→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Fichier
Nom du fichier
1694, 08
Taille
8.99 Mo
Format
Nombre de pages
361
Source
Année de téléchargement
Texte
Eur.
511
m
1694.8
Eur 511 m
16948
Mercure
MSB
<36624511520012
< 36624511520012
Bayer. Staatsbibliothek
} }

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
AOUST 1694.
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grand'Salle
du Palais , au Mercure GalantQ
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau &
Vingt- cinq fols en Parchemin ,
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
Et MICHEL BRUNET, Grand' Salle
du Palais , au Mercure Galant .
M. DC. XCIV.
Avec Privilege du Roj.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
*******
*********
AVIS .
Velques prieres qu'on ait
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas d'y
manquer toûjours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelquesuns
de ces Memoires dont on ne ſfe
peyt fervir. On reitere la mefme
priere de bien écrire ces noms en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Me
moires , & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour , pourvû
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
AVIS .
priefeulement ceux qui les envoyent,
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pour faire employer leurs noms dans
L'article des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'onfaffe ce qu'ils demandent. C'eft
fort peude chofe pour chaque particulier,
& le tout ensemble est beaucoup
pour un Libraire .
Le fieur Brunet qui debite pre-
Jentement le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il est toujours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir les paquets de ceux qui
Le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure
AVIS .
longtemps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées , mais auffi
les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant.Ceux
qui fe lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'exposent
à le recevoir toujours fort
tardpar deux raifons. La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venir prendre fi tot qu'ileft imprimé,
outre qu'il lefera toujours quelques
jours avant que l'on en fulle ledebit
; & l'autre, que ne l'envoyant.
qu'aprés qu'ils l'ont là eux & quelques
autres à qui ils le preftent , ils
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet,puis qu'il fe charge de faire
A iij
AVIS.
les paquets luy-mefme & de lesfaire
porter à la pofte ou aux Meßagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nowveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite , ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à la fin
du mois , on les joindra an Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera executé avec
une exactitude dont on aura lieu
d'eftre content.
MERCVRE
GALANT
AOUST, 1694.
'Eft une chofe inoüie
que les Conqueftes
importantes que le.
Roy a faites , & le nombre
des grandes Batailles que ce
Prince a gagnées , depuis le
peu de temps que dure la
A iiij
8 MERCURE
guerre , dont l'Europe eſt
aujourd huy accablée ; c'eſtà
- dire , depuis que le Prince
d'Orange , foutenu de la Ligue
d'Aufbourg , a paſſé en
Angleterre , refolu de nous
attaquer , avec la plus grande
partie des forces des Alliez ,
fi toft qu'il le verroit affermi
fur le Trône que fon ambition
luy a fait ufurper , en
violant les droits les plus
faints . On diroit que l'union
de tant de Souverains , fous
un Chef fi avide du Commandement
, n'a efté faite
que pour apprendre à la Poſ
GALANT. 9
terité , la grandeur de la France
, & pour rehauffer la gloire.
d'un Monarque , qui , depuis
qu'il avoit pris foin de gou.
verner par luy- melme , ne
l'avoit pas mife feulement en
eftat de refifter à un monde
d'ennemis , s'il m'eft permis
de parler ainfi ; mais encore
d'entaffer triomphe fur triomphe
, & de prendre autant de
Villes qu'il luy a plû d'en aſfieger.
Il ne s'agit point icy
de louanges , ce font des faits,
qui parlent d'eux - mefmes ,
& qu'il n'eft befoin que de
rapporter pour faire voir que
10 MERCURE
l'Antiquité n'a point de Heros
, dont le nombre des Conqueftes
puiffe égaler celles
du Roy. Mais mon but n'étant
aujourd'huy que de vous
entretenir de ce que ce Prince
a fait , depuis que le Prince
d'Orange a envahy l'Angleterre,
je vous diray feulement
que depuis ce petit nombre
d'années , la France a gagné
fix grandes Batailles , qui font
celles de Fleurus , de Staffarde
, de Steinkerke , de Neerwinde
, de la Marfaille , & du
Ter. On y doit encore ajoûter
le fameux Combat de
GALANT. II
Leuze , qui ne nous eft pas
moins glorieux , puiſqu'avec
une poignée de monde ,
nos Troupes y ont défait une
grande partie de l'Armée ennemie,
avantageulement pof
tée , & couverte de plufieurs
grands ruiffeaux , qu'il fallut
paffer , en effuyant un fort
grand feu. Les Sieges n'ont
pas apporté moins de gloire
au Roy que les Batailles; puifque
ce Prince a emporté, depuis
le cours de cette derniere
guerre , Philiſbourg
Suze , toute la Savoye , Villefranche
, Nice , Monmelian ,
12 MERCURE
Mons , Namur , Charleroy ,
Huy , Rofes , Palamos , Ġironne
, avec quantité de Poftes
, dont fe pourroient vanter
ceux qui font moins accoûrumez
à vaincre . Je ne
parle point icy des avantages
remportez fur mer , dont je
vous ay fait un détail dans
ma derniere Lettre , en vous
parlant de ce qui eft arrivé
à Dieppe , & fi je vous
remets aujourd'huy en memoire
tant de glorieux avan
tages , c'est pour vous faire
voir juſques où va la bonté
& la moderation du Roy.
GALANT. 13
Vous en trouverez un foible
Portrait , dans le Sonnet que
Vous allez lire.
SONNET AU ROY,
Vel Heros eft égal au Monarque
des Lis ? Ove
Il difpofe du Sort , ilfixe la Victoire
,
Et fes travaux guerriers avec foin
recueillis
D'un éclat éternel orneront fon
Hiftoire.
S
Tant de Murs abbatus , tant de
Forts démolis >
Des ombres de l'oubly fauveront fa
memoire >
Et fes nouveaux Lauriers par l'Olive
embellis ,
14 MERCURE
De tous les grands Exploits vont
couronner la gloire.
2
Vous , trop fiers Ennemis , dont les
puiffans efforts
Ont fait pour l'accabler , mouvoir
tant de refforts ,
Soumettez votre orgueil aux loix
de fa Puiffance.

Sages à l'avenir , ne l'irritez jamais
;
Redoutez fa valeur , admirez fa
clemence
Il vous a tous vaincus & confent à
la Paix.
On ne peut aprés cela
donner de loüanges au Roy ;
elles feroient trop foibles , &
GALANT. IS
il fuffit pour admirer ce Prince
, de regarder l'heureuſe
fituation où il fe trouve , &
fa bonté pour toute l'Europe.
Ileft temps de fatisfaire vôtre
impatience fur ce que vous
attendez de moy touchant le
Siege de Pondicheri , que les
Hollandois avec des forces fuperieurés
, ont attaqué d'une
maniere qui doit relever la
gloire de noftre Nation , par
toutes les circonstances qui
ont accompagné la défenſe
prefque incroyable des Affie16
MERCURE
gez ; mais avant que d'entrer
dans ce détail, il femble eftre
neceffaire de vous inftruire
de l'établiſſement
du Commerce
, qui a donné lieu à
faire occuper ce pofte par
les François
.
-
Il y a quelques années
que Sa Majefté , dans la
vue d'avoir une Compagnie
dans fon Royaume , affez
puffante pour le paffer de
les Voifins dans l'ufage neceffaire
des marchandifes
qui
viennent en Europe des extremitez
de l'Afie , en compola
une de tous les Corps
GALANT.A 17
les plus celebres de fes Villes ,
& de fes Provinces , avec des
Reglemens pour la direction
de cette Societé Royale , dont
les fuccés ont répondu à un
projet fi glorieux.
Nos Voifins jaloux d'une
pareille entrepriſe , ont mis
inutilement en ufage dans
ces Regions , où ils font établis
de longue main , tous les
obftacles qu'ils ont pû fufciter
, pour traverier le cours
de noftre Commerce. Enfin ,
la valeur de la Nation jointe
à l'experience du Negoce , a
donné lieu au progrés de cet-
Aouſt 1694. B
18 MERCURE
te Compagnie . Elle fe trouve
à prefent établie avec autorité
chez la plupart des Souverains
qui regnent dans l'Orient
, où la réputation de la
puiffance de noftre Roy , que
rien n'égale dans l'Europe ,
leur a fait rechercher fon
alliance par des Ambaſſades
celebres. La Perfe , le Mogol,
les Rois & les Princes fes voifins
, des Coftes de Malabare
& de Coromandel , le fameux
Gange, Bengale , le Pegu , & le
Royaume de Siam , ont permis
l'exercice du mefme
Commerce , que les HollanGALANT.
19
dois , Anglais , Portugais ,
Danois & Eſpagnols pratiquent
avec eux. L'on y a établi
des Facturies , des Comptoirs
, & des Refidences ,
auffi bien que nos Voifins ;
mais entre autres il y en a une
principale dans la coſte de
Coromandel , où demeure le
Directeur general de la Compagnie.
Ce lieu s'appelle Pon .
dicheri , fitué fur le bord de la
mer , par le onzziéme degré
& quarante - huit minutes de
latitude , à quarante lieuës au
midy de Muzilipatan
, pas
éloigné de Madrafpatan , où
Bij
20 MERCURE
les Anglois ont un Port , &
une Fortereffe , & de Me ..
liapour ou Sanit Thomé , fameux
par le Martire de Saint
Thomas l'Apoftre , & par le
Siege vigoureux qu'y a foutenu
l'illuftre M ' de la Haye,:
avec les Troupes Françoiſes
dont il eftoit le General .
Il y a plus de vingt & huit
ans que cette Refidence fut
accordée à la Compagnie
d'Orient , par le Prince des
Carmures , Roy de Gingy , ce
fameux Sevagy qui s'eftanc
revolté contre le Grand Mogol
, s'eftoit fait par fa bra-
"
ا و
GALANT. 21
youre Souverain de plufieurs
Provinces qu'il avoit conqui
fes , & dont le Fils , nommé
Ram Raja , moins heureux
& plus infi lelle que fon Pere,
tâche de fe maintenir en la
poffeffion , mais avec cette
difference, que le Grand Mogol
le tient depuis prés de
quatre années alliegé dans la
Ville principale du Royaume
de Gingy , comme il fera
remarqué enfuite quand je
vous informeray des circonftancesdu
SiegedePondicheri.
Ce fut en ce Port qu'en
Janvier 1689. Mis des
22 MERCURE
Farges & du Bruant , avec les
Officiers
& Gens de guerre
François , qui avoient foutenu
dans le Royaume de Siam,
le Siege de Banko , contre
Pytrarcha , Ufurpateur
de ce
Royaume , fe retirerent fur
trois Vaiffeaux , fuivant les
Traitez honorables
qu'ils firent
, accompagnez
des Jefuites
Miffionnaires
, qui compofoient
cette celebre Miffion
que Sa Majefté avoit en
voyée au Roy de Siam , dans
le deffein d'affermir la Religion
& le Commerce
par les
en execution des
armes ,
CALANT
23
Traitez d'alliance entre ces
deux Rois.
Le Comptoir de Pondicheri
, étably dans la cofte de
Coromandel par M Macarat
, l'Armenien , Refident
dans Paris , alors l'un des Di...
recteurs fur les lieux de la
Compagnie d'Orient , fut
commis aprés la difgrace de
Macarat à M' Martin , en
qualité de Directeur general
dans les Indes , & il s'eft com .
porté avec tant de capacité ,
de zele , & d'autorité dans
cette fonction , que depuis
deux ans Sa Majefté , pour
24 MERCURE
reconnoiftre fes fervices
dignement , l'a honoré de
Lettres de nobleffe , comme
une marque authentique du
merite qu'il s'eft acquis de
puis tant d'années par fa
bonne conduite dans la geftion
de fon employ.
Le fejour que firent les
Troupes du Roy dans Pondicheri
, donna lieu à M
Martin de fe fervir utilement
pour la défenſe de ce poſte ,
du travail des Soldats , & il fit
conftruire une maniere de
Fort , peu regulier à la verité ,
qui mit cette Refidence hors
>
de
GALANT. 25
de l'infulte , & des Barbares
du Pays, fort infidelles de leur
naturel , & des Européens jaloux
de cet établiſſement.
Les Jefuites reftez aprés le
départ des Vaiffeaux , qui devoient
ramener en France
les Troupes de Sa Majeſté ,
demeurerent à Pondicheri, &
pour s'acquitter des devoirs
de leur Miffion par leurs travaux
apoftoliques , tant envers
les François qui y réfident
fous les ordres de la
Compagnie , qu'envers les
nouveaux Chreftiens Barbares
& Mores , par l'admi
Aoust 1694. C
26 MERCURE
niſtration des Sacremens , les
inftructions du Catechisme ,
& les excurfions au dehors
pour la converfion des Infidelles
; ils y ont baſti un Seminaire
, ou maiſon d'Hoſpice ,
comme un Entre - poft des
Miffions de la Chine , joignant
un autre Hofpice
de
Capucins
, qui y font établis
depuis plufieurs
années.
Aprés la connoiffance
que
l'on peut avoir par ce recit
du Commerce
que la France
fait avantageulement
dans
ces : Regions
fi éloignées
,
dont l'Europe
tire avec profit
l'ufage de toutes les den.
GALANT. 27
rées & marchandiſes qui nous
font apportées de l'Orient ,!
& dont la confommation
autoriſe
le Commerce , il eft:
temps d'en venir au détail de
ce qui s'eft paffé de plus remarquable
, tant à l'attaque.
que les Hollandois ont faite
par un Siege regulier & dans
s les formes , d'un Reduit que
l'on peut dire ne pouvoir eltre :
défendu que par la feule bra-
I voure des François , fupe
rieure à celle de toutes les
5 autres Nations ; car pour en
faire comprendre la verité il
fuffiroit de dire fort fuccincte-
P
Cij
28 MERCURE
ment que cent cinquante
François ont refifté pendant
dix à douze jours à plus de
trois mille cinq cens hom.
mes , venus exprês avec tout
l'équipage de Vaiffeaux , d'Artillerie
, d'autres munitions de
guerre & de Troupes reglées ,
pour chaffer d'un pofte infoutenable
par luy- mefme , une
poignée de monde qui leur
faifoit ombrage , & dont ils
craignoient avec raifon dans
la fuite l'agrandiffement
à
leur confufion .
Le Confeil Souverain de
Batavia , Chef-lieu du Com .
GALANT. 29
merce des Hollandois dans
l'Orient, pouffé par la jaloufic
qu'ils ont euë de tout temps
du commerce que nous pouvions
entreprendre à leur préjudice
dans ces Païs Orien
taux , a toûjours cherché les
voyes de nous exclurre de
l'entrepriſe de ces Voyages ,
pour le maintenir dans la poffeffion
de profiter fur nousmefmes
, du debit qu'ils font
par leurs mains , avec ufure ;
des denrées dont ils font les
voituriers. L'établiſſement
tres- puiflant qu'ils ont dans
les Indes les ayant rendus re-
C iij
2༢0༠
,
MERCURE
doutables à toutes les autres
Nations depuis un fiecle
par les dépenfes prodigieufes
que ces Gens de Mer & de
Negoce , ont faites en des
temps où la guerre contre
l'Espagne , que ces Rebelles
fous la protection de la France
foutenoient avec fuccés , leur
a donné lieu de faire des
conqueftes fur les Portugais ,
alors Sujets du Roy d'Eſpagne,
dans lesIndesOrientales ,
& dans le Brefil , & d'y avoir
fondé une espece de Republi
que puiffante, dépendante de
celle des Eftats de l'Europe ,
avec toute l'autorité dont ils
GALANT. 31
avoient befoin pour s'y main.
tenir , & des fonds de Vaiffeaux
, d'Artillerie , & de Soldats
neceffaires au maintien
de leur Commerce ; il eſt aiſe
de comprendre que leur Politique
s'applique à s'opposer
à l'établiflement de noftre
Commerce , dans la crainte
legitime qu'ils ont , que le
maintien de l'autorité Souve
raine de noftre Monarque ,
pour la Compagnie qu'il a
formée depuis peu d'années ,
pour l'Orient , ne luy faffe
predre la refolution d'extirper
dans fon fondement , avec
A
Ciiij
32 MERCURE
une Flotte victorieufe , cette
Republique floriffante que
depuis tant d'années ils ont
établie dans ces Pays fi éloignez
; mais comme la guerre
en Europe contre les Confederez
, dont les forces maritimes
de trois Eftats Souverains
, qui ont voulu de tout
temps difputer chacun en
particulier , la Souveraineté
de la mer à l'Empire de noftre
Monarque ; mais qui joints
prefentement experimentent
prefque dans toutes les
Campagnes , à leur honte
& à leur confufion , que leur
jonction donne un relief aux
>
GALANT .
33
avantages glorieux que les
Flottes du Roy remportent
toujours fur fes Ennemis ;
comme cette guerre , dis- je ,
eft un obstacle à l'envoy
annuel des Vaiffeaux neceffaires
au Commerce de
la Compagnie , cette conjoncture
parut favorable à
celle de Hollande , qui envoya
fes ordres à Batavia , de
fe fervir de cette occafion
pour enlever aux François le
Pofte de Pondichery , dans un
temps fi favorable ; puifque,
cette entrepriſe qui leur cau.
foit à la verité une dépenſe
34 MERCURE
par
beaucoup plus forte que le
profit , & le gain de la reüffite
, leur donnoit un avantage
, de retarder pour quelque
temps le Commerce de la
Compagnie de France , qui
les fecours & la protection
du Roy fe rétablira avec
plus d'autorité dans d'autres
lieux de ces cantons , aux dépens
mefme des Hollandois .
Pour executer ce projet , il
leur fallut , outre la dépenſe
exceffive d'équiper une Flotte
compofée de Vaiffeaux de
guerre , & d'autres Baſtimens
capables de tranfporter de
GALANT.
35
Batavia des Troupes , de l'Artillerie
, des munitions , & tout
l'attirail neceffaire à un Siege ,
entrer de plus en negociation
avec le Roy de Gingy , Prince
des Carmutes , Souverain du
Territoire de Pondicheri , où
la Compagnie de France
avoit fait un eſtabliſſement ,
du confentement de Ram
Raja , Roy de Gingy. Cette
negociation eftoit un préalable
à l'execution de l'entreprife
, par la difficulté que les
Hollandois fe propofoient
que fans l'aveu de ce Prince
Barbare , les François , quoy
36 MERCURE
qu'en petit nombre , ayant
quelques Fortifications à leur
refidence du cofté de la mer ,
où iln'y a qu'une plage fans
Port , leur abord , & leur def
cente pourroient avoir des obftacles
, & donner mefme lieu
aux François à une retraite
dans les terres . La connoiffan
-ce qu'ils eurent que le Prince
Ram Raja fils de Sevagy , fa
meux Rebelle contre le Mo.
gol, qui aprés fa revolte , pendant
le refte de fa vie a toû .
jours fait des Conqueftes fur
cet Empereur,le plus puiffant
des Indes , & mefme fur des
GALANT.
37
Rois voifins , & particulierement
fur celuy de Gingy
qu'il dépouilla de fon Royau-.
me , & dont Ram Raja s'eſt
mis en poffeffion aprés la
mort de fon pere , ce Roy ,
dis- je , heritier de ſon pere fut
auffi comme ennemy du Mogol
, expofé à foûtenir une
guerre fâcheufe contre cet
Illuftre ennemy , & reduit à
foûtenir le Siege de fa Ville
principale , dont la fituation
eft d'un tres - difficile abord ,
eftant baſtie fur trois montagnes
élevées au deffus de plufieurs
autres couvertes de
38 MERCURE
bois , les trois montagnes
ceintes de bonnes murailles.
Depuis prés de trois années
le Siege continuë , & le Mogol
y a envoyé un de fes Fils
naturels pour y commander
une Armée de quarante mille
combattans , divifez en
quatre Camps , d'un circuit
épouvantable
; & l'on rappor
re qu'il y a prés de trois à
quatre cens mille ames dans
les Camps du Mogol , &
quantité de Corps de gardes ,
pour empefcher les fecours
qui y viennent de Tanjaor ,
Royaume circonvoifin. Ce
GALANT.
39
General du Mogol , pour fortifier
le party du Siege , a permis
à quelques Princes Barbares
voifins , de lever des
Troupes à leurs dépens , &
d'aller fur les terres de Ram
Raja , piller , voler , enlever
les beftiaux , & s'emparer de
quelques lieux que le Mogol
leur defigne en proprieté ,
moyennant un tribut. Le Fils
du feu Roy de Gingy dépouil
par Sevagi , avec cinq cens
Cavaliers , & deux cens Fantaffins
eſt venu proche
Pondicheri , où il s'eft fait
quelques actions de guerre ,

40 MERCURE
entre les Mores qui font
ceux du party du Mogol , &
les Marates Sujets de Ram
Raja. Les François dans
Pondicheri ont toûjours efté
neutres
, & ont reçû chez
eux les principaux Officiers
des deux Partis , qui avoient
efté bleffez dans leurs
attaques mutuelles , & qui
avoient eu recours aux Peres
Jefuites , pour le faire
panfer de leurs bleffures , par
un de leurs Freres Chirurgien
& Apoticaire . Les Mores
qui avoient chaffé les
Marates de leur Pofte ,fe preGALANT.
41
fenterent à Pondicheri pour
y entrer , mais M' Martin ,
à la tefte de fa Garniſon ,
s'eftant mis en eftat de fe
deffendre , il leur offrit du ris
& du grain , fi de leur Camp
ils vouloient envoyer des
gens fans armes , acheter ces
grains.
Cette neutralité fut une
occafion aux Hollandois de
faire propoſer aux Miniftres
du Roy de Gingy , qu'ils luy
fourniroient un fecours confiderable
d'argent pour fubvenir
à fes befoins les plus
preffans , s'il vouloit permets
Moust 1694.
D
A
42 MERCURE
;
les
tre qu'ils affiegeaffent Pondicheri
par mer & par terre , à
leurs frais , & par cette voye
enlever à la Compagnie d'Orient
, ce Pofte qui faifoit leur
refidence principale
Comptoirs de Surate , & de
Bengale eftant fous la protection
du Mogol , communs
avec ceux des autres nations
de l'Europe ; mais celuy de
Pondicheri n'eftant qu'aux
François feulement , & par
conſequent plus à la bienféance
des Hollandois , par le
droit de la guerre déclarée
avec eux. Ces Miniftres, dont
GALANT.
43
le genie barbare eft infidelle ,
& intereffé , trouverent beau .
coup de facilité dans l'efprit
de leur Maiftre , à luy perfuader
l'avantage que fon infidelité
luy procureroic ; & les
pactions du traité furent que
moyennant cent mille écus
livrez aux ordres de Ram
Raja , & le partage des effets
de la Compagnie dans leurs
Magazins , il leur permettroit
l'entrée de leurs Troupes
fur fes Terres , pour établir
un Camp , & ouvrir leur
tranchée devant cette Bicoque,
du cofté qui regarde le
Dij
44 MERCURE
·
dedans des terres , où les Capucins
François avoient un
petit Hofpice , joignant la
cour de la maifon des Peres
Jefuites , & qu'avec une Flotte
du cofté de la mer , & un
débarquement d'autres Troupes
la prife du Reduit en
forme de Fort, du Comptoir,
& des Magazins , ny regulier,
ny capable d'une deffenfe ,
contre une attaque dans les
formes , devenoit immanqua
ble, fans aucune efperance de
fecours de dehors.
Aprés un Traité que l'infidelité
& la corruption de ce
GALANT.
45
Prince Barbare luy fit accepter
, le Confeil de Batavia
fic équiper dans leur Port
une Flotte de vingt gros Vaiffeaux
de guerre , & de plufieurs
autres baftimens de
charge , & ayant formé un
corps de prés de cinq mille
hommes , avec douze pieces
de groffe Artillerie , des munitions
, des facs à terre , &
autres inftrumens neceffaires
à former un Siege , ils parurent
à la Cofte de Coromandel
, & mirent à terre à quatre
lieuës de Pondicheri , douze
cens hommes avec leur
46 MERCURE
artillerie, &marcherent en or
dre de Bataille par les terres ,
dans le temps que leur Flotte
s'avançoit le plus qu'elle put
du bord de la rade du cofté
de la mer.
Mr Martin Directeur fe
trouvant avec cent cinquanre
hommes feulement , dont
il n'y avoit que deux Compagnies
de guerre , dans le premier
avis qu'il avoit eu de la
menace d'un Siege , avoit envoyé
fa femme , & une jeune
enfant de M Deflandes , fon
Gendre , Directeur à Bengale
, dans Saint Thomé ou MeGALANT.
47
liapour , que les Portugais.
rétabliffent depuis le Siege
qu'y a foutenu M de la
Haye , & où le Pere Maldonat
,Jefuite Portugais , eft
Superieur d'une Miflion . Le
Pere Dolu , l'un des Jefuites
qui en 1687. paffa avec quatorze
de fes Confreres , au
Royaume de Siam , & qui en
Janvier 1689. eftoit debarqué
à Pondicheri , aprés la revolution
de Siam , avec les
Troupes Françoifes , où en
qualité de Procureur de la
Miffion de la Societé de
Jefus , il eftoit refté ; & oùpar
48 MERCURE
fon application aux devoirs
Apoftoliques dans ces Provinces
, il s'eftoit acquis la réputation
d'un zele Miſſionnaire
, & avoit lié une amitié
fecrette avec le Directeur ,
fut prié , à caufe des habitudes
qu'il avoit à Saint Thomé
où il faifoit ſouvent
"des excurfions
pour
maintien des nouveaux Chreftiens
de ce lieu , d'aller
mettre dans ce refuge de
le
fureté , fa famille , en cas de
Siege , & il depefcha un
Meffager vers le fils du Mogol
, General du Siege de
Gingy ,
GALANT.
49
Gingy , pour luy demander
un fecours contre les Hollandois
, qui avoient fçu corrompre
le Roy de Gingy
devenu Protecteur Belgique.
Comme le Camp de ce
Prince n'eft pas fort éloigné
de Pondicheri , fon Meſſager
luy rapporta que le Prince
"Mogol defiroit qu'un homme
de creance luy fuft envoyé
pour eftre mieux inftruit de
l'eftat des chofes , & là - def
fus prendre des deliberations
convenables .
Aouſt 1694 E
50. MERCURE
Cependant le 23 Aouft de
l'année derniere , les Hollandois
defcendus à terre d'un
cofté , travaillerent à l'ouver
ture de leurs tranchées , & le
malheur voulut que Mr Martin,
pour fortifier une fi foible
garniſon , fit entrer cinq cens
Soldats Mores , dans l'efperance
que ces Mores , quoy
que peu belliqueux de leur
naturel , feroient figure de
défenſe à l'égard des Affiegeans
; mais ayant reconnu
dans les premieres actions de
ce Siege , où les François fe
comporterent avec toute la
*
GALANT.. 51
bravoure naturelle à la Nation
, que cette Soldatefque
de Mores , bien loin de fuivre
un exemple de vigueur
cherchoit à s'échaper du peril
où elle eftoit expofée , le
Directeur ne vit point d'autre
efperance de falut , que
d'envoyer une perfonne de
confiance folliciter le Prince
Mogol de luy donner un ſecours
capable d'obliger les
Affiegeans à fe retirer ;
dans cette veuë il jetta les
yeux pour cette commiffion
fur le Pere Dolu , qui avoit
1 acquis auprés du General
J
e
&
E ij
52 MERCURE
du Siege de Gingi, & des prin
cipaux Officiers de cette Ar
mée , une cftime tres- particuliere
par les habitudes
que la proximité de ce Camp
luy avoit donné lieu de
pratiquer , & par les foins
qu'il avoit pris de plufieurs
bleffez , qui avoient eu recours
à la charité de ces
bons Peres . On luy dépêcha
un Meffager à Saint Thomé,
pour le preffer de fe tranfpor.
ter en diligence au Camp de
ce General , & de luy expofer
Vivement , la gloire & l'avan
tage que de Prince s'acquerGALANT.
53
roit à luy- meſme , d'eftre le
liberateur d'une Nation dont
il avoit efté il y avoir quelques
années le fpectateur de
la bravoure dans un Combat
de mer , que M ' du Queſne
Guiton , commandant une
Flote de fix Vaiffeaux François
, avoit rendu devant Madras
, où les Anglois & les
Hollandois , au nombre de
quatorze Vaiffeaux , pour fe
fouftraire à la bravoure de la
Nation , s'eftoient retirez
fous la Fortereffe & dans le
Port de cette Ville , mais qu'il
attaqua , bien qu'inferieur ,
E iij.
54 MERCURE
avec une telle intrepidité ,
malgré la fureur des Canons.
du Fort , & des Vaiffeaux Ennemis
, qu'il les mit en defor
dre , & fortit de ce combat
avec toute la gloire que pouvoit
attendre unNeveu de feu
M' du Quefne , fi connu dans
toute l'Europe.
Le Pere Dolu , dés le moment
qu'il eut receu l'ordre
du Directeur d'aller au Camp
du Prince Mogol , pour un
fujet fi important , fe mit en
chemin , & comme la diftance
ne luy permit pas de pouvoir
ufer d'autre diligence ,
GALANT.
55
que de celle du Pays , eftant
parti le Mercredy 2. Septembre
, il n'arriva que le Vendredy
au matin 4. au Camp
du Prince ; & parce que ce
jour et leur Dimanche , &
que les Mahometans ne ſe
communiquent pas le jour de
leur Fefte , & que le Samedy
fuivant c'eftoit encore une
autre Feste , il eut recours au
General de la Cavalerie , auprés
duquel il avoit une hatude
d'amitié & d'eftime.
Cet illuftre General informé
de l'importance de la Mif
fion de ce Pere , luy procura
E iiij
56 MERCURE
une audience particuliere &
fecrete avec le Prince , qui
luy accorda cette grace , &
par une diftinction tres -finguliere
il le fit affeoir & couvrir
, & aprés plus d'une
heure d'entretien , où le
Prince fut informé de la trahifon
de Ram Raja , & de la
voye de corruption dont s'étoient
fervis les Hollandois ,
qui preffoient le Siege avec
ardeur , le fiant à leurs forces
nombreuſes , pour le petit
nombre des Affiegez , il luy
promit de donner ordre inceffamment
pour un détaGALANT
. 57
chement de Troupes de fon
Camp , pour le fecours d'une
Nation auffi belliqueufe que
la Françoife , & qu'en cas de
mauvais fort , il offroit une
retraite à M¹ Martin , & à fes
gens dans Meliapour fous fa
protection , avec promeffe ,
aprés le Siege de Gingy , d'aller
luy- mefme à la conquefte
des Places que Ram Raja le
rebelle occupoit à la coſte de
Coromandel, & de reftituer
à noftre Nation le mefme
pofte pour la continuation
de fon Commerce ; & pour
témoigner la fatisfaction
1
$8 MERCURE
qu'il avoit de la conference
qu'il venoit d'avoir avec le
Miffionnaire, il luy fit preſent
d'une piece de Brocart d'or
& couleur de feu , d'une ceinture
& de deux Bonnets , l'un
rayé d'or & de vert , & l'autre
d'une étoffe de laine brune ,
mais fi fine , qu'elle eft plus
eftimée que les plus riches
étoffes d'or & de foye : &
pour feureté de fon retour il
luy fit expedier un paffeport
authentique , & luy offrit un
Officier qui porteroit l'Etendart
du Mogol , à la veuë
duquel les Peuples qui le reGALANT.
59
connoiffent font dans un ref
pect comme fi l'Empereur
eftoit prefent , promettant
d'écrire au Directeur une
Lettre qui confirmeroit les
bonnes volontez. Une negociation
fi bien conduite n'auroit
pû manquer d'avoir un
fuccés qui euft répondu à ce
qu'on en attendoit, fi elle cuft
prévenu le temps du Siege ;
mais au fortir de cette audience
, le Pere Dolu eut des
nouvelles que l'on ne tiroit
plus auSiege, & delà il comprit
la reddition de la Place , ce qui
fit que prenant congé de fon
60 MERCURE
Ami le General de la Cavale
rie , qui luy donna parole de
luy envoyer la Lettre du Prince
à M¹ Martin , il retourna à
Saint Thomé avec fon paffeport
& fes preſens , où il fut
informé que les Hollandois
à l'ouverture de leurs Tranchées
du cofté des terres ,
avoient fouffert , fans ofer
fortir, plufieurs attaques des
Affiegez , & que du Jardin de
l'Hofpice des Capucins joignant
la Cour des Peres Je
fuites , l'on y avoit élevé un
Cavalier , fur lequel on avoit
fait une Batterie de deux pieGALANT.
61
à ces de Canon , qui voyant
revers les retranchemens
des
Ennemis,les incommodoient
fort , & qu'ayant fait en un
jour une Batterie de douze
Canons d'un autre cofté , ils
en avoient tire plus de cinq
cens volées , dont les Sol
dars Mores eftant épouvantez
, la pluſpart avoient pris le
party de fe retirer , & d'abandonner
la Place ; & que pour
enlever le pofte du Jardin des
Capucins , ils avoient fait un
détachement de cinq cens
hommes de leurs Troupes.
d'élite , à l'attaque duquel
62 MERCURE
pofte vingt François commandez
par un Capitaine
Bafque , brave & experimenté
, furent détachez pour la
défenſe du Jardin & de la
Batterie , foutenus par quelques
Soldats Mores . Le malheur
voulut que le Capitaine
Bafque , nommé Lacomme ,
fut tué dés la premiere décharge
, & que les Mores
abandonnerent
les François ;
ce qui
fit que le peu de Soldats
qni refterent ne pouvant
refifter aux attaquans, furent
dans la neceffité de fe retirer ,
avec cette circonftance , qu'-
GALANT.
63
un Caporal François avant ſa
retraite ayant voulu mettre
le feu à des méches préparées
pour faire fauter par quelques
mines la Batterie , elles fe
trouverent mouillées par un
des Mores que les Hollandois
avoient corrompu , &
ainfi les Affiegeans maiſtres
de la
Batterie , pointerent
5 les deux pieces de Canon
contre un des Baftions du
Reduit , qui n'eftant que
de murailles feches , fut en
peu de temps renversé , auſſi
bien que les autres corps
du Reduit par le Canon des
J
64 MERCURE
Ennemis .Malgré tous ces def
avantages , les Affiegez ne
laifferent pas de faire par plufieurs
décharges une réfiftance
au delà de leurs forces ,
mais enfin ils ſe trouverent
dans l'obligation de capituler
, & ils le firent avec toutés
les conditions les plus honorables
que l'on pratique en
Europe aux Sieges de confequence
, puifque par les articles
de cette capitulation ,
Mr Martin & fa Garnifon fortirent
avec armes, & tambour
battant, Enfeignes déployées,
deux pieces de Canon ; &
GALANT. 65
comme on leur refufa de fe
retirer où bon leur fembleroit
, les Hollandois s'obligerent
de les ramener en
France fur leurs Vaiffeaux , &
de les conduire à Batavia ,
pour y eftre embarquez fur
ceux de la Flote de la Compagnie
, dont le départ de
Batavia eft fixé regulierement
"
au mois de Janvier. A l'égard
des Miffionnaires
, on leur refuſa
, ainſi qu'à M'Martin , la
permiffion de fe rerirer en
quelques Miffions de la.Cofte
, & il fallut qu'ils acceptaf
fent le mefme party . La con-
Aoust 1694. F
66 MERCURE
fideration qu'ils eurent pour
Mr Martin , par le merite
qu'il s'eftoit acquis depuis
tant d'années , fit qu'ils luy
accorderent le paffage en
France , de fa Femme & de
fa petite Fille , avec tous les
effets qui estoient à luy , ceux
de la Compagnie ayant efté
refervez comme
appartenans
aux Hollandois . Ce fut le
3.
Septembre que cette Capitulationfut
fignée dans le temps
même que le Pere Dolu avoit
obtenu du Prince Fils du Mogol
, la parole d'un fecours ; &
c'eft de cette maniere que
GALANT. 67
Pondicheri a efté enlevé à la
Compagnie d'Orient de
France , dont le peu de circonftances
que l'on en rapporte
ont efté envoyées icy
par la voye d'un Vaiffeau Danois
, party le 24 Septembre
du Port
appartenant
à la
Compagnie de Dannemark
à cinquante licues de Pondicheri,
à la même Cofte de Coromandel.
Le Pere Tachart ,
Superieur de cette Miſſion , fi
fameux & fi connu par les Relations
de trois Voyages qu'il
a faits au Royaume de Siam ,
& Mr Martin , Directeur ,
Fij
68 MERCURE
leur retour , qui doit eftre
dans la fin d'Aouft , ou au
mois de Septembre , nous
informeront plus particulierement
de tout le détail de
ce Siege .
Les Pauvres du Dioceſe
d'Auch ont couté cette année
vingt mille livres à M
* leur Archevefque , pour les
chauffer & pour les nourrir
pendant fix mois , à commencer
du premier jour de
Janvier dernier. C'eft fur cette
édifiante charité qu'a efté
fait le Sonnet fuivant , fur les
Bouts- rimez propoſez pour
GALANT. 69
le Roy , par l'Academie des
Lanterniftes de Toulouſe .
DReffons, Necefiteux , à Suze
un digne
Bufte ,
Il nous a rachetez dans le temps
des
glaçons,
Livré dans noftre faim largement
fes
moiffons ,
Par là le moribond eft devenu ro-
S
bufte.
Que ce Prelat eft grand ! En luy
tout eft
Sa vie eft un tiffu d'excellentes
augufte .
leçons ;
Il regarda toujours comme fimples
chanfons,
Ce qui neparoift point folide , noble,
juste.
70 MERCURE
$
Ennemi de tout temps du faßte & de
ľ
orgueil
Ilfait à tous venans un favorable
accueil ,
>
Et ne connut jamais que la raiſon
pour
S
digue .
Auli fans le fecours d'aucuns fecrets
refforts,
De cent talens pour luy la nature
prodigue
Fait voler fur fes pas nos coeurs
pleins de tranfports.
Voicy un autre Sonnet fur
les mêmes Bouts - rimez , touchant
la glorieufe Campagne
de M le Maréchal Duc de
Noailles
en Catalogne
.

GALANT.
71
1
HEros , c'eft peu pour toy que les
honneurs d'an Bufte ,
Ta gloire percera la Zone des
glaçons ,
Et pour grofir encor tes guerrieres,
moiffons,
Ton coeur eft affez grand, ton bras
авеч

robufte .
Tes triomphes nouveaux feroient
dignes
ď
е Augufte .
S
Donne aux Enfans de Mars fouvent
de ces leçons,
fes chanfons,
Iln'eft plus qu' Apollon par lesVers,
Qui res faits éclatans puiffe nous
peindre an
2
juſte.
Quel plaifirde te voir brillant d'un
noble
orgueil
72 MERCURE
Faire aux fiers Efpagnols un fou
droyant accueil,
Oppofant à leurs traits ton courage
pour
à
les
2
digue .
C'eft a toy d'une Armée à mouvoir
refforts.
Mais au moins de tes jours ne fois
pas trop
Rien ne pourroit calmer nos deuloureux
prodigue ;
tranſports.
Ce troifiéme Sonnet eſt
fur ces mefmes progrés du
Roy en Catalogne. Il eft de
M' Janiffon le Fils.
AUX
GALANT.
73
1
AUX PRINCES
de l'Europe .
HE
E bien que dites vous , Potentats
, Princes ; Rois ?
Vous voyez que de vous s'éloigne
la Victoire
Partout Louis le Grand aura toujours
la gloire ,
Et par tout il fçaura donner fes
juftes loix.
S
Deux Villes , un combat remporté
dans un mois ,
Ornerent à jamais une fi belle hiftoire
;
Et l'occupation des Filles de Memoire
Sera de reciter fes glorieux ex
ploits.
Aouft
1694
74 MERCURE
2
Palamos eft à nous auli - bien que
Gironne ,
Noaille à fon grand coeur en Heros
s'abandonne ,
Il fçait de noftre Prince accomplir
les fouhaits.
S
Admirez fa valeur , redoutez fa
puiffance ,
Regardez les bontez , implorezfa
clemence,
Qui pour vous rendre heureux n'afpire
qu'à la Paix,
Mr Robinet zelé à ſon ordinaire
quand il fe prefente
quelque occafion de celebrer
la gloire du Roy , ne s'eft pas
teu fur la glorieufe CampaGALANT.
75
gne de Catalogne , qui luy a
donné lieu de faire l'Ouvrage
qui fuit.
ODE.
Our la troisième fois , que de
bruit dans les airs ! Pou
Enun beau jour la nuit fe chan.
ge.
Que defeux éclatans ! que de bril
lans éclairs !
Que de concerts par tout de joye &
de loüange !
Quel grand évenement caufe tous
ces tranfports ,
Où pour fefignaler chacun fait des
efforts ?
On parle de Bataille & de Place
gagnée.
Gij
76 MERCURE
Ab ! ce font les exploits d'un Duc
digne d'amour ,
Qu'encor tout de nouveau l'on ce
lebre en ce jour , l'E
Et dont jufqu'à Madrid [pagne
eft confternée.
Ses Troupes à couvert d'un grand
Retranchement ,
Et d'une humide & vafte Plaine,
Craignoient peu d'un Combat le
trifte evenement ,
Et triomphoient deja par une au
dace vaine.
Elles croyoient pour nous un fuccès
malheureux; P
Mais au Vainqueur de Rofe , à ce
Duc genereux ,
Les deftins de Louis affuroient la
Villoire.
GALANT . 77
Vainement le Ter s'enfle , & forme
de fes bords
Vne double barriere à fes heureux
efforts :
Plus il trouve d'obstacle , & plus
il a de gloire.
Auli -toft qu'il l'ordonne on voit
fendre lesflots,
Par tout nos Braves à la nage,
Et le moindre Soldat paroift comme
un Heros ,
Dans les nobles transports de fon
bouillant courage.
Il femble que le Fleuve en fent fa
forte ardeur
I onde.
Que d'en eftre embrasé tout ému
par la peur ,
Il veut précipiter la courfe de fon
Le flottant Element eft donc vaincu
d'abord
,
G iij
78 MERCURE
L'Armée en triomphant arrive à
l'autre bord,
Ой
Où pour elle en Lauriers la Victoire
eft feconde.
S
L'Ibere à peine croit ce qui fait
fon effroy,
L'intrepidité d'une Armée ,
Qui fous les Etendarts d'un invincible
Roy ,
S'avance vers fon Camp de la forte
animée.
Il voudroit en fuyant éviter le
malheur.
Il ramaſſe pourtant ce qu'il peut
de valeur.
Pour n'eftre pas vaincu tout-à-fait
avec honte.
[ rement.
'Il ſe défend auſſi d'abord fort fie
Mais bien toft on le force en fon
retranchement,
GALANT. 99
Et jamais on n'a vû de defaite plus
prompte.
De Morts & de Mourans tout le
champ eft couverts
Plufieurs qui pensent par la
fuite
Trouver à leurfalut quelque refuge
ouvert ,
Sont encor immolez dans l'ardente
pourfuite.
Ce merveilleux fuccès a tout fon
plein éclats
On y voit pour trophée , & pour
gain du combat,
Prifonniers , Etendarts , enfin armes
, bagages.
Mais il ne remplit pas les projets
du Vainqueur:
Ilnefait qu'animer fon zele &fa
valeur
Gilly
80 MERCURE
A qui d'autres progrés il fert com
me de gages .
2
La Victoire à fon gré bien plus loin
le conduit ,
A Palamos elle l'appelle.
Ilne balance point , à l'inftant il
la fuit ,
Certain qu'à fon ardeur elle fera
fidelle.
A peine noftre Armée arrive an
pied des murs ,
Que les vaillans Şoldats , qui de
vaincre font furs ,
Le fer brillant en main efcaladent
la Place.
L'effroy qui fe faifit du coeur des
défenfeurs, vainqueurs ;
Aide les Alaillans à fe rendre
C'en est fait , & tout cede à leur
guerriere audace.
GALANT.. S
2 .
Quelle rapidité de furprenans exploits!
Que les Ennemis elle étonne !
En moins d'un mois , ce Duc vainqueur
infqu'à trois fois,
A l'Empire des Lis foumet encor
Girenne ,
Gironne , devant qui deux fameux
Generaux.
Ont d'un Siege chacunfait en vain
les travaux.
A quel point aujourd'huy voit on
monter la gloire ?
Gagner une Bataille , & forcer les
remparts
De deux Places enfuite , on croiroit
que c'eft Mars
Qui fe fait , comme il veut , fuivre
de la Victoire.
82 MERCURE
2.
Bien -toft de toutes parts fe répand
la terreur
Par ces trois premiers coups de
foudre.
L'Espagne fi fuperbe en eft frapée
au coeur ,
Son grand Confeil en tremble , &
ne fçait que refoudre.
Il pense deja voir nos valeureux
Guerriers
"Faire de tous coftezdes moiffons de
Lauriers ,
Rouges du fang versé dans mille
funerailles ,
Il croit les voir déja planter leurs
Etendarts
Sur tous fes Baftions , &fur tous
les remparts ,
Et mefme de Madrid fondroyer
les murailles.
GALANT. 83
S
L'épouvante de là chez le Peuple
Germain ,
Le Piedmontois , & le Belgique,
Vole, & dans tous les coeurs s'ouvre
un large chemin ,
Chacunfriffonne & craint unescene
tragique.
Naſſau mefme fremit malgré tout
fon orgueil,
Il croit fes hauts projets menace2
d'un écueil ,
Et fa Ligue, en un mot en demeure
étonnée.
Reconnoiſſez enfin , aveugles Ennemis
,
Qu'am plus grand des Heros tout
peut eftre foumis ,
Et qu'en vain vous croyez voir fa
gloire bornée.
84 MERCURE

S
La Paix feule pourroit defarmer
ce Vainqueur ,
Elle a fait taire fon tonnerre
Deja plus d'une fois , pour rendre le
bonheur
A cent Peuples laffez de l'effroyable
guerre.
Il eft preft ce Heros par tout vi-
Etorieux ,
Aprés tant de fuccès fi grands , fi
glorieux,
De la faire pour vous du Ciel
encor defcendre.
Ceffez, ceffez de fuivre un Prince
vfurpateur :
Et d'un Roy triomphant recherchez
la faveur.
Quel plus digne parti pouvez
vous jamais prendre ?
GALANT. 85
S
Quey , ne pouvez- vous rompre un
foible enchainement !
Quels font les puiffans caracteres
,
Par qui cet Enchanteur fait voftre
enteftement ?
Eft- ce que vous aimez les pompeufes
chimeres ?
A quoy bon vous nourrir de belles
filtions ?
Gagne til voftre eftime avec des
vifions i
Ses grands progrès à Breft doivent
vous fatisfaire.
On vient d'y repouffer fes Troupes ,
fes Vaiffeaux ,
Et du fang des Anglois faire rougir
les eaux.
Sa victoire eft ainfi par tout imag
ginaire.
86 MERCURE
S
Toy , Noailles , fans ceffe auga
mente ton renom
Par des conqueftes de la force
Des exploits dont tu viens d'honover
ton Bafton ,
Et d'un deftin fameux , fuy la charmante
amorce.
Vn grand champ de Lauriers à ton
bras eft ouvert ,
Montre nous des plus beaux encor
ton front couvert .
Ta place eft affurée au Temple de
Memoire
Mais quand on t'y verra joindre
avec la valeur
>
Vne haute fageffe , une aimable
douceur,
Enfin , ta pieté , quoy ! le pourrat-
on croire?
GALANT. 87
Ces Ouvrages , qui n'avoient
pû jufqu'icy trouver
place dans mes Lettres ,
caufe de l'abondance de la
matiere , rappellant le fouvenir
de la fameufe Bataille du
Ter , je croy que vous ne ſefachée
que je vous
rez
pas
apprenne
ce qui
arriva
dans
cette
importante
occaſion
à
un
jeune
Cavalier
qui
n'a
encore
que
douze
ans
. Il eſt
Fils
de M ' le Baron
de
Velle
;
& comme
il fut
des
premiers
à paffer
la Riviere
du
Ter
, il
receut
un coup
de Moufquet
d'une
balle
groffe
comme
un
88 MERCURE
ceuf à travers la jambe. M ' de
Velle , fon Pere , le voyant
bleffé , luy ordonna de repaffer
la Riviere , & il feignit de
vouloir executer cet ordre ;
mais fi toft qu'il s'apperceut
qu'il n'eftoit plus remarqué ,
ayant connu que l'Eſcadron
de M' de Courcelles cherchoit
les Ennemis , il baiffa
la main à fon cheval , & alla
combattre à la tefte de cet
Efcadron. Vous n'aurez point
à douter qu'il ne s'y foit fignalé
, quand je vous diray
que fon cheval fut tué fous
luy. Lors qu'il fut à pied , le
GALANT. 89
Trompette de M' de Velle ,
& un Carabinier le prirent ,
& le porterent à Tourelle au
delà du Ter , où on luy fit
une incifion . On ne trouva
ny os , ny nerf offenfé , ce qui
rend fa playe aifée à guerir.
Tant de bravoure dans un
âge fi peu avancé , donne
fujet d'attendre de luy les
actions les plus glorieuſes
.
Je vous envoye une lettre
de M'l'Abbé Nadal . Elle fait
voir fon fçavoir , & fa religion
, & devroit eftre luë fouvent
par ceux qui , pour paroistre
efprits forts , font con
Aoust1694.
H
90 MERCURE
noiftre la foibleffe de leur
jugement.
A Mr LABBE' DE PIBRAC ,
Maiftre de la Chapelle
J
de fon Alteffe Royale.
E fremis encore , Monſieur
de la converfation que j'eus
hier avec M de ....... je vis
dans tout fon jour , cette incredulité
qui vous fcandalife . Ces
mefmes bien feances du fiécle que
vous m'accufez de garder quelqu
fous tropfcrupuleusement n'ont
pú me retenir dans le filence , ny
me porter à trahir des veritez
auffi faintes que celles qu'il atta
GAALNT. 91
quoit . Senfible à l'injure qu'ilfaifoit
à la Religion , je fentis moins
la dignité de fa perfonne . Foubliay
que j'avois à répondre à
un homme d'une condition fapericure
; je fongeay feulement
quej'avois àfoutenir la caufe de
Dieu . Unfigrand intereft réveilla
en moy toute la vivacitédont
je fuis capable. Avoüons le
Monfieur , l'incredulité dans les
matieres de la Religion ne fait
pas beaucoup d'honneur. Elle porte
avec foy un caractere d'ignorance
& de libertinage . On ha-
Zarde des chofes fur le chapitre
de la Religion , que l'on n'oferoit
Hij
92 MERCURE
avancer fur des fujets moins ef
fentiels. Aprés tout , la plupart
des perfonnes qui parlent contre
elle avec le plus de chaleur , &
quife repaiffent de je ne çay que!
triomphe , n'ont jamais étudiéferieufement
les veritez qu'ils com.
battent , & n'en jugent ordinairement
qu'aprés une premiere vue.
On nefuit pas affez les lumieres
de l'esprit , & quelque vif que
foit le fentiment dans le coeur des
incredules , il est étouffé par des
paffions encore plus vives. La
verité de l'existence d'un Dieu
a esté la creance de tous les hommes
, & la Doctrine de tous les
GALANT:
93
fiecles. La face du monde a changé
plufieurs fois , les revolutions
qui ont enfe veli toutes chofes,
n'ont point touché à cette ve
rité. Aprés mille changemens écla .
tans , fubfiftant toûjours fans alteration
, elle n'a pas eu befoin.
les lumieres & l'étude des
hommes la fiffent revivre . Liée
étroitement au coeur ,
proportionnée
à l'esprit , puisée dans le fein
de la nature , établie dans les
religions & dans la focieté ,
prife , enfin , dans la Philofophie
mefme , elle n'eft redevable ny
l'exemple , ny à l'éducation ,fou
que
vent contraires aux vûës de la
94 MERCURE
Politique , & toujours indépendante
de fes deffeins . C eft du
fond mefme de fon ignorance ,
l'incredulité tire fes principes
, fes preuves , & ne
pouvant penetrer dans les miſteres
de la nature elle s'en fert
pour juftifier fes doutes , & pour
que
>
combattre tant de caracteres de
Divinité qu'elle y trouve répandus.
Incertaine des vues de
Dien & de la deftination de quelques
creatures ; elle accufe fa Sa
geffe &fa Providence , ou elle en
rejette les ouvragesfur une deftinée
aveugle
le pur hazard , termes vuides de
capricieuse fur
GALANT.
95
fens , riens préoccupans & specieux
, vains fantômes de l'ima
gination & la refource éternelle
de lignorance. On peut encore,
Monfieur , oppofer à l'incredulité
vôtre vive perfuafion Un efprit
auffifuperieur que le vostre , fait
honneur à la Religion qu'il adore ,
la fainteté de vostre vie nous
répond de la Foy de fes Oracles.
Jefuis vostre , &c.
J'ay à vous entretenir d'un
orage dont les effets ont elté
fi prodigieux & fi furprenans ,
que dans les ficcles paffez ,
on n'a rien vû de femblable.
96 MERCURE
Le 23. de Juin dernier il s'é .
leva vers les fept heures du
foir , une nuée épaiffe , meflée
d'éclairs & de foudre , fur
un Village , appellé Saint
Martin de Vers , à trois lieuës
de Cahors en remontant le
long de la riviere de Lot .
Cette nuée devint enfuite
enflammée comme du feu ,
ce qui jetta la tetreur dans
l'efprit des Habitans qui fe
renfermerent dans leurs maifons
. Elles eftoient jufqu'au
nombre de foixante , & celuy
des Habitans eftoit à proportion
; c'est - à- dire , qu'on
y en
GALANT. 97
y en comptoit plus de quatre
cens. Quant au Village ,
1 il fe trouvoit fitué entre deux
montagnes dans un valon
affez étroit , arroſé par un
ruiffeau fur lequel il y avoit
plufieurs Moulins , & particulierement
une Papeterie ,
qui appartenoit à M ' le Comte
de Cabreres . La nuit eftant
furvenue , on entendit tout à
coup un gros air qui renverfa
tous les toits. La nuée
fondit bientoft en grefle &
en pluye. Cette grefle eftoit
auffi groffe que le poing & en
fi grande abondance , qu'on
Aoust 1694.
98 MERCURE
la voit encore en ce lieu
& dans deux Paroiffes des
environs , de la hauteur de
plus de quatre coudées , mais
fur tout la pluye tomba avec
tant de violence , que les
caux ramaffées dans le valon ,
& jointes à celles du ruiffeau ,
formerent en peu de temps
un torrent dont la rapidité
emporta prefque en un inſ.
tant toutes les maifons de
ce Village , avec la Papeterie
& tous les Moulins ; de forte
que dans le lieu mefme où il
eftoit fitué on n'y peut plus
reconnoiftre la moindre traGALANT
99
ce d'aucun baftiment. On
n'y voit qu'un roc & des ravines
affreuſes , & ce qu'il y
a de plus déplorable , c'eſt
que tous les Habitans ont
efté enveloppez dans cette
inondation , fans qu'il en foit
échapé un feul. Ce torrent
ayant fuivy le cours du ruil
feau , entraîna fur fon paffa
ge environ trente maifons
ou granges , & alla fe jetter
dans le Lot , qui n'eft éloigné
que d'un quart de lieuë du
Village de Saint Martin de
Vers. Vous pouvez juger
dans quel étonnement on fut
I ij
Joo MERCURE
Cahors , voyant la riviere
couverte de debris de baftimens
, de meubles , & de
corps morts qui flottoient,
Si toft qu'on en eut appris la
caufe , les Confuls envoyerent
diverses perfonnes fur
des bateaux , qui arrefterent
plufieurs cadavres qu'on a
enterrez avec les ceremonies
ordinaires , & quantité de
meubles qu'on doit rendre à
ceux à qui on fçaura qu'ils
appartiendront. Mr Vinhart ,
Curé du Village , fut trouvé
mort fur le gravier , ainſi que
le fieur Druy Notaire , qui
GALANT. 101
avoit une infinité de regiftres
fort importans , & le S
Rous avec toute fa famille.
Des circonstances extraordinaires
fuivirent l'inondation .
Le torrent me flé avec les eaux
de la riviere de Lot leur communiqua
une puanteur qu'on
ne pouvoit fupporter- Ainfi
elles fe trouverent fi em.
poifonnées par la malignité
de l'exhalaiſon , qui avoit
fervi de matiere à la nuée ,
que les poiffons fe jettoient
fur le bord de tous
ſtez. On y a trouvé plus de
mille quintaux de carpes &
COI
iij
102 MERCURE
d'autres poiſſons morts dont
perfonne n'a eu tentation de
manger. Ce recit eft fort fidelle
, & vient de gens tresdignes
de foy , qui ont vû
tout ce defordre.
Voicy un nouvel ouvrage
de M' de Vin. Je n'ay rien à
vous en dire aprés vous avoir
nommé l'Auteur.
$5$2255$ 5252555222
LES SOTS DE BEAUNE.
Chacun connoift du Ciel la fatale
puifance
,
Et l'on fçait qu'une bonne ou mauvaiſe
influence
GALANT. 103
Produit fur toutes les Citez
Ces differentes qualitez,
Qui dés le point de leur nailfanfe
Font de leurs Citoyens la honte ou
l'excellence.
A leurs Aftres malins Beaune doit
rous fes Sors ,
Les Poiffarts leur orgueils les Langrots
leur folie,
Les Gantors leur mutinerie,
Lagny fes pareffeux
, & Paris f
Badauss .
De tous les quolibets
qu'on donne
à chaque Ville ,
·Peut- eftre qu'on pourroit faire un
plaifant recit,
Mais cela feroit inutile ,
Et ce peu que j'en dis fuffit.
Reprenons
Beaune. Vn tres
grand Prince ,
I
iiij
104 MERCURE
Dont la gloire & le nom ne periront
jamais ,
Condé , des
Bourguignons vifitant
la
Province ,
Y fut difner un jour , & par deux
ou trois traits
Connut de fon impertinence
Que les Contes plaifans qui cou.
roient par la France ,
N'eftoient dans le fond que trop
vrais
Ses Echevins le regalerent
D'un ample complimens qui leur
couta des foins,
Mais qui valoit pourtant bien
moins
Que le Vin qu'ils luy prefente.
rent .
Ce grand Prince en fçavoit la reputations
Et comme il le trouva fort bon,
GALANT. 105
Yn d'eux qui penfoit eftre habile
autant que noble ,
Et par là faire honneur à leur
heureux Vignoble
,
Luy répondit, Ah!Monseigneur,
Nous enavons bien de meilleur.
Je n'ay pas de peine à le croire,
Reprit en fouriant ce Vainqueur
de Rocroy ,
Mais vous attendez pour le boire
Vnplus honnefte homme que moy.
C'eft en uſer avec prudence ,
Et je vois bien par ce bon fens
Que vous eftes d'habiles gens.
D'une profonde reverence
Melieurs les Echevins payerent
cet encens ,
Et de ce trait railleur loin de voir
la
fineſſe ,
Defcendirent tous fort contens
De leur Vin & de Son Altele..
106 MERCURE
Mais à peine eftoient - ils fortiss
Qu'au milieu de la cour par quelqu'un
avertis ,
Que pour laver fa bouche un peu
de leur eau prife
Avoit par ce grand Prince efte
nommée exquife ,
Ils crurent là deffus qu'avant qu'il
s'en allaft
Il eftoit bon aufi que l'on l'en regalaft.
Auth toft à perte d'haleine
Par leur ordre donné l'on court à
la Fontaine ,
Et de cette eau par vingt garcons
,
Gemiflans fous le poids & fuans de
foibleffe ,
Font de retour chez fon Alteffe
· Porter avec eux cent flacons.
·Le Prince alors à la feneftre
GALANT . 107
Caufoit avec ungrand Seigneur,
Et dit en les voyant , peut- eftre
Eft. ce là de ce Vin qu'ils nous ont
dit meilleur.
Ils s'en avifent tard , j'ay difné ,
mais n'importe ,
Allons voir ce preſent nouveau ,
Qu'enfigrand haßte on nous apporte
.
Voila , luy dirent-ils , Monfeigneur
de cette eau
Que Voftre Alteffe vient de tro
ver excellente ,
¿
Et que la Ville vous prefente.
Elle euft accompagné nos Bouteilles
de Vin
Si plutoft on euft fceu fon fortune
deftin ,
[ diligence
,
Mais à vous l'apporier
on a fait
St-toft qu'on nous en a donné la
connoiffance
.
108 MERCURE
Ah! vout avez raison , Meffieurs,
S'écria Son Alieffe , & rien n'eft
plus honnefe
Que de m'offrir dequoy rabattre fes
vapeurs.
I'en aurois eu mal à la tefte,
Et cette eau ne pouvoit venir plus
à propos.
Ileft vray que la doze a lieu de me
Jurprendre s
Mais tani mieux , fi la foifs'avife
de nous prendre,
Nous n'en manquerons point , my
moy , ny mes chevaux.
LE JEU DE PAUME.
Andis que je tiens ces
Beaunois , TA
Souffre , Lefleur , que je te dife
Encore un trait de leur fottife.
GALANT. 10g
L'un des plus justes de nos Rois
Curieux de voir fon Royaume
Paffa chez eux . He- bien , leur ditil
en difnant ,
Verrons - nous voftre Ieu de
Paume
Dont vous parliez tantoft , & que
vous vantiez tant ?
Dés qu'il vous plaira , Sire . Allez,
qu'on le prepare i
Je veux avant que de partir
M'exercer & m'y divertir.
Ravis qu'ils en eftoient leur troupe
fe fepare ,
Et chacun va de fon cofté
Détendre fa tapifferie.
Pour quoy faire ? Ah ! Lecteur ,
t'enferois-tu douté ?
Iufqu'à ceux de la galerie
Les murs de ce Tripot en furent
tapiffez,
To MERCURE
Et quand le Roy , venu pour joüer
fa partie ,
S'informa de ces infenfez
S'ils jouoient de cette maniere ,
Non , Sire , avec naïveté.
Répond leur impertinent Maire
,
Mais par là nous avons cru
faire
Honneur à votre Majesté .
Je vous fuis oblige , reprit ce Roy
fifage
Et qu'on ne peut affez loüer.
Je vous l'aurois eftè cependant davantage
Si ce Ieu n'eftoit pas hors d'eftat
d'y jouer.
A ces mois plus confus qu'un Souffleur
ne peut l'eftre
Quand il voit en vapeurs fon espoir
difparoiftre,
GALANT . III
Nos pauvres Beaunois toujours
fats ,
Sans dire mot fe regarderent.
Ils rougiffoient de bonte , & jamais
n'oublierent
Qu'il ne faut point tapiffer les
Tripots.
L'approbation que le Pu
blic donna au Deffein du
Feu de joye fait à Lyon e
l'année 1692. dont le fujet
eftoit , Les vains efforts de
l'Europe conjurée contre la
France , reprefentez par une
fiction tirée des inventions
ingenieufes d'Homere ; où
ce Poëte nous fait voir Jupi112
MERCURE
ter victorieux de toutes les
Puiffances de la Terre , qui
avoient entrepris de le dé
trôner , a porté le S Sevin ,
qui en avoit fait le Deffein
& la Peinture, d'offrir fes foins
à Mrs du Confulat , pour le
Feu de joye de cette année.
Il s'eft attaché au fuccés des
Armes victorieufes du Roy ,
& a choisi pour fujet , La
Seureté de la France au milieu
de tant d'Ennemis , appuyée
fur l'intrepidité , la valeur , &
le bonheur des Armes de Sa
Majefté , qui aprés avoir of
fert fi genereulement la Paix
GALANT. 113
à ceux qu'il eft en poffeffion
de vaincre & de battre de
tous costez , ne vient de reprendre
les armes que pour
affurer le repos de fes Peuples.
Un Mars reprefentant le
Roy,qu'on voyoit tranquillement
affis fur un globe azuré ,
remply de trois Fleurs de Lis ,
fymbole des trois Auguites
Perfonnes de la France , le
Roy , Monfeigneur , & Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
, defignez par cette Devife
, Tres orbem implent , apprenoit
que ces trois Augu.
Aonſt 1694
K
IT MERCURE
ftes Teftes rempliffent les
voeux de la France , comme
les trois Fleurs de Lis , anciensfymboles
de l'Esperance
dans les Medailles des Empereurs
Romains , rempliffoient
le globe fur lequel
Mars eftoit affis . L'Infcription
qui regnoit fur la Frife,
ftoit l'ame de tout ce Def
fein .
SUB LUDOVICO MAGNO
ARMATO GALLIE
SECURITAS .
Elle eftoit expliquée par ces
quatre Vers.
En cette pofture tranquille
GALANT.
115
Où fe voit le Dieu des Combats
,
Louis procure à cette Ville
La douceur du repos que luymefme
n'a pas.
Une Pique , fur laquelle
Mars eftoit appuyé , marquoit
la fermeté conftante
du Roy au milieu de tant
d'Ennemis conjurez , comme
fon Bouclier eftoit le fymbole
de la fageffe , qui rend
inutiles tous les efforts de
ceux qui confpirent contre
luy.
Sur le Bouclier de Mars
eftoit le Signe celefte du
Kij
116 MERCURE
Lion , le plus chaud de tous
les Signes , fymbole de la
fidelité , & du zele de la Ville
de Lyon pour le ſervice de
Sa Majefté , ce qu'exprimoient
ces mots fur la bordure
du Bouclier.
Pour moy , de tous leplus ardent .
Ce Bouclier en forme de
Soleil , faifoit voir la Deviſe
du Roy , & fervoit à faire
connoiftre quel eftoit ce
Mars , qui nous tient fous fa
protection.
Les Aigles & les Lions effrayez
repreſentoient les Ennemis
de la France ; l'EfpaGALANT.
017
gne , la Maiſon de Hafpourg,
la Hollande , la Savoye , la
Baviere , l'Angleterre, avoient
des Lions pour Armoiries ,
pour Supports , ou pour Devife.
Auffi peut- on dire que
la Ligue eft une Societé Leonine
. Nous apprenons par Efope
quelle eft cette Societé
& il eſt aifé de deviner qui eft
le Lion , qui eft l'Afne , & qui
eft le Renard.
Les Armes des Provinces
de France eftoient blazonnées
fur les Etendarts , Cornettes
, Guidons & Drapeaux,
qui font comme autant de
118 MERCURE
i
défenfes contre les Ennemis
du Royaume , repreſenté par
le Globe , fur lequel eftoit
affis le Mars François .
Le Dauphiné , porte de
France écartelé d'or au Dauphin
d'azur lampaffé , lorré
& orcillé de gueules.
La Bretagne , d'argent fe
mé d'Hermines .
La Bourgogne , bandé d'or
& d'azur à la bordure de
gueules componée d'argent
& de gueule , qui cft Bourgogne
moderne.
Guyenne , de gueules au
Leopard d'or.
GALANT. 119
Normandie , de gueules à
deux Leopards d'or , l'un fur
l'autre .
Provence, d'azur à une Fleur
de Lis d'or , furmontée d'un
lambel de gueules .
Languedoc, de gueules à la
Croix clechée , vuidée &
pommettée d'or.
Poitou , de gueules à cinq
Tours d'or polées en fautoir.
Champagne, d'azur à la Cottice
d'argent , accompagnée
de deux autres Cortices potencées
& contre-potencées
d'or.
Auvergne, d'or au Gonfa120
MERCURE
non de gueules , frangé de
finople.
Bearn , d'or à deux Vaches
de gueules accolées , accornées
& clarinées d'azur , écartelé
.
De Foix , qui eft d'or à trois
paux de gueules .
Picardie , de France , écarfelé
d'argent à trois Lionceaux
de gueules.
Lyonnois , de gueules au
Lyon d'argent couronné
d'or.
Foreft , de gueules au Dauphin
paſmé d'or , lorré &
oreillé d'azur.
Beaujolois,
GALANT. 121
Beaujolois, d'or au Lion de
fable , armé & lampaffé de
gueules , brifé d'un lambel
de cinq pendans de meſme.
Les Armes de la Ville
de Lyon , fur la clef de l'arceau
, eftoient de gueules au
Lion d'argent , au chef coufu
d'azur à trois Fleurs de Lis
d'or.
Au deffus eftoient les Armes
de M' le Maréchal Duc
de Villeroy , d'azur au chevron
d'or , accompagné de
trois Croix ancrées d'or .
Celles de M le Comte de
Aoust 1694. L
122 MERCURE
Canaples eftoient d'or au
Crequier de gueules .
Les autres eftoient allegoriques
. L'Aigle à deux teftes
éployée eftoit pour l'Empire ;
le Lion pour l'Espagne , &
les Faifceaux de Fléches pour
la Hollande. La Savoye avoit
les fiennes fous les pieces
principales qu'elle porte dans
des Alliances.
La feconde face de la Machine
repreſentoit Bellone ,
Déeffe de la Guerre , ſur ſon
Char attelé de deux Coqs
heriffez , fymbole de l'activité
& de la vigilance de nos
GALANT. 123
Generaux , qui portent par
tout le fer & le feu , comme
Bellone , qui lance des traits
de tous coftez. Le Cartel
avertiffoit les Ennemis de
détourner les coups qui
les menacent , s'ils n'acceptent
promptement les offres
genereufes que le Roy leur
a faites , facrifiant fa propre
gloire au repos de fes Sujets.
Fiers Ennemis , retirez vous ,
Loüis de toutes parts va lancer
Son tonnerre,
Si pour en détourner les coups,
Vous n'acceptez la Paix de ce
Dieu de la Guerre.
Lij
124 MERCURE
Mercure & l'Abondance
qui tenoient ce Cartel , faifoient
voir les fecours que la
Ville de Lion fournit aux
Armées du Roy , pour l'entretien
de fes Troupes par le
moyen de fon commerce &
de fes denrées , particulierement
pour le Piedmont & la
Catalogne
.
Les deux Palmiers & les
Couronnes Roftrales , Murales
, Obfidionales , Caftrenfes
& Triomphales , enfilées
dans les troncs de deux Palmiers
, qui formoient une
efpece d'Arc de Triomphe,
GALANT. 125
*
marquoient les Victoires
continuelles
& les Conqueftes
du Roy ; ce qu'exprimoient
deux rouleaux volti
geans entre les Palmes , avec
ces mots des Medaillles 'antiques
des Empereurs.
VICTORI PERPETUO .
TRIUMPHATORI PERPETUQ .
Au Victorieuxperpetuel. A celuy
qui triomphe toujours .
On voyoit des Vents qui
fouloient contre le Soleil , &
des vapeurs qui s'elevoient
de la terre & des marais , avec
ces mots d'un ancien Proverbe.
Liij
126 MERCURE
FRVSTRA ADVERSVS SOLEM.
En vain contre le Soleil.
Ce que nous éprouvons
heureulement dans les vains
efforts de nos Ennemis contre
le Roy ; & nous voyons
aujourd'huy renouveller la
gloire du nom François , qui
oit déja du temps des Grecs
& des Romains , la terreur de
toute la Terre , comme le
bonheur de leurs Armes eft
invincible.
Terror Gallici nominis , &
Armorum invicta felicitas.
Une Colombe venoit fe
pofer fur le Bouclier de Mars,
GALANT . 127
avec un rameau d'Olive , ce
qui eftoit un préfage de la
Paix fi defirée , & de la tranquillité
qui doit fucceder à
la victoire , comme elles étoient
repreſentées en deux
Medailles qui avoient pour
legendes , Victoria Augusta ,
&Tranquillitas Augufta.
M' le Comte de Saint George
, nouvel Archevefque de
Lyon , n'eut pas plutoſt pris
poffeffion de fon Eglife , qu'il
alla au College des Peres Jefuites
, où des complimens
luy furent faits en toutes for-
Liiij
128 MERCURE
tes de Langues. Les louanges
qu'on luy donna ne pouvoient
paroiftre affectées ,
puifque fa vafte erudition eft
connue de tout le monde.
Ce Prelat excelle fur tout
dans la connoiffance de l'Hif
toire Ecclefiaftique , du
Droit Canon , des Conciles ,
es Mathematiques , de la
Langue Greque , & de l'Hebraïque.
Voicy une partie
de ce qu'on luy dit en Vers
François.
GALANT. 129
MADRIGAL .
Quand
andle fage Louis rempliſſant
noftre attente
Vous confia cette Eglife impor
tante >
On crut qu'au feul merite il vouloit
faire honneur ;
Détrompons-nous , c'est une erreur.
Il n'entra dans ce choix juftice , Ky
faveur ;
Il avoit un motif qui plus près
l'intereffe.
Par un choix fi judicieux
Il voulutfaire honneur à sa propre
fageffe.
Il n'a pas pú s'y prendre mieux.
130 MERCURE
AUTRE.
L Orfque le plus fage des
Rois
Parmi cent Concurrents de vous
feul a fait choix ,
Pour remplir cette illuftre place ,
Iln'a point prétendu de vous faire
une grace.
S'il vous choifit par deffus tous ,
C'est qu'il n'en connoift point de plus
digne que vous.
STANCE S.
PRelat , l'ornement de la France ,
Et les delices de ces licax ,
Vous ramenez la Paix , le calme ,
& l'esperance ,
En vous faifant voir à nos yeuxCALANT.
131
2
Aßez&trop long- temps une importune
abfence
A troublé nos plus doux plaiſirs ,
Il eft temps que vostre prefence
Rempliße nos plus chers defirs.
2
Clermont & l'heureux Tours ont eu
feuls l'avantage
D'avoir eftè dix ans votre fejour,
Il faut bien que Lyon partage
Le mefme bonheur à fon tour.
S
Cette ville autrefois fi chere à vofire
enfance
Cultiva pour les Arts voftre heu.
reufe naißance ,
Et vous fit d'Appollon goûter le
doux repos.
Elle compte à prefent avec quelque
apparence ,
132 MERCURE
D'avoir bien plus de droit qu'aucune
autre de France ,
De profiter de vos travaux.
2
Sans effort , fans murmure , elle fera
docile
Aux fidelles avis de fon fage Pafteur:
La chofe n'eft pas difficile
Quand on a par avance & l'estime
& le coeur.
S
La grace , l'art , & la nature
Ont verfe dans vous fans mefu
re
Tout ce quifait un grand Prelat

La vertu , l'efprit , la nobleffe ,
Le profond fçavoir , lafageffe ,
La droiture , la politeffe ,
Et tous les grands talens qui don
nent de l'éclai
GALANT. 13
Aprés qu'on eut fait l'éloge de ce
Prelat , en Vers Grecs , on luy recita
ce Madrigal.
SI pour vousfaire compliment
Nous empruntons des Grecs
l'agreable langage ,
Ce n'eft pas , Grand Prelat , fans
quelque fondement ,
Il eft vray que le Grec ne feroit pas
dufage
Pour haranguer toute forte de
gens ,
Mais il convient bien aux Sçavans
.
Lalangue de Platon & d'Homere
eft la vostres
Vous la parlez auſi- bien que la
noftre.
Nous le fçavons , & nous ladi
mirons tous
134 MERCURE
Ce qu'on appelle Grec , eft du Grec
pour tout autre ;
Mais c'eft du pur François pour
vous.
Les Vers que vous allez lire , furent
les derniers qu'on luy fit entendre
,
E Public qui pretend vous con-
Lenoistre fort bien,
Affure , Grand Prelat , que vous
n'ignorez rien:
Que l'Hiftoire , les Arts , & les
Langues fçavantes ,
Les Langues mortes & vivantes
,
Ce que les Anciens ont écrit ,
Ce qu'ils ont fait, ce qu'ils ont
dit ,
Tout eft fans embarras rangé dans
voftre efprit.
GALANT.
135
On dit qu'en fait de Loix , de Canons
, de Conciles ,
Vous faites peur aux plus habiles;
Que vous avez appris , penetrè ,
medite
Les fecrets de l'Antiquité
Les plus abftrus & les plus diffi.
ciles;
En un mot , que vous fçavez tout,
Que vous avez tout lû de l'un à
l'autre bout.
Voilà ce que de vous par tout on
entend dire.
N'en déplaife au Public , pour qui
jay grand respect .
...
Contre fon témoignage enfaux j'ofe
m'inferire.
Vn tel difcours m'eftfort ſuſpect.
Ie puis nommer plus de vingt
choles
Quifont pour vous des lettres clafes,
126 MERCURE
Et fans craindre de m'abufer ,
Je gage cent contre un qu'avec
voftre Science ,
Vous ignorez autant & plus quhomme
de France ,
L'art de fe contrefaire , & de fe
déguifer ,
De donner tout à l'apparence ,
Le grand art de thefaurifer ,
L'art mefme de vous repofer ,
Celuy de conduire une intrigue ,
De ménager une fecrette brigue
L'art ft commun de fe vanter ,
L'art commode de fe flatter ,
L'art facile de s'entefter.
Mais fans qu'icy je vous fatigue
Par un long & fàcheux amas
De ce que vous ne fçavezpas ,
Tofe du moins dire avec affu
rance
Quels que foient les talens en quoy
vous excellez ›
GALANT: 137
Que vous ne fçavezpas deux chofes
d'importance :
C'eft combien on vous aime , &
combien vous valez
Malgré votre vafte genie,
Qui penetre , qui creuse avec tant
de clariez
Les plus grandes difficultez,
Je vous donne aujourd'huy vinge
ans de votre vie ,
Pour fçavoir ces deux veritex
Comme je connois voftre
curiofité fur toutes les chofes
qui en font dignes , je vous
fais part d'un Traité ſommaire
des Abeilles à miel , qui
vous fera connoiftre les avan .
tages , & les revenus confi-
Aoust 1694
M
133 MERCURE
que l'on derables
de leur travail .
peut
tirer
DES MOUCHES
à Miel .
T
Ous les Auteurs qui ont
écrit fur le fujet des Mouches
à Miel ,fefont contentez de
crire avec beaucoup de foins
toutes les particularitez de leur
origine , leurs moeurs & façons
de vie , leur aeconomie dans leurs
actions , leur grande application
au travail , leur foumiſſion à leur
Roy , la fubordination qu'elles
gardent entre elles , eg beaucoup
d'autres belles qualitez qu'ils ont
GALANT. 139
remarquées dans ces agreables
ménageres dont ils ont parlé avec
beaucoup d'éloges ; mais ces mêmes
Auteurs ne fe font pas affez
étendus à nous faire connoiftre le
revenu , les grandes richeffes
qu'on enpeut tirer annuellement ,
Jans faire beaucoup de dépenſe aure
que celle d'avoir desRuches d
ne nouvelle maniere & tres agreable
, inventées par M Duval ,
Architecte des Bâ . Ingenieur
timens du Roy, qu'il a bien voulu
rendre publique , pour ne rien
laffer à defirer dans un fujet auffi
important que celuy dont il s'agit.
Mij
140 MERCURE
Perfonnene doute que les Mouches
à miel ne foient d'un tresgrand
rapport , lors qu'elles font
bien gouvernées. Il ne reftoit donc
plus pour la perfection de cet Ouvrage
, qu'à trouver les moyens
faciles affurez pour arreſter la
perte continuelle qui fe fait des
jatons & Effeins provenans de
ces Mouches , qui ordinairement
s'écartent du lieu de leur naiẞance
pour aller travailler ailleurs , ou
s'arreftent fur la cime de quelque
arbre inacceffible , aux trous des
murailles, ou en d'autres endroits,
d'où on ne peut les recueillir. Ce
qui eft confiderable , c'eft d'avoir
GALANT. 141
trouvé les moyens de n'eftre plus
obligé de faire perir cruellement
ces admirables Ouvrieres , en les
étouffant pour pouvoir profiter de
leur travail.
Il eft indubitable qu'en évitant
tous ces facheux accidens ,
on aura trouvé les moyens affurez
de faire des revenus confide.
rables , fans eftre engagé à une
grande dépenfe. Il n'y a point
d Effein qu'on aura bien gouver
né , qui ne rapporte du moins chaque
année la fomme de quinze
livres ; deforte que
peuvent produire tous les ans la
Somme de quinze mille livres,
mille
Ruches
142 MERCURE
ainſien multipliant le nombre des
Ruches , on multipliera les revenus
à proportion, ce qui peut aller
preſque jufqu'à l'infini .
Les Curieux , auffi -bien que les
Communautez de Religieux &
de Religieufes , qui ont pour l'ordinaire
de grandes étendues de
jardinages de clostures , pourront
profiter de ces avantages plus
commodement
que
les
autres perfonnes
feculieres , qui n'ont pas
ordinairement toutes ces étendues
que demanderoit un grand nombre
de Ruches , quoy que neanmoins
elles n'occupent pas beaucoup de
place. Ce qui eft particulierement
GALANT. 143
à confiderer , c'est qu'il y a dans
toutes les parties du monde des
Mouches à miel , dont l'on pourra
tirer le mefme profit.
Le deffein de la nouvelle
fabrique des Ruches , eft tres -facile
à executerpour ne plus perdre
les Effeins , qui ne pourront plus
s'écarter de leur premiere demeure,
dont on pourra diſpoſerfacilement
dans les faifons convenables
, fans cftre obligé de les faire
mourir en les étouffant , comme
il a fallu le faire juſques à prefent
.
Cette Ruché eft difposée de maniere
qu'on voit travailler les
144 MERCURE
Mouches, & toutes leurs actions,
fans s'expofer au danger d'en eftre
piqué.
Cette Ruche eft d'une tresmediocre
grandeur , & tient peu
de place , n'ayant que feizepouces.
de diametre, & dix huit de bau.
teur. Elle eft divifée en trois partes.
La premiere la plus baffe,
qui n'a qu'un pouce & demy de
bauteur , fert d'office , où l'on met
quelque provifion, comme miel ,farine
de feves , pour fuppléer au defaut
de leur nourriture , n'ayant
pas affez de temps dans les arrierefaifons
pour faire une recolte fuf.
fifantepour les nourrir pendant la
rigueur
GALANT. 145
rigueur & longue durée d'un
grand hiver. Sans ce petit fecours
elles feroient en danger de mourir.
Le deffus de ces offices eft le lieu
où les Mouches ouvrieres reçoi .
vent les jeunes , qui apportent
tout ce qu'elles ont pu recueillir
dans la campagne & dans les
fleurs , d'où elles reviennent chargées
de leur butin , pour eſtre employé
à faire les cires & le miel ,
ce que les anciennes mettent en
oeuvre avec bien de l'affiduité
de l'industrie , attachant tous
leurs ouvrages à des échelettes & à
de petites traverses difposées pour
cet effet. La partie la plus haute
Aouft 1694
. N
146 MERCURE
est la demeure de leur Roy , avec
les Officieres , ce qu'on ne sçauroit
affez admirer, & qui ne peut
paffer que pour un prodige fans
exemple.
Ilſeroit malaise de bien comprendre
toutes ces particularitez,
Jans eftre aidé du Deffein gravé
que M¹ Duval donnera au Public
, avec un petit difcoursfuffi .
fant pour faire concevoir toutes
les chofes qui concernent les Mouches
à miel, renvoyant pour le
furplus les Curieux , qui en voudrontprendreplus
de connoiffance,
aux Auteurs qui ont parlé des
Abeilles dans toute leur étenduë.
GALANT. 147
Les modelles de la Ruche font
faits , & on les voit chez le St
Lelibon , Maiftre Menuifier , à
l'Enfeigne du Grand Charlema
gne , grande rue du Fauxbourg
S. Antoine à Paris .
Soit
que le
Roy
infpire
à
ceux
qui
l'approchent
des
fentimens
de
bonté
qu'il
a
pour
fon
Peuple
, foit
qu'ils
fe
faffent
une
gloire
de
les
fuivre
, il
eft
ordinaire
, &
comme
naturel
aux
perfonnes
de
qualité
qui
font
à la
Cour
, de
faire
du
bien
par
tout

elles
vont
. Ce
qui
Nij
148 MERCURE
s'eft paffé il n'y a pas longtemps
en Touraine en eft une
preuve . Mole Marquis de
Dangeau , Gouverneur de
cette Province , s'y rendit au
mois de Juin avec Madame
la Marquife de Dangeau ,
Madame la Ducheffe de
Montfort , M' le Prince de
Morbac , Frere de Madame
de Dangeau , & M¹l'Abbé
de Dangeau , dont vous connoiffez
le rare merite . A peine
y fut -il arrivé dans fa belle
maifon de la Bourdaifieret,
qu'ily ordonna des ouvrages ;
afin que les pauvres Payfans
GALANT. 149
puffent gagner dequoy vivre.
Le 20. Juin i vint à
Tours aux acclamations du
Peuple , pour faire chanter
en differens jours le Te Deum ,
pour la nouvelle Victoire de
Catalogne dans les deux
grandes Eglifes de S. Gatien
& de S. Martin , & il y affifta
avec fa compagnie , & les
Corps de la Ville. Il vifita
l'Hoftel - Dieu & l'Hôpital
General , qu'il combla d'aumônes
& de liberalitez , &
peu de jours aprés eftantallé
voir le Chafteau des Ducs de
Luines , qui eft ſur la coſte de
N iij
150 MERCURE
la Loire , la charité le pouffa
plus loin , & s'eftant fait rendre
compte des ravages que
font au delà de la petite Ville
de Langeais plufieurs beftes
farouches,qui depuisdix huic
mois y ont devoré plus de
trois cens perfonnes , il confola
les Habitans du Pays ; &
depuis il leur a procuré les
Equipages de Monſeigneur
pour la Chaffe du Loup .
Vous fçavez le nouvel Edit
du Roy touchant la creation
des Charges de Maire . La
Cour ayant à remplir celle
de Maire de Tours , a jetté
GALANT. 151
les yeux fur M' Deſloges, ancien
Echevin de la Ville , &
Frere d'un fameux Avocat au
Parlement. Comme il pouvoit
y avoir quelques diffi .
cultez touchant le lieu de la
preſtation du ferment , que
les Maires de Tours , depuis
leur premier établiffemeng ,
ont coutume de faire dans
les Galeries de l'ancienne
Eglife de Saint Martin , ce
qui fut meſme confirmé par
un Arreft contradictoire que
le Roy Henry le Grand rendit
fur ce fujet dans fon Confeil
le 23.Mars de l'année 1607.
Niiij
152 MERCURE
M'l'Abbé Milon , Chanoine
& Prevoft d'Oé dans cette
celebre Eglife , fit connoiſtre
le droit & la poffeffion où
elle eft à cet égard , à M' le
Marquis de Dangeau ; quien
ayant informé la Cour ,
qu'il en eut receu les ordres ,
fe rendit le matin du 8. Juil .
let à S. Martin pour y faire la
ceremonie de prendre le nouveau
ferment.
dés
Les Députez du Chapitre ,
qui eft tres nombreux , le receurent
à la porte de l'Eglife,
& M l'Abbé de Galliezon ,
Grand Chantre , le compli
GALANT .. 153
menta . Tous enfuite le conduifitent
au lieu du ferment ,
où en preſence du Preſidial ,
du Corps de Ville , & d'un tresgrand
concours de peuple ,
M' Defloges prêta le ferment
accoutumé entre les mains
de M ' le Marquis de Dangeau
; & ayant fait un Dif
cours tres refpectueux , M
de Dangeau y répondit en
des termes charmans , pleins
de foumiffion aux ordres du
Roy , de bonté pour le peuple
de Tours , & d'eftime pour
le nouveau Maire . La cere
monie eftant faite , ce Mar
154 MERCURE
quis , toujours conduit par les
Députez du Chapitre , vine
avec toute la compagnie devant
le grand Autel entendre
la grande Meffe, qui fut chantée
par la Mufique. Les Corps
yaffifterent felon la coutume.
A la fin les mefmes Députez
conduifirent à fes Caroffes,
où aprés leur avoir témoigné
fon zele pour l'honneur de
leur Eglife , il s'en retourna
à la Bourdaifiere , & de là en
Cour.
le
On vend chez le S Guerin
Libraire ruë S. Jacques à
Paris , quelques Lettres des
GALANT. 155
Papes Leon VII . Alexandre
III. & Innocent III. & d'autres
monumens curieux tirez des
Archives de l'Eglife de Saint
Martin de Tours. Ce Recueil
de Lettres eft adreffé à M
l'Abbé de Lorraine , Fils de
M' le Grand .
Il paroift depuis peu
un Livre in douze , dont le
grand nombre d'Editions
marque la bonté & l'utilité .
C'est l'Etat de la France , qui
vient d'eftre imprimé pour la
dix-huitiéme fois , & dont
depuis trente - quatre ans chaộ
que Edition a toujours paru
156 MERCURE
nouvelle , tant l'Auteur a pris
foin de le rendre curieux , en
l'augmentant chaque fois par
de nouvelles recherches ; en
forte qu'il n'y a point de
Charges dans la Maiſon du
Roy, & des Enfans de France ,
dont on n'apprenne dans ce
Livre les fonctions , & les
noms de ceux qui les poffedent.
On y voit de mefme
tout ce qui regarde les Princes
, les grands Officiers de
la Couronne , les Confeils du
Roy , les Gouvernemens , les
Jurifdictions , & une infinité
d'autres chofes curicules ,
GALANT. 157
dont il faudroit un volume ,
pour vous faire un dénombrement
, puis qu'on ne peut
fouhaiter d'eftre éclairci d'aucune
particularité qui regarde
l'Etat de la France ; qu'on
nè la trouve dans cet Ouvravrage
, qui fait d'autant plus
connoiftre la grandeur du
Roy, que les Officiers de tous
les autres Souverains de l'Europe
enſemble font en moins
grand nombre que ceux de
la Maifon de Sa Majesté . Ce
Livre fe vend chez le S de
Luynes , au Palais , au bout de
la Galerie des Merciers , à la
158 MERCURE
Juftice. Vous ferez bien-aiſe
de fçavoir en mefme temps ,
que la quatrième partie des
Voyages Hiftoriques de l'Europe,
commence à fe debiter . Elle
comprend tout ce qu'il y a
de plus curieux dans les
Royaumes d'Angleterre, d'Ir
kande , & d'Ecoffe. L'accueil
que le Public a fait aux trois
premieres parties de cet Ouvrage
, luy en a fait demander
la quatrième avec empreffement.
On la trouve chez le
S le Gras , au troifiéme pilier
de la grande Salle du Palais ,
à l'L couronnée.
GALANT. 159
Il y a long - temps que les
Sçavans , les Voyageurs , &
les Curieux en Geographie ,
fouhaitoient une Mappemonde
, fuivant les dernieres
Obfervations faites en plufieurs
endroits de la terre , par
- les PP. Jefuites , par Mrs
de l'Academie Royale des
Sciences , & par les Voyageurs
modernes.
&
Tous ces Meffieurs ayant
eu la bonté de communiquer
leurs Memoires au S ' de Fer ,
qui de fon cofté avoit fait
quelques découvertes
il
a fait travailler avec grand
160 MERCURE
foin & beaucoup de dépenfe
à la Mappemonde qu'il vient
de mettre au jour , dans laquelle
on trouvera toutes les
longitudes & les latitudes des
principaux lieux de noftre
Continent changées & la
maffe des terres de ce mefme
continent refferrée de plufieurs
centaines de lieuës .
Le Cap verd deux degrez
plus occidental que ne le
donnent les Cartes terreftres
imprimées en France , n'y
ayant qu'un degré de difference
de l'Ile de Fer à ce
Cap , felon les meilleurs PiGALANT.
161
I
lotes , & les Cartes marines
des Portugais , Hollandois
& c. la mer du Sud plus étenduë
de vingt-deux degrez ,
L'lfle des Chiens , fituée
dans la mefme mer, éloignée
des coftes de l'Amerique me
ridionale , quatre cens lieues
plus que les Cartes ordinajres
ne l'ont marqué ; ce qui
eftoit contraire au fentiment
& au rapport de Guillaume
Schouten , qui le premier l'a
découverte , & placée telle
qu'elle fe voit dans cette Car
te- Les routes de Guillaume
Schouten , faites en 1616. &
Aoust1694
O
162 MERCURE
celles de M' de Chaumont ,
faites en 1685. y font marquées
, & font connoiſtre
qu'on a eu tort d'élargir les
terres de l'Afie , & de diminuer
l'étenduë de la mer du
Sud .
La Tartarie n'a rien de
femblable à toutes celles qui
ont paru. Elle eft priſe d'aprés
celle que les Moscovites
ont fait dreffer avec beaucoup
de foin.
Les ornemens utiles n'eftant
point defagreables à
une Carte , on a enrichi cellecy
de quelques- uns qui paGALANT.
163
roiffent y convenir, puis qu'ils
comprennent en general ce
qui eft de plus effentiel au
mouvement de cette machine
du monde.
Dans la partie haute ou
Septentrionale , on voit les
Elemens , les Saiſons , les Solftices
, les Equinoxes , le jour,
la nuit , les Crepufcules , les
Vents , & les Planetes avec
leurs macules.
Au bas de la Carte , ou dans
la partie meridionale , on don
ne une idée de ce qui fe paffe
en ce monde terreftre , par
les reprefentations des quatre
O ij
164 MERCURE
differens eftats de la Vie active
, contemplative , inquiete
& voluptueufe , & cela par
des actributs tres- bien gravez
, & dont l'invention & le
deffein répondent aux foins
& à la grande dépense que
l'Auteur a efté obligé de faire.
Cette Carte eft entourée de
defcriptions. Le cofté gau
ché en regardant la Carte ,
eft une introduction à la
Geographie , tres - correcte.
Le cofté droit eft rempli de
defcriptions des ornemens ,
des avertiffemens , & des
changemens qui fe trouvent.
dans la Carte.
GALANT. 165
On voit dans le bas la va
leur de la circonference de la
terre
du diametre , d'un
degré , d'une lieuë , & enfin ,
toutes les mesures étrangeres
, connues par Meffieurs
de l'Academie Royale des
Sciences , au rapport de la
toiſe & du pied du Chaſteler
de Paris , qui eft une choſe
auffi utile que curieuſe.
Cet Ouvrage , quoy que
tres - confiderable , n'eft qu'u
ne tentative , & un Prelude
d'une fuite que l'Auteur s'eft
propofé de faire , & à laquelle
il travaille actuellement
. Ilfe
166 MERCURE
vend à Paris dans l'Ifle du
Palais , à la Sphere Royale, au
logis de l'Auteur , qui ne
doute point qu'une pareille
nouveauté ne luy attire la
cenfure & la critique de plufieurs
perfonnes ; mais il fupplie
ceux qui voudront parler
qu écrire en public fur ce fujet
, de vouloir le faire avec
la moderation qui convient
aux honneftes gens , & il fera
fon poffible pour leur répondre
dans le mefme efprit , &
avec des raifons dont il efpere
qu'ils feront fatisfaits.
αμ
.
f
GALANT. 167
L'Ouvrage
qui fuit eſt du
Pere Durand , Jefuite , Profeffeur
de Rhetorique
du
College de Saintes .
CONSEIL A L'ESPAGNE
d'accepter la Paix .
Ο*
Rgueilleufe Hefperie, autre.
fois formidable ,
Par le bruit de tes grands exploits
;
Qui mefme ofois braver le pouvoir
de nos Rois ,
Que ton fort aujourd'huy me paroift
déplorable !
Vois-tu ies champs jadis fi feconds
en Guerriers ,
Devenir des terres defertes,
168 MERCURE
Des theatres fameux de tes honteu-
Jes pertes ,
Et fe changer pour nous en moiffons
de Lauriers?
Vois-tu les bords du Ter tout fumans
de carnages ?
Vois-tu fesflots tout leints du fang
de tes Soldats,
Couler le long de tes rivages ,
Et fremir de couroux d'aller de nos
Combats
Acent Peuples divers porter les
avantages ?
S
De quel ailas - tu vû ces Boulevars
affreux
Que Palamos crut invincibles ;
Abaiffer leur orgueil & leurs faftes
terribles
Devant nos Legions , & trembler
à leurs yeux ?
Regarde
GALANT. 169
Regarde à fon tour Barcelone
Palir d'effroy dans ſes rampars3
Vois -y fes habitans courir de toutes
parts ,
Reclamer le fecours de Mars & de
Bellone.
S
Que tous ces glorieux progrés
Aveugle & fuperbe Hefperie,
Triomphent de ta noire envie,
Et te portent enfin à demander la
Paix.
C'est le feul endroit qui te refe
Pour te mettre à couvert d'un orage
funefte ;
Car n'attens plus du Ciel de fecours
ny d'appay.
Il combattit , je le fçay , pour ta
gloire ,
Pendant que tu le fis pour luyè
Aouft
1694. P
170 MERCURE
Mais il a de tes mains enlevé la
villoire,
Pourlafoumettre à d'autres loix,
Lors qu'il i'a vu trahir les plus
faints de fes droiis ;
Et ternir de ton nom l'éclat & la
memoire.
Te faut-il un meilleur garant
Pour te prouver qu'il t'abandanne
• Que le fameux renversement
Des fuperbes ramparts de lafiere
Gironne ?

Tu le vois, ce faint Protecteur,
Qui faifoit de tout temps fa plus
ferme efperance ,
Vient de l'abandonner à fon propre
malbeur
En negligeant le foin de fa défen(e.
Qui l'a pu détacher de fes chers interefts,
GALANT.
171
Luy qui leurfut toujours propice?
En voicy les motifs fecrets ,
C'est qu'elle foutenoit aujourd'huy
L'injuftice.
S
Vois donc par tous ces coups quel eft
de ton
Vainqueur
Et le bonheur & la puiflance.
Après avoir éprouvé la valeur,
A la fin refous - toy d'éprouver fa.
clemence.
S'il fçait humilier fes plusfiers Ennemis
Il fait leur pardonner quand il les
a foumis.
Le Pere Mourgues , Jefuite)
Profeffeur Royal des Mathematiques
à Touloufe , qui a
donné les Regles de la Poëfie
Pij
172 MERCURE
Françoiſe , & mis au jour differens
Ouvrages en Proſe & en
Vers , a fait imprimer depuis
peu de jours des Apophteg.
mes , où brillent également
l'efprit& la delicateffe de l'Art
poëtique . Voicy un Sonnet
de fa façon à M¹ le Maréchal
Duc de Noailles , Viceroy de
Catalogne.
A
SONNET.
Titre de Vainqneur devenu
Viceroy
Ton triomphe eft complet fur le Duc
d'Escalone ,
Noailles , il t'évite , & couvre
Barcelone,
GALANT, 173
Tandis qu'à Palamos tu vas porter
L'effroy.
Ta valeur deformais te donne un
Libre employ
Ton bras n'a qu'à choifir les Lanriers
qu'il moiffonne.
L'ecueil de vingt Heros , l'impres
nable Gironne ,
De vingt Sieges fauvée , en cinq
jours eft à toy.
&
Combattant pour Louis la fortune®
se guide ,
Le cours de tes progrès n'eft guere
moins rapide ,
L'Efpagne a cru le voir foudroyer
fes rampars.
S
Ouy , tes exploits des fiens nous
tracent quelque image,
P iij
174 MERCURE
Et c'eft , en un feul mot , te loüer.
davantage ,
Que fi je te mettois au deffus des
Cefars.
Le Pere l'Heritier , Jefuite,
de la Maifon Profeffe de
Toulouſe , homme diſtingué
dans cette celebre Compagnie
, ayant fait une Anagramme
en Vers Latins fur
les Mouches de S. Narciffe ,
le Pere Mourgues en a rendu
toutes les beautez en noftre
Langue , par ces quatre Vers.
Tant qu'un zele pieux arma vos
Efcadrons ,
Les Moucherons pour vous furent
des gens de guerre 3
GALANT 175
Mais lors que vous fervez le Tyran
d'Angleterre,
Vos Gueriers
font des Moucherons.
L'avanture que je vais vous
raconter a des circonstances
affez fingulieres
pour meriter
que je vous en faffe le détail.
Une Dame , demeurée Veuve
dans un àge où les conqueftes
font encore aifées à faire ,
faifoit fon plaifir d'avoir une
groffe Cour. Le merite de fa
perfonne pouvoit avoir part.
aux foins qu'on s'emprefſoit
à luy rendre , mais une raiſon
plus forte luy attiroit un fort
Pij
176 MERCURE
grand nombre d'Amans. Elle
avoit beaucoup de bien , &
pourvû qu'on euft l'adreſſe de
ménager fon efprit, elleeftoit
capable de fe laiffer prendre ,
& de renoncer à l'heureux
eftat d'indépendance où l'avoit
mife la mort de fon
Mary , dont elle s'eftoit confolée
en peu de temps . Deux
ou trois de ceux qui s'attacherent
le plus à gagner fon
coeur , réuffirent fucceffivement
à le toucher , & elle
entra avec eux dans des engagemens
affez forts pour
leur donner lieu de croire
GALANT . 177
que le mariage dont elle arreftoit
les conditions auroit
fon effet , mais ils ne fongerent
pas que la paffion qu'ils
luy infpiroient eftant violente
, eftoit fujette à n'eftre pas
de durée , & faute de la preffer
de conclurre fi - toft qu'-
elle avoit promis , ils luy laif
ferent le temps de fe dégoûter
, & de fe défaire des fentimens
favorables dont elle
avoit efté prévenuë d'abord
pour eux. Ces experiences
ayant rebuté la pluſpart de
fes Amans , elle commençoit
à fe trouver feule , & à fe faire
178 MERCURE
une honte de ne plus avoir
d'adorateurs. Ses pretendus
Heritiers le réjoüiffoient de
fon caractere , qui fembloit
les affurer que jamais elle ne
fuccomberoit à la dangereufe
tentation de prendre un fe
cond Mary , lors qu'un jour
elle vint prieruneDame de fes
Parentes, de venir paſſer huit
jours avec elle à une Terre
qu'elle avoit à douze lieuës de
Paris. La Dame eftoit toute
pleine d'agrémens , avoit une
vivacité d'efprit merveilleuſe,
& faifoit la joye de toutes les
focictez qui la recherchoient.
GALANT. 179
Comme elle joignoit une
grande complaifance à mille
autres qualitez qui la rendoient
eſtimable , elle confentit
à ce que voulut la Veuve
, & fe laiffa emmener dans
le mefme inftant, parce qu'on
vouloit l'entretenir à loifir
d'un fort important fecret ,
qu'on ne vouloit confier qu'à
elle feule. Elle arriva chez
la Veuve , dont le premier
foin fut de prendre un habit
fort magnifique , & de ſe parer
d'une maniere extraordi
naire. Lajoye qu'elle vit d'ail
leurs briller dans ſes yeux ,
180 MERCURE
luy fit demander la caufe de
tout cet ajuſtement , & la
Veuve répondit qu'elle l'avoit
amenée pour figner à
ſon Traité de mariage , que
le Notaire avoit ordre de
dreffer fuivant les articles
qu'on luy avoit mis entre les
les mains ; qu'elle devoit
époufer le lendemain de fort
grand matin , un Cavalier
tres -bien fait , qu'elle avoit
rendu éperdûment amoureux,
& qu'incontinent aprés
ils ' partiroient tous pour la
Campagne. La Dame qui fe
trouvoit de noces lors qu'elle
GALANT. 181
y penfoit le moins , luy fit
quantité de queftions fur le
Cavalier, & apprit d'elle qu'il
n'y avoit que huit jours qu'ils
fe connoiffoient
, & qu'un
homme fage qu'elle verroit
avec luy , avoit conduit cette
affaire. La Dame luy dit en
riant qu'elle voyoit bien que
le Cavalier avoit de l'efprit
puis qu'il l'avoit obligée à
conclure promptement
, &
qu'elle n'avoit rien à luy confeiller
, les chofes eftant trop
avancées pour y vouloir ap
porter du retardement. La
Veuve l'ayant afleurée qu'el
182 MERCURE
le ap prouveroit
fon choix ,
& qu'elle n'avoit rien fait
qu'avec une attention tresferieufe
fur l'importance
de
l'engagement
qu'elle avoit
pris , elle applaudit à ſes ſentimens
& ne voulut point
combattre
inutilement
une
paffion qui luy paroiffoit tresvive.
Peu de temps aprés
entrerent le Cavalier & l'Entremetteur
accompagnez
du Notaire qui avoit esté
chargé du Traité de mariage.
Le Cavalier que la Veuve prefenta
d'abord à fa Parente ,
n'avoit pas plus de trente ans.
GALANT. 183
Il eftoit affez bien fait , & à
n'en juger que par la mine ,
il pouvoit n'eftre pas indigne
qu'on l'aimaft. Le contrat
fut lû , & comme il portoit
tous les avantages que l'on
peut faire à un homme , la
Parente de la Veuve dit au
Cavalier , qu'un procedé. fi
honnefte & fi genereux , devoit
l'engager à une éternelle
reconnoiffance. Il ne répondit
qu'en prenant la main de
la Veuve , qu'il baiſa avec
beaucoup de refpect , & le
Notaire ayant prefenté la
plume , les intereffez figne184
MERCURE
rent , ainfi que la Parente &
l'Entremetteur qui fervirent
de témoins. On foupa bien.
toft aprés , & la Parente qui
ne connut pas un fort grand
genie dans le Cavalier , le déconcerta
par fon enjoûment ,
en luy difant cent chofes
plaifantes où fouvent il ne
fçavoit que répondre. Pour
le confoler de fon defordre ,
elle prétendoit que ce fuft la
marque d'un coeur tout remply
d'amour , qui eftant en
tierement occupé de fon objet
, n'aimoit point à s'en diftraire.
On fe fepara aprés
GALANT: 185
avoir donné l'heure pour le
lendemain de tres - grand
matin . Cependant la Veuve
eftant demeurée feule
avec la Parente , luy deman
da ce qu'elle penfoit de fon
Amant , à quoy elle répondit
qu'il n'eftoit pas furprenant
qu'un excés d'amour luy cust
étouffé l'efprit , & qu'ainfi
elle n'en pouvoit rien dire ,
puiſqu'il n'eftoit pas dans fon
eftat naturel . Elles coucherent
enſemble , & continue
rent d'en parler , jufqu'à ce
que la Dame fe fut endormie.
Son fommeil ne dura pas fort
Aouſt 1694.
186 MERCURE
longtemps . La Veuve fit re
flexion fur le peu d'efprit
qu'avoit fait voir ſon Amant
devant fa Parente , & aprés
plufieurs chofes agitées en
elle mefme
, elle commença
à dire tout haut qu'il ne devoit
point prétendre qu'une
femme auffi riche & auffi
bien faite qu'elle eftoit , fe refoluft
à eftre la femme d'un
malheureux qui eftoit fans
aucun bien , & qui ne pouvoit
que luy faire honte. La
Dame éveillée par fon foliloque
, luy demanda s'il eftoit
temps de fe repentir , & fi
GALANT. 187
elle croyoit pouvoir rompre
un Contrat figné , fans s'expofer
à payer de gros interefts.
Cette legere oppofition
à fes fentimens ne fit que l'affermir
davantage dans la refolution
de ne fe pas marier.
Elle fe fit un portrait hideux
de fon Amant , & il commença
à luy paroiftre le plus méprifable
de tous les hommes.
Son idée fe rempliffant des
mauvaiſes qualicez qu'elle luy
donnoit , elle ne pouvoit le
pardonner fon aveuglement ,
de s'eftre caché fes deffauts
pendant huit jours . Quatre
Qij
188 MERCURE
a
heures fonnerent dans le
temps qu'elle difputoit avec
fa Parente ; & le Cavalier attentif
à l'heure donnée pour
le mariage ,vint preſque auffitoft
. Il luy rendit compte de
fa diligence à tenir tout preft
dans l'Eglife , où celuy qui
lés devoit marier les attendoit.
La Veuve luy répondit
fierement qu'elle ignoroit ce
qui luy donnoit la liberté
d'entrer dans fa chambre
tandis qu'elle cftoit encore
au lit ; qu'elle avoit bien
d'autres chofes dans la tefte
que de fonger à le marier;
GALANT. 189
& que s'il avoit tant d'impa
tience d'avoir une Femme ,
rien ne l'empêchoit de l'aller
chercher ailleurs. Un chanfi
attendu mit
gement peu
le Cavalier dans une ſurpriſe
qui le rendit quelque temps
nuet. Il voulut fçavoir fon
crime , & plus il parla en Amant
foumis , plus ilfut traité
defobligeamment. L'Entremetteur
qui l'accompagnoit
toujours, ne put s'empêcher
de dire , qu'aprés les
mefures qu'elle avoit fouffert
qu'on priſt , un ſemblable
procedé eftoit trop injurieux
190 MERCURE
pour le fouffrir fans s'en plaindre
, & ces paroles luy en attirerent
de fi aigres , qu'il fut
obligé de fe retirer dans l'antichambre
, où le Cavalier &
luy tinrent confcil . Les Dames
les entendirent raifonner
longtemps , & par une
forte de difpute qu'ils eurent
enfemble , elles comprirent
que le Cavalier s'oppofoir à
ce que l'Entremetteur avoir
refolu de faire . La Parente
priée par la Veuve , fortit du
lit promptement , & à demy
habillée elle alla leur dire ,
qu'il leur eftoit inutile de
GALANT. 191
pretendre qu'on luy fift perdre
fi- toft le dégouft où elle
eftoit ; que certaines chofes
qui luy avoient paffé par l'ef
prit dans le moment qu'elle
eftoit le plus refoluë au mariage
, luy en faifoient apprehender
l'embarras , & qu'il
n'y avoit que des manieres
honneftes & un peu de temps
qui la pûffent ramener.
L'Entremetteur , aprés plufieurs
plaintes fur l'affront
qu'alloit recevoir le Cavalier ,
à qui elle n'avoit jamais demandé
le fecret fur cette
affaire , s'échapa à dire qu'il
192 MERCURE
auroit au moins fujer de fe
confoler par mille piftoles
qu'il faudroit qu'elle payaft,
fi elle vouloit manquer à l'engagement
qu'elle avoit pris .
Il n'avança rien fans le prouver.
La Dame fut fort furprife
de voir un Dédit figné par la
Veuve , à qui elle alla demander
fur l'heure pourquoy elle
maltraitoit des gens qui pou
voient agir contre elle pour
mille piftoles. Elle expliqua
cette Enigme , & en luy parlant
du Billet figné qu'elle
avoit vû , elle la mit dans une
colere qui ne fe peut exprimer.
GALANT. 193
mer. La Veuve le fouvint
d'avoir mis fon nom au bas
d'une Lettre qu'on luy avoit
prefentée , comme une réponſe
qu'elle faiſoit à un
compliment de civilité qu'-
elle avoit receu fur fon mariage
, d'un Parent du Cavalier.
Elle avoit figné fans lire , ſyivant
fa maniere brufque de
faire beaucoup de chofes , &
l'Entremetteur qu'on avoit
inftruitde fon peu de fermeté
dans fes refolutions, avoit cru
veniràbout de fixer fon inconftance
en fe fervant de cette
furpriſe pour luy faire figner
Aoust 1694. R
194 MERCURE
un dédit . Elle fe leva fort
promtementpour allerdeliberer
fur ce qu'elle avoit à faire,
& trouvant dans l'antichambre
ceux qui estoient faifis du
Billet , elle en demanda une
lecture. Elle luy fut refuſée ,
& ce refus excita la plus piquante
difpute qui foit jamais
arrivée. Ce qui fe dit de facheux
& de cruel ne finit que
par la fuite de l'Entremetteur,
qui fe laffant d'eſtre maltraité
, s'échapa fans plus répondre.
La Veuve fortit pref.
que en même temps , & laiffa
le Cavalier , qui avoit tâché
GALANT. 195
inutilement de l'adoucir , dans
une espece d'évanouiffement
qui luy fit avoir beſoin du
fecours que luy prefterent fes
gens . La perte d'une fortune
qu'il avoit cruë affurée le mit
dans un faififfement de douleur
inconcevable. Il pouffa
de longs foupirs , & il les
pouffa fi haut, que la Parente ,
demeurée au lit pour prendre
un peu de repos , aprés une
nuit entiere paffée ſans dormir,
le pria le plus honnettement
qu'il luy fut poffible ,
de moderer fes chagrins , ou
s'il vouloit s'y abandonner ,
Rij
196 MERCURE
de vouloir au moins foupirer
un peu plus bas. Cela luy
donna' lieu d'entrer dans fa
chambre. Il luy peignit en
des termes fort touchans
l'indigne maniere d'agir de
la Veuve , fit des lamentations
tres- pitoyables , & aprés
qu'il l'eut affurée plus d'une
fois qu'il fentoit bien qu'il
mourroit de cette affaire , la
Dame luy dit qu'elle ne luy
confeilloit de mourir que
dans la derniere neceffité ;
mais que fi c'eftoit une chofe
qu'il fuft abfolument refolu
de faire , il l'obligeroit tres
GALANT .
197
fort d'aller mourir en quelque
autre lieu , parce que
c'eftoit un fpectacle qui n'eftoit
point du tout de fon
gouft . Il fortit enfin , & de fa
chambre & de la maiſon . Elle
s'endormit, & ne s'éveilla que
quand la Veuve revint . Ceux
qu'elle avoit confultez trou
voient fon affaire tres - facheufe
, s'il eftoit vray qu'elle euſt
figné un dédit , & pour chercher
les moyens de l'en tirer ,
il falloit attendre qu'on luy
euft communiqué le Biller.
Elle fe refolvoit quelquefois
à époufer le Cavalier , pour
R iij
198 MERCURE
ne point payer les mille piftoles
, & en mefme temps
elle proteftoit que ce feroit
pour le rendre le plus malheureux
de tous les hommes.
Six jours fe pafferent fans
qu'elle entendift parler de
rien ; & enfin on luy vint dire
que le Cavalier eftoit à
l'extrémité , & qu'il n'y avoit
aucune efperance qu'il en
échapaſt. Un fi rare excés
d'amour renverfa tous les
deffeins de vangeance qu'elle
avoit formez . Elle en fut
touchée , & obligea fa Parente
d'aller luy dire , que s'il
GALANT. 199
vouloit travailler à fa gueri
fon , elle acheveroit le mariage.
La Parente eut de la peine
afe charger de cette parole ,
mais elle fongea qu'elle fauveroit
peut- eftre la vie au Cavalier
par cette nouvelle. Elle
la donna trop tard , & la joye
mêlée d'agitation qu'il en fit
paroiftte en la recevant , ne
fit peut- eftre qu'avancer fa
mort , qui arriva trois heures
aprés. Ainfi la Veuve
n'eut point de procés à effuyer
, & ce luy fut un grand
fujet de triomphe d'avoir
réduit un Amant à mourir
Ritij
200 MERCURE
d'amour pour elle.
L'Illuftre à qui nous devons
laLet tre en Profe contre les
Bouts-rimez que je vous envoyay
le mois paffé , en ayant
receu d'affez difficiles à remplir
, a répondu par le Rondeau
que vous allez lire , à
celuy qui les luy avoit envoyez.
E
RONDEAU.
N liberté
permettez que je
rime ;
Vos mots preferits font émouer
ma lime ,
L'abus m'en choque , & da plus
grand des Rois
GALANT. 201
En Bouts-rimez celebrer les Ex.
plois,
Amy Vertron croyez- moy , c'eft
un crime.
>
S
Pegafe eft fiers quand un beau few
l'anime ,
Du feul caprice il reconnoift les
loix ,
Et veut monter à l'efpace fublime
En liberté.
N'efperez pas que changeant de
maxime ,
Les fers aux pieds je coure après
l'eftime.
Chantons Loüis avec art , avec
choix.
Ce grand nom feul eft un aſſez
grand poids s
202 MERCURE
A ce Heros offrons noftre victime
En liberté.
Le même a rempli en même
temps les Bouts - rimez
par le Sonnet fuivant , qui
fait connoiftre qu'il est toujours
dans le même fentiment
contre les Bouts - rimez
. Cependant il a fi bien
réuffi , qu'il les fait aimer
dans le même temps
qu'il écrit contre. Ce Sonnet
er eft une preuve. Il a receu
de grands applaudiffemens,
& fait fouhaiter de voir comment
des rimes fi bizarres
peuvent eftre remplies. Je
GALANT. 203
n'oferois toutefois les propofer
au Public , les Ouvrages
de cette nature n'ayant
pas efté fi- toft propofez que
l'on en eft inondé. Il m'en
refte plus de cent fur les
Bouts - rimez de Mrs de l'Academie
des Lanterniftes ,
parmy lefquels il y en a an
grand nombre de tres - bons ;
mais ayant connu quele Public
commençoit à s'en laffer
, je n'ay pas cru en devoir
donner davantage. On en
peut faire fur les rimes nouvelles
, & chacun ſe peut
choifir un fujet pour les
204 MERCURĒ
remplir. Cette diverfité fera
peut eftre que le Public les
verra en plus grand nombre
avec plaifir. Ceux qui vou .
dront bien y travailler font
."
avertis que je n'en mettray
pas plus de huit ou dix dans
mes Lettres ; ainfi les Auteurs
qui ne feront pas de ce nombre
, ne devront pas avoir
moins bonne opinion de
leurs Ouvrages , puis qu'il
n'y aura que la grande quantité
qui aura empêché leurs
Sonnets d'avoir place parmy
les autres .
GALANT. 205
SONNET
Contre les Bouts - rimez .
V1fages que Bacchus a teints en
écarlate
Efprits nez pour le joug à l'exemboeuf,
ple du
Des fades
Bouts
- rimez vantez
le
Mithridate ,
Et vendez votre drogue aux Chalands
du Pont
S
neuf.
T'aime mieux les concertsdes Amans
d'une Chatte,
Ou le chant de la Poule après qu'
elle a fait l'
oeuf.
Le François par cet art va deve
nir Sarmate ,
Sa Mufe eft expirante, & fon Par
naffe
Veuf.
2c6 MERCURE
2
Sarrazin pour Condé s'élevant
comme un
Aigle,
regle,
En vain des Vers pompeux nous a
fourny la
Du Lot qu'il a vaincu s'èchape des
Enfers.
S
Né dans l'extremité le mal
gagne
le centre.
Obon gouft ! à raison que l'on veut
mettre aux fers ,
L'orage fera court , fauvons- nous
dans quelque· antre.
Le 2. de ce mois , Mr le
Chevalier de Courtaluert de
Pezé foûtint au Mans la premiere
Thefe de Mathema .
tique qui ait efté ſoûtenuë
GALANT. 207
dans cette Ville là , fur les Fortifications
& la Marine. 11
parla pendant trois heures ,
& répondit avec une grande
prefence d'efprit à toutes les
difficultez qu'on luy propofa.
Quoi qu'il ne foit âgé que
d'onze ans , il fit paroiftre
autant de jugement que sil
euft eu un plus grand nombre
d'années. Il n'avança aucune
propofition dont il ne donnaft
à mefme temps la raiſon ,
& le plus fouvent il apportoit
trois ou quatre raiſons d'une
mefme chofe , & cela avec
tant de facilité & de bonne
208 MERCURE
grace , que les plus confommez
dans ces Sciences
en
eftoient
charmez
, ne pouvant
ſe perſuader
avant cet Acte
public , qu'un enfant
puſt
avoir tant de penetration
pour des Sciences
fi difficiles
,
Il expliqua
le Triangle
Loxodromique
, la Derive
du
Vaiffeau
, le moyen
de la corriger
, les Rumbs
de la Bouffole
, l'ufage
des Voiles , le
moyen
de s'en fervir le plus
avantageuſement
, avec plu .
fieurs autres propofitions
de
Marine
, & de l'Art de fortifier
les Places. Toutes
les pers
GALANT. 209
fonnes de qualité de la Ville
du Mans qui fe trouverent
à cette action publique
eftoient ravies de voir ce
jeune Gentilhomme expliquer
avec tant d'agrément
toutes les differentes manieres
de fortifier , leurs avantages
& delavantages , ce
qu'il accompagnoit toûjours
du recit de quelques Hiftoires
arrivées dans les Sieges ,
& dans les Batailles données
depuis le commencement de
cette guerre , faifant remar
quer les fautes que les Enne
mis y avoient faites , & le pro
Aoust 1694 S
210 MERCURE
fit que nos Genéraux en avoient
retiré. Il rapporta auffi
quelques Obfervations de
Mrs de l'Academie des Sciences
, & les Relations les plus
curieufes des plus fameux
Voyageurs. Il expliqua avec
une grande netteté la manie.
re de tracer un Plan de Ville
fur le Papier , & fur le Terrain ,
d'eftimer la dépenſe , de faire
le Toifé des ouvrages , d'empefcher
l'entrée d'un Royaume
, de lever le Plan d'une
Place acceffible ou inacceffible
, de faire la poudre à Canon
, de conduire la Tran
GALANT. 201
chée , la maniere de deffendre
& d'attaquer les Places
& plufieurs autres Problêmes
de l'Art de fortifier , & de la
Marine , qui font dans la Thefe
qui contient douze pages
in octavo de petit Romain.
Outre ce qui eſtoit dans la
Theſe , il démontra les plus
difficiles Propofitions de
Geometrie ; comme , que
tout Triangle eft égal à deux
droits , que l'Angle au centre
eft double de l'Angle infcrit
eftant fur meſme baze , que
le quarré fait fur l'Hypothe
aufe du Triangle Rectangle
Sij
212 MERCURE
eft égal aux quarrez faits fur
les deux autres coltez , avec
des pratiques de Longimetrie
, de Stereometrie , & de
Planimetrie. L'Affemblée
prenoit un tres -grand plaifir
à voir ce jeune enfant tantoft
manier des inftrumens , &
montrer la maniere de s'en
fervir , tantoft tracer des figu
res de Geometrie , de Marine,
& de Fortifications , & les
démontrer
à mefme temps ,
tantoft refoudre les difficultez
que des perfonnes fçavantes
& diftinguées par leur merite
, leur naiſſance , & leurs
GALANT. 213
1
emplois , propofoient contre
les Propofitions de fa Theſe.
Il répondoit folidement &
fort agreablement.
Voicy les noms des Perfonnes
confiderables
, dont
j'ay oublié de vous apprendre
la mort dans ma Lettre de
Juillet-
Meffire Armand- Auguſtin
Baudon , Seigneur de Neuville
, la Ferriere , & autres
lieux. Il eftoit Confeiller au
Grand Confeil.
Meffire François de Beaulac
, Chevalier , Marquis de
Pezene , Baron de Montefs.
214 MERCURE
quieu , Seigneur de Veirac , &
autres lieux. C'eftoit le Pere
de feu M'l'Abbé de Pezene,
qui prefcha avec un fi grand
fuccés il y a quelques années .
le jour de la Fefte de S. Louis ,
dans la Chapelle du Louvre ,
devant Mrs de l'Academie
Françoiſe .
Dame Françoife Ribeyre,
Epoufe de Meffire Charles
Honoré Barentin , S ' d'Har.
diviliers , Hetomenil , les Belles
Auriez , Maderez , Monoye
, Conſeiller au Parle
ment , & Commiffaire aux
Requeftes du Palais. Elle
GALANT. 215
n'eftoit âgée que de vingt fix
ans . M' Barentin qu'elle laiffe
Veuf, eft Fils de feu M' Barentin
, premier Prefident du
Grand Confeil ; & elle eftoit
Fillede M'Ribeyre, Conſeiller
d'Eftat , quia épousé une Fille
de feu M'de Novion ,
premier
Prefident.
Meffire Pierre - Hierôme
Holdier , Abbé de la Frenade
& Chanoine de l'Eglife de
Paris . Il eftoit âgé de trentecinq
ans , & Frere de Mr Hofdier
, premier Preſident de la
Cour des Monnoyes.
Mademoiſelle
Lefchaffier,
216 MERCURA
Directrice de la Communauté
des Filles de l'Instruction ,
établie rue du Geindre , Fauxbourg
Saint Germain , & des
Filles Orphelines de la Paroiffe
de Saint Sulpice . Elle
eftoit Soeur de M Lefchaffier
, Confeiller au Parlement.

J'ay auffi oublié depuis
deux mois à vous apprendre
la mort de Madame de Gordes
, Abbeffe de Nonenques.
Le feul nom de Gordes vous
fait connoiftre fa haute naif
fance. Elle eftoit Fille de M
le Marquis de Gordes , Capitaine
GALANT, 217
taine des Gardes du Corps
de la Garde Ecoffoile du feu
Roy , Chevalier des Ordres
de Sa Majefté , Chevalier
d'honneur de la Reine , Grand
Senechal de Provence , Lieutenant
general dans la meſme
Province , & Gouverneur de
la Ville & Citadelle du Pont
S. Efprit , qui de Dame Gabrielle
de Pontheves , Comteffe
de Carce Soeur du
Comte de Carce , qui s'eft
fignalé en plufieurs occa
fions , eut fept Enfans , deux
Fils & cinq Filles. L'ainé des
Fils eftoit feu M' le Marquis
Aoust 1694.
T
218 MERCURE
de Gordes , Chevalier des
Ordres du Roy , Chevalier
d'honneur de la Reine ,Grand
Senechalde Provence , Lieu
tenant generel dans la même
Province , & Gouverneur de
la Ville & Citadelle du Pont
Saint Efprit . Le ſecond eſt
Me l'Evefque & Duc de Langres
, Pair de France, premier
Aumônier de la feuë Reine ,
fi connu par fon merite & par
fon rang , qu'il me feroit inu
tile de vous en rien dire da.
vantage . Les cinq Filles font
Madame la Marquife de
Thor & de Caderouffe, Mere
GALANT . 219
du Duc de ce nom , auffi connuë
par la fublimité de fon
efprit & de fon genie , que par
la conftance & la force d'ame
avec laquelle elle foutient
depuis beaucoup d'années
une vie pleine de ſouffrances,
par des maladies facheufes ,
qui toutefois ne luy oftent
point le foin de faire un continuel
exercice d'oeuvres de
charité & de generoſité ; Madame
l'Abbeffe d'Annonay,
Madame l'Abbeffe de Sainte
Colombe de Vienne , Madame
de Gordes , Carmelite à
Aix , où elle eſt en veneration
Tij
220 MERCURE
pour la vie toute pleine de
pieté , & Madame l'Abbeffe
de Nonenques , qui mourut
au mois de May dernier d'une
fiévre pourprée , dans l'Ab- i
baye de Sainte Colombe.
Elle avoit fuccedé à Madame
de Pontheves de Carce fa
Tante , Fille du Maréchal de
Montpefat , & de Madame
de Pontheves , Comteffe de
Carce , qui avoit époulé en
premieres Noces M le Duc
du Maine.Nonenques
eft une
des plus riches Abbayes du
Royaume , fituée dans le
Rouergue , Dioceſe de Va"
GALANT 22
bres , où Madame de Gordes
a laiffé des monumens éternels
de fa magnificence , &
où elle a établi par fon exemplé
une regularité des plus
parfaites parmy fes Religieufes
, ayant toujours efté des
plus attentives aux Exercices
de fa vocation , & fi affiduë ,
lors qu'elle eftoit refidente ,
à tous les Offices divins , qu'-
on l'y voyoit toujours la premiere
, même dans les plus
grandes rigueurs de l'hiver .
Elle a donné dans tout le
cours de fa maladie , des marques
d'une pieté finguliere ,
Tiij
222 MERCURE
& d'une refignation qui ne
fe voit d'ordinaire dans
que
les perfonnes qui font vrai
ment appliquées à Dieu . Je ne
fais pas la genealogie de la
Maifon de Gordes . Vous fçavez
qu'elle est une des plus
anciennes , des plus illuftres
& des plus riches du Royau
me. Elle a pour Cadets les
Pianeffes & les Simianes , &
fes Predeceffeurs eftoient
Princes d'Apt en Provence .
Les Sçavans ont beaucoup
perdu en la perfonne de M
Verduc le Fils , Docteur en
Medecine. Il mourut le 29 .
GALANT. 223
de May dernier , âgé de trente
- deux ans , d'une maladie
de poumon qui luy a duré
trois mois. Sa maladie n'eft
venuë que d'une trop grande
application à fes exercices
fur la Medecine & fur la
Chirurgie, 11 paffoit les jours.
& les nuits à travailler , fans
fe donner de relâche. Sa paffion
eftoit pour la Phyſique
& pour l'Histoire naturelle ,
qu'il cultivoit avec un extrême
foin. On peut juger des
grands progrés qu'il y avoit
faits par les Ouvrages qu'il
nous a laiffez. Nous avons un
Tiiij
224 MERCURE
Traité de l'Ofteologie , où il
explique mécaniquement la
formation & la nourriture des
os , avec le Squelete du foetus ,
& une Differtation tres fçavante
& tres- curieufe fur le
marcher de l'Homme & des
Animaux , fur le vol des Oifeaux
, & fur le nager des Poif
fons. Nous avons auffi de
luy un Corps de Chirurgie .
moderne , où toutes les ma
ladies externes du corps humain
, font expliquées felon
les principes de la Phyfique
du celebre Mr Def
cartes . Il en a en meſme
GALANT: 225
temps donné les remedes . Il
paroiftra
encore bien -toft un
excellent
Ouvrage
de fa façon.
C'eſt nn Livre de l'uſage
des parties , qu'il avoit compofé
avant qu'il tombaſt malade.
L'Auteur
explique
les
fonctions
du corps par des
principes
tres clairs , qu'il
fonde même fur des Obfervations
de pratique
, & fur ce
qu'il ya d'inconteſtable
dans
l'Anatomie
moderne
. On y
trouvera
encore une ample
explication
des organes
des
fens externes
& internes . Le
deffein de M'Verduc
eftoit
226 MERCURE
de donner une Pathologie de
Medecine fur les principes
de la Chirurgie , & de compofer
une Hiftoire naturelle;
il fe promettoit d'en faire
voir l'effay dans un petit Trai
té , par une jufte application
Mecaniques à la ſtructu .
re des parties des Animaux ,
en rendant raifon de leurs
mouvemens. C'eftoit aller
plus loin que Borelli , mais
la mort, en nous raviffant un
homme fi excellent à la
fleur de fon âge , nous a pri
vez de l'execution de fes def
des
1
1
feins .
GALANT. 227
Le Roy de Danemarck a
fait de nouveaux Chevaliers
de l'Ordre de l'Elephant , &
j'ay à vous apprendre les Ceremonies
que l'on ya obfervées.
Cet Ordre fut établi en
1478. par Chriſtierne I. dit le
Riche , Roy de Danemarck ,
de Suede & de Nordwege ,
fous l'invocation de la Vierge
, la Religion Catholique
ayant efté celle de ces Peuples
depuis Herold , qui commença
de regner vers l'an 930 .
& qui fe fit baptiſer , juſqu'à
Frideric I. qui en 1523. ayant
efté mis en la place de Chri228
MERCURE
ftierne II . fon Neveu , que
l'on dépofa , & qu'on appelloit
le Neron du Nort, introduifit
le Lutheranisme
dans
fes Etats. Les Chevaliers
de
l'Ordre de Danemarck
portent
au cou une chaine d'or,
au bout de laquelle pend fur
l'estomac un Elephant d'or ,
émaillé de blanc c'eſtoit autrefois
une Image de la Vierge
) mis fur une terraffe de
Sinople , émaillée de fleurs,
Cet animal porte fur le dos
un Chafteau
d'argent maçonné
de fable . Le premier
Chapitre
de cet Ordre fut

S.Ertingerfo
GALANT. 229
celebré en l'Eglife Metropolitaine
de Luden , l'une des
principales Villes de Danemarck
, à la folemnité du
mariage de Jean , Fils de
Chriftierne I. avec la Fille
d'Erneft Duc de Saxe . Depuis
ce temps- là cet Ordre a eſté
conferé par les Rois fes Succeffeurs
aux Princes & Senateurs
du Pays feulement , le
jour qu'ils ont efté couronnez.
Je vous en envoye l'Ef
tampe que j'ay fait graver. La
Ceremonie des nouveaux
Chevaliers fut commencée
le 14. du mois paffé par une
230 MERCURE
excellente Mufique , qui ſe
fit entendre dés le grand ma.
tin . Le Docteur Petri fit une
Predication fur ces paroles
du Pleaume 15. Je prens mon
plaifir aux Saints & aux Vertueux
qui fontfur la terre . Pendant
ce Sermon , le Roy de
Danemarck eftoit affis dans
le large efpace qui eft devant
l'Autel , & qu'on avoit préparé
pour l'Affemblée des
Chevaliers. On y avoit pofé
un Trône fort magnifique
fous un Dais de velours cramoifi
& de fatin blanc en
broderie d'or. Au deffus du
2
GALANT. 231
Roy estoient les Armoiries
de Sa Majefté , reprefentées
en ovale. L'Ecu ettoit entouré
d'une chaîne d'or de
l'Ordre , felon la coutume ,
avec la Deyife de ce Prince ,
Pietate & juftitiâ , comme
Chef de l'Ordre. Ileftoit vê .
tu à la Romaine. Son habit
eftoit tres -riche , de fatin
blanc en broderie d'or ,,
par
femé de Pierreries en plu
fieurs endroits , avec le Col.
lier de l'Ordre fait de pur
or au col & fur les épaules.
Les chaînons eftoient entremêlez
de petits Elephans &
232 MERCURE
de Tours , & il avoit fur fa
teſte un petit cafque tout
couvert de plumes blanches ,
du milieu defquelles fortoit
un Heron noir avec des plumes
d'Autruche , Le long
manteau de l'Ordre des Che
valiers eftoit de rouge cra
mpifi , doublé de fatin blanc
en broderie d'or ; la queuë
avoit deux aunes de long , &
eftoit portée par deux Comtes
, le Comte Lurwick & le
Comte de Tricten , & autres
grands Seigneurs . Aux coſtez
du Roy eftoient affis les
Princes de la Couronne , &
GALANT. 233
tous les autres Chevaliers de
l'Ordre. Les chaifes pour
ceux de l'Ordre eftoient avec
des houffes par deffus au nombre
de trente , toutes de vecramoifi
en brolours
rouge
derie
d'or
. Cependant
il ne s'y
trouva
que
neuf
Chevaliers
veftus
de pareille
étoffe
que
le Roy
, & de la mefme
maniere
, à la referve
que
leurs
petits
Cafques
n'avoient
que
des
plumes
rouges
& des
plumes
blanches
. Au
deffus
de
chacune
de
ces
chaifes
étoient
fufpendues
les Armoi
ries
des
Electeurs
, des
Prin-
Aouſt 1694.
V
234 MERCURE
ces & Seigneurs , Membres
du même Ordre , dans un
Tableau en ovale , avec leurs
noms , leurs Devifes , & tout
ce qui fe trouvoit de plus remarquable.
Auffi tout cet
Ordre ne confiftoit qu'en Perfonnes
du rang d'Electeurs &
de Princes; comme auffi aprés
ceux-là il n'y en avoit point
qui ne fuffent d'extraction &
de naiffance de Prince. Le Sermon
eftant finy , la Mufique
recommença
, aprés quoy le
S' Marc Gioé l'un des Che
valiers , fic fa harangue treséloquente
en la langue du
GALANT. 235
pays , & s'étendit fimplement
fur tout ce qui regardoit la
gloire de Sa Majesté Danoi .
fe , fur les grandes actions
des Rois fes Predeceffeurs ,
fur l'origine de l'Ordre de
V'Elephant , & fur le meri
te de tous ceux qu'on y avoit
reçûs Chevaliers . Aprés ce
Difcours qui dura deux heures
,un Secretaire & le Maî
tre des Ceremonies de l'Or
dre qui avoient tous deux de
longs manteaux d'écarlate
s'avancerent vis - à vis du Trône
du Roy , & fe tenant debout
, ils firent lecture des
V ij
236 MERCURE
Statuts , parlant à haute voix ,
& prononçant diftinctement
les noms & les qualitez de
tous les membres de l'Ordre.
Cela fait , on entendit un
grand bruit de Trompettes
& de Tymbales
, aprés quoy
Sa Majesté fortit de l'Eglife ,
& alla fe mettre à table , où
Elle fut conduite par un Heraut
& par deux Maitres des
Ceremonies . La table où le
Roy traita tous les Chevaliers
prefens , eftoit dreffée
dans la grande Salle des Balets
, en forme de demy- lune,
Il y eut fix vingt plats portez
GADANT: 237
à chaque fervice , & les Trompettes
& les Timbales ne cefferent
point de le faires enrendre
pendant le feſtin , fur
tour aux fantez qui furent
buës & portées. Ce fut ainfi
que! fe termina le premier
jour de cette folemnité . Le
lendemain 15. deux Herauts
& douze Trompertes à cheval
, & le Timbalier du Roy
avec trois Carroffes de Sa
Majeſté , chacun attelé de fix
chevaux , sien allérent à la
Ville pour amener les Che
valiers qui s'y trouvoient , &
les Procureurs de ceux qui
2,8 MERCURE
devoient recevoir cet Ordre
par Deputez . Comme c'eftoient
des Princes Erran.
gers , leurs Procureurs furent
reçus au bas de l'Escalier par
.
deux Maiftres des Ceremonies
, & conduits jufque
dans l'Eglife , vis- à- vis du Trône
du Roy , au bruit des
Trompettes & des Timba
les . Ils reçûrent l'Ordre des
mains de Sa Majefté au nom
du Duc de Saxe Gotha , du
Duc de Holftein - Bek , du
Landgrave de Heffe Darm .
ftadt , du Prince Philippe de
Heffe-Caffel , fecond Frere
GALANT. 239
de la Reine de Danemark ,
du Prince d'Oftyrieftant ,
& des deux Ducs de Wirtemberg.
Ceux qui reçurent cer
Ordre en perfonne furent le
Comte de Revenklaw , le S
Walter , le Baron de Geirź
meyer , & le Grand Maiſtre
de la Maiſon de la Reine de
Danemark . Ils furent enfuite
magnifiquement
straitez
par les autres Chevaliers dans
leur grande Salle
alors leurs habits de cere
monie .
ayant
Je me fuis trompé en vous
mandant dans ma Lettre de
240 MERCURE
Juin , que M ' l'Abbé de Kervillion
, nommé à l'Evelché
de Treguier , avoit eſté Avocat
General au Parlement de
Bretagne . On m'a fait connoiſtre
mon erreur , & je me
dédis. Ce qu'il y a de certain
c'est que cet Abbé eft un
Gentilhomme extremement
diftingué par fon merite , &
proche Parent de Mile Marquis
de la Cofte , Lieutenant
de Roy de quatre Eveſchez
en Bretagne . Madame fa
Mere eft de la Maifon de
Budes , dont le Maréchal de
Guebriant eft forty. Il faut
encore
GALANT 241
encore vous dire que M
l'Abbé de Kervillion eft Doteur
de Sorbonne , Grand
Archidiacre de Kemper , &
qu'il a travaillé fort utilement
à la parfaite converfion d'un
fort grand nombre de ceux
qui ont abjuré le Calvinifme .
Il y a un Prefident au Parlement
de Bretagne de cette
Maifon , & deux Chevaliers
de Malte de nos jours . Kervillion
porte d'argent au gref
lier de fable , cantonné de quatre
tablettes d'azur , chacune chargée
d'une croix pommetée d'or.
Vous ne ferez pas fachée
Aouſt 1694
M
X
242 MARCURE
de chanter dans vos agréables
parties de Province, das
Vers qui ont efté faits fur nos
dernieres Conqueſtes, ju
allingOUVEAF
ub
зліL
-13 § Es François ont du courage.
nis Partout où erbitter bon
-Riesa Kin,vado el ; ainsΜ
N'ont-ils pas porte fur le Rhin
L'horreur & le carnage ?
Foudres , muids & tonneaux As
2016 but tout mis à fecab sur
sils ont donné le mefme Absch
aul Aux gros celiers de Catulagna
Palamos eft deja vuidé est déja
vuidéb
.
el -U.
Et le Soldat affriande
a
rougir
Dans Gironne en repos eft à roues,
1999 falirogue s102 91380p
GALANT SA
£ EE pour faire un entier regal
uhḥɔiya s'anywyer juſqu'à l'ufcwrdal.
vontule 2316
olup as
એ હું
Le vray mot de l'Enigme
du mois pa
Aiguille
.
eftoit
Ceux qui l'ont trouve , font
M Brioreau , Avocat à Bergerac
Jofeph de la rue Saint
Martin ; le Chevalier paeifique
le Moufquetaire de
Diogene le Docteur de la
rue des Anglois , d'Orleans ;
Mefdemoitelles Angelique ,
Mariane , & Margoton les
deux Soeurs du Quay des Auguftins
Roſette, Carin , & les
quatre Soeurs les plus pene-
X ij
244 MERCURE
trées d'amour, de la ruë Quinquempoix
: la belle Limonadiere
d'Orleans : les Cheres
bonnes des trois Cornets de
la rue des Bourdonnois , &
les trois Soeurs du rendezvous.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye vient de fort
bon lieu , & merite l'application
de vos Amies , pour en
découvrir le fens .
180

CALANT 245
ENIGME .
A 29913
D
Vne immortelle main mon
Frere fut formé ;
Pour moy , l'air & le feu me donnent
la naiffance ;
Et quoy que , luy vivant , je fois
inanimé,
On voit entre nous deux parfaite
of supreſſemblance.
Hot b
Pour certaines beautez je fais dun
25 grand fecours ,
Autour d'elles , fans moy, l'on verroit
peu d'amours 3
Mais de quelque agrément que foit
mon miniftere ,
C'est toujours malgré foy qu'à moy
l'on a recours ,
X iij
246 MERAURI
Leplaifir de m'avoir ſuppoſe une
fifa
fare
2
edənsm
Janova Sioj zuab zal
En vain vous prétendek dunsɔdal
Snikers winebreanu'b
Dimeſler
ce
minent
се дне je puis eftre,
Dans le pofte eminent où l'on me
< voit paroifire ,
231 19791
3DAvec un air brillant & tamen
el sanaxvaldo . $ galuot 259
Il Arrive fauvent que je frape les
II yeax,
Sans qu'on puiffe mereconnoifre.
35V 2011 233 109021
58 Mefire Antoine Arnaudų
Preftre , Docteur en Theod
logie , de la Maifon & Societé
de Sorbonne , eft morr au
commencement de ce moisi
tii X
GALLASEM 247
(
Mait encore la Meſſe le Dimanche
jour d'Abuſt ,
& les deux jours fuivans . Le
Mercredy
il fussacraqué
d'une fluxion fur la poitrine
qui ne l'empêcha pas de fe
lever , & le lendemain , les
remedes qu'il prit ne l'ayant
pas foulage , on luy donna le
Saint Viacique , & Extraine!
Oaction le Vendredy 6. 11
receut ces Sacremens avec
unu jugement tres » fain\ &
beaucoup de pieté. Il dit ent
core fon Breviaire le Same!
dy 7. & la nuit de ce meſme
jaurau Dimanche , il mourut
X iiij
248 MERCURE
furde minuit âgé de quatrevingt
deux ans fix mois & dix
jours , eſtant né à Paris le 6.
Février 1612.
&
poting wish
Vous fçavez , Madame ,
qu'on élit tous les deux ans
un nouveau Prevoft des Mar
chands , & deux nouveaux
Echevins . Il n'y en a jamais
que quatres & chaque année
ilen entre deux , & il enfortdeux
autres. Comme il ya
deux ans que M³ du Boisy
Procureur General de la Cour
des Aides , eft Prevoft des
Marchands on a procedé
le 18. de ce mois à une nou !
GALANT 249
velle élection , & il fut confirmé
tout d'une voix dans la
mefme Charge encore pour
deux années. Le Roy en a
témoigné beaucoup de fatisfactions
, & lec Public une
grande joye. Ainfi il y a
apparence
qu'il fera encore
continué plufieurs fois , ce
12
quin carrive in ordinairement
quand les Sujets le meritent .
Des deux nouueaux Eche
vins qui ont efté élus , le
premier eft M de Sainfrayy
Quarrenier , qui a eu foixante
voix, & le fecond M Baudrand
Subftitut de M le
219 MERCURE
Procungur General de la Conic
des Aides , qui enra , eu qua
rante.lls font entrez en la pla !
/ cede Mrs Moufe & Tamain .
Ils allerene le meſme jour à
Verſailles, prefter le fermente
entre les mains de Sa Majes
fité , le Scrutin eftant porté
Par Mi Turgor Maiftre des
Requestes , qui fic underes
bean Difcours furice fujerp
& un éloge du Roy , quiduy
attira les applaudiffemensde
toure la Cour. Il ficvoir dans
ce Difcours tour ce que Sa
Majellé a fait en faveur des
Pauvres pendant la diſone de
GALANT 271
J
bloods salayanni épargné ny
fes foins , ny fes prefors pour
les decourirana vadeli sina
Je vous parlay le mois paf-
Lé à la fin de l'article d'Alle
magne ) du grande fourage
qui für fair le 16. de Juillet
entre Oppenheim & Mayenaeb
Hine s'eft pas feulement
trouvé importante parpola
quantité de grains qu'on en
*
rapporta , mais encore par
kebdegaft qu'on fit de ce qui
raftbiti, & qui auroit eſté d'us
ne grande utilité aux Enne
mrik. Tout fur fi bien ordon
në pounicel foutrage ; qu'ofi
252 MERCURE
eut le temps de couper & de
battre les grains fans eftre
inquieté par la Garnifon de
Mayence , qui , felon les nou .
velles publiques des Alliez ,
fait fouvent des courfes avan
tageufes , dont on n'entend
point parler dans noftre
Camp . Pendant que noftrë
Armée ne manquoit de rien ,
& qu'elle avoit mefme des
fourrages de reffe aux dépens
des Ennemis , ils eftoient
campéz vis-à - vis de Spire ,
où ils fouffroient beaucoup
ayant efté contraints , faute
de fourrages , d'envoyer couGALANT
253
per des rofeaux dans les ma
rais des environs de Philifbourg
, dont nos chevaux
n'auroient pas voulu goû
terilla 490-230 {
$
Le 2. de ce mois , Mª le
Marefchal de Lorge fit faire
un fourrage juſques fous Niderulm
, & refolut en mefme
temps , pour épargner de la
fatigue aux Troupes , de pren
dre les Huffars qui fe trouveroient
avoir paffé l'An
neau , & le ruiffeau de Nidérulm
. Pour cet effet il en
voya ordre à M'de la Rare ,
qui gardoit les poftes depuis
254 MERCAKE
le Rhin le long du raiffeau
de Niderulm , de faire couper
des arbres pour fermerules
Ponts de ce ruiffeaug & Al
cez à M. de Bourneuf & qui
gardoit depuis Altez les pof
ses jufques à Stadexy de faite
la melme chofer , ro de plus
tard qu'ils , poursdicht.2011k
acheverent à minuich & ərl
Guteng ordre à une hepiede
marcher chacun du lieu où
jl eltoi jufqu'à Niderulngs &
de prendre gardeaux Haf
fars, qu'ils devoient rencon
trer stefte pour toke Col
réuſſic ſelon le projeo dësge
CGALANM (235
Exend nalbamayant fait marl
share l'efcore des Foutra
geurs par laudroite du ruiß
Haus , commandée par Mrs
de Barbefieres , & de Melac ,
que marchoient fur la g cofur la gau,
che, comme les
Fourrageurs
inbndoient tout le pays , trois
denstuffars qui avoient cou
chésà demi , lieuë du Camp,
plout prendre quelques che
vauxqui eftoient à la paſture ,
forgérent àsleur éloigner
n'ayant attention , que fur les
Troupes du Camp qu'ils crail
gnoient uniquement. Aprés
qu'ils curent marché juíques
216
MERCORE
à fix heures du matin , ils fu .
*rent furpris de voir des Trou.
pes qui venoient
à eux teſte
pour tefte. C'eftoit Mª de la
Rare. Ils voulurent
couper
au premier Pont ; ils le trouvérent
fermé & ainfi d'un
aurre à un autre. Cela les fit
aller à toutes jambes pour ar
river à un autre de forte
qu'ayant
le devant , ils mirent
pied à terre , & rangerent
les arbres. M ' de Ricar-
'ville , Lieutenant
de Mdela
Rare , y arriva avec dix Cava.
liers qui l'avoient
ſuivy , &
chargea
ce qui reftoit à paf
#GADANT. 257
un
Mode Lorges
fer. Il fit quelques prifon.
„ niers , & en cua huit & 1 uah
Officier. Quoy que la perte
des Huffarts n'ait pas efté en
Cette occafion fi grande
qu'elle devoir eftte felon les
mefures a
avoit prifes cela mia pas laif
fé de faire un tres- bon effer ,
les Huffarts n'eftant point res
Venus . On ne perdit au four.
Fage que deux Cavaliers de
la Garde , & um de Talmont
& parce qu'ils s'estoient éloignez
d'une lieue & demie .
Rien n'égale la prudence &
les foins avec lelquels M¹ de
Aouſt 1694 .
Y
278 MERACURE
Lbsgets rifto appliqué upoòn
empefcher que les Ennems
neidrefaffent un Pontoù il
avoient accoutumé de paffen
le Rhin; car outre les dafferb
fes , les redoutes , & lés als
tresouvrages qu'il a fait conf
truite ,coma aufli armé quando
quies Bateaux pour brulerson
couler à fond , ceux qué les
Ennemis pourroienojiet
furecette Riviere pour conf
truide un Pontala J M
› M Marfals, Vaguemeſtre
de l'Armée , eftant tombé
dans une embuſcade de eeng
einquante Hullares , fudme,
BY
GALANT 899
"
méoqu Prince Louis de Badd
qui l'interrogea devant tous
Les Officicts Generaut , furda
marchelque Mile Marefchal
debbage savoit faire dpbud
allereà luy , Bosfor (a retraite)
MoMarfal luy dit l'ordre
dans lequel l'Armée , avoit
qurchóc furquoy le Pring
ce do Bado dit tout hauo3
Hé bien y Meſſieurs , fije woul
Alois crios où en ferions nous
Mr le Marefchall de Lorge
Bethousaunoir il pas bairies ?
faut voir à qui l'on a affaires
co ne croire pas qu'il n'y a qu'à
marcberì ; nous ne ſommes pas en
Y ij
260 MERCURE
Hongrie On voit par là que
bien que les Ennemis fox no
plus forts que nous , le Prind
ce de Bade croit avoirs fait
fagement de n'avoir pas reçû
le combat que Made Lorge
luy offrit quand il vint à duy
au Camp de Wilnocky &
qu'il eſt perfua ié que c'eft
avoir fait un grand coup que
d'avoir empefché qu'on ne
l'attaquaft dans fa retraite , ne
doutant point que les Fran
çois ne l'euffent défaitotho
M de Lorge eft toûjours
campé à Gay Bocklem on
fon Armée ne manque de
GALANT 261
rien . Le 7. de ce moistik fr
un détachement qui alla pil
lorun Village quiques fous
le canons de Mayence . Les
Huffars fortirent pour s'y op.
pofer , mais les François ayand
appris leur manége , & ne les
craignant plus , les repouffe.
rent julqu à la barriere de la
Ville Les Partis de la garnis
fon de Philifbourg ont reme
porté divers avantages for
les Ennemis , qui en deux oc
cafions ont perdu fix à fept
vingt chevaux , & plufieurs
mulets , & dans une troifié ,
.
nie , ils ont deffait un gros
262 MERCURÐ

Barry de Huffarts & lenon
pris treate. La Phinde de Ba
de avoit fait travailler au dél
tabliſſemento deś » fortifical
tions de Manheim 35quäh
eftén contraint de faire d
molir faute d'argent . Ried ne
fçauroit mieux marquén liéq
rgdéplorabledois fe serduse
l'Empire. La difette de four
rage l'a auffi obligés de dés
camper & d'abandonner la
refolution de paffer le Rhin
à Mayence Mode Lorge
ayant pris toutes les mefores
neceffarres pour l'en empek
cher , de forte qu'il aété pond
GALANTM 203
unindesfaire Farbbaber for
Arthub de l'autre scofté d
Pohims, de faire ramènervous
Les Bateaux à Heilbron , & de
neromper à colus les projets.
Ainfoil partirle 4 de ce mois
da Langenbrick , salla cámar
poit à Bruchfal , d'où dia vogl
tinuérfa marche dans le Mags
quidar de Bade. Par lesq Leti
tods du 19. M. de Lorgeleftia
chooner dans fon & Campndo
Gawl. Bockleim , koù Pon
croyoit spouvoir encore dek
mautera juſqu'à la fing de sce
mojs Voicy l'Extrait d'une
Læotre du Cappidu. Prince
1264 MERCURE
de Bades que je vous donne
dans les memes termes. ¿On
bn'est pas icy content des demarches
de M le Prince Louis de
• Bade , & de ce qu'il n'a point
combarta M. le Maréchal de
- Lorges , après l'action du Pont de
VVilnock ayant ifte deux jours
comme en preſence , & décequ'il
Ta laißé décamper en plein jour
devant luy , quoy qu'il cuft une
Armée plus nombreuſe que
fienne , & dans une firuation
meſme avantageuſe. Ce n'eft pas
avoit promis aux Alliez,
cec
que la
s'eftant excusé d'avoir demeuré
l'année derniere dans des rétran
( que schemens
GALANT 265
chemens à caufe de fa foibleffe ,
I ayant affuré que s'ils vou-
Loient luy donner pour celle - cy
feulement un nombre égal de Trou
pes , il obligeroit le Maréchal de
• Lorges de ne pas demeurer un
moment fur leurs Terres , &
qu'il le battroit infailliblement.
Cependant avec toutes ces promeffes
, quoy qu'il ait beaucoup
plus de Troupes qu'il n'a de mandé,
il le laiſſe vivre à difcretion
maistre de tout le
1
chez eux,
Palatinat en delà , où il fubfifte
graffement. On ne peut faire
trop de reflexious fur l'avantage
que les François ont de
Aoust 1694. Ꮓ
266 MERCURE
vivre par tout aux dépens
de leurs Ennemis . Ce font
des faits qui ne fe peuvent
nier.
Si on raffembloit toutes
les actions éclatantes que les
Partis de nos Troupes font
pendant le cours de chaque
Campagne , on trouveroic
que ces divers avantages mis
enſemble valent bien fou
vent le gain d'une Bataille.
Je vous parleray , avant que
de finir ma Lettre , de plu
fieurs de ceux de l'Armée de
Monfeigneur. Cependant je
ne dois pas oublier ce qu'a 4
GALANT 267
fait un Party de Mont- royal
au commencement de ce
mois. C'eſt une chofe qui paffe
l'imagination , puis que ce
Party ayant paflé le Rhin à
deux lieuës & demie au delà
de Coblents , entre Andernack
& la Tour- blanche ,
eftant entré dans Neuw.b ,
l'un des plus beaux & des
plus riches Bourgs d'Allemagne
, qui avoit refufé de
contribuer , iby fit un butin
confiderable ; & aprés avoir
brûléune partie de ce Bourg,
auffi
bien
que le
Chasteau
,
& vingt- cinq des plus belles
Z ij
268 MERCURE
maifons , il repaffa la mefme
Riviere , & revint à Mont
royal fans aucune perte, all
eft inoüy qu'un Party qui
n'eftoit quede cent cinquan
re hommes , ait penetre fi
avant dans l'Allemagnet,
ayant le Rhin à repaffer, qui
Le trouve plufieurs fois plus
large que la Seine ,
Le Pape a écrit au Duc de
Savoye un fecond Bref , par
lequel il luy reproche le peu
de cas qu'il a fair de celuy
qu'il luy avoit envoyé d'a
bord au fujet des Proteftans ,
à qui ce Prince a permis un
GALANT. 269
libre exercice de leur Religion
, & qui non contens
d'avoir obtenu cette liber-.
té , font mille irreverences
dans les Eglifes des Catho
liques Romains . Sa Sainteté
marque dans ce Bref,
dans ce Bref, qu' Elle
est ſurpriſe qu'il n'ait pas voulu
préter l'oreille à fes remontrances,
dans une affaire où il s'agit de
L'honneur de l'Eglife , de laquelle
il devroit eftre le Protecteur. Elle
ajoûte , que s'il n'y met ordre , il
L'obligera à retirer fon Nonce
d'auprés de luy , & à fe fervir
des armes de l'Eglife , comme le
merite une action decette confe-
Z iij
270 MERCURE
quence, & contre laquelle toute
1 Europe fe fouleve , Le Pape
menace dans le mefme Bref
le Duc de Savoye , de revoquer
l'Indult que le Saint Siege
luy a cy- devant accordé
fur toutes les Decimes Ecclefiaftiques
de les Etats , pour
l'extirpation
de l'Herefie , &
particulierement
pour la
guerre des Vaudois , qui a
efté le principal motif des
Papes fes Predeceffeurs
pour
luy accorder cet Indult .
Toute l'Europe doit eftre
furpriſe que les Troupes de
l'Empereur
, du Roy d'Efpa
GALANT. 271
gne ,
du Duc de Savoye , &
du Prince d'Orange en Italie ,
n'ayent encore fait aucune
entrepriſe. En voicy la raifon.
Empereur n'ayant que
"
elafes
- propres intereſts en vûë , &
voulant fe fervir de la conjon-
Ictureprefente, pour rendre les
Princes d'Italie tributaires ,
fe conferver quatre millions
qu'il entire tous les ans depuis
le commencement de cette
guerre , qui a ellé entreprife
contre la Religion par le Prin
ce d'Orange , avec lequel il a
bien voulu fe liguer , pour
faire rétablir la Proteftante
Z iiij
272 MERCURE
en France ; l'Empereur , disje
, agiffant felon toutes ces
confiderations , avoit fortement
refolu le Siege de Cafal
dés l'année derniere ; & le
Duc de Savoye avoit fait
folliciter à la Cour de Vienne
pour l'empêcher. L'Empereur
ayant écouté les raisons ,
remit au Printemps à en décider
, &dit enfuite que le Prin .
ce Eugene , qui devoit aller
commander fes Troupes en
Italie,luyporteroic fa réponſe.
Ce Prince arriva enfin , aprés
s'eftre fait attendre longtemps
, parce que lEmpereur
GALANT 273
ne vouloit fe declarer que fur
le point d'entreprendre , afin
de ne pas chagriner le Duc
de Savoye , & ne luy pas donner
le temps de prendre des
mefures contraires aux projets
de la Cour de Vienne .
Le Prince Eugene ayant declaré
que l'Empereur eftoit
toujours determiné pour le
Siege de Cafal , le Duc de
Savoye en parut outré de douleur
, & dit , qu'il n'y confentiroit
point que le Prince Eugene
n'euftenvoyé un Courrier à Vienne
, pour tâcher d'obtenir la revocation
de ces ordres . Aprés le
:
274 MERCUR
E
retour du Courier, on dit au
Duc de Savoye que le fuccez
du Siege de Pignerol ,
eftant fort douteux , on eftoit
refolu d'affieger Nice. On
croyoit alors tirer des avantages
de la Flote commandée
par l'Amiral Ruffel , que
l'on attendoit inceffamment ;
mais beaucoup de temps s'étant
écoulé fans qu'on cuft
mefme de ſes nouvelles , on
reprit la refolution d'affieger
Cafal. On en renforça le blo
cus & l'on dirigea toutes
chofes pour cette entreprife ,
& c'est celle à quoy les Al-
1
GALANT. 275
liez en Italie paroiffent enco
re s'opiniaftrer aujourd'huy.
On pourroit croire que l'entrée
de Ruffel dans la Mediterranée
pourroit faire chan
ger encore une fois de refolution
, mais il eft arrivé fi
tard , & par conféquent le
fecours qu'on en peut tiger
eft fi peu
confiderable , que
le deffein formé fur Cafal
femble fubfifter toûjours. Si
j'apprends , avant que de fermer
cette Lettre, qu'on en ait
changé , je ne manqueray
pas de vous le faire fçavoir.
Cependant je vous diray que
276 MERCURE
les Ennemis s'eftant retirez
à deux lieues du territoire de
Pignerol , le Duc de Savoye
alla à Saluffe , & les Allemans
& les Espagnols du cofté de
Coni , pour achever de mana
ger les fourages de ces deux
endroits. Le 18. de ce mois
la groffe Artillerie eftoit en
core dans la Place de Saint
Charles à Turin , avec toutes
les autres chofes neceffaires
pour un Siege , chargées fur
des Chariots. Le 16. le Prince
Eugene partit, felon qu'on en
fit courir le bruit , pour aller
difpofer toutes chofes pour)
GALANT 277
le Siege de Cafal , & pour
prendre le Chateau de Saint
Georges , en attendant la
marche des
Efpagnols qui
devoit commencer au premier
jour, Ils s'eftoient mef
me approchez du Pô afin
d embarquer l'Infanterie. Le
Camp de Son Alr ffe Royale
eftoit à Caours , dont on devoit
détacher les Regimens
de Taf, Montecuculli & Palfi
, pour aller au Siege , &
Mode Savoye devoit laiffer
Les Troupes à portée de Pignerol
, avec l'Infanterie Religionnaire
, les deux Regi278
MERCURE
mens de Dragons de l'Empereur
, & celuy des Huffarts
& de Baltazard , ce qu'on fait
monter à environ trente - deux
ou trente - quatre Eſcadrons ,
& à vingt -quatre Bataillons .
On affure qu'il y aura auffi
un détachement qui ira à
Tein , où le Duc de Savoye
doit envoyer les équipages ,
pour eftre à portée du Siege
de Cafal , auquel on dit qu'il
ne doit point affifter , ce Siege
fe faifant contre les intentions
: On a marqué un Camp
de Cavalerie à Saint Antoine ,
au deffus de Veillane , & Fon
GALANT: 279
a fait fçavoir aux Communautez
de Javan & de Coaffe
de preparer des fourages .
Jamais Republique n'a
moins efté Republique que
celle de Hollande ; elle n'en
porte que le nom , & on ne
voit point d'Etat plus dépendant
. Il eft aujourd'huy fi
chargé des fommes que le
Prince d'Orange l'a forcé
d'emprunter pour une guer
re qui ruine les Hollandois ,
loin de leur eftre d'aucune
utilité , que les plus habiles
de cette Republique efelave
affurent que l'Etat ne pour280
MERCURE
roit payer les ſommes qu'il
emprunte , quand mefme la
Paix fe faifant demain , elle
impoferoit pendant dix ans
le deux centiéme denier, qui
eft une charge exorbitante
pour l'Etat , fans compter les
autres dont il fe trouve accablé
, & qui vont à l'infiny .
Il est vray que les Creatures
du Prince d'Orange les
payent facilement
comme ils reçoivent de ce
Prince plus qu ils ne donnent
pour ces charges , ils y trouvent
toujours leur compte,
& engagent les autres à demais
GALANT 281
C
ez
meurer dans une dépendance
auffi fervile que ruineufe,
& qui n'a aucun rapport à
un Etat republicain . On ne
peut eftre plus ruiné que
le font les peuples de la came
pagne , parce qu'ils ne font
aucun commerce , outre que
les fommes aufquelles ils font
taxez , montent ſi haut , qu’-
ayang fouvent excedé les
biens de plufieurs , la plufpart
ont efté contraints de
les abandonner. Ceux de la
Ville continuent à faire leur
commerce ; mais quel commerce
? La guerre rend les
·Aouſt 1694. A a
282 MERCURE
Matelots bien plus chers qu' .
en temps de Paix , & plust
difficiles à trouver. Il faut
beaucoup de Vaiffeaux d'efcorte
; il faut fouvent payer
des Officiers , & toutes ces
choſes jointes aux Vaiſſeaux
qu'on perd , car on voit fort
ragement qu'une Flote arrive
entiere , abforbent tout le
gain qu'on pourroit faire.
Le Prince d'Orange n'en eft
pas faché ; il a la politique ,
& il craindroit que filEtac
eftoit trop puffant , il ne fe
coüaft, plus aisément le joug
qu'il luy impole. Ce Prince
GALANT. 283
voyant qu'il y avoir l'hiver
dernier quelques difpofitions
à la Paix , & que l'Empereur
,
n'ayant pû trouver les fonds
neceffaires
pour cette Cam
pagne , efloit en quelque fab
çon porté à confentir au bien
de la Chreftrenté
, s'eft donné
des mouvemens extraordi
naires pour détruire ce qu'on
avoit avancé pour cette Paix.
Ilaffura mefme avant l'ouver
ture de cette Campagne
, qu'il
accableroit
la France , files
Alliez vouloient encore la
faire. Il prometroit
qu'il y
feroit des deſcentes
, qu'il
A a ij
284 MERCURE
donneroit moyen au Prince
Louis de Bade d'y entrer de
fon cofté , en prenant des
mefures pour luy faire avoir
une Armée plus nombreuſe
que celle de M le Maréchal
de Lorge , & qu'il en auroit
une fi puiffante en Flandre ,
que s'il ne prenoit pas quelques-
unes de nos Places , il
nous reduiroit du moins à
vivre chez nous. Il a fait des
dépenfes immenſes , & aufquelles
il ne peut plus revenir,
& la mis toutes chofes en
eftat pour l'execution de fes
projets, mais ils ont échoué
GALANT. 285
par tout- Le mauvais fuccés
de la defcente à Camaret luy
a fait voir qu'il eftoit impoffible
d'en faire en France , &
inutile mefme d'en tenter.
Le Prince de Bade avec une
Armée plus nombreufe que
celle de M' de Lorge , n'a pû
empêcher nos Troupes de
vivre pendant toute la Campagne
aux dépens des Ennéamis
, tant en delà qu'en deça
du Rhin , & luy- meſme en
Flandre
avec une Armée
plus forte qne celle de Monfeigneur
le Dauphin , n'a pû
nous softer les moyens de
F
و
2
286 MERCURE
vivre , depuis que la Campagne
eſt ouverte , aux dépens
du pays qu'il pretendoit conferver
, & à la ruine duquelo
on peut dire qu'il a aidé
puis qu'il a esté obligé d'y
vivre aufli bien que nous . Il
n'y a pas d'apparence qu'il ait
ples d'avantage dans le refte
de cette meine Campagne ,
quil regardoit comme
derniere reffource. Ce qui luy
refte d'efperance eſt dans la
Flote commandée par Ruffel,
mais elle eft arrivée fi tard
dans la Mediterranée , qu'il
n'eft plus question que de
MM la
GALANT. 287
fonger où elle hivernera. Le
Prince d'Orange a refolu que
les vingt Vaiffeaux à trois
ponts , qui font dans cette
Flore , repafferoient le Détroit
, & que le refte hiverneroit
dans la Mediterranée
; mais il a bien de la
peine à obrenir le confente
ment des Anglois & de $ Hollandois
, tant parce qu'il faut
des fommes immenfes pour
les Equipages qu'il faudra
payer tout l'hiver , & à qui
l'on ne donne rien quand la
Flote eft defarmée, qu'à cauſe
que le changement de climat
S
288 MERCURE
fera mourir une partie des
Equipages , & qu'ils trouveront
difficilement de quoy
fubfifter. Cette Flote eftoit
encore le 19. de ce mois devant
Barcelone , où elle avoit
débarqué deux mille malades
, fans ceux qu'elle ' a laiffez
dans les autres Ports d'Ef
pagne . Cependant elle n'a
encore efté d'aucune utilité
aux Ennemis , & ne dérangè
rien de nos affaires en Cata
logne , les chaleurs du pays
obligeant de mettre les Trou
pes en quartier de rafraîchif
fement pendant les mois
d'Aouft
GALANT. 289
Aouft & de
Septembre.
Le Jeudy 19. de ce mois ,
M l'Abbé Boileau , celebre
Prédicateur , & qui a rempli
avec un fi grand fuccés les
meilleures Chaires de Paris ,
fut receu à l'Academie Francoife
, en la place de feu M²
du Bois. Comme la voix du
Public s'eltoit trouvée conforme
à celle des Academiciens
, dont il avoit cu tous
les fuffrages , l'Affemblée fut
extrémement nombreuſe , &
compofée de quantité de Perfonnes
, auffi
diftinguées par
leurs emplois & leurs digni-
Aouſt 1694. Bb
290 MERCURE
tez , que par leur fçavoir &
leur merite.Vous fçavez, Ma
dame , que M l'Abbé Boi
leau a le talent de donner des
couleurs fort vives à tout ce
qu'il peint On s'en apperçue
dans cette Seance, puis qu'il
n'oublia rien de ce qui pou
voit fe dire à la gloire du
grand Cardinal de Richelieu,
Fondateur fous l'autorite du
feuRoy ,& premier Protecteur
de cette feavante Compa
gnie , a laquelle il fit un re
merciement , qui ne laiffa
point douter qu'il ne fuft
couché fenfiblement
du
GALANT. 298
d'éloquence
choix que l'on avoit fait de
luy. Vous jugez bien qu'
ayant autant
qu'il en a , il la fit briller avec
beaucoup d'avantage dans
tout ce qu'il dit de noftre
Augufte Monarque. La ma,
tiere eftoit riche & abondante
, & l'Orateur plein de fineffe
& d'efprit ; de forte que
Ton remarqua dans fon Difcours
une infinité de ces
beaux endroits , qui remplif
fant l'imagination , laiſſent à
penfer plus qu'ils ne dilent. "
L'attention fut extraordinaire
, & il n'y eut que les ap
'
Bb ij
292 MERCURE
plaudiffemens qui l'interrom
pirent. Le temps me preffe fi
fort , que jefuis contraint de
remettre au mois prochain à
vous faire part de quelques
morceaux de cet excellenc
Difcours.p
Mr de Tourreil , prefentement
Directeur de l'Academie
, fit une réponſe digne.
de l'illuftre Corps qu'il repre
fentoit. Elle fut jufte , éloquente
, & pleine de feu; &
l'éloge qu'il y fit du Roy luy.
attira l'approbation de tous
ceux qui l'entendirent. Ces
deux Difcours ayant efté pro
GALANT 293
noncezi, M Charpentier ,
Doyen de la Compagnie,
leut un petit Poëme fur la
Vie ruftique , & fit voir par
là qu'il n'a pas moins de ta,
lent à donner aux Vers ce
tour agreable , qui flate l'oreille
, qu'à faire valoir les
beautez de noftre Langue,
dans fes Ouvrages de Profe.
M l'Abbé Tallemant leut
enfuite une Paraphraſe du
Pater nofter & de l'Ave Maria,
de la compofition de M
Boyer , & tout le monde demeura
d'accord qu'il n'a ja
Bb j
294 MERCURE
mais fait de Vers plus nets ,
plus forts , & plus chaf
tiez.
>
C 400
Leas . jour de la Fefte de
S. Loüis , l'Academie Françoife
la folemnifa , felon fa
Coutume dans la Chapelle
du Louvre. M l'Abbé Teftu
de Mauroy , ancien : Aumônier
ordinaire de Madame ,
& l'un des quarante Académiciens
, celebra la Meſſe
pendant laquelle une excellente
Mufique chanta un
Motet qu'avoit compofé M
Oudot, & qui fut trouvé tres-
Idigne de luy. Vous fçavez ce
GALANT. 299
que valent fes Ouvrages , &
la réputation qu'il s'eft acquife
par les Choeurs de Jephté
& de Judith , dont il a
fait la Mufique , M ' Boyer eft
PAuteur de ces deux Pieces .
La Meffe finie , Mr FAbbé
d'Eftorc monta en Chaire , &
prononça avec un applaudif
fement general le Panegyri
que de S. Louis . Il le divifa
en trois parties, & fit voir dans
la premiere que ce Monarque
avoit eftéun grand Roy,
dans la feconde , qu'il avoit
efté un grand Conquerant ;
& dans la troifiéme , qu'
Bb iiij
-W
296, MERCURE
avoit efté ungrand Saint. Ce
ne fut pas fans de tres juftes
applications au Roy , & de
grands éloges pour l'Acade
mie.
Enfin , Madame , toute lar
France va eftre contente.
Cette Academie qui travaille
depuis tant d'années à un
Dictionnaire , attendu & fou
haité de toutes parts , eft prê
te à le publier , & vous n'en
douterez point quand je vous
auray dit qu'elle eut l'hon
neur de le prefenter au Roy
24: de ce mois , jour de la
Fefte de S. Barthelemy , &
le

GALANT:
297
O veille de celle de S. Louis.
C'est un Livre in folio , divifé
en deux volumes. Sa Majefté
qui avoit voulu qu'il n'y euft
qu'un petit nombre d'Acade
miciens qui accompagnaffent
M de Tourreil , Direc
teur , qui devoit le prefenter,
leur avoit donné l'heure pour
cela au fortir de fon Prie-
Dieu . Ils ne
manquerent pas
de s'y rendre. M le Duc de
Coiflin qui s'y rencontra ,
prit parmy eux fa place de
Sous- Doyen de la Compagnie.
Si- toft que le Roy
les vit M de Tourreil
298 MERCURE
commençant à s'avancer
pour luy faire fon compli
mens , Sa Majefté leur dit
dit avec cet air de bonté &
d'honneſteté
qui luy eſt particulier,
qu'Elle les recevroit
mieux dans fon Cabinet . Ils
y entrerent , & alors M , de
Tourre dit au Roy , que
l'Ouvrage que Sa Majefté
vouloit bien leur permettre
de luy preſenter , avoit efte
achevé dans fon Palais , par
fon ordre , & fous fa protection
; à quoy il ajoûta .
Pourrions - nous , Sire , n'avoir
pas réuffi ? Nous avions
GALANT 299
pour gage du fuccés le zele
attentif qu'infpire
l'ambition
de vous fatisfaire
, & la gloi
re de vous obeir. Il nous
eft donc permis de nous flater
que noftre Ouvrage explique
les termes
develope
les
beautez , découvre
les delicateffes
que vous doit une
Langue qui fe perfectionne
autant de fois que vous la
parlez , ou qu'elle parle de
Vous. Le reste du Compliment
renfermoir des fentimens
pleins d'un refpect affectueux
& tendre pour la
Perfonne de Sa Majefté,
200 MERCURE
Le Roy ayant écouté cë
compliment , répondit tout
haut en ces propres termes.
Meffieurs , voicy un Ouvrage
attendu depuis longtemps. Purs
que tant d'habiles gens y onttravaillé
, je ne doute point qu'il ne
foit tres beau & fort utile pour \
la Langue. Je le reçois agrea .
belement ; je le liray à mes
heures de loifir, & je tâche
ray d'en profiter. Des paroles
fi obligeantes
furent un
prix glorieux de leur tra
vail . Le S ' Coignard, Libraire
de l'Academie , ne s'occupe
maintenant qu'à faire relies
į
GALANT, 300
un grand nombre d'exemplaires
de cet excellent Dic .
ctionnaire , que tout le mon
de s'empreffe à luy venir de
mander, & qu'il commencera
à debiter dans les premiers
jours du mois prochain .
Vous ne ferez pas fachée
d'apprendre quil debitera
dans le mefme temps un Di
tionnaire univerfel des Termes,
des Arts , des Sciences , divifé
auffi en deux volumes . Il a
efté entrepris par un Parti-,
culier de la Compagnie
, qui ,
aidé des lumieres de quel
ques autres Academiciens , &
302 MERCURE
de celles des plus habiles
de ceux qui le font appli
quez à la connoiffance des
Arts , s'eft attaché depuis un
fort grand nombre d'années
à la compofition de ce curieux
Dictionnaire. Outre les
termes qui font propres à
chaque Are il contient comme
un' Abregé de l'Hiftoire
naturelle des Plantes , des
Animaux des Oileaux , des
Poiffons , & quantité d'autres
chofès fort utiles pour ceux
qui veulent fçavoir l'origine
des Ordres Religieux , & de
tous ceux de Chevalerie, avec
GALANT 303
les opinions des differens He
refiarques, qui ont paru dans
l'Eglife depuis la naiffance du
Sauveur, Ainfi , les Curieux
qui acheteront ces quatre
Volumes , pourront s'aflurer
d'avoir le plus ample Diction
naire qui alt paru jufqu icy, Je
ne vous is rien de particnder
de celuy de l'Academie Francoife.
Vous n'aurez befoin
que den lire quelques mots
pour demeurer convaincue
qu'il eft au deflus de tous
ceux qui ont craité des mots
fimples de la Langue , foit par
les définitions , loit par les
304 MERCURE
differentes fignifications , de
chaque mot, expliquées avec
une entiere netteté , foit par
l'abondance & l'agreable va,
rieté de fes Phrafes.
Le S'Coignard commence
aufli a debiter La troifiéme
Partie de la Geographie ancienne,
moderne, & hiftorique , de M
d'Audifray , enrichie d'un
fort grand nombre de Car
tés. Le grand fuccez qu'ont
eu les deux premieres, vous
doit perfuader de la beauté
de cette troifiémė: kup my
Je finis ma Lettre du mois
paſſé en vous marquane l'ar-
6
GALANT
305
rivée de Monfeigneur , au
1 Camp de Vignamont. La
diligence que fit ce Prince
pour s'y rendre , rompit tous
les deffeins du Prince d'Orange
, de forte que la grande
affaire des deux Armées
fut alors de trouver les
moyens de fubfifter dans les
Poltes qu'elles avoient pris, &
d'y fubfifter long- temps , les
Generaux fe faifant une bonte
de décamper les premiers.
Tout l'avantage eftoit pour le
Prince d'Orange , & toute la
honte a efté pour luy. Son Armée
eftoit plus forte que cel,
Aoust 1694.
Cc
306 MERCUKE
le de Monfeigneur , qui pour
furcroift de defavantage , fe
trouvoit comme enfermé entre
deux Armées , aufquelles
il falloit qu'il fift tefte , ayant
vingt- quatre mille hommes
derriere luy dans les lignes
de Liege , ce qui le devoit
embaraffer beaucoup pour
les fourages. Cependant la
conduite , & la prudence jointes
à la valeur Françoiſe , ont
fait qu'il a beaucoup mieux
fubfifté que les Ennemis , &
qu'il n'a manqué de rien
au lieu que leurs chevaux ont
efté obligez de paiſtre faute
*
GALANT 307
& de fourages , & de manger de
la paille hachée. Ils en ont
perdu une fi grande quanti.
té , que tout ce qu'il y avoit
de Cavaliers dans l'Armée
qui avoient de méchans chevaux
, ou qui les avoient per
dus , ou par mort , ou à quelques
fourages , ont efté -
montez , ce qui a beaucoup
chagriné le Prince d'Orange ,
qui aprés une infinité de pertes
a efté obligé de décamper
le premier. Voicy les prin
cipaux fourages qui ont elle
faits pendant qu'on a fejourné
dans le Camp de Vigna
Cc ij
308 MERCURE
mont , & une partie des ace
tions d'éclat qui s'y font fai
L'Armée de Monfeires..
gneur eftant entre deux Armées
ennemies ainfi
que
,
ce
je l'ay déja marqué
Prince fit camper le Corps.
que commandoit M de
Bouflers , à fa droite , faifant
tefte à Liege , & celuy de M
d'Harcourt , fur les hauteurs
& de l'autre cofté de Huy ,
faiſant auffi teſte à Liege . Le
28. il fit partir pour Namur
tous les gros équipages des
Generaux , afin qu'ils n'embaraffaffent
point en cas qu
GALANT. 209
1
on en vinſt à quelque action
generale. C'eftoit le but de
ce Prince , qui donna beaucoup
d'ordres ce jour- là com
me s'il avoit voulu décam .
per , afin que le Prince d'O .
range donnant fur fon arrie.
regarde , le Combat puft
eftre engagé , & pour faire
mieux croire qu'il décampoit
effectivement, il envoya une
partie de fes farines fur la
Meufe ; mais plus le Prince
d'Orange en fur perfuadé ,
moins il fit faire de mouvemens
à fes Troupes , qui puffent
engager la moindre
310 MERCURE
action , de peur qu'elle ne
devinft generale. Monfer
gneur voyant qu'en reculant
il ne pouvoit l'enga
ger à combatre , voulut l'y
exciter par un mouvement
contraire , & le piquer d'honneur
, ou bien le couvrir de
hente , s'il le fouffroit . Pour
cet effet il alla le 29 avec tous
les Princes , & tous les Officiers
generaux , fourager en
fa prefence , ce qui caufa de
grandes alarmes dans fon
Camp. Ses Troupes fe mirent
en bataille fur les hauteurs
de la Mehaigne , où elGALANT
310
les
demeurerent tant que
dura le fourrage, Quelques
Eſcadrons qui s'eftoient approchez
pour découvrir la
marche de Monfeigneur , ne
donnerent pas le temps de
les charger, ayant pris la fuite
à la vûë de quelques Cavaliers
qui s'eftoient avansez
un peu loin de nos Troupes.
Le 31 les Princes , & tous les
Generaux , allerent faire un
fourrage prés de Liege . Les
Ennemis avoient hors de
leurs retranchemens vingt à
vingt- cinq mille hommes ,
Cavalerie & Infanterie. On
312 MERCURE
fourragea en leur preſence ,
& à portée de moufquer de
leurs Lignes . On tira de part
& d'autre avec peu d'effet ,
& on fit quelques Priſonniers.
Le premier de ce mois , on
détacha le Regiment de Huf
farts avec quelques Efcadons
pour Namur. Ils allerent
prefque tous lesjours en
party , & il ne s'eft point paffé
de jour qu'ils n'ayent pris
cinquante à foixante chevaux
aux Ennemis. Le 5. M'
le Maréchal de Villeroy , &
les cinq Princes allerent faire
un fourrage fous les Lignes
de
GALANT 33
de Liege, & plus de trois mille
fourrageurs partirent à deux
heures aprés minuit. Comme
il n'y a point d'Armée qui
ne foit remplie d'Eſpions , &
que l'on vouloit cacher ce
fourage, on dit à l'ordre
que
l'on battroit la generale le
lendemain à la pointe du
jour. Les Troupes de Liege fe
mirent en bataille à leur ordinaire
, mais feulement pour
eftre témoins de ce qui fe
pafferoit, n'ayant ofé avancer,
quoy qu'ils fuffent quatre
contre un. Nos Carabiniers
leur tuerent quelque monde ,
Aouſt 1694.
Dd
314 MERCURE
& le fourrage achevé , on fè
retira en bataille . Le 6. un de
nos Partis prit quatre Cavaliers
, cinq chevaux , & quatorze
Soldats. Le mefme jour,
un autre Party prit huit Cavaliers
& dix-fept chevaux
Anglois , beaux & bien faits ,
dont Monfeigneur choifit
quelques uns pour la Chaffe
du Loup. Le 7. les Huffaris de
Namur , qui eftoient allez en
party , revinrent à dix heures
du foir , avec dix - neuf che
vaux & quatre Dragons , qui
rapporterent qu'ils eftoient
vingt au fourage , & que les
GALANT. 315
Huffarts avoient coupé la tefte
aux ſeize autres , de forte
que des vingt chevaux, & des
vingt Cavaliers , il ne leur
échapa qu'un cheval. Dans
une feule femaine , avec les
1 Partis de Namur, ils ont pris
plus de quatre cens chevaux,
& fait prés de trois cens Pfonniers.
Le & le 9. on fit
de grands fourrages dans le
Condros au delà de la Meuſe,
Mr le Marquis d'Harcour
s'eftant auparavant fait informer
de tous les lieux où
l'on en pourroit trouver.
i
3 Voicy quelques actions
Ddij
316 MERCURE
éclatantes que je n'ay pas crû
devoir oublier bien que je
n'aye pû en fçavoir la datte.
M ' deGuifcar , Gouverneur de
Namur , ayant appris que les
Ennemis devoient faire un
grand fourage aux environs
de cette Place , détacha toute
la Cavalerie de Namur , com
mandée par M de Vaillao . 11
trouva la Garde des Fourra
geurs , & la chargea fi vigou
reufement qu'il la culbuta ..
Plufieurs furent tuez , il fit
deux cens Prifonniers , & ramena
cent trente chevaux .
Un Capirainé de Carabi-
,
GALANT. 317
niers avec cent cinquante
Maiftres , rencontrá fix trou .
pes des Ennemis qui marẻ
choient à luy avec bonne
contenance , & l'enveloperent
. Il fit fix troupes de la
fienne , & attaqua la premiere
de celles des Ennemis fià propos
, qu'il la culbuta , & enfuite
les autres , qui prirentla
fuite. Il y eut trente à quarante
des Ennemis de tuez , douze
Prifonniers , & quinze
cheyaux de pris. S
Un Garde du Roy ellant
allé en party avec cinquante
Maiftres , prit neuf chevaux ,
Dd iij
318 MERCURE
& coupa les jarets à plus de
trois cens , qui estoient à la
pâture enchaînez deux à
deux , & cadenaffez.
8

Je ne dois pas oublier de
yous, dire icy que les Ennemis
n'avoient décampé de
leur ancien Camp de Louyain
, & n'eftoient venus au
Mont Saint -André que dans
la penſée de couper à l'Armée
de Monfeigneur les Convois
qui luy venoient de Namur
& d'Huy , en s'approchant
encore plus prés de
cette derniere Place ; mais
Monfeigneur cftant venu
GALANT. 319
promptement
camper à Vignamont
, à demi - lieuë de
Huy , ôta par ce moyen aux
Ennemis , l'efperance d'em
pêcher fes Convois. Ce Camp
paroiffant fort fec , ils ne
croyoient pas que noftre Armée
y puft fubfifter longtemps
à caufe du peu de fou
rage , & ils prétendoient en
avoir beaucoup en comparaiſon
de noftre Armée , ce
qui leur fit croire qu'elle feroit
obligée à paffer la Meufe.
Je vous ay marqué tout ce
que Monfeigneur a fait pour
les engager à décamper les
D d iiij
320 MERCURE
premiers , & les beaux fou
rages dont ce Prince a quel
quefois efté témoin . Il n'a
rien oublié de tout ce qu'il
eftoit à propos que fift un
habile General . Dans le
temps que l'Armée vint camper
à Vignamont , M le
Marquis d'Harcourt eftoit au
detà de la Meufe , à l'égard
de l'Armée , avec fon Camp
volant , & l'Armée que commandoit
Mile Marefchal de
Bouflers , n'eftoit qu'à une
portée de canon de l'autre ;
mais Monfeigneur trouvant
à propos d'en difpofer autre.
GALANT. 321
I
ment , donna fes ordres pour
faire entrer dans fon Camp
l'Infanterie de cette Armée ,:
& Mr de Bouflers s'en alla
dans les Fauxbourgs d'Huy."
Une partie de la Cavalerie:
entra dans l'Armée de Monfeigneur
, & une autre groffit
le Camp volant de M' d'Har
court , qui changea de Camp,
s'avançant dans le Condros .
à une grande lieuë de Huy.
Monfeigneur fit enfuite des
détachemens pour Namur ,
& pour Charleroy , le dernier
fous le commandement
de M le Comte de la Morte.
322 MERCURE
& en vue de le faire avancer
felon les mouvemens des Ennemis
, pour joindre le Corps
que commandoit M' de la
Vallette ,jugeant que les Ennemis
ne pouvoient avoir
d'autre deffein que de tâcher
d'occuper le Camp de Courtray
, d'une grande confequencepour
les deux Partis,
fur tout nous en voyant beau
coup plus éloignez qu'eux .
La fuite a fait voir que les
conjectures de Monfeigneur
eftoient juftes.
L'Armée fubfiftoit com
modement au Camp de
GALANT. 323
>
Vignamont , où les Ennemis ne
croyoient pas que Monfeigneur
puft demeurer fix jours , & pour
une plus grande facilité d'avoir des
fourages , ce Prince avoit fait faire
des Ponts fur la Meufe & fur lá
Mehaigne , ainfi rien ne luy manquoit.
Cependant les Ennemis qui
prétendoient qu'il décamperoit faute
de trouver à fubfifter , furent
obligez de décamper les premiers.
Ce fut le 18. de ce mois , pendant
que toute la droite de l'Armée de
Monſeigneur & le quartier General
eftoient allez fort loin au fourage.
Sur l'avis que ce Prince eut de leur
marche , il fit tirer le Canon pour
faire revenit les fourageurs , & donna
ordre pour décamper , mais
il fut impoffible de marcher qué
3 fur les cinq heures du foir , avec
*
324 MERCURE
peu de Troupes , & le refte ne put
partir que le lendemain . Son in ,
tention eftoit d'aller camper cejourlà
à Auffoy ; mais il n'y eut pas
moyen. Le temps devint mauvais ,
la nuit tres- obfcure , & les chemins
eftoient fort méchans . Ainfi il falut
demeurer au Chafteau de Froi.
mont , autrement Nerville lés. Bois,
où Monſeigneur n'ayant pû avoir
ny mulets , ny petit équipage , coucha
fur de la paille dans une grange.
Le 19. il fit une grande marche ,
& vint coucher à vue des Ennemis ,
au Chaſteau de Soye fur la Sambre ,
deux lieuës au- deffus de Namur. Il
commanda en mefme temps qu'on
fift des Ponts fur cette riviere , car
il estoit important de la paffer , &
de marcher promptement pour prévenir
l'Ennemy. Les Ponts furent
>-
GALANT. 325
f
pa
faits avec une diligence extraordi
naire , & l'aile droite de l'Armée
pafla la riviere , & le refte lelende .
main 20. Pendant ce temps là
Monfeigneur alia à l'Arrieregarde
pour la foutenir , fi les Ennemis
roiffoient , mais ils n'y penferent
feulement pas. Si toft que tout fut
paffe Monteigneur fit matcher
PArmée par Brigades , afin qu'on
fit plus de diligence . Chacun out
fes ordres & utes quartiers , & Mr
le: Marefchal de Villeroy prit les
devants lavec quarante Efcadron's
pour joindre Mide la Valette , &
s'opposer aux Ennemis s'ils vou
loient tenter de paffer EEſcaut.
Monfeigneur campa ce jour-là au
Chafteaur de Saraftache , deux ou
Lois lieues au deffus de Charlerby ,
& le lendemain 21, il fic une fort
326 MERCURE
n
longue marche avec la feule Maifon
du Roy , répaffa la Sambre
à la Buffiere , & alla coucher à
Mons , où ce Prince fejourna le 22 .
pour donner temps aux Troupes de
savancer , voyant que les Ennemis
marchoient en adiligence pour ga
gner le Pofte de Courtray, Le mefme
jour, il donna ſes ordres pour
envoyer les gros Bagages par Valenciennes
, afin de fe rendre à
Tournaya, & pour tout ce qui pou
voit aiderl'Infanterie dans les mars
ches extraordinaires qu'elle avoit
faites & qu'elle faifoit & mefme
pour faire trouver affez de bateaux
à Condé pour la tranſporter jufques'
à Tournay , où il vint coucher let
23. Le Corps que commandoit M²)
le Marefchal de Villeroy eftoit déja
avancé jufques au Pont d'Efpierés s

GALANT. 327
·
& celuy de Mr de la Valette un peu
plus avant vers Courtray , & on
fçut que les Ennemis qui avoient
fait avancer le Corps que commandoit
le Duc de Virtemberg , & le
Comte de Thian , pour aller vers
Tournay , ayant paffé l'Escaut à
Oudenarde , marchoient avec toute
leur Armée , dans le deffein de paffer
l'Escaut au delà du Pont d'Ef.
pieres , entre les Villages de Hauserive
& de Boffu.
Monseigneur y
marcha en diligence le 24. & la
refte de l'Armée des Ennemis y
arrivant avec des Pontons pour
faire des Ponts fur l'Eſcaut , fut extrémement
ſurpriſe de voir de l'au❤
tre cofté foixante- dix ou quatrevingt
Efcadrons en bataille , & que
Monſeigneur y eftoit arrivé un peu
auparavant , avec la Maiſon du

328 MERCURE
7
Roy & des Dragons . D'abord Mr
l'Electeur de Baviere qui comman.
doit l'Avantgarde , ne le voulut pas .
croire , & moins encore le Prince
d'Orange , mais ils en demeure.
rent convaincus par leurs propres
yeux. Monfeigneur commanda
que les Troupes fe retiraffent pour
Jaiffer la liberté aux Ennemis de
faire autant de Ponts qu'ils vou.
doient. Ils en firent quelques uns ,
mais ils n'oferent tenter d'y faire
paffer perfonne On le tira de part
& d'autre quelques coups de Canon.
On campa les uns d'un cofté de
Efcaut & les autres de l'autre ,
& pendant toute la nuit les . Ennemis
ne fongerent pas à donner la
moindre alarme . Le lendemain 25.
la meilleure partie de l'Infanterie
atriya fur les dix à onze heures du
.
GALANT. 329.
A
ل خ
matin . Son zele pour le Service
du Roy , & les foins de Monfieur
le Prince de Conty luy avoient fair
faire cette diligence . Jamais on
n'a fait de fi longues marches avec
tant de viteffe , ny avec tant de
joye , malgré le mauvais temps ,
que dans l'efperance de combatre
les Ennemis fous les ordres de Monfeigneur
, qui alla de ſon coſté camper
à Courtray , & rompit par Jâ
les grands deffeins que les Ennemis
avoient formez , On avoit fait venir
de la Ville de Tournay des rafraif..
chiffemens pour les Troupes qui
pafferent par là . Elles eftoient for
le point d'en prendre , quand le
bruit courut que Monfeigneur pou
voit eſtre aux mains ; ce qui fit qu'elles
pafferent outré fans vouloir s'arrefter
un feul inftant
Aoust 1694. Ee
320 MERCURE
J'ajoute icy une Lettre écrite à
un Prince du Premier ordre , fur
cette glorieufe marche .

Du Campde Boffu, ce 25. Aouft.
ONSEIGNEVR ,
L'extrême diligence qu'on a faite
pour venir icy , a eu tout le furcés
que l'on pouvoit efperer On partit
hier matin de Tournay pour obſerver
les Ennemis , & venirjoindre
Mr le Marechal de Villeroy. Comme
on arriva à Hauterive , deux
petites lieues au deffus d'Epierre, on
vit une colomne des Ennemis arriver
en mefme temps de l'autre cofté de
l'Efcaut, & s'étendre fur le bord
Apeine les premieres Troupes furent
mifes en bataille , qu'elles tra-.
CALANT. 331
vaillerent à établir une Batterie
de fept à huitpieces de Canon , pour
battre le Village de Hauterive,&
empêcher noftre Infanterie de s'en
approcher. Elles commencerent à
faire des ponts. Elles avoient def.
fein de fe faifir du Chateau de
Hauterive, & à la faveur des
Troupes qu'elles y jetteroient , on
pretendoitfaire fept on buit ponts ,
fur lesquels elles auroient paffè ;
campiant qu'elles ne pouvoient trou.
vericy que les Troupes de Mr de la
Valette, ou cellesde Mrle Maréchat
de Villeray. Leur Canon n'empér
cha pas qu'on ne s'établit & qu'on
ne fe retranchaft dans le Villages
On fit enfuite une Batterie de fix
pieces de Canon qu'on avoit mené
de Tournay, & fur le premier bruit
du deffein des Ennemis , les Trou-
Ee ij
332 MERCURE
"
pes qui marchoieut jour & nuit de
puis Vignamont,firent de nouveaux
efforts , & toute la Cavalerie de la.
gauche , & peu de temps après celle.
de la droite , avec la Brigade des .
Gardes , & le Regiment de Maga.
lami , qui arriverent avant midy ,
& remplitent toute la plaine qui
eftoit vis à vis des Ennemis , qui
paroiffoient eftre tout au plus buit
ou dix mille hommes s mais on ne
Sçavoit pas file refte de l'Armée
n'eftoit point derriere eux . La journée
fe palla fans que cela grolift ..
Ils tirerent moins qu'ils n'avoient
fait le matin. Ils ne firent plus que
deux ou trois ponts , & enfin ce matin
ils fe font retirez , & ont joint
leur Armée , qui va camper ›
que l'on dit, à René. Ce n'eftoit
qu'une tefte , qui fur la confiance
à
ce
GALANT. 333
qu'ils avoient qu'il ne pouvoit yi
avoir icy que les Troupes de Mr
de Villeroy , venoit pour faire un :
paffage à toute leur Armée. On dit
qu'un autre détachement s'eftoit
avancé jusqu'à Oudenardes & y
avoit paffe ; mais la diligence incroyable
que l'on a faite les à dé- a
concertez, & tout a rejoint leur\
Armée. Monfieur le Duc de Char-)
tres s'eft donné des peines infinies,
dans tous les mouvemens précipitez
qui ont efté faits.
X
Je croy vous devoir parler de
l'adreffe de deux Carabiniers de
noftre Armée , qui voyant deux
Officiers qui fe donnoient de grands
mouvemens dans celle des Ennemis
, qui paroiffoit fuivre leurs ordres
, en choifirent chacun un ques
334 MERCURE
l'on vit auffi toft tomber & empor.
ter , & toute l'Armée Ennemie de.
meura fans action .
Je ne fçaurois trop vous entrete.
nir de la marche de Monfeigneur ,
dont on ne voit point d'exemple.
dans aucune Hiftoire. Ce Prince.
fit prés de dix huit lieues dans la
feule journée de Saraftache à Mons,
Cela eft inoüy pour une grande.
Armée , qui fouvent ne fait que
deux lieues par jour. Ainfi ces
grandes marches ne font dûes
qu'aux foins , & aux précautions
de Monfeigneur pour la faire aváncer.
Trois chofes devoient faire ar
river le Prince d'Orange lepremier :
à Courtray. Il avoit une journée
d'avance ; il marchoit par une efpece
de ligne droite ; & Monfeigneur
avoit à paffer , & à repaffer la Sam-
1
3
GALANT.
335
bre , ce qui fait perdre beaucoup de
temps à des Troupes . Cependant ,
ce Prince aprés avoir fait cinquante-
cinq lieues en cinq jours , a pré- »
venu les Ennemis qui prétendoient
paffer l'Escaut les premiers , entrer
dans nos lignes , & s'emparer de
Courtray , où Monſeigneur arriva
le 26. & l'Infanterie le 27. & le 28.
Le Prince d'Orange perfuadé quefon
deffein réüffiroit , avoit fait par
tir de Liege le 24 douze Regimens
d'Infanterie , & deux de Cavalerie
, & quatre autres Regimens :
de Maftric , qui le devoient joindre
dans nos lignes , & qui luy feront
prefentement à charge. Il eftoit
campé le 27. à V Vorteghen à une
lieue au-delà d'Oudenarde au couchant.
Monfeigneur eftoit campé le
mefme jour fous Courtray , le long
3
336 MERCURE
de la riviere du cofté de Harle-'
bec .
Je croyois avoir finy cet Arti-,
cle , mais de nouvelles circonftances.
m'obligent à le reprendre . Mr de
Virtemberg avoit paffé l'Eſcaut à
Oudenarde avec dix milleCheyaux ,
Mr de Baviere devoir jetter des
ponts , & paffer cette Riviere à la
faveur du Canon pour enlever
Mr.de la Valette , & les huit mille
hommes qu'il commandot , Ils devoient
enfuite s'emparer de Courtray
, rompre & ruiner toutes les
Lignes , demander quatre ou cing
millions de contribution , & faire,
le Siege d'Ipres ; c'eft ce qu'on a ap
pis de leurs deffeins . Je reviens à¸
ce qui regarde la prudence & la
conduite de Monfeigneur. Jamais
on n'a vû tant de mesures differentes
GALANT.
337
tes prifes en meſme temps ; les unes
pour que les Troupes marchaffent
par differentes routes , afin qu'elles
ne s'embaraffaffent point dans leur
marche ; les autres , pour en jetter
dans Courtray , où les Regimens
des Gardes Françoiſes & Suiffes
entrerent avant l'arrivée des Ennemis
, & les autres enfin pour faire
trouver du Canon fur le bord de
l'Escaut , celuy de l'Armée ne pouvant
ſuivre affez vifte. Mr de l'Arteloire
, Commiffaire de l'Attille
rie à Tournay , y en
amena . On
fe canonna de part & d'autre. Nous
n'avons perdu en cette occafion
qu'un Capitaine de Maulevrier , &
quelques Soldats. La perte des Ennemis
a paru plus grande.
Le 27. le Prince d'Orange n'avoit
pas encore paffé l'Elcaut.
Aoust 1694. Ff
338 MERCURE
Monfeigneur fit diftribuer à toute
l'Armée qui défila par Condé , du
Brandevin & de la Bierre , dont
chaque Soldat eut une meſure rai
fonnable. Ce Prince donna ordre
auffi ,,qquuee les Troupes trouvaffent
des Chariots , fournis par les Payfans
, pour tranfporter les hardes
de chaque Regiment.
Je croy devoir vous parler encore
, en fermant ma Lettre de la fi .
tuation où fe trouvent les affaires
generales. L'Armée de Monfeigneur
afait un grand fourage à Saint
Eloyvive . Le bruit court que le
Prince d'Orange a paffé l'Eſcaut à
Oudenarde & aux environs , &
qu'il marche mefme pour paffer la
Lys . Monfeigneur a envoyé à Furnes
plufieurs Ingenieurs , & des
Troupes pour en renforcer la gar,
GALANT. 339
hifon , qui eft prefentement de plus
de deux mille hommes. Il y a un
grand nombre de Pionniers dans
l'Armée des Ennemis. Le Prince
d'Orange voyant fon premier deffein
rompu , voudroit bien prendre
de plus juftes meſures , pour rétablir
fa reputation , & remporter quelque
avantage cette Campagne . Il luy
fera difficile d'en rendre un bon
compte aux Alliez , & il eft furpre-
$ nant qu'avec une Armée beaucoup
plus nombreuſe que celle de Monfeigneur
, il ait laiffé manger tous les
Pays-Bas , par les François ; ce qui
doit faire connoiftre à la Ligue qu'-
elle n'executera jamais aucun des
projets formez contre la France.
1.
Le 25. de ce mois , toutes les
Troupes de Piémont eftoient enco
re dans leurs mefmes Camps. Le
Ff ij
340 MERCURE
Duc de Savoye a enfin commencé
à fe démentit, & ce Prince accompa
gné du Prince Eugene , s'eftant approché
de Cafal , comme pour reconnoiftre
le lieu par où on pour
roit l'attaquer , on luy tira quelques
volées de Canon , enfuite de quoy
il fe retira, Quoy que la Place foit
fort ferrée , Mr de Crenant en
ayant faitfortir deux Partis , ils font
revenus avec un grand nombre de
boeufs . Mr de Savoye n'oublie rien
pour cacher le deffein qu'il a d'attaquer
Suze au commencement de
' Hiver. Il fe perfuade que nos
Troupes ne pouvant en ce temps,
là demeurer fur la montagne , il
luy ſera aiſé de venir à bout de fon
entreprife ; mais il y a long temps
qu'il prend de faufles mesures ,
Le 14. de ce mois , douze GaleGALANT:
34
KA
-ns
0024
A
res d'Efpagne canonnerentquelque's
Tartanes dans le Port de Blanes ;
elles s'éloignerent aprés avoir inutilement
tiré deux cens volées dé
canon. Elles avoient deffein de brû .
fer ces Tartanes , mais elles n'oſe ,
fent l'entreprendre , Mr de Noail .
les ayant fait garnir de moufquetaires
quelques rochers voifins . Les
Habitans de Barcelone difent que
fi la Flore fe retire , ils fe rendsont
à Mr de Noailles. Les Genois ap .
prehendant qu'on ne leur faffe une
querelle d'Allemand ; ont mis deux
cens pieces de canon , & trente - fix
mortiers fur leurs ramparts : Ils
ont neuf mille hommes dans leur
Ville,
La Flote de Barkley a efté vûe devant
Huiffant proche de Boulognes
elle a toujours efté battue des
Ff iij
342 MERCURE
vents depuis qu'elle s'eft remiſe en
mer.
Les affaires d'Allemagne font
dans l'état que je vous l'ay marqué .
Onajoute feulement que vers la fin
du mois , l'Armée pourra marcher
du cofté de Sobernheim. Rien ne
marque mieux la foibleffe de l'Armée
de l'Empereur en Hongrie que
fon inaction. L'Armée des Turcs
n'eftant pas encore arrivée elle auroit
agy , fi elle avoit efté en eſtat
d'entreprendre. Le Grand Vizir devoit
partir le to . de Juiller . Il n'a
accepté ce grand employ qu'à condition
qu'il mettroit fes amis dans
tous les Poftes importans ; ainfi il
ne craint point de cabales . Le Grand
Seigneur eft guery de fon enflure ,
il monte à cheval , & ne refpire que.
la guerre. Il va fouvent vifiter fon
GALANT. 343
2
:
Camp incognito , pour examiner
fi les Troupes font en bon eftat .
Je viens d'apprendre la mort de
Mr le Marefchal de Humieres ; je
vous en entretiendray le mois prochain.
Je fuis , Madame , & c.
A Paris ce 31 Aouft 1964.
APOSTILLE.
و
J'apprens en ce moment gue
Monfieur le Duc du Mayne a esté
nommé Grand Maiftre de l'Artil
lerie ; que Mr le Marefchal de Bou
fers a eu le Gouvernement de l'Ifle ,
& des Pays conquis 3 que le Prince
d'Orange eft encore à Deinfe , &
que la Flote de Ruffel eſt affoiblie
de huit à neuf mille hommes , moi,
tié morts , moitié malades , dont il a
débarqué quatre mille dans fa route,
SS22555 525 2555222
TABLE.
P
Relude .
Sonnet: 13
Détail du Siege de Pondichery, 15
Sonnets fur diversfujets.
Ode..
Belle aflion.
1 ་
169
71.
87
Lettre de Mr l'Abbé Nadal. 89.
Orage.
Les Sots de Beaune.
Le Jeu de Paume.
"
95
..
702
708
Deffein du Feu de Toye fait à
Lyon.
111
Madrigaux.
129
Stances
130
Autres Madriganx. 133
TABLE.
Traité des Mouches à miel. 137
Nouvelles de Touraine. 147
Recueil des Lettres de divers Papes.
Nouvel Eftat de la France .
254
155
Quatrième Partie des Voyages
Hiftoriques. 158
Mappemonde nouvelle . 159
Confeil donné à l' Efpagne. 167
Sonnet du Pere Mourgues à Mrde
Noailles. 171
Anagramme du Pere l'Heritier
174
Hiftoire. 175
Rondeau, 200
Nouveaux Bouts - rimez 202
Thefede Mathematique.
Morts.
Ceremonies faites à la reception
des nouveaux Chevaliers de l'or
dre de l'Elephant. 227
206
213
TABLE.
Enigme.
Autre Article de Morts,
243
246
Election de deux nouveaux Echevins.
Nouvelles d'Alemagne.
Nouvelles de Hollande,
248
1253
279
Reception de Mr l'Abbé Boileau à
Academie Françoife: 289
Ce qui s'eft passe à l'Academie
Françoife lejour de Saint Louis-
294
296
Dictionnaire de la mefme Academie
prefente au Roy.
Dictionnaire univerfel des termes
des Arts , & des Sciences. 301
Troifiéme partie de la Geographie
ancienne , moderne , & hiftorique.
304
Iournal de l'Armée de Flandre . 305
Nouvelles de divers endroits . 338
C
Avis pour placer les Figures
La Figure doit regarder la page
229.
L'Air doit regarder la page 242
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le