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1693, 08 (supplément, Relation de la bataille de Neerwinde) (Lyon)
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me
RP. Closedfrom .Menothin
28409
hists Br2pr.12/1
801121
#
Vize on Vite
(Jean Gameon)
aite
66
fiche
bike
1
801121
RELATION
Collegis: DE LA Lugden
BATAILLE
the Trinit choc.JefuCatal
DE
NEERVVINDE
M.
GAGNE'E PAR L'ARME'E
du Roy , commandée par
le Maréchal Duc de Luxembourg
.
A LYON ,
NON
Chez THOMAS AMAULRY
rue Merciere au Mercure Galant.
LYON
**1895 米
M. DC. XCIII.
Avec Privilege du Roy.
με
་་།
AU ROY
EX
+
BIBLIOTH
*
PUB
÷
COLLEG
LUGDUN
លោ
IS
I RE
le Ie n'eus pas plutôt formé
deffein de mettre le Nom de
VOSTRE MAIESTE
à la tefte de cet Ouvrage , que
å
3
EPITRE.
"
je me trouvay dans l'embarra.
où les plus habiles Ecrivains ſe
trouveroient dans une pareille occafion.
Vne Epitre dedicatoire eft
un Champ ouvert pour les louanges,
&ces fortes d'ouvrages n'ont
efté inventez que pour faire des
Panegyriques. Cependant , plus
VOSTRE MAIESTE
merite d'Eloges , plus Elle les
fuit , & fa modeftie s'étend fi
loin là deffus , qu'elle a aboli
Tufage obfervé pendant le Regne
de vos Predeceffeurs , d'en
recevoir comme eux de tous les
Corps de l Eftat , aprés les prifes
de Villes , les Batailles gagnées,
toutes les actions qui en
pouvoient meriter. Mais quand
l'ardeur de mon zele ne feroit
point arreſtée par cet obſtacle ,
EPITRE.
quel moyen , SIRE , de la fatisfaire
, lors que l'on a fi peu d'étendue
; & que non seulement
l'on voit briller de tous cofter
la plus belle
mais
la plus ample
matière qui fut jamais ,
qu'on ne peut faire un choix ,
fans eftre obligé de fe taire fur
un nombre infini d'actions , dont
la moindre meriteroit feule un
Panegiryquee entier ? A - t- on
jamais vû tous les Souverains de
l'Europe , cette partie du monde
fi peuplée , fi feconde en
Guerriers , liguez contre unſeul,
pourroit-on croire qu'un Prin.
ce à qui l'envie à fufcité ce
grand nombre d'Ennemis , fe
trouvaft dans le glorieux eftat
où VOTRE MAIESTE
Se voit aujourd buy ?
ď 3
EPITRE
laⓇ
L'Espagne , SIRE ,
fiere Espagne , à qui tant de
Royaumes font foumis , & qui
compte depuis l'ouverture de
cette Guerre prefque autant
d'Alliez › que l'Europe a de
Souverains , n'a pu avec toutes
fes forces defendre une Place ,
dont la prife vient defaire trembler
Madrid.
L'Allemagne , ce Corps
composé de tant de parties ,
qui avoient autrefois la reputation
de ne les raffembler
jamais fans écrafer fes Ennemis
, voit aujourd'huy , tout
raffemblé qu'il eft , perdre fes
Places , & même des Capitales
; ſes meilleurs Capitaines
, tant de fois vainqueurs de
toutes les forces de l'Empire
EPITRE.
Ottoman , font obligez de fe
retrancher , fans ozer , pour
ainfi dire > prefque voir le
> aux
jour , pendant que plufieurs
Villes ouvrent leurs Portes
& qué de belles fertiles
Provinces apportent de toutes
parts des Contributions
Commandans de vos Armées.
Deux Puiffances , qui juf
ques icy avoient cru que mefme
fans eftre unies , elles pouvoient
ftatter leur orgueil de l'Empire
de la Mer , fans qu'il leur puſt
eftre difpute , ne peuvent , jointes
enfemble , empêcher que
la meilleure partie des Trefors
de leurs Etats , ou ne periffe , ou
ne tombe au pouvoir de vostre
Flote.
La Flandre vous voit pren.
ä
EPITRE
dre des Villes , & gagner la
fameuse Bataille de Neervvin
de , quoy que les Alliez ayent
affemblé de ce cofté - là un fi
grand nombre de Troupes , que
celuy des Corps de differentes
Nations dont elles font com.
posées , ne feroit pas aisé à comfter.
,
,
Enfin , SIR E fi au
lieu d'attaquer VOTRE
MAJESTE eft attaquée
en Piedmont , c'eſt en
core pour y triompher puis
qu'Elle fait acheter à fes Ennemis
de fimples Poftes , beaucoup
plus cher que les Places
les plus fortes ne luy coû
tereient. Vous avez pris Maftric
en treize jours ,
Ennemis en ont efté quinze devos
EPITRE.
vant le Fort de Sainte Bri.
gide.
Voila l'état d'une Campagne
qui n'est pas encore finie ,
dont les fuites glorieuses peuvent
encore contribuer à l'avancement
de la Paix , cette Paix
pour laquelle VOTRE
MAESTE' travaille
avec tant d'ardeur. Le Ciel qui
Sçait que l'envie de rendre encore
une fois le repos fi neceffaire
à toute l'Europe vous
la fait preferer à l'augmentation
de vos Conqueftes , répand
fur vos Armes un bonheur éternel
à quoy vos Peuples
tâcheront toujours de contribuer ,
par leurs Prieres ,
ع ق و م
>
>
∞ par
tout ce qui dépendra de leur
zele. Le joins mes voeux à ceux
EPITRE.
qu'ils forment fans ceffe , &
fuis avec un tres - profond ref
pect ,
SIRE ,
DE VOTRE MAJESTE ',
Le tres- humble , tres obeïffant ,
& tres fidele Serviteur
& Sujet , DEVIZE' .
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
Kerke
Es Relations des
Batailles de Fleurus
& de Stein-
& celles de la
priſe de la Ville & du
Chafteau de Namur , ont
efté fi bien receuës du Public
, qu'il a fouhaité d'en
LE LIBRAIRE
voir une de la Bataille de
Neervvinde
, qui fuft de
la mefme main . L'Auteur
n'avoit pas refolu de s'étendre
juſque- là , mais il
s'eft enfin laiffé perfuader
aux preffantes follicitations
qui luy en ont eſté
faites , afin que cette Relation
eftant jointe aux
quatre
autres le Public
puſt avoir en autant de
Volumes le Détail de toutes
ces grandes actions.
Celle- cy eft traitée d'une
maniere toute differente
AU LECTEUR .
des autres , l'Auteur ayant
crû y devoir faire entrer
tout ce qui a precedé &
fuivy la Bataille ; & des
Relations faites par
les
Ennemis
mefmes
, &
envoyées
aux
Etats
Generaux
par
le
Prince
d'Orange
, dans le temps où la
verité encore preſente &
toute nuë fait parler de
bonne foy. Enfin il a rap
porté tout ce qui a cité
écrit auffi - toft aprés la Bataille
, de plufieurs Villes
LE LIBRAIRE
1
ennemies où chacun parloit
felon ce qu'il entendoit
& ce qu'il voyoit.
Mais comme depuis ce
temps - là , les Ennemis par
des raifons politiques , ont
jugé à propos de déguifer
les mefmes ] veritez
qu'ils avoient publiées
d'abord l'Auteur fait
voir qu'ils n'oppoſent que
des paroles à des faits
& à des faits qu'ils ont
alleguez eux-mefmes , &
il découvre les contradictions
manifeftes qui fe
>
trouvent
AU LECTEUR.
trouvent dans toutes leurs
nouvelles imprimées ; de
forte que ce volume eft
remply d'une infinité de
pieces originales , & de
morceaux répandus dans
tous les Ecrits des Ennemis
ainfi des
> que
fragmens de Lettres de
Hollande , qui font d'autant
plus de plaifir à
lire , qu'on y connoift
par toutes les mesures
qu'ils avoient eux-mefmes
avoir prifes , & qu'ils
prennent encore tous les
LE LIBRAIRE
jours pour reparer leurs
pertes , que la Victoire
des François a cfté auffi
complete qu'ils l'ont publiée
au commencement
,
la défaite des Al-
&
que
liez
cft
toujours
auffi
grande
qu'elle
paroift
dans
les peintures
qu'ils
en ont
faites
incontinent
aprés
le
combat
.
L'Auteur n'a rien oublié
de tout ce qui eft
venu à fa connoiffance
touchant les actions éclatantes
de Meffieurs les
AU LECTEUR .
Princes , la valeur des
Officiers , & l'intrepidité
des Troupes ; mais il ne
fe peut qu'il n'ait fait
mourir quelques bleffez
qui fe portent bien , qu'il
n'ait reffufcité des morts
& défiguré beaucoup de
noms propres. Ce dernier
article peut paffer
pour feur, On ne s'applique
point affez à bien
écrire ces noms , qu'auae
fuite de difcours ne
faire deviner. Il eft
impoffible auffi qu'il n'y
LE LIBRAIRE
éen
ait beaucoup d'oubliez
, & ceux - là doivent
fe plaindre de leurs amis ,
qui n'ont pas affez de
foin de leur gloire . Il eſt
malaifé qu'il n'y ait de
mefme des noms de Village
& de Rivieres
crits autrement qu'ils ne
doivent eftre. Les Cartes,
les Particuliers qui écrivent
& les Imprimeurs
,
font fouvent de ces fartes
de fautes , mais nce
cela n'eft pas important
,
iln'y a que la verité de
>
AU LECTEUR.
l'action qui foit effentielle
, & ce qui regarde
la gloire de la Nation la
plus guerriere qui fut jamais,
OEUVRES DE MICHEL
Etthmuler celebre Medecin de
Leipfik qui fe vendent à Lyon
chez THOMAS AMAULRY.
Timbuleri operum omnium mei
dico Phyficorum Editio novißima
cateris omnibus tum correctior , tum
auctior , tum verè facilior , en deux
volumes , Infolio , 18. liv.
Traductions en François par un
celebre Medecin,
Pratique Générale de Medecine
de tout le Corps humain , en 2.vol .
in- octavo , s .liv.
Pratique Speciale du mefme Autheur
fur les maladies propres des
Hommes , des Femmes & des petits
Enfans , avec des Differtations fur
l'Epilepfie , l'Yvreffe , le mal Hypocondriaque
, la Corpulence & la
morfure de la Vipere , in-octavo ,
2. liv.10.f.
Les Inftituts du mefme Autheur,
in-octavo , 2. liv. 10. f.
Nouvelle Chirurgie Medicale &
Raiſonnée avec une Differtation fur
l'infufion des Liqueurs dans les
Vaiffeaux , ind. 30 f.
Nouvelle Chymie Raiſonnée du
meſme Autheur , ind . 30. fols.
at
LYOU
*1895*
X
[
BATAILLE
DE
NEERVVINDE.
'AVANTAGE remporté
fur les Alliez
à Neervvinde
en Brabant , par l'Armée
du Roy , a quelque
chofe de fi éclatant , &
le détail que vous en at-
DEL
A
AVILLE
LYON
1895
2 BATAILLE
en
tendez de moy demande
une fi grande étenduë, que
je me trouve obligé de
faire une Lettre entiere de
cette grande & importante
Action . Toute l'Europe
, & je pourrois meſme
dire tout l'Univers ,
parle aujourd'huy avec
un étonnement extraor
dinaire , les circonstances
n'en eftant pas moins glorieuſes
à la France , que
la pleine Victoire qu'elle
a remportée. Je croy
que vous ne ferez pas fâchée
que je reprenne les
chofes d'un peu haut, puifDE
NEERVVINDE . 3
>
que ce qui précede un
Combat eft fouvent auffi
important à fçavoir , pour
la gloire des Vainqueurs ,
& la honte des Vaincus
, que le Combat méme.
Les deux Armées étoient
puiſſantes mais
leur but eftoit different.
Lè Prince d'Orange
, quoy
qu'à la tefte de l'élite
des Troupes de plufieurs
Nations , ne vouloit point
de Combat les François
ne cherchoient qu'à
l'engager , ne voulant épargner
aucun des moyens
;
A 2
BATAILLE
qui peuvent procurer la
Paix à l'Europe . L'entreprife
n'eftoit pas ailée à
executer, s'il eft vray, comme
on l'affure ; qu'il , eft
comme impoffible de forcer
un General à fe battre ,
lors qu'il eft dans le deſſein
de ne pas donner une Bataille
. Le Prince d'Orange
connoiffoit
trop
le
courage
des François
pour
ſonger
à la riſquer
, &
dés le commencement
de
la Campagne
, il s'eftoit
poſté
d'une
maniere
fi avantageufe
, qu'on
peut
DE NEERVVINDE .
5
&
en
dire , qu'il n'eftoit pas
poffible de l'attaquer dans
le Camp où il eftoit ,
que la Nature fembloit
avoir travaillé pour luy
faire un feur afile. Les
François eurent beau s'affoiblir
en
envoyant
Allemagne une Armée ,
pour ainsi dire , tirée de
leurs Troupes. Ce grand
détachement ne donna pas
à ce Prince la hardieffe de
faire un pas hors de fon
Camp. A regarder le but
que les Ennemis ont eu en
commençant cette guer
A
3
6 BATAILLE
re , rien n'eftoit plus avantageux
à la France que
l'application qu'ils faifoient
voir à chercher toutes fortes
de moyens pour éviter
le combat , puis que
leur union n'a efté formée
que pour accabler la
France , & qu'il eft difficile
d'en venir à bout en
demeurant toûjours fur la
défenfive. Quoy que la
France dût eftre fatisfaite
de cette maniere d'agir
qui convainc les Ennemis
par leurs propres demarches
, qu'il leur eſt
DE NEERVVINDE. 7
impoffible de réuflir dans
le but qu'ils fe font propofé
, & qu'elle puft demeurer
tranquille , & rire
de leurs menaces
, quand
elles font dementies
par
leur conduite , elle ne
croit pas que le repos foit
glorieux lors qu'on a les
armes à la main , & fuivant
fon ardeur & fon inclination
naturelle , elle
cherche tous les jours à
fe couvrir de nouveaux
Lauriers. Ses triomphes
font confiderables
; cependant
il feroit à fou-
A
4
8 BATAILLE
haiter pour toute l'Europe
qu'ils le fuffent encore
plus , les feules Victoires
de la France pouvant
& procurer la Paix , puis que
le Roy à fait affez voir
qu'il eft feul capable d'une
moderation inconnuë
jufqu'à fon regne , au lieu
que les avantages que
remporteroient
les Alliez ,
ne pourroient fervir qu'à
éloigner cette mefme Paix.
Toûjours vaincus ils ne
cherchent que la guerre ,
le Roy toûjours vainqueur,
ne cherche qu'à pacifier
l'Europe.
DE NEERVVINDE. 9
Quand les Sujets des
Princes liguez contre la
France peuvent parler ou
écrire fans rifque , ils font
connoiftre les voeux interieurs
qu'ils font pour
les Conqueftes du Roy ,
perfuadez que c'eft la
feule fource d'où peuvent
venir & la Paix , & leur
bonheur. Voila la fituation
des coeurs & des affaires
. Celle des Armées
eftoit , que le Prince d'Orange
à couvert dans fon
Camp de Park , vouloit
éviter le Combat , où
A S
10 BATAILLE
nous cherchions à l'engager.
Nous triomphions
par tout ailleurs fur mer
& fur terre , & comme
Chef de la Ligue , toutes
les pertes que les Alliez
faifoient retomboient fur
luy , ainfi que toutes les
plaintes de ce qu'il n'agiffoit
point pour détourner
leur malheur. D'ail
leurs , il faloit qu'il tentaft
du moins quelque
chofe qui fit connoiſtre
aux Anglois qu'il avoit
agy , pour meriter tant de
millions qu'il en
a reDE
NEERVVINDE. II
ceus . C'est ce qui luy fit
refoudre de furprendre
nos Lignes , pour tirer
quelques Contributions ,
& d'envoyer pour cette
expedition trois fois autant
de monde qu'il y en
avoit pour les garder. Il
eſt bien moins ſurprenant
qu'un fi grand nombre de
Troupes ayent forcé des
Lignes qui ne pouvoient é
tre gardées par tout , à caufe
de leur longue étendüe ,
qu'il n'eft extraordinaire
que nous les ayons faites.
C'eft une invention qui
I 2 BATAILLE
n'a efté trouvée que fur la
fin de la derniere Guerre ,
& qui comme une Barriere
a arrefté nos Ennemis
du cofté où nos Armées
n'agiffoient pas . De tout
temps le Pays le plus expole
a payé des Contributions
, & par le moyen
de ces Lignes nous
avons trouvé celuy de
ne rien payer , pour les
Pays qui auroient deû
contribuer , & nous en
avons toûjours tiré des
Ennemis , pour ceux des
leurs qui cftoient fujets
,
DE NEERVVINDE . 13
à la
Contribution , parce
qu'ils ne fe font pas trouvez
en eftat de faire des
Lignes comme nous . Ainfi
ce que nous avons payé
depuis qu'ils ont forcé les
noftres , jufqu'à ce qu'ils.
fe foient retirez , n'a rien
d'extraordinaire . Nous devrions
le payer toûjours
à regarder les loix de la
Guerre , qui veulent qu'on
paye d'un colté
qu'on fait payer de l'autre.
Nos Lignes nous exemptoient
de payer , &
nous n'avons qu'à nous
lors
14 BATAILLE
imaginer que nous n'en
avions pas encore trouvé
l'invention
, pendant un
mois de temps qu'on a
efté oblige de payer fuivant
l'ufage de la Guerre ,
dont nous nous eſtions
garantis depuis plufieurs
années. Le fruit des Contributions
ne fut
pas tout
ce qui engagea le Prince
d'Orange à faire forcer
nos Lignes. Il crut que
n'eftant point accouftumez
à fouffrir d'echec
nous envoyerions auffi- tôt
pour repouffer fes TrouDE
NEERVVINDE. IS
pes , & que la diverfion
que cela feroit des nôtres ,
nous empefcheroit
de
penfer à de plus grandes
entrepriſes
. On ne prit
point le change ; on laifla
fes Troupes
en repos
recevoir des fommes qu'-
on eftoit feur de retirer
bien- toft avec l'intereft
,
& le Siege de Huy ayant
efté refolu
, on y marcha
. Ce Prince
le repentit
du pas qu'il avoit fait
d'affoiblir
fon Armée
fur tout , lors qu'aprés la
prife de cette Place , il
16 BATAILLE
apprit que Monfieur de
Luxembourg
avoit envoyé
offrir la Neutralité
à la
Ville de Liege. On y mit
l'affaire en deliberation .
Plufieurs Chanoines furent
d'avis de l'accepter ,
& le refultat fut qu'on
ne concluroit rien , fans
en donner avis au Prince
d'Orange. On luy fit
fçavoir tout ce qui s'étoit
paffé. Il y jetta auffitoft
dix Bataillons , &
peu aprés les Chanoines
qui avoient opiné pour
la Neutralité , & par confequent
DE NEERVVINDE . 1
fequent pour la liberté
& le repos de leur Patrie
, furent arreſtez &
conduits à Maftric, Ainfi
à la honte des Alliez Catholiques
& de la Religion
, des Ecclefiaftiques
font livrez à des Protef
tants , & l'un des plus Illuftres
, & des plus grands
Chapitres de l'Europe ,
eft obligé d'en fuivre la
Loy , & n'a mefme plus
de voix deliberative , à
moins qu'elle ne ſoit en
leur faveur. La fituation
où les affaires fe trouve-
B
+8 BATAILLE
à rent alors ,
commença
embaraffer le Prince d'Orange
. Il avoit des Troupes
aux Lignes , il en venoit
d'envoyer à Liege ,
& il avoit lieu de craindre
que fi Monfieur de
Luxembourg
affiegeoit cette
Place , le Peuple qui
n'eftoit retenu que par
fes Troupes & par fes menaces
ne fe foulevaft.
Monfieur de Luxembourg
fit
redoubler fon inquietude
la
démarche qu'il
par
fit en allant reconnoiftre
la Place . Voicy ce que
?
DE NEERVVINDE. 19
j'ay tiré d'une fort belle
Relation touchant cet Article.
à
Aprés la prife du
Chasteau de Huy , qui
capitula le 23. Juillet
4. heures aprés midy
, Monfieur de Luxembourg
refolut de s'approcher
de Liege dans le
deffein d'ofter aux Ennemis
la communication
davec cette Place &
de les obliger s'ils vou-
B 2
20 . BATAILLE
toient veiller à leur feureté
>
ou de paffer le
Tard devant luy , auquel
cas il eftoit en état
de les
attaquer avec
beaucoup d'avantage ,
ou bien à remonter jufques
à Maftrich où le
Tard fe jette dans la
Meufe pour retomber
enfuite fur Liege le long
de cette riviere . Dans
cette veuë , aprés avoir
laißé Monfieur de Guifcard
à Huy , avec une
DE NEERVVINDE.. 21
Garnifon fuffifante , &
avoir fait rappeller le
24. toutes les Troupes ,
qui avoient efté audelà
de la Meufe pendant le
Siege avec Monfieur le
Maréchal de Villeroy ,
außs bien que le Corps que
commande Monfieur le
Marquis d'Harcour , à
quiil ordonna de le fuivre
, il partit
de fon
Camp de Vignamont le
25. & alla camper au
Chafteau de Lefqui qu'il
B
3
22 BATAILLE
prit pour fon quartier
, ayant la droite à
une lieuë demie de
Liege , & fa gauche
tirant vers le Tard. Le
26. il alla de grand matin
reconnoiftre le retranchement
que
les Ennemis
avoient fait deoù
l'on
vant Liege
comptoit alors qu'il y
avoit prés de trente Bataillons
, tant pour voir
s'il eftoit poßible de le
forcer , qu'afin que celDE
NEERVVINDE . 23
te demarche donnast lieu
aux Bourgeois déja fort
étonnez par la prife de
Huy , de faire quelque
remuëment. Il s'en approcha
donc jufqu'à la
demi - portée du Canon
avec tous les Dragons
de l'Armée qu'il avoit
pris pour escorte , & une
partie de la Maifon du
Roy qu'il laiffa en Bataille
derriere luy tous
le long du retranchement,
& àla faveur de quel24
BATAILLE
ques Dragons qu'il fit
avancer pied à terre
dans les Hayes , il coula
>
tout le long du retranchement
d'un bout à l'autre
depuis la Meufe où
il commence jufques à la
Citadelle ou il finit
l'examinant avec beau-
- coup de foin autant que
cette distance , & l'incommodité
du terrain
qui eft fort ouvert prefque
par tout , Le luy
permettoient. Les Ennemis
DE NEERVVINDE. 25
nemis s'en eftant apperseus
tirerent du Canon
de quelques Batteries
qu'ils avoient en plufieurs
endroits , tant fur
luy que fur les Troupes
qu'ils voyoient de
tous coftez , fans neanmoins
qu'il y euft qu'un
Dragon de blessé à une
petite efcarmouche, aprés
quoy Monfieur de Luxembourg
revint dans
fon Camp trouvant
l'entreprise du retranche-
C
26 BATAILLE
ment trop difficile &
hazardouse , d'autant
plus qu'il freut dans le
meme temps qu'il y venoit
encore d'entrer dix
Bataillons , par le cofté
de Maftric. Il prit un
les
autre deffein , à quoy
avis qu'il avoit du mouvement
du Prince d'Orange
donnerent lieu , &
refolut de l'aller chercher
, efperant pouvoir
le furprendre dans fon
> Camp ou le joindre
DE NEERVVINDE. 27
dans fa retraite , &
pour mieux cacher ce
qu'il vouloit fairé , &
fuivre toujours en même
temps fa premiere pens
sée par rapport au Peu
ple de Liege , il ordonna
dés le foir qu'on fiſt trois
cens fafcines par Ba-
Escadron ; à
taillon , cent par
€5
employa la journée fuivante.
Cette manoeuvre mettoit
le Prince d'Orange
quoy
on
C 2
28 BATAILLE
dans la neceffité de faire
quelques pas pour nous
inquieter , ou plûtoft pour
montrer aux Liegeois qu'-
il avoit réfolu de marcher
pour les défendre ,
& qu'il ne verroit pas
prendre leur Ville , comme
il avoit vû prendre
Mons , Namur , & Huy
fans les fecourir . S'il fe
fuft agy d'un Siege dans
les formes , le Prince d'Orange
auroit pû attendre
que Monfieur de Luxembourg
l'euft commencé
fans faire aucun mouveDE
NEERVVINDE. 29
f
ment , mais comme il n'étoit
question que de forcer
des retranchemens
la Ville n'eftant pas affez
forte pour refifter enfuite
, le Prince d'Orange
auroit marché trop tard
s'il euft attendu qu'ils euffent
été attaquez , & même
la Ville de Liege auroit
pû s'accommoder
fi elle
ne luy cuft vû faire aucune
demarche . Il en fit donc
qu'il crut luy devoir étre
avantageufes
, s'imaginant
que le pas qu'il avoit fait ,
inquieteroit
Monfieur de
C 3
30 BATAILLE
Luxembourg , qu'il empêcheroit
les Liegeois de
s'accommoder , & les animeroit
pour le bien défendre.
Il crut enfin , tirer
un quatriéme avantage
de cette démarche
s'imaginant qu'en faifantfaire
quelques fortifications
, le pofte qu'il avoit
pris feroit hors d'eftat
d'eftre attaqué. En effet
il cftoit impratiquable
la Cavalerie , & fur une
petite hauteur qui dominoit
la plaine , où l'Armée
du Roy fut obligée de fe
DE
NEERVVINDE . 31
rendre pour le forcer. Voicy
des Extraits de quelques
Relations qui parlent
de la maniere dont ce Prince
eftoit polté & retranché.
Il fit faire de nouveaux
retranchemens à
tous les endroits par où
on pouvoit le forcer. A
Sa gauche il avoit un
bois le ruiffeau de
Landen ; à fa droite il
avoit les Villages de
C 4
32
BATAILLE
Laer & de Neervvinde.
Il avoit fait tirer un retranchement
entre ces
Villages , qui eftoient bordez
de quatre - vingt
pieces de Canon , toutes
les avenues en étoient
fermées par des paliſſades
doubles , des chevaux
de Frife. Enfin
il eftoit fermé de toutes
parts , ou par des Riviedes
Lignes ,
res
on
par
& on ne pouvoit le peneDE
NEERVVINDE . 33
trer que par les Villages
fortifiez dont on vient de
parler.
Voicy de quelle maniere
parle une autre Relation
.
Les Ennemis eftoient
avantageufement
poflez
fur une hauteur , où ils
fe retranchérent
la nuit
du 28. au 29. & fortifierent
leur droite & leur
gauche. A droite ils avoient
un tres -grand
Village , un raiffeau &
C
S
34 BATAILLE
des bayes ; à leur gaysche
un tres -grand
profond Ravin qu'ils avolent
retranché , & de_
vant eux au centre , une
bauteur
confiderable qu'-
ils
avoient außi retranchée.
Voicy encore deux ou
trois endroits qui parlent
de la fituation
du Camp
du Prince d'Orange , & de
la maniere dont il eftois
fortifié.
Le Camp des EnneDE
NEERVVINDE . 35
mis avoit à fa droite un
Ruiffeau qui tombe dans
la Gette , à fa ganche
la Riviere de Beck qui
couvroit en mefme temps
une partie de leur Aile
gauche. Ces deux Rivieres
le Ruiffeau
fermoient
tellement
leur
Camp , qu'il n'y avoit
à la tefte entre le Ruif
feau de leur droite , &
la Riviere
de leur gauche
, qu'un espace d'environ
trois quarts
de
36 BATAILLE
lienës , le long duquel
étoit une Ravine profonde
, qui aboutifloit
d'un cofté au Village de
Neervvindefur le Ruiffeau
de leur droite , &
de l'autre cofté au Villade
Néerlenden.
ge
Une autre Relation
ajoûte , que le Prince
d'Orange avoit fait faire
un Foßé large de
fix pieds , avec un Parapet
de huit , bordé de
quatre - vingt pieces de
DE NEERVVINDE . 37
A
Canon ·ce qui couvroit
entierement le
Front des Ennemis , &
embraffoit les deux Villages
de Néervvinden , 5
de Neerlenden .
Ce que vous allez
lire reprefente encore
bien la force & la fituation
du Camp des
Ennemis .
Leur Flanc droit étoit
couvert par les Villages
de Neervvinde
& de Laër qui fe tou38
BATAILLE
chent , & n'en font prefque
qu'un ; leur gauche
par ceux de Baflanden
, de Dormal qui
Se communiquent
l'un à ·
l'autre par des Hayes ,
avec un retranchement
,
eflevé qu'ils avoient
toute la nuit. Ce retranchement
prenoit depuis
Néervvinde , jufqu'à
Baflanden , & enveloppoit
toute leur Armée
, l'Infanterie étant
le long du Retranchement
DE NEERVVINDE . 39
la Cavalerie derriere les
deux Lignes. Il eftoit fait de
maniere qu'il ſe flanquoit en
beaucoup d'endroits && ils
avoient plufieurs Batteries
tout le long , & particulierement
auprès des deux
Villages , où leur droite
leur gauche estoient appuyées.
Vous voyez que toutes
les Relations fe
rapportent
touchant
la
fituation
avantageufe
du Camp
du Prince
d'Orange
. J'ay cru vous
40 BATAILLE
en devoir donner quelques
peintures pour vous
les faire mieux connoiftre
, parce que ce
font ces Retranchemens
qui rehauffent la gloire
des François , & qui
fonr voir , que rien ne
leur eft impoffible . Ainfi
c'eſt à leur force que
nos Troupes doivent la
haute reputation qu'elles
fe font acquife en
cette occafion , & lon
ne peut rien ofter à ces
Retran
DE NEERVVINDE . 41
Retranchemens , fans
affoiblir la gloire de
tant de Braves . Comme
chacun les a peints'
diverſement , & que
quelques - uns ont ajoûté
ce que les autres
ont oublié , j'ay crû
vous devoir marquer ce
qu'en ont écrit ceux qui
les ont veus ,
les
uns
par un cofté , les autres
par un autre , & qui ont
fait differentes Obfervations.
D
42 BATAILLE
La Relation qui fuit
a efté faite par un
grand Prince. Quelque
exacte qu'elle foir ,
il a oublié plufieurs
beaux articles . Ce font
ceux qui le regardent ,
mais en voulant cacher
fa valeur , il découvre
fa modeftie. Il ne fera
pas difficile de le reconnoiftre
, en voyant
que fon nom manque
à cette Relation , les
belles actions qu'il a
DE NEERVVINDE. 43
faites étant generalement
connuës ,
Au Camp de Coarem ce 3. Aouft 1693 °
E vous ay déja mandé ,
IMonfieur , ce qui s'estoie
paßé
le
(26. au Camp de
Hellich ; que Monfieur de
Luxembourg avoit esté reconnoistre
les Retranchemens
de Liege
qu'il avoit trouvées à les attaquer
, & qu'il avoit jugé
que la reuffite en fervit
tres incertaine. Il apprit
ce jour là 2.6. que le Prinles
difficultez
·
D 2
44 BATAILLE
>
یم
ce d'Orange eftoit toûjours
dans fon mefme Camp
c'est - à - dire sa droite à
Neerv vinde fa gauche
vers Lauter . devant luy
le Ruiffeau de Landen ,
la Geette derriere . Il prit
dés ce moment le party de
marcher à luy , & de faire
pour le joindre le plus de diligence
qu'il feroit poffible ;
mais comme le pain manque
le Convoy
le
27 . quoit ,
ne devoit arriver que
au matin , il crat eftre obligé
de l'amufer , & de faire
courir le bruit qu'il alloit
DE NEERVVINDE . 45
1
attaquer
•
Les Retranchemens
de Liege. Il fit commander
à cet effet quantité
de Fafcines , & vous -verrez
que ce stratageme n'a
pas efté inutile. Le deffein
de Mr de Luxembourg etoit
de partir le 27. au foir pour
pouvoir arriver le 28. de
bonne heure , à portée de
Parmée Ennemie. Les pluyes
qui durerent depuis le 26 .
juſqu'au
au 27. à minuit l'obligerent
à remettre (a marche au
28. au matin.
Nous paffares le far fur
plufieurs Colonnes. La Cavalerie
de la gauche à la
D 3
46
BATAILLE
tefle de laquelle marchoit
Monfieur de Luxembourg
paffa à Oerfa >
Greville
Borchvvorm & l'Infanterie
à Grande Petite
, Ache , Berlo , Ologne
Fars. La Cavalerie de la
droite á Lams les Beguines ,
qui eft la fource du Jars.
Vous voyez que dans cette
marche , nous avions fait de
noftre Aile droite noftre Aile
gauche.
Si - toft que Monfieur de
Luxembourg parut au Moulin
de Coarem il apprit
que les Ennemis eftvient enDE
NEERVVINDE . 47
core dans leur méme Camp.
Tracy ,
le Chevalier de
Nifle , & le Four qu'il avoit
envoyez debors par
differens endroits , luy confirmerent
cette Nouvelle.
Il fit alte au Moulin pour
donner temps au reste de fon
Armée & particulierement
à l'Infanterie , dont les chemins
avoient esté mauvais ,
d'achever le paffage du
Jars.
,
Monfieur le Marefchal
de Joyeuse avoit esté detaché
ce jour - là 28. pour Flandre
avec quatorze Bataillons ,
48
BATAILLE
-
dix-neuf Efcadrons , &
devoit aller camper fur la
Mehagne. Si toft qu'il apprit
cette nouvelle , il vint
rejoindre Monfieur de Luxembourg
, 9 manda à Meffieurs
de Montchevreuil Pracontal
, qui marchoient à la
tefte de ces Troupes , de venir
en diligence rejoindre l'Armée.
Monfieur de Luxembourg.
alla au devant de Monfieur
le Marefchal de Villeroy qui
paffoit à la tefte de la droite
à la fource du fars , & qui
ayant un plus grand tour à
faire
DE NEERVVINDE . 49
faire , ne pouvoit eftre arrivé
fi - toft que la gauche. Il
le joignit auprés du´ Moulin
de Corly , es refolut de
s'avancer du cofté & à portée
des Ennemis , pour leur
faire paroistre une Tefte qui
puft les contenir , & donner
au refte de l'Armée le temps
d'arriver , ou pour attaquer
leur arriere - Garde en cas
de retraite. Monfieur le Maréchal
de Joyeuse & Monfieur
le Duc s'avancerant
pareillement avec la Cavalerie
de la gauche , &
j'eus ordre de la fui-ure:
E
30 BATAILLE
avec toute l'infanterie , le
plus diligemment qu'il feroit
poffible.
La Teste de nos Troupes
arriva à la veuë du Camp
des Ennemis , fur la hauteur
qui eft entre Rocourt
Heylefem. Ils parurent
fi peu avertis de nostre marche
, qu'ils ne monterent à
Cheval qu'après avoir
Veu paroistre plufieurs de
nos Efcadrons. Ils fe mirent
alors en Bataille à la
teste de leur Camp , & comme
il eftoit plus de quatre
beures , Monfieur de LuxemDE
NEERVVINDE. 51
bourg ne jugea pas qu'il pust
combattre cette journée. Il
jetta des Dragons dans le
Village de Sainte Gertrude ,
dans celuy de Hautevvinde
, qu'il fit relever par
des Bataillons du détachement
de Monfieur de Joyeu-
Je , que le Chevalier de Montchevreuil
amenoit. l fe
paffa entre les deux Armées
quelques legeres efcarmouches
dans lesquelles Pracontal
receut un coup de Pi-
Stolet. Farrivay avec l'infanterie
à buit heures
Monfieur de Luxembourg m'org
>
و م
E 2
52
BATAILLE
donna dans ce moment de
me faifir du Village de Landen
, dans lequel le Marquis
de Crequi fe posta avec
les Brigades de Lion.
nois de Bourbonnois . Monfieur
de Feuquieres y amena
celles de Maulevrier
varre ,
Nad'Anjou
, & d'Ar-
,
tois , les Dragons d'Affeld
, Fimarcon & Cailus
Se placerent entre Landen
Sainte Gertrude. Mef
fieurs de Rubantel & de Barvik
entrerent dans le Village
de Hautev vinde avec
les Brigades de Piedmont , le
DE NEERVVINDE . 53
6 Roy , Cruffol , Orleans
Regnold , & Meßieurs de
Villeroy & de Joyeuse formerent
entre ces Villages une ligne
de Cavalerie , composée
de fept Efcadrons de la Mai-
Son du Roy , & des Regimens
Mestre de Camp general
, Dauphin Etranger
Bourbon. La feconde ligne
eftoit composée des Brigades
des Gardes de
Guiche ; la troifieme du refte
de la Maifon du Roy , de
la Brigade de Bolheim
de ce qui reftoit de celles de
Phelypeaux & des Cara-
نم
E 3
54
BATAILLE
biniers.
Les Brigades de
Zurlauben , Surbec , la Sarre
& Vermandois fe placerent
derriere cette troifiéme
ligne. Tout le refte de la Cava .
lerie fe mit derriere , fur autant
de lignes que le terrein le
put permettre.
La nuit fe paffa fort
tranquillement. Nous ententions
beaucoup de bruit
dans le Camp des Ennemis ,
Sans pouvoir distinguer sils
Se retiroient
ou s'ils fe retranchoient.
Dés que le jour
nous apperceûmes
parut ,
leur Armée en bataille , leur
DE NEERVVNIDE.
55
que
droite du cofte de Laër , dans
lequel ils avoient jette beaucoup
d'infanterie , auſſi bien
dans Neervvinde ; nous
connûmes auffi qu'ils avoient
tiré un retranchement depuis
ce Village juſqu'à Ner.
landen , confervant toûjours
une hauteur fort avantageuse
, & au pied de laquelle
il y avoit quelques
L'extrémité de ravines.
leur gauche fe plioit le long
da ruiffeau de Landen , &
s'étendoit du costé de Leuvve.
Il nous parut auffi
que toute leur premiere li-
E
4
56
BATAILLE
estoit d'infanterie ; qu'il
y avoit trois lignes de Cagne
valerie
,
qui avoient la
droite à la Geette , & faifoient
face au Village de
Laër & à une ouverture
qui eft entre ce même Village
& Neervvinde , & que
le refte de leur Cavalerie
estoit fur deux lignes pour
foutenir l'Infanterie
defendoit leurs retranchemens.
Ils avoient outre cela
jetté un corps d'Infanterie
dans les bayes du Village de
Ballanden ,
qui
répandu leur
Artillerie , qui estoit nomDE
NEERVVINDE . 57
breuſe , tout le long de la
Ligne.
Dés que le jour fut affez
grand pour permettre aux
deux Armées de fe diftinguer
, ils commencerent à
faire un feu de Canon , lequel
augmenta toûjours
jusqu'à la fin du combat.
Nous établifmes auſſi nos
mais comme la batteries
bauteur fur laquelle eftoient
les Ennemts eftoit un peu fuperieure
à la nôtre , ils fouf
froient moins de nôtre Canon
que nous du leur.
M. de Luxembourg ayant
E
S
58
BATAILLE
reconnu qu'il eftoit neceffaire
que nous occupaffions tes
Hayes & le Village de
Rumpsdorp , nous ordonna ,
au Marquis de Crequi
de nous y poster
à
moy ,
avec les Brigades qui avoient
paße la nuit aux
environs de Landen ce
que nous fifmes fous le feu
de leur Canon mais Jans
trouver aucune refiftance
de la part de leur Infanterie.
Comme il eftoit impoffible
, quand nous aurions
forcé les retranchemens de
ce côté - là , que nôtre CaDE
NEERVVINDE . 59
valerie euft pu s'estendre
dans la plaine fans prefter
le flanc à la gauche des
Ennemis qui s'etendoit du
côté de Leuvre , Monfieur
de Luxembourg refolut de
commencer l'attaque par
chaffer les Ennemis des Villages
de Laër & de Neervinde
, & de faire avancer
en méme temps toute fon
Armée en bataille juſqu'à
la hauteur de Rumpsdorp
afin qu'außi- toft qu'on auroit
forcé les deux Villages
on puft attaquer les retranchemens
de tous coftez. Il or-
>
2
60 BATAILLE
la
ordonna à Monfieur de Rubantel
à Milord Lucan d'attaquer
le Village de Neervinde
par la droite avec la
Brigade de Cruffel , &par
gauche avec celle d'Orleans ,
& à Rynold de marcher
avec fa Brigade & le Regiment
Colonel de Dragons
pour emporter le Village de
Laer , Meffieurs de Ximenes
Pracontal avec la
gauche de la feconde ligne
s'avancerent dans la plaine
pour foûtenir cette attaque
, & Bezons arvec la
referve de toute l'Armée
DE NEERVVINDE . 61
s'avança fuivant l'ordre
de bataille dans lequel
nous avionspaßé la nuit,
pour venir mettre la droite
aux Hayes du Village
deRumpsdorp, la gau
che entre Hautevvinde
& Neervvinde . Nôtre
Canon marchoit à notre
téte qui tiroit fur les retranchemens
des Ennemis
, mais le leur qui étoit
en plus grand nombre ,
nous incommodoit beaucoup
, & les plus vieux de
nos Officiers difent n'a62
BATAILLE
voir jamais veu une ca
nonnade pareille effuyée
fi long - temps ny de fi
prés, & plus femblable
aux combats de mer qu'à
ceux de terre.
les
L'attaque
de Neervvinde
reüßit d'abord
affez bien malgré la refiftance
des Ennemis.Nos
gens les chafferent
poufferent
jusqu'auprés
des retranchemens
; mais
ils n'y purent demeurer
long-tems à caufe du feu
DE NEERVVINDE. 63
du Canon & de Moufquet
qui fe trouva fuperieur
, & nous fit reperdre
en peu de temps tout
le terrain que nous venions
de gagner. Monfieur
de Luxembourg qui
connoiffoit bien
Victoire dependoit de la
reußite de cette attaque ,
y fit avancer la Brigade
de Guiche commandée par
Albertgoty. Monfieur le
Duc & Monfieur de
Marfin s'eftant mis à la
que la
64 BATAILLE
téte emporterent fur les
Ennemis le méme terrain
que nous avions reperdu ,
& eurent pareil fort aprés,
quifut d'étre repousfez.
Dans ce temps , nos
Dragos de la droite qu'on
avoit faitpaffer de l'autre
côté du ruiffeau de Landen
, s'eftoient avancez
jufqu'à la téte de Nerlanden
, & avoient attaqué
quelques Bataillons qui
étoient à la téte de leurs
retranchemens. Ces Ba
taillons ayant été fouteDE
NEERVVINDE . 65
nus, M. le Marquis de
Crequi y fit avancer les
Brigades de Navarre ,
Bourbonnois, Lyonnois &
Anjou , qui chafferent les
Ennemis , & fe rendirent
maîtres d'un de leurs retranchemens
. Le combaty
fut fort opiniâtré. Ily avoit
encore une ravine,
un autre retranchement
que nous ne pûmes emporter
au- delà de celuy
qui avoit efté forcé ,
65 comme celuy que nous
tenions nous de venoit
F
66 BATAILLE
inutile , parce qu'il étoit
inferieur à l'autre , nous
primes le party de nous
retirer à notre
premier
pofte , aprés avoir tué
beaucoup des Ennemis ,
& perdu un affez grand
nombre des Nôtres.
Monfieur de Luxem-
-
bourg ayant veu que l'at
taque de Guiche n'avoit
pas mieux reüßi que la
premiere , fit avancer la
Brigade des Gardes par
la droite de Neervvinde ,
DE NEERVVINDE. 67
1
aprés un combat tresopiniâtré
, il fe rendit
maistre de la tefte du
Village jusques à la
hauteur du retranchement
des Ennemis , ayant
efté foutenu
en dernier
lieu par la Brigade de
Vermandois
, que le Marquis
de Charoft y mena ,
& qu'il fit mettre en
bataille au-delà du retranchement
, ce qui donna
lieu aux Gardes &
& aux autres Troupes ,
F 2
68 BATAILLE
qui avoient pris & gardoient
ce pofte , d'étendre
un front qui arrêta le
mouvement de buit Bataillons
des Ennemis.Les
Brigad`s de Subec & de
Zurlaube entrerent à la
gauche, foutinrent par
là une partie du Village.
Celles de Piedmont 5 du
Royfefaifirent du reste ,
pourcette fois nous en demeurâmes
les maîtres
malgré les fequentes attaques
que les Ennemis
DE NEERVVINDE . 69
firent pour nous en chaffer.
Reynold defon côté avec
ſa Brigade & le Regiment
Colonel de Dragons,
avoit chaẞé les Ennemis
de Laër, à la faveur
de fon Infanterie ,
Monrevel avoit paẞé das
la plaine avec fon Regimet
e celuy de Puyguion ,
avoit battu une ligne
des Ennemis. Bezons y
avoit außi fait paffer les
Regimens du Roy, Bellegarde
& de Villequier.
Comme nos Troupes ne
F
3
70 BATAILLE
pouvoient pas eftre aisément
foûtenuës , à cause
d'un petit ruiffeau qui
vient de Laër , £5 va
tomber dans la Geete ,
par lequel il falloit défiler
, elles furent obligées
de fe retirer aprés quelques
charges.
Monfieur le Maréchal
de Villeroy
, qui étoit
à la tefte de la Maifon
du Roy avec Mon.
fieur le Duc de Chartres,
Monfieur Rozen & >
DE NEERVVINDE . 71
Monfieur de Roquelaure
, ayant apperceu que
nous eftions maîtres de
Neervvinde ,prit le party
de marcher avec fes
Troupes à la faveur du
feu de notre Infanterie ,
ce qu'il executa , le Regiment
des Gardes luy
ayant ouvert un paſſage.
Comme il marchoit à
colonnes renversées , il fit
entrer d'abord les Chevaux
- Legers
Garde , les Gendarmes ,
de la
72 BATAILLE
les Gardes du Corps fuivant
leur ordre ; ce que
Monfieur
de Luxembourg
ayant
apperceu , il
nous ordonna à Monfieur
de
Marfin & à moy
d'entrer außi dans leurs
retranchemens
à la tête
des Carabiniers du Regiment
de Condé , de celuy
de la Feuillade , & de
quelques autres par des
paffages que nous avions
fait faire entre la Brigade
de Surbec & celle
du
DE NEER VVNIDE . 73
du Roy, & nous marchames
avec ces premieres
Troupes paẞees pour
nous joindre à celles de la
maison du Roy qui é
toient entrées . Dés que
les Ennemis nous virent ,
ils
marcherent à nous › ‹
comme ils eftoient beaucoup
plus forts , il y eut
quelques - uns de nos Ef
cadrons rompus , mais cette
charge , quoy que malbeureufe
, ne laiffa pas de
donner le temps à tout le
refte des Troupes qui nous
G
·74 BATAILLE
Survoient en foule , de
venir à notre fecours.
Notre Infanterie paffa
une partie des retranchemens
, vint fe mettre
en bataille dans la
plaine. Monfieur le Maréchal
de Foyeuſe, Monfieur
le Duc , & tous les
autres Officiers Generaux
tant de la droite
que de la gauche , firent
paffer le plus de Troupes
qu'ils purent de celles
qui eftoient fous leurs orDE
NEERVVINDE. 75
1
dres , & quoy qu'il y ait
en des charges moins
heureufes pour nous les
unes que les autres , nous
ne laiffâmes pas pourtant
de gagner toujours
du terrain fur les Ennemis
, & de nous trouver
en état de nous former
devant euxfur deux Lignes
, & de leur preſenser
un front pareil au
Jeur.
Dans ce temps - bà
Monfieur d'Harcourt
qui
G2
76 BATAILLE
eftoit campé auprés de
Huy , ayant ouy le Canon
, eftoit venu en diligence
pour nous joindre
avec les Troupes qui étoient
à fes ordres , &
s'eftoit pofté à notre
che , croyant que c'estoit
Le lieu où il feroit le plus
gauutile.
Ilfit pafferfes Troupes
entre Laër & Neervvinde.
Messieurs de Ximenes
& Bezons formerent
außi une ligne entre
Læër la Geete , &
DE
NEERVVINDE. 77
tous enfemble chargerent
la droite des Ennemis ,
la renverferent dans la
Geete. Leurgauche ne fit
guere plus de refiftance.
contre notre droite , & le
refte du Combat ne fut
plus qu'une déroute de la
part des Ennemis , à la
referve de dix ou douze
Efcadrons & de trois Bataillons
qui pafferent la
Geete auprés de Leuvve
, avec moins de con.
fufion que les autres.
G
3
56 BATAILLE
Comme cette Riviere eft
difficile à paffer , nous ne
les poußames pas plus
avant. Monfieur le Prince
d'Orange fe retira à
Dieft , & Monfieur de
Baviere à Louvain .
Nous
demeurâmes quelque
temps fur le champ
de
bataille ,
aprés
quoy
nous vinfmes camper à
Landen , fur le ruiffeau
de mefme nom .
Nous apprenons tous
les jours des circonftances
DE NEERVVINDE . 79
qui augmentent la perte.
des Ennemis. Nous leur.
avons pris foixante &
feize pieces de Canon ,
buit Mortiers , 9. Pontons
, la plus grande.
partie de leur équipage
d'Artillerie , foixante Etendars
ou Tabliers de
Timbales , vingt - deux
Drapeaux. Nous avons
deux mille
Prifonniers ,
· parmy lefquels il y a
deux cens Officiers ; dont
les principaux font , M.
G
4
80 BATAILLE
Defgravemoer , Lieutenant
General , le Duc
d'Ormont , bleẞé dangereufement
, Monfieur de
Zuileftin , le Comte de
Broйay , General-major,
& beaucoup de Colonels.
Le Comte de Solms,
General de leur Infanterie
, a eu la jambe emportée
d'un coup de canon;
le Prince de Barbançon,
Meßieurs Doffenaer
g de Bufak , Generauxdes
Troupes de Ha
DE NEERVVINDE. 8r
nover,font demeurezfur
la place. Milord Portland
eft bleẞé.
Nous avons perdu de
Gens de marque , Meffieurs
de Montchevreuil,
Montrevel , Bolbein ,
Saint Simon , Monfort ,
Quoad , Gaßion, Prince
Paul , Duc d'Uzez ,
Gournay , Saint Mars ,
Chanvalon ; Gaugeac ,
Chaftenay , Capitaines
aux Gardes.
Les bleffez font Mon-
G 1
82 BATAILLE
ur le Maréchal de
Joycufe , Milord Lucan,
Montmorency , Pracontal
, Lignery , Rebé , la
Rocheguson , Comte de
Lux , Surville , Tracy ,
Marin, Imecourt, Bournonville
, Surbec , Greder,
Cherberg , Pluvaux,
Silly, Poinfegu , Chevalier
de Sillery & d'As.
feld ; les Liftes vous inftruiront
du refte.
Ilferoit difficile qu'on
puft louer tous les PartiDE
NEERVVNIDE . 8 3
culiers autant qu'ils le
meritent , mais je ne puism'empêcher
de dire qu'il
n'y a rien d'égal à tout ce
qu'à fait Monfieur de
Luxembourg pour l'entrepriſe
& pour l'execution
decette affaire. Meffieurs
les Maréchaux
de
France s'y font extrémement
diftinguez, & on ne
peut affez louer Monfieur
le Maréchal
de Villeroy
du temps qu'il a pris
pour faire entrer la Mai84
BATAILLE
fon du Roy dans les retranchemens.
C'est à cette
Maifon du Roy qu'on
doit en partie le gain de
la Bataille. Monfieur le
Duc de Chartres s'eft conduit
à fon ordinaire avec
beaucoup de valeur.Monfieur
le Duc a chargé plufieurs
fois , tant à la tefte
de la Cavalerie , que de
l'Infanterie , & tous nos
Officiers Generaux, Brigadiers
Colonels , n'ont
eu d'autre application
qne
DE NEERVVINDE . 85
de fervir utilement , &
ont reüßy. Quoy que nous
ne fçachions pas au juste
la perte qu'ont faite les
Ennemis , il eft certain
qu'elle furpaffe de beaucoup
la nôtre. Ils font à
prefent campez auprés de
Vilvorde , & nous marchâmes
hier pour venir
icy. Nous avons la droite
à Ifele , & la gauche à
Cortis.
f'oubliois de vous dire
que le Duc de Barvik ,
86 BATAILLE
Coẞé & quatre ou cing
autres de nos Officiers ont
efté faits prifonniers.
Nous avons aprus par les
Prifonniers
que le Prince
d'Orange n'avoit en avis
de noftre marche ` , ប
qu'il n'avoit pris le party
de fe retrancher qu'à dix
heures au foir ; choſe
étonnante qu'on ait pû
faire un auß grandtravail
außi bien conduit ,
de nuit , & en fi peu de
temps.
DE
NEERVVINDE . 87
Monfieur de Gutfcard
qui étoit à Huy
ayant ouy le Canon vint
en diligence, es s'eft trouvé
à la fin de la
Bataille,
qui a duré depuis quatre
heures du main jufques
à trois heures aprés midy,
c'est- à- dire , les
quatre
premieres beures d'une
canonnade tres- vive , &
Le refte d'une charge prefque
continuelle
.
L'Armée des Ennemis
eftoit de
cinquante38
BATAILLE
cinq Bataillons , & de
cent cinquante Esca
drons.
La beauté de cette
Relation en ayant fait
fouhaiter des copies , il
s'en eft fait un fi grand
nombre , qu'il s'y eft
gliffe beaucoup de fautes.
Quoy que celle que
je vous envoye ne foit
pas des moins correctes ,
il est bien mal - aifé qu'-
elle en foit tout à fait
exempte.
DE NEERVVINDE . 89
exempre. On ne les doit
pas imputer au grand
Prince qui s'eft donné
Ja peine de la faire ; il a
de trop feures lumieres
dans le Métier de la
Guerre , & fçavoit trop
bien les chofes qu'il a
écrites pour en avoir
fait aucune .
Le Combat eftoit à
peine finy , que Monfieur
le Maréchal Duc
de Luxembourg depêcha
au Roy Monfieur
H
90
BATAILLE
d'Artagnan ,
Major du
Regiment
des
Gardes
Françoiſes ,
pour luy en
porter
les
premieres
nouvelles . Il
n'eftoit
encore
alors
venu au-
.
cune
Relation de l'Armée
, & ce
General n'écrivit
au
Roy
que ce
qui
fuit ,
SIRE,
Monfieur
d'Artagnan dira à
VM.
comme tout s'eft paẞe.
Les
Ennemis ont fait des merveilles
, mais vos
Troupes ont en
core mieux fait ; les
Princes de
DE NEER VVINDE. 91
voftre Sang s'y font ſurpaſſez.
Pour moy , je n'y ay point eu de
part , que d'avoir pris Huy , d'avoir
donné le Combat au Prince
d'Orange , de l'avoir battu
ainsi que V. Majesté l'avoit expreffement
ordonné.
Monfieur
d'Artagnan
fit un détail au Roy de
ce qu'il avoit vû , mais
il ne le put faire que general
, parce qu'il eftoit
impoffible lors qu'il partit
de fçavoir à quoy alloit
nôtre perte, non plus
que celle des Ennemis.
H 2
92 BATAILLE
Cependant cette action
parut au Roy belle , hardie
, & bien glorieufe
pour la France . Dés que
Sa Majefté l'eut apprife ,
Elle marqua la fatisfation
qu'Elle en recevoit,
en donnant à Monfieur
d'Artagnan le Gouvernement
d'Arras , qui
vaquoit par la mort de
Monfieur le Chevalier
de Montchevreuil , Lieutenant
General , & cydevant
Colonel du ReDE
NEERVVINDE . 93
giment du Roy , qui avoit
efté tuéн dans le
Combat , dont la nouvelle
eftoit apportée à Sa
Majefté par M. d'Artagnan
.
Quelques jours aprés ,
+
il vint un fort grand
nombre de Relations ,
chacun fe faifant un
plaifir de faire de vives
peintures d'une action
que la réfiftance des
Ennemis avoit renduë
fi glorieuse à ceux qui
H 3
94 BATAILLE
avoient eu l'avantage de
s'y trouver. Ce fut par
ces Relations qu'on apprit
que Monfieur le Duc de
Chartres avoit chargé à la tefte
de la Maifon du Roy , qu'il
avoit tout animé par sa prefence
& parfon exemple , qu'il
eftoit demeuré cinqfois feul au
milieu des Ennemis , que le
Sr du Roché , tun de fes Sous-
Ecuyers , l'empécha d'eftre pris,
tua deux hommes auprés de
luy , qui avoient tiré chacun
un coup de Piftolet fur ce
Prince , qui en receut quatre
dans fes habits & dansfes arDE
NEERVVINDE . 95
mes ; qu'un de fes Gentilshommes
avoit esté tué auprés
de luy que Monfieur le
Marquis d'Arcy l'avoit perdu
; que ce Marquis avoio
receu quatre coups dans fes ba .
bits auprés de ce Prince ; qu'il
avoit en un cheval tué fous
luy , ainsi que plufieurs de
ceux qui estoient d'abord auprés
de Monfieur le Duc de Chartres.
Monfieur le Duc &
Monfieur le Prince de Conty
ont paru dans ce Combat
avec une diſtinction
qu'il feroit difficile de bien
96
BATAILLE
exprimer.
Meffieurs les
Maréchaux de France ont
fait tout ce que l'on pouvoit
attendre de leur va
leur , & de leur conduite ,
ainfi que tous les Officiers.
Generaux & autres Officiers
. Ce feroit chagriner
le public que de ne
leur pas donner les louanges
qui leur font deuës
mais afin qu'elles foient
moins fufpectes , & que
l'on ne croye point que
mon zele me fait parler ,
je ne feray que rapporter
icy les endroits des Relations
DE NEERVVINDE . 97
tions qui parlent de Meffieurs
les Princes , & de
ceux qui ont imité leur
yaleur & leur conduite.
Je commence par ce qui
regarde Monfieur le Duc ;
voicy ce qu'en difent cinq
Relations.
Monfitur de Luxembourg
fit attaquer pour la feconde
fois le Village que les Ennemis
avoient repris . Il com
manda pour cela ſeize Bataillons
, Monfieur le Duc à
leur tefte , pour en chaffer les
Ennemis,
P
Monfieur de
Luxembourg
I
98 BATAILLE
voya
ayant perdu le Village , y ende
nouvelles Troupes
pour le reprendre. Elles eftoient
commandées par Monfieur le
Duc , que Monfieur le Maréchal
obligea de prendre une Cuiraffe
. Ils en chafferent les Ennemis
, Monfieur le Ducy receut
un coup de moufquet dans
fa Cuiraffe , fant laquelle il auroit
esté tué.
Monfieur le Duc remit fort
fieremeat l'affaire de la gauche ,
& fit toutes chofes avec coeur
conduite.
Monfieur le Duc attaquant
pour la feconde fois le Village ,
4
DE NEERVVINDE . 99
donna à la tefte des Brigades
de Guiche & de Cruffol , avec
lefquelles il le reprit.
Monfieur le Duc avecfon
intrepidité ordinaire fe mefla
fouvent avec les Ennemis, &
les chargea toujours avec avantage.
Six Relations parlent
de Monfieur le Prince de
Conty de la maniere fuivante.
de Pro-
Monfieur le Prince de Conty
posta les Brigades de Navar
re , de Bourbonnois
vence fous le feu de vinge
Pieces de Canon des Ennemis
THEQUE
DE
LA
LYON
VILLE:
09%1895*
I 2
100 BATAILLE
tout auprés de leur retranchement
& du poste qu'ils occupoient
fur le ruiffeau de Landen.
Monfieur le Prince de Conty
eftant à la tefte de la Brigade
des Gardes , & marchant avec
la Maifon du Roy dans le def
fein d'attaquer le retranchement
qui regnoit dans la plaine
Monfieur de Luxembourg luy
ordonna d'attaquer de nouveau
avec les Gardes le Village dont
nous avions efté chaffez , &
comme il y alloit , on entendit
un grand feufur noftre droite ,
ce qui fit que Monfieur de LuDE
NEERVVINDE . 101
xembourg luy ordonna d'y
aller en diligence , pendant
que les Gardes marcheroient
vers le Village. Les Brigades
de Navarre , Bourbonnois
Provence estoient déja aux
prifes avec les Ennemis , &
les avoient mefme chaffez de
leur retranchement
, mais comme
ils avoient un gros Corps
d'infanterie , ils le regagnerent,
nos Troupes commençoient
à plier dans ce temps - là. Le
Combat eftoit arrivé par nos
Dragons qui avoient paße le
ruiffeau de Landen , & chargé
les Ennemis fans ordre dans
I 3
102 BATAILLE
leur retranchement , où ils furent
renversez ſur la Brigade
de Navarre , à la teste de laquelle
eftoit Monfieur le Marquis
de Crequi , qui ne devoit
donner que quand Monfieur le
Maréchal de Villeroy feroit à
Ja hauteur , lequelfut obligé de
fortir de fon pofte pour chaffer
les Ennemis qui avoient pouße
nos Dragons jufque fur luy.
Ainfi Monfieur le Prince de
Conty fe voyant fur les bras
la moitié de l'Infanterie Ennemie
& n'ayant plus de
Troupes pour foutenir le combat
ne fongea qu'à retirer
>
DE NEERVVINDE . 103
toient ,
les trois Brigades dont on a
parlé , du peril où elles efce
qu'il fit fous le
plus grand feu d'infanterie
qu'on puiffe voir ; la Cofte
fut tué à fes coftez. Aprés
avoir remedié à cet endroit ,
il courut à la gauche , y
arriva à temps pour charger
à la tefte des Gardes qui
attaquoient le Village , avec
la Brigade de Zurlaube , &
il s'en rendit encore maiftre.
Apres que la Cavalerie fut
paffe dans les retranchemens ,
il chargea plus de buit fois
à la tefte de tous les Corps,
I 4
104
BATAILLE
où il ſe trou-voit , & ce fut
à la feconde charge qu'il receur
le coup de fabre qui luy
a fait la contufion dont il eft
bleẞé. Il a eu encore un coup
de moufquet dans les armes vis
à vis du coeur.
Les Brigades des Gardes
Françoifes , celles de Vermandois
, ayant Monfieur le
Prince de Conty à leur tefte,
attaquerent pour la troisième
fois ce Village , & l'ayant
emporté , tue ou mis en
fuite tout ce qui leur estoit opposé
, ils allerent planter leur
Drapeau , fur des bayes au
delà du Village.
DE NEERVVINDE . 105
Nos gens ayant esté chaffer
pour la feconde fois du Village,
Monfieur le Prince de Conty
dit à Monfieur de Luxembourg,
que s'il vouloit luy donner le
Regiment des Gardes , quel_
ques autres Troupes , il se faifoit
fort de chaffer les Ennemis ,
de reprendre ce Village.
M. de Luxembourg luy donna
les Troupes qu'il demandoit ,
ce Prince non feulement les
chaffa de ce pofte mais les
pouffa plus loin qu'on n'avoit
encorefait , s'avança jusqu'à
des hayes au delà du Village ,
où aucun de nos gens n'avoit encore
penetré. Ce fut là qu'il
planta l'Etendard du Regiment
des Gardes , & leur dit qu'il
falloit conferver ce pofte , ony
>
106 BATAILLE
>
perir. Cependant comme il ne
pouvoit foutenir les efforts qu'il
prévoyoit bien que les Ennemis
alloient faire s'il n'avoit de la
Cavalerie il dit à
Monfieur
de Caraman qui commandoit les
Gardes , qu'il en alloit demander
à Monfieur de Luxembourg,
Monfieur de Caraman le pria
de ne les point quitter , luy di-
Sant que s'il s'en alloit
Ennemis les chafferoient encore
du Village , & l'affurant que
iln'y
,
,
les
s'il demeuroit avec eux
avoit pas un Soldat qui ne fe
fift bacher en pieces plûtoft que
d'abandonnerfon pofte. Ce Frin
ce demeura donc , e envoya
demander de la Cavalerie à
Monfieur de Luxembourg , luy
reprefentant que les Ennemis
DE NEERVVINDE. 107
sebranloient deja pour venir à
luy , & qu'il ne pourroit fou
tenir leur choc s'il n'en avoit
du moins quelques Efcadrons.
Monfieur de Luxembourg luy
envoya tout ce qu'il demandoit.
Les Ennemis vinrent à la charge
avec plus de furie qu'au.
paravant. Monfieur le Prince
de Conty les receut , ſoutint leur
choc , les repouſſa . Le Prin
ce d'Orange y vint luy mefme
contre Monfieur le Prince de
Conty chargea à la teste
d'un Regiment d'infanterie , tout
composé de François , &Ꮼ Monfieur
le Prince de Conty le repouẞa
encore , yreceut uncoup
defabrefur la tefte , qui ne luyfit
qu'une contufion.
Aprés que le Village fut
108 BATAILLE
pris pour la troisième fois
Monfieur le Prince de Conty
voyant toute l'Infanterie engagée
, & qu'il falloit faire paffer
de la Cavalerie , en alla
chercher , y marcha à
la tefte de cinq ou fix Escadrons
qui enfuite furent fuivis par
d'autres. Il fe porta en cette
occafion à fon ordinaire , c'eſt à
dire avec coeur & conduite.
Monfieur le Prince de Conty
ayant déja combatu avec les
Carabiniers , chargea encore avec
les Grenadiers du Roy , & receut
en cette occafion un coup
de fabre fur la teste , qui ne
l'empêcha pas de poursuivre les
Ennemis , aprés avoir tué de fa
main le Cavalier qui l'avit
bleßé.
DE NEERVVINDE. 109
Je ne puis vous marquer
icy ce que les Relations
difent de M. de Luxembourg
il faudroit
vous les envoyer entieres.
Ce General eftant l'ame
de tout ; a agy , ou fait
agir par tout . Son fang
froid eft admirable , même
dans les temps où il
s'apperçoit que la Victoire
chancelle . Il eft malaifé
que fe poffedant ainsi ,
il puiffe jamais perdre aucune
bataille. Ce General
mena luy- même à la charge
des Troupes qui balaniro
BATAILLE
çoient à fe retirer , qui ne
furent retenues que par fa
prefence.
M. le Maréchal de
Joycule a répondu à la
haute réputation qu'il
s'eft acquife depuis longtemps
; la bleffure qu'il
reçut à la cuiffe ne l'ayant
point empêché d'agir . Il
receut plufieurs coups dans
fon chapeau & dans fes habits
, & eut un Garde tué
auprés de luy , & les chevaux
de trois de fes Aides
de Camp auffi tuez.
Il feroit difficile de rien
DE NEERVVINDE . 111
ajoûter à l'éloge que fait
de Monfieur le Maréchal
Duc de Villeroy , le grand
Prince dont vous venez de
lire la Relation .
Voicy ce que difent
quelques autres Relations
des perfonnes nommées
dans les Articles qui fuivent.
Monfieur de Monchevrežil
ayant eu ordre de Monfieur de
Luxembourg , d'attaquer pour la
premiere fois le Village , malgré
le feu effroyable des Ennemis
, dont le Canon tiroit außi
promptement que la mousqueterie
, il força leurs paliffades ,
renverfa leurs Chevaux de Fri112
II 2 BATAILLE
fe , fe rendit maistre du Village
, y entra , yfut tué.
Monfieur le Duc de Montmorency
a fait des miracles en
s'expofant
extraordinairement
aux plus facheux endroits . Sa
bleffure ne s'eftant trouvée qu'-
une coutufion , il ne voulut
point quitter , chargea les En.
nemis avec les Troupes qu'il
commandoit , demeura jufqu'àla
fin.
Lors que Monfieur le Prince
de Conty retira du combat les
trois Brigades de Navare , Bourbonnois
Provence Monfieur
le Marquis d'Alincour
foutint fort longtemps avec toute
la valeur imaginable l'effort
des Ennemis avec fa Brigade
, pendant que le refte fe
redira.
Ie
DE NEERVVINDE . 113
Je dois ajoûter icy , que
M. le Comte de Coffé ,
Grand Panetier de France
, s'eft fort diftingué en
combattant contre les
meilleures Troupes de
l'Electeur de Baviere , fur
lefquelles tomba le Regiment
de Montrevel. Ce
Comte retourna jufqu'à
cinq fois à la charge , &
fon ardeur l'emporta fi
avant en pourſuivant les
Ennemis
qu'il fut fait
Prifonnier. M. de Bavicre
le traita parfaitement
bien , & le renvoya fur ५
K
1714 BATAILLE
La parole , aprés l'avoir
comblé d'honneftetez.
M. le Comte de Grandpré
, Neveu de M. le Maréchal
de loyeuſe , a efté
bleffé d'un coup de moufquet
au travers du bras ,
en marchant fur les traces
de ce Maréchal. Le
Major de fon Regiment
eut le genotil fracaffé auprés
de luy. Quoy que
fon Regiment foit de Milice
, il a tres- bien fait fon
devoir , auffi- bien que
l'année derniere en Piedmont
, où il fervoir.
DE NEERVVINDE . 115 .
M. de la Tour Dalliés ,
Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment du
Commiffaire general , aprés
avoir chargé quatre
lignes differentes des Ennemis
fans fe rallier , eut,
fon cheval bleffé fous luy
de trois coups , & receut
un coup de Moufquet à
la tefte . Il fut mis au
nombre des morts & dé
poüillé ; cependant il y a
beaucoup à efperer de fa
guerifon , ce feroit une
vraye perte , ce jeune brave
n'ayant que vingt ans ,
K
116
BATAILLE
& cftant dans le fervice
dés l'âge de quinze , c'eft
al dire qu'à vingt ans il a
déja effuyé cinq années
de la plus rude guerre qui
fe foit faite depuis plufieurs
Siecles.
Si tous les Officiers fe
font diftinguez , tous les
Corps en general qui ont
donné en cette occafion
ſe font furpaffez , & tous
ceux qui avoient efté d'abord
repouffez , ont retourné
à la charge avec
plus de vigueur & de fermeté
qu'auparavant , fans
DE NEERVVINDE . 117
qu'aucun
ait cfté rebuté.
Il n'y a aucune Relation
qui ne donne des loüanges
extraordinaires au
Regiment des Gardes , &
en effet , il ne peut eftre
trop loüé ; il s'eft peu vù
d'intrepidité & de valeur
qui ayent égalé la leur.
Aprés avoir tué ou mis en
fuite tout ce qui leur étoit
oppofé , ils allerent planter
leurs Drapeaux fur des
hayes par de là le champ
de bataille & ils firent
ce jour- là des chofes qu'on
a peine à croire. Ils fouf-
>
.
K 3
118 BATAILLE
te
tinrent & repoufferent
deux fois toute l'aile droide
l'Infanterie des
Ennemis , & fe fervant
d'Hallebardes , d'Efpadons
, de Bayonnettes , &
de tout ce qu'ils purent
trouver fous leur main ,
ils renverferent , & comblerent
en divers endroits
le retranchement
› pour
faire paffage à noftre Cavalerie.
Il n'y a point de loüan
ges qui ne foient au deffous
de la fermeté des Gardes
du Corps , des GendarDE
NEERVVINDE. 119
des Chevaux - Lemes
,
gers , & de quelques autres
Efcadrons
, qui ne purent
trouver paffage que pour
deux de front , & ne
laifferent pas de paffer
devant la Cavalerie Ennemie
qui eftoit campée
fur plufieurs Lignes , &
qui ayant un front plus.
grand, les prit en flanc,même
avant qu'il fuffent tous
paffez. Cependant ils poufferent
toute la Cavalerie.
Ennemie , la renverferent,
la mirent entierement en
déroute , & foutinrent par
120 BATAILLE
là la haute reputation
où le trouve aujourd'huy
la
Maiſon du Roy.
Il falut du temps pour
ramaffer
les Etendars
, &
les Drapeaux
, & cela fut
caufe
qu'il y avoit
plufieurs
Relations
à la Cour,
& à Paris lors que Monfieur
d'Albergotty
les apporta.
Ces marques
indubitables
d'une
pleine Victoire
réjoüirent
beaucoup
,
& les premiers
foins du
Roy furent
de donner
fes
ordres
pour en rendre
de
tres - humbles
graces au
Dieu
DE NEERVVINDE. 121
Dieu des Armées . Voicy
la Lettre que Sa Majefté
écrivit pour cet effet à
Monfieur l'Archevefque de
Paris.
>
Mon Coufin. L'Armée que
mes Ennemis avoient en Flandre
, composée de l'élite de leurs
Troupes , commandée par le
Prince d'Orange en perfonne
fut attquée dans fon Camp le
29. du mois dernier par mon Cou-.
fin le Maréchal Due de Luxem
bourg , à qui j'avois donné mes
ordres. Les Ennemis qui avoient
préven fon deffein , n'oublierent
rien pour s'en garantir ; &
que leur Camp fût déja tres-:
avantageux par fa fituation , ils
L'avoient encore fortifié par des
L
quoy
I 2 21 BATAILLE
retranchemens redoublez
>
avec un travail incroyable ;
cependant ils y furent forcez ,
mis en déroute . Une partie
eft demeurée fur la place ,
une autre s'eft nyée en fuyant ,
le reste a este difperfe , plufieurs
de leurs Officiers Generaux
un grand nombre d'autres tuez
ou faits Prifonniers , foixante
feize pieces de Canon , huit Mor .
tiers , neuf Ponton: laiffez fur
le champ de Bataille , douze
paires de Timbales foixante
Etendars & vingt - deux Drapeaux
emportez par force , ou
abandonnez par les mourans. Il
n'y a rien que mes Ennemis ne
doivent craindre après une fi terrible
defaite. Il n'y a rien que
je ne fois en droit d'efperer , mais
›
>
DE NEERVVINDE . 125
je borne tous mes yeux au bonheur
de mes peuples , & pour tous
fruits d'une Victoire ſi éclatan_
te , je ne defire rien tant que
de voir mes Ennemis ouvrir enfin
les yeux
, devenir
attentifs
à leurs veritables
interests
, & en. trer
dans
les fentimens
d'une
Paix
folide
& durable
, que je
leur
ay toujours
offerte
au milieu
de mes plus grandes
profperitez
. C'est
pour
la demander
à Dieu
,
& pour le remercier de tant de
graces , que je defire que vous
faßiez chanter le Te Deum
dans l'Eglife Cathedrale de ma
bonne Ville de Paris , au jour
à l'heure que le Grand Mai .
ftre ou Maistre des Ceremonies
vous dira de ma part. Sur ce ,
je prie Dieu qu'il vous ait , mon
L2
124
BATAILLE
Coufin , en Sa Sainte dign
garde. Ecrit à Marly le feptieme
Aoust 1693. Signé , LOUIS.
Et plus bas , PHELYPEAVX.
On voit par cette Lettre
les intentions de Sa
Majefté. Elles font fi bonnes
, qu'il ne faut pas s'étonner
fi fes Troupes ne
combattent jamais , fans
le Ciel beniffe fes arque
mes.
Parmy les Drapeaux &
Etendars qui furent pris .
il y avoit
Vingt- deux Drapeaux
fans Infcriptions.
DE NEERVVINDE . 125
Vingt - quatre Etendars
fans Infcriptions
.
Huit Anglois
.
Huit Hollandois .
Cinq de Brandebourg.
Trois de Hanover.
Deux d'Anhalt.
Deux Liegeois.
Trois de Baviere.
Un d'Espagne.
Un d'Athlone.
Iamais défaite n'a tant
chagriné les Ennemis ,
non feulement à caufe de
leur perte , mais auffi à caufe
de la honte , qu'il y avoit
d'eftre vaincus dans
L 3
126 BATAILLE
des poftes fi avantageux.
Les TroupesEnnemies furent
fi furpriſes , & fi effrayées
de la valeur des nôtres
, qu'elles porterent la
crainte & l'épouvante
dans tous les lieux où elles
fe retirerent . Iamais elles
n'ont efté de fi bonne foy .
& jamais il n'eft tant venu
en France de Relations
de Villes ennemies , qui
foient demeurées d'accord
de leur perte. La Politique
n'y avoit point de part , la
verité toute feule , & l'état
prefent des choſes dont
1
DE NEERVVINDE . 127
leur vie ettoit frappée les
faifoit parler. Ce qu'il y
eut de furprenant , fut que
le Prince d'Orange & l'Electeur
de Baviere avouerent
qu'ils avoient elté
bartus . eft vray qu'n
leur auroit efté difficile
de fe dire Vainqueurs cn
fuyant avec une tres- petite
Troupe , & n'ayant plus
d'Armée , ce qui avoit é
chappé s'eftant debandé ,
& fauvé par pelotons . Le
Prince d'Orange ne fe ti
ra pas d'affaire fans peine,
puifque fon Cheval s'ab-
L
4
128 BATAILLE
,
batit fous luy dans la Geette
, de forte que s'il n'avoit
cfté promptement fecouru
, il auroit couru grand
rifque d'eftre noyé. Il nous
eft bien glorieux qu'il
ait agi jufques à la fin de
la Bataille & que fa
prefence & fon exemple
ayent animé les Troupes ,
parce qu'outre la force des
Retranchemens , & le cou.
rage que les Ennemis ont
fait voir , ayant combaru
jufqu'à ce qu'ils fuffent accablez
, ils ont reconnu
que rien ne pouvoit reſiDE
NEERVVINDE. 129
fter aux François . L'Electeur
de Baviere ne put retenir
fes larmes , & ſe plai .
gnit au Prince d'Orange ,
de ce qu'il avoit voulu
demeurer dans fon Camp
contre le fentiment de
tous les Generaux . Il eſt
vray qu'il avoit refolu
d'en decamper le lendemain
, & qu'il fut fort furpris
d'apprendre l'arrivée
de Monfieur de Luxembourg.
Il pouvoit décamper
alors , mais deux chofes
l'en empêcherent . Son
Camp n'étoit pas encore
L S
1 30
BATAILLE
fortifié , & on pouvoit l'at,
taquer en fe retirant , ce
qui l'auroit fort embarraffé
, fon arriere Garde ne
pouvant foûtenir une Armée
auffi forte que celle que
commandoit Monfieur de
Luxembourg. D'ailleurs
il apprehendoit , & il le
dit à Monfieur de Baviere,
que s'il reculoit la veille
d'une Bataille , les Anglois
n'imputaffent cette retrai
te à lâcheté. Cependant il
avoit grand fujet d'apprehender
qu'on ne l'attaquât .
Sa defaite auroit encore
J
DE NEERVVINDE . 131
& comefté
plus entiere
me il n'avoit point de retranchemens
, la Victoire
nous auroit peu coûté ,
mais l'Infanterie de Monfleur
de Luxembourg eftoit
encore en matche & ne
put , fuivant ce que vous
avez veu dans les Relations
, arriver qu'à huit .
heures du foir. Je viens à
la trifte defolation que
caufa aux Ennemis la perte
de cetre Bataille . Elle
fut grande dans tous les
lieux où les Fuiards porterent
l'épouvante , & par132
BATAILLE
ticulierement à Bruxelles ,
où la plus part des Femmes
fe retirerent dans les
Eglifes , dont on eut bien
de la peine à les faire fortir
, tant elles eftoient faifies
de frayeur. Voicy ce
que portoient les premieres
Lettres qui vinrent de
cette Ville. Les François
viennent de gagner une grande
Victoire fur nous , ils ont
prefque pris tout noftre Canon
, des Mortiers , beau.
coup de Ponts de Bateaux.
Le Duc Baviere malgré fa
a efté obligé de cevaleur
DE
NEERVVINDE . 133
der à la force. Il s'eft retire à
Tillemont fort en defordre , la
terreur eft grande icy. Nous
avons perdu nos meilleurs
Officiers , plus de vingt ,
ou vingt - deux mille hommes.
Le Prince d'Orange fait revenir
les Troupes qui étoient
, aux Lignes , il en a déja
paßé à la bauteur de cette
Ville.
Voicy l'Extrait d'une
autre Lettre du premier
Aouft.
Monfieur de Luxembourg
attaqua l'Aile droite des
Alliez , avec fon Aile droite,
& après un long Combat ,
134 BATAILLE
cette Aile droite compofée de
Troupes Espagnoles , & de
celles de Bandebourg & a'Ha.
nover plia fut diffaite.
De fix mille Brandebourg ,
il n'en est pas resté cinq cens.
Les Anglois compofoient le
Corps de Bataille & ont
fait plus qu'on n'attendoit
d'eux . Le Roy les a menez
luy mesme à la Charge , ils
one chargé jusques à fix fois ,
ont enfin juccombé, zes
Troupes qui ftosent à la feconde
Attaque , c'est à dire à
lagauche ; n'ont pas efte plus
reuſes. La vigueur a élé gianDE
NEERVVINDE . 135
f
#
, mais
de pendant fix heures.
la Victoire s'eftant déclarée
pour les François , & la confufion
s'eftant mife dans les
Troupes , chaque attaque ne
Songea plus qu'à chercher fon
Salut dans la fuite. C'eft en
voulant faire fa retraite quelle
a fait une tres-grande per -
te car la Geete eftant derriere
la feconde Ligne à la
portée du Piftolet , il y en
eut quantité qui Je precipiterent
dans l'eau . Le nombre
des perfonnes
qui y ont perdu
la vie eft de plufieurs milliers
& d'une infinité de
>
›
136
BATAILLE
n
Chevaux en forte qu'on
veu des gens qui ont paßè
cette Riviere fur des Cadaures.
Les Gardes de Monfieur
de Baviere ont beaucoup
fouffert . Ses Cuirafiers ont
efté entierement défaits , &
tous ceux qui restentfont blef
Sez. La Ville de Bruxelles a
offert de faire des levées pour
les rétablir. La Cavalerie
d'Hanover a lâché le pied la
premiere , a donné le bran
le. Ce Combat a duré juſqu'à
cinq beures du foir , les François
demeurant Maitres du.
Champ de Bataille & de nôtre
DE NEERVVINDE. 137
يف
Tre Artillerie . De memoire
d'homme , on n'a point veu un
fi fanglant Combat. Il y a eu
un grand nombre d'Officiers
༦༢ , & bleffez , fans les
Prifonniers , Le Prince de
Barbançon a esté tué
une infinité d'autres. Il y a
des Regimens où il n'eſt pas
reflè ceat hommes . Le Roy
d'Angleterre cependant ,
S. Alteffe E. voulant prendre
leur revanche ,
cela ils ont tiré les Troupes
des Garnisons avec lefquel-
, en y joignant celles que
le Duc de VVirtemberg comles
M
pour
م
738 BATAILLE
2
mandoit dans les Lignes ; ils
pretendent avoir une Armée
auffi nombreuse qu'auparavant.
Il ne fe peut que celle de
Monfieur de Luxembourg n'ait
fouffert , car elle a eu affaireaux
plus belles Troupes du
monde , on n'a jamais veu
de fi beaux hommes. Voila
Monfieur , l'idée de ce qui
s'eft paßé dans ce Combat ,
qui a efte le plus fanglant qui
fe foit donné de ce fiecle.
D'autres Lettres portent,
que ce qui estoit échapé de
Armée avant jetté fes armes ,
s'eftant difpersé de tous côtez
, n'avoit pu commencer àfe
DE NEER VVINDE. 1392
raffembler qu'après cinq jours ,
qu'ily avoit cu unfigrand nombre
de noyez au paffage de la
Geete que les Ennemis pafferent
Jur un Pont de Chevaux & de
corps morts ; que le Prince d'o.
range aprés la perte de la Bataille
, dépefcha plufieurs Couriers
, pour faire revenir le détachement
qui eftoit aux Lignes ,
avoit même mandé au Frince
de Vvirtemberg qui le commandoit
, de faire revenir l ' Infanterie
en crouppe , qu'ils a
voient retire les Garnisons de plu
fieurs Places pour renforcer leur
Armée,& mesme de Bruxel
les , cù ils avoient fait publier
un ordre à tous Bourgeois , Avocats
,
careurs
&
Gentilshommes
de prendre
les armes
M 2
140 BATAILLE
pour garder les Fortes de la
Ville. il en a efté depuis parlé
dans leurs nouvelles imprimees
fous le nom d'Elus.
Aprés vous avoir fait
voir ce qui a efté écrit de
plufieurs endroits , fur le
rapport des Troupes fuyantes
, dont l'idée étoit encore
toute remplie de la
valeur des François
, je me
trouve obligé de vous envoyer
une Piece Originale ,
où quelque foin que prenne
celuy qui l'a écrite de
deguifer la verité , pour
faire la cour au Prince d'O-
:)
DE NEER VVINDE . 141
de range , on ne laiſſe pas
la reconnoiftre
, les moyens
qu'il a employez ne fe pouvant
foutenir. Je ne doute
point qu'il ne me foit aifé
de vous en faire demeurer
d'accord , quand vous aurez
lû cette efpece de Relation.
La traduction en a
efté faite en Hollande dans
les termes que je vous envoye.
**
M 3
142 BATAILLE
COPIE DE LA LETTRE
da S , Dickvelt , Deputé
des Etats Generaux
prés du Roy d'Angleterre
, écrite de l'Armée
en Brabant qui eſt à
Dieft prés de Louvain ,
du 30. Juillet 1693. traduite
de Hollandois en
François.
H
Aurs & Puiffans Seineurs.
Avant hier 28. de ce mois
le Roy ayant receu avis que
le Duc de Luxembourg avec
DE
NEERVVINDE . 143
fon Armée estoit en marche
vers la noftre , qui estoit alors
auprés de Neerhefpen , pour
le combattre , à ce qu'on difoit
, ou gagnerfur luy la marche
qui conduit à Louvain ,
il monta à l'instant à Cheval
pour aller tout reconnoiftre ,
appercevant que l'Ennemy.
s'approchoit en eftat de nous
attaquer avec toutes fes forces
, il trouva à propos de
faire fortir toute l'Armée de
fes Lignes , & de fe pofter
en forte qu'il pust l'attendre ,
faire une vigoureuſe refi-
Stance ; faifant cependant de-·
144
BATAILLE
filer le Bagage qui eftoit encore
à l'Armée, du coste de Levve.
De temps en temps l'Ennemy
defcendoit vers nous mais
il n'entreprit rien de tout ce
foirlà.
›
Le Roy cependant continuant
à prendre toutes les précautions
poßibles , fit pofter l'Infanterie
dans toutes les hayes , & fit élever
divers retranchemens dans
tous les lieux oùils pouvoient eftre
neceffaires.
Le matin au point du jour
qui eftoit hier , toute l'Armée.
Ennemie ayant paru , on commende
part d'autre à fe canonner
fortement . Noftre Artillerie
qui avoit les hauteurs , co
qui eftoit bien poftée , endommafa
gea
DE NEERVVINDE . 145
>
gea fort l'Ennemy ,& la fienne
au contraire ne nous euſt fait que
tres- peu de mal fi Monfieur le
Comte de Solms , General de l'Infanterie
, n'y avoit eu la Iambe
droite emportée d'un boulet de
Canon au-deffous du genoüil.
Sur les dix heures , l'Armée
Ennemie s'eftant rapprochée
commença par attaquer noftre
aile droite , eut au commencement
quelque avantage en un
endroit , mais les Ennemis furent
auffi toft repouffez , ainsi que
dans les autres endroits qu'ils attaquerent
avec une perte incroyable.
Vne heure aprés , les Ennemis
attaquerent außi pluſieurs
poftes du Corps de Bataille de
L'aile gauche , & furent quoy
qu'incomparablement plus fort,
N
146 BATAILLE
"
que les noftres , fi vigoureuſemens
receus que bien qu'ils fuffent
plufieursfois rafraichis de monde,
ils furent repouffez à chaque fois
avec tres -grande perte . Enfin ,
Hauts Puiffans Seigneurs ,
lors qu'à leurs mouvemens , on
avoit fu et de juger qu'ils commençoient
à fe retirer , ils raf
Semblerent par derriere leurs
principales forces , & attaquerent
en divers endroits avec une
furie extrême noftre aile droite ,
parce que leur Armée eftoit
de beaucoup fuperieure à la noftre,
ils nous ont par leur grand nom
bre forcez en deux ou trois endroits
, ont penetré jusqu'au
Corps de Bataille. Plufieurs de
nos Efcadrons , tant du Corps de
Bataille que de l'aile gauche ,
DE
NEERVVINDE . 147
ont fait retirer nos Ennemis par
deux fois , mais ils ont efté enfin
forcez de ceder au nombre. Sur
cela , le Roy donna ordre à l'In
fanterie du Corps de Bataille
de l'ailegauche de fe retirer,
fit prendre außsi à l'aile droite la
route de Tillemont , ce qui s'eft
fait enpaffablement ben ordre,
Sa Majesté s'y est außi rendue en
perfonne.
PuiffansSeigneurs,
Hauts
de noftre part les poftes ont efte
aussi bien choifis & bienfortifiez
que le temps
l'on
le terrain l'ont
C
pu permettre. Außi a-t-on bien
des fois repoussé l'Ennemy
peut dire que le combat de
puis le commencement jusqu'à la
fin a efté conduit avec un fort
grand ordre , jusqu'à la derniere
N
148
BATAILLE L
1
grande attaque que les Enne-
> mis ont donnée à l'aile droite .
qu'ils ont percée , mais enfin on
peut affurer que durant tout le
combat ils ont perdu beaucoupplus
de monde que nous. Il est vray que
dans la retraite nous avons perdu
beaucoup de gens , fur tout de la
Cavalerie , par le defavantage du
terrain. Le Roy a toujours efté en
action d'un lieu à l'autre , &par
tout prefent dans le feu du combat
, où il a conduit luy meſme
l'épée à la main plufieurs Efcadrons
Bataillons , de forte qu'on
nesçauroit affez louër Dieu d'avoir
conferve comme par miracle
, fa perfonne facrée , qui n'a
eu qu'une legere contufion d'une
balle dont il a efté frapé au
cofté.
Hauts Puißans Seigneurs,
DE NEE RV VINDE . 149
de
faute de temps je n'ay pû en .
core trouve l'occafion d'apprendre
toutes les particularitez de la
Bataille , ny fçavoir les Morts
les Trifonniers, La plus gran.
part de l'Infanterie s'eft retirée
le long de Leuvre , & on
raffemble icy une partie de la
Cavalerie , pour marcher avec
les Regimens & Bataillons du
cofté de Malines , où l'on conduira
außi la Cavalerie & l'Infanterie
, qui a pris la route de
Tillemont , & là on formera
l'Armée qui dans peu de jours
deviendra tres-considerable , puis
qu'outre les vingt - cing Batail.
lons les quarante Efcadrons
qu'a le Duc de VVirtemberg ,
il y a encore à Liege trente
Bataillons. Iefuis , &c.
∞
>
N
3
150
BATAILLE
Les Ennemis fe retran
chent fur deux chofes ,
qu'ils croyent leur eftre
fort avantageufes ; l'une
qu'ils fe font bien défendus
avant que d'abandonner
le champ de Bataille
, l'autre , que nous
eftions fuperieurs en nombre.
Il y a à répondre à
cela , que noftre fuperiorité
en nombre , fuppofé
qu'il y en cuft , nous étoit
inutile ; que nous ne pou
vions oppofer qu'un petit
front à des gens retranchez
; que ce petit front
DE NEERVVINDE . 151
مس
avoit prefque toujours à
foutenir la plupart de
leurs Troupes , & qu'ainfi
noftre fuperiorité ne nous
eftoit d'aucun avantage.
A l'égard de la vigoureufe
défenfe qu'ils ont faite ,
elle n'a rien d'extraordinaire
quand on a l'avantage
des heuteurs & des
retranchemens. Elle n'eft
mefine à compter que du
temps que les deux Partis
ont combattu dans un
terrain égal , & les Ennemis
ayant alors lâché le
pied , ils ne peuvent dire
N 3
152
BATAILLE
:
qu'ils le foient défendus,
mais feulement qu'ils ont
réfifté tant qu'ils ont efté
à couvert de leurs retranchemens
, ce qui fait voir
qu'en pleine campagne il
leur feroit impoffible de
tenir un moment contre les
Troupes du Roy.
Il n'eſt pas à croire que
cette fuperiorité l'ait emporté
de beaucoup . Si le
Prince d'Orange en avoit
eſté perſuadé , il eſt trop
habile pour avoir fait des
pas qui pouvoient l'engager
au combat , ainſi qu'il
DE NEER VVINDE. 153
eft arrivé. Il est vray qu'il
avoit envoyé un Corps.
de Troupes du cofté des
Lignes , mais il n'en avoit
tiré qu'une partie de fon
Armée , & les Garnifons
des Places que ce Corps
couvroit , avoient fourny
le refte. Quant aux dix
Bataillons envoyez à Liege
, la Campagne eftoit
trop avancée pour croire
qu'ils fuffent complets.
Voilà les deux endroits
par où le Prince d'Orange
pouvoit eftre affoibly ,
& comme peu auparavant
N S
154
BATAILLE
toutes les nouvelles qui
venoient de fon Armée ,
en publioient la force
on fe contredit lors qu'
on veut qu'elle foit foible
, & l'on ne tient ce
langage que lors que malgré
l'avantage du terrain ,
on à perdu une Bataille ,
avec toutes les circonftances
qui peuvent relever
la gloire des Victorieux
. Monfieur Dickvelt ,
dans fa Lettre que vous
venez de lire , dit fans en
donner de preuves : On
peut affurer que dans le comDE
NEERVVNIDE . 151
bat ils ont perdu beaucoup
plus de monde que nous. Il est
Foray que dans la retraite nous
avons perdu beaucoup de
gens , fur tout de la Cavalerie.
On ne peut nier que
dans une retraite , ceux
qui fuyent ne perdent
beaucoup de monde , c'eſt
un fait general & conf
tant & ils font meſme
fouvent les feuls qui perdent
› parce qu'ils ne fe
défendent plus mais
quand deux Partis fe battent
également bien &
qu'ils fe pouffent tour à
>
›
156 BATAILLE
tour , comme les deux Armées
ont fait dans le combat
dont il s'agit , il ne
pour fe
fuffit pas de dire
faire croire , qu'un Party
ait plus perdu que l'autre.
Si l'on n'en donne point
de raiſons , ce n'eft qu'un
langage du Vaincu qui
cherche à pallier fa défaite
, & quand je diray
que pendant le combat la
perte peut avoir été égale
, les deux Partis s'eftant
biens battus , jufqu'à s'eftre
chaffez tour à tour de
plufieurs poftes , les EnDE
NEERVVINDE . 157
>
nemis ne fçauroient s'en
plaindre , mais il faut neceffairement
qu'ils accordent
comme ils le font
en effet , que dans la déroute
qui accompagne
une retraite forcée , ils ont
perdu feuls , & beaucoup
& que de plus , tous les
noyez , dont le nombre
va à l'infiny , font fur leur
compte. Ces deux articles
doivent rendre naturellement
leur perte beaucop
plus grande que la
noftre . La Relation de Mr
Dickvelt fut fuivie peu de
158
BATAILLE
temps aprés d'une Relation
que le Prince d'Orange
envoya aux Etats ,
& qui fe trouve imprimée
dans la Gazette
d'Amfterdam.
Cette circonstance
eft neceffaire
à fçavoir
;
car cette Relation
eft fi
peu avantageufe
aux Alliez
, qu'on pourroit
me
foupçonner
de l'avoir
fuppofée. Je fçay qu'on
s'eft repenti de l'avoir fait
paroiftre
, & qu'on tâche
d'en fupprimer
les copies
autant
que l'on peut
, parce
que depuis qu'elle
a
DE
NEERVVINDE . 159
rendue
publique , cité
on a cru , pour tromper les
Anglois & les Sujets des
Alliez , devoir donner un
autre tour au Combat , que
celuy que la verité luy a
fait donner d'abord . Voicy
cette Relation , que
vous ne trouverez point .
remplie de cette grande
fuperiorité qu'on nous a
donnée dans les autres , ny
de tous les détours qu'on
a cherchez pour amoindrir
la Victoire des François
, & groffir leur perte .
je laiffe le nom de Roy
1
160 BATAILLE
de la Grande Bretagne
dans le titre , mais on
doit voir que ce n'eft
pas un François qui parle ,
& le Public auroit pû
eftre embaraffé >
avois mis un autre.
fi
j'en
DE NEERVVINDE . 161
RELATION
.
De la Bataille de Landen ,
envoyée par S. M.
le Roy de la Grande
Bretagne , à Leurs Hautes
Puiffances les Etats
Generaux des Provinces
Unies , le 2. Aouſt 1693 .
LE 18. Luillet , le Roy
ayant appris au Camp de
Park que les Ennemis
s'avançoient
du cofté de la Meufe ,
marcha le 20. à Tillemont
, où
il receut la nouvelle du Siege
de Huy.Il continuafa
marche vers
Hepetinge
, entreS Tron Ton-
O
162 BATAILLE
gres, dans le deffein de faire lever
le Siege , mais il apprit là que
la Place s'eftoit renduë. Le mef
fmeme jour , il envoya dix Batail.
lons à Liege , le lendemain
il arriva , à Ner-Hefpen , où il
s'arrêta pour eftre à portée de
s'informer des mouvemens des
François. Le 21. les Partis qu'il
avoit détachez pour cela , rapporterent
qu'ils avoient trouvé
un gres Corps des Ennemis fur la
bauteur du Moulin de VVaren
ce qui les avoit empêchez de paffer
outre. Quelques heures aprés , le
Roy apprit que les Ennemis ра-
roffoient far la benteur de Sain
te Gertrude Landen , à demiheure
de notre Camp , & les
>
>
il
trouva que
ayant reconnas
cftoit la tefte de leur Armée ,
DE NEERVVINDE . 163
qui avoit marché fans bruit de
vant le jour. S. M. jugeant par
làqu'ils avoient deffein de l'attaquer
, refolut de les attendre ,
fit mettre cette mefme nuit fon
Armée en Bataille. L'aile
droite s'étendoit depuis le Vil.
lage de Lixem , & du Chasteau
de VVan (ur la Geete jusqu'au
Village de Neervvinden , eftant
couverte d'un ruisseau , de
hayes , & de chemins ceux.
La Brigade de Ramzey , de
cing cing Bataillons , eftoit devant
l'aile droite prés de Larent
, l'Infanterie de Brandebourg
vis à vis de Laren , &
celle de Hanover vis à vis de
VVinden. Le Roy ayant trouvě
le terrain ouvert depuis VVin.
den jusqu'à Neerlanden ,fitfan.
*
O ₂
164 BATAILLE
re pendant la nuit un retranehement
, derriere lequel ilpofta
le refie de l'Infanterie , & mit
quelques Bataillons dans leVilla ·
ge Neerlanden. L'aile gauche
commençoit depuis le Village de
Dormal , couverte du ruiffeau
de Landen , jufqu'à Neerlanden,
d'où elle forma un arc qui s'étendoit
derriere l'Infanterie du
retranchement , afin de la foutenir.
Nous paßimes la nuit
dans cette fituation & au
point du jour nous découvrîmes
les Ennemis fur deux lignesfur
la hauteur de Sainte - Gertrude-
Landen , un Corps qui s'avançoit
vers noftre retranchement
du cofté de VVinden. Au
lever du Soleil , les Ennemis fe
trouverent à la portée de noflre
>
DE NEERVVINDE . 165
>
Canon , qui commença à tirer
fur eux pendant deux heures.
Ils ne firent aucun mouvement .
Sur les fix heures ceux qui
eftoient demeurez fur la hauteur,
defcendirent en plufieurs lignes ,
mais des qu'ils furent à la portée
de noftre Canon , ils abandon.
nerent le milieu de la Plaine ;
laifferent défiler leur Infanterie
vers noftre aile droite du cofté
VVinden , de Laren
vers noftre gauche du cofte de
de Neer landen. Elle eftoit foutenues
de leur Cavalerie , qui
prit außi les coftes de la Plaine,
un Corps paffa de l'autre co-
Sté du ruiffeau de Landen , pour
donner jalousie à noftre aile gau
che , pendant qu'ils devoient
faire leur plusgrand effort con-
>
0
3
166 BATAILLE
>
tre l'aile droite , laquelle ils
attaquerent un peu aprés fept
heures. Le combat fut incertain
pendant quelques heures de ce
cofté là. Les Ennemis attaquerent
, & furent repouſſez à´diverfesfois.
Il y eut quelques Ef
cadrons qui pafferent le ruiffeau
au deffus de Larren , mais prefque
tous furent tuezoufaits Prifonniers.
L'Electeur de Baviere
qui fe portoit par tout , & qui
donnoit fes ordres à toute l'aile
droite , fit charger les Ennemisfi
àpropos , qu'illes repouffa finalement
dans la pl ine. La Briga.
de de Ramzeyregagna fonpoſte.
Le Prince de Hanover ramena
außi luy même fon Infanterie
dans fes poftes , e le Prince de
Brandebourg enfit autant de la
DE NEERVVINDE . 167
fienne , quoy que cependant les
Ennemis ne fuffent pas fuffent pas entierement
chaffez duVilla
entiere-
VVin.
den . Les François voyant qu'ils
n'avoient på forcer noftre aile
droite > attaquerent noftre aile
gauche au Village de Neer-
Tanden, mais ayant efte repouffez
aprés unfurieux Combat , ils retournerent
à la charge avec des
Troupes fraiches Le Roy qui
venoit de donnerfes ordres àl'aile
droite ,furvint fort à propos à la
gauche , ci pendant une heure le
Combat fut fort Sanglant. Nous
confervâmes le Village , & les
Ennemis en furent entierement
chaffez. Ils retirerent alors
leurs Troupes de cette attaque
les menerent vers
moftre aile droite , où le feu
"
168 " BATAILLE
avoit efté continnel , mais me.
diocre , quoy que les Enne .
mis euffent eu du defavantage à
leur ailegauche qui agiffoit de
ce cofté là , ils avoient neanmoins
toûjours gardé une partie du
Village de VVinden , & gagné
les Hayes de la hauteur ,
d'où ils fe trouvoient Maitres
du flanc de noftre retranchement.
Le Roy qui estoit prefent
par tout où il faloit porter du
remede , après avoir rétably le
defordre qu'il y avoit à l'aile
gauche , retourna promptement
dans le Village , & mena jusqu'à
deux fois l'Infanterie Angloife
dans le retranchement
où elle fe battit avec beaucoup
de valeur , comme elle avoit fait
par tout. L'Electeur de Baviere
commanda
DE NEERVVINDE . 169
>
Commanda deux Bataillons pour
attaquer l'aile gauche des Ennemis
, pendant que trois autres
la devoient ataquer par devant
mais les Ennemis ayant efté ren.
forcez par des Troupes de leur
aile droite avant qu'il puft
executer fon deffein , ils fe ren
dirent maistres des avenuës du
Village , firent une ouvertuture
par laquelle leur Cavalerie,
fouftenues de l'Infanterie qui
estoit dans les hayes , commen
ça à paffer. La premiere Cavalerie
qui paffa fut repousée
mais nofire Infanterie ne pou
vant plus foutenir le feu qui
s'y faifoit fur le flanc de noftre
retranchement , fut obligée de fe
retirer , comme noftre Canon
fervoit peu de ce costé là , la
Р
170 BATAILLE
Cavalerie des Ennemis paſſa en
grand nombre , & commença à
s'étendre le long des hayes qui
eftoient occupées par leur Infan
terie , ils n'aurent pas plûtoft
formé quelques Escadrons , qu'ils
chargerent les Troupes de Ha.
nover de Brandebourg qui
Etoient à la gauche de l'aile
droite , profitant du mouvement
que fit alors une partie
de ces Troupes , ils les mirent
en defordre , de même que les
Efpagnols , qui estoient à la droite
de la Cavalerie de Hanover. Le
Roy fit alors avancer une partie de
T'ailegauche poury remedier, mais
comme elle eftoit trop éloignée ,
l'Ennemi ne donna pas le temps
de fe former, ayant attaqué
enflanc la Cavalerie Hollandoife
DE NEERVVINDE . 171
>
qui eftoit à la gauche , il la
mit außi en defordre avant que
les Anglois fuffent en ligne
de forte qu'ils furent obligez de
charger comme ils fe trouvoient
, ce que quelques uns firent
avec fuccés , battant tout
ce qui fe trouvoit devant eux
mais l'aile droite ayant eſté obligée
de repaffer la Riviere , les
Anglois fe trouverent environ
nez. Le Roy voyant que l'Ennemi
avoit l'avantage par tout
envoya dire aux Generaux de
l'Infanterie de l'aile gauche de
fe retirer à Levve , les Dragons
les Grenadiers , par Dormal,
l'Infanterie avec une partie
de la Cavalerie de l'aile
Sau
che par Ofmal , ce qui fut executé.
Aprés que le Roy cut
P 2
I 2 BATAILLE
donné fes ordres par tout , fe
voyant environné de toutes parts ,
obligé de paffer la Riviere,
il eut peine à gagner le Pont
de Neef- helpen , où S. M. rallia
une partie de fes Gardes &
de la Cavalerie de l'aile
gauche
, avec ce qui s'eftoit fauvé
de la Brigade de Ramzey ,
Se joignit fur les hauteurs de Tillemont
, avec ce que l'Electeur
de Baviere avoit rallié de l'aile
droite. Le Roy marcha toute la
nuit avec ce Corps vers Boutechem
, le lendemain il alla
camper à Bethlehem prés de Louvain.
Le reste de l'Armée qui
s'eftoit retirée à Levve , alla camper
aux environs de Dieft . Com
me l'Armée n'eft pas encore toute
raßemblée , nous ne pouvons
DE NEERVVINDE . 173.
pas fçavoir quelle eft noftre perte
; nous fçavons feulement qu'elbe
eft beaucoup moindre qu'on ne
l'avoit cru , & il y a bien apparence
que celle des Ennemis eft
außi grande que la nostre , fur,
tout en Infanterie . Le Comte de
Solms a eu la jambe emportée
Milord Portland eſt bleße, Monfieur
de Sgravenmore , & le Duc
d'Ormont dangereuſement bleẞé,
Monfieur de Zuileftein , font
Prifonniers. Nous ne favons pas
encore les noms des autres , Nous
avons pris le Duc de Barvvic'e
prifonnier , avec divers Officiers ,
entre lefquels il y a des gens de
qualité , dont nous n'avons pas encore
la lifte. Nous avons perdu
quelques Etendarts , mais nous en
avons gagné un grand nombre fur
les Ennemis.
P
3
174
BATAILLE
Il n'y a point encore eu
de grande Bataille , quand
elle a cfté opiniaftrée , où
le vaincu n'ait emporté
quelques Etendarts , & quelques
Drapeaux. Si les vainqueurs
ne perdoient rien ,
leur gloire feroit bien mediocre.
Ce n'est que la fotte
refiftance des Ennemis
qui en rehauffe l'éclat , &
pendant cette reſiſtance il
faut perdre quelque chofc.
On croiroit autrement
que les Ennemis auroient
fuy fans avoir foutenu le
combat , & que leur perte
1
;
DE NEER VVNIDE . 175
feroit arrivée dans leur
deroute , fans qu'ils euffent
montré le front à leurs
Ennemis . Cependant quoy
que les Alliez ayent longtemps
combatu avant que
de ceder la Victoire , &
qu'ils fe foient vantez d'a .
voir gagné des Etendarts
& des Drapeaux , il faut
que le nombre s'en foit
trouvé peu confiderable
,
puifque les ennemis ne les
ont point fait paroiſtre ,
& qu'ils n'en ont plus parlé.
La mefme Relation envoyée
par le Prince d'OP
4
176
BATAILLE
range dit qu'il y a apparence
que nous avons perdu
autant de monde que les Alliez.
C'eft ne dire rien que
de dire fans aucune preuve
qu'il y a
apparence
qu'une chofe foit ; cela ne
paroift mefme qu'une maniere
de parler dans cette
Relation , puis qu'à juger
des chofes par les apparences
, elles doivent eftre
pour nous par les raiſons
que j'en ay déja apportées
, & qu'à l'égard de la
fin du Combat où les vain.
cus perdent feuls , il eſt
DE NEERVVINDE . 177
-
d'uimpoffible
que les Ennemis
n'ayent pas fait une
tres grande perte. Je ne
vous parleray plus que
ne des Relations qu'ils ont
fait imprimer. Cette derniere
a efté faite par un de
leurs Officiers
, & je ne
vous en rapporteray
que la
fin . Enfin , dit-il , le combat de
la Cavalerie fut general autant
que le terrain le permit. Celle de
l'Etat étant battuë aprés une
réfistance louable , l'Angloise ,
menée par Monseigneur le Prince
de Naffau Sarbruck , noftre premier
Maréchal
de Camp general
, Monfieur Douerkerke
Milord Portland
, Lieutenans
PS
178
BATAILLE
generaux , prit S¹ place , & at.
taqua vigoureusement , mais les
Ennemis étant renforcer de plus
en plus , l'accablerent par leur
nombre , reparerent le mauvais
fuccés des premieres attaques
de leur Infanterie , par la
déroute entiere de noftre Cavalerie.
Alors il n'eftoit plus temps
à nos Bataillons de balancer fur
la retraite, Ils la firent en affez
bon ordre par les foins de nos Ge.
neraux , qui les avoient fi bra.
vement fait combattre , & qui
furent fuivis des Dragons du
Roy , des autres que j'ay
nommez. La Cavalerie Efpagnole
& Bavaroife , après avoirfait
tout ce que l'on en pouvoit attendre
pour le fervice du Roy leur
Maifire , & celuy de S. A. E.
DE NEERVVINDE. 179
dont la veuë feule fuffit pourfaire
agir en defefperez les Braves , &
rendre braves les plus timides ,fe
retira vers Tillemont , le mieux
qu'elle put ; l'Angloise celle
de l'Etat paffa en defordre la Riviere
de Geete , poursuivie jusque
là , fe fauva par Leyve vers
Dieft. Le peu de paffage qui fe
trouva à la Riviere où il n'y avoit
point de ponts , en a fait noyer
beaucoup , peut eftre autant
qu'il en eft restéfurle le champ de
Bataille , lequel nous avons efté
obligez par noftre fatalité de
laiffer aux Ennemis fur les trois
beures aprés midy , avec la plus
grande partie de noftre Canon, qui
à la droitefut trop toft abandonné
de ceux qui le commandoient. Les
Françoisfur leur Victoire , firent
,
180 BATAILLE
une décharge generale, avant que
nous fuẞions affezloinpour ne le
pas
entendre. Voila , Monfieur ,
comme s'eft paffée cette journée ,
qui ne nous à efté que trop mal.
beureuse , quoy que la vigueur
de notre refiftance ait fait acheter
aux Ennemis la Victoire cherement.
L'ofe direqu'ilsfont affez
bonneftes gens , trop juſtes à
cet égard , pour ne le pas avouer
eux mefmes.
Ie n'ay rien à vous dire
de cette Relation . L'Auteur
s'explique en termes affez
fignificatifs , & nos Relations
mefmes ne peignent
pas mieux la déroute des
Ennemis.
T
DE NEERVVINDE . 181
La verité s'eltant ainfi
fait jour de tous coſtez ,
parce qu'il eft difficile de
la deguifer , quand la renommée
prend elle - meſme
le foin de la publier
les parties intereffées fe
repentirent de l'avoir fait
connoiftre avec trop de
fincerité. Elles en virent
les confequences ; & crurent
qu'il eftoit tres- important
de tromper les
Peuples , de peur que la
Ligue ne fe relâchaft par
quelque endroit.
Cette
Guerre eft bien differente
182 BATAILLE
des precedentes. On n'y
deguifoit point la verité ,
mais aujourd'hui le Prince
d'Orange eft obligé pour
fe maintenir , de tromper
tous les Alliez , & fur tout
leurs peuples qui n'ont
nul intereft à cette Guerre ,
& qui font épuifez par l'adreffe
qu'il employe pour
retenir leurs Souverains
dans la Ligue en les trompant
, & leur faiſant voir
des avantages imaginaires
, lors que tout fon but
n'eft que de les tenir armez
pour demeurer touDE
NEERVVINDE . 183
jours dans le Trône. Rien
n'eft plus extraordinaire
que ce qu'ont efcric
à cet effet ceux qui font
devoüez à CC Prince.
Ils demeurent d'acord
que les
remporté une pleine Vitoire
, & que le Champ
de Bataille leur eft demeuré.
Ils conviennent que
nous avons pris le nombre
de Canons , de Drapeaux
, & d'Etendarts qui
font marquez dans nos
Relations , que nous avons
des Timbales , des Pou-
François ont
184
BATAILLE
tons , & toutes leurs Charrettes
, & munitions d'Artillerie
, & cependant
ils
publient hautement , fans
en donner aucunes preuves
, & fans faire aucuns
raifonnemens
,, que nous
avons beaucoup
plus perdu
qu'eux. Il y auroit du
prodige là dedans , & ils
feroient bien habiles s'ils
le pouvoient perfuader
fans faire autre chofe que
le foutenir hardiment.
Avec ce fecret ils n'ont
qu'à paroistre pour ga
gner des Batailles. Si le
Champ de Bataille , & les
dépouilles
DE NEER VVINDE. 185
dépouilles de leurs Ennemis
leur demeurent , ils ne
font pas gens à publier
qu'ils auront perdu la Bataille
, & fi le contraire arrive
, ils diront encore
qu'ils auront moins perdu
que nous. Il est pourtant
*
vray que nous avons deux
mille & Prifonniers
qu'ils n'ont pris que trois.
ou quatre des noftres. Ils
fe font retirez en defordre
, fans faire Corps , par
pelotons , & aprés avoir
jetté leurs armes , ce qui
1.86 BATAILLE
marque non feulement
une fuite mais une deroute
generale , & cinq
jours aprés le Combat , a
peine commençoient - ils à
paroiftre en Corps , au lieu
que noftre Armée cftant
demeurée entiere , fit une
Salve generale aux cris de
Vive le Roy fur le Champ
de Bataille , ce qui fe voit
mefme dans leurs Relations
pour montrer qu'elle
venoit de chaffer les Ennemi
, & que la victoire
s'êtoit declarée pour elle .
Il fe peut que pendant que
DE NEERVVINDE. 187
1
,
les Ennemis ont deffendu
leurs retranchemens la
perte ait efté égale ; il y a
mefme de la vray-femblance
à cela , mais lors
>
qu'un des partis abandonne
le terrain & ne
montre plus que le dos ,
c'est alors que le party victorieux
n'eftant plus oc-
•
& tuant
cupé qu'à tuer
rout feul , il le fait un
grand carnage du party
vaincu. Cela eft non feulement
arrivé dans la fin
du Combat dont il s'agit ,
mais il y a plus encore , le
Q 2
188 BATAILLE
manque de Ponts à toute
une Armée fuyante , qui
avoit une Riviere à paffer,
en ayant fait noyer un
tres-grand nombre . Ainfi
les Ennemis ne peuvent
difconvenia qu'ils n'ayent
beaucoup plus perdu que
nous quand leur perte
n'auroit commencé que
dans leur déroute , ce qui
>
n'eft
pas , la plupart defavoüant
ceux qui pour
l'amoindrir , écrivent des
chofes qui n'ont pas la
moindre vray - femblance.
Je ne puis plus à propos
DE NEER VVINDE . 189
vous faire part de l'Extrait
d'une Lettre de la
Haye , écrite à un François
, en date du 6. Aouſt .
Non feulement elle prou
ve ce que je viens de vous
dire touchant les foins
qu'on apporte pour groffir
noftre perte , mais elle
parle auffi de la Relation
de la Bataille , envoyée par
le Prince d'Orange
, & que
Vous venez de lire .
Nous avons icy une Relation
de la Bataille , envoyée
à Meffieurs les Etats par ordre
du Prince d'Orange , imprimée
Q3
190
BATAILLE
en François dans une Gazette.
Il paroift que la difpofition de
noftre Armée ne pouvoit eftre
d'un meilleur ordre , & que
le Prince s'eft fervi de tout
l'avantage du terrain. Le détail
de toute l'action y eft bien
ménagé , on ne peuty trouver
à redire que lafin , où l'on
cache diffimule nostre perte,
qui a efte grande en tout. Nous
venons d'apprendre par Liege
que Mr de Luxembourg a fait
plus de quinze cens Prifonniers,
qu'il a prisfoixante & huit pieces
de Canon ,foixante & fix
Etendarts , fix cens Charettes ,
DE NEERVVINDE. 191
douze Timbales , que l'on
eftime la perte de part & d'au.
tre de vingt - huit à trente mille
bommes , que dans la Riviere
feule ily en aſept à huit mille
noyez. Tous les chervaux des
Cuiraffiers de Mr de Baviere
generalement font perdus. La
plupart de fes Cuiraffiers font
reftez dans l'action. Il y en
avoit dix-huit cens , & ceux
quifont qui font revenus , portent
des marques de vos gens
fur la teste oufur le vifage ; les
Anglois , les Brandebourgeois ,
les Troupes de Hanover
principalement ont efté terrible192
BATAILLE
mint maltraitées. Cependant
on fait icy ce que l'on peut pour
diminuer voftre Victoire , &
je ne sçayfi on ne perfuadera
pas au Peuple & aux fimples ,
que vostre perte eft plus grande
que la noftre.
N'attendez point de reflexions
de moy là deffus.
Elles font trop faciles à faire
, & je ne dois que vous
affurer que la Lettre vient
veritablement de Hollande.
Il y a quelques endroits
à l'égard de ce que nous
avons pris , qui ne fe rapportent
pas tout à fait à la
verité.
DE NEERVVINDE . 193
verité. Je n'ay rien voulu y
changer. Il y a tant de naturel
dans cette Lettre, que
fa lecture doit faire plaifir.
A l'égard des fept à huit
mille hommes noyez dont
elle parle , cette perte ne
peut regarder que les Enily
nemis , puis que nous n'avons
point paffé de Rivie
re. Quand on veut déguifer
une verité connuë ,
a bien des chofes à examiner.
Il faut prendre garde à
ne fe point contredire , & à
n'eftre pas contredit pas
mille faits & mille difcours
R
194
BATAILLE
publics , tellement attachez
à l'affaire dont il s'agit, qu'il
eft impoffible de les empêcher
de paroiftre , de forte
qu'ils ne fervent qu'à faire
mieux connoitre la verité
que l'on veut détruire ,
ou pour le moins affoiblir.
On a vû dans le mefme
écrit & dans la même
les articles fuivans.
page,
On a chanté à Paris le Te
Deum pour la prétenduë
Victoire remportée fur les Alliex;
& plus bas en parlant
de la Haye : On leve icy une
fomme de deux millions cing
cens mille livres de la part des
DE NEERVVINDE . 195
Etats de Hollande de Veftfrife
, pour estre employée à
remettre principalement en eftat
les Regimens de la repartition de
cette Province. Non feulement
la contradiction eſt
manifefte , mais le mot de
?
prétendue Victoire , fans rien
prouver , & avancé par un
particulier , n'eft qu'une
parole en l'air qui ne doit
pas eftre creue , fur tout
quand elle est démentic
par un fait comme celuy
de l'article de la fomme
que les Etats font lever ,
pour reparer les Troupes
R 2
196 BATAILLE
ܝ
perduës à la Bataille . On
n'a vu autre chofe que de
ces contradictions
, depuis
que l'on a refolu en Hollande
& à Bruxelles de perfuader
» que la Victoire
remportée par les François
n'eft pas confiderable.Vous
en pouvezjuger parles articles,
que vous allez lire.
Voicy ce que les Ecrivains,
qui veulent diminuer la
gloire des François , difent
en parlant de Mr de Luxembourg.
Il a trouvé une fi
vigoureuse resistance , qu'une
artie de fon Armée en a esté
DE NEERVVINDE. 197
ruinée. Ilya buit mille blefje à
Huy & à Namur , & d'autres
2 Maubeuge. Croiroit - on
qu'aprés avoir tenu ce langage
, les mefmes perfonnes
ayent écrit ?
gne
Les Etats Generaux fe font
affemblez extraordinairement
après la reception d'une Lettre
que le Roy de la Grande Bretaleur
a envoyée. Ils ont enfuite
du refultat de leur Affemblée
notifié aux Ministres des
Alliez que nonobftant le finiftre
accident arrivé à l'Armée
le 29. du paẞé , ils eftoient
refolus de continuer la guerre
contre la France , les requerant
R
3
198 BATAILLE
d'enfaire part à leurs Maiftres.
Les Articles fuivans fe
trouvent encore en d'autres
endroits.
Leurs Hautes Puiẞances on
nommé des
Deputez pour
aller à l'Armée de Brabant ,
concerter avec Sa M. Britannique
les moyens les plus propres
à remettre promptement l'Armée
en eftat d'agir vigoureufementcontre
celle des Ennemis.
Le Sieur Henfius partit
Lundy ,
• apres avoir pris les
refolutions
neceffaires pour le
rétablißement
de l'Armée...
DE NEERVVINDE. 199
Ils
avoüent que pour la
mefme raiſon on a fait revenir
le Duc de Virtemberg
des lignes. Ils difent
que le fecond d'Aouft , cinquiéme
jour d'aprés la Bataille
, il manquoit encore
fix mille hommes des trou
pes de Brandebourg
; qu'on
a laiffé de bonnes Garnifons
à Leuvve , Dieft &
Louvain , pour mettre ces
Places à l'abry de l'infulte ,
& mille autres chofes qui
prouvent tellement leur
défaite , qu'il ne faut point
d'autres témoignages
que
R
4
200 BATAILLE
ces articles qui font des
faits , pour refuter ce qu'ils
difent lors qu'ils veulent diminuer
noftre
avantage ,
puifque ce qu'ils alleguent
contre nous , ne peut paffer
que pour des paroles ; &
que ce qu'ils rapportene
pour marquer leur perte ,
font des faits effentiels , &
des plus convainquans .
Il y a dans une Gazette
de Hollande , une Lettre
du Prince d'Orange , par
laquelle il remercie les Etats
de leurs bonnes intentions
, nonobftant le
DE NEERVVINDE . 201
perte
mauvais fuccés des affaires
. Il entend parler de la
de la Bataille , & de
la refolution que les Etats
ont prife de lever de l'argent
pour faire de nouvelles
troupes , comme il
eft marqué dans les endroits
que je viens de rapporter.
Auffitoft apres la Bataille
, Monfieur de Rofen
ayant efté détaché pour faire
contribuer la Mairie de
Bolduc , alla jufques à Gertrudenberg
, prés d'Heufdan
en Hollande ; Les con-
R
1
202 BATAILLE
tributions furent arrêtées
à huit cens mille livres ; il
•
&
rapporta de l'argent , &
ramena des oftages
beaucoup de chevaux , &
Monfieur de la Valette enleva
des Partis entiers
d'Ennemis jufqu'auprés
de
Gand.
Le Prince d'Orange ,fans
ceffe attaché à faire courir
de faux bruits pour faire
oublier fes pertes ; & tromles
Sujets de fes Alliez
peu contens de la guerre
où il a embarqué leurs
Souverains , fait publier
per
DE NEERVVINDE. 203
que fon Armée eft plus
forte qu'elle n'étoit avant
Je Combat ; & il fe trouve
des gens affez fimples pour
le croire , fans examiner
s'il y a de la vray - femblance
& de la poffibilité.
Il ne luy eft venu de Troupes
depuis le Combat , ny
d'Angleterre , ny de Hollande
, ny d'aucun de fes
Alliez ; toutes leurs nouvelles
publiques n'auroient
pas manqué d'en
parler. On n'a point fait
de nouvelles levées ; il faut
du temps pour cela , & fes
204 BATAILLE
Troupes qui ont pery , ne
font point revenues de
l'autre monde pour groffir
fon Camp. Il n'a donc
de plus que celles qu'il a
tirées de quelques Garnifons
, & celles des lignes
qui ayant déja efté en partie
tirées des Garniſons ,
laiffent plufieurs Places
peu garnies ; de forte que
s'il fe trouvoit obligé de
renvoyer ce qu'il en a tiré ,
il ne luy refteroit prefque
plus de Troupes pour tenir
la campagne.
Il n'y a point de Nation
DE NEERVVINDE . 205
qui fe déguife moins que
la France , & loin qu'on
y cache le nombre des
morts & des bleffez aprés
un Combat , il fe trouve
fouvent qu'on l'augmente.
Celuy des morts & des -
bleffez aprés les Recreuës ,
s'eft trouvé de cinq mille
cinq cens , furquoy il y a
toûjours beaucoup à diminuer
, les Capitaines tâchant
de faire mettre fur
l'Etat les Soldats qui leur
font morts de maladie , &
ceux de leurs Compagnies
qui ont deferté. De plus, la
206 BATAILLE
n'ont
plupart de ceux qui
que des égratignures, & des
contufions , tâchent à fe
faire mettre fur cet Etat ,
parce qu'il eft fort avantageux
en France d'avoir
cfté bleffé , & qu'il y a de
plufieurs fortes de recompenfes
pour ceux qui ont
bien fervy. Joignez à tout
cela , que le nombre des
morts n'allant ordinairement
qu'au tiers de celuy
des bleffez , il doit encore
étre moins grand , par toutes
les raifons que vous
venez de voir. On a fait
DE
NEERVVINDE . 207
graver tant de Plans de la
Bataille dont je viens de
vous faire le détail , que
je me diſpenſe d'en donner
, afin que chacun
choififfe celuy qu'on luy
aura dit eftre le meilleur.
L'action a cfté grande ,
& merite qu'on examine
avec foin les lieux où elle
s'eft paffée.
FIN.
2.08 BATAILLE
Voicy une Liſte des principaux
Officiers tuez ou bleſfez.
TUEZ .
Mrs le Prince Paul de Lorraine
, Fils de Mr le Prince
de Liflebonne.
Le Chevalier de Montchevreüil
, Lieutenant General.
Le Duc d'Uzez .
Le Comte de Gaffion.
Le
lon.
Marquis de Chanva-
Le Comte de Montrevel.
De Ligneri Lieutenant
des Gardes du Corps.
>
Le Chevalier Rofen.
De Coligni .
De Rochebertelle.
De Chaftenay , Capitaines
Gaujac ,
De Vauroüy.
aux Gardes.
Du
DE
NEERVVINDE. 209
Du Jardin , Aide - Major .
Vauvray , Lieutenant
Champigny Sous-Lieu.
Coreau .
Carana .
و ل ا د
tenans
Paul , Colonel du Royal
Allemand .
De S. Mars , Colonel .
De Quoad , Colonel..
Le Chevalier de Beaupré ,
Capit, de Cuiraffiers.
Bolen , Colonel Allemand &
Maréchal de Camp.
Du Guay , Major Piedmon
tois.
De Praflin .
De Coubertin Marole
Capitaine & Aide - Major
dans le Regiment du
Roy.
Le Chevalier de Beaure
gard. conta
Dougi , Major.
S
210 BATAILLE
Dapremont.
Vicogne , tué auprés de Monfieur
le Duc de Chartres.
Saint Simon.
Montfort.
Gournay.
Botheim .
Calbafar.
Chourdi.
De Saint Sauveur.
Cabaſſon.
Dalbufa. Suiffes
Seheudi.
Amedé Minutoli.
BLESSEZ.
Mrs le Prince de Conti.
Le Maréchal de Joyeuſe.
Le Comte de Lux , Fils de
M. le Maréchal Duc de
Luxembourg.
Le Duc de
Montmorency
DE NEERVVINDE. 21
De la
Rocheguyon ..
Le Comte de Coffé.
Le Marquis de Villequier.
Le Marquis de Rochefort.
Milord Lucan.
Le Chevalier de Villeroy.
De Rebé.
De Silleri.
De Tracy.
Le Comte de Grampré.
De Saillant. Capitaines
De Fourille . Saux Gardes.
De Santeuil.
D'Orgemont.
De Bourille. Lieutenans
De S. Paul.
Chardon ,
Sillonne .
Patriere.
La Teftole . Sous Lieutenans .
Porciere .
S
3
21.2 BATAILLE
Dartagnan , Enfeigne.
La Fond , Aide - major.
Audifert , Sous- Aide - major.
Reinold.
De la Barre.
Fifonnet .
De S. Giles .
Bournonville.
Imecour.
Le Chevalier de Tillette.
Pluvaux .
Silli.
Poinſegu .
Marin.
Saint Efteve.
Froville .
La Tarfe.
De la Tour Dallier , Cap. de
Cavalerie .
Daumont.
Dourlac.
DE NEERVVINDE . 213
Du Fay.
Lafticonne .
Bedein
Bourgny.
Briçonnet.
De Salis , Brigadier.
Fitz , Lieutenant .
Derlac.
Burck .
Surbec.
Greder.
Cherberg.
Dasfeld.
Redingue .
Dorgemont .
Redon.
Solve le Noir.
Bourgere .
Dumont.
De la Rocheberti.
Chavelin.
S 3
214 BATAILLE
D'Entraques.
Jolibois.
Paffiquiere .
PRISONNIERS.
Mrs le Duc de Bervvik .
Le Comte de Coffé.
Sellis , Brigadier d'Infanterie.
On n'a pû obferver d'ordre
dans la plus part de ces Noms.
J'ajoute une Lifte de quelques
Noms des Ennemis tuez,
bleffez ou Prifonniers. Comme
on ne les peut apprendre
que par eux , & que la plus
part de leurs Officiers nous
font inconnus , il s'en faut
beaucoup que cette Liſte n'ait
toute l'étenduë qu'elle devroit
avoir.
BLESSEZ.
Milord Porteland , Hollan
DE NEERVVINDE . 215
dois , cy-devant Bentheim
Favory du Prince d'Orange .
Le General du Puy dangereufement..
Le Colonel Borgaiffe
De Pinofte
dangereufement
Le Colonel Pignatelli .
LeMajor general Doth.
Le Prince de Hannover.
Le Duc d'Hofteing.
Les Comte Portand .
Le Comte d'Arco ..
Silpenbach.
De Serre , le bras caffé.
TUEZ.
Le Comte de Solm , General
de l'Infanterie Hallandoife ..
Le Colonel Alva.
Le Comte de Lippe.
Le Prince de Barbançon.
Le Marquis de Laide .
216 BATAILLE
Le Colonel Chalon .
Le Colonel Guinonnes.
Grammont , de la Maifon du
Prince d'Orange .
Mrs d'Offenaer & de Bufax
Generaux des Troupes de
Hannover .
PRISONNIERS.
Le Duc d'Ormond , Capitaine
des Gardes du Prince
d'Orange Lieutenant General
, & Grand Ecuyer.
Le General Sgravvemore,
Le Comte de Bronay.
Le Comte de Monfort.
>
Zuilleftein Marefchal de
Camp , de la Maiſon de Naffau.
THEQUE
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DE
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Vize on Vite
(Jean Gameon)
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66
fiche
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1
801121
RELATION
Collegis: DE LA Lugden
BATAILLE
the Trinit choc.JefuCatal
DE
NEERVVINDE
M.
GAGNE'E PAR L'ARME'E
du Roy , commandée par
le Maréchal Duc de Luxembourg
.
A LYON ,
NON
Chez THOMAS AMAULRY
rue Merciere au Mercure Galant.
LYON
**1895 米
M. DC. XCIII.
Avec Privilege du Roy.
με
་་།
AU ROY
EX
+
BIBLIOTH
*
PUB
÷
COLLEG
LUGDUN
លោ
IS
I RE
le Ie n'eus pas plutôt formé
deffein de mettre le Nom de
VOSTRE MAIESTE
à la tefte de cet Ouvrage , que
å
3
EPITRE.
"
je me trouvay dans l'embarra.
où les plus habiles Ecrivains ſe
trouveroient dans une pareille occafion.
Vne Epitre dedicatoire eft
un Champ ouvert pour les louanges,
&ces fortes d'ouvrages n'ont
efté inventez que pour faire des
Panegyriques. Cependant , plus
VOSTRE MAIESTE
merite d'Eloges , plus Elle les
fuit , & fa modeftie s'étend fi
loin là deffus , qu'elle a aboli
Tufage obfervé pendant le Regne
de vos Predeceffeurs , d'en
recevoir comme eux de tous les
Corps de l Eftat , aprés les prifes
de Villes , les Batailles gagnées,
toutes les actions qui en
pouvoient meriter. Mais quand
l'ardeur de mon zele ne feroit
point arreſtée par cet obſtacle ,
EPITRE.
quel moyen , SIRE , de la fatisfaire
, lors que l'on a fi peu d'étendue
; & que non seulement
l'on voit briller de tous cofter
la plus belle
mais
la plus ample
matière qui fut jamais ,
qu'on ne peut faire un choix ,
fans eftre obligé de fe taire fur
un nombre infini d'actions , dont
la moindre meriteroit feule un
Panegiryquee entier ? A - t- on
jamais vû tous les Souverains de
l'Europe , cette partie du monde
fi peuplée , fi feconde en
Guerriers , liguez contre unſeul,
pourroit-on croire qu'un Prin.
ce à qui l'envie à fufcité ce
grand nombre d'Ennemis , fe
trouvaft dans le glorieux eftat
où VOTRE MAIESTE
Se voit aujourd buy ?
ď 3
EPITRE
laⓇ
L'Espagne , SIRE ,
fiere Espagne , à qui tant de
Royaumes font foumis , & qui
compte depuis l'ouverture de
cette Guerre prefque autant
d'Alliez › que l'Europe a de
Souverains , n'a pu avec toutes
fes forces defendre une Place ,
dont la prife vient defaire trembler
Madrid.
L'Allemagne , ce Corps
composé de tant de parties ,
qui avoient autrefois la reputation
de ne les raffembler
jamais fans écrafer fes Ennemis
, voit aujourd'huy , tout
raffemblé qu'il eft , perdre fes
Places , & même des Capitales
; ſes meilleurs Capitaines
, tant de fois vainqueurs de
toutes les forces de l'Empire
EPITRE.
Ottoman , font obligez de fe
retrancher , fans ozer , pour
ainfi dire > prefque voir le
> aux
jour , pendant que plufieurs
Villes ouvrent leurs Portes
& qué de belles fertiles
Provinces apportent de toutes
parts des Contributions
Commandans de vos Armées.
Deux Puiffances , qui juf
ques icy avoient cru que mefme
fans eftre unies , elles pouvoient
ftatter leur orgueil de l'Empire
de la Mer , fans qu'il leur puſt
eftre difpute , ne peuvent , jointes
enfemble , empêcher que
la meilleure partie des Trefors
de leurs Etats , ou ne periffe , ou
ne tombe au pouvoir de vostre
Flote.
La Flandre vous voit pren.
ä
EPITRE
dre des Villes , & gagner la
fameuse Bataille de Neervvin
de , quoy que les Alliez ayent
affemblé de ce cofté - là un fi
grand nombre de Troupes , que
celuy des Corps de differentes
Nations dont elles font com.
posées , ne feroit pas aisé à comfter.
,
,
Enfin , SIR E fi au
lieu d'attaquer VOTRE
MAJESTE eft attaquée
en Piedmont , c'eſt en
core pour y triompher puis
qu'Elle fait acheter à fes Ennemis
de fimples Poftes , beaucoup
plus cher que les Places
les plus fortes ne luy coû
tereient. Vous avez pris Maftric
en treize jours ,
Ennemis en ont efté quinze devos
EPITRE.
vant le Fort de Sainte Bri.
gide.
Voila l'état d'une Campagne
qui n'est pas encore finie ,
dont les fuites glorieuses peuvent
encore contribuer à l'avancement
de la Paix , cette Paix
pour laquelle VOTRE
MAESTE' travaille
avec tant d'ardeur. Le Ciel qui
Sçait que l'envie de rendre encore
une fois le repos fi neceffaire
à toute l'Europe vous
la fait preferer à l'augmentation
de vos Conqueftes , répand
fur vos Armes un bonheur éternel
à quoy vos Peuples
tâcheront toujours de contribuer ,
par leurs Prieres ,
ع ق و م
>
>
∞ par
tout ce qui dépendra de leur
zele. Le joins mes voeux à ceux
EPITRE.
qu'ils forment fans ceffe , &
fuis avec un tres - profond ref
pect ,
SIRE ,
DE VOTRE MAJESTE ',
Le tres- humble , tres obeïffant ,
& tres fidele Serviteur
& Sujet , DEVIZE' .
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
Kerke
Es Relations des
Batailles de Fleurus
& de Stein-
& celles de la
priſe de la Ville & du
Chafteau de Namur , ont
efté fi bien receuës du Public
, qu'il a fouhaité d'en
LE LIBRAIRE
voir une de la Bataille de
Neervvinde
, qui fuft de
la mefme main . L'Auteur
n'avoit pas refolu de s'étendre
juſque- là , mais il
s'eft enfin laiffé perfuader
aux preffantes follicitations
qui luy en ont eſté
faites , afin que cette Relation
eftant jointe aux
quatre
autres le Public
puſt avoir en autant de
Volumes le Détail de toutes
ces grandes actions.
Celle- cy eft traitée d'une
maniere toute differente
AU LECTEUR .
des autres , l'Auteur ayant
crû y devoir faire entrer
tout ce qui a precedé &
fuivy la Bataille ; & des
Relations faites par
les
Ennemis
mefmes
, &
envoyées
aux
Etats
Generaux
par
le
Prince
d'Orange
, dans le temps où la
verité encore preſente &
toute nuë fait parler de
bonne foy. Enfin il a rap
porté tout ce qui a cité
écrit auffi - toft aprés la Bataille
, de plufieurs Villes
LE LIBRAIRE
1
ennemies où chacun parloit
felon ce qu'il entendoit
& ce qu'il voyoit.
Mais comme depuis ce
temps - là , les Ennemis par
des raifons politiques , ont
jugé à propos de déguifer
les mefmes ] veritez
qu'ils avoient publiées
d'abord l'Auteur fait
voir qu'ils n'oppoſent que
des paroles à des faits
& à des faits qu'ils ont
alleguez eux-mefmes , &
il découvre les contradictions
manifeftes qui fe
>
trouvent
AU LECTEUR.
trouvent dans toutes leurs
nouvelles imprimées ; de
forte que ce volume eft
remply d'une infinité de
pieces originales , & de
morceaux répandus dans
tous les Ecrits des Ennemis
ainfi des
> que
fragmens de Lettres de
Hollande , qui font d'autant
plus de plaifir à
lire , qu'on y connoift
par toutes les mesures
qu'ils avoient eux-mefmes
avoir prifes , & qu'ils
prennent encore tous les
LE LIBRAIRE
jours pour reparer leurs
pertes , que la Victoire
des François a cfté auffi
complete qu'ils l'ont publiée
au commencement
,
la défaite des Al-
&
que
liez
cft
toujours
auffi
grande
qu'elle
paroift
dans
les peintures
qu'ils
en ont
faites
incontinent
aprés
le
combat
.
L'Auteur n'a rien oublié
de tout ce qui eft
venu à fa connoiffance
touchant les actions éclatantes
de Meffieurs les
AU LECTEUR .
Princes , la valeur des
Officiers , & l'intrepidité
des Troupes ; mais il ne
fe peut qu'il n'ait fait
mourir quelques bleffez
qui fe portent bien , qu'il
n'ait reffufcité des morts
& défiguré beaucoup de
noms propres. Ce dernier
article peut paffer
pour feur, On ne s'applique
point affez à bien
écrire ces noms , qu'auae
fuite de difcours ne
faire deviner. Il eft
impoffible auffi qu'il n'y
LE LIBRAIRE
éen
ait beaucoup d'oubliez
, & ceux - là doivent
fe plaindre de leurs amis ,
qui n'ont pas affez de
foin de leur gloire . Il eſt
malaifé qu'il n'y ait de
mefme des noms de Village
& de Rivieres
crits autrement qu'ils ne
doivent eftre. Les Cartes,
les Particuliers qui écrivent
& les Imprimeurs
,
font fouvent de ces fartes
de fautes , mais nce
cela n'eft pas important
,
iln'y a que la verité de
>
AU LECTEUR.
l'action qui foit effentielle
, & ce qui regarde
la gloire de la Nation la
plus guerriere qui fut jamais,
OEUVRES DE MICHEL
Etthmuler celebre Medecin de
Leipfik qui fe vendent à Lyon
chez THOMAS AMAULRY.
Timbuleri operum omnium mei
dico Phyficorum Editio novißima
cateris omnibus tum correctior , tum
auctior , tum verè facilior , en deux
volumes , Infolio , 18. liv.
Traductions en François par un
celebre Medecin,
Pratique Générale de Medecine
de tout le Corps humain , en 2.vol .
in- octavo , s .liv.
Pratique Speciale du mefme Autheur
fur les maladies propres des
Hommes , des Femmes & des petits
Enfans , avec des Differtations fur
l'Epilepfie , l'Yvreffe , le mal Hypocondriaque
, la Corpulence & la
morfure de la Vipere , in-octavo ,
2. liv.10.f.
Les Inftituts du mefme Autheur,
in-octavo , 2. liv. 10. f.
Nouvelle Chirurgie Medicale &
Raiſonnée avec une Differtation fur
l'infufion des Liqueurs dans les
Vaiffeaux , ind. 30 f.
Nouvelle Chymie Raiſonnée du
meſme Autheur , ind . 30. fols.
at
LYOU
*1895*
X
[
BATAILLE
DE
NEERVVINDE.
'AVANTAGE remporté
fur les Alliez
à Neervvinde
en Brabant , par l'Armée
du Roy , a quelque
chofe de fi éclatant , &
le détail que vous en at-
DEL
A
AVILLE
LYON
1895
2 BATAILLE
en
tendez de moy demande
une fi grande étenduë, que
je me trouve obligé de
faire une Lettre entiere de
cette grande & importante
Action . Toute l'Europe
, & je pourrois meſme
dire tout l'Univers ,
parle aujourd'huy avec
un étonnement extraor
dinaire , les circonstances
n'en eftant pas moins glorieuſes
à la France , que
la pleine Victoire qu'elle
a remportée. Je croy
que vous ne ferez pas fâchée
que je reprenne les
chofes d'un peu haut, puifDE
NEERVVINDE . 3
>
que ce qui précede un
Combat eft fouvent auffi
important à fçavoir , pour
la gloire des Vainqueurs ,
& la honte des Vaincus
, que le Combat méme.
Les deux Armées étoient
puiſſantes mais
leur but eftoit different.
Lè Prince d'Orange
, quoy
qu'à la tefte de l'élite
des Troupes de plufieurs
Nations , ne vouloit point
de Combat les François
ne cherchoient qu'à
l'engager , ne voulant épargner
aucun des moyens
;
A 2
BATAILLE
qui peuvent procurer la
Paix à l'Europe . L'entreprife
n'eftoit pas ailée à
executer, s'il eft vray, comme
on l'affure ; qu'il , eft
comme impoffible de forcer
un General à fe battre ,
lors qu'il eft dans le deſſein
de ne pas donner une Bataille
. Le Prince d'Orange
connoiffoit
trop
le
courage
des François
pour
ſonger
à la riſquer
, &
dés le commencement
de
la Campagne
, il s'eftoit
poſté
d'une
maniere
fi avantageufe
, qu'on
peut
DE NEERVVINDE .
5
&
en
dire , qu'il n'eftoit pas
poffible de l'attaquer dans
le Camp où il eftoit ,
que la Nature fembloit
avoir travaillé pour luy
faire un feur afile. Les
François eurent beau s'affoiblir
en
envoyant
Allemagne une Armée ,
pour ainsi dire , tirée de
leurs Troupes. Ce grand
détachement ne donna pas
à ce Prince la hardieffe de
faire un pas hors de fon
Camp. A regarder le but
que les Ennemis ont eu en
commençant cette guer
A
3
6 BATAILLE
re , rien n'eftoit plus avantageux
à la France que
l'application qu'ils faifoient
voir à chercher toutes fortes
de moyens pour éviter
le combat , puis que
leur union n'a efté formée
que pour accabler la
France , & qu'il eft difficile
d'en venir à bout en
demeurant toûjours fur la
défenfive. Quoy que la
France dût eftre fatisfaite
de cette maniere d'agir
qui convainc les Ennemis
par leurs propres demarches
, qu'il leur eſt
DE NEERVVINDE. 7
impoffible de réuflir dans
le but qu'ils fe font propofé
, & qu'elle puft demeurer
tranquille , & rire
de leurs menaces
, quand
elles font dementies
par
leur conduite , elle ne
croit pas que le repos foit
glorieux lors qu'on a les
armes à la main , & fuivant
fon ardeur & fon inclination
naturelle , elle
cherche tous les jours à
fe couvrir de nouveaux
Lauriers. Ses triomphes
font confiderables
; cependant
il feroit à fou-
A
4
8 BATAILLE
haiter pour toute l'Europe
qu'ils le fuffent encore
plus , les feules Victoires
de la France pouvant
& procurer la Paix , puis que
le Roy à fait affez voir
qu'il eft feul capable d'une
moderation inconnuë
jufqu'à fon regne , au lieu
que les avantages que
remporteroient
les Alliez ,
ne pourroient fervir qu'à
éloigner cette mefme Paix.
Toûjours vaincus ils ne
cherchent que la guerre ,
le Roy toûjours vainqueur,
ne cherche qu'à pacifier
l'Europe.
DE NEERVVINDE. 9
Quand les Sujets des
Princes liguez contre la
France peuvent parler ou
écrire fans rifque , ils font
connoiftre les voeux interieurs
qu'ils font pour
les Conqueftes du Roy ,
perfuadez que c'eft la
feule fource d'où peuvent
venir & la Paix , & leur
bonheur. Voila la fituation
des coeurs & des affaires
. Celle des Armées
eftoit , que le Prince d'Orange
à couvert dans fon
Camp de Park , vouloit
éviter le Combat , où
A S
10 BATAILLE
nous cherchions à l'engager.
Nous triomphions
par tout ailleurs fur mer
& fur terre , & comme
Chef de la Ligue , toutes
les pertes que les Alliez
faifoient retomboient fur
luy , ainfi que toutes les
plaintes de ce qu'il n'agiffoit
point pour détourner
leur malheur. D'ail
leurs , il faloit qu'il tentaft
du moins quelque
chofe qui fit connoiſtre
aux Anglois qu'il avoit
agy , pour meriter tant de
millions qu'il en
a reDE
NEERVVINDE. II
ceus . C'est ce qui luy fit
refoudre de furprendre
nos Lignes , pour tirer
quelques Contributions ,
& d'envoyer pour cette
expedition trois fois autant
de monde qu'il y en
avoit pour les garder. Il
eſt bien moins ſurprenant
qu'un fi grand nombre de
Troupes ayent forcé des
Lignes qui ne pouvoient é
tre gardées par tout , à caufe
de leur longue étendüe ,
qu'il n'eft extraordinaire
que nous les ayons faites.
C'eft une invention qui
I 2 BATAILLE
n'a efté trouvée que fur la
fin de la derniere Guerre ,
& qui comme une Barriere
a arrefté nos Ennemis
du cofté où nos Armées
n'agiffoient pas . De tout
temps le Pays le plus expole
a payé des Contributions
, & par le moyen
de ces Lignes nous
avons trouvé celuy de
ne rien payer , pour les
Pays qui auroient deû
contribuer , & nous en
avons toûjours tiré des
Ennemis , pour ceux des
leurs qui cftoient fujets
,
DE NEERVVINDE . 13
à la
Contribution , parce
qu'ils ne fe font pas trouvez
en eftat de faire des
Lignes comme nous . Ainfi
ce que nous avons payé
depuis qu'ils ont forcé les
noftres , jufqu'à ce qu'ils.
fe foient retirez , n'a rien
d'extraordinaire . Nous devrions
le payer toûjours
à regarder les loix de la
Guerre , qui veulent qu'on
paye d'un colté
qu'on fait payer de l'autre.
Nos Lignes nous exemptoient
de payer , &
nous n'avons qu'à nous
lors
14 BATAILLE
imaginer que nous n'en
avions pas encore trouvé
l'invention
, pendant un
mois de temps qu'on a
efté oblige de payer fuivant
l'ufage de la Guerre ,
dont nous nous eſtions
garantis depuis plufieurs
années. Le fruit des Contributions
ne fut
pas tout
ce qui engagea le Prince
d'Orange à faire forcer
nos Lignes. Il crut que
n'eftant point accouftumez
à fouffrir d'echec
nous envoyerions auffi- tôt
pour repouffer fes TrouDE
NEERVVINDE. IS
pes , & que la diverfion
que cela feroit des nôtres ,
nous empefcheroit
de
penfer à de plus grandes
entrepriſes
. On ne prit
point le change ; on laifla
fes Troupes
en repos
recevoir des fommes qu'-
on eftoit feur de retirer
bien- toft avec l'intereft
,
& le Siege de Huy ayant
efté refolu
, on y marcha
. Ce Prince
le repentit
du pas qu'il avoit fait
d'affoiblir
fon Armée
fur tout , lors qu'aprés la
prife de cette Place , il
16 BATAILLE
apprit que Monfieur de
Luxembourg
avoit envoyé
offrir la Neutralité
à la
Ville de Liege. On y mit
l'affaire en deliberation .
Plufieurs Chanoines furent
d'avis de l'accepter ,
& le refultat fut qu'on
ne concluroit rien , fans
en donner avis au Prince
d'Orange. On luy fit
fçavoir tout ce qui s'étoit
paffé. Il y jetta auffitoft
dix Bataillons , &
peu aprés les Chanoines
qui avoient opiné pour
la Neutralité , & par confequent
DE NEERVVINDE . 1
fequent pour la liberté
& le repos de leur Patrie
, furent arreſtez &
conduits à Maftric, Ainfi
à la honte des Alliez Catholiques
& de la Religion
, des Ecclefiaftiques
font livrez à des Protef
tants , & l'un des plus Illuftres
, & des plus grands
Chapitres de l'Europe ,
eft obligé d'en fuivre la
Loy , & n'a mefme plus
de voix deliberative , à
moins qu'elle ne ſoit en
leur faveur. La fituation
où les affaires fe trouve-
B
+8 BATAILLE
à rent alors ,
commença
embaraffer le Prince d'Orange
. Il avoit des Troupes
aux Lignes , il en venoit
d'envoyer à Liege ,
& il avoit lieu de craindre
que fi Monfieur de
Luxembourg
affiegeoit cette
Place , le Peuple qui
n'eftoit retenu que par
fes Troupes & par fes menaces
ne fe foulevaft.
Monfieur de Luxembourg
fit
redoubler fon inquietude
la
démarche qu'il
par
fit en allant reconnoiftre
la Place . Voicy ce que
?
DE NEERVVINDE. 19
j'ay tiré d'une fort belle
Relation touchant cet Article.
à
Aprés la prife du
Chasteau de Huy , qui
capitula le 23. Juillet
4. heures aprés midy
, Monfieur de Luxembourg
refolut de s'approcher
de Liege dans le
deffein d'ofter aux Ennemis
la communication
davec cette Place &
de les obliger s'ils vou-
B 2
20 . BATAILLE
toient veiller à leur feureté
>
ou de paffer le
Tard devant luy , auquel
cas il eftoit en état
de les
attaquer avec
beaucoup d'avantage ,
ou bien à remonter jufques
à Maftrich où le
Tard fe jette dans la
Meufe pour retomber
enfuite fur Liege le long
de cette riviere . Dans
cette veuë , aprés avoir
laißé Monfieur de Guifcard
à Huy , avec une
DE NEERVVINDE.. 21
Garnifon fuffifante , &
avoir fait rappeller le
24. toutes les Troupes ,
qui avoient efté audelà
de la Meufe pendant le
Siege avec Monfieur le
Maréchal de Villeroy ,
außs bien que le Corps que
commande Monfieur le
Marquis d'Harcour , à
quiil ordonna de le fuivre
, il partit
de fon
Camp de Vignamont le
25. & alla camper au
Chafteau de Lefqui qu'il
B
3
22 BATAILLE
prit pour fon quartier
, ayant la droite à
une lieuë demie de
Liege , & fa gauche
tirant vers le Tard. Le
26. il alla de grand matin
reconnoiftre le retranchement
que
les Ennemis
avoient fait deoù
l'on
vant Liege
comptoit alors qu'il y
avoit prés de trente Bataillons
, tant pour voir
s'il eftoit poßible de le
forcer , qu'afin que celDE
NEERVVINDE . 23
te demarche donnast lieu
aux Bourgeois déja fort
étonnez par la prife de
Huy , de faire quelque
remuëment. Il s'en approcha
donc jufqu'à la
demi - portée du Canon
avec tous les Dragons
de l'Armée qu'il avoit
pris pour escorte , & une
partie de la Maifon du
Roy qu'il laiffa en Bataille
derriere luy tous
le long du retranchement,
& àla faveur de quel24
BATAILLE
ques Dragons qu'il fit
avancer pied à terre
dans les Hayes , il coula
>
tout le long du retranchement
d'un bout à l'autre
depuis la Meufe où
il commence jufques à la
Citadelle ou il finit
l'examinant avec beau-
- coup de foin autant que
cette distance , & l'incommodité
du terrain
qui eft fort ouvert prefque
par tout , Le luy
permettoient. Les Ennemis
DE NEERVVINDE. 25
nemis s'en eftant apperseus
tirerent du Canon
de quelques Batteries
qu'ils avoient en plufieurs
endroits , tant fur
luy que fur les Troupes
qu'ils voyoient de
tous coftez , fans neanmoins
qu'il y euft qu'un
Dragon de blessé à une
petite efcarmouche, aprés
quoy Monfieur de Luxembourg
revint dans
fon Camp trouvant
l'entreprise du retranche-
C
26 BATAILLE
ment trop difficile &
hazardouse , d'autant
plus qu'il freut dans le
meme temps qu'il y venoit
encore d'entrer dix
Bataillons , par le cofté
de Maftric. Il prit un
les
autre deffein , à quoy
avis qu'il avoit du mouvement
du Prince d'Orange
donnerent lieu , &
refolut de l'aller chercher
, efperant pouvoir
le furprendre dans fon
> Camp ou le joindre
DE NEERVVINDE. 27
dans fa retraite , &
pour mieux cacher ce
qu'il vouloit fairé , &
fuivre toujours en même
temps fa premiere pens
sée par rapport au Peu
ple de Liege , il ordonna
dés le foir qu'on fiſt trois
cens fafcines par Ba-
Escadron ; à
taillon , cent par
€5
employa la journée fuivante.
Cette manoeuvre mettoit
le Prince d'Orange
quoy
on
C 2
28 BATAILLE
dans la neceffité de faire
quelques pas pour nous
inquieter , ou plûtoft pour
montrer aux Liegeois qu'-
il avoit réfolu de marcher
pour les défendre ,
& qu'il ne verroit pas
prendre leur Ville , comme
il avoit vû prendre
Mons , Namur , & Huy
fans les fecourir . S'il fe
fuft agy d'un Siege dans
les formes , le Prince d'Orange
auroit pû attendre
que Monfieur de Luxembourg
l'euft commencé
fans faire aucun mouveDE
NEERVVINDE. 29
f
ment , mais comme il n'étoit
question que de forcer
des retranchemens
la Ville n'eftant pas affez
forte pour refifter enfuite
, le Prince d'Orange
auroit marché trop tard
s'il euft attendu qu'ils euffent
été attaquez , & même
la Ville de Liege auroit
pû s'accommoder
fi elle
ne luy cuft vû faire aucune
demarche . Il en fit donc
qu'il crut luy devoir étre
avantageufes
, s'imaginant
que le pas qu'il avoit fait ,
inquieteroit
Monfieur de
C 3
30 BATAILLE
Luxembourg , qu'il empêcheroit
les Liegeois de
s'accommoder , & les animeroit
pour le bien défendre.
Il crut enfin , tirer
un quatriéme avantage
de cette démarche
s'imaginant qu'en faifantfaire
quelques fortifications
, le pofte qu'il avoit
pris feroit hors d'eftat
d'eftre attaqué. En effet
il cftoit impratiquable
la Cavalerie , & fur une
petite hauteur qui dominoit
la plaine , où l'Armée
du Roy fut obligée de fe
DE
NEERVVINDE . 31
rendre pour le forcer. Voicy
des Extraits de quelques
Relations qui parlent
de la maniere dont ce Prince
eftoit polté & retranché.
Il fit faire de nouveaux
retranchemens à
tous les endroits par où
on pouvoit le forcer. A
Sa gauche il avoit un
bois le ruiffeau de
Landen ; à fa droite il
avoit les Villages de
C 4
32
BATAILLE
Laer & de Neervvinde.
Il avoit fait tirer un retranchement
entre ces
Villages , qui eftoient bordez
de quatre - vingt
pieces de Canon , toutes
les avenues en étoient
fermées par des paliſſades
doubles , des chevaux
de Frife. Enfin
il eftoit fermé de toutes
parts , ou par des Riviedes
Lignes ,
res
on
par
& on ne pouvoit le peneDE
NEERVVINDE . 33
trer que par les Villages
fortifiez dont on vient de
parler.
Voicy de quelle maniere
parle une autre Relation
.
Les Ennemis eftoient
avantageufement
poflez
fur une hauteur , où ils
fe retranchérent
la nuit
du 28. au 29. & fortifierent
leur droite & leur
gauche. A droite ils avoient
un tres -grand
Village , un raiffeau &
C
S
34 BATAILLE
des bayes ; à leur gaysche
un tres -grand
profond Ravin qu'ils avolent
retranché , & de_
vant eux au centre , une
bauteur
confiderable qu'-
ils
avoient außi retranchée.
Voicy encore deux ou
trois endroits qui parlent
de la fituation
du Camp
du Prince d'Orange , & de
la maniere dont il eftois
fortifié.
Le Camp des EnneDE
NEERVVINDE . 35
mis avoit à fa droite un
Ruiffeau qui tombe dans
la Gette , à fa ganche
la Riviere de Beck qui
couvroit en mefme temps
une partie de leur Aile
gauche. Ces deux Rivieres
le Ruiffeau
fermoient
tellement
leur
Camp , qu'il n'y avoit
à la tefte entre le Ruif
feau de leur droite , &
la Riviere
de leur gauche
, qu'un espace d'environ
trois quarts
de
36 BATAILLE
lienës , le long duquel
étoit une Ravine profonde
, qui aboutifloit
d'un cofté au Village de
Neervvindefur le Ruiffeau
de leur droite , &
de l'autre cofté au Villade
Néerlenden.
ge
Une autre Relation
ajoûte , que le Prince
d'Orange avoit fait faire
un Foßé large de
fix pieds , avec un Parapet
de huit , bordé de
quatre - vingt pieces de
DE NEERVVINDE . 37
A
Canon ·ce qui couvroit
entierement le
Front des Ennemis , &
embraffoit les deux Villages
de Néervvinden , 5
de Neerlenden .
Ce que vous allez
lire reprefente encore
bien la force & la fituation
du Camp des
Ennemis .
Leur Flanc droit étoit
couvert par les Villages
de Neervvinde
& de Laër qui fe tou38
BATAILLE
chent , & n'en font prefque
qu'un ; leur gauche
par ceux de Baflanden
, de Dormal qui
Se communiquent
l'un à ·
l'autre par des Hayes ,
avec un retranchement
,
eflevé qu'ils avoient
toute la nuit. Ce retranchement
prenoit depuis
Néervvinde , jufqu'à
Baflanden , & enveloppoit
toute leur Armée
, l'Infanterie étant
le long du Retranchement
DE NEERVVINDE . 39
la Cavalerie derriere les
deux Lignes. Il eftoit fait de
maniere qu'il ſe flanquoit en
beaucoup d'endroits && ils
avoient plufieurs Batteries
tout le long , & particulierement
auprès des deux
Villages , où leur droite
leur gauche estoient appuyées.
Vous voyez que toutes
les Relations fe
rapportent
touchant
la
fituation
avantageufe
du Camp
du Prince
d'Orange
. J'ay cru vous
40 BATAILLE
en devoir donner quelques
peintures pour vous
les faire mieux connoiftre
, parce que ce
font ces Retranchemens
qui rehauffent la gloire
des François , & qui
fonr voir , que rien ne
leur eft impoffible . Ainfi
c'eſt à leur force que
nos Troupes doivent la
haute reputation qu'elles
fe font acquife en
cette occafion , & lon
ne peut rien ofter à ces
Retran
DE NEERVVINDE . 41
Retranchemens , fans
affoiblir la gloire de
tant de Braves . Comme
chacun les a peints'
diverſement , & que
quelques - uns ont ajoûté
ce que les autres
ont oublié , j'ay crû
vous devoir marquer ce
qu'en ont écrit ceux qui
les ont veus ,
les
uns
par un cofté , les autres
par un autre , & qui ont
fait differentes Obfervations.
D
42 BATAILLE
La Relation qui fuit
a efté faite par un
grand Prince. Quelque
exacte qu'elle foir ,
il a oublié plufieurs
beaux articles . Ce font
ceux qui le regardent ,
mais en voulant cacher
fa valeur , il découvre
fa modeftie. Il ne fera
pas difficile de le reconnoiftre
, en voyant
que fon nom manque
à cette Relation , les
belles actions qu'il a
DE NEERVVINDE. 43
faites étant generalement
connuës ,
Au Camp de Coarem ce 3. Aouft 1693 °
E vous ay déja mandé ,
IMonfieur , ce qui s'estoie
paßé
le
(26. au Camp de
Hellich ; que Monfieur de
Luxembourg avoit esté reconnoistre
les Retranchemens
de Liege
qu'il avoit trouvées à les attaquer
, & qu'il avoit jugé
que la reuffite en fervit
tres incertaine. Il apprit
ce jour là 2.6. que le Prinles
difficultez
·
D 2
44 BATAILLE
>
یم
ce d'Orange eftoit toûjours
dans fon mefme Camp
c'est - à - dire sa droite à
Neerv vinde fa gauche
vers Lauter . devant luy
le Ruiffeau de Landen ,
la Geette derriere . Il prit
dés ce moment le party de
marcher à luy , & de faire
pour le joindre le plus de diligence
qu'il feroit poffible ;
mais comme le pain manque
le Convoy
le
27 . quoit ,
ne devoit arriver que
au matin , il crat eftre obligé
de l'amufer , & de faire
courir le bruit qu'il alloit
DE NEERVVINDE . 45
1
attaquer
•
Les Retranchemens
de Liege. Il fit commander
à cet effet quantité
de Fafcines , & vous -verrez
que ce stratageme n'a
pas efté inutile. Le deffein
de Mr de Luxembourg etoit
de partir le 27. au foir pour
pouvoir arriver le 28. de
bonne heure , à portée de
Parmée Ennemie. Les pluyes
qui durerent depuis le 26 .
juſqu'au
au 27. à minuit l'obligerent
à remettre (a marche au
28. au matin.
Nous paffares le far fur
plufieurs Colonnes. La Cavalerie
de la gauche à la
D 3
46
BATAILLE
tefle de laquelle marchoit
Monfieur de Luxembourg
paffa à Oerfa >
Greville
Borchvvorm & l'Infanterie
à Grande Petite
, Ache , Berlo , Ologne
Fars. La Cavalerie de la
droite á Lams les Beguines ,
qui eft la fource du Jars.
Vous voyez que dans cette
marche , nous avions fait de
noftre Aile droite noftre Aile
gauche.
Si - toft que Monfieur de
Luxembourg parut au Moulin
de Coarem il apprit
que les Ennemis eftvient enDE
NEERVVINDE . 47
core dans leur méme Camp.
Tracy ,
le Chevalier de
Nifle , & le Four qu'il avoit
envoyez debors par
differens endroits , luy confirmerent
cette Nouvelle.
Il fit alte au Moulin pour
donner temps au reste de fon
Armée & particulierement
à l'Infanterie , dont les chemins
avoient esté mauvais ,
d'achever le paffage du
Jars.
,
Monfieur le Marefchal
de Joyeuse avoit esté detaché
ce jour - là 28. pour Flandre
avec quatorze Bataillons ,
48
BATAILLE
-
dix-neuf Efcadrons , &
devoit aller camper fur la
Mehagne. Si toft qu'il apprit
cette nouvelle , il vint
rejoindre Monfieur de Luxembourg
, 9 manda à Meffieurs
de Montchevreuil Pracontal
, qui marchoient à la
tefte de ces Troupes , de venir
en diligence rejoindre l'Armée.
Monfieur de Luxembourg.
alla au devant de Monfieur
le Marefchal de Villeroy qui
paffoit à la tefte de la droite
à la fource du fars , & qui
ayant un plus grand tour à
faire
DE NEERVVINDE . 49
faire , ne pouvoit eftre arrivé
fi - toft que la gauche. Il
le joignit auprés du´ Moulin
de Corly , es refolut de
s'avancer du cofté & à portée
des Ennemis , pour leur
faire paroistre une Tefte qui
puft les contenir , & donner
au refte de l'Armée le temps
d'arriver , ou pour attaquer
leur arriere - Garde en cas
de retraite. Monfieur le Maréchal
de Joyeuse & Monfieur
le Duc s'avancerant
pareillement avec la Cavalerie
de la gauche , &
j'eus ordre de la fui-ure:
E
30 BATAILLE
avec toute l'infanterie , le
plus diligemment qu'il feroit
poffible.
La Teste de nos Troupes
arriva à la veuë du Camp
des Ennemis , fur la hauteur
qui eft entre Rocourt
Heylefem. Ils parurent
fi peu avertis de nostre marche
, qu'ils ne monterent à
Cheval qu'après avoir
Veu paroistre plufieurs de
nos Efcadrons. Ils fe mirent
alors en Bataille à la
teste de leur Camp , & comme
il eftoit plus de quatre
beures , Monfieur de LuxemDE
NEERVVINDE. 51
bourg ne jugea pas qu'il pust
combattre cette journée. Il
jetta des Dragons dans le
Village de Sainte Gertrude ,
dans celuy de Hautevvinde
, qu'il fit relever par
des Bataillons du détachement
de Monfieur de Joyeu-
Je , que le Chevalier de Montchevreuil
amenoit. l fe
paffa entre les deux Armées
quelques legeres efcarmouches
dans lesquelles Pracontal
receut un coup de Pi-
Stolet. Farrivay avec l'infanterie
à buit heures
Monfieur de Luxembourg m'org
>
و م
E 2
52
BATAILLE
donna dans ce moment de
me faifir du Village de Landen
, dans lequel le Marquis
de Crequi fe posta avec
les Brigades de Lion.
nois de Bourbonnois . Monfieur
de Feuquieres y amena
celles de Maulevrier
varre ,
Nad'Anjou
, & d'Ar-
,
tois , les Dragons d'Affeld
, Fimarcon & Cailus
Se placerent entre Landen
Sainte Gertrude. Mef
fieurs de Rubantel & de Barvik
entrerent dans le Village
de Hautev vinde avec
les Brigades de Piedmont , le
DE NEERVVINDE . 53
6 Roy , Cruffol , Orleans
Regnold , & Meßieurs de
Villeroy & de Joyeuse formerent
entre ces Villages une ligne
de Cavalerie , composée
de fept Efcadrons de la Mai-
Son du Roy , & des Regimens
Mestre de Camp general
, Dauphin Etranger
Bourbon. La feconde ligne
eftoit composée des Brigades
des Gardes de
Guiche ; la troifieme du refte
de la Maifon du Roy , de
la Brigade de Bolheim
de ce qui reftoit de celles de
Phelypeaux & des Cara-
نم
E 3
54
BATAILLE
biniers.
Les Brigades de
Zurlauben , Surbec , la Sarre
& Vermandois fe placerent
derriere cette troifiéme
ligne. Tout le refte de la Cava .
lerie fe mit derriere , fur autant
de lignes que le terrein le
put permettre.
La nuit fe paffa fort
tranquillement. Nous ententions
beaucoup de bruit
dans le Camp des Ennemis ,
Sans pouvoir distinguer sils
Se retiroient
ou s'ils fe retranchoient.
Dés que le jour
nous apperceûmes
parut ,
leur Armée en bataille , leur
DE NEERVVNIDE.
55
que
droite du cofte de Laër , dans
lequel ils avoient jette beaucoup
d'infanterie , auſſi bien
dans Neervvinde ; nous
connûmes auffi qu'ils avoient
tiré un retranchement depuis
ce Village juſqu'à Ner.
landen , confervant toûjours
une hauteur fort avantageuse
, & au pied de laquelle
il y avoit quelques
L'extrémité de ravines.
leur gauche fe plioit le long
da ruiffeau de Landen , &
s'étendoit du costé de Leuvve.
Il nous parut auffi
que toute leur premiere li-
E
4
56
BATAILLE
estoit d'infanterie ; qu'il
y avoit trois lignes de Cagne
valerie
,
qui avoient la
droite à la Geette , & faifoient
face au Village de
Laër & à une ouverture
qui eft entre ce même Village
& Neervvinde , & que
le refte de leur Cavalerie
estoit fur deux lignes pour
foutenir l'Infanterie
defendoit leurs retranchemens.
Ils avoient outre cela
jetté un corps d'Infanterie
dans les bayes du Village de
Ballanden ,
qui
répandu leur
Artillerie , qui estoit nomDE
NEERVVINDE . 57
breuſe , tout le long de la
Ligne.
Dés que le jour fut affez
grand pour permettre aux
deux Armées de fe diftinguer
, ils commencerent à
faire un feu de Canon , lequel
augmenta toûjours
jusqu'à la fin du combat.
Nous établifmes auſſi nos
mais comme la batteries
bauteur fur laquelle eftoient
les Ennemts eftoit un peu fuperieure
à la nôtre , ils fouf
froient moins de nôtre Canon
que nous du leur.
M. de Luxembourg ayant
E
S
58
BATAILLE
reconnu qu'il eftoit neceffaire
que nous occupaffions tes
Hayes & le Village de
Rumpsdorp , nous ordonna ,
au Marquis de Crequi
de nous y poster
à
moy ,
avec les Brigades qui avoient
paße la nuit aux
environs de Landen ce
que nous fifmes fous le feu
de leur Canon mais Jans
trouver aucune refiftance
de la part de leur Infanterie.
Comme il eftoit impoffible
, quand nous aurions
forcé les retranchemens de
ce côté - là , que nôtre CaDE
NEERVVINDE . 59
valerie euft pu s'estendre
dans la plaine fans prefter
le flanc à la gauche des
Ennemis qui s'etendoit du
côté de Leuvre , Monfieur
de Luxembourg refolut de
commencer l'attaque par
chaffer les Ennemis des Villages
de Laër & de Neervinde
, & de faire avancer
en méme temps toute fon
Armée en bataille juſqu'à
la hauteur de Rumpsdorp
afin qu'außi- toft qu'on auroit
forcé les deux Villages
on puft attaquer les retranchemens
de tous coftez. Il or-
>
2
60 BATAILLE
la
ordonna à Monfieur de Rubantel
à Milord Lucan d'attaquer
le Village de Neervinde
par la droite avec la
Brigade de Cruffel , &par
gauche avec celle d'Orleans ,
& à Rynold de marcher
avec fa Brigade & le Regiment
Colonel de Dragons
pour emporter le Village de
Laer , Meffieurs de Ximenes
Pracontal avec la
gauche de la feconde ligne
s'avancerent dans la plaine
pour foûtenir cette attaque
, & Bezons arvec la
referve de toute l'Armée
DE NEERVVINDE . 61
s'avança fuivant l'ordre
de bataille dans lequel
nous avionspaßé la nuit,
pour venir mettre la droite
aux Hayes du Village
deRumpsdorp, la gau
che entre Hautevvinde
& Neervvinde . Nôtre
Canon marchoit à notre
téte qui tiroit fur les retranchemens
des Ennemis
, mais le leur qui étoit
en plus grand nombre ,
nous incommodoit beaucoup
, & les plus vieux de
nos Officiers difent n'a62
BATAILLE
voir jamais veu une ca
nonnade pareille effuyée
fi long - temps ny de fi
prés, & plus femblable
aux combats de mer qu'à
ceux de terre.
les
L'attaque
de Neervvinde
reüßit d'abord
affez bien malgré la refiftance
des Ennemis.Nos
gens les chafferent
poufferent
jusqu'auprés
des retranchemens
; mais
ils n'y purent demeurer
long-tems à caufe du feu
DE NEERVVINDE. 63
du Canon & de Moufquet
qui fe trouva fuperieur
, & nous fit reperdre
en peu de temps tout
le terrain que nous venions
de gagner. Monfieur
de Luxembourg qui
connoiffoit bien
Victoire dependoit de la
reußite de cette attaque ,
y fit avancer la Brigade
de Guiche commandée par
Albertgoty. Monfieur le
Duc & Monfieur de
Marfin s'eftant mis à la
que la
64 BATAILLE
téte emporterent fur les
Ennemis le méme terrain
que nous avions reperdu ,
& eurent pareil fort aprés,
quifut d'étre repousfez.
Dans ce temps , nos
Dragos de la droite qu'on
avoit faitpaffer de l'autre
côté du ruiffeau de Landen
, s'eftoient avancez
jufqu'à la téte de Nerlanden
, & avoient attaqué
quelques Bataillons qui
étoient à la téte de leurs
retranchemens. Ces Ba
taillons ayant été fouteDE
NEERVVINDE . 65
nus, M. le Marquis de
Crequi y fit avancer les
Brigades de Navarre ,
Bourbonnois, Lyonnois &
Anjou , qui chafferent les
Ennemis , & fe rendirent
maîtres d'un de leurs retranchemens
. Le combaty
fut fort opiniâtré. Ily avoit
encore une ravine,
un autre retranchement
que nous ne pûmes emporter
au- delà de celuy
qui avoit efté forcé ,
65 comme celuy que nous
tenions nous de venoit
F
66 BATAILLE
inutile , parce qu'il étoit
inferieur à l'autre , nous
primes le party de nous
retirer à notre
premier
pofte , aprés avoir tué
beaucoup des Ennemis ,
& perdu un affez grand
nombre des Nôtres.
Monfieur de Luxem-
-
bourg ayant veu que l'at
taque de Guiche n'avoit
pas mieux reüßi que la
premiere , fit avancer la
Brigade des Gardes par
la droite de Neervvinde ,
DE NEERVVINDE. 67
1
aprés un combat tresopiniâtré
, il fe rendit
maistre de la tefte du
Village jusques à la
hauteur du retranchement
des Ennemis , ayant
efté foutenu
en dernier
lieu par la Brigade de
Vermandois
, que le Marquis
de Charoft y mena ,
& qu'il fit mettre en
bataille au-delà du retranchement
, ce qui donna
lieu aux Gardes &
& aux autres Troupes ,
F 2
68 BATAILLE
qui avoient pris & gardoient
ce pofte , d'étendre
un front qui arrêta le
mouvement de buit Bataillons
des Ennemis.Les
Brigad`s de Subec & de
Zurlaube entrerent à la
gauche, foutinrent par
là une partie du Village.
Celles de Piedmont 5 du
Royfefaifirent du reste ,
pourcette fois nous en demeurâmes
les maîtres
malgré les fequentes attaques
que les Ennemis
DE NEERVVINDE . 69
firent pour nous en chaffer.
Reynold defon côté avec
ſa Brigade & le Regiment
Colonel de Dragons,
avoit chaẞé les Ennemis
de Laër, à la faveur
de fon Infanterie ,
Monrevel avoit paẞé das
la plaine avec fon Regimet
e celuy de Puyguion ,
avoit battu une ligne
des Ennemis. Bezons y
avoit außi fait paffer les
Regimens du Roy, Bellegarde
& de Villequier.
Comme nos Troupes ne
F
3
70 BATAILLE
pouvoient pas eftre aisément
foûtenuës , à cause
d'un petit ruiffeau qui
vient de Laër , £5 va
tomber dans la Geete ,
par lequel il falloit défiler
, elles furent obligées
de fe retirer aprés quelques
charges.
Monfieur le Maréchal
de Villeroy
, qui étoit
à la tefte de la Maifon
du Roy avec Mon.
fieur le Duc de Chartres,
Monfieur Rozen & >
DE NEERVVINDE . 71
Monfieur de Roquelaure
, ayant apperceu que
nous eftions maîtres de
Neervvinde ,prit le party
de marcher avec fes
Troupes à la faveur du
feu de notre Infanterie ,
ce qu'il executa , le Regiment
des Gardes luy
ayant ouvert un paſſage.
Comme il marchoit à
colonnes renversées , il fit
entrer d'abord les Chevaux
- Legers
Garde , les Gendarmes ,
de la
72 BATAILLE
les Gardes du Corps fuivant
leur ordre ; ce que
Monfieur
de Luxembourg
ayant
apperceu , il
nous ordonna à Monfieur
de
Marfin & à moy
d'entrer außi dans leurs
retranchemens
à la tête
des Carabiniers du Regiment
de Condé , de celuy
de la Feuillade , & de
quelques autres par des
paffages que nous avions
fait faire entre la Brigade
de Surbec & celle
du
DE NEER VVNIDE . 73
du Roy, & nous marchames
avec ces premieres
Troupes paẞees pour
nous joindre à celles de la
maison du Roy qui é
toient entrées . Dés que
les Ennemis nous virent ,
ils
marcherent à nous › ‹
comme ils eftoient beaucoup
plus forts , il y eut
quelques - uns de nos Ef
cadrons rompus , mais cette
charge , quoy que malbeureufe
, ne laiffa pas de
donner le temps à tout le
refte des Troupes qui nous
G
·74 BATAILLE
Survoient en foule , de
venir à notre fecours.
Notre Infanterie paffa
une partie des retranchemens
, vint fe mettre
en bataille dans la
plaine. Monfieur le Maréchal
de Foyeuſe, Monfieur
le Duc , & tous les
autres Officiers Generaux
tant de la droite
que de la gauche , firent
paffer le plus de Troupes
qu'ils purent de celles
qui eftoient fous leurs orDE
NEERVVINDE. 75
1
dres , & quoy qu'il y ait
en des charges moins
heureufes pour nous les
unes que les autres , nous
ne laiffâmes pas pourtant
de gagner toujours
du terrain fur les Ennemis
, & de nous trouver
en état de nous former
devant euxfur deux Lignes
, & de leur preſenser
un front pareil au
Jeur.
Dans ce temps - bà
Monfieur d'Harcourt
qui
G2
76 BATAILLE
eftoit campé auprés de
Huy , ayant ouy le Canon
, eftoit venu en diligence
pour nous joindre
avec les Troupes qui étoient
à fes ordres , &
s'eftoit pofté à notre
che , croyant que c'estoit
Le lieu où il feroit le plus
gauutile.
Ilfit pafferfes Troupes
entre Laër & Neervvinde.
Messieurs de Ximenes
& Bezons formerent
außi une ligne entre
Læër la Geete , &
DE
NEERVVINDE. 77
tous enfemble chargerent
la droite des Ennemis ,
la renverferent dans la
Geete. Leurgauche ne fit
guere plus de refiftance.
contre notre droite , & le
refte du Combat ne fut
plus qu'une déroute de la
part des Ennemis , à la
referve de dix ou douze
Efcadrons & de trois Bataillons
qui pafferent la
Geete auprés de Leuvve
, avec moins de con.
fufion que les autres.
G
3
56 BATAILLE
Comme cette Riviere eft
difficile à paffer , nous ne
les poußames pas plus
avant. Monfieur le Prince
d'Orange fe retira à
Dieft , & Monfieur de
Baviere à Louvain .
Nous
demeurâmes quelque
temps fur le champ
de
bataille ,
aprés
quoy
nous vinfmes camper à
Landen , fur le ruiffeau
de mefme nom .
Nous apprenons tous
les jours des circonftances
DE NEERVVINDE . 79
qui augmentent la perte.
des Ennemis. Nous leur.
avons pris foixante &
feize pieces de Canon ,
buit Mortiers , 9. Pontons
, la plus grande.
partie de leur équipage
d'Artillerie , foixante Etendars
ou Tabliers de
Timbales , vingt - deux
Drapeaux. Nous avons
deux mille
Prifonniers ,
· parmy lefquels il y a
deux cens Officiers ; dont
les principaux font , M.
G
4
80 BATAILLE
Defgravemoer , Lieutenant
General , le Duc
d'Ormont , bleẞé dangereufement
, Monfieur de
Zuileftin , le Comte de
Broйay , General-major,
& beaucoup de Colonels.
Le Comte de Solms,
General de leur Infanterie
, a eu la jambe emportée
d'un coup de canon;
le Prince de Barbançon,
Meßieurs Doffenaer
g de Bufak , Generauxdes
Troupes de Ha
DE NEERVVINDE. 8r
nover,font demeurezfur
la place. Milord Portland
eft bleẞé.
Nous avons perdu de
Gens de marque , Meffieurs
de Montchevreuil,
Montrevel , Bolbein ,
Saint Simon , Monfort ,
Quoad , Gaßion, Prince
Paul , Duc d'Uzez ,
Gournay , Saint Mars ,
Chanvalon ; Gaugeac ,
Chaftenay , Capitaines
aux Gardes.
Les bleffez font Mon-
G 1
82 BATAILLE
ur le Maréchal de
Joycufe , Milord Lucan,
Montmorency , Pracontal
, Lignery , Rebé , la
Rocheguson , Comte de
Lux , Surville , Tracy ,
Marin, Imecourt, Bournonville
, Surbec , Greder,
Cherberg , Pluvaux,
Silly, Poinfegu , Chevalier
de Sillery & d'As.
feld ; les Liftes vous inftruiront
du refte.
Ilferoit difficile qu'on
puft louer tous les PartiDE
NEERVVNIDE . 8 3
culiers autant qu'ils le
meritent , mais je ne puism'empêcher
de dire qu'il
n'y a rien d'égal à tout ce
qu'à fait Monfieur de
Luxembourg pour l'entrepriſe
& pour l'execution
decette affaire. Meffieurs
les Maréchaux
de
France s'y font extrémement
diftinguez, & on ne
peut affez louer Monfieur
le Maréchal
de Villeroy
du temps qu'il a pris
pour faire entrer la Mai84
BATAILLE
fon du Roy dans les retranchemens.
C'est à cette
Maifon du Roy qu'on
doit en partie le gain de
la Bataille. Monfieur le
Duc de Chartres s'eft conduit
à fon ordinaire avec
beaucoup de valeur.Monfieur
le Duc a chargé plufieurs
fois , tant à la tefte
de la Cavalerie , que de
l'Infanterie , & tous nos
Officiers Generaux, Brigadiers
Colonels , n'ont
eu d'autre application
qne
DE NEERVVINDE . 85
de fervir utilement , &
ont reüßy. Quoy que nous
ne fçachions pas au juste
la perte qu'ont faite les
Ennemis , il eft certain
qu'elle furpaffe de beaucoup
la nôtre. Ils font à
prefent campez auprés de
Vilvorde , & nous marchâmes
hier pour venir
icy. Nous avons la droite
à Ifele , & la gauche à
Cortis.
f'oubliois de vous dire
que le Duc de Barvik ,
86 BATAILLE
Coẞé & quatre ou cing
autres de nos Officiers ont
efté faits prifonniers.
Nous avons aprus par les
Prifonniers
que le Prince
d'Orange n'avoit en avis
de noftre marche ` , ប
qu'il n'avoit pris le party
de fe retrancher qu'à dix
heures au foir ; choſe
étonnante qu'on ait pû
faire un auß grandtravail
außi bien conduit ,
de nuit , & en fi peu de
temps.
DE
NEERVVINDE . 87
Monfieur de Gutfcard
qui étoit à Huy
ayant ouy le Canon vint
en diligence, es s'eft trouvé
à la fin de la
Bataille,
qui a duré depuis quatre
heures du main jufques
à trois heures aprés midy,
c'est- à- dire , les
quatre
premieres beures d'une
canonnade tres- vive , &
Le refte d'une charge prefque
continuelle
.
L'Armée des Ennemis
eftoit de
cinquante38
BATAILLE
cinq Bataillons , & de
cent cinquante Esca
drons.
La beauté de cette
Relation en ayant fait
fouhaiter des copies , il
s'en eft fait un fi grand
nombre , qu'il s'y eft
gliffe beaucoup de fautes.
Quoy que celle que
je vous envoye ne foit
pas des moins correctes ,
il est bien mal - aifé qu'-
elle en foit tout à fait
exempte.
DE NEERVVINDE . 89
exempre. On ne les doit
pas imputer au grand
Prince qui s'eft donné
Ja peine de la faire ; il a
de trop feures lumieres
dans le Métier de la
Guerre , & fçavoit trop
bien les chofes qu'il a
écrites pour en avoir
fait aucune .
Le Combat eftoit à
peine finy , que Monfieur
le Maréchal Duc
de Luxembourg depêcha
au Roy Monfieur
H
90
BATAILLE
d'Artagnan ,
Major du
Regiment
des
Gardes
Françoiſes ,
pour luy en
porter
les
premieres
nouvelles . Il
n'eftoit
encore
alors
venu au-
.
cune
Relation de l'Armée
, & ce
General n'écrivit
au
Roy
que ce
qui
fuit ,
SIRE,
Monfieur
d'Artagnan dira à
VM.
comme tout s'eft paẞe.
Les
Ennemis ont fait des merveilles
, mais vos
Troupes ont en
core mieux fait ; les
Princes de
DE NEER VVINDE. 91
voftre Sang s'y font ſurpaſſez.
Pour moy , je n'y ay point eu de
part , que d'avoir pris Huy , d'avoir
donné le Combat au Prince
d'Orange , de l'avoir battu
ainsi que V. Majesté l'avoit expreffement
ordonné.
Monfieur
d'Artagnan
fit un détail au Roy de
ce qu'il avoit vû , mais
il ne le put faire que general
, parce qu'il eftoit
impoffible lors qu'il partit
de fçavoir à quoy alloit
nôtre perte, non plus
que celle des Ennemis.
H 2
92 BATAILLE
Cependant cette action
parut au Roy belle , hardie
, & bien glorieufe
pour la France . Dés que
Sa Majefté l'eut apprife ,
Elle marqua la fatisfation
qu'Elle en recevoit,
en donnant à Monfieur
d'Artagnan le Gouvernement
d'Arras , qui
vaquoit par la mort de
Monfieur le Chevalier
de Montchevreuil , Lieutenant
General , & cydevant
Colonel du ReDE
NEERVVINDE . 93
giment du Roy , qui avoit
efté tuéн dans le
Combat , dont la nouvelle
eftoit apportée à Sa
Majefté par M. d'Artagnan
.
Quelques jours aprés ,
+
il vint un fort grand
nombre de Relations ,
chacun fe faifant un
plaifir de faire de vives
peintures d'une action
que la réfiftance des
Ennemis avoit renduë
fi glorieuse à ceux qui
H 3
94 BATAILLE
avoient eu l'avantage de
s'y trouver. Ce fut par
ces Relations qu'on apprit
que Monfieur le Duc de
Chartres avoit chargé à la tefte
de la Maifon du Roy , qu'il
avoit tout animé par sa prefence
& parfon exemple , qu'il
eftoit demeuré cinqfois feul au
milieu des Ennemis , que le
Sr du Roché , tun de fes Sous-
Ecuyers , l'empécha d'eftre pris,
tua deux hommes auprés de
luy , qui avoient tiré chacun
un coup de Piftolet fur ce
Prince , qui en receut quatre
dans fes habits & dansfes arDE
NEERVVINDE . 95
mes ; qu'un de fes Gentilshommes
avoit esté tué auprés
de luy que Monfieur le
Marquis d'Arcy l'avoit perdu
; que ce Marquis avoio
receu quatre coups dans fes ba .
bits auprés de ce Prince ; qu'il
avoit en un cheval tué fous
luy , ainsi que plufieurs de
ceux qui estoient d'abord auprés
de Monfieur le Duc de Chartres.
Monfieur le Duc &
Monfieur le Prince de Conty
ont paru dans ce Combat
avec une diſtinction
qu'il feroit difficile de bien
96
BATAILLE
exprimer.
Meffieurs les
Maréchaux de France ont
fait tout ce que l'on pouvoit
attendre de leur va
leur , & de leur conduite ,
ainfi que tous les Officiers.
Generaux & autres Officiers
. Ce feroit chagriner
le public que de ne
leur pas donner les louanges
qui leur font deuës
mais afin qu'elles foient
moins fufpectes , & que
l'on ne croye point que
mon zele me fait parler ,
je ne feray que rapporter
icy les endroits des Relations
DE NEERVVINDE . 97
tions qui parlent de Meffieurs
les Princes , & de
ceux qui ont imité leur
yaleur & leur conduite.
Je commence par ce qui
regarde Monfieur le Duc ;
voicy ce qu'en difent cinq
Relations.
Monfitur de Luxembourg
fit attaquer pour la feconde
fois le Village que les Ennemis
avoient repris . Il com
manda pour cela ſeize Bataillons
, Monfieur le Duc à
leur tefte , pour en chaffer les
Ennemis,
P
Monfieur de
Luxembourg
I
98 BATAILLE
voya
ayant perdu le Village , y ende
nouvelles Troupes
pour le reprendre. Elles eftoient
commandées par Monfieur le
Duc , que Monfieur le Maréchal
obligea de prendre une Cuiraffe
. Ils en chafferent les Ennemis
, Monfieur le Ducy receut
un coup de moufquet dans
fa Cuiraffe , fant laquelle il auroit
esté tué.
Monfieur le Duc remit fort
fieremeat l'affaire de la gauche ,
& fit toutes chofes avec coeur
conduite.
Monfieur le Duc attaquant
pour la feconde fois le Village ,
4
DE NEERVVINDE . 99
donna à la tefte des Brigades
de Guiche & de Cruffol , avec
lefquelles il le reprit.
Monfieur le Duc avecfon
intrepidité ordinaire fe mefla
fouvent avec les Ennemis, &
les chargea toujours avec avantage.
Six Relations parlent
de Monfieur le Prince de
Conty de la maniere fuivante.
de Pro-
Monfieur le Prince de Conty
posta les Brigades de Navar
re , de Bourbonnois
vence fous le feu de vinge
Pieces de Canon des Ennemis
THEQUE
DE
LA
LYON
VILLE:
09%1895*
I 2
100 BATAILLE
tout auprés de leur retranchement
& du poste qu'ils occupoient
fur le ruiffeau de Landen.
Monfieur le Prince de Conty
eftant à la tefte de la Brigade
des Gardes , & marchant avec
la Maifon du Roy dans le def
fein d'attaquer le retranchement
qui regnoit dans la plaine
Monfieur de Luxembourg luy
ordonna d'attaquer de nouveau
avec les Gardes le Village dont
nous avions efté chaffez , &
comme il y alloit , on entendit
un grand feufur noftre droite ,
ce qui fit que Monfieur de LuDE
NEERVVINDE . 101
xembourg luy ordonna d'y
aller en diligence , pendant
que les Gardes marcheroient
vers le Village. Les Brigades
de Navarre , Bourbonnois
Provence estoient déja aux
prifes avec les Ennemis , &
les avoient mefme chaffez de
leur retranchement
, mais comme
ils avoient un gros Corps
d'infanterie , ils le regagnerent,
nos Troupes commençoient
à plier dans ce temps - là. Le
Combat eftoit arrivé par nos
Dragons qui avoient paße le
ruiffeau de Landen , & chargé
les Ennemis fans ordre dans
I 3
102 BATAILLE
leur retranchement , où ils furent
renversez ſur la Brigade
de Navarre , à la teste de laquelle
eftoit Monfieur le Marquis
de Crequi , qui ne devoit
donner que quand Monfieur le
Maréchal de Villeroy feroit à
Ja hauteur , lequelfut obligé de
fortir de fon pofte pour chaffer
les Ennemis qui avoient pouße
nos Dragons jufque fur luy.
Ainfi Monfieur le Prince de
Conty fe voyant fur les bras
la moitié de l'Infanterie Ennemie
& n'ayant plus de
Troupes pour foutenir le combat
ne fongea qu'à retirer
>
DE NEERVVINDE . 103
toient ,
les trois Brigades dont on a
parlé , du peril où elles efce
qu'il fit fous le
plus grand feu d'infanterie
qu'on puiffe voir ; la Cofte
fut tué à fes coftez. Aprés
avoir remedié à cet endroit ,
il courut à la gauche , y
arriva à temps pour charger
à la tefte des Gardes qui
attaquoient le Village , avec
la Brigade de Zurlaube , &
il s'en rendit encore maiftre.
Apres que la Cavalerie fut
paffe dans les retranchemens ,
il chargea plus de buit fois
à la tefte de tous les Corps,
I 4
104
BATAILLE
où il ſe trou-voit , & ce fut
à la feconde charge qu'il receur
le coup de fabre qui luy
a fait la contufion dont il eft
bleẞé. Il a eu encore un coup
de moufquet dans les armes vis
à vis du coeur.
Les Brigades des Gardes
Françoifes , celles de Vermandois
, ayant Monfieur le
Prince de Conty à leur tefte,
attaquerent pour la troisième
fois ce Village , & l'ayant
emporté , tue ou mis en
fuite tout ce qui leur estoit opposé
, ils allerent planter leur
Drapeau , fur des bayes au
delà du Village.
DE NEERVVINDE . 105
Nos gens ayant esté chaffer
pour la feconde fois du Village,
Monfieur le Prince de Conty
dit à Monfieur de Luxembourg,
que s'il vouloit luy donner le
Regiment des Gardes , quel_
ques autres Troupes , il se faifoit
fort de chaffer les Ennemis ,
de reprendre ce Village.
M. de Luxembourg luy donna
les Troupes qu'il demandoit ,
ce Prince non feulement les
chaffa de ce pofte mais les
pouffa plus loin qu'on n'avoit
encorefait , s'avança jusqu'à
des hayes au delà du Village ,
où aucun de nos gens n'avoit encore
penetré. Ce fut là qu'il
planta l'Etendard du Regiment
des Gardes , & leur dit qu'il
falloit conferver ce pofte , ony
>
106 BATAILLE
>
perir. Cependant comme il ne
pouvoit foutenir les efforts qu'il
prévoyoit bien que les Ennemis
alloient faire s'il n'avoit de la
Cavalerie il dit à
Monfieur
de Caraman qui commandoit les
Gardes , qu'il en alloit demander
à Monfieur de Luxembourg,
Monfieur de Caraman le pria
de ne les point quitter , luy di-
Sant que s'il s'en alloit
Ennemis les chafferoient encore
du Village , & l'affurant que
iln'y
,
,
les
s'il demeuroit avec eux
avoit pas un Soldat qui ne fe
fift bacher en pieces plûtoft que
d'abandonnerfon pofte. Ce Frin
ce demeura donc , e envoya
demander de la Cavalerie à
Monfieur de Luxembourg , luy
reprefentant que les Ennemis
DE NEERVVINDE. 107
sebranloient deja pour venir à
luy , & qu'il ne pourroit fou
tenir leur choc s'il n'en avoit
du moins quelques Efcadrons.
Monfieur de Luxembourg luy
envoya tout ce qu'il demandoit.
Les Ennemis vinrent à la charge
avec plus de furie qu'au.
paravant. Monfieur le Prince
de Conty les receut , ſoutint leur
choc , les repouſſa . Le Prin
ce d'Orange y vint luy mefme
contre Monfieur le Prince de
Conty chargea à la teste
d'un Regiment d'infanterie , tout
composé de François , &Ꮼ Monfieur
le Prince de Conty le repouẞa
encore , yreceut uncoup
defabrefur la tefte , qui ne luyfit
qu'une contufion.
Aprés que le Village fut
108 BATAILLE
pris pour la troisième fois
Monfieur le Prince de Conty
voyant toute l'Infanterie engagée
, & qu'il falloit faire paffer
de la Cavalerie , en alla
chercher , y marcha à
la tefte de cinq ou fix Escadrons
qui enfuite furent fuivis par
d'autres. Il fe porta en cette
occafion à fon ordinaire , c'eſt à
dire avec coeur & conduite.
Monfieur le Prince de Conty
ayant déja combatu avec les
Carabiniers , chargea encore avec
les Grenadiers du Roy , & receut
en cette occafion un coup
de fabre fur la teste , qui ne
l'empêcha pas de poursuivre les
Ennemis , aprés avoir tué de fa
main le Cavalier qui l'avit
bleßé.
DE NEERVVINDE. 109
Je ne puis vous marquer
icy ce que les Relations
difent de M. de Luxembourg
il faudroit
vous les envoyer entieres.
Ce General eftant l'ame
de tout ; a agy , ou fait
agir par tout . Son fang
froid eft admirable , même
dans les temps où il
s'apperçoit que la Victoire
chancelle . Il eft malaifé
que fe poffedant ainsi ,
il puiffe jamais perdre aucune
bataille. Ce General
mena luy- même à la charge
des Troupes qui balaniro
BATAILLE
çoient à fe retirer , qui ne
furent retenues que par fa
prefence.
M. le Maréchal de
Joycule a répondu à la
haute réputation qu'il
s'eft acquife depuis longtemps
; la bleffure qu'il
reçut à la cuiffe ne l'ayant
point empêché d'agir . Il
receut plufieurs coups dans
fon chapeau & dans fes habits
, & eut un Garde tué
auprés de luy , & les chevaux
de trois de fes Aides
de Camp auffi tuez.
Il feroit difficile de rien
DE NEERVVINDE . 111
ajoûter à l'éloge que fait
de Monfieur le Maréchal
Duc de Villeroy , le grand
Prince dont vous venez de
lire la Relation .
Voicy ce que difent
quelques autres Relations
des perfonnes nommées
dans les Articles qui fuivent.
Monfieur de Monchevrežil
ayant eu ordre de Monfieur de
Luxembourg , d'attaquer pour la
premiere fois le Village , malgré
le feu effroyable des Ennemis
, dont le Canon tiroit außi
promptement que la mousqueterie
, il força leurs paliffades ,
renverfa leurs Chevaux de Fri112
II 2 BATAILLE
fe , fe rendit maistre du Village
, y entra , yfut tué.
Monfieur le Duc de Montmorency
a fait des miracles en
s'expofant
extraordinairement
aux plus facheux endroits . Sa
bleffure ne s'eftant trouvée qu'-
une coutufion , il ne voulut
point quitter , chargea les En.
nemis avec les Troupes qu'il
commandoit , demeura jufqu'àla
fin.
Lors que Monfieur le Prince
de Conty retira du combat les
trois Brigades de Navare , Bourbonnois
Provence Monfieur
le Marquis d'Alincour
foutint fort longtemps avec toute
la valeur imaginable l'effort
des Ennemis avec fa Brigade
, pendant que le refte fe
redira.
Ie
DE NEERVVINDE . 113
Je dois ajoûter icy , que
M. le Comte de Coffé ,
Grand Panetier de France
, s'eft fort diftingué en
combattant contre les
meilleures Troupes de
l'Electeur de Baviere , fur
lefquelles tomba le Regiment
de Montrevel. Ce
Comte retourna jufqu'à
cinq fois à la charge , &
fon ardeur l'emporta fi
avant en pourſuivant les
Ennemis
qu'il fut fait
Prifonnier. M. de Bavicre
le traita parfaitement
bien , & le renvoya fur ५
K
1714 BATAILLE
La parole , aprés l'avoir
comblé d'honneftetez.
M. le Comte de Grandpré
, Neveu de M. le Maréchal
de loyeuſe , a efté
bleffé d'un coup de moufquet
au travers du bras ,
en marchant fur les traces
de ce Maréchal. Le
Major de fon Regiment
eut le genotil fracaffé auprés
de luy. Quoy que
fon Regiment foit de Milice
, il a tres- bien fait fon
devoir , auffi- bien que
l'année derniere en Piedmont
, où il fervoir.
DE NEERVVINDE . 115 .
M. de la Tour Dalliés ,
Capitaine de Cavalerie
dans le Regiment du
Commiffaire general , aprés
avoir chargé quatre
lignes differentes des Ennemis
fans fe rallier , eut,
fon cheval bleffé fous luy
de trois coups , & receut
un coup de Moufquet à
la tefte . Il fut mis au
nombre des morts & dé
poüillé ; cependant il y a
beaucoup à efperer de fa
guerifon , ce feroit une
vraye perte , ce jeune brave
n'ayant que vingt ans ,
K
116
BATAILLE
& cftant dans le fervice
dés l'âge de quinze , c'eft
al dire qu'à vingt ans il a
déja effuyé cinq années
de la plus rude guerre qui
fe foit faite depuis plufieurs
Siecles.
Si tous les Officiers fe
font diftinguez , tous les
Corps en general qui ont
donné en cette occafion
ſe font furpaffez , & tous
ceux qui avoient efté d'abord
repouffez , ont retourné
à la charge avec
plus de vigueur & de fermeté
qu'auparavant , fans
DE NEERVVINDE . 117
qu'aucun
ait cfté rebuté.
Il n'y a aucune Relation
qui ne donne des loüanges
extraordinaires au
Regiment des Gardes , &
en effet , il ne peut eftre
trop loüé ; il s'eft peu vù
d'intrepidité & de valeur
qui ayent égalé la leur.
Aprés avoir tué ou mis en
fuite tout ce qui leur étoit
oppofé , ils allerent planter
leurs Drapeaux fur des
hayes par de là le champ
de bataille & ils firent
ce jour- là des chofes qu'on
a peine à croire. Ils fouf-
>
.
K 3
118 BATAILLE
te
tinrent & repoufferent
deux fois toute l'aile droide
l'Infanterie des
Ennemis , & fe fervant
d'Hallebardes , d'Efpadons
, de Bayonnettes , &
de tout ce qu'ils purent
trouver fous leur main ,
ils renverferent , & comblerent
en divers endroits
le retranchement
› pour
faire paffage à noftre Cavalerie.
Il n'y a point de loüan
ges qui ne foient au deffous
de la fermeté des Gardes
du Corps , des GendarDE
NEERVVINDE. 119
des Chevaux - Lemes
,
gers , & de quelques autres
Efcadrons
, qui ne purent
trouver paffage que pour
deux de front , & ne
laifferent pas de paffer
devant la Cavalerie Ennemie
qui eftoit campée
fur plufieurs Lignes , &
qui ayant un front plus.
grand, les prit en flanc,même
avant qu'il fuffent tous
paffez. Cependant ils poufferent
toute la Cavalerie.
Ennemie , la renverferent,
la mirent entierement en
déroute , & foutinrent par
120 BATAILLE
là la haute reputation
où le trouve aujourd'huy
la
Maiſon du Roy.
Il falut du temps pour
ramaffer
les Etendars
, &
les Drapeaux
, & cela fut
caufe
qu'il y avoit
plufieurs
Relations
à la Cour,
& à Paris lors que Monfieur
d'Albergotty
les apporta.
Ces marques
indubitables
d'une
pleine Victoire
réjoüirent
beaucoup
,
& les premiers
foins du
Roy furent
de donner
fes
ordres
pour en rendre
de
tres - humbles
graces au
Dieu
DE NEERVVINDE. 121
Dieu des Armées . Voicy
la Lettre que Sa Majefté
écrivit pour cet effet à
Monfieur l'Archevefque de
Paris.
>
Mon Coufin. L'Armée que
mes Ennemis avoient en Flandre
, composée de l'élite de leurs
Troupes , commandée par le
Prince d'Orange en perfonne
fut attquée dans fon Camp le
29. du mois dernier par mon Cou-.
fin le Maréchal Due de Luxem
bourg , à qui j'avois donné mes
ordres. Les Ennemis qui avoient
préven fon deffein , n'oublierent
rien pour s'en garantir ; &
que leur Camp fût déja tres-:
avantageux par fa fituation , ils
L'avoient encore fortifié par des
L
quoy
I 2 21 BATAILLE
retranchemens redoublez
>
avec un travail incroyable ;
cependant ils y furent forcez ,
mis en déroute . Une partie
eft demeurée fur la place ,
une autre s'eft nyée en fuyant ,
le reste a este difperfe , plufieurs
de leurs Officiers Generaux
un grand nombre d'autres tuez
ou faits Prifonniers , foixante
feize pieces de Canon , huit Mor .
tiers , neuf Ponton: laiffez fur
le champ de Bataille , douze
paires de Timbales foixante
Etendars & vingt - deux Drapeaux
emportez par force , ou
abandonnez par les mourans. Il
n'y a rien que mes Ennemis ne
doivent craindre après une fi terrible
defaite. Il n'y a rien que
je ne fois en droit d'efperer , mais
›
>
DE NEERVVINDE . 125
je borne tous mes yeux au bonheur
de mes peuples , & pour tous
fruits d'une Victoire ſi éclatan_
te , je ne defire rien tant que
de voir mes Ennemis ouvrir enfin
les yeux
, devenir
attentifs
à leurs veritables
interests
, & en. trer
dans
les fentimens
d'une
Paix
folide
& durable
, que je
leur
ay toujours
offerte
au milieu
de mes plus grandes
profperitez
. C'est
pour
la demander
à Dieu
,
& pour le remercier de tant de
graces , que je defire que vous
faßiez chanter le Te Deum
dans l'Eglife Cathedrale de ma
bonne Ville de Paris , au jour
à l'heure que le Grand Mai .
ftre ou Maistre des Ceremonies
vous dira de ma part. Sur ce ,
je prie Dieu qu'il vous ait , mon
L2
124
BATAILLE
Coufin , en Sa Sainte dign
garde. Ecrit à Marly le feptieme
Aoust 1693. Signé , LOUIS.
Et plus bas , PHELYPEAVX.
On voit par cette Lettre
les intentions de Sa
Majefté. Elles font fi bonnes
, qu'il ne faut pas s'étonner
fi fes Troupes ne
combattent jamais , fans
le Ciel beniffe fes arque
mes.
Parmy les Drapeaux &
Etendars qui furent pris .
il y avoit
Vingt- deux Drapeaux
fans Infcriptions.
DE NEERVVINDE . 125
Vingt - quatre Etendars
fans Infcriptions
.
Huit Anglois
.
Huit Hollandois .
Cinq de Brandebourg.
Trois de Hanover.
Deux d'Anhalt.
Deux Liegeois.
Trois de Baviere.
Un d'Espagne.
Un d'Athlone.
Iamais défaite n'a tant
chagriné les Ennemis ,
non feulement à caufe de
leur perte , mais auffi à caufe
de la honte , qu'il y avoit
d'eftre vaincus dans
L 3
126 BATAILLE
des poftes fi avantageux.
Les TroupesEnnemies furent
fi furpriſes , & fi effrayées
de la valeur des nôtres
, qu'elles porterent la
crainte & l'épouvante
dans tous les lieux où elles
fe retirerent . Iamais elles
n'ont efté de fi bonne foy .
& jamais il n'eft tant venu
en France de Relations
de Villes ennemies , qui
foient demeurées d'accord
de leur perte. La Politique
n'y avoit point de part , la
verité toute feule , & l'état
prefent des choſes dont
1
DE NEERVVINDE . 127
leur vie ettoit frappée les
faifoit parler. Ce qu'il y
eut de furprenant , fut que
le Prince d'Orange & l'Electeur
de Baviere avouerent
qu'ils avoient elté
bartus . eft vray qu'n
leur auroit efté difficile
de fe dire Vainqueurs cn
fuyant avec une tres- petite
Troupe , & n'ayant plus
d'Armée , ce qui avoit é
chappé s'eftant debandé ,
& fauvé par pelotons . Le
Prince d'Orange ne fe ti
ra pas d'affaire fans peine,
puifque fon Cheval s'ab-
L
4
128 BATAILLE
,
batit fous luy dans la Geette
, de forte que s'il n'avoit
cfté promptement fecouru
, il auroit couru grand
rifque d'eftre noyé. Il nous
eft bien glorieux qu'il
ait agi jufques à la fin de
la Bataille & que fa
prefence & fon exemple
ayent animé les Troupes ,
parce qu'outre la force des
Retranchemens , & le cou.
rage que les Ennemis ont
fait voir , ayant combaru
jufqu'à ce qu'ils fuffent accablez
, ils ont reconnu
que rien ne pouvoit reſiDE
NEERVVINDE. 129
fter aux François . L'Electeur
de Baviere ne put retenir
fes larmes , & ſe plai .
gnit au Prince d'Orange ,
de ce qu'il avoit voulu
demeurer dans fon Camp
contre le fentiment de
tous les Generaux . Il eſt
vray qu'il avoit refolu
d'en decamper le lendemain
, & qu'il fut fort furpris
d'apprendre l'arrivée
de Monfieur de Luxembourg.
Il pouvoit décamper
alors , mais deux chofes
l'en empêcherent . Son
Camp n'étoit pas encore
L S
1 30
BATAILLE
fortifié , & on pouvoit l'at,
taquer en fe retirant , ce
qui l'auroit fort embarraffé
, fon arriere Garde ne
pouvant foûtenir une Armée
auffi forte que celle que
commandoit Monfieur de
Luxembourg. D'ailleurs
il apprehendoit , & il le
dit à Monfieur de Baviere,
que s'il reculoit la veille
d'une Bataille , les Anglois
n'imputaffent cette retrai
te à lâcheté. Cependant il
avoit grand fujet d'apprehender
qu'on ne l'attaquât .
Sa defaite auroit encore
J
DE NEERVVINDE . 131
& comefté
plus entiere
me il n'avoit point de retranchemens
, la Victoire
nous auroit peu coûté ,
mais l'Infanterie de Monfleur
de Luxembourg eftoit
encore en matche & ne
put , fuivant ce que vous
avez veu dans les Relations
, arriver qu'à huit .
heures du foir. Je viens à
la trifte defolation que
caufa aux Ennemis la perte
de cetre Bataille . Elle
fut grande dans tous les
lieux où les Fuiards porterent
l'épouvante , & par132
BATAILLE
ticulierement à Bruxelles ,
où la plus part des Femmes
fe retirerent dans les
Eglifes , dont on eut bien
de la peine à les faire fortir
, tant elles eftoient faifies
de frayeur. Voicy ce
que portoient les premieres
Lettres qui vinrent de
cette Ville. Les François
viennent de gagner une grande
Victoire fur nous , ils ont
prefque pris tout noftre Canon
, des Mortiers , beau.
coup de Ponts de Bateaux.
Le Duc Baviere malgré fa
a efté obligé de cevaleur
DE
NEERVVINDE . 133
der à la force. Il s'eft retire à
Tillemont fort en defordre , la
terreur eft grande icy. Nous
avons perdu nos meilleurs
Officiers , plus de vingt ,
ou vingt - deux mille hommes.
Le Prince d'Orange fait revenir
les Troupes qui étoient
, aux Lignes , il en a déja
paßé à la bauteur de cette
Ville.
Voicy l'Extrait d'une
autre Lettre du premier
Aouft.
Monfieur de Luxembourg
attaqua l'Aile droite des
Alliez , avec fon Aile droite,
& après un long Combat ,
134 BATAILLE
cette Aile droite compofée de
Troupes Espagnoles , & de
celles de Bandebourg & a'Ha.
nover plia fut diffaite.
De fix mille Brandebourg ,
il n'en est pas resté cinq cens.
Les Anglois compofoient le
Corps de Bataille & ont
fait plus qu'on n'attendoit
d'eux . Le Roy les a menez
luy mesme à la Charge , ils
one chargé jusques à fix fois ,
ont enfin juccombé, zes
Troupes qui ftosent à la feconde
Attaque , c'est à dire à
lagauche ; n'ont pas efte plus
reuſes. La vigueur a élé gianDE
NEERVVINDE . 135
f
#
, mais
de pendant fix heures.
la Victoire s'eftant déclarée
pour les François , & la confufion
s'eftant mife dans les
Troupes , chaque attaque ne
Songea plus qu'à chercher fon
Salut dans la fuite. C'eft en
voulant faire fa retraite quelle
a fait une tres-grande per -
te car la Geete eftant derriere
la feconde Ligne à la
portée du Piftolet , il y en
eut quantité qui Je precipiterent
dans l'eau . Le nombre
des perfonnes
qui y ont perdu
la vie eft de plufieurs milliers
& d'une infinité de
>
›
136
BATAILLE
n
Chevaux en forte qu'on
veu des gens qui ont paßè
cette Riviere fur des Cadaures.
Les Gardes de Monfieur
de Baviere ont beaucoup
fouffert . Ses Cuirafiers ont
efté entierement défaits , &
tous ceux qui restentfont blef
Sez. La Ville de Bruxelles a
offert de faire des levées pour
les rétablir. La Cavalerie
d'Hanover a lâché le pied la
premiere , a donné le bran
le. Ce Combat a duré juſqu'à
cinq beures du foir , les François
demeurant Maitres du.
Champ de Bataille & de nôtre
DE NEERVVINDE. 137
يف
Tre Artillerie . De memoire
d'homme , on n'a point veu un
fi fanglant Combat. Il y a eu
un grand nombre d'Officiers
༦༢ , & bleffez , fans les
Prifonniers , Le Prince de
Barbançon a esté tué
une infinité d'autres. Il y a
des Regimens où il n'eſt pas
reflè ceat hommes . Le Roy
d'Angleterre cependant ,
S. Alteffe E. voulant prendre
leur revanche ,
cela ils ont tiré les Troupes
des Garnisons avec lefquel-
, en y joignant celles que
le Duc de VVirtemberg comles
M
pour
م
738 BATAILLE
2
mandoit dans les Lignes ; ils
pretendent avoir une Armée
auffi nombreuse qu'auparavant.
Il ne fe peut que celle de
Monfieur de Luxembourg n'ait
fouffert , car elle a eu affaireaux
plus belles Troupes du
monde , on n'a jamais veu
de fi beaux hommes. Voila
Monfieur , l'idée de ce qui
s'eft paßé dans ce Combat ,
qui a efte le plus fanglant qui
fe foit donné de ce fiecle.
D'autres Lettres portent,
que ce qui estoit échapé de
Armée avant jetté fes armes ,
s'eftant difpersé de tous côtez
, n'avoit pu commencer àfe
DE NEER VVINDE. 1392
raffembler qu'après cinq jours ,
qu'ily avoit cu unfigrand nombre
de noyez au paffage de la
Geete que les Ennemis pafferent
Jur un Pont de Chevaux & de
corps morts ; que le Prince d'o.
range aprés la perte de la Bataille
, dépefcha plufieurs Couriers
, pour faire revenir le détachement
qui eftoit aux Lignes ,
avoit même mandé au Frince
de Vvirtemberg qui le commandoit
, de faire revenir l ' Infanterie
en crouppe , qu'ils a
voient retire les Garnisons de plu
fieurs Places pour renforcer leur
Armée,& mesme de Bruxel
les , cù ils avoient fait publier
un ordre à tous Bourgeois , Avocats
,
careurs
&
Gentilshommes
de prendre
les armes
M 2
140 BATAILLE
pour garder les Fortes de la
Ville. il en a efté depuis parlé
dans leurs nouvelles imprimees
fous le nom d'Elus.
Aprés vous avoir fait
voir ce qui a efté écrit de
plufieurs endroits , fur le
rapport des Troupes fuyantes
, dont l'idée étoit encore
toute remplie de la
valeur des François
, je me
trouve obligé de vous envoyer
une Piece Originale ,
où quelque foin que prenne
celuy qui l'a écrite de
deguifer la verité , pour
faire la cour au Prince d'O-
:)
DE NEER VVINDE . 141
de range , on ne laiſſe pas
la reconnoiftre
, les moyens
qu'il a employez ne fe pouvant
foutenir. Je ne doute
point qu'il ne me foit aifé
de vous en faire demeurer
d'accord , quand vous aurez
lû cette efpece de Relation.
La traduction en a
efté faite en Hollande dans
les termes que je vous envoye.
**
M 3
142 BATAILLE
COPIE DE LA LETTRE
da S , Dickvelt , Deputé
des Etats Generaux
prés du Roy d'Angleterre
, écrite de l'Armée
en Brabant qui eſt à
Dieft prés de Louvain ,
du 30. Juillet 1693. traduite
de Hollandois en
François.
H
Aurs & Puiffans Seineurs.
Avant hier 28. de ce mois
le Roy ayant receu avis que
le Duc de Luxembourg avec
DE
NEERVVINDE . 143
fon Armée estoit en marche
vers la noftre , qui estoit alors
auprés de Neerhefpen , pour
le combattre , à ce qu'on difoit
, ou gagnerfur luy la marche
qui conduit à Louvain ,
il monta à l'instant à Cheval
pour aller tout reconnoiftre ,
appercevant que l'Ennemy.
s'approchoit en eftat de nous
attaquer avec toutes fes forces
, il trouva à propos de
faire fortir toute l'Armée de
fes Lignes , & de fe pofter
en forte qu'il pust l'attendre ,
faire une vigoureuſe refi-
Stance ; faifant cependant de-·
144
BATAILLE
filer le Bagage qui eftoit encore
à l'Armée, du coste de Levve.
De temps en temps l'Ennemy
defcendoit vers nous mais
il n'entreprit rien de tout ce
foirlà.
›
Le Roy cependant continuant
à prendre toutes les précautions
poßibles , fit pofter l'Infanterie
dans toutes les hayes , & fit élever
divers retranchemens dans
tous les lieux oùils pouvoient eftre
neceffaires.
Le matin au point du jour
qui eftoit hier , toute l'Armée.
Ennemie ayant paru , on commende
part d'autre à fe canonner
fortement . Noftre Artillerie
qui avoit les hauteurs , co
qui eftoit bien poftée , endommafa
gea
DE NEERVVINDE . 145
>
gea fort l'Ennemy ,& la fienne
au contraire ne nous euſt fait que
tres- peu de mal fi Monfieur le
Comte de Solms , General de l'Infanterie
, n'y avoit eu la Iambe
droite emportée d'un boulet de
Canon au-deffous du genoüil.
Sur les dix heures , l'Armée
Ennemie s'eftant rapprochée
commença par attaquer noftre
aile droite , eut au commencement
quelque avantage en un
endroit , mais les Ennemis furent
auffi toft repouffez , ainsi que
dans les autres endroits qu'ils attaquerent
avec une perte incroyable.
Vne heure aprés , les Ennemis
attaquerent außi pluſieurs
poftes du Corps de Bataille de
L'aile gauche , & furent quoy
qu'incomparablement plus fort,
N
146 BATAILLE
"
que les noftres , fi vigoureuſemens
receus que bien qu'ils fuffent
plufieursfois rafraichis de monde,
ils furent repouffez à chaque fois
avec tres -grande perte . Enfin ,
Hauts Puiffans Seigneurs ,
lors qu'à leurs mouvemens , on
avoit fu et de juger qu'ils commençoient
à fe retirer , ils raf
Semblerent par derriere leurs
principales forces , & attaquerent
en divers endroits avec une
furie extrême noftre aile droite ,
parce que leur Armée eftoit
de beaucoup fuperieure à la noftre,
ils nous ont par leur grand nom
bre forcez en deux ou trois endroits
, ont penetré jusqu'au
Corps de Bataille. Plufieurs de
nos Efcadrons , tant du Corps de
Bataille que de l'aile gauche ,
DE
NEERVVINDE . 147
ont fait retirer nos Ennemis par
deux fois , mais ils ont efté enfin
forcez de ceder au nombre. Sur
cela , le Roy donna ordre à l'In
fanterie du Corps de Bataille
de l'ailegauche de fe retirer,
fit prendre außsi à l'aile droite la
route de Tillemont , ce qui s'eft
fait enpaffablement ben ordre,
Sa Majesté s'y est außi rendue en
perfonne.
PuiffansSeigneurs,
Hauts
de noftre part les poftes ont efte
aussi bien choifis & bienfortifiez
que le temps
l'on
le terrain l'ont
C
pu permettre. Außi a-t-on bien
des fois repoussé l'Ennemy
peut dire que le combat de
puis le commencement jusqu'à la
fin a efté conduit avec un fort
grand ordre , jusqu'à la derniere
N
148
BATAILLE L
1
grande attaque que les Enne-
> mis ont donnée à l'aile droite .
qu'ils ont percée , mais enfin on
peut affurer que durant tout le
combat ils ont perdu beaucoupplus
de monde que nous. Il est vray que
dans la retraite nous avons perdu
beaucoup de gens , fur tout de la
Cavalerie , par le defavantage du
terrain. Le Roy a toujours efté en
action d'un lieu à l'autre , &par
tout prefent dans le feu du combat
, où il a conduit luy meſme
l'épée à la main plufieurs Efcadrons
Bataillons , de forte qu'on
nesçauroit affez louër Dieu d'avoir
conferve comme par miracle
, fa perfonne facrée , qui n'a
eu qu'une legere contufion d'une
balle dont il a efté frapé au
cofté.
Hauts Puißans Seigneurs,
DE NEE RV VINDE . 149
de
faute de temps je n'ay pû en .
core trouve l'occafion d'apprendre
toutes les particularitez de la
Bataille , ny fçavoir les Morts
les Trifonniers, La plus gran.
part de l'Infanterie s'eft retirée
le long de Leuvre , & on
raffemble icy une partie de la
Cavalerie , pour marcher avec
les Regimens & Bataillons du
cofté de Malines , où l'on conduira
außi la Cavalerie & l'Infanterie
, qui a pris la route de
Tillemont , & là on formera
l'Armée qui dans peu de jours
deviendra tres-considerable , puis
qu'outre les vingt - cing Batail.
lons les quarante Efcadrons
qu'a le Duc de VVirtemberg ,
il y a encore à Liege trente
Bataillons. Iefuis , &c.
∞
>
N
3
150
BATAILLE
Les Ennemis fe retran
chent fur deux chofes ,
qu'ils croyent leur eftre
fort avantageufes ; l'une
qu'ils fe font bien défendus
avant que d'abandonner
le champ de Bataille
, l'autre , que nous
eftions fuperieurs en nombre.
Il y a à répondre à
cela , que noftre fuperiorité
en nombre , fuppofé
qu'il y en cuft , nous étoit
inutile ; que nous ne pou
vions oppofer qu'un petit
front à des gens retranchez
; que ce petit front
DE NEERVVINDE . 151
مس
avoit prefque toujours à
foutenir la plupart de
leurs Troupes , & qu'ainfi
noftre fuperiorité ne nous
eftoit d'aucun avantage.
A l'égard de la vigoureufe
défenfe qu'ils ont faite ,
elle n'a rien d'extraordinaire
quand on a l'avantage
des heuteurs & des
retranchemens. Elle n'eft
mefine à compter que du
temps que les deux Partis
ont combattu dans un
terrain égal , & les Ennemis
ayant alors lâché le
pied , ils ne peuvent dire
N 3
152
BATAILLE
:
qu'ils le foient défendus,
mais feulement qu'ils ont
réfifté tant qu'ils ont efté
à couvert de leurs retranchemens
, ce qui fait voir
qu'en pleine campagne il
leur feroit impoffible de
tenir un moment contre les
Troupes du Roy.
Il n'eſt pas à croire que
cette fuperiorité l'ait emporté
de beaucoup . Si le
Prince d'Orange en avoit
eſté perſuadé , il eſt trop
habile pour avoir fait des
pas qui pouvoient l'engager
au combat , ainſi qu'il
DE NEER VVINDE. 153
eft arrivé. Il est vray qu'il
avoit envoyé un Corps.
de Troupes du cofté des
Lignes , mais il n'en avoit
tiré qu'une partie de fon
Armée , & les Garnifons
des Places que ce Corps
couvroit , avoient fourny
le refte. Quant aux dix
Bataillons envoyez à Liege
, la Campagne eftoit
trop avancée pour croire
qu'ils fuffent complets.
Voilà les deux endroits
par où le Prince d'Orange
pouvoit eftre affoibly ,
& comme peu auparavant
N S
154
BATAILLE
toutes les nouvelles qui
venoient de fon Armée ,
en publioient la force
on fe contredit lors qu'
on veut qu'elle foit foible
, & l'on ne tient ce
langage que lors que malgré
l'avantage du terrain ,
on à perdu une Bataille ,
avec toutes les circonftances
qui peuvent relever
la gloire des Victorieux
. Monfieur Dickvelt ,
dans fa Lettre que vous
venez de lire , dit fans en
donner de preuves : On
peut affurer que dans le comDE
NEERVVNIDE . 151
bat ils ont perdu beaucoup
plus de monde que nous. Il est
Foray que dans la retraite nous
avons perdu beaucoup de
gens , fur tout de la Cavalerie.
On ne peut nier que
dans une retraite , ceux
qui fuyent ne perdent
beaucoup de monde , c'eſt
un fait general & conf
tant & ils font meſme
fouvent les feuls qui perdent
› parce qu'ils ne fe
défendent plus mais
quand deux Partis fe battent
également bien &
qu'ils fe pouffent tour à
>
›
156 BATAILLE
tour , comme les deux Armées
ont fait dans le combat
dont il s'agit , il ne
pour fe
fuffit pas de dire
faire croire , qu'un Party
ait plus perdu que l'autre.
Si l'on n'en donne point
de raiſons , ce n'eft qu'un
langage du Vaincu qui
cherche à pallier fa défaite
, & quand je diray
que pendant le combat la
perte peut avoir été égale
, les deux Partis s'eftant
biens battus , jufqu'à s'eftre
chaffez tour à tour de
plufieurs poftes , les EnDE
NEERVVINDE . 157
>
nemis ne fçauroient s'en
plaindre , mais il faut neceffairement
qu'ils accordent
comme ils le font
en effet , que dans la déroute
qui accompagne
une retraite forcée , ils ont
perdu feuls , & beaucoup
& que de plus , tous les
noyez , dont le nombre
va à l'infiny , font fur leur
compte. Ces deux articles
doivent rendre naturellement
leur perte beaucop
plus grande que la
noftre . La Relation de Mr
Dickvelt fut fuivie peu de
158
BATAILLE
temps aprés d'une Relation
que le Prince d'Orange
envoya aux Etats ,
& qui fe trouve imprimée
dans la Gazette
d'Amfterdam.
Cette circonstance
eft neceffaire
à fçavoir
;
car cette Relation
eft fi
peu avantageufe
aux Alliez
, qu'on pourroit
me
foupçonner
de l'avoir
fuppofée. Je fçay qu'on
s'eft repenti de l'avoir fait
paroiftre
, & qu'on tâche
d'en fupprimer
les copies
autant
que l'on peut
, parce
que depuis qu'elle
a
DE
NEERVVINDE . 159
rendue
publique , cité
on a cru , pour tromper les
Anglois & les Sujets des
Alliez , devoir donner un
autre tour au Combat , que
celuy que la verité luy a
fait donner d'abord . Voicy
cette Relation , que
vous ne trouverez point .
remplie de cette grande
fuperiorité qu'on nous a
donnée dans les autres , ny
de tous les détours qu'on
a cherchez pour amoindrir
la Victoire des François
, & groffir leur perte .
je laiffe le nom de Roy
1
160 BATAILLE
de la Grande Bretagne
dans le titre , mais on
doit voir que ce n'eft
pas un François qui parle ,
& le Public auroit pû
eftre embaraffé >
avois mis un autre.
fi
j'en
DE NEERVVINDE . 161
RELATION
.
De la Bataille de Landen ,
envoyée par S. M.
le Roy de la Grande
Bretagne , à Leurs Hautes
Puiffances les Etats
Generaux des Provinces
Unies , le 2. Aouſt 1693 .
LE 18. Luillet , le Roy
ayant appris au Camp de
Park que les Ennemis
s'avançoient
du cofté de la Meufe ,
marcha le 20. à Tillemont
, où
il receut la nouvelle du Siege
de Huy.Il continuafa
marche vers
Hepetinge
, entreS Tron Ton-
O
162 BATAILLE
gres, dans le deffein de faire lever
le Siege , mais il apprit là que
la Place s'eftoit renduë. Le mef
fmeme jour , il envoya dix Batail.
lons à Liege , le lendemain
il arriva , à Ner-Hefpen , où il
s'arrêta pour eftre à portée de
s'informer des mouvemens des
François. Le 21. les Partis qu'il
avoit détachez pour cela , rapporterent
qu'ils avoient trouvé
un gres Corps des Ennemis fur la
bauteur du Moulin de VVaren
ce qui les avoit empêchez de paffer
outre. Quelques heures aprés , le
Roy apprit que les Ennemis ра-
roffoient far la benteur de Sain
te Gertrude Landen , à demiheure
de notre Camp , & les
>
>
il
trouva que
ayant reconnas
cftoit la tefte de leur Armée ,
DE NEERVVINDE . 163
qui avoit marché fans bruit de
vant le jour. S. M. jugeant par
làqu'ils avoient deffein de l'attaquer
, refolut de les attendre ,
fit mettre cette mefme nuit fon
Armée en Bataille. L'aile
droite s'étendoit depuis le Vil.
lage de Lixem , & du Chasteau
de VVan (ur la Geete jusqu'au
Village de Neervvinden , eftant
couverte d'un ruisseau , de
hayes , & de chemins ceux.
La Brigade de Ramzey , de
cing cing Bataillons , eftoit devant
l'aile droite prés de Larent
, l'Infanterie de Brandebourg
vis à vis de Laren , &
celle de Hanover vis à vis de
VVinden. Le Roy ayant trouvě
le terrain ouvert depuis VVin.
den jusqu'à Neerlanden ,fitfan.
*
O ₂
164 BATAILLE
re pendant la nuit un retranehement
, derriere lequel ilpofta
le refie de l'Infanterie , & mit
quelques Bataillons dans leVilla ·
ge Neerlanden. L'aile gauche
commençoit depuis le Village de
Dormal , couverte du ruiffeau
de Landen , jufqu'à Neerlanden,
d'où elle forma un arc qui s'étendoit
derriere l'Infanterie du
retranchement , afin de la foutenir.
Nous paßimes la nuit
dans cette fituation & au
point du jour nous découvrîmes
les Ennemis fur deux lignesfur
la hauteur de Sainte - Gertrude-
Landen , un Corps qui s'avançoit
vers noftre retranchement
du cofté de VVinden. Au
lever du Soleil , les Ennemis fe
trouverent à la portée de noflre
>
DE NEERVVINDE . 165
>
Canon , qui commença à tirer
fur eux pendant deux heures.
Ils ne firent aucun mouvement .
Sur les fix heures ceux qui
eftoient demeurez fur la hauteur,
defcendirent en plufieurs lignes ,
mais des qu'ils furent à la portée
de noftre Canon , ils abandon.
nerent le milieu de la Plaine ;
laifferent défiler leur Infanterie
vers noftre aile droite du cofté
VVinden , de Laren
vers noftre gauche du cofte de
de Neer landen. Elle eftoit foutenues
de leur Cavalerie , qui
prit außi les coftes de la Plaine,
un Corps paffa de l'autre co-
Sté du ruiffeau de Landen , pour
donner jalousie à noftre aile gau
che , pendant qu'ils devoient
faire leur plusgrand effort con-
>
0
3
166 BATAILLE
>
tre l'aile droite , laquelle ils
attaquerent un peu aprés fept
heures. Le combat fut incertain
pendant quelques heures de ce
cofté là. Les Ennemis attaquerent
, & furent repouſſez à´diverfesfois.
Il y eut quelques Ef
cadrons qui pafferent le ruiffeau
au deffus de Larren , mais prefque
tous furent tuezoufaits Prifonniers.
L'Electeur de Baviere
qui fe portoit par tout , & qui
donnoit fes ordres à toute l'aile
droite , fit charger les Ennemisfi
àpropos , qu'illes repouffa finalement
dans la pl ine. La Briga.
de de Ramzeyregagna fonpoſte.
Le Prince de Hanover ramena
außi luy même fon Infanterie
dans fes poftes , e le Prince de
Brandebourg enfit autant de la
DE NEERVVINDE . 167
fienne , quoy que cependant les
Ennemis ne fuffent pas fuffent pas entierement
chaffez duVilla
entiere-
VVin.
den . Les François voyant qu'ils
n'avoient på forcer noftre aile
droite > attaquerent noftre aile
gauche au Village de Neer-
Tanden, mais ayant efte repouffez
aprés unfurieux Combat , ils retournerent
à la charge avec des
Troupes fraiches Le Roy qui
venoit de donnerfes ordres àl'aile
droite ,furvint fort à propos à la
gauche , ci pendant une heure le
Combat fut fort Sanglant. Nous
confervâmes le Village , & les
Ennemis en furent entierement
chaffez. Ils retirerent alors
leurs Troupes de cette attaque
les menerent vers
moftre aile droite , où le feu
"
168 " BATAILLE
avoit efté continnel , mais me.
diocre , quoy que les Enne .
mis euffent eu du defavantage à
leur ailegauche qui agiffoit de
ce cofté là , ils avoient neanmoins
toûjours gardé une partie du
Village de VVinden , & gagné
les Hayes de la hauteur ,
d'où ils fe trouvoient Maitres
du flanc de noftre retranchement.
Le Roy qui estoit prefent
par tout où il faloit porter du
remede , après avoir rétably le
defordre qu'il y avoit à l'aile
gauche , retourna promptement
dans le Village , & mena jusqu'à
deux fois l'Infanterie Angloife
dans le retranchement
où elle fe battit avec beaucoup
de valeur , comme elle avoit fait
par tout. L'Electeur de Baviere
commanda
DE NEERVVINDE . 169
>
Commanda deux Bataillons pour
attaquer l'aile gauche des Ennemis
, pendant que trois autres
la devoient ataquer par devant
mais les Ennemis ayant efté ren.
forcez par des Troupes de leur
aile droite avant qu'il puft
executer fon deffein , ils fe ren
dirent maistres des avenuës du
Village , firent une ouvertuture
par laquelle leur Cavalerie,
fouftenues de l'Infanterie qui
estoit dans les hayes , commen
ça à paffer. La premiere Cavalerie
qui paffa fut repousée
mais nofire Infanterie ne pou
vant plus foutenir le feu qui
s'y faifoit fur le flanc de noftre
retranchement , fut obligée de fe
retirer , comme noftre Canon
fervoit peu de ce costé là , la
Р
170 BATAILLE
Cavalerie des Ennemis paſſa en
grand nombre , & commença à
s'étendre le long des hayes qui
eftoient occupées par leur Infan
terie , ils n'aurent pas plûtoft
formé quelques Escadrons , qu'ils
chargerent les Troupes de Ha.
nover de Brandebourg qui
Etoient à la gauche de l'aile
droite , profitant du mouvement
que fit alors une partie
de ces Troupes , ils les mirent
en defordre , de même que les
Efpagnols , qui estoient à la droite
de la Cavalerie de Hanover. Le
Roy fit alors avancer une partie de
T'ailegauche poury remedier, mais
comme elle eftoit trop éloignée ,
l'Ennemi ne donna pas le temps
de fe former, ayant attaqué
enflanc la Cavalerie Hollandoife
DE NEERVVINDE . 171
>
qui eftoit à la gauche , il la
mit außi en defordre avant que
les Anglois fuffent en ligne
de forte qu'ils furent obligez de
charger comme ils fe trouvoient
, ce que quelques uns firent
avec fuccés , battant tout
ce qui fe trouvoit devant eux
mais l'aile droite ayant eſté obligée
de repaffer la Riviere , les
Anglois fe trouverent environ
nez. Le Roy voyant que l'Ennemi
avoit l'avantage par tout
envoya dire aux Generaux de
l'Infanterie de l'aile gauche de
fe retirer à Levve , les Dragons
les Grenadiers , par Dormal,
l'Infanterie avec une partie
de la Cavalerie de l'aile
Sau
che par Ofmal , ce qui fut executé.
Aprés que le Roy cut
P 2
I 2 BATAILLE
donné fes ordres par tout , fe
voyant environné de toutes parts ,
obligé de paffer la Riviere,
il eut peine à gagner le Pont
de Neef- helpen , où S. M. rallia
une partie de fes Gardes &
de la Cavalerie de l'aile
gauche
, avec ce qui s'eftoit fauvé
de la Brigade de Ramzey ,
Se joignit fur les hauteurs de Tillemont
, avec ce que l'Electeur
de Baviere avoit rallié de l'aile
droite. Le Roy marcha toute la
nuit avec ce Corps vers Boutechem
, le lendemain il alla
camper à Bethlehem prés de Louvain.
Le reste de l'Armée qui
s'eftoit retirée à Levve , alla camper
aux environs de Dieft . Com
me l'Armée n'eft pas encore toute
raßemblée , nous ne pouvons
DE NEERVVINDE . 173.
pas fçavoir quelle eft noftre perte
; nous fçavons feulement qu'elbe
eft beaucoup moindre qu'on ne
l'avoit cru , & il y a bien apparence
que celle des Ennemis eft
außi grande que la nostre , fur,
tout en Infanterie . Le Comte de
Solms a eu la jambe emportée
Milord Portland eſt bleße, Monfieur
de Sgravenmore , & le Duc
d'Ormont dangereuſement bleẞé,
Monfieur de Zuileftein , font
Prifonniers. Nous ne favons pas
encore les noms des autres , Nous
avons pris le Duc de Barvvic'e
prifonnier , avec divers Officiers ,
entre lefquels il y a des gens de
qualité , dont nous n'avons pas encore
la lifte. Nous avons perdu
quelques Etendarts , mais nous en
avons gagné un grand nombre fur
les Ennemis.
P
3
174
BATAILLE
Il n'y a point encore eu
de grande Bataille , quand
elle a cfté opiniaftrée , où
le vaincu n'ait emporté
quelques Etendarts , & quelques
Drapeaux. Si les vainqueurs
ne perdoient rien ,
leur gloire feroit bien mediocre.
Ce n'est que la fotte
refiftance des Ennemis
qui en rehauffe l'éclat , &
pendant cette reſiſtance il
faut perdre quelque chofc.
On croiroit autrement
que les Ennemis auroient
fuy fans avoir foutenu le
combat , & que leur perte
1
;
DE NEER VVNIDE . 175
feroit arrivée dans leur
deroute , fans qu'ils euffent
montré le front à leurs
Ennemis . Cependant quoy
que les Alliez ayent longtemps
combatu avant que
de ceder la Victoire , &
qu'ils fe foient vantez d'a .
voir gagné des Etendarts
& des Drapeaux , il faut
que le nombre s'en foit
trouvé peu confiderable
,
puifque les ennemis ne les
ont point fait paroiſtre ,
& qu'ils n'en ont plus parlé.
La mefme Relation envoyée
par le Prince d'OP
4
176
BATAILLE
range dit qu'il y a apparence
que nous avons perdu
autant de monde que les Alliez.
C'eft ne dire rien que
de dire fans aucune preuve
qu'il y a
apparence
qu'une chofe foit ; cela ne
paroift mefme qu'une maniere
de parler dans cette
Relation , puis qu'à juger
des chofes par les apparences
, elles doivent eftre
pour nous par les raiſons
que j'en ay déja apportées
, & qu'à l'égard de la
fin du Combat où les vain.
cus perdent feuls , il eſt
DE NEERVVINDE . 177
-
d'uimpoffible
que les Ennemis
n'ayent pas fait une
tres grande perte. Je ne
vous parleray plus que
ne des Relations qu'ils ont
fait imprimer. Cette derniere
a efté faite par un de
leurs Officiers
, & je ne
vous en rapporteray
que la
fin . Enfin , dit-il , le combat de
la Cavalerie fut general autant
que le terrain le permit. Celle de
l'Etat étant battuë aprés une
réfistance louable , l'Angloise ,
menée par Monseigneur le Prince
de Naffau Sarbruck , noftre premier
Maréchal
de Camp general
, Monfieur Douerkerke
Milord Portland
, Lieutenans
PS
178
BATAILLE
generaux , prit S¹ place , & at.
taqua vigoureusement , mais les
Ennemis étant renforcer de plus
en plus , l'accablerent par leur
nombre , reparerent le mauvais
fuccés des premieres attaques
de leur Infanterie , par la
déroute entiere de noftre Cavalerie.
Alors il n'eftoit plus temps
à nos Bataillons de balancer fur
la retraite, Ils la firent en affez
bon ordre par les foins de nos Ge.
neraux , qui les avoient fi bra.
vement fait combattre , & qui
furent fuivis des Dragons du
Roy , des autres que j'ay
nommez. La Cavalerie Efpagnole
& Bavaroife , après avoirfait
tout ce que l'on en pouvoit attendre
pour le fervice du Roy leur
Maifire , & celuy de S. A. E.
DE NEERVVINDE. 179
dont la veuë feule fuffit pourfaire
agir en defefperez les Braves , &
rendre braves les plus timides ,fe
retira vers Tillemont , le mieux
qu'elle put ; l'Angloise celle
de l'Etat paffa en defordre la Riviere
de Geete , poursuivie jusque
là , fe fauva par Leyve vers
Dieft. Le peu de paffage qui fe
trouva à la Riviere où il n'y avoit
point de ponts , en a fait noyer
beaucoup , peut eftre autant
qu'il en eft restéfurle le champ de
Bataille , lequel nous avons efté
obligez par noftre fatalité de
laiffer aux Ennemis fur les trois
beures aprés midy , avec la plus
grande partie de noftre Canon, qui
à la droitefut trop toft abandonné
de ceux qui le commandoient. Les
Françoisfur leur Victoire , firent
,
180 BATAILLE
une décharge generale, avant que
nous fuẞions affezloinpour ne le
pas
entendre. Voila , Monfieur ,
comme s'eft paffée cette journée ,
qui ne nous à efté que trop mal.
beureuse , quoy que la vigueur
de notre refiftance ait fait acheter
aux Ennemis la Victoire cherement.
L'ofe direqu'ilsfont affez
bonneftes gens , trop juſtes à
cet égard , pour ne le pas avouer
eux mefmes.
Ie n'ay rien à vous dire
de cette Relation . L'Auteur
s'explique en termes affez
fignificatifs , & nos Relations
mefmes ne peignent
pas mieux la déroute des
Ennemis.
T
DE NEERVVINDE . 181
La verité s'eltant ainfi
fait jour de tous coſtez ,
parce qu'il eft difficile de
la deguifer , quand la renommée
prend elle - meſme
le foin de la publier
les parties intereffées fe
repentirent de l'avoir fait
connoiftre avec trop de
fincerité. Elles en virent
les confequences ; & crurent
qu'il eftoit tres- important
de tromper les
Peuples , de peur que la
Ligue ne fe relâchaft par
quelque endroit.
Cette
Guerre eft bien differente
182 BATAILLE
des precedentes. On n'y
deguifoit point la verité ,
mais aujourd'hui le Prince
d'Orange eft obligé pour
fe maintenir , de tromper
tous les Alliez , & fur tout
leurs peuples qui n'ont
nul intereft à cette Guerre ,
& qui font épuifez par l'adreffe
qu'il employe pour
retenir leurs Souverains
dans la Ligue en les trompant
, & leur faiſant voir
des avantages imaginaires
, lors que tout fon but
n'eft que de les tenir armez
pour demeurer touDE
NEERVVINDE . 183
jours dans le Trône. Rien
n'eft plus extraordinaire
que ce qu'ont efcric
à cet effet ceux qui font
devoüez à CC Prince.
Ils demeurent d'acord
que les
remporté une pleine Vitoire
, & que le Champ
de Bataille leur eft demeuré.
Ils conviennent que
nous avons pris le nombre
de Canons , de Drapeaux
, & d'Etendarts qui
font marquez dans nos
Relations , que nous avons
des Timbales , des Pou-
François ont
184
BATAILLE
tons , & toutes leurs Charrettes
, & munitions d'Artillerie
, & cependant
ils
publient hautement , fans
en donner aucunes preuves
, & fans faire aucuns
raifonnemens
,, que nous
avons beaucoup
plus perdu
qu'eux. Il y auroit du
prodige là dedans , & ils
feroient bien habiles s'ils
le pouvoient perfuader
fans faire autre chofe que
le foutenir hardiment.
Avec ce fecret ils n'ont
qu'à paroistre pour ga
gner des Batailles. Si le
Champ de Bataille , & les
dépouilles
DE NEER VVINDE. 185
dépouilles de leurs Ennemis
leur demeurent , ils ne
font pas gens à publier
qu'ils auront perdu la Bataille
, & fi le contraire arrive
, ils diront encore
qu'ils auront moins perdu
que nous. Il est pourtant
*
vray que nous avons deux
mille & Prifonniers
qu'ils n'ont pris que trois.
ou quatre des noftres. Ils
fe font retirez en defordre
, fans faire Corps , par
pelotons , & aprés avoir
jetté leurs armes , ce qui
1.86 BATAILLE
marque non feulement
une fuite mais une deroute
generale , & cinq
jours aprés le Combat , a
peine commençoient - ils à
paroiftre en Corps , au lieu
que noftre Armée cftant
demeurée entiere , fit une
Salve generale aux cris de
Vive le Roy fur le Champ
de Bataille , ce qui fe voit
mefme dans leurs Relations
pour montrer qu'elle
venoit de chaffer les Ennemi
, & que la victoire
s'êtoit declarée pour elle .
Il fe peut que pendant que
DE NEERVVINDE. 187
1
,
les Ennemis ont deffendu
leurs retranchemens la
perte ait efté égale ; il y a
mefme de la vray-femblance
à cela , mais lors
>
qu'un des partis abandonne
le terrain & ne
montre plus que le dos ,
c'est alors que le party victorieux
n'eftant plus oc-
•
& tuant
cupé qu'à tuer
rout feul , il le fait un
grand carnage du party
vaincu. Cela eft non feulement
arrivé dans la fin
du Combat dont il s'agit ,
mais il y a plus encore , le
Q 2
188 BATAILLE
manque de Ponts à toute
une Armée fuyante , qui
avoit une Riviere à paffer,
en ayant fait noyer un
tres-grand nombre . Ainfi
les Ennemis ne peuvent
difconvenia qu'ils n'ayent
beaucoup plus perdu que
nous quand leur perte
n'auroit commencé que
dans leur déroute , ce qui
>
n'eft
pas , la plupart defavoüant
ceux qui pour
l'amoindrir , écrivent des
chofes qui n'ont pas la
moindre vray - femblance.
Je ne puis plus à propos
DE NEER VVINDE . 189
vous faire part de l'Extrait
d'une Lettre de la
Haye , écrite à un François
, en date du 6. Aouſt .
Non feulement elle prou
ve ce que je viens de vous
dire touchant les foins
qu'on apporte pour groffir
noftre perte , mais elle
parle auffi de la Relation
de la Bataille , envoyée par
le Prince d'Orange
, & que
Vous venez de lire .
Nous avons icy une Relation
de la Bataille , envoyée
à Meffieurs les Etats par ordre
du Prince d'Orange , imprimée
Q3
190
BATAILLE
en François dans une Gazette.
Il paroift que la difpofition de
noftre Armée ne pouvoit eftre
d'un meilleur ordre , & que
le Prince s'eft fervi de tout
l'avantage du terrain. Le détail
de toute l'action y eft bien
ménagé , on ne peuty trouver
à redire que lafin , où l'on
cache diffimule nostre perte,
qui a efte grande en tout. Nous
venons d'apprendre par Liege
que Mr de Luxembourg a fait
plus de quinze cens Prifonniers,
qu'il a prisfoixante & huit pieces
de Canon ,foixante & fix
Etendarts , fix cens Charettes ,
DE NEERVVINDE. 191
douze Timbales , que l'on
eftime la perte de part & d'au.
tre de vingt - huit à trente mille
bommes , que dans la Riviere
feule ily en aſept à huit mille
noyez. Tous les chervaux des
Cuiraffiers de Mr de Baviere
generalement font perdus. La
plupart de fes Cuiraffiers font
reftez dans l'action. Il y en
avoit dix-huit cens , & ceux
quifont qui font revenus , portent
des marques de vos gens
fur la teste oufur le vifage ; les
Anglois , les Brandebourgeois ,
les Troupes de Hanover
principalement ont efté terrible192
BATAILLE
mint maltraitées. Cependant
on fait icy ce que l'on peut pour
diminuer voftre Victoire , &
je ne sçayfi on ne perfuadera
pas au Peuple & aux fimples ,
que vostre perte eft plus grande
que la noftre.
N'attendez point de reflexions
de moy là deffus.
Elles font trop faciles à faire
, & je ne dois que vous
affurer que la Lettre vient
veritablement de Hollande.
Il y a quelques endroits
à l'égard de ce que nous
avons pris , qui ne fe rapportent
pas tout à fait à la
verité.
DE NEERVVINDE . 193
verité. Je n'ay rien voulu y
changer. Il y a tant de naturel
dans cette Lettre, que
fa lecture doit faire plaifir.
A l'égard des fept à huit
mille hommes noyez dont
elle parle , cette perte ne
peut regarder que les Enily
nemis , puis que nous n'avons
point paffé de Rivie
re. Quand on veut déguifer
une verité connuë ,
a bien des chofes à examiner.
Il faut prendre garde à
ne fe point contredire , & à
n'eftre pas contredit pas
mille faits & mille difcours
R
194
BATAILLE
publics , tellement attachez
à l'affaire dont il s'agit, qu'il
eft impoffible de les empêcher
de paroiftre , de forte
qu'ils ne fervent qu'à faire
mieux connoitre la verité
que l'on veut détruire ,
ou pour le moins affoiblir.
On a vû dans le mefme
écrit & dans la même
les articles fuivans.
page,
On a chanté à Paris le Te
Deum pour la prétenduë
Victoire remportée fur les Alliex;
& plus bas en parlant
de la Haye : On leve icy une
fomme de deux millions cing
cens mille livres de la part des
DE NEERVVINDE . 195
Etats de Hollande de Veftfrife
, pour estre employée à
remettre principalement en eftat
les Regimens de la repartition de
cette Province. Non feulement
la contradiction eſt
manifefte , mais le mot de
?
prétendue Victoire , fans rien
prouver , & avancé par un
particulier , n'eft qu'une
parole en l'air qui ne doit
pas eftre creue , fur tout
quand elle est démentic
par un fait comme celuy
de l'article de la fomme
que les Etats font lever ,
pour reparer les Troupes
R 2
196 BATAILLE
ܝ
perduës à la Bataille . On
n'a vu autre chofe que de
ces contradictions
, depuis
que l'on a refolu en Hollande
& à Bruxelles de perfuader
» que la Victoire
remportée par les François
n'eft pas confiderable.Vous
en pouvezjuger parles articles,
que vous allez lire.
Voicy ce que les Ecrivains,
qui veulent diminuer la
gloire des François , difent
en parlant de Mr de Luxembourg.
Il a trouvé une fi
vigoureuse resistance , qu'une
artie de fon Armée en a esté
DE NEERVVINDE. 197
ruinée. Ilya buit mille blefje à
Huy & à Namur , & d'autres
2 Maubeuge. Croiroit - on
qu'aprés avoir tenu ce langage
, les mefmes perfonnes
ayent écrit ?
gne
Les Etats Generaux fe font
affemblez extraordinairement
après la reception d'une Lettre
que le Roy de la Grande Bretaleur
a envoyée. Ils ont enfuite
du refultat de leur Affemblée
notifié aux Ministres des
Alliez que nonobftant le finiftre
accident arrivé à l'Armée
le 29. du paẞé , ils eftoient
refolus de continuer la guerre
contre la France , les requerant
R
3
198 BATAILLE
d'enfaire part à leurs Maiftres.
Les Articles fuivans fe
trouvent encore en d'autres
endroits.
Leurs Hautes Puiẞances on
nommé des
Deputez pour
aller à l'Armée de Brabant ,
concerter avec Sa M. Britannique
les moyens les plus propres
à remettre promptement l'Armée
en eftat d'agir vigoureufementcontre
celle des Ennemis.
Le Sieur Henfius partit
Lundy ,
• apres avoir pris les
refolutions
neceffaires pour le
rétablißement
de l'Armée...
DE NEERVVINDE. 199
Ils
avoüent que pour la
mefme raiſon on a fait revenir
le Duc de Virtemberg
des lignes. Ils difent
que le fecond d'Aouft , cinquiéme
jour d'aprés la Bataille
, il manquoit encore
fix mille hommes des trou
pes de Brandebourg
; qu'on
a laiffé de bonnes Garnifons
à Leuvve , Dieft &
Louvain , pour mettre ces
Places à l'abry de l'infulte ,
& mille autres chofes qui
prouvent tellement leur
défaite , qu'il ne faut point
d'autres témoignages
que
R
4
200 BATAILLE
ces articles qui font des
faits , pour refuter ce qu'ils
difent lors qu'ils veulent diminuer
noftre
avantage ,
puifque ce qu'ils alleguent
contre nous , ne peut paffer
que pour des paroles ; &
que ce qu'ils rapportene
pour marquer leur perte ,
font des faits effentiels , &
des plus convainquans .
Il y a dans une Gazette
de Hollande , une Lettre
du Prince d'Orange , par
laquelle il remercie les Etats
de leurs bonnes intentions
, nonobftant le
DE NEERVVINDE . 201
perte
mauvais fuccés des affaires
. Il entend parler de la
de la Bataille , & de
la refolution que les Etats
ont prife de lever de l'argent
pour faire de nouvelles
troupes , comme il
eft marqué dans les endroits
que je viens de rapporter.
Auffitoft apres la Bataille
, Monfieur de Rofen
ayant efté détaché pour faire
contribuer la Mairie de
Bolduc , alla jufques à Gertrudenberg
, prés d'Heufdan
en Hollande ; Les con-
R
1
202 BATAILLE
tributions furent arrêtées
à huit cens mille livres ; il
•
&
rapporta de l'argent , &
ramena des oftages
beaucoup de chevaux , &
Monfieur de la Valette enleva
des Partis entiers
d'Ennemis jufqu'auprés
de
Gand.
Le Prince d'Orange ,fans
ceffe attaché à faire courir
de faux bruits pour faire
oublier fes pertes ; & tromles
Sujets de fes Alliez
peu contens de la guerre
où il a embarqué leurs
Souverains , fait publier
per
DE NEERVVINDE. 203
que fon Armée eft plus
forte qu'elle n'étoit avant
Je Combat ; & il fe trouve
des gens affez fimples pour
le croire , fans examiner
s'il y a de la vray - femblance
& de la poffibilité.
Il ne luy eft venu de Troupes
depuis le Combat , ny
d'Angleterre , ny de Hollande
, ny d'aucun de fes
Alliez ; toutes leurs nouvelles
publiques n'auroient
pas manqué d'en
parler. On n'a point fait
de nouvelles levées ; il faut
du temps pour cela , & fes
204 BATAILLE
Troupes qui ont pery , ne
font point revenues de
l'autre monde pour groffir
fon Camp. Il n'a donc
de plus que celles qu'il a
tirées de quelques Garnifons
, & celles des lignes
qui ayant déja efté en partie
tirées des Garniſons ,
laiffent plufieurs Places
peu garnies ; de forte que
s'il fe trouvoit obligé de
renvoyer ce qu'il en a tiré ,
il ne luy refteroit prefque
plus de Troupes pour tenir
la campagne.
Il n'y a point de Nation
DE NEERVVINDE . 205
qui fe déguife moins que
la France , & loin qu'on
y cache le nombre des
morts & des bleffez aprés
un Combat , il fe trouve
fouvent qu'on l'augmente.
Celuy des morts & des -
bleffez aprés les Recreuës ,
s'eft trouvé de cinq mille
cinq cens , furquoy il y a
toûjours beaucoup à diminuer
, les Capitaines tâchant
de faire mettre fur
l'Etat les Soldats qui leur
font morts de maladie , &
ceux de leurs Compagnies
qui ont deferté. De plus, la
206 BATAILLE
n'ont
plupart de ceux qui
que des égratignures, & des
contufions , tâchent à fe
faire mettre fur cet Etat ,
parce qu'il eft fort avantageux
en France d'avoir
cfté bleffé , & qu'il y a de
plufieurs fortes de recompenfes
pour ceux qui ont
bien fervy. Joignez à tout
cela , que le nombre des
morts n'allant ordinairement
qu'au tiers de celuy
des bleffez , il doit encore
étre moins grand , par toutes
les raifons que vous
venez de voir. On a fait
DE
NEERVVINDE . 207
graver tant de Plans de la
Bataille dont je viens de
vous faire le détail , que
je me diſpenſe d'en donner
, afin que chacun
choififfe celuy qu'on luy
aura dit eftre le meilleur.
L'action a cfté grande ,
& merite qu'on examine
avec foin les lieux où elle
s'eft paffée.
FIN.
2.08 BATAILLE
Voicy une Liſte des principaux
Officiers tuez ou bleſfez.
TUEZ .
Mrs le Prince Paul de Lorraine
, Fils de Mr le Prince
de Liflebonne.
Le Chevalier de Montchevreüil
, Lieutenant General.
Le Duc d'Uzez .
Le Comte de Gaffion.
Le
lon.
Marquis de Chanva-
Le Comte de Montrevel.
De Ligneri Lieutenant
des Gardes du Corps.
>
Le Chevalier Rofen.
De Coligni .
De Rochebertelle.
De Chaftenay , Capitaines
Gaujac ,
De Vauroüy.
aux Gardes.
Du
DE
NEERVVINDE. 209
Du Jardin , Aide - Major .
Vauvray , Lieutenant
Champigny Sous-Lieu.
Coreau .
Carana .
و ل ا د
tenans
Paul , Colonel du Royal
Allemand .
De S. Mars , Colonel .
De Quoad , Colonel..
Le Chevalier de Beaupré ,
Capit, de Cuiraffiers.
Bolen , Colonel Allemand &
Maréchal de Camp.
Du Guay , Major Piedmon
tois.
De Praflin .
De Coubertin Marole
Capitaine & Aide - Major
dans le Regiment du
Roy.
Le Chevalier de Beaure
gard. conta
Dougi , Major.
S
210 BATAILLE
Dapremont.
Vicogne , tué auprés de Monfieur
le Duc de Chartres.
Saint Simon.
Montfort.
Gournay.
Botheim .
Calbafar.
Chourdi.
De Saint Sauveur.
Cabaſſon.
Dalbufa. Suiffes
Seheudi.
Amedé Minutoli.
BLESSEZ.
Mrs le Prince de Conti.
Le Maréchal de Joyeuſe.
Le Comte de Lux , Fils de
M. le Maréchal Duc de
Luxembourg.
Le Duc de
Montmorency
DE NEERVVINDE. 21
De la
Rocheguyon ..
Le Comte de Coffé.
Le Marquis de Villequier.
Le Marquis de Rochefort.
Milord Lucan.
Le Chevalier de Villeroy.
De Rebé.
De Silleri.
De Tracy.
Le Comte de Grampré.
De Saillant. Capitaines
De Fourille . Saux Gardes.
De Santeuil.
D'Orgemont.
De Bourille. Lieutenans
De S. Paul.
Chardon ,
Sillonne .
Patriere.
La Teftole . Sous Lieutenans .
Porciere .
S
3
21.2 BATAILLE
Dartagnan , Enfeigne.
La Fond , Aide - major.
Audifert , Sous- Aide - major.
Reinold.
De la Barre.
Fifonnet .
De S. Giles .
Bournonville.
Imecour.
Le Chevalier de Tillette.
Pluvaux .
Silli.
Poinſegu .
Marin.
Saint Efteve.
Froville .
La Tarfe.
De la Tour Dallier , Cap. de
Cavalerie .
Daumont.
Dourlac.
DE NEERVVINDE . 213
Du Fay.
Lafticonne .
Bedein
Bourgny.
Briçonnet.
De Salis , Brigadier.
Fitz , Lieutenant .
Derlac.
Burck .
Surbec.
Greder.
Cherberg.
Dasfeld.
Redingue .
Dorgemont .
Redon.
Solve le Noir.
Bourgere .
Dumont.
De la Rocheberti.
Chavelin.
S 3
214 BATAILLE
D'Entraques.
Jolibois.
Paffiquiere .
PRISONNIERS.
Mrs le Duc de Bervvik .
Le Comte de Coffé.
Sellis , Brigadier d'Infanterie.
On n'a pû obferver d'ordre
dans la plus part de ces Noms.
J'ajoute une Lifte de quelques
Noms des Ennemis tuez,
bleffez ou Prifonniers. Comme
on ne les peut apprendre
que par eux , & que la plus
part de leurs Officiers nous
font inconnus , il s'en faut
beaucoup que cette Liſte n'ait
toute l'étenduë qu'elle devroit
avoir.
BLESSEZ.
Milord Porteland , Hollan
DE NEERVVINDE . 215
dois , cy-devant Bentheim
Favory du Prince d'Orange .
Le General du Puy dangereufement..
Le Colonel Borgaiffe
De Pinofte
dangereufement
Le Colonel Pignatelli .
LeMajor general Doth.
Le Prince de Hannover.
Le Duc d'Hofteing.
Les Comte Portand .
Le Comte d'Arco ..
Silpenbach.
De Serre , le bras caffé.
TUEZ.
Le Comte de Solm , General
de l'Infanterie Hallandoife ..
Le Colonel Alva.
Le Comte de Lippe.
Le Prince de Barbançon.
Le Marquis de Laide .
216 BATAILLE
Le Colonel Chalon .
Le Colonel Guinonnes.
Grammont , de la Maifon du
Prince d'Orange .
Mrs d'Offenaer & de Bufax
Generaux des Troupes de
Hannover .
PRISONNIERS.
Le Duc d'Ormond , Capitaine
des Gardes du Prince
d'Orange Lieutenant General
, & Grand Ecuyer.
Le General Sgravvemore,
Le Comte de Bronay.
Le Comte de Monfort.
>
Zuilleftein Marefchal de
Camp , de la Maiſon de Naffau.
THEQUE
LYO
DE
$1895
Qualité de la reconnaissance optique de caractères