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1694, 02
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Eur.
511
m
1694.2
Eur. 511.20
16942
Mercure
<36624560670016
<36624560670016
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
FEVRIER 1694.
A PARIS,
Chez MICHEL BRUNET , Grand ' Salle
du Palais , au Mercure Galant
N
O
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié Jen Veau
& Vingt- cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DI LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie.
Et MICHEL BRUNET , Grand' Salle du
Palais,au Mercure Galant,
M. DC. XCIV.
Avec Privilege du Roy
T7 ub
Bayerische
Staatsbibliothek
München
Q
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfai
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiſſe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps
"en temps quelques-uns de
ces Memoires dont on ne fe peutfer
vir. On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend.
aucun argent pour les Memoires , &
Bon employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux . On prie feulement
ceux qui les envoyent , &fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eftfort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble est beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours.
imprimé au commencement de chaque
mous. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux.
qui le chargerontde les envoyer avant,
que fon commence à vendre icy te
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure long
semps avant qu'ilfoit arrivé dans
1
par
AVIS
Les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyerpar leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet , puis qu'il ſe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
?
A iij
AVIS.
4
porter à la Pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuiers
que pour les Libraires de
·Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe genepar
>
Talement de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
content.
1
MERCVRE
GALANT
FEVRIER 1694.
I
E ne puis mieux commencer
ma Lettre que
par le Sonnet que je
vous envoye. Il convient affez
à la fituation des affaires d'aujourd'huy
✨ Munnamyposta'I
A iiij
8 MERCURE
222555 25225255522
SONNET.
A U ROY.
Grand Roy , plein de tendreſſe , &
dont la prévoyance
Eft fans ceffe occupée au bien defes
Sujets,
L'on eftoit menacé d'une difette en
France,
Et par tout la frayeur groffifoit les
objets.
L'Etranger attentif, flaté par l'appas,
rence,
GALANT.
9
Sur ce malheur public formoit de
grands projets ,
Mais , grace à ton amour , tes ſoins
& ta prudence ,
Les Bleds vont devenir moins rares
que jamais.
S
Nous voilà delivre de cette inquieà
·tude ;
Mais ,grand Roy , de l'Hiver la fais
fon eftant rude,
Les Peuples ont fouffert un nouvel
embarras.
2
Ils fe font veus du froid la victime
&la
proye
1
10 MERCURE
Lears buchers pour ta gloire , & reso
heureux Combats ,
Ont efté cette année uſez enfeux de
joye.
Ce Sonnet eft de M' des
Lutinieres , Senechal de Bourgueil.
Quoy que l'uſage & la
Poéfic autorifent l'efpece
d'exageration qui s'y trouve,
il cft neanmoins conftant que
les Victoires du Roy ayant
efté continuelles pendant
l'Efté dernier , ont fait chanter
plufieurs Te Deum pour
les avantages remportez en
Allemagne , en Italie , en Catalogne
, & fur Mer. Ce font

GALANT. II
de ces faits qui doivent cone
fondre les Ennemis, lors qu'ils
s'efforcent de rabaiffer la gloi
re de la France . Si la difette
des bleds l'a fait fouffrir , les
Ennemis n'ont pas l'avantage
d'avoir contribué à fon mal
par la force de leurs armes ,
cftant certain qu'ils ne peuvent
fe vanter d'avoir remporté
aucun avantage fur
nous , ny de nous avoir pris
un pouce de terre .
Puis que la premiere partie
du Traité de M Marigner
,
que je vous envoyay le mois
7
12 MERCUR E
و
paffé fur les Creatures des Ele
mens a efté fi bien reccue
dans vostre Province , je ne
veux pas differer à vous faire
part de la feconde . Vous Y
trouverez des chofes tres cu
ricufes , qui ne vous fatisferont
pas moins que les raifonnemens
que vous avez leus
touchant les fujets invifibles ,
tant fpirituels que corporels.
L'erudition de l'Auteur y paroift
par tout , & on ne peut
luy donner trop de loüanges.
GALANT. 13
252222 5252± 2252 $
SUR LES STRYGES
DE RUSSIE
.
Aprés vous avoir expli
C
qué mes fentimens fur les
Creatures des Elemens , & au
tresſujets inviſibles corporels,
oufpirituels,il faut vous parle
des Stryges de Ruffie . Ce
Stryges font communs & fre
quens parmy les habitans de
certe Province . Ils les appellent
Upierz , & croyent qu
çe font des Demons qui vien
14 MERCURE
nent la nuit leur fuccer le
fang pendant leur fommeil.
Ces Peuples les comparent à
des Oifcaux carnaffiers & nos
Aturnes , que nous appellons
Chevefche ou Offraye , & en
Latin , Strix , qui fait au plurier
Stiges Et afin que vous ne
m'en croiyez pas fcub , voyez
la Relation entiere qui vous
en a cité envoyée Iden Poloe
gne , par défunt noftic Amy
Monfieut Defnoyers, & cer?
tifiée par des Prefres de prop
bité connue de ces quartiers
là , de laquelle il a mefme efté
parlé dans le Mercure Galant
1
GALANT. Is
du mois de May dernier . Voicy
en quels termes il en a
écrit .
Il se trouve en ce Pays &
principalement en Ruffiendes corps
morts , que l'on appelle en Latin
Stryges, & en Langue du Pays
Upierz , lefquels ont en foy une
certaine humeur , que le commun
Peuple , auffi bien que plufieurs
perfonnes fçavantes , dit eftres
du fang, lequel on vent que
Demon tire ou fucce des corps de
quelques perfonnes vivantes , ou
de quelques beftiaux le porte
dans ce corps mort , parce qu'on
dit que ce Demonfort de ce cada-

le
16 MERCURE
vre en certains temps , & fair
beaucoup de vexation , qu'il
en fort depuis miły juſques à minuit
; aprés il retourne dans ce
cadavre , & y met ce fang qu'il
a amaße, lequel fangfe trouve
dans ce cadavre par la longueur
du temps en fi grande quantité ,
que fi l'on n'y met ordre , ilfort
par la bouche , par le nez, &
principalement par les oreilles , en
telle abondance que ce cadavre
nage dans fon cercueil; & le
cadavre a une telle faim , qu'il
mange les linges qui font autour
de luy && en effet on les trouve
dans fa bouche. Ce Demon qui
GALANT. 17


fort du cadavre , va la nuit troubler
en dormant ceux avec lef
quels le cadavre pendant fa vie
avoit eu le plus de familiarité,
leur fait beaucoup de peine , leur
reprefentant la figure du corps
mort , quand il eftoit vivant;
comme s'il les embrasfoit , il les
ferre & afforblit de telle maniere,
qu'ils s'éveillent & crient au fe-
Cours , auquel temps on dit que ce
Demon leur fucce le fang , pour
le porter dans le cadavre , &
ceux qui fentent ces vexations,
deviennent maigres &attenuez,
& mesme en meurent ; & ce
Demon continue jusques à ce que
Fevrier 1694. B
18 MERCURE
tous ceux de cette &Famille en
meurent l'un aprés l'autre . Ilfaut
auffi fçavoir qu'ily a deux fortes
de ces Efprits, & que les uns vont
aux bestes , les autres vont
aux hommes, & y fuccent le
fang, & le portent dans les cadavres
humains , & ce's bestiaux
auffi en meurent ce qui cauferoit
un grand ravage , tant fur
les hommes que fur les bestes , fr
on n'y apportoit pas de remede.
Or le remede dont on fe fert , c'est
de porter avec foy du pain , &
mefme d'en manger, frais pestry ,
25 cuit avec le fang qui fort de
ces cadavres, & l'on s'en trouve
-.
19
GALANT.
"
foulage , &préfervéde ce mal.
Il est à remarquer que quand
on fait la vifite , on la revenë de
ces corps morts , qui reprefentent
la figure de ceux qui ontparu en
fonge , on les trouve dans leurs
cercueils mols , flexibles , enflez,
rubiconds , & non fecs &
arides , comme les autres corps
morts , quoy qu'il y ait fort longtemps
qu'ils foient morts &
ceux que
l'on trouve dans les fepulcres
qui font de cette nature
on leur coupe la tefte , & on leur
ouvre coeur d'où il fort une
tres-grande abondance de fang ,
que l'on ramaffe & mefle avec de
Bij
20 MERCURE
la farine que l'on paiftritpour en
faire du pain dont on fe fert
dans la neceffue pour ſe garantir
d'une telle vexation . Il faut encore
remarquer qu'aprés leur avoir
coupé la teſte , cet efprit ne
vaplus troubler en dormant ceux
aufquels il apparoiffoit auparavant
, lefquels fe gueriffent , &
Le portent bien enfuite . Ceux qui
font cette execution connoiffent
fouvent les vivans qui foni vexez
fans que ces derniers en
fcachent la caufe. Noviffime his
dicbus , une Fille a esté tourmentée
de cet Efprit en dormant ,
la douleur qu'elle a reffentie

{
GALANT 21
l'a éveillée en criant à l'aide,
Elle a dit que cet Esprit luy a
reprefenté la figure de fa Mere,
qui eftoit morte il y a long- temps.
Cette Fille déperiffoit à vue d'oeil,
devenait maigre attenuée.
On a esté déterrer cette Mere ,
que l'on a trouvée, comme nous
avons déja dit , molle , enflée, &
rubiconde . On luy acoupé la tefte
ouvert le coeur , d'où il eftforti
une grande abondance de fang;
aprés quoy cette Fille eft revenue
à elle , & le porte prefentement
fort bien. Et qui vidit hoc, teftimonium
perhibuit quia
verum eft. Des Preftres ver22
MERCURE
tueux & dignes de foy ont efte
prefens à cette execution , & ont
parlé à la Fille , qui leur a raconté
toute l'hiftoire , & ont veu
couper la tefte du cadavre de la
Mere, & le fang qui en est
forty en abondance, & cela eft
ordinaire dans la Province de
*
Ruffie.
Cette hiftoire , fi elle eft ve
ritable,nous produit pluſieurs
queftions tres- difficiles à éclaircir
& à refoudre , c'eft
pourquoy avant que d'y entrer
, il eft bon de commencer
par la verité du fait . Il
n'y a pas lieu d'en douter ,
*

GALANT 23
3
puisque c'eft une chofe connue
en Pologne , & particulierement
en Ruffic , non feulement
au vulgaire , mais aux
plus intelligens & circonfpects,
qui ont confirmé cette
relation , & font autant de témoignages
aufquels on ne
adoit pas refifter . If y auroit
-quelque fujet de douter fi
c'eftoit un cas fingulier
, que
L'on dift eftre arrivé depuis
peu ,fans en avoir eu d'exemple
par le pallé , mais comme
pareille chofe eft arrivée
en Raffie depuis tres longues
années ; l'on ne peut dire que atb
A
24 MERCURE
J
ce foit de ces fortes d'avan
tures qui ont donné lieu à
plufieurs Fables & Hiftoires
Romanefquesavus
m
Nous aurions peine à croiles
diverfes Hiftoires qui
font dans l'Ecriture , file ref
•pect ne nous y obligeoit pas.
Par exemple, les perfecutions
de Job par le Demon, les prodiges
faits par Moyfe en prefence
de Pharaon , & de fes
Magiciens ; fon paſſage de la
mer rouge ; les forces de Samfon
; la parole de l'afne de
Baalam ; Nabuchodonofor ,
l'engloutiffement de Jonas
dans
GALANT.
25
du
dans le ventre de la Baleine ;
l'enlevement d'Abakuc de Judée
en Chaldée , pour porter à
manger àDaniel ; le tranfpott
corps de S. Philippes en
Azot après avoir baptifé l'Eunuque
; le Diable chaffé du
corps d'un poffedé par J. C.
& envoyé dans le corps d'une
bande de pourceaux , &
une infinité d'autres faits mis
raculeux .
Quelques anciens Auteurs
profanes & nouveaux , comme
Homere , Horace , Ovide,
Appollonius Thyaneus , Philoftrate
, & quelques Peres de
Fevrier 1694. C
26 MERCURE
l'Eglife mefme , nous ont rapporté
plufieurs Hiſtoires arrivées
au deffus des routes ordinaires
de la nature corporel.
le. Il y en a mefme qui nous
faifant l'hiftoire fabulcufe di
Roy Phynée , ont décrit les
Oyfeaux que l'on nomme
Harpies , qui enlevoient la
viande de la table de ce Roy,
& le faifoient mourir de
faim , que ces Harpies & des
Sorciers auffi , déroboient de
jeunes Enfans, les fuffoquoient
& leur fucçoient le fang , &
faifoient tomber en langueur
les hommes & les beftiaux.
GALANT .
27
Toutes ces diverfes fables &
autres , ne font pas tout à
fait fans fondement , & il y
a cu des realitez qui ont fervi
de fujet à ces fortes de difcours.
Nous pouvons donc fans
crainte de furpriſe entrer
dans la recherche des princi .
pales caufes des effets extraor
dinaires que les Stryges font
en Ruffic , & examiner fi cette
maladie qui eft particulicre
au Pays , eft une poffeffion
ou une obfeffion du Demon,
ou une vexation de quelque
autre Efprit , quel qu'il foit .
Cij
28 MERCURE
Les Medecins veulent at
tribuer ces fortes de fouffrances
à la melancolie feule , &
pretendent traiter toutes les
maladies qui ont des caufes
cachées & extraordinaires, de
la mefme methode & manic
re que celles qui proviennent
des fumées groffieres & malignes
de la rate ou de quelque
autre partie infectée de
bile bruflée , ou de melancolic
, ainfi que dans les Incubes
& Succubes , les fuffocations
de matrice , & autres
maladies approchantes de
celles dont leur Hipocrate
GALANT . 29
& leur Galien ont parlé, mais
ils n'y ont pas réuffi , par
exemple,dans certaines Religicules
poffedées ou obfcdées
, qui n'ont receu aucun
foulagement des remedes propres
pour les maladies atrabilaires
& melancoliques , &
qui n'ont cedé qu'aux exorcifmes
& fecours fpirituels de
l'Eglife ; & partant vous conclurez
avec moy que le remede
que l'on a trouvé en
Ruffie de couper la tefte à un
Cadavre , & de fe fervir de
fon fang pour fe deffendre de
la perfecution des Stryges ,
Ciij
30 MERCURE
n'eſt pas une choſe qui foit
de l'ordre des remedes naturels
& qu'il nous marque
que c'est plutoft une obfeffion
du Demon , ou de quelque
autre Elprit malfaiſant &
reprouvé, que toute autre ma .
ladie.
De croire que ce foit une
obfeffion du Demon , il n'y
a guere d'apparence , puifqu'elle
a toujours ceffe en
coupant la tefte au Cadavre,
duquel l'image eftoit reprefentée
pendant le fommeil.
Il reste donc de fçavoir de
quelle autre forte d'Efprit
GALANT.
peut venir la caufe immediate
de cette vexation .
Comme j'ay cu recours à
la Phyfique , pour vous expliquer
les caufes du mouvement
de la Baguette , je me
fens obligé de fuivre cette
route & de vous faire concevoir
les proportions qu'il y a
en general entre les chofes
corporelles & fpirituelles
creées, & par confequent, entre
les facultez des fens exterieurs
& interieurs dans
l'homme , & dans les puiffances
fuperieures à noftre imagination
, comme auffi le
C iiij
32 MERCURE
pouvoir que noftre ame exerce
fur ces puiffances inferieures
&
corporelles , & en
mefme temps celuy que noftre
corps a
reciproquement
fur les puiffances de l'ame.
J'ay fait remarquer dans la
Phyfique , que la ſubſtance
ou matiere generale n'a efté
rendue differente dans tous
les fujets generaux & particuliers
du grand monde , que par
les diverfes
participations
du
mouvement primitif, ou impreffions
qui ont eſtably les
quatre qualitez premieres Elementaires
, & que c'eft la •
CALANT.
33
Caufe des differens degrez de
perfection des chofes corporelles
, jufque dans l'homme
mefme , à proportion des dif
ferentes qualitez actives &
paffives que chacun des fu-
Jets corporels poffede , les ina .
nimez ayant moins de qualitez
actives que de paffives;
dans les vegetaux
les quaque
litez actives commencent à
furmonter les paffives, & continuent
en montant & augmentant
jufques au genre
fenfitif des animaux auquel
les actives , & principalement
la chaleur, l'emportent fur les
8 MERCURE
222555 25225255522
SONNET.
GRAY
AURO Y.
Rand Roy , plein de tendreſſe , &
dont la prévoyance
Eftfans ceffe occupée au bien defes
Sujets,
L'on eftoit menacé d'une diſette en
France ,
Et par tout la frayeur groffoit les
objets.
L'Etranger attentif, flaté par l'appas,
rence,
GALANT.
Sur ce malheur public formoit de
grands projets ,
Mais , grace à ton amour , tes ſoins
& ta prudence ,
Les Bleds vont devenir moins rares
que jamais.
S
Nous voilà delivrez de cette inquie
tude ;
Mais ,grand Roy , de l'Hiver la fain
fon eftant rude ,
Les Peuples ont fouffert un nouvel
embarras.
2
Ils se font veus du froid la victime
& la proye
ON
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié len Veau
& Vingt- cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dan's la
Salle des Merciers , à la Juftice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envic.
Et MICHEL BRUNET , Grand ' Salle dy
Palais , au Mercure Galant,
M. DC . XCIV .
Avec Privilege du Roy?
Bayerische
Staatsbibliothek
München
Q
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfai
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fer
vir. On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend.
aucun argent pour les Memoires , &
Bon employera tous les bons Ouvra
ges à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux . On prie feulement
ceux qui les envoyent , &fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pou?
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eftfort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble est beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eſt toujours
imprimé au commencement de chaque
mous. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux.
qui le chargeront de les envoyer avant
que fon commence à vendre icy të
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laifferapas d'avoir le Mercure long
semps avant qu'ilfoit arrivé dans
-
AVIS
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faſſe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet , puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
1
A iij
AVIS.
porter à la Pofte ou aux Meſſagers
fans nul intereft , tant pour les Particuiers
que pour les Libraires de
·Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la meſme choſe gene-
&
ralement de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
celafera exécuté avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
content.
॰ ཛཱ
1
-
MERCVRE
GALANT
FEVRIER 1694.
I
E ne puis mieux commencer
ma Lettre que
par le Sonnet que je
vous envoye . Il convient affez
à la fituation des affaires d'aujourd'huy
unana pantatā
A iiij
8 MERCURE
222555 25225255522
SONNET
AURO Y.
Rand Roy , plein de tendreffe , &
dont la prévoyance
Eftfans ceffe occupée au bien defes
Sujets,
L'on eftoit menacé d'une diſette en
France ,
Et par tout la frayeur groffiſſoit les
objets.
L'Etranger attentif, flaté par l'appa
rence,
i
GALANT.
Sur ce malheur public formoit de
grands projets ,
Mais , grace à ton amour , tes ſoins
&ta prudence ,
Les Bleds vont devenir moins rares
que jamais.
S
Nous voilà delivrez de cette inquie
tude ;
Mais ,grand Roy , de l'Hiver la fain
Son eftant rude
Les Peuples ont fouffert un nouvel
embarras.
2.

Ils fe font veus du froid la victime
&la proye
10 MERCURE
Lears buchers pour ta gloire , & res
heureux Combats,
Ont efté cette année ufez en feux de
joye.
Ce Sonnet eft de M' des
Lutinieres , Senechal de Bourgueil.
Quoy que l'ufage & la
Poéfie autorifent l'efpece
d'exageration qui s'y trouve,
il cft neanmoins conftant que
les Victoires du Roy ayant
efté continuelles pendant
l'Efté dernier , ont fait chanter
plufieurs Te Deum pour
les avantages remportez en
Allemagne , en Italic , en Catalogne
, & fur Mer. Ce font
GALANT. II
de ces faits qui doivent cong
fondre fes Ennemis, lors qu'ils
s'efforcent de rabaiffer la gloi
re de la France. Si la difette
des bleds l'a fait fouffrir , les
Ennemis n'ont pas l'avantage
d'avoir contribué à fon mal
par la force de leurs armes ,
cftant certain qu'ils ne peuvent
fe vanter d'avoir remporté
aucun avantage fur
nous , ny de nous avoir pris
un pouce de terre .
,
Puis que la premiere partie
du Traité de M Marigner,
que je vous envoyay le mois
12 MERCURE
paffé fur les Creatures des Ele
mens a cité fi bien reccue
dans vostre Province , je ne
veux pas differer à vous faire
part de la feconde . Vous y
trouverez des chofes tres cu
rieufes , qui ne vous fatisferont
pas moins que
les raifonnemens
que vous avez leus
touchant les fujets inviſibles,
tant fpirituels que corporels.
L'erudition de l'Auteur y paroift
par tout , & on ne peut
luy donner trop de louangcs.
I
GALANT. 13
252222 52522-252
SUR LES STRYGES
DE RUSSIE.
Aprés vous avoir expli
C
qué mes fentimens fur les
Creatures des Elemens , & au
tresfujets inviſibles corporels,
oufpirituels, il faut vous parler
des Stryges de Ruffie. Ce
Stryges font communs & fre
quens parmy les habitans det
certe Province . Ils les appellent
Upierz, & croyent qu
ce font des Demons qui vien
1
14 MERCURE
nent la nuit leur fuccer le
fang pendant leur ſommeil .
Ces Peuples les comparent à
des Oifcaux carnaffiers & no
Aturnes , que nous appellons
Chevefche ou Offraye , & en
Latin , Strix , qui fait au plurier
Striges .Et afin que vous ne
m'en croiyez pas fcub , voyez
la Relation entiere qui vous
en a cité envoyés ide : Polos
gne , par défunt noftro Amy
Monfieut Defnoyers, & cer?
tifiée par des Picfres de prop
bité connuel de ces quartiersə
là , de laquelle il a mefme efté
parlé dans le Mercure Galant
1
GALANT. IIS
du mois de May dernier. Voicy
en quels termes il en a
écrit .
Il fe trouve en ce Pays , &
principalement en Ruffiendes corps
morts , que l'on appelle en Latin
Stryges, & en Langue du Pays
Upierz lesquels ont en foy une
certaine humeur , que le commun
Peuple , auffi bien que plufieurs
perfonnes fçavantes , dit eftre
du fang, lequel on veut que le
Demon tire ou fucce des corps de
quelques perfonnes vivantes , ou
de quelques beftiaux , le porte
dans ce corps mort , parce qu'e
dit que ce Demonfort de ce cada16
MERCURE
ære en certains temps , & fait,
beaucoup de vexation , & qu'il
en fort depuis mily juſques à minuit
; aprés il retourne dans ce
cadavre , & y met ce fang qu'il
a amaße, lequel fangfe trouve
dans ce cadavre par la longueur
du temps en fi grande quantité ,
que fi l'on n'y met ordre , il fort
par la bouche
nez, &
principalement par les oreilles , en
telle abondance que ce cadavre
nage dans fon cercueil ; & le
cadavre a une telle faim , qu'il
mange les linges qui font autour
de luy ; & en effet on les trouve
dans fa bouche. Ce Demon qui
par
le
GALANT. 17
ཇཱ་
fort du cadavre , va la nuit troubler
en dormant ceux avec lef
quels le cadavre pendant fa vie
avoit eu le plus de familiarité,
leur fait beaucoup de peine , leur
reprefentant la figure du corps
mort , quand il eftoit vivant;
comme s'il les embrasfoit , il les
ferre & afforblit de telle maniere,
qu'ils s'éveillent crient au fe-
Cours , auquel temps on dit qquuee.ccee
Demon leur fucce le fang , pour
le porter dans le cadavre , &
ceux qui fentent ces vexations,
deviennent maigres &attenuez,
mesme en meurent ; & ce
Demon continue jusques à ce que
Fevrier 1694. B
18 MERCURE
.
tous ceux de cette › Famille eй
meurent l'un aprés l'autre . Ilfaut
"auſſi fçavoir qu'ily a deux fortes
de ces Efprits, & que les uns vont
aux bestes les autres vont • &
aux hommes , & y fuccent le
fang, & le portent dans les cadavres
humains, & ce's bestiaux
auffi en meurent ; ce qui caufe
roit un grand ravage , tant fur
·les hommes que fur les beſtes & fi
on n'y apportoit pas de remede.
Or le remede dont onse fert , c'eft
de porter avec foy du pain , &
mefme d'en mangers frais pestry ,
cuit avec le fang qui fort de
ces cadavres, & l'on s'en trouve
GALANT
19
foulagé , &préfervé de ce mal.
Il est à remarquer que quand
on fait la vifite , on la revenë de
ces corps morts , qui repreſentent
la figure de ceux qui ont paru en
fonge, on les trouve dans leurs
cercueils mols , flexibles , enflez;
rubiconds , & non fecs &
arides , comme les autres corps
morts , quoy qu'il y aitfort longtemps
qu'ils foient morts
ceux que l'on trouve dans les fepulcres
qui font de cette nature
on leur coupe la tefte , & on leur
ouvre le coeur , d'où il fort une
tres-grande abondance de fang ,
que l'on ramaſſe & miſle avec de
a
Bij
20 MERCURE
L
la farine que l'on paiftritpour en
faire du pain dont on fe fert
dans la neceffué pour ſe garantir
d'une telle vexation. Il faut encore
remarquer qu'aprés leur avoir
coupé la tefte, cet efprit ne
va plus troubler en dormant ceux
aufquels il apparoiffoit auparavant
, lefquels fe gueriffent , &
Le portent bien enfuite . Ceux qui
font cette execution connoiffent
fouvent les vivans qui foni vexez
fans que ces derniers en
fcachent la caufe. Noviffime his
dicbus , une Fille a esté tourmentée
de cet Efprit en dormant ,
& la douleur qu'elle a reffentie
1
GALANT. zi
la éveillée en criant à l'aide.
Elle a dit que cet Esprit luy a
reprefenté la figure de fa Mere»
qui estoit morte il y a long- temps.
Cette Fille déperiffoit à vue d'oeil,
devenait maigre attenuée.
On a esté déterrer cette Mere ,
que l'on a trouvée, comme nous
avons déja dit , molle , enflée, &
rubiconde. On luy a coupé la tefte
ouvert le coeur , d'où il eftforti
une grande abondance de fang;
aprés quoy cette Fille eft revenue
à elle , fe porte prefentement
fort bien. Et qui vidit hoc, teftimonium
perhibuit quia
verum eft. Des Preftres ver22
MERCURE
sueux & dignes de foy ont efte
prefens à cette execution , ont
parlé à la Fille , qui leur a raconté
toute l'histoire , & ont ven
couper la tefte du cadavre de la
•Mere , & le fang qui en est
forty en abondance , & cela eft
ordinaire dans la Province de
Ruffie.
Cette hiftoire , fi elle eft ve
ritable,nous produit plufieurs
queftions tres - difficiles à éclaircir
& à refoudre , c'eft
pourquoy avant que d'y entrer
, il eft bon de commenicer
par la verité du fait. Il
n'y a pas lieu d'en douter


GALANT 23
9
&
**
puisque e'eft une choſe conmue
en Pologne , & particu,
lierement en Ruffie , non feulement
au vulgaire , mais aux
plas intelligens & circonf
pects, qui ont confirmé cette
relation , & font autant de témoignages
aufquels on ne
doit pas refifter. Il y auroit
quelque fujet de doutor fi
c'eftoit un cas fingulier
, que
Pon dift eftre arrivé depuis
peu , fans en avoit cu d'exemple
par le pallé , mais comme
pareille chofe eft arrivée
en Ruffie depuis tres longues
années ;l'on ne peut dire que
anab
24 MERCURE
ce foit de ces fortes d'avan
tures qui ont donné lieu à
plufieurs Fables & Hiftoires
Romanefques
, av de im
Nous aurions peine à croire
les diverfes Hiftoires qui
font dans l'Ecriture , file ref
pect ne nous y obligeoit pas.
Par exemple, les perfecutions
de Job par le Demon, les prodiges
faits par Moyſe en prefence
de Pharaon , & de fes
Magiciens fon paffage de la
mer rouge ; les forces de Samfon
; la parole de l'afne de
Baalam ; Nabuchodonofor ,
l'engloutiffement de Jonas
dans
GALANT.
25
dans le ventre de la Baleine;
l'enlevement d'Abakuc de Judéc
en Chaldéc, pour porter à
manger à Daniel ; le tranfpott
du corps de S. Philippes en
Azot aprés avoir baptifé l'Eunuque
; le Diable chaffé du
corps d'un poffedé par J. C.
& envoyé dans le corps d'une
bande de pourceaux , &
une infinité d'autres faits mis
raculeux .
Quelques anciens Auteurs
profanes & nouveaux , comme
Homere , Horace , Ovide,
Appollonius Thyaneus , Philoftrate
, & quelques Peres de
Fevrier 1694. C
26 MERCURE
l'Eglife mefme , nous ont rapporté
plufieurs Hiſtoires arrivées
au deffus des routes ordinaires
de la nature corporel.
le . Il y en a mefme qui nous
faifant l'hiftoire fabulcufe di
Roy Phynée , ont décrit les
Oyfeaux que l'on nomme
Harpies , qui enlevoient la
viande de la table de ce Roy,
& le faifoient mourir de
faim , que ces Harpies & des
Sorciers auffi , déroboient de
jeunes Enfans, les fuffoquoient
& leur fucçoient le fang , &
faifoient tomber en langueur
les hommes. & les beftiaux.
GALANT.
27
Toutes ces diverfes fables &
autres , ne font pas tout à
fait fans fondement , & il y
a cu des realitez qui ont fervi
de fujet à ces fortes de difcours
.
Nous pouvons donc fans
crainte de furpriſe entrer
dans la recherche des princi .
pales caufes des effets extraor
dinaires que les Stryges font
en Ruffic , & examiner fi cette
maladie qui eft particulicre
au Pays , eft une poffeffion
ou une obfeffion du Demon,
ou une vexation de quelque
autre Elprit , quel qu'il foit .
Cij
28 MERCURE
Les Medecins veulent at
tribuer ces fortes de fouffrances
à la melancolie feule , &
pretendent traiter toutes les
maladies qui ont des caufes
cachées & extraordinaires , de
la mefme methode & manic
re que celles qui proviennent
des fumées groffieres & malignes
de la rate ou de quelque
autre partie infectée de
bile bruflée , ou de melancolie
, ainsi que dans les Incubes
& Succubes , les fuffocations
de matrice , & autres
maladies approchantes de
celles dont leur Hipocrate
GALANT. 29
par
&
& leur Galien ont parlé, mais
ils n'y ont pas réuffi
exemple, dans certaines Religieufes
poffedées ou obfcdées
, qui n'ont receu aucun
foulagement des remedes propres
pour les maladies atrabilaires
& melancoliques ,
qui n'ont cedé qu'aux exorcifmes
& fecours fpirituels de
l'Eglife ; & partant vous conclurez
avec moy que le remede
que l'on a trouvé en
Ruffie de couper la teſte à un
Cadavre , & de fe fervir de
fon fang pour fe deffendre de
la perfecution des Stryges
1
Ciij
30 MERCURE
n'eſt pas une chofe qui foit
de l'ordre des remedes naturels
, & qu'il nous marque
que c'est pluroft une obſeſfion
du Demon , ou de quelque
autre Elprit malfaisant &
reprouvé, que toute autre maladie.
De croire que ce foit une
obfeffion du Demon , il n'y
a guere d'apparence , puifqu'elle
a toujours ceffe en
coupant la tefte au Cadavre ,
duquel l'image eftoit reprefentée
pendant le fommeil.
Il reste donc de fçavoir de
quelle autre forte d'Efprit
GALANT.
31
peut venir la caufe immediate
de cette vexation.
Comme j'ay cu recours à
la Phyfique , pour vous expliquer
les caufes du mouvement
de la Baguette , je me
fens obligé de fuivre cette
route & de vous faire concevoir
les proportions qu'il y a
en general entre les chofes
corporelles
& fpirituelles
creées, & par confequent, entre
les facultez des fens exterieurs
& interieurs dans
l'homme , & dans les puiffances
fuperieures à noftre imagination
, comme auffi le
C iiij
32 MERCURE
pouvoir que noftre ame exerce
fur ces puiffances infericures
&
corporelles , & en
mefme temps celuy que noftre
corps a
reciproquement
fur les puiffances de l'ame.
J'ay fait remarquer dans la
Phyfique
, que , que la fubftance
ou matiere generale n'a efté
rendue differente dans tous
les ſujets generaux & particuliers
du grand monde , que par
les diverfes
participations du
mouvement primitif, ou impreffions
qui ont eſtably les
quatre qualitez premieres Elementaires
, & que c'est la
CALANT.
33
Caufe des differens degrez de
perfection des chofes corporelles
, jufque dans l'homme
meſme , à proportion des differentes
qualitez actives &
paffives que chacun des fujets
corporels poffede , les ina .
nimez ayant moins de qualitez
actives que de paſſives ;
que dans les vegetaux les qualitez
actives commencent
furmonter
les paffives, & continuent
en montant & augmentant
jufques au genre
fenfitif des animaux auquel
les actives , & principalement
la chaleur, l'emportent fur les
34 MERCURE
paffives à tel point, que dans
le plus parfait Individu de
l'efpece humaine , il fe rencontre
trois quarts de qualitez
actives , & un quarc feule
ment de paffives , & ainfi en
diminuant peu à peu les qualitez
actives en defcendant
vers les moins parfaits Individus
de l'efpece ; que cette
differente participation de
qualitez actives eftablit les
degrez fuperieurs & inferieurs
des facultez & puiffan
ces du corps de l'homme fervant
aux actions de l'ame
car dans les fens exterieurs , il
GALANT:
35
y a moins de qualitez actives
que dans l'imagination , &
moins dans l'imagination
que dans la puiffance difcurfive
ou raifonnement &
moins dans cette derniere que
dans les efprits immediats à
l'ame , & qui luy fervent à
connoistre tout d'un coup
les fujets de la nature fans
raifonner , ce qui eft la fource
des differens degrez qui fe
rencontrent dans chaque faculté
des fens , & dans chaque
puiffance imaginative
difcurfive & intellectuelle de
l'homme en general & en
36 MERCURE
particulier , d'où dependent
les bonnes ou mauvaiſes inclinations
,habitudes, actions.
& moeurs de chacun des hommes.
Si vous voulez bien ,Monfieur
, obferver en voſtre particulier
les mouvemens de
vos actions corporelles &
fpirituelles , vous reconnoiftrez
qu'elles fe font par l'emiffion
que vous faites de vos
efprits naturels , vegetaux &
animaux , au dehors , fur les
fujets voifins , & qu'à mefure
que vous agiffez , les forces
yous diminuent , fi vous në
GALANT. 37
faites acquifition de nouveaux
efprits , pour en reparer
la perte , par lc moyen
dequoy vos puiffances continuent
leurs fonctions , avec
plus ou moins de perfection,
à proportion de leur épurement
& degagement de la
matiere , & au contraire par
oppofition.
Cette reflexion jointe aux
principes de Phyfique , vous
aidera à concevoir , que dans
les chofes créées cotporelles
& fpirituelles , il ne peut pas
y avoir une diftance infinie ,
& qu'au contraire ces chofes
38 MERCURE
eftant tout-à-fait finies en general
& en particulier,le ſpirituel
a fon commencement &
fon termé final , & finit là où
fe rencontre le plus fubtil du
corporel , c'est à dire , que le
plus parfait & le plus noble
du corporel eft continu au
fpirituel , laquel a plus d'aptitude
& de difpofition à avoir
du commerce & de la focieté
avec le corporel. C'est pourquoy
le corps de l'homme , 2
raifon de fes faculrez & puiffances
, eftant le plus parfait
fujet de la nature corporelle,
& l'ame raifonnable cftant
GALANT. 39
immediatement au deffous de
la fubftance Angelique , c'eft
une neceffité que l'ame raifonnable
ferve de moyen continu
entre la nature corporelle
& la purement fpirituelle
créée , qui connoift fans raifonner
, qui eft l'Ange , & par
confequent que cette ame raifonnable
foit jointe au corps
humain pour compofer
l'homme parfait , & participant
des deux extrêmes des
chofes créées , l'ame eftant
infufe & créée au mefme inftant
que la difpofition du
Corps eft fufflante pour rece
40 MERCURE
voir l'ame ſpirituelle , raiſonnable
& immortelle . Infundendo
creatur , creando infun-

ditur . Ainfi , l'homme eft un
double tout, & ces deux tours
ayant receu de Dieu l'avanta
ge d'eftre créez l'un pour l'autre
, la ſeparation n'en ſçauroit
cftre faite abfolument par
la mort mefme .
Eftant donc conftant d'un
cofté que l'ame, felon l'ordre
des chofes créées , cft fpirituelle
& fimple immediatement
au deffous de l'Ange , &
n'eft pas par confequent compofée
de parties differentes , &
CALANT . 4I
contraires les unes aux autres,
ainfi que font les corps qui
fortent du mélange des Elemens
fujets à corruption ; &
d'un autre cofté remarquant
qu'il n'y a que lc corps , qui
foit corruptible , & que dans
ce corps il y a mefme du plus
ou du moins corruptible , felon
la groffiereté ou fubtilité
des parties qui le compofent,
nous devons conclure que
dans la conjonction & liaiſon
étroite qui fe fait de l'ame
avec le corps , le moins compofé
, & par confequent le
moins corruptible , eft ce qu'il
Fevrier 1694 .
D
42 MERCURE
y a de plus proportionné à
l'ame , & que le plus groffier
ne peut avoir aucune liaiſon
ny commerce avec l'ame , que
par le moyen du plus fubtil
corporel; & c'est ce plus fubtil
& moins compofé , qui eft
comme l'Eveftre & l'envelope
delicate & proportionnée à la
fimplicité de l'ame , qui fert
à retenir dans l'homme pendant
fa vie , non feulement les
efprits naturels vegetatifs ,
fenfitifs , & imaginatifs
, pour
les actions corporelles , mais
encore les difcurfifs , & intellectuels
pour les notions &
GALANT. 43
connoiffances fpirituelles de
l'ame .
Cet Eveftre pendant la vie
temporelle confifte tantoft
dans les efprits les plus fubtils
& les plus épurez qui fervent
à l'entendement ; tantoft c'eſt
dans l'efprit difcurfif , tantoſt
dans l'imaginatif , & tantoſt
dans le fenfitifou naturel , fclon
que l'ame s'applique à des
objets plus ou moins corporels
, ou à de plus & moins
fpirituels , s'habituant ainavec
les uns & les autres ,
ou avec les uns plus qu'avec
les autres, ce qui fait les eſtats
Dij
44 MERCURE
differens de l'homme , jufques
à l'heure de fa mort .
Pendant que ces efprits demeurent
affectez des qualitez
élementaires qui leur conviennent
, & qui ont efté remarquées
dans la Phyfique ,
l'homme continue fa vic
temporelle , mais lors que les
proportions de ces qualitez
premieres viennent à ceffer
par l'arrivée d'une trop grande
quantité de chaleur , ou
de froideur , d'humidité , ou
de fechereffe , les efprits qui
fe trouvent alors les plus intimes
à l'ame , quittant &
GALANT. 45
abandonnant les autres , demeurent
attachez à l'ame , &
partant le corporel groffier
ne retient que les efprits les
plus groffiers , & non proportionnez
à la vie ; & ainfi
l'homme femble mourir ,
parce que fa vie corporelle
ceffe ; mais ces efprits ne fçauroient
eftre feparez les uns
des autres , qu'en fouffrant
une extrême violence & douleur
, eftant tres fenfitifs ,
comme il fe voit ordinairemenr
à l'approche du mo
ment de la mort .
Or l'ame par l'habitude
46 MERCURE
qu'elle contracte pendant la
vie avec ces Esprits , communique
de l'incorruptibilité à
ceux qui fe trouvent unis
étroitement avec elle , au mo
ment de la mort , & il n'y a
que lc corps groffier , & les
efprits attachez à ce corps ,
qui foient fujets à une totale
corruption , c'est à dire la
mort .
l'on
Les
quinteffences que
tire des mixtes deviennent
fi
pures & fi dégagées de la matiere
par diverfes diftillations
reiterées , qu'elles font comme
fpirituelles & incorruptiGALANT:
47
bles ,à comparaifon des mixtes
d'où elles fortent. Elles
ont plus de vertu qu'elles
n'en avoient dans leurs corps;
leur fimplicité réunit leurs
forces , & les rend plus actives,
à proporcion que la groffiereté
& la compofition diminuë
, à plus forte raifon les
efprits du corps de l'homme
qui en font naturellement les
parties les plus fubtiles &
moins groffieres en general,
qui auront cfté ordinairement
, ou tres-fouvent jointes
à l'ame , contractent une fubtilité
fi grande qu'elles de48
MERCURE
viennent incorruptibles & ap
prochent de la fpiritualité de
l'ame .
Nous voyons dans la Phy
fique , que les puiffances , les
objets , & les moyens , doivent
estre de nature proportionnée
, c'eſt à dire , que la
puiffance fpirituelle fe portant
vers un objet corporel ,
en tire des efpeces prefque
immaterielles qu'elle fpiritualife
, & fe fert pour cela
d'efprits ou moins proportionnez
à fa fpiritualité , &
qu'à force de fe fervir de ces
moyens ouefprits corporels ,
elle
GALANT. 491
elle les rend comme fpirituels ,
& non fujets à la corruptibi
lité , lefquels attendu leur extrême
convenance , font fi
étroitement attachez à l'ame,
qu'elle ne fçauroit les quitter.
La focieté de l'ame eft donc
une focieté indiffoluble &
neceffaire , qui ne pouvoit pas
dans l'ordre des chofes créées ,
eſtre d'une maniere plus parfaite,
felon le deffein que Dicu
a cu dans la creation de les
faire retourner à luy , comme
à leur fource , par le canal &
le commerce de cette focieté,
Février 1694. E
50 MERCURE
pour glorifier le corps & l'ame
de l'homme , ou pour les
précipiter dans l'abiſme , felon
le bon ou le mauvais ufage
qu'ils en auront fait pendant
la vie , dans le cours de leur
focieté.
Si nous voulons confiderer
le commerce perpetuel d'entre
noftre ame & noftre corps ,
leur étroite focieté nous fera
tres- connue & fenfible ; car
lors que l'ame veut penetrer
la nature des chofes corporelles
, elle eft obligée de defcendre
dans les puiffances corporelles,
accompagnée des cfGALANT.
FI
prits qui fervant à l'intelle &tive
& à la difcurfive , & arrivanr
dans l'imagination , elle
reçoit les Images des chofes
corporelles , revestuës feulement
de leur couleur & de
leur figure. Elle defcend enfuite
dans les fens & y confidere
les efpeces qui les enlevent
de la furface des fujets
fenfibles & corporels
, par le
canal & commerce des efprits
émiffaires, que les organes des
fens envoient par un mouvement
direct , aux objets exterieurs
& preſens , car ces efprits
émiſſaires y ayant
y ayant enlevé
E ij
52 MERCURE
ces efpeces , s'en retournent
chargez de ces efpeces dans
leurs puiffances & organes , ce
qui eft la route de la defcente
de l'ame vers les fujets corporels
; mais lors que l'ame ne
fait pas cette operation , &
qu'elle attend les progrés des
puiffances qui luy font infericures,
les fens exterieurs enlevent
, comme on a dit , les
efpeces & images des corps,
les prefentent à l'imagination,
& celle cy à la puiflance dif
curfive, qui en forme les connoiffances
effentielles tout à
fait dépouillées des efpeces
GALANT.
53
-
corporelles , defquelles effen .
ces connues , l'entendement
forme enfuite fes idées & fcs
connoiffances abſtraites & fpirituelles
dont elle fe fert , fans
avoir befoin de recourir davantage
pour cela , aux puiffances
corporelles , ny aux
fens ,ny aux cfpeces des corpsi.
pour connoiftre leurs effences ,
& en former des idées fpirituelles.
Ainfi l'ame , foit en
montant , foit en defcendant ,
eft toujours accompagnée , &
comme reveftue de tous les
efprits de fes puiffances fupericures
& inferieures , de forte
E iij
54 MERCURE
neanmoins qu'ils obeiffent &
fe joignent à ceux de la puif
fance , dont l'ame a befoin
alors , pour fentir & imaginer,
ou pour raifonner des effences
des chofes , ou pour les cònnoiftre
fans raifonner
, ny avoir
befoin des efpeces corporelles
forties des objets corporels.
Ces efpeces ne font
pas des fictions , elles font
réelles , & fortent du fond de
l'interieur
des corps . Elles
s'arreftent à la verité fur la
furface , l'exterieur dépendant
de l'interieur
; & quoy qu'elles
foient tres- fubtiles , &
GALANT
55
comme immortelles , elles fe
rendent quelquefois fenfibles
dans l'air , entre l'objet & la
puiffance , ou organe . J'en ay
fait l'experience
par le moyen
d'un miroir concave , qui ramaffe
les rayons de la lumiere,
qui eft le vehicule des efpeces
de la couleur & de la figure ;
car me prefentant devant ce
miroir , je vois ma figure & fa
couleur repreſentées
dans le
corps de l'air , à un pied &
demy ou deux en deçà du
miroir , plus ou moins , felon
la grandeur & concavité du
miroir. Cela nous fait donc
E iiij
56 MERCURE
connoistre que ces efpeces ,
avant
que d'eftre receues dans
la
puiffance & organe , paffent
& voltigent dans l'air fans y
eftre
naturellement
apperçûës,
quoy qu'elles y foient réelle
ment , & abondamment
ré.
pandues & fournies par les
corps qui s'y rencontrent , &
'elles font
tellement fubtiles
qu'elles paffent au travers des
corps tranfparens
, & les penetrent
fans les briſer ny ouvrir.
Ce grand nombre & prefque
infiny d'efpeces ainfi confondues
dans l'air , quoy
qu'elles
foient
corporelles , ne le fonr
GALANT . 57
point obftacle les unes aux
autres , & fe penetrent reciproquement
, fans troubler
l'ordre & l'arrangement, dans
lequel elles fe trouvent dans
l'air , à la fortie de leur tout,"
dont voicy la démonſtration
par une autre experience. Je
me plaçay, comme deffus , au
devant de ce miroir , & deux
autres perfonnes fe placerent,
l'une à droit , & l'autre à
gau.
che du mefme miroir , à même
diſtance que moy , c'eſt à
dire , à trois pieds ou environ
du miroir. Cela ainfi difpofé,
celuy qui eft à la gauche du
58 MERCURE
miroir , voit la figure de celuy
qui eft à la droite , & celuy
du cofté droit , voit la figure
de celuy qui eft à la gauche
; & à mon égard , parce
'que je fuis en plein devant le
miroir , j'apperçois ma figure
de face . Ainfi nos trois figures
fe voyent enfemble en l'air
hors du miroir , dans un même
point de rencontre, tresnettes
, & auffi parfaitement,
que s'il n'y avoit qu'une figu
re , & au travers de ces figures
aëriennes l'on a beau paſſer un
corps folide & opaque , penfant
les brouiller & confonGALANT.
59
dre , elles paroiffent toujours
nettes & entieres , auffi- toft
que lc corps folide & folide &
opaque
eft retiré de l'endroit de l'air,
où le point de rencontre de
ces differentes efpeces fe rrouve
; ce qui doit fervir de regle
pour des apparitions extraordinaires
dans l'air , & peut
même eftre appliqué à certaines
fafcinations , qui fe font
par le moyen de ces efpeces
recueillies , lefquelles forment
dans l'air un fantôme ou corps
aërien , qui n'eſt point fenfi
ble au tact , mais feulement à
la veuë,& un pareil fantôme fe
60 MERCURE
rend quelquefois fenfible à l'is
magination feule , pendant
la veille , mais plus fouvent
dans les fonges , ou dans le
fommeil , felon la force & la
vertu de l'imagination , ou de
l'efprit , qui ramafſe ces eſpeces
, pour les envoyer à l'imagination.
La liaiſon reciproque du
corps & de l'ame paroift encore
dans les divers flux & rcflux
du commandement , ou
obeiſſance qui ſe font entre le
corps & l'ame ; car tantoft
l'ame eft la maiftreffe , & tantoft
l'imagination & les fens.
GALANT. 61
Par exemple , dans les feme
mes enceintes , lors qu'elles
defirent de quelque viande ou
fruit , ou qu'elles rencontrent
quelque fpectacle , ou chofe
extraordinaire
, dont elles
ayent de l'horreur ou du plaifir
, leur imagination ſe rend
la maiftreffe de l'ame , & des
puiffances corporelles , & s'én
fert pour imprimer la couleur,
la figure , & les qualitez qu'elles
auront apperceuës dans ces
fujets , & en marquer leur enfant
, embrion ou foetus dans
leur matrice
, & cela paroist
à la naiſſance
de l'enfant
, qui
62 MERCURE
conferve pendant fa vie ces
marques & ces qualitez .
Nous rendons noftre corps
leger , & marchons fans bruit ,
lors que nous le voulons , &
que nos forces le permettent,
& cela par le moyen de l'imagination
qui dirige le mouvement
des efprits animaux
à une agilité fi fubtile , qu'il
femble quelquefois que le
corps vole en l'air , avec une
promptitude fi grande , que
fon mouvement fe rend invifible
, & échape aux fens ,
comme aux tours de main des
Bafteleurs , & autres de cette
GALANT. 63
nature , dans lesquels l'imagi
nation eft fuperieure tout à
fait aux fens , & lie leurs facultez
comme par une espece de
faſcination .
Lors que nous appliquons
fortement quelqu'un de nos
fens à un objet , tous les autres
fens font perclus , & ne
font point leur fonction , à
raifon que leurs efprits les
abandonnent pour fuivre la
puiffance , qui eft alors le plus
en mouvement.
Quelquefois auffi les puiffances
fuperieures , & l'ame
l'emportent abfolument fur
64 MERCURE
les inferieures, & fur le corps
mefme quelque refiftance
qu'il puiffe faire. Nous en avons
l'exemple dans les extafes
aufquelles les efprits fenfitifs,
les imaginatifs & les dif
curfifs montent & deviennent
intellectuels , & ainfi
s'attachent immediatement à
l'ame , pour l'aider & faire
fes meditations & operations
tout à fait fpirituelles.Les ef
prits inferieurs aux intellectuels
, abandonnent les fens
l'imagination , & la puiffance
difcurfive , lefquelles trois
puiffances demeurent alors
GALANT .
65
ce
que
fans action , & comme perclufes
pour un temps, & jufques à
la forte applicarion de
l'ame à fon objet fpirituel fe
foit un peu relâchée , & ait
donné aux efprits des fens de
l'imagination & du raiſonnement,
la liberté de retourner
à leurs puiffances , & de recommencer
leurs fonctions .
Il y a même deux extafes
fi extrêmes & fi profondes ,
qu'elles obligent les efprits les
plus groffiers du corps, & qui
luy font les plus attachez , à
fuivre les efprits fuperieurs &
plus fubtils , & comme fi l'a-
Fevrier 1694. * F
66 MERCURE
me devoit en ce rencontre
fortir hors de fon domicile
groffier , elle enleve le corps
au deflus de la terre, & le tient
fufpendu en l'air , fans mouvement
, fans fentiment , ny
chaleur apparente
,
apparente, roide com.
me un picu , & quelquefois
tout droit en perpendicule ,
ainfi qu'il arrive à des perfonnes
tres-pures & détachées de
la matiere , qui s'appliquent
fortement à la contemplation
des chofes purement fpirituelles
, faintes & divines .
L'on a veu auffi de faints
Perfonnages , qui annonçant
GALANT. 67
la parole divine , prêchoient
au peuple avec tant de ferveur
d'enthousiasme
, que com-
&
me noſtre ame eft toujours
prefente, du moins par fa vertu
, aux corps qu'elle anime , &
qu'elle irradic au delà de fon
corps groffier , qui la circonfcrit
en apparence , il fembloit
que leur ame fuft attachée
aux Efprits de leurs puiffances
difcurfive &
imaginative qui
accompagnoient leurs paroles
jufques dans l'organe de
l'ouye de leurs Auditeurs , de
forte que ces Efprits ne pouvant
cftre que lumineux , &
Fij
68 MERCURE
plus fubtils mefme
que la lu
miere du Soleil , parce qu'ils
partent d'une fubftance plus
fubtile , formoient autour de
leur vifage & de leur tefte des
corpufcules lumineux , & fen ,
fibles à la veuë. C'est ce qui
a donné lieu à ceux qui ont
reprefenté l'effigie de ces
faints Perfonnages de faire
paroiftre un cercle de lumic
re autour de leur tefte . Ignitum
eloquium tuum . En effet ,
la parole de l'homme eft une
image vivante & fenfible de
fes notions , idées & pensées
les plus fecretes & fpirituel
GALANT. 69
les , imprimée par la volonté
de l'ame , dans les efprits
corporels de la puiffance dif
curfive , pouffée au dehors par
le canal de la voix.
-} Il arrive quelquefois pref
que la mefme chofe à ceux
qui parlent publiquement ayec
ferveur , ou vehemence ;
car de leur bouche , de leurs
yeux & de leur vifage , l'on
voit comme des étincelles &
des flammes d'un feu tresfubtil,
qui en fortent & femblent
éclairer l'air immediat
d'autour de leur tefte , & qui
fe trouve meflé avec les cf70
MERCURE
prits du feu de leur imagination
, & de leur puiffance
difcurfive & intellectuelle ;
car la parole eft un corpsanimé
des efprits de l'une de ces
trois puiffances , ou de toutes
les trois ensemble , fans
quoy elle demeureroit fans
aucun mouvement , effet , ny
vertu à mefme proportion
que le corps privé de fon ame;
& au contraire la parole eftant
remplie de la vie de ces Efprits
, elle fe communique
toute entiere à chacun des
Auditeurs , felon leur capacité
, fans fe divifer , pourveu
>
C
GALANT. 71
touqu'ils
foient à une diſtance
proportionnée , & qu'il n'y
ait point d'obstacle dans le
milieu , de mefme que l'ame
dans le corps , influant à
tes les parties de ce corps en
mefme temps , leur donne de
la vic & du mouvement fclon
leur capacité & leur dif
pofition ; car toutes fortes d'a
gens naturels agiffent neceffairement
& non volontairement
. Ils agiffent ou reçoivent
tout autant qu'ils peuvent
, & quoy que l'ame agif
fe en l'homme fur une matiere
eftenduë
, elle agit pour72
MERCURE
tant fur toutes les parties en
un mefme inſtant , de mefme
que le point qui feroit dans
le centre d'un globe compo
fé de points & de lignes mobiles
, agiroit fur toutes les
lignes qui aboutiffent à la circonference
& remueroit en
mefme temps toute la circonference
auffi- toft qu'il feroit
meu dans le centre .
Mais lors que la matiere &
la groffiereté ou corruption
du corps eft devenuë à tel
point , qu'elle l'emporte fur
la fpiritualité de l'ame , elle
en interdit les puiffances fupericures
GALANT.
73
perieures , & empefche leurs
fonctions . Par exemple , un
homme dont le cerveau eft
rempli de fumées groffieres
& corrompuës du vin qu'il
aura beu par excés, ou autrement
, fe trouve hors d'eftat
de raifonner & d'ufer de fon
intelligence , parce que ces
fumées fe meflant dans fon
cerveau avec les efprits des
puiſſances imaginative & dif
curfive, les degradent de leurs.
qualitez actives , les envelopent
& les abforbent de forte
qu'il n'y a plus de fonction
pour l'intelligence , ny
Fevrier 1694. G
74 MERCURE
pour le raifonnement.ny pour
l'imagination , ny mefme quelquefois
pour les fens exterieurs
, ou une partie , & ils demeurent
en cet eftat au def
fous des brutes les plus groffieres,
comme des fouches qui
n'ont que la vegetation .
Et fuppofé que l'excés du
dereglement n'aille pas fi
loin, & qu'il ne corrompe que
les efprits de l'imagination ,
fans bleffer les fens exterieurs,
l'appetit concupifcible &
irafcible ,prenant le deffus , entraifne
l'âme en des paffions
corporelles & vicieuses , qui
GALANT 75
font autant d'obftacles à fes
actions fpirituelles , & par
cette voye ils habituent l'ame
à fe contenter des efprits corrompus
de l'imagination , &
elle ne fçauroit plus fe fervir
de fa raifon & de fon intelligence
, à moins que par un
Lecours fpirituel , elle ne comibatte
& furmonte les paffions
corporelles
, & empêche que
les fens & l'imagination
ne
l'emportent fur la raiſon &
fur l'intelligence , autrement
elle demeure foûmife aux vices
& imperfections
du corps
fans pouvoir s'en deffendre, &
$
Gij
76 MERCURE
le
ainfi la fin dans laquelle la
focieté de l'ame avec le corps
a efté faite , arrive à un terme
tout à fait oppofé & contraire
, elle ne fçauroit aider à glo .
rifier fon corps , au contraire
corps attaché infeparablement
à l'ame , l'entraîne, dans
un estat malheureux qui la
rend indigne & incapable de
la gloire & de la beatitude éternelle
pour laquelle ils avoient
cfté tous deux créez .
Nous voyons pendant cette
vie , la puiffance & les effets
du corps fur l'ame , & de - l'ame
fur le corps . Un jeune En
CALANT .
71
fant ou adolefcent d'un bon
temperament , a d'ordinaire
la phyfionomie douce. La
voix & les traits de fon vilage
qui font les miroirs de l'ame,
& mefme de l'interieur
du corps , font tout à fait agreables
& bien formez . Auffi
en ce temps- là , fon ame par
fa pureté & fon innocence
répond aux qualitez exterieures
& interieures de fon
corps , mais s'il arrive, comme
cela ne fe fait que trop fouvent
,que la frequentation de
gens vicieux vienne à communiquer
au corps premiere-
Giij
78 MERCURE
ment, & enfuite à l'efprit de
ce jeune homme leurs mauvaifes
qualitez & paffions vicicuſes
, ton corps & fon ame
en demeurent alterez , & enfuire
l'ame fe familiarifant &
s'habituant avec ces paffions
& ces vices du corps , elle en
change peu à peu les bonnes
qualitez exterieures & interieures
en mauvaiſes , & augmente
ces dernieres àun point
que fa figure & fa phyfionomie
changent à proportion
du changement & de la depravation
des qualitez premieres
& naturelles , qui le
GALANT. 79
conftituoient dans fon enfance
& adolefcence.Elle marque
enfin fur fon vifage & fur
les autres parties de fon corps
les vices qu'elle a contractez
& habituez , de forte que ce
jeune homme, qui avant fa
corruption avoit une phy--
fionomic d'agneau , de douceur
, de benignité , & de vertu
exemplaire , devient comme
un Lyon devorant , ou
comme une cruelle Panthere,
ou comme un Loup affamé ,
ou comme un infame Bouc ,
& en acquiert la phyfionomic
qui defigne l'ambition , l'in-
G iiij
80 MERCURE
justice , la cruauté , la tyrannie
, l'avarice & les autres vices
dont la nature humaine
eſt capable .
Et au contraire , un jeune
homme dont la nativité &
les qualitez de fon tempe
rament font malheureufes &
ont de la pente vers les vices ,
peut le dégager & fe deffendre
de fes mauvaiſes inclinations
par le fecours des remedes
fpirituels, en dirigeant fa volonté
à fuivre les exemples
des ames vertueufes & bien
Chreftiennes , & cherchant
leur converfation & familiaGALANT.
81
rité, par le moyen de laquelle
les efprits corporels des gens
fages puiffent leur eftre communiquez
, & prendre la place
des efprits corporels, & des
qualitez
vicieufes > dont ils
feroient naturellement affectez
; car par ces fortes de converfations
, d'habitudes &
communications d'efprits ,
Louvent repetées & pratiquées
, le corporel fe rectifie
& perfectionne les actions &
habitudes de l'ame , & alors
on voit fur le vifage de ce
jeune homme, auffi bien que
dans fes paroles & fes actions,
82 MERCURE
les fignes exterieurs , & les
preuves de l'innocence & de
la bonne difpofition de fon
ame. C'est pourquoy on a dir
de tout temps avec verité que
l'habitude eft une feconde
nature .
Les preuves & remarques
qui viennent d'eftre faites
nous font voir clairement ,
que dans cette focieté du
corps & de l'ame , le bonheur ,
ou le malheur des deux affo .
ciez dépend toujours de l'un
d'entre eux ; le malheur , fi
l'ame fe laiffe gouverner par
le corps , & fi elle ne ſe fert
GALANT. 82
>
aux
que des efprits naturels vegetaux
& fenfitifs , car elle demeurera
toujours prifonniere
dans la fphere d'activité de
fon imagination & de fes fens ,
& partant foumife avec fes
puiffances fuperieures
imperfections & emportemens
de ces deux puiffances
brutales, fans pouvoir s'élever
dans les puiffances difcurfive
& intellective , auquel eſtat
elle demeurera accablée de
tous les vices & de toutes les
paffions , dont l'homme déreglé
, & fans raiſon , a efté
capable pendant fa vie tem84
MERCURE
porelle , & cet eftat malheu
reux luy durera non feulement
jufques à fa mort , mais
encore aprés la mort , car les
elprits des fens & de l'imagination
eftant corrompus
par
le mauvais ufage que l'homme
en a fait , fervant comme
d'éveſtre à fon ame , qui ne
les quitte pas , luy font fouf.
frir d'une maniere fpirituelle
& tranfcendante
, le tourment
des paffions qu'elle a habituées
avec fon corps , & outre
cela elle reçoit par avance le
jufte jugement des peines
qu'elle connoift fort claires
GALANT. 85
ment eftre deuës à fes crimes ,
& les fouffre en attendant le
grand & dernier jour , auquel
ce jugement luy fera folemnellement
prononcé , & executé
avec rigueur , felon que
l'Eglife nous l'enfeigne . Mais
fi pendant cette vie , nous ne
laiffons pas tout - à fait dominer
les puiffances fuperieures ,
nous ne fouffrirons que des
peines legeres , pour expier
nos fautes de foibleffe , non
malicieuſes & affectées , &
ainfi l'ame & fes efprits corporels
feront purifiez de leurs
taches.
86
MERCURE
Nous avons icy- bas l'ima
ge de ces punitions differentes
, reprefentée dans la conduite
des procedures & ordres
de la Juftice mondaine , laquelle
punit les crimes à l'imi
tation de celle de Dieu , nous
en ayant laissé une idéc
pro
portionnée à la foibleffe de
noftre nature ; car les hommes
criminels , felon les loix
ordinaires , font d'abord enfermez
dans les prifons ou
cachots , felon la qualité de
l'accufation & de leur crime ,
ce qui leur interdit le commerce
ordinaire avec les auGALANT.
87
tres hommes, comme la mort
le fait aux gens vicieux ; &
outre la rigueur de la prifon
& du cachot , ils ont le regret
de ne pouvoir executer les de
firs preffans de leurs vices ordinaires
, & ils fentent par
avance , & fe reprefentent les
tourmens, que la Juftice mondaine
, en examinant les procés
, jugera eftre deus & proportionnez
à leurs crimes ; &
enfin leur Arreft de condamnation
eftant conclu , il leur
eft prononcé, enfuite executé,
fans remiffion ; mais les moins
criminels en font quicces pour
88 MERCURE
quelques peines legeres .
Au contraire , fi pendant la
vie temporelle l'ame fait fa
retraite ordinaire dans fes puiffances
difcurfive & intellectuelle
, & fi elle ne defcend
dans les puiffances inferieures,
qu'afin d'en tirer les efpeces
corporelles qu'elles luy fourniffent
, pour
les fpiritualifer,
& convertir en idées & reflcxions
propres à nous faire
connoiftre noftre Createur ,
& diriger noftre liberté, à une
obfervation catholique des
préceptes qu'il nous a donnez
de bien ufer des chofes ,
GALANT. 89
fe trouqui
nous font foumifes , & de
fecourir noftre prochain , la
focieté de l'ame & du corps
fera tres - riche & avantageufe
pour l'un & pour l'autre des
affociez
; de forte que
vant à l'heure de la mort tenporelle
dans l'eſtat d'obeiſſance
& d'amour pour Dieu , & de
charité pour le prochain , ils
fouffriront tres- peu de violence
par la feparation du
groffier corporel d'avec leur
ame n'ayant point eu de
fortes attaches pour ce corporel
, & s'eftant difpoféz peu
à le quitter fans regret .
à
peu
Fevrier
1694
.
H
90 MERCURE
Ainfi ils feront tous deux glorificz
.
Cependant la mort temporelle
ne leur fera point fentir
les peines deuës aux méchans
& fcelerats. Bien loin de cela ,
l'ame eftant alors délivrée du
fardeau le plus groffier de fon
corps , agira dans toute l'éten
duë de fa fpiritualité , & joüira
de la veuë de Dieu par avance
, en attendant la refurrection
de fon corps .
Cette refurrection eft miraculeufe
& nous eft enfeignée
pår l'Eglife ; elle eſt décrite
par Ezechiel Chap . 37.
GALANT.
91

1
elle eft confimée par S. Paul
dans fon Epiftre aux Corinthiens
Chap. 15. Au dernier
fon de la trompete les morts
reffufciteront incorruptibles ,
& nous ferons tranfmuez.L'in
corruptible reveftira le corruptible
, & l'immortel le
mortel ; nous avons un corps
fpirituel & un autre fenfuel ,
ce font les termes de l'Ecriturc
.
Nous ne pouvons pas done
douter de la refurrection de
nos corps , mais ce fera apparemment
lors que toute
la matiere corporelle créée
Hij
92 MERCURE
pour l'ufage de l'homme feul,
aura efté par luy confommée
bien ou mal , car il eft le canal
par lequel cette matiere
& toutes les chofes qui en ont
efté faites , doivent retourner
à leur Createur , & alors le
groffier du corps humain reſ- ·
fufcitera
& fera reconjoint
au
fubtil de ce mefme corps & à
fon ame, & pour cela le groffier
corruptible fera converty
en incorruptible
, c'eſt à
dire le corps tres- fenfuel en
corps fpirituel ; car comme
nous dit encore S. Paul en fa
mefme Epiftre Chapitre 5. il
GALANT.
93
.
nous faut comparoistre devant
le Tribunal de Jefus-
Chrift ,afin qu'un chacun rapporte
les chofes faites par fon
corps , felon qu'il a fait , foit
bien , foit mal .
Nous avons dans les chofes
corporelles une espece d'idée
, quoy que tres- confufe,
de noltre refurrection future .
Par exemple , les femences de
certaines herbes ou plantes, &
& de certains animaux , fouf
frent une putrefaction tendant
à generation , & le groffier
fe corrompt & fe fepare
d'avec le fubtil , lequel de94
MERCURE
ой
meure recueilly comme dans
un point , où l'efprit feminal
pur & dégagé de ce groffier,
fe joint à un autre corps nouveau
, qui luy convient , &
produit un individu femblable
en efpece à celuy de qui lafemence
eft fortie , fe baftiffant
par le fecours de l'efprit
celefte univerfel un domicile
de mefme nature que celuy
de fon pere
.
L'on n'a pas mefme quelquefois
befoin pour cela de la
femence vegetale & actuelle .
Il a efté experimenté qu'en
quelques plantes ou herbes
GALANT. 95
fimples , & en quelques animaux
, comme les Ecrevices
& autres , où la mixtion des
Elemens n'eft pas fi exacte &
parfaite que dans les efpeces
fuperieures , les cendres qui
s'en tirent par la calcination
cftant difpofées par quelques
petits artolemens , le fel
effentiel qui y eft reſté , fait
naiftre des plantes & des animaux
qui fe revivifient &
caufent une maniere de refurrection
.
Quercetan , Auteur veridique
, nous affure d'avoir veu
dans le Cabinet d'un Curieux ,
96 MERCURE
des fioles bien cloſes , dans
lefquelles il y avoit feparément
des cendres de plantes
à fleur , qui avoient efté préparées
, defquelles , avec une
chaleur douce , mife deffous ,
il fortoit l'effigie de la plante
& de la fleur avec leurs couleurs
; & ainfi il faifoit paroiftre
des plantes & des fleurs en
tout temps.
L'on voit auffi dans la leffive
des cendres d'une plante ,
entre autres de l'Ortic , eftant
glacée , paroiftre l'effigie de la
plante en glace.
J'ay veu l'experience des
cendres
GALANT. 97
cendres d'Ecrevices , des Ecrevices
revivifiées , parmy lef
quelles il y en avoit qui n'cftoient
qu'à demy formées ,
ou privées de quelque membre
, par le defaut de l'operation.
Des Curieux travaillant fur
le fang humain , ont veu paroiftre
dans leur vaiffeau , un
fantôme humain qui ruiffeloit
de fang , & ont trouvé
dans les feux, comme le crane
d'un hommc.
Le Chevalier Flud , Anglois,
rapporte qu'un nommé la
Pierre travaillant chymique-
Fevrier 1694-
I
98 MERCURE
ment fur le fang d'un homme
qui avoit cu la teſte tranchée
par la main du Bourreau , enrendit
un cry & des hurlemens
fi étranges , que tous ceux de la
mailon en furent épouvantez
auffi-bien que luy.
Trois Curieux travaillant
fur la terre du Cimetiere des
Saints Innocens de cette Ville
de Paris , qui n'eft que des
chairs , ou autres parties des
corps de ceux qui y ont efté
enterrez , virent dans leur
vaiffeau quantité de fantômes
humains , qui leur cauferent
une grande peur.
GALANT. 99
"
Dans ce Cimetiere , & autres
, l'on a veu plufieurs fois
des fantômes humains , que
l'on prenoit pour les ames des
morts , qui paroifſoient obſcurement
lumineux , auffibien
que des feux ,
des feux , qu'on`
nomme des Follets.
Ces experiences nous font
connoiftre que dans les cendres
, ou terres de ces Cimetieres
, il refte toujours un fel
central , & comme incorruptible
, dans lequel il refide un
efprit fixe , où ces mixtes font
effigiez en puiffance , & que
cet efprit fe reveillant par le
I ij
100 MERCURE
fecours de quelque agent exterieur
qui luy cft convenant,
il compofe & conftruit un
corps organifé de mefme ef
pece que celuy duquel il eft
forti , ce qui eft une petite
idée de la refurrection futurc.
Mais parce que le corps de
l'homme eft le plus noble
de tous les corps , & qu'il
n'eft pas fujet aux conditions.
des autres , qui font beaucoup
au deffous de luy , il
ne peut pas à la verité eftre
revivifié par les voyes remarquées.
Neanmoins il eſt arriGALANT:
101
vé affez fouvent que par l'amour
que le groffier de fon
corps , a pour le fubtil de
tous les corps , les efprits fixes
qui font reſtez attachez
au groffier lors de la mort
temporelle , s'élevant dans
l'air , & fe condenfant à la
froideur de la nuit, reprefentent
le fantôme du corps
il mort, fans pouvoir aller au
delà. C'est pourquoy la refurrection
de fon corps eft
miraculeufe & un effet dela
Toute- puiffance, par laquelle
:
#-
il conduit noftre ame & noftre
corps dans leur réunion
I iij
102 MERCURE
à une recompenfe , ou à une
peine éternelle .
Comme ces principes nous
affeurent que les vicieux ne
fçauroient éviter leur pu
nition , felon le genre de leur
crime , les vexations portées
par la Relatiou de Pologne ,
Aous marquent qu'elles font
juftement deuës aux Peuples
de Ruffic , pour , les pechez
qui leur font particuliers &
ordinaires ; car Dieu n'eſt pas
injufte , il les avertit mefme
de s'en corriger par le fuccement
de fang qui eft fait aux
vivans. L'on nous a encore
GALANT. 103
écrit depuis peu que quelques
inftructions que nos Miffionnaires
ayent pu leur donner,
ils ne leur fçauroient faire abandonner
leur fuperftition ,
que leurs corps morts ont be
foin de nourriture , & que
nonobftant tout ce qu'ils leur
ont pu remontrer , le Peuple
ne laifle pas d'y perfeverer, &
va mettre dans la bouche de
ces corps morts de la terre, &
l'empliffent pour empêcher
qu'ils ayent faim , ou qu'ils
mangent le linge qui eft autour
de leur vilage , ne voyant
pas que c'eſt la pourriture qui
I iiij
104 MERCURE
fort de leur bouche , plutoft
que d'une autre partie , qui
confume le linge . L'on ne
fçauroit donc douter que ces
Peuples ne foient tres-groffiers
, & fujets aux vices du
fang & de la chair par leur
temperament general plus
humide que fec , froid , ny
chaud ; car leur Province étant
fituée fous le figne de la
Balance du Zodiaque, qui leur
influë , tant à leur nativité
que pendant leur vie , cette
qualité humide & groffiere,
tirant plus fous la qualité
froide du Nord , que vers la
GALANT. 105
chaleur du Sud , ny la feche
reffe de l'Eſt , cela fait que leur
imagination eft fortement affectée
de cet humide groffier
& abondant , parce que leur
fang ne leur fournit pas desefprits
affez chauds & fecs
pour les actions des puiffan-
· ces fuperieures , & ainfi leur
imagination cftant en mouvement
plus que la puiffance
intellective , retient tous les
efprits des fens , les confomme
fans ceffe , à mesure qu'ils
luy arrivent , & ne permet pas
que ceux qui compofent l'imagination
foient fubtilicz
106 MERCURE
& épurez pour pouvoir fervir
à la difcurfive , ny à l'intellective
de l'ame ; car quand
il y auroit des efprits attachez
actuellement à ces deux puif
fances fuperieures , ils font ra
battus & portez à l'imagination
en mefme temps , pour
fournir au grand nombre des
actions qu'elle fait , ainfi que
la Phyfique nous le démonfre.
Ainfi leur ame ne trovant
pas ces puiffances fuperieures
bien difpofées à luy fervir
d'inftrumens pour les actions,
elle demeure abbaiffée dans
GALANT. 107.
la puiffance imaginative corporelle
, qui ne va jamais à
l'intellective , à moins qu'el
le ne monte dans la difcurfive,
comme il a efté dit.
Cela fait que ces Peuples
font tres- groffiers & attachez
aux paffions fenfuelles &
charnelles , que le fang leur
produit , & il ne faut pas s'é-
Tonner s'il y en a beaucoup
parmy eux qui foient atta
chez à l'Idolatrie ; car pendant
que leur humidité molle
& groffiere domine chez
cux & qu'ils la confervent
foigneufement , ils ont peine
108 MERCURE
d'eftre en eftat d'élever leur
efprit à Dieu , & d'obeir aux
preceptes que fon Eglife leur
donne , n'ayant pour objet
que les plaifirs corporels .
Quoy que les Ruffiens Catholiques
foient la plupart
du nombre de ces hommes de
fang & de chair , il ne s'enfuit
pas qu'ils foient tous condamnez
aprés leur mort aux
peines éternelles. Il y en a
toujours quelques- uns moins
fenfuels & moins coupables
que les autres , & qui par cette
raifon font deſtinez à des peines
, qui peuvent eſtre redui
GALANT. 109
tes à demeurer attachez inti
mement à des objets plus
pleins de corruption charnelle
& de fang , que n'estoit
même leur corps vivant . Per
quæ peccat quis , per hæc torquetur
, dic S. Auguſtin aprés
la Sapience , chap . 11. ce qui
leur fait fouffrir un tourment
tres -grand reconnoianc
alors la difproportion étrange
où ils avoient reduit leur ame
& leur corps pendant leur vie
temporelle , par rapport à la
pureté qu'ils avoient lors de
la creation de l'ame & de la
formation du corps.
10 MERCURE
Les Animaux immondes
aiment la fange & la corruption,
parce que chacun cherche
fon femblable . C'est pour
cela que le Demon chaflé par
J.C. hors du corps du poffedé
, entra dans le corps
bande de pourceaux , comme
ill'avoit demandé . Les parfums
& bonnes odeurs , ainfi
d'une
que
mon
. Par
cette
raifon
l'on
allume
des
cierges
&
on
brule
de
l'encens
dans
les
Eglifes
,
afin
que
le
Demon
n'y
reste
pas
, &
ne
corrompe
point
les
efprits
corporels
&
intellecla
lumiere,fait fuir le DeGALANT.
tuels des Fidelles qui fonc
affemblez. Il n'eft donc pas
repugnant que lors que les
efprits corporels & intellectuels
font joints intimement,
ils ayent de l'amour pour des
fujets infects & corrompu's
comme eux , & qu'ils s'y attachent
, foit.. par inclination ,
foit par contrainte , & par
une punition quiluy fera or
donnée,
Entre ces differens fujets deftinez
à ces peines paffageres, il
y enpeut avoir qui auront peché
par le trop d'amour d'euxmêmes
, & de leurs corps , &
112 MERCURE
ceux-là confervent quelque
chofe de leur mauvaiſe inclination
. Il n'y a point d'inconvenient
ny d'impoffibilité
qu'ils choififfent leur cadavre
propre , pour y faire l'expiation
de leurs fautes, & tâchent
à le rendre moins proportion.
né à la fpiritualité de leur
ame , pour adoucir leurs peines.
Ils peuvent donc pour
cela fortir du cadavre où ils
font leur retraite , & aller dans
la nuit pendant le fommeil ,
embraffer leurs plus proches
Parens , & Amis tres- intimes,
leur faire voir leur image , &
GALANT. 113
leur fuccer le fang jufques à
ce que la fouffrance les éveille,
& qu'à leurs cris l'on vienne
à leur fecours. Ce fang
peut eftre porté dans leur cadavre
, pour rendre ce domicile
moins infect & corrom .
pu , mais il ne peut pas y eftre
venu tout feul , & fans y avoir
cfté introduit par quelque
agent convenant . En effet , ce
fang rend ce cadavre rubicond
, mollet , flexible , & non
dur ny fcc , quoy qu'il y ait
longtemps qu'il foit en terre ;
du moins on le trouve ainfi ,
lors que l'on va le déterrer ;
Fevrier 1694. K
114 MERCURE
& comme cette vexation ne fe
fait pas par permiffion expreffe
d'en haut , mais accidentellement
, parce que le vexé n'a
pas commis le crime qui en eft
la fource , elle n'eſt pas perpetuelle
, pourveu que l'on pratique
l'extraordinaire & étran
ge remede porté par la Relation
, qui eft de couper la
tefte au cadavre , luy ouvrir le
coeur , & de recueillir le fang,
qui enfort en grande quantité
, avec lequel il a efté meflé
& peftry avec de la farine ; l'on
cuit du pain , dont l'on fait
manger aux affligez , & on en
GALANT.
115
C
pour
porte fur foy; & par ce moyen
il n'y a plus de retraite , ny
l'ame fouffrante, ny pour
le fang fuccé , qui fervoit apparemment
à remplir le cadavre
; & ainfi cet efprit ne va
plus fuccer le fang de ſes Parens
& Amis , qui fe garantiffent
de cette vexation en
portant , ou mangeant de ce
pain , & ils font avertis de
la peine qui les menace.
>
A l'égard de ceux qui font
reduits à fuccer le fang des
beftiaux , ils peuvent avoir
efté fort gourmans , ou tresdelicieux
dans leurs repas
"
K ij
116 MERCURE
extraordinaires , ou dans leurs
alimens ordinaires ; & pour
partie de leur punition , ils
font obligez de fe contenter
du fang crud & impur des
beftes , au lieu des mets delicieux
dont ils ufoient avant
leur mort. Ils expient en quelque
façon leurs fautes , & dépoüillent
leur ame & leur
corps fpirituel de leurs inclinations
de chair & de fang ,
pour pouvoir les uns & les
autres comparoiftre au jour
dernier du Jugement univerfel
, afin d'eftre rendus bienheureux
avec les Enfans de
GALANT. 17
Dieu , qui ne font venus , fe
lon Saint Jean , ny de la corruption
du fang , ny de la vo
lonté de la chair , ny de la
volonté de l'homme.
Voilà , Monfieur , ce que
je penfe fur la nature des
Stryges, fi la relation , comme
je le croy, en eft veritable; car
cette vexation commune &
ordinaire dans la Ruffic , &
non ailleurs , n'eft point une
maladie naturelle , & il y a
quelque chofe de furnaturel
qui y eft meflé. Ce n'est point
auffi une poffeffion ou obfeffion
du Demon , puifque les
1
118 MERCURE
1
vexez n'ont point fait dè
pacte avec luy . Et ce qui m'y
confirme encore plus , c'eft
que les remedes fpirituels de
l'Eglife , ny tous les remedes
ordinaires que la Medecine
a inventez , & que l'on a pratiquez
, n'ont jamais réuffi fur
ce fait. Neanmoins comme
les fecrets de la Juftice & de
la Mifericorde divine font inconnus
à l'homme , & que je
n'ay jamais efté opiniâtre
dans mes fentimens , je me
foumets entierement à la doctrine
de 1 Eglife , fur tout ce
que j'ay dit , fans avoir aucun
GALANT. 119
deffein d'y refifter , & je fuivray
mefme tres - volontiers
les efprits relevez qui éclairciront
mieux la matiere que
je n'ay fait.
Tous les Ouvrages de M
de Vin vous ont fait plaifir
. C'est ce qui m'engage à
vous en envoyer un nouveau ,
dont une copie m'eſt tombée
entre les mains.
120 MERCURE
5252552 525 SSSSS22
L'HOMME DE PAROLE:
Ovy
,
vous avez raiſon, Tircis,
De goufter la douceur tranquille
Qu'offre Arcueilà vos voeux, & d'en
faire un afile
Contre les embarras & les cuifans
foucis
Que donnent la Cour & la Ville.
C'est là que fage & curieux
Vous medite fans ceffe aux divers
perjonnages
Qu'est contraint de jouër un jeune
ambitienx,
Qui d'un Peuple feditieux
Cherche , pour s'élever, à gagner les
Suffrages.
C'eft
CALANT . 121
C'est là que remontant juſqu'aux fiedes
paffez,
Vous voyez que du Trône Herode
trop avide ,
Par les chemins fecrets que fon Pere
a tracez,
Y court d'un pas fourbe & perfide;
Qu'inhumain & jaloux du rang
Qu'il doit à fon fer homicid ,
Il immole fa femme , & vit en fra
tricide ,
Et que jusqu'à la fin, tigre alteré de
Jang,
Il expire en Infanticide.
C'est là que ruminant au premier des
Cefars ,
Vous riez de le voir facrifier fa
gloire ,
Et de Claude oublier laſcandaleufe
biftoire ,
Fevrier
1694. L
122 MERCURE
Pour , honoré d'un titre acquis par
cent hazards,
Succomber fous les coups de trentedeux
poignards.
Enfin c'est là qu'en Philofophe
Repaffant de ces lointains
temps
A ce que nous font voir maintenant
nos Voifins ,
Vous pensez à la catastrophe
Que l'injufte Naffau doit craindre
des Deftins.
Il est vray que par fes largeffes
Turin, Vienne & Madrid uniquement
gagnez

Dans fes vaftes projets fe font vens
entraifnez ;
Mais comme l'or Anglois tiré partant
d'adrefes
S'épuife & coule moins pour luy,
S'il en conferve encor l'appuy ,
C'est par l'enchantement defes bautes
promeffes,
GALANT: 123
10
Dont ce rusé Tarquin les amufe aujourd
buy.
De leur humeur ambitieuse ,
Mercenaire , ou voluptueuse ,
Inftruit qu'il eft , aux uns il promet
du bon vin ,
Aux autres, des grandenrs le glorieux
partage ,
Atous pendant l'Hiver, pour le Printempsprochain
,
Une Ville d'affaut prife & mife au
pillage,
Ou du moins un Combat fuivy d'un
gros butin,
Et c'est par là qu'il les engage.
Le piege eft fort adroit , & chacun s'y
voit pris .
Mais permetez , mon cher Tircis,
Que je vous en apprenne une bura
lefque hiftoire.
Staremberg aimoitfort à boire ,
Lij
124 MERCURE
Dés
Et vous n'en ferez_point ſurprisš
vous aurez sceu qu'il eftois
d'Allemagne.
que
Or un jour chez Naffau convié d'un
feftin ,
Ah ! Prince , luy dit-il , voilà de
mauvais vin .
Il est vray , mais avant la fin de la
Campagne ,
Répond Nalau le prometteur,
Affurez-vous ,dans la Champagne,
Que je vous en feray boire de bien
meilleur.
Staremberg fur cette parole ,
Du méchant qu'il boit fe confole
Etfemblable à ces Curicax,
Qui de Delphes cent fois trompex
par l'imposture ,
N'en confultoient pas moins cetOracle
des Dieux ,
D'en voir bien- toft l'effet , trop credule,
s'affure.
GALANT. 125
De s'y fier pourtant il n'avoit pas
grand tort.
Se voyant joint avec l'Espagne ,
Et fes Drapeaux unis à ceux de l'Alm
lemagne,
Naffau fe tenoit le plus fort ,
Et fa formidable puissance
Luy faifoit efperer que son premier
effort
Feroit fentir fes coups juſqu'au coeur
de la France.
Ainfi dans cette douce erreur
Cherchant à s'en ouvrir la voye,
Par les champs de Senefil commence,
& déploye
Tout ce qu'il eutjamais & d'adreſſe
& de coeur.
En 1674.
Mais par malheur pour luy Condé fur
la frontiere
Au paffage qu'il tente oppofe une barriere
Liij
126 MERCURE
Et tour foible qu'il eft , va de l'a
mefme ardeur
Qu'autrefois Lens le vit combattre,
L'infulter, Pattaquer, le battre,
Et femer dans fon Camp l'épouvante
& l'horreur.
Sur la vineufe recompenfe
Qu'on avoit promiſe à ſon ſang,
Staremberg dans le choc fe mit aupremier
rang,
Et dans la vive impatience
Qu'il eut d'arriver le premier ,
Porta trop loin pour luyfon infigne
vaillance ,
Et fe fit prendre prifonnier.
Conduit à Rheims , & là beuvant
avec fon Hofte
Le plus excellent vin que produifefa
Cofte
Tu ne t'es pas mocqué de moy,
Nadau , s'écria- t - il, & tu tiens tes
paroles.
GALANT. 137
N
Quelques gens les croyoient & waines
& frivoles ;
Mais témoin de ta bonne foy
F'en publieray par tout l'histoire;
Et jure par ce vin que je fuis pref
de boire ,
De me fier toujours à toy.
A ta fanté. Cettefaillie,
Ou plûtoft cette raillerie
A ceux qui l'écoutoient d'un gouf
fi fin parut,
Que le grand Condé qui lafcent,
En fit , pour deSenef rafraichir la
memoire,
Paſſer juſqu'à Naſſau l'ingenieuſe
hiftoire.
Ce qu'il en eut de honte & de confufion
,
N'eft , &ne fut pour lors que le petit
prélude
De lajuftepunition.
!
Liiij
128 MERCURE
Que le Deftin vangeur de fon ingras
tude
Prépare à fon ambition.
Ce n'eft pas fans raifon
qu'on donne à Padouë le furnom
de docte , puifqu'elle eft
fameufe, non feulement par
fon Univerfité , mais encore
par fon Academie , qui eft
aujourd'hui l'une des plus
Auriffantes de toute l'Italie ,
tant par le merite des perfon
nes diftinguées de l'un & de
l'autre fexe qui la compoſent ,
que par les grands hommes
qui en font fortis . La Sapho
GALANT. 129
du fiecle , connuë fous le nom
de Mademoiſelle de Scudery,
l'admirableMadame des Houlieres
, la fçavante Madame
Dacier , fille de M' le Fevre ,
& la fpirituelle Madame de
Saliez, Viguiere d'Alby, font
de cette fameufe Academic
Italienne , qui dans fa dernie
re affemblée publique a reçû
l'illuftre Me Flechier , Evê
que de Nifmes , l'un des ornemens
de l'Academic Françoife
, & le digne Protecteur
de celle deNifmes.M Guyonnet
de Vertron , qui écrit
' Hiftoire du Roy en profe
130 MERCURE
Latine , & qui eft Academi
cien de l'Academic Royale
d'Arles, & de celle des Ricovrati
de Padouë , a accompagné
les Lettres Patentes d'un
compliment à M' de Nifmes ,
qui luy a fait réponſe en luy
envoyant ce qu'il a écrit à
Meffieurs fes Confreres . Voicy
de fidelles copies de ces
honneftetez reciproques
que
je vous envoye.
GALANT. 131
A Mr L'EVESQUE
DE NISMES.
MONSEIGNEUR.
Paris Nifmes n'auront
plus feuls l'avantage de vous
avoir dans leurs illuftres Academies.
Padouë jalouse d'un fi
grand bonheur , a voulu vous
donner une place dans la fienne ;
ainfi vous voyez que la France
l'Italie , qui font les Etats de
l'Europe les plus florians
beaux Efprits , rendent égale
ment justice à vostre rare merite .
?
122 MERCURE
C'euft efté pour moy , Monfeigneur
, un plaifir tres -fenfible de
vous prefenter moy- mefme au
nom de Mis mes Confreres les
Ricovrati , ces premieres marques
d'eftime & de diftinction : mais
la diftance des lieux me prive de
cette fatisfaction. Fe prie le fçavant
Mr Graverol de vous mettre
en mains ce nouveau Steau
d'immortalité, que vous meritez
par vos éclatantes vertus , par
voftre éloquence admirable , &
par vos excellens Ecrits. C'est un
dépoft qui ne m'a esté confié que
depuis peu de jours . Pour me
confoler de ne pouvoir accompaGALANT.
133
gner ce digne Academicien¸ agréez
que je vous affure de ma
joye de la continuation de
mes refpects , non feulement comme
Deputé, & en cette qualité
ayant l'honneur d'eftre vostre
Confrere, mais encore comme une
perfonne qui vous honore infiniment,
& quifait fa principale
gloire d'eftre ,
Monseigneur,
Voftre tres-humble &
tres-obeiffanr Serviteur,
GUYƆNNET DE VERTRON,
134 MERCURE
Voicy la réponfe que M
l'Evefque de Nifmes a faite à
M' Guyonnet de Vertron.
Je ne m'eftois pas attendu ,Monfieur
, à l'honneur que
m'ont fait
Meffieurs de l'Academie de Par
douë, en m'affociant à leurCompagnie.
Fe connois a Bez leur merite,
pour voir avec plaifir mon nom
meflé avec le leur, je vous prie
de leurfaire tenir la Lettre de remerciement
que je leur écris. Je
n'ayreceu que depuis peu de jours
celles qu'ils ont fait expedier
pour ma reception , quoy qu'elles
foient datées du mois de Mars .
GALANT. 135
Vous aurez la bonté de leur faire
connoiftre que je n'ay manquény
d'exactitude , ny de reconnoiſſance,
& de croire qu'à voſtre égard
je fuis avec une eftime , & une
confideration particuliece ,
Monfieur,
Voftre tres-humble & tresobeiflant
Serviteur, ESPRIT ,
Evefque de Nifmes.
A Narbonne ce 12.
Decembre 1693 .
Avant que de vous parler
du Remerciement de Mr Ficchier
, il faut vous faire part
d'un Diftique de M' de Ver-
?
136 MERCUR
E
tron , pour mettre au bas d'un
Portrait de cet Illuftre Prelat.
Ce Diftique a du raport à fes
noms & à fon merite .
Hic vir hic eft , pietate fuâ qui
pectora flectit,
Atque animos mirâ Spiritus
arte movet.
Le remerciment de M'l'Ers
vêque de Nifmes à M's de
l'Academie
des Ricovrati de
Padouë , a cfté fait en ces termes.
MESSIEURS ,
Fay efté agreablement furpris
de me trouver affocié à voftre
illuftre Compagnie par les ſufGALANT.
137
frages de tant de grands Hommes
qui la compofent . Mr Patin
donne volontiers aux Perfonnes
qu'il eftime, les louanges
qu'il merite luy- mefme; & vous
croyez aifement le bien qu'on
vous dit des autres , parce que
l'on n'en ſçauroit aſſez dire de
vous . Vous avez écoutefavorablement
le témoignage qu'il vous
a rendu de moy , & je reçois avec
beaucoup de reconnoiffance
La grace que vous m'avezfaite ..
L'inclination que j'ay euë dés
mon enfance pour les belles Lettres
, m'a toujours fait honorer
ceux qui les cultivent , comme
Fevrier 1694. M
138 MERCURE
vous avec tant defuccés , &
tant de gloire. La reputation que
vous avez acquife par voftre
érudition & par voftre éloquence
a paßé jusqu'à nous , & la
connoiffance que nous avons du
merite de voftre Academie nous
fait voir avec joye nos noms
mêlez avec les vofires. Agreez
donc , Meffieurs , que je vous en
faffe mes remercimens , que
je vous affure de l'eftime & de
la reconnoiffance fincere avec la
quelle je fuis ,
Meffieurs ,
Voftre tres - humble & tresobeiffant
ferviteur,ESPRIT,
Evêqne de Nifmes.
GALANT. 139
J'ay à vous apprendre plufieurs
morts , & pour cela je
vous envoye les memoires
que j'en ay receus . Ils contiennent
des chofes curieufes que
tous les Avocats doivent aimer
, & que vous ne ferez pas
fachée de fçavoir.
MeffireClement de Cofnać,
frere unique de M' PArchevêque
d'Aix , eft mort fans
laiffer aucun enfant de fon
mariage avec la Demoiſelle
de Creffé , & en luy finit une
des plus anciennes Maifons
du bas Limoufin , que les Cartulaires
des Monafteres & au
?
Mij
140 MERCURE
tres monuments autentiques
font remonter par une fucceffion
non interrompue jufqu'à
l'onziéme ficcle , & au
temps de la premiere Croifade
fous le Roy Philippe premier
. L'an 1095. Ifraël de Cofnac
s'y diftingua . Il eft fair
mention de luy & de fa femme
Guinarde l'an 1088. dans
les Regiftres du Monaftere
d'Uferche , ainfi que l'a remarqué
le fçavant M'Baluſe,
dans fon nouveau & admirable
Livre des Vies des Papes
d'Avignon. De ce mariage fortirent
Pierre & Geraud de
GALANT. 141
Cofnac.Pierre continua lapofterité
, & eut de fon mariage
avec Belielde un fils nommé
Gerauld II. qui s'eſtant marié
avec une femme dont onignore
le nom , laiffa un fils nommé
Jean , dont il eft fait mention
dans les Registres de ce
mefme Monaftere d Uzerche,
& il eft dit qu'en l'an 1180 qui
fut l'année de la mort du Roy
Louis le Jeune , ledit Jean de
Cofnac ceda à Audebert , qui en
eftoit alors Abbé, une partie de
la Justice de fa Terre . Ce Jean
laiffa un fils nommé Guillaume,
Seigneur de Cofnac , qui
142 MERCURE
dans le Teftament de fon fils,
dont l'original fubfifte dans
le Trefor des Chartres de cette
Maiſon , eft qualifié Chevalier
Miles , cet Acte eft
de l'an 1282.Guillaume vivoit
encore fous Saint Louis , &
fervit le Roy Louis VIII . fon
Pere , dans les Guerres contre
les Albigeois , & l'accompagna
jufqu'au Chateau de
Montpenfier en Auvergne ,
où ce Prince mourut. Il avoit
épousé une fille de la
Maifon de Malafeyde , ce .
lebre par le merite & par
les Negociations d'Emeric
GALANT - 143
de Malafeyde , Patriarche
d'Antioche
, qui du temps
de Louis le Jeune , maintint
avec Saint Bernard , le Pape
Innocent II . dans le Saint Sicge
, contre l'Antipape Pierre
de Leon. Il cut de ce mariage
un Fils nommé Hugue , qui
continua la Pofterité , & une
Fille qui fut mariée à un Fa
bry, de la Maifon dont fortit
depuis le Cardinal Fabry , proche
Parent des Papes Clement
VI, & Gregoire XI .
Hugue époula Petronille
d'Ornhac , & mourut vers
l'an 1286. car il eft parlé de
144 MERCURE
luy comme d'un homme qui
venoit de mourir , dans un
Acte de l'an 1287. De ce ma
riage d'Hugue avec Petronille
fortirent plufieurs mâ
les ; à fçavoir Guillaume III.▸
du nom , qui fut le feul qui
continua la pofterité; Gilbert,
à qui il ordonna par fon tefta
ment de l'an 1282. d'eftre d'E
glife , & en effet il fut Chart
noine de la Cathedrale de
Toulouse , comme il paroift
par le Necrologe , ou Regil
tre mortuaire de cette Eglife;
Pierre , Hugue & Emeric ;
aufquels il ordonne d'ester
Moines,
GALANT.145
Moines , & de fe faire Reli
gieux , bon gré malgré qu'ils en
euffent ; ce qui fut executé lelon
la Difcipline Ecclefiafti
que de ce temps-là , qui des
claroit Apoftats & Excommuniez
tous les Enfans , qui
ayant efté voüez à la Religion
ou aux Autels dés leur enfan
ce , par leurs Peres & Meres ,
ne fe faifoient pas enfuite Religieux
, ou Preftres , confor
mement aux Canons 22. & 23 .
du Concile de Worms , tenu
l'an 868, au Canon 48. du'quatriéme
Concile de To'ede l'an
463. & à un autre Canon du
Février 1694. N
146 MERCURE
Concile de Tribur , Mailon
de plaifance des anciens Rois
de France , fur le Rhin , l'an
893. Monachum facit aut par
serna devotio , aut propria profeffio
. Ca. Monachum 20. q. I.
ce qui eft auffi conforme à la
Regle de S. Benoiſt , chap. 39.
& aux Conftitutions des Pa
pes Gregoire II . Alexandre III,
& Clement III. en confequen
ce defquelles les Enfans deftinez
au Monachifme ou à la
Clericature par leurs Peres &
Meres ,eftoient enfuite exclus
de leur fucceffion , quand ils
devenoient Majeurs ; ce qui
h
GALANTM147
fit At que Guillaume de Cofnac
reſta ſeul heritier. Il fut marié
eftant encore tout enfant , à
Almodic de Malaguife , Fille
de Bernard de Malaguife , Baron
®den
Douzenac , & de Ma-
YUC
rie de vantadour! Ce Gil.
laume eft celebre dans les
Hiftoires
de ce temps- là , qui
nous le dépeignent
comme
un preux
or vaillant Chevalier
.
Ileur un grand nombre d'Enfans
de la Femme Almodic ,
& entre autres Hugues II . du
om , qui continua
la fucceffion
, & Bertrand , qui fut fait
-Cardinal
Pan 1371. par Grenom
,
Nij
148 MERCURE
goire
XI . fon
Parent
, & qui
fe rendit
celebre
par fest Am-
Baffades
, & dans fes Legations
en Italie
, & fut fort cher aux
Rois Charles
V & Charles
VI.
CeGuillaume
cut auffi un troificme
Fils , nommé
comme
luy pareillement
Guillaume
,
qui dans
tous
les Titres
, &
Actes
qui reflent
de luy , ne
prend
d'autre
qualité
, que
celle d'Avocat
de Furifconfulte
, dont
il ne faut pas s'étonner
; car comme
la Cour
de Rome
eftoit
en ces tempslà
à Avignon
, & que les Legiftes
, Canoniftes
, Avocats
,
GALANT. 149
& Jurifconfultes y eftoient en
grande confideration , en forte
qu'il n'y avoit qu'eux qui y
fillent de grandes fortunes,
tous les Cadets des bonnes
Maifons étudioient en Droit,
& le faifoient Avocats & Legiftes
, comme on le voit par
les exemples du Pape Innocent
VI. Eftienne Aubert, &
du Cardinal Pierre de Fiftigay.
Le premier eftoit Avocat
lors qu'il fut fait Evefque
deClermont, & enfuite Pape,
& le dernier plaidoit actuellement
à Paris pour les Parties,
lors qu'on luy porta le Cha-
N iij
150 MERCURE
peau de Cardinal, l'an 18 .
comme il eft expreffément
marqué dans les Regiftres du
Manuel des Placets du Parlement.
Ce jour vint nouvelle en
la Cour de ceans , que Maiſtre
Pierre de Fiftigny , Avocat ,
avoit efté fait Cardinal par nofire
S. Pere le Pape Clement VII,
Les Filles dudit Guillaume furent
Guillemete
, qui épouſa
Guyon de l'Echarpit de Saint
Aulaire , proche Parent du
Cardinal Bertrand Latgier de
l'Echarpit ; Almodie mariée
à Guillaume
de Maynard
Damoiſeau
, & Dauphine
,
GALANT 11
Abbeffe des Cordelieres de
Brive- la - Gaillarde. Hugue de
Cofnac leur Frore , fecond
du nom , cut trois Femmes.
Il époufa en premieres Noces
l'an 126. Alix de Mouffedon,
d'où forrirent trois males ,
Guillaume , Bertrand , & Pier-
Ire, qui furent tous fucceffivement
l'un aprés l'autre Evef
ques de Tulle , & Jean qui
continua la fuceffion , comme
on va voir.
Aprés la mort d'Alix de
Mouffedon
, ce Hugue époufa
en fecondes Noces Guine
Faydit , fille de Piere Faydit ,
N iiij
K2 MERCURE
ty
Damoifeau de Jurgals dans la
Vicomte de Turonne , Frere
-de Joan Faydic fameux Juerifconfulte
de ce temps là,
donte parle Jaftel dans vfes
Preuves genealogiques de la
Marfon d'Auvergne qui eftoit
Je Confeil & l'Avocat des Vicomtes
de Turenne , avec lef.
quels il fe retira en Auvergne,
& s'établit à Riom, où il laiſſa
une pofterité qui dure encore,
& qui pendant plus de trois
cens ans de Pere en Fils , par
une fucceffion non interrom
puë , a produit de celebres
Avocats qui n'ont jamais
-
GADANT stop
voulu quitter leur profeſſion,
& l'exercent encore aujourd'huy
avec honneur. Du mariage
de Hugue de Cofnac
avec Guine Faydit forticent
Raymond, Archidiacre d'Ausigciau
Diocefe de Commenges,
- & Bertrande , mariée en 1377.
avec Jan de Roberti de Lignerac
Neveu : du fameux
Cardinal de Lignerac Roberti.
Enfin aprés la mort de Guine
Faydir Hugue époufa en troifiémes
Noces Marguerite de
Palifas , Dame de Palifas prés
Vantadour. Juan fon fils du
premier lit époufa l'an 1369.
1
6
4 MERCURE
Marthe de Hautefort Petite
fille de Marie deCamborn,doc
l'illuftre Maifon , par un privilege
qui ne convient qu'aux
Rois de France , a la garde des
fruits , & le droit de Regale
de l'Evefché de Limoge pen
dant la vacance du Siege . De
ce mariage fortirent un mâle
& trois filles , Raymond qui
continua la pofterité ; Jeanne
mariée à Bertrand de Tavars ,
Chevalier ; Alix mariée àJean
de Pompadour, & Antoinette
qui fut Femme de Hugue Pcregrin
, Damoifeau de Vicar
en Quercy. Raymond prit al
GALANT S
liance dans une des meilleures
Maifons de Perigord , nommée
de Beynac. Il affifta à la
fameufe A femblée qui fut reg
nuë l'an 1392 fous Charles VI.
à Paris , dans laquelle il fut
refolu de fe fouftraire de l'obeiffance
du Pape Benoist
XIII. Il n'y prend point d'au
tre qualité que celle de Licentié
és Droits , par la raifon
l'on a marquée cy- deffus. Les
Actes originaux de cette Affemblée
avec les Sceaux de
ceux qui y affifterent ,ſont entre
les mains de M' le premier
President de Harlay. De Ray
que
156 MERCURE
mond de Cofnac & de fa Fem
me de Beynac fortir Helie ,
qui tépousa Louife de Gimel ,
dont il eut deux maſles , à fçavoir
Pierre qui continua la
pofterité , & Guillaume qui
époula l'an 1454. Catherine
Faydit , Fille d Etienne Faydit,
Seigneur des Bordes , dans
la Viconté de Turenne pent
fils de Pierre Faydit , ficur de
Jutgals , dont il vient d'eftre
parlé , & Frere de Jean Faydit,
Auditeur du facré Palais . Balust.
2. pag. 1071 vit . Pap. Avenio.
Ledu Helic de Cofnac
& ladite Louiſe de Gimel , cuGALANT
17
rentauffi de leur mariage deux
filles , à fçavoir Margueri
qui fut mariée à Bertrand de
la Tour , Seigneur de Saint
Jult , & Blanche qui époufa
Jan Faydit , Seigneur de Terf
fac dans la Vicomté de Turen
ne. Pierre de Cofnac l'an 1452
épousa Louiſe de Noailles fille
de François Seigneur de
Noailles , & de Marguerite de
Roffiniac , d'une des plus illuftres
Maifons du haut Limoufin.
Cette Marguerite ef
toit petite Niece du Pape Innocent
VI. Ils eurent un fils
nommé Guillaume IV. du
}
148 MERCURE
nom , qui l'an 1454 € 1484 époufa
Marguerite
des Tours , Sour
du fameux Gulpher des Tours,
fi renommé
dans les Hiftoriens
de ce temps là . De ce
Mariage fortirent un mafle &
deux filles , Louis , Marguerite
& Jeanne
. Marguerite
époufa
Pierre de Roberti , Damoi
feau de Lignerac. Jeanne é
poufa Guyon Faydit , Seigneur
de Terffac prés de Brive-
la - Gaillarde , ou les def
cendans font aujourd'huy
leur.
demeure
. Louis l'an 1517 é
pouſa Claude de Beynac , fille
de Geoffroy , Baron de Bey. "
GALANT 159.
@
nac & de Marie de Montbe
roux . Il fir teſtament l'an 1722
où il prend la qualité de Prés
mier Ecuyer tranchant de la Rei
l'un des cent Gentilshoms ne ,
mes de la Maiſon du Roy. De ce
mariage fortirent François,
Marguerite & Galiot , qui furent
tous maricz. François époula
Catherine de Saint Mit
chel de Bagnieres, d'une noble
Mailon de Quercy , dont il
n'cutpoint d'enfans. Margue
rite fasceur époufa le Seigneur
de Champegnac en Perigord.
Galiot continua la pofterité.
ayant cu d'Antoinette de
Yo MERCURE
Platz de la Châtre , Soeurde
Leger de Platz , Evèíque de
Leyrootrez umfilst ommé Annet
, qui l'an 1982 épousa Jeans
redo Juve , fitéonique deSex
baftien de Jaye , Ambaladeur
de France auprés du Roy d'Efpagne
, Petite fille deJeansde
Seloë, premier Profident dur
Parlement de Paris . François
de Cofnac leur fils aîné épous
ſa l'an 1618 Eleonor de Talayab
rande , des anciens Comres del
Perigord , file de Daniel del
Talayrande Prince de Chalais, 1
& de Françoiſe de Monluc
fille de Blaife de Monluc
GALANTM 160
Maréchal de France . De cal
mariage font fortis Arnaud ,
Clement & Daniel de Cofnac,
freres . Ce dernier eft Ml'Archevefque
d'Aix d'aujour
dibuy , qui eftoit cy - devanɛ
Evefque & Comte des Evef
chez de Valence & de Dien, &
premier Aumônier de Monfieur
Frere du Roy . Ileft Docal
teur de Sorbonne . C'eſt un
des plus fçavans Prelats del
France , qui a l'ame grande &
les fentimens élevez . Il fut
nommé par le Roy pour rece
voir à l'entrée du Royaume
Mle Cardinal Chigy , Legat
Fevrier 1694.
(
162 MERCURE
à Latere , & s'on acquita aved
tant de magnificence & de
dignité que les Prelats Ica
liens qui accompagnoient M
le Legat dirent tout haut , que
les Evefques d'Italie n'eftoient
que des Curez de village en comp
paraifon des Evefques de Frances
& que ceux -cy eftoient de petits
Papes , qui ne cedoient en rien
aux Cardinaux. En effet , il
crut qu'il eftoit de l'honneur
& de la dignité de
[
on
carac√
tere
de
prendre
toûjours
place
du
Caroffe
, &
dicftre
au fond
affis à cofté de Mile Legat , au
deffus de M' de l'Efdiguiere,
GALANTM 163
}
Gouverneurs de la Province.
Armand de Cofnac fon frère,
époufa l'an 1648 Maric de
Veilhan de Penacors , & de
Charlotte de la Guefle . De ce
mariage font iffus François
qui continua la fucceffion ,
Gabriel , Docteur de Sorbonne,
& Prevost de la Cathedrale
d'Aix , & Maric Suſanne , Ab
beffe de Vernezon. François
époula l'an 1671 Marguerite-
Louiſe d'Efparbez de Lufland'Aubeterte
, fille unique de
Mole Comte de la Serre ,
Lieutenant General des Ar
mées du Roy , qui vit encore
;
Oij
164 MERCURE
& eft filendi feu Maréchal
d'Aubeterre . François & Marguerite
, font tous deux morts
& n'ont laiffé qu'une fille unique
, qui eft celle dont je vous
apprens la mort , avec celle de
Meffire Clement de Cofnac ,
Marquis de Creffé fon Oncle .
HOOM le Comte de Pontac ,
Fils unique defieu M' le pre
-mier Prefident du Parlement
elde Bordeaux , & del.de
Thou , mourut le mois paffé
dans une de fes Terresmen
Guyenne , où il s'eftoit retiré
pour s'appliquer plus en repos
aux fciences abfaites , où il
GALANT. 1865
eftoit fort profond. Il fçavait
les Langues Orientales Ha
Chymic , la Cabale , les Traditions
dos Hebreuxonlour
Maffore , leur Mafnha , leur
• Gemare & leur Talmud . Il
Coma point laiffé d'Enfans de
Mademoiſelle d'Uzcz de .
Montfale , qu'il avoit épous
fecha web sopivali ?? féc .
una Il ne faut pas oublier parshmy
,les Morts des gens de
Lettres , Dom Michel Germain
, Religieux Benedictin
de S. Maur , ny Meffire Jean
20 Faydit : Seigneur de Granli
villes Confeiller du Roy en
;
Yu
166 MERCURE
la Senechauffée d'Auvergne,
& Siege Prefidial de Riom,
mort à l'âge de quatre- vingttrois
ans ; car quoy que ny
l'un ny l'autre n'ayent rien
écrit de leur chef, ils ont plus
contribué qu'aucun Auteur à
l'avancement des Lettres &
de la Science Ecclefiaftique
en fervant de Compagnons de
Voyages , de Copiftes , de Le
teurs, & Secretaires aux deux
plus fçavans hommes de ce
ficcle , je veux dire , aux Peres
Jean Mabillon , Benedictin &
Jacques Sirmond , Jefuite, qui
ont donné au jour par leur
GALANT 167
moyen une infinité de beaux
Manufcrits
, enfevelis aupara
vant
dans l'obfcurité. Dom
Germain a fait par ordre du
Roy, le voyage d'Allemagne
& d'Italie avec fon Confrere
le Pere Mabillon , dont ils
revinrent enrichis de tout ce
qu'il y avoit de plus curieux
dans les Manufcrits & les Bibliotheques
de ce Pays - là ,
quoy qu'on puiffe dire qu'ils
n'ayent fait que glaner &
ramaffer les épics qui avoient
échapé à la diligence du Pere
Sirmond, & de Mr Faydit fon
Nevcu. Vous avez veu dans la
168 MERCURE
Genealogie
de Cofnac une
bonne partie de celle de Mef
fieurs Faydir Celuy cy eftoit
Frere ainé du S Amable Faydit,
dont je vous manday la I
mort par ma Lettre du der
nier mois , avec cette particu
larité
que
les Cadets
de cette
Famille
font
depuis
trois
cens
ans Avocats
, & que
ce dernier
a laiffe
un Fils, & un Petit
fils, b
qui en font
la profeffion
avecol
honneur
, & la perpetueroned
apparemment
dans
plufieurs
âges
à venir
.
R
Le 25. du mois paffé, Madách
me Henriette de Lorraine de
Chevreuse,
GALANT 1691
Chevreufe , ancienne Abbelle
de Jouarre mourut icy dans
le Monaftere de Port Royal,
âgée de foixante & trois ans.
Elle eftoit Fille de Claude de
Lorraine , Duc de Chevreufe ,
Pair , Grand Chambellan , &
Grand Fauconnier de France ,
Chevalier des Ordres du Roy,
& de Marie de Rohan , Fille
d'Hercules , Duc de Montba
fon, & Veuve de Charles d'Alp
berto Duc de Luines , dont il
eur deux autres Filles ainées ;
fçavoir Anne - Marie , Abbeſſe
du Pont aux Dames , morte à
Paris le 5. Aouſt 1652 , & Char-
Fevrier 1694. P
170 MERCURE

lotte- Marie , dite Mademot
felle de Chevreufe , née à Richemont
en Angleterre , &
morte auffi à Paris le 7. Novembre
de la mefme année
1652. Claude de Lorraine , Duc
de Chevreufe, eftoit . Fils puifné
de Henry Duc de Guife , &
ſe ſignala au Siege de la Fere
en 1596. & à celuy d'Amiens
en 1597. fous le nom de Prince
de Joinville . Il fut conftitué
Procureur du Prince de Galles
en 1625. pour époufer en
fon nom Henriette Marie de
France , qu'il conduific en
Angleterre , & aprés avoir ferGALANT.
171
vi avec beaucoup de fidelité
au Siege de la Rochelle , & en
plufieurs autres occafions , il
mourut d'apoplexie à Paris
en 1657. âgé de prés de quatrevingt
ans. Madame Anne-
Marguerite de Rohan , qui a
fuccedé à Madame Henriette
de Lorraine , luy a fait faire
dans fon Abbaye de Jouarre
des Services tres .folemnels .
tant par les Religieufes , que
par les Chanoines de ce lieu.
Les Nouvelles publiques
Vous auront appris que Jean-
Louis Charles d'Orleans , Duc
de Longueville & d'Eftoute-
Pij
172 MERCURÉ
ville , Souverain de Neufcha
ftel , Comte de Dunois , mourut
le 4. de ce mois , dans
l'Abbaye de Saint Georges
prés de Rouen , au commencement
de fa quaranteneuvième
année. Il avoit embraffé
l'Estat Ecclefiaftique
en 1669. & cedé fon droit
d'aineffe à Charles. Paris d'Or
leans fon Frere , qui fut tué
en 1672 prés de Tolhuis aprés
le paffage du Rhin , où il s'eftoit
fignalé avec beaucoup
diftinction.Longueville eft
un Bourg dans le Pays de Caux
en Normandie , avec titie de
de
GALANT.
173
Comté . Ce Comté ayant efté
tranfporté au Roy Philippe-
Augufte , fut depuis à
Philippe , Roy de Navarre ,
Comte d'Evreux , Fils de Louïs
de France . On le confifqua
fur Enguerrand de Marigny
& puis fur Philippe de Navarre.
Le Roy Charles V.
donna le Comté de
Longueville
à Bertrand du Guefclin ,
Conneftable de France , & il
paffa à Olivier du Guefclin',
fon Frere , qui en 1391. le ven.
dit au Roy Charles VI . Le
Roy Charles VII . le donna
en 1443. à Jean d'Orleans ,
Piij
174 MERCURE
Comte de Dunois , Fils natu
rel de Louis de France , Duc
d'Orleans. Ce Jean d'Orleans
qui mourut en 1470. eft la tige
de la Maifon d'Orleans- Longueville
. Il laiffa de Marie
d'Harcourt , fa feconde Femme,
François d'Orleans I. du
nom , qui eut d'Agnés de Savoye
François II . Duc de Longueville
, mort en Isiz. ce
Comté ayant efté érigé en
Duché l'an 1505. par le Roy
Louis XII. Louis d'Orleans
premier du nom , fils de François
II. laiffa de Jeanne
d'Hochberg , Marquife RoGALANT
175
thelin , Claude , Duc de Longueville
, dont le fils Louis
d'Orleans II . du nom , époufa
Marie de Lorraine , & en .
cut François III . Duc de Longueville
, mort fans enfans, auquel
fucceda Leonor d'Orleans
, fils d'un autre François
d'Orleans, Marquis de Rothe
lins & de Jacqueline de Rohan.
Ilépoula Marie de Bourbon
, Ducheffe d'Eftouteville,
& fut Pere de Henry d'Orleans
I. du nom, Duc de Longueville
, tué en 1595. laiſſant
de Catherine Gonzague de
Cleves Henry d'Orleans II.du
Pij
176 MERCURE
nom , Duc de Longueville ;
Gouverneur de Normandie ,
qui en 1617. époufa en premieres
noces , Loüife de Bourbon
, fille de Charles , Comte
de Soiffons. Il en cut deux fils,
morts jeunes , & Maric d'Orleans
mariée en 1657. avec
Henry de Savoye II. du nom ,
Duc de Nemours . En 1640. il
prit une feconde alliance avec
Anne Geneviefve de Bourbon,
fille de Henry II . Prince
de Condé , dont il a eu Jean
Louis Charles d'Orleans , Duc
de Longueville , qui vient de
mourir, & Charles . Paris ,auffi
GALANT. 177
4
Duc de Longueville , tue prés
du Fort de Tholhuis en 1672 .
comme je l'ay déja dit .
Dame Marie Charlote de
Caftelnau eft morte dans le
commencement de ce mois,
Elle eftoit femme d'Antoine
Charles Duc de Grammont ,
Pair de France , Chevalier des
Ordres de Sa Majesté , Souverain
de Bidache , Gouverneur
de Navarre & Bearn , de la
Ville & Chasteau de Bayonne,
& autres lieux . Je ne vous dis
rien de ces deux Maifons ,
vous en ayant parlé ample .
ment dans ma Lettre de De178
MERCURE
cembre, en vous apprenant le
mariage de Mademoifelle
de
Grammont avec Mile Maréchal
de Bouflers .
Voicy les noms de quel
ques autres perfonnes confiderables,
mortes environ dans
le mefme temps. Mr Antoine
de Vrevin , Docteur de la
Maifon & Societé de Sorbonne
, Chanoine de l'Eglife de
Paris, & Abbé de Saint Pierre
de Selincourt. M' l'Archevêque
a nommé à fon Canonicat
M Phelypeaux d'Her
baut.
Meffire Philippe Charpen
GALANT. 179
6
tier, Confeiller au Parlement
de Paris, & Commiffaire aux
Requeftes du Palais .
M' Huret , Confeiller du
Roy , & Avocat General en
fa Cour des Monnoyes.
Dame Françoife Garnier.
Elle eftoit Veuve de Meffire
Georges de Bermonder , Scie
gneur , Comte d'Oradour ,
Lieutenant General de l'Artillerie
de France . Mademoifelle
de Bermondet d'Oradour
fa fille eftoit morte quelques
jours auparavant. Elle
en a laiffé une autre , mariée
à Meffire Louis de Bourbon,
Comte de Buffet.
180 MERCURE
Je reçois tout prefentement
nouvelles de la mort du fameux
Mr Patin , Medecin de
la Faculté de Paris , où il a
profeffé la Medecine , & enfuite
à Padouë , lieu de fon
decés. La Republique de
Venife l'avoit pourveu de la
Charge de Profeffeur , & ho
noré de la dignité de Cheva
lier de Saint Marc . 11 avoit
efté longtemps Principe de
l'Academie des Ricovrati, c'est
à dire Chef ou Directeur, M
de Vertron , qui eft de cerre
fçavante Compagnie , comme
je vous l'ay déja marqué , a
GALANT 181
été prié , felon l'ufage , de
faire fon Eloge funebre . Il
l'a fait en Langue Latine , &
l'a envoyé pour eftre lu publiquement
dans cette Affemblée
. M' Patin avant que de
mourir luy écrivit une Lettre
en Grec , éloquente , tendre ,
& chreftienne , & cette Epiftre
Academique , qui meri
teroit d'eftre traduite en toutes
fortes de Langues , eftoit
accompagnée des Lettres patentes
d'Academicien , qu'il
le prioit de la part de M's les
Ricovrati de donner à M' le
Marquis de Dangeau , qui
182 MERCURE
comme vous fçavez , eft l'un
des quarante de l'Academie
Françoife.Vous voyez, Madame,
que celle de Padouë a fait
en fort peu de temps une perte
& des acquifitions tres - confiderables
, dans les perfonnes
de deux des plus beaux genies
du fiecle , & tous deux dignes
Protecteurs de deux Academies
Royales . L'un eft ce Marquis
, Protecteur de l'Academie
d'Arles , & l'autre M
Flechier , Protecteur de celle
de Nifmes . Mr l'Abbé Saurin,
fi connu dans la Republique
des Lettres , & fi cftimé pour
GALANT. 183
3
S
fant de belles Traductions ,
vient de faire celle du Diftique
Latin de M' de Vertron ,
à la gloire de cet illuftre Prelat
, par allufion à ſon nom,
ESPRIT FLECHIER .
Digne Succeffeur des Apoftres,
Ta rare pieté fait fléchir tous
.
les
coeurs ,
Et ton fublime Eſprit joint à de
faintes moeurs ,
·Parfon art triomphe des noires .
Auffi toft que Mr de Vertron
cut receu le dernier paquet
de feu M' Patin , il mit
la main à la plume , & fit un
184 MERCURE
compliment en Italien , pour
M' le Marquis de Dangeau
alla à fon Hoftel , & à fon retour
le mit en François , à la
priere d'un de fes Confreres.
Je vous envoye la traduction
de ce compliment , que fon
Amy m'a donnée .
MONSIEUR ,
Ce n'est point comme Député
de l'Academie Royale d'Arles ,
que je viens vous faluër aujourd'huy.
Je viens m'acquiter d'une
Commiffion fort agreable . Meffieurs
les Ricovrati m'ont honoré
de leur choix , pour vous
GALANT. 18
prefenter ces preuves éclatantes
de la diftinction particuliere
qu'ils font de voftre illuftre Per
fonne . La celebre Academie de
Padoue en vous donnant une
place parmi les grands hommes ,
lesfublimes Genies qui la compofent
, n'a point eu égard à la
noblesse de vostre fang , à l'éclat
de vos Dignitez à la grandeur de
vos emplois,ny aurang élevé que
vous tenez dans la Cour la plus
polie laplus augufte du Monde
. Elle n'a confideré , Monfieur ,
que vostre efprit feul , qui peut
remplir fi dignement toutes les
vues que l'on doit avoir pour
Fevrier 1694.
186 MERCURE

former un Academicien parfait.
Elle a voulu joindre fon estime
à celle mefme des Teftes Couronnées
, qui dans plufieurs occa
fions ont rendu juftice à vos qualitez
excellentes. Enfin , Monfieur
, ce Parnaffe Italien pouvoit
fe vanter avant voftre reception
, d'avoir de grands ornemens,
poffedant des Muſes Françoifes
, les Scudery, les des- Houlieres,
les Dacier , & les Saliez,
mais il lui manquoit un Apollon .
M' Magnin , de l'Academie
Royale d'Arles , a fait des
Deviles pour toutes ces Mufes.
GALANT. 187
"
I
POUR MADEMOISELLE
DE SCUDERY.
Le corps eft une Alouette
qui s'éleve en chantant vers le
Soleil. Le mot ; ET PHOE BO
SCIT DIGNA LOQUI.
Quand cet Aftre glorieux
Anime fon allegreffe ,
Elle s'éleve fans ceffe ,
Et le cherche vers les Cieux .
Depuis le temps qu'elle chante,
Qui ne voit pas aujourd'huy,
Que fa voix douce & touchante
N'eft pas indigne de lay?
Qij
188 MERCURE
POUR MADAME
DES HOULIERES.
La fleur qu'on nomme Amarante
, avec ce mot , NON
ILLI MORRTALE DECUs.
Le temps qui devore tout
Ternit de mille Fleurs la couleur
la plus belle ,
Mais lafienne eft immortelle
Il n'en peut venir à bout.
C'est l'illustre des Houlieres ,
C'eft là de ton merite unfort leger
crayon,
Ne pouvant exprimer le fond
de tes lumieres ,
GALANT. 189
Ma Muſe en cet effay croit en
voir un rayon .
POUR MADAME
DE SALIEZ.
L'Imperiale,avec ce mot Italien,
MODESTA MOSTRA DI SUOI TESORI
.
Où trouve- t- on une Fleur
D'une fi noble hauteur ?
Elle efface tout le refte ;
Maisfon air humble & modeste
Luy fait encor plus d'honneur.
190 MERCURE
POUR MADAME
DACIER.
Une branche d'Olivier. Le
mot DONUM IMMORTALE
MINERVE.
Elle couronne la teste
Des Heros en temps de Paix;
Quand elle conduit la fester
On ne s'en laffe jamais .
Doctes Saurs , fon fruit con
Serve
La lampe de vos Autels ,
Et la fçavante Minerve
En fit prefent aux Mortels,
CALANT. 191
Il ne faut pas oublier de dire
icy , que la fameufe Helene
Lucrece Pifcopia Cornaro ,
fille d'un Procurateur de Venife
, & feue Madame de
Chate , connuë fous le nom de
Mademoiſelle des Jardins ,
cftoient Academiciennes Ricourate,
& que la digne Veuve
& les deux admirables Filles
du fameux M ' Patin , le font
auffi ; de forte que voilà le
nombre des neuf Mufes rempli
, & dans ce Parnaffe Italien,
où l'on reçoit les Dames
fçavantes , il n'y en a jamais
que neuf. Il y a depuis long192
MERCURE
2
2
temps des prétendantesment
France & en Italic pour les
deux places qui vaquent , &
l'on cft embaraffé d'en faire le
choix par le graud nombre
& par le merite des unes & des
autres.qk0 μL okað áb
-236 Jacobusil , Til 50
Le Roy a fait depuis peu
plufieurs Officiers e del fes
Troupes de terre , Chevaliers &
de S. Louis. Vous en aurez b
peut-eltre déja veu une Liftel
mais comme celle qui a couru 1
eft fans qualirez , vous ferez
bien-aife de les fçavoir . Il y a
cu deux promotions , dont la
premiere
GALANT. 193
premiere fe fit le 6. de ce mois ,
en faveur de
M's , le Duc de Vendoíme.
Le Comte de Coignies,Licutenant
General.
De Serignan , Lieutenaut
des Gardes du Corps .
De la Taft , Lieutenant des
Gardes du Corps .
De Bufca , Lieutenant General
, & Lieutenant des Gars
des du Corps.
Le Comte d'Artagnan , Matréchal
de Camp .
De Briffac , Lieutenant General
, & Major des Gardes du
Corps.
Fevrier 1694. R
194 MERCURE
Le Marquis de Vandeuil ,
Maréchal de Camp, & Lieutenant
des Gardes du Corps.
Le Marquis de Chaferon,
Lieutenant des Gardes du
Corps.
Le Marquis de Buzenval
Lieutenant general , & Sous .
licutenant des Gendarmes .
De Vicubourg , Colonel du
Regiment de Beauvoifis.
De Léé , Colonel d'Infan
teric Irlandoife , and d
De la Deveze , Capitaine au
Regiment Royal d'Infanterie.
Le Chevalier de Gaffion ,
Maréchal de Camp .
De Maupertuis , Lieutenant
!
GALANT. 195
general , commandant les
Moufquetaires blancs, dobrehe
De la Viernes , Maréchal des
As logis de Cavalerie.
Alternak , Major des Gar
des Suiffes.
D'Avignon , Enfeigne des
Gardes& Peranan install.
De la Morte , Lieutenant
des Gardes du Corps,
De Longrue , Enfeigne des
Gardes du Corps. 100
Le Comte de Montellon ,
Lieutenant des Gardes du
Corps.mtb loves marka
De Prefle , Brigadier de Cavalerie,
get at lodg
心• ! ༩༩ ༣ Rij
SE
196 MERCURE
De la Barre , Capitaine aux
Gardes, isol
De Reynolds , Brigadier
Colonel d'un Regiment Suiffc.
Le Marquis de Caraman ,
Brigadier d'Infanterie , & Capitaine
aux Gardes..
De Reneville Brigadier,
Lieutenant des Gardes du
Corps.memes
Le Chevalier de Vertilly,
Major de la Gendarmerie.
Le Marquis de Vins , Licutenant
general , commandant
les Moufquetaires nous,
Le Marquis de Villars, Licutenant
general .
b
ulewd to
CALANT 197
7
Le Marquis de Villevicille,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Limofin . v
Ferrand , Major general en
Rouffillon .
De l'Eftrades . Lieutenant
des Gardes du Corps
ནོ ?
De
Enfeigne des
Gardes du Corps.
Le Marquis de Grammont,
Brigadier de Dragons.
De la Berange , Sous lieutenant
des
Bourgogne.
Gendarmes de
Philippe , Exempt des Gard
des du Corpse pluozapo
De Phelypeaux , Brigadier
de Cavalerie. OVER iij
198 MERCURE
De Cayeux , Brigadier de
Cavalerie.
D Arlu , Brigadier de Cavalerie.
b 20605)
Le Marquis de Nonant ,
Lieutenant general , & Souslieutenant
des Gendarmes.
Le Chevalier de Romery ,
Brigadier deCavalerie, & Licu.
, tenant des Gardes du Corps .
De la Foreft , Commiffaite
་ ་
Principal d'Armée.
De Saint Hilaire , Brigardier
& Lieutenant d'Artillerie.
De Boiffeleau Brigadier
d'Infanterie , & Gouverneur
de Charleroy.
29
GALANT 199
a De Cray, Brigadier , Licutenant
d'Artillerie
. Silve
De Vigny , Brigadier, Lieutenant
d'Artillerie.
Le Comte de Quinçon ,
Lieutenant general .
D'Imecourt
de Montmedy.
Gouverneur
De Roffay , Lieutenant Colonel
du Regiment de la Rei
ne.
De Montalan , Lieutenant
Colonel du Regiment Royal
Infanterie .
Le Marquis de Puiffegur ,
Lieutenant Colonel du Regiment
du Roy , Infanterie.
R iiij
200 MERCURE
Des Jenne , Enfeigne des
Gardes du Corps.
De la Provenchere Gouverneur
de Philippeville
Milon Lieutenant Colonel
du Regiment de la Chaſtres,
De Violenne Brigadier
d'Infanteric , & Commandant
à Dinant .
Ivaquever , Brigadier d'Infanteric..
S. Martin, cy-devant Commandant
au Chafteau de Dinant.
De Verpelle , Ingenieur.
De Vrevin Brigadier d'Infanterie.
GALANT
201
De Lagnon , Maréchal de
Camp .
De Solm Saintrailles , Gouverneur
de Saint- Omer.
De Mefieres, Lieutenant des
Gendarmes Anglois .
De Mainville
Camps , stication, i to
Meftre de
De la Chaffaigne , Brigadier
d'Infanterie , v & Lieutenant
Colonel de Bretagne. I
De la Roche- Lonchamp ,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Cavalerie de Talmont.
De Filley , Ingenieur , &
Capitaine au Regiment de
Vendofme,
202 MERCURE
Colomber , Ecuper du Roy,
cy- devant Major de Norman
dic Masbatidase
Le Comte d'Ullon , Maréchal
de Campa
7
a
Le Chevalier de la Fare ,
Maréchal de Camp.
Le Marquis de Sebeville,
Maréchal de Camp. Z
3. Du Coudray, Lieutenant de
Roy de la Citadelle de Cafal .
Rouffet anticip¤I
De Maurepas, Commiffaire
d'Aullerig.lave dezavan
De Ruys, Enfeigne des Gar
des du Corps , & Brigadier.
Le Comte de Revel , Licu,
tenant general.
GALANT 203
De Pracontal , Maréchal de
Camp. ob rojikā mavob -qo
De Theilladet , Meſtre de
Camp.nohub'euno ai
De Barfabas Major de la
Citadelle de Valenciennes.
D'Eckscommandant un
Baraillon d'Alface . T
De Sailly , Brigadier d'Infanterie,
& Lieutenant Colonel
d'Auvergne, i'amudav
De Bartillat, Lieutenantt general.
Le Chevalier du Mefnil,
Meftre de Camp.
Le Marquis de Jaffét : (!
De Greder , Brigadier d'Infanterie
& Colonel d'un Re204
MERCURE
giment Allemand
.
Des Fontaines , cy- devant
Maréchal des Logis des Gendarmes
du Roy.
Le Marquis de Larray, Lieutenant
General .
Le Marquis d'Harcourt
Lieutenant General .
D'Huberçon , Lieutenant
Colonel du Regiment de Cavalerie
de
Roquepine
.
Marin,Lieutenant des Gar
des du
Corps.
La Lande, Brigadier de Dra
gons.w
De l'Ifle du Vigier , Meftre
de Camp.
J
GALANT 205
De Sailly, Colonel de Dra
gons & Brigadier.
Le
Marquisdeur
de Vaubecourts
Meftre de Camp.
*
De Bolhen, Lieutenant Co-
Ionel du Regiment Royal Allemand.
D'Ezmont , Ayde- major du
Regiment du Roy.de
Le Chevalier de Seraucourt,
Ayde-major aux Gardes,
Des - Noyers , Commiffaire
d'Artilleric .
Le Marquis de la Bretefche ,
Lieutenant General , Gouver
neur de Hombourg .
De Reynach, Lieutenant de
206 MERCURE
Roy de Charleroy. [ 201
De Miremontcy
devant
Capitaine des Grenadiers de
Normandie . abith
De Laumont , Colonel du
Regiment de Ponthieu , & Bri
alotion11:0 gadier.com
Le Chevalier du Roſel, Meftre
de Camp. lipishá´5 )
De Marigny , Commiſſaité
d'Artillerie.cutionલAવ Qફ
Le Comte de Servon, Mes
fre de Camp.cyands()
De Segur, Capitaine- licurenant
des Chevaux legers
d'Anjou , … mɔë skrasmigɔA
.
Dc S. Martin , Gouverneur
des Invalides .
1
GALANT. 207
Des Effarts , Capitaine des
Canonniers, imoms RM
Do Tracy , Enfeigne des
Gardes.
LeMarquis de Sandricourt,
Gouverneur de Nifmes.
De l'Ecoffois ,Commandant
de la Citadelle de Dur kerque.
Le Marquis d'Aubarede
Maréchal de Camp. Mi
Des Roches d'Oranger,Biigadier
de Cavalerie.
De Saint Vians, Lieutenant
des Gardes du Corps.
a De Fatonville , Major du
Regiment de Berry , Cavalerie .
Defparts , Major des Vaiffcaux
. ethel S
208 MERCURE
De Cerify Mestre deCamp.
Sanguin , Lieutenant Colo
nel de Cavalericifisti
Devizé , cy- devant Lieu
tenant des Gardes du Corps.
Didier, Major de Clermont!
De Pelleport , Brigadier de
Cavaleric.ab sgomige ♬ us
Des Rofieres , Ayde- Major.
du Fort prés d Huningüe.C
De Touloujar, Premier Capitaine
du Regiment Infantes
rie de Condé .
De Monclar , Gapitaine de
Cavalerie dans Puylegur.
De Pontbriant Capitaineau
Regiment de Cavalerie des
Fienne.
GALANT A
נ
1.
209
D'Humont , Capitaine au
Regiment de Provence .
De Flamet Commiffaire
d'Artillerie.
De Mornet , Capitaine au
Regiment de Piedmont.
> De Doncourt Lieutenant
au Regiment de Cavalerie de
Praflin ,abyk2735
De Saint Amand . Ingenieur.
-DAvignon, Major de Charlemont
, cy- devant Capitaine
de Limofin .
D'Armillan , Capitaine au
Regiment de Piedmont.
Navelas , Brigadier d'Infanterie.
Février 1694.
210 MERCURE
De Pugeol, Capitaine de
Carabiniers
.
OD 200
De Villedieu , Lieutenant
des Grenadiers du Regiment
des Vaiffeaux ,
Bouter de Franconville
,
Capitaine dans Navarre ,
De Norion , Major du Regiment
de Cavalerie de Levi.
Raouflet , Major de Navar-
Ic.
Lafcaris
,gouvern
Lafcaris
, gouverneur
de Beins .
dufort
De Gauville , Lieutenant
Colonel du Regiment des
Cravates . nomin
Le Chevalier d'Artagnan ,
GALANT 211
Sous lieutenant aux Gardes.
De Pas, Colonel de Milice.
De Sarigny , Major de Dra-
Pune Rennes
gons de
De la Tour du Fifq , Capitaine
dans la Chaftres.
Du Mefnil Grandpré, Licu
tenant Colonel de Pugcol.
De Martigni, Capitaine de
Dragons de Fimarcon.
De Maron de Varennes
Commiffaire d'Artillerie,
Nollet , Lieutenant Colonel
.
De Salandres, Major du Regiment
de Toulouse , Cavale
rie.
21.Ah low
Sij
$212 "
MERCURE
ofDe Vaucieux , ' Colonel du
Regiment d'Infantérie d'Auxerrois.
sgners
La Caſe Balaguié , Capitaine
de Grenadiers au Regiment
de Bric .72 auch 57
od De Rohan Lieutenant Colonel
du Regiment d'Infanterie
du Maine . Rogel
Marmier, Capitaine de Dra
gons dans Grammont.s
?
Berchin , Capitaine de Grenadiers
de Vermandois.
Bernard , Capitaine de Dragons
du Regiment de Monfeigneur.
De Ganges , Capitaine de
Dragons.
"
GALANT. $213
Bob Belveze Lieutenant Colonel
du Regiment Dauphin Estranger.
0
De Saint André, Gouverineur
de Worms & Capitai
ne dans Sault.alib
De Clory, Lieutenant de la
Mestre de Camp de Caftelan.
Capon , Maréchal des Lo
gis des Chevaux- legers .
Palier, Capitaine d'Infanterie
au Regiment du Roy.
Marfin Mcftre de Camp.
Mortagne, Sous - lieutenant
des Chevaux- legers de la Reine.
o De Labadie, Lieutenant Co214
MERCURE
lonel de
Guichobabbor
Taillet Major de Chaſtres.
De Grefignyo Major de
cruffolobe inchatant
De Scignan, Capitaine au
Regiment de Guiche .
Feuillage , Capitaine de Grenadiers
du Regiment de Catinato
La feconde promotion fe fit le
8. de ce mois , et le Roy nomma
pour Chevaliers du mefme
Ordre de S. Louis.ni Mub
Meffieurs , le Marquis d'Uxelles,
Lieutenant General.
Le Comte de Guifcard ,
Lieutenant General , & Goueged
un
GALANT. nis
$215
1
Verneur de Namur.bishol
Le Comte du Bourgs
De Vilpion , premier Souslieutenant
de la premiere
Comp. des Moufquetaires .
D'Artagnan des Moufquetaires,
age , opellant
De Serres , Lieutenant Colonel
du Reg . de Vienne.
De Soufternon .
< roChambonas , capitaine des
Gardes de Monfieur le Duc
du Maine.
Saint Georges , Cornette
dans la premiere Compagnie
des Moufquetaires. * De Balivieres , des Gardes.
du Corps
.
216
MERCURE
De Lançon , des Gardes du
Corps.brinėDin
Melun Lieutenant aux
Gardesmat
De
Traverfone , Capitaine
aux Gardes. Inc
Treffebous , des Moufque
taires diuimo c
La Garde , des Bombar
diers.
Ligondez , Meſtre de Campá
De Salles , des Carabiniers.
De Beaujeu , de la Gendary
merie.
Curli , Cornette de la feconde
Compagnie des Mouf
quetaires,
Baudigne
GALANTM 217
Baudigné de Tralay , Licutenant
d'Artillerie .

De Galibert , Cornette de
la feconde Compagnie des
: Moufqueraires.c
De Mongommery , Brigadier
de Cavaleric.oda
De Romainville , Meftre
de Camp.
De Sebeville , de la Gendarmeric.
De Chalmazel , du Regiment
de Picardie.spaz
De Cafguet , du Regiment
de Champagne.
De Puyguion , Mestre de
Camp .
Fevrier
1694. T
218 MERCURE
Siffredy.
De Vallavoir , Lieutenantcolonel
general de Cavalerie.
Des Combes, Maréchal des
logis de la feconde Compa- 1
gaie des Moufquetaires .
Magnac , Brigadier de Cavalerie.
De Villemance.
D'Arennes.
De Vaillac , Mestre de
3
Camp.
De Refuge .
De Courlandon , Meſtre
de Camp.
De Refigny.
De Saillans.
De Rouffi
GALANT. 219
Flamanville.
De la Ferté , du Regiment
Royal, &
De la Meffeliere.Sous- lieutenant
des Chevaux Legers de
Bourgogue .
De Villancourt.
De Caftillas .
Dachy, Mestre de Camp ,
Commandant le premier Regiment
de Carabiniers.
Heiffey..
D: Saint Fremond , Maréchal
de Camp
.
De Chaumouffeaud
Strasbourg, i
de
Du Pont , du Regiment de
Tij
220 MERCURE
Navarre.
De Saint Maurice, Brigadier
de Cavalerie.
Du Teil, Maréchal des Logis
des Chevaux- legers..
Davolé.
Broyas , de la Gendarmerie.
Mauray.
Tallard .
Tricaut , Major du Lionnois.
Niert , du Regiment de
Tierache.
De Megrigny , Brigadier
d'Infanterie & Gouverneur de
la Citadelle de Tournay.
Rouffelet l'aîné ,
De Combes,
41&
.
GALANT. 221
Du Puis -
Mondragon.
Charmont.
D'Aligny :
Perfy, Major de la Sare,
Montifon.
D'Audigué.
Alfonfe , Lieutenant de
Roy de Dinant.
Marquifat,d'Hautefort.
Ferville , du Regiment de
Guiche.
Poulet , du
Regiment de
Piedmont.
Pontis , du Royal d'Artille
rie.
Sorlant , du
Regiment du
Commiffaite general , Cavale-
T iij
ric.
222 MERCURE
Du Bois des Perches, Capitaine
Aide Major du Regiment
Dauphin, 025
Maffouterin, du Regiment
de Navarre .
Rouffercau , Enfeigne aux
Gardes.
Saint Mauris , des Carabiniers.
ta
D : Chevigny, de la Gendarmerie.
Coeur de Chefne,
Du Pleffis , du Regiment de
Cavalerie d'Orleans .
Landais du Repair , du Regiment
d'Orleans.
Bruys, du Regiment de Navarre
.
GALANT 223
Belou . 1. delig
De Vienne . 501A cas
Du Repair, Gouverneur de
Biche.
437
Des Parelles .
D'Humermont , Capitaine
du Regiment de Souvray,
idDe Bormont. JM 39% 2
De Maffelier , des Vaiffcaux.
De l'Ifle , de Normandie.
Albergotti spalat
Bachevilliers, Maréchal de
Camp.
Feuquieres.
Raffan , Meſtie de Camp.
D'Aligny.
Tiiij
224 MERCURE
Gargas , des Bombardiers.
L'Arboulerie
, Lieutenant
Colonel de l'ancien Asfeld de
Dragons.
Li anab
Farvet , du Reg. de Brefay.
Crufel , Maréchal des Logis
de la premiere Compagnie
des Moufquetaires.
D'Efpinac, Sous - Lieutenant
des
Gendarmes Dauphins.
Boiffi , du Regiment de
Champagne,
De Neuville
ment de Cayeux .
du Regi-
De Nelle , des Carabiniers.
De Longval . du Regiment
de
Thianges.
Verdufan, du Reg.Dauphin.
GALANT 225
Du Pont, du Regiment de
Piedmont .
Des Aubrieres , Cornette
dans la premiere Compagnie
des Moufquetaires
. 1
Chaffreix , du Regiment de
Piedmont.
Le Peuilverat, Commiflai
re d'Artillerie ,
Guercy.
Des Zodes , Lieut. Colonel
du Regiment de Dragons
Asfeld Etrangerhan
Vaudray.
La Chaftres , Brigadier d'In
fanterie
Manieres, du Regiment de
Vivans.
226 MERCURE
1
De Mianness Exempt des
Gardes du Corps . 157 15
5 De Saint Maurice , Major
du Regiment Royal, Infan
+
terie .
La Raifieres , Meftrende
Camp.
cansulun Mab
Hautefort.app.M31
Montafet, de la Gendarme
ric.
Talonin , du Regiment de
Brat.CEPAN
Martin, des Galiotes.
Rignac, du Regiment d'Alface.
Zurlauben , Brigadier d'In
fanterie.
GALANT 207
Cadricu Cornette des Chevaux
- legers . 100 ub antung
La Motte , Lieutenant de
Roy de Maubeugengal an
Janfon , Sous - Lieutenant
dans la premiere Compagnie
des Moufqueraires .
Le Marquis de Mirepoix
Sous - Lieutenant dans la fcconde
Compagnie desMoufquetaires.
11 Luffay , Capitaiuc d'Infan
terie. 44
Parmy un fi grand nombre
d'Officiers
, dont plufieurs
peuvent avoir le meſme nom,
ila cité impoffible de fçavoir
228 MERCURE
de
en fr peu de temps les qualitez
chacun,mais il y en a fi peu
où elle manque, que cela n'eft
pas confiderable . La gloire
de ceux qui ont efté nommez
par Sa Majesté Chevaliers de
Saint Louïs , eft d'autant plus
grande , que par les Lettres
Patentes de l'établiffement de
cet Ordre , on n'y peut entrer
qu'aprés avoir fervi dix
années fur mer ou fur terre . Il
y en à peu dans cette Lifte
qui n'ayent fervi pendant
quinze & vingt années , & il
y en a qui ont trente années
de fervice.
GALANT. 229
Le Roy a fait auffi une promotion
d'Officiers de la Marine
& des Galeres . Voicy les
noms de ces nouveaux Chevaliers.
Lieutenans Generaux .
Mrs Gabaret.
Le Marquis de Villette de
Meurfay.
Le Marquis de Neſmond .
Chefs d'Eſcadre.
M's le Comte de Relingue .
Le Chevalier de Coëtlogon.
Defnos.
Capitaines de Vaiffeaux.
M's le Chevalier de Rofmadec.
230 MERCURE
De Beaulieu.
De Beaujeu.
De la Harteloire .
Le Comte de Sebeville .
De la Caffiniere .
Bidaud.
Du Chalard .
Le Marquis d'Aligre S. Lié .
Le Comte de la Galiffonniere .
Colbert de Saint Marc .
De Sevigné.
Herpin.
Desfrancs.
Le Marquis de Blenac.
De Perrinct.
Le Marquis de Rouvroy .
De Monbault.
GALANTI 231
:
.De Coulombe.
De Sartous.
Defnos Champmeſlin .
Le Comte de Chavigny.
Baert.
Le Marquis de Chafteau- Morand
.
Renau .
Le Chevalier de Reffons.
Le Chevalier de Rochalar .
De l'Ille.
Capitaines Infpecteurs.
Mrs de la Jonquiere .
Sarel .
De Chaulnes.
232 MERCURE
Capitaines
de Galiotes
d'Artillerie
.
M's Gombault,
Lauriere.
&
Capitaines de Fregates. !
Mrs de Noyelles.
Le Chevalier de Pontac Beau
tiran.
Lieutenans de Vaiffeaux .
Mrs de Boiffolly.
De Granges .
De Saint-Abre .
De la Motte - Chabane .
M' le Chevalier de Callieres ,
Gouverneur de Montreal .
en Canada.
M' de Viviers , Chef d'EſcaGALANT.
233
dre des Galeres .
Capitaines de Galeres.
M's le Chevalier de Forville .
Le Chevalier de Roanez.
Mr de Bombelle , Major.
Mle Chevalier de Villepaffant
, Sous- lieutenant .
Vous remarquerez , Madame,
que de tous les Officiers
Generaux , il n'y a que M ' le
Chevalier d'Infreville , Chef
d'Efcadre , qui ne foit point
Chevalier de Saint Louis . Cela
vient de ce qu'il eft Chevalier
de Malte, & que ces deux
Ordres font incompatibles
.
Vous jugez bien que dans la
Fevrier 1694. T
234 MERCURE
-
Promotion des Officiers de
terre , c'est cette raiſon qui a
empefché plufieursChevaliers
de Malte d'y cftre compris.
S'il eft fouvent dangereux
de trop écouter fon coeur ,
l'effort qu'on fait pour l'affu
jettir à la raiſon , a quelque
chofe de fi rigoureux
, qu'il
cft mal- aifé de ne fe pas repen
tir d'avoir remporté un pa
reil triomphe . Vous en jugerez
par l'avanture dont je
vais vous faire part . Une jeu
ne Dame , Veuve depuis deux
ans d'un homme d'Epée , qui
luy avoit laiffé pour tout avan
GALANT 239
*
4
rage un nom fort connu , &
beaucop d'affaires , fut oblis
gée d'abandonner la Provin
ce & de venir à Paris , pour
donner ordre à de facheux
mbarras cu la mettoient diveifes
pourfuites qui luy ef
toient faites. Ce n'floir pas
une Femme que l'on puft dire
belle regulierement , mais il
y avoit & dans fon viſage , &
dans fes manieres , quelque
chofe de fi vif & de fi piquant,
que ces charmes foutenus de
beaucoup d'efprit , avoient
dequoy engager les plus infer
fibles . Son merite fit bien-
Vij
236 MERCURE
toft l'effet qu'elle en avoit attendu
. On s'empreffa pour la
voir, & ceux dont elle voulut
bien recevoir les foins, chercherent
avec plaifir les occafions
de l'obliger . Un jeune
Marquis d'une Maiſon diftinguée
, fe fit remarquer entre
Lous les autres , par l'ardeur
qu'il fit paroïftre à luy prouver
qu'il eftoit veritablement
dans fes interefts . Comme il
avoit de fort grand es alliances
qui luy donnoient beaucoup
de credit , elle fut bienaife
de le ménager. Il eftoit
d'une figure à plaire par tour,
"
GALANT: 0237
& marquoit en toutes chofes
uncconduite
fi fage & fi pleine
de refpect , qu'on ne pouvoit
s'empêcher de l'eftimer. La
Dame avoit trop d'efprit pour
ne pas s'appercevoir que fes
fentimens alloient à l'amour,
& qu'il luy feroit aifé de s'en
faire aimer avec excés , pour
peu qu'elle vouluft luy montrer
de correfpondances
mais le Marquis dépen .
doit d'un Pere fort riche
encore affez jeune , & qui
eftoit fi avare, qu'il n'en tiroit
qu'une fort legere avance
pour paroistre dans le monde.
Ce Pere eftoit d'ailleurs fi
238 MERCURE
imperieux & fi emporté , que
fifon Fils cuft ofé fonger à
difpofer de luy mefme , il n'y
a rien qu'il n'euft deu apprehender.
La connoiffance qu'
elle cut de toutes ces chofes
l'obligea de refifter au panchant
qui l'auroit portée à
l'écouter. Si- teft qu'il commençoit
à l'entretenir de ce
qui fe paffoit dans fon coeur
pour elle , elle le prioit d'ou
vrir les yeux fur l'inutilité de
l'engagement qu'il vouloit
prédre ,puis qu'il ne la trouves
roit jamais difpofée à rien de ce
qui pouvoit avoir la moindre
GALANT.M239
apparence de galanterie, & quedans
la dépendance où il ef.
toit , il ne pouvoit luy eſtre
permis de s'abandonner à des
fantimens qui convinffent à
une perfonne de fon caracte
re,qu'aucune confiderationde
toutes celles qui avoient ac
coutumé de faire des liaiſons ,
ne pouvoit faire manquer à ce
qu'elle fe devoit. Quelque plaifit
mefme qu'elle trouvaft à
le voir , elle pouffa fi loin
fes fcrupules , qu'elle s'obſtina
à luy défendre des vifites
affidues qui pouvoient porter
arteinte à la réputation. Ce
240 MERCURE
ne pouvoit eftre fans fe faire
violence , mais tout ce que
luy difoit fon coeur en s'y
oppofant luy cftoir fufpect,
& le Marquis fut contraint de
fe foumettre
à ce qu'exigeoit
de luy la feverité de fa fageffe .
L'obstacle qu'il trouva par là
à fes defirs ne fit qu'irriter
fa
paffion , & elle devint toujours
& plus empreffée ; &
plus violence. Il n'avoit de
joye que dans les heures qu'il
paffoit chez elle , & comme
il ne voyoit aucun jour à ob
tenir de fon Pere le confente?
ment qu'il cuſt fouhaité , il ſe
contentoit
GALANT. 241
contentoit de l'affurer d'une
amitié éternelle , puis qu'il
eftoit affez malheureux pour
u'estrepoint maistre de fa
destinée. Cependant la Dame
no negligeant rien afin de for
tir d'affaires , fe fervit de fon
credit pour avoir accés auprés
du Miniftre. Elle cut le
plaifir d'en eftre écoutée fa .
vorablement. La chofe dont
il s'agiffoit, avoit befoin d'une
tres- forte application pour en
developer les difficultez , &
pour bien connoiſtic l'équi
té de fes deffenfes , & le foin
en fut commis à un Finan
X
Fevrier 1694 .
242 MERCURE
cier fort éclairé , qui fe char
gea de l'approfondir avec le
Traitant Outre la recommandation
du Miniftre qui
témoigna fouhaiter que fest
raifons fuffent bien fondées ,
elle avoit celle de fa beauté &
de fon merite, qui fir un fort
prompt effet fur l'efprit du Financier.
Il alloit fouvent luy
demander éclairciflement
qui luy eftoit neceffaire fur
certains articles , & à force
de la voir il la trouva toute
aimable. C'eftoit un homme
poly, dont la converfation é
toit amufante , & elle le fut
#
GALANT
243
Y
d'autant
plus
pour la
jeure
Veuve
qu'il y
melont
beau
coup de
douceurs
qui lav flatoient.
Le
befoin
qu'elle avoit
de fon
fecours
l'obligeant à
prendre
pour luy les
manieres
les plus
douces & les
plus
#honneftes , elle
l'attira puif.
famment dans fon
party , &
comme elle
remarqua que les
doutes
qu'il
fembloit
avoir
für fon
affaire ,
n'eftoient la
plus-part que des
pretextes
pour
autorifer
fes vifites affidues
, elle laiffa à fes
charmes
tous les
agrémens qu'ils pouvoient
avoir, afin de luy don-
3
X ij
244 MERCURE
ner de l'amour. Elle y reuffiti
& plein d'une paffion qu'il ne
put vaincre il fouftint fi
bien fes interefts , qu'il luy fit
avoir fatisfaction entière dans
toutes les chofes qu'elle demandoit.
Si toft qu'elle fat
hors d'embarras , le jeune
Marquis, dont l'empreffement
avoit cfté extraordinaire à folliciter
le Financier , pria la
Dame de luy permettre un
voyage auprés de fon Pere ,
qui le preffoit depuis fort
long- temps de l'aller trouver.
Elle ne put s'empefcher de
luy répondre qu'elle voyoit
22
GALANT 245
1-
bien qu'on le rappelloit afin
que l'abfence effaçaft l'impreffion
qu'elle pouvoit avoir
faite fur fon coeur, & qu'elle
fouhaitoit pour fon repos que
l'éloignement produifift l'effet
qu'il en devoit efperer.
Ce petit reproche donna fujec
au Marquis de luy faire
les plus tendres proteftations ,
& de l'affeurer d'une conftance
dans les fentimens que rien
au monde ne feroit capable
d'ébranler. Il partit , & fon
départ apprit à la Dame qu'el-
Je l'aimoit plus qu'elle ne
croyoit. Elle cut pourtant af
X iij
246 MERCURE
=
fez de raifon pour eltre bien
aile d'une feparation qui pouvoit
d'abord luy faire peine,
mais qui devoit la remettre
enfuite dans fon premier état
de tranquillité. Elle en tecevoir
des Lettres affez rarement,
parce qu'apprehendant
le poifon qu'elles ont pour
ceux qui fentent un commencement
d'amour , elle avoit
reglé da chofe de cette
maniere. Le Financier continuoir
à la voir , & les fervi
ces qu'il pouvoit luy rendre
obligeant toujours la jeune
Veuve à la mefme complai
GALANT 247
fance , plus il jouïffoit de fa
converfation & de fa veuë ,
plus les nouveaux charmes
qu'il luy découvrait donnoient
de force à fa paffion.
Elle fut enfin fi violente que
n'en pouvant devenir le maître
, & connoiffant que la Dame
eftoit d'une vertu & dune
fageffe à ne fe promettre
rien quis fuft contraire à fa
gloire il ne fe put empefcher
de luy propofer un mariage .
Cette propofition la mit dans
quelque embarras . Le Financier
eftoic riche, & d'un tour
d'efprit qui luy convenoit af-
F
X iiij
248 MERCURE
fez , & en l'époufant elle fe
mettoit dans un état d'opulen-
Ce qui ne pouvoir que luy faireun
fort grand plaifir, mais
il luy fâchoit qu'on la vift la
Femme d'un homme d'affaires
, aprés avoir ofté celle d'un
Officier diftingué , qui luyavoit
laiffés un rangdans le
monde, & combattue par ces
divers interefts , elle deman
da du temps pour prendre une
refolution determinée. L'incertitude
où elle mit le bonheur
du Financier , l'enflam
mant de plus en plus ,il la preffa
fi fort de luy dire ce quien
GALANT 249
eftoit la caufe , qu'elle voulut
bien luy avouer , que portant
un pom rendu illuftre par un
grand nombre d'actions fort
éclatantes , elle avoit peine à
y renoncer. Le Financier ref
va quelque temps , & luy dit
enfuite qu'il fuffifoit qu'il l'aimaft
pour la vouloir fatisfaire
$ en toutes chofes , & qu'afin
qu'elle ' puſt toujours garder
fon nom il n'y avoir qu'à tenir
leur mariage fecrets que même
beaucoup de raifons qui
regardoient fa fortune , l'obligeoient
à fouhaiter qu'il
ne fuftpoint fccu & qu'ils n'en
250 MERCURE

vivroient que plus heureux :
puis queleur amour ayant tou
jours un air de myftere, en au
roitplus d'agrément . La Dame,
aprés avoir un peu raiſonné,
s'accommoda du party. Les
fentimens qu'elle avoit pour
de Marquis , dont elle n'avoit
rien à efperer , s'eftant affoiblis
par fon abfence, fon coeur
luy paroiffoit affez libre . Elle
demeuroit toujours ce qu'elle
eftoit à l'égard du monde , &
on la tiroit d'inquietude en
luy fourniffant dequoy foutenir
une dépense qu'elle
n'cuft pu faire fans ce maGALANT.
0251
1
riage . Il fut conclu fi fecretement
qu'on n'en cut pas de
moindre foupçon . Le Financier
regloir les vifites felon
de temps que luy laiffoient fes
affaires , & comme ils en retranchoient
l'affiduitépour ne
point donner de pretexte aux
contes , ils évitoient les dégouts
que caufe ordinaire
ment aux gens mariez la ne
ceffiré de fe voir fans ceffe.
Aprés deux mois paflez de la
forte avec une égale fatisfaction
de l'an & de l'autre , le
Financier parut refveur &
chagrin, La Dame luy en fic
292 MERCURE
plufieurs reproches , en luy
difant qu'elle apprehendoit
que ce ne fult un effet du mariage
, qui faifoit moins eftimerce
qu'on étoit aſſuré de ne
point perdre. Il rejettoit certe
refverie fur l'accablement de
fes affaires qui l'empêchoient
même de la voir auffi fouvent
qu'il l'euft fouhaité , & fon
chagrin augmentant toujours,
la Dame commença à fe chaq
griner de fon cofté . Il y avoit
des inftans où elle le repentoir
de fon mariage , mais elle en
cut un fujet bien plus pref
fant lors qu'elle y cftoit le
CALANT. 253
&
moins préparée. Elle refvoit
feule dans fa chambre
tout d'un coup , fans cen
avoir efté avertie , elle y vic
entrer le jeune Marquis avec
une joyer de la revoir qui
ne fe peut exprimer . Il eftoit
en deuil , fon Pere eftoit mort
en quatre jours , & il luy venoit
offrir fa fortune. Jugezi
quel étrange contre - temps
pour elle , qui ne pouvant accepter
ce qui auroit fait tout
le bonheur de fa vie , n'avoit
aucune faifon qui puſt juſtifier
fon refus . Elle dit d'abord
que le Mariage eltoit une affaire
de trop d'importance ,
214 MERCURE
pour s'y engager legerement;
qu'il agifloit en jeune hommeremply
d'une paffion aveu
gle , qu'il eftoit bon qu'il examinalt
, & que pour luyitémoigner
combien elle eftoit
de fes Amies, elle luy donnoit
une année entière , afin qu'il
puft s'éprouver fur les grands
Partis qui s'offriroient , & qui
pourroient tenter fa conftan
ce. Le Marquis prit fa generofité
pour une injure , & ce
qu'il y cut de rare , c'eſt que
n'en pouvant tirer le confentement
qu'il demandoit , if
alla trouver le Financier qu'il
GALANT.M 255
fçavoit toujours de fes Amis,
pour l'engager à parler pour
luy. Le Financier l'affeuroit
que rien ne luy pourroit faire
un plus grand plaifir que de
luy voir époufer la Dame, &
laDame
avoit une double af
fiction , & du refroidiffement
que le Financier témoignoit
pour elle, & de l'impoffibilité
où elle eftoit defe donrau
jeune Marquis. Il eſtoir
toujours chez elle , parce que
n'ayant que des veuës tres le
gitimes , il eftoit bien- aife de
les publier. Tous les Amis dela
Dame condamnoient fa réner
256 MERCURE
fiftance ; & ce qui la furpre
noit , c'est que quand elle parloit
au Financier de fon enbarras
à empêcher les empref
femens du jeune Marquis , il la
prioit de le voir fans appre
hender qu'il devinſt jaloux ,
la connoiffant trop pour ne fe
répondre pas de fa fageffe . Les
chofes eftoient en cet eftat ,
quand le Financier fut attaqué
d'une Fiévre dangereufe. Les
accés en furent tres -violensy
& le reduifirent à l'extremit
té. Les Medecins en defefpererent
, & la Dame l'eftanc
allée voir comme elle avoit
GALANT 257
92
fait das le cours de fa maladie,
celuy qui le difpofoit à bien
mourir luy vint dire, que ne
voulant plus penfer aux chofes
du monde , il avoit prié
qu'on ne luy fiſt voir perfonnc.
Comme elle infifta fur ce
qu'elle avoit des droits que
les autres n'avoient pás , l'Écclefiaftique
luy répondit qu'il
n'eftoit pas befoin qu'e
s'expliquaft , qu'il fçavoit fon
mariage , & que pour marque
de la fincere amitié que le Financier
avoit pour elle , il luy
avoit mis entre les mains unc
fomme de dix-mille écus qu'il
Fevrier 1694. Y
Pelle
28 MERCURE
luy compteroit aprés la mort .
R
La Dame s'en retourna affez
confolée , & ayant veu le Matquis
qui ne ceffoit point de
la preffer , elle luy dit que
puiſqu'il perſiſtoit dans ſa paſfion
il faudroit bien fe refoudre
à la reconnoiftre déla
maniere qu'il le fouhaitoit . Il
la conjura de choisir un jour ,
& elle ne luy demanda qu'un
peu de temps pour
temps pour le confoler
de la perte d'un amy , de
qui elle avoit receu tant de
bons offices. Le Financier de.
meura trois jours dans un
cftat qui le faifoit voir tout
GALANT 259
preft d'expirer , &la nature
par un effortqu'on n'attendoir
pas , vainquit la maigrité
d'un mal qui avoit miss
les Medecins à bout. Dins
quels nouveaux embarrasste
refurrection , ne mit , de
point la Dame ! La certitude
qu'elle avoit pu prendre e
fa mort pendant plufcurs
jours ayant reveillé tote
la cendreffe que luy avoit int
pirée le jeune Marquis , eile
savoit envisagé comme un
bonheur fouverain , le pla
fir de fatisfaire fon coeur
l'époufant , & non sulcsics .
Y U
1260 MERCURE
Y
il y falloit renoncer, mais luy
manquer de parole , fans qu'-
elle puft appuyer fur aucune
excufe l'inegalité de fentimens
qu'elle alloit faire paroiftrc.
Accablée d'un cftat fi
malheureux , elle ne pouvoit
fortir de ce labyrinte qu'en
luy confiant , quoy qu'avec
chagrin , ce que fa gloire vouloit
qu'elle tinft toujours caché
, & elle prenoir cette refolution
, lors que ce mefme
Ecclefiaftique qui luy avoit
parlé des dix mille écus , vint
la trouver pour fe décharger
de fon depoft. Elle fut fur
GALANT 261
prife d'un don qu'on ne de
voit point luy faire, puifque
le Financierofeparetablifoit
dans fa premiere ſanté , mais
PEcclefiaftique luy apprit
d'étranges choſes. Son maariage
qui luy faifoit perdre
[ ile Marquis n'eftoit point
valable & le Financier
un'eftoit tombé dans la dangereufe
maladie qui avoit
-penfé le mettre au tombeau,
sique par le remords du crime
que la violence de fa paffion
luy avoit fait faire . Il n'avoit
* apu l'époufer, eftant marié de-
-puis dix ans dans une Provin
262 MERCURE
44
*
ce fort éloignée , avec une
Femme qui par facmauvaife
humeur l'avoit obligé de s'ch
feparer de corps &› derbiens .
Cette femme qui ne pouvoit
vivre avec perfonne , s'eftoit
retirée dans un Convent , &
il cftoit venu à Paris où il
s'eftoit mis dans les affaires
fans faire connoiſtre qu'il
fuft marié. La Dame fentic
vivement outrage que le Fi.
nancier luy avoit fait par fa
tromperie, & jura de s'en vanger
par toutes fortes de voyes ,
mais l'Ecclefiaftique lui ayant
fait voir combien l'éclat éGALANT
263
Toit dangereux, & qu'elle ne
pouvoit poursuivre le Finácier
fans le donner en spectacle
au monde d'une maniere fort
defagreable , il l'obligea d'autant
plus facilement à déferer
au confeil qu'il luy donna de
tenir toujours les chofes fecretes
, qu'elle apprehenda que
1 le Marquis ne prift du dégouſt
pour elle, s'il fçavoitfon avancurel
Ainfi la negotiation
roula feulement fur les interefts,
qui aprés plufieurs allées
& venues furent reglez à vingt
mille écus. Elle toucha certe
fomme , & n'ayant rien à fe
a
264 MERCURE
reprocher du côté de ſa vertus
puis que toute autre cuft cfté
trompée comme elle l'avoit
effé , elle ne fongea plus qu'à
vivre heureufe avec le Mar
quis , qu'elle époufa quelques
jours aprés .
Il y a peu d'Etats dans l'Europe
où les grandes Ceremonies
, comme celles des Mariages
, & des Pompes Funebres
, fe faffent avec plus d'éclat
qu'en Suede . C'eft ce
qui m'a obligé de m'informer
avec foin de tout ce qui s'eft
paffé à Stokolm à l'occaſion
de la mort de la Reine regnante
GALANT: 265.
ce
gnante de Suede, afin de fatis
faire vostre curiofité fur cet
article. Vous trouverez que
éette Relation répond à l'at
tente que vous en avez
pendant la marche , pour fe
rendre au licu ou les Rois
de Suede font enterrez , ne s'eft
pas faire avec tout l'éclat qui
a de coultume d'accompagner
ces fortes de Ceremonies , le
Roy qui occupe aujourd'huy
le Trône ayant jugé à propos
d'en retrancher une par

tic , & voulant fervir d'exem
ble à fes Succeffeurs &aux Par
ticuliers pour faire moderer
Fevrier 1694. Z
266 MERCURE
les grandes dépenfes, qui fe
font dans les Etats. Je paffe à
la marche qui a procedé les
Ceremonies de l'Eglife. La
veille du jourqu'elles fe firent ,
qui cftoir le 7 Decembre,
plufieurs Herauts, d'Armes
publierent dans les Places
publiques de la Ville & des
Fauxbourgs , que l'Enterre
ment fe devoir faire le len,
demain. Les quatre Eftats du
Royaume , fçavoir les Dé
putez de la Nobleffe , du
Clergé , des Bourgeois & des
Payfans, qui cftoient venus
pour la Diette Generale
GALANT 267
24
furent avertis de fe trouver
ce jour- là aux endroits qui
leur furent marquez pour
s'affembler. Le foir de ce
4mefme jour , le Grand Maiftre
de la Maifon du Roy , fo
#tranfporta dans l'Eglife, nom
mée Ridderholm , ou font
les fepultures des Rois de
Suede , & ou eftoit le Corps
de la Reine . Il y vint accom
pagné de hurt, tant Generaux
qu'Ameraux
& Gouver
neurs de Province , qui
ofterent le Corps du lieu
où il eftoit en depoſt
& le porterent dans le
Z ij
268 MERCURE
Choeur fur un Maufolée dont
je vous parleray dans la fuitc.
Le matin du huitième , les
Drabans faifant , trois cens
Chevaux , le Regiment des
Gardes à pied faifant deux
mille hommes , tous habillez
de noir , fe trouverent dans
la grande Place du Fauxbourg
du Nord Quatre Compagnies.
du Regiment du Roy , à chcval,
deux Compagnies de la
Bourgeoific de la Ville à che
val, & toutes les Compagnies
de la Bourgeoifie à pied , s'af
femblerent en differentes Pla
GALANT 269
t
*
des de la Ville & des Fauxbourgs.
A dix heures du matin,
les Drabans , & enfuite les
quatre Compagnies du Regi
mene du Roy , commencerent
à marcher , & allerent fe
ranger en hayo aux endroits
qui leur furent affignez prés
de cette Eglife. Le Regiment
des Gardes & les Compagnies
des Bourgeois , tant de
Cavalerie que d'Infanterie , fi .
rent la mefme chofe. 1
Pendant la marche , la Ca✩
valerie portoit l'épée fous le
bras gauche , & l'Infanterie
les piques trainantes & les
Z iij
270 MERCURE
moufquets la croffe fous le
bras. Les hauts & bas Officiers
portoient pareillement les demy-
piques & les percuifanes
fous le bras gauche , & les Drapeaux
& les Etendarts étoient
roulez & portez de la meſme
forte
La Nobleffe & les Principaux
Officiers deRobe fe trouverent
le matin au Palais de
la Nobleffe en grands man→
teaux trainans, & marcherent
à midy de là au Chaſteau , le
Prefident ou Maréchal de la
Nobleffe à leur tefte, pour accompagner
enfuite leurs Ma-
S
+
GALANT. 271

3
Joltez les Princes & les Princoffes
à l'Eglife. Sma
2: Les Députez des trois autres
Eeats s'aflemblerent pareillemehiste
matin dans les endroits
accoutumez , d'où ils fe
rendircht en proceffion à l'Eglife
du Ridderholm à midy.
A une heure aprés midy , les
Senateurs du Roy fe rendirent
au Chateau , à l'appar-
?rement de Sa Majesté . Les
Dames , Epoufes & Veuves des
Scifateurs, s'affemblerent dans
- celuy des Prince fes-) afin d'accompagner
la Reine- Mere &
les Princeffes à l'Eglife . Les
K
Z iiij
272 MERCURE
-autres Dames & Demoiselles
de qualité fe trouveront dans
J'Eglife où elles furent placées
par le Maistre des Ceremonies
en des places convenables à
frang.stuuíba aut. leur
Aux deux coftez du Maus
folée il y avoit vingt - quatre
Drabans , commandez par le
Colonel du Régiment des
Gardes & des Drabanse 191
Un Lieutenant des Drabans
& un Capitaine du Regiment
des Gardes , aftoient placez an
pied du Cercueil. Quatre Herauts
d'Armes eſtoient poſtez
à l'entrée du Choeur , portant
GALANT. 273
1
1
de grands manteaux traînans
pardeffus leurs Cottes d'armes.
A deux heures , les Cloches de
routes les Eglifes de la Ville
& des Fauxbourgs commen
cérent à fonner, & à trois heures
la marche commença dú
Chaftcau à l'Eglife , dans l'ordre
fuivant. 495 52 VESTES
Le Maréchal de la Cour pa
tut d'abord avec la moitié de
Ja Nobleffe , qui s'étoit parragée
en deux troupes, & quans
wisé d'autres Officiers de la
Cour , en manteaux longs &
crefpes traifnans , les teftes
nuës.
274 MERCURE
Cette troupe eftoit faivie
du Caroffe du Roy , à fix cheq
vaux caparaçonnez de noir ,
dans lequel eftoit Sa Majeſté,
Je Prince Royal , & le Prince
Guftave , Coufin - germaindu
Roy Autour du Caroffe marchoient
plufieurs Drabans à
pied , avec des Pages & des
Valets de pied.
Enfuice venoient deux autres
Caroffes de Sa Majeſté , à
fix chevaux dans lefquels
eltoient fept Senateurs du
Roy
Aprés ces deux Caroffes
marchoit un autre Carolle à
GALANT. 275
fix chevaux , dans lequel ef
toient les fix Senateurs qui devoient
mener la Reine- Mere,
& les deux Princeffes . Il marchoit
devant celuy de la Reine
, afin qu'ils fullent à l'Eglfe
avant Sa Majafté . Ce Caroffe
eftoit fuivy du Maréchal de
Cour de la Reine- Mere , qui
oftoir à la refte de l'autre moitié
de la Nobleſſe laquelle
précedoir leCaroffe de la Reine
More , en manteau long &
orcfpe trainant , la reste-nučo
Autour du Caroffe où eftoit
Sa Majefté avec les deux Prin
celles marchoient pluſieurs
276 MERCURE
Drabans à pied , avec des Par
ges & des Valets de pied . Un
autre Caroffe de la Reine, à fix
chevaux, fuivoit , & à la fuite
deceluy là quatre autres, tous
à fix chevaux , dont les deux
premiers eftoient remplis de
la Dame & des Filles d'honneur
de la défunte Reine ; les
deux autres, de la Dame & des
Filles d'honneur de la Reinemere.
A la queue eftoient les
Caroffes des Dames Femmes
des Senateurs. Le Roy fut recou
à l'entrée de l'Eglife par
Le Grand-Maiſtre , qui mar
choit devant Sa Majesté. La
GALANT. 277
queue du manteau du Roy
eftoit portée par un des Chambellans.
.2
Le Roy & la Reine- mere,
furent receus à la porte de
l'Eglife par le Comte Charles,
Guldenftierne , Senateur du
Roy , & Gouverneur general.
duDomaine de la Reine, mere
Cette Princeffe eftoit menée,
par deux Senateurs , & fa
queue portée par deux Chambellans.
Leurs Majeftez s'eftant
avancées dans le Choeur,
y trouverenrleMaufolée dont
je vais vous faire la defcription
, ainfi que celle de toute
l'Eglife .
278 MERCURE
Dans le fond du Choeur fur
anc Eftradé élevée , au milieu
de laquelle paroiſſoir
une feconde élevation moins
eftendue , & fort enrichie ,
eftoit le corps de la Rei .
ne dans un Cercueil d'are
gent, couvert de velours noir,
& femé de Couronnes brodées
d'or. Les moulures eftoient
couvertes de galons
d'or , & tout autour de l'ouverture
du couvercle il y avoit
une riche frange d'or qui formoit
des feftons , qui cftoient
noüez avec des cordons , d'où
pendoient de groffes houppes .
Sous le Cercueil il y avoit de
GALANT
279
chaque cofté cinq bandelettes
de moire garnie de franges
d'or qui pendoient en bas
Ces bandelettes eftoient, mifes
pour fervir aux Senateurs,
pour le mettre dans un autre
Cercueil d'étain qui eftoit
dans le
caveau.oynana
Sur le couvercle du cofté
de la tefte on avoit mis une
grande & magnifique Couronne
d'or , enrichie de Diamans
, fur deux quarreaux de
velours noir , garnis de fran
ges d'or. Cette Couronne ef
toit compofée de huir grandes
pointes & de huit petites. Sur
280 MERCURE
chacune des grandes il yavoir
une Eftoile de Diamans, co
qui reprefente la Couronne
de l'immortalité . Cette Cou
ronne avoit eſté faite exprés ,
& eftoit de quinze pouces, ou
environ de diametre. Elle ef
toir par dehors auffi bien que
par dedans toure couverte de
Pierreries & eftimée environ
quatre cens mille francs . Par
deffus le Cercueil eftoit lo
Dais qui fut foutenu,tant que
la ceremonie dura , par huit
Generaux & Gouverneurs de
Province, & enfuite porté par
deffus le Cercueil jufques
&-
GALANT 28
d
au caveau . Le Dais eftoit de
velours noir feme deCouron-
-nes d'or fort richement brodées.
Il y avoit à l'entour une
crépine d'or fort maffive &
d'un tiers de haut , auffi bien
que toutes les aurres crepines
, & également magnifique
en dehors & en dedans . Les
pemmes quiornoient le haut
des bafton's do Dais eftoient
faites une maniere particu
liere & enrichies de Couronnes
royalds. Un peu à la gaus
che du Cercueil eftoit placée
uncitable furlaquelle estoient
Jes atributs de la Souveraine
Février 1694. Aa
282 MERCURE
té, qui font le Sceptre la Con
ronne & la Pomme , fur des
quarreaux de velours noir , ornez
de houppes & do franges,
Couverts d'un drap noir, Aux
quatre coins du Cercueil étoient
quatre piedeſtaux , qui
avec leur focles avoient plus
de huit pieds & demy de haut,
doréz & bronzez de differente
forte d'or & de bronze,
dont les feize faces eftoient
remplies de bas reliefs d'or reprefentane
des trophées funebres
d'une feulpture tres fine.
Ces piedeſtaux portoient
quarro Morts qui n'eftoient
GALANT. 283
pourtant point des Squelettes
d'environ huit pieds
& demy de haut, dont les ate
titudes eftoient toutes differentes
& tres fingulieres.C'é
toit des corps fort fecs, comme
ceux qui ne font pas fu
jets à la corruption . Leurcouleur
eftoit jaunâtre , ils él
roient allez, pour marquer la
rapidité du temps Leurs drappéries
de deffous eftoient de
taffetas blanc, & celles de def
fus d'un riche tiffu or & noir,
Ces draperies eftoient jettées
negligemment fur ces corps ,
de forte qu'aux uns la moitié
.
A a ij
284 MERCURE
de la tefte en eftoit couverte,
& les autres portoient des
Couronnes de Ciprés . Ces
quatre Morts ſouſtenoient un
monument magnifique , reprefenté
par une grande Piramide.
Aux deuxocoftez, paroiffoient
deux Renommées .
Elles eftoient de couleur de
chair,leurs drapperies de cref
pe blanc rayé d'or & celles
de deffus eftoit d'une moire
d'or fort riche, Elles tenoient
dans leurs mains des Lauriers
& des Palmes. Sur le haut de
la Pyramide eftoit placéciune .
Urne fort groffe avec une
CALANT / 284
{
9
444
Couronne royale. On voyoit
5 par deffus tout cela le grand
Pavillon qui contenoit deux
censaunes de velours noir ,
11 cftoit attaché en qua
tre endroits à la muraille
par de gros cordons , d'or.
La Pyramido le trouvoit par
deffus le Dais , & paroifloit
ne toucher à rien. Elle avoit
parien bas quatre pieds en
quarré, quinze pieds & demy
de haur & trois pieds & demy
de diametre. Il y avoit à
chaque face une grande Inf
cription & douze Deviſes, qui
exprimpient différemment
286 MERCURE
Filluftre
vie
ce
la glo
rieufe & la mort de la
Reine, ce qui faifoit enſemble
quarante -huit Deviſes & quatre
grandes Infcriptions. Le
fond fur lequel eftoient peintes
ces Inferiptions & Devilks
; eftoit fort obfcur? Le
corps de la Pyramide eftoit
de taffetas blanc , peint de
jaune , au travers duquel
les lampes qui eftoient dans
les piramides rendoicht les
lettres & les figures tout de
feu & tranfparentes , & avec
des houpes d'ou tomboient
en bas quatre grands rideaux.
GALANT : 287
-
Une groffe crefpine or & ar
gent bboorrddooit chacun des rideaux
du Pavillon en dehots.
Au milieu, devant & derriere,
l'onavoit mis des cartouches,
avec le Chiffre de Sa Majefté,
& une Couronne Royale par
deffus. Sur les huit angles ily
avoir de grands bouquets de
plumes blanches avec des aigrettes
. Ils eſtoient pofez fur
une corniche d'or , & qui é-
Loit feparée de la creſpine par
des feftons de crefpe noir au
dedans , il y avoit de certaines
pentes de pieces de rapport , de
velours ,noir, d'Hermines & de
288 MERCURE
Moire d'or, garnies de franges
or & argent , & renouées de
quarante- deux houppes d'or.
Le Pavillon & fes rideaux étoient
femez en dedans d'environ
dix huit cens Couronnes
d'or. Sur chaque fefton il y
avoit un grand Cartouche
avec les Armes de Suede & de
Dannemarck, brodées enfemble
avec des Palmes , & une
Couronne Royale . Un peu
au deffqs eftoient des Inferi
ptions en gros caracteres ,
contenant le nom de la Reine.
Chaque fefton avec leurs pentes
avoit quatre aunes de haur,
*
.
&
GALANT. 289
K
1
"
&autour il yavoit fur les neuf
autres les Armes des Provin→
ces de Suede , brodées , au
nombre decinquante-neuf, fur
deux bordures larges , marquées
par deux groffes bant
des d'hermine, accompagnées
de frange & de molets d'or.
Entre ces bandes eftoient pla
cées les Armes des Provinces
de Suede Sous ces cartouches
par en bas il y avoit des
crefpines d'or fort hautes &
fort riches, qui avec leur fran
ge finiffoient la pente.LePavil
Ion eftoit tout couvert par
dehors d'un crefpe blanc rayé
Fevrier 1694.
Bb
290 MERCURE
d'or,qui fe détachoit d'avec la
crefpine d'or & d'argent d'en
haut, par le moyen de certains
feftons de crefpe noir qu'on
avoit cu foin de mettre entre
pente & la crefpine.
la
+ Pour la Nef, elle eftoit tou
te tenduë de noir , fçavoir les
murailles , les voûtes , les tribunes
, les allées & les chaifes,
& quoy que la structure de
l'Eglife foit fort irreguliere ,
tout eftoit fi bien bien menagé
que la fy metric ne laiffoit pas
de s'y trouver . Où il n'y avoit
point de tribunes l'on en a
voit fait de fauffes par le
+
GALANT. 291
moyen des tentures . Il y avoit
dans la grande voûte, com-
3 me auffi dans celle qui traverfe
, & fous les arcades des
tribunes quantité de feftons
de crefpe noir , large garny
degaze d'argent pliffé de deux
coftez , qui paroiffoit comme
des franges, dont étoient auffi
les noeuds qui feparoient les
feftons. Les bandeaux des
voûtes cftoient auffi garnis
de feftons , tout en eſtant ſi
remply que le nombre en é
roit d'environ douze cens .
J
4
"
1 Dans les arcades au deffus des
vrayes tribunes, comme par
Bb ij
292 MERCURE
deffus les fauffes , pendoient
feize cartourches d'argent fort
grands , avec des Couronnes
royales d'or & environnées
de Palmes . Une Devife rem
pliffoit chacun de ces cartouches,
qui eftoient attachez
aux piliers parde gros noeuds.
Au coin des voûtes , & par
deffus les cartouches , il y avoit
fur les piliersprout du
long de l'Eglife , d'efpace en
efpace, des Buftes de mort qui
finiffoient par bas en manicre
de Teimes ou de Confoles .
Ils avoient plus de huit pieds
& demy de haut , & on les
GALANT 293
voyoit par deffus la foule du
monde. Ces Buftes tenoient
dans chaque main une Girandole
de fept branches . Les
morts portoient fur leurs teftes
des Lauriers & des fables
& ils eftoient copron
nez & aîlez. Au bas des Confoles
il y avoit des cartouches
avec des Couronnes , & des
Palmes qui avoient fix pieds
& demy de large , dans lef
quelsoil n'y avoit que deux
mots Latins qui faifoient allufion
aux vertus , heroïques
de la Reine. Ces Termes &
ces Ecuffons étoient de ronde
Bb iij
294 MERCURE
boffe, & d'argent , partie d'ar
gantomar & partie d'argent
loifant. Les ornemens des Girandoles
, des Sables & des
Couronnes fur les cartou
ches eftoient dorez, & les Lau
Fiers & les Palmes cftoient é
maillez de vert. Les baluftra
des de toutes les tribunes é
toient renduës de bandes de
velours noir , d'une aune de
haut , & l'on voyoir par tour
entre deux Morts de grandes
Armoiries, cötenant les Armes
des Provinces de Suede , avec
leurs Couronnes naturelles ,
brodées & enrichies par de
4
GALANT
295
groffes franges dior . Ces Armes
faifoient de chaque cofté
Le nombre de cinquante- neuf,
qui eft celuy des Provinces
qui compafont le Royaume
de Suede Les premieres de ces
Armoiries eftoient au grand
Autel , & les dernieres à la
grande tribune qui cfth par
deffus la porten ddae...l'Eglife.
Entre les Armes des Provin
ces fur ces bandes de velours.
il y avoir par tout les trois
Couronnes quis fonts les An
mes de Suede brodées d'or.ll
y avoit auffi tout autour par
deffus la grande bande de ves
Bb iiij
296 MERCURE
lours , un demy- lé de velours
au bas duquel bune crefpine
faifoit le tour , comme auffi
pareillement une frange d'or
au haut tout autour du demylé
de velours noir . Au bas de
la grande bande fous les cartouches
, regnoient tout à l'entour
de l'Eglife des bandesfort
larges d'une moire d'or tresriche,
qui de plus étoient garnies
des deux coſtez de galon
or & argent . Au deffous de ces
armes de Province , eftoienr
des Cierges dans de petites
Couronnes ouvertes , dorées,
3
GALANT 297
qui avoient affez des faillie
pour ne donner pas fujet de
craindre le feu & pour ne
pas empefcher la veuë au
contraire, elles éclairoient les
Armorics.Devant le Grand-
Autel, il y avoit un grand Ta
bleau peint avec des couleurs
ardentes fur un fond obfcur
de taffetas , où eftoit repre
fenté grand comme nature,
l'Agneau de l'Apocalypfe ,
mort fur un petit Autel, avec
les fept Chandeliers derriere,
fur lefquels on voyoit un jeu
ne homme fe fouftenant dans
les airs , & tenant le Livre des
298 MERCURE
fept Sceaux . Au deffous eftoit
écrir , Fui mortuus & eccefam
vivens , ce qui eft pris dans
l'Apocalypfe
au premier
Chapitre. Tout cela cftoir
fort lumineux & transparent,
& faifoit un tres- bel effet: Les
quatro Colonnes de l'Autel
eftoient couvertes d'un tiffu
or & noir. Par deffus la Corniche
pendoit une fort grande
& riche crefpine or & ar
gent. Il y avoit encore fur
L'Autel plufieurs Ornemens
avec des Feftons & des Candelabres
qui portoient cinquante
cierges.
GALANT. 299
Si- toft que leurs Majeftez ,
ayce le Prince & les Princef
fes , furent entrées dans l'Eglife
, la Mufique du Roy commença
à fe faire entendre d'une
maniere lugubre , aprés
quoy l'Archevelque d'Upfal
prononça l'Oraifon Funebre,
prenant pour texte le 21. ver
fet du premier chapitre de
Epiftre de S. Paul aux Phi
Lippiensa sub
,
L'Oraifon Funebre finie , la
Mufique recommença pendant
laquelle le Grand, Maiftre
, & les trois Senateurs
nommez pour porter la Cou
14
300 MERCURE
ronne , le Sceptre & la Pomme
, s'avancerent vers le Maufolée
avec les autres Senateurs,
qui devoient porter le Corps.
Hs leverent le Cercueil de
l'Eftrade où il eftoit pofé , &
le porterent dans le Caveau .
Devant le Corps marchoient
les quatre Herauts , le Grand
Maiftre , & les trois Senateurs
qui portoient les attributs de
la Souveraineté, mais le Grand
Maiftre defcendit dans le Caveau.
Quand le Corps y fut
pofé, on tira deux cens coups
de Canon en divers endroits
de la Ville. Aprés cela , les
GALANT. 3or
301
Drabans , le Regiment du
Roy , la Cavalerie de la Ville ,
leRegiment des Gardes à pied ,
les Compagnies de la Bourgeoific
à pied , firent leur premiere
decharge ; le Canon
tira une feconde fois un mê
me nombre de coups , ce qui
fur fuivi d'une feconde dé
charge des Troupes . A la fin
de la Ceremonic , l'Evefque
de Lincoping donna la benediction.
Enfuite les Cloches
recommencerent à fonner , &
on retourna au Chafteau dans
le mefme ordre. Pendant que
le Service fe faifoit dans l'E302
MERCURE
glife où eftoit le corps , on
faifoit de mefme des Services,
& on prononçoit des Oraifons
funebres dans toutes les
autres Eglifes de la Ville &
des Faux- bourgs qui estoient
éclairées & tendues de noir.
La Ceremonic fut fuivie d'un
grand Souper. Les Senateurs
du Roy, la Nobleffe , les Dames
, Epoules & Veuves des
Senateurs , les autres Dames
de la Cour , le Clergé , les
Bourgeois & les Payfans , furent
tous traitez en differens
Appartemens du Chateau ,
avec beaucoup de magnificence
.
7
rub sivial
བརྡ་ སྙམ ལོ་ རྒྱུས །

GALANT.
303
Au retour le foir , la Ca
valerie & l'Infanterie por
toient les armes à la maniere
ordinaire. Pendant les deux
marches on touchoit les tambours
& les timbales , mais ils
eftoient couverts.
Vous trouverez dans l'Ef
tampe que je vous envoye une
legere idée du Maufolée que
j'ay fait graver. S'il eftoit act
compagné de la décoration
de l'Eglife , l'union que fe.
roit le tout enſemble vous le
feroit paroistre d'une plus
grande beauté , mais le peu
d'étendue de la Planche n'a
304 MERCURE
pas permis d'y rien faire graver
davantage , à caufe que la
confufion auroit empêché d'y
rien diftinguer.
M de Teffin , Intendant
general des Baſtimens du Roy
de Suede , & Chambellan de
la Reine- mere , a fait ce Maufolée.
La beauté de fon genie
& fa capacité font connues en
France , par tout ce qu'il y a
de gens diftinguez dans les
beaux Arts .
: A l'occafion de cette folemnité
Sa Majefté Suedoife a fait fraper
deux Medailles d'argent affez
grofles , lefquelles ont efté diftribuées
parmy les Eftats du RoyauGALANT.
305
༢༠༣
me. On voit à la face droite de la
plus groffe le Bufte de la feuë Reine,
avec cette infcription: Diva. Ul
rica. Eleonora, Regina. Sueva. Regis.
Regni. Seculique. defiderium. On
voit au bas du revers une partie
du Globe de la Terre , fur
lequel font pofez les Attribus de
la Souveraineté , fçavoir la Couronne
, le Sceptre & la Pomme,
Au deffus paroift encore le P'ertrait
de cette Reine,porté fur une
nuée, & couronné d'une Couronne
d'immortalité, L'infctiption eft :
Solio meliore recepta. Et dans l'Exergue:
Nata. 1656. Coron, 1680.
Denat. 1693. La plus petité eft pareille
à l'autre, excepté que fur le
Bufte de la Reine il y a cette infcription.
Vir. Eleon . R. S. Regis &
fubditorum amor & defiderium.
Fevrier 1694. Cc
306 MERCURE
L'Academie Françoife a perdu
Meffire Louis Irland , Preftre, Seigneut
de Lavau , & de la Buffiere ,
dans un âge affez peu avancé ,pour a
voir fujet de croire qu'elle le con
ferveroit longtemps. Il mourut le 4.
de ce mois aprés quatre jours de maladie.
Il eftoit d'une tres- noble &
tres ancienne famille , qui paffa
d'Hibernie en Ecoffe: La Lettre
Patente du Roy de la Grand'Bretagne
pour la confirmation , & l'antiquité
de la nobleffe de cette Maifon
, avec une atteftation faire fur
les lieux , & une Patente du Roy
de France donnée en confequen
ce, font imprimées chez le fieur Muguet,
Libraire à Paris.Je ne vous parleray
que de la derniere de ces Pieces
qui eft la Patente du Roy, où aprés
Fexpofé , Sa Maiefté parle ainfi
GALANT
307
Sçavoir faifons qu'après avoir fait
voir en noftre Confeil, les Lettres Patentes
de noftre Frere & Coufin le Roy
de la Grand Bretagne , cy- attachées
fous le contre-feel de noftre Chancellerie
contenant une authentique
atteftation de la nobleffe & de l'ancienneté
de la Race & Famille du nom
d'Irland , dont les Auteurs fortirent
d'Hibernie il y a plus de fept cens
ans , pour venir s'habituer en Ecoffe,
où eux & leurs Defcendans poffede
rent pendant trois cens ans la Terre
de Bordland, en la Frovince de Lorn,
depuis pafferent en celle de Périk,
où ils acquirent la Baronnie de Murthlie
, & s'allierent par mariage avec
les nobles Familles des Moraves ,
Drummunds , Mercers , & autres ,
non moins illuftres que la leur , Nous
auons dit & declaré , difons & det

2
Cc ij
308 MERCURE
clarons par ces Prefentes , fignées de
noftre main , que nous reconnoiffons
le Sr de la Vau Irland , & tous les
Defcendans de Robert Irland , fon
Ayeul , qui afait la branche qui s'eft
établie en noftre Royaume , pour Gentilshommes
iffus de la noble Famille
des Irland,Seigneurs de Burnbane,
auparavant Barons de ce Murthlie
Ecoffois ; Avouons & autoriſons , en
tant que befoin feroit , l'ancienneté de
leur Nobleffe , fuivant le témoignage
qu'en a rendu noftredit bon Frere &
Coufin le Roy de la Grand Bretagne.
Voulons & nous plait que ledit Sr de
la Vau Irland , & autres Defcendans
de Robert , enſemble leurs Enfaus
nez en loyal mariage , foient venus,
reputez traitez par tous nos sujets,
da quelque qualité & condition qu'ils
foient , pour Gentilshommes iffus de
1
GALANT 309
ladite Famille, & ayant droit d'en
porter le nom & les Armes , & que
comme tels ils jouiffent en tous lieux,
actes & affemblées , des privileges ,
prérogatives , titres & honneurs , qui
font deus & peuvent appartenir à la
qualité de Gentilhomme d'une ancienne
extraction . Si donnons en
mandement , &c. ger
* Feu Mr Abbé de la Vau avoit de
grandes qualitez jointes à beaucoup
d'efprit qui luy ont toujours acquis
quantité d'amis du premier ordre
dans l'Eglife , à la Cour & dans la
Robe Il alla à l'élection de l'Empereur
avec feu Mr le Maréchal de
Gramont , & feu Mr de Lionne,
Ambaffadeurs extraordinaires du
Roy pour y affifter . Il demeura à
la Cour de Vienne , quelque temps
aprés que leurs Excellences en fu310
MERCURE
rent parties, & il y rendit des fervi→
ces importans au Roy. Il pafla de
là à la Cour de Rome où il s'acquit
l'amitié d'ungrand nombre de Car
dinaux , enforte qu'à fon retour en
France il en recevoit tous les ordinaires
vingt ou trente Lettres,dont
j'ay fort fouvent eſté témoin . La
connoiffance parfaite qu'il avoit alors
de cette Cour- là , a depuis
êté de quelque utilité à celle de France.
Il eftoit confideré & aimé du
feu Pere Ferrier , Confeffeur du
Roy, de Mr l'Archevêque de Paris ,
& du Pere de la Chaife . Quelques
années aprés fon retour de Rome ,
il cmbraffa le party de l'Eglife , &
fut pourveu de la Treforerie de S.
Hilaire le Grand de Poitiers ince
qui fut fuivy de l'agrément du Roy,
pour la charge de Garde des Livres
GALANT 311
du Cabinet de Sa Majeſté , fur la
dcmiffion dc Mr l'Abbé de Chau
mont pour lors nommé à l'Evêché
d'Aqs. Peu de temps aprés il fut
receu tout d'une voix dans l'Academie
Françoife . It vivoit avec
beaucoup d'agrément dans cette
Compagnie où il s'eftoit fait aimer ,
s'eftant toujours attaché à faire vas
loir l'efprit de ceux qui la compo
fent.
Aprés vous avoir fait efperer par
ma Lettre du dernier mois le retour
de la fanté de Madame des
Houlieres , comment vous apprendre
qu'elle n'a pu refifter à la violence
de fon mal , qui l'a emportée
depuis peu de jours? Elle eftoit d'un
merite fi diftingué & fi generalement
reconnu , qu'il n'y a qu'à dire
que Madame des Houlieres eft
312 MERCURE
C morte , pour faire entendre à tous
ceux qui aiment l'efprit, qu'on a fair
une perte irreparable . C'eft ce qui a
fait dire d'elle,
-Des Houlieres a fceu par mille
3 chants divers

Le bel art de louër noftre Auguste
Monarque ,
Ce fera de fon zele une éternelle
marque ,
4
Et l'on l'admirera toujours dans l'Univers
:
Mais belas ! quel trifle revers !
Charon vient de paffer cette Mufe en
fa Barques
Le merite , Esprit , les vers
Ne garantiffent point des fureurs de
la Parque .
Le Public a témoigné beaucoup
de douleur de cette mort. Auffi
peut- on
GALANT. 331
peut -on dire que Madame
des
Houlieres
eftoit la gloire du Parnaſſe
, & de fon Sexe , & qu'elle
a mis noftre Poëfie Lyrique
au
plus haut point de fa perfection
,
Elle avoit l'efprit d'une élevation
extraordinaire
, un ftile pur & delicat
, & des expreffions
juftes &
nobles, Jamais rien de faux ny de
rampant
n'eft forty de fa Veine ,
& elle excelloit
dans tous les genres
. Mais fi la nature & l'art s'eftoient
épuifez pour former la
beauté de fon efprit ., elle avoit
l'ame encore plus belle . Elle eftoit
fidelle & genereufe
, & s'interef
foit courageufement
dans les affaires
de fes Amis . Elle en avoit d illuftres,
& fon merite qui luy en avoit
acquis un grand nombre , avoit
porté fon nom dans toutes les
Fevrier
1694. Dd
314 MERCURE
Cours de l'Europe , où les Ouvrages
font admirez autant qu'en
France . Tout eftoit charmant en
elle. Les graces de l'efprit eftoient.
jointes à celles du corps , & elle a
efté belle jufques à fa fin , quoy
qu'agée de cinquante fix ans . Elle
eft morte le 17. de ce mois
aprés une longue maladie , avec
une refignation humble & chreftienne
, & une conftance heroique
, de nandant elle mefme tous
les fecours fpirituels , qu'elle a
receus dans les fentimens d'une
parfaite contrition , d'une foy vive
, & d'une ferme efperance .
Meffire Caniille Savary , Comte
de Bréve , Seigneur d'Efterres ,
de Lory, Hauvours , Chantelou,
& Saint Bonet en Forefts , eft mort
dans le mefine temps . Cette FaGALANT.
315
mille eft ancienne & illuftre,, & il
en est toujours forty des perfonnes
d'un merite diftingué , & qui ont
rendu à l'Estat des fervices impor .
tans. Camille Savary , Comte de
Breve , grand Pere de celuy qui
vient de mourir , fut AmbaЛladeur
à Conftantinople , & à fon retour
de cette Ambaffade le feu Roy luy
donna celle de Rome, Il réuffit fi
bien à toutes les deux qu'il fut choifi
enfuite & nommé Gouverneur de
feu Monfieur le Duc d'Orleans , il
fe fit aimer & confiderer de cejeune
Prince tout le temps qu'il en eut
la conduite, & la Cour fut tres -contente
de l'éducation qu'il luy donna.
Il fut fait Chevalier des Ordres du
Roy, & Confeiller d'Etat , & époufa
en fecondes nopces une four de
feu Mr de Thou, Prefident à Mor-
Dd ijj
316 MERCURE
tier , & fille de Meffire augufte de
Thou , Premier Prefident au Parlement
de Paris. De ce mariage font
iffus Meffire Camile Savary, Comte
de Breve, Meffire Gafton Jean Baptifte
Savary, Abbé de Breve, qui a
cfté nommé à l'Evefché de Condom
, & Meffire Colme Savary,
Marquis de Maulevrier. L'Ainé
fut fait Maistre de la Garderobe de
feu Monfieur le Duc d'Orleans , &
épousa Mademoiſelle de Gerzé ,
Soeur de Mr le Marquis de Gerzé ,
qui a fait quelque temps la charge
de Capitaine des Gardes du Corps.
Son Alreffe Royale donna la furvivance
de fa charge de Maiftre de la
Garderobe à fon Cadet le Marquis
de Maulevrier , qui fut dans la fuite
un Gentilhomme plein de merite
& tres eftimé à la Cour. De ce le-
3
GALANT. 317
cond Camille Savary , Comte de
Breve, eft iffu Camille III.du nom ,
Comte de Breve, dont je vous apprens
la mort. Il'eftoit tres- bien
fait , & un des plus adroits Gentilshommes
de France , fur- tout à cheval.
Il avoit fervy fous Mr le мaréchal
de Chulambert, & s'y eftoir
fort diftingué . Il a laiffé trois fils
& une fille mariée , & deux Religieufes
, de Dame Helené de Saint
Bonnet , de l'ancienne Maifon de
Saint Bonnet de Forefts. L'aîné des
trois fils, qui vivent tous , eft мeffire.
Camille de Savary, Marquis de Breve,
Seigneur de Lory, d'Hauvours,
de Chanteloup, & de Saint Bonnet,
Capitaine d'une Compagnie de
Chevaux- legers , dans le Regiment
de Merinville . C'eft un Gentilhomme
plein de coeur d'efprit & ,
Dd iij
318 MERCURE
d'un grand merite. Il eftoit au combat
de Leuze , où il receut trois
grandes bleffures, & demeura longtemps
parmy les morts. Sa jeuneffe
& fa vigueur l'ont fait revenir, de
là , & il fert plus affidument qu'avant
qu'il euft efté bleffe . Ila épou
fé Mademoiſelle de la Bourelie , fille
de feu Mrle Comte de la Bourelie ,
Lieutenant General des Armées.
du Roy ,Gouverneur de Sedan , &
cy-devant Sous- Gouverneur de Sa
Majefté. Elle eft auffi foeur de Mr
le Comte de Guifcat , Lieutenant
General des Armées du Roy , &
Gouverneur de Sedan & de Namur.
Le fecond de fes fils eft Cæfar
Savary , Chevalier de Breve, Capi
taine de Cavalerie dans le Regiment
du Pleffis Mornay. Il eſt tresbien
fait , & fe fignala à la Campa !
3
GALANT 319
?
*
gne derniere au combat où Mr le
Comte de Guilcar batit les Ennemis
, & fauva un grand Convoy
pour l'armée. Le troifiéme Fils n'a
que dix buit ans , il y en a quatre
qu'il eft dans le fervice , & il receut
une bleffeuse au combat de Leuze.
Il eft Cornete de Carabiniers , &
ne fe diftingue pas moins que fes
deux aînez , Mademnifelle de Breve
leur four, a époulé Mr le Marquis
de Joux , d'une tres bonne
Mailon, & dont le Pere eftoit Lieu
tenant de Roy , dans la Province
de Nivernois. Mr le Comte de Breve
eft fort regreté dans fa Province
, il eftoit âgé de cinquante-neuf
ans.
Mr l'Abbé de Creil eft mort dans
ce mefme mois . C'eftoit un jeune
homme fort bien fait de fa perfon-
Dd iiij
320 MERCURE
ne , & que fes bonnes qualitez font
regretter fenfiblement de toute fa
famille. Il eftoit frere de Mr de
Creil , Seigneur de Bazoches , qui
eft Confeiller en la cinquiefme des
Enqueftes , & de Madame la Marquile
de Congis , tous Enfans de
feu Mr de Creil, qui eft mort Confeiller
de la Grand'Chambre. La
Maifon de Creil eft des plus anciennes
de la Robbe , & a donné
depuis prés de deux cens ans quantité
de Confeillers au Parlement
de Paris, de Maiftres des Requeftes,
& de Maiftre des Comptes. Mr de
Creil , Capitaine aux Gardes , & Mr
de Creil, Maître des Requeftes , font
les Chefs de cette famille, qui eft
alliée aux Maifons de Nicolai, Briçonnet
, Charreton de la Terriere ,
Amelot , Maupeou , Molé , Betaut
& autres.
GALANT. 321
J'ay encure à vous parler de la
mort du Pere Honoré de Cannes
de noms en
Capucin. Il y a peu
France plus connus que le fien,
Il s'eftoit acquis une fi grande reputation
par les Miffions qu'il a
faites dans prefque toutes les Eglifes
Cathedrales du Royaume , &
dans les Principales Villes , que le
public,qui a tant profité de fa vie,
a quelque interelt d'aprendre fa
mort, car il avoit cette pratique à
la fin de chaque Miffion, de demander
des Prieres , & fur tout ,
difoit- il , lors que vous entendrez
dire que le Pere Honoré fere mort,
je vous prie de demander à Dies le
repos de fon ame. Il a paffé trentequatre
ans à faire la Miffion, allant
Ville en Ville fans aucune interruption.
Il prefchoit le jour
322 MERCURE
é.
qu'il partoit d'un lieu, & fort fouvent
il prefchoit encore ce mefme
jour, en arrivant dans un autre.
Son talent eftoit principalement
pour teconcilier , & pour faire
reftituer. Quoy que fa maniere
paruft fimple , & fon ftile peu
levé , il avoit une éloquence natu
relle qui le faifoit parvenir toujours
à fa fin. Il eftoit populaire
avec le Peuple , mais il prefchoit
fçavamment devant les Sçavans,
comme on l'a fouvent remarqué
dans les retraittes Ecclefiaftiques
.
Il a efté dans les plus belles Villes,
eftimé des grands & des petits ;
Cependant il n'a jamais eu de curio
fité pour en voir les raretez , ny
pour faire des vifites. Il emploioit
les jours entiers au fervice du pro
chain, & la nuit pour luy en medi
CALANT.
723
tation , converfant rarement , mef
me avec les Religieux . Il venoit
d'achever une Miffion à la Cioutat
dans la Provence , qui eft fa
Province naturelle, & il fe
preparoit
à la faire pour la feconde fois
dans la Cathedrale de Toulon, où
eftant tombé malade , il y mourut
du mois paffé , âgé de foile
14.
xante
& trois
ans.
Les nouvelles publiques yous
auront appris que le premier de ce
mois Jean Louis d'Elderen , Evêque
& Prince de Liege , mourut
prefque fubitement dans fon Palais
. If eftoit fort vieux , & s'étoit
trouvé le foir à un grand divertiffement
. Sur le point d'expirer,
il fonna une Clochette, & appella
Les Valets de Chambre qui vinrent
trop tard. Il avoit cfté élçu par une
324 MERCURE
a
brigue qu'avoit formée le Prince
d'Orange dans la veuë que ce Prelat
ne fe mefleroit point des affaires
, & qu'il en laìſſeroit tout le
foin au grand Doyen , qui eſt entierement
à ce Prince. C'eſt ce
qui est arrivé à la honte des Princes
Catholiques de la Ligue .
Le 15.de ce mois Meffire Hercule
Leis
.
Meriadec , Prince de Rohan , Gouverneur
de Champagne & de Brie ,
fils aîné de Mr le Prince de Soubife
, Capitaine Lieutenant des
Gendarmes , époula Madame la
Princefle Douairiere de Turenne,
fille unique de Mr le Duc de Ventadour.
Je ne vous diray rien de
cette Princeffe , vous en ayant parlé
amplement , quand je vous appris
fon mariage avec Mr le Prince de
Turenne , Fils de Mr le Duc de
GALANT. 325
Bouillon. Mr le Prince de Rohan
a efté Abbé , & la mort de fon
aîné , tué pour le fervice du Roy,
l'a obligé à prendre le party des
manquer
fa Ma Pour ne pas laiffer
fçavez qu'elle eft
une des plus anciennes & des plus
illuftres du Royaume , tirant fon
origine des anciens Princes de Bretagne
. Alain , Vicomte de Rohan,
qui vivoit au commencement du
douziéme Siecle, prit le nom de
cette Terre qui eft fur la Riviere
de l'Aouft , au deflus de Joffelin,
d'où elle vient à Redon fe joindre
à la Vilaine. On donne en France
le nom de Prince à ceux de cette
Maiſon , qui s'eft toûjours maintenuë
dans un grand éclat par elle
mefme & par les grandes Alliances.
Jean II, du nom , Vicomte de Ro326
MERCURE
*
han , époufa Marie de Bretagne ,
Fille de François Duc de Bretagne,
qui ordonna en mourant que les
deux Filles fuffent mariées aux deux
plus proches Princes du Sang de
Bretagne. Marguerite l'aînée épou
fa François II. du nom , Doc de
Bretagne , qui fut Pere d'Anne ,
Ducheffe de Bretagne , Femme des
Rois Charles VIII. & Louis XII .
Jean I. du nom , Vicomte de Ro
han , avoit épousé en fecondes noces
Jeanne de Navarre , Fille de
Philippe d'Evreux, Roy deNavarre,
dit le bon & le fage, & de Jeanne
de France , & Soeur de Charles II .
dit le mauvais , Roy de Navarre .
Ce fut de ce mariage que fortit
Charles de Rohan , Sieur de Gui
mené , qui a fait la branche des
Princes de Guimené . J'auroistrop
*
GALANT. 327
à dire , fi je rapportois tous les avantages
de la Maifon de Rohan.
M. le Duc de Montfort , Fils aîné
de M. le Duc de Chevreufe , épouſa
le 18. de ce mois , Mademoiſelle
de Dangeau , Fille de Mr le Marquis
de Dangeau , Chevalier des Ordres
du Roy, Gouverneur de Touraine ,
Chevalier d'Honneur de feu Ma
dame la Dauphine , & Grand Maiftre
de l'Ordre de S. Lazare. Mr de
Chevreuſe eft Duc & Pair , Capitaine
Lieutenant des Chevaux-
Legers de la Garde , & petit Fils
duConneftable de Luines . Mr le
Duc de Montfort fon Fils a l'efprit
vif. Il eft des plus braves , & a receu
beaucoup de bleffeures , qui font
autant de marques glorieufes de fon
courage & de fa valeur. Mademoifelle
de Dangeau est une perſonne
328 MERCURE
d'un fort grand merite . Elle a pref
que toûjours vécu , retirée dans des
Communantez , d'où elle fortoit
rarement , & a fait voir beaucoup
de fagefle dans des temps & dans
un âge où la coqueterie cft en regne.
Le Livre intitulé Arlequiniana
dont je vous ay parlé le mois paffé,
a paru au commencement de celuycy.
On court l'acheter en foule , &
il y a plus de vingt ans que l'empreffement
du public n'a paru fi
grand pour avoir un Livre. Ce fuc
cés vous doit faire croire qu'on y
trouve quantité de bonnes chofes ,
& que cet Ouvrage ne doit pas manquer
de Cenfeurs . Ces deux chofes
font infeparables de tout ce qui réuffit
, & la voix des Critiques a toû
jours effé mélée aux applaudiffemens.
Quoy qu'on fe puft faire honGALANT
(391)
329
neur d'un pareil Livre , je declare
que je renonce à celuy qu'une partie
du public me fait , en voulant
croire. que j'en fuis l'Auteur. Je
"
ne mien luis mélé en aucune forte ,
& n'en ay pas mefme veu une page
avant qu'il ait efté imprimé.
Le Carnaval s'eft paffé à l'ordimaire
. Monfieur a donné le bal cinq
où fix fois au Palais Royal avec la
magnificence qui eft naturelle à ce
grand Prince . Monfeigneur le Dau
phin s'y eſt trouvé , & l'affluence
des maſques y a efté grande. Le mar .
dy du Carnaval toute la Cour fuperbement
parée fe rendit dans le
grand Appartement du Roy à Ver
failles , où il y eut un bal digne de
l'éclat de la Cour de France , qui
Fevrier 1694. 6. Ea
330 MERCURE
·
conferve toujours la mefme (plendeur,
Le Prince d'Orange n'a pu s'em-1
pécher de témoigner beaucoup de
chagrin de ce que le Parlement ,
après avoir reglé les fonds pour
l'Armement de mer , a ordonné
qu'il feroit pris fur ce mefme fond
dequoy entretenir quarante - trois
Fregates pour s'opposer à nos Armateurs.
Rien ne prouve mieux la
fuperiorité que nous avons fur les
Anglois , & fur les Hollandois,
fur lefquels nous prenons quatre
fois autant de Baftimens qu'ils
nous en enlevent, ayant fait dixfept
prifes fur eux dans le feul
mois de Février. Le Prince d'Orange
qui pour fes interefts feuls
fait fouffrir ces deux Nations ,
ainfi que toutes les Puiffances li
GALANT.
331
guées , tâche à perpetuer la guerre,
fans laquelle il ne fçauroit demeurer
fur le Trône , en les engageant
toujours à la fouftenir
encore une Campagne
. Cependant
la France s'eft fait de toutesparts
des barrieres , qu'il eft malaifé
de forcer, puis qu'il eftoit bien
plus difficile de prendre des Places
eftimées imprenables
, que de les
conferver
. Ainfi il eft impoffible
que la Ligue pendant le cours de
cette Guerre, en épuifant tous les
Etats des Alliez , d'hommes & d'argent,
puiffe remettre les chofes
dans l'état où elles eftoient avant
la Guerre prefente
quand la
France ne feroit
demeurer
que
fur la deffenfive
. Il n'y a pas un
homme de bon fens qui puiffe penfer
autrement , & cependant lors
L
,
Ec ij
332
MERCURE
*
que la Ligue en eft perfuadée
,
elle ne laille pas de fe laiffer gagner
en mefme temps par le
Prince d'Orange
, & de continuer
une Guerre qui n'eft utile qu'à ce
Prince , tous les Alliez pouvant
regner en repos chez eux aprés la
Paix , & le Prince d'Orange
feul
ne pouvant
non plus jouir de ce
repos , qu'un homme
qui aprés
avoir eu une bonne eſcorte pour
traverſer
un Pay's Ennemy , s'y trouveroit
feul , & craindroit
avec
juftice d'eftre dépouillé
. Auffi
peut on dire que jamais l'Angleterre
ne s'eft trouvée dans une
auffi méchante
fituation
que celle
où elle felvoit aujourd'huy
pour
les interefts
de ce Prince . Toute
la Nation eft facrifiée
par le party
Presbiterien autrement
ProGALANT.
333

teftant ; & ce party fe trouve à prefent
fort brouillé avec le Prince
d'Orange , qui ne cherchant qu'à
regner arbitrairement , tâche peu à
peu à fécoüer le joug du party auquel
il s'eft foûmis par de fecretes
conventions , lorsqu'il a efté élevé
fur le Trône , car il a beau le deguifer
dans fes Manifeftes ; fon Traité
eftoit fait pour la Couronne , lors
qu'il eft party de Hollande . Il l'a
déja violé plufieurs fois ; & comme
le feul moyen de parvenir au Gouvernement
arbitraire , eft d'eftre le
maiftre des Parlemens , il a fi bien
fait qu'ils ne font en partie compofez
que de ceux qui ont des charges dans
fa maifon , ou qui font fes penfionnaires
; ce qui a fait refoudre les
plus zelez de la Nation à faire dreffer
un Bill contre cet abus. Voicy en
334 MERCURE
propres termes ce que l'on écrit de
Londres , fur ce qui s'eft paffé touchant
cette affaire .
$
Le Prince d'Orange a refusé de
donnerfon confentement au Bill contre
les Charges des Membres de la
Chambre des Communes , àà qquueoy on
ne s'attendoit point. Tout le monde
convient que de la maniere dont il
eftoit concen il ne pouvoit apporter
que tres-pea de changement à l'eftat
prefent des affaires , car il contenoit,
qu'il ne feroit permis à aucun Membre
d'accepter des Charges & des
Penfions , aprés avoir efté choisi
Membre de la Chambre des Commu◄
nes ; mais que s'il en avoit auparavant,
illes pourroit garder. Ainfi on
croyoit que le Prince d'Orange ne feroit
point de difficulté de complaire à la
Nation en ce rencontres mais le con
GALANT.
335
C
traire eſtant arrivé, on s'en eft plaint
fort hautement dans la Chambre des
Communes , & on en attribuë la
fante aux Confeillers de ce Prince.
Plusieurs eftoient d'avis qu'on devoit
le Supplier d'en éloigner quelques-
uns de fa perfanne , & nommément
Milord Portland , mais à la fin
on prit refolution de deliberer le lendemain
plus meurement fur cette affaire.
On eft perfuadé que ce refus fera
de mauvaises impreffions fur la
Nation.
=
Le lendemain, il y eut de tres
grands debats dans la Chambre
des Communes , & on y delibera,
Que ceux qui ont donné au Roy le
confeilde ne pas confentir au Billpour
Les Procedures libres , & fans partialité
dans les Parlemens , lequel Bill
tendoit à prévenir les abus , & à
336 MERCURE
que
offer tout fcandale de la Chambre des
Communes , font ennemis de leurs
Majefte du Royaume. On y refolut
auffi de remontrer au Prince
d'Orange , que dans les Regnes precedens
il y a fort peu d'exemples.
les Roisayent refusé leur confen
tement aux Bills pour le bien public.
& que c'est avec tres- grand regret
que
la Chambre des Communes a vû
divers Bills pour te bien public rea
jettez, & particulierement
celuy qui
a pour titre , Acte pour les proce
dures libres & fans partialité dans
les Parlemens
par lequel Bill ba
Chambre efperoit de maintenir fa re
putation.
Enfuite de cette refolution , les
Communes ayant efté admifes à
l'audience du Prince d'Orange, luy
firent le difcours fuivant .
Nous
GALANT.
337
Nous les tres- humbles & tresfidelles
ferviteurs de V. M. les Com-,
munes affemblées en Parlement ','
nons nous tenons obligez par noftre
devoir envers V. M. de vous repre-
Senter humblement , que l'usage du
Parlement en tout temps a efté, qne.
les Bill's dont les deux Chambres font
convenues pour la reparation des
griefs , ou pour autre bien public,
ont obtenu le confentement Royal ;
quand ils ont efté prefentez au Trône;
qu'ily a peu d'exemples dans les
Regnes precedens où ce confentement
n'ait efté donné en pareil cas , & où
le refus que l'on en a fait n'ait efté
fuivi degrands inconveniens pour la
Couronne d'Angleterre , particulierement
quand ce confentement a esté
empêché par l'induction des perfonnes
particulieres , & fans l'avis du
Fevrier 1694 . Ff
338 MERCURE
Confeil Privé , cela a produit de
grands mécontentemeus & jalousies
dans les coeurs du peuple. C'est pourquoy,
comme vos Communes out un
defir fincere pour le bien de V. M.&
voftre Gouvernement , & que vous
puiffiez toujours jouir avec profperité
& bonheur de l'affection de vos.
Sujets elles ne peuvent refléchir
fans beaucoup de douleur , que depuis
l'avenement de V.M. à la Couronne,
divers Bills publics faits par les deux
Chambres du Parlement , n'ont pas
obtenu le confentement Royal, & particulierement
an Bill intituté , Ã &te
touchant les procedures libres &
impartiales du Parlement , qui
avoit efte fait pour reparer un grief,
& ofter unfcandale , par rapport aux .
procedures des Communes en Parlement
» &cela aprés qu'elles ont refolu
GALANT. 339
de donnerdegrands fubfides , pour les
affaires publiques , ce qu'elles ne peuvent
imputer qu'aux inductions des
perfonnes particulieres , qui par des
Deues intereßées entreprennent de
donner à V. M. des avis contraires
aux avis du Parlement. C'est pourquoy
on ne peut regarder telles gens
«que comme ennemis de V. M. & de
vos Royaumes.
Par ces confiderations nous fupplions
humblement V. M. de croire
queperfonnene peut avoir unfi grand
intereft dans la profperité & le bonheurde
V. M. & de vostre Gouvernement,
queles deux Chambres du Par
lements & partant nous vous prions
humblement qu'à l'avenir V. Majesté
veuïlle bien recevoir les avis de fon
Parlement, & nowles avis fectetsde
perſonnes particulieres , qui peuvent
Ff ij
340 MERCURE
1
avoir des interefts propres &particu
liers ,feparezdes veritables intereſts
de V. Majesté & de votre Peuple.
Le Prince d'Orange répondit ,
qu'il vouloit confiderer l'affaire , &
qu'il donneroit aux Communes une
réponse au plutoft.
Le mot de l'Enigme du mois
paffé eftoit le Fer à cheval. Ceux
qui l'ont trouvé font Mrs du Gain
l'aifné Bonnard de l'Hoftel
Brufard : Congis : les grands
Amis Charpentier d'Anet & Roume
: Iean Hermant & Louifon
Coffon : des Crenelles : Benard de
Clermont en Auvergne , le charmant
Cupidon , & fon Aimable.
Déeffe : le Solitaire Billot : le
Berger d'Ornoy , & fa Paffionnée
Bergere ? La Bignoffe Baudouin,
& les plus Belles Nimphes de la
CALANT.
341
&.
Dis
ב א
in.
zel
U-
}
Foreft d'Apollon : la Monftre du
Vailliand Paré du Faux - bourg
Saint Jacques : le
Chevalier
Faci
fique le Chevalier de Tinville de
Lorraine , & le Marquis de Dury
de Picardie les Deputez de Nogent
le Rotrou Verdier de Goneffe
Juliotte de Nogent le Rotrou
l'aimable Fanchet du quay
de l'Horloge l'Abbé melon de
Saint Brice, & fon Amy le Vicaire
l'Exilé de Saint Flour : l'Illuftre
mal heureux : fes quatre
Filles leur aimable Compagnie :
la belle Baffe , & leurs bergers affidus
: Baptifte & fon Aimable Mariane
le Fidelle de la rue Saint
Mederic : le Fidelle Bourguignon :
l'Aimable Sourd : le Folaftre berger
, & fon Aimable Cybele : le
Geant Brufaldore : le Sage Lirganiij
Ff i
342 MERCURE
:
:
:
dée le petit Clincan la jeune
A. M. Charlotte Deigin l'Aimable
Penfionnaire des Vrfulines
de T. la Belle incomparable du
Chambort la Princeffe Claridiane
& fon Chevalier du foleil
la Princeffe Briane : la Princeffe
Olive , & fon Chevalier Roficlair:
le coëffé du faux Cafque de la
rue aux Ours: le Fidelle Normand
de la rue S Jacques : le Beau tenebreux:
la Belle Lindabride : Thire
de Gentou ennemie du Tabac : les
trois Soeurs Junon , Pallas & Venus
le Charme de la Voix , & le
Brunet fon Amant, **
Ce qui fait le mot de l'Enigme
que vous allez lire, vous doit plaire
, puifque c'est le nom d'une
chofe qui annonce la belle faifon .
4
GALANT. 343
225552 52252555222
ENIGME.
J'Annonce le retour de laſaiſon now
Le Printemps aprés moy promet mille
douceurs
La Nature toujours plus riante &
plus belle
Fait naiftre fur mes pas la verdure
& les fleurs.
Perfonne cependant ne me trouve
agreable ,
Au contraire on me oraint à l'égard
d'un fachoux ;
Quoy que mon jougſemble peu favorable
,
Malheur à qui de mes loix fait des
jeux.
344 MERCURE
Vous ferez part, s'il vous plaift,
à vos Amies de l'Air nouveau que
je vous envoye. Elles entendent
peut- eftre fouvent ce qui n'eft dit
icy qu'en Chanfon.
V
AIR NOUVEAU.
7

Ous vous plaignez de ma trifteffe
,
Vous me reprochez ma langueur,
Et j'ag beau foupirer fans ceffe
Rien ne fçauroit toucher votre pai
fible coeur.
Vous refiftezfans vous contraindre,
Vous immolez mon coeur à vos divins
appas.
Cruelle Iris, fi jeme plains, helas
Nefuis -je pas encore plus à plaindre
?
GALANT. 345
Voicy ce que l'on écrit de Hollande tou
chant la fuite des affaires d'Angleterre.
Da 22. Fevier, &c.
Tout ce que l'on a pus penfer fur la Remontrance
du Parlement , fe reduit à prefent à bien
peu de chofe, & à faire uniquement appercevoir
que le Parlement d'aujourd'huy fe contente du
vain benbeur d'avoir ofé faire des Remontrances
. Car c'est à quoy aboutit tout ce qu'il vient
de faire , puifque l'on a pú fe contenter de la
Réponse du Prince d'Orange , quifait rire tous
les Hollandois de voir que les Angloisfont pour
le moins auffi Dupes que nous. Voicy la Réponfe
à la Remontrance.
le fuis tres -fenfible
aux témoignage
d'affec
tion que vous m'avez donnez en plufieurs rencontres,
au zele que vous avezfait paroiftre
&
à noftre égard , je me ſers de cette occasion pour
vous dire que jamais Princen a eu plus d'eftime
que
du gouvernement
d'Angleterre
, & que j'auray toujours beaucoup
d'égardssaux avis du Parlement , je fuis perfundé
que rien ne peut mieux fervir à la profperité
au bonheur de la Nation qu'une parfai
te intelligence entre le Royle Peuple, laquelle
je tâcheray d'entretenir par toutes fortes de
moyens , je vous affeure que je regarderay pour
mes Ennemis tous ceux qui voudroient me confeiller
de faire quelque chofe qui peut la dimiş
mog
podo
que tutions
пиет.
346 MERCURE
2
Le Prince d'Orange ayant évité de tépon
dre à l'article du Bill touchant les procedures
libres , & le Parlement n'ayant point pouflé
Tès chofes plus avant, on peut dire que ce Prin
ce a eu le deffus en cette occafion ; mais felon
toutes les apparences , cet avantage luy doit
couter cher , & le brouillera avec toute la
Nation , qui murmure hautement & qui fe
plaint de ce que le Parlement n'eft plus compofé
que des Officiers & des Penfionnites de
la Cour. La Chambre Baffe doit avoir plus de
cinq cens trente Membres , & elle neft aujourd'huy
compofée que de trois cens dixfept
, la plus -part s'eftant abfentez , de crainte
d'eftre maltraitez en faifant paroiftre leurs
veritables fentimens , & pour éviter les reproches
qu'ils pourroient un jour recevoir de
la Nation.
Le Prince de Bade a receu pour cent mille
Ecus de Prefens du Prince d'Orange , qui l'a
prié de détourner l'Empereur des fentimens -
qu'il a pour la Paix . Je fuis , Madame , &c,
A Paris ce 28. Fevrier 1694.
222252525 25 SS2525
t
1
Relude,
Sonnet.
TABLE
Traité fur les Striges de Ruffie.
" L'homme de parole.
C
8
119
Tout ce qui s'eft paffé touchant la reception
de Mr de Nifmes à l'Academie
des Ricovrati de Padone.
'Morts .
128
139
Compliment fait à Mr le Marquis
de Dangeau , de la part de Mrs de
l'Academie des Ricovrati.
Devifes.
184
186
Noms & qualitez des Chevaliers de
S. Louis
Hiftoire.
200
234
Détail de tout ce qui s'eft paffe aux
Ceremonies de la Pompe funebre de
la Reine de Suede.
'Autre Article de morts.
Mariages.
264
304
324
TABLE.
Divertiffement
du Carnaval. 329
Suite curieufe des Affaires d'Angleter
TC.
330
Article des Enigmes. 343
Nouvelles de Hollande. 345
Fautes à corriger dans le Mercure
de Fanvier 1694.
Page 258 , Cette comparaison , lifez
cette compenfation.
Page 263. les fantanges des unes,
lifez les louanges des unes .
Page 268. les affujettir , lifez
Dans la mefme page ,
l'assujettir.
page , étouffant,
Lifez étouffent.
La Figure doit regarder la page
303 .
L'Air regarde la page 3 44·
CATALOGUE DES LIVRES
nouveaux quife vendent chez MICHEL
BRUNET, grande Salle du Palais , at
Mercure Galant. 1694,
A
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Edits , 1 .
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La Maifon Reglée , 12. Hiftoire du Prince d'Orange , remplie de figures & conte- nuë en plufieurs Dialogues qui font la onzième & la
douzième partie des Affaires du Temps , 12.2 . vol.
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Hiftoire de la Réunion de Portugal , 12 , 2. vol.
Hiftoire du Siege de Namur , 12.
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Hiftoire Monaftique d'Irlande , 12.
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Effais de Morale & de Politique , où il eft traité des Devoirs
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Entretien de l'Aftrologie judiciaire , 12 .
L'Ariofte moderne , 12.4.vol.
Les Confeils de la Sageffe , ou le Recueil des maximes de
Salomon , les plus neceflaires à l'homme , derniere
Edition , 12. 2. vol.
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la Fontaine , 12. 2. vol.
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Ocuvres de la Mothe le Vayer , 12. 15. vol.
Le Roman Comique de Scaron , 12. 2. vol.
Le Virgile travelti , 12. 2. vol.
Oeuvres Poetique de Scaron , 1. 2. vol.
Oeuvres de Voiture , 12. 2. vol.
Theatre Philofophique , fur lequel on reprefente par des
Dialogues dans les Champs Elifées , les Philofophes an
ciens & modernes , augmenté er cette derniere Edition
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Clocher neuf de Notre Dame de Chartres , par M. de
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& Politiques , dédiées à Madame de Maintenon , 12.
De l'Education Chrétienne des enfans ; felon les maximes
de l'Ecriture Sainte , & les Inftructions des SS. Perès de
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Memoires de Sully , fol. 3. vol. J. S
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Oeuvres de M. Corneille , 12. 10. vol.
La Sainte Bible , contenant le Vieil & Nouveau Teftament
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Idem , fol.
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La nouvelle Chirurgie Medecinale & raifonnée de Michel
Ettmuller, avec une Diflertation fur l'infufion des liqueurs
dans les vaiſſeaux , 12 .
Nouvelle Chimie raiſonnée du même Auteur , 12.
Les Inftituts de Medecine du même Auteur , 8.
OEUVRES DE MONSIEUR DE FONTENELLE,
2.vol. Dialogue des Morts , 12. 2 .
Jugement de Pluton , 12.
Entretiens fur la pluralité des Mondes , 12 .
Hiftoire des Oracles , 12 .
Poëfies Paftorales avec un Traité de la nature de l'Eglo
gue,& une Digreffion fur les Anciens & les Modernes,12 .
Lettres galantes de Monfieur le Chevalier d'Her, 12. 2.vol.
TRADUCTION D'ABLANCOURT.
Commentaire de Cefar , 12. 2. vol.
Lucien , 12. 3.
Tucidide , 12. 3.
Tacite , 12.3. vol.
Guerres d'Alexandre , 12.
L'Affrique de Marmol , 4. 3. vol.
La Retraite de dix mille de Xenophont , 12.
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