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1693, 12
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Eur.
541
m
1693.121
Eur
511 m 169312
Mercure
<36624511640017
< 36624511640017
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
DECEMBRE 1693.
A PARIS,
GRAND'SALLE DU PALAIS,
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant au
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau
& Vingt-cinq fols en Parchemin,
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie ,
Et MICHEL BRUNET , Grand ' Salle d
Palais,au Mercure Galant .
M. DC . XCIII.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
Won hen
Q
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toujours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvra
ges à leur tour , pourvu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent , & fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eftfort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble est beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , aa rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que fon commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longsemps
avant qu'il foit arrivé dans
AVIS,
les Villes éloignées , mais auſſi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
fauife le font envoyer par leurs Amis
ans en charger ledit Brunet , s'exposent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quel
ques jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois. On évitera se
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet , puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
A iij
A VIS.
porter à la Pofte on aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuiers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mesme chofe gene-

ralement de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
celafera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
content.
MERCVRE
GALANT
DECEMBRE 1693.
OUS ferez furprife
, Madame, de
trouver une Médaille
à la tefte de cette Lettre
, mais comme je les commence
toutes ordinairement
par quelque action du Roy ,
A iiij
MERCURE
& que cette Medaille fait l'E
loge de la generofité de SaMajelté
, & de fa confideration
pour les Officiers de Marine
, vous ne ferez pas étonnée
de la voir icy. Ce Monarque
, qui fe plait à récom
penfer le merite & la vertu
I'a fait fraper pour eftre diftribuée
aux Officiers de Ma .
rine qui ont fait des actions
de valeur , afin que cette diftinction
& cette marque
d'honneur ferve à leur donner
de l'émulation . Ce Prince
y cft affis fur la
Navire, & tient d'une main un
pouppe d'un
TI
-NAVTIGAE

PRAEMI
VII
IRTVTI
DATA
M.DC.X CII.
T.BERNARD.E
F.Ertinger.fi.

GALANT .
9
Trident , & de l'autre une
Couronne Roftrale , qu'il donne
à un Officier qui fe prefente
à luy. On y lit ces paroles.
Virtuti Nautica præmia data. ,
Je vous ay toujours veu
beaucoup de curiofité pour
les Nouvelles qui viennent
des Pays que de valtes Mers
feparent de nous . C'est ce
'qui m'oblige à vous envoyer
ce que vous allez lire .
or ΟΙ MERCURE
SESESS SE SESESZZZZ
LETTRE DES INDES.
ES nouvelles de Siam
font , qu'à l'arrivée des
derniers Mandarins , avec lefquels
j'eflois en France , & qui
porterent les Lettres du Pere Tachand
en cette Cour , le Roy fit
tirer de prifon tous les Françoiss
remit Meffieurs des Miffions.
Etrangeres en poffeffion de leur
Seminaire , qui leur avoit esté
ofté pendant la revolution ; aprés
GALANT. 11
quoy ,pour répondre aux Lettres
du P. Tachard , le Barcalon , ou
Premier Miniftre , qui eft le
premier Ambassadeur Siamois
qui a efté en France, envoya de
la part de fon Maistre au Pere
Tachard un Mandarin Chreftien
, Pere de l'Interprete
qui
eftoit avec les Ambassadeurs
Siamois en France , auquel il
donna le nom d'Oelouan
, pour
l'autorifer davantage . Il ordonna
à deux autres Mandarins de
l'accompagner . Il a atten lu icy
jusqu'à prefent les Vaiffeaux, qui
viennent point , le Pere
Tachard
ne jugeant pas à propos
ne
12 MERCURE
d'aller à Siam par d'autre voye,
luy a donné des Lettres pour s'en
retourner à Siam , vendre compte
àfon Maifire de fa Negociation.
L'Armée du G and Mogol eft
toujours devant Gingy , Capitale
de ce Royaume , où le Roy eft
en perfonne , qui foutient le Siege
depuis deux ans contre les Maures
, qui font Gens des Mogols.
Le Mogol y a envoyé un de fes
Fils naturelspour preffer le Siege.
Il y abien huit ou dix mois qu'il
y eft arrivé. Enfin depuis peu
avec quelque fecours qui luy eft
venu , il adiviséfon Armée en
quatre Camps , dont il est impof
}
GALANT. 13
e
5.
fible de fçavoir le nombre au juste
. Les uns difent qu'il y a bien
cinquante mille hommes femmes
, mais pas vingt mille Combattans
les autres plus ou moins.
Outre ces quatre Camps , il a
placé par tout des Corps de garde,
pour empefcher les fecours qui y
viennent en abondance de Tanjaor
, Royaume circonvoifin.
Neanmoins ils ne manquent de
rien dans la Ville , & il Oil
de
y a peu
de jours que le Roy de Gingi envoya
icy une Pendule à racomt
moder qu'on luy renvoya , &
dont il fut fort content , faifant
faire des remerciemens
. La Ville
14 MERCURE
1
ھ چ و
est d'un trop grand circuit ,
dans une fuuation de difficile
abord. Elle eft baftie fur trois
Montagnes élevées au deffus de
plufieurs autres , couvertes de bois .
Cependant l'on dit depuis quelques
jours que les Maures commencent
à la preffer , qu'ils font
campez au pied des Montagnes ,
avançant toujours vers la Ville
par des tranchées & chemins couverts
, qu'ils pouffent entre les
montagnes circonvoisines , & en
forte que l'on dit qu'il n'y peut
plus rien entrer , fi les Affiegez
ne forcent quelque Corps de garde
, ce qui n'eft pas kien difficile,
E
GALANT.
15
ك
e
uffi
yayant peu de monde .
Nous nous reffentons
icy auf
de cette guerre ; mais avant que
de vous décrire les Combats
que
nous avons vû donner à nos portes
, il faut vous dire quelles gens
font qui la font. Nousfommes
cependant
neutres , Amis des
1 deux Partis. Le Mogol
, pour
harceler
fes Ennemis
ne pouvant
leur faire la guerre de tous cofte ,
permet à de petits Princes , ou à
3 ceux qui ont de l'argent , de lever
des Troupes à leurs dépens ,
d'allerfur les Terres ennemies
piller , voler , s'emparer
de quelque
terrein que le Mogol leur dé16
MERCURE
figne , & tout ce qu'ils prennent
et pour eux , en payant quelque
tribut au Mogol. C'est un de
ces petits Princes qui fait aujour
d'huy la guerre en ces quartiers.
A la verité il y a quelques ti
tres , car c'est fur fon Pere
que Sabagi prit cette terre de
Gingi. Il s'appelle Syreau. Il a
déja pris quelque petite Place icy
alentour , fe campa premierement
dans un Bois , à une demilieuë
de Pontichery , avec cent
Chevaux , & environ deux cens
Fantaffins . Enfuite il faifoit des
courfes dans la campagne , enle
vant tous les Beftiaux qu'il pou-

GALANT. 17
voit trouver. Les Marattes , qui
font les Gens du Roy de Gingi ,
vinrent aprés plufieurs jours au
nombre de cinq cens Chevaux ,
&quelques Fantaffinsschafferent
les Maures d'une celebre Pagode,
où ils pretendoientfefortifier,
& s'y camperent , & de là empefchoient
en quelque façon les
Maures de piller la campagne ,
mais ils n'oferent les attaquer
dans le Bois que lors qu'ils eurent
receu du fecours. Ainfi ayant
levé trois cens Fantaffins , ils
vinrent pour forcer les Maures
dans le Bois où ils s'estoient fortifiz.
Le premier jour ils empor-
Decembre
1693. B
13 MERCURE
geterent
la premiere barriere des
Maures, & avancerent jufqu'au
premier campement , & enleverent
la Tentele Bagage du
Frere du General Maure , qui y
fut blesse d'une balle qui luy perça
la jambe d'outre en outre immediatement
au deffous du
noüil. Il est encore icy à Pontichery,
où noftre Frere Apoticaire le
panfe tous les jours . Les Maures
de leur cofté eurent dix ou douze
bleffez. Le Frere du Commandant
eut auffi une balle dans le
costé , qui luy est restée dans le
corps , & c'est noftre Frere Apoticaire
qui l'a gueri . LesMarattes
GALANT. 19
fe contenterent de cette expedi
tion
, s'en retournerent le
foir à leur Pagode. Deux jours
aprés ils revinrent à la charge ,
& regagnerent encore le mef
me pofte qu'ils avoient abandonné
, & que les Maures
avoient reparé. Ils le quitterent
ayant perdu deux hommes avec
douze ou quinze bleffez. Enfin
les Maures, foit de crainte d'efre
forcez , ou pluftoft manquant de
vivres , fe retirerent la nuit
d'eux- mefmes , les Marattes
vinrent auffs- toft prendre poffeffion
du Bois. Ils y furent huit ou
quinze jours , puis fe vinrent

Bij
20 MERCURE
à
camper en pletne campagne ,
un quart de lieue de Pontichery,
Sur une petite éminence , où les
Maures les vinrent attaquer en
plein jour. Les Marattes ne firent
aucune refiftance , abandonnerent
leur Camp , & fe retirerent
en diligence à leur Pagode ,
jufqu'où les Maures les pourfuivirent.
Apres cela les Maures
enflez de leur Victoire , vinrent
fe prefenter devant Pontichery,
demander à entrer dedans , ce
qu'on leur refufa. Ils demande-
-rent enfuite du Ris , & d'un certain
grain dont ils nourriffent icy
leurs chevaux , difant que fi on
CALANT. 2Ï
ne leur donnoit au pluftoft ce
qu'ils demandoient , ils eftoient
refolus de fe battre . Mr Marin,
Directeur , qui eftoit à la tefte
de la Garnison à la porte où les
Maures eftoient leur fit dire que
s'ils avoient envie de fe battre ,
on les attendoit ; que pour du
Ris & du grain , ils envoyaffent
quand ils feroient retourneZ
leur Camp , des gens fans armes,
qu'on leur en vendroit , Ils ne jugerent
pas à propos de fe battre
fe retirerent dans leur Bois ,
où ils font encore, menaçant de
bruler Pontichery. Voila tout ce
que je puis vous dire des nou22
MERCURE
velles de ce Pays.
Le Pere le Comte, qui est un
des cinq qui estoient à la Chine ,
des premiers avec lesquels je
fuis venu aux Indes , eft revenu
icy pour retourner en France ,
mais les Vaiffeaux n'eftant pas
venus cette année , il a pris le
party de paffer en Europe fur un
Vaiffeau Danois qui part dans
quinzejours. Ainfice Pere doit
partir aprés demain de grand
matin. C'est par luy que j'écris
cette Lettre pour vous affurer
que je fuis voftre , c. C. Moifet
, de la Compagnie de Fefus.
GALANT . 23
Je vous envoye une Miniature
faite par les Gentils de cette
Terre .C'est le Portrait d'une des
Filles du Grand Mogol.
De Pontichery ce 29. Septem
bre 1692 .
C'eft affez pour vous obliger
à lire les Vers fuivans
avec plaifir , que de vous
dire qu'ils font de M de
Vin .
24 MERCURE
23222225 222 522552
L'AVOCAT GUERRIER .
L
A Valeur d'un Prince Lorrain
Avoit fait du Vifir échouer l'entreprife
;
De fes fers prefentezfa redoutable
main
Venoit d'arracher Vienne , & Bude
par sa prife
Fufques au Pont Euxin répandans
la terreur ,
Dans fon Trône ébranlé rauroit
l'Empereur.
Un Avocat charmé de ce trait beroique
,
De l'Empire Othoman decidoit du
deftin
Et
GALANT.
25
Et fa guerriere politique la fin
ofoit d'un ton d'Oracle en promettre
Il ne vouloit qu'une Campagne
Pour en faire à nos yeux triompher
l'Allemagne ,
( Grecs
Et de ce vafte Empire ufurpè fur les
Ce temeraire &faux Prophete
Difpefoit comme d'un Procés,
Que le verre à la main on juge à la
Beuvette.
Si, luy dis-je, on en croit ta promeffe
& mes voeux ,
Nous en verrons bien-toft la cheute
& la deroute ,
Et cette affaire ira fans doute,
Auffi vifte que tu le veux.
Cependant , Selon moy , Bizance eft à
détruire
Moins facile qu'on pourroit dire.
Tout divife entre eux que foient les
Musulmans,
Decembre 16 93 . C
26 MERCURE
Leur force est toujours grande" ,
d'autant plus à craindre,
Que le feu deleurs differens
A peine eft allumé qu'il commeuce à
s'éteindre.
Tels qu'à l'aspect du Loup l'on vois
deux braves Chiens
Suv l'Os qui les brouilloit oublier
leur querelle , (tuelle
Et tourner contre luy leur ardeurmu-
Telles font de tout temps , à l'égard
des Chreftiens , {( leres
Les vieilles factions , les jaloufes co-
Des Spahis & desFanifaires.
Il ne faut pour les rallier ,
Que leur commun peril , ou qu'une
Sage Tefte.
Enfin , fçache qu'un Plaidoyer
Dois coufter moins d'efforts qu'une
telle conquefte.
Ce mot de Plaidoyer fit rougir l'Avocat
i
GALANT: 27
Quoy que né Satirique , un trait de
raillerie
Le démonte & le choque ; ainfi se
maistre fat
Sur l'innocente Poëfe
Qui feule eft de mon doux loifir
L'amusement & le plaifir,
Déchaifne toute fa furie.
Comme ,àfon petit fens , c'eftoit là
de mon coeur
L'endroit de tous le plus fenfible,
Tel qu'un ruse Gladiateur
Il adreſſe fur luy ſaplus fougueuſe
ardeur ,
Et par un coup qu'il croit terrible
Me traite avec mépris de Verfificatenr.
Prendre cela pour une offense
Euft efté vencheria fur fon extravagance,
Etpeut- eftre à mes feuls dépens
C ij
28 MERCURE
ر
Donner la Comedie auxgens,
Ainfi toujours froid & tranquille,
Quy luy dis-je en riant , je veux
bien avouër
Que loin d'un effort inutile ,
D'aller comme toy m'enrouër¸
Au Barreau dont fouvent ton vain
babil te chaffe
Que loin , dis -je en un mot , d'imiter
ton audace ,
Je ne cherche qu'à me jouër
Sur les fujets divers que m'offre le
Parnaffe.
Mais fi , pour fon malbeur, on n'y
reuffit pas ,
On fe connoist du moins , & mat
propre aux combats ,
Mes Vers du milieu de la France
Nevont point fur tes pas prendre en
pofte Bizance.
Mon timide Apollon laiſſe le Turc en
paix ş
GALANT. 29
Aux dépens du Dieu Mars , content
de fa Mufette ,
Il ne fe mele pas d'emboucher la
Trompette ,
Et rime bien ou mal un Conte , on
des Sonnets.
D'ailleurs dans tous les Vers qu'il
s'avife defaire ,
Comme il n'a pour feul but que de fe
divertir ,
Que le fuccés en foit ou mauvais
eau profperes
De fa partje veux t'avertir
Qu'il ne s'en embaraffe guere.
Qu'on les critique , ou non ,je n'en
feray jamais
Plusgay , ny plus chagrin ; mais ravi
des progrés
Que l'heureux Leopold fait fur cet
Infidelle , ( nouvelle.
Toujours avec plaiſirj'en apprens la
Cij
30 MERCURE
Fais- en de mefme, Picotin ,
Et quoy que la Plume à la main
Le Barreau que tufuis te connoiffe in
trepide
Un Sabre ne fied bien qu'en celles
d'un Alcide.
Plaide , écris , voila ton employ,
Et ne t'avife plus , crois moy
D'aller avec tant de vifteffe
Sans pitié , fans raison détrôner Sa
Hautefe
Etourdy decesnouveaux traits
Et dans la Salle du Palais
Au defefpoir enfin de voir qu'on le
relegue
Picotin , tel qu'un Dom Diegue ,
Relevant famoustache, enfonçantfon
chapeau,
S'en fait un point d'honneur nouvean
Esfe bridant le nez du bout de fa
teignaffe
GALANT. 31
Medevore des yeux , & du doigt me
menace.
On ne ponvoit le retenir , ( nit,
Fufques à degaifner il vouloit en ve
Et la prefence d'un bon Pere
Dont on le fit refouvenir ,
Eat mefme de la peine à calmer sa
colere .
Son équipage cavalier,
Car nous eftions aux champs , l'avoit
rendu fi fier,
Qu'en Heros de Roman il ſouting
cette audace.
Qu'auroitfait un autre à maplace ?
Se fuft-il emporté ? De quel air cuſt il
pris
Cette extravagante menace?
Euft-il pour l'en pûnir tranché de
LAmadis ?
Il en eust ry fans doute , & d'eft ce
re quejefis, 1
СCi
32 MERCURE
Ayant creu , pour le mieux confondre,
Que l'ou ne devoit pas autrement y
répondre.
Cependant par cette douceur,
Bien loin de rentrer en luy- meſme
De rouge qu'il eftoit ce fou deven
blesme ,
Fulmine , écume , bave , &pouſſe ſa
fureur
Fufqu'au point que fa main trompée
Dans fon bras gauche pris croitprendre
fon épée ;
Mais un verre de vin qui parut à ſes
yeux,
Quel prodige ! en agneau changea ce
furieux ,
Et ce remede falutaire
Opera tout d'un coup , & mieux
Que tout ce qu'on auroit pû faire.
Il fut affez facile aprés
De le faire avec moy confentir à la
\paixi
GALANT. 33
Mais avant que de la conclure
Il me fallut pourtant nier
Que par ce mot de Plaidoyer
Feuffe malignement voulu luy faire
injure
Et ce Fou radoucy jura de fon cofte,
Que des Turcs en repos laiffant le
vafte Empire ,
Il n'iroit plus pour le détruires
Si vifte qu'il avoic efté.
EPIGRAMME
Sur le mefme fujer.
Vand Picotin me cite & Bartole
Q & Cujas ,
Fele prens pour un habile homme ,
Et m'imagine enfin que l'Orateur de
Rome
Luy cederoit icy le pas-
"
"
34 MERCURE
Mais quelle éclipfe pour sa gloire
Dés qu'il vient à parler de guerre &
de combats?
Ces matieres qu'il n'entend pas
M'ouvrent les yeux , & me font
croire
Que s'il en parle en Avocat,
Ilpourroit bien auffi plaider en vray
Soldat.
AUTRE.
Lors que choz Picotinje vais pour
mon affaire,
Faciturne & diftrait il ne m'écoute
pas ;
Mais vient-on à parler de guerre &
de combats,
Auffi-roft il fourit , & ne peut plus
Se taire.
Ah! fipour mon malheur il entend
Le Palais
GALANT. 35
Auffi- mal que l'Art militaire,
C'en eftfait ,je perds mon Procés,
On du moins peu s'en faut que je
n'en defefpere.
En vous parlant dans ma
Lettre du mois paffé , des Benefices
donnez par le Roy , je
vous appris que M' l'Abbé de
Pompone avoit eftè gratifié
de l'Abbaye de S. Medard de
Soiffons , & me contentay de
vous dire en peu de mots ,
qu'ayant l'efprit & la pieté de
ceux de fa Famille , il pouvoir
tout efperer des bontez du
Roy. Depuis ce temps là il
26
MERCURE
m'eft tombé entre les mains
une Lettre d'un homme fort
éclairé , qui vous
apprendra
plufieurs chofes curieufes de
cette Famille .
Souvenez - vous ,
Madame, que ce n'eft pas moy
qui
parle.L'Abbaye
de S Medard
de
Soiffons , que le Roy
a donnée à M. l'Abbé de
Pompone , eft une des plus
belles
Abbayes de France , &
qui n'a jamais efté
poffedéc
que par des Princes & des Cardinaux
, ou des Evefques . Elle
releve
immediatement du
Saint Siege , partage les droits
Epifcopaux avec l'Evefque de
GALANT.
37
Soiffons , & donne droit de
feance au Chapitre de la Cathedrale
; mais ce qu'il y a de
plus agreable pour M™ l'Abbé
de Pompone , c'est que la
Jurifdiction & les Terres de
cette Abbaye joignent celles
de M fon Pere à Pompone.
Ainfielle approche un fi di-
Fils d'un Pere illuftre , au
gne
heu qu'auparavant il eftoir
obligé de paffer une bonne
partie defa vie dans le fond
du Poitou à Saint Maixent
dont leftoit Abbé , & dont
il a remis l'Abbaye , n'ayant
jamais voulu poffeder deux
38 MERCURE
Benefices à la fois , par un
principe de pieté qui cft hereditaire
à cette illuftre Mai
fon. Je vous ay parlé fouvent
de Msfes Freres , le Marquis
& le Chevalier , Colonels des
Regimens de Hainaut & de
Dragons de Furftemberg, &
de la valeur avec laquelle ils fe
font diftinguez dans plufieurs
Combats . Je vous diray que ce
dernier , par une perte qu'on
ne fçauroit affez déplorer ,
vient de mourir à Mons , aprés
une maladie affez longue , qui
la emporté dans la fleur de
l'âge . C'eſtoit un GentilhomGALANT.
39
me plein de vivacité ,de coeur,
d'efprit , & de qui on pouvoit
tout efperer. Ms Arnauld font
d'unc noble & ancienne Maifon
d'Auvergne. Il y a plus
de deux cens ans qu'une Fille
de leur Maiſon fut mariée à
un Seigneur de la Fayette , Pe
tic- fils de celuy qui eftoit Maréchal
de France fous Charles
VI. Henry Arnauld , quatriéme
Ayeul de celuy done
je vous mande la mort , eftoit
Gouverneur de la Ville &
Chafteau de Hermant , petite,
Ville de la Baffe - Auvergne ,
lieu de fa naiffance , à huit
40 MERCURE
lieues de Riom , fur les Fron
tieres de la Marche du Limofin
prés d'Ulez . Il épousa vers
l'an 1480. Catherine Baciot ,
Parente de celuy qui fut Confeiller
du Parlement de Paris,
& Maitre des Requeſtes fous
Louis XI . dont Mr Baciot ,
Marquis de Mouffy , & Mis
Baciot , Comtes d'Honneüil ,
& du Mazy , font fortis . Peu
de temps aprés ce Mariage, il
vint s'établir & fixer fa demeure
dans la Ville de Riom ,
où Pierre de Bourbon , Comte
de Beaujeu , Duc de Berry &
d'Auvergne , Prince du Sang,
GALANT. 41
& Gendre du Roy Louis XI.
tenoit fa Cour , & faifoit fa
refidence ordinaire . Comme
ce Prince eftoit riche , liberal ,
& magnifique, & que la Princeffe
Madame Anne de France
fa Femme , qui gouvernoit
abfolument l'efprit de Charles
VIII. fon Frere , & eftoit Rcgente
pendant fa minorité , y
refidoit
auffi avec fon Epoux,
ils ne manquerent
pas d'attirer
auprés d'eux dans cette mefme
Ville de Riom , Capitale
, de leur Duché , tout ce qu'il
y avoit de gens dans la Province
d'Auvergne
, & dans le
Decembre
1693 .

42 MERCURE
voifinage, diftinguez par leur
naiffance & par leur efprit
Henry Arnauld fut du nombre.
On montre encore dans
Riom fa maifon , auffi bien
que celles des Montboiffier,
Montmorin . Chazeron , Florat
, Chaſteaugay , Mariliac ,
Dubourg , Duprat , Forget &
Robertet , qui tous furent les
principaux Officiers & Favoris
du Comte & de la Comteffe
de Beaujeu , & du Conneftable
de Bourbon , leur
Gendre , par qui ils furent
tous avancez dans la fuite aux
premieres dignitez de l'Epée
GALANT: 43
& dela Robe. Henry Arnauld
fut d'abord Ecuyer du Comte,
& fit amitié étroite avec Florimond
de Robertet , qui depuis
longues années avoit
quitté Montbrison en Forest,
lieu de fa naiffance , pour s'établir
dans Riom à la Cour
du Comte , dont il eftoit Sccretaire
, & dont il gouver
noit abfolument l'efprit,comme
il gouverna enfuite celuy
de Charles VIII . à qui la Rcgente
l'avoit donné, & celuy
de Louis XII. aprés la mortdu
Cardinal d'Amboife , & enfin
celuy de François I. dont il
Dij
44 MERCURE
fut Secretaire d'Etat . Rober
tet aimoit fi fort Arnauld, que
lors qu'il fut obligé de quit
ter Riom pour alfer s'établir à
Paris , à la Cour de Charles
VIII, il Y amena tous fes Enfans
, horfmis Jeanne de Robertet
fa Fille ainée , qu'il
laiffa à Riom entre les mains
de la Femme de M' Arnauld ,
exprés afin qu'ils la mariaf
fent avec Jean Arnauld leur
Fils ainé , quaud elle feroit en
âge. Mais les Tureurs en ufc.
rent avec plus de generofité ;
car ne croyant pas leur Fils
un affez bon Party pour une
GALANT.
45
Fille de fi grand merite , ils la
marierent au plus. riche jeune
homme de Riom , nommé
Amable de Ceriers , Seigneur
de Palerne & de Saintignac ,
Fils d'une Mariliac. Aprés lé
départ de Robertet , Arnauld
fut celuy de tous les Courtifans
qui s'infinua le plus avant
dans les bonnes graces du
Conneftable , qui luy conferva
les Charges d'Ecuyer , & le
Gouvernement d'Hermant ,
qu'il avoit cuës fous le Comte
de Beaujeu , fon Beau - pere.
Lors que les biens du Conne
ftable furent confifquez , &
46 MERCURE
que ce Prince fut declaré con
pable de Leze - Majeſté , &
pourfuivy par François I. Ar
nauld aida à le fauver , en faifant
ferrer fes chevaux à rebours
, Cet artifice luy réuffit;
car ceux qui pourſuivoient le
Conneftable
jugeant par la
trace des chevaux qu'il eftoit
party du lieu , où au contraire
il eftoit caché & retiré , allerent
courir inutilement où il
n'eftoit pas. Du Mariage de
Henry Arnauld & de Cathe .
rine Baciot forrirent deux Fils,
Jean qui mourut fans Enfans ,
& qui l'année 1542.prend dans
GALANT: 47
Wles Regiftres Baptiftaires de la
Ville de Riom , la qualité de
Commandeur d'Hermant , &
Antoine qui continua la pofterité.
Ce dernier époufa en
premieres Noces Marguerite
Mofnier Dubourg , proche
Parente du Chancelier de ce
nom , Soeur du fameux Anne
Dubourg , Confeiller du Parlement
, & de Jean Dubourg,
LieutenantCriminel de Riom ,
dont il n'eut qu'un Fils unique
,nommé Jean, qui fe rendis
celebre dans la fuire des
temps. C'est ce fameux Jean
de la Morte . Arnauld dont
1
48 MERCURE
parle M' de Thou dans fon
Hiftoire avec tant d'éloge ,
qui à la tefte d'une Compagnie
de Cavalerie , dont il
cftoit Capitaine , s'enferma
dans la Ville d'Yffoire , qui
tenoit pour le Roy contre la
Ligue , & en foutint longtemps
le Siege , avec les Seigneurs
de Chabanes & de
Chazeron , aprés quoy il fit
une fortic vigoureufe à la tefte
de trente Maiftres de fa Compagnie
, fur les Ennemis , &
tua de fa propre main le Comede
Randam
, Chef du party
de la Ligue en Auvergne ,
Pere
CALANT. 49
Pere de feuë Madame de Senecey
, Gouvernante du Roy.
Cette mort fut la cauſe de la
levée du Siege d'Yſſoire , &
du gain de la Bataille qui fe
donna enfuite , & qui affura
toute l'Auvergne à Henry IV.
le mefme jour & la mefme
année qu'il gagna la fameuſe
Bataille d'Yvry, comme le luy
écrivit en termes exprés de
Cardinal de Vendofme , dans
une Lettre dont l'Original eft
entre les mains de Mele Marquis
de Chazeron le Fils ,Licu
tenant des Gardes du Corps.
Elle eft de l'année 1590. An-
Decemb. 1693.
E
so. MERCURE
toine , Pere de ce Jean Arnauld
, fuvit d'abord, comme
avoit fait fon Pere , la profeſ
fion des armes . Il leva une
f
Compagnie de Chevaux - Legers
, & fe trouva en plufieurs
occafions perillcufes ; mais la
Reine , Catherine de Medicis,
feule Heritiere de l'ancienne
Maifon d'Auvergne ,qui avoie
fondu dans la perfonne de fa
Mere , connoiffant la fidelité
& la capacité de ce mefme
Antoine Arnauld dans les
affaires , le fit fon Procureur
General , & luy donna auffi la
Charge de Procureur du Roy
GALANT $
au Prefidial de Rion , qui en
ce temps- là avoir plus de qua
rante licues d'étendue , ceux
de Gueret , de Clermont , &
d'Aurillac n'en ayant pas efté
encore démembrez
. Antoine
fe diftingua fort dans ces deux
Charges , & y fignala fon zele
& fa fidelire pour le Roy . Il
prend dans tous les Actes qui
reftent de luy la qualité de
Seigneur de la Motte , de
Chantegrenelle
, de Fontainebleau
, de Peffac , & de Bonnefilles
, qui font des Fiefs
& des Chafteaux à une demilicuë
de Riom. Il épousa en
E ij
52 MERCURE
fecondes Noces Anne For
get , Fille du premier Maiſtre
d'Hoftel du Conneftable de
Bourbon , & qui eftoit de la,
mefme Maifon , dont fortic
depuis ce celebre M ' Forget ,
qui fut fous Henry IV . Secretaire
d'Etat & Prefident au
Mortier. De ce Mariage fortirent
douze Males , qui fe
rendirent tous illuftres dans
cette profeffion. Antoine II .
du nom , qui continua la pofterité
; Ifaac Arnauld, qui fut
Intendant des Finances , Perc
d'un autre Ifaac II. du nom ,
qui fut Gouverneur de PhiGALANT
53
lisbourg , & Meftre de Camp
du Regiment des Carrabins ,
un des plus braves hommes
& des plus beaux efprits de
fon ficcle , celebre dans les
Ecrits de Voiture , fous le
nom de Capitaine Arnaldus.
Sa Soeur fut mariée à Manaffes
de Feucquieres , General
des Armées du Roy , tué
à Thionville. David Arnauld
fut le troifiéme Fils d'Antoine.
Il fut tué auffi bien que
Benjamin , & Ponce Arnauld
tous trois Capitaines , l'un au
Siege de Jerzeau , les autres en
diverfes Batailles, & tous pour
E iij
14 MERCURE
Je fervice du Roy , à qui certe
Maifon a toûjours cfté fidelle
. Mais celuy qui fe diftingua
le plus dans la Guerre
fut Pierre Arnauld , le plus
jeune des douze Freres . Il fut
Marechal des Camps & Armées
du Roy Louis XIII.
Gouverneur du Fort Louis , &
Colonel du
Regiment de
Champagne. C'est celuy dont
l'Hiftoire de Pontis fait une
fi
honorable
mention , & ne
craint point de l'egaler aux
plus grands
Capitaines qui
ayent jamais efté parmy les
Grecs & les Romains , Il dir
GALANT. 55
que c'eftoit l'homme du monde
qui fçavoit le mieux l'ancienne
difcipline militaire , &
qui la faifoit le mieux obferver
par les Soldats , dont il
citoit aimé juſqu'a l'adoration
. Louis Arnauld fut un autre
Fils d'Antoine , qui fut
General des Finances, dans la
Generalité de Riom , & y mena
une vie tranquille fans laiffer
d'Enfans , en quoy il fut
imité par un autre de les Freres
qui porta auffi le nom de
Louis , & prit une Charge de
Secretaire du Roy à Paris , où
il le fit diftinguer par fon cf-
E
iiij
56 MERCURE
prit . Leur commun Pere Antoine
vécut jufqu'à l'âge de
cent & un an , & mourut
comme un autre Patriarche
Jacob , entre les mains de la
plus grande partie de ſes douze
Enfants à Paris , où la Reihe
Catherine de Medicis l'avoit
appellé. Il fut enterré par
cux dans l'Eglife de faint Sulpice
, dans la premiere Chapelle
qui y ait efté baſtie, dont
il eftoit le Fondateur. Le Titre
de la Fondation porte qu'il
avoit une Charge de Corre-
&teur des Comptes , & de
Contrôleur general des Re-
1
GALANT.
57

Ates , & qu'il eftoit Seigneur
de Corbeüille prés de Paris.
Antoine fon Fils ainé , qui
continua la pofterité , fut ce
fameux & tant renommé Avocat
du Parlement que le Roy
Henry IV. vint entendre plai
der , & amena avec luy le Duc
de Savoye , qui fut charmé de
fon éloquence. Le Roy luy
donna un Brevet de Confeiller
d'Eftat , & la Reine Maric
de Medicis , non feulement le
fit fon Avocat General , mais
elle voulut l'obliger de quitter
le Palais & le faire Secretaire
d'Etat. Il le refufa , & dit à la
58 MERCURE
Reine qu'il ferviroit mieux Sa
Majesté eftant Avocat , que s'il
eftoit Secretaire d'Etat. C'est ce
que feu Mr le Maistre fon
pctit
Fils & fon Filleul a voulu
dire dans cette belle Epitaphe
qu'il fit fur luy.
Paffant,du grand Arnauld revere
la memoire.
a
Ses Vertus àfa Race ont fervi
d'ornement ,
Sa Plume à fon Pays,fa Voix
au Parlement ,
Son Eſprit àfon fiecle , & fes
faits à l'Hiftoire.
Contre un fecond Philippe
Ufurpateur des Lis
GALANT. 59
Ce fecond Demofthene anima
fes Ecrits ,
Et contre Emmanuel arma fon
éloquence.
Il vit comme un néant les
bautes digniteZ
"
Et prefera l'honneur d'Oracle
de la France
Atout le vain éclat des Titres
empruntez.
rs
MlAvocat General Marion
, dont M's Marion Com
res de Druys font iffus , & dont
le merite eften fi grande ve
neration parmy les Scavants
ayant entendu un jour plaider
M Arnauld , le prit dans fon
60 MERCURE
Carroffe , l'amena diner , &
fit mettre la Fille ainée , Catherine
de Marion , à table auprés
de luy ; puis ayant tiré
M Arnauld à l'écart , il luy
demanda ce qu'il penfoit de
La Fille , & celuy cy luy en
fa
ayant dit mille biens , il laluy
donna en mariage pour marque
de fon eftime. Jamais Mariage
ne fut plus heureux ; il
en cut vingt deux Enfans , &
tous ceux qui vêcurent âge
d'homme , ſe ſont rendus celebres
, chacun dans leur pro
feffion . Leur ainé fut Robert
Arnauld d'Andilly qui conti
GALANT. 61
·
·
14
nua la pofterité , dont je vous
prierois de lire l'Eloge qu'en
fait le Dictionaire de Moreri ,
s'il n'eftoit encore plus connu
par fes admirables Poëfics , &
fes excellentes Traductions, &
par les grands Emplois , &
les Commiffions importantes
dont le Cardinal de Riche →
licu & la Reine Mere qui avoient
une confiance & unc
eftime toute finguliere pour
luy , l'ont fi fouyent honoré.
Henry Arnauld fut le fecond
Fils d'Antoine . C'est celuy que
Rome & la France ont également
revere fous le nom d'Ab
62 MERCURE
bé de Saint Nicolas , & d'E
vefque d'Angers . Eſtant à
Rome , il fauva par fon adreffe
par fon courage
& l'honneur
& les biens de la Maifon des
Barberins contre les entre
prifes des Creatures & des Parents
d'Innocent X. Le Prince
de Palestrine & les Cardinaux
Antoine , François & Charles
Barberin , par reconnoiffance
firent non feulement frapper
fa Medaille & tirer fon Por
trait , dont ils remplirent tou
tes leurs Maifons , mais luy
erigerent auffi une Statue dans
cur Palais de Rome avec ce
GALANT. 63
beau Vers que Prudence a fait
für Saint Gregoire Archevêque
de Tours, qui eftoit Auvergnat
auffi bien que luy avec
une allufion à fes Armes qui
font une Montagne.
Alpibus arvernis veniens mons
altior ipfis.
C
ai-
Il mourut'il y a deux ans en
odeur de Sainteté à Angers
dans fon Diocefe , d'où il n'étoit
jamais forty depuis présies
de quarante ans qu'il eftoitte
Evêque. Antoine Arnauld,
troifiéme du nom, fut le vingtit
la
uniéme Enfant de fa Mere .
C'eſt ce Docteur de Sorbonnele.
64 MERCURE
fi fameux,dont les Heretiques
ne peuvent entendre prononcer
le nom fans fremir, fe fouvenant
des coups mortels qu'il
Jeur a portez , & que c'eft luy
aprés Dieu qui leur a enlevé
feu M le Vicomte de Tu
renne . Ses Ecrits dureront auctant
que l'Eglife. C'eſt le jugement
que les Papes Clement
IX . & Innocent XI. & Mr
l'Archevêque de Paris en ont
fporté . Catherine Arnauld ,
T'ainée des Filles , fut mariée
à M' le Maiftre Confeiller du
Roy & Maistre des Compres
là Paris , dont elle cut antoiGALANT:
65
hele Maiftre, ce fameux Avocar,
& Ifaac le Maiftre de Sacy
, connu de toute la terre
par fes belles Traductions de
toute la Bible, & de l'Imitation
de Noftre Seigneur , &
par la Vie de Dom Barthelemy
des Martyrs ,
& par fes
Poefies facrées. Angelique ,
autre Fille d'Antoine , fut faite
par le Roy Abbeffe perpetuelle
de Port Royal des
Champs. Elle reforma cette
Abbaye fur le pied de la Reforme
que
introduite à Clervaux , & la
rendit elective & triennale.
Dec. 1693.
faint Bernard avoit
F
66 MERCURE
Cinq de fes Soeurs avec leur
Mere à la tefte, fe frrent Reli
gieufes fous elle , & y ont me,
né jufqu'à la mort une vie extraordinairement
auftere &
penitente. Mr d'Andilly , fon
Frere ainé, époufa Mademoifelle
de la Badrerie , Fille de
celuy qui a cfté fi Jong temps
fous le feu Roy Ambaffadeur
en Angleterre , & de
Marie Prevoft d'une des
plus nobles & dos plus an,
ciennes Maifons du . Parlement
, & petite Fille d'une
Brulart de Sillery , Soeur de
Mr le Chancelier de Sillery .
L..
GALANT: 67
+
De ce mariage de Robert Arnauld
d'Andilly font forties
cinq Filles , toutes Religieufes
à Port Royal , dont l'Ainée,
SoeurAngelique de Saint Jean,
a paffé pour un prodige d'ef
prit , de fcience & de verty
& trois Fils dont l'Ainé eft
Mr l'Abbé Arnaud , Abbé
Commendaraire de Chomes,
qui aprés avoir long temps
porté les Armes pour le
Service du Roy , fe retirá
aprés la mort de fon Coufin
Ifaac - Arnauld , Meftre de
Camp des Carrabins , dans le
Regiment duquel il eftoit
12
Fij
68 MERCURE
Officier , auprés de M. l'Evef
que d'Angers fon oncle , &
il a efté, comme il eft encore,
l'Imitateur de fes vertus. Le
fecond des mafles fut Henry
Arnauld , Sieur de Luzancy,
qui a paffé fa vie dans la folitude
& dans la contemplation
des veritez éternelles . Le
troifiéme fut Simon Arnauld,
Marquis de Pompone , fi connu
dans toute l'Europe par fcs
Negotiations dans les Cours
du Nord, par fes Ambaffades
en Suede & en Hollande , &
par les Charges de Secretaire
& de Miniftre d'Eftar , qui
GALANT. 69
toutes grandes qu'elles font
par elles mefmes fous un Roy
auffi puiffant qu'eft le noftre,
font pourtant au deffous du
merite , de la fageffe , de la
penetration
& de l'étendüc
d'efprit de ce grand homme ,
qui agit auffi purement qu'il
écrit . Il époufa en 1660. Ma.
demoiſelle l'Avocat , Soeur de
Madame l'Avocat , Maiftro
des Requeſtes , & de l'Abbé ,
Aumônier du Roy , & Fille
d'un Maistre des Comptes ,
proche Parent de celuy qui
eltoit alors Mrniftre & Sur-
Intendant des Finances , &
70 MERCURE
d'Anne Roulier , Soeur de M
Roulier , Confeiller d'Etat,
cy-devant Intendant de Juftice
en Provence. De ce Mariage
font forties deux Filles
L'Ainée ayant cfté accordée ,
& promife en Mariage par le
Roy, & par M'fon Pere , à M
le Marquis de Molac Rofmadek
, les pria d'agréer qu'elle
luy préferaft un plus grand
Epoux, & fe fit Religieufe à
Gif Felicité Arnauld , la Cadette
, eft d'une fag effe , d'une
douceur , & d'une pieté accompagnée
de beaucoup d'ef
prit , qui peut fervir de mo-
7
GALANT 71
delle à toutes lesFilles de qua
lité & de fon âge.
Auguftin
Arnauld , Marquis de Pompone
Colonel de Hainaut ,
eſt l'ainé des Garçons . M
l'Abbé de Pompone le Puifné
, & le Chevalier , qui vient
de mourir , eftoit le plus joune
de tous. Le Roy a fait
l'honneur de dire à M fon
Pere, qu'il le plaignoit d'avoir
perdu un Fils d'un fi grand merite
, & l'a confolé comme un
Ami auroit fait fon Ami
avec des témoignages finguliers
de tendreffe & de bonté,
qui marquent bien l'eftime
72 MERCURE
que ce Grand Roy fait de ce
fago Miniftre.
Vous ne ferez pas fachée
d'apprendre avec quelles ceremonies
le General de l'Ordre
des Carmes a cfté receu en
la Ville de Madrid , & en fa
premiere Audience de Leurs
Majeftez Catholiques. En voi
cy une Relation traduite de
l'Eſpagnol : Le Roy Charles II .
ayant bien voulu , aprés avoir
pris l'avis de fon Confeil
Royal , continuer en la perfonne
du Pere Jean Feyxoo de
Villalobos , General de l'Ordre
GALANT
73
dre des Carmes, l'honneur de
fe couvrir enprefence de leurs.
Majeftez comme Grand d'Ef
pagne , pour luy & fes Succef
feurs dans la mefme Charge ,
en la maniere que les Rois,
Philippes II. & Philippes III.
l'avoient accordée; le premier
en l'an 1566. au Pere Jean- Ba
ptifte Rubeus , & le fecond,
au Pere Henry Silvius en l'an
1606. l'un & l'autre Generaux
de cet Ordre. Son Excellence
le Marquis de Caftanaga
s'offrit d'eftre le Parrain de ce
Pere General , tant pour les
ceremonies de fon Entrée dans
Decemb
. 1693.
G
1
74 MERCURE
Madrid , que pour celles de fa
premiere Audience de leurs
Majeftez Catholiques , où il
devoit fe couvrir en leur prefence
, comme Grand d'Elpagne
. Le premier d'Octobre
dernier fut le jour marqué
pour fon Entrée à Madrid ,
qui fut des plus belles & des
plus magnifiques qu'on cuſt
veues depuis long - temps en
čette Ville- là . Ce Pere s'eftant
transporté ce mefme jour de
fon Convent. de Baldemore à
la Maifon de plaifance du
Marquis de los Balbazés , éloignée
d'environ un mille de
GALANT.
75
Madrid , il en partit fur les
quatre heures du ſoir , eſcorté
de cent trente Caroffes à fix .
remplis de grand nombre des
Grands & des plus qualifiez
Seigneurs de la Cour, des Envoyez
des Princes & premiers
Miniftres du Royaume . Outre
ces Caroffes , il y en avoir
quatre autres à fix du Marquis
d'Aftorgas, qui aprés avoir
complimenté ce General , le
plaça dans fon Caroffe à fa
droite , le Marquis Balthafar
Mendoza , & le Pere Commif
faire general de la Province
d'Eſpagne , du meſme Ordre ,
Gij
76 MERCURE
fur le devant, A l'une des por
tieres eftoit le Duc d'Albu→
querque, & à l'autre leSeigneur
Marquis , Frere du Marquis
d'Aftorga les autres Caroffes
furent deftinez pour la Famil
le du Pere General. En cet
équipage , qu'on trouva des
plus fuperbes & des plus nom
breux qu'on cuft vûs en pareille
occafion , ce General
entra dans Madrid par la porte
d'Effochia , ou aboutit la
belle ruë qui conduït en droiture
au grand Convent des
Carmes . Toute cette efcorte
s arreſta à la porte de l Eglife,
GALANT. 77

qui eftoit fuperbement parée,
& tous ces Seigneurs eftant
defcendus de leurs caroffes ,
fe prefenterent en bel ordre
devant celuy du Pere General,
qui defcendit auffi - toſt du
fien ,& paffa au milieu de tous
ces Grands,qui luy formoient
une haye jufques à la porte de
J'Eglife , où il fut receu par
Communauté , de fes Religieuxau
nombre de cent quarante
, & par celles des Jacobins
, & des Carmes Def
chauffez ; & aprés les ceremonics
preferites dans l'Orpour
la reception de leurs
dre

la
G iij
78 MERCURE
>.
Generaux , on entonna le Te
Deum , qui fut chanté par
differens Choeurs de Mufique
, accompagnez de toutes
fortes d'Inftrumens , tandis
qne le Pere General , fous un
Dais magnifique , & entouré
de tous ces Grands d'Espagne,
& autres perfonnes qualifiées,
s'avança vers le maistre Autel,
qu'on ne pouvoit approcher
à caufe de la grande foule ac
courue à cette ceremonie.
Eftant arrivé au lieu où on
luy avoit préparé un Prie-
Dieu , couvert d'un riche
Tapis avec un carreau de mêGALANT
79
me , ilfe mit à l'extremité du
Tapis , & y refta jufqu'à la fin
du Te Deum , qui fur fuivi des
prieres ordonnées dans l'Ordre
pour ces fortes de cercmonies
aprés quoy le Pere
Commiffaire general , & autres
Religieux luy ayant donné
la main pour le relever ,
il s'alla affeoir dans un fauteüil
de velours cramoifi , où
il entendit un Difcours éloquent
prononcé à fa gloire
par le PereBernard de Serrada ,
Religieux du même Ordre
Profeffeur de Theologic
l'Univerfité d'Alcala Ce dif
Giiij
80 MERCURE
cours qui receut l'approbation
de toute cette illuftre Affemblée
eftant fini , les Religieux
del'Ordre vinrent deux à deux
baifer la main & le Scapulaire
de leur Pere General . Les Communautez
des Peres Jacobins
& Carmes Defchauffez qui avoient
affifté à toute cette ceremonie
voulurent , non fans
étonnement du Pere General ,
luy rendre les mêmes reſpects
& actes d'obeillance , ce qu'il
ne put
fe deffendre d'accorder
à leur preffantes inftances.
Aprés cette Ceremonic qui fut
fort longue , le Pere General
GALANT. 8r
eftant defcendu de l'Autel,
voulut accompagner tous ces
Seigneurs jufqu'à leur Carrof
fe , mais ils ne le voulurent
point permettre , au contrai
re , ils le conduifirent à fon
Appartement , où luy ayant
fait de nouveaux Complia
mens & marqué leur eftime ,
ils le laifferent repofer de la fatigue
que luy avoit donnée
une fonction de trois ou quatre
heures . Les jours fuivants ,
durant lefquels il fallut attendre
la commodité de leurs Majeftez,
qui avoient efte occupées
à la Devotion du Rofairs
82 MERCURE
& de faint François , pour
avoir Audience , il receur la
vifite des Grands d'Elpagne ,
des Ducs , des Marquis , Comtes
, Ambaffadeurs
des Princes
, Communautez
Religieafes
& principale Nobleffe ,
tant
Ecclefiaftique que feculiere
.
Le 6. du mefme mois , jour
deſtiné par Sa Majefté Catholique
pour la premiere Audience
de ce Pere , le Marquis
d'Aftorga , accompagné du
Marquis fon Frere , de Dom
Garcia Fils de la Marquife de
Biglianibrofa & du Marquis
GALANT. 83
de la Puebla Loriana , Majordome
de femaine auprés du
Roy , fe tranſporta au grand
Convent des Carmes dans un
Carroffe qu'il avoit fait faire
exprés pour cette occafion ,
fuivi de huit autres à fix . Il fic
placer dans ces derniers les
Religieux qui devoient accompagner
le Pere General ,
luy refervant le fien , où il luy
donna fa droite , & dans cet
ordre on marcha vers le Palais
, où l'attendoient dans la
grande Place avec leurs Carof
fes au nombre de deux cens
foixante tous les Grands , les
ex
84 MERCURE
1
Ambaffadeurs des Princes , la
principale Nobleffe & le Patriarche
, lefquels pour éviter
la confufion qui auroit pû arriver
en defcendant des Carroffes
, s'eftoient avancez un
peu auparavant. Le Pere General
eftant arrivé fous les Por
tiques du Palais , defcendit
de fon Carroffe, & cftant accompagné
du mefme Marquis
qui luy fervoit de Parrain , il
fut receu des Grands & de la
Nobleffe , qui aprés l'avoir
complimenté en peu de paroles
, fe mirent en ordre pour
l'accompagner à l'Audience
-
GALANT. 8
}
duRoy Le nombre des Grands
& de la Nobleffe qui voulurent
affilter à cette ceremonic
eftoit fi grand , qu'à peine
pouvoit-il monter le degré
qui conduit à l'Appartement
de Sa Majefté , quoy que la
nombreufe Garde des Halebardiers
, laquelle n'a coûtume
de fervir qu'en de fembla
bles occafions , luy fift haye.
Eftant arrivé à la Salle d'Audience
, dans laquelle eftoient
rangez tous les Grands qui l'avoient
accompagné , & où
eftoit venu le Roy pour le recevoir
, il fut prefenté à Sa
86 MERCURE
.
Majefté par le Marquis fon
Parrain, & par le Marquis della
Puebla Majordome.Le
Roy
pour luy faire l'honneur qu'il
fait aux Grands du premier
rang, le reccut & l'écouta tout
debout.Le Pere General ayant
fait une profonde reverence ,
fe mit à genoux devant le
Roy qui luy dit ce mot Leventaos
. Le Pere luy ayant re
pondu qu'il ne fe leveroit pas
qu'il ne luy fift l'honneur de
luy donner fa main à baiſer , le
Roy la luy donna . Ce General
ayant baifé la main fe leva
& le Roy luy dit Cubrios , ce
GALANT. 87
!
qu'il fit auffi- toft , mettang
fon Chaperonfur la tefte à la
maniere des Generaux , Grands
d'Espagne . Eftant couvert il
harangua le Roy avec des paroles
fi choifies & fi fpirituel.
les qu'il fut écouté de tous
avec un vifage tiant & bien du
plaifir . Le Roy luy ayant repondu
en peu de mots qu'il
eftoit perfuadé de l'affection
de fon Ordre , & qu'il avoit
grande confiance aux prieres
de fes Religioux a
le Pere
General luy baifa de nouveau
la main, & fe retira , accom
pagné toujours des mêmes
88 MERCURE
Seigneurs. Il paffa aux ap
partemens de la Reine , laquelle
accompagnée de toutes
les Dames de fa Cour ,
l'attendoit dans la Salle d'Audience.
Il fut introduit par lc
Marquis de Valdermofa , Majordome
de femaine , & par
fonParrain , dans la Salle ou
la Reine voulut luy faire les
mefmes honneurs que luy a
voit faits le Roy , le recevant
toute debout . Comme ce Pcre
fe mettoit à genoux.
Reine luy fit figne avec fon
éventail de fe lever, à quoy il
répondit qu'il ne fe leveroit
>
la
GALANT. 89
pas , firà l'exemple du Roy ,
elle ne luy permettoit de baifer
fa main. La Reine en fouriant
ofta fon gand , & luy fit
'honneur de luy donner fa
main à baiſer , honneur qui
juſqu'alors n'a efté accordé à
aucun Grand Ecclefiaftique ,
par les Reines d'Efpagne.
Aprés avoir obtenu cette faveur
, il fe releva , & Sa Majefté
luy ayant dit de fe couvrir,
il mit fon chaperon fur fa
tefte. Enfuite il la compli
menta fur les obligations qu'avoit
fon Ordre de faire des
voeux pour fa conſervation .
Decembre 1693. H
go MERCURE
La Reine luy répondit qu'elle
fe confioir beaucoup aux prieres
de fonOrdre, dont elle demandoit
la continuation à
fon chef. Sa Majesté luy ayant
dercchef donné la main à baifer,
& permis de complimenter
en fa prefence les Dames de
fa Cour , privilege ! qu'on n'a
accordé qu'aux Grands du
premier rang , il fortit de la
Salle de la Reine , & monta
dans fon Carroffe pour aller au
Palais de la Reine Mere , où
il vint accompagné d'une fi
grande multitude de Scigneurs
, qu'il luy fallut un
GALANT. 91
long - temps pour y arriver.
Lors qu'il y fut, on attendit un
peu de temps dans l'anti-
Chambre de l'Audience
, à
caufe que la Reine eftoit à la
Meffe. Cette Princeffe sêtant
rendue dans la Sale d'Audience
où fe trouverent les
Dames de fa Cour le Pere!
General y fut introduit par le
Marquis fon parrain , & part
le Marquis Della Vega , Majordome
de fomaine . La Reine
Mere le receut auffi débour ,
& ce Pere ayant eu l'honneur
de luy baifer la main , & receu
d'elle ordre de fe.couvrir
Hlj
92 MERCURE
il la harangua , la remerciant
fartout de l'honneur que luy
& fes Succeffeurs venoient de
récevoir du Roy fon Fils par
fon entremife. Sa Majefté
luy dit qu'elle s'eftoit fait un
vray plaifir de luy avoir procuté
cette marque de diftinetion
& aux Generaux , fes Succeffeurs
& qu'à fa confideration
elle protegéroit toujours
fon Ordre , & ayant de
rechefi cu honneur de luy
baifer la main , comme auffi
de complimenter les Dames
de fa Cour , il fortit de la
Salle d'Audience , & faifant
GALANT 93
*.
fes remercimens à tous les
Grands qui luy avoient fait
l'honneur de
l'accompagner,
il s'en retourna dans fon
Convent , fuivy toujours du
Marquis fon Parrain & des
Grands . Ces Ceremonies fu
rent fi auguftes & fi remar
quables par la multitude des
Grands , de la Nohleffe , des
Ambaffadeurs , & autres Seigneurs
, que de memoire
&
d'homme , il ne s'en eft pas
veu de pareilles dans Ma
drid .
t
Le Jeu des Efchers eft fi ges
neralement aimé, que je croy
94 MERCURE
vous faire plaifir de vous faire
part d'une Lettre qui en parle.
1.
A MONSIEUR ***
Jinclination pour le Jen des
E vous avonê que j'ay de
Efchets , je fuis preft de vous
expliquer les raisons que j'en ay.
Le Feu des Echeis eft un few
Royal , comme le marque le ter•
me Scach , d'où il tire fon nom
& quifignifie Roy dans la Langue
Perfe. C'est un Jeu de fcien
ce ; il yentre de l'Arithmetique
& de la Geometrie. C'est unFew
tout noble , eftant confacré à
م ی ر ب
GALANT. 9$
ર્
Thonneur & à la gloire. L'avas
rice n'y a point de part comme
dans les autres Jeux ; on n'y
cherche point d'autre gain que
celuy de la Victoire. Comme on
dit de la Vertu , qu'elle porte avec
elle .fa recompenfeile Feu des Echets
trouve fon avantage ) for
prix dans le plaifir de fon petit
triomphe. C'eft le plus ancien de
tous les feux . Grand nombre
d'Auteurs Grecs & Latins de divers
fiecles enfont mention . C'est
le Feu de l'Univers , de l'Europe
& des autres parties du monde,
le Feu de toutes les Nations.
Ludus celebrat quem ma
xima Roma ;
1
96 MERCURE
Extremæque hominum diver
fa ad littora gentes
,
& les
dit Vida. Outre les François , les
Allemans , les Efpagnols , les
Anglois , les Italiens ,
·Polonois , on peut encore compter
parmy les Joueurs d'Echets , les
Chinois , les Perfans , & les
Maures. On dit mefme que ces
par
la
trois
Peuples y excellent
prérogative
d'un efprit fin & fubtil
que leur communique
le Soleil
, qui les favorife de fes plus
beaux
rayons. On y jouë depuis
fort longtemps
en France. C'eftoit
le Feu de la Cour fous Charlemagne
, dont on a confervé
les
Echets,
GALANT. 97
Il
Echets , qui fe voyent dans le
Trefor de l'Abbaye de S. Denis.
y a toujours des Echets & des
Foueurs chez le Roy, fur tout.
dansle temps des Appartemens.Enfin
lefeu des Echets convient à
toute forte de perfonnes de
conditions , aux gens d'Epée , de
Robe, & d'Eglife.
Ce qui le rend convenable à la
profeffion des Ecclefiastiques, c'eſt
que ce feu eft ferieux , grave ,
d'un grand recueillement & d'une
meditation continuelle . Le hazard
n'y a point de part comme
dans les autresfeux , tout dépend
de l'efprit et de la conduite du
Decembre
1693 . I
98 MERCURE
Joueurs & comme on étale d'aª
bord toutes les Pieces fur l'Echiquier
, il n'y a pas lieu de faire
des tours de foupleffe de furprife.
Toute la fineffe eft dans le
genie & dans la prudence , pour
imaginer de bons coups , & les
faire valoir. Vida , Evefque
d'Albe , a tellement cru que
Feu des Echets eftoit fortable aux
aux gens d'Eglife • que dans
les Epifodes de fon beau Poëme
intitulé Scotchia , il en décrit
l'inflitution , comme eftant divine
, & il y fait jouër les Dieux
aux Noces de l'Ocean , dont l'eau
qui en eſt l'élement , figure l'ins
le
GALANT :
99
nocence la pureté. Il n'y a pas
de doute que ce Prelat ne fift du
Feu des Echets une de fes recreations
, il le fçavoit trop bien pour
ne s'y pas exercer
Le Jeu des Echets convient
aux gens du monde qui font dans
la Robe , & aux gens de Cabi
net qui cultivent les belles Let
tres ; car enfin c'eſt unJeu d'ef
prit de jugement , un jeu de
penfer, où regnent la fpeculations
le raifonnement , l'inven
tion , la penetration ; où les vûes
differentes , les remarques feures,
les reftexions folides , tiennent
dans une application forte & fpi-
S.
I ij
100 MERCURE
rituelle . On voit dans une Chronique
des Rois de Perfe , qu'on
apporta fous le Regne de Cofroës
deux Livres de Philofophie, avec
un jeu d'Echets , pour marquer
la conformité de ce Feu avec la
Science & pour donner à entendre
aux Philofophes , & à
tous ceux qui aiment l'étude , que
Phonnefte divertiffement qu'
peuvent prendre pour se délaffer
de leurs belles & fçavantes oecupations
, fe doit tirer du feu des
Echets. On peut joindre à cet
exemple celuy d'un Magiftrat
Chinois qui avoit un grand aitachement
à ce feu. On luy parla
GALANT. iol
<
de le quitter, comme s'il en euft
efté détourné de fes fonctions publiques
; mais il ne donna point
dans cette bizarrerie , il foutint
qu'étudier & pratiquer le Jeu des
Echets ,fes mouvemens ,fes difficul
-tez &fes dénouëmens , c'eftoit
étudier les caracteres des perfonnes
, le monde & fes intrigues ,
fe rendre habile à démefler les
embarras & les conteftations qui
arrivent dans la vie civile.
que
le Enfin , il est évident
jeu des Echets convient aux gens
d'Epee. L'Image de la guerre y
eft naturelle & toute entiere.
Deux corps de Pieces qui font de
9
I jij
102 MERCURE
l'un & de l'antre cofté , font les
deux Armées. Ily a deux Camps,
dans les deux places differentes
qu'occupent les Pieces . Il y a un
champ de bataille dans le vuide
qui eft entre- deux. L'Infanterie
eft dans les Pions, & la Cavalerie
dans les Chevaliers & les
·Fous , qu'on nommoit autrefois les
Archers. Il y a des machines
dans les Tours qui estoient an
ciennement figurées par des Elephans
qui les portoient . Le Roy
eft le General , la Reine eft une
Amafone. Il y a un combat,
des attaques , des défenfes
-dans les divers mouvemens des
Pieces.
1
4
e
GALANT. " 103
" .
}
ya enfin une Victoire du
cofté de celuy qui gagne , &
une défaite, du cofté de celuy qui
perd. Il ne fe peut rien de plus
complet de mieux composé,
pour reprefenter la guerre. Auffi
s'il en faut croire un Sçavant de
l'Antiquité, ce fut en jouant aux
Echets , à ce jeu de Mars , que
Pyrrhus le Prince defon temps le
plus habile dans l'Art Militaire ,
apprit à ranger une Armée en
bataille , à combattre
les Romains
à les vainere . Avant
luy , dit- on, Palamede fe fervit
du jeu des Echets pour inftruire
les Princes Grecs à avoir de la
I
iiij
104 MERCURE
patience dans leur camp & du
courage dans le combat ; & que
ce fut par ce moyen qu'ils prirent
Troye. Charlemagne, Char
les Quint : Philippe Second,&
plufieurs autres grands Princes,
dont le regne a efté exposé à de
longues guerres , ont tous fçû le
jeu des Echers, y joüoient
fouvent. On pourroit rapporter
les noms de divers Generaux des
Armées de France qui ont eu la
mefme paffion pour le jeu des
Echeis, qui estoient habiles
àgagner la partie , comme à gagner
des Batailles. On fçait que
feu Monfieur le Prince de Condé
GALANT. 105
faifoit porter des Echets à l'Ar
mée , & qu'il y joüoit à la veille
des fameufes journées de Fribourg,
de Rocroy , de Lens . de
Norlingue , de Senef.
Tous ces traits , tous ces titres ;
tous ces exemples qu'on vient
d'appliquer au jeu des Echets
luy donnent une preference entiere
fur les autres jeux , & doivent
exciter tout le monde à apprendre
à le bien jouer. Les deux
grandsJoueurs de l'autre fiecle&
de celuy- cy , & qui peuvent eftre
regardez comme les Maistres &
les Docteurs du jeu des Echets , ont
fé Boile Siracufain , & Gioar
1c6 MERCURE
chin Greco le Calabrois . Le pre
mier fut en grande eftime dans la
Cour de Philippe Second, qui luy
fit beaucoup d'honneur avec de
grands prefens. Il fut auffi fort
confideré à Rome par le Pape Ur
bain VIII qui le combla de faveurs
& de richeffes . Il n'y a pas
jufques aux Infidelles qui n'ayent
recompensé le merite de fon jeuz
car étant tombé entre les mains
&
des Turcs
ve , ces Gorfaires le traiterent
devenu leur Efclafort
bien n'exigerent de luy
pour fa rançon que les leçons
qu'il leur donna durant quelques
mois fur le jeu des Echets qu'il
GALANT. 107
poffedoit en perfection.
L'autre, qu'on nommé le Calabrois,
fut unJoueur d'une fi haute
reputation qu'il ne trouvoit perfonne
defa force. Il voyagea dans
toutes les Cours de l'Europe ,
il s'y fignala au jeu des Echets
d'une maniere furprenante. Il
trouva à la Cour de France des
Joueurs qui y estoient celebres , le
Duc de Nemours , Arnaud le
Garabin , Chaumont ,
le , mais quoy qu'ils fepiquaßent
d'en,fear oir plus que les autres ,
aucun d'eux ny tous enſemble ne
purent luyrefifter. Cefloit en fait
d'Echets , un Brave qui cherchoit

la Sal108
MERCURE
dans tous les Etats quelque far
meux Chevalier avec qui il peur
fe battre & rompre une Lance
-il n'en trouva point dont il ne
demeuraft le vainqueur , & qui
ne luy avoüaft qu'il eftoit trop
fort pour eux , ce qui fe trouve
agreablement exprimé dans ces
petitsVers d'un Bel Efprit .
A peine dans la carriere
Contre moy tu fais un pas,
Que par ta démarche fiere,
Tous mes projets font à bas.
Je voy dés que tu t'avances
Ceder toutes mes défenfes,
Tomber tous mes champions
:
GALANT. Ic9
:
Dans ma refiftance vaine ,
Roy, Chevalier , Roc &
Reine
Sont moindres que des
Lions .
Il eût esté à fouhaiter que le
Siracufain & le Calabrois étant
defi grands Maiftres , nous euffent
donné quelque Traité regulier
fur lejeu des Echets qui en
fuft comme un Systeme & un petit
Cours & qui nous fervift de
guidepour entrer dans l'efprit &
dans la pratique de ce beau Jeu .
Mais nous n'avons que quelques
fragmens de l'un, & des manieres
de jouer de l'autre , qui ne
110 MERCURE
Suffifentpas pour faire une étude
dans lesformes , pour s'avan
cer avec un progrez confiderable.
On en a pourtant recueilli ce qui
s'est trouvé le plus propre à eftre
mis à profit : & en y joignant les
lumieres qu'on en a enës d'autre
pant , les obſervations qu'on
a faites , foit en jouant , foit en
y voyant jouer , il s'eft compofé
de toute cette matiere un corps
regulier , qui contient la Science
pratique du feu des Echets. Je
vous apprens qu'on va le donner
au public comme un Ouvragefingulier
& unique dansfon espece,
& dont le manufcrit avant que de
GALANT. III
}
"
;
paroiſtre au jour, a estélong- temps
entre les mains d'un des premiers
joueurs d'Echets de France , qui
a eu l'honneurd'y jouer quelque
fois avec Son Alteffe Royale,
Monfieur le Duc de Chartres.
On y trouvera •Selon le jugement
qu'il en a fait une Methodes des
leçons , des maximes , des remar
ques , & des recherches , qui peuvent
estre d'un grand fecours ,
pour fe former au jeu des Echets,
s'y rendre affez fort pour y
jouerfans crainte, par tout où l'on
rencontre des joueurs , à la Cour ,
à la Ville & dans la Province.
On a d'autant plus d'intereſt à
112 MERCURE
cultiver lafcience & la pratiquè
du jeu des Echets , qu'il fert en
quelque façon de morale dans
dire
que
les
de
une famille. On peut
Peres qui l'enfeignent à leurs enfans
leur laiffent du bien
la vertu , puifque par les charmes
qu'a ce leu , & par l'attachement
qu'on y prend , il devient
un prefervatif contre les
jeux de hazard , que
Les Sages
condamnent , & que les loix défendent
, comme étant dangereux
pour les moeurs & pour lafortune
de ceux qui s'y abandonnent .
C'eftfans doute dans cette vûë
qu'à la Chine où la Police eft fi
GALANT. 113
bien reglée pour conferver la fa
geffe dansfes peuples , on y fait
apprendre de bonne heure aux
Filles à jouer aux Echets , avec
le même foin qu'on leur apprend
ailleurs à chanter , & à danfer.
·
Rien n'eft fi fort que l'exemple
, & il eft fur tout d'une
tres grande importance
que les Peres & les Meres en
donnent de bons à leurs Enfans
, s'ils veulent les mettre
dans la voye qui conduit
à la vertu. C'est le fujet
des Vers que vous allez lire.
Ils font de M' Dancher.
Decembre 1693.
K
114 MERCURE
SATYRE .
V'il faut prendre de foins, qu'il
faut avoir d'adreffe ,
Pour former, cher Damon , l'indocile
Feunesse !
En aveugle elle cede à ſon panchang
fatal,
Qui l'éloigne du bien , & qui l'entraîne
au mal.
Ilfaut pour l'arrefter, une extrême
prudences
On gaste un jeune efprit par trop de
complaifances
Trop defeverité l'irrite en fes plaifirs,
On doit avec adreffe étouffer fes defirs;
On doit peindre à fes yeux le vice
épouvantable
GALANT. 115
Luy tracer du vray bien une image
agreable,
R
Luy propofer les biens quifuivent la
Vertu,
Etlahonte d'un coeurpar le vice abatu ,
Qu'il fache qu'un forfait n'eft ja
mais fans fupplices ,
Mais gardons-nous fur tout d'autorifer
fes vices,
Montrons en fa preſence un eſprit
de candeur,
Ne difons jamais rien quichoque fa
pudeur.
Songeons bien qu'un Enfant fans
ceffe nous contemple ,
Et croit ne pas broncher en fuivant
noftre exemple.
Qui pourroit donc fouffrir ces Peres
vicieux ,
Qui donnent à leurs Fils au exem◄
ple odieux?
Kij
116 MERCURE
L'un d'eux faifant du jeų son im³
-portante affaire ,
Perd le bien qu'autrefois avoit gagné
jon Pere.
Auffi fon jeune Fils, qu'une Nourrice
fuit,
Du cornet dangereux aime déja le
8
bruit.
Illuftre & digne employ qu'on donne
à la jeunesse.
Il apprend à rouler les De avec
adrefe
Bien- toft comme fon Pere herißé ,furieux
,
Vous le verrez confondre& la serre,
&les Cieux ,
Quand àfon adverfaire un Détrop
favorable,
De riche qu'il eftoit , le rendra miferable
.
Quel espoir peut donner ce Marquis
débauché,
GALANT. 117
Qui toujours aux plaifirs en efclave
attache ,
Croit que le feul bonheur qu'on goûte
en cette vie ,
Eft d'avoir de bons mets une table
fervie ?
Aujourd'huy dans un Camp le har
nois fur le dos,
Il fuiroit les douceurs d'un trop
honteux repos
Il iroit au milieu du ſang & du carnage
Faire à l'Anglois perfide éprouver
Son courage
Les fatigues pour luy w'auroient plus
rien d'affreux ,
Si fon Pere autrefois de la gloire
amoureux ,
N'euft pas dans les plaifirs d'une in
digne molleße,
Trouvé loin des travaux une indigne
vicilleffe.
118 MERCURE
th , que Lycas fçait bien, quand ileft
en fureur,
Infpirer à fon Fils un esprit de donceur
!
Un Valet a commis une legere offenfe ,
Vainement on s'empreffe à prendre fa
défenfe.
C'est un traiftre , un bourreau qu'il
faut rouer de coups.
Calmez , dit un Ami , cet injufte
courroux 5
Quelle aveugle fureur contre luy vous
transporte ?
Que tout meurtri de coups on le mette
à ma porte.
Mais pourquoy ? Ces difcours nefont
pas de faifon ,
Je le veux , mon vouloir me tient lies
de raifon.
Luy donner des avis , & blafmerfon
caprice
GALANT. līg
C'est vouloir fans argent toucher le
coeur d'un Suiffe ;
C'est à certain Abbé vouloir parler
Latin ,
Oupour aller au Chaur l'éveiller du
matin ;
C'eftcondamner Philiſle â vivre enfø
retraite ,
Ou dire à la ** de n'efire plus cognette.
Laiffons donc deformais cè Maiſtre
rigoureux
Se repaiftre à Loiſir des pleurs d'un
malheureux.
Il est d'autres defauts quefouvent la
vieilleffe
Par unfunefte exemple imprime à la
jeureft .
Dont l'aimable poison fons de fein
tes douceurs
Se couleadroitement au fond des jewm
mes coeurs,
120 MERCURE
Penfez vous que Climene un jour
puiffe eftrefage ,
Elle qui voit fa Mere en l'hiver de
Son âge
Farder fon front ride,friferfes cheveux
blancs >
Et vouloir plaire encor à de jeunes
galans ?
Unjour nous la verrons parfesfolles
parures
De fon Sexe envieux exciter les murmures
,
Es d'un airfavorable attirant tous
les coeurs ,
Fairefaivre fes pas de mille Adorateurs.
De quel front croyez - vous que la
Mere coquette
Puiffe alors condamner fa conduite
indifcrete ?
Pourra-t- elle jamais la contraindre à
quitter
Un
GALANT. 121
Un chemin qu'à fon âge elle n'ofe
'éviter?
L'on perd , comme Dorante , & Jon
temps &fa peine,
Quand on pretend , armé d'une éloquence
vaine
Dans un coeur vicieux portant defoibles
coups ,
Détruire les defauts que l'on remarque
en nous.
C'est une maxime generalement
receue, qu'un bienfait
n'eft jamais perdu . Auffi voiton
fouvent arriver qu'on tire
de grands avantages d'un foible
fervice , quoy qu'il ait
efté rendu fans aucune veuë
d'en eftre recompenfé . L'a-
Decemb. 1693 .
2
L
122 MERCURE
vanture dont je vais vous
faire part , & qui eft vraye
dans toutes les circonstances,
vous prouvera cette verité . Un
Officier d'Armée que quelques
affaires avoient obligé
de venir à la Cour, cftant party
un peu tard de Verſailles
pour s'en retourner au lieu où
il avoit fon quartier d'hiver
& qui en eftoit éloigné de
neuf licües, cut fait à peine la
moitié de ce chemin , qu'il
fut furpris d'un orage violent
qui luy parut devoir être
de durée. La playe qui commença
à tomber avec abonGALANT.
133
dance , rendit la nuit fi ob.
fcure , que ne pouvant plus
difcerner de route , il fe refolut
de s'arrefter au premier
Village qu'il rencontreroit.
Vne lumiere qu'il apperçeut
de fort loin , l'attira au lieu où
il la voyoir. Il y arriva fans
avoir tenu de fentier certain ;
c'eftoit une Ferme un peu éloignée
des autres maisons.
Il y frapa affez fort pour ſe
faire entendre , & une Servante
qui luy vint ouvrir , & à
qui il demanda s'il y avoit encore
loin jufques au lieu de
fa Garnifon , luy ayant dic
Lij
124 MERCURE
qu'il avoit encore quatre gran
des lieuës à faire , il la pria de
fçavoir fi on voudroit bien
luy donner retraite dans cette
Ferme jufqu'à ce que le jour
paruft, l'obscurité eftant telle,
qu'il feroit bien difficile qu'il
ne s'égaraft s'il alloit plus
loin . La Servante eftant allée
dire au Fermier ce qu'on vouloit
, il vint luy mefme à la
porte , & l'heureufe phifionomie
de l'Officier l'ayant obligé
à ne luy pas refuler ce qu'il
demandoit , il le conduifit
dans une Salle baffe où il faifoit
fon ménage. D'abord il
GALANT. 125
fit faire un tres- grand feu ,
afin que l'Officier , dont la
pluye avoit percé les habits ,
puft les fecher à loifir ; &
comme il ne manquoit pas
d'efprit , il fe mit fur les matieres
du temps , en luy parlant
de la guerre , pendant
qu'on préparoit le fouper. Il
le regala de fon mieux , &
l'Officier qui entendoit en
repos gronder le vent , meflé
toujours d'une forte pluye ,
fe trouva touché fi fenfiblement
des manieres du Fermier
, qu'il joignit aux remerciemens
qu'il luy en fit , les
Liij
126 MERCURE
affurances de le fervir avec
joye , quand l'occafion s'en
offriroit. S'il für content du
repas que le Fermier luy don
na , il le fut bien encore da-
T
vantage , lors qu'il le mena
dans une chambre qu'il tenoit
toujours propre pour le Maiftre
de la Ferme , qui y venoit
paffer quelques jours de temps
en temps . L'Officier s'y eltant
enfermé , & ayant mis fes piftolets
fur la table , fe coucha
dans un fort bon lit , où il
pouvoit paffer la nuit à ſon
aife. Il y avoit une heure ou
deux qu'il eftoit couché , lors
CALANT 127
J
qu'on frapa de nouveau à la
porte de la Ferme . La Servante
alla ouvrir , felon fa
coutume , & fut bien furprife
de voir paroiftre un homme
mafqué , qui la prenant par le
bras , luy dit qu'il falloit qu'-
elle le menaft où eftoit lon
Maiftre. Il eftoit fuiyi de deux
autres hommes mafquez comme
luy , & vous pouvez vous
reprefenter quel triste spectacle
ce fur pour le Fermier que
cette petite troupe qu'il n'attendoit
pas. L'un d'eux s'cftant
avancé , luy prefenta un
poignard en le menaçant de le
Liiij
128 MERCURE
tuer , s'il faifoit le moindre
cry. Cela fut fuivi d'un com
pliment fort facheux. C'eſtoir
qu'il avoit fait porter du bled
au marché ce mefme jour ;
qu'il en avoit vendu pour huit
cens livres , & qu'ils venoient
le décharger de cette fomme ,
qu'il falloit qui leur fuft remife
entre les mains fans aucun
retardement . Le Fermier vit
la partie trop bien faite pour
croire qu'ils fuffent d'humeur
à luy faire aucun quartier.
Leurs menaces s'augmentant,
à caufe que la frayeur le rendit
d'abord muct , il refolut
GALANT. 129
de fauver fa vie aux dépens de
fon argent , & leur dit avec
toute la douceur que fon dé
plaifir luy pouvoit permettre,
qu'il alloit querir ce qu'ils de
mandoient. Il eft aifé de juger
qu'ils ne voulurent pas qu'il
s'éloignaſt d'eux . Ils l'entourerent
toujours , & luy dirent
qu'il n'avoit qu'à envoyer fa
Servante , qui luy épargneroit
la peine d'aller au lieu
où il avoit mis fes huit cens
francs . Comme il auroit
efté inutile au Fetmier de
refifter , il donna fa clef à
la
Servante
en luy difant
130 MERCUR E
qu'elle apportaſt un ſac qu’-
elle trouveroit dans fon Armoire
qui eftoit dans la grande
chambre. C'estoit juftement
la chambre où il avoit
fait coucher l'Officier Le
bruit qu'elle fit en frappant à
la porte l'ayant éveillé , il demanda
ce que l'on vouloir.
La Servante cut la precaution
de le prier de s'approcher de
la porte , parce qu'il pouvoit
eftre dangereux qu'elle luy
parlaft tout haur , & qu'il y
avoit bien des affaires . Il fe
leva promptement , & alors
elle luy rendit compte d'une
GALANT. 131
voix fort baffe de tout ce qui
fe paffoit. L'Officier luy ayant
ouvert , & tenant fes deux
Piſtolets pour fe garantir de
toute furprife , examina en
luy mefme, tandis que la Servanie
prenoit l'argent dans
l'armoire , ce qu'il pouvoit
faire pour empefcher le Fermier
d'eftre volé. Pendant co
temps , il luy paffa dans l'efprit
un deffein desplus hardis mais
digne d'un homme de coeur, &
qui devoit fervir à faire connoiftre
qu'il n'y a point d'entreprife,
quelque difficile qu'-
elle foit,qu'on ne puiſſe execu
132 MERCURE
ter quand on a l'ame intrepide.
Il dit à cette Servante qu'elle
déliaſt le fac où eftoit l'argent,
& qu'en entrant dans le lieu où
les trois hommes masquez l'attendoient
, elle fe laiffaft tomber
comme ayant fait un faux
pas , ce qui feroit que l'argent
fe répandroit dans la Salle.
Elle profita de l'inftruction, &
l'argent s'eftant répandu de
tous çoftez par fa cheute , les
Voleurs qui creurent que cette
Servante n'estoit tombée que
par un effet de fa frayeur , ne
manquerent pas de prendre
le foin de ramaffer l'argent
GALANT 133
difperfé . Pendant qu'ils etoient
baiffez , l'Officier qui
avoit fuivi la Servante d'un
peu loin , tira fes deux piſto-
Iets fi à propos , qu'ayant per ;
cé deux de ces Voleurs , il les
empefcha de fe relever , &
courut en mefme temps fur le
troifiéme que l'avanture avoit
étourdi , & le faifit au collet,
le ferrant fi bien avec l'aide
du Fermier , qu'il ne luy fut
pas poffible de fe tirer de leurs
mains . On appella du fecours,
& les deux bleffez , ainfi que
celuy qui ne l'eftoit pas , fu
rent tenus en lieu feur juſqu'à
134 MERCURE
ce qu'on cuft fait venir les
Juges des lieux , au pouvoir
defquels ils furent laiſſez .
Cette action eft d'une grande
bravoure , & merite les loüanges
que tout le monde donne
l'Officier. Ainfi le Fermier
fe trouva recompenfé avec
beaucoup d'avantage du plais
fir qu'il luy avoit fait en le recevant
chez luy pendant une
nuit facheufe .
Les perfonnes de voſtre Province
qui aiment les produtions
admirables de la Nature,
ne trouveront pas indignes
de leur curiofité , les
GALANT. 135
Obfervations fuivantes . Elles
font de M Verduc , Docteur
en Medecine .
DU CHANGEMENT
du Ver à Soye en Papillon.
D
Abord le Ver à Soye
fait une envelope groffe
àpeu prés comme un oeuf de Pigeon
, que l'on appelle ordinaire- .
ment la Coque . Il attache cette
envelope par pluſieurs petits filets
aux premiers corps qu'il rencontre.
Le dedans de cette Coque eft
revestu d'une foye douce & fine.
Dans cette maifon commode le
136 MERCURE
Ver à Soye fe change en Nymphe
, & aprés avoir quitté pour
la derniere fois fa vieille peau ,
il prend la forme de Papillon .
Enfuite il fort de fa priſon , mais
auparavant il vomit beaucoup de
liqueur pour humecter fon envelope
, afin qu'elle foit plus molle
plus capable de fe déchirer ,
l'animal ramaffant , pour ainfi
dire , toutes fes forces pour jouir
de l'air dont il a befoin , range
avec fes pieds le coton dont j'ay
parlé , afin d'avoir plus de prife
furfa coque. Il la déchire avec
fes ongles pour fe faire jour. Enfuite
faifant tous fes efforts pour
CALANT. 137
fortir , ilfronce fon corps , afin de
quitter fon envelope. Aprés estre
forti de fa prifon , il fe promene
en prenant l'effor , &fecouëfes
ailes qui avoient efté chiffonnées .
Ce crefpe fe dépliffe , & il vole
de costé & d'autre en battant des
ailes , pour marquer la joye qu'il
a de fe voir en liberté. La difference
qu'il y a des Chenilles ordinaires
d'avec le Ver à foye , c'est
qu'elles ne font point de coque
·femblable à celle du Ver à foyes
mais lors qu'elles veulent prendre
la forme de nymphe pour fe
metamorphofer en papillons , on
les voit pendre par la queue aux
Dcc . 1693. M
128 MERCURE
feuilles aux branches d'ar
bres , où elles demeurent comme
mortes , jusqu'à ce que l'heure
foit venue de leur derniere vie .
Enfuite elles pouffent un coton
tout autour de leur corps , qui leur
fert de coque ou de nid , mais cette
tiffure eft bien differente de celle
du Ver à foye. Elle eft molle , elle
n'a point de liaiſon , ny de forme
reguliere ; & une chofe qu'ilfaut
remarquer , c'eſt que ces infectes
ont l'industrie d'aller chercher un
azile qui foir en feurete contre
les injures du temps ; car autrement
la pluye , l'agitation des
vents , & les autres chofes exteGALANT.
139
rieures ne manqueroient pas d'endommager
leur corps , qui eft fi
mou & fi tendre , ce qui empêcheroit
leur transformation merveillenfe.
On remarque que le vol des
Papillons eft oblique , & qu'ils
ne volent jamais droit , mais tonjours
un peu de cofté. C'est ce qui
Se voit , non feulement dans les
Papillons, mais dans les Scara-
·bées, & dans plufieurs autres
Infectes. De celebres Auteurs
·pretendent que les Infectes ne
volent ainfi obliquement
, que
parce qu'ils n'ont point de queue
pour diriger leur vol en ligne
Mij
140
MERCURE
droite ,
comme font les
Oiseaux
D'ailleurs , l'air
n'eftant
jamais
calme ,
mais dans une
agitation
continuelle, c'est une
neceffité que
tous les
Infectes fe
meuvent
obliquement
, parce que leur vol droit
eft à tous
momens
interrompu par
le
mouvement de l'air ; mais ce
n'eft pas le
defaut de la queuë
qui caufe cette
obliquité
de vol,
la quenë nefert pas aux Oifeaux
à
diriger leur vol's
comme
un
gouvernail
fert au
mouvement
d'un
Vaiffeau . Il y a donc
une autre
raison de ce
mouvement
oblique. Je croy qu'ilfaut
l'attribuer
aux ailes du
Papillon , qui
T
GALANT. 141
font tres grandes par rapport an
corps. Ainfi , comme il ne sçauroit
voler qu'en frapant l'air avec fes
ailes , ces ailes qui ont une grande
fuperficie rencontrent une colonne
d'air qui leur refifte , laquelle
par fon reffort fouleve te
corps de l'Infecte; mais comme
le reffort de l'air s'affoiblit, il faut
le Papillon , quoy que tresleger,
tombe d'abord en basparfa
·proprepefanteur, en s'écartant de
la ligne droite, à cause de l'air qui
luy fait refiftance. Ainfi l'on voit
·que le mouvement oblique du
Papillon eft causé, & par le reffort
de l'air qui écarte à tous me-
·
que
142 MERCURE
que.
mens le Papillon de la ligne droi
te , & auffi par le peu de pefanteur
du corps de l'Infecte , qui ne
peut vaincre cette refiftance .
Voila la veritable raifon pourquoy
le vol des Papillons eft obli-
La meſme chofe arrive dans
les Scarabées & dans les mouches,
mais non pas fi fenfiblement ,
caufe que ces Infectes n'ont pas
les ailes fi grandes à proportion s
à quoy ilfaut ajoûter qu'eſtant
auffi plus pefants que les Papillons
, le reffort de l'air ne peut pas
tant les écarter de la ligne droiter
lors qu'ils continuent leurs fauts
en volant , car l'on doit remarà
GALANT. 143
quer en paffant que le vol des
Oifeaux des Infectes n'est
•qu'unefuite de fauts qui ſe reitereni
à tous momens par le batsement
des ailes , & par le ref
fort de l'air.
DU FORMICA- LEO,
& de fa Metamorphofe
merveilleufe .
E Formica - Leo eft un
petit infecte environ de la
grandeur de l'ongle de l'indice, Il
a deux petites cornes qui luyferwent
de pinces. Son corps eft de
figure ovale, composé de plufieurs
144 MERCURE
petits anneaux arrangez enſem
ble , à peu prés comme le font les
écailles de la queue d'une Ecred
viffe . On en trouve quantité
dans les lieuxfecs & fablonneux,
& dans les lieux qui font exposez
au foleil. Là ils fe font une petite
foffe ronde en forme de cone,
c'eft à dire, une petite ouverture
plus large à l'entrée qu'au fond
qui finit en pointe . Ce qu'il y a
de joly, c'eft de les voir travailler
à ce nid. Ils jettent d'abord le
fable de cofté & d'autre avec
leurs petites cornes, & aprés avoir
creusé cette petite foffe , ils luy
donnent beaucoup de pente vers
le
GALANT.
145
le haus , afin que le fable tienne
mieux , & qu'il ne s'éboule pas
fitoft. Cette foffe eft un trebuchet
qu'ils tendent pour attraper d'autres
infectess car de la maniere
qu'elle eft conftruite , lors qu'une
Fourmi, ou quelque autre infecte
pient à marcher fur le bord de ce
precipice , il ne manque pas de
rouler au fond, & ainfi il devient
la proye du Formica Leo , qui s'en
faifit auffi- toft, ce petit infecte demeurant
toujours en embuscade
au fond de fon trou , pour attraper
tout ce qui tombe dedans . Il faut
voir comment il terraffe fon Ennemy.
Il le ferre avec fes cornes,
Dec. 1693 .
N
*
146 MERCURE
le bat contre lefable. Si l'infecte
qu'il tient luy échape des
cornes , & qu'il gagne le haut, il
luy jette tant de fable qu'il l'accable
tout àfait. Voila comme le
Formica- Leo demeure le vainqueur.
Il faut fçavoir que ce petit
animal marche à reculons .
tenant toujoursfa queue abaiẞée .
On le peut garder plufieurs mois
fans luy rien donner , comme j'en
ay fait l'experience d'un que je
garday en vie pendant tout l'hiver.
Je l'avois mis dans une pe--
tite boifte dont j'avois percé le
couvercle pour luy donner de l'air.
Cet Infecte quitte fa peau une
GALANT. 147
que fois ou deux l'année , &lors
le temps de la mmuuee approche , on
le voit courir de cofté & d'autre
parmy le fable , afin que par
ce froiffement fa peau quitte
pluftoft. Au mois de Juillet il
commence fes courfes , parce que,
c'est le temps où il va quitterpour
la derniere foisfa vieille dépouille.
Enfuite fe preparant pour
tamorphofe qui luy doit arriver,
il fe baftit une petite boule de
fable , qu'il tapiffe d'une toile de
foye en dedans. Dans ce petit
tembeau il fe couche s'endort,
aprés avoir efté comme more
pendant tout l'hiver , il reffufcite
la
me-
Nij
148 MERCURE
au commencement du Printemps
fous la figure d'un nouvel animal,
qui a de belles ailes & une
belle queues ayant laißé fes cornes
& fa virille dépouille parmy
le fable de fon tombeau . Ce nou
vel infecte eft la petite Demoifelle
, en Latin . Libella gracilis.
Elle a quatre ailes , fa queue eft
longue & menue ; fes yeux font
fi gros qu'ils font presque toute
la tefte . Le mafle eft plus beau
que la femelle , ayant la queue
blenë , avec de petites divifions
noires . La femelle a la queuë cendrée
. On les voit toujours voler
be long des rivieres & des ruif
feaux
GALANT. 149

1 Defcription d'un Ver , qui fe
trouve dans l'Ardoiſe .
OM
N trouve dans l'Ardoiſe ·
un petit Ver que l'on appelle
en Latin Litophagus , parce
qu'il mange de la pierre , & qu'il
s'en nourrit. Il est couvert d'une
petite coquille fort tendre &fragile
, laquelle eft de couleur cendrée
& verdaftre. Cette coquille
eft percée à fes deux bouts ; le
Ver rend fes exerenens par l'un
de ces trous, il paße fa tefte
fes pieds par l'autre . Ce petit
infecte eft noirâtre , fon corps eft
Niij
150 MERCURE
composé d'anneaux . Il a fix
pieds, trois de chaque costé , qui
ont chacun deux jointures qui
s'articulent enfemble par charniere.
On apperçoit dans les couches
de l'ardoife les traces de ce
ver ; ces tracesfont les cherrins
qu'il fe creufe lors que la pierre
eft encore molle. C'est avec fa
tefte qu'il marche car la tirant
la faifant fortir par le petit
trou qui est au devant de fa coquille
, c'est un point fixe qui luy
fert pour avancer
tandis
que
refte de fon corps s'appuyefur ces
petits pieds. Il a quatre machoires
qui luy fervent de dents, De fa
le
GALANT: 151
gueulle fort un filet dont il baftit
fa coquille. Il a dix petits yeux
de couleur noires cinq de chaque
cofté , qui font rangez les uns
contre les autres en forme de croiffant.
Je ne fçais pas quelle nouvelle
forme cer infecte prend dans
la fuite , mais je fuis bien certain
qu'il fe métamorphofe , &
que c'est dans fa coquille que fe
fait ce changement. Une fois je
rencontray la nymphe de ce petis
ver. F'en vis fortir plus de quaranti
vers , tous vivans . Ils
avoient la tefte noire, leurs pieds
eftoient fort viſibles , & leur
corps eftoit jaune en quelques en-
Niiij
12 MERCURE
.
droits, rouge en d'autres .
Remarque curieufe
fur la Pucejan
O
}
Na toujours rangé la
Puce fous la première efpece
des changemen's naturels qui
arrivent aux infectes , mais fi
l'obfervation de M Levvenhack
eft veritable, il faudra comprendre
cet infecte dans la troifiéme efpece.
Il dit qu'il fort d'abord de l'ar
d'une puce , un petit ver que ce
ver fe renferme dans une coque
defoye pour fe changer en une
nymphe dorée , & que lors que
l'oeuf
GALANT.
153
Eté approche , il fort de cette
nymphe une veritable Puce . On
ne peut rien voir de plus curieux
que cette métamorphofe .
Meffire Louis Courtin ,
Maistre des Requeftes ordinaire
de l'Hoftel du Roy ,
mourut le 12. du mois paffé ,
âgé de foixante & quinze ans.
Le feu Roy l'avoit employé
fur fes Armées Navales , commandées
par Mr l'Archevefque
de Bordeaux , & depuis
en plufieurs Negociations auprés
des Princes d'Italie & en
Hollande. En 1642. il fut Pro154
MERCURE
C
cureur General de la Cour des
Aides de Dauphiné , & en
1645. Sa Majesté l'agréa pour
remplir la Charge de Procureur
General au Parlement de
Rouen , où pendant la minorité
du Roy , & les mouvemens
du Royaume , M ' de
Ris , premier President de ce
Parlement , eftant mort , la
Province ne voulant plus
fouffrir d'Intendant , & s'cftant
écartée du respect , il fit
executer les ordres de la Cour
avec autorité, s'oppofa vigou
reufement aux mauvais def
feins des Ennemis du GouverGALANT.
195
nement , & fut affez heureux
dans les temps de trouble &
de guerre civile, temps propre
aux Souverains pour leur faire
connoiftre le coeur de leurs
bons Sujets , de conferver par
fon adreffe & par fa bonne
conduite , la Province de Normandie
au Roy, & de fe diftinguer
par le zele & par l'affection
qu'il a toujours cuë
pour le ſervice de Sa Majeſté.
En 1661. il achepta une Charge
de Maiftre des Requeftes
qu'il a exercée juſques à fa
mort. Il laiffe de fon mariage
avec Bonne de la Huraudiere,
156 MERCURE
Fille de Michel de la Huraudiere
, Seigneur du Bourguignon
en Brie, & dc Charlotte
Picatt , Soeur de Meffe Louis
Picart , Confeiller du Roy en
fcs Confeils d'Estat , Tieforier
des Parties Cafuelles , quatre
Enfans ; Sçavoir , Louis Courtin
, un autre Louis Courtin,
Preftre Docteur de la Maifon
& Societé de Sorbonne , qui a
eu l'honneur de preſcher des
vant le Roy, & dans les meilleures
Chaires de Paris ; Bonne
Courtin , & Charlotte Courtin
, Religieufe Urfeline à
Blois. Les armes de cette FaGALANT.
157
"
mille des Courtins font d'azur
au lion d'or iffant d'une fuzée
ondée d'argent , accompagnée en
Chef d'une Fleur de Lis d'or &
de trois trefles en pointe. Elle eſt
des plus anciennes du Perche ,
& fut tranfplantée à Blois en
1502. par Jean Courtin , Ef
cuyer Seigneur de Sentigny
au Perche , qui époufa Cathe .
rine Cottereau , d'une des plus
illuftres Familles du Blezois ,
& dont la Maiſon de Phelyp
peaux écartelle les armes au
fecond quartier . Jean & Louis
Courtin Seigneurs deNanteuil ,
ont fervy dans les Armées , &
8
158 MERCURE
en plufieurs emplois confiderables
fous les regnes de Louis
XII. & de François I. Guil
laume Courtin , Seigneur de
la Grange rouge , Confeiller
au grand Confeil , & enfuite
Maistre des Requeftes , fous
le regne de Henry II . Jean
Courtin , Seigneur de Nanteüil
, aprés avoir efté employé
en plufieurs Negotia
tions fous les Regnes deCharles
IX & de Henry III . fut
Secretaire des Etats tenus à
Blois , où il fut inviolable.
ment attaché au fervice du
Roy. Ileur pour Beaux fres
·
.
1
GALANT. 159
res M's Compin & Brodeau ,
le premier , Chancelier de
Henry le Grand , & l'autre ,
Secretaire de fes Commande ~
mens,dans le temps qu'il eftoit
Roy de Navarre . Aprés la
mort de Henry III . il fe retira
à Paris avec eux , pour gagner
à Mr Lhuilier , Prevolt des
Marchands , encore un de fes
Beaux freres , la confiance des
Sujets qu'il avoit connus affectionnez
au Roy pendant la
tenue des Etats , & par ce
moyen mettre ce mefme Prevoft
des Marchands en estar
de recevoir le Roy Henry le
C
160 MERCURE
Grand dans la Capitale de fon
Royaume .
Je vous envoye une imitation
de la troifiéme Scene du
quatrieme Acte du Paftor Fi
de , qui commence par O
Mirtillo , Mirtillo , anima mia.
Her & digne Sujet de ma moun
rante ardeur ,
Mirtil , fi tu voyois dans le fond de
mon coeur ,
Si cette Amarilis , que tu nommes
cruelle ,
Des tourmens qu'elle fent en elle
Pouvoit te découvrir feulement la
moitié ,
Touché de fa douleur exrême,
GALANT. 161
P
Je croy que tu ferois fenfible à la pitié
Que tu demandes pour toy-mefme.
Helas ! noftre malheur peut- il eſtre
exprimé?
Et peut-on en amour
voir un autre
peut- on en
Auffi rigoureux que le noftre ?
Car enfin , cher Mirtil , que te fort
d'eftre aimé,
Si tu ne peux Sçavoir le fecret de
mon ame ,
Et que me fert à moy de t'avoir enflammé
,
Si tu ne puis répondre à l'ardeur de
ta flame ?
S
Sauvages animaux , que vous etes
heureux
De n'avoir en aimant d'autres regles
à suivre
Dec. 1693 . O
162 MERCURE
Que le feul mouvement de vos coeurs
amoureux !
Ah , qu'il eft rigoureux de vivre
Sous cette dure loy qui condamne l'amour
,
Et qui punit nos feux par la perte
du jour !
S
Quefi c'estun panchant fi doux ,
D'aimer ce que l'on trouve aimable,
Et fi de n'aimerpas c'est une loy pour
nous ,
La Nature eft peu raisonnable
De nous faire fentir un panchant
plein d'appas ,
Que la loy n'autorife pass
Ou la loy doit paffer pour une loy
Severe ,
De nous condamner au trépas
Pour un mal que l'inſtinct à rendu
neceffaire.
GALANT. 163
Ab , ce n'est pas aimer que de craindre
la mort.
Ah , plus au Ciel , Mirtil , qu'à ce
prix une Amante
Puft montrerfon ardent tranſport,
Tu me verrois mourir contenic
Rigoureufe Divinitè ‚ ‹
Seule regle de noftre vie ,
Honneur, voy que je facrifie
A tafainte ſeverité
Mon amoureuſe volonté.
S
Ét toy, mon cher Mirtil , pardonne à
cette ingrate ,
Le foin qu'elle a de cacher ſon ardeur.
Le Deftin ne veut pas que cette ardeur
éclate s
En paroiffant cruelle elle trahit fon
coeur.
Si de ma feinte indifference
O ij
164 MERCURE
-Tu veux tirer quelquè vangeance,
Tu n'es que trop vangé par má propre
douleur:
S
Car enfin , cher Amant, digne objet
de ma flames ove
"
JARS
S'il eft vray que tu fois & mon coeur
& mon ame , sh
Comme tu l'es malgré les hommes
& les Dieux
Quandtu pleures, quand foupi
res ,
Tous ces pleurs , c'est mon sang qui
coule de tesyeux»› 94830
Par ces foupirs brulans c'eft moy que
tu déchires.
Enfin , ces foupirs & ces pleurs 3
Ces feintes cruautéz , ces mortelles
douleurs , a
Dont le fort & l'amour te fontſentir
la rage
GALANT 165
·
Je Seay, je çay, Mirtil, à quel point
tu les fens ,
Maisfeache que des traits encore plus
perfan's
Me les font fentir davantage.
M's de l'Academic Royale
d'Angers ont propofé deux
Prix , qui feront diftribuez le
quatorziéme de May de l'année
prochaine . Ce font deux
Médailles d'or que donne M
l'Evefque d'Angers , Direteur
de la mefme Academie,
l'une pour celuy qui réuffira
le mieux dans la compofition
d'un Difcours François,
dont le fujet eft L'Inftitution
166 MERCURE
de l'Ordre Militaire de Saint-
Louis ; & l'autre pour la Poëfic
Françoife , dont les Ouvrages
auront pour fujet la Vis
toire remportée à la Marfaille .
Le Difcours ne doit cftre tout
au plus que d'une demi heure
de lecture , & les Vers ne
pourront exceder le nombre
de cent. On laiffe aux Auteurs
Is choix de la mefure des Vers,
& tous ces Ouvrages , tant en
Profe que de Poëfic , finiront
par une Priere pour le Roy.
Les Auteurs font avertis
qu'il ne faut pas qu'ils mertent
leurs noms à leurs Pieces ;
GALANT. 167
ils fe ferviront feulement d'une
Devife pour les marquer.
Toutes perfonnes peuvent pretendre
à ces Prix , à la referve
destrente Academiciens , qui
en feront les Juges. Les Ou
vrages feront affranchis de
port , & adreffez à M ' Perrineau
des Noulins , Secretaire
de
l'Academie à Angers , avant
le premier jour d'Avril
de l'année prochaine ; aprés
lequel temps ils ne feront plus
Feccus .
Vous me demandez mon
fentiment fur le Livre nouveau
qui paroiſt ſous le titre
168 MERCURE
de , Eſſay de Pfeaumes & de
Cantiques, mis en Vers par une
perfonne de voftre Sexe , &
vous croyez qu'il ne me doit
pas eftre inconnu , puis que
c'eft le S Brunet , Libraire au
Palais , qui le debite . Je vous
répondray là- deffus , Madame ,
que je l'ay lû en effet , & lû
avec beaucoup de plaifir ; mais
quand il ne feroit pas tombé
entre mes mains , j'aurois toujours
fujet de vous dire , que
l'applaudiffement qu'il a cu
dans les lectures particulieres,
eft une marque affurée de fon
merite. Il n'y a perfonne qui
ne
GALANT. 169
ne convienne que rien n'eſt
plus beau , ny plus remply
d'onction. C'eft un avantage
pour noftre Nation , qu'elle
voye de temps en temps des
Femmes capables de réuffir
avec tant de gloire dans les
Ouvrages d'efprit . Les Vers
de celuy-cy font aifez , forts
& pleins , non feulement de
de fens , mais de pieté & de
religion . David dans les differens
Pleaumes traduits y paroift
en divers cftats ; mais
foit qu'il admire la grandeur
de Dieu , foit qu'il luy demande
pardon de l'adultere
Decembre 1693. P
10 MERCURE
.
commis avec Betfabée , & du
meurtre d'Urie ;foit auffi qu'il
fe plaigne de fon Fils Abfalom
, ou d'Achitophel , fen
Amy , il exprime fes fentimens
avec tant de force , &
avec des paroles fi preffantes
, qu'on ne peut s'empê
cher d'eftre furpris qu'une
Femme foit entrée fi jufte
dans le coeur de ce Roy penitent.
On voit dans le mefme
Livre plufieurs autres Pfeaumes
, compofez par differens
Prophetes pendant la captivité
en Babylone. On y a
ajoûté les Pleaumes de ia peGALANT.
171
nitence , & le Lecteur trouve
en tout cela une éloquence
vive , & une pieté qui le perfuade
, qui le touche , & qui
le remplit de fentimens de
vertu . Les Cantiques ne font
pas moins admirables . On en
fera mieux perfuadé par foymefme
en les lifant , que par
tout ce que j'en pourrois dire .
J'ajoûteray feulement qu'on
ne peut lire rien de plus énergique
, & de plus touchant que
le Cantique où Moyle predic
aux Juifs leur cheute dans
l'Idolatrie , lors qu'ils feront
poffeffeurs de la Terre promi-
Plj
172 MERCURE
fe, & les maux qu'ils s'attire
ront par leur infidelité . Il eft à
fouhaiter la
mefme perque
fonne nous donne tous les autres
Pfeaumes de la mefme
Verfion . Elle nous cache fon
nom , mais fi le bruit commun
eft veritable , c'est une
Demoiſelle qui a pluſieurs talens
, & qui excelle dans d'autres
auffi - bien qu'en ceux de
Poëfic. J'oubliois de vous di
re que le fujet des Pfeaumes
cft parfaitement exprimé dans
de belles Eftampes , qui par
avance font connoiftre au Le-
Ateur ce qu'il va lire . Le PuGALANT.
17?
blic luy doit fçavoir bon gre
d'un Ouvrage qui fait honneur
à noftre Langue & à no-.
ftre Nation , & qui luy donnera
tout enfemble de l'utilité
& du plaifir.
Nous fommes fur une ma
tiere de Vers , & elle me fait
fouvenir de vous envoyer
dont la maladie .
ceux-cy ,
d'une fort aimable perfonne
fait le fujer.
STANCE S.
A Mour,peux- tu voirfans douleur
Qu'une maladie infolente
Ofe accabler de fa rigueur
Piij
174 MERCURE
Cloris , dont la beauté naiſſante
T'a rendu maistre de mon coeur?
S
Peux- tu voir obfcurcir ces yeux
Pleins de douceur & de tendreffe ,
Plus brillans que l'Aftre des Cieux,
Qui te faifoient par la Feuneſſe
Dreffer des Autels en tous lieux?
$
Peux-tu voir , infenfible Amour,
Ternir l'éclat de ce vifage ,
Pour qui chacun te faitla cour
Et qui paroist la vive image
De celle qui t'a mis aú jour ?
S
Hafte-toy de la fecourir ,
Si tu veux défendre ta gloire.
En la laiffant longtemps fouffrir,
Renonce enfin à la Victoire
Tu n'as plus rien à conquerir.
2
GALANT. 175
S
Mais fitu défens fes appas
De toutes les douleurs cruelles
Qui nous conduisent au trépas ,
Devant toy les ames rebelles
Mettront taujours les armes bas.
Cloris a droit de tout, charmer,
Fadis Helene fi vantee ,
Dont les attraits firent armer
Toute l'Afie épouvantée ,
Ne fe faifoit pas tant aimer.
S
On ne fçauroit blâmer Pâris
D'avoir toujours gardé fa proye ,
Quoy que famort en fuft le prix,
Mais ileftoit plus beau que Troye
Perift pour défendre Cloris.
Viens donc lay donner un fecours,
Où ma tendreffe te convie ;
Piiij
176 MERCURE
La mort ne peut finir le cours
De fabelle & charmante vie ,
Sans terminer aufſimes jours .
Il s'eft paffé depuis peu de
jours une galanterie fort ingenieufe
qui merite que je
vous en faffe part . Quelques
Officiers de retour de la Campagne
, cftant allez rendre vifite
à une Dame qui n'eft pas
moins fpirituelle qu'elle a
d'agrément dans fa perfonne ,
elle remarqua que l'un d'entr'-
cux prenoir du Tabac avec
toutes les petites façons qui
GALANT. 177
font ordinaires aux jeunes
gens , ce qui luy donna occa
fion de luy dire d'une maniere
enjoüée qu'elle n'avoit
encore veu perfonne qui
fift mieux que luy l'exercice
de la Tabatiere . Cette façon
de parler l'ayant furpris , il
pria la Dame de luy vouloir
expliquer en quoy confiftoit
cet exercice. Elle répondit
qu'il s'apptenoit de la mef
me forte que celuy du Moufquet
& de la Pique , & qu'il y
une Academic que avoit
l'on avoit établie depuis peu
de temps pour l'enfeigner,
1-8 MERCURE.
Afin de le confirmer dans cet
te croyance, elle demanda qu'-
on luy permiſt d'entrer dans
fon Cabinet , où ayant compofé
fur l'heure les quatorze
Articles qui fuivent , elle les
vint lire à la Compagnie .
LE NOBLE EXERCICE
de la Tabatiere,
Prenez la Tabatiere de la
main droitc .
Paffez la Tabatiere dans la
main gauche .
Frapez fur la Tabatiere.
Ouvrez la Tabatiere.
GALANT. 179
Prefentez la Tabatiere à la
Compagnie.
Retirez à vous la Tabatiere.
Tenez toujours la Tabatiere
ouverte.
Raffemblez le Tabac dans
la Tabatiere , en frapanr la Tabatiere
à cofté .
Pincez le Tabac propre
ment de la main droire,
Tenez quelque temps le
Tabac dans les doigts avant
que
de le
porter au nez .
Portez le Tabac au nez .
Reniflez avec jufteffe des
deux narines , & fans grimace.
Eternuez , touffez , crachez
180 MERCURE
Fetmez la Tabatierefon Live
Tout le monde donna de
meter,to imbattere
grandes loüanges à cette galanterie
, & la jufteffe des termes
que la Dame avoit employez
pour le pretendu exercice
de la Tabatiere , par rapport
à celuy des armes , réjoüit
fort tous ceux qui
les entendirent .
L'histoire anatomique du
Limaçon , que je vous ay envoyée
dans l'une de mes defnieres
Lettres , a tellement
fatisfait toutes les perfonnes
qui ont quelque gouft pour
la Phyfique , que je ne dois
GALANT 1
181
pas les priver du plaifir de lire
les Obfervations que le mefme
Auteur , M Poupart , a
faites fur un petit animal
d'une autre nature. Il leur a
donné pour titre ,
L'ARCHITECTURE
Navale.
La
A Nature eft fi refervée
qu'on doit regarder comme
des faveurs eclatantes la confidence
de quelqu'un de fesfecrets.
En voicy un qui fera voir comme
cette Reine des Miracles fait
briller fa fagefe dans fes moindres
productions . On trouve dans
182 MERCURE
PAntonne un Vermice au parmy
les plantes des Rivieres qui ne
font pas trop rapides . Ilfeche, il
fe ride , il s'acourcit , il devient
enfin ce qu'on appelle aufou feve
en termes d'infectes . En cet état ,
il attend le retour du printemps,
qui venant à l'échauffer, acroift,
develope ou engendre dedans un
petit Animal à quatre pieds , qui
peu à peu devenant plus pefant
qu'un pareil Volume d'eau , feroit
à la fin precipité dans le
fond , où il périroit', fila Nature
n'y avoit apporté les foins d'une
tendre mere , en luy donnant les
moyens de fe baftir une Nacelle
GALANT. 183
dans laquelle il vogue pendant
toute la vie. L'oeufdans lequel il
eft enfermé eft le fondement & le
cintre fur lequel il éleve la voute
de ce petit Baftiment , ce qu'il
fait en pouffant une humeur
gluante, qui venantà penetrer les
pores de l'oeuf, fe fige à la fuperficie
, fur laquelle il fe forme
ane croute toute femblable a du
chagrin. L'animal continuant à
répandre ce maftic, les petits corps
legers qu'il rencontre s'y colent
avec tant d'ordre qu'on ne sçauroit
douter
que ce ne foit une habile
main qui les a placez. Enfn
ce Baftiment augmente pendant
184 MERCURE
Il
que l'humeur peut peneirer tous
ces Materiaux, de maniere qu'on
en trouve d'auffi longs , & d'auf
fi gros que le pouces qui flotent
fur les eaux. Que de fageſſe!
faut pas que cette petite maifon
foit fermée de toutes parts s
l'animal periroit dans cette prifon.
L'auf qui le renferme eft
arrondy par les deux bouts ; les
-petits corps qu'il rencontre font.
auffi ronds , ces figures ne font
pas co
commodes pour
ble ; car tout le monde fçait ,
moyennant un peu de Geometrie,
deux corps ronds ne fe toudans
un point . De plus,
que
chent
que
s'unir enfemGALANT.
185
ce
lauf eftant longuet , les corps qui
le choquent par fes bouts , le font
piroüeter autour de fon centre
qui empefche qu'ils s'y puiffent
aitacher ; de forte que les deux
extrémitez de l'oeufdemeurent libres
à découvert .Il nefaut pas
auffi que cette voûte foit ouverte
en plein cintre dés le commencement
, la bouë des rivieres la rempliroit,
le foetus eft encore trop foible
pour s'en débaraffer ,elle lefuffoqueroit.
Ce petit Animalfait un
crible à chaque bout de fon auf
en le perçant de mille petits trous ,
de maniere qu'il n'y peut entrer
que de l'eau
de l'eau ; elle fuffit alors
Decembre 1693 .
186 MERCURE
pour la nourriture de l'enfant ,
qui enfuite ayant befoin d'un aliment
plus folide , ouvre entierement
fa maifon , dont il fort à
moitié pour ramer avec les pieds,
où pour grimper fur les plantes.
defquelles il tire fa nourriture.
Voila le Palais digne de l'envie
de ce petit Animal'; il y naift ,
il y vit , il y meurt. Il ne faut
pas confondre cet Infecte avec
celuy qu'on trouve dans la Mer,
dont les Naturaliftes ont écrit
Hiftoire. Celuy- cy eft dans un
Cône blanc, écailleux & courbé,
feulement ouvert parfa bafe immobilement
attaché aux rochers,
GALANT. 187
& qui naist apparemment comme
les Limaçons avec la coquille,
dont il fait fortir la tefte pour
puifer l'eau de la Mer, dans la
quelle il trouve toute fa nourriture
; il a un grand nombre de
pieds tout au long de fon corps .
Celuy dont je viens d'écrire
l'Hiſtoire , eft dans un Cylindre
droit noirâtre, conftruit par
la rencontre fortuite de plufieurs
Buchettes. Il ef ordinairement
ouvert par les deux bouts, &
flotte fur les eaux , & n'a que
quatre pieds proche la teste fort
propres à grimper fur les plantes
dont il tire dequoy fe nourrir.
Q ij
188 MERCURE
Quoy qu'il y ait déja quelque
temps que l'illuftre M
Menage eft mort , & que je
vous en aye parlé affez amplement
, je croy devoir vous
faire part de l'Ouvrage que
vous allez lire , & qui m'eft
tombé depuis peu de jours
entre les mains. Il feroit à
fouhaiter que chacun écrivift
ainfi fur tous les Grands
Hommes.
GALANT. 189
22222225 222 522552
LE CARACTERE
de Mr l'Abbé Menage.
A MADAME DE ***
Ja
Avois fatisfait , Madame , à
promeffe queje vous fis lors
que je quittay la Province , de
vous mander la mort des Sçavans,
& ce que la Renommée publioit
à leur avantage , en vous
écrivant celle de M' Menage ;
mais comme vous m'avez_marqué
que vous fouhaitiez des in-
Atructions plus particulieres que
190 MERCURE
celles
que je vous ay données fur
cet illuftre Auteur , j'ay confenti,
Madame , à me dérober pour
quelque temps aux obligations de
mon employ , pour vous donner
une idée moins confufe du me--
rite de Mr Menage , & vous
apprendre en quoy confiftoit veritablement
fon caractere. C'eft
avec justice qu'on l'appelle en
voftre Province , le Varron de
noftre fiecle , & quoy que j'aye
peu de foy à la jufteffe des juge
mens de vos Provinciaux , je
ne laiffe pas de confirmer en cette
occafion leurfentiment . Ma complaifance
n'ira pas cependant affez
GALANT. 191
loin pour croire avec vous queM
de ... foit autheur de cette penfée,
il a fait ce jugement fur la
foy publique, le peu de commerce
qu'il a eu avec Varron,
m'empefche de donner dans votrefentiment.
Nous n'avons pref
que plus rien de cet illuftre Ancien.
Les temps nous ont enlevé ces trefors
de litterature , & nous ne
connoiffons guere ce grand homme
que par les citations des Anciens ,
les éloges que luy ont donnez
les Auteurs qui nous reftent aujourd'huy,
Vous voyez , Madame , comme
un petit particulier s'attribuë.
192 MERCURE
les jugemens du public ; & comme
il eft aisé , dés que l'on vit
éloigné de l'empire des Lettres ,
de faire paffer pour pensées neuves
, des pensées ufées , & dont
les Auteurs font fouvent ensevelis
depuis plufieurs fecles .
Mais quoy qu'il en soit , Madame
, celuy qui a comparé le
premier Mr Menage à Varron
parfaitement bien penfe . M
Menage efloit univerfel auffibien
que cet Ancien. Il poffedoit àfond
une infinité de fciences , dont une
feule auroit fuffipour luy faire
une reputation confiderable. Il
estoit comme Varron bon Grammairien
,
GALANT. 193
mairien , Hiftorien exact , excel- .
lent Critique , Philofophe ,Juris
Confulte, grand Poëte , & avoit
comme luy une connoiffance parfaite
des Langues les plus eftimées.
Enfin M Menage a
fceu tout ce que fçavoit Varron,
les découvertes de ces derniers
temps ont appris bien des chofes à
Mr Menage que l'on peut croire
avec fondement avoir efté inconnuës
à Varron. Vous n'auriez
jamais crú que j'euffe encheryfur
lesjugemens du public ; & vous
me connoiffez firefervé dans mes
fentimens que je fuis perfuadé
que la preference que je fais de
Dec. 1693.
R
194 MERCURE
1
Mr Menage à Varron , vous paroistra
quelque chofe de nouveau;
mais vous avez trop de connoif
fance de l'eftat où les fciences
eftoient dans l'antiquité , pour
ignorer qu'elles ont efteperfection
nées depuis ce temps - là
l'avantage qu'a eu Mr Menage
de vivre dans ces derniers temps.
l'a mis en eftat d'apprendre une
infinité de chofes que Varron a
pú ignorer fans s'expoſer à la critique
defa pofterité.
que
Mais je ne
m'apperçois pas.
que je fais infemfiblement
le paralelle
de ces deux grands hommes,
& qu'en voulant vous faire
CALANT. 195
connoiftre Varron , j'oublirois la
"priere que vous m'avez faite de
vous faire connoiftre M Me-
Bage.
Je vous ay dit , Madame , que
que Mr Menage eftoit bonGrammairien.
Tout le monde convient
, qu'il excelloit dans fa
langue , & qu'il est un de ceux
qui ont le plus contribué à la
mettre dans laperfection où elle eft
ujourd'huy. Il avoit outre cela
In talent particulier pour découvrir
les origines des mots ; il feme
tbit même avoir l'efprit fait pour
cetteforte de fcience , & l'on peut
"affurerfans injuftice qu'il eftoit le
Rij
196 MERCURE
premier homme du Royaume pour
les étimologies.
Il avoit une connoiffance parfaite
de l'Histoire . On ne le
voyioit point confondre les faits
ny l'ordre des temps , ilfaifoit des
réflexions fur les grandes actions,
&fçavoit tirer une morale generale
d'un fait particulier. Fay
toujours regardé comme une chofe
l'étendue de fa memoire
rare que
n'euftpoint gafté lafolidité de fo
jugement , & qu'il .fceuft égale
ment rapporter un fait , & ex
découvrir les motifs.
·M" Menage n'a pas moins excellé
dans la Critique › que dan is
GALANT. 197
une nfinité d'autres connoiffan
ces qui immortaliferontfon nom
dans l'empire des Lettres. Ses obfervationsfurDiogene-
Laerce &
fur M Malherbe, font des preuconvaincantes
defon bon gouft
de litterature
ves
dans tous les
genres
"
les plus oppofez. Safameuse requefte
des Dictionaires à Meffieurs
de l'Academie Françoife ,
eft un ouvrage plein defeu , d'ef
prit & depensées vives , & dont
je ne fçaurois vousfaire un éloge
plus complet , qu'en vous affurant
que l'Academie Françoife luy en
a témoigné pendant tout le cours
defa vie un profond reffentiment.
Riij
193 MERCURE
Le dernier Ouvrage de Critique
que Mr Menage a donne au public,
eft une espece de défense defes
oeuvres & defes moeurs , qu'un Autheur
peu fcrupuleux avoit attaquées;
on y voit, comme dans tous
fes ouvragesides raifonsfolides ,
un fond deChriftianifme à l'épreu
ve des duretez de fon adverfaire.
Quoy que M Menage n'ignoraft
point lesopinions des Anciens ,
la nouvelle Philofophie eftoit le
fujet le plus ordinaire de fes méditations.
Il avoit une paffion
extréme pour les experiences de
Phyfique , fe plaifoit particulierement
à découvrir les operations
de la nature .
GALANT. 199
Il parloit de la Religion en
vray fçavant , fans y mefler les
fubtilitez de l'Ecole , ou l'affectation
des termes extraordinaires
& peu connus.
Ilfçavoir affez deFurif-prudence
pourfaire croire à ceux qui
n'eftoient pas parfaitemene inf
truits de l'eftenduë de fon merite
, qu'il en avoit toûjours fait
fon capital, parloit avec tant
de facilite , qu'on euft crû que
l'éloquence eftoitfon unique occapation
.
Entre tant de grandes qualitez
qui rendoient Mr Menage l'homwe
le plus accomply defonfiecle ,
R iiij
200 MERCURE
T

il a paru dans tous les genres
de Poëfie comme un homme fingulier.
Il eft ordinaire de trouver
des Poëtes qui reufiffent parfaitement
dans certainsfujets & qui
ne fertant jamais des bornes de
leur caractere , foutiennent toujours
fur un mefme pied la reputation
qu'ils ont acquife , &
s'attirent encore dans un âge
avancé les mefmes applaudiffements
qu'avoient merité leurs
premiers Ouvrages , mais de trouver
un Poëte qui fçache également
plaire dans le ferieux ,
l'enjouement , la delicateffe & le
merveilleux c'est l'ouvrage de
GALANT. 201
que
l'on
plufieurs fiecles , un de ces prefens
rares de la nature
peut dire qu'elle ne confie qu'à
fes favoris. Ce talent particulierpour
la Poefie qu'avoit M
Menage , n'eftoit pas renfermé
dans les termes de fa langue ; il
s'eftendoit auffi fur celles qui ont
le plus de cours dans l'empire des
Lettres ; il n'estoit pas moins bon
Poëte Latin que François , ny
Poëte Grec qu'Italien ; il connoifloit
parfaitement les beautez
de toutes les Langues , & feavoit
employer dans fes Poëfies
tout ce que chaque langue a de
force degraces particulieres.
202 MERCURE
Fe
>
Ainfi , Madame , vous voyez
que Mr Menage eftoit un de ces
hommes peu communs & que
leur rare capacité met également
au deffus des éloges qu'on peut
leur donner , & à couvert des
traits de l'envie. Je me difpofois
à finir , & je croyois avoir
entierement fatisfait à ce que
vous avez exigé de moy ;
mais je viens de me fouvenir
que je vous ay promis dans le
commencement de ma Lettre , de
vous apprendre quel eftoit le vray
caractere de M² Menage. Je
m'apperçoy déja que vous vous
defiez de mes lumieres , & que
GALANT. 203
vous eftes perfuadée que j'auray
de la peine à trouver le caractere
d'un homme qui réunißoit enfa
perfonne , tant de qualitez qui
paroiffent incompatibles . Vous
avez veu , Madame , que M*
Menage joignoit à beaucoup de
justeffe , tout ce que l'imagination
a de plus vif & de plus
brillant , qu'il avoit autant de
folide que d'enjoument, & qu'il
n'eftoit pas moins heureux à concevoir
lesfciences qu'à produire de
luy- mefme. Vous me croyez
embaraffe , Madame , à decider
laquelle de toutes ces qualitez
luy eftoit laplus effentielle . Vous
204 MERCURE
tremblez pour moy , & vous
voudriez pour mon honneur que
j'euffe fermé ma Lettre , dans la
crainte où vous eftes que j'aye
de la peine à la bien finir , mais
-vous n'en aurez pas à revenir de
l'embarras où vous eftes , quand
je vous auray dit que le vray
caractere de A Menage eftoit
d'eftre universel.
Il ya quelque temps que
je vous appris la mort de Madame
la Comteffe de la Vauguion
, & vous avez fouhaité
que j'entraffe dans un détail
plus particulier fur ce qui re
garde fa Maiſon.Je vous obeis,
GALANT. 205
On en dit quantité de chofes
tres avantageufes que je ne
marqueray pas , me contentant
de vous dire celles dont
je fuis tres feur. Madame de
la Vauguion ſe nommoit Marie
d'Eftuer de Cauffade ,Comreffe
de la Vauguion , Marquife
de Saint Megrin , Vicomteffe
de Calvignac , Baronne
de la Ville de Thonneins
en Agenois , & autres
Seigneuries , & avoit épousé
en premieres noces Barthelemy
de Quelen , Comte du
Brontay , Lieutenant General
des Armées du Roy, Colonel
206 MERCURE
du Regiment de Navarre , &
Capitaine de Chevaux Legers
de la Garde de la feuë Reine-
Mere , & en fecondes , André
de Betoulal , Seigneur de Fromanteau,
de Chambellan
Monfieur. En l'époufant , elle
luy fit prendre le nom de
Comte de la Vauguion, & il a
efté depuis Chevalier des Ordres
, Confeiller d'Eftat ordinaire
d'Epée, Ambaffadeur en
Eſpagne , & Envoyé Extraordinaire
du Roy auprés de
l'Empereur , & des Electeurs
de Cologne , de Mayence , de
Bavieres, & de Brandebourg.
GALANT
207
Elle eftoit Soeur de Jacques
d'Eftuer de Cauffade , Marquis
de Saint Megrin, Lieute
nant General des Armées du
Roy en Catalogne, & Capitai
ne des Chevaux Legers de la
Garde de S. M. & de ceux de
la feüe Reine- Mere , Colonel
de deux Regimens , l'un d'Infanterie
, & l'autre de Cava
lerie , qui fut enterré par ordre
du Roy dans l'Eglife de
l'Abbaye Royale de Saint
Denis. Sa Veuve eft remariée
à Mr le Duc de Chaune.
Madame de la
Vauguion
eftoit iffuë d'Alain d'Eftuër,
Elcuyer Breton , lequel fervit
288 MERCURE
l'an 1380. avec huit Ecuyers
fous le Conneftable de Clif
fon. Thomas d'Eftuer , Seigneur
de Tuelle , épouſa avant
l'an 1390. Julienne Mercadiet
, Dame de l'Illeau , & là
Bouchardiere , & c. Veuve de
Pierre de Bar , Chevalier , &
Fille de Pierre Mercadier Chcvalier
, & d'Honorée Gardre
Soeur de Renaud , Gardre, Chevalier
Seigneur de l'Ileau , dont
il cut Jean d'Eftuer , Seigneur
de l'Illeau , Chevalier Bachelier
fervant en 1418. le Roy
Charles VII . avec un Chevalier,
& dix Efcuyers de fa ComCALANT.
209
pagnie . Celuy- cy épousa en
2416. Jeanne Depons ,Dame de
Saint Megrin , Champaignat ,
Champaignolle & c . & Fille
naturelle de Renaud VII . du
Nom , Sire de Pons d'Oleron
de Brouage , & de Blanche
d'Archiac , Dame de Saint
Mcgrin. Du mariage de Jean
d'Eftuer & de Jeanne de Pons
fortirent Guillaume mentionné
cy- aprés , Jean & Margue .
rite d'Eftuer, Epouſe d'Eufta .
che de Montberon , Vicomte
d'Aunay
.
Jean d'Eftuer , fecond Fils de
Jean d'Eftuer & de Jeanne de
Decemb. 1693.
>-
S
210 MERCURE
Pons , fut Sire de la Darbe ,Vicomte
de Riberac , Efpeluche
& Fromental . Il s'attacha au
Roy Louis XI. lors qu'il n'eftoit
encore que Dauphin , &
Olivier de la Marche dans fes
Memoires le met au nombre
des plus nobles & des plus
renommez de ceux qui fuivirent
le Dauphin en Flandre .
Dés lors ce Dauphin luy avoit
donné la Charge de fon Premier
Efcuyer , & l'ufufreit de
la Seigneurie de Montelimar ,
& eftant devenu Roy; il le fit
Capitaine de cent Lances des
Ordonnances , Confeiller &
GALANT: 211
Chambellan , fon Ambaffadeur
en Angleterre pour traiter
d'uue Paix , & Baillif sénéchal
de Mafcour , Senefchal
de Lyon , de Limouzin,
d'Agenois , de Querci & de
Rouergue, Gouverneurde Perpignan
, & Lieutenant au Gouvernement
de Rouffillon &
de Cerdagne. Il luy fit époufer
Cathetine Brachet Vicomreffe
de Bruilles , Baronne de
Thonneins , veuve de Poron
de Xaintrailles , Marefchal dè
France , Premier Eſcuyer du
Corps, & Maistre de l'Efcurie
du Roy, Fille de Jean Brachet
Sij
212 MERCURE
Baron de Peruffe, & de Marie de
Vendofme, Dame de Charoft.
Marguerite d'Eftuer , aprés avoir
fondé leConvent de la petite
Obfervance de Bordeaux,
mourut fans enfans l'an 1488.
Guillaume d'Eftuer , Fils
ainé de Jean d'Eftuer , & de-
Icanne de Pons , fut Seis
greur de Saint Megrin , Ba
ron de Thonneins , Confeiller
Chambellan du Roy , Sene
chal de Xaintonge . Il époufa
en 1483. Catherine de Caufla .
de,Fille ainée de Jean de Cauffade
, Vicomte de Calvignac ,
Baron de Pincornet , fecond
GALANT 213
Baron de Quercy , Petit fils
du Baron de Pincornet, fi memorable
dans l'Hiftoire de
Froiffart , pour s'eftre fignalé
dans les guerres de Caftille
& pour avoir declaré la guerre
au Prince de Galles, & beaucoup
contribué à la réunion
de la Guienne à l'obeiffance
du Roy Charles V. Dece mariage
fortirent François &
Pons d'Eftuer , & Ifabeau ,
grande Mere maternelle du
Maréchal de Roquelaure.
François d'Eftuer , premier
du nom , Fils ainé , fucceda à
Ia Maifon de Pincorner , à la
1
214 MERCURE
>
charge de prendre le nom & les
armes de Cauffade. Il fut Vicomte
de Cavignac , Baron de
Thonneins & de Pincornet. Il
fe maria deux fois , la premiere,
à Antoinette d'Aydic , Niece
d'Odet d'Aydie , Comte de-
Comeinge
Chevalier de
l'Ordre Amiral & Gouverneur
de Guienne , Fille
d'Odet d'Aydie , Vicomte de
Riberac , Senechal de Carcaf
fonne , General des Armées du
Duc de Bretagne , Colonel de
mille hommes de pied , &
Coufine germaine de Jeanne
d'Aydie , Comteffe de Co-
>
GALANT 215
meinge , Dere d'Odet de Foix ,
Vicomte de Lautrec , & de
Thomas de Foix , Seigneur de
Lefgun , tous deux Maréchaux
de France.François
d'Ef
tuer époufà en fecondes Noces
Anne de Maillé , Fille ainée
d'Hardouin
de Maillé , Seigneur
de la Roche - Corbon ,
& de Françoife de la Courlandric
.
Pons d'Eftuer , Chevalier ,
Seigneur de S.Megrin , commandant
le Ban & Arriereban
de Xaintonge, fecond
Fils de Guillaume & de Catherine
de Cauffade , épou
216 MERCURE
fa Ifabeau , Baronne de Mon
brun , qui
qui cut pour Pere
Jean , Baron de Montbrun , &
pour Mere Jacquette de Bourdeille.
De ce Mariage nâquit
François d'Eftuer de Cauffade,
qui fuit .
François d'Eftuer de Cauf
fade, II. du nom , Baron de
Thonneins, Vicomte deCalvignac
& de S. Megrin , Cheva
lier de l'Ordre du Roy , Chambellan
& Gentilhomme de la
Chambre des Roy & Reine
de Navarre , aprés avoir fuccedé
à François fon Oncle,
prit le nom & les Armes
de
GALANT. 217 .
de Cauffade , & dans un Arreft
du Parlement de Bor
deaux , de l'an 1566. il eft dit
que la Maifon eft grande &
refpectée de tout temps pour
fa nobleffe & antiquité. Il
époufa Gabrielle de Maillé de
la Tourlandry , Fille de Jean
Comte de Chafteauroux , &
d'Anne Chabot .
De François & de Gabrielle
fortirent Jean , Vicomte de
S. Megrin , Colonel d'un Regiment
d'Infanterie , qui par
fa bravoure conduifanten
feureté de Bearn à la Rochelle
le Roy Henry IV . alors fort
Decembre
1693. T
218 MERCURE
jeune , conferva ce grand
Prince à la France ; Paul ,
Comte de S. Megrin , Gouverneur
de Xaintonge & d'Angoumois
, Meftre de Camp
de la Cavalerie Legere , Gentilhomme
de la Chambre, Ca
pitaine de cinquante hommes
d'armes des Ordonnances , &
Favory du Roy Henry III. qui
l'ayant fait inhumer , luy fit
élever un fuperbe Tombeau
dans l'Eglife paroiffiale de
Saint Paul à Paris.; Catherine
d Eftuer, Gouvernante du Roy
Henty IV. Epoufe de Henry
d'Albret , Baron de Mioffans ,
GALANT. 219
Chevalier des Ordres du Roy,
& Marguerite d'Eftuer , Femme
de Henry d'Apchour , Scigneur
de S. André , Chevalier
de l'Ordre , & Gentilhomme
ordinaire de la Chambre du
Roy Heritier & Neveu du
Maréchal de S. André .
1
Louis d'Eftuer deCauffade,
Comte de S. Megrin , Chevalier
de l'Ordre , Gntilhomme
ordinaire de la Chambre du
Roy , Maréchal des Camps &
Armées , & Capitaine de cinquante
hommes d'armes des
Ordonnances , fucceda à tous
les biens de fa Maiſon
par
le
I ij
220 MERCURE
decés de Jean & de Paul fes
Freres , & épousa Jeanne d'Eſcars
, Princeffe de Tarante , &
Comteffe de la Vauguion , Petite-
fille d'Ifabelle de Bourbon
, Dame de Carency.
Du mariage de Louis d'Ef
tuer de Cauffade
avec Dianc
d'Efcars , nâquit Jacques d'Eltuer
de Cauffade
de la Vauguion
, Chevalier
des Ordres ,
Confeiller
d'Eftat , & Capitaine
des Chevaux
Legers de
la Garde du Roy , grand Senechal
de Guienne , qui époufa
par Contrat
de l'an 1607 .
Marie de Rocquelaure
, Fille
GALANT. 221
d'Antoine , Maréchal de
France , Chevalier des Ordres,
Grand- Maiftre de la Garderobe
, & Lieutenant General
du Roy en Guienne. C'eſt de
ce mariage qu'eftoit néc feuë
Me de la Vauguion , laquelle
eft morte dans fon Chafteau
de Saint Megrin en Xaintonge
le 13 Octobre dernier.
Aprés vous avoir parlé des
Morts , il eft jufte de vous
parler des Vivans . La Victoire
que nous avons remportée à
la Marfaille, a cfté fi glorieuſe
& fi avantageufe à la France ,
qu'il n'y a perfonne qui ſe
1 .Tiij
222 MERCURE
taife là deffus, & qui ne cher
che à donner à Mr le Maréchal
de Catinat les louanges
qu'il merite. Vous ne ferez
pas fachée de voir ce que M
Moreau , Avocat General de
la Chambre des Comptes de
Dijon , a fait fur cette Victoire
.Son heureux talent pour
la Poëfie vous cft connu par
beaucoup d'autres Ouvra
ges.
GALANT. 223
A M' LE MARESCHAL
de Catinat.
SONNET.
Commander
Orumander en Vainqueur & combattre
en Soldat ,
Intrepide aux dangers , invincible à
la peine ,
Prompt , vif, cherchant par tout &
La gloire & l'éclat,
Par là Condé parut un vaillant Capitaine.
2
Vaincre les Ennemis fans leur donper
combat ;
Détruire leur Armée en confervant
la fienne ,
Tiiij
224 MERCURE
Attaquer à propos , n'agir que pour
l'Etat ,
Sage , tranquille , égal , c'est ce que
fit Turenne.
S
De leurs illuftres faiss l'éternel ſouvenir
Rendra leurs noms fameux auxfilcles
à venir ;
Mais pour toy , Catinat , fi vanté
dans le nostre,
2
Que ne dira-t-on pas en lifant tes
exploits ,
où tu fais feul renaistre & briller à
la fois
Lafageffe de l'un , & la valeur de
l'autre ?
Cet autre Sonner eft auffi
adreffé à M' le Marechal de
GALANT. 225
Catinat , & fait
M' Jourpar
dain , Profeffeur d'Eloquence
au College du Cardinal le
Moinc.
SUR LA BATAILLE
de la Marfaille , gagnée fur
les Italiens , les Efpagnols,
& les Allemans.
DE
E trois Illuftres Chefs l'adroite
vigilance
Obfervoit en tous lieux tes pas ,
campemens ,
tės
Et fans bien penetrer tous_tes ménagemens
,
Se flatoit , Catinat , d'infulter noftre
France.
226 MERCURE
Mais par ce nouveau coup de ta rare
prudence,
De ta valeur fi fage en tous fes mouyemens
,
Tu viens de leur apprendre en trespeu
de momens
Ce que peut d'un Guerrier la plus
baute fcience.
2
Par là l'Italien voit fa rufe avorter,
L'intrepide Germainfon courage dompter,
Et le fier Espagnol fon arrogance
vaine.
S
On te doit ,grand Heros, double prix,
double honneur
Pour ce coup où tu fais en parfait
Capitaine ,
Triompher ta fagiſſe ainſi que ta valeurGALANT.
227
9
La Madrigal qui fuit vous
fera connoiftre qu'en vous
parlant la derniere fois avec
éloge de M' Fagon , fur ce
qu'il a plû à Sa Majesté de
le choifir pour fon premier
Medecin , je n'ay fait que
m'accommoder à la voix publique
. M Diereville en eft
l'Auteur.
A M' FAGON.
ENfin , docte Fagon , nos voeux
font accomplis;
Le puiffant Monarque des Lis
Vientde contenter noftre envie,
Ila remisfür vous lefoin defafante.
228 MERCURE
Quel autre anroit mieux merité
L'honneur de conferver une fi belle
vie ?
Cet invincible Roy ne pouvoit faire
un choix
-Plusjudicieux ,uy plus fages
S'il enft fallu noftre fuffrage ,
Vous cuffiez en toutes nos voix.
"
...Le nom de M' des Cartes
eft fi fameux , & il eft cité
dans tant d'Ouvrages
, que je
fuis perfuadé que les. Curieux
de vôtre Province feront bienaifes
de voir en abrégé la plus
grande partie de tout ce qui
fe trouve dans la troifiéme
& quatrième partie des prinGALANT.
229
cipes de fa Philofophie. Il eſt
contenu dans le petit Traité
de M Verduc le jeune , que
I
je vous envoye.
LE SYSTEME
nodu Monde,
D
an Ieu crea au commencement
du monde la matiere
qui est une ſubſtance eftenduë en
longueur, largeur & profondeur,
& tellement éparfe par toutes les
dimenfions de l'efpace , qu'il nou's
eft impoffible d'imaginer des bornes
, par dela lefquelles il n'y ait
plus d'étendue. C'est pourquoy
230 MERCURE
pas
dire
encore qu'il ne faille pa
que la matiere eft étendue à l'infiny,
l'on peut cependant affenrer
qu'elle n'a point de limites ,
& qu'elle eft indéfiniment étenduë.
Aprés que Dieu eut créé la
matiere,il la divifa en parties cubiques
à peu prés de mefme grandeur
, c'est- à dire , en petits corps
compris ou terminez parfix quarrezfemblables
& égaux comme
eft un Dé à joüer . Enfuite il
leur imprima une égale quantité
de mouvement qu'il conferve toujours
dans la nature , enforte qu'il
ne ceffe jamais , mais feulement
GALANT 231
fe communique & paße le plus
fouvent d'un corps dans un autre ,
Ainfi quand il arrive qn'un corps
qui eftoit en mouvement ce se de
fe mouvoir , on va moins vite
qu'auparavant, il eft certain qu'il
a perdu ,ou tout fon mouvement ,
où bien feulement une partie ;
mais en revanche , il fe trouve
quelqu'autre corps dans le monde
auquel il l'a transferé , de forte
que
l'un
gagne toujours ce que
l'autre perd.
Dieu ayant divisé la matiere,
commença d'abord à faire tourner
toutes fesparties , à fçavoir chocune
à part, autour de fon propre
તે
322 MERCURE
centre, & un grand nombre d'antres
autour de plufieurs centres
autant éloignez les uns des autres
que le font à prefent les Etoiles
fixes ; mais parce qu'il n'y a
point de vuide qui puiffe favorifer
fur le mouvement de ces
parties , elles doivent neceffairement
devenir rondes , à cauſe
que fe trouvant engagées dans
leurs voisines , elles fe rompent
par tout ce qu'elles ont qui avan
ce en forme d'angle ; car quand
un corps n'a plus d'angles , c'eftà
dire quand il n'y a rien dans
ce corps qui s'avance au delà de
Sa figureSpherique , c'est une noGALANT.
233
-ceffué qu'il foit rond .
Il fuit delà qu'il doity avoir
deux élemens . Le premier confifte
dans cette raclure ou matiere
fubtile qui vient de la brifure des
angles , & qui s'enleve de toute
la furface des autres parties un
peu moinsfubtile qui s'arrondiffent
, & le fecond fe compofe de
ces parties rondes en tous fens
comme des boules , qui laiffent
autour d'elles plufieurs petits
efpaces pleins de la matiere du
premier élement.
Il faut remarquer que cette
matiere du premier élement fe
meut avec une rapidité incroya
Decembre 16 93 . V
234 MERCURE
d'autres plus
ble , à caufe que pendant que les
petites boules du fecond vont par
des chemins droits & ouverts ,
elles chaffent cette raclure qui eft
parmy elles
par
étroits & plus détournez , ce qui
fe fait pour la mefme raison que
nous voyons enfermant unfouflet
lentement
, que l'air en fort fort
vite , à caufe qu'il paſſe par un
trou étroit.
Les parties du fecond élement
s'eftant frottées dés le commencement
les unes contre les autres
la matiere du premier qui a dû
fe faire de la raclure de leurs angles
, s'eft beaucoup augmentée, ¿
GALANT 235
1
lors qu'il y en a eu plus qu'il n'en
falloit pour remplir les petits ef
paces que laißent les parties du
Second élement , quand elles fe
touchent , le refte s'eftant écoulé
vers les centres des Tourbillons,
( c'est- à-dire de ces grands efpaces
dans lesquels la matiere tourne
en rond ) y a compofé de grands
corps Spheriques tres fluides &
tres fubtils , à fçavoir le Soleil
e les Etoiles fixes ; car il faut
fçavoir que les corps de ce monde
vifible , font compofez de trois
élemens,que le Soleil les Etoiles
fixes ont la forme du premier ;
les Cieux celle du fecond; la Terre,
V ij
236 MERCURE
les Planetes & les Cometes , cel
le du troifiéme ; & que le Soleil
les Etoiles fixes nous envoyent
de la lumiere , que les
Cieux fervent à la transmettre ,
e qu'enfin la Terre , les Planetes
& les Cometes la font réflechir
·
Imaginez vous donc dans
l'Univers une infinité de Tourbillons
, qui font de grands efpaces
au centre defquels il y a tout
autant de Soleils , ou d'Etoiles
fixes ; & qu'autour de ces centres
s'étendent bien loin à la ronde
les petites boules du fecond
élement , où nâgent de grands
GALANT. 237
corps qui ont effé des Soleils qui
occupoient les centres de ces Tourbillons
, mais qui s'étant peu à
peu couverts de taches , n'ont pû
garder leur fituation entre plu
fieurs autres dont les Tourbillons
les ont entraifnez , & ainfi ont
esté changez en Planetes , ou en
Cometes.
maniere
Les tourbillons font difpofez de
que les poles des uns
touchent les Ecliptiques des autres,
ou les cercles les plus éloignez
des poles . Celuy Celuy ou nous
Sommes eft le premier Ciel au
centre duquel est le Soleil , il
comprend auffi les fept Planetes
238 MERCURE
{
communes qui fe meuvent à dis
verfes diflances, autour du Soleil,
comme Mercure , Venus . la Terre
, la Lune , Mars , Jupiter &
Saturne , jufqu'où arrivent quel
quefois les Cometes qui paffent
affez prés de fon Ciel .
Les Tourbillons au centre def
quels il y a des Etoiles fixes ,
compofent le fecond Ciel ; enfin
tout ce qu'il y a audelà de ces
deux cieux que nous ne pouvons
voir fe prend pour le troifiéme
Ciel. Il eft facile de connoiſtre
par ce que nous venons de dire,
la nature des deux premiers élemens
, & mefme les corps qui en
GALANT 219
font compofez , c'est pourquoy il
nous reste à parler du troifiéme
élement.
L'on conçoit qu'ilfaut neceſſairement
que quelques purties de la
raclure du premier élement s'attachent
les unes aux autres ,
fçavoir, celles qui ayant des figuestant
auffi res irregulieres ,
plus groffes que les autres, demeurent
entre les petits efpaces curvilignes
que laiffent les boules du
Second élement lors qu'elles fe
touchen
Et ces petites parties qui s'at
tachent ainfi les unes avec les
autres,fe compofent principale
240 MERCURE
ment de la matiere du premier éle
ment, qui coule en ligne droite
des poles de chaque tourbillon
vers fon centre ; car il faut fçavoir
que la matiere de ce premier
élement fort fans ceffe de chaque
tourbillon par les endroits ' proches
de l'écliptique , & qu'en mesme
temps il en revient autant d'autres
par ceux qui font proches des poles,
que pendant que ces petites
parties qui ont la figure d'un triangle
curviligne , fe portent ainfi
des deux poles d'un tourbillon
versfon centre , le Ciel qui tourne
d'un mefme coflé fur fon affien,
fait qu'elles acquierent la figure de
petites
GALANT. 241
petites colomnes cannelées à trois
rayes ou canaux tournez en ſpi
rale , comme la coquille d'un Limaçon
, en deux differens fens ,
à cause qu'elles viennent des deux
coftez du Ciel oppoſez l'un à
l'autre à fcavoir du Pole Auftral
du Pole Septentrional .
Enfin lors que ces parties cannelées
font parvenuës au centre
d'un tourbillon , & qu'elles font
entrées dans le corps du Soleil,
elles en fortent toutes , à caufe
qu'eftant irregulieres , elles ne
fçauroient recevoir autant de
mouvement qu'en ont les plus
fubtiles parties de fa matiere,
Dec.1693.
X
242 MERCURE
& s'attachant les unes aux autres
, elles compofent de grands
corps opaques on obfcurs , femblables
à ces taches qu'on a quelquefois
obfervées fur la fuperficie
du Soleil.
Pour les caufes qui produifent
ces taches , elles ne fuivent aucune
regle , font fort incertaines
; car de mefme qu'on voit
que la plupart des liqueurs qu'on
met bouillirfur le feu, diffipent l'écume
qu'elles avoient produite au
commencement , en continuant de
boüillir ; ainfi doit- on penfer que
les taches qui font fur la juperfi
cie du Soleil, fe diffipent le plus
GALANT. 243
1
fouvent , aprés qu'elles ont efte
produites, qu'elles fe divifent
quelquefois en plufieurs parties ,
dont la plufpart eftant fort groffes
& irregulieres , fe joignent
les unes aux autres , & compo
pofent un corps fort rare , femblable
à de l'air , du moins à celuy
qui eft le plus pur au defus
des nues , lequel environnant le
Soleil de tous coftez , & s'étendant
depuis fa fuperficie jufque
vers la fphere de Mercure , a la
forme du troifiéme element , auffibien
que l'air & les taches qui
environnent les autres Aftres.
Ilfe peut faire que les saches
X ij
244 MERCURE
qui couvrent un Aftre devien ™
nent fi épaiffes , qu'elles nous en
oftent entierement la veue , &
dans cette rencontre il faut que
fon Tourbillon foit détruit par
ceux qui l'environnent , & que
l'Aftre qui eftoit en fon centre ,
foit emporté par le Tourbillon
voifin qui aura plus de terre deterre que
les autres pour l'entraîner .
Et fi cet Aftre qui defcend ainfi
dans un Tourbillon , eft fi folide
qu'il ne faffe que paffer , fans y
faire fa demeure , il fera changé
en une Comete en une Planete
s'il y demeure pour toujours;
car il n'y a point d'autre diffeGALANT.
245
rence entre une Planete & une
Comete , finon qu'une Planete
ne fort point de fon Tourbillon
pour paffer dans un autre , mais
fe meut toujours à une mefme diftance
defon centre;au lieu qu'une
Comete, aprés estre defcenduë dans
un Tourbillon dont elle fuit d'abord
le cours , remonte vers fa
circonference pour paſſer dans un
autre mais leur nature eft la
mefme en ce qu'elles font compofées
des parties du troifiéme Ele
ment , & qu'elles font dures
opaques on obfcures .
C'est ainsi que se font formez
autrefois Saturne ,Jupiter, Mars,
X iij
246 MERCURE
$
la Lune , Venus » Mercure , &
auffi la Terre qui est nostre de
menres ffuurr laquelle nous marṣ
chons.
Mais fans nous arrefter davantage
là-deffus , examiñons un
peu de prés comment la Terre àpê
fe former fuivant cette hypothe
Confiderons- la en l'eftat qu'el
le a dû estre , un peu avant
qu'elle foit defcenduë vers noftre
Soleil.
fe .
>
Premierement nous y pouvons
remarquer trois differentes régions
dont la premiere & la
plus baffe contient de la matiere
du premier Element qui compoGALANT
. 247
foit autrefois un Soleil , avant
qu'il fe fût formé fur fa ſuperficie
des taches affez épaiffes &
aßez grand nombre pour
l'environner de tous coftez , &
pour éteindre entierement fa lumiere.
La feconde ou moyenne
region eft remplie d'un corpsfort
opaque on obfcur &fort folide.
La troifiéme , n'est qu'un amas
des parties du troifiéme Element,
parmy lefquelles il y a beaucoup
de matiere du premier & du fecond
Element.
Nous ne parlerons point des
plus baſſes regions , à cauſe qu'il
eft facile de connoiftre leur natu-
X iiij
248 MERCURE
1
re ; nous expliquerons feulement
·les changemens qui doivent arriver
à la troifiéme .
Quand laTerre,ainfi compofée
de trois diverfesregions , eft defcenduë
vers noftre Soleil ,ſa plus haute
region s'eft partagée en deux
differens corps , dont le premier
qui eft dur & opaque , environne
la moyenne region , & l'autre eft
en comparaifon de luy fort rares
liquide & tranfparent ; & cette
divifion de la region fuperieure
en differens corps eft venue de
ce que quelques parties du fecond
Element plus groffes que celles
qui remplifoient les petits efpaGALANT.
249
ces qui eftoient pour lors autour
de ces parties du troifiéme Element
, entroient en ces places un
peu trop étroites pour les recevoir,
ce qui les obligeoit à pouffer les
parties de cette plus haute region
, principalement les plus
groffes au deffous des autres .
Enfin le corps inferieur qui touche
la moyenne region , devenant
de plus en plus dur , chaße hors
defes pores , de petites parties longues
, unies & gliẞantes , dont
les unes font roides & flexibles ,
& les autresfouples & pliantes,
lefquellesfe roulant & s'entortil
lant autour des premieres qui
250 MERCURE
t
font dures roides comme autant
de petits pieus , elles demeurent
toutes enfemble couchées
de travers fur fa fuperficie ; &
ce font ces deux fortes de parties
qui compofent le troifiéme corps.
Les parties du corps fuperieur
qui ont esté moins folides que
celles du troifieme corps ,font tombées
fur fa fuperficie , & s'y
eftant entrelaffées & jointes enfemble,
à caufe qu'elles ont des
figures irregulieres & embarraffantes
, elles ont composé un quatriéme
corps dur , mais fort different
des trois autres.
Il faut encore remarquer que le
GALANT. 251
troifiéme corps eftant devenu tansoft
plus rare , & tanioft plus
denfe , s'eft tellement diminué peu
peu , qu'il eft demeuré entre luy
le quatrième corps , un espace
affez confiderable qui n'a pu eftre
rempli que des parties du corps
fuperieur , à cause qu'il eft le plus
fubtil de tons , & quoy que
quatrieme corps fuft beaucoup
plus pefant que celuy qui estoit
au deffous, il a dû fe foutenir au
deffous comme une voûte , à cause
defa dureté de la liaison de
fes parties , jufqu'à ce qu'enfin
venant à fe fendre
en plufieurs endroits
a
le
à s'ouvrir
toute la
252 MERCURE
voûte qu'il compofoit s'eft crevées
eft tombée en grandes pieces
fur la fuperficie du corps qui touche
la moyenne region .
Le corps fuperieur qui paroift
par deffus les autres eft l'air. Ce
luy qui touche la moyenne region
eft une terre interieure fort folide
fort pefante , qui abonde en
toutes fortes de métaux.
Les parties longues & menues
font les mers.
Le quatrième corps est la terre
exterieure , composée de pierres »
d'argile , de fable de limon .
pen
Les pieces qui n'ont eu quefort
de pente, ont fait les plaines,
CALANT. 253
Celles quifefont trouvécs beaucoup
plus élevées que les autres
ont fait les montagnes.
Enfin , celles qui fefont brisées
en d'autres moindres pieces ,
ont fait les rochers & les écueils.
Si vos Amies veulent paffer
agreablement quelques momens
aprés le repas , qui eft le
temps qu'on donne ordinairement
à la converſation dans
les Familles , elles feront bien
de faire acheter La Pratique
curieufe , ou les Oracles des Sybilles
fur chaque question proposée
, que commence à debiter
410
254 MERCURE
le S Brunet , Libraire au Pa
lais. C'eft un Livre tiré des
Manufcrits de la Bibliotheque
de feu M Comiers , qui
ne peut manquer de donner
beaucoup de plaifir à ceux
qui s'an ferviront , puis que
l'on y trouve la réponse à des
queftions fur toutes les chofes
qui excitent la curiofité de
ceux qui fouhaitent d'eftre
éclaircis fur mille affaires ou
entreprifes qui les regardent ,
ou aufquelles ils prennent
quelque intereft. Ce n'est pas
que l'on doive ajoûter foy aux
décisions qu'on y rencontre ,
GALANT. ་
+
S
255
mais la plupart donnent lieu
à dire des chofes qui divertif
fent , foit pour les promeffes
agreables
dont on cft flaté ,
foit pour les facheux évenei
mens dont on reçoit la menacc.
Chaque réponſe ſur ce
qu'on a envie de fçavoir , &
que l'on tire au hazard , eft
renfermée en quatre Vers ,
qui ont un tour fort ailé.
Je paffe à une matiere bien
differente
; c'eft aux Obſer
vations fur la Groffeffe & l'Ac
couchement
des Femmes , &
fur leurs Maladies , & celles
des Enfans
nouveaux nez , en
256 MERCURE
chacune defquelles les cauſes
& les raifons des principaux
évenemens font décrites & expliquées
, par M' Moriceau ,
Maiftre és Arts , & ancien
Prevost de la Compagnie des
Maiftres Chirurgiens de la
Ville de Paris. Comme rien
ne fait acquerir plus de fçavoir
que la pratique , on peut dire
qu'il feroit difficile d'exceller
davantage dans un Art , que
Mr Moriceau fait dans le fien,
puis qu'il a accouché un nombre
prefque infini de Femmes
depuis qu'il en fait profeffion,
ce qui luy a donné lieu de
GALANT. 257
faire beaucoup d'Obſervations
fur les Accouchemens ,
dont il donne fept cens des
principales , & des plus cu-
Tieufes, qui font tirées de trois
mille autres , dans l'Ouvrage
dont je vous parle. Il fe trouve
chez cet Auteur , au milieu de
la ruë de Richelieu , proche la
Fontaine , & chez le S Brunet,
dans la grand' Salle du Palais ,
au Mercure Galant .
Ce Livre d'Accouchemens
me donne fujer de vous parler
de celuy de la Femme d'un
Bourgeois de Lifieux , appellé
François Marguerin , laquelle
Decembre 1693. Y
258 MERCURE
eftant groffe de treize mois ,
faifoit dire à tout le monde
qu'elle eftoit groffe d'un mole.
Cependant elle accoucha fort
heureuſement d'une groffe Fille
le mois paffé , mais ce qu'il
y cut d'extraordinaire , c'cl
que le Sr le Fevre, Chirurgien,
qui fut appellé dans fon travail
, trouva dans l'arricfaix un
fecond Enfant, que l'on jugea
n'eftte mort que depuis fort
peu de temps. Il avoit la ceſte
.
plate de la grandeur de la
paume de la main , épaiffe de
deux écus. Les parties du cerveau
eftoient chacune en fon
GALANT 259
lieu. Il avoit le col de la groffeur
du petit doigt , & le corps
rond & tres- bien formé dans
fa petiteffe. Sa grandeur eftoir
de fix bouts de doigt & un
pouce , & les parties du dedans
de la poitrine & du
ventre infericur , fort bien
compofées. Son bras gauche
eftoit fort petit , & le droit
extremement long . Il avoit
auffi les deux jambes tresgrandés
, les extremitez bien
formées , mais plates depuis
le corps. Ces bras &
ces jambes paroiffoient comme
qui auroit coupé des bras
Y ij
260 MERCURE
& des jambes de velin . Le
cas eftant rare chacun fera
là - deffus tels railonnemens
qu'il luy plaira ; il me fuffic
d'avoir expofé le fait .
Vous avez fouvent entendu
parler de gens qui ont fouffert
l'operation qui fe fait pour remedier
aux violentes douleurs
que caufe la Pierre, mais peutcftre
ne fçavez - vous point
qu'il s'en forme aux bras &
aux jambes. Ce que vous allez
lire vous l'apprendra , & vos
Amis qui peuvent reffentir de
pareilles incommoditez , ne
feront pas fachez de fçavoir
GALANT: 261
qu'on peut les en delivrer .
OBSERVATIONS
Faites par Mr Droüin , Maiſtre
Chirurgien Juré , & Aide-
Major de l'Hôpital de l'Arrmée
du Roy.
I
E io. du mois de Decembre
1693. je fus mandé pour
alter voir une Demoiselle ages
de vingt-trois ans ou environ ,
qui demeure dans la ruë Saint
Antoine. Elle avoit une tumeur
au bras gauche depuis fix mois
&fon diamettre eftoit de trois à
262 MERCURE
quatre travers de doigts , funée
en lapartie anterieure & prefque
fuperieure du bras ,
Jans
aucune douleur ny rougeur
quoy qu'il y euft beaucoup de
matiere amaffée que cette
matiere me paruft tres-fluide au
toucher. Cela me fit dire a
Demoiselle qu'il en faloit faire
l'ouverture
& que le pluftoft
que l'operation fe feroit , feroit le
mieux , parce que la matière pourroit
fe tracer des routes dans la
partie inferieure du bras, & que
mefme fielle y fejournoit davantage
, elle pourroit , non feulement
pourrir les parties molles , mais
GALANT . 263
mefme
ronger les dures . La Demoifelle
n'eut pas de peine à acquiefcer
à tout ce que je luy propofay
, reconnoißint
bien qu'il
y auroit du danger
à un plus long
retardement
,outre qu'elle
est d'une
humeur
tres douce & tres patiense.
La refolution
ayant
estépriſe
,
je preparay
les chofes
neceffaires
pourfaire l'ouverture
de cette tumeur,
& pour la panfer
aprés
qu'elle
feroit
ouverte
, en obfervant
toutes
les circonstances
que
les perfonnes
de l'Art
Sçavent
qu'on
doit obferver
en pareil
cas.
Je mefervis
pourfaire l'ouvertu
re d'une
lancette
que je plongeay
264 MERCURE
à la partie inférieure de la tu
meur , je n'eus pas enfoncé
quatre à cinq lignes , que je fentis
un corps dur , ce qui m'obligea
à retirer la lancettes &
à introduire le doigt dans l'ouverture
, comme eftant la fonde
naturelle des Chirurgiens. Je
fentis à l'extremité de mon doigt
un corps tres dur inégal , ce
qui m'obligea à dilater la playe
davantage pour reconnoiftre ce
que ce pouvoit eftre. Lors que je
me fus donné du jour autant
qu'ilen eftoit neceffaire,je décou
vris que c'eftoit une pierre , que
je tiray avec aſſez de peine à
caufe
GALANT. 265
caufe qu'elle eftoit engagée entre
les deux tendons du muscle biceps,
& qu'il y avoit de petits
vaiffeaux qui me parurent
comme des limphatiques , qui
entroient dans fa fubftance
& qui luy portoient , felon toute
apparence , la matiere propre à
fon augmentation. Cette pierre
eftoit de la longueur de deux travers
de doigts , de la groffeur
à peu prés du manche d'un canif
creusé dans toute fon eftenduë,
& reprefentant aſſez bien la
corne naiffante d'un belier. Elle
eftoit formée de fix differentes
couches , appliquées les unes
Dec. 1693.
Z
fur
266 MERCURE
1
les autres . La premiere eftoit
de couleur brune , parfemée dans
toute fon eftenduë de petites éminences
demy Spheriques, femblable
à la peau du Chien marin,
Toutes ces éminences eftoient
creusées dans leur partie infe
rieure, recevoient les éminene
ces qui estoient à la feconde cou
che. Celles la differoient en ce
que les éminences de la premiere,
n'estoient point folides , & celles
de la feconde l'estoient entierement
& d'une couleur beaucoup
plus blanche. La troifiéme n'eftoit
qu'un amas de quantité de
petits grains de fables rouges &
GALANT 267
collez les uns auprés des autres
de couleur de brique . Les trois
autres eftoient de mefme que la
troifié ne ; je n'euspas de peine à
les feparer les unes des autres .
Cette obfervation me faitſouvenir
d'une pierre du poids d'une
once & demie , que je tirayfur
l'épaule d'une femme entre les
tégumens , & le muſcle fous épineux
en l'année 1682. Cettefem
me eftoit malade à l'Hoftel- Dieu
dans la Salle jaune où j'estois
pour lors en qualité d'interne , &
d'une autre pierre qui fut tirée
par le fieur le Grand auffi interne
en l'année 1684. laquelle pefoit
Z ij
268 MERCURE
trois onces & demie fituée au pe
riné , laquelle n'avoit nulle communication
avec la vessie, &
l'une & l'autre ont efté parfaite
ment bien gueries . Tout cela
nous fait connoistre que nous
avons dans nos Vaiffeaux les
principes propres à former des
pierres , lefquelles ont efté intros'introduisent
actuelle duites,
ment tant par nos alimens que par
l'air que nous refpirons , ce qui
Se fait par le moyen moyen de quantité
de petites parties fablonneufes
dont ils font chargez , lefquelles
·Se meflant avec le chile, paffent
fort facilementparles petites bouches
des peines lactées, pour eftre
GALANT: 269
3
;
jettées enfuite dans les vaiffeaux
fanguins, & puis faire avec le
fang le mouvement circulaire
enfin ces parties defable eftant
obligées de paffer dans un nome
bre de petits vaiffeaux capillaires
qui font tres étroits, font divers
contours , ce qui eft caufe qu'elles
s'accrochent & s'arreftent tres
facilement , forment infenfiblement
des pierres . En effet ,
pourquoy les pierres fe formentelles
pluftoft dans les reins que
dans les autres parties , fi ce
eft à cause que les arteres
emulgentes fe replient en differentes
manieres dans ces parties
4
Z iij
270 MERCURE
& que la liqueur par ces diffe
rens contours diminué beaucoup
de fon mouvement , & fait que
Les parties fablonneufes s'accrochent
aisément les unes avec les
autres.
DAY XUS
Nous avons perdu depuis
peu de temps plufieurs perfonnes
confiderables de l'un
& de l'autre Sexe , dont voicy
les noms.
Meffire Ambroife , Duc de
Bournonville , mort le 12. de
ce mois , en fon Chafteau de
de la Motte Tilly prés Nogent
fur Seine . Il s'eftoit retiré
GALANT. 271
de la Cour il y a déja plufieurs
années , & menoit une vie
exemplaire , & digne
tres
1
d'un veritable Chreftien , ne
s'appliquant qu'à la ſeule affaire
du Salut . Il a efté enterré
aux Bernardins de Provins,
comme Bienfaicteur de cette
Maiſon , où il avoit fait éri ,
ger fon tombeau de fon vivant.
Ileftoit tellement détaché
du monde , que longtemps
avant fa mort il avoit
eu foin de faire faire fa Biere.
I cut l'honneur de fervir de
Pair au Sacre du Roy , en qual
lité de Comte de Champagne
Z iiij
272 MERCURE
en 1654. & a cfté Chevalier
d'honneur de la Reine , &
Gouverneur de Paris. Ileftoit
Fils de Meffire Alexandre ,
Duc de Bournonville , Comte
dHenin . Baron de Hontfort ,
Vicomte & Baron de Barlin,
Seigneur de Capres , Hource,
Divion , Ranchicourt , Chevalier
de la Toifon d'or , Gouverneur
& Capitaine general
de la Flandre Valonne
, mort
à Lion fous la protection
du Roy en 1656. qui avoit é
poulé en 1611. Anne de Melun
d'Efpinoy , Fille de Pierre
de Melun , Prince d'Elpinoy
,
GALANT. 273
& d'Hippolite de Montmo
rency : Le Duché de Bournon
ville fut érigé en fa faveur par
le Roy Henry IV . aux années
1600. & 1604. Feu Mr le Duc
de Bournonville, dont je vous
apprens la mort , avoit épousé
en 1655. Lucrece Françoiſe de
la Vicuville , Fille de Charles
de la Vieuville , Chevalier des
Ordres du Roy , Surintendant
des Finances . De ce mariage
eft fortie une Fille unique ,
Marie - Françoise de Bournonville
, Femme d'Anne- Jules ,
Duc de Noailles , Pair & Maréchal
de France , premier
274 MERCURE
·
Capitaine des Gardes du
Corps de Sa Majesté. Il avoit
un Frere Viceroy de Catálogne
, d'un merite diftingué.
Meffire Elie- Louis de Montbel
, Comte d'Entramont
, &
de Montbel , Marquis de
Montillier , de S. Maurice , &
de S. André , de Briolle , Ba .
ron de Natage & autres lieux ,
mort le 19. de ce mois . Il eftoit
Lieutenant General pour Sa
Majefté en fes Provinces de
Breffe , Bugey , Valromey ,
& Gex.
Dame Loüife- Anne de
Noailles , morte en Bretagne
CALANT. 275
au commencemeut de ce
mois. Elle eftoit Soeur de M
le Maréchal Duc de Noailles,
Pair de France, & avoit époufé
M de Beaumauoir , Marquis
de Lavardin , Lieurenanr
General pour Sa Majeſté dans
la haute & baffe Bretagne ,
Ambaffadeur Extraordinaire à
Rome , & Chevalier des Ordres
du Roy. Madame la Marquife
de Lavardin avoit l'honnefteté
, la fageffe , & la vertu
de la Maifon. Les grandes
charitez qu'elle faifoit en Bre
tagne l'y font extremement
regreter.
9
276 MERCURE
Meffire Henry de Laval de .
Boisdauphin , Evefque de la
Rochelle . Il est mort dans
,
fon Dioceſe ,
aprés y avoir
rempli par une longue refidence
la partie la plus effentielle
à un Evefque . Le Marél
chal de Boisdauphin
, Cheval
lier des Ordres du Roy , Gouverneur
d'Anjou
mort en
1629. avoit épousé Madeleine
de Montecler
, Dame de Bourgon
& d'Airon . & de ce mariage
fottit Philippes
Emmanuel
de Laval , Marquis de Sa
blé , S de Boisdauphin , qui
prit alliance avec Madeleine
GALANT 277
de Souvré , Fille puifnée de
Gilles de Souvré, Marquis de
Courtenvaut , Maréchal de
France , dont il eut Marie de
Laval , Religieufe Profeffe de
l'Abbaye de Saint Amand à
Rouen , Urbain , Marquis de
Boisdauphin, & Henry, Evef
que de la Rochelle, qui vient
de mourir .
J'ay encore à vous apprendre
la mort d'un Predicateur
celebre C'eft celle de M' l'Abbé
Bauyn , Docteur de Sorbonne
, & Vicaire General de
M' le Grand Prieur de France
. Il eft mort en Languedoc
278 MERCURE
dans fon Prieuré de Tornac .
Son érudition cftoit profon
de , & l'on peut dire qu'il é
roit né pour la Chaire . Il prê
choit avec une facilité fi merveilleufe
, qu'on le trouvoit
toujours preft lors qu'on lay
demandoit quelque Sermons
fur quelque matiere que cefûr.
La Famille de M's Bauynest
diftinguée dans l'Eglife , dans
l'Epée , & dans les Emplois
importans. Madame Bauyn de
Cormery , Femme de M' de
Cormeri , Fermier general ,
& Belle Soeur de M l'Abbé
Bauyn , eft morte dans le mê
GALANT 279
Of
C me mois . Elle est fort regret éc
desPauvres à caufe des charitez
qu'elle leur faifoit .Les perfonnes
qui font animées comme
elle eftoit d'un efprit de charité
, tiennent peu au monde , &
on la fuiet de dire d'elles , qu'il
n'y a guere de vertus qu'elles
ne poffedent & ne pratiquent.
Mr le Maréchal de Bouflers
époufé depuis peu de jours,
Mademoifelle de Grammont,
Fille d'Antoine- Charles Duc
de Grammont , & de Maric-
Charlotte de Caftelnau , Fille
de Jacques , Marquis de Cafrelnau
, Maréchal de France ,
9
280 MERCURE
qui commandoit l'aile gauche
de l'Armée àla Bataille des Dunes
prés Dunquerke , donnée
le 14. Juin 1658. Il fut bleffe
deux jours aprés au Siege de
cette Place , & mourut de fa
bleffure à Calais le 15. Juillet
fuivant , en fa trente huitiéme
année , ayant cfté honoré du
bafton de Maréchal de France
le 20. Juin précedent . M' le
Marquis de Caftelnau , fon
Fils , Gouverneur de Breft , &
Meftrede Camp de Cavalerie,
mourut à Utrec le 26 Decembie
1672 , âgé de vingt- feps
ans , de la bleffure qu'il avoit
GALANT. 281
C receue à Ameyden . Il avoit
époufé la Fille de M le Maréchal
Foucaut . Mademoifelle
de Castelnau , fa Soeur , fut
mariée le 15. May 1668. avec
M' le Duc de Grammont , a
lors Comte de Louvigny , &
c'eft de ce mariage qu'eft fortic
Mademoiſelle de Grammont,
qui vient d'époufer M '
le Maréchal de Bouflers. Elle
eft belle , bien faite , & a l'ef
prit bien tourné , & d'autant
plus detaché du monde , que
depuis dix - huit mois elle eft
auprés de Madame la Ducheffe
de Grammont fa Mere , qui
Dec.
1693.
A a
282 MERCURE
eft attequée d'un mal dont
on guerit rarement , ce qui
eft caufe qu'on a déja plufieuts
fois publié fa mort . La nouvelle
mariée a un Frere qui
porte le nom de Comte de
Guiche , & qui a épousé Ma
demoiſelle de Noailles , Fille
de M' le Maréchal Duc de
Noailles . Elle cft d'une tresgrande
vertu , & d'une vie
exemplaire . Cette alliance eſt
caufe que la Noce a efté faite
chez Madame la Ducheffe de
Noailles , qui en fit tous les
honneurs , l'extremité où fe
trouvoit Madame la Ducheffe
A
GALANT. 283
de
Grammont ne
permettant
pas qu'elle prift les foins que
demandoit
une affaire de cette
nature . Je ne vous dis rien de
lap Maifon de Grammont
, fi
connue de tout le monde , &
dont je vous ay parlé en plus
ficurs occafions. Mr le Duc de
Grammont eft le fecond Fils de
feu M' le Duc de Grammont .
Mr le Comte de Guiche fon
ainé eftant mort en 1672. Je
devrois vous parler de celle de
M' le Marechal de Bouflers ,
mais l'abondance de la matiere
me fait remettre cet article
jufqu'au mois prochain ,
}
A a ij
284 MERCURE
je vous diray feulement qu'il
eftoit cy devant Colonel Ge
neral des Dragons , & qu'il
l'eft à prefent du Regiment des
Gardes, & Gouverneur genes
ral de Lorraine & de Luxem
bourg. Le Roy a figne fon
Contrat de mariage avec beau
coup de fatisfaction & de
marque d'eftime pour les Maricz
, & a donné un brevet
de retenue confiderable â M
le Marechal de Bouflers fur fa
Charge de Colonel du Regi
ment des Gardes. Ce Maréchal
étant un des plus vigilans
hommes du monde, & tout
GALANT. 285
appliqué au meſtier de la guer
re , n'eut pas pluftoft finy l'affaire
de fon mariage , qu'il fit
une Reveuë de ce Regiment
,
& comme il eft extrémement
liberal , & qu'il n'épargne rien ,
fur tout lorsqu'il s'agit de faire
du bien à ceux qui fervent le
Roy , il donna trois cens
Louis d'or neufs aux Soldats
de ce mefme Regiment des
Gardes.appl
4
Les principales forces d'Angleterre
& de Hollande , cons
fiftant dans le nombre de
leurs Vaiffeaux , & dans l'intelligence
que ces Peuples ont
286 MERCURE
en tout ce qui regarde la Mer ,
dont on peut prefque les dire
Habitans , les uns eftant Infulaires
, & les autres demeurant
fur les Eaux mefmes ,
s'il eft permis de parler ainfi,
toute l'efperance de la Ligue
d'Aufbourg fut fondée fur
les projets que l'on fit alors
d'accabler la France , en y faifant
des defcentes de toutes
parts , dont jufque - là on n'avoit
vû que des menaces , &
des apprefts qui n'avoient
point eu d'effet , parce que la
France s'eftoit trouvée fi fuperieure
en tout ce qui pou
GALANT 287
voit déconcerter fes Ennemis ,
tant par fes Flotes, que par fes
armées de terre , que ces prerendus
Maistres de la mer
n'avoient pas feulement ofé
faire des tentatives , meſme
pour bombarder aucune de
nos Places maritimes , ce qui
n'eft pas
pas à beaucoup prés fi
confiderable qu'une defcente,
dont les fuites peuvent eftre
tres dangereufes. Enfin , le
Prince d'Orange entendant les
plaintes des Alliez à cet égard ,
& celles des Anglois mefmes,
defolez par les Armateurs
François, & confiderant le mal288
MERCURE
heur arrivé à la Flote de
Smirne, réfolut dans le temps
que ce malheur arriva , de
faire travailler aux preparatifs
neceffaires , non feulement
pour bombarder S. Malo ,
mais mefme pour détruire entierement
cette Ville- là . 11-
efperoit fatisfaire les Alliez
par cette entrepriſe , & faire
en mefme temps un double
plaifir aux Anglois, en les
vengeant d'une Ville enrichie
des Prifes qu'elle faifoit tous
les jours fur eux.
Ce
coup
luy eftoit tres-important à
Fouverture d'un Parlement ,
&

GALANT. 289
& pouvoit luy eftre d'une
grande utilité. Toutes ces
raifons l'engagerent à n'épargner
rien pour le fuccés
d'un bombardement
dont il
attendoit tant d'avantage
, &
elles doivent m'engager auffi
à vous en donner un détail
exact , qui fera d'autant plus
currieux qu'il n'a paru nul
écrir public qui en ait parlé
à.fond , ce qui auroit cfté difficile
, à moins que d'attendre,
comme j'ay fait , toutes les Relations
qui ont efté envoyées,
& d'avoir vu une infiniré de
Lettres , dans chacune defquel,
Decembre 1693. Bb
29% MERCURE
les j'ay trouvé quantité de
circonftances nouvelles.
$
Le Prince d'Orange , qui
doit au fecret touttes les faveurs
qu'il a obtenues de la Fortune
, refolut de le faire obfer
ver en cette occafion avec toute
l'exactitude poffible , & ordonna
que les preparatifs de
la Machine fuffent faites dans
la Tour de Londres . On exccuta
la chofe felon fes fouhaits .
Quant aux Vaiffeaux qui devoient
fervir dans cette enrreprife
, ils furent armez au Port
de fainte Heleine. La pluspart.
Relations conviennent des
GALANT. 291
qu'il y en avoit dix de ligne de
cinquante àfoixante canons, &
des Fregates de vingt à trente.
Cependant comme il y avoit
plufieurs de ces Fregates , des
Galiotes à bombes , de groffes
19
Chaloupes & d'autres Baftimens
, le tout compofoir une
Flote qui paroiffoit de plus de
quarante voiles . Elle parut le
26. du mois paffé devant Saint
Malo , fans pavillon , de peur
d'eftre reconnue . On crut d'abord
que c'étoit une Flote marchande
, ou un convoy de bled
& de vin, parce qu'on étoit perfuadé
que les Anglois n'ofoient
B bij
292 MERCUR
E
venir dans une faiſon , dans la
quelle S. Malo outre les fortifications
, avoit les vents & les
rochers pour defenſe ; mais le
temps qui avoit efté contraire
jufque- là fembla favorifer les
Ennemis. Il calma , & la
mer qui avoit esté preſque tou
jours agitée depuis deux ans.
par de continuelles tempeftes ,
les mit en eftat de pouvoir
executer leur entrepriſe Ainfi
ce n'eft point au mauvais
temps qu'ils en doivent attribuer
le malheureux fuccés . Ils
moüillerent d'abord prés de la
Foffe aux Normands,où ils plaGALANT.
293
3
S
cerent le foir leurs galiotes à
bombes.
of Un peu aprés leur arrivée,
un de leurs gros Vaiffeaux
s'avança fous le Canon de la
Ville , & en fa faveur deux
Galiotes à Bombes s'avancerent
enfuite. Le petit Fort
Royal arbora pour lors Pavillon
François , & leur tira
quelques coups de Canon ,
pour leur faire mettre Pavil-
Ion , ce qu'ils ne firent point.
Ils ne répondirent pas mefme
au Canon qu'on leur tira le
refte du jour , ce qui donna
lieu de croire que c'eftoit une
Bb iij
294 MERCURE
Flote Angloife. On fit battre
la Generale , & une heure aprés
tous les Bourgeois fe trouverent
fous les armes. On fortifia
le détachement des Forts
& de l'Ile de Kebours , de
foixante hommes chacun ; &
aprés avoir pourveu tous les
Corps de garde , & les poftes
avancez , on borda les murs
du refte de la Bourgeoific , &
on depêcha enfuite des Couriers
à M le Duc de Chaulnes,
ainsi qu'à Brest, & en Cour ,
pour donner avis de toutes
chofes. Sur les huit heures du
foir , les Anglois commence.
GALANT.
295
rent à jetter des Bombes . Les
Relations ne font pas d'accord
du nombre . Celles qui en
metient le moins parlent de
24. & celles qui difent le
-plus les font monter jufques
à trente- deux , dont fept feulement
tomberent dans la
Ville , tant les Anglois font
malhabiles à ce métier.
leur répondit par quantité de
coups de Canon ; mais comme
l'obscurité eftoit grande ,
il fut malaifé de fçavoir le mal
qu'ils avoient fait aux Ennemis.
Quant à leurs Bombes ,
des fept qui tomberent dans
Bb iiij
On
296 MERCURE
la Ville , il n'y en cut que
deux qui firent quelque cffet.
L'une ayant fait un trou
dans une maiſon , & traverfé
une cour , creva fans avoir
fait d'autre dommage ; l'autre
tomba dans la Cathedrale ,
& enleva feulement un pan du
vitrage. Les Ennemis fe repoferent
le reste de la nuit , &
ayant repris le large , laiffetent
aux Maloüins le temps
de mettre à couvert hors de
la Ville leurs effets les plus
confiderables , & les chofes les
plus combuftibles . Ce n'eft
pas qu'il y cuft beaucoup à
GALANT. 297
apprehender de ces Bombes,
la plufpart cftant trop petites,
& les autres ne prenant pas
feu parce qu'elles manquoient
de fufécs.
Le lendemain Vendredy 27.
du mois, ils parurent à la poin.
te du jour avec Pavillon Anglois
, & prirent le petit Fort,
nommé de la Conchée , où il
y avoit trente à quarante Maçons
qu'ils firent prifonniers.
Ils brulerent une loge qu'ils
avoient faite pour ferrer leurs
outils , & abattirent quelques
toifes de mur. Vous remarquerez
qu'il n'y avoit que
298 MERCURE
A
tres- peu de temps que l'on ad
voit commencé à conftruire
ce Fort. Les Ennemis fe rapprocherent
fur le midy aprés
l'avoir fait fauter. On les canonna
du Fort Royal & de la
Ville , & on leurjetta quelques
Bombes , qui les empêcherent
d'avancer auffi avant qu'ils
avoient fait le jour precedent.
Un des boulets du Fort coupa
un maft d'une de leurs Gàliotes
, & un autre fracafla la
prouë d'une autre . Ils repri
rent leurs premiers poftes à la
faveur de la nuit , & fur les
meuf heures du foir ils tirerent
GALANT. 299
environ vingt- deux Bombes,
mais fort lentement , en forte
qu'une Galiote ne tiroit pas
fes Mortiets deux fois en une
heure. Sur les cinq heures du
matin , ils en jetterent cin-
1 quante àfoixante , mais fi mal ,
qu'il n'en tomba pas vingt
dans la Ville , les trois parts
s'eftant trouvées fans fufées.
Ainfi , tout le dommage
qu'elles cauferent fur d'enfoncer
une maiſon fans y
mettre le feu, d'endommager
quelques couvertures , & de
caffer beaucoup de Vitres .
300 MERCURE
-
Pavillon
Le Samedy 28. le Mauper
tuis Armateur parut avec une
prife ; les Ennemis l'ayant
apperçeüe mirent
François , & appareillerent,
comme s'ils cuffent voulu entrer
dans le port. Ils preten
doient par la amufer le Capi
taine , mais comme on aprehendoit
dans la Ville qu'il ne
tombaſt dans le piege , on fit
tirer des Forts , quoy qu'on
fuft hors de la portée du Canon.
L'Armateur fe fauva ,
mais la priſe qui n'alloit pas fi
bien , retomba entre leurs
mains , & ils allerent enfuite
GALANT. 301
mouiller à l'endroit d'où ils
eftoient partis. On leur jetta
quelques Bombes , dont les
éclats cftant tombez dans une
de leurs Galiotes , les obligerent
à fe retirer encore plus vi-:
te.MileDuc deChaulnes, Gouverneur
de la Province , & Mr
l'Intendant , arriverent ce
jour-là à Saint Malo, ainsi que
quantité de Nobleffe de Bretagne
qui vint pour ſe fignaler,
& fe mêler aux Ma-
Loüins, en cas qu'on cuft vou-,
lu faire quelque expedition.
Deux Chefs d'Eſcadre , fçavoir
, M' de Coetlogon , &
#02 MERCURE
M' d'Infreville qui n'eftoient
pas éloignez de Saint Malo,
s'y rendirent avec une vintaine
d'autres Officiers la
plufpart Capitaines . Ils furent
fuivis d'un grand nom
bre de Canonniers & d'Officiers
d'Artillerie , envoyez parM
Intendant. Sur le foir , M
le Chevalier de Sainte Maure,
Capitaine de Vaiffeau , alla
reconnoiftre les Ennemis avec
une Chaloupe , & s'en
approcha de fort prés . Mr de
Lavardin qui eftoit en chemin
pour Paris , ayant fceu
l'approche desEnnemis,revine
GALANT. 303
auffi à Saint Malo. Ce jourlà
les Anglois firent un déta- ›
chement de Chaloupes qui
s'empara de l'Ile de Sezambre
àdeux licues en mer des malo ,
Ils y ruinerent le Convent des
Recolets , abatirent les Croix
& les Images , ſe revestirent
des Ornemens , & firent des
Proceffions en dérifion de la
Religion Catholique . C'est
ainfi qu'en ufent les Alliez
de la Maifon d'Auftriche . Il.
n'eftoit refté dans ce Convent
que trois Freres , dont l'un
elloit Irlandois & fol , lcs
autres s'eftant fauvez avec ce
304 MERCURE
qu'ils avoient pû emporter
de meilleur. Les Anglois mirent
le feu à la provifion de
bois que ces Peres avoient
faite pour leur hiver. Quelques
Yvrognes qui s'eftoient
endormis fous les tonneaux,
perirent dans le feu . Deux des
trois Religieux qui estoient
demeurez , avoient refolu de
perir avec leur Convent, mais
les Anglois ne voulurent pas
qu'ils fuffent mis au nombre
des Martirs ; ils fe contente
rent de les faire jeûner deux.
jours , & d'en bleſſer un , &
leur dirent en fe retirant , que
GALANT. 305
le lendemain Saint Malo ne
Jeroit plus . Ils y avoient jetté
ce jour- là cinq Bombes à cinq
heures du matin , mais celles
qu'on leur envoya de la Ville ,
les empêcherent d'approcher
pendant tour le jour . Le foir,
leurs Chaloupes vinrent reconnoiftre
les rochers , & les
endroits par où ils pourroient
faire approcher de la muraille
S de la Ville la Machine dont il
fera parlé cy-aprés . Ils jetterent
quelques Bombes ce foirla
, qui ne firent aucun effet ,
& fe retirerent avant neufheu
res , ne fe mettant guere en
Decemb. 1693. Cc
306 MERCURE
peine du peu de fuccés de
leurs Bombes , & fondant
toutes leurs efperances pour
la deftruction de Saint Malo ,
fur l'effet de la Machine qu'ils
devoient faire jouer le lendemain
. Cet article eft fi important
, que je croy vous devoir
envoyer quelques Fragmens
de Lettres écrites par des per
fonnes bien inftruites de tout
ce qui s'eft paffé en cette oc
cafion .
Les Ennemis avoient en le
temps , le vent & la marée favorables
dés qu'ils eftoient venus
devant S. Malo, la nuit qu'ils
GALANT. 307
I
5
devoient faire jouer leur machine,
eftoit fi belle , la mer fi calme &
fi pleine, avec une grande marée,
que tout fembloitfeconder leuren .
treprife. Ils avoient fait approcher
la Machine fans qu'on s'en
apperceuft au Fort Royal , quoy
qu'elle en euft paffé proche à la
portée du piftolet & de la Ville
mesme , où une fentinelle ayant
oui quelque bruit , demanda qui va
là,mais dans le mefme - temps cette
Machine toucha une pointe de
rocher caché fous la mer, & fit eau
auffi- toft , ce qui ayant efté remar
qué par l'Ingenieur par ceux
qui conduifoient l'entreprife , ils
Ccij
308 MERCURE
Je hafterent de mettre le feu à la
mine . La Machine ne put approcher
de la muraille à laquelle ils
vouloient l'attacher avec des gra
pins , & elle en eftoit bien à quan
rante ou cinquante pas. Le feuy
ayant eflêmis avec precipitation,
ne fut pourtant pas mis affez
toft , pour empefcher que l'eau
neuſt gagné le bas ¿ gafté les
poudres qui y eftoient , de forte
qu'iln'y cut que celles du milieu
& du deBus qui prirent › & leur
premier effetfut defaire perir les
Boutefeux qui n'eurent pas aßez
de temps pour s'éloigner , & mefme
on tient que l'Ingenieur &
GALANT. 3c9

#
Bombardier y a peri , car on a
trouvé un homme fort bien veflu
de bon drap , avec des boutons
d'orfevrerie, une vefie rouge, une
culote de velours vert des bas
Il
defoye & bien chauffé , avec des
tablettes dans fa poche , dans lef
quelles il écrivoit fon journal , de
ce qu'il avoitfais & de ce qu'il
devoit faire jour par jour.
devoit le Samedy au feir faire
joüer la mine de la Machine , ainfi
• qu'il eft marquéfurfes tablettes,
mais on nefait pas ce qui l'en
empefcha. On trouva auffi de
l'argent dans fa poche. Cet Ins
genieur n'a pas peri feul. Un
310 MERCURE
Matelot a efté enlevé porté
dans une goutiere d'une maiſon
de la Ville defaint Malo. Un
autre a esté trouvéfur la Greve ,
& on m'a dit qu'on en avoit encore
trouvé deux ou trois morts.
Il n'y a eu aucun mal dans la
Ville
que des vitres
caffées
des ardoifes
des couvertures
tombées
& des portes
degontées
. La
maifon
où logeoit
M² le Duc de
Chaulnes
futfort ebranlée
.Elle eft
proche
la muraille
de la Ville du
cofté qu'on
avoit fait aller la Ma
chine
. Cette Machine
eftoit
un
vaiffeau
de trois cens cinquante
tonneaux
& plus , maçonné
au
GALANT.
9
311
/
nort
tom
L
ayant dedansavec de la brique
quatre- vingt- dix pieds de quille .
On y a trouvé fept cens bombes
carcaffes qui n'ont fait aucun ef
fet , & beaucoup
de barils de pou
dre tous entiers ; ce qui caufa le
grand bruit le tremblement
des
maifons , caßa les vitres & fit
tomber les ardoifes , mais il n'y a
eu qui que cefoit de la Ville tué
on bleffe . Il y avoit des Anglois
prifonniers
dans Saint Malo que
M™ le Duc de Chaunes fit promener
par toutes les rues pour
leur faire voir qu'il n'y avoit aucune
maison endommagée
, ce qu'ils
avouerent
, & enfuite ilsfurent
312 MERCURE
renvoyez à mis en liberté
Gerfé , avec ordre de dire au Gou
verneur ce qu'ils avoient veu .
Les Anglois des Vaiffeaux tenoient
pour certain que S. Malo
devoit estre détruit par le moyen
de cette machine Le Lundy 30.
fur les neufà dix heures du matin,
voyant le mauvais fuccés de leur
Machine ; ils retournerent en
Angleterre. Lebois de ce Vaiffeau
ou Machine fut abandonné au
peuple de S. Malo , qui le mit
auffi toft en pieces pour ſe chauf
fer on emporta dans le Chaf
teau les fers & les cordages de
cette mefme Machine , avec les
bombes
2
GALANT
213
bombescarcaffes & les barils
de poudre.
Je vous ay marqué par ma
derniere qu'on voyoit un grand
nombre de Vaiffeaux & de Baftimens
entre Grand- Ville & Cancale
, ce qui donnoit une grande
alarme à tout le pays , car on
croyoit que ce fuffent les Anglois
qui revenoient à S. Malo ; mais
aprés qu'on eut envoyé reconnoitre
ces Baftimens , ilfe trouva que
c'eftoit une flote marchande qui
venoit du Havre , avec une
efcorte de vaiffeaux de guerre ,
pour aller en Guerante charger du
fel pour les Intereffez & leporter
Decembre 1693. Dd
314 MERCURE
au Haure. C'est un bonheurquò
les Anglois n'ayent point eu la
connoiffance que cette Flose eftoit
en mer , car ils l'eußent enlevée,
Voicy ce que porte ung
autre Lettre. 9:TA!
Comme les Ennemis virent que
leurs Bombes ne faifoient ducun
effet , que la mer commençoit à ſe
groffir à ne plus eftre fi cal
me qu'elle avoit estédepuis le 26.
ce qui ne s'eft jamais vû dans ce
temps fur nos Coftes , ils refolurent
le 29. de faire jouer contre
cette Ville la plus horribleMachine
dont on entendra jamais parler.
C'eftoit un Baftiment neuf , &
GALANT. 315
La fait exprés , & qui paroiſt par
fes reftes ', du port de quatre cens
tonneaux , fuivant la mefare
qu'on en a prife fur toute fa lon-
#gueur, qui eft restée fur un rocher
à une portée de Pistolet du mur
de la Ville. Ce Vaiffean eftoit
rempli de toutes fortes de feux
d'artifice, de groffes maffes paitries
de goudron , poix raifine
paille hachée , de toutes fortes
&
de matieres combustibles de plus
de cinq cens Bombes & Carcaffes ,
ayant quatre ouvertures de figu-
Are ronde , & propre à jetter du
feu de tous costez , & des Bombes
, dont il est resté plus de trois
Ddij
316 MERCURE
censfur la greve , toutes chargées,
fans avoir causé aucun dommage.
Ce grand Baftiment fut conduit
fur la minuit , la mer eftant baute
, par trois Chaloupes ennemies
jufques auprés des murs de cette
Ville , & de la Porte de Saint
Thomas , vis à vis du Chateau.
Quelques Sentinelles des Dehors
de la Ville crierent au Fort & à
la Ville , mais avant qu'on y pußt
recevoir l'avis de ce qu'on entreprenoit
la Machine échoua
heureufement fur un rocher à une
portée du Pistolet de nos murailles.
Elle fut fracaẞée du coup,
e le feu s'y mit pluftost que les
GALANT 317
Ennemis n'auroient voulu. Il y
avoit bien cent perfonnes chez
Mde Chaune. Lapremiere cho-
Le qui fut entendue , ce fut une
bombe que les Ennemis tirerent
pour fignalou autrement . Chacun
Sa eftoit attentif où la bombe avoit
tombé ; lorfque tout d'un coup
commefi lefeu euftpris à deux ou
trois magazins de poudre , onfentit
une fecouffe fuivie d'un bruit
plus épouvantable qui fe foir
jamais fait entendre . Nous creufmes
la maison abifmée. Un feu
effroyable entra par toutes les fe
neftres des falles avec de fifurieux
eclats , qu'ils enfoncerent des bois
Moteris
te
Dd iij
318 MERCURE
2
des vitrages avec un bruit qui
ne fe peut concevoir. Il falloit
qu'il euft plus de dix milliers
de poudre dans cette machine,
remplie de plus defept cens bombes
ou careaffes, & de plus de cent
bariques de compofitions de toutes
fortes d'artifices. Elle s'ouvriten
deux. L'eau entra auffi- toft par
la force du canon du Fort Royal
qui tira deBus & le feu de soute
moufqueterie , ce qui obligea
ceux qui conduifoient le basti
ment , d'y mettre le feu avec précipitation.
Ainfi il n'y cut
qu'une partie de l'avant du Navire
qui fut fon effet &tourna
la
1
GALANT 319
du cofté de la mer. Les Cha-
Loupes qui conduifoient ce Baftiz
ment n'ayant pas eu le temps de
fe retirer, furent abifmées , & on
rouva le matin tout le long des
1coftes des corps morts & fracaf
fez fur le Rocher. Ainfi il
leurien a coufté plus qu'à nous ,
puifque dans la Ville il n'y apas
eu unfeul homme tué ny bleſſé.
On juge que
juge que les Chaloupes
eftant ils n'ont eu au-
Gabimees :
cunes nouvelles de l'effet de leur
Machine. On afceu cependant
1 par quelques prifonniers échangez
, qu'auffi- toft qu'ils virent
une grande clarié quife répandis
D d iiij
320 MERCURE
dans la Ville » quand leur
Machine commença à jouer , ils
creurent que le feu eftoit dans
Saint Malo , & qu'ils avoient
depefché ane Corvette à Londres,
pour y faire fçavoir l'embrafement
de la Ville qu'ils croyoient
reduite en cendre .
1
A
Il m'auroit efté impofliole de
compofer un Article de tous ceux
qui parlent de la Machine preparèe
contre Saint Malo puifque je
n'aurois pû faire choix du vray que
par hazard . Non feulement , il n'eſt
pas conftant que perfonne le
puiffe fçavoir , mais il eft mefme
-incertain fi nos Canons y ont mis le
feu , ou fi l'Inventeur l'y fit mettre
la voyant preſte à perir, comme il
"
>
GALANT 321
pery luy-mefme auffi bien que
tous ceux qui la condnifoient . Aucun
de ceux qui en ont parlé nè
font affez bien inftruits de la maniere
dont cette Machine eftoit
Conftruite pour le pouvoir dire a
vec certitude. Ainfi je me trouve
obligé de vous faire part de ce qui .
a efté écrit par differentes Perfonnes
fur ces deux Articles , & d'ajoufteà
ce que vous venez de lire
quelques fragmens d'autres Let
stres.
Le Dimanche 29. les Ennemis parurent
beaucoup plus éloignez que les
jours précedens , ce quifit croire qu '
ils fe retiroient, mais fur les huit
heures du foir ils envoyerent un Baftiment
, que l'on jugea de trois à
quatre scens tonneaux , remply d'une
quantité extraordinaire de poudre, de
322 MERCURE
quatre cens tant Bombes que Car
caffes & pors à feu, & deplufieurs
bariquespleines de compofitions, pour
mettre lefeu par tout où elles pour®
voient tomber. Ce Baftiment paffa à
une portée de pistoler du Fort Royal ,
vint avec la marée trawerfer les
roches pour s'échouer fur lefablon au
pied de la muraille , ceux qui eflotens
dedans devant alors y mettre le fens
&ſe retirer dans une Chaloupe. Leur
deffein eftoit de faire fauter le deffus
du Baftiment dans la ville , mais par
bonheur la marie & le vent, qui ef
toientforts, les détournerent de deux
toiſes ou environ ,& lesfirentdonner
fur des rochers qui creverent leur
Bafliment, L'Entrepreneur de cette
Machine voyantfon coup manqué mis
anplus vifte le feu aux poudres, &
fejetta dans fa Chaloupe ; mais il ne
20 GALANT
. 323
put fe retirerfi vifte , qu'il ne perift
avec tous fes gens . Tout le Baftiment
fanta en pieces dans la Ville , mais
somme la poudre avoit de l'air par
defous , elle n'eutpas la force de lever
les Bombes dans la Ville , & elles
retomberent dans la mer. Deux pieces
de Canon furent feulement jettées
dans S. Malo, & les maiſons les plus
proches du murfurent découvertes.
Quelques barils de compofition y voberent
, & mirent le feu à une mai
fon , mais on l'éteignitfur l'heure. Le
Lundyfur les neuf heures , les Anglois
appareillerent , & firent voile
pour s'en retourner , avec la gloire.
d'avoir caße beaucoup de vitres , &
avec le chagrin d'avoir perdu une
vingtaine d'hommes furles Galiotess
beaucoup de Bombes , une Chatonpe,
& tous les débris de leur Bafti324
MERCURE
R
ment , où il y avoit quelques pieces
de Canon que l'on a trouvées fur les
rachers volfins.kerasoratala alte
Voicy un autre extrait du meſme
article.
Ceux qui estoient en garde de ces
cofté , ayant vu un Vaiſſeau par le
moyen de la Lune , qui commençoit a
paroiftre, donnerent l'alarme, & f
rent trois décharges de Moufqueterie
On tira auffi quelques coups de Canon,
mais à peine eut- on commencé , qu'on
entendit un fracas épouvantable Tous
ceux qui eftoient avec Mr de Chau
nes furent renverfez , il demeura
feul intrepide dans fa chaife , & tes
raffura. On trouva des mafts & des
cordages dans les rues & dans les
Places publiques ce qui fit croire que
quelqu'une de leurs Galiotes avoit
faute, mais le lendemain on connut

GALANT 225
que c'efloit un Vaiffeau brisé. On trouva
des matieres combustibles , des ba
rils d'artifices qui estoient retombez
fur la greve , & des Anglois morts
fur le rivage , firent deviner leur entreprife
. Depuis cette expedition les
Anglois ont renvoyé des Prifonniers,
qui difent qu'ils comptoient avoir
perdu trois Chaloupes & quarante
hommes . On s'étonne de ce qu'il n'eft
tombé ancune maison dans la ville
Coo queperfonue n'y a efté tué , nymême
blessé. Il y avoit quarante mille
livres de poudre dans la Machine qui
afauté, & la terre en a tremblé trois
lieuës à la ronde. Les Anglois fe font
retirez aprés cinq jours , & les def
centes en France , ainfi que les Sieges
de Breft de Dunquerque & de Saint
Malo , fefont termine à cette honteufe
tentative.
326 MERCURE
Vous apprendrez par l'exttrait
fuivant de nouvelles circonftances
touchant la Machine, eguka , O
Cette machine heurta contre la poinse
d'un Rocher qui la fracaſſa enſorte
qu'elle faifoit can, & lefeu ne priz
qu'au premier pont du Vaiffeau quifit
Sauter le Cabestan jufques dans la
Ville , & quand la merfe fut retirée,
on trouva fur la greve le Vaiffeau à
demy fracaffe , qui fut abandonné à
tout le peuple , aprés qu'on en eut
enlevé les poudres & les bombes. On
y trouva auſſi quatre hommes morts ,
du nombre defquels eftoit l'Ingenieur
de la Machine, François de Nation.Il
avoit dans fes poches un Projet de
fes deffeins , & quinze Louis d'or. Son
habit fut vendu deux cens livres ,
& fon corps abandonné à la furie
peuple qui le traita felon l'usagéd'une
populace enfureur.
d
CALANT. 327
1
04
« La Machine confifioit en un Vaiffeau
de trois ponts , mure par dedans &
vouté, chargé de huit cens bombes ,
de deux cens carcaffes , & d'une infinité
d'autres inftrumens. Il y avoit
fur ce pont quantité de mafts encharf
mez deux à deux.
La Lettre fuivante particularife
encore plus le fait.
Le feu s'eftant pris aux matieres
combustibles qui estoient dans cette
machine , foit qu'elle cuft pris cau, on
que l'artifice nefuft pas affez bon , elle
ne fis pas l'effet qu'elle devoit faire ,
& creva par le bas. Tout ce qui fut
enlevé en l'air,fut le cabeftan du vaiffeau
quitomba fur la maison du Croiffant
qui eftprés la porte de faint Thomas,
avec legrand mast qui futporté
en un lieu qu'on appelle le Pilory ,
affez éloigné de la muraille , & qucl328
MERCURE
*
ques cordages & cables que l'impetuo
fité de la poudre fit aller fur des maifons.
Une bombe feule alla tomber
à Saint Servan au delà de la Ville
fort loin prés des Capucinsfansyfaire
aucun dommage. Le refte des bombes
tomberent dans la mer , auffi bien que
ces carcaffes &grenades , & s'écarterent
en bas. Le tout , an fentiment
de Mrde Chasteaurenaud sa effe pouffe
par vingt milliers de poudre. On
avoit conftruit cette machine à l'imi
tation de celle quifut faite en 1585.
pendantle fiege d'Anvers durant les
Guerres Civiles de Flandre. Il
avoit de plus dans celle- cy une prodigieufe
quansité de bombes , de carcaf
fes de grenades , & on y a trouvé
jufques à des pierres d'Emouleurs , &
beaucoupde ferrailles barres de fer.
Cette machine efloit maçonnée avec de
GALANT. 329
la brique. Il y avoit dans le fond plu
fieurs bariques liées de fer, & par
deffus des liens de paille enduits de
Jouffre & de bitume. Ces bariques
eftoient remplies de bombes , de carsafes
& grenades , le tout difpofé de
maniere , la machine eftant toute maçonnée
par le deffus & par le dedans,
qu'en mettant le feu à la fusée , & la
mine jouant , tout fe devoit élever
en l'air& tomber dans la ville.
Quelques uns de nos Matelots qui
eftoient prifonniers à Grenefey , rapportent
que le principal Ingenieur des
Anglois , qui s'appelloit Fournier , &
qui eftoit de la Rochelle , eft mort des
bleffures qu'il avoit receuës devant S.
Malo dans une des galiotes à bombes ,
qu'il a esté enterré à Gerſey , & que
be corps de l'officier que l'on a trouvé
auprès de la Machine eftoit leurfecond
Dec. 1693.
Ec
330 MERCURE
4
Ingenieur. On a feeu auffi qu'ils
avoient perdu trente- cing hommes qui
avoient efté mis dans les chaloupes
qui accompagnoient la Machine. Sup
Je remets au mois prochain à vous
envoyer des Vers qui ont efté faits
fur le mauvais fuccés de cette entre
prife . Si elle n'a pas reaffygvon .
peut dire au moins , qu'elle a fair
grand bruit , & je ne fçay fi elle
n'aura point caufé de furditez , ce
qui arriva dans le dernier Combat
Naval. En tout cas , Mr de Pont-
Roulland les guerit parfaitement.
C'eft un Mailtre Chirurgien à Pa
ris , qui demeure ruë de Buffy ,
Faubourg faint Germain. Je parle
fi rarement de ceux qui fe mélenr
de remedes , qu'on peut croire que
Jors qu'il m'échappe d'en nommer
1
GALANT 331
3
quelqu'im , je fuis bien perfuadé de
fon fçavoir.
dly a des Lettres qui portent
que les Anglois ne voulant point
avouer que leur principal Ingenieur
fuft mort devant Saint Malo , ont
fait à Gerneſe fes Funerailles dont
vous ay parle pour un de leurs
Matelots, difant que c'eftoit l'Inge
nieur qui eftoir mort de maladie .
Je ne voy pas à quoy ce detour leur
eft utile , puifqu'ils avouent qu'il eft
mort , fi ce n'eft qu'ils pourroient
moins faire croire à Londres qu'ils
onc en partie détruit Saint Malo,
fi on eftoit convaincu que leur principal
Ingenieur cuft perdu la vie
devant cette Place .
On joue un Opera nouveau intit
tulé Medée. C'eft un fujet confacré
par l'antiquité , & qui a reçu l'ap-
Ecij
;32 MERCURE
probation de tous les fiecles . Ainf
on ne peut rien trouver à redire au
fond de fon fujet , ny aux caracte
res que les Anciens nous en ong
donnez. Quoy qu'il foit fort diffi
cile de traiter dans un Opera une
matiere auffi ample que dans une
Tragedie ordinaire , parce qu'um
Opera contient moins de Vets quit
n'en faudroit pour deux Actes d'une
Tragedie qui ne feroit pas en mufi .
que , oonn ppeeuutt dire que l'Opera de
Medée & celuy de Bellerophon du
melme Auteur , font auffi remplis
de fujet qu'aucune autre piece da
Theatre que nous ayons. Les paffions
y font fi vives, & fur tout dans
Medée , que quand ce rôle ne feroit
que recité , il ne laifferoit pas de
faire beaucoup d'impreffion fur l'ef
prit des Auditeurs. Jugez fi ayant
GALANT. 11
donné lieu à faire de belle Mufique
, Mademoiſelle Rochois , l'une
des meilleures Actrices du monde ,
& quijoue avec chaleur , fineffe 80 %
intelligence , brille dans ce perfon
nage & en fait bien valoir les beautez
Tout Paris eft charmé , de la maniere
dont cette excellente Actrice le
jouë , & on ne peut fe laffer de l'ade
miret. Cet Opera a efté mis en Mu
lique par Mr. Charpentier , dont
depuis vingt ans on a vû mille en .
droits de la Mufique qui ont ravy
dansa diverses pieces de Theatre,
Le Mariage forcé , le Malade Imaginaire
, Circé , & l'Inconnu en font
foy. Il y a dans ces deux premieres
deux Airs Italiens qui charment ,
de mefme que celuy de l'Opera de
Medée. On ne doit pas en eftre furpris
, Mr Charpentier ayant appris
4
334 MERCURE
la Mufique en Italie , fous le Charif
fimi, dont Mr de Lulli a efté auffi
difciple. Ainfi l'on ne peut nier
qu'ils n'ayent puiſé l'un & l'autrÓ
dans la mefme fource . Les veritables
Connoiffeurs trouvent quanti❤
té d'endroits admirables dans l'O
pera de Medée.Mr Charpentier qui
l'a fait graver , eut l'honneurs de le
prefenter au Roy il y a quelques
jours , & Sa Majefté luy dit qu'Elle
efteit perfuadée qu'il eftoit un habile
homme , & qu'Elle fçavoir qu'il y
avoit de tres belles chofes dans fon
Opera. Quoy que l'on n'en ait en
core donné que neuf ou dix- reprefentations
, Monfeigneur le Dauphin
y eft déja venu deux fois , &
Son Alteffe Royale Monfieur l'a vû
quatre fois. Il a eu la deftinée des
beaux Ouvrages , contre lefquels 2
CALANT. 935
8
l'envie fe declare d'abord ; mais ils
en brillent aprés davantage. C'eft
ce qui est arrivé à plufieurs Opera
de Mr de Lulli , qui ont efté enfuite
l'admiration de tout Paris. On ne
voit jamais l'envie s'attacher aux
Ouvrages mediocres , & ils ont leur
cours fans que l'on pente à en dire
nybien, ny mal . Les décorations
Ble's habits de l'Opera de Medée
font de Mr Berin . Sa reputation &
fon fçavoir font fi confirmez fur ces
deux articles , que je ne pourrois
vous en dire davantage fans luy
faire tort.mut 900 701
Je viens à la fituation des affaires
de l'Europe. Toute l'Allemagne në
refpire que la Paix , & l'Empereur
fe trouve fort embaraſſé à trouver
des fonds pour foutenir la guerrela
Campagne prochaine , fur le Rhin,
1

336 MERCURE
en Italie & en Hongrie , la plus gran
de partie de les meilleures Troupes
ayant peri à la Bataille de la Marfail
le , devant Belgrade , au Siege
d'Heidelberg , & dans les actions qui
ont fuivi en Allemagne , de forte
qu'il faut des fonds extraordinaires .
pour reparer ces pertes . Cela eft caus
fe qu'on ne parle à la Cour de Vien
ne que de taxes par tefte , d'alienations
de domaine , & de ventes de
terres appartenantes à l'Empeteur,
L' fpagne qui a perdu Rofes,
Charleroy & les meilleures troupes
en Pietmont pendant la derniere
Campagné eft bien perfuadée que
la fuite de la Guerre ne luy rendra
pas ce qu'elle a perdu , & ce qui faiɛ
hautement fouhaiter la paix dans
toute l'Espagne , eft le tetranchement
qu'on y a fait d'une grande
partic
GALANT. 337
partie des appointemens & des Penfions.
Ce font autant de complai- ·
gnans qui n'afpirent qu'à la Paix, fans
laquelle il leur fera impoffible de
toucher ce qu'on leur a retranché.
Aufli la demandent-ils d'une maniere
qui fait connoître qu'ils en ont
befoin . Le Peuple de Hollande ( &
c'eft ce qu'on avoit toujours tâchéde
cacher la demande depuis un mois,
& lá confternation eft fi grande en
ce Pays-là , que les Miniftres en ont
parlé publiquement dans leurs Predications
. La difficulté de trouver
les fonds pour la continuation de
la guerre eft telle , que les Eftats fe
font feparez fans avoir rien conclu,
ayant remis leurs deliberations à
une autre Affemblée. Ce qu'il y a
de certain , c'eft qu'ils ont declaré
au Prince d'Orange qu'ils ne pou-
Decembre
1693 . Ff
338 MERCURE
·
voient fournir aucun Vaiffeau de
plus que l'année derniere , & que
le Duc de Holfthein Plohen ,
leur nouveau Maréchal de Camp
general , leur a dit que s'il avoit
feu l'etat où fe trouvent leurs affaires
, il n'auroit pas accepté le Cômmandement
dont ils ont bien vou
Ju l'honorer. Il est aisé de s'imaginer
qu'une Nation qui n'a point
d'autres richeffes que celles du commerce
, doit beaucoup fouffrir pendant
la Guerre. C'eſt par-là que les
Anglois fe trouvent fort defolez,
auffi bien que par les prifes continuelles
que l'on fait fur eux. La
gloire les oblige à cacher leur chagrin
, & à faire des efforts pour continuer
la Guerre. Cependant tous
les fonds de l'année derniere n'ayant
pas efté reçus , il fera difficile qu'on
GALANT. 339
20
4-
OUS
Det
"
d
en faffe de folides cette année La
faifon eft avancée ; tons les fonds
ne font pas encore accordez , & il
faudra enfuite chercher où les prendre.
Le Parlement veut examiner
les Traitéz faits avec les Alliez.
L'Angleterre fe chagrine de payer
pour les autres, au lieuqu'elle recevoit
autrefois , & la confufion qui s'y
trouve le peu de cómerce qui s'y fait ,
& les grandes fommes que le peuple
eft obligé de fournir , font que les plus
oppreffez & les plus fenfez afpirent
aprés la paix . Les Peuples de
Turin la demandent à haute voix,
en forte qu'on parle de les defarmer,
de peur qu'ils ne fe revoltent . Ce
qui refte de pays à fon Souverain
eft fi defolé qu'il n'en fçauroit rien
tirer. Ainfi l'extrémité où il eft, ie.
reduit à faire auprés de tous les Al-
Ffij
340 MERCURE
liez un perſonnage , qui dément la
fierté de fon fang. La derniere Campagne
a efté glorieufe à la France
fur Terre & fur Mer . Elle a triomphé
en Allemagne , en Flandre ,
en Catalogne & en Italie , enfin par
tout où fes Ennemis ont ofé paroiftre
; & ce qu'il y a de furprenant ,
c'eſt qu'elle eſt ſeule prefte aujourd'huy
d'entrer en Campagne , fes
magazins eſtant remplis fur toutes
les Frontieres . Il eft vray que la difette
des bleds l'a empefchée de fentir
fa gloire : mais la nature repare
fouvent dans une année le mal
qu'elle a fait dans la precedente , &
d'ailleurs , il luy vient des bleds de
tant d'endroits , que dans un mois
elle aura oublié la difettequi a un peu
troublé fon repos. On vient de
mettre au jour une Carre qui conGALANT.
341
ר ט
tient un eftat general de cetteFrance
fi redoutée. On yvoit toutes les divifions
que l'on peut faire de ce
Royaume , avec le nombre general
& particulier de tout ce qu'il contient
, fes Gouvernemens , les Acquifitions
, fes Conqueftes , fes Provinces
, fes Contrées particulieres ,,
fes Villes principales , fes fituations
leurs dépendances , & leurs prero.
gatives.
Le mot de l'Enigme du mois paffé,
qui eftoir le feu de Quilles , a esté
trouvé par Mrs Cadu prés de Richelieu
; de Paforu de S. Lo ; de Septeville
, Officier de Mrs de Ravois ,
Treforiers de la Marine ; de Rouflelian
, Contrôlleur du Marc d'Or ;
d'Eſtival de l'Hoftel Serpente : Arnoul
de la ruë de Richelieu ; Charpentier
, Directeur des hereditez de
Ff iij
342 MERCURE
Caën , l'Abbé de Sainte Croix des
retours de Caen , Moreau des
Crenelles de la rue de la Truande !
rie ; Girault Coulicr de Sezane , le
Pinte de Reims ; Mabille l'aîné prés
des Baftons Royaux ; C. Huruge
d'Orleans; Veret, Inprimeurs le petit
Coq Reveil matin du Fauxbourg
S. Antoine ; l'Amant d'une belle
Printanniere le Chevalier amou
reux de la belle Julie : l'Amy de la
plus belle veftale de Brie : le Solitaire
de la rue Charloteau Maraiss
l'Archange de la ruë de Grenelleg
le Chevalier de la Ville de Sens : lé)
bean Bijou de la rue Saint Severin :
le Chevalier de Cartinbout : le So- .
litaire de Chartres : le gros Conttôleur
: la petite Angloife de la vieilla
tue du Temple : le Veufconfolé de
:.
GALANT.
343
la ruë de la Calandre : le Cigne aux
ailes coupées le beau Demeré :
le Procureur Banquier le Subtil
Confeiller de Blois : les grands Amis
Charpentier, Danet & Boume; l'Ab
bé Penfionnaire : les trois Soeurs du
rendez- vous : la charmante Imbert
de la rue de l'Homme Armé : la
grande de l'Aimable trio : la Bergere
Timarete de Vennes : la char
mante Iris , de Bayonne : la charmante
Niéce du Quay de Bourbon
: les quatre Veftales de la longue
allée l'aimable Fanchete du
Quay de l'Horloge : les trois Nim
phes & la belle Baffe de la rue Michel-
le-Comte : l'amant de la belle.
Baffe : la belle Bouche aymantée de
la rueBeaubourg : la jeune Robine
te de la rue Quinquempoix les
Nimphes de la beauté de l'I
844 MERCURE
Noftre Dame : & l'aimable Catin
prés Saint Barthelemy.
Vos Amies vous diront leur
penfée
fur la nouvelle
Enigme
que je
vous envoye.
ENIGME.
Sans effrayer les regardans ,
Je montre à tout le monde un rang
de larges dents ,
Par où l'on me gouverne , & quej'ay
fort mal nettes ;
Auffi de propreté je m'inquiete peu.
Pourtant, mon pofte , ainsi que celuy
des Planetes ,
Eft fur la region du fen.cramaillée
Je ne doute point que l'Air nouveau
dont vous allez lire les paroles,
ne foir de voftre gouft , puis qu'il eft
d'un fort habile Muficien.
GALANT 345
AIR NOUVEAU.
Rinces , jaloux du plus puiſſant
Prince
des Rois ,
De vostre propre fang vos campagnes
rougiffent;
Malgré tous vos efforts les Lis fleu
riffent,
Et Louis eft brillant de ces nouveaux
exploits .
Pourfe placer an Temple de la gloire
On le voit en tout temps moißonner des
Lauriers..
Il court de victoire en Victoire,
Et foumet à fes loix les Peuples les
plus fiers.
Tout cede à fa puissance & fur terre
fur l'onde ;
Rien nepeut l'arrefter que l'Empire du
Monde.
4 6 MERCURE
1
Le 24. de ce mois , le Roy nom
ma Meffire Charles- Magdeleine de
Fraifeau de la Frefeliere , Abbé de
S. Severe , a l'Evefché de la Rochelle.
Sa Majesté l'avoit honoré
au mois d'Avril du Grand Vicariat
de Srrasbourg , où il a rempli fes
devoirs avec une exrréme exactitude
, & merité une approbation generale.
La Maiſon de la Frefeliers
eft tres-ancienne , alliée aux premieres
du Royaume , & illuftre par
cinq Lieutenans Generaux , ou Maréchaux
de Camp , & un Chevalier
de l'Ordre fous Charles IX
Mr l'Evefque de la Rochelle a fuivi
la profeffion des Armes juſqu'à
vingt- quatre ans, & par un pur zele
il a tour quitté pour le donner à
l'Eglife. Il eftoit devenu l'Ainé de
La Maiſon parla mort de deux de ſes
GALANT
347
1 Freres , tuez à la tefte du Regiment
de la Frefeliere . On peut dire que
ceux de ce nom font nez pour la
guerre , & que la bravoure leur eft
naturelle. On en peut juger par ce
qu'on en voir en Mr le Marquis de
la Frezeliere d'aujourd'huy,, qu'on
ne peut loüer aflez dignement.
Mr le le Marquis de Dangeau ,
Chevalier des Ordres du Roy , &
Gouverneur de Touraine , a efté
nommé par Sa Majefté Grand Maiftre
de l'Ordre de Noftre - Dame de
Montcarmel & de Saint Lazare .
1 Sa Majefté ayant à remplir cette
Grande Maiftrife , demeurée vacante
depuis la mort de Mrle Marquis
de Nereftang , ne pouvoit faire
un plus digne choix qn'en la perfonne
de Mr de Dangeau , en qui Elle
trouve toute la fageffe & la conduite
348 MERCURE
qu'il faut avoir pour veiller fur tout
un Ordre. D'ailleurs ce Monarque
ne faiſant jamais rien , fans que baucoup
de juftes raiſons l'y portent , il
femble qu'il ait eu égard à la perte
que ce Marquis a faite de la Charge
de Chevalier d'honneur de feuë
Madame la Dauphine.
J'ay à vous faire part d'une nouvelle
qui vous donnera de la joye,
en vous apprenant que le Roy a donné
à Mr de Pontchartrain , Confeiller
au Parlement , la Charge de Secretaire
d'Eftat en futvivance de
Mrde Pontchartrain ſon Pere , Miniftre
& Secretaire d'Eftat , Controleur
General des Finances . C'eſt
le feptiéme de fon nom qui a efté
reveftu de cette importante charge.
Cette furvivance donnée avec tout
l'agrément dont le Roy a couftume
d'acGALANT
.
349
d'accompagner les graces qu'il fair
marque hautement combien il eſt
fatisfait des fervices de Mr de Ponchartrain
, & fait voir les efperances
que donne Mr de Ponchartrain
fon Fils qu'il marchera un jour
fur les traces d'un Pere fi zelé pour
Ja gloire de fon Prince . Je fuis ,
Madame , voſtre &c.
A Paris ce 31. Decembre 1693.
2222225 22 252255EZ
P
TABLE,
Relude.
Lettre des Indes.
Dec. 1693 .
10
Gg
TABLE.
L'Avocat guerrier.
Epigrammes
.
33
Lettre curieufe touchant Mrs Arnaud
& de
Pompone.
35
Ceremonies obfervées à Madrid à la
reception du General des Capucins .
72
Lettre touchant le feu des Echets . 93
Satyre.
Hiftoire.
114
121
Obfervations tres curieufes faitespar
Mr Verduc.
Mort de Mr Courtin.
135
153
Imitation de la troifiéme Scene da
quatriéme Acte du Paftor Fide. 160
Prix propofez par Mrs de l'Academie
d'Angers. 165
Effay de Pfeaumes & de Cant, 168
Stances.
Galanterie.
173
176-
TABLE.
Architecture navale . 180
Caractere dc Mr Menage. 189
Genealogie.
204
Sonnets. 221
Madrigal.
227
Syfteme du monde. 229
Pratique curieufe , on les Oracles des
Sybilles fur chaque question propo
253 fée.
Obfervations fur la groffeffe & a6-
couchemens des Femmes & fur
leurs maladies , & celles des enfans
nouveaux - nez , par Mr Moriceau.
255
Accouchement aprés treize mois de
groffeffe.
-257
Obfervations faites par Mr Drouin.
Morts.
Mariage de Mr de Bouflers .
261
270
279
Journal de ce qui s'eſt paßé à Saint
TABLE
Malo pendant que les Anglois ont
demeuré devant cette place. 285
Avis aux Sourds.
Opera nouveau.
332
333
Situation des Affaires de l'Europe . 335
Carte generale du Royaume de France.
Articles des Enigmes..
Everché donné
par le Roy.
340
344
346
Grande Maiftrife de l'ordre de Noftre-
Dame de Moncarmel & de Saint
Lazare , donnée à Mr le Marquis
247
Survivance donnée an Fils de Mr
de Dangeau.
de Pontchartrain.
3.48
La Medaille doit regarder la page 8
L'air doit regarder la page 345.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le