→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Fichier
Nom du fichier
1693, 05
Taille
7.92 Mo
Format
Nombre de pages
349
Source
Année de téléchargement
Texte
Eur.
511
m
1693.5
m
Eur.
511th
1693,5
Mercure
<
36624511510010
<
36624511510010
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
.
MAY
169 3.
A PARIS ,
GALERIE - NEUVE DU PALAIS.
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant au
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relé en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
1
T
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie,
Et MICHEL BRUNET , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin .
M. DC . XCIII.
Avec Privilege du Roy.
Bayerische
Staatsbibliothek
Müncher

AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employer
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On rèïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvra
ges à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux . On prie feulement
ceux qui les envoyent , &fur
A ij
AVIS.
Cout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eftfort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucouppour
un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mous. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que fon commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'ilfoit arrivé dans
AVIS
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le fout envoyerpar leurs Ami
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venirprendre fi-toft qu'il eft imprimé,
outre qu'il lefera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur .
Brunet , puis qu'il fe charge de faire
lespaquets luy-meſme & de les faire
A iij
AVIS.

"
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
sela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout bien d'eftro
par
content.
MERCVRE
GALANT
MAT 169 3.
L
E Roy eft fi cher à
tous les Sujets , & fa
Perfonne facrée leur
eft fi confiderable, que fi toft
qu'ils entendent dire que ce
Prince fe prépare à faire quelque
voyage ,ils en prennent de
A iiij
8 MERCURE
l'inquietude, par la crainte que
les fatigues où il continue à
s'expofer pour mettre fes Peuples
à couvert des menaces de
la Ligue , n'alterent cette fanté
préticufe, qui fait la felicité
de les Etats. C'est par ce motif
de crainte , qui eft un fentiment
general, que fait naiſtre
dans tous les coeurs le zele
respectueux que
l'on a
pour
ce Monarque , que M ' Roubin
, de l'Academic Royale
d'Arles , a fait le Sonnet que
vous allez lire.
GALANT. 9
Donne
AU ROY,
Onne un peu de relâche aux Filles
de Memoire ,
Le Parnaffe pour toy n'a pas affez
d'Ouvriers ,
Et le nombre étonnant de tant d'exploits
guerriers
Laffe les doctes mains qui tracent to
Hiftoire.
2
Content d'avoir centfois remporté la
victoire
Contre tant d'Ennemis fi puiſſans &
fi fiers ,
Grand Prince , aprés avoir cueilly
tant de Lauriers ,
Paffe en repos tes jours dans le feim
de-la gloire
.
10 MERCURE
12.
Laiffe agir deformais la valeur de ton
Fils.
Par tout cejeune Mars vaincra comme
tu fis;
Ses fameux coups d'effay l'ont déja
fait connoiftre.
S
Tu ne dois plus chercher à fignaler
ton bras ,
Ta gloire eft àfon comble , & fi rien
peut l'accroiftre ,
C'est que ce Fils te fuive , & marche
Jur tes pas.
Vous ferez bien- aife , fans
doute, d'entendre encore par
ler du Roy dans une Epiſtre
en Vers qui a efté écrite fur la
mort de M' Peliffon , dont les
GALANT.
II
grandes qualitez vous eftoient
connuës . Elle eft de Mr Betoulaud
, qui a esté approuvé
de tout le monde dans la juf
tice qu'il a renduë à cet illuftre
Défunt.
52255252 22 SSSSS25
A MADEMOISELLE
DE SCUDERY.
Q
écrire
avec
Ve ne puis -je au lieu d'ancre
écrire avec des pleurs !
Meslarmes vous peindroient mesfen
fibles douleurs ,
Et vous verriez, SAP HO, ma trif
teffe mortelle
12 MERCURE
Meflée avec le nom de noftre Amy fdelle.
Helas ! nous le perdons , & Peliffon
n'est plus.
Vos regrets & les miens maintenant
Superflus
Ne fçauroient l'arracher à la Parque
inflexible ,
Et c'est le feul miracle à vos mains.
impoffible.
Si la Religion, fil'Honneur ,fi Themiss
Si la rare Vertu qui lug fil tant d'Amisj
Si la Cour d'Apollon , fi l'Esprit , fi
la Gloire ,
Qui fuit les Favoris des Filles de
Memoire
Pouvoient ſe joindre à nouspour lug
rendre le jour ,
Ee d'une Ombre qui fuit procurer le
retour,
GALANT 13
Vainqueur des froids Cyprés qui couvrirent
fa biére
·Bien-toft ce cher Amy reverroit la lu
miere.
Mais que nous fert l'ardeur de ces
vaux impuiffans ,
Etqu'avez-vous pour luy qu'un pes
de foible encens ,
Quife mellant au bruit que fait la
Renommée ,
Exhale aprés les Morts un refte de
fumée ?
C'eft par là feulement que nous pou
vons guerir
La bleffure du coeur toujours preste à
s'ouvrir,
Quand d'un Amy qui fut l'ornement
de noftre âge
Nous nous traçons encor une lugubre
Image.
Les Mufes dont il fut fi tendrement
chery ,
14 MERCURE
De leur plus pur Nectar l'avoient
d'abord nourry
Pindare , Anacreon dans votre Cour
galante
Brillerent tour à tour fous l'heureux
nom d'Acante....
Homere en fa faveur reprenant le
pinceau
Tvint d'Eurimedon * achever le Tableau.
Mais des Cygnes fameux abandonnant
la place ,
Et s'élevant depuis plus haut que le
Parnaffe ,
En Aigle qui voloit dans le fein du
Soleil,
Et qui s'y remplißoit defon feufans
pareil ,
Il joignoit feulement à son culte fi
delle
Poëme fait dans la Baftille .
GALANT.
15
De nos facrez Autels la défenſe immortelle.
Ce n'eftoit plus l'Erreur fuccée avec
le lait ;
Ce monftre en fon efprit fincerement
défait,
Eftoit,grace à la Foy, grace aufçavoir
Sublime >
DesfaintesVeritezdevenu la victime.
Sapho , vous lefçavez , & vous fçavez
encor ,
Vous qui de fon efprit viftes le noble
effor,
Qu'aprés Dien qu'il fervoit d'une
ardeur fi conftante,
LOVIS feul fut l'objet de fa plume
éloquente.
Veiller pour le montrer aux fiecles à
venir ,
Tel qu'à peine nos yeux le peuvent
Soûtenirs
16 MERCURE
Unir tous les rayons qui composent
Sa gloire
Pour la mettre en dépoftan Temple de
Memoire ;
Le peindre environné d'heroïques
vertus ,
·D'Ennemis fubjuguez , de Monftres
}
abattus ,
Et démêler enfin cettefageffe immenfe
Qui de tout l'Universfait triompher
la France ,
Furent les dignes foins de noftre illuftre
Amy,
Qui pour ce grand Tableau qu'il n'a
fait qu'à demy,
Et dont la feule ébauche étonnera
l'Envie ,
Helas ! devoit encor avoir mille ans
de vie.
Mais fon efprit formé de tant d'ef
prits divers ,
GALANT 17
Admirable en Hiftoire , en Eloges , en
Vers
En Lettres
choifie ,
en Morale épurée &
En foudres pleins d'éclairs quifras
poient l'Herefie ,
Pouvoit-il égaler fon coeur fi genereux
;
Sigrand pour fes Amis heureux on
malheureux
,
Si
iplein de probité, d'égalité conftante,
D'équité , de candeur , de bonté bien.
faifante?
Homme du fiecle d'or qui vivoit parmy
nous,
On ne voyoit chez luy ny l'indigne
couroux ,
Ny l'attrait des plaifirs , ny l'amour
des richeffes ,
Ny l'oubly des bienfaits , ny les lâches
adreffes,
May 1693.
B
18 MERCURE
Ny la fecrete envie à l'oeil plein de
poison
D'un venin dangereux infecter fa
raison.
Ilfembloit que le Ciel,pourformerfa
belle Ame ,
De quelque Aftre brillant euft em
prunté fa flame ;
Mais cet Aftre, Sapho , s'est éteint à
nos yeux ,
Il s'eft perdu pour nous dans l'espace
des Cieux.
Comme on peut toutefois juſque dans
l'Empyrée ,
Et dans les vaftes champs de la voûte
azurée
Conferver de la terre un fouvenir
charmant ,
L'Image de LOVIS l'y fuit incef-
Samment.
J
Il s'y retrace encor ce Heros magnanime
GALANT. 19
Le comblant de bonte « luy donnant
fou eftime
Honneur qu'il préferoit aux plus ria
ches trésors ,
Et qui fçait le toucher même au fe➜
jour des Morts.
Ah! s'il pouvoit auffi, malgré la loy
preferite ,
Revenir fur la terre honorer le merite,
Sapho, bien-toft fon Ombre errante autour
de vous
Revoleroit aux foins qui luy furent
fi doux.
Il reviendroit bientoft environné de
gloire
Louer vostre courage à fauver sa
memoire ;
A le défendre encorjuſqu'an feiu du
tombeau ,
Et de la verité luy preftant leflambeau
Bij
20 MERCURE '
Diffiper l'impofture &fes noires tene
bres ,
Qui vouloient offufquer des vertus
fi celebres.
Illuftres Succeffeurs
qu'il a peints ,
des Sçavans
Et qui femblent toujours animez par
fes mains ,
Yous ,genereux Rivaux , dont l'art
noble &fublime
Sçait graver en traits d'or voftre éclatante
eftime,
Luy refuferez- vous ces marbres éternels
, a
Où vous fauvez les noms des plus
fameux Mortels ?
Pour moy, fi je pouvois avec la main
des Graces
De voſtre heureux burin fuivre à mon
tour les traces ,
Meffieurs de l'Academie Françoiſe.
GALANT. 21
Au lieu de me livrer en proye à mes
douleurs,
Sije pouvois tarir les fources de mer
pleurs
Vous me verriez bien-toft , dans l'ardeurde
mon zele ,
Elayer d'imiter votre adreſſe immortelle.
Mais qui pourra , Sapho , vous égaler
jamais ,
Dés que vous fufpendrez le cours de
vos regrets ?
Pelliffon paroiftra vivant &plein de
gloire ,
Sous les plus verts lauriers des Filles
de Memoire ,
Quand vous raffemblerez par voftre
art fans pareil
Mille rayons plus purs que tous ceux
du Soleil,
22 MERCURE
Pour peindre cet Amy , qui brillang
de lumiere
D'une trace d'éclairs a remply ſa
carriere .
Comme vous aimez les
nouvelles découvertes , & fur
tout lors qu'elles regardent
la fanté , je croy que la Lertre
qui fuit vous fera plaifir,
2525252222 25225ES
A MONSIEUR ...
L'Eau de la Rouffelle , dont
vous avez oйy parler , &
dont , Monfieur , vous me demandez
une Relation particu
GALANT 23
liere , eft une Eau minerale de
Bordeaux , qui fut découverte il
ya quelques années . Il arriva
dans le Siecle paße l'an 1594. que
M'Donfeau , Lientenant Particulier
du Senechal de Guyenne,
fit tirer de la pierre hors de la
Ville , dans un champ qui eftoit
à luy . Il ne cherchoit que de la
pierre pour bastir , fes Manoeuvres
trouverent à trois pieds
de profondeur , trois grandes Star
tues de marbre , belles & antiques.
L'une de ces trois Statues
raffe pour eftre celledeMeffalinen
Femme de l'Empereur Claudius.
L'eau minerale de la Rouffe lle
24 MERCURE
fut découverte de mesme , lors
qu'on ypenfoit le moins . Il y a
de l'apparence que c'est celle dont
parle Aufone dans la defcription
qu'il a faite en Vers Latins de
la Ville de Bordeaux ,fa Patrie .
Salve urbis, Genius , medico
potabilis hauftu.
Je vous faluë , Genie falutaire
de la Ville , qui nous donnez
des remedes dans les eaux que
l'on y prend. Car enfin il n'y
a point dans la Ville d'autre Eau
minerale , que celle de la Rouffelle.
Les ruines effroyables que
l'invafion des Gots , celle des
Sarrafins , cauferent à la Ville
de
GALANT. 25
de Bordeaux , & à la campagne,
avoient enterré dans leur chaos
les Statues Romaines , & il n'y
ent que l'occafion particuliere de
tirer de la pierre pour bastir , qui
les releva de leur tombeau. Cette
meſme déſolation avoit comblé le
lit les conduits publics de
l'Eau minerale dont je vous écris,
en avoit fait perdre la communication.
L'ufage s'en eft recouvré
par accident . Le Sieur
Bergeron , Bourgeois & Marchand
de Bordeaux , s'ennuyant
d'aller toujours demander de l'eau
fes Voifins , forma le deffein
d'avoir un puits dans fa maison,
May 16 93 .
C
1
26 MERCURE
dans la cave.
fituée dans une rue qui fe nomme
la Rouffelle. Comme cette maifon
eft étroite , & qu'elle est refferrée
dans un petit terrain , il ne fe
trouva point de lieu propre pour
faire le puits que
Il y fit travailler, & aprés avoir
fait tirer des terres dans la profondeur
d'environ trois braffes ,
on rencontra un rocher dur &
épais , qui arresta quelques jours
les Ouvriers
parce qu'ils ne
croyoient pas pouvoir furmonter
cet obftacle , & qu'ils n'avoient
fait leur marché que pour creufer
un puits dans un fond tout
de terre. Le Marchand qui vou-
>
GALANT . 27
ce
loit fe fatisfaire , & avoir un
puits chez luy à quelque prix que
fuft , lespaya pour travailler
dans le rocher. Il parut d'abord
une chofe furprenante . En coupant
le rocher il en fortit du feu,
Element fort opposé à celuy de
l'on cherchoit. Ce pou- l'eau
que
voit estre du fouphre enflamé qui
paffa au travers des pores du rocher.
Enfin à force de tailler
d'avancer dans ce rocher , on vit
• aprés une ouverture de demibraffe
, fourdre tout d'un coup
une eau claire , vive , & d'un
• jet faillant , gros de dix ou douze
pouces.Cettefource impetueuse &
Cij
28 MERCURE
abondante , précedée par un phenomene
de feu , fit penser que
cette eau eftoit extraordinaire, &
donna lieu à obferver exactement
les terres qu'on avoit ostées ,
dans la présomption qu'il s'y
pourroit auffi rencontrer quelque
chofe de fingulier. En effet , il s'y
trouva du Nitre en telle
quan
tité, qu'on en ramaffa le poids
d'environ quatre livres.Tout cela
joint enfemble , le Nitre de la
terre , lefeu du rocher , & une
fource femblable à un petit torrent
, ne pouvoit que donner de
la réputation à ce puits , pour
diftinguer fon eau particuliere
GALANT. 29
de l'eau commune ; & pour
faire reconnoiftre une eau minerale
, d'autant plus qu'elle fe
trouva avoir un gouft piquant ,
& d'un fel mineral. Cependant
cela mefme fut caufe que cette
eau fut negligée durant un aſſez
long- temps , d'autant que le puits
n'ayant efté entrepris que pour
avoir de l'eau d'un ufage domeflique
, & celle- là ne s'y trouvant
pas propre , on la laiffa
fevelie dans la cave fans s'en
fervir , comme une eau qui eftoit
inutile ; mais lafuite a bien fait
changer de fentiment. Le hazard
4 fait connoistre qu'elle estoit un
a en-
C iij
༢o MERCURE
doux purgatif, & d'un usage fort
commode avec une grande vertu,
à peu prés comme dans le douzième
fiecle l'Abbé Bafile Valentin,
qui eftoit un Chimifte , trouvant
que l'Antimoine qu'il avoit jetté
à des pourceaux les avoit purgez,
engraiffe , fut par la intruit
de la vertu de ce corps mineral ,
dont il publia enſuite le grandſecours
que l'on en pouvoit tirer,
en le faifant entrer dans les 1emedes.
Il arriva de mesme que
deux Domestiques du Marchand
Bergeron ayant bû quelques verres
de cette eau de la Roufjelle
dans les chaleurs de l'Efté , fans
GALANT: 31
autre deffein que de fe rafraîchir
de fe defalierer, en furent copieusement
purgez,fans autrefuicelle
d'en avoir une noute
que
velle vigueur , une fanté plus
ferme dans le fervice de leur Maifire.
Cette rencontre donna lieu à
reconnoiftre la proprieté purgati
ve de cette eau , & àfaire envie
àplusieurs perfonnes de l'effayer,
& d'en prendre dans le befoin .
Il n'eftpas neceffaire que je vous
dife , que ceux qui en ont fait
l'épreuve s'en font fort bien trouvez
, puis que je puis vous parler
de ma propre experience . J'ay un
corps qui a une furieufe anti-
C iiij
32 MERCURE
pathie pour les remedes compofe
par ordonnance de Medecin ; ils
me tourmentent , & me caufent
des Symptomes étranges. Pour
fuppléer à leur defaut, depuis que
jayeu connoiffance de cette eau,
j'en ay pris trois ou quatre fois;
elle m'a toujours fait du bien,
nulle peine. J'en bois une bouteille
de cing verres chaque fois.
Fe laiffe quelque intervalle entre
la prife de chaque verre , pour
pouvoir faire un tour dans la
chambre au quatrième verre elle
commence à me purger , ayant
pris le cinquième , l'operation devient
fi frequente , qu'elle me
GALANT. 33
à
purge juſqu'à ſept à huit fois.
Au bout d'une heure & demie ,
compter depuis la prise du premier
verre , tout eft finy. Je fors
je vais dans la Ville où j'ay
occafion d'aller , ayant la mefme
liberté que fi je n'avois rien pris;
car enfin , ce remede n'a point
l'embarras des autres qui fe prennent
au lit, qui y font demeurer
toute la matinée, & garder la
chambre tout le jour. Cette eau
purgative n'affujettit à rien de
femblable ; on n'en est point retenu
prifonnier dans le lit &
dans la chambre , on eft libre de
fortir d'agir comme les autres
34 MERCURE
jours , quoy qu'il fe foit fait une
évacuation confiderable dans le
corps . En effet , quelque action
qu'ait cette eau , elle opere d'une
maniere la plus commode du monde
,fans rien faire fouffrir de facheux.
Elle ne fatigue point , elle
ne cause ny nausée , ny dégoust ,
ny tranchée , ny fechereffe , ny
Laffitude , ny foibleffe , ny chaleur
dans la tefte & dans les
reins , ny aucun de ces fymptomes
cruels & accablans , quifont '
ordinaires aux remedes mixtes ,
aux Medecines faites avec
les drogues fi ameres & fi dégoûtantes
du Levant. Elle a
GALANT.
35
• un gouft mineral qui n'est pas
= agreable , mais cela n'approche
• pas du gouft affreux du Sené.
Elle est fi legere , qu'on ne la fent
point dans l'eftomach. Elle eft fi
fixe & fi inherente dans le corps
durant quelques momens pour y
agir , le delivrer des humeurs
peccantes qui caufent l'alteration
de la fanté , & l'indifpofition de
la perfonne , qu'elle se rend prefque
toute par les groffes matieres,
fort peu par les urines. Cette
eau rafraîchit en purgeant , au
contraire des autres remedes , qui
ne purgent qu'en échauffant . Elle
abat les vapeurs & les diffipe.
36 MERCURE
Elle guerit du mal de tefte , elle
ofte les obftructions , elle empêche
le ferment des fièvres intermittentes
; enfin elle détruit la corruption
maligne , & tout cela
finit par une gayeté qu'elle laiffe
dans le corps , d'avoir furmonté
& chaßé par fon moyen tous les
ennemis de la fanté. On a voulu
depuis quelques années abreger la
compofition des Medecines medecinales
, pour lesquelles tout le
monde a une horrible repugnance.
On fe contente quelquefois d'infufer
du fel polycrefie dans quelques
verres d'eau . Cette eau de
la Rouffelle eft un remede encore
GALANT. 37
F
E
• plus abregé , puis qu'elle contient
en elle-mefme un fel purgatif, un
Polycrefte naturel , où l'homme
n'a point de part , & n'a point
mis la main , & où par confequent
il n'y peut avoir de méprife
, & comme on dit en termes
de Pharmacie
, de qui pro quo.
Ily a feulement à obferver que
chacun doit fçavoir fa meſure
felon qu'on eft dur , ou qu'on eft
facile à eftre émû. Aux uns , comme
à moy , une bouteille de cinq
verres fuffira pour avoir tout fon
effet. Il y en a à qui il en faudra
moins , d'autres à qui il en
faudra davantage. Pour trouver

38 MERCURE
la mesure que chacun doit prendre
de cette eau , il faut ceffer
d'en prendre dés qu'elle commence
à purger un peu fort ; & au
contraire , ilfaut continuer d'en
prendre jufqu'à ce qu'elle ait une
operation aſſez ſenſible. Il ne faut
pas omettre que cette eau est encore
d'une grande commodité pour
les Lavemens . C'est une déco-
Etion toute faite toujours préte.
Il faut la faire chauffer
peu plus que tiede , pour mettre
fes parties en mouvement ; elle
fait aprés fon effet par une éjection
aisée & abondante des impuretez
groffieres .Jay oüy dire
นท
GALANT.
39
- que feu M de la Clofure , trescelebre
Medecin ,
fort connu
dans toute la France , approuvoit
fort l'ufage de cette eau , & que
· fe trouvant à Bordeaux , il confeilla
à une Dame du Parlement ,
qui en fait un ufage aſſez fre-
= quent , & qui en est toujours
foulagée , de continuer d'en prendre
, & d'en faire fon remede
principal. Je ne doute point que
tous ceux de la mefme Faculté
qui voudront fe donner la peine
d'examiner cette eau , dont le fel
eft le Nitre, de la confiderer
dans fes effets merveilleux » n'en
jugent auffi avantageufement.
7
40 MERCURE
des
S'il y a quelque chofe qui manque
à cette eau pour avoir la vogue
des autres , c'est qu'elle n'est
pas encore affez connuë. Elle n'a
pas eu l'avantage des autresEaux
minerales de France , qui ont efté
obfervées fur les lieux par
perfonnes envoyées exprés dans
les Provinces, qui en ont tiré les
fels , qui en ont rendu compte
dans des Traitez publics , qui font
imprimez. Comme l'eau de la
Rouffelle n'estoit pas alors décou
verie , elle n'eft pas encore comprife
dans les Memoires des
Eaux minerales de ce Royaume .
De plus , cette eau , quoy qu'un
GALANT. 41
rocher foit fon urne , a un dehors
obfcur. Elle a fon fond revestu
de la figure d'un puits ; elle eft
enfoncée & cachée dans une cave,
& dans la maison d'un
Bourgeois , qui ne s'eft point mis
de autrement en peine de la faire
valoir , qui fe contente d'en
les faire donner liberalement à ceux
qui en envoyent chercher . Cette
eau feroit plus de bruit , fi elle
avoit un autre fort & une autre
apparence. Qu'on luy donne au
lieu de la figure d'un puits , le
baffin d'une fontaine ; qu'on la
tire du cachot d'une cave , &
qu'on luy faffe une place publi-
May 1693 .
D
42 MERCURE
que & fpacieuse, dégagée des édifices,
desmaifons ; qu'elle foit
bien baftie , comme la Fontaine
qu'Aufone celebre dans fes Vers;
qu'on y plante de mefme de beaux
arbres à l'entour ; qu'on luy ofte
fon nom vulgaire de Rouffelle ,
tiré de cette rue , étroite, obfcure ,
& qui n'eft habitée par aucune
perfonne de condition , & qu'on
luy donne un nom noble & apparent
, comme fait Aufone à fa
Fontaine , qu'il appelle Divone
en Langue Celtique , c'est à dire
Divine ; un femblable exterieur
fera un grand reliefà cette Eau
minerale , pour la faire connoiftre
GALANT. 43
dans fa dans fes qualitez
vertu , pour répandre le bruit
la réputation de fa découverte e
defon origine, & pour faire parler
des Eaux de Bordeaux, comme
l'on parle des Eaux de Forges
, de Bourbon , & c. Pour moy,
dans l'estat prefent où eft cette
Eau , dépourvue de ces chofes
exterieures qui imposent aux
Peuples par leur éclat , j'en fais
une eftime extraordinaire , eftant
penetré de l'experience de fes bons
&falutaires effets.Je luy appli
que l'Eloge qu'Horace donne à fa
Fontaine , dans fon Epiftre à
Quintus.
Dij
44 MERCURE
Infirmo capiti fluit utilis ,
utilis alvo.
L'eau de ma Fontaine , dit - il,
eſt admirable pour guerir le
mal de tefte . & pour rendre
les entrailles toujours faines.
Ces deux articles fi confiderables
, fçavoir la tefte & les entrailles
toujours en bon eftat,font
des fondemens folides pour fou
tenir une grande fanté , & pour
faire une longue vie.
Je fuis prié, Madame , de
vous demander voftre fentiment
& celuy de vos Amies
fur l'embarras ou fe trouve
GALANT.
4-5
une fort aimable Demoiſelle .
dont je vais vous faire le Portrait
fort au naturel . Elle eft
paffablement bien faite , &
quoy qu'elle n'ait rien de
laid dans fes traits , les avantages
de la beauté l'ont toujours
fi peu touchée , qu'on
peut dire qu'elle ne s'eft jamais
mife en peine de paroiftre
belle . Elle s'eft donnée
tout à l'efprit , & elle en eft
idolatre . Auffi l'a-t-elle extraordinaire
, & de la derniere
vivacité. On n'en vit jamais
de plus folide avec autant de
jeuneffe qu'elle en a , ny de
46 MERCURE
plus fecond avec fi peu d'eftude.
Elle ne dit rien qui ne
foit nouveau , tout ce qu'elle
fait eſt diſtingué , & cependant
elle n'affecte , ny de fe
faire diftinguer par la nouveauté,
ny de fe faire admirer
par la diftinction que peut
luy faire donner la fuperiorité
de fon efprit . Les fages
font perfuadez de fa fageffe .
Ceux qui ne le font point ,
fouhaiteroient fort qu'elle
vouluſt bien leur reffembler,
& c'est ce qui fait que quel
quefois ils fe laiffent furprendre
à l'envie , qui tâche inuGALANT.
47
tilement de luy porter quelque
atteinte . Sa conduite la
met au deffus de fa malice , &
tout le monde confeffe qu'elle.
n'en doit rien apprehender.
Cette Demoiselle , telle que je
vous la peins , a fouffert depuis
deux ans les foins & l'attachement
d'un Cavalier fort
aimable , & c'eft affez vous
en dire pour vous marquer
qu'elle l'aime. Il est d'une
douceur & d'une civilité
charmante. Quoy qu'il ait
tout l'efprit qu'on peut avoir,
il a encore plus de modestie.
Tous ceux qui le connoiffent
48 MERCURE
l'eftiment , chacun demeu
rant d'accord de la fageffe
qui eft comme née avec luy,
de la bonté de fon coeur , &
des avantages qu'une tresbelle
taille , & des traits affez
regulierement formez peuvent
donner à un jeune Cavalier.
La Belle, en luy accordant
toute fon cftime , fut
approuvée des plus rigides
cenfeurs , & de fon cofté , il
s'accoutuma à la voir , fans
fonger qu'il deuft l'aimer.
C'estoit un coeur neuf fort
peu fçavant en affaires tendres,
& quand il auroit voulu
prendre
GALANT.
49
prendre des precautions contre
elle , elles luy auroient
fervy de peu de chofe , tant
les charmes de fon efprit l'attachoient.
Il ne pouvoit voir
venir la tendreffe , parce qu'il
ne la connoiffoit pas encore,
quoy que peut eftre il la ſentift
quelquefois , mais elle
n'avoit pour luy que les apparences
de l'eftime , tout au
plus de l'amitié , & ainfi il la
laiffa entrer dans fon coeur
fans s'en defier . Enfin il connut
veritablement qu'il aimoit
la Belle , & la Belle en
fut ravie . Tous deux fe com-
May 1693 .
E
50 MERCURE
muniquoient leurs plus fecrets
fentimens , comme fans
en avoir le deffein , & d'une
maniere qui ne fervit qu'à
ferrer leur chaine plus étroitement.
Ce . qu'il y a de fort
fingulier , c'est que l'amour
de la Demoiselle le purifia de
jour en jour , & le dégagea
pour ainfi dire de toute matiere
, devenant un amour
tout à fait fpirituel , & fort
femblable à celuy des Intelligences
. Elle n'aima le Cavalier
que pour la plus belle partie
de luy mefme , c'est à dire pour
fon efprit , & pour la dioiture
GALANT. $ 1
2
de fon coeur. Elle ne penfa
plus du tout à fa fortune , ny
à d'autres avantages , qui avoient
contribué à l'engagement
qu'elle avoit efté bienaife
de prendre pour luy. Les
1 qualitez admirables qu'il faifoit
paroiftre par fes fentimens
& par la beauté de fon
genie , furent l'unique objec
de fa paffion . Elle les étudia
plus que jamais , & y fit des
- découvertes qui l'ébloüirent,
I & qui la charmerent de nouveau.
Dans ces exactes recherches
elle reconnut mille
vertus fans s'appercevoir
C
"
E ij
52 MERCURE
d'aucun défaut.Elle s'interrogea
plufieurs fois fur l'amour
qu'elle fentoit pour le Cavalier
, & cftant convaincue de.
fa pureté , elle refolut de le
conferver toute la vie , quelque
chofe qui pult arriver du
cofté du Ciel ou des hommes .
Ne l'aimant que pour luymefme
, & luy ne changeant
jamais en luy mefme , difoitelle
, je feray toujours la même
, & je verray avec joye
tout ce qui pourra contribuer
à le rendre heureux, fuft - ce la
ruine de tous mes interefts , &
ma perte mefme. Et pluft au
GALANT.
53
|
-mefme
Ciel que je puffe moy- r
faire fon bonheur , j'en chercherois
tous les moyens que
me permettroit ma gloire ,
fans examiner fi j'y trouverois
le mien , ou du moins en
l'y cherchant je n'aurois en
5. veuë que fa feule fatisfaction .
Voilà quels eftoient les fentimens
de cette aimable Perfonne
, lors qu'un jour dans
une converfation qu'ils curent
enfemble , elle dit au Cavalier
1 quelque chofe dontil ſe facha ,
3 quoy que ce fuft fans aucune
intention de luy déplaire .
Il faut vous dire ce qui a fuivi
[
C
I
1
Eiij
54 MERCURE
ce differend. Le Cavalier , ou
pour le vanger, ou pour mieux
connoiftre les fentimens de la
Demoiselle,n'a cu des yeux depuis
quelque temps que pour
une fort jolie perfonne , dont
ileft connu il y a plufieurs années
, & pour laquelle il paroift
avoir naturellement quelque
panchant . Elle eft de bonne
maifon , bien - faite , trescivile
, douce &
engageante ,
& a quelques avantages pour
les agrémens du corps , qui ne
ſe rencontrent point dans
celle qui a eu fes premiers
foins . Quant à l'efprit , elle
GALANT
55
I
5
l'a d'une maniere à ne déplaire
à perfonne , & de toutes les
Filles de la Ville , c'eft une de
celles que la Demoiſelle dont
j'ay l'embarras à vous expli
quer , eftime le plus. Cependant
on peut dire qu'elle n'a
qu'une douceur affectée , &
qu'une muette civilité . Le
refte n'a rien de folide , & à
tout prendre , ce n'eft qu'une
Fille d'un genie borné, & que
rien n'éleve au deffus des autres
. Dans le fond , elle n'a
peut eftre envie que de l'emporter
fur fa Rivale , en luy
dérobant le Cavalier dont la
L
E inj
56 MERCURE
converfation luy fait paffer
d'agreables heures , & quand
ce feroit une alliance qui pourroit
l'accommoder , je vous
demande pour cette aimable
perfonne , dont je vous ay
peint l'amour fi pur & fi defintereffe
, fi voyant une fi
grande inégalité entre les
deux partis , dont l'un a beaucoup
plus de merite que l'autre
, il ne doit pas luy eftre
permis de faire tous les efforts
pour empêcher que ce mariage
ne fe faffe. Elle a chagriné
le Cavalier à qui ce nouvel
engagement paroiſt eſtre cher
GALANT. 57
t & agreable . Comme elle n'a
point d'autre plaifir que le
fien , doit- elle foufrir , fans Y
B mettre obftacle , qu'il s'enga
tge entierement ? Ce que vous
deciderez là deffus fera fa regle
, puis qu'elle proteste que
l'on trouve , que pour ne
point dementir fon caractere ,
qui eft d'aimer fans aucune
veuë pour elle - mefme , elle
doit ceffer entierement de le
voir , elle fe fent l'esprit affez
fort pour s'y refoudre , voulant
luy prouver que fa fatisfaction
& fon intereft prevaudront
toûjours en elle fur
18 MERCURE
tour ce qui la pourroit porter
à fouhaiter de ne le pas perdre.
La demande qu'elle fait
fur la refolution qu'elle doit
prendre , eft fort ferieufe .
Quand le changement que
luy a marqué le Cavalier , ne
feroit qu'en apparence , elle
le prend pour ce qu'il paroift
, & le croit en droit de
borner fa penetration , lors
qu'il borne fa fincerité .
Je vous envoye des Vers ,
où quoy qu'il y ait beaucoup.
d'efprit , vous connoiftrez
aifément que l'Illuftre Madame
des Houlieres qui les a
GALANT. 59
Ifaits , n'a écouté que les mouvemens
du coeur. Je vous en
laiffe faire l'application.
VERS ALLEGORIQUES.
C
C
DA
Ans ces prez fleuris
Qu'arrofe la Seine ,
Cherchez qui vous mene
Mes cheres Brebis .
Fay fait pour vous rendre
Le deftin plus doux ,
Ce qu'on peut attendre
D'une amitié tendre ;
Mais fon long couroux
Détruit , empoisonne
Tous mes foins pour vous ,
Et vous abandonne
Aux fureurs des Laups .
Seriez- vous leur proye
60 MERCURE
6
Aimable
Troupeau ,
Vous de ce hameau
L'honneur & lajoye ,
Vous qui gras & beau
Me donnicz fans ceffe
Sur l'herbette épaiffe
Un plaifir nouveau ?
Que je vous regrette !
Mais il faut ceder.
Sans chien , fans boulette ,
Puis -je vous garder ?
L'injufte fortune
Me les a ravis .
En vain
j'importune
Le Ciel par mes cris ;
Il rit de mes craintes ,
Et fourd à mes plaintes ,
Houlette , ny chien ,
Il ne me rend rien.
Puiffiez- vous contentes,
Et fans mon fecours ,
GALANT.
61
Paffer d'heureux jours »
Brebis innocentes ,
Brebis , mes amours !
Que Pan vous défende ,
Helas ! il le fçait .
Je ne luy demande
Que ce feul bienfait.
Ouy, Brebis cheries,
Qu'avec tant de foin
Fay toujours nourrics ,
Je prens à témoin
Ces bois , ces prairies ,
Que files faveurs
Du Dieu des Pafteurs
Vous gardent d'outrages
Et vousfont avoir
Du matin an foir
De gras pafturages ,
F'en conferveray
Tant que je vivray
La douce memoire ,
62 MERCURE
Et que mes Chansons
En mille façons
Porterontla gloire
Du rivage heureux
Où vif & pompeux","
L'Aftre qui mesure
Les nuits , & les jours
Cemmençant fon cours s
Rend à la Nature
Toute fa parure ,
Iufqu'en ces climats ,
Où fans doute las
D'eclairer le monde ,
Il va chez Thetis
Rallumer dans l'onde
Ses feux amortis.
Vous avez peut eftre entendu
déja parler d'une cho
fe fort extraordinaire qui fe
GALANT. 63
trouve en Pologne , & princi
palement en Ruffic . Ce font
des Corps morts que l'on apz
pellé en latin Striges , & en langue
du Pays Upierz , & qui
ont une certaine humeur que
le commun peuple & plus
fieurs perfonnes fçavantes af
feurent eftre du lang. On die
que le Demon tire ce fang du
corps d'une perfonne vivante,
ou de quelques beſtiaux , &
qu'il le porte dans un corps
mort,parce qu'on pretend que
le Demon fort de ce Cadavre
en de certains temps , depuis
midy jufques à minuit , aprés
64 MERCURE
,
par
la
quoy il y retourne & y met le
fang qu'il a amaffé. Il s'y trouve
avec le temps en telle abondance
, qquu''iill fort
bouche
, par le nez
& fur
tout par les oreilles du Morr,
en forte que le Cadavre nage
dans fon Cercueil . Il y a plus.
Ce même Cadavre reffent unc
faim qui luy fait manger les
linges où il eft enfevely , &
en effet on les trouve dans fa
bouche. Le Demon qui fort
du Cadavre , va troubler la
nuit ceux avec qui le Mort a
eu le plus de familiarité pendant
fa vie , & leur fait beau--
>
GALANT . 65
coup de peine dans le temps
qu'ils dorment. Il les embralfe
, les ferre, en leur reprefentant
la figure de leur Parent ,
ou de leur Amy, & les affoiblit
de telle forte en fucçant
leur fang pour le porter au
Cadavre, qu'en s'eveillant fans
connoiftre ce qu'ils fentent ,
ils appellent au fecours . Ils
deviennent maigres , & attenucz
, & le Demon ne les quitte
point , que tous ceux de la
Famille ne meurent l'un aprés
l'autre. Il y a de deux fortes
de ces Elprits ou Demons . Les
uns vont aux hommes, & d'au-
May 1693.
th
F
66 MERCURE
tres aux Beſtes qu'ils font
mourir de la mefme forte en
fuçant leur fang. Le ravage leroit
grand fans le remede que
l'on y apporte. Il confifte à
manger du pain fait , pétry &
cuit avec le fang qu'on recueille
de ces fortes de Cadavres.
On les trouve dans leurs
Cercueils , mols , flexibles ,
enflez , & rubiconds , & non
pas fecs & arides comme les
autres Cadavres quelque
remps qui puifle s'eftre écoulé
depuis qu'ils ont eſté mis
en terre. Quand on les trouve
de cette forte , ayant la figųGALANT.
67
&
are de ceux qui ont apparu en
fonge , on leur coupe la tefte ,
& on leur ouvre le coeur
#il en fort quantité de fang.
On le ramaffe , & on le mêle
avec de la farine pour la pê
trir , & en faire ce pain , qui
eft un remede feur pour fe
garantir d'une vexation fi terrible.
Aprés qu'on leur a coupéla
tefte , ceux que l'Esprit
stourmentoit la nuit n'en
font plus troublez , & ſe portent
bien en fuite. Depuis peu
de temps une jeune Fille en a
fait l'épreuve . La douleur
qu'elle a fentie en dormant
ОБ
?
Fij
68 MERCURE
l'ayant éveillée pour deman
der du fecours , elle a dit qu'-
elle avoit veu la figure de fa
Mere qui eftoit morte il y
avoit déja fort long- temps.
Cette Fille deperiffoit tous
les jours , devenant maigre
& fans force. On a deterré le
Corps de fa Mere qu'on a
trouvé mol, enflé & rubicond .
On luy a coupé la tefte &
ouvert le coeur, d'où il eft for
ty grande abondance de ſang ,
aprés quoy la langueur où elle
cftoit , a cellé , & elle eft entierement
revenue de fa maladie.
Des Preftres dignes de
GALANT. 69
STO
па
foy , qui ont veu faire ces for
tes d'executions , atteftent la
verité de tout ce que je vous
dis , & cela cft ordinaire dans
la Province de Ruffic.
Tandis que je fuis fur les
Prodiges , il faut que je vous
faffe part de ce qui a esté veu
depuis peu de temps dans le
nd Cabinet d'un Religieux , qui
& entre plufieurs curiofitez , con .
for ferve dans une grande Phiole
un petit Chien qui a deux
corps , & n'a qu'une tefte . On
luy voit fept pieds , dont l'un
eft un pied de Taupe. Il y a
de grande apparence que le huille
la70
MERCURE
tiéme eft dans le corps de cet
Animal , car ces deux corps
s'embraffent . Il a auffi deux
queues. On affeure que ce
Chien a cu vie quelque temps.
Il est d'un beau poil noir &
blanc , & eft venu d'une fort
belle Chienne , qu'une Dame
à qui elle appartenoit , por
toit ordinairement dans fon
manchon . Ceux qui étudient
les productions bizarres de la
nature,feroient plaifir à beaucoup
de Curieux , s'ils leur
apprenoient
• pourquoy ce
pied de Taupe fe rencontre
dans un Chien .
GALANT. 71
$
I
Les Vers du Dialogue qui
fuit , font faits pour eftre mis
en Mufique. Vous leur trouverez
le tour qu'il faut pour
cela.
5
D
TIRSIS.
H , qu'il m'eft doux de vous AH
aimer!
Mon feul bonheur eft de vous plaire.
SILVIE.
Si cet amour eftoit fincere ,
Il auroit de quoy me charmer.
TIRSIS:
Ciel, doutez- vous encor de mon amour
extrême ?
N'en croyez- vous pas mes fermens?
SILVIE.
Les Dieux permettent aux Amans
72 MERCURE
D'attefter vainement leur puissance
Suprême.
TIRSIS.
Croyez- en mes foupirs.
*
SILVIE.
Ne me trompent-ils pas?
TIRSIS.
Du moins croyez- en vos appas
SILVIE .
Mesyeux n'ont point aſſez de charmes
Pourcaptiver voftre coeur.
TIRSIS.
Ils peuvent arracher les armes
Au plus fuperbe Vainqueur.
SILVIE .
Ah, pluft au Ciel
fidelle !
que vous fuffiez
TIRSIS.
Ie vous fais à jamais maiſtreſſe de
mon coeur.
Tous
GALANT.
73
13
TOVS DE VX.
Heureux , qui peut juſqu'à la mort
Brûler d'une ardeur mutuelle.
Le Sonnet qui fuit eft du
mefme Auteur qui a fait ce
Dialogue . Il peint le defefpoir
d'un Amant qui eft fur
le point de fe feparer de ce
qu'il aime.
L
Il faut donc m'arracher de ce Sejour
aimable ,
Où mon coeur a goûté tant de plaifirs
charmans ;
Il faut que j'abandonne un objet
adorable ,
Qui faifoit que mes jours n'eftoient
que des momens .
May 1693..
G
74 MERCURE
Après avoir jouy d'un deſtin favorable
,
Qu'il eft dur de førtir de ces enchantemens
!
Les plaifirs que nous offre un bonheur
peu peu durable
Quand on s'en voit priver , augmentent
nos tourmens .
2
Enfin il faut partir ; un devoir trop
barbare
De tout ce que j'aimois aujourd'huy
me fepare.
Que ce cruel départ doit affliger mon
coeur !
S
Si les maux qui fuivront cette abfence
tertible ン
[fible ,
Egalent les plaifirs oùje fusfi fen-
Qui pourra concevoir l'excés de ma
douleur ?
GALANT. 75
ba
ا ن ا ل
Je vous envoye la copie
d'une Lettre fur la Baguette.
Elle eftoit entre mes mains
bo dés la fin du dernier mois ,
ce qui est une preuve que
celuy qui l'a écrite fçavoit ce
qui s'eft paffé chez Monfieur
le Prince avant qu'il fut connu
du Public , par toutes les
circonftances que je vous en -
ay mandées. La
qui avoir efté trop longtemps
uniforme , commençoit
à ennuyer, quoy que merveilleufe
, mais les conteftala
rendre plus di-
-
matiere
tions vont
vertiffante
, &- par ce moyen
Gij
76 MERCURE
on pourra apprendre & déveloper
la verité ; eftant difficile
l'on foit bien inftruit d'u que
ne caufe , tant que l'on n'en
tend parler qu'un feul Avocat.
A Saumur , le 18. Avril 1693 .
J'Ay lû avec plaisir le livre de
Mr de Valmont fur la Baguette
Divinatoire. Il eft remply
d'experiences
curieufes &
agreablement
raportées , & fon
Auteur merite beaucoup de loüanges
d'avoir ramaẞé en fi peu de
temps tant de faits furprenants
GALANT. 77
des Allemans , des Danois , des
Anglois , des Italiens , & des
François. Il peut paffer pour un
fçavant Hiftorien des effets merveilleux
de la Nature. Il luy
·manque cependant , à mon avis ,
quelques degrez d'incredulité. Il
prend aisément pour vray fur la
foy d'un homme des faits qui
font fi rares , & fi éloignez de
e que nous avons coûtume de
voir , qu'ils meriteroient bien
d'eftre rapportez par un grand
nombre de témoins exacts & ju-
" dicieux , car il en faut revenir à
proportionner le nombre & la
qualité des témoignages aux de-
Giij
78 MERCURE
grez defurprenant & d'extraor
dinaire dont est le fait. Quand
on ne s'attache point à cette proportion
, il ne faut pas s'attendre
d'eftre cru , ny des bons efprits ,
ny de ceux qui font les bons efprits
, en affectant de ne rien croire
de Surprenant , quelques témoignages
qu'on leur apporte .
Si le fait eftoit de nature que
le Lecteur pust luy- même commodément
s'en convaincre par
fon experience , l'Auteur n'au-
Toit pas befoin de témoins pour fe
faire croire , mais quand la chofe
fe trouve autrement , il faut , fi
l'Auteur a eu de bonnes raifons

GALANT. 79
de croire qu'ilfe donne la patience
de marquer par quels degrez
il est venu à croire , & qu'il
n'oublie pas la moindre des preu
ves qui l'ont peu à peu engage
dans l'opinion qu'il a embraffée.
Or je ne vois pas que M² de
Valmont fe foit attaché à cette
precaution ,fur tout dans le fait
de la Baguette . Il eft perfuadé,
qu'ayant pris toutes les mesures
qui luy font venues en l'esprit
pour s'affarer de la verité du fait,
il est en eftat de fe prefenter comme
témoin croyable , fans nous
rendre compte de fes mesures , t
il ne fonge pas que fi luy - même
G
iiij
80 MERCURE
n'avoit de preuves que le témoignage
de trois perfonnes comme
luy , qui ne luy diroient point
comment ils en ont ufé pour fe
garantir de l'impofture de facques
Aimar , s'il est vray que ce soit
un Impofteur , il ne croiroit pas
le fait ; car enfin il est plus aifé
de croire que trois ou quatre témoins
, d'ailleurs gens d'efprit,
ont efté trompez, feduits par
un bruit populaire , qui fait tou
jours impreffion , même fur les
gens les plus fenfez, par un jeu de
main devenu imperceptible
, par
un long ufage , par un hazard
favorable qui est en droit defurGALANT.-
8t
i
prendre quand on devine jufte &
fuiste plufieurs chofes ; enfin
par un peu d'art à remarquer &
à profiter du foible des gens furpris
qui ne fçauroient s'empecher
d'aider à découvrir ce qu'ils veulent
tenir caché , foit par des marques
d'une grande crainte , s'ils
font coupables foit par des marquesde
joye , s'ils fouhaitent
le merveilleux qu'ils commencent
à croire avec plaifir fe trouve
vray ; il eft plus aisé , dis -je , de
croire que les témoins fe font
eux-mefmes laiffé tromper , que
non pas de croire des effets auffi
1. etranges que ceux que l'on attri
que
1 82 MERCURE
ne
bue au talent naturel de Facques
Aimar. S'il eft vray que M de
Valmont en uferoit de cette maniere
, il ne doit pas eftre Surpris
qu'on en ufe pour luy, comme il en
uferoit pour les autres , &qu'on
s'embarque pas à croire des chofes
qui ont fi peu de vrai -femblance,
fur fon feul temoignage , lors qu'il
n'eft pas accompagné de toutes les
mefures qu'il a prifes pour ne pas
croire legerement. Je ne parle
point de la maniere dont il explique
les effets de la Baguette .
Je n'aime pas à examiner l'explication
du Phenomene vant que
d'eftre feur qu'il foit vray , &
GALANT. 83
non pasfuppofé , depeur de tomber
dans le ridicule des Phyficiens
à la dent d'or , dont il rapporte
agreablement l'Histoire au commencement
de fon Livre .Je ne
dirayfur cela qu'une chofe ; c'est
quefa maniere d'expliquer n'eſt
4 point pour moy affeZnette , affez
claire , affez convaincante , ›pour
faire difparoiftre la difficulté que
jay à croire le fait , car c'eſt une
preuve qui aide à croire les
faits quand l'explication en eftfi
claire & fi facile , qu'on commence
à voir qu'il est tres - aifé ,
ou tres-poffible qu'ils foient arrivez
de la maniere dont on le dit,
S
84 MERCURE
comme c'en est une que le fait
eft faux , quandplufieurs Phyfi
ciens , après avoir penfé , n'imaginent
rien qui les contente fur
la maniere dont le fait pourroit
eftre arrivé. Je veux feulement
vous mettre devant les yeux les
raifons de croire & de ne pas croire
le fait , & vous dire la fituation
où je fuis fur cela , afin que
fi quelqu'un veut prendre la peine
de lever mes doutes , je me
mette en fuite à examiner les
raiſonnemens que les
Phyficiens
font fur ce pretendu talent. Il y
a plufieurs faits dans l'hiftoire de
Jacques Aimar qui ne font pas
GALANT. 85
qui également incroyables ,
ont chacun leurs foupçons &
leurs preuves de vray & de
faux , il eft à propos de les exáminer
en détail . On dit qu'il
devine le chemin des eaux qui
coulent fous terre. Ce qui est pour
luy , c'eft qu'il a devine juste
en quelques endroits à Chantilly.
Plufieurs perfonnes difent encore
qu'ils ont fenti tourner la Baguette
entre leurs mains , quand ils
fe font trouvez fur la voye
Canaux , & que cette Baguette
1ne tournoit point & ne faifoit
point d'effort pour tourner ,,quand
ils eftoient hors de la voye.
des
86 MERCURE
Ce qui eft contre , c'est que la
Baguette n'a point tourné à Chantillyfur
des endroits où il y avoit
des Canaux , elle a tourne
furd'autres où il n'y en avoit
point. De cela on peut conclure
que fifa Baguette tourne furdes
Canaux cachez fous terre , c'est
ou par la volonté de Jacques Aimar
, ou par hazard. Si c'est par
fa volonté , é'eft imposture ; fi
c'est par hazard , cela vient autant
du reffort de la Baguette on
de toute autre caufe, que
coulantes . Ceux qui difent qu'ils
ont fenti la Baguette tourner entre
leurs mains , ne difent pas
des eaux
GALANT. 87
M
1.
qu'elle ait tournoyé , c'est- à - dire
, qu'elle ait fait plufieurs tours
comme elle fait entre les mains
d'Aimar , & c'est un soupçon
d'adreſſe , & d'impo,ture de fa
part , que ceux qui ont le me, meſme
talent ne faffent pas comme luy.
D'ailleurs fa Baguette tourne
fur une pierre , fur un lieu vouté
, fur des offemens ,fur du metal
auffi bien que fur l'eau . Or
il eft vifible qu'il eft affez diffique
fous terre à une distance
de quinze pieds il ne fe trouve
de l'eau , ou quelqu'une de ces
choſes.
cile
On dit auffi qu' Aimar a le ta88
MERCURE
lent de deviner où l'on a caché
de l'argent , ou de l'or.
Ce qui eft pour luy , c'est que
plufieurs perfonnes rapportent ,
qu'après avoir caché fous du pavé
& dans des fentes d'un parquet
à Lyon , des pieces d'or ou
d'argent , il a deviné en mettant
le pied deffus , qu'elles estoient
fous fon pied. C'est une opinion
recene de plufieurs Phyficiens , que
Baguette de Coudrier tourne
fur des Mines de metaux.
Ce qui eft contre Aimar , c'est
qu'on ne dit point combien de
fois il a réiteré ces experiences ,
s'il avoit les yeux bandez , &
GALANT. 89
s'il n'a pas quelquefois manqués
car en ce cas il a pú eftre aidé de
fesyeux, favorisé du hazard.
D'ailleurs , il a fait une experience
dans le jardin de l'Hoftel
de Condé , en prefence de Mon-.
de quantité fieur le Prince
de perfonnes , où il fit tourner fa
3 Baguette fur un trou recouvert
de terre , où il y avoit un fac de
cailloux , & il paffa fur un autre
trou , où il y avoit un fac
d'argent , fur lequel fa Baguette
ne tourna point , preuve conftante
qu'il y a de l'impofture dela part
d'Aimar , & qu'ilfait tourner la
Baguette quand il luy plaift. Il a
May 1693.
H
90 MERCURE
avoué mefme qu'il n'avoit plus
cette vertu à Paris pour l'or, &
pour l'argent, quoy qu'il l'ait euë
à Lyon , & qu'il në fçait pas la
raifon de ce changement ; mais
la raifon la plus vrai -femblable
de ce fuccés different de la Baguette
à Lyon ou à Paris , c'eſt
que l'on est moins credule ,
qu'on a de meilleurs yeux à Paris
qu'à Lyon. On dit encore qu'il
devine feurement où l'on a volés
& qu'il fuit le Voleur à la pifte,
mefme deux ans aprés le vol
fait.
Ce qui eft pour luy, c'est ce
que l'on conte qu'il a fait à
GALANT. 91
Lyon fur des vols domeftiques ,
& dont on a imprimé des Relations,
& ce qu'il afait à l' Hoftel
de Condé , où l'on avoit volé il
y adeux ans , deux petits flambeaux
d'argent de toilette . Il mena
droit ceux qui l'accompagnoient
à la maifon de l'Orphé
vre chez qui on avoit porté les
flambeaux , & le Voleur rendit
l'argent à M² le Curé de Saint .
Sulpice , qui l'apporta à Madame
la Princeffe deux jours aprés cette
perquifition d'Aimar. Il a auffi
deviné chez le Chirurgien de
l'Hostel de Condé , en quel coffre ,
& en quel lieu du coffre eftoit
H ij
92 MERCURE
l'or qu'on luy avoit dérobé.
On peut répondre aux faits
Lyon , que ce qu'il a deviné de
certain , luy a esté indiqué par la
frayeur des coupables , i) que le
refte n'a pú eftre verifié comme
certain. Quant à l'Orphêvre ›
qu'il y a efté conduit par un
homme de l'Hoftel de Condé, qui
l'avoit pris en fa protection , &
qui pouvoit avoir quelquefoupçon
que les flambeaux avoient esté
portez chez cet Orphévre , parce
qu'il en avoit fait peut - estre perquifition
dans le temps du vol ,
& que le Voleur intimidé de la
perquifition , la voulusfaire cefGALANT.
93
fer en rendant l'argent. Pour ce
qui concerne le Chirurgien , Aimar.
pour deviner juſte, n'avoit
qu'à bien obferver où les yeux
du Chirurgien fe portoient le
plus.
Mais ce qui eft décififcontre
Aimar , & qui le convainc
d'imposture , c'est que par ordre
de Monfieur le Prince , un
Secretaire de la Maifon feignant
d'avoir esté volé , & qu'on luy
avoit pris plufieurs papiers , pria
Jacques Aimar en fecret de venir
pour luy aider à découvrir la
le Voleur avoit prife.
route
que
On avoit rompu exprés une ar94
MERCURE
moire , quelques carreaux de
verre d'une croisée . Aimar vienti
dit qu'il eft fur la piste . Sa
Baguette tournoye , il marche
jufque bien avant dans la ruë,
difant qu'il eftoit feurement fur
la voye. Le Secretaire l'arresta
fur quelque pretexte , & luy dit
qu'il acheveroit une autre fois.
İl alla aufi- toft rapporter le tout
à Monfieur le Prince , qui fit venir
Aimar, & aprés l'avoir traité
d'impofteur , S. A. S. l'obligea
enfin d'avouer qu'il faifoit tourner
fa Baguette quand il luy
plaifoit . Aimar dit que fa Baguette
ne tourne plusfur la voye
GALANT. 95
desCriminels qui ont avoué le vol,
mais cela mesme est une preuve
d'imposture , puis que tandis que
3
le Voleur est inconnu , Aimar
peut dire tout ce qu'il veut fans
pouvoir eftre contredit , & que
la raison pourquoy fa Baguette
nè tourne point quand le Voleur
eft connu , c'est qu'il craint d'ef
tre dementi par le Voleur mefme
fur les circonstances du vol. Et
puis,quel rapport de l'aveu d'un
criminel qui est à vingt ou trente
lieues aux caufes naturelles
telles que font les petits corpufcules
qu'on pretend qui font tranf-
3pire du Criminel, & qui font
»
96 MERCURE
demeurez dans l'air & fur les
meubles qu'il a touchez , comme
fidans le moment de cet aveu ,
tous ces petits corpufcules devoient
estre aneantis , ou que
leur mouvement duft eftre détruit ?
Je ne parle icy qu'a Mª de Valmont
, qui a le bon efprit, de ne
point faire venir le Diable àfon
fecours.
Ileft donc certain qu'il y a de
l'impofture . Il reste à fçavoir fi
tout eft imposture , ce qui eft tresvray
femblable. Cependant fi
Mr de Valmont à de nouvelles
preuves de nouveaux témoins
, qu'il les montre , & on
les pefera .
On
GALANT.
97
On dit qu'entreplufieurs bommes
Aimar devine les Meurtriers,
le chemin qu'ont tenu
ceux qui ont commis quelque
meurtre ainfi que les meubles qu'-
ils ont touchez; &fur cela on conte
l'hiftoire des Affaffins de Lyon
de la maniere que l'ont rapportée
M' de Valmont , & deux autres
Auteurs de la mefme Ville, dans
ce qu'ils ont fait imprimer.
Ce qui eft pour Aimar , c'est
que plufieurs perfonnes de bon efprit
de Lyon , ont creu cette biftoire
, à dire la verité , c'eft
l'argument le plus apparent ; mais
on peut répondre qu'Aimar a pú
May 1693:
I
98 MERCURE
rencontrer ces Meurtriers fur le
chemin , fe douter de quelque
choſe par leur air & leur maniere;
qu'il a foupçonné que ces
mefmes Meurtriers auroient efté
à la Foire de Beaucaire ,pourfaire
quelque nouveau vol , & que
quelqu'un d'eux ayant eſté arrefté
, auroit efté mis en prison , ce
qui luy a fait reconnoiftre le jeune
Boffu , & faire femblant que
la Baguette tournoit fur luy. A
l'égard des chambres des lits
des Cabarets qu'Aimar a pretendu
reconnoistre , il peut en avoir
deviné une partie par convenance
, l'autre par hazard , & n'aGALANT.
99

voirpoint rencontré de témoins ég
de contradicteurs en ce qu'il n'a
pas deviné jufte & mefme s'il
a manqué en quelque chofe , il
peut n'avoir pas efté accusé par
ceux qui l'accompagnoient , qui
eftant deja feduits par la furprife
n'ont osé rien dire contre
Popinion qu'ils avoient du talent
d'Aimar. Au reste, ces témoins
n'eftoient que trois , ce me femblesgens
de peu d'efpritfur ces matieres
, & qui n'avoient pas ordre
d'examiner à la rigueur tout ce
qu'il
difoitlar all is
Ce qui eft pour Aimar , c'eft
que dans le lieu de l'affaffinat il·
I ij
Ico MERCURE
fuë, & fon pouls s'éleve . A
cela on peut répondre qu'il eft
tres- naturel que certaines perfonnesfuent,
changent de pouls,
tombent en defaillance dans
des lieux où il ya certaines
odeurs , le fang versé & corrompu
dans la cave où s'estoit
commis l'affaffinat peut avoir
produit ee mesme effet , & à
l'égard du tournoyement
de Sa
Baguette , on a vu qu'elle tournoit
quand il vouloit ; ainfi ce
tournoyement ne fait pas de foy.
Ce qui fait encore pour Aimar,
c'est que plufieurs personnes ont
eu dans la cave les mefmesfyms.
'GALANT: JOI
ptome qu'Aimar avoit. A celar
c'est la mesme raiſon , mais à
l'égard du tournoyement de la
Baguette qui fe fait entre leurs
mains , c'est que la Baguette ou
reffort comme on la tient , tend à
en fortir, & pour
cela tourne ,
afin de fe debander un peu , mais
fi c'estoit du bois fans reffort , il
n'y a nulle apparence qu'elle
tournast .
23
Ce qui eft contre Aimar , c'eſt
l'experience qu'on luy afait faire
à Paris , fur le lieu où il y
avoit eu un meurtre commis . Il
paffa & repaffa par deßus fans
s'en appercevoir , & quand on
I iij
102 MERCURE
luy eut dit la chofe , il mena où
les Meurtriers n'avoient point
efté, difant pourtant que la Baguette
tournoit , & cela, en prefence
d'un grand Prince , de plufieurs
Seigneurs de M² le
Procureur du Roy du Chastelet.
On a dit pour fa deffenfe que
le Meurtre efloit avoué, mais il
est visible que cet aveu ne change
rien à une demi - lieüe de là ,
où cet aveu fe fait. On a encore
dit que ce n'eftoit pas un affa
pour voler de guet à pens 3
que c'eftoit un meurtre & non
un combat. D'ailleurs , le Meurtri
& les Meurtriffeurs n'ontaſſaſſinat
mais
GALANT. 7
103
ils pas toutes les paffions de la
crainte de la colere comme
les Aſſaſſins & l'Affaffiné, qu'on
tue pour avoir fon argent ? Ainfi
la mefme tranfpiration de corpuf
cules ne fe fait - elle pas également
? Enfin on a dit pour la
deffenſe d'Aimar , & c'est fon
dernier retranchement , qu'il n'êtoit
pas toujours difpofé de la
que par con- mefme maniere ,
fequent les mefmes caufes n'agiffoient
pas far luy de la mefme
forte. A cela on peut repondre
que c'est une porte commode pour
échaper , car quand par hazard
il devinera , on dira que ce fera
I iiij
104 MERCURE
par un talent naturel , & quand
il ne devinera point , on dira
qu'il ne fe porte pas aujourd'huy
comme hier , à Paris comme à
Lyon. En verité, quoy qu'il puiffey
avoir du vray , cela est porté
trop loin , & avec une pareille
deffenfe , il n'est point de Charlatan
, point d'Imposteur qu'on
me justifie.
F'oubliois à répondre à un fait
qui eft pour luy. C'eft celuy de
la Serpe meurtriere qui étoit enfanglantée
. M le Chevalier de
Montgivraut,homme de bon efprit
, & grand Phyficien, la cacha
trois fois , & deux autres
GALANT. 105
1 Serpes , & toutes les trois fois
Aimar devina les yeux bandeZ
qu'il marchoitfur la Serpe enfanglantée
, & ce que rapporte M²,
le Chevalier de
Montgivrant
,
n'eft pas moins confiderable , que
tivis hommes de fa connoiffance
de Lyon avoient deviné pareillement
à l'aide defa Baguette , la
quelle de ces Serpes cachées dans
terre étoit la meurtriere .
On répond que le feul hazard
peut avoir caufé cet effet , &
qu'il y a à parier cent contre un
que pourveu que l'on prenne bien
fes mesures , on n'y reuffira point
dix fois de fuite, ce
диг
devroit
106 MERCURE
toujours reuffirfi c'étoit une caufe
naturelle.
Voila mes raisons de douter
méme de pancher à croire que
ceux qui ont cru à la Baguette,y
ont cru un peu trop legerement
par rapport au fait qui eft tout
extraordinaire. Je ne demande
pas mieux de croire du merque
veilleux ; jy ay du plaifir comme
le refie des hommes , mais je
ne le veux croire qu'à bonnés en
feignes.
Vous avez toujours aimé
les Vers de M' de Vin, & vous
fçavez que lors qu'il veut
GALANT. 107
reprefenter quelque chofe , il
le peint fort bien . C'est ce
qui m'oblige à vous envoyer
ce nouvel Ouvrage de la façon.
Il est fait fur une Thefe
qui fut foûtenuë il y a quelques
années dans l'Ecole de
Medecine de Paris , en faveur
de l'Eau contre le Vin .
$2255252 22SSSSS2S
LE VIN ET L'EAU.
L
E Vin fier de fon vafte Empire,
Et de la belle humeur qu'en tous lieux
it inspire ,
Levin qui de tous les chagrins.
108 MERCURE
Fait perdre la trifte memoire,
Et qui dans un inftant dompte les
plus mutins;
Le Vin, dis-je , enflé de la gloire
Que s'acquit autrefois le Dieu *fon
Protecteur,
Infultoit l'Eau par tout en fuperbe
Vainqueur.
Elle en eftoit fi mal-traitée ,
Qu'elle fe vit contrainte à luyfaire
fentir
Ce que peuvent fes coups lors qu'elle
eft irritée.
De fon repos pourtant elle eut peine
à fortir ,
Et comme fa fraîcheur benigne &fa-
Lutaire
Ne s'accommode pas des feux de la
colere ,
Contre cet Orgueilleux avant que d'éclater
, * Bacchus ,
GALANT. 109
Sadouceurtrouva bon de luy reprefenter
Que de ce Dieu fameux elle éleva *
l'enfance ,
Etqu'un peu de reconnoiſſance
L'obligeoit à la mieux traiter ;
Qu'elle n'égaloit pas fa fuprême
puissance ,
Il eft vray, mais qu'en recompenfe
La feconde Hippocrene excitoit une
ardeur
Qui des plus froids efprits fondoit
toute la glace ;
Que fi chacun vantoit fa divine liquear,
-On fe louoit auffi de celle du Parnaſſe
,
Et que Barrege avoit des Bains ,
Qui pour beaucoup de maux utiles,
fouverains ,
Les Nymmphes des Fontaines,
110 MERCURE
Offroient aux malheureux leur chaleur
efficace.
Cette efpece d'égalité
Où par ce peu de mots elle fembloit
pretendre ,
Ne fit qu'aigrir duVin l'orgueil & la
fierté.
Enfin voyant par là qu'elle devoit
s'attendre
A toutes fes rigueurs , & laffe d'en
Jouffrir,
Elle s'échauffe , & plus émeuë,
Afa colere fufpenduë
Lafche toute la bride , & commence à
blanchir.
Que ne fit-elle point dans l'excés de
Sa rage
?
Elle confondit tout , elle franchitſes
bords ;
Toutfut lors Vin pour elle , & l'innocent
rivage
GALANT. III
En fentit les premiers efforts.
A la voir s'élever jusqu'au plus
haut des nuës ,
Etcourir en tous lieux à vagues épanduës
,
Qui n'euft pas dit, pourfe vanger,
Que tropfenfible à cette injure,
Dansfes flots écumeux elle alloit fubmerger
Avec luy toute la Nature.
Cependant elle a beau menacer &
groffir ,
La Seine a beau s'enfler pour le faire
perir ,
Un feul Bateau de Vinfouffre defa
colere ;
L'ancre rompt , il fe perd au deffus
de Paris ,
Et nepouvant lors faire pis ,
Elle abaifa fes flots , & tranquille
Riviere ,
112 MERCURE
Reprit &fa douceur , &fa route ordinaire.
Trop foible pour pouvoir enfes bardis
deffeins
Reuffir par la force onverte ,
Elle n'en fut pas moins animée à ſa
perte ,
Et gagnant quelques Medecins , *
De ceux que l'on nomme d'eau douce,
la vanger de luy les excite & les
pouffe.
Les ravages qu'elle avoitfaits
N'avoient point eu les grands fuccés
Qu'elle fe promettoit de leur adroit
Suffrage.
Se trompoit- elle ? Non , fes pariifans
nouveaux
Contre luy déchaifnez en blâmerent
l'ufage,
A caufe qu'ils en boivent .
GALANT.
113.
Etle faifant auteur de tant de divers
maux
Qui rendent la vie incommode,
Peu s'en fallut par là que l'Eau mife
à la mode,
Ne vift au gré de fes fouhaits ,
Cet orgueilleux réduit à la laiſſer en
paix.
L'un d'eux , homme plein de fageffe,
*
Et d'une infigne probité ,
Ne fut pas fatisfait de l'ordonner
fans ceffers
Ilfe fervit encor de fon autorité,
Pour obliger l'Amant deſa charmante
Niece
Afoutenir en fa faveur
La Theſe qu'on impoſe à qui fe fait
Doct ur.
Ce Candidat qui fait plus que la
Medecine, * Mr Perreau-
May 1693.
K
114 MERCURE
Et qui fur des fujets divers ;
Peut,foit en Profe , foit en Vers,
Signalerfon efprit ,fon bon gouft , fa
doctrines
Tirfis , dis-je , ravy de trouver ce
moyen
De montrer à la fois & fon ardeur
pour elle >
Et ce qu'il fent pour luy de respect &
de Zele ,
Soûtient l'Acte en vainqueur , &
s'en tire fi bien ,
Que des Amis du Vin malgré toute
l'adreffe ,
L'Eau joyeuse en vit lors triompher
fa foibleffe.
Du plaifir qu'elle en eut les favoureuxtransports
Furent d'autant plusdoux que contre
leurs efforts
Elle avoit craint de voir efchouer fa
vangeance.
GALANT .
115
10
Cependant ce plaiſir , contre ſon eſperance
,
Comme cesfeux de l'air que diffipens
les vents ,
Ne dura qu'autant de momens
Que du tendre Tirfis dura la complaisance.
Elle feule l'avoit jetté dansſon party,
Et duvin qu'à fes piedsfon bras ve
noit d'abattre
On fait qu'il n'eftoit pas à telpoint
Ennemy
Qu'il voulut en tous lieux, & toujours
le combattre.
En effet à grand' peine eft- il recen
Docteur ,
Que dans le repas magnifique
Quifuivit cet Acte authentique ,
Il en devient le protecteur ,
Et de le boire pur luy fait même
l'honneur.
1
1
Kij
116 MERCURE
Il eut pourtant d'abord la plaifante
malice C
De ne faire fervir à ceux
Qui de le condamner luy faiſoient
l'injustice ,
Quedel'Eau; la plus-part d'entre
eux
Fettoient de temps en temps fur elle
De plus tristes regards que n'exigeoit
leur Zele ,
Et quoique prefts en d'autres lieux
D'en louer l'utile recette
Ils luy portoient à table une haineſecrette.
Tirfis du coin de l'oeil les obfervoit.
Meffieurs ,
Leur dit-il en riant , cette liqueur eft
faine ;
Elle etanche lafoif , elle abbat les
Vapeurs ,
Et vous en connoiſſez la vertu fouveraine.
GALANT: 117
Ainfi confacron's luy ce jour ,
Par le plaifir d'en boire animons
cette festes
Ca , Laquais , verfe tour à tour.
Mais quoy , qui vous retient! non ,
non , pour voftre tefte
J'en répons , & fans risque on peut
en faire exces
N'en craignez rien , Meffieurs, qu'elle
eft claire ! ah , jamais
Source de roche , nyfontaine
N'approcha de cette eau de Seine.?
Rien de plus raviffant
donc , Laguais ,
Depesche
Et d'un air moins
melancolique
Que chacun , trinquant à longs
traits ,
Achevefon
panegyrique.
A ces mots un friffon les faifit tous ;
enfin
Las dejouir de leur chagrin
118 MERCURE
Il leur fit par pitié paroiftre vingt
bouteilles
D'unVin couleur d'oeil de Perdrix,
Et le meilleur qui dans Paris
Fuft venu des Remoifes Treilles.
Ce qu'ils avoient de fombre auffitoft
disparut 3
Cet agreable aſpect diſſipa leur trif
reffe ,
Et tous , reprenant lors leurpremiere,
allegreffe ,
Sejetterent deffus , & l'oncle même
en bût.
L'Eau voulut, mais en vain, leur remettre
en memoire
La Theſe que Tirfis venoit de fou
tenir ;
Loin d'aimer à s'en fouvenir
Nul ne s'avifa plus d'en boire ,
Et , tant que dura le feftin
Charmé de la douceur de cet excellent
Vin
GALANT. IIg
Leplusfage meſme , àſa gloire ,
Oublia , leVerre à la main ,
Qu'il eftoitfobre & Medecin.
Elle vit bienpar là que fi dans leur
Ecole
Quelques- uns d'euxpour elle ofoient
Je déclarer ,
Elle n'en pouvoir efperer
triomphe & court , &fri
un
vole ,
Et que le vin ailleurs parfes attraits
puiffans
Regagnoit fans retourfes faibles Par
tifans.
Il fallut prendre patience ,
Etfur cet Acte fans compter,
Se foumettre , & fe contenter
.De cette petite vangeance..
Enfin d'une plus grande elle a beaufe
flatter,
La Cabale du Vin plusforte & plus
fidelle
120 MERCURE
L'emportera toûjours fur elle ,
Et quoi qu'encor les Medecins
L'ordonnent quelque fois à ceux qui
font mal fains ,
Eux-mêmes , dés qu'ils font à
table
S'en deffont , & contens de s'en laver
les mains ,
Fettent fur la Bouteille un regardfa-
"
vorable.
Je croy , Madame , vous
avoir marqué dans quelqu'une
de mes Lettres , qu'il
s'eft fait une Academic de
gens de Lettres dans la Ville
de Touloufe . Comme M' Pcliffon
en eftoit le Fondateur ,
ceux qui compoſent cette
AcaGALANT.
12 [
Academic , ont voulu faire
connoiftre l'estime particulier
qu'ils avoient pour luy ,
en luy rendant aprés fa mort
tous les honneurs qu'il pouvoit
attendre, & de leur zele ,
& de leur reconnoiffance.
Aprés avoir choisi pour Interprete
de leurs fentimens ,
Mr de Rocoles , ancien Chanoine
de S. Benoist de Paris
qui eft de leur Corps , & fort
connu parmy les Sçavans par
fes Ouvrages , ils fe trouverent
le Jeudy 9. du mois paffé
au lieu de leurs Affemblées
ordinaires , où il prononça
May 1693.
L
122 MERCURE
>
l'Eloge funebre de cet Illuftre
Défunt en preſence d'une
infinité de perfonnes diſtin .
guées , & par leur fçavoir , &
par leurs Charges . Son dif
cours qui fut latin , dura une
heure , & fut divifé en trois
parties . Il prit pour texte ces
paroles de l'Ecclefiaftique.
In Thefauris fapientiæ intelle-
Etus , & fcientia religiofitas.
Dans la premiere partie il
parla de fa naiffance , illuftre
dans la Robe , puis qu'il eftoit
Fils & petit Fils de deux
Confeillers en la Chambre de
l'Edit , & arriere Fils d'un
GALANT. 123
-
Premier Prefident de Chambery
. Il parla auffi du lieu de
fa naiffance qui eftoit la ville
de Beziers , quoy qu'il fuft
cenfé eftre de Caftres , & de
l'année qu'il vint au monde ,
fçavoir le 30. Octobre 1628 .
année remarquable par la
prife de la Rochelle . Il y
appliqua un bon augure pour
ce grand homme , & fit fort
valoir fon attachement pour
les Lettres , & le progrez qu'il
y fit désfa premiere jeuneffe ,
fous la conduite de Morus,
Ecoffois fi diftingué par fɔn
crudition . De- là il paffa à
Lij
134 MERCURE
Toulouse , où il fit admirer la
vivacité de fon efprit , en furpaffant
tout le refte des jeunes
gens qui prenoient des Leçons
des mêmes Maiftres ;
& comme fi ce n'eut pas
cfté affez qu'il euft employé
à l'étude le temps ordinaire
que les autres y confacrent ,
il les continua toûjours fans
que cette paffion que l'âge
ralentit ordinairement diminuaft
en aucune forte. L'Academie
qu'il formaà Toulouſe
il y a trente cinq ou quarante
ans en eft une preuve . Il dit
que Mr de Malapeire , dont il
GALANT 125
loüa la vertu & le merite , fe
joignit avec cet Illuftre Défunt
, & que fon zele à remplir
divers exercices , faifoit
l'admiration de la Ville , &
l'étonnement de fes Collegues
. Dans la feconde partie ,
il mit en avant fa vie publique
, c'est - à - dire le temps
qu'il a vécu à la Cour , & la
joye avec laquelle l'Academie
Françoife le reçut pour un de
fes Membres. Il parla enfuite
de la confiance que feu Mr
Fouquet avoit cüc en luy , des
malheurs dans lefquels s'eftoir
trouvé ce Miniftre d'Eftar ,
Liij
126 MERCURE
de la generofité avec laquelle
M' Pelliffon l'avoit deffendu ,
& il particularifa tout ce qu'il
avoit fait pour ſauver la vic
& l'honneur de ce Miniſtre .
Il montra que la Prifon qu'il
fouffrit , malgré l'obscurité
qui l'accompagne , l'avoit delivré
des tenebres de l'erreur ,
en luy infpirant l'envie de lire
les Peres . Comme cette lecture
l'avoit éclaircy entierement
des doutes que les prejugez
& la naiffance , ou une
éducation contraire à celle
de noftre Religion avoit pû
luy faire fucer avec le lait, M
GALANT 127
par
de Rocoles fit valoir ſon juſte
difcernement , d'avoir connu
des raisons qui ne peuvent
eftre conteftées , que la Religion
Catholique eſt la veritable.
Enfin il parla de la faveur
que le Roy , tout juste cftimateur
qu'il eft du merite, ne
luy accorda qu'aprés qu'il cut
abjuré l'Erreur , comme file
Fils ainé de l'Eglife cuft deû
trouver indignes de fes bienfaits
, tous ceux qui font hors
de fa croyance. Il fit mention
des graces dont Sa Majesté l'avoit
comblé en luy donnant
les Abbayes de Benevent , de
L iiij
128 MERCURE
Gimont, & en le faifant l'Oeconome
& le difpenfateur de
fes faveurs pour les nouveaux
Convertis. Ce fut là , où il
marqua fa prudence & fa fageffe
dans cette difpenfation.
Il dit que ne fe contentant
pas de leur donner les alimens
temporels , il avoit
fourni à plufieurs la nourriture
fpirituelle de l'ame , où
en refutant les erreurs de leurs
faux Paſteurs , ou en éclairciffant
leurs doutes , lors qu'il
avoit connu qu'il leur en ref
toit , ou en les confolant des
Etabliffemens confiderables
GALANT. 129
qu'ils avoient quittez dans
les Pays Etrangers . Il leur remontroit
avec combien d'avantage
, l'efperance & la durée
des biens celeftes qu'ils
ne pouvoient attendre que
dans noftre Religion , les
indemniferoit à la fin de
leur vie , du mépris qu'ils
en avoient fait , & que la
gloire de vivre fous l'obeiffance
de noftre Augufte Monarque
, furpaffoit le plaifir
de vivre par tout ailleurs . Enfin
dans la troifiéme partie
de ce difcours , M'de Rocoles
fit voir combien Mr Pel130
MERCURE
liffon avoit efté eftimé de
prefque toutes les perfonnes
de l'Europe , diftinguées par
leur élevation , par leur merite
, par leur profonde litterature
, & par leur pieté , &
combien il avoit merité de
l'eftre par les Trefors de
Science & de Sageffe qu'il
avoit poffedez dans un degré
tres éminent . Ce fut en cet
endroit qu'il fit un dénombrement
de prefque tous les
Sçavans de l'Europe , qui
avoient eu relation avec luy.
Il commença par Alexandre-
Morus, qui dans les derniers
GALANT. 131
momens de fa vie , & par teftament
, luy laiffa un legs. Il
parla de l'eftime qu'en faifoient
le premier Miniftre
d'Eftat de Brandebourg , O.
thon de Schwerin , Baron de
l'Empire , Prevoft de l'Eglife
Cathedrale de la Ville de
Brandebourg ; François Curretin
, & Eftienne le Moine ,
premiers Prof. ffeurs , l'un de
Geneve , & l'autre de Leide .
Ce fut alors que M' de Rocoles
dit fort à propos
, que
puis qu'on faifoit tant de cas
des alliances que la naiſſance
donnoit, on en devoit encore
132 MERCURE
faire beaucoup plus de celles
que les belles Lettres procuroient.
Il nomma les Alliez
de M Peliffon en cette maniere
, c'eft à dire , ceux des
gens de Lettres , qui avoient
efté fes meilleurs Amis , M's
de Malapeire , Voiture , Vaugelas
, Brebeuf, Godeau , Chapelain
, Corneille , Scudery
Conratt, Menage , Gombaud ,
Segrais , & autres. Il parla enfuite
du R. Pere de la Chaize
avec grand éloge , de mefme
que de M's Boffuet & Huet ,
Evefques de Meaux & d'Avranches
. Il n'oublia pas
GALANT: 133
les conteftations qu'il avoit
eués avec le Miniftre Pierre
Juricu , Profeffeur à Rotterdam
, qu'il particularifa ,
& ce fut fur ce fujet qu'il
dit , que les debats des Sçavans
ne fervent bien fouvent
qu'à produire une estime mutuelle
, & à découvrir les erreurs
& les beveuës dans lefquelles
l'un d'eux a donné . Il
loüa les Ouvrages de Contro .
verfe de M Peliffon , & dit
que malgré la nature de ces
fortes d'Ouvrages Polemiques
, il les écrivoit avec autant
d'élegance que de pureté,
14 MERCURE
& que non feulement la charité
chretienne n'y eftoit point
offenfée , mais qu'il avoit foin
d'y obferver toutes les regles
de la bien- feance . Il dit encore
combien dans la difpenfa .
tion des Oeconomats il avoit
diſtingué ceux qui estoient
recommandables
par leur
érudition , ou qui avoient
quelque attachement pour les
belles Lettres , ajoûtant que
l'efperance de ces Sçavans
Convertis , qui fembloit com
me éteinte par fa mort , venoit
d'eftre rallumée par la
bonté que le Roy avoit cuë
GALANT. 135
de
de nommer pour difpenfateur
de ces mefmes bienfaits
& penfions , M' Dagueffeau ,
Confeiller d'Eftar ordinaire ,
qui outre une naiſſance diftinguée
dans la Robe , comme
cftant Fils d'un premier Prefident
du Parlement
Guienne , & defcendant des
perfonnes les plus confidera
bles , poffede encore une integrité
admirable dans fès jugemens
, beaucoup de politeffe
dans fon langage , de la
delicateffe dans fes expreffions
, & une profonde érudition.
Il dit qu'il parloit dans
136 MERCURE
une Ville limitrophe de la
Guienne , où fon Pere & luy
fucceffivement avoient vêcu ,
& dont les principaux Membres
pouvoient porter un fidelle
témoignage de toutes
fes vertus & de fon éloquence ,
qu'il avoit fouvent fait paroi
ftre en l'Affemblée des Etats.
Retournant enfuite à feu M
Peliffon , il parla de la gloire
que l'Academie de Toulouſe
avoit cuë d'avoir un tel Eleve ,
qui avoit donné des idées fi
avantageufes du reste de fes
Membres , & s'étendant fur ,
les liaifons étroites que M
GALANT. 137
Peliſſon avoit cuës avec plufieurs
autres perfonnes , il dit
que pour faire voir fa folide
picté , il fuffifoit de remarquer
les fentimens qu'avoient
toujours eus pour luy les deux
hommes du Royaume en
qui le Roy a témoigné avoir
le plus de confiance , en leur
donnant la conduite de ce
qu'il a de plus cher au monde .
M' de Rocoles parla particulierement
du R. Pere de la
Chaize, en qui l'on voit également
briller les
avantages
d'une naiffance illuftre , &
d'une pieté folide . L'autre
May 1693 .
M
138 MERCURE
Perfonne dont il fit auffi l'éloge
, fut M' l'Evefque de
Meaux. La part qu'il a cue à
l'éducation de Monfeigneur
le Dauphin , fait que la France
admirera toujours en fon
digne chef- d- oeuvre , fes vertus
& fon érudition , dont fes
Ouvrages font les plus dignes
Panegyriftes. Enfin il parla du
Livre pofthume que Mr Peliffon
a laiffé fur l'Euchariftie
, & dont il découvrit les
particularitez ; & comme la
fin de toutes les louanges que
l'on peut attendre fur la terre ,
eft empruntée de celles de
GALANT . 139
noftre grand Monarque , il
parla de fon Hiftoire , dont la
compofition luy avoit cfté
confiée . Enfin il finit en difant
qu'il n'y avoit perfonne
qui ne fuft convaincu que par
toutes les actions , M' Peliffon
avoit entierement remply le
caractere dont il l'avoit marqué
reveftu , lors qu'il avoit
montré dans fon difcours qu'il
avoit poffedé des Trefors de
fageffe,de difcernement , & de
fcience , par lefquels il s'eftoit
rendu recommandable à la
poftetité , un miroir de vertu
confommée aux perfonnes
Mij
140 MERCURE
qui frequentent la Cour ,
un exemple aux Sçavans qui
afpirent à la plus grande perfection
, & un par fait modelle
aux Membres de l'Academic
dont il avoit cfté l'un des
Fondateurs.
Les effets produits par la
Baguette de Jacques Aimar
ont fait que ceux qui raiſonnent
fur cette Baguette , fe
font divifez en trois partis.
Les uns croyent que ce talent
luy eſt naturel , & que tour ce
qu'on en publie eft veritable.
C'eft le fentiment de plufieurs
Phyficiens. D'autres croyent
GALANT. 141
que c'eft un fourbe; & il y en
a d'autres , qui en demeurant
d'accord de tous les faits , pretendent
que le Demon y a
part . L'Auteur du Livre intitulé
, Lettres qui découvrent
l'Illufion des Philofophes fur la
Baguette & qui detruifent
leurs Systêmes , eft de ce nombre.
M' de Comiers , Docteur
en Theologie , qu'il attaque
dans ce Livre , luy a répondu
par la Lettre que vous allez
lire. Je ne vous l'envoyerois
pas , fi je croyois que les démeflez
d'efprit portaffent quelque
préjudice à la reputation;
142 MERCURE
mais ces fortes d'aigreurs ne
regardent que les Ouvrages ,
& les opinions dont chacun
s'entefte fouvent , ne donnant
aucune atteinte à l'honneur
des parties intereffées ,
j'ay crû vous devoir faire part
de cette Lettre , en affurant
toutefois celuy à qui M
de Comiers répond , que le
champ fera ouvert pour luy
comme pour fon Adverſaire;
ainfi je croy rendre également
juftice à tout le monde,
fans que perfonne ait lieu de
fe
plaindre.
GALANT. 143
M
ONSIEUR,
ne
Fe fuis bien fâché que mes
Reflexions fur la Baguette Divinatoire
, qui ont esté mifes
dans le Mercure de Mars
vous ayent pas efté agréables.
Si j'avois cru qu'elles m'euffent
attiré voftre mauvaise humeur ,
je les aurois fupprimées avec plai
fir . Quey que je ne fçache pas
bien qui vous etes , je trouve
affez facheux que vous me mettiez
dans votre Livre , au nombre
de ces grands Parleurs ,
dont la Tefte eft un Magaſin
de plufieurs chofes mal dige144
MERCURE
rées , & qu'ils appliquent ordinairement
de travers. * Voila
, Monfieur , des termes qui
font fort des- obligeans. Je ne
vous ay jamais fáché. Je ne
fçavois pas même qu'il y cuft au
monde un homme , qui de gayeté
de coeur , fust d'humeur à me dire
une telle dureté. Si ce que j'ay
dit dans la Baguette juftifiée ,
foit ferieusement , foit en plaifantant
, ne vous paroiffoit pas
folide , il falloit le réfuter & ne
me point faire une infulte perfonnelle.
Cependant , ce qui me
confole un peu , c'eft que vous ne
* Page 243 .
trai
GALANT. - 145
traittez pas moins indignement
plufieurs perfonnes de merite ,
qui n'ont jamais eu aucun démêlé
avec vous.
On dit que voila la premiere
fois que vous eftes Autheur
mais ce début vous fera affeurément
un Nom , vous donnera
de la diftinction dans le monde.
Comme vous y allez ? Du premier
coup vous renverſez neuf
ou dix Syftemes.
Qui pourroit tenir contre vouse
Vous attaquez le moindre Syftéme
fur la Baguette avec autant
de réfolution de vigueur, que
fi vous aviez affaire à un Monf-
May. 1693.
N
146 MERCURE
tre. Dom Quixote n'alloit pas
avec plus d'appareil fe battre
contré un Moulin à vent , qu'il
prenoit pour un Géant.
Tout de bon , il ne faut pas
eftre fi roide ; ilfaut un peu s'humanifer
avec les gens. Croyezmoy
; ilfaut paſſer quelque chofe
aux Autheurs. Leurs Ouvrages
fe reffentent tous en beaucoup
de chofes de l'infirmité humaine
. Vous ne sçavez pas encore
cela , vous qui ne faites que de
naiftre dans la Republique Litteraire
; mais j'efpere , qu'avant
que je finiffe ma Lettre , je vous
en auray pleinement convaincus
GALANT . 147
afin de le faire d'une maniere,
qui vous tienne attentif ; c'eſt
vostre Livre même , que je vais
un peu vous faire paſſer en revue.
Comme cette voye vous
tiendra en haleine , je n'ay que
faire de vous demander vostre
attention ; je compte que je l'auray
toure entiere.
1
Vous fied- il bien , Monfieur,
des un premier coup d'effay , d'élever
un petit Tribunal dans le
haut de vostre efprit , & d'y
citer , juger, condamner je ne &
feay combien de perfonnes , qui
appelleront fans doute de vos jugemens
, comme eftant d'un Ju-
Nij
148 MERCURE
ge incompetent ? Croyez- vous
que Mr Chauvin, M' Garnier ,
M Panthot , Mr l'Abbé de la
Garde , l'Autheur de la Phyfifique
Occulte , & les Peres
Jefuites , que vous attaque s'en
tiennent là Rien moins. On
vous prend déja pour un Juge
partial , qui n'eft pas mesme
affez prudent pour cacher fa
paffion . Voftre Lettre fur le fentiment
de quelques Jefuites
vous trabit. Voftre jeu y paroift
trop , vous ne vous menagez pas.
Ne traitez- vous pas cruellement
le celebre Pere Schot Jefuite :
GALANT. 149
quand vous dites : * Il importe
peu de fçavoir de quel fentiment
a esté le Pere Gafpard
Schot Je fuite , fes ouvrages
ne luy ont pas acquis la reputation
d'un homme , qui cuft
du difcernement . Les Fables
ont chez luy le mefme rang
que les faits les plus averez ;
& il charge ordinairement fes
Recueils de beaucoup de chofes
, qu'on peut ignorer , fans
en eftre moins habile. Si paffant
quelquefois les bornes
d'un Compilateur , il fe rend
Juge , on le voit approuver
Pages 293. & 294 .
Niij
150 MERCURE
dans le mefme endroit le
pour & le contre fur d'affez
méchantes raifons . On ne
doir donc plus trouver étrange
qu'en un endroit il condamne
l'ufage de la Baguette,
& qu'il paroiffe porté à l'approuver
dans un autre . On
n'écrit point , Monfieur , de cette
maniere parmy les gens , qui
fçavent un peu le monde ; & cet
endroit là n'eft point de ceux ,
qui n'ont befoin
d'une explication
un peu favorable . Il eſt
fi vifiblement injurieux à ce fçavant
Jefuite, qu'il n'y a qu'un
Carton qui puiffe reparer un fi
que
GALANT. 151
grand excés de malhonnefteté , &
par où vous puissiez faire une
Suffifante amande honorable à
cet illustre Ecrivain . En effet,
cet Auteur nous a donné des ouvrages
excellens fur tous les
beaux Arts , & prefque fur toutes
les fciences divines & humai .
nes. C'est un spectacle plaisant
de voir un nouveau Scribe ,
comme vous , fe mesurer avec un
homme, à la jartiere de qui vous
n'iriez pas . C'eſt un Rat qui fe
jouë à la barbe d'un Lion mort ,
qu'il n'auroit pas ofe regarder
vivant. Latrat umbris . Doucement
; j'apprens que
le Carton
Niiij
152 MERCURE
eft déjafait ,felon l'avis que des
perfonnes fort fages vous en ont
donné. Vous avezmefme adouci
Le titre de vôtre Lettre qui portoit
d'abord , Sentimens de
quelques Jefuites fur la Baguette.
Ce quelques Jefuites
estoit un peu cru , mais ce font
de ces chofes mal digerées ,
dont voftre tefte eft un Magafin.
Vous avez bien fait de
faire cette fatisfaction publique
au Pere Schott & de mettre ,
le fentiment des Auteurs Jefuites.
Il eft bon de fe corriger ,
&les Cartons font la refource
des Auteurs , à qui le bon fens
GALANT.
153
a manqué au besoin.
Le Public méme n'a pas pû
échaper à vos mépris . Vous l'accufezsouvent
de trop de credulité
, & de peu de difcernement ;
& d'avoir , dites- vous , un
merveilleux fond de complaifance
pour tous ceux qui parlent
en faveur de ce qui le réjoüit.
* Avez- vous du chagrin .
de ce les
que ouvrages , que vous
attaquez ont été lus , & approuvez
du Public ? Prévoyez vous
qu'il n'en fera pas ainfi de vôtre
Livre ? Il y a parmy le Pu
blic d'habiles , & d'honneftes
* Page 74.
154 MERCURE
gens , dont le difcernement eft
exact, & fait honneur à un Autheur.
C'est que vous avez pris le
Public , le Peuple pour la
mefme chofe. Tel eft l'effet de
voftre difcernement. Mais ce qu'il
ya defingulier dans vos manieres
dédaigneufes , c'est que pendant
que vous méprifez tout le
monde , vous vous reprefentez
vou -mefme comme un homme de
confequence. Cela paroift dés l'entrée
de voftre Preface , où vous
dites , pour juftifier l'employ de
quatre années , que vous avez
mifes à l'examen de ce qui concerne
la Baguette ; on peut
GALANT.
155
craindre un excés de curiofité
, lors qu'on confume bien
du temps , pour approfondir
des Secrets qui n'ont nul rapport
à nos devoirs. Il femble
que c'est un Prélat qui parles
Nos devoirs. Quoy que je ne
vous connoiffe pas , je doute que
vos devoirs ayent grand rapport
avec le bien public.
Quant au temps des Auteurs ,
vous le comptez pour rien . En
parlant d'un jeune homme parfaitement
bien élevé , & qui a
de belles connoiffances dans les
Mathématiques
& dans la
Phyfique , vous dites en raillant
}
156
MERCURE
fur un Systéme qu'il a fait du
mouvement de la Baguette ; * Il
vaut bien mieux que ces jeunes
gens qui fans fe nommer ,
font voir qu'ils font écoliers ,
fe
divertiffent à faire voltiger
des corpufcules , que s'ils paffoient
le tems à mêler des
Cartes , ou à rouler des Dez.
Vous ne trouvez donc rien à dire
qu'un jeune homme , donne dans
ce que vous appellez l'Illufion
des
Philofophes , qu'il per
de fon temps aprés un travail
qui tend , felon vous , * à au-
* Page 243.
* Page 188,
GALANT. 157
torifer des pratiques qui vont
à des abus confiderables
Qu'est donc devenu voftre zele
contre l'Illufion & les abus de
la Baguette ? Son usage eft , felon
vous , diablerie toute pure »
c'eft de la Magie la plus noire ;
cependant , pourveu que ce
jeune homme ne joue ny aux
Dez, ny aux Cartes , vous luy
permettrez de prendre party pour
la Baguette . Mais que jugeronsnous
de ce que vous dites à la fin
de voſtre Livre , * Que l'uſage
de la Baguette produit des
abus , qui font gémir les gens
Page 297..
158 MERCURE
de bien en plufieurs endroits
Pour moy ,je luy interdirois non
feulement les jeux de hafard ;
mais je luy deffendrois encore de
prouver que la Baguette tourne
naturellement , fi je croyois comme
vous , que c'est le Diable qui
la fait mouvoir. Il y a tant de
recreations honneftes pour un jeune
homme , où l'on peut lerenvoyer.
Il y a la Musique , le
Chant , les Inftruments , la Paume,
le Billard , les Echets . D'où
vous est donc venue l'idée des
Dez des Cartes ? Il me femble
qu . vous dites * aprés le Pere
* Page 204 .
GALANT. 159
Malebranche, que les efprits aque
nimaux vont d'ordinaire dans
les traces des idées , qui nous
font les plus familieres ;
la raison ,› pourquoy l'Auteur
de la Phyfique Occulte a trouvé
du magnétifme dans l'inclinaiſon
de la Baguette , c'est parce qu'il
avoit nouvellement compofe un
Traité de l'Aimant de Chartres
. Voyez un peu , comment
les traces , qui ne font pas bien
effacées, reviennent ? Vous avez
bien fait de nous en avertir. Je
me range avec vous , & pendant.
que noftre jeune homme fait voltiger
des Corpufcules , pluftoft
160 MERCURE
que de jouer aux Cartes , & aux
Dez, je vous écoute dire ; * attendons
que de nouvelles traces
effacent une partie de celles
, dont nous fommes remplis
, & qué n'eftant plus dominez
par une imagination
frapée , nous puiffions former
un jugement plus libre.
Mais , Monfieur , qu'entendez
vous par ces paroles, qui font
à la tefte de vostre premiere Lettre.
Les Phenomenes de la
Baguette qui font faux , ou
furnaturels? Que fignifie ce moti
* Page 205 .
* Page 66.
'GALANT . 161
furnaturels ?Jay tort de vous le
demander, puis que vous l'expliquez
fort fouvent dans votre
Livre. Vous voulez dire , que
c'eſt le Demon qui a part
l'ufage de la Baguette , & que
c'eft cet Efprit feducteur qui
la fait tourner. Certainement ,
je veux faire à mon tour , auffibien
que vous , des Reflexions
critiques ; vous allez voir fi
j'y entens quelque chofe . Fe commence
par dire ,
furnaturel ne peut convenir aux
oeuvres du Diable, & qu'il pour
roit bien eftre , que ceux à qui
vous reprochez de ne guere lire
May 1693.
que
le terme de
O
162 MERCURE
les Theologiens , en ont plus de
connoiffance que vous . Scachez
donc ,Monfieur , qu'il n'y a que
lEftre fouverain Auteur de la
Nature , qui puiffe faire quelque.
chofe de furnaturel . Le fçavant
Toftat , cap.17 . Exod . quæft . 10.
dit fort bien que nous ferions tout
ce que les Demons font de plus
merveilleux , fi nous connoiffions
auffi bien qu'eux la proprieté &
la force des caufes Phyfiques,
que tout ce qu'ils operent de furprenant
, n'a rien de furnaturel,
puis qu'ils ne l'executent qu'en
appliquant les chofes actives
aux paffives. Si vous ne sçavez
GALANT. ン
163
pas cela , vous n'eftes pas grand
Theologien, & je crains bien
que vous ne vous acquittiez tresmal
de la promeffe dont vous me
naceZ le Public à la fin de vo
fire Preface , où vous dites
1
!
que
vous donnerez en cas de befoin
, un Traité du difcernement
des effets naturels , d'avec
ceux qui ne le font pas .
Ce projet eft digne de vous . Que
de Libraires en campagne , pour
avoir un Ouvrage fi digne de la
curiofité de tout le Genre humain
! Mais parlons ferieufement
, vous n'y entendez rien .
Je vous dis encore un coup ›
O ij
164 MERCURE
1
que tout ce que les Demons
font, foit par eux- mefmes , foit
par le miniftere de tous les Magiciens
du monde , eft executé par
des voyes entierement naturelles.
Il faut mefme que Dieu prenne
des voyes extraordinaires
, pour
faire quelque chofe de furnaturel
; fi les operations de la
Magie font condamnées avec
tant de feverité , ce n'eft pas
parce qu'elles font furnaturelles
, mais c'est à cause qu'elles fe
font par
l'aide du Demon , avec
qui il eft défendu aux hommes
par la Loy de Dieu d'avoir aucun
commerce ; ce qui fait dire
GALANT. 165
à M Gaſſendi , que celuy- l'à
eft digne de mort , qui est convaincu
par les fuges d'avoir
cherché à faire alliance avec cet
implacable ennemy de noftre falut
. Ainfi, croyez- moy , gardez
voftre Traité du difcernement
des effets naturels d'avec ceux
qui ne le font pas. Il feroit
voir que vous avez peu de difcernement
>
› que vous n'estes ny
Philofophe
ny Theologien
, & que
vous eftes de ces grands Parleurs
dont la tefte eft un magazin
de plufieurs chofes mal
digerées , & qu'ils appliquent
ordinairement
de travers
. Je
166 MERCURE
vous renvoye › comme vous
voyez, ce que vous m'avez adreßé
affez mal à propos ; & ce
qu'il y a d'admirable, c'eſt qu'aprés
m'avoir dit une dureté pa- ,
reille , vous parlez de Sel attique.
De voftre vie vous n'avez
feeu ce que c'est que Sel attique.
Ne cherchez point à en relever le
gouft de vos Ecrits tâchezplûtoft
d'y mettre un peu de Sel de
prudence .
Puis que nous fommes fur la
Theologie , je voudrois bien fçavoir
fur quels principes vous reglez
votre Morale . Elle me
paroift un peu cavaliere. Vous
GALANT. 167
nous apprénez⋆ une avanture de
M' Expié aufujet de laBaguette,
dont il vous a , dites- vous , fait.
confidence. Cependant vous la
faites imprimer, & aprés cela
vous dites ; Je ne voudrois pas
pourtant publier ce fait , fi
M' Expié le trouvoit mauvais,
Il m'en avoit fait un
fecret , mais j'ay fceu qu'il
l'avoit dit à pluſieurs autres
perfonnes. C'est pourquoy,
je ne fais point de difficulté
de vous l'écrire. * En verité .
vous eftes un homme rare en fait
de fecret ! Doutez- vous que cet
*
Page 290.
* Page 292 .
168 MERCURE
homme ne trouve mauvais que
vous reveliez une chofe , fur quoy
il a exigé de vous le fecret ?
Quelle Morale vous a appris ,
queparce qu'il a confié peus eftre
la mefme choſe à quelques- uns de
fes Amis , vous soyez en droit de
violer la foy du fecret , & de luy
jouer un tour qui pourra lay faire
des affaires dans fon Pays ? Jay
bonte de vous redreſſer fur une
conduite ,
que
la Morale des.
Payens la plus corrompuë condamneroit.
Quoy qu'il en arrive
à M' Expié il eft certain que
le mouvement de la Baguette eft
purement naturel fur les eaux ,

GALANT. 169
fur les métaux. La faculté de
s'en fervir, eft un don de la nature
que les uns ont , & que les
autres n'ont pas. Jusque- là le
Demon n'y a rien à faire. Peuteftre
que ceux qui dirigent leur
intention , afin que la Baguette
tourne fur cecy , & non pas fur
cela , font une chofe mauvaife :
ou qui du moins ne paroift pas
fondéefur ce que nous fçavons de
la Phyfique, mais mille perfonnes
s'en fervent fans ce tour d'imagination
; pour montrer
mouvement de la Baguette cftun
pur ouvrage d'une cauſe phyſi
que , c'est que ceux quifçavent le
May 1693.
P
que
le
170 MERCURE
la
fecret de la direction
de l'intention
, ne sçauroient
s'en fervir ,
s'ils n'ont pas d'ailleurs
le mouvement
de la Baguette
. Cela eft
tellement
vray , que je fçay un
homme qui ayant appris ce fecret
en Italie , ne pouvant
l'employer
, parce que Baguette
ne luy tournoit pas , cherchoit
dans les Ecoles publiques
des Enfans
qui euffent ce don de la
nature , puis il leur apprenoit
ce manege de l'intention
. Ecrivez
tant qu'il vous plaira contre la
Baguette
; fi vous nefçavez pas
faire cette diftinction
, vous ne détruirez
pas les fyftemes
des PhiGALANT.
171
lofophes , mais vous combatttrez
vos propres illufions . L'Auteur de
la Phyfique Occulte a marqué
fort bien qu'il y a un ufage de la
Baguette naturel & innocent ,
& qu'il y en a un autre fuperftitieux
& criminel , il n'a rien
avancé que de parfaitement
conforme
au fentiment
de Mª l'Àbbé
Pirot
, Chancelier
de l'Eglife
,
& de l'Univerſité
de Paris
, que
vous
rapportez
. * Voicy
fes paroles.
Il pourroit
y avoir
quelque
fecret
naturel
qui
feroit
qu'-
une
Baguette
découvriroit
des
caux
, ou des metaux
, comme
* Page 59.
Pij
172 MERCURE
des Flamands ont découvert
à S. Denis une fource cachée ;
& il y a des gens qui découvrent
ainsi des eaux , de l'or ,
& de l'argent. L'Auteur de la
Phyfique occulte n'en dit pas
davantage.
Quant à la poursuite du Meurtrier
de Lyon , il n'y a rien là
de fi extraordinaire
. Voicy comme
en parle l'Auteur de la Phyfique
Occulte. Ce n'eſt pas
une chofe fi nouvelle , que
certains hommes foient d'un
temperament propre à avoir
des fenfations plus vives qu'on
Page 446 .
GALANT. 173
ne les a ordinairement . Cha
cun peut voir dans l'hiſtoire.
des Antilles , que les Negres
ont l'odorat fi fubtil , qu'ils
diftinguent les veftiges d'un
Negre , d'un Efpagnol, ou d'un
François , en fentant feulement
la place où ils ont marché
; & M' de la Mothe-le-
Vayer dit que lesGuides dont
on fe fert pour paffer les Mers
de fables , & les deferts d'Afrique,
trouvent les chemins
en flairant le terrain . Voftre
Traité du difcernement des effets
naturels d'avec ceux qui ne le
font pas , mettra fans doute de
Piij
174 MERCURE
Голь
la diablerie là dedans .
Mais à propos de la Phyfique
Occulte , eft- ce tout de bon ce
que vous en dites ? Le Public l'a
fort bien reçeuë , je ne
haiterois pas une meilleure fortune
à vos Reflexions critic
ques. Ceux qui nient tous les
faits , ne font pas de fon fentiment
; mais ils ne font pas non
plus du voftre , puis que vous
admettez les mefmes faits , qu'il
regarde comme veritables ; &
Supposé la verité des faits , fon
party fera plus gros qus le voftre,
où il n'entrera guere que des Vifionnaires
, & de mauvais PhyGALANT.
175
ficiens .Mais pourquoy critiquezvous
fon ftyle ? Il écrit mieux
que vous du moins les Connoiffeurs,
qui vous ont lus tous deux ,
y trouvent une difference mortifiante
pour vous. Vous voulez
faire l'habile homme , & vous
reprenez le mot d'inclinaiſon ,
qui est un terme consacré pour
fignifier le mouvement par lequel
une verge de fer aimantée s'abaiffe
au deffous de l'horifon en
deçà , au delà de l'Equateur.
Vous notez encore celuy d'infinuation
, que la Mecanique
employe pour marquer la force de
ce qu'on y appelle le principe
Piiij
176 MERCURE
déd'infinuation
. Vos Reflexions
critiques font voir que vous
n'entendez rien dans les beaux
Arts & que vous n'estes pas
propre à éclaircir les difficultez
de la Phyfique . Eft- ce ainsi que
vous vous y prenez , pour
truire les fyftêmes des Philofophes
? Ce n'est pas vostre talent.
ne fçay s'il vous convient
mieux de vouloir embellir voftre
ftyle des termes des Précieufes ,
d'employer fouvent le joly,
le joliment , & femblables termes
mignards .
Fe
Au refte , quelque mine méprifante
que vous affectiez de pren
GALANT. 177
dre , quad il s'agit de la Phyſique
Occulte , il y a pourtant
bien de l'apparence que vous n'en
avez pas fi méchante opinion
que vous dites. Vous attaquez
feul les buit ou neufautres Sy-
Stémes , & lorfque vous venez à
celuy de la Phyfique Occulte ,
vous n'ofez plus combattre feul.
On voit paroiftre fur le champ
de Bataille Arifte , Theodule
, & Ménalque qui font gens
d'expedition . Rien n'eft plus terrible
, fi on vous en croit , que
illuftres Affaillans , car vous
nous avertiffez qu'ils fçavent
ces
* Page 177 .
178 MERCURE
uous
fort bien l'usage de la Satyre
& de la Raillerie . * Voila de
braves gens . Vous vous eftes apparemment
choift de tels feconds
par gouft , & par inclination .
Cependant je trouve que ces
trois Meffieurs vous fecondent
affez mal. Ils paroiffent tout
d'un coup comme trois Carabins ,
qui tirent leur coup de Piſtolet ,
E puis qui fe retirent , fans
qu'on puiffe deviner , ni d'où ils
viennent , ni où ils s'en vont .
J'appelle un coup de Piftolet les
froides plaifanteries qu'ilsfontfur
le titre de Phyfique occulte.com
me s'ils n'avoient pu comprendre
* Page 192.
GALANT. 179
dans la preface que Phyfique occulte
fignifie les effets merveilleux
que la nature opere par
des caules infenfibles & inconnuës.
Ils égratignent encore quelques
endroits du Livre , mais
c'eftfi legerement qu'on peut dire
qu'ils en font demeuréz à une
fimple efcarmouche. Mais levons
le masque à Arifte , à Theodule
, & à Ménalque , nous trouverons
que c'est vous- même qui
vous estes la travesti pour un moment
, afin de dire fous ces noms
empruntez , ce que vous n'avez
pas voulu dire par vous - mefme .
C'est une Montre où vous paſſe
180
MERCURE
trois fois en revue , afin de groffir
le nombre de vos
Combattans;
à
l'imitation de ces
Officiers de
guerre , dont les Troupes ne font
point
complettes , & qui pour
profiter de quelques payes , font
paffer le même Soldat trois ou
quatre fois en revuë ; mais fi
dans ce bel Epiſode , dont vous
avez illustré voftre Livre , quelqu'un
de ces personnages dit des
chofes ridicules , cela ne retombet-
il pas fur l'Auteur de la Mafcarade
?
Pourquoy vofire Ariste faitil
là fi mal fon rôle ? Il fait pitiésilparoift
en matiere de Phy
GALANT. 181
fique un Soldat armé à la legere .
C'est un Ignorant qui veut faire
le bel efprit , & qui rit fans fens ,
fans raison. Voyons où eft le
mot pour rire ? Hà Ménalque
, dit-il , que cela eſt admirable
! Des Corpufcules qui
viennent dire qu'un homme
eft aux prises avec fon Hôte.
* Cela certainement eft admirable
; & Ménalque justement
Surpris de voir Ariste plaifanter
ridiculement là-deſſus , a raifon
de luy dire , vous en riez
Arifte. Car enfin en bonne Phyfique
, quand quelqu'un nous
parle , il ne s'applique pas ime
* Page 190,
182 MERCURE
mediatement à noftre oreille , pour
fe faire entendre ; & le fentiment
que fa parole forme dans
noftre oreille , eft produit par l'entremife
des corpufcules de l'air ,
mis en mouvement par
l'air que
pouffent les poumons de celuy qui
parle . Ah , Arifte , que cela eft
admirable des corpufcules
d'air qui vont dire à un hom .
me ce que dit un autre !
Mais , Monfieur, il me prend
envie de vous demander ce que
vous faifiez dans cette belle converfation
avec ces trois Meffieurs.
Apprenez moy un peu quel eftoit
là vostre perfonnage ; car vous
GALANT. 183
n'y dites pas un petit mot . Vous
nous avertißez feulement qu'Arifte
vous mena chez Théodule.
La converfation mefme
s'y échauffa ; il n'y a que vous ,.
quoy que penetre plus que perfonne
des defordres que fait la
Baguette , qui estès - làfroid comme
un Espagnol. A vous voir
remuer la tefte , fans jamais defferrer
les dents , on vous prendroit
pour une une Pagode de la Chine
; car je tiens pour conftant que
vous n'avez rien dit dans cette
brillante converfation. Si vous
aviez parlé , vous n'auriez pas
manqué de nous repeter les belles
is y
184 MERCURE
chofes , qui auroient efté de vos
tre façon . Vous n'estes pas homme
à vous oublier. Vous groſſiſſez
voftre Livre des beaux entretiens
que vous avez eus çà & là an
fujet de la Baguette. On vous y
voit parler avec des AbbeZ ,
avec des Chanoines , avec des
Officiaux , avec des , avec des gens d'efprits
avec Mademoiſelle
Öllivet , avec
la Fille de Martin Marchand
,
avec le fameux Devin Jacques
Aimar
; il n'y a qu'avec
Arifte ,
Ménalque
, & Théodule
, que
vous ne dites rien . Apparemment
qu'Arifte vous avoit mené chez
Theodule
, pour y écouter feuleGALANT
. 185
ment. Le bon party , Monfieur ,
qu'il vous avoit marqué ! On ne
Se repent guere de l'avoir pris ;
mais ce party ne vous plaistpas ,
&r c'est fans doute ce qui vous
fait dire avec chagrin; je fais
réfolution de ne me pas trouver
au mefme rendez vous.
En effet , Theodule est un homme
qui ne fçait pas vivre. Il devoit
faire les honneurs de fa maifon,
vous donner le bureau , du
moins pour quelques momens . Il
eft mefmefurprenant que ce Monfieur-
là n'ait pas efté curieux de
voir un plat de votre métier.Vous
estiez bien bastant pour eux .
May 16 93.
186 MERCURE
Menalque mefme eft un homme
qui a beaucoup de rapport avec
vous. Il roule il y a longtemps
aprés l'examen des effets
de la Baguette . On l'a vu dans
toutes les Bibliotheques de Paris
chercher des memoires fur cefujet
. Il a esté mesme à celle des
Peres Jefuites , quoy qu'il y ait
apparence qu'il les regale quelquefois
de faire le Pere Schott. Enfin ,
tout plein des belles experiences ,
aufquelles il a esté prefent , il dit ;
* J'ay vû la Baguette tourner
entre les mains de deux homcomme
vous venez
* Page 185.
GALANT. 187
mes fort gras , & d'une Fille
extremement maigre.... Elle
tourne à l'âge de dix ans comme
à celuy de foixante ; pendant
la maladie , comme dans
une parfaite fanté ; à jeun ,
auffi bien qu'aprés avoir mangé.
Il faut que ce Menalque ait,
donné, comme vous , du moins
quatre ou cinq ans à ces experiences
, pour en parler fi pofitivement.
Pourquoy donc gardezvous
le tacet parmy des gens
qui ont tant de Sympathie avec
vous ? Il est vray que ces trois
Meffieurs fe contentent d'examiner
les matieres fuperficiellement,
Qij
188 MERCURE
& qu'ils pouvoient craindre que
vous ne leur fiffiez perdre terre ,
fi vous vous eftiez mis une fois
à philofopher. Il n'y avoit rien
à apprehender pour eux de ce
cofté- là. Ils n'avoient pas lû voftre
Preface où vous declarez
que vous n'eftes pas dans le defd'approfondir
la matiere qui
fait la difpute , que cette voye
eft longue , & que vous vous
bornez à confiderer les circonftances
des faits , par lesquelles
on peut juger , fans beaucoup
philofopher , fi l'effet eſt naturel
, ou ne l'eft pas . Franchement
, vous eftiez l'homme
fein
GALANT. 189
qu'il falloit à Arifte , à Ménalque
, & à Théodule. Vous eftiez
faitpour eux. Mais eftes - vous
bien le fait du public , pour l'informer
à fond de ce qu'il doit
penferfurla Baguette ? Fen dou
te . Vous faites fagement de ne
vous pas engager à philofopher
beaucoup . Ce n'est pas auffi de
quoy on fe plaindra . Mais que
voulez- vous
-vous dire par Philofopher
fur les circonstances des
fairs ? Je vous comprens . C'est
que vous ramaſſez dans votre
Livre dix ou douze Relations
fur la Baguette ; & puis fans
beaucoup philofopher , vous
190 MERCURE
montre que ces faits ne font
point naturels. La metode eft admirable
. Il y a dans ces relations
des chofes outrées ; il y en a de
fauffes ; il y a des contradictions
manifeftes fur tout cela vous
pretendez pourtant décider ce qu'-
on doit juger de nosfyftemes. Il.
lufion. Vous pointillez , je vous
l'avonë , fur les differentes Relations
venues de Lyon ; mais vous
ne philofophez pas fur la nature
des effets conftans de la Baguette.
Il n'eft pas difficile de montrer
combien les hommes prennent aisément
des veuës differentes fur
une mefme avanture . Je ne m'éGALANT:
191
tonne plus fi vous avez compilé
fans aucune préference tout ce
qu'on a écrit de Lyon au fujet de
la Baguette. Vous trouvez votre
compte , fans beaucoup philofopher
, dans ce magazin de chofes
mal digerées , & que vous
appliquez de travers . Les Rela
tions les plus outrées vous accommodent
mefme mieux , parce qu'-
elles vous donnent un plus beau
jeu. C'est donc ainfi que , fans
beaucoup philofopher , vous
découvrez l'illufion des Philofophes
? Illufion.C'est donc par
là que vous vous érigez en redoutable
deftructeur des fyftê192
MERCURE
mes fur la Baguette ? Illufion ,
vifion , chimere. Il n'y a que des
moucherons qui fe prennent dans
vos toiles d'araignées ; & il n'y
aura que des dupes qui donneront
dans vos filets.
Il s'agit icy d'un petit avis ,
dont vous ferez tel cas qu'il vous
plaira. Le voicy. Vous ne gardez
pas affez la vray - femblance
dans vos fictions. Pensez - vous
que ce foit une chofe bien imaginée
, que coftre Lettre écrite de
Paris à un Chanoine de Grenoble
, pour l'inftruire de ce qui s'eft
paßé dans Grenoble mesme , &
de ce qu'il y peut apprendre
par
GALANT 193
* la
par Mademoiſelle Dufour, qui
fut prefente à tout , & qui eft
d'une memoire à qui rien n'échape.
Vous n'avez pas
memoire fi bonne. Il échape à la
voftre des chofes qui vous font
tomber dans des contradictions
affez groffieres. Vous dites *
qu'en fe fervant de la Baguette,
on a beau dire alors , je renonce
à tout pacte ; les paroles
font démenties par les actions.
Le Demon a fuffilamment
averty qu'il agiffoit dans
cette pratique ; il n'y faut jamais
recourir fi on abhorre
* Page 276.
May 1693.
* Page 262 .
R
194 MERCURE
fon commerce. Vous avancez
là deux chofes que vous démentez
toutes deux.
Premierement , vous nous aſſurez
que , quoy qu'on renonce au
Demon en fe fervant de la Bagueste,
cependant le Demon vient
la faire tourner , parce que les
paroles font démenties par les
actions. Pour moy, je vous aurois
cru fur voftre parole , fi vous
ne nous affuriez pas en d'autres
endroits , que Mademoiſelle Ollivet
, après avoir renoncé au pa-
Ete , & avoir fait fes devotions
avec vous , trouva la Baque
*
Page 279.
GALANT. 195
guette ne luy tournoit plus
fur des pieces de metal , &
n'apperceut plus le moindre
figne d'agitation . Que la Fille
de Martin Marchand
* ayant
renoncé de bon coeur au Demon ,
reconnut fans s'émouvoir que
la Baguette ne luy tournoit
plus. Que M le Prieur Barde,
& M de Pernan , Chanoine
aufquels la Baguette tournoit ,
aprés avoir prié le Seigneur de
faire ceffer ce mouvement
,
s'il n'eftoit pas naturel , virent
que la Baguette ne leur tourna
plus. Donc quand on renonce au
*
* Page 189 . * P. 290 .
Rij
196 MERCURE
pacte , le Demon , felon ces hif
toriettes , ne revient pas . Il fau
droit bien penser à ce que l'on
écrit ,fur tout quand on veut fe
faire imprimer.
Secondement , vous dites que ,
comme le Demon a fuffifamment
averti qu'il agiffoit dans
cette pratique, il n'y faut jamais
recourir , fi on abhorre
fon commerce. Soit ; mais pourquoydans
cette perfuafion où vous
eftes , avez- vous donc recours à
cette pratique ? Pourquoy donc
aprés le manege qu'ont fait ces
Meffieurs ces Demoiselles ,
quand vous les avez obligez de
GALANT. 197
renoncer à la Baguette , la leur
avez- vous remiſe vous - mefme
entre les mains ? Ils en avoient
abjure l'ufage pour jamais . N'étoit-
ce pas affez ; certain comme
vous eftes que le Diable prefide à
cette operation , & qu'il n'y faut
jamais recourir , fi on abborrefon
commerce ? Qui vous avoit aſſuré
que l'action ne démentiroit point
alors la parole , & que cet Esprit
feducteur ne viendroit point mouvoir
la Baguette , vous qu'il a
fuffisamment
averty qu'il agiffoit
dans cette pratique ? * Quel
deffein aviez vous ? Car file
* Page 262 .
R iij
198 MERCURE
renoncement au pacte ne chaffe
point le Demon , & qu'il faffife ,
felon vous , de prendre la Baguette
pour s'en fervir , afin qu'il
agiffe dans cette pratique , vous
ne pouviez rien éclaircir par là .
A bon donc tous ces exerciquoy
ces fi curieux , & aufquels il
ne faut jamais recourir , fi on
le commerce du abhorre
Diable?
Mais quand vous auriez pû
apprendre par ce moyen quelque
verité importante , est- il permis
de tenter Dieu ? Quels principes
de Theologie vous ont appris qu'-
on peut s'aſſurer d'une veritépar
GALANT. 199
une voye criminelle , & diabolique
? Car je ſuppoſe avec vous
maintenant que l'ufage de la Baguette
eft diabolique . Cependant
Auteur de la Phyfique occulte
vous a folidement prouvé
qu'on s'en peut fervir innocemment
& utilement. Que d'illufions
dans vos raifonnemens
, &
dans votre conduite ! Qui l'auroit
cru , Monfieur
, que vous
fuffiezhomme à tomber dans tant
de pauvretez vous qui vous
donnez fi fort la liberté de turlupiner
les gens? Il vous convient
bien vraiment
de prendre ces
airs là. Apprenez
que ce n'est
R iiij
2co MERCURE
point en turlupinant qu'on détruit
des fyftêmes , mais en philofophant
beaucoup , & que
vous pourriez bien employer
mieux vostre temps ailleurs,
dans une difpute , où vous n'entendez
certainement rien .Je finis
fans compliment , car ma Lettre
vous a peut-eftre déja paru longue
& ennuyeuse.
que
L'AVEUGLE COMIER S.
J'ay à vous apprendre une
nouvelle d'Alger , qui eft
affez curieufe. Un Vaiffeau
du Roy ayant enlevé une Ptife
à une Barque de cette Repu .
blique, & le Capitaine de cet-
L
GALANT. 201
te Birque ayant preffé plufieurs
fois M' le Maire , Conful
de France , d'aller au Palais
du Dey , dans la refolution
de luy faire une avanie ,
ce Conful s'informa fecretement
de l'Equipage , de tout
ce qui s'eftoit paffé en cette
occafion , afin d'eftre éclaircy
de la verité. Il apprit que ce
Capitaine avoit vendu la Prife
à Tunis , afin de fruftrer la
Republique des droits qu'ildevoit
pour la prise de cette
Barque . Deux Turcs & trois
Maures de l'Equipage s'offrirent
de foutenir & de prou202
MERCURE
ver ce qu'ils avançoient. M²
le Maire les mena au Palais
du Dey , devant lequel ils
déclarerent la verité d'une
maniere à l'empêcher d'en
douter. Le Dey envoya fur
l'heure prendre le Capitaine
par un Chaoux . Il fut amené
devant luy , & convaincu par
les cinq Témoins dont je
viens de vous parler , que lc
Vaiffeau du Roy ayant fceu
qu'il eftoit Algerien , luy
avoit auffi toft rendu la Prife
dont il s'agilloit . Ce Capitaine
fut mis entre les mains de
l'Aga de la Milice , & mené
GALANT.
20
5
dans fa Maiſon , où on luy fir
donner cinq cens coups de
bafton. Il fut auffitoft abandonné
de ceux qui estoient
dans fon party , ce qui fit dé
couvrir qu'il avoit tramé à
Tunis une Confpiration avec
Kara Mustapha , Ennemy de
la France . Ce Kara Mustapha
avoit efté Amiral d'Alger
& il l'eftoit alors de Tunis . IL
avoit gagné le Capitaine de la
Barque , & luy avoit donné
de l'argent , pour s'affurer de
quelques Seditieux , & les engager
à tuer Chaban , Dey
d'Alger , en la place duquel
104 MERCURE
ils devoient le mettre , fitoft
que leur entrepriſe auroit cu
l'effet qu'ils en attendoient.
Le Capitaine ayant eu la Queftion
pendant trois jours , déclara
quelques Complices de
la Confpiration, aprés quoy ne
pouvant plus refifter à la force
des tourmens , il fut étranglé.
On examine fes Complices
, qui ne doivent pas attendre
une autre fin , que celle
qui eft ordinaire aux Traiftres
, & aux Ufurpateurs .
La grace que le Roy a faite
aux Chevaliers Hofpitaliers
du Saint Efprit , en defunifGALANT.
205
CU
L
fant leurs biens qui avoient
efté unis à l'Ordre de Saint
Lazare , eft un effet trop éclatant
de fa juſtice & de la bonté,
pour ne les pas engager à
rendre publics les témoignages
de leur reconnoiffance .
C'est
pourquoy aufli toft
que M' Grandvoinet de Salins
, Preftre Religieux Profez
de l'Ordre Hoſpitalier du
Saint Efprit , Commandeur
de Stephanfpheld en Alface ,
& Deputé de fes Superieurs
pour les affaires de fon Ordre,
cut appris que l'Edit de Sa
Majefté eftoit enregistré au
206 MERCURE
Grand Confeil , & qu'il alloit
cftre publié , il écrivit des
Lettres Circulaires à tous fes
Confreres dans les Maifons
de fon Ordre , qui s'estoient
fouſtenuës, & n'avoient point
efté unies à celuy de Saint Lazare
, tant pour leur donner
avis de cette bonne nouvelle ,
que pour les inviter à remercier
Dieu d'une grace fi particuliere
, & à faire des Prieres
pour la Santé , & Profperné
du Roy , & de toute la Famille
Royale . Cela fut executé
peu de jours aprés , avec toute
la folemnité , & toute la
GALANT. 207
S
S
devotion poffible , particulierement
à Besançon & à Dole
en Franche - Comté , ainfi
qu'à Stephanfpheld , où l'on
chanta le Te Deum avec une
grande Meffe , & les Prieres
pour le Roy.Depuis ce tempslà
, le mefme Commandeur
deputé , cut l'honneur de remercier
Sa Majesté au nom de
tout fon Ordre. Il fut preſenté
par M ' le Marechal Duc de
Duras , Gouverneur de la
Franche - Comté .
Le Vendredy 15. de ce mois ,
M' le Maire , Profeffeur en
Humanitez à Saint Germain
208 MERCURE
en Laye , fit le Panegyrique de
Sa Majesté. C'eftoit le jour où
Elle entroir dans la cinquante
& uniéme année de fon Rc.
gne ,
fur quoy l'on peut dire
qu'un Regne fi long , marque
une abondance de Benedictions
du Ciel fur ce Prince.
Aprés avoir dit qu'on ne devoit
pas etre furpris que dans
un temps où il n'y avoit pref
que perfonne qui ne parlait de
fes grandes actions , & qui
n'admiraft fa Pieté , fa Va.
leur , fa Sageffe , & ſa Juſtice,
il fift paroiftre le zele qui eit
naturel à de fidelles Sujets ,
GALANT. 209
en prenant part à la joye publique
, & à l'hommage annuelque
la Ville & l'Univerfité
de Paris , ne manquoient
pas de luy rendre ce jour , il fit
connoiftre qu'il n'ignoroit
pas que le deffein de traiter
une fi noble matiere , furpaffoit
d'autant plus fes forces ,
que les perfonnes les plus éloquentes
eftoient incapables
d'y reuffir , mais qu'au moins
il fe flattoit qu'on ne condamneroit
point fes foibles
efforts à vouloir donner des
marques , & de la fidelité , &
de fa reconnoiffance . Le Por
May 1693.
S
210 MERCURE
trait du Roy fuivit cet Exorde.
Il le peignit pour le corps
Os humerofque Deo fimilis , &
dit enfuite que ce Monarque
avoit le coeur noble , l'ame belle
genereufe , l'efprit net , folide
vif, qu'il eftoit plein d'honneur
& de probité , estimant ceux
qui en ont , haiffant ceux qui en
manquent , gardant fa parole ,
avec une fidelité extreme
connoiffant , conftant dans le but
qu'il s'eft propoſe › liberal la
par
feule vue de faire du bien , pieux
fans timidité , modefte fans affectation
, fage fans inegalité , magnifique
fans fafte , jufle fans
,
reGALANT.
211
1
le
• Severité , tendre & bon fans foibleffe
, ferme fans dureté : ayant
toujours la mefme conduite , toujours
la mefme grandeur d'àme ,
toujours cette douce Majefté qui
infpire également l'amour
respect ; qu'il eftoit affable aux
Etrangers , qu'il aimoit tendrement
fes Sujets , qui de leur cofté
le regardoient comme leur veritable
Pere ; que lors qu'un honnefte
homme , de quelque condition
ou profeffion qu'il fuft, eftoit
affez heureux pour l'approcher ,
fon merite luy eftoit une recommandation
affurée pour parvenir
à la fortune , mais qu'il aimoit
Sij
212 MERCURE
qui
que l'on s'attachaft à fon devoir ?
qu'on le trompoit rarement deux
fois , &qu'on pouvoit dire fans
exagerer , que c'eftoit le Prince
de l'Univers qui fe connoiffoit le
mieux en phyfionomie ,
penetroit plus avant dans le coeur
de ceux qui luy parloient ; qu'il
joignoit à cette grande penetration
, un difcernement admirable
, une memoire prodigieufe , &
qu'il fçavoit la portée de l'efprit
de ceux qui l'approchoient . Qu'il
eftoit outre cela grand Capitaine,
brave , ayant le courage d'un
4
Soldat l'ame d'un Prince ,
intrepide dans le peril , infatigaGALANT.
213
,
ble &
laborieux à tout
entreprendre
, inépuifable dans les reffources
, impenetrable
dans fes deffeins
tres- clairvoyant
dans
ceux d'autruy, agiffant lors qu'il
paroiffoit le plus en repos , &
d'une prevoyance
incroyable
pour
l'avenir ; qu'il donnoit les ordres
auffi bien dans les Armées , que
dans les Confeils ; qu'il diſpoſoit
tout , affiftoit à tout , animoit tout
par fon autorité , par fes foins ,
par fes exemples, & que fon
Genie feul eftant capable de fuffire
à tout , la fource de fes Confeils
eftoit en luy- mefme ; qu'il
foutenoitfeul lepoids des affaires;
214 MERCURE
que c'eftoit à fon coeur & à for
efprit que nous devions tant de
grandsfuccez, & qu'ayant tout
enfemble la gloire du deffein , &
celle de l'execution , ce qu'il penfoit
n'avoit pas moins de grandeur
que ce qu'il faifoit.
Le 6. de ce mois , les Herauts
& le Roy d'Armes allerent
au Patlement , à la Chambre
des Comptes , & à la Cour
des Aides , avec M' le Marquis
de Blainville , Grand-
Maistre des Ceremonies ; à la
Cour des Monnoyes , à l'Ele .
Єtion , à l'Univerfité , au Chaftelet
, & à l'Hoftel de Ville ,
GALANT. 215
1 avec M' des Granges ,Maiftre
des Ceremonies , pour faire
faire par les Jurez Crieurs qui
les fuivoient , les proclamations
de la Pompe funebre
de Mademoiſelle d'Orleans .
Cette ceremonie commence
toujours par le Parlement , &
fe fait ainfi . Les Herauts entrent
d'abord dans la Grand'-
Chambre , veftus d'une grande
robe de drap noir avec leur
cotte d'armes, & s'approchent
prés du Barreau , puis ayant
fait leurs reverences accoutumées
, ils paffent au Barreau
où ils fe tiennent debout , mais
216 MERCURE
couverts. Le Grand - Maiftre
des Ceremonies entre, & aprés
avoir rendu la Lettre de Cachet
du Roy, il prend feance
avec les Confeillers . Un Commiffaire
de la Cour fait lecture
de la Lettre ; puis la Cour
ayant répondu , un Heraut dit
aux Jurez Cricurs qui fuivent,
de faire la proclamation
; &
aprés que les Cricurs ont fonné
leurs clochettes , l'un d'eux
s'avance proche du Barreau ,
& dit , Meffieurs , priez Dieu
pour l'ame de tres haute
puiffante Princeffe , &c. Il dit
le nom & toutes les qualitez ,
puis
tresGALANT.
217
puis il repete encore , priez
Dieu pour l'ame, &c . & ajoûte,
pour le repos de l'ame de laquelle
le Roy fait faire un Service folemnel
en l'Eglife Royale de
Saint Denis en France , un tel
jour à telle beure . Cette
proclamation faite , les He .
rauts & le Grand Maistre des
Ceremonies fe retirent , & en
font autant aux autres Compagnies.
Quand ces proclamations
eurent été faites
pour
Mademoiſelle d'Orleans , les
Herauts fe tranſporterent à
Saint Denis en France , pour
affifter aux Vefpres des Morts
May 1693.
T
218 MERCURE
qui y furent chantées le même
jour fur les quatre heures
aprés midy , par les Religieux
de cette Abbaye. Les Herauts
furent pofez par le Roy d'Armes
aux quatre coins & au devant
du Corps , & tous les
Officiers & toutes les Officicres
de cette Princeffe affifterent
à ces Vefpres . Le lendemain
matin, les Herauts ayant
efté pofez comme le jour précedent
, les Officiers & Officieres
de la Maifon de Mademoiſelle
d'Orleans furent placez
dans le Choeur par Mr des
Granges ; &fur les dix heures
GALANT. 219
D
du matin , les Compagnies,
que le Roy avoit faic inviter
cftant arrivées jufques à onze
heures & demie , furent auffi
placées par M' le Marquis de
Blainville, & M' des Granges .
Puis les Herauts s'eftant levez
d'auprés le Corps , aprés avoir
fait leurs reverences , s'en allerent
avec le Roy d'Armes
prendre Monfieur le Duc de .
Chartres, & Madame la Ducheffe
de Chartres , Monſieur
le Duc , & Mademoiselle,
Monfieur le Prince
Conty & Madame de
Guife , dans une mailon qui
*
de
1
Tij
220 MERCURE
eft au dehors de l'Abbaye , où
ils trouverent M le Marquis
de Blainville , Mr des Granges
& M Martinet , ce dernier
Aide des Ceremonies . Ils firent
marcher devant eux tous
les Pauvres mandians avec
chacun un flambeau de circ
blanche à la main . Enfuite
marcherent les Jurez Cricurs
avec leurs robes de drap noir,
un Ecuffon des Armes de la
Princeffe Défunte devant &
derrière , puis les Herauts , lc
Roy d'Armes , l'Aide , le Mai
ftre , & le Grand Maiſtre des
Ceremonies ; Monfieur le Duc
GALANT: 221
& Madame la Ducheffe de
Chartres , Monfieur le Duc
& Mademoiselle , Monfieur
le Prince de Conti , &
Madame de Guife . Ils entre
rent en cet ordre par la grande
porte de l'Eglife. Le
Choeur eftoit tendu jufques
aux croifées , & en quelques
endroits jufques aux voûtes
le tout de blanc , à la referve
de l'Autel & de la Chaire du
Prédicateur , qu'on avoit tendus
de velours noir , orné des
Armoiries de la Princeffe défunte
, brodées d'or ; il y avoit
auffi de grandes crépines d'or
Tiij
222 MERCURE
aux endroits de ces ornemens
où elles eftoient neceffaires .
La Corniche qui regne au deffus
des fieges des Religieux
eftoit ornée de bronze avec
des panneaux de marbre noir,
femez de larmes d'argent , &
l'on voyoit des teftes de mort
ailées fur les chapiteaux , qui
eftoient en cartouche , le tout
de bronze & de relief. Tous
les pilaftres portoient une corniche
de bronze dorée . La
frize eftoit de marbre noir ,
& enrichie de Fleurs de Lis ,
entre - laffées d'ornemens auffi
de bronze .
GALANT
223
Il y avoit dans les entredeux
des pilaftres , des panneaux
dont le fond eftoit
blanc femé d'hermine , bordée
d'une bande de fatin
'blanc , femée de Fleurs de Lis
d'or. Le milieu des panneaux
eftoit remply d'une Armoi-.
rie de la Princeffe , fort riche,
& d'environ neuf pieds de
haut. Toute cette architecture
avoit juſques à trente piede
de hauteur. La corniche qui
la portoit eftoit couronnée
d'un fronton de bronze, & de
marbre noir , bordée de deux
rangs de lumieres , & de pie-
Tiiij
224 MERCURE
deftaux , de mefme marbre, &
de meſme bronze , garnis de
vafes portant des lumieres Le
bas de cette mefme corniche
eftoit ornée d'un fecond lé
de fatin blanc fleurdelifé
d'or , avec une crépine d'or
au bas du ſatin , de quinze
pouces de haut . La Corniche
éftoit couronnée d'un
rang de lumieres , & faifoit le
tour du Choeur juſques à
l'Autel . On avoit fait un échafur
de chaque coſté du
Ohoeur , au delà de l'Autel ,
au deffus des Cloftures de la
grille , qui cftoient décorez
GALANT: 225
&
C
comme le reste du Choeur.
Ces échafaux contenoient environ
cinq cens perfonnes . Il
y en avoit un pareil à la Tribune
,
pour
Roy .
la Mufique du
La Nef eftoit tendue de
blanc avec un lé de fatin Aeurdelifé
d'or , & plufieurs Armoiries
de huit pieds de haut.
On voyoit au deffus de la
porte du Choeur dans la Nef,
trois grands Tableaux peints
en bronze dorée . Celuy du
milieu eftoit de quinze pieds
de haut fur dix de large , &
reprefentoit l'Ange tutelaire
226 MERCURE
de la Princeffe , qui luy tendoit
la main , pour l'aider à
fortir du tombeau , & de l'autre
il luy montroit l'immoritalité
dans une Gloire. Une
Mort paroiffoit au deffus de
cette Princeffe , & luy arrachoit
fa Couronne , & fon
Suaire , & ce qui luy reftoit
du monde. Les Armoiries de
la Princeffe défunte faifoient
les deux autres Tableaux , &
elles eftoient emportées , &
déchirées par des Morts.
Le Maufolée eftoit compofé
d'une eftrade avec quatre
efcaliers ornez de lumicGALANT.
227
res , & de Piedeftaux fur les
angles , fur chacun defquels
eftoient des Anges de bronze
dorée , portant d'une main
les rideaux d'un grand Pavillon
de trente pieds de hauteur;
ils eftoient blancs , fleurdelifez
d'or, & doublez d'hermine.
Ces Anges tenoient
de l'autre main chacun une
torche ardente . Entre ces Figures
eftoient des caffolettes,
qui portoient plufieurs lumieres
. Les Piedeftaux eftoient
ornez de bas - reliefs de bronze
, reprefentant la Charité ,
la Religion , la Picté , & la
228 MERCURE
Magnanimité . Le dehors du
Cercueil qui renfermoir le
corps de la Princeſſe , eftoit
de marbre noir , orné de Confoles
, d'Armoiries , & de Socles
de bronze dorée , & environné
de huit Candelabres.
Tout ce qui regarde cette
Pompe funebre eftoit du deffein
de M' Berrin , Deffinateur
du Cabinet du Roy , qui
avoit pris foin de le faire executer
luy mefme. Il eftoit difficile
de faire quelque chofe
qui paruft beaucoup avec une
Tenture blanche ; cependant
il avoit trouvé moyen de
GALANT.
229
le
0.
n
S.
[C
l'enrichir
d'ornemens , qui
faifant un
contrafte avec le
blanc , la
faifoient
beaucoup
paroiſtre
,
Les
Mandians
furent
rangez
des deux
coftez de la Néf, juf.
ques au Choeur
, & les Cricurs
.
eftant
reftez
dans la Nef , les
Heraults
reprirent
leurs places.
Les Princes & les Princef.
fes furent
conduits
aux leurs
par
Mr le Marquis
de Blainville
, & M
l'Archevefque
d'Auche
qui
officia , cftant
allé à
l'Autel avec le
Clergé,
les
Religieux
commencerent
au Choeur
le Libera
; il fut
230 MERCURE
repris par la Mufique du Roy,
qui acheva de chanter: pendant
la Meffe. A l'Offerte, les
Reverences accoûtumées furent
faites par le Roy d'Armes
, les Heraults , l'Aide , le
Maiftre , le grand Maiſtre des
Ceremonies , les Princes &.les
Princeffes ; puis l'Oraiſon Funebre
fut prononcée par Mr
l'Abbé Anfelme, La. Meffe
eſtant achevée , l'aſperſion
& les encenfemens fe firent
par les Evefques & les Archevefques
, aprés quoy
le
Roy
d'Armes fe leva de fa place , &
alla audevant du Corps , où
GALANT. 231
es
CS
ayant appellé les Officiers de
la Chambre de feu Mademoiſelle
d'Orleans , il leur dit
derendre les derniers devoirs
à leur Maiftreffe . Les Officiers
de la Chambre s'eftant appro
chez , & ayant monté fur l'Ef
trade pour prendre le Corps .
& le porter au Caveau , reveftus
chacun d'une grande Ef
charpe de Tafetas blanc , qui
paffoit de la droite à la gauche ,
leRoy d'Armes appella lesHeraults
d'Armes de France , &
leur dit de venir faire leurs
charges . Les Heraulçs citans
venus à luy , ils s'en allerent
232 MERCURE
enfemble au Caveau . Le Roy
d'Armes s'eftant pofé fur le
bord du cofté de l'Autel , les
Heraults le borderent d'un
cofté , & M' l'Archevefque
d'Auche qui avoit officié , &
M's les Evefques qui affiftoient
, reveftus de leurs Chapes
& la Mitre en teſte ,
borderent de l'autre. Le Corps
fut apporté & mis au Caveau ,
dans lequel entra le Herault
de Xaintonge pour y faire fa
charge . Le Roy d'Armes appella
le premier Maistre d'Hofel,
qui eftant venu à luy avec
fon Bafton , il le prit , le brifa,

le
GALANT. 233
& le donna au Herault de
Xaintonge qui l'alla porter
fur le Corps. Il appella enfuite
le premier Efcuyer , qui
cftant venu avec le Manteau
Royal , il le receut , le donna
au Herault de Xaintonge qui
lc porta auffi fur le Corps . Il
appella enfuite le Chevalier
d'honneur de la Princeffe deffunte,
qui eftant venu avec la
Couronne fur un Carreau de
Satin blanc couverte d'un
crefpe, il la receut & la donna
au Herault de Xaintonge ,
qui l'alla porter encore fur
le corps , & le Roy d'Armes
May 1693:
ν
234 MERCURE
ayant appellé le premier Maiftre
d'Hoftel , luy fit prononcer
ces paroles , Officiers &
Officieres de Mademoiselle. Vôtre
Maitreffe & la mienne est
morte , fa maison eft rompuë,
pourvoyons- nous. Enfuite le
Roy d'Armes dit , Tres - haute
tres-puißante Princeffe , ajoutant
les noms & les qualitez
de Mademoiſelle
) eft mor
te. Il repeta les mefmes chofes
encore une fois & dit ,
Prions Dieu pour fon ame . Los
Herauts & le Roy d'Armes
quitterent le Caveau , & allerent
reprendre les Princes &
GALANT. 235
Princeffes avec l'Aide , lc
Maistre , & le Grand Maiſtre
des Ceremonies , & les remenerent
dans l'ordre qu'ils eftoient
venus au logement
dans le dehors de l'Abbaye où
ils avoient efté les prendre.
On a écrit de Honfleur , que
les Echevins y'avoient fait fon
ner toutes les Cloches , fitoft
qu'ils curent appris la mort de
Mademoiſelle d'Orleans , qui
eftoitDame de leur Ville . Cela
fut continué jufqu'au 6. de ce
Mois qu'ils luy firent faire
un Service folemnel dans la
principale Eglife. Elle eftoit
Vij
236 MERCURE
tendue à double rang , ornée
d'Ecuffons , & dans le Choeur
un fuperbe Maufolée . Le Pere
Paſcal Capucin , l'un des plus
celebres Predicateurs de la
Province , prononça l'Oraifon
Funebre de cette Princeffe
avec beaucoup d'applaudiffement.
Vous dire
J'oubliay le mois paffé à
que Mr le Nonce
porta des Brefs du Pape à
Monfieur le Duc du Mayne ,
à Madame la Ducheffe fa
Femme , & à Monfieur le
Comte de Toulouze , & qu'il
en eut une fort longue Au-
"
GALANT. 237
J
dience. Il prit beaucoup de
plaifir dans la converſation de
ces deux Princes , & de cette
Princeffe . Les Princes luy rendirent
fa vifite , & ce Miniftre
de fa Sainteté fut de plus
en plus charmé de leur efpric
.
Il eft rare de trouver un merite
auffi generalement reconnu
, que celuy de M' de Catinat.
Les promptes fortunes
attirent presque toujours des
Jaloux , bien que ceux à qui
elles arrivent en foient trouvez
dignes , mais M ' de Carinat
a l'avantage d'avoir les
રે
228 MERCURE
fuffrages de tout le Public ,
& de voir qu'on luy rend
tout d'une voix la justice que
l'on ne rend quelque fois
qu'avec peine à d'autres , quoy
qu'elle leur foit legitimement
due. Sa modeftic eft fi grande
, que lors qu'il alla à Pigne
rol , aprés avoir efté honoré
du Bafton de Marechal de
France loin de permettre
qu'on luy fift une Entrée , il
ne voulut pas meſme fouffrir
que l'on tiraft le Canon . Je
vous envoye un Sonnet que
Mi de Launay , Offi cier d'Artillerie
à Chamberry , a fait à
GALANT. 239
1
la gloire de ce General.
I Lluftre,Catinat , dont la gloire eft certaine
Par l'eftime ' an Roy plus grand que
les Cefars ;
Heros , dont on entend dire de toutes
parts
Que Rome n'eut jamais un plus
grand Capitaine.
2.
Ton bras quirend par tout la refiftance
vaine ,
Sur Nice & Montmeillan planta nos
Etendarts.
A Stafarde on te vit dans les plus
grands hazards ,
Vaillant comme un Condé , Sage comme
un Turenne
240 MERCURE
25
Mais pourquoy m'engager en desfoins
Superflus ,
En loüant dans ces Vers tes fublimes
vertus ?
L'équité de LOVIS le fait mieux
que perfonne .
S
Pour prouver tes exploits à la Pofterité
,
Ne te fuffit-il pas que ce grand Roy
te donne
Un Bafton qui te porte à l'immortalité
?
Quoy que la médifance n'épargne
perfonne , il fera difficile
qu'elle attaque ce General
, du moins n'a - t- on pas vû
que jufques - icy elle ait ofé
f'enGALANT.
241
l'entreprendre. C'est ce qui
doit paroiftre fort rare , fi on
examine que la médiſance eſt
群une peſte qui a de coutume
de s'attacher au merite . Ceux
qui s'y fentent portez , & qui
fouhaitant de s'en corriger
n'en fçauroient venir à bout,
auffi bien que ceux qui craignent
de tomber dans un vice
fi honteux , doivenr lire un
Livre nouveau contre la Médifance
, qui fe vend chez le
S ' Dhoury , ruë S. Jacques ,
au Saint Efprit. Je croy que
pour peu qu'ils y veuillent faire
d'attention , ce defaut leur
May 1693.
X
242 MERCURE
paroiftra fi condamnable , &
fi indigne d'un honnefte
homme , qu'ils en auront de
l'horreur . Ils trouveront à la
fin du mefme Livre une defcription
du Médifant , felon
l'Ecriture Sainte , qui achevera
de les engager à rendre juftice
à leur Prochain , & les
empêchera de le déchirer.
Le 22. du mois paffé , l'Academie
de Soiffons , qui eft en
partie redevable de fon établiffement
aux bons offices
de feu M' Peliffon , voulant
témoigner la reconnoiffance
envers un Ami fi plein de
GALANT 243
J
merite & de generofité , fit
faire dans la Chapelle de l'Evefché
un Service folemnel
pour le repos de l'ame de ce
grand homme . La Meffe fut
celebrée par Mr l'Abbé de
Hericourt , Directeur de la
Compagnie , & chantée par
le Clergé du Seminaire , compofé
de plus de quarante Ecclefiaftiques.
Tous les Acade
miciens qui eftoient alors à la
Ville fe trouverent à cette
lugubre Ceremonie . S'il n'y
cut point d'Oraifon funebre,
ce que vous allez lire de M
de Bonnecorfe en pourra fervir.
X ij
244 MERCURE
A
D
MADEMOISELLE
DE SCUDERY.
' Un heroïque Ami ne plaignez
plus le fort,
Confolez- vous , Sapho , la raiſon le
demande.
Vous perdez Peliffon , & cette perte eft
grande ;
Mais qui ne perd pas en fa mort ?
Le Roy perd un Sujet fidelle ,
La Robe un Magiftrat exact , jufle &
prudent ,
L'Eglife , un Défenfeur ardent,
Rempli de pieté , de doctrine & de
zele.
Pour chanter les fameux Exploits
De LOVIS redouté fur ce vafte Hemisphere
,
GALANT. 245
De LOVIS le plus grand des
Rois ,
Peliffen valoit un Homere.
Il fut des doctes Saurs le plus cher
Nourriffon ,
Et la France feroit fans ceffe
La Mere du Sçavoir & de la Politeffe,
Si chaque fiecle avoit un Peliſſon .
Je vous ay déja parlé à fond
de la creation & inftitution
de l'Ordre Miliraire de Saint
Loüis . Ceux qui le devoient
remplir n'eftant pas encore
nommez , je ne pûs vous les
faire alors connoiftre. C'eft
mefme une chofe affez difficile
à faire aujourd'huy
, quoy
X iij
246 MERCURE
que la nomination foit faite ,
& que Paris foit remply des
Liftes des Officiers qu'il a plû
au Roy de nommer pour eftre
Officiers de ce nouvel Ordre .
Quand il s'agit de noms propres
, une Lifte n'a pas efté
copiée deux fois , qu'elle court
défigurée . Cependant celle
que je vous envoye eft affurément
des plus correctes . Vous
n'y trouverez aucune qualité
de Comtes & de Marquis ,
quoy que plufieurs ayent ce
titre . J'ay mieux aimé mettre
feulement leurs noms , que
de faire quelques Marquis ,
GALANT. 247
S
A
ou d'en dégrader quelques
autres . Du refte , les Grands-
Croix , & les Commandeurs
I font fi connus par eux- mêmes
& par leurs Emplois, qu'il
eft impoffible qu'on ne fçache
qui ils font , fi - toft qu'on lira
t leurs noms . Quant aux autres
moins connus , mais poutant
diftinguez parmy les Troupes,
il auroit efté tres-difficile de
marquer tous leurs Emplois.
Il y en a pourtant quelquesuns
, parce qu'eftant du même
nom , on croiroit que ce feroit
la mefme perfonne . Pour les
Officiers de Mer, il a efté plus
X iiij
248 MERCURE
aifé d'en tirer les noms " fur
l'état de la Marine , qu'il n'auroit
esté fur celuy des Troupes
du Roy , qui monte à
prés de cinq cens mille hommes.
Sa Majefté en recevant
les Grands-Croix , Commandeurs,&
Chevaliers, leur a fait
prefent des Croix . Celle des
Chevaliers eft un peu plus petite
que celle des Grands-
Croix , & des Commandeurs ;
il n'y a aucun autre changement.
Vous en pourrez voir
icy une Eftampe , que j'ay fait
graver exprés pour vous l'envoyer.
Ces Croix font d'or ,
GALANT. 249
D
t
émaillées de blanc , cantonnées
de Fleurs de Lis d'or ,
chargées d'un cofté d'un Saint
Louis cuiraffé d'or , & couvert
de fon Manteau royal ,
I tenant de fa droite une Cou
ronne de Laurier , & de la
gauche la Couronne d'épines
& les cloux en champ de gueules
, entouré d'une bordure
d'azur , avec ces lettres d'or ,
LUDOVICus
MAGNUS
INSTITUIT 1693 .
Et de l'autre cofté pour Devife,
une Epée nuë flamboyante
, la pointe pallée dans une
couronne de laurier , liée de
250 MERCURE
l'écharpe blanche , auffi en
champ de gueules, & bordée
comme l'autre , d'azur , avec
ces lettres d'or ,
BELLICA
VIRTUTIS
PREMIUM.
de
Ces Croix font tres - belles , &
bien
travaillées , &
quoy que
chargées de beaucoup
d'ouvrage
, & faites avec
précipitation
, tout s'y
diftingue ;
mais il ne part rien que
parfait de chez M' de Launay
, Orphévre du Roy.
GRANDS -
CROIX,
qui ontfix mille livres chacun .
M's de
Monchevreüil ,
GALANT 251
Chasteaurenaud .
C La Rabliere.
C Rivarol.
Vauban.
La Feüillée ,
Rozen .
Polaftron .
COMMANDEURS
qui ont 4000. liv . chacun .
Vatteville .
Saint Silvestre .
Davejan.
Maffot.
La
Grange.
Laubanic
.
Panetier , Chef d'Eſcadre.
Chamlay.
252 MERCURE
COMMANDEURS
qui ont 3000. liv. chacun.
Caftelas .
Prefchacq.
Darbon .
La Fouchardiere .
Calleja.
La Caze.
Du Luc , Capitaine de Galere.
Bellegarde.
Guillerville .
Fourille.
Dalou .
Laumont.
Des Alleurs .
Des Bordes.
GALANT. 253
Damblimont.
Bezons.
CHEVALIERS ,
qui ont 2000. liv. chacun .
Cougoulin .
De la Porte.
Bercourt,
De Vienne .
- Chevilly .
Harbouville .
La Foreft.
Machel .
Cadrieux .
La Haye .
Bellecroix.
Du Fort.
Luffan .
Chefs d'Efcadre.
$54 MERCURE
Valkier .
Vilmondor.
Rigouville.
Romainville .
Bolh.
Du Magnon , Chef d'Eſcadre .
Daugecourt
.
Du Puy- Vauban.
Crefpy.
DuBourg, Maréchal de Camp .
Refuge .
CHEVALIERS
,
qui ont isoo . liv. chacun .
De Pontis .
De Motheux.
Saint Alvere .
Lamorezan.
Capitaines
de
Vaiffeau
.
GALANT. 255
пр
Marfilly , Licut. aux Gardes.
Rozamel ,
Neuville-Beauvais .
La Faye.
Mennevillette
.
Cornelins .
Monroux .
Boulogne.
Marfilly , M. de C.
Le Chevalier de Saujon , Capitaine
de Vaiffeau .
La France .
Cheviré.
Chevalier.
Breffey .
La Trouffe.
Richeran .
256 MERCURE
Du Terrier.
Renier.
Montbas.
Salerne.
CHEVALIERS,
qui ont 1000. livres chacun.
D : Septeme.
De Saugers.
Bony .
De Louze.
Nonan .
Cantan .
De Bains .
Sanfon.
Saint Amadour.
Lanfac.
La Fitte .
Capitaines de
Vaificau.
GALANT. 257
Lurry ,
Rey.
Sicart , Capitaine de Fregate .
Boiveau .
Des Regards .
Dargouft .
Montigny.
1. D'hoüy.
Prufy.
Ferrand .
La Motte- Marfé .
Pradelle .
Ligny .
Deficux .
Des Alleurs , Capitaine de
Bourgogne .
Sainte - Fere.
May 1693 .
Y
258 MERCURE
Canau .
De la Treille , Capitaine de
Vaiffeau .
Beauffier Felix , Capitaine de
Vaiffeau.
La Mote .
Dugucla .
Bourtonne.
Moté.
La Chauvigniere.
Ricous.
Garand .
Valcroiffant.
Moiron.
La Grand' Maiſon.
La Neuville .
Du Bofc.
GALANT. 259.
Lapara.
De France .
S. Amadour .
Daligny .
Du Solier.
De Peruffis , Lieutenant de
Vaiffeau .
>
CHEVALIERS
qui ont 800. liv . chacun.
Cordes.
Senneville.
Guigueville.
Borelly.
Montenol.
La Roche.
Bondelot .
L'Etoile .
Y ij
260 MERCURE
Danjou.
Neuville , Lieutenant de Cavalerie
.
De Dais .
De Bar.
Blin Seignelay.
Planque.
Du Haget. A
La Combe.
Launay , Lieutenant Colonel
de Blaifois .
Du Gué .
La Caille .
Champly
.
La Pierre.
Martillac.
De Gouzoles .
GALANT 261
Befombes .
Gregoire.
De grand Fontaine . Capital-
De la Beaudiere. nesde
Vaiff.
De L'ifle.
De Fricambault .
• Le Roy a donné les Charges
de ce mefme Ordre , fçavoir.
JAM du Frefnoy, Premier
Commis de feu M de Lous
vois , & aujourd'huy de M
de Barbefieux , la Charge de
Treforier.
1
A M le Fevre , Controleur
des Baftimens du Roy , celle,
de Greffier.
262 MERCURE
AM' de Lapré, celle d'Huif
fier ou Prevoft .
Nous avons perdu depuis
peu de temps plufieurs perfonnes
confiderables de l'un
& de l'autre fexe , qui font .
-Claude de S. Simon , Duc
& Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur
des Chasteau , Ville &
Comté de Blaye , de Senlis ,
de Pont Saint Maixance , &
du Chafteau de Fefcam. Il
avoit efté premier Ecuyer du
feu Roy , dont il s'eftoit acquis
l'eftime & la bienveillance
par fes bonnes qualitez ,
GALANT. 263
I
Premier Gentilhomme de la
Chambre , & Grand Louve-
Stier , Gouverneur de Meulan,
&Capitaine des Chasteaux de
Saint Germain en Laye & de
Verfailles. Il eft mort âgé de
quatre-vinge fept ans , & le
plus ancien Chevalier de l'Or
dre du Saint Efprit
qu'il
avoit receu dans la promotion
de 1633. Mathieu de Rouvroy
S' du Pleffis & de Raffe, époufa
Marguerite de S. Simon ,
Soeur & Heritiere de Jacques
de S. Simon. De ce Mariage
vint Gilles de Rouvroy ou de
S. Simon, Pere d'un autre Gil264
MERCURE
les de S. Simon , qui fe figna
la à la Bataille de Patay en
Beauffe , à la prise de Meaux ,
& aux Sieges de Honfleur &
de Pontoife. C'eft de luy que
venoit Louis de S. Simon ,
S' du Pleffis & de Raffe , qui
laiffa de Deniſe de la Fontaine
fa Femme , Claude de S. Simon
, dont je vous apprens la
mort. Feu Mr le Duc de S. Simon
époufa en premieres Noces
en 1644. Diane Henriette
de Budos, Marquise de Portes,
Fille unique & Heritiere
d'Antoine Hercule de Budos,
Marquis de Portes , Chevalier
des
GALANT: 265
des Ordres du Roy , & Vice
Amiral de France. Elle mou
rut à Paris le 2. Novembre
1670. en fa quarantiéme année
, & le 12 Octobre 1672.
il prit une feconde alliance
avec Charlotte deLaubefpine,
Fille ainée de François , Marquis
de Hauterive , Gouverneur
de Breda , & d'Eleonor
de Volvite Marquife de Ruffec
, & il en la cu Louis Marquis
de S. Simon , Vidame de
Chartres , à qui Sa Majesté a
accordé le Gouvernement de
Senlis , de Pont Sainte Maixance
& de Fefcamp . Il avoit
May 1693.
Z
266 MERCURE
cu de fon premier Mariage un
Fils mort jeune , une Fille
Religieufe , & Gabrielle Loüife
de S. Simon , Marquise de
Portes , mariée en 1663. avec
Henri Albert de Coffé , Duc
de Briffac , Pair de France , &
morte depuis peu d'années ,
fans avoir laiffé d'Enfans.
Dame Yolande de la Tre.
moille , Veuve de M' le Marquis
de Royan. Il y avoit dix
huit mois qu'elle eftoit combée
dans une espece de langueur
, par une maladie , qui
Tuy a fait fouffrir d'extremes
douleurs . Elle s'eft preparéc
GALANT . 267
1 la mort par des Confeffions
reiterées , ayant receu plufieurs
fois la Communion
pendant
un mal fi cruel , avec toute
la foumiffion aux ordres de
Dicu, quel'on pouvoit fouhaiter
d'une bonne & veritable
Chreftienne. Son Corps a cfté
porté dans l'Eglife des Cele-
-ftins où eft leTombeau de Mrs
de Noirmontier. Elle estoit
Fille du feu Duc de ce nom
Pair de France , & avoit épousé
M' le Marquis de Royan ,
Frere de MT le Comte d'Olonne
, de la mefme Maiſon
de la Tremoille . De ce Marias
} Zij
268 MERCURE
ge font fortis plufieurs Fils &
Filles , dont il ne refte
aujourd'huy que Mademoifelle
de Royan , qui eft dans
l'Abbaye du Pont aux Dames ,
dont Madame fa Tante cft
Abbeſſe . Elle eſt fort jeune , &
a toujours efté clevée comme
une Fille de fa qualité dans
toute la vertu imaginable .
C'eft une des plus riches Heritieres
du Royaume , & on
ne doit point douter qu'elle
ne foit recherchée d'autant
plusique fes grands biens font
accompagnez d'une haiffance
tres Illuftre eftant de la MaiGALANT
269
3
}
fon de la Tremoille du cofté
Paternel & Maternel , dans
laquelle il n'y a rien que
de grand . Mademoifelle de
Royan eft Niece d'Alexandre
François de la Tremoille ,
Duc de Noirmontier, de Marie
- Anne de la Tremoille
qui a époufé M le Duc de
Bracciano , de l'Illuftre Maifon
des Urfins , & de Maric
Angelique de la Tremoille ,
mariée à Rome à M le Duc
de Lenti de la Maifon de la
Rovere, qui a donné pluſieurs
Papes & un grand nombre de
Cardinaux . Madame la Du-
Z iij
270 MERCURE
cheffe de Bracciano , qui fe
trouve depuis quelques années
à la Cour, donnera beaucoup
de luftre à cette jeune
Heritiere , ayant un merite
fingulier , & reconnu tel dans
toutes les Cours de l'Europe .
Meffire Louis de Rechigne-
Voifin de Guron . Il cftoit
Evefque de Comminge , &
avoit cfté auparavant Evefque
de Tulle.
Meffire Henry Guillaume
le Jay , Evefque de Cahors . Il
avoit cfté Aumonier , & en
fuite Maiftre de laChapelle de
Son Alteffe Royale Monfieur .
GALANT 271
Ce Prelat eftoit Fils de feu
M le Jay , de la Maiſon rouge
, Maistre des Requeftes ,
& petit Neveu de Nicolas le
Jay , qui ayant efté Procureur
du Roy au Chaftelet , puis
Lieutenant Civil , & Prefi .
dent à Mortier au Parlement
de Paris pendant dix - fept ans,
Y fut nommé premier Prefi-..
dent en 1630. aprés la mort de
M'de Champigny . Il mourut
en 1640. fort eftimé par fa
probité , par fa prudence , &
Ipar fon amour pour les Lettres
& pour les Sçavans . La
Famille des le Jay est une an-
Z
iiij
272 MERCURE
cienne Famille de Paris , qui a
efté feconde en grands hommes
. Jean le Jay , Prefident en
1344 en la Chambre des Enquestes
, épouſa la Soeur de
Jean des Dormans , Cardinal ,
Evefque de Beauvais , Chancelier
de France , & Nicolas
le Jay , Secretaire du Roy &
Maitre des Comptes , fut
choifi par le Roy François I.
pour aller avec le Connetable
de Montmorency , & quelques
autres Seigneurs , recevoir
l'Empereur Charles - Quint fur
les Frontieres du Royaume , &
pour l'accompagner jufque
GALANT. 273
T
dans les Etats de Flandre .
Mr l'Abbé Longuet. Il
eftoit Parent de Madame la
Chanceliere le Tellier. M
l'Archevefque de Reims a
donné une de fes Abbayes à
M' l'Abbé de Langlée .
DameMarie Decouleur. Elle
eftoit Veuve de Meffire Jacques
Charreton , Seigneur de
la Terriere , Maiftre des Requeftes
, & Confeiller d'Eſtat
Ordinaire , & Fille de Claude
Decouleur, Vicomte d'Arnas ,
Maistre d'Hoftel du Roy , &
de Marie de Noirat de Rouville
. Cette famille eft fort
274 MERCURE
diftinguée . Elle eft originaire
de la Ville de Lyon , & alliée
à celles de Befins , de Langallerie
, Palerne , la Tour- Vidaud
, Pufignan , de Brancas ,
de Rouffelet , Aukreia & plufieurs
autres. Madame de la
Terriere eftoit une Dame d'une
vertu , & d'une pieté exemplaire
, & dont le feul nom
fuffit pour fon éloge. Il ya plu
fieurs années qu'elle étoit veuve
de M' de la Terriere , dont
elle avoit cu M le Marquis
& M' l'Abbé de la Terriere ,
M' l'Abbé de Marcheroux ,
feue Madame la Marquise de
GALANT. 275
Chepy , & trois Filles Religieufes
au Convent de Sainte
Marie de Villefranche en
Beaujolois , dont l'une y eft
morte en odeur de Sainteté ,'
ayant la qualité de Superieure .
Je ne vous dis rien de la Fa
mille des Charreton , dont je
vous ay plufieurs fois entretenuë
dans mes Lettres .
Mcffice Nicolas Goureau ,
Seigneur de la Prouftiere.
Il eftoit Doyen de la Cour
des Aides & recommandable
par fa grande bonpar
fon application à
rendre la justice , & par la
té •
>
276 MERCURE
capacité . Ce nom eft affez
connu , fans qu'il foit beſoin
de vous dire que fa naiffance
eftoit auffi diftinguée que fon
merite . Cette Famille , origi
naire de la Franche Comté ,
s'effant établie en Bretagne
,
& enfuite en Anjou , eft une
des plus nobles & des plus anciennes
de ce Pays - là . Elle a
produit plufieurs grands Perfonnages
, qui fe font fignalez
en divers Emplois d'Epée
ou de Robe . Entre les autres,
Philippes Gourreau , Seigneur
de la Prouftiere , Baron de
Piédevault & de la RocheGALANT
277
Poullain , Maistre des Requeftes
& Doyen du Confeil dans
le dernier fiecle, dont tous les
Historiens François font une
fi honorable mention, fut em-
·
ployé dans les Negociations
les plus importantes de l'Etat.
Feu M Gourreau , Doyen de
la Cour des Aides , eft mort
âgé de foixante & dix fept
ans , & laiffe deux Fils ; fçavoir
, Meffire François Gourreau
, Seigneur de la Prouftiere,
Confeiller en la Grand ' Chambre
du Parlement , & ancien
Prefident aux Enquestes, & Mr
l'Abbé de la Prouftiere,Prieur

278 MERCURE
de Vitré en
Bretagne.
Meffire Armand- Augufte
Langlois de Blacfort , Abbé
de S. André de Meimac , &
Aumônier de feu Madame la
Dauphine , Fils de M Langlois
, Maiftre d'Hoftel du
Roy . Il avoit efté Abbé à l'âge
de onze ans , Chanoine de
la Sainre Chapelle à quatorze,
& Aumônier de Madame la
Dauphine à dix fept. Il cft
mort dans fa trente- uniéme
année , ayant cfté deputé du
Clergé de France dans les Affemblées
de 1685. & 1699. où
il s'acquit l'eftime de tous
GALANT. 279
les Prelats & Abbez dont elles
eftoient compofées. Mr
l'Archevefque de Paris , qui
connoift parfaitement la capacité
de ceux qu'il choifit , le
nomma pour un des Confeillers
de la Chambre Ecclefiaftique
, & le chargea de plu
ficurs commiffions , dont il
s'acquitta avec une approbation
generale. Les fonctions
de fes emplois dans le Clergé
n'empêchoient pas qu'il ne
s'appliquaft à l'étude & à la
Prédication , où il fe feroit
diftingué , s'il n'eftoit mort
dans un âge, où l'on peut di280
MERCURE
re en quelque façon , qu'il
commençoit feulement à vivie
I eftoit officicux ; Ami
auffi fidelle que feur , & perfonne
n'avoit plus de probité
que luy , plus de droiture de
coeur , plus de fincerité & de
politeffe . Son Frere ainé, Sous-
Lieutenant aux Gardes , fut
tué au Siege de Matric en
1673. Il avoit avoit ofté bleffé
au Siege de Candie , à l'âge de
dix.fept ans .
Mr l'Abbé de Baradas. Il
avoit l'Abbaye de Silli en Bretagne
, qui est une tres- belle
Abbaye . L'honneur particu
GALANT. 281
Elier
"
lier que MF de Baradas , fon
Pere , a receu , ayant poffedé
les bonnes graces du feu Roy,
a fort relevé cette Famille par
les Charges qu'elle a cuës dans
l'Eglife & dans l'Etat. Elle a
donné un Evefque de Noyon,
& une Abbeffe du Pont-aux
fo Dames.
C el Le Jeudy 14 de ce mois ,
Meffieurs de l'Academie Françoife
chofirent Mr l'Abbé Bignon
, & Mr de la Bruyere ,
Auteur du Livre intitulé Cal
racteres de Theophrafte , comme
C de dignes Sujets , pour eftre
propofez à Sa Majesté , fi Elle
May 1693.
A a
282 MERCURE
les agréoit pour remplir les
places de M' le Comte de Buffi
Rabutin , & de M. l'Abbé de
la Chambre. Le Roy ayant
témoigné qu'ils luy cftoient
agreables, la Compagnie paffa
au fecond fcrutin le Samedy
23. & ils furent admis par tous
les fuffrages . Je vous en parleray
plus amplement le mois
prochain , aprés qu'ils auront
cfté receus. L'Academic Françoife
a beaucoup perdu dans
les quatre premiers mois de
cette année . M ' l'Abbé de la
Mothe - Fenelon a fuccedé à
M' Peliffon depuis deux mois ,
GALANT. 283
I
U
1
comme je vous l'ay mandé ',
& outre les deux autres places
qui viennent d'eftre remplies,
il y en a une quatriéme vacante
par la mort de Meffire François
Tallemant , Abbé du Val-
Chreftien , arrivée le 6. de ce
mois . C'eftoit un homme zelé
& officieux pour fes Amis ,
d'un commercé ailé , & qui
joignoit à une grande Litterature
beaucoup de douceur
& de politeffe. Il avoit cfté
vingt - quatre ans Aumônier
du Roy , & il fut enfuite premier
Aumônier de Madame .
La parfaite connoiffance qu'il
A a ij
284 MERCURE
avoit de la Langue Grecque
luy fit entreprendre la Traduction
des Vies des Hommes
Illuftres de Plutarque. Cet Ouvrage
a eu l'approbation de
tous les Sçavans , & vous n'en
douterez point quand vous
fçaurez qu'il s'en eft fait fept
Editions . Il a auffi traduit de
I'Italien l'Hiftoire de Venife
du Procurateur Nani , qui luy
en a témoigné beaucoup de
fatisfaction , par des Lettres
pleines d'eftime & de reconnoiffance.
Il fçavoit encore
parfaitement
l'Espagnol &
l'Anglois , & fa grande crudiGALANT:
285
12
TIS
"
tion attiroit chez luy toutes
les femaines à certains jours
quantité de gens de Lettres ,
qui apprenoient toujours quel
que chofe dans fa Converfafation
. Ilacftoit Frere de M'
Derreaux , qui mourut fur la
fin de l'année derniere , & de
Madame la Comteffe de Ruvigni
. Il eftoit auffit Coufin
germain de feu Madame
d'Harambare , fi eftimée.
tant qu'elle a vefcu, de toutes
les perfonnes d'efprit , Soeur
de feu M Tallemand Maiftre
des Requeftes , qui s'eft acquité
avec tant , d'éclat & de
286 MERCURE
fatisfaction du Roy & des
Peuples , des Intendances qui
luy ont efté données. C'eftoit
le Pere de M ' l'Abbé Tallemant
, Intendant des Devifes
& Infcriptions des Edifices
Royaux, qui remplit fibien fa
place dans l'Academie Françoiſe.
Celuy dont je vous parle
en eft mort le Sous Doyen.
L'Abbaye du Val Chreftien ,
dont il jouiffoir , eftant dans
l'appanage de Monfieur , ce
Prince l'a donnée à M' l'Abbé
de Magenville, Chantre de
Saint Honoré , Docteur de
Sorbonne , & Fils de M' de
GALANT. 287
Magenville , Treforier des
Baſtimens du Roy , & de la
Maiſon de Son Alteffe Royale.
Ona cu nouvelle que Mef
fire François de Paule le Rebours
, Seigneur de Chauffi
& de la Fontaine , Prevoft
Royal & Juge de Police d'Orleans
, y eft mort le 15. de ce
mois , dans fa foixante & deuxiéme
année. Il fut inhumé le
16. dans l'Eglife de S. Hilaire
de la meſme Ville . Le Convoy
eftoit compofé de tout ce qui
marque un grand deüil . Tous
les Corps de la Juſtice
is.
y
affifterent
, & M' l'Abbé Gouffet
de S. Mcfmin prononça l'O288
MERCURE
raiſon funebre avec beaucoup
d'applaudiffement. Il eft regterté
de tout le Pays . C'eftoit
un Juge integre , incapable
de prévention
> laborieux ,
charitable , defintereffé , &
ennemy des Novations . On a
obfervé que le jour de fon
enterrement faifoit datte
pour
datte la trente- neuviéme année
de fon inſtallation ; fon
merite luy avoir fait obtenir
difpenfe d'âge.Il a fait quantité
de legs confiderables.M ' de
Coiflin , Evefque d'Orleans ,
cft Executeur de fon Teftament.
Il laiffe de grands biens ,
&
IC
114
20
O
MU
75
F.Ertinger

GALANT. 289
& une Charge confiderable à
remplir ; il la tenoit fur le
pied de quarante trois mille
écus. Il avoit de grandes alliances
dans la Robe , particulierement
Mt de Bailleul ,
Prefident à Mortier. M' le
Rebours , Maistre des Requeftes
, & Prefident au Grand-
Confeil , eftoit fon Bifayeul .
Germain le Rebours eftoit
Prevost & Juge de Police
d'Orleans il y a cent vingtquatre
ans. Il portoit de gueu
les aux fept Lozanges d'argent.
Mr le Marquis de Bouflers
eft mort auffi depuis quelques
May 1693.
Bb
290 MERCURE
jours . Il eftoit Colonel du
Regiment de Bouflers , & Ne .
yeu du Maréchal de ce nom.
M'de Bouflers fon Pere , qui
cft morr il y a déja plufieurs
années , avoit épousé Made .
moifelle de Guenegault , Fille
de M' de Guenegault , Secretaire
d'Etat , qui avoit le dé .
partement de la Maifon du
Roy, & Niece de M ' de Gucnegault
, Treforier de l'Epargnc.
+ M' Teftu eft mort encore
depuis quinze jours. Il eftoit
Contrôleur General de la
Maiſon de Monfieur , Frere
GALANT. 291
de Mr Teſtu , cy- devant Treforier
des Parties Cafuelles, &
de M l'Abbé Teftu Mauroy,
de
l'Academie Françoife . Son
Altelle Royale , pour marque
de l'estime qu'Elle avoit pour
luy , a donné la Charge de
Contrôleur General à M' Tubeuf,
fon Gendre .
Vous
m'avez
marqué que
vous aviez leû avec
plaifir la
Traduction en Vers des Satyres
de Juvenal, qui nous a cité
donnée
depuis
deux ans avec
des Notes auffi
curieufes que
fçavantes
. M' de Silvecane
,
Bbij
292 MERCURE
Prefident en la Cour des Monnoyes
, qui en eft l'Auteur ,
voulu priver le public n'a pas
de voir les Satyres de Perfe ,
traduites auffi en Vers , & enrichies
de femblables Notes..
Cette fecondité dans un Magiftrat
, qui au milieu de fes
grandes occupations , trouve
encore du temps à donner à
la Poëfie, fait bien connoiſtre
que ce talent luy eft naturel ,
& que ce qui feroit un travail
penible pour un autre , n'eſt
qu'un fimple divertiſſement
pour luy. Cette nouvelle Tra
duction en Vers des Satyres de
GALANT. 293
1
1.
er
Perfea efté imprimée à Lyon ,
& fe vend chez le St Michel
Brunet , Libraire au Palais ,
qui debite auffi une Hiſtoriette
du temps , intitulée la Princeffe
Agathonice.
Comme je fçay que vous
aimez à rencontrer dans mes
Lettres des preuves de l'atta--
chement fincere , & fi on ofc
dire de la vraye paffion que
tous les Sujets du Roy ont
pour ce Prince , particulierement
ceux d'entre eux qui ont
l'honneur de l'approcher de
1 plus prés , & de le voir plus
fouvent , j'en ay une à vous
Bb iij
294 MERCURE
apprendre aujourd'huy qui eft
finguliere. Mr le Noftre , cet
homme connu de toute la
terre pour avoir paffé l'antiquité
, & pour eftre beaucoup
au- deffus de la portée de ceux
qui le fuivront , dans la magnificence
des Jardins , & l'embelliffement
des Fontaines ,
jufques à avoir paffé celles
d'Italic , fi curieux & fi delicat
dans le choix de tout ce
qui part de la main des grands
Hommes , & plus diftingué
les bontez que Sa encore par
Majefté a toûjours euës pour
luy, & parlajuftice qu'Elle a
GALANT. 295
toujours renduë à fon merite,
a crû ne pouvoir rien ajoûter
au plaifir qu'il s'eſt donné
toure fa vie d'enrichir un des
plusbeaux Cabinets du monde
, qu'en priant le Roy de
vouloir fouffrir qu'il luy en
fift prefent. Sa Majeſté a bien
voulu l'accepter ces jours paffez
, & remercia Mr le Noftre
d'un Prefent fi magnifique
eftant également furprife qu'-
un Particulier cuft pû affembler
des pieces fi rares ,
qu'il voulut renoncer , pour
le luy donner , à ce qui a toujours
fait tout fon plaifir. Ce
Bb iiij
&
296 MERCURE
Cabinet eftoit compofé d'an
ciens Originaux des plus
grands Peintres d'Italie , parmi
lefquels eft une Creation
de l'homme , duDominiquain,
d'un effort de Peinture inimitable
; d'un grand nombre de
Bronzes , Porcelaines , & Figures
de Marbre . Le Roy ,
aprés s'eftre donné le plaifir
de laiffer admirer ces pieces a
toute la Cour , les a fait placer
dans la petite Galerie de
Appartement , où elles
n'ont rien perdu de leur beauté
, pour le trouver mélées
avec ce qu'il y a de plus rare
fon
GALANT. -297
1
& de plus achevé dans l'Europe
.
L'Article que vous allez li
re merite auffi de trouver icy
fa place , & il m'arrive rarement
de vous entretenir de
parcils . Mr le Marquis de
Vins ayant efté reçu depuis
peu Capitaine - Lieutenant de
la Compagnie des Moufquetaires
,› que commandoit feu
M' de Jauvelle , s'eft acquis
un peu avant que de partir
pour l'ouverture de la Campagne
, l'eftime generale , &
l'admiration de tout ce Corps.
Non feulement il fit prefent
298 MERCURE
d'une Tente à chaque Moufquetaire
, mais il offrit une
fomme d'argent affez confiderable
pour partager entre ceux
qui en pouvoient manquer
,
& pria les Moufquetaires
de cette Compagnie
qui en
avoient befoin , de faire
écrire leurs noms . De trois
cens , il s'en prefenta environ
trente , & ils toucherent
l'argent propofé. Il
n'y a perfonne à qui il ne
puiffe arriver de fe trouver
dans quelque embarras , faute
d'eftre payé de ceux qui luy
doivent , & quand on eft fort
GALANT. 299
éloigné de chez foy , ou malheureufement
engagé dans
des procez , ou que les faifons
derangées ont empêché la fertilité
de la terre , le plus honnefte
homme , & le plus de
I qualité , n'a pas toujours de
l'argent comptant de refte.
M' le Marquis de Caftries
vient d'époufei Mademoiſelle
de Mortemar. Il eft Fils de
1 René Gafpard de la Croix ,
Marquis de Caſtries en Languedoc
, Baron des Etats de
cette Province , Gouverneur
de Montpellier & de Sommieres
, Commandeur des Or
300 MERCURE
dres du Roy , & fon Lieute
nant General au Gouvernement
de Languedoc , & d'Elizabeth
de Bonzi , Soeur de
Mi le Cardinal de Bonzi Archevefque
de Narbonne . Ce
jeune Marquis a cité nommé
dans la derniere Promotion ,
Marechal des Camps & Armées
du Roy , & avoit cfté
fait Brigadier il y a quelques
années, aprés une retraite auffi
prudente que glorieufe , &
qui fauva un grand Corps de
Troupes au Roy. Mademoifelle
de Mortemar eft Fille
de feu M' le Marechal Duc
GALANT. 301
d
101
on
Ar
E
2
de Vivonne , Viceroy de
Sicile , General des Galeres
de France , & Niece de Madame
de Monteſpan Sur-
Intendante de la Maifon
de la feuë Reine . La Maifon
de Mortemar Roche
chouard , eft fi illuftre , &
j'aurois tant de chofes à vous
en dire , que je ne vous repete
point ce que je vous en ay
fouvent écrit. Mademoiſelle
de Mortemar a beaucoup de
merite & d'efprit . La ceremonie
de ce Mariage s'eft faire
dans l'Eglife des Filles de S
Jofeph par M' le Cardinal de
2oz MERCORE
Bonzi . Madame de Montef
pan donna un magnifique dîner
à tous ceux qui y furent
convicz , & le foir , Madame
la Ducheffe de Crequy , Tante
maternelle de la Mariée ,
donna un tres beau fouper à
la mefme Compagnie.
M ' de Monetai de Chazeron
, Fils de M' de Monetai
Marquis de Chazeron , Gouverneur
de Brest , Lieutenant
General des Armées du Roy ,
Commandeur de fes Ordres >
Lieutenant General en Rouf
fillon , & cy- devant Lieutenant
des Gardes du Corps du
GALANT. 303
Roy , a époufé Mademoiselle
de Barentin , Fille de feu M
Barentin Prefident au Grand
Confeil , & M' le Marquis de
Chazeron , s'eft demisen faveur
de M' de Chazeron fon Fils ,
du Gouvernement
de Breft ,
avec l'agrément du Roy.
Ceux qui ont expliqué l'Enigme
du mois paffé fur la
Couverture d'un Livre , quien
eftoit le vray fens , font
M's Jacques des Rues ; Boucher
& Sonnier du College de
Beauvais ; Chavance l'ainé de la
rue S Jacques ; Bonnard de
l'Hoſtel du Quefnoy Place
304 MERCURE
Royale ; Lamy de la plus belle
Veftale de Brie ; Cariclés de
Verfailles ; le Breton à l'Anagramme
Ge mille Charmes ; le
Solitaire caraunien ; De Bigarra
; les Mecontens
de la
nouvelle focieté du Jardin de
Lyon ; le fidelle amant de la
charmante Mariane . P. de
Lyon ; le Bugifte de la ruë longue
de la mefme Ville ; l'ancienne
focieté de Beauregard ,
ruë d'Enfer ; Meldemoiselles
Françoife Pichart d'Orleans ;
l'aimable Etiennette Vautier
de la Porte de Paris , & fon fidelle
amant de la rue de la
GALANT. 305
vicille Monnoye ; l'aimable
Manon de la rue aux Ours : &
l'infortunée focieté de la Lotterie
de la rue des Lombards :
le Berger Tirfis à l'Anagramme
Siecle d'amour : Dianc
de la Foreft d'Alcleon ; l'aimable
Noloiſe à l'Anagramme le
vrai merite Bourgeois ; la Nimphe
aimantée le Chevalier
Învifible de la Bague de Giges:
:
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye aura de quoy
exercer l'efprit de vos Amies,
quoy qu'apparemment la chofe
leur foit connuë.
May 16 93 .
Cc
1
3c6 MERCURE
S22S52S222SSSSS25
ENIGME .
E mon pouvoir voicy de grandes
DE
marques.
Fattaque fans eftre apperceu ;
Je fuis également recen
Par les sujets , & lis Monarques.
S
Comme je ne voy point , j'ay befoin
en chemia ,
D'eftre guidé d'un baſton à la main;
Mais auffi j'ay ce privilege ,
Qu'au fi-toft que j'arrive on me pre
Jente un fiege.
S
On a de moy tres- mauvais fentiment,
GALANT 307
Et ce n'eft pas fans fondement,
Carj'excite oùje fuis une guerre inteftine
,
Qui d'un bien toutefois eft fouvent
l'origine.
2
F´ay pour domaine une fømbre Province
,
Dont on ne trouve l'air agreable ny
doux ;
Mais je puis affurer que l'on m'y
traite en Prince ,
Puis
que l'on me fert àgenoux.
L'Air nouveau , dont vous
allez lire les paroles , a tout ce
qu'on peut fouhaiter dans la
belle compofition de Mufique.
Cc ij
308 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Effex dans ces deferts de conter
vos malheurs,
CEffex
dans
Les miens font bien plus grands ,
plaintive Tourterelle 5
Siveftre Moitié meurt fous les coups
des Chaffeurs ,
Au moins en la perdant vous la perdez
fidelle .
Au recit de mes maux je ſuis faifi
d'effroy ,
F'avois touché le coeur d'une jeune
Bergere s
Quipar millefermens m'avoit donné
Sa foy.
La perfide me quitte , elle devient legeres
Non , non , vous n'eftes point àplaindre
autant que moy.
1

GALANT:
309
Vous aurez fans doute attendu
un Printemps de moy,
mais cette agreable faifon a
cfté fi retardée, qu'il y a grande
apparence que nous aurons
l'Eté tout d'un coup aprés
l'Hiver. C'est ce qui a donné
lieu aux Vers fuivans.
Vos concerts autrefois, aimable Philomele
Annonçoient les plaifirs de la faifon
nouvelle ,
Et preparoient nos coeurs au retour du
beau temps
.
Tout eft change ; les Tambours , les
Trompettes,
Par leurs bruits éclatans
Vous fonttaire dans vos retraites ,
Et LOVIS feul qui part vous marque
Le
Printemps
.
310 MERCURE
Voicy d'autres Vers fur le
retardement de cette faifon.
Sçavez- vous que le Printemps,
Las de fejourner en France,
Soit chagrin , foit inconftance,
Voyage depuis deux ans ?
Il a trouvé que la guerre
Troublait icy les Amours .
Il cherche quelque autre terre
Qui profite des beaux jours.
Bien que la Mufique foit
aujourd'huy fort à la mode ,
& qu'il y ait un tres - grand
nombre de Compofiteurs , il
eft certain que les Maiſtres
excellens & originaux font
Fares. C'est ce qui fait croire
GALANT.
311
2
que les vrais Connoiffeurs ne
feront pas fachez d'eftre avertis
, que M' Lorenzania fait
imprimer depuis peu , à la follicitation
de fes Amis , par le
S Chriſtophe Ballard , un Recueil
de plufieurs de fes Motets
à une, deux , trois , quatre,
cinq , & fix parties , avec les
fimphonies , le tout en onze
volumes dedicz au Roy . M'
de Lorenzani rempliffoit à
Rome avec éclat la place de
Maistre de la Mufique des
Jefuites , lors qu'on luy vine
effrir celle de la Cathedrale
de Meffine, bien plus impor
312 MERCURE
tante par fa reputation, & pär
fes revenus , qu'aucune autre
d'Italic. M' le Maréchal de
Vivonne , auffi diftingué par
fon efprit & par fon bon gouſt
que par fes grands Emplois &
par fa naiffance , qui commandoit
pour lors en Sicile,
l'honora bien- toft de fon eftime
& de fa bienveillance , &
lors que ce Seigneur revint en
France , aprés les revolutions
de Meffine , il engagea Mr de
Lorenzani à le fuivre jufqu'à
Paris , avant que de retourner
à Rome , où la Maiftrife de
S. Pierre luy eftoit offerte . Il
lc
GALANT. 213
10
le conduifit à la Cour , & le
prefenta au Roy , auquel il fit
entendre des Motets & des
Airs Italiens de fa compofition
, dont Sa Majesté parut
fi contente
qu'Elle cut la
bonté de luy faire dire , que
s'il vouloit demeurer en France
, Elle auroit foin de fa fortune
. Ces paroles furent bientoft
fuivies d'un Prefent confiderable,
pour luy faire acheter
de Mr Boiffet la Charge de
Maitre de la Mufique de la
feue Reine , qu'il a exercée.
jufqu'à la mort de cette Princeffe.
May 1693.
D'd
314 MERCURE
કે
Monfieur partit le 28. de ce
mois pour le rendre à Vitré en Bretagne
, afin d'eftre à portée pour
donner les ordres fur toutes les Côtes.
Son A. R. alla coucher le même
jour à Breffoles , le 29. à Alençon
, le 30.à Mayenne , & le 31.
Vitré. On écrit de Breft que toutes
les Côtes voifines font enbon eftat ,
& bien garnies de Canons & de
Bombes , avec de bons retranchemens
, ce qui les rend hors d'infulte,
& met les Peuples dans une figrande
feureté , qu'ils fouhaitent d'eſtre attaquez
; de forte que n'ayant point
befoin de Vaiffeaux pour leur défenfe
, noftre Armée Navale pourra
caufer de grandes inquietudes aux
Ennemis. L'Efcadre de Rochefort,
commandée par Mrde Gabaret , arriva
le 15. de ce mois en rade à Brest,
GALANT
315
Br
TOU
esC
B
forte de ving- cinq Voiles.Parmy ces
Vaifleaux il y en a feize de Ligne ;
le furplus , ce font Brulot's & Fregates.
L'Eole du Havre , & le Prompt
de Dunquerque , eftoient arrivez
deux jours auparavant , ainfi que le
Capitaine Jean Bart avec l'Alcion ,
On tira le coup de partante le 2 r .
& l'on fit les fignaux ordinaires pour
gappareiller, mais le vent s'eftant ra
fraîchi ,. & ayant changé tout à
coup , on fut obligé de demeuter .
Ainfi on n'attend que le moment
favorable pour mettre à la voile .
Mr de Chasteaurenault commande
anch
rei
po
l'Avant-garde. Il porte Pavillon
d'Amiral blanc & bleu , & a pour Matelots
Mrd'Amblimont , Chef d'Efcadre
, & Mr le Comte de la Galif
fonniere.Mr le Marquis de Némond
eft Vice-Amiral de la mefme Divi-
D dij
316 MERCURE
fon , & Mr de Relingue qui monte
Admirable , en eft Contre- Amiral .
Mr le Maréchal de Tourville
commande le Corps de Bataille . Il
eft Amiral General à fon ordinaire,
ou fi vous voulez , Amiral blanc.
Mr le Chevalier de Coëtlogon , &
Mr du Maigniou , tous deux Chefs
d'Efcadre font fes Matelots.
Ce dernier : monte l'Ambitieux ,
qui a cfté fait à Rochefort. Mr de
Villette eft fon Vice- Amiral . Ses
Matelots font Mr de Larteloir , &
Mr Belifle- Erard. Mr Langeron
eft Contre- Amiral , & a pour Matelots
Mr de Combes , & Mr du
Chalard.
Pour l'Arriere-garde , elle eft commandée
par Mr de Gabaret , qui
monte le Victorieux. Il eft Amiral
bleu. Ses Matelots font Mr de MaGALANT:
317
1
chaut, & Mrde Beaujeu . Mr Panne
rier eft Vice- Amiral bleu , & Mr lé
Chev.d'Infreville, Contre- Amiral.
Toute l'Armée eft composée de
trois Diviſions , que chaque Amiral
commande. Chaque Divifion l'eft
de trois Efcadres , commandé es par
les Vice-Amitaux & par les Contre-
Amiraux, & chaque Eſcadre de huit
Vaifleaux , ce qui fait en tout foixante
& onze Navires de guerre.
Chaque Eſcadre a trois Brulots , qui
doivent toujours fe tenir par fon
travers à la portée du Canon , afin
d'obferver quand on leur fait fignal
d'abordage. Ily a outre cela vingt
Baftimens de charge , qui fervent
d'Hôpitaux & de Magaſins . Le 24.
la Flote mit à la voile,
L'Armée que Mr le Maréchal
de Lorge commande en Allemagne
D diij
318 MERCURE
sieftant affemblée à la Petite- Hol
dande , paffale Rhin le 16. & le 17.
& fe trouva forte de cinquante &
un mille trois cens trente combattans
. Le 18. elle campa à Hot , d'où
elle partit le 19. aprés s'eftre ſeparée
en deux Corps , dont l'un de trente
mille hommes fous les ordres de
Mrs les Maréchaux de Lorge & de
Choiseuil a paffé les Montagnes, &
l'autre de vingt mille arriva le même
jour devant Heidelberg , & l'inveftir.
Mrs de Chamilly & de Vaubecourt
commandent à ce Siege. La
Tranchée fut ouverte la nuit du 21 .
au 22. par le premier & troifiéme
Bataillon de Picardie , commandez
par Mr le Prince d Epinoy , qui en
eft Colonel . Il y a une fauffe attaque
, où la Tranchée fut ouverte
par
le fecond Bataillon de Picardie.
GALANT: 319
3
Les Ennemis tirerent boaucoup ,
mais avec peu d'effet. On croit qu'il
y a environ trois mille hommes dans
la Place . Elle ne manque de rien ,
eftant un des Magazins de l'Armée
Tennemie . Cette Place eft fituée entre
deux montagnes ; l'accés en eft
difficile , mais elle eft fort comman、
dée.
. Le Traité de Mr de Savoye avec
les Princes liguez , devant expirer
au dernier de Juin , ils le preffent
de le renouveller en luy failant des
inftances , qui vont jufques à l'importunité
; mais ce Prince fçachant
par experience qu'il eft dangereux
d'aller trop vifte en de certaines
affaires , veut voir quels avantages
les Alliez remporteront fur les
François au commencement de la
Campagne , & ce que produira la
Dd iiij
320 MERCURE
Defcente dont le Prince d'Orange
l'a fait affurer. D'ailleurs , loin que
l'Empereur ait tenu la parole en luy
envoyant un renfort de dix mille
Allemands , il n'a pas feulement
envoyé de Recrues pour ceux qui
doivent fervir cette année en Piedmont
, où le Duc de Savoye né
veut point qu'elles entrent avant le
20. de Juin, La Fievre a repris à ce
Prince felon les dernieres nouvelles.
Les Vents contraires ayant empeché
le départ de nos Vaiffeaux
& de nos Galeres , je ne puis rien
yous apprendre du Siege de Rofes.
Quoy que je vous aye déja parlé
du Siege de Heidelberg , je dois
ajoûter icy que le quartier general
eft Rohrbuen , & que les Troupes
s'étendent depuis VVofsbrun juſGALANT.
32c
I
ques à VViblingen . Le Pont de
communication au deffus de la Villfut
achevé le 21. Le Pont de Bat
teaux de la Place a efté rompu , foi
par une de nos Batteries , qui le
voyoient à revers, foit que les Affie.
gez l'ayent rompu eux -mêmes . Mr
de Melac occupe les hauteurs en dedu
Neker , au deffus du Chafteau
, avec dix neuf Bataillons ,
cinq cens Dragons , & quelques pieces
de Canon. Il s'eft rendu maiſtre
d'une Redoute que les Ennemis
n'ont pas défenduë , & qui voyoit
à revers les Ouvrages de la Place.
On a mis auffi une Batterie de fix
pieces de l'autre côté . Mr de Lorge
a auffi étably un pofte dans l'Abbaye
de Neubourg au delà du Neker. La
Tranchée a efté ouverte du côtédu
petit front des Ouvrages de terre dų
332 MERCURE
Fauxboug. Nous avons de ce côtélà
une Batterie de dix pieces de
Canon , qui bat la Redoute de l'Etoile
, qui eft fur la hauteur à mi- côte
du cofté de l'attaque ,
L'Armée du Roy qui eftoit campée
fous Tournay , décampa le 27.
Elle eft compofée de cinquantedeux
Bataillons , qui font 31200.
Fantaflins , & de 117. Efcadrons,
qui font 17550. chevaux , le tout,
48750. hommes. Le 26. au matin ,
Mr le Maréchal de Bouflers avoit
ordonné qu'on prift du pain pour
cinq jours , & avoit fait dire à la
Cavalerie de ne point s'embaraffer
s'il n'y avoit pas beaucoup de fourage
dans le Camp. On a fait cuire du
pain pour vingt jours dans toutes
les Villes frontieres . Pour empêcher
qu'il ne ſe gâte , on le laiſſe
"
GALANT.
323
de dimi
dans le four une heure plus qu'à
l'ordinaire ; & afin que la longueur
de la cuiffon n'y cauſe pas
nution , la ration eft augmentée
d'une once . Il n'y a point de Ville
ennemie qui ne croye que l'orage
va fondre fur elle. Les Payfans fe
font engagez de fournir au Roy cinq
mille deux cens trente- deux chariots
. L'Armée de Mr de Luxembourg
eft de foixante & dix- huit
Bataillons , qui font 46800. Fantaffins
, & de 161. Efcadrons , qui
font 24150. Chevaux Chevaux , le tout
70950. hommes . Total desArmées ,
119700. hommes.
t
Aprés vous avoir fait le détail du
Siege d'Heidelberg , je croy vous
faire plaifir d'ajoûter icy une ample
Relation de la prife de cette
Place . Les Affiegeans s'eftant ap324
MERCURE
perçus que les Ennemis faifoient
beaucoup de mouvement dans le
Faux- bourg de Spire , parce qu'ils y
eftoient enveloppez
, & qu'y eftant
vus à revers , ils eftoient batus de
tous costez , refolurent de les attaquer.
Le deffein des Ennemis éftoir
de fe retirer dans la Ville , & d'a.
bandonner entierement le . Fauxbourg
, mais fe voyant attaquez
brufquement , & eftant encore
trop éloignez de la Ville pour
s'y pouvoir jetter fans eftre fuivis
de trop prés & deffaits avant que
d'avoir pû gagner la Porte ,
voulurent reprendre les Poftes
qu'ils commençoient
à quitter
mais nos Troupes s'avancerent
avec tant de precipitation
d'ardeur , qu'ils ne purent executer
leur deſſein de forte
ils
&
,
GALANT.
325
la
que le defordre fe mit parmy ces
malheureux qui voyant fondre
fur eux un fi grand & fiprompt orage
, furent obligez de gagner
Porte de la Ville , en effluyant le
feu & les coups de nos gens. Il eft
aifé de juger qu'ils eftoient fuivis
de fort prés , & qu'ils perdirent
beaucoup de monde en cette occafion
. Cependant , comme ils fçavoient
mieux le chemin de la porte,
& qu'ils n'eftoient occupez qu'à
fuir , au lieu que les noftres perdoient
quelques momens à tuer en
le pourfuivant , ils eurent le temps
d'entrer , & de fermer la porte de
la Ville , avant que nos gens y arri-
Ivaffent. Les Grenadiers de Picardie
l'enfoncerent avec leurs Haches,
& ce qui doit paroiftre difficile à
croire , elle fut enfoncée en fi peu
1
326 MERCURE

de temps , que les Ennemis qui n'avoient
encore pû gagner le Château
, furent joints par nos Trouâ
pes ; elles les fuivirent en tuant toûjours
jufques à la porte du Chaf
teau. Les premiers entrerent , mais
les Ennemis s'eftant
apperçus , que
nos Troupes les fuivoient , fermerent
la porte , de peur qu'elles n'entraffent
avec leurs gens , & en facrifierent
environ fix cens cinquante.
Les noftres en tuerent plus de deux
pendant le temps de cette
marche , & à la perte mefme du
Chasteau ; le refte qui montoit
à environ quatre cens quarante ,
fut enfermé par nos gens dans une
Eglife. Comme il fallut defcendre
du Chafteau à découvert, & que les
Ennemis tirerent beaucoup , nous
perdîmes , vingt hommes , parmy
cens
GALANT.
327
QUE
Cha
lefquels il y eut un Capitaine de Picardie
tué , & un Lieutenant nommé
Baffillac, dangereuſement bleffé .
Pendant que ces chofes fe palfoient,
les Troupes qui eſtoient à la fauffe
attaque , entrerent dans la Ville , &
Mr de Melac qui commandoit du
cofté du Fort de l'Etoile , s'en rendit
auffi maiſtre , de forte que nos
Troupes eftant entrées par trois endroits
dans la Place, s'y trouverent
au nombre de plus de trente mille
hommes . La confufion alla filoin ,
qu'il fut impoffible d'empêcher le
pillage de la Ville. Les Officiers Generaux
firent neanimoins tous leurs
efforts pour la fauver , mais dans
un fi grand defordre il s'en fallut
beaucoup qu'ils n'obtinffent tout ce
qu'ils fouhaitojent. Le Gouverneur
du Chafteau attentif à ce qui fe pafde
328 MERCURE
foit , & craignant d'avoir une deftinée
pareille à celle de la Ville , envoya
un Capucin pour faire des
propofitions à Mr de Lorges. Ce
Matéchal qui avoit fon but , le retint
le plus qu'il luyfut poffible , &
le renvoya fans luy rien accorder .
Le Gouverneur demandoit à écrire
au Prince de Bade l'eftat où il fe
trouvoit , parce que ce Prince luy
avoit ordonné de fe défendre jufqu'à
la derniere extrémité. Le
Gouverneur inquiet de n'avoir rien
obtenu ,renvoya le Capucin mais fa
negociation ne fut pas plus heureufe
que la précedente. Mr de Lorges
qui vouloit gagner dú temps , envoya
un Officier avec ce Reilgieux ,
& dans l'entretien qu'ils eurent
avec le Gouverneur du Chafteau ,
il luy fit preffentir que s'il renvoyoit
GALANT. 329
"
un Officier avec le Capucin , les
choles fe pourroient accommoder .
Le Gouverneur le crut , & envoya
un Officier general , Ils furent quel
que temps à trouver Mr de Lorges,
qui ne voulant rien conclure fi-toft,
eftoit allé exprés donner des ordres
dans laVille. Cette troifiéme entreveuë
ne réuffit pas mieux que les
deux premieres pour le Gouverneur,
& enfin Mr de Lorges eftant venu à
bout de ce qu'il avoit projetté , &
les Mortiers & les Canons eftant en
eftat paroles foins de Mr de la Fre
zeliere , qui avoit fait une diligence
extrême , il dir à Mr Defalleurs de
remener les Deputez , & de leur
faire voir en paffant les Batteries
de Bombes & de Mortiers ; ce qui
ent tout l'effet que ce Maréchal
s'eftoit propofé, car ils n'eurent pas
May 1693.
Ec
f
339 MERCURE
plutoft fait leur rapport au Gouver
neur , qu'il accepta la capitulation
que Mr de Lorges luy avoit propofée
, à l'exception d'une porte qu'il
રે
ne voulut pas livrer le loir , crai
gnant que le Chafteau ne fuft pillé,
comme la Ville l'avoit efté ; ainfi
laj Garniſon fortit au nombre de
1800. hommes. On peut connoiftre
par là qu'elle devoit avoir efté
fort nombreuſe , puis qu'on en avoit
tué beaucoup à l'attaque du Fauxbourg
, & à la pourfuite jufques au
Chafteau , & qu'il reftoi encore
environ cent quarante Prisonniers.
Ils avoient mis le feu aux deux Clochers
de la grande Eglife , où ils
eftoient enfermez , & ce feu s'eſtant
communiqué à la Ville , il en confuma
une partie , malgré tout ce
qu'on fit pour l'éteindre. On agaranti
1 I
GALANT. 331
deux grands Magafins de farines ; &
1 on a trouvés ooo grenades chargées,
1000. bombes , & 40000. milliers de
poudre, avec du plomb'à proportion,
12 pieces de Canon de fonte, & dix
de fer , & un Pont de Bateaux quo
l'on a envoyé à Philisbourg. Mr de
la Frezeliere dit que c'est le plus bel
ouvrage qu'on ait encore vûde
cette nature . Ainfi Heidelberg ,
qu'on fortifioit depuis trois ans , &
dont les Ennemis avoient fait un
de leurs principaux Magafins , a
efté pris rendovingts heures ide
Tranchée , & fans qu'on y ait per
du plus de vingt hommes , quoy
que le General Soyer fe fuft jette
1 dans la Place pour la défendre, &
que le Prince de Bade fuft depuis
plus de deux mois fur le Rhin à
mettre toutes chofes en éftat , pour
Ecij
332 MERCURE
ouvrir la Campagne avant nous , &
avec des Troupes plus nombreuſes.
Mr le Comte d'Eftrées partit de
Toulon le 14, avec 22. Vailleaux de
Ligne ; il devoit eftre fuivi de quelques
autres , & de trente - cinq Galeres .
Mr de Savoye demande aux Efpagnols
qu'ils luy remettent entre les
mains deux des meilleures Places du
Milanois , avant que de renouveller
le Traité , pour nantiffement de la
promeffe qu'ils luy font de le rétablir
dans fes Etats , afin que ces Places luy
demeurent , en cas qu'ils ne puiffent
tenir leur parole.
Pour rendre la Relation de la prife
de Heidelberg complete, je vous dray
que l'on avoit pouflé la Tranchée juf
qu'à 700. pas ; que Mr le Prince
d'Epinoy , Colonel de Picardie, eftoit
à la tefte des Bataillons de ce Regiment
, qui l'ouvrirent ; que rien n'égale
l'ardeur des Troupes qui arrache
Ient les Pabiffades du Faubourg , quoy
GALANT.
333
coups
que tres-bonnes ; que les Grenadiers
enfoncerent la porte de la Ville à
de haches , parce qu'ils n'avoient pas.
laiflé le temps aux Ennemis de lever le
Pont-levis ; que l'on avoit enfermé
beaucoup de Femmes dans l'Eglife,
pour les fauver de la fureur du Soldat
qui prend une Ville d'affaut , & qu'un
Capitaine nommé Bois - Robert fit une
tres -belle action , eftant entré dans la
Ville du cofté du Fort de l'Etoille avec
60. hommes feulement, & ayant pris
deux Drapeaux à ceux qui la gardoient
de ce cofté-là , aprés les avoir battus.
Je ne vous dis rien du Roy . Il garde
le filence , & je me tais ; j'auray bientoft
plus de peine à le fuivre qu'à me
taire. Sa Majesté eft partie du Qefnoy ,
pour l'execution de l'entrepriſe que
perfonne n'a pu encore deviner.
·
Je remets au mois prochain à vous
parler de la mort de Madame de la
Fayette , & de Mr Maulevrier Colbert.
Je fuis , Madame , & c.
A Paris ce 3 × May 1693 .
252525 2222 25 22525
TABLE.
Prelude
.
Sonnet au Roy.
Epiftre en Vers.
9
II
Lettre fur une nouvelle découverte , qni
regarde la fanté.
22-
Embarras d'une Belle, Fragment d'hiftoire.
44
Vers allegor iques de Mademoiselle des
Houlieres.
Article fort extraordinaire.
Prodige.
Dialogue.
Sonnet .
59
62
69
71
73
Lettre écrite de Saumur concernant la
Baguette.
Difputefurl eau & fur le vin.
75
107
Eloge funebre de Mr Peliffon, prononcé
à l'Acade mie de Toulouse..., I20
Réponse an Livre intitulé , Lettres qui
déco uvre nt l'illufion des Philofophes
TABLE.
fur la Baguette , & qui détruiſent
leurs fyftemes .
Nouvelles d'Alger.
140
200*
Actions de grace's rendues à Dieu par
les Chevaliers Hofpitaliers du Saint
204
207
Efprit.
Eloge du Roy, prononcé à S. Germain en
Laye.
Pompe funebre de Mademoiselle d'Or
leans , faite à Saint Denis , avec l'invitation
faite aux Compagnies Superieures
, & autres , la defcription
du Maufolée.
214
Service fait à Honfleur pour la meſme
Sonnet.
Princeffe. 235
237
Remedes consre la Medifance, 240
Service fait à Soiffons. 742
Article touchant la creation & inftitu
tion de l'Ordre de S. Louis..
Morts .
Traduction en vers des Satyres de Fr
venal 291
Prefent fait an Roy par Mr. le Noftre
245
262
293
TABLE
Belle action de Mr. le Marquis de Vins.
Mariages.
Article des Enigmes
Printemps nouveau.
297
299
303
309
Recueil des Motets de Mr. de Loren
zani. 311
Départ de Monfieur.
314
Etat de la Flote du Roy. 315
Siege d'Heidelberg. 317
Nouvelles de Piedmont, 319
d'Heidelberg.
Détail de ce qui s'eft passé à la prise
Départ de Mr le Comte d'Eftrées de
Tonlon .
Nouvelles de divers endroits.
332
333
Mort de Madame de la Fayette. lem.
320
Fin de la Table.
Avis pour placer les Figures .
La Medaille doit regarder la
page 248.
L'Air doit regarder la page 308
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le