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1694, 07
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Eur.
511
m
1694.7
Eur
. 511
m
16947
Mercure
MSB
<36624511620013
< 36624511620013
Ва
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUILLET 1694
A PARIS ,
Chez MICHEL BRUNET , Grand'Salle
du Palaau Mercure Galant
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau &
Vingt- cinq fols en Parchemin .
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juftice.
T. GIRARD , au Palais, dansla Grande
Salle , à l'Envie.
Et MICHEL BRUNET, Grand'Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. DC. XCIV . »
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
L
Q
AVIS .
Velques prieres qu'on ait
faites jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les
Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas d'y
manquer toûjours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelquesuns
de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On reitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires,
& l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour , pourvû
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
AVIS
priefeulement ceux qui les envoyent,
& fur tout ceux qui n'écrivent que
pour faire employer lears noms dans
Particle des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'onfaffe ce qu'ils demandent.C'eft
fort peude chofe pour chaque particalier,
& le tout enfemble eft beatcoup
pour un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure, a rétably les
chofes de maniere qu'il est toujours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne,
ilfera partir les paquets de ceux qui
le chargeront deles envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin, Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
longtemps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées , mais auſſi
les Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant.Ceux
qui fe le font envoyerpar leurs Amis
fans en charger ledit Branet , s'exposent
à le recevoir toujours fort
tardpar deux raifons. Lapremiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
le venirprendre fi- tôt qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant que l'on en falle le
debit; & l'autre, que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont lû eux & quel
ques autres à qui ils le prefent , ils
rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que !a
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet,puis qu'il fe charge de faire
A iij
AVIS.
les paquets luy mefme & de lesfaire
porter à la pofte on aux Meßagers
fans nul intereft , tantpour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite , ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à la fin
dumois , on les joindra au Mercure,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera executé avec
une exaltitude dons on aura lieu,
d'eftre content.
MERCVRE
GALANT
JUILLET 1694.
I
E fatisfais , Madame , à
ce que vous avez fouhaité
de moy , en vous
envoyant le Sonnet qui a
remporté le Prix fur le fujet
propofé par l'Academie
de
Touloufe , qui a pris le nom
A iiij
8 MERCURE
de Lanterniftes . Comme il
eft à la loüange du Roy , &
qu'on y trouve en quatorze
Vers un Portrait de ce Monarque
auffi vif que reffemblant
, je ne puis donner à
cette Lettre un commencement
qui vous foit plus agrea.
ble. Lifez ; vous l'auriez vousmeſme
trouvé digne du prix
dont on l'a récompenſé , fi
vous aviez efté du nombre
des Juges .
GALANT: 9
SONNET.
Rand Roy , dont jadis Rome
I euft adore le
G
Bufte ,
Tu fçais malgré l'horreur des frimats
, des
Hater de tes Lauriers les fertiles
glaçons ,
moiffons,
Mars ne parut jamais fifier ny fi
robufte .
2
Tout tremble , tout fe rend à ton
1
aspect
augufte,
Ton exemple fournit d'heroïques
Peut-on affez vanter par de nobles aſſez
chanſons ,
Vn Vainqueur comme toy fage ,
intrepide ,
jufte?
leçons.
10 MERCURE
2
An comble de la gloire on te voit
fans orgueil,
A l'air majestueux tu joins un doux
accueil ,
Tes progrés ont toujours ta clemence
pour
S
digue.
Decent Peuples unis tu romps tous
les
Et ton coeur attendri du fang qui
ſe
refforts ,
prodigue ,
tranſports.
Sacrifie à la Paix fes plus vail-
Lans
PRIERE .
Seigneur , daigne appaifer tant
d'horribles tempeftes 5
Prens foin d'un Roy fameux par
mille exploits divers.
GALANT: II
Il eft preft à borner le cours de fes
conqueftes ,
Pour le repos de l'Vnivers.
Mrs de l'Academie des Lanterniftes
ayant voulu rendre
ce Sonnet public , l'ont fait
préceder par ce que vous allez
lire..
Nous avons eu cette année un
fi grandnombre de Sonnets , qu'on
peut croire que noftre deffein n'a
pas déplú aux honneftes gens ,
particulierement à ceux qui font
profeffion des belles Lettres . On a
examiné avec beaucoup d'exactitude
tous les Ouvrages qui nous
ont efté envoyez. C'est une loy
Ï2 MERCURE
parmy nous , de ne regarder que
le merite des Vers ; & pour n'avoir
rien à nous reprocher dans
ces fortes de décifions , on a foin
d'y appeller des Perfonnes de qua.
lité , & dont le gouft exquis &
l'érudition profonde ont dequoy,
garantir noftre conduite , & prévenir
toutes les plaintes qu'or
pourroit faire la deffus . M lé
Chevalier Dupont de Caſtelfarrafi
, & Major d'Infanterie en
Danemarck a remporté le Prix.
On a mis icy fon Sonnet accom
pagné de deux autres . Nous aurions
fouhaité d'y joindre encore
tous ceux qui nous reftent , mais
GALANT. 13
il auroit fallu faire un volume.
Il ne s'eft jamais vu unefi grande
émulation fur le Parnaffe.
■ On s'eft piqué à l'envi de remplir
nos Bouts- rimez propoſez à la
- loüange du Roy ; ila bien paru
les Auteurs eftoient moins
animez par l'espoir de la récom
- pense que nous avions promiſe ,
que par l'ardeur du zele que tout
le monde fent naturellement pour
la gloire d'un Prince qu'on nepeut
aſſez louër.
que
Pour vous faire mieux connoiftre
Mr le Chevalier Dupont
, dont il vient d'eftre
parlé , je vous diray qu'il eſt
14 MERCURE
de Caftelfarrafi en Languedoc
, Major d'Infanterie en
Dannemarck , & Ajutant general
de Mr le Duc de Guldenleu
, Viceroy de Norwege,
& Generaliffime des Armées
de S. M. Danoife . M ' du Pont
de Bay - Surbay - Rochefort ,
Seigneur de Viviers & Miremont
, Chevalier de l'Ordre
du Roy, & Capitaine des Grenadiers
du Bataillon Colonel
de Navarre , eft Frere de ce
Chevalier.
J'ajoûte les deux autres
Sonnets , que l'Academie des
Lanterniftes a fait imprimer
GALANT . IS
avec celuy qui a remporté le
1 prix..
SONNET.
Ven tous lieux de Louis on
éleve le Bufte,
Ce Prince tous les ans au mépris
des
En cueillant de Lauriers les fertiles
glaçons ,
moiffons,
Dans les travaux de Mars laffe le
plus
$
meux
robufte.
Alexandre , Hannibal , & le fai
Auguſte,
leçons .
De ce fier Conquerant auroient pris
des
Ses hauts faite , des neuf Soeurs
épuifent les chanfons ,
16 MERCURE
Louis eft un Heros & plus grand
& plus
$
jufte.
De tous fes Ennemis il abattra lorgueil
,
Ils iront à fes pieds tenter un doux
accueil,
Ce torrent de valear ne trouve point
de
2
digue .
Conire luy vainement ils meuvent
leurs refforts;
Il n'a pas un Sujet qui de fonfang
prodigue,
tranfports ,
Ne cherche à luy marquer fes plus
ardens
PRIERE.
Conferve nous , Seigneur , le plus
grand desHumains,
Le foutien de l'Etat , l'appuy de
ton Eglife,
GALANT. 14
X
Et ne fouffre jamais qu'un Ennemi
détruife
Ce bel Ouvrage de ses mains.
AUTRE.
Grand Roy , qu'on doit d'honneur
à ton nom , à ton Buft :!
En dépit des torrens , des frima is ,
des glaçons
Tu fais au champ de Mars dimmortelles
moiffons ,
L'Aigle n'eft devant toy vaillante
, ny
25
robufte.
Ta conduite à la fois fage , prudente
, augufte,
Du grand art de regner fait de nobles
leçons ,
Lesplusfameux Pinceaux , les plus
doltes
Juillet
1694.
chanfons ,
B
18 MERCURE
N'ont rien pour te louer d'affez
vif, d'affez
S
jufte .
Tu triomphes toujours fans fafte &
orgueil ,
Terrible par ton bras , charmant
Jans
par ton accueil,
Tes rapides exploits ne trouvent
point de
2
digue.
D'une Ligue en fureur tu brifes les
refforts ,
Et pendant que le Ciel (a faveur
prodigue,
tranſports.
Naflau confus fe livre aux plus
te
jaloux
PRIER E.
Seigneur , qui de Louis vois l'are
deur & la foy ,
GALANT:
19
Daigne benir toujours fes deffeins
& fon zele ,
Puis qu'à tes faintes Loix fidelle,
Il combat moins pour luy qu'il ne
combat pour toy.
L'Ouvrage
qui fuit eſt de
M'Verduc
le jeune . La ma .
tiere en eft fi belle & fi noble
, qu'elle doit vous faire
juger de fon efprit , puis qu'il
n'y a jamais eu que d'habiles
hommes
qui ayent entrepris
de la traiter.
Bij
20 MERCURE
5252522222 5525552
L'IMMORTALITE' DE
de l'Ame.
I
Ly a eu peu de Philofophes
anciens qui n'ayent crû l'immortalité
de l' Ame ; car pour les
autres qui l'ont niée , ce n'a efté
que pour n'avoir pas connu fa
nature, qui la fait eßentiellement
differer du corps , & auffi pour
avoir trop
attribué aux perce
ptions des fens. Maisfans nous
arrester à refuter leurs erreurs ,
confiderons premierement quelle
peut eftre l'effence de l'Ame , &
GALANT. 21
voyonsfi defon idée nous pourrons
conclure qu elle doit eſtre immortelle.
Il eſt
naturellement connu que
le neant n'a
'a aucune proprieté,
car on ne peut pas dire que le rien
échauffe , refroidiffe , qu'il entend
& qu'il veur ; mais que par tour
l'on trouve quelques proprietez
, il faut qu'il y ait un fujet
dont elles dépendent La mefme
lumiere nous apprend que deux
fubftances font differentes , quand
lee proprietez de l'une ne ſe peuvent
rapporter à celles de l'autre.
Ainfi , puis que la pensée ou l'intelligence
ne renferme rien de
22 MERCURE
corporel dans fon idée , & que
l'idée du corps n'enferme auffi pareillement
aucune chofe qui penfe,
nous devons conclure que lafub-
Stance penfante & la fubftance
corporelle font entierement diffe.
corps,
rentes l'une de l'autre , & que par
confequent noftre Ame est réellement
diftincte de noftre corps . Je
ne croy pas qu'on nie cette diftin .
Etion qui eft entre l'ame & le
pourvu que l'on examine foigneufement
toutes les proprietez de
l'une de l'autre. Par exemple,
la principale proprieté du corps eft
d'eftre une fubftance étenduë en
longueur , largeur & profondeur,
GALANT: 23
qui estcapable de recevoir diver
jes figures , & qui eft avec cela
indifferente au mouvement & au
repos. Voilà ce qui convient generalement
à toutes fortes de corps .
Nous difons que c'est une fubftan.
ce , parce que nous la concevons
Subfifter par foy mesme , fans
qu'elle ait befoin des autres chofes
créées pour eftre , quoy que cependant
elle ne puiffe eftre un moment
fans le fecours de celuy qui
créée.
l'a
Pour ce qui eft de l'ame , fa
proprieté effentielle est la pensée,
& tout ce qu'on peut raiſonnablement
luy attribuer contient en
24 MERCURE
Soy de la pensée ; comme , par
exemple , le fentiment , l'imagination
& la volonté ne sçauroient
cftre fans unefubftance penfante
à cause que le neant ne peut avoir
aucune proprieté. Prefentement
que nous connoiffons la difference
qui eft entre l'ame & le corps , il
ne fera pas difficile de faire voir
qu'elle doit éternellement fubfifter,
car fçachant une fois que Dieu
qui en eft l'Auteur eft immuable,
& qu'il agit toujours d'une mêmeforte
, l'on doit conclure qu'elle
eft immortelle
Il n'y
qui ne prouve
cette façon
d'agir
a rien dans le monde
qui
GALANT.
25
+
qui eft en Dieu , à des perfonnes
attentives qui metttent bas leurs
préjugez, & qui ne raisonnent
que fur les idées claires & dif
tinctes qu'elles ont des chofes ; car
en effet pourquoy un corps continue
t il coujours de fe mouvoir ,
quand il ne trouve rien en fon
chemin qui l'arrefte finon qu'à
cauſe que Dieu eftant la veritable
caufe de fon mouvement , le veut
toujours en mefme eftat?
Dieu qui conferve l'ame, comme
nous venons de dire , ne peut
pas ne la vouloir plus conferver ,
quand nous fortons de cette vie,
à cause qu'il agit toujours d'une
Juillet 1694. C
26 MERCURE
meſme forte , &que la mort n'étant
rien autre chose que la diffolution
des du corps
, organes
l'occafion defquels noftre amerece
voitplufieursfortes de penſées, ne
peut la détruire, ny empêcher que
"Dieu ne la conferve toujours .
DE
L'EXISTENCE
de noftre Corps , & de
celle noftre Ame.
Voy que les anciens
Philofophes
ayent diftingue
en toutes
chofes l'eſſence
de l'exiſtence
,
nous dirons que c'eft mal à propos,
puis que l'effence
& l'existence
du
corps nefont qu'une
même choſe;
GALANT. 27
que
car l'étendue estant l'effence du
Jo. corps , en est en mefme temps
¡ l'existence, vu qu'un corps ceffant
e. d'estre étendu n'est plus . Il en eft
m de mesme de l'effence & de l'exiftence
de l'ame , qui ne confistent
dans la penfee. Il est vray
que le Corps & l'Ame font deux
Cl chofes fort differentes , & qui
n'ont nulrapport entre elles , mais
cela n'empêche pas que l'eßence
l'existence du corps ne confif.
tent dans l'étendue , & l'effence
& l'existence de l'Ame dans la
penfee
.
Quant à l'effence & l'exif-
Etence du corps humain , on peut
Cij
28 MERCURE
dire avec beaucoup de raifon qu'il
a efté dés la Creation du monde
dans un parfait arrangement de
toutes fes parties. Il ne femble
pas qu'on puiffedire la même chofe
au regard de l'Ame ; fçavoir
qu'elle a efté jointe dés le commencement
du monde au corps ,
car il eft vray femblable que Dieu
ne l'a créée , & jointe à nos corps
que
dans le temps qu'ils fe font
developez , & qu'ils ont eu une
groffeur confiderable. Pour vous
prouver que nousfommes organifez
dés la creation du monde ,
n'y a qu'à vous faire voir que la
generation des animaux fe fair.
il
GALANT. 29
dans des oeufs , où ils font renfermez.
L'exemple des animaux ,
tant aquatiques que volatiles &
terrestres , nous en fournira une
preuve convaincante , car ce qu'on
nomme la graine dans les plantes,
n'eft autre chose que la plante toute
entiere , puis qu'en
la regar.
dant avec un bon Microscope , on
la voit toute formée . La même
chofe fe voit encore dans les oeufs
des Animaux. Si l'on fe donne
la peine de regarder avec un Mi.
croſcope un auf de grenoüille, l'on
verra que la grenouille y est toute
entiere ,
formée. Ainfi il y a lieu de penfer
parfaitement bien
C iij
30 MERCURE
affez raisonnablement
que
Dien
créa au commencement du monde
tous les Animaux que nous
voyons s'engendrer , & qu'il les
renferma dans des femences qui
deviennent fecondes avec le
temps, & qui s'augmentent telle.
ment peu à peu , qu'enfin les animaux
qui y sont renfermez deviennent
fenfibles , &fortent de
leurs coquilles
.
Si ce raisonnement paroist
paradoxe à quelques perfonnes ,
on les prie de confiderer la
que
puiffance de Dieu eft infinie ; que
l'efprit de l'homme est finy
borné dans fes connoiſſances , &,
GALANT.
31
qu'enfin ily adans le monde une
infinité de chofes que nous conce →
vons distinctement
, quoy que
nous ne les comprenions pas toutes
d'abord. Ne concevons- nous
= pas que la moindre portion de
matiere est divifible en deux autres
, dont chacune peut encore
estre divifée par la moitié , &
neanmoins qui est - ce qui peut
comprendre commentfe fait cette
divifion indefinie ?
Si nous voulions parler icy
des parties qui entrent dans la
compofition d'un Ciron , comme
par exemple , de fon cerveau , de
fon eftomach , de fon coeur, de fon
C iiij
32 MERCURE
foye , en un mot,de toutes les parties
quifervent à le faire vivre , ne
Jerions - nous pas contrains d'avouer
franchement la petiteſſe de
nostre efprit , qui nefçauroit comprendre
celle que doivent avoir
les dernieres parties qui entrent
en la compofition d'un Eiron, &
en même temps d'admirer com.
bien est, grande la puiſſance du
Createur en ce qu'il afait ?
Cet exemple nous doit fervir à
mieux juger des oeuvres de Dieu,
& à ne pas penser que
les chofes
que nous ne sçaurions embraffer
de l'efprit ne font pas , comme il
arriveroit , fi nous ofions affurer
GALANT. 33
་ qu'il ne fe peut faire , qu'un arbre
, par exemple , en contienne
un nombre indefiny d'autres renfermez
dans des femences ; car
ce feroit prefcrire des bornes
l'action de Dieu , & croire qu'il
n'y a rien qui ſurpaſſe la capacité
de l'esprit humain.
Il ya quelques mois que je
Vous appris la mort de Madame
la Comteffe de la Vauguion
, Princeffe de Carancy,
Marquise de Saint - Megrin ,
& Heritiere de ces trois Maifons.
Son corps fut mis d'abord
en dépoft fous un Dais
34 MERCURE
au milieu de la Chapelle du
Chasteau de Saint-Megrin en
Xaintonge , fur une eftrade
de trois marches , couverte
de noir , & entourée de plufieurs
flambeaux d'argent. La
Chapelle eftoit rendue de
drap noir depuis le haut juf
qu'au bas , & le Corps , auprés
duquel deux Recollets
prioient jour & nuit , y eftant
refté jufqu'au 23. de May ,
ce jour- là , aprés un Service
folemnel qu'on celebra dans
cette Chapelle , il en fut tiré
pour eftre conduit dans celle
du Chateau de la Vauguion
GALANT.
35
en Poitou , dans la maniere
qui fuit. Un Caroffe drapé à
fix chevaux enharnachez de
enoir, dans lequel eftoient M²
le Prieur de Buxerolles , & M²
aleCuré de Saint- Megrin, marechoit
le premier. On voyoit
enfuite plufieurs hommes à
cheval , veftus de noir avec
S de grands crefpes à leurs chapeaux
, tous Domestiques
de cette Comteffe , & de Mr
le Comte de la Vauguionfon
Fils , & portant chacun un
gros flambeau de cire blanche
allumé. Immediatement
aprés cux marchoit le Corps.
36 MERCURE
de Madame de la Vauguion ,
dans un chariot àfix chevaux,
drapé de noir,fur lequel eftoit
une repreſentation
couverte
de Velours noir , croiſé de
moire d'argent , bordé d'her.
mine , & ayant aux quatre
coins les Armes de cette
Comteffe , qui font d'Eſcarsla
Vauguion , écartelées de
Bourbon Carency , & fur le
tout de Stuer , partie de Que
len de Broutay , qui font les
Armes de fon premier Mary ,
couronné d'une Couronne
Comtale ,furmontée deFleurs
de Lis ; comme eftant iffuë &
GALANT.
37
Heritiere du Prince de Bourbon
Carency , & aprés le
Chariot eftoient deux Gentilshommes
de la mefme Da
me , fuivis d'un autre Gentilhomme
de M❜le Comte de la
Vauguion,qui avoit la charge
du Convoy. Il paffa le mefme
jour à Angouleſme , & il y
fut receu avec la plus grande
affluence de peuple qu'on y
ait jamais vû , par tous les
Curez , & au fon de toutes les
Cloches de la Ville .
Le lendemain,à deux lieuës
du Chateau de la Vauguion
,
il fe trouva plus de deux cens
38 MERCURE
Chevaux de la Terre de la
Vauguion , pour faire honneur
au Corps de cette Dame
, & le tout marchant en
tres bon ordre arriva à ce
Chafteau fur le foir. Un grand
nombre de Curez , conviez
pour l'enterrement, allerent à
cinq cens pas au devant du
Corps , fuivis du Capitaine
du Chafteau de la Vauguion
à la tefte des Gardes Chaffe
de ce Comté , des Senechaux
de la Vauguion , du Broutay ,
Saint - Megrin & de Varaignes
, & du Maiſtre d'Hoſtel
de M de la Vauguion , por ,
de
GALANT.
39
tant une Couronne fur un
carreau de velours noir , couverte
d'un grand crefpe. Le
tout rentra dans le Chafteau
de la Vauguion en l'ordre
fuivant. Le Clergé le premier,
le Capitaine du Chafteau fuivi
de ſes Gardes enſuite , &
aprés luy les Domestiques
qui eftoient defcendus de
cheval , & qui portoient toujours
leurs flambeaux de cire
blanche. Ils précedoient le
Maistre d'Hoftel de M' de la
Vauguion , portant la Couronne
, & fuivi du Corps couvert
du Poële, dont les quatre
40 MERCURE

coins eftoient portez par les
quatre Senechaux
cy- deffus ,
aprés lequel marchoient
les
trois Gentilshommes
dont
on a parlé. En rentrant
dans la Baffe- court du Chafteau
, il ſe fit une décharge
de trois pieces de Canon . La
porte du Donjon de ce Chafteau
eftoit tenduë de noir,
ayant un grand Ecuffon de
toutes les Alliances de feuë
Madame de la Vauguion. La
court du Donjon eftoit tenduë
d'un lez d'étoffe noire, &
la Chapelle de ce Chafteau ;
qui eft fort grande & fort
GALANT. 41
magnifique , eftoit toute tenduë
de noir depuis le haut
juſques au bas , avec un grand
nombre de Cierges . Au milieu
il y avoit une eftrade de
trois marches , couverte de
noir , & au deffus un Dais de
velours noir à frange d'argent
fous lequel fut mis le Corps ,
& dans ce moment il y eut
une feconde décharge de
Canon du meſme Chasteau
qui en fit une troifiéme quand
le Corps fut enterré. Le tout
fe fit par les foins de M' le
Marquis de Saint- Megrin ,
Fils nnique de Madame de la
Fuiller 1694. D
42 MERCURE
Vauguion , & de feu M² le
Comte du Broutey , fon premier
Mary, lequel dés la mort
de M de la Vauguion
, a pris
le nom de Comte de la Vauguion
, comme en eſtant heritier
& poffeffeur
.
Je vous envoye le Plan de
la Ville de Palamos , avec les
Travaux qui ont efté faits
pendant le Siege . Je puis vous
affurer que c'est celuy qui a
efté levé fur les lieux Si ceux
qui ont efté donnez au Public
eftoient veritables , on
y auroit marqué les Travaux ;
GALANT. 43
mais pour fatisfaire la curiofité
, on luy donne des Plans
imaginaires , dans le moment
méme qu'on apprend la nouvelle
de la prife d'une Ville ,
fans faire reflexion qu'on n'a
pas encore eu le temps de les
apporter. On a joint le Chafteau
à la Ville dans le premier
Plan qui a efté donné
au Public , & qu'on fuppofe
avoir efté levé par ordre du
Roy. Cependant vous pouvez
voir par celuy que je
vous envoye , de combien il
en eſt éloigné .
Je vous ay fouvent parlé de
Dij
44 MERCURE
l'Academie d'Angers . Elle
continue à ſe diſtinguer , &
s'applique à tout ce qui regarrde
les belles Lettres , avec un
foin tres particulier .Elle vient
de diftribuer les Prix donnez
Mr le Pelletier , Evelque
d'Angers , qui eft de ce Corps
illuftre Celuy de Vers a eſté
remporté par M ' l'Abbé Bardou
. Vous jugerez de la beauté
de fa Piece en la lifant.
par
GALANT.
45
22222552225522255
LA VICTOIRE
de la Marfaille.
Voy, toujours des Combats ?
toujours dans la Villoire
Nous verrons - nous reduits à chercher
noftre gloire ,
Et pour nous aujourd'huy n'eft il
plus d'autre employ ,
Que de porter par tout le carnage
& l'effroy
Dans les
retranchemens profonds ,
inacceffibles ,
Najan voit penetrer nos Efcadrons
terribles ;
Ses Bataillons rompus , dans l'onde
renversez
46 MERCURE
Les morts & les mourans l'un fur
l'autre entaſſez,
Sur le Fleuve groſi du ſang & du
carnage ,
Luy font dans fa déroute un horrible
pallage.
Mais , Vainqueurs à regret , &
cruels malgré nous >
Nervinde , tu devois finir noftre
Couroux.
Quel'nouveau temeraire au champ
de la Marfaille
A nos Chefs redoutez vient offrir
la Bataille ,
Du François adouci ralumer la
fureur ,
Ila valeur?
Et fournir coup fur coup matire à
Contre nous , jeune Prince, ècoate
moins ta haine.
Te voy fur quel espoir tu defcens
dans la plaine
GALANT.
47
Tu crois pouvoir combattre & défaire
un party ,
Où l'on ne vois briller ny Chartres ,
ny Conty
Mais loin d'eux vainement ta valeur
fe bazarde :
Tuvas trouver encor le Vainqueur
de Stafarde,
Qui brûle de payer par un nouvel
exploit ,
Lesfaveurs qu'à fon Roy tout récemment
il dott.
Connois par tes malheurs ce Heros
magnanime;
De Turenne & Condé le double
efprit l'anime.
Attentifaux deffeins qu'il luy faut
mediter
[ executer ;
Prompt à faifir l'inftant qu'il doit
Toujours quelque action décifive ,
éclatante ,
48 MERCURE
Vient de fes longs projets récompenfer
l'attente .
Voy deux Freres vaillans , digne
fang des Bourbons ,
D'un air qui promet tout , ranger
nos Bataillons.
Chez tous , la mefme ardeur dans
les yeux fe remarque ,
Tu connois à ces traits le bonheur
du Monarque ;
Ailleurs plus neceffaire , à fes moindres
Soldats
Ilfemble avoir prefté fon courage
& fon bras.
Son Armée en fureur inspire
vangeance. I clemeuce.
Luy feul refervé la Louis s'eft à luy feul
Mais , clemence inutile à ton coeur
obftiné.
Déja pour le Combat le fignal eft
donné.
Ie
GALANT:
49
Ie vois , au premier fon des
Trompettes bruyantes ,
Marcher vers l'Ennemi nos Troupes
foudroyantes.
Catinat , à la droite , attache le
combat ,
Vendofme, fur la gauche , anime le
Soldat.
Tout s'ément , tout s'ébranlé , & du
choc le plus rude
Le Salpeftre allumé devient l'afe
freux prelude.
Mais le François d'abord , pour
affurer fes coups , [ couroux.
Du fer étincelant veut armer fon
En vain da plomb mortel l'effroya .
ble tempefte,
Dans fon abord affreux femble luy
dire , arrefte ?
Fidelle à fon devoir , fon invincible
coeur ,
Juillet 1694.
E
fo MERCURE
Ainfi qu'à la pitié , devient fourd à
la peur
.
D'un air impetueux , & d'un air
intrepide ,
Il porte dans lesrangs le tranchant
homicide.
Qui le fuit , fur fes pas fent voler
le poignard ;
Qui veut luy refifter perit un peu
plus tard.
Lefage General , parmy lefer , la
Alâme ,
Dans un noble fang froid fçait
maintenir fon ame.
Tel,en butte aux fureurs des Aquilons
divers , [ milieu des airs.
L'Aigle tranquille & fier plane au
Bien toft , fous nos efforts , tout
s'enfonce , tout plie :
Schombergpour quelque temps fou
tient &fe rallie.
GALANT . SI
1
Da Prince en fa déroute il eft encor
l'espoirs
Sous luy nos Revoltezfont trop bien
leur devoir.
Soumis par leur revolte aux loix
d'un nouveau maifire ,
Lear valeur pour François les fait
toujours connoiftre.
On s'arrefte , on fe trouble à leur
premier afpect :
Leurs vifages , leurs noms tiennent
dansle refpect.
L'uny voit fon Ami , l'autre y re
marque un Frere ,
Chacun fe trouve en teſte un trop
cher adverfaire.
Mais à leur perfidie on ouvre enfin
les
yeux ,
I dieux
.
La
noire
trahifon
nous
les rend
o-
Plus
fort
que
l'amitié
, l'amour
de
la
juftice
E ij
52 MERCURE
Porte an fond de nos coeurs l'Arreft
de lear fupplice;
Et d'un bras que conduit l'heroique
fierté ,
Sur eux , au mefme inftant , il eft
executé.
Ainfi vit Ifraël fous une main
hardie
[ impie.
Expirer du Veau dor l'adorateur
L'Hebreu contre l'Hebreu faintement
inhumain ,
Dans le fang le plus cher ofa tremperfa
main.
La nature en fremit, mais une Loy
plus pare
Impofa dans les coeurs filence à la
nature.
François , vous imitez leur pieufe
fureu ,
Comme eux vous confacrez votre
main au Seigneur ;
GALANT:
$ 3
A fon Prince, à fon Dieu , cette
troupe rebelle ,
Vous couvre avec fon fang d'une
gloire immortelle ,
Et quand vous immolez cesfamenx
crimiuels ,
Vous vangeztout d'un coup le Trone
& les Autels.
De cet heureux fuccés Jouffre
qu'on t'applaudiffe .
Grand Roy , ne permets pas que ion
coeur en gemiffe,
Luy mefme en fes malheurs il s'eft
precipité , [ bonté.
Ce Prince que vouloit épargner ta
Ce flambeau, dont l'orgueil a nourri
la matiere
D'un double embrafement menaçoit
la Frontiere,
Et dans fes vains projets la dèteftable
erreur
E ij
54 MERCURE '
Devoit eftre en entrant compagne à
la fureur,
Mais enfin dans le Po cette flame
eft éteinte:
Il n'eft plus pour ton Peuple aucun
fujet de crainte.
De tes mains malgré toy le foudre
eft échapé,
Et le vray Phaeton vient d'en eftre
frape.
Priere pour le Roy.
Au bien de l'Vnivers preft d'immoler
fa gloire ,
Grand Dieu, ce Roy puiſſant renonce
à la victoire :
La Paix fait du Vainqueur le
plus ardent defir.
'Enchaine par fes mains le Demon
de la guerre.
GALANT.
SS
Fais-luy goûter encor l'heroïque
plaifir ,
De donner la Paix à la terre.
Vous me demandez ce que
c'eft que le Miracle qu'on
publie avoir efté fait à Senlis,
& dont le bruit s'eft répandu
jufque dans voftre Province .
Cette nouvelle eft de celles
que l'on ne doit point man
der d'abord , & qui demandent
de grandes confirmations
. Voicy la Lettre qui fut
écrite là - deffus huit jours
aprés , & fur laquelle vous
ferez tels railonnemens qu'il
E iiij
56 MERCURE
vous plaira . Tout ce qui me
paroift , c'eft que la Malade eft
de naiffance , qu'elle eft connuë
; que fon mal eftoit averé
, & public depuis longtemps
, & que hors le foulagement
que luy donne fa
guerifon, elle n'en tire aucun
autre bien. Ce font de grandes
raifons pour empêcher
qu'on ne la foupçonne de fu
percherie.
A Senlis ce 3. Juin 1694.
V
·
Ous ferez bien aiſe ,
Monfieur d'apprendre
un Miracle arrivé ily a aujourGALANT:
$7
d'huy huit jours , en la perfonne
d'une Religieufe de la Prefentation
, percluë de tout fon corps
depuis quatre mois , enforte qu'
elle ne pouvoit fe foutenir furfes
pieds , ny fe fervir de fes mains.
Ainfi il falloit en avoir le mefme
Join que d'un enfant nouveau né.
Son nom de Famille eft Roujault.
Elle a un Frere Conseiller au
Parlement , & fa Soeur avoit éépouséM
Pucelle mort depuis peu
premier Prefident du Parlement
de Grenoble. Elle eft âgée de trentetrois
ans , a beaucoup d'esprit , &
fa conduite a toujours efté tresédifiante.
Le jour que L'on porta
58 MERCURE
Paris la Chaffe de Sainte Genevieve
, M le Curé de Sainte
Genevieve de cette Ville , eut
devotion de porter en Proceffion
la Relique qu'il pretend avoir
dans fa Paroiffe , qui eft un os
du doigt de cette Sainte. La Proceffion
devoit entrer au Çonvent
de la Prefentation , ce qui ayant
efté fceu de cette Religieufe , elle
eut une forte infpiration d'aller
reverer & baifer cette Relique.
Pleine de confiance en la Sainte
elle pria fon Infirmiere de l'babiller
,& de la conduire au Choeur,
où elle fe traîna comme elle put ,
portant fes potencesfous fes aiffel.
GALANT. 59
1
O
0.
les, parce qu'il luy eftoit impoffible
de s'aider affez de fes mains pour
les tenir. Eftant parvenuë en cet
eftat jufqu'à la grille du Choeur ,
•par laquelle on avoitpassé le petit
Reliquaire, elle s'en approcha avec
beaucoup de respect, & unegrande
foy , produifant des actes fervens
de contrition . Toute fa priere fut
qu'elle ne demandoit rien pour elle,
maisfeulement lagloire de Dieu ,
celle de Sainte Genevieve , &
qu'elle eftoit contente de pafferfa
vie dans l'infirmité où elle eftoit ,
fi c'estoit fa volonté Dans ces
fentimens de defintereffement &
d'humilité,elle baifa leReliquaire,
60 MERCURE
&fe fentit foulagée dés ce mo
ment. Elle redoubla fafoy &fes
baifers jusques à troisfois , aprés
quoy tout d'un coup elle se leva ,
Taiffa fes potences, & retourna ·
au bout du Choeur, marchant toute
feule ,sce qui fut vú par tous ceux
qui affifterent à cette Proceffion ;
pour confirmation du Miracle,
elle monta auffi toutefeule à l'Orgue,&
comme elle en jouëfort bien,
elle joua deux ou trois verfets du
TeDeum,qu'on chanta en action
graces pour cette guerifon miraculeufe.
Vous remarquerez que
pendant fa maladie elle ne pouvoit
porterfes mains àfa bouche, ayant
de
GALANT. 61
befoin de celles d'autry quand il
falloit qu'elle prift de la nourriture.
Depuis ce temps . là elle fe
porte fort bien , & je l'ay veuë
encore aujourd'huy marcher commefi
elle n'avoit jamais efté malade.
Ce Miracle fait qu'on a
danstoute la Ville une fort grande
devotion à Sainte Genevieve.
Cette Lettre eft écrite par
M'Peliffier, ancien Chanoine
de l'Eglife Cathedrale de Senlis
, Confeffeur & Directeur
des Dames Religieufes de la
Preſentation , qui a vû tout ce
qu'il a écrit à M¹lė Vaffeur ,
ancien Avocat au Parlement
62 MERCURE
de Paris , Pere d'un des Sous-
Gouverneurs des Pages de la
Grande Ecurie.
A peine la nouvelle de la
Victoire remportée en Catalogne
, par M' de Noailles ,
fut elle arrivée icy , que Madame
de Pringy , qui ne fait
pas moins briller fon efprit
que fon zele pour le Roy,
dans toutes les occafions qui
s'en preſentent , fit l'Ouvra
ge que vous allez lire.
GALANT. 63
5522555 52525SS522
DISCOURS
A là gloire du Roy , fur la
Victoire remportée
en Catalogne.
Ave
U milieu de la crainte du
peuple , la Victoire vient
d'annoncer le bonheur des Armes
duplus grand Roy de l'Univers,
dans le temps mefme où la durée de
la Guerrefemble avoir diminué la
tranquillité publique. Un champ
de corps morts condamne aujourd'huy
l'injuftice des vivans ; &
cette premiere défaite prepare un
64 MERCURE
ge
fort femblable à tout cet aßembla
d'Illuftres Teftes qui nous outragent.
Le Ciel enfin ceßant de
faire attendrefes oracles à ce Prince
qui le preffe parfa pieté , vient
de manifefterfes deffeins , & nous
promet un triomphe general par
cette Victoire qui nous l'annonce ;
car qui auroit osé fe flatter de
pouvoir courir à la gloirefans rif
querfonfang & fa vie ; & quel
autre que le Tout- Puiffant cuſt
pú mettre tout le peril d'un cofté,
tout l'avantage de l'autres
C'est ce que nous venons de voir
au bord de cette Eau attentive
au bruit de nos Armes , ilfemGALANT.
3 65
4.
7.
ni
W
24
bloit qu'elle fufpendift fon mouvement
pour le prester à noftre valeur
, comme fi elle euft pû reſſentir
de la joye de noftre Victoire.
Mais ce n'est pas feulement cet
heureux fuccez des Armes de
France , qui nous doit affurer
d'une Campagne tiffuë de Victoires;
deplusforts préjugez nousſervent
degarants , & la Justice des
or dres de noftre Prince estun gage
affe aré du bonheur de noftre obéiffance.
Ta- t- ilrien de plus grand
que de fuivre les loix d'un Monarque
, qui nefoutient la Guerre
que par lesjuftes raisons qui l'y
forcent , qui cherit la Paix dans
Juillet 1694.
F
66 MERCURE
fon coeur , & qui cherche toutes
les voyes de lafairegouſter à tout
fon peuple ? S'il fait vaincre
dans les Combats , ilfçait encore
mieux pardonner dans les Victoi
res ; s'il continuëfes Conqueftes,
c'est moins pour fa gloire ,
que pour un interest plus fort.
La caufe de Dieu eft unie à la
fienne . C'est le patrimoine des
Elus qu'il deffend aveclefien , &
la Religion méprifée dans un
Prince détrôné , réveillefans ceffe
en luy un zele fort , une fainte
fureur qui le porte à détruire les
Ennemis de la Loy , en combattant
les Ennemis de l'Etat. La
GALANT. 67
Ligue injufte qui a aſſocié la lumiere
avec les tenebres , & qui
meflépar une mesme volonté la
fainteté de nos Myfteres avec la
profanation de l'Erreur , a uny
des hommes fi differents en doctrine,
aseparéen quelque manierele
Fils du Pere , en defuniffant
les Princes , qui eftant de mefme
Religion , devoient estre de mefme
fentiment. Pourquoy la France
qui n'eft pasfeule Catholique , fe
rat elle feule àproteger la Catho
licité ? Les autres Princes qui
ont le bonheur d'estre de la Re
ligion dont nousfommes , deoroient
avoir la raison d'imi
Fij
63 MERCURE
ter l'exemple , s'ils n'ont pas eu
laforce de le donner. Qu'ils fuivent
Louis le Grand dans fes ma .
ximes , s'ils ne l'évitent pas par
les leurs , & qu'il apprennent leur
Religion de fa pieté & leurs devoirs
de fa generofité
conftance. Faut - il toûjours du
fang pour les éclairer ? N'est- ce
point affez que celuy qui eft répandu
, ce monceau de corps
de fa
jonchez fur terre qui crie mifericorde
pour les vivans , plutoft
les morss , ne
les rapque
vange ance pour
leur fuffit il point pour
peller à leurs devoirs , & pour
lesfairefouvenir del'intereft qu'ils
GALANT. 69
C.
1
ont de demander la paix !
Du temps que les
Egiptiens
eftoient en guerre avec les Ifraëlites
, jamais le peuple de Dieu ne
livroit combat fans l'avoir confulté
, & ne le confultoit jamais
fans confiance & fans foumiffion
, auffi ne combattoit - il ja .
mais fans Victoire. C'est une le
çon dans laquelle Louis le Grand
s'instruit de fes devoirs , & qui
trop oubliée par les Ennemis de la
France , ne leur apprend , lors
qu'ils la confultent trop tard,
que la justice de la confufion qu'ils
reçoivent pour ne l'avoir pas con-
Sulté. Dans quel étonnement
70 MERCURE
doir effre tout l'Univers de voir
l'impuiffance de tant de forces
unies enfemble , & qu'un feul
contre tout foutienne l'effort de
tant d'injustice , que Louis fans
fe laffer de deffendrefa jufte cause,
confonde la témeritéde fes Ennemis
par fon courage , & reléve
Son courage par fa vertu ! Qu'il
eft rare d admirer la vertu qui
nous condamne , & de foutenir
le bras qui nous a vaincu ? Ce
pendant la gloire de Loüis le
Grand eft une gloire fi pure , que
l'envie ne peut aẞembler un'affez
grand nombre d'Ennemispour la
sernir , chacun de fes Ennemis
GALANT.
que cette
feroit contraint de l'admirer en
particulier , s'ils ne l'attaquoient
en commun. Quel furcroift de
bonte pour lės vaincus
fanglante défaite ? N'ont- ils pú
prévenir leur malheur , & ne
diminuera t il rien de leur téme,
rité ? C'est au fond du coeur de
Louis le Grand qu'est le Trône
de la Paix. C'est là qu'ils doi
vent chercher avec empreſſement
les moyens d'arrester les fuites
d'un bonheur qui les accable ; mais
le Ciel qui répond à nos esperan
ces ,femblefe fermer pourles leurs,
& ne les endurcit que pour nous
élever;&je ne voy ces prépara-
"
72 MERCURE
tifs terribles d'armes & de corps
qui s'affemblent de tous costez
pour s'opposer aux charmes de la
Paix , qui afin d'entendre la Renommée
fe plaindre que le nombre
de nos Victoiresfurpaffe celuy
de fes voix , & qu'elle ne sçauroit
fournir à publier tout ce que
Louis execute. Ce Monarque eft
admirable . On le voit foutenir
fans peine la haine & l'effort de
tant d'Ennemis , qui font encore
moins témeraires que jaloux. Il
est des victoires de Louis le Grand
à peu prés comme des Etoiles , on
en voit bien l'éclat , on n'enfçauroit
compter le nombres plus on
les
GALANT.
73
les examine , plus elles fe multiplient,
on peut bien les admirer
& les dépeindre , mais on ne
fçauroit en approcher. Trop de
glorieufes cir conftances accompagnent
fes deffeins ;&fortifientfes
entreprifes , pourqu'ilfut poffible
à d'autres mortels de monter all
fommet de la gloire , où le Ciell'a
élevé. Le defir qu'ils en ont eft
tout ce qu'ils en peuvent avoir ,
& la puiffance d'estre grand par
de merveilleuses
qualitez , est le
partage du Monarque
des Lis .
C'eft luy qui fçait unir ensemble
la
Victoire & la
tranquillité, &
qui trouvantfa f.licité dans tou-
Juillet 1694. G
74 MERCURE
tes les vertus , accorde Bellone &
Themis , & ne s'amuse à vaincre
ceux dont la témerité l'oblige à
combattre , que lors que l'équité
l'engage à préferer le Laurier à
l'Olive , & à gouter le triomphe
de la victoire en attendant les
douceurs de la Paix. Quel prodige
pour les temeraires esperances
de nos Ennemis , que le fuccés
heureux de nos armes ! Leur étonnement
doit égaler leur douleur ,
&comme ilsfe flattentfans raifon
, leur furprife auffi bien
leur defefpoir les préparent à de
plus grands malheurs en les fortifiant
dans l'obftination qui les y
que
GALANT. 75
ст.
10
les
précipite. Le murmure confus de
leurs plaintes & de leurs defirs
peut moins les corriger que
feduire , & la voix tumultucufe
de ce grand nombre de Liguez
contre les interefts de la France,
n'augmenteny leursforces , ny leur
bonheur, & ne fait que redoublerfa
puiffance & fa gloire. Où fe
peut- il trouver maintenant des
François affez timides pour s'ef.
frayer des perils de Mars , & à
qui la poudre & le feu puffent
inſpirer de lâches mouvemens de
craintes , affermis par tant de
Victoires ? Ils ne sçauroient plus
douter de la protection de Dieu,
G ìj
76 MERCURE
ny apprehender que les armes
journalieres , ne leur préparent ce
qu'ils font éprouver. Trop de
marques de la benediction du Ciel
par la constance d'une profperité
guerriere leur affurent des Combats
glorieux des Victoires
futures. La durée d'une guerre
qui nous exalte fans nous affoiblir,
l'ouverture de la Campagne
qui fe fait par une Victoire qui
ne coute que la peine
peine de l'aller
´chercher , & la facilité que tous
les Elemens nous offrent pour
vaincre, ne laiffent plus dans le
coeur de nos Citoyens cesreftes de
foibleffe que le courage immole à
GALANT.
77
la vertu. On ne voit plus qu'un
Zele uniforme qui anime, &fans
la moderation qui nous retient ,
on ne nous empêcheroit point ces
futures conqueftes qui nous appellent.
C'eft icy où la valeur des
François fait honte à l'antiquité-
Il ne faut qu'un courage témeraire
pour enflammer les coeurs ,
lors qu'une grande occafion les
anime , mais pour foutenir les diverfes
attaques d'une ennuyeuſe
guerre , dont la durée lafſſe beau
coup plus que les rigueurs qui
l'accompagnent , & pour confer
ver toujours lemefme feu dans les
differentes occafionsquiſe preſen
Giij
78 MERCURE
tent , il faut des courages intrepides
; car les armes ne armes ne fe reposent
que pour fe preparer à un exercice
d'autant plus violent , qu'elles ne
fufpendent leurs mouvemens que
pour augmenter ceux dont elles
doivent tirer leur origine . C'est à
ces occafions où l'on reconnoist la
veritable valeur , cette valeur,
quifans fe rebuter par le temps
ny par la peine , montre qu'elle
fçait toujours vaincre lors qu'il
est juste de combattre, & c'eſt
ce qu'on a veu parmy nous . On
n'a point entendu de fouhaits
imprudens pour des batailles , tout
est demeuré tranquille jufqu'au
GALANT.
83
16. Porte de terre.
17. Bréche à reparer de Falcines
.
18. La Citadelle.
19. Les Auguftins.
20. Batteries qui dominent la
Place à deux cens quaran
te toifes.
21. Terrain tout de roc entre
la Ville & la Citadelle .
22. Hauteur au delà des Tra
vaux .
L'abondance de la matiere
m'empefcha le mois paffé de
vous parler de la mort de plufieurs
perfonnes d'un rang
diftingué. Mile Duc de Sully
84 MERCURE
dont le nom eftoit Maximi.
lien Pierre - François de Bethune
, mourut dans fa maifon
de Sully , âgé de cinquante-
quatre ans. Il eftoit Pair
de France , Chevalier des Ordres
du Roy , & Fils de Maxi .
milien François de Bethune ,
Duc de Sully Pair de France ,
Prince d'Enrichemont , & de
Charlote Seguier , Fille de
Pierre Duc de Villemor , Pair
& Chancelier de France , qui
eftant demeurée Veuve en
1661. épousa en 1668. Henry
legitimé de France , Duc de
Verneüil ; Fils du Roy HenGALANT.
85
ry IV. Ayeul de Sa Majeſté ,
Mr le Duc de Sully quivient
de mourir , eftoit Frere de
Madame la Ducheffe du Lude
, auparavant Comteffe de
Guiche. Il avoit pris alliance
en 1658. avec Marie-Antoinette
Servient , Fille d'Abel,
Marquis de Sablé , Sur-
Intendant des Finances , &
ilen a eu entre autres Enfans
M' le Prince d'Enrichemont
qui efpoufa Mademoiſelle
de Coiflin il y a quelques années.
La Maifon de Bethune
eft fi connue , & je vous en ay
parlé tant de fois , qu'il me
86 MERCURE
feroit inutile de rien ajouter
à ce que je vous en ay déja
dic. M le Duc de Sully ,
eftant Gouverneur du Vexin
François ,M le Noir , en qualité
de Maire de la Ville de
Mante , fit faire le 6. de ce
mois un Service folemnel ,
pour le repos de fon ame ,
dans l'Eglife Royale & Collegiale
de ce lieu . Mrs du
Prefidial , & toutes les autres
Compagnies y affifterent en
corps , ainſi que les Echevins
& Arquebufiers de la Ville.
Toute l'Eglife eftoit tenduë
de drap noir , avec des ArGALANT.
87
moiries de diftance en diftance
, & on avoit enlevé un fuperbe
Mauzolée au milieu du
Choeur , éclairé d'un tresgrand
nombre de Cierges.
La Mufique qu'on entendità
la Meffe répondit parfaitement
aux magnifiques preparatifs
que l'on avoit faits.
Meffire François de Pas-
Feuquieres Comte de Rebenac
, Lieutenaut General
pour le Roy au Gouvernement
de la haute & baffe Navarre
, Bearn , Province de
Toul , & Senéchal de Bearn ,
mourut icy le 22. du mois
88 MERCURE
paffé en fa quarante cinquiefme
année. Il avoit efté
Ambaffadeur Extraordinaire
en Eſpagne & en Piedmont,
& Envoyé Extraordinaire en
plufieurs Cours de l'Europe ,
où il s'eftoit acquité de ces
grands emplois avec beau
coup de fatisfaction de Sa
Majefté , qui pour reconnoi
ftre fes fervices , a donné per.
miffion à une de fes Filles de
vendre la Lieutenance de
Roy dont il joüiſſoit , afin
d'aider à la marier. Il portoit
le nom de Rebenac , à cauſe
de M' de Rebenac fon Beau-
>
GALANT. 89
pere , qui l'avoit choify pour
luy faire époufer la Fille avec
de grands biens , à condition
qu'il prendroit fon nom .
Le mefme jour 22. Dame
Marguerite de Joyeufe , Femme
de Meffire Armand de
Joyeuſe , Chevalier des Or
dres du Roy , & Maréchal de
France , mourut auffi à Paris
aprés une longue maladie ,
pendant laquelle elle avoit
donné de grandes marques
de conftance & de refignation
. Elle eftoit de la Branche
des Seigneurs de Verpel ,
Cadette de celle de M' le Ma-
Juillet 1694-
H
90 MERCURE go
réchal de Joyeuſe ſon Mary,
dont elle eftoit Coufine au
quatrième degré. Cette Maifon
, illuftre dans tous les
temps,a efté honorée de deux
alliances directes de la Maiſon
de Bourbon , & a produit un
Cardinal , plufieurs Ducs &
Pairs , trois Maréchaux de
France , un Amiral , quatre
ou cinq Chevaliers du Saint
Efprit , & des Gouverneurs de
Normandie & de Langue.
doc.
On a encore perdu dans
le mefme mois , M ' l'Abbé de
Chavigni, qui par la vie exemGALANT.
4
plaire qu'il menoit , & qui
l'avoit entierement détaché
du monde, s'eftoit acquis une
eftime generale. Il eftoit Fils
pofthume de M'de Chavigni ,
Secretaire d'Etat , mort en
1653. & Grand Vicaire de Mr
Evêque de Troye , fon Frere .
Mr Froiffar de Broiffia ,
Abbé de Charlieu , Prieur
de Laval , Chanoine & Grand
Chantre de l'Eglife Metropoliraine
de Befançon , & Camerier
de N. S. P. le Pape , eft
mort environ dans le mefme
temps. Toute cette Ville fait
une perte fort confiderable ,
F
Hij
92 MERCURE
·
& l'on peut dire mefme , tou
te la Province, puis qu'il eftoit
le Pere des Pauvres , & qu'il
faifoit élever un grand nom .
bre de jeunes gens dans l'Etude
& dans la vertu . Il en
avoit formé une Communau
té, à laquelle il a laiffé tous
fes biens. Il eftoit d'une Famille
illuftre , & dans laquelle
la pieté eft hereditaire. Îl laiffe
deux Freres , dont l'Aîné
eft Maistre des Requeftes au
Parlement de Besançon , &
l'autre eft M ' le Marquis de
Broiffa, Major du Regiment
de Saint Maurice.
GALANT.
93
J'ay encore à vous apprendre
la mort de мadame мaréchal
, Veuve de M. Maréchal ,
vivant Premier de la Chambre
des Comptes du Comté
de Bourgogne , dont je vous
ay parlé autrefois à l'occafion
de M. l'Abbé Maréchal de
Mortau , Grand Archidiacre
de Befançon . Madame maréchal
eftoit Soeur de M. Philippe,
Prefident à Mortier au Parlement
de Besançon , & d'une
Famille qui a toujours efté
particulierement
dévoüée à
l'Eftat . Elle eftoit d'ailleurs
d'une pieté
exemplaire , &
94 MERCURE
d'une tres - grande vertu .
Mr Roffignol , Preſident
des Comptes , fort eſtimé
dans fa Chambre , & Fils de
M. Roffignol , qui par le
moyen de fes merveilleux talens
a fouvent rendu d'importans
fervices à l'Etat , a
époufé Mademoiſelle de Pomereu
, Fille de M. de Pomereu
, Confeiller d'Eftat ordinaire
, & cy- devant Prevoft
des Marchands . Il a un Fils
Intendant
à Alençon , & fa
Fille aînée a époufé M. le Fé
vre Deaubonne.
Voicy des Vers de MadeGALANT.
95
moiſelle de Scudery , fur la
Victoire remportée par M ' le
Maréchal de Noailles , & fur
les Vaiſſeaux brûlez par M' de
Chasteaurenaud.
E
JE
MADRIGAL,
vous l'avois bien dit , Ennemis
de mon Roy ,
Le Ciel combat pour luy , tout reconnoift
fa loy ,
Et fur la Mer & fur la Terre ,
Malgré les vains efforts de la fiere
Angleterre ,
Et de tous les Auteurs de cette injufte
guerre.
Vous pourriez le fléchir en demandant
la Paix
Mais les armes en main vous ne
vaincrez jamais »
96 ' MERCURE
Et l'on verra toujours la charmante
Victoire
Le fuivre conftamment au Tem.
ple de la gloire.
Ce Madrigal a donné lieu
à cet autre de Mr Bolquil
lon , de l'Academie
Royale
de Soiffons
OVIS triomphe encor &fur
mer & far terre , Lo
Mille Ennemis liguez pour luy faire
la guerre
,
De fes Faits immortels n'arreftent
point le cours :
Que peut il manquer à fa gloire?
Seul il a des faveurs de la fiere
Victoire,
Et la main de Sapho le couronne
toujours,
Les
GALANT.
97
Les Vers qui fuivent fur
cette meſme Victoire , font
de
Mademoiſelle Itié , qui fit
il y a deux ans cette celebre
Chanſon , qui a eſté chantée
dans toute l'Europe ,& où il y
avoit pour refrein à chaque
couplet , Tout le long de la Riviere
. Ce fut lors que le Prince
d'Orange avec cent mille
hommes regarda prendre
Namur , couvett de la Mehagne,
qu'il feignoit toujours
de vouloir paffer , & que
pourtant il ne paſſa point.
Fuillet 1694
I
98 MERCURE
I Es deffeins de Louis font fecondez
des Cieux ,
Il vient de remporter une grande
victoire ,
Et malgré les fiers envienx
Il est toujours couvert de gloire.
Ils ont beau fe liguer pour rompre
fet projets,
Par mille inventions effrayer fes
Sujets .
C'est en vain , rien ne peut ébranler
fon courage.
On le voit conftamment marcher
d'un pas égal.
Et ce que contre luy peut inventer
Leur rage
,
Pour eux feuls et toujoursfatal.
GALANT. 99
SUR LA VICTOIRE
de Mr le Maréchal
de Noailles.
UN Heros n'eft Heros parfait
Que lors que tous les pas font conduits
par fatefte ,
Et que de conquefte en conquefte,
La fageffe en tous lieux répond de
ce qu'il fait .
Ce n'eft pas tout , ilfaut dans cette
noble lice ,
Où tous fes Eunemis demeurent
abbatur;
Que l'aspect du Heros foit la terreur
du Vice ,
Et que fon grand nom ne s'unifſſe
Qu'aunom des plus grandes vertus
I ij
100 MERCURE
1
Dans fes travaux, dans fes Ba
tailles ,
Dans tous fes fuccét inoüis,
Teleft toujours le grand Louis ,
Et tel eft aujourd'huy Noailles.
A LA FRANCE.
rapidité dans toutes vos
Quelle
rapidité
conqueftes !
Quel excés de valeur dans tous vos
Generaux !
France , que vous avez d'habiles
Maréchaux ?
Ilfemble que Loüis eft toujours à
leurs teftes,
Je vous envoye encore
deux Sonnets fur les Boutsrimez
de l'Academie des
GALANT . IOI 101
Lanterniftes. Le premier eft
de M' David , de Bordeaux , &
l'autre de M² Hutuge , d'Orleans.
C'EA
SONNET.
au fameux Rigaud à monirer
dans un Bufte,
Que Louis ne craint pas les plus
affreux glaçons ,
moiffons,
Qu'il triomphe en hiver comme au
temps des
En le reprefentant vaillant , fort
&
prefe
$
robufte.
Les traits & les couleurs de ce
Portrait
augufte,
* Mr Rigaud , Peintre fort eftimé,a
fait depuis peu le Portrait du Roy.
I iij
102 MERCURE
Seront pour l'avenir de fçavantes
leçons .
Les exploits des Cefars ne font que
des chanfonss
Sous un Roy reconnu fifort ,figrand,
fi
jufte.
Afon afpeit on voit l'Ennemi de
aſpect
orgueil ,
Son port majestueux , fon favora
ble
accueil,
Oppofent à l'envie une puiſſante
Ĉ
digue.
C'eft ainfi que le Ciel par de char
mans
*refforts,
Toujours en fa faveur liberal &
prodigue,
La rende le fujet de nos plus doux
accords.
GALANT. 103
Ο
AUTRE.
Ve l'onplace en tous lieux da
grandLouis le Bufte ,
Que la Zone torride , & celle des
glaçons,
Scachent que tous fes jours font des
jours de moiffons ,
robufte.
Où fes fiers Ennemis fentent fon
bras
2
Que l'Vnivers inftruit par ce Manarque
augufte ,
leçons ,
En guerre comme en paix propofe
fes
Et marque à l'avenir dans cent
doftes chanſons ,
Que paifible on vainqueur on le
reconnoiff jufte,
I iiij
104 MERCURE
Qu'envers fes Ennemis il montre un
noble orgueil ,
accueil ,
Qu'à tous les malheureux il fait un
doux
Qu'au crime , à l'Herefie , il oppofe
une
digue.
2
Que de la Providence adorant les
refforts ,
Pour ceux qu'il a vaincus il eft
me/me prodigue,
accords ,
Et qu'en lay les vertus forment de
doux
L'amour est une paffion
violente qui n'écoute point
les confeils de la raifon , mais
quelque rapide que foit ce
torrent , il n'eft pas toujours
GALANT. 105
impoffible de l'arrefter, pourvû
que l'on s'y conduife avec
prudence. L'avanture que je
vais vous raconter vous en
fervira de preuve. Un Cavalier
des plus accomplis , foit
pour fon efprit , foit pour fa
perfonne , aprés plufieurs années
paffées agreablement
dans le commerce des Dames,
fans aucun attachement
qui cuft efté remarquable ,
donna enfin tous fes foins à
unejeune Demoiſelle qui les
meritoit de toutes manieres.
Elle eftoit belle , fort riche ,
& d'une naiffance affez dif
106 MERCURE
tinguée , mais ce qui faifoit
fon principal caractere , elle
avoit l'efprit bien fait , &
une douceur charmante ,
qui luy attiroit l'estime de
tous ceux qui la voyoient .
Avec un merite fi effentiel ,
vous jugez bien qu'elle ne
pouvoit manquer d'Amans.
Ainfi il s'agiffoit pour le
Cavalier de luy plaire affez
pour l'emporter fur tous
fes Rivaux. Il n'oublia rien
de ce qui pouvoit perfuader
à la Belle qu'il la rendoit maiftreffe
abfoluë de toutes fes
volontez , & ille fit fi heureuGALANT
107
fement , que fes affiduitez , &
les témoignages continuels
qu'il luy donnoit de l'amour
le plus foumis & le plus fincere
, luy acquirent dans fon
coeur le rang glorieux qu'il
cherchoit à y tenic . Il eut
pourtant à combattre l'obſtacle
facheux de quelques Parens
, qui propofoient pour
la Belle divers partis , dont
elle cuft pû tirer des avantages
plus grands du coſté de la
fortune ; mais rien ne le rebuta
, & continuant toujours
à aimer avec une ardeur qui
ne fe démentoit point , fa
108 MERCURE
perfeverance luy fit enfin
obtenir le confentement qu'-
on luy avoit longtemps refufé.
Le mariage fe fit , & il
fut fuivi de tout le bonheur
que peut caufer l'union la
plus parfaite. La tendreffe de
la Belle , & fa complaiſance
à s'accommoder entierement
à l'humeur du Cavalier , le
rendirent attentif à faire de
fon cofté tout ce qu'il croyoit
luy devoir eftre agreable , &
il fembloit qu'ils combatif
fent enſemble
à qui pourroit
fe donner de plus fortes marques
de l'échange mutuel qui
GALANT . 109
s'eftoit fait de leurs coeurs.
Un eftat fi doux meritoit
d'eftre envié. Cependant ,
comme avec le temps on
s'accoutume au bonheur , &
que l'habitude d'en joüir le
rend moins fenfible , le Cavalier
commença à prendre
gouft à la converfation
d'une affez jolie perfonne
qui avoit pour luy un charme
particulier. C'eftoit celuy de
la voix ,qu'elle accompagnoit
admirablement du Tuorbe .
Le hazard feul luy en ayant
· donné la connoiffance , il luy
rendit quelques vifites d'a110
MERCURE
il
bord d'une maniere qui ne
marquoit rien par delà l'amufement
, mais à force de la
voir & de l'entendre chanter,
il fentit fon coeur touché pour
elle ; & fans fonger à quoy cet
engagement le meneroit ,
ne fe put empêcher de luy
parler une langue qui luy fit
connoiftre ce qu'elle pouvoit
fur luy. La Demoiſelle ne fut
point fachée d'avoir fait cette
conquefte , & s'attacha d'autant
plus à ſe l'aſſurer , que ſa
Mere qui avoit fort peu de
bien , & qui regloir fa conduite
, luy fit comprendre que
GALANT . II
ב ש
T
ם
le Cavalier eftant fort riche ,
elles en pourroient tirer d'uti
les fecours , fi elle venoit à
bout de s'en faire aimer veritablement.
Le Cavalier enflammé
par les complaifances
qu'on avoit pour luy , s'abandonna
fans reflexion à fa
paffion naiffante , & comme
il eft impoffible de ne pas rêver
quand on a quelque chofe
dans le coeur, fa Femme qui
trouva quelque changement .
dans fes manieres , fe plaignit
à luy du relâchement de fon
amour. Il luy proteſta qu'il
avoit toujours pour elle & le
112 MERCURE
& les mêmes
même coeur
fentimens. Ce fut affez pour
luy remettre
l'efprit dans ſa
premiere
tranquillité
, & elle
ne la perdit que quand la nouvelle
paffion du Cavalier
eut
fait affez de bruit dans le
monde , pour ne luy plus laiffer
ignorer
qu'il avoit une
Maiftreffe. Le coup luy fut
tres - fenfible , mais comme il
eft dangereux
d'aigrir un
Mary en s'oppofant
avec trop
d'empire
, & d'une maniere
trop impetueuse
à des fentimens
qui flatent le coeur , elle
luy parla de l'injuftice
de ceux
GALANT.
IT3
qui condamnoient fa conduite
, comme fi elle euft efte
veritablement perfuadée que
toutes les vifites qu'il rendoir
eftoient innocentes , & qu'el
les n'avoient pour veuë que
le plaifir d'entendre une belle
voix . Le Cavalier ravi de la
voir fans jaloufie , luy avoua
qu'il ne croyoit pas qu'on luy
dût défendre d'aller quelquefois
chez une perfonne qui avoit
beaucoupde talens pour
la Mufique, qu'il avoit tou
jours aimée paffionnemunt, &
qu'il y avoit fi peu de mistere
dans l'atachement qu'on fem
Fuillet 1694
K
114 MERCURE
bloit luy reprocher , qu'il
n'auroit point de peine à le
rompre,fi elle vouloit l'exiger
de luy.LaDame luy répondit,
que ne cherchant qu'à le voir
heureux , elle n'avoit rien à luy
preferire ; qu'elle le croyoit
trop raisonnable pour vouloir
permettre qu'on luy dérobaft
fon coeur , & qu'il connoif
foit mieux que perfonne ce
que fa tendreffe meritoit de
luy. Cette matiere ne fut pas
pouffée plus loin . La Dame
fe contenta de s'eftre miſeen
droit de parler , & employa
pendant quelque temps les
GALANT. 115
manieres les plus tendres &
les plus douces pour ramener
fon Mary à elle , mais ayant
connu que fon engagement
augmentoit , & que fes vifites
chez la Demoiſelle eftoient
plus frequentes & plus longues
, elle crut luy devoir ouvoir
fon coeur d'une maniere
un peu ferieufe. Elle l'affura
que fon intereft ne l'obligeoit
à aucune plainte , & que
fitout le monde vouloit juger
de fes fentimens auffi favorablement
qu'elle faifoit , elle
verroit fans en murmurer ,
qu'il fe fult fait un amufe-
Kij
#16 MERCURE
ment, qui luy faifoit paffer
agreablement quelques heu
res inutiles , mais elle le pria en
même temps de confiderer
l'injure qu'on luy faifoit lors
qu'on l'accufoit d'un engage
ment injufte , & qu'il devoit
pour luy-même ceffer de donner
occafion à des bruits qui
ne luy pouvoient eftre que
defavantageux.Quoyque
cette
remontrance fuſt auſſi juſte
qu'honnefte , le Cavalier s'en
fentit bleffé , & la fouffrant
impatiemment , il interrompit
la Dame pour luy dire
qu'il n'avoit qu'elle feule à
GALANT. 17
fatisfaire , fans qu'il duft s'inquieter
de ceux qui condamnoient
fa conduite , & qu'il
croyoit qu'elle avoit tout lieu
de s'en louër, puis qu'il ne la
contraignoit en aucune cho
fes , & qu'il l'aimoit toujours
avec une tres- grande tendreffe
, dont il ne pouvoit luy
donner de meilleures marques
qu'en la laiffant en pou.
voir de faire telle dépense
qu'elle fouhaitoit , comme il
le trouvoit fort jufte , ayant
eu beaucoup de bien d'elle
en l'époufant . Cela fut dit un
peu aigrement , & la Dame
118 MERCURE
qui étoit fort douce, comprit
qu'il luyferoit inutile de combattre
alors plus fortement
une paffion qu'elle voyoit
dans fa violence . Ainfi elle
refolut de fermer les yeux fur
l'aveuglement où il eftoit ,
& de tâcher de rappeller
toute fa tendreffe par -un redoublement
de marques d'amour
& de complaifance.
Dans ce deffein , elle fceut fi
bien fe moderer , qu'il ne luy
échapa aucune chofe qui
donnaft la moindre marque
de ce que les égaremens de
fon Mary luy faifoient ſouf.
GALANT. 119
frir. Elle l'excufoit quand fes
Amies vouloient qu'elle fe
plaignift , & trouvoit qu'on
avoit tort de blâmer le choix
qu'il avoit fait d'une Amie .
Un procedé fi touchant troubloit
le bonheur du Cavalier,
qui fe reprochant fon injufti
ce ; ne joüiffoit pas tranquil .
lement de l'entiere liberté
qu'elle luy laiffoit de voir la
perfonne qui avoit touché
fon coeur, La jaloufie luy ofta
bien- toft aprés le peu de repos
qu'il effayoit de fe conferver.
Lors qu'il avoit commencé
à rendre des foins à la
120 MERCURE
Demoiselle , il l'avoit trouvée
prefque fans meubles , & tout
d'un coup il luy vit une affez
belle tapifferie , & tout ce qui
pouvoit fervir à rendre propre
un appartement . Il demanda
d'où cela venoit , & la
Demoiselle repondit , qu'un
inconnu avoit fait donner le
tout à fa Mere , & qu'il y avoit
beaucoup d'apparence que
c'eftoit un prefent qu'il avoit
voulu luy faire d'une maniere
galante. Le chagrin qu'il leur
marqua à l'une & à l'autre ,
leur fit bien connoiſtre qu'il
n'avoit aucune part à cette
galanterie,
GALANT.
121
galanterie ; & fur ce qu'il pric
fon ferieux , la Mere luy dic
que la perfonne qui avoit envoyé
ces meubles , les avoit
fait laiffer fans rien dire; que
dans l'embarras de leurs affaires
, fa Fille ne fe trouvoir
point en eftat de refufer ces
fortes de chofes , à moins
qu'il ne vouluft luy donner
moyen de s'en paffer, ce qu'il
pouvoit faire dans les grands
biens qu'il avoit , fans s'incommoder
en aucune forte.
Cette declaration luy ferma
la bouche. On fit de nouveaux
prefens, & ce fut enco-
Juillet 1694.
L
122 MERCURE
re un nouveau fujet de jaloufie.
Le même Inconnu conduifit
la chofe avec la Mere,
qui n'en put avoir d'autres
éclairciffemens , finon qu'il
avoit un ordre exprés de fe
taire , & que le temps luy découvriroit
ce qu'elle vouloit
fçavoir. Cette réponſe luy
donna fujet de croire qu'un
Amant caché vouloit gagner
le coeur de fa Fille par ces
liberalitez avant qu'il fe déclaraft
ouvertement , & la
Demoiſelle qui croyoit la
mefme chofe , s'applaudiffoit
en fecret de ce prétendu
GALANT. 123
triomphe. Il arriva une choſe
qui les confirma dans cette
penfée. Le Cavalier les ayant
menées peu de temps aprés à
une maifon des environs de
Paris , qu'elles l'avoient prié
de leur faire voir , à leur retour
de la promenade qu'elles
firent dans les Jardins ,
elles trouverent dans un Salon
magnifique , une tresbelle
collation fervie d'une
maniere fort propre. Elles
ne douterent point qu'elles
ne la dûffent aux ordres du
Cavalier , mais le chagrin qui
l'empêcha de manger leur
Lij
124 MERCURE
ayant fait voir qu'elles fe
trompoient
, on demanda
à
celuy quiavoit le foin de cette
maiſon , d'où pouvoit venir
la feſte , & l'on devina par fa
réponſe qu'elle avoit eſté ordonnée
par celuy même qui
avoir fait les prefens . Le Cavalier
fit de longues plaintes
à la Demoiſelle
de l'infulte
qu'elle fouffroit qu'on luy fiſt,
& menaça de rompre avec
elle , fi on luy faifoit plus
longtemps
miftere d'une in.
trigue qu'il voyoit bien qu'on
fe plaifoit à entretenir. Elle
luyjura cent fois qu'elle n'en
GALANT. 125

Efçavoit que ce qu'il fçavoir
luy-même , eſtant auſſi furpriſe
que luy de tout ce qu'
Felle voyoit. Comme il jugea
bien qu'il ne feroit pas poffible
de fe déguiſer toujours,
il refifta à la jaloufie dont il
eftoit tourmenté , & obferva
avec foin jufqu'aux moindres
chofes qui pouvoient contribuer
à luy faire découvrir le
Rival qui fe cachoit. Ses inquietudes
furent violentes ,
& il les fentit augmenter
beaucoup un foir , qu'ayant
foupé chez la Demoiſelle, un
de Violons & de
concert
Liij
126 MERCURE
Hautbois vint la divertir fous
ſes féneftres. Le concert fut
accompagné d'un air qu'on
chanta fort rempli de paffion ,
ce qui mit le Cavalier dans
un nouveau trouble , qui le
fit fortir tout en colere , &
proteftant qu'il fe gueriroit
de fa paffion. La Demoiselle,
aprés avoir tâché inutilement
de l'appaifer , craignit d'autant
moins fon
changement,
qu'elle eftoit perfuadée que
l'Amant qui ne fe declaroit
point , ne cherchoit qu'à l'éloigner
, afin de prendre fa
place. Cependant le CavaGALANT.
127
lier , qui avoit l'efprit entie
rement occupé de fonavanture
, fut extremement furpris
lors qu'il receut un billet
, par lequel une femme
luy faifoit fçavoir , que tout
ce qu'il imputoit à un Rival ,
avoit eſté fait pour luy ; que
l'on avoit fait meubler exprés
un appartement , afin qu'il
euft le plaifir de fe voir dans
un lieu propre , que la fefte
dont il s'eftoit plaint n'avoit
nul rapport à la Demoiselle ,
& que la chanfon qui l'avoit
rendu jaloux , luy marquoit
les fentimens qu'une Dame
Liij
128 MERCURE
avoit pour luy , que cette Dame
meritoit peut eſtre bien
fon entier attachement , qui
ne feroit jamais tort à ce qu'il
devoit d'ailleurs par une obli
gation indifpenfable , & qu'il
ne devoit point pretendre
qu'elle fe refoluft à fe declarer,
tant qu'on le verroit dans
l'engagement qu'il avoit pris .
Le Cavalier ayant releu plufieurs
fois la Lettre , fit cent
questions à celuy qui en
eftoit le porteur , & n'en
ayant pû tirer autre chofe ,
finon qu'on attendoit fa réponſe
,il fe fentit entrainé par
GALANT. 129
un mouvement fecret à fuivre
cette avanture. Il promit
pour premiere marque de reconnoiffance
, de n'aller plus
que de temps en temps chez
la Demoiſelle , & feulement
pour jouir du plaifir de voir
fes efperances trompées , lors
que les foins qu'elle croyoit
luy eftre rendus par un Amant
inconnu , cefferoient entierement
. La correfpondance
fe forma par Lettres d'une
maniere tres vive . Il y avoit
un tour d'efprit délicat dans
toutes celles que l'on apportoit
au Cavalier , & comme
130 MERCURE
on ne faifoit
on luy declaroit qu'on n'afpiroit
avec luy qu'à une liaiſon
eftroite de coeur , qui n'auroit
jamais de fuite qu'on puft
condamner
point difficulté de l'affeurer
d'une tendreffe éternelle , &
de s'expliquer fur cette affeurance
dans les termes les plus
forts ; mais la Dame s'obtinoit
à demeurer inviſible , &
il fembloit luy fuffire qu'elle
luy apprift qu'il eftoit aimé.
Elle luy demandoit quelquefois
fi la Demoiſelle recevoit
encore des foins de fon
Amant inconnu. Il en parGALANT.
131
loit luy- mefme à la Demoifelle
, qui tantoft luy répondoit
qu'elle avoit renoncé à
ce commerce pour luy ofter
tout fujet de jaloufie , & qui
luy diſoit une autrefois qu'elle
conduifoit les chofes avec
lemiftere qui luy convenoit ;
& qu'il ne tenoit qu'à elle
qu'elles n'éclataffent . Le Cavalier
qui voyoit de l'artifice
dans cette diverfité de répon
fes , & qui fe perfuada que
les vifites , qu'il continuoit à
rendre , empefchoient la Dame
inconnuë de fe découvrir,
rompit entierement cette in-
ג
132 MERCURE
trigue , & ne chercha plus
qu'à meriter qu'on le vouluft
éclaircir fur fa nouvelle
conquefte
. Il preffa pourtant
inutilement
pour l'obtenir .
La Dame luy répondit
, que
quoy qu'elle fuft ravie de le
voir tiré d'un engagement
qui luy faifoit honte , elle ne
pouvoit fe refoudre qu'avec
peine à luy déclarer qui elle
eftoit ; qu'elle fe croyoit neanmoins
affez bien faite pour
ne pas craindre de bleffer fes
yeux; mais que ne cherchant
que l'union de l'efprit , des
raifons particuliereres
& imGALANT.
133
I portantes
pour elle , l'obligeoient
à fe cacher encore
quelque temps. Le jour de la
fefte du Cavalier eftant arrivé
pendant qu'elles obſtinoit
à le laiffer dans l'inquietude
,
il receut d'elle un bouquet
,
dont la richeffe égaloit
la galanterie
& le bon gouft. Toutes
les chofes qu'elle avoit faites
pour luy ,luy donnant
lieu
de penfer qu'elles venoient
d'une Femme
d'un rang diftingué
, & qui eftoit en eftat
de faire de la dépenfe
, il
forma differentes
conjectures,
& ne fçachant
à laquelle
+34 MERCURE
1
s'arrefter , il confulta un de
fes amis fur l'embarras où il
fe trouvoit. Il luy expliqua
fon avanture dans toutes fes
circonftances , luy monſtra
les Lettres qu'il avoit receuës,
& luy nomma plufieurs Dames
fur qui fes foupçons
eftoient tombez. Son Amy
qui eftoit fage , reſva longtemps
fur la chofe , & aprés
luy avoir dit que toutes les
femmes
que la paffion entraîne
, n'en font point affez
maiftreffes , pour ſe poſleder
autant que faifoit celle qui
avoit commencé à luy donGALANT.
135
ner des marques de la fienne,
dans le temps mefme qu'elle
le voyoit dans un autre attachement
, fans luy avoir demandé
aucun facrifice pour
le prix du coeur qu'elle vouloit
luy donner , il conclut
qu'il falloit neceffairement
que ce fuft fa propre Femme
qui joüaft ce perfonnage . Il
luy fit examiner qu'eftant d'u
ne humeur fort douce , pleine
de fageffe , & l'ayant toû
jours aimé fort tendrement
malgré l'infidelité qu'il luy
avoit faite , & dont elle avoit
ceffé de luy rien dire , dés
136 MERCURE
voyer
qu'elle avoit reconnu que fes
remonftrances l'aigriffoient ,
il n'y avoit qu'elle feule qui
euft pû eftre capable d'endes
meubles pour rendre
propre un appartement
où il paffoit la plupart des
jours . Le Cavalier trouva les
reflexions de fon Amy fort
juftes.Il s'en fentit frapé tout
à coup , & rappellant plufieurs
chofes qui eſtoient entierement
du carectere de
fa Femme dans le veritable
amour qu'elle avoit pour luy,
il ne chercha plus ailleurs la
• Dame qui ne vouloit point
GALANT. 437.
fe faire connoiftre . Dés cejour
-là mefme , il alla luy
dire qu'il vouloit luy faire
un fort beau prefent , & luy
ayant monftré le riche bijou
qu'il avoit receu le jour de fa
Fefte , il la vit affez déconcertée
, pour demeurer convaincu
que ce bijou venoit
d'elle.Il l'embraffa avec toute
la tendreffeque meritoit une
femme , qui s'eftoit unique .
ment appliquée à ne le point
perdre de veuë dans fes égaremens
, & aprés qu'il l'eur
affeurée cent fois qu'il n'aimeroit
jamais qu'elle , elle
Fuiller 1694-
M
r38 MERCURE
demeura d'accord de l'innocent
artifice dont elle s'eftoit
ſervie pour amortir ſon inju
fte paſſion , ce qu'elle eſtoit
refoluë de continuer fans luy
faire aucun reproche , tant
qu'il feroit demeuré dans
le malheureux enteftement
dont fa patience l'avoit retiré
.
Je laiffay le 23. du mois dernier,
Mile Maréchal de Lorges
fur les bords du Nekre ,
ayant tous les ponts dreffez
pour faire paffer l'Armée
dans le Bergftrat. Il avoit
fait prendreplufieurs Redou
GALANT. 139
tes , & quelques petites Places
, par des Troupes qu'il y
avoit envoyées , & qui occupoient
ces poftes . Ces Troupes
avoient ordre de s'étendre
dans le Pays , afin d'en
fçavoir l'eftat , ce General ne
voulant point y faire paſſer
toute l'Armée avant que d'avoir
fceu fi elle pourroit y
fubfifter. Il apprit par les
Troupes qui avoient executé
fes ordres , & vêcu huit jours
dans le Bergftrat , qu'on n'avoit
point femé en beaucoup
d'endroits , & que le Pays
eſtant ruiné , il feroit impof-
Mij
140 MERCURE
fible que l'Armée n'y fouffriſt
pàs. M'deLorges ordonna aux
Détachemens qu'il avoit faits
pour y fourager , d'achever
de confumer ce qui reftoit
de fourages , & refolut en
même temps de faire repaſſer
l'Armée en deçà du Rhin .
A peine les Troupes eurentelles
achevé de faire le degaft
qui leur avoit efté ordonné,
que ce General ayant eu avis
que les Ennemis avoient marché
, & qu'ils eftoient à deux
lieuës & demie , décampa de
Wibelingen , & fit monter
toute fon Armée à cheval le
GALANT. 141
jour de la Feſte de S. Jean für
les neuf heures du foir. On
marcha toute la nuit , & tout
le lendemain jufques à trois
heures aprés midy. Cependant
M le Maréchal de Lorge
détacha M' de Barbezieres
avec feize cens Chevaux
pour aller à Waltorff, afin de
foutenir un pofte que nous
y avions , & de donner des
nouvelles de la fituation du
Camp des Ennemis . Sur les
neuf heures du foir , toute
l'Armée marcha. M' de Lor
ge à la tefte de la Gendarme
rierie, avec les Officiers Ge
3
142 MERCURE
>
& tous mar.
neraux marquez par l'ordre
de Bataille , menoit la droite,
& M¹ le Maréchal de Joyeuſe
la gauche.Les autres Officiers
Generaux eftoient chacun à
leur poſte
choient de front , & en Bataille
, fçavoir la Cavaleric fur
trois colomnes en même
hauteur, avec du Canon , dont
il y avoit dix pieces à chaque
aile. L'Infanterie
marchoit
fur quatre colomnes avec le
refte de l'Artillerie. Le Co ps
de reſerve estoit commandé
par M' de Romainville
, qui
eftoit chargé des gtos & me
GALANT.
421
=
nus Equipages de l'Armée ,
qui eftoient reftez dans le
Camp. L'Armée ayant marché
dans cet ordre, paffa prés
Schewetzinguen & Hockenum
, la Riviere fur trois
ponts à fix heures du matin .
Enfuite on fit alte dans la plaine
, pour donner le temps aux
Troupes de fuivre , & de fe
joindre . M' de Lorge envoya
ordre à M de Romainville
de conduire les Bagages aux
Capucins en deça de Philiffbourg,
& détachaM¹ de Saint
Fremont , Maréchal de Camp
de jour , avec les Brigades
244 MERCURE
ordinaires , pour aller marquer
leCamp prés deWiflock,
voulant par cette proximité
donner occafion à Mr de Bade
de fe battre , s'il en avoit
quelque envie . M'de Barbezieres
, quiavoit eſté détaché,
comme je vous l'ay déja mar.
qué , fit fçavoir à M¹ de Lorge
que les Ennemis eftoient
campez
derriere Viflock ,
ayant leur doite à une petite
demi - lieuë de cette Ville- là ,
leur gauche à Santzen , &
dans le fond à la tefte de leur
droite , un bon ruiffeau . Le
Camp eftant marqué , on
marcha
GALANT. 145
marcha pour s'y rendre. On
apperceut en arrivant quatre
cens Chevaux des Ennemi ,
qui tourageoient dans la plai
ne fous Willock , foutenus.
par cent cinquante Huffars ,
commandez par le Comte de
Mercy , Officier general , &
Fils duGeneral Mercy . Quand
les Ennemis virent arriver les
Troupes de M'de S. Fremont,
ils firent renforcer leurs gens
de quelques Huffars , & de
quatre cens Chevaux On a
fceu depuis que le Prince de
Bade , & des
Officiers generaux
vinrent fe
promener vers
N
Juillet
1694.
146 MERCURE
Willock , pour examiner nôtre
contenance
. Les Huffars
en approchant
effrayerent
quelques Valets , qui conduifoient
les Equipages
, & qui
appellerent
la Cavalerie à leur
fecours . Mr le Maréchal
de
Joyeuſe , qui pour lors avoit
joint Mile Maréchal
de Lorge
, ayant entendu ce bruit,
prit des Escadrons
de la droite
de la feconde ligne , &
pouſſa du coſté du bruit . Mª
de Lorge en fit fuivre juſques
à huit , fit faire alte au refte
qu'il refervoit pour quelque
chofe de mieux , & marcha
1
GALANT. 147
luy-même par la gauche entre
Waltroff & Roo , droit à
la plaine de Villock , avec les
Brigades de Mongommery,
& de Caieux. Il trouva que
M' le Marquis de Villars s'eftoit
rendu maiftre des défilez
, & en avoit chaffé les
Huffars. Il y avoitun pont de
ce cofté là bordé de hayes ,
où les Ennemis avoient quatre
troupes de Cavalerie , une
de Dragons , & une de Huffars
. M de Villars fut commandé
avec de la Cavalerie ,
&une troupe de Gendarmerie
, & l'on fit grand feu de
Nij
148 MERCURE
part & d'autre . On attendoit
l'arrivée des Dragons . Auffi
toft qu'ils furent arrivez , on
en fit marcher deux Efcadrons
, commandez par M'le
Comte d'Auvergne , foutenus
de quelques autres trou
pes , qui acheverent de chaffer
l'Infanterie des Ennemis,
qui s'eftoit coulée dans les
hayes , Pendant cette expedition
, les Enne mis eftoient à
cheval fur la hauteur ; tout
ce qui s'en trouva dans cet
endroit fut entierement dé
fait. Il y en eut environ cinq
cens de tuez , & quarante
GALANT . 149
prifonniers , & le Comte de
Mercy fut bleffé avec quelques
Officiers. On prit quelques
étendarts & plufieurs
chevaux . Un Officier prifonnier
rapporta que le
Prince de Bade ekoit rres
proche de luy quand il fur
pris. Nous avons perdu en
cette occafion Mr le Comte
d'Averne , Colonel de Dragons
, qui receut un coup au
milieu de l'eftomach , qui
traverſoit de part en part . M
de la Tuilliere , Capitaine de
Dragons de la Mestre de
Camp , M ' de S. Gravé , Lieu .
N iij
150 MERCURE
tenant du mefme Regiment,
le premier Capitaine de la
Landè tué , M¹ de la Fourguette
, du Regiment du
Chatelet , le bras caffé , un
Lieutenant des Grenadiers
de Picardie , les deux mains
percées. M le Marquis de
Villars y a eu un cheval tué
fous luy. Il s'y eft diftingué
avec Mrs de S. Fremont , de
Barbezieres , & du Chatelet ;
& M de Caffabone . Les Eſcadrons
de la Mestre de Camp
Generale , & les Dragons de
la Lande , qui ont combattu
en cette occafion , fe font
GALANT. 151
extremement diftinguez . L'action
eft des plus vigoureuſes
qu'on ait faites depuis longtemps
, & elle eft accompagnée
de eirconftances qui
meritent bien d'eftre remarquées
, & que vous connoîtrez
en faifant attention fur
ce qui fuit. M' de Lorge marcha
du cofté de Manheim , &
gagna le long du Rhin, com
me s'il cuft voulu prendre le
chemin de Philifbourg , &
toutes fes Troupes même le
crurent,& en marquerent du
chagrin , tant elles avoient
envie de combatre ; mais il les
N iiij
152 MERCURE
trompa par la route qu'il prit
enfuite , & trompa les Ennemis
par la diligence qu'il fit,
de forte qu'il occupa le Camp
dont ils vouloient fe faifir ,
pretendant fe mettre entre
Philifbourg & noſtre Armée .
Ileft aifé de remarquer
par
toutes les circonstances de
l'action qui fe paffa depuis , &
dont vous venez de lire le
détail , que M' de Bade n'a
point voulu accepter le combat
qu'on luy a offert , puis
qu'on pouffa jufque dans fon
Camp tout ce qui ne fut pas
pris ou tué, même en preſence
de fes Officiers generaux qui
GALANT 153
eftoient fortis de leur Camp,
ce qui fait voir le ridicule
des Relations imprimées
chez les Alliez , qui publient
que le Prince de Bade a offert
le combat , quoy qu'il l'ait
refufé , aimant mieux laiffer
battre les Troupes qu'il avoit
détachées , que d'en faire venir
d'autres à leur fecours ,
qui auroient pû engager une
affaire generale. Quoy que
vous receviez cette Relation
un peu tard , elle doit vous
paroiftre nouvelle , puis que
l'on n'en a point encore vû
de détail . Vous trouverez
154 MERCURE
dans la fin de cette Lettre
tout ce qui aura fuivi cette
action .
Je vous avois fait le plan
des Conferences Academiques
que Mrs Peliffon & de
Malepeyre avoient établies à
Toulouſe
, peu de temps
aprés l'inftitution de l'Academie
Françoife , & que ce
dernier n'a pas peu contribué
à rétablir dans leur premier
éclat. Je vous avois même
appris le nom de plufieurs de
ces Illuftres , qui par divers
Ouvrages en Profe & en Vers
enrichiffent tous les jours la
GALANT. 155
{
#Republique des Lettres . Je
dois aujourd'huy vous dire
ce qui s'eft paffé dans
leur Academie
, le premier
de ce mois . Comme ils fe
font toujours diſtinguez par
un grand zele pour la gloire
du Roy , dont ils prononcent
tous les ans le Panegyrique,
ils n'avoient pû enviſager les
offres genereufes de paix que
ce Prince fait à fes Ennemis,'
fans porter fes Sujets à louer
une moderation fi heroïque.
Ils firent donc publier un
Ecrit il y a quelques mois ,
qui fut répandu dans les prin156
MERCURE
cipales Villes du Royaume,
par lequel ils propofoient un
prix pour celuy qui feroit le
meilleur Difcours fur une fi
belle matiere. Le prix devoit
eftre une Medaille d'or de la
valeur de dix Loüis , où l'on
voyoit d'un cofté l'Image du
Roy en Bufte parfaitement
belle , avec ces paroles , Ludovico
magno femper invicto ,
Europa pacem pie offerenti c'eft
à dire ,4 Louis le Grand , toujours
invincible , offrant avec
bonté la Paix àl'Europe . Le revers
de cette medaille reprefentoit
la Pallas de Toulouse,
GALANT. 157
tenant en l'une de fes mains
une corne d'abondance , avec
ces mots , Olim flores , nunc
fructus. Autrefois des fleurs ,
maintenans des fruits . , pour
faire enrendre que cette Pallas
, qui ne formoit auparaevant
que des Poëtes par les
prix qu'on propoſe tous les
ans , qui font des fleurs d'argent
, produiroit à l'avenir
des Orateurs , dont les productions
font plus folides.
Le jour de la diftribution
du prix avoit efté marqué au
premier de ce mois . Ces Meffieurs
ayant lû & examiné
.
158 MERCURE
en plufieurs Seances avec
beaucoup d'exactitude les
Difcours qu'on leur avoit envoyez
en grand nombre des
Villes les plus celebres du
Royaume , donnerent leurs
fuffrages à celuy qui avoit
pour Sentence , Diffipa gentes
quæ
bella volunt. Ils fe rendirent
le premier de ce mois
chezM'de Malepeyre, Doyen
de cette Compagnie , qui eft
luy même un des plus fçavans
hommes , & un des plus
beaux efprits de fon fiecle .
On avoit choifi une fort belle
Sale, où l'on avoit placé des
GALANT . 159
a fauteuils autour d'une table
pour ces Academiciens , en
la maniere ordinaire de leurs
Conferences academiques.
y avoit des fieges pour les
Dames qui avoient quelque
intereft d'affifter à cette action
, quelques - unes ayant
i Il
envoyé leurs Difcours , &
pour toutes les perſonnes de
qualité & de metite qui s'y
trouverent en grand nombre,
avec tout ce qu'il y a de plus
fçavant & de plus poli dans
cette grande Ville , & plufieurs
Religieux de diftinction
, entre autres le R. Pere
160 MERCURE
Cambolas , Carme , qui par
fon fçavoir & par fa vertu ,
dont il a donné des preuves
éclatantes en France & en
Italie , a merité que Sa Sainteté
luy ait accordé un Bref,
pour joüir des honneurs du
Generalat de fon Ordre . M
Mattel , Secretaire de ce te
Comgagnic, & agregé à l'A cademie
de Ricovrati de Padouë,
qui y avoit prononcé l'année
derniere avec beaucoup d'ap
plaudiffement l'Eloge de M
Peliffon , aprés la mort de cet
illuftre Academicien , avec
qui il entretenoit commerce
GALANT. 161
S
de Lettres , ouvrit la Séance
par un fort beau difcours fur
l'Eloquence. Il dit dans fon
1 exorde , qu'il ne croyoit pas
pouvoir mieux louer , & les
genereux Atheles qui avoient
couru dans cette Carriere ; &
les Reſtaurateurs de ces fçavantes
Conferences , qu'en
leur renouvellant les nobles
idées de l'Eloquence , qui fai
foit leurs delices. Il fit voir enfuice
de quelle maniere elle
avoit paffé des Grecs aux Romains,
coment les Mufes pendant
plufieurs ficcles d'igno
rance & de barbarie,refugiées
Fiiller 1694-
O
162 MERCURE
en un coin de la Grece , dans
les Cabinets de quelques Curieux
, furent tranſportées en
Italie , aprés la décadence de
l'Empire d'Orient , avec quels
honneurs elles furent rey
ceues , & protegées par le fameux
Laurent de medicis , &
à fon exemple par les Princes
Voifins , qui favoriferent l'établiffement
de tant de celebres
Academies , d'où elles
pafferent en France , fous le
Regne de François Premier ,
le Pere & le Reftaurateur des
belles Lettres , & qui ayant
fceu charmer le beau Sexe
GALANT. 163
n'eurent pas de peine à s'introduire
dans une Cour , où
regnoit la délicateffe & le
bon gouft . Il fit remarquer
l'inftitution de l'Academie
Françoiſe fous Loüis leJuſte ,
par la protection que luy donna
le grand Cardinal de Richelieu
. Il s'arreſta davantage
au Regne preſent. Il dit
que fous le plus fage & le plus
vaillant des Rois , les belles
Lettres avoient acquis leur
derniere perfection , que
comme l'on avoit vû par le
paffé que les plus celebres
Ecrivains avoient paru fous
o ij ..
164 MERCURE
les plus grands Princes , il
n'y avoit pas lieu de s'étonner
, que ce Regne fuſt fertile
en Academies , qui s'élevoient
dans toutes les Provinces.
Il ajouta que c'eftoit
dans ces Academies que l'Eloquence
fe purifioit , & fe
confervoit que c'eftoit là
que les Ouvrages dépouillez
des graces de la prononciation
qui impofent quelquefois
, ne paroiffoient qu'avec
leurs beautez vrayes , & na
turelles , & ne fe foutenoient
que par leur merite , aprés
avoir paffé par une fevere
GALANT. 165
Critique . C'est ce qui luy donna
occafion de toucher les
preceptes les plusfins de l'Art.
Il fit voir que noftre fiecle
nous donnoit des Orateurs
parfaits ; que
Vaugelas , & les Voitures ;
les Patrus , & les Peliffons ,
les Flechiers & les Bouhours,
nous donnoient
chacun en
leur genre le modele de la
veritable éloquence . Il ajoûta
enfin que l'Eloquence
s'exerçant
principalement
fur les
grands fujets, ils avoient choifi
la moderation
de Louis le
Grand dans les offres avanta
les Balzacs , les
166 MERCURE
geufes de Paix qu'il fait à ſes
Ennemis , dans un temps où
fes Victoires
& les progrez
de fes Armes luy promettent
de plus grands fuccez , facrifiant
ainfi fa propre gloire au
repos des peuples , & au bien
de la Chreftienté
, par un Art
de fe vaincre inconnu aux
Heros des fie cles paffez . Lors
qu'il eut fini , M. l'Abbé
Tournier , Confeiller au Parlement
, qui avec plufieurs
autres grandes qualitez , a
celle de travailler heureufement
à l'inftruction des nouveaux
Catholiques , s'eſtanc
GALANT. 167
employé avec beaucoup de
zele dans les Miffions de
Xaintonge , prit le Difcours
qu'on avoit jugé digne du
prix , & en fit la lecture à toute
l'Affemblée , qui ne pouvoit
luy refufer les aplaudiffemens
qu'il meritoit , étant en
effet fort beau , plein d'é .
levation & de délicateffe .
.
L'Auteur qui en avoit efté
averty la veille par le bruit
public , eftoit prefent à l'Affemblée
, C'ettM Compaing,
Beneficier de l'Eglife metropolitaine
de Toulouſe , âgé
de 27.ans. Il eft d'autant plus
168 MERCURE
eftimable , que c'eft preſque
fon coup d'effay , & qu'on
aprend que plufieurs perfonnes
de beaucoup de merite ,
avoient travaillé fur le même
fujet. Il eft Frere de M'Compaing
, Chanoine de la même
Eglife , qui par fes Predications
& fes autres talens , s'eft
acquis une reputation univerfelle
. Ce dernier eft de la
Compagnie , mais il n'a pas
eu le plaifir de l'approbation
que le Difcours de M fon
Frere a meritée , eftant abfent
dans le temps qu'on a examiné
les Difcours & diftribué
le
GALANT . 169.
300
fe
le prix. Je vous envoye quelques
traits de celuy de M
Compaing. Il dit d'abord que
la plus noble idée qu'on fe
peut former de la valeur, étoit
de la confiderer comme une
vertu magnanime , qui fçait,
preferire des bornes dans
le cours de la Victoire , & qui.
n'a pour fin que lc repos &
la felicité des peuples ; qu'un
Conquerant , aprés s'eftre fait
craindre par les conqueftes ,
doit fe faire aimer par ſa moderation
; que la Victoire même
feroit utile à peu de perfonnes
, fi la moderation ne
Juillet 1694.
P
170 MERCURE
a
l'accompagnoit , & file repos
ne devoit la fuivre ; que l'unique
moyen de la rendre utile
à tout le monde , eft de la
faire fervir à l'établiſſement
de la Paix . parce que la Paix
eft un bien commun qui
comprend également les
Amis & les Ennemis , les vi-
&torieux & les vaincus , les
Sujets & les Etrangers. Il dit
enfuite que c'eftoic là le caractere
du Roy d'unir la moderation
à la valeur ; que le
defir de la Paix qui naistordinairement
du mauvais eftat
des affaires , naiſt icy au mi
GALANT. 17
lieu des plus éclatantes conqueftes.
Nous voyons , continua-
t-il , la France élevée au
plus haut point de fa gloire prefte
à tout facrifier pour fon Roy des
Troupes aguerries , des Generaux
experimentez , des Flores nom.
breufes, des Soldats accoutumezà
>
vaincre . & quenûls dangers n'étonnent
; le Prince luy même les
animant parſon exemple, &partageant
les perils avec eux ; un
Eratpuiffant , dont toutes les partiesfont
parfaitement unies , tranquille
au dedans , redoutable au
dehors , les frontieres couvertès
de Places égalementfortifiées par
Pij
572 MERCURE
la la nature
par l'art ; des Grands
qui ne fe diftinguent
pas des
moindres
Sujets dans l'obeiffance
;
des richelles
prefque immenfes
&
toujours
feures , des Ennemis
au
rebutez par contraire laffez
des pertes
continuelles , divifez
par des interefts differens , & des
jaloufies fecretes ; un corps com.
posé de trop de pieces pour agir
avec un mouvement regulier :
enfin , que voyons - nous dans
les profperitez du paßé que l'ave-
-nir ne nous promette.? Il fit voir
enfuite que le Roy ne confultoit
dans cette occafion
ny la foibleffe de fes EnneGALANT.
173
1
mis , ny fa propre puiffance,
qu'il n'écoute que fa bonté .
Il n'oublia pas de parler de
l'obftination de nos Ennemis
à refufer la Paix que le Roy
leur offre , dans l'eftat le plus
floriflant où la gloire de fes
armes ait efté jamais portée.
Il dit qu'ils ne pouvoient fonder
l'efperance de reparer
leurs pertes paffées , que fur
la moderation du Roy ; qu'ils
l'attendoient en vain des fuccés
douteux de la guerre contre
un Prince qui fçait fixer
la deſtinée des Combats , &
rendre les évenemens fouples
Piij
174 MERCURE
à fes defirs. H oppofa enfuite
lamoderation du Royà l'am
bition d'Alexandre, Et certai.
nement, ajoûta- t-il , eft- ce pour
dépeupler la terre , & porter la
defalation par tout , que les Conquerans
doivent prendre les armes
? Laiffons aux Attilas , aux
Tamerlans , aux Alexandres mê
mes cette valeur ambitieuſe , qui
fait autant de malheureux qu'elle
fe foumerd Ennemis. Pour nous ,
inftruits par l'exemple de Louis le
Grand , à regarder la valeur
comme une vertu bienfaiſante ,
qui combat moins pour fa propre
gloire , que pour le bonheur & le
4-3
GALANT 155)
repos des Peuples , nous fçavons &
que les vertus qui font les bons
Princes , valent mieux que celles&
qui forment les Conquerans ; que
la veritable grandeur ne femefures
pas tant au nombre des victoires
& àl'étendue de la domination
qu'à la fagefle de la conduite ,
qu'outre cette partie de la fcience
des Rois , & de l'artde regner qui
gagne les Batailles , & qui fait
les Heros , il en est une infiniment
plus relevée qui gagne les coeurs,
qui tarit lafource des miferes pu
bliques , & répand la felicité par
tout. Il dit enfuite que la Paix
que le Roy fe propoſoit de?
Piiij
176 MERCURE
donner à toute l'Europe, n'eftoit
pas une Paix particuliere
, utile aux uns , dangereufe
pour les autres , une Paix où
l'on cherche à ramaffer fes
forces que les divifions affoibliffent
, pour accabler plus
facilement ceux avec lesquels
on ne veut point de traité ,
qu'il vouloit faire regner la
Paix par tout où la guerre
avoit exercé fon empire , comme
s'il eftoit né pour le bien
commun
de tous les hommes,
& qu'il fuft redevable
de
fon fecours à tous les malheureux
, de meſme que
GALANT. 177
l'Aftre du jour , déja connu
pour le fymbole de ce Prince ,
n'éclaire pas feulement une
partie du monde ,mais répand
fa lumiere en tous lieux. Il
ajoûta que le defir de la Paix
n'excluant pas la prévoyance ,
il eftoit de la prudence du
Roy de tenir fes Armées prêtes
pour diffiper les vains projers
de fes Ennemis , & foumettre
par les armes ceux que
fes bienfaics ne pouvoient ga
gner. Il dit enfuite qu'un des
caracteres de la moderation
du Roy eftoit de travailler ,
non feulement au repos & à
178 MERCURE
la feureté de fes Ennemis ,
mais encore à leur utilité &
à leur gloire ; que ce n'eftoit
point par une habile prévoyance
, mais par une fage
moderation qu'il offroit la
Paix à les Ennemis , & qu'il
trouvoit en luy - même des
principes de moderation plus
feurs & plus heroïques. Il fi
nit par une espece de priere à
Dieu , qui répondit parfaite
tement à tout ce qu'on avoit
déja entendu.
En vous parlant des Academies
, je vous diray que
celle des Ricovrati de Padouë
GALANT.
179

areceu M' Giffon , qui eft Secretaire
de l'Academie Roya
le d'Arles , à la place de feu
M' le Marquis de Robias
d'Eftoublon , & que Mrs de
l'Academie de Villefranche
ont perdu deux de leurs Sujers
, l'un Meffire Charles de
Bernage, Seigneur de Tavers,
Confeiller & Secretaire du
Roy , âgé de quatre- vingtans
, qui avoit l'efprit fi prefent
, & la memoire fi heureuſe
, qu'il a achevé les Fa
bles de Phedre en Rondeaux.
L'autre eft Meffire Laurent
Botru , Seigneur d'Arciftes
180 MERCURE
de la Barmondiere , Chervinges
, & autres lieux , Prefident
à Mortier au Parlement de
Dombes , cy- devant Confeiller
& Secretaire du Roy , fon
Procureur au Bailliage de
Baujollois , & Confeiller és
Confeils de Son Alteffe R.
Mademoiſelle . C'eftoit un
homme qui avoit autant de
vertu que de ſcience & d'ef
prit. Il eftoit Frere de l'ancien
Curé de S. Sulpice , qui
eft un modele de pieté. Mrs
de l'Academic leur ont fait
faire des Services avec toute
la pompe deuë à leur qualité
GALANT . 181
& à leur merite . Mr de Mi.
gnot de Buffy , l'un des principaux
ornemens
de cette
Compagnie
, & qui en eft
maintenant
le Directeur , aprés
avoir donné de nouvelles
preuves de fon éloquente
amitié à la memoire de M' de
Bernage , en donna de nouvelles
de fa Veine
inépuifable
pour
honorer les мanes
de M' de la Barmondiere , qui
vit toûjours
dans fon coeur.
Vous avez fceu le grand
avantage
remporté
ſur une
Efcadre de Hollande
, à la fin
du mois dernier , par м ' Bart,
r
182 MERCURE
mais toutes les circonstances
de cette action , l'une des plus
glorieufes qui ayent jamais
efté faites, n'ayant pas encore
efté rendues publiques , je
croy que pour vous la faire
pleinement connoiſtre , je
ne puis rien faire de mieux ,
que de vous envoyer deux
Relations fur ce fujer. Elles
font fi belles , & remplies cha
cune de faits fi curieux , qu'
aucune ne me paroiſſant meriter
la preference fur l'autre ,
je n'ay pû me refoudre à les
confondre entemble , pour
n'en faire qu'une de toutes
GALANT. 183
de
Elk
Les deux. H feroit à fouhaiter
qu'on ſe vouluſt donner
la peine d'envoyer des Relations
auffi bien circonftanciées
fur tous les grands évenemens
qui arrivent. La premiere
de ces Relations eft
conceuë en ces termes.
M
R le Chevalier Bart
partit de Dunkerque le
27. Iuin avec les fix Varßeaux
de Guerre & les deux Flutes du
Roy cy aprés nommées , pour alter
chercher une Flotte chargée
de bled , & d'autres Marchandifes
du Nord , qui devoit venir
184 MERCURE
>
fous l'escorte de deux Vaiffeaux
Nordde
guerre
Suedois , & Danois.
Le 19.à la hauteur du Texel ,ſeize
lieuës au large Sud eft
Weft , on apperceut environ cent
voiles. M Bart détacha M²
Dumesnil - Chamblage , commandant
d'une barque longue , pour
les aller reconnoistre. Il s'en acquitta
tres - bien , ayant parlé au
Commandant
de l'un des Vaiffeaux
Marchands qui luy dit ,
que la plupart des Navires
de la Flotte eftoient déja
pris par huit gros Vaiſſeaux
de guerre Hollandois qu'il
yoyoit parmy cette Flotte ,
GALANT. 189
E
E
ce que M² Chamblage ayant
rapporté, M Bartfit venir tous
les Capitaines des Vaiffeaux du
Roy àfon Bord , pour leur dire ,
qu'il falloit combattre & reprendre
la Flotte , où y refter,
de quoy tout le monde eftant conchacun
fe retira à for veni
bord .
Pendant ce temps les En
nemis ne perdoient
pas un mo.
ment , & forgoient
de voiles ,
pour joindre
nos Vaiffeaux
dans
5 le mesme
deffein , de quoy. M
Barts'estant
apperceu ,
voyane
qu'ils
eftoient
fuperieurs
en nombre
& groffeur , ilfit pafler tour
L'équipage
de la Elance
be Bien,
Juillet 1694
1
186 MERCURE
venufur le Portefaix pour la ren
forcer, envoya M¹ dela Brujere
,fon premierLieutenant , pour
la commander la faire mettre
en ligne ; ce qui ayant cfté fait ,
chacun fe remit à fon pofte , &
l'on arriva fur les Ennemis . Sitoft
que nos Vaiffeaux furent
portée de leur Canon , ils commencérent
à tirer à faire un
feu continuel , fans qu'on leur
tiraft un feul coup de nos Vaif
feaux , qu'on ne fuſt à bout portant.
M de la Peaudiere qui
avoit l' Avantgarde , s'eftant plu
toft trouvé engagé que les autres ,
commença le Combat par un feu
GALANT. 187
Bra
$
qui n'a jamais eu de pareil.
Alors M Bart voyant que les
Ennemis eftoient les plus forts en
Artillerie , fit fignal d'aborder ,
e d'aller le Sabre à la main , ce
que tout le monde fe mit en devoir
de faire ; mais comme la
Flute le Porte faix ne marchoit
pas des mieux , elle manqua fon
abordage , ainfi tomba fous le

vent des Ennemis. M de las
Brujere qui la commandoit
voyant qu'il alloit eſtre mis entre
deux feux , rifqua à revirer
de bord , & paſſa entre le
troifiéme & le quatrieme Vaif
feau des Ennemis aprés avair
Q. ij
188 MERCURE
coupé leur ligne , & ſe vint remettre
en fon Pofte. Ce fut alors
que M Bart commença de prefjer
le Commandant , & l'aborda ,
quoy qu'il euft cinquante huit
Canons , & fon équipage ayant
paffé le Sabre à la main , conduit
par M du Confeil , Enseigne de
Vaiffeau , on s'en rendit maistre ,
en une demi - heure aprés un car:
nage épouvantable des Ennemis
qui eurent deux cens hommes
tant tuez que bleffez , M Bart
deux tuez & vingt trois bleſſez.
Celuy qui le commandoit eftoit
Contre amiral de Hollande portant
Pavillon quarré au maſt
GALANT. 189
d'artimon . Les autres Vaiffeaux
Ennemis voyant leur Comman.
dant fort embaraffé préſt à ſe
rendre , fe détacherent au nombre
de trois pour le fecourir , & pour
abifmer M Bart , à qui feul il's
= en vouloient ; mais M¹ de Saint
Paul les ayant coupez , aborda
leplus gros qui eftoit de cinquante
fix Canons , & l'enleva aprés un
rude Combat. C'eft où l'on peut
dire qu'on a vû paroistre toute la
bravoure que l'on pouvoitſouhaiter.
Vn Garde marine e ntr'autres
, fort petit , âgé de dix fept
ans , ayant fauté dans un Vaiffeau
ennemy, avec d'autresgens de
190 MERCURE
l'équipage, eut affairefeulcontre le
premierLieutenant unMatelor
Hollandois . Ilcaffala tête d'abord
au Matelot d'un coup de piſtolet ,
fe battit pendant une demiheure
contre le Lieutenant qu'il
bleſſa à mort de deux coups de
Sabre ; mais il ne jouira pas des·
recompenfes qu'il auroit pû espe
rer , ayant eſté bleſſé mortellement
en trois endroits , tant du Lieute
nant , que d'un coup de Fufil qui
vint du Chateau d'arriere , fans
qu'on l'ait jamais pú fecourir
chacun ayant fon homme en tefte
à combattre. M de Saint Paul
ya eu plus de cinquante hommes
GALANT. 191
& la
bleffez de coups de Sabre , &
beaucoup d'autres qui ont eftétuez
& bleſſez par le Canon
mouſqueterie. Si onfe battoit bien
en cet endroit , l'on ne fe battoir
pas moins bien ailleurs. Mr de
Benneville qui avoit à faire à
deux à lafois , en aborda un ,
lenleva. M de Fricambaut
Jon premier Lieutenant , & M³
de Gabaret , Enfeigne , ayantfau
téàl'abordage avecplufieurs Matelots
& Soldats qui lesfuivoient.
furent repouffez ,&fe trouverent
feuls avec deux Soldats , ce qui
fir queles Ennemis eftant fortis du
Chasteau de derriere , tuérentM²
4
192 MERCURE
deFricambaut, lesdeux Soldats
coups d'efponton , & blefferent
M Gabaret legerement¸ lorſqu'ils
eſtoient prests de ſe rendre maiſtres
du Chasteau d'avant. M
de Gabaret voyant qu'il n'y avoir '
pas de quartier pour luy , quoy
que bleffé , fe jetta à la mer,
fe fauva à la nage. Alors l'on
retourna àl'abordage ,&ceVaif
feau fut enlevé en peu temps
Les François à leur tour firens
fort peu de quartier. M Doros
gne qui s'eftoit trouvé entre deux
feux , avoit beaucoup fouffert
Enfin lorfque M de la Peaudiere
eftoit prefque maistre d'un aurre
de
Vaiffean
GALANT. 193
1
диг
donna
la
Vaiffeau de cinquante Canons
un coup de Canon luy coupa fon
grapin d'abordage , ce
lien à ce Vaiffeau de s'échaper
avec quatre autres qui prirent l
'fuite en mefme temps . M Bart
ayant tous fes mafts endommagez
& ne pouvant les poursuivre
longtemps ,fe contenta de profiter
utilement desfruitsdefa victoire ,
qui furent de fe rendre maistre
des prifes que les Hollandois avoient
faites auparavant. Pendant
toute cette action , les Convois
Suedois & Danois fe con--
tentérent d'eftre spectateurs
, &
de faire faire voile toûjours au
Juillet 1094.
R
194 MERCURE
refte de leur Flotte. Une partie
des Vaiffeaux chargez de blé eft
allée au Havre à Dieppe , &
l'autre eft arrivée heureusement à
Dunquerque avec les trois Vaif
feaux de guerre Hollandois qui
ont esté pris .
Je paffe à l'autre Relation ,
dont je ne vous dis rien , afin
de vous laiffer la liberté d'en
juger .
I
Efcadre du Roy compofée
de fix vaiffeaux , un de cinquante
quatre pieces de Canon
un de cinquante deux , un de quarante
deux trois de quaran
GALANT. 195
R
te , & d'une Corvette de fix pieces
, mit à la voile de la rade de
Dunkerque le 26. Juin , ayant
avec elle deux Fluttes , dont l'u
ne , nommée le Portefaix , commandée
par M de la Bruiere
porte quatorze pieces. Les fixe
Vaiffeaux estoient le Maure
le Fortuné , le Gerzé , le Comté ,
le Mignon & Adroit. Ils
eftoient commandez
par Mrs
Bart , la Peaudiere , de Pontal
d'Orogne , Saint Paul d'Hericourt
de Benneville. Le vent
eftant à la bande de l'Eft , cette
Efcadre mouilla le mefme jour.
fur les fept heures du foir entre
4
د م ح م
Rij
396 MERCURE
fir
le
les banes au delà de la rade. Le
28. eftant hors des bancs ,
vent ayant fauté à l'Ouest , elle
it route au Nord , quart Nordeft
, & au Nord est jusqu'au
29. au matin , qu'eftant Queſt.
Sud Ouest du Texel environ
douze lieuës au large , elle decouvrit
une Flotte de plus de cent
voiles . Comme elle alloit au
Nord pour y prendre plufieurs
Vaiffeaux charge de bled &
les amener à Dunkerque , Mr
Bartfit donner chaffe à cette Flottepour
la reconnoiftre , & enfin on
reconnut qu'elle eftoit efcortée de
deux Vaiffeaux de guerre , l'un
GALANT. 197
a
Suedois & l'autre Danois , &
de buit autres Vaiffeaux Hollandois
, qui voyant approcher
lEfcadre duRoy fe mirens en ligne
la queuë de la Flotte , environ
la portée de deux canons. M²
Bart mit en panne & fit fignal
pourfaire venir tous les Capitarnes
àfon Bord , afin de tenir Con
feil , ayant cependant envoyé la
Corvette , commandée par Mˇ
Dumefnil à bord du Commandant
Danois , pour fçavoir fi les
Vaiffeaux chargez de blé, que
L'Efcadre du Roy alloit chercher ,
eftoient dans cette Flotte. Les
Capitaines rendus à bord , on tine
R iij
198 MERCURE
Confeil , où il fut unanimement
refolu ,fuivant l'avis de M² Bart,
que fi ces Vaiffeaux qu'on alloit
chercher eftoient parmy cette Flotte
, il falloit attaquer les Vaiffeaux
ennemis , & pour cela les
brufquer , en attaquant chacun le
fien . On refolut encore d'envoyer
guarante hommes à bord de la
Flute le Portefaix , avec Mª de
la Bruyere , premier Lieutenant
du Vaiffeau le Maure , que commande
M'Bart, pour la commander.
L'ardeur avec laquelle chacun
fortir du Confeil , fit bien jugerde
l'événement,& laCorvette
ftant de retour, ayant rapporté
r
GALANT 199
1
I
les
que deux Maistres de Vaiffeaux
Danois qu'il avoir abordez luy
avoient dit que les Vaiffeaux def
tinez pour Dunquerque eftoient
dans la Flotte , & que tous les
autres eftoient deftinez pour
Coftes de -France , n'ayant pú
akorder le Commandant Danow
à cause que les Canons des Vaif
feaux Hollando l'en empeſche
rent , chaque Capitaine s'en retourna
dans fon bord avec def
fein de bien faire , comme ils ont
tous fait. Il y avoir deux jours
que les Vaiffeaux Hollandois s'éde
cette Flotte
toient
emparez
& ils avoient
déja donné
leurs
R iiij
200 MERCUR E
quare
ordres & pris leurs mesures pour
la faire entrer au Texel. Le
temps qu'il falut pour mettre les
arante hommes à bord du Porte
-faix , fit que l'Escadre fe tine
en panne jufqu'à ce qu'on cust
jugé qu'elle fuft en eftat de combattre
, & cependant les Vaiffeaux
Hollandois firent porter
avec leurs mizaines pour fetenir
fur le vent ; ce qui obligea M²
Bart defaire fervir fur les Enne
mis ,forçant de voile pour les dou
bler & leur gagner le vent , en
meſme temps ilfit fignal au Vaiffeau
le Fortuné de revirer , pour
empefcher les Ennemis de couper
GALANT 201
Arrieregarde , ce que fir M de
Ila Peaudiere , qui commande ee
Vaiffeau , les empefchantpar cerve
manoeuvre de couper le vents S'ép
tant ainsi trouvé à la tefte , cons
les Vaiffeaux revirerent de meſme
que luy , par une contremarches
La Flute par cette manoeuvre
s'étant trouvée un peufousle vent
fur doublée par deux Vaiffeaux
Hollandoisde la tefte,qui luy lâcherent
leurs bordées. Mª Bart ayant
en même tempsfait le fignalpour
l'abordage , toute l' Efcadre arriva
fur les Ennemis. Quoyquefont aif
feau nefuft que de cinquante Ca
nons , il aborda le Commandant
202 MERCURE
enemy , qui portoit le Pavillon de
Contr'Amiral & cinquante
- huit
canons , & chacun choifit le fien.
Le Fortuné en aborda un autre
de mefme force que celuy qu'avoit
abordé M Bart , duquel il fur
feparé par le canon des deux au
tres Vaiffeaux ennemis , qui coupa
la chaine du grapin avec lequel
il l'avoit accroché , qui eſt reſte
à bord du Hollandois
, lequel
avoit déja efté obligé d'abandonner
fon Chasteau d'avant par
les grenades qu'on luy avoit jettées
, ce qui luy fit faire vent arrieré
en arrivant tout court :&
comme les autres Vaiſſeaux enneGALANT.
203
mis
tenoient le vent pour
gagner
l'Arrieregarde
en arrivant , &
= aller à M Bart , qui tenoit accroché
leur
Commandant , le Capitaine
du Fortuné tint le vent au
plus prés pour empefcher
ce deſſein,
ce qui fit qu'il fe trouva entre
trois
Vaiffeaux
ennemis , dont
l'un n'eftant qu'à la portée dupiftolet
, reçût toute fa bordée , ce qui
le fit incontinent
refter de l'arriere
avec les voiles fur les mafts , &
celuy qui eftoit fous le ventfaifant
force de voile pour le baller au
vent , reçut encore toute la bordée
du
Fortuné , eftant
presque
bord à bord , ce qui le fit arriver
204 MERCURE
vent arriere à joindre le premier
Vaiẞeau qui avoit arrivé. Comme
les autres Vaiffeaux faifoient
toujours force de voile , pour continuer
leur mefme deffein , on ne
poursuivit point ceux qui estoient
arrivez le Fortune revira
;&
contre un Vaiffeau de cinquante
pieces qui tenoit le vent, & l'ayant
doublé, il luy paffa vergue à verguefans
pouvoir l'aborder , eftant
tout defemparédefes manoeuvres ,
àcauſe que
les Ennemis n'avoient
tiré qu'à demafter. Le Fortuné
luy donna cependant encore toute
La bordée , il laiffa toutes fes
woilesfur les mafts. Mªde Saint
GALANT.
205
Paul qui commande le Mignon ,
s'eftant alors trouvé au vent , l'a
borda le prit , & le Fortuné
arrivafur un autre Vaiffeau de
trente fix pieces , qu'il prit auffi.
Pendant ce temps,les autres Vaiffeaux
du Roy attaquoient les autres
Vaiffeaux ennemis avec toute
Pardeur & la vigueur poffible ;
mais comme il eft difficile d'aborder
un Vaiffeau , quand celuy qui
le commande veut éviter labordage
, les autres Vaiffeaux ennemis
n'ayant rien oublié pour l'éviter,
quoy queles autres Vaiffeaux
fißent leur poffiblepour les aborder,
ils ne purent que cribler les En206
MERCURE
nemis de coups de canons , de gre.
nades de moufqueterie, lon
que peut
dire
chacun a fait des
merveilles. M Bart a enlevé le
Commandant qu'il a abordé ; ce
quifut fait en moins d'une demiheure
, par unfeu fi terrible , que
l'équipage ennemy en fut tout
furpris. Celuy cy ne fit pas comme
les autres Vaiffeaux Hollandois
qui avoient fuy labordage ;
au contraire , au mefme temps que
M Bart luyfit jetterfongrapin,
il luy en fit pareillementjetter un
ayant une forte paffion d'avoir
affaire à ce Commandant. Auffile
Contre- Amiral qui commandoit
GALANT. 207
T
ce Vaiffeau eft un des plus braves
hommes qu'ayent les Eftats Generaux.
Il ne s'eftjamas vû un
combat plus accompagné de feu ,
&defang, & pouffé avec plus
de vigueur. Un des Contremaî
tres de M Bart , quieft un fimple
Marinier, Provençal de nation,
a fait pendant le combat , une
action qui merite deftre publiée ,
qui a contribué à faire plutoft
rendre le Vaiffeau ennemy M
Bart en abordant , dit à fon équipage
qu'il donneroit dix piftoles
celuy qui luy apporteroit le Pavillon
de Contre amiral , & fix
piftoles à celuy qui luy apporteroit
208 MERCURE
celuy de Pouppe. Ce Marinier
excité par cette gratification , fe
jetta auffi oft que les autres dans
le Vaiffeau ennemy ,& monta
au maft pour en ôter le Pavillon.
Le Contre Amiral l'ayant apperçu
, luy tiraluy mefme un coup
defufil , dont il luy perça la main
d'une balle , & la cuiffe d'une autre.
Ce Marinier d'unfangfroid,
enveloppafa main d'un mouchoir
fa cuiffe defa cravatte , continua
enfuite de monter , & enleva
le Pavillon , dont il fe fit une
ceinture , aprés quoy il defcendit,
& non content de cela , il allafur
la Dunette &fe mit en estat d'y
GALANT; 209
enlever le Pavillon de la Pouppe.
Ill'avoit à moitié défait , lors que
le Contre Amiral , qui s'en apper.
çut encore , luy lança un coup d'ef
ponton dans lafeffe ; mais ce Ma
rinier s'eftant retourné , & ayant
pris une Hache d'armes qu'il a.
voit paffée à son côté , en déchargea
un fi grand coup du Pic à la
tefte du Contre Amiral , qu'il le
renverfa par terre , luy ayant du
coup crevé un oeil ; aprés quor il
retourna froidement achever do
ter le Pavillon qu'il ajoûta àfa
ceinture, e enfuite ilalla remettre
ces deux Pavillons à Mr Bart.
Les Equipages ayant remarqué
Juillet 1694
$
210 MERCURE
la perte de leurs Pavillons , perdirent
courage, & les autres
Vaiffeaux ennemis l'ayant vú
pris , cefferent de tenter de lefecourir.
Le combat a duré deux

heures , chacun jusqu'aux Equipages
y ayant fait de fon
mieux. Auffi l'Escadre du Roy
attaqua fi brufquement les Ennemis
, qu'elle ne leur a pas donné
le temps de fe reconnoistre , quoy
que leur force fuft fuperieure , car
ils estoient buit Vaiffeaux de
guerre contre fix , deux de cinquante
buit , un de cinquantequatre
, deux de cinquante , un de
quarante-fix , un de quarante,
GALANT. 211
un de trente fix pieces de Canon
ainfi plus fort que l'Escadre de
Mr Bart de cent quatorze pieces
de Canon . Le Commandant de
cinquante-buit pieces , un autre
de cinquante , celuy de trente
- fix ont efté pris & amenez
à Dunkerque , les cinq autres s'étant
fauvez tout delabrez . On
les auroit pris infailliblement fi
on les avoit fuivis , mais la principale
affaire eftant d'amener la
Flote de blé en France , M Bart
fit tirer un coup de canon pour
faire ceffer la chaffe à ceux qui les
poursuivoient. Il n'y a eu dans
Efcadre du Roy, d'Officiers , que
"
Sij
212 MERCURE
M' de Fricambaut , Lieutenant
de Vaiffeau , de tué , M¹ Gabaret
, Enfeigne , legerement blef
Jé, & environ trente Mariniers
tuez, & quarante bleffez.
Les Ennemis y ont perdu preſque
tous leurs Officiers , & plus de l'a
moitié de leurs Equipages , ce qui
doit aller à environ douze cens
hommes tuez ou bleffez. Le
Commandant a eu cent dix hommes
de tuez, & cent de bleffez ,
le Contre Amiral eft luy me_
me bleßé de plufieurs coups , dont
ily en a de mortels . Il a eu le bras
droit emporté, un coup de balle
dans lecoſté au deffous de la mansGALANTM
213
melle , un autre àla cuiffe , lecoup
de bache d'armes qui luy a crevé
un oeil , & deux autres coups de
fabre à la tefte. Cependant, M
Bart , qui l'a pris , n'a eu aucun
Officier bleßé , & feulement trois
Mariniers tuez, & vingt deux
bleffez. Le Contre- Amiral avouë
qu'il n'a jamais esté à une fi belle
feste, ny vú des hommes fe battre
avec tant d'ardeur , &faire un
fi grand carnage. Il dit mille
chofes à l'avantagede M Bart ,
&a écrit en Hollande , que la
confolation qu'il a , eft d'a
voir efté vaincu par des He
ros. Si M Bart a montré en çe
214 MERCURE
combat tout ce qui fe peut de
mieux fuiry & de plus valeureux
, on peut dire Dieu qui
que
accompagne en tout la justice des
Armes du Roy , a comme conduit
Mr Bart à cette action , pour
mieux faire voir ce qu'il vant ,
puifque s'il eftoit arrivé trois heures
plus tard , la Flotte destinée
pour la France eftoit perduë entierement.
Cependant non feulement
il l'afauvée fans perdre un
feul Vaiffeau , en la tirant des
mains des Ennemis , prests à la
faire entrerdans leurs Ports ,
il leur a pris trois de leurs Vaiffeauxe
de guerre les plus confidemais
GALANT.
215
rables , mis les autres hors
d'eftat d'estre remis à la mer , du
moins de cette Campagne . Ily a
de cette Flotte trente Vaisseaux
Marchands moüillez en rade
qui vont entrer inceffamment ,
qu'on dit contenir cinquante mille
razieres de blé , & foixante dix
qui ontpourfuivy leur route pour
France , efcortez des deux Vaiffeaux
de guerre de Suede & de
Dannemark , qui ont vû tranquillement
ce combatfans s'y in
tereffer en aucune forte.
L'action de Mr Bart eft
d'autant plus glorieufe , qu'
216 MERCURE
on effuya tout le feu des Ennemis
fans tirer que lors qu'
on fut à bout portant
; que
chacun aborda le Vaiffeau
qui luy eftoit oppofé , & que
le choc fut fi bruſque
, que
les Ennemis qui pretendoient
nous prévenir , fe voyant fu
perieurs , perdirent conte
nance. On ne peut fe figurer
fans l'avoir vû ,l'horreur d'un
combat d'une demi heure ,
fur un Vaiffeau abordé , où
fix ou fept cens hommes fe
trouvent meflez , dans un
efpace d'environ fix - vingt
pieds de long , & de trente
de
GALANT.
217
de large,
s'écharpant de coups
de haches & de fabres , s'éventrant
de coups d'efpontons
& de Hallebardes
, s'af
fommant de boulets , & fe
mutilant par des éclats de
grenades. Cela joint au bruit
du Canon & des cris des mourans
, forme un spectacle
& un bruit qui ne fe peuvent
décrire . Lamefmecho
.
fe feroit arrivée du moins
dans fix des Vaiffeaux ennemis
, fi tous nos grapins cuf
fent tenu l'abordage
. Rien
n'eft égal à la valeur de M¹le
Chevalier de Fricambaut , le
Juillet 1694.
T
< 218 MERCURE
quel encore que percé de plu
fieurs coups , ne voulut pas
fe retirer , & neceffa de com.
battre que lors qu'il ceffa de
vivre. Un Garde de Marine ,
Gentilhomme Irlandois , âgé
de dix fept à dix huit ans , y
fit voir une bravoure toute
extraordinaire. Ayant fauté
des premiers dans un Vaiſſeau
ennemi, & y ayant receu quatre
coups de fabre , il fendit la
preffe pour joindre le Lieutenant
du Vaiffeau, qu'il crut
feul digne de fon courage.
Il luy donna trois coups d'épée,
& ne le quitta point qu'il
GALANT. 219
J.
ne fuft hors de défenſe.p
LeRoy a fait Enfeigne de
Vaiffeau le Fils de M'Bart ,!
qui a apporté la nouvelle de
cette action , & Sa Majesté a
donné des Lettres de Nobleffe
à fon Pere. Le Garde
Marine Irlandois a auffi efté
nommé Enſeigne de Vaiffeau
. Le Contre- Amiral Hollandois
, qui commandoit
toute PEſcadre , eft mort à
Dunkerque , des bleſſures
qu'il a receues dans le come
bat , & le Pavillon qui a efté
pris fur fon Vaiffeau a efté
apporté icy , & mis dans l'ETij
220 MERCURE
glife de Noftre - Dame . Cette
perte a efté d'autant plus fenfible
aux Hollandois , qu'ils
n'ont jamais perdu de Pavilon
Amiral , & c'en eftoit un
que portoit le Contre Amiral
de Frife. C'est ce que mar
quent les Lettres de Hollande
, qui difent que l'Etat eftant
informé de l ' Efcadre qui fe préparoitpour
le Nord, donna fes ordres
àl Amirauté , pour attendre Bart
au paffage , allant au Nord ,
la Flotte de Norvege venant de
France ; qu'on devoit employer
treize Navires ;3 que cependant
il n'y en eut que buit ,fous le com
GALANT . 221
le
mandement de Hidde de Vries ;
que fon Vaiffeau fe nommoit
Prince Cazimir qu'il eftoit persépourfoixante
& douze canons ,
& n'en avo t que cinquante buit;
qu'ils apperçurent le 27. la Flotte
venant du Nord , avec cent dix
Voiles , qu'ils prirent , & que cinquante-
huit Navires estoient
déja confifquez , lorsque le 29. au
matin , Bart parut au deffus
du vent , avec fept Fregates
une Flute , & un Brulot ;
que chacun choifit fon homme ;
l'Amiral Hollandois donna
à Bart fes bordées ; que Bart
répondit avec fa moufqueterie ,
que
Tiij
222
MERCURE
maisfi
heureusement , qu'à la pre.
miere
décharge l'Amiral ayant
eſté bleſſé,ſon V´aiſſeau fut abordé
,
accroché, & pris en fort pen
de temps ; que Stalende fut pris
de miſme ; avec Zérip ; que les
autres
Vaiffeaux
retournerent au
au Texel , en tres mauvais ordre ,
&quejamais affaire n'avoit don.
né plus de chagrin , parce qu'on
n'a jamais pris le Pavillon Ami.
ral , ce qui fut caufe que l'Amirauté
fut affemblée trois jours de
fuite , les cinq
Capitaines
mandez pour rendre compte de
leur conduite.
On a
appris
depuis par
GALANT. 223
d'autres Lettres de Hollande,
que deux de ces cinq Capitaines
y eftant arrivez , les
Femmes des Matelots qui
ont perdu leurs Maris dans
ce Combat , émeurent une
fedition en voyant paffer ces
Capitaines dans les ruës ; que
la populace s'y joignit ; quelle
leur jetta quantité de
pierres , & qu'ils furent contrains
de s'enfermer dans un
Cabaret , pour le mettre à
couvert de leur fureur , mais
que le tumulte augmentant,
l'Amirauté fut obligée de les
envoyer dégager avec main
T iiij
224 MERCURE
forte , & mefme de les faire
garder enfuite jufqu'à ce qu'
elle les cuft
renvoyez Le
nom de Bart eft fi
redoutable
en
Hollande ,
qu'on y
arme une
Eſcadre uniquement
contre luy.
Les Vers que vous allez
lire , font de M' de
Senecé ,
premier
Valet de
Chambre
de la feuë Reine .
LES
PETITS
MAISTRES ,
A M¹ de
Bellocq.
T
Raiment , voas eftes fort honnefte,
Bellocq , & vous avez
raiſon
GALANT. 225
De nous avoir lavé la tefte un
En Enfans de bonne Maison.
2
Depuis le trepas de Moliere ,
De nostre merite enteftez,
Sans jugement & fans lumiere,
Nous devenions Enfans gâtez. &
Tel qui nous aime , nous châtie ;
Nous devons beaucoup à ce foin .
D'un Profeffeur en modeftie
Nous avions un fort grand befoin.
R
Vous meritez qu'on vous écoute,
Vos traits penetrent jusqu'au vif,
Et nous obligeront fans doute,
Aprendre un air moins décifif.
S
La Poefie & la Mufique ,
Et leurs Eleves outragez,
Auront un deftin moins inique ,
226 MERCURE
Et libre de nos préjugez
S
Pour vos avis de confequence,
Dont le profit eft fingulier ,
Recevez la reconnoiffance
D'un remerciment Cavalier .
&&
Mais ne croyez pas pouvoirfaire
Qu'après nous avoir corrigez
De gens de noftre carallere ,
Les temps à venir foient purgez.
2
C'est une efperance inutile,
Et pour vous le dire endeux mots ,
La Cour, auffi-bien qué la Ville,
Aara toujours de jeunes fots.
J'ajoûte une Epigramme ,
adreffée au meſme par un
Inconnu.
GALANT. 227
B Ellocq , ton nom devoit paroiſtre
Au bas de tes charmans Ecrits,
Tufçais yparler en grand Maiftre
En parlant fi bien des Petits.
Vous ne ferez pas fachée
de voir la Lettre qui fuit. Elle
a efté écrite à M' de Senecé ,
par M' de Bellocq ,
Jt
croyois , Monfieur , qu'après
la famenfe défaite des Boutsrimezparle
General Sarazin, ils ne
fe releveroient jamais de leur chute.
Cependant les voicy qui paroient
encorps d'Arméeplus nombreux &
plus formidables qu'ils n'eftoient, &
qui menacent l'Etat des Mufes d'une
auffi perilleuse inondation , que le
228 MERCURE
futautrefois pour l'Empire Romain
celle des Nations barbares ; & fi
vous remarquez ce danger dans les
circonftances qui les accompagnent,
vous trouverez que ma comparaifon
ne manque pas de jufteſſe. Les
Barbares n'avoient rien de cette
veritable valeur qui agit avec
connoillance & reflexion ; l'impetuofire
& la fureur eftoient leur
pariage. Les Bouts- rimez, n'ont rien
de ce fage genie , qui doit conduire
les Ouvrages d'efprit, ce n'eft que le
caprice, que le feul hazard qui les
fait réulir. C'eftoit la difette des
chofes neceffaires à la vie , qui form
çoit les Barbares à quitterleur Pays
pour venir chercher des climats
plus heureux. C'eft la pauvreté des
efprits , & la difette d'invention ,
quifaitfortir les Bout.rimez duge,
GALANT. 229
nie aride & fterile qui leur donne la
naiffance › pour faire irruption
dans les champs où fe recueillent
les fertiles moiffons de l'honneur &gu
de la gloire. Enfin , pour achever
mon Paralelle , c'eft de l'ancien
Royaume des Visigots que fortent
aujourd'huy les Bouts- rimez , pour
venir fourager fur les terres da
Patrimoine d'Apollon. le prie
Mrs les Lanternistes de me par.
donner cette petite plaifanterie.
Ce font gens que d'ailleurs je reconnois
pleins de merite , & dignes
de beaucoup de louanges ; mais de
bonne foy , auriez vous cru que les
·Bouts rimez puffent jamais devenir
des ennemis affez redoutables
pour nous reduire à les attaquer
dans les formes Cependant , je
vois que cette bizarre compofition
230 MERCURE
s'accredite à la Cour, auſſi-bien qu'à
la Ville , qu'ellefe répand dans les
Provinces , & que fi l'on n'y prend
garde , elle va bien- toft faire
autant de ravage , qu'enfirent les
Vers Burlesques il y a trente ou
quarante années, lors qu'infenfiblement
tout le Parnaffe fut étonné
de fe voir devenu Bateleur , & que
les Mufes gemirent de fe trouver
reduites à parler le langage des
Halles. A quoy bon , je vous prie ,
gêner les efprits par l'extravagante,
contrainte de ces rimes difposées
au hazard ? Les regles feveres du
Sonnet ne font- elles pas elles mêmesune
gene fuffifante ? Ce n'eft pas
allez pour en compofer an excellent
, de remplir quatorze Vers de
termes magnifiques , ou de Phrafes
empoulées. Il faut , s'il fe peut ,
GALANT
.
231
qu'il contienne une pensée originale
, que tous les Vers la préparent
par degrez , que tous les termes y
répondent , cependant fans la faire
deviner , afin qu'elle frape avec
plus d'effort , & qu'elle brille avec
plus d'éclat. S'il eft permis de comparer
les petits Ouvrages aux
grands , il en eft du Sonnet comme
de la Tragedie , dont les incidens
doivent infenfiblement difpofer la
catastrophe ; & ce font ces loix rigoureufes
, lesquelles ajoûtées aux
autres contraintes de la conftruction
du Sonnet , font qu'il s'en rencontre
fi pea de bons . Et le moyen que des
rimes témérairement affemblées ,
puiffent fervir de dignes materiaux
pour un fi noble édifice ? Penfez
vous qu'un Architecte puft jamais
refir dans la conftruction d'unfu-
2
232 MERCURE
perbe Palais , s'il en jetroit lesfondemens
& en élevoit les murailles ,
fans fonger aux entrées ny aux if
fuës , fans examiner où il placeroit
fon efcalier , où ilprendroit fes jours,
où il ménageroit (es dégagements ?
Je vous avouë que je ne puis fouffrir
que la gloire du Roy foit confiée
au caprice , & que fa ftatuë
majestueufe foit appuyée fur une bai
Je d'argile. On n'a pas trop de
toutfon efprit & de toute fa liberté,
pour traiterles miſterés de fa grandear
& ce Conquerant , qui ne
vouloit eftre peint que de la main
d'Apelle, & qui avoit toujours Homere
fous fon chevet , n'auroit jamais
fouffert que l'on celebraft en
Bouts-rimez , la Bataille d'Arbelles
, ou le paffage du Granique.
Pour moy , j'eftime que toute la gra
GALANT. 273
ce que l'on peut faire aux Boutsrimez
, c'est de les reduire aux (ujets
Burlesques ou Satyriques , comme
les Crotefques font releguez aux
bordures des Tapifleries. Ilfaut
couvenir que la louange déplaift
naturellement par la malignité de
Pefprit humain , qui trouve de l'abaißement
dans l'élevation d'un autre.
Il faut donc beaucoup d'art
pourla faire faporter , beaucoup de
fel pour en relever le gouft. Peutelle
attendre un tel fecours des fa.
des , des infipides Bouts - rimez ?
Après toutes ces reflexions , que dis
rez vous de moy , Monfieur , ds
trouver un Sonnet de cette efpece
la fin de ma Lettre ? Vows direz
avec justice , que je me laiffe ewe
trainer au torrent , & que jay vow
bu extravaguer avec les autres . LE
Juillet 1694 .
V
234 MERCURE
n'y a rien de plus déconcerté qu'an
homme qui fe trouve de fens froid
parmy une troupe de gens efchaufez
de la débauche ; il faut en pren.
dre une petite pointe pour se pouvoir
accommoder avec eux. Souf.
frez- moy donc , je vous prie , ce petit
accès de la fureur des Bouts- rimez
On en afait plufieurs pour Mada
mela Princeffe de Conty. Pourquoy
n'oferai-je pas tenter d'en faire un
pour un fi beau fujet ? Dans la
difficulté d'atteindre à la hauteur
d'une fi noble entreprise , je mefauveray
du moins par l'excufe de la
contrainte,& je m'efforceray defaire
croire que j'aurois mieux reüſſi dans
une plus grande liberté. C'eft à
vous , Monfieur , à qui il eft referd
vé de faire quelque ouvrage pour
elle , qui ait de la proportion aVIC
GALANT. 235
"
ces brillantes qualitez , qui font
L'admiration de toute la terre. le
vous invite à ce travail , comme
au plus digne fujet de vos veilles
ou plutoft c'est la gloire qui vous y
invite. Ce fera pour lors que
la
louange ne pourra dèplaire , &que
l'envie mefme fera charmée & des
grandes qualitez de l'Heroine , &
du noble tour que vous aurez scen
leur donner.
Sur les Bouts-rimez preſcrits
par Mrs les Academiciens
Lanterniftes de Toulouſe.
Pour S. A. Madame la Princeſſe
de Conty.
SONNET
.
FRapper
une medaille, on modelez
un
Bufte
V ij
236
MERCURE
Doctes Soeurs
temps des
méditez juſqu'au
glaçons,
cer les
moiffons,
Vndeffein ,
qu'auront veu commen-
De tendre Poefie , ou de Pro-
Se
S
robufte .
Vous devez plus encore à la Prin
ceffe augufte ,
Dont le fublime efprit vous ferait
des
ter vos
leçons .
chanfons,
L'honneur qu'elle vous fait d'ècoa-
De vos plus grands efforts eft un
motif trop
12.
jufte.
Ioignezl'air de Minerve à fon Il-
Luftre
orgueil,
Les graces de Venus à fon riant
accueil ,
De vetre art trop borne , Muless
fickla d gaz .
GALANT. 237
2
Et vous globes brillants , harmonieux
refforts,
Pour celebrer les dons que le Ciel
lay prodigue,
An Parnaffe impuifant uniflez
vos accords.
Peut- etre me trouverez vous
hardy , de donner à la Profe l'Epithete
de Robufte ; mais on dit
bien un file mafle , un stile vigoureux.
Pourquoy ne dira- t.on pas
auffi bien Robufte ? C'eft la me/me
efpece de Metaphore . Les premiers
qui ont hazardé ces expreffions ont
paru temeraires. L'oreille s'y fait .
A dire le vray , peut- eftre que fans
la contrainte des Bouts - rimez , je
ne l'aurois pas choify.
238 MERCURE
Il me reste encore à vous
apprendre la mort de plufieurs
perfonnes confiderables
de l'un & de l'autre fexe ,
dont voicy les noms.
Meffire François d'Epinay ,
Marquis de Saint Luc. Il
eftoit Fils du feu Marquis de
Saint Luc , Chevalier des Ordres
du Roy , feul Lieutenant
General au Gouvernement
de Guyenne , & d'Anne de
Buade , Fille de Henry , Comte
de Palluau , & Petit- fils de
Timoleon d'Epinay , Seigneur
de Saint Luc , Comte
d'Eftalen, Marefchal de Fran
CALANT. 239
ce , Gouverneur de Broüage ,
& Lieutenant General au
Gouvernement de Guyenne ,
& de Henriette de Baffompierre
, Soeur du Marefchal
de ce nom. Ce Marefchal de
Saint Luc eftoit fils de François
d'Epinay, Grand-Maiſtre
de l'Artillerie , Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant
General au Gouvernement de
Bretagne , & Gouverneur de
Broüage , qui fut tué au Siege
d'Anvers,d'un coup de moufquet
à la tefte en 1597. M' le
Marquis de Saint Luc , qui
vient de mourir , eftoit le der
240 MERCURE
nier mafle de fa Maiſon , &
n'a laiffé qu'une Fille de fon
mariage avec Marie de Pompadour
, Fille aifnée du feu
Marquis de Pompadour, Che
valier des Ordres du Roy ,
Lieutenant General au Gouvernement
de Limofin , dong
la cadette a époufé M le
Marquis de Hautefort , Colonel
du Regiment d'Anjou ,
& Marefchal de Camp .
Dame Françoiſe le Tellier.
Elle eftoit veuve de Meffire
Jacques Dyel , Seigneur de
Miromefnil , de Condecour ,
& uatres lieux , Confeiller
d'Erat
GALANT. 24E
d'Etat ordinaire , & Oncle de
IM de Miromefnil , Maiftre
des Requeftes , Intendant de
Juftice en Touraine .
Milord Moncaffel, C'eſt le
- fameux Macarty , qui s'eft
fouvent diftingué en Irlande
au fervice du Roy d'Angleterre.
Il y eftoit eftimé &
craint , & il y a fait des actions
fort hardies . Quand Sa
Majefté Britannique donna
au Roy cinq mille Irlandois
pour les François qui estoient
en Irlande , il les comman
doit en qualité de Brigadier.
Il s'eft fignalé en plufieurs
Juillet 1694.
X
#42 MERCURE
すら
rencontres , en Savoye , où il
a efté bleffé. Il a coujours
fervy depuis ce temps - là avec
beaucoup de diftinction , &
devoit fervir cette année en
Allemagne . Ses bleſſures ſe
font rouvertes aux eaux de
Barrege , & il y eft mort. ll
eftoit magnifique & liberal ,
& tres fidelle à fon Roy , qui
l'a fait Milord en France.
Madame de Montelon ;
Femme de M de Montelon,
Premier Prefident au Parle
ment de Rouen , & Soeur de
M'de la Guillaumie , Confeil
ler au Parlement de Paris,
ج م
GALANT.
243
dans
Elle eftoit jeune , & tres - agreable
de fa perfonne ; il n'y
a eu qu'un ſeul fentimét dar
toute la Province , fur cette
mort imprévûë .Tout le monde
en a efté vivement touché,
cert
402809!
& fans
aucune exageration
il y a eu beaucoup
de larmes
répandues
. Elle avoit une
pieté folide , qui donnoit
un
grand exemple
dans la place
qu'elle
tenoit , & en meſme
temps
elle faifoit
les honneurs
de cette place
, avec
toute
la dignité
, & tout l'agrément
imaginable
Jamais
perfonne
n'a obligé
de fi bon
x ij
244 MERCURE
ne grace , & quand les occa.
fions ne s'en prefentoient pas ,
jamais perfonne n'a fi bien
fait fentir l'envie qu'elle auroit
euë d'obliger . Sa politeffe
n'eftoit point dans de vains
dehors , elle partoit du fond
de fon coeur , & luy donnoit
un charme qui luy eftoit tout
particulier. On ne fortoit
guere d'avec elle , fans en
eftre touché.
·
Je vous ay parlé pluſieurs
fois tres amplement de ce
qui regarde la Famille de M
de Montelon , & fur tout lors
qu'il fut fait Premier Prefi
GALANT 249
dent du Parlement de Rouen .
M de Pertuis , Maref
chal de Camp , & Capitaine
des Gardes de feu M le Marefchal
de Turenne. Il eft
mort dans fon Gouverne
ment de Menin fur la Lis.
M le Marquis du Fref
noy , Seigneur de Neuilly ;
& autres lieux , & cyl devant
Cornette des Chevaux - Legers
de Monfeigneur le Dauphin
.
Meffire François Quatre-
Hommes , Preftre , Docteur
de la Maiſon & Societé de
Sorbonne.
X iij
246 MERCURE
sb
Meffire Jean Jacques le
Mairat de Verville , Seigneur
de Beaupré. Il eftoit Confeil
ler au Grand Confeil , & n'a
laiffé qu'une Fille , qui eſt un
tres- grand party.
Meflire Melchior de Harod
de Senevas , Marquis de
Saint Romain , Conſeiller d'E
tat ordinaire , & cy- devant
Ambafladeur en Portugal
Suiffe , & Allemagne . Il eft
mort âgé de quatre - vingttrois
ans , & poffedoit les Ab.
bayes de Purreau & de Corbi
gny. Il commença à entrer
dans les negociations durant
GALANT 247
les guerres d'Allemagne , par
un Traité qu'il fit avec le
Chancelier Oxenftern , Directeur
des affaires de Suede
en Allemagne, pendant la minorité
de la Reine Chriftine.
Enfuite ifil fut Refident de
France à Hambourg , & s'y
trouva dans le temps que l'on
y fit le Traité préliminaire de
Paix. Il vint avec la meſme
qualité à Munster pendant
l'Affemblée de la Paix , & il y
fut employé en des negocia
tions importantes , & principalement
en Suede , où on
Fenvoya pour penetrer les
X iiij.
248 MERCURE
intentions de cette Cour , au
fujet de la Paix.
Quelque
temps aprés la Paix des Pyre.
nées , comme il eftoit en réputation
d'un tres- habile Ne.
gociateur , il fut choisi pour
aller en Portugal , en qualité
d'Ambaſſadeur ordinaire. A
peine fut il de retour , qu'on
le nomma Ambaffadeur extraordinaire
auprés des Cantons
Suiffes , où il rendit un
fervice tres- important à l'E .
tat , au fujer de la Franche-
Comté. Les differens qui furvinrent
entre la France &
L'Empire, aprés le Traité de
PHX
GALANT. 249
Nimegue , ayant donné lieu
aux Conferences de Franc
fort , il fut nommé en 168 1.
pour le premier Ambafladeur
extraordinaire , & Ple
nipotentiaire que le Roy y
envoya . Les difficultez & les
incidens que les Miniftres de
l'Empereur y firent naiftre
afin d'engager les Etats de
l'Empire dans la guerre contre
la France , obligerent le
Roy de le rappeller au com,
mencement de Decembre
168.2. Il eftoit d'une ancienne
Maiſon du Lyonnois. M
de Pracontal eft fon Neveu
<
250 MERCURE
& fon heritier. Vous fçavez
qu'il a épouſe Mademoifelle
de Monchevreuil , &
qu'il s'eft diftingué par fa
valeur par
par fes emplois , &
par fes Services dans les Trou
pes .
མ་
Meffire Charles Jofeph s ?
Marefchal, Seigneur de Velet
.
& de Thife , Confeiller du
Roy en la Cour de Parle
ment de Besançon , & l'un
des Magiftrats de l'Hoftel
de Ville. C'eftoit un parfaitement
honnefte homme ,
reconnu Amy genereux &
fincere , & univerfellement
GALANT 251
eftimé , ce qui l'a fait regre
ter de tout le monde . Il eftoit
Frere de feu M' Marefchal,
Premier de la Chambre des
Comptes de Dole , & de мadame
Marefchal,dont je vous
ay appris la mort au commen
cement de cette Lettre . M
Je finis par une autre qui
a fort touché Mrs de l'Aca
demie Françoiſe . C'eft celle
de M' du Bois , mort d'une
Fievre maligne le premier
jour de ce mois. C'eftoit un
homme d'un efprit fort net ,
& qui joignoit une pieté foide
à une parfaite connoi
252 MERCURE
fance de tout ce qu'une lon
gue application peut faire
acquerire de vives lumieres
dans les belles Lettres . Deft
grandes qualitez l'avoient
fait choisir pour Gouverneur
de feu M de Guife . Il nous a
donné la Traduction des Lettres,
desConfeffions & de quelques
Sermons de S. Auguſtin ,
&celles des Offices & des Trai
tez de l'Amitié & de la Vieilleffe
, de Ciceron . Tous ces
Ouvrages font accompagnez
de Notes fçavantes & curieu
Les. Il s'appelloit Philippe
Goibaut , & il eftoit d'une
GALANT 353
fort bonne Famille de Poitiers.
Il n'y avoit que neuf
mois qu'il avoit efté receu à
l'Academie.dad lens!
lion'y a rien de plus glo.
rieux que de gagner des Ba
tailles , mais la gloire du
Vainqueur eft fort augmen
tée quand elles ont des fuites
avantageuſes. Afdrubal
reprochoit à Annibal qu'il
fçavoit vaincre , mais qu'il ne
fçavoir pas jouir de la Victoire.
On ne fera point de
pareils reproches à Mile Maréchal
de Noailles , puis qu'à
peine aton appris le gain
254 MERCURE
de la Batailledu
Ter , qu'on
afceu la prite de Palamos ,
Place accompagnée d'une
forte Citadelle , & munic
d'une Garnifon nombreuſe,
& de toutes les chofes necef
faires pour une vigoureufe
défenfe. Ce premier fruit de
la Victoire a efté ſuivi d'un
fecond ; encore plus glorieux.
C'est celuy de la fameufe
Ville de Gironne , qui , fi l'on
en veut croire fes Regiftres ,
a efté afficgée vingt & une
fois , fans avoir jamais efté
prife. Elle eftoit défenduë
par celuy qui foutine le der
*
GALANT. 255
nier Siege , & qui n'avoit rien
oublie pour faire une forte
refiftance
, ayant fait faire die
verfes coupures , barrieres &
retranchemens dans la Ville,
où le grand nombre de Forts
& de Redoutes qui la défendoient
, joint à celuy de la fi
tuation , la mettoit en eftar
de foutenir divers affauts . La
Ville eft fituée dans un vallon,
& croifée par le Ter. Cette
Riviere en joint une autre,
qui vient de la montagne de
France. Ily a trois Forts, dont
un eft à quatre Baſtions reguliers
, & fort, vaftes. Les
256 MERCURE
logemens font de maffif, de
maffonnerie , & pratiquez
dans l'épaiffeur des ramparts .
11 eft appellé Fort Rouge à
caufe qu'il eft bafty de briqueasLebfecond
left celuy
de la Citadelle . Il eft irregu
liers; mais fanqué par de
bons Baftions , & revestu de
pierres de taille. Les Ennemis
ont fait baftir quatre Redoutes
autour de ce Fort , & elles
font reveſtuës. Il y a auſſi le
Fort du Calvaire , fans compter
un retranchement que
les Ennemis ont fait fur la
hauteur desCapucins , & qui
GALANT . 257
Forts
peut tenir place parmy les
Forts , eftant tres - efcarpé
d'un cofté , &
flanqueade
= Bautre
par des & des
Redoutes . Ces Forts font
éloignez les uns des autres
d'environ deux cens toiles
Ily a de diſtance en diftance
des Redoutes fort incommo
des qui enfiloient les Tran
chées , & qu'on ne pouvoit
attaquer fans eftre expofé à
plufieurs feux . La Ville n'eft
fortifiée , du coſté de la mone
tagne , que par des Tours &
un Foffé fec , & il y a du côté
de la Plaine , des Baltions ,
Zuiller
1694901 Y
1
3
258 MERCURE
Demy-lunes , Contregardes,
Foffez , & Chemins couverts,
Avant que de lire le détail
de ce Siege , jettez , s'il vous
plaift les yeux , fur le Plan de
la Ville & des Forts , que j'ay
fait graver exprés pour vous
l'envoyer. Comme il a efté
fait fur les lieux , par les plus
habiles Ingenieurs , pour la
fatisfaction des perfonnes du
premier ordre , qui l'ont vou.
fu voir , la connoiffance qu'il
vous donnera de la fituation
de la Place , vous doit faire
prendre plus de plaifir à la
lecture de ce que vous trou
verez enfuite.
$
GALANT. 259
La Ville.
2 Autre partie de la Ville.
3. Fort , ou Retranchement
des Capucins.
4. Fort du Conneftable .
5. Fort du Calvaire.
6. Redoute de la Ville.
7. Redoute du Capicoul .
8. Baftion des Carmes ."
9. Fort de Mont-Jouy , ou
Fort -Rouge.
10. Redoute à Plate-forme. "
11. Redoute de Bournonville.-
12. Reduit des Allemans.
13. Ravines pour communiquer
aux attaques.
14. Chemin fait pour monter
Y ij
260 MERCURE
le Canon , à l'attaque du
Conneftable.
15. Autre Chemin pour faire
la Batterie contre les Ca
pucins.
16. Batteries qui n'ont point
tire.
on ab
Aprés la reduction de la
Ville & de la Citadelle de Palamos
, pendant que M le
Marefchal Duc de Noailles ,
fit travailler à reparer les bré
ches , & à rétablir les Fortifications
de la Place , il donna
le change aux Ennemis , en
faiſant répandre le bruit , en
GALANT 260
habile General , qu'il alloic
faire le Siege de Barcelone.
afin de les inquieter , & de les
engager à faire diverfion de
leurs Troupes. Il fit plus en
core , car aprés que la Flotte
eut debarqué le gros Ca
non , pour le Siege de Giron--
ne , il l'envoya devant Barce
lone ; ce qui empefchale Viceroy
de dégarnir cette Pla
ce , & d'aller au ſecours de
Gironne. La premiere de cos
Places fut dans de continuel
les inquietudes , tant qu'el
le vit la Flotte devant fes
murs,&pour les continuer , &
262 MERCURE
meſme
pour
les redoubler ,

M le Marefchal de Tourville
fit des defcentes , & allà
dans de gros Villages , fituez
au bord de la mer , dont les
Habitans luy dirent qu'ilsfou
haitoient d'eftre au plutoft ſous
l'obéiffance du Roy , parce qu'ils
eftoient fort maltrattez des Efpagnols.
ri
Mi de Noailles eftant décampé
le 17 vint camper à
Sainte Chriftine , & le 18 à Cafa
de la Salva , d'où il fit partir
à onze heures du foir dix - huit
cens hommes d'Infanterie ,
& deux milfe Chevaux , fous
1
GALANT. 263
les ordres de M. de Saint Silveftre
, Lieutenant General ,
pour aller inveftir Gironne.
M de Noailles y arriva le 19.
avec le refte de l'Armée . L'arce
tillerie y arriva le 20. & C
General . employa les deux
jours fuivans à reconnoiftre la
Place. Il fit faire des chemins
dans la montagne pour
paffer du Canon , qu'on mit
fur la hauteur des Capucins,
& fur une autre vis- à- vis ; ce
qui ne fe fit pas fans beaucoup
de peine & de travail ,
parce qu'il falut l'y voiturer à
force de bras , & dreffer de
264 MERCURE
batteries avec des facs à terre!
M de Noailles ordonea auffy
qu'on fift un pont fur la Riviere
du Ter. Le pofte des
Capucins ayant esté battu du:
Canon , le 22 on comman
da fur les trois heures aprés.
midy un détachement d'infanterie
& de Miquelets pour
l'attaquer ; mais les Ennemis
voyant qu'on alloit à eux la
Bayonnette au bout du fufil,
l'abandonnerent avec une res
doute voisine, fans faire prefque
aucune refiftance. Iln'y
eut qu'un Soldat tué , & quatre
ou cinq bleffezi
1
Avant
GALANT. 265
Avant l'ouverture de la
tranchée , les Ennemis firent
une fortie de leur Cavalerie ,
pour foutenir leurs fourageurs,
mais on ne put les approcher,
parce qu'ils eftoient
prés de leurs remparts , &
qu'ils fe retirerent avec precipitation
.
Le 23. on dreffa de nouvelles
batteries contre la Ville
& contre le fort du Connétable.
Le 24. la tranchée fut montée
par м ' de Chafferon , Lieutenant
General , & par M' de
Longueuil avec fix bataillons.
Fuillet 1694.
Z
266 MERCURE
On l'ouvrit en fourche aus
Fort du Connétable , afin }
d'aller la droite & par la
par
gauche droit à la Ville. La
tranchée fut foutenuë par le l
canon, & par les bombes . Les
Ennemis firent une fortieb
d'environ cinquante hommes
d'Infanterie vers la hauteur
des Capucins , fur nos )
gens qui eftoient dans des
poſtes avancez du coſté du
Fort du Connérable . Un
Lieutenant du Regiment de
Noailles fut tué , & M de
Monluc Colonel d'Infanterie
bleffé. Ily cut fix foldats tucz
GALANT. 267
onsbleffez , & les Ennemis
furent contraints de fe reti
rer. C'eft le feul exploit qu'ils
ayent fait pendant le Siege.
Ils raillerent beaucoup ce
jour -là,à l'occafion de la Fefte
de S. Jean , tirerent plufieurs
coups de Canon fans balle ,
& firent des feux de joye."
- Comme on trouva du roc par
1 tout fur la hauteur des Ca
pucins , on y mit plufieurs
mortiers en batterie.
Leas. ces Batteries tirerent
des bombes fur les huit heures
du matin . On fit ce jourlà
une autre batterie de qua-
Z ij
268 MERCURE
tre mortiers au bas de la montagne,
& la tranchée fut mon
tée par м de Saint Silveftre
& par м' de Genlis , avec fix
Bataillons. On mit quatorze
pieces de Canon en batterie
fur la hauteur des Capucins .
Le 26. la tranchée fut montée
par м' de Quinſon , & par
Mt de Prechac. Les deffen .
fes du Fort du Connétable ,
furent battues par les qua
torze Canons dont je viens
de parler , auffi bien qu'une
Redoute qui eft au deffous
du cofté de la Ville. Le Canon
ayant ruiné une parcie
CALANT. 269
1%
C
des défenfes de ces ouvrages ,
& fait une breche à la face
du baſtion du Fort où un
homme ne pouvoit monter
que tres-difficilement , & au
devant de laquelle il y avoit
un Foffe , & un fort bon che
min couvert ; & noftre tranchée
eftant encore éloignée
d'environ cent cinquante pas .
Les Ennemis ne laiflerent pas
d'abandonner
ce Fort & ces
Redoutes fur les dix à onze
heures du foir du 27 , aprés
que la tranchée eut efté montée
par M le Comte de Coi
gay & par M' de Reynac qui
Z iij
270 MERCURE
2
curent l'avantage de fe rendre
mailtres de ces poftes ,
dont les Ennemis avoient
transporté le Canon dans la
Ville . On apprit cette nouvelle
par les rendus que
l'on conduifit à мle Comte
de Coigny, fon pofte eftant
au bas de la Montagne pro-
, che de la Ville , où il receut le
mefme avis de M' de Reynac ,
qui commandoit fur la hauteur
des Capucins M de
Coigny en avertit M² de
Noailles , & fitoft qu'il eut
@receu les ordres de ce General
, il envoya des troupes qui
GALANT.
271

1
en prirent poffeffion , & crierent
Vive le Roy dans l'un &
dans l'autre . Fort.
Le 28. la tranchée futmontée
par M de Chaferon , &
par M le Marquis deNoailles.
On mit en batterie prés des
murailles de la Ville 20.groffes
pieces de Canon , dont quastorze
eftoient fuperieures à
la Ville , & feize Mortiers ,
qui firent un feu continuel .
Le Canon fit deux breches
aux murailles de la Ville , qui
n'ont ny rempart ny chemin
Couvert de ce cofté- là , parce
que l'on ne croyoit pas que
Z
iiij
272 MERCURE
la Ville puft eftre attaquée
par cet endroit à caufe des
Forts qui la couvrent. Les
Bombes firent auffi leur effet,
& mirent le feu à plufieurs
maifons qui furent brulées
La tranchée eftoit fi prés des
bréches , qu'on pouvoit monrer
à l'affaut ; de forte que les
Ennemis l'apprehendant ,
fçachant qu'on eftoit fur le
point d'attacher trois mineurs
batirent la chamade. M'de
Noailles envoya auffi - toft M
Lapara dans la Place , ou aprés
une infinité d'allées & de ve.
nuës , il conclut la Capitula
&
GALANT. 273
zion fuivante , avec Dom
Carlos de Suero , Mestre de
Camp General de l'Armée
du Roy Catholique , en Catalogne
, & Dom Horacio
Copula , General de Bataille
du mefme Roy Catholique ,
& Gouverneur de Gironne.
5. Que le 30. du mois de Juin
courant , à dix heures du matin ,
il feroit remis livré aux
Troupes de Sa Majesté tres-
Chreftienne
, que Mle Maref
chal de Noailles trouveroit àpro
pos d'y envoyer une des Portes
de la Ville , & une de chacun
des Forts & Redoutes qui ref
3
274 MERCURE
toient encore au pouvoir des Trou
pes du Roy Catholique.
Que le 1. deFuillet , Dom Carlos
Suero , Dom Horacio de
Copula , avec tous les Officiers &
Soldats , qui compofent la Gar
nifon de la Ville & Forts aux environs
de ladite Place , fortiroient
avec leurs armes & bagages , les
Officiers avec leurs chevaux , &
les Cavaliers avec leurs armes.
Que tout l'argent & effers , &
toutes les munitions de bouche
de guerre , & generalement tou
tes les chofes appartenantes au
Roy Catholique feroient de bon.
ne foyremifes entre les mains des
GALANT. 275
&
E
Commiffaires des Guerres , & au
tres perfonnesqueM leMaréchal
de Noailles deftineroit , & qu'à
cet effer les clefs des Magafins ,
autres endroits leur fervient
remifes.
Que tous les Chevaux des
Compagnies du Terfe de Cavalerie
, & d'autres , qui avoient
composé la Garnifon , feroient remis
ledit jour premier Juillet
avec leurs felles & harnois entre
les mains des perfonnes que M
Le Marefchal deftineroit pour
recevoir , à la referve de dix
Chevaux par Compagnie, à con.
dition pourtant que le nombre ne
Les
276 MERCURE
pourroit exceder celuy de cent.
buit.
Que Dom Carlos Suero , &
Dom Horacio Copula avec cons
les Officiers & Soldats , dont la
Garnifon estoit composée , accom
pagné de l'escorte qu'on leur don .
neroit , iroient en Arragon , par
la Cerdagne , tenant le chemin de
Gironne au Pont Major¸ à Ma
digna , Vallée de Cornella , Pont
d'Agnolle , Saint Pau , Campredon
, Pardme , Ruies , Palau ,
Montalla , la Seu d'Urgel , Or.
ganna Alcana , Pont Dolagner,
Tamarra, & à Arragon.
Que Dom Carlos Suero , Dom
GALANT. 277
1
1
1 .
Horacio de Copula , & les Offi
ciers des Regimens d'Infanterie ,
Dom Thomas de Cabos de la députation
de Catalogne , & de
Dom Gaspard Ocio , Dom Louis
de Avena , Dom Francifco de
Luna, Espagnols, d'Efpinoufe &
de Becq de Caberia , Allemans,
du Princede Macha de Moushafgui
, Italiens & les onze
Compagnies du Terfe de Cavalerie
, & les quatre Compagnies de
Miquelets, qui avoient permiffion
de fortir , pourroient emmener
1 vingt perfonnes mafquées.
Que Dom Carlos Suero &
Dom Horacio Copula , laiſſe278
MERCURE
roient des Officiers de la Garni-m
fon pour ôtage , jufqu'au retour )
de l'Escorte.
La Capitulation ayant efté
ainfi arreftée le 19. de Juin
au foir , les Ennemis remirent
une Porte de la Ville & les
Fort -Rouge , le 30. & forties
rent de la Place le premier
de Juillet , par la Porte qui
eft à coté du Pont Major.
M¹ de Noailles fit beaucoup
d'honneftetez au Gouver
neur , qui eft d'un âge fort
avancé . Ce Gouverneur marqua
qu'il eftoit charmé des
2
GALANT. 279
manieres de ce General, I
fortit de la Place , trois mille \
cinq cens hommes. Il en
avoit deferté neuf cens pendant
le Siege. Il y avoir ou
tre cela quatre mille Bour
geois dans la Place , qui avoient
pris les Armes , & mefme
formé plufieurs Regimens.
Les Troupes qui en
fortirent prirent leur marche
entre deux lignes , formées
d'une partie de celles de
noftre Armée , qui eſtoient
en Bataille dans une petite
Plaine . Mile Marefchal aprés
avoir quitté le Gouverneur ,
280 MERCURE
6
qui avoit pris le devant , avec
fa Cavalerie démontée , vit
paffer le reste de la Garniſon.
Il ne reftoit que cent quatrevingt
hommes d'un Regiment
Allemand , & d'un Na.
politain , qui faifoient enfem.
ble plus de mille hommes au
commencement du Siege. La
deſertion continua dans leur
marche , & il fe rendit parmy
nos Troupes , non feulement
plufieurs Soldats de cette
" Garniſon , mais encore de celle
de Barcelone
, & du peu
qu'il refte de Troupes aux Ennemis
en Campagne. L'Evef
GALANT. 281
A
1
que de Gironne , quieft Cordelier,
vint faluer M'de Noailles
. Il en fut tres- bien reçû .
Le Clergé , & tous les Ordres
s'eftoient déja acquittez de ce
devoir , auffi- bien que les
Confuls, & Mile Marefchalles
affura tous qu'il les protegeroit
, pourvû qu'ils demeuraf
fent dans leur devoir.
Il s'eft trouvé trois cens
* trente- deux Chevaux dans la
Place que la Cavalerie avoit
laiffez , felon la Capitulation ,
& M de Noailles les a faic
diftribuer aux Officiers de fom
Armée. Les Ennemis y ont
Fuiller 1694-
Aa
282 MERCURE
laiffé quarante- deux pieces
de Canon, dont il y en a vingt
fix de fonte , & une marquée
aux Armes de France , deux
mortiers à la maniere d'Eſpagne
, foixante- douze milliers
depoudre, quarante-fept mil
liers de plomb , & quarantehuit
de meches , avec quantité
d'autres munitions de
guerre & de bouche . M
le Marquis de Genlis , Maréchal
de Camp , Commande
dans cette Place . Rien n'eft
en meilleur eftat que les
Troupes ; elles font au milieu
du plus beau froment du
GALANT. 283
monde , & elles n'ont pas demie-
lieue à faire pour aller
au fourage. Le commencement
de certe Campagne eft
tres glorieux à M' le Maréchal
. Depuis le 2.7. de May
jufqu'au 30. de Juin , ce General
a gagné une Bataille ,
pris deux Villes , une Citadelle
, trois Forts , & plufieurs
Redoutes où les Ennemis ont
perdu plus de quinze mille
hommes , & tout cela avec
une perte fi mediocre de noftre.
part , qu'à peine peut- on
dire qu'on ait rien perdu.
Depuis la feule prife de Gi-
A a ij
284 MERCURE
ronne , noftre Armée a elle
groffie de treize cens défer
teurs des Ennemis , fans compter
ceux qui estoient venus
s'y rendre aprés la perte de
la Bataille , & la prife de Pa
lamos . Tous ces Déferteurs
ont affuré que leur Armée
eftoit de vingt - deux mille
hommes avant la Bataille du
Ter. La perte de Gironne
chagrine d'autant plus la Cour
de Madrid , qu'elle regardoit
cette Place comme le Boulvard
de l'Espagne , & qu'elle
la croyoit imprenable à caufe
du grand nombre de Sieges
GALANT. 285
qu'elle a foutenus en diffe
rentes occafions , fans avoir
efté reduite : Cependant cette
grande Conqueſte qui affure
toutes celles du Roy en Cata
gnea efté faite en moins de
cinq jours de tranchée ou
verte , & n'a couté que foixan
te hommes. La promptitude
de ce fuccez eft deue à l'acti
vité de m de Noailles , qui
bien qu'incomodé d'un Rhumatifme,
s eft trouvé par tout,
& s'eft fait porter aux endroits
où il ne pouvoit aller. Son
affabilité , & la douceur de
fon Commandement , ga-
L
286 MERCURE
enoide
gnant tellement fes Troupes,
quoy qu'il ne fe relache en
rien de la difcipline , qu'il n'y
a aucune entreprife qu'elles
ne foient preftes de center
fous fes ordres .
Je viens d'apprendre quel
ques circonstances nouvel
les qui ne doivent pas eltre
oubliées . Elles font voir que
quoy que la Place ait efté
priſe en fort peu de temps,
elle en auroit encore moins
couté, fans l'obſtacle qu'on
fut obligé de furmonter.
L'endroit où l'on avoit refolu
d'ouvrir la Tranchée s'e
GALANT. 287
tant trouvé
prefque tout roc ,
on n'y put creufer la terre ,
de forte qu'il y¨ fallut
ter
por .
ter de la terre avec un
= nombre de fafcines & de
gabions , pour faire des épaulemens
. Cela
demandoit du
travail & de la
diligence , &
F'on en fit tant en cette occafion
, que l'ouverture
de la
tranchée ne fut reculée que
d'un jour.
Je dois ajoûter qu'à la Sor-
α tie que les Ennemis firent
pour reprendre le retranche-
* ment des Capucins , où ils furent
vigoureufement repouf
47
288 MERCURE
fez,M'leMarquis de la Garde
fut bleffé , & que c'est toutle
fang que nous a couté ce
pofte.
Les Habitans de Gironne
eftoient perfuadez qu'eftant
fous la protection de Saint
Narfiffe , dont ils ont le
corps , leur Ville ne feroit ja
mais prife , & qu'il continueroit
à interceder pour eux,
commeil avoit fait toutes les
fois qu'elle avoit eſté atraquée
, mais ils attribuent pre
fentement la caufe de fa re.
duction , à ce que le Roy de
France combat pour la gloi.
re
GALANT. 289
2
re & le maintien de la vraye
Religion . L'Inquifition
d'Ef
pagne eft du meſme ſentiment
, & fouhaite la paix ,
pour voir refleurir la vraye
Eglife. Le Roy d'Efpagne la
voudroit auffi ; mais les deux
Reines , dont l'une eft Soeur,"
& l'autre Belle- foeur de l'Empereur
sy oppoſent fortement,
& n'oublient rien pour
mettre dans leur party tous
les Seigneurs du Confeil d'Erat.
Le Duc d'Offonne
y
eftoit
entierement oppofé,
ainfi que Dom Emmanuel
de Lira Secretaire des Dé
Bb
Iuillet
1694.
290 MERCURE
pefches univerſelles. Ce der
nier mourut il y a quelques
mois affez fubitement , &
l'autre vient de mourir d'une
mort encore plus prompte;
les efforts qu'il fit pour éternuer
après avoir pris du Tabac
, furent fi grands , qu'il
en eut l'épine du dos rompuë
. Sa langue fortit de fa
bouche, & fes yeux de fa tefte,
qui fe fendit en deux . Je finis
de peur de railonner fur des
morts fi peu ordinaires , dont
je ne veux acculer perfonne .
Pendant que la confternation
rempliffoit la Ville de
GALANT . 291
M
Madrid , la joye éclatoit .
Paris , & on s'y préparoit à
faire des feux de joye , & à
chanter le Te Deum . Voicy
la Lettre du Roy écrite fur ce
fujet à M. l'Archevefque de
Paris.
Mon Confin. Ie ne puis eftre
infenfible à la joye d'avoir
remporté un avantage que le fort
des Armes m'avoit autrefois refuse.
Je fuis Maiftre de Gironne. Cette
Place a estéafiegée le 24 du mois
dernier, par mon Coufin le Maré
chal Duc de Noailles, & quoi qu'elle
fuft défendue par les avantages
de fa fituation , par une Garnifon
de prés de cinq mille hommes , &
Bb ij
292 MERCURE

par la réputation qu'elle sefois
acquife , elle s'eft rendue après cinq
jours feulement de tranchée ouverte,
& aux conditions qu'on a voulu luy
impofer. Plus cette conquefie a efte
facile , plus je me fens obligé d'en
rendre graces au Ciel , qui en èpargnant
le fang de mes Sujets , ajoute
à la gloire du fuccès une faveur
qui m'eft plus precieuse que toutes
Les autres qu'il m'accorde. Te pous
écris donc cette Lettre , pour vous
dire que mon intention eft , que
vous falliez chanter le Te Deum
dans Eglife Cathedrale de ma
bonne Ville de Paris , le 14. de
ce mois , à l'heure que le Grand
Maitre ou le Maire des Ceremonies
vous dira de ma part , & je
donne ordre à mes Cours d'y affifter
en la maniere accentumée. Sur 14
GALANT. 293
3
je prie Dien qu'il vous ait , man
Coufin, en fa fainte & digne garde.
Ecrit à Versailles le 12. jour de
બે
Tuillet 1694. Signé , LOVIS.
Et plas bas , Phely peauxton
Quoy que perfonne n'ait
parlé plus amplement que
moy de la defcente faite à
Camaret , par les Anglois &
Hollandois joints enſemble,
je dois encore vous dire qu'il
ya plufieurs années que
Amiral Almonde , qui commande
la Flote de Hollande,
s'eftoit mis ce deffein en tefte,
& il avoit pris tant de mefures
pourly réuffir , qu'il en
Bb iij
294 MERCURE
croyoit le fuccés infaillible.
Ainfi c'eft à luy en partie
qu'eſt due la honte de cette
action , & la perte qu'on y a
faite , qui de jour en jour a
paru plus grande , tant par
le nombre des Vaiffeaux per
dus ou endommagez
, que
par la mort des perfonnes
de confideration
parmy les
Ennemis. Vous fçavez combien
y font regretez le General
Talmach
, & l'Ingenieur
Ja Mothe . On a fceu depuis
ce temps . là qu'ils avoient
auffi perda en cette occafion
le Sieur Dupuy , Ingenieur
GALANT. 295
3
3
François , dont ils faifoient
1 un cas tout particulier . Tout
ce qui eftoit à fouhaiter pour
nous en cette entrepriſe , c'eft
que les Ennemis fuflent venus
en plus grand nombre ,
puis que , felon toutes les apparences
, il n'en feroit retté
aucun , tant les ordres eftoient
bien donnez par tout pour
les recevoir. M de Vauban,
comme Lieutenant General ,
eftoit à Breft , & Mr le Comte
de Servon , Maréchal de
Camp , qui commandoit
faus luy les Troupes reglées.
La Nobleffe & les Milices du
Bb iiij
N.
296 MERCURE
י
Pays , eftoient fur les coftes
Il fit mettre avec une dili
gence incroyable la Cavalerie
en bataille fur la hauteur
de Camaret , à la veuë de
l'Armée ennemie , & les Mi
lices dans les retranchemens,
tout le long de la coſte, de maniere
qu'il eftoit abfolument
impoffible que entreprife
des Ennemis euft aucun fuc
cés- On a depuis le départ
des Anglois placé encore
vingt pieces de Canon à Camaret.
La Ligue eft d'autant
plus déconcertée du malheur
de cette affaire , que c'eſtoir
GALANT. 297
: le feul moyen qui reftoit au
Prince d'Orange , de tous
ceux par où il avoit crû enta
1 mer la France . Il avoit affuré
les Alliez que les François
n'auroient point cette année
d'Armée en Campagne en
Flandre , & que leurs Troupes
demeureroient fur la dé
fenfive dans les Villes frontieres.
Cependant c'eft luy
qui y demeure , eftant , quoy
qu'en campagne, auffi enfermé
dans fes retranchemens,
1 que s'il eftoit dans une Ville,
pendant que noftre Armée
a toujours demeuré décou
a
298 MERCURE
verte , & mangé tout le Pays
des Princes qu'il force à demeurer
dans la Ligue. Tant
de mauvais fuccés ont fort
affoibli fon party , en forte
qu'on a fait à Londres un Libelle
fort fanglant contre
Juy, & contre le Gouverne.
ment prefent , fous le titre
de Dialogue entre Olivier
Cromuvel, & le Prince d'Orange
; & que la Princeffe d'O.
range eftant allée un marin
à l'Eglife , elle ne fe trouva
fuivie que de deux ou trois
Dames qui luy font des plus
affectionées. Tout le reste
GALANT. 299
3
seftant abfenté , elle ordonna
qu'on viendroit fe jufti
fier à la Cour du Tapis vert
& dit que fi elles y man.
quoient , elle les affigneroit à
la Chambre des Comptes. Ce
font des manieres de proce
der en Angleterre en de pareilles
occafions. La Comteffe
de Malboroug eft caufe
en partie de ce mépris qu'on
a fait pour la Princeffe d'Orange.
On commence à sen
marquer beaucoup en Hollande
pour le Prince fon
Mary , & l'on vient d'y faire
fraper une Medaille , où d'un

700 MERCURE
cofté on voir fon Bufte ,fans
qu'il y ait aucune Infcription
autour. Il y un tambour au
revers , au deffus duquel font
deux Baguettes croifées , &
autour ces paroles , Il est fait
pour eftre battu. Comme il n'y
a point d'année depuis l'ouverture
de cette guerre , qui
n'ait donné occafion à une
pareille Medaille , il y a long
temps qu'elle eftoit inventés,
mais on ne l'avoit pas encore
fait fraper.
On s'eft plaint que les Enig
mes qu'on propofoit, eftoient
prop faciles , & depuis deur
GALANT. 301
mois on commence à dire
qu'elles ne font pas bonnes ,
à caufe qu'on n'en peut trous
ver le fens, Une feule perfonne
, fous le nom du Berger
de Flore, a trouvé celuy de
Ta derniere , & l'a expliquée
par ces deux Vers. 1
Je veux queMercure meroffe,
Sil Enigmen'est d'un Caroffe
Le Caroffe eftant composé
de Moutons, les mene quand
il va à la campagne . On a
affez marqué que le mot .
de Moutons devoit eftre
pris dans un fens diffèrent
302 MERCURE
ceux d'un Berger , en com
mençant l'Enigme par ce demi
Vers .
Sans garder de Troupeaux.
L'Enigme qui fuic eſt de
MrDavid de Bordeaux.
SA
ENIGME.
Ans pompe , fans éclat , fans
grandeur & fans bruit,
Ce qui fert d'ornement eft ſouvent
à ma fuite ,
Sans yeux &fans conduite
Ie conduis tout ce qui me fuit,.
Dans mes travaux jamais je në
me laffe,
GALANT. 303
de fçay répandre avec égalité
Ma liberalité
Par tous les endroits oùjepaſſe.
S
Soas une autre figure , & dans un
Maxire employ
I'apprens fouvent ce qu'on ignore.
L'on me regle , & je regle encore
Ceux qui fe reglent avec moy.
Pour reprendre la fuite de ce
que je vous manday le mois
dernier,Monfeigneur le Dauphin
eftant fort mal logé
à Brueftein , & la plufpart
des Officiers Generaux eftant
auffi tres -
incommodemenɛ
dans leurs poftes , ce Prince
reſolut , plutoſt pour leurfaire
304 MERCURE
plaifir , que pour s'en faire
à luy - mefme , s'accommodant
aifément de tout , de
venir loger dans l'Abbaye de
Saint Tron ; ce qu'il fit le 24.
du mois paffé au grand contentement
de toute l'Armée ;
chacun eftant parfaitement
bien logé, tant dans l'Abbaye
qui eft confiderable, que dans
la Ville. Avant que de fe.
rendre à Saint Tron qui eftoit
à la droite de l'Armée , Monfeigneur
alla vifiter toute la
gauche , y donner fes Ordres,
& voir particulierement l'Infanterie
de la premiere ligne,
GALANT. 305
& le Camp de l'Armée que
Commande M' le maréchal
de Bouflers , dont le quartier
general étoit à Warem ;jamais
il ne s'eft rien veu de fibeau
que les Troupes de ces deux
Armées , tant Infanterie que
Cavalerie ; elle eft tres - bien
montée , & les Gardes du
Roy ne l'ont jamais efté
mieux . Il ne s'eft rien veu de
plus beau que les Carabiniers.
Le Camp de Saint -Tromeftoit
au deffus de celuy du Prince
d'Orange à fept lieues de
Matrix , à fept de Liege , & à
trois des Ennemis . Ils demey
& c
23:
Juiller
1694
306 MERCURE
A
rerent toûjours campez au
même endroit , ayant Tille
mont devant eux , & eftant
dans un Camp fort avantageux,
où ils s'eftoient extraor
dinairement fortifiéz ,
Le 25. fur un avis que les
Ennemis avoient fait un gros
détachement pour aller du
cofté des lignes , Monfeigneur
détacha de fon Armée
les Regimens de Dragons
de Quelus , Chantran , &
Saint Hermine , pour aller
à Mons , & plus avant fi
en effet les Ennemis s'avanfoient
vers nos Lignes , ce
GALANT.
307
1
ces
que n'ayant osé faire
Regimens revinrent joindre
L'Armée.
Le 26. Monfeigneur alla
voir l'Infanterie de la feconde
ligne , que ce Prince vifita
avec toute l'exactitude que
doit avoir un bon General . La
principale raiſon qui l'avoir
engage à faire fi exactement
cette reveuë , eftoit à cauſe
de la defertion , qui s'eftoit
mife dans les Troupes , qu'il
vouloit abfolument arrefter ,
& comme elle eftoit dans la
Cavalerie, ainfi que dans l'Infanterie
, ce Prince employa
*་ 4
Cc ij
308 MERCURE
la
le 29. & le 30. à voir toute la
Cavalerie , de mefme qu'il
avoit veu l'Infanterie , & don
na de fi bons ordres pour
l'une & pour l'autre , que
défertion a ceffé depuis .
Aprés la Reveue , Monſeiz
gneur alla difner chez M
Je Duc du Mayne qui avoit
fon quartier à la gauche. Ils
eftoient douze à table ; les
cinq Princes , les trois Maré
chaux de France , Mile Com
te de Brionne, Mr le Premier
& M³ le Marquis de Ville
quier. Il y avoit outre, cela.
deux tables de douze cou
GALANT. joy
verts chacune.
Monseigneur
a fouvent mangé chez M' de
Luxembourg ; ce Prince a
auffi foupé chez M² le Maréchal
de Villeroy qui l'a max
gniquement régale ; ce repas
a cfté accompagné
d'une
grande Simphonie
de Tambours
, de Trompettes & de
Hauts bois.
+
Comme la Bataille de Ner
winde a fait beaucoup de
bruit , & qu'il n'eſt pas moins
glorieux d'avoir efté attaquer
les Ennemis dans des retran
chemens naturellement for
tifiez par euxameſmes , & auf
$
310 MERCURE
·
·
fi
quels ils avoient ajoûté plu
fieurs fortifications
, que
on les euft attaquez dans une
Place forte , Monseigneur
voulut aller fur le lieu pour
examiner luy mefme comment
tout s'eftoit paffé ; & en
effet il y alla le 24. & remar
qua fi bien toutes chofes , que
fes principaux Officiers qui
avoient efté à l'action , furent
furpris de tout ce que ce Prin
ce leur dit là- deffus. La pluf
part des fortifications étoient
encore en eftat ; & on y a
trouvé des monceaux de cas
davres fort fecs.
GALANT 211
2
Les Ennemis fe tenant toûjours
dans le meſme camp ,
1 Monfeigneur crut qu'en allant
fourrager de leur coſté,
il en fortiroit au moins quelques
Partis. Ce qui obligea
ce Prince d'aller luy- mefme
le deux & le trois de ce mois
faire fourrager la droite & la
gauche de l'Armée , le plus
avant qu'on pourroit du cô-
1 té des Ennemis ; mais ils ne fil
rent pas paroiſtre la moindre
Troupe. Il n'en fut pas de
mefme du cofté de M le Ma
refchal de Bouflers, car ayant
envoyé un Parry commandé
312 MERCURE
2
par M' du Roſel, Brigadier de
Cavalerie, du cofté de Liege,
il tomba fur les Fourrageurs
des Troupes qui font dans les
lignes de Liege , batit l'E
corte , prit plus de trois cens
Chevaux , & fit plufieurs Prifonniers
Les Ennemiseurent
plus de cent hommes rucz
en cette occafion ' , avec le
Commandant du Parry. M
le Marquis de Blanchefort,
Brigadier de Cavalerie , fer
cond fils de feu Mile Maref
ohal de Crequy, donna en ce
rencontre des preuves d'une
grande valeur , & d'une pru
dence
GALANT
313
dence confommée .
P
Les fourages eftant prefques
tous confommez dans
les environs de Saint Tron ,
Monfeigneur refolut d'en faire
faire un general du cofté
de Nerwinde jufques fur la
Geette , & ce Prince y alla
luy-mefme le fept à la veuë
des Ennemis mais loin. de
faire aucun mouvement pour
s'y oppofer: ils ne firent pas
mefme fortir aucun Party , il
en parut feulement un du
cofté de Landen qui fut pouffe
& battu par nos Huffars . Il
arriva ce jour -là beaucoup
Juillet 1694.
Dd
314 MERCURE
d'argent au camp pour le
payement des Troupest , &
plufieurs Rendus bien montez
, affurerent que le Prince
d'Orange faifoit chaque jour
augmenter les fortifications
de fon Camp, om eb, bàs
Le 8. Monseigneur ayant
reçû la nouvelle de la prife de
Gironne , donna ordre en
mefme temps pour en faire
la réjouiffance le lendemain ,
ce qui fut executé , Monſeigneur
eftant accompagné de
tout ce qu'il y a de perfonnes
confiderables dans l'Armée.
On fit trois décharges
GALANT +355
l'ordinaire , qui furent commencées
par l'Artillerie, vs
coMonſeigneur ayant faic
confommer tous les fourages
des environs de S. Tron
& mefme jufques à une portée
de moufquet du Camp
des Ennemis , crut qu'il eftoit
propos que l'Armée décampaft
, & donna le 10 fes oridres
, pour la faire marcher
le.à deux heures du matin.
Elle marcha fur quatre Colomnes
toujours dans la Plai
ne , fans que les Ennemis
fiffent le moindre mouvement
, pour inquieter la marche.
Ddij
316 MERCURE
Monfeigneur
, Mile Mare
chal de Luxembourg
, Monfieur
le Duc de Chartres ,
Monfieur
le Prince de Conty,
& Monfieur
le Comte de
Toulouſe , eftoient à l'Avantgarde.
Il tomba une pluye
tres froide , qui ne ceffa point
pendant tout le temps que
la marche dura. Enfin on ar
riva à Oerle fur le Jecker,
qui eftle quartier general , fa
gauche à Files , & la droite à
une lieue & demię de Tongres.
On conftruifit
auffi toft
des Fours à Tongres
, pour
y faire cuire le pain de muni
GALANT. 217
tion , & huit cens Chariots
qui eftoient à Huy , fervirent
pour le tranfport des farines,
& de toutes les chofes necef
faires p
pour cuire le pain.
Le 12. l'Armée de M le
Maréchal de Boufers quitta
fon Camp deWarem , & vint
camper fa droite à une portée
de Moufquet de l'Armée de
Monfeigneur. Le mefme jour
Ice Prince vit la gauche & le
Camp de M'de Bouflers .
Le 13. Monfeigneur alla
voir la droite . Ce Prince
monte tous les jours à che
val pour voir tout fon Camp,
Dd iij
248 MERCURE
·
& tous les lieux des environs.
M le Marquis d'Harcour
vint en mefme temps avec
fon Camp volant prés de Huy
en deça de la Meufe , pour
couvrir tout ce qui va de Huy
au Camp de Monfeigneur.
La nuit durs au 16. M'd'Ar
ragnan , en qualité de Briga.
dier d'Infanterie , comman
dant mille hommes , tant In
fanterie que Cavalerie, ayane
avec luy Mr le Duc de Valen
tinois , M le Marquis de la
Valliere , & quelques autres
Colonels , alla à une lieuë de
Huy , recevoir le Trefor , &
GALANT. 319
foixante & dix Caiffons . Ils
conduifirent le Convoy au
Camp avec douze Prifonniers
& le Commandang
d'un Party de Liege , qui
s'eſtoir embufqué dans un
Village M
Le 20. le même M d'Aitagnan
ayant avec luy cinquante
Maitres, & cent Dragons,
M de Souſternon , Brigadier
de Cavalerie ; M' de Surville ,
Colonel
duRegimentduRoy
Brigadier d'Infanterie, Mª de
Canillac , Enfeigne des Mouf
quetaires , & plufieurs autres
allerent pour reconnoiftre les
Ddiny
320 MERCURE
fourages , & en laiffant Ton :
gres fur leur droite , pafferent
la Cenfe de Monico à Beaumerceau
, laiffant le grand
Loo fur leur gauche , Onmarqua
les endroits où on devoit
pofter le lendemain la Cava
lerie & l'Infanterie qui devoient
couvrir les Fourageurs
. Ils donnerent la chaffe
à un Party de Maftrick. On
devoit aller le lendemain faire
ce fourage , mais on apprit
que les Payfans du cofté de
Maftrik coupoient les Seigles
, & Monfeigneur voulut
aller luy- mefme fourager de
GALANT 32t
57
ce coftélà , & remit au jour
fuivant le fourage qui avoit
eſté marqué
.
Ce Prince a toujours efté
regulierement informé de
l'eftat des Ennemis. Il a tous
les jours tenu Confeil pour
deliberer fur ce qu'il y avoit
à faire , & fes foins & fa prévoyance
ont embraffé tout
ce qui pouvoit regarder le
bien du fervice.s
Il ne s'eft rien paffé de confidera
ble en Allemagne depuis l'action
de Vviflock , qui fe fit en prefence
de tous les Generaux des deux Ara
mées , & où nos gens repoufferent
les Ennemis , qui le retirerent juf
322 MERCURE
qu'à leur Montagne où eftoit une
partie de leur Camp , ce qui auroit
deu obliger le Prince Louis de Bade
à s'engager à une plus groffe action,
pour peu qu'il euft eu enviede combatre,
ce que Mr le Maréchal de Lor
ge avoit cru , & qu'il defiroit f
fort , qu'aprés cela il voulut demeu
rer deux jours entiers dans le mefme
campement, quoy qu'il en euft con
fommé tous les fourages , pour
attendre fi l'Ennemy defcendroit
dans la Plaine , où il auroit pû à
fon aife fe mettre en bataille , ayant
l'avantage du lieu fur nous , & beau
coup plus d'artillerie dreffée dans
des endroits tres avamageux , Me
le Maréchal pour leur donner l'oc
cafion encore plus favorable , vou
lut décamper le troifiéme à dix heu
res du matin , le temps eftoit beau
"
GALANT.
323
*
& ferein , & propre pour une action ,
efperant que le Prince Louis de Bade
feroit charger fon Arrieregar
de , & qu'il fe trouveroit engagé au
combat. C'eſt auffi pour cela qu'îl
avoit ordonné qu'au premier mouvement
que les Ennemis feroient
pour aller à luy , on retournaft fur
fes pas , & qu'on l'obligea à fe battre.
Cependant il décampa Tambour
battant & avec toute l'affeu.
rance d'un General qui n'auroit pas
cù un feul homme derriere luy , fans
que qui que ce foit le mit en eftat
de l'infulter , il repaffa le Rhin au
mefme lieu où il l'avoit paffé pour
profiter des fourages & des vivres
qui eftoient en abondance ; ce qu'il
fit fi à propos , que les Paylans commencoient
déja à couper les fourages
, & à transporter tous les grains
& autres munitions dans les Ifles
324 MERCURE
.
du Rhin , & de l'autre coſté de ce
Fleuve
que , Me le Maréchal avoit
efté manger . Il eſt à propos que vous
fçachiez que le Bergeftrat eftoit
fans fourage , comme je vous l'ay
déja marqué , que мr le Maréchal de
Joyeufe y avoit efté luy-mefme pour
s'en affeurer ; que tout le Pays n'en
auroit pas fourny pour un jour à noftre
Armée , & que la belle marche
que fit Mr le Maréchal de Lorge pour
venir des bords du Neckre à Vyil
lok empefcha le Prince Louis de Ba
de de fe rendre maiftre des paffages,
pour empefcher noftre Armée de
repaffer le Rhin auffi- toft qu'elle fit,;
afin de donner le temps aux Habi
tans du Palatinat qui font en deçà
de ce Fleuvel , de fourager tout le
Pays , & dlen enlever cette abondance
de grains & de toutes chofes que.
nous y avons trouvée . Dés que noGALANT
35
tre Armée fut paffée en deçà , elle
“ s'affuta de tout le Pays , & empef
cha l'Ennemy de paffer proche
I'lfle de Saint - Hoven , par des Ouvrages
que l'on rétablit , & d'autres
nouveaux que mi le Marefchal ordonna
pour cet effet . On fit camper
aux environs toute l'Infante .
rie , & toute la Cavalerie plus bas ,
dont une partie alla juſques dans la
Plaine de Mayence , à la portée du
Canon de cette Ville , y couper tous
les fourrages & les blés , & y enlever
tous les vivres qu'on commençoit
à tranfporters fibien que noftre
Armée en repaffant s'eft affurée des
vivres & des autres chofes neçeffaires
pour le refte de la Campagne ,
& vit chez les Ennemis , fans qu'ils
ofent s'y oppofer ; ce qui ne fe peut
faire à moins que le Prince Louis de
326 MERCURE
Badene faffe un Pont fur le Rhin ,
pour venir
enir
à
nous
,

ne
pafle
celuy de Mayence , pour nous faire
déloger : c'ett où on l'attend , & 1
selt fur que s'il fait un pas en avant ,
on en fera cent pour le joindre, &
l'engager à un Combat,
Je croy devoir ajoûter icy l'extrait
d'une Lettre du 10, dattée du
Camp de Genheim .
l'on
Nousfommes depuis troisjours
dans ce camp , où il paroist par la
quantité de fourage qu'ont fait
amaffer les Generaux , que
fera le plus longtemps que l'on
pourra en cas que les Ennemis ne
nous obligent d'enfortir , s'ils fatfoient
un pont fur le Rhim , ce
qui feroit plaifir à noftre General
GALANT: 927
& à toutes fes Troupes , qui ne
respirent que le combat ; Ĉar
païs icy ft moins fourré que de
L'autre cofté du Rhin, quoy que bon
• pour la furetéd une Armée quand
elle eft une fois campée , à cauſe
des ruiffeaux er de marais dont
nous ne voulons point nous ferwir
, puifque l'on fait faire des
ponis par tout , abatre les bayes,
combler le fameux foffé du Lanracommoder
les digues
qu'enfin on applanit tant
qu'on peut les chemins aux Ennemais
pour les engager au combat.
›Mais avec tout cela on peut juger
à la contenance qu'ils ont sem
devert,
328 MERCURE
nue quand nous estions à portée,
qu'ils ne nous approcheront pas ,
que s'ils paffent le Rhin ce ne
Sera quepour nous empeſcher d'al
ler plus avant dans leurpaïs , &
qu'ils le repafferont avant que
nous puiffions les joindre . Ainfi
ayant un auffi bon retranchement
devant eux que le Rhin l'on peut
croire qu'il ne fe paſſera rien de
confiderable cette campagne. Hier
9. ils blefferent d'un petit camp
devers Mayence , de l'autre coffe
du Rhin , le cheval d'un Dragon
qui eftoit de l'escorte de noſtre Ge-
-neral , qui alloit vifiter les poftes
qu'il fait occuper entrefon Camp
t
GALANT. 329
1
5.
& Mayence. L'on méprifa telle
ment les Ennemis , que perfonne
ne leur tira. Cependant ils tirerent
plus de quatre cens coups
fans faire autre chofe que de bleffer
le cheval d'un Dragon .
Cette Lettre , & ce qui la. precede
, vous marque affez bien la fitua.
tion des affaires d'Allemagne . Plufieurs
autres portent , que le pain
ne vaut tout au plus qu'un fol mar..
qué la livre dans noftre Armée ,
& le refte des vivres à proportion .
Depuis que toutes ces Lettres ont
efté reçues , il y en a du dix fept qui
portent que Mr de Lorges a fait lous
Mayence , un des plus grands fouragesdont
on ait parlé depuis longtemps
, non feulement chaque Ca.
Juillet 1694.
26 E e
330 MERCURE
valier en a emporté la quantité què
fon cheval en porte ordinairement
mais on a aufli amené fix mille façs
de blé au Camp , aprés avoir fait
le dégaft du refte , fans qu'il foit
forty aucun Party de Mayence pour
inquieter les Fourageurs .
HODLEY
Les Affaires des Alliez en Italie
n'eftoient pas plus avancées le zf de
ce mois , qu'à la fin du mois paffè.
Leurs Troupes ont toujours marché
pour le Rendez-vous general , fans
avoir fait beaucoup de chemin. Par
les dernieres Lettres , les Alliez attendoient
encore un
Regiment de
Hongrois & un de Saxons . Les Efpagnols
font fort chagrins du Com.
mandement quel'Empereura donné
au Prince Eugene . Il eft non feulement
d âge trop peu avance
pour un Commandement general ;
GALANT 335
mais tout eft à craindre de fon impetuofité
, & l'affaut qu'il fit donner
l'année derniere au Fort de Sainte
Brigide , fans qu'il y euft de bréche ,
fait connoitre que la prudence eft
plus neceffaire à un General , que la
valeur . Les Alliez ont de la peine à
convenir de la Place qu'ils attaqueront.
L'Empereur demande qu'on
affiege Cazal , il a fes raifons , & il
acheverois par là d'affujettir les
Princes d'Italie , qu'il a fi mal - trairez
depuis le commencement de
cette guerre. Le Duc de Savoye
voudroit Pignerol , & les Espagnols
qui craignent l'agrandiffement de
ce Prince , fe trouvent fort emba
raffez, & ils aimeroient mieux qu'on
entraft en France , mais le fuccez de
cette entreprife eft fort doureux .
L'Armée des Alliez eft beaucoup
Eenj
332 MERCURE
plus foible que l'année derniere .
L'Efpagne avec tous les efforts qu
elle a faits dans toute l'étendue de fa
Monarchie , n'a pu rétablir entierement
les Troupes du Milanois , &
les Allemands avec toutes les vio
lences qu'ils ont faites tant aux Seculiers
, qu'aux Ecclefiaftiques , en
Lombardie , & chez les Feudataires ,
pour avoir de l'argent , ne font gue,
res en meilleur eftat. Ils font fortis
tard de leurs quartiers par impuif,
fance , ils n'ont point de reffource
& les affaires de Catalogne augmen
tent la divifion dans leurs Confeils
Le Duc de Savoye efperoit d'abord
beaucoup de la Flotte des Alliez
mais comme il n'en avoit point en
core de nouvelles le 20. de ce mois
il commence à croire qu'elle luy fera
peu utile , quand mefme elle
GALANT.
333
3
arriveroit heureafement , puifqu'à
peine ferat elle arrivée , qu'elle fera
obligée de s'en retourner , la faifon
eftant fort avancée , d'ailleurs Nice
` eft en fort bon eftat , & Mr de Ven,
dofme eft de ce coſté-là . Il a de la valeur
, de la conduite , de l'experience ,
h & des Troupes, Mr le Comte de
Grignan eft à Antibe , il a fous luy
Mr de Villepion , Brigadier de Cavalerie
, avec fon Regiment de Cavalerie
, & celuy de Joffreville. Il y
en a deux de Dragons à Valence a
vec Catinar, & plufieurs Bataillons .
Enfin, il y a trente à quarante mille
hommes fur les Côtes de Provence ,
où l'on a rompu tous les Ponts, Paffages
& Moulins qui auroient pû favorifer
les deffeins des Ennemis . Mr
de Catinat de fon côté donne beau .
coup d'inquitude aux Alliez , parce
qu'étant plus fort que l'année der
S
$34 MERCURE
niere , ils apprehendent que lors qu'
ils auront formé quelque Siege, il ne
raflemble fesTroupes , & ne les obli
ge
au
à le lever , comme ils firent Tannée
derniere , celuy de Pignerol . Les
Lettres de Marfeille dattées du 21.de
ce mois , portent qu'on n'y avoit a
cunes nouvelles de la Flotte de l'Amiral
Ruffel , & que le Duc de Sa
voye voyant ces retardemens , com
mençoit à faire défiler fess Troupes
du cofté de Pignerol , quoy que les
Alliez fuffent encore incertains du
Siege qu'ils devoient faire. Mr de
Tourville a eu ordre de fe preparer
pour retourner en mer : ainfi noftre
Campagne n'eft
pas finie de ce cô
té là .
On ne peut fans étonnement
faire reflexion fur les pertes que
les François ont caufé cette année
aux Anglois , aux Eſpagnols , & aux
GALANT.
334
1
4
Hollandois , fur l'une & l'autre mer.
Le nombre en eft fi grand , qu'à
peine s'en peut- on fouvenir , Mr le
Chevalier de Chasteauregnaud a eu
le premier avantage , & fon trajet
dans la mediterannée a coufté qua
tre Vaiffeaux aux Hollandois , & les
quatre plus gros Vaiffeaux de la
Flotte d'Efpagne. Mr le Chevalier
Renaut en fit en mefme temps con .
Iler à fond un Anglois revenant des
Indes , dont la charge montoit à
plufieurs millions . La defcente de
1 Breft a fait perir trois Vaiffeaux de
guerre Anglois , & le Chevalier Bart
en a pris trois Hollandois , dan's
l'affaire éclatante qu'il a euë depuis
peu avec le Vice Amiral de Frife ,
& la pperte recente des Vaiffeaux .
Le Rotterdam & le Dauphin , chargez
de tant d'argent monnoyé ,
336 MERCURE
de lingots , de pierreries , & de paf
fagers de confideration , defole en
mefme temps les Anglois & les Hol
landois. La prile de treize autres
Vaiffeaux venus de Cadix , dont
la charge eft eftimée cinq cens mille
écus a fuccedé à toutes ces pertes.
Je ne parle point d'un nombre infi
ny de Baftimens pris par nos Amateurs
, parce qu'il faudroit un volu
me pour en contenir la lifte ; mais je
dois ajoûter icy la grande perte que
les Anglois viennent de faire dans
la Jamaïque. Mr du Caffe Gouverneur
de la Martinique , ayant efté
avec quatre mille hommes dans
cette Colonie en a entierement
ruiné toutes les habitations , & pris
deux mille Negres , que les Anglois
y avoient ; ce qui monte à deux
cent mille écus , fuivant le prix
ordinaire
GALANT.
337
ordinaire.
Comme il partoit tous
les ans une groffe Flotte de la Ja .
marque pour
l'Angleterre , la perte
que les Anglois y ont faire leur doit
eftre plus fenfible , que
l'infructueux
bombardement de Dieppe , qui ne
leur peur eftre d'aucune utilité . Ce
ne font que des mailons de bois
bruflées , dont on avoit retiré les
effets ; & ce
bombardement aprés
le mauvais fuccés de la defcente de
Breft , fait voir que les Anglois reh
noncent aux
defcentes , parce qu'il
leur eft
abfolument
impoffible d'y
réüfir, & qu'ils
n'oferoient en ve
nir aux coups de main avec les Fran.
fois . Cet inutile exploit qui ne
change en rien
l'heureuſe
fituation
des affaires de France , doit ruiner
celles du Prince
d'Orange auprés
des Alliez , qui
doivent enfin ouvrir
Juillet 1694 Ff
338 MERCURE
les yeux , pour voir qu'il n'entame.
ra jamais la France ; & qu'ainfi |
fait inutilement veffer le fang de
de toute l'Europe pour les propres
interefts. C'eft aux Angloirs à
pleurer les maifons de Dieppe , qui
leur ont mille fois plus coufté à détruire
, qu'elles ne couteront à re
bàtir , & dont on leur fera encore
payer la ruine au prochain Parle,
ment, fans qu'ils tirent aucun fruit
de tant de richeffes perdues dans
leurs Vaiffeaux, & de la deftruction
de leur colonie de la Jamaïque , qui
ne leur rapportera plus rien,
4
00
La joye que nos Ennemis ont
eue du Bombardement de Dieppea
eſté bien modérée par l'abondance
de noftre Recolte. Vous ne deves
pas ignorer que quatre années en
femble , n'ont jamais fourny une
GALANT. 339
plus abondante moiffons de forte
que d'un jour de marché à l'autre,
on a vendu dans Amiens une piſto
le , ce qui en valoir quatre le jour
precedent. Les Habitans en ont eu
tant de joye, qu'en action de graces,
ils y ont fait chanter le Te Deum ;
& cet exemple a déja efté ſuivy pat
plufieurs Villes Puifque nous fommes
fur le chapitre de la joye , je
vous diray que la Comedie Italienne
, dont vous me parlez , & quit
a pour vitre le Deffenfeur des Da
mes , a fort réuffi , & qu'elle a efté
joüée plus de trente fois de fuite.
avec une petite Piece du mefmel
Auteur , où les hommes ne font
pas moins agreablement attaquez
que les femmes dans la premiere,
on y voir un jeune A&eur qui prỡ .:
met beaucoup, & qui chante fort
Ffij
340 MERCURE
agreablement, Il eft fils de Maiftre ,
puifqu'il eft fils de Mr Cinthio , qui
vous à fouvent diverty de plus d'une
maniere fur le Theatre , eftant le
premier de ceux qui ont travaillé
avec fuccez dans le gouft François.
Les Ennemis fiers d'un exploit
dont il ne leur refte rien , n'ont pas
efté fi heureux devant le Havre de
Grace que devant Dieppe , fi toute .
fois , c'est un bonheur que d'avoir
ruiné quelques maiſons vuides , &
qui n'ettoient que de bois. A peine
teurs bombes font elles tombées
dans la Ville , que Mr Languillet
leur en a jetté une , qui a fait fauter
en l'air leur principale Galiote , qui
jettoit leurs plus groffes bombes.
On at mefme remarqué un vuide
affez grand dans la ligne de leurs
Galiottes pour faire croire qu'elle
·
GALANT. 341
n'a pas fauté feule . Ils fe font retirez
aprés cette perte , qui doit eftre plus
confiderable qu'elle ne nous paroift.
Le grand Fourage que Monfer
feigneur fit le 21. à la vûë de Maf
tric , alarma d'autant plus le Prince
d'Orange , que le Gouverneur luy
manda qu'il croyoit estre inveſty
ayant remarqué les Etendarts de
l'Armée de Monfeigneur. Le Prince
d'Orange marcha auffitoft , &
Monſeigneur , dont la vigilance eft :
extrême, & qui n'épargne rien pour. I
avoir de bons avis , apprit en mefme ·
temps fa marche , & donna des
ordres pour faire auffi décamperfon
Armée ; de manière qu'elle eft
prefentement campée à Vigna .
mont , à une licüe , & prés l'em
boucheure de la Mehaigne , ayant
fa droite au deffus de Vignamont ,
Ffi
342 MERCURE
"
& la gauche à Feumal . Le Prinee
d'Orange eft campé à Franqueez
fur la Mehaigne. Son Armée s'étend
jufques au Mont Saint André fur
la Geette Sa droite eft entre l'Abbaye
de Bonef & Noüille , & la
gauche tire du cofté de Janche.
Monfeigneur ayant envoyé en mê.
me temps cinq Partis en campagne,
ils font tous revenus avce des ché.
vaux, & des Prifonniers , quoy que
tous cinq inferieurs en nombre aux
Partis qu'ils ont battus. Je fuis ,
Madame & c.
A Paris ce33º1º Iuillet2694.
5522555 S2S2SSSS22
TABLE.
Prelude.
Sonnet qui a remporté le Prix de
Academie des Lanterniftes. g
19.
Difcours de la mefme Academie . It
De l'Immortalité de l'Ame.
Convoy de Madame la Comteffe
de la
Vauguion . 33
Plan de la Ville de Palamos, 42
La Victoire de la Marſaille. Ouvrage
qui a remporte le Prix
de Ver's de l'Academie d. Angers.
Lenre de Senlis.
45
Difcours à lagloire du Roy, furla
Villoire remportée en Catalo.
gne
TABLE.
'Morts.
83
Madrigal.
Sonnets.
95
101
Hiftoire.
Nouvelle d'Allemagne.
104
·138
Toulouse
154
Prix de Profe de l'Academie de
Detail curieux & nouveau du combat
du Chevalier Bart contre une
Efcadre de Hollande.
Les Petits Maißtres ,
181
224
Epigramme fur le mefme fujet. 227
Lettre de l'Auteur de la Satyre des
Petits Maiftres.
Autre article de Morts
idem.
238
Journal du Siege de Gironne. 255
Article concernant quelques parti
cularitez touchant le Prince &
la Princeffe d'Orange 393
Article des
Enigmess
1013300
Iowṛnal de ce qui s'eſt paſlè à l'Ar
TABLE.
mée de Monfeigneur, depuis celay
du dernier Mercure.
Nouvelles
d'Allemagne,
Nouvelles d'Italie.
303
321
330
Article curieux , où il eft parlé du .
Bombardement de Dieppe 334
Nouvelles de la Recolte.
338
Le Defenfeur des Dames. * 339
Perte des Anglois devant le Havre
de Grace,
Decampement des Armées de
Flandre.
349
34
Avis pour placer les Figures
Le Plan de Palamos doit regarder
la page 81.
Le Plan de Gironne doit regarder
la
page 259.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le