffades , dont
il eftoit venu encore un gros convoy
de Nieuport & de Bruges par
les Canaux , L'on dit qu'ils n'ont
rien augmenté de plus , & que cette
Place eft au mefme eftat qu'elle
eftoit quand les Ennemis nous l'abandonnerent
l'année paffée .
Le 1 , un party de cinquante
Maifres de l'Armée de Mr le Maréchal
de Villeroy , qui alloit du
cofté de Rouffelart pour oblerver
les Ennemis , fit rencontre d'un
autre party d'Infanterie des Ennemis
de deux cens hommes , & l'on
Dd iiij
"
1320 MERTURE
ife battito Les cinquante Maitres
D'eufient pas tout l'avantage qu'ils
auroient pu emporter , à caute du
pays qui n'eft preſquenpoins praticable
pour la Cavalerie . Le mefme
zujour, deux, Bataillons de l'Armée
31
de Mr le Maréchal de luxembourg
joignirent Mr le Maréchal de Ville-
2150y ; & il arriva à Dixmude trente
pieces de Canon , plufieurs Mortiers
, & quantité d'inftrumens à
remuer la terre , qui eſtoient partis
Ja veille de Nieuport. L'on ignore
5 pour quel deffein.Just excitaq es
97 Le 12, un gros détachement que
les Ennemis avoient fait depuis
quatre jours , retourna dans leur
mefme Camp de Rouffelart où.
il y eut une alarme. Ils crucent que
nous allions les attaquer , ce qui ne
nous cftoit pas facile à caufe de la 3
GALANT. 0521
25 difficulté du pays , qui eft imprati .
alicablegeftant plein de VVaterulgants
de foffez & de marais.us
-isLeng.nous envoyâmes quelques
spartis de Cavalerie & d'Infanterie
• du cofté des Ennemis , & ils ne nous
grapporterent rien de nouveau . 35
alli Le4, dum party de l'Armée de
97Courtray fit quelques Prifonniers
-idell'Armée des Ennemis . 250919
Lens au matin de feu prit à la
Maifon de Ville de Meniny & la
• reduifit en cendres en une heure;
les prifons furent auffi brulées avec
5 quelques maifons voilines. L'oh ne
zifçait comment cet incendie eft arprivé
osiv 50M0191
úo Leg6hil parut dix Vaiſſeaux .
proches łazstades des Dunkerque ,
• qui avoient Pavillon Anglois Ils
fembloient favorifer le paffage de
322 MERCURE
deux autres qui venoient de Hollande
, & qui paffoient en , Angleterre
.
Le 17. nous envoyafmes quelques
partis du cofté des Ennemis ,
& nous apprifmes qu'il eftoit party
plus de la moitié de leur Armée ,
pour s'en retourner en garnifon ,
ou en quartier d'hiver.
Le 18 tout le refte de , la Cava.
lerie des Ennemis partit de Hoglaide
, pour aller auffi en quartierd hiver.
Il reste encore quelque Infanterie
à Befte proche Rouffelart.
Le Prince Eugene & le Marquis de
Leganez ont voulu faire lauter les
Magafins à poudtes de Cafal,par l'invention
d'un reffort fait comme
uneMontre d'Horloge . Ce reffort fe
cachoit dans la croffe d'un piftolet ,
GALANT. 323

qui au temps du Reveil , pour ainfi
dire faifoit abattre le chien du
piftolet dont le canon qui ' fe
trouvoit chargé de feu d'atifice ,
tiroit , & perçoit une porte , &
avec cet artifice enfermé dans ce
canon , qui s'allumoit par la méche
du baffinet , il alloit mettre le feu
dans l'endroit où le pouffoit la
violence du coup. Cette machine
de piftolet , au nombre de trois ,
fut confiée à un Juif habitant de
Cafal , qui a efté découvert . On
l'a lifi avec ces machines
, &
on
l'a examiné afin de connoiftre fes
complices. On a fait l'épreuve du
reffort & on trouve que l'effet
en eft fort grand . Pendant que
cette confpiration fe machinoit,
les troupes d'Espagne rodoient
plus fouvent , & mefme plus prés
324 MERCURE
de la Place qu'elles n'avoient del
coutume pour avoir l'oeil à de
qui arriveroita maiss deux jours
aprés la découverte on les avûs
décamper & défiler . Les Allemans
défilent auffi depuis plus de trois
femaines. Leur Cavalerie va toute.
en quartier en Italie. Il n'en refte
qu'un détachement à Carignan
L'Infanterie Allemande va auſſis
toute en Italie , à la referve dest
détachemens deftinez pour le Bloas
cus , & du Regiment de Lorraine,
qui refte dans le Montferrat. 697791
Les Turcs ayant tenu les Impo- v
riaux affiegez dans leurs retranches
mens , depuis le fixiéme du mois
paffe jufqu'au fecond de celuy cy , b
ont efté obligez de fe retirer parel
ce qu'ils avoient de l'eau & ades!

GALANT $32285
la fange julqu'aux genoux. Il paroift
par toutes les lettres des Imperiaux
melmes , que pendant tout le temps
qu'ils ont refté comme enfermez
dans leur Camp , les Tures ont fouvent
eu de grands avantages fur
cux. Ils ont tué des Officiers Ge
netaux & des Colonels , ils ont
fait des Prifonniers de conféquence,
& pris beaucoup de Chevaux . Enfin
ils ont toujours efté attaquans
& leurs Ennemis fur la deffenfive.
Si les Imperiaux avouent tant de
pertes , il faut qu'elles ayent effé de
beaucoup plus grandes . Nous ne fçavons
que par eux- mefmes les chofes
quiles regardent , & peut- eftre que fi
nous avions des nouvelles du Camp
des Turcs , nous verrions que les Allemans
ont amoindry , & déguifé
lears pertes , en ne donnant pas de
326 MERCURE
juftes détails de ce qui s'eft paffé
dans les occafions où ils les ont faites.
Ils eftoient perdus fi leurs Ennemis
euffent encore pû tenir deux
jours dans leur Camp , leur refolution
n'ayant efté prife de décamper,
que parceque toute leur Armée touf.
froit. Ils avouent qu'ils ont perdu
cinq mille hommes , pendant les
vingt - fix jours qu'ils fe font vûs
affiegez. Ainfi il y a fujet de croire
que le nombre en a efté encore plus
grand, Ils feroient heureux fi leur
perte n'alloit pas plus loin , & files
maladies cautées par les incommo.
ditez qu'ils ont fouffertes , ne leur
emportoient pas tous les jours beaucoup
de monde. On ne peut pas
dire qu'en cette occafion ils ayent
eu aucun avantage . Au contraire ,
on peut affurer que la retraite des
GALANT.
327
Turcs les a garantis de leur entiere
ruine , puifque fans les pluyes qui
les ont forcéz à fe retirer , ils auroient
perdu leur Armée , Vara
din , Effeck , & la Hongrie en
faite. Cependant ils regardent le
malheur qui ne leur eſt pas arrivé
comme fi c'eftoit une victoire , &
ils s'en vantent , afin d'éblouir les
Alliez , & d'entretenir une guerre
fi funeſte à la Ligue , & fi préjudi
ciable au repos de l'Europe .
1
Je vous parleray le mois prochain
du mariage de Mr le Marquis de
Chavigny & de Mademoitelle Molé
, & de la mort de Mademoiſelle
de Villarceaux , que je viens d'apprendre.
Je fuis Madame, voftre&c,
A Paris ce 31. Octobre 1694.
THA POSTILLE.
Deux Barques arrivées à Tou
328 MERCORE
lon , y ont rapporté que l'Amiral
Ruffel eftant tombé malade à Ali
cante , s'eftoit fait porter à terre ,
où il eftoit mort. Les nouvelles
de Barques font fi fujettes à cau
tion , que je ne vous garantis pas
cette nouvelle ; mais comme elle
peut eftre confirmée avant que
vous receviez ma Lettre , vous feriez
furpriſe de ne l'y pas trouver.
La plus grande partie de l'Equipage
de cette Flote des Alliez ayant pery
par les maladies , il n'eft pas furprenant
que l'Amiral en ait eſté
attaqué; & puis qu'il n'a pû s'en garantir,
fa mort , ou fa maladie confirment
que la mortalité a efté
gande fur cette Flote .
Les Troupes défilent pour entrer
en quartier d'hiver ; en AllemaGALANT
329
%%
magne, en Italie, & en Flandre, où
les Ennemis ont abandonné trois
mille facs de grain à nos Troupes ,
qui marchoient pour enveloper celles
qu'ils avoient laiffées pour cou
vrir leur retraite.s
Sp Med at 100 .
2,4
Octobre
1694 Ee
I
5522555 5252555222
TABLE.
P
Relude.
Détail de tout ce qui s'eft paffé à la
Ceremonie du Mariage de la
Princelle de Pologne , & de l'Electeur
de Baviere .
Epiftre en Vers à Mademoiselle de
34 Mauny.
Lettre fur les morts precipitées arrivées
au mois de Mars dernier
dans un puits fitué dans le Fauxbourg
de SainteSavine, à Troyes
Sen Champagne.
Lettre de Mrl'Evefque d' Alez 75
Antiquitez de la mefme Ville. 77
La Victoire à Mademoiselle de ·
Scudery.
42
91
Ee ij
TABLE. T
dery
Réponse de Mademoiselle de Se
So aj ob 117 ob srigal
Autres Vers à Mademoifelle de
Scudery, avec la réponſes x3978
Examen de deux Problêmes toushiny
+6 shuck you
704.
chant la vifion,
Vers de Mr Bofquillon far an
Chef d'anvre en Pharmacie. 129
Bouts- rime z
Avantages de la Langue Françoi
fe.
2980423
Eftatprefent du Royaume de Perfe
Arlequiniana.
265
320167
Lettres fur tontes fortes de fujets &
1168A
Ildegerte Reyne de Norvege. 169
Madriganx.
Hiftoire.
170
174
206
Lettres de Nobleffe du Chevalier
Bart.
TABLE.T
Marts. & comuna M_ob 1249%
Lettre de Mr de la Fontaine
Madame de Bouillon.243
Reflexions fur l'Analyfe des cornes
du Limaçon, 25 35 2441
Autre Article de Morts. 254
Difcours fait à Mr l'Evefque de
Meauxwenda 267
Mariages.
22964-22725
Contestant ad så ligain?9fa
Enigmes. 394
Nouvelles d' Allemagne, 3306
Nouvelles de Flandre.
317
Nouvelles de Cafal. 322
Nouvelles de Hongrie. 3241
Apoftille. 327
302
Devco iH
#
Avis pour placer les Figures-
La Machine infernale doit regarder
la page 161 .
La Figure qui repreſente l'Armée
Navale d'Angleterre & de Hollande
devant Calais , doit regarder
la page 255.
ТИАЈAD
bruch go craz je 20. qu .
smine bicz qphica ? cirur
Sb Hovsansduk
al sup zivering nol and
lanmo
temba • ge day ' room pric
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le