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Eur.
511
m
1694.6
m
Eur:
511—
1694,6
Mercure
MSB
ے ک
<36624511490015
<36624511490015
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUIN 1694.
A PARIS ,
Chez MI CHIL BRUNIT , Grand'Salle
du Palais , au Mercure Galanta
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente fols relié en Veau &
Vingt- cinq fols en Parchemin .
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans
la Salle des Merciers , à la Juſtice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envic.
Et MICHEL BRUNET , Grand'Salle
du Palais , au Mercure Galant .
M. DC. XCIV.
Aves Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
ns
He
Of
*****
AVIS.
Velques prieres qu'on ait
faites jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercure , on ne laiffe pas d'y
manquer toûjours. Cela eft caufe
qu'ily a de temps en temps quelquesuns
de ces Memoires dont on ne fe
peut fervir. On reitere la mefme
priere de bien écrire ces noms , en
forte qu'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argent pour les Memoires
, & l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour , pourv
qu'ils ne defobligent perfonne , &
qu'il n'y ait rien de licentieux. On
A ij
AVIS.
priefeulement ceux qui les envoyent,
&fur tous ceux qui n'écrivent que
pour faire employer leurs noms dans
Particle des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
qu'onfaffe ce qu'ils demandent. C'eft
fort peu de chofepour chaque particulier
, & le tout enfemble eft beaucoup
pour un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite pre.
fentement le Mercure, a rétably les
chofes de maniere qu'il est toujours
imprimé au commencement de chaque
mois . Il avertit qu'à l'égardde s
Envois qui fe font à la Campagne ,
ilfera partir les paquets de ceux qui
le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercare. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure
·
AVIS.
long- temps avant qu'il foit arrivé
dans les Villes éloignées , mais auſſi
les Villes ne le recevront pasfi tard
qu'elles faifoient auparavant.Ceux
quife lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toûjours fort
tardpar deuxraifons . La premiere,
parce que ces Amis n'ont pas foin de
levenir prendre fi -tôt qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quel
ques jours avant qu'on en faffe le
debit , & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux & quel
ques autres à qui ils le prefent , ils
rejettent la faute du retardement
Jur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que form
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet, puis qu'ilfe charge defaire
A iij
A VIS.
lespaquets luy-mefme & de lesfaire
porter à la pofte ou aux Meßagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nonveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'il les debite , ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantage que le
prix fixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il fe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
du mois , on les joindra au Mercure ,
afin de n'en faire qu'un mefme paquet.
Tout cela fera executé avec
une exactitude dont on aura lien
d'eftre content.
MERCVRE
GALANT
JUIN 1694.
E ne fçaurois commencer
ma Lettre
d'une maniere plus
agreable pour vous , qu'en
vous faisant part de celle que
le Pere Mourgues , Jefuite ,
a depuis peu écrite à M
A iiij
8 MERCURE
Guyonnet de Vertron . Je fuis
fort certain que la matiere fera
de vôtre gouft. Voicy cette
Lettre .
V
Ous travaillez, Monfieur
, au Portrait du Roy.
Je vous avoue que
cela me
paroift
effrayant . Fay doutejufques
icy que l'on puft peindre noftre
Augufte Monarque ,foit avec des
couleurs ,foit mefme avec des paroles.
Les Peintres fçavent bien
que tout tient du mouvement &
de l'efprit dans cette beroique
phyfionomie ; le Pinceau n'attrape
point cela. Une Plume fera
plus heureuse , mais prenez garde
GALANT.
9
au
encore ; vous ferez un Eloge
lieu d'un Portrait. Il eft malaisé
d'eftre moderéfur les qualiter de
ce Corps & de cette Ame. Il me
femble quefes traits &fes vertus
nefont pas comme ce qu'on trouve
dans les autres hommes . On eft
trop touché auffi-toft que l'on y
penfe , on répand fur le papier ce
que l'on fent avec ce que l'on voit,
& deflors ce n'est plus peindre ,
c'eft louer, Mais quand vous
pourriezfaire taire vostre coeur ,
je vous affure que la Pofterité ,
( car vous travaillez pour la
Pofterité ) vous croira toujours
extafié de vostre objet, Vous ne
JO MERCURE
pouvez dire les chofes que comme
elles font , & il vous arrivera de
paroiftre flateur , quand vous
n'aurez efté que naïf. Il pourra
mefme arriver que vous en direz
trop peu pour ce fiecle , & trop
pour les fiecles furvans , Croyez
moy , Monfieur, deformais cefera
une veritable affaire que
àparler du Roy. L'idée de ce fublime
merite a pris le deffus fur
toutes les expreffions , que l'admi
ration mefme fournit ; l'Eloquence
eft à bout , chacun en penfe plus
l'on ne luy en peut dire avec
les paroles les pluspathetiques . Il
ya plufieurs années que ce merite
que
d'avoir
GALANT. II
eft complet . LOUIS LE
GRAND fournira chaque
jour de nouvelles chofes , mais non
de plus glorieuses , parce que fa
gloire eft àfon comble. Ces Heros
ftoient bien plus commodes pour
eftre loüez , qui croiffoient en
gloirejufqu'à la fin de leurs jours ,
dont la vertu avoit fes âges
ainsi que tout le refte ; leurs Portraits
eftoient toujours nouveaux,
& toujours differens. Quoy qu'il
enfoit , je vous prie , Monfieur,
de me communiquer ce difficile
Portrait du Heros du fiécle , où
pour me fervir de vos termes , de
l'Homme Immortel , & du
12 MERCURE
plus Grand des Grands , dont
vous avezfi bienprouvé la grandeurfuprême
dans cet admirable
Parallele de Sa Majesté avec
les Princes qui ont eu ce glorieux
furnom. Je conferveray ce Portrait
encore plus précieuſement
que ce beau Tableau , dont il vous
plût derecompenfer quelques Vers ,
que vous fites valoir à vôtre gré.
Vôtre coeur a paru dans le premier
prefent , vôtre efprit éclatera dans
le fecond , car je ne vous ay parlé
des difficultez que je vois à vôtre
deffein, quepour vousfaire connoître
commentjefuispreparé à admi.
rerla maniere glorieufe, dont vous
GALANT.
13
l'aurez executé. Croyez qu'on
ne peut rien ajoûter à la parfaite
eftime avec laquelle je fuis , &c...
LE PORTRAIT
DU ROY.
Par Monfieur de Veriron.
JE
E ne marrefteray point aux
qualitez du corps , qui répondent
à celles de l'ame de
noftre Augufte Monarque.
Son air martial & heureux ,
fon port majestueux & libre ,
fon gefte noble & modefte ,
fa taille riche & dégagée ,
toutes ces marques exterieu14
MERCURE
res , qui font les moindres de
fes perfections , le feroient
reconnoître pour Roy, quand
on n'auroit jamais eu le bonheur
de le voir ; car enfin ce
n'eft ny la magnificence de
fes habits , ny la foule de fes
Courtifans, qui le diftinguent
de fes Sujets. Ses manieres
Royales & fa mine relevée
font fa diftinction & fon ornement.
Quoique fon regard
foit fier , cette fierté neanmoins
eft temperée d'une
certaine douceur, qui permet
qu'on le confidere à travers
les changemens qui arrivent
GALANT.
dans les affaires . Comme il
n'en arrive point dans fon
ame , il n'en paroift aucun
fur fon vifage. La couleur de
fon teint vive & brune ( marque
de fon humeur guerriere
) eft une teinture qu'il a
priſe dans fes Campagnes
glorieufes , expofé aux ardeurs
du Soleil , mais que disje
? 11 eft luy. même le Soleil
de la France , & lors qu'il ne
prend pas foin de cacher tous
fon éclat , on ne peut foûtenir
le brillant de fes yeux ,
qui font autant de perçans
rayons.
16 MERCURE
Les Ambaffadeurs des Nations
les plus éloignées ont
efté éblouis de fa prefence ,
charmez de fes bontez , comblez
de les faveurs . Tous ont
avoué que LOUIS LE
GRAND avoit quelque
chofe de plus qu'humain ; &
les hommages qu'ils ont rendus
à fon Augufte Majeſté ,
leur ont donné une joye extrême
, à la vûë du plus bel
aftre qui foit au monde . On
ne doit pas s'étonner , fi l'on
eft venu de toutes les parties
de l'Univers , pour recher
cher avec empreffement l'aGALANT!
17
mitié & la protection du plus
grand Prince de la terre , puifque
fes vertus luy ont juftement
acquis le reſpect & l'amour
de fes Sujets , l'eftime
& l'admiration des Etrangers.
Ouy ,fans doute , l'Empereur
des François eſt le modelle
achevé des vertus Chre
ftiennes, politiques, morales,"
& militaires . Sa Majesté peut
feule en fournir des exemples
à tous ceux qui afpirent
au Grand & à l'Heroïque.
On voit en fa Perfonne
facrée une pieté fincere , une
Juin 1694.
B
18 MERCURE
charité ardente , une équité
incorruptible , une égalité
parfaite , une bonté fouveraine
, une douceur charmante
, une prudence achevée
, une valeur infurmontable
, une.difcretion entiere ,
une fermeté inébranlable ,
une moderation extrême , &
unemagnificence inimitable .
Pour preuve de la fidelité
du Portrait de Loüis le Grand ,
il ne faut qu'obſerver ſa conduite
, fuivre fes pas , regar
der fes actions , écouter fes
diſcours , pefer ſes bienfaits ,
examiner fes deffeins , lire fes
GALANT. 19
Ordonnances , & nombrer
fes conqueftes.
L'Europe reſpecte noftre
incomparable Souverain , l'Afie
l'honore , l'Afrique le redoute
, l'Amerique le revere,
tout l'Univers l'aime , le
craint , l'admire. Et qui n'aimeroit
l'ornement du monde
? qui ne craindroit la foudre
de la guerre ? qui n'admireroit
un Prince qui a receu
du Ciel en partage , comme
Salomon , une fageffe confommée
, & un efprit univerfel?
Il
ne
fut
jamais
de
coeur
Bij
20 MERCURE
plus magnanime , d'entendement
plus éclairé , ny de volonté
mieux reglée . Si ce
grand Monarque eft prompt
à concevoir, il ne refout qu'aprés
de ferieufes reflexions ;
il attend les occafions les
plus favorables pour executer
, & menageant toutes les
circonftances , il fçait balancer
fes deffeins au poids d'une
conduite tres- exacte ; car .
dans fa façon d'agir on n'apperçoit
ny trop de lenteur ,
ny trop d'empreffement ; &
comme il ne veut rien que de
jufte , il ne fait rien que de
GALANT. 21
2
t
;
S
loüable. L'alliance heureúfe
de fon jugement & de famemoire
, luy tient lieu de cette .
experience , que les autres
n'acquierent que par une longue
fuite d'années . Sa raiſon
modere la vivacité de fon
imagination ; enfin il eſt autant
le maiftre de fes paffions
que de fes Ennemis.
Jainais Prince n'a eu plus
de connoiffance des droits
de fon Royaume , plus d'application
à les faire valoir ,
plus de fermeté à les maintenir.
Ecouter en tout temps les
22 MERCURE
malheureux ; fecourir en tous
lieux les foibles ; relever genereuſement
les opprimez ;
deffendre hautement l'innocence
;foûtenir puifſamment
la juftice ; diftinguer parfaitement
le vray merite , le
recompenfer liberalement ;
proteger univerfellement la
Religion & les droits des
Rois , voila les occupations
de LOUIS LE GRAND .
Ce font-là fes merveilles , où
pour mieux dire , fes miracles
, qui l'affurent de l'immortalité
, & qui luy ont fait
donner le titre d'Homme Immortel.
GALANT. 23
1
JUGEMENT
DU P. MOURGUES , •
JESUITE ,
Sur le Portrait de Sa Majeſté.
EN
Nfin , Peintre heureux &
hardy , vous estes venu
bout de l'excellent Chef d'oeuvre
5 que je vous avons fait fi difficile.
Jem'imagine que vous vous fça .
vezbon gréd infulter maintenant
à mes défiancespaßées. Avec cela
je ne m'en dédis point , vous aviez
trop osé , regulierement parlant
, vous deviezfuccomber dans
24 MERCURE
une telle entreprife. Il eft des temeritez
heureuſes , & celles qui
reüffiffent ont toujours un fuccés
d'éclat , comme la vôtre,. Jefçavois
que vous estic chargé de
l'Hiftoire Latine de LOUIS
LE GRAND , & j'estois
bienfür que jamais Ouvrier nefe
preſcriroit une fiforte tâche dans
l'Empire Latin : mais enfin il eft
naturel de reprefenter en grand
les grands objets , comme l'on fait
dans une Hiftoire . La difficulté
pour les Peintres eft de réduire
les grandes figures en petit fans
les brouiller & fans les eftropier.
Il faut un bon cristal bien poly
లో
GALANT. 25
& bien façonné pour affembler
en un feulpoint les rayons du Soleil,
il faloit un esprit de fine
trempe, & d'une grande culture
la vôtre , pour ramaffer
telle
que
tout l'éclat d'une vie fi gloricufe
dans les bornes d'un fimple Portrait.
Au refte , Monfieur , vous
avez fait en homme adroit &
habile de fairefuivre ce Portrait
aprés la differtationfur le titre de
Homme immortel . Votre Profe
& vos Vers avoient dit les meilleures
chofes du mondefur ceſujet :
mais la vuedu Heros decide tout.
Ie me reprefente Enée , qui fort
tout à coup de la nuë tandis qu'on
Juin 1694.
C
26 MERCURE
eft en peine de luy qui efftem"
blable à un Dieu par les traits du
vifage , & par la taille , Os
humerofque Deo fimilis . Voi
la en effet, Monfieur , comme vous
avezſçû peindre d'aprés Virgile :
& vous voyez que le fentiment
naturel qu'excita la vue du Heros
Troyen fut de lefaire regarder
ainsi qu'un Immortel. N'en dé
plaife à Virgile ; l'Immortalité eft
auffi bien acquife à nôtre Heros
qu'au fien. l'augure mefme qu'il
fe fera un écoulement d'immortalité
de votre Prototypefur vous ,
&que la Pofterité plus raifonnable
que vosfcrupuleux , vousnomGALANT.
27
mera fans fcrupule. Le Peintre
Immortel de l'Homme Immortel
.
Mr l'Abbé Regnier Des
Marefts, Secretaire perpetuel
de l'Academie Françoife &
Academicien della Crufca , à
fait , comme vous fçavez , les
belles Infcriptions du fuperbe
Monument élevé à la Gloire
du Roy dans la Place des
Victoires . Le titre de Viro
Immortali a donné occafion
à M de Vertron de faire
un fi grand ouvrage pour
le juftifier. On y verra en
Cij
28 MERCURE
François & en Latin l'abregé
de l'Hiftoire de cet incomparable
Monarque.
M'l'Abbé Saurin , l'un des
Académiciens de l'Academie
Royale de Nifmes , Auteur
des Traductions des Hymnes
& des belles Infcriptions de
I'Illuftre M de Santeüil , a
fait le Sonnet fuivant , qui eft
une Priere pour le Roy.
A
-SONNET.
Rbitre tout puiffant des Arbitres
du monde,
Qui du plus grand des Rois affermis
la grandeur ,
4
GALANT; 29
5
ľ
S
e
1
Quifoûtiens par ton bras fon invincible
coeur ,
Et le fais triompher far la terre &
fur l'onde.
S
C'est en toy feul , Seigneur , que
fon efpoir fe fonde ,
De toy feulil attendfa gloire & fon
bonheur.
Ce Monarque zelé combat en tå
faveur ,
Infpire- luy toujours tà ſageſſe pro-
Il
fonde.
2
vange tes Autels ; couronne
fes hauts faits.
Qu'eneftat de tout vaincre il donne
encor la Paix
A tous les Potentats de l'Europe
allarmée.
C iij
30 MERCURE
S
Puifqu'il eft icy- bas le Protecteur
des Rois ,
Fais que defes vertus la terre enfin
charmée
Reçoive defa main tes fouveraines
Loix.
Voicy une Devife faite par
Mr de Hericourt de l'Academie
de Soiffons à la gloire de
Monfeigneur le Dauphin .
Le Corps eft un Aigle , qui
en preſence d'un plus grand
en combat plufieurs autres.
Elle a pour ame ces paroles.
Haud
impar.
Patre aufpice tantis
GALANT. 31
Eclairé des regards d'un Pere ge
nereux
Qui domine par tout , à qui ¡ out
rend hommage ,
Contre tant d'ennemis & fiers &
valeureux
l'éprouve avec plaifir ma force &
mon
courage
Et je m'en fens affez pour eux,
On a eu nouvelles par
les
Vaiffeaux
la Perle
& l'Ameri
quain , venus des Ifles de l'Amerique
à la Rochelle & à
Marſeille , que le Vaiſſeau du
Roy le Leger , commandé
par le St Antoine Bernard ,
eftoit arrivé à la
Martinique
le 14. Février dernier , riche
C iiij
22 MERCURE
ment chargé , avec une Priſe
Hollandoile , qu'il avoit faite
à la cofte d'Afrique , aprés
avoir repris fur les Anglois ,
au mois d'Aouft 1693. les Illes
& les Forts de Senega & Gorée
, dont ils s'eftoient rendus
les maiſtres au commencement
de la meſme année ,
par la perfidie de celuy quil
les y conduifit ; & qui connoiffant
le Pays , pour y avoir
commandé quelque temps
en qualité de Sous - Lieutenant
, & enfuite ayant trouvé
l'occafion de paffer en Angleterre
, s'imagina que ce
GALANT.
33
feroit faire une reparation à
la Religion Proteftante
qu'il
avoit abjurée , de trahir fon
Roy, fa Patrie , & fes Maiſtres ,
ce qu'il fit pendant l'abfence
du Gouverneur general , abufant
aifément de la credulité
de ceux qui eftoient dans les
habitations , & qui luy faciliterent
l'entrée fur les fauffes
Lettres qu'il leur montra ,
failant paroiftre à bord du
Vaiffeau qu'il difoit apparte
nir à la Compagnie Royale
d'Afrique, un Equipage compofé
de Proteftans François.
Comme les Anglois croyoient
34 MERCURE
le Fort du Senega imprenable
, à moins qu'on n'y euft
quelque intelligence au dedans
, & qu'ils regardoient ce
pofte , comme leur eftant
beaucoup plus avantageux,
pour le commerce que celuy
qu'ils ont dans la Riviere de
Gambie , ils y avoient fait
porter quantité d'effets , qui
s'y font trouvez , lors que le
St Bernard l'a reconquis .
Cette action eft d'autant plus
glorieuse pour ceux qui l'ont
executée , que ce Vaiffeau
n'avoit point efté armé dans
la veuë de cette entrepriſe ,.
GALANT.
35
eftant party de la Rochelle
plus de deux mois avant qu'
on cuft appris la perte de
cette Colonie. Le Roy qui
veille toujours au bien de fes
Sujets , & que les foins de la
guerre ne difpenfent point
de fonger à tout ce qui peut
apporter l'abondance dans
l'Etat , ayant accordé fous les
ordres de M de Pontchartrain
. un Vaiſſeau à M' d'Ap.
poigny, Confeiller- Secretaire
de Sa Majefté , Fermier general
, & Chef de la Compagnie
d'Afrique , pour y continuer
fon negoce avec plus d'avan36
MERCURE
tage , les Intereſſez en cette
Compagnie avoient eu feulement
la précaution d'y faire
paffer beaucoup de monde ,
pour relever ceux qui y é
toient, qui ayant prefque tous
finy leur temps , demandoient
à revenir. Auffi ceux qui s'embarquerent
ne croyoient- ils
y aller que pour y trafiquer ,
& ce ne fut que par la pru .
dence des Officiers de ce
Vaiffeau , qui fçavoient qu'il
eft toujours bon de fe tenir
fur les gardes , qu'ils ne furent
pas furpris ; car eftant à quatre
lieues de l'habitation du
GALANT.
37.
que
Senega , le Capitaine fit mettre
Pavillon & Enſeigne Anglois
, ce qu'ayant continué
pendant une lieuë , & voyant
du Fort on n'en mettoit
aucun , il fit amener le Pavil
lon d'Angleterre , arborer le
François , tirer trois coups de
Canon , & carguer les deux
baffes Voiles. Il eut alors la
douleur de voir hiffer la Pavillon
Anglois , & tirer un coup
de Canon du Fort ; fur quoy
ayant affemblé les Officiers ,
& tenu confeil , & par une
Barque qu'ils envoyerent à la
découverte , ayant appris des
28 MERCURE
Negres de la Cofte , qui tous
haïffent les Anglois , l'eftat
de leurs forces , ils jugerent
à propos de les attaquer
,
mettant à cet effet foixante
hommes dans une Chaloupe
& dans une Barque , aufquels
malgré la réſiſtance & le Ca;
non , ils firent paſſer la barre
qui défend l'approche du
Fort , & aprés qu'ils furent
entrez dans la Riviere , les
Anglois voyant la contenance
des noftres , fe rendirent ,
& furent faits priſonniers de
guerre. Le S Bernard ayant
tout remis dans le bon ordre,
GALANT.
39
S
& pourvû les habitations de
ce qui eft neceffaire pour
- leur défenfe , & pour le bien
du commerce , a fait la traite
ele long de la Cofte , & a paffé
C aux Ifles avec fes Prifonniers,
& fa charge de Negres , de
cire , de cuirs , de gomme &
d'Ivoire ; de forte que les
Vaiffeaux de guerre que Sa
Majefté a eu la bonté de faire
donner depuis à la Compagnie,
pour reprendre ces deux
Iles du Senega & Gorée , ne
ferviront qu'à y porter l'abondance
, & à les mettre en état
de ne rien craindre de la
e
40 MERCURE
part des Ennemis
.
Cette conquefte
eft d'autant
plus importante
, que le
trafic qui fe fait fur cette
Coſte eſt d'une grande utilité
pour
le Royaume
. Le Pays
où l'on va negocier
eft peu
éloigné
, les voyages
en font
faciles , les marchandiſes
qu' .
on y porte font de peu de
confequence
, & la plufpart
fe fabriquent
en France. Celles
qui en viennent
font toujours
promptement
vendues
chez nous ou chez nos voifins;
& à l'égard
des Negres
qui fe prennent
à la Coſte
GALANT.
41
d'Afrique , & qui ſe menent
aux Iles de l'Amerique , ils y
font indifpenfablement nepour
la culture des ceffaires
"
terres , & pour le foutien des
Colonies . Auffi c'eſt par ces
confiderations
que M' de
Pontchartrain,dont le zele &
la vigilance s'étendent fur
tout , n'a pas perdu l'occafion
de procurer à cette Compa
gnie les fecours dont elle avoit
befoin pour rentrer dans
un pays qui luy avoit efté fi
lâchement enlevé , & qu'elle
poffedoit à juste titre.
...Quelques Marchands de
Juin 1694.
D
S
42 MERCURE
Dieppe , de temps immemorial,
ont heureuſement
negocié
fur cette Cofte. Ils n'avoient
alors pour tout lieu
qu'un Fort dans une petite
Me , qu'ils appellerent l'Iflette
de Saint Loüis , fituée à
quinze degrez au deça de la
Ligne Equinoctiale , à l'emboucheure
du fleuve Niger ,
nommé autrement en cet endroit
la Riviere du Senega .
Des Marchands de Rouën
acquirent depuis de ceux de
Dieppe ce Fort , connu à prefent
fous le nom du Senega ,
& y continuerent le commerGALANT.
43
ce avec fuccés jufqu'au mois
de May 1664. que le Roy
ayant érigé une Compagnie
des Indes Occidentales , elle
fit comprendre dans les lieux
de fa conceffion la Cofte
d'Afrique, & elle acheta dans
la mefme année de ces Negocians
de Rouen , leur habitation
du Senega.
Les Directeurs de cette
Compagnie des Indes d'Occident
vendirent depuis en
1673. cette mefme habitation
& le droit d'y faire le com .
merce , & fur toute la Cofte
d'Afrique , exclufivement à
Dij
44 MERCURE
tous les autres , à trois Particuliers
, qui en ont joüy jufqu'en
1681.
La guerre quieftoit en 1673 .
entre la France , l'Espagne ,
& la Hollande
, ayant excité
des mouvemens à la Coſte ,
où les Hollandois avoient
deux Forts , l'un fitué au Cap
Verd fur l'Ifle de Gorée , &
l'autre à Arguin , ce premier
fut emporté par la Flore du
Roy , commandée par M' le
Maréchal d'Eftrées , & Sa
Majefté le donna à la Com
pagnie du Senega , & le Fort
d'Arguin fut pris par cette
GALANT
45
mefme
Compagnie , qui y
envoya des Vaiffeaux à fes
frais . Ainfi elle demeura en
poffeffion de tout ce Pays ,
où elle fut confirmée par
l'Article 7. du Traité de Paix
conclu à Nimegue le 10 .
Aouft 1678. portant que cha
cun jouira des Pays , Terres ,
& Seigneuries
, tant au dedans
qu'au dehors de l'Europe
, qu'il tenoit & poffedoit
quand ce Traité de Paix fat
conclu .
Elle fit de plus en l'année
1679. des Traitez de Paix avec
les Rois de Rufifque , Portu46
MERCURE
dat , & Jouelle , par lesquels
il eft ftipulé entre autres chofes
,
que la Cofte de terre ferme
depuis le Cap Verd &
jufques à la Riviere de Gambie
, luy demeurera en proprieté
, qui eft environ trente
lieues de Cofte fur le rivage
de la mer & fix lieuës de
profondeur dans les terres ,
qu'elle fera dorefenavant feule
en poffeffion de tout le
commerce du Pays , & que
les François ne payeroient jamais
aucun tribut ny coutumes
à ces mefmes Rois , ny à
leurs Succeffeurs .
GALANT. 47
Mais comme cette Compagnie
de trois perfonnes parut
trop foible aux yeux de
Sa Majeſté , qui vouloit aprés
avoir donné la Paix à l'Europe
, faire joüir fes Sujets du
repos qu'elle apporte, & étendre
le commerce au dedans
de fes Etats , Elle chargea feu
Mr Colbert de choisir des
perfonnes capables de foutenir
avec éclat celuy de la Co.
fte d'Afrique. Ce Miniftre
engagea ceux qui y font in.
tereflez aujourd'huy , d'acheter
les habitations , les effets;
& les privileges dont joüif
48 MERCURE
foient ces trois Particuliers .
Le Contrat de vente en fut
paffé le 2. Juillet 1681. & fut
confirmé par Lettres patentes
de Sa Majesté du même mois ,
par lesquelles Elle en proroge
les privileges pour trente ans ,
en y comprenant ce qui en
reftoit à expirer.
Vous fçavez , Madame , que
le mois paffé le Roy eut quelquès
legers accés de Fiévre ,
quien firent craindre la fuite ,
parce que la moindre altera
tion donne fujer de trembler
pour une fanté fi précieuſe.
Ces accés ayant cellé prefque
4
auffiGALANT.
49
auffi toft , Mademoiſelle de
Scudery , dont les années
n'affoibliffent ny le zele ny
les lumieres , fit le Madrigal
que vous allez lire fur la guerifon
de ce Monarque. Vous
y trouverez une maniere de
prédiction de la Bataille qui
vient d'eftre gagnée en Catalogne
.
Ο
Vand un leger friſſon troublant
noftre repos ,
Nous fit craindre un grand mal
pour noftre grand Heros ,
Tous les Ennemis de la France ,
Dans leurs Camps , dans leurs Forts
comptoient fur fon abfence,
Et fe réjouiffoient avec temerité i
Juin 1694.
E
so MERCURE
Mais , grace au jufte Ciel , ils ont
tous mal compté.
Tremblez, fiers Ennemis , LOVIS
eft en fanté.
Vous refafez la Paix , & bien - toft
la victoire
Va vous couvrir de honte , & le
combler de gloire »
Et de ce mefme bras qui vous vainquit
cent fois ,
Il va reduire enfin voftre Ligue
aux abors ,
Et par de nouvelles conqueftes
Achever d'étouffer cette by dre à tant
de teftes.
Voicy d'autres Vers que la
mefme Mademoiſelle de Scudery
a adreffez à Monſeigneur
le Duc de Bourgogne ,
GALANT.
51
fur une Traduction qu'il a
faite.
! Prince merveilleux , en
un age fi tendre,
Vous eftes un fidelle & charmant
Traducteur,
Et vous fçavez bien plus que ne
fceut Alexandre >
Aprés tant de leçons de fon grand
Precepteur ?
Mais je prévois pour vous encore
une victoire.
Vous allez furpaffer le premier des
Cefars ,
Qui d'une mefme main écrivit fon
Hiftoire ,
Vainquit fes Ennemis , & força
des remparts.
Aimez, aimez toujours les Filles de
Memoire ;
Eij
52 MERCURE
Imitez bien Louis dans les guerriers
hazards.
Nul n'a fceu comme luy le chemin
de la gloire ;
Vous ferez favory d'Apollon & de
Mars,
Il n'y a perfonne à qui le
Dialogue d'Acante & de la
Fauvette ne foit connu. On
fçait qui eft ce fameux Acante
, & la Fauvette, que fes Vers
ont rendu fi confiderable ,
meritoit bien ceux que M' de
Bofquillon , l'un des Academiciens
de l'Academie Royale
de Soiffons , luy vient d'adreffer
fous ce titre.
GALANT.
53
C
11
11.
rs
1
DAPHNIS
A LA FAUV BT TE
De l'Illuftre Sapho .
I-toft que le Zephir commence
à foupirer S¹a
Pour les jeunes attraits de la charmante
Fiore ,
Le zele ardent qui te devore ,
Tous les ans vers Sapho prend fein
de l'attirer
L'excès d'une amitié fi conftante , fi
belle ,
Paroist à noftre fecle un fpectacle
nouveau ;
Mais taMaitreffe eft ton modele,
Soncoeur , pour fes Amis , generoux
& fidelle ,
Sçait porter la tendreſſe au delà du
tombeau.
E iij
54 MERCURE
Mademoiſelle de Scudery
a fait répondre ainſi la Fauvette.
REPONSE
De la Fauvette à Daphnis .
O
Vy , ma Maifireffe eft mon
modele ;
Mais fi je veux la contenter .
Il faut que je chante comme elle,
Les vertus de celuy qui m'appris
chanter ;
Car avant le fameux Acante,
Ie chantois dans fon bois , mais
comme une ignorante ,
Et me taifois tous les Hivers :
Mais par fes admirables Vers
Ma voix fera douce & charmante
GALANT.
58
Iufqu'à la fin de l'Vnivers.
Comment pourrois -je eftre incon-
Aante ?
Ne me louez plus tant de ma fide
lité ,
le lay dois l'immortalitè.
mois , fut
M' de Bofquillon ayant
efté dangereufement malade.
il y a quelques
traité par Mr Moreau , Docteur
en Medecine , qui par
fes foins luy fit recouvrer fa
fanté. C'est le fujet de ce Ma .
drigal , qu'il luy envoya avec
quelques Ouvrages de fa façon
en Profe & en Vers.
E iiij
56 MERCURE
D
Es hommes & des Dieux je
parle le langage ,..
Et pour toy , cher Moreau , mon
coeur reconnoiffant
'Pretend bien mettre unjour l'un &
l'autre en ufage.
Ie vanteray tes foins & ton zele
agillant ,
Ton fçavoir, ta prudence au deffus
de ton age i
Car fous le poids des mauxje tombois
affoibli ,
Sans toy j'allois paſſer dans la fa.
tale Barque :
Mais fitu m'as fauvé des fureurs
de la Parque ,
Te fauveray ton nom des horreurs
de l'oubli,
GALANT. 57
J'oubliay de vous dire dans
ma Lettre du mois paffé , que
M'Hofdier
a efté receu premier
Prefident en la Cour des
Monnoyes , en la place de
feu M Cotignon de Chauvry.
Il a beaucoup d'efprit &
de delicateffe , & de grandes
connoiffances dans les belles
Lettres , & entend parfaite
ment les affaires . Il eftoit
Confeiller de la Cour des Aides
depuis l'année 1684 &
avoit efté employé auparavant
en diverſes affaires de
confequence par feu M'Colbert
, qui en faifoit une eſti ,
53 MERCURE
me particuliere , & le regardoit
comme une perfonne
d'un merite ttes - diſtingué . Il a
un Frere , JerômeHofdier Chanoine
de Noftre - Dame , Abbé
de la Frenade en Xaintonge,
& Confeiller de la Chambre
Souveraiue des Decimes .
Mademoiſelleнofdier fa foeur,
morte depuis quelque temps ,
avoit époufé René de Raga .
reu , Seigneur de Bellaffife ,
Maistre des Requeſtes , & auparavant
Confeiller au Parlement
de Metz , & Grand Audiencier
de France . Meffire
Pierre Holdier , fon Pere ,
GALANT. 59
mourut en 1679. Il eftoit Secretaire
du Roy , & Secretaire
ordinaire de la Reine- mere
défunte . Les Miniftres qui
avoient reconnu en luy beaucoup
de capacité & de probité
, luy donnerent divers
emplois confiderables . Ce fut
luy qui en 1666. tint le Regiftre
de toutes les Deliberations
& Expeditions que l'on
fit en execution du Teftament
de la Reine Mere du
Roy ayant efté commis
Greffier à cet effet , de forte
que l'Inventaire des meubles
de la Reine , qui se trouve60
MERCURE
rent en fes appartemens au
Chafteau du Louvre à Paris ,
& aux autres Maiſons Royales
de Sa Majefté , fut receu
par luy , ainfi que toutes les
Deliberations & Ordonnances
, & autres Actes faits en
confequence.
Les Religieux de l'Obfervance
de Saint François de la
Province de Touraine Pictavienne
, ont fait une grande
perte en la perfonne du Pere
Vincent de Hirberc , qui
mourut au Convent de Bref
fuire le 14. du mois dernier
, en odeur de fainteté.
GALANT. 61
Je ne puis mieux vous mar.
quer l'eftime que fes grandes
qualitez luy avoient acquife,
qu'en vous faifant part de la
Lettre Circulaire que le Pere
Nicolas Roulland · Vicaire
Provincial , à envoyée à tous
les Convens de cette Province
qui font du meſme Ordre.
En voicy les termes.
MES REVERENDS Peres ,
& tres- chers Freres en nôtre
Seigneur.
Laperteque tout l'Ordre vient
de faire , & particulierement
noire Province
, nous touche fi
fenfiblement
, que nous n'avons
62 MERCURE
pas de termes pour vous exprimer
nostre douleur. La mort en ôtant
de ce monde le tres-Reverend Pere
Vincent le Hirberc , nous a enlevé
ce digne Pasteur , que la Providence
, qui avoit éprouvé ſa
fidelité dans le Miniftere , nous
avoit donnépour la troifiémefois-
Elle vient d'arracher d'entre nos
bras ce Pere charitable , qui n'avoit
attiréparfa douceur la confiance
de tous fes Enfans que pour
eftre leur confolateur. Elle nous
a ravi ce Conducteur ſi prudent
&fifage, qui ne travailloit
pour entretenir la paix , l'union
&la concorde entreles Freres, &
que
GALANT. 63
"
nousfommes d'autant plus vivement
penetrez de regret , que nous
n'avons jamais mieux reconnufa
vertu qu'en le perdant. Il a fait
connoiftre que la fermeté qu'on
admiroit dansfa conduite, venoit
d'une vertu vraiment Chreftienne
, &de ce courage aveclequel il
a fouffert pendant vingt - deux
joursune oppreffion de poitrine, &
une violente fievre ,fans faire pa-
·roiftre le moindrefigne de fa dou
que pourse tourner vers un
Crucifix avec ces paroles du Prophete
: Ab ipfo patentia mea.
Cette douceur qui fembloit eftre
fon naturel &fon temperament ,
leur
64 MERCURE
estoit fans doute l'effet d'une ardente
charité qui brûloit dansfon
coeur, & qui pouffant fur la fin
de fa vie fes plus douces flames,
l'obligeoit à nous embraſſer en
nous conjurant de n'envisager que
Dieu feul dans les fonctions de
nostre Charge, defaire nos efforts
pour procurerfa gloire, &porter
nos Freres à le fervir dignement
dans l'Etat de la fainte Religion.
où nous fommes appellez ; nous
repetantfans ceffe, pour nous confoler
dans l'affliction où il nous
voyoit , qu'il n'avoit de volonté
que celle du Seigneur, & que nous
n'en devions pas avoir d'autre.
GALANT.
65
Il a enfin efté fidelle juſqu'à
mort dans les devoirs de la pieté
chreftienne , & de l'Obfervance
reguliere , ayant demandé plufieurs
fois les faints Sacremens ,
& les ayant receus avec une tendreffe
de devotion qui attiroit les
larmes des affiftans , nous proteſtant
qu'il vouloit mourir avecfon
Pere Saint François fous le fac
~ la cendre , détaché de tout ce
qu'il y a au monde. C'est ainsi
qu'il nous a quittez dans le Convent
de Breffuire , le Vendredy
14. du mois de May , embrasant
le Crucifix . Auffi devons nous
croire
que Dieu luy a donné la
Juin 1694 .
F
66 MERCURE
.
couronne d'une vie éternelle qu'il
luy avoit préparée. Si toutefois
fon Ame est encore arreſtée pour
l'expiation des fautes que peuteftre
nous luy avons fait commettre
; nous luy devons le fecours de
nos prieres , qu'il a inftamment
demandé à toute la Province, &
dans lesquelles il nous a marqué
avoir beaucoup de confiance . C'eft
pourquoy nous fouhaitons que
dans chaque Convent de noftre
Province , le premier jour non empéché
de Fefte folemnelle , il foit
fait un Service à trois grandes
Meffes , qui fera annoncé lejour
précedent par le fon de la cloche
GALANT. 67
pendant une heure , &précedé
d'une Vigile à neuf Leçons fur
les cinq heures du foir , que chaque
Preftre celebre trois Meffes ,
que tous les Freres Clercs &
Laïques recitent les prieres accoutumées.
Que les Reverendes
Meres Superieures des Monafteres
de noftre Direction faßent
faire le Service , & dire lesfuffrages
marquez dans leurs Conf
titutions , afin que demandant
tous enfemble , nous obtenions
de la mifericorde de Dieu le foulagement
dont fon ame a befoin
&fon repos éternel
Fij
68 MERCURE
Je vous entretins le mois
dernier de la mort de M
l'Evefque & Comte de Treguier.
Je vous envoye un dif
cours où il en eft encore
parlé. Je ne doute point que
vous ne foyez d'abord perfuadée
en lifant le nom de l'Auteur
, dont vous aimez tous
les Ouvrages , que vous y
trouverez beaucoup d'érudition
, & plufieurs chofes curieufes
. M'des Landes , Grand
Archidiacre & Chanoine de
Treguier , Vicaire General ,
s'étant difpofé à prêcher dans
la Cathedrale le jour de l'AfGALANT.
69
S
cenfion , on y reçût le mefme
jour la nouvelle de la mort
de M'l'Evefque de Terguier ,
arrivée icy où il eftoit venu
comme Deputé des Eftats
de Bretagne . Voicy l'exorde
dont fe fervit M ' des Landes ,
ayant pris pour Texte ces paroles
du Pfalmifte. Exaltare
fuper omnes cælos , Deus , in omnem
terram gloria tua. l'ay forty de
ma folitude , dit le Prophete ,
jay voulu voir ce qui fe paße
dans le monde ; je me fuis infinué
à la Cour des Princes ; j'ay entré
dans le Palais des Magiftrats ;
j'ay mesme voulu obferver ce qui
70 MERCURE
·
fe paffe dans les Armées ; mais
par tout , je n'y ay remarqué que
grandeur , que pompe , qu'éclat ,
que fierté. Tranfivi & ecce non
erat ; j'ay paffé quelque temps
aprés , j'ay vú que toute cette co
gloire eftoit difparuë comme une
vapear. Grands du monde , vous
n'eftes que terre , & vous retournerezen
terre, Sceptres , Couronnes
,Thiares , Mîtres , Ornemens
de gloire , vous eftes portez par
des hommes qui ne font qu'un peu
de pouffiere organizée . Cefars ,
Empereurs , Magiftrats , Generaux
d' Armées , vousferez arrachez
de vos Trônes , de vos TriGALANT.
71
S
e
e
"
bunaux , de vos Champs de Bataille
; vous defcendrez dans le
tombeau , & tout voftre éclatfera
diffipé comme un nuage . Il n'y a
que voftre gloire , ô mon adorable
Sauveur ! il n'y a que vostre
triomphe qui foit éternel . Le vous
l'avoue , Chreftiens. C'est un bonheur
aux Orateurs orthodoxes
de n'avoir que des chofes agreables
à dire à leurs Auditeurs.
Moïse n'ofant refuser l'ordre du
Ciel , qui portoit d'aller reprocher .
à un Princefa dureté pourle Peu .
ple choifi , prit pour excufe quil
n'eftoit pas né éloquent , Neicio
loqui. Dieu ordonna à un Pro-
3
72 MERCURE
phete d'aller avertir un Prince ,
defes injuftices ; mais lë Prophete
eftant dans le chemin , prit la refolution
de parler à ce Souverain ,
par enigmes , & par paraboles .
Un Ange mefme fe contenta d'écrirefur
une muraille l'arrest que
le Ciel avoit donnécontre un Prin.
ce qui avoit profané les Vafes facrez.
len'avois , mes Freres , à vous
parler que de chofes que je fçavois
vous devoir eftre agreables. La folemnité
la fefte de Saint Yves
noftre Patron ,l'ouverture du Iubilé
, le Mystere de l'Afcenfion ,
dont je dois vous entretenir , ne
m'avoient
GALANT. 73
m'avoient donné que de tranquil
les idées ; c'eftoit pour moy une
joye toute particuliere d'entendre
le divin Apoftre , qui infultoit
la ON mort : O mors , ubi eft victoria
tua ? Mais voicy une
cruelle infulte , que nous fait la
mort ; elle nous enleve M¹ de
Carcado , Evefque & Comte de
Treguier. Jejuge de voſtre douleur
par la mienne. Et que mon
fort eft facheux , de me voir obligé
d'annoncerà des Enfans la mort
de leur Pere ! Je devrois imiter
l'Apoftre , qui defcendit de Chaire
ayant commencéfon difcours . Il
remarqua qu'unde fes Auditeurs
Juin 1694.
G
74 MERCURE
eftoit tombé morts d'où S. Chry
foftome a pris occafion de dire ,
Cafus pro oratore fuit. Ha!
Chreftiens , le decésfubit , &non
imprévú , de noftre illuftre Prelat
eft un éloquent & preffant dif
cours pour nous bien perfuader
de l'inconftance de la vie. Il
meferoid facile de vous parler des
grandes qualiiez de Mªde Treguier,
defa haute naiffance , qui
n'a rien au deßus d'elle
Souverainetés defa charité, de
fon zele , de fon application pour
tous les befoins de fon Diocefe ';
mais , Meffieurs , les vertus extraordinairesfont,
dirt Caffiodores
que
la
GALANT. 75
!
t
comme les Aftres & les fleurs ,
qui n'ont pas besoin d'Orateurs-
Aftra & flores non indigent
interprete. C'est dans le Ciel
que cet illuftre & grand Prelaz
" reçoit la recompenfe de fes travaux.
Mais , Chreftiens , je me
vois interrompu , j'entens une
charmante Mufique ; se font les
Anges , qui accompagnant J. C.
dans fon Afcenfion , forment un
concert , fe demandent les uns
aux autres par admiration , quis
eft ifte Rex gloriæ ? Un Archange
répond , Dominus virtutum
, c'est le Seigneur des vertus.
C'eſt le meſme , dit cette In-
ゴル
Gij
76 MERCURE
telligence , qui a efté conceu dans
Le fein d'une Vierge , lors que je
luy dis avecfoumiffion & respect,
AVE MAR'IA.
Aprés que M' des Landes
eut prouvé que l'Afcenfion
eftoit un mistere de juftice ,
d'admiration & de gloire , il
crut devoir parler de l'ouverture
du Jubilé , dont il
expliqua la nature , les effets
& les motifs, Il s'appliqua à
faire voir la douleur de 1Eglife
. L'Eglife demande la Paix
pour vous , &pour elle-meſme.
Il compara l'Eglife à cette
Mere , qui voyant que fon
GALANT. 77
Enfant s'eftoit dérobé d'auprés
d'elle , & s'eftoit traîné
fur le bord d'un précipice ,
bien loin d'épouvanter cet
Enfant , luy montra fon fein,
& luy parlant avec douceur,
l'appella d'un ton d'amitié &
de careffe.
L'Eglife eftinconfolable, continua-
t-il,Vox in Rama audita
eft,&ululatus, Rachel plorans
filios fuos , noluit confolari ,
quia non funt. Qui pourroit
exprimer l'image fanglante de la
guerre , qui a fait perir plus de
fix millions deperfonnes ? L'Eglife
pourroit fe confoler , s'iln'y avoit
G iij
78 MERCURE
que fes Ennemis declarez qui luy
fiffent la guerre ; mais elle gemit
de douleur voyant que fon Fils
Aîné eft attaqué par des Princes
qui devroient le regarder avec
admiration.
Le Jubilé n'est autre chofe
que l'application du SangdeJ. C.
Les Interpretes demandent d'où
la Fontaine Probatique pouvoit
avoir la vertu de guerir toutes
les maladies. Les uns ont cru que
cette vertu luy eftoit donnée par
un Ange , qui venoit à certains
jours , & qui donnoit du mouve
ment à l'eaude cette miraculeufe
Fontaine, D'autres ont dit qu'il
GALANT 79
y avoit des canaux fonfterrains
- qui recevoient le fang des victis
mes qui estoient immolées dans le
Temple , & que ce fang imprimoit
cette vertu aux eaux de
cetie Fontaine. Ah , Chreftiens ,
filefang des agneaux & des autres
Victimes , qui n'eftoient que
la figure de 1. C. fi ce fang mêlé
à ces eaux a pú guerir toutes for
tes de maladies , le fang de I. C.
qui eft appliqué dans lefaint temps
du Iubilé , n'aura t-il pas plus de
force & de vertu que le fang des
Victimes ?
Il dit en finiffant qu'il avoit
deffein d'accorder lepremier
G
iiij
80 MERCURE
des Martirs & le Difciple
bien aimé. Le premier des
Martirs dit qu'il a vû les Cieux
ouverts , & I.C . debout : & Jefum
ftantem ; le Difciple bienaimé
dit qu'il a vú. les Cieuxouverts,
& 1.C. comme un agneau ,
tanquam occifum . Tout cela
eft vray , Chreftiens , I. C. eft
dans le Ciel comme un agneau ,
qui foumis au Pere Eternel luy
offre les merites de fesfouffrances ;
mais il eft debout comme un Me.
diateur qui parle en faveur des
Pecheurs. Ab , Chreftiens , de
font nos crimes , ce font nos injuftices
qui ont attiré la colere du

GALANT. 81
Ciel. Nous dormons tranquillement
comme Ionas dans le fond
d'un Vaiffeau , dans nos mauvaifes
habitudes , & nous ne penfonspasque
nous avons émû cette
horrible tempefte. Video coelos
apertos & Jefum ftantem .
Adorable Sauveur , je vous vois
dans le Ciel élevé ſur une nuë.
Defcendez comme autrefois pour
terraffer l'Ennemy de vostre Epouse.
Parlez , frapez , Scigneur
, Ego fum Jefus quem
tu perfequeris. Ferraffez cet
Ufurpateur qui trouble la tranquillité
de tout l'Univers ¿ mais,
adorable Iefus , en terraſſant cet
1
82 MERCURE
4
Ufurpajeur , convertiffez fon
coeur ; comme vous changeâtes celuy
de Saul. Divine Mere de mon
Dieu , profterné à vos pieds , je
vous demande la confervation
du Roy de toute la Maifon
Royale. Paroiffe , Sainte Vierge
, comme une aurore , pour dif-
Siper tous ces nuages ; forte de
l'Arche comme une belle Colombe
aveclerameau d Olive , ſymbole
de la Paix paroiffez comme
l'Arc en ciel , cet heureux phenomene
, qui eſt un figne de reconci
liation Donnez - nous la paix
dans cette vie , pour jouir d'une
paix éternelle.
GALANT. 83
Vous n'aurez point à douter
, Madame , de la parfaite
fanté du Roy , quand je vous
diray que la veille de la Pentecofte
, Sa Majelté, aprés
avoir fait fes devotions , tou
cha plus de quinze cens Malades.
La fatigue eft grande ,
& le mauvais air dangereux ;
cependant ce Prince fans apprehender
pour fa fanté , ny
craindre cette fatigue , s'acquitta
de cette fonction avec
fon zele ordinaire , & de cette
maniere aisée qu'il fait voir en
touteschofes .L'apréſdînée de
ce même jour , Sa Majesté en84
MERCURE
fe
tendit la Predication de Mr
l'Abbé de Riquety , cy - devant
Aumônier de l'Armée
du Roy en Flandre , qui
n'ayant eu que deux jours à
preparer , parce que M ' le
Cardinal de Bouillon le pro
pofa come pouvát remplacer
fur l'heure le Predicateur qui
avoit manqué, fit un Diſcours
fi vif & fi remply d'éloquence
, que le Roy luy en mar
qua fa fatisfaction par les paroles
les plus obligeantes.
Cet Abbé eut l'honneur de
prefcher le Carefſme dernier
devant Leurs Majeſtez Britan,
GALANT. 85
niques , &s'eft attiré de grands
applaudiffemens dans toutes
les occafions où il a monté en
Chaire . Vous vous fouvenez
des beaux morceaux que je
vous envoyay il y a quatre ou
cinq ans , du Sermon qu'il
pref cha au Louvre le jour
de la Fefte de Saint Louis ,
devant Mrs de l'Académie
Françoife.
Le mefme jour de la Pentecofte
, Sa Majefté , aprés
avoir entendu Vefpres chantées
par la Mufique , où officia
M l'Archevefque de
Reims , nomma M l'Abbé

86 MERCURE
de Gefvres à l'Archevefché
de Bourges. Il eft Fils de M
le Duc de Gefvres , premier
Gentilhomme de la Chambre
, & Gouverneur de Paris.
Cet Abbé eftant à Rome y
a fait voir dés fa plus grande
jeuneffe la fageffe & la prudence
qui ne fe trouvent ordinairement
que dans unâge
plus avancé , ce qui luy fit
acquerir une eftine generale.
Sa Majesté donna en mefme
temps l'Evefché de Treguier
à M l'Abbé de Kervillio ,
AvocatGeneral du Parlement
de Bretagne , tres -eftimé dans
GALANT. 81
fon Corps , & dont la réputa
tion d'honnefte homme eft
fi établie , qu'il n'a point eu
d'autre recommandation auprés
du Roy , qui ne le connoiffoit
que par là. M Coupillet
, cy- devant maistre de
Mufique de la Chapelle de
Sa Majefté , fut pourvû ce
mefme jour d'un Canonicat
de l'Eglife Royale de Saint
Quentin , outre une penſion
de deux mille livres qu'Elle
luy avoit donnée il y a quelques
mois , pour marquer
qu'Elle eftoit contente de fes
fervices. Elle nomma auffi à
88 MERCURE
l'Abbaye de Nonenque мadame
de Toiras , & Madame
de Pibrac à celle de Levignac.
Il reftoit plufieurs Abbayes
à remplir , mais Sa majefté
, pour
des raisons que
fa prudence & fa charité luy
ont infpirées , a differé juſques
à Noël à y nommer.
L'article fuivant eft fur une
matiere peu galante ; mais
comme ceux qui contribuent
à la fanté des hommes en
peuvent tirer de l'utilité , &
que par cette raiſon il peut
devenir avantageux au Pu
blic , j'ay cru que je luy pou
vois donner place icy .
GALANT. 89
EXTRAIT
D'une Lettre de M' Drouin ,
Maiftre Chirurgien Juré à
Paris , & Major de l'Hôpital
Royal de Landau , à Mª
Fagon , premier Medecin
de Sa Majesté .
MONSIEUR,
Vous fçavez mieux que moy
qu'il n'y a point de maladie qui
demande un plus prompt fecours
que la retention d'urine , que ceux
qui en font attaquez fouffrent des
douleurs tres vehementes , &
Juin 1694,
H
90 MERCURE
qu'un grand nombre perißentfaute
de leur faire l'operation dans le
temps neceffaire. On tente avec
raison plufieurs moyens avant
que d'en venir à cette operation ;
comme les faignees reiterées plufieurs
fois felon les forces du Malade
, lesjuleps aperitifs , les emulfions
avec les quatre femences
froides , le petit lait avec le fel
vegetable , enfin les derniers
font les bains pris plufieurs fois
en un jour. Tous ces remedesfont
bien fouvent inuiiles ; de forte
qu'on eft obligé, mais quelquefois
trop tard , d'en venir àl'operation
que jepropofe.
GALANT . 91
La maniere avec laquelle je la
pratique eft bien differente de celle
des Chirurgiens, tant anciens que
moderness c'est ce que je veux
avoir l'honneur de vous communiquer
, afin d'en faire part au
Publicfi vous l'approuvez . Mais
je dois expofer auparavant la maniere
ordinaire de la faire , afin
que chacun puiffe juger qu'on
s'embaraffe fouvent dans les operations
manque d'avoir medité.
Cette operation fe pratique au
Perinée à trois lignes , & à cofté
d'une raye qu'on nommefuture.
La fituation du Malade eft d'avoir
les cuißes écartées l'une de
Hij
92 MERCURE
l'autre ; je pafferay fort fuperfi
ciellement fur quantité de circonftances
qu'on obferve , & qui
nefont pas degrande importance.
Le Chirurgien a une lancette large
garnie de linge , de maniere
qu'il n'y ait que deux ou tout au
plus trois petits travers de doigts
de trenchant libre. Il la plonge
àl'endroit qu'il a efté dit , jufque
dans la veffic , ce qu'il connoift
par l'urine qui en fort , puis fans
tirer la lancette , il y introduit
unftilet à la faveur du plat de la
lancette , dans la veffie . Enfuite
il retire la lancette, & paffe le stilet
par dedans une cannule d'argent
GALANT. 93
ou de plomb , e le faisant gliffer
fur leftilet , il l'introduit dans la
veffie. Vous voyez
mieux que
moy, Monfieur , que cette maniere
eft affez embaraffante pour ceux
qui ne font pas verfez dans la
pratique de la Chirurgie , & que
cette operation laiffe le plusfouvent
aprés elle une fiftule qui ne
fe guerit que tres -difficilement; ce
qui fait mener aux Malades une
vie languiffante , en ce qu'ilsfont
obligez de fe retirer de la conver-
Jation des hommes.
Voyez enpeu de mots comment
je pratique cette operation , &je
certifie l'avoir faiteplufieursfois ,
94 MERCURE
que
& toûjours avec fuccés. Ie me
fers du Trois - Cars que je plonge.
au Perinée , en obfervant toutes
les circonstances qu'on obferve ordinairement
à la Paracenthefe ,
c'est à dire
lors qu'on eft dans
la veffie , on retire le Trois Cars
on laiffe la canule , & lors que
l'on a vuidéla veffie defon urine ,
on met fur le trou un petit
plumaffeau de ch arpie , une emplaftre
de Diapa Ime , une compreffe,
& on fait le bandage en T.
Si c'est une pierre qui se trouve
à l'entrée du canal , on fait l'operation
du petit appareil , en intro .
duifant deux doigts dans l'Anus ,
GALANT.
99
faifant l'incifion fur la pierre.
Si ce font des glaires , comme
cela arrive fouvent , elles fortent
par la canule du Trois Cars ; &
enfin fi cefont des carnofitez dans
le canal de la veſſie , comme cela
arrive auffi fort souvent aux
malheureux en amour , on reïtere
cette ponction autant de fois que
la neceffité le requiert . pendant
que l'on confume les carnofitez ,
avec les remedes convenables .L'ay
pratiqué cette mefme operation
avec le Trois- Carsfur deux Malades
attaque d'un empyeme , en
le plongeant entre la trois & quatriéme
des faußes coftes , comptant
96 MERCURE
de bas en haut , dont j'ay eu bon
fuccés. Le fuis , Monfieur , vo
tre , &c.
Les enteftemens font dan
gereux, & quand on s'eft trop
préoccupé de certaines chofes
, ce qui affoiblit ou détruit
entietement les impreffions
qu'on en a prifes , porte quelquefois
des coups fi cruels ,
qu'on a de la peine à y reſiſ
ter . Ce que je vais vous conter
en eft une preuve qui vous
furprendra. Un Gentilhomme
fort riche , & affez bien
fait pour eftre affure de plaire
par
"
GALANT.
97
fa
par tout , ſe trouva ſenſible à
Îa beauté d'une de fes plus
proches Parentes , qui dans
un âge brillant avoit tout
l'éclat que peut avoir une
tres -belle perfonne. Comme
il faifoit la fortune , il luy fut
aiſé de faire agréer ſa paffion.
On eut beau luy dire que les
mariages de cette nature a
voient quelquefois des fuites
fort malheureuſes
, & qu'il
trouveroit ailleurs des avantages
, qui répondroient au
bien qu'il avoit. Il ne fongea
qu'à ce qui touchoit fon
coeur , & fit venir la difpenfe
Juin 1694.
I
98 MERCURE

neceffaire. Il épouſa ſa belle
Parente , & il n'y eut jamais
rien d'égal à leur union . Le
Gentilhomme fouhaitoit paffionnement
d'avoir des Enfans
. Il fut fatisfait , & il s'en
vit fix en fept années ; mais
fi ce fut pour luy un ſujet de
joye , cette joye luy dura peu ,
puis qu'il n'y en eut aucunqui
allaft jufqu'à dix ans. Sa Femmeeftoit
groffe lors qu'il perdit
le dernier. Elle accoucha
d'une Fille , & cette Fille fe
trouvant unique , vous pou
vez juger des foins qu'on en
cut . Ils furent d'autant plus
GALANT: 99€
grands , que rien n'approchoit
de fa beauté. Le Gentilhomme
ne la voyoit croiftre
qu'en tremblant , perfuadé
que quand elle feroit fortie
de l'enfance , il la perdroit
comme il avoit fait fes autres
Enfans . Il ne laiffa pas de s'y
attacher auffi fortement que
s'il n'euſt fait aucune épreuve
facheuſe , & comença à
tout efperer quand elle eut
finy fa douzième année. Illa
failoit voir à tous fes Amis
comme un trefor precieux ,
qu'il plaifoit àDieu de lui conſerver
, & refolu de la marier
I´ij
100 MERCURE
de fort bonne heure , il ne fut
fa Femme qui
pas faché que
aimoit le monde , receuft des
vifites de beaucoup
de gens.
C'eftoit faire connoiftre fa
Fille , & luy attirer des Adorateurs
. Il s'en trouva pour
elle en grand nombre , &
quand fon miroir ne luy cuft
pas dit ce qu'elle valoit , les
louanges que tout le monde
luy donnoit fur fa beauté ,
qui ſembloit augmenter de
jour en jour , l'auroient aifément
perfuadée du plaifir que
l'on prenoit à la regarder.
Elle en avoit un fenfible à
GALANT: Ior
entendre ce qu'on luy difoit
de tous coftez , & dans cet
accablement d'admiration &
de louanges , elle ſe remplit
fi bien d'elle-mefme , qu'elle
croyoit qu'un de fes regards
eftoit un bonheur tres grand
pour celuy qui l'obtenoit. Il
y avoit un peu de fierté dans
fes manieres , mais comme
on pardonne tout aux belles
perfonnes, c'eftoit à qui pourroit
eftre affez heureux pour
fe mettre bien dans fon efprit
. Tandis que quantité de
jeunes Amans d'un bien &
d'une naiffance fort confide-
I iij
102 MERCURE
rable , tâ choient de gagner
la Mere , pour trouver quelque
fecours auprés de la Fille,
un Marquis d'une humeur
fort retirée s'adreffa au Pere,
& luy demanda fon agrément.
Tout fe rencontroit en luy ,
le rang , l'alliance , une belle
Charge , & le Gentilhomme
en fut fi bien ébloüy , qu'il
conclut l'affaire . Sa Fille n'avoit
pas encore feize ans , &
n'eftoit qu'au
commencement
de ce beau regne , où
le grand brillant de la beauté
affujettit tous les coeurs . La
Mere , qui fur ce qui luy fut
GALANT. 103
C
dit des manieres du Marquiis,
comprit que ce feroit un
homme fauvage , qui ne vou
droit pas que fa Femme fe
donnaft aux plaiſirs du monde,
s'oppola de toute la force
à ce mariage , & la Belle qui
jugea de fon cofté qu'eſtant
obligée de vivre dans une maniere
de retraite , elle perdroit
le plaifir de s'entendre
dire à tous momens , & par.
differentes bouches , qu'il n'y
avoit rien au monde qui égalaft
fa beauté , prit pour le
Marquis une averfion fecrete,
qui l'obligea de prier fon
I iiij
104 MERCURE
Pere de la vouloir bien laiffer
encore quelque temps dans
l'heureux eftat où elle eftoit.
Le Gentilhomme qui avoit
deffein d'en faire une Femme
raifonnable , & qui voyoit
que la complaifance que fa
Mere avoit pour fes fentiniens
, ne pouvoit aboutir à
autre choſe qu'à en faire une
coquette, luy reprefenta avec
beaucoup de tendreffe les
avantages qu'elle pouvoit
efperer en époulant le Mar.
quis , & fans s'étonner de la
repugnance qu'elle luy marquoit
, il luy dit qu'il fçavoit
GALANT. 105
B
mieux qu'elle ce qui devoit
faire fon veritable bonheur.
Ainfi il arrefta les articles
avec le Marquis , & le jour
eftoit déja pris pour le mariage
, lors qu'ilfur furpris d'une
maladie aiguë qui l'emporta
en fix jours.LaBelle, quoy que
fort touchée de cette mort,
en fentit beaucoup diminuer
la douleur par la joye qu'elle
eut de le voir maifteffe de fes
volontez , ne doutant point
que fa Mere n'appuyaſt la refolution
qu'elle prit de rompre
avec le Marquis , à qui
elle dit fort honneftement ,
106 MERCURE
qu'elle luy eftoit tres - obligée
de l'honneur qu'il luy faifoit,
mais que dans l'affliction que
luy caufoit la perte qu'elle
avoit faite , il luy`eftoit impoffible
de fonger fi - toft à ſe
marier. Le Marquis ayant
compris tout ce qu'on vouloit
qu'il entendift , ne s'obſtina
point dans cette affaire . Il
laiffa la place à ceux qui furent
moins fages , ou plus
amoureux que luy , & le grand
bien de la Belle , qui eftoit
prefent , donnant un plus
grand éclat à fa beauté , il y
eut redoublement d'affidui.
GALANT. 107
tez & de Pretendans . La Mere
qui trouvoit fon compte à fe
voir faire la cour , infinuoit
adroitement à fa Fille , que fe
marier fi jeune c'eftoit mourir
aux plaifirs ; qu'elle avoit
beaucoup de belles années à
donner à ce qui pouvoit la
toucher le plus , fans dépendre
de perfonne, & qu'en tout
temps , eftant auffi riche qu'
elle eftoit , elle feroit en pouvoir
de faire un heureux ,
quand elle voudroit choifir.
La Belle fuivit cette politique.
Elle prefta l'oreille aux
douceurs fans rebuter per
108 MERCURE
fonne
par la préference , &
laiffant également ſujet d'efperer
à tous , elle mena une
vie toute charmante , par la
diverſité des hommages qu'-
elle recevoit de toutes parts.
Cependant comme elle ne
les vouloit attribuer qu'à fa
beauté feule , elle prenoit des
foins extraordinaires de la
conferver, & ces foins alloient
juſqu'à l'excés . Ainfi on pouvoit
l'en nommer l'esclave.
Elle ne fortoit jamais qu'à
certaines heures où elle
croyoit n'avoir rien à craindre
du Soleil ny du ſerein , &
GALANT, 109
fi quelquefois elle fe mettoit
à une feneftre , c'eftoit avec
des précautions contre le
grand air , qui tenoient un
peu de la folie , mais à quoy
n'aime-t- on pas à s'affujettir
pour demeurer toujours -belle
? Vous vous imaginez bien
dans ce grand foin les inquietudes
qu'elle avoit fur la pe.
tite Verole qui a efté cette
année une maladie commune.
Il n'eftoit permis à aucun
de fes Amans de la voir qu'en
atteftant qu'il n'avoit dans fa
Famille aucune perfonne qui
fuft attaquée de ce vilain mal ,
110 MERCURE
·
qui luy faifoit tant d'horreur,
qu'à peine en pouvoit- t - elle
entendre prononcer le nom .
Elle demandoit des préfervatifs
à tout le monde , &
tous ceux qu'on luy apprenoit
eftoient pratiquez. A
force de prendre des potions,
contraires peut- eftre les unes
aux autres , elle s'échauffa fi
bien , qu'elle eut quelque ac.
cés de Fiévre. D'abord les
effrayantes idées de la petite
Verole la faifirent malgré elle
. On eut beau luy dire que
c'eftoit affez pour ſe l'attirer
que de fe mettre en l'efprit
GALANT. III
les terreurs paniques dont
elle eftoit agitée ; elle en crut
avoir tous les accidens , &
eftant delivrée de cette Fiévre
, elle refolut de fe ménager
encore davantage qu'elle
n'avoit fait , mais ce qu'elle
fit fut inutile. La petite Verole
ne luy partit point de la
penfée , & le moindre mal
de coeur la faifant trembler ,
elle en eut enfin qui furent
de vrais pronoftics de ce
qu'elle apprehendoit. On
la traita d'abord fans luy vouloir
dire que ce fût le mal qu'-
elle avoit craint , mais en y
112 MERCURE
fongeant fans ceffe , elle devina
ce que l'on tâchoit de
luy cacher, & aprés qu'on luy
eut dit que ce ne feroit guere
plus que ce qu'on appelle Verole
volante, elle pria que fans
avoir égard à fa vie , on s'appliquât
feulement à empêcher
que fon vifage n'en portât
des marques . Sa Mere qui
l'aimoit uniquement , & qui
avoit elle - même grand intereft
à la confervation de fa
beauté , qui luy attirant une
groffe Cour , ne la laiffoit
point manquer de plaiſirs ,
en prit des loins extraordinaiGALANT
113
=
S
.
res ; mais peut - eftre fit - on
trop pour empêcher les marques
qu'elle apprehendoit. II
luy en demeura beaucoup fur
le nez , & en general il y eur
quelque changement dans
fon viſage. La plufpart de fes
Amans , qui attachez par fon
bien , le regardoient comme
i une chofe folide qui ne pouvoit
recevoir aucun changement
, ſe montrerent empref.
fez à l'envy les uns des autres
à venir fans ceffe s'informer
de l'état où elle étoit , mais
ils demanderent inutilement
à la voir , elle ne voulut fe
Iuin 1694
K
114 MERCURE
montrer à aucun d'eux avant
que les yeux l'euffent affeurée
qu'elle auroit encore cet air
brillant , dont on fe hazardoit
à luy répondre pour l'obliger
à fouffrir que l'on mît
fa vie en feureté. Elle demeuraaffez
en repos pendant fix
femaines ; mais quand fon
miroir luy cut appris qu'on
l'avoit flattée , & qu'en fe
cherchant en elle- même , elle
ne retrouva plus ce teint délicat
, qui étoit le charme de
tous ceux qui la voyoient , elle
tomba dans un defeſpoir
que rien ne peut égaler . TouGALANT.
IIS
I
1
tes les confolations qu'on
chercha à luy donner , & fur
le ſecours du temps qui luy ôteroit
les rougeurs qui l'éconnoient
, & fur ce qu'étant riche
& de naiſſance , quand il
ne luy reſteroit ny richeffe
ny beauté , elle trouveroit
toûjours à fe marier avec
beaucoup d'avantage , furent
fans aucun effet . Elle dit avec
une espéce de fureur qui l'emportoit
malgré elle , qu'elle
ne devoit fonger qu'à mourir
, & que fi quelqu'un pouvoit
fe refoudre à l'épouſer
étant auffi laide qu'elle étoit,
K ij
116 MERCURE
ce ne feroit que pour eftro
maître de fon bien , & devenir
fonTyran enfuite . Dans
ces fentimens , un chagrin
fombre s'empara de fon efprit
. Elle ne voulut fe laiffer
voir à perfonne , & ne mangeant
prefque plus , elle donna
lieu de craindre qu'un épuifement
de forces ne la jettât
dans une langueur dont on
auroit peine à la tirer. Rêveuſe
, abattuë , pleine de mépris
pour elle-même , elle ne pou
voit fouffrir qu'on luy propo
fât aucun divertiffement, & fe
fentant trop gênée par le foin
GALANT. 117
continuel qu'elle avoit de fe
cacher, elle fouhaita d'aller à
·la cápagne, où rien ne la contraindroit.
Sa Mere la mena à
une Terre , où elle s'obſtina à
refuſer toute forte de vifites .
La maiſon étoit tres- belle , &
les jardins agréables . Elle alloit
de tems en tems y refver
àfon malheur , & difant toûjours
qu'il falloit manquer
de coeur pour aimer à vivre
quand on étoit laide , elle s'abîmoit
de plus en plus dans
les cruelles réflexions qui la
tourmentoient. Il étoit inutile
de luy dire qu'elle fe perfua
118 MERCURE
doit ce qui n'eftoit pas , &
que malgré tout le changement
qu'elle croyoit eftre
dans fes traits , elle avoit encore
de quoy effacer la plufpart
de celles qui fe piquoient
de beauté. Elle prenoit un miroir,
& le caffant de dépit aprés
s'eftre regardée , elle s'abandonnoit
encore plus fenfiblement
à ſon déplaifir. Un jour
qu'une Demoiſelle qui eftoit
à elle, & qui la fuivoit toujours
dans fes promenades de jardin
, s'étoit éloignée de trente
pas pour cueillir des fleurs ,
elle entendit tout à coup
GALANT. 117
beaucoup de bruit dans un
baffin d'eau , & vit fa Maîtreffe
qui s'y debattoit. Elle
cria au fecours , on accourut,
& on l'en tira à demy noyée.
On la porta dans fa chambre,
où elle fut mife au lit avant
qu'elle fuft revenue à elle .
On la rechauffa , & quand on
luy eut fait rendre la plufpart
de l'eau qu'elle avoit beuë ,
elle ouvrit les yeux , & demanda
ce qu'on avoit fait de
fon Raviffeur. Elle ajoûta
qu'un fort vilain homme
l'ayant pourſuivie pour l'enlever
, elle l'avoit évité en fe
120 MERCURE
jettant dans une Riviere qu'-
elle avoit heureuſement paffée
à la nâge. On connut par
là que fon cerveau s'eſtoit
alteré par le peu de nourriture
qu'elle prenoit depuis
quelque temps , & ce fat un
nouveau mal auquel on tâcha
d'apporter remede. On
n'y a point encore réuffi , puis
qu'il augmente plûtoft qu'il
ne diminuë. La crainte qu'elle
a qu'on ne vienne à bout de
l'enlever , fait qu'elle s'obſtine
à ne puls quitter fon ap .
partement , fans vouloir fouf
frir qu'on ouvre à perfonne ,
qu'avec
GALANT 121
y a
qu'avec des précautions qui
la mettent à couvert des infultes
qu'elle craint . Il
prés de deux mois qu'elle eft
dans cette folie , difant toujours
que puis qu'elle eft affez
laide pour ne devoir plus fe
montrer au monde , elle veut
au moins cfe choifir une prifon
, fans qu'on l'enferme de
force, comme on feroit fifes
ennemis, fe pouvoient faifir
de fa perfonne.
Toulouſe , Capitale de Languedoc
, fi fertile en beaux
efprits , eft furnommée avec
beaucoup de juftice , Palla-
Juin 1694.
L
122 MERCURE
dienne
, parce que de tout
temps les Sciences & les
beaux Arts y ont fleury , &
qu'ils y fleuriffent
plus que
jamais , par la noble émulation
qu'il y a entre les Poëtes ,
& les Orateurs, qui s'excitent
entre eux , & qui excitent les
autres à travailler pour la gloi
re du Roy , en propofant des
Prix pour ceux qui excelleront
, foit en Profe , foit en
Vers . Je vous ay fouvent par
lé de la Compagnie ancienne
des Jeux Floraux , inftituée
par Dame Clemence , du Tetament
de laquelle les CapiGALANT.
123
I
S
toux font executeurs . Vous
fçavez qu'il y a fept Mainteneurs
, qui font des perfonnes
de merite & de diſtinction ,
un Chancelier perpetuel , qui
eft aujourd'huy M de Manisban
, Prefident à Mortier de
ce Parlement , où en qualité
d'Avocat General , ila longtemps
fait admirer fes rares
talens , fa vive éloquence , &
fes grandes qualitez . Cet illuftre
Magiftrat eft le cinquiéme
des Prefidens à Mortier
qui ont eu celle de Chancelier
dans ces Jeux , fi propres
à animer la Jeuneffe.
Lij
124 MERCURE
Vous n'ignorez pas non plus
que ceux qui remportent les
trois Fleurs pour des Chants
Royaux , ont l'honneur d'y
eftre receus Maiftres . On les
appelle tous communement
Floristes. Il y a encore en la
melme Ville deux autres
Compagnies de gens de Lettres.
Les uns s'affemblent
chez M de Carrieres , au
nombre de douze , dont M'
Martel eft le digne Secretai
re . On leur donne le nom
d'Oraniftes , & leur principale
occupation eſt l'Eloquence.
Made Rocoles s'y eſt diſtin
GALANT. 25
gué par plufieurs beaux Difcours
qu'il y a prononcez en
public . M Tournier , autre .
fois Miffionnaire
Royal , &
Confeiller en cet auguſte
Parlement , & M Compain
en
Chanoine de l'Eglife de Saint
Eftienne , qui a fouvent ba
lancé les fuffrages de Mrs de
l'Academie Françoiſe
compofant pour les Prix d'E
loquence, y ont fait éclater la
leur par des pieces achevées .
Il reste à vous dire un mot de
dix autres perſonnes choifies
, qui s'affemblent de
temps en temps pour la belle
Liij.
126 MERCURE
+
Poëfie Françoife , chez M*
Lucas , Confeiller Clerc en
ce Parlement. Je vous ay déja
mandé qu'à l'imitation des
Academiciens d'Italie ils ont
pris le nom de Lanternistes , &
qu'ils avoient proposé une
Medaille d'argent pour celuy
qui rempliroit le mieux leurs
Bouts rimez.M' d'Haumont,
dont je vous envoyay le Sonnet
le dernier mois,a eu l'honneur
de le lire à Sa Majesté, &
celuy qui a paru en mefme
temps fous le nom du Chevalier
de l'Etoile , a réveillé
les Mufes. On doute qu'elles
GALANT. 127
en faffent de meilleurs . Cependant
vous jugerez des
nouveaux que je vous envoye.
Ils ont efté faits ſur les
mefmes rimes , pour le mef
me Prix , & fur le mefme fujet.
Mr l'Abbé Saurin , Aca- .
demicien de l'Academie
Royale de Nifmes , a fait le
premier , & M'Gillet le Fils ,
Avocat au Parlement de Dijon
, a fait le ſecond.
Liij
128 MERCURE
LA FRANCE
AUX ALLIEZ.
Flers
Iers ennemis d'un Roy digne
de plus d'un Bufte ,
Qui malgré lesfrimats , les neiges
lės
glaçons
Fait dans le champ de Mars de fi
belles moiffons
D'une main en tout temps égale-

ments
robufte.
Voulez- vous triompher de ce Vainqueur
Augufte ?
Avec docilité recevez mes leçons ;
Gardez- vous de traiter mes avis
de
chanfons ,
Ce que je vais vous dire eft auffi
vray que jufte.
GALANT. 129
2
Implorez fa clemence , & venez
Jans orgueïl
Briguer prés de ce Prince unfavorable
accueil :
Au torrent qui vous perd vous
mettrez ane
S
digue.
La douceur & la Paix font les plus
fürs
refforts
Pour vous ouvrir un coeur de fes
bien faits prodigue
Et vous unir à luy par d'aimables
* accords .
PRIERE POUR LE ROY.
Veille , à Dieu tout- puiſſant , pour
le falut d'un Roy
Aimé pour fes vertus , & craint
pour fon courage , .
130 MERCURE
Et qui te fait un humble hommage
Des Victoires qu'il tient de
toy.
II.
A LA GLOIRE
f
DU ROY
Levons des Autels , & confa-

Bufte
AlHercule François qui malgré
crons un
Les
glaçons
moillons ,
Fait de fes ennemis de fanglan-
Totes
Et fe montre en tous lieux & vaillant
&
S
robufte.
Pour lower les exploits de ce He-
TOS Augufte
GALANT. 131
11
Qui feul au monde entier peut donner
des
leçons ,
chanfons;
Redoublons pour LOUIS nos
voeux & nos
Il
11 eft fage , prudens , il eſt pieux
juſte .
De la Ligue infolente il renverse
ľ orgueil ,
accueil ,
Il ne fçait ce que c'est qu'au vice
faire
Contre fes envieux la prudence eft
Ja
digue.
Il détruit leurs deſſeins par defècrets
refforts.
En ce grand Prince enfin la nature
prodigue
Zoint toutes les vertus par de char
mans accords .
132 MERCURE
PRIERE.
Seigneur , le Grand Louis dont ta
main a fait choix
Sert aux Rois ici- bas d'exemple &
de modele.
En confervant fes jours , conferve
luy fon zele ,
Pour deffendre a caufe , & nous
donner des loix.
III.
L'Aigle pålitd'effroy , mefme en voyant le Bufte
D'un Roy qui la pourfuit au milieu
des
glaçons
Avec la même ardeur qu'il foule
fes
moiffons ,
Dans les travaux de Mars Her.
cule eft moins
robufte .
GALANT. 133
2
Quel Prince a mieux rempli la qualité
d'
On vient du bout du monde écouter
Jes
Augufte ?
leçons .
Les Mufes à l'envy composent
des chantons
Pour vanter un Monarque & fi
grand & fi
2
juſte
De cent Princes liguez, LOUIS
dompte l' orgueil,
Tout plaift en ce Heros , l'air , la
taille , l'
accueil
En vain à la valeur on oppoje
une digue .
S
Iltriomphe en tous lieux par differens
refforts,
D: fes dons en naiffant le Ciel luy
fut prodigue,
134 MERCURE
Luy feal de l'Herefie à détruit
les
PRIERE.
accords.
Ciel, conduifez les redoutables
coups
Duplus grand Prince de la
Terre,
Pour foutenir vos droits il entreprend
la guerre ,
En combatant pour luy , vous combatrez
pour vous.
< Ce troifiéme Sonnet eſt de Mademoiſelle
de Chance , & un Galant
Auteur qui ne veut pas encore eſtre
nommé , a fait les trois que vous
allez lire , & le dernier a efté fait
par un autre Inconnu .
GALANT. 135
IV.
Velle marque d'honneur , quel
monument , quel Bufte,
ΟQVelle
Pour an Roy qui bravant les cha
leurs, les glaçons ,
Afait aux champs de Mars de lauriers
cent moiffons,
Plus qu'un fimple Soldat fatiguant
robufte ?
Sous fon Regne plus beau , que le
regne
ď Augufte,
bles leçons ,
Les exploits des Cefars font de foi-
Les vertus des Heros font de vieilles
chanions
Il eft plus fage qu'eux , plus vaillant
, & plus >
S
juſte
De fes fiers ennemis il fçait dompter
Pľ Morgueïl.
136 MERCURE
A ceux qu'il a vaincus il fait un
doux
accueil,
Contre une fi grande ame il n'eft
rempart ny
S ....
digue.
Et quand le Ciel prit foin d'enformer
les
refforts
Il y voulut verfer, en fe mon .
trant prodigue ,
De toutes les vertus les celef
tes
PRIER E.
accords ,
De ta grace , Seigneur , accorde
nous des marques
Qui diftinguent le Roy des autres
Potentats.
Que ta droite attentive au bien de
fes Etats
Se declare en faveur duplus grand
Ades Monarques.
GALANT . 137
V.
Pour
heroitpeu qu'un
Our honorer LOUIS ce fe-
Bufte ,
Si les Peuples du Nord expofez,
aux
glaçons
Ne quittoientpour le voir leur terre
& leurs moiffons ,
Le More , l'Indien , & le Scythe
robufte .
L'éclat majestueux de fa prefence
augufte
Des plus hautes vertus infpire les
leçons.
Les Mufes pour luy feul épuifent
leurs chanlons,
Et tout l'encens du monde eft un tribut
tres
Juin 1694.
juſte.
MAM
138 MERCURE
S
L'Africain , le Genois abaiffent
leur
orgueil,
Pourcalmer fa colere , & briguer
fon
accueil;
Perfonne à ce torrent n'ofe oppofer
de
S
digue.
De la Ligue en fureur il brife les
refforts
En Pere de fon peuple & de fes
foins prodigue
cords.
De fes vaftes Etats il regle les ac
PRIERE.
Que ta bonte, Seigneur, defarme
ta juftice ,
Et quandnoftre Monarque aupied
de tes Autels ,
Pour fon peuple & pour luy fatt
des voeux folemnels ,
GALANT. 139
r
Que le Ciel applaudiffe à ce grand
facrifice.
A
VI .
Vx Antels , ex voto , pofons
du Roy le
Bufte,
Et tant que les hivers produiront
les
Et que l'Aftre du jour jaunira les
Demandons pour ce Prince une
glaçons,
moiffons,
fanti
robuſte .
$
Fayez laches Mortels , loin de fon
Trone augufte ,
nez
des ༠༩༢
Vous da crímé & da mal qui don .
Ses armes ny fes loix ne font pas
des
chanfons ,
Dans la Paix , dans la guerre il eft
leçons .
fevere & jaſte .
Mij
140 MERCURE
S
Il fait punir fans fiel , & vaincre
Jans orgueil ,
accueil ,
Ilfait tefte au fuperbe, à l'humble
il fait .
Sa valeur dans fon cours ne trouve
point de
2
digue.
Son air charme les coeurs par de
fecrets
bus
refforts.
Heureux pour le louer à qui Phoe .
prodigue
accoids!
Ses aimables fureurs , & fes divins
PRIERE.
230
Seigneur, fais que le Roy triomphe
de l'Envie,
Et que depuis fon facre on compte.
un fiecle entier , 199
M
GALANT. 141
Sans
que le fort jaloux ofe affez
s'oublier
?
Pour troubler le repos d'unefi belle
vie.
VII.
L'Hiftoire de Louis eft un excel·
lent Bufte,
Ony voit ce Heros au milieu des
glaçons
Se couvrir de lauriers comme au
temps
des
moiffons ;
Son efprit vafte & ferme anime
an corps
Z
reconnoift
robufte.
Dansfon air , dans fes moeurs on
Augufte ;
leçons.
Au plus fin Politique il feroit des
Mufes , confacrez- lay vos Vers &
vos chanfons ,
142 MERCURE
Dites qu'il eft par tour grand , invincible
,
2.
jufte.
Humain fans s'abaiſſer & Maifire
fans . orgueil,
Honorant la vertu d'un veritable
accueil ,
La paix de fes Exploits fera l'heureuſe
digue ,
Pour elle il fait agir les plus puif-
-fans refforts,
Pour mienx la ménager il femble
eftre prodigue.
tes
accords.
Ciel , répons à fes voeux par
divins
PRIERE.
Avec tes Ennemis qui haiffent la
paix,
Tu vois , Seigneur , que je fuis
pacifique .
GALANT. 143
En leur parlant , avant que je
m'explique ,
Contre moy fans raifon ils ont lancè
leurs traits.
Le Pere Raphaël , Auguſtin Déchauffé
d'Aix , a fait ce dernier
Sonnet.
D
VIII.
ElHercule vivant on voit
icy le
Bufte ,
De Louis , qui triomphe au milieu
des
glaçons ,
Qui n'attend pas toujours la faifon
des
moiffons ,
Pourfaire aux plus vaillans fentir
Son bras robufte.
S
Son air eft fier & doux , haut, martial
, augufte,
leçons ,
A cent peuples liguez il donne des
144 MERCURE
Et s'ils n'eftoient payez par Guillaume
en chanfons,
Als verroient que luy feul dans (es
deffeins eft
2
jufte.
Les plus fameux exploits ne l'en-
Aent point d' orgueil ,
AuPrince détrbné feul il fait bon
accueil ,
Luy-mefme à fon Royaume il fert
de forte digue.
En vain la Liguefait jouer tous
Jes
refforts ,
Tous fes trefors en vain l'Angle.
terre
prodigue ;
On doit mieux ménager , ou craindre
fes
PRIERE
accords
.
Seigneur , qui tiens en main le coeur
de tous les Rois
Qui
GALANT. 145
Qui connois le coeur droit du Monarque
de France ,
Protege ce grand Roy , qui feul
prend ta defenfe ,
Contre les tranfgreffeurs de tes plus
faintes loix;
Ily va de ta gloire & de ta providence.
que
Avant que de paffer à un
Article nouveau , il faut
j'ajoûte à ce que je vous ay
déja dit de la prife du Senega ,
dont je vous ay parlé dans
cette Lettre , que depuis on a
receu les procés verbaux , par
lefquels il paroift qu'il ne s'y
eft trouvé aucuns effets ap
Juin 1694.
N
146 MERCURE
partenans aux Anglois , mais
qu'ils attendoient
deux Vaiffeaux
chargez de munitions
& de marchandiſes
pour cette
habitation
, qu'ils avoient
demandez
en Angleterre
, en
donnant
avis de cette expedition
. Comme le Baftiment
qui en portoir la nouvelle
fut attaqué par deux Armateurs
François , & que le Capitaine
Anglois mit le feu à
les poudres , & aima mieux
ſe faire perir que de ſe rendre
, la perte que fit la Compagnie
d'Angleterre
ayanc
apparemment
retardé l'exeGALANT.
147
cution de ce projet , eſt cauſe
qu'il ne s'eft trouvé dans les
Forts aucuns autres effets que
ceux que les Anglois y avoient
trouvez , appartenans
à la Compagnie de France.
Ils en avoient feulement enlevé
une partie des marchandifes
negociées , pour
les apporter en Europe , &
employé quelques autres
pour le commerce & pour
des vivres. Cette repriſe eft
d'autant plus honteuse pour
eux , que le Vaiffeau le
Leger n'avoit point efté armé
dans cette veuë , eftant
Nij
148 MERCURE
party de la Rochelle , comme
je vous l'ay déja marqué,
plus de deux mois avant que
Ion euft appris la perte de
cette Colonie. Le Roy , quí
veille toujours au bien de les
Sujets , & que les foins de la
guerre ne difpenfent point
de s'appliquer à tout ce qui
peut apporter l'abondance
dans l'Eftat , ayant accordé
ce Vaiffeau à M' d'Appougny
, Fermier general , pour
y continuer fon negoce avec
plus d'avantage , & pour le
foulager dans les grandes avances
où il a efté obligé
GALANT. 149
d'entrer , afin de foutenir ces
Colonies & ces habitations
pendant la guerre , les Inte
reffez en cette Compagnie ,
qui firent équiper ce Vailleau ,
avoient eu feulement la précaution
d'y faire paffer beaucoup
de monde
de monde pour relever
ceux qui y eltoient , & qui
ayant preſque tous fini leur
temps , demandoient à revenir
; auffi ceux qui s'embar
querent n'y croyoients aller
que pour trafiquer , & ce ne
fut que par la prudence de
Mr Chambonneau , Commandant
pourla Compagnie ,
N iij
150 MERCURE
qui paffoit fur ce Vaiffeau , &
qui fçavoit qu'il eft bon de fe
tenir toujours fur fes gardes,
qu'ils ne furent pas furpris.
Je vous ay dit combien il eut
de douleur , lors qu'ayant
fait arborer le Pavillon François
, à deux ou trois lieuës de
l'habitation du Senega , il
vit hiffer le Pavillon Anglois,
& entendit tirer un coup de
Canon du Fort. Il affembla
auffi- toft les Officiers pour
tenir confeil , & apprit des
Negres de la Cofte , par une
Barque qu'ils envoyerent à la
découverte , l'eftat des forces
GALANT. 151
ennemies. Ces Negres , qui
haïffent mortellement les
Anglois , ayant témoigné
beaucoup de joye de revoir
les noftres , & leur ayant offert
toute forte de fecours ,
mefme le Roy de Brac , ayant
affuré M Tambonneau que
fans courir aucun rifque il les
remettroit luy feul en poffeffion
, il fut jugé à propos
d'aller attaquer de Fort du
Senegal Vous en fçavez le
fuccés par les circonftances
que contient mon premier
article.
Le 213. Avril dernier , le
Niiij
152 MERCURE
Roy de Pologne fit à Holkieu
la ceremonie de donner
l'Ordre du S. Efprit à Mile
Marquis d'Arquien , Le jour
precedent , ce Prince en for.
tant de la Meffe , le fit Chevalier
de S. Michel dans la
chambre de la Reines ME
d'Arquien fe mit à genoux ,
& le Roy debout ! & couvert
tira fon Sabre , & luy en don
nant deux coups fur l'une &
fur l'autre épaule , il dit , En
vertu du pouvoir que le Roy de
France m'a donné , de par Saint
Michel & Saint Georges ,je vous
fais Chevalier. Enfuite Sa MaGALANT
153
jefté Polonoife lembraffa
deux fois , & l'aida à fe relever.
Cela fe fit en particulier,
& en habit ordinaise. Le len->
demain on alla à la Paroiffe
de Holkieu , & le Roy pour
rendre cette action plus éclatante
, voulut en faire le che
min à pied. On avoit mis au
milieu du Choeur un Priedieu
pour ce Monarque , & un
fauteuil derriere . Sur la gaucheun
peu plus haut , du co
ftě de l'Evangile eftoit un
autre fauteuil fut le milieu
d'une eftrade élevés de qua
tre marches , & couverte d'un
154 MERCURE
magnifique tapis de Perfe ,
un carreau au bas du fauteuil ,
& unDais audeffus .Ala droite
du Priedieu tirant vers l'Aus
tel, on avoit rangé fix tabou
rets , quatre devant pour les
grands Officiers de l'Ordre ,
fçavoir le Chancelier , reprefenté
par M' l'Abbé de Poli
gnac , Ambaſſadeur de France;
le grand Treforier, par M
le Palatin de Mazovie ; let
Prevoft Maistre des Ceremo
nies , par Mile Caftelah de
Dantzic , & le grand Secre
taire , par Mile Referendaire:
de la Couronne, Less deux
GALANT 155
me
3
autres tabourets eſtoient derriere,
l'un pour le Heraut , reprefenté
par M de la Neuville
, l'autre pour l'Huiffier ,
que repreſentoitMª du Heauancien
Gentilhomme
de M' le Marquis d'Arquiens
& enfin il y avoitun feptiéme
tabouret à gauche proche le
Priedieu du Roy , & vis à vis
le Chancelier , pour ce мarquis.
Le Roy avoit ordonné
que ce jour-là toute la Garde,
compofée de Rheitres , de
Heiducs , de Janiffaires & de
Hongrois , tant à pied qu'à
cheval , fuft fous les armes ,
a
196 MERCURE
en forte que depuis le haut
de l'Escalier du Palais jufqu'à
la Paroiffe , la marche fe fit.
entre deux hayes de Soldatefque
fort ferrée . Les Gar
des de la Reine avoient oc
cupé les dehors & les dedans
de l'Eglife , qui eftoit tenduë
de riches tapifferies , & l'Autel
paré de fes plus riches ornemens
. A neuf heures & de.
mie , le Maiftre des Ceremo
nies , fuivi du Heraut & de
l'Huiffier , alla prendre м ' le
Marquis d'Arquien , qui eftoit
en habit de Novice , & le
conduifit à l'appartement du
GALANT. 157
Roy , qui l'attendoit reveſtu
du grand manteau & du grand
Collier de l'Ordre , & les reverences
eftant faites , on défila
de cettte maniere . L'Huiffier
précedé de quantité de Tambours
, de Trompettes , de
Hautbois , & de Clairons à
l'Allemande
, à la Turque , à
la Polonoife , & à la Hongroife
, marchoit le premier ,
fuivi du Heraut
, à quatre
pas du Prevoft Maistre des
Ceremonies , du grand Treforier
, & du Secretaire , tous
trois de front , le premier
au milieu , le grand Trelo .
158 MERCURE
rier à fa droite , & le Secre
taire à fa gauche ; enfuite
le Chancelier feul ; M' le
Marquis d'Arquien feul auffi ,
& le Roy , dont M' de Marigny
, Frere de la Reine , portoit
leмanteau . Les Senateurs,
& autres Grands du Royaume
, fuivoient chacun en fon
rang. On arriva à l'Eglife . Le
Service commença par un
Sermon Polonois , que fit le
Pere Balouski , Jefuite , fur la
Ceremonie qui fe preparoit.
La Prédication eftant achevée
, le Preftre vint à l'Autel ,
où il entonna le Veni Creator ,
GALANT. 159
qui par l'ordre de la Reine ne
fut chanté qu'en plein Chant,
aprés quoy on commença
une Meffe baffe , pendant la .
quelle la Mufique Françoile
chanta des Motets. La Meffe
finie , les reverences furent
faites fuivant l'inftruction venuë
de la Cour de France, que
M' Faitout , Secretaire de Mr
d'Arquien , tenoit à la main,
& la Ceremonie s'acheva à
l'ordinaire. On fortit de l'E.
glife dans le meſme ordre
qu'on y eftoit venu , & on
remena le Roy dans fon appartement.
Ce Prince ayant
160 MERCURE
quitté fes habits de l'Ordre ,
on paffa dans l'antichambre
de la Reineroù l'on trouva
une grande table en quarré
long , couverte des mets les
plus exquis . Lors que le Roy
eut pris place , la Reine fe
mit à la gauche à fa droite
·M² le Marquis d'Arquien , le
Prince Alexandre aprés , &
enfuite M. l'Abbé de Polignac
, Mile Comte de Malagri
, & M' le Comte de Bethul
ne , Neveu de la Reine ; à la
gauche de cette Princeffe , la
Princeffe Royale , & le plus
jeune des Princes , vis à vis
GALANT. – 161
defquels le Palatin de Mazovie
, & le Caftelan de Dantzic
eftoient . Il n'y avoit perfonne
vis à vis du Roy & de
la Reine . Le Prince Aîné ne
s'y trouva pas , & M¹ le Marquis
d'Arquien fut placé avant
le Prince Alexandre ,
parce que M l'Ambaſſadeur,
qui ne donne la main à perfonne
qu'à la Famille Royale,
devoit prendre place immediatement
aprés ce Prince . Il
y avoit dans la Salle des Gardes
une autre table d'égale
grandeur , & preſque fervie
également , dont le haut bout
Iuin 1694
O
162 MERCURE
eftoit occupé par les Filles
d'honneur de la Reine au
nombre de fix , & par tous les
Officiers de la Couronne. Ces
Filles d'honneur font Filles
des Seigneurs des plus qualifiez
de Pologne. Le Roy bûtdeux
fois la fanté de Sa Majefté
Tres - Chreftienne , & de.
meura toujours debout & decouvert
jufqu'à ce que tous
ceux de la table l'euffent bûë.
Il avoit une aigrette & une
attache d'un prix ineftimable.
C'eftoit un Diamant en
table longue d'un pouce de
Roy , & large d'un pouce.
GALANT. 163
La Toque de M' le Marquis
d'Arquien pouvoit bien va
loir deux millions . Outre le
cordon & l'attache de gros
Diamans , il y avoit une ai
grette magnifique , foutenuë
d'une Perle unique de la grof.
feur d'un euf de Pigeon . Elle
eft eftimée plus de cinq cens
mille écus. Son épée en valoit
du moins cinquante mil
le , la poignée , la garde , le
crochet , & le bout eftoient
tout couverts de gros Diamans.
Toutes ces Pierreries
eftoient à la Reine , qui en
cftoit aufli toute couverte ,
O ij
164 MERCURE
auffi - bien que la Princeffe ,
& les jeunes Princes à l'attache
de leur robe , à l'aigrette
de leurs bonnets , à leurs
ceintures & à leurs fabres. Le
Jour fuivant , Mi le Marquis
d'Arquien regala magnifiquement
toute la Cour ,
L'Ode qui fuit eft de Mr de
Senecé . Ses Ouvrages font fi
generalement eftimez , que
je croiray toujours vous faire
plaifir en vous envoyant tous
ceux qui me tomberont en
tre les mains .
GALANT. 165
SZSZ522222 5525 $52
A M LE MARQUIS
DE LA VRILLIERE .
Az
ODE.
2.050 1
V Palais de la Fortune
L'honneur & la probité ,
Malgré la plainte commune ,
De tout temps ont habité.
Parmy le vulgaire inique,
Plus d'un grand coeur y pratique
Les fentiers les moins baitus ,
Et grace aux deftins propices ,
La Cour , comme de grands vices,
Nourrit de grandes vertus.
166 MERCURE
Iamais la Magiftrature
Echauffant l'ambition ,
Ne fit fortir de mejure
Ariftide & Phocion.
Ciceron de gloire avide
Naturellement timide ,
Fat Conful ferme & hardy
Et toy , Caton , l'on attefte
Que tu fus toujours modefte,
Quoy que toujours applaudi. ·
S
L'ame la plus élevée
Que gêne un fort limité ,
De tout mouvement privée
Languit dans l'obfcurité.
Ce Dieu , qui dans fa carriere
Des fpheres de la lumiere
Regloit les celeftes fons;
Devenu Berger d' Admete
Fut reduit au Mont Hymete
Ade ruftiques chanfons.
GALANT. 167
Quel fpectacle davantage
Plaift à la Divinité ,
Que de voir lutter le Sage
Contre la profperité ?
Pour combattre la difgrace
L'ame aisément fe ramaffe ,
Et triomphe avec bouneur ;
Mais l'effort de fa puiffance ,
C'est de garder l'innocence
Dans le comble du bonheur.
IV.
Orace enHeros feconde,
Noble fang des Phelypeaux .
Qui fans t'épuifer , au monde
Fournis des fages nouveaux ,
Quel Phebus , quelle Vranie
Elevera mon genie
Pour te chanter dignement .
Nom brillan , Nom plein de gloire,
Nom de qui mefme l'hiftoire
N'eft qu'un foible_monument ?
168 MERCURE
Venerable la Villere
Toy , dont la pofterité
Dans le fein de la lumiere
Accroift la felicité ;
Que Chateauneufeft fidelle
A conferver pour modelle
Tes exemples folemnels ,
Qui dans un pofte fublime
Ne s'enrichit que d'eftime,
Content des biens paternels !
S
Chez luy, manieres bonneftes ,
Libre accés , humanité ,
D'un fiecle émeu de tempeftes
Temperent la dureté.
Dans la carriere gliffante
Où la faveur chancelante.
Marche d'un pas égaré ,
Maiftre de fes deftinées
Il a couru trente années
D'un pas ferme & mesuré.
Heritier
GALANT. 169
Heritier de leur merite
Soutenez, jeune Marquis ,
Le grand poids où vous invite
Tant d'honneur qu'ils ont acquis .
Non ; vous ne pouvez fans honte
Manquer de rendre bon compte
De l'éclat de vos Ayeux ,
Dont la maxime fevere
Defend la vertu valgaire
Aux enfans des Demi - dieux .
2
Mais quel foucy t'inquiete
Et te trouble fans raifon ?
Supprime , Mufe indifcrette ,
Tes avis hors de faifon.
Plein de l'efprit de fes Peres ,
Ses talens héréditaires
N'attendent pas ton confeil ,
Et pour prouver fa naiffance
Cet Aigle dés fon enfance
A regardé le Soleil.
Juin 1694.
Р
170 MERCURE
L'ay veu chez l'Augufte Reine
Que je pleure à tous momens ,
La Cour fuffire avec peine
A louer fes begaimens .
Comme au jardin d' Hefperie,
La plante à peine fleurie
Nous offre un precieux fruit :
Comme le fils du Tonnerre ,
Il naift & frappe la terre
Et de lumiere & de bruit.
2
Pourfuivez avec conftance ;
Marquis , meritez le choix ,
Meritez la confiance
Du plus éclairé des Rois.
Foulez la fameuse trace
Que bat voftre illuftre race ,
Meditez ces grands objets ;
Et comme eux piquez- vous d'eftre
Toujours zélé pour le Maiftre ,
Toujours bon pour les sujets.
GALANT. 171
| Mais lors qu'en fon Apogée
Brillera votre credit ,.
Ne laiffez pas negligée
La Mufe qui l'a predit.
Sans elle , il faut qu'on periffe ;
Sans elle , prudent Vliffe ,
Tu ne vivrois pas encor ,
Et Léthé , cette eau profonde ,
Euft englouti dans fon onde
L'eloquence de Neftor.
Je vous envoye un détail
fort exact de ce qui s'eft paffé.
au Voyage de Mª de Chaf
fteaurenaut, depuis Breft juf
qu'à Colioure Il a eftéfi heu .
reux , que le fuccés de cette
Navigation a fait prédire à
l'Auteur le bonheur de la
Campagne de Catalogne ,
Pij
172 MERCURE
comme vous allez voir en lifant
ce qui fuit.
A Colioure le 27. May 1694
Ovigation plus heureuse que
N ne peut avoir une Nacelle
que nous avons cuê juſqu'à
prefent , &fi la fuite répond au
commencement de cette Campagne,
ellefera une des plus belles &
des plus glorieufes quifefoientfai
tes depuis longtemps Vousfçavez
que nous fommespartis de la Rade
de Bertaume le Vendredy 7.
May. LeVendredy fuivant 14.
nous paffâmes le Detroit , & le
Dimanche 16. nous eftions fous le
GALANT . 173
Cap de Palle , où M de Chateaurenaut
ayant eu avis par le
Diamant , qui amena deux Prifes
Angloifés , qu'il y avoit plu .
fieurs Baftimens Marchandsdans.
le Port Maille , qui eft à l'Oüeft
du Cap de Palle , & qu'ils eftoient
gardez par le Content , le Marquis
, le Trident , & le Bon , il
ordonna à M. Monier de déforcer
de voiles , pour aller dire à ceux
commandoient ces Vaiſſeaux ,
qu'ils en ufaffent comme ils jugeroient
àpropos ; mais le vent nous
ayant refufez , nous ne pûmes
doubler le Cap de Palle . La nuit,
&le lendemain matin , nous eû.
qui
Piij
174 MERCURE
mes du calme , & voyant une
Caiche qui cingloit le long de terre
, nous bordâmes nos avirons ,
✔luy donnâmes chaffe fi heureufement,
qu'eftant venu àfraîchir,
comme elle vit qu'elle ne pouvoit
éviter d'eftre prife , elle mit Pavillon
Anglois , & alla échouër
toutes voiles dehors. L'équipage
s'eftant embarqué dans le Canor,
fe fauva à terne. Fallay auffitoft
à bord, &ayant fait porter
une ancre à touër au large , je fis
virer autant qu'il me fut poffible
, mais fort inutilement , de
forte que nous fumes obligez de
l'alleger , & pour cela , de jetter
GALANT. 175
à la mer tout ce qui s'y pût jetter.
On fit enfoncer des Bottes de vin
& d'Eau de vie , dont elle eftoit
chargée , elles ne furent pas
plûtoft pompées , que le Baſtiment
vint à flot , ne faifant pas une
gouite d'eau Nous le primes à la
remorque, &nous l'amenâmes à
1 Armée , que nous ne pûmesjoindre
à caufe des calmes , que le Samedy
22. aux Alfagues de Tortofe
, où nous la trouvâmes mouil
lée. M' Monier ayant effé àl Amiral,
M de Chasteaurenaut luy
demanda s'il connoiffoit l'entrée
du Port que forment les Alfagues
, & s'il pouvoit y faire en
Pij
176 MERCURE
trer des Vaiffeaux , pour infulter
deux Navires Espagnols qui
eftoient mouille dedans . M
Monier l'ayant affuré qu'il y
avoit eftéplufieurs fois avec les
Galeres , & que rien n'eſtoit ſi
facile que d'y entrer , y ayant par
tout vingt - deux , vingt , & au
moins dix neufpieds d'eau , s'offrit
d'aller avecfa Fregate jetter
des boues pour marquer le chaval
jufqu'à bord de ces Vaiffeaux , ce
que M de Chasteaurenaut luy
ordonna , differant d'appareiller ,
comme il en avoit le deffein , jufqu'à
fon retour. M¹ du Challard
qui commandele Content , s'eftant
GALANT. 177
trouvé là avec M¹ de la Roche-
Allard , Capitaine de Pavillon
de M de Villette , & M Def.
granges, Lieutenant de Vaiffeau,
ils s'embarquerent tous trois avec
nous . Nous entrâmes dans ce
Port , comme le vent eftoit
preft , nousy fimes plufieurs bords,
laiffant des boues par tout où nous
trouvions la mefme eau que cydeffus
. Les Ennemis nous voyant
à portée de fufil, nous prirent pour
un Brulot , ce qui leur fit mettre
le feu au plus gros de leurs Vaiffeaux
, qui eftoit le plus au large,
& qui avoit la flâme. Ce Vaif.
feau ayantfauté, cela nous donna
178 MERCURE
occafion de nous approcher de fort
prés de lautre , qui eftoit le plus
proche de terre , fous une petite
Fortereffe , d'où ils nous tiroient
inceffamment du Canon , &
voyant qu'il eftoit abandonné,
nous eftions dans le deßein d'aller.
à bord , pour nous en rendre les
maiftres , croyant que les Ennemis.
n'y avoient pas mus le feu , lors
que nous vimes une petite Caï.
que Espagnole qui alla à bord ,
d'où nous vîmes embarquer un
homme dans le Vaiffeau , qui
portoit quelque chofe dansfa bouche
. Cet homme ne fut pas plûtoft
fur le Gaillard de ce Vaiffeau ,
GALANT.
179 .
que toute la pouppe & le corps
jufqu'au maft de MiZaine fauta
en l'air La fumée eftant paßée ,
ne paroiffant point de feu , le
maft de Mizaine eftant encore
tout entier , nous apperçûmes cet
homme fur unfabord , qui faifoit
figne de la main. M' de la Roche-
Allar & M Defgranges s'em
barquerent dans le Canot pour
l'aller prendre , & metire le feu
à ce Vaiffeau , pour achever de
brûler ce qui reftoit . Ils executerent
ce deffein , & apporterent à
bord un "Espagnol qui avoit le
bras café en plufieurs endroits .
Aprés qu'on l'eut fait panfer , il
180 MERCURE
nous dit, que le premier Vaißeau
brûlé eftoit de quatre vingt pieces
de Canon , l'autre defoixante;
que les Espagnols en l'abandon -
nant avoient mis un bout de méche
à un baril de poudre pour le
faire fauter , mais que voyant
l'effet trop lent , & croyant que
le feu s'eftoit éteint , lacrainte que
nous ne nous en rendiffions les
maiſtres, l'avoit obligé d'y retourner
afin d'y mettre le feu , & qu'à
peine avoit il efté dans le bord ,
que le Vaiffeau avoit ſauté , ainſi
que nous avions vû. Cependant
plufieurs Chaloupes
de l'Armée
eftant venues , M du Challard
GALANT. 18t
les envoya prendre plufieurs Barques
qui estoient à terre hors la
portée du Canon de la Fortereffe,
les unes ayant Pavillon Genois,
les autres
Malthois , & une Efpagnole
; & comme le feu n'avoit
pas pris dans le maft de Mizaine
de ce Vaiffeau , M de la Roche-
Allard & M Defgranges retournerent
pour l'y mettre. Enfuite
ayant efté reconnoistre les
Ennemis qui paroiffoient en
grand nombre furla marine, pour
défendre une Barque échouéesous
le Fort , où il y a apparence qu'ils
avoient mis les meilleurs effers de
ces Vaiffeaux dontils ne s'appro- 2
182 MERCURE
cherent qu'à grande portée dè
mousquet , comme ils revenoient
à bord demander permiſſion à M*
du Challard d'aller prendre ou
brûler cette Barque , un coup de
deux Mate.
Canon du Fort donna dans leur
Canot , dont M. de la Roche.
Allardfut tué,
lots , ce qui fit que M du Chal
lard ne jugeant pas que cela va.
luft la peine defaire tuer du monde
, défendit aux Chaloupes d'y
aller. L'autre Barque Espagnole,
cftant échoice , M de la Luzerne
embarqua dans les Chaloupes
quatre Canons de fonte qui s'y
trouverent , & enfuite y mit le
GALANT. 18.3
feu. Nous mêmes en panne tra
vers , tirames plufieurs coups
de Canon fur l'Infanterie , qui
eftoit en bataille fur lamarine ,
enfuite nous nous retirames , ne
voyant plus rien à faire. Ces
deux Vaiẞeaux , avec deux autres
de pareille force , & quatre
Galeres venoient de Barcelone
débarquer des Troupes , & ayant
efté rencontrez la veille par nos
Coureurs, ils avoient esté tellement
preffez que deux n'avoient pú
Je garantir de s'échouer à la plage
de Vignerolles , & de mettre le
feu ; ces deux autres avec les
Galeres s'eftoient refugiez dans
184 MERCURE
le Port des Alfagues , où les Galeres
ne fe croyant pas en feureté,
firent route à minuit pour Alicante
, rangeant la terre defiprés,
qu'on ne les vit point de l'Armée.
M³ du Challard nous apprit qu'il
avoit brûlé dans le Port Maille,
où nous avions en ordre de l'aller
joindre , huit Barques , deux Bâtimens
Anglois , & deux qu'il a
amenez. Les Baftimens s'eftant
rangez tres-proche de la terre, on
༡ alla avec des Chaloupes . L'actionfut
fort chaude. M¹ de Loube
, Lieutenant de Vaiffeau , y
fut tué avecpluſieurs Gardes de
la Marine , & ily cut quarante
2
r
GALANT. 185
Matelots tuez ou bleſſez.
Je ne vous ay rien dit de
particulier de la Proceffion
folemnelle qui s'eft faite enfuite
de la defcente de la
Chaffe de Sainte Geneviève.
C'eſt un détail qui a eſté trop
public pour eftre ignoré dans
voftre Province . Je vous diray
feulement que Dieu exauça
les Prieres qui furent faites
dans cette occafion , puifque
la pluye commença auffitoft
aprés que la Proceffion
fut finie , & qu'elle continua
toute la nuit. Il y en eut encore
enfuite pendant plufieurs
Juin 1694. Q
186 MERCURE
jours, tant aux environs de Paris
qu'en differens endroits du
Royaume , où l'on a fçû qu'elle
avoit efté fort abondante.
On doit auffi remarquer
que
dans le mefme temps que la
Proceffion fe faifoit , les Troupes
de Sa Majesté eſtoïent
aux mains en Catalogne , &
que combattant avec autant
d'ardeur , que le
peuple
de Paris avoit de zele à
prier , elles y ont gagné une
grande Bataille , qui nous fair
voir que le Ciel continue à
proteger & à benir les Armes
d'un Roy quine combat que
GALANT. 187
pour fa gloire , & l'intereſt
de l'Eglife. Plufieurs perfonnes
ayant témoigné avoir envie
de fçavoir qui font ceux
qui portent la Chaffe de Sainte
Geneviève
, je croy que
vous ne ferez pas fâchée que
je vous l'apprenne . Ils font
quarante , tous bons Bourgeois
, & natifs de la Ville de
Paris , ce qui eft effenciel
pour eftre reçû dans leur
Compagnie. Il faut d'ailleurs
que ce foient gens fans reproche
, & du nombre des
fix Corps des Marchands .
S'il s'en rencontre quelqu'un
Q ij
18 MERCURE
qui n'en foit pas , il doit eftre
au moins de ceux qui peu
vent parvenir au Confulat .
Il n'y en a point dans ce nombre
de quarante qui ne foit
de bon exemple , & qui n'ait
une devotion toute particu
liere pour Sainte Geneviève .
Quand quelque preffante neceffité
oblige à faire deſcendre
la Chaffe , ils fe confor .
ment aux Religieux de l'Abbaye
, imitant , autant qu'ils
peuvent , les jeûnes & les
Prieres que font ces Religieux
avant la Proceffion . En
y allant , ils font reveftus
le
GALANT. 189
d'Aubes blanches , avec une
ceinture de mefme couleur
qui leur ceint le corps , & à
laquelle eft attaché un Chapelet
blanc . Ils marchent
pieds nuds & tefte nuë , ayant
feulement une couronne de
fleurs blanches . Leurs cheveux
ou ceux de leurs Perruques
font courts , & au lieu
de fraizes qu'ils portoient anciennement
, ils ont un rabat
modefte . C'eft en cet eftat .
qu'ils vont en Proceffion .
Une partie porte la Chaffe de
la Sainte , & l'autre marche
immediatement devant , cha
190 MERCURE
·
cun tenant un cierge à la
main. Ils font precedez par
un de leurs Confreres , qui
porte un gros cierge , appellé
vulgairement le cierge de
Sainte Geneviève . Lorsqu'ils
font arrivez à Noftre - Dame ,
ils prennent leurs places fur
des bancs mis exprés pour
cux & dans l'Eglife de
Sainte Genevieve ils occupent
les chaifes baffes du
Choeur. Quoy que peu accoû
tumez à une grande fatigue ,
ils ne ne laiffent pas de fuppor-

ter avec joye , celle qu'ils reçoivent
le jour que le fait la
GALANT. 191
Proceffion ; ce qui eft un té
moignage que ce que l'on
fait pour Dieu ne coûte
rien .
On a appris de Salé que le
Roy de Maroc , aprés avoir
reçu des prefens des Hollandois
pour remettre en libertéſoixante
Eſclaves Flamans,
n'a point eu d'égard à la promeffe
qu'il en avoit faite .
Au contraire il a donné des
ordres nouveaux pour la guer
re qu'il leur a declarée il y a
environ un mois , enjoignant
à tous fes Capitaines de Vaiffeaux
& Corfaires de prendre
SED
192 MERCURE
fur eux . Le General de fes
Vaiſſeaux a beaucoup contri
bué à cette rupture , en luy
faifant croire qu'il feroit des
priſes confiderables , à cauſe
du Commerce de Hollande .
Il eft forty de la riviere de Salé
un Vaiffeau Corfaire , & il en
doit encore fortir fix autres
au premier beau temps . Le
Roy d'Alger ayant envoyé
quatre Turcs depuis quelques
mois , pour affurer celuy
de Maroc que l'armement
qu'il faifoit eftant deſtiné
pour Oran , il ne devoit pas .
en prendre d'ombrage , &
que
GALANT 193
que bien loin de fonger à
avoir la guerre avec luy , il
les avoit chargez de luy demander
un fecours de fes
meilleurs Noirs . Le Roy de
Maroc fe laiffa perfuader , &
fit ceffer les preparatifs de
guerre ; mais. ayant reconnu
aprés leur départ qu'ils l'avoient
trompé , & que c'étoient
des Efpions , il fit con.
tinuer ces préparatifs avec
plus de diligence , efperant
que fon armée qu'on dit eftre
de quarante mille hommes ,
fera dans fort peu de
au- delà de la Teffa. Onapû
Juin 1694.
temps
R
194 MERCURE
voir par l'Eftat de Maroc que
M' de Saint- Olon vient de
donner au public , & où fe
trouve tout ce qui s'eft paffé
pendant le cours de fon Am
baffade , qu'il n'y a point de
Royaume où la mauvaiſe foy
foit plus en regne , ny de Şouverain
qui foit moins religieux
à obferver la parole que
ce Roy. Rien n'eft plus indigne
que le procedé qu'il tient
aujourd'huy avec les Hollandois
, qui pour conclurre le
Traité qu'il n'a pas voulu te
nir , ont eu chez eux pendant
plufieurs mois un de fes Am .
GALANT. 195
baffadeurs. Cet Ambaſſadeur
eftoit un Juif, Favory du Roy
de Maroc , qui a tiré d'eux
beaucoup d'argent pour fes
nourritures , en les affurant
.que ce Prince preferoit leur
alliance à celle de tous les
Souverains de l'Europe . Cependant
il ne les amuſoit de
cette forte , que pour en tirer
de plus groffes fommes.
Vous fçavez la mort de
M' l'Electeur de Saxe , arrivée
à Dreſde le 7. du mois paffé.
C'eftoit un Prince d'une complexion
tres - foible , & l'on
peut croire que c'eft ce qui l'a

Rij
196 MERCURE
rendu plus fufceptible de la
petite Verole , qu'il a gagnée
en allant voir la Comteffe de
Roclitz , qui en eſtoit attaquée
, & qui en eft morte.
Il avoit un fort grand attachement
pour cette Comteffe
, quoy que l'Electeur
Jean-George , fon Pere , luy
euft recommandé en mourant
de n'avoir jamais pour
elle aucune confideration
particuliere , s'il fe fentoit
capable de prendre pour
quelque Dame des fentimens
plus forts que l'eftime . Cependant
fa grande beauté luy
GALANT. 197
fit oublier ce qui luy avoit
efté dit là - deffus , fans qu'on
en fçache la cauſe , chacun en
parlant diverſement . Ce Prince
fembloit eftre affez bien le
jour qu'il mourut . Il fe leva ,
fe promena dans fes appartemens
, & donna mefme divers
ordres à fes Miniftres , mais
tout d'un coup il tomba dans
une grande foibleſſe , qui
l'obligea de fe remettre au
lit , & il mourut fur les fix
heures du foir. Il eftoit néle
7. Octobre 1668. & avoit époufé
le 27. d'Avril 1692. Eleonor.
Erdmude - Loüife de
R iij
198 MERCURE
Saxe-Eifenach , Fille du défunt
Duc de Saxe - Eisenach ,
qui commandant en 1677.
une petite Armee fur le Rhin ,
fut bloqué dans une Ifle prés
de Strasbourg par feu M' le
Maréchal de Crequi . Cette
Princeffe eft fort belle , &
née en 1662. Elle avoit
épousé en premieres Noces
Jean Frideric , Marquis d'An .
pach , Prince de la Maiſon
de Brandebourg , dont elle
n'a point eu d'Enfans . M'
l'Electeur de Baviere eftoit
devenu amoureux d'elle , mais
comme elle eft Lutherienne,
GALANT. 199
il ne voulut l'époufer qu'à
condition qu'elle abjureroit
le Lutheranisme. La fermeté
de cette Princeſſe dans la Religion
où elle étoit née , empê
cha ce mariage , qui luy euft .
été tres.avantageux , Le Prince
Frideric- Augufte, frere du feu
Electeur de Saxe , a fuccedé
par fa mort à l'Electorat . Il nâ.
quit le 12. May 1670. & le 18.
Janvier 1693 il époufa la Fille
aînée du Marquis de Brandebourg
- Bareith , dont il n'a
point encore d'enfans . Ce
Prince eft d'une conftitution
tres- robufte , & s'il mouroit
"A
R iiij
200 MERCURE
fans laiffer un Fils , il auroit
pour Succeffeur le Duc Jean
Adolphe de Saxe Hall , fon
Oncle à la mode de Bretagne
, né le 2. d'Aouft 1649 .
Je me fouviens de vous avoir
parlé amplement de cette
Mailon , quand je vous appris
la mort de l'Electeur Jean
George , Pere de l'Electeur
d'aujourd'huy , mort depuis
fort peu d'années . Ainfi je
vous diray feulement que la
Saxe propre , qui eft le Duché
& l'Electorat de Saxe , eft une
petite Province d'Allemagne
prés de l'Elbe , & que le Duc
GALANT. 201
a
eft le huitiéme Electeur de
l'Empire. Ce Pays pafla dans
le dixiéme fiecle , des Succeffeurs
de Rudolphe , Neveu
de Witikind , Chef des
Saxons , qui ſe ſignala.contre
Charlemagne , à ceux d'Her
man de Bilenguen , & enfuite
dans la Maifon de Supplim
berg l'an 1106. en la perfonne
de Lothaire , qui fut depuis
Empereur , & qui donna fa
Fille avec la Saxe à Henry le
Superbe , Duc de Baviere,
En 142 Empereur Sigif.
mond , pour recompenfer les
grands fervices que Frederic
202 MERCURE
le Belliqueux , Marquis de
Mifnie , luy avoit rendus, luy
donna l'Electorat de Saxe ,
vacant par la mort d'Albert
IV. mort fans Enfans . Maurice
, arriere- Petit fils de Frederic
II. en ayant efté invefti
, le tranfmit aux Enfans
d'Augufte fon Frere , jufqu'à
Jean -George , dont le Prince
Frederic Augufte , prefentement
Electeur de Saxe , eft le
Fils puifné. On a efté fort
furpris que depuis la mort de
l'Electeur fon Frere , il ait
fait arrefter Mr Neira , Pere
de la Comteffe de Roclitz.
GALANT. 20 %
C'est un mistere que le temps
éclaircira . On vient d'appren
dre que la Mere de cette
Comteffe , qui avoit efté auffi
arreftée , eft morte fubite
ment en prifon .
Voicy les noms des perfon
nes confiderables de l'un
& de l'autre Sexe , mortes
depuis ma Lettre de May.
Meffire René de Maupeou ,
Seigneur de Bruieres , & autres
lieux. Il eftoit Confeiller
d'honneur au Parlement ,
aprés avoir efté Prefident en
la premiere des Enqueftes.
Il est mort âgé de quatre204
MERCURE
vingt douze ans . Cette Famille
eft nombreuſe , tresconfiderable
dans la robe ,
& a fait fouvent parler d'elle
dans l'épée. Vous vous fouvenez
de plufieurs articles de
mes Lettres , qui en ont fait
mention .
Dame Marie de Saint Gelais
de Lufignan . Elle eftoit
Veuve de Meffire Jean de
Fradet , de Saint Aouft , de
Saint Janvrin , & autres lieux ,
Comte de
Chasteaumeillan ,
Baron de Bourdelet , Vicomte
de Villemenard , Marêchal
des Camps & Armées du
GALANT. 205
Roy, & Lieutenant General
de l'Artillerie de France. Elle
eft morte dans un âge extrémement
avancé. Madame
la Marquise de Nonant eſt ſa
Fille.
Meffire Jean Guillemin de
Courchamp , Secretaire du
Roy, Ileftoit Pere de M¹ de
Courchamp, Maistre des Requeftes
, qui a époufé Mademoiſelle
de Bailleul , Fille de
Mr de Bailleul Prefident à
Mortier,
Dame Antoinette le Comte
de Montauglan , Marquife
de Novion . Elle eftoit Fille
unique & heritiere de feu
206 MERCURE
Meffire Charle le Comte
Seigneur de Montauglan &
de Germonville , Confeiller
au Parlement de Paris & de
Dame Antoinette de la Barde
, Fille de M' de la
Barde , Marquis de Marolles
, Ambaffadeur Extraordinaire
en Suiffe. Cette Marquife
eftoit jeune , belle &
bien faite , & ne faifoit que
d'entrer dans la vingt-quatriéme
année de fon âge. Comme
fa maladie a efté longue,
elle en a profité pour fe difpofer
à la mort. Elle s'yeft prepa
rée avec des fentimens d'une
GALANT. 207
:
pieté toute particuliere , & a
témoigné une refignation à
la volonté de Dieu , qui a édifié
toutes les perfonnes qui
en ont efté temoins . Elle
>
a avoit efté mariée en 1685.
avec M le marquis de Novion
, meftre de Camp du Regiment
de Bretagne , Briga
dier des Armées du Roy
Frere puifné de m' deNovion,
qui eft aujourd'huy Preſident
à Mortier au Parlement de
Paris. Elle a laiffé cinq enfans
en bas âge avec de grands
biens qui luy font échus tant
de la fucceffion de fon Frere
208 MERCURE
& de fa mere , que de ceux .
de feue Madame Regnoüart ,
Dame Antoinette Charreton
, fa grande Tante , qui
avoit fait ce mariage . Je ne
vous dis rien de toutes ces
Familles; elles font fi connuës
dans Paris , & je vous en ay
f fouvent entretenue dans
mes precedentes Lettres , que
je n'ay rien à y ajoûter -
Meffire Jean Baptiſte Vallot
, Marquis de Neuville
Capitaine du Vol des Chaf
fes du Roy , & cy - devant Capitaine
au Regiment des Gardes
. Il eftoit Fils de feu M
GALANT. 209
ES
S
Confeiller
Vallot , Premier Medecin de
Sa Majesté , & Frere de M
l'Evefque de Nevers , de M
l'Abbé Vallot
Clerc , & de Madame d'Avejan
, Femme de M ' d'Avejan ,
Commandeur de l'Ordre de
Saint Louis , Gouverneur de
Furnes, Officier General , eftimé
par fa valeur & par fa fageffe.
Meffire René de Gruel ,
Comte de Lonzac - la - Frette .
Dame Charlotte de Gondy.
Elle eftoit Femme de
Meffire Pierre Stoppa , Seigneur
de Cambreux , Colo-
Iuin
1694 S
210 MERCURE
nel du Regiment des Gardes
Suiffes , & Lieutenant General
des Armées du Roy.
Meflire Loüis de Cruffol ,
Abbé d'Ufez , mort dans
fa dix - feptième année . Ileftoit
Fils de feu Emmanuel
de Cruffol , Duc d'Ufez , &
de Marie Julie de Sainte - Maure.
Il n'y a rien de plus connu
que ces deux Maiſons , dont
je vous ay parlé plufieurs fois.
Madame la Ducheffe d'Uzez
a eu la douleur de perdre trois
de ſes Enfans , preſque auſſitoft
qu'elle a efté Veuve . Mr
le Duc d'Uzez , fon Fils aîné ,
GALANT 211
*
fut tué en Flandre dans la
derniere Campagne . Madame
la Marquife de Barbefieux
mourut il y a deux mois
de la petite verole , & Mr
l'Abbé d'Uzez vient de mourir
d'un débordement d'eaux,
Mr le Marquis d'Arcy
Chevalier des Ordres du Roy ,
Confeiller d'Eftat . ordinaire ,
cy - devant Gouverneur de
Monfieur le Duc de Chartres
, mort en deux jours à
Maubeuge. Il eftoit aîné de
M' le Comte de Fontaine-
Martel , l'une des plus illuftres
Maifons de France , & avoit
9
Sij
212 MERCURE
efté Envoyé du Roy en diverfes
Cours , & Ambaffadeur
en Savoye. Il s'eftoit tres- dignement
acquitté de ſes emplois
, & n'avoit pas feulement
fervy dans les negociations
, mais auffi dans les Armées
de Sa majeſté.
M' de Cornouailles , Vicaire
de Saint Euſtache. Il eftoit.
tres- eftimé dans cette Paroiffe
, zelé , agiffant , toûjours
prompt à fecourir , & donnoit
aux Pauvres tout ce qu'il
avoit. Vous pouvez juger
par là combien il eſt regteié.
GALANT. 213
J'ay à vous entretenir, мadame
, d'une des plus furprenantes
chofes dont vous ayez
jamais entendu parler ; cependant
ce n'eft que d'une
Canne. Elle est d'un jet à
l'ordinaire , qui a fa poignée
ou fon manche , de la forme
à peu prés d'un bec de Cor!
bin. Cette Canne eft fi legere ,
qu'une Dame & un Enfant la
peuvent porter. L'ufage en
eft auffi fort aifé , & l'un &
l'autre peuvent s'en fervir ,
& faire toutes les demonftra
tions des fciences qu'elle ren-
.ferme , fans avoir befoin
214 MERCURE
d'aucun principe , ny de fe
donner beaucoup d'application.
Cependant on apprend
par fon moyen à s'orienter ,
à fe conduire dans un bois
& dans des carrieres , & à
connoiftre l'heure qu'il peut
eftre , non feulement à Paris ,
mais dans toutes les Capitales
du monde , à la faveur
d'un hemifphere gravé fur
une plaque qui fert de couvercle
au Cadran . On y trou
ve tous les ufages de la Lunette
d'approche, comme de
découvrir les objets de loin ,
de prendre les diftances & les
GALANT. 215
hauteurs acceffibles & inac
ceffibles , de lever un plan
de fortification & de Geographie
, & de niveler à l'aide
d'un plomb. Il y a encore la
valeur de toutes fortes de me.
fures les plus ufitées , la maniere
de former des Cadrans
verticaux & horizontaux , les
diſtances des Etoiles fixes &
des Planetes , leur nombre, &
le temps de leur revolution,
à quelle heure le Soleil fe couche
& fe leve en entrant dans
chaque Signe , à quelle heure
chaque Planete domine tous
les jours , la raifon pourquoy
216 MERCURE
les jours fe fuccedent naturellement
comme ils font ,
& auffi toutes les faces des
Lunes , & dans quel Signe
& quel degré la Lune fe trouve
chaque jour , outre plufieurs
autres petits ufages qui
font d'utilité en une infinité
d'occafions.
Vous devez eſtre ſurpriſe
de tout ce que vous venez
de lire , mais je croy que vous
ne douterez pas que tout ne
foit vray, quand vous fçaurez
que cet Ouvrage eft de м'de
Jaugeon , de l'Academie des
Arts. Il a déja fait plufieurs
Ouvrages
GALANT.
217.
Ouvrages de cette nature ,
dont je vous ay fouvent entretenuë.
Jamais homme n'a
eſté plus inventif , ny n'a
trouvé moyen de mettre plus
de chofes
enfemble , pour
l'inſtruction du Public , foit
dans des Cartes , foit fur des
matieres plus folides , foit
dans des jeux , comme celuy
du monde , où en fe divertiffant
on apprend la Geographie
d'une maniere qui
attache
tellement , qu'on ne
fçauroit fe refoudre à quit
ter le Jeu ; ce qui fait que plus
on joue , plus on s'inftruir.
Juin 1694.
T
218 MERCURE
Je fuis ravi , que vos Amis
foient auffi contens du Livre
que vend le Sieur Brunet ,
contenant les paroles remarquables
, les bons mots , & les
maximes des Orientaux , que je
l'avois efperé . Comme c'eſt
uneTraduction desOuvrages
qu'ils ont faits en Arabe , en
Perfan , & en Turc , accompa
gnée de Remarques,il eft impoffible
de trouver dans un
feul Livre plus d'érudition , &
plus de chofes , dont toutes
fortes de gens peuvent tiret
de l'utilité. Auffi tous ceux
qui le lifent icy, demeurent
GALANT. 219
d'accord qu'on n'en a point
imprimé depuis longtemps
qui ait une fi grande varieté,
& qui divertiffe davantage.
Le mefme Libraire debite un
Livre intitulé , l'Etat prefent de
l'Armenie , tant pour le temporel
que pour le fpirituel , avec une
defcription du Pays des moeurs
de ceux qui l'habitent.
Le S de Fer a donné ces
derniers jours la fixiéme partie
des forces de l'Europe ,
compofée des Plans de Bruxelles
, Saint-Omer , Gand ,
Philippeville , Charlemont ,
Manhein , Scheleſtat , Auſ-
Tij
220 MERCURE
bourg, Hambourg , Gottembourg
, Ratzbourg , Rouën ,
Port-Louis , Antibes , Civita-
Vechia , Perpignan , Prats de
Monliou , Campredon , Roſes
, Puicerda , Bellegarde ,
Fontarabie , le Port du Paffage
, & Tripoli. Le mefme Auteur
vient de donner une
Carte particuliere des Frontieres
de France & d'Efpagne
, qui contient la Catalogne
, l'Arragon , le Rouffillon
, le Lampourdan , la Cerdagne
, la Biſcaye , & une partie
du Gouvernement de Gaf
cogne & de Languedoc, avec
GALANT. 221
Haute & Baffe Navarre.
On ytrouve les Cols , Paffages
, Ponts& Pertuis des Pyrenées
, avec les plans des Places
les plus confiderables de ces
Provinces. C'eſt un preſent
fort agreable au Public , qui
dans l'heureuſe fituation oû
font les armes du Roy en Catalogne
, fouhaitoit d'avoir
une Carte qui luy donnaft
une parfaite connoiffance du
Pays. Au mois de Juillet prochain
, fans aucuu retardement
, il donnera fa grande
Mappe.monde , fuivant les
derniereso bfervations.
T iij
222 MERCURE
J'oubliay le mois dernier à
vous parler d'une action qui
s'eft paffée fur la fin du même
mois , & qui merite bien
d'eftre fceue. M' de la Motte,
Capitaine, eftant allé en party
au delà de Liege , en ramena
feize cens vingt vaches . Cette
capture eft confiderable , &
jamais party n'en avoit fait
une fi groffe en beftail . Si les
Ennemis avoient efté affez
heureux pour remporter un
avantage pareil , leurs Nouvelles
publiques en feroient
longtemps remplies.
Le Roy ayant fait beaucoup
GALANT. 223
d'Officiers generaux les années
précedentes , n'a point
fait celle - cy de nouveaux
Lieutenans Generaux , ny de
Maréchaux de Camp , mais Sa
Majefté vient de nommer des
Brigadiers , & on a marqué
dans leur Brevet les Armées
où ils font deftinez à fervir
cette Campagne. Je vous en
envoye l'état.
Pour l'Armée de Flandre.
INFANTERIE.
Mrs de Saillán .
Le Comte de Vaudray , Colonel
du Regiment de la
Sarre.
Tiiij.
224 MERCURE
De la Batie , Lieutenant Colonel
du Reg. de Guiche .
De Bohan.
De Montigni , Colonel du
Regiment d'Artillerie.
Dorigton.
Ce dernier n'a qu'un Brevet.
CAVALERIE .
Mrs de Lagni , Meſtre de
Camp.
De Praflin , Mestre de Camp
du Royal Rouffillon .
De Monteffon .
Le Chevalier du мefnil , des
Carabiniers .
De Cheladet, Meftre de Camp
du Regiment de Cavalerie
du Maine .
GALANT. 225
·
De Soufternon , мeftre de
Camp Lieutenant du
Regiment de Cavalerie de
Toulouſe.
DRAGONS.
Mile Chevalier d'Asfeld.
Pour les Coftes.
M' de Moncaud.
Armée
d'Allemagne .
CAVALERIE .
Mrs de Murcé , мeftre de
Camp du Regiment de
Cavalerie Dauphin .
D'Eftain .
Forzat , meſtre de Camp.
De Virieux .
De Galmoi.
226 MERCURE
De bretoncelle , мeftre de
Camp .
Armée d'Italie .
INFANTERIE .
Mrs de Goetbrian , Colonel
du Regiment de Berri .
De Vibray , Colonel du Rement
de Boul .
De la Maffaye , Colonel du
Regiment de l'Ile de
France.
De Belſunce , Colonel du
Regiment de Nivernois.
De Lee , Colonel d'un Regiment
Irlandois,
De Talbot, Colonel du Regiment
Irlandois de Limerik.
GALANT. 227
De Poitiers , Colonel d'un
Regiment.
De Berule , Colonel du Regiment
de Beaujolois .
Armée de Rouffillon.
INFANTERIE.
Mrs Ferrand , Major General.
Chelleberg
.
CAVALERIE.
Mrs de Bercour.
De Narbonne.
Je viens à la Bataille gagnée
par м le Maréchal Duc de
Noailles , & vais vous en donner
un détail beaucoup plus
ample que tout ce qui a paru
228 MERCURE
eft à
juſques à prefent ; mais avant
que d'y entrer , je crois qu'il
propos de vous dire un
mot de la Catalogne . C'eſt
une Province d'Eſpagne avec
titre de Principauté. Elle a
les Monts Pyrenées & les Provinces
de France au Nord ,
les Royaumes d'Arragon &
de Valence au Couchant , &
la mer Mediterranée au Levant
& au midy. La Capitale
eft Barcelone , avec un beau
Port. Le Pays eft tres-fertile,
quoy que couvert de montagnes
en certains endroits.
Louis le Debonnaire ayant
GALANT. 229
pris Barcelone fur les mores ,
qui avoient établi leur Empire
en Eſpagne , la Catalogne
eut des Princes particuliers
jufqu'à ce qu'elle fut
unie à l'Arragon . Geoffroy
le Velu , premier Comte He
reditaire de Catalogne , ou
de Barcelone , eft tige des
Princes qui ont poffedé ce
Pays-là. Les Catalans fe donnerent
en 1640. au Roy Tres-
Chreftien , & par le Traité de
Paix fait en 1659. entre les
Couronnes de France & d'Ef.
pagne , on declara que les
Monts Pyrenées feroient la
230 MERCURE
divifion des deux Royaumes.
Ainfi la Catalogne & le Com
té de Cerdaña , qui font delà
les Monts , furent adjugez
aux Eſpagnols , & les Comtez
de Rouffillon & de Conflans ,
qui font deçà ces mefmes
Monts , demeurerent aux
François .
Voicy un petit détail de
la marche de l'Armée du Roy
en Catalogne
. Elle fut affemblée
le
15. du mois paffé au
Camp du Boulou , où les
Troupes arriverent
des quartiers
où elles eftoient dans la
plaine de Rouffillon
. M' le
GALANT. 231
Maréchal en vit une partie le
mefme jour , & entre autres
fon Regiment de Cavalerie ,
qu'il trouva ttes beau . M¹ le
Comte d'Ayen,fon Fils, quoy
que dans un âge tres- peu
avancé , y parut à la tefte de
fa Compagnie avec une noble
& douce fierté, & une
contenance qui marquoient
le plaifir qu'il prend déja dans
le métier de la guerre .
L'Armée fejourna le 16. au
Boulou. M le Maréchal alla
dans le Camp faire la revûë
du refte des Troupes , qui
n'avoient pas encore parru
232 MERCURE
devant luy. Il ordonna à l'Artillerie
de marcher le mefme
jour. Elle défila dans la montagne
par le Col de Pertus ,
& alla camper fous Bellegarde
avec un Bataillon de Fufiliers
, & deux Compagnies
de Canonniers & de Bombardiers
.
L'Armée décampa le 17. à la
pointe du jour , & marcha fur
deux Colonnes & les Bagages
fur une autre ; la Cavalerie
& les Dragons fur la droite
par le col de Portelle , laiffant
Bellegarde à gauche ;
l'Infanterie par le Col de PaGALANT.
233
niffas , & les Bagages par où
avoit défilé l'Artillerie . Le
tout fe rejoignit à la Junquiere
où l'Armée campa entre
les montagnes , le long d'un
petit ruiffeau. Le 18. elle marcha
encore fur deux Colonnes
, la Cavalerie & les Dragons
toujours fur la droite
avec vingt pieces de Canon
à la tefte , portées fur des
Mulets . L'Infanterie marchoit
dans le Valon avec
vingt autres pieces de Canon,
& les autres munitions ..
La tefte de l'Armée arriva
au bord de la Plaine , fur les
Iuin 1694
. V
234 MERCURE
fept heures du matin . M' de
Noailles fit faire alte aux
Troupes , & mettre la Cavalerie
& les Dragons en bataille
pour attendre fon Infanterie
& fon Canon . Il donna
en attendant un grand repas
, quoy que dans un Pays
affez defert. Les Officiers
Generaux & beaucoup d'autres
Officiers s'y trouverent.
Enfuite l'Armée continua fa
marche pour aller camper à
Figuieres mais comme il fe
trouva que l'eau y manquoit ,
Mr le Marefchal ordonna
qu'on allaſt marquer le Camp
GALANT. 235
à Buraffa , où toute l'Armée
arriva de bonne heure , & où
elle féjourna le 19. & les trois
jours fuivans.
Dés le 13. & lé 14. on avoit
fait partir de Perpignan pour
Colioure , quinze pieces de
gros Canon de batterie , douze
Mortiers , trente affuts
pour fervir , outre quantité
de Boulets & de Bombes ,
qu'il y avoit plus de dix jours
qu'on y voituroit pour les
embarquer & les conduire à
Rofes , oùil y avoit déja beaucoup
de Canon & de Munitions.
Vij
236 MERCURE
L'Armée décampa le 23 .
de
Buraffa pour aller camper
à San- Pere Pescador , au bord
de la Fluvia , fur laquelle M
le Marefchal fit faire deux
Ponts.
Le 24 , il parut fur le midy
deux Vaiffeaux de guerre de
noftre Armée Navale , qui
vinrent moüiller dans le Golfe
de Rofes . M ' le Marefchal
de Tourville y arriva fur le
foir avec fept autres gros
Vaiffeaux & fept Baſtimens ,
& plufieurs Officiers de marine
vinrent rendre leurs de
voirs à м le Maréchal de
Noailles.
GALANT. 237
Le 25. M' de Tourville vint le
voir avec un grand cortége .
Aprés le dîné , м' de Noailles
luy fit donner des chevaux & à
toute fa fuite , pour s'en retourner
, & le conduifit luymefme
jufques au bord de
la мer.
Le 26. l'Armée décampa
de San-Pere Pescador. L'Infanterie
paffa la Fluvia fur un
Pont , la Cavalerie , l'Artille
rie , & les Bagages , au gué.
L'Avantgarde de l'Armée arriva
fur les neuf heures du
matin à Verge , fur le bord
du Ter , où les Ennemis é-
1
238 MERCURE
& on
toient en bataille de l'autre
cofté de la Riviere , derriere
des retranchemens qu'ils avoient
faits devant un grand
gué. Nos Troupes ſe met.
toient en bataille à meſure
qu'elles arrivoient
commença de part & d'autre
à s'efcarmoucher
au travers
de la Riviere. M' le Marefchal
fit avancer noftre Canon fur
le bord de cette Riviere . Il
tira juſqu'à la nuit , & fit retirer
les Ennemis derriere des
hauteurs , en forte qu'ils ref
terent feulement dans les retranchemens
, & à quelques
L
GALANT. 239
batteries de Canon qu'ils avoient.
Mr le Marefchal les amufa
ainfi pendant le jour , & leur
cacha fon deffein . Ils eftoient
plus dix- huit mille hommes ,
leur en eftant venu quatre à
cinq mille de renfort , qu'a
voient débarquez les Vaiffeaux
que м' de Chafteaurenaud
a brûlez depuis.
La nuit du 26. au 27. M²
de Noailles fit avancer de
Verge proche Toroëlle de
Mongri , les Troupes qui devoient
avoir l'Avantgarde.
Toute l'Armée fuivit & de240
MERCURE
meura en bataille toute la
nuit. м le mare ſchal ayant
ordonné de faire marcher
l'Artillerie , & tous les Bagages
, monta à cheval fur les
onze heures , pour aller joindre
la tefte de fon Armée ,
où eftant arrivé , il mit pied
à terre , afin de diſpoſer la
marche des Troupes qui devoient
charger les premieres.
Ses ordres eftant donnez il
remonta à cheval & fe trouva
aleur tette à la pointe du
jour contre les murailles de
Torrella , où il en vit défiler
une partie avec l'Artillerie ,
qui
GALANT. 241

qui , allerent fe mettre en bataille
fur le bord de la Ri
viere , où le Canon fut mis
en mefme temps entre les
ruines d'un pont de pierre,
& les Carabiniers qui étoient
fur la droite du gué où l'on
devoit paffer. Les Ennemis
pendant ce temps-là firent
un grand feu de moufqueterie
fur les Troupes du Roy ;
elles ne répondirent qu'avec
leur Canon , qui ne tira pas
longtemps , parce que les Ca
rabiniers , & les autres Troupes
qui les fuivoient , paffoient
dansles Batteries pour
Juin 1694.
X
242 MERCURE
pot
aller fe jetter dans le gué, qui
eftoit à moins de deux cens
pas fur la gauche, les Troupes
marchant fuivant l'ordre qu '
elles avoient receu.
Vous apprendrez le refte
dans la Relation du Combat
qui a fuivi cette marche ,
mais il faut auparavant vous
faire part de la Lettre que M
le Maréchal de Noailles atécrite
au Roy fur cette grande
action , & je me croy d'autant
plus obligé de vous en
envoyer une copie , qu'
elle a paru fort défectueufe
dans plufieurs Nouvelles E.
GALANT 243
trangeres imprimées , la pluf
part des endroits qui eftoient
glorieux aux Troupes du
Roy , & qui marquoient trop
la perte des Efpagnols , en
ayant efté retranchez . Voicy
cette Lettre.
SIRE ,
L'Armée de Vostre Majesté
eftant arrivée hier vers lefoir fur
le Ter , nous trouvâmes celle des
Espagnols campée de l'autre cofté,
retranchée à tous les guez , ce
que je ne croyois pas , quoy que
j'en euffe efte averti.
Les Troupes de VM. ne pís
2
X ij
244 MERCURE
rent arriver d'affez bonne heure,
pour pouvoir les attaquer hier 26.
de May , lajournéeſe paſſaàfe
caonnnerdepart & d'autre , avec
un grand avantage pourtant
la part de l'Artillerie de V.M.
qui eftoit fuperieure à celle des Ennemis
.
de
Eftant fort exactement
informé
de tous les gue qu'il pouvoit
y avoir , nous primes la réfolu.
tion de paffer au gué de Torroella
de Mongri , qui paroiffoit le plus
large , & le moins garde.
L'Armée de V. M. fe mit en
marche à dix heures dufoir, afin de
couvrir noſtre deſſein aux EnneGALANT
245
mis Nousfommes arrivez unpeu
avant lejour à Torroella . Comme
lesTroupes de V. M.fe mettoient
en bataille , & que le jour appro
choir , elles ont efte découvertes ,
& ont effuyé un feu tres rude
tres- violent pendant plus d'une
heure, que l'on cherchoit le paffa.
ge avec des Payfans . Ils eftoient
tous tres-mauvais , mais enfin les
Carabiniers , à la tefte défquels
eftoit M de ChaZeron , & les
Grenadiers de l'Armée avec le
Regiment de Dragons de la Reine
d'Angletere, qui eft une excellente
Troupe , que M de S. Silveftre
avoit voulu mener , parce qu'il
X iij
246 MERCURE
commande l'Infanterie , fe font
jettez à
à l'eau avec une vigueur
extraordinaire , & ont forcé les
Ennemis d'abandonner leurs retranchemens
. On ne peut voir
une action plus vigoureuſe , &
mieux conduite de la part de ces
Officiers.
Le pauvre Druy , qui avoir
voulu paffer avecles Carabiniers,
9 a receu un coup de monſquet ,
dont il faut le trepaner. Du
Bourg , Maréchal de Camp de
la gauche, & qui faifoit l'atta.
que, y a esté blessé mortellement,
n'ira pas plus loin que cette
nuit, Baudumant , Brigadier de
GALANT. 247
jour , bon Officier, qui s'eft plufieursfois
diftingué , eft auffi dangereufement
blessé.
Aprés que les Troupes ont efte
paßées , on s'eft mis en bataillefur
plufieurs lignes , & on a marché
aux Ennemis, qui s'y estoient auffi
mis de leur cofté , pour donner le
remps à leur Infanterie de ſe retirer.
s'eftfaitde tres belles char
ges de part & d'autre , mais le
Comte de Cogni en a fait plu
fieurs à la tefte de la Cavalerie,
avec beaucoup de valeur & de
conduite. Genlis a fait auffi mer
veilles , auſſi bien que le bon hom-
X iiij
248 MERCURE
1.
me Quinçon , qui a eu deux coups
de pistoler & de fabre dans fon
chapeau . Il avoit auſſipaßé à la
tefte des Carabiniers.
4
}
r
*
Mle Marquis de Cambouty
fait àfon ordinaire . Te ne puis
dire à V. M. affez de bien des
Carabiniers , & de leurs Offi
ciers , mais fur tour du Cheva
lier de Courcelle , qui s'eft conduit
en homme de valeur , & s'eft difftingué
trois fois dans cette occafion.
Les Grenadiers y ont fait dès
chofes extraordinaires , fur tout
dans le paffage de la Riviere,
Enfin tout le monde a cherché à
GALANT. 249
faire connoiftrefon zele à Voftre
Majesté.
M³ de Chazeron a fait tout
ce qu'on peut attendre d'un hom
merite, & M® de Saint me del
Silvestre ne peut eftre trop loué
en tout ce qu'il afair .
L'Armée de V. M. afuivi
celle des Ennemis pendant quatre
heues de France , la Cavalerie
d'Espagne tournant tefte fortfou
vent , celle de VM, la char.
geant & pouffant toujours devant
elle.
Lorsque j'ay un que le chemin
par lequelnous poursuivions
les Ennemis , eftoit devenu un de250
MERCURE
filé de deux à deux depuis plus
d'une demi lieuë , e que cela augmentoit
, j'ay crû qu'il eftoit temps
de moderer l'ardeur des Troupes
&des Officiers , & de fonger à
ne pas gâter une affaire fi ben
reuſe.
Les Ennemis ont perdu leurs
Equipages, parmylefquels eftoient
ceux du Viceroy de Catalogne, &
les Soldats ont pris tous fes Papiers.
Les Eſpagnols ont abandonné
toutes leurs munitions de
guerre & de bouche . On a trouvé
des avant trains & des affurs ;
ce qui me fair croire qu'ils ont
enterré leur Canon , que je vais
GALANT. 251 .
faire chercher. On apris cinquan-
·
te charettes de vivres .
l'envoye àV M.feize Dra
peaux , je croy qu'ily a deux
mille deux cens Prifonniers , du
nombre defquels eftle Marquis de
Grigni , autrefois Comte de Buy,
General de leur Cavalerie , & le
CommiffaireGeneral du Tercedes
Allemans , & plufieurs Mestres
de Camp & Capitaines ,
l'auray l'honneur d'envoyer
un eftat au juftè à V. M. de ce
qu' Elle a perdu, qui juſqu'à cette
heure ne va pas à trois cens hom.
mes, parmy lesquels il y a des
Officiers degrandmerite; fçavoir
252 MERCURE
le Marquis de la Salle , Briga.
dier, tué en rompant un Bataillon
avec fon Efcadron. Sibourg
de Solus , qui a fait de tres belles
charges avec fon Regiment , ya
efté blessé.

Les Espagnols ontperdu beaucoup
de monde , & ily en a au
moins quatre à cinq mille , tant
tuez que bleffez.
l'ay esté fort content de du
de Ferrand , qui ont Breuil
tres bienfervi dans leurs emploi s
m'ont efté fort utiles.
Lapara , qui m'a fervi d' Aide
de Camp , en attendant qu'ilfaffe
un autre employ , s'en est trèsGALANT
253
bien acquitté. Ce fut luy qui alla
hier reconnoistre le gué avec le
Chevalier de Cheladet.
le ne puis dire affez de bien
des Officiers Generaux, & des
Troupes de V. M. Longueval ,
Prechac , Preignac font tresmortifiez
de n'avoir pu charger
comme les autres , à caufe des
poftes où je les avois mis.
L'affaire a commencé · à
pointe du jour , entre trois &
quatre beures , & n'a entiere-
13.
ment fini qu'à onze heures du
matin .
Par ce que j'ay d'Espagnols ,
&par oe qu'ont rapporté ceux
254 MERCURE
དེས་ཨ་ །།
qui me donnent les meilleures nouvelles
, ils avoient plus deferze
mille hommes.
La Riviere du Ter a plus de
cent vingt toifes delarge. Il -vandroit
bien mieux en paffer une à
la nage , que d'avoir à paffer celle-
·là , dont le fond cft un fable
{mouvant , où l'on se perd aisément.
Cependant toute l'Infanterie
l'a paßée, ayant de l'eau
jufqu'au deffus dela ceinture.
le vay travailler à remettre
•un peu l'Armée, qui eft tres fatiguée
, je me rendray devant
Palamos , dont je croy que le
Siege nefera pas long; & enGALANT.
255
G
fuite je feray de mon mieux pour
executer les ordres de Voftre Ma.
B
jesté.
Cette Lettre fut apportée
au Roy par Mile Marquis de
Noailles. Sa Majeſté la reçût
avec beaucoup de joye , mais
avec la moderation qui luy
eſt naturelle , & ſes premiers
foins eftant toûjours de faire
rendre des Actions de graces
à Dieu , Elle écrivit la Lettrefuivante
à M' l'Archeveſque
de Paris.
256 MERCURE
Mia
ON Couſin. A peine
la Campagne eft- elle
commencée , que je reçois la nouvelle
d'une Bataille gagnée par
mes Troupes en Catalogne le
vinpt feptiéme du mois dernier ,
fous le commandement
de mon
Coufin te Marefchal Duc de
Noailles. Il forma le deffein le
jour precedent d'attaquer l'Armée
Espagnole , retranchée de
l'autre cofté du Ter ; toute mon
Arméepaffa la Riviere à la vûë
fous le feu des Ennemis Ils
furent forcez dans leurs retranchemens
, mis en deroute , pour-
""
GALANT.
257
E
fuivis pendant quatre lieuës , &
mon Armée ne s'arrefta que quand
des defilez
impraticables les luy
eurent derobez. Leur perte eft au
moins de cinq ou fix mille hommes
tuez, ou faits prifonniers Ils ont
abandonné leurs Equipages , leurs
Munitions ont efté enlevées , ja-,
mais Victoire n'a efté plus complete
Fay lieu de croire , qu'un
fi heureux
commencement, m'annonce
des fuites encore plus heureuſes
, nonfeulement dans la Catalogne,
mais dans les autres lieux
où je fuis obligé de porter mes
Armes ; & que
l'Espagne infenfible
aux coups qu'on luy porte
Juin 169 4 .
Y
258 MERCURE
dans des lieux trop éloignez , ne
le fera pas à ceux qu'elle reçoit fi
prés du coeur de fes Eftats . Des
marques fi vifibles de la protection
finguliere que Dieu donne à
la justice de mes Armes , m'obli
gent de luy en rendre graces , &
de luy en demander la continuation
Ceft pourquoy je vous écris
cette Lettre pour vous dire que
mon intention eft , que vous faffiez
chanter le Te Deum dans
l'Eglife Cathedrale de ma bonne
Ville de Paris , au jour & àl'beule
Grand Maiftre , ou le
re
que
Maistre
des
Ceremonies
vous
dira
de
ma
part
; &
je
donne
GALANT. 259
"
ordre à mes Cours d'y affifter en
la maniere accoustumée. Sur ce ,
je prie Dieu qu'il vous ait , mon
Coufin , enfa fainte digne gar
de. Ecrit à Versailles le 7. Juin
1694. Signé , LOUIS , & plus
bas , Phelypeaux.
Le Roy pour marquer la
fatisfaction que le gain de
certe Bataille luy avoit donnée
, nomma M' le Marquis
de Noailles , qui luy en avoit
apporté la premiere nouvelle ,
Marefchal de les Camps &
Armées , & luy fit donner une
groffe gratification pour les
Yo ij
260 MERCURE
frais de fon voyage. Cependant
on commença à avoir
d'éclairciffement de la plus
Bataille , dont M de Noail
les n'avoit donné que la fim .
ple nouvelle , tant parce qu'il
eft difficile d'entrer dans tout
le détail d'une fi grande action
, le mefme jour qu'elle
s'eft donnée , que parce que
M' de Noailles qui avoit efté
l'ame de tout , n'en pouvoit
donner , fans marquer tout
ce que fa prudence & la valeur
avoient fait en cette occafion
, ce qui ne s'accordoit
pas avec fa modeftie . Voicy
GALANT. 261
F'extrait d'une Lettre par ou
l'on commença d'apprendre
avec un peu plus de détail
ce qui s'eftoit paffé en cette
Bataille.
Lam
Es Ennemis qui estoient
campez de l'autre costé de
la riviere du Ter , ont affuré
qu'ils eftoient sooo . chevaux &
15ooo . mille hommes de pied , com
mandez par le Duc d'Escalona
autrement le Marquis de Villie
( nez , Viceroy de Catalogne , lequel
s'estoit difpofé à la confervation
de trois Guez principauxfur
lefquels non feulement il s'eftoit
262 MERCURE
retranché , & y avoit mis du
Canon , mais mefme il s'y estoit
ménagé deux feux fuperieurs aux
retranchemens
par des Dunes &
des hauteurs qui fe trouvoient
fur le terrain , beaucoup plus éle
ées que les retranchemens mes
mes , que les Ennemis avoient
remplis de leur Infanterie , &
dont il fortoit un tres grand feu
Cette Infanterie eftair foûtenue
de leur Cavalerie , toute leur
difpofition eftoit auffi bonne qu'elle
pouvoir l'eftre pour une deffenfe
tres rigoureufe.
Noftre Armée eftoit encore fort
doignée de Verges, quand M le
GALANT. 263
Maréchal de Noailles appercent
que les Ennemis eftoient "dedans.
Auffi toft il ordonna à Mle
Comte de Cogny , Lieutenant
General , d'entrer dans le Village
avec les Miquelets de fon Ar
mée , qui marchoient ce jour là à
la tefte de tous , & il les fit fou
tenirpar trois troupes de Dragons
qu'il ordonna à M le Marquis
de Cambout d'y mener.
Les Ennemis fe retirérent à
l'approche de ces Troupes & re
pafferent la Riviere auffi - toft.
M le Marefchal paffale Villa.
ge fuivi de quelques Troupes de
Dragons & de Carabiniers , ¿
264 MERCURE
alla vifiter luy mefme la Riviere
qu'il refolut de paffer à un gué
qui eftoit fur la gauche defon Armée
, du cofté de Torroella de
Mongri,& qui eftoit pourtant
tres difficile ; mais c'eftoit l'endroit
le plus propre , à ce qu'il luy paroiffois
, à manierfes Troupes &
fon Artillerie fans aucune confufion.
Il rentra incontinent aprés
dans le Village , & envoya ordre
à M Dandigny de faire avancerfon
Artillerie . Il avoit refolu
de commencer l'attaque ce jour-là ,
mais toute fon Armée n'ayant
pû arriver aßez à temps , il
remit
GALANT. 265
remit l'affaire au lendemain 27.
·Cependant les deux. Armées fe
canonnoient de part & d'autre,
se qui dura le reste du jour , fans
autre fuccés pour les Ennemis
que quelques chevaux du Regi-
・ment de Dragons de Bretagne
tue , & des Carabiniers , quelques
Grenadiers , mais par un
Officier que l'Aide - major des
Fufiliers:
Le lendemain, fi toft que lejour
parut , M le Maréchal fit mettre
en bataille le long de la Riviere
les Carabiniers , qu'il vouloit
faire fervir les premiers , ayant
à leur tefte Mrs de Chazeron
Juin 1694.
Z
266 MERCURE
de Quinfon . Les Carabiniers
estoient foutenus de buit cens Gre
nadiers de l'Armée , ayant à leur
* tefte M de S. Silvestre , qui fe
mit feul à cheval dans la Riviere,
les guidant les encourageant
fous un feu terrible de mouſqueterie
.
&
Avec les Grenadiers eftoit le
Bataillon de Dragons à pied de
La Reine d'Angleterre , faivi
& de la Brigade des Dragons de la
Salle, tout de fuite par la
gauche , des Brigades de Cavaled'Infanterie
felon l'ordre rie
de leurs campemens.§ 5
Dant cette difpofition ils fe
GALANT 267
jetrerent tous à l'eau en mefme
temps avec une valeur fuxpre ·
nante. Les Ennemis les reccurent
avec de grands bruits de Tambours,
de Trompettes & de Hauthois
, montrant toute la fierté
- poffible , mais les Troupes du Roy
les attaquerent de mefme . Tous
les retranchemens furent empor-
Stez malgré leurgrand feu .Toute
I'Infanterie qui y eftoit fut tail-
Vée en pieces , &la Cavalerie qui
la foutenoit eut le mesme fort,
Aufortir de ces retranchemens
on entra dans une grande plaine,
où l'on trouva la Cavalerie des
Ennemis en bataille. On fut long.
Z ij
268 MERCURE
temps pour aller à eux , à cause
d'un grand Ruiffeau de plus de
vingt pieds de large par le haut
de plus de dix par le fond,
qu'ilfallois paffer fur deux ponts
fort eloignez les uns des autres
où l'on ne pouvoit paffer que
deux à deux , mais malgré tant
d'obſtacles , tous ces défilez eſtant
paffez , l'on chargea cette Cava
lerie avec tant de vigueur , &on
la battit de telle maniere , qu'elle
paffa une haye , un foßsé , & un
chemin impraticable à d'autres
chevaux qu'aux leurs , & fejetta
dans le Village avec un defordre
une confufion tres-grande. Ils
GALANT 269

perdirent beaucoup d'Officiers
reforme & M du Buy, com→
mandant leur Cavalerie , & un
de leurs Commiffaires Generaux,
furent faits prifonniers . M de
Sibourgfut blessé à cette charge à
la tefte de fon Regiment.
***Auſſi, coſt Me le Maréchal
donna ordre à M™ du Cambout
d'entrer par la droite dans ce
Village avec les Dragons , &
d'en occuper les maiſons, où deux
Bataillons rouges des Ennemis
paroiffoient vouloirfe pofter pour
faciliter leur retraite , mais ces
Bataillons ne prirent pas ce partilà
, voyant qu'on alloit s'en empa-
Z iij
270 MERCURE
rer. Ils tâcherent à rejoindre leurs
Troupes par desbayes , des foffez "
des chemins où les chevaux ne
pouvoient paffer.
>
On ne laiffa pas de les pour
Jaivre , & Mrs de Cogny & de
Genlis ayant ramasé quelques
Efcadrons de Dragons & de Cavalerie
, ils pafferent le Village ,
rejoignirentMrdu Cambout,
avec lequel ils poufferent cette
Arriere gardejufquefur les hauteurs
pendant trois licues , pri
rent & tuerent quantité de gens ,
pillerent tous leurs équipages leurs
Mulets , & toutes leurs cha
rettes d'Artillerie ; aprés quog'ils
GALANTA 271.
revinrent
joindre Mr le Ma.
réchal comme il leur avoit en
voyé dire.
Il y a eu dans cette occafion
trois mille cinq cens Prifonniers ,
un grand nombre de ruez, & l'on
peut dire
dire à l'honneur de Mr le
Chevalier de Courcelles , qu'il s'y
eft extrémement distingué , car
outre que c'est luy qui a paßé le
premier la Riviere à la teste des
Carabiniers , il a chargé plufieurs
fois avec toute la distinction poffible
, tant par fa valeur que par
fon experience & fa conduite ,
il a mefme tué à coups d'épée
l'Officier des Ennemis qui ſe pre.
Z iiij
272 MERCURE
.
Jenta fur le bord de l'eau , e qui
Te collera avec luy
..
CNX OR
L'on a pris tous les équipages.
des Ennemis , celuy du Viceroy ,
la Vaffelle d'argent de Mr le
Marques de Conflans , toutes les
Tenies de l'Armée , feize Dra.
peaux, toutes leurs poudres.
Nos Troupesfont riches de leurs
dépouilles .
Nous ne pouvons pas fçavoir
à quoy fe monte leur perte , mais
les Trompettes des leurs qui font
revenus , affurent que cette af
faire leur coûte juſques à preſent
Sept mille hommes qu'ils trouvent
de moins dans leur Armée. L'éGALANT.
273
pouvante eftoit fi grande parmy
eux , qu'une Compagnie & Infan
terie Napolitaine s'eft venue renbagages
prifonniere dre armes
de guerre à Rofes.
291 291 .
Voicy une Relation plus ample
& dont la lecture ne vous doit pas
donner moins de plaifir . ,
L
" Armée du Roy ayani féjour
né le 25. de May au Camp
de San Pere Pescador
pour acheverfes ponts, afin de paffer
la Riviere de Flavia , en par
tit le 26, à deffein d'aller camper à
Torroella de Mongri , & de faire
enfuite des ponts pour paffer la Riviere
du Ter , qui eft de plus de
1
4
3
274 MERCURE
cent toifes de largeur , & dont le
fond est de fable mouvant , particu .
lierement dans cette faifon
ou
les plaies font frequentes ou
les neiges fondant dans les Montagnes
grofiffent les Rivieres , &
remuant tous leurs fables ; de force
que jufqu'à ce qu'ils foient affaiffez
& raffermis , les guez n'enfont pointy
pranquables. Mr le Maréchal de .
Noailles n'eût pas plutòs paffè lan
Fluvia , qu'il aprit que les Enne
mis avoient tiré toute l'Infanterie
des garnifons de leurs Places , &
raffemblé toutes leurs forces avec
toute leur Cavalerie au delà , du
Ter , & qu'ils bordoient cette Ri- x
vierepour nous en difputer le puffa
ge. Noire avant - garde décou
vrit fur les éminences près de Verges
quelques Troupes ennemies qui
GALANT. 275 €
avoient paffè la Riviere , & qui ›
La repafferent d'abord à un gue
qu'il y a fans nous attendre,magvgj
Nous nefumes pas plutôt arrivez
à Verges , que nous reconnumes que
les Ennemis fe retranchoient au de
là de la
sre,
vis
-
à
-
vis
da
Gué
.
Mr le Maréchal fit fuivre la
Rivierejuſqu'à Torroella , pour reconnotive
des guez & des Ennemis✨
qui étoient poftez de l'autre côté à
un quart de lieué au deßus . On
irouva le gué d Encol où les En-R
nemis fe retranchoient pareille-\
ment , & d'où ils rent grand
feu fur ceux qui les vinrent reconnoiftre.
Ils firent la même chose au
Gué Douilla , vis a vis duquel le
Vice- Roy de Catalogne avoit fon
quartier. Ademie lieue plus bas,
on irouva le Gué de Torroella , der276
MERCURE
qui
3
riere lequel les Ennemis fe retranchoient
auffi , mais il ne nous parut
pas fi bien gardé & garni de monde
que les autres, & fur le raport
en fut fait , on crût que l'on
pourroit avoir plus de facilité de
forcer le paffage dans cet endroit.
là qu'ailleurs. Pendant ce temps
le Canon & la tefte de Infantevie
arriverent à Verges. On fit
avancer le Canon fur le bord du
Gué, d'où l'on commença de canonner
les Ennemis qui étoient en ba
taille de l'autre côté , & qui réa
pondirent par quelques pieces de
Canon qu'ils y avoient . On refolut
de forcer lepaffage de la Riviere;
mais ilfalut attendre pour cela que
toute l'Infanterie fût arrivée. On
trouva même à propos de changer
Lordre de Bataille , fuivant lequel
GALANT 277
les Troupes avoient marché ,
d'entremefler les brigades de Gava-
Lexie & d Infanterie . La brigade
des Carabiniers & tous les Grenadiers
de Armée furent pofteza
baile droite , vis à- vis le Gué de
Vergess fur lequel les Ennemis
paroiffoient avoir le plus d'atten
tion , on étendit le reste de l'Armée
jufque vis-à-vis le qué Doüilla
, vers lequel les Ennemis avoient
encore du Canon .
-> Tout le monde avoit grande en
vie de combatre , mais cela ne fe
put faire , la nuit s'approchant ,
& les Troupes venant d'arriver
fans avoir eu aucun repos. Ainfi
on refolut de remettre l'affaire au
lendemain , & comme on avoit rea
marqué pendant le reste du jour que
les Ennemis s'imaginoient que nous
€278 MERCURE
avions deßein de paffer le gué à erges
, cù noftre Artillerie eftoit poftee
& d'où elle avoitfait un fort grand
feu , Mr le Marefchal trouva à
propos de dérober une marche pendant
toute la nuit , & de faire paf
fer tous les Carabiniers , tous les
Grenadiers & le Canon fuivis de
tokie l'Arméejufqu'à Torroella de
Mongri . Certe marche réuffit parfaitement!
Le 27. à la petite
pointe du jour les premieres Troupesfe
mirent en Bataille le long de
cegué , & pafferent la riviere heureufement
, malgré le gros feu des
Ennemis qui avoient trois Batail-
• lons retranchez à l'autre bord , foûtenus
de dix Efcadrons.Toute l'Infanterie
fut d'abord taillée en pieces
& prifonniere de guerre. La Cavalerie
branla au premier mouvement
23
3
GALANT. 8279
de nos efcadrons de Carabiniers qui
marchoient à elle , & lâcha le pied.
Onles fitfuivrepar lepremier efcadron
, & par le Regiment de Dra-
-gons de la Salle que l'onfit déban.
\der fur ces fuyards. Cependant nos
Troupes qui paffoient toujours à
force formerent d'abord deux lignes
de vingt escadrons , pour eftire
en effat de foutenir les Ennemis qui
Svenoient au ſecours de ce pofte avec
une bonne partie de leur Cavalerie
Sau grand trot , mais ils virent à la
-fin qu'il n'eftoit plus temps , & nos
gens s'avancerent vers eux bien en
bataille , l'Infanterie entre - meſſée
Sdans la Cavalerie. Les Troupes
- continuant toujours de paſſer , & de
fe mettre en bataille à mesure , les
Ennemis ne fongerent plus qu'à la
retraite , & de fauver ce qu'ils
a
280 MERCURE
pourroient de leur Armée , en regagnant
le chemin de Gironne . Nas
Troupes ayant remonté la riviere à
leur droite en les fuivant , trouverent
une partie de l'Infanterie ennemie
dans un bois qui eftoit à la
deffenfe du Gue Dailla . On la prit
en flanc, & voulant faire ferme à
l'arrivée des Dragons de la Salle
& des Grenadiers de l'Armée , aufquels
on avoit joint les Dragons à
pied de la Reine d'Angleterre , elle
fut auli taillée en pieces & faite
prifonniere. Mr le Marefchal donna
ordre auffitoft aux Brigades de
Cavalerie Infanterie de l'Armée
qui eftement à portée de Guè , de
le paffer, & ily paſſa luy mefme
la tefte pourpouvoirfuivre les Ennemis
de plus près , & avec plus de
Troupes. Deux Colonnes y paleGALANT.
281
rent à la fois , une de Cavalerie &
Pautre d'Infanterie , de mefme que
l'on avoit fait à Torroella . Les Ennemis
pendant ce temps - là fe remirent
en bataille vis à vis de Verges
Cavalerie & Infanterie , ayant
devant eux un Canal fort profond ,
& les bords fort relevez. La Cavalerie
ne pouvant paſſer ce canal
que par un feul Pont , qui eftoit fur
la gauche , les Grenadiers le pafferent
comme ils purent en defcendant
remontant les bords avec bearcoup
de peine , & pendant que la
Cavalerie defiloit fur le Pont , les
Ennemis profiterent de ce temps pous
fe retirer. On ne laiffa pas de ler
fuivre , quoy que le Pays fe fois
rencontre fort entrecoupe de peritt
canaux. Les Ennemis avoient outre
cela plufieurs hauteurs avec des
Juin 1694.
A a
282 MERCURE
a
Villages dont ils profiterent, mais
la terreur eftoit fi grande parmy
eux que fept de leurs efcadrons
avec un bataillon à la droite , &
un à la grache , ayant efte fuivis
par trois efiadrons de Carabiniers,
ils furent obligez de combattre
& plierent après un rade choc A to General
de la Ca
lequel
valerie Espagnole , & le Com
milfare General qal y combattoient
demeure rent prifonniers . L'Infanterie
fe jeita dans des chemins creux,
où nous ne trouvames pas à propos
de la forcer , que nous n'eullions de
1 Infanterie arrivée , ce qui luy donna
le temps de fe retirer dans la
montagne & dans les bois. On continua
de fuivre les Ennemis dans
ces montagnes , où ils acheverent
defe retirer à la débandadı , ayanı
GALANT 283
abandonne une partie de leur bagage
qu'ils avoient euveye devant
eux, & qui fut pille . On fuivit encore
quelque temps les Ennemis , &
aprés avoir fait quantité de prifonniers
& les Troupes eftant fort fanjerske
tiguées , on jugea à propos de revenir
camper dans le Camp des Ennemis
, où l'on trouva encore une par
tie de leurs bagages , plufieurs tentes
, la vaiffelle d'argent & la caffette
des papiers du Viceroy. On ne
fait ce que leur Canon eft devenu
eftant impofible qu'ils l'ayent emmene.
Le nombre des Prifonniers
eft de plus de trois mille jufques à
prefent. On compte qu'ils ont perdu
la moitié de leur Infanterie dans
cette occafion, il y a eu feize Drapeaux
de pris , & nous avons eu
deux cens cinquante hommes de
2
A a ij
284 MERCURE
tuez ou bleffez . Qu vient d'apporters
encore deux Drapeaux pris fur les\
Ennemis.setimas cob 605 a fo
Vous verrez dans l'Extrait fuivant
que celuy qui a écrit la Lettre dont if
a efté tiré , fe plaift à rendre juftice .
Il est bon de vous parler de nos
Generaux en gros & en détail, &je
commence par M. le Noailles qui
prend aufi bienfon party , & avee
autant de bravoure qu'aucun Ge.
neral. Il a conduit cette affaire
avec beaucoup de tèse , ayant don .
né le change à fes Ennemis pendant
le 26 à fa droite , leur faïfant crois
re qu'il les vouloit attaquer, par
cet endroit -là. Cependant il nous
a amenez toute la nuit à la gauche
a donné les ordres avec tant
d'exactitude & de regularité , que
7
GALANT.1 28
tout s'efts trouvés au temps qu'il a
fonbaite au paffage de la Riviere,"
où il a efté des premiers à effuyer le
fen comme nous -mêmes fans aucune
inquietude. Il a palle le Ter après
nos Efcadrons pour donner fes ordres
, & s'eft trouvé à toutes les
charges , & par tout où il s'eft
paffe quelque chofe. Mr de Quinfun
qui étoit de jour à la tête de
notre Cavalerie, y a fait à fon or-\
dinaire en tres- brave homme , &
Mr le Comte de Cogny y a brillės,
s'étant mis à la tefte de trois petites
troupes. Mrde Chazeron eft celuy
qui les a fait poufferfort vertement ,
difant qu'il falloit tout tuer il
eftoit toûjours à la tefte. Mr de
Saint Silveftre qui avoit fon pofte
à l'Infanterie, a paſsé la nuit avec
les Grenadiers , avec la plus gran
286 MERCURE
38
de bravoure du monde , Nos Ma
refchaux de Camp ne s'y font point
endermis , puifque Mr du Bourg
qui eftoit de joury a receu un coup de
feu à travers le corps , qui luy a perce
lespoumons de part en part, Mrle
Comte de Druy , noftre General de
Cavalerie , fut blessé comme luy à
la tefte dans la Riviere. Il y a
eu trois Officiers de Grenadiers
suez , dont l'un eftoit Capitaine &
les autres Lieutenans . Les Cas
&
rabiniers y ont perdu Mr de Mon
tifroy Capitaine. Mr de Rouffe ,
auli Capitaine , y a eu un grand
coup de Moufquet dans le ventre .
Mrs le Chevalier de Villelongue ,
& le Baron de Ville , ont une contufion
au genouil. Cing Lieute .
nans des mêmes Carabiniers y ont
efté bleffex , quatre Cornettes &
GALANT 287
quelques Maréchaux des Logis ,
Leurs bleßures font confiderables &
La plupart des balles des Ennemis.
Seftant trouvées großes commes des
oeufs. & put sæp
4
Peut-eftre trouverez - vous l'exa
geration un peu forte , mais il eſt
conftant qu'on en a trouvés qui pe
foient plus de quatre onces , & que
F'on en peut mettre de fort groffes
dans des Arquebufes à croc ; les
Efpagnols en avoient beaucoup.
Ce qui fuit achevera de vous faire
connoiftre que l'Armée des Eſpas
gnols eftoit nombreuſe & compofée
de fort bonnes Troupes . Je l'ay
tités d'une Lettre d'une perſonne
digne de foy . It als meand
Nous devons remercier Dien
d'avoir confervé noftre General
dans une aufi grande altion que
288 MERCURE
celle qui fe paſſa hier. On peut mefme
dire tres-grande, à caufe des dif
ficulter qui fe rencontroient dans
Lexecution. Mr de Noailles a furmonté
tout cela , avec fon applica
tion ordinaire. Le lay entendu animer
les Troupes qui ont bien fait
& ont bien répondu aux honneſtelez
qu'il leur faifoit. C'est beaucoup
entreprendre , & on ne voit quere
qu'une Armie paſse une riviere devant
une autre qui eft retranchée
de l'autre cofé , & de peu moins
forte que celle qui veut passer.
Si Mr le Duc d'Escalona enft
attendu qu'on euft efté attaché a
quelque Siege , il auroit pù beau
coup incommoder avec une Armée
auſſi nombreuſe & d'assez bonnes
Troupes. Ie vous écris ce que j'en
fçay , enayant vù une bonne partie.
11
GALANT
289
Il eft certain que
l'Armée que
le Duc
d'Escalona
commandoit ,
eftoit forte. Le Confeil d Eſpagne
s'eftoit appliqué depuis une année,
à la rendre
confiderable , & elle
venoit d'eftre
renforcée de quatre
à cinq mille hommes
nouvellement
débarquez par les Vaiffeaux Efpagnols
; en forte que toutes leurs
troupes eftoient jointes , à la refet .
ve de trois mille hommes de celles
d'Andaloufie. Il n'y avoit point de
Milices dans cette Armée , ce qui
eſt fort
remarquable. Si elle ne
s'eftoit pas cruë en estat de vaincre
, elle n'auroit pas attendu la no .
ftre, ny donné une espece d'aubade
avec des Mufettes , lors que les
François
commencerent
à entrec
dans le Ter. Ils avoient raifon
leurs troupes eftoient bonnes , &ti
Juin 1694. Bb
290 MERCURE
en nombre fuffifant pour nous ar
refter. Elles eftoient retranchées
& pouvoient défaire en détail des
troupes fatiguées du paffage de la
Riviere , qui avoient déja effuyé
plufieurs de leurs décharges fans"
pouvoir le défendre , & qui devoient
eftre peu en eftat d'agir , à caufe de
la pefanteur que , l'eau donnoit à
leurs habits ; mais elles eftoient
Françoifes , & cela balançoit bien
tous les grands avantages des Ennemis
. Comme ils ont été battus ayant
que la meilleure partie de noftre Are
mée euft achevé de paffer, il demeure
conftant qu'encore qu'ils fuffent
retranchez , ils n'ont pas laiffé
d'eftre défaits par des troupes beaucoup
moins nombreufes , fatiguées ,
moüillées , & découvertes . On doit
auffi remarquer , qu'aprés le paffage
GALANT.
29r
du Ter , nos troupes furent encore
obligées de traverfer un ruiffeau
plus difficile que cette Riviere , à
caufe de la hauteur dont fes bords
eftoient efcarpez; d'un foffé qu'il
falloit paffer un àun , & d'un pont
où il ne pouvoit paffer que deux
hommes de front devant une ligne
des Ennemis en bataille , Cependant
on a forcé tant de paffages &
de retranchemens , fans perdre de
monde , car le peu que nous avons
eu de morts & de bleffez n'eſt
prefque rien , fi on le compare au
grand avantage que nous avons
remporté. C'est ce qui met en eſtat
de jouir de la victoire , & de faire
des conqueftes. Il n'y avoit que fix
jours que les Ennemis eftoient affemblez
quand la Bataille s'eft donnée.
Cela fait voir que Mr de
Bb ij
292 MERCURE
Noailles n'a point perdu de temps à
les poutfuivre, Son- application a
égalé la fatigue qu'il s'eft donnée ,
ayant demeuré trente- cinq heure's
à cheval , Entre les Regimens d'Infanterie
ennemie qui ont efté entierement
défaits, du nombre defquels
font ceux qui gardoient les guez ,
on compte le Regiment de Gre
nade , & celuy d'Arragon. Les Pri..
fonniers ont tous dit qu'ils avoient
efté furpris de la diligence de Mr de
'Noaille , & que le butin qu'on afait
fur eux , peut monter à un million
ou environ . On affure qu'il y a des
Regimens qui ont profité de plus de
On a
quatre-vingt mille livres .
trouvé des mulets chargez & attachez
au Piquet, Plufieurs Fantaffins
en ont donné la charge pour deux
ou trois piftoles , fans fçavoir ce

GALANT. 293
qu'elle contenoit . On campa aprés
le Combat dans le champ de Bataille
. Le 30. on envoya par mer à
Colioure deux mille fept cens Prifonniers
, & il en refta fept cens de
bleffez au Camp . Je dois ajoûter
icy à la glotre de ceux qui le font
fignalez , que milord Clare , qui
commande les Dragons de la Reine
d'Angleterre , les mena au combat
avec beaucoup de valeur & de conduite
, & fit tout ce que l'on pou
voit attendre d'un auffi brave hom
me que luy , en chargeant plufieurs
fois les Ennemis .
Mr le Comte d'Ayen a toujours
agi avec une valeur & une intrepi
dité beaucoup au deffus de fon âge.
La Brigade d'Alface, à la tefte de la.
quelle eftoit Mr Regnac , fut la pre.
miere troupe d'Infanterie qui paffa la
Bb jij
294 MERCURE
riviere pour foutenir les Grenadiers.
Mrde la Caloniere , un des Gen.
tilshommes de мr de Noailles a efté
bleffé au vifage , & мr le Chevalier
de la marche , Capitaine des Grenadiers
, a efté tué.
Mrle Commandeur de Courcelles
à la tefte de deux Efcadrons fut receu
par quatre ou cinq Eſcadrons Ennemis
au bord de l'eau. Il fe mêla parmi
eux l'épée à la main , & les repouffa
environ trois cens pas dans des gorges
de Dunes.
Le ſecond eſcadron des Carabiniers
, commandé par мr de Guittorin
, Lieutenant Colonel , ayant
pris la droite de l'eſcadron de мrde
Courcelles, ils firent plier les Ennemis
, qui s'eftant ralliez derriere des
rideaux voulurent encore faire ferme
, mais ils prirent enfin la fuite ,
difant que c'eftoient des Bouchers.
GALANT. 295
Enfin les Carabiniers avec le Regiment
de la Salle , poufférent la Cavalerie
Espagnole pendant prés de
trois quarts de lieuë, mais comme ils
ne fuffifoient pas pour remplir une
Plaine , où tous les ennemis s'étoient
rafsemblez en Corps de Bataille , ils
firent alte , & ayant efté joints des
Brigades de Noailles & de Sibourg ,
ils marcherent à eux tout de front ,
& comme le pays fe refferroit , ils
firent marcher les Carabiniers qui
pafferent les défilez en leur prefence ;
ce que les Ennemis laifferent faire
fort tranquillement , & fi toft qu'ils
furent paffez , Mr de Courcelles
marcha droit à eux. Comme il n'avoit
que cinq petits efcadrons , les
Ennemis qui en avoient quinze
vinrent à eux prétendant les engloutir
; mais Mr de Courcelles les
Bb iiij
296 MERCURE
ayant rompus l'épée à la main , &
s'eftant fait jour parmy eux , ptit
Juy.mefme leur General . Sa priſe fit
débander toute leur Cavalerie , qui
ayant pris la fuite , & travetlé un
Village qui estoit fur une hauteur ,
fe fauva jufqu'à Gironne . On les
pourfuivit l'épée à la main pendant
prés d'une lieue. Le Regiment de
Sibourg fe fignala beaucoup en cette
occafion ; car dans le temps que les
Carabiniers cftoient meflez avec
les Ennemis , ils les prirent en flanc ,
ce qui les força de doubler le pas .
Aprés vous avoir parlé de cette
Bataille , je croy que vous prendrez
plus de plaifir à en voir le Plan . Je
vous en envoye un . Je ne vous
affure pas qu'il foit dans la derniere
exactitude , Si j'avois differé à le
faire graver , il feroit peut eftre
plus jufte , mais le defir de fatis.
pu
un
les

GALANT. 297
faire votre curiofité m'en a em
pêché. En voicy l'explication
A Retranchement des Efpagnols
à gauche de leur Camp devant le
gué de Verges .
B Retranchement à leur droite
devant un autre gué , où une
arpartie de l'armée de Roy a paffé,
aprés que le paffage de mongri
eut efté forcé.
C Autre retranchement éloigné de
leur Canon , devant le gué de
Mongri , où l'action s'eſt paffée.
Les Espagnols occupoient le 26.
le terrain d'A & de B , avec un
détachement à C.
Les guez du Ter font de fable
mouvant , où il y a jufqu'à trois
pieds d'eau .
D Leu jufqu'où on a pouffé les
Ennemis .
298 MERCURE
F Lieu où l'Armée du Roy a campé
aprés l'action .
H Lieu où l'Armée du Roy eftoit
en bataille avant l'action .
Le Ruiffeau de Gualta a par tout
24. pieds de large , & fix de profondeur.
Il eft efcarpé des deux
coftez , & le fond en eft bourbeux.
Le 30. Mr de Chaferon , Lieutenant
General , ayant marché tou.
te la nuit , inveftit Palamos fur les
neuf heures du matin,
Mr de Noailles aprés avoir fejourné
deux jours fur le champ de Bataille
, pour faire repofer les Troupes ,
fe rendit devant cette Place , & y
arriva le 3. à midy , avec fort peu de
Troupes , ayant laiffé l'Armée derriere
luy , qui n'arriva que le jour
fuivant. L'Armée Navale , com.
mandée par мr le Maréchal de TourGALANT.
299
1
S
ville , arriva le mefme jour. Il y
avoit cinquante -deux gros Vaiffeaux
, & vingt-cinq Galeres , commandées
par Mr le Bailly de Noailles
, Lieutenant General.
Mr le Marefchal de Noailles établit
fon quartier à Saint Jean de
Palamos fous le feu du canon de
la Place . Un boulet tomba dans ſa
chambre , & alla mourir fur fon lit.
Ce boulet donna en entrant contre
une poutre , dont les éclats le blef
ferent legerement .
1 Dés le mefme jour il reconnut
la Place , & ordonna une batterie
de quatre pieces de Canon aux trois
Croix. C'eft un lieu fort fuperieur
à la Ville. Cette batterie commença
à tirer dés le lendemain . Les Ennemis
firent fortir ce mefme jour une
vingtaine d'Officiers reformez pour
700 MERCURE
venir reconnoiftre fi effectivement
on faifoit une Batterie aux trois
Croix
La nuit du 30. an zi.
Mr de Noailles ordonna une Batterie
de quatre pieces de Canon , &
à droite & à gauche de cette Batte -
rie , des logeméns pour mettre des
Carabiniers , qui ne commencerent
à tirer que le matin du 31. Le canon
des Ennemis tira frequemment ,
mefme fur le quartier general.
Le 31.
-On
fit un boyau
fur un penchant
qui
regardoit
la Ville
. Il fut achevé
la meſme
nuit
, & on mit
le long
de
ce boyau
cinq
pieces
de gros
Canon
& quatre
gros
Mortiers
, qui
voyant
,
à revers
les Ouvrages
de la Ville
,
l'incommoderent
fort. Mr
Dallard
,
Commifaire
d'Artillerie
Y
bleffé
legerement
à la main
.
>
fut
GALANT. 301
La nuit du 31. au 1. de Tuinse
On fit deux autres Batteries
l'une de cinq pieces de feize livres
de boulet , à la gauche des trois
Croix l'autre à la droite , de
huit pieces , avec une Batterie
de quatre mortiers entre les deux.
Les Mortiers commencerent à tirer
fur les onze heures du matin
ils brûlerent un petit magazin de
poudre aux Ennemis dans les dehors
, & renverferent quelques pieces
de leur canon. Un Rendu dit à
Mr de Noailles que la Bataille coutoit
aux Ennemis huit à neuf mille
hommes.
Le ì. Juin.
Le gros
Canon commença à tirer
fur les quatre heures du foir , & à
faire taire le canon des Ennemis,
On avoit fait quelques boyaux de
302 MERCURE
Tranchée pour la communication
des Batteries ....
J'ay oublié de vous dire que la
Place eft reveftue , qu'elle a une bonne
Contrefcarpe , & un bon chemin
couvert , & bien paliſſadé , qu'on en
avoit fait fortir tous les Habitans ,
qu'il y avoit trois mille hommes de
Garnifon , & que le Gouverneur
eftoit un Italien , nommé Pignatelli.
La nuit da 1. au 2.
La Tranchée fut ouverte par deux
attaques , l'une à droite par la Plaine
coulant le long de la Place pour aller
gagner la mer ; & l'autre à la gauche
par une ligne parallele à la Place ,
que l'on tira du boyau qui eftoit le
long de la montagne , & qui venoit
rejoindre la tefte, du Travail de la
gauche.
A l'attaque de la droite мr de Cha
GALANT. 303
"
zeron monta la Tranchée avec Mr
de Famechon , Brigadier , avec le
premier Bataillon de Sault , & un de
Famechon , & мr de Longueval мarefchal
de Camp , avec le premier
Bataillon de Vaubecourt & un
d'Alface montérent à la gauche . Il
n'y eut cette nuit là que quatre Soldats
bleſſez & un Capitaine de milice
tué . On fit quatre cens toifes de
Tranchée. Il y avoit à la droite
douze cens Travailleurs & fix cens
à la gauche.
Le 2.
Les Ennemis firent une fortie fur
les dix heures du matin , de cent
cinquante hommes . Onze rendus
affurérent qu'il y avoit trois mille
hommes dans la Place . Nos' Batte
ries defolérent les Ennemis par mer ,
& par terre.
304 MERCURE
La nuit du 2. au 3 .
La Tranchée fut relevée par deux
Bataillons de Sault à la droite , ayant
Mr de Nanclas pour Officier general ,
& celle de la gauche par le fecond
Bataillon de Vaubecourt , & le troifiéme
Bataillon d'Alface , ayant мr
de Genlis pour Marefchal de Camp.
Il n'y eut pendant la nuit que fix
Soldats tuez , & fept ou huit bleffez .
Trois Officiers d'Alface blefsez , &
Mr de la Vergne Ingenieur bleſsé à
la tefte. Il y avoit à la droite fix
cens Travailleurs , & quatre cens à
la gauche .
Ze 3.
Les premieres Batteries de canon
& de mortiers qui avoient efté faites
fur les hauteurs pour battre les
deffenfes , furent changées pour les
approcher de la Place , d'où elles
GALANT. 305
commencerent à tirer contre un
Baftion , qu'on në jugea pas à propos
de ruiner ; ainfi l'on ceffa d'y
tirer pour s'attacher à faire brêche à
un autre.
La nuit da 3 . au 4.
Les Ennemis firent une fortie &
donnerent dans les batteries , & à
la tefte de la tranchée , où il
y eut
d'abord un peu de confufion. Cependant
Mr le Comte de Coigny ,
quoy qu'il ne fuft pas de jour , s'y
eftant trouvé , remit en peu de
temps toutes chofes en leur premier
état. Plufieurs des Ennemis y
refterent morts fur la place ou faits
prifonniers. On y perdit Mr Masion,
Major du Regiment d'Alface,
qui fut tué avec quelques foldats s
il y eut fort
foldats bleffez .
peu d'Officiers & de
Juin
1694.
Cc
3c6 MERCURE
Caw Le 4*45
On continua toûjours à tirer du
Canon & des Bombes par mer &
par terre , ce qui obligea beaucoup
de foldats ennemis à fortir du chemin
couvert pour fe jetter dans la
tranchée , de maniere qu'il n'y a
point eu de jour qu'il ne s'y en
foit venu rendre plus de quinze ou
vingt .
La nuit du 4. auau 5.
La tranchée fut pouffée jufques
au bas du glacis , & on fit une bat
terie de fix pieces de Canon de
24. fur la droite de l'Attaque pour
faire breche au corps de la Place.
La nuit du 5. au 6.
On ouvrit deux fapes pour embraffer
le chemin couvert de la
Place.
GALANT. 307
Le 6. au foir.
Mr de Noailles difpofa toutes
chofes pour emporter le chemin
couvert. On fit de grandes places
d'armes avec des banquettes pour
fortir en bataille , & de grands amas
de materiaux à la tefte du travail.
Le 7.
A la pointe du jour , les Compagnies
des Grenadiers détachez &
le Regiment de Noailles Infanterie
fortirent de la tranchée l'épée à la
main & la bayonnette au bout du
fufil , & donnerent dans le chemin
couvert qu'ils emporterent . Ils pafferent
enfuite de là dans une Demilune
de terre , & enfin dans la
Ville , par la breche que noftre Canon
avoit faite , tuant tout ce qui
leur refiftoit , & faifant mettre les
Cc j
308 MERCURE
པ་
aimes bas à ceux qui leur demandoient
quartier.
Vous trouverez un détail exact
de la prife de cette Place dans la
Lettre écrite au Roy par Mr de
Noailles. En voicy une copie.
Du Camp devant Palamos , le 7.
à minuit.
SIRE ,

l'ay eu l'honneur de rendre compre
à Voftre Majeftè par l'ordinaire
dus de l'eftat où nous eftions
devant cette Place . On ouvrit
cette mefme nuit deux Sapes , par
lefquelles on continua de marcher
en avant & d'embraffer le chemin
couvert de l'Attaque. La journée
d'hierfut employée afaire de grandes
Places d'Armes avec des banquettes
pour pouvoir fortir en Ba.
GALANT.
309
·
taille , & faire de grands amas de
materiaux à la tefte du Travail.
Pendant ce temps , noftre Artillerie
battoit le Corps de la Place. Le
difpofay hier au foir tout ce qui
eftoit necefaire pour faire l'attaque
du chemin couvert aujourd'huy à la
pointe du jour, ce qui nous a fi bien
réüfi que nos Grenadiers s'en font
rendus maiftres , ont passé plus
avant, & ont trouvè moyen
trer par deux brèches que le Canon
avoit faites , où il ne pouvoit paſſer
qu'un homme de front , & ils fent
entrez dins la Ville.
den-
Mrde S. Silveftre eft arrivé prefque
auffi- toft que les Bataillons qui
eftoient de garde , au bien que
Mrs de Genlis & Nanclas . On ne
peut mieux faire qu'ils ont fait ,
files Troupes de V. M. euffent eu
&
310 MERCURE
ཟི་
befoin d'eftre animées , ellesl'auroient
efté par leur exemple ; mais je puis
aßurer V. M. qu'il ne fe peut rien
ajouter à la vigueur avec laquelle
elles ont execute cette entreprife .
Le Sieur Chelberg , qui monta à la
tefte du premier Bataillon de fon
Regiment , quoy qu'il ne fußt pas.
de jour , y a parfaitement fait fon
devoir. Lappara a tres - bien conduit
cette affaire , & V. M. en doit eftre
fort contente aufli bien que des Ingenieurs
qui font fous lay . Il a eu
deux coups tres favorables , dont
l'un lui apercéfon chapeau, & l'autre
luy a coupé fa cravate. Les Ennemis
ont eu plus de trois cens hommes
tuez, &fix cens pniſonniers , parmy
lefquels font deux Colonels & cinquante
- cinq autres Officiers . l'en
viens defaire partir cinq cent tren»
GALANT: 311
h
te- cinq prefentement , & il en refte
fsixante-dix-huit dans la Ville.
Nous allons travailler à l'attaque
du Chateau , & tâcher de n'y point
perdre de temps, V. M. me permettra
de luy faire faire reflexion
qu'il y avoit trois mille hommes
dans cette Place , qui n'avoient qu'-
un tres- petit front à garder,& j'oferay
en mefme temps luy dire que
parmi les Rendus & les. Prifon-.
niers que nous avons , ily a effectivement
des hommes tres-beaux &
bien faits , & qu'il n'y en auroit
pas de meilleurs, s'ils eftoient bien
conduits . I envoyeray une partie
des Officiers bleffez à Gironne , fur
leur parole. La Compagnie des
Grenadiers de mon Regiment qui a
donné avec les Dragons de la Rei
ne d'Angleterre , y a fait des mer312
MERCURE
veilles , aufi-bien que les autres .
Nous n'avons pas plus de cent cinquante
bleßez de ce Siege , & environ
foixante & dix de tuez Lay
cru qu'il eftoit bon d'envoyer un
Exprez à V. M. pour l'informer de
cette action , qui m'a paru affez
brillante pour cela , & de nature à
ne pas attendre l'ordinaire . Nous
fommes maiftres de S. Felien & de
Quixols , les Ennemis ayant retire
la Garnifon qui y eftoit . I'y ay envoyè
des Dragons jusqu'à ce que j'y
mette de l'Infanterie ; nous y avons
trouvé de l'orge , qui fervira pour
voftre Cavalerie.
Aprés la priſe de cette Place la
confternation continua dans tout le
& les Confuls des environs
pays ,
vinrent
GALANT.
313
vinrent faire leurs foumiffions à
Mr de Noailles. L'épouvante n'eft
pas moins grande parmy les Troupes
que dans le Pays , & l'on a cu
des nouvelles affurées qui portent
qu'aprés le Combat il deferta
quinze cens Soldats des Ennemis
, il eft feur qu'il en a paffé
deux cens à Toulon pour retourner
en Italie . Mr de Noailles
voulant en habile General profiter
de la coufternation de l'Arméc
ennemie , fit ouvrir la tranchée
devant la Fortereffe de Palamos ,
le jour mefme que la Ville fut
emportée . Cette Fortereffe eſt
feparée de la Ville par un fond .
Elle a quatre bons bastions , & il y
avoit prés de deux mille hommes
de garnison . On la battit par mer &
par terre pendant deux jours avec
Dd Juin
1694
314 MERCURE

plufieurs Batteries de canon & de
bombes , & le travail ayant efte
pouffé jufqu'au glacis du chemin
couvert la garniſon affoiblie de
prés de quatre cens hommes , voyant
qu'elle ne pouvoit refifter plus
longtemps aux ravages que faifoient
les bombes , preffa le Sieur d'Avellaneda
, Gouverneur , de capituler .
Il refifta quelque temps , mais enfin
s'y trouvant comme forcé , il fe
rendit le 10. prifonnier de guerre
avec quatorze cens hommes qui
luy reftoient , n'ayant pû obtenir
de meilleure capiculation . Il demanda
à Mr de Noailles la permiſ
fion d'aller à Gironne fur fa parole,
avec les Officiers bleffez . Mr de
Noailles ayent fceu qu'il eftoit malade
, luy accorda cette grace . Ce
Maréchal a mis pour Gouverneur
GALANT 215
dans Palamos , Mr de Nanclas , Bri
gadier d'Infanterie , Mr le Chevalier
de Clais pour Lieutenant de Roy ,
Mr de Pernay , Ingenieur bleffé au
Siege , en qualité de major , & Mr
de Senega pour Commandant dans
la Fortereffe , La veille de fa reddition
il arriva à мr de Noailles quinze
Tartanes & huit Brulots chargez de
boulets , de bombes , de gros canon,
& de mortiers .
Le Roy voulant faire chanter le Te
Deum en action de grace de la prife
de la Ville & du Chafteau de Paliécrivit
la Lettre fuivante à мr
mos ,
l'Archevefque de Paris.
ON Coufin. Ie ne doute
Mia
pas que mes Ennemis euxmefmes
ne fe foient attendus à voir
Ddij
316 MERCURE
la derniere Victoire que je viens de
remporter en Catalogne , fuivie de
prés par la prise de Palamos , &
qu'après la prifede Palamos ils ne
S'attendent encore à des pertes plus
confiderables & plus fenfibles . Ce
font auffi les efperances que cette
Conquefte me donne qui en font le
plus grand prix , quoy que d'ail
lears elle fait accompagnée de cisconftances
aßez glorieuses . La ville
a efté prife d'aßant , quoy que
défendue par plus de trois mille
hommes. Plus de fix cens y ont efiè
tuez & autantfaits prifonniers. Le
refte s'étant retiré dans le Chasteau.
y a esté preßé fi vivement , qu'après
avoir inutilement demandé à
capituler , le Gouverneur & quatorze
cens hommes qui luy reftoient
fe font rendus Prifonniers de GuerGALANT.
317
re.´Le bonhenr de mes Armes ne
fe dement point , & une fi longue
profperité feroit étonnante , fi elle
n'eftoit dûë à la juftice de la cauſe
que je foutiens. C'est pour en rendre
graces à celuy qui s'y intereffe
par des marques fi vifibles de fa
continuelle protection , que je vous
fais cette Lettre , pour vous dire
que mon intention eft , que vous
faliez chantir le Te Deum dans
l'Eglife Cathedrale de ma bonne
Ville de Paris , le vingt - troisième
de ce mois , à l'heure que le Grand
Maitre ou le Maifre des Ceremonies
vous dira de ma part , vous
avertißant que je donne ordre à
mes Cours d'y affifter en la maniere
accouftumée. Sur ce , je prie Dieu
qu'il vous ait , mon Coufin , en fa
fainte& digne garde. Ecrit à Ver-
Dd iij
318 MERCURE
failles le vingt-deuxième Iuin mil
fix cens quatre - vingt - quatorze.
Signė LOVIS , & plus bas Phelyreaux.
La Lettre qui fuit vous fera connoiftre
combien S. M. eſt fatisfaite
des fervices que мr le Maréchal de
Noailles luy arendus .
Lettre du Roy à Madame la Du.
cheffe Douairiere de Noailles .
L
E fervice que le Maréchal de
Noailles vient de me rendre
eft fi confiderable , & peut avoir
de fi grandes fuites , que je ne ſçäü .
rois m'empefcher de vous en témoigner
majoye, & s'ilfe peut , augmenter
la voftre , en vous affûrant que
jay pour luy leftime & l'amitié
qu'il merite , & que je fuis tresfatisfait
de la maniere dont il s'eft
GALANT. 319
conduit. La Bataille qu'il a gagnée
me fait croire que je ne me fuis
pas trompé à ce que j'ay toujours
penfé de luy. C'est en cecy un effet
de vos prieres que je croy que vous
faites de bon coeur pour nous deux.
Dites à Mr de Chalons que jay
auffi grande confiance aux fiennes ,
& que je me réjouis avec luy de ce
que fon Frere vient de faire . Il ne
me reste plus qu'à vous affùrer qu'on
ue peut avoir plus d'efime & de
confideration quej'en ay pour vous
& pour votre pieté . Le croy que
vous ne ferez pas fachés d'aprendre
que j'ay fait le Marquis de
Noailles Marefchal de Camp..
Signé , LOVIS .
Il faut vous parler de la defcente
des Ennemis à Breft , & je com
mence par l'eftat de cette Place.
DJ iiij
320 MERCURE
On a mis une nouvelle batterie de
ix mortiers dans l'enceinte. de la
Ville , qui battent la rade , outre
fept qui eſtoient déja au lieu appellé
Recouvrance , & deux au Chafteau .
On en aauffi mis deux dans le foffé
de la Ville , trois à la pointe des
Espagnols , deux fur l'Ifle longue ,
& deux autres au Portzie . Il y en
avoit déja dix en differens endroirs ,
qui battent generalement toute la
rade de Bertaume & de Camaret.
On a joint à cette précaution contre
le bombardement une nouvelle
batterie de feize pieces de canon &
de fix mortiers fur le rempart de la
Ville en deçà du Chateau , une
autre fur l'Ifle longue de huit canons
& de deux mortiers , & une au Port.
zie de hnit canons de 64. 1. de balle .
Les Vaiffeaux font dans l'enceinte
GALANT. 321
de la Ville , & la Ville a de belles
Fortifications , de fortes murailles , &
de bons remparts , de grands foffez
& tres profonds , coupez dans le roc ,
des Baftions & des Demilunes de
diſtance en diſtance , & le tout tresregulier.
On a eu foin de démafter
les Vaiffeaux de leurs Beauprez ,
afin qu'ils ne tiennent pas tant de
place , & on les a menez le plus
haut qu'il a efté poffible , pour les
éloigner de la bombe . Voila les
nouvelles qu'on receut de Breft
quelques jours avant le bombardement
. La veille , Sa Majefté eut
des nouvelles de мr de Vauban , qui
mindot , qu'il avoit mis les Souterrains
du Chateau à couvert de
la Bombe , qu'il avoit difposè auffi
quatre- vingt- dix mortiers , & trois
cens pieces de canon; qu'il n'y avoit
322 MERCURE
;
;
plus que deux Vaiſſeaux à remon
ter dans la Rivieres que tout le
refte eftoit hors de la portée des
Bombes qu'à l'égard des Troupes
elles eftoient en bon ordre qu'il y
avoit quatorze cens Bombarbiers ,
trois mille Gentilshommes des environs
, quatre mille hommes de
Troupes reglées , & un Regiment
de Dragons qui venoit d'arriver.
C'est ainsiqu'on eftoit preparé à
recevoir les Ennemis lors qu'ils parurent
le 16. à la veuë d'Oueffant ,
d'où on fit les fignaux pour en
avertir, Le 17. on les vit entrer dés
le matin dans l'Iroife . On mit auffi.
toft à la pointe de Minou , & à la
pointe des Espagnols un Pavillon
blanc quarré , & un Pavillon quarré
rouge , fur deux differens bâtons de
Pavillon. Ces fignaux apprivent
GALANT. 323
d'abord que les Ennemis entroient,
& avertirent les Troupes , campées
en differens lieux , de fe mettre en
marche fans attendre d'autres ordres
, & de s'avancer aux lieux de
leur deſtination , les unes vers Camaret
, & les autres vers le Conquet.
Ce fignal eftoit auffi pour
avertir les Milices . Les Paroiffes
ayant fonné le tocfin , tous les Payfans
fe rendirent chez leurs Capitaines
, & marcherent vers la cofte ,
armez de fufils , de piques & de
hallebardes , marquant une forte
refolution de fe bien défendre. Le
Juffan ayant fervi les Ennemis , &
eftant pour lors à la mer à l'Oüeft ,
ils vinient moüiller aux Pierres
Noires , où le vent les refuſa ,
& la marée auffi , le vent eftant
au Nord , & affez frais . Ceux qui
324 MERCURE
eftoient de l'arriere louvoyerent
long- temps pour venir moüiller
dans un bon fond . En effet la meil.
leure partie eftoit bien , mais beaucoup
moüillerent fur les roches , ce
qui dans la fuite a dû leur faire perdre
beaucoup de cables . Le Juffan
eftant venu le 17. à neuf heures du
foir , ils s'approchérent un peu plus
prés du Goulet ; quoy que le vent
fuft toûjours contraire , & moüille .
rent fort confufément . On leur tira
des Bombes de diverfes Batteries ,
dont une eftant tombée proche de
l'Amiral , il appareilla auffi toſt pour
fe mettre au large , de mefme que
tous les autres . Toute la nuit eftant
calme il ne fe paffa rien , finon que
les Ennemis fe laifferent dériver
affez loin , pour fe mettre tout à
fait hors de la portée des Bombes.
GALANT.
325
Le fond eſtant de roche en ce lieulà
, ils doivent avoir perdu bien des
ancres & des cables . Leur nombre
parut de 36. Vaiffeaux de guerre
,
de 12. Galiotes à Bombes , & d'environ
80. petits Baftimens , ayant
la forme de Heus . Ils avoient auffi
une grande quantité de Chalou
pes.
Le 18. au matin l'Amiral arbora
le Pavillon de Confeil , & on remarqua
que toutes les Chaloupes
alloient à l'ordre , & comme il
eftot calme , à dix heures du matin
le vent remit encore au Nord , &
fut fort foible. Aprés qu'on les ent
vû appareiller à onze heures , il
parut fur une ligne huit gros Vaif
feaux , & environ cent Baftimens
plus gros que des Chaloupes , &
maſtez comme des Heus, Ils les
326 MERCURE
le
firent approcher le plus prés qu'ils
pûrent de Camaret ; en forte qu'il
y en avoit la moitié à la portée du
moufquet. L'action commença fur
le midy & demy par une canonnade
qui dura prés de deux heures .
Ils effuyerent pendant ce temps
feu des Batteries & des Retranchemens
, qui estoient garnis d'un Bataillon
de la Marine , & de quelques
milices du Pays , fous les ordres de
Mr le Marquis de Langeron . Enfuite
de quoy tous les petits Baftimens
firent voile pour fe rendre dans
l'ance de Camaret, Le vent ne leur
permit pas d'y entrer d'abord ; mais
ayant changé tout à coup , ils y en.
trerent dans le deffein de débarquer
leur Troupes. Les plus avancez jettérent
à terre huit à neuf cens hommes
, avec plufieurs Officiers à leur
GALANT. 327
tefte ; ils defcendirent avec beaucoup
de hardieffe , mais en mefine
temps avec beaucoup de confufion .
Le feu dura affez longtemps de part
& d'autre , & l'on remarqua quelque
defordre parmy les Troupes
qui eftoient defcenduës , qui tiroient
avec beaucoup d'inégalité ,
& paroiffoient incertaines du party
qu'elles devoient prendre . Mr Benoife
Capitaine d'une Compagnie
franche de marine l'ayant reconnu
fortit l'épée à la main à la tefte de
cinquante hommes , foutenus par
Mr de la Couffe , Capitaine d'une
autre Compagnie de Marine , avec
un pareil nombre de Soldats , & il
chargea les Ennemis avec tant de
refolution , qu'il les renverfa , en
tua un grand nombre. Il les pour
fuivit jufqu'à leurs Chaloupes ; mais
328 MERCURE
comme unepartie de ces Baftimens
s'eftoit retirée , & qu'il n'en reftoit
que fept , ils s'y jetterent en grand
nombre , & la mer baiffant en mefme
temps , ils demeurérent échouez .
Alors Mrle Comte de Servon , Marefchal
de Camp , Mr de la Vaiffe ,
Brigadier d'Infanterie , & Mr du
Pleffis , Brigadier de Cavalerie , qui
s'eftoient rendus fur les retranchemens
avec le Regiment de Cavalerie
du Pleffis , fur les avis qu'ils
avoient eus par les fignaux , firent
marcher un efcadron fur la greve.
Ainfi les Troupes qui fe trouverent
dans les Baftimens échouez , ne
voyant aucun falut à efperer , demanderent
quartier , ce qui leur fut
accordé. Les Soldats qui n'avoient
pas encore débarqué , craignant
d'avoir une mefme deftinée , fe re.
GALANT. 329
>
rirérent avec précipitation à la faveur
de leurs Vaifleaux qui continuoient
de canonner la Batterie &
les Retranchemens de Camaret
qui leur répondoit fans ceffe avec
fuperiotité. Un Vaiffeau Hollandois
de trente-quatre Canons , qui
s'eftoit approché trop prés de terre ,
& qui avoit appareillé trop tard
s'eftant échoué , Mr de la Gondiniere
, Capitaine d'une Compagnie
de Marine , qui s'en apperçut , le
pofta avec quelques Moufquetaires
fur les rochers voifins , qui le dominoient
, & l'obligea à fe rendre . Il
y avoit quarante hommes de tuez ,
du nombre defquels eftoit le Capitaine
, & foixante - quatre autres
qu'on fit prisonniers. On juge par
l'eftat où l'on trouva ce Vaiffeau ,
que ceux qui estoient expolez au
Juin 1694
Ee
íc ..
350 MERCURE
mefme feu , doivent avoir beaucoup
fouffert ; ce qu'on apprendra dans la
fuite , ne pouvant eitre fçû que par
eux. On affure que nous avons fait
cinq cens quarante- huit prifonniers ,
& qu'il y a eu quatre à cinq cens des
Ennemis tuez ou noyez, Un Officier
prifonnier rapporte que le General
Talmash qui commandoit les
Troupes de débarquement , à eſté
tué . Cet Officier fe dit fon Lieute.
nant . Nous n'avons eu que quarante
cinq hommes tuez ou bleffez , entre
lefquels Mr de la Coufle Capitaine,
& Mr de la Vallette Enfeigne , ont
efté bleffez . Mr de la Traverſe Ingenieur
a eu un bras emporté.
Une de nos Bombes eftant rombée
fur une Galiotte chargée de
Soldats , & ne autre for un bateau
plat , ces deux Baftimens coulerent
à fond.

GALANT. 331
Le 19. à la pointe du jour , les
Vaifleaux Hollandois qui faifoient
l'Arrieregarde , mirent à la voile ,
avec tous leurs Battimens de charge
, & ils furent fuivis du refte de
la Flote , qui fe retira par le patfage
de l'Iroife . On entendit le meſme
jour un fort grand bruit du cofté
du Conqueft.
Voicy l'extrait d'une Lettre de
Breft du 21. qui vous apprendra
des chofes tres - curieufes , & qui ne
font dans aucune Relation .
Depuis ma derniere , les Ennemis
fefont tout- à-fait retirezfans avoir
rien tenté au Conquest , comme on
l'avoit publié. Le bruit du Canon
qu'on en endoit delà , eftoit des fignaux
que les Ennemis faifoient.
On n'a tué fur la place que trois à
quatre cens des Ennemis , & fais
Ee ij
332 MERCURE
cinq cens quarante prifonniers &
quarante Officiers , fans compter
les moyez qui font en grand nombre,
& ceux qu'on a à bord des Vaiffeaux
des Chaloupes . Il n'y a
eu que quatre cens bommes de nos
Troupes de Marine qui ont fait
tout ce fracas , quatre cens autres
vinrent à la fin. A l'égard des
Vaißeaux , on a pris celuy qui efioit
échoué , & on l'a conduit dans ce
Port : Il eft de trente deux pieces
de Canon , monté tout neuf. C'eſt
un tres - beau Navire , qui pourroit
en porter cinquante . L'ay eftè à
bord. Il eft crible de coups de Canon.
Le Capitaine y a eftè tuć
avec quarante hommes . Le refte
c'est rendu au nombrt de foixante ,
tous bleffez. On remarqua· la nait
aprés l'action , que les Ennemis,
GALANT. 333
brûlerent un de leurs Vaiffeaux ,
qu'on a jugé eftre celuy qui fut demafté
de fon maft de Mifaine . Il
y en eut un autre demafté de fon
Beaupré , & un autre de fon grand
Hunier. Ceux d'Oüeffant rapportent
que lorsqu'ils pafferent dans
l'Iroife , il y avoit un Vaiffeau
qui paroiflot auffi gros que celuy
qu'ils bralerent , d'environfoixante
Canons , lequel estant remorque
par les Chaloupes , coula à fond
aprés en avoir efté abandonné . Les
Bombes d'ailleurs , ont , dit - on , coulé
à fond trois Baftimens , l'un def
quels eftoit une Galiote où l'on a
jugé qu'ily avoit plus de cinq cens
hommes qui ont tous efté noyez. Sans
faire aucune exageration , les Ennemis
ont perdu deux mille hommes
dans cette occafion en comptant
334 MERCURE
tout. C'eftoient les plus beaux
hommes & les mieux faits qu'il eft
polible de voir , & il est tres- affeuré
que c'est l'élite de toutes les
Troupes de leur pays . Leur deffein
eftoit de prendre tout le cofiè de Cornouailles
, & d'enclouer les Canons
des batteries qui font le long de cette
Coffe dans le Goulet , afin que leurs
Vaiffeaux n'en fuffent pas incom.
modez en entrant . Par ce moyen
paffant par la paffe de Cornouail.
les, les batteries qui font du cofté de
Leonne pouvoient plus fervir , parce
que c'eft hors de portée . D'ailleurs
c'est une prefqu'ifle qu'ils auroient
pû foler & deffendre avec deux
mille hommes contre trente mille ,
& l'auroient gardée tant qu'ils auroient
voulu : Voila leur deffein
qui eftoit tres- beau & bon file fucGALANT.
335
cés l'euftfuivi . On affure que le General
Talmash qui commandoit la
Defcente a esté tué , & des Prifonniers
quej'ay interrogez , m'ont quejay
dit l'avoir veu tomber a leur coftè.
Ily a esté tué auffi plufieurs Fran.
çois de la Religion , & on en a
pris onze qui font parmy les Prifonniers
qu'on envoye à Nantes .
Les Ennemis s'estant retirez le
vingt , nous n'en avons aucune
nouvelle depuis , finon qu'ils
faifoient route pour la Manche ,
apparemment pourgagner promptement
leur pays.
.
D'autres Lettres portent , qu'on
a trouvé fur les Prifonniers des
plans des Batteries , & de tout ce
qu'on a fait de nouveaux Ouvrages
à Brest ; que plufieurs Soldats de la
Marine font reveftus des habits &
336 MERCURE
des bonnets des Ennemis , pour marquer
leur triomphe , & que Mr de
Vaubanfut contraint d'aller fur les
lieux aprés que les Ennemis fe
furent retirez, pour arrefter les Payfans
& les Milices du Pays , qui ne
leur vouloientfaire aucun quartier ;
que toute la Coffe eftoit pleine de
corps morts i que
quatre Galeres
qn'on attendoit à Brest y font arvées,
& que c'eftoit le vice- Amiral
Barklay qui commandoit la Flote
ennemie.
les
Mr de la Ferriere ayant efté dépêché
pour apporter au Roy le détail
de ce qui s'est fait à la defcente
des Ennemis , le Roy l'a fait Capitaine
de Vaiffeau , & luy a donné
en mefme temps une groffe gratification.
Sa modeftie l'empêchant
de fe nommer dans le recit qu'il
faifoit
GALANT. 337
faifoit de la valeur des Troupes , Sa
Majefté , dont les manieres font
toujours honneftes & obligeantes ,
fit connoiftre à toute la Cour
que bien qu'il ne parlaft point de
luy , on luy mandoit qu'il s'eftoit
extrêmement diſtingué.
Les Ennemis voulant brûler
Saint Malo , y ont fait jetter de
l'artifice dans quelques caves par des
Incendiaires. Il y en aune où l'on a
trouvé un fil de fouphre . Cinq
maiſons ont efté brûlées . On ne
fçait fi c'ett par accident , ou fi le feu
eſt provenu de cet artifice , mais on a
cru à propos de faire fermer tous
les foupitaux des caves. Mr le Duc
de Chaunes est toujours à S. Malo ,
& il y commande avec Mr Polaftron
; ils y font accompagnez de plufieurs
Officiers de Marine . La Place
Ff
Juin 1694.
338 MERCURE
eft en tres bon eftar & tres . bien
fortifiée à tous les endroits par où
l'on pourroit l'attaquer. Il y a un
Regiment de Dragons , un Regiment
d'Infanterie de huit cens
hommes , &z un autre qui vient d'arriver.
Deux Galeres font dans le
Port avec trois Brulots , quelques
Fregates , & plufieurs Chaloupes,
outre trois pour la découverte .
Toutes les menaces des Ennemis
n'empêchent pas qu'il ne foit forty
depuis peu de cette Place huit ou
dix Baftimens pour aller en courſe,
& il y en a encore cinq ou fix qui
font prefts à faire voile.
Voicy un Journal fort curieux
de la marche de Monseigneur le
Dauphin en Flandre . Ce Prince
partit de Verſailles en pofte le 31.
May , & vint coucher à Guife. Le
GALANT. 379
lendemain il dîna à Avênes , où
Mr Voifin , Intendant de Mons ,
luy donna un grand repas , parce
que fes Officiers n'y estoient pas . Le
foir il vint coucher à Maubeuge , où
eftoit le rendez - vous . Il y trouva
les Officiers Generaux , & l'Armée
qui avoit efté affemblée aupatavant
par Mr Rofen , eftoit cantonnée
dans tout le Pays des environs , où
elle vivoit doucement , mangeant
les herbes fans toucher aux bleds.
Monfeignent fut receu à Maubeuge
par Mr de Ximenes , qui en eft
Gouverneur , au bruit du Canon
dont l'on fit trois décharges . Enfuitece
Gouverneur prefenta a Mon.
feigneur l'Abbeffe & les Chanoi .
neffes de Maubeuge , dont le Chapitre
eft fi confiderable. Elles vinrent
luy rendre leurs refpects , &
Ffij
340 MERCURE
Monfeigneur leur fit l'honneur de
les faluër toutes . Pendant que les
Troupes eftoient dans leurs cantons ,
Monfeigneur en fit faire la reveuë
par les Commiffaires , & comme
on luy rapporta que la Cavalerie fe
raccommodoit fort , il refolut de
laiffer les Troupes dans leurs quartiers.
Le 5.Juin un Courier du Cabinet
luy ayant apporté la nouvelle du
gain de la Bataille de Catalogne ,
Monſeigneur fit auffitoft chanter le
Te Deum , dans 1 Eglite des Cha
noineffes de Maubeuge , & le foir
on en fit la réjoüiffance , non feulement
dans la Ville de Maubeuge ,
mais dans tous les lieux où eftoient
les Troupes . Le jour de la Fefte de
Dieu ,Monfeigneur fit fes devotions ,
Communia dans l'Eglife des Jefuites
GALANT. 341
de Maubeuge par les mains de Mr
l'Abbé de Tonnerre & enfuite
alla à la Proceffion du S. Sacrement ,
qui fe fit dans l'Eglife des Chanoineffes
, à caufe du mauvais temps.
Il eftoit accompagné des Princes du
Sang qui font auprés de luy , & des
Officiers Generaux .
Pendant tout le temps que Monfeigneur
eft demeuré à Maubeuge ,
fa Cour a efté fort groffe , tous les
Officiers venant de leurs quartiers
chacun à fon tour. Il parloit à tous
pour fçavoir l'état de leurs troupes &
mefloit toujours à ce qu'il leur difoit
pour le fervice , beacuoup de marques
de bonté , difant à chacun avec
diftinction ce qui luy convenoit.
Le 13. Monfeigeur partit de
Maubeuge , & paffa par Charleroy,
où il fut receu par Mr de Boiffelau ,
Ff iij
342 MERCURE
คน au bruit du Canon . Il fit le tour de
la Place en dehors, pour en voir,non
feulement les fortifications , mais .
encore les attaques du dernier Siege .
Ce Prince alla enfuite camper
Farcienne , où il fejourna le 13. &
14. Il vit les Carabiniers , qu'il
trouva parfaitement beaux, foit pour
les hommes, foit pour les chevaux .
le
Le 15 il vint camper en front de
bandiere à l'Abbaye de Gemblours ,
où il eut avis que les Ennemis , qui
s'eftoient affemblez à Louvain.
s'eftoient avancez vers Tourine- Bevechain
, où ils fe retranchoient . Il
y fejourna le 16. & le 17. Le 18. il
paffales Cinq Etoiles, dont lePrince
d'Orange vouloit difputer le paffage.
Il n'y trouva perfonne , & vint
camper à Jaudrin , où il fejourna le
lendemain . Le 20. il fit marcher
GALANT. 343
l'Armée fur quatre colonnes , &
vint camper d Breuftein proche
Saint Tron, où eft la droite. On fit
pour cela une grande marche, mais
elle eftoit neceffaire par la confideration
du pofte qui le rend maiftre
du Pays , pour y faire fubfifter
l'Armée aux dépens des Ennemis.
La marche de Monfeigneur leur fut
cachée , parce qu'on craignoit que
le Prince d'Orange ne fift occuper
ce Camp , qui eft fort avantageux .
Cette marche eft une des plus belles
qui fe foient faites depuis longtemps.
Monfeigneur fit marcher deux mille
Chevaux dés la nuit du 19. pour
couvrir , & pour faire les paffages
neceffaires áfin que les Troupes ne
fuffent point retardées , parce qu'en
fortant de Jaudrin ellés devoient
paffer par un défilé d'une lieuë ,
Ff iiij
la
344 MERCURE
L'Armée en fit cinq avec un fi bon
ordre , qu'elle ne s'apperceut pas
qu'elle euft fait une fi longue traite.
L'avantgarde partit le 20. dés quatre
heures du matin . Elle eftoit commandée
par Mr de Luxembourg.
Monfieur le Duc de Chartres ,
Monfieur le Duc , Monfieur le
Prince de Conty , & Monfieur le
Comte de Toulouſe eftoient auffi à
latefte . Siles Ennemis euffent paru,
toutes les colonnes auroient d'abord
formé deux lignes, & marché à eux,
rien n'eftoit mieux ordonné. On
paffa à deux lieuës de leur Armée,
dont on voyoit aisément le Camp.
Ils firent paroiftre quelques Efcadrons.
On détacha cinquante Huffarts
, & ils difparurent.
Le 21. Monseigneur fit faire la
réjouiffance pour la prise de la Ville
GALANT.
345
& du Chateau de Palamos. Les
Ennemis en entendirent aiſement
le bruit , car ils eftoient affez prés ,
n'ayant fait qu'un petit mouvement
de leur droite à leur gauche , &
leur droite eftant à Tillemont .
Le 22. un Party prit à la teſte du
Camp des Ennemis , 28. beaux
chevaux , & 17. hommes.
Je donnerois des loüanges à
Monſeigneur , fi je croyois pouvoir
faite des éloges dignes de ce Prince.
Ce qu'il fait dit plus que je ne pour
rois dire.Toutes les fois que l'Armée
campe , ce Prince ne vient point
chez luy fans avoir examiné le
Camp, & vû files Gardes font bien
polées . Il donne des ordres fort
exacts à tous les Officiers , & fait
publier des bans pour empêcher le
Cavalier & le Soldat de courir,c'eft
346 MERCUREà
dire d'aller en maraude . D'ailleurs
il regle fi bien fon temps , qu'il
voit les chofes luy mefme , donne
ordre à tout , & en rend tous
les jours compte à Sa Majefté Il fe
communique avec bonté & facilité,
non feulement aux principaux Of.
ficiers , mais à tous , & leur parle
principalement de ce qui regarde
le fervice. Quoy qu'il n'aime point
le Jeu , il joue pour faire plaifir à
ceux qui veulent prendre ce divertiffement
avec luy.
2
Le 23. Monfeigneur alla vifiter les
deux Lignes , & l'on peut dire que ja.
mais les troupes n'ont été plus belles
Elles ont une joye extrême de le voir
fous le commandementde ce Prince .
Le Prince d'Orange n'eft pas feulement
couvert de la petite Riviere
de Geete , mais fix Deferteurs raGALANT.
347
porterent le 23. qu'il avoit toû
jours cinq ou fix mille Pionniers
a la tefte de fes Troupes , pour faire
des retranchemens fi toft qu'il occupe
un Camp. Comme il veut accouftumer
fes nouvelles levées au
' bruit du Canon , il en fait tirer chaque
jour trente ou quarante volées ,
en forte que dans les premiers le
bruit fe répandit jufques à Namur
qu'on eftoit aux mains , le Canon
de ce Prince ayant tiré pendant plus
de trois heures . Toute fon applica.
tion eft à éviter le Combat. Quel
ques jours aprés qu'il fut arrivé à
l'Armée , il fçeut que le Roy d'Efpagne
luy devoit faire dire que ce
n'eftoit pas fon intention qu'on don
naft bataille & il prit fi bien fes
mefures , qu'il reçut l'Envoyé en
plein Confeil de guerre . Cet En348
MERCURE
9
voyé luy dit que le Roy fon Maifire
ne confenuroit point que l'on
donraft de bataille , puifqu'en la
perdant , ceite perte attireroit celle
de fes Places , qui demeureroient découvertes
, & que comme ily a le
principal intereft , il eftoit juste qu'on
faivift fon (entiment. On ne doute
point qu'il ne foit fulvy , & l'on
a tout lieu de croire que le Prince
d'Orange ne fe mettra pas en eſtat
d'eftre furpris . Le Roy d'Efpagne
faifant reflexion fur ce que luy coûte
cette Guerre , & jugeant que fes
affaires pourroient prendre un auffi
mauvais train en Catalogne qu'en
Flandre , marqua beaucoup d'inquietude
lors qu'il eut appris que Mr de
Noailles affembloit une Armée plus
forte qu'à l'ordinaire pour y entrer;
& s'éveillant fouvent la nuit , il de .
GALANT. 349
mandoit s'il n'en eftoit poiut "venu
quelque Courier. Il fembloit qu'il
previft le malheur qui luy devoit
artiver par la perte d'une Bataille,
Ce coup
coup l'accabla , & il dit qu'il y
avoit trop longtemps qu'on l'amufoit
, qu'il vouloit fonger ferieufement
à la Paix , & prier le Pape
den eftre mediateur. Il écrivit au
Prince d'Orange qu'il ne pouvoit
plus foutenir les pertes qu'il luy laif
foitfaire tranquillement depuis plufieurs
années , & que fi on n'entroit
pas en negociation pour la paix, il la
feroit en fon particulier . Il écrivit à
peu prés les mefmes chofes à l'Em
1
pereur. La Reine' fa Mere toute allarmée
le vint rrouyer avec l'Envoyé
du Prince d'Orange ; & ils luy
repeterent ce qu'ils luy ont dit tant
de fois , des Projets du Prince d'O
..
350 MERCURE
range pour accabler la France , &
ajoufterent , que les Defcentes que
la Flotte d'Angleterre eftoit fur le
point de faire , alloient luy porter
le comp mortel. Le Roy d'Eſpagne
ne fe paya point de ces raisons , &
dit , que le Prince d'Orange n'avoit
que trop laiffe prendre de fes
Places , qu'il n'en avoit plus de
fortes en Flandre , & qu'on venoit
L'attaquer jufque dans le coeur de
fes Etats. Les pertes qu'il a faites
en Catalogne depuis celle de la Ba .
taille , & le mauvais fuccés de la
Defcente des Anglois doivent
avoir augmenté le defir que ce
Prince marque de faire la Paix
avec la France .
,
Le Duc de Savoye ne fe trouve
pas moins embaraffé . Ses Alliez
luy ont laiffé faire de beaux proGALANT.
35!
jets pour cette Campagne , & l'ont
flaté dans fes efperances . Cependant
nous entrons dans le mois
de Juillet , & fon Armée eft à pei .
ne affemblée , II eft mefme perfua-
Il
dé qu'elle n'eft pas affez forte pour
rien entreprendre fur Cazal & fur
Pignerol , Ainfi toutes les troupes
des Alliez ne ferviront cette campagne
qu'à manger le Piedmont .
Il fuffira de les laiffer faire ; nous ne
le pourrions fi bien ruiner que les
Allemands. Ils font en horreur
dans toute l'Italie , à caufe des abominations
qu'ils ont commifes chez
tous les Princes , & particuliere .
ment à Mantoue , où l'Evefque a
efté obligé de fulminer une excommunication
contr'eux . On peut juger
par là combien le Duc de Savoye
qui les y a attirez eft pçu ai352
MERCURE
mé. Il a perdu toute efperance depuis
le fuccés des armes de France
en Catalogne , perfuadé que le Roy
d'Efpagne emploira plûtoft fon ar.
gent & les forces à fecourir le coeur
de fes Etats qu'à deffendre le Piemont.
Ce n'eft pas feulement en Catalogne
& en Flandre que nous vi .
vons chez nos Ennemis , mais encore
en Allemagne, Mr le Maréchal
de Lorges ayant paffé le Rhin ,
quoyque les Ennemis fe fuffent
vantez pendant tout l'hiver de l'en
empécher , & mefme d'entreprendre
quelque chofe fur nous , nos
troupes n'ont pas efté fitoft audelà
de ce Fleuve , que le Prince de
Bade a eu tecours aux Pionniers ,
comme le Prince d'Orange, pour fe
cacher , au lieu que les noftres cher
GALANT •
353
chant toûjours à combattre , loin
de faire aucuns retranchemens , fe
font étendues de tous coftez , &
que nos Partis . ont triomphé par
tout , pendant que le Prince de
Bade trembloit dans fes retranchemens.
Toutes les troupes l'avoient
joint le 17. de ce mois , & l'Electeur
de Saxe eftoit arrivé dés le 15. à
fon Armée , où ils fe vantoient de
faire bien toft repaffer le Rhin à
Mr de Lorges .
Le 18. au foir on fit un détachement
de quatre mille hommes fous
les ordres de Mr de Chamilly avec
deux pieces de Canon de 24. &
cinq autres pieces . Il marcha depuis
le 18 jufques au 19. fans qu'on
fçût la route qu'il devoit tenir , Le
19. au matin l'Armée marcha , &
l'on aprit que ce détachement eftoit
Fuin 1694 .
G
S
554 MERCURE
arrivé fur les bords du Neckre enire
Heidelberg & Ladembourg , où
les Dragons pafferent ce Fleuve au
Gué , au fignal de cinq coups de
Canon , à la faveur du feu des Grenadiers
du détachement , afin d'attaquer
les retranchemens que les
Ennemis avoient faits de l'autre
cofté pour couvrir le Bergftrat. On
prit tout ce qui fe trouva dans ces
retranchemens. Le pofte de La .
dembourg ne tint pas plus longtemps
; il eftoit plus difficile à forcer
, car il falut pafler le Fleuve à la
nage. On prit enfuite deux petits
poftes qui reftoient le long du Neckre
jufques au Rhin . Ainfi en une
demi . journée on s'eft rendu mai.
ftre des bords de cette Riviere , &
on s'eft ouvert l'entrée du Bergftrat ,
dont plus de la moitié n'a point
GALANT. 355
encore ſouffert
par les troupes. Mr
de Montgommery avec fa Brigade
de Cavalerie a infulté Veinem dans
la mefme Province.
4
I y a d'autres Lettres dattées du
20. de ce mois du Camp de Vibe.
lingen au deffous d'Heidelberg, qui
portent , que Mr de Lorges marcha
le 16. & campa le 20. à Vibelingen
, que Mr de Chamilly
eftoit party à dix heures du foir
avec un gros Détachement pour
prendre les devans , que les Ennemis
avoient fait des redoutes le lang
du Neckre , depuis Heidelberg juf
qu'à Manheim pour difputer le paffage
de cette Riviere; que ces redou..
tes avoient effé prifes fans que nous
euffions perdu un feul homme , & que
tous ceux qui les gardoient eftoint
demenrez prifonniers de guerre ; que
Ggij
856 MERCURE
lesTroupes qui eftoient dans ces Re .
doutes du bas Neckte auroient eu le
mefme fort , fi elles ne les avoiene
pas abandonnées
; qu'il faut à prefent
que le Prince de Bade repafle
le Neckredu cofté de Vuimpfen , &
faffe plus de quarante lieuës avec
toute fon Armée , pour couvrir les
pays de Mayence au deça du Rhin,
celuy de Francfort , ne pouvant
fuivre Mr de Lorge par le chemin
qu'il tient , à cause qu'il ne pourroit
trouver de fourages après luy ,
ryʻtirer de pain des Places qui luy en
auroient pu fournir ; qu'enfin on ne
croit pas qu'il ait envie de fe mettre
à portée de donner Combat ,
paifque dans la Marche de Mr
de Lorge il n'a paru aucunes Troupes
de leur Armée ; & qu'au contraire
pour empefcher les François
GALANT. 357
de marcher à eux , ils avoient rompu
tous les ponts qu'ils avoient faits
fur la Riviere d'Elfasz , & fait
·faire des abatis dans les bois par
où ils craignoient qu'on n'allaft d
eux.
1
Une autre Lettre de la mefme
datte porte , que l'Armée du Roy
eftant arrivée fur les bords du Neckre,
Mr de Tallard à la tefte de
deux cens Dragons , le paffa à la
nage , malgré le feu de cent hommes
qui estoient de l'autre cafté bien
retranchez dans une Redoute, qu'ils
furent prefque tous tuez, & qu'ily
avoit cent vingt - cinq hommes dans
Ladembourg pris par Mr de Chamilly
, qui avoient mis les armes,
bas , & s'eftoient rendus prifonuiers
de guerre. Enfin toutes les Lettres
difent en propres termes que le
358 MERCURE
Prince de Bade a efté pris pour
dupe , en fe laillant dérobér la marche
de Mr de Lorge,
L'Enigme du mois paffé , qui
eftoit feulement de quatre Vers , n'a
efté expliquée dans fon vray fens
que par une feule perfonne , fous
le nom du Jardinier de la belle Tour
de Rheins C'eftoir le Songe.
Je vous en envoye une nouvelle ,
qui embarraffera peut- eftre moins
vos Amies.
ENIGME.
Ans garder de Troupeaux , allant
à la campagne
, SA
I'y fais ce que fait un Berger.
Bt l'air fimple ou brillant qu'on voit
qui m'accompagne ,
Da Maistre que je fers donne droit
de juger
.
NT.
359
at oa vite,
ne meut.
int
jamais je
e fou , que
lite ,
& je vais
la Chanfon
envoye , eft
¡ AU .
ezcent fois
bannir mavoix,
as ceffe.
de répon358
MB
.
Prince de 1
dupe , en fel
che de Mr
L'Enigme
eftoit
feulem
efté
expliqu
que par une
le nom du Ja
de Rheins
Je vous
e
qui embarra
vos Amies
.
E
Sans
ga
lant
I'y fais
Bt l'airfim
qui
Du Maift
de
UITE
ea.
GALANT. 359
Ie marche lentement on vitê ,
Selon la force qui me meat.
De moy- mefme pourtant jamais je
ne m'agite ,
Mais tel qu'un jeune fou , que
malgré moy jimite ,
Le me laiffe entrainer , & je vais
où l'on veut.
On m'a affuré que la Chanfon
nouvelle que je vous envoye , eft
d'un fort habile Maiſtre .
AIR NOUVEAU.
ABlence , qui m' avezcent fois
Flaté du doux efpoir de bannir matendreſſe
,
Ie n'écoute plus veftre voix ,
Vous me trompez fans ceffe .
Vous feignez quelquefois de répondre
à mes voeux : ✨
360 MERCURE
Mais un moment après vous augmentez
mes feux ,
Le ne pais oublier mon aimable in.
humaine.
Helas ! loin de fes yeux,
Mes ennuis , & ma peine,
Ainfi que monamour ,
S'augmentent
chaque jour.
Les affaires de la Guerre m'ont
empefché de donner place dans
cette Lettre , à plufieurs Ouvra.
ges d'érudition qui auront leur.
tour. Elles m'obligent auffi de
remettre jufqu'au mois prochain à
à vous parler de plufieurs Illuftres
Morts , du nombre defquels font
мr le Duc de Sully , Madame la ,
Marefchale de Joyeuse & Mr de .
Rebenac .
Mr de Bouffers eft campé à
Horion , à deux lieues de la gauche
de
GALANT. 36r
pour
de l'Armée de Monfeigneur & à
deux lieues deLiege.Mrsd'Harcourt
& de la Valeite y doivent eftre prefentement
avec les corps qu'ils com..
mandent. Pour peu que l'on tire de
Troupes des garnisons voisines
joindre à ces trois corps , ils feront
une forte Armée . Elle fe trouve proche
de Liege , couveite par celle de
Monfeigneur , & Monfeigneur eft
entre le Prince d'Orange & cette Armée.
Cela merite vos reflexions.
Mr de Noailles paffant de vitoire
en victoire fans reprendre
Shaleine , a mis le Siege devant
Gironne le 19. de ce mois . Il y a
trois mille hommes d'Infanterie ,
& lept à huit cens Chevaux dans
la Place . C'eft dequoy augmenter
la gloire de ce General & celle de
fes Troupes.
Juin 1694.
Hh
362 MERCURE
Avant que d'aller du côté deGiron
ne,Mr de Noailles avoit feint d'aller
à Barcelone . Cette feinte a fait for
tir une partie du peuple de cette der .
niere Ville, Ce peuple s'eft répandų
dans les Provinces voisines , & lạ
terreur qu'il y a portée empêche les
levées pour le Roy d'Efpagne de
réuffir. Ceux qui refutentde s'enrôler
, difent qu'il feroit inutile d'oppofer
de nouvelles Troupes , & en
moindre nombre , à une Aimée de
vieilles Troupes victorieules &
Françoiſes , & qu'il n'y a que la Paix
qui puiffe arrefter une Armée conquerante
, qui femblable à un torrent
émporte tout ce qu'elle rencontre.
Les Troupes des Ennemis defertent
en fi grande quantité, qu'on fait gra,
çe à leurs deferteurs de les recevoir.
Nos Michelets ayant rencontré le
GALANT. 363
215
C Courier de Madrid , luy ont pris
quarante mille piftoles , & fes dépêches
qui donnent des lumieres del'eftat
du Pays.
Le Duc de Savoye n'eftant pas en
eftat de rien entreprendre , menace
tout ; & ceft par cette raifon que le
18 de ce mois on fit entrer dans
Nice un Regiment de Dragons , &
un d'Infanterie . L'Armée du Roy
eft à Feneftrelles , à Suze , à la Peroule
, à Tournous , à Frejus , &
fous Pignerol ; & la Cavalerie au
Camp des Sablons . Les Bandits de
L'Etat de Gennes ont enlevé au Duc
de Savoye & conduit dans les mon .
tagnes 250. Mulets chargez de poudre
; il en fait grand bruit , mais il
crie en vain depuis qu'il a perdu la
plus grande partie de fes Etats
Par des Lettres nouvellemen
Hhij
364 MERCURE
arrivées de Conftantinople , on apprend
qu'il y a eu de nouveaux
mouvemens au Serail depuis que le
Grand Vifir a efté dépoffedé Le
Chef des Eunuques Noirs s'eftoit
dcclaré contre le Mufti & les Gens
de la Loy. Ces derniers ont eu tout
l'avantage , ce qui a donné beaucoup
de chagrin à l'Ambaffadeur
de Hollande & à l'Envoyé du
Prince d'Orange . Les Gens de la
Loy , qui fe font toujours oppofez
à la Paix avec les Chreftiens , prétendent
que les Turcs ne la peuvent
faire qu'à des conditions , qui ' , felon
toutes les apparences , ne leur fe .
ront jamais accordées. Je fuis Madame,
voftre tres humble , & c.
"2
"
A Paris le 30. Iuin 1694.
GALANT. 365
S
L'Auteur fe trouve obligé de
prier de nouveau ceux qui luy font
T'honneur de luy envoyer leuis Ouvrages
, de vouloir bien affranchir
le port de leurs Lettres . C'est peu
pour le general , mais c'eft beaucoup
pour un particulier , fi tout ce qu'on
luy envoye eftoit de nature à eftre
employé , il ne plaindroit pas ce
qu'il luy en coufte ; mais il eft fafcheus
de payer des ports inutile--
ment , & comme il ne prend aucune
chose pour tout ce qu'on veutfaire
mettre dans le mercure , on
doit trouver de la juftice à luy
faire rendre les Lettres franches ,
Hhöj
3
5252522222 ssessse
P
TABLE.
Relude.
Lettre du Pere Mourgues, lefuite.
Portrait du Roy.
Sonnets.
&
23
28
Détail de ce qui s'eft paßé à la prife
des Ifles & Fort de Senega &
de Gorée.
32
Madrigaux de Mademoiselle de
Scudery.
Autres à Sapho.
49
13
Mr Hofdier eft receu premier Prefident
en la Cour des Monnoyes.
$7
Lettre Circulaire aux Religieux
de l'Obfervance de S. François.
60
TABLE.
Difcoursprononcè par Mr des Landes.
68'
Sermon prêché devant le Roy. 83.
Benefices donnez par le Roy,
85
Extrait d'une Lettre de Mr Droüin.
8.8
Hiftoire. 96
Divers Sonnets fur les rimes proposées
par l'Academie des Lanternifes
de Toulouſe.
1
121
Additions à la prise du Senega.145
Ceremonie faite à la Cour de Pologne.
Ode,
157
164
Detail exact de ce qui s'eft paßé au
voyage de Mr de Chateaure
nault depuis Breft jusques à Co.
lioure .
Remarques curieufes .
Nouvelles de Sale.
Morts.
181
185
191 .
195
TABLE.
Ouvrage tres-curieux & tres- utile,
Bons mots des Orientaux.
213
215
Sixième partie des forces de l'Eu-
219
rope,
Carte nouvelle de Catalogne , par
Mr de Fer. 121
Lifte des nouveaux Brigadiers
nommez par S.M. 222
Détail de tout ce qui s'eft paßé à la
Bataille gagnée par Mr de
Noailles , avec diverfes Relations
touchant cette Bataille 227
Journal du Siege de Palamos.299
Siege de la Fortereffe.
Lettre du Roy à Madame la Ducheffe
Douairiere de Noailles.
313
319
Détail de tout ce qui s'eft paffé à la
defcente des Anglois & des Hollandois
à Breft.
319
TABLE
Artificejette dans les caves deSaint
Malo.
337
Journal de ce qu'a fait Monfeigneur
en Flandre.
Nouvelles d'Espagne,
338 Nouvelles de Piedmont.
348
Enigme.
Nouvelles d'Allemagne.
350
352
Articles remis.
358
Siege de Gironne .
Autres nouvelles de Piedmont, 363
Nouvelles de Conftantinople. 364
Avis.
365
Autre qui donne à deviner , idem.
360
361
Avis pour placer les Figures-
Le Plan de la Bataille doit regarder
la page 297.
L'Air doit
regarder la page 359 .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le