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1694, 03
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Texte
Libery oftheUniversity of Michigan
TheCoyl Collection.
MissJeanP.Coyl
ofDetroit
in memory ofherbrother
Col. WilliamHenryCoyl
1894.

hez
ق ي ر ع ل ا
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
.
MARS
1694.
A PARIS ,
Chez MICHEL
BRUNET , Grand' Salle
" du Palais , au Mercure GalantON
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relé en Veau
&Vingt-cinq fols en Parchemin.
840.6
MS58
1694
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice.
T, GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie ,
Et MICHEL BRUNET , Grand ' Salle du
Palais, au Mercure Galant.
M. DC . XCIV .
Avec Privilege du Roy:
TE-/c
A
B
"2
Coyl
Gottschalk
10.14.55
58574
A VIS.
Velques prieres qu'on
aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux . On prie feulement
ceux qui les envoyent , &fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
Faffe ce qu'ils demandent. C'eftfort
peu de chofe pour chaque particulier,
le tout enfemble est beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne.
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
Taifera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
1

AVIS
les Villes éloignées , mais auſſi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyerpar leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à lerecevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi- toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il lefera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire en difant que la
vente n'en a commencé que foxt
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet , puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
>
A sij
AVIS.
porter à la Pofte ou aux Meſſagers
fans nul intereft , tant pour les Particuiers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe gene-.
ralement de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Qand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercurè , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tour
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eſtre
content.
1
MERCYRE
GALANT
I
MARS 1694.
L n'y a point d'Etats
qui ne manquent quel
quefois des chofes ne
ceffaites à la vie ; fur tout lors
que la terre les produit , on
ne peut fe répondre de fa facondité
, qui cft toujours in-
A iiij
8 MERCURE
certaine , mais elle donne fouvent
avec prodigalité les mefmes
chofes dont elle a été ava
re les années précedentes . A infi
lors qn'un Etat fouffre de ce
cofté- là , la faute en doit eftre
imputée feulement à la Nature.
L'année derniere , la difette
des bleds fut tres - grande
en Eſpagne ; ce malheur a
paffé enfuite en France , où le
bled a neanmoins valu la moitié
moins que ce qu'il a couté
en Efpagne. L'Angleterre
fouffre aujourd'huy la mefme
peine , & le pain y vaut fix
fols la livre. L'Efpagne a beauGALANT.
9

coup fouffert , & le temps feul
a apporté des adouciffemens à
la mifere de ces Peuples. On
ne peut dire encore comment
ceux d'Angleterre feront fecourus
, mais toute l'Europe
fçait que le Roy de France
ayant paru veritablement Pere
de fes Sujets en cette occafion
, s'eft fervi pour . adoucir
leur malheur , de tous les
moyens qui pouvoient les
foulager, Ce Prince a fait d'a
bord des remifes en plufieurs
Provinces d'une partie des
deniers qui luy eſtoient dûs ,
Il a reculé le payement d'au10
MERCURE
tres fommes qui luy eftoient
accordées , pour foutenir une
Guerre qui détruiroit la Religion
Catholique , fi elle ne
tournoit pas à fon avantage . Il
a fait enfuite de grades aumônes
aux Pauvres honteux , lefquelles
fe font aprés beaucoup
étendues , puis voyant la difette
augmenter , il a fait conftruire
plufieurs Fours avec
une grande dépense , afin de
faire diftribuer du pain aux
plus neceffiteux. Ceux qui
pouvoient fubfifter fans ce
fecours y ayant apporté de
la confufion , Sa Majefté le
GALANT. II
changea en une fomme de
quarante mille écus, qui acfté
tous les mois delivrée aux
Curez , pour eftre diſtribuée
aux Pauvres de leurs Paroif.
fes, & pendant que fa charité
agiffoit ainfi d'un coſté , fa
prevoyance le faifoit remarquer
d'un autre , pour faire
venir des bleds dans le Royau
me en remettant une partic
de fes droits à ceuxquiferoient
affez heureux pour y réuffic.
Il donnoir des eſcortes aux
autres , & en faifoit venir à
Les propres dépens , ce qui
a fait diminuer notablement
12 MERCURE
la cherté du bled. Je pourray
vous en dire davantage en
fermant ma Lettre , à laquelle
je fuis obligé de travailler
prefque dés le commencement
de chaque mois . Cependant
admirez , Madame , la
genereufe bonté du Roy, fon
amour pour fes Sujets, & fes
foins & fa dépence pour les
foulager , quoy que d'ailleurs
ce Monarque ait toute l'Europe
à combattre , & la Religion
Catholique à foutenir .
La Relation que vous allez
lire, cftant un fait connu dans
le lieu où la chofe s'eft paffée ,
· GALANT. 13
j'ay crû ce fait d'autant plus
digne de la curioſité du Public
, qu'il eft utile qu'on fçache
tout ce qui peut faire perdre
la vie aux hommes. La
chofe à la verité , n'eft pas ordinaire
, mais il n'eft pas impoffible
qu'elle arrive encore ;
ainfi les experiences qui ont
efté faites , pourront conferver
plufieurs perfonnes. Ceux
qui auront des lumieres fur
les morts precipitées , dont
les
circonftances font contenuës
dans cette Relation ,
pourront donner leur fentiment,
& j'auray foin d'en fai
re part au Public .
14 MERCURE
5522555 525 25535ZÉ
RELATIΟΝ
D'un accident
extraordinaire ,
arrivé au
Fauxbourg de
Sainte Savine de Troyes en
Champagne.
I
E 28. Juillet 1693. entre
fix & fept heures du foir
il arriva qu'un enfant , Petit-fils
d'Edme Gilbert , Capitaine de
Charrois , demeurant au Faux →
bourg de Sainte Savine de Troyes ,
ayant laiẞé tomber par hazard ;
ou autrement , fa Perruque dans
un des puits de la cour defa maiGALANT.
15
fon , où il y en a deux fon Neveur
domeftique , appellé Jean
Jumillard , agé d'environ vingitrois
ans , qui revenoit du tras
vail de lamoiffon , entendit dixe
qu'il y avoit une Perruque tombée
dans le puits. Il fe refolut
auffi- toft à y defcendre , pour reprendre
la Perruque; # en prefence
du Maiftre du logis, & autres
perfonnes , il defcendit effe
etivement dans le puits, à l'aide
de la corde du tour , fervant
à tirer &puifer l'eau . Deux ou
trois perfonnes conduifoient le
tour , & il nefut pas plûtoft defcendu
vers l'eau , qu'après avoir
16 MERCURE
pale
dit deux fois , Mon Dieu , je
me meurs , il perdit & la
role la vie. On l'appella inuțilement
à haute voix , il ne fic
aucune réponse . Ceux quife trouverent
prefens firent leurs efforts
pour le retirer, mais ils ne purent
en venir à bout , ce qui fit que
Maiftre du logisfortit , & aprés
qu'ilfe fut ecrié devant fa porte ,
un nommé Pierre Terrançon , âgé
d'environ vingt deux ans , natif
de Mafcon ,Compagnon de Picrie
Thomaffin , Maréchal demeurant
proche le St Gilbert , accourut ,
pressé par la charité de fauver
la vie àfon voifin, il fe ha
GALANT. 17
;
zarda à defcendre dans le puits'
ce qu'il executa avec chaleur ,
ayant pris neanmoins la précaution
de lier au bout de la corde un
bafton affez fort pour l'enjamber,
& s'affeoir deſſus pour ſe mettre
en feureté en tenant la corde de
fes deux mains . On le defcendit ,
lors qu'il fut prés de l'eau , il
cria d'un ion effrayé , 11 cft
noyé , remontez moy vifte.
A peine cut-il prononcé ce peu
de paroles qu'il tomba dans le
puits , ayant laiẞé échaper la
corde qu'il tenoit en defcendant.
Un troifiéme , qui eftant Cureur
de puits , avoit plufieurs fois curé
Mars 1694.
B
18 MERCURE
celuy- cy , fut appellé poury def
cendre. Son nom eftoit Laurent ,
dit Gaffion . Il eftoit âgé d'environ
einquante ans , Sonneur de l'Eglife
de Sainte Savine , & demeuroit
au mefme Fauxbourg,
proche la maison du S Gilbert.
Ce Cureur de puits eftantaccourur
enjamba le mefme bâton, s'affit
deffus , en tenant la corde des
deux mains comme avoit fait
Pierre Terrançon . Sitoft qu'il fut
au milieu du puits , il pouffa deux
ou trois foupirs , &fe laiſſa tomber
comme lesdeux autres.Tous les
Spectateurs demeurerent fort furpris
de ce funefte accident , & la
GALANT. 19
feule refolution que l'on put prendre
, ce fut de retirer
promptement
ces trois malheureux , pour voir
s'il y en auroit quelqu'un qui
euſt encore un refte de vie . On ne
perdit point de temps. On lia un
crochet à la corde , on les retira
morts avec ce crochet l'un
aprés l'autre ; l'un par le foulier,
l'autre par le jaret , & le troifiéme
par la ceinture de fon tablier
qu'il avoit mis. La Justice fus
appellée pour faire les informations
requifes , proceder juridiquement.
Il fut ordonné que le
lendemain matin la vifite
rapports en feroient faits par le
les
Bij
20 MERCURE
Confeiller Medecin de Sa Majefté,
les Chirurgiens Furez
demeurant
à Troyes , ce qui fut
executé. Voilà le fait.
Il s'agit prefentement de fçavoir
comment est arrivée la mort
fubite de ces trois perfonnes tom
bées dans le puits ou plûtoft par
quelle cauſe elle est arrivée. C'eſt
ce qu'on ne peut bien faire voir
qu'aprés que l'on aura rapporté
quelques remarques qui ont efté
faites fur la fituation & façon
du puits , & quelques experiences
faites auffi par le Confeiller.
Medecin du Roy , qui a fait le
rapport de ces trois morts .
GALANT: 21
pas
dedans
Le puits a fix toifes de profon
deur , & dans le temps de cet
accident il n'y avoit
-plus de cinq pieds d'eau . Cette
eau est froide, n'est pas bien
pure & bien limpide. On en tire
peu , & il n'y a que les Beftiaux
qui en boivent , tant à cauſe de
la commodité que l'on a d'un autre
puits qui eft dans la mefme
cour , dont l'eau fe trouve affez
bonne , qu'à cause d'un gros fumier
qui est auprés de ce puits ,
où depuis plus de trente ans on y
en a mis de mefme .
Un autre Cureur de puits que
celuy qui y eft pery , a dity eftre
22 MERCURE
defcendu depuis douze ou quinze
ans, & a affuré qu'il n'eft pas entierement
muré par le bas. C'eft
ce que l'on ne fait pas avec une
pleine certitude.
Ce puits , qui eft ouvert en
baut , & prefque également par
tout de quatre pieds en diametre,
eft fitué dans le milieu de la cour,
prefque le lieu le plus bas . Sa
couverture eft un petit toit, élevé
de terre de fept à huit pieds de
Roy, & ce toit eft bien garny
de bois façon de tuiles , le reste
de bois de charpente. On Y a
voulu defcendre un flambeau
bien allumé , ce flambeau n'eft
GALANT. 23
pas defcendu dans le puits plus
bas qu'une toife fans s'éteindre
quoy qu'on ne fefoit pas apper
cen que la flame du flambeau ait
efté fort agitée. On l'a mefme
defcendu plufieurs fois bien allmé
, on n'a pu paffer cet endroit
fans que la flame fe foit
étouffée de la mefme forte. Ce qui
eft bien digne de remarque, c'eft
que le mesme flambean allumé a
efté defcendu dans cé moment juſqu'à
l'eau de l'autre puits , qui eft
dans la mefme cour , & qu'on l'a
remontéjufques en haut fans que
la flame fe foit éteinte . Cet autre
puits eft dans la place de la cour
24 MERCURE
la plus élevée , auprés d'une muraille
d'un toit de la maifon
qui luy fait un peu d'ombre. Il
eft bien muré , n'a pas de toit
particulier qui le couvre comme
l'autre. Il est pour le moins auffi
profond, fes eaux ne font
pas moins baffes que dans le
premier , où l'on a auffidefcendu
une chandelle allumée dans une
le
lanterne affez bien fermée de
toutes parts , elle a efté éteinte
dans le mefme endroit que
flambeau qu'on avoit defcendu.
On y a jetté plufieurs fois des
feuilles entieres de papier allumées
, qui ont efté éteintes , la
flame : |
GALANT: 25
flame s'eftant étouffée auffitoft
qu'elles font defcenduës environ
une toife dans le puits .
On a voulu voirfile . Chien,
le Chat qui a la vie fort dure , y
auroient le mefme fort , & y
periroient auffi: On a defcendu
premierement un Chien qui eftoit
de mediocre taille , mais fort ,
& lié dans un panier d'ozier ,
jufqu'à la fuperficie de l'eau.
Lors que ce Chien fut un peu plas
le milieu du puits , il
baut
que
&
on
pouffa deux ou trois cris ,
l'ayant retiré incontinent ,
l'expofa au grand Soleil , qui le
fit revenir en peu de temps .
C Mars 1694.
26 MERCURE
>
Estant
entierement revenu , ori
le defcendit une feconde fois jufqu'à
l'eau ; il pouffa encore quelques
cris
& eut enfuite des
convulfions. On le retira aprés
l'y avoir laißé environ autant
de temps qu'il en faut pour dire
un Miferere , il se trouva
froid fans mouvement . Neanmoins
le grand Soleil auquel il
fut expose le fit encore revenirs
mais avec beaucoup de peine , la
refpiration eftant de temps à aus
tre fort frequente & difficile ,
femblable à celle d'un Afmatique
lors qu'il eft dans fon paroxisme.
On attendit qu'il euft repris fes
GALANT.
27
forces entieres pour l'y defcendre
une troifiéme fois , & l'y ayant
laisé environ l'espace de deux
Miferere un peu au deffus de
l'eau , on le vit dans les premieres
convulfions . On le retira enfin
mort & froid, les jambes un peu
roides , de l'écume autour de
&
la gueule. Le Soleil ne put luy
redonner la vie cette troifiéme
fois , comme il avoit fait la premiere
la feconde. Pour ce qui
eft du Chat , on l'avoit enfermé
dans un panier d'ozier à falade,
avec fon couvercle , mais ce couvercle
ne fe trouvant par aſſeZ
bien lié , le Chat ne fut pas pluc
ij
28 •
le
MERCURE
toft defcendu une toife, qu'il fit un
effort pour fortir de fa prifon ,
qu'il força. Il l'ouvrit par
haut, & eftant fauté dans le
puits , il y mourut fans pouffer de
cris , ny faire de mouvemens.
On ne s'eft pas contenté des
experiences faites en Efté ; on a
voulu en faire en Hiver , & le
17. Fanvier dernier , entre deux
trois heures aprés midy , lors
qu'il faifoit un tres -grand froid,
on defcendit & remonta deux
fois dans le mefme puitsjuſqu'au
fond , car il y a peu d'eau prefentement
, un flambeau allumé,
fans que la flame s'en éteignist.
GALANT. 29
Au contraire , il fembloit qu'à
mesure qu'on defcendoit le flambeau
, il s'allumoit de plus en
plus. Ce mefme jour , aprés la
defcente du flambeau, on defcendit
dans le puits une poule d'Inde
, liée par les pattes , & on la
laiffa au fond l'espace d'un demy
quart d'heure. Quoy qu'elle ait.
la vie moins dure que le chien ,
on la retira vivante , & plus
vermeille qu'elle ne l'estoit avant
qu'on l'euft defcenduë.
Il faifoit fort chaud le jour que
l'accident arriva au mois de
Juillet . L'un des trois qui ont pery
dans le puits , avoit mis un mé-
C iij
30 MERCURE
chant jufte au corps fort leger,
percé en plusieurs endroits ,
eftpit pieds nuds , les deux
autres eftoient en chemise lors
qu'ils defcendirent. L'un de ces
trois mangeoit une fouppe lors
qu'on l'appella pour y defcendre.
L'autre avoit goûté , & le troifiéme
n'avoit pas mangé depuis
fon difner , ou s'il avoit mangé,
il n'avoit que tres-peu d'alimens,
car il s'eft trouvé dans fon eftomach
fort peu de chyle.
Avant que d'expofer au Public
fon fentiment fur la caufe de leur
mort , il eft à propos de dire ce qui
s'est trouvé dans le corps
de ces
GALANT. - zr

બે
trois perfonnes , dont l'ouverture
fut faite le 29.Juillet , lendemain
de l'accident à neuf heures du
matin. On ne peut pas dire qu'ils
ayent efté noyez puis qu'on n'a
pas trouvé an demi- verre d'eau
dans l'eftomach , dans les inteftins
& dans la capacité de la poitrine
des trois cadavres peris dans ce
puits. On a remarqué toutes les
parties contenues dans les deux
ventres fçavoir le milieu & inferieur
,fort faines bien conformées;
ce qu'on a pû reconnoiftre ,
c'eftfeulement une écume autour
de la bou he , un (ang épaiffi&
figé dans les vaiſſeaux fangui-
C iiij
32 MERCURE
feres grands petits , principal
lement du poumon , ce qui peut
eftre fuffifant pour s'inftruire de
la caufe de leur mort.
:
Quelques- uns ont cru qu'il y
avoit dans ce puits ùn Bafilic ,
qui ayant vu le premier ces
hommes , les avoit tuez de fa
veuë ; mais outre
que
chacun ne
convient pas de ce fait , quand
on en voudroit fuppofer la verité,
ce fentiment fe renverse par la
mort du Chien , & par l'extinde
la chan- ction du flambeau
delle , la veuë du Bafilic n'eftant
point capable de produire
1
effets.
GALANT.
33
Les autres ont imputé la caufe
de ces trois morts à une vapeur
maligne & corrompuë , répanduë
meflée avec l'air de ce puits ,
provenante du fumier qui eft
amaßé auprés, mais quelle apparence
que toute cette vapeur maligne
fe trouve renfermée dans
se puits , quieft affez ouvert pour
la laiffer fortir , les vapeurs ainfi
corrompues eftant affez en mouvement
pour n'eftre pas toujours
arreftées dans cet endroit ? L'air
de la cour où eft ce fumier , devroit
en eftre encore plus chargé ,
ainfi plus dangereux , ce qui
n'eft pass outre que l'extinction
34 MERCURE
& du flambeau de la chandelle ;
les circonftances qui accompala
mort du chien , comme
le froid & la roideur de fes memgnent
bres detruifent fuffisamment
cette opinion , car ces vapeurs
eftant fupposées chaudes , comme
elles le doivent eftre, n'éteindront
pas le flambeau allumé , & la
chandelle allumée, renfermée dans
une lanterne.

D'autres ont pretendu parler
plus jufte , en difant que c'est une
veine de la terre qui s'est fait
une ouverture dans ce puits , &
I pouffe une vapeur chargée de
quelque Metal on Mineral dan
GALANT.
35
gereux lesbifere , comme de
de la
Mercure , Arfenic , on antres
mais je croy que ce fentiment
peut eftre encore detruitpar l'extinction
du flambeau
chandelle ; car fi ces pretenduës
vapeurs de Mercure , d'Arfenic,
ou autres font capables de tuer
l'homme , elles ne peuvent pas
éteindre ce flambeau & cette
chandelle allumée , & renfermée
dans une lanterne. Il faut donc
trouver une cauſe qui foit capable
d'ofter la vie à l'homme en
peu de temps , & qui puiffe produire
les effets que l'on vient de
¡ rapporter.
36 MERCURE
Ceux qui fçavent ce qu'un air
extremement chargé d'un nitre
groffier , épais & condensé, eft capable
de faire fur le fang de
T'homme vivant
tomberont
'accord qu'il peut luy ravir la
vie en peu de temps , lors qu'il eft
parvenu jufqu'à luy. Tel eft ,
mon fens , celuy qui eft contenu
dans ce puits , foit que cet air
froid vienne feulement du puits,
& de l'eau qu'il contient , foit
qu'il en vienne de la terre ouverte
dans quelque endroit de ce
puits , qui meflez ensemble compofent
un air fi froid , qu'il eft
Suffifant pour coaguler glacer
P
CALANT. 37
le fang , comme il a fait celuy de
ces trois perfonnes dans les vaiffeauxfanguiferes.
Ce froid exceffif
fe fait affez connoiftre par
l'extinction du flambeau & de
la chandelle allumée , qui s'eteignent
s'etouffent en un inftanti
lors qu'ilsfont defcendus une toife
feulement , & qui ne s'étei
gnent pas dans l'autre puits de
lamefme cour ,
โล
dont la profondeur
, comme j'ay deja dit, eft du
moins egale à l'autre , & qui à
fes eaux egalement baffes.
Ce principe ainfi posé , je dis
que les hommes qui font defcendus
dans ce puits , avoient les poa
38 MERCURE
res de la peau fort ouverts , à
cauſe de la grande chaleur qui
eftoit en ce pays depuis bait
jours , le fang efoit deftitue
d'une partie de fes efprits , qui
Se diffipent aifement par la chaleur
par le travail. Ces hommes
donc paffant en un instant
d'un airextremement chaud dans
un air extremement froid, cet air
froid , quoy qu'epais, ayant troupores
de la peau fort ouverts
, a penetré avec fou nitre
acide groffierjufque dans les glandes
milliaires de la peau , & y
ayant rencontré quantité de petites
veines & arteres qui abou
vé les
GALANT. 39
tiffent à ces glandes , il y a figé,
epaiffi coagulé le fang. Le même
effet a efté produit en mefme.
temps dans le poumon ; car le
mefme airfroid du puits y estant
entré par le moyen de la respira
tion , ayant trouvé la mesme
difpofition , fçavoir une grande
ouverture des pores de la fubftance
pulmonaire , il s'eft aifement
gliẞé dans le fang,
laforce du nitre groffier dont il
estoit chargé , il a auffi figé &
coagulé ce fang paffant par le
poumon. Or comme il eft certain,
au fentiment de la plus faine
partie des Philofophes & des
par
40 MERCURE
Medecins modernes , que la vie
de l'homme depend & confifte
dans la circulation & la fermentation
naturelle du fang, l'une
l'autre ayant efté detruite par ce
nitre groffier& condensé de l'air
froid son ne doit pas eftre furpris
fi la mort de ces trois perfonnes,
eft arrivée fubitement de la mas
niere qu'on vient de le dire cydevant.
Fay fait remarquer que parla
grande chaleur il se fait une
grande diffipation d'esprits
notamment dans les perfonnes
qui s'exercent à de forts travaux,
tels que font ceux de la moiſſon ,
GALANT. 41
d'un
Marechal , parce que je
fuis perfuadé que fi le fang eftoit
remply d'une abondance d'efprits,
ilferoit plus en eftat de refifter
la coagulation
qui luy peut arriver,
qui peut eftre causée par
un air froid , tel qu'est celuy de
ce puits.
tes ,
Beaucoup de raifons jointes
aux experiences qui ont efté faiprincipalement
du Chien , me
portent à croire que fi ces hommes
fuffoquez dans le puits avoient
efté liez de maniere qu'on eust pu
les remonter incontinent aprés
qu'ils y ont efté defcendus , on
Mars 1694 . D
42 MERCURE
auroit pû les faire revenir , en
les expofant à un grandfeu , &
leur faifant avaler , s'ils n'avoient
pas efté entierement morts,
quelques remedes chauds , comme
les Cordiaux Sels volatiles
& acres qui auroient efté capables
de brifer & de divifer le
nitre groffier qui tenoit le fang
glacé & coagulé dans les vaiffeaux
fanguiferes , de mefme que
le Chien eft revenu en vie à l'aide
de l'ardeur du Soleil , une premiere
& une feconde fois , parce
qu'il n'avoit pas demeuré affez
de temps dans le puits , pour que
GALANT 43
fon fangfuft entierement figé&
coagule.
Voilà ce qu'on a pû decouvrir
juſqu'à preſent du fait & de
l'accident qui eft arrivé en ce
pays. La raison pour laquelle on
n'a pas envoyé plûtoft cette Relation
, eft que l'on a attendu
l'hiver >
afin de s'affurer en
quelque maniere de la caufe de
ces morts precipitées, par les deux
dernieres experiences faites dans
le plus grand froid de cet hiver ,
que j'ay rapportées
ce qui
nous doit confirmer que ce n'est
l'air froid qui fe retire pendant
la grande chaleur dans les
que
Dij
44 MERCURE
lieux fouterrains , au lieu que
l'hiver pendant le grand froid,
c'est la chaleur qui fe trouve renfermée
concentrée dans ces
mêmes lieux.
3
On prie les Sçavans , comme on
fçait que la France en eft rem
plie , d'en donner leur fentiment
au Public , qui leur en fera
obligé.
J'ay à vous faire part de
plufieurs Vers d'une jeune
Mufe , où vous trouverez
beaucoup d'efprit , & fur lef
quelsil faut vous donner quelques
éclairciffemens . Un MarGALANT.
45
quis illuftre commandoit l'E
fté dernier la Nobleffe de fon
Canton pour l'Arriereban
,
dans une petite Ville de Normandie
, où la politeffe , la
galanterie , & le bel efprit ne
regnent pas moins que dans
les plus grandes Villes du
Royaume . Il y fit plufieurs
habitudes , & entre autres il
lia une amitié fort étroite
avec un homme de la Robe ,
auffi diftingué par fon merite,
que par fon bien , & qui ayanr
épousé une Femme de qualité
qui a beaucoup de fageffe &
de vertu , en a une Fille uni46
MERCURE
que , qui poffede tous les charmes
& tous les agrémens qu'
on peut fouhaiter dans une
jeune & fort aimable perſonne
Le Marquis en fut d'abord
enchanté
, & prit pour elle la
plus violente paffion qui fut
jamais. Cependant la Belle ne
s'applaudit pas de cette prompre
& importante conquefte .
Il eft marié , & déja fur fon
retour, & il n'avoit pas affaire
à des Provinciaux qui fuſſent
capables de fe laiffer ébloüir
de l'éclat de fa naiffance , &
de la groffe dépense qu'on luy
voyoit faire. Il fut donc conGALANT.
47
traint de s'en tenir aux termes
d'une honnefte focieté, & d'avoir
meſme de fi grands ménagemens
, que ce commerce
n'cuft pas le moindre air de
galanterie amoureuſe , fans
neanmoins en bannir les chofes
qui pouvoient le rendre
plus agreable , & le faire durer
plus longtemps . Il continuë
en effet toujours avec
beaucoup d'agrément de part
& d'autre , & on n'a pas
laiffé paffer l'occafion des
Etrennes fans en donner d'obligeantes
marques . Les Dames
luy envoyerent des Vers
48 MERCURE
fous les noms d'Uranic & du
Dragon vigilant , qui font les
noms qu'il leur a donnez, par
les raifons qu'il eft fort aifé
de s'imaginer.Il leur répondit
par d'autres Vers , & comme
il ne fe pique pas de Poëfie ,
il pria quelques- uns de fes
Amis , de luy faire fes Réponfes.
L'un d'eux qui prend
beaucoup d'intereft à la charmante
Uranie , ce qui peuteftre
aura de la fuite, fe chargea
de ce foin avec plaifir ; &
les Dames ayant repliqué en
s'adreffant uniquement au
Marquis , comme Auteur des
derniers
N
GALANT. 49
derniers Vers , un jeune Cavalier
, qui a beaucoup de brillant
, de vivacité & de genie
pour la Poëfic , les ayant vûs,
s'eft piqué au jeu , peut- eftre
autant du coeur que de l'efprit,
& a fait les repliques qui finiffent
cette espece de petit
Recueil , que l'on pourroit
appeller la Guirlande d'Uranic
, à l'imitation de la Guirlande
deJulic , fi celebre autrefois
fur le Parnaffe.
Mars 1694
E
50 MERCURE
ESTRENNES
De Mademoiſelle D. A. G. E.
à M' le Marquis de B.
Ve de profperitez , cette nou-
Q
velle année ,
Combleroient voftre destinée ,
Marquis, que vous feriez heureux,
Si le Ciel exançoit mes voeuxs
Carj'enfais pourvousplus de mille,
Oùje mefle toujours l'agreable & l'utile.
Non pas que vous ayez befoin
D'honneurs , de plaisirs , de richeffess
La fortune en a pris le foin ,
Et vous accable de careffes :
Mais dans le pofte avantageux ,
Où ,felon vos defirs , de tout elle dif
pofe
i
CALANT.
SI
Vous m'avourez entre nous deux ,
Qu'il manque toûjours quelque
choſe
Aux grands coeurs , aux coeurs amoureux.
S
C'est quelquefois un Rien , mais ee
Rien inquiete ;
Sans luy l'on se croit malheureux,
Et la felicité fans luy n'eft pas parfaite.
C'est donc ce Rien- là que je veux
C'eſt-là , ce que je vous souhaite .
S
Mais quoy , me direz- vous! vraiment
me voilà bien
Vranie , ah la belle Efrenne !
!
Pour prefent un ſouhait, & cefouhait
eft Rien;
Cela ne valoit pas la peine
De fatiguer tant voftre veine.
E ij
52 MERCURE
Je vous entens , Marquis, mais m'entendez-
vous bien ?
Je
Penfez-y plus d'une semaine,
vous donne beaucoup, en ne vous
donnant Rien.
La Mere de la jeune Demoifelle
écrivit ce Madrigal dans
la mefme feüille , fous le nom
du Dragon vigilant.
JE voudrois bien fur ce Revers ,
Et tandis qu'Apollon vient nous ouvrir
la veine ,
Vous envoyer cinq ou fix Vers
Le jour de l'an, pour voſtre Etrennej i
Carje feay ce que je vous doy
Pour toutes les bontez que vous avez
pour moy
GALANT.
53
Et dont j'auray toujours de la reconnoiffance.
A quoy done eft-ce que je penfe ?"
Ces Vers font de méchant aley :
C'eft mal à propos fe commettre.
Retirons-nous pour noftre honneur,
Je veux un Madrigal , &jefais une
Lettre ,
Qui m'oblige à finir par , je ſuis de
bon coeur , &c.
Réponſe du Marquis ſur les
mefmes Rimes.
A URANIE.
REcevez les fouhaits de mon coeur
cette année
Que mon amour répand ſur voſtre
destinée,
CE iij
54 MERCURE
Et comprenez , helas ! que jeferois
beureux
Sije pouvois un jour vous adreſſer
mes voeux,
Car j'aurois avec vous des plaifirs
plus de mille ,
Et je pourrois trouver le plaisant &
l'utile.
Pour vous apprendre au vray mon
extrême befoin ,
Qui n'eft pas , felon vous , le manrichelles
s
que
C'est l'amour qui n'a pas , à mon gré ,
tout le foin
De me faire obtenir vos plus rendres
careffes.
·Parmy tant de Rivaux m'eſt-il avantagenx
Que ce cruel amour diſpoſe
De touter vos bontez en faveur de
l'un d'eux,
GALANT.
55
Aquije parirois qu'il manque quelque
chofe ,
Quand ilferoit plus amoureux ?
2
Un Rien tres-fouvent inquiete ,
Mais par ce Rien j'entens une Fille
parfaite ;
C'eft dans cefens que je le veux,
Et c'est ce Rien que je souhaite.
On me verroit contentfans bien
Si j'avois ce Rien pour Eſtrenne.
Quelque perte que j'euffe, en confer
vant ce Rien ,
Fen'en fouffrirois pas la plus petite
peine.
Je comprens , Uranie , & je vous
entens hien,
(la femaine,
Fy reverar cent fois tout au moins
Car vous me donnez tout en ne me
donnant Rien.
E iiij
56 MERCURE
Au Dragon vigilant.
Comptez fur ma Medaille avec un
beau
Revers ,
On ne peut trop payer une fi bonne
veine ,
Etje voudrois par de tels Vers
Pouvoirrépondre à voftre Etrenne.
Mais je vous le cede , &je doy ,
Sans faire icy du quant àmoy ,
Vous marquer ma reconnoiffance
En Profe feulement ; car enfin plus
j'y pense ,
Je trouve que la Profe eft de meilleur
alloy,

Tont preft pour vous à me commet.
are,
Quand ilm'en couteroit mon bien &
mon honneur,
Il eft temps de finir, voicy prefque
une Lettre,
GALANT. 57
Sans rime,& fans raison , mais au
moins de bon coeur.
Autres réponſes de differens
Auteurs.
A URANIE.
A Ppellez vous un Rien ce quirend
malheureux ?
Et que fert un peu de richeffes ,
Quand un coeur jour & nuii fait .
d'inutiles voeux ,
Et qu'un cruel amour refufe fes cas
reffes?
Ce Rien que vous pouvez donner,
Ce Rien fi grand pour moy , qui me
manque & m'accable,
Rendroit mon deftin favorable,
Si vous vouliez m'en étrenner.
58 MERCURE
S
Adorable Sapho , car pour vostre ge
nie,
Ce nom vous convient mieux que celuy
d'Uranie.
Ainfi que cette Grecque admirable en
vos Vers.
Vous allez avec mog charmer tour
l'Univers.
Grands Dieux , vit- on jamais tant de
delicateffe ,
Tant de brillant , tant de juſteſſe ?
F'enfuis , je lejure , enchanté
Autant que de votre beauté,
Autant que de voftre jeuneſſe,
Maisfij'ofois icy librement m'exprim
mer,
Sij'ofois vous parler de ce qui m'inquiete
,
Je vous dirois , Sapho, que pour eftre
parfaite
GALANT. 59
Il ne vous manque plus que defçavoir
aimer.
&
Ce n'est pas direZ-vous , une f
grande affaire,
1
Mais cependant pensez-y bien.
Quelque tendreffe eft neceſſaire
Autant que vostre aimable Rien .
Ce Rien que par bonté voſtre coeur me
defire ,
1. Eft eftimé de man coeur amoureux j
Cent fois plus qu'un puiſſant Empixe
fine .
Exfijamais l'amour favorable à mes
voeux ,
Me conduifoit à ce Rien où j'afpire,
Adorable Sapho , que je ferois heu
reux !
2002
60 MERCURE
Au Dragon vigilant .
Vous qui gardez un trefot
Plusfameux que laToifon d'or,
Dragon , de qui la vigilance
A rendujufqu'icy tous mes foinsfu
perfluss
Fendormiray voftre prudence ,
Bien toft vous ne veillerez plus.
Un charme que pour moy
que pour moy l'amour a
fait luy mefme ,
·
Me va rendre un nouveauJaſon,
Et j'efpere , affifté du Dieu qui fait
qu'on aime.
Enlever malgré vous cette aimable
toiſon.
2
S'il faut vous rendre veux pour
voeux , [grande étendue,
Mes fonbaits font pour vous d'une
GALANT. 61
Et c'est une chofe bien deuë
De payer dignement un coeur fi genereux.
Que vosjours foient filez defoye;
Que tout réponde à vos defirs;
Que jamais le chagrin ne fuccede à
la
joye
>
Savourex mollement la douceur des
plaifirs.
Ayez la mefme vigilance ,
Et les yeux auffi bons qu'Argus ;
Que rien ne donne atteinte à voflre
diligence ,
Et gardez comme l'or , ce que j'aime
le plus.
Replique d'Uranie au Marquis.
Marquis , je vous l'avois bien
dit,
Qu'il y falloit penfer , &plus d'unesemaine,
62 MERCURE
Avant que d'expliquer les Vers de
mon Etrenne.
Fay cependant quelque dépit
Qu'un Rien vous ait fait de la
peine ;
Mais lors que d'autre chofe on a la ..
tefte pleine ,
Il ne faut Rien dans un écrit ,
Pour arrefter un bel efprit..
S
Enfin vous avez pris le change ,
malice , ou par erreur ,
Soit
par
Et du nom de Sapho croyant me faire
bonneur
Dans de fortjolis Vers vous chantex
ma louange ;
Mais je n'envieray point à d'autres
le bonheur
D'avoir de cette Grecque & Pefprit
& le coeur.
Toute comparaison est toujours odieu-
Sex
GALANT.
63
Et celle- cy me fache tout de bon ;
Fene fuis point Sapho , vous n'eftes
point Phaon.
L'un efloit trop cruel , l'autre trop
amoureuſe ;
Dieunous garde tous deux d'un fem- .
blable renom.
2.
Ie cheriray toujours le beau nom d'Uranie
,
Vous me l'avez donné , je le veux
bien
porter.
Servez- vous- en , je vous en prie,
De luyfeul on me peut flater,
Caril infpire dans les ames
De pures & de faintes flames ;
Heureufefi je puis un jour le meriter.
64 MERCURE
Replique du Dragon .
O
je garderay
comme l'or,
Cecher & precieux
trifor,
Dont le Ciel à mès voeux accorda la
naiſſance.
Rien ne pourra jamais tromper ma
vigilance.
Fuffiez- vous un autre Iafon ,
Vous n'aurez pas cette toifon.
Quand onjoint la vertu , l'honneur
& la prudence
,
Une Mere eſt toujours un terrible
Dragon.
GALANT.
69
Autres Repliques d'un autre
Auteur,
S'
POUR URANIE.
vous me regardez , Marquis ;
comme un tresor ,
Me faut-il un Dragon comme à la
Toifon d'or?
Tous fes foins &fa vigilance
Seroient des fecours fuperflus,
Et ce n'eft pas fur fa prudence
Que vous devez compter le plus:
? Vous jugez d'autruy par vousmesme,
Vous avez l'air d'aimer ainſi qu'aimoit
Iafon,
Non pas à cause qu'on vous ai
me,
Mars
1694. F
66 MERCURE
Mais de peur qu'un Rival n'enlève
la toifon..
Q
Pour le Dragon.
Vand encore une fois , pour ravir
mon trefor ,
L'amoureux Iupiter fe changeroit en
or ,
Pour furprendre ma vigilance ,
Ses efforts feroient fuperfluss
Mais ce n'eft pas fur ma prudence
Que je me repofe le plus .
Cet aimable trefor fe garde de luymeſme
,
Etfuſſay-je Medée, & fuffiez- vous
Lafon ,
Euffiez- vous les appas du Dieu qui
fait qu'on aime,
Vous n'auriez pas encorpour cela la
toison.
GALANT: 67
Fousferiez convaincu dubien que je
Vous veux ,
Si mon pouvoir eftoit de plus grande
étendue ;
Et vous auriez , Marquis , la recom
penſe due
A vos fouhaits fi genereux.
Vos jours feroient file de foye
Le préviendrois tous vos defirs ,
Vous auriez chaque jour quelque
nouvelle joye,
·
Vous goûteriez mille plaifirs;
Car enfin j'ay pour vous la meſme
vigilance,
Que pour plaire à Iunon, est le fidelle
Argus
s
Mais quefervent ces foins , quefere
ma diligence,
Marquis , peut- eftre , helas ! nous
ne vous verrons plus.
Fij
68 MERCURE
Je vous envoye un Ouvra
ge de M Verduc le jeune ,
pour les Sçavans de voftre
Province . Je ne doute point
qu'ils n'en foient contens ,
ayant toujours vû avec plai
fir tout ce qui eft forty de
fa Plume,
$522555 $ 25 2552525
DISSERTATION
fur la nature du Feu .
I nous voulons bien con-
Sho
·
noiftre la nature du Feu , il
faut que nous confiderions toutes
GALANT. 69
fes proprietez , & d'abord celle
qui fe prefentent à nos fens, font
fa chaleur & fa lumiere , & enfin
la puiffance qu'il a d'agirfur
les corps qui ne font point trop
durs, & de les changer en fa
propre nature. Toutes ces principales
qualitez du Feu fe redui
fent à une feule chofe , fçavoir
au mouvement des petites parties
de fon corps .
Premierement , on ne peut
douter que la chaleur du Feu ne
vienne du mouvement de fes petites
parties , fi l'on confidere que
pour en faire naiftre dans les
où il n'y en a point , il ne faut
corps
70 MERCURE
que les agiter , ainfi que l'expe
rience le montre tous lesjours dans
les corps qui fe remuent extraordinairement
vite , comme par
exemple , dans le bouton d'une
rouë de caroffe , qui roule extrês
mement vite , dans un temps.
chaud & fec. L'on experimente
encore qu'en fciant du bois fort
dur , fil'on touche de la main le
füillet de la fcie , en la retirant
au plus vifte de la fente qu'elle
fait dans une piece de bois , on
le fent fort chaud. Toutes ces experiences
prouvent évidemment
qu'il ne faut que du mouvement
pour la chaleur des corps, &qu'il
GALANT:
71
n'eft pas besoin d'une autre qualité
pour la produire.
Prefentement que nous fommes
kien perfuadez de cette verité, il
faut chercher quelle forte de mous
•vement eft neceffaire pour produire
de la chaleur dans les corps;
car il eft certain que tout mouvement
ne fuffit pas pour échauffer
puis que l'eau , qui eft liquide ,
qui ne le peut eftre que parce
que chacune de fes petites parties
Je meus àpart, & feparement de
fes oifines , n'eft point naturel
lement chaude.
Le mouvement dans les petites
parties du corps ne peut eftre en
72 MERCURE
general que de deux fortes , on
direct , on autour du centre.
L'experience fait voir que le
mouvement en ligne droite de
chaque petite partie d'un corps ne
produit point de chaleur ; car f
ayant
la bouche fermée, l'on ferre
& qu'on en faffe
Les levres
fortir l'air fort vifte , on le fent
froid: & de mefme l'air qu'on
pouffe avec un éventail contre
fon vifage , dans les plus gran
des chaleurs de l'Efté , acquiert
une autre difpofition pour fe
mouvoir , & est fenty froid.
Or il eft manifefte qu'en faifant
fortir l'air de fa bouche , ou en
le
GALANT.
73
le chaffant d'un fouflet , ou bien
en le pouffant fort vifte avec un
éventail , fes petites parties ne
peuvent tourner fur leur centre ,
à cause que la trop grande agitation
qu'elles acquierent , & qui
les pouffe également vers un méme
cofté , les empêche de fe remuer
autour d'elles- mefmes, comme
on voit fouvent qu'une bale
qu'on chaffe fort viſte , avance
droit en ligne droite ,fans tourner
fur fon centre.

Aprés vous avoir fait voir que
le mouvement direct des parties
d'un corps ne produit point de
chaleur , mais feulement qu'il
Mars
1694.
G
74 MERCURE
fe
excite du froid dans ceux où il
rencontre , il faut vous montrer
que le mouvement circulaire des
petites parties d'un corps excite de
la chaleur.
L'experience fait voir que la
fumée, ou la vapeur qui fort d'une
liqueur que l'on a mis bouillirfur
le feu , circule & tourne en rond
en pluſieurs diverſes manieres ; ce
qui n'arriveroit pas , fi chaque
petite partie qui s'éleve au deffus
de la fuperficie de la liqueur ,
ne feremuoit autour d'elle même,
pour compofer ce petit tourbillon
de fumée , qui eft affez chaud
pour fe faire fentirs mesme
M
GALANT. 75
fans aller chercher ce mouvement
dans la fumée qui fort d'une liqueur
ainfi émuë , il fuffit de le
remarquer en elle - meſme pour s'en
convaincre : car conment je pourroit-
il faire qu'une liqueur qui
boult à gros bouillons , & qu'on
voit tournoyer fort vifte , n'euft.
point ces petites parties agitées
en rond ?
Pourroit on bien croire , aprés
cette experience , que la chaleur
de la flame & du feu , vinſt
d'ailleurs que du mouvementque
chacune de fes particules fait fur
fon centre ; car enfin cette chaleur
du feu , ou de quelque autre
Gij
76 MERCURE
le
8
corps , ne peut pas eftre une qualite
differente du mouvement ,
puis que nous ne concevons pas
qu'ily ait dans le
corp's de qua
lité plus contraire au mouvement
, qui eft toujours neceffaire .
pour produire de la chaleur, que
repos ; mais excepté les fubftances
,leurs qualitez , ou leurs
modes , nous ne concevons point
qu'il y ait d'autre genre de cho-
Jes. Nous pouvons donc affurer
la chaleur du feu confifte
dans le mouvement que chacune
de fes parties fait autour de fon
propre centre.
que
Aprés avoir expliqué une des
GALANT: 77
proprietez du feu, qui fe rapporte
aufensde l'attouchement , ilfaut
paffer à celle qui le rend lumi
neux ; mais comme il n'y a au
monde
a
que
deux fortes de corps
la flame,
dans lesquels la lumiere ſe trouve,
fçavoir les Aftres
que les Aftres font trop éloignez
de nous , pour pouvoir remarquer,
comme il faut, la nature
de la lumiere , il femble qu'il n'y
a point d'autre corps fur la terre
qui nous puiffe fervir de fujet
pour l'examiner que la flame
même , ou le feu dans lequel elle
fe trouve ; car encore qu'il y ait
plufieurs autres corps qui font
Giij
78 MERCURE
appercevoir de la lumiere , commē
les gouttes de l'eau de mer agitée.
par la tempefte , le bois pourry »
de certains petits vers de terre ,
les poiffons falez, & quantité
d'autres corps : neanmoins comme
cette lumiere paroift plus particuliere
plus difficile à decouvrir
que celle qui eft dans le feur
Fordre veut que l'on commence
à expliquer celle qui fe trouve
dans le feu.
Nous avons remarqué plus
les parties du Feu fe haut
que
remuent fans ceffe , & que ce
mouvement produit fa chaleur.
que les petites parties
Puis donc
GALANT. 79

du feu ſe remuent fort wiſte autour
de leur centre , & qu'elles
ne font pas également groffes &
folides , il eft facile d'imaginer
qu'enfe remuant , elles pouffens
les parties des corps qu'elles rencontrent
» car c'eſt ainſi qu'en
agitant celles de noftre peau , elles
nous échauffent , & nous brûlent
quelquefois , lors qu'en eftani trop
prés , elles ont affez de force pour
Les feparer l'une de l'autre.
Les petites parties du Feules
plus agitées fe remuant tresautour
de leur centre , sèndent
toutes enſemble, & de tous côtez,
à s'en éloignerfuivant des lignes
8+vifte
Giiij
80 MERCURE
droites qui partent de ce centre's
mais elles ne peuvent sendre , ou
faire effort pour s'en éloigner ,
qu'elles ne pouffent en s'échapant
du lieu où elles font , les petites
parties d'une matiere fubtile qui
remplit les pores de l'air , & des
autres corps tranſparens , & qui
s'étend fans interruption depuis
la flame , jufqu'aux yeux de
ceux qui apperçoivent la lumiere ,
Il faut s'imaginer ces petites par.
ties toutes rondes comme des boules
, qui fe remuent fans ceffe
dans les pores de la plupart des
corps terreftres , en paffant des
uns dans les autres , fans jamais
GALANT. 81
sy arrester davantage, quc ce peu
de tempsqu'on n'omme un inftant,
de mefme que l'eau qui eft fous
l'arche d'un pont ne demeure jamais
la même un feul moment ,
à cause qu'elle s'écoule ailleurs;
mais comme nous ne voyons point
que l'eau qui coule fous l'arche
d'un pont , y laiffe du vuide , à
caufe qu'il y a de nouvelles eaux
qui fuivent celle qui s'écoule ,
nous devons penfer le même de
la matierefubtiles à fçavoir qu'el
le remplit tous les pores qui fe
trouvent dans les corps .
Nous avons dit
que lespetites
parties quifervent à transmettre
82 MERCURE
Faction de la lumiere font rondes
comme des boules , & qu'ellen
rempliffent toujours les pores de la
plupart des corps . Il est vray que
aes petites parties occupent prefque
tous les pores & les intervalles
qui fe trouvent autour des
carps terreftres : mais il y a encore
tant d'autres pores duns ces corps,
qui pour eftre trop petits , ne peuvent
les recevoir qu'il faut neceffairement
qu'il y ait dans l'Univers
une autre matiere , dont les
parties foient fi extremement petites
& fi agitées , qu'elles puiffent
eftre divisées en d'autres plus
petites, qui rempliffent toujours
'GALANT. 83
auffi juftement qu'il eft poffible
d'imaginer , tous les plus petits
angles ou recoins qui fe trouvent
autour des parties de la matiere;
car il faut neceſſairement qu'ily
ait une telle matiere dans le
monde , qui appartienne aux per
tits espaces quifont dans les corps ,
puis que nous concevons ces efpaces
qui font dans les corps , auffibien
que les plus grands que nous
puiffons imaginer , comme une
chofe réelle étendue en longueur,
largeur profondeur , & non
pas comme un vuide pur , qu'on
s'imagine n'eftre rien du tout, &
qui n'eft en effet qu'une chimere.
84 MERCURE
Ceft cette matiere tres -fubtile
qui remplir les petits efpaces cur
vilignes que les petites boules
laiffent neceffairement autour
d'elles , quand elles fe touchent ;
car il eft plusfacile à ces premieres
, qui changent continuellement
la figure de leurs petites.
parties , de fe gliffer autour de
ces autres qui font rondes , pour
remplir neceffairement les espaces
qu'elles laiffent autour d'elles ,
qu'à ces autres , de changer
leur , pour faire le mefme effet,
c'est à dire , pour remplir ces efpaces.
la
Avant que de parler de la lu.
GALANT. 85
miere qui fe remarque dans le
bois pourry , dans les poiffons falez
, dans les gouttes d'eau de
mer, il faut encore dire un mot
de celle du feu , car tout ce que
nous en avons dit jufqu'icy , n'a
efté que pour en rendre la connoiſſance
plus aisée .
Les petites parties qui compofent
le corps de la flame fe remuant
fans ceffe autour de leur
centre , pouffent, en faisant effort
pour s'en éloigner les petites
boules qui rempliffent les pores des
corps tranfparens , & c'est dans
l'effort quefait ainsi chacune des
petites parties du feu , pour s'éloi86
MERCURE
gner de fon centre , en quoy confifte
fa lumiere.
Après avoir bien conceu ce que
c'est que la lumiere du feu, il nous
fera facile de comprendre comment
fe produit celle des autres
corps , & mefme nous pourrons
aisément entendre comment fon
action peut paſſer en un inflant
par l'entremife des corps tranfpa
rens , carfeachant que les petites
parties de la matiere qui tranf
met cette action , font rondes &
appuyées les unes fur les autres,
il faut de neceffité qu'au mesme
inftant qu'ily en a une de poufsée
, toutes les autres qui la fuiGALANT.
87
vent le foient auffi , de même que
l'action dont on remue le bout
d'un bafton , paſſe dans le même
temps jufqu'à fon autre bout .
Pour la lumiere des poiffons
falez , des vers de terre . & de
quelques autres corps , je crois
que cela vient de ce qu'il y a
dans les pores de ces corps de pé
eites parties , qui en fe remuant à
peu prés comme celles de la flame,
pouffent en fortant des pores où
elles font , les petites boules de la
matiere fubtile , & c'eft dans la
preffion de ces boules que confifte
la lumiere. Mais pour dire quelque
chofe de plus particulier tou-
ม่
88 MERCURS
le
chant la lumiere de ces fortes de
´corps , commençons d'abord à expliquercelle
qui fe remarque dans
le bois pourry, pour de là paffer à
l'explication de celle qui eft dans
·les autres corps dont nous venons
·de parler.
L'experience fait voir que
boispourry , qui eft lumineux eft
plus leger que celuy qui ne l'eft
Cette legereté ne peut venir
de ce qu'il a perdu beaucoup
de parties en fe corrompant , &
qu'il a de grands pores , pleins
d'une matiere fort fluide , mais
ces pores en s'agrandiſſant , en
ont infailliblement retrécy d'au
pas.
que
GALANT. 89
ires ; car pendant que le bois fe.
corrompt & fe pourrit, c'est àdire,
pendant que les parties d'eau , on
d'autres d'une nature differente
qui font dans ces pores , font agitées
par la matiere fubtile,fes plus
petites parties , à force d'eftre
ébranlées & fecouées , fe détachent
des autres , & paffent bien
loin au delà dans l'air . Mais cela
ne peut arriver que quelques po
res du corps qui fe corrompt , ne
s'étréciffent beaucoup , parce que
les parties qui fe dérangent occupant
plus de place qu'auparavantr
preffent leurs voisines contre quelques
autres , ce qui eft caufe que
Mars 1694. H
96 MERCURE
que les boules de
les pores qui y font , deviennent
plus étroits ,
la matiere fubtile en fortent toutes,
& comme il n'y a point de"
vuide dans le monde , la matiere
la plus fubtile entre dans ces po .
res avec impetuofité , pour prendre
la place des petites boules qui
en fortent , coulent tout du
long , elle preffe les plus petites
parties du bois qu'elle trouve en
fon chemin, lefquelles fortent plufieurs
ensemble environnées de
cette matiere fort fubtile , dans
laquelle il fe trouve pour lors qu'-
elles nagent , elles ont affez de
force pour pouffer les petites bouGALANT.
91
les de la matiere ſubtile , & par
confequent pour exciter de la lumiere
. La lumiere du bois pourry
confifte donc dans le mouvement
de ces petites parties que
la matiere
la plus fubtile chaffe hors de
fes pores , car il faut remarquer
qu'elles avancent en tournoyant,
& qu'elles fe remuent à peu prés
comme celles de la flame.
Pour la lumiere qu'on remarque
dans les petits vers de terre,
elle peut venir de l'agitation d'une
liqueur fubtile , qui participè
de la nature des efprits falins &
volatiles. Les parties de cette liqueur
forsant par des conduits
Hij
92 MERCURE
fort étroits, fe remuant auſſi
tres- vifte , pouffent de toute leur
force les boules de la matierefubtile
, c'eft en cela que confifte
la lumiere de ces petits Infectes.
Ilfaut remarquer qu'ils ne luifent
qu'autant de temps qu'ils
font vivans , & qu'aprés qu'ils
font morts ils perdent entierement
cette proprieté . Laraifon de cela
est peut - eftre, que lors qu'ilfontles
parties de cette liqueur
for tent fans ceffe de leur
corps à cause de l'agitation qui
eft au dedans , que quand ils
viennent à mourir , elles abandonnent
leur corps , où il ne reſte
vivans ,
GALANT. 93
que les plus groffieres , qui ne
fçauroient agir fur les petites bou
les de la matiere fubtile.
La lumiere des poiffons falez ,
qui ne luifent qu'autant de temps
guc les parties du fel mettent à
entrer dans leurs pores , vient de
ce que ces parties qui font longues
roides, en penetrant dans les
pores des chairs , retréciffent t
ment les autres où elles n'entelle
point , qu'ils ne peuvent con rent
que la matiere la plus fubrenir
laquelle continuant de fe tile ,
voirfort vifte , fort de ces mouavec
affezde force pour p pares
les petites boules de la mouſſer
atiere
94 MERCURE
дне
fubtile, qui font dans les pores de
Pair voifin de ces corps , & ainfi
exciter quelque lumiere.
Pour celle qui paroiſt autour
des gouttes de l'eau de mer, pendant
une grande tempefte , on peut
croire qu'elle ne vient que
de ce
le branle que l'agitation des
vagues donne aux gouttes qui
s'en feparent , & qui s'éparpillent
en l'air , fait que pendant
que les parties quife plient , &
qui s'entrelaffent ensemble pour
compofer une petite goutte d'eau ,
les pointes des autres qui font
roides inflexibles, fe dégagent
s'avancent ainfique des fleches
GALANT:
95
bors de la fuperficie de ces gouttes
d'eau, & poussent affez impetueufement
les petites boules de
La matiere fubtile.
Aprés avoir expliqué les principales
proprietez du Feu , que
nous remarquons par l'entremise
de nos fens comme fa lumiere fa
chaleur , & auffi aprés avoir ren- .
du raifon de celle qu'on remarque
dans d'autres corps , il ne nous
refte plus qu'à examiner la puiffance
qu'il a d'agir fur les corps
qui ne font point trop durs ,
de les changer en fa propre nature.
Pour cela ilfaut remarquer
qu'il eft befoin d'une violente
96 MERCURE
ce
les
agitation dans les parties terref
tres pour faire du feu , car puis
que toutes les petites parties qui
compofent le corps de la flame fe
remuent tres - vifte , & que c
mouvement ne peut avoir efte
mis en ellesfans une grande force,
nous devons conclurre que
corps qui s'enflament d'eux- mêmes
font dans une agitation
tout à fait grande , & qu'il ne
faut pour faire du feu , qu'un
mouvement affez fort pour feparer
les petites parties des corps
terreftres qni fe foutiennent toutes
les unes les autres.
'
L'experience s'accorde parfai
71 3
tement
GALANT
. 97
tement bien avec noftre raisonnement
; car elle nous montre que
la feule agitation des corps fuffit
pour les embrafer. En effet , ne
voyons - nous pas tous les jours
de
preuve cecy , en faisant
naiftre du feu , quand nous n'en
la
le
moyen
le
avons point ; car
plus ordinaire d'en avoir , quand
on en manque , est d'en faire for
tir d'un caillou̟ , en le frapant
avec un fufils ou avec un autre
caillou .
Or peut - on douter que le feu
ainfi produit ne confifte pas dans
la violente agitation qu'acquierent
les petites parties de lapierre,
Mars 1694 .
I
98 MERCURE
qui fe rompent & fe détachent
de leurs voifines , &tombent en
pirouettant, à caufe de la violente
agitation que leur donne la matiere
la plus fubtile qui les envi
ronne de tous coftez ; & de même
qu'un Bateau qui eft au milieu
d'un torrent , ne peut s'empêcher
d'en fuivre le cours , quand il n'y
a point d'ancres , ny de cordes qui
le retiennent , de même auffi les
petites parties des corps qui font
environnées de la matiere la plus
fubtile doivent
fuivre fon cours, il n'y a point
de caufe qui puiffe détacher les
petites parties d'un caillou , &
neceffairement
GALANT.
99
les feparer des autres , que la force
du coup qu'on luy donne en le
frapant avec un fufil , ou bien
avec un autre caillou .
Pourroit- on bien croire , aprés
cette experience
, qu'il faut pour
la production
du feu , quelque
chofe de plus que la vifteffe du
mouvement
dans les parties infenfibles
d'un corps ; comme par
exemple , qu'il faut que le bois
qui brûle , outre l'agitation
&
le mouvement
rapide de fes plus,
petites varties , ait encore la for
me du feu , la qualité de la cha
leur, & l'action qui le brûle ;
qu'on imagine comme des chofes
I ij
100 MERCURE
toutes diverfes ? Car, je vousprie,
de quelle nature feroit cette forme
, cette qualité de chaleur,
fi c'estoit quelque chofe de diftingué
de la groffeur , de la figure
du mouvement de fes parties ?
Mettez du feu tant qu'il vous
plaira à un morceau de bois, mettezy
de la chaleur, & faites - le
brûler ,fi vous ne fuppofez ouire
cela , que fes petites parties fe
remuent violemment , & fe dé
tachent des autres , il demeurera
éternellement ce qu'il eftfans aucunement
s'alterer ; tout au
contraire oftez- en le feu , la cha
leur, & empefchez qu'il ne brûle,
.
GALANT. · ΙΟΙ
pourvû que vous imaginiez une
puiſſance qui remuë violemment
les plusfubtiles parties de ce bois,
&lesfepare des plus groffieres,
vous trouverez infailliblement
tous les mêmes changemens qu'on
experimente , quand il eft changé
en feu ; & enfin vous penſerez
que le feu n'eft rien du tout dans
corps qu'un mouvement rapide
de leurs plus petites parties , &
que la diverfité desfeux vient de
la difference qui fe trouve dans
la groffeur , lafigure , la folidité,
le mouvement des petites par- ..
ties qui compofent ces feux.
les
I
iij
102 MERCURE
Je vous ay déja parlé d'E
trennes. ne Il ne faut pas oublier
celles que M' de Betouland
envoya de Bordeaux à Mademoiſelle
de Scudery , le
premier jour de cette année.
C'eftoit une belle Cornaline
antique & Grecque , fur laquelle
le Temps eft tres- bien
gravé, avec fes ailes déployées
& fa faux. Elle eftoit accompagnée
de ces Vers .
GALANT. 103
LE TEMPS.
A Mademoiſelle de Scudery,
CE
'E n'eft qu'un feul moment , Sapho
, queje m'arreſte
Et pour un vol leger-mon aile eft tou
jours prefte ;
Mais malgré mon chemin qu'on ne
voit point finir ,
Et qui me conduira dans le vaſte
avenir
Pourray-je m'empefcher de respecter
Sans ceffe
De voftre efprit charmant l'aimable
politeje ?
De ma terrible faux ne craignez
point les coups ,
Elle ne peut agir fur LOVIS , ny
fur vous.
I
iiij
104 MERCURE
F'ay détruit mille Rois & mille Etats
celebres ,
F'ay répandu fur eux d'éternelles
tenebres,
Leur nom mefme eft perdu dans le
cabos des ans ;
Mais Louis , que le Ciel guide à pas
éclatans ,
Doit-il craindre un telfort pour Pil
luftre carriere ,
Où tout n'est que triomphe , &miracle
& lumiere ?
La Victoire attachée à son nom glorieux
,
Le défend de l'oubly des hommes &
des Dicux .
Vous le Sçavez, Sapho , mais un
inftant volage,
Apeine vous laiffant remarquer mon
vifage
?
Et mefentant gliffer fous mes pieds
fugitifs
GALANT. 105
Peindrois-je ce grand Roy
affez vifs ?
de rayons
Il faut plus de repos , ma courſe eft
trop rapide,
Et vous tracerez mieux un fi fameux
Alcide.
Bacontez fes hauts faits ; Echo de
voftre voix
Dans lesfiecles futurs j'en inſtruiray
cent Rois ,
Qui malgré mille exploits d'immers
telle memoire ,
Ne pourront égaler la moitié de fa
gloire
Réponse de Sapho au Temps
Vous qui paßez fi viſte , &pourtant
lentement ,
Ne vous arreſtez pas , écoutez feulement.
106 MERCURE
Fay mille graces à vous rendre
De l'Eloge charmant que j'acheve
d'entendre ,
Car le plus éloquent des Dieux,
S'il parloit de LOVIS , n'en parle
roit pas mieux.
Fe l'ay vù tout brillant d'une éclatante
gloire ,
Tel que les Filles de memoire
Le peignent tous les jaurs pour la
Pofterité ,
Sans en avoir pu faire unfeul Por
trait flaté ,
Et de vostre difcours mon ame eſt ſi
ravie ,
Que j'enferay l'Echo le refte de ma
vie.
Parlerois-je fans vous duplus grand
des Mortels,
Qui du temps des Cefars auroit en
des Antels ?
GALANT. 107
Cette réponse de Mademoifelle
de Scudery , a donné
lieu à M' de Boifquillon
,
tres digne Academicien de
l'Academie de Soiffons , de
luy adreffer cc Madrigal.
DEces Ꭰ
E ces Eloges éclatans
Vous avez beau combler le
Temps ;
Contre luy jefuis en colere.
Sapho , loin de paſſer d'une aile fà
legere ,
Il devroit s'arrefter fur cent faits
inoüis .
Peut- il mieux s'employer qu'à celen
brer LOVIS ?
Les Ouvrages de M ' de la
108 MERCURE
Broffe font fi curieux & fi
recherchez , que je ne doute
point que celuy que je vous
envoye n'ait le mefme fuccés,
que ceux dont je vous ay déja
fair part. Ils doivent faire
plaifir , non feulement parce
qu'ils regardent la fanté , fi
chere aux hommes , mais encore
parce que l'Auteur veut
bien par une generofité finguliere
, joindre à fes raiſonnemens
fur les maladies , les
remedes fpecifiques , qui , fe-
Ion luy , en peuvent procurer
la guerifon . L'Ouvrage
que je vous envoye roule fur
CALANT. 109
les Fiévres malignes qui ont
regné cette année .
225552 52252 555222
LETT RE
DE M DE LA BROSSE
à M² de Can , ·Docteur en
Medecine de la Faculté de
Paris , concernant la Fiévre
Maligne.
MONCONSIEUR,
La grande application à
l'eftude de la Medecine jointe
à la force de voſtre genie,
JIO MERCURE
vous ayant donné une connoiffance
particuliere de ce
qu'il y a de plus abſtrait & de
plus caché dans cette fcience ,
& une intelligence parfaite de
la concordance des chofes fuperieures
avec les inferieures ,
j'ay cru que je ne pouvois
choifir un juge plus équitable ,
plus capable & plus éclairé
que vous pour decider fi mes
reflexions fut la Fiévre maligne
, que je veux mettre au
jour en faveur du public ,
peuvent y eftre expofées avec
quelque utilité , & je fuis tresperfuadé
que voftre déciſion
GALANT. 111
fera d'autant plus jufte , que
l'autorité des anciens n'a lieu
chez vous, qu'en tant qu'elle
eft conforme à la raifon & à
l'experience , qui font le fondement
& la folidité de mon
fyfteme.
Les accidents furvenus à
quelques malades le mois paffé
eftant prefque des marques infaillibles
d'une fiévre maligne
& contagieufe, m'ont porté à
faire ces reflexions , & comme
il cft avantageux à un malade
d'eftre perfuadé que fon Mc.
decin connoift la nature de
fa maladie , & le remede qui
112 MERCURE
2
luy eft convenable , je me fuis
perfuadé que le public ne feroit
pas faché de fçavoir que
la maladie dont il eft menacé,

n'eft pas inconnuë à tour le
monde , non plus que le remede
qui luy eſt ſpecifique ;
& afin qu'il en foit mieux
convaincu , je luy en veux faire
connoistre entierement la nature
, comme auffi le remede
qui luy eft propre, & je m'expliqueray
d'une telle maniere
que les plus groffiers n'auront
pas de peine à le comprendre,
car qui benefcit, bene docet , &
non feulement j'enfeigneray
GALANT. 113
le remede pour la guerifon de
cette maladie , mais auffi je
donneray les moyens de s'en
garantir , en qnoy la precaution
fera d'autant plus impor
tante, que la plufpart de ceux
qu'elle attaquera feront enlevez
dans quatre ou cinq jours,
à moins que d'avoir un prompt
fecours .
On ne fçauroit donner une
idée plus parfaite de la nature
d'une maladie, qu'en faifant
connoiftre évidemment la
matiere qui la caufe , & les
accidens qui l'accompagnent
;
& comme la plus grande par-
Mars 16 94.
K
MI
114 MERCURE
tie des
Medecins en
ignorent
la cauſe , il ne faut pas trouver
étrange fi la mort fait tant de
ravage, & voicy, Monfieur
, la
route que j'ay tenue pour y
parvenir .
J'ay parcouru & recherché
la nature des venins qui font
dans les trois regnes ; fçavoir
,
le vegetal, l'animal & le mineral
, n'y en ayant pas d'autre
dans la nature. J'ay confideré
qu'il y a des vegetaux qui
contiennent une fubftance approchante
de l'arfenicale , &
que dans l'homme mefme il fe
produit des fels qui caufent
GALANT. 115
des accidents femblables à
ceux que produifent les va
peurs malignes de l'arfènic ,
mais qui terminent leur malignité
dans le fujet qui les produit
, fans fe communiquer à
un autre. Je fçay que le venin
eft une fubftance ennemie
du coeur & deftructrice de la
nature , & qu'il y a des venins
fpecifiques au coeur qui l'attaquent
par les veines , comme
la piqueure du Scorpion & la
morfüre des Viperes . D'autres
entreprennent le cerveau , come
le Mercure & l'Opium. Le
Liévre - Marin s'en prend au
K ij
116 MERCURE
poumon , & les Cantarides à la
veffic, mais je n'ay jamais veu
ny entendu dire que ceux qui
ont efté infectez de ces venins
les ayent comuniquez
à quelqu'autre
, & tous les vegetaux
& animaux enfemble ne font
pas capables d'infecter l'air, &
de le rendre contagieux
, & tel
qu'il puiffe caufer des maladies
contagieufes
; mais il n'en eſt
pas de mefme des vapeurs arfenicales
qui s'eflevent de la
rerre. Elles infectent tellement
l'air, qu'eftant agité par
les vents , il porte fa malignité
en divers endroits de la terre,
GALANT. 117
& attaque toutes les parties du
corps humain . C'est pour cela
que nous voyons tant de fortes
de maladies épidemiques,
car quand cet efprit malin qui
infecte l'air , attaque les intef
tins, il caufe la dyffenterie qui
fait fouvent tant de ravage ;
d'autres fois s'attaquant au
cerveau il caufe des cathaires.
Quand il s'en prend à la poitrine,
il caufe des inflammations
de poumon , & des pleurefies
, & infectant la maffe du
fang , il caufe des fiévres malignes,
& lors que quelques unes
de ces maladies regne & atta118
MERCURE
que en mefme temps plufieurs
perfonnes , nous la nommons
Epidemique, & nous y remar
quons toujours de la malignité
, qui eft plus ou moins grande,
felon que l'air eft plus ou
moins infecté . Nous n'aurons
pas beaucoup de peine à croire
que toutes ces maladies font
caufées de cet efprit arfenical,
fi nous faifons reflexion que la
pefte qui ne differe de ces maladies
que du plus au moins,
eft tres frequente aux endroits
fujets au tremblement de terre,
& l'on voit ordinairement
que dans les lieux où l'on reGALANT.
119
mue quantité de terres , il y
regne des maladies malignes,
mais comme il ne fuffit pas de
connoître fuperficiellement la
cauſe d'une maladie , j'en veux
donner une idée parfaite, autant
que ma foible capacité
me le permettra , auffi bien
que du fujet fur lequel elle agit
, & pour cet effer je veux
faire connoistre en quoy confifte
le principe de vie , & le
principe de mort, ce qui étant
bien connu nous conduira à la
parfaite connoiffance du remede
neceffaire . Je dis donc
que la vie confifte dans les ef
120 MERCURE
prits, car fans les efprits il n'y
a point de vie , & la vie ceffe
dés que efprits les efprits ne peu
vent plus operer , l'ame ne
faifant aucune fonction quepar
le moyen des efpries . Ainfi
on peut definir la vie , l'Acte
premier de l'efprit , car par
tout où fe trouve l'efprit , il
fait premierement la vie , &
aprés il fait toutes les opera
tions neceffaires à la vie , mais
la premiere operation , c'est la
vic , puifque l'efprit eft plein
de la lumiere celefte , & c'est
la lumiere celefte qui fait la
vie de fa nature propre , & les
élemens
GALANT. 121
élemens inferieurs n'ont devic
qu'en tant qu'ils font impregnez
de la lumiere & de l'ef
prit celefte , & toute la nature
cft pleine de cet efprit celefte,
& ne peut eftre fans cet efprit,
par le moyen duquel tous les
genres , tant animaux, que vcgeraux
& mineraux, vivent,
Or les efprits du corps humain
font la quinteffence du
fang , abondant en fel & en
fouphre, d'une qualité tresdouce
& benigne ; mais le
principe de mort eft abon
dant en fel & en fouphre,d'u
ne qualité mordicante & cor
Mars 1694. L
122 MERCURE
rofive, & propre à arreſter &
détruire le mouvement des
efprits. C'eſt un efprit Arſe
nical abondant dans tout le
genre mineral ; enfin nous
pouvons dire que ce qui eft
Ic plus oppofé à noftre vie eſt
la caufe des maladies contagieufes.
Or l'efprit Arfenical
cft celuy qui luy eft le plus
oppofé & le plus contraire
dans toute fa fubftance. Ce
fera donc cet efprit Arfenical
quifera la veritable caufe des
fiévres malignes & contagieu
fes , lequel opere fur nos corps
avec plus ou moins de violen
GALANT. 123
ce , qu'il infecte plus ou
moins l'air , & felon qu'il fe
trouve plus fec , ou plus humide
, ou plus chargé de vapeurs,
qui puiffent reprimer
& émouffer fa malignité , & il
cft tres- conftant que lors que
plufieurs perfonnes font atteintes
à mefme temps d'une
maladie , on n'en peut attri
buer la caufe qu'à la choſe
qui cft principalement commune
, & de quoy tous les
hommes ufent . Or on ne peut
revoquer en doute que ce ne
foit l'air que nous refpirons ;
car de vouloir dire que c'eſt
Lij
124 MERCUREA
TAT
le regime de vie, cela n'a pulle
apparence , d'autant que ces
Fievres malignes s'attaquent
auffi bien à ceux qui boivent
du vin, qu'à ceux qui boivent
de l'eau ; auffi bien à ceux qui
ufent des viandes exquifes &
delicates , qu'à ceux qui ufent
des viandes groffieres & mal
apreftées. Il eft pourtant vray
que le reregime de vie, cftant
-mauvais corrompt les humeurs
du corps & le difpofe
à recevoir plus facilement acetten caufen
pas tellement d'elle mefme ,
que fans l'aide & le fecours
GALANT 125
de quelque précedente préparationelle
puifle produire
fon effet fur toute forte de fujets
Pautrement il s'en faivroit
que tous ceux qui habitent
une Ville , feroient atteints de
ces Fiévres malignes , dés qu'il
y en auroir quelqu'un qui en
feroit infecté , ce qui est évidemment
faux. Il faut donc
Y que cette caufe , pour faire fon
impreffion fur un corps , le
furqun
trouve plûtoft difpofé à la
recevoir , car l'action de ce
qui agit refte fans force & fans
efficace , fi elle ne rencontre
un fujer propre pour la rece-
Liij
126 MERCURE
voir. Or ce mauvais regime
de vie pouvant alterer les humeurs
, difpofe le corps à recevoir
plus facilement les impreffions
malignes de l'air ,
& c'est pour cela que ceux qui
ont voulu mettre le regime de
vic entre les caufes des maladies
contagieufes , l'ont appellé
caufe preparante ; mais
comme il eft impoſſible de
donner une idée parfaite de
la Fiévre maligne , fans parler
de la Fiévre en general , je me
crois obligé d'en dire quelque
chofe en paffant.
Je dis donc que la Fiévre eft
GALANT. 127
uneaction & irritation extraordinaire
des efprits , caufée
par une alteration du fang
plus épais & plus vifqueux
qu'à l'ordinaire, ce qui donne
lieu à un battement plus frequent
des arteres , accompa
gné de plufieurs fimptomes,
comme de froideur , de chaleur
, douleur de tefte ,foif, &
plufieurs autres. Cette définition
explique parfaitement la
nature de la Fiévre, & indique
en mefme temps le remede
qui luy cft convenable. Il
refte maintenant à faire voir
la verité de cette définition ,
Lij
128 MERCURE
contraire à celle des Anciens.
Je dis que les efprits inferez
dans les mufcles du coeur , par
leur mouvement ordinaire ,
compriment les parties qui en
forment les ventricules , afin
que parcette compreffion les
deux parties oppofées venant
s'entre- toucher , chaffent le
fang qui y eft porté par la
veine afcendante pour cftic
porté du venticule droit au
poumon, par la veine arte
ricufe , afin d'y cftre impre
gné de l'efpriceleſte qui y
eft introduit par le moyen de
Fair , & porté de là par l'artere
GALANT. 129
veneufe au ventricule gauche
Sdu coeur , d'où il eft pouffé
dans la grande artere , pour
eftre diftribué par tout le
corps. Ce fang rempli de fels
nacres & mordicans irrite les
efprits , ce qui fait qu'ils agif
fent avec plus d'impetuofité,
& précipitent leur mouve
ment d'autant plus , que le
fang eft plus épais & moins
Auide qu'à l'ordinaire , &
c'eft pour cela que pendant
le friffon le pouls eft petit ,.
quoy que vifte , & il n'eft pas
fort difficile à concevoir que
les efprits font irritez dans le
130 MERCURE
les
coeur par des matieres heterō
genes , qu'ils s'efforcent de les
chaffer plus promptement
, &
avec plus de violence , puis
que nous voyons journellement
que les efprits cftant agitez
dans le cerveau par des
poudres fternutatoires ,
éternuëmens
en font plus ou
moins frequens & violens ,
que la poudre eft compofée
de ſubſtances plus ou moins
acres & mordicantes
, & par
confequent qui irritent plus
ou moins les efprits . On peut
remarquer cette verité dans
les maladies où les eſprits font
1
GALANT. 131
fort
embaraſſez , & ne peuvent
pas operer , comme l'on
voit en l'Apoplexic
, où les
Sternutatoires
les plus violens
font de nul effet .
Il n'eft pas fort difficile
par ce Syfteme de donner
raifon de tous les ſymptomes
accompagnent la Fiévre : qui
car fi on demeure d'accord
qu'il n'y a que les parties où
les efprits reluifent, qui foient
capables de douleur & de fentiment
, comme il eft évident,
il s'enfuit que ce font les feuls
efprits qui font la douleur ,
& toute forte de fenfations ,
132
MERCURE
ce qui peut eftre facilement
reconnu , fi on fait reflexion
que ceux qui font bleffez ne
fentent preſque point de douleur
dans le moment de leur
bleſſure , mais dés que les
bords de cette bleffare viennent
à fe tumefier , foit par
l'air , foit par les humeurs qui
s'y arreſtent , lesefprits irritez
par l'obſtacle qu'ils trouvent
à leur courſe & action ordinaire
agiffent avec plus d'impetuofité
, & font cette fenfa
tion de douleur.
Je fuis furpris que les Ans
ciens n'ayent pas defini la
©!!
GALANT.
33
Fievre un froid , puifque tou
tes les Fievres commencent
par un froid , qui fe fait ſentir
par tout le corps , tant au
dedans qu'au dehors ,jufqu'à
ce que la chaleur luy fucce
de. En verité ils auroient cu
plus de raifon de definir la
Fievre un froid contre nature
diſperſé par tout le corps ,
venant d'une mariere corrompue
en quelque partie du
corps , auquel fuccede une
chaleur contre nature , mais
ce froid ne vient pas d'une
matiere putride,non plus que
da chaleur qui luy fuccede ;
134 MERCURE
çar l'un & l'autre viennent des
efprits qui fe fentant attaquez
par des humeurs acres
& mordicantes , fe retirent
vers les parties les plus atta
quées afin d'y cftre plus forts
& vigoureux pour combattre
leur ennemi , de forte que les
parties demeurant moins
pourveuës d'efprits fentent
un grand froid , car ce font
les efprits qui conſtituent la
chaleur , & il n'eft pas fort
difficile de juger que c'eft certe
concentration d'efprits qui
fait le froid , fi nous remarquons
ce qui arrive à des
GALANT
135
gens qui ont l'eftomach de
bile, qui s'eftant remplis d'alimens
au delà de la portée de
leur chaleur naturelle , fentent
aprés le repas un froid
par tout le corps , ce qui vient
de ce que les efprits fe concentrent
dans l'eftomach
pour faire la coction des alimens.
Si vous voulez voir
de vos propres yeux la concentration
des efprits de quelque
mixte , prenez une cruche,
rempliffez- la de vin , &
expofez la pendant deux ou
trois jours à l'air quand il
gelle bien fort , le vin fè con136
MERCURE
gelera , & au centre de de vin
congelé, vous y trouverez l'ef
prit du vin plus fubtil que celuy
que les meilleurs artiftes
pourroient faire . Mail reve
nons à noftre matiere febrile,
& difons que lors qu'elle fe
jette fur quelque partic, com
me fur le Mcfentere , au ventricule,
aux reins , &c . les ef
prits s'y ramaffent , s'ébran
Ient , & fecouent les perfs
pour fe depêrror & rejetter
par cet ébranlenient les humeurs
morbifiques qui s'atta
chent à ces parties , ce qui
fait le tremblement pendant
GALANTM 137
le friffon , de mefme que les
Araignées ébranlent & fccouent
leurs toiles pour en
rejetter la pouffiere.
A l'égard de la petiteffe
& vifteffe du pouls, pendant
le froid, cela provient de ce
que de lang eftant coagulé par
des fels acres & corrofifs , il
n'obeir pas fi facilement à la
compreffion du coeur,de forte
que la compreffion ne fe
faifant qu'à moitié à raifon
de la confiftance du fang , il
ne faut que la moitié du
temps ou environ pour la
faire , mais à force de circula-
M
Mars
1697.
138 MERCURE
!
tions l'efprit univerfel introduit
par l'air dans le poumon,
eftant mellé avec le fang fortific
nos efprits & aide à faire
la diffolution de ce fang ,
ce qui eftant fait , il s'enfuit
la chaleur , parce que les matieres
cftant attenuées & rarefiées
dans tout le corps , non
toutefois au degré neceffaire
pour eftre facilement expul
fées à raifon de leur vifcofité,
frapent continuellement les
fibres & les membranes du
corps , & font cette fenfation
de chaleur de la maniere que
je l'ay declaré dans ma Lettre
GALANT 139
écrite à M' de Chapelas,pour
lors Curé de S. Jacques , & à
prefent Curé de S Germain
l'Auxerrois , inferée dans le
Mercure Galant du mois de
Mars 1691. où j'ay traité cette
mariere affez amplement. Et
pour avoir une idée plus parfaite
de la petiteffe du pouls,
il n'y a qu'à confiderer qu'à
mefure qu'un malade approche
de la mort, le pouls devient
petit , quoy que vifte ,
ce qui ne peut provenir que
de la coagulation du fang , &
auffi plus il fe coagule , plus
le pouls devient petit , con
Mij
140 MERCURE
fervant fa viftelloà proportion
de la force des efprits , & los
extremitez deviennent froides
, ce qui marque que Ads
elprits fe refferrent dans leut
centre, & nous fait voir clai
rement que le fang ſe va tout
à fait coaguler , ce qui ſe ma
nifeſte par le poylsi que les
Medecins appellent vermicu
lant, qui cft l'avantcoureur de
la mortores iph payment
36. On me dire peut cftre que
le Scorbut & Faction hypocondriaque
proviennent d'un
fang , coagulé par des acides ,
fans que ces maladies ſojent
M
GALANT. 141
ordinairementaccompagnées
de la Fiévre , mais il eft fàcile
de répondre à cette objection,
en faifant yoir que la coagu
lation du fang fe fait par le
moyen de diverfes fubftances;
que les unes fe détruifent dans
l'inftant , ou cedent facile
ment aux compreffions ; &
les autres au contraire refiftent
beaucoup. De l'eau mêlée
avec de la terre fe forme
unc mafle, qui fe diffout dans
l'inftant avec de l'eau , mais
il n'en eft pas de mefme de
la terre mêlée avec de la Terebenthine
, car ces deux ma142
MERCURI
tieres forment une maffe bien
plus difficile à diffoudre. Enfin
avec cinq voyelles on fait
un nombre infini de mots ;
ainfi de la diverfité des hu
meurs excrementeufes , il fe
fait la diverfité des coagulations
du fang.
Je
Je croy m'eftre affez explí
qué dans la brieveté de mon
Difcours pour faire connoiftre
la matiere de la Fiévre en
general , c'est pourquoy je
paffe à la Fiévre maligne.
J'ay fait voir cy- deffus que
les fels acres & corrofifs des
humeurs coagulent la maffe
GALANT. 443
du faug & irritent les efprits ,
& comme je vous ay fait con
noiftre la nature de l'efprit arſenical
qui cauſe la fiévre maligne,
vous pouvez juger facilement
que fa malignité furpaf
fant celle des mauvaifes humeurs
de noftre corps , doit
caufer par confequent de plus
facheux accidens, ce qui fe remarque
en ce que les efprits
font plûtoft diftinguez en cette
fiévre qu'en toure autre, parce
qu'ils font attaquez avec
plus de violence. Auffi fontils
tant d'efforts qu'ils fubliment
& font fortir cet ef144
MERCURE
prit malin & fubril par la
peau avec quelque peu de la
fleur du fang Cela fe mani
fefte par des taches rouges
violettes , ou noires car les
efprits travaillent inceffamment
à fe délivrer de leur ennemi
, le chaffant du centre
à la circonference avec quel
que petite portion du fang
infecté , comme il eft dir.
Que file fang eft beaucoup infecte
de cette malignité , les
taches font noires ; s'il l'eft
moins , elles font violettes, &
fi elles font rouges , cela matque
encoremoins de malignité.
Il
GALANT 145
J
el Ilen'y a point de Medecins
qui puiffent contefter que ces
taches qui paroiffent fur le
corps & qu'on appelle com
munement Pourpre, ne foienc
produites de la maniere que je
viens de le dire. Or cela êtant
vray,come il eft conftant, certains
Medecins ont ils quelque
raifon de faire faigner en
cette maladie, puis que la fai
gnéc eft oppofée à ce mouve
ment de nature ? Hipocrate a
beau leur
recommander , quo
natura tendit eo vergere oportet.
La nature tâche d'expulfer le
venin par les pores du corps,
Mars 1694. N
146 MERCURE
ces Medecins au contraire tâchent
de le concentrer au dedans
par la faignée . La nature
fait tous fes efforts à fubtilifer
les humeurs pour les expulfer
par
l'émonctoire general, qui
font les pores , & ils tâchent
de les condenfer par des rafraichiffemens
, ou de les attirer
au dedans , & les precipiter
par des purgatifs.
Eft-il poffible que Dieu qui
a créé le Ciel & la Terre , &
tout ce qui y eft contenu pour
l'utilité de l'homme , ait créé
tant de fortes de vegetaux,
d'animaux & de mineraux en
GALANT. 147
vain, & que la lancette feule
ait le bonheur de renfermer
dans fa pointe toute la vertu
des Mixtes , & que la plus
grande partie des Medecins
en faffent leur Panacet , ou
pluftoft leur Paffeport pour
l'autre monde ? Les veritables
Phyficiens qui fe font adonnez
à la recherche de la vertu
des Mixces , & qui ont joint la
pratique à l'étude , fçavent
queDieu a mis en chaque Pays
des Mixtes capables de guerir
les maladies aufquelles chaque
Climat eft fujet, & ils s'en
forvent fort heureuſement . Il
Nij
148 MERCURE
n'y a que le travail & l'expe
rience qui les en ont convaincus,
& c'eft par leur grande
application, & leurs obfervations,
qu'ils ont reconnu que
la quiteflence de Pavor & de
Jufquiame appaife , toute forte
de douleurs. Celle du Tabac
guerit les pâles couleurs ,
& provoque le flux menſtrual ;
celle de Thim guerir les Af
matiques ; celle de Menthe
guerit du vomiſſement & les
douleurs de tefte, qui proviennent
d'un cftomach qui digere
mal ; celle de la grande &
petite Centaurée guerit les aiGALANT.
149
greurs de l'eftomach & le dé .
gouft ; la quinteſſence du
Sureau guerit les Fiévres intermittentes
, & la fuffocation
de matrice ; celle de Perles , les
He &tiques ; celle d'Aloës & de
Mirthe eft excellente pour
touté forte de Fiévres malignes
, mais la quinteffence de
dont je veux que tout le
monde foit pleinement
convaincu
des effets par leur propre
experience , eft le veritable
& fpecifique pour toute
forte de Fiévres malignes &
contagieufes . Le Mercure &
l'Antimoine gueriffent radi-
*
...
Niij
150 MERCURE
calement tous les maux Venez
riens ; le Plomb appaiſe toute
forte d'inflammations , & dif
four les nodofitez de la Goutte;
l'Etain guerit les affections
hyfteriques ; le Fer guerit tou
te forte d'hemothagie & le
flux hepatique le Cuivre
guerit de la pefte ; l'Argent
guerit indubitablement des
vapeurs,de laManie & del hydropific
; l'Or poffede ſeul
toutes les vertus de tous les
autres Metaux. Enfin un vermiffeau
de terre appliqué fur
un Panaris , qui eft ce mal
qu'on appelle d'Avanture , le
GALANT. 151
guerit dans un inftant , comme
un enchantement . On le
laiffe fur le Panaris jufqu'à ce
qu'il foit mort. Si le ver eft
trop petit pour bien entourer
& garnir le doigt , il y en faut
mettre deux ou trois , & enveloper
le tout avec un linge .
Mais vous fçavez bien , Monfieur
, que je n'entens pas
qu'on gueriffe ces fortes de
maladies par les Métaux dont
je viens de parler , eftant preparez
, comme l'on fair ordinairement
, car ils ne fervent
de rien en cet eftat , mais il
les faut mettre en quinteffen-
Niiij
1; 2 MERCURE
ce , ou du moins en avoir le
fel effentiel , & pour lors ils
font immanquablement
tout
ce que je viens de dire ; il n'y
a que le ver de terre qui n'a
befoin d'aucune preparation
,
car il faut qu'il foit en vie
quand on l'applique .
Quant aux fymptomes les
plus funeftes de cette Fiévre
maligne , ce font les frequens
fincopes ,une grande difficulté
de refpirer,le flux de ventre , la
Phrenefic , & enfin la Lethargie
, qui eft le vray avancou
reur de la mort , car elle mar
que que les efprits font furGALANT.
153
montez (par da malignité , &
qu'ils ne font plus en eftat
de rien operera pasm
A
Je paffe maintenant à la cure
de cette Fiévte , & dis que
comme elle eft caufée par un
efprit malin qui infecte toutes
les parties du corps par fa fubilité
& malignité , il faut fe
fervir de remedes fubtils , qui
portent leur action dans toutes
les parties. Je vais en décrire
plufieurs , afin que le
Pauvre auffibien que le Riche
en puifle avoir.
Si- toft qu'on le fentira de
cette fiévre, il faut prendre de
14 MERCURE
Sel de coral , de Sel de perles,
de Sel effentiel , de chardon
benit, de bezoard mineral , de
chacun huit grains pefant , les
mettre en poudre , les mefler
enfemble, & les diffoudre dans
deux ou trois onces d'eau de
chardon benit ou de ſcabieufe
, ou bien les mefler avec un
peu de conferve de roſes. Au
lieu de cela on pourra prendre
dix grains de Sel d'abfinte ,
dix grains de Sel effentiel de
chardon benit , & dix grains
de bezoard mineral , & les
diffoudre comme deffus , ou
bien prendre dix à douze
GALANT. 155
grains pefant de Sel volatil
de fang humain , ou à ſon
deffaut, de Sel volatil de Vipere
ou de corne de cerf.
Apres avoir pris un de ces re
medes , il faut se faire bien
couvrir , & l'on fuera immanquablement
. On continuera
encore deux jours de fuite le
remede , & la malignité ne
manquera pas defortir.Le quatriéme
jour on prendra feulement
dix grains pefant de
l'une des deux premieres poudres
, & on en continuera l'ufage
jufques au feptiéme jour.
On ufera dans la ptifane ordi156
MERCURE
naire d'un peù d'efprit de Sel,
ou de Souphres ou deVitriol,
en forte que cette prifane
fente un peu l'aigrelet . Sur le
declin de la maladie , on fe
pourra purger avec les pilulles
de ruffi , la dofe eft de demy
gros jufques à un gros . Pour
la precaution on prendra deux
fois le mois demy gros de
ces pilulles de ruffi , c'eſt´un
des bons prefervatifs qu'il y
air. Elles font compofees de
mirthe , d'aloës & de faffran ;
elles purgent doucement ,em .
pefchent la corruption des
humeurs , & fortifient l'eftos
GALANT. 157
mach , ce qu'aucun autre purgatif
ne fait . On pourra ſe fervir
journellement de l'eau fuivante.
Prenez racine d'Angelique
& de Tormentille , de
chacune une ence , une bonne
pincée de graine de geniévre
& trois gros de canelle ; concaffez
un peu les racines & la
canelle , & mettez le tout
dans une bouteille de verre.
Verfez- y une chopine d'eau
de vie , & le laiffez infufer
pendant quatre jours , le remuant
une fois le jour , aprés
quoy vous y ajoufterez quatre
onces de fucre en poudre , &
158 MERCURE
prendrez de cette liqueur une
cuillerée chaque jour à jeun
J'aurois donné , volontiers
mon fpecifique & mon prefervatif
au public , fi tout le
monde eftoit capable de le
faire , mais je n'en veux pas
gratifier un particulier.
Quant à ceux qui aimeront
d'eftre purgez agréablement,
& avec toute la benignité &
delicateffe poffible , jay pour
cela un fucre preparé d'une
telle maniere qu'il n'eſt changé
ny de couleur, ny de gouft,
ny de confiftance , & le prend
avec du Caffé ou du Chocos
GALANT. 159
lat au lieu d'autre fucre , ou
bien avec du bouillon .
Comme tous le Amateurs
des Saignées ne manqueront
d'employer tous leurs effortsà
faire paffer mon Syſteme pour
une vifion , je prie les perfonnes
defintereffées de tenir leur
refutation privée pour une
marque de leur ignorance , ou
de leur malice , juſques à ce
qu'ils ayent mis au jour des
raifons & des experiences qui
détruifent les miennes , ce
que je n'apprehende guere ;
mais comme le Public eft extraordinairement
prévenu en
160 MERCURE
de
faveur de la Saignée , je veux
luy en faire connoiftre le
mauvais ufage, par le recit de
ce qui eft arrivé il y a peu
jours en noftre voisinage , à
un Pleuretique : mais permettez-
moy de vous donner auparavant
un exemple fur la
funefte pratique exercée envers
ce Pleuretique , qui vous
pourra porter à confiderer
avec plus d'attention les veritez
que je vous dis.
Il y avoit un Gentilhomme
qui couchoit feul dans fa
chambre , lequel le trouvant
mal dans la nuit , appella fes
GALANT. 161
Domestiques , criant qu'il fuf.
foquoit . Un Domeftique y
accourut avec un paquet de
clefs pour ouvrir la chambre ,
& donner du fecours à fon
Mailtre . Il met une des clefs ,
qu'il croyoit celle de cette
chambre , dans la ferrure , &
fait plufieurs tours fans pouvoir
ouvrir , & n'en effaye
point d'autre , tant il eft prévenu
que celle dont il fe fert eft
la clef de cette chambre. Son
Maitre le plaint plus qu'il
n'avoit fait d'abord. Le Do.
meftique redouble avec plus
d'empreffement les tours &
Mars 1694.
162 MERCURE
"
retours ; & enfin connoif.
fant à la voix de fon Maiz
fre qu'il eft aux abois , il
change de clef , mais celle
qu'il prend n'ouvrant pas
mieux que la premiere , il en
prend une autre , qui n'eft pas
encore celle qu'il faut. Enfin
il prend la quatrième , qui eft
la clef de cette chambre. Il
ouvre la porte , & entre dedans
, mais trop tard pour le
falut de fon Maistre,qui estoit
agonizant. Ce Valet le voyant
en cet eftat s'écric , Apportez
vifte de l'Eau de vie , de l'Eau
de la Reine de Hongrie. Mais
GALANT. 163
toutes ces eaux n'ont de rien
fervi, car le Gentilhomme eft
mort dans un moment . Voilà
, Monfieur , le modele , à
mon avis , le plus convenable
de ce qui eft arrivé à ce Pleuretique.
Il fe fent oppreffe
d'une douleur de cofté , il ap
pelle des Medecins à fon fccours
, il en vient un qui le
fair d'abord faigner, & reffaigner
le mefme jour . Le mal
empire, & le Medecin fortifié
de l'avis de quelque autre, fait
faire douze faignées dans
cinq jours ; mais malgré ce
grand nombre de faignées, le
O ij
164 MERCURE
malade vient aux abois . Ces
Medecins qui n'ont jamais
entré dans le Cabinet de la
Nature , & qui n'en connoiffent
pas la clef , les effayent
toutes. Voyant que la faignée
ne fervoit de rien qu'à préci
piter le malade dans le tombeau
, ils ordonnent de la
Caffe , quelques heures aprés
la derniere faignée ; mais ce
remede n'operant pas mieux
que le premier , ils ordonnent
l'Emerique , qui n'a pas un
meilleur fuccés que les autres.
Enfin ils ordonnent
des crottes de cheval , &
GALANT. 165
*
j'avoue que ce remede eft
convenable
donné au com
mencement
de la maladie ,
mais ceremede ne fervant de
rion de Medecin qui voit
le malade aux abois , s'écrie,
Vite , vite de l'eau deCanelle, de
l'eau imperiale , mais tout cela
n'a pas empefché que cePleuretiquene
foit mort quelques
momens aprés , de forte que
ce malade a receu dans un
jour ; qui eftoit le fixiéme de
fa maladie , tous les remedes
en general que poffede la Medecine
; ſcavoir la faignée, le
purgatif, l'Emetique, le fudo .
166 MERCURE
rifique , & le cardiaque. As
prés cela peut- on dire que les
Medecins qui en uſent ainfi
trairtcut methodiquement
cette maladie , & que la fai
gnée foit le veritable remede
pour la Pleurefie ? En verité il
faut n'avoir pas un grain de
jugement pour ne pas con
noiftre l'aveuglement dans
lequel ils font , & afin que
rout le monde puiffe juger fi
la faignée eft faite avec raifon,
& fur quelque indication
, je dis que le fang peche
en qualité ou en quantité. Je
ne veux pas , Monfieur , me
GALANT. 167
fervir dans ce difcours des termes
de Pletore & de Cachochimie
, ny de leurs fubdivi
fions , parce que voulant inftruite
le public ,je veux parler
d'une maniere que chacun
me puiffe bien comprendre.
Or ce Pleuretique a commencé
de ſe trouver mal le Dimanche
, eftant en parfaite fanté
le Vendredy & le Samedy
auparavant , & ainfi file fang
pechoit en quantité, ce nepou
voit eftre que de celuy qui avoir
efté fair & augmenté du
Samedy au Dimanche, qui ne
fcauroit eftre de quatre onces.

168 MERCURE
Mais je veux, pour faire mieux
connoiftre leur erreur , qu'il
s'en foit fait & produit huit
onces , ce qui eft pourtant
impoffible ; le malade ayant
efté faigné deux fois le Dimanche
, & luy ayant efté
tiré feize onces de fang
n'en pouvoit pas avoir vop .
Ainfi aprés cela il fe devoit
auffi bien porter qu'il faifoit
le Vendredy, & de mefme de
tous les autres malades qu'ils
faignent , mais au contraire il
fe porte plus mal. Il faut par
confequent que la maladie
vienne de la mauvaiſe qualité
du
GALANT. 169
du fang , qui requiert feulement
la correction & purification
. Or la Pleurefie venant
d'un fang arrefté dans la
partic
malade , ne pouvant pas
librement circuler & paffer
par les petits Vaiffeaux , à raifon
de la vifcofité , comme
j'ay demonftré amplement
dans ma Lettre inferée dans le
Mercure Galant le mois de
Juillet 1691. il et facile de
juger qu'il faut un iemede qui
abforbe & deftruife les acides
, qui ont coagulé & rendu
vifqueux ce fang , & par
ce moyen la maſſe fangui,
Mars 1694. P
170 MERCURE
'.
naire devenant fluide & en
fon premier eftat , circulera
librement , & la nature attenuëra
& diffoudra le peu
qu'il fera refté dans la partic
offencée , & l'évaporera par
les pores . Mais accordons à
ces Meffieurs , que deux ou
trois faignées ne portent pas
un prejudice confiderable à
raifon de l'évacuation du
fang , n'est- ce
-ce pas faire un
grand mal que d'accabler un
malade par un remede inutile,
& l'empêcher d'avoir recours
à d'autres remedes qui le
gueriront inmanquablement ,
GALANT. 171
au lieu que les faignées épuifant
les forces , rendent fouvent
inutiles les remedes
qu'on donne aprés ? Mais paffons
plus avant, & voyons fi
1 ces Meffieurs avoient raifon
de purger le fixième jour de la
maladie . Ils pretendent que
c'est dans le fang que refide
la caufe du mal? Or le purgatif
n'eft que pour emporter
les humeurs morbiques qui
font dans les premieres voyes
& fequeftrées par la nature ,
par confequent il ne sçauroic
agir dans les veines . Que s'ils
fouftiennent que la nature les
Pij
172 MERCURE
en a feparées , & qu'ils fuivent
en cela le fentiment d'Hipocrate
, qui dit , Concocta funt
medicanda, il faut , cela eftant,
que
le malade fe trouve mieux
pour lors , car la nature ne fait
la feparation des mauvaiſes
humeurs , que lors qu'elle eft
victorieufe. Or elle n'eſt pas
victorieufe , puis que le malade
fe trouve plus mal ; donc le
Purgatif eft donné mal à propos.
Aprés cela on donne l'Emetique
, qui a les mefmes
indications que le Purgatif, fi
ce n'est qu'il évacue particu
lierement , & avec plus de
4
GALANT. 173
violence les matieres les plus
vifqueufes qui fe trouvent
dans l'eftomach ; & il eft d'autant
plus dangereux , que le
malade ayant eſté épuiſé de
fes forces par les faignées , le
Purgatif n'eft plus en eftat de
réfilter à la violence de ce remede
, & il eft auffi ridicule
à un Medecin de tenter ce
remede , aprés avoir épuiſé les
forces de fon malade par les
faignées , qu'à un homme qui
ayant épuifé les forces de fon
cheval pare la fatigue de la
marche d'une grande journée ,
voudroit à la fin de cette
Piij
174 MERCURE
journée pouffer fon cheval à
toute bride pendant une heu
re , car ce cheval qui auroit
bien fourny à cela au com
mencement de la journée ,
eftant dans fes forces, crevera
fous l'homme à la fin. Le
mauvais ufage qu'on fait de
l'Emerique , qui cft d'ailleurs
bon en certainės mala÷
-
dies , fi on le donne, bien à
propos , cft cauſe qu'il cft dés
crié , & pour vous faitè voit
qu'on fe fert imprudemmene
de ce remede faute de connois
ftre la nature des maladies , il
n'y a qu'à confidereroqueda
GALANT. 175
plufpart des Medecins s'en
fervent ufuellement pour l'Apoplexie,
quoy qu'il n'y doive
cftre employé que dans un
certain rencontre , parce que
ce n'est pas un remede qui
porte fon action jufques à la
caufe de cette maladie. Par
exemple, un homme venant
de difner ou de fouper , tombe
en Apoplexie ; il eft conftant
que pour lors l'Emerique eft
falutaire , parce que les efprits ,
ayant perdu le mouvement
& ne faifant plus de fonction
dans l'eftomacho , non plus
que dans les autres parties ,
Piiij
176 MERCURE
l'aliment s'y corromproit d'abord
, & porteroit obftacle à
l'a guerifon ; mais dés que l'Emetique
a fait fon effet, il faut
fans perdre temps donner des
remedes qui combattent la
caufe de la maladie ; mais en
tout autre temps que l'Apoplexie
furprend l'Emetique
n'eft d'aucun fecours ,
l'Apoplexie n'eft qu'une Paralyfie
univerfelle. C'est pour
cela que quand on guerit l'Apoplexie,
il reste une Paraly fie
particuliere en quelque partic
du corps . Ainfi il faut donner
d'abord des remedes penecar
GALANT. 177
trans qui dégagent les efprits,
& les mettent en mouvement,
à quoy l'huile de Romarin eft
fpecifique , prife de la quantité
de trente gouttes dans
quelque vehicule convenable .
A l'égard des crottes de cheval
, données aprés avoir épui
fé les efprits par tant de remedes
contraires , c'est en ufet
de mefme qu'un homme qui
en empoisonneroit un autre ,
auquel , aprés qu'il le verroit
accablé des accidens du poifon
, il donneroit du contrepoiſon
. Quand je vois don
ner des Cordiaux aprés un
178 MERCURE
grand nombre de faignées , il
me femble voir un Duelliſte,
qui ayant verfé tout le fang
de fon ennemi , s'en va querir
du vin ou de l'Eu de vie au
lieu le plus proche , pour luy,
reparer les efprits ; & afin
qu'on puiffe verifier fice que
L'avance eft veritable , je veux
donner à chacun le moyen
de fe guerir de la Pleurefie ,
fans qu'il en coure plus do
eing fols.
Dés que qulqu'un ſe trouvera
atteint de la Pleurefice , ou
de quelques mal de cofté que
se puiffe cftre,il n'a qu'à pren
GALANT. 179
dre la pefanteur d'un gros ou
deux de fucre en poudre.Qu'il
le mette dans une petite taffe
ou gobelet, & qu'il verſe ſur
ce fucre vingt cinq ou trente
gouttes de veritable huile de
Sauge, ce fucre s'imbibera de
cette huile . Demelez- là un
peu enſemble , & jettez fur
cetre mixtion deux ou trois
cuillerées d'eau de chardon
benitou de vine d'Efpagne s'il
n'y a point de fievre, & le fub
ere fe fondta dans l'eau avec
l'huile , car fans fucre ello furnagéroit
l'eau , & aprés avoir
pris ce remede , il faut fe bien
180 MERCURE
couvrir dans le lit , & at
tendre la fueur qui furviendra
bien- toft
& aprés la
fucur le malade fe , trouvera
gueri , ou du moins tellement
foulagé , qu'il ne doutera pas
de fa parfaite guerifon en reprenant
du mefme remede.
En voicy un autre qui n'eft
guere moins efficace . Prenez
un gros jufques à un gros &
demi d'encens male en pour
dre , meflez le avec un peu
de pomme cuitte pour le
prendre comme un bolus , &
ufez au furplus comme de
l'autre.dai
GALANT
181
Il feroit à fouhaiter, pour
le bien public , que Meffieurs
les Magiftrats de Police , filfent
faire l'experience des remedes
que je mets en avant ;
carce feroit le veritable
moyen de faire connoiftre
Fabus de la faignée, & de por-
Meffieurs les Medecins à
la recherche des remedes propres
pour la guerifon des maladies.
Cependant , j'oſé cfperer
Monfieur , que fi jay
le bonheur que mes fentimens
ayent voftre approba
tion , ma Lettre fera auffi utile
au public, que je me le fuis
182 MERCURE
propoſe. Je ſuis voſtre &c .
En vous parlant du chạn-
›gement qui a cfté fait dans
Ics Intendances , je vous ay
mandé que M. Ferrand avoit
eu celle de Dijon . La cons
noiffance qu'on a de fes
grandes qualitez cft caufe que
dans toute la Province cette
nomination a fait donner de
grandes marques de joye . C'eft
ce qui a obligé M ' Blanchard
à luy adreffer ces Vers.
$
1
GALANT. 183
A M FERRAND ,
Intendant de
Bourgogne &
ovde Breffe.ee
Aos Latin 45
L OVIS , le plus grand de nos
Rois ,
Secondant les deffeins & les vaux
aup d'un grand Prince,
T'établit dans cette Province ,
Pouvoit-ilfaire un meilleur choix ?
Que de plaifirs pour nous ! quelle
Jource de joye !
Le fameux Conquerant, le Heros qui
t'envoye ,
Illuftre & fage Magiflrat,
Ne pouvoit nous marquer avecque
plus d'éclat
Les foins dont fa bonté royale ,
Pour fes Sujets toujours égale ,
184 MERCURE
les horreurs
Se charge parmy
D'une Guerre , dont fa fageffe
Ne nous laiffe que les frayeurs ,
Tandis que fes Rivaux , honteux de
leur foibleffe ,
En fouffrent tous les ans les cruelles
rigueurs.
Par ton efprit fi beau que rien ne
l'embaraffe ,
Par ta grande capacité
Fais briller tes talens en te Dignité
Où l'Augufte Louis te place.
Fais voir par cette habileté,
Si naturelle danr ta Race ,
9
Que l'Aigle du Confeil a les
>
yeux
fi perçans
Que rien n'échape àfa lumiere.
Suy dans cette penible & brillante
carriere
Un naturel heureux , l'équité, le bon
Sens
GALANT. 185
Source de gloire inépuisable ,
Fidelles guides des Ferrands,
D'une fage conduite infaillibles ga
rans.
La faim toujours impitoyable,
De Bellone & de Mars Compagne re
doutable
Commençoit à nous alarmer.
Tu parois, & d'abord l'air feul de
ton fage
Nous est un affuré présage
Que tu viens pour la defarmer.
Nousen fentons déja l'agreable avantage
Acheve d'arrefter par ton integrité,
Par ton exactitude & par ta vigi
lance ,
A la gloire de noftre France,
Et du regne de l'équité
Les defordres , les maux qu'on craint
de tout cofté ,
Mars
1694.
86 MERCURE
Cruels enfans de l'indigences
Par tes fages confeilspar sa fermité,
ן י
Par ton credit puiſſant dans uwe Cour
heureuſe ,
Empêche de nos Bleds la traite dan
gerenfe.
Suy dans un cours ſi glorieux
Du fameux de Harlay les vertus éminentes
,
Parmy nous encore prefentes.
Sur un fibean modele on eft toujours
beureux
,
L'amitié vous unit par des chaines
charmantes ,
Une mesme vertu vous anime tous
deux.
Fais que de ces Climats l'abondance
exilée,
Revienne inceffamment par tes foins
rappellée ,
LEDI LAM
GALANT. 187
Es le Riche & le Pauvre également
contens
Flatez de voir des jours plus feurs
& plus tranquilles ,
de
meilleurs
temps
Attendront que
Ramenent
le repos & la paix dans
le Villes ,
Et larecolte heureufe en mos fertiles
champs.
Voicy d'autres Vers qui
ont cfté faits en faveur d'une
jeune Veuve , qui n'ayant cu
qu'une fanté languidante pen .
dant trois ou quatre années
de mariage , a repris tout fon
brillant depuis qu'elle est re
devenue maiftreffe delle- mefme.
Qij
188. MERCURE
Vous triomphez, charmante Iris,
Vos appas. & vos airs fleuris
Ramenent le printemps de vos belles
années.
Ace rareplaifirje ne vois rien d'égal,
Vos graces eftoient destinées.
Afurvivre un Hymen qui leur eftoit
fatal.
Par vos foins & par votre adreſſe
Tout paroift refleurir chez vous,
Mais craignez de l'Amuur les charmes
&les coups.
Sage confeil , mais la foibleffe
Eft naturelle à laJeunesse .
Les beaux jours , les airs conquerans
Par des chemins cachez menent à
ľhyménée ,
du Temple le concours d'Amis & de
Parens ,
GALANT. 189
Le coeur furpris la main donnée,
Pour vos appas charmans trop cruelle
journée,
De leur perte prochaine infaillibles
garans .
Qu'on est heureuse , Iris , quand on
eft fa maiftreffe!
Quel plaifir de paffer fa brillante
jeunefe
Chez foy,fans maistre, en liberté,
Etjusqu'à foixante ans conſerverſa
beauté !
On a parlé fi differemment
de la courfe qui s'eft faire ,
de Paris à Verlailles , & de
Verfailles à Paris , que vous
ne ferez
pas
fachée d'en apprendre
le veritable détail .
190 MERCURE
Six Jumens noires ont fair
cette courfe ; elles font Hollandoifes
, & leurs queuës étoient
coupées à l'Angloife ,
ainfi que leur crin. Elles ont
fervy à tirer le Canon du Prince
d'Orange , & ont efté prifes
à la Bataille de Steinkerke
, & ayant enfuite efté expofées
en vente , M' le Duc
d'Elbeuf en acheta quatorze.
Il fit un attelage de fix des
plus vigoureufes avec lefquelles
il alloit fouvent de Paris
Versailles ; & en revenoit
en fort peu de temps . Ce
Prince cltant un jour avec
#
1
GALANT tet
plufieurs Perfonnes de quali
té , on parla de la viteffe &
de l'haleine de ees Jumensi
ec qui donna lieu à un pary
entre ce Due & Mr de Che
meraut de quatorze cens
Louis d'or neufs . M' de Che
meraut paria que les Jumens
de M le Duc d'Elbeuf en
partant de Paris de deffous la
Porte de la Conference , ne
pourroient aller juſques à la
grille de Verfailles , où ce
Duc feroit obligé de faire
tourner fon Brancaft avec les
fix Jumens , autour d'un pie
lier dreffé devant la premics
192 MERCURE
re grille , repartir de là pour
Paris & arriver en deux heu
res del temps à la Porte de la
Conference , où il feroir obli
gé d'eftre avant que la feconde
heure fuft fonnée. Les par
ties prierent Monfieur lé
Punceordea Conry , donto la
grande integrité eft connue,
de vouloir bien leur faire
l'honneur d'eftre oge de lá
courſe & du pary. M d'El
beuf & Mide Chemeraut
convinrentenfemble d'une
Pendule que l'on fir mettre à
colté de la Porte de la Conference
, où Monfieut le Prin
ce
GALANT. 193
co de Conty voulut bien demeurer
pour voir commenceri
& finir la courfe. Le
Cocher de M le Duc d'Elbeufmena
les Jumens à Verfailles
, avec le Poftillon de
M' Bontemps le jeune. Il y
avoit un fecond Brancart attelé
de quatre autres Jumens
afin que fi le premier venoit
à caffer , on puft fe fervir de
celuy qui fuivoit , felon qu'il
avoit cfté arrefté par les Parieurs
. Ce brancart eftoit mené
par le Cocher , & par le
Poftillon de M' le Comte de
Rouffy. Ils arriverent à Ver-
· R Mars
1697:
194 MERCUR E
failles une heure & une minute
aprés leur départ. M'd'Elbeuf
fuivoit avec plufieurs
perfonnes de qualiré . Il ne fit
point preffer fes Chevaux en
allant , & il eut la précaution
de faire mettre fon Poftillon
à gauche , & à droite en revenant.
Si- toft que l'on eut tourné
autour du pilier où le Roy
eftoit , M' d'Elbeuf monta fur
le fiege du Cocher , & fit
donner du Vin d'Efpagne à
fes Jumens par fix Palfreniers,
qui attendoient pour cela. Il
partit auffi- toft aprés , & toute
la courfe , tant pour aller
que pour revenir , ne dura
GALANT. 195
qu'une heure & cinquantetrois
minutes. Ainfice Prince
gagna le Pary avec l'applaudiffement
de la Cour & du
Peuple , dont le chemin fe
trouya bordé depuis Paris jufques)
à Verſailles. L'intereft
n'a pas fait entreprendre cette
courfe à M le Duc d'Elbeuf,
puis qu'elle luy a couté plus
de cinq cens piftoles . Il fait
nourrir onze Jumens au Village
de Neuilly , & pour les
mettre en haleine , on leur
donnoit fouvent la fuée dans
le Bois de Bologne , où ce Prince
avoit fait arpenter la lon-
Rij
196 MERCURE
gucurda chemin de Verſailles ,
pour voir s'il réuffiroit. Il fir
ce chemin plufieurs fois en
moins de deux heures , & il
alla mefme & revint plufieurs
autres fois de Verfailles en
auffi peu de temps avec les
quatre Jumens qui estoient
moins bonnes. Cependant il
avoit toujours à craindre ,
tous les accidens eftant contre
luy , & devant faire gagner
les Parieurs. Cette courfe fe
fit le premier jour de ce mois,
le temps eftant tres- beau &
tres -favorble. Quoy que Με
le Duc d'Elbeuf le cruft com
GALANT 197
1
me affuré de remporter l'avantage
, il voulut bien mettre
de part avec luy dans la
gageure Madame de Bouillon ,
Madame de Polignac , Mademoiſelle
de Menetou , Fille
de Madame la Ducheffe de la
Ferté , M d'Armagnac , M le
Prince Camille , & quelques
autres ; mais lors que le gain
a efté partagé à tant de perfonnes
, la gloire de la courfe
eft demeurée à luy fcul . Ce
Prince a fait de grandes largeffes
, tant à ceux qui ont cu
foin de nourrir les Jumens ,
qu'au Cocher & aux Poftillons
R iij
198 MERCURE
qui les ont menées. Voicy un
impromptu fait par M de
Vertron , fur le fujet de cette
courfe , adreffé à M le Duc
d'Elbeuf
r .
C'Etun de mes étonnemens
Qu'en moins de deux beures
de temps
,
Un train bien attelé s'en aille ,
Et revienne auffi-toft à Paris de Ver
faille.
M&foy, les Chevaux d'Apollen,
Auprix des tiens ne valent pas la
maille ;
ene
On en eft tout chagrin dans le facré
vallon ;
Et mefme le Cheval Pegafe
Auprés de tes Chevaux paferoit
pour un Afe.
GALANT. 199.
Le temeraire Phaëton
Ne valoit pas ton Poftillon;
De tes Chevaux chacun admire la
vifteffe.
Pour moy, j'admire ton adreſſe ,
Et fuis charmé de ton grand coeur,
Qui foupirantpour la victoire,
Court toujours avec même ardeur.
Dans la carriere de la gloire.
Vous avez entendu parler
d'un grand nombre de Co- )
lonnes , qui font à Paris fur
le Quay , entre la Porte de
la Conference
& le Cours ,
dans une avant - court du Palais
des Thuileries , & dont
il reste encore un fort grand
nombre à Toulon , qui doi-
R iiij
200 MERCURE
vent eftre transportées icy . Je
croy yous avoir déja dit que
ces colomnes viennent de Le
bida , autrement Leptis , Ville
ancienne détruite , & dont le
Territoire eft aujourd'huy
fous le gouvernement de l'Etat
de Tripoly ; mais voicy quel
que chofe de plus curieux fur
ce fujet. C'est une Lettre de
M Durand , jeune Gentile
homme qui ayant efté à Lebida
, y a remarqué avec foin
tout ce qu'il a cru digne de la
curiofité de ceux qui aiment
les Antiquitez , & en a fait.
unc Relation qu'il a envoyée
GALANT 201
de Tripoly. On m'en a donné
une copie , dont je vous fais
partab ajadasiv dominoloɔ 25
3V , ends , momation cake?
LEBIDA, lieu fitué à trentecinq
lieuës de Tripoly , au Levant
, eftoit premierement appelle
Leptis , fuivant un vieil
Alteur Anglois qui parle en ces
termes , de l'endroit où se voyent
encore les débris dont je vais vous
parler. Voicy ce qu'il dit.m
Leptis magna eftoit ainfi
appellée pour la diftinguer
d'une autre Leptis qui eftoit
tour proche , de l'autre cofté
de la Riviere. Il y avoit un
202 MERCURE
autre Bourg appellé auffi Lep
tis . Les Romains s'eftant rendus
Maistres de ce Payss
premierement occupé par
des Grecs , joignirent ces Places
enfemble , & en firent
une tres- grande Ville , tresriche
, & fort renommée ,
qu'ils appellerent , Tripolis .
Elle a efté détruite plu- .
hieurs fois par l'irruption
des differents Peuples , rebaftic
auffi plufieurs fois , &
enfin tout à fait abandonnée.
Toutferaporte à cela , les trois
Villes
que
le nom de Tripolis fignifie,
lafituation , la quantité
GALANT. 203
prodigieufe de debris , lepeu
d'apparence que les deux lieux
qui font nommez de ce nom ;
fçavoir , cette Ville une autre
petite habitation à quarante
lienës d'icy , au Ponani , appellee
dans les Cartes Tripolis
Vetus , dans lesquels il n'y a
nulle marque d'antiquité , ny
apparence de Riviere , & qui
nefont pas dans la fituation
dont il eft parlé; foient autre chofe
que Leptis magna.
Quoy qu'il en foit , ilfaut que
ce licu ait efté extrêmement fuperbe
, puifque l'on y voit encore
rois chofes incomparables , la
204 MERCURE
magnificence du Port , qui eft
entierement comblé , un Cirque
d'une grandeur prodigieufe , que
l'on diftingue aiſement , & un
espace de prés de deux lieuës le
long de la Mer tout bordé de
murailles , d'une lieue de &
largeur en terre, & les environs
de la Ville tout remplis de Batiffes
& de
reffemble à la Figure marquée
A dans la Planche . Il efl d'une
étenduë & d'un travail prodigieux
, tout entouré de pierres
taillées au Cifeau. A l'emboucheure
eftoient deux Tours , qu'il
eft facile de diftinguer , & imme-

onumens
.
Le
Port
GALANT 205
diatement aux deux coftez de
l'entrée , il y a encore des degrez
qui vont jusques à la Mer. On
voit auffi encore là des reftes de
Colomnes rompues . Des deux
coftez du circuit du Port , on
trouve d'espace en espace des degrezfaits
, mais non pas fi beaux
gue ceux des terraffes des Tuilleries,
tout autour des Amares
de pierres qui fervoient autrefois
aux Vaiffeaux. Vis - à- vis
l'entrée du Port , le circuit fe
reduit en quarré , & aprés une
platte forme, on y monte encore
vingt - cing degrez fort larges ,
derriere lefquels il y a cing
206 MERCURE
voûtes des debris deMarbre
de Colonnes. Apparamment il y
avoit là quelque magnifique loge
où les Baftimens, alloient rendre
raifon de leurs voyages.Tag,
Laraje que vous voyez dans
le circuit marque une ouverture
particuliere par où la Riviere fe
rendoit dans la Mer fous une
voûte ,pour ne pas gafter ny incommoder
le Port , qui est tout à
•fait comblé.Le Cirque fuué du coftéde
Levant le long de la Mer,
eft incomparable. Il eft à peu près
de la Figure marquée B dans la
planche, ayant plus de douze cens
pas de longueur fur trois cens de
GALANT 207
large . Il a quinze ou feize degrez
tout autour , prefque encore
entiers. Le quarré en deça eftoient
des arcades par deffous lesquelles
on paffoit. Il
reftesfur pied,
y en a encore des
L'endroit que vous voyez
vous
marqué au milieu , autour duquel
apparemment les Chariots
Chevaux couroient , eftoit
•remply de Colomnes , Piedef
taux, & de Figures de Marbre.
On y en voit plufieurs reftes
tout delabrez. Il y avoit
des traverfes d'efpace en espace
pour deux perfonnes defront, &
au bout une espece d' Amphiteatre
208 MERCURE
en rond. Derriere , au bout du
grand Cirque , eftoit une grande
arcade qui fortoit dehors.
Le corps de la Ville, comme on
le diftingue facilement, eft prefque
de deux lieue's le long de la
Mer, tout bordé de murailles de
Pierre de taille ; en des endroits
on voit encore le cordon . Ily a
dans cette muraille des pierres
avec des Inferiptions Romaines,
mifes fens deffus deffous, &fans
Suite, qui marquent que des Barbares
les ont voulu renouveller.
Le plus large de la Ville en terre
n'eft pas de plus d'une lieuë ; la
Muraille ſe peut fuivre prefque
GAUANTM 209
par tour Une des portes de laVille
qui efloin de douze arcades
dont on en ooit encore trois fur
pied,reſſemble à un Arc de triompher
& les autres à demy.
On tiré de cette Porte plu
fiours Colomnes de Marbre , &
trois entre autres qui font encore
àla Marive , & qu'on n'a pú
embarquer leur grof
feur eg longueurs eftant de wings.
cing pans de tour fur quarante
de long. Cette Porte répondois
au Palais ou au Temple , on
peut- eftre à tous deux enfemble;
quoy qu'il en fois il eft impoffible
de vous décrire la magnifi-
Mars 1694.
à cause de
210 MERCURE
cence des restes de ce lieu .
On n'y connoist aucune re
gularité. C'est une tres- vafte
étendue , pleine de Batiffes de
groffes Pierres , efpece de Marbre,
fans chaux ny ciment ,
mais qui eftoient liées avec du
fer, en dedans toutes couvertes
d'un Marbre vert dont on
trouve quantité de morceaux de
l'épaiffeur d'un doigt , qui la
plufpart ont efféportez àConftantinople.
On a tiré de cet endroit,
tant pour Conftantinople autrefois,
que pour nous à prefent plus
de fept ou huit cens Colomnes ,
il y en a encore plus de trois à
GALANT. 211
quatre cens , tant enterrées , que
rompuës mangées du temps .
Je n'en ay veu que dix de tres
entieres. Cet endroit eftoitfans
doute le plus fuperbe de la Ville.
Le refte eft une infinité de Bafti
mens les uns fur les autres , moitié
comblez de fable , & plufieurs
rafez jufqu'au fondement,
mais tous de Pierres de taille,
&fur tout une fi grande quantité
de Colomnes de toutes manieres
, la plus grande partie de
Marbre rompuês & rongées,
qu'il femble que la Ville
ait efte baftie deffus. Il y en a
>
Sij
212 MERCURE
une douzaine qui paroiffent
entieres , mais fi l'on creufoit le
fable , on en trouveroit quantité
d'enfablées. Les environs de la
Ville font pleins de Batiffes ruinées
de reftes d'habitations ,
dont voicy les principales. Une
Muraille épouvantable de quinze
pas d'épaiffeur avec des fou-
Liens d'espace en espace de douze
pas en quarré. Cette Muraille
eft encore de trois cens pas de
long , la Riviere dont elle detournoit
le cours l'ayant enfoncée,
malgré son épaiſſeur ; & quoy
qu'il n'y coule point d'eau l'Eté,
c'eftoitpour la deftourner du Port,
GALANT. 213
qu'elle ne laiffoit pas d'incommoder.
Elle eft à demi- lieuë de la
Ville. A un quart de lieuë , d'un
autre cofté,les ' debris d'un Templc
affez grand avec les marques
d'un Village ; trois Aqueducs, un
grand & deux petits , des Baiffes
, figures de Tours en quarré,
avec des Figures du Soleil &
d'animaux ,faites apparemment
pour orner les chemins , ou à
memoire de quelqu'un ; car il y en
a quantité , & qui font tres- élevées
, les unes quarrées , les autres
en pointes . A une lieuë au
Ponant le long de la Mer, les
marques d'un tres -gros Village
214 MERCURE
bordé de murailles , reftes de
Forts de Citernes ; aux environs
de la Ville les reftes de
quantité de Citernesfouterraines
& magnifiques par leur grandeur
, mais toutes comblées de
fable.Comme il ne pleut pas icy
PEfté, cefont apparemment toutes
les Citernes de la Ville comblées
qui ont fait abandonner un
Pays fibeau que celuy- là. Voicy
les infcriptions que j'y ay
trouvées. Je les ay tirées fidelleya
fujes de croire que
les grands foins que les Barbares ,
ont pris de les détruire , ont fait
qu'on n'en trouve pas de plus
ment. Il
GALANT. 215
confiderables, ny en plus grande
quantité , ou s'il y en a , elles
font enfablées.
*
Sur un piedestal de Marbre
blanc, de la hauteur de quatre
pieds , en écriture comme celle
d'aujourd'huy , ainfi que toutes
les autres , dont je feray mention
, on lit fur une des Faces.
Divina ftirpe progenito
.
D. N. Fortiffimo Principi,
Valentiniano
. Victori pio,
Felici . ac Triumphatori
.
Semper Augufto .
Flavius Benedictus , V. P.
Prefes Provinciæ
Tripolitano Numini,
216 MERCURE
Majeftati que ejus ,
Semper devotus.
>
Sur l'autre face du mefme Piedeftal
il ya.
Digniffimo , principali ,
Innocentiffimo puero ,
T. Fabio Vibiano juniori ;
Pontifici Duro Viro filio,
Ac Collego T. Flavi Frontini ,
Heraclii , in parvulis annis,
Exibentio Aqualiter
Voluptatum genera Patris
Sui ftudiis , populi ſuffragio ,
Et decreto Ordinis .
Sur plufieurs pierres au milieu
de la Ville , éparfes & fans fuite.
Trajano
Amilia,
GALANT. 217
Amilia ,
Divi
Trajani.
Nerva
Imp. VI . Cofu
.
Imp . Galba
pro Repu
.
C C. Pomponius R."
Proimp. provive ,
Bombei , 10.
Sari Divi Nervæ
Max. Trib . por XIII.
Coloniæ Vulpiæ Tr.
Cum ornamento.
Q. Pompa
io , cerca
li , ex de li , ex
creto
Or
Mars 1694.
T
218 MERCURE
dinis Rom.
Sur une petite pierre quarrée.
En groffe lettre fur le bord de
la Mer les autres eftant fans
fuite.
IM P. CE S.
Hors la Ville ,fur une pierre,
qui eft prefentement dans une
muraille,
Pulcretio
Creffenti
Bono filio
Bono fratr.
Pulcretius ,
Rogatinus ,
Pater feci .
Sur une autre pierre , dont on
GALANT. 219
s'eft fervi encore dans une muraille.
Domitia
Roga ,
Tul.
vixit ,
annis XXIII.
M. Jullius ,
Cethegus ,
Phiciffiam .
Uxori ,
Cariffimæ
fecit.
En un autre endroit.
D. M.
L. CL .
Perpe .
Tui
pro
Bati
Vixit ann.
XX.
Tij
220 MERCURE
Sur une autre pierre , en Grec ,
Latin, Arabe.
Birichi Bafilici ,
Mater flodi Medici.
DIOSIATROS en lettres
Grecques, & le reste en Arabe.
En pleine campagne
.
Rutilius Victor
Vixit annis XI.
La Chirurgie pouvant
eftre mise au nombre des
chofes les plus neceffaires ,
& les plus utiles à un Eftat , la
Compagnie des Maiftres Chirurgiens
Jurez de Paris, aprés
avoir acquis un fond de terre
GALANT. 221
proche les Ecoles Royales de
Chirurgie , acrû ne le pouvoir
mieux employer qu'à la conftruction
d'un Amphithéatre
Anatomique plus érédu &plus
comode que celuy cù elle fai
foit autrefois fes Actions publiques
, afin qu'il puiffe contenir
le grand nombre d'Ecoliers
qui viennent de toutes
parts , dans le deffein de s'inf
truire & de profiter des Leçons
Anatomiques & Chirur
gicales que Meffieurs Bienaile
& Roberdeau ont fondées ,
depuis quelques temps , pour
eftre faites dans les deux prin-
Tiij
222 MERCURE
cipales faifons de l'année .
A peine commençoit-on cet
Edifice , que fur le bruit qu'il
fit dans Paris , M. Perrault, de
l'Academic
Françoiſe
envoya
à la Compagnie le Madrigal
que vous allez lire.
On éleve en nos jours un wafte
Amphithéatre
Pour le bel Art qui fçait guerir.
Rome en faifoit conftruire en fon
culte idolatre
Pour des Gladiateurs qu'elle y faifoit
mourir.
Redouble vostre ardeur , fignalez
voftre Zele,
Vous , qu'à ce grand deffein appelle
un heureux fort.
GALANT. 223
On doit une gloire immorzelle
A l'Art qui furmonte la mort .
Cet Amphithéatre enrichi
d'ornemens convenables , eſt
conftruit à la maniere d'un
Temple antique . Ses principales
faces répondent aux
quatre Points du monde ; il
eft de figure octogone , &
Couvert d'une coupe qui fe
termine par une lanterne à
l'imperiale , qui porte
Couronne de France .
une
Mr Meuriffe , Maistre Chirurgien
Juré à Paris , ayant
fait graver la veuë de cet Amphithéatre
, & l'ayant prefen-
Tiiij
224 MERCURE
tée à M du Tertre, Chirur
gien ordinaire du Roy, fuc
engagé par luy à donner l'ex
plication de cette Estampe,
parce qu'elle peut fervir de
Leçon courte & ingenieuſe ,
pour apprendre aux jeunes
Ecoliers qu'ils ne peuvent jamais
exceller dans leur profef
fion ,fi la nature, le fçavoir, &
l'exercice ne travaillent de
concert à les perfectionner,
L'Eftampe offre d'abord
aux yeux , dans un rouleau ,
cet Amphithéatre , au devant
duquel , le Peintre par un
trait ingenieux de fon Art , a
GALANT. 225
mis plufieurs perfonnes de
differentes Nations & de toures
fortes d'Etats , pour defigner
la hauteur & les autres
dimenfions de cet Edifice .
Ce deffein eft fouftenu par
quatre Figures allegoriques &
miftericules , qui ont quelque
chofe de fi agréable , qu'elles
font defirer à l'efprit de fçavoir
ce qu'elles fignifient . L'une
reprefente Apollon , Dicu
de la Medecine & de la Chirurgie
, attentif à confiderer
la beauté de cet Amphithéa
tre . Il eft affis fur un nuage ,
ayant la tefte environnée de
226 MERCURE
lumieres , pour montrer que
c'est le Soleil qui par fa chaleur
, échauffe la Nature en
general , & donne en parti
culier la force & les vertus 1
aux Animaux, aux Vegetaux,
aux Mineraux & aux Metéores
, dont l'on fe fert dans ces
profeffions , pour la guerifon
des maladies. Ce Dieu tient
dans fa main une Lire, inftrument
qui marque la Paix , la
quelle eft fi neceffaire pour
cultiver les Sciences & les
beaux Arts . L'habillement
d'Apollon eft fait d'une draperic
changeante , pour faire
GALANT: 227
connoiftre qu'il prefide à la
Medecine & à la Chirurgie,
comme à la Poëfic & à la
Mufique.
La Figure qu'on apperçoit
au deffous d'Apollon , reprefente
la Chirurgie , fous l'image
d'une perfonne jeune ,
bien faite , & dans une attitude
majestueuse. On l'a peinte
relle , pour fignifier qu'une
jeuneffe mûre & vigoureufe ,
a dans cet âge plus d'art &
de genie , qu'une vieilleffe
qui eft prefque toûjours fuivic
de pefanteur & de foibleffe.
La tefte lumineuse de cette
228 MERCURE
femme , affife fur un nuage,
montre l'excellence
de fon
origine . Il est aisé de voir à
fon air qu'elle cit contente
particulierement
depuis que
le Roy l'a protegée en plufieurs
occafions , qu'elle a cu
l'honneur d'avoir contribué
de fes foins à la fanté de ce
grand Monarque , & qu'enfin
fon fecours eft aujourd'huy fi
utile aux Generaux , aux Officiers
& aux Soldats dans fes
Armées .
La Chirurgie donne des
marques de fa joye , en montrant
de la main droite , le
GALANT. 229
nouveau Temple qu'on vient
d'élever à fa gloire. L'oeil
que l'on remarque au milieu
de cette main , nous apprend
que le Chirurgien ne va point,
pour ainfi parler, à tâtons dans
ce qu'il fait, mais que fes operations
font presque toutes
évidentes , fûres & infaillibles .
Elle tient de la main gauche
le Bâton d'Efculape en forme
de fceptre, pour marquer l'autorité
raifonnable qu'elle doit
avoir fur les Malades , lors
qu'elle leur fait comprendre
la neceffité de fouffrir les operations.
Les noeuds de ce
230 MERCURE
Bâton font les difficultez qu'il
faut effuyer pour parvenir à la
perfection de l'Art . Le Serpent
fignifie , non feulement
que la chairfalutaire de ce rep
tile entre dans la compofition
des Antidotes , mais encore
que toutes les applications de
la Chirurgie ne tendent qu'à
renouveller la fanté des hommes,
comme le Serpent renouvelle
fa peau tous les Eftez ,
& qu'enfin ceux qui exercent
cet Art , ont befoin de prudence
, dont il eft le fymbole .
Les Livres d'Hipocrates & de
Galien , fur lefquels elle s'apGALANT.
11
puye , témoignent affez que fi
elle vient heureuſement à
bout de fes entrepriſes , ce ne
peut cftre que par les confeils
de ces Auteurs fçavans & cxperimentez
, à la difference
des Empyriques , qui dans
leurs manieres , ne fuivent ny
methode , ny autorité . Quoy
que l'habit de cette jeune Dame
foit de pourpre, l'éclat de
cette étoffe n'est pas tant pour
marquer la couleur du fang
qu'elle eft fouvent forcée de
répandre, comme le vulgaire
pourroit fe l'imaginer , que
pour faire entendre qu'elle n'a
232 MERCURE
pas moins de zele que de charité
pour fecourir les pauvres ,
de mefme que les riches dans
les maladies les plus conta.
gieufes . Ce n'eft pas encore
Lansun miftere particulier , que
l'agraphe qui attache fa draperie
fur fon fein , eft formée
d'une Fleur de lis rayonnante
.
Elle declare par cette piece
honorable, que la Compagnie
des Maitres Chirurgiens Jurez
de Paris , doit fon établif
fement au plus faint de nos
Rois , & que Louis XIII. de
triomphante memoire , a bien
voulu ajoûter en faveur de la
GALANT . 233
naiffance , une Fleur de lis
d'un caractere diftingué , aux
Armes de cette Communauté.
La Boëte que la Chirurgie a
auprés d'elle , eft pleine d'un
baume précieux , dont elle ſe
fert à guerir les Playes ; & le
Coq qu'on voit à fes coftez ,
outre qu'il eft un Oyfeau folaire
, & qu'on le facrifioit à
Apollon & à Efculape , eft
encore le fymbole de la vigilance
, vertu fi neceffaire aux
Chirurgiens .
La Figure qui eft vis à vis
d'Apollon eft le Genie de la
Chirurgie. Le Peintre l'a re-
Mars 1694.
V
234 MERCURE
prefenté comme un jeune
homme prefque nud , ayant
des ailes au dos, pour montrer
qu'il eft élevé au deffus du
commun des Arts
des Arts par l'utilité
de fes inventions , qui ont
pour objet le plus noble de
tous les eftres , pour faire connoistre
que rien ne doit l'embaraffer
dans fes reflexions , &
que c'eft dans l'âge adulte , où
le fang faifant plus d'efprits
que dans la vieilleffe , ces efprits
s'élevent auffi dans ce
temps - là avec plus de rapidité
au cerveau , pour inventer
des moyens qui le conduifent
GALANT. 235
aux differentes fins qu'il fe
propofe. C'eft en ce fens qu'un
Auteur moderne a dit , que
le Genie eft une difpofition heureuse
de l'esprit , dont on eft redevable
à la Nature , & qui le
rend propre à imaginer promptement
& facilement plufieurs
chofes , afin de réüſſir dans fes
entreprises. La flame ardente
que ce jeune homme a fur la
tefte , marque le feu dont
on doit cftre animé , pour
ne fe rebuter jamais de
la peine qu'il faut prendre ,
lors que l'on veut travailler
Découvertes Anatomi- aux
1
Vij
236 MERCURE
ques , ou quand il s'agit de
fuivre la Nature dans fon
cours & dans fes mouvemens.
On conçoit encore par ce feu
qu'il eft impoffible de préparer
une infinité de remedes
utiles , & de faire beaucoup
d'operations , fans le fecours
de cet Element . Sa robe d'un
vert naiffant , fignifie que fi
le Chirurgien s'étudie fouvent
à corriger les defauts de
la Nature par l'excellence de
fon Art , ce n'eft que dans
l'efperance qu'il a d'en tires
de la gloire & une honnefte
recompenfe, qui font les deux
GALANT. 237
plus puiffans motifs pour aiguifer
l'efprit de l'homme ,
& le faire réuffir dans les ouvrages
les plus penibles.
A l'égard de la Renommée;
placée au deffous du Genie ,
elle n'a prefque pas befoin
dexplication , car il n'y a
perfonne qui ne fçache que
dans cette difpofition , elle
va publier par tout la perfection
où la Chirurgie eft parvenuë
fous un regne fi éclai
ré . Sa draperie d'un Bleucelefte
, fait connoistre qu'-
elle ne fe repofe jamais , &
qu'elle eft prefque toujours
238 MERCURE

dans le vague des Airs , pour
apprendre en tous les lieux
les nouvelles Découvertes
qui ont enrichi cet Art.
Quand l'Amphithéatre ſera
achevé, on en donnera une
defcription plus eftenduë &
plus reguliere à la fin d'un
Ouvrage qui paroiſtra dans
peu, & qui aura pour titre
Hiftoire de la Compagnie des
Maiftres Chirurgiens de Paris ,
dans laquelle on fera voir
l'origine & l'excellence de
la Chirurgie ; le temps où
l'on préfume qu'elle fut fepatée
de la Medecine ; l'établif-
"
GALANT.
239
fement de la
Compagnie des
Maiſtres
Chirurgiens de Paris
; fon progrés, & l'état où
elle est
aujourd'huy .
Cependant
pour donner un avantgoût
des peintures qui orneront
le dedans de la coupe ,
on peut dire qu'on y verra
les Medailles des Auteurs les
plus celebres de toutes les Ecoles
de l'Univers , avec des
infcriptions
convenables
, au
deffus defquelles & dans le
lieu le plus élevé , la medaille
du Roy paroiftra toute bril
lante fous la figure d'Apollon
avec cet Hemiftiche
à
l'entour.
240 MERCURE
Nobis non alter Apollo y
On l'a rendu en François
par ces quatre versmo slob
Tandis qu'aux champ de Mars,
- animez parla gloire , ub inol
Nos Guerriersfous LQUIS ne
lent à la victoire 917251 100¶
Nous travaillons en paix dans
ce docte Sallon
Et nos Chirons, Français, n'ont
point d'autre Apollon, àniAT
Comme c'eftà Paris que
l'on a conftruit cet Amphi
theatte Anatomique on a
crû ne pouvoir, mieux tom ,
plir ce qui reftoit de l'Eſtams
pe, que par la plus belle des
GALANT. 241
Vûës de cette grande Ville ,
avec les Armes & la Devifc
de la Compagnie . Cette Vûë
& le Profil de l'Amphitheatre
font du S Perolle , unique
pour ces fortes d'Ouvrages.
Pour les Figures, elles ont efté
deffinées par le Sieur Dicu ,
Peintre tres- habile , & executées
par
l'Ainé , Graveur du Roy, avec
tout le foin & toute la delile
Sieur Simonneau
cateffe poffible.
M' de Santeül , Chanoine
de Saint Victor , fi celebre
par
les belles Inferiptions en Vers
Latins , qu'on voit à la pluf
X
Mars
1694:
242 MERCURE
part des Monumensɔqu'on a
érigez fous ce Regno , a coinpofé
un Diftique pour celuycy.
La Compagnie latiouvé
fi jufte qu'elle l'a fait graver
en caracteres d'or for uncirable
de marbre qu'onia poféc
au deffus du Portail. Le voicy.
Ad cædes bominum prifca Am.
mphitheatra patebant ; 2513 :
Ut difcant, longum videre ,
A noftra patent, ne udob
Ce Diftique a efté traduir
ou imité par M'S de Vertron,
de Papuffe , l'Abbé Bochard
de Saron, l'Abbé Saurin , Dick
reville , Bofquillon , Malle
GALANT 243
ment de Mellange , le Noble,
l'Abbé Girard & des Nouës,
tous connus dans Empire
desoLettres pardes beaux Ouvrages
qu'ils ont donnez au
Public. Chacun d'eux a éxcollé
dans cette traduction ,
& ne pouvant vous en donner
qu'une à caufe des autres
articles qui me reſtent.
jechoifis celle de M Bochard
de Saron , parce qu'elle eft Va
plus courte. 2003
Dans fes Cirques du deres
fo duderes..
Arsdool Antiquité barbare, D
Enfeignoit aux Mortels l'Art
d'abreger leurs jours
rsticated
s
Xiju
244 MERCURE
Lep par un fecret
& plus rare, I FI
-1,
C
plus doux
On apprend le moyen d'en pro
longer le cours, of zændaI
Jevous envoye un Ouvrage
qui dit beaucoup enspeu de
paroles , & qui peint un caractere
rare, quoy que le nombte
des parties qui le compo
fent ne foir pas grand C'cft
le Portrait du Sag qui trou
vera toujours plus d'Admirateurs
que de Sectateurs . Ileft
de M l'Abbé de Riupeirous,
qui a fait paroiftre fon efprit
par des Ouvrages de plus lon
haleine , & qui ont receu
gue
beaucoup d'applaudiffemens.
GALANT 245
SeNot onl
LE PORTRAIT
Forq mob modumSage.org O
S'
I dans le Monde il eftan sage
QuisCoache moderer fes vaux
Seul jbmerise havantaged sib jup
De Paris , tf
titre d'heureux .
S
-IPÒA content de ſa fortune 5
Quelque part que le Ciel l'ail mise
Famos a plainte n'importane sast
Ny Les Princes , nyfes Amis109
ignore te vil commerce and
Queles hommes font de leur coeurs
Et ne fait point comment s'exerceb
L'infame métier deflatquet slup
as les defteins your legitimes !
Elconformes à la raison , led sug
25monibusiqqsb
Xuipussd
246 MERCURE
Il est toujours jufte , & des crimess
il ignore mefme le nom.

M
way of Jus
Dégagé de toute contrainte,
Le repos fait toutfon plaifir 2008
39
Et content, il voit toutfans craintes
Parce qu'il voit tout fans defirin
Iljonit d'une paix profonde,
Que nul revers ne peut troubler,
Et la cheute meſme du monde 60
Ne pourroit le faire trembler. A ɔI
3050
Deux parens du même nom
ont eu le bonheur de felref
fentir en mefme temps des
bontez du Roy, vers la fin du
mois paffés ayant efté faits
Colonels , l'un de Cavalerie, &
GALANIM 247
l'autre
d'Infanterie
Lepremier
cft M'de Vienne la Thuilerie,
dont je vous appris les heureux
commencemens
, le courage
, & la vigueur extraordi .
Daire dans ma Lettre de Fevrier
1685. 11 eftoit devenu
par fes fervices Lieutenant
Colonel du Royal d'Anjou .
Le Roy luy donna fon agré
ment pour l'achat d'un Regiment
,pils traica de celuy de
Male Chevalier de Courcel
lest, & quelque temps aprés ,
Sab Majefté vuyo accorda en
pur don le Regiment de Mons
bas qui vint pour lors à va-
X iiij
948 MERCURE
quen La Colonel d'Infante
netft Mi de Vienne Pk filesy
àquiule Roy donne l'agré
mynt Tda Regimene des Cana
brofs.qqmenoit la gauche
dal premier Bataillon, de ce
Regiment à la Bataille de la
Martaille, & il y fit également
éclater ſa #prudence & ls fon
courage. Ces deux Colonels
comptent entre leurs Anceſt
tres , deux gonercux Frères
qui cherchant à rendre un
fervice fignalé au Roy Henry
Ivona ? fon avenement à la
Couronnes entreprirent avec
le Preſident de Meſgrigny, le
GALANT 249
Capitaine Largentier & d'au
tres de leurs Parcris & de leurs
Amis , de remettre fous for
obianco la Ville de Troyes
qui avoit pris le párty de la
Ligue ,n & ientraifnenpar fon
exemples toutes & les autres
Villes de Champagne dans fa
rebellion , excepté celle de
Châlons . A la verité , ils nicurenu
pand'abord: lo fuccés
qu'ils s'eftoient promis , ap
puyez par le Comte de Grandpré
, par M de Brichanteau ,
de la Vauguyon, de Sautour,
& par un grand nombre de
rs
Troupes. Ils
pop
à
210 MERCURE
a
51750
main armée jufques au milieu
de Troyes ; mais ils no
purent s'en rendre les Mail
tres ayant efté repouffez
ce que Autheur de l'Hif
toire Ecclefiaftique de ce
Diocefe attribuë bien moins
à la deffence humaine , qu'à
celle des Saints Patrons de
cette Ville.
Toutefois ces
generoux courages ne furent
point rebutez par ce manque
de fuccés qui avoit cfté accompagné
de la mort de Mony,
Lieutenant de Sautour
Fils de l'un d'eux ; de celles
de Sautour mefme , & de plu
GALANT.
251
2773
heurs autres perfonnes confiderables
, & qui fut encore
fuivy des maffacres d'un de
leurs Freres , & d'un de leurs
Coufins de la perte qu'ils
fouffrirent en la plupart de
leurs biens, & de mille dangers
pourleur liberte & pour leur
vie. Is y perfevererent malgré
tous ces malheurs & toutes
ces traverſes ; & s'y appliquerent
avec tant de zele &
tant de prudence , qu'enfin
ils obtinrent par les voyes de
Ladreffe & de la douceur , ce
qu'ils n'avoient fû emporter
par la force des Armes , en
252 MERCURE
forte que fansiver fer une feule
goutte de dang,ils firent ou
vrir les Portes de Troyes aux
Troupesadu Roy obligerent
le Princebde Joinville d'en
fortir avecles fiennes & avee
fes Ligueurs lles plus enteltez
en quoy les Maire de cetteVil
le , & le Sicur Paillot , premier
Efchevin ,homme de coeur &
de teftes tres affectionné au
bon party, deur furent d'un
grand fecours. Il y a centans
que cette heureufe Reduc
tion arrivalau grand contentes
ment du Roy & de tous les
gens de biene Les Momoires
GALANT 253
do Sully en rendeno témoi
gnage par le rapport qu'ils
font d'une Lettre de te Mo
parque ao Mofficursa de fon
Confeil d'Etat & de Finance
duv 288 Juillet 1997. Comme
la rebellion de Troyes avoit
attiré celle des autres Pla
ces de Champagneis Pexem
ple de las reduction de cerre
Capitale fit la deur ;, & le Roy
attribua fi bien ces heureufes
fuites au fervice que Vienne
luy avoit rendus qu'il en fur
fait mention dans les Lettres
Patentes des dons qu'il receut
de Sa Majesté , lesquels il par
254 MERCURE
tagea avec le Bifayeul de M
de la Thuilerie qui estoit
l'autre genereux Frere dent
jay entendu parler Hov
Chacun a fon caractere , &
Vous trouverez quelque chofe f
d'affez fingulier
, dans celuy
d'une jeune Demoiselle , dont
je vais vous apprendre l'avan
ture . Elle avoit pris dés fes
plus tendres années une étroite
liaifon avec une Fille de fon
âge , qui demeurant dans une
maifon voifine , eftoit fans
cefle avec elle , & partageoit
tous fes divertiffemens
. Leur
union fe fortifia par ce com-
255.208
GALANT +255
91306.1
merce . La jeune Demoiselle
fe fit une fi douce habitude
de voir fon Amie , qu'il n'y
avoit rien d'égal à l'artachement
qu'elle témoignoit
pour elle. Tous fes fecrets
Juy eftoient communiquez
38 belle faifoit confifter " fes
plus grands plaifits dans l'épanchement
mutuel de coeur,
qui les engageoit à fe découvrir
jufqu'à leurs moindres
penfees. Comme il eft prefque
impoffible d'aimer beaucoup
fans eftre jaloux , la Belle
ne pouvoir fouffrir fans c
mouvemens d'impatience que
อาย
2001
des
296 MERCURE
fon Amic cuftopour aucune
autre de certaines complai
fances qui marquent plus que
de d'honnefteté & de d'eftime.
Je nefçay mefme fielle agroid
pubvlays pardonner d'avoir
un Amant qu'elle cuft écouté
avec plaifir. Cet excés de der
licateffe dans fon amitié caula
quelquefois entre elles de pe
tites brouilleries , qui s'appaifoient
auffitoftmals fon
Amic ayant changé de quar
tiero & n'eftant plus en pouvoir
de la voir auffi fouvent
qu'elle avoit fait jufque là
donna fujet à de longues
$22 14
<
GALANTM 197
plaintes. LaBelle fccunqu'elle
avoit fait habitude avce unc
jeune Blonde d'une humeut
fortichjoitée & affez fpirituel
lé & la jalouficssicftantem.
parée de fon efprit ellel voulue
Pobliger sou à ceffor chtic
remente de voir certdoAmic
nouvelle ou du moins à ne la
voirque fororacement Leffor
qu'elle afin pournal' y engager
fut inutile. Son Amicluy
dit qu'il eftoit injufte squ'elle
youjuft la priver d'une focictésagréables
qui ne faifoit
aucunptort aux fentimens de
tendrelle qu'elles s'eftoient
Mars 1694.
Y
258 MERCURE
promis reciproquement für
tour lors que l'éloignement
de quarrier ne permettoit pas
qu'elles fe villent à toute heus
reocomme elles faifoient aus
paravant, & la refiftance qu'à
elle apporta à ce que la Belle
exigeoit de fon amitiés lapiz
qua fi fort , que ne pouvant
endufer cette concurrendo
elle rompit avec elle pour ne
redoner jamais . Il eft certain
que la Belle pouffa la chofe
trop lom , mais le partage ne
pouvant l'accommoder, elle
aima mieux bannir cour d'an
Coup par un effort violent ee
GALANT 259
qu'elle avoit dans le coeurs
que d'eftre expofec fans ceffe
à desfentimens d'indignation
& de colere , qui renaiſtroient
auffi toft qu'on les mauroit
étouffez par de nouvelles affu
Fances d'amitié, Cette rupture
fie prendre à la Belle la refolution
de ne plus aimer. On
toy difoit qu'on luy pardonnoit
de ne point donner fön
coeur à une Amic , pourvû
qu'elle le gardast pour un
Amant qui le meriteroit
mieux. Elle jura que fi jamais
elle en écoutoit quelqu'un ,
ce ne feroit que dans la veuë
Y ij
260 MERCURE
dan árablement confidera
bla , puis que destɔhomniqs
eftant naturellement changeans,
elle ne pouvoit prévoir
qu'un fort grand malheur
pour elles fi elle avoit la foibleffe
de fe laiffer furprendre
à l'amour. Elle tintopatolon Il
fet prefenta divers partis , &
comme aucun ne la metroit
dans un ráng au deffus deofa
naillance , & qu'elle avoit rai
fonnablement du bien dle
aima mieux mener aunenvie
tranquille avec fa Mois, qui
Paimoit forttendrement, que
deq s'affujertiriaux:ogaprides
EGADANT 260
Fund Mary qu'elle & vouloit
plûroftleftimerqu'aimer . Elle
monoici une vie affez remplie
de douceur L'agrément de fa
perfonne ,& la delicateffe de
fod efprit que la lecture avoit
scultivéwattitoient chez elle
affezobonne compagnie , &
quand on luy reprochoit fon
indifferencen, relleu répondoit
qu'on m'avoit qu'à voir ſon
attachement pour une petite
Chienne , qui eftoit toujours
entre les bras ; que les caref
fes qu'elle en recevoit luy faifoient
un vray plaifir, & qu'
ellale gouftoit d'autant plus
262 MERCURB
1
fenfiblement , qu'elitefuit
fort affeurée qu'elle n'en fa
roit jamais trahie . Aprés qu
elle cut refufé quantité d'A
mans enfin un Cavalier dif
tingué par fon merite & par
beaucoup d'avantages , du
cofté de la fortune , s'accou
tuma à la voir , & fut touché
de fes charmes. La Mere vou
lut engager la Belle à des com
plaifances que l'honnefteté
permet , afin d'augmenter
l'amour qu'il commençoit
faire paroiftre, mais ce fut un
foin qu'elle dédaignade
prendre. Elle difoit au con→
GALANT 263

traire qu'elle ne craignoit rien
tant que de voir le Cavalier
affez amoureux pour ſe declarer
, parce qu'elle meſme
fel condamneroit fi elle n'acceptoit
pas les avantages qui
Jay eftoient feurs par fon alliance
, mais qu'en examinant
le fond de fon coeur, elle fouhaitoit
que rien ne s'offrift
pour elle qui la puft tenter ,
afin de pouvoir vivre tou
jours dans l'eftae heureux de
liberté ou fa mere la laiffoit .
Ses fouhaits ne furent point
accomplis . Le Cavalier ne put
refiiter à fa paflion. Il pria la
3
264 MERCURE
Mere de luy accorder la Fille
& il les laiffa maiftrelles des
conditions. La Belle furptife
de la declaration , demanda
dutemps pour fe confulter .El
le ne fentoit aucunpanchant
pour un engagement de cette
nature , & l'inconftance daea
fon Amie luy faifant envifa
ger l'obligation d'aimer un
Mary comme un malheur qui
auroit pour elle des faites fa
cheufes , elle auroit prié le
Cavalier de changer de fenti
mens , fi fa Mere , & tout ce
qu'elle avoit d'Amis , ne luy
cuffent reprefenté le tort qu'
near Melle
GALANT 265
elle auroit de s'oppofer ellemefme
à fa fortune. Les propofitions
du Cavalier furent
acceptées , & comme il luy
fut permis d'expliquer
tout
fon amour , il cur du chagrin
de voir que la Belle n'y répondoit
que par des honnefterez
qu'il luy eftoit impoffible
de ne pas avoir Il cuc
beau luy reprocher une certaine
froideur qu'elle ne prenoit
aucun foin de luy cacher
; elle luy difoit que les
plus fortes paffions des hom
mes s'éteignant en peu de
remps , il eftoit bon qu'elle
all Mars 1694.
Z
266 MERCURE
ménageaft fon coeur & celt
sce qu'elle faifoit de telle forte
que bien fouvent au lieu d'éscoutery
les tendres proteftations
qu'il luy faifoit elle
carefforts fa chienne quelle
aimoit éperduemone, jufqu'à
donneration au Cavalier d'én
faire paroiftre de la jaloufie .
Il lay difoit quelquefois par
gene fçay que dépio de ren
olvoir fioccupée , quibavoit
- peine àcomprendre comment
on pouvoit careffer tant one
abeftes qui toute jolies qu'elle
pouvoit cftrezne méritoit pas
qu'on s'y attachaft - comme
jes
GALANTA 267
ma
élevoit
faifoient la plupart des Femmes.
La deflus ca
beauté &la fidelité de la chienne,
& s'il vouloiteluy faire fa
courih falloir qu'ab fancontraignifhàida
careffen comeelle
. Un jour que voulant
luy plaire, il l'avou mife fur les
genoux l'envie qu'elle cut de
faurer) furda Maftreffe , fic
qu'elle tomba en cherchant
Jas'échaper , & comme elle
sreftoitotrest petite & délicaste
, elle fich un cry qui dura
long tempss. & donna fujer
d'apprehender qu'cllo no fo
fuft bleffée La Belle au de-
Zij
268 MERCURE
felpoit de la cheute, querella
levCavalier d'une maniere
fort impetucufe , & ne fur
plus capable d'entendre rai
ffoonnlyvoyant que fa chienne
continuoit à le plaindre. On
luy apporta dequoy manger,
& elle détourna la tefte de
toutes leschofésqu'elle aimoit
le plus . Ce fut aflez pour faire
dire à la Belle que tous fes
plaifirs eftoient perdus, & que
fa chienne eftoit morte . Elle
mourut en effet deux jours
aprés, & quand la Belle auroit
perdu tout ce qu'elle avoit de
plus cher au monde, elle n'au
GALANT 269
roit pas montré une plus fenfi
ble affliction . On ne pouvoit
effuyer fes larmes , & elle dir
mille fois que ce n'étoit point
à elle à aimer, puifque fes at
tachemens Juy couftoient
toujours fi cher. Le Cavalier
voulut luy parler , & fittoft
qu'il fell , montroitelle
fuyoit en difang qu'elle ne
pouvoit fuporter la veuë d'un
homme qui l'avoit privée de
ce qu'elle aimoit le plus .
Elle ajoûtoit qu'il l'avoit fait
à deffein par un pur motif de
jaloulie . Tout ce qu'on luy
put dire fur les contes qu'elle
Z
iij
270 MERCURE
donneroita fujet de faire
quand on fçauroit que pour
une Chienne morte , elle au
roit rompu un mariage fi
avantageux pour elle, no fer!
vit qu'à l'affermir dans la fe
folution de ne plus revoir le
Cavalier Des fentimens f
bizarres n'ont point manqué
de le rebuter. Il a obligéda
Mere à lui rendre fa parole,&
quand on voudroit conclurre
le mariage , on ne croit pas
qu'on pult l'obliger à y confentir.
Je vous fis l'année derniere
le détail de ce qui s'eftoit paffé
CILS
GALANTM 2775
à l'ouverture du Senat de Nice
. Vous en fuſtes ſi fatisfaite,
que vous me priaſtes de continuer
les années fuivantes.
Je voudrois avoir pu fatisfaire
plûtoft vostre curiofité , mais
fouvenez - vous que l'ouver
ture de ce Senat fe fait deux
mois plus tard que celle de
nos Parlemens , & que la dif.
tance des lieux ne permet pas
que l'on foit fi- toft éclaircy
de ce qui s'y paffe . Je vous
fais part de ce que j'en ay
ICCCU.
113.15)
stolavabostan zunu si
Z iiij
272 MERCURE
998
Strag,tious
A Nice le 26. Février 1694
YOYO THO
Ouverture du Senat fe fir
sieys fuivant la coutume,
le lendemain des Rois Thy eut un
concours extraordinaire, M
de la Porte, Premier Prefident,
parla d'une maniere fort éloquen
tefort palioicy la fubftane
ce de ce qu'il dit. Lefujer defon
Difcours fut de l'importance de
fure regner la Justice dans un
Etat, du caractere des Magiftrats
qui la doivent rendre , er des
qualitez qui leurfont neceffaires
pour remplir leurs devoirs . IND
Aprés ceste divifion il dit qu'il
EGALANT! 273
avoit
થા
voit
parlé
en Latin
l'année
derniere
, pour
fe conformer
à
lufage
ordinaire
du Senat
, mais
qu'il
croyoit
devoir
commencer
fefervir
de la Langue
Françoife
,
pour
faire
ce qui fe pratique dans
tous
les Parlemens
du
Royaumes
que les Romains
, à
mesure
qu'ils
établiffoient
leur
domination
dans
leurs
Conque
ftes, y introduifoient
leur Langage
comme
leurs
Loix
, & que
le Preteur
de Sicile
avoit
repris
Ciceron
, de ce qu'il
avoit
parlé
Gree
au Senat
de Syracufe
di
fant
qu'un
Envoye
de Rome
ne
devoit
parler
dans
une
action
274 MERCURD
folemnello que le Langage da
Republiques mais qu'il vinshann
bien moins déterminé ʊpan cos!
exemples que par les reflexions,
qu'il avons faites, quella Seman
tient fon Siege depuis trois ans
fur les Fleurs de lis › que la Lamy
gue Françoife y eft parfaitement
entendue e que cette Kille
réunie à la France en aimeroit
fans doute le langage , comme elle
en aimoit la dominations
Aprés ces préambule il explis
qua fa premiere propofition de
L'importance de la Justice dans
un Etat pour la prouver il
fit un détail des defordres que
d
GALANTMET
s
l'amour propre eft capable de
produire , des maux qui fuivent
les mouvemens des paffions
code tous les déreglemens
qui troublent la focieté civile.
N®fin voir combien la fuftice
eft neceffaire pour les reprimers
il montra qu'elle conferve les ,
droits du Prince , qu'elle défend
ceaxe de l'Eglife , qu'elle maintient
les Privileges de la No
"bleffes qu'elle fait la feureté des
foibles , contre les entreprifes des
Grands. Il parla du nombre d'Etats
qui ont pery dés que la Fuſtice
en a esté bannie , & parcourant
tout ce que Sa Majesté a fairpour
276 MERCURE
La reformation des abus qui s'é
toient introduits dans la forme
de la rendre dans les Loix
dans les Coutumes il finit ce
premier pains en faisant voir
que cette Justice regnes encone
davantage dans le coeur de reet
invincible Monarque , que dans
fon Royaume , renouvella le
fouvenir des marques partien
lieres que la Ville de Nice sem
avoit receues en deux occafion's
importantes.baM &
Sur le caractere des Magif
trates ik dit que les Roisfont les
Juges naturels de leurs Sujets ;
que le droit & le pouvoir qu'ils
GALANIM 279
de
enons Your la plus grande mar
que de l'autorité fouveraines que
fors qu'il leur a plu de la communiquer
aux Magiftrats Vils les
aux
ont honorez de la pourpre
Bhermine qui estoient des ornes
mens de la Royauté &
placez fur des Tribunaux comme
fur des Trônes , pour montrerque
dans l'administration de la fuf
tire ils reprefentoient la majesté
du Prince qu'en effet la rebellion
à leurs Mandemens , la
violence contre ceux qui les execaient
font par les Ordonnances
des crimes fans pardon ; qu'outre
la dignité de leur caractere ils
278 MERCURE
eu
font les Peres du Peuple , kafile
des Batures „ de la Veuve de
L'Orphelin , la terreur des me
cbans l'appuy de l'innocence » A
lafource de la tranquillitépubli-
¿que. Enfia il ajoûta que le Raxlement
de Paris, ce premien Sentat
du Royaume , avoit efléjugé digue
d'habiter l'ancien Ralais de
2 nos Rois Eravoikeul'honneur de
qoir des Papes & des Empereurs
fe foumettre à fes décisions.g
ased l'égard des devoirs des
Magiflrais» il dir que le premier
eft cette conſtante perpetuelle
volonté de rendre à chacun
ce qui luy apartieni qu'ils doi
GALANT 279
&
Ident éloigner d'eux toutes les
paffions , pourfe fervir des
Termes de l'Evangile & leur oppo
fer la foif de la jufivce's que t'intereft
eft un monstre qui peut
rarement quelque chofe fur des
particulierementfur ceux
e
Fuges
du premier rang , mais qu'ils ne
laiffent pas d'avoir d'autres ennemis
dangereux , desfeducteurs
qui fe trouvent dans leurs propres
familles , parmy leurs meilleurs
amis dans les lieux les
plus faines , des fuborneurs agréables
qui fe prefentent aux
qui corrompent la vo- geux
lonté, file Magiftrat n'y oppoſe
280 MERCURE
ane fermeté invincible que
comme il eft au Public, il doit à
tout le monde un accès libre &
facile à l'exemple des Magif
trats Romains qui donnoient
a
Audience en tout temps en tous
lieux jufqu'à fe placer dans les
feflins prés de la porte fuivant
le témoignage de Plutarque
pour eftre plus & portée d'entendre
ceux qui avoient quelque chofe a
leur dire . Il parla de la neceffite
de bien fçavoir les Loix & les
Ordonnances, da danger d'acca
bler la raifon par la multiplicité ¦
des fentimens des Auteurs de la
du foin longueur des Proces ,
BURSEM
GALANT
281
la
qu'un fuge doit prendre d'en pres
venir les abus. Il loua les Offciers
du Senat de Nice fur leur
probité leur érudition
pureté de leurs moeurs, Il dis
qu'il n'y avoit qu'à les propofer
eux mefmes à eux mefmes comme
de parfaits modeles de ce qu'ils
doivent eftie; que dans la Conqueſte
de leur Ville le bonheur
d'y avoir trouvé de tels Magif
trats n'est pas un des moindres
avantages du Roy, mais que le
leureft grand d'y vivre fous un
fi grand Prince, qui protege la
justice , & qui fait rendre
dans toutes les Profeffions &
Mars 1694. A a
282 MERCURE
Les
la vertu qu'il le fait par des
bienfaits folides , & par d'utiles
honneurs ; que l'Ordre de Sain
Louis qu'il a nouvellement érably
, les Commanderies
Places qui en dependent ne font
pas de ces Couronnes infructueufes
que donnoient les Romains
pour recompenfes des bonnes actions;
que ce font des Titres d'honnear
aufquels S. Ma arraché
des biens confiderables qu'elle
diftribue a ceux dont les fervices
l'ont merité que cette justice
dans les recompenfes , dans l'obfervation
des Loix , dans la punition
des crimes, fait dans l'Etat
GALANT 283
une jufte barmonie , qui eft pour
ainsi dire , l'ame des profperitez
de fon regne dans lequel on a
ven des chofes fi furprenantes,
merveilleuses, que ceux
mesme qui en ont efté les témoins
nepeuvent y faire reflexion fans
étonnement ; que fans parler de
se qui s'eft paßé depuis le commencement
de la guerre done
toutes les Campagnes ont eflé fi
glorieuses , il n'y a qu'à rapeller
les fuccés de la derniere la
prife d'Heydelberg
, celles de
Rofe d'Huy, de Charleroy les
Victoires de Neervvinde & de
la Marfaille , les fuccés de la
Aa ij
284 MERCURE
Men dont plufieurs Nations
jointes enfembles ne fcauroient
plus nous difputer l'Empire
qu'enfin iln'y a ny tempsny
heux any occasions on yes grand
Monarque me triomphe des efforts
de la politique de cet Amalecites
auquel les Princes Carbo
liques ont eu laveuglement de
s'unir contre la veritable Relin
gion Princes que cet ambitieux
a foulevez au peril de leurs Vil
les de leurs Eftats , pour fervir
à fes interefts particuliers
dont les vains efforts n'ont fervi
qu'à leur confufion , & à la glois
re de notre in vincible Monarques
GALANT 28
que fes Peuples font heureux de
vivre fous fardomination que
ceux de Nice partagent cette
bonne fortune fous un Comman
dant vigilant infatigables
exact en Bexecution des ordres
de Sa Majestés que fituez fur
La frontiere ils ne s'apperçoivent
de la guerre que par le nombre
des Troupes definées pour les dé
fendre fi fages par la difcipline
qu'elles obfervent , qu'on en pour
roit dire ce qu'on difoit de celles
d Alexandre Severe que ce font
autant de Compagnies de Sena
Faffe le Ciel , dit-il en finif
286 MER CURE
fant fon Difcours que stand de
bonheurs nous procurent la Paix ,
qu'elle foir le fruit de tant de
Victoires qu'on la puife dans
cettefource de graces dont le Chef
wifible de l'Eglife vient de faire
part à la Chrestiente. Quelles
vaux du fage Pasteur qui éclaire
-se Dioceſe par fa doctrine , qui
L'édifie par fa pieré pan fes
exemples, foient exauce & que
cet accompliffement de tous les
biens comme parle le Prophete
2fayes foit la recompenfe des
foins infatigables desLouisble
• Grandmodelinis lunet
ent & zinov A zob and
GALANTM 287
at Ce fera fans doute vous faire
plaifir que de vous envoyer
Bextrait d'un Sermon de la
Difcipline Ecclefiaftique, que
MIEvefque & Comte de
Noyon , Pair de France, Confeille
ordinaire du Roy en
fon Confeil d'Etat ,
prononça
sen d'Eglife de la Maifon Profelle
des Jefuices , le Dimanche
de la Quinquagefime. Ce
fçavant Pretat ne portant en-
Score que le nom d'Abbé de
Tonnerre , a brillé autrefois
dans les meilleures Chaires de.
Paris , & il a eu l'honneur de
prefcher des Avents & des
288 MERCURE
Carêmes chtiers devant Leurs
Majeftez , avec un applaudif
fement fi general, que quandfa
con
naiffance ne l'auroit pas élevé
auxplus hhaautuestdeigsntitez de l'E
glife , on a tout fujet de croire
que fon efprit , & fon éradition
l'y auroient fait parvenir.
On ffee fait un fi grand
plaifit d'entendre fes doctes
03057
eruqu'il
eut trentefix
Evefques pour Auditeurs
le jour que je viens
viens de vous
marquer. Ce Sermon fut extremement
approuvé de toutes
les perfonnes d'autorité ,
de capacité & de piète dans
T'Eglife ,
GALANT 289
L'Eglife qui l'entendirent , &
ils le jugerent d'autant plus
utile ,qu'il faifoit connoiftre
Je concert & l'harmonic de la
Difcipline primitive avec la
Difcipline prefente , felon les
faintes regles que T'Efprit de
Dieu a dictées & preferites
dans le Concile de Trente ,
Bas une perperuelle & mefme
tradition
, up no
ensiy
Ml'Evefque de Noyon pric
ces paroles de Saint Luc pour
texte . Eterat verbum iftud abfcenditum
ab eis , & dit qu'en lifant
d'abord la lettre du texte,
penetrer le fond du mylfans
Mars 1694.
B
Bb
290 MERCURE
fteren eltolt sis
a
que
l'on avoit cru trouver dans le perfonnage
que fournilfoit l'Evangile
de ce jour , un Aveugle à éclairer,
JGT, LUP รวม
un Pareffeux à axciter, & un Egaré
à ramener dans la voye , mais que
ques
l'Elprit de Dieu nous donnant Blood
fentement de plus
15701
res , il alloit paffer tout d'un coup
de la lettre au myftere, & faire voit
MOGU POP
par trois changemens avantageux
que cet Aveugle eftoit un Penitent
public , ce Pareffeux un Catechumene
, & cet Egaré un Chreftien
parfait . Il commença en difant qu'il
y a tant de rapport entre le peché,
qui eft le mal , la honte , qui en eft
l'effet , & la penitence qui en eft le
remede , que le peché forme trois
differentes efpeces de hontes & de
penitences, dont la premiere eft une.
2400
TRANNO
S10197
b
GALANTM 288 201
honte orgueilleufe qui fait des Penitens
muets , qui augmentent leur
crime par leur filence ; la feconde
USVAH
une honte timide , qui fait des Penitens
éloquens , & dont la parole
attire la grace , & la troifieme une.
honte
onte Taintement inipudente , &
dont l'exemple repare le fcandale
injurieux à la gloir : de Dieu. If
donna Cain qui ne répondit point
quand Dieu luy demandi des nou-
> velles d'Abel
PeRX9915 bildu
pour exemple de
muets
0051695999 33 9090
pourfulvit-il , qui voulez perir pour
Sauver un honneur
imaginaire ,
ambayahe une boute ine
Vous
inevitable
P
d'aillon sismo p
fe
rezny aveugles , ny fourds , ny infenfibles
, & que vous verrez , vous enr
tendrez , & vous porterez l'horreur
de vos crimes par tout. Le
Le remords I
Bb ij
{ es THAJAD
292 «MERCURE
de conscience eftans une lumiere qui
peut efore obfcurcie s parae qu'elle n'ell
pas Diem , qui pourtant ne peut
rytre éteinte , parce qu'elle viens de
Dieu , éclaire toujouxs affez pour
Vous découvrir la honte de vos plaifirs
and mitica de l'obfcurité qui les
Coudre. C'est une voix qui parte youjours
, qui ne fe tait jamais , & qui
vous reproche tout le mal que vous
faites. C'est un poids qui charge toujours
qui ne diminuë jam tis , &
qui vous écrase Funtſte & favorable
experience de David Besbean & Penitent
c'est vous qui nous apprenez
que te fort du remords de confcience
Peft different par rapport à ¿exois dif-
Ferens états que tantoft il est une
peine de la fustice de Dieu & tantoft
une grace de fa mifericorde, & qu'il
eſt ainfi soù une lumiere qui éblouit,"
GALANT 293.
une voix qui menace, & un poids
gui accable les pecheursa on une lur
miere qui condait une voix qui con-
Jole les Penitens , &un poids qui ne
Les charge qu afin qu'ils fe relevent
plus humblessowol stilos Asia
Après avoirdonné Adam, qui accufa
Eve d'eftre complice de fon peche
, pour exemple dia Penitent éloquent
, dont la confeffion merira
que Dieu luy pardonnaſt & nous
apprend que fi les filence des Penitens
muets attire des maladictions,
la parole des
"détourne de
cours
éloquens en
cíladit qu'ilsavoubit
que Saint Paul ordonnoit à
Timothée d'impofer des penitences
publiques , & que la primitive Eglife
eftoit tous les jours occupée à ces
faintes reconciliations. Il fit voir que
la penitence publique eft un eſtat
timolos Tarp systemd Bb j
294 MERCURE
Ap
1
odieux , & qui découvre de grands
pechez que l'homme hypocrite
affecte de cacher , c'eft un eftar
de grace refufé aux Anges dans le
Cich, refervé aux hommes fur la
terre , & que Dieu eftime tant, qu'il
le préfere en quelque façon à celuy
d'innocence , comme s'il aimoit
mieux fauver les Vaiffeaux du naufrage
, que de les laiffer en feureté
dans le
Portaprés quoy il s'écria ,
Courage , Pecheurs publics ! N'eftes-
Hous pas suffisamment convaincus de
tous les avantages de la grace , de la
jon & de la gloire de la penitence
publique ? Entendez- vous le lens du
myftere qui eftoit cache fous la figure
de &Aveugle ? Devenez & pareillez
des penitens pubics , & malgré les
avis & les efforts de tous ceux qui
voudroient vous impofer filence,criez
tii da
GALANT. +295
*
de plus en plus , & fans aucune
honte avec le Penitent genereux de
noftre Evangile , Seigneur, ayez pitié
de moj Xus Stuisi 30078 sb
& Mr l'Evelque de Noyon fir remarquer
dans fa feconde partie, que
Vie de fir de la ſcience , l'amour dés
plaifits , & la fainteté des matières
avoient formé trois diffentes effe-
→ ces des
«eurieax g
ciens
Catechumenes
; les qui pretendoient connoiftte
les myfteres que l'Eglife leur caehdit,
& qu'elle reveloit uniquement
aux Fidelles ; les parelleux ? don't
quelques uns étoient appellez Chintques
, parce qu'ils
diffèrolentle
Baptefme
jufques au lit de la mort ,
pour éviter le long exercice d'une
faborieufe penitence , & le fauver à
T'extremite tout d'un coup, & les
modeftes qui refaifoient tout , & ne
B b iiij
296 MERCURB
demandoient rien. Then fin l'appliz
cation , & après avoir reconnu des
Catechumenes curieux qui veulent
fçavoir comment la Religion Chres
ſtienne embraſſe & foutient tant de
contradictions apparentes, & plus
difficilesà croire que celle du Burifa
fon ardent qui bruloit toujours fans
fe confumer , il vint, aux Catechus
menes parefleux.Fentens voſtre
langage , dit-il, hommes delicieux &
infenfibles à touts pouruen quewons
forez couronnez de roſesfans aucune's
épines que vous vivien à votre
Aife dans lefoin des plaifirs.fe/pais
laperillenfe reffource du bon Peccavi,
comme fi un miracle ſingulierefois
un exemple commun , &pouvoit siyer
à confequence. Tout le mondefean
dalifé resentit de vos raiſonnemense
faux, xidicules injurieux à la
C
a
GALANTM 297
grande miferirorde da Sauveur Non's
woulons toujours offenfer Dieu, parce
que nous pouvons toujours nous fed
pentir. Nous nous croyons les arbin
tressdesnoftre forts maiſtres du crime
Cride la graces amis ou ennemis de
Dieu quand nous voudrons & la
meme sporten eftette pas ouverte
pournous aupeché & à la penitence,
à l'injure & au pardon ? Ilo'oublia?
pas les Catechumenes modeftes, &
ayant sparlé des Benefices que TEglife
primitive deftinois à cerrains
Catechumenes , qu'enfuite elle fait
fuite Clercs , & attachoit au ſervice
des Eglifes particulieres ; Relevons ;
pourſuivit +ilm) \ l/es jjuuſſtteerr actions
de graces que l'Eglife Gallicane doit
aus Rop , qui luy rend les Catechu.
mones modeſßtes de fos digniter & de
Jes. Benefices par de longues épreuves
298 MERCURE
de dignes Sujets
Enfin , admirons
linfigne
pieté du Prince , qui eflant,
pour parler dans les termes de Saint
Ferôme, le plus Chreftien
de tous les
Grands
comme il eft le plus grand de
yousles Chriftions
, fait unfi fatat
usage du droitsacré de nommer
aux
Prelatures
, qu'il le regarde
comme
unpoids , dont il ne peut déchanger
plus feurement
fa conference
devant
Dice , que dans le temps précieux
de
fesdevotions
. -2100wyevindo al
Ce Brelan trancha
fa troifiéme
partie en peu de mors, en faifanc
voir que les Chreftiens
peuvent
eftre partagez
en trois claffes , les
mauvais
qui font froids les me
faits qui font ardens & pour fçavoir
fila parole de Dieu avoit répandu
fes benedictions fur l'audies
qui
font
tiedes
,
&
les
parNGALANT.
299
toire il dirque pour en juger, il falloit
que le Pecheur public devinft
un Penitent public, & s'écriaft dans
les termesde Nabucodonofor reduit
& touché : J'effois cet homme riche
voluptueux , la feule regle de mes
alontez dereglées. J'estois aveuglé
par mes propres defers , aufquels ,
Dieu de justice , vous m'aviez ebandonné
! Kous eftes un Dieu dont la
nature n'eſt qu'eſprit ; j'eftois tout à
la chair , pouvois-je eftre woftre ima
ge ? Vous eftes le maistre de tout ; j'e-
Stais l'esclave du peché qui n'efl rien ,
quel rapport entre l'original & la
copie Feftois , belas que n'estois je
pas -Flestois un Aaron Idolatre , &
je fuis à prefent le fidelle Moyfe . Fay
brulé loveau d'oran &upanjerré les
cendros coupables de tant de feux impuis
dans le terrentidos larmes de ma
300 MERCURE
penitence
Payfait de plus trois fa-
Lutaires
les ay
qui mont
Televe
as toutes
mes funeftes
censers cheutes
.
I've les yeux au Ciel, &
ermez
a la terre. ay
100
le
les fentimens
que
Crime
avoit
étouffez
. Te fuis tout renouvelle
, &
jay repris mon ancienne
forme. Vous
ferm
jefuis
eftes mon Createur
391911b stil?
1 ay rappelle mi
eftes man Sauveur , je
égarée. Vous misuretiens
Straits jay retrace tous les traits de la Grace
efficace , & par un beureux retour des.
A
vertuspropres & mon agesa
dition , & à mon employ , ma premiere
18
Chreftien
a mon age, a ma con
& belle figure d'homme,
Alisoma
m eft revenue.
Depuis ma derniere Lettre , j'ay
a yous apprendre
la mort de plufieurs
perfonnes
diftinguées
par leur
par leleurs emplois
, &
2006 250.85
91
IM
naiffance
GALANM 201
par leur merite . En voicy les noms
Mr Pucelle, premier Prefident au
Parlement de Grenoble , où il eft
mort d'une Fievre maligne en cinq
jours , fort regretté de toute cette
Province , & de tous ceux qui avoient
l'avantage de le connoiftre.
Il eftoit Neveu de Mr le Maréchal
de Catinar , & laiffe deux Freres,
l'un Confeiller Clerc au Parlement
de Paris , & l'autre dans le fervice.
Mr Amelot , Abbé d'Evron
Aumônier du Roy. Il eftoit Frere
de Mr Amelot , diftingué par plufieurs
Ambaffades , & prefentement
AmbaffadeurExtraordinaie en Suiffe.
L'efprit . & l'intede
ceux de
grité font le
partage
Do
cetre Famille , qui eft des plus illuftres
de la Robe.
Mr Parmentier , Doyen des Sub,
302 MERCURB
ftituts de Mr le Prokupeim GeneralA
Theftoirâgé de quatre , vingt Ex ans ,
& fi connuspar le grand nombre
d'affaires qui luy ont palle entreles
mains , qu'iln'y a perfonne qui ne
fcache tout ce que je pourrois vous
diré de hys ! sb qils baftan bb
Damal Marguerite Charlote de
Clerembaut. Elle avoit épouse Me
de Vienne, Confeiller en la Cour,&
& Frere de Mrs de Vienne dont je
viens de vous parler à l'occafion des
deux Regimens qu'ils ont obie ,b
nus, ijpstongin tasoontest 21191
Mride Charanton , Maitre
d'Hoftel du Roy. Il fervoit auprés
de Monfeigneur le Duc de Bourgo
gne & ileft mort fubitemeur d'a- 3
poplexie apVerſailles.M Xuve
Le Pere Dom Placide de Por- b
cheron , Religieux Benedictin , sz
1
GALANTM 303
Bibliotequaire de
l'Abbayebdeus .
Germain Desprezup Heftoit dẹ l
Chateauroux Dioceze der Berry,
& avoit un genie d'une vivacité
extraordinaire is une tres heureufen
memoire , beaucoup de delicate fle
& de fineffe d'efprit , de la politeffe ,
Içachant parfaitement bien le monde
, ce qui luy avoit attiré l'eftimé
& l'amitié de quantité de perfonnes
tres- conſiderables, b LaMcience du
temps luy eftoit connue , & il avoit
de grandes lumieres fun les intes
refts des Princes , n'ignorant rien
des
Genealogies des plus grandes
familles de toute l'Europe. Il poffe b
doit parfaitement la
Geographie, b
& a fait imprimer , fur l'ancienne
un vieux Manufcrit auqüeb blog
donné le nom de Ravenas , &
qu'il a enrichy d'un tres- grand
304 MERCURE
nombre de Notes ciftienfes & Teal
vantes, l'eftoit d'ailleurs tres bon
Medaillifte &Brendavoit reslben
T'kimoire profane ,²'ancienne &
I
said aneu grande parta
PEdition Houvelle de Saint Hilaire,
&&crivo egalement
François & en La
-OVA
-89
agen
donné
One Education dan Prince en
François , & affait tout nouvelle
ment un Ouvrage Tat Plue Pancienne
Geographie. fera donné
au public avec le temps. Il fçavoir
Ta Lanque Grecque & Pitalienne,
& avoit une connoiffance particuliere
des Livres & des anciens
Manufcrits . Enfin on trouvoit en
luy tout ce qui eftoit neceffaire
pour s'acquiter dignement de Va
Charge de Bibliotequaire dans une
des plus fameufes Biblioteques de
GALANT 395
France, tant par fon antiquité, que
par le grand nombre de Livres des
meilleures éditions, & de quantité
de Manufcrits des plus anciens qui
l'entichiffent
, Un homme d'un fi
grandmerite devoit toujours vivre.
Gependant left mort dans la quasante
& uniéme année.
Nous avons auffi perdu un Avocats
fort celebre qui on on eftoit âgé
que de quarante trois ans. C'eftoit
Mode Rez. Je vous
ay
entien
me contentant des SA
voyer les Veisque Mr Je Vertron
a faits fur cette mo
mort. 38
2nsions
25b8251vil 23b stil
115 DLeureza pleurez , pauvres Plaijup
so 2007 , yul
Vostre Avocat est mort , l'un de nos
500 grands Réteur
ab Affurément c'est une perte 235
Mars 1694. Cc
306 MERCURE
Etpour vous ,& pour le Barreau.
The nis d'un voile moira da tefte
Voyant de Rez dans le Tombeau.
De Rez avoit le ftile , & l'esprit de
Pageau,
&A
De Patru la langue diferte ,
De Foureroy la fcience's il effortjeune
& beauollsoul ma'b tast
Aſſurément d'eſt uneperse
Et pour vous , & pour le Barreau.
Pourfes Clients rempli de zeke
Des Avocats il eftoit le modele ;
Mais cet illuftre Mort vivant dans
fes écrits allra twouvrag
Charmera toujours nos efprits.
Si Paris eft une autre Athéne,
De Rez eftoit fon Demofthene.
Cet Orateur divin avoit un tour nouold
steam at etiart 29! siersiat 7
Le geste aifé , l'air doux , la mine
onverte
GALANT 307
Affarément c'est une perteng
f
Et pour vous pour le Barreau.
Confolez- vous pourtant , infortunez
Plaideursnih b
La Sale du Palais n'est pas encor déferte
,
f
JasonT
Kous avez d'autres Orateurs ;
Au défeur d'un Le Maiſtre , au défaut
d'un Pucelle
Au défaut d'un Langlois, vous avez
** Nivelle
WM Sachotgun Robert , un Vaul-
Chardon tier, G
Un Dumont, un Errard, qui tous
charment l'oreille.
ahfij'avois une langue paodbdfille
On m'entendroit parler , comme eux,
acca Ciceron,ra mugi
L'étalerois les traits de la belle Elequence
,
Cc ij
308 MERCURE
Et pour me confaler d'une FatalitéⱭ
Qui trop fomvinthetasit m'appelle
slal Audiences ! 10q 3b5nog 50s &
a nolle finis voir slapVerité,novo Л
Avec l'Art enchanteur d'une brillane
te Profe
Te plaiderois moi-même gagneabroisova
Cauſel - insys yoishadƆ
789 75067 ob 108jleduo), 924! I 5715 )
Je viens d'apprendre tout pre
fentement deux autres morts. L'it
no eft celle de Mrile Prefident
Paillet , & l'autre de Mr le Com
te del Poitiers , Pere de MIHAL
bé de Poitiers, Chanoineldel Lie
ge & de Mademoiselle de Poitiers
, qui brilloinà da Cofrail
quelquesq années , Teftants Fille
d'honneur de Madame M › M
1 On a séu savis de la mort deola
Grande Ducheffende Tofcancola
HIIV misdiU auol
ya
GALANT 309
Donairiere Elle effort Fille du der
nier Duc d'UrbinasL'Eftat d'urbin
a efte poffedé par la Maifon de la
Rovere, & quand certe Maiſon a
manqué il eft devoluau Saint Siege
fous Urbain VIII. 10x733
Dam Caftillo qui comandoit dans
Charleroy avant la reduction de
certe Place, fouhaitant de paffer par
la France pour retourner à Madrid ,
fit demanderun paffeport an Roy),
& de patikportlysay and efté accor
dégla el'honneur I de faluët Sa
Majeſted & ld'em fecevoir des loianges
fuble Siege de Charleroy qu'il
a foutenu beaucoup plus longtemps
que les Alliez n'ont fait d'autres ficges
dans des Places bien plus fortes.
Mr le Maréchal MDuc de Luxembourg
, & Mr le Comte de Guifcar
L'ont regalé, ainfi que pluſieurs au310
MERCURE
tres Seigneurs de la Cour. Ila beaucoup
d'équité, & les manierès honheftes
, naturelles aux Efpagnols.
Mr l'Abbé de Mailly , Frerefde
Mr l'Evefque de Lavaur, de feu Mr
le Marquis de Neflenotué au Siege
de Philifbourg , & de мr le Comte
de Mailly , Colonel general des
Dragons , a efté nommé par le Roy
pour remplir la place d'Aumônier
de Sa Majefté , quil eftoit vacante
par la mort de Mr l'Abbés Amelot .
Ce
De jeune Abbé foutient bien l'éclat
de fa naiffance qui eft des plus
illuftres de Picardie, & marche fur
les traces de ceux de cette Maifon ,
toujous estimez dans leurs diffetens
emplois..an
t
ib
Il paroift depuis peu un Livre intitulé
, Lournal des Marches , Campemens
Batailles, Sieges & Mon-
1
GALANT 3gir
C
vemens des Armées du Roy en Flandre,
&de celles des Alliez, depuis
l'année 1690, jufques à preſent. Il a
efté prefenté au Roy par Mr Vaul.
rier , Commiflaire ordinaire de l'Arcilleries,
& on y voir les ordres &
la conduite d'un General , les Campemens
les marches , la maniere
de les affurer , & d'occuper un terrain
à la venës de l'Ennemy , en
quoy confifte le fecret de l'Art mi-
Inaire & d'où dépend le fuccés des
grandes actions . by a joint , par
rapport à nos mouvemens , tous
ceux des Ennemis qui ont efté de
quelque importance, & leurs difpofitions
les mieux entendues dans les
differentes occafions. Cet Ouvrage
eft d'un ſtile concis , & accompagné
d'une Carte particuliere des lieux
de la Flandre où le font paffez les
312 MERCURE
mouvemens dont l'Auteur parle
Cette Carte a efté dreffée fur fes
Memoires par Mr Moullart Sanfon,
Geographe du Roy. Les Campe
mens de chaque année y font marquez
par des couleurs differentes.
On y amis aufli les Camps que les
Ennemis ont occupez proche de nos
Armées. Ainfielle donnera un plein
éclairciffement de tout ce qu'on
pourra fouhaiter. Ce Livre fe vend
chez le Sr Brunet , à l'Enfeigne du
Mercure Galant au Palais , dans la
grande Salle.95713 Alls
a
YouP
Il debite auffi une Comedie faite
fur des Originaux dont il fe trouve
dans tous les eftats du monde
elle eft intitulée Les Soufleurs ,
dont elle falt voir une peinture
fort divertiffante . Outre les Eftam-
Des qui fe trouvent dans cette
Piece,
GALANT 1313
Piece , elle ell remplie de quantité
d'Airs notez , de forte qu'elle ne
plaift pas moins par la diverfité qui
s'y rencontre, que par les chofes plaifantes
que l'on a tirées de fonfujet .
Le Roypartit de Verlailles le 15 .
de ce mois,pour fe rendre a Chantilly
. Le 16 il fit la reveuë des
quatre Compagnies de fes Gardes,
avec leurs Capitaines à leur tefte;
& enfuite il prit avec les Princeffes
le divertiffement du Vol. Le
$17, il vit encore fes Gardes , apres
quoy il alla tirer . Le 18. il arriva
à Compiegne. Le 19. il prit le
divertiffement du Vol avec les
Princeffes, Le 20. il alla tirer , &
le 21. il fit la reveuë de fon Regi
ment, & alla encore tirer ,Le22 . il
fit la même reveue, & prit le divertiffement
du Vol. Les deux jours
Mars 1694 .
Dd
314 MERCURE
A
fuivans ib alla tirer, & de 2 silprit
encore le divertiffement du Vol Le
26. & lei , ilvit les Garabiniers,
& le 28 il alla coucher à Chantilly,
eftant fort fatisfait des Troupesqu'il
a vies , Ce Prince y a demeuré
le 19. & le 3 o C'eſt unlieu
fi delicieux , & Monfieur le Prince
en fait bien les honneurs, qu'on
n'y peut eftre qu'avec une extrême
fatisfaction. On ne peut douter
de la parfaite fanté du Roy ,
spuifque cet Prince infatigable a
Toujours efté occupé à faire des
reveues ou à chaffer, & qu'il n'a
pas laffé de tenir- Confeil dans
les temps qu'il n'eftoit point occupstre
Le Carême
eftoit
le
vray mot
de l'Enigme
du mois
paffé . Ceux quis l'ont
trouvé
font
Mrs
du
GALANT 375
Guain : de Mory Chefnebrun ,
Bailly de Nogent Caffon : Cartillier!
Deſtival de l'Hotel Serpente
de Sifepierre : Mademoifelle
de Cordouilles le Berger
-Fleurifte , le Bourgeois Fidelle de
la Montagne Sainte Genevieve :
eBergers Auteur des galantes
Cauſes de recufationcontre ta
Bergere Galatée pla fpirituelle du
Gainy & fa chère compagne de
gros Controlleur : le Petit éveille
de Chatoue le Fils adopté de
Montmorency : Faimable Rifole:
Fanchon Renard ! l'Abbé de Galiotte
, prés de Nogent le Rotrou :
le Diferet Bongart d'Orleans : la
la Princeffe Olive : Claridiane) :
Briappe le Chevalier du Soleil :
de Chevalier Roficler : Brufeldorela
Conftante à l'Anagrame
DJij
316
MERCURE
ay defperance , & fon heureux
Berger : le genie de la grande
Ecurie le Mary de l'innocence
opprimée : la belle Mere de
l'Hotel de Mars : l'Aimable
Fouques le Chevalier Pacifi-
Fouquesneral
que le Pere de l'agreable Famille
Bihoreau l'ailnée : de la
Theilleft , & de l'Ham neau : Hubert
l'aimable , & bon Chreftien
Bertier , le Marchand de Vin :
Mademoiſelle de Beaufle du Guef
clin : le Sage la Chapelle le
Sculpteur Prud'homme : l'Aftrologien
fincere & difcret , la Sage
Minie, & fon agreable Amant
perfeverant
.
Vos Amies fe divertiront fur la
nouvelle Enigme que je vous enyoyeuxna
1
GALANT, 317
ESSESERSESS522255
ENIGME.
siden At : 274M 2M ob bhios
Deux chofes bien differentes
In mime nom convient " ; ce nom
qu'ilfaut trouver, 1
Sans le fecours des remarqués fui-
091719
vantes,
Pourroit , Toit , Lecteur , te faire trop
Love
refver.
2

Pour te faciliter ce que tu te propofes,
Fete diray que l'une de ces chofes
S'exprime en genre mafculin ,
Et l'autre en genre feminin .
M
2
L'une tftgracieuse , agreable,
D'un accueil doux & favorable,
Dd iij
318
18 MERCURE
Et tres - volontiers fe produit.
L'autre toujours eft tenebreuse,
Timide , inquiete , ombrageuſe,
Et s'effirouche au moindre bruit,
&
L'unefait toujours bonne mine,
L'autre ne vit que de rapine ,
Et ravagepar tout ou fon corps peut
paffer.
L'une enfin n'est qu'une gâte-ménage
;
D'amour & d'amitié l'autre eft un
témoignage ,
Mais un moment auſſi ſuffit pour l'effacer.
Rien ne fçauroit eftre plus de
faifon que l'Air nouveau que je
vous envoye.
GALANT. 319
AIR NOUVEAU
.
CH
Hreftiens, aimez touslafeuffrance
Ou ceffez deporter un nomfiglorieux,
Rien n'est plus affuré que le chemin
des Cieux
Eft celuy de la patience ."
Je viens à la fituation
des affai
res de l'Europe
touchant
la Guerre
prefente
. Les Sujets du Duc de
Savoye
s'eftant
flatez fort longtemps
d'avoir la Paix depuis la perte
de la Bataille
de la Maríaille
, ont
ceffe d'avoir cette efperance
, fr-toft
qu'ils ont appris que leur Prince étoit
allé à Milan , pour conferer
touchant
les preparatifs
de la Campagne
prochaine
, ce qui les a telle-
Dd iiij
:!
320 MERCURE
ment chagrinez qu'ils ont effé fur
le point de fe foulever, Cela feroita
arrive fi le Duc de Savoye n'euft
el
auffitoft pris la pofte pour retour!!
ner à Turin , afin d'empêcher par
fa prefence la fuite du mécontente
ment de fes Sujets , qui ne font pasoq
moins rujnez par les Troupes de s
leurs Alliez que par celles de leurst
Ennemis . Ils font auffi defolez parqs
les partis de la Garnifon de Pignerol
, qui s'étendent dans toute la T
plaine, & ne reviennent jamais fans up
un grand nombre de Prisonnierso
Il elt mort une fi grande quantité so
d'Allemans dans le Montferrat, qu'ils
eft impoffible que l'Empereur foila!
en eftat de reparer cette perte, ayantulq
Juy mefme befoin de beaucoup de T
Troupes, parce que les Turcs doiver
eftre beaucoup plus forts la Campa
of
GALANT 2218
gne prochaine que Sa Majesté Im
periale ne l'avoit crû, Depuis un mois
toutes les Lettres d'Allemagne , de
Hollande , de Bruxelles , & mefme
de toutes les Cours des Alliez , ena
conviennent , & toutes les corref
pondances fecretes que l'Empereurm
a dans l'Empire Oroman en font
foy. L'Empereur avoit crû pouvoir
épargner la dépenfe d'une partie de
la -Flore fur le Danube , mais les oz
Turcs y font un fi grand armement lq
que ce Prince fe trouve obligé d'a
joûter au fien , non
feulement
tout !!
ce qu'il en avoit retranché , mais b
auffi de nouveaux Baftimens, pour
lelquels il n'y a point de fonds, non a
plus que pour l'augmentation des
Troupes de terre , ce qu'on avoit T
refolu de mettre en campagne de
ce cofté là ne fuffifant pas pour
Top
maisAb
fa
322 MERCURE
*
s'oppoſer aux Armées du Grand
Seigneur , qui doivent eftre formi
dables. Ce font les propres termes
des Lettres écrites de Vienne, le
Grand Vifir ayant donné de fon
propre argent pour engager les
vieilles Troupes qui avoient quitté
le fervice , a y rentrer. On afforé
mefme que le Grand Seigneur dois
venir à Belgrade , pour y demeures
pendant la Campagne , afin de don !
ner plus de chaleur à fes Armées,
Toutes ces chofes ont obligé l'Em4
pereur d'envoyer en poste à Rome
le Duc de Croy, pour demander un
fecours d'argent à Sa Sainteté . On
huy a reprefenté l'embarrasizdendi
Chambre Apoftolique, & que, de
Pape a trouvé fort mauvais que la
Maifon d'Autriche ait voulus écouter
plutoft que fes paternels offices , les
GALANTH · 323
promeffes de l'Angleterre & de la
Hollande , pour luy faire continuer
la refuserles p
guerre, &
de la France pour la Paix. Ce font
auffi les propres termes des Lettres
deRome Les affaires de l'Empereur
fonten beaucoup plus mauvais eftat
deptus cette réponſe, Sultan Galga
avec quatorze mille , tant Turcs
que Tartaress 98& Mécontens de
Hongrie, eftant entré en Tranfilvanie
par un paffage que gardoient les
Milices du Pays, qui l'ont laiffedi
bre. On les foupçonne d'avoir efté
d'intelligence pour l'abandonner ,
eftant fort las de la domination des
Imperiaux , qui leur eft fort à char
ge , & qui ont perdu quatre cens
hommes en cette occafion avec
l'équipage de quatre Regimens,
Il y a eu plufieurs Villages pillez &
324 MERCURE
2010
SD 291
brûlez, pendant fix jours que
que les
Turcs & les Tartares ont demeare
dans le Pays , d'où ils ont amené
vingt mille efclaves . Le Comte de
Veterani s'eft trouvé engagé de par
tager fesTroupes pour envoyer gar
der cepaffage , de forte qu'il a efté
contraint d'en envoyer demander
d'autres à la Cour de Vienne ; ce
qui l'embaraffe beaucoup en ayant
grand befoin ailleurs , ainfi que de
Travailleurs, Les Turcs la mena.
cent de plufieurs Sieges à la fois ,
ce qui fait qu'elle dégarnit les Travailleurs
d'une Place pour les envoyer
à d'autres , & qu'aucune n'eft
achevée de fortifier. Lacherté des
vivres eft tres-grande dans toute
Allemagne , & le pain vaut cing
fo's la livre à Francfort. Le VVir
temberg eft entierement ruiné , &
SDA
GALANM 325
il y eft mort foixante mille perfonnes.
Il ne faut pas s'en étonner , 'ce
Pays ayant efte obligé de nourrit
plus de quatre-vingt mille hommes
pendant la Campagne derniere .
Les autres Etats d'Allemagne , our
les deux Armées ont paffé , he
font guere en meilleur eftat. Les af
faires d'Angleterre vont beaucoup
plus lentement que l'on n'avoit crus
comme il manque beaucoup de
Membres au Parlement , on a
2101 29994
mandé dans les Comtez ceux qui
fe font retirez . On croit que c'eft a
caule du
mécontentement qu'ont
les deux Chambres des trois Bills
qui ont efté rejettez par le Prince
d'Orange, & de la difette des fonds
Photos
pour trouver les fubfides accordez.
Les impofitions propofées for le
Sel , fur les Bieres , fur les Cuirs
326 MERCURE

& fur le Savon , chagrinent beaucouples
Peuples , qui apprehendent
qu'elles ne foient éternelles. Un
Membre de la Chambre Baffe aufait
ungrand Difcours fur ce fujer , & fait
connoiftre que fi l'on accordoit les
Impofitions au Prince d'Orange, il
pouroit à l'avenir fe paffer d'un Patlemenr,
& n'en convoqueroit plas ,
& qu'ainfi cet Impoft ne s'ofteroit
point , parce qu'il faut qu'un Par
lement annulle cequ'un autre a fait.
Cette affaire n'eft
pas encore terminée
. On a mis en liberté tous
ceux qui avoient efté enrollez par
force , tant Soldats que Matelors
les recrues vont lentement, & quoy
qu'il y ait plufieurs Colonels nommez
, on ne travaille encore aox
recreues que de trois Regimens .
Les Troupes de Hollande ne font
GALANT 327
-augmentées que d'un Regiment, &
l'armement Naval ne fera pas plus
fort que celuy de l'année derniere.
>Outre le chagrin qu'ont les Anglois,
& les Hollandois à caufe des Bâ
atimens que nous leur prenons tous
Fles jours , ils sont encore eu celuy
d'apprendre d'arrivée de noftre Flote
des Indes , & l'on a cité à Londres,
pour leur faire leur procés, les
Commandans des Vaiffeaux qui
ont laiffé entrer le Capitaine Bart
dans de Port de Dunkerque fans
L'attaquer. im & no cier
Cinq Perfonnes ont fait banqueroute
à Madrid , Seville & Cadix ,
*& nongcroit qu'elles en feront faire
plufieurs autres en Hollande, & que
le commerce en fouffrira beaucoup.
Jamais l'Espagne n'a efté dans un fi
miferableb eftat ; & cette gran328
MERCURE
de Poiffance ne peut qu'à peine
fournir dequoy deffendre la Catalogne
, où les François n'envoient
pas un grand nombre de Trou
pes.
2 Les affaires de Liege font dans
une fituation qui merite bien que
je vous en entretienne. Le nombre
des Pretendans à la Principau
té de cet Eftat eft grand. L'Empereur
follicite pour deux de los
Coufins, & les recommande à Rome.
Ce font l'Evefque de Veftel
lavie , & le Grand Maiſtre de l'Or
dre Teutonique. L'Electeur de Ba
viere recommande le Prince Clement
fon Frere , Electeur de Cologne
, & l'Angleterre & la Hot
lande font declarées pour le Grand
Doyen de l'Eglife de Liege , qui
gouvernoit fous le deffunt Evef
GALANT 329
que, Outre qu'il eft tout à eux , les
Hollandois ne veulent point de
Princes , dont la puiffance leur feroit
ombrage , comme feroir celle
de l'Electeur de Cologne. C'eft
se qui les oblige à remettre
beaucoup d'argent à Liege , pour
foutenir leur party. La France qui
ne yeut rien que d'équitable , remontre
feulement que le Pays &
la Ville eftant remplis de Troupes
Etrangeres , on devroit reculer
l'élection julques aprés la guer
re finie ; puis que cette élection ne
fçauroit eftre prefentement ny li
bre , ny legitime , à moins que l'on
n'affigne un lieu franc & libre pour
l'Affemblée des Capitulaires , qu'on
ne relafche deux Chanoines Capitulaires,
retenus prifonniers à Maftrik
par les Hollandois , & que les
Mars 1694 Ec
L
Cardinaux de URE
Bouillon & de Fur
ftemberg, qui font auffi Chanoines
, ne fe trouvent à Election.
Cela eft fans replique.
de Se
écus
Le Vaiffeau le Diamant a fait
une Prife Angloife de vingt - cinq
trente & les Armateurs
Malo У ontt amené ddeeux Pri
fes confiderables , Tune Angloife ,
& l'autre Hollandoife. Je fuis , Ma
dame , voltre , & c .
A Paris ce 38. Mars 1694
T
L
ના ના સામા
8380
222252525 25 SSES25
dmoti oned mes 106) imp
MORTABLE.
an
*
P Relude.
Relation d'un accident extraordinaire
arrivé à Troyes en Champagne. 12
Recueil de Vers enformed'hiftoire.44
Differtation fur la nature dufeu, 65
Le Temps à Mlle de Soudery.
Réponse de Sapho au Temps.
Madrigal furle mefme sujet,
103
105
107
Lettre de Mr de la Broffe à Mr de
Can, Docteur en Medes de
de la
Faculté de Paris , concernant la
Fievre maligne. 107
Epiftre en Versom
182
Galanterie. M
187
Ec ij
AITABLE.
Course faite de Paris à Verfælles , &
4948 de Versailles à Paris. 189
* 18 Relation envoyée de Tripoly touchant
les antiquitez de Lebida, on Leptis
magna.
# 250 STA
199
220
Conſtruction d'un nouvel Amphites
tre Anatomique.
Le Portrait du Sage. 252444
Mrs de Vienne fontpourveus de deux
Regimens.
244
246
254 Hiftoire.
i L'ouverture du Senat de Nice. 272
Extrait d'un Sermon prefché par Mr
de Noyon aux grands Iefuites. 287
"Morts.
301
Reception faite en France à Dom C4-
fillo, cy-devant Commandant dans
309 Charleroy.
Charge d'Aumônier du Roy donnée à
Mr l'Abbé de Mailly.
9
310
JJTABLE
.
% &
Journal des marches & campomens
des Armées du Roy en Flandre. 310
andon Les Soufleurs
୧୯୫
zing ] Journal du voyage du Roy.
Article des Enigmes.
* 312
313
315
૧૩ બાફે Situation des affaires de l'Europe.
pps Prifes fattespar nos Armateurs. 330
319
-exe 4308
P?
ek sagedang
um 2 mwb Tab
.I
328
Avis aux Relieurs pour placer
les Figures
La Figure doit regarder la pa-
L'Aires
. In page 21 .
1

UNIVERSITY OF MICHIGAN
3 9015 06574 3158
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le