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1693, 07
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Eur.
511
m
1693.7
Eur.
m
Eus:
511
1693,7
Mercure
<36624511540016
<36624511540016
Baver. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN:
JUILLET 1693.
A. PARIS >
GAL ERIE - NEUVE DU PALAIS.
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant au
premier jour de chaque Mois , & on
Le vendra Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cing fols en Parchemin.
6
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie ,
E MICHEL BRUNET , Galerie-neuve
du Palais , au Dauphin .
M. DC. XCIII.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbiblicinek
München
Ο
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Mémoires dont on ne fe peutfera
vir. On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvra
ges à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent , &fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite
prefentement
le Mercure , aa rétably les
chofes de maniere qu'il est toujours.
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que Fon commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longsemps
avant qu'il foit arrivé dans
AVIS
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard'
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce.
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il lefera toujours quel
ques jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preffent ,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit Sicur
Brunet , puis qu'il fe charge de faire
lespaquets luy-mefme & de les faire
A iij
A VIS.
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Par
ticuiers que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donnéleur
adreffe. Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres Rouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura sont lieu d'eftre
content.
MERCVRE
GALANT
JUILLET 1693.
V
OUS avez raifon,
Madame , d'aimer
les Ouvrages qui
fe font
continuellement pour
le Roy . Non feulement
tout
ce qui regarde ce Monarque
doit faire plaifir aux verita-
A iiij
8 MERCURE
bles François , mais ceux qui
bes entreprennent ayant la
plufpart un heureux genie , il
eft impoffible qu'une fi belle
matiere ne leur faffe produire
des chofes dignes de la curiofité
publique . C'est ce qui
m'engage à vous envoyer l'E
piftre en Vers que vous allez
lire . Elle eft adreffée au R.
Pere de la Chaife , & fur un
ſujet qui n'a pas beſoin de
fictions pour cftre traité.
GALANT . 9
$ 22552522255555ES
EPISTRE
Sur la Pieté du Roy.
D
Es projets les plus faints digne
Dépofitaire,
Elevé par ton zele à ce haut Miniftere,
La Chaife, admire icy les plus auguftes
traits
Du coeur d'nn Roy Chreftien , que tu
vois de fi prés ,
Et fecondant l'ardeur que fa vertu
m'inspire,
Viens prendre part aux Chants que
t'adreffe ma Lyre ,
Puifque fa pieté,dont il répand l'éclat,
Couronne les travaux de ton Apoflo
... lat ,.
10 MERCURE
Et que ta Compagnie aujourd'hug
plus illuftre
Du fuccés de ton zele emprunte un
nouveau lustre.
Dés longtemps occupée à de facrez
emplois ,
Elle afceu feconder laferveur de nos
Rois ,
Leur dicter des projets que le Ciel
favorife ,
S'attacher àla Cour , pour mieux fervir
l'Eglife ,
Ouy , dés que loin des mers, plus d'un
fiecle avant toy ›
Les Difciples d'Ignace eurent planté
la Foy ;
Dés qu'ils eurent am Cbrift , malgré
cent Dieux frivoles ,.
Elevé des Autels du débris des Idoles,
DuFapon fur nos bords , ceste divine
ardeur 2. Cor. z. •
GALANT. Ir
De leur Apoftolat porta la fainte odeur,
Et l'on vit, dans des temps à l'Eglife
contraires ,
DesMonarques Chreftiens ces Guides
tutelaires
Acquerir par un Zele auſſi ſaint que
leurs noms ,
L'eftime des Valois , & le coeur des
Bourbons.
De ces Guides, la Chaiſe, imitateur
fidelle ,
Qui cherchois un objet auſſi grand
que ton zele,
LOVIS dés le berceau dans le bien
cultivé ,
Pour la paix de l'Eglife à l'Empire
élevé ,
T'achoifs dans ces temps, où tes foins
& tes veilles
Ont fervi d'inftrument à ces hautes
merveilles
12 MERCUR £
Auffi le Ciel en toy dût réunirfes dons,
Sagement partagez aux Sirmonds ,aux
Cotons ,
S'ilt'a commis un Roy, dont le grand
coeur raffemble
Ce qu'ont eu de vertus tous les Bourbons
enfemble:
Ce fut dans l'heureux cours de tant
de beaux exploits ,
Quand , du Lisjuſqu'au Rhin , tout
tremblait fous fes loix , En 1675.
Qu'il ſe fit voir à toy chery de la
Victoire..
Ne preffentis-tu pas , ébloüy de fa
gloire,
Quefon bras afpirant à de plus beaux
Lauriers ,
Alloit vanger l'Auteur de fes fuccés
guerriers,
Et cherchant à fon zele une digne
matiere ,
GALANT.
13
Dans le champ de l'Eglife ouvriroit
fa carriere..
Mais dés qu'aux mains de Dien ce
grand coeur déposé Prov. 21 .
Fut fans voile & fans ombre à tes
yeux exposé,
Et que fa majefté , qui pour toy ſe
tempere
T'en laiffa penetrer le plusfecret miftere,
De quel espoir plus doux tefentis-tu
flaté?
Tuvis à découvert ce fond de probité,
Où regne la douceur , la bonté, la droi-
ой
tute,
Où la Grace a comblé les dons de la
Nature ,
Le centre de fa gloire , & de mille
One
vertus ,
ne tu dois dans leurfource admirer
encor plus.
14 MERCURE
C'est là que prés des Rois la Verité
timide
Empruntant de ta bouche une voix
intrepide ,
Luyfuggeroit qu'en vain, fans le nom
de pieux ,
Un Prince fe promet un regne glorieux
;
Sap. 7.
Que d'un grand Roy l'Eglife
attend
de grands
exemples ,
Le foutien de fes Loix , & l'appuy
de fes Temples ,
Et qu'un Heros Chreftien ne fe fait
admirer
Qu'enfervant mieux le Dieu qu'il
veut faire adorer.
A ces divins confeils LOVIS ouvrant
l'oreille,
Sent qu'une fainte ardeur& l'anime,
& l'éveille.
Ennemy du flateur qui fuit la verité,
GALANT.
15
Toute austere qu'elle eft, il en eft enchanté.
Cele qui le reprend eft celle qu'il avouë,
Luy qui veut qu'on l'inftruiſe , &
défend qu'on le loue ,
Dans les faints Orateurs trouve- t-il
moins d'attraits ,
Soit qu'ils faffent trembler le vice
fous le dais ,
Soit qu'ils portent ſon coeur par leur
vivé éloquence ,
Aux vertus qu'en fecret luy dicte ta
prudence .
Sous ce regne où renaift le fiecle des
Pepins ,
Des Charles , des Clovis , l'age des
Conftantins ,
A ton efprit content fouffre que je
rappelle
De tant d'exploits pieux la memoire
immortelle,
16 MERCURE
Les effets éclatans de fes nouveaux
Edits ,
Les excés de l'ufure & du luxe profcrits
;
Tant de facrez Hotels , de pompeux
Edifices,
Où les Pauvres heureux vivent fous
fes aufpices;
Un magnifique afile , où le Guerrier
blessé
Reçoit le iufte prix du fang qu'il a
versé.
Un Temple consacré pour les jeunes
Veftales ,
Mille autres monumens de fes mains numens
liberales.
Tu reconnois LOVIS à tant de
faints travaux ,
Mais diftingue- le mieux aux traits
d'un vray Heros .
Quand Miniftre du Dieu , dont luymefme
eft l'image
Rom. 13.
GALANT. 17
Dans une Cour Chreftienne il enpref
crit l'hommage ,
Cette Cour , où le vice a peu de partifans
,
Où l'amour du vray bien fait les vraix
Courtisans ,
Où LOVIS moins brillant par fa riche
Couronne ,
Se diftingue à l'éclat que la vertu lay
donne ,
Qui des Spectacles vains fujant le
faux plaifir,
A luy-mefmefe rend compte de fon
loifirs
Et des devoirs Chreftiens empruntany
fon merite,
Fait de la pietéfa vertu favorite.
Tous les jours on le voit aux pieds de
nos Autels
Se rendre en s'abaissant le plus grand
des mortels ,
Juillet 1693 .
B
18 MERCURE
:
Et par un cours reglé d'actions exem
plaires
Nous marquer tous les
divins Mifteres.
temps
de
de
nos
C'est à toy , qui fidelle à ton illuftre
employ,
Excitesfa ferveur, &tanimesfafoy,
De nous vanter le prix d'un figrand
facrifice ,
Où s'offrant au Seigneur il nous le
rend propice
Et fuivi de fa Cour en cet augufte
lieu ,
De fon ame fervente il forme un
Trône à Dieu.
C'est à toy qui l'admets au facre Ta-
- bernacle
De relever l'éclat de ce frequent mi
racle ,
où la Grace abondante infufe dans
fan fein,
GALANT. 19
Trépand la vertu du Dieu dont il eft
plein ;
Puis que d'un mal affreux domptant
la violence
Aux corps que fa main toucheil étend
fa puiffance.
Làfurles pas du Chriftſon humble
pieté
Par un divin éclat foutient fa ma
jefté,
Quand defcendant du Trône ilfert
mesme & revere (
Le Pauvre, dont il eft le Monarque&
le Pere.. La Cene..
Làfouventfongrand coeur occupé du
vray bien
Adreffe au Cieldes voeux dignes d'un
Roy Chreftien
Qu'il perpetue en luy la ſageſſeſu
14.
prême,
Qu'il lefaffe moins Roydesfiens que
de luy, mefme
Bij
20 MERCURE
Et que la pure Foy raffemblant fes
Sujets
L'Eglife goûte unjour unefolide Paix,
Il est venu ce jour , & l'Erreur
étouffée
Eft de fa pieté le plus noble trophée,
Depuis que par lux feul on voit executé
Ce que fept de nos Rois avoient en
vain tenté.
Fe Seay que sa bonté par de legeres
peines ,
Preffa les Novateurs de rompre enfin
leurs chaînes ,
Que par de juftes loix s'efforçant de
guerir
La fureur d'une Secte obstinée àperit,
De fes Sujets matins il tenta la conquefte
;
Mais quand le Ciel vangeur qui menagous
leur tefte
Deut. 13.
CALANT. 21
Contre ces faux Docteurs fit tonner
fon Arrest,
Fe fçay qu'à leurfalut prenant plus
d'intereft ,
LOVIS fembloit ravir dans leurs
Temples en poudre
Leursames à l'Enfer, & leur teſte à
la foudre ,
Quand leur offrant encor &ſes dons
&fa main ,
Il les força d'entrer au celefte chemin,
des Miffions que feconda la
Et
par
Grace
,
Vitfut leurs coeurs changez fon Edit
efficace.
Dut-on moins efperer d'un Heros fi
Chreftien ,
Qui de l'honneur du Chrift plus jaloux
que du fien
Loin de l'Inde & du Gange ordonne
qu'on public
22 MERCURE
La Foy qu'en fes Etats fon zele a
rétablie 2
Qui chaffant les faux Dieux des climats
reculez,
Affranchit de l'erreur tant de Rois
aveuglez ; quaN
Et par ta Compagnie en Apoftres fe«
conde >
Affermit le vray culte en l'un & l'au
tre Monde ?
C'est à ce pieux Roy , le fleau des
Novateurs,
De confier encor l'Eglife aux vrais
Paftours.
Sa prudence pourtant timide foru
puleuse,
Pour les Oingts du Seigneur toujours
- respectueuse ,
N'ofefeule aux emplois à la fainteté
dûs
Elever desSujets que le Ciel n'ait élûs.
GALANT. 23
Toy qui dans tes confeils fuis l'auftere
Evangile,
La Chaife , à ces projets tu n'es pas
inutile.
Inftruit que le Prelat au fidelle Trou
Marth. 5.
peau
Far d'innocentes moeurs doit fervir
de flambeau ,
Que des treforsfacrez l'Abbé dépofitaire
Doitida trifte indigent foulager la
mifere ,
2. Cor. 2.
Tu deviens , par attache au fevere
devoir ,
Protecteur
du merite , & Patron du
Sçavoir.
Le Clergé fleuriffant , par ces fages
maxime s
Ne voit point fous Loui; de choix
illegitimes,
Nyd'indig, es Prebats de Mitre conronnez,
24 MERCURE
Ny d'Enfans avant l'âge aux Autels
deftinez,
Ny les humbles Pafteurs que preoit
l'indigence,
Portions congruës .
Dans le champ du Seigneurgemirfans
recompenfe.
Telle eft fa pieté feconde en mille
faits ,
Qui fanctifie encor tous fes autres
projets.
Ouy , tu l'as veu , témoin du bonheur
· defes armes ,
N'efperer qu'en fon Dieu dans lefort
des alarmes ;
Et lors qu'ilfoutient feulcontre mille
Ennemis ,
L'intereft de l'Eglife à 1a valeur com 1
mis ,
Du fuccés des Combats, du débris des
murailles
Redevable au grand nom du Seigneur
Batailles,
Par
GALANT. 25
Par un fameux Cantique il en répand
le bruit,
Et de tous fes travaux luy confacre
le fruit.
Il reftoit à LOVIS de rendre hereditaire
La haute pieté qui faitfon caractere.
Son exemple aux Bourbons eft une
douce loy ,
Qui pour aller à Dieu leur fait fuivre
leur Roy ;
Mais joignant à fes foins ton zele
apoftolique ,
La Chaife , ili'a commis,par un choix
authentique ,
Du coeur de fon Dauphin le dépof
précieux ,
Et trois auguftes Fils formez fur leurs
Ayeux,
Qui prestant à ta voix une oreille
docile ,
Juillet 1693.
C
26 MERCURE
Trouvent dés le Berceau la pieté facile.
Je vous envoye un Ouvrage
de M de Malbofquet , de
Grenoble , fur lequel je ne
veux point prévenir le jugement
que vous en ferez . Je
vous diray feulement que
l'Auteur y expofe ce qu'il
penfe du Livre intitulé , La
Science Occulte.
GALANT. 27
555252552522 22552
A MONSIEUR
DE V. L. R. O. D.
Co
Omme la verité n'est point
de ce monde, & que l'imagination
,fon ennemie irreconciliable
, l'en a bannie , ne foye
pas furpris , Monfieur.fi peu de
perfonnes peuvent aborder dans
cette heureufe region où elle habite.
Le chemin qui y conduit eft
fort étroit , & la plupart nefont
pas les recherches quifont neceffaires
pour le trouver. Au con
Cij
28 MERCURE
traire, celuy qui conduit à l'erreur
eft large & fort fpacieux , & les
hommes charmez des fantômes
de leur imagination , y courent
en foule. Les difputes qui fe font
élevées depuis fept ou huit mois ,
& la bizarrerie des fentimens
d's hommes , au fujet de cefameux
Devineur qui fait tant de bruit
dans le monde , font une preuve
convaincante
de ce que je vous
dis , quoy que je ne vous apprenne
rien de nouveau là - deffus. Tout
le monde difcourt de la Baguette,
tous les Philofophes en difputent,
chacun felon fon humeur , felon
fon caprice , & felon la paffion
GALANT. 29
qui le transporte. Il n'y a pas juſqu'au
moindre Phyficien qui n'ait
paru fur le theatre , pour nous debiter
fes fentimens fur cette matiere.
Tous neanmoins ont pris
des routes fi differentes & fiécartées
, qu'il ne faut pas s'étonner
s'ils ont tous échoué jusques à
prefent dans les écueils tenebreux
de l'erreur. L'un a pris la route
du Ciel , pour chercher dans le
mouvement des Aftres & dans
leur conjonction , ce qu'il ne pou
voit trouver fur la terre , ou pour
mieux dire , dans le plus fecret
de luy mefme. L'autre a eu recours
aux efprits que les Meur-
C iij
30 MERCURE
triers tranſpirent , & aprés leur
avoir donné une force mouvante
toute extraordinaire , il les a introduits
jufque dans le fond des
fibres des mains , où fuppofant
qu'ils produifent des mouvemens
convulſifs , il s'eſt imaginé avoir
donné au Public la plus belle Mecanique
qui fut jamais , mais il
n'a eu garde d'appliquer fon Syf
teme à la découverte des Eaux ,
des Chemins perdus , & des Bor
nes des champs , parce qu'il fenles
vapeurs froides
toit
bien
que
humides
de l'eau
eftant
d'une
nature
toute
opposée
à celle
des
efprits
meurtriers
, n'eftoit
pas
proGALANT.
31
pre à produire de grandes fermentations
, & qu'il auroit fallu bátir
un autre fyfteme , & en faire
autant de particuliers qu'ily a de
phenomenes differens à expliquer
dans la fameuse question de la
Baguette. Celuy- la s'arreftant as
mouvement des vapeurs & à la
difpofition du corps de Jacques
Aimar , nous a donné un fyfteme
plus étendu & plus raisonnable
que tous ceux qui l'ont précedé.
Celuy - cy enfin nous a exposé
une critique fincere de tous les Livres
qui fe font faits , & il ne
critique rien moins que ce qu'il
falloit critiquer. Il s'amufe même
C iiij
32 MERCURE
ن م
des chofes peu utiles par rapport
à la question , car prenez
garde à cecy , Monfieur. A quoy
bon chicaner Mr Regis & fon
Analytique Difciple fur ce
qu'ils difent de l'union de l'ame
& du corps ? Pourquoy faire un
procez à Mr Descartes , fur ce
qu'il a defini l'efprit de l'homme
un être penfantfans nous parler
du rapport que cet être a avec le
corps ? Ceux qui entendent la
doctrine de ce grand homme ,
qui ont leu la feconde defes Meditations
methaphyfiques , jugeront
fi l'Auteur de la Critique
fincere , a raifon dans cet enGALANT.
33
droit ; mais ce n'eft pas- là ce que
vous attendez de moy. Je dois
vous rendre compte de ce que je
penfe duTraité de la Baguettefait
parM' de Valmont . Aprés avoir
examiné la moitié de ce Livre
avec beaucoup d'attention , j'ay
efté furpris d'y avoir leû quantité
d'affez belles experiences qui
n'ont aucun rapport au mouvement
de la Baguette . Car enfin ,
quand on luy accorderoit tout ce
qu'il dit de ces faits extraordi
› quoy qu'ily en ait beaunaires
ne voit coup de fabuleux , on
pas qu'il en puiffe tirer un grand
avantage pour leſujet qu'il trai34
MERCURE
les
te . On convient avec luy que
vapeurs ont beaucoup de mouvement
, qu'il s'en éleve mesme
beaucoup dufein de la terre , que
l'activité de la matiere fubiile
eft tres rapide , que les hommes
refpirent tranfpirent beaucoup
de corpufcules. L'Auteur a
employé presque tout fon Livre
à nous convaincre de ces veritez
dont les Philofophes tombent
d'accord aujourd'huy car s'ils
ont encore quelque different làn
deffus , qu'on examine , on verra
que ce n'est plus qu'une question
que
l'un
de nom , puifque tandis
fait de fades railleries fur le
GALANT.
35
Mouvement de la matiere fubtile
, celuy - là mefme eft forcé
d'admettre un air fubtil qui fait
les mefmes fonctions dans lanature
; mais quel rapport de tous
ces mouvements rapides avec le
tournoyement de la Baguette entre
les mains d'Aimar , par rapport
aux meurtres , aux chemins
perdus , dre ?Quel rapport avec
la profondeur des eaux ?Quel rapport
avec l'abondance des Sources
? car comme dit tres bien le
Pere Malbranche dans fes Lettres
inferées au Mercure du
mois deJanvier , & que M² de
Valmont a ca la bonté de paffer
36 MERCURE
fans en dire mot pour s'arrester à
des chofes de nulle importance,
La convention de ceux qui
prennent une pierre pour
bornes de leur heritage , & qui
ceffent par un accord mutuel
de luy attribuer cette dénomination
, n'en change point
la nature ny les qualitez Phyfiques.
Il est donc ridicule
d'attribuer l'effet Phyfique
tournoyement de la Baguette
à la qualité de lapierre,
& mefme à la difpofition de
celuy qui la tient. Les vertus
naturelles & neceffaires agiffent
inegalement dans des
du
GALANT 37
diſtances inégales , ainfi elles
font neceffairement le mefme
effet lorfque le fujet fur lequel
elles agiffent , eft dans des
diſtances differentes , mais reciproquement
proportionnelles
, à leur force , &c. Il
faut donc conclure que ce mouvement
tant recherche ' , tant
vanté & tant prouvé par l'Auteur
, eft la moindre piece de fon
Syfteme , puis qu'il eft obligé de
ceder au moindre changement qui
furvient au corps d'Aimar , comme
tout Paris le fait tres- bien
car les habiles gens fe mocquent
à preſent deſon habileté. Cela eft
38 MERCURE
fi conftant que M² de Valmont
n'oferoit rapporter aucune découverte
atteftée par des perfonnes
qui ne prennent point d'intereft à
la verité de tous ces faits. C'eft
qu'apparamment Aimar a chan
gé de temperament à Paris , &
que fa transpiration eftant roide,
elle rompoit l'enchaînement de
toutes les vapeurs. Voila le Plaf
sron qu'on applique au corps d' Aimar
quand ilfouffre de ſi violenses
fincopes. C'est auffi le dernier
retranchement de M' de Valmont
, & qu'il faut examiner
dans lafuite , mais pour cela il
faut prendre la chofe dans fa
GALANT. 39
fource, L'Auteur voulant éclairer
le Pere Malbranche fur une
difficulté qu'il a propofée dans fa
Lettre en difant , qu'ils expliquent
eux - mefmes ce qu'ils
veulent dire par le mot de
temperament .... On tâchera
de leur repondre , & c . Cet
Auteur, dis-je, éclaircit cette difficulté
en ces termes pag. 423. IL
eft vray que l'Aimanagit
également
fur le fer , qui que ce
foit qui le tienne , parce que
l'Aiman eft la cauſe totale de
cette action ; mais il n'en eft
pas ainfi du mouvement de
la Baguette. Il eft produit en
40 MRECURE
'
partie par les Corpufcules
qui s'élevent des Sources &
des Minieres, & en partie par
la difpofition de la perfonne ,
qui la tient. Voila qui eſt
intelligible , dit l'Auteur en
finiffant cet article ? Penfezvous
, Monfieur
, que celafuffife
pour éclairer les habiles gens ?
Penfez- vous qu'il n'y a qu'à
dire en l'air que le mouvement
de la Baguette vient de la matierefubtile
, & ajouter enfuite
un terme de Logique qui ne fignifie
rien de diftinct à l'esprit.
Penfez- vous, dis-je , que
fonnement de M de Valmont
le raiGALANT
. 41
foit fort different de celuy- cy ?
Le mouvement de la Baguette
vient en partie de celuy des vapeurs
du temperament de celuy
qui la tient. Ileft encore intelligible
, pourfuit l'Auteur ,
que ces vapeurs de la terre agirontfur
certaines perfonnes qui
9feront fortfenfibles , pendant
qu'il y en aura d'autres qui n'en
feront nullement émuës` , parce
que la contexture de lear fibres
est telle qu'elle ne laiſſe point de
pores proportionnez an volume
& à la figure de ces atomes vo-
Fasils . Jefuisfeur qu'on n'eft pas
encore trop éclairé par rapport
Juillet. 1693.
D
42 MERCURE
cette difpofition qui concourt
avec les vapeurs au tournoyement
de la Baguette ; car s'il eft
vray que ce Devineurfoit fenfi
ble à l'évaporation de tous ces
corpufcules , qui paffent par la
contexture particuliere de fes fibres
, je foutiens que ce fentiment
n'augmente ny ne diminue
le mouvement de la Baguettes,
car quel rapport d'unefenfation
avec un mouvement ? Je dis
plus , c'eft qu'il devroit fuffire
pour annoncer la découverte des:
caux & des metaux , de mefme •
qu'il fuffit que j'experimente en
moyle fentiment de chaleurspour
"
GALANT. 43
1
fçavoir qu'il y a autour de moy
quelque corps qui donne occafion
à cefentiment , comme Facques
Aimar a toûjours beforn de
femblables fenfibilitez , c'eſt à
quoyl Auteurfe devoit tenir &
non pas fe mettre en pieces pour
prouver le mouvement des vapeurs
, &c. Je pourrois demontrer
que l'Auteur fe contredit
au fujet de la contexture des fi
bres , & que lors qu'il s'agit
d'Aimar , la peau de l'homme
est toute percée d'une infinité de
pores differents , mais lors qu'il
eft question d'un autre entre les
mains de qui la Baguette demen-
*
Dij
44 MERCURE
re immobile , lapeau de l'homme
n'a plus cette contexture
tant criblée. En un mot, de quelquemaniere
qu'il entende cette
fenfibilité , je pense qu'il ne poura
jamaisfe tirer d'affaire , qu'en
adoptant lefyfteme de Mr Chauvin
, quoy que l'un & l'autre
fe deftruifent reciproquement
comme il feroitfacile de le démontrer.
Lifez, Monfieur , la
page 425. du Livre de M de
Valmont , & je fuis feur que
woftre étonnement fera plus
grand que celuy du Pere Ma
lebranche. Cet Auteur tâche de
s'expliquer en toutes manieres .
GALANT. 45

Ilfe fert de la comparuifon d'un
Aiman qu'on tient avec des main
chaudes , lequel ne fupporte pas
le mefme poids qu'auparavant.
Cette efpece de fincope , ditil
, qui arrive à l'Aiman dans
des mains trop chaudes, vient
de la diffipation de ces efprits
magnetiques qui font déràt: -
gez & écartez par les corpuf
cules les plus fubtils de la
tranſpiration infenfible des
mains ; car enfin il faut obferver
que cette émiffion fe fair,
dit M' Boyle , avec autant de
violence que le petit plomb
qui fort d'un fufil.
46 MERCURE
Je pretens premierement que
ce raifonnement détruit entierement
tout ce que l'Auteur dit dans
le chap. 23. qui devroit eftre le
plus fort de fon Livre , & que
tout fon fysteme ne peut plus
fubfifter. Secondement , que felon
ce raisonnement on pourroit démontrer
que la force qu'a l'Aiman
d'attirer le fer ne dépend pas
uniquement du mouvement rapide
de la matiere canelée , mais
auffi de la difpofition de celuy qui
le tient ; l'un & l'autre est bien
facile à prouver. C'est une veri
té tres - conftante parmy les Défem
feurs de la Baguette , que quand
GALANT. 47
Jacques Aimarfuit un Voleur ou
un Meurtrier , il a le poux élevé
, il reffent un feu dans fes
entrailles , il fouffre des maux
de teſte ; en un mot , il éprouve
tour ce qui fe paffe, durant
un accés de fiévre . Celafupposé
, je demande s'il n'eft pas évidu
corps d'Aimar ilfort
dent
que
pour lors plus de corpufcules ,
avec plus d'action , que d'un autre
homme qui jouit d'une parfaite
tranquillité, & entre les mains
de qui laBaguette demeure immobile.
Or fi les efprits quifortent
du corps , en fortent avec autant
de violence le petit plomb
que
48 MERCURE
d'un fufil , & fi du corps d'Aimar
il en fort de fi grands torrens
qu'il en devient tout épuisé , je
foûtiens que cette action doit roml'enchainement
des vapeurs',
& de tout ce qu'il vous plaira
d'imaginer , & par confequent
bien loin que les difpofitions d'Aipre
mar concourent au mouvement
de la Baguette , elles doivent entierement
l'arrefter,& avec d'autant
plus de facilité , felon les
principes de l'Auteur , que ces
efprits ont beaucoup d'analogie
avec ceux qui font au dehors ,
car pour me fervir du mefme raifonnemens
, page 429. Si une
verge
GALANT. 49
verge de fer fufpendue par le
milieu avec un filet , vient à
toucher de fa pointe le pole
d'un bon Aiman, quoy qu'elle
ait efté aimantée déja d'un
autre fens , elle perd fa premiere
impreffion , & en prend
une toute contraire. Pourquoy
cela ? Ceft que la grande
quantité de matiere magnetique
qui fort avec impetuofité
de la pierre , contraint
celle qui ne paffe qu'en petite
quantité par
les pores de la
verge de fer , de fe mouvoir
à contre-fens . La tranfpiration
forte & abondante de
Fuillet 1693.
E
50 MERCURE
la main produit le même effet
fur la verge de Coudrier , elle
en chaffe les corpufcules , & c.
Si on fait quelque attention au
rapport qui fe trouve entre l'activité
avec laquelle les corpufcules
fortent d'Aimar tout émeu &
febricitant , celle d'un homme
tranquille d'un temperament
fort lent , on fe perfuadera facilement
que l'activité des corpuf
cules d'Aimar eft beaucoup plus
grande que celle de cet homme
tranquille . Cependant la Baguette
tourne entre les mains du
Devineur , & demeure immobile
entre celles de cet homme tranGALANT.
51
quille . Cela ne devroit pas arriver
, felon les principes de l'Auteur.
Pourquoy cela ? C'est que
lagrande quantité de matiere,
laforce avec laquelle elle fort
qui eft bien plus grande que celle
du petit plomb qui fort d'unfufil
l'analogie qu'elle a avec les corpufcules
qui font au dehors , contraint
celle qui n'est quelquefois
qu'en petite quantité , & qui n'a
pas tant de mouvement, quand on
fuppoferoit qu'il y en a beaucoup
au dehors , de rebrouffer chemin ,
de fe mouvoir à contre-fens
de ce qu'elle fe mouvoit . C'est là
le raifonnement de l'Auteur ,fur
E ij
52 MERCURE
ce qu'il y a certaines perfonnes
entre les mains de qui la Baguette
ne tourne pas. Je sçay bien
qu'on me répondra que la matiere
quifort d'Aimar n'eft pas fi roide.
Je le veux , mais je foutiens que
l'analogie qu'elle a avec celle qui
eft au dehors , la rapidité avec
laquelle elle fort du corps du Devineur
, doivent faire icy le même
effet que la roideur , & ce
raisonnement n'eft pas meilleur ,
que celuy que feroit un mauvais
Philofophe , s'il affuroit qu'afin
qu'un brin de paille puft estre entraîné
par la rapidité du vent, il
faudroit encore que les corpufcuGALANT.
53
les qu'il entraîne euffent affez de
roideur pour faire pirouetter ce
brin de paille . Avant que de finir
cet article il faut que je faſſe encore
voir que les corpufcules meurtriers
qui fortent des Scelerats ont
quelquefois fi peu de force , qu'ils
ne doivent donner aucune at-`
teinte à la Baguette , & c'est ce
qui ne s'accorde pas avec les principes
de l'Auteur. Il arrive , ditil
page 447. que quand l'impreffion
eft foible , & qu'on a
le fang peu émeu , on a recours
à la Baguette , qui eft dirigée
par ces corpufcules invifibles,
& qui fait fentir par fon mou-
E iij
54 MERCURE
vement ce qu'on ne découvriroit
pas par
la feule voye de
la fenfation
. Affurément
ily a
icy un paralogifme fort fenfible ,
ou je fuis fort trompé. Quoy !
lors que le Devin paffe par un
endroit tout farcy d'efprits meurtriers
, il reffent de grandes émo .
tions , & il n'a pas befoin de la
Baguette , foit ; mais lors qu'il
paffe par d'autres chemins privez
de l'abondance
de ces efprits ( car
l'émotion plus ou moins vehemente
vient de là , fon principe
eft au dehors ) il n'eft attaqué que
par des fenfations confufes &
équivoques qu'il ne sçauroit démefler
des autres qu'il reffent, &
GALANT.
55
pour lors le tournoyement de la
Baguette luyfert au defaut de ces
émotions. Affurément on voit bien,
fans queje m'explique davantage,
que fi les efprits meurtriers n'ont
pas la force d'ébranler lesfibres du
Corps tres-difposées à fe mouvoir,
ils ne sçauroient donner la moindre
atteinte à la Baguette .Je dis plus .
Cette pretendue difpofition confu-
Se ne sçauroit concourir avec le
mouvement du dehors , & le Devin
dans ces occafions doit demeureur
tout court . Je pourrois
apporter une infinité d'autres raifons
qui feroient voir que
les
comparaisons dont l'Auteur Se
E j
16 MERCURE
fert pour appuyer fes raiſonnemens
, comme celle d'un morceau
de papier attaché au bout d'un
bafton , qu'on expofe à l'air pour
fçavoir d'où vient le vent, n'ont
nul rapport à la question ; car je
vous prie de vous fouvenir que
1 Auteur nous doit expliquer comment
la difpofition d'Aimar concourt
au mouvement du dehors
pour faire tourner la Baguette ,
je ne vois pas que toutes ces
fimilitudes l'expliquent beaucoup .
Celle du Microfcope & de la
Lunette d'approche , rapportée
dans la page 447. eft plutoft
ornement du difcours qu'une bonne
raison. Ceux qui fçavent les
GALANT.
57
premiers principes de la Dioptri
que le verront bien .
Fay encore à vous démontrer
que les principes de Mª de Valmont
eftant fuppofez › je prouveray
que la rapidité avec laquelle
un Aiman vafe joindre avec un
autre , vient en partie de la difpofition
de celuy qui le tient, &
de l'écoulement de la matiere canelée
qui fort de ces pierres . Fe
Suppose que ceux qui tiennent les
Aimans ayent leurs mains dans
un eftat naturel. Voicy mon raifonnement
. Ily ades Corps dans
la Nature qui fe meuvent entre
les mains de certaines perfonnes ,
58 MERCURE
& qui restent immobiles entrè
celles de beaucoup d'autres . On
en convient , & la raison que
nous en donne Mr de Valmont,
C'eft, dit- il , que le mouvement
des vapeurs , tant froides
que chaudes , le joignant
à la difpofition de celuy qui
tient le corps , l'oblige à fe
pancher vers la terre . J'appli
que le même raifonnement à l'Aiman.
Prefque toutes les perfonnes
( car on n'est pas affuré de
toutes ) tenant un morceau de fer
entre leurs mains d'une certaine
maniere , ce morceau de fer fe
panche vers l'Aiman . Pourquoy
GALANT. 59
cela ? C'est que le mouvement de
la matiere canelée ſe joignant à
la difpofition du corps , donne le
branle à ce morceau de fer ; car
le mouvement de la matiere fubtile
ne fuffiroit pas, quelque grand
qu'il foit, comme il ne fuffit pas
pour faire tourner la Baguette ;
& ces mefmes perfonnes tenant
une piece d'argent en prefence
d'un Aman , cette piece demeu
re immobile. D'où vient ce changement
bizarre ? C'est que la dif
pofition du corps n'eft pas propre
à faire pancher la piece d'argent .
Les corpufcules qui en émanent
dérangent toute la matiere fub60
MERCURE
tile . Tout ce qu'on peut répondre
de raisonnable à ce que je dis ,
c'est que l'experience nous fait
voir le mouvement de la Baguette
entre les mains d'Aimar , & que
la mefme experience ne démontre
pas que le fer foit immobile en
prefence d'un Aiman , qui que ce
foit qui le tienne . Je répons à cela
qu'avant qu'Aimar fuft au
monde , on ne fçavoit point que
la Baguette tournaft fur les corps
morts,fur la pifte des Meurtriers,
fur les Bornes des champs , fur
les Chemins perdus ; qu'on découvrira
peut- eftre un jour quelque
perfonne d'une difpofition fi pare
GALANT. 61
ticuliere , entre les mains de laquelle
le fer fera immobile à la
prefence de l'Aiman le plus vigoureux
, & que l'or & l'argent
Je pancheront vers cette force métallique
avec une force incroyable
. Vous voyez donc, Monfieur,
que s'il n'y a qu'à parler en l'air,
qu'à debiter tout ce qui nous
vient dans l'esprit , entaffer faits.
fur faits , experiences fur experiences
, par rapport à des chofes
dont il ne s'agit pas , on obſcurcira
bien toft ce qu'il y a de plus
clair dans la Phyfique , & les
regles invariables de la communication
des mouvemens varie
62 MERCURE
ront felon le temperament qu'il
plaira aux nouveaux Phyficiens
'de donner à un particulier .
Avant que de finir cette Lettre,
permettez- moy de vous dire ce
qu'un de mes Amis m'a affuré
avoir veu entendu ; c'est qu'-
Aimar dédaigne les Sources & les
Meurtriers , il affure que fa Baguette
tourne fur les corps des
Bienheureux. Je fuis feur qu'il
trouvera des Phyficiens qui expli
queront ce Mécanisme facré ; les
principes qui font répandus dans
les Lettres qui font imprimées à
Lyon, font fort feconds pour ce-
La. Si quelque habile homme ne
GALANT. 63
nous donne un fyfteme raiſonnable
fur cette matiere , je mettray
par écrit celuy que je vous ay
communiqué il y a quelque temps.
Je fuis ,&c.
A Grenoble le 10. May 1693 .
J'ay à vous entretenir fur
tant de matieres differentes ,
que ne pouvant vous parler
dans cette Lettre de tous les
feux de joye qui ont esté
faits à l'occafion de la
prife d'Heidelberg , je me
contenteray de vous faire le
détail de celuy que l'on a fait
à Moulins
, afin
que vous ju64
MERCURE
giez par là des réjoüiffances
des autres Villes . Ce Feu, qui
eftoit du deffein de M' Grolier
Des- Maifon , Procureur
du Roy & de la Ville , fut
trouvé tout plein d'invention
. La Victoire fous la forme
de Pallas , tenoit d'une
main une Couronne de Laurier
, & de l'autre un Etendard
aux armes de France
avec ces mots , Invictum haud
>
invita fequor qu'expliquoit
ce Vers à la gloire du Roy.
Je me fais un plaifir de marcher
furfes pas.
Dans les quatre faces du
GALANT. 65
Piedestal , fur lequel la figure
cftoit pofée , il y avoit quatre
Devifes . Le corps de la
premiere eftoit un Soleil dans
fon midy , & tout brillant de
lumiere avec ces mots , Ut
Sol folus in orbe , pour faire
connoistre que Louis le Grand
ne fe diftingue pas moins entre
tous les autres Souverains
par les prodiges continuels
de fon regne , que le Soleil
fe diftingue entre tous les autres
Aftres.
La feconde eftoit un Soleil
faifant épanouir des Lis avec
ces mots. Fer te revivifcimus
F
Fuillet 1693.
66 MERCURE
omnes , pour montrer que les
François mettent toutes leurs
efperances fur la vigilance &
la fageffe du Roy , qui refifte
feul à un monde d'Ennemis
liguez enſemble.
de
Un Soleil fur le globe de
la France , faifoit le corps
la troifiéme Devife avec ces
paroles , Pacatum reget hic propriis
virtutibus orbem , pour
faire entendre que la France
reftera tranquille , tant qu'elle
aura l'avantage d'eftre gouvernée
par un Prince auffi
grand par
fa valeur , que par
la pieté finguliere.
GALANT. 67
La quatriéme eftoit un Miroir
ardent expofé aux
rayons du Soleil , & quibrûle
par fa reflexion tout ce qu'on
luy oppoſe , & ces mots pour
ame, Coelitus ardet , ce qui marquoit
que l'ardeur avec la
quelle le Roy fouftient la
guerre contre tous les Princes
Allicz , luy vient du Ciel ,
dont il prend en main la
caufe .
Dans les quatre
Platebandes
de l'Echafaut , on avoit
peint quatre autres Devifes
dans des cartouches , expliquées
chacune par autant de
Fij
68 MERCURE
Vers François . Ces Devifes
eftoient toutes fur la rapidité
avec laquelle les Troupes
du Roy ont pris Heidelberg.
Dans le premier des Cartouches
eftoit peinte une
Nuée épaiffe , d'où fortoit la
foudre qui tomb oit fur une
Ville avec ces paroles , Ante
ferit quam flamma micat ; &
plus
bas
Envain fur mes projets tous
les yeux font ouverts ;
pertent avec eux le fecret
de la foudre .
Ils
po
Heidelberg voit plufost fes
murs reduits en poudre.
GALANT. 69
S
Qu'il ne s'eft apperçeu de fon
trifte revers.
Dans le fecond eftoit un
autre Soleil , dont plufieurs
nuages épais vouloient fufpendre
l'ardeur & la lumiere,
avec ces mots , Obftantia nubila
folvit.
Pour pouvoir l'arrefter dans
fa noble carriere
Des nuages épais font obftacle
à fes pass
Mais leurs efforts font vains,
n'empefcheront pas
Qu'il ne porte par tout l'éclat
defa lumiere.
Le troifiéme
reprefentoit un
70 MERCURE
Soleil, penetrant un gros nuadont
il for- ge par fes rayons , dont
toit des éclairs , avec ces paroles
, Vel folo lumine terret .
Aufeul bruit des carreaux que
valancer LOVIS,
Bade tremble de peur ,&plaint
fon infortune.
De l'éclat du Soleil fes yeux
font éblouis ,
Il ne peut foûtenir que celuy
de la Lune.
Dans le quatriéme paroiffoit
un Soleil , peint fur un
Bouclier aux Armes de France
, produifant l'effet de la
tefte de Meduſe , & ces mots
GALANT. 71
au bas , Vincit quem refpicit
hoftem.
Ligue , de tes projets tu fens
la décadence ;
Malgré les bras armez de tous
tes Potentats,
Tu verras chaque jour démembrer
tes Etats ,
Rien ne peut réfifter aux Armes
de la France.
J'oubliay le mois paffé de
vous apprendre la mort de
Meffire Jacques de la Motte-
Houdancour , Chevalier de
l'Ordre de S. Jean de Jerufalem
, Commandeur des Commanderies
de Saint Jean du
72 MERCURE
Temple à Troyes , & de Beauvais
en Gaftinois , Maréchal
de Camp des Armées du Roy,
arrivée en fa Commanderie
de Troyes , le 15. de Juin ,
en fa quatre - vingt - troifiéme
année . Il s'eftoit fignalé
au Siege de la Rochelle ,
où il eut les deux jambes caffées
à la tefte des Brigantins
qu'il commandoit , & au
Siege de Privas , où il eut auffi
le bras caffé. Il eut pour Freres
le feu Maréchal de la Mot.
te Houdarcour , Duc de Cardonne
, Viceroy de Catalo .
gne , & c . le fçavant Archevefque
GALANT. 73
vefque d'Auch , Grand Aumônier
de la Reine , Mere du
Roy , & M' l'Evefque de Saint
Flour , qui vient de mourir,
aprés vingt - neuf années de
réfidence actuelle dans fon
Dioceſe
. Il partagea la gloire
du premier dans les Exploits
celebres qu'il fit en Italie , en
Catalogne , & dans le Rouffillon
, & la folide picté des
deux autres qui les a fi glorieufement
diftinguez dans
l'Eglife. Il pratiqua en toutes
occafions le bien plus facilement
qu'il n'en parla , & a
toujours fait voir combien il
Juillet 1693.
G
74 MERCURE
aimoit les Pauvres , par les fe
cours qu'il leur a donnez . Il
eftoit droit , fincere, & officieux
; auffi toute la Ville de
Troyes , dont il faifoit les de
lices , l'a pleuré amerement ,
& jamais homme n'y fut fi
generalement aimé , & ſi ſincerement
regretté-
Le titre de l'Ouvrage qui
fuit , vous fait connoiftre
combien il doit eftre curieux.
Je ne vous en diray rien , finon
qu'il cft fait par Mr Tourainc.
GALANT. 75
255252522 5222SSSS
REFLEXIONS
Sur le Calendrier perpetuel &
invariable de M' Comiers,
Preftre , Docteur en Theologic
, qui eft dans le Mercure
Galant du mois de
Mars
1693.
Vant ces Reflexions il
Afaut
remarquer pour leur
principe , que fuivant le Calendrier
Romain , depuis fa derniere
correction en l'année 1582. &
Suivant ce qui fe paffe actuelle-
Gij
76 MERCURE
ment fans aucun contredit , il y
a quatre parties du temps , qui
font les jours , les années , les
mois, les cycles. Ily a de plus
les femaines & les fiecles , mais
ils ne font point au nombre des
parties du temps , parce qu'ils
marquent aucune particularité
des mouvememens du Soleil
de la Lune, ny de leurs occurences
, comme font les quatre autres
parties, lefquelles font folaires &
lunaires , tant les folaires que &
les lunaires font communes &
Aftronomiques.
Les parties communes du temps
marquent & font la durée des
GALANT . 77
mouvemens & des occurences du
Soleil de la Lune , & auffi des.
occurences de leurs mouvemens ,
mais ce n'eft pas préciſement ;
elles font quelquefois plus , &
quelquefois moins. C'est en cela
qu'elles font differentes des parties.
Aftronomiques , lesquelles marquent
& font préciſement la durée
des mouvemens du Soleil &
de la Lune , & de leurs mouve
mens. Cependant on ne me mefure
point on ne nombre point ,
dans le Calendrier , les parties
du temps par les Aftronomiques,
mais par les communesfeulement .
Il est neanmoins neceffaire pour
G iij
78 MERCURE
nos Reflexion's defçavoir la durée
des parties Aftronomiques
du
temps. Nous l'apprendrons
de
la durée de fes parties com-
& nous l'expoferons
munes ,
en faisant nos Reflexions , après
avoir exposé icy la durée des parties
communesfuivant le Calendrier
Romain , & fuivant ce qui
fe paffe actuellement fans aucun
contredit.
Les mouvemens du Soleil &
de la Lune , font les tours qu'ils
font chaque jour chaque année.
Ils font appellez mouvemens
diurnaux mouvemens annuels,
ou fimplement les jours & les anmées
GALANT. 79
• Les jours qui font la durée des
mouvemens diurnaux , tant du
Soleil
que
de la Lune , font , communement
parlant , de vingtquatre
heures chacun .
Les années , qui font la durée
des mouvemens annuels , tant du
de la Lune , à la fin
Soleil
que
defquels le Soleil & la Lune .
aprés avoir parcouru chacun fon
Ciel , fe retrouvent au mefme
point chacun où il eftoit au commencement
, font Biffextiles
ou elles ne le font pas. Si elles ne
font pas Biffexules les folaires
font de 365 , jours , & les lunaires
de 3's 4. fi elles font
Giiij
80 MERCURE
Biffextiles , les folaires font &
366. jours , les lunaires de
355. Je ne croy pas que perfonne
puiffe difconvenir“ de cela .
Ainfiles Epactes, qui font les efpaces
de temps dont les mouvemens
du Soleilfurpaffent ceux de
la Lune, fe trouvent eftre, toutes
les années , tant Biffextiles que
non Biffextiles, d'onze jours , commanement
parlant , & le font
conformement au Calendrier Romain,
can. 2.de Epactis & Noviluniis
. Epacta nihil aliud eft
quàm numerus dierum , quibus
annus folaris communis
dierum 365. annum commuGALANT.
81
Aem lunarem dierum 354. fuperat
: ita ut Epacta primi anni
fit 11. cum hoc numero annus
folaris communis lunarem
annum communem excedat
, atque adeo fequenti
anno novilunia contingant 11 .
diebus , prius quam anno primo
.
Ce que j'appelle les mouvemens
du Soleil & de la Lune, font les
rencontres que le Soleil fait , tant
des douze Signes du Zodiaque ,
de la Lune , en parcourant
fon Ciel par chacun de ſes mouque
vemens annuels . Ces rencontres
du Soleil de la Lune font ap82
MERCURE
pellées les Conjonctions du Soleil
du Soleil & de la Lune , & c'eft
à ces conjonctions qu'arrivent les
nouvelles Lunes .
Les mois folairesfont les espa
ces de temps qui fe paffent entre
chacune des occurences ou rencontres
que le Soleil fait des dou-
Ze Signes du Zodiaque , ou pour
parler plus communement, ilsfont
les espaces de temps que le Soleil
employe pour aller de l'un des
douze Signes du Zodiaque à
l'autre qui lefuit immediatement,
ou même d'un point de l'un des
Signes du Zodiaque , à pareil
point de l'autre qui le fuit immeGALANT.
83
diatement. Ces mois folaires font
de trente ou de trente- un jours.
Aux années non Biffextiles fept
font de 30. jours , & cing font de
31. qui font préciſement les 365.
jours de ces années - là. Auxe
années Biffextiles fix de ces mois
font de trente jours , & fix font
de trente- un jours , qui font pareillement
les 366. jours de ces années-
là. Je parle icy des mots comme
ils devroient eftre , & non
comme ils font prefentement; car
il y en a un de 28. jours aux
années non Biffextiles , & de
aux années Biffextiles , mais cela
n'augmente ny ne diminuë point
29.
84 MERCURE
le nombre des jours des années .
Les mois lunairesfont les efpaces
de temps qui fe paffent entre
chacune des conjonctions du Soleil
de la Lune , ou entre chacune
des nouvelles Lunes . Ces mois
font de 29 ou de 30. jours chacun.
Aux années non Biffextiles fix
font de 29. jours , & fix font de
30.jours alternativement , comme
le dit le Colendrier Rom . can . 2 .
Et nimirum lunationes ita fibi
mutuo fuccedant , ut alternatim
fex contineant 30. &
fex aliæ dies tantum 29.complectantur.
Ces douze mois enfemble
font précilement les 354.
CALANT. 85
jours des années lunaires non
Biffextiles. Aux années Biffextiles
cinq de ces mois lunaires font de
29. jours, &feptfont de 30. jours,
qui font pareillement les 355. jours
des années lunaires Biffextiles.
ne croy pas que perfonne puiffe
encore difconvenir de cela.
Ce que j'appelle les occurences
des mouvemens du Soleil & de
la Lune , font les rencontres du
Fe
commencement des mouvemens
annuels de tous deux en un même
jour, & à une mefme beure, ce qui
n'arrive jamais que de 19. en 19.
années, qui font ce que nous appellons
Cycles. Ainfi ces Cycles font
86 MERCURE
de 19. années chacun, comme le dit
le Calendrier Romain can . 1. Cyclus
decennovennalis Aurei
numeri , eft revolutio numeri
19. annorum ab uno ufque ad
19. qua revolutione peracta ,
iterum ad unitatem reditur.De
ces 19. années de chaque Cycle,
tantoft quatre , tantost cingfont
Biffextiles ; fi quatre années font
Biffextiles , ce Cycle- là contient
6939.jours ,parce que 19 années de
365. jours chacune font precifement
6935. jours , en y ajoûtant
les quatre jours des 4. années Biffextiles,
ellesfont auffi préciſement
6939. jours ; fi cinq années font
GALANT. 87
Biffextiles , elles font un jour de
plus par confequent elles font
6940. jours.
Outre les douze mois lunaires
de chaque année qui font 228 .
mois lunaires , ou 228. lunaifons
en chaque Cycle , il s'en paſſefept
autres , appellées dans le Calen
drier Romain , Emboliſmiques .
Fe les appelle épactales , parce
qu'elles font les Epactes des dixneuf
années de chaque Cycle, par
conſequent en chaque Cycle ilfe
paſſe 235. Lunes ou lunaifons.
De ces fept Lunes épactales les fix
premieres font de trente jours chacune
, & la feptiéme eft de 29 .
88 . MERCURE
jours feulement , conformement
au Calendrier Romain can . 2 .
Quod idco fit ut ultima lunatio
Embolifmica , currente
Aureo numero 19. fit tantum
29. dierum. Si enim 30. dies
contineret ut aliæ fex lunationes
Embolifinicæ , non redirent
novilunia poſt 19. annos
folares ad eofdem dies ,
fed verfus calcem menfium
prolaberentur , contingerentque
uno die tardius quàm ante
19. annos. Ces fept lunaifons
font précisement 209. jours , de
les dix- neuffois onze,
même
que
jours des Epactes des dix- neuf
2
89
GALANT
années de chaque Cycle . Ces 209,
jours avec 6730. jours que font
les dix - neuf années lunaires
de chaque Cycle , fi quatre feulement
font Biffextiles , font précifement
les 6939. jours , que font
les dix neuf années folaires de
ce Cycle - là. Si cinq années font
Biffextiles les dix- neufannées lunaires
font 6931. jours, y ajoû
tant les 209. jours , ilsfont précifement
les 6940. jours des dixneuf
années folaires , defquelles
cinq font Biffextiles . Par confequent
235. lunaifons de chaque
Cycle font parfaitement
égales en durée aux dix - neuf
Juillet . 1693 .
les

H
90 MERCURE
De
années folaires de chaque Cycle,
foit que quatre foit que cinq
foient Biffextiles.
quatre en quatre
en quatre années
toutes les quatriémesfont Biffextiles
, les centièmes exceptées , lefquelles
nefont Biffextiles que de
quatre en quatre cens années aux
quatrièmes centaines feulement..
C'est l'ordre du Biffextile tresjustement
étably & ordonné par
le Pape Gregoire XIII. pour
efire garde à porpetuité , comme il
eft declaré par ce qui fuit de fa
Bulle touchant la reformation du
Calendrier. Deinde ne in pofterumà
xij. Kal . April. E
GALANT. 91
1
I quinoctium recedat , ftatui--
mus Biffextum quarto quoque
anno uti mos cft ) continuari
debere , præter quam in centefimis
annis ; qui quamvis
Biffextiles antea femper fuc
rint .... Non omnes Biffextiles
fint , fed quadringentis
quibufque
annis , primi quique
tres centefimi fine Biffexto
tranfigantur , quartus vero
quifque centefimus Biffextilis
fit ... idemque ordo intermittendi
, intercalendique Bif
fextum diem in quadringentis
quibufque annis perpetuo
confervetur.
Hij
92 MERCURE
De cet ordre de Biffexte , qui
eft tres-jufle , il s'enfuit que de
400. en 400, années il y en a 97 .
de Biffextiles , & par confequent
il ya 97. jours de Biffexte , parce
que fi toutes les quatriémes an
nées , fans aucune exception
eftoient Biffextiles , il y auroit
cent jours de Biffexte , puis qu'à
quatre cens il y a cent fois quatre ,
mais puis que les centiémes années
des trois premieres centaines
de chaque revolution de quatre
cens années , ne font pas Biffexstile
, de cent il en faut ôter trois,
ily en refte 97.Par confequent
de 400. en 400. années il fe paffe
GALANT. 93
97. jours deBiffexte ; d'où il s'enfuit
qu'à la fin de chaque revolution
de quatre cens années , le Soleil
fe retrouve au même point de
fon Ciel où il eftoit au commencement,
& par confequens l'Equinoxe
du Printemps fe retrouve au
même jour à la mefme heure,
& chaque revolution de quatre
cens années eft le Cycle folaire.
RESULTAT
de ce qui eft dit jufques' icy.
Il eft abfolument impoffible
que fuivant le Calendrier Romain
, &fuivant ce quife paffe
actuellement fans contredit on
puiffe jamais trouver un Cycle

94 MRECURE
+
de 19. années , qui ait plus ny
moins de 6939 jours , fi quatre de
fes annéesfont Biffextiles , ou qui
en ait plus ny moins de 6940.fi
cinq de fes années font Biffextiles
& il eft impoffible qu'il y ait un
Cycle duquel plus de cinq , ny
moins de quatre de fes années
foient Biffextiles.
Il eft auffi impoffible de trouver
des années folaires non Bif
fextiles de plus ny de moins de
365. jours pour lors les années
lunaires ne peuvent efire de plus
ny de moins de 354. jours . Il eſt
pareillement impoffible de trouver
des annés folaires Biffextiles de
GALANT. 95
plus ny de moins de 366. jours ;
pour lors les années lunaires ne
peuvent eftre de plus ny de moins
de 355. jours.
Il eft encore impoffible qu'ilfe
paffe plus ny moins de
235. Lunes
ou Lunaifons pendant chaque
Cycle , & que ces 235. lunaifons
ne faffent precifiment 6939.
jours ,fi quatre années du Cycle
font Biffextiles , ou 6940. jours , fi
cinq années font Bißextiles , &
par confequent enfin il est impoffible
que les dix neuf années
lunaires avec les fept Lunes
Epattales ne foient parfaitement
égales en durée aux dix- neufan96
MERCURE
nées folaires de chaque Cycle ;
foit que quatre ou cinqfoient Biffextiles.
Cette conclufion eft
tres- remarquable ; elle eſt un
coup de Foudre qui reduit
au neant plufieurs opinions ,
& entre autres , celle de ceux
qui tiennent , Mordicus , comme
fait le Pere Meron Cordelier
, que de temps en temps ,
il faut ajoûter des jours d'equation
aux années lunaires
pour les rendre égales aux folaires,
car fi leurs jours d'equation
font réels , il faut qu'ils
fe paffent pendant des jours
folaires. Où prendront- ils ces
jours
GALANT. 97
jours folaires , puiſque les 235.
Lunes ordinaires , fans jours
d'équation, font parfaitement
égales en durée aux 19. années
folaires de chaque Cycle ? Il
faut donc qu'ils faffent des
Mois, des Années , & des Cyclestant
folaires que lunaires
nouveaux , ce qui eft impoffible.
Venons à nos reflexions.
I. REFLEXION.
En la page 19. dudit Calen
drier , les années Tropiques , que
j'ay appellées cy- devant Aftronomiques
, parce qu'elles font precifément
le total mouvement annuel
du Soleil, le Roy des Aftres
Juillet 1693 . I
98 MERCURE
n'y font marquées que de 365.
jours s . heures de presque
49. minutes. Ce mot de prefque
femble marquer que ces 49. minutes
ne font pas entieres . Cependant
ellesfont de 365. jours 49.
minutes 12. momens , ou 12.
fecondes. Il y en a mesme qui
mettent 16. fecondes au lieu de
12. mais elles nepeuvent eftre de
plus ny de moins de 365. jours , 5 .
heures , 49. minutes 12. momens
, ou il fe trouveroit plus ou
moins de jours de Biffexte qu'il
n'en est ordonné , parce que ces
97. jours de Biffexte qui le paffent
de 400. en 40c . années , ne
GALANT. 99
viennent & ne procedent que de
ce dont les années Aftronomiques
ou Tropiques furpaffent les communes
. Or les quatre cens fois s.
heures , 49. minutes & 12. momens
, dont les 400. années Aftronomiques
furpaffent les communes
, font precifement ces 97 .
jours , par confequent il n'eſt pas
vray que les années Tropiques

foient de 365. jours s . heures , &s
de prefque 49. minutes feulement
, comme l'a marqué MonfieurComiers
, en fon Calendrier :
mais ellesfont de 365. jours » 5.
heures 49. Minutes
12.
momens.
I ij
100 MERCURE
>
II REFLEXION.
En la même page 19. dudit
Calendrier il y eft marqué qu'avant
la Correction du Calendrier
l'Equinoxe du printemps
anticipoitfon jour propre & naturel
d'un jour en 130. ans d'où
il s'enfuit , fi cela eftoit vray,
qu'en 390. ans il l'anticipoit de
trois jours, parceque troisfois 130 .
ansfont 390. ans . Cependant il
ne l'anticipoit que de trois jours
en 400. années , à caufe de trois
jours de Biffexte qu'on leur donnoit
de trop , C'est pourquoy on a
retranchéces trois jours - là de Bif
fexte à chaque revolution de 400.
GALANT. 101
années ; par confequent , l'Equinoxe
du Printemps n'anticipoit
pasfonjour en 130. ans , mais en
133. ans 8. heures , parce que
trois fois 133. ans & 8. heures
font précifement 400. ans , pendant
lefquels il l'anticipoit precifément
de trois jours .
III. REFLEXION.
En la page 20. dudit Calendrier
les lunaifons y font dites
anticiper les Cycles d'une heure ,
27. minutes & de 32. fecondes .
ce qui eft contre l'opinion de Meton
& de fes Sectateurs , qui eft
qu'aprés toutes les 19. années , on
aprés tous les Cycles , ce qui eft
I iij
102 MERCURE
la mefme chofe , les nouvelles
Lunes reviennent aux mefmes
jours aux mefmes heures . Cependant
, fi Meton & fes Sectateurs
ont entendu que c'est aprés
toutes les années Atronomiques
ou Tropiques , que les nouvelles
Lunes reviennent aux mefmes
jours , mais non aux mefmes heures
de ces années - là , leur opinion
eft tres juste : mais s'ils ont entendu
que c'eft aprés toutes les
années communes , il est encore
vray qu'elles reviennent aux
meſmes jours , mais non aux mefmes
heures, que de 7600.en 7600 .
années. Elles arrivent tantoft
GALANT. 103
pluftoft , tantoftplus tard , mais
c'est toujours aux mêmes jours
dans tous les Cycles , ce qui ne
feroit par fi les nouvelles Lunes
anticipoient les Cycles d'une heure
:27. Minutes , & de 32. fecondes
, car en 17. Cycles elles les
anticiperoient d'un iour , 48. minutes
de quatre fecondes ; par
confequent elles les auroient díja.
anticipées de plus de 18. iours depuis
la Creation du monde, & il
faudroit abfolument que les 235.
Tunaifons quife paffent en chaque
Cycle fuffens de moindre durée
que les 19. années du mefme Cycle
, & qu'à fucceffion de temps
:
I iiij
J04 MERCURE
il fe trouvast quelque Cycle de
236. lunaifons , & tout cela eft
abſolument impoſſible , comme il
eft prouvé cy - devant ; par confequent
il n'eft pas vray que
lunaifons anticipent les Cycles
d'une heure vingt - fept minutes
de 32. fecondes ; elles ne les
anticipent pas feulement d'un
inftant.
les
IV . REFLEXION.
Aux pages 47. & so . dudit
Calendrier, l'année prefente 1693 .
depuis la Naiffance de Jefus-
Chrift, y eft marquée eftre l'année
6406. de la PeriodeJulienne , &
l'année 5642. depuis la creation
GALANT. 105
du mende. Que l'année preſente
foit l'année 6406. de la Periode
Julienne , tranfeat , mais qu'elle
foir l'année $642. depuis la crea
tion du monde , cela ne peut eftres
car l'année prefente eft la
quatre-
vingt- treifiéme d'un fiecle ou
d'une centaine d'années ; elle eft
la troifiéme d'un Cycle ; elle eft
·la premiere aprés une quatrième
Biffextile ; elle a commencé le
Feudy , la nouvelle Lune eft
arrivée le fixiême jour de Mars .
Il faut que tout cela fe trouve
dans le nombre des années qui fe
font paßées depuis la premiere
inclufivement de la creation du
106 MERCURE
monde jufqu'à la prefente auffi
inclufivement. Rien de tout cela
nefe rencontre dans le nombre de
$642 . années, car l'année prefente
s'y trouve la quarante -deuxié
me d'un fiecle , la dix- huitiéme
d'un Cycle , la deuxième aprés
une quatrième Biffextile . Elle auroit
commencé le Mercredy , &
la nouvelle Lune feroit arrivée
le vingt uniéme de Mars , les
années eftant en l'eftat où elles
font ; par confequent l'année prefente
n'eft pas l'année $ 642. de
la creation du monde , mais elle
eft l'année 1893. de la creation
du monde , parce que toutes les
GALANT. 107.
chofes fufditesfe rencontrent dans
ce nombre d'années . Il est vray
que l'année prefente s'y trouve
avoir commencé le Vendredy
la neuville Lune eftre arrivée le
cinquième jour de Mars , parce
que le feudy qui a paẞépour efire
le premier iour de l'année prefente,
n'eftoit effectivement que
le dernier iour de l'année 1692 .
& ainfi le iour qui a paßé pour
eftre le fixiéme de Mars , n'en
eftoit effectivement que le cinquiéme
jour. Pour preuve de tout
cecy, remarquez.
1. Perfonne ne difconvient que
l'année prefente ne foit l'année
108 MERCURE
1693. depuis la Naiffance deJefus-
Chrift . Je dis , & la fuite fera
voir qu'elle est pareillement l'ang
née 5893. depuis la creation du
monde ; par confequent elle fe
trouve eftre la quatre vingt treiziéme
d'un fiecle , ou d'une centaine
d'années.
2. Qu'en 1893. années , il s'y
trouve trois cens dix fois dix- neuf
années , qui font trois cens dixe
Cycles , il en refte trois années,
quifont les trois premieres du
Cycle courant, dont la prefente
année eft la troifiéme
.
3. Qu'en $893 . années , il s'y
trouve mille quatre cens foixante
GALANT. 109
onze fois quatre années ,
il en reste une qui eft la prefentes
par confequent elle fe trouve la
premiere aprés une quatrième
Biffextile dans ce nombre de 5893 .
années.
Pour preuve qu'en 5893. années
la prefente fe trouve avoir
commencé effectivement le Vendredy
, quoy qu'elle ait paru commencer
un feudy , par l'erreur
d'un iour qui manque aux années
prefentes , & que
velle Lune eft arrivée le cinquiéme
iour de Mars , quoy que par
l'erreur fufdite elle ait paru
ver le fixiéme iour du mefme
la nouarri110
MERCURE
mois , comme Meffieurs de l'Ob.
fervatoire l'ont fort bien placée
ce iour - là , il faut demeurer
d'accord du iour de la femaine
auquel a commencé la premiere
des années que nous comptons
depuis la creation du monde.
Pour cet effet, il faut renoncer à
toute prevention qu'on pourroit
avoir des opinions qui oni eftéfur
ce fujet , comme s'il n'y en aveit
jamais eu aucune , & Suivre
P'Ecriture fainte & la raison , qui
font les regles de la verité. Suivant
l'Ecriture fainte au chapitre
premier de la Genefe, le Monde,
GALANT. III
generalement parlant , a efté créé
en fix jours . Le Soleil & la Lune
furent créez le quatrième de ces
fix jours- là , l'homme fut creé
le fixième jour. Le feptième jour
qui fut le premier aprés la creation
, a efté le premier jour de
Sabbat , auquel Dieu eft dit s'eftre
reposé de toutes fes oeuvres.
Tous les autres feptiémes jours depuis
ont efté pareillement appellez
jours de Sabbat , ou Samedis,
comme nous les appellons prefentement;
par conſequent le premier
jour de la creation du monde fut
le mefme dans la femaine que celuy
que nous appellons prefente112
MERCURE
le fiment
le Dimanche , le quatriémè
iour que le Soleil & la Lune furent
creez, fut le mefme que nous
appellons le Mercredy ,
xiéme jour que l'homme fut creé,
fut le mefme que celuy que nous
appellons Vendredy. Il fuffiroit
de confiderer que
Les années que
nous comptons , nous ne les comptons
que depuis la creation du
monde , pour demeurer d'accord
qu'il eft conſtant que
de ces années là a commencé le
jour du Sabbat , ou le Samedy ,
parce qu'il fut le premier jour
depuis la creation du monde
mais ilfaut appuyer cette raison
la premiere
;
GALANT. 113
par d'autres , & par la fuite naturelle
& invariable des mouvemens
du Soleil de la Lune.
On ne peut pas raisonnablement
dire
que la premiere des
années que nous comptons , a com~
mencé le premier jour de la creation
du monde, ny les deux jours
fuivans , parce que ces années - là
font la durée des mouvemens annuels
du Soleil & de la Luner
qui n'eftoient pas encore , puis qu'-
ils ne furent creez que
triéme jour.
le
qua-
Elle n'a pas commencé non plus
le quatrième jour que le Soleil
la Lune furent créezi ny les
Juillet 1693
K
114 MERCURE
deuxjours fuivans , premierement,
parce que
le monde n'eftoit pas encore,
car on ne peut pas dire que
le monde ait efté avant la creation
de l'homme . Toutes les chofes qui
ont efté créées avant l'homme n'ef
toient que des difpofitions à la
creation du monde , c'est à dire, à
la creation de l'homme qui est
appellé un petit monde. En effet
quand l'Ecriture parle du Monde,
comme quand elle dit en Saint
Jean Chap . 3. que Dieu a envoyé 3.que
fon Fils, non pour juger le Monder
mais pour le fauver par luy, &
le Fils , a donné fa chair pour la
vie du Monde, cela s'entend uniquement
des hommes , & non des
GALANT.
115
"
'autres chofes créées avant l'homme.
C'est´en cela que l'opinion de
ceux qui tiennent que le Monde
a efté créé en un inflant, eft wrage,
parce que l'homme a esté créé en
un infant . Secondement , l'année
prefente auroit commencé
dés le Mardy, la nouvelle
Lune feroit arrivée des le z. jour
de Mars, & ainfi les années paffées
avant celle- cy fe wongeroient
avoir trois jours de trop.
Enfin elle n'a pas commencé le
fixiéme jour que l'homme fut créé,
parce que la nouvelle Luneferois
arrivée des le 4. jour de Mars ,
ainsi les années pafiées, aranz
10
Kij
116 MERCURE
1
selle -cy auroient deux jours de
trop ; par confequent elle a com.
mencé le Samedi. Cela pofé,
difons.
Depuis la premiere année de
la creation du monde inclufivement
jufques à la prefente_1693.
depuis la Naiffance de Jefus-
Chrift exclufivement , il s'eft
passé 5892. années , lefquelles
eftant de 365. jours chacune, elles
font enfemble deux millions cent
cinquante mille cinq cens quatrevingt
jours , fans y comprendre
les jours de Biffexte , qui font encore
au nombre de 1429. jours . Il
y en auroit 1473. fi toutes les
quatriémes années eftoient BiffexGALANT.
117
tiles fans aucune exception , mais
parce que les centiémes années
ne font Biffextiles que de 400.
en 400. cens années aux quatriémes
centaines feulement , de
cinquante- huit centiémes années
quife trouvent en nos 5893 il n'y
en a que quatorze de quatrièmes
centaines Biffextiles . Les quarante
- quatre autres ne le font.
point ; ainfi pour ces quarantequatre
centiémes années qui n'ont
point efté Biffextiles ilfaut ofter
quarante-quatrejours du nombre
des 1473.joursfufdits qui auroient
efte Biffextiles , fi toutes les
triémes années eftoient Biſfextiles
qua118
MERCURE
fans exception, & il enrefte 1429
qui font tous les jours de Biffexte
qui fe font paffez depuis la creation
du monde , ou en ƒ892. années.
Ces 1429. jours de Biffexte,
avec les 2150580.fufdits des 5892.
années de 365. jours chacune ,font
enfemble deux millions cent cinquante
deux mille & neuf
jours , qui font préciſement tous
les jours depuis la creation du
monde jusques à l'année preſente
exclufivement , ou en ƒ892. années
.
-
En ces 2150200 9. jours il fe
trouve trois cens fe pt mille
are cens vingt-neuffemaines
quaGALANT
. 119
fix jours , qui ont efté les fix derniers
jours d'une autre femaine ,
les fix derniers jours de Decembre
de l'année derniere 1692.
Par confequent,la premiere de ces
Semaines ayant commencé le Samedy
avec la premiere de nos
$892. années , le premier de ces
fix jours a efté le Samedy , le z .
Dimanche
, le 3 Lundy, le 4.0
Mardy , le s . Mercredy, le 6.
Feudy le premier jour de
l'année prefente a esté le Vendredy
, & par confequent encore,
le Feudy, qui a paße pour estre
le premier jour de l'année prefente
n'eftoit effectivement que
120 MERCURE
le dernier iour de l'année prece
cedente , le fixiéme iour de &
Mars , auquel eft arrivé la nowvelle
Lune , n'eftoit effectivement
que le cinquième iour du
meefme mois . Si la nouvelle Lune
eft arrivée le cinquiéme iour de
Mars , comme ie feray voir en
detail , c'eſt à dire,par le nombre
des Lunes ou lunaifons qui fe font
paßées , chacune au nombre de
iours qu'il eft dit cy- deſſus , qu’-
elle y eft arrivée à trois heures 23.
minutes 54 , momens & 36.inftans
aprés midy › fon quinziéme iour
a efté le dix neuviéme du même
mois ; ou fipar erreur elle eſt arrivée
GALANT . 121
vée le 6. jour de Mars , comme
Meffieurs de l'Obfervatoire l'ont
affignée à ce jour- là , fon 15. iour
a efté le 20. du mefme mois . Par
confequent il n'a pas efté le 22 :
comme Mr de Comiers l'a marqué
dans fon Calendrier pag. ss.
cela eftant , on a celebré la
Fefte de Pafques un mois ou
une lunaifon trop- toft , & contre
l'intention de l'Eglife ,felon qu'elle
nous eft declarée au commencement
du Canon 6. du Calendrier
Rom en ces termes . Quoniam
ex decreto facri Concilii Nicæni
, Paſcha , ex quo reliqua
Feſta mobilia pendent , cele,
Fuillet 1693 .
L
122 MERCURE
brari debet die Dominico qui
ptoximè fuccedit xiiij . Lunæ
primi menfis ( is vero apud
Hebræos vocatur primus
menfis , cujus xiiij . Luna vel
14.
cadit in diem verni æquinotii
, quod die xxj . menfis
Martii contingit , vel propius
ipfum fequitar. Survant ces
paroles , l'intention de l'Eglife
est le
que
de la Lune Pafchale
arrive le r. jour de Mars,
où apres & non devani . Ce
pendant on a celebré la Feste de
Pafques le premier Dimanche
apres le 14. jour de la Lune , qui
est arrivé le 18. du mefme mois,
GALANT. 123
où par erreur dés le 19. Par con-
Sequent on la celebrée trop toft
d'une Lunaifon. Si leis . de la
Lune avoit efté le 22. de Mars,
comme l'a marqué Mª deComiers,
cette Lune là n'auroit pas eu 29 .
jours entiers , parce que la nouvelle
Lune fuivante est arrivée
le 5 jour d'Avril. Des perfonnes
dignes de foy l'ont veuë le 6. jour
du mefme mois : or en comptant le
15. jour de la Lune le 22. de
Mars,fon 29. jour fe trouve le s .
d'Avril , auquel est arrivée la
nouvelle Lune. Il eft impoffible
qu'une nouvelle Lune arrive
dans le 29. jour de fa precedente,
Lij
124 MERCURE
parce que toutes les Lunes ont
plus de 29.jours ; elles ont chacune
29. jours 12. heures , 43. minutes,
33. momens & 8. inftans. Pour
voir que la nouvelle Lune eft arrivée
le cinquième jour de Mars
en l'année prefente , il faut remarquer
que quoy que la premiere
des années folaires, qui font
celles par lesquelles nous comptons,
n'ait commencé
que le feptiéme
jour de la creation du monde , la
premiere des années lunaires a
neanmoins commencé , comme nous
les commençons toutes preſente-
-ment , à la nouvelle Lune , qui
fut le quatrième jour de la creaGALANT
. 125
› tion du monde quoy que ce ne
foit pas l'opinion du Pere Meron ,
ny de plufieurs autres ; par confequent
le premier jour de la premiere
des années que nous comptons
, eftoir le quatrième jour de
la Lune . Comme le premier jour
de la premiere des années que
nous comptons à efté le premier
jour de la premiere année du premier
Cycle , & que les nouvelles
Lunes arrivent dans tous les Cycles
aux mêmes jours , puis que les
225. lunaifons quifepaffent dans
chaque Cycle égalent parfaitement
les dix- neuf années folaires
, comme il eft prouvé cy- de-
Liij
126 MERCURE
vant , il faut de neceffité abfoluë
que le premier jour de la premiere
année de chaque Cycle foit le
quatrième jour de la Lune, & que
fi la nouvelle Lune eft arrivée le
cinquième jour de Mars en la
troifiéme année du premier Cycle,
elle y arrive auffi en la troifiéme
année de tous les Cycles . Or la
nouvelle Lune eft arrivée le cinquiéme
jour de Mars en la troifieme
année du premier Cycle ,
&par confequent en la prefente ,
qui eft la troifiéme d'un Cycle.
Pour preuve que la nouvelle
Lune eft arrivée le cinquième
・jour de Mars en la troifiéme anGALANT.
127
née du premier Cycle , emarquez
que depuis la creation du
monde jufques au cinquième jour
de Mars de la troisième année ,
qui fut la troifiême du premier
Cycle , il s'eftoit paßé vingt -Sept
Lunes , à fçavoir vingt- quatre
des vingt- quatre mois des deux
premieres années , & celles de
Janvier, de Fevrier & de Mars,
de la troifiéme année. Ces vingtfept
Lunes ons efté alternativement
de 29. jours, & de 30 jours
chacune , commençant la premiere
par 29. jours . Ainfi 14. ont efté de
vingt- neufjours , treize ont
efté de trente jours chacune. Elles
Liiij
128 MERCURE
font enfemble 796. jours . De ces.
796. iours, il s'en eftoit paßé trois
avant que la première année
commençaft ; il n'en reftoit par
confequent que 793. iours à
paffer depuis le premier jour
de la premiere année inclufivement
, jufqu'au einquiéme iour
de Mars de la troifiéme an
née exclufivement. Je dis exclufivement
, parce que ce jour- là eft
compté pour le premier jour de la
Lune fuivante. Or depuis le premier
jour de la premiere année
inclufivement jufques au cinquiéme
de Mars de la troifiéme
année exclufivement , il y a pa
reillement 793. jours ; par confeGALANT.
129
que
la
f.
quent le lendemain qui fut le
cinquième jour de Mars , fut la
nouvelle Lune. Fe fuppofe les
mois au nombre de iours qu'ils
font à prefent, pour voir
nouvelle Lune eft arrivée le
de Mars en l'année prefente , à
trois heures & plus , comme il
eft dit cy-deffus .
Remarquez qu'en 5892. années
il y a 310. Cycles , qui ont 235.
Lunes chacun , & il reste deux
années . Ces 310. Cycles de 235.
Lunes chacun , font foixante &
douze mille huit cens cinquante
Lunes. Ajoutez- y les vingt -fept
Lunes des deux premieres annéess
130 MERCURE
& des mois deJanvier , Fevrier
Mars de l'année prefente, qui
eft la troifiéme du Cycle courant,
elles font enfemble foixantedouze
mille huit cens foixante &
dix fept Lunes , qui font toutes
les Lunes qui fe font paßées des
puis la creation du monde iufques
au s. de Mars de l'année
prefente. Ces 72877. Lunes font
toutes de vingt-neufiours , douze
heures , quarante- trois minutes ,
trente - trois momens , & de huit
inftans , & plus ; ce plus eft cent
inftans en chaque Cycle , elles
font enfemble deux millions cent
cinquante-deux mille foixanteGALANT.
13î
#quinze iours , 15.
heures, 23.
minutes, 54.momens&36 inftans .
Or depuis la creation du monde
infques au s. de Mars de l'année
prefente exclufivement , il s'est
paßé deux millions cent cinquan
te- deux mille foixante & douze
iours folaires. Oftez ces 2152072.
ioursfolaires des fufdits 2152075.
iours lunaires : 15. heures , 23. minutes
, 54. momens & 36. inftans,
il refte les trois iours qui fe font
paffez avant que la premiere année
folaire commençaft ; & 15 .
beures 23 minutes , 54. momens
36. inftans , quife font paffez
dans le cinquiéme iour de Mars
132 MRECURE
de l'année prefente ; par confequent
la nouvelle Lune eft arrivée
effectivement le 5. de Mars
de l'année prefente , quoy qu'en
apparence le 6. du mefme mois.
Il manque un jour aux années
qui l'ont precedée , on a fait la
Fefte de Pafque trop toft d'une
lunaiſon , des Lundis on en
fait les Dimanches. Toutes ces
chofes font verifiées par des figuà
res d'Arithmetique & de Mathematique.
Outre le Traité que i'ay
fait d'un Calendrier univerfel
perpetuel, que ie donneray an
Public quand on le defirera , j'en
ay déja donné un abregé qui fe
GALANT.
133
vend chez Le S Langlois , rue
S. Jacques , à la Victoire .
Vous demeurerez d'accord,
Madame, en lifant le détail que
je vous envoye du Siege de Ro.
fes, que j'ay cu raifon de diffe
rer jufques à ce mois à vous le
donner. Les Memoires que
j'en ay receus m'ont donné
moyen d'en faire une Relation
auffi ample que curieufe.
La Ville & Fortereffe de Rofes
fut bâtie par ordre de
l'Empereur Charles Quint à
trente- cinq toifes de la Mer
en rafe Campagne , ayant à
1
134 MERCURE
fon midy la mer Mediterra.
née , au couchant la plaine de
Lampurdan & un Eſtang, au
Septemptrion , & au Levant
les Monts- Pirenées qui finiſ
fent au Château de Rofes, appellé
le Château de la Trinité,
bâty fur un roc élevé au bord
de- la Mer , & tres- fort, quoy
qu'une Montagne un peu plus
haute le domine par le derricre
, mais cette Montagne ne
peut point incomoder la Garnifon
, tant parce qu'on n'y
fçauroit mener du Canon , que
parce qu'il y a un gros Mur
qui couvre le Château, lequel
GALANT.
135
bat fur la Mer, & n'eft éloigné
de la Ville que d'un peu plus
que de la portée du Canon .
Ce qu'on appelle le Golfe
de Rofes, cft un enfoncement
de Mer dans la Terre , lequel
a plus de quatre lieuës de circuit.
Ce Golfe commence au
bout desMonts-Pirenées où eft
bâty ce Château, & finit à peu
prés à la petite Ville d'Empurias
, fans qu'un feul rocher
fe trouve le long de cette
Cofte.
Il n'y a point de Ports dans
tout ce Golfe, mais feulement
une plage, où ny les Vaiffeaux,
136 MERCURE
ny les Bâtimens , non pas même
les Galeres , ne sçauroient
aborder , parce qu'il n'y a pas
affez d'eau. Il eſt vray qu'entre
le Château & la Ville il y a
un autre petit enfoncement
de Mer, cù les gros Baſtimens.
en une neceffité peuvent s'arrefter
pendant quelque temps ,
cftant plus proche de la Montagne
& plus à couvert des
vents , & y ayant davantage
d'eau. A une licue & demie.
audelà du Château , allant vers
le Rouffillon tout le long de
la Mer & hors du Golfe , il y a
un Bourg nommé Capdes
GALANT. 137
quiers , qui dépend du Gouvernement
de Roſes , où il y a
un affez bon port.
La Ville & Fortereffe de
Rofes eft une bonne Place
à cinq Baftions , rêveſtus de
pierre de taille , & un beau
cordon de même tout autour.
Le premier Baſtion de l'avenuë
de Lampurdam , appellé le
Baftion de Saint Jean , aboutit
à trente cinq toifes de la Mer ;
celuy d'aprés du coſté de la
Montagne s'appelle le Baftion
Saint Georges,; celuy qui fuic
s'appelle le Baftion Saint Andréz
le quatriéme fe nomme le
Fuillet 1693.
M
138 MERCURE
Bastion de Saint Jacques ;
& le cinquiéme , qui aboutit
auffi à la Mer du cofté du
Château , le Baftion Sainte-
Marie. Ces cinq Bastions
font remplis de terre , & la
plus - part cafematez , & il y a
des ramparts tout le long des
Courtines , avec leur terreplain.
Les Baſtions ne font
pas des plus grands , & les
flancs font à proportion , qui
font par moitié retirez en
dedans , afin que les batteries
des Affiegans ne puiffent voir
& démonter les Canons de la
Place .
GALANT. 139
il
y a une grande Place
d'Armes à mettre trois ou
quatre mille hommes en bataille,
& une autre petite . La
grande porte eft dans la Courtine'du
cofté de la Mer, entre
le Baftion Saint Jean & le Baftion
Sainte Marie , à trentecinq
toifes de la Mer. Depuis
la pointe du Baſtion Sainte-
Marie , jufques à celuy de
Saint Jean , il n'y a point de
Foffe , parce que la Mer eft
trop proche , mais feulement
une paliffade tout du long , à
dix toifes du corps de la Place .
Il y a une autre porte dans la
Mij
140 MERCURE
Courtine entre le Baſtion Saint
Georges , & celuy de Saint
André , qui eft la porte du Secours
, & qui fert auffi pour
entrer dans le foffé , lequel
regne tout autour de la Place
à la referve du cofté de la Mer.
Cefoffé eft parfaitement beau
de vingt toiſes de large , & a
unc tres belle & tres haute
Contrefcarpe rêveſtuë de
pierre. Le Foflé eſt ſec ordinairement
, & il en eft meilleur
, mais on peut le remplir
d'eau quand on craint quelque
fur prife . Il y a un glacis & cinq
demy Lunes ou Ravelins , reGALANT.
14Ì
veftus de pierre avec leur foffez
devant . Les approches de la
Place font fort dangereufes,en
ce qu'elle ne paroift pas beaucoup
élevée fur la Campagne,
& quand on l'aborde , il ne
paroift du Bâtiment que du
Cordon en haut.
Toute la Catalogne s'eſtant
donnée au feu Roy en 1640 .
cette Place fut la feule qui
refta fous l'obeiffance du Roy
d'Epagne , de forte que les
· Ennemis y tenant de gros
Corps de Troupes pendant
que les Armées du Roy cf
toient à l'autre extremité de
142 MERCURE
la Province , & faifoient le
Siege de Lerida , cette Garnifon
incommodoit
tout ce qui
paffoit. Ce fut ce qui obligea
Sa Majefté en 1645. de donner
ordre à M' du Pleffis - Praflin ,
Lieutenant General , commandant
un Corps d'Armée , d'aller
affieger cette Place , & il
fut fait Maréchal de France
pour l'avoir prife . Elle tint
cinquante- fept jours de tranchée
ouverte . Il y avoit alors
deux Armées, & pendant que
M' du Pleffis- Praflın en faifoit
le Siege , M' le Comte
d'Harcour avec une autre ArGALANT.
143
1
;
mée s'oppofoit aux Ennemis.
Le Gouvernement en fut donné
par Sa Majesté à Mr le
Marquis de la Trouffe , Maréchal
de Camp dans cette
Armée , Oncle de M' le Marquis
de la Trouffe , dernier
mort , & en 1648. le mefme
Marquis de la Trouffe fervant
de Lieutenant General au Sicde
Tourtouze en Catalogne
, fut tué d'un coup de
Moufquet, & fon Gouvernement
de Rofes donné à feu
Mr le Marquis de la Fare ,
auffi Lieutenant General dans
la melme Armée , en recomge
144 MERCURE
·
penfe de ce qu'eftant de jour
à la tranchée , & ayant attaqué
en plein midy une demilune
avec les Troupes de
la tranchée , cette Ville ,
- & la demi lune , furent
emportées d'affaut . Mr le
Marquis de la Fare , qui eftoit
pour lors Gouverneur de
Balaguier , auffi en Catalogne,
cut ordre en recevant le Gouvernement
de Rofes , de remettre
celuy de Balaguier à
Male Baron de la Fare , fon
Frere Cadet , Maréchal de
Bataille , & le 14. Octobre
1652. les Ennemis s'eftant ren-
:
dus
GALANT.
145
dus maistres de Barcelonne ,
marcherent droit à Rofes , &
n'ayant ofé attaquer cette Place
par force , ils prirent le party
de la bloquer par mer &
par terre pour la prendre par
famine , ce qui leur fit faire des
Forts tout autour ; mas voyant
que leur deffein ne pouvoit
réuffir, ils tâcherent de l'avoir,
en gagnant par argent plu
ficurs Officiers de la Garnifon.
La trahifon ayant cfté
heureufement découverte par
la vigilance de M' le Marquis
de la Fare , affifté de M' le
Chevalier de la Fare , & de
Juillet 1693.
N
146 MERCURE
M' de la Fare-Baujac, ſes Freres,
Capitaines de Cavalerie , les
coupables fureut punis ; mais
l'Armée des Ennemis ne laiffa
pas de demeurer devant la Pla
ce, & la Garnifon fe vir reduite
à la plus grande extremité &
famine qu'on fçauroit s'imagi
ner , ayant efté contrainte de
manger jufqu'aux chevaux .
Enfin aprés neufmois de blocus
pendant lefquels les Ennemis
tâcherent fouvent d'infulter
la Place , l'Armée du
Roy , commandée par Mr le
Comte du Pleffis Belliere vela
fecourir , oblimant
pour
CALANT. 147
gea celle des Ennemis à fe
retirer. Peu de temps aprés
M' le Marquis de la Fare ,
Pere de M le Marquis de
la Fare , à prefent Capitaine
des Gardes du Corps de
S. A. R. eftant mort , accablé
de fatigues , & par les
maux qu'il fouffroit d'une
grande bleffure reccüe à travers
le corps , le Gouverne
nement de Rofes fut donné
à M' le Baron de la Farc
fon frere , qui en fut le troifiéme
Gouverneur
, & qui eft
àprefent fous le nom de Marquis
de la Fare , Gouverneur
Nij
148 MERCURE
de la ville, Port d'Agde & Fort
de Brefcou fur la Cofte du
Languedoc , Lieutenant de
Roy en cette Province , &
Maréchal de Camp des Armées
de Sa Majefté , n'ayant
que deux Fils , tous deux Capitaines
de Cavalerie . M' le
Comte de Merenville , Lieutenant
General, cut enfuitte le
même Gouvernement jufqu'
en l'année 1659. que cette
Place fut renduë aux Efpagnols
, par le Traitté de paix
des Pyrenées.
Mile Comte d'Eftrées eftant
mouillé devant Rofes le 27.
GALANT. 149
May , avec l'Armée Navale
qu'il commande , M ' le Maréchal
Duc de Noailles , qui
eftoit campé à Cabanes , à ſept
lieues de Perpignan , depêcha
le lendemain M' de S. Silve
ftre , Lieutenant General de
jour, & M de Genlis, Maréchal
de Camp , pour aller in.
veftir la Place avec deux mille
chevaux , & deux mille
hommes de pied , & le 29.
il fe rendit devant Roſes avec
toute l'Armée . En arrivant
il la reconnut de fort- prés à
la faveur des Ravins qui en
facilitent les approches. Le
N iij
Ko MERCURE
·
Gouverneur Dom Pedro Roby
fit tirer plufieurs volées
de canon qui n'eurent aucun
effet . Un Dragon déferteur dit
ce jour- là qu'il y avoit deux
mille hommes de pied dans
Ja Place, & prés de quatre cens
chevaux , & que le Gouverneur,
dans la refolution où il
eftoit de fe bien deffendre , af.
furoit fa Garnifon qu'elle ne
feroit point prife. Cette Place
n'a pas moins de reputation
en Espagne, que Cambray aux
Pays bas . Les Vaiffeaux du
Roy eftoient fur une ligne à
l'entrée du Golfe,à trois milles
GALANT. 151
de la Place . Le mauvais temps
qu'il fit continuellement pendant
huit ou neufjours depuis
l'affemblée de l'Armée au
Boulon , à trois lieues de Perpignan
, n'ayant pas permis
aux Galeres de fe mettre en
mer , on les attendit impatiemment
jufqu'au 4. de
Juin , qu'elles entrerent enfin
dans le Golfe . Le canon cut
auffi bien de la peine à arriver,
la marche ayant eſté retardée
par les grands orages , qui
rompoient les chemins dans
le moment même qu'on vcnoit
de les accommoder. Ce
N iiij
152 MERCURE
pendant M' Dandigné , Lieutenant
General d'Artillerie ,
apporta tant de diligence pour
le faire avancer , qu'il arriva
au Camp devant Roſes aſſez à
temps, pour élever une Batteric
dés le troifiéme de Juin
Avant que la Tranchée fuft
ouverte , M le Maréchal de
Noailles reconnut plufieurs.
fois la Place , & il le fit à la
portée du pistolet avec M' de
Lapara , Brigadier Ingenieur ,
qui a ordonné & fait tous les
travaux pour le siége. On ne
peut agir plus diligemment ,
ny entrer dans un plus grand
GALANT. 153
détail qu'il a fait . Il avoit fans
ceffe l'efprit occupé de tout
ce qui pouvoit contribuer à
l'exécution de cette entreprife.
Il cftoit jour & nuit à cheval ,
& tant qu'a duré le Siege , il a
fi bien animé tous les Officiers
par fon exemple , que non
feulement aucun ne s'eft écarté
de fon devoir , mais que
mefme ils ont tous fait l'impoffible
pour faire ce qu'on
n'auroit pû leur demander.
L'Artillerie , dont l'établiffement
fut d'abord retardé par
un temps des plus fâcheux ,fut
fervic avec tant de prompti-
L
154 MERCURE
tude , qu'en trois jours elle
fit à la Place une bréche affez
grande pour y monter. Les
Officiers Generaux qui estoient
de jour, n'oublioient rien pour
avancer le travail . M' de Lapara
a fait dans ce Siege tout
ce qu'on pouvoit attendre
d'un homme auffi experimenté
que luy. M' le Chevalier
Defchiens fit connoître aux
Affiégez , qu'il eft tres habile
dans l'art de jetter des Bombes.
Enfin Mr le Marechal
avoit pris de fi juftes meſures
pour emporter cette Place ,
qu'il eftoit impoffible qu'el
GALANT. 155
le ne fuft forcée de fe rendre
en peu de temps.
Tout eftant bien difpofé, on
ouvrit la Tranchée la nuic du
1. au 2. de Juin , par quatre
Bataillons, deux à la gauche ,
qui eftoit la veritable attaque
du cofté de la Mer , avcc M
de Chazeron , Lieutenant General,
& M' de Nanclas , Bridier;
& deux à la droite , avec
M' de Longueval , Maréchal
de Camp. Il y cut treize cens
Travailleurs cette nuit là La
Tranchée fut ouverte à la
tée du Moufquet de la Place ,
por
dont les deux
attaques cm156
MERCURE
braffoient plus de la moitié."
On avoit fait auffi une fauſſe
attaque pour divertir le feu des
Ennemis , mais ils ne s'apperçurent
du Trauail d'aucun
cofté qu'il ne fuft minuit ;
ce qui donna aux Travailleurs
le temps de bien avancer. Les
Affiegez ne firent aucune fortie
cette nuit là, ny pendant tout le
Siége , & nous n'eûmes à l'ou
verture de la tranchée qu'un
Officier de bleffé, huit ou neuf
Soldats de tuez , & autant de
bleffez .
La nuit du 2. au 3. on réleva
la Tranchée par quatre BatailGALANT.
157
3
lons , Mr de Saint Silvestre ,
Lieutenant General , & Mr de
Juigné, Brigadier, à la gauche,
& M' de Genlis , Maréchal de
Camp, à la droite ; il y eut dixfept
cens travailleurs , mille à la
gauche , & fept cens à la droite.
La pluye extraordinaire de
cette feconde nuit n'empêcha
pas qu'on ne pouffâc le
travail jufqu'où on l'avoit
projetté , mais on ne put le
perfectionner que pendant le
jour. Les Ennemis firent grand
feu , & il n'y cut qu'un
Officier bleffé , & vingt Soldats
tuez ou bleffez . Le 2. à
158 MERCURE
midy, une Batterie de Mortiers
que M'le Chevalier Def
chiens avoit fait élever, com
mença à jetter des Bombes
fur la Place. Jamais on n'embraffa
un fi grand terrain , ny
on ne fit tant d'ouvrage qu'on
en ouvritces deux premieres
nuits.
Dans celle du 3. au 4. M²
de Quinfon , Lieutenant General
, & Mr Vauchoize , Brigadier,
monterent la tranchée
à la gauche avec deux Bataillons
, M' de Préchac , Maréchal
de Camp, à la droite avec
deux autres. Il y cut deux
GALANT. 159
& non
mille Travailleurs
feulement on acheva la communication
des deux attaques,
mais on poufla deux fapes de
la contre- garde que l'on vou
loit emporter. Le temps fut
fi mauvais & fi cruel cette
nuit-là , qu'il ne fit . qu'un
ruiffeau de la tranchée , & un
Marais des environs. Neantmoins
on fit ces trois joursce
qu'on n'auroit ofé efperer
de faire en fix. Les Ennemis
firent grand feu du
Moufquet , quoy qu'il fuft
fouvent interrompu par les
Bombes. Il n'y cut que.dix
160 MERCURE
ou douze hommes de tucz ;
ou bleffez , parmy lefquels
furent un Officier d'Infanterie
bleffé , & M ' le Chevalier
des Adrets , Aide de Camp
de M le Maréchal , tué
à la tefte de la tranchée. Il
avoit efté Capitaine de Vaif
feau , & fut regretté de toute
l'Armée , principalement de
fon General , dont il avoit
merité l'eftime par fa bravoure
, fon intelligence , &
fon application à fon devoir .
On ne sçauroit trop loüer la
perfeverance avec laquelle il a
toujours effayé de fervir fon
GALANT. 161
Prince utilement , en quelques
lieux , & en quelque qualité
que ce puftestre.
Le 3. Mr le Comte d'Estrées
fit defcendre des Vaiffeaux , les
Troupes qui devoient fervir
au Siege au nombre de quinze
cens , & un détachement de
foixante Gardes Marines
commandées par M ' le Marquis
de la Porte , Chef d'Efcadre..
Ce mefme jour on fit def
- cendre des Matelots pour le
fervice des Mortiers & du
Canon , dont la premiere barteric
commença à tirer le
Fuillet 1693.
162 MERCURE
matin du jour fuivant.
Les Galeres arriverent le 4.
dans le Golfe. Les Ennemis
perdirent alors toute l'efperance
qu'ils avoient d'eftre
fecourus , car ils comptoient
de faire paffer à la faveur de la
nuit un Regiment qui eftoit à
Palamos, mais lesGaleres ayant
entierement barré le Golfe, ils
ne fongerent plus qu'à capituler.
Mr le Bailly de Noailles
fit faire une garde exacte, afin
qu'il n'entralt rien dans la Place.
Ses ordres furent executez
avec un foin merveilleux , cc
qui cftoit d'une extrême conGALANT.
163
fequence , car un Colonel de
Dragons , & le Comte de Boffu
eftoient entrez la nuit dans la
Place .
La nuit du 4. au ƒ. on rele
va la Tranchée à l'ordinaire ,
Mr le Comte de Coigny,Licu
tenant General , & M' de Baudumont,
Brigadier , à la gauche
avec cinq cens Travailleurs
, & Mr de Reinach , Maréchal
de Camp , à la droite
avec quatre cens . On étendit
la derniere paralelle juſque fur
le bord de la mer , & on felogea
fur l'angle de la Contres,
carpe de la Contre - garde,
a
O
ij
164 MERCURE
Il n'y eut cette nuic - là que
douze Soldats tuez ou bleffcz.
Les les Troupes des Galeres ,
deſtinées pour fervir au Siege,
defcendirent à terre au nombre
de 2100. hommes , compofant
quatre Bataillons . Elles
cftoient commandées par Mr
de Bethomas , qui fert en qualité
de Maréchal de Camp.
M's de la Renarde & de Forville
commandoient les deux
premiers Bataillons , & M' de
Bourfeville , les Grenadiers.
M' le Maréchal fut fort content
de ces Troupes , & en
leur voyant faire Pexercice
GALANT. 165
avant que de monter la Tran
chée , il dit que le Roy n'en
avoit pas de plus belles , ny
plus adroites .
de
La nuit du 5.au 6. la Tranchée
fut relevée par M de
Chazeron , & M' de Nanclas
à la gauche, & par M ' le Marquis
de la Porte à la droite, en
qualité de Maréchal de Camp.
Outre la Garde ordinaire on
commanda fix Compagnies
de Grenadiers , "fçavoir les
deux de Saut, une de Souches ,
une de Noailles , une de Royal
Artillerie, & trente GardesMaxines,
à quoy l'on joignit deux
166 MERCURE
Compagnies de Grenadiers
des Bataillons de la Tran
chée , qui estoient d'Erlao &
Daillon
, pour attaquer
la
Courtine & la demi- lune de
fa droite , ce que l'on execu
ta fur les huit heures du foir.
11 y avoit lieu de croire par
le feu du Moufquet des Ennemis
& des Grenades
, que
la Contre - garde feroit bien
défendue
, mais fe voyant
pouffez vigoureufement ils
plierent , & au lieu de defcenpar
l'échelle qui eftoit à la
gorge de la Contreſcarpe
, ils
fe jetterent précipitamment
dre
GALANT. 167
de haut en bas du revefte
ment. Il n'y en eut que deux
ou trois de tuez , & autant de
prifonniers . On ne voulut
point les pouffer plus loin , &
on ne fongea qu'à s'établir
dans l'Ouvrage. On s'y logea
fur la pointe , & on travailla
à la communication . Les Ennemis
auroient pû diſputer
cet Ouvrage , mais la maniere
dont ils fe virent attaquez les
étonna , & leur fit tourner la
refte. Les deux Compagnies
de Grenadiers , & les Gardes
Marines qui attaquerent la
demi-lune , n'y trouverent pas
168 MERCURE
plus de réfiftance , les Affic
gez s'eneftant retirez d'abord ,
avant qu'on attaquaft ces deux
pieces. M' le Maréchal alla
reconnoiftre l'une & l'autre ,
aprés quoy il diſpoſa fi bien
les chofes , que quand les En-
.nemis fe feroient bien défendus,
ils auroient efté contrains
de ceder . Nous n'eûmes dans
ces attaques que trente hommes
tuez ou bleſſez , & point
d'Officiers . M' Lambert, Garde
Marine , s'y diftingua , &
fut bleffé à la tefte.
La nuit du 6. au 7. Mr de
Saint Silvestre , & M¹ de Jui
gné
GALANT. 169
1
gné releverent la Tranchée à
la gauche avec les Troupes
ordinaires , & M' de Longueval
à la droite . On avança
fort la demi- fappe , & on ſe
logea en plufieurs endroits
fur l'efcarpe du foffé , fur le
bord duquel on établit cn
plein jour une Batterie de cinq
pieces de Canon pour battre
en brèche . Ce Canon ne com
mença à eſtre bien en eftat que
le 6. au matin , mais depuis
ce temps là il fut fi bien fervi ,
qu'il ne laiffa plus les Ennemis
en pouvoir de fe fervir de
leurs Batteries , ce qui fut cau ,
Juillet 1693.
P
170 MERCURE
fe que pendant trois jours ils
ne tirerent que quatre ou cinq
volées de Canon . On travailla
toute la nuit à la fappe pour
percer un Redent de maçonnerie
tenant à un batardeau ,
qui eft à la prolongation de
la face droite du Baftion de
la mer , & qui ferme le foffé.
On fe rendit maistre d'une
groffe paliffade qui tient à ce
batardeau . On s'y logea , & on
fe mit en eftat d'attacher le
lendemain le Mineur à la face
du Baſtion . On n'eur cette
nuit que vingt Soldats tucz
ou bleffez , un Capitaine de
Sourches tué au logement du
GALANT. 171
Redent, & trois Soldats brûlez
aux Batteries. Il n'y a eu pendant
tout le Siege que deux
Ingenieurs qui ayent eu des
contufions feulement
, quoy
qu'ils fe foient fort expolez .
La nuit du 7 au 8. l'attaque
de la gauche fut relevée par
un Bataillon de l'Armée de
terre , deux Bataillons des Vaiffeaux,
& treize GardesMarines ,
avec Mr de Quinſon , & M' de
Wouchope , & la droite auffi
par un Bataillon de l'Armée
de terre, & un des Vaiffeaux,
avec M' de Genlis , Maréchal
de Camp. On continua les
Pij
172 MERCURE
defcentes du Foffé avec beau
coup de diligence. Le feu
des Ennemis ne fut pas fi
grand ce jour - là que les précedens
. Noftre Batrerie de
cinq pieces , établic fur l'ef
carpe du Foffé , tira depuis
cinq heures du matin , & avan-,
ça fort la bréche . Il n'y eut
que trente hommes tuez ou
bleffez . Le 8. Mr le Maréchal
envoya fommer le Gouverneur
par Mr de Lapara , à qui
il répondit que fa Place n'eftoit
pas encore affez prefféc ,
& qu'il vouloit meriter l'efti
me de M' le Maréchal en fc
défendant vigoureusement .
GALANT. 173
La fuite ne répondit pas
cette réponſe . Il y eut ce jourlà
deux Commiffaires
d'Artillerie
tucz. Il
vint
quatre
Deferteurs
, qui dirent
que la
Garnifon
fe difpofoit
à fe ren
dre fielle
en trouvoit
l'occafion,
& que les Bombes
avoient
défolé les
Affiegez .
La nuit du 8. au 9 on releva
la Tranchée à l'ordinaire ;
M's de Coigny & de Baudemon
à la gauche , & M' de
Prefchac à la droite avec les
Troupes des Galeres . On attacha
le Mineur aux deux faces
du Baftion , ce qui déter-
Pij
174 MERCURE
mina les Ennemis , avec le pen
d'apparence de recevoir du fe
cours , à battre enfin la Chamade
. Ils le firent le 9. fur les
quatre heures aprés midy , & fe
rendirent aux Troupes des Galeres
qui eftoient de Tranchée ,
& qui avoient fait des merveilles
dans la defcente du
Foffé. Mr de Forville fut envoyé
en oftage dans la Ville
comme Colonel , avec un Capitaine
de Bombardiers , & les
Ennemis donnerent un Colonel
& un Major . M' le Maréchal
regla le foir les Articles
de la Capitulation qu'il accorda
à Dom Gabriel Quinones,
GALANT . 175
Det
3.
A
General de l'Artillerie , Commandant
dans Rofes , au defaut
de Dom Pedro Roby, qui
le matin de ce mefme jour
avoit eu le bras caffé d'un éclat
de Bombe. Mr. le Maréchal
luy envoya le foir le S ' Leo .
taud , fon Chirurgien , qui le
luy coupa. La Capitulation
fut dreffée de cette maniere .
I.
que les Offi-
Il a esté accordé
ciers & Soldats de la Garnifon
de Rofes fortiront demain ro . du
courant dans la journée , avec
armes , bagages, tambour battant,
mêche allumée , balle en bouche,
P iiij
176 MERCURE
Enfeignes deployées , & de la
munition fuffifamment .
II.
Qu'ils pourront emmener deux
pieces de Canon , qu'il leur
fera fourny les attelages necef
faires pour les conduire .
III.
Qu'on leur fournira toutes les
voitures neceffaires pour conduire
les malades les bleffez à Palemoz
, & que ceux qui resteront,
M' le Maréchal Duc de Noailles
en fera prendre foin aux defpens
de Sa Majefté tres- Chrif
tienne, & les fera conduire avec
leurs équipages
.
GALANT. 177
IV.
Que la Garnifon fera conduite
à Gironne par le chemin le
plus court, avec une escorte , pour
la feureté de laquelle ils lafferont
des oftages qui feront renvoyez
par un Trompette de Mr le Marechal
quand cette escorte fera
de retour.
V.
Que les Habitans & Payfans
qui voudront demeurer dans
la Place , y pourront refter , &
que ceux qui voudront fortir
pourront emporter leurs bagages.
VI.
Que moyennant
les Articles
178 MERCURE
accordez par M le Marefchal,
Dom Gabriel Quinones livrera
une porte aux Troupes de Sa
Majefië aujourd'huy 9. Juin ,
qu'ils delivreront de bonne foy
au Commiffaire toutes les Mu
nitions de Guerre & de Bouche
quife trouveront dans la Place.
Fait double , & arrefté au
quartier General du Camp devant
Rofes le 9. Juin 1693 .
On livra le mefme foir une
porte aux Troupes de Sa Majefté
, & le lendemain 10. la
Garnifon , compofée de trois
Regimens d'Infanterie Elpagnole
, faifant 1300. hommes,
GALANT. 179
}
trois cens Dragons , & cent
Cavaliers , fortit avec deux
pieces de Canon. Le Gouverneur
eftoit dans une Litiere ,
qui paroiffoit loûtenir avec
beaucoup de fermeté la perte
M ' le Made
fa Place & de fon bras , ne
montrant aucune alteration
fur fon vifage. Il fut penetré
des honneftetez que
réchal cut pour luy . Les Ennemisont
eu 150 , bleffez, & on
leur en a tué un pareil nombre
dans les dehors de la Place.
Plus de deux cens Cavaliers
déferterent . Une partie
prit party dans nos Troupes,
18% MERCURE
& les autres s'en allerent dans
leur Pays . On trouva dix - huit
pieces de Canon de fonte dans
la Place , beaucoup de Grenades
& de Bombes , & point de
Morrtiers , foixante milliers
de Poudre , & toutes les munitions
de Guerre neceffaires.
pour fe défendre longtemps.
Le Chateau de la Trinité ,
vulgairement appellé le Bouton
de Rofe, qui eftfur un rocher
à l'entrée du Golfe , à .
portée du Canon de la Place,
n'ayant point efté compris
dans la Capitulation , on fomma
leComandant de fe rendre;
GALANT... 181
mais il répondit que n'ayant
point efté attaqué, il ne pou
voit le faire qu'aprés s'eftre
defendu. Le 11 on ouvrit la,
Tranchée au pied du Rocher.
Le 12. on y établit une Batterie
de fix pieces de Canon , &,
le 13. le Commandant ayant
demandé à capituler , on luy
accorda les mefmes Articles
qu'au Gouverneur de Rofes ,
au Canon prés qu'il n'eut pas,
s'eftant entierement foumis à
ce que M. le Maréchal voudroit
ordonner de luy. Ca
Chateau eft fort par fa fituation
, & par l'épaiffeur de fes
182 MERCURE
murailles, & peut arrefter une
Armée pendant plus de huit
jours de Tranchée ouverte.
On trouva dedans fix pieces
de Canon de fonte , & toutes
les munitions neceffaires
pour fonftenir un Siege . La
Garnifon de foixante hommes
fans les Officiers , fortit le 14.
& fut conduite à Gironne par
un Trompette.M' de Prechac,
Maréchal de Camp , a cfté
nommé Gouverneur de Rofes
, M' Joublor , Ingenieur ,
Major , & M Viguier , Capitaine
dans le Regiment d'Infanterie
de Noailles , Com-
Is
GALANT. 183
mandant dans le Chasteau .
Il y avoit vingt-huit Ingenieurs
à ce Siege , dont qua
torze montoient tous les jours
la Tranchée. Il n'y en a pas
cu un de bleffé , ce qui eft extraordinaire
, quoy qu'il foie
conftant que les Ennemis
ayent fait un tres- grand feu,
& que le S' de S. Malo , Ingenicur
, & un autre de fes Camarades
ayent attaché un Mineur
à l'un des Baftions de la
Place à neuf heures du matin.
NosBombes leur ont tué beaucoup
de Chevaux. Le feu de
noftre Artillerie a efté fi terri
184 MERCURE
ble , qu'aucun des Affiegez
n'ofoit fe monftrer fur nos
rampats.
Les Espagnols retranchez à
Gironne , & en trop petic
nombre pour ofer venir nous
attaquer , ne fçachant à quoy
s'occuper , fe font chargez les
uns les autres , & les Napo- .
litains fe font battus contre les
Italiens . La prife de Rofes nous
rend maiẞtres du Lampurdan ,
qui eft un fort bon Pays , &
c'eft la feule Place' fur laquelle
les Ennemis pouvoient compter
. On ne peut trop admirer
Îa vigilance & l'application de
GALANT. 185
M' le Maréchal , qui tous les
jours a paffé , & fouvent plus
d'une fois , fous le Canon de
la Place , pour voir défiler les
Troupes, & donner les ordres,
tant pour faire monter la
Tranchée, que pour faire porter
des fafcines , ce qui n'a
jamais efté fait avec plus d'intrepidité.
La Cavalerie , les Dragons
, & toute l'Infanterie de
la Tranchée à quatre heures
du matin faifoient quelquefois
cinq ou fix rangs , & c'c
ftoit un beau fpectacle dans
la plaine devant la Place affic
gée , que les Trompettes , les
Fuillet 1693. Q
186 MERCURE
Tambours , les Enfeignes déployées
, & le petit pas des
Troupes. Le Canon des Ennemis
nous tuoit de temps
en temps des hommes & des
chevaux fans que la marche en
fuft derangée ny interrompue
un feul moment. M' le Maréchal
dans la Capitulation les
a traitez avec une dignité ,
une hauteur & une tendreffe
qui meritent toutes fortes de
loüanges. Le peuple l'adore,
& il protege les pauvres & les
mal . heureux , fans inquieter,
ny chagriner les Soldats . H
entre dans tous les détails de
GALANT. 187
fon Armée, eftant plus Intendant
que l'Intendant memê, en
forte que tous les foirs il eft
informé de tout ce qui eft de
quelque importance , non feulement
pour
mais encore pour la fubfiftance
, & pour le bon ordre
de fes Troupes. La confterna
tion des Eſpagnols n'eft pas
moins grande , que la joye des
François, & la foûmiffion des
Catalans. Quand ceux de la
Garnifon fortirent , ils demanles
mouvemens,
doient quels Officiers nos Sol
dats eftoient ,ne pouvanteroi
re que de fimples Cavaliers,
Qij
188 MERCURE
que
fur les re-
Dragons ou Soldats fuffent fi
leftes.Nos Soldats au contraire
prenoient leurs Officiers pour
des Goujats . Ua Capitaine
Espagnol de Dragons fut mis
en prifon par ordre du Vice-
Roy , à cauſe
proches qu'il leur fit de s'être
rendus trop toft , ce Capitaine
avoit répondu
, qu'ils
avoient cfté fi maltraittez , &
fi vivement preffez , que peuteftre
il fe feroit rendu plutoft
qu'eux , s'if avoit cfté dans la
Place. Il y a une chose à remarquer
, qui eft que le nom
de M le Maréchal Duc de
Noailles remplit fon Armée
GALANT. 189
en toutes manieres, puis qu'il
y a quatre Regimens qui le
portent Sçavoir , Noailles ,
Noailles Rouffillon Infanterie
, Noailles Marquis , &
Noailles Duc . Cavalerie. M
le Maréchal avoit avec luy
dans le temps du Siege , M
le Bailly de Noailles avec les
Galeres qu'il commande , M'
le Marquis de Noailles , Brigadier,&
M' le Comte d'Ayen
fon Fils , Cornette dans fon
Regiment.
Quand le Roy d'Espagne
receut la premiere nouvelle du
Siege de Rofes, il montra fes
habits à fes Miniftres , & ayant
190 MERCURE
deboutonné fon Jufteaucorps
& fa Vefte , il marqua qu'on
les luy avoit déja enlevez . Il
montra enfuite le refte de fon
habillement , & dit qu'on le
luy enleveroit encore , & que
bien- toft il demeureroit tout
nu. Ceux qui font du Party
de la Reine d'Eſpagne , &
Penfionnaires du Prince d'O
range , reprefenterent à Sa
Majefté Catholique , que ce
Prince ayant premis de faire
une defcente à Bayonne , cette
defcente feroit une fi forte
diverfion, que les François feroient
obligez de lever le SieGALANT.
191
ge de Rofes . La nouvelle de la
prife de la Place eſtant arrivée
quelques jours après , le
Roy d'Espagne fit affembler
fon Confeil . Il luy fit un Dif
cours fort long & fort pathetique
, fur lequel il fut refolu
que pour prevenir les fuites
fâcheufes que pouvoit avoir
ce mauvais fuccés , on feroit
une taxe extraordinaire ; (çavoir
, de mille piftoles pour
chaque Confeiller d'Eftat , de
cinq cens pour les Confeitlers
de Guerre & les Secretaires ,
de trois cens pour chaque Oydon
, & à proportion pour les
192 MERCURE
autres . Tous les Grands doi
vent fournir & entretenir fix
Cavaliers chacun , & chaque
autre perfonne titrée en fournira
trois. La Ville de Madrid
s'eft engagée à lever mille
hommes de pied à fes dépens;
Tolede , trois cens , Segovie
deux cens , & Barcelone fix
cens. Ces Troupes devant
eftre commandées par le Corregidor,
il n'y a pas lieu d'artendre
beaucoup d'un femblable
Capitaine . Sa Majesté
Catholique dans le même Dif
cours qu'Elle fit à fon Confeil
, marqua le befoin que
l'Eſpagne
GALANT. 193
l'Espagne avoit de faire la
Paix , & quelques uns ayant
répondu qu'il falloit tâcher
de conclure une Tréve, Elle
repliqua qu'il falloit pluftoft
fonger à la Paix . Le party de
la Reine Doüairiere com
mence à diminuer . Elle s'eft
plainte à l'Ambaſſadeur du
Prince d'Orange qu'il n'avoit
pas tenu la parole , n'ayant
envoyé ny les Troupes , ny
les Vaiffeaux
, ny l'argent promis.
Aprés vous avoir f longtemps
parlé de Rofes , il eft
jufte de vous en envoyer le
Juillet 1693.
R
194 MERCURE
Plan avec celuy des attaques .
Voicy l'explication des lettres
que vous trouverez fur
cc Plan.
A. Attaque de la gauche.
B. Attaque de la droite .
C. Contre - garde emportée le
5 au foir.
D. Demi lune qui n'eſt plus
qu'une maffe de terre.
E. Partic où il n'y a point de
chemin couvert .
F. Batterie qu'on a avancée
en G.
H. Batterie de Mortiers avancée
en I.
GALANT. 195
Le Madrigal que vous allez
lire eft de Mr Robinet .
SUR LA PRISE DE ROSES.
E
N vain le Printemps
L'Efté
Reviendront deformais tous les ans
chez l'Ibere ;
En vain Flore , pour luy plaire,
Sy montrera dans toute fa beauté,
Sur un Trône de fleurs nouvellement
éclofes
Ils feront tous pour luy fans Rofes.
Le Pere Durand Jefuite ,
Profeffeur de Rhetorique du
College d'Angouleſme , a fait
fur le mefme fujet cette Epi
gramme
Latine.
Rij
196 MERCURE
Flere Rofam Hifpano fubreptam
define , Flora.
Par erat ut fierent Lilia mixta
Rofis.
En voicy une autre de Mr
Leonard , Chanoine de l'Egli
fe Metropolitaine de Narbonne.
Vous vous fouviendrez en
la lifant que M' le Maréchal
de Noailles s'appelle Anne-
Jules .
Quam carpfit , LODOICEt, Ro .
Sam tibi Fulius offert.
Lilia nunc tangens , emicat
ipfa magis.
Jay oublié à vous dire que
lors qu'on cut appris àMadrid
GALANT. 197
la prife de Rofes , on propofa
au Roy d'Efpagne d'aller à
Valladolid , & mefme plus
loin , & que la confufion fut
fi grande dans le Confeil , qu'il
y cut prefque autant d'avis
que de teftes. Tandis que la
confternation regnoit dans ce
Confeil , tout eftoit en joye
en France , & on faifoit encore
de grandes réjoüiffances
pour la prife de Heidelberg.
M ' Roman Couppier , Conful
de Grenoble, qui s'eftoit chargé
du foin de celles qui s'y
devoient faire , les avoit préparées
pour le 11. du mois
R iij
198 MERCURE
paffé . Le Parlement, la Cham.
bre des Comptes, & le Corps
de Ville s'eftant rendus dans
la Cathedrale , M'´le Cardinal
le Camus , Evefque & Prince
de Grenoble , entonna le Te
Deum , qui fut chanté en Mufique;
après quoy on alla dans
la Place de Saint André , où
eftoit dreflé le feu. Le Penonnage
eftoit fous les armes autour
de la Place , & bordoit la
rue qui conduit jufqu'à l'Hoftel
de Mr Pucelle , Premier
Prefident du Parlement de
Dauphiné , qui alluma ce feu
avec les ceremonies ordinaiGALANT.
199
res , accompagné
des Maire &
Confuls , qui cftoient
venus ,
précedez
par les Drapeaux
, &
par un Concert
de Violons
,
de Hautbois
, & de Mufettes
.
Le Bucher eftoit orné de Peintures
& de Devifes qui conve
noient au fujet. La premiere
avoit pour corps le Soleil , qui
par de brillans
rayons éblouiz
une Aigle & les Aiglons , & ces
Aiglons
fuyant en confufion
vontfe cacher dans l'obfcurité
d'une foreft de Cyprés , avec
ces mots, Fugite, nec afpicite . Le
Cyprés cftant un arbre dont
les Anciens
ornoient
leurs
Rijij
200 MERCURE
Tombeaux, cette foreft faifoit
entendre que les Alleman's ne
trouvoient pas leur falut dans
leur fuite . Au deffus de cette
Devife eftoient les Armes du
Roy , & dans les ornemens de
cette face du bucher , où le
bleu dominoit fur toutes les
autres couleurs, on avoir peint
plufieurs Lis au naturels .
La feconde Devile reprefentoit
une Aigle battuë par
des foudres & par des éclairs,
avec cette Infcription , Nunc
non Jovi facra. Au deffus efroient
les Armes de M' Pu
celle, Premier Preſident, écarGALANT.
201
3
telées avec celles de M le
Maréchal de Catinat , fon
Oncle. Dans les ornemens de
cette face , où prévaloit le
verd , qui eft leur couleur ,
on avoit peint quelques tré-
Ales & quelques coquilles , qui
entrent dans leur Blafon .
Le corps de la troifiéme Devife
eftoit un Soleil éclatant,
dont l'approche & les regards
brûlent le nid fur lequel unc
Aigle qui fe fauve eſtoit nichée,
& ces mots pour ame
Quid non urit ? Le nid de l'Aigle
marquoit affez bien Heidelberg
, lieu de la naiſſance
>
202 MERCURE


des Princes Palatins , & l'un
des Magafins de l'Allemagne.
Au deffus de la Devife , on
voyoit les Armes du Dauphi
né , qui font auffi celles du
Parlement. Le rouge éclatoit
dans les ornemens, & les Dau-

phins n'y eftoient pas oubliez.
La quatrième Devife reprefentoit
une Aigle à terre , avec
plufieurs plumes arrachées de
fes ailes , qui paroiffoient à
cofté avec ces paroles , Deficit
omne decus, pour marquer Heidelberg,
& les autres Villes du
Palatinat que Sa Majesté a priſes.
On avoit mis au deffus les
GALANT 203
Armes de la Ville de Gre
noble , & dans les ornemens,
qui estoient jaunes , on avoit
eu foin de femer des Rofes.
Toutes ces Devifes eftoient de
Mr Didier , Avocat au Parlement
de Grenoble. La Fefte ne
fe termina pas avec le jour ,
& toute la nuit fe paffa en réjoüiffances.
Le 26. du mois paffé, on fit
à la Ville d'Eu un Service fo
lemnel pour feuë Mademoifelle
d'Orleans ; & pour vous
faire comprendre d'abord juf
ques où l'on a porté la pompe
de cette Ceremonie , il me
204 MERCURE
fuffira de dire qu'elle a efté
faice
par ordre de Monfieur le
Duc du Maine , qui en avoit
confié le foin à M' de Malezieux
fon Intendant, Secretaire
General des Galeres & de fes
Commandemens. On fçait
que ce Prince eft auffi magnifique
qu'il eft intrépide &
vaillant ; & comme il a receu
de glorieufes marques de l'eftime
qu'avoit pour luy Mademoifelle
d'Orleans , qui l'a
fait Souverain en luy donnant
la Principauté de Dombes , il
n'a rien oublié de ce qui
pouvoit faire éclater fa reconGALANT.
205
noiffance . M ' de Malezieux
qu'il avoit charge de ſes ordres,
s'en eft acquitté en homme
qui joint la politeffe à
l'exactitude . Peu de Perfonnes
à la Cour ignorent fon
merite , & on y admire également
fa probité , fon defintereffement
, fa
capacité pour
les grandes affaires , & la vaſte
étendue de fon genie , à qui
prefque rien n'a échapé de ce
qu'un homme peut fçavoir . Il
avoit choify pour rendre les
honneurs Funebres à cette
Princeffe , l'Eglife de Saint
Laurens qui fert de
Chapelle
206 MERCURE
au fuperbe Château de la Ville
d'Eu . Cette Chapelle qui eft
deffervie par les Chanoines
Reguliers de Saint Auguſtin ,
êgale en grandeur , & furpaffe
en beauté la plus - part des
Eglifes Cathedrales de France.
Elle eftoit toute tenduë
de blanc , & la tenture eftoit
femée d'un grand nombre
d'Ecuffons aux Armes de la
Princeffe défunte . Il y avoit
lly
entre le Baluftre & le grand
Autel qui fepare la Nefd'avec
le Choeur, une Repreſentation
êlevée fur quatre gradins.couverte
d'un riche Poifle de veGALANT.
207
lours, & environnée d'un tresgrand
nombre de Flambeaux
& de Chandeliers d'argent,
L'Autel eftoit extraordinairement
éclairé , & il feroit difficile
d'imaginer une Decoration
, ny mieux entenduë , ny
plus magnifique . Plus de cent
cinquante Ecclefiaftiques du
Comté d'Eu , tous en Surplis,
fe rendirent dans l'Eglfe de
Saint Laurens à l'heure marquée
pour le Service ; les Peres
J.fuites & Capucins y af
fifterent ; la meilleure partic
de la Nobleffe du Pays s'y
trouva , Meffieurs de la Juftice
208 MERCURE
du Comté d'Eu y vinrent en
robes , & il y eut une multitude
prefque infinie de peuple.
La Meffe fut chantée
par les Chanoines Reguliers ,
& l'Oraifon Funebre prononle
Pere Féjacq , Prieur
céc par
des Peres Jacobins d'Amiens .
Je mettrois icy les Extraits
que l'on m'en a envoyez , fi
on ne l'avoit engagé à la
donner au public . On n'a
point encore oublié le Panegyrique
du Roy qu'il prononça
à Caën , il à Caen , il y a quelques
années. Toute la France le lut
avec plaifir ; la Cour & l'AGALANT.
209
cademie luy donnerent de
grands Eloges ; & ſi la beauté
de l'Oraifon Funebre répond
à celle du Panegyrique , le
public aura fujet d'en eftre
content . La Ceremonie fut
terminée par de grandes Aumônes
que M' de Malezicux
fit diftribuer à plus de douze
cens Pauvres. Il traita enfuite
la plus grande partie du Clergé,
de la Nobleffe , & de la Juftice
qui y avoit affifté , & il le
fit avec beaucoup.de magnificence
& de politeffe .
Le 17. du mois paffé , le Parlement
de Dombes , qui par
Juillet 1698-
S
210 MERCURE
conceffionde nos Rois, a con
fervé depuis la création l'exer
cice de fes fonctions dans la
Ville de Lyon , fe transporta
à Trevoux , Capitale de Dombes
, pour y faire celebrer le
Service folemnel de S. A. R.
Mademoiſelle d'Orleans , Prin
ceffe de ce Pays . Il avoit receu
à ce fujet une Lettre de caches
de Monfieur le Duc duMaine ,
à prefent Souverain de cette
Principauté. Le lendemain 18.
s'eftant affemblé au Palais de
Juftice , il y receur les complimens
du Clergé & de la Nobleffe
, qui furent fuivis de
GALANT. 27#
ceux du Bailliage , des Supe
ricurs des Communautez Regulieres
, & des Députez du
Tiers Eftat ; & tous les Corps
s'eftant rendus en l'Eglife
Collegiale , le Parlement s'y
achemina , ayant à fa tefte M
de la Barmondiere , fon trok
fiéme Prefident , revektu de
fon Epitoge , & portant en
main fon Mortier. Ce Preftdent
avoit à la gauche M' le
Marquis Domas d'Antignys
Gouverneur & Lieutenant general
dans la Province, pour S.
A. Sereniffime . Les Huifiers,
Greffier , & Secretaires de la
Sij
212 MERCURE
Cour précedoient la marche ;
dont M's du Parquet faifoient
la clofture . Eltant entrez dans
cet ordre , ils fe placerent
dans les formes du Choeur ,
hautes & baffes , qui leur avoient
efté cedées par les Chanoines
, qui s'eftoient rangez
auprés de l'Autel . Madame la
Gouvernante avoit fon Prié-
Dieu au haut de la Nef à la
droite, & elle eftoit environnée
de plufieurs Dames de
qualité, à qui on avoit préparé
des fieges . Un peu plus bas
fur placé le Corps de la Nobleffe
, ayant à fa tefte M le
GALANT. 213
1
Bailly. A gauche estoient le
Lieutenant general , & autres
Officiers du Bailliage , & der- .
riere eux les Députez du Tiers
Eftar . Les Procureurs du Par-

lement & du Bailliage y curent
auffi leur place , les premiers
à droite , & les autres à
gauche. La Meffe fut chantée.
par celuy qui occupe la feconde
dignité du Chapitre , le .
Doyenné cftant vacant. A
l'Offerte , le P. Redon , Religieux
Cordelier , & Docteur
en Theologie , prononça l'Oraifon
Funebre , & s'en acquit
ta avec applaudiffement
. Il
214 MERCURE
avoit pris ces paroles pour
texte, Gloria Filia Regis ab intus,&
elles luy donnerent licu
d'établir dans les trois parties
de fon Difcours , que Mademoiſelle
d'Orleans , Petite-
Fille de plufieurs Rois , meritoit
plus de gloire par fes
Vertus que par tout l'éclat
de fa naiffance & de fa grandeur
. L'Eloge finy , on continua
le faint Sacrifice , aprés
lequel les Compagnies fe retirerent
, & l'Eglife fut ouverte
pour fatisfaire la curiofité d'u
ne grande foule de perfonnes,
non fculement de la SouveraiGALANT.
219
neté de Dombes , mais encore
des Provinces voifines . La façade
, qui par fa fituation
avantageufe cft découverte de
fort loin dans la campagne ,
promettoit aux fpectateurs
par fa trifte magnificence
toure celle que renfermoit le
dedans . L'Infcription du Car-
#touche qu'on y avoit mis leur
apprenoit les juftes motifs
qu'ils avoient de prier pour
la Princeffe. L'interieur de
Eglife , en quelque part qu
on jettaft la veuë , & le Maufolée
qui eftoit placé au milieu
de la Nef,, ne laiffoient voir
216 MERCURE
qu'un fuperbe compofé de ri
cheffes & d'ornemens lugubres
, qui dans leur genre avoient
des beautez dignes de
l'attention de tant de perfonnes
curieuſes .
Deux jours aprés on fit à
Lyon une autre ceremonie de
cette nature , pour cette mêine
Princeffe . Les Adminiftrateurs
de l'Aumône generale
s'eftant crus obligez de luy
rendre leurs derniers devoirs,
prierent le Parlement de leur
marquer un jour pour le Service
qu'ils vouloient luy faire ,
&
GALANT. 217
& auquel ils l'invitoient d'af
#fifter. On leur fit connoiftre
qu'on s'y rendroit le 20. de
Juin, & que le Parlement vouloit
fournir les Ornemens de
la Pompe , afin qu'en la rendant
magnifique & telle que
l'exigeoient le haut rang de
la Princeffe , & la Compagnie
qui y devoit affilter ,
les Pauvres n'en puffent recevoir
aucun prejudice . Les
foins qu'on en prit attirerent
toute cette grande Ville
en foule pendant les deux
jours qu'on en laiffa le fpectacle
libre au Peuple . Cette
Juillet 1693.
T
218 MERCURE
Eglife, appellée la Charité, eft
à un coin de la Place de Bellecour,&
fait perspective à une
longue avenue de tilleuls de
mille pas de longueur.Sa façade
eftoit tendue prefque depuis
le faifte jufqucs au pavé,
& ornée d'une multitude
d'Armoiries , au milieu def
quelles pendoit un grand cartouche
, dont les ornemens
eftoient tous Simboliques.
de la puiffance de la mort.
L'infcription qu'il contenoit
eftoit une invitation aux fpectateurs
de mefler leurs Prieres
& leurs larmes avec celles des
GALANT. 219
Pauvres, en faveur d'une Princelle
qui les avoit roujours
beaucoup fecourus . En entrant
on eftoit furpris de la difpofition
de l'Autel. Son Architecture
eftoit d'un ordre Corinthien
On y avoit menagé
le blanc & le noir qui font la
parure des Obleques d'une
perfonne morte fans avoir eſté
mariée. De grandes colomnes
blanches , & qui avoient leurs
arriere - colomnes noires, foutenoient
un fronton , dans le
tympan duquel eftoit un cat.
touche aux Armes de S. A R.
Sur les extremitez de ce fron
Tij
220 MERCURE
ton eftoient affis deux Anges
de hauteur naturelle , & en
relief, qui tenoient en main
de gros flambeaux allumez &
ornez d'Armoiries . Au deffus
de cet Ordre il s'en élevoit un
Compofite . Dans le quarré de
fes entre- colomnes eftoit placée
l'une des Armes d'hon.
neur , haute de quatre pieds.
Plufieurs teftes de mort ailées
ou couronnées de Lis
& de Cyprés , eftoient placées
dans les endroits qui pouvoient
les recevoir fans interrompre
le bel ordre de l'Architecture
. Des feftons blancs
GALANT . 221
ou noirs estoient placez fur
les pieces qu'ils pouvoient orner
fans confufion . La Nef&
les ailes de l'Eglife eftoient
entierement tenduës , à la referve
des voûtes , dont les vuides
eftoient ornez de feftons
de taffetas blanc . Les pilastres
eftoient chargez de grandes
Armes de la Princeffe , de trois
pieds de haut , & le reste de la
tenture paroiffoit couvert de
trois bandes de fatin blanc à
diftances égales , chargées
d'Ecuffons & d'hierogliphes,
qui convenoient à la grandeur
de la Princeffe , & au triomphe
T iij
222 MERCURE
de la mort. Le Maufolée d'environ
vingt pieds de long , &
de quinze de large étoit placé
au milieu de l'Eglife . Il por
toit fur un focle de trois pieds
de haut , & avoit trois autres
marches , le tout de marbre
blanc feint garny de vafes
fumans , & de plus de cent
cinquante chandeliers d'argent
ou girandoles , dont les
cierges portoient autant d'armoiries
peintes en Miniature.
Les quatre coins eftoient Alanquez
de figures en grand relief
couleur de marbre, reprefentant
les principales vertus
"
GALANT. 223
de la Princeffe . Sur toute cette
Structure eftoit élevé le Ccnotaphe
, foutenu de quatre
confoles avec leurs volutes ,
dans l'oeil defquelles estoient
taillées des teftes de mort . Il
eftoit couvert d'un drap de
fatin blanc avec fa croix de
toile d'argent , & bordée
d'hermine. La couronne couverte
d'un crefpe blanc eftoit
placée à un des bouts fur un
carreau auffi de toile d'argent,
& le manteau Royal étendu
fur le reste de la Reprefentation
, qui estoit environnée
d'un grand Dais de toile d'ar-
Tij
224 MERCURE
gent , herminé au dedans , &
garny de grandes crefpines , &
d'Ecuffons en broderie aux
Armes de cette illuftre Dé.
funte , ainsi que tous les ornemens
dont l'Autel & les Cclebrans
eftoient reveftus . Toutes
choſes ainfi difpofécs , le
Parlement qui s'eftoit affemblé
chez M Cachet , fon
Doyen, dont l'Hoftel eft bâry
prés de cette Eglife, commen-
૬ fa marche entre dix & onze
heures , précedé de fes Huif
fiers , en robes noires , du premier
Huiffier & des Secretaires
de la Cour en robes rouges ,
CALANT. 225
ainfi que le Greffier . M' de la
Barmondiere , reveſtu de fon
Epitoge , le Mortier en main ,
conduifoit la Compagnie en
l'absence de Mrs de Seve & de
Chaftenay, premier & ſecond
Prefidens , en robe de ceremonie
, & le bonnet en tefte.
La Meffe fut celebrée par Mr
l'Abbé de Genetine , Chanoine
& Comte de Lyon , & l'Oraifon
funebre prononcée
par
M' T'Abbé Doucette
, Chanoine
de S. Martin d'Enay ,
qui eft un Chapitre dans lequel
on fait des preuves , non
pas telles qu'en celuy de
226 MERCURE
Saint Jean de la mefme Ville ,
qui eft le plus noble du Royau
me , & où il faut établir au
moins feize quartiers paternels
& maternels ; au lieu que
dans celuy.cy il fuffit d'eftre
veritablement Gentilhomme.
L'Oraifon dont je vous parle
eut tout le fuccés qu'on attendoit
d'un Prédicateur déja
celebre par plufieurs actions
publiques . La Ceremonie finit
par les afperfions & encenſemens
accoutumez, aprés quoy
le Parlement fe retira dans le
mefme ordre qu'il eftoit entré.
Il fut attendu à la porte par les
a
GALANT. 227
"
Adminiftrateurs , qui ont toujours
pour Preſident un Comte
de Lyon , un Treforier de
= France , un Avocat celebre ,
& un Exconful de la Ville . La
parole fut portée en cette occafion
par M' l'Abbé Damas
du Rouffet , Prevost de l'Eghfe
, & Comte de Lyon.
Puifque vous me témoi
gnez que la Lecture du Livre
de la Belle Education vous a
fait tant de plaifir , vous ferez
fans doute bien - aife que je
vous faffe part d'une Lettre
écrite fur ce fujer , qui vous
228 MRECURE
apprendra les effets avantageux
qu'il produit .
A MONSIEUR DE L ....
Fay receu , Monfieur , le Livre
de la belle éducation fait par
Mr Bordelon , que vous avez en
la bonté de m'envoyer. Je vous
en fais mes remercimens comme
du plus pretieux prefent que vous
pouviez mefaire,parce que je fais
beaucoup de cas de tous ce qui peut
me donner quelque lumiere pour
bien élever monFils , que j'eftime
particulierement cet Ouvrage,
qui traite la matiere d'une maGALANT.
229
niere außi agréable & auffi infinuante
que la pratique en eft neceffaire.
Fen trouve la divifion
admirable , je ne fcay laquelle
des trois parties doit plaire le
plus. Tous les Parens devroient
faire ce qui eft marqué dans la ·
premiere , car fi leurs enfans
n'ont pas fouvent l'éducation
qu'ils fouhaitent , c'eft faute d'avoir
une attention fuffisante fur
les Maiftres qu'ils leur donnent .
Les avis pour élever la jeuneffe ,
qu'on trouve dans la feconde
partie , ne peuvent eſtre aßz eftimez,
ceux qui rempliffent la
troifiéme font qu'il n'y a per-.
230 MERCURE
fonne pour qui ce Livre ne puiffe
eftre d'une grande utilité. Ce
que j'en eftimefur tout , & qui
marque beaucoup de lecture &
d'érudition , c'est qu'on n'y voit
prefque rien qui ne foit orné ou
appuyé de quelque trait de Poëfie
& d'Hiftoire. Cela attache merveilleufement
le Lecteur le plus
habiles & fait que celuy que
l'on veut qui en profite , retient
mieux les chofes qu'on a deffein
de luy faire apprendre , parce que
les endroits citez luy font plaifir.
Eufin il feroit à fouhaiter que.
tous les Peres , tous les Enfans ,
& tous ceux qui ont foin de les
GALANT. · 231
inſtruire , euſſent toujours ce Livre
à la main. Mon Fils ne le
peut quitter. Envoyez m'en encore
un , je vous prie » avec tous
les Ouvrages du mesme Auteur,
dont le Catalogue eft à la fin de
celuy- cy. On a beaucoup écrit
fur ce fujet , il est vray , mais
comme il y a certaines matieres
qui ne s'épuifent jamais , ce nouvel
Ouvrage eft d'un caractere fi
inftructif, qu'il ne laiffe pas de
meriter une approbation generale,
quoy qu'il foir a
fieurs autres. Apprenez moy, s'il
vous plaift , ce qui ſe paſſe à
Paris dans la Republique des
venu aprés plu232
MERCURE
Lettres . Je fuis, &c.
A Toulouze le 10. Juillet 1693 .
·
Mr le Marquis d'Aronchez,
quoy qu'il ne foit encore que
dans fa vingt huitiéme année
, a cfté nommé en Portugal
Ambaffadeur de cette
Couronne à Vienne . Je vous
en parle , parce qu'il eft Frere
de M' le Marquis de Mouy,
& que je fçay que c'est vous
faire plaifir que de vous apprendre
tout ce qui regarde
les grandes Maifons, lors qu'il
yen a quelques branches établics
en ce Royaume. Ils font
GALANT . 233
Fils l'un & l'autre de Claude
Lamoral , Prince deLigne & du
Saint Empire , Grand d'Eſpagne
. Chevalier de la Toifon
d'Or , General de la Cavalerie
Espagnole, Viceroy de Sicile,
Gouverneur de Milan,& Chef
du Confeil d'Espagne , & ont
pour frere aifné M' le Prince
de Ligne , qui fert encore
aujourd'huy en Flandre , é
tant Gouverneur de la Province
de Limbourg , Grand
d'Espagne , Prince de l'Empire
& Chevalier de la Toifon
d'Or. Mile Marquis de Mouy,
cy devant Capitaine- Lieure-
Juillet . 1693.
V
234 MERCURE
nant des Gendarmes Ecoffois,
& commandant la Gendarmerie
, eft le fecond Fils de
cette illuftre Maifon , & M¹
le Prince Sénéchal de Ligne,
prefentement Marquis d'Aronchez,
eft le troifiéme . On
l'appelle ainfi à caufe que s'êtant
étably en Portugal , il y
a épousé la Niéce de l'Archevêque
de Lisbonne , Fille
unique du Marquis d'Aronchez
, Gouverneur de la Province
de Portoc à Porto , &
l'un des Chefs du Confeil de
Portugal , & comme elle eft
heritiere de cette Maiſon, ce
GALANT . 235
mariage ne s'est fait qu'à condition
quo M' le Prince Sénechal
de Ligne porteroit le
Nom & les Armes de la Maifon
d'Aronchez . Il eft receu
en furvivance de toutes les
Charges de M le Marquis
d'Aronchez fon Beaupere . Il
eft Grand de Portugal comme
luy , & il fuccede à tous
les honneurs & à toutes les
Dignitez de la Famille cù il
eft entré , confervant d'ail
leurs les Titres de la Maifon
de Ligne , & eftant toujours
regardé , comme Prince par
fon nom , & comme Prince
"
Vij
236 MERCURE
de l'Empire par les Privileges
accordez à tous ceux de fa
Maiſon par l'Empereur Rodolfe.
Ce Titre de Prince du
Saint Empire y eft plus étendu
, & plus particulier que
dans toutes les autres , puis
qu'il eft accordé aux Filles , &
mefme aux Fils des Cadets ,
avec les mefmes diftinctions
qu'aux Ainez . Peu de Familles
dans l'Europe ont un privilege
auffi diftingué . Tout le
monde connoit l'éclat de
cette Maiſon , & on fçait que
des Princeffes de Lorraine &
de Naffau font les Meres &
}
GALANT. 237
Grand- Meres de ceux qui en
font fortis . M' le Marquis
de Mouy cft étably en France
, avec obligation de porter
le Nom & les Armes de Lorraine
, & d'avoir les mefmes
couleurs , comme heritier
d'Henry de Lorraine , fon
grand Oncle , premier Prince
de la Maifon de Lorraine.
Quant à M' le Marquis d'Aronchez
qui va Ambaſſadeur
de Portugal à Vienne , il eft
furprenant que n'ayant encore
que vingt huit ans , il ait tou-,
te la conduite & toute la prudence
de l'âge le plus avancé.
228 MERCURE
Il est bien fait de fa perfonne,
.
& a l'air, la taille & les manicres
d'un homme qui porte un
grand Nom. Il a donné dés
fon enfance des efperances de
tout ce qu'on voit en luy. Il
eft né pour les grandes Negociations,
& fongenie heureux
de luy même eft fouftenu par
une éducation qui paroift , &
dans ce qu'il fait , & dans ce
qu'il dit . Il est bien particulier
que trois Freres d'une
Maifon auffi éclatante que
celle de Ligne , fe foient établis
dans trois differents
Royaumes , & qu'ils foutienGALANT.
239
nent par tout la grandeur de
leur Naiffance.
Nous continuons toujours
à faire des Prifes , & le 27. du
paffé on en mena trois à Dunkerque
, qui avoient eſté faites
par deux Fregates du S
Pleytz . L'une eftoit une
Fregate de vingt - quatre
Canons , & la feconde de
dix , & elles fervoient toutes
deux d'eſcorte aux Matelots
Peſcheurs de Maquereaux
d'Anglererre . La troifiéme
Prife eftoit un Pefcheur. Le
Capitaine Anglois cut une
jambe emportée d'un coup
240 MERCURE
de Canon en le défendant . Le
lendemain on amena au même
licu trois autres Prifes faires
par une Fregate duS'Guillaume
Taucone. Ces deux Armarcurs
ont fait pour plus de
quinze cens mille livres de Pri
fes depuis le commencement
de cette année , & ont encore
quatorze Baftimens en mer
armez en guerre.
Un petit Armateur de dix
Canonss , a fait brûler & rançonner
trente- trois Prifes
dans lefquelles il s'eft trouvé
quelques Paffagers qu'on a
emprifonnez à Morlaiz . Le
SaintCALANT.
241
Saint François d'Affize eft arrivé
à Nantes , avec une prife
de vingt- quatre Pieces de Canon
, & de quarante cinq
hommes d'équipage , chargée
de deux cens vingt huit tonneaux
d'huile de Gallipoli ,
& de quarante à cinquante
Balots de Papier. La Charge
& le Navire vont à plus
de quarante mille Ecus.
Ceux qui montoient le Saint
François ont cu un Volontaire
tué , un autre le bras
emporté , & trois coftes rompues
, & deux autres bleffez
legerement .
Juillet 1693-
X
242 MERCURE
M' de Charitte, Gentilhomme
Bafque , Commandant la
Fregate du Roy, nommée La
Preffante montée de douze
Pieces de Canon , & de cinquante
hommes d'équipage , a
fait depuis peu une action qui
luy eft fort glorieufe . Aprés
avoir croifé le long des Coftes
de la Rochelle à la Tour du
Cordoüan , felon les ordres
qu'il avoit receus , il fut choi
fy fur la fin de May , pour
eſcorter une Flotte de Vaiffeaux
de Charge pour Sa
Majefté de la Rade de la Rochelle
à Bordeaux . Il mit à la
GALANT. 243
Voile le 25. fur la fin du jour
à la faveur d'un petit vent de
Nord , eftimant que faïfant
porter à petites Voiles pendant
la nuit , il ſe trouveroit
le lendemain , à l'entrée de la
Riviere de Bordeaux , à fix
heures du matin, & qu'enfuite
le Flot acheveroit de le porter
bien avant dans la riviere . En
effet, le vent ayant continué
de même , il fe trouva de bon.
matin à deux licuës & demic
de la paffe de la Coubre , qui
eft la plus petite & la plus
proche de la côte de Xaintonge.
Le Matelor qui eftoit
X ij
244 MERCURE
à la
découverte ,
apperceut
trois
Baſtimens , portant Pavillon
étranger , à une lieuë
de noftre Flotte, ce qui l'obligea
de fetenir
de l'arriere ,
pour attendre
les plus méchans
Voiliers. Le plus petit
de ces Corfaires
fe détacha
des autres pour le venir reconnoiftre
, & comme il vit qu'il
n'y avoit qu'une feule Fregate
de convoy, & que tout le iefte
cftoient des Fluftes & des Barques
, il en donna avis aux autres
, & auffi toft tous les trois.
forcerent de voiles pour joindre
noftre Flote . Ces trois
GALANT. 245
Baftimens eftoient une Frega
te de 22. pieces de Canon , &
de 160. hommes d'équipage,
& les deux autres , des Cour
vettes , l'une de huit pieces de
Canon , & de 70. hommes ,
& l'autre de fix pieces , & de
60. hommes. La Fregate attal
qua M' de Charitte , fitoft
qu'elle fut à la portée du Canon
,, & quand elle put fe fervir
du Moufquet , elle fit fi
grand feu de tous les deux ,
qu'une décharge n'attendoit
pas l'autre. Le Corfaire continua
de cette maniere juſqu'à
ce qu'il fuſt prefque bord à
6
X iij
246 MERCURE
bord de noftre Fregate , fans
que Mr de Charrite enft fait
tirer un feul coup ; mais enfin
voyant que les deux Fregates
eftoient à la demi - portée du
piftolet l'une de l'autre , il ſe
jugea en eftat de bien employer
les boulets , la poudre .
& le plomb du Roy. En effet,
il mit tout en ufage, Canon &
Moufquet.Le Corfaire le chargeoit
avec une vigueur exrraordinaire
, & Mr de Charritefe
défendoit avec tant de
promptitude & d'opiniâtreté,
que le Corfaire n'ofa jamais
tenter l'abordage pendant
GALANT. 247
plus d'une heure que le combat
dura feul à feul , mais la
grande Courvette l'ayant joint
jufqu'à trois fois , il employa
toutes les forces pour aborder
noftre Fregate , & trois fois
M'de Charrite le repouffa avec
une vigueur qui l'étonna , &
qui fut caufe qu'encore qu'il
fuft deux fois plus fort que
fon Ennemy , enfin il fe retira
honteusement en obeiffant au
vent . La petite Courvette ,
aprés avoir pris un Baſtiment
de noftre Flore , de quinze ou
vingt tonneaux , fe joignit à
la grande Courvette , & en-
X iiij
248 MERCURE
fuite tous les trois vinrent
charger vigoureuſement nô
tre Fregate . Mr de Charrite
foutint fi bien ce nouveau
choc , que le combat ne fut
pas de fi longue durée que
l'autre . Les Ennemis eurent la
lâcheté de plier , & le laiffe,
rent avec tout le reste de nôtre
Flote , qu'il n'abandonna
jamais , & qui continua toujours
fa route pendant le combat
, qui dura deux bonnes
heures. Il fut bleffé dudernier
coup de Pierrier que ces
Courvettes tirerent , & tomba
de la Dunette fur le Pont.
GALANT. 249
M' de
Pontchartrain ayant
efté informé des particularitez
de ce combat , écrivit à
Mde Charitte qu'il avoit ap
pris la rencontre qu'il avoit
faite de trois Fregates Ennemies
; qu'il informeroit le
Roy de la valeur & de la bonne
conduite qu'il avoit fait
paroiftre en cette rencontre ,
& qu'il devoit eftre perfuadé
que Sa Majesté luy donneroit
dans la fuite des marques de
fa fatisfaction ; qu'il eftoit fort
faché en fon particulier de la
bleffure qu'il avoit receuë , &
qu'il feroit avec plaifir tout
250 MERCURE
ce qu'il pourroit auprés de Sa
Majefté , pour luy procurer
quelque grace , en confideration
de cette bleffure . Il ne faut
pas s'étonner fi les François
font tant de belles actions , les
loüanges & les récompenfesen
eftant auffi - toft le prix De cinquante
hommes qui compo
foient l'Equipage de la Fregate
commandéc par M ' de Charrite,
il y en a cu quatre de tuez,
& dix de bleffez. Le moindre
de tous a fait merveilles . L'E.
quipage de la Barque qui fut
prife pendant le combat , eſt
de retour. Il a affuré que le
GALANT.
25r
fc
plus grand des trois Corſaires
avoit eu vingt-cinq hommes
de tuez & trente de bleffez ;
enfuite de quoy il s'eftoit retiré
à Saint Sebastien
, pour
faire radouber . Cela a cfté confirmé
par les Equipages des
autres prifes qu'ils ont faites
depuis ce temps-là . C'eſtauſſi
par les mefmes Equipages qu'
on a fceu le nombre des Canons
& des hommes de ces
trois Corfaires Bifcayens . M
de Charrite doit eftre habile
dans fon métier , & connoiftre
la mer , puis qu'en l'année
1687. il cut ordre de la Cour
252 MERCURE
de s'embarquer avecM'd'Amblimont
, aujourd'huy Chef
d'Efcadre , pour deffiner les
Veuës , & faire les Plans & les
Cartes des lieux où ils pourroient
aborder. Il fit foixante
& quatre Veuës , & quarorze
Plans ou Cartes , & cela pendant
une Campagne de quinze
mois.
Vous avez fceu fans doute
l'entreprise que les Anglois
ont faite fur la Martinique ,
l'une des Iles de l'Amerique
,
fituée àquatorze degrez trente
minutes de latitude Septentrionale
. On luy donne comGALANT.
253
munement feize lieues de longueur,
& quarante -cinq de circuit.
L'établiffement des François
s'y fit en 1635. Cette Ifle
eft prefentement une des plus
peuplées des Antilles.La Flote
Angloife , dont elle eftoit menacée
depuis un an , parut enfin
le 11. Avril dernier au vent
de cette Ile. Voicy la lifte des
Vaiffeaux qui la compofoient
,
& le nombre des Canons.
La Refolution , Amiral, 72
Le Dunkerque,
Le
Tigre ,
64
56
Le Diamant ,
Le Pimbroucq ,
54
40
La
Sirene ,
48
254 MERCURE
L'Experimenté ,
3. Brulots.
1. Caïche à Bombes.
1. Caïche de Guerre .
40
6. Fregates de 20. à 24. Canons .
30. Navires Marchands chargcz
de vivres & de munitions.
Les autres Baftimens eftoient
des Barques & des Brigantins,
qui faifoient en tout avec les
Vaiffeaux cy deffus, 66 . Baftimens
Le Prince d'Orange avoit
fourny une partie de cette
Flore , & la Compagnie des
Indes Occidentales de Londres
avoit fourny le reſte.
Les Regimens venus d'AnGALANT.
255
gleterre eftoient Foulque &
Godin , compofez de 600 .
hommes chacun , qui font
les deux 1200 , hommes.
Trois cens hommes de Recrüc
pour le Regiment de Bolton
qui doit cftre de 700 ,
hommes , dont il manquoit
cette Recrüe pour cftre complet
,
de.
700.
2. Regimens de la Barba-
900 .
1. Regiment des Matelots.
600.
Les Milices des Ifles Antigues
Niefve & Montfarrar ,
800.
Total. 4200. hommes.
256 MERCURE
Cette Flotte eftoit commandée
par Milord Houkille ,
& les cinq mille cinq cens
hommes de defcente qu'el- ,
le portoit , par le Colonel
Foulque . La nuit du 11. au 12 .
fe pafla à jetter fur quatre
grandes Barques , & fur les
Chaloupes deux mille hommes
qui mirent pied à terre à
la pointe du jour au Cul - defac
marin. M Augier , Lieutenant
de Roy dans le quartier
, amaffa à la hafte environ
cent hommes , tant Cavaliers
que Fantaflins , avec lef
quels il les harcela continuelGALANT
257
lement & leur tua plus de
cent hommes , & fic quelques
Prifonniers . Les Ennemis brulerent
dans ce quartier dixhuit
Sucreries . Plufieurs petites
habitations furent emportées
avec douze chaudieres à
Sucre , quelques beftiaux , &
ils firent un Negre prifonnier
qu'ils pendirent. Le 22 , ils le
verent l'Ancre , & vinrent
moüiller à deux petites lieues
du Fort Royal, eftendant leur
Ligne depuis l'ffler à Ramier ,
jufqu'à la pointe des Negres .
Mr de Gabaret , Gouverneur
de cette Ifle , détacha alors
Fuillet 1693.
Y
258 MERCURE
cent de fes meilleurs hommes,
à qui il fit prendre la route
du Fort Royal. Quatre jours
fe pafferent à fonder la Coſte ,
mais n'ayant pas trouvé de
lieu propre pour deſcendre ,
ils mirent à la voile . Mr le
Comte de Blenac , Lieutenant
General de ce pays , les fuivit
auffitoft le long de la Cofte ,
avec fcs Milices . Ils firent
feinte de vouloir defcendre
au Carbet , gros Bourg diftant
d'une bonne lieuë du Fort S.
Pierre. M'de Gabaret s'ache
mina incontinent de ce costé
là, à la tefte de trois cens homGALANT.
259
mes , mais un petit frais s'ê -
tant élevé , ils firent porter
droit au fond Cananville . La
contre- marche que nos gens
furent obligez de faire , les
mit hors d'haleine , & ne leur
permit d'arriver que lors que
les Ennemis commençoient
à
former leurs Bataillons . Le
Gouverneur de la Martinique
avoir efté joint en chemin par
la Compagnie de M ' Roy , &
par une autre de Milice , &
pouvoir avoir en tout quatre
cens hommes. Cependant il
jugea à propos de profiter du
defordre où les Ennemis é-
Y ij
260 MERCURE
toient encore. Il les attaqua
brufquement , les enfonça , &
les pouffa jufqu'à leurs Chaloupes
. Il les auroit affeurément
obligez de fe rembarquer
, s'il ne fe fult apperceu
que les Ennemis defcendoient
aux deux extremitez de l'ance,
& qu'il pourroit cftre coupé ,
ce qui l'obligea de fe retirer ,
& de gagner la Montagne
dont il occupa les hauteurs.
Les Ennemis l'attaquerent, as
vec beaucoup de vigueur pour
fe faire un paffage , mais ils
furent vivement repouffez , &
obligez de fe retirer dans l'An-
4

GALANT. 261
ce, hors la portée du Moufquet.
Jamaisaction ne fut plus
brufque , plus chaude , ny
mieux conduite. Les Ennemis
par l'aveu des Transfuges
avoient à terre plus de mille
quatre cens hommes quand ils
furent attaquez par les Fran
çois. Ils en ont cu deux cens
tuczz . quatre vingt bleffez quarance
Prifonniers, un Drapeau
& deux Tambours pris . Entre
leurs morts , il y a le Major
General , deux Capitaines &
un Lieutenant. Nous n'avons
perdu que quinze hommes, &
cu quo vingt- cinq bleffez , &
262 MERCURE
trois prifonniers . Mr le Com
te de Blenac eftant arrivé furle
foir avec les Milices , jugea à
propos de fe retirer dans les
Retranchemens que le Gouverneur
avoit fait faire au- deffous
des Peres Jefuites ,afin que
fi les François en eftoient chaffez
, ils puffent plus aifément
gagner le reduit des Religieufes
, qu'il avoit fait fortifier ,
d'une maniereà pouvoir y fou
tenir un affez long Siege . Les
Ennemis , maiftres de la Defcentepar
leur retraite , mirent
à terre fix pieces de Campagne
& un Mortier , & vinrent
GALANT 263
les Fran
attaquer leurs Retranchemens
avec beaucoup de chaleur ,
mais leur General & le Gou .
verneur fe trouvant partout ,
& animant par leur exemple
le peu de gens que.
çois y avoient , les repouffe
rent toujours avec perte . Mr
Augier qui les avoit joints
avec une partie de fes gens ,
fut commandé pour chaffer
les Ennemis d'une hauteur ,
d'où ils voyoient à revers leurs
Retranchements . Ille fitavec
beaucoup de chaleur , & leur
tua oubleffa cinquante hommes.
Les Gardes avancées de
264 MERCURE
la Mer engagerent une rude
efcarmouche. M ' de Gabaret
y courut à la tefte de deux
cens hommes , mais fon courage
le porta un peu trop loin ,
& il donna dans une embuf
cade de plus de fix cens des Ennemis.
Ceux qui le fuivoient
plierent d'abord , mais le Gouverneur
s'eftant mellé l'épée
à la main avec les Ennemis ,
fuivi par M's Colet , Nadau
& Colart , ranima ſi puiſſamment
les fiens , que Its Ennemis
plierent à leur tour , &
prirent la fuite. Ils curent plus
de deux cens.tucz ou bleffez
dans
GALANT. 265
dans cette occafion, & les Fran- .
çois environ une trentaine.
Mr Colart a fait dans cette
rencontre tout ce qu'on pouvoit
attendre d'un brave hom.
#
me. Mts Colet & Nadau
s'y diftinguerent extremement
& le dernier fut bleffé
de deux coups d'épée. Le 1. de
May, les Ennemis ne firent
prefque aucun feu , ce qui fic
juger qu'ils meditoient une
retraite. En effet , la nuit dut .
au 2. ils décamperent . M le
Comte de Blenac en ayant efte
averty , envoya reconnoiftre
leut Camp à la pointe du jour.
Juillet 1693.

~266 MERCURE
On y trouva cent batils de
balles & de poudre , des équipages
d'Artillerie , des facs à
terre , des beftiaux , quelques
armes , ce qui fit juger qu'ils
s'eftoient retirez avec beaucoup
de précipitation . Plufieurs
Transfuges avoient affuré
qu'ils manquoient de tout,
& que ce mauvais fucçés les
empêcheroit d'executer les
deffeins qu'ils avoient d'atta-
•quer la Guadaloupe ,
pourtant on leur vit prendre
la route , mais on ne croit pas
qu'il y foient plus heureux
qu'à la Martinique.
8
dont
GALANT. 267
J'ay à vous entretenir de
cinq Articles de Guerre dont
Vous avez beacoup entendu
parler depuis un mois , & vû
diverfes Relations , mais je
fuis feur que celles que vous
allez lire ne laifferont pas de
vous paroistre nouvelles , par
la quantité de faits nouveaux
& de circonstances ignorées
jufques icy. Il y avoit longtemps
que Mr de Vertillac ,
Gouverneur de Mons , tâchoit
de faire paffer pour l'Armée
un grand Convoy de neuf
cens chariors & de deux cens
mille livres. Il avoit efté obli-
Z ij
268 MERCURE
gé de le faire rentrer plufieurs
fois dans fa Place , fur les avis
qu'ils avoit receus qu'il devoit
eftre attaqué avec des Troupes
beaucoup plus nombreufes
que celles qu'il pouvoit
avoir. Enfin M' le Comte de
Guifcar , Gouverneur de Na
mur , luy manda qu'il fçavoit
pofitivement que la Garnifon
de Charleroy ayant efté fort
diminuéc par les détachemens
que l'on avoit faits ,
eftoit hors d'eftat de fe montrer
devant eux ; & qu'ainſi il
falloit prendre ce temps pour
faire venir le Convoy au
GALANT. 269
Camp.On prétend que le Prince
d'Orange avoit fait exprés
ces détachemens , afin qu'on
hazardaft plus facilement , &
avec une moindre eſcorte , de
le conduireà l'Armée , qui en
avoit un tres-grand befoin ,
fon deflein cftant , fur le premier
avis de fa marche , de
détacher quelques - unes de fes
Troupes pour le venir attaquer.
M de Guifcar eftoit
convenu avec M de Vertillac
d'aller recevoir fon Convoy
à Beaumont , ce qu'il fit
le 3. de ce mois . M ' de Vertillac
en eftoit déja reparty , lors
Z iij
270 MERCURE
que M ' de Guifcar apprit par
fes Efpions que le Prince d'Orange
ayant fait un détachement
de fix hommes choifis
par Compagnie , l'avoit fait
marcher toute la nuit , & entrer
dans Charleroy . Sur cela
il en fic donner avis en diligence
à M de Vertillac , le
priant de retourner fur les pas ,
parce qu'il avoit abfolument
befoin de fes Troupes . M' de
Vertillac eftant revenu , M ' de
Guifcar fe mit en marche le
lendemain , n'ayant pour efcorter
un fi grand Convoy ,
que le Prince d'Orange avoit
GALANT. 271
les Reréfolu
d'enlever à quelque
prix que ce fuit , que
gimens de Raffent & de Lagny
, ceux de Bretoncelle &
de Breteville de Dragons , un
Bataillon du Regiment de
Bourbon , un autre de Suiffes,
commandez par M ' de Belle ,
roche , un autre détachement
do Regiment de la Marc , &
quelques Compagnies Franches
de Dragons & d'Infan
terie . On eftoit à plus de moi:
tié chemin de Philipevville,
lors que pour tâcher de faire
deux files de chariots , M'de
Guifcar , qui s'estoit un peu
Z iiij
272. MERCURE
écarté pour chercher quelque
paffage commode , apperceut
dans la plaine de Filanricu
trois Efcadrons Ennemis . Un
moment aprés il en vit fix autres
, & puis il en compta jufques
à vinge huit , tous hommes
choifis , des plus grands,
ayant des cuiraffes & le pot en
tefte , & prefque tous Cuiraffiers
du Duc de Baviere . Ils
venoient en fort bon ordre , &
quand ils furent affez prés de
nos Troupes , ils firent une
petite halte pour attendre leur
Infanterie , qui eftoit de deux
mille hommes. Ils la pofte
GALANT 273
rent , moitié dans le Bourg de
Boffu à leur droite , & moitié
dans des brouffailles qui étoient
à leur gauche . Ce fut ce
qui les perdit. S'ils cuffent
marché droit à M'de Vertillac, '
qui n'avoit que quelques Efcadrons
que Mr de Guifcar luy
avoit mandé de mettre en bataille
, & d'oppofer aux Ennemis
, le Convoy eftoit en
fort grand danger d'eftre entierement
défait ; mais heureufement
M' de Guifcar cut
le temps de raffembler fes
Troupes , & mefme de leur
faire faire un grand mouve
274 MERCURE
ment en preſence des Ennemis
, ayant trouvé que M ' de
Vertillac s'eftoit trop approché
d'un Village qui cftoit
embaraffé , & où l'on n'auroit
pû fe rallier . Les Ennemis a+
voient fait trois lignes de leur
Cavalerie . M' de Guifcar n'en
fit qu'une de la fienne , à la
referve de deux Elcadrons qu'il
fit demeurer derriere , pour fe
pouvoir tallier en cas de befoin
aux Ennemis , défendant
de
tirer un feul coup , & ordonnant
de ne fe fervir que de
l'épée . La décharge
de l'In-
& d'abord il marcha
GALANT. 275
fanterie luy tua d'abord beaucoup
de monde , & Mr de
Vertillac receut onze coups
dont il mourut fur le champ.
Nos Troupes toujours attentives
à bien faire leur devoir ,
ne s'épouvanterent point , &
entrerent l'épée à la main ,
dans la premiere ligne , qu'ils
renverferent fur la feconde , &
la feconde fur la troifieme .
Cela fe fit fi vigoureufement,
que les Ennemis n'ayant pû
fe rallier , furent poursuivis
pendant trois quarts de lieuë ,
aprés quoy Mr de Guifcar
mit fes Troupes en bataillo
276 MERCURE
pour retourner au Convoy, &
fur l'Infanterie , qui avoit gagné
les bois , aprés avoir vu
la Cavaleric battuë ; mais à
peine avoir il fait trois cens
pas qu'on luy dit que les Ennemis
recommençoient à paroftre.
Ilretourna à eux , &
ils fembloient vouloir avoir
leur revanche , tant ils mar
choient en bon ordre ; mais
quand M'de Guifcar s'en fut
approché à la portée du pif
tolet , ils firent leur décharge,
& prirent la fuite . M' de Guifcar
les pouffa l'épée dans les
reins pendant trois licues, &
71
GALANT. 277
enfuite il vint coucher à Philippeville
avec tout fon Convoy
jufqu'au dernier chariot .
Il ne fut pas malailé les jours
fuivans , de le conduire à l'Ars
méc. Mle Chevalier de Breves
, allié de M ' de Guifcar , a
eu dans cette Action une contufion
à la tefte , & le Fils de
M'de Raffent a cſté bleſſé .
M Mazel avec cinq cens
Chevaux , & cent cinquante
Dragons particle 7. de ce
mois du Camp de Weinheim
pour aller chercher des nouvelles
des Ennemis , qui lors
qu'il approcha du Chaſtcau
278 MERCURE
d'Heppeneim tirerent quelques
coups de Canon pour avertir
les Allemans de fa marche,
fuivant le fignal dont ils
êtoient convenus. Cependant
nos gens avancerent entre
Heppencim & Beinſein , mais
comme ils fortoient d'une
allée de Noyers où il y avoit
un defilé , ils furent bien furpris
de voir les Ennemis devant
cux dans une espece de
chemin creux au nombre de
huit cens Chevaux tous rangez
en Bataille , & qui les attendoient
de pied ferme , le
Moufqueton haut. M Ma-
*
GALANT. 279
zel prit auffitoft fon party.
Il avoit rangé en treize
Troupes le corps qu'il conduifoit.
Il en fit avancer
trois , une de Carabiniers , une
du Colonel , & une de Dragons
. Les Ennemis qui êtoient
la plufpart Cuiraffiers Saxons ,
firent leur décharge à douze
& à quinze pas fans tuer aucun
de nos gens , qui s'avan
cerent auffi toft fur cux , aprés
avoir effuyé cette décharge.Ils
firent la leur à bout portant,
& en jetterent plusieurs par
terre . Ils les chargerent enfuite
l'épée à la main , les rompi ,
280 MERCURE
rent , les culbuterent
l'un fur
l'autre , & les mirent dans un
tel defordre , que trois cens
de leuts Soldats , qui estoient
embufquez
dans des hayes,
proche Beinfeim
pour les joindre,
au lieu de venir à leur fccours
, s'avancerent dans la
Ville . Nos gens les y fuivirent
de fort prés , & comme
les Ennemis ne pouvoient y
entrer que lentement , à caufe
d'une barriere, où il ne pouvoit
paffer que quatre Cavaliers de
front , on les joignit en fort
peu de temps . On les renverſa
on donna quartier à tous >
GALANT. 281
quelques uns qui le demanderent,&
on tua les autres . Cette
Troupe Ennemie de huit cens
hommes eftoit foûtenuë par
douze cens Cavaliers qui êtoient
derriere la Ville , mais
l'affaire fut fi brufque , & dura
G
peu , que ceux - cy n'eurent
pas le temps de fecourir les
autres. On les vir defcendre
par le foflé de la Ville , & on
fe retira en mefme temps audelà
du defilé. Toutes ces
1
Troupes Ennemies compo
foient un Camp volant qui
eftoir commandé par le General
Bron , lequel s'eftoit a-
·Juillet 1693.
A a
282 MERCURE

vancé jufques- là pour recon
noiftre noftre Armée.Les Ennemis
ont perdu deux à trois
cens hommes , & on leur a
fait cent cinquante prifonniers
. On a pris cinq Officiers
& environ cent Chevaux . On
a remarqué que prefque tous
les prifonniers étoient bleffez
par derriere . Nous n'avons cu
que
huit Cavaliers tucz dans
cette rencontre, & quatre Officiers
bleffez , entre lefquels
eft un Capitaine du Regiment
Dauphin.
Le 9. de ce mois on donna
l'ordre de fe tenir preft de
monter à cheval le lendemain
GALANT. 283
#
à la pointe du jour , & de ne
point détendre qu'on ne le
commandalt . On marcha fans
équipages & fans corps de referve.
Sept cens Dragons à
pied eftoient à la tefte à cauſe
des défilez & des Montagnes.
M le Comte d'Eftrade eftoit
détaché pour Colonel , & M ? M²
le Comte de Bourg pour Maréchal
de Camp . Ces Dragons
à pied eftoient fouftenus
2
par le reste des Dragons de la
droite , M de la Lande qui les
commandoit tous , à la tefte .
Le Regiment Colonel marchoit
enfuite. L'Artillerie &
A aiju
284 MERCURE
le refte de la Cavalerie & l'Infanterie
marchoient fur la
gauche . On paffa par le bas du
Chateau d Heppeneim où les
Ennemis avoient Garnifon ,
par Beinfeim, & on fit alte entre
Benfein & Zuingemberg ,
où les Ennemis avoient un
fort bon polte , l'Electeur de
Mayence & le General Chauver
y eftoient pour lors. Il
n'y avoit que cinquante hommes
dans la Ville ils y en
firent venir trois cens &
cing Troupes de Cavalerie
qui les fouftenoient . Toute
noftre Armée refta en Bataille
, & fur les neuf heures du
GALANT. 285
A
foir on fe prepara à donner
Kattaque. On fit deux détahemens
, l'un de Grenadiers
de la Brigade de Normandie,
commandé par leurs Capitaines
, M de la Bourfie pour
Colonel. L'autre détachement
eftoit de la brigade de Picardie
, M' le Prince d'Efpinoy
pour Colonel, M de Cha
milly, en qualité de Lieutenant
General, prit celuy de la droite
qui eftoit le détachement de
Normandie au cofté de la
Montagne , & M¹ de Vaube
court,Maréchal de Camp, prit
celuy de Picardie le long du
grand chemin , laiffant le Mas
2
286 MERCURE
rais à gauche. Les Grena
diers , Picardie , Auvergne,
& Moncaffel attaquerent le
Faux bourg avec la derniere
vigueur, & l'emporterent fur
les dix heures & demie. On
arraqua alors la Ville. Les
Dragons donnerent par le bas
de la Montagne, Normandie,
la Marine , & le Royal Comtois
y entrerent pelle melle.
Nos gens fe battirent longtemps
les uns contre les autres
fans le reconnoiftre . La
Ville fut prife à minuit &
demy. Les Ennemis eftoient
fort bien retranchez & palif.
fadez. Ils ont perdu plus de
A
GALANT. 287
trois cens hommes dans cette
affaire. M le Prince d'Efpinoy
y a eu la cuiffe percée.
d'un coup de Moufquet, mais
la balle n'a paffé que dans les
chairs ; il a eu plufieurs autres
coups dans fes habits . M ' de
Vaubecour a efté bleffé dangereufement
à la cheville du
pied, & ily a eu trois Capitai .
nes de Grenadiers tuez , entre
lefquels on regrette fort M
de Hauterive. M le Camus ,
auffi Capitaine de Grenadiers,
y a cfté bleffe . M ' le Maréchal
Duc de Lorge avoit pris
toutes les precautions necef
faires, pour arrefter l'ardeur
288 MERCURE
de ceux qui auroient voulu
donner fans eftre commandez
, ayant fait mefme demeurer
auprés de luy M'de Bouligneux,
Colonel de Limofin ,
avec dix huit Compagnies de
Grenadiers pour en difpofer,
de crainte que le grand nombre
de Troupes n'empefchaft
ce qu'il avoit dit .
PM le Maréchal Duc de Luxébourg
n'oubliant rien pour
cftre informé de tout ce que
font les Ennemis , appritle 6.
de ce mois , par M'leChevalier
deNefle , qu'il avoit envoyé en
party , que le Comite de Tilly ,
Frere
7
GALANT. 289
Frere du Comte de Cerclaës ,
éroir campéfousTongres avec
la Cavalerie de Liege , compo
fée de cinq Regimens Lie
geois , deux de Cavalerie , &
trois de Dragons , des Gardes
de Brandebourg , celuy de
Reliere , de trois Efcadrons
des Troupes de Zell , & de celuy
de Stope de Dragons de
Hollande . Le lendemain 7: de
ce mois , la gauche de noftre
Armée alla au fourage, ce qui
aidoit à couvrir le d ffein du
General , qui fit commander
ce mefme jour , fur le midy ,
huit Efcadrons de la Maifon
Bb
Juillet. 1693.
290 MERCUR £
du Roy , deux des Gendarmes
& des Chevaux-Legers , celuy
des Grenadiers du Roy , &
trois de Cavalerie Legere de
l'aile droite , avec ordre de
pertir fans bruit entre fix &
fept heures du foir pour le
venir joindre au Village de
Houteme, où il les devoit attendre.
Ces Troupes arrive
rent fur les huit heures de
ce mefme foir, à une licuë &
demie du Camp de Heylefem ,
où M de Luxembourg cftoit
demeuré aprés le fourage fait.
On avoit envoyé toujours l'Infanterie
devant , parce qu'on
n'eftoit pas feur que les EnneCALANT.
291
mis n'en cuffent pas, & on luy
avoit donné ordre de garder,
un paffage fur le Jar à une licue
& demie deTongres . Cette Riviere
, que l'on appelle autrement
Jecher, paffe à Tongres ,
& bar à Maftrick . Une heure
avant la nuit , M' de Luxembourg
marcha avec la Cavalerie
fur deux Colomnes , à la
tefte de l'une defquelles eltoit
M' le Maréchal Duc de Villeroy.
On continua toute la nuit
de marcher à grands pas , &
à trois heures on arriva à trois
quarts de lieuë du lieu où
l'on s'eftoit propofe d'aller,
Bb ij
2
292 MERCURE
fans fçavoir fi le Comte de
Tilly y eftoit encore. On redoubla
le train pour gagner
une hauteur, d'où l'on découvrit
à un quart de lieuë
les Ennemis qui marchoient ,
aprés avoir cfté avertis fur le
minuit, du deffein qu'on avoit
formé de les furprendre , On
ordonna à plufieurs Efcadrons
de fe débander , pour tâcher
de les joindre pendant que le
refte des Troupes fuivtoient
au grand trot. Meffieurs les
Princes qui eftoient à la tefte
de tout les approcherent aprés
avoir paflé quelques ravines ;
GALANT. 293
mais dans le moment qu'on
crut les pouvoir charger , il fe
trouva entre eux & les nostres
une autre ravine qui n'eftoit
pas pratiquable à paffer des
Efcadrons. Il fe gliffa feulement
une cinquantaine de Cavaliers
, & autres , qui cftant
arrivez à demi- cofte , efcarmoucherent
avec les Ennemis
qui cftoient fur la hauteur au
nombre de fix à fept Eſcadrons
tres preffez , pendant
que le gros de leurs Troupes
défiloient dans un Village ,
pour paffer le Jar & le fauver.
Dans cet intervalle , M's les
¿
Bb iij
294 MERCURE
Princes cherchoient un lieu
fur la droite pour les aller
prendre en flanc , mais quand
les noftres furent arrivez fur la
hauteur , ils n'y trouverent.
plus qu'un petit nombre de ces
gens là , les autres fuyant à
toutes jambes . On les pouffa
prés de deux lieuës , iufqu'à
une lieuë & demie de Maftric .
Il ne s'eft jamais veu tant de
terreur, Ils fe fauvoient par des
endroits ou il n'y a que la peur
qui puiffe faire trouver un
paffage. Si nos Chevaux n'avoient
pas efté rendus, ayant
fait prés de huit licues fans
GALANT. 297
repaiftre , & deux à les fuivre
fans reprendre haleine, il n'en
auroit guere échapé aux Victorieux.
On leur tua prés de
trois cens hommes , avec un
Colonel & plusieurs autres
Officiers
. Il y eur parmy les
Prifonniers un autre Colonel ,
un Lieutenant Colonel , un
Major , & deux Lieutenans.
On leur prit auffi deux Drapeaux
& deux Paires de Timbales
avec tout leur bagage ,
dans lequel il fe trouva beaucoup
d'Or , d'Argent & de
Vaiffelle d'Argent
, ce qui fir
faire un fort grand butin aux
Bb iiij
296 MERCURE
Troupes. On prit encore un
grand nombre de Chevaux &
de Beftes à cornes avec quantité
de Charettes , aufquelles on
fit mettre le feu aprés qu'on les
cut pillées . Le nombre des Prifonniers
n'a guere efté plus que·
de foixante. Il y en auroit cu
davantage fi on avoit fait plus
de quartier . Nous avons perdu
M Sanguinet , Exempt des
Gardes du Corps . On a efté
fort alarmé pour M' le Duc de
Montfort , Fils aifné de M
le Duc de Chevreufe fes
bleffures ayant efté crues d'abord
mortelles , mais on tient
"
GALANT. 297
S
"
prefentement qu'il en pourra écha
per La perte auroit esté grande
parce qu'encore qu'il foit dans une
grande jeuneffe , il s'eft extremement
diftingué, s'expofant par tout
où ily avoit de la gloire à acquerir ,
& en ayant eu plus d'une fois des
marques glorieules , qui font connoi
fre qu'il n'épargne pas fon fang. Mr
le Marquis de Thiange a efté bleffé
dans le corps par un de nos Officiers
qui le prit pour Ennemi . On ne croit
pas fa bleffure dangereuse . Il est fort
eftimé parmy les Troupes , cftant,
brave fans oftentation , & d'un fang
froid qui fait qu'il s'expofe aux perils
avec intrepidité . Il eft d'ailleurs
fage , qualité qui ne le rencontre pas
toujours avec celle de brave , & de
jeune. Nous avons eu tout au plus
vingt ou trente des Gardes Carabi
298 MERCURE
niers tuez oubleffez . L'on revint fur
les fix heures du foir de cette courſe ,
qui fut de dix-huit à vingt lieuës .
Les Cavaliers & les Soldats ramenerent
au Camp plus de mille Va
ches , & le double de Moutons.
Le 28 du mois paffé , le Marquis
de Leganez vint joindre Mr d'Ouchin
, General des Troupes Efpagnoles
, du Camp de Frofteau, & ils
firent marcher cinq mille hommes
de Troupes choifies , qui inveftirent
le Chasteau de Saint Georges ,
& fommerent Mr de Voye qui y
commandoit, de fe rendre. Il répondit
que rien ne preffoit , & qu'il
croyoit qu'ils voudroient bien luy
accorder quelque temps pour y penfer
ferieufement. Le melme jour ,on
fit à Cafal des réjoüiffances pour
la prife de Rofes. A demi-heure de
GALANT. 299
""
jour , Mr. le Marquis de Crenant
fit tirer le Canon fur les
Gaffines occupées dans la plaine
par les Allemans . On eut le plaifir
de les voir culbuter les uns fur
les autres par la cheute d'une
vieille Caffine , derriere laquelle il
y avoit cent cinquante Maiftres, qui
prirent le party de fe retirer au plus
vifte. Le 29. Mr de Louvignies fic
mettre le feu aux Caffines , qui
font le plus prés de Cafal , par fix
cens hommes qu'il avoit détachez
du Camp de Villeneuve. Il en deferta
trente-cinq , & les Ennemis
qui avoient commencé le 28. à battre
le Chasteau de Saint Georges ,
continuerent le 29. & le 30 mais
avec peu de fuccés. Le r.de ce mois
ils firent monter fur une hauteur,
quatre pieces de Canon de vingt
quatre , & deux Mortiers , qui ne
300 MERCURE
commencerent à tirer que le 2 à fix
heures du matin . Ils tirerent regulierement
leize coups de Canon
par heure. Il ne s'en tira aucun du
Chateau qui fuft inutile . Ce jour
là à trois heutes aprés midy, leur
Canon ayant abattu une Tour , Mr
d'Ouchin , à la faveur de la pouſfiere
, fit avancer deux cens hommes
, avec ordre d'entrer l'épée à la
main par les Ecuries , mais on les
charg a fi à propos , & on leur jetta
une fi grande quantité de grenades,
qu'ils furent contraints de le retirer
avec perte de plus de fix - vingt
hommes tuez ou bleffez. Cependant
Mr de Voye ne voyant pas qu'il puft
foutenir plus longtemps le Siege ,
trouva à propos de capituler le 4.
une heure aprés minuit , La capitu❤
lation fut honorable , & il fortit le
9A 17
à
GALANT. 301
matin de ce Chafteau avec un Lieutenant
, un Sergent , & foixante-
.neuf hommes . On les devoit me
ner à Turin , & de là à Pignerol ou
à Suze , mais on ne fçait où les Ennemis
les ont conduits. Nous n'avons
perdu qu'un Sergent & quatre
Soldats. Ils ont eu du moins
quatre cens hommes tuez ou blef
fez. Le Commandant de Rofignan,
Mr de Leiſtet , Lieutenant Colonel,
le Baron Viffer , Major du Regi
mant de Lorraine , le Neveu de
Mr d'Ouchin , Capitaine , & deux
Lieutenans ont efté du nombre des
premiers. Le premier Capitaine du
mefme Regiment a eſté bleſſé à
mort. Quatre Capitaines & quatrè
Lieutenans l'ont efté legerement .
Ce Chasteau n'avoit que de vieilles
Tours , de méchantes murailles, &
302 MERCURE
19 1.7000
un méchant foflé. Depuis ce temps.
là les Ennemis ont pris une Redou
te , où ily avoit dix huit hommes ,
& elle leur a autant couté à proportion;
de forte qu'ils ont cfté obligez.
de faire avancer du Canon pour s'en
rendre maiftres .
2 Ces jours paffez , Meffire Daniel
le Bel , Seigneur de Bernouille , &
Comte de la Boiffiere , épousa la
Fille de M. du Cerceau , Seigneur
deVillabert. C'est une perfonne d'un
merite diftingué , & qui n'eft pas
moins recommandable par fa fageffe
& par la douceur de fon efprit,
que par fa beauté . Mr de la Boif
fiere eft Fils unique de Louis le Bel,
Seigneur de Bernouille & de la
Boiffiere , Maréchal des Camps &
Armées du Roy , mort en 1684. &
de Dame Loüife de la Mothe- Hou-
گ ن
GALANT 303
S
dancourt, Soeur aifnée de Meffire
Philippe de la Mothe- Houdancourt,
Maréchal de France , Duc de Car
donne , cy- devant Viceroy de Car
talogne. Il a eu deux de les Freres
tuez pour le fervice du Roy , le
premier en Catalogne , où il eftoit
Capitaine de Cavalerie . Le fecond
eftoit Capitaine aux Gardes , & a
efté tué à la Bataille de Caffel en
16770
"
François- Antoine Charreton de
la Terriere , Abbé Regulier de
l'Abbaye de Saint Nicolas de Marcheroux
de l'Ordre de Premonftré,
eft mort fur la fin du mois de Juin.
Il eftoit troifiéme Fils de feuë Madame
de la Terriere , dont je vous
ay appris la mort dans ma Lettre du
mois de May. C'eftoit un homme
extrémement verfé dans l'Hiftoire,
304 MRECURE

& qui fcavoit parfaitement bien les
interefts des Princes de l'Europe.
Il avoit efté Chanoine & Archidiacre
de l'Eglife Cathedrale de
Pamiers , qui eft reguliere , & il fut
éleu Sindic du Clergé de ce Dloceze
aprés la mort de M de Caulet ,
Evêque de Paniers. Il s'acquitta
dignement de cét employ, & quitta
ces Benefices pour fe retirer en fon
Abbaye de Marcheroux où il eft
mort, avec de grands fentimens de
pieté , & qui repondoient bien à la
vie qu'il menoit depuis quelque
temps.
L'affaire des Heiduques a mis une
grande mel-intelligence entre la
Cour de Rome & celle de Vienne.
Le Pape en ayant écrit à l'Empereur,
S. M. I. a renvoyé le Breftout
cacheté , n'ayant pas voulu l'ouvrir.
GALANT. 305
C
e
e
1
J
L'Ambaffadeur de l'Empereur dit
dans le commencement du démélé
qui brouille aujourd'huy l'une &
Fautre Cour , qu'il feroit venir à
Rome l'Armée des Allemans qui eft
dans le Milanois pour la piller,& que
les Trefors qu'on y trouveroit ſerviroient
à faire la guerre à l'Ennemy
commnn . Il n'eft pas beſoin de raiſonnemens
pour faire voir combien ces
deux Articles doivent avoir aigry la
Cour de Rome , & avec combien
de juftice elle fe plaint d'un femblable
procedé.
Aprés la chaffe donnée à une
partie des Troupes de Liege qui alloient
trouver le Prince d'Orange,
& qui eftoient commandées par le
Frere duComte de Cerclaes deTilly,
Jeur General , & la perte de leur
bagage , & d'une grande quantité
Juillet 1693
Cc
306 MERCURE
de munitions de bouche, les Troupes
du Roy inveftirent Huy fous les
ordres de Mr le Maréchal Duc de
Villeroy , qui en devoit faire le
Siege. Quoy que les lignes de cir
convallation ne paruffent pas tout à
fait neceffaires , parce que le Siege
devoit eftre court , & qu'on pou
voit s'affeurer fur la valeur des
François , on jugea neanmoins qu'il
eftoit à propos d'en faire , à caufe
qu'il y avoit trois Poftes à prendre,
la Ville , la Chateau- Picart & l'ancien
Chaſteau . On arriva le 19.
devant la Place , où l'on connut
par la furpriſe que les Troupes y
cauferent, quo l'on ne s'y eftoit pas
attendu Le Goaverneur eftoit à Lie
ge, & fe jetta dans la Place un quart
d'heure avant qu'on l'euft investic.
Dés que les Ennemis curent appris
GALANT. 307
1
que Huy eftoit affiegé , ils crurent la
Ville perdue. Ils rompirent le Pont
de la Meufe , & comblerent la riviere
pour empefcher les Batteaux
de defcendre enfuite à Liege, A
peine les Troupes furent- elles devant
la Place , qu'on fit dire aur
Gouverneur qu'il n'auroit point de
quartier s'il ne fe rendoit. Il reprez
fenta qu'il luy feroit honteux de ſe
3 rendre fans avoir fait aucune dé
fenfe , ayant une Garnifon de deux
mille cinq cens hommes. On travailla
la nuit du mefme jour à fepr
Batreries , & le 20. la Ville capitula
Il fut permis au Gouverneut & à la
Garnifon d'aller au Chafteau . On
fit fommer enfuite le Fort - Picard
de ſe rendre. "C'eft on Fort qui eft
fur la pointe d'un roeser , & auquel
on a beaucoup travaillé depuis Tour
Ccij
308 MERCURE
averture
de la derniere Guerre . Le
Commandant s'obftina à demander
qu'illuy fuft permis de le retirer dans,
la Ville avec la Garnifon . On ne
voulut le recevoir qu'à difcretion,
cequ'il refufa d'accepter , mais fon
obftination ne dura pas long-temps,
parce que le voyant , vigoureulement
attaqué, il fut contraint le 23.
d'accepter les propofitions qu'il an
voit refufees. Ainfi toute la Garnifon
demeura prifonniere de guerre .
Il y avoit dans ce Fort trois cens huic
hommes , un Colonel , un Lieute
nant Colonel , & un Capitaine. Le
mefme jour les Bombes , & le Canon
firent un grand defordre dans le
Chafteau , & les Grenadiers d'Or
leans , dont le Regiment eftoit de
garde à la trochée , prirent une
Tour qui en eftoit éloignée de cent
GALANT 309
pas, & par où il falloit paffer pour
aller à la breche qui eftoit commen ?
arcée. Le Chateau n'attendit paslau
landemain à capituler. La Garnifon
ven devoit fortir le 24. & eftre conduite
à Liege fans armes hy bagages,
c'eſt à dire , fans aucune marque
d'honneur. Il y avoit dans la Place
trois cens Delerteurs François qui
Livant la Capitulation ont efté rens
dusk
Je paffe à l'Article d'Allemagne,
& vous en diray peu de chofe, mais
Armée de Monseigneur le Dau
phin va groffieles Nouvelles de ce
cofté- là. Beinfeing & Heppendim ?
dont je vous ay déja parlé dans ma
-Lettre, eftoient tellement remplies
de vin, que quoy que les Troupes
ayent, pû faire elles ont efté abl
gées d'y en laiffer , nonobftantcoust
310 MERCURE
les expedients dont elles fe font
pû avifer pour en emporter.
Les on commanda un Fourrage
general, avec ordre de battre
tout le grain que l'on trouveroit?™
On alla fous Heppeneim. On
embufqua de l'Infanterie le long de
la Montagne dans les vignes. Ceux
dup Chafteau qui ne fçavoient rien
de cette embuscade , voyant quelques
Fourageurs qui s'approchoient
de la Ville , firent une fortie pour
donner deffus , mais fi- toft 'qu'ils
furent defcendus, les embuſquez fel
levetenting firent une ft furieufe
décharge fur cux qu'il y en cut tres
peu qui s'en retournerent. Ceux du
Chafteau voyant ainfi maltraitter les
Troupes qu'ils avoient détachées, ti»
reront le Canon fur nos gens, ce quê
fnt caufe qu'on mit le feu à la Villes
GALANT 312
s'ils
comme on avoit fait à Zuingenberg,
car on leur avoit declaré que
stitoient on mettroit le feu à la
Place , & on tint parolle. On a dé
moli VVeinhein. mpson sex ph
Le 13. Mr de Lorges paffa le Rhin
dans une Barque à Neumanheim ,
pour aller faluër Monfeigneur. L'art
mée de ce General paffa le Nexre le
15. & receut le 10 un Courier , par
lequel elle aprit que Monfeigneur le
Dauphin devoit le mefme jour pa
fer le Rhin à Philisbourg , & qu'il·
viendroit camper à Graben. Le 17
l'Arméede Mr de Lorges quitta fon
Camp de VVilloch , & vint cam→→
perà Steffelt , & le 18. à Montzeim
. Elle y fejourna le 19. &
croyoit avoir encore pour quatre
jours de marche. Samo hacion
Monſeigneur ayant paffé le Rhin


312 MERCURE
le 16. fur le Pont de Philisbourg,
ce Prince dina dans un Pré proche
de la Place , par le Canon de laquel
feil fut falué dans cet endroit en y
arrivant , & en partant . On trouva
dans le mefme lieu un Convoy de
trois mille Chariots , chargez de
Farine qui venoient de Bourgogne ,
de Franche-comté , & de Lorrai
ne , qui ont fuivi l'Armée , auffibien
que des Mortiers & de gros
Capons , Monteigneur fejourna le
7. dans le melme Camp , & le 18.
il marcha à la hauteur de l'Armée
de Mr de Lorges , en forte que les
Gardes fe voyoient. On croyoit
que ces Armées devoient marcher
jufques au 24.
Le pray monde l'Enigme du der
nier mois eftoit l'Huiftré 3 & cenx
qui l'ont trouvéfont , Mrs de :Vaux
Sei.
+
GALANT.
313
Seigneur de Bourafel ; Chriftine &
de Vaujour ; Bonnard de l'Hoftel
Brulard ; Melle Fleury la cadette ;
de la Mothe du quartier Ste Marine
; le Chevalier du Rocher , de
Mortain ; e Guillebert de St. Los
Macé de St Lode Caen & du Mot
té Juliot Affeffeur du Comté de
Benon ; Gagnot d'Amboile ; J. B.
Lagogué d'Epernay en Champagne ;
la Roche ; de la Poupardiere de
Rouen Guillebert de St. Lo ; Macé
de Cairon de Caen ; l'incomparable
Illuftre du Cloiftre Noftre- Dame
le petit menage uny du Quay
de la Megifferie ; le Chevalier Fleurent
de la tue de Sens ; la focieté d
Présbicaire de Surenne ; le gros
Controlleur & le nouveau Controlleur
fon bon amy ; l'heureux à l'Anagrame
, Là c'eſt le Trefor ;
Fuillet 1693.
le jeune
Dd
314 MERCURE
7
Juge par reputation de la rue des
Boucheries ; Louis le fidelle & fon
engageante Bergere de Lyon : l'amy
de la plus belle Veftale de Brye :
F'aimable Gilbert du Quay neuf , &
fon aimable Aliſon du Quay de 1 Ecole
; le Tranquile de la place des
Victoires : l'agreable Aneti Haguet
de Rouen , & fon aimable Angloife
de la rue de la vieille monnoye :
amateur des Mathematiques : les
deux foeurs fans pareilles : l'Heroine
Gerard de Mazion de Blaye ,
& fa belle Compagne de Grimoard
de Bordeaux : l'aimable Lepine de
la Cardonniere , & le brillant Commisdu
Quay de l'Ecole : la petite .
foeur des Galeries ; les Charmantes
de la rue neuve Noftre Dame
l'Abbé Forne , l'Abbé de Pigis ,
Avé , & Girard de Nogent le Ro
GALANT.
315
S
5
es
trou , Favereau : l'Abbé le Vaffos
d'Alincourt , Pierrot du meſme
lieu , & les Solitaires de St. Laurent
de Mante l'aimable Loger & fon
aimable Difciple : le Medecin degouté
d'argent : le Comperage forcé
de la nouvelle focieté du Jardin
de Sion le Solitaire de Paffi : le Politique
; le petit maistre & l'Efpagnol
frifé : l'Amant conftant de la
rue du Chafteau de Nante : la belle
Angelique de la rue Montaubert
d'Angers , & le jeune Cavalier nouvellement
à Paris : le Berger Tircis
à l'Anagramme Siecle d'amour Diane
d'Alcleon : l'Aimable à l'Ana
gramme Le vrai merite Bourgeois.
L'Enigme nouvelle que je vous
envoye, merite bien que vos Amies
s'attachent à en chercher le vray
fens.
D dij
316 MERCURE
SSS2S2ss2522 22552
ENIGM E.
M° N
ON adreffe a de quoy furprendre,
Puis que jefais d'un tour de main ,
Ce que le plusfubtil humain ,
Sans mon fecours , n'ofe entreprendre.
Dans mon ufage, & mon Employ,
Mes pieds font beaucoup plus de chemin
que ma Tefte ,
Etgardent entre eux cette Loy ,
Que quand l'un des deux court ,
l'autre en un point, s'arreſte.
Dans mes effets on voit ma regularité,
Fagis cependant fans droiture
Et malgré ce defaut , c'est sur moy
qu'on s'affeure
do
youper
le
Con
2
evous
GALANT.
317
Quand l'ordre dans unfait doit eftre
concerté.
Les Vers que vous allez lire ont
efté mis en Mufique par Mr de
Montailly.
AIR NOUVEAU.
ON, le printemps n'est plus la
faifon des Amours,

Si mes yeux font reduits à répandre
des larmes.
Vouspartez , grand Heros & le bruis
des Tambours ,
Qui vous mene à la gloire augmente
mes allarmes.
Lorfque vous triompheZ, je tremble
pour vos jours
Et je verfe des fleurs où vous trouvcz
des charmes.
Non ,le Printemps n'eftplus lafaifon
des Amours
Dd iij
318 MERCURE
Si mesyeux fant reduits à répandre
des larmes.
Je pafferay legerement fur la priſe
de feize Baftimens , tant Anglois,
que Hollandois , faite pendant ce
mois , & fur la perte du Paquet bot
d'Angleterre , pour en venir à de
plus grandes nouvelles . Toutes ces
Prifes enfemble montent à de grandes
fommes , & vous n'aurez pas
de peine à le croire quand vous
fçaurez que l'on a trouvé dans l'une
jufqu'à cinq cens marcs de poudre
d'or. Le Paquet - bot eftoit un Jach
de cent hommes d'équipage , & de
cinquante, Canons. Il y avoit cent
cinquante Officiers , & beaucoup
d'argent pour payer les Troupes du
Prince d'Orange . Il eft mal - aifé de
dire jufte la fomme , puifque cét
GALANT. 219
il
Argent a efté perdu avec le Bafti
ment , & que les créatures de ce
Prince la diminuent autant qu'ils
peuvent , pour cacher aux Peuples
une perte qui ne peut eftre reparée
qu'à leurs dépens. Le nombre des
Officiers eftant auffi confiderable
que je viens de vous le marquer ,
eft à croire que ce que chacun avoit
d'argent faifoit encore une fort
groffe fomme . Il ne s'eft fauvé que
le Capitaine de ce Baſtiment , & dixneuf
Perfonnes qui font à Dunquerque
, & entre tefquelles eft une
Femme de Qualité qui prit un
habit d'homme pendant le combat
afin de fe fauver plus facilement .
Ce Baftiment eftoit fur le point de
fe rendre lors qu'il coula à fonds.
Les Anglois ont auffi perdu dans le
mois dernier un de leurs Vaiffeaux
Dd iiij
320 MERCURE
armé en courſe , & qui alloit à voiles
& à rames , fans que tant de
moyens de s'éloigner du peril l'ayent
pú garantir de la troifiéme bordée
d'un Vaiffeau Marchand de
Marſeille , monté de deux cens
quarante hommes d'équipage , &
de quarante Canons. Il a coulé
bas , & il ne s'en est pas fauvé plus
de trois ou quatre hommes d'envifon
quatre cens qui eftoient deffus .
Voila de grandes pertes pour nos
Ennemis , mais tout cela n'eft rien ,
en comparaison de celle . que leur
Flote Marchande vient de faire ,
Elle eftoit plus nombreuſe qu'elle
n'a efté depuis trois ans , & elle
n'est jamais partie avec moins d'apprehenfion.
Elle en avoit deux
grandes raifons. Le Prince d'Oranl'avoit
affeurée qu'aprés le choc
ge
GALANT. zzi
?
que les vents contraires
firent fouffrir
aux François
l'année derniere
,
ils ne remettroient
point en Mer
cette année , & ce Prince donnoit
de plus une Efcadre
de 24. Vailfeaux
de guerre pour leur fervir
d'efcorte
. Ce n'est pas qu'ils euffent
efté armez pour luy rendre ce fervice
, mais elle fe fervoit de l'occa
fion
ces Vaiffeaux
devanr aller
dans la Mediteranée
pour fe joindre
à la Flote d'Espagne
, & faire le
Siege de Ville -Franche, fuivant la
parole que le Prince d'Orange
en
avoit donnée
au Duc de Savoye.
Rien ne paroiffoit
plus avantageux
que toutes ces conjonctures
pour la
Flore Marchande
, mais la France
avoit pris fes mesures
pour faire
voir que le Prince d'Orange
fe
trompoit
. On publia d'abord qu'on
322 MERCURE
ne mettroit point en Mer cetre
année. On arma enfuite , puis le
bruit fe répandit qu'on alloit defarmer,
& prefque dans le mefmetemps
, on fortit de Breft. On alla
au Cap de Clare fur les Coftes
d'Irlande , d'où l'on prit le chemin
du Détroit , fans que les Ennemis
s'en apperçeuffent , de forte que
croyant encore la Flote du Roy
proche d'Irlande , dix neuf jours
aprés fon départ , ils allerent du
cofté du Dêtroit , & nous fuivirent
à toutes voiles croyant s'éloigner
de nous. Le party que nous avons
pris en cette occafion , nous a eſté
utile & glorieux de beaucoup de
manieres. Nous avons rendu la
grande Flote de Guerre des Enne
mis inutile , n'eftant pas
faire un fi grand trajet.
en eftat de
Nous luy
GALANT.
323
I
avons fait voir que nous ne craignions
point pour nos Coftes , puis
que nous les abandonnions . Nous
avons donné lieu à Mr d'Eftrées de
faire le Siege de Roſes , au lieu que
fi noftre Flote eftoit demeurée du
cofté de la Manche , il auroit efté
obligé de la venir joindre . Nous
avons rompu les mesures prifes
pour le Siege de Ville- Franche . Nous
avons auffi rompu les deffeins de la
Flote d'Espagne qui fe prepare depuis
trois ans , & nous avons mis la
Flote de Smirne dans l'eftat que
vous allez voir , en lifant les Nouvelles
que voicy , & que le Roy
receut le 26. au foir.
Mr le Marefchal de Tourville avoit
relâché à Lagos , terre de Portugal , &
envoyé croifer deux Vaiffeaux , pour
apprendre des nouvelles des. Enne324
MERCURE
mis , qu'ils apperceurent au nombre
de cent cinquante Voiles . L'un des
deux Vaiffeaux ayant voulu s'avancer
pourreconnoistre de plus prés la Flote
ennemie , combattit pendant quelque
temps un des Ennemis, qui eftoit auffi
à la découverte. Celuy du Roy, qui ne
fongeoit qu'à reconnoiftre la Flote , &
ne vouloit point s'engager dans un
combat qui puft l'empêcher d'apporterdes
nouvelles des Ennemis , força
de voiles pour rejoindre Mr le Maréchal
de Tourville ; & comme il avoit
efté donnépourfignal qu'ils tireroient
frequemment des coups de Canon ,
pour avertir qu'ils voyoient la Flote
ennemie , Mr le Maréchal connut
bien-toft qu'il eftoit temps de fonger
à fe mettre en eftat de combattre. Fl
eftoit environ fept heures du foir
27. du mois passé , quand la Flote
Le
GALANT.
325
"
ennemie fat découverte . Comme dans
" le lieu où ils eftoient il regne ordinairement
pendant cesmois cy , un calme
depuis minuit jusques au lendemain
onze heures du matin , il fit
fignal d'appareiller , &fe mit à la
voile pour prendre le large . Il renvoya
en mesme temps deux ou trois
Vaiffeaux des meilleurs voiliers , pour
voir fi c'eftoit la Flote Marchande
ou celle de guerre. Le lendemain matin
ils virent revenir un de ces deux
Vaiſſeaux avec un Pavillon rouge , qui
eftoit le fignal que c'eftoit la Flote
Marchande , & en mefme temps on fit
fignal , afin que les Vaiffeaux les
" meilleurs voiliers s'avançaffent de- ·
vant les autres , fous les ordres de
Mr de Gabaret. Cela fut exécuté. Il
fit fignal en mefme temps que toute
la Flote generalement forçaft de voi-
A
326 MERCURE
les pour arriverfur les Ennemis . Mr.
de Gabaret, qui commandoit douze on
quinze Vaiffeaux des meilleurs voi-,
liers , ayant remarqué vingt- cinq ou.
vingt -fix Vaiffeaux de guerre Ennemis
, dont l'an portoit Pavillon Amiral
Anglois , un autre Pavillon Amiral
Hollandois , & un troifiéme Contre-
Amiral Anglois , quoy que la Flote
arrivaſt à toute force de voiles , crut
cependant devoir faire fignal de ralliement.
Deux Vaisseaux qui en .a- >
voient attaqué deux Hollandois , crurent
ne devoirpoint executer cet ordre
de ralliement , & prirent ces deux
Vaiffeaux Ennemis , qui font de
foixante-quatre pieces de Canon. Le
refte des Vaiffeaux ennemis , à la fan
veur de la brune & de la nuit ,fefauva.
Ily eutfeulement deux Vaifiaux.
guerre qui fe retirerent à Cadix ,
où Mr de Tourville les a fait brûler.
de
1
GALANT. 327
Le Flote du Roy arriva cependant an
milieu de toute la Flote Marchande,
& ne ſeachant , à cause de la nuit , fi
deftoient Vaiffeaux de guerre, ou Marchands
, on fut obligé d'attendre le
jour. Cependant plufieurs échouerent
aux Coftes d'Espagne , esperant ſauver
leurs marchandifes avec leurs
Chaloupes ; mais voyant qu'ils n'en
pouvoient venir à bout , ils aimerent
mieux brûler leurs Vaiffeaux , ce qui
a esté vû & compté par toute la Flote,
c'est à dire, quefoit par les Vaiffeaux
du Roy , ou par les Equipages mefme,
qui ont mieux aimé brûler leurs mar-,
chandifes , il y a en quarante - cinq.
Vaiffeaux Marchands de brûlez , &
deux de guerre, & vingt -ſept Vaiffeaux
Marchands de pris , & deux
Vaiffeaux de guerre. L'an eftime la
perte qu'ils ontfaite de vingt à vingt328
MERCURE
cinq millions ; & au raport des Offciers
prifonniers, les deux qui ont
efte brûlez prés de Cadix , efloient
eftimez prés de fix cens mille Ecus.
MrdeTourville a auffi- toft détaché
Mrde Chasteaurenaud pour garder le
Détroit de Gibraltar , & en mefme
temps ila envoyé une Efcadre de dix
Vaiffeaux pour empêcher les Ennemis
d'entrer dans la Riviere de Lisbonne .
Mr le Chevalier de S. Pierre , qui eft
venu avec le Convey juſques à la
hauteur de Rofes , où il a débarqué , a
affuré le Roy que l'on n'avoit eu aucune
nouvelle des Ennemis au Détroit
, ny dans la Riviere de Lisbonue
, & quelques vaiffeaux des plus
legers qui les ontfuivis autant qu'il
leur a esté poffible , ont rapporté qu'-
ils avoient pris le large , pour chercherquelque
vent qui puſt les ramener .
GALANT. 329
du cofté de la Manche , auffi-bien que
les Vaiffeaux Marchands qui fe font
Lauvez ce qui trouble entierement
leur commerce outre la ruine que cetiè
perte y apporte.
1
Mr le Chevalier de Saint Pierre
qui a apporté ces Nouvelles , a dir
qu'il avoit rencontré Mr le Comte
d'Eftrées à vingt lieues de Mr de
Tourville. Comme il eft party le 6,
de ce mois , on peut juger le temps
qu'ily aa qquuee les Flotes fontjointes
Le mefme a auffi raporté que l'on
conduifoit à Toulon les Prifes faites
par Mr le Maréchal de Tourville
fur la Flote Marchande des Ennemis.
Voicy encore diverfes particula
ritez touchant les affaires de la
mer. La Flote d'Espagne fouffrire
beaucoup de la perte que les Ennes
Juillet. 1693.
Ec
330 MERCURE
mis ont faite , puis qu'il y avoit
deux Vaiffeaux parmy ceux qu'ils
ont perdus , chargez de toutes les
chofes neceffaires pour achever
d'équiper cette Flote. Ainfi , felon
toutes les apparences , les Efpagnols
font hors d'eftat de mettre
en mer cette année . Les Anglois
abandonné les Hollandois, ayant
ces derniers ont beaucoup plus
perdu , & regrettent fort les Vaiffeaux
des Capitaines Chriftian ,
Vaufecueren , Gruier , & Landripael
, ainfi que ceux de la Ville
d'Amfterdam . le Saint Paul , &
le grand Saint Paul . Le Capitaine
Jean Bart en a brûlé fept. Les
Ennemis craignent que plufieurs
de ceux qui font difperfez , ne
luy échapent pas. On attend des
nouvelles de ceux qui fe font reti
GALANT .
331
pas
à
réz à Cadis , dont on ne fçait pas
le nombre au jufte , non plus que
de ceux que Mr de Coëtlogon eft
allé brûler à Gibraltar. Il n'y a
point de certitude qu'il y en ait
dans la Riviere de Lisbonne , les
Lettres eftant partagées là- deſſus,
mais en quelque endtoit que foient
taut de débris , ils ne laiffent
de courir beaucoup de rifque.
Le 23. & le 24. on campa
Ober Rixingen , fur la Riviere
d'Ents. Le 23 , Mr le Marquis
d'Uxelles marcha au de- làˆ dé
l'Ents avec un détachement , &
s'empara du Chaftean d'Afperg ,
qui eft tres-fort par fa fituation .
Il y laiffa quatre cens hommes.
Le 25. les deux Armées cftant
jointes , devoient marcher vers
Befighaim, fur les bords du Nekre.
·
Ec ij
332 MERCURE
L'abondance des
Nouvelles ne
m'ayant pas permis de parler d'un
grand nombre de Pieces
d'érudition
, qui me reſtent , elles
auront
leur tour fuivant l'ordre
qu'elles
m'ont efté
envoyées .
Il s'eft gliffé dans ce Volume.
plufieurs fautes
d'impreffion , dont
je ne fais point d'Errata ,
croyant
que le Lefteur a trop de lumieres
pour ne les connoiftre pas .
Je fuis faché d'eftre obligé de
repeter icy que le port d'unelettre
eft peu
de chofe pour celuy qui
T'envoye, mais que cent ou fix- vingt
Lettres par mois , font une fomme
confiderable pour un Particulier
qui les reçoit , & que je feray
enfin obligé de ne me fervir d'aucun
des
Memoires de ceux qui
ne payent pas les ports. Je fuis, &c
де
A Paris ce 31.Juillet 1693.
GALANT. 332
ES
APOSTILLE .
Le 28. Mr de Luxembourg alla reconnoi
ftre Liege & les Retranchemens qui font autour
de la Place . Tous les Princes & Generaux
y ont efté.
Le Prince d'Orange craignant d'eftre attaqué
, a mis deux Rivieres entre luy , & Mr de
Luxembourg.
Le Regiment de Huffars qui eft au fervice
de la France , a fait une courſe au-delà du
Neckre , dont il rerourna le 24. avec deux
Carroffes , dans lefquels il y avoit dix mille
écus d'argent monnoyé , & quelques Bijoux;
il rainena auffi quatre cens moutons & quan
tité de chevaux . On eftime ce butin plus de
quatre cens mille livres. L'Armée de Monfeigneur
devoit paffer le Neckre le 26. Le
Prince de Bade eft toujours fous Hailbron .
Nous avons pris deux petites Villes , qui font
Befighain , & Greiningen , qu'on a trouvées
en tres- bon eftat , & pourveuës de toutes
chofes , les Habitans n'ayant eu que le temps
de fauver leurs perfonnes .
On a fait un gros détachement , & on croit
qu'il est allé à Štutgard.
252525 2222 2522525
TABLE,
Prelude
Epiftre
en Vers
.
Lettre touchant la Science Occulte: 29
Réjouiffances faites à Moulins. 63
71
Mort de Mr le Commandeur de la Motte-
Houdancour.
Reflexions fur le Calendrier perpetuel &
invariable de Mr de Comiers,
Journal du Siege de Rofes , avec plufieurs
particularitez curieufes touchant cette
Place.
75
133
Réjouiffances faites à Grenoble. 197
Service fait à la Ville- d'En , pour feuë
Mademoiselle d'Orleans , par l'ordre
de Mr du Maine. Autres Services
faits pour la mefme Princeffe.
Lettre touchant la belle Education . 227
Mrle Marquis d' Aronchez nommé Ambaffadcur
de Portugal auprés de l'Empereur.
209
232
TABLE.
Prifes faites par nos Armateurs. 239
Combat d'une Fregate du Roy contre trois
Baftimens Ennemis . 242
Entreprise des Anglois fur la Martini-
252 que.
Cing Articles de guerre , avec des par
cularitez qui ne font point dans les
Relations qui en ont paru. 267
Mariage de Mr le Comte de la Boiffiere.
302
1 Mort de Mrl Abbé de Marcheroux.303
Nouvelles de Rome. 304
Détail de ce qui s'eft paßt an Siege de
Huy.
Nouvelles d'Allemagne.
Article des Enigmes .
305
309
312
Artiele de mer , concernant les Prifes
faites de toutes parts fur les Ennemis.
Nouvelles de divers endroits.
Apoftille curieux.
318
329
533
Fin de la Table,
Avis pour placer les Figures.
La Figure doit regarder la page
193 .
L'Air doit regarder la page 317
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le