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511
m
1693.11
Eur 511 m
1693,11
Mercure
<
36612004970017
<
36612004970017
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
NOVEMBRE 1693.
A PARIS ,
GRAND'SALLE DV PALAIS.
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant au
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice.
•
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie ,
Et MICHEL BRUNET , Grand' Salle du
Palais, au Mercure Galant.
"
M. DC . XCIII.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Sta biothek
München
Q
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on nelaisse pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fer
vir. On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
we s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent , &fur
A ij
A VIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , aa rétably les
chofes de maniere qu'il est toujours
imprimé au commencement de chaque
mous. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que Pon commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longsemps
avant qu'il foit arrivé dans
AVIS
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toûjoursfort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il lefera toujours quel
ques jours avant qu'on en faffe le
debit'; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardemens
fur le Libraire en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet , puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
>
A iij
A VIS.
>
porter à la Pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuiers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires ,fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
content.
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE 1693.
R
IEN n'est plus recherché
que la gloire.
Elle Elle
diftingue
les Sçavans , les Guerriers , &
generalement toutes les perfonnes
en qui l'on reconnoiſt
du merite. Cependant on
A iiij
8 MERCURE
peut dire qu'il n'y en a point
de plus brillante que celle
qui s'acquiert pat les armes; &
entre les Souverains qui s'en
font couverts par cette voye ,
jamais Monarque n'a fait des
chofes fi furprenantes que le
Roy pour s'en rendre digne .
Comme on eft perfuadé que
la tranquillité de l'Europe
doit naitre de l'augmentation
de cette gloire , & que
les triomphes du Roy font
autant de pas qui le font avancer
dans une carriere , au bout
de laquelle il doit impoſer la
Paix aux Princes affez aveuGALANT.
9
glez pour préferer , leur ja
loufe ambition , au repos de
leurs Sujets , on voit peu de
Vers aujourd'huy à la gloire
de ce Prince , fur le fujet de
fes Victoires , où cette Paix
que la plus belle partie du
monde n'attend que de fa
moderation & de fa bonté ,
n'ait la plus grande part , &
c'est ce qui a fourny à M' de
Monfort une partie des penfées
dont il a enrichy l'Ou
vrage que vous allez lire.
10 MERCURE
2SSZSESEZ SZZZSSSS
AU ROY ,
Snr la Victoire de Piedmont
Vel fpectacle pompeux attire nos
regards?
Quel amas de Drapeaux ! quel nom
bre d'Etendars !
Eft- ce la Paix,ou la Victoire ,
Quiconduit ce Trophée au Temple de
Memoire ?
Non , c'est un don acquis au vray
Dieu des Combats ;
Au Dieu que noftre Mars fait Auteur
de fa gloire ,
Et que fes Ennemis ne reconnoiſſent
2 pas.
Ta pieté , Grand Roy , leur eft d'un
grand exemple.
GALANT.
II
Dans tes plus grands fuccés on connoist
tes Vertus ;
Tes Ennemis par tout font chaffe ,
abatus ,
Et tu ne reconnois tes Victoires qu'aw
Temple.
C'est là que tu conduis le prix de tes
hauts faits ;
Et refufant les fleurs qu'on t'offre
dans nos Feftes
C'est là que ta valeur rallumant tes
fouhaits ,
On te voit triomphant Supplier pour
la Paix ,
Et l'exiger du Ciel pourfruit de tes
Conqueftes.
$
Tu remplis l'Univers du bruit de tes
exploits ;
Ton nom fait tout flechirfar la terre
&fur l'onde ,
12 MERCURE
Tu fais craindre ton bras , tu fais
benir tes Loixs
Un fort heureux t'appelle à l'Empire
du Monde.
On ne trahit pas fon deftin ,
Le tien s'explique &fe découvre 3
L'Herefie & la Ligue auront bien-toft
leur fin
Le Ciel parle , obeis , fuis le chemin
qu'il t'ouvre.
Plus d'un Oracle l'a prédit ,
Et du Ciel les deffeins fe font affex
connoifire , (Maistre.
De ce vafte Univers tu dois eftrefent
La fustice le veut , la victoire le dit.
Eh , quel autre , grands Dieux, merite
mieux de l'eftre ?
Mais ce zele t'offenſe , &je t'entens,
grand Roy .
Tu préferes la Paix aux progrés de tes
Armes.
GALANT.
13
La Paix ne fera rien pour toy ,
Mais de tes bons Sujets elle fera les
charmes ;
La Paix rendra tes Ennemis heureux
Ellefera le fujet de leurs Feftes.
Tufçais qu'ils beniront, comme nous,
tes conquestes ,
Et le bonheur du monde est l'objet de
tes vaux .
2
Quel effort de vertu ! quel fuccés
beroique !
Un Heres triomphant dans la profperité
,
Fait taire fa valeur , fes droits , fa
(dité,
politique,
Et foumetfes exploits dans leur rapi-
A la tranquillité publique.
Grands Heros de l'Antiquité ,
14 MERCURE
Cerefpect qu'on vous rend , l'avez
vous merité?
Vos vertus eftoient des chimeres.
·Si nous en dévoilons les coupables
mifteres
Nous ne vous trouverons qu'orgueil ,
que
vanité.
Qu'on ne nous vante plus vos vertus,
magnanimes ,
Vos fuccés nefont plus Surprenans,
inoüis .
Les grandes vertus de LOVIS ..
Dans les voftres font voir des crimes.
S
Les Heros autrefois ne les connoif.
foient pas ,
Ces grandes vertus fi nouvelles,
Les fuites de tous leurs Combats.
Eftoient pour les Vaincus , ou dures ,
ou cruelles ;
GALANT.
Mais , pour toy , tu ne veux que com
bler de bienfaits
Tous les Ennemis de ta gloire.
Tu ne cherches dans la Victoire
Que le paffage pour la Paix.
2
Fais- la regner, grand Roy , fur la
terre fur l'onde ,
Elle a de
quoy te couronner ,
Cette Paix durable & profonde,
Qué le monde ne peut donner,
Et qu'aprés Dieu , tuy ſeul peux redonner
au monde.
Je ne puis mieux fatisfaire
voftre curiofité fur toutes les
chofes qui fe paffent , qu'en
vous envoyant la Lettre qui
fuit . Elle contient le Journal
du mouvement que les Enne
16 MERCURE
mis ont fait en Rade du Fort
Loüis de Plaifance en Terreneuve
, & vous y devez ajoûter
foy , puis qu'elle eft écrite
par M de Brouillan , qui en
eft le Gouverneur.
A MONSIEUR ***
Sill
Rauf
Il eft auffi glorieux de chaf
fer l'Ennemy fans combattre
, qu'il est honteux de ceder la
Victoire fans en difputer le prix,
une Efcadre de vingt - quatre
Navires Anglois a preferé ce
defavantage à celuy de voir
triompher les Armes du Roy de
GALANT. 17
toutes leurs forces. Le 28. du
mois d'Aouft , à trois heures aprés
midy, cette petite Armées qui
devoit estre formidable à des
Peuples , qui depuis deux années
s'eftoient veu piller par une
Troupe de Bandis , parut fous
Voiles au nombre de dix - neuf
Vaiſſeaux , qui rangez fur une
ligne marchant en ordre de Combat
, fembloient eftre difpofez
dans ce moment à forcer l'entrée
de noftre Port. Leur Manoeuvré
devint en rade moins hardie,
ne jugeant pas à propos de profiter
duVent & de la Marée qui
les favorifoient , ils freterent
Novembre 1693. B
18 MERCURE
leurs Voiles , & mouillerent fur
les quatre heures du foir à portée
de Moufquet de l'anfe de la
Fontaine.
Cet armement me paroiffant
confiderable, je fis affembler Meffieurs
les Capitaines des Vaif
feaux Marchands pour leur ordonner
de fe mettre en ligne dans
le Port le plus avantageufement
qu'il feroit poffible , ce qu'ayant
execute ils fe rendirent dans le
Fort avec leurs Equipages , que
je logeay dans les poftes où je les
crus neceffaires. Une partie des
plus adroits Matelots furent employez
à traverser des cables au
"
GALANT . 19
Goulet , qui eft l'entrée de nostre
Baffin , le reste des plus apparens
furent partagez pour le Ca
non la Moufqueterie. Jenvoyay
le St de Coftebelle , Lieutenant
des Détachemens de la
Marine, à la tefte d'un Détachement
de cent cinquante hommes,
pour s'oppofer aux defcentes du
coflé de la Fontaine . Le Sieur de
Saint Ovide , Enfeigne d'Infan
terie , eut la Rodoute en partage.
Je paſſay le reste de la nuit à mettre
le dedans en eftat de foutenir
Le plus rude choc des Ennemis.
Voyant toutes chofes avanta-
Bij
20 MERCURE
geufement difposées pour le com
bat , je laiffay le foin à M le
Baron de la Hontam, Lieutenant
de Roy , de veiller , & de faire
agir d'une maniere que le Service
de S. M.ne fe negligeaft point , à
quoy il s'appliqua fortement pendant
que je fus occupé à faire
mettre la Redoute Royale en eftat
de défenfe. M's les Capitaines
des Navires Marchands agirent
à la tefte de leurs Equipages avec
une fi grande diligence , qu'en
dix- huit heures de temps j'y cus
fait conftruire une platte-forme,
dreßé une batterie de quatre
pieces de Canon de dix à huit
GALANT 21
qua
livres de balle , que j'y fis monter
par le moyen des Caliournes
Balans
, bien que la Redoute foit .
baſtiefur une montagne de
tre- vingt toifes d'élevation en
ligne perpendiculaire.
Le 29. àquatre heures dufoir,
un de leurs Navires mit à la
voile , pour aller reconnoiſtre un
Baftiment qui eftoit à deux lieuës
au vent de toute leur Efcadre , &
peu de temps aprés , trois Fregates
qui parurent de furcroift, vinrent
moüiller en rade . A peine
leurs ancres furent- elles à fond,
que je me trouvay dans le Fort
Louis , d'où jugeant que noftre
22 MERCURE
un fecond Nala
Canon pouvoit les incommoder;
je fisfaire feu de toutes nos Batteries.
L'on fit également fervir
celle de la Redoute avec affez de
fuccés , pour qu'on s'apperceuft
que l'Amiral ,
vire eftoient incommodez par
Sainte Barbe . Une Galiote à
Bombes mouillée fous le Beaupré
de l'Amiral , fe tira dans le mo
ment hors de la portée , & pendant
la nuit fuivante , toute l'Ef
cadre fe trouva à la longueur de
deux cables au large , ce qui ne
favorifa pas leur mouillure , eftant
contraints de refter en rade foraine.
GALANT. 23
Le 30.
ayant
remis
les
ordres
precedens
à M
de
la
Hontam
,
je
remontay
à la Redoute
Royale
,
pour
y
faire
perfectionner
les
travaux
neceffaires
,
autant
que
le
temps
pouvoit
le permetre
. La
Galiote
à
Bombes
fe
trouvant
encore
fous
noftre
portée
, je
luy
,
fis
tirer
quelques
volées
de
Canon
,
qui
l'obligerent
à fe
retirer
avec
précipitation
,
fe
haler
fur
un
greflin
, Fe
fis
conftruire
un
pofte
de
Piquets
à la
portée
du
Moufquet
de
la
Redoute
que
je
crus
neceffaire
pour
faciliter
la retraite
des
détachemens
avancez
, en
cas
qu'ils
y fuffent
forcez
, ayant
24 MERCURE
rependant donne le foin entier
du pofte de la Fontaine , au commandement
à la bonne conduite
du Sieur de Coftebelle. Je
me retiray fur les cinq heures du
foir dans la Place pour y faire
chanter le Te Deum , dans l'Eglife
du Fort Louis, en action de
graces de la prife de Roze
Heydelberg, Cette Ceremoniefut
accompagnée d'un grand bruit de
noftre Canon, & de celuy de tous
les Navires du Port, qui brulerent
agreablement de la poudre en
réjouiffance de l'heureux fuccés
des armes du Roy de France nofire
Maifire.
de
Le
GALANT. 25
Le 30.
l'Amiral
tira un coup
de Canon à neufheures
du matin
, mit la flame
d'ordre ; en
fuite de quoy les quatre
plus gros
Vaiffeaux
fe pavoiferent
de pouppe
à prouë , firent des mancuvres
à perfuader
qu'ils
avoient
deffein
de tenter
quelque
entreprife.
Fallay
pour lors vifiter
les
poftes
les plus éloignez
, que je
trouvay
en tres- bon eftat , aprés
quoyje rentray
dans la Placefur
l'avis
que je receus
du S' de Coftebelles
que
les Ennemis manoeи-
vroient engens qui vouloient entrer
dans le Port , s'eftant garnis
de gardes corps pour la Mouf
Novembre 1693.
C
26 MERCURE
queterie & ayant transporté
le jour précedent les Equipages
desNavires moinsforts dans ceux
qui paroiffoient deftinez pour
cette entreprife. Les difficultez
que j'oppofay ace paffage, furent,
je croy , fuffifans pour le faire
échouer. Fordonnay au S Grand
Jean , Capitaine Marchand , de
mouiller fon Baftiment au milieu
de l'entrée , de le couler bas
dans le Canal files Ennemis fe
prefentoient. J'en fis armer deux
differens en Brulots , commandeZ
par leurs Capitaines , qui resterent
mouillez directement par
travers. Je jugeay que leursfoins
le
GALANT. 27
joints à ceux de toute la Flote des
Navires n'auroient pas estéinutiles
dans cette occafion , où je ne
doute pas qu'une partie de l'Efcadre
n'eut échoué fous noftre
Canon.
Pour empefcher les Chaloupes
des Ennemis de fonder dans la
rade , je fis équiper deux Bastimens
à rames , armez de irente
hommes , commandez , l'un par
Michel Beraud, le fecondpar
Beraud Monfegur. Ils demeurerent
plufieurs nuits en garde avancée
pour découvrir la manoeuvre
des Ennemis , qui ne firent
aucun mouvement que celuy
Cij
28 MERCURE
de travailler dans leurs Bords à
des occupations , dont nous ne pûmes
tirer nulle connoiffance,
Festois dans une grande impatience
d'eftre informé de leurs def
·feins , lors qu'on m'envoya des
Détachemens de laFontaine, trois
Prifonniers François , fauvez
la nâge de l'Amiral , le premier
jour du mois de Septembre , àfix
heures du matin. Je les interrogeay
fur tout ce qui devoit me
donner des lumieres de leurs entreprises.
Fappris que c'eftoit la
mefme Efcadre qui avoit eu cè
grand defavantage dans la Martinique
, qu'elle venoit de Baſtor,
GALANT. 2.9
où deux mois de repos n'avoient
pas efté fuffifans de remettre leurs
Equipages , qu'on n'avoit fceu
confiderablement augmenter fur
les costes de la nouvelle Angleterre
, & qu'ils estoient fi foibles
en Soldats & en Matelois, qu'ils
paroiffoient fort embaraſſez à ſe
déterminer à quelque action d'é
clat.
La force de leurs Navires
eftoit confiderable. L'Amiral &
le Vice Amiral portoient foixante
pieces de Canon de vingtquatre
& dixhuit livres de bale,
fept autres Navires de Guerre de
cinquante quarante pieces
C iij
30 MERCURE
deux Brulots , une Galiotte
Bombes & douze autres Baſtimens,
moitiéguerre , moitié marchandife
, qui faifoient le nombre
de vingt-quatre Voiles . Ils
avoient envoyé chercher dans
les habitations du Nord quelques
renforts des Milices , pour
faire une Defcente confiderable ,
mais lefecours eftoit fi mediocre ,
qu'ils n'en paroiffoient guere plus
hardis. Ils m'affurerent cepenles
Vaiffeaux de guerre
.
dant
que
avoient
raffemblé
leurs
Soldats
difperfe
,
le plus
de
Matelots
qu'ils
avoient
pú
tirer
des
dif
ferents
Navires
pour
defcendre
"
GALANT.
31_
du cofté du Fort de Plaifance ,
e qu'ils firent ſemblant de vouloir
tenter vers le Midy , mais
nous n'eûmes pas le plaifir de les
voir approcher à la portée de nôtre
Moufqueterie , que le St de
Coftebelle avoit établie dans de
fi bons retranchemens fur toute
la coste praticable qu'il estoit
à fouhaiter que les Ennemis euffent
donne avec autant de fermeté
, qu'ils en temoignerent peu
dans leur retraite . Les Prifonniers
me confirmerent que nous
avions parfaitement jugé de leurs
deffeins , qu'il eftoit vray que le
jour precedent , l'Amiral avoit
Ciiij
32 MERCURE
-
ordonné au Vice- Amiral , de tenser
l'entrée du Goulet , fuivi de
deux Fregattes; mais par le bruit
commun des Equipages , il s'en
eftoit honneftement deffendu
n'ayant pas voulu dérober àfon
Commandant la gloire d'eftre le
premier à forcer un fi dangereux
paffage . Toutes ces lumieres me
laifferent dans une difpofition à
>
attendre avec un fecret empreffement
l'approche des Ennemis . Je
prevoyois que cette occafion nous
preparoit des fuites fi glorieufes
pour les Armes du Roy de France
noftre Maifire , qu'il m'eftoit
aifé de découvrir dans la conteGALANT.
33 -
nance de tous nos Officiers &
Soldats , l'infaillible fuccez d'u
ne ample Victoire.
Le deuxième ils demeurerent
dans la derniere tranquilité juf
ques au foir , qu'un Orage de
pluyefans un trop gros vent de
Sud Suroueft , leur fit un peu
tropfiler de cable pour ne pas s'appercevoir
du dangereux movillage
où noftre Canon les avoit reduits.
Le 3. au matin , le temps fe remit
au beau, le vent s'eftant rangé
au Noroueft qui leur fit virer
la Pouppe affez en dedans de la
rade ,pour eſtre à bonne portée de
-34 MERCURE
noftre Batterie . A dix heures du
matin , l'Amiral mit Flame
d'ordre ,qui me perfuada qu'il ne
lais roit pas échaper un fi beau
jour ,fans fe determiner à nous
faire reffentir le dernier effort de
leurs armes , ce qui me mit en dévoir
de les prevenir par le feu de
noftre canon de la Redoute , qui
fit brufquement perfuader dans le
Confeil de Guerre , qu'il eftoit
temps de lever l'Ancre , ce que
nos boulets firent executer avec
une fi grande diligence , que
vent ne leur permettant point de
mettre à la voile de la bouée , ils
fe toüerent tous en delà de la poinle
GALANT.
35
te verte , d'où ils louvoyerent
dans la Baye à noftre veuë pendant
deux jours entiers , en attendant
un vent plus favorable .
L'Amiral rangea fifort la terre
en mettant à la voile , qu'il ef
fuya une defagreable Moufqueterie
d'un détachement de vingt
hommes commandez par un Sergent
qui fe trouva poſté avantageufement
pour les incommoder.
Depuis le depart de l'Efcadre
des Navires Anglois , nous
avons appris par des Chaloupes
arrivées des Ifles Saint Pierre »
que trois Vaiffeaux detachez ont
efté bruler & piller les Cabanes
1.
36 MERCUR
E
des Habitans , le lieu estantfans
deffence . Les Navires Malouins
qui estoient mouillez dans le Haare
,fe font fauvez dans les
Bayes.
Par des Prifonniers qu'ils ont
remis à terre avant
que
de s'éloigner
de nos Coftes , nous avons
fçen que
reçu quatre coups de Canon
dans
fon Bord , avec perte de quelques
Matelots
. Le Vice- Amiral
n'en
a pas efté exempt
, mais avec
moins
d'incommodité
. Les mefmes
Prifonniers
nous affurent
qu'ils
avoient
refolu de lever toutes les
Milices de leurs Coftes pour rel'Amiral
Anglois avoit
GALANT
37
venir avec de plus grandes forces
. Ils fe font retirez dans le
Port de Saint Jean , quoique
chacun cuft jugé qu'ils ne s'arreteroient
pas dans ces Mersi eftant
fort foibles d'Equipages.
Au Fort Louis de Plaisance ce 4.
Septembre 1693 .
S'il eftoit permis de fe fervir
d'un Proverbe , je dirois ,
Madame , que toute cette
grande & importante entreprife
que les Anglois avoient
formée fur la Martinique &
fur d'autres lieux , s'en cft allée
en cau de boudin . Cette ex38
MERCURE
preffion viendra pourtant af
fez à propos , ayant à vous
faire part d'une Hiftoriette ,
dont un morceau de Boudin
a fourny la matiere à un excellent
Ouvrier. Vous avez
leu quantité d'ouvrages de
Mr Perrault de l'Academic
Françoife , qui vous on fait
voir la beauté de fon genie
dans les Sujets ferieux . En voicy
un , dont la lecture vous
fera connoiftre qu'il fçait badiner
agreablement quand
il luy plaift.
GALANT.
39
LES SOUHAITS
RIDICULES.
CONTE
A Mademoiſelle de la C..
S'
I vous eftiez moins raiſonnable
,
Fe me garderois bien de venir vous
conter
La folle &peu galante Fable,
Que je m'en vais vous debiter.
Une aune de Boudin en fournit la
matiere.
Une aune de Boudin , ma chere ! "
Quelle pitié ! c'est une horreur ,
S'écrieroit uue Preticufe ,
Qui toujours tendre &ferieuse ;
40 MERCURE
Ne vent ouir parler que d'affaires de
Coeur.
S
Mais vous, qui mieux'qu'autre qui
vive ,
Sçavez charmeren racontant ,
Et dont l'expreffion est toujours fi
naive ,
Que l'on crois voir ce qu'on entend,
Quifçavez que c'est la maniere
Dont quelque chofe eft inventé ,
Qui beaucoup plus que la matiere
De tout recit fait la beauté,
Vous aimerez ma Fable &ſa mora-
Lité s
J'en ay, j'ofe le dire , une affurance
entiere.
S
Il eftoit une fois un pauvre · Buche-
Tons
GALANT.
4I
Qui las de fa penible vie ,
Avoit , difoit-il , grande envie
De s'aller repofer aux bords de l'Acheron
,
Reprefentant dans fa douleur´profonde,
Que depuis qu'il eftoit au monde,
Le Ciel cruel n'avoit jamais
Voulu remplir un ſeul de fes fouhaits.
S
Un jour que dans le bois ilfe mit à
Se plaindre ,
A luyla foudre en mainJupiter s'ap
parut.
Fe
On auroit peine à bien dépeindre
La peur que le bon homme en eut.
ne veux rien , dit-il , en fe jettant
par terre ,
Point de fouhaits , point de Tonnerre
,
Nov. 16 93.
D
42 MERCURE
Stigneur , demeurons but à but.
Ceffe d'avoir aucune craintè ,
Je viens , dir Jupiter , touché de ta
complainte,
Tefaire voir le tort que tu me fais.
Ecoute donc,je te promets,
Moy qui dumonde entierfuis le fou
verain Maistre
D'exaucer pleinement les trois premiers
fouhaits
Que tu voudras formerfur quoy que
ce puiffe eftre.
Voy ce qui peut te rendre heureux,
Voy ce qui peut te fatisfaire,
Et comme ton bonheur dépend rout
de tes voeux >
Songes y bien avant que de lesfaire.
S
A ces mots Fupiter dans les Cieux
remonta ,
Et legay Bucheron embraſſant fa falourde
,
GALANT 4
Pour retourner chez luy furfon dos
•
la jetta.
Cette charge jamais ne luy parut
moins lourde.
Il ne faut pas , difoit- il en trotant ,
De tout cecy rien faire à la legere.
Il faut , le cas eft important ,
En prendre avis de noftre Menagere.
C'a , dit - il en entrant fous fon toit de
feugere ,
Faifons, Fanchon,grandfeu,grand”
chere ,
Nous fommes riches deformais ,
·Et nous n'avons qu'à faire des fou
haits.
Là deffus fort au longtout le fait il
Luy conte.
A ce recit , l'Epoufe vive & prompte,
Forma dans fon efprit mille vaftes
projets ,
Mais confiderant l'importance
Dij
44 MERCURE
De s'y conduire avec prudence ,
Blaife , mon cher Amy , dit- elle àſon
Ероих ,
Ne gaftons rien par noftre impatience
,
Examinons bien entre nous
Ce qu'ilfaut faire en pareille occurence.
Remettons à demain noftre premier
Soubait,
Et confultons noftre chevet.
Fe l'entens bien ainfi , dit le bon
homme Blaife ,
Mais vatirer du vin derriere ces fagots.
Afon retour il but , & gouftant à
fon aife
Prés d'un grand feu la douceur du
repos ,
Il dit ,en s'appuyant fur le dos de fa
chaife ,
GALANT.
45
Pendant que nous avons unefi bonne
braife ,
Une aune de Boudin viendroit bienà
propos
A peine acheva- t- il de prononcer ces
mots ,
Que fa Femme apperceut , grandement
étonnée ,
Un Boudin fort long, qui partant
D'un des coins de la cheminée ,
S'approchoit d'elle en ferpentant-
Elle fit un cry dans l'inflant ,
Mais jugeant que cette avanture
Avoit pour caufe le fouhait
Que par beftife toute pure
Son homme imprudent avoitfait,
Iln'eft point de pouille , d'injure,
Que de depit & decouroux
Elle ne dift à fon Epoux.
2
Quand onpeut, difoit- elle , obtenir
un Empire ,
46 MERCURE
·
De l'Or , des Perles , des Rubis
Des Diamans , de beaux Habits ,
Eft-ce alors du Boudin qu'il faut que
l'on defire ?
Et bien , j'ay tort , dit- il , j'ay mal
placémon choix.
Fay commis une faute énorme
Feferay mieux une autre fois.
Ben , ben , dit-elle , attendez - moy
Jous l'orme.
Pourfaire un telfouhait , ilfaut eftre
bien Bauf
L'Epouxplus d'unefois emporté de
colere
Penfa faire tout bas le fouhait d'eftre
Veuf,
Et peut- eftre entre nous ne pouvoit- il
mieux faire.
Les hommes , difoit - il pour fouffrir
font bien nez
Pefte foit du Boudin ,& du Boudin
encore..
GALANT.
47
Pluft à Dieu , maudite Pecore,
Qu'il te pendist au bout du nez !
S
La Priere auffitoft du Cielfut écoutée,
Et dés que le Mary la parole lafcha
Au nez de l'Epouse irritée
L'Aune de Boudin s'attacha.
Ce prodige impreveu grandement le
fachad
La Femme eftoit jolie , elle avoit bonnegrace
,
Et pour direfans fard la verité du
fait,
Cet ornement en cette place
Ne faifoit pas un bon effet,
Sice n'eft qu'en pendant fur le bas du
vifage [ ment
Et luy fermant labouche à toutmo
Il l'empefchoit de parler aisément,
Pour un Epoux merveilleux avantage
48 MERCURE
Je pourrois bien , difoit- il à part
foy
Pour me dédommager d'un malheur
fi funefte,
Avec lefouhait qui me refte
Tout d'un plein faut me faire Roy,
Rien n'égale , il eft vray , lagrandeur
Souveraine ,
Mais encore faut- ilfonger
Commentferoit faite la Reine ,
Et dans quelle douleur ce feroit la
plonger,
.
De l'aller placer fur un Trone
Avec un nezplus long qu'une aune.
Il faut l'écouterfur cela ;
Et qu'elle-mefme elle foit la Maitreffe
De devenir une grande Princeffe ,
En confervant l'horrible nez qu'el
le
a ,
Ou de demeurerBucheronne,
Avec
GALANT.
49
Avec un nezcomme une autre per-
Sonne,
Et tel qu'elle l'avoit avant ce malheur-
là.
S
La chofe bien examinée ,
Quoy qu'elle fceuft d'un Sceptre &
le prix & l'effet ,
Et que quand on est couronnée
On a toujours le nez bien fait,
Commeau defir de plaire il n'est rien
qui ne cede ,
Elle aima mieux garderfon Bavolet,
Que d'eftre Reine & d'eftre laide.
Ainfi le Bucheron ne changea point
d'eftat ;
Il ne devint point Potentat,
D'ecus il n'emplit point fa Bourse ,
Trop heureux d'employer le defir qui
refloit,
Fraifle bonheur , pauvre reſſource ;
Nov. 1693 .
E
to MERCURE
A remettrefa Femme en l'estat qu'elle
eftoiti
Tant il eft vray qu'aux hommes
miferables ,
Aveugles , imprudens , inquiets, variables
,
Pas n'appartient de faire des fou
baits ,
Et que peu d'entre eux font capables
De bien uferdes dous que le Ciel lear
a faits.
Je vous ay fouvent envoyé
des Lettres de M' Deflandes ,
Grand Archidiacre & Chanoine
de Treguier , écrites à
M' le Chevalier Deflandes ,
fon Neven , Garde Marine du
GALANT: st
les
Département de Breft . Ce
fçavant homme a trouvé
moyen par ce's Lettres de rendre
ce Neveu habile , & en
luy écrivant familierement ,
il luy apprend tour ce que
Gouverneurs des jeunes Seigneurs
devroient enfeigner
leurs Pupillos. Ainfi fes Lettres
font remplies de mor
ceaux d'érudition , dont la
lecture doit faire plaifir . Elles
contiennent mille chofes curicufes
pour ceux qui les ignorent
, & rafraifchiffent la memoire
de ceux qui les ont
fccues. Voicy encore une de
Eij
$ 2 MERCURE
ees Letres,dont une copie eft"
tombée entre mes mains.
A MLE CHEVALIER
DESLANDES .
U
Nfage Minifire du Confeil
d'Espagne voyant que
la France remportoit des avangesfurprenans
malgré toutes les
forces de la Ligue , dit un jour à
un Confeiller d'Eftat qui s'eftoit
déchaifné pour le Prince d'Orange
; Numquid bonum tibi
videtur fi confilium impiorum
adjuves ? Il faut avouër
GALANT 53
je
que le Confeil d'Espagne eft dans
un affoupiffement & dans un
aveuglement qui étonneront la
Pofterité. Il falloit fuivre les
avis de ce fage Miniftre dont
viens de parler, qui dit à un
Emifaire du Prince d'Orange,
qui vouloit le gagner ; Non tentabis
Dominum tuum. Ce Miniftre
reprefenta un jour au Confeil•
que la Maison d'Autriche
ne pouvoir fubfifter que par
les
mefmes moyens qui l'avoient élevée
à ce baut point de grandeur
où elle fe voyoit ; que manquant
à la Religion , la Religion luy
manqueroit , que neceffai-
E iij
54 MERCURE
rement la décadence de fa Mo
narchie feroit infaillible qu'il
faloit pas eftre fort penetrant
pourremarquer que le Systeme interieur
du Prince d'Orange eft
d'affoiblir toutes los Puiſſances ,
pour dominer, & pour mettre
l'Empire entre les mains des Protèftans
; pour y parvenir il fe
fert de l'Empereurs qu'il fait le
propre inftrument defa deſtruction .
L'interet de la Religion , la
gloire de la Nation . l'honneur de
T'Estat ne vouloient pas que
eust aucune liaison avec un Vfurpateur,
qui afuccé avec le lait
l'averfion que fes Predeceffeurs
te
l'on
GALANT 55
ont toujours eue contre la Maifon
d'Austriche. Charles - Quint
avoit raifon de dire que l'Histoire
devoit estre Roccupation d'un
Princes qu'elle eftoit un miroir
qui ne flatoit point , & un Orateur
qui avertiffoit hardiment un
Souverain de fes defauts . Cet
Empereur, comme Affuerus , lifoit
à fon reveil les Annales de
fes Ancestres. Lifez , lifez , dit
ce Ministre un peu émeu , l'Hiftoire
de la Guerre de Flandre ,
par le Cardinal Bentivoglio , le
Tacite de fon Siecle , vous y ver
rez à chaque Sommaire les maux
que les Predeceffeurs du Prince
E iiij
56 MERCURE
d'Orange ont cauſez dans les
Pays qui font de la dépendance
d'Espagne. Voila un Portrait en
miniature
que le Corregidor de
Seville m'envoye de Rome , &
qui a esté trouvé dans le Cabinet
d'Annibal Carache , ce fameux
Peintre. C'est la reprefentation
d'un trifte Pelican , qui nourrit
de fon propre fangun Afpic qui
s'eft glißé dans fon nid , & ces
paroles d'un Prophete font infcrites
autour. Similis factus fum
Pellicano folitudinis . Cet embleme
s'explique de luy - mefme.
Un de mes étonnemens eft de
voir que le Confeil qui eft fi peGALANT.
57
netrant , n'ait pas opposé l'union.
du Prince d'Orange avec des Anglois.
Eft-ce que de noftre temps
cette Nation cruelle & farouche
n'a pas ruiné & defoléles Villes,
&les Illes qui font fur les coftes
d'Andaloufie
? Le Gouverneur
de Cadix memanda qu'il luy euft
efté plus doux de voir cette Ville
fubmergée , comme elle l'avoit
efté autrefois, que d'eftre foumife
à la barbarie de cette Nation inhumaine
& perfide .
Ie nepuis mefouvenir qu'avec
douleur des Procez verbaux que
que les Illes
l'on m'envoya , lors
de la Mer Mexicaine eftoient de
$8 MERCURE
1655. que
mon département. Ce fut l'an
les Anglois s'eftant rendusles
Maiftres des Ifles de l'Amerique
Septentrionale , chaſſerent
les Espagnols de la Iamaique,
& exercerent fur eux des
cruautez inouies . C'eft un abus ,
& c'eft fe tromper foy- mefme
que de s'aller imaginer que
forces de la France s'épuiferont ,
que cet Etat ne pourra pas tou
jours refifter à toute l'Europe liguée
pour l'affaiblir. Ne nous aveuglons
point , & jugeons fans
paffion des chofes comme ellesfont.
Lifons nos propres Hiftoires ,
nons y verrons que fous le Reg
les
GALANT.
59
gne de Philippes IV . du nom ?
furnommé le Bel , quarante &
fixieme Roy de France , qui commença
à regner l'an 1283. toute
l'Europe fe fouleva contre ce
Roy, generalement tous · lès
Princes , excepté le Comte de
Bretagne , fignerent une Ligue
effenfive contre cet Eftat.
Gui,Comte de Flandre , maria
fa Fille avec Edouard Roy
d'Angleterre , & ils fe jurerent
une amitié éternelle. Guy jetta
dans fes interests les Ducs de
Bar , de Brabant , les Comtes de
Julliers de Hollande , de Haynauts
de Nevers de Namur.
60 MERCURE
Edouard de fon cofté engagea
l'Empereur Adolphe , & le Pape
Boniface VIII. Tous ces Confederez
fe promettoient des merveilles
de leur union . Entre- ausres
, l'Empereur parloit d'un air
fi haut & fifier que fes plus modeftes
paroles n'eftoient que des
menaces. Il commença par envoyer
demander à Philippes la
Comté de Provence & le Royaume
d'Arles qu'il pretendoit avoir
esté incorporez à l'Empire , Philippes
pour toute reponſe › & pour
ferailler de fes menaces , luy envoya
un papier dans lequel il
n'y avoit rien d'écrit , & c'eft de
GALANT 61
?
là qu'eft venu ce Proverbe quand
nous difons à quelqu'un dont
nous nous mettons peu en peine ,
que nous luy donnons la Carte
blanche.
Qu'arriva-t- il de cette terrible
Ligue qui devoit mettre toute la
France à feu & à fang ? Voicy
l'effet qu'elle produifit . Adolphe
fut depoffedé par les Allemands
dans le temps qu'ilfe mettoit en
état d'executerfes Rodomontades .
L'Anglois fut battu par mer
par terre; fon Armée de mer commandée
par fon Frere Edmond
fut defaite entierement ; on luy
enleva par terre les Fortereffes de
62 MERCURE
Rions , de Pondefas , de Saint Se
vere , & plufieurs autres Villes.
Le Comte de Flandre fut encore
plus maltraitie , car le Roy de
France le dépouilla de fes Eftats,
& tous les Flamands s'emprefferent
de luy prefter le Serment
de Fidelité. Pour le Pape Bonie
face , il mourut de deplaifir & de
douleur. Albert d'Autriche qui
fucceda à Adolphe voyant les
forces inepuifables du Roy de
France rechercha fon amitié, &
pour ofter tout pretexte de querelle
, il envoya à Philippes un acte
par lequel il renonçoit à toutes
les pretentions qu'il pourroit avoir
GALANT. 63
& Sur le fur la Provence
Royaume d'Arles.
Ceffons doncde rous flatter par
une fauße esperance de l'affoibliffement
de ce grand Corps polinque.
Ne reffemblons pas à ce
Rustique dont nous parle Horace
dont ilferaille , qui attendou
pour paffer un Fleuve, qu'il
fuft ecoulé.
Rufticus expectat dum de-
Auat amnis.
Les Alliez Ennemis de la
France , nefçavent que trop que
les forces de cet Etat font comme
ces vapeurs qui fe tournent en rosée
pour les François , & en Fou64
MERCURE
dre fur les Ennemis de cette Monarchie.
Ileft vray que le Royaume
d'Espagne eft auffi ancien que
celuy du peuple choifi ; mais cet-
Nobleffe ne luy est te ancienne
pas fort avantageuse. Il fuffic
d'ouvrir l'Hiftoire Sainte des
Machabées , on y verra une
defolation entiere de toute l'Ef
pagne , dont les Miniftres touchez
de jalousie , d'ambition ,
d'intereft particulier reduiferent
la floriffante Monarchie fous..
lejoughonteux de gens qui n'avoient
pour toute Religion , que
le defir de regner dans tout l'Univers.
Le Saint Eſprit s'expriz
GALANT 65
>
me d'une maniere outrageante
la Nation Espagnole en parlant
de fa fervitude fous la domination
des Romains . Et quanra
fecerunt in regione Hifpanix
, & quot in poteftatem
redegerunt metalla argenti &
auri quæ illic funt , & poffederunt
omnem locum confilio
fuo & potentia . Remarquez
que le Saint Efprit fait preceder
la Sageffe , la Prudence , le Confeil
, &parle enfuite de la force,
de la valeur, & de la puiſſance .
C'eft cet Oracle de la prudence
qu'ilfalloit confulter avant que
d'entrer dans une Ligue honteu-
Nov. 1693.
F
66 MERCURE
Je contre la France qui a toûjours
eftéfuperieure, & qui a la Viz
Etoire de fon cofté , parce qu'elle
a laJustice.
Vous fçavez , Meffieurs , dit
ce fage Miniftre en finiffant , que
la Paix eft un don de Dieu . Da
pacem Domine. Il fant la luy
demander.Mon honneur ma confcience
, ma haute naiffance , mes
anciens Emplois , le rang que je
tiens's m'ont obligéde vous.communiquer
les reflexions que j'ag
Faites fur les affaires prefentes .
Ileuft efté avantageux à l'Eſpagne
de s'estre laiffe conduire par
un Miniftre auffi éclairé que ceGALANT.
67
luy dont je viens de vous tranf
crire le judicieux avis . Ce fage
Miniftre n'avoit-il pas raifon de
regarder la France comme le Trone
du Soleil que les Perfes repreſentoient
defendu par des
Lions ? Ces Lions ne font ils pas
les Symboles de nos, Officiers de
mer de terre dont la valeur,
la vigilance & l'intrepidité étonnent
les Alliez jaloux de la gloire
de Louis le Grand ?
ی ب
M'occupant autre -fois à la
connoiẞance des Simples » je remarquay
une Fleur qui me donna
de l'attention ; je regarday une
rige de la hauteur d'un Lis. Cet-
Fij
68 MERCURE
e Tige eftoit furmontée d'une
Fleur couronnée de la couleur des
Lis champe ftres , dont nous parle
Pline . Ce qu'il y avoit de fingulier
dans cette Fleur , c'eft
qu'elle reprefentoit une Etoile . Če
n'eftpas cependant ce que j'admiray.
C'eftoit un tas d'Epines qui
fortoit des Caieux de cette Tige ,
& quis'elevoit auffi haut que
la Fleurpour luy fervir de reme
part. Peut- on rien de plus jufte ?
L'application en eft facile. Est- ce
que les Alliez ne devroient pas.
rougir de honte aprés fix Campa
gnes de fe voir battus par mer
par terres La honte eft de toutes
GALANT 69
les paffions celle qui fait le plus
d'impreffion ; elle eft feule capable
de corriger l'homme raifonnable
de tous fes defordres . L'amour,
cette imperieufe paffion que l'on
pretend eftre plus puissante que la
mort n'ofe luy refifter ; l'ambition
avec toute fa fiertéfe retire
en fa prefence ; l'Envie , cette
befte farouche fe cache dans fa
caverne dés· le moment `qu'on l'a
nomme. Il y a efperance de guerir
un homme de ſes paffions , tandis
qu'il eft fufceptible de pu
deur , mais des l'inftant que ce
chafte voile de la bonte eft ofté.
çe Malade eft un Phrenetique
fans efperance.
70 MERCURE
Fay raison de croire que les
PrincesCatholiquesfollicitez par
le Pere commun de tous les Fidelles
Princes rentreront en euxmefmes
fe diront qu'ils doivent
rougir de honte devant
Dieu devant toutes les Nations,
d'eftre entrez dans une Ligue
avec un Ufurpateur contre
le plus grand Roy du monde, dont
la pieté eft l'ame de toutes fes
actions. Fe fuis voftre , & c.
Le premier jour de ce mois ,
qui cftoit celuy où l'on cele
broit la Fefte de tous les
Saints , le Roy fic la diftribution
des Benefices vacans , &
GALANT
71
Sa Majefté hohora M. l'Abbé
d'Ervault du titre d'Archevefque,
en luy donnant l'Archevefché
de Tours . Ainfi il
quicce l'Eveſchê de Condom ,
où je vous manday la derniere
fois qu'il avoit eſté nommé.
Comme l'Archevefché de
Tours n'eft pas d'un grand
revenu , & qu'il faut foutenir
unntang fi diftingué dans l'Eglife
, Mr l'Abbé d'Ervault
fut en meſme temps pourvû'
de l'Abbaye de S. Maixant.
L'Evefché de Condom fut
'donné à M' l'Abbé Milon ,
Aumônier du Roy, qui fa
72 MERCURE
merité par fes longs fervices,
fes bonnes moeurs , & par
fon affiduité.
par
M' l'Abbé de Pompone fur
gratifié de l'Abbaye de Saint
Medard de Soiffons , aprés a
voir remis celle de S. Maixane
entre les mains de Sa Majesté .
L'efprit de la Famille , le merite
da Pere , & le fçavoir du
Fils , luy doivent faire tout
efperer des bontez d'un Roy,
dont la justice eft égale à fa
grandcur .
Mr de Sillery . Evefque de
Soiffons, diftingué par fa naif
fance & par fon merite , fut
gratifié
"
GALANT. 73
gratifié de l'Abbaye du Gard,
prés d'Amiens .
M' l'Abbé Boileau , qui depuis
un fi grand nombre d'années
a paru avec tant de gloire
& d'avantage dans les meilleures
Chaires de Paris , fut
pour veu de l'Abbaye de Beaulieu
, prés Loches , le Roy
voulant honorer par là le Miniftere
de cet Abbé , & encourager
les Ecclefiaftiques à
travailler pour l'Eglife , felon
la mefure de leurs talens.
Le Roy donna en mcfme
temps l'Abbaye de Maures ,
Diocefe de Langres , à M
Novembre 1693 . G
74 MERCURE
'Abbé de Chavaudon , cydevant
Aumônier de la Reine.
Rien ne marque plus la juftice,
la bonté, & les égards de
ce Prince .
Il y eut trois Abbayes regulieres
données dans ce mefme
temps : celle de Moncels ,
Ordre de Premonftré, au Pere
Remi Cannelle , Prieur de S.
Martin de Laon ; celle des Religieufes
de Bonnevoye dans
le Luxembourg , à Dame Marie-
Agnés de Piromboeuf , &
celle de Noftre Dame de
Meaux , à Madame de Montchevreul
,Religieufe de Fon
tevrault.
-
GALANT.
75
Mr l'Abbé de Fourcy cut
le Prieuré de Meinel , dit des
Bonshommes . Je vous ay déja
parlé de la diftinction , de la
fageffe , du merite & des grandes
alliances de cette Famille.
Le Paicuré d'Oulmes , de
la Ville Dicu - Daunay , Ordre
de Saint Auguftin , Dioceſe de
Saintes , fut donné à M' l'Abbé
Marin de la Chaftaigneraye
, Fils de Meffire Arnoul
Marin , Marquis de la Chaftaigneraye
, Comte Palatin ,
Maitre des Requeſtes ordinaire
& honoraire de l'Hoftel
du Roy , Confeiller d'Eftat or-
Gij
76 MERCURE
dinaire , cy devant Confeiller
au Parlement de Mets ,Maiftre
des Requeſtes ordinaire , Intendant
deJuftice , Police & Finan
ce en la Generalité d'Orleans ,
& Premier Prefident au Parle
ment de Provence ; & Petitfils
de Meffire Denis Marin ,
Marquis de laChaftaigneraye ,
Seigneur de Mouilleron ,Noubert
, Aubigny, & autres lieux ,
Confeiller d'Eftat ordinaire ,
& Intendaut des Finances, qui
a cu quinze Intendances d'Armées
, & tenu plufieurs fois
les Eftats en Bretagne de la
part du Roy . Jee ne dis rien de
GALANT. 77
plufieurs grandes Commif
fions , qu'il avoit cuës dans le
Royaume pour le fervice de
Sa Majefté , auquel il a toujours
cfté attaché inviolablement
dans les temps les plus
difficiles. Tout le monde fçait
qu'il fut envoyé contre les Rcbelles
en Guienne , & en plufieurs
autres Provinces , avec
un tres - grand pouvoir , & que
la feue Reine l'honoroit de
fon eftime , & d'une confiance
particuliere . Il entendoit parfaitement
bien les affaires , avoit
une probité au deſſus du
commun , & un defintereffe-
Giij
78 MER CURE
ment fi extraordinaire , qu'a
prés avoir gouverné les Finances
pendant quarante ans , il
n'a laiffé d'autre bien à fa Famille
que beaucoup d'honneur
& de reputation . Il eftoit
aimé du Peuple qu'il foulageoit
dans toutes les neceffi .
tez , & des Grands Seigneurs,
à qui il rendoit fervice de la
maniere du monde la plus engageante
& la plus fincere .
Enfin , aprés avoir paffé une
longue & honorable vie , il eft
mort poffedant toutes fes
Charges , âgé de foixante &
dix- huit ans,& regreté de tout
4
GALANT. 79
le Royaume. Il avoit épousé
la Soeur de M Colbert du
Terron , Intendant de Marine
& de Terre , & Confeiller
d'Eftat ordinaire . Elle eftoit
Coufine Germaine de feu M
Colbert , Miniftre & Secretaire
d'Eftat. Vous ferez peutcftre
ſurpriſe que parmy les
qualitez de M Marin , Premier
Prefident au Parlement
d'Aix , j'aye employé celle
de Comte Palatin Je vous diray
là -deffus qu'elle luy vient
d'un Bref tres - honorable que
le Pape Clement X. luy envoya
par M le Cardinal Gri-
.
Giiij
80 MERCURE
maldi Sa Sainteté l'ayant créé
par ce Bref , Comte Palatin
comme qui diroit Comte du
Palais. Cette dignité donne de
tres-grandes prérogatives , &
entre autres celles de porter au
deffus des Armes la Thiare du
Pape, & les Clefs de S. Pierre
en fautoir , les honneurs du
Louvre chez le Pape , comme
l'ont les Ducs & Pairs en France
, les entrées dans la Chambre
de Sa Sainteté , & beaucoup
d'immunitez & de Privileges
tres- confiderables.
Puis que j'ay commencé à
vous dire des chofes particu
GALANT. 81
lieres de la Famille de M
l'Abbé Marin , quoy que je
n'aye accoutumé d'entrer dans
un ſemblable détail , que dans
les occaſions de Mariage , ou
de mort , j'acheveray en vous
difant qu'il a pour Oncles
Meffire Pierre Marin , Marquis
de la Troufferie & de
Montmarin , Maistre des Requeftes
ordinaire de l'Hoftel
du Roy , & cy- devant Confeiller
au Parlement de Paris , &
M'Marin,Seigneur de Moüilleron
, Brigadier des Armées
de Sa Majefté , & premier
Lieutenant de fes Gardes du
82 MERCURE
Corps dans la Compagnie de
Luxembourg. Il a paffe par la
plufpart des degrez de l'Armée
, ayant efté Enfeigne ,
Cornette , Lieutenant , Capitaine
de Cavalerie , & Colonel
d'un Regiment. Il entra enfuite
dans la Maifon du Roy,
où il a efté Exempt, Enfeigne,
Sous-Lieutenant , & Lieutenant
des Gardes du Corps. Il
s'est trouvé à plufieurs grandes
actions & Batailles , & à
celle de Neerwinde il eut
deux chevaux tucz fous luy,
& reçut une bleffure tres-dangercufe
, dont il eft demeuré
>
GALANT. 83
eftropié . M ' l'Abbé Marin a
un Frere Moufqnetaire dans
la premiere Compagnie , & un
autre Lieutenant dans la Galere
dite Reale , que le Roy a
nommé depuis peu de temps
pour aller commander par
terre une Compagnie de cent
hommes, dans l'Armée de M
le Maréchal de Catinat , demeurant
pourtant toujours
Officier de Galere . Il a une
Soeur mariée à un Confeiller
du Parlement de Provence , &
une autre Penfionnaire en
l'Abbaye Royale de S. Barthelemy
à Aix . Son autre
84 MERCURE
Soeur , appellée Mademoiſel :
le de la Chataigneraye
, cft
morte Religieufe Profeffe de
la Vifitation de Sainte Maric
à Aix , âgée de vingt ans , &
déja en odeur de fainteté . M
Marin , Colonel d'un Regiment
de Cavalerie , & fon
Coufin iffu de Germain, a efté
tué à la Bataille de la Marfaille
en Piedmont . M'Marin
Capitaine de Cavalerie , qui
fut tué à la Bataille de Staffarde
, eftoit fon Coufin iffu
de Germain . Ses Grands- oncles
cftoient feu Mr Daurat
Doyen du Parlement de Paris
GALANT. 85
qui s'eft rendu fi recomman
dable par fa probité , fa capacité
, & un merite extraordinaire
, & M' du Tillet Con
feiller de la Grand' Chambre,
& il a l'honneur d'eftre allié
à plufieurs Maifons tres - diftinguées
dans la Robe , dans
l'Epée & dans le Miniſtere.
Outre les Benefices donnez
à la Fefte de tous les Saints ,
le Roy avoit nommé le mois
precedent à l'Abbaye regu
liere de Saint Vaft de Moreüil
, Ordre de Saint Benoift
Diocefe d'Amiens , Dom
Jean François du Croft de
86 MERCURE
Montigny , Religieux Bene
dictin de l'Ordre de Cluny,
Vous ne sçauriez voir affez
fouvent des ouvrages de l'Illuftre
Madame des Houlieres ,
à Mademoiſelle Cheron dont
tout Paris admire l'habileté
pour la Peinture , ayant fait
Ton Portrait depuis quelque
temps , cela luy a donné lieu
de faire des Reflexions que
Vous trouverez dignes d'elle,
& auffi noblement exprimées,.
qu'on le peut attendre de ce
merveilleux genie, qui la rend
l'ornement de fon Sexe & de
fon ficcle.
GALANT. 87
esseses22 52225555
REFLEXIONS MORALES
DE MADAME
DES-HOULIERRES
Sur l'envie immoderée de
faire paffer fon Nom à la
Pofterité.
1Afgevante C HERON parfon
divin pinceau
Me redonne un éclat nouveau .
Elle force aujourd'huy les Graces ,
Dont mes cruels ennuis & mes longues
douleurs ,
*Laiſſent ſur mon visage à peine quelques
traces ,
D'y venir reprendre leurs places.
88 MERCURE
Elle me rend enfin mes premieres
couleurs.
Parfon art la racefuture
Connoîtra les prejens que me fit la
Nature,
Et je puis efperer qu'avec un telfecours
,
Tandis que j'erreray fur les fombres
rivages,
Je pourray faire encor quelque honneura
nosjuurs
.
Oiy , je puis m'enflater ; plaire & du
rer toujours
Eft le deftin de fes ouvrages.
$
Fol orgueil ! & du coeur Humain
Aveugle & fatale foibleffe !
Nous maîtriferez- vousfans ceffe ;"
Et n'aurons- nous jamais un gencreux.
dédain
Pour tout ce qui s'oppofe aux loix de
lafageffe ?
GALANT. 89
Non; l'amourpropre en nous eſt toujours
le plusfort ,
Et malgré les combats que la fage fe
livre ,
On croit fe dérober en partie à la Mort
Quand dans quelque chofe onpeut
vivre.
S
Cette agreable erreur eft la fource des
fains
Qui devorent le coeur des Hommes .
Loin de fçavoirjouir de l'état où nous
fommes.
C'est à quoy uous pensons le moins.
Une gloire frivole &jamais poffedée,
C.
Fait qu'en tous lieux ', à tous momens,
L'avenir remplit nôtre idée.
Il est l'unique but de nos empreffe.
mens.
Novembre 1693 . H
90 MERCURE
Pour obtenir qu'un jour noftre nom
y parvienne ,
Etpour nous l'affurer durable &glo
rieux ,
Nousperdons le prefent , ce temps fa
precieux ,
Lefeul bien qui nous appartienent,
Et qui tel qu'un éclair difparoift à nos
yeux.
Au bonheur des Humains leurs chimeres
s'opposent.
Victimes de leur vanité
Il n'eft chagrin , travail , danger 3
adverfité ,
A quoy les mortels ne s'exposent
Pourtranfmettre leurs uoms à la po
fterité!
2
A quel deffein , dans quelles vuës,
Tant d'abelifques , de portraits ,
D'Arcs , de Medailles , de Statuës ,
GALANT. SI
De Villes, de Tombeaux, de Temples,
de Palais ,
Par leur ordre ont- ils efté faits ?
D'où vient que pour avoir un grand
nom dans l'Hiftoire
Ils ont à pleines mains répandu les
bienfaits
Si ce n'eft dans l'espoir de rendre leur
memoire
Illuftre & durable àjamais?
2
Il est vray que ces efperances
Ont quelque fois fervy de frein aux
paffions ;
Que par elles les loix , les beaux
Arts , les Sciences ,
Ont formé les efprits , poly les Nations
Embelly l'univers par des travaux
immenfes,
Et porté les Heros aux grandes
actions .
Hij
92
MERCURE
Mais auffi
combien
d'impoſtures
De
Sacrileges ,
d'attentats ,
D'erreurs , de
cruautez, de
guerres;
de
parjures
A produit le defir d'eftre aprés le trépas
L'entretien des races
futures !
Deux
chemins
differens &
prefque
auffi battus ,
Au Temple de
Memoire
également
conduifent.
Le nom de
Penelope & le nom de
Titus
Avecceux de Medée & de Neron s'y
lifent.
Les grands crimes
immortalifent
Autant que les grandes vertus.
S
Je Seay que lagloire eft trop belle
Pourne pas infpirer de violens defirs:
chercher ,
l'acquerir , &
pouvoir
jourd'ell e,
GALANT. 93
Eft le plus parfait des plaifirs.
Ouy, ce bonheur pour l'Homme eft le
bonheurfuprême ,
Mais c'est là qu'il faut s'arrefter.
Tout charmé qu'il en eft , à quelque
point qu'il l'aime ,
Il a peu de bon sens quand il va s'entefter
De la vanité de porter
Sa gloire au delà de luy mefme ;
Et quand toûjours en proye à ce defir
extrème
Ilperd le temps de la goûter.
S
Encorfi dans les champs que le Cocy
te arrofe
Dépouillé de toute autre chofe,
Il eftoit permis d'esperer
Dejouir de fa Renommée ,
Fe ferois bien moins animée
Contre lesfoins qu'on prend pour la
faire durer.
94 MERCURE
Mais quand nous defcendons dans
ce's demeures fombres ,
La gloire ne fuit point nos ombres
,
Nous perdons pour jamais tout ce
qu'elle a de doux;
Et quelque bruit que le merite
La valeur , la beauté , puiffe faire
aprés nous ,
Helas ?on n'entend rienfur les bords
du Cocyte !
ន
Paroù donc ces grands noms d'illu
ftres , defameux ,
Aprés quoy les mortels courent toute
leur vie,
Avides de laiffer un long Souvenir
d'eux ,
Doivent-ils faire tant d'envie ?
Est -ce par intereft pour d'indignes
Neveux
CALANT.
95
Qui feuls de ces grands noms
jouiffent ,
Qui ne lesfont valoir qu'en des dif
cours pompeux,
Etqui toujours plongez dans un de
fordre affreux ,
Par des lâchetez les flétriffent ?
2
De ces heureux Mortels qui n'ont
point eu d'égaux
Teleft l'ordinaire partage.
Traitez par la Nature avec moins
d'avantage
Que la plupart des Animaux ,
Leur Race dégénere , & l'on voit d'âge
en age
En elle s'effacer l'éclat de leurs travaux.
Des chofes d'icy-bas c'eft le ray caracteres
Il eft rare qu'un Fils marche dans le
Sentier
96 MERCURE
Quefuivoit un illuftre Pere.
Des moeurs comme des biens on n'eft
pas heritier,
Et d'exemple on nes'inftruitguere.
S
Tandis que le Soleilfe leve encorpour
nous ,
Je conviens que rien n'est plus
doux
Que depouvoirfirement croire ,
•Qu'aprés qu'un froidnuage aura cou
vert nos yeux,
Rien de lâche , rien d'odieux ,
Nefouillera noftre memoire;
Que regrettez par nos amis
Dans leur coeur nous vivrons encore
;
Pour un tel avenir tous lesfoins font
permis.
C'estpar cet endroit feul que l'amour
propre honore.
Il
GALANT.
97
Il fautlaiffer le refte entre les mains
du fort ;
Quand le merite eft vray , mille fa
meux exemples
Ont fait voir que le temps ne luy fait
point de tort ,
On refufe aux vivans des Temples
Qu'on leur éleve aprés leur
Mort.
S
Quoy , l'Homme , ce chef- d'oeuvre à
qui rien n'eft femblable!
Quoy, l'Hommepour quifeul on forma
l'Univers !
Luy , dont l'oeil a percé le voile im- .
penetrable
Dont les arrangemens & les refforts
divers
De la Nature font couverts !
Lay , des Loix & des Arts l'inventeur
admirable !
Nov. 16 93 .
I
98 MERCURE
Aveuglepour luy feul ne peut-il difcerner
,
Quand il n'est question que de fe
gouverner,
Le fauxbien du bien veritable ?
$
Vaine reflexion ! inutile difcours !
L'Homme malgré voftrefecours
Du frivole avenir fera toûjours la
dupe ,
Surfes vrais interefts il craint de voir
trop clair
Et dans la vanité qui fans ceffe l'oce
cupe
Ce nouvel Ixion n'embrasse que de
L'air.
N'eftre plus qu'un peu de pouffiere
Bleffe l'orgueil dont l'homme eft
plein.
Il a beau faire voir un visage ſca
rein ,
GALANT.
99
Et traiter defangfroid une telle ma-,
tiere..
Tout dément fes dehors , tout fert à
nous prouver,
Que par un nom celebre il cherche
à fe fauver
D'une deftruction entiere.
S
Mais d'où vient
qu'aujourd'huy mon
efprit eftfi vain ?
Que fais-je ! & de quel droit eft-ce
queje cenfure
Legoût de tout le genre humain ,
Cegoûtfavory qui luy dure
Depuis qu'une immortelle main
Du tenebreux cahos a tire la Nature ?
Ay-je acquis dans le monde affez
d'authorité
Pour rendre mes raifons utiles ,
Et pour détruire en luy ce fond de
vanité
I ij
100 MERCURE
Quine luy peut laiffer aucuns mo
mens tranquilles ?
Non , mais un efprit d'équité
A combattre le faux inceffamment
m'attache ,
Et fait qu'à tout hazardj'écris ce que
m'arrache
La force de la verité.
S
Hé , comment pourrois -je prétendre
De guerir les mortels de cette vieille
erreur,
Qu'ils aiment jufqu'à la fureur ,
Si moy qui la condamne ay peine à
m'en deffendre ?
Ce potrait dont Appelle auroit efte
jaloux
Me remplit malgré moy de la flateuse
attente
Que je nesçaurois voir dans autruy
fans couroux.
GALANT. IOI
Foible raison que l'Homme vante ,
Voilà quel eft le fond qu'on peutfaire
fur vous.
Toujours vains , toûjours faux , toujours
pleins d'injustices ,
Nous crions dans tous nos dif
Cours
Contre les paffions , les foibleffès, les
vices ,
où nous fuccombons tous les jours.
La Gendarmerie ayant rempli
au Combat de la Merfaille
, tout ce que l'on attendoit
de la valeur de ce Corps , elle
a plus perdu en cette occafion
que tout le refte de l'Ar.
mée enfemble , s'eftant trouvéccxpofée
au feu du Canon
I jij
102 MERCURE
des Ennemis, avant que la Bataille
commençaft , ce qu'elle
fouffit avec une fermeté inébranlable
. La perte qu'elle a
faite a donné lieu à quelques
changemens dans les Compagnies
qui la compofent. Voicy
les noms de ceux à qui on a
donné de nouvelles Charges
dans ce Corps .
Mr de Mezieres a efté nommé
Capitaine- Lieutenant des
Gendarmes Anglois .
Mr de la Riviere , Enfeigne
de la mefme Compagnie .
Mr le Chevalier de Roye ,
Guidon des Gendarmes de la
Reinc.
GALANT. 103
Mr de Thoiras , Cornette
des Chevaux - Legers Dauphins.
Mr de Treffan , Enfeigne
des Gendarmes de Bourgogne.
M' le Chevalier de Plancy ,
Capitaine. Lieutenant des Che
vaux Legers de Bourgogne .
Mr le Chevalier de Janfon ,
Guidon des Gendarmes de la
mefme Compagnie .
Mile Chevalier du Frefnoy,
Enfeigne
des
d'Anjou .
Gendarmes
Mi de Sourdeac , Guidon
des Chevaux Legers Dauphins
.
I
iiij
104 MERCURE
M' le Chevalier de Car
man , Guidon des Gendarmes
d'Anjou .
M' le Marquis de Villiers
Sous- Lieutenant des Chevaux-
Legers de Berry.
M' du Rivau , Sous- Lieutenant
des Gendarmes de
Flandre.
M ' de Vertilly , Major de
la Gendarmerie.
Ne croyez pas , Madame ,
qu'il foit pery dans l'affaire
de la Marfaille autant d'Offciers
, que vous voyez icy de
places nouvellement remplies
. La mort d'un feul fait
GALANT. 105
fouvent un auffi grand changement
dans un Corps , &
vous l'avez vû le mois paffé
par le mouvement qui s'eft
fait dans les Moufquetaires › à
l'occafion de la mort de M
de la Hoguette. Ce n'eſt pas
que les Gendarmes n'ayent
beaucoup fouffert, comme je
vous ay déja fait voir en vous
en marquant la raiſon , mais
tous les avantages que nos Ennemis
ont prefque toujours
avant le Combat , ne fervent
qu'à augmenter la gloire des
François , qui déferoient trop
feurement leurs Ennemis ,fans
106 MERCURE
que leur victoire leur coûtaft
de fang , fi l'avantage fe trouvoit
égal avant que d'en venir
aux mains.
Comme la diverfité de ma
Lettre eft ce qui vous y plaiſt
davantage , & que vous fouhaittez
qu'elle foit remplic
d'ouvrages fur differentes matieres
, afin quo chacun
s'y
puiffe divertir dans votre
Province felon fon efprit &
fon gouft , je vous envoye de
quoy occuper un moment
ceux qui fe font un plaifir de
l'étude de la Phyfique
. Ce
que vous allez lire cft du mê
GALANT. 107
me Mr Poupart , qui a déja
écrit fur le
Limaçon
.
LA PROGRESSION
du Limaçon aquatique, dont
la Coquille eft tournée en
Spirale conique.
Sta
I leLimaçon n'avoit point en
d'autre fecours que le caprice
l'inconstance des eaux pour
eftre portéfur les differentes rives
qui luy fourniffent la nourriture,
il auroit estéfujet à bien des dif
graces ; mais la nature qui n'a
point de plus preffans defirs , ny
de plus nobles paffions que de
riompherparfes liberalitez ,y a
108 MERCURE
pourveu
d'une maniere hien obligeante.
Elle luy à mis fur le
dos un grand fac membraneux
qu'il vuide & remplit
d'air
quandil veut , par une ouverture
"qu'il ouvre , & qu'il ferme fi
exactement
de dehors en dedans,
avec une foupape à clapet , qu'il
ne peut fortir ou emirer le moin
dre globule d'air fans le confentement
de l'animal. C'est par
cet artifice
qu'augmentant
on
diminuant
le volume
de fon
corps il en augmente
on diminue
la pefenteur
par rapport
à un pareil volume
d'eau . Sa progreffionfe
fait en quatre manieres
CALANT: 109
Il nage fur les eaux ; il ſe précipite
dans le fond ; il marche ou
rampe fur la glaife ; il monte du
fond à la fuperficie. Quand ce petit
Nocher veut mettre à la voile,
il fe jette à moitié- corps fur l'eau,
ilfe tournefur le dospour eftre porté
par lefac qu'il a refoulé d'air.
Les enfansfe mettent fur des gourdes
pour nager, & les hommes
nagent plus facilement fur le dos
qu'en toute autre fituation . Sa
bafe ou fonpied qu'il dilate le plus
qu'il peut fur lafuperficie de l'eau,
luy fert de gouvernail, qu'il tourne
en rond, à droite àgauchefelon
qu'il veut pointerfon efquif.
110 MERCURE
En cet état le moindre foufle s'entonnant
dans fa Coquille qui luy
fert de voile , le conduit dans le
port qu'il s'eft proposé. Mais fi
une importune bonaffe s'oppofeaux
deffeins de nôtre Pilote , ilprend
la rame. Il n'en a point d'autre
que fon petit corps qu'il allongefur
la fuperficie de l'eau en le tirant
à moitié de ſa Coquille ,à laquelle
il donne une(ecouffe pour la faire
fuivre & pour donner un favo
rable mouvement à l'eau , s'allonge
une feconde fois , il donne une
nouvelle fecouffe, il imprime un
nouveau mouvement . Enfin con
tinuant cette maneuvre pendant
GALANT. II
quelque temps, il arrive fur une
cofte étrangere , où il cherche à prendrefes
ébats, de nouveaux alimens
ou àfaire quelque amoureufe conquefte.
Quand notre petit avanturier
veutfe garantir des infultes
de fon ennemy, il chaffe promptement
tout l'air qui l'environne,
devenant par ce moyen plus pefant
qu'un pareil volume d'eau , il est
fubitement précipité dans le fond ;
mais auffi il a ce defavantage
qu'il ne sçauroit remonter qu'en
grimpantfur quelque plante , ou
bien en rampant fur le fond de la
riviere. Il exécute fi habilement
cette progreffion qu'ilfemble plus112
MERCURE
toft glisser que marcher, parce que
faifantfaire mille petites ondula
tions prefque infenfibles à la plante
de fon pied, elles fe fuccedent fi
immediatement les unes aux autres
, qu'il n'y a point d'infant
de repos dans fa progreffion.
Auffi toft qu'il eft arrivé à la fuperficie
, il prefte le cofté , il ouvre
la foupape pour ſe remplir
d'air , fans lequel il ne sçauroit
vivre plus de deux jours , ny nager
fur les eaux ; mais fi derechefil
veut s'aller égayer dans
le fondfans s'épuifer d'air , ilfaut
qu'il defcende tout au long d'une
Plante, parce qu'en cet eftat il
GALANT. 113
eftplus leger que l'eau : mais en
recompenfe il a cet avantage
que lors qu'il veut remonter à la
fuperficie , il n'a qu'à fe laiffer al
ter, il y eft porté avec viteffe.
Au reste ce petit animal nous
fournit l'occafion de faire des experiences
qui peuvent donner du
jour au fameux probleme qui demande
s'ily a de l'air dans l'eau ,
car fi on le tient dans le fond de
l'eau , & qu'on le picotte pour le
faire rentrer dans fa coquille , on
verra fortir une grande colonne
d'air qui fai bouillonner l'eau .
Si aprés l'avoir entierement épuife
d'air , on e lie en luy donnant
Novembre 1693. K
114 MERCURE
du jeu , de maniere qu'il ne puiße
remonter jusques à la fuperficie
de l'eau , il ne fe remplit jamais
d'air , car fi de temps en temps
onle picotte , afin de le faire contracter
rentrer dans fa coquille
, pour fairefortir l'air qu'on
pourroit prefumer qu'il auroit
puisé dans l'eau , il n'enfort aucun
globule , bien qu'il luy foit
abfolument neceffaire pour la vie,
& qu'ilpuiffe ouvrir & fermer
la foupape de la maniere qu'il le
veut.
Il est vray que les Poiffons
ont toûjours leur veffie pleine
d'air ; mais on feait qu'ils fauGALANT.
115
tent , & qu'ils viennent à lafuperficie.
Le Roy a donné le Gouver
nement Ae Fribourg à M' le
2
Marquis de Villars ,Lieutenant
General de fes Armées , &
Commiffaire General de Ca +
valerie . Il eft Fils de M¹ lc
Marquis de Villars , cy- devant
Ambaffadeur Extraordinaire
en Efpagne , & Chevalier
d'Honneur de Madame la
Ducheffe de Charres.
Le Gouvernement de Philippeville
, a cfté donné à Mª
de la Provenchere, cy devant
Kij
116 MERCURE
Lieutenant Colonel du Regi
ment de Vandofme , & Commandant
dans Scheleftat .
Mle Chevaher de Gaffion,
Lieutenant des Gardes du
Corps , a eu celuy de Mezieres.
Il a perdu un Frere à la
Bataille de Neervinde , qui
eftoit Enſeigne dans le melme
Corps.
M'le Comte de Solre a efté
gratifié de celuy de Peronne .
Il eft d'une des plus illuftres
Familles de Flandre, Chevalier
des Ordres du Roy.
Les Gouvernemens de Niort,
de Fefcamp & de Bar -furGALANT.
117
Aube , ont efté auffi donnez,
le premier à Mr de Lapara ,
fameux Ingenieur qui a beaucoup
contribué à la prife de
Nice , & à celle de Rofes ;
le fecond , à Mr de la Morte,
Lieutenant des Gardes du
a
Corps
Frere de M' de
Vatteville, Lieutenant General
des Armées du Roy , & le
trofiéme , à M' le Comte de
Brellay , Francontois, Maréchal
des Camps & Armées de Sa
Majefté , & cy- devant Ingenicur
dans l'Armée d'Espagne,
dont il a abandonné le party,
comme Sujet du Roy.
18 MERCURE
Voila comme les fervices
font toujours recompenfez .
On ne s'employe jamais inutilement
à faire triompher le
Roy. Outre le plaifir de bien
remplir les devoirs d'un bon
Sujet , & la gloire qui en eft
infeparable , il n'y a point
d'actions d'éclat qui ne foient
fuivies de biens & d'honneurs
fous le regne de Louis le
Grand. Comme la juftice eft
de fon cofté , fes Victoires,
font toujours certaines . Voicy
un petit Dialogue qui exprime
bien la verité de ce qui fe
paffe aujourd'huy.
GALANT. 119
LA RENOMMEE
traverfant l'Allemagne .
Mpuiffans Ennemis du grand Roy
que je fers ,
Dont je porte par tout la gloire ,
De vos Princes liguez apprenez le
revers ;
Je vais au bout de l'Univers
De LOVIS fur Naſſau publier la
Victoire.
De Rozes , d'Heydelberg à peine de
retour ,
Huy m'engage à faire une course nouvelle.
Nervvinde à fon tour me rappelle,
Louis pour le repos ne me laisse aucun
jour.
Affiegeant Charleroy fa conquefte eft
certaine ,
Je parts , le temps me preſſe , & je
n'auray qu'à peine
Le loifir d'achever mon tour.
120 MERCURE
L'ENVIE,
Qentens-je, cruelle Ennemie?
Quel bruit fatal viens - tu répandre
dans ces lieux ?
Quoy , Louis eft victorieux ,
Malgré l'Enfer malgré l'Envie.
Nassau , qui m'avez mal fervie ,
Que me fert- il d'avoir versé dans
vostre coeur
Tant de haine & tant de fureur ?
Je n'auray donc formé vostre Ligue
fatale ,
Que pour mieux fervir ma Rivale
Au triomphe de ce Vainqueur.
objet d'une indigne memoire ,
Quand j'attaque Louis , mes coups
tombent fous moy.
Ah , par quelle invincible loy
Faut-il que ce foit may qui le mene à
la gloire ?
GALANT. 121
Je vous envoye deux Madrigaux
, dont on a trouvé les
penfées d'autant plus agreables
, qu'elles font tout à fait
juftes. M' Diereville en eft
l'Auteur.
SUR LA CAMPAGNE
du Prince Louis de Bade.
Ade fur le Danube autrefoisgrand
Heros ,
Cherchoit les Ennemis , & leur faifoit
laguerre ;
Aujourd'huy fur le Rhin dans un
profond repos ,
Il évite les coups , & fe couvre de
terre.
On ne reconnoifl point le bras de ce
Vainqueur,
Nov. 1693 .
L
122 MERCURE
Quiportoit chez les Turcs l'épouvan
te & l'horreur.
D'où vient ce changement dans cette
ame guerriere ?
En voicy la raifon ; il aime les ha
Zards ;
Mais qui peut du Croiſſant approcher
les regards ,
Ne fçauroit du Soleil Supporter la
lumiere.
AU DUC DE CROY,
fur la levée du Siege
de Belgrade .
Voy ! tu viens de lever le Siege
de Belgrade ?
C'eft maldébuse , Duc de Croy ,
Les Turcs ſe prévaudront d'une telle
· cacade ,
GALANT 123
Ta valeur dans leurs coeurs caufera
peu d'effroy's
on fera revenir de Bade ,
Auffi- bien fur le Rhinfe tient- il clos
& coy.
Tagloire euft efté loin fans une telle
digue ;
Ilfaut i'en confoler , c'est une dure
loy ,
Mais tous les Heros de la Ligue
Nefont pas plus heureux que toy.
Il m'eft tombé entre les
mains unc Lettre fur les Maladies
qui regnent aujourdhuy
dans l'Europe . Je vous
en fais part. Rien n'eftant plus
precieux que la fanté , ce qui
la regarde eft toujours d'une
Lij
124 MERCURE
grande utilité à fçavoir.
A MONSIEUR
I
***
Lest vray , Monfieur , que
tout le monde voit avec peine
mourir tous les jours un grand
nombre de perfonnes . Comme fice
n'eftoit pas assez de la Guerre ,
pour eftrele Miniftre de la mort,
dont elle execute les ordres à la
rigueur , les maladies Epidemiquesfont
venues de furcroift pour
augmenter la mortalité. De dire
d'où viennent des Maladies univerfelles
qui regnent dans l'Europe
, c'est ce qu'on fe demande
GALANT 125
es uns aux autres , er qu'il n'eft
pas facile de découvrir . En effet,
tout ce qui eft extraordinaire a
une caufe occulte ; & qui est ce
qui peut trouver la caufe occulie ?
Vous voulez pourtant que je
vous écrive une Lettre fur ce fujet
, &puis que vous le voulez ,
il lefautfaire ; car quoy que je
ne fois pas le la Famille d'Efculape
, les liens de Lettres ont un
Brevet d'entrée dans toutes les
Facultez pour dire leurs avis
fur les matieres qui fe prefentent.
Je vais donc chercher partout
cette caufe occultes & peut - eftre
qu'à force de parcourir diverfes
Liij
126 MERCURE
regions , il y en aura quelqu'une
où elle fe laiffera appercevoir.
C'est d'abord voler bien haut ;
que
de s'élever jufques aux Etoiles.
Mais ilfaut pourtant que
je me guinde là pour y reconnoiftre
l'Orion , autrement la Canicule.
Vous fçavez qu'elle a esté
cette année dans un terrible afcendant
, c'est de là peut- eftre,
qu'est venu tout noftre mal . La
Canicule a donc eftéfurieuſe , &
fi l'on peut ainsi figurer l'action
la fuite de fes influences , ce
Chien enragé a mordu une infinité
de Gens qui en font morts . Ce
que j'attribue à la Canicule , je
GALANT. 127
le tiens d'Homere ce genie fi
eftimé de l'Antiquité. Il dit pofi
tivement au XXII. Livre de
fon Iliade , qu'elle menace de plufieurs
maladies mortelles . Il pretend
qu'elle fait le meſme ravagefurla
terre que faifoit Achille
dans le Camp des Troyens ,
que cet Aftre avec fes flammes ,
n'eft pas moins redoutable au
genre humain que ce Heros
l'eftoit aux Ennemis des Grecs
avec fon Glaive. Il est donc constant
que la Canicule qui s'en eft
prife à toute forte de gens , fans
diftinction d'Etats ny de lieux ,
n'a point efte depuis plufieurs
J
L iiij
128 MERCURE
années fi ardente que celle- cy
Noftre Zone temperée eftoit devenue
une Zone Torride. Le Soleil
au lieu de rayons doux & falutaires
, lançoit des Dards embrafez
, & nous avions des jours
d'Afrique dans le Climat de
l'Europe . Ne feroient- ce point
les grandes ardeurs de la Canicule
, les chaleurs brulantes de cet
Aftre , qui auroient allumé le
feu de tant de fieures?
Avant les chaleurs exceffives
de l'Eté , nous avions eu des
pluyes continuelles dans le Printemps.
Ce n'eftoit que des Eaux
dans l'air & fur la terre , tor- i
GALANT
129
rensrivieres , inondations . On
euft dit qu'ily avoit une revolu
tion des eaux du Deluge . Tant de
pluyes ontfans doute gafté l'air ,
& l'air gafté a beaucoup nuy
aux corps. Nous vivons dans
l'air comme les Poiffons dans
l'eau , car l'air n'eft qu'une eau
fubtile , comme l'eau est un air
épaiffi coagulé. Si donc , lors
que l'eau eft corrompue les Poiffons
en foufrent , il n'est pas
étrange que l'air eftant corrom-
риpu , il ait fait naistre de fâcheu-
Les frequentes maladies, mefmefatales
à ceux qui en ont esté
atteints. Comme nous avons ex
130 MERCURE
Homere pour garant du pouvoir
de la Canicule à nuire fur la
terre , il y a auffi un Auteur d'un
grand nom qui
qui impute aux
pluyes exceffives des fuites dangerenfes
& funeftes . C'eft Hip
pocrate, qui dans la Section troifieme,
à l'Aphorifme onzieme
dit pofitivement , que lors qu'il
y a de grandes pluies dans le
Printemps , il arrive nece neceffairement
dans l'Eté , des fievres malignes
, fur tout aux Femmes &
aux autres personnes , qui , comm
elles, ont un temperament foible
delicat. Voilà la Prediction
de l'Oracle , voicy l'accompliße
GALANT. 131
ment dans noftre trifte experien
ce. Les pluies font tombées avec
debordement en Avril & en
May. Les Fieres font venues
en Fuin & en Fuillet ,
continuent dans l'Automne . Il·
lors
que
elles
dit
mefme que
a efté fec , & accompagné
de
l'Hiver
vents Septentrionaux , cette fechereffe
de l'Hiver fe tourne en
grande humidité dans le Printemps
, & que les vents Septentrionaux
degenerent en vents de
Midy. Cela eft arrivé ; tel a
efté noftre Hiver , tel eft devenu
noftre Printemps. Le derange
ment des Saifons eft rude , é un
132 MERCURE
corps aufi infirme qu'est le corps
bumain , ne peut pas toujours refifter
à ces variations du temps.
De cette forte, le temps ayant
efte indifposé dans l'Hiver , dans
le Printemps , & dans l'Efté ,
les Hommes ont fuivi le temps
&font devenus malades. Permettez
- moy de joindre à ce que
je viens de dire , une confidera
tion Phyfique . Je remarque ··
je foutiens que les grandes &
continuelles pluies du Printemps
ont trop lavé l'air , comme les
Torrents dégraiffent les terres où
ils paffent, & emportent leurs
Sels d'où depend leur fecondité,
t
GALANT. 133
les
Lespluies ont enlevé à l'airfon!
Nitre , elles l'ont fait fondre
elles l'ont deftitué de fon efprit &
de fa vertu. L'air eftant ainfi
noyé , & devenu fierile & impuiffant
, que pouvoient devenir
corps refpirans cet air aride
detruit , finon languir , tomber
enfoibleffe , & enfin mourir?
Cette obfervation trouvera fon
jour dans un exemple de la machine
Pneumatique . Lors qu'on
pouffe l'air hors d'un vafe de
verre dans lequel on a mis un.
Oifeau qui y a le mesme espace
que dans fa Cage , pour s'y remuer
fauter, il arrive à me134
MERCURE
1
fure que le reffert de la machine
jouë , & que l'airfort du vafe,
que l'Oiseau qui eftoit gay , comlanguir.
Il ouvre fon
mence a
petit bec n'en pouvant plus , ilfe
laiffe tomberfur le dos de fes plu
mes , & fi on ne fe preffoit alors
de laiffer rentrer l'air dans le vas
fe , il mourroit dans le moment.
Voila le modele precis de ce
qu'ont fait les pluies. Elles ont,
pour ainsi dire , pompé le Nitre
hors de l'air , elles luy ont fouftraitfa
vertu elaftique ,fon efprit
wife puiffant ; elles luy ont
fait perdre fa force fon effence.
Quel fort eft celuy des corps huGALANT
.
135
mains reduits à respirer un air
qui n'eft plus air , qui n'a plus
Jon ame & fon mouvement , que
d'eftre foibles , malades , & en
danger de mort , à moins d'avoir
une vigueur extreme pour fe fou
tenir dans un pareil état , jusqu'à
ce que l'air foit revivifié , qu'il
foit rentré dans fa premiere com
pofition, & qu'il ait recouvréfa
Substance nitreuse.
for-
Aprés eftre defcendu des Aftres
dans l'air , il faut encore defcendre
de l'airfur la terre. Je me
me icy une idée de la Terre comme
d'une Mere- nourice.Le mauvais
lait des Nourrices , fait perir
136 MERCURE
>
les enfans ; la mauvaise nourri
ture qu'on tire de la terre fait le
meſme préjudice à la vie des perfonnesqui
la reçoivent ; on foufre
, on languit , & cela va fouvent
à la mort. Or à confiderer
la maniere dont on a vécu &
la qualité des alimens qu'on a
priscette année , on a esté mal
fubftanté. Ceres Bacchus , c'est.
à dire , les champs & les vignes
ne nous ont pas laiffé manquer
de pain & de vin , mais le
pain n'a pas efléfait de bon Blé ,
& le vin par une verdeur inufitée
n'efloit pas potable . Les Legumes
& les fruits n'ont pas acquis
GALANT.
137
leur maturité . On amiſme obfervé
avec des Microfcopes , qu'il y
avoit fur leur premiere peau , de
petits Vers , qui eflant pris avec
les fruits & les Legumes que l'on
mangeoit,font devenus degrands
ennemis de la fante à plufieurs ,
& de la vie à quelques uns ,
comme il a paru dans les Malades
qui n'ont este gueris qu'en
rendant des vers , e dans ceux
qui ne les ayant pas rendus en
font morts. La viande non plus ,
n'eftoit pas de bon fuc . Le Betail
a langui cette année , il a eflé
maigre ,fans graiffe , & ſe ſentant
des mauvais pafcages . N'y
Nov. 1693 . M
138 MERCURE
a- t- il pas en tout cela un fujet
complet de Maladies ? Rien de
bon dans le pain , dans le vin
dans la viande , dans les fruits ,
dans les legumes , tout eftant mal
conditionné. Enfin mauvaiſe
nourriture , mauvais lait de la
Nourrice commune du genre bu
main , ne pouvoit que faire languir
enfin mourir plufieurs
Nourriçons.
Onpeut encore rreeggaarrddeerr la terre
dans la double impreffion qu'elle
areceue des pluies continuelles
du Printemps des grandes
chaleurs de l'Efté. Les plaies ont
noyé la terre , qui en eft deve-
> &
GALANT. 139
nuë marecageuſe , & l'on sçait
combien les Marais fent mal
fains. Les chaleurs brûlantes de
l'Eté leur ont fuccedé , elles ont
trouvé les pores de la terre oùverts
, elles en ont élevé des
vapeurs & des exhalaifons mortelles
, matieres des fieres putrides
, des maladies aigres , & caufes
des funerailles qui s'en font
fuivies. Enfin il paroift que
cette année eftant fi mal compofée
, n'a pû eftrè qu'une année de
maladies de mortalité , ce qui
fait la fanté & la vie de l'homme
, c'est l'humide radical & la
chaleur naturelle dans un état ju
Mij
140 MERCURE
c'est
fle & temperé. Si l'un & l'autre
tombent dans l'excés , que Phumide
radical foit inondé de fluxions
, & que la chaleur naturelle
foit augmentée à un degré
extrême par un feu étranger , il
n'y aplus de temperament
,
un defordre , une revolte qui caufe
une guerre civile dans le corps.
Tel a esté , pour ainfi dire, l'humide
radical la chaleur naturelle
des Saifons . Leur eftat a efté
troublé par les pluyes exceffives
du Printemps, & par les chaleurs
extraordinaires
de l'Efté; il n'y a
plus eu de conftitution l'air temperé.
Ainfi le Temps fe portant
GALANT. 141
mal , on a eu part à cette indifpo
fiion , les maladies en font nées,
elles ont attaqué le Genre humain,
elles ont couché plufieurs perfon
nes dans le lit , & plufieurs dans
le tombeau .
Voila, Monfieur, tous les Conjurez
contre la fanté & contre la
vie de l'homme . La Canicule
d'Homere , les Pluges d'Hippo
crate , l'air deftitué de fon Nitre,
la Terre mauvaise Nourrice,
donnant de mauvais lait , eilemefme
mal nourrie, n'eftant point
empregnée de Nitre que l'Air a
de coutume de luy donner ; enfin
les vapeurs & les exhalaifons
142 MERCURE
milignes quifont forties des en
trailles de la Terre , & qui ont
infecte celles de l'homme ;¿ que de
Conjurez! Heureux ceux qui ont
pû fe fauver de leur attentat.
Vous & moy, Monfieur,fommes
de ce petit nombre d'heureux ,
pour nous conferver , je vais finir
cette Lettres car s'il y a du rifque
en demeurant trop longtemps
auprés des Malades , qu'on ne
prenne leur mal , il pourroit eftre
dangereux d'avoir un plus long
commerce avec les Ennemis de la
fanté de la vie de l'homme.
On a receu des nouvelles
GALANT. 143
d'une mort , qui pourra faire
changer la fituation des affai
res d'Allemagne . C'elt celle
du Chancelier Stratman , pre
mier Miniftre de l'Empereur,
qui entretenoit ce Prince dans
un efprit de guerre, quoy qu'il
foit naturellement bon , &
qu'il ait beaucoup de pieté.
Le Livre inriculé , Etat prefent
des Affaires de l'Europe , que je
vous envoyay au mois de Janvier
dernier , a dû vous faire
connoiftre à fond ce Miniftre
qui vient de mourir , & dont
les confeils ont cfté fi ruineux
à la Religion Catholique, puis
$44 MERCURE
qu'ils ont engagé la Maifon
d'Auftriche , à maintenir un
Ufurpateur , qui comme Chef
du Party Proteftant , ne cherche
qu'à la détruire , & ne tire
d'argent de ceux qui font
entrez dans les interefts , que
pour maintenir les Proteftans
en perfecutant les Catholiques
.
Je vous ay déja parlé des
quatre parties des Forces de
l'Europe qui ont efté données
au Public La cinquiéme
vient de paroiftre . On trouve
d'abord une Table divifée en
huit colomnes , dont les cinq
premicies
GALANT. 145
premieres contiennent les
noms des Plans qui y font
enrrez . Ceux de la cinquièmes
partic que l'on vient de met
tre au jout,font le Plan de Pay
ris, trois feuilles du Canal de
Maintenon, Lifle , Liege , Lu
xembourg , le Sas de Gand
Arras , les Forts de la Keno
que , François , & Louis , les
environs de Francfort , Heya
delberg , Hailbron , Rhein
fels , le Plan de Fribourg , la
veuë de Fribourg , Balls , le
Combat de Leuze & celuy de
Steinkerke ; la Bataille de
Neerwinde , Quebec affiegé
Νου . 1693 .
$
N
Ï46: MERCURE
par les Anglois, & Charleroy
.
Le Plan de Paris, qui fe trouves
à la tefte de cette mefme par
tie , quoy que petit , ne laiffe
pas d'eftre auffi correct que
le grand , & il n'y manque ny
ruës , ny ruelles , my Culs de
fac. Il eft de la plus belle grayoure
qui ait jamais paru pour
un Plan. Ces cinq parties fo
vendent
à Paris chez l'Auteur,
dans l'Ile du Palais , fur le
Quay de l'Horloge
, à la
Sphere Royale . Il donnera
d'année en année les trois parties
qui reftent pour achever
ce grand Ouvrage.
GALANT. 147
Le Jeudy 12. de ce mois, M
du Bois , celebre par les excellentes
Traductions qu'il
nous a données des Lettres de:
Saint Auguſtin,& de plufieurs
Traitez de Ciceron, avec des
Notes auffi curieufes que fçavantes
, fut receu en l'Acade
mie Françoiſe , à la place de
feu M de Novion , premier
Prefident au Parlement de Pa
ris. Son Difcours receut de
grands applaudiffemens , & il
en eftoit tres- digne. Aprés
avoir marqué avec beaucoup
d'éloquence qu'il connoiffoir
tout le prix de l'honneur qu'
Nij
148 MERCURE
on luy faifoit en l'admettant
dans une Compagnie illuftrée
par les plus éminentes Dignitez
de l'Eglife & de l'Etat , 16--
ceue dés la naiffance dans le
fein du grand Cardinal de Richelieu
, dont elle avoit partagé
les foins & l'application,
recueilic aprés fa mort par un ,
Chancelier , d'un merite égal.
à fa dignité , & enfin adoptée .
par le Roy mefme , qui a bien ,
voulu s'en declarer le Proceteur
, & en établir le Siege
jufque dans le Sanctuaire de
la Majefté Royale , il dit que
cet honneur eftoit encore reGALANT.
149
hauffé par la place où il avoit
peine à foutenir de fe voir ,
quand il penfoirqu'on l'avoit
veuë remplie par un Magiftrat
d'un merite qui l'avoit
élevé jufqu'au faite du plus
augufte Tribunal de la Juftice
, d'un nom en poffeffion
des plus hautes dignitez de
l'Epée auffi bien que de la
Robe , d'une fidelité hereditaire
& inviolable pour fon
Roy , dans les temps les plus
difficiles ; d'un efprit aifé ;
d'une éloquence vive & concife;
& d'une capacité proportionnée
à la grádcur de ſes em
·
Niij
10 MERCURE
plois , & dont les changemens
de fortune n'avoient fervi qu'à
faire connoiftre qu'il poffe
doit également , & les vertus
-de la vie privée , & celles de la
Magiftrature. Il ajoûta", en
parlant de ce que Meffieurs de
l'Academie ont fait pour la
Langue , en la fixant par le Di-
Ctionnaire qui eft preft à voir
le jour , que ce n'eftoit que la
moindre partie de ce que l'Eloquence
leur devoit ; qu'ils
en avoient banny ces affectations
pueriles , qui estoient
comme fes jouets dans l'enfance
où ils l'avoient trouvée,
GALANT
& tout ce fafte d'érudition ,
qui n'eftoir qu'un fupplement
à la difette des penfées ; qu'ils
luy avoient ofté cette vaine
parure de grands mots qui en
tretenoient la fauffe idée qu'-
con s'en eftoit faite au commencement
de ce Siecle , &
qu'ils l'avoient reduite à cette
noble fimplicité , qui fure de
fon prix & de fon merite , dédaigne
tous les ornemens é- ·
trangers ; qu'enfin ils avoieht
appris au Public , que pour
parler éloquemment il ne faut
que fçavoir la Langue , & bien
penfer , & que le difcours le
N iiij
112 MERCURE
.
1 plus parfait eft celuy où la fus
blimité & la continuité des
penfees laffe le moins faire
d'attention aux paroles , & que
la feule neceffité de paffer par
les fens pour aller à l'efprit ,
rend different du langage des
Anges . Il paffa de là à l'Eloge
de noftre Augufte Monarque
,
& dit que bien loin de chercher
à relever l'éclat de fes '
les fecours de l'E- actions
par
loquence , on n'eftoit en peine
que de le temperer jufqu'à la
portée de nos yeux . Et quels
yeux , continua - t- il , ne feroient
éblouis de ce que le
GALANT . 153
faire
1
4
zele & l'amour de la Religion
, autant que le foinde fa
gloire & de fon Eftat , luy font
pour rompre les efforts
d'une Ligue , qui par une efpece
d'enchanteinent , alç u
reunir tant d'interefts oppofez
, & de Religions differentes
, & foulever contre luy
prefque toutes les Puiffances
de l'Europe ? Mais à quoy a- telle
fervi , qu'à tirer la valeur
du Roy de la contrainte où fa
moderation la tenoit depuis
long- temps , & à faire voir par
Jes Conqueftes qu'il fait fur
tant d'Ennemis affemblez , ce
154 MERCURE
2
"
qu'il pourroit contre chacun?
Combien de fuccez fur terre
Ic
& fur mer dans cette derniere
Campagne ! Combien de Villes
conquifes Combien de
Batailles gagnées ! " Et quelle
Victoire plus glorieufe & plus
complette que celle que
Roy vient de remporter en
Piedmont ? En quel cftat reduit-
elle un Prince , qui fier
d'une Puiffance empruntée
,
a ofé fe mefurer à celle de
noftre Maiftre ? Heureux , fi
fes difgraces pouvoient luy
faire comprendre qu'il n'y a
de falut pour luy, que dans les
bonnes graces du Roy ! Tou
1
GALANT: 155
tela vie de ce grand Monar
que eft pleine de parcils Miracles
, mais j'ofe dire que
ce qui fait la gloire des autres
Princes nuit à la fienne , &
qu'il y a toûjours à perdre
pour luy, lors que par le bruit
de fes Exploits , il détourna
noftre attention de fes Vertus
interieures . Quel fpectacle
offrent- elles aux yeux de l'efa
prit ? Quel prodige , que l'Al
liance qu'il a fceu faire dés fes
premieres années du Souve
rain pouvoir , & de la fouve
raine moderation ! Quel fpectacle
encore une fois , qu'un
pouvoir fans bornes fous le
1-6 MERCURE
joug de la raifon , & fi parfaitement
affujetti aux Loix les
plus feveres , je ne dis pas de
T'humanité , mais de l'honnelteté
mefme & de la politef
fe que dans toure la vie du
Roy , il ne luy eft pas échapé
une feule parole qui puft contrifter
le moindre de ceux qui
ont l'honneur de l'approchert
Voila ce qui achevé dans le
Roy , le caractere d'un veritable
Heros , & qui le diftingue
fi noblement de ces faux
Heros , dont toute la verti
n'eft que hauteur & ferocité.
Si l'on tient compte aux au
GALANT. 157
tres hommes de ce qu'il paroift
de moderation en eux ,
quoy que ce ne foit dans la
plus part que l'effet de leur
foibleffe & dé leur impuiffan
ce , qui peut jamais affez admirer
celle d'un Prince qui n'a
qu'à vouloir , & en qui elle n'a
point d'autre frein que fa Sageffe
? Quelle autre Vertu fo
foûtiendroit fi elle eftoit mife
à une telle épreuve , & qui
eft ce qui ne fuccomberoit pas
quelquefois à l'envie trop na
turelle de faire fentir , aux dépens
mefme de l'humanité ,
qu'on eft le Mailtre ? Mr du
158 MERCURE
Bois finit en difant à M de
l'Academie , qu'ils devoient
à la pofterité , le Portrait de
certe grande Ame , & que
c'eftoit à eux à luy tranſmettre
pour l'inftruction des
Rois , ce que nous admirons
le plus dans le noftre.
Mrl'Abbé Teftu de Mau
roy , ancien Aumofnier de
Madame , & alors Directeur
de l'Academic , repondit à ce
difcours d'une maniere qui fit
connoiftre qu'il eftoit tres - digne
de l'avantage qu'il avoit
de parler au nom de la Com
pagnie . Il dit d'abord à M' du
*
CALANT 159
Bois , que l'Academic Fran
Coife, egalement fenfible à la
perte & à l'acquifition des
Sujets qui la compofent , cu
vroit ce jour-là fes Portes ,
pour témoigner publiquement
fa joye & fa douleur ,
affeurée que foit qu'elle cele
braft le merite du Défunt Il
luftre dont il rempliffoit la
place , foit qu'elle couronnaft
le fien , elle trouveroit autant
d'approbateurs, qu'il y avoit
de perfonnes diftinguées dans
la Republique des Lettres . Il
ajoûta au Portrait qui avoit
efté déja fait des rares qualitez
160 MERCURE
он
de feu M de Novion , l'Eloge
qui eſtoit deu à la fageffe qui
l'avoit fait defcendre du haut
degré où l'avou élevé fon merite
, en le mettant à la telle
du plus augufte Senat du
monde. Il n'eft pas ordinaire ,
dit - il , de trouver des perion.
nes capables des grands Emplois.
Il l'eft moins encore de
leur voir garder une jufte moderation
lors qu'ils yfont une
fois établis , mais il eft furprenant
qu'ils renoncent à
l'autorité , aprés en avoir goûté
les charmes. Le poids dest
années a beau furvenir à celuy
GALANT. 161
des grandes Affaires ; ils traînent
les Liens d'Or & de Pourpre
qui les attachent , fans avoir
la force de les rompre , &
fi par un bonheur qui n'arrive
prefque jamais , ils entrevoyent
l'Innocence & la douceur
de la vie privée, c'eft toûjours
fi inutilement & fi tard ,
que lafeduction de cette même
autorité qui leur a fait
tout entreprendre , ne leur
fçauroit permettre de la quitter
. Il paffa de là à l'avantage
que M du Bois avoit eu d'etre
Gouverneur de feu M' le
Duc de Guife , Neveu de Ma .
Νου . 1693 .
O
162 MERCURE
demoiſelle de Guife , qui
avoit bien voulu fe fervir de
fes Confeils en toutes fortes
d'occafions , & en parlant des
productions de fon genie , il
die qu'elles n'eftoient plus entierement
à luy , & que ces fi
delles Traductions des Lettres
, des Confeffions , & des
autres Ouvrages de Saint Auguftin
que le Public a reccus
avec tant d'applaudiſſement ,
les Offices de Ciceron , fes
beaux Traitez de l'Amitié , de
la Vieilleffe , & des Paradoxes
fi ingenieufement enrichis de
Remarques également picu
GALANT. 163
Tes & fçavantes, oftoient un
bien que l'Academie avoit
droit de partager avec duy. Il
ajouſta qu'il la 2 trouveroit
appliquée à compoſer une
Grammaire de noftre Langue ,
& fur le point de publier fon
Dictionnaire , mais que ce qui
l'occupoit davantage , eftoit
le foin de travailler à la gloire
du plus grand Roy du monde .
Que le Prince ambitieux ,
pour fuivit- il , qui a déja fcduir
la plus grande partie des
Puiffances de l'Europe , acheve
de multiplier les forces de
fcs Allicz , Louis le Grand a
O ij
164 MERCURE
trois Puiflances avec quoy il
reduira toutes celles de la terfe
, fa Tefte , le Bras de fes Generaux
, & le Coeur de fes
Peuples . Avec cela , point de
Confeils qu'il ne diffipe point
de Fortereffe qu'il ne foudroye
, point de Victoire qu'il
ne remporte , Roches efcarpées
que la fituation rend audacicufes
vous n'eft es plus
imprenables Fameufes journées
de Staffarde , de Steinkerque
, de Neerwinde , de
la Marfaille , vous ferez éter
nellement memorables par la
honte & par la defaite enriere
GALANT 16
de fes Ennemis.Voiles innombrables
, qui occupiez cout
Ocean pendant cette derniere
Campagne , & qui me
naciez fi fierement hos Coltes,
fuyez , rentrez dans vos Ports,
le Frere de Louis le Grand eft
trop prés de vous . Il finit en
difant à Modu Bois , qu'il de
voit fe fouvenir qu'un Acade
micien eft un homme confa
cré à la Gloire du Roy , & que
fi ceux qui font témoins de
fes grandes Actions ont tant
de peine à publier dignement
les prodiges de fon Regne , la
Pofterité n'en aura pas moins
à les croire.
166 MERCURE
Ces deux Difcours ayant
eſté prononcez , Mª l'Abbé
Tallemant leut une fuite du
Poëme de la Creation du mon
de de M' Perraut.C'eftoit l'en
droit du Deluge . On y trouva
des defcriptions tres - vives . Il
leut enfuite les Vers que je
vous envoye . Ils font de M
Boyer, & furent extremement
applaudis.
GALANT. 167
A M LE
MARESCHAL
DE CATINAT.
T
Rop foible pourpouvoirſuf÷
fire
A chanter les fameux Exploits ,
Par qui le Roy, vangeurdes Rois ,
Voit croiftre tous lesjoursfon Nom
&fon Empire,
MaMufe fatiguée eftoit prefque aux
abois ;
Cependant , Catinat , ta derniere Vi-
Etoire
Me force, malgré moy , de donner à
ta gloire
Le reste languiffant d'une mourante
τοίχο
068 MERCURÈ
Un Prince infidelle à la France,
Rompant une augufte Alliance ,
Pour s'unir à la Ligue expofe fes
Etats
Embraffe aveuglement ſon projet témeraire
,
Etfur une pompeuſe & brillante chi
mere ,
Se prefte contre nous à tous ſes attentats.
Efclave ambitieux des fecours qu'on
luy donne ,
Il laiſſe Amis , Sujets , &fa propre
perfonne
Gemir fous un joug inhumain ;
Et voit avec indifference ,
Tous fes Voifins en proye à l'injufte
licence,
A toutes les fureurs du barbare Germain.
LOUIS
GALANT. 169
LOVIS qui des Tirans aime à purger
la terre,
Choifit fans balancer , & trouve en
luy la main
Qui pouvoitfagement gouvernerfon
Tonnerre.
S
Ouy , c'est par toy , genereux Ca
tinal ,
Que ton Roy veut forcer l'azile impenetrable,
Où nous voyons l'orgueil d'un Prince
ingrat
Ofer braver fa foudre inévitable,
Pour le combattre & vaincre feurement
,
Il oppofe ton Zele à fon ingratitude,
Ta patience a fon inquietude ,
Et ta fageffe à fon emportement.
S
Avec ces armes invincibles
Nov. 16.93 .
P
170 MERCURE
On te voit à chaque moment,
Pour chercher l'Ennemy qui t'attend
fierement,
Percer des lieux inacceffibles.
Tous les ans les plus beaux Lauriers
Cueillis fur des rochers horribles,
Couronnent tes exploits guerriers.
Lors que de l'Ennemy les Troupes
trop nombreuses ,
De nos armes victorienfes
Bornant le cours précipité ,
Te redmifent à la défenfe ;
L'infatigable vigilance,
Et la fage intrepidité ,
Font contre leurs efforts de puiffantes
barrieres ,
Et redonnent à nos Frontieres
Lear premiere tranquillité.
C'est alors quefçavant dans cet Art
militaire,
Quifçait gagner du temps ; &femble
ne rien faire ,
GALANT. 171
Quand il agit avecque moins d'éclat,
Tu meditois ta derniere Victoire,
Et preparois fi bien le fuccés du
Combat,
Qu'elle t'a fait jouir de tout ce que
la gloire
Ade plus precieux & de plus delicat.
S
La Victoire jamais ne fe montra fi
belle ,
Tu nous la fais paroistre avec tous
fes appas.
On la voit quelquefois aux deux partis
cruelle ,
Balancer le fuccés , & ne s'expliquer
pas.
Aujourd'huy toute entière à ton party
filelle,
Elle fçait ménager le fang de nos
Soldats ;
Pij
172 MERCURE
On ne murmure plus contre elle ,
Et ce n'est que pour toy , dés que ta
voix l'appelle
j
Qu'elle fuit d'un plein vol tes ordres
& tes pas.
Elle eft entre tes matns juste , modefle
, fage ,
Et de tant d'Ennemis défaits ,
Ne veut tirer autre avantage ,
Que d'eftre enfin l'heureux paffage
Des fureurs de la Guerre aux dou
ceurs de la Paix .
S
Pour remplirde Louis le deftin heroi
que,
Songe qu'eftre à la fois Roy , Conquerant
, Vainqueur ,
Que tout ce que ces noms ont de plus
magnifiqus ,
' égalepoint le nom de Pacificateur.
GALANT. 173
Pour répondre à fes voeux ofe tout
entreprendre,
"
Il faut que ta tefte ou ton bras
Forcent l'Ennemy dese rendre ;
Que fa perte , ou la Paix , finiffent
nos Combats .
Achevefi l'ingrat ofe encor fe défendre
,
La Paix Je prépare à defcendre.
Que l'Ennemy la voye , & n'en
jaüife pas.
S
Ou plutofl fecondant la grandeur de
courage,
Dont ton Royfit toujours un fi parfait
ufage,
Quelque ardeur , quelque espoir
qui preffe ta valeur,
Croy qu'entre fes vertus la bonté
dans fon coeur
Occupe la premiere place .
Piij
174 MERCURE
Dans quelque extremité , dans quel
que grand malheur
Que le Vaincu demande grace,
Noftre puiffant Monarque eft presti
la donner ;
En faveur de la Paix ménage fa victoire.
Vaincre pour ce Heros eft une moindre
gloire-
Que la gloire de pardonner
Voicy une feconde Lettre
l'Abbé Deflandes , de M
Grand Archidiacre & Chanoine
de Treguier , dont on
vient de me faire part .Vous ne
devez point vous attacher à
l'ordre des temps où ces Lettres
ont efté écrites , mais feuGALANT.
175
lement aux chofes curieufes
qu'elles contiennent .
A M LE CHEVALIER
44
DESLANDES
Garde de la Marine.
·D
Ans le mefme temps que
vous m'écrivez
de la
mer de devant Cadix , que
vous me mandez la defaite de la
Flotte destinée pour Smirne ;
nous recevons icy les nouvelles
d'une entiere Victoire que M³ le
Marechal
de Luxembourg
a
P iiij
176 MERCURE
remportéefur les Princes de Ba
viere er d'Orange . Je n'ay pú
live la Lettre du Roy qui en explique
les circonstances
, que je
n'aye en mefme temps foupire
vers le Ciel , pour demander au
Dieu des Armées la confervation
d'un Monarque
qui est fa
vive Image , & fa parfaite reprefentation.
Comme Louis le
Grand n'a pris les armes que
pourfoutenir la gloire des Autels
, les interets de l'Eglife , &
la verité de la Religion , le Ciel
par un retour de reconnoiffance
est obligé de proteger , d'aimer
de conferver un Souverain ,
GALANT 177
qui eft dans tout le monde l'uni
que azile des Autels , de l'Egli
de la Religion . fe
Que de Sageffe , que de Grana
deur d'ame , que de moderation
dans ce Fils Aifné de l'Eglife !
Vous avez esté, mon cher Ne
veu , le Témoin de la moderation
du Roy , puis que vous me mandez
que par une pure compaffion
pour le Peuple de Cadix , cette
belle riche Ville n'a pas esté
&
bombardée.Vous avez raiſon de
me dire que les ordres de Sa Majesté
ne pouvoient jamais estre
mieux executez que par Mr le
Maréchal de Tourville . Demen-
感
178 MERCURE
rons d'accord que l'Hiftoire du
Rovfera Péronnement de tous les
fiecles , mais pourra t'on parler
de Louis le Grand , l'Empereur
des François , & le Roy de la .
Mer ,fansparlerde Mle Ma
rechal de Tourville ?
Je vous vois dans l'empreſſement
de fçavoir l'Hiftoire de ce
Marechal fous qui vous avez .
l'honneur de fervir ; je vais vous
en dire quelque chofe . Anne
Hilarion Coftentin , Comte de
Tourville , fut fait Chevalier de
Malte à l'âge de quatre ans . Il
n'en a pas fait les voeux , il s'eft
fignalé en plufieurs occafions . Il
GALANT . 179
fut le premier qui fe jetta fur
un Vaiffeau Turc qu'on avoit
abordé. Il donna des marques d'u
ne valeur extraordinaire dans
un Combat particulier de Galere
en Galerei huit cens Faniſſaires
qui eftoientfur la Galere Turque
furent faits Prifonniers . Aprés
fes Caravanes, il arma un Vaif
Seau en Courſe avec le Chevalier
d'Hoquincourt. Ils firent des
prifes confiderables. Ils mirent
hors de Combat fept Vaisseaux
d'Alger, en enleverent trois .
Ils furent enfuite attaquez par
trente Galeres , dont les princi
pales allerent les aborder . Aprés
180 MERCURE
un (anglant Combat , les Gale
res furent obligées de faire une
bonteufe retraite.
En l'an 1667. le Roy le fit
Capitaine d'un de fes plus beaux
Vaiffeaux , il s'est trouvé dans
toutes les Batailles navales , où
il s'eft toûjours fort distingué
Premierement dans celle de Solsde
canon.
bey en Angleterre, où il demeura
en Ligne , quoy que fon Vaif
feau fuft percé de coups
Secondement dans les Bancs de
Hollande , où il fut detaché. pour.
attaquer les Ennemis , & enfin
dans la Mediteranée
, où il fut
commande pour aller dans le ĠolGALANT.
181
2
fe de Venife . La il brula un Vaiffeau
Ragufois qui portoit des
Troupes aux Ennemis , nonobflant
efeu quefaifoit la forteref
fe deBarlette. Il enleva un Vaiffeau
de foixante Canons chargé
de bleds , dont il fecourut Meffine.
Il entra le premier dans le
Port d'Arouste , aprés avoir
foudroyé la Ville de Reggio. Il
detachafa Chaloupe commandée
par le Comte de Coetlogon pour
aller fous le Fort d'Avolas , &
Payant fuivy dans fon Canol ,
ils contraignirent le Fort de fe
rendre , firent arborer le Pavillon
de France. Ayant enfuite
18: MERCURE
efté commandé
pour
aller avec
le mefme Comte de Coetlogon ,
faire de l'Eau à Malte , il eut
avis qu'il y avoit dans le Port
de Souffe für les Costes de l'Affrique
dix fept Vaiffeaux Ennemis.
Il fu Voile de ce costé là. Il
fe mit dansfa Chaloupe à l'entrée
de la nuit . Il accompagna fon
Canot chargé de feux d'artifices ,
mitle feu dans une Polacre , &
brula plufieurs Vaiffeaux.
En 1677. ilfut fait Chefd'Efcadre
, Commandant fous le Marechal
de Vivone . Il se trouva
devant Palerme où il brula l'A
miral d'Espagne avec neuf des
GALANT. 182
plus beaux Vaiffeaux. Dans le
Combat des Ifles de Strombolly,
ilfe détacha de fa Ligne , accompagna
fon Brulot , s'attacha
au Vaiffeau de Ruiter , & ne le
quitta point qu'il ne l'euft ves
fauter en l'air, En 1681. Il fut
fait Lieutenant General. Ce fut
luy qui pofla la premiere Galiote
pour bombarder Alger en plein
jours il contraignit cette Nation
farouche à venir demander
la Paix , dont il dreẞ les Articles
.F'oubliois de vous dire qu'il
fe trouva au bombardement de
Gennes , &que ce fut luy qui alla
le premier l'épée à la main at184
MERCURE
taquer & forcer les Ennemis
dans leurs Retranchements
. En
1688. it aborda Papachin
; & ce
fier Amiral Efpagnol , malgré fa
fierté ,fut obligé defaluer le Pavillon
de France
, Le Roy pour
reconnoifire
tant de fignalez fervices
le fit Vice- Amiral . L'an
1690. le 20. deJuillet , il gagna ,
quoy que le vent luy fust contraires
la fameufe Bataille des Ifles
de VVithfur les Flottes Hollandoifes
& Angloifes. Il coula bas
feize de leurs gros Vaiffeaux
en brula plufieurs , força les Ennemis
de fe retirer dans leurs
Ports , demeura
le Maifre de la
GALANT. 185
Mer, & pour comble de gloires
il fit en Angleterre une Defcente
qui jetta la terreur dans tout
le Royaume
.
·M Charonnier Commissaire
de la Marine, & dont vous connoiffez
le merite , me mande que
le Parfait qui eft le Vaiffeau que
vous montez, defarmera à Toulon.
Vous allez paßer vofire Hiver
dans la plus belle Province
de l'Europe . Vous lirez avec
plaifir l'Hiftoire des Hommes Illuftres
de Provence . L'Auteur
eft fi connu & fi eftimé dans le
monde , qu'il fuffit de nommer.
M Moreri. Ce fut chez M
Novembre 1693. Q
186 MERCURE
de Pompone que je fis connoiffan
ce avec ce Sçavant Ecclefiaftique.
Il me donna cette Hiftoire que je
vous envoye , &je luy fis prefent
d'un Livre qui luy avoit
echapé. C'eft le Voyage en Tartarie
qu'avoit fait Guillaume de
Rubruquis,de l'Ordre des Freres
Mineurs , qu'il avoit entrepris
par un ordre exprés de S. Louis ,
à qui il dedia fon Livre. Il dit
dans fa Preface , que les Tartaqui
fe rendoient fi formidables
à toutes les Nations , ne redoutoient
rien tant que les François ;
il ajoûte que cette eftime des
François a eftéfi generale ; que
GALANT. 187
l'Empereur Frideric fe declara en
faveur de la Nation Françoife ,
des Chevaliers François . Ce
fur dans cette fameufic Chanfun
qu'il compofa , en fe rejouffant
avec ſes Courtisans & tous les
Grands de l'Empire . Il la compofa
en la Langue Provençale ,
qui eftoit pour lors en vogue "dans
toutes les Cours de l'Europe . Cet
Empereur aprés avoir loué toutes
les autres Nations , & expliqué
leur Caractere , fe déclara en
commençant en finissant enfa
veur des François , Plafmi Cavalier
Francez , c'est ainsi qu'il
commence & qu'il finit. Vousfe-
;
Qij
188 MERCURE
rez bien aife , mon cher Neveis
defçavoir les raifons qu'eut Frideric
de faire un Feftin public
general, de s'y réjouir, t) d'y
compofer un Air à l'honneur de la
France, Cet Empereur s'eftoit
brouillé pour peu de chofe avec le
Pape. Il avoit fait arrefter un.
Evefque Anglois qui l'avoit fuivi
à Besançon . Le Pape Adrien
le pria de mettre ce Prelat en li
berté , pour le mieux perfua-
&
der, il le prioitde fe fouvenir que
l'année precedente , il luy avoit
donné la Couronne Imperiale.
Ces paroles choquerent l'Empe
reur , il repondit dans fon preGALANT.
189
pour
"
par
mier mouvement , qu'il ne tenoit
la Couronne que de Dieu & de
l'Election des Princes. Le Pape
l'adoucir s'expliqua en difant
qu'il luy avoit mis la Conronne
Imperialefur la teste
une fainte Ceremonie , non pas
de plein droit. Aprés le decez
d'Adrien , Alexandre III. fon
Succeffeur n'ayant pas eu les
mefmes menagemens , on vit la
Paix de toute l'Europe troublée ;
l'Empereur prit les armes & le
Pape cut recours aux anathemes.
Frideric s'eftant declaré pour
l'Antipape Victor , la France,
refuge ordinaire des Papes perfez
190 MERCURE
tutez , recent le Pape avec autant
de joye que de refpect ; &
en mesme temps elle fe declara
l'arbitre entre Sa Sainteté &
l'Empereur. Ce fage Prince fut
ravi de trouver ce moyen pour fe
reconcilier avec le Pape Clement
VIII. & ce fut pour témoigner
fa joye qu'il fit ce fameux
Feftin, où l'on chanta en Langue
Provençale cet air dont je vous
ay parlé. Vous voyez , mon cher
Neves , que nous ne pouvons
ouvrir aucun Hiftorien , que nous
n'y lifions toujours quelque chofe
à la louange de la Monachie
Françoife.
GALANT. 191
Frideric qui avoit beaucoup de
fageffe , Je laiffa conduire par les
bons avis du Confeil de France ,
qui luy fit entendre que c'eftoit
une chefe indigne de fa Religion
defa gloire, de fon bonneur ,
du nom de Pere de la Patrie ,
dont il fe glorifioit , de proteger
Victor qui estoit un Ufurpateur.
Frideric fans balancer abandonna
cei Homme, qui eftoit un composé
monstrueux de vanité , de
malice defoupleffe & d'irreligion .
Cet Empereurfe donna bien de
garde defaire de l'Allemagne
Theatre fanglant de la Guerre.
Bel exemple pour la Maiſon
le
192 MERCURE
d'Austriche , fi elle eftoit capa
ble de reflechir fur ses propres
malheurs. La Pofterité pourra-telle
le croire ? Pourra- t- on s'ima
giner que des Princes quine font
elevez à ce haut degré de grandeur
, que par le respect que leurs
Ancefires ont eu pour la vraye
Religion foient affez foibles
pour s'unir étroitement avec l'Ennemy
juré de cette mefme Religion
? Quelle honte quelle tache
, quel reproche éternel à la
Maifon d'Aufiriche , de fe voir
foumife , reduite , forcée de ne
pouvoir plus agir que par les refforts
& les mouvements que luy
donne
GALANT.
193
un Ufurpateur , un homme fans
Religion.
Louis le Grand alloit donner le
dernier coup de mafuë à la Religion
Proteftante ; nous allions
tous comme de paisibles Agneaux,
vivre agreablementfous une même
Houlette. Où est cette fine
Politique de Madrid ? Qu'eft
devenue cette Religion , ce Myflere
, ce Rafinement du Cabinet ?
Je le repete, quelreproche eternel,
quelle imprudence ! Ce coup de
maßë qui alloit tomber fur la
Religion Protestante , tombe fur
la Maifon d'Aıstriche . C'eſt
Louis le Grand , l'Empereur des
Nov. 1693 . R
194 MERCURE
François , les delices de fes Peuples
, la terreur de fes Faloux ,
ennemis de fa Gloire , c'eft Louis
le Grand qui n'a rien à fe reprocher
qu'un excez de bonté
moderation.
y
de
Ce mefme Academicien Anglois
dont je vous ay parlé , a reprefenté
la vie du Roy par un
Fleuve majestueux qui roule
egalement & tranquillement fes
flots . Ce feavant homme faifant
reflexionfur ce qu'a efté la Maifon
d'Auftriche dans fon éclat ,
fur ce qu'elle eft prefentement
dans une honteufe dépendance
s'eftfouvenu du Portrait de CleaGALANT.
195
patre qu'un Empereur fit traîner
au jour de fon Triomphe . Cette
Princeffe eftoit reprefentée dans
les chaines d'un air tranquille
& riant, avec une
une Vipere quiluy
piquoit lefein.
Ma Lettre n'eft deja que trop
longue . Je vous diray au prochain
Ordinaire , ce queJacobus
Primorofius
M Bofle ont
penfé de vos propofitions
de Phy
fique . Ces deux Docteurs
Angloisfont
d'un merite achevé, &
vous rendront
raiſon fi l'Or eft
convertible
en aliment , fi on fe
porte mieux proche la Mer, que
lors que l'on en eft éloigné. Ces
Rij
196 MERCURE
い
deux questions nous meneront
bien loin. Au regard de veftre
troifiéme demande des effets furprenans
de l'amour Conjugal ,
vous avez cité fort à propos ce
qui arriva à fou Mr le Marquis
de Charnaffe dont je vous montray
le Portrait aux Armes
d'Angers , qui ayant espouse une
Fille de Breze , estant en Allemagne
auprés de Gustave, Roy
de Suede, qui y efloit entré , &
ayant appris le decez de fon Epoufe
, perdit la parole pour toûjours.
Jean Fernel , ce fameux
Docteur, natif d'Amiens , l'Oracle
defonficcle, ne fe contenta
GALANT 197
pas de perdre la parole , car ayant
efte appellé à la Cour par une
Princeffe qui estoit defolée de fa
Sterilite , & ayant feeu la mort
de fa Femme , il tomba aux
pieds de cette Princeffe d'où on
l'osta pour le porter au Tombeau,
dans l'Eglife de Saint Jacques
de la Boucherie .Je fuis , & c.
Quelque malheureux qu'on
foit , il faut tatcher de fe mertre
au deffus de fes malheurs
fans s'en laiffer trop abattre . It
vient fouvent des reffources
d'où l'on en doit elperer le
moins , & l'étoile qui nous a
cfté long- temps contraire
R iij
198 MERCURE
change tout à coup la mali
gnité de les influences . Un
Cavalier né avec toutes les
qualicez eftimables qui font
Phonnefte homme, avoit fait
de longs efforts pour vaincre
l'injustice de la fortune, qui ne
luy ayant donné aucun bien,
fembloit obstinée à s'oppoſer
à tous les moyens qu'il pouvoir
tenter pour en acquerir.
On l'eftimoit à la Cour , mais
il n'avoit pû y reuffir dans ce
qui luy eftoit propre, & beaucoup
d'affaires où il avoit
quelque part , s'estoient toujours
terminées par de fi mau-
I
GALANT 199
vais fuccez , qu'on pouvoit dite
que c'eftoit affez qu'il cuft intereft
a one chofe pour croite
qu'elle échoueroit . Comme la
naillance eftoit fort confiderable,
& qu'il avoit l'efprit doux,
fin , aisé , & infinuant , fes Amis,
luy perfuaderent
qu'en faifant
briller parmy le beau fexe les
heureux talens qui le diftinguoient
de la plupart de ceux
de fou âge , il fe tireroit d'affaires
par un mariage avanta
geux , & trouveroit quelque
Fille riche & raisonnable , qui
s'attachant au merite preferablement
à tout , ne regarde-
Riij
200 MERCURE
roit en luy que fa perfonne
Son genie efloit affez porté de
cc.cofté- là. Il fe mitodans le
commerce des Femmes , & il
en fut vu d'une maniere agréa
ble. Il fe faifoit peu de parties
galantes & de divertiffement,
où il ne fuft appellé. Il eftoit
l'ame de la converfation , & ces
parties finiffoient toujours trop
toit par la joye qu'il répandoit
dans tous les lieux où il vouloit
fe trouver. Grand agrément
par tout à le recevoir ,
mais nulle foibleffe du cofté
du coeur. Toutes celles dont
la fortune auroit pû l'accomGALANT
. 201
moder fe tenoient fort refervées
fur les declarations qu'il
Jeur pouvoit faire , & les té
moignages du plaifir qu'elles
pregoient à le voir, ne paffoient
point certains obligeans debors
qui n'alloient jamais à
heffentiel. Ainfiil paffoit
d'agréables jours , mais fes affaires
n'en eftoient pas dans
un meilleur ordre . Parmy les
Dames qu'il voyoit fouvent ,
il examina une aimable Brune
qui parlant bien moins que
toutes les autres , ne difoit rien
que de jufte quand il falloit
qu'elle répondit . La Belle de
202 MERCURE
T
fon coſté eſtoit pour luy dans
la mefme attention , & en faisant
fes reflexions , elle duy trouvoit
un genie fi fuperieur à tous les
autres , qu'il n'y avoit que luy
feul à qui elle cuft voulu donner
toute fon eftime . Le Cavalier
qui crut voir en elle quel
que chofe de folide qu'il ne
voyoitpoint ailleurs, la voulut
connoiftre mieux , & prenant
plaifir à l'entretenir , il découvrit
des fentimens fi nobles &
fi élevez , & tant de droiture
d'ame , qu'infenfiblement fon
plus grand plaifir fut de luy
marquer la vraye eſtime qu'il
GALANT 203
avoit pour elle . Il luy rendoir
de plus frequentes viſites qu'à
toutes les autres , & on ne
manqua pas de dire bientôt
qu'il en eftoit amoureux . Il
n'auroit pas eu de peine à le
devenit fi fa raiſon l'cult per
mis, mais quand la Belle auroit
voulu écouter la paffion , le
mariage n'auroit pû fervir
qu'à les rendre l'un & l'autre.
malheureux , puiſque n'ayant
qu'un bien mediocre , qui ne
fuffifoit que pour elle feule ,
elle n'euft pû l'époufer , fans
le mettre encore dans un eftat.
plus facheux que celuy où il
•
204 MAR CURE
eftoit Elle eftoit bien aife de
s'en voir aimée , & les foins
qu'il luy rendoit avoient
quelque chofe qui fattoit fa
Vanité ; mais ne voulant en
luy qu'un Amy ', che veilloit
fur fon coeur pour l'empêcher
d'aller jufques à l'amour, & en
s'attirant la confiance elle ne
cherchoit rien au delà . La
conformité d'humeur ne pouvoit
cftre plus grande qu'elle
fe trouvoit entre eux , & le
Cavalier luy difoir fincerement
que la connoiffant.comme
il faifoit, il ne murmuroit
de fa mauyaife fortune , que
CALANT: 205
patce qu'il ne pouvoit luy of
frir un rauge qutluy ferort
peut cftre agreable , s'il avoit
de quoy le luy faire foutenir .
La Belle qui n'eftoit pas moins
genereute , l'affuroit avec la
mefme fincerité , que fi elle
avoir cent mille écus, elle l'en
feroit le maiftre,mais qu'il falloit
qu'ils fe contentaflent d'eftre
Amis , c'est à dire , de cès
Amis qui ne changent point,
& qui n'ont en veuë que
avantages de la perfonne qu'-
ils aiment. Ils s'en faifoient
tous les jours d'aflez forts fermens
; & la Belle qui fe fuft
les
206 MERCURE
fait une joye ſenſible de tirer
le Cavalier de mille embarras
que luy capfoit fon peu de
fortune,fir ce qu'elle put pour
luy faire époufer une affez fiche
Heritiere , des Parens de
qui elle eftoir Amic . La chofe
alla mefme aſſez avant &
l'affaire eftoit fur le point de fe
conclure , quand un Marquis
vint à la traverſe , & renverla
le projet qui avoit eſté formé.
Il fut préferé par l'Heritiere
, qui fe laiffa ébloüir du
titre , & qui d'ailleurs trouvoit
un Mary avec quinze
mille livres de rente . Le CaGALANT
207
valier auffi obligé à l'aimable
Brune, que fi elle étoit venue à
bout de fon entrepriſe , failoit
pour elle l'office d'um vray
Amy en publiant fon merite,
& tâchant mefme d'engager à
fa recherche certaines perfonnes
qui pouvoient luy faire de
grands avantages . Elle ne pur
le fçavoir fans luy en faire des
plaintes . Elle luy marqua obligeamment
qu'en luy cherchant
un party avantageux , il
ne fçavoit pas jufqu'où alloit
fa delicateffe ; qu'il l'avoit accoutumée
à connoiftre ce qui
eftoit digne de toucher un
208 MERCURE
la
coeur bien fait , & qu'à moins
qu'elle ne trouvaft quelqu'un
qui luy reffemblaft , ce feroit
toujours inutilement que
fortune s'offriroit à elle . Des
fentimens fi honneftes avoient
de grands charmes pour le
Cavalier , qui eftant toujours
d'une humeur fort agreable ,
dit un jour dans une affez
grande Compagnie , où l'enjouement
donnoit beaucoup
de vivacité à la converfation,
qu'il avertiffoit qu'il alloit faire
une Lotterie, dont le nom .
bre des Billets n'eftoit pas encore
regle . Chacun luy proGALANT
209
mit d'en prendre , & on fur
furpris d'entendre dire qu'il
n'y en auroit que pour les Femmes
,& non pas pour toutes,
parce qu'il y en avoit d'une
efpece à qui ce qu'il y avoir à
gagner n'eftoit pas propre.
On raifonna fort longtemps
fur ce que ce pouvoit eftte , &
chacun en penfa ce qu'il voulut
, fans qu'on le puft obliger
à s'expliquer mieux . Quelques
jours aptés s'eftant rrouvé feul
avec plufieurs Femmes ,
buy parlerent de fa Lotterie,
Il répondit qu'il l'avoit reglée
, qu'il y avoit dix mille
Novembre 1693 .
elles
S
210 MERCURE
Billets , chacun de cent francs,
qu'il ne feroit qu'un feul lot,
que s'il donnoit pour cent mille
Francs ,la chofe qu'il livreroit
à celle
elle qui auroit ce lot, ib
l'eftimoit beaucoup davanta
ge , mais que dans la neceffité
des affaires il y avoit certains
emps ou l'on trafiquoit de
out ; qu'ainfi elles n'avoient
u'à avertir leurs Amics , afin
qu'elles envoyaflent prendre
Jes Billets, & qu'il y auroit une
delité entiere dans la diftribuon
qui s'en feroit . Ce fut une
tuvelle Enigme pour toutes
noDames , & aprés qu'il cuto
t
fi
GALANT 211
dit cent chofes plaifantes fur
fa Loterie, il leur declara
que
On connut
ce qu'il mettroit pour ce lot
unique , eftoit fa liberté qu'il
eftimoit beaucoup audela de
cent mille francs , & qu'il
promettoit d'époufer celle qui
l'auroit gagné. On c
par cet éclairciffement pour
quoy il n'y avoir qu'un nombres
de Femmes à qui fa
Loterie pouvoit convenir ,
puifque la plofpart en eftoient
exclues par le mariage . Cette
imagination de faire un gros
Lot de fa perfonne leur parût à
toutes une chofe fi plaifante
Sij
212 MERCURE
qu'elles demeurerent d'accord
qu'il meritoit les cent mille
francs , à quoy il avoir voulu
en fixer le prix . La plaifanterie
fit en peu de temps un fort
grand bruit dans la Ville. Le
Cavalier la foutint avec autant
de galanterie qu'il montroit
d'efprit , & tout ce qui
s'en difoit luy donnoit de
plus en plus occafion de badiner
agreablement fur fa Lotterie.
On en parloit depuis
quelques jours , lors qu'un
Inconnu vint le trouver , &
luy demanda trente billets.
fous le nom de la Dame enGALANT
213
4
chantée du vray merite. En
mefme temps il tira une bourfa
& voulut compter mille
écus au Cavalier qui prenant
la chofe pour un jeu
de quelque Dame de fa connoillance
qui avoit deffein de
fe divertir , fe contenta de
répondre , qu'il mettroit fon
nom fur fon regiftre , pour .
faire une boëte de trente bil
lets , fur laquelle on écriroit
Numero premier , & que l'on
diftribueroit dans un certain
temps avec les autres . L'Inconnu
luy repliqua qu'il avoit
ordre de laiffer l'argent
"
214 MERCURE
,
&
2
s'il ne trouvoit point les bil
lets prefts, & qu'il reviendroit
au premier jour demander fa
boete. En difant cela , il jetta
la bourſe fur une table
tandis que le Cavalier alla la
prendre pour la luy remettre
entre les mains , il s'échapa
fans luy rien dire de plus . Le
Cavalier furpris de certe avanture
, crut que quelque per
fonne officicule , le fçachant
dans l'embarras, avoit voulu
l'en tirer par ce moyen , qui
luy épargnoit la peine que
caufe toujours l'apprehenfion
d'eftre refufé quand on em - 30
GALANT 215
prunte. Il alla conter à fon
A mie ce qui venoit de luy ar
river j & quelque raifonnement
qu'ils fiffent , ils ne
fceurent l'un ny l'autre fur qui
jetter leurs foupçons , ny convenir
du motif qui luy avoit
fait envoyer les mille écus . La
Belle luy foutenoit qu'il y a
voit de l'amour meflé là dcdans
, & il ne vouloit pas af.
fez préfumer de luy pour en
demeurer d'accord. Ce qu'ils
penferent tous deux .c'eft que
l'avanture auroir de la fuite .
Le Cavalier ne la cacha pas, &
fe retranchant fur'fa Lotterie ,
216 MERCURE
il ne voyoit aucune jolie perfonne
à qui il ne dift d'un air
enjoüé qu'elle devoit fe hafter
de retenir des Billets , parce que
gros lot eftoit couru. On
prenoit cela pour une chofe
inventée qu'il difoit exprés
pour foutenir la plaifanterie,
mais huit jours aprés , le mefme
Inconnu revint, & luy dit
qu'il n'eftoit plus queſtion de
trente Billets , & qu'il venoit
prendre les dix mille , parce
que la Dame dont il luy avoit
parlé ,vouloit efire feure d'emporter
le Lot. Ces paroles avoient
befoin d'explication ,
&
GALANT. 217
A
l'Inconnu la donna au Cavalier
, en luy difant qu'une
• Veuve extremement riche ,
touchée de fa réputation &
de fon merite, dont elle eftoit
particulierement informée , &
connoiffant d'ailleurs fa
per
fonne , eftoit réfoluë de l'é
poufer, fifonâgeun peu avancé
ne l'empêchoit point d'y
confentir; qu'elle paffoit cinquante
ans , quoy qu'elle ne
paruft pas les avoir ; que fon
humeur eftoit douce , fon cfprit
aifé & fociable , & que
n'ayant point d'Enfans , ny
aucun fujet de vouloir du bien
Νου .
1693.
T
218 MERCURE
à fes Heritiers , elle luy donneroit
non feulement cinquante
mille écus en argent'
comptant , mais encore tous
fés meubles , quia choient
confiderables , fans comptér
beaucoup d'autres avantages
qu'il en pouvoit efperer , felon
la conduire qu'il tiendroit. Le
Cavalier preffa l'Inconnu de
luy apprendre le nom de la
Dame , & il répondit qu'il ne
le fçauroit que d'elle - mefme,
& que s'il vouloit penfer ferieufement
à cette affaire , il
viendroit le prendre le lendemain
pour le conduire chez
elle , où ils s'expliqueroient
GALANT. 219
Pun à l'autre fur ce que chacun
pourroit fouhaiter.L'heuare
fut donnée pour cette vifite
, & le Cavalier alla conful .
ter fon Amic à l'ordinaire , fur
le mariage qui luy eftoit propofé
. La Belle no balança
point à luy dire , que dans
l'eftat où il fe trouvoit , il
falloit quelque repugnance
qu'il fentist , s'atacher à la fortune,
puis qu'elle s'offroit à
Jay d'une maniere fi favorable
, mais qu'il s'y falloit attacher
en honnefte hom
c'est à dire , que s'il époufoit
la Veuve , il devoit tâcher à
Tij
220 MERCURE
mettre pour elle dans fon
coeur plus que de l'eſtime &
de la reconnoiffance. La vieilleffe
de la Dame, qu'il croyoit
âgée de plus de foixante ans,
luy faifoit beaucoup de peine,
& l'habitude qu'il avoit prife
avec de jeunes perfonnes, luy
rendoit tout autre commerce
fort peu agreable , mais fon
Amic luy dit fortement qu'il
ne falloit point écouter fon
gouft ; & elle ajoûta que comme
les vieilles perfonnes font
fort fufceptibles de jaloufie ,
s'il arrivoit que la Veuve mon
traft de l'inquietude pour les
GALANT. 221
marques d'amitié qu'il luy
donnoit par fes foins , il faudroit
, ou qu'il ceffaft de la
voir , ou qu'il ne la vift
que
fort rarement. Le Cavalier ne
put paffer cet article , & fut
mené chez la Veuve , dont
il fe trouva beaucoup plus
content qu'il ne l'avoit efperé.
La Dame n'avoit rien de
dégouftant , & toutes les ma
nieres eftoient d'une Femme
qui meritoit une vraye eftime.
Elle dit au Cavalier , qu'aprés
un Veuvage de quinze ans ,
pendant lequel on ne luy
pouvoit reprocher la moindre
Tiij
222 MERCURE
1
affaire , il devoit eftre furpris
qu'elle vouluft fe remarier
mais que ceux qui attendoient
fa fucceffion , en avoient toujours
fi mal ufé avec elle ,
qu'ils l'avoient forcée en quelque
forte à prendre certe rélolution
, & qu'ayant à faire un
choix , elle avoit crû ne pouvoir
contribuer à la fortune
d'un plus honneste homme ;
que cependant il ne falloit
point qu'il fe contraignift , &
qu'il pouvoit prendre autant
de temps qu'il voudroit pour
fe confulter fur ce mariage . Le
Cavalier trouva tant d'honnêGALANT
223
teté dans tout ce que laVeuve
luy dic , qu'il parut que fon
coeur patla quand il l'afura
qu'il vouloit tour tenir d'elle,
& qu'elle pouvoit dés ce mo
ment , comme maift effe abfoluë
, ordonner du temps où
elle fouhaiteroit que l'affaire
Le concluft. Elle plaifanta fur
laLotteric qui luy avoit donné
lieu de penser à luy , & fans!
rien vouloir précipiter , afin
qu'il eût le temps de la mieux
connoître, elle le laifla un mois
entrer dans la liberté d'examiner
s'il pourroit vivre heureux
avec elle. Ainfi ce fut luy qui
Tiiij
224 MERCURE
la preffa aprés des vifites affidues
où il témoignoit ne s'en
nuyer pas . Enfin elle fit dreffer
le Contract avec tous les avantages
qu'il luy eftoit permis de
luy faire. Les cinquante mille
écus luy furent comptez , &
elle choisit le jour pour le Ma
riage , mais une fievre qui la
furprit tout à coup , le fit differer
, Les accez en furent rudes
, & donnerent lieu d'apprehender
pour fa vie . Le Ca
valier ne la quittoit point ,&
les foins qu'il prenoit d'elles
luy furent fi agreables , que
comme il gagnoit beaucoup
2
GALANT. 225
en l'époufant, s'eftant trouvée
avec un peu plus de tran
quillité pendant quelques
jours , elle fit faire la Ceremonie
du Mariage dans fa Cham--
bre pour mourir au moins
avec la fatisfaction d'eftre fa
femme , files remedes ne
pouvoient faire ceffer la langueur
où fon mal la reduifit.
Le Cavalier devenu Mary , redoubla
fes foins avec les mar
ques les plus obligeantes du
veritable intereft qu'il prenoit
en elle , mais ils ne putent la
tirer d'affaire , & tout l'Art
des Medecins s'eftant trouvé
>
226 MERCURE
inutile , elle fuccomba à fa
langueur aprés avoir refifté
pendant trois mois . Les em
preflemens du Cavalier pen
dant cette maladie , furent
affez bien recompenfez. Lal
Veuve luy donna encore une
Cafferte où il y avoit beaucoup
d'argent & des Diamans,
& avec les Meubles qu'on ne
luy put difputer , il ſe trouva
riche de cent mille écus . Vous
jugez bien qu'aimant autant
qu'il faifoit l'aimable Brune
il l'en rendit la maiftreffe. Il
l'a épousée depuis quelque
temps, & fait pour elle ce qu'il
GALANT. 227
eftoit affuré qu'elle auroit fait
pour luy avec joye , fi la forcune
luy avoit cfté auffi favo
rable.
L'eftar que vous allez lire
fatisfera la curiofité de ceux
qui ne veulent rien ignorer de
ce qui regarde la Guerre.
ETAT DES OFFICIERS
Generaux qui ferviront pendant
l'hiver prochain fur la
Frontiere , depuis la Mer juf
ques en Luxembourg.
Mle Maréchal de Bouflers
aura le commandement gene
228 MERCURE
ral , depuis la Mer jufques à
la Meufe , remontant jufqu'à
Sedan .
M' le Marquis de la Valette,
Lieutenant General, commandera
fous M de Bouflers , depuis
la Mer jufques & com-
Prisle Lis.
Mi le Comte de la Mote ,
Maréchal de Camp ; M de
Phelypeaux , Brigadier de Cavalerie
, & M deChamarante,
Brigadier d'Infanterie ,ferviront
fous Ms de la Valette,
du cofté de la Mer.
M' de Pertuis commandera
Courtray.
CALANT 229
t
M'de Cadrieux ,à Dixmude .
M le Marquis de Montrevert
, Lieut . G. commandera
à Tournay , & entre le Lis &
l'Efcaut jufques à la Troüille ,
fous M'de Bouflers .
M le Comte de Mailly ,
Maréchal de Camp , & M de
la Vaille , Brigadier d'Infanteric
, ferviront fous Mr de
Montrevert.
M'de Ximenes , L. G. commaudera
à Mons
Maubeuge.
Charleroy,au Quefnoy , àLandrecies
, Avefnes , & dans tous
les lieux du Hainaut , où il y
aura des Troupes , fous M'de
Bouflers.
230 MERCURE
Mr de Pracontal , Marefchal
de Camp ; M' de Rofel , Brigadier
de Cavalerie , & M¹ de
Cavois , Brigadier d'Infanterie
,fous M'de Ximenes.
r
M' le Comte de Guiſcard,
Lieutenant General Came
mandera à Namur , Huy , Di
nan , Charlemont & Philipeville
fous M de Bouflers.
Mrle Chevalier de Gaffion
Maréchal de Camp , M de
Blanchefort
, Brigadier de
Cavalerie , & M de Laumont
, Brigadier d'Infanteie
, fous M de Guifcard.
Mr de Caraman , Brigadier
GALANT. 231
Infanterie, commandera à
Huy.
Mr le Comte de Gaffe , Lizu
tenant General , commandera
fur la Meufe en defcendant
jufques & non compris Charlemont
, fous Mr de Bouflers.
M le Marquis d'Alegre,
Marechal de Camp ; & M de
Montgon , Brigadier de Cavalerie,
fous M de Gaffé.
M le Marquis d'Harcourt,
Lieutenant General , commandera
en Luxembourg & furla
Mozelle .
M' de Barbezieres , Marechal
de Camp, & M de Cour
232 MERCURE
tebonne , Brigadier de Ca
valerie , fous Mr le Marquis
d'Harcourt.
M ' Bignon commandera
à
Treves.
Le 30. du mois paffé , le Pere
Alexandre Jacobin du grand
Convent , Docteur de la Faculté
de Paris , cut l'honneur
de falüer le Roy , & de luy
offrir une Theologic Dogmatique
&Moralequ'il a donnée
au public en dix Volumes , fur
le Plan du Catechifme du
Concile de Trente , & qu'il a
dediée à Sa Majesté . Je laisse
à l'Auteur du Journal des
GALANT 233
!
Sçavans à parler de l'oeconomie
& du merite de l'Ouvrage
, & me contente de vous
envoyer la traduction de fa
Lettre Dédicatoire .
AUROY
SIRE
que
Comme Voftre Majesté n'a
point d'interefts plus chers
ceux de la Religion , qu'elle foutient
d'une maniere fi glorieufe
j'efpere qu'Elle aura la bonté d'agréer
que je confacre & que je
Novembre 1693 . V
234 MERCURE
dedie à fon Auguste Nom un
Ouvrage que j'ayfait pour l'uti
lité de l'Eglife . Il faut eftre aveus
gle pour ne pas voir , injuste pour
nepas publier , que Vostre Mas
jefté a un droit fingulier fur tout
ce qui fert à la gloire & à l'avantage
de la Religion, Se trouverat-
il quelqu'un qui ait pense on
medite d'aufi grandes chofes , que
celles que vous avez faites jufqu'a
prefent , & que vous faites
encore dejour en jour pourfa defenfe
pourfon accroiffement ?
Vous foutenez vous feul le poids
d'une guerre qui n'eut jamais de
pareille dans les âges du monde les
GALANT. 235
plus guerriers , parce que vostre
puiffance & vostre vertu vous
rendent plus fort que tous vos Ennemis
unis enfemble .Vous rendez
inutiles tous les efforts de ce
grand nombre de Princes , qui
ont ofé fe liguer contre Voftre
Majesté. Vous renversez vous
feul tous leurs deffeins ; & leur
Ligue n'a fervi qu'à les couvrir
de confufion , & qu'à faire admirer
voftre valeur heroique , &
voftre PietéTres - Chrêtienne:
Tout le monde fçait qui eft celuy
qui a allumé la guerre ,
Aqui a engagé dans cette Ligue immalheureufe
les Princes
pie
V ij
236. MERCURE
Confederez. Vous avez prevű,
Sire , cette furieufe tempeſte qui
Se formoit contre noftre Royau
me , lorsque vous fecouriez &
fouteniez la Religion , & que
vous vous oppofiez comme un
Rampart invincible aux Ennemis
de la Maifon de Dieu . Cette
penetration incomparable qui
vous fait tout prévoir , vous mit
devant les yeux les mouvemens
de toute l'Europe , les deffeins des
Princes jaloux de voſtre puiffance
& de vostre gloire , & les
maux dont ils menaçoient la
France ; mais la même cause qui
vous rend maintenant victoGALANT.
237
J
rieux , vous rendit alors intrepi
de. Ces menaces ne vous empecherent
pas de prendre les interefts
d'un Roy que vous estimez
& que vous confiderez encore
plus pourfa pieté & pour fa valeur
, que pour fon alliance avec
voftre Maison Royale Vous
luy donnâtes un azile , quand.
l'infidelité & la revolte de fes
Sujets accoûtumez à rejettér le
joug de leurs Souverains , comme
celuy de Dieu , l'eurent exilé
de fon Royaume en haine de la
Religion , pour laquelle il leur pa
roiffoit avoir trop d'attachement
& trop de zele . On arma enfuite
238 MERCURE
tous de
contre Voftre Ma
jesté. Celuy à qui l'ambition de
regner fit violer les droits les plus
・facre , n'eut point de honie de
vouloir engagerdans le partyde
fon crime des Princes Catholi
ques , à qui la Religion en devoit
infpirer de l'horreur . Un Gendre
perfide , un Usurpateur dénaturé
du Royaume de fon Beaupere ,
n'eftoit pas d'humeur à respecter
la pietédans les autres . L'abolition
de l'Edit de Nantes , & le
banniffement
éternel de la Secte
de Calvin de tous vos Etats , animoient
fon reffentiment
& fa
fureur. Un grand nombre d'HeGALANT.
239
retiques mal convertis & méconluyfaifoit
efperer un foulevement
dans le fein du Royaume
, mais les esperances ont efté
vaines. Quel autre effet ont eu
ces entreprifes malcancertées , que
de faire connoftre à tout le monde
que vous eftes le plus Grand
des Rois , par la fageffe de vos
confeils , par la force invinci
ble de vos armes, toûjours benies
favorisées de Dien , que de
jetter la terreur dans les coeurs
dans les Etats de vos Ennemis ,
de vous faire admirer de vos
Sujets &
La Posteritépourra-t- elle croire
240 MERCURE
fans peine ce que nous entendons
ce que nous voyons , que Vôtre
Majesté a dompté en même
temps les Savoyars , vaincu les
Allemans , defait les Flamans
confterné les Holandois , terraſſé
les Espagnols ? Mais il ne paroîtra
pas incroyable aux Siécles à
venir, qu'elle ait pris fi promptement
tant de Villes forfices par
la nature & par l'art , & defenpar
de nombreuses
Garnifons
, comme Philifbourg , Montmelian,
Nice, Villefranche
, Heydelberg
, Rofe , puifque nous luy
avons vú prendre Mons & Namur
ces Villes fameuses , ces
duës
bouGALANT.
241
boulevars des Pais- Basique tout
le monde jugeoit imprenables ?
Que dirai je des Batailles celebres
de Fleurus , de Leuze , de
Seenkerke , de Neervvinde ,
de plufieurs autres que nos Ennemis
nous ont voulu donner par
Surpriſe , quoi qu'avec crainte ,
ou que les Troupes de Voftre
Majefté leur ont livrées en les al-
·lant chercher genereusement , qui
ont toutes efté fuivies d'un fuccez
tres - heureux & très glorieux
pour laFrance?.Unfigrand nom .
bre de Combats de Victoires
me fait prefque oublier l'embrafement
& la deroute de la Flo-
Novembre
1693. X
242 MERCURE
ン
te de Smirne au Détroit de la
Merde Cadix : avantage d'au.
tant plus confiderable , que vôtre
Flote victorieuse l'a remportéfur.
des Ennemis qui nous infultoient
infolemment à l'occafion d'un évenement
de l'année derniere
auquel leur valeur m'avoit point
eu de part , pour effacer , s'il leur
euft eftépoffible , le fouvenir & la
honte de toutes leurs defaites . Ce- ·
pendant, que pouvoient - ils reprocher
aux François qu'un trop
grand mépris du peril , qui leur
fit foutenir le Combat avec une
vigueur& une fermeté incroyable
contre une Flote incomparaGALANT.
243
1
blement plus nombreuse fans
qu'elle puft attirer à fon party la
Victoire que Dieu a attachée à la
justice de la caufe pour laquelle
vous combatez ?
Ces grandes Actions , Sire , qui
rendent voftre Nom immortel ,
ne mettent pas le comble à vôtre
gloire , c'eft le mépris genereux
que vous enfaites . Tertullien dit
fort à propos d'Alexandre , qui
vous reffembloit par la grandeur
de fon nom & de fes Conqueftes ,
que la gloire feule efloit plus grande
que luy ; folâ gloriâ minor;
mais on peut dire de Voftre Ma
jefté , fans eftre foupçonné de fla
Xij
244 MERCURE
terie , que vous eftes plus grand
que vostre propre gloire , que l'humilité
Chreftienne vousfaitfacri- ·
fier à celle de Dieu. Vous en avez
Souvent donné des preuves , particulierement
quand vous retournâtes
victorieux du Siége de Na
mur. Tous les Corps venant en
foule feliciter Voftre Majefté ,
Elle defendit tres- expreſſément
qu'on luy donnaft des loüanges
toute la Cour fut ravie d'admiration
d'entendre fortir de vôtre
auguste bouche ces paroles
prefque divines : Jay combatu
pour
Dieu , il m'a fait vaincre,
c'eft diminuer fa gloire & me
GALANT. 245
deplaire que d'attribuer
l'honneur de la Victoire à
d'autre qu'à Dieu , à qui j'en
fuis uniquement
redevable .
Pendant que Monfeigneur qui
fuit par l'imitation de vos Vertus
Royales de vos Victoires les
traces glorieufes que vous luy
avez marquées , & qui entre
dans ces divins fentimens , commande
vostre Armée audelà du
Rhin, que ne doivent pas eſperer
vos Sujets , que ne doivent
pas craindre vos Ennemis ? L'experience
leur a déja fait connoiftre
qu'ils peuvent s'assurer de deux
chofes ; la premiere , Que la Reli-
X iij
246 MERCURE
gion defendüe par les armes deš
François ,fera éternelle ; la feconde
, Que ces mêmes armes que
Voftre Majesté fait fervir à la
defenfe de la Religion , feront
toujours invincibles foit que la
guerre continue par l'opiniatreté
des Princes Confederez
, foit que
la Paixfe faffe bientoft aux conditions
tres-juftes que Voftre Majefté
leur offre encore au milieu de
fes triomphes , comme l'Arbitre
le Maiftre de leur fort.
Quoy qu'il arrive , Grand
incomparable Monarque
Défenseur tres- puiſſant de
Religion , nous tâcherons , nous
GALANT . 247
qui faifons profeffion de cultiver
-les Lettres , de bien employer le
repos que vos foins infatigables
nous procurent dans le temps
mefme de la guerre, & dont nous
•
Jommes affurez pourvou que
Dieu écoutantfavorablement nos
voeux & nos prieres , conferve
voftre Perfonne facrée pour le
bien de l'Etat
Pour
moy
de l'Eglife .
Sire , je ne puis ou-
"
blier l'obligation que nous arons
de travailler pour l'Eglife fous
un Monarque qui n'a rien de
plus cher que les interefts de la
Religion; & comme Voftre Majefté
m'a fait l'honneur & la gra-
X iiij
248 MERCURE
&
ce de recevoir avec des témoigna
ges d'eftime & de bonté mes Remarques
& mes Differtationsfur
l'Hiftoire de l'Eglife & de l'Ancien
Teftament , j'ofe prendre la
liberté de luy offrir encore ce troifieme
Ouvrage . C'est une Theolo
gie d'une nouvelle methode divifée
en cing Livres , fur le Plan
du Catechifme du Concile de
Trente, y explique en dix Volumes
tous les Myferes & toutes
les Veritez de noftre Religion ,
toutes les Maximes ,
Points de la Morale Chrestienne
par les paroles de l'Ecriture Sainte
des Peres de l'Eglife , des
tous les
GALANT . 249
Conciles , des Saints Decrets , &
des Auteurs dont la fainteté eft
reconnue .J'espere qu'eftant puisée
dans ces Sources divines , y dégagée
desfubtilitez & des difputes
de l'Ecole , elle fera utile pour
l'inftruction de tous les Ecclefiafiques
, des Pafteurs , des Confeffeurs
des Predicateurs , & de
tous ceux qui font obligez de travailler
au Salut des ames par le
devoir de leur Miniftere.
Si Vostre Majefté me fair
l'honneur de prendre feulement
une fois cet Ouvrage entre fes
Mains Auguftes qui ont moiffonne
tant de Palmes , ces Mains
250 MERCURE
Sacrées qui ont abbatu l'Herefier
& qui foutiennent la Religion ,
ces Mins redoutables à l'impie
té & à toute forte de vices ', je ne
doute point que tout le monde ne
reçoive tres - agreablement ce témoignage
public du tres - profond
respect , de la reconnoißance , &
duzele avec lequel jefuis ,
SIRE ,
DE VOTRE MAJESTE
Le tres-humble , tres - obeïffant
& tres- fidelle Serviteur &
Sujet .
F. NOEL ALEXANDRA
Religieux de S. Dominique
GALANT. 251
M ' l'Archevefque de Paris,
qui fe fait un plaifir d'hono
rer les Gens de Lettres de fa
bienveillance & de fa prote
Etion , & de faire connoiftre à
Sa Majesté ceux qui travaillent
utilement pour l'Eglife,
fit l'honneur au Pere Alexandre
de le prefenter au Roy.
Ce Pere le fervit de ces termes
dans le compliment qu'il fit
à Sa Majesté,
SIRE
Un Ouvrage qui explique
tous les Myfterest toutes les
Veritez de noftre Religion , tous
252 MERCURE
les points toutes les maximeš
de la Morale Chreftienne , dewois
eftre dedié à un Prince qui a
toujours protege l'Eglife , qui a
aime la Justice & hay l'iniquité ,
depuis que Dieu l'a facré d'une
huile miraculeuse , pour estre le
plus Grand des Rois , le Defenfeurde
la Foy , le Confervateur
de la France, le Vainqueur
des Nations . Ces Ouvrage qui
fera porte dans tout le monde
Chretien rempli de la grandeur
de vostre Auguste Nom , étonné
de votre fageffe incomparable ;
de voftre valeur heroique , & dis
glorieux fucce de vos Armes
GALANT 253
toûjours victorieufes & toûjours
invincibles fera connoistre partout
que j'ayfait mon devoir en
le prefentant au plus grand Monarque
de la terre ,qui unit enſa
Perfonne Sacrée, la pieté & le
Zele du Sacerdoce avec toutes les
Vertus Royales. Ces Livres publieront
en mefme temps le tresprofond
refpect que j'aypour Elle,
mon attachement tres -fidelle
fon fervice, pendant que je continueray
d'offrir mes Voeux à
Dieu pour fa confervation fineceffaire
à l'Eglife & àl'Etat , &
que je le prieray avec toute la
Ferveur qui me fera poffible , de
254 MERCURE
verfer à pleines mains fes bene
dictions fur la Maifon Royale ,
fur les Armes de Vostre Majesté
, pour la mettre en état par
une fuite de Victoires , de donner
la Paix à l'Europe, & d'en fai
re goûter les fruits à voftre Peuple
,felon les defirs que l'Esprit
de Dieuforme dans votre Coeur
tres-Chreftien.
Le Roy luy fit l'honneur de
luy répondre , qu'il fouhaitoit
que ce qu'il venoit de luy dire
arrivait bien-tolt ; que M
l'Archevefque
l'avoit informé
de l'utilité de fes Ouvrages
, & de fa conduite ; qu'il
GALANT. 255
luy donneroit des marques de
fon cftime , & qu'il fe recommandoit
à fes Prieres.
fachée Vous ne ferez pas
d'apprendre ce qui fuit tous
chant lesCarabiniers du Roy,
dont je vous ay déja parlé . ,
Le Régiment eft compofé de
cent Compagnies de Carabi .
niers, de trente Maiftres chacune
, faifant en tout trois mille
Carabiniers & quatre cens Of
ficiers , y compris le Mcftre
de Camp en pied , les cinq
Meftres de Camp fous luy les
cinq Lieutenans Colonels ,
les cinq Majors , & les cinq.
256 MERCURE
Aides Majors . Ils feront
vinge Efcadrons de cinq
Compagnies chacun , dont il
y en aura deux des vieux Regimens
& trois des nouveaux .
Le Mestre de Camp en pied
aura l'infpection fur tout le
Regiment , & les autres l'auront
feulement fur vinge
Compagnies faifant quatre
Elcadrons, & cela par police
& pour la commodité du
fervice , car ils auront auffi autorité
fur tout également
felon leurs emplois & leur
ancienneté , auffi bien que les
Licutenans Colonels , les Ma-
P
GALANT 257
jors & les Aides Majors .
Quand on feparera leRegiment
dans differentes Armées,
on mettra toujours un Meftre
de Camp pour commander les
differens Corps , & les autres
Officiers de l'Estat Major à
proportion.
Le fervice fe fera comme
les Carabiniers l'ont fait jufques
à prefent , tant pour les
que pour les détache- Gardes
mens.
Les Compagnies feront entretenues
par tous les Regimens
François de Cavalerie
qui fourniront à tour de
Nov. 1693. Y
258 MERCURE
Rôle les Recruës neceffaires,
tant pour les Officiers que
pour les Cavaliers , à moins
que le Roy n'en ordonnaft autrement.
Le Regiment fera habillé de
bleu doublé de rouge, les Cavaliers
d'un bon drap uny, &
les Officiers de mefme , à la
referve des Boutons d'argent
filé qu'ils auront , & un galon
d'argent fur les manches , &
au Colet des manteaux qui
feront bleus comme ceux des
Cavaliers.
Le Chapeau fera bordé d'un
Galon d'argent plus large .
GALANT. 259
que celuy des Cavaliers.
Les Houffes des Cavaliers
bleuës , toutes unies , bordées
d'un galon de foye blanche,
& les Bourfes de Piftolets
tout de mefme ; leur Ceinturon
de Buffle avec un bord
de cuir blanc , & la Bandouliere
de mefme ; les Gands-
& des Cravates noires . Les
Officiers en auront auffi , excepté
que ce qui eft blanc aux
Cavaliers ils l'auront d'argent,
Les Teftieres desChevaux propres
& toutes unies ; des Bolfettes
dorées toutes unies at f.
fi ; des Epées de mefme lon-
Y
ij
260 MERCURE
gueur & largeur , des Cara
bines rayées pareilles , & rout
ce qu'il faut pour les charger,
obfervant d'avoir des bales de
deux Calibres, les unes pour
entrer à force avec le marteau
& la baguette de fer , & les
autres plus petites pour recharger
plus promptement
f
on en a befoin .
Les Pistolets les meilleurs
qu'on pourra trouver de
quinze pouces de longueur.
Les Chevaux tous de mefme
taille , à longue queue , &
l'ayant retrouffée de mefme ,
fans rubans ny trouffe - queue.
GALANT. 261
A chaque quatreElcadrons il
y aura unTimbalier à la Compagnie
du Mettre de Camp ,
habillé de la Livrée du Roy ,
fans or ny argent , auffi-bien
que les Trompettes de toutes
les Compagnies
.
•
Il y aura auffi à chaque
quatre Efcadrons un Aumônier
, à qui on donnera une
Chapelle.
On aura grand foin de n'avoir
que
de bons chevaux ,
afin que la Troupe foit toujours
bien en estat d'entreprendre
ce qu'on luy ordon
ncra.
262 MERCURE
Le Mestre de Camp en chef,
& les autres Mefttes de Camp
fous luy , tiendront la main
qu'il n'y ait aucun Officier
mal monté , & qui ne foit fur
un cheval de bonne taille .
Les Officiers auront le moins
de bagage qu'ils pourront ,
rien que des chevaux de bafts ,
ou des Mulets , & point du
tour de chariots , de charettes,
ny de Surtout.
On fera les Détachemens
par Chambrées , de maniere
que le Cavalier qui fera com
mandé ne porte que ce qui
luy fera neceffaire , & laiffe les
GALANT 263
t
autres hardes à ceux de fa
Chambrée , qui demeureront
au Corps du Regiment.
Les Compagnies , fans avoir
égard au Regiment d'où ils
fortent , prendront leur an
cienneté de leur Capitaine , à
la referve de celles des Meftres
de Camp & des Lieutenans .
S'il y a des Commiffions de
mefme datte , & des rangs incerrains
, on entendra les raifons
d'un chacun , qui fe debiteront
fans aigreur ny difpu.
te , pour en rendre compte au
Roy , afin que Sa Majesté en
décide promptement
.
264 MERCURE
L'intention du Roy eft que
ce Regiment ne faffe jamais de
difficultez en tout ce qui regardera
le Service , & que la
difcipline y foit obfervée fort
exactement,
Il faut deux Etendarts
pour
chaque Escadron , avec une
Devife bien choifre , qui ait
un Soleil pour corps d'un co
fté , & de l'autre des Fleurs de
Lis parfemées , comme à la
plufpart des autres Regimens
du Roy,
Les Cavaliers n'auront que
des boutons d'étain . »
Outre les cinq
Regimens
de
GALANT. 265
de Carabiniers dont je vous
ay déja parlé, & dont Monfieur
le Duc du Maine eft Me
ſtre de Camp General , il s'eſt
encore fait d'autres changemens
dans les Troupes
Le Regiment de Courcelles
a cfté donné à M. de Vienne,
Lieutenant Colonel d'Anjou.
M'de S. Lieu ale Regiment
de Pudion , & M' Pudion à
Bourgogne
.
Mr Serczy a Defville & Mi
Delville cft Enfeigne des Gardes
du Corps
.
Mr le Duc de S. Simon á le
Regiment de du Rozel
Novembre 1693 . Z
266 MERCURE
M'de Souternon.commande
le Regiment de Toulouse ,
cy- devant de Praflin , & Souternon
eft donné à M' Pujol .
M Bins a le Regiment de
M'de Sainte Liviere , qui cft
mort..
Ms Latié a le Regiment de
Bellegarde .
Made Pracontal , Maréchal
des Camps &Armées du Roy,
& Neveu de M'de S. Romain ,
fameux par les Ambaſſades ,
& fes Négociations , a épousé
Mademoiselle deMornay , Fille
de M. de Mornay , Marquis
de Monchevreuil , Chevalier
GALANT. 267
des Ordres du Roy , Gouver
neur de Saint Germain en
Laye , cy devant Gouverneur
de Monfieur le Comte de
Vermandois , & de Monfieur
le Duc du Maine , la fageffe
& la vertu faifant le caractere
principal du Pere & de la Mcre
de cette nouvelle Mariée ,
il n'y a point à douter que
marchant fur leurs traces elle
ne ferve d'exemple dans un
lieu où tous ceux que l'on y
voir ne font pas à fuivre. M'
l'Abbé de Monchevreuil a
cité pourvû par M. l'Archevefque
de Paris , d'une Cha-
Z ij
268. MERCURE
noine de Noftre- Dame , vas
cante par la mort de M1 Abbé
de Romilly.
Si quand lesDames fe mêlent
d'ecrire elles ont une fineffe
& une delicateffe d'efprit qui
leur eft naturelle , & que les
hommes ont de la peine à imiter
, elles réuffiffent encore
mieux , lors qu'elles traitent
des matieres dont elles ont
une connoiffance particuliere .
C'est ce que vient de faire
Madame de Pringy , en nous
donnant les differens caracteres
des Femmes du fiecle, avec
la defcription de l'Amour
GALANT. 269
propre , contenant
aeres, & fix perfections.
contenant fix cara-
CARACTERES .
Les Coquettes. Les Bigotes.
Les Spirituelles. Les Occonomes
.
300 300
Les Jaloufes . Les Plaideufes.
PERFECTIONS .
La Modeftie. La Picté.
La Science. La Regle.
L'Occupation . La Paix.
Tout cela eft traité avec
beaucoup de fineffe & dé naturel
, & temply de penſées
neuves , quoy que tirées du
fujet, en forte que les Portraits
des Caracteres qui y font
Z iij
270 MERCURE
depeints , rempliffent agrea
blement la curiofité qu'ils exs
citenta a ab AD
Meffire Daniel Voifin Seigneur
de Cerifay , Confeiller
d Eftat , mourut icy le 22. de
ce mois . Il ascfté Maistre des
Requeſtes ; Prevoft des Marchands
durant fix ans , puis
Confeiller d'Eftat ordinaire.
Il avoit épousé en premieres
Noce Jeanne de Broé la Guette
, Fille de Bon- François de
Broé Seigneur de la Guette ,
Préfident aux Requeſtes du
Palais , & de Denise Briffon ,
dont il n'a point eu d'Enfans,
GALANT. 271
& en fecondes Noces , Maric
Talon y Fille d'Omer Talon
Avocat General au Parlemen ,
& de Françoife , Doujat , &
Sæer de Denis Talon , auffi
Avocat General au Parlement,
puis Prefident au Mortier. De
ce fecond Mariage , il n'a
qu'une Fille qui a épousé Chrerien
François de Lamoignon ,
Confeiller au Parlement , Mat
tre des Requeſtes , puis Avocat
General au Parlement. Il
avoit entre autres deux Freres
qui font decedez ; le premier,
Charles Voifin , Seigneur de
la Breftiere , Confeiller au
Z iiij
272 MERCURE
Parlement , qui avoit épouſé
Marguerite Marcel Dame de
Bouqueval , dont font venus
trois Enfans , fçivoir Claude
Charles Voyfin , Seigneur de
Bouqueval , decedé premierA- 1
vocat Genetal au Grand Con
feil . N. Voyfin , Capitaine aux.
Gardes , & une Fille , Femme
de Denis Feydeau de Brou ,
Muftre des Requestes , Frere
de M Evefque d'Amiens .
L'autre Frere de M. Voyfin .
Confeiller d'Etat , eftoit Jean
Baptifte Voyfin, Seigneur de
la Noraye, Confeiller au Grand
Confeil , puis Maiftre des Re
CALANT. 273
queftes , Intendant de Juftice
en Anjou , Touraine , & Pays
du Mayne , qui avoit épousé
Madame Guillard , Soeur de
Claude Guillard Confeiller en
la Grand Chambre, dont font
auffi venus trois Enfans , qui
font ,Mr Voyfin, Confeiller au
Parlement , puis Maitre des
Requeftes , & Intendant en
Haynaut; Mr Voyfin Confeiller
Clerc auGrand Confeil,qui
eft decedé , & Mademoiſelle
Voyfin qui a cpoufé Jean Ba
ptifte des Marais de Vaubourg
Confeiller au Parlement , puis
Maistre des Requeftes , & In,
274 MERCURE
tendant de Juftice en Lorraia
ne. Leur Pere commun eftoit
Daniel Voifin , Sieur de Cerifay
, & leur Mere Margueri
te de Verthamon , Fille de
François de Verthamon , Confeiller
au Parlement & de
Marie de Verforis . Cette Marguerite
de Verthamon eftant
Veuve de Mr Voifin , époufa
en fecondes Noces Macé Bertrand
, Seigneur de la Bazinicre
, Treforier de l'Epargne ,
dont font venus Macé Bertrand
, Seigneur de laBaziniere,
auffi Treforier de l'Epargne ,
& Marie Bertrand de la BafiGALANT
275
niere , Femme de Guillaume
de Bautru ,Seigneur de Serrant,
Confeiller du Roy en fes Con
feils . Les Armes de Mr Voifin
font d'Azur à la Croix engreflée
d'argent , cantonnée de
quatre Croiſfans montans d'or.
Mle Boindre , Doyen du
Parlement , eft mort à fa Maifon
de Campagne. Sa grande
droiture d'efprit & de coeur
le fait regretter de tous ceux
qui l'ont connu. Le Roy venoit
de luy donner des marques
de fon cftime , en le gra
titiant de la Penfion , ·que· Sa
M.jeſté accorde à ceux qui
276 MERCURE
&
rempliffent cette.. cette place
dont les fervices luy font agreables
. Il eftoit habile , in
fatigable & form appliqué
aux affaires , & laiffe Mr le
Boindre fon Fils Confeiller au
Parlement , qui fuivant l'exemple
d'un Pere plein de
merité, fe donne tout entier
aux devoirs de la Place qu'il
occupe. Mr le Vayer , Maf
tre des Requeftes , a époufé fa
Fille aînée. Je vous ay toûjours
veüe fi remplie d'eftime
pour Mr le Vayer & fi parfaite
ment informée de fon merite
& de fa probité , que je n'ay
GALANT 277
rien à vous en dire de plus . Il a
reste encore une Fille de Mr le
Boindre à établir. Mr Doujat
eft devenu Doyen de la Grand
Chambre par la mort de
Mrle Boindred
Mr de Langallerie , l'un des
plus anciens Officiers Generaux
, & forti eftimé parmy
les Troupes , eft mort de maladie
il y a fort peu de jours.
Il laiffe un Fils dans le Service,
qui a paru avec diſtinction.
On a cu auffi avis de la mort
de Dom Emanuel de Lira ,
Secretaire d'Etat des Depel
ches univerfelles de la Mo278
MERCURE
marchie d'Eſpagne . Il eftoit
intelligent dans les affaires ,
zc'é pour la Patrie , & l'Employ
qu'il poffedoit depuis un
grand nombre d'années , luy
ayant fait connoistre l'état où
eft ce Royaume , que l'on deguife
à fon Roy , & le befoin
qu'il a de la Paix , il la fouhaitoit
, & en parloit mefme
trop hautement pour vivre
plus long temps qu'il n'a vêcu.
L'Hitoire developera un
jour des chofes furprenantes ,
qui découvriront ce qui le
paffe aujourd'huy , pour em.
pêcher que le Roy Catholi
GALANT 279
que n'affeure le repos de fesSujets
, & tous les refforts qu'on
fait mouvoir , pour luy deguifer
des veritez qu'il luy feroic
tres- important de fçavoir
mais ayant une Mere & une
Femme Allemande , & dans
les interefts de leur Patric
plus
que
dans
les fiens
, l'Efpagne
ne doit
attendre
que
la
continuation d'une Guerre
qui luy eft fi ruineufe . Il y a
quelque temps , que le Roy
ayant dit qu'il vouloit fericufement
penfer à la Paix , la
Reine quelques jours aprés
feignit d'eftre groffe , & dit
280 MERCURE
qu'elle fentoit bien qu'elle
mourroit fi la Paix fe faifoit.
Le Roy ceffa d'en parler , & on
ne dit plus rien de fa preten
due groffeffe. Le Prince d'O .
range n'épargne point les
Penfions pour faire taire ceux
qui pourroient parler de la
Paix Les Particuliers s'enrichiront
, & le Roy achevera
de perdre la Flandre .
Sa Majesté ayant choifi Mr
Fagon , Docteur de la Faculté
de Paris , premier Medecin
de la Reine & des Enfans de
France , pour fon premier Medecin
, il en receut les com
GALANT . 281
plimens de toute la Cour ,
d'autant plus finceres , que fa
profonde érudition , fon affabilité
, & la croyance que l'on
aen luy pour tout ce qui re
garde fon Art , l'ont toujours
fait confulter , non feulement
par les Perfonnes les plus diftinguées,
mais mefme par celles
d'un moindre rang , qu'il
a toujours écoutées avec
bonté. La Compagnie des
Chirurgiens du Roy, Princes ,
& Princeffes du Sang Royal ,
n'eut pas plûcoft appris cette
nouvelle ,qu'elle alla en Corps
luy faire fes complimens . La
Νου . 1693 . A a
28 MERCURE
parole, fut portée par M Lartet.
La modeftie de M Fagon.
ennemy des louanges , l'obli
gea à l'interrompre , parce
qu'il ne vouloit point de compliment
dans les formes . Cela
n'empefche pas que la Faculté
de Paris n'ait refolu, de luy
en faire , & que Mr Bergor ,
Doyen de la mefme Faculté ,
ne foit chargé de porter la
parole , accompagné de plufieurs
Députez . Il ne manquera
pas de matiere pour faire un
bel Eloge , le fçavoir de M
Fagon s'étend loin. Il n'y a
point d'homme au monde qui
GALANT. 283
connoiffe mieux les plantes.
Il s'applique encore tous les
jours à en chercher les vertus ,
qui font d'une telle utilité
pour les hommes , qu'on peut
dire qu'un Medecin qui ne
connoift pas les Simples, ignore
la plus belle & la plus importante
partie de fon Art .
On peut voir un bel Eloge de
M. Fagon , dans l'Epiftre dé
dicatoire du Livre intitulé ,
La Pratique des Accouchemens,
que M. Peu , Maitre Chirurgien
, & ancien Prevost &
Garde des Maiftres Chirur
giens à Paris , luy a adreffée
A a ij
284 MERCUR E
mefme avant que le Roy luy
cuft fait l'honneur de le choifir
pour fon premier Medecin .
Ainfi ce n'eft point fa nouvelle
dignité qui luy a fait dédier
ce Livre. J'aurois à vous
en parler icy , mais il me feroit
difficile de luy donner
d'auffi beaux Eloges que ceux
queMLienard, ancien Doyen
& ancien Profeffeur de la Fa
culté , Creffé & Goüel , Doteurs
de la mefme Faculté ,
lay ont donnez dans leurs
Approbations , pour en permettre
l'impreffion. Cer Ou
vrage cft divifé en deux parGALANT.
-285
ties La premiere contient
l'Enfantement naturel ; & la
feconde , l'Accouchement laborieux
MT Bonet , Docteur de la
Faculté de Paris ancien
Profeffeur , Medecin ordinaite
de la Reine , & Neveu
de l'illuftre M Bourdelor , a
eu l'agrément de la Charge de
Medecin ordinaire du Roy,
Cloft un homme fort eftimé,
& fort attaché à l'Etude de
fon Art .
M' Ducheſne , Medecin
Major des Camps & Armées
du Roy & de fon Hoftel
286 MERCURE
des Invalides , Docteur de la
Faculté de Medecine de
Montpellier, a efté choify par
Sa Majefté , pour remplir la
Place de Premier Medecin des
Enfans de France . C'eft un
homme d'une grande crudi
tion qui avoit déja cu l'honneur
d'eftre appellé lors que
Monfeigneur fut malade , &
pendant la maladie de feue
Madame la Dauphine . Sa Majetté
connoiffant fa capacite &
fon merite , l'a voulu honorer
de cette importante Charge , en
luy confiant la fanté des trois
jeunes Princes . Il a déja cu
GALANT. 287
l'honneur de voir tous les
Princes & les Princeffes du
Sang lors qu'ils ont eſté malades
, & il a toujours cité auprés
de feue Mademoiselle
d'Orleans pendant la maladie
dont elle elt morte . C'eſt un
parfaitement honnefte hom
me, & qui a toutes les qualitez.
sequifes pour eftre à la Cour .
Rien n'égale l'intrepidité
des François en quelque lieu
qu'ils fe trouvent. Vous en
allez eftre convaincuë en
lifant l'Article qui fuit . M
Martin , Directeur General
de la Compagnie Fran288
MERCURE
çoife aux Indes Orientales,
mande par fa Lettre du 23. de
Septembre 1692. écrite de
Pondichery à la cofte de Coromandel
, qu'un petit Vaiffeau
François nommé le Poftillon
, monté de vingt cinq
hommes d'équipages & de fix
Canons , luy avoit cfté expedié
par la Compagnie de Paris
pour luy porter des nouvelles
; qu'il y eftoit arrivé le
13. de Juin de l'année der
niere , ce qui ayant esté fçeu
par les Hollandois qui ont
nombre de Comptoirs dans
plufieurs endroits de cette
Cofte
GALANT. 289
,
Cofte de Coromandel ils
avoient équipé un de leurs
plus gros Vaiffeaux monté de
cinquante Canons , & de trois
cens cinquante hommes d'équipage
& de foldatefque :
pour enlever le petit Vaiffeau
François . Celuy qui le.
commandoit en ayant efté as
verty, loin de fe retirer fous la
fortereffe du lieu , fortit fur le
Hollandois , qui ne jugea pas
à propos de luy prefter le cofté,
& fe retira honteufement
à Madrafpatan en prenant le
large , à la veuë d'un nombre
prodigieux de Peuple & d'E
Bh
Nov. 1693 .
290 MERCUR
E
trangers qui cftoient fortis de
la Ville pour voir ce Combat,
fur l'avis qu'il y avoit des paris
confiderables
, entre les
Anglois & les Hollandois
qui
font à Pondichery
, ces premiers
foutenant
qui non ffculement
le François
ne feroit.
pas enlevé , mais que mefme,
s'il y avoir Combat , il fe rendroit
maiftre du Navire Hol
landois, Cela a fait un éclat
fi confiderable
en faveur des
François , qu'ils y font regar
dés comme des gens tout à fait.
extraordinaires
. En effet la!
Ville de Gingy qui eft à ſept
GALANTM 29f
Pre
9.143
fait
lieues de Pondichery eftant
affiegée depuis deux années
alfans
par le Mogol, fans qu'il ait encore
pû l'emportera
fouvent fouhaiter aux Afficgeans
&& aauuxx Affiegez de metdans
leur party les François
, que commande M
Martin au nombre de cent
cinquante , & il n'a pas eu de
peine fufques à prefent à fe
conferver dans la neutralité
qu'il veut obferver . Les Lettres
du P. Tachard Superieur des
Jefuites à Pondichery
celles du P. Dolu , de la mefme
Compagnie , du 17 Sep-
&
B bij
292 MERCURE
tembre 1692. difent la mefme
chofe de ce Combat , auffi
bien que le P. le Comte Jefuite
qui a apporté ces Lettres.
depuis à fon retour de la
Chine , & qui a cfté Spectateur
de la fierté du Capitaine
François , & de la honteufe
retraite des Hollandois .
Les Cours fuperieures ayant
recommencé leurs Seances , je
vais vous entretenir de ce qui
s'eft paffé en cette occafion.La
Cour des Aides rentra à fon
ordinaire le lendemain de la
Saint Martin , & l'ouverture
s'en fit par un tres-beau Dif
GALANT. 293
cours , prononcé par M¹ le Camus
, fon premier Prefident.
Comme ces Difcours ne fe
font , qu'afin de reprefenter
aux Juges tout ce qui peut
-contribuer à leur faire rendre
la Juftice , & qu'on ne peut
trop repeter les mefmes chofes
quand elles peuvent eftre utiles
, & qu'elles font fur un
point fi delicat , Mr le Camus
en repeta beaucoup qu'il avoit
dites les années dernieres , &
cela pour faire voir qu'il avoit
reconnu depuis , que le bon
ufage des paffions pouvoir
produire de bons effets dans le
B b iij
294 MERCURE
coeur d'un Juge , & qu'elles
pouvoient toutes le porterà
rendre la Juftice , ce qu'il demontra
d'une maniero qui fit
beaucoup de plaifir à entendre
.Il dit par exemple en parlant
de l'Amours qu'un Homme
qui avoit le coeur naturellement
tendre , estoit plus propre
fentir de la pitié pour les malheureux
à leur rendre juſtice.
Il fit plufieurs autres applications
auffi naturelles , ce qui
parut auffi fpirituel que bien
imaginé & nouveau .
a
M' Delpefche, Avocat General,
parla enfuite. Il fit voir ,
GALANT. 295
R
que tous les hommes veulent travailler
à acquerir de la belle Gloi-
•re , & à vaincre leurs Paffions ,
mais que rien n'est plus difficile ;
que l'exemple eft ce qui peur le
plus en cette occafion , & qu'il
ne peut jamais manquer de produire
de bons effets , puifque fi
l'on n'acquiert pas la perfection
-de ceux qu'on s'eft proposé de furpaffers
on peut parvenir jufques
a les imiter ; que rien n'anime
davantage que l'Exemple ,
ne donne plus d'emulation , mais
quefi le bon exemple excite
bien faire , le méchant peut produire
un contraire effet, & que
Bbiiij
296 MERCURE
corrompu s'en
le coeur foible
laifle feduire tres- facilement.
Il fit un tres-beau Portrait du
Roy en le propofant pour
exemple. Il parla des Heros
qui fe fontformez fur ce grand
Prince , & qui attaquent &
battent tous les jours fes Ennemis
avec une intrepidité
toute heroïque. Il fit voir que
ce Monarque infatigable travaille
aux affaires de l'interieur de
fon Etat , comme s'il n'avoit
point d'affaires au dehors , & à
celles du dehors , comme s'il n'avoit
point d'affaires au- dedans.
Il parla de l'exemple que M
GALANT. 297
de premier Preſident de fa
Chambre donnoit aux Juges ,
& de celuy que les Juges don-
-noient eux-mêmes , & marqua
qu'il en avoit un beau devant
les yeux , qu'il s'efforceroit
defuivre , & qui estoit celuy
ide M Bignon dont il poffedoi
la Charge . L'ouverture du Parlement
fe fit le mefme jour ,
& commença par une Meffe
folemnelle qu'on appelle ordinairement
la Meſſe Rouge , à
caufe que les Prefidens & les
Confeillersy affiftent en Robes
rouges . Elle fut celebrée
par Mr de Saillant, Evefque de
298 MERCURE
N
Poitiers . A l'iffue de cette
Meffe Mis du Parlement rentrerent
dans la Grand' Chámbre
, où M le premier Preftdent
fit un Compliment à ce
તે
Prelat , fur l'action qu'il venoit
de faire , qui devoit attirer
les Benedictions du Ciel fur la
Compagnie. Il l'en remercia
dans des termes remplis de
l'Eloquence qui fait briller
dans tous les difcours , & fi
nit en difant qu'ayant l'honneur
de luy appartenir , par la Paren
té qui estoit entre eux ;
il imiteroit
fa modeftie , & ne s'étendroit
point fur fon Eloge qui demanCALANT:
299
doit un difcours long verifiers
ient
ipajour
on
fair ,
ins
,
R
our
fe
I cet
foit
ices
les
298 MERCURE
&
Poitiers . A l'iffue de cette
Mel
tren
bre
den
-Prel
noi
lesE
Col
dan
I'El
dan
nit
de l
sé q
roit
poi
Bek-
CALANT: 299
doit un difcours long & veritable.
Mr. l'Evefque de Poitiers
repondit à ce Compliment
& remercia l'augufte Compagnie
qui l'avoit choifi pour
cette Ceremonie , de l'honneur
qu'elle luy avoit fair ,
lors qu'il y penfoit le moins ,
n'eftant venu à Paris que pour
fes affaires. Il dit , qu'il fe
fouviendroit éternellement de cet
bonneur , marqua que c'estoit
par le plus grand des facrifices
qu'il venoit d'offrir , que l'on
pouvoit demander à Dieu les
praces neceffaires pour rendre cet
300 MERCURE
te juftice que le plus grand, élé
plus pieux des Rois avoit confiée
à cet Augufte Corps , qui la
rendoit avec une pureté une exa-
Etitude , une application qui
faifoit le bonheur des Peuples,
dont fon Eglife de Poitiers,
&les autres recevoient fouvent
des marques , par la protection
qu'il leur donnoit, & dont il luy
demandoit la continuation .
Autrefois les Audiences ne
commençoient que le Lundy
de la huitaine franche aprés
la Saint Martin , mais M' le
premier Prefident , remply
d'un zele infatigable , & tout
GALANT. 301
appliqué à l'expedition des
affaires, & au foulagement des
parties, a retranché cet ufage,
cn forte que les Audiences
commencerent le Lundy 15.
de ce mefme mois par un éloquent
Difcours que Mr d'Agueffeau
, Avocat General
adreffa aux Avocats , & qu'il
prononça avec beaucoup de
grace , & toutes les partics
d'un Orateur accomply,
ce qui est d'autant plus extraordinire
, qu'elle luy cft
toute naturelle , ce Magif
trat n'ayant pas plûtoft pau
dans les Charges d'Avo202
MERCURE
*
cat du Roy au Chaftelet , &
d'Avocat General au Parle
ment , avant qu'il cuſt atteint
l'âge de vingt- cinq ans , qu'il
fut l'objet de l'admiration de
tous ceux qui l'entendoient .
Il fit voir que les hommes
afpiroient naturellement à
l'independance & à la liberté,
mais qu'ils fe fervoient de
differens moyens pour fe la
procurer que cependant ils
perdoient cette mefme liberté
dans les emplois où l'ambition
, le luxe, l'avarice , & les
aurres paffions leur faifoient
perdre le repas & la tranqui
lité qui faifoient l'effentiel de
GALANT . 303
Findependance & le bonheur.
de la liberté , & que plus les
hommes cftoient élevez, plus
ils eftoient dépendans & attachez
à remplir les devoirs de
leurs profeffions , & que flattez
de la grandeur de leur rang &
remplis de la puiffance qu'ils
exerçoient fur le Public , ils
eftoient la plufpart efclaves
d'eux mefmes , & du Public ;
qu'ils foupiroient fouventiaprés
la folitude , comme feule
capable de leur donner cette
liberté perdue, qu'ils regre
toient interieurement ; & s'am
dreflant enfuite aux Avocats,
304 MERCURE
•
il leur marqua , que leur Ordre
eftoit auffi ancien que la Magiftrature
, auffi noble que uffi noble que la vertu z
& qu'il partageoit les exerci
ces de la Fuftice : que leur profeffion
eftoit éclatante
qu'en remplissant leurs devoirs
avec honneur, & en s'attachant
à la vertu , ils jouiffoient de cette
liberté qui les rendoit indépendans
de leurs paffions. Il fit des
portraits ingenieux des diffefens
caracteres des Avocats ,
dont les uns brilloient dans
leurs Plaidoyers
, les autres fe
fignaloient dans des Ouvrages
d'érudition, & les autres excel ,
GALANT:
305
foient dans les Confultations,
& dit que comme il falloit
une infinité de parties pour
rendre un Orateur parfait , on
ne devoit pas s'étonner s'il
falloit des ficcles entiers pour
en trouver d'accomplis , puis
qu'aprés les Cicerons & les
Demofthenes , il s'en eftoit
paffé un fi grand nombre fans
qu'il s'en fuft rencontré qui
les égalaffent ; que cependant
on ne devoit point perdre courage
dans une fi belle carriere,
& que s'il y avoit de la gloire
à pouvoir parvenir au premier
degré, il y en avoit auffi à
Nov. 1693. Cc
306 MERCURE
fuivre quoy qu'un peu de loin
les traces de ces premiers que
dans les routes differences & le
grand nombre, le meriteoftoit
toujours reconnu fidellement
par le Public, qui fçavoit don
ner & non pas vendre les louages
. Tous les Portraits & les
Caracteres ayant pour objet la
vertu , qui feule eft capable de
procurer la liberté , il s'étendit
fur les avantages que l'on y
pouvoit trouver ,puis que dans
toutes fortes de Profeffions,
elle rendoit l'homme parfait,
& recommandable , & en faifant
l'application de tous les
GALANT 307
1
effets de la vertu , par rapport
à toutes fortes de profeffions,
il tomba ingenieufement
fur
l'Eloge du Roy , d'une manicre
toute brillante , & fit voir
que ce Prince toujours maistre
de luy- mefme , facrificit fon
repos , fa gloire , & fa liberté
pour le bien de les Peuples,
& la défenfe de la veritable
Religion. Il dit que de mesme
que l'Eftre Eternel & independant
fe renfermoir dans les decrets
de fa Providence , le Roy
s'impofoit un travail auquel il
s'afſujettiffoit
. Il parla de ce travail
& de la grandeur de ce
Cc ij
308 MERCURE
༢o8
Prince , qui fçavoit fe mettre
au deffus de fes Victoires , &
finit par une exhortation aux
Avocats , de remplir tous les
devoirs de leur profeffion ,
avec zele & defintereffe.
ment , application & foumiffion
aux décifions des Juges.
Il adreffa enfuite la parole aux
Procureurs , & fit voir que
quoy que leur Profeffion ne
fuft pas fi clevée que celle des
Avocats , ils pouvoient fe
faire l'application de ce qu'il
venoit de dire , par lc rap
port quieftoit entre ces deux
Profeffions, & qu'en contiGALANT:
309
nuant à s'attacher exactement
à l'obfervation des Reglemens,
ils devoient efperer la
continuation de la protection
de la Cour, qui leur en don
noit fi fouvent des marques.
Quoy que tout ce que je viens
de vous dire doive vous paroiftre
beau , vous devez eftre
perfuadée que cette maniere
d'extrait n'approche pas des
beautez de ce qui fut prononcé
; que je ne vous en ay par
que fort
que tout ce que je vous ay dit
ne peut vous donner une idée
affez forte de la juft effe avec
lé
imparfaitement , &
31010 MERCURE
laquelle M' Dagueffeau parla .
Son difcours fur fuivi d'un
autre , que M le premier Prefident
prononça , & dans le
quel il fit voir qu'encore que
ce fuſt un grand avantage à
ceux qui parloient en public ,
que de faire l'Eloge de la perfection
de la plus part de ceux
qui les écoutoient , on në
pouvoit rien ajouter à l'éloquent
Difcours qui venoit d'être
prononcé par les Gens du
Roy qu'encore qu'il y cuft
beaucoup de louanges ; ces
mefmes louanges fervoient
d'avertiffement à ceux qui ne
7
GALANT. zr
s'en rendoient pas dignes. Il
marqua de quelle maniere on
devoit profiter de ces fortes de
difcours, que les uns venoient
entendre par curiofité , & les
autres par coûtume ; & que tout
l'ufage que l'on en faifoit or
dinairement eftoit d'en dif
courir chacun fuivant fes
paffions ,fans fe mettre en état
d'en profiter . Paffant enſuite à
l'Eloge de M ' Dagueffeau , il
dit que l'action qu'il venoit de
faire eftoit glorieufe à fa Famille,
avantageufe au Public , & hos
norable pour le Parlement . Il le
propofa enfuite
pour modele
3T2 MERCURE
aux Magiftrats & aux Avo
cats , & finit par une Exhortation
tant à ces derniers
> qu'aux Procureurs de sacquitter
dignement de leurs
Profeffions , de fuivre les Reglemens
de la Cour , & d'exercer
fidellement la Convention
qu'ils avoient faite enfemble
fur le fait des écritu
rcs .
On appella enfuite une
Caufe du Role , & elle fut
plaidée par M ' Portail Avocat
, Fils de M ' Portail Confeiller
en la Grand' Chambre .
Quoy que ce fuft la premierc
GALANT. 313
re fois qu'il paruft au Barcau ,
il attira l'admiration de fes
Auditeurs , ayant parlé avec
toute l'éloquence , la netteté ,
& l'habileté poffible , ce qui
luy attira un Compliment de
M' le premier Prefident . Il
marche fur les glorieufes traces
de M Portail fon Pere , qui
generalement reconnu
pour un des plus habiles , des
plus éclairez , & des plus inregres
Magiftrats de ce fiecle.
Le Mercredy fuivant , la
eft
grand' Chambre retentit des
nouveaux
applaudiffemens
qui y furent donnez à M ' lę
Nov.
1693.
Dd
314 MERCURE
premier Prefident , & à M' dè
la Briffe , Procureur General .
Les Difcours qu'ils firent devoient
eftre prononcez dés le
Mercredy , & font nommez
Mercuriales
, mais Mr le premier
Prefident s'eftant trouvé
incommodé , ils furent remis
jufques au Vendredy.Ce jour
là , ce Chef du plus auguft :
Senat du monde , en fit un
fur l'exactitude
avec laquelle
les Juges doivent rendre la
justice. I fit voir qu'on n'en
pouvoit trop avoir ; que quelque
'éclairé qu'on fuſt on n'efloit pas
faillible , que lors qu'on
GALANT. 315
que
mct avoir tout mis en ufage
pour voir clair dans une affaire,
on ne laiffe pas de faire des injuftices
en croyant ne prononcer
des Arrefts équitables , ce qui
s'eft veu dans la Caufe de fen
M de Langlade , où toutes les
lumieres des fuges , & toutes
celles qu'ils purent chercher
pour éclaircir la verité, n'avoient
pù les empefeher de condamner
un innocent , ce qu'ils avoient
taché à reparer par leur Arreſt.
Le Difcours de M' le Procureur
General roula fur la droiture
d'efprit que doivent a-
Voir les Juges , & fit voir
Dd ij
16 MERCURE
que les grandes lumieres d'un
Fuge ne luy fervoient de rien
pour rendre la justice fans cette
droiture ; que cette partie luy
eftoit abfolument neceffaire , &
qu'elle estoit à preferer à l'éloquence
, & mesme à la plus
profonde erudition. Il parla en
plufieurs endroits de la droiture
d'efprit du Roy qu'il
donna pour exemple
.
M le Pelletier de Soufy ,
Frere de M' le Pelletier , Miniftre
d'Etat , eft monté à la plade
de Confeiller d'Erat ordinaire
qu'avoit feu M ' Voifin ,
& M de Phelypeaux , Inten
GALANT.
317
dant de la Generalité de Paris ,
& Frere de Mr de Pontchartrain
a cfté fait Confeiller d'Etat
de Semeftre .
J'oubliois à vous apprendre
la mort de M ' de la Motte ,
Intendant des Baftimens &
Jardins de Sa Majeflé , Arts
& Manufactures
, & celle de
M'de Maneffier , S ' d Hemimont
, Treforier General de
ces mefmes Baftimens , & Receveur
General des Finances
de la Generalité de Moulins.
Ils font morts à peu de jours
l'un de l'autre . M' de la Motreeftoit
Frere de feu M' l'Ab-
Dd iij
218 MERCURE
bé de la Morte , Chanoine &
Archidiacre de Noftre Dame.
L'Enigme du Mois paffé
avoit cfté faite fur le Moulin
à vent , & ceux qui ont trouvé
ce mot font Mrs Chaillou
de Bordeaux ; Froger Avocat
à l'Aigle ; le Fevre dans la
Cour des Barnabites ; Barthelemy
& fa Charmante Epoufe;
le petit Coq Reveille matin
du faux bourgfaint Antoine ;
Alphebe; Roficlair ; l'amy de
la plus belle Veftale de Brie;
Efope des grandes Pieces ; le
Poëte à la mode ; les Guerriers
de Blois le fidelle Amy
GALANT. 319
P
du Brey prés faint Maxens &
fa chere moitié à Bordeaux ;
l'Indifferent ou le Chaffeur
Mainbert ; l'affligé Courtifan
de la rue Bacdubecq ; l'aimable
Marie Anne ; le nouveau
venu de la foffe de Nantes ;
Mefdemoiselles de Corbeille ;
Babet de faint Leu ; l'aimable
Fanchonnerre ; l'aimable de
Mazion de la rue du Parlement
de Bordeaux ; la Spirituelle
des Galeries du Louvre;
les Princeffes Olive & Claridiane
: l'aimable Accordée de
la joyeufe compagnie de Nefle
: l'Infenfible des agreables
Dd iiij
320 MERCURE
:
Cantons de Brie ; la petite Pre
cieufe du Carrefour fainte
Avoye la Charmante Soli
taire de la rue de la Vieille
Bouclerie : Veret Imprimeur
ruë faint Jacques : Mademoifelle
Plaignac : l'Archange de
la rue de Grenelle : du Coudray
de Nantes .
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye vient de bonne
main , & vous en avez déja
veu plufieurs du mefme Au
tcur.
8424
GALANT 321
2225552S22SESS522
Nous
ENIGME.
Ous paffons fort fouvent par les
plus viles mains ,
Et fommes toujours mal traitées .
On nous choque , on nous beurte ,
par les fots humains,
Toutes nos cheutes font comptées.
Nous formons d'ordinaire un Bataillon
quarré ;
Mais qui n'eft pas fi bien ferré ,
Que l'Ennemy par tout n'y faffe des.
defaftres.
Qudy que fans influence , & quoy
que fans pouvoir ,
On peut bien en un fens nous com
parer aux Aftres
3 MERCURE
Puis qu'un globe nous fait mon
voir.
Vousvous connoiffez trop
bien en Mufique, pour n'eftre
pas contente de la Chanfon
nouvelle que je vous envoye,
AIR NOUVEAU.
Q
Ve vofire éloignement me fait
fouffrir de peine!
En vain je prétendois vous le faire
Seavoirs
Par un rifte recit de tout mon defef
poir .
Fugez-en Seulement , aimable Celimene
Par l'extrêmeplaifir que j'ay de vous
revoir.
GALANT. 323
Les fuites de la Bataille gagnée
en Piedmont ont cité
tout à- fait avantageufes au
Roy puifque Cafal a cité ravitaillé
, fans qu'il en ait rien
coûté à Sa Majefté ; que de
puis fon ravitaillement , il y
eft encore entré fept cens
charretées de Fourage que
les Ennemis avoient laiffées à
Fraiffinet du Pô , & que ce
qu'on a mis dans les Magafins
de Pignerol aux dépens des
Ennemis , monte à plus de
trois millions . Vous jugez
bien qu'un petit pays dont on
a tant tiré , doit cftre bien
324 MERCURE
Tuiné. C'est pourquoy on a
jugé à propos de s'en éloigner ,
mais comme on laiffera une
grande partie de Infanterie
& des Dragons dans la Vallée
'de Sufe , & dans celle de Barcelonette
, pour lefquels on a
fair des Cabanes , on inquietera
beaucoup les Ennemis pendant
l'Hiver , & l'on fe trouvera
en partie chez eux , lors
qu'on voudra y faire repaffer
la Cavalerie au Printemps.
Les affaires commencent à
fe brouiller beaucoup en Angleterre.
Les Presbiteriens, au-
"
GALANT ™ 325
·
trement, les Non - conformif
tes , qui font de la Secte des
Proteftans de France , ont tous
les jours tant d'avantages fur
les Epifcopaux , qui font ceux
de la Religion Anglicane
,
qu'il eft à craindre que ces
derniers , laffez de tant de
mauvais traitemens , ne fccoüent
le joug qu'ils fe font
malheureufement
impofé . Les
premiers , aprés avoir eu le
credit de faire nommer un
Maire de leur Corps , viennent
encore de faire choifir
le Milord Ruffel pour com;
mander la Flote la Campa326
MERCURE
1
gne prochaine. Ils font les
plus puiffans dans Londres , &
ont le plus d'argent , eftant
la pluſpart du nombre des plus
gros Marchands, qui peuvent
faire des avances ; mais les
Epifcopaux l'emportent dans
le refte du Royaume , cftant
quatre contre un de forte
que le Prince d'Orange ne ſe
trouve pas peu embraraffé . Il
panche pour les Presbiteriens ,
qui font unis avec le reste des
Proteftans de l'Europe ; ainfi
la Religion Anglicane ne
doit attendre du Prince d'Orange
que fa ruine entiere
GALANT. 325 ·
dés qu'il fe trouvera affez
puiffant pour l'accabler . Je
fuis , Madame , veftre , &c .
A Parts , ce 30. Novembre 1693 .
APOSTILLE.
Ne fcachant ou adreffer ma
réponse à l'Illuftre qui m'a en326
MERCURE
voyé un bel Article qui devoi
eftre infere dans celuy des Benefices,
avec une Lettre fur une
autre matiere , il apprendra icy.
que l'Article des Benefices eftoit
déja imprimé quand jay receu
fon Memoire , & qu'à l'égard
de la Lettre , plufieurs raisons ne
mepermettent pas d'en parler. Les
deux principales font les louanges
qu'il m'y donne , & dont je
ne me trouve point digne , & ce
qu'il y dit de M' de la Bruyere .
Comme je n'ay point parlé de luy
pour dire du mal de mon prochain
, en faire une fatire ,
mais feulement pour défendre
1
GALANT: 327
tout ce qui entre dans le Mer.
cure , & qui n'est pas de moy ,je
ne croy pas en devoir parler davantage
, à moins qu'il ne m'attaque
de nouveau , je n'ay nul
deßein d'infulter jamais perſonsu
, ce caractere estant indigne
d'un bonuefte homme , je me re-
Serve feulement à repouffer les
outrages , ce que je feray d'une
maniere a donner plus de chagrin
à ceux qui m'attaqueront
,
วน
qu'ils ne
donné.
croiront m'en avoir
Ec
Nov.
1693.
1
33
SASESESSE SEE 2E2E555S22
TABLE.
Prelude.
Epiftre en Vers.
Lettre concernant le Journal du mou-
? vement que les Ennemis ont fait
en rade du Fort-Louis de Plaifance
de Terre-neuve.
Les Souhaits ridicules.
Lettre de Mr Deflandes .
Benefices donnez par le Roy.
Houlieres.
15
37
59
70
Reflexions morales de Madame des
87
Changemens faits dans les Compagnies
de la Gendarmerie.
ΙΟΥ
Ouvrage pour les Phificiens. ICO
Gouvernemens donnez parle Roy.
Dialogue.
118
Madrigal.
IZI
Ec ij
TABLE.
Lettre fur les maladies du temps. 13 2
Mortdu Chancelier Stratman. 142
Cinquième partie des Forces de l'Eu
144
rope.
Tout ce qui s'eft passé à l'Academic
Françoife , le jour de la reception
de Mrdu Bois. 143
Seconde Leute de Mr Deflandes. 185
Hiftoire SAAT 197
Etat des Officiers Generaux qui ferviront
l'Hiver prochain fur la
Frontiere , depuis la Merjufques
à Luxembourg.
Epiftie au Royalivom zaniu 292
Compliment fait au Roy , par le Père
Alexandre Jacobin
wole 227
Etat des Regimens de Carabiniers .
Mariage.
253
235
266
Garacteres des Femmes du Siecle. 269
Morts. 279
TABLE
Mr Fagon eft nommé premier Mede-
280
cin du Roy.
Agrément de la Charge de Medecin
ordinaire de S. M. donné à Mr Bonet.
285.
Mr du Chefne eft fait premier Me
decin des Enfans de France. 255
Belle action d'un Vaiffeau François.
288
Détail de ce qui s'efl paßé à l'ouverture
du Parlement , avec les
Harangues.
Nouveaux Confeillers d'Etat.
1
292
316
Autre Article de Morts,
377
Article des Enigmes.
318
Mouvelles de Piedmont.
323
Nouvelles d'Angleterre. 3.24
L'Air doit regarder la page 3 22
511
m
1693.11
Eur 511 m
1693,11
Mercure
<
36612004970017
<
36612004970017
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
NOVEMBRE 1693.
A PARIS ,
GRAND'SALLE DV PALAIS.
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant au
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice.
•
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie ,
Et MICHEL BRUNET , Grand' Salle du
Palais, au Mercure Galant.
"
M. DC . XCIII.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Sta biothek
München
Q
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on nelaisse pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fer
vir. On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
we s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent , &fur
A ij
A VIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , aa rétably les
chofes de maniere qu'il est toujours
imprimé au commencement de chaque
mous. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que Pon commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longsemps
avant qu'il foit arrivé dans
AVIS
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toûjoursfort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il lefera toujours quel
ques jours avant qu'on en faffe le
debit'; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardemens
fur le Libraire en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet , puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
>
A iij
A VIS.
>
porter à la Pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuiers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires ,fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
content.
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE 1693.
R
IEN n'est plus recherché
que la gloire.
Elle Elle
diftingue
les Sçavans , les Guerriers , &
generalement toutes les perfonnes
en qui l'on reconnoiſt
du merite. Cependant on
A iiij
8 MERCURE
peut dire qu'il n'y en a point
de plus brillante que celle
qui s'acquiert pat les armes; &
entre les Souverains qui s'en
font couverts par cette voye ,
jamais Monarque n'a fait des
chofes fi furprenantes que le
Roy pour s'en rendre digne .
Comme on eft perfuadé que
la tranquillité de l'Europe
doit naitre de l'augmentation
de cette gloire , & que
les triomphes du Roy font
autant de pas qui le font avancer
dans une carriere , au bout
de laquelle il doit impoſer la
Paix aux Princes affez aveuGALANT.
9
glez pour préferer , leur ja
loufe ambition , au repos de
leurs Sujets , on voit peu de
Vers aujourd'huy à la gloire
de ce Prince , fur le fujet de
fes Victoires , où cette Paix
que la plus belle partie du
monde n'attend que de fa
moderation & de fa bonté ,
n'ait la plus grande part , &
c'est ce qui a fourny à M' de
Monfort une partie des penfées
dont il a enrichy l'Ou
vrage que vous allez lire.
10 MERCURE
2SSZSESEZ SZZZSSSS
AU ROY ,
Snr la Victoire de Piedmont
Vel fpectacle pompeux attire nos
regards?
Quel amas de Drapeaux ! quel nom
bre d'Etendars !
Eft- ce la Paix,ou la Victoire ,
Quiconduit ce Trophée au Temple de
Memoire ?
Non , c'est un don acquis au vray
Dieu des Combats ;
Au Dieu que noftre Mars fait Auteur
de fa gloire ,
Et que fes Ennemis ne reconnoiſſent
2 pas.
Ta pieté , Grand Roy , leur eft d'un
grand exemple.
GALANT.
II
Dans tes plus grands fuccés on connoist
tes Vertus ;
Tes Ennemis par tout font chaffe ,
abatus ,
Et tu ne reconnois tes Victoires qu'aw
Temple.
C'est là que tu conduis le prix de tes
hauts faits ;
Et refufant les fleurs qu'on t'offre
dans nos Feftes
C'est là que ta valeur rallumant tes
fouhaits ,
On te voit triomphant Supplier pour
la Paix ,
Et l'exiger du Ciel pourfruit de tes
Conqueftes.
$
Tu remplis l'Univers du bruit de tes
exploits ;
Ton nom fait tout flechirfar la terre
&fur l'onde ,
12 MERCURE
Tu fais craindre ton bras , tu fais
benir tes Loixs
Un fort heureux t'appelle à l'Empire
du Monde.
On ne trahit pas fon deftin ,
Le tien s'explique &fe découvre 3
L'Herefie & la Ligue auront bien-toft
leur fin
Le Ciel parle , obeis , fuis le chemin
qu'il t'ouvre.
Plus d'un Oracle l'a prédit ,
Et du Ciel les deffeins fe font affex
connoifire , (Maistre.
De ce vafte Univers tu dois eftrefent
La fustice le veut , la victoire le dit.
Eh , quel autre , grands Dieux, merite
mieux de l'eftre ?
Mais ce zele t'offenſe , &je t'entens,
grand Roy .
Tu préferes la Paix aux progrés de tes
Armes.
GALANT.
13
La Paix ne fera rien pour toy ,
Mais de tes bons Sujets elle fera les
charmes ;
La Paix rendra tes Ennemis heureux
Ellefera le fujet de leurs Feftes.
Tufçais qu'ils beniront, comme nous,
tes conquestes ,
Et le bonheur du monde est l'objet de
tes vaux .
2
Quel effort de vertu ! quel fuccés
beroique !
Un Heres triomphant dans la profperité
,
Fait taire fa valeur , fes droits , fa
(dité,
politique,
Et foumetfes exploits dans leur rapi-
A la tranquillité publique.
Grands Heros de l'Antiquité ,
14 MERCURE
Cerefpect qu'on vous rend , l'avez
vous merité?
Vos vertus eftoient des chimeres.
·Si nous en dévoilons les coupables
mifteres
Nous ne vous trouverons qu'orgueil ,
que
vanité.
Qu'on ne nous vante plus vos vertus,
magnanimes ,
Vos fuccés nefont plus Surprenans,
inoüis .
Les grandes vertus de LOVIS ..
Dans les voftres font voir des crimes.
S
Les Heros autrefois ne les connoif.
foient pas ,
Ces grandes vertus fi nouvelles,
Les fuites de tous leurs Combats.
Eftoient pour les Vaincus , ou dures ,
ou cruelles ;
GALANT.
Mais , pour toy , tu ne veux que com
bler de bienfaits
Tous les Ennemis de ta gloire.
Tu ne cherches dans la Victoire
Que le paffage pour la Paix.
2
Fais- la regner, grand Roy , fur la
terre fur l'onde ,
Elle a de
quoy te couronner ,
Cette Paix durable & profonde,
Qué le monde ne peut donner,
Et qu'aprés Dieu , tuy ſeul peux redonner
au monde.
Je ne puis mieux fatisfaire
voftre curiofité fur toutes les
chofes qui fe paffent , qu'en
vous envoyant la Lettre qui
fuit . Elle contient le Journal
du mouvement que les Enne
16 MERCURE
mis ont fait en Rade du Fort
Loüis de Plaifance en Terreneuve
, & vous y devez ajoûter
foy , puis qu'elle eft écrite
par M de Brouillan , qui en
eft le Gouverneur.
A MONSIEUR ***
Sill
Rauf
Il eft auffi glorieux de chaf
fer l'Ennemy fans combattre
, qu'il est honteux de ceder la
Victoire fans en difputer le prix,
une Efcadre de vingt - quatre
Navires Anglois a preferé ce
defavantage à celuy de voir
triompher les Armes du Roy de
GALANT. 17
toutes leurs forces. Le 28. du
mois d'Aouft , à trois heures aprés
midy, cette petite Armées qui
devoit estre formidable à des
Peuples , qui depuis deux années
s'eftoient veu piller par une
Troupe de Bandis , parut fous
Voiles au nombre de dix - neuf
Vaiſſeaux , qui rangez fur une
ligne marchant en ordre de Combat
, fembloient eftre difpofez
dans ce moment à forcer l'entrée
de noftre Port. Leur Manoeuvré
devint en rade moins hardie,
ne jugeant pas à propos de profiter
duVent & de la Marée qui
les favorifoient , ils freterent
Novembre 1693. B
18 MERCURE
leurs Voiles , & mouillerent fur
les quatre heures du foir à portée
de Moufquet de l'anfe de la
Fontaine.
Cet armement me paroiffant
confiderable, je fis affembler Meffieurs
les Capitaines des Vaif
feaux Marchands pour leur ordonner
de fe mettre en ligne dans
le Port le plus avantageufement
qu'il feroit poffible , ce qu'ayant
execute ils fe rendirent dans le
Fort avec leurs Equipages , que
je logeay dans les poftes où je les
crus neceffaires. Une partie des
plus adroits Matelots furent employez
à traverser des cables au
"
GALANT . 19
Goulet , qui eft l'entrée de nostre
Baffin , le reste des plus apparens
furent partagez pour le Ca
non la Moufqueterie. Jenvoyay
le St de Coftebelle , Lieutenant
des Détachemens de la
Marine, à la tefte d'un Détachement
de cent cinquante hommes,
pour s'oppofer aux defcentes du
coflé de la Fontaine . Le Sieur de
Saint Ovide , Enfeigne d'Infan
terie , eut la Rodoute en partage.
Je paſſay le reste de la nuit à mettre
le dedans en eftat de foutenir
Le plus rude choc des Ennemis.
Voyant toutes chofes avanta-
Bij
20 MERCURE
geufement difposées pour le com
bat , je laiffay le foin à M le
Baron de la Hontam, Lieutenant
de Roy , de veiller , & de faire
agir d'une maniere que le Service
de S. M.ne fe negligeaft point , à
quoy il s'appliqua fortement pendant
que je fus occupé à faire
mettre la Redoute Royale en eftat
de défenfe. M's les Capitaines
des Navires Marchands agirent
à la tefte de leurs Equipages avec
une fi grande diligence , qu'en
dix- huit heures de temps j'y cus
fait conftruire une platte-forme,
dreßé une batterie de quatre
pieces de Canon de dix à huit
GALANT 21
qua
livres de balle , que j'y fis monter
par le moyen des Caliournes
Balans
, bien que la Redoute foit .
baſtiefur une montagne de
tre- vingt toifes d'élevation en
ligne perpendiculaire.
Le 29. àquatre heures dufoir,
un de leurs Navires mit à la
voile , pour aller reconnoiſtre un
Baftiment qui eftoit à deux lieuës
au vent de toute leur Efcadre , &
peu de temps aprés , trois Fregates
qui parurent de furcroift, vinrent
moüiller en rade . A peine
leurs ancres furent- elles à fond,
que je me trouvay dans le Fort
Louis , d'où jugeant que noftre
22 MERCURE
un fecond Nala
Canon pouvoit les incommoder;
je fisfaire feu de toutes nos Batteries.
L'on fit également fervir
celle de la Redoute avec affez de
fuccés , pour qu'on s'apperceuft
que l'Amiral ,
vire eftoient incommodez par
Sainte Barbe . Une Galiote à
Bombes mouillée fous le Beaupré
de l'Amiral , fe tira dans le mo
ment hors de la portée , & pendant
la nuit fuivante , toute l'Ef
cadre fe trouva à la longueur de
deux cables au large , ce qui ne
favorifa pas leur mouillure , eftant
contraints de refter en rade foraine.
GALANT. 23
Le 30.
ayant
remis
les
ordres
precedens
à M
de
la
Hontam
,
je
remontay
à la Redoute
Royale
,
pour
y
faire
perfectionner
les
travaux
neceffaires
,
autant
que
le
temps
pouvoit
le permetre
. La
Galiote
à
Bombes
fe
trouvant
encore
fous
noftre
portée
, je
luy
,
fis
tirer
quelques
volées
de
Canon
,
qui
l'obligerent
à fe
retirer
avec
précipitation
,
fe
haler
fur
un
greflin
, Fe
fis
conftruire
un
pofte
de
Piquets
à la
portée
du
Moufquet
de
la
Redoute
que
je
crus
neceffaire
pour
faciliter
la retraite
des
détachemens
avancez
, en
cas
qu'ils
y fuffent
forcez
, ayant
24 MERCURE
rependant donne le foin entier
du pofte de la Fontaine , au commandement
à la bonne conduite
du Sieur de Coftebelle. Je
me retiray fur les cinq heures du
foir dans la Place pour y faire
chanter le Te Deum , dans l'Eglife
du Fort Louis, en action de
graces de la prife de Roze
Heydelberg, Cette Ceremoniefut
accompagnée d'un grand bruit de
noftre Canon, & de celuy de tous
les Navires du Port, qui brulerent
agreablement de la poudre en
réjouiffance de l'heureux fuccés
des armes du Roy de France nofire
Maifire.
de
Le
GALANT. 25
Le 30.
l'Amiral
tira un coup
de Canon à neufheures
du matin
, mit la flame
d'ordre ; en
fuite de quoy les quatre
plus gros
Vaiffeaux
fe pavoiferent
de pouppe
à prouë , firent des mancuvres
à perfuader
qu'ils
avoient
deffein
de tenter
quelque
entreprife.
Fallay
pour lors vifiter
les
poftes
les plus éloignez
, que je
trouvay
en tres- bon eftat , aprés
quoyje rentray
dans la Placefur
l'avis
que je receus
du S' de Coftebelles
que
les Ennemis manoeи-
vroient engens qui vouloient entrer
dans le Port , s'eftant garnis
de gardes corps pour la Mouf
Novembre 1693.
C
26 MERCURE
queterie & ayant transporté
le jour précedent les Equipages
desNavires moinsforts dans ceux
qui paroiffoient deftinez pour
cette entreprife. Les difficultez
que j'oppofay ace paffage, furent,
je croy , fuffifans pour le faire
échouer. Fordonnay au S Grand
Jean , Capitaine Marchand , de
mouiller fon Baftiment au milieu
de l'entrée , de le couler bas
dans le Canal files Ennemis fe
prefentoient. J'en fis armer deux
differens en Brulots , commandeZ
par leurs Capitaines , qui resterent
mouillez directement par
travers. Je jugeay que leursfoins
le
GALANT. 27
joints à ceux de toute la Flote des
Navires n'auroient pas estéinutiles
dans cette occafion , où je ne
doute pas qu'une partie de l'Efcadre
n'eut échoué fous noftre
Canon.
Pour empefcher les Chaloupes
des Ennemis de fonder dans la
rade , je fis équiper deux Bastimens
à rames , armez de irente
hommes , commandez , l'un par
Michel Beraud, le fecondpar
Beraud Monfegur. Ils demeurerent
plufieurs nuits en garde avancée
pour découvrir la manoeuvre
des Ennemis , qui ne firent
aucun mouvement que celuy
Cij
28 MERCURE
de travailler dans leurs Bords à
des occupations , dont nous ne pûmes
tirer nulle connoiffance,
Festois dans une grande impatience
d'eftre informé de leurs def
·feins , lors qu'on m'envoya des
Détachemens de laFontaine, trois
Prifonniers François , fauvez
la nâge de l'Amiral , le premier
jour du mois de Septembre , àfix
heures du matin. Je les interrogeay
fur tout ce qui devoit me
donner des lumieres de leurs entreprises.
Fappris que c'eftoit la
mefme Efcadre qui avoit eu cè
grand defavantage dans la Martinique
, qu'elle venoit de Baſtor,
GALANT. 2.9
où deux mois de repos n'avoient
pas efté fuffifans de remettre leurs
Equipages , qu'on n'avoit fceu
confiderablement augmenter fur
les costes de la nouvelle Angleterre
, & qu'ils estoient fi foibles
en Soldats & en Matelois, qu'ils
paroiffoient fort embaraſſez à ſe
déterminer à quelque action d'é
clat.
La force de leurs Navires
eftoit confiderable. L'Amiral &
le Vice Amiral portoient foixante
pieces de Canon de vingtquatre
& dixhuit livres de bale,
fept autres Navires de Guerre de
cinquante quarante pieces
C iij
30 MERCURE
deux Brulots , une Galiotte
Bombes & douze autres Baſtimens,
moitiéguerre , moitié marchandife
, qui faifoient le nombre
de vingt-quatre Voiles . Ils
avoient envoyé chercher dans
les habitations du Nord quelques
renforts des Milices , pour
faire une Defcente confiderable ,
mais lefecours eftoit fi mediocre ,
qu'ils n'en paroiffoient guere plus
hardis. Ils m'affurerent cepenles
Vaiffeaux de guerre
.
dant
que
avoient
raffemblé
leurs
Soldats
difperfe
,
le plus
de
Matelots
qu'ils
avoient
pú
tirer
des
dif
ferents
Navires
pour
defcendre
"
GALANT.
31_
du cofté du Fort de Plaifance ,
e qu'ils firent ſemblant de vouloir
tenter vers le Midy , mais
nous n'eûmes pas le plaifir de les
voir approcher à la portée de nôtre
Moufqueterie , que le St de
Coftebelle avoit établie dans de
fi bons retranchemens fur toute
la coste praticable qu'il estoit
à fouhaiter que les Ennemis euffent
donne avec autant de fermeté
, qu'ils en temoignerent peu
dans leur retraite . Les Prifonniers
me confirmerent que nous
avions parfaitement jugé de leurs
deffeins , qu'il eftoit vray que le
jour precedent , l'Amiral avoit
Ciiij
32 MERCURE
-
ordonné au Vice- Amiral , de tenser
l'entrée du Goulet , fuivi de
deux Fregattes; mais par le bruit
commun des Equipages , il s'en
eftoit honneftement deffendu
n'ayant pas voulu dérober àfon
Commandant la gloire d'eftre le
premier à forcer un fi dangereux
paffage . Toutes ces lumieres me
laifferent dans une difpofition à
>
attendre avec un fecret empreffement
l'approche des Ennemis . Je
prevoyois que cette occafion nous
preparoit des fuites fi glorieufes
pour les Armes du Roy de France
noftre Maifire , qu'il m'eftoit
aifé de découvrir dans la conteGALANT.
33 -
nance de tous nos Officiers &
Soldats , l'infaillible fuccez d'u
ne ample Victoire.
Le deuxième ils demeurerent
dans la derniere tranquilité juf
ques au foir , qu'un Orage de
pluyefans un trop gros vent de
Sud Suroueft , leur fit un peu
tropfiler de cable pour ne pas s'appercevoir
du dangereux movillage
où noftre Canon les avoit reduits.
Le 3. au matin , le temps fe remit
au beau, le vent s'eftant rangé
au Noroueft qui leur fit virer
la Pouppe affez en dedans de la
rade ,pour eſtre à bonne portée de
-34 MERCURE
noftre Batterie . A dix heures du
matin , l'Amiral mit Flame
d'ordre ,qui me perfuada qu'il ne
lais roit pas échaper un fi beau
jour ,fans fe determiner à nous
faire reffentir le dernier effort de
leurs armes , ce qui me mit en dévoir
de les prevenir par le feu de
noftre canon de la Redoute , qui
fit brufquement perfuader dans le
Confeil de Guerre , qu'il eftoit
temps de lever l'Ancre , ce que
nos boulets firent executer avec
une fi grande diligence , que
vent ne leur permettant point de
mettre à la voile de la bouée , ils
fe toüerent tous en delà de la poinle
GALANT.
35
te verte , d'où ils louvoyerent
dans la Baye à noftre veuë pendant
deux jours entiers , en attendant
un vent plus favorable .
L'Amiral rangea fifort la terre
en mettant à la voile , qu'il ef
fuya une defagreable Moufqueterie
d'un détachement de vingt
hommes commandez par un Sergent
qui fe trouva poſté avantageufement
pour les incommoder.
Depuis le depart de l'Efcadre
des Navires Anglois , nous
avons appris par des Chaloupes
arrivées des Ifles Saint Pierre »
que trois Vaiffeaux detachez ont
efté bruler & piller les Cabanes
1.
36 MERCUR
E
des Habitans , le lieu estantfans
deffence . Les Navires Malouins
qui estoient mouillez dans le Haare
,fe font fauvez dans les
Bayes.
Par des Prifonniers qu'ils ont
remis à terre avant
que
de s'éloigner
de nos Coftes , nous avons
fçen que
reçu quatre coups de Canon
dans
fon Bord , avec perte de quelques
Matelots
. Le Vice- Amiral
n'en
a pas efté exempt
, mais avec
moins
d'incommodité
. Les mefmes
Prifonniers
nous affurent
qu'ils
avoient
refolu de lever toutes les
Milices de leurs Coftes pour rel'Amiral
Anglois avoit
GALANT
37
venir avec de plus grandes forces
. Ils fe font retirez dans le
Port de Saint Jean , quoique
chacun cuft jugé qu'ils ne s'arreteroient
pas dans ces Mersi eftant
fort foibles d'Equipages.
Au Fort Louis de Plaisance ce 4.
Septembre 1693 .
S'il eftoit permis de fe fervir
d'un Proverbe , je dirois ,
Madame , que toute cette
grande & importante entreprife
que les Anglois avoient
formée fur la Martinique &
fur d'autres lieux , s'en cft allée
en cau de boudin . Cette ex38
MERCURE
preffion viendra pourtant af
fez à propos , ayant à vous
faire part d'une Hiftoriette ,
dont un morceau de Boudin
a fourny la matiere à un excellent
Ouvrier. Vous avez
leu quantité d'ouvrages de
Mr Perrault de l'Academic
Françoife , qui vous on fait
voir la beauté de fon genie
dans les Sujets ferieux . En voicy
un , dont la lecture vous
fera connoiftre qu'il fçait badiner
agreablement quand
il luy plaift.
GALANT.
39
LES SOUHAITS
RIDICULES.
CONTE
A Mademoiſelle de la C..
S'
I vous eftiez moins raiſonnable
,
Fe me garderois bien de venir vous
conter
La folle &peu galante Fable,
Que je m'en vais vous debiter.
Une aune de Boudin en fournit la
matiere.
Une aune de Boudin , ma chere ! "
Quelle pitié ! c'est une horreur ,
S'écrieroit uue Preticufe ,
Qui toujours tendre &ferieuse ;
40 MERCURE
Ne vent ouir parler que d'affaires de
Coeur.
S
Mais vous, qui mieux'qu'autre qui
vive ,
Sçavez charmeren racontant ,
Et dont l'expreffion est toujours fi
naive ,
Que l'on crois voir ce qu'on entend,
Quifçavez que c'est la maniere
Dont quelque chofe eft inventé ,
Qui beaucoup plus que la matiere
De tout recit fait la beauté,
Vous aimerez ma Fable &ſa mora-
Lité s
J'en ay, j'ofe le dire , une affurance
entiere.
S
Il eftoit une fois un pauvre · Buche-
Tons
GALANT.
4I
Qui las de fa penible vie ,
Avoit , difoit-il , grande envie
De s'aller repofer aux bords de l'Acheron
,
Reprefentant dans fa douleur´profonde,
Que depuis qu'il eftoit au monde,
Le Ciel cruel n'avoit jamais
Voulu remplir un ſeul de fes fouhaits.
S
Un jour que dans le bois ilfe mit à
Se plaindre ,
A luyla foudre en mainJupiter s'ap
parut.
Fe
On auroit peine à bien dépeindre
La peur que le bon homme en eut.
ne veux rien , dit-il , en fe jettant
par terre ,
Point de fouhaits , point de Tonnerre
,
Nov. 16 93.
D
42 MERCURE
Stigneur , demeurons but à but.
Ceffe d'avoir aucune craintè ,
Je viens , dir Jupiter , touché de ta
complainte,
Tefaire voir le tort que tu me fais.
Ecoute donc,je te promets,
Moy qui dumonde entierfuis le fou
verain Maistre
D'exaucer pleinement les trois premiers
fouhaits
Que tu voudras formerfur quoy que
ce puiffe eftre.
Voy ce qui peut te rendre heureux,
Voy ce qui peut te fatisfaire,
Et comme ton bonheur dépend rout
de tes voeux >
Songes y bien avant que de lesfaire.
S
A ces mots Fupiter dans les Cieux
remonta ,
Et legay Bucheron embraſſant fa falourde
,
GALANT 4
Pour retourner chez luy furfon dos
•
la jetta.
Cette charge jamais ne luy parut
moins lourde.
Il ne faut pas , difoit- il en trotant ,
De tout cecy rien faire à la legere.
Il faut , le cas eft important ,
En prendre avis de noftre Menagere.
C'a , dit - il en entrant fous fon toit de
feugere ,
Faifons, Fanchon,grandfeu,grand”
chere ,
Nous fommes riches deformais ,
·Et nous n'avons qu'à faire des fou
haits.
Là deffus fort au longtout le fait il
Luy conte.
A ce recit , l'Epoufe vive & prompte,
Forma dans fon efprit mille vaftes
projets ,
Mais confiderant l'importance
Dij
44 MERCURE
De s'y conduire avec prudence ,
Blaife , mon cher Amy , dit- elle àſon
Ероих ,
Ne gaftons rien par noftre impatience
,
Examinons bien entre nous
Ce qu'ilfaut faire en pareille occurence.
Remettons à demain noftre premier
Soubait,
Et confultons noftre chevet.
Fe l'entens bien ainfi , dit le bon
homme Blaife ,
Mais vatirer du vin derriere ces fagots.
Afon retour il but , & gouftant à
fon aife
Prés d'un grand feu la douceur du
repos ,
Il dit ,en s'appuyant fur le dos de fa
chaife ,
GALANT.
45
Pendant que nous avons unefi bonne
braife ,
Une aune de Boudin viendroit bienà
propos
A peine acheva- t- il de prononcer ces
mots ,
Que fa Femme apperceut , grandement
étonnée ,
Un Boudin fort long, qui partant
D'un des coins de la cheminée ,
S'approchoit d'elle en ferpentant-
Elle fit un cry dans l'inflant ,
Mais jugeant que cette avanture
Avoit pour caufe le fouhait
Que par beftife toute pure
Son homme imprudent avoitfait,
Iln'eft point de pouille , d'injure,
Que de depit & decouroux
Elle ne dift à fon Epoux.
2
Quand onpeut, difoit- elle , obtenir
un Empire ,
46 MERCURE
·
De l'Or , des Perles , des Rubis
Des Diamans , de beaux Habits ,
Eft-ce alors du Boudin qu'il faut que
l'on defire ?
Et bien , j'ay tort , dit- il , j'ay mal
placémon choix.
Fay commis une faute énorme
Feferay mieux une autre fois.
Ben , ben , dit-elle , attendez - moy
Jous l'orme.
Pourfaire un telfouhait , ilfaut eftre
bien Bauf
L'Epouxplus d'unefois emporté de
colere
Penfa faire tout bas le fouhait d'eftre
Veuf,
Et peut- eftre entre nous ne pouvoit- il
mieux faire.
Les hommes , difoit - il pour fouffrir
font bien nez
Pefte foit du Boudin ,& du Boudin
encore..
GALANT.
47
Pluft à Dieu , maudite Pecore,
Qu'il te pendist au bout du nez !
S
La Priere auffitoft du Cielfut écoutée,
Et dés que le Mary la parole lafcha
Au nez de l'Epouse irritée
L'Aune de Boudin s'attacha.
Ce prodige impreveu grandement le
fachad
La Femme eftoit jolie , elle avoit bonnegrace
,
Et pour direfans fard la verité du
fait,
Cet ornement en cette place
Ne faifoit pas un bon effet,
Sice n'eft qu'en pendant fur le bas du
vifage [ ment
Et luy fermant labouche à toutmo
Il l'empefchoit de parler aisément,
Pour un Epoux merveilleux avantage
48 MERCURE
Je pourrois bien , difoit- il à part
foy
Pour me dédommager d'un malheur
fi funefte,
Avec lefouhait qui me refte
Tout d'un plein faut me faire Roy,
Rien n'égale , il eft vray , lagrandeur
Souveraine ,
Mais encore faut- ilfonger
Commentferoit faite la Reine ,
Et dans quelle douleur ce feroit la
plonger,
.
De l'aller placer fur un Trone
Avec un nezplus long qu'une aune.
Il faut l'écouterfur cela ;
Et qu'elle-mefme elle foit la Maitreffe
De devenir une grande Princeffe ,
En confervant l'horrible nez qu'el
le
a ,
Ou de demeurerBucheronne,
Avec
GALANT.
49
Avec un nezcomme une autre per-
Sonne,
Et tel qu'elle l'avoit avant ce malheur-
là.
S
La chofe bien examinée ,
Quoy qu'elle fceuft d'un Sceptre &
le prix & l'effet ,
Et que quand on est couronnée
On a toujours le nez bien fait,
Commeau defir de plaire il n'est rien
qui ne cede ,
Elle aima mieux garderfon Bavolet,
Que d'eftre Reine & d'eftre laide.
Ainfi le Bucheron ne changea point
d'eftat ;
Il ne devint point Potentat,
D'ecus il n'emplit point fa Bourse ,
Trop heureux d'employer le defir qui
refloit,
Fraifle bonheur , pauvre reſſource ;
Nov. 1693 .
E
to MERCURE
A remettrefa Femme en l'estat qu'elle
eftoiti
Tant il eft vray qu'aux hommes
miferables ,
Aveugles , imprudens , inquiets, variables
,
Pas n'appartient de faire des fou
baits ,
Et que peu d'entre eux font capables
De bien uferdes dous que le Ciel lear
a faits.
Je vous ay fouvent envoyé
des Lettres de M' Deflandes ,
Grand Archidiacre & Chanoine
de Treguier , écrites à
M' le Chevalier Deflandes ,
fon Neven , Garde Marine du
GALANT: st
les
Département de Breft . Ce
fçavant homme a trouvé
moyen par ce's Lettres de rendre
ce Neveu habile , & en
luy écrivant familierement ,
il luy apprend tour ce que
Gouverneurs des jeunes Seigneurs
devroient enfeigner
leurs Pupillos. Ainfi fes Lettres
font remplies de mor
ceaux d'érudition , dont la
lecture doit faire plaifir . Elles
contiennent mille chofes curicufes
pour ceux qui les ignorent
, & rafraifchiffent la memoire
de ceux qui les ont
fccues. Voicy encore une de
Eij
$ 2 MERCURE
ees Letres,dont une copie eft"
tombée entre mes mains.
A MLE CHEVALIER
DESLANDES .
U
Nfage Minifire du Confeil
d'Espagne voyant que
la France remportoit des avangesfurprenans
malgré toutes les
forces de la Ligue , dit un jour à
un Confeiller d'Eftat qui s'eftoit
déchaifné pour le Prince d'Orange
; Numquid bonum tibi
videtur fi confilium impiorum
adjuves ? Il faut avouër
GALANT 53
je
que le Confeil d'Espagne eft dans
un affoupiffement & dans un
aveuglement qui étonneront la
Pofterité. Il falloit fuivre les
avis de ce fage Miniftre dont
viens de parler, qui dit à un
Emifaire du Prince d'Orange,
qui vouloit le gagner ; Non tentabis
Dominum tuum. Ce Miniftre
reprefenta un jour au Confeil•
que la Maison d'Autriche
ne pouvoir fubfifter que par
les
mefmes moyens qui l'avoient élevée
à ce baut point de grandeur
où elle fe voyoit ; que manquant
à la Religion , la Religion luy
manqueroit , que neceffai-
E iij
54 MERCURE
rement la décadence de fa Mo
narchie feroit infaillible qu'il
faloit pas eftre fort penetrant
pourremarquer que le Systeme interieur
du Prince d'Orange eft
d'affoiblir toutes los Puiſſances ,
pour dominer, & pour mettre
l'Empire entre les mains des Protèftans
; pour y parvenir il fe
fert de l'Empereurs qu'il fait le
propre inftrument defa deſtruction .
L'interet de la Religion , la
gloire de la Nation . l'honneur de
T'Estat ne vouloient pas que
eust aucune liaison avec un Vfurpateur,
qui afuccé avec le lait
l'averfion que fes Predeceffeurs
te
l'on
GALANT 55
ont toujours eue contre la Maifon
d'Austriche. Charles - Quint
avoit raifon de dire que l'Histoire
devoit estre Roccupation d'un
Princes qu'elle eftoit un miroir
qui ne flatoit point , & un Orateur
qui avertiffoit hardiment un
Souverain de fes defauts . Cet
Empereur, comme Affuerus , lifoit
à fon reveil les Annales de
fes Ancestres. Lifez , lifez , dit
ce Ministre un peu émeu , l'Hiftoire
de la Guerre de Flandre ,
par le Cardinal Bentivoglio , le
Tacite de fon Siecle , vous y ver
rez à chaque Sommaire les maux
que les Predeceffeurs du Prince
E iiij
56 MERCURE
d'Orange ont cauſez dans les
Pays qui font de la dépendance
d'Espagne. Voila un Portrait en
miniature
que le Corregidor de
Seville m'envoye de Rome , &
qui a esté trouvé dans le Cabinet
d'Annibal Carache , ce fameux
Peintre. C'est la reprefentation
d'un trifte Pelican , qui nourrit
de fon propre fangun Afpic qui
s'eft glißé dans fon nid , & ces
paroles d'un Prophete font infcrites
autour. Similis factus fum
Pellicano folitudinis . Cet embleme
s'explique de luy - mefme.
Un de mes étonnemens eft de
voir que le Confeil qui eft fi peGALANT.
57
netrant , n'ait pas opposé l'union.
du Prince d'Orange avec des Anglois.
Eft-ce que de noftre temps
cette Nation cruelle & farouche
n'a pas ruiné & defoléles Villes,
&les Illes qui font fur les coftes
d'Andaloufie
? Le Gouverneur
de Cadix memanda qu'il luy euft
efté plus doux de voir cette Ville
fubmergée , comme elle l'avoit
efté autrefois, que d'eftre foumife
à la barbarie de cette Nation inhumaine
& perfide .
Ie nepuis mefouvenir qu'avec
douleur des Procez verbaux que
que les Illes
l'on m'envoya , lors
de la Mer Mexicaine eftoient de
$8 MERCURE
1655. que
mon département. Ce fut l'an
les Anglois s'eftant rendusles
Maiftres des Ifles de l'Amerique
Septentrionale , chaſſerent
les Espagnols de la Iamaique,
& exercerent fur eux des
cruautez inouies . C'eft un abus ,
& c'eft fe tromper foy- mefme
que de s'aller imaginer que
forces de la France s'épuiferont ,
que cet Etat ne pourra pas tou
jours refifter à toute l'Europe liguée
pour l'affaiblir. Ne nous aveuglons
point , & jugeons fans
paffion des chofes comme ellesfont.
Lifons nos propres Hiftoires ,
nons y verrons que fous le Reg
les
GALANT.
59
gne de Philippes IV . du nom ?
furnommé le Bel , quarante &
fixieme Roy de France , qui commença
à regner l'an 1283. toute
l'Europe fe fouleva contre ce
Roy, generalement tous · lès
Princes , excepté le Comte de
Bretagne , fignerent une Ligue
effenfive contre cet Eftat.
Gui,Comte de Flandre , maria
fa Fille avec Edouard Roy
d'Angleterre , & ils fe jurerent
une amitié éternelle. Guy jetta
dans fes interests les Ducs de
Bar , de Brabant , les Comtes de
Julliers de Hollande , de Haynauts
de Nevers de Namur.
60 MERCURE
Edouard de fon cofté engagea
l'Empereur Adolphe , & le Pape
Boniface VIII. Tous ces Confederez
fe promettoient des merveilles
de leur union . Entre- ausres
, l'Empereur parloit d'un air
fi haut & fifier que fes plus modeftes
paroles n'eftoient que des
menaces. Il commença par envoyer
demander à Philippes la
Comté de Provence & le Royaume
d'Arles qu'il pretendoit avoir
esté incorporez à l'Empire , Philippes
pour toute reponſe › & pour
ferailler de fes menaces , luy envoya
un papier dans lequel il
n'y avoit rien d'écrit , & c'eft de
GALANT 61
?
là qu'eft venu ce Proverbe quand
nous difons à quelqu'un dont
nous nous mettons peu en peine ,
que nous luy donnons la Carte
blanche.
Qu'arriva-t- il de cette terrible
Ligue qui devoit mettre toute la
France à feu & à fang ? Voicy
l'effet qu'elle produifit . Adolphe
fut depoffedé par les Allemands
dans le temps qu'ilfe mettoit en
état d'executerfes Rodomontades .
L'Anglois fut battu par mer
par terre; fon Armée de mer commandée
par fon Frere Edmond
fut defaite entierement ; on luy
enleva par terre les Fortereffes de
62 MERCURE
Rions , de Pondefas , de Saint Se
vere , & plufieurs autres Villes.
Le Comte de Flandre fut encore
plus maltraitie , car le Roy de
France le dépouilla de fes Eftats,
& tous les Flamands s'emprefferent
de luy prefter le Serment
de Fidelité. Pour le Pape Bonie
face , il mourut de deplaifir & de
douleur. Albert d'Autriche qui
fucceda à Adolphe voyant les
forces inepuifables du Roy de
France rechercha fon amitié, &
pour ofter tout pretexte de querelle
, il envoya à Philippes un acte
par lequel il renonçoit à toutes
les pretentions qu'il pourroit avoir
GALANT. 63
& Sur le fur la Provence
Royaume d'Arles.
Ceffons doncde rous flatter par
une fauße esperance de l'affoibliffement
de ce grand Corps polinque.
Ne reffemblons pas à ce
Rustique dont nous parle Horace
dont ilferaille , qui attendou
pour paffer un Fleuve, qu'il
fuft ecoulé.
Rufticus expectat dum de-
Auat amnis.
Les Alliez Ennemis de la
France , nefçavent que trop que
les forces de cet Etat font comme
ces vapeurs qui fe tournent en rosée
pour les François , & en Fou64
MERCURE
dre fur les Ennemis de cette Monarchie.
Ileft vray que le Royaume
d'Espagne eft auffi ancien que
celuy du peuple choifi ; mais cet-
Nobleffe ne luy est te ancienne
pas fort avantageuse. Il fuffic
d'ouvrir l'Hiftoire Sainte des
Machabées , on y verra une
defolation entiere de toute l'Ef
pagne , dont les Miniftres touchez
de jalousie , d'ambition ,
d'intereft particulier reduiferent
la floriffante Monarchie fous..
lejoughonteux de gens qui n'avoient
pour toute Religion , que
le defir de regner dans tout l'Univers.
Le Saint Eſprit s'expriz
GALANT 65
>
me d'une maniere outrageante
la Nation Espagnole en parlant
de fa fervitude fous la domination
des Romains . Et quanra
fecerunt in regione Hifpanix
, & quot in poteftatem
redegerunt metalla argenti &
auri quæ illic funt , & poffederunt
omnem locum confilio
fuo & potentia . Remarquez
que le Saint Efprit fait preceder
la Sageffe , la Prudence , le Confeil
, &parle enfuite de la force,
de la valeur, & de la puiſſance .
C'eft cet Oracle de la prudence
qu'ilfalloit confulter avant que
d'entrer dans une Ligue honteu-
Nov. 1693.
F
66 MERCURE
Je contre la France qui a toûjours
eftéfuperieure, & qui a la Viz
Etoire de fon cofté , parce qu'elle
a laJustice.
Vous fçavez , Meffieurs , dit
ce fage Miniftre en finiffant , que
la Paix eft un don de Dieu . Da
pacem Domine. Il fant la luy
demander.Mon honneur ma confcience
, ma haute naiffance , mes
anciens Emplois , le rang que je
tiens's m'ont obligéde vous.communiquer
les reflexions que j'ag
Faites fur les affaires prefentes .
Ileuft efté avantageux à l'Eſpagne
de s'estre laiffe conduire par
un Miniftre auffi éclairé que ceGALANT.
67
luy dont je viens de vous tranf
crire le judicieux avis . Ce fage
Miniftre n'avoit-il pas raifon de
regarder la France comme le Trone
du Soleil que les Perfes repreſentoient
defendu par des
Lions ? Ces Lions ne font ils pas
les Symboles de nos, Officiers de
mer de terre dont la valeur,
la vigilance & l'intrepidité étonnent
les Alliez jaloux de la gloire
de Louis le Grand ?
ی ب
M'occupant autre -fois à la
connoiẞance des Simples » je remarquay
une Fleur qui me donna
de l'attention ; je regarday une
rige de la hauteur d'un Lis. Cet-
Fij
68 MERCURE
e Tige eftoit furmontée d'une
Fleur couronnée de la couleur des
Lis champe ftres , dont nous parle
Pline . Ce qu'il y avoit de fingulier
dans cette Fleur , c'eft
qu'elle reprefentoit une Etoile . Če
n'eftpas cependant ce que j'admiray.
C'eftoit un tas d'Epines qui
fortoit des Caieux de cette Tige ,
& quis'elevoit auffi haut que
la Fleurpour luy fervir de reme
part. Peut- on rien de plus jufte ?
L'application en eft facile. Est- ce
que les Alliez ne devroient pas.
rougir de honte aprés fix Campa
gnes de fe voir battus par mer
par terres La honte eft de toutes
GALANT 69
les paffions celle qui fait le plus
d'impreffion ; elle eft feule capable
de corriger l'homme raifonnable
de tous fes defordres . L'amour,
cette imperieufe paffion que l'on
pretend eftre plus puissante que la
mort n'ofe luy refifter ; l'ambition
avec toute fa fiertéfe retire
en fa prefence ; l'Envie , cette
befte farouche fe cache dans fa
caverne dés· le moment `qu'on l'a
nomme. Il y a efperance de guerir
un homme de ſes paffions , tandis
qu'il eft fufceptible de pu
deur , mais des l'inftant que ce
chafte voile de la bonte eft ofté.
çe Malade eft un Phrenetique
fans efperance.
70 MERCURE
Fay raison de croire que les
PrincesCatholiquesfollicitez par
le Pere commun de tous les Fidelles
Princes rentreront en euxmefmes
fe diront qu'ils doivent
rougir de honte devant
Dieu devant toutes les Nations,
d'eftre entrez dans une Ligue
avec un Ufurpateur contre
le plus grand Roy du monde, dont
la pieté eft l'ame de toutes fes
actions. Fe fuis voftre , & c.
Le premier jour de ce mois ,
qui cftoit celuy où l'on cele
broit la Fefte de tous les
Saints , le Roy fic la diftribution
des Benefices vacans , &
GALANT
71
Sa Majefté hohora M. l'Abbé
d'Ervault du titre d'Archevefque,
en luy donnant l'Archevefché
de Tours . Ainfi il
quicce l'Eveſchê de Condom ,
où je vous manday la derniere
fois qu'il avoit eſté nommé.
Comme l'Archevefché de
Tours n'eft pas d'un grand
revenu , & qu'il faut foutenir
unntang fi diftingué dans l'Eglife
, Mr l'Abbé d'Ervault
fut en meſme temps pourvû'
de l'Abbaye de S. Maixant.
L'Evefché de Condom fut
'donné à M' l'Abbé Milon ,
Aumônier du Roy, qui fa
72 MERCURE
merité par fes longs fervices,
fes bonnes moeurs , & par
fon affiduité.
par
M' l'Abbé de Pompone fur
gratifié de l'Abbaye de Saint
Medard de Soiffons , aprés a
voir remis celle de S. Maixane
entre les mains de Sa Majesté .
L'efprit de la Famille , le merite
da Pere , & le fçavoir du
Fils , luy doivent faire tout
efperer des bontez d'un Roy,
dont la justice eft égale à fa
grandcur .
Mr de Sillery . Evefque de
Soiffons, diftingué par fa naif
fance & par fon merite , fut
gratifié
"
GALANT. 73
gratifié de l'Abbaye du Gard,
prés d'Amiens .
M' l'Abbé Boileau , qui depuis
un fi grand nombre d'années
a paru avec tant de gloire
& d'avantage dans les meilleures
Chaires de Paris , fut
pour veu de l'Abbaye de Beaulieu
, prés Loches , le Roy
voulant honorer par là le Miniftere
de cet Abbé , & encourager
les Ecclefiaftiques à
travailler pour l'Eglife , felon
la mefure de leurs talens.
Le Roy donna en mcfme
temps l'Abbaye de Maures ,
Diocefe de Langres , à M
Novembre 1693 . G
74 MERCURE
'Abbé de Chavaudon , cydevant
Aumônier de la Reine.
Rien ne marque plus la juftice,
la bonté, & les égards de
ce Prince .
Il y eut trois Abbayes regulieres
données dans ce mefme
temps : celle de Moncels ,
Ordre de Premonftré, au Pere
Remi Cannelle , Prieur de S.
Martin de Laon ; celle des Religieufes
de Bonnevoye dans
le Luxembourg , à Dame Marie-
Agnés de Piromboeuf , &
celle de Noftre Dame de
Meaux , à Madame de Montchevreul
,Religieufe de Fon
tevrault.
-
GALANT.
75
Mr l'Abbé de Fourcy cut
le Prieuré de Meinel , dit des
Bonshommes . Je vous ay déja
parlé de la diftinction , de la
fageffe , du merite & des grandes
alliances de cette Famille.
Le Paicuré d'Oulmes , de
la Ville Dicu - Daunay , Ordre
de Saint Auguftin , Dioceſe de
Saintes , fut donné à M' l'Abbé
Marin de la Chaftaigneraye
, Fils de Meffire Arnoul
Marin , Marquis de la Chaftaigneraye
, Comte Palatin ,
Maitre des Requeſtes ordinaire
& honoraire de l'Hoftel
du Roy , Confeiller d'Eftat or-
Gij
76 MERCURE
dinaire , cy devant Confeiller
au Parlement de Mets ,Maiftre
des Requeſtes ordinaire , Intendant
deJuftice , Police & Finan
ce en la Generalité d'Orleans ,
& Premier Prefident au Parle
ment de Provence ; & Petitfils
de Meffire Denis Marin ,
Marquis de laChaftaigneraye ,
Seigneur de Mouilleron ,Noubert
, Aubigny, & autres lieux ,
Confeiller d'Eftat ordinaire ,
& Intendaut des Finances, qui
a cu quinze Intendances d'Armées
, & tenu plufieurs fois
les Eftats en Bretagne de la
part du Roy . Jee ne dis rien de
GALANT. 77
plufieurs grandes Commif
fions , qu'il avoit cuës dans le
Royaume pour le fervice de
Sa Majefté , auquel il a toujours
cfté attaché inviolablement
dans les temps les plus
difficiles. Tout le monde fçait
qu'il fut envoyé contre les Rcbelles
en Guienne , & en plufieurs
autres Provinces , avec
un tres - grand pouvoir , & que
la feue Reine l'honoroit de
fon eftime , & d'une confiance
particuliere . Il entendoit parfaitement
bien les affaires , avoit
une probité au deſſus du
commun , & un defintereffe-
Giij
78 MER CURE
ment fi extraordinaire , qu'a
prés avoir gouverné les Finances
pendant quarante ans , il
n'a laiffé d'autre bien à fa Famille
que beaucoup d'honneur
& de reputation . Il eftoit
aimé du Peuple qu'il foulageoit
dans toutes les neceffi .
tez , & des Grands Seigneurs,
à qui il rendoit fervice de la
maniere du monde la plus engageante
& la plus fincere .
Enfin , aprés avoir paffé une
longue & honorable vie , il eft
mort poffedant toutes fes
Charges , âgé de foixante &
dix- huit ans,& regreté de tout
4
GALANT. 79
le Royaume. Il avoit épousé
la Soeur de M Colbert du
Terron , Intendant de Marine
& de Terre , & Confeiller
d'Eftat ordinaire . Elle eftoit
Coufine Germaine de feu M
Colbert , Miniftre & Secretaire
d'Eftat. Vous ferez peutcftre
ſurpriſe que parmy les
qualitez de M Marin , Premier
Prefident au Parlement
d'Aix , j'aye employé celle
de Comte Palatin Je vous diray
là -deffus qu'elle luy vient
d'un Bref tres - honorable que
le Pape Clement X. luy envoya
par M le Cardinal Gri-
.
Giiij
80 MERCURE
maldi Sa Sainteté l'ayant créé
par ce Bref , Comte Palatin
comme qui diroit Comte du
Palais. Cette dignité donne de
tres-grandes prérogatives , &
entre autres celles de porter au
deffus des Armes la Thiare du
Pape, & les Clefs de S. Pierre
en fautoir , les honneurs du
Louvre chez le Pape , comme
l'ont les Ducs & Pairs en France
, les entrées dans la Chambre
de Sa Sainteté , & beaucoup
d'immunitez & de Privileges
tres- confiderables.
Puis que j'ay commencé à
vous dire des chofes particu
GALANT. 81
lieres de la Famille de M
l'Abbé Marin , quoy que je
n'aye accoutumé d'entrer dans
un ſemblable détail , que dans
les occaſions de Mariage , ou
de mort , j'acheveray en vous
difant qu'il a pour Oncles
Meffire Pierre Marin , Marquis
de la Troufferie & de
Montmarin , Maistre des Requeftes
ordinaire de l'Hoftel
du Roy , & cy- devant Confeiller
au Parlement de Paris , &
M'Marin,Seigneur de Moüilleron
, Brigadier des Armées
de Sa Majefté , & premier
Lieutenant de fes Gardes du
82 MERCURE
Corps dans la Compagnie de
Luxembourg. Il a paffe par la
plufpart des degrez de l'Armée
, ayant efté Enfeigne ,
Cornette , Lieutenant , Capitaine
de Cavalerie , & Colonel
d'un Regiment. Il entra enfuite
dans la Maifon du Roy,
où il a efté Exempt, Enfeigne,
Sous-Lieutenant , & Lieutenant
des Gardes du Corps. Il
s'est trouvé à plufieurs grandes
actions & Batailles , & à
celle de Neerwinde il eut
deux chevaux tucz fous luy,
& reçut une bleffure tres-dangercufe
, dont il eft demeuré
>
GALANT. 83
eftropié . M ' l'Abbé Marin a
un Frere Moufqnetaire dans
la premiere Compagnie , & un
autre Lieutenant dans la Galere
dite Reale , que le Roy a
nommé depuis peu de temps
pour aller commander par
terre une Compagnie de cent
hommes, dans l'Armée de M
le Maréchal de Catinat , demeurant
pourtant toujours
Officier de Galere . Il a une
Soeur mariée à un Confeiller
du Parlement de Provence , &
une autre Penfionnaire en
l'Abbaye Royale de S. Barthelemy
à Aix . Son autre
84 MERCURE
Soeur , appellée Mademoiſel :
le de la Chataigneraye
, cft
morte Religieufe Profeffe de
la Vifitation de Sainte Maric
à Aix , âgée de vingt ans , &
déja en odeur de fainteté . M
Marin , Colonel d'un Regiment
de Cavalerie , & fon
Coufin iffu de Germain, a efté
tué à la Bataille de la Marfaille
en Piedmont . M'Marin
Capitaine de Cavalerie , qui
fut tué à la Bataille de Staffarde
, eftoit fon Coufin iffu
de Germain . Ses Grands- oncles
cftoient feu Mr Daurat
Doyen du Parlement de Paris
GALANT. 85
qui s'eft rendu fi recomman
dable par fa probité , fa capacité
, & un merite extraordinaire
, & M' du Tillet Con
feiller de la Grand' Chambre,
& il a l'honneur d'eftre allié
à plufieurs Maifons tres - diftinguées
dans la Robe , dans
l'Epée & dans le Miniſtere.
Outre les Benefices donnez
à la Fefte de tous les Saints ,
le Roy avoit nommé le mois
precedent à l'Abbaye regu
liere de Saint Vaft de Moreüil
, Ordre de Saint Benoift
Diocefe d'Amiens , Dom
Jean François du Croft de
86 MERCURE
Montigny , Religieux Bene
dictin de l'Ordre de Cluny,
Vous ne sçauriez voir affez
fouvent des ouvrages de l'Illuftre
Madame des Houlieres ,
à Mademoiſelle Cheron dont
tout Paris admire l'habileté
pour la Peinture , ayant fait
Ton Portrait depuis quelque
temps , cela luy a donné lieu
de faire des Reflexions que
Vous trouverez dignes d'elle,
& auffi noblement exprimées,.
qu'on le peut attendre de ce
merveilleux genie, qui la rend
l'ornement de fon Sexe & de
fon ficcle.
GALANT. 87
esseses22 52225555
REFLEXIONS MORALES
DE MADAME
DES-HOULIERRES
Sur l'envie immoderée de
faire paffer fon Nom à la
Pofterité.
1Afgevante C HERON parfon
divin pinceau
Me redonne un éclat nouveau .
Elle force aujourd'huy les Graces ,
Dont mes cruels ennuis & mes longues
douleurs ,
*Laiſſent ſur mon visage à peine quelques
traces ,
D'y venir reprendre leurs places.
88 MERCURE
Elle me rend enfin mes premieres
couleurs.
Parfon art la racefuture
Connoîtra les prejens que me fit la
Nature,
Et je puis efperer qu'avec un telfecours
,
Tandis que j'erreray fur les fombres
rivages,
Je pourray faire encor quelque honneura
nosjuurs
.
Oiy , je puis m'enflater ; plaire & du
rer toujours
Eft le deftin de fes ouvrages.
$
Fol orgueil ! & du coeur Humain
Aveugle & fatale foibleffe !
Nous maîtriferez- vousfans ceffe ;"
Et n'aurons- nous jamais un gencreux.
dédain
Pour tout ce qui s'oppofe aux loix de
lafageffe ?
GALANT. 89
Non; l'amourpropre en nous eſt toujours
le plusfort ,
Et malgré les combats que la fage fe
livre ,
On croit fe dérober en partie à la Mort
Quand dans quelque chofe onpeut
vivre.
S
Cette agreable erreur eft la fource des
fains
Qui devorent le coeur des Hommes .
Loin de fçavoirjouir de l'état où nous
fommes.
C'est à quoy uous pensons le moins.
Une gloire frivole &jamais poffedée,
C.
Fait qu'en tous lieux ', à tous momens,
L'avenir remplit nôtre idée.
Il est l'unique but de nos empreffe.
mens.
Novembre 1693 . H
90 MERCURE
Pour obtenir qu'un jour noftre nom
y parvienne ,
Etpour nous l'affurer durable &glo
rieux ,
Nousperdons le prefent , ce temps fa
precieux ,
Lefeul bien qui nous appartienent,
Et qui tel qu'un éclair difparoift à nos
yeux.
Au bonheur des Humains leurs chimeres
s'opposent.
Victimes de leur vanité
Il n'eft chagrin , travail , danger 3
adverfité ,
A quoy les mortels ne s'exposent
Pourtranfmettre leurs uoms à la po
fterité!
2
A quel deffein , dans quelles vuës,
Tant d'abelifques , de portraits ,
D'Arcs , de Medailles , de Statuës ,
GALANT. SI
De Villes, de Tombeaux, de Temples,
de Palais ,
Par leur ordre ont- ils efté faits ?
D'où vient que pour avoir un grand
nom dans l'Hiftoire
Ils ont à pleines mains répandu les
bienfaits
Si ce n'eft dans l'espoir de rendre leur
memoire
Illuftre & durable àjamais?
2
Il est vray que ces efperances
Ont quelque fois fervy de frein aux
paffions ;
Que par elles les loix , les beaux
Arts , les Sciences ,
Ont formé les efprits , poly les Nations
Embelly l'univers par des travaux
immenfes,
Et porté les Heros aux grandes
actions .
Hij
92
MERCURE
Mais auffi
combien
d'impoſtures
De
Sacrileges ,
d'attentats ,
D'erreurs , de
cruautez, de
guerres;
de
parjures
A produit le defir d'eftre aprés le trépas
L'entretien des races
futures !
Deux
chemins
differens &
prefque
auffi battus ,
Au Temple de
Memoire
également
conduifent.
Le nom de
Penelope & le nom de
Titus
Avecceux de Medée & de Neron s'y
lifent.
Les grands crimes
immortalifent
Autant que les grandes vertus.
S
Je Seay que lagloire eft trop belle
Pourne pas infpirer de violens defirs:
chercher ,
l'acquerir , &
pouvoir
jourd'ell e,
GALANT. 93
Eft le plus parfait des plaifirs.
Ouy, ce bonheur pour l'Homme eft le
bonheurfuprême ,
Mais c'est là qu'il faut s'arrefter.
Tout charmé qu'il en eft , à quelque
point qu'il l'aime ,
Il a peu de bon sens quand il va s'entefter
De la vanité de porter
Sa gloire au delà de luy mefme ;
Et quand toûjours en proye à ce defir
extrème
Ilperd le temps de la goûter.
S
Encorfi dans les champs que le Cocy
te arrofe
Dépouillé de toute autre chofe,
Il eftoit permis d'esperer
Dejouir de fa Renommée ,
Fe ferois bien moins animée
Contre lesfoins qu'on prend pour la
faire durer.
94 MERCURE
Mais quand nous defcendons dans
ce's demeures fombres ,
La gloire ne fuit point nos ombres
,
Nous perdons pour jamais tout ce
qu'elle a de doux;
Et quelque bruit que le merite
La valeur , la beauté , puiffe faire
aprés nous ,
Helas ?on n'entend rienfur les bords
du Cocyte !
ន
Paroù donc ces grands noms d'illu
ftres , defameux ,
Aprés quoy les mortels courent toute
leur vie,
Avides de laiffer un long Souvenir
d'eux ,
Doivent-ils faire tant d'envie ?
Est -ce par intereft pour d'indignes
Neveux
CALANT.
95
Qui feuls de ces grands noms
jouiffent ,
Qui ne lesfont valoir qu'en des dif
cours pompeux,
Etqui toujours plongez dans un de
fordre affreux ,
Par des lâchetez les flétriffent ?
2
De ces heureux Mortels qui n'ont
point eu d'égaux
Teleft l'ordinaire partage.
Traitez par la Nature avec moins
d'avantage
Que la plupart des Animaux ,
Leur Race dégénere , & l'on voit d'âge
en age
En elle s'effacer l'éclat de leurs travaux.
Des chofes d'icy-bas c'eft le ray caracteres
Il eft rare qu'un Fils marche dans le
Sentier
96 MERCURE
Quefuivoit un illuftre Pere.
Des moeurs comme des biens on n'eft
pas heritier,
Et d'exemple on nes'inftruitguere.
S
Tandis que le Soleilfe leve encorpour
nous ,
Je conviens que rien n'est plus
doux
Que depouvoirfirement croire ,
•Qu'aprés qu'un froidnuage aura cou
vert nos yeux,
Rien de lâche , rien d'odieux ,
Nefouillera noftre memoire;
Que regrettez par nos amis
Dans leur coeur nous vivrons encore
;
Pour un tel avenir tous lesfoins font
permis.
C'estpar cet endroit feul que l'amour
propre honore.
Il
GALANT.
97
Il fautlaiffer le refte entre les mains
du fort ;
Quand le merite eft vray , mille fa
meux exemples
Ont fait voir que le temps ne luy fait
point de tort ,
On refufe aux vivans des Temples
Qu'on leur éleve aprés leur
Mort.
S
Quoy , l'Homme , ce chef- d'oeuvre à
qui rien n'eft femblable!
Quoy, l'Hommepour quifeul on forma
l'Univers !
Luy , dont l'oeil a percé le voile im- .
penetrable
Dont les arrangemens & les refforts
divers
De la Nature font couverts !
Lay , des Loix & des Arts l'inventeur
admirable !
Nov. 16 93 .
I
98 MERCURE
Aveuglepour luy feul ne peut-il difcerner
,
Quand il n'est question que de fe
gouverner,
Le fauxbien du bien veritable ?
$
Vaine reflexion ! inutile difcours !
L'Homme malgré voftrefecours
Du frivole avenir fera toûjours la
dupe ,
Surfes vrais interefts il craint de voir
trop clair
Et dans la vanité qui fans ceffe l'oce
cupe
Ce nouvel Ixion n'embrasse que de
L'air.
N'eftre plus qu'un peu de pouffiere
Bleffe l'orgueil dont l'homme eft
plein.
Il a beau faire voir un visage ſca
rein ,
GALANT.
99
Et traiter defangfroid une telle ma-,
tiere..
Tout dément fes dehors , tout fert à
nous prouver,
Que par un nom celebre il cherche
à fe fauver
D'une deftruction entiere.
S
Mais d'où vient
qu'aujourd'huy mon
efprit eftfi vain ?
Que fais-je ! & de quel droit eft-ce
queje cenfure
Legoût de tout le genre humain ,
Cegoûtfavory qui luy dure
Depuis qu'une immortelle main
Du tenebreux cahos a tire la Nature ?
Ay-je acquis dans le monde affez
d'authorité
Pour rendre mes raifons utiles ,
Et pour détruire en luy ce fond de
vanité
I ij
100 MERCURE
Quine luy peut laiffer aucuns mo
mens tranquilles ?
Non , mais un efprit d'équité
A combattre le faux inceffamment
m'attache ,
Et fait qu'à tout hazardj'écris ce que
m'arrache
La force de la verité.
S
Hé , comment pourrois -je prétendre
De guerir les mortels de cette vieille
erreur,
Qu'ils aiment jufqu'à la fureur ,
Si moy qui la condamne ay peine à
m'en deffendre ?
Ce potrait dont Appelle auroit efte
jaloux
Me remplit malgré moy de la flateuse
attente
Que je nesçaurois voir dans autruy
fans couroux.
GALANT. IOI
Foible raison que l'Homme vante ,
Voilà quel eft le fond qu'on peutfaire
fur vous.
Toujours vains , toûjours faux , toujours
pleins d'injustices ,
Nous crions dans tous nos dif
Cours
Contre les paffions , les foibleffès, les
vices ,
où nous fuccombons tous les jours.
La Gendarmerie ayant rempli
au Combat de la Merfaille
, tout ce que l'on attendoit
de la valeur de ce Corps , elle
a plus perdu en cette occafion
que tout le refte de l'Ar.
mée enfemble , s'eftant trouvéccxpofée
au feu du Canon
I jij
102 MERCURE
des Ennemis, avant que la Bataille
commençaft , ce qu'elle
fouffit avec une fermeté inébranlable
. La perte qu'elle a
faite a donné lieu à quelques
changemens dans les Compagnies
qui la compofent. Voicy
les noms de ceux à qui on a
donné de nouvelles Charges
dans ce Corps .
Mr de Mezieres a efté nommé
Capitaine- Lieutenant des
Gendarmes Anglois .
Mr de la Riviere , Enfeigne
de la mefme Compagnie .
Mr le Chevalier de Roye ,
Guidon des Gendarmes de la
Reinc.
GALANT. 103
Mr de Thoiras , Cornette
des Chevaux - Legers Dauphins.
Mr de Treffan , Enfeigne
des Gendarmes de Bourgogne.
M' le Chevalier de Plancy ,
Capitaine. Lieutenant des Che
vaux Legers de Bourgogne .
Mr le Chevalier de Janfon ,
Guidon des Gendarmes de la
mefme Compagnie .
Mile Chevalier du Frefnoy,
Enfeigne
des
d'Anjou .
Gendarmes
Mi de Sourdeac , Guidon
des Chevaux Legers Dauphins
.
I
iiij
104 MERCURE
M' le Chevalier de Car
man , Guidon des Gendarmes
d'Anjou .
M' le Marquis de Villiers
Sous- Lieutenant des Chevaux-
Legers de Berry.
M' du Rivau , Sous- Lieutenant
des Gendarmes de
Flandre.
M ' de Vertilly , Major de
la Gendarmerie.
Ne croyez pas , Madame ,
qu'il foit pery dans l'affaire
de la Marfaille autant d'Offciers
, que vous voyez icy de
places nouvellement remplies
. La mort d'un feul fait
GALANT. 105
fouvent un auffi grand changement
dans un Corps , &
vous l'avez vû le mois paffé
par le mouvement qui s'eft
fait dans les Moufquetaires › à
l'occafion de la mort de M
de la Hoguette. Ce n'eſt pas
que les Gendarmes n'ayent
beaucoup fouffert, comme je
vous ay déja fait voir en vous
en marquant la raiſon , mais
tous les avantages que nos Ennemis
ont prefque toujours
avant le Combat , ne fervent
qu'à augmenter la gloire des
François , qui déferoient trop
feurement leurs Ennemis ,fans
106 MERCURE
que leur victoire leur coûtaft
de fang , fi l'avantage fe trouvoit
égal avant que d'en venir
aux mains.
Comme la diverfité de ma
Lettre eft ce qui vous y plaiſt
davantage , & que vous fouhaittez
qu'elle foit remplic
d'ouvrages fur differentes matieres
, afin quo chacun
s'y
puiffe divertir dans votre
Province felon fon efprit &
fon gouft , je vous envoye de
quoy occuper un moment
ceux qui fe font un plaifir de
l'étude de la Phyfique
. Ce
que vous allez lire cft du mê
GALANT. 107
me Mr Poupart , qui a déja
écrit fur le
Limaçon
.
LA PROGRESSION
du Limaçon aquatique, dont
la Coquille eft tournée en
Spirale conique.
Sta
I leLimaçon n'avoit point en
d'autre fecours que le caprice
l'inconstance des eaux pour
eftre portéfur les differentes rives
qui luy fourniffent la nourriture,
il auroit estéfujet à bien des dif
graces ; mais la nature qui n'a
point de plus preffans defirs , ny
de plus nobles paffions que de
riompherparfes liberalitez ,y a
108 MERCURE
pourveu
d'une maniere hien obligeante.
Elle luy à mis fur le
dos un grand fac membraneux
qu'il vuide & remplit
d'air
quandil veut , par une ouverture
"qu'il ouvre , & qu'il ferme fi
exactement
de dehors en dedans,
avec une foupape à clapet , qu'il
ne peut fortir ou emirer le moin
dre globule d'air fans le confentement
de l'animal. C'est par
cet artifice
qu'augmentant
on
diminuant
le volume
de fon
corps il en augmente
on diminue
la pefenteur
par rapport
à un pareil volume
d'eau . Sa progreffionfe
fait en quatre manieres
CALANT: 109
Il nage fur les eaux ; il ſe précipite
dans le fond ; il marche ou
rampe fur la glaife ; il monte du
fond à la fuperficie. Quand ce petit
Nocher veut mettre à la voile,
il fe jette à moitié- corps fur l'eau,
ilfe tournefur le dospour eftre porté
par lefac qu'il a refoulé d'air.
Les enfansfe mettent fur des gourdes
pour nager, & les hommes
nagent plus facilement fur le dos
qu'en toute autre fituation . Sa
bafe ou fonpied qu'il dilate le plus
qu'il peut fur lafuperficie de l'eau,
luy fert de gouvernail, qu'il tourne
en rond, à droite àgauchefelon
qu'il veut pointerfon efquif.
110 MERCURE
En cet état le moindre foufle s'entonnant
dans fa Coquille qui luy
fert de voile , le conduit dans le
port qu'il s'eft proposé. Mais fi
une importune bonaffe s'oppofeaux
deffeins de nôtre Pilote , ilprend
la rame. Il n'en a point d'autre
que fon petit corps qu'il allongefur
la fuperficie de l'eau en le tirant
à moitié de ſa Coquille ,à laquelle
il donne une(ecouffe pour la faire
fuivre & pour donner un favo
rable mouvement à l'eau , s'allonge
une feconde fois , il donne une
nouvelle fecouffe, il imprime un
nouveau mouvement . Enfin con
tinuant cette maneuvre pendant
GALANT. II
quelque temps, il arrive fur une
cofte étrangere , où il cherche à prendrefes
ébats, de nouveaux alimens
ou àfaire quelque amoureufe conquefte.
Quand notre petit avanturier
veutfe garantir des infultes
de fon ennemy, il chaffe promptement
tout l'air qui l'environne,
devenant par ce moyen plus pefant
qu'un pareil volume d'eau , il est
fubitement précipité dans le fond ;
mais auffi il a ce defavantage
qu'il ne sçauroit remonter qu'en
grimpantfur quelque plante , ou
bien en rampant fur le fond de la
riviere. Il exécute fi habilement
cette progreffion qu'ilfemble plus112
MERCURE
toft glisser que marcher, parce que
faifantfaire mille petites ondula
tions prefque infenfibles à la plante
de fon pied, elles fe fuccedent fi
immediatement les unes aux autres
, qu'il n'y a point d'infant
de repos dans fa progreffion.
Auffi toft qu'il eft arrivé à la fuperficie
, il prefte le cofté , il ouvre
la foupape pour ſe remplir
d'air , fans lequel il ne sçauroit
vivre plus de deux jours , ny nager
fur les eaux ; mais fi derechefil
veut s'aller égayer dans
le fondfans s'épuifer d'air , ilfaut
qu'il defcende tout au long d'une
Plante, parce qu'en cet eftat il
GALANT. 113
eftplus leger que l'eau : mais en
recompenfe il a cet avantage
que lors qu'il veut remonter à la
fuperficie , il n'a qu'à fe laiffer al
ter, il y eft porté avec viteffe.
Au reste ce petit animal nous
fournit l'occafion de faire des experiences
qui peuvent donner du
jour au fameux probleme qui demande
s'ily a de l'air dans l'eau ,
car fi on le tient dans le fond de
l'eau , & qu'on le picotte pour le
faire rentrer dans fa coquille , on
verra fortir une grande colonne
d'air qui fai bouillonner l'eau .
Si aprés l'avoir entierement épuife
d'air , on e lie en luy donnant
Novembre 1693. K
114 MERCURE
du jeu , de maniere qu'il ne puiße
remonter jusques à la fuperficie
de l'eau , il ne fe remplit jamais
d'air , car fi de temps en temps
onle picotte , afin de le faire contracter
rentrer dans fa coquille
, pour fairefortir l'air qu'on
pourroit prefumer qu'il auroit
puisé dans l'eau , il n'enfort aucun
globule , bien qu'il luy foit
abfolument neceffaire pour la vie,
& qu'ilpuiffe ouvrir & fermer
la foupape de la maniere qu'il le
veut.
Il est vray que les Poiffons
ont toûjours leur veffie pleine
d'air ; mais on feait qu'ils fauGALANT.
115
tent , & qu'ils viennent à lafuperficie.
Le Roy a donné le Gouver
nement Ae Fribourg à M' le
2
Marquis de Villars ,Lieutenant
General de fes Armées , &
Commiffaire General de Ca +
valerie . Il eft Fils de M¹ lc
Marquis de Villars , cy- devant
Ambaffadeur Extraordinaire
en Efpagne , & Chevalier
d'Honneur de Madame la
Ducheffe de Charres.
Le Gouvernement de Philippeville
, a cfté donné à Mª
de la Provenchere, cy devant
Kij
116 MERCURE
Lieutenant Colonel du Regi
ment de Vandofme , & Commandant
dans Scheleftat .
Mle Chevaher de Gaffion,
Lieutenant des Gardes du
Corps , a eu celuy de Mezieres.
Il a perdu un Frere à la
Bataille de Neervinde , qui
eftoit Enſeigne dans le melme
Corps.
M'le Comte de Solre a efté
gratifié de celuy de Peronne .
Il eft d'une des plus illuftres
Familles de Flandre, Chevalier
des Ordres du Roy.
Les Gouvernemens de Niort,
de Fefcamp & de Bar -furGALANT.
117
Aube , ont efté auffi donnez,
le premier à Mr de Lapara ,
fameux Ingenieur qui a beaucoup
contribué à la prife de
Nice , & à celle de Rofes ;
le fecond , à Mr de la Morte,
Lieutenant des Gardes du
a
Corps
Frere de M' de
Vatteville, Lieutenant General
des Armées du Roy , & le
trofiéme , à M' le Comte de
Brellay , Francontois, Maréchal
des Camps & Armées de Sa
Majefté , & cy- devant Ingenicur
dans l'Armée d'Espagne,
dont il a abandonné le party,
comme Sujet du Roy.
18 MERCURE
Voila comme les fervices
font toujours recompenfez .
On ne s'employe jamais inutilement
à faire triompher le
Roy. Outre le plaifir de bien
remplir les devoirs d'un bon
Sujet , & la gloire qui en eft
infeparable , il n'y a point
d'actions d'éclat qui ne foient
fuivies de biens & d'honneurs
fous le regne de Louis le
Grand. Comme la juftice eft
de fon cofté , fes Victoires,
font toujours certaines . Voicy
un petit Dialogue qui exprime
bien la verité de ce qui fe
paffe aujourd'huy.
GALANT. 119
LA RENOMMEE
traverfant l'Allemagne .
Mpuiffans Ennemis du grand Roy
que je fers ,
Dont je porte par tout la gloire ,
De vos Princes liguez apprenez le
revers ;
Je vais au bout de l'Univers
De LOVIS fur Naſſau publier la
Victoire.
De Rozes , d'Heydelberg à peine de
retour ,
Huy m'engage à faire une course nouvelle.
Nervvinde à fon tour me rappelle,
Louis pour le repos ne me laisse aucun
jour.
Affiegeant Charleroy fa conquefte eft
certaine ,
Je parts , le temps me preſſe , & je
n'auray qu'à peine
Le loifir d'achever mon tour.
120 MERCURE
L'ENVIE,
Qentens-je, cruelle Ennemie?
Quel bruit fatal viens - tu répandre
dans ces lieux ?
Quoy , Louis eft victorieux ,
Malgré l'Enfer malgré l'Envie.
Nassau , qui m'avez mal fervie ,
Que me fert- il d'avoir versé dans
vostre coeur
Tant de haine & tant de fureur ?
Je n'auray donc formé vostre Ligue
fatale ,
Que pour mieux fervir ma Rivale
Au triomphe de ce Vainqueur.
objet d'une indigne memoire ,
Quand j'attaque Louis , mes coups
tombent fous moy.
Ah , par quelle invincible loy
Faut-il que ce foit may qui le mene à
la gloire ?
GALANT. 121
Je vous envoye deux Madrigaux
, dont on a trouvé les
penfées d'autant plus agreables
, qu'elles font tout à fait
juftes. M' Diereville en eft
l'Auteur.
SUR LA CAMPAGNE
du Prince Louis de Bade.
Ade fur le Danube autrefoisgrand
Heros ,
Cherchoit les Ennemis , & leur faifoit
laguerre ;
Aujourd'huy fur le Rhin dans un
profond repos ,
Il évite les coups , & fe couvre de
terre.
On ne reconnoifl point le bras de ce
Vainqueur,
Nov. 1693 .
L
122 MERCURE
Quiportoit chez les Turcs l'épouvan
te & l'horreur.
D'où vient ce changement dans cette
ame guerriere ?
En voicy la raifon ; il aime les ha
Zards ;
Mais qui peut du Croiſſant approcher
les regards ,
Ne fçauroit du Soleil Supporter la
lumiere.
AU DUC DE CROY,
fur la levée du Siege
de Belgrade .
Voy ! tu viens de lever le Siege
de Belgrade ?
C'eft maldébuse , Duc de Croy ,
Les Turcs ſe prévaudront d'une telle
· cacade ,
GALANT 123
Ta valeur dans leurs coeurs caufera
peu d'effroy's
on fera revenir de Bade ,
Auffi- bien fur le Rhinfe tient- il clos
& coy.
Tagloire euft efté loin fans une telle
digue ;
Ilfaut i'en confoler , c'est une dure
loy ,
Mais tous les Heros de la Ligue
Nefont pas plus heureux que toy.
Il m'eft tombé entre les
mains unc Lettre fur les Maladies
qui regnent aujourdhuy
dans l'Europe . Je vous
en fais part. Rien n'eftant plus
precieux que la fanté , ce qui
la regarde eft toujours d'une
Lij
124 MERCURE
grande utilité à fçavoir.
A MONSIEUR
I
***
Lest vray , Monfieur , que
tout le monde voit avec peine
mourir tous les jours un grand
nombre de perfonnes . Comme fice
n'eftoit pas assez de la Guerre ,
pour eftrele Miniftre de la mort,
dont elle execute les ordres à la
rigueur , les maladies Epidemiquesfont
venues de furcroift pour
augmenter la mortalité. De dire
d'où viennent des Maladies univerfelles
qui regnent dans l'Europe
, c'est ce qu'on fe demande
GALANT 125
es uns aux autres , er qu'il n'eft
pas facile de découvrir . En effet,
tout ce qui eft extraordinaire a
une caufe occulte ; & qui est ce
qui peut trouver la caufe occulie ?
Vous voulez pourtant que je
vous écrive une Lettre fur ce fujet
, &puis que vous le voulez ,
il lefautfaire ; car quoy que je
ne fois pas le la Famille d'Efculape
, les liens de Lettres ont un
Brevet d'entrée dans toutes les
Facultez pour dire leurs avis
fur les matieres qui fe prefentent.
Je vais donc chercher partout
cette caufe occultes & peut - eftre
qu'à force de parcourir diverfes
Liij
126 MERCURE
regions , il y en aura quelqu'une
où elle fe laiffera appercevoir.
C'est d'abord voler bien haut ;
que
de s'élever jufques aux Etoiles.
Mais ilfaut pourtant que
je me guinde là pour y reconnoiftre
l'Orion , autrement la Canicule.
Vous fçavez qu'elle a esté
cette année dans un terrible afcendant
, c'est de là peut- eftre,
qu'est venu tout noftre mal . La
Canicule a donc eftéfurieuſe , &
fi l'on peut ainsi figurer l'action
la fuite de fes influences , ce
Chien enragé a mordu une infinité
de Gens qui en font morts . Ce
que j'attribue à la Canicule , je
GALANT. 127
le tiens d'Homere ce genie fi
eftimé de l'Antiquité. Il dit pofi
tivement au XXII. Livre de
fon Iliade , qu'elle menace de plufieurs
maladies mortelles . Il pretend
qu'elle fait le meſme ravagefurla
terre que faifoit Achille
dans le Camp des Troyens ,
que cet Aftre avec fes flammes ,
n'eft pas moins redoutable au
genre humain que ce Heros
l'eftoit aux Ennemis des Grecs
avec fon Glaive. Il est donc constant
que la Canicule qui s'en eft
prife à toute forte de gens , fans
diftinction d'Etats ny de lieux ,
n'a point efte depuis plufieurs
J
L iiij
128 MERCURE
années fi ardente que celle- cy
Noftre Zone temperée eftoit devenue
une Zone Torride. Le Soleil
au lieu de rayons doux & falutaires
, lançoit des Dards embrafez
, & nous avions des jours
d'Afrique dans le Climat de
l'Europe . Ne feroient- ce point
les grandes ardeurs de la Canicule
, les chaleurs brulantes de cet
Aftre , qui auroient allumé le
feu de tant de fieures?
Avant les chaleurs exceffives
de l'Eté , nous avions eu des
pluyes continuelles dans le Printemps.
Ce n'eftoit que des Eaux
dans l'air & fur la terre , tor- i
GALANT
129
rensrivieres , inondations . On
euft dit qu'ily avoit une revolu
tion des eaux du Deluge . Tant de
pluyes ontfans doute gafté l'air ,
& l'air gafté a beaucoup nuy
aux corps. Nous vivons dans
l'air comme les Poiffons dans
l'eau , car l'air n'eft qu'une eau
fubtile , comme l'eau est un air
épaiffi coagulé. Si donc , lors
que l'eau eft corrompue les Poiffons
en foufrent , il n'est pas
étrange que l'air eftant corrom-
риpu , il ait fait naistre de fâcheu-
Les frequentes maladies, mefmefatales
à ceux qui en ont esté
atteints. Comme nous avons ex
130 MERCURE
Homere pour garant du pouvoir
de la Canicule à nuire fur la
terre , il y a auffi un Auteur d'un
grand nom qui
qui impute aux
pluyes exceffives des fuites dangerenfes
& funeftes . C'eft Hip
pocrate, qui dans la Section troifieme,
à l'Aphorifme onzieme
dit pofitivement , que lors qu'il
y a de grandes pluies dans le
Printemps , il arrive nece neceffairement
dans l'Eté , des fievres malignes
, fur tout aux Femmes &
aux autres personnes , qui , comm
elles, ont un temperament foible
delicat. Voilà la Prediction
de l'Oracle , voicy l'accompliße
GALANT. 131
ment dans noftre trifte experien
ce. Les pluies font tombées avec
debordement en Avril & en
May. Les Fieres font venues
en Fuin & en Fuillet ,
continuent dans l'Automne . Il·
lors
que
elles
dit
mefme que
a efté fec , & accompagné
de
l'Hiver
vents Septentrionaux , cette fechereffe
de l'Hiver fe tourne en
grande humidité dans le Printemps
, & que les vents Septentrionaux
degenerent en vents de
Midy. Cela eft arrivé ; tel a
efté noftre Hiver , tel eft devenu
noftre Printemps. Le derange
ment des Saifons eft rude , é un
132 MERCURE
corps aufi infirme qu'est le corps
bumain , ne peut pas toujours refifter
à ces variations du temps.
De cette forte, le temps ayant
efte indifposé dans l'Hiver , dans
le Printemps , & dans l'Efté ,
les Hommes ont fuivi le temps
&font devenus malades. Permettez
- moy de joindre à ce que
je viens de dire , une confidera
tion Phyfique . Je remarque ··
je foutiens que les grandes &
continuelles pluies du Printemps
ont trop lavé l'air , comme les
Torrents dégraiffent les terres où
ils paffent, & emportent leurs
Sels d'où depend leur fecondité,
t
GALANT. 133
les
Lespluies ont enlevé à l'airfon!
Nitre , elles l'ont fait fondre
elles l'ont deftitué de fon efprit &
de fa vertu. L'air eftant ainfi
noyé , & devenu fierile & impuiffant
, que pouvoient devenir
corps refpirans cet air aride
detruit , finon languir , tomber
enfoibleffe , & enfin mourir?
Cette obfervation trouvera fon
jour dans un exemple de la machine
Pneumatique . Lors qu'on
pouffe l'air hors d'un vafe de
verre dans lequel on a mis un.
Oifeau qui y a le mesme espace
que dans fa Cage , pour s'y remuer
fauter, il arrive à me134
MERCURE
1
fure que le reffert de la machine
jouë , & que l'airfort du vafe,
que l'Oiseau qui eftoit gay , comlanguir.
Il ouvre fon
mence a
petit bec n'en pouvant plus , ilfe
laiffe tomberfur le dos de fes plu
mes , & fi on ne fe preffoit alors
de laiffer rentrer l'air dans le vas
fe , il mourroit dans le moment.
Voila le modele precis de ce
qu'ont fait les pluies. Elles ont,
pour ainsi dire , pompé le Nitre
hors de l'air , elles luy ont fouftraitfa
vertu elaftique ,fon efprit
wife puiffant ; elles luy ont
fait perdre fa force fon effence.
Quel fort eft celuy des corps huGALANT
.
135
mains reduits à respirer un air
qui n'eft plus air , qui n'a plus
Jon ame & fon mouvement , que
d'eftre foibles , malades , & en
danger de mort , à moins d'avoir
une vigueur extreme pour fe fou
tenir dans un pareil état , jusqu'à
ce que l'air foit revivifié , qu'il
foit rentré dans fa premiere com
pofition, & qu'il ait recouvréfa
Substance nitreuse.
for-
Aprés eftre defcendu des Aftres
dans l'air , il faut encore defcendre
de l'airfur la terre. Je me
me icy une idée de la Terre comme
d'une Mere- nourice.Le mauvais
lait des Nourrices , fait perir
136 MERCURE
>
les enfans ; la mauvaise nourri
ture qu'on tire de la terre fait le
meſme préjudice à la vie des perfonnesqui
la reçoivent ; on foufre
, on languit , & cela va fouvent
à la mort. Or à confiderer
la maniere dont on a vécu &
la qualité des alimens qu'on a
priscette année , on a esté mal
fubftanté. Ceres Bacchus , c'est.
à dire , les champs & les vignes
ne nous ont pas laiffé manquer
de pain & de vin , mais le
pain n'a pas efléfait de bon Blé ,
& le vin par une verdeur inufitée
n'efloit pas potable . Les Legumes
& les fruits n'ont pas acquis
GALANT.
137
leur maturité . On amiſme obfervé
avec des Microfcopes , qu'il y
avoit fur leur premiere peau , de
petits Vers , qui eflant pris avec
les fruits & les Legumes que l'on
mangeoit,font devenus degrands
ennemis de la fante à plufieurs ,
& de la vie à quelques uns ,
comme il a paru dans les Malades
qui n'ont este gueris qu'en
rendant des vers , e dans ceux
qui ne les ayant pas rendus en
font morts. La viande non plus ,
n'eftoit pas de bon fuc . Le Betail
a langui cette année , il a eflé
maigre ,fans graiffe , & ſe ſentant
des mauvais pafcages . N'y
Nov. 1693 . M
138 MERCURE
a- t- il pas en tout cela un fujet
complet de Maladies ? Rien de
bon dans le pain , dans le vin
dans la viande , dans les fruits ,
dans les legumes , tout eftant mal
conditionné. Enfin mauvaiſe
nourriture , mauvais lait de la
Nourrice commune du genre bu
main , ne pouvoit que faire languir
enfin mourir plufieurs
Nourriçons.
Onpeut encore rreeggaarrddeerr la terre
dans la double impreffion qu'elle
areceue des pluies continuelles
du Printemps des grandes
chaleurs de l'Efté. Les plaies ont
noyé la terre , qui en eft deve-
> &
GALANT. 139
nuë marecageuſe , & l'on sçait
combien les Marais fent mal
fains. Les chaleurs brûlantes de
l'Eté leur ont fuccedé , elles ont
trouvé les pores de la terre oùverts
, elles en ont élevé des
vapeurs & des exhalaifons mortelles
, matieres des fieres putrides
, des maladies aigres , & caufes
des funerailles qui s'en font
fuivies. Enfin il paroift que
cette année eftant fi mal compofée
, n'a pû eftrè qu'une année de
maladies de mortalité , ce qui
fait la fanté & la vie de l'homme
, c'est l'humide radical & la
chaleur naturelle dans un état ju
Mij
140 MERCURE
c'est
fle & temperé. Si l'un & l'autre
tombent dans l'excés , que Phumide
radical foit inondé de fluxions
, & que la chaleur naturelle
foit augmentée à un degré
extrême par un feu étranger , il
n'y aplus de temperament
,
un defordre , une revolte qui caufe
une guerre civile dans le corps.
Tel a esté , pour ainfi dire, l'humide
radical la chaleur naturelle
des Saifons . Leur eftat a efté
troublé par les pluyes exceffives
du Printemps, & par les chaleurs
extraordinaires
de l'Efté; il n'y a
plus eu de conftitution l'air temperé.
Ainfi le Temps fe portant
GALANT. 141
mal , on a eu part à cette indifpo
fiion , les maladies en font nées,
elles ont attaqué le Genre humain,
elles ont couché plufieurs perfon
nes dans le lit , & plufieurs dans
le tombeau .
Voila, Monfieur, tous les Conjurez
contre la fanté & contre la
vie de l'homme . La Canicule
d'Homere , les Pluges d'Hippo
crate , l'air deftitué de fon Nitre,
la Terre mauvaise Nourrice,
donnant de mauvais lait , eilemefme
mal nourrie, n'eftant point
empregnée de Nitre que l'Air a
de coutume de luy donner ; enfin
les vapeurs & les exhalaifons
142 MERCURE
milignes quifont forties des en
trailles de la Terre , & qui ont
infecte celles de l'homme ;¿ que de
Conjurez! Heureux ceux qui ont
pû fe fauver de leur attentat.
Vous & moy, Monfieur,fommes
de ce petit nombre d'heureux ,
pour nous conferver , je vais finir
cette Lettres car s'il y a du rifque
en demeurant trop longtemps
auprés des Malades , qu'on ne
prenne leur mal , il pourroit eftre
dangereux d'avoir un plus long
commerce avec les Ennemis de la
fanté de la vie de l'homme.
On a receu des nouvelles
GALANT. 143
d'une mort , qui pourra faire
changer la fituation des affai
res d'Allemagne . C'elt celle
du Chancelier Stratman , pre
mier Miniftre de l'Empereur,
qui entretenoit ce Prince dans
un efprit de guerre, quoy qu'il
foit naturellement bon , &
qu'il ait beaucoup de pieté.
Le Livre inriculé , Etat prefent
des Affaires de l'Europe , que je
vous envoyay au mois de Janvier
dernier , a dû vous faire
connoiftre à fond ce Miniftre
qui vient de mourir , & dont
les confeils ont cfté fi ruineux
à la Religion Catholique, puis
$44 MERCURE
qu'ils ont engagé la Maifon
d'Auftriche , à maintenir un
Ufurpateur , qui comme Chef
du Party Proteftant , ne cherche
qu'à la détruire , & ne tire
d'argent de ceux qui font
entrez dans les interefts , que
pour maintenir les Proteftans
en perfecutant les Catholiques
.
Je vous ay déja parlé des
quatre parties des Forces de
l'Europe qui ont efté données
au Public La cinquiéme
vient de paroiftre . On trouve
d'abord une Table divifée en
huit colomnes , dont les cinq
premicies
GALANT. 145
premieres contiennent les
noms des Plans qui y font
enrrez . Ceux de la cinquièmes
partic que l'on vient de met
tre au jout,font le Plan de Pay
ris, trois feuilles du Canal de
Maintenon, Lifle , Liege , Lu
xembourg , le Sas de Gand
Arras , les Forts de la Keno
que , François , & Louis , les
environs de Francfort , Heya
delberg , Hailbron , Rhein
fels , le Plan de Fribourg , la
veuë de Fribourg , Balls , le
Combat de Leuze & celuy de
Steinkerke ; la Bataille de
Neerwinde , Quebec affiegé
Νου . 1693 .
$
N
Ï46: MERCURE
par les Anglois, & Charleroy
.
Le Plan de Paris, qui fe trouves
à la tefte de cette mefme par
tie , quoy que petit , ne laiffe
pas d'eftre auffi correct que
le grand , & il n'y manque ny
ruës , ny ruelles , my Culs de
fac. Il eft de la plus belle grayoure
qui ait jamais paru pour
un Plan. Ces cinq parties fo
vendent
à Paris chez l'Auteur,
dans l'Ile du Palais , fur le
Quay de l'Horloge
, à la
Sphere Royale . Il donnera
d'année en année les trois parties
qui reftent pour achever
ce grand Ouvrage.
GALANT. 147
Le Jeudy 12. de ce mois, M
du Bois , celebre par les excellentes
Traductions qu'il
nous a données des Lettres de:
Saint Auguſtin,& de plufieurs
Traitez de Ciceron, avec des
Notes auffi curieufes que fçavantes
, fut receu en l'Acade
mie Françoiſe , à la place de
feu M de Novion , premier
Prefident au Parlement de Pa
ris. Son Difcours receut de
grands applaudiffemens , & il
en eftoit tres- digne. Aprés
avoir marqué avec beaucoup
d'éloquence qu'il connoiffoir
tout le prix de l'honneur qu'
Nij
148 MERCURE
on luy faifoit en l'admettant
dans une Compagnie illuftrée
par les plus éminentes Dignitez
de l'Eglife & de l'Etat , 16--
ceue dés la naiffance dans le
fein du grand Cardinal de Richelieu
, dont elle avoit partagé
les foins & l'application,
recueilic aprés fa mort par un ,
Chancelier , d'un merite égal.
à fa dignité , & enfin adoptée .
par le Roy mefme , qui a bien ,
voulu s'en declarer le Proceteur
, & en établir le Siege
jufque dans le Sanctuaire de
la Majefté Royale , il dit que
cet honneur eftoit encore reGALANT.
149
hauffé par la place où il avoit
peine à foutenir de fe voir ,
quand il penfoirqu'on l'avoit
veuë remplie par un Magiftrat
d'un merite qui l'avoit
élevé jufqu'au faite du plus
augufte Tribunal de la Juftice
, d'un nom en poffeffion
des plus hautes dignitez de
l'Epée auffi bien que de la
Robe , d'une fidelité hereditaire
& inviolable pour fon
Roy , dans les temps les plus
difficiles ; d'un efprit aifé ;
d'une éloquence vive & concife;
& d'une capacité proportionnée
à la grádcur de ſes em
·
Niij
10 MERCURE
plois , & dont les changemens
de fortune n'avoient fervi qu'à
faire connoiftre qu'il poffe
doit également , & les vertus
-de la vie privée , & celles de la
Magiftrature. Il ajoûta", en
parlant de ce que Meffieurs de
l'Academie ont fait pour la
Langue , en la fixant par le Di-
Ctionnaire qui eft preft à voir
le jour , que ce n'eftoit que la
moindre partie de ce que l'Eloquence
leur devoit ; qu'ils
en avoient banny ces affectations
pueriles , qui estoient
comme fes jouets dans l'enfance
où ils l'avoient trouvée,
GALANT
& tout ce fafte d'érudition ,
qui n'eftoir qu'un fupplement
à la difette des penfées ; qu'ils
luy avoient ofté cette vaine
parure de grands mots qui en
tretenoient la fauffe idée qu'-
con s'en eftoit faite au commencement
de ce Siecle , &
qu'ils l'avoient reduite à cette
noble fimplicité , qui fure de
fon prix & de fon merite , dédaigne
tous les ornemens é- ·
trangers ; qu'enfin ils avoieht
appris au Public , que pour
parler éloquemment il ne faut
que fçavoir la Langue , & bien
penfer , & que le difcours le
N iiij
112 MERCURE
.
1 plus parfait eft celuy où la fus
blimité & la continuité des
penfees laffe le moins faire
d'attention aux paroles , & que
la feule neceffité de paffer par
les fens pour aller à l'efprit ,
rend different du langage des
Anges . Il paffa de là à l'Eloge
de noftre Augufte Monarque
,
& dit que bien loin de chercher
à relever l'éclat de fes '
les fecours de l'E- actions
par
loquence , on n'eftoit en peine
que de le temperer jufqu'à la
portée de nos yeux . Et quels
yeux , continua - t- il , ne feroient
éblouis de ce que le
GALANT . 153
faire
1
4
zele & l'amour de la Religion
, autant que le foinde fa
gloire & de fon Eftat , luy font
pour rompre les efforts
d'une Ligue , qui par une efpece
d'enchanteinent , alç u
reunir tant d'interefts oppofez
, & de Religions differentes
, & foulever contre luy
prefque toutes les Puiffances
de l'Europe ? Mais à quoy a- telle
fervi , qu'à tirer la valeur
du Roy de la contrainte où fa
moderation la tenoit depuis
long- temps , & à faire voir par
Jes Conqueftes qu'il fait fur
tant d'Ennemis affemblez , ce
154 MERCURE
2
"
qu'il pourroit contre chacun?
Combien de fuccez fur terre
Ic
& fur mer dans cette derniere
Campagne ! Combien de Villes
conquifes Combien de
Batailles gagnées ! " Et quelle
Victoire plus glorieufe & plus
complette que celle que
Roy vient de remporter en
Piedmont ? En quel cftat reduit-
elle un Prince , qui fier
d'une Puiffance empruntée
,
a ofé fe mefurer à celle de
noftre Maiftre ? Heureux , fi
fes difgraces pouvoient luy
faire comprendre qu'il n'y a
de falut pour luy, que dans les
bonnes graces du Roy ! Tou
1
GALANT: 155
tela vie de ce grand Monar
que eft pleine de parcils Miracles
, mais j'ofe dire que
ce qui fait la gloire des autres
Princes nuit à la fienne , &
qu'il y a toûjours à perdre
pour luy, lors que par le bruit
de fes Exploits , il détourna
noftre attention de fes Vertus
interieures . Quel fpectacle
offrent- elles aux yeux de l'efa
prit ? Quel prodige , que l'Al
liance qu'il a fceu faire dés fes
premieres années du Souve
rain pouvoir , & de la fouve
raine moderation ! Quel fpectacle
encore une fois , qu'un
pouvoir fans bornes fous le
1-6 MERCURE
joug de la raifon , & fi parfaitement
affujetti aux Loix les
plus feveres , je ne dis pas de
T'humanité , mais de l'honnelteté
mefme & de la politef
fe que dans toure la vie du
Roy , il ne luy eft pas échapé
une feule parole qui puft contrifter
le moindre de ceux qui
ont l'honneur de l'approchert
Voila ce qui achevé dans le
Roy , le caractere d'un veritable
Heros , & qui le diftingue
fi noblement de ces faux
Heros , dont toute la verti
n'eft que hauteur & ferocité.
Si l'on tient compte aux au
GALANT. 157
tres hommes de ce qu'il paroift
de moderation en eux ,
quoy que ce ne foit dans la
plus part que l'effet de leur
foibleffe & dé leur impuiffan
ce , qui peut jamais affez admirer
celle d'un Prince qui n'a
qu'à vouloir , & en qui elle n'a
point d'autre frein que fa Sageffe
? Quelle autre Vertu fo
foûtiendroit fi elle eftoit mife
à une telle épreuve , & qui
eft ce qui ne fuccomberoit pas
quelquefois à l'envie trop na
turelle de faire fentir , aux dépens
mefme de l'humanité ,
qu'on eft le Mailtre ? Mr du
158 MERCURE
Bois finit en difant à M de
l'Academie , qu'ils devoient
à la pofterité , le Portrait de
certe grande Ame , & que
c'eftoit à eux à luy tranſmettre
pour l'inftruction des
Rois , ce que nous admirons
le plus dans le noftre.
Mrl'Abbé Teftu de Mau
roy , ancien Aumofnier de
Madame , & alors Directeur
de l'Academic , repondit à ce
difcours d'une maniere qui fit
connoiftre qu'il eftoit tres - digne
de l'avantage qu'il avoit
de parler au nom de la Com
pagnie . Il dit d'abord à M' du
*
CALANT 159
Bois , que l'Academic Fran
Coife, egalement fenfible à la
perte & à l'acquifition des
Sujets qui la compofent , cu
vroit ce jour-là fes Portes ,
pour témoigner publiquement
fa joye & fa douleur ,
affeurée que foit qu'elle cele
braft le merite du Défunt Il
luftre dont il rempliffoit la
place , foit qu'elle couronnaft
le fien , elle trouveroit autant
d'approbateurs, qu'il y avoit
de perfonnes diftinguées dans
la Republique des Lettres . Il
ajoûta au Portrait qui avoit
efté déja fait des rares qualitez
160 MERCURE
он
de feu M de Novion , l'Eloge
qui eſtoit deu à la fageffe qui
l'avoit fait defcendre du haut
degré où l'avou élevé fon merite
, en le mettant à la telle
du plus augufte Senat du
monde. Il n'eft pas ordinaire ,
dit - il , de trouver des perion.
nes capables des grands Emplois.
Il l'eft moins encore de
leur voir garder une jufte moderation
lors qu'ils yfont une
fois établis , mais il eft furprenant
qu'ils renoncent à
l'autorité , aprés en avoir goûté
les charmes. Le poids dest
années a beau furvenir à celuy
GALANT. 161
des grandes Affaires ; ils traînent
les Liens d'Or & de Pourpre
qui les attachent , fans avoir
la force de les rompre , &
fi par un bonheur qui n'arrive
prefque jamais , ils entrevoyent
l'Innocence & la douceur
de la vie privée, c'eft toûjours
fi inutilement & fi tard ,
que lafeduction de cette même
autorité qui leur a fait
tout entreprendre , ne leur
fçauroit permettre de la quitter
. Il paffa de là à l'avantage
que M du Bois avoit eu d'etre
Gouverneur de feu M' le
Duc de Guife , Neveu de Ma .
Νου . 1693 .
O
162 MERCURE
demoiſelle de Guife , qui
avoit bien voulu fe fervir de
fes Confeils en toutes fortes
d'occafions , & en parlant des
productions de fon genie , il
die qu'elles n'eftoient plus entierement
à luy , & que ces fi
delles Traductions des Lettres
, des Confeffions , & des
autres Ouvrages de Saint Auguftin
que le Public a reccus
avec tant d'applaudiſſement ,
les Offices de Ciceron , fes
beaux Traitez de l'Amitié , de
la Vieilleffe , & des Paradoxes
fi ingenieufement enrichis de
Remarques également picu
GALANT. 163
Tes & fçavantes, oftoient un
bien que l'Academie avoit
droit de partager avec duy. Il
ajouſta qu'il la 2 trouveroit
appliquée à compoſer une
Grammaire de noftre Langue ,
& fur le point de publier fon
Dictionnaire , mais que ce qui
l'occupoit davantage , eftoit
le foin de travailler à la gloire
du plus grand Roy du monde .
Que le Prince ambitieux ,
pour fuivit- il , qui a déja fcduir
la plus grande partie des
Puiffances de l'Europe , acheve
de multiplier les forces de
fcs Allicz , Louis le Grand a
O ij
164 MERCURE
trois Puiflances avec quoy il
reduira toutes celles de la terfe
, fa Tefte , le Bras de fes Generaux
, & le Coeur de fes
Peuples . Avec cela , point de
Confeils qu'il ne diffipe point
de Fortereffe qu'il ne foudroye
, point de Victoire qu'il
ne remporte , Roches efcarpées
que la fituation rend audacicufes
vous n'eft es plus
imprenables Fameufes journées
de Staffarde , de Steinkerque
, de Neerwinde , de
la Marfaille , vous ferez éter
nellement memorables par la
honte & par la defaite enriere
GALANT 16
de fes Ennemis.Voiles innombrables
, qui occupiez cout
Ocean pendant cette derniere
Campagne , & qui me
naciez fi fierement hos Coltes,
fuyez , rentrez dans vos Ports,
le Frere de Louis le Grand eft
trop prés de vous . Il finit en
difant à Modu Bois , qu'il de
voit fe fouvenir qu'un Acade
micien eft un homme confa
cré à la Gloire du Roy , & que
fi ceux qui font témoins de
fes grandes Actions ont tant
de peine à publier dignement
les prodiges de fon Regne , la
Pofterité n'en aura pas moins
à les croire.
166 MERCURE
Ces deux Difcours ayant
eſté prononcez , Mª l'Abbé
Tallemant leut une fuite du
Poëme de la Creation du mon
de de M' Perraut.C'eftoit l'en
droit du Deluge . On y trouva
des defcriptions tres - vives . Il
leut enfuite les Vers que je
vous envoye . Ils font de M
Boyer, & furent extremement
applaudis.
GALANT. 167
A M LE
MARESCHAL
DE CATINAT.
T
Rop foible pourpouvoirſuf÷
fire
A chanter les fameux Exploits ,
Par qui le Roy, vangeurdes Rois ,
Voit croiftre tous lesjoursfon Nom
&fon Empire,
MaMufe fatiguée eftoit prefque aux
abois ;
Cependant , Catinat , ta derniere Vi-
Etoire
Me force, malgré moy , de donner à
ta gloire
Le reste languiffant d'une mourante
τοίχο
068 MERCURÈ
Un Prince infidelle à la France,
Rompant une augufte Alliance ,
Pour s'unir à la Ligue expofe fes
Etats
Embraffe aveuglement ſon projet témeraire
,
Etfur une pompeuſe & brillante chi
mere ,
Se prefte contre nous à tous ſes attentats.
Efclave ambitieux des fecours qu'on
luy donne ,
Il laiſſe Amis , Sujets , &fa propre
perfonne
Gemir fous un joug inhumain ;
Et voit avec indifference ,
Tous fes Voifins en proye à l'injufte
licence,
A toutes les fureurs du barbare Germain.
LOUIS
GALANT. 169
LOVIS qui des Tirans aime à purger
la terre,
Choifit fans balancer , & trouve en
luy la main
Qui pouvoitfagement gouvernerfon
Tonnerre.
S
Ouy , c'est par toy , genereux Ca
tinal ,
Que ton Roy veut forcer l'azile impenetrable,
Où nous voyons l'orgueil d'un Prince
ingrat
Ofer braver fa foudre inévitable,
Pour le combattre & vaincre feurement
,
Il oppofe ton Zele à fon ingratitude,
Ta patience a fon inquietude ,
Et ta fageffe à fon emportement.
S
Avec ces armes invincibles
Nov. 16.93 .
P
170 MERCURE
On te voit à chaque moment,
Pour chercher l'Ennemy qui t'attend
fierement,
Percer des lieux inacceffibles.
Tous les ans les plus beaux Lauriers
Cueillis fur des rochers horribles,
Couronnent tes exploits guerriers.
Lors que de l'Ennemy les Troupes
trop nombreuses ,
De nos armes victorienfes
Bornant le cours précipité ,
Te redmifent à la défenfe ;
L'infatigable vigilance,
Et la fage intrepidité ,
Font contre leurs efforts de puiffantes
barrieres ,
Et redonnent à nos Frontieres
Lear premiere tranquillité.
C'est alors quefçavant dans cet Art
militaire,
Quifçait gagner du temps ; &femble
ne rien faire ,
GALANT. 171
Quand il agit avecque moins d'éclat,
Tu meditois ta derniere Victoire,
Et preparois fi bien le fuccés du
Combat,
Qu'elle t'a fait jouir de tout ce que
la gloire
Ade plus precieux & de plus delicat.
S
La Victoire jamais ne fe montra fi
belle ,
Tu nous la fais paroistre avec tous
fes appas.
On la voit quelquefois aux deux partis
cruelle ,
Balancer le fuccés , & ne s'expliquer
pas.
Aujourd'huy toute entière à ton party
filelle,
Elle fçait ménager le fang de nos
Soldats ;
Pij
172 MERCURE
On ne murmure plus contre elle ,
Et ce n'est que pour toy , dés que ta
voix l'appelle
j
Qu'elle fuit d'un plein vol tes ordres
& tes pas.
Elle eft entre tes matns juste , modefle
, fage ,
Et de tant d'Ennemis défaits ,
Ne veut tirer autre avantage ,
Que d'eftre enfin l'heureux paffage
Des fureurs de la Guerre aux dou
ceurs de la Paix .
S
Pour remplirde Louis le deftin heroi
que,
Songe qu'eftre à la fois Roy , Conquerant
, Vainqueur ,
Que tout ce que ces noms ont de plus
magnifiqus ,
' égalepoint le nom de Pacificateur.
GALANT. 173
Pour répondre à fes voeux ofe tout
entreprendre,
"
Il faut que ta tefte ou ton bras
Forcent l'Ennemy dese rendre ;
Que fa perte , ou la Paix , finiffent
nos Combats .
Achevefi l'ingrat ofe encor fe défendre
,
La Paix Je prépare à defcendre.
Que l'Ennemy la voye , & n'en
jaüife pas.
S
Ou plutofl fecondant la grandeur de
courage,
Dont ton Royfit toujours un fi parfait
ufage,
Quelque ardeur , quelque espoir
qui preffe ta valeur,
Croy qu'entre fes vertus la bonté
dans fon coeur
Occupe la premiere place .
Piij
174 MERCURE
Dans quelque extremité , dans quel
que grand malheur
Que le Vaincu demande grace,
Noftre puiffant Monarque eft presti
la donner ;
En faveur de la Paix ménage fa victoire.
Vaincre pour ce Heros eft une moindre
gloire-
Que la gloire de pardonner
Voicy une feconde Lettre
l'Abbé Deflandes , de M
Grand Archidiacre & Chanoine
de Treguier , dont on
vient de me faire part .Vous ne
devez point vous attacher à
l'ordre des temps où ces Lettres
ont efté écrites , mais feuGALANT.
175
lement aux chofes curieufes
qu'elles contiennent .
A M LE CHEVALIER
44
DESLANDES
Garde de la Marine.
·D
Ans le mefme temps que
vous m'écrivez
de la
mer de devant Cadix , que
vous me mandez la defaite de la
Flotte destinée pour Smirne ;
nous recevons icy les nouvelles
d'une entiere Victoire que M³ le
Marechal
de Luxembourg
a
P iiij
176 MERCURE
remportéefur les Princes de Ba
viere er d'Orange . Je n'ay pú
live la Lettre du Roy qui en explique
les circonstances
, que je
n'aye en mefme temps foupire
vers le Ciel , pour demander au
Dieu des Armées la confervation
d'un Monarque
qui est fa
vive Image , & fa parfaite reprefentation.
Comme Louis le
Grand n'a pris les armes que
pourfoutenir la gloire des Autels
, les interets de l'Eglife , &
la verité de la Religion , le Ciel
par un retour de reconnoiffance
est obligé de proteger , d'aimer
de conferver un Souverain ,
GALANT 177
qui eft dans tout le monde l'uni
que azile des Autels , de l'Egli
de la Religion . fe
Que de Sageffe , que de Grana
deur d'ame , que de moderation
dans ce Fils Aifné de l'Eglife !
Vous avez esté, mon cher Ne
veu , le Témoin de la moderation
du Roy , puis que vous me mandez
que par une pure compaffion
pour le Peuple de Cadix , cette
belle riche Ville n'a pas esté
&
bombardée.Vous avez raiſon de
me dire que les ordres de Sa Majesté
ne pouvoient jamais estre
mieux executez que par Mr le
Maréchal de Tourville . Demen-
感
178 MERCURE
rons d'accord que l'Hiftoire du
Rovfera Péronnement de tous les
fiecles , mais pourra t'on parler
de Louis le Grand , l'Empereur
des François , & le Roy de la .
Mer ,fansparlerde Mle Ma
rechal de Tourville ?
Je vous vois dans l'empreſſement
de fçavoir l'Hiftoire de ce
Marechal fous qui vous avez .
l'honneur de fervir ; je vais vous
en dire quelque chofe . Anne
Hilarion Coftentin , Comte de
Tourville , fut fait Chevalier de
Malte à l'âge de quatre ans . Il
n'en a pas fait les voeux , il s'eft
fignalé en plufieurs occafions . Il
GALANT . 179
fut le premier qui fe jetta fur
un Vaiffeau Turc qu'on avoit
abordé. Il donna des marques d'u
ne valeur extraordinaire dans
un Combat particulier de Galere
en Galerei huit cens Faniſſaires
qui eftoientfur la Galere Turque
furent faits Prifonniers . Aprés
fes Caravanes, il arma un Vaif
Seau en Courſe avec le Chevalier
d'Hoquincourt. Ils firent des
prifes confiderables. Ils mirent
hors de Combat fept Vaisseaux
d'Alger, en enleverent trois .
Ils furent enfuite attaquez par
trente Galeres , dont les princi
pales allerent les aborder . Aprés
180 MERCURE
un (anglant Combat , les Gale
res furent obligées de faire une
bonteufe retraite.
En l'an 1667. le Roy le fit
Capitaine d'un de fes plus beaux
Vaiffeaux , il s'est trouvé dans
toutes les Batailles navales , où
il s'eft toûjours fort distingué
Premierement dans celle de Solsde
canon.
bey en Angleterre, où il demeura
en Ligne , quoy que fon Vaif
feau fuft percé de coups
Secondement dans les Bancs de
Hollande , où il fut detaché. pour.
attaquer les Ennemis , & enfin
dans la Mediteranée
, où il fut
commande pour aller dans le ĠolGALANT.
181
2
fe de Venife . La il brula un Vaiffeau
Ragufois qui portoit des
Troupes aux Ennemis , nonobflant
efeu quefaifoit la forteref
fe deBarlette. Il enleva un Vaiffeau
de foixante Canons chargé
de bleds , dont il fecourut Meffine.
Il entra le premier dans le
Port d'Arouste , aprés avoir
foudroyé la Ville de Reggio. Il
detachafa Chaloupe commandée
par le Comte de Coetlogon pour
aller fous le Fort d'Avolas , &
Payant fuivy dans fon Canol ,
ils contraignirent le Fort de fe
rendre , firent arborer le Pavillon
de France. Ayant enfuite
18: MERCURE
efté commandé
pour
aller avec
le mefme Comte de Coetlogon ,
faire de l'Eau à Malte , il eut
avis qu'il y avoit dans le Port
de Souffe für les Costes de l'Affrique
dix fept Vaiffeaux Ennemis.
Il fu Voile de ce costé là. Il
fe mit dansfa Chaloupe à l'entrée
de la nuit . Il accompagna fon
Canot chargé de feux d'artifices ,
mitle feu dans une Polacre , &
brula plufieurs Vaiffeaux.
En 1677. ilfut fait Chefd'Efcadre
, Commandant fous le Marechal
de Vivone . Il se trouva
devant Palerme où il brula l'A
miral d'Espagne avec neuf des
GALANT. 182
plus beaux Vaiffeaux. Dans le
Combat des Ifles de Strombolly,
ilfe détacha de fa Ligne , accompagna
fon Brulot , s'attacha
au Vaiffeau de Ruiter , & ne le
quitta point qu'il ne l'euft ves
fauter en l'air, En 1681. Il fut
fait Lieutenant General. Ce fut
luy qui pofla la premiere Galiote
pour bombarder Alger en plein
jours il contraignit cette Nation
farouche à venir demander
la Paix , dont il dreẞ les Articles
.F'oubliois de vous dire qu'il
fe trouva au bombardement de
Gennes , &que ce fut luy qui alla
le premier l'épée à la main at184
MERCURE
taquer & forcer les Ennemis
dans leurs Retranchements
. En
1688. it aborda Papachin
; & ce
fier Amiral Efpagnol , malgré fa
fierté ,fut obligé defaluer le Pavillon
de France
, Le Roy pour
reconnoifire
tant de fignalez fervices
le fit Vice- Amiral . L'an
1690. le 20. deJuillet , il gagna ,
quoy que le vent luy fust contraires
la fameufe Bataille des Ifles
de VVithfur les Flottes Hollandoifes
& Angloifes. Il coula bas
feize de leurs gros Vaiffeaux
en brula plufieurs , força les Ennemis
de fe retirer dans leurs
Ports , demeura
le Maifre de la
GALANT. 185
Mer, & pour comble de gloires
il fit en Angleterre une Defcente
qui jetta la terreur dans tout
le Royaume
.
·M Charonnier Commissaire
de la Marine, & dont vous connoiffez
le merite , me mande que
le Parfait qui eft le Vaiffeau que
vous montez, defarmera à Toulon.
Vous allez paßer vofire Hiver
dans la plus belle Province
de l'Europe . Vous lirez avec
plaifir l'Hiftoire des Hommes Illuftres
de Provence . L'Auteur
eft fi connu & fi eftimé dans le
monde , qu'il fuffit de nommer.
M Moreri. Ce fut chez M
Novembre 1693. Q
186 MERCURE
de Pompone que je fis connoiffan
ce avec ce Sçavant Ecclefiaftique.
Il me donna cette Hiftoire que je
vous envoye , &je luy fis prefent
d'un Livre qui luy avoit
echapé. C'eft le Voyage en Tartarie
qu'avoit fait Guillaume de
Rubruquis,de l'Ordre des Freres
Mineurs , qu'il avoit entrepris
par un ordre exprés de S. Louis ,
à qui il dedia fon Livre. Il dit
dans fa Preface , que les Tartaqui
fe rendoient fi formidables
à toutes les Nations , ne redoutoient
rien tant que les François ;
il ajoûte que cette eftime des
François a eftéfi generale ; que
GALANT. 187
l'Empereur Frideric fe declara en
faveur de la Nation Françoife ,
des Chevaliers François . Ce
fur dans cette fameufic Chanfun
qu'il compofa , en fe rejouffant
avec ſes Courtisans & tous les
Grands de l'Empire . Il la compofa
en la Langue Provençale ,
qui eftoit pour lors en vogue "dans
toutes les Cours de l'Europe . Cet
Empereur aprés avoir loué toutes
les autres Nations , & expliqué
leur Caractere , fe déclara en
commençant en finissant enfa
veur des François , Plafmi Cavalier
Francez , c'est ainsi qu'il
commence & qu'il finit. Vousfe-
;
Qij
188 MERCURE
rez bien aife , mon cher Neveis
defçavoir les raifons qu'eut Frideric
de faire un Feftin public
general, de s'y réjouir, t) d'y
compofer un Air à l'honneur de la
France, Cet Empereur s'eftoit
brouillé pour peu de chofe avec le
Pape. Il avoit fait arrefter un.
Evefque Anglois qui l'avoit fuivi
à Besançon . Le Pape Adrien
le pria de mettre ce Prelat en li
berté , pour le mieux perfua-
&
der, il le prioitde fe fouvenir que
l'année precedente , il luy avoit
donné la Couronne Imperiale.
Ces paroles choquerent l'Empe
reur , il repondit dans fon preGALANT.
189
pour
"
par
mier mouvement , qu'il ne tenoit
la Couronne que de Dieu & de
l'Election des Princes. Le Pape
l'adoucir s'expliqua en difant
qu'il luy avoit mis la Conronne
Imperialefur la teste
une fainte Ceremonie , non pas
de plein droit. Aprés le decez
d'Adrien , Alexandre III. fon
Succeffeur n'ayant pas eu les
mefmes menagemens , on vit la
Paix de toute l'Europe troublée ;
l'Empereur prit les armes & le
Pape cut recours aux anathemes.
Frideric s'eftant declaré pour
l'Antipape Victor , la France,
refuge ordinaire des Papes perfez
190 MERCURE
tutez , recent le Pape avec autant
de joye que de refpect ; &
en mesme temps elle fe declara
l'arbitre entre Sa Sainteté &
l'Empereur. Ce fage Prince fut
ravi de trouver ce moyen pour fe
reconcilier avec le Pape Clement
VIII. & ce fut pour témoigner
fa joye qu'il fit ce fameux
Feftin, où l'on chanta en Langue
Provençale cet air dont je vous
ay parlé. Vous voyez , mon cher
Neves , que nous ne pouvons
ouvrir aucun Hiftorien , que nous
n'y lifions toujours quelque chofe
à la louange de la Monachie
Françoife.
GALANT. 191
Frideric qui avoit beaucoup de
fageffe , Je laiffa conduire par les
bons avis du Confeil de France ,
qui luy fit entendre que c'eftoit
une chefe indigne de fa Religion
defa gloire, de fon bonneur ,
du nom de Pere de la Patrie ,
dont il fe glorifioit , de proteger
Victor qui estoit un Ufurpateur.
Frideric fans balancer abandonna
cei Homme, qui eftoit un composé
monstrueux de vanité , de
malice defoupleffe & d'irreligion .
Cet Empereurfe donna bien de
garde defaire de l'Allemagne
Theatre fanglant de la Guerre.
Bel exemple pour la Maiſon
le
192 MERCURE
d'Austriche , fi elle eftoit capa
ble de reflechir fur ses propres
malheurs. La Pofterité pourra-telle
le croire ? Pourra- t- on s'ima
giner que des Princes quine font
elevez à ce haut degré de grandeur
, que par le respect que leurs
Ancefires ont eu pour la vraye
Religion foient affez foibles
pour s'unir étroitement avec l'Ennemy
juré de cette mefme Religion
? Quelle honte quelle tache
, quel reproche éternel à la
Maifon d'Aufiriche , de fe voir
foumife , reduite , forcée de ne
pouvoir plus agir que par les refforts
& les mouvements que luy
donne
GALANT.
193
un Ufurpateur , un homme fans
Religion.
Louis le Grand alloit donner le
dernier coup de mafuë à la Religion
Proteftante ; nous allions
tous comme de paisibles Agneaux,
vivre agreablementfous une même
Houlette. Où est cette fine
Politique de Madrid ? Qu'eft
devenue cette Religion , ce Myflere
, ce Rafinement du Cabinet ?
Je le repete, quelreproche eternel,
quelle imprudence ! Ce coup de
maßë qui alloit tomber fur la
Religion Protestante , tombe fur
la Maifon d'Aıstriche . C'eſt
Louis le Grand , l'Empereur des
Nov. 1693 . R
194 MERCURE
François , les delices de fes Peuples
, la terreur de fes Faloux ,
ennemis de fa Gloire , c'eft Louis
le Grand qui n'a rien à fe reprocher
qu'un excez de bonté
moderation.
y
de
Ce mefme Academicien Anglois
dont je vous ay parlé , a reprefenté
la vie du Roy par un
Fleuve majestueux qui roule
egalement & tranquillement fes
flots . Ce feavant homme faifant
reflexionfur ce qu'a efté la Maifon
d'Auftriche dans fon éclat ,
fur ce qu'elle eft prefentement
dans une honteufe dépendance
s'eftfouvenu du Portrait de CleaGALANT.
195
patre qu'un Empereur fit traîner
au jour de fon Triomphe . Cette
Princeffe eftoit reprefentée dans
les chaines d'un air tranquille
& riant, avec une
une Vipere quiluy
piquoit lefein.
Ma Lettre n'eft deja que trop
longue . Je vous diray au prochain
Ordinaire , ce queJacobus
Primorofius
M Bofle ont
penfé de vos propofitions
de Phy
fique . Ces deux Docteurs
Angloisfont
d'un merite achevé, &
vous rendront
raiſon fi l'Or eft
convertible
en aliment , fi on fe
porte mieux proche la Mer, que
lors que l'on en eft éloigné. Ces
Rij
196 MERCURE
い
deux questions nous meneront
bien loin. Au regard de veftre
troifiéme demande des effets furprenans
de l'amour Conjugal ,
vous avez cité fort à propos ce
qui arriva à fou Mr le Marquis
de Charnaffe dont je vous montray
le Portrait aux Armes
d'Angers , qui ayant espouse une
Fille de Breze , estant en Allemagne
auprés de Gustave, Roy
de Suede, qui y efloit entré , &
ayant appris le decez de fon Epoufe
, perdit la parole pour toûjours.
Jean Fernel , ce fameux
Docteur, natif d'Amiens , l'Oracle
defonficcle, ne fe contenta
GALANT 197
pas de perdre la parole , car ayant
efte appellé à la Cour par une
Princeffe qui estoit defolée de fa
Sterilite , & ayant feeu la mort
de fa Femme , il tomba aux
pieds de cette Princeffe d'où on
l'osta pour le porter au Tombeau,
dans l'Eglife de Saint Jacques
de la Boucherie .Je fuis , & c.
Quelque malheureux qu'on
foit , il faut tatcher de fe mertre
au deffus de fes malheurs
fans s'en laiffer trop abattre . It
vient fouvent des reffources
d'où l'on en doit elperer le
moins , & l'étoile qui nous a
cfté long- temps contraire
R iij
198 MERCURE
change tout à coup la mali
gnité de les influences . Un
Cavalier né avec toutes les
qualicez eftimables qui font
Phonnefte homme, avoit fait
de longs efforts pour vaincre
l'injustice de la fortune, qui ne
luy ayant donné aucun bien,
fembloit obstinée à s'oppoſer
à tous les moyens qu'il pouvoir
tenter pour en acquerir.
On l'eftimoit à la Cour , mais
il n'avoit pû y reuffir dans ce
qui luy eftoit propre, & beaucoup
d'affaires où il avoit
quelque part , s'estoient toujours
terminées par de fi mau-
I
GALANT 199
vais fuccez , qu'on pouvoit dite
que c'eftoit affez qu'il cuft intereft
a one chofe pour croite
qu'elle échoueroit . Comme la
naillance eftoit fort confiderable,
& qu'il avoit l'efprit doux,
fin , aisé , & infinuant , fes Amis,
luy perfuaderent
qu'en faifant
briller parmy le beau fexe les
heureux talens qui le diftinguoient
de la plupart de ceux
de fou âge , il fe tireroit d'affaires
par un mariage avanta
geux , & trouveroit quelque
Fille riche & raisonnable , qui
s'attachant au merite preferablement
à tout , ne regarde-
Riij
200 MERCURE
roit en luy que fa perfonne
Son genie efloit affez porté de
cc.cofté- là. Il fe mitodans le
commerce des Femmes , & il
en fut vu d'une maniere agréa
ble. Il fe faifoit peu de parties
galantes & de divertiffement,
où il ne fuft appellé. Il eftoit
l'ame de la converfation , & ces
parties finiffoient toujours trop
toit par la joye qu'il répandoit
dans tous les lieux où il vouloit
fe trouver. Grand agrément
par tout à le recevoir ,
mais nulle foibleffe du cofté
du coeur. Toutes celles dont
la fortune auroit pû l'accomGALANT
. 201
moder fe tenoient fort refervées
fur les declarations qu'il
Jeur pouvoit faire , & les té
moignages du plaifir qu'elles
pregoient à le voir, ne paffoient
point certains obligeans debors
qui n'alloient jamais à
heffentiel. Ainfiil paffoit
d'agréables jours , mais fes affaires
n'en eftoient pas dans
un meilleur ordre . Parmy les
Dames qu'il voyoit fouvent ,
il examina une aimable Brune
qui parlant bien moins que
toutes les autres , ne difoit rien
que de jufte quand il falloit
qu'elle répondit . La Belle de
202 MERCURE
T
fon coſté eſtoit pour luy dans
la mefme attention , & en faisant
fes reflexions , elle duy trouvoit
un genie fi fuperieur à tous les
autres , qu'il n'y avoit que luy
feul à qui elle cuft voulu donner
toute fon eftime . Le Cavalier
qui crut voir en elle quel
que chofe de folide qu'il ne
voyoitpoint ailleurs, la voulut
connoiftre mieux , & prenant
plaifir à l'entretenir , il découvrit
des fentimens fi nobles &
fi élevez , & tant de droiture
d'ame , qu'infenfiblement fon
plus grand plaifir fut de luy
marquer la vraye eſtime qu'il
GALANT 203
avoit pour elle . Il luy rendoir
de plus frequentes viſites qu'à
toutes les autres , & on ne
manqua pas de dire bientôt
qu'il en eftoit amoureux . Il
n'auroit pas eu de peine à le
devenit fi fa raiſon l'cult per
mis, mais quand la Belle auroit
voulu écouter la paffion , le
mariage n'auroit pû fervir
qu'à les rendre l'un & l'autre.
malheureux , puiſque n'ayant
qu'un bien mediocre , qui ne
fuffifoit que pour elle feule ,
elle n'euft pû l'époufer , fans
le mettre encore dans un eftat.
plus facheux que celuy où il
•
204 MAR CURE
eftoit Elle eftoit bien aife de
s'en voir aimée , & les foins
qu'il luy rendoit avoient
quelque chofe qui fattoit fa
Vanité ; mais ne voulant en
luy qu'un Amy ', che veilloit
fur fon coeur pour l'empêcher
d'aller jufques à l'amour, & en
s'attirant la confiance elle ne
cherchoit rien au delà . La
conformité d'humeur ne pouvoit
cftre plus grande qu'elle
fe trouvoit entre eux , & le
Cavalier luy difoir fincerement
que la connoiffant.comme
il faifoit, il ne murmuroit
de fa mauyaife fortune , que
CALANT: 205
patce qu'il ne pouvoit luy of
frir un rauge qutluy ferort
peut cftre agreable , s'il avoit
de quoy le luy faire foutenir .
La Belle qui n'eftoit pas moins
genereute , l'affuroit avec la
mefme fincerité , que fi elle
avoir cent mille écus, elle l'en
feroit le maiftre,mais qu'il falloit
qu'ils fe contentaflent d'eftre
Amis , c'est à dire , de cès
Amis qui ne changent point,
& qui n'ont en veuë que
avantages de la perfonne qu'-
ils aiment. Ils s'en faifoient
tous les jours d'aflez forts fermens
; & la Belle qui fe fuft
les
206 MERCURE
fait une joye ſenſible de tirer
le Cavalier de mille embarras
que luy capfoit fon peu de
fortune,fir ce qu'elle put pour
luy faire époufer une affez fiche
Heritiere , des Parens de
qui elle eftoir Amic . La chofe
alla mefme aſſez avant &
l'affaire eftoit fur le point de fe
conclure , quand un Marquis
vint à la traverſe , & renverla
le projet qui avoit eſté formé.
Il fut préferé par l'Heritiere
, qui fe laiffa ébloüir du
titre , & qui d'ailleurs trouvoit
un Mary avec quinze
mille livres de rente . Le CaGALANT
207
valier auffi obligé à l'aimable
Brune, que fi elle étoit venue à
bout de fon entrepriſe , failoit
pour elle l'office d'um vray
Amy en publiant fon merite,
& tâchant mefme d'engager à
fa recherche certaines perfonnes
qui pouvoient luy faire de
grands avantages . Elle ne pur
le fçavoir fans luy en faire des
plaintes . Elle luy marqua obligeamment
qu'en luy cherchant
un party avantageux , il
ne fçavoit pas jufqu'où alloit
fa delicateffe ; qu'il l'avoit accoutumée
à connoiftre ce qui
eftoit digne de toucher un
208 MERCURE
la
coeur bien fait , & qu'à moins
qu'elle ne trouvaft quelqu'un
qui luy reffemblaft , ce feroit
toujours inutilement que
fortune s'offriroit à elle . Des
fentimens fi honneftes avoient
de grands charmes pour le
Cavalier , qui eftant toujours
d'une humeur fort agreable ,
dit un jour dans une affez
grande Compagnie , où l'enjouement
donnoit beaucoup
de vivacité à la converfation,
qu'il avertiffoit qu'il alloit faire
une Lotterie, dont le nom .
bre des Billets n'eftoit pas encore
regle . Chacun luy proGALANT
209
mit d'en prendre , & on fur
furpris d'entendre dire qu'il
n'y en auroit que pour les Femmes
,& non pas pour toutes,
parce qu'il y en avoit d'une
efpece à qui ce qu'il y avoir à
gagner n'eftoit pas propre.
On raifonna fort longtemps
fur ce que ce pouvoit eftte , &
chacun en penfa ce qu'il voulut
, fans qu'on le puft obliger
à s'expliquer mieux . Quelques
jours aptés s'eftant rrouvé feul
avec plufieurs Femmes ,
buy parlerent de fa Lotterie,
Il répondit qu'il l'avoit reglée
, qu'il y avoit dix mille
Novembre 1693 .
elles
S
210 MERCURE
Billets , chacun de cent francs,
qu'il ne feroit qu'un feul lot,
que s'il donnoit pour cent mille
Francs ,la chofe qu'il livreroit
à celle
elle qui auroit ce lot, ib
l'eftimoit beaucoup davanta
ge , mais que dans la neceffité
des affaires il y avoit certains
emps ou l'on trafiquoit de
out ; qu'ainfi elles n'avoient
u'à avertir leurs Amics , afin
qu'elles envoyaflent prendre
Jes Billets, & qu'il y auroit une
delité entiere dans la diftribuon
qui s'en feroit . Ce fut une
tuvelle Enigme pour toutes
noDames , & aprés qu'il cuto
t
fi
GALANT 211
dit cent chofes plaifantes fur
fa Loterie, il leur declara
que
On connut
ce qu'il mettroit pour ce lot
unique , eftoit fa liberté qu'il
eftimoit beaucoup audela de
cent mille francs , & qu'il
promettoit d'époufer celle qui
l'auroit gagné. On c
par cet éclairciffement pour
quoy il n'y avoir qu'un nombres
de Femmes à qui fa
Loterie pouvoit convenir ,
puifque la plofpart en eftoient
exclues par le mariage . Cette
imagination de faire un gros
Lot de fa perfonne leur parût à
toutes une chofe fi plaifante
Sij
212 MERCURE
qu'elles demeurerent d'accord
qu'il meritoit les cent mille
francs , à quoy il avoir voulu
en fixer le prix . La plaifanterie
fit en peu de temps un fort
grand bruit dans la Ville. Le
Cavalier la foutint avec autant
de galanterie qu'il montroit
d'efprit , & tout ce qui
s'en difoit luy donnoit de
plus en plus occafion de badiner
agreablement fur fa Lotterie.
On en parloit depuis
quelques jours , lors qu'un
Inconnu vint le trouver , &
luy demanda trente billets.
fous le nom de la Dame enGALANT
213
4
chantée du vray merite. En
mefme temps il tira une bourfa
& voulut compter mille
écus au Cavalier qui prenant
la chofe pour un jeu
de quelque Dame de fa connoillance
qui avoit deffein de
fe divertir , fe contenta de
répondre , qu'il mettroit fon
nom fur fon regiftre , pour .
faire une boëte de trente bil
lets , fur laquelle on écriroit
Numero premier , & que l'on
diftribueroit dans un certain
temps avec les autres . L'Inconnu
luy repliqua qu'il avoit
ordre de laiffer l'argent
"
214 MERCURE
,
&
2
s'il ne trouvoit point les bil
lets prefts, & qu'il reviendroit
au premier jour demander fa
boete. En difant cela , il jetta
la bourſe fur une table
tandis que le Cavalier alla la
prendre pour la luy remettre
entre les mains , il s'échapa
fans luy rien dire de plus . Le
Cavalier furpris de certe avanture
, crut que quelque per
fonne officicule , le fçachant
dans l'embarras, avoit voulu
l'en tirer par ce moyen , qui
luy épargnoit la peine que
caufe toujours l'apprehenfion
d'eftre refufé quand on em - 30
GALANT 215
prunte. Il alla conter à fon
A mie ce qui venoit de luy ar
river j & quelque raifonnement
qu'ils fiffent , ils ne
fceurent l'un ny l'autre fur qui
jetter leurs foupçons , ny convenir
du motif qui luy avoit
fait envoyer les mille écus . La
Belle luy foutenoit qu'il y a
voit de l'amour meflé là dcdans
, & il ne vouloit pas af.
fez préfumer de luy pour en
demeurer d'accord. Ce qu'ils
penferent tous deux .c'eft que
l'avanture auroir de la fuite .
Le Cavalier ne la cacha pas, &
fe retranchant fur'fa Lotterie ,
216 MERCURE
il ne voyoit aucune jolie perfonne
à qui il ne dift d'un air
enjoüé qu'elle devoit fe hafter
de retenir des Billets , parce que
gros lot eftoit couru. On
prenoit cela pour une chofe
inventée qu'il difoit exprés
pour foutenir la plaifanterie,
mais huit jours aprés , le mefme
Inconnu revint, & luy dit
qu'il n'eftoit plus queſtion de
trente Billets , & qu'il venoit
prendre les dix mille , parce
que la Dame dont il luy avoit
parlé ,vouloit efire feure d'emporter
le Lot. Ces paroles avoient
befoin d'explication ,
&
GALANT. 217
A
l'Inconnu la donna au Cavalier
, en luy difant qu'une
• Veuve extremement riche ,
touchée de fa réputation &
de fon merite, dont elle eftoit
particulierement informée , &
connoiffant d'ailleurs fa
per
fonne , eftoit réfoluë de l'é
poufer, fifonâgeun peu avancé
ne l'empêchoit point d'y
confentir; qu'elle paffoit cinquante
ans , quoy qu'elle ne
paruft pas les avoir ; que fon
humeur eftoit douce , fon cfprit
aifé & fociable , & que
n'ayant point d'Enfans , ny
aucun fujet de vouloir du bien
Νου .
1693.
T
218 MERCURE
à fes Heritiers , elle luy donneroit
non feulement cinquante
mille écus en argent'
comptant , mais encore tous
fés meubles , quia choient
confiderables , fans comptér
beaucoup d'autres avantages
qu'il en pouvoit efperer , felon
la conduire qu'il tiendroit. Le
Cavalier preffa l'Inconnu de
luy apprendre le nom de la
Dame , & il répondit qu'il ne
le fçauroit que d'elle - mefme,
& que s'il vouloit penfer ferieufement
à cette affaire , il
viendroit le prendre le lendemain
pour le conduire chez
elle , où ils s'expliqueroient
GALANT. 219
Pun à l'autre fur ce que chacun
pourroit fouhaiter.L'heuare
fut donnée pour cette vifite
, & le Cavalier alla conful .
ter fon Amic à l'ordinaire , fur
le mariage qui luy eftoit propofé
. La Belle no balança
point à luy dire , que dans
l'eftat où il fe trouvoit , il
falloit quelque repugnance
qu'il fentist , s'atacher à la fortune,
puis qu'elle s'offroit à
Jay d'une maniere fi favorable
, mais qu'il s'y falloit attacher
en honnefte hom
c'est à dire , que s'il époufoit
la Veuve , il devoit tâcher à
Tij
220 MERCURE
mettre pour elle dans fon
coeur plus que de l'eſtime &
de la reconnoiffance. La vieilleffe
de la Dame, qu'il croyoit
âgée de plus de foixante ans,
luy faifoit beaucoup de peine,
& l'habitude qu'il avoit prife
avec de jeunes perfonnes, luy
rendoit tout autre commerce
fort peu agreable , mais fon
Amic luy dit fortement qu'il
ne falloit point écouter fon
gouft ; & elle ajoûta que comme
les vieilles perfonnes font
fort fufceptibles de jaloufie ,
s'il arrivoit que la Veuve mon
traft de l'inquietude pour les
GALANT. 221
marques d'amitié qu'il luy
donnoit par fes foins , il faudroit
, ou qu'il ceffaft de la
voir , ou qu'il ne la vift
que
fort rarement. Le Cavalier ne
put paffer cet article , & fut
mené chez la Veuve , dont
il fe trouva beaucoup plus
content qu'il ne l'avoit efperé.
La Dame n'avoit rien de
dégouftant , & toutes les ma
nieres eftoient d'une Femme
qui meritoit une vraye eftime.
Elle dit au Cavalier , qu'aprés
un Veuvage de quinze ans ,
pendant lequel on ne luy
pouvoit reprocher la moindre
Tiij
222 MERCURE
1
affaire , il devoit eftre furpris
qu'elle vouluft fe remarier
mais que ceux qui attendoient
fa fucceffion , en avoient toujours
fi mal ufé avec elle ,
qu'ils l'avoient forcée en quelque
forte à prendre certe rélolution
, & qu'ayant à faire un
choix , elle avoit crû ne pouvoir
contribuer à la fortune
d'un plus honneste homme ;
que cependant il ne falloit
point qu'il fe contraignift , &
qu'il pouvoit prendre autant
de temps qu'il voudroit pour
fe confulter fur ce mariage . Le
Cavalier trouva tant d'honnêGALANT
223
teté dans tout ce que laVeuve
luy dic , qu'il parut que fon
coeur patla quand il l'afura
qu'il vouloit tour tenir d'elle,
& qu'elle pouvoit dés ce mo
ment , comme maift effe abfoluë
, ordonner du temps où
elle fouhaiteroit que l'affaire
Le concluft. Elle plaifanta fur
laLotteric qui luy avoit donné
lieu de penser à luy , & fans!
rien vouloir précipiter , afin
qu'il eût le temps de la mieux
connoître, elle le laifla un mois
entrer dans la liberté d'examiner
s'il pourroit vivre heureux
avec elle. Ainfi ce fut luy qui
Tiiij
224 MERCURE
la preffa aprés des vifites affidues
où il témoignoit ne s'en
nuyer pas . Enfin elle fit dreffer
le Contract avec tous les avantages
qu'il luy eftoit permis de
luy faire. Les cinquante mille
écus luy furent comptez , &
elle choisit le jour pour le Ma
riage , mais une fievre qui la
furprit tout à coup , le fit differer
, Les accez en furent rudes
, & donnerent lieu d'apprehender
pour fa vie . Le Ca
valier ne la quittoit point ,&
les foins qu'il prenoit d'elles
luy furent fi agreables , que
comme il gagnoit beaucoup
2
GALANT. 225
en l'époufant, s'eftant trouvée
avec un peu plus de tran
quillité pendant quelques
jours , elle fit faire la Ceremonie
du Mariage dans fa Cham--
bre pour mourir au moins
avec la fatisfaction d'eftre fa
femme , files remedes ne
pouvoient faire ceffer la langueur
où fon mal la reduifit.
Le Cavalier devenu Mary , redoubla
fes foins avec les mar
ques les plus obligeantes du
veritable intereft qu'il prenoit
en elle , mais ils ne putent la
tirer d'affaire , & tout l'Art
des Medecins s'eftant trouvé
>
226 MERCURE
inutile , elle fuccomba à fa
langueur aprés avoir refifté
pendant trois mois . Les em
preflemens du Cavalier pen
dant cette maladie , furent
affez bien recompenfez. Lal
Veuve luy donna encore une
Cafferte où il y avoit beaucoup
d'argent & des Diamans,
& avec les Meubles qu'on ne
luy put difputer , il ſe trouva
riche de cent mille écus . Vous
jugez bien qu'aimant autant
qu'il faifoit l'aimable Brune
il l'en rendit la maiftreffe. Il
l'a épousée depuis quelque
temps, & fait pour elle ce qu'il
GALANT. 227
eftoit affuré qu'elle auroit fait
pour luy avec joye , fi la forcune
luy avoit cfté auffi favo
rable.
L'eftar que vous allez lire
fatisfera la curiofité de ceux
qui ne veulent rien ignorer de
ce qui regarde la Guerre.
ETAT DES OFFICIERS
Generaux qui ferviront pendant
l'hiver prochain fur la
Frontiere , depuis la Mer juf
ques en Luxembourg.
Mle Maréchal de Bouflers
aura le commandement gene
228 MERCURE
ral , depuis la Mer jufques à
la Meufe , remontant jufqu'à
Sedan .
M' le Marquis de la Valette,
Lieutenant General, commandera
fous M de Bouflers , depuis
la Mer jufques & com-
Prisle Lis.
Mi le Comte de la Mote ,
Maréchal de Camp ; M de
Phelypeaux , Brigadier de Cavalerie
, & M deChamarante,
Brigadier d'Infanterie ,ferviront
fous Ms de la Valette,
du cofté de la Mer.
M' de Pertuis commandera
Courtray.
CALANT 229
t
M'de Cadrieux ,à Dixmude .
M le Marquis de Montrevert
, Lieut . G. commandera
à Tournay , & entre le Lis &
l'Efcaut jufques à la Troüille ,
fous M'de Bouflers .
M le Comte de Mailly ,
Maréchal de Camp , & M de
la Vaille , Brigadier d'Infanteric
, ferviront fous Mr de
Montrevert.
M'de Ximenes , L. G. commaudera
à Mons
Maubeuge.
Charleroy,au Quefnoy , àLandrecies
, Avefnes , & dans tous
les lieux du Hainaut , où il y
aura des Troupes , fous M'de
Bouflers.
230 MERCURE
Mr de Pracontal , Marefchal
de Camp ; M' de Rofel , Brigadier
de Cavalerie , & M¹ de
Cavois , Brigadier d'Infanterie
,fous M'de Ximenes.
r
M' le Comte de Guiſcard,
Lieutenant General Came
mandera à Namur , Huy , Di
nan , Charlemont & Philipeville
fous M de Bouflers.
Mrle Chevalier de Gaffion
Maréchal de Camp , M de
Blanchefort
, Brigadier de
Cavalerie , & M de Laumont
, Brigadier d'Infanteie
, fous M de Guifcard.
Mr de Caraman , Brigadier
GALANT. 231
Infanterie, commandera à
Huy.
Mr le Comte de Gaffe , Lizu
tenant General , commandera
fur la Meufe en defcendant
jufques & non compris Charlemont
, fous Mr de Bouflers.
M le Marquis d'Alegre,
Marechal de Camp ; & M de
Montgon , Brigadier de Cavalerie,
fous M de Gaffé.
M le Marquis d'Harcourt,
Lieutenant General , commandera
en Luxembourg & furla
Mozelle .
M' de Barbezieres , Marechal
de Camp, & M de Cour
232 MERCURE
tebonne , Brigadier de Ca
valerie , fous Mr le Marquis
d'Harcourt.
M ' Bignon commandera
à
Treves.
Le 30. du mois paffé , le Pere
Alexandre Jacobin du grand
Convent , Docteur de la Faculté
de Paris , cut l'honneur
de falüer le Roy , & de luy
offrir une Theologic Dogmatique
&Moralequ'il a donnée
au public en dix Volumes , fur
le Plan du Catechifme du
Concile de Trente , & qu'il a
dediée à Sa Majesté . Je laisse
à l'Auteur du Journal des
GALANT 233
!
Sçavans à parler de l'oeconomie
& du merite de l'Ouvrage
, & me contente de vous
envoyer la traduction de fa
Lettre Dédicatoire .
AUROY
SIRE
que
Comme Voftre Majesté n'a
point d'interefts plus chers
ceux de la Religion , qu'elle foutient
d'une maniere fi glorieufe
j'efpere qu'Elle aura la bonté d'agréer
que je confacre & que je
Novembre 1693 . V
234 MERCURE
dedie à fon Auguste Nom un
Ouvrage que j'ayfait pour l'uti
lité de l'Eglife . Il faut eftre aveus
gle pour ne pas voir , injuste pour
nepas publier , que Vostre Mas
jefté a un droit fingulier fur tout
ce qui fert à la gloire & à l'avantage
de la Religion, Se trouverat-
il quelqu'un qui ait pense on
medite d'aufi grandes chofes , que
celles que vous avez faites jufqu'a
prefent , & que vous faites
encore dejour en jour pourfa defenfe
pourfon accroiffement ?
Vous foutenez vous feul le poids
d'une guerre qui n'eut jamais de
pareille dans les âges du monde les
GALANT. 235
plus guerriers , parce que vostre
puiffance & vostre vertu vous
rendent plus fort que tous vos Ennemis
unis enfemble .Vous rendez
inutiles tous les efforts de ce
grand nombre de Princes , qui
ont ofé fe liguer contre Voftre
Majesté. Vous renversez vous
feul tous leurs deffeins ; & leur
Ligue n'a fervi qu'à les couvrir
de confufion , & qu'à faire admirer
voftre valeur heroique , &
voftre PietéTres - Chrêtienne:
Tout le monde fçait qui eft celuy
qui a allumé la guerre ,
Aqui a engagé dans cette Ligue immalheureufe
les Princes
pie
V ij
236. MERCURE
Confederez. Vous avez prevű,
Sire , cette furieufe tempeſte qui
Se formoit contre noftre Royau
me , lorsque vous fecouriez &
fouteniez la Religion , & que
vous vous oppofiez comme un
Rampart invincible aux Ennemis
de la Maifon de Dieu . Cette
penetration incomparable qui
vous fait tout prévoir , vous mit
devant les yeux les mouvemens
de toute l'Europe , les deffeins des
Princes jaloux de voſtre puiffance
& de vostre gloire , & les
maux dont ils menaçoient la
France ; mais la même cause qui
vous rend maintenant victoGALANT.
237
J
rieux , vous rendit alors intrepi
de. Ces menaces ne vous empecherent
pas de prendre les interefts
d'un Roy que vous estimez
& que vous confiderez encore
plus pourfa pieté & pour fa valeur
, que pour fon alliance avec
voftre Maison Royale Vous
luy donnâtes un azile , quand.
l'infidelité & la revolte de fes
Sujets accoûtumez à rejettér le
joug de leurs Souverains , comme
celuy de Dieu , l'eurent exilé
de fon Royaume en haine de la
Religion , pour laquelle il leur pa
roiffoit avoir trop d'attachement
& trop de zele . On arma enfuite
238 MERCURE
tous de
contre Voftre Ma
jesté. Celuy à qui l'ambition de
regner fit violer les droits les plus
・facre , n'eut point de honie de
vouloir engagerdans le partyde
fon crime des Princes Catholi
ques , à qui la Religion en devoit
infpirer de l'horreur . Un Gendre
perfide , un Usurpateur dénaturé
du Royaume de fon Beaupere ,
n'eftoit pas d'humeur à respecter
la pietédans les autres . L'abolition
de l'Edit de Nantes , & le
banniffement
éternel de la Secte
de Calvin de tous vos Etats , animoient
fon reffentiment
& fa
fureur. Un grand nombre d'HeGALANT.
239
retiques mal convertis & méconluyfaifoit
efperer un foulevement
dans le fein du Royaume
, mais les esperances ont efté
vaines. Quel autre effet ont eu
ces entreprifes malcancertées , que
de faire connoftre à tout le monde
que vous eftes le plus Grand
des Rois , par la fageffe de vos
confeils , par la force invinci
ble de vos armes, toûjours benies
favorisées de Dien , que de
jetter la terreur dans les coeurs
dans les Etats de vos Ennemis ,
de vous faire admirer de vos
Sujets &
La Posteritépourra-t- elle croire
240 MERCURE
fans peine ce que nous entendons
ce que nous voyons , que Vôtre
Majesté a dompté en même
temps les Savoyars , vaincu les
Allemans , defait les Flamans
confterné les Holandois , terraſſé
les Espagnols ? Mais il ne paroîtra
pas incroyable aux Siécles à
venir, qu'elle ait pris fi promptement
tant de Villes forfices par
la nature & par l'art , & defenpar
de nombreuses
Garnifons
, comme Philifbourg , Montmelian,
Nice, Villefranche
, Heydelberg
, Rofe , puifque nous luy
avons vú prendre Mons & Namur
ces Villes fameuses , ces
duës
bouGALANT.
241
boulevars des Pais- Basique tout
le monde jugeoit imprenables ?
Que dirai je des Batailles celebres
de Fleurus , de Leuze , de
Seenkerke , de Neervvinde ,
de plufieurs autres que nos Ennemis
nous ont voulu donner par
Surpriſe , quoi qu'avec crainte ,
ou que les Troupes de Voftre
Majefté leur ont livrées en les al-
·lant chercher genereusement , qui
ont toutes efté fuivies d'un fuccez
tres - heureux & très glorieux
pour laFrance?.Unfigrand nom .
bre de Combats de Victoires
me fait prefque oublier l'embrafement
& la deroute de la Flo-
Novembre
1693. X
242 MERCURE
ン
te de Smirne au Détroit de la
Merde Cadix : avantage d'au.
tant plus confiderable , que vôtre
Flote victorieuse l'a remportéfur.
des Ennemis qui nous infultoient
infolemment à l'occafion d'un évenement
de l'année derniere
auquel leur valeur m'avoit point
eu de part , pour effacer , s'il leur
euft eftépoffible , le fouvenir & la
honte de toutes leurs defaites . Ce- ·
pendant, que pouvoient - ils reprocher
aux François qu'un trop
grand mépris du peril , qui leur
fit foutenir le Combat avec une
vigueur& une fermeté incroyable
contre une Flote incomparaGALANT.
243
1
blement plus nombreuse fans
qu'elle puft attirer à fon party la
Victoire que Dieu a attachée à la
justice de la caufe pour laquelle
vous combatez ?
Ces grandes Actions , Sire , qui
rendent voftre Nom immortel ,
ne mettent pas le comble à vôtre
gloire , c'eft le mépris genereux
que vous enfaites . Tertullien dit
fort à propos d'Alexandre , qui
vous reffembloit par la grandeur
de fon nom & de fes Conqueftes ,
que la gloire feule efloit plus grande
que luy ; folâ gloriâ minor;
mais on peut dire de Voftre Ma
jefté , fans eftre foupçonné de fla
Xij
244 MERCURE
terie , que vous eftes plus grand
que vostre propre gloire , que l'humilité
Chreftienne vousfaitfacri- ·
fier à celle de Dieu. Vous en avez
Souvent donné des preuves , particulierement
quand vous retournâtes
victorieux du Siége de Na
mur. Tous les Corps venant en
foule feliciter Voftre Majefté ,
Elle defendit tres- expreſſément
qu'on luy donnaft des loüanges
toute la Cour fut ravie d'admiration
d'entendre fortir de vôtre
auguste bouche ces paroles
prefque divines : Jay combatu
pour
Dieu , il m'a fait vaincre,
c'eft diminuer fa gloire & me
GALANT. 245
deplaire que d'attribuer
l'honneur de la Victoire à
d'autre qu'à Dieu , à qui j'en
fuis uniquement
redevable .
Pendant que Monfeigneur qui
fuit par l'imitation de vos Vertus
Royales de vos Victoires les
traces glorieufes que vous luy
avez marquées , & qui entre
dans ces divins fentimens , commande
vostre Armée audelà du
Rhin, que ne doivent pas eſperer
vos Sujets , que ne doivent
pas craindre vos Ennemis ? L'experience
leur a déja fait connoiftre
qu'ils peuvent s'assurer de deux
chofes ; la premiere , Que la Reli-
X iij
246 MERCURE
gion defendüe par les armes deš
François ,fera éternelle ; la feconde
, Que ces mêmes armes que
Voftre Majesté fait fervir à la
defenfe de la Religion , feront
toujours invincibles foit que la
guerre continue par l'opiniatreté
des Princes Confederez
, foit que
la Paixfe faffe bientoft aux conditions
tres-juftes que Voftre Majefté
leur offre encore au milieu de
fes triomphes , comme l'Arbitre
le Maiftre de leur fort.
Quoy qu'il arrive , Grand
incomparable Monarque
Défenseur tres- puiſſant de
Religion , nous tâcherons , nous
GALANT . 247
qui faifons profeffion de cultiver
-les Lettres , de bien employer le
repos que vos foins infatigables
nous procurent dans le temps
mefme de la guerre, & dont nous
•
Jommes affurez pourvou que
Dieu écoutantfavorablement nos
voeux & nos prieres , conferve
voftre Perfonne facrée pour le
bien de l'Etat
Pour
moy
de l'Eglife .
Sire , je ne puis ou-
"
blier l'obligation que nous arons
de travailler pour l'Eglife fous
un Monarque qui n'a rien de
plus cher que les interefts de la
Religion; & comme Voftre Majefté
m'a fait l'honneur & la gra-
X iiij
248 MERCURE
&
ce de recevoir avec des témoigna
ges d'eftime & de bonté mes Remarques
& mes Differtationsfur
l'Hiftoire de l'Eglife & de l'Ancien
Teftament , j'ofe prendre la
liberté de luy offrir encore ce troifieme
Ouvrage . C'est une Theolo
gie d'une nouvelle methode divifée
en cing Livres , fur le Plan
du Catechifme du Concile de
Trente, y explique en dix Volumes
tous les Myferes & toutes
les Veritez de noftre Religion ,
toutes les Maximes ,
Points de la Morale Chrestienne
par les paroles de l'Ecriture Sainte
des Peres de l'Eglife , des
tous les
GALANT . 249
Conciles , des Saints Decrets , &
des Auteurs dont la fainteté eft
reconnue .J'espere qu'eftant puisée
dans ces Sources divines , y dégagée
desfubtilitez & des difputes
de l'Ecole , elle fera utile pour
l'inftruction de tous les Ecclefiafiques
, des Pafteurs , des Confeffeurs
des Predicateurs , & de
tous ceux qui font obligez de travailler
au Salut des ames par le
devoir de leur Miniftere.
Si Vostre Majefté me fair
l'honneur de prendre feulement
une fois cet Ouvrage entre fes
Mains Auguftes qui ont moiffonne
tant de Palmes , ces Mains
250 MERCURE
Sacrées qui ont abbatu l'Herefier
& qui foutiennent la Religion ,
ces Mins redoutables à l'impie
té & à toute forte de vices ', je ne
doute point que tout le monde ne
reçoive tres - agreablement ce témoignage
public du tres - profond
respect , de la reconnoißance , &
duzele avec lequel jefuis ,
SIRE ,
DE VOTRE MAJESTE
Le tres-humble , tres - obeïffant
& tres- fidelle Serviteur &
Sujet .
F. NOEL ALEXANDRA
Religieux de S. Dominique
GALANT. 251
M ' l'Archevefque de Paris,
qui fe fait un plaifir d'hono
rer les Gens de Lettres de fa
bienveillance & de fa prote
Etion , & de faire connoiftre à
Sa Majesté ceux qui travaillent
utilement pour l'Eglife,
fit l'honneur au Pere Alexandre
de le prefenter au Roy.
Ce Pere le fervit de ces termes
dans le compliment qu'il fit
à Sa Majesté,
SIRE
Un Ouvrage qui explique
tous les Myfterest toutes les
Veritez de noftre Religion , tous
252 MERCURE
les points toutes les maximeš
de la Morale Chreftienne , dewois
eftre dedié à un Prince qui a
toujours protege l'Eglife , qui a
aime la Justice & hay l'iniquité ,
depuis que Dieu l'a facré d'une
huile miraculeuse , pour estre le
plus Grand des Rois , le Defenfeurde
la Foy , le Confervateur
de la France, le Vainqueur
des Nations . Ces Ouvrage qui
fera porte dans tout le monde
Chretien rempli de la grandeur
de vostre Auguste Nom , étonné
de votre fageffe incomparable ;
de voftre valeur heroique , & dis
glorieux fucce de vos Armes
GALANT 253
toûjours victorieufes & toûjours
invincibles fera connoistre partout
que j'ayfait mon devoir en
le prefentant au plus grand Monarque
de la terre ,qui unit enſa
Perfonne Sacrée, la pieté & le
Zele du Sacerdoce avec toutes les
Vertus Royales. Ces Livres publieront
en mefme temps le tresprofond
refpect que j'aypour Elle,
mon attachement tres -fidelle
fon fervice, pendant que je continueray
d'offrir mes Voeux à
Dieu pour fa confervation fineceffaire
à l'Eglife & àl'Etat , &
que je le prieray avec toute la
Ferveur qui me fera poffible , de
254 MERCURE
verfer à pleines mains fes bene
dictions fur la Maifon Royale ,
fur les Armes de Vostre Majesté
, pour la mettre en état par
une fuite de Victoires , de donner
la Paix à l'Europe, & d'en fai
re goûter les fruits à voftre Peuple
,felon les defirs que l'Esprit
de Dieuforme dans votre Coeur
tres-Chreftien.
Le Roy luy fit l'honneur de
luy répondre , qu'il fouhaitoit
que ce qu'il venoit de luy dire
arrivait bien-tolt ; que M
l'Archevefque
l'avoit informé
de l'utilité de fes Ouvrages
, & de fa conduite ; qu'il
GALANT. 255
luy donneroit des marques de
fon cftime , & qu'il fe recommandoit
à fes Prieres.
fachée Vous ne ferez pas
d'apprendre ce qui fuit tous
chant lesCarabiniers du Roy,
dont je vous ay déja parlé . ,
Le Régiment eft compofé de
cent Compagnies de Carabi .
niers, de trente Maiftres chacune
, faifant en tout trois mille
Carabiniers & quatre cens Of
ficiers , y compris le Mcftre
de Camp en pied , les cinq
Meftres de Camp fous luy les
cinq Lieutenans Colonels ,
les cinq Majors , & les cinq.
256 MERCURE
Aides Majors . Ils feront
vinge Efcadrons de cinq
Compagnies chacun , dont il
y en aura deux des vieux Regimens
& trois des nouveaux .
Le Mestre de Camp en pied
aura l'infpection fur tout le
Regiment , & les autres l'auront
feulement fur vinge
Compagnies faifant quatre
Elcadrons, & cela par police
& pour la commodité du
fervice , car ils auront auffi autorité
fur tout également
felon leurs emplois & leur
ancienneté , auffi bien que les
Licutenans Colonels , les Ma-
P
GALANT 257
jors & les Aides Majors .
Quand on feparera leRegiment
dans differentes Armées,
on mettra toujours un Meftre
de Camp pour commander les
differens Corps , & les autres
Officiers de l'Estat Major à
proportion.
Le fervice fe fera comme
les Carabiniers l'ont fait jufques
à prefent , tant pour les
que pour les détache- Gardes
mens.
Les Compagnies feront entretenues
par tous les Regimens
François de Cavalerie
qui fourniront à tour de
Nov. 1693. Y
258 MERCURE
Rôle les Recruës neceffaires,
tant pour les Officiers que
pour les Cavaliers , à moins
que le Roy n'en ordonnaft autrement.
Le Regiment fera habillé de
bleu doublé de rouge, les Cavaliers
d'un bon drap uny, &
les Officiers de mefme , à la
referve des Boutons d'argent
filé qu'ils auront , & un galon
d'argent fur les manches , &
au Colet des manteaux qui
feront bleus comme ceux des
Cavaliers.
Le Chapeau fera bordé d'un
Galon d'argent plus large .
GALANT. 259
que celuy des Cavaliers.
Les Houffes des Cavaliers
bleuës , toutes unies , bordées
d'un galon de foye blanche,
& les Bourfes de Piftolets
tout de mefme ; leur Ceinturon
de Buffle avec un bord
de cuir blanc , & la Bandouliere
de mefme ; les Gands-
& des Cravates noires . Les
Officiers en auront auffi , excepté
que ce qui eft blanc aux
Cavaliers ils l'auront d'argent,
Les Teftieres desChevaux propres
& toutes unies ; des Bolfettes
dorées toutes unies at f.
fi ; des Epées de mefme lon-
Y
ij
260 MERCURE
gueur & largeur , des Cara
bines rayées pareilles , & rout
ce qu'il faut pour les charger,
obfervant d'avoir des bales de
deux Calibres, les unes pour
entrer à force avec le marteau
& la baguette de fer , & les
autres plus petites pour recharger
plus promptement
f
on en a befoin .
Les Pistolets les meilleurs
qu'on pourra trouver de
quinze pouces de longueur.
Les Chevaux tous de mefme
taille , à longue queue , &
l'ayant retrouffée de mefme ,
fans rubans ny trouffe - queue.
GALANT. 261
A chaque quatreElcadrons il
y aura unTimbalier à la Compagnie
du Mettre de Camp ,
habillé de la Livrée du Roy ,
fans or ny argent , auffi-bien
que les Trompettes de toutes
les Compagnies
.
•
Il y aura auffi à chaque
quatre Efcadrons un Aumônier
, à qui on donnera une
Chapelle.
On aura grand foin de n'avoir
que
de bons chevaux ,
afin que la Troupe foit toujours
bien en estat d'entreprendre
ce qu'on luy ordon
ncra.
262 MERCURE
Le Mestre de Camp en chef,
& les autres Mefttes de Camp
fous luy , tiendront la main
qu'il n'y ait aucun Officier
mal monté , & qui ne foit fur
un cheval de bonne taille .
Les Officiers auront le moins
de bagage qu'ils pourront ,
rien que des chevaux de bafts ,
ou des Mulets , & point du
tour de chariots , de charettes,
ny de Surtout.
On fera les Détachemens
par Chambrées , de maniere
que le Cavalier qui fera com
mandé ne porte que ce qui
luy fera neceffaire , & laiffe les
GALANT 263
t
autres hardes à ceux de fa
Chambrée , qui demeureront
au Corps du Regiment.
Les Compagnies , fans avoir
égard au Regiment d'où ils
fortent , prendront leur an
cienneté de leur Capitaine , à
la referve de celles des Meftres
de Camp & des Lieutenans .
S'il y a des Commiffions de
mefme datte , & des rangs incerrains
, on entendra les raifons
d'un chacun , qui fe debiteront
fans aigreur ny difpu.
te , pour en rendre compte au
Roy , afin que Sa Majesté en
décide promptement
.
264 MERCURE
L'intention du Roy eft que
ce Regiment ne faffe jamais de
difficultez en tout ce qui regardera
le Service , & que la
difcipline y foit obfervée fort
exactement,
Il faut deux Etendarts
pour
chaque Escadron , avec une
Devife bien choifre , qui ait
un Soleil pour corps d'un co
fté , & de l'autre des Fleurs de
Lis parfemées , comme à la
plufpart des autres Regimens
du Roy,
Les Cavaliers n'auront que
des boutons d'étain . »
Outre les cinq
Regimens
de
GALANT. 265
de Carabiniers dont je vous
ay déja parlé, & dont Monfieur
le Duc du Maine eft Me
ſtre de Camp General , il s'eſt
encore fait d'autres changemens
dans les Troupes
Le Regiment de Courcelles
a cfté donné à M. de Vienne,
Lieutenant Colonel d'Anjou.
M'de S. Lieu ale Regiment
de Pudion , & M' Pudion à
Bourgogne
.
Mr Serczy a Defville & Mi
Delville cft Enfeigne des Gardes
du Corps
.
Mr le Duc de S. Simon á le
Regiment de du Rozel
Novembre 1693 . Z
266 MERCURE
M'de Souternon.commande
le Regiment de Toulouse ,
cy- devant de Praflin , & Souternon
eft donné à M' Pujol .
M Bins a le Regiment de
M'de Sainte Liviere , qui cft
mort..
Ms Latié a le Regiment de
Bellegarde .
Made Pracontal , Maréchal
des Camps &Armées du Roy,
& Neveu de M'de S. Romain ,
fameux par les Ambaſſades ,
& fes Négociations , a épousé
Mademoiselle deMornay , Fille
de M. de Mornay , Marquis
de Monchevreuil , Chevalier
GALANT. 267
des Ordres du Roy , Gouver
neur de Saint Germain en
Laye , cy devant Gouverneur
de Monfieur le Comte de
Vermandois , & de Monfieur
le Duc du Maine , la fageffe
& la vertu faifant le caractere
principal du Pere & de la Mcre
de cette nouvelle Mariée ,
il n'y a point à douter que
marchant fur leurs traces elle
ne ferve d'exemple dans un
lieu où tous ceux que l'on y
voir ne font pas à fuivre. M'
l'Abbé de Monchevreuil a
cité pourvû par M. l'Archevefque
de Paris , d'une Cha-
Z ij
268. MERCURE
noine de Noftre- Dame , vas
cante par la mort de M1 Abbé
de Romilly.
Si quand lesDames fe mêlent
d'ecrire elles ont une fineffe
& une delicateffe d'efprit qui
leur eft naturelle , & que les
hommes ont de la peine à imiter
, elles réuffiffent encore
mieux , lors qu'elles traitent
des matieres dont elles ont
une connoiffance particuliere .
C'est ce que vient de faire
Madame de Pringy , en nous
donnant les differens caracteres
des Femmes du fiecle, avec
la defcription de l'Amour
GALANT. 269
propre , contenant
aeres, & fix perfections.
contenant fix cara-
CARACTERES .
Les Coquettes. Les Bigotes.
Les Spirituelles. Les Occonomes
.
300 300
Les Jaloufes . Les Plaideufes.
PERFECTIONS .
La Modeftie. La Picté.
La Science. La Regle.
L'Occupation . La Paix.
Tout cela eft traité avec
beaucoup de fineffe & dé naturel
, & temply de penſées
neuves , quoy que tirées du
fujet, en forte que les Portraits
des Caracteres qui y font
Z iij
270 MERCURE
depeints , rempliffent agrea
blement la curiofité qu'ils exs
citenta a ab AD
Meffire Daniel Voifin Seigneur
de Cerifay , Confeiller
d Eftat , mourut icy le 22. de
ce mois . Il ascfté Maistre des
Requeſtes ; Prevoft des Marchands
durant fix ans , puis
Confeiller d'Eftat ordinaire.
Il avoit épousé en premieres
Noce Jeanne de Broé la Guette
, Fille de Bon- François de
Broé Seigneur de la Guette ,
Préfident aux Requeſtes du
Palais , & de Denise Briffon ,
dont il n'a point eu d'Enfans,
GALANT. 271
& en fecondes Noces , Maric
Talon y Fille d'Omer Talon
Avocat General au Parlemen ,
& de Françoife , Doujat , &
Sæer de Denis Talon , auffi
Avocat General au Parlement,
puis Prefident au Mortier. De
ce fecond Mariage , il n'a
qu'une Fille qui a épousé Chrerien
François de Lamoignon ,
Confeiller au Parlement , Mat
tre des Requeſtes , puis Avocat
General au Parlement. Il
avoit entre autres deux Freres
qui font decedez ; le premier,
Charles Voifin , Seigneur de
la Breftiere , Confeiller au
Z iiij
272 MERCURE
Parlement , qui avoit épouſé
Marguerite Marcel Dame de
Bouqueval , dont font venus
trois Enfans , fçivoir Claude
Charles Voyfin , Seigneur de
Bouqueval , decedé premierA- 1
vocat Genetal au Grand Con
feil . N. Voyfin , Capitaine aux.
Gardes , & une Fille , Femme
de Denis Feydeau de Brou ,
Muftre des Requestes , Frere
de M Evefque d'Amiens .
L'autre Frere de M. Voyfin .
Confeiller d'Etat , eftoit Jean
Baptifte Voyfin, Seigneur de
la Noraye, Confeiller au Grand
Confeil , puis Maiftre des Re
CALANT. 273
queftes , Intendant de Juftice
en Anjou , Touraine , & Pays
du Mayne , qui avoit épousé
Madame Guillard , Soeur de
Claude Guillard Confeiller en
la Grand Chambre, dont font
auffi venus trois Enfans , qui
font ,Mr Voyfin, Confeiller au
Parlement , puis Maitre des
Requeftes , & Intendant en
Haynaut; Mr Voyfin Confeiller
Clerc auGrand Confeil,qui
eft decedé , & Mademoiſelle
Voyfin qui a cpoufé Jean Ba
ptifte des Marais de Vaubourg
Confeiller au Parlement , puis
Maistre des Requeftes , & In,
274 MERCURE
tendant de Juftice en Lorraia
ne. Leur Pere commun eftoit
Daniel Voifin , Sieur de Cerifay
, & leur Mere Margueri
te de Verthamon , Fille de
François de Verthamon , Confeiller
au Parlement & de
Marie de Verforis . Cette Marguerite
de Verthamon eftant
Veuve de Mr Voifin , époufa
en fecondes Noces Macé Bertrand
, Seigneur de la Bazinicre
, Treforier de l'Epargne ,
dont font venus Macé Bertrand
, Seigneur de laBaziniere,
auffi Treforier de l'Epargne ,
& Marie Bertrand de la BafiGALANT
275
niere , Femme de Guillaume
de Bautru ,Seigneur de Serrant,
Confeiller du Roy en fes Con
feils . Les Armes de Mr Voifin
font d'Azur à la Croix engreflée
d'argent , cantonnée de
quatre Croiſfans montans d'or.
Mle Boindre , Doyen du
Parlement , eft mort à fa Maifon
de Campagne. Sa grande
droiture d'efprit & de coeur
le fait regretter de tous ceux
qui l'ont connu. Le Roy venoit
de luy donner des marques
de fon cftime , en le gra
titiant de la Penfion , ·que· Sa
M.jeſté accorde à ceux qui
276 MERCURE
&
rempliffent cette.. cette place
dont les fervices luy font agreables
. Il eftoit habile , in
fatigable & form appliqué
aux affaires , & laiffe Mr le
Boindre fon Fils Confeiller au
Parlement , qui fuivant l'exemple
d'un Pere plein de
merité, fe donne tout entier
aux devoirs de la Place qu'il
occupe. Mr le Vayer , Maf
tre des Requeftes , a époufé fa
Fille aînée. Je vous ay toûjours
veüe fi remplie d'eftime
pour Mr le Vayer & fi parfaite
ment informée de fon merite
& de fa probité , que je n'ay
GALANT 277
rien à vous en dire de plus . Il a
reste encore une Fille de Mr le
Boindre à établir. Mr Doujat
eft devenu Doyen de la Grand
Chambre par la mort de
Mrle Boindred
Mr de Langallerie , l'un des
plus anciens Officiers Generaux
, & forti eftimé parmy
les Troupes , eft mort de maladie
il y a fort peu de jours.
Il laiffe un Fils dans le Service,
qui a paru avec diſtinction.
On a cu auffi avis de la mort
de Dom Emanuel de Lira ,
Secretaire d'Etat des Depel
ches univerfelles de la Mo278
MERCURE
marchie d'Eſpagne . Il eftoit
intelligent dans les affaires ,
zc'é pour la Patrie , & l'Employ
qu'il poffedoit depuis un
grand nombre d'années , luy
ayant fait connoistre l'état où
eft ce Royaume , que l'on deguife
à fon Roy , & le befoin
qu'il a de la Paix , il la fouhaitoit
, & en parloit mefme
trop hautement pour vivre
plus long temps qu'il n'a vêcu.
L'Hitoire developera un
jour des chofes furprenantes ,
qui découvriront ce qui le
paffe aujourd'huy , pour em.
pêcher que le Roy Catholi
GALANT 279
que n'affeure le repos de fesSujets
, & tous les refforts qu'on
fait mouvoir , pour luy deguifer
des veritez qu'il luy feroic
tres- important de fçavoir
mais ayant une Mere & une
Femme Allemande , & dans
les interefts de leur Patric
plus
que
dans
les fiens
, l'Efpagne
ne doit
attendre
que
la
continuation d'une Guerre
qui luy eft fi ruineufe . Il y a
quelque temps , que le Roy
ayant dit qu'il vouloit fericufement
penfer à la Paix , la
Reine quelques jours aprés
feignit d'eftre groffe , & dit
280 MERCURE
qu'elle fentoit bien qu'elle
mourroit fi la Paix fe faifoit.
Le Roy ceffa d'en parler , & on
ne dit plus rien de fa preten
due groffeffe. Le Prince d'O .
range n'épargne point les
Penfions pour faire taire ceux
qui pourroient parler de la
Paix Les Particuliers s'enrichiront
, & le Roy achevera
de perdre la Flandre .
Sa Majesté ayant choifi Mr
Fagon , Docteur de la Faculté
de Paris , premier Medecin
de la Reine & des Enfans de
France , pour fon premier Medecin
, il en receut les com
GALANT . 281
plimens de toute la Cour ,
d'autant plus finceres , que fa
profonde érudition , fon affabilité
, & la croyance que l'on
aen luy pour tout ce qui re
garde fon Art , l'ont toujours
fait confulter , non feulement
par les Perfonnes les plus diftinguées,
mais mefme par celles
d'un moindre rang , qu'il
a toujours écoutées avec
bonté. La Compagnie des
Chirurgiens du Roy, Princes ,
& Princeffes du Sang Royal ,
n'eut pas plûcoft appris cette
nouvelle ,qu'elle alla en Corps
luy faire fes complimens . La
Νου . 1693 . A a
28 MERCURE
parole, fut portée par M Lartet.
La modeftie de M Fagon.
ennemy des louanges , l'obli
gea à l'interrompre , parce
qu'il ne vouloit point de compliment
dans les formes . Cela
n'empefche pas que la Faculté
de Paris n'ait refolu, de luy
en faire , & que Mr Bergor ,
Doyen de la mefme Faculté ,
ne foit chargé de porter la
parole , accompagné de plufieurs
Députez . Il ne manquera
pas de matiere pour faire un
bel Eloge , le fçavoir de M
Fagon s'étend loin. Il n'y a
point d'homme au monde qui
GALANT. 283
connoiffe mieux les plantes.
Il s'applique encore tous les
jours à en chercher les vertus ,
qui font d'une telle utilité
pour les hommes , qu'on peut
dire qu'un Medecin qui ne
connoift pas les Simples, ignore
la plus belle & la plus importante
partie de fon Art .
On peut voir un bel Eloge de
M. Fagon , dans l'Epiftre dé
dicatoire du Livre intitulé ,
La Pratique des Accouchemens,
que M. Peu , Maitre Chirurgien
, & ancien Prevost &
Garde des Maiftres Chirur
giens à Paris , luy a adreffée
A a ij
284 MERCUR E
mefme avant que le Roy luy
cuft fait l'honneur de le choifir
pour fon premier Medecin .
Ainfi ce n'eft point fa nouvelle
dignité qui luy a fait dédier
ce Livre. J'aurois à vous
en parler icy , mais il me feroit
difficile de luy donner
d'auffi beaux Eloges que ceux
queMLienard, ancien Doyen
& ancien Profeffeur de la Fa
culté , Creffé & Goüel , Doteurs
de la mefme Faculté ,
lay ont donnez dans leurs
Approbations , pour en permettre
l'impreffion. Cer Ou
vrage cft divifé en deux parGALANT.
-285
ties La premiere contient
l'Enfantement naturel ; & la
feconde , l'Accouchement laborieux
MT Bonet , Docteur de la
Faculté de Paris ancien
Profeffeur , Medecin ordinaite
de la Reine , & Neveu
de l'illuftre M Bourdelor , a
eu l'agrément de la Charge de
Medecin ordinaire du Roy,
Cloft un homme fort eftimé,
& fort attaché à l'Etude de
fon Art .
M' Ducheſne , Medecin
Major des Camps & Armées
du Roy & de fon Hoftel
286 MERCURE
des Invalides , Docteur de la
Faculté de Medecine de
Montpellier, a efté choify par
Sa Majefté , pour remplir la
Place de Premier Medecin des
Enfans de France . C'eft un
homme d'une grande crudi
tion qui avoit déja cu l'honneur
d'eftre appellé lors que
Monfeigneur fut malade , &
pendant la maladie de feue
Madame la Dauphine . Sa Majetté
connoiffant fa capacite &
fon merite , l'a voulu honorer
de cette importante Charge , en
luy confiant la fanté des trois
jeunes Princes . Il a déja cu
GALANT. 287
l'honneur de voir tous les
Princes & les Princeffes du
Sang lors qu'ils ont eſté malades
, & il a toujours cité auprés
de feue Mademoiselle
d'Orleans pendant la maladie
dont elle elt morte . C'eſt un
parfaitement honnefte hom
me, & qui a toutes les qualitez.
sequifes pour eftre à la Cour .
Rien n'égale l'intrepidité
des François en quelque lieu
qu'ils fe trouvent. Vous en
allez eftre convaincuë en
lifant l'Article qui fuit . M
Martin , Directeur General
de la Compagnie Fran288
MERCURE
çoife aux Indes Orientales,
mande par fa Lettre du 23. de
Septembre 1692. écrite de
Pondichery à la cofte de Coromandel
, qu'un petit Vaiffeau
François nommé le Poftillon
, monté de vingt cinq
hommes d'équipages & de fix
Canons , luy avoit cfté expedié
par la Compagnie de Paris
pour luy porter des nouvelles
; qu'il y eftoit arrivé le
13. de Juin de l'année der
niere , ce qui ayant esté fçeu
par les Hollandois qui ont
nombre de Comptoirs dans
plufieurs endroits de cette
Cofte
GALANT. 289
,
Cofte de Coromandel ils
avoient équipé un de leurs
plus gros Vaiffeaux monté de
cinquante Canons , & de trois
cens cinquante hommes d'équipage
& de foldatefque :
pour enlever le petit Vaiffeau
François . Celuy qui le.
commandoit en ayant efté as
verty, loin de fe retirer fous la
fortereffe du lieu , fortit fur le
Hollandois , qui ne jugea pas
à propos de luy prefter le cofté,
& fe retira honteufement
à Madrafpatan en prenant le
large , à la veuë d'un nombre
prodigieux de Peuple & d'E
Bh
Nov. 1693 .
290 MERCUR
E
trangers qui cftoient fortis de
la Ville pour voir ce Combat,
fur l'avis qu'il y avoit des paris
confiderables
, entre les
Anglois & les Hollandois
qui
font à Pondichery
, ces premiers
foutenant
qui non ffculement
le François
ne feroit.
pas enlevé , mais que mefme,
s'il y avoir Combat , il fe rendroit
maiftre du Navire Hol
landois, Cela a fait un éclat
fi confiderable
en faveur des
François , qu'ils y font regar
dés comme des gens tout à fait.
extraordinaires
. En effet la!
Ville de Gingy qui eft à ſept
GALANTM 29f
Pre
9.143
fait
lieues de Pondichery eftant
affiegée depuis deux années
alfans
par le Mogol, fans qu'il ait encore
pû l'emportera
fouvent fouhaiter aux Afficgeans
&& aauuxx Affiegez de metdans
leur party les François
, que commande M
Martin au nombre de cent
cinquante , & il n'a pas eu de
peine fufques à prefent à fe
conferver dans la neutralité
qu'il veut obferver . Les Lettres
du P. Tachard Superieur des
Jefuites à Pondichery
celles du P. Dolu , de la mefme
Compagnie , du 17 Sep-
&
B bij
292 MERCURE
tembre 1692. difent la mefme
chofe de ce Combat , auffi
bien que le P. le Comte Jefuite
qui a apporté ces Lettres.
depuis à fon retour de la
Chine , & qui a cfté Spectateur
de la fierté du Capitaine
François , & de la honteufe
retraite des Hollandois .
Les Cours fuperieures ayant
recommencé leurs Seances , je
vais vous entretenir de ce qui
s'eft paffé en cette occafion.La
Cour des Aides rentra à fon
ordinaire le lendemain de la
Saint Martin , & l'ouverture
s'en fit par un tres-beau Dif
GALANT. 293
cours , prononcé par M¹ le Camus
, fon premier Prefident.
Comme ces Difcours ne fe
font , qu'afin de reprefenter
aux Juges tout ce qui peut
-contribuer à leur faire rendre
la Juftice , & qu'on ne peut
trop repeter les mefmes chofes
quand elles peuvent eftre utiles
, & qu'elles font fur un
point fi delicat , Mr le Camus
en repeta beaucoup qu'il avoit
dites les années dernieres , &
cela pour faire voir qu'il avoit
reconnu depuis , que le bon
ufage des paffions pouvoir
produire de bons effets dans le
B b iij
294 MERCURE
coeur d'un Juge , & qu'elles
pouvoient toutes le porterà
rendre la Juftice , ce qu'il demontra
d'une maniero qui fit
beaucoup de plaifir à entendre
.Il dit par exemple en parlant
de l'Amours qu'un Homme
qui avoit le coeur naturellement
tendre , estoit plus propre
fentir de la pitié pour les malheureux
à leur rendre juſtice.
Il fit plufieurs autres applications
auffi naturelles , ce qui
parut auffi fpirituel que bien
imaginé & nouveau .
a
M' Delpefche, Avocat General,
parla enfuite. Il fit voir ,
GALANT. 295
R
que tous les hommes veulent travailler
à acquerir de la belle Gloi-
•re , & à vaincre leurs Paffions ,
mais que rien n'est plus difficile ;
que l'exemple eft ce qui peur le
plus en cette occafion , & qu'il
ne peut jamais manquer de produire
de bons effets , puifque fi
l'on n'acquiert pas la perfection
-de ceux qu'on s'eft proposé de furpaffers
on peut parvenir jufques
a les imiter ; que rien n'anime
davantage que l'Exemple ,
ne donne plus d'emulation , mais
quefi le bon exemple excite
bien faire , le méchant peut produire
un contraire effet, & que
Bbiiij
296 MERCURE
corrompu s'en
le coeur foible
laifle feduire tres- facilement.
Il fit un tres-beau Portrait du
Roy en le propofant pour
exemple. Il parla des Heros
qui fe fontformez fur ce grand
Prince , & qui attaquent &
battent tous les jours fes Ennemis
avec une intrepidité
toute heroïque. Il fit voir que
ce Monarque infatigable travaille
aux affaires de l'interieur de
fon Etat , comme s'il n'avoit
point d'affaires au dehors , & à
celles du dehors , comme s'il n'avoit
point d'affaires au- dedans.
Il parla de l'exemple que M
GALANT. 297
de premier Preſident de fa
Chambre donnoit aux Juges ,
& de celuy que les Juges don-
-noient eux-mêmes , & marqua
qu'il en avoit un beau devant
les yeux , qu'il s'efforceroit
defuivre , & qui estoit celuy
ide M Bignon dont il poffedoi
la Charge . L'ouverture du Parlement
fe fit le mefme jour ,
& commença par une Meffe
folemnelle qu'on appelle ordinairement
la Meſſe Rouge , à
caufe que les Prefidens & les
Confeillersy affiftent en Robes
rouges . Elle fut celebrée
par Mr de Saillant, Evefque de
298 MERCURE
N
Poitiers . A l'iffue de cette
Meffe Mis du Parlement rentrerent
dans la Grand' Chámbre
, où M le premier Preftdent
fit un Compliment à ce
તે
Prelat , fur l'action qu'il venoit
de faire , qui devoit attirer
les Benedictions du Ciel fur la
Compagnie. Il l'en remercia
dans des termes remplis de
l'Eloquence qui fait briller
dans tous les difcours , & fi
nit en difant qu'ayant l'honneur
de luy appartenir , par la Paren
té qui estoit entre eux ;
il imiteroit
fa modeftie , & ne s'étendroit
point fur fon Eloge qui demanCALANT:
299
doit un difcours long verifiers
ient
ipajour
on
fair ,
ins
,
R
our
fe
I cet
foit
ices
les
298 MERCURE
&
Poitiers . A l'iffue de cette
Mel
tren
bre
den
-Prel
noi
lesE
Col
dan
I'El
dan
nit
de l
sé q
roit
poi
Bek-
CALANT: 299
doit un difcours long & veritable.
Mr. l'Evefque de Poitiers
repondit à ce Compliment
& remercia l'augufte Compagnie
qui l'avoit choifi pour
cette Ceremonie , de l'honneur
qu'elle luy avoit fair ,
lors qu'il y penfoit le moins ,
n'eftant venu à Paris que pour
fes affaires. Il dit , qu'il fe
fouviendroit éternellement de cet
bonneur , marqua que c'estoit
par le plus grand des facrifices
qu'il venoit d'offrir , que l'on
pouvoit demander à Dieu les
praces neceffaires pour rendre cet
300 MERCURE
te juftice que le plus grand, élé
plus pieux des Rois avoit confiée
à cet Augufte Corps , qui la
rendoit avec une pureté une exa-
Etitude , une application qui
faifoit le bonheur des Peuples,
dont fon Eglife de Poitiers,
&les autres recevoient fouvent
des marques , par la protection
qu'il leur donnoit, & dont il luy
demandoit la continuation .
Autrefois les Audiences ne
commençoient que le Lundy
de la huitaine franche aprés
la Saint Martin , mais M' le
premier Prefident , remply
d'un zele infatigable , & tout
GALANT. 301
appliqué à l'expedition des
affaires, & au foulagement des
parties, a retranché cet ufage,
cn forte que les Audiences
commencerent le Lundy 15.
de ce mefme mois par un éloquent
Difcours que Mr d'Agueffeau
, Avocat General
adreffa aux Avocats , & qu'il
prononça avec beaucoup de
grace , & toutes les partics
d'un Orateur accomply,
ce qui est d'autant plus extraordinire
, qu'elle luy cft
toute naturelle , ce Magif
trat n'ayant pas plûtoft pau
dans les Charges d'Avo202
MERCURE
*
cat du Roy au Chaftelet , &
d'Avocat General au Parle
ment , avant qu'il cuſt atteint
l'âge de vingt- cinq ans , qu'il
fut l'objet de l'admiration de
tous ceux qui l'entendoient .
Il fit voir que les hommes
afpiroient naturellement à
l'independance & à la liberté,
mais qu'ils fe fervoient de
differens moyens pour fe la
procurer que cependant ils
perdoient cette mefme liberté
dans les emplois où l'ambition
, le luxe, l'avarice , & les
aurres paffions leur faifoient
perdre le repas & la tranqui
lité qui faifoient l'effentiel de
GALANT . 303
Findependance & le bonheur.
de la liberté , & que plus les
hommes cftoient élevez, plus
ils eftoient dépendans & attachez
à remplir les devoirs de
leurs profeffions , & que flattez
de la grandeur de leur rang &
remplis de la puiffance qu'ils
exerçoient fur le Public , ils
eftoient la plufpart efclaves
d'eux mefmes , & du Public ;
qu'ils foupiroient fouventiaprés
la folitude , comme feule
capable de leur donner cette
liberté perdue, qu'ils regre
toient interieurement ; & s'am
dreflant enfuite aux Avocats,
304 MERCURE
•
il leur marqua , que leur Ordre
eftoit auffi ancien que la Magiftrature
, auffi noble que uffi noble que la vertu z
& qu'il partageoit les exerci
ces de la Fuftice : que leur profeffion
eftoit éclatante
qu'en remplissant leurs devoirs
avec honneur, & en s'attachant
à la vertu , ils jouiffoient de cette
liberté qui les rendoit indépendans
de leurs paffions. Il fit des
portraits ingenieux des diffefens
caracteres des Avocats ,
dont les uns brilloient dans
leurs Plaidoyers
, les autres fe
fignaloient dans des Ouvrages
d'érudition, & les autres excel ,
GALANT:
305
foient dans les Confultations,
& dit que comme il falloit
une infinité de parties pour
rendre un Orateur parfait , on
ne devoit pas s'étonner s'il
falloit des ficcles entiers pour
en trouver d'accomplis , puis
qu'aprés les Cicerons & les
Demofthenes , il s'en eftoit
paffé un fi grand nombre fans
qu'il s'en fuft rencontré qui
les égalaffent ; que cependant
on ne devoit point perdre courage
dans une fi belle carriere,
& que s'il y avoit de la gloire
à pouvoir parvenir au premier
degré, il y en avoit auffi à
Nov. 1693. Cc
306 MERCURE
fuivre quoy qu'un peu de loin
les traces de ces premiers que
dans les routes differences & le
grand nombre, le meriteoftoit
toujours reconnu fidellement
par le Public, qui fçavoit don
ner & non pas vendre les louages
. Tous les Portraits & les
Caracteres ayant pour objet la
vertu , qui feule eft capable de
procurer la liberté , il s'étendit
fur les avantages que l'on y
pouvoit trouver ,puis que dans
toutes fortes de Profeffions,
elle rendoit l'homme parfait,
& recommandable , & en faifant
l'application de tous les
GALANT 307
1
effets de la vertu , par rapport
à toutes fortes de profeffions,
il tomba ingenieufement
fur
l'Eloge du Roy , d'une manicre
toute brillante , & fit voir
que ce Prince toujours maistre
de luy- mefme , facrificit fon
repos , fa gloire , & fa liberté
pour le bien de les Peuples,
& la défenfe de la veritable
Religion. Il dit que de mesme
que l'Eftre Eternel & independant
fe renfermoir dans les decrets
de fa Providence , le Roy
s'impofoit un travail auquel il
s'afſujettiffoit
. Il parla de ce travail
& de la grandeur de ce
Cc ij
308 MERCURE
༢o8
Prince , qui fçavoit fe mettre
au deffus de fes Victoires , &
finit par une exhortation aux
Avocats , de remplir tous les
devoirs de leur profeffion ,
avec zele & defintereffe.
ment , application & foumiffion
aux décifions des Juges.
Il adreffa enfuite la parole aux
Procureurs , & fit voir que
quoy que leur Profeffion ne
fuft pas fi clevée que celle des
Avocats , ils pouvoient fe
faire l'application de ce qu'il
venoit de dire , par lc rap
port quieftoit entre ces deux
Profeffions, & qu'en contiGALANT:
309
nuant à s'attacher exactement
à l'obfervation des Reglemens,
ils devoient efperer la
continuation de la protection
de la Cour, qui leur en don
noit fi fouvent des marques.
Quoy que tout ce que je viens
de vous dire doive vous paroiftre
beau , vous devez eftre
perfuadée que cette maniere
d'extrait n'approche pas des
beautez de ce qui fut prononcé
; que je ne vous en ay par
que fort
que tout ce que je vous ay dit
ne peut vous donner une idée
affez forte de la juft effe avec
lé
imparfaitement , &
31010 MERCURE
laquelle M' Dagueffeau parla .
Son difcours fur fuivi d'un
autre , que M le premier Prefident
prononça , & dans le
quel il fit voir qu'encore que
ce fuſt un grand avantage à
ceux qui parloient en public ,
que de faire l'Eloge de la perfection
de la plus part de ceux
qui les écoutoient , on në
pouvoit rien ajouter à l'éloquent
Difcours qui venoit d'être
prononcé par les Gens du
Roy qu'encore qu'il y cuft
beaucoup de louanges ; ces
mefmes louanges fervoient
d'avertiffement à ceux qui ne
7
GALANT. zr
s'en rendoient pas dignes. Il
marqua de quelle maniere on
devoit profiter de ces fortes de
difcours, que les uns venoient
entendre par curiofité , & les
autres par coûtume ; & que tout
l'ufage que l'on en faifoit or
dinairement eftoit d'en dif
courir chacun fuivant fes
paffions ,fans fe mettre en état
d'en profiter . Paffant enſuite à
l'Eloge de M ' Dagueffeau , il
dit que l'action qu'il venoit de
faire eftoit glorieufe à fa Famille,
avantageufe au Public , & hos
norable pour le Parlement . Il le
propofa enfuite
pour modele
3T2 MERCURE
aux Magiftrats & aux Avo
cats , & finit par une Exhortation
tant à ces derniers
> qu'aux Procureurs de sacquitter
dignement de leurs
Profeffions , de fuivre les Reglemens
de la Cour , & d'exercer
fidellement la Convention
qu'ils avoient faite enfemble
fur le fait des écritu
rcs .
On appella enfuite une
Caufe du Role , & elle fut
plaidée par M ' Portail Avocat
, Fils de M ' Portail Confeiller
en la Grand' Chambre .
Quoy que ce fuft la premierc
GALANT. 313
re fois qu'il paruft au Barcau ,
il attira l'admiration de fes
Auditeurs , ayant parlé avec
toute l'éloquence , la netteté ,
& l'habileté poffible , ce qui
luy attira un Compliment de
M' le premier Prefident . Il
marche fur les glorieufes traces
de M Portail fon Pere , qui
generalement reconnu
pour un des plus habiles , des
plus éclairez , & des plus inregres
Magiftrats de ce fiecle.
Le Mercredy fuivant , la
eft
grand' Chambre retentit des
nouveaux
applaudiffemens
qui y furent donnez à M ' lę
Nov.
1693.
Dd
314 MERCURE
premier Prefident , & à M' dè
la Briffe , Procureur General .
Les Difcours qu'ils firent devoient
eftre prononcez dés le
Mercredy , & font nommez
Mercuriales
, mais Mr le premier
Prefident s'eftant trouvé
incommodé , ils furent remis
jufques au Vendredy.Ce jour
là , ce Chef du plus auguft :
Senat du monde , en fit un
fur l'exactitude
avec laquelle
les Juges doivent rendre la
justice. I fit voir qu'on n'en
pouvoit trop avoir ; que quelque
'éclairé qu'on fuſt on n'efloit pas
faillible , que lors qu'on
GALANT. 315
que
mct avoir tout mis en ufage
pour voir clair dans une affaire,
on ne laiffe pas de faire des injuftices
en croyant ne prononcer
des Arrefts équitables , ce qui
s'eft veu dans la Caufe de fen
M de Langlade , où toutes les
lumieres des fuges , & toutes
celles qu'ils purent chercher
pour éclaircir la verité, n'avoient
pù les empefeher de condamner
un innocent , ce qu'ils avoient
taché à reparer par leur Arreſt.
Le Difcours de M' le Procureur
General roula fur la droiture
d'efprit que doivent a-
Voir les Juges , & fit voir
Dd ij
16 MERCURE
que les grandes lumieres d'un
Fuge ne luy fervoient de rien
pour rendre la justice fans cette
droiture ; que cette partie luy
eftoit abfolument neceffaire , &
qu'elle estoit à preferer à l'éloquence
, & mesme à la plus
profonde erudition. Il parla en
plufieurs endroits de la droiture
d'efprit du Roy qu'il
donna pour exemple
.
M le Pelletier de Soufy ,
Frere de M' le Pelletier , Miniftre
d'Etat , eft monté à la plade
de Confeiller d'Erat ordinaire
qu'avoit feu M ' Voifin ,
& M de Phelypeaux , Inten
GALANT.
317
dant de la Generalité de Paris ,
& Frere de Mr de Pontchartrain
a cfté fait Confeiller d'Etat
de Semeftre .
J'oubliois à vous apprendre
la mort de M ' de la Motte ,
Intendant des Baftimens &
Jardins de Sa Majeflé , Arts
& Manufactures
, & celle de
M'de Maneffier , S ' d Hemimont
, Treforier General de
ces mefmes Baftimens , & Receveur
General des Finances
de la Generalité de Moulins.
Ils font morts à peu de jours
l'un de l'autre . M' de la Motreeftoit
Frere de feu M' l'Ab-
Dd iij
218 MERCURE
bé de la Morte , Chanoine &
Archidiacre de Noftre Dame.
L'Enigme du Mois paffé
avoit cfté faite fur le Moulin
à vent , & ceux qui ont trouvé
ce mot font Mrs Chaillou
de Bordeaux ; Froger Avocat
à l'Aigle ; le Fevre dans la
Cour des Barnabites ; Barthelemy
& fa Charmante Epoufe;
le petit Coq Reveille matin
du faux bourgfaint Antoine ;
Alphebe; Roficlair ; l'amy de
la plus belle Veftale de Brie;
Efope des grandes Pieces ; le
Poëte à la mode ; les Guerriers
de Blois le fidelle Amy
GALANT. 319
P
du Brey prés faint Maxens &
fa chere moitié à Bordeaux ;
l'Indifferent ou le Chaffeur
Mainbert ; l'affligé Courtifan
de la rue Bacdubecq ; l'aimable
Marie Anne ; le nouveau
venu de la foffe de Nantes ;
Mefdemoiselles de Corbeille ;
Babet de faint Leu ; l'aimable
Fanchonnerre ; l'aimable de
Mazion de la rue du Parlement
de Bordeaux ; la Spirituelle
des Galeries du Louvre;
les Princeffes Olive & Claridiane
: l'aimable Accordée de
la joyeufe compagnie de Nefle
: l'Infenfible des agreables
Dd iiij
320 MERCURE
:
Cantons de Brie ; la petite Pre
cieufe du Carrefour fainte
Avoye la Charmante Soli
taire de la rue de la Vieille
Bouclerie : Veret Imprimeur
ruë faint Jacques : Mademoifelle
Plaignac : l'Archange de
la rue de Grenelle : du Coudray
de Nantes .
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye vient de bonne
main , & vous en avez déja
veu plufieurs du mefme Au
tcur.
8424
GALANT 321
2225552S22SESS522
Nous
ENIGME.
Ous paffons fort fouvent par les
plus viles mains ,
Et fommes toujours mal traitées .
On nous choque , on nous beurte ,
par les fots humains,
Toutes nos cheutes font comptées.
Nous formons d'ordinaire un Bataillon
quarré ;
Mais qui n'eft pas fi bien ferré ,
Que l'Ennemy par tout n'y faffe des.
defaftres.
Qudy que fans influence , & quoy
que fans pouvoir ,
On peut bien en un fens nous com
parer aux Aftres
3 MERCURE
Puis qu'un globe nous fait mon
voir.
Vousvous connoiffez trop
bien en Mufique, pour n'eftre
pas contente de la Chanfon
nouvelle que je vous envoye,
AIR NOUVEAU.
Q
Ve vofire éloignement me fait
fouffrir de peine!
En vain je prétendois vous le faire
Seavoirs
Par un rifte recit de tout mon defef
poir .
Fugez-en Seulement , aimable Celimene
Par l'extrêmeplaifir que j'ay de vous
revoir.
GALANT. 323
Les fuites de la Bataille gagnée
en Piedmont ont cité
tout à- fait avantageufes au
Roy puifque Cafal a cité ravitaillé
, fans qu'il en ait rien
coûté à Sa Majefté ; que de
puis fon ravitaillement , il y
eft encore entré fept cens
charretées de Fourage que
les Ennemis avoient laiffées à
Fraiffinet du Pô , & que ce
qu'on a mis dans les Magafins
de Pignerol aux dépens des
Ennemis , monte à plus de
trois millions . Vous jugez
bien qu'un petit pays dont on
a tant tiré , doit cftre bien
324 MERCURE
Tuiné. C'est pourquoy on a
jugé à propos de s'en éloigner ,
mais comme on laiffera une
grande partie de Infanterie
& des Dragons dans la Vallée
'de Sufe , & dans celle de Barcelonette
, pour lefquels on a
fair des Cabanes , on inquietera
beaucoup les Ennemis pendant
l'Hiver , & l'on fe trouvera
en partie chez eux , lors
qu'on voudra y faire repaffer
la Cavalerie au Printemps.
Les affaires commencent à
fe brouiller beaucoup en Angleterre.
Les Presbiteriens, au-
"
GALANT ™ 325
·
trement, les Non - conformif
tes , qui font de la Secte des
Proteftans de France , ont tous
les jours tant d'avantages fur
les Epifcopaux , qui font ceux
de la Religion Anglicane
,
qu'il eft à craindre que ces
derniers , laffez de tant de
mauvais traitemens , ne fccoüent
le joug qu'ils fe font
malheureufement
impofé . Les
premiers , aprés avoir eu le
credit de faire nommer un
Maire de leur Corps , viennent
encore de faire choifir
le Milord Ruffel pour com;
mander la Flote la Campa326
MERCURE
1
gne prochaine. Ils font les
plus puiffans dans Londres , &
ont le plus d'argent , eftant
la pluſpart du nombre des plus
gros Marchands, qui peuvent
faire des avances ; mais les
Epifcopaux l'emportent dans
le refte du Royaume , cftant
quatre contre un de forte
que le Prince d'Orange ne ſe
trouve pas peu embraraffé . Il
panche pour les Presbiteriens ,
qui font unis avec le reste des
Proteftans de l'Europe ; ainfi
la Religion Anglicane ne
doit attendre du Prince d'Orange
que fa ruine entiere
GALANT. 325 ·
dés qu'il fe trouvera affez
puiffant pour l'accabler . Je
fuis , Madame , veftre , &c .
A Parts , ce 30. Novembre 1693 .
APOSTILLE.
Ne fcachant ou adreffer ma
réponse à l'Illuftre qui m'a en326
MERCURE
voyé un bel Article qui devoi
eftre infere dans celuy des Benefices,
avec une Lettre fur une
autre matiere , il apprendra icy.
que l'Article des Benefices eftoit
déja imprimé quand jay receu
fon Memoire , & qu'à l'égard
de la Lettre , plufieurs raisons ne
mepermettent pas d'en parler. Les
deux principales font les louanges
qu'il m'y donne , & dont je
ne me trouve point digne , & ce
qu'il y dit de M' de la Bruyere .
Comme je n'ay point parlé de luy
pour dire du mal de mon prochain
, en faire une fatire ,
mais feulement pour défendre
1
GALANT: 327
tout ce qui entre dans le Mer.
cure , & qui n'est pas de moy ,je
ne croy pas en devoir parler davantage
, à moins qu'il ne m'attaque
de nouveau , je n'ay nul
deßein d'infulter jamais perſonsu
, ce caractere estant indigne
d'un bonuefte homme , je me re-
Serve feulement à repouffer les
outrages , ce que je feray d'une
maniere a donner plus de chagrin
à ceux qui m'attaqueront
,
วน
qu'ils ne
donné.
croiront m'en avoir
Ec
Nov.
1693.
1
33
SASESESSE SEE 2E2E555S22
TABLE.
Prelude.
Epiftre en Vers.
Lettre concernant le Journal du mou-
? vement que les Ennemis ont fait
en rade du Fort-Louis de Plaifance
de Terre-neuve.
Les Souhaits ridicules.
Lettre de Mr Deflandes .
Benefices donnez par le Roy.
Houlieres.
15
37
59
70
Reflexions morales de Madame des
87
Changemens faits dans les Compagnies
de la Gendarmerie.
ΙΟΥ
Ouvrage pour les Phificiens. ICO
Gouvernemens donnez parle Roy.
Dialogue.
118
Madrigal.
IZI
Ec ij
TABLE.
Lettre fur les maladies du temps. 13 2
Mortdu Chancelier Stratman. 142
Cinquième partie des Forces de l'Eu
144
rope.
Tout ce qui s'eft passé à l'Academic
Françoife , le jour de la reception
de Mrdu Bois. 143
Seconde Leute de Mr Deflandes. 185
Hiftoire SAAT 197
Etat des Officiers Generaux qui ferviront
l'Hiver prochain fur la
Frontiere , depuis la Merjufques
à Luxembourg.
Epiftie au Royalivom zaniu 292
Compliment fait au Roy , par le Père
Alexandre Jacobin
wole 227
Etat des Regimens de Carabiniers .
Mariage.
253
235
266
Garacteres des Femmes du Siecle. 269
Morts. 279
TABLE
Mr Fagon eft nommé premier Mede-
280
cin du Roy.
Agrément de la Charge de Medecin
ordinaire de S. M. donné à Mr Bonet.
285.
Mr du Chefne eft fait premier Me
decin des Enfans de France. 255
Belle action d'un Vaiffeau François.
288
Détail de ce qui s'efl paßé à l'ouverture
du Parlement , avec les
Harangues.
Nouveaux Confeillers d'Etat.
1
292
316
Autre Article de Morts,
377
Article des Enigmes.
318
Mouvelles de Piedmont.
323
Nouvelles d'Angleterre. 3.24
L'Air doit regarder la page 3 22
Qualité de la reconnaissance optique de caractères