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1692, 12
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Eur.
511
m
1692.12
M
Eur.
511
me
1692, 12
Mercure
<36623753820016
<36623753820016
Bayer . Staatsbibliothek
5.3

MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
DECEMBRE 1692.
A PARIS .
GALERIE-NIUVE LV PALAIS ,
O
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant au
premier jour de chaque Mois & cn
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin,
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie
Et MICHEL BRUNET , Galerie- neu
du Palais , au Dauphin.
M. DC . XCII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY
Bayerischo
Staatsbiblic " ak
Munchs
Q
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure on ne laisse pas d'y manquer
toujours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques - uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &.
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux . On prie feulement
ceux qui les envoyent , & fur
A ij
A VIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eftfort
peu dechofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble est beaucoup pour.
un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il est toujours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux.
qui le chargeront de les envoyer avant
que fon commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jeurs en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
AVIS,
Les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tará
qu'elles faifoient auparavant. Ceuxquife
le font envoyerpar leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi- toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit'; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet , puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
>
A iij
AVIS.
>
.
porter à la poste ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
celafera executé avec une exactitu
de dont on aura tout lieu d'eftre
content.
MERCVRE
GALANT
DECEMBRE 1692.
UOY que le titre de
l'Ouvrage par lequel
je commence cette
Lettre , marque qu'il a cfté
fait fur le Prince d'Orange ,
il ne laiffe pas d'eftre à la
gloire du Roy , perfonne
A iiij
8 MERCURE
n'ayant jamais tant travaillé
à la faire briller que ce Prince .
Il eft de M l'Abbé Regnier,
Secretaire perpetuel de l'Academie
Françoife , dont vous
avez déja vûdes Eloges de Sa
Majefté , en plufieurs fortes
de Langues . Elle a eſté extiêmement
fatisfaite de ce dernier
qu'Elle a bien voulu
entendre de fa bouche même,
& qu'Elle s'est fait relire enfuite
. C'est vous dire beaucoup
à fon avantage , & vous ne
douteriez pas de fa beauté, aprés
ce que je vous dis , quand
il ne parleroit pas autant qu'il
fait de luy-même .
>

GALANT.
9
25222 22 25ssa52222:
LES DITS ET FAITS
G
du Prince
d'Orange .
Villaume a dit , remply de
confiance,
De toutes partsj'aẞiegeray la France,
Finonderay fes Pays de Soldats ;
Fenleveray Tournay , Lille Tpre , Arras,
Condé, Dunkerque , & les autres barrieres
,
Qui peuvent mettre à couvert fes
frontieress
Pour en venir plus feurement à bout,
En mefme eemps j'attaqueray par
tout,
Par mer, par terre ; elle fera con.
trainte
10 MERCURE
De fuccomber à la premiere atteinte,
De rendre tout. Voila ce qu'en effet
Guillaume a dit ; voicy ce qu'il a fait.
Ouvrant d'abord pompeuſement id
Scene ,
De l'Ocean il traverse la plaine ,
Vient à la Haye en fuperbe appareil,
Pour y tenir un faftueux confeil,
Et faire voir à toute la Province ,
Dans leur Sujet, ungrand&nouveau
Prince.
Au mefmelieu , pour le congratuler,
Luy rendre hommage , & l'entendre
parler ,
Viennent brillans, parez , & magnifiques
,
Les Electeurs , les Princes Germaniques,
Qu'avecplaifir il voit dejour enjour
Plus empreez à luyfaire la Cour.
A leurs refpects répondent fes ca.
reffess
GALANT. II
Beau feu , grand' chere , &fuperbes
promees.
Princes , dit-il , n'épargnons pointles
vins ,
Dans peu de temps nous en boirons
dans Rheims.
Lajoye alors redouble, & l'Aſſ· mblée,
Tout en beuvant, prend la Ville à'emblées
Lors qu'un Courrier vient dire que
fous Mons
Le Roy de France eftavec cent Canons.
Onfe regarde, on confulte, on propofe,
Pour le fecours on regle toute chofe;
Guillaume marche avec centBataillons;
Guillaume arrive , & laiffe prendre
Mons.
Mais de ces faits d'éternelle memoire
Ce n'est pas là que fe borne Chif
toire.
12 MERCURE
Pouracheverde nous mettre aux abois,
Il a campéfous Bruxelle deux fois.
Il a fait plus , il a vers nos frontieres
Fait avancer fes Brigades guerrieresz
Etfur Dinant lancé de toutes paris,
Pendant un mois , de menaçans regards
;
Puis , pour mieuxfaire une autre fois
la
guerre
,
Ila repris la route d'Angleterre..
France, tremblez , le voila revenu;
Son Parlement en vain l'a retenu ;
Il vient enfin dégager fa paroles
Ala Victoire il marche , il court , il
vole :
Puis en chemin quand il eft averty
Que des François Namur eft invefly ,
C'est là, dit- il , qu'échoüera leur audac
Vingt Bataillons répondent de to
Place.
GALANT.
13
D'aucun fecours elle n'aura befoin ;
Que s'il en faut, le fecours n'eft pas
loin.
Et deformais tout ce que je demande,
C'eftfeulement que le François m'at
tende.
Le Grand Louis vafon train cepen
dant ,
Etfous Namur, infatigable , ardent,
Prefent à tout, priffe , attaque , fondroye
,
Remplit lesfiens de courage &dejoye,
Quifous les yeux &fous fes Eten
dars
Sont feurs de vaincre , &font autant
de
Mars.
Quefait Guillaume ? Ilfonge , il délibere
,
Fette des ponts , veut donner,puis differe,
Et voit enfin , ayant rompu fes ponts,
14 MERCURE
Tomber Namur , d'un peu plus prés
que Mons.
Un moindre Chef, en voulant entreprendre,.
De le fauver, auroitperdu la Flandre.
Luy, plus profond, le laiſſe prendre
exprés,
.
Pourla fauver , & le reprendre aprés .
Dans cette veuë , avec la confiance
Que de Louis luy redonne l'abſence,
Ii tient d'abord, par de longs campemens
,
De fes deffeins tout le monde en fufpens.
Il tlent aprés, par une marche lente,
De fes deffeins tout le monde en attente
;
Puis tout d'un toup , pour jouër am
plus feur,
Ilfe ravife , &fait grace à Namurs
Songe à donner jalousie à Dunkerque,
GALANT.
K
Etvoit de loin le Combat de Steinkerke
,
où , fous l'acier de nos fiers Batail
lons ,
L'Anglois rebelle a mordu les fillons.
Alors outré , ne fçachant plus que·
faire,
Il lâche enfin la bride à ſa colere;
Et fa colere à tel point l'emporta ,
Que brusquement fur Furne il fe
jetta,
Qui tout ouvert , dépourvû de défenfe
,
Et s'eftimant de trop peu d'impor
tance, ..
S'étonne fort , & s'étonne aujour
d'buy ,
Qu'un fi grand Prince ait pû fonger
à luy.
Ainfifinit lafuperbe Campagne
16 MERCURE
"Du Protecteur d'Angleterre & d'Ef
pagne.
Que s'il repaffe encore un coup les
mers ,
Fespere voir LOVIS maître d'Anvers.
Il m'eft bien agreable , Madame
, de vous pouvoir fatisfaire
. Dans le temps que j'ay
receu voftre Lettte , par laquelle
, charmée encore de
l'excellent Difcours de Mr
Thiot , Confeiller & Avocat
du Roy au Prefidial de la
·Fléche , fur l'Alliance de la
Guerre & de la Justice , que je
vous envoyay au mois de Decembre
de l'année derniere,
GALANT.
17
vous me demandez fi vous
ne verrez rien de luy cellecy
, on m'a mis entre les mains
un autre Difcours fur la Coutume
, qu'il prononça le Jeudy
13. du mois paffé , à l'ouverture
du mefme Prefidial .
Cette Piece eft d'autant plus
belle , que le fujet fera éternellement
à la mode . Quoy
que la matiere foit feche &
aride, tous ceux qui ont parlé
jufqu'à prefent des Coutumes ,
n'ayant ofé y toucher que fuperficiellement
, & en paffant,
comme eftant fterile , & peu
fufceptible des beautez de
Decembre 1692 .
B
18 MERCURE
l'Eloquence , vous la verrez
neanmoins traitée icy noblement
, & fort à fond . Vous
pouvez juger de l'affluence
que la réputation de M' Thiot
attira à cette ouverture du
Palais. Voicy les termes dont
il fe fervit.
MESSIEURS
Ily a des prodiges admirables
& furprenans dans la Nature,
que la plupart des hommes regardent
fans admiration. Feremarque
de mefme dans le Palais
une merveille
que
l'on n'admire
point , & que l'on ne peut affez
GALANT: 19
admirer. C'est une Loy qui s'eft
faite d'elle-meme, une loyfage &
5 judicieuse, établie infenfiblement
pendant une longue fuite d'années
par le tacite confentement
des Peuples, qui fert de regle
à toute la Province . Vous voyez
bien, Meſſieurs , que c'est la Coutume
, dont je pretens parler
dont je defire auffi avoir l'honneur
de vous entretenir. La dif-
• ficulté du fujet me rebute , mais
La fimplicité de la Coutume, que
vous reconnoiſtrez dans la fimplicité
de mes paroles & de mes
penfées , medonne de l'affurance,
& m'engage à vous faire voir
Bij
20 MERCURE
aujourd'huy l'origine de la Cou
tume , fa puiffance , & l'obeiffance
que nous luy devons.
Toutes les Loix ont un principe
convenable , & quelque
rapport dans leur principe. La
Loy éternelle & la Loy naturelle
ont efté formées par une fupréme
raifon appellée par le Do-
Eteur Angelique Volonté de
Dicu . La Loy humaine a efté
faite par la volonté de l'homme ,
conduite e réglée par la raifons
& la Coutume a esté formée par
un ufage conftant perpetuel ,
conforme à laraifon , & autorisé
par le tacite confentement du
>
GALANT. 21
Peuple . Cette regle & maniere de
vivre toujoursfemblable & uniforme
, ufitée & pratiquée de la
mefme façon pendant une longue
immemoriale fuite d'années,
que nous appellons la Coutume ,
á autant de force que la loy humaine,
parce que ces mefmes actes
inceffamment réitere & multipliez,
& tranformez en habitudes
, femblent proceder d'une
meure déliberation faite avec
raifon. Il ne faut pas s'imaginer
qu'une regle generale qui s'eft
ainfifaite d'elle mefme avec tant
de fageffe de confiance , &
qui paroist , pour ainfi dire , con22
MERCURE
agent
certée avec tant d'harmonie &
de regularité. ait efté faite par
hazard , & par une conduite
aveugle de la fortune , d'autant
que la raifon nous dictera toujours
qu'il doit y avoir eu quelque
fouverainement intelligent,
équitable & puiffant, qui ait infpiré
que les chofesfe fiffent de cette
maniere, & non pas d'une autres
& encore bien
la Loy , pour
l'ordinaire , foit la regle des actions
des hommes , il arrivefou
vent qu'elle est nuifible ou inutile
en certaines occafions , dautant
que le Legislateurfaifantfa Loy
en general , felon ce qui arque
GALANT. 23
rive le plus communément , n'y
peut pas comprendre toutes les
differences des temps › la diverfité
des rencontres , la varieté ¿D
>
des affaires qui
De la
des incidens
naiffent à tous momens.
vient que la Loyfe trouvant défectueuse
en plufieurs cas , & ne
pouvant pas eftre obfervée en
tout tempsny en tous lieux , ny
dans les differentes efpeces quife
prefentent , le manquement & le
defaut qui s'y trouve , eft foucent
reparé & corrigé par la
Coutume autorisée de la raifons
qui établitpour cette fin un noupel
uſage , ou pour mieux dire, une
24 MERCURE
nouvelle loy. L'on ne viole point
en cela l'autorité du Prince qui
feul peut faire les Loix , parce
que le Peuple parfa tolerance &
par fa permiffion , peut faire des
Coutumes , d'où il résulte que la
Coutume eft une regle inviolable,
laquelle a autant ou plus de force.
que la Loy, & que fi le Prinee
eft maistre de la Loy ; le Peuple
autorisé defon Prince est maiſtre
de la Coutume.
Le Peuple dont je parle n'eſt
point l'amas de ce petit monde ,
qui eft aveugle , inconftant , témeraire
; en jugement fans conen
confeilfans difcours , en
feil ,

difcours
GALANT. 25
difcours fans raifon. Ce que j'appelle
Peuple , ce font tous les hommes
de la Province , qui par une
heureufe fatalité ont rencontré
dans les mefmesfentimens , & les
ont exprimez naturellement par
leurs actions & par un long ufage.
Ce Peuple confideré en general
, agit fans fcience & Sans
étude , mais il est bien inspiré.
S'il n'entend pas quelquefois
qu'il fait , il ne laiffe pas de faire
bien. Noftre gloire en étudiant ou
en jugeant , n'eft pas de corriger
fon feavoir faire , ny de parler.
autrement que luy , mais d'expliquer
fespensées & fes manie-
Decemb
. 1692. C
се
26 MERCURE
d'entrer re; dans fes fentiles
mens. Les maximes de ce Peuple
font les premiers principes , & les
premieres fondamentales conclufions
de la Loy municipale ,
qui nous eft annoncée par
moeurs de toute la Nation . Ce
qu'a fait la Nation , & ce qu'-
elle a fait comme d'un commun
accord depuis plufieurs fiecles ,
elle l'a fait pouẞée par cette fageffe
qui n'enfeigne rien à l'homme,
& qui ne luy fait rien faire,
que ce qu'il trouve écrit par la
main de Dieu dans l'efprit de tou
les hommes La voix de ce Peuple
eft la voix de la Sageſſe infinie,
GALANT.
27

ވ
!
de
qui fepare les veritez des illu .
fons , qui donne des preceptes
bien vivre, qui ne fe peut tromper
, & qui a toujours efté la
maiftreffe des Sçavans . La voix
de ce Peuple eft la voix de Dieu .
Ce que la voix du S. Esprit eft
dans la Theologie , & la voix
de la confcience dans la Morale,
telle eft la voix du Peuple dans la
Coutume ; c'est elle qui en a prononcé
les decifions & les Arrefts
que
doivent
incontestables.
C'est cette voix
écouter tous les Sçavans qui veulent
apprendre fa doctrine , &
qui afpirent à l'honneur de deve-
Cij
28 MERCURE
nir les Oracles de leur Nation .
C'eft fur cette voix publique &
univerfelle qu'ils doivent appuyer
leurfcience. C'eft cette voix que
les Fuges doivent entendre , &
qu'ils doivent confulter avant
que de juger. C'est enfin fur cette
voix qu'ils doivent établir , comme
fur un principe divin , leurs
Sentences & Fugemens , & lous
les ouvrages de leur doctrine particuliere
. Si on veut élever une
que nous autre opinion que celle
annonce la voix de ce Peuple , on
tombe dans l'erreur & dans l'égarement
; au lieu de batirfur la
terre , on bâtit en l'air , on ne
GALANT. 29
5
bâtit
que comme les enfans , des
chafteaux de carte. Si pour faire
briller fon efprit , on veut avancer
une doctrine nouvelle , démentir
la voix de ce Peuple , &
dire autrement qu'il n'a dit , on
n'avance que desfonges, des ignorances
, & des pauvretez. Charlemagne
n'eftoit-il pas convaincu
de cette verité , ordonnant au
chapitre douzième de fes Capitulaires
, que le Peuple fuft interrogé
& confultéfur chaque article
de fes Ordonnances
; de forte
que comme le Peuple eft le premier
le plus ancien de tous les Legiflateurs,
la Coutume qui eft fon
C
iij
30 MERCURE
ouvrage misterieux , eft auſſi la
plus ancienne de toutes les Loix.
que
l'on n'a
Elle eft fi ancienne ,
nulle memoire de fon origine.
Nous fçavons bien en quel temps
ont estéfaites les Loix de Moyfe,
de Draco , de Lycurgue , de Solon,
de Minos , des douze Tables,
du Code & du Digefte , les Ordonnances
de nos Rois . On fçait
en quel temps la Coutume a efté
reveue rédigée par écrit, mais
on ne fait point fon origine .
Elle est comme ces grands Fleu
ves , dont on n'a jamais pú connoiftre
la fource . Sa naiſſance eft
des plus anciennes des plus
"
GALANT 31
que
la
la
illuftres. On pourroit dire
Coutume est une augufte Princeffe
, de qui les cheveux blancs
n'ont point terny l'éclat ny
beauté; qu'elle eft Soeur du Soleil
& la Fille du Temps , qu'elle est
du fiecle d'or. Et de vray , elle
eft la premiere la plus éloignée
de toutes les chofes. Tout eft moderne
en comparaiſon; avant que
les Gaules fuffent policées , il y
avoit déja des Ufages & des
Coutumes.
Dans fon commencement , &
pendant plufieurs fiècles , elle n'eſtoit
point écrite , & c'est elle
le Droit Romain appelle
que
C iiij
32 MERCURE
Droit non écrit . Elle eftoit imprimée
feulement dans la memoire
des hommes ; elle eftoit là placée
comme dans un facré depoft . Elle
regnoit nob'ement dans cette belle
partie de l'ame , où elle faifoit
refſouvenir l'homme à tout mo
ment de fon devoir. La Coutume
non écrite eftoit deflors plus forte
que tous les Ecrits du monde
mais comme la memoire eft la plus
delicate & la plus foible faculté
de l'ame , on a vû dans la fuite.
des temps que la malice des hom.
mes &la licence des guerres , qui
traifnent fouvent aprés fog le
crime & l'impunité , commence
0
GALANT. 33
rent à vouloir effacer de la memoire
les precieux caracteres de
la Coutume . Le Roy Philippe le
Bel s'en eftant apperceu , fit une
Ordonnance le Lundy aprés la
mi- Carefme de l'année 1302. pour
en arrefter les abus , qui parurent
encore plus vifiblement fus le
Regne de CharlesVII.lequel aprés
avoir chaßé les Anglois de la
France, voulant remettre toutes
chofes en ordre, trouva que les
armes de nosEnnemis avoient mis
la confufion partoutique les Coutumes
devenoient douteuses , &
que dans l'incertitude lesfuges en
faifoient faire preuve par témoins,.
34 MER CURE
dont les differentes depofitions par
faveur ou par intereft ,rendoient les
Coutumes encore plus incertaines .
C'est pourquoy il ordonna par fes
Lettres Patentes données aux
Montils lez Tours, au mois d'Avril
1453. que toutes les Coutumes
du Royaume fuffent accordées en
l'affemblée des Coutumiers , Praticiens
, Gens de chacun Bailliage
& SenechauBée , en prefence
des Deputez par Sa Majesté, &
ce fait , redigées par écrit , &
publiées , pour eftre gardées
comme loy . Les grandes affaires
& la mort interrompirent fon
deffein. Les Rois Louis XI. .
GALANT. 35
Charles VIII. fes Succeffeurs
ordonnerent la mefme chofe , &
nous obeîmes dans l'Anjou à leurs
Ordonnances , car nous avons une
Coutume imprimée dés l'année
1485. regnant Charles VIII . la
quelle écrite de l'autorité du Prince,
a esté deformais noftre Loy mu
nicipale,felon la loy, omnes populi,
Digeftis de Juftitia & Jure .
Mais comme elle n'avoit pas efté
redigée dans toutes les formes ,
ne paroiffant aucun Procés verbal
, ny publication , ny enregiftrement
, ny dans quel temps
l'Affemblée s'eftoit faite , ny de
l'Ordonnance de quel Roy , Louis
36 MERCURE
XII. voulant achever l'ouvrage
commencé par fes
Predeceffeurs,
ordonna en l'année 1508. que toutes
les Coutumes fuffent accordées
en prefence des trois Etats de chaque
Senechaußée
du Royaume ,
redigées par écrit ; & en con-
Sequence les trois Etats de la Province
furent aflemblez en prefence
des Commiffaires
deputez
par le Roy, pour relire les Statuts
, Ufages & Coutumes , &
voir s'il n'y en avoit point d'injuftes
, ceux que le non ufage avoit
abolis , ce que dorefnavant
il falloit obferver, & ce qui estoit
utile ou dommageable
aux HabiGALANT.
37
rans du Pays ; en prefence
des Etats ellesfurent accordées &
arreftées d'un commun confentement
, publiées , & enregistrées
au Parlement , pour eftre gardées
à l'avenir comme loy , avec deffenfes
d'en faire preuve autrement
que par l'extrait du Regifire.
De là on peut juger de quelle
importance eft la Coutume. Ce
n'est pas une Loy faite depuis
tros jours Quoy qu'elle n'ait efté
redigée en fa perfection , publiée
& enregistrée qu'en l'année 1508 .
elle est faite plufuurs Siecles auparavant
, & on ne peut dire de
fon origine , finon qu'elle s'eſt
38 MERCURE
établie doucement
&
par
les moeurs
des hommes qui habiterent les
premiers cette Province . Elle a
ainfi pris fa force peu- à peu par
longues années par le tacite
confentement des peuples. Elle
nous eft venue de main en main,
de Succeffeurs en Succeffeurs ,fans
laiffer aucun intervalle vuide depuis
la naiffance des Gaules juf
qu'à nous . Elle s'eft ainfi confer
vée depuis plufieurs Siecles jufqu'à
cette heure. Elle n'a point
changé, quoyque les Gaules ayent
changé de face. Elle a precedé
nos Rois , afurvécu à toutes
les Puiffances de la Terre. Les
GALANT.
39
5 Ordonnances n'estoient pas enco
faites , que les Coûtumes fervoient
déja , à diriger les Gaules
avec éclat & fplendeur.
Le temps qui ronge le Fer, qui
détruit les plus beaux ouvrages ,
qui renverfe les Empires , & qui
aneantit toutes chofes , bien loin
de les abolir , n'a fait que les perfectionner.
Les loix humainesfont
Sujettes au changement , mais la
Coutume , qui tient quelque chofe
de la Loy divine , & de la Loy
naturele , eft conftante , & pour
ainfi dire , immuable , & pour
marque de ſon immutabilité, plus
elle eft ancienne , plus elle a
40 MERCURE
que
de force. Plus cette Princeffe eft
ridée, plus elle nous fembie belle,
世an lieu d'estre foible & caduque
dans fa vieillesse , elle est
encore plus puiffante , & a davantage
de vigueur. O Coutume,
vostre antiquité est venerable
& charmante ! La nature s'en
va piece à piece , elle approche de
fa fin ; mais vous ,
Constitutions , vous triomphez
des années des temps ; vous
prefidez à tous les âges du monde,
& vous regnez en victorieuses
fur les cendres de la nature mourante.
anciennes
Si l'extraction de la Coutume
GALANT.
41
eft fi noble e fi ancienne , fa
puiffance , Meffieurs , n'eft pas
moins furprenante par l'autorité
fouveraine qu'elle exerce fur les
Loix. Le droit municipal_n'eft
point une inflitution d'une Furif.
prudence arbitraire , mais une
regle tellement neceffaire , que
celuy qui n'en a pas une parfaite
intelligence , encore qu'il poffede
eminemment l'efprit des Loix Romaines
, eft neanmoins peu éclairé
dans la conduite des affaires civiles.
Nos Rois qui reconnurent
cette verité , defendirent d'alleguer
les Loix Romaines contre les
Ordonnances & les Coutumes de
Dcc.1692 . D
42 MERCURE
France.C'est pourquoy nous n'obfervons
point les maximes du
Droit Romain commefaifant loy,
mais en tant qu'il eft fondé en
raifon , & conforme à nos Cou
tumes à l'ufage du Royaume,
& mefme quand la Coutume ne
decide point de quelque matiere,
l'on n'a pas recours aux Loix Romaines
, mais à la Coutume voifine
, ou à celle de Paris , car encore
bien que le Droit Civil foit
enfeigné par la tolerance de nos
Rois , dans les Ecoles publiques,
& que les Fuges & les Avocats
puiffent estre receus dans leurs
Charges, fans faire preuve qu'ils
ne
1
43
GALANT .
y ont étudié , & encore qu'ilfoit
allegué par tous les Barreaux du
Royaume , c'est toutefois avec reftriction
, qu'en France il fert de
raifon fimple, & eft toujoursfubalterne
à nos Coutumes , qui font
Le vray Droit Civil & commun
des Provinces ; & quand les
Erections des Univerfitez des
Loix furent registrées au Parlement
, on y ajoûta cette modification
, que le Droit Romain ne feroit
aucunement Loy dans le
Royaume. Et de fait , les François
s'oppoferent refpectueusement
à Charlemagne, lors qu'il voulut
introduire en France les Loix de
Dij
44 MERCURE
l'Empire. Jules Cefar au livre
pemier de la Guerre des Gaules,
dit qu'enecre que le Peuple Romain
y euft acquis une tres - jufte
Seigneurie , neanmoins le Senat
de Rome permit qu'elles ufaffent
toujours de leurs propres Loix
fans les contraindre à recevoir les
Loix Romaines , aufquelles certainement
nos anciens Gaulois ,
>
plus enclins à donner la loy qu'à
la recevoir , n'auroient pas efté
d'humeur à fe foumettre, eux qui
longtemps auparavant , conduits
parBrennus leur General , avoient
couru comme un foudre, & def
toute l'Italie , brûlé
defolé
mis en
GALANT.
45
cendres la Ville de Rome . Et je
vous prie , comment aurions - nous
emprunté le Droit des Romains ,
nous qui avions des Loix tresjuftes
, & les plus belles Coutumes
du monde ? Le fage Solon
ne défendoit il pas d'aller puifer
de l'eau au puits de fon voifin ,
quand on en avoit dans fon propre
fond ? Et pourquoy n'aurions-
nous pas preferé la Coutume
, que Pindare appelle l'Emperiere
du monde , à la Loy qui
eft fa Sujette . & qui n'a ny
puiffance ny autorité, qui ne depende
de notre aimable Souveraine
?
46 MERCURE
Il ne doit donc pas fembler
étrange fi nos Rois, qui voyoient
de fi bonnes Coutumes dans le
Royaume , ont auffi rejetté les
Loix des Empereurs , vû que
parmy les Empereurs , il s'en est
trouvé qui ont eu deffein de les
abolir. Le mefme Jules Cefar, au
rapport de Suetone , chapitre 44.
avoit refolu de les reformer, &
de cheifir dans cette multitude
prefque infinie de Loix , le meilleur
& le neceffaire , pour le reduire
en peu de Volumes . Caligula
voulut ôter entierement les
Rfponfes des Jurifconfultes .
L'Empereur Macrinus , qui n'eGALANT.
47
ftoit pas pu fçavant dans le
Droit , refolut auffi de fupprimer
les Referits des Empereurs, difant
que c'eftoit un crime d'obferver
comme loix les deteftables volon
tez de Commodus , de Caracalla,
d'Heliogabale , de Neron , de
femblables Tirans , dont l'ignorance
eftoit jointe à la malice.
Ce grand Legislateur Justinien,
qui a redigé le Code & le Digefte
dans le bel ordre où nous l'avons
maintenant , donneroit - il à fes
Loix un fort plus favorable au
prejudice de nos Coutumes, & ne
feroit - il point auffi marqué du
mefme caractere des autres Em48
MERCURE
pereurs ? Car à l'égard des fiennes ,
"Suidas l'appelle Analphabete ›
homme fans lettres à l'égard
des moeurs , qui ne fçait pas fes
injustices envers Belifaire
Narfez , Theodore de Ĉefarée &
Tribonien , dépouillant ceux cy
de leurs livres du fruit de
leurs études , & ceux -là du fruit
de l'honneur de leurs victoires
? La Foy dont il fut le Pro
moteur & l'Heretique , les Conciles
qu'il defendit & qu'il combattit
; les Papes qu'il remit fur
le Siege & qu'il envoya en exil;
l'onzième & douzième livre du
Code qu'il publia, pour derober
avec
GALANT. 49
avec la Loy , mille Autels qu'il
depoüilla pour bâtir une Eglife ,
& les maisons des riches qu'il
vuidapour remplir les Hôpitaux
de pauvres , pourroient nous decrediter
les Loix Romaines , &
nous faire croire que ce Legiflateur
fut injufte dans la Justice ,
impie dans la Pieté , facrilegue
dans la Religion , & que pendant
qu'il fembloit s'efforcer de
changer les vices en vertus , de
fes fauffes vertus il fit de veritables
vices. Quoy qu'il en soit ,
plufieurs Rois, ccoommmmee aa fait auffi
Alaric , Roy des Goths , ont
defendu fous de grandes peines
Dec.1692.
E
สน
50 MERCURE
d'alleguer les Loix Romaines
dans les Jugemens. Cette defenfe
a efté generale dans l'Orient, &
a paßé dans la plus grande partie
de l'Occident , & de l'Occident
dans le Septentrion , jufquedans
la Suede c'est un crilà
que
me capital de les citer; en effet,
cette Furifprudence Romaine fut
enfevelie dans les tenebres &
dans le filence pendant quelques
fiecles , jufqu'à ce que Lothaire
fecond , qui fut Empereur vers
l'an 1127. la reffufcita à l'inftigation
de Vuerner , Jurifconfulte ,
ordonnant qu'elle feroit de rechef
enfeignée,fans neanmoins ordonGALANT.
J
es

J
$ ner qu'elleferviroit auxJugemens
des affaires civiles , car la Contume
a toujours triomphe des
Loix. Nous en avons un aven
folemnel dans la Loy 32. Dige .
ftis de Legibus. La Coutume
leur donne , pour ainsi dire,, la
wie ou la mort, quand il luy plaiſi.
Tantoft elle les abroge , & leur
impofe filence , comme dit Cujas
fur la Loy 9. Digeftis de Juftitia
& Jure; tantoft elle empêche
qu'elles ne foient abolics, de forte
que fi les Loix refpirent quel
quefois , fielles fe font craindre
& obeir , c'est par la permiffion
de la Coutume de qui elles res
E ij
52 MERCURE
çoivent la puissance comme de
leur Souveraine. Auffi luy rendent
-elles hommage comme à celle
qui leur donne l'eftre , & fans
laquelle elles feroient fans force,
fans vigueur , & fans autorité.
Les Loix dans leur impuiffance ,ne
reffemblent- elles pas aux membres
du corps humain , qui d'eux - mêmes
font infenfibles & fans action
? car ce nefont ny font ny les yeux
qui voyent , ny les oreilles qui
entendent , ny les bras qui fe remuent
; c'est l'esprit , comme dit
un Poëte Grec, allegué par Ariftote
, c'est l'efprit qui fait cette
maneuvre. Sans luy les yeux
GALANT: 53
font aveugles , les oreilles fourdes
, les bras paralitiques
. Il eft
l'efprit & l'auteur de toutes les
operations de l'homme.
Spiritus intus alit , totamque
infufa per artus
Mens agitat molem .
Tout de mefme les Loix font
impuiſſantes fans l'Uſage & la
Coutume qui les met en credit ,
accoutumant les hommes à leur
rendre une obeiſſance fidelle , de
maniere qu'il eft vray de dire
de dire que
la Coutume eft l'ame vivifiante
des Loix , qu'elle eft l'eſprit qui
les anime , & qu'enfin c'est elle
qui leur donne ce caractere de
-
E iij
54 MERCURE
puiffance d'autorité , & qui
de leur ôte quand bon luy femble .
O quelle force ! ô quelle puiffance
ala Coutume , de donner la loy
aux Loix , de les abolir quand
elle veut , d'effacer quand il luy
plaift ces précieux & venerables
caracteres de la fagefſe humaine ,
d'abroger les Loix Imperiales ,
dans lesquelles la grandeur &
la majefté de l'Empire Romain
femblent refpirer encore ! O le
prodige de puiffance !
Toutes les autres puissances
font foibles en comparaison de
celle de la Coutume . La puiffan.
ce humaine est une chofe lourde
GALANT.
55
de
& materielle
, qui traifne aprés
Joy un long équipage de moyens
humains , fans lefquels elle demeureroit
immobile
. Elle n'agit
qu'avec des armées de mer
terre. Pour marcher il luy faut
mille refforts , mille rouës , mille
machines ; elle fait un effort
pour faire un pas : mais au contraire
,
la
puiffance de la Coutu-
2.
me qui tient de la nature des
chofes divines , opere fes miracles
en repos , & n'a befoin ny
d'instrumens ny de materiaux
pour les operer. Elle est
forte toute nuë T toute
feule ;fonfilerce eft plus efficace
E iiij
56 MERCURE
que
le bruit des armes , fa fim=
plicité eft victorieuse , & toute
defarmée qu'elle eft , nous la
voyons triomphante,
Me
Le triomphe de la Coutume ;
qui n'étaleroit à vos yeux que
Ja fouveraine puiffance fur les
Loix ne feroit pas entier , fi en
efme temps la Coutume ne
triomphoit également des coeurs
par l'obeiffance filiale qu'elle exige
amoureusement des Peuples ;
car fi la Loy Eternelle eft le centre
l'abisme de toute lumiere,
candor lucis æternæ , & fi la
Loy naturelle eff un miroir qui
nous reprefente la majesté "de
GALANT.
57
Dieu , ſpeculum Dei majeſtatis
, la Loy municipale eft un
écoulement & une émanation des
lumieres du Tout- puiſſant , emanatio
claritatis omnipotentis
Dei ; emanation de lumiere
qui releve infiniment la Coutume
, & qui la diftingue detoutes
les autres Loix de la terre ; parce
que, comme la douceur eft le propre
de la lumiere , lumen dulce &
delectabile , ainfi que parle le
Saint Efprit dans l'Ecriture, auffi
la Coutume qui eft un écoulement
de cette divine lumiere pour éclai
rer les Nations , lumen ad reve
lationem gentium , eft établie
58 MERCURE
le
par la douceur & par le
commun confentement des Peuples.
C'est pourquoy elle fe fait
obeir par amour ›
elle
gagne
coeur par fes attraits , & les porte:
infenfiblement à l'obeiffance . Elle
ajoûte l'inclination à nos obliga-,
tions , &produit dans nos coeurs
par un charme fecret certains
mouvemens qui nous portent à
la fuivre fans repugnance , & à
faire ce qu'elle veut. Nous luy
obeiffons par une affection naturelle,
le devoir est noftre plaifir ;
l'obeiffance eft noftre liberté,noftre
ame veut le bien que la Coutume
infpire fans deliberer. Enfin la
GALANT. 59
Goutume nous attire & nous
transforme tous en elle. Au contraire
, la Loy humaine imposée
par puissance, & Souvent avec
rigueur, & contre le gré de la
plufpart des Peuples , agit imperieufement
fur l'homme , & en
menaçant le contraint à luy obeir,
bien loin d'échauffer les coeurs ,
elle les glace par l'apprehenfion
par la crainte. La Coutume
avec fa naiveté ordinaire prend
fa force peu à peu par longues
années par le tacite confentement
des Peuples , & s'infinuë
paifiblement fans violence . La
Loy au contraire fort en un mo60
MERCURE
ment, comme un foudre quituë ,
prend fa vigueur de celuy
qui a la
a la puissance de commander
à tous .
Il est pourtant vray que les
Loix , comme des Aftres , nous
peuvent éclairer dans l'obscurité
des affaires de la vie civile , &
nous conduire par leur lumiere
dans les fentiers de la Justice ;
mais la Coutume , comme un Soleil
toujours fur l'horison de cette
Province , fait éclipfer tous ces
Aftres, & obfcurcit leur lumiere .
.
Elle brille nuit
jour de fes
propres rayons. Sans fe mouvoir
elle éclaire , elle échauffe , elle
GALANT. 61
illumine ; ce grand flambeau ne
fe couche jamais. La Coutume
nous éclaire en telle forte , qu'elle
eft comme infufe dans noftre ame .
Nos fens & nos efprits en font
prévenus; l'air de la Province que
nous refpiros, nous l'infpire encore,
& le vifage du mondefe reprefentant
en cet eftat à noftre premiere
veuë en entrantfur la terresilfemble
, comme en effet il eft vray, que
nous ne fommes nez qu'à condition
de la fuivre , & que c'est
noftre Loy generale naturelle .
Noftre ame reçoit la Coutume ,
comme l'oeil reçoit la lumiere ,
c'est à dire , avec facilité , natu-

62 MERCURE
rellement , fans étude , ſans art;
fans aucune repugnance.
Ne m'aroüerez - vous pas ,
Meffieurs , que nous recevons en
naiffint la Coutume avec le lait ?
La Coutume dés le berceau met
l'homme fous la conduite de fes
Parens , ou desTuteur squ'elle luy
donne. Avant qu'il commence à
marcher , elle le foutient & le
prend en fa protection naturelle.
Elle marque avec les années celles
de fa majorité ; enfuite elle
luy preferit les biens dont il peut
jouir difpofer. En luy parlant
de la terre, elle ne laiffe pas de luy
donner quelque teinture de Reli
GALANT. 63
gion, Elle luy infinuë la fidelité
envers Dieu & envers le Roy,
& luy enfeigne pofitivement lobeiffance
qu'il doit aux Seigneurs
temporels. Elle regle fes devoirs ,
par
dirige fes démarches dans les
diverſes routes de la vie civile,
les Actes & par les Contrats
dont elle rend l'homme capable ;
enfin aprés l'avoir accompagné
dans toutes fes actions jufqu'au
tombeau , & regléſes fuz
nerailles , elle luy redonne la vie,
Le faifant renaiftre comme un
Phoenix de fes cendres , en la
perfonne des Heritiers ou des
Succeffeurs qu'elle luy donne, &
64 MERCURE
immortalifant fes volontez par
un fage & judicieux teftament.
Peut - on voir une peinture plus
naive de nos moeurs , & une image
plus fidelle de nos actions que
la Coutume ? Le tableau eft admirable
, tient quelque chofe
de l'enchantement , puis qu'il
nous reprefente en mefme temps
l'hiftoire du paßé , celle du prefent
, & les avantures des fiècles
futurs. On découvre le profil dans
ce rare précieux tableau , comment
les particuliers & les Familles
entieres fe font conduites
autrefois ; on y voit de front &
au vif la maniere en laquelle on
GALANT 65
2
fe gouverne aujourd'huy ; & on
y apperçoit en perspective , comment
on fe gouvernera à l'avenir.
De plus, on voit dans la Coutume
des fentimens de bonté , de
juftice & de verité. On y remarque
un certain air d'innocence ,
un efprit de droiture , & un
temperament d'équité , qui developpe
& decide les queftions
les plus difficiles. On y apperçoit
un juste difcernement du bon
d'avec le mauvais , & une judicieufe
diftinétion du meilleur
d'avec le bon . Enfin ón y voit
regner la bonne foy & l'heureuſe
Dec. 1692.
F
66 MERCURE
que
l'a
fimplicité de nos Peres ,
fraude , l'ambition , & l'intereft
n'ont point alterées . La licence
du fiecle , la corruption de la nature
, le relafchement des moeurs,
le mauvais exemple , & le mauvais
confeil , n'ont point eu de
part dans la Coutume. Tout y
eft épuré ; nostre Coutume ne
gemit pointfous cet amas confus
de loix , de formalitez embaraffées
, & de procedures obliques
, dont les plus fubtils fe fore
ailleurs un art , pour fe ruiner
les uns les autres par la chicane.
On voit dans la Coutume , des
rayons de la Majefté de Dieu
GALANT. 67
temperez des ombres de la foibleffe
des hommes . Ce ne font
point de ces loix bellesfeulement
en idée, admirables dans la fpeculation
, & difficiles ou impoffibles
, pour ainfi dire , dans la
pratique , comme celles de Platon
de Morus. La Coutume s'humanife
,pour ainsi dire, avec nous ,
fe partageant entre le bien Public
& le repos des particuliers ,
elle calme parfa prévoyance tous
les orages qui pourroient s'élever
dans la Province . Elle foutient
la Nobleffe , comme un don de
Dieu & un fond propre pour la
vertu. Elle nous maintient dans
J
Bij
68 MERCURE
la poffeffion paisible de nos biens,
nous fait regarder celuy des
autres fans envie . Elle fe communique
à tous également , & fe
fait une gloire de conferver à un
chacun fes droits , & les prerogatives
& les dignitez à ceux
qui elles appartiennent . Et de
vray , y a-t-il Province où l'équité
regne davantage ? Y a - t - il
Province dont les Villes ayent
efté placées fous un Ciel plus benin
plus favorable ? Cet heureux
climat n'a- t- il pas donné la
naiffance à plufieurs des plus
grands Jufticiers du Royaume ?
Peuples , ouvrez les yeux .
GALANT. 69
Contemplez ces auguftes tribunaux
, où la Justice rend fes Oracles
dans la Province Vous y
verrez le respect que
l'on porte
à la Coutume Vous y verrez les
Dieux de la terre dans une pro-~
fonde foumiffion envers elle !
Vous y verrez ces Dieux de la
terre religieux obfervateurs de la
Coutume , juger fans crainte ,
fans paffion , fans intereft : 0
vous , doctes Interpretes des vo
lontez de la Coutume , fidelles
depofitaires de fes fecrets , implacables
vangeurs de ſes decifions
meprifées, continuez à luy
marquer vos respects & vostre
70 MERCURE
obeiffance. Les Peuples ont les
yeux fur vous , & vous regardent
comme le miroir de la Čoutume.
Comme elle vous paroißez
inflexibles . Vous en imitez l'indépendance.
Comme elle vous
n'avez besoin ny des hommes
ny de leurs prefens. Vous faites
justice comme elle à la Veuve
au Pupille, qui n'implore point en
vain voftre fecours . Vous n'épargnez
perfonne dans vos Fu--
gemens affurez que jamais
vous ne pouvez faillir en gar
dant la Coutume , car les Coutumes
font des établiſſemens generaux
qui ont efté devant &
GALANT. 71
feront après nous , qui doivent regler
nos actions fur un fi parfait
original . Il s'eft formé une loy
fainte & inviolable dans nos
Provinces ,
que la fuite de tant
de ficcles n'a pu encore détruire .
Cette loy n'eft autre chofe que la
Coutume , à laquelle , ſuivant la
penfée de Balde , nous devons
L'obeiſſance , comme à noftre
Mere ; en quoy nous voyons la
verité de l'Oracle divin , que l'o
beiffance que les Peuples rendent
à la Coutume , fert à prolonger
la durée des Etats. Neftce
pas l'obfervation des anciennes
Coutumes qui a maintenu
72 MERCURE
autrefois en fa vigueur & fi
long- temps , la premiere Republi
que du monde ?
Moribus antiquis ftat res
Romana ,
vigerque
.
N'est- ce pas auffi l'obfervation
de nos anciennes Coutumes qui a
maintenu jufqu'à cette heure la
Majesté de l'Empire François ?
Car depuis douze cens ans &
plus , que Dieu a fait naiftre ce
grand Etat , qu'il l'a prefervé
de tant de perils , & l'a rendu
le plus illuftre , le plus redoutable
, le plus floriffant de toute
la terre , on n'a point veu abolir
en aucun endroit fes uſages &
Coutumes
GALANT.
73
Coutumes quelque differentes
qu'elles foient. Voila le Gouvernement
le plus naturel & le
plus ancien , le plus noble ,
le plus faint qui puiße eftre.
Nous ne fommes pas venus
monde pour changer la Coutumè ,
ny pour la violer, mais pour luy
obeir. Nous fommes obligez de
ape
nous contenter d'elle , comme de
la terre de nos Peres & de leur
Soleil ; certes puifque mesme
aux chofes indifferentes la nouveauté
eft blamée , à bien plus
forte raifon devons- nous conferver
les anciens fondemens de
noftreJurifprudence Municipale,
Dec. 1692 .
G
74 MERCURE
ع و ش
le
qui eft d'autant plus pure
plus jufte , que par fa vieillesse,
elle s'approche de l'origine des
chofes , & qu'entr'elle
principe de tout bien , il s'eft
pafé moins de temps qui en ait
pú corrompre la pureté.
Au reste , ne pensez pas que
la Coutume n'ait d'autorité fur
nous que dans le détroit de la
Province. Elle a bien une plus
grande étendue ; car nous ne
fçaurions jamais nous fouftraire
de fa puiffance , nous éloigner
impunément de l'obeiffance que
nous luy devons. Elle nous fuivra
en quelque endroit de la terGALANT.
༡༨
S
it
e
S
re que nous allions , & ne nous
abandonnera jamais , témoin les
venditions , les donations , les
Teftamens , & autres difpofitions
de nos biens , faites dans les
Pays Etrangers, qui font nulles,
eftant faites contre la difpofition
de nos Coutumes .
Concluons donc , que la plus
grandefelicité de l'homme confifte
à marcher dans les voyes de
la Fuftice, c'est- à- dire, dans l'obfervation
des Coutumes de fon
Pays. En effet , fi tous les hommes
demeurent d'accord qu'il
faut vivre à Rome à la Romaine,
à Conftantinople
à la Turque ,
Gij
76 MERCURE
en ce qui regarde les chofes civiles
& politiques , nous devons
fuivre dans la Province nos Coutumes
, & pratiquer les anciens
ufages. Ceux qui y contre -viennent
choquent la nature , condamnent
la fage Antiquité ,
s'opposent à la pratique univerfelle
de tout le monde . Fefus-
Chrift , le Souverain Legiflateur
, ne fe foumit- il pas aux
Coutumes du Pays où il prit
naiffance,fans vouloir enfraindre
aucune des Coutumes de la
Synagogue , jufqu'à ce qu'il cuſt
publie fa Loy ? Certes , on ne fe
peut difpenfer fans crime de fuiGALANT.
77
are les Coutumes. C'est le Tefque
nous deles
tament de nos Peres
พร vons accomplir ; c'eft le reſultat
de leur fageffe , où nous devons
apprendre quelle doit eftre noftre
conduite dans les affaires civiles;
1 c'est la regie la plus facile ,
n'ayant pour principe , que
actions les plus ordinaires des
hommes , faites dans leur plus
grande liberté ; en quoy on ne
IX peut aßez admirer la debonnaireté
de nos Rois , qui ayant accordé
à leurs Sujets de fe faire
ides Loix à leur gré , & de conferver
leurs Coutumes , leur ont
pour ainfidire , communiqué une
G iij
78 MERCURE
partie de leur puiffance & de l'a
dignité Royale . Ő! qu'il eft doux
deftre foumis à une neceffite volontaire
, & d'estre gouvernépar
une Loy , de laquelle eftant les
Auteurs , nous aurions honte de
l'accufer d'estre injufte ou fevere!
Suivons donc nos anciennes
Coutumes ; ne nous détournons
point du chemin batu ; prenons
pour regle , l'exemple de ceux qui
nous ont devancez , marchonsfur
leurs pas ; adorons leurs veftiges;
admirons l'antiquité & la puiffance
de la Coutume proteftonsluy
de luy rendre l'obeiffance filiale
qu'elle defire de nous . Les
GALANT.
179
Ordonnances de nos Rois nous
y obligent ; c'est pourquoy nous
demandons , fuivant l'ancienne
Coutume , que les Avocats &
Procureurs faffent le Serment
accouftumé de garder les Ordon
nances.
Je vous envoye la Traduction
du premier Chapitre
du
Livre de Job. Elle a efté faite
par un jeune Provençal , dont
vous avez déja veu quelques
pieces dans mes Lettres . Il a
entrepris de traduire ce Livre
entier , & pour s'appliquer
à ce travail avec plus de
confiance
, il témoigne qu'il
Giiij
80 MERCURE
* aura obligation aux Curieux
qui voudront bien me
marquer leur fentiment fur
fon deffein , & fur la maniere
dont ils croiront qu'il faudroit
l'executer . J'efpere vous
envoyer le mois prochain une
fuite de cet Ouvrage
.
25222 2225SS2S2222
TRADUCTION
DU LIVRE DE JOB.
CHAPITRE I.
Ur le rivage du Jourdain
Vivoit Fob, illuftre Prophete,
Qui craignoit Dieu , cheriffoit fon
Prochain,
GALANT . 81
Et du Ciel feulement meditoit la
conquefte ;
Toujours également touché
De l'amour du vray bien , de l'horreur
du peché.
Sa Famille nombreufe autour de luy
rangée ,
Et de mille vertus noblement partagée,
Combloit fon am; de plaifirs ;
Et Dieu , qui benifſoit fon heureuſe
opulence
>
Mefme au delà de fes defirs,
De fon bien chaque jour augmentoit
l'abondance.
S
D'innombrables Troupeaux fur l'herbe
bondiffans
Il couvroit de hautes montagnes,
Et mille Baufsfous le jouggemifans
D'un pas laborieux fillonnoient fes
campagnes.
82 MERCURE
2
Comme un grand Prince il fieut fe
faire aimer,
Mais beaucoup moins parfa richeſſe
Que par une haute fageffe ,
Seul bien
que
l'on doit eftimer.
2
Ses Fils ainfi que luy marchant dans
Pinnocence ,
Se donnoient tour à tour des feftins
Somptueux
Unis par l'amitié plus que par la
naissance ;
Leurs Soeurs y paroiffoient comme
eux ,
Ils en avoient banny toute licence.
S
Mais quand leurs tours eftoient heureuſement
remplis ,
Fob que charmoit leur amitiéfincere,
Les faifoit vifiter parfes meilleurs
Amis,
GALANT.
83
Dont chacun leur donnoitquelque avis
falutaire. ន
Ilfaifoit plus ; chaque matin
Pour chacun d'eux offrant un ſacrifice
,
Il prioit Dieu de leur eftre propice,
Craignant que quelquefois dans l'excés
du feftin
Ils n'euffent offencefa divinejuſtice.
2
Mais quelque heureux qu'il foit ,
l'homme n'a jamais rien
Quifoudain ne tombe en raine,
Si la Providence divine -
Ceffe d'en eftre le foutien.
2
Un jour done qu'à la Cour celefte
Dieu tenoit fes Etats dans toute fai
grandeur ,
Fab vit comme un éclair paſſer tout
fon bonheur
84 MERCURE
Par un revers trifte &funefte.
G
Le Prince des Enfersfetrouva dans
ce lieu
Par un ordre fecret de Dieu.
D'où viens tu , luy dit- il ?J'ay parcouru
la terre ,
• Répondit l'Esprit Tenebreux
Jufqu'au coeur des Mortels allant faire
la guerre
,
Pour usurper quelque empire fur
eux.
28
As- tu veufob, mon Serviteurfidelle,
Qui toujours pour moy plein de
zele ,
>
Fait la justice ,fuit le mal
Et dansfapieté n'a jamais eu d'égal?
2.
Ony ,je l'aỳ vû , dit- il , homme foible
&fragile ,
GALANT. 85
Et qu'on ne verroit pas refifter à mes
coups ,
S'il ne trouvoit toujours en vous
Son Protecteur & fön azile.
$
Eb , comment l'attaquer ? Vous eftes
Son appuy
Pour conferverfon innocence,
Vos Anges nuit & jour veillent auprés
de luy.
Famais rien n'a donné d'atteinte àſa
puissance.
2
Son bien devient toujours plus
grand ,
Sans que la grefle ny l'orage
Luy caufent le moindre dommage,
Et voftre main benit tout ce qu'il
entreprend.
Mais , Seigneur , voulez- vous
connoiftre
86 MERCURE
Cette vertu dont onfait tant de cas?
Faites-luy fentir voftre bras ,
Et vous la verrez difparoiftre,
S
D'abordcet homme fi pieux
Tout plein de haine & de colere ,
Vous maudira dans fa mifere,
Par des blafphemes odieux.
S
Mais Dieu qui connoiffoit la force du
Prophete ,
Et feur que fa vertu ne s'abattroit
jamais ;
Fe le veux, luy dit- il, va comme une
tempefte
Faire tomber tes plus horribles traits
Sur ce qu'il aime dovantage.
A toute fa maifon fais reffentir 14
rage ,
Fe te le livre, à fa perfonne prés.
GALANT: 87
S
L'Esprit Malin ravy de voir en butte
Un figrand homme à ſa fureur ¿
Miniftre impitoyable , ilpart , il execute
,
Et le plonge dans le malheur.
23
Fob fe croyoit le plus heureux des
Peres ,
Ses Fils mangeoient ensemble , &fe
divertiffoient.
Il vint un Meffager ; vos Afneffes
paifoient ,
Dit- il à Job , vos Boeufs fous le joug
Se baifoient ,
Lors que des Sabéens les Troupes fanguinaires
Ont fondu prés de nous comme de
fiers torrens.
Nous nous fommes mis en défenſe,
Et ces méchans aigris de noftre réfiftance
,
88 MERCURE
Non contens de voler , ont tué tous
vos gens.
Moy feul , de leur fureur trifte &
malheureux
refte
Je viens vous en donner la nouvelle
funefte.
2
Il n'avoit pas finy qu'un autre Mef-
Sager
Vient par un coupplus rude attaquer
fa conftance.
Du feu du Ciel l'extrême violence
N'a , dit il , épargné ny monton , ny
Berger.
Moy feul échapé du danger ,
Ie vous viens du Tres- haut annoncer
la vangeance.
2
Apeine achevoit-il un fitrifte rapport,
Qu'un autre vient tremblant &
demi-mort.
GALANT. 89
Les Chaldéens , dit-il, Peuple fauvage,
Fondant en Efcadrons dans votre
pafturage,
Ont pris vos Chameaux malgré
nous.
L'on a voulu résister à leurs coups,
Ils ont tout maffacré . Moyfeulfuyant
leur rage,
Je viens vous avertit de ce trifte carnage.
2
Au mesme inftant ce Prince infortuné
Reçoit une nouvelle encorplus effroyable.
Un Meffager luy dit, chez voftre Fils
Ainé
Tous vos Enfans eftoient à table,
des vents impetueux
Lors
que
Ebranlint la maison l'ont fait tomber
fur eux.
Dec. 1692.
H
90 MERCURE
Ilsfont enfevelis fous des monceaux
de pierre.
Moy feul accablé de douleur ,
Et deformais malheureux fur la
terre,
Je viens pour vous apprendre un ſi
cruel malheur.
&
A ce recit, be grand Prophete
Déchira fes habits , fit raferfes cheveux
,
Et toutefois humble & refpectueux,
Il adora la main qui lançoit fur fa
refte
Du celefte couroux les traits les plus:
affreux.
23
Il dit dans fa douleur profonde ,
Du ventre de ma Mere icy je vins
tout nu ,
Bien-toftj'en fortiray comme j'y fuis
vent:
GALANT.
91
Ce bien immenfe où noftre espoir fe
fonde,
Dieu me l'avoit donné , Dieu me l'ôte
aujourd'huy :
Et puis qu'il l'a voulu , je le veux
avec luy.
2
Que deformais plein de clemence,
Il verfe fes faveurs fur moy ,
Ou que par d'autres maux il éprouve
ma foy,
Te beniray toujours fon nom & Sa
puissance.
S
Ainfi fouffrit patiemment,
Ainfi parla ce Prince au fort defa
mifere.
Il benit de fon Dieu le fecret juges
ment,
Et ne fe plaignit point de fajuſte
colcre .
Hij
92 MERCURE
Il eft quelquefois avantageux
de facrifier quelques années
de fa vie pour paffer
les autres agréablement . L'avanture
dont je vais vous
faire part , vous en fera convenir.
Une jeune Demoifelle
, née avec tous les avan
tages poffibles , foit pour la
beauté , foit pour l'efprit ,
attendoit au milieu d'un afſez
grand nombre d'Adorateurs
que quelqu'un l'aimaft
affez pour ne pas confiderer
qu'elle avoit fort peu de bien .
On s'empreffoit
à la voir , &
c'eftoit
à qui luy prodigueGALANT.
93
roit plus de douceurs , mais
perfonne ne venoit à l'effentiel
, & comme elle eftoit
auffi éclairée que fage , elle
ne prenoit aucun party , &
écoutant tout indifferemment
elle empefchoir que
>
fon coeur ne nuifift à fa Fortune
. Enfin un vieux Marquis
extrémemeut riche & fans
enfans , qui de temps en
temps rendoit vifite à fa Mcre,
la trouvant un jour feule
avec elle , la pria de luy donner
une audience paiſible ,
fans l'interrompre dans tout
ce qu'il luy diroit . Aprés
94 MERCURE
qu'on luy cut promis cette
complaifance, il commença
par luy dire qu'il avoit foixante
& quinze ans paffez, &
qu'encore qu'un âge fi avancé
euft dû le mettre à couvert
des furprifes de l'amour , il
fentoit bien qu'il en avoit
pris pour elle ; qu'elle ne devoit
pas en eftre furprife ,
puifque cet amour n'eftoit
point l'effet d'une paffion qui
pour objet que
defir de fe fatisfaire qu'il
eftoit reglé par la raifon , &
que fi fes vieilles années luy
pouvoient caufer affez de dé
n'cuft le feul
GALANT. 95
gouft pour la mettre hors
d'eftat de vivre heureufe avec
luy , elle n'avoit qu'à s'expliquer
neitement , pour empelcher
que la declaration.
qu'illuy faifoit n'euft aucune
fuite ;que fi cependant la difproportion
de fon âge ne
l'effrayoit point , il eftoit
preft de luy affurer cent mille
écus fur fon bien , fans com .
pter beaucoup d'autres avantages
qu'elle pouvoit efperer,
felon les manieres qu'elle
prendroit avec luy ; qu'il ne
chercheroit uniquement qu'à
la rendre heureufe , mais que
96 MERCURE
fon
pour ne luy donner aucun
licu de dire qu'il n'euft pas
agy fincerement , il l'avertiffoit
que fi elle vouloit bien
fe refoudre à l'époufer
,
deffein eftoit d'aller demcurer
à trente lieuës de Paris ,
dans un Chateau qu'il avoit
d'une fituation tres- agreable ,
& fort richement meublé ,
où tout ce qu'elle pourroit
fouhaitter luy feroit fourny
en abondance ; qu'il luy feroit
voir toute la Nobleffe du
voifinage , & qu'il la prioit
de croire , que s'il prenoit
ce party , ce n'eftoit par aucun
GALANT. 97
cun mouvement , d'humeur
jalouſe , mais parce que le
fejour eftant fort beau , il y
jouïroit plus tranquillement
du plaifir d'eftre toujours
avec elle , voulant renoncer
à tout embarras d'affaires
dont il remettroit le foin à un
Intendant . On écoura le bon
homme d'une maniere qui
luy fit comprendre
que fa
propofition faifoit plaifir ,
mais comme une réponse précife
cuft pû paroiftre fufpecte
, fi elle cuft cfté précipitée
, elle fut remife au lendemain.
La Belle qui s'étoit
Decembre
1692 . I
98 MERCURE
roujours.confervée libre ,n'euc
pas de peine à croire fa Mere
fur le confeil qu'elle luy donna
de s'attacher au folide.
On luy offroit quinze mille
livres de rente avec le nom
de Marquife . C'eftoit dequoy
la confoler du chagrin de
quitter Paris , où il ne luy
cftoit pas défendu de croire
que le Veuvage la rameneroit
dans quelques années . On ne
perdit point de temps à terminer
cette affaire , qui fut
conclue avec de grands avantages
pour la Belle . Le vieux
Marquis dont l'amour eſtoir
GALANT. 99
fort tendre,& qui vouloit luy
faire trouver de l'agrément
dans l'exil où il l'avoit préparée
, la laiſſa maiſtreſſe de
Son
toutes les chofes qui pouvoient
la fatisfaire , & alla
mefme beaucoup au - delà de
ce que le rang où il l'élevoit
fembloit demander .
équipage & fon train furent
magnifiques , & comme elle
avoit affez de voix , il mit
auprés d'elle pour la fervir
une Demoiselle & d'autres
Filles qui fçavoient chanter.
Il ne reftoit plus qu'à choiſir
un Intendant , qu'il vouloit
I ij
100 MERCURE
habile , & en mefme - temps
bien fait , afin qu'il puft donner
la main à fa Femme en
qualité d'Ecuyer . Il en refuſa
plufieurs , & enfin on luy en
amena un dont il fut content ..
C'eftoit un homme de fort
belle taille , agé de trente ans,
d'une phyfionomie heureuſe ,
& qui joignoit à l'habileté
dans les affaires , le talent particulier
de joüer fort bien du
Lur. La Belle Marquise en
joüoit auffi , & il pouvoit luy
donner des leçons utiles pour
la perfectionner. On partit
peu de temps aprés le MariaGALANT.
II
ge, & à peine fut - on arrivé
au Chateau du vieux Marquis
,que la beauté de la charmante
perfonne qu'il amenoir
, y attira force gens confiderables
de l'un & de l'autre
fexe . Elle les recent d'un
air noble &
engageant qui
luy acquit une cftime generale
, mais fi fon efprit & fes
belles qualitez firent parler
tout le monde à fon avantage
, fa conduite
& fa fageffe
furent en elle un merite qu'on
ne pouvoit affez élever . L'obligation
qu'elle avoit au
vieux Marquis , faifoit dans
I iij
102 MERCURE
fon coeur les mefmes impreffions
que l'amour auroit pu
faire, & pour meriter ce qu'il
avoit fait en fa faveur , elle
avoit pour luy des complai
fances , qui le charmoient
d'autant plus , qu'il n'y paroiffoit
rien de contraint . Elle
vouloit qu'il fut toujours
auprés d'elle , & quand il paffoit
une heure ailleurs , elle fe
plaignoit comme s'il ne l'euft
pas aimée affez tendrement .
Ils fe promenoient fouvent
enfemble, & au retour de la
promenade , elle fe divertif
foit , ou à faire des manieres
GALANT. 103
de Concerts , ou à prendre
des Leçons de Lut de l'Intendant
, qui de fon cofté regloit
admirablement la Maifon
du vieux Marquis . Tous
les Domestiques dont il avoit
trouvé le fecret de fe faire
aimer par fes manieres honneftes,
difoient à l'envy mille
biens de luy, & le vieux Marquis
tiroit de fes foins tous
les avantages que le bon ordre
& l'exactitude font
bles de produire. Il le chargeoit
de veiller à découvir
Ce que pouvoit fouhaiter
la jeune Marquife , qu'il ne
I iiij.
capa104
MERCURE
vouloit pas qu'il laiffaßt man
quer d'argent, quelque dépenfe
qu'elle vouluft faire , & à
qui mefme il faifoit de temps
en temps des prefens confiderables
. L'Intendant qui le
portoit à ces liberalitez , portoit
de mefme la jeune Marquife
à marquer encore , s'il
fe pouvoir , plus d'empreffe
ment pour fon vieux Mary ;
& les utiles confeils qu'il leur
donnoit à l'un & à l'autre
l'en faifoient aimer égale
ment. La jeune Marquife qui
les recevoit avec plaifir, & qui
fçachant ce qu'il faifoit pour
GALANT. I
fes interefts , prenoit en luy
une extrême confiance ,n'en
recevoir jamais de loüanges
fur les manieres dont elle en
ufoit , malgré le dégouſt
que la vieilleffe donne naturellement
aux jeunes perfonnes
, qu'elle ne les rejettaft ,
en luy difant qu'elle ne faifoit
que ce qu'elle devoit faire , &
que quand fon vieux Mary
auroit cfté d'une humeur bizarre
, elle s'y feroit tellement
accommodée , qu'elle auroit
efté toujours heureufe par le
plaifir de bien remplir les devoirs
. Cette ouverture de
6 MERCURE
coeur fi obligeante pour luy,
redoubloit l'attention qu'il
avoit pour toutes les chofes
qui pouvoient luy plaire , &
regarder fon empreffement,
on auroit pû croire qu'elle luy
auroit touché le coeur , fi fon
zele n'cuſt pas paru auffi vif
quand il s'agiffoit de faire ce
qui pouvoit contenter le
vieux Marquis. Ils luy trouvoient
tons deux beaucoup
de bon fens , & de fineffe d'ef
prit , & quoy qu'il ſe tinft
toujours dans un grand refpect
, ils prenoient fouvent
plaifir à le faire entrer dans .
GALANT. fo7
leur converſation . Quatre ans
s'étoient écoulez de cette forte
quand le vieux Marquis
mourut. La jeune Marquise en
cut une veritable affliction , &
cette mort la mettant dans
l'embarras pour la difcuffion
de fes droits , non feulement
elle pria l'Intendant
de ne pas
l'abandonner , mais pour l'attacher
plus fortement
, elle
voulut luy faire époufer fa
Demoiselle
, qui eftoit jolie,
& qui n'avoit pas mal fait fes
affaires depuis quatre années
qu'elle eftoit à fon fervice .
L'Intendant
la remercia
du
108 MERCURE
foin qu'elle vouloit prendre
de fon
établiffement , & la
fupplia de trouver bon qu'il
puft demeurer à luy , afin
qu'il fut plus entierement à
elle . Un procedé fi honnefte
ne put déplaire à la Dame ,
qui luy connoiffant un vray
merite , n'eftoit pas fachée
qu'il fuft attaché à la fervir
par un mouvement
plus fort
que celuy de l'intereft . Il mit
Les affaires dans un tres- bon
ordre ; & elle fe trouva fibien
de fes confeils pour terminer
tous les differens qu'elle cut
avec les Heritiers de fon
GALANT 109
que
vieux Mary , que s'eftant apperceuë
quelque temps aprés
fa beauté ou fon bien luy
faifoient rendre de toutes
parts des foins affez empreffez
, elle luy dit un jour en
riant que fi elle fe remarioit
jamais , ce ne feroit point fans
en prendre fon avis , mais qu'il
faudroit pour l'yobligerqu'on
luy cuft donné des marques .
d'amour fi convaincantes ,
qu'il luy fuft impoffible de
douter qu'on ne l'aimaſt tresfincerement.
L'Intendant luy
répondit avec une honneſte
liberté , que fi elle luy faifoit
110 MERCURE
l'honneur de le confulter dans
une affaire de cette importance
, la paffion qu'il avoit de
la voir auffi heureufe qu'elle
meritoit de l'eftre , le rendroit
peut eftre encore plus difficile
qu'elle ne feroit fur un
pareil choix , qui la devoit
d'autant plus embarraffer, que
pour en eftre contente , il fal
loit que fa raifon fuft d'accord
avec fon coeur. La premiere
année de fon Veuvage
eftant expirée , elle, quitta la
Province , & vint à Paris , où
ceux qui fe croyoient le plus
en droit d'efperer , ne manGALANT:
I
querent pas de fe rendre en
même temps . Elle y vit bientoft
groffir la Cour par de
nouvelles conqueftes
, & la
refolution qu'elle avoit prife
de préferer celuy qui luy donneroit
de plus grandes marques
d'amour cftant connue,
chacun tâcha de ſe diftinguer
entre fes Rivaux , par ce qui
pouvoit la convaincre davantage
que toutes fes volontez
luy estoient foumiles . Cependant
aucun ne fe declaroit
qui n'euft à fouffrir l'examen
de l'Intendant. Elle vouloir
qu'il luy dift fincerement ce
112 MERCURE
qu'il en penfoit , & en luy
marquant leurs qualitez eftimables
, il fçavoit fi bien trou
ver leurs defauts , qu'on n'en
pouvoit faire une peinture
plus vive. Il y avoit fur tout
une chofe qu'il avoit peine à
leur pardonner , & qui ſelon
luy fuffifoit pour les exclurre .
C'eftoit qu'ils fembloient
convenir eux- mêmes du peu
de merite qu'ils avoient, puis
qu'eftant perfuadez qu'il avoit
quelque credit auprés d'elle,
ils effayoient tous de le corrompre
, en luy offrant des
fommes confiderables , s'il
GALANT 113
appuyoit leurs pretentions de
telle forte que leur amour fuft
fuivi d'un heureux fuccés . La
Dame loüoit fon defintereffement
qui luy faifoit refufer
ces offres , & qui l'obligeoir
de n'avoir en veuë que
Les avantages . Son choix demeurant
toujours indecis , une
de fes plus particulieres Amies
voulut le faire tomber fur un
Gentilhomme d'affez de naiffance
pour ne luy point faire
quitter le nom de Marquife,
& en qui elle fe tenoit fort
affurée qu'elle ne pourroit
le defaut d'avoir
trouver que
Decemb. 1692
K
114 MERCURE
peu de bien. La Dame luy répondit
que ce n'eftoit point
un defaut effentiel , qui puft
s'opposer à ſon cftime , mais
que n'ayant point caché que
pour fe donner elle vouloit
eftre feure d'eftre fortement
aimée, elle ne comprenoit pas
comment on luy propofoit
un homme qu'elle n'avoit
jamais vû , & qui ne fongeoit
à elle, que parce qu'en l'époufant
, il rencontroit de grands
avantages du cofté de la fortune
. Son Amie la fatisfit en
uy apprenant que le Gentilomme
l'ayant apperceuë à
GALANT.
ITS
la promenade quatre jours
avant qu'elle époulaft le Marquis,
s'eftoit fenty un fi fort
panchant pour elle , que la
connciffance qu'il eut enfuite
de l'engagement où elle eſtoit
n'avoit pû le mettre en eſtat
d'y refilter ; qu'entrainé par
fon amour , il l'avoit fuivic
dans la Province , afin que le
plaifir de la voir, dont il avoit
fait tout fon bonheur ,luy fuft
au moins unfoulagement dans
la violence de fa paffion ; qu'il
luy avoit mefme parlé quelquefois
, fans que fes regards
ny fes paroles luy euffent rien
Kij
116 MERCURE
découvert des fentimens de
fon coeur ; que le refpect qui
l'avoit toujours forcé de fe
taire , le tiendroit encore dans
cette mefme contrainte , tant
il fe croyoit éloigné de meriter
quelque part dans fon cftime
, fi elle n'avoit voulu parler
malgré luy , perfuadée
qu'un amour fi pur & fi conf.
tant devoit avoit fon merite,
& qu'elle trouveroit en luy ce
qu'elle cherchoir , s'il eftoit
vray que pour eftre digne
d'elle , ce fuft affez de l'aimer
parfaitement. La jeune Marquile
étonnée de l'avanture,
GALANT. 117
demanda à fon Amic comment
eftoit fait cet Amant
refpectueux , qui avoit pû fe
tenir dans cette grande referve
, quoy qu'il l'aimaft depuis
tant d'années . Son Amie luy
répondit , que comme il falloit
que fes yeux fuffent contens
ce qui dépendoit fort
fouvent du gouft , il luy feroit
inutile de luy en faire un
portrait avantageux ; qu'elle
pourroit en juger par ellemefme
fi elle vouloit luy
rendre vifite le lendemain ;
que le Gentilhomme devoit
venir luy parler de quelque
118 MERCURE
1
affaire , & que c'eftoit une occafion
de l'examiner fans qu'il
fceuft encore qu'elle luy cuft
rien appris des fentimens qu'il
avoit pour elle. La Marquife
y confentit , & fon Amie ne
l'eut pas plûtoft quittée qu'elle
expliqua l'avanture à l'Intendant
, dont elle voulut
prendre le confeil fur ce
qu'elle devoit faire , fuppofé
que l'on puft venir à bout de
la convaincre d'un auffi rare
exemple d'amour que celuy
dont fon Amie luy avoit parlé
. L'Intendant luy répondit ,
que quoy qu'il la connust
GALANT. 119
affez genereuſe pour ne s'attacher
qu'au feul merite dans
le choix qu'elle feroit, il avoit
peine à ne pas compter pour
un grand défaut le manque
de bien dans un homme à qui
La naiſſance pouvoit permettre
des prétentions , & qu'enfin
de la maniere qu'il comprenoit
qu'elle devoit cftre
aimée , fi par l'excez de l'amour
on fe pouvoit rendre
digne de fon coeur , il ne pouvoit
croire que quatre années
paffées à l'adorer en fecret ,
duffent donner fujet d'afpirer
à un prix fi haut. La jeune
120 MERCURE
Marquife foufrit de l'opinion
avantageufe qu'il témoignoit
avoir d'elle , & aprés luy avoir
dit que fon zele l'aveugloir,
elle voulut qu'il luy aidaft à
trouver cet Amant paffionné
qui eftoit allé la chercher
dans fa retraite , mais elle cut
beau rappeller tous ceux que
le hazard y avoit conduits,
& qui pouvoient luy avoir
caché ce qu'ils eftoient . Son
coeur ne luy parla pour aucun
, & elle euft efté fâchéc
de rencontrer parmy eux celuy
qui l'aimoit depuis fi
long- temps.L'éclairciflement
ne
GALANT. 121
ne fut pas long à attendre.
Elle fe rendit chez fon Amię
comme elle l'avoit promis ,
& voulut que l'Intendant luy
donnaft la main , afin qu'étant
témoin de cette entreveuë
, il luy dift fincerement
ce qu'il penfoit du nouvel
Amant qui vouloit fe déclarer.
Son Amic l'affura rout
de nouveau qu'elle ne pouvoit
faire un choix qui luy
convinſt mieux , à ne regarder
en luy que la naiffance ,
& les qualitez effentielles qui
font l'honnefte homme , &
cette affeurance luy ayant fait
Decembre 1692. L
122 MERCURE
témoigner grande impatience
de le voir , il eft aifé de
s'imaginer jufqu'où alla fa
furpriſe , lors qu'elle vit tout
d'un coup l'Intendant à fes
genoux , qui fe découvrit
pour cet Amant déguifé , à
qui depuis fi long - temps
le feul plaifir de la voir avoit
tenu lieu de toutes chofcs..
On ne peut rien ajouſter à ce
qu'il luy dit de vif ſur la violente
paffion qui l'avoit contraint
à devenir l'Intendant
du vieux Marquis . Elle l'écouta
fans l'interrompre ,
mais quoy qu'elle gardait le
GALANT. 123
filence , il eut la joye d'apper
cevoir dans fes yeux que la
connoiffance qu'il luy donnoit
, ne luy cftoit pas defagreable
. En effet , elle repaffa
dans fon efprit l'abaiffement
où il s'eftoit mis pour elle ,
les fages conſeils qu'elle avoit
receus de luy fur la complaifance
qu'elle devoit à fon
vieux Mary , le zele empref
fé qu'il avoit fait éclater dans
tout ce qui avoit pû luy faire
plaifir , & toujours avec de
fi grands témoignages de ref
pect , & en s'obſervant fi
bien , que jamais il ne luy
Lij
124
MERCURE
eftoit rien échapé qui cuft
donné lieu de foupçonner la
caufe d'un fi fort attachement
, & toutes ces choles
ayant leur merite , elle ne put
fe défendre d'avouer qu'il
l'emportoit fur tous ceux qui
afpiroient à toucher fon
coeur .Le merite eftant connu,
il ne fut pas malaifé de la porter
à la récompenfe , que
de
Gentilhomme obtint peu
temps aprés avec cette
faction particuliere , qu'elle
ne fit point difficulté de luy
dire , que par un fecret panchant
qu'elle auroit voulu fe
le
fatisGALANT.
125
Cacher à elle-mefme ; elle
avoit fouhaité plus d'une fois
depuis fon Veuvage , qu'il fe
fuft trouvé d'une naiffance
à le pouvoir épouser fans
honte.
L'année 1693. où nous fommes
prefts d'entrer, eft remarquable
par une choſe qui n'eſt
point arrivée pendant tout ce
Siecle. C'eft d'avoir la Fefte
de la Chandeleur le Lundygras
, ce qui fera caufe- que
nous aurons celle de Pafque
le 22. de Mars , qui eft le plûtoft
qu'on la puiffe celebrer .
Cela ne peut eftre fans que
L.iij
126 MERCURE
plufieurs circonstances fe
trouvent jointes enſemble ,
comme vous le connoistrez
par le Traité que vous allez
lire.
GALANT. 127
$2255252 225SSSS25
INSTRUCTION
Familiere & facile pour connoistre
à perpetuité le temps
de la celebration de la Fefte
de Paſque, la nouvelle Lune,
l'Epacte , le Nombre d'Or,
la Lettre Dominicale qui
luy fervent de fondement,
la reformation du Calendrier
, & le Biff: xte , qui en
font des dépendances .
LAFeſte de Paſque, qui eft
la principale des Chreftiens ,
doit fe celebrer tous les ans le
Lijij
128 MERCURE
premier Dimanche qui fuit le
quatorziéme de la Lune , qui
vient immediatement aprés le 21 .
de Mars ; ou le jour mefme
Sans qu'on la puiffe avancer ny
retarder , comme il a efté reglé
par l'Eglife dans le Concile de
Nice, tenu en l'an de falut 325.
fous le Pape Silvestre.
L'Eglife a ainfi ordonné le
temps de la celebration de cette
Fefte, d'autant qu'en cette année
325. l'Equinoxe du Printemps
eftoit arrivé le 21. de Mars , &
qu'elle a fixé à son égard cet
Equinoxe à ce jour , quoy qu'il
arrive quelquefois un peu plutoft
GALANT. 129
&
ou plus tard , afin que tous les
Chreftiens , en quelque lieu du
Monde qu'ils fe rencontrent ,
foient uniformes, en celebrant en
un mefme jour cette Feste de
Pafque , qui fert de regle à toutes
les autres Feftes mobiles, com
me font l'Afcenfion & la Fentecofte,
& que par ce moyen on
fuiffe celebrer les Festes de l'Eglife
dans les temps qu'ont` efté
operez les Myfteres qu'elles reprefentent.
Cette
Ordonnance de l'Eglife
a du rapport avec l'ancienne
Coutume des Juifs , qui celebroient
leur Paſque , qui est la figure
130 MERCURE
veritable de celle des Chreftiens
le jour mefme de ce quatorZieme
de la Lune, fuivant le commandement
qu'ils en avoient receu
de Moyfe , leur Chef, par l'ordre
de Dieu, afin qu'il demeuraft
parmy eux un continuel fouvenir
de leur delivrance de la fervitude
de Pharaon aprés le miraculeux
paffage de la Mer rouge
àpied fec, eftant bien plus jufte
que les Chreftiens qui ont passé de
la figure à la verité , celebraffent
leur Pafque , le premier Dimanche
d'aprés le quatorziéme de cette
Lune , en memoire de la Refurrection
du Sauveur du monde ,
GALANT. izr
arrivée le troisième jour aprés
fa mort , par laquelle ils ont efté
delivre de la fervitude du Demon
, en paffant de la mort à la
vie , & du peché à la grace.
L'hiftoire de la Paffion défigne que
fut dans le temps marqué cydeffus
que Jesus - Chrift mourut, le
jour du Vendredy- Saint, & qu'il
refufcita trois jours aprés
eftoit le Dimanche ; ce qui fut
accompagné de plufieurs circonftances
que l'on y remarque ,
particulierement dans ce tempsdu
quatorziéme de la Lune , dans
lequel elle est dans fon plein, par
la miraculeuse Eclipfe du Soleil
qui
132 MERCURE
qui arriva à fa mort , qui ne fe
peut naturellement faire que par
l'interpofition de la terre entre
Soleil la Lune.
le
Or il y a vingt neuf nouvelles
Lunes , dans lesquelles peut
arriver le premier Dimanche
d'après le quatorziéme de la Lu.
ne , qui arrive immediatement
aprés le 21. de Mars , ou ce jourla
mefme. La premiere de ces Lunes
eft celle qui arrive le 8. de
Mars , ce qui fait que Pafque
peut venir le 22. de Mars , &
la derniere de ces mefmes Lunes
arrive le 7. d'Avril , qui fait que
Pafque peut venir le 25. d'Avril.
GALANT. 133
Cet espace de temps depuis le 22 .
de Mars jufqu'au 25. d'Avril ,
eft de trente- cinq jours , & par
conſequent Paſque peut arriver
pendant ces trente- cinq jours differens
; fçavoirle 22. de Mars ,
qui eft le plûtoft, juſqu'au 25 •
d'Avril, qui eft le plus tard .
Pafque arrive le 22. de Mars,
qui eft le plûtoft , quand la nouvelle
Lune a commence le 8. de
Mars , que fon quatorziéme
qui vient le 21. de ec me mefme
mois ,fe trouve eftre un Samedy,
car dés le lendemain 22.de Mars ,
s'il fe trouve eftre un Dimanches
on celebre la Fefte de Paf134
MERCURE
que , toutes les conditions requi
fes par l'Eglife eftant accomplies
ce jour- là. L'exemple s'en trouvera
en l'année 1693. en laquelle
ces circonstances ferencontreront;
ce qui n'est point arrivé depuis
l'année 1598. & ce qui arrivera
enfuite en 1761. & 1818. dans
lefquelles années les mêmes conditions
fe trouveront auffi accemplies.
Ce qui eft bien remarquable;
c'eft que l'année 1818.étant expirée,
cette même Fefte de Pafque n'arrivera
plus le 22. de Mars qu'aprés
367.ans , à cause que pendant tout
ce refte du dix- neufiéme fiecle ,
les trois autres fuivans toutes les
GALANT. 185
conditions requifes ne fe rencontreront
point ensemble . On afait
ces quatre Vers au ſujet de l'année
1693.
L'an mil fix cens nonantetrois,
Le vingt deux du troifiéme
mois
La Pafque fera celebrée ,
N'eftant jamais plus avan
céc.
Pafque arrive le 25. d'Avril,
qui eft le plus tard, quand la nouvelle
Lune a commencé le 7.de
Mars , que fon quatorziéme
qui vient le 21. de Mars enfuivant
, lequel 21. doit estre passé ,
136 MERCURE
oblige par confequent à laiffer
écouler toute cette Lune pour attendre
la Lunefuivante, qui commence
le5.ďÃvril ; &fi le quatorziéme
de cette Lune qui vient
le 18. du mefme mois fe rencontre
eftre un Dimanche , on laiffe encore
écouler toute cette semaine
pour aller jusqu'au Dimanche
Suivant , qui fe trouve eftre
le 25. d'Avril. L'exemple s'en
eft vú en l'année 1666. en las
quelle Pafque arriva ce jourlà
, à caufe que toutes les conditions
requifes fe rencontrerent enfemble,
ce qui n'eftoit point arrivé
depuis l'année 1546. &ce qui arriGALANT:
137
Wera encoreaux années1754.1886.
1943. & autres , dans lesquelles
Se rencontreront ensemble les mêmes
conditions. Ces quatre autres
Versfurent faits aufujet de cette
année.
L'an mil fix cens foixantefix
Georges a vû mourir le
Fils ,
Marc l'a vû refufciter,
Et Jean par les ruës le por
ter .
Pour entendre ce dernier Vers,
il fautfçavoir que quand on celebre
la Fefte de Pafque le 25.
d'Avril , qui eft le jour de Saint
Dec.1692. M
138 MERCURE
Marc, la Fefte du Saint Sacrement
fe celebre le 24. de Juin
qui eft le jour de S. Jean .
Outre ce qu'on vient de dire
touchant le fujet & le temps de
la celebration de la Fefte de Paf
que, pour en mettre en pratique
la methode , il faut avoir connoiffance
de la nouvelle Lune ,
qui en eft le fondement . de l'Epacte
, qui fert à connoiftre la
nouvelle Lune , du Nombre d'Or
quifert à trouver l'Epacte , de la
Lettre Dominicale , qui fert à
connoiftre tous les Dimanches de
l'année , du Biffexte , & de la
réformation du Calendrier , qui
GALANT: . 139
en font des dépendances.
La nouvelle Lune fe trouve
en deux manieres ; la premieres
en affemblant trois nombres enfemble
; fçavoir celuy de l'Epacte
de l'année qu'on se propose ,
celuy du nombre du jour proposé,
celuy des mois depuis le `mois
de Mars.Ces trois nombres eftant
joints ensemble , ce qui en provient
eft celuy de l'âge de la Lune
, c'est à dire , fait connoiflre
combien on a de la Lune , ou le
premier , ou le fecond , ou le troifieme
, &c. Pourveu que ce
nombre total n'excede poini celuy
de trente , car alors on retranche.
7
M ij
140. MERCURE
trente , on ne prend que le
furplus. Cette maniere de fupputer
n'eft pas tout- à -fait exacte,
peut manquer d'un jour ou de
deux au plus; ce qui arrive ,d'au
tant qu'au lieu d'oter trente , il
ne faut ofter quelquefois que
vingt- neuf, les Lunes ayant alternativement
vingt- neuf
trente jours. C'est pourquoy afin
d'avoir connoiffance de la nouvelle
Lune fans aucune erreur ›
il fautfaire ces fupputations par
voye d'Aftronomie , qui eft une
Science qui n'eft point icy enfei
gnée , mais l'effet de la fcience ;
ou bien ilfaut avoir recours aux
GALANT. 141
Ephemerides. On doit feulement
obferver une chofe , fi on veut fe
fervir de cette premiere methode ,
qui eft de ne point compter le mois
de Mars , non plus que le mois
de Janvier, quand la fupputation
fe fait dans ces deux mois ,
& de commencer à compter les
mois fuivans ; fçavoir celuy dAvril
aprés celuy de Mars , & celuy
de Février aprés celuy de
Fanvier.
La feconde maniere de trouver
la nouvelle Lune , eft de fuivre
la pratique du Calendrier Gregorien
, ainfi appellé du nom du
Pape Gregoire XIII . qui l'établit
142 MERCURE
lors de la reformation du Calen
drier Romain , par luy faite en
1582. dans lequel Calendrier il a
fait mettre un Cycle nommé le
Cycle des Epactes, qui les contient
toutes depuis la premiere juſqu'à
la vingt- neufiéme. Ces Epactes
font apposées à chaque jour de
l'année , en cette maniere , qui
eft qu'au premier jour deJanvier
eft apposée une Etoile au lieu d'u
ne Epacte , parce qu'il n'y a jas
mais trente d'Epacte . Cette Etoile
mife au lieu d'un zero , fignifie
que l'année qui précede celle où fe
trouve apposée une Etoile , tant
celle qui eft apposée à ce premier
GALANT 143
jour de Fanvier , que les autres
apposées aux autres jours des mois
de l'année , le Soleil & la Lune
ayant finy leur cours en mefme
temps, il n'y a point d'Epacte en
cette année. Au fecond jour de
Fanvier eft apposée l'Epacte xxix
au eroifiéme l'Epacte xxviii, au
quatriéme l'Epacte xxvii , &
ainfi le reste de fuite par le même
ordre retrogade jusqu'à la
premiere des Epactes marquée
par I. qui fe trouve apposée au
trentiéme jour de Janvier , aprés
quoy fe trouve encore une Etoile
apposée au trente -uniéme deJanvier.
Enfuite xxix . d'Epacte au
144 MERCURE
premier jour de Février › xxviii.
au fecond , ainfi de fuite du
mefme ordre , jufqu'au dernier
jour de Decembre, auquel est apposée
l'Epacte xx. Et toutes les
fois qu'une de ces Epactes eft ap.
posée à un des jours de l'année,
ce jour la marque la nouvelle
Lune dans tous les mois de l'ane
née. Ces Epactes ont esté fubftituées
dans le Calendrier au lieu
du Nombre d'Or , qui y a esté
aboly pour l'erreur de quelques
jours qu'il avoit causée dans la
connoiffance
qu'il donnoit des
nouvelles Lunes , avant la reformation
du Calendrisr , comme
il
GALANT. 145
il fera dit cy - aprés,
L'Epacte est un nombre d'onze
jours dont l'année commune
du Soleil , qui est de trois cens
foixante & cinq jours , ſurpaſſe
Pannée commune de la Lune ,
qui n'est que de trois cens cinquante
quatre , ce qui fait que
·pour avoir l'Epacte d'une année,
il faut ajouster onze à l'Epacte
de l'année precedentes
& pour
avoir l'Epacte de l'année fui-
Vante il faut encore ajouster
onze , pour avoir celle d'aprés,
encore onze , & ce qui proviendra
de ces nombres fera l'Epacte
de l'année
, pourveu que ces nom-
Dec.1692
. N
146 MERCURE
bres n'excedent point celuy de
trente , car en ce cas il faut retrancher
trente › & ne prendre
que le furplus , ce qui fe pratique
toujours de mefme , excepté en
deux cas ; le premier, quand l'Epacte
d'une année est xxix. &
que le Nombre d'Or de la mefme
année eft 19. car pour avoir l'Epacte
de l'année fuivante il faut
ajoûter xii. à caufe quefi on ajoûtoit
feulement xi.on auroit trente,
vil n'y ajamais trente d'Epacte,
mais ajoûtant xii . il refte i . d'Epacte
pour l'année fuivante . Le
fecond cas , auquel on n'ajoûte
pas toujours xi. à l'Epacte de
l'année precedente pour avoir
GALANT. 147

Epacte d'une année , eft quand
l'Epacte d'une année eft xxviii.
le Nombre d'Or de la
&
que
mefme
année
est 19. On
met
une
Etoile
pour
Epacte
en
l'année
fuivante
, par
la raison
qu'on
vient
de
marquer.
que
Pour trouver l'Epacte de chaannée
en tout temps , il faut
voir fi l'année proposée est avant
la reformation du Calendrier , ou
aprés à caufe des differentes operations
qui font à faire en l'une
ou en l'autre. Si l'année proposée
eft depuis la reforme , il y a encore
deux chofes à obferver ; fçavoir
s'il y a moins ou plus de trois
Nij
148 MERCURE
fiecles écoulez depuis cette refor
mation. S'il y a moins de trois
fiecles dans une année proposée
il faut premierement multiplier
par onze le Nombre d'Or de cette
année proposée, & lauffer la ce
nombre à part pour s'en fervir à
la fin de l'operation. Secondement
il faut divifer par quatre le nombre
des ficcles qui fe font écoulez
depuis la naiffance de Noftre-
Seigneur jufques au temps de
l'année proposée. Troifimement,
fans fefervir du reste de la divifion
de ce nombre de fiecles , que
l'on aura divisé , il faut ofter le
quotient , & en ofter encore deux
de plus. Quatrièmement , de ce
GALANT. 149
que
>
nombre restant le quotient ofté &
deux de plus , il faut ofter de ce
nombre premier provenu de la
multiplication cy- devant faite
du Nombre d'Or fait par onze
& ce qui restera fera l'Epacte
l'on cherche , pourven que ce
nombre ne furpaſſe point celuy de
trente , car il en faut retrancher
les trente , non feulement une·
fois , mais deux ou trois fois, s'ils.
Se rencontrent prendre le
furplus , qui fera l'Epacte.
Que fi dans l'année proposée
de laquelle on veut trouver l'Epacte
, il y a plus de trois ficcles
écoule depuis la reformation du
Niij
NO MERCURE
Calendrier , ilfaudra obferver le
mefmes chofes que cy-devant , finon
qu'ayant divisé le nombre des
fiecles par quatre, & en ayant
osté le quotient & deux de plus ,
comme cy- devant , il faudra ofter
encore un de furplus de ce nombre
de fiecles, parce qu'il fefera écoulé
une fois trois fiecles ; & s'ily
avoit deux fois trois fiecles écou
lez, il en faudroit ofter deux s
fi trois fois trois ficcles, il en fau
droit ofter trois , de mesme ainfi
toujours , & faire le reste à l'ordinaire.
Que fi on veut trouver l'Epa
éte des années avant la reformaGALANT:
· 191
tion du Calendrier , ce qui eft
d'une mediocre utilité , d'autant
qu'on n'a guere remarqué les Epactes
des années avani la refor
me, qu'on ne les inferoit point
dans le Calendrier Romain , mais
qu'on fe fervoit feulement du
Nombre d'Or qui marquoit les
Lunes , il faut pour trouver les
Epactes de ces années avant la
reforme , fe fervir de la meſme
methode que cy- deffus, en faiſant
les mefmes operations que dans
les années d'aprés la reforme , finon
que du produit de la multiplication
du Nombre d'Or par
onze ?.. il en faudra ofter autant
Niiij
152 MERCURE
d'unitez qu'on trouvera de fois
trois fiecles en remontant de la
reforme jufqu'à la Naiſſance de
Noftre-Seigneur.
Le Nombre d'Or qu'on nomme
auffi le Cycle Lunaire , eft le
nombre de 19. inventé par Methout
Thevien qui est le plus
approchant Cycle , mais non pas
entierement exact pour defigner
le temps auquel le Soleil && la
Lune fe conjoignent de nouveau
dans le Ciel , en revenant au
mefme point d'où ils eftoient partis
enfemble. Par ce Cycle du
Nombre d'Or on connoiffoit les
nouvelles Lunes & les Festes
GALANT 153
mobiles , à cause de cette utilité
qu'il apportoit , on l'écrivoit
dans le Calendrier en lettres d'or
dont il a retenu le nom. Cet effet
de montrer les nouvelles Lunes
a efté trouvé defectueux , par une
erreur que ce Nombre d'Or avoit
caufée par quatre jours d'anticipation
de la Lune , en faisant
fon periode de
heure vingt-fept minutes &
trente-deux fecondes , pluſtoſt
qu'elle ne l'avoit commencé, ce
quifut obfervé lors de la refor
mation du Calendrier , car en
foixante -fix Cycles qui s'eftoient
écoulez depuis le Concile de Nice
19. années , une
K4 MERCURE
juſqu'à l'an de la correction 1582.
ces quatre jours d'anticipation
s'eftoient forme , ce qui a esté
caufe que l'on a ofté ce Nombre
d'Or du Calendrier Romain. Pour
yremedier on a fubfiitué enfaplace
le Cycle des Epactes , comme
il vient d'eftre dit.
La lettre Dominicale de chaque
année est une des fep: premieres
lettres de l'Alphabeth , (çavoir
A, B › C › D, E, F, & G ,
qui deviennent Dominicales ,
c'est- à- dire , marquent tous les
Dimanches d'une année , les
unes aprés les autres par ordre
metrograde , ce qui arrive ainfi
GALANT. ISS
d'autant
que ces fept lettres font
apposées dans le Calendrier à
chaque jour de l'année , en forte ·
que la lettre A est appofée au
premier jour deJanvier , la lettre
B au fecond , la lettre C. an
troifiéme , la lettre D au quatriême
, la lettre E au cinquiéme
, la lettre F au fixiéme , la
lettre G au feptième , & derechefla
lettre A au huitième de
Fanvier la lettre Bau neuvieme
, & ainfi de mefme de
fuite jufqu'au dernier jour de
Decembre auquel eft appofée encore
la lettre A. Ces lettres qui
font immuables dans le Calen16
MERCURE
drier deviennent Dominicales les
unes aprés les autres par ordre
retrogra le en cette maniere .
Quand le premier jour d'une
année qui est marqué par la lettre
A qui eft immuable,fe trouve
eftre un Dimanche, la lettre Dominicale
de l'année fuivante
fera la lettre G, car en cette année
en laquelle le premier jour eft.
un Dimanche, le dernier fera encore
un Dimanche , & par con-
Sequent le premier jour de l'année
fuivante qui commencera par un
Lundy ,fera marqué par la lettre
A, le fecond qui fera le Mardy
par la lettre B , le troifiéme
GALANT. 157
qui fera le Mercredy , par la
lettre C, le quatrième , qui fera
le Feudy , par la lettre D' , le
cinquième quifera le Vendredy,
par la lettre E , le fixiéme qui
fera le Samedy , par la lettre
F cela eftant, le feptième jour
qui fera le Dimanche ,fera marqué
par la lettre G. Par la
mefme raifon le premier iour
de l'année fuivante qui fera
commencée par le Mardy , fe
trouvera marqué par
qui eft immuable, & partant
fuivant le mefme ordre , le Dimanche
de cette année fe trouve
ra marqué par la lettre F. &
ainfi toujours de mesme , ce qui
la lettre A
18 MERCURE
fe pratique dans les années com
munes , mais non dans les années
de
Biffextiles , dans lefquelles il y
a deux lettres Dominicales de
mefme par ordre retrograde, dont
la premiere fert à marquer les
Dimanches de l'année Biffextile,
depuis le premierjour de Janvier
jufqu'au 23. jour de Fevrier, &
la feconde fert depuis le 24.
Fevrier jufqu'à la fin de l'année,
à cause du jour ajouſté dans cette
année Biffextile qui vient de
quatre ans en quatre ans , compofe
de quatrefoisfix heures
l'on tient communement , que le
Soleil a de plus dans fon cours
que
GALANT. 159
annuel par de- là les trois cens
foixante & cinq jours dont il eft
compofé . Ce jour compofe de ces
quatre fois fix heures a efté eftably
par Jules Cefar Empereur ;
dans un Calendrier qu'il fit faire
de fon temps , nommé le Calendrier
Fulien.
Pour trouver la lettre Dominicale
de chaque année , il faut
fçavoir auparavant quel jour de
la femaine a efté le premier iour
de l'année. Ce premier iour fe
trouve en divifant en quatre le
nombre de l'année qui precede
celle qu'on fe propofe , puis en
ioignant ce quart au total du
160 MERCURE
nombre de cette année precedente,
finalement en partageant en
Sept ces deux nombres enfemble,
& ce qui viendra aprés cette
divifion faite , marquera le iour
de la femaine qui aura efté le
premier iour de l'année , car s'il
reste un , ce premier iourfera
Dimanche qui eft la premiere
Ferie , s'il refte deux , ce fera le
Luudy, ainfide fuite de la même
forte. Que s'il ne refte rien , ce
premier tour de l'année aura esté
le Samedy , ce qui fe pratique
ainfi dans les années qui font
avant la reformation du Calendrier
, car dans celles qui font
GALANT. 161.
depuis cette reforme , avant que
de partager en fept ces deux
Nombres cy- deffus , il en faut
retrancher dix à caufe des dix
iours retranchez dans l'année de
la reforme , puis ce qui restera
marquera le jour de la femaine
qui aura efté le premier de l'année.
Le premier jour de l'année
eftant ainfi trouvé , il faut voir
pour trouver la lettre Domini
cale , fice premier jour a esté un
Dimanche , car la lettre Dominicale
fera l'A, laquelle eft im
mobile dans le Calendrier, comme
il a déja efté dit. Si le premier
Dec.16.92
162 MERCURE
"
jour de l'année a esté le Lundy ,
marqué touiours par la lettre A
la lettre Dominicale de cette année
fera la lettre G. Si lepremier
iour eft le Mardy, la lettre Dominicale
de cette année- là fera la
lettre F , & ainfi de mefme des
autres iours de la femaine , qui
feront connoiftre la lettre Domi
nicale de chaque année..
Le Pape Gregoire XIII. en
l'an 1582. dt l'avis des plus fameux
Aftrologues de fon temps,.
ayant reconnu quel'anticipation.
qui fe fait tous les ans d'onze
minutes cinquante - quatre
fecondes par de- là les trois cens
GALANT. 163
foixante & cinqiours , dont on
a compofé fon cours annuel depuis
le Concile de Nice , avoit
produit dix iours entiers , qui
faifoient une erreur notable dans
le Calendrier Romain , laquelle
étoit caufe que leSoleil eftoit repu
té arriver dans l'Equinoxe , dix
jours pluftoft qu'il nefaifoit , &
que fur ce faux fondement quis
fervoit de regle pour la celebration
de la Feste de Pafque &
des autres Festes mobiles , on ne
les celebroit plus dans le temps
ordonné par le Concile de Nices;
voyant d'ailleurs que cette erreurs
augmentant , canferoit à l'avenir
Oriji
164 MERCURE
>
de bien plus grands defordres
ordonna pour y remedier , qu'on
retrancheroit de cette année 1582 .
dix jours , ce qui fut executé en
Comptant quinze , le lendemain
du quatrième d'Octobre de cette
année au lieu qu'on ne devoit
compter que cing, & par ce
moyen, laFefte de Pafque & les
autres Feftes mobiles furent remifes
dans leurs faifons ordinaires,
qui eft ce qu'on nomme la refor
mation du Calendrier ; & afin
qu'on ne fût pas obligé de faire de
temps en temps des reformations
de ces onze minutes & cinquan
tre- quatre fecondes,qui ne laiffent
GALANT . 165
il
pas de fe faire tous les ans ,
ordonna
que dans l'espace de quatre
cens ans on retrancheroit un
jour au commencement de quatre
fiecles , le premier de chacun det
trois premiers , laquelle année des
trois premiers fiecles ne fera point
Bijfextile , comme elle devroit
l'eftre à l'ordinaire , fur l'obfervation
que ces onze minutes &
cinquante- quatre fecondes . forment
un jour en cent trente ans,
& qu'il est plus commode de faire
ce retranchement
au commencement
qu'au milieu d'un fiecle , ce
qui ne fera pas tout à fait exact,
mais cela ferafi peu confiderable,
166 MERCURE
que ces minutes & fecondes ne
formeront un jour enter qu'aprés
vingt un mille trois cens trente
ans..
Pour le Biffexte, c'eſt un jour
qui s'ajoute tous les quatre ans
aprés le vingt- troifiéme jour de
Fevrier. Ce jour est ainfi nommé
à cause qu'il a efté eftably
par Jules Cafar Empereur , &
que
les Romains partageoient
leurs mois en Nones , Ides e
Calendes , & ce jour- là qui s'ajoustoit
au mois de Février
aprés le vingt- troifiéme , eftoit le
fixième iour avant celuy des
Calendes qui eftoit le premier
GALANT. 167
jour de chaque mois de forte que
par leur fupputation il fe trouvoit
deux fois le fixiéme avant
les Calendes de Mars , le mot
de Bißextile eftant un mot Latin
qui veut dire deux fois fix.
Ce jour Biffextile qui s'ajoûte
tous les quatre ans dans le Calendrier
aprés le 23. de Février,
ne change point l'ordre des Lettres
appofées à tous les jours de
l'année , car aprés ce vingt
troifiéme jour de Fevrier , qui eft
marqué dans le Calendrier par
la lettre F. au jour qu'on ajoufte
, enfuite on appofe encore
la mefme lettre F , ce qui ne
168 MERCURE
1
trouble point l'ordre des léttress
qui par ce moyen demeurent
immobiles dans le Calendrier
Romain.
Voicy à l'égard de l'an .
née 1692. la pratique de tout
ce qui vient d'eftre dit. La
nouvelle Lune de cette année
1692. s'eft trouvée par la feconde
maniere expliquée cy diffus , qui
eft la plus certaine par l'obfervation
qu'on a faite dans le Calendrier
Gregorien , que la xiji
Epacte qui eftcelle de cette année,
eft apposée au 19. jour de Fanvier
; en Fevrier au 17. jour ;
en Mars au 19. qui a marqué la
nouvelle.
GALANT. 169

nouvelle Lune cejour-là , &fon
quatorziéme qui eft venu le pre
mier d'Avril , marqué dans le
Calendrier par la lettre A, a obli
gé d'aller jufqu'au fixiéme de ce
mefme mois pour trouver la lettre
F, qui eftoit la premiere lettre
Dominicale de cette année ,
ayant la lettre E jointe avec
elle , d'autant que cette année eft
Biffextile ; & par ce moyen le
fíxiémejour d' Avril a efté le jour
de Pafque de cette année 1692.
Laquelle lettre F a fervy depuis
le 1. Janvier jufqu'au 23. Fevrier
, & la lettre E depuis ce
Dec. 1692.
170 MERCURE
jour- là 23. jufqu'au dernier de
Decembre.
L'Epacte de cette année s'est
trouvée de la forte, qui eft , qu'-
ayant multipliépar onze leNombre
d'Or de cette année lequel est
2. il en eft venu 22. Secondement
ayant divisé par quatre les feize
fiecles qui fe font écoulez depuis
la Naiffance de Nostre Seigneur
jufqu'en cette année 1692. il est
venu quatre au quotient . Troifiemement,
ayant ofté ces quatre
du nombre de feize , qui est celuy
de cesfeizefiecles, il refte douze,
defquels on a ofté ofté deux encore de
plus , refte dix. Quatriemement,
GALANT.
171
ayant ofté ce nombre de dix des
vingt -deux cy- deffus , il eſt reſté
douze , qui est l'Epacte de cette
année 1692.
Le Nombre d'Or de cette année
s'est trouvé en partageant le
nombre de l'année fuivante , lequel
eft 1693. en 19. La divifion
faire, il a refté deux , qui eft le
Nombre d'Or de cette année.
La lettre Dominicale de cette
année s'est trouvée de la forte.
Apres avoirfeeu que
le
premier
jour de cette année est un Mardy,
comme à ce premier jour de l'année
eft apposée la lettre A, qui eft
Pij
172 MERCURE
immuable dans le Calendrier .
le Mercredy a efté marqué par la
lettre B , le feudy par le C , le
Vendredy par le D , le Samedy
par l'E, & le Dimanche s'eft
trouvé marqué par la lettre F,
qui a efté l'une des lettres Dominicales
de cette année Biffextile,
avec la lettre E , laquelle lettre
F a fervy depuis le premier
Janvier jufqu'au 23. Février
, la lettre E depuis le 23. &
Fevrier jufqu'à la fin de l'année;
ce premierjour de l'année s'eft
trouvé ainsi , en partageant en
quatre l'année precedente 1691.
qui a monté au nombre de 422.
1
GALANT. 173
lefquels ayant eftéjoints à celuy
de l'annee 1691. ont fait 2113
defquels oftant dix , à caufe
que cette année est depuis la reforme
, il eft resté z103 . lesquels
partagez en fept , il s'eft trouvé
trois de refle aprés cette divifion
, & ces trois marquent
le Mardy de la troisieme Ferie.
On a tous les jours occafion
de parler de la Bataille
de Steinkerke, & cela n'arrive
jamais qu'en faifant l'éloge de
feu Mr le Prince de Turenne,
dont la valeur s'y eft diftin
Piij
174 MERCURE
guée avec éclat, on ne donne
en mefme temps des larmes à
fa mort.La Ville de Tournon
qui avoit fait paroiſtre tant
de joye dans fon mariage , par
le plaifir qu'elle fe faifoit de
ce que fon alliance avec la
Maifon de Vantadour , fes .
anciens Seigneurs, la foulmetroit
à la Maifon de Bouillon,
n'a pû voir fans , une exrrê
me douleur , que cette felicité
ait fi peu duré pour
elle . C'eſt un avantage dont
elle avoit déja jouy il y a plus
d'un Siecle , lors que Juft.
Henry de Tournon , Comte.
GALANT. 175
de Roffillon , s'allia avce
Claude de Turenne . Les armes
de ces deux illuftres & an .
ciennes Maifons , font en divers
Monumens qui font les
ornemens de Tournon , où la
pieté de cette Dame l'engagea
à faire baftir des Eglifes
& des Chapelles, en forte que
fa memoire fera long- temps
confervée par les infcriptions
qui s'y lifent fur quantité de
Tables de Marbre . M Ic
Prince de Turenne remplif
foit l'efperance de la mefmet
Ville , eftant regardé comme
le digne Succeffeur d'une
Piiij
176 MERCURE
>
Ayeule.fi confiderable par fa
Naiffance & par fes Vertus ,
& fa mort arrivée dans le
combat du 3 d'Aout dernier,
changé en Pompes funebres
les réjouiffances qu'elle avoit
faites quelques mois auparavant
, dans le temps qu'il épouſa
Mademoiſelle de Vanradour.
Les Peres Carmes
fondez par la Maifon de
Tournon , & depofitaires des
Tombeaux de ces Seigneurs,
commencerent par un Service
folemnel , dans la Chapelle
que Claude de Turenne,
Comteffe de Tournon, a fait
GALANT: 177
baftir , & dans laquelle eft
inhumée toute la Famille de
Tournon , à prefent éteinte.
Cette Chapelle estoit toute
tenduë de noir avec des lez
de velours , femez des Armes
de feu M le Prince de Tusenne
, & une Reprefentation
au milieu , éclairée d'une
infinité de Flambeaux &
de Cierges chargez d'Ecuf
fons . La mefme Ceremonic fe
fit quelques jours aprés dans
l'Eglife des Jefuites au College
de Tournon , baſty par
le Cardinal de ce mefme
Nom , dont la memoire fera
178 MERCURE
éternelle , ayant efté Grand
Camerlingue fous trois Papes ,
& Miniftre d'Fftat fous trois
Rois de France . Tous les autres
Ordres Religieux firent
tour à tour les mefmes Prieres
, & l'Eglife Collegiale ,
nommée Saint Julien , en fit
la clôture avec une pompe
où rien ne fut épargné , foit
pour les lumieres & la tenture
, foit pour la beauté du
Maufolée. L'Office fut interrompu
au milieu de la Meffe,
par l'Oraifon funebre que
prononça le Pere Troupet Je
fuite. Il prit pour texte , con- -
GALANT . 179
fommatus in brevi, explevit tempora
multa. Sa premiere partie
eut pour fujet les larmes que
verfoient les Habitans de
Tournon pour la perte de M
le Prince de Turenne . Il fit.
voir fon courage , fa valeur &
fa generofité dans fes premieres
Campagnes en Hongrie,
chez les Venitiens contre le
Turc , & en France juſques à
La fin ce qu'il peignit avec une
éloquence admirable. Sa feconde
partie fut fur fon éducation,
fon merite&fon efprit, qui
l'auroient conduit au plus haut:
point de la gloire , & il con180
MERCURE
L
clut en faifant voir vivement
le
peu que
font les choſes du
monde,qui femblent promettre
tout , & fe terminent dans
le neant.Le Service fut continué
avec les encenfemens , &
tous les honneurs que l'Eglife
rend aux perfonnes de cette
Naiffance dans de ſemblables
ceremonies. Les Magiftrats &
Officiers de Tournon y affil
terent tous en deüil, & jetterent
de l'Eau Benite , & les
Dames auffi en deüil allerent
à l'Offrande à la maniere ancienne
du Pays , offrant un
Cierge , du Pain & du Vin
GALANT. 181
Le Maufolée qui attira les regards
d'une infinité de cu
rieux , eftoit du deſſein de M
Sevin , que
fon merite a fait
appeller de Paris , pour eftre
premier Peintre de la Ville de
Lyon , où il a répondu fort
avantageufement à l'attente.
qu'on avoit de luy. Le deffein
qu'il
fit il y a quelques
années
pour
la Thefe
de M ' le Prince
de Turenne
, luy acquie
une
fort grande
reputation
.
Auffi
n'eftoit
- ce pas une Thefe
à l'ordinaire
, puis
qu'elle
contenoit
un Volumeremply
de deffeins
.
182 MERCURE
Vous ferez ſurpriſe quand
je vous diray que je vous envoye
des Cornes gravées . Ce
font cependant des Cornes
réelles , & qui font venuës fur
la tefte d'une Femme . Si ce
que je dis ne vous femble pas
croyable, une infinité de Phenomenes
qui parciffent tous
les jours en quelque endroit
de la terre , font des preuves
convaincantes que la Nature
fe joue en beaucoup de chofes
. Voicy le fait . Une Femme
de foixante & dix à foixante
& douze ans , mais d'un
bon temperament pour fon
GALANT. 183
âge , ayant eu depuis deux
ans une loupe en la partie la
terale fuperieure & pofterieu
re de la tefte , on la luy ôta;
mais il y refta quelque ouver
ture , & l'humeur qui avoit
accoutumé d'y aborder y vcnant
toujours un peu , & s'y
deffechant , & endurciffant,
forma à la fin un corps , que
cette Femme fentit croiftre ,
& qui fe figura comme une
veritable Corne ; de forte que
s'en trouvant fort incommodée
, parce qu'elle ne pouvoit
mettre ny bonnet , ny coëffe
fans de fort grandes douleurs,
184 MERCURE
elle refolut de fe faire ofter
cette forte d'excrefcence . On
l'a cernée avec la pointe d'un
Biftoury jufqu'au crane , & en
voicy la figure,grande comme
le petit doigt , & tournée en
fpirale , avec du poil friſoté
alentour, & à la bafe , comme
il y en avoir. Elle avoit toujours
cru petit à petit juſqu'à
cette grandeur, & vraye figure
de corne ; & l'on ne doute
point qu'elle n'euſt continué,
& qu'elle ne fuft parvenue enfin
jufqu'à la grandeur de la
corne d'un Belier . Ce Memoire
ne doitpas eftre fulpect,
GALANT: 185
puis qu'il a efté envoyé de
Breft par un tres- habile homme
, Chirurgien Juré à Paris ,
& Chirurgien de la Marine ,
appellé M' Vivien.
Encore un Ouvrage de Cy
dippe. Ce nom employé dans
d'autres que vous avez eſtimez,
vous fait connoiſtre que
celuy.cy part de la meſme
Plume , & qu'il a par confequent
les mêmes beautez.
Decembre 1692.
186 MERCURE
25222 22255 S252222.
EGLOGUE
Crdippe
Ydippe › vous partez , vous quità,
tez ce fejour ,.
Et vous ne me laiſſez qu'un violent
amour.
Pourm'occuperde vostre abfences..
Cydippe , laiffez m'en , s'ilse peut .
un plus fort,,
Mais s'il merite un heureux fart
Emportez moins d'indifference .
S
Que faire fans amour aux fortunez .
climats,
Que vont embellir vos appas ?
Comment pouvoir fans tendresse
Y trouver la fin d'un jour?
Mais tout y reconnoift le pouvoir de
FAmour
GALANT: 187
Tout vous en parlerafans ceffe.
Vous verrez enyvrez des plaifirs les
plus doux
Mille
heureux Bergers aux genoux
De mille Bergeres
contentes.
Sur leurs
Hautbois vous
n'entendrez
vanter
Que les transports de leurs ardeurs
conftantes ,
C'est tout ce qu'ils fçavent chanter,
Les oifeaux fons d'épaisfeüillages
Ne vous expliqueront, par leurs tendres
ramages ,
Que les douceurs de leurs amours.·
Les Echos au fond des boccages
Ne vous repeteront que d'amoureux
difcours
Quij
188 MERCURE
Si la fraifcheur d'un Bois , l'émail!
d'une prairie
Vous force à rêverfans ſujets
L'Amour à votre rêverie
Offrira bien-toft un objet..
2
Il vous fera fans violence
Succomber aux attraits d'une douce
languear ;
Il redoublera le filence
Pour mieux parler à vostre coeur.
2
Il vous... Mais, aimable Bergere,,
Où tendent ces avis imprudens ,
difcrets ?
Inftruite de ce qu'il fçait faire,
Vous ne laifferez plus de prife à touR
fes traits.
S
Fem'alarme trop toft. Sous fon bizarre
Empire
GALANT. 189.
Les efforts, & les foins nefçauroient
faire aimer ;
Et bien fouvent auſſi , qui craint de
s'enflamer ,
Avec tous les efforts, avecſes ſoins,
Soupire.
On ne ceffe pas d'aimer
quand on veut , & quelque
peu de
correfpondance qu'on
trouve dans fa paffion , il cft
quelquefois mal aiſé de s'en
défaire Vous le connoiftrez
en lifant ces autres Vers .
190 MERCURE
$2255252 225555525
L'
ELEGIE.
'Amour quej'eus pour vous dans
le temps que vos charmes
Donnoient aux jeunes coeurs de fi
tendres alarmes
Cetamour , dont avec un peu d'attention
,
Vous auriez fait, Iris , ma grande
pallion,
Dans la douleur de voirfa flame negligée,
De voir à tant defoins votre ame partagée
,
Si foibles , fi honteux , fi peu dignes :
de
vous ,
A toujours triomphe de mon depitja--
loux .
GALANT
: 191
Tous les engagemens que mon coeur.
à pû faire ,
Vôtre air coquet , enfin , ſi propre a me
déplaire ,
Tant & tant de raisons de ne vous
aimer plus, 3
Ontfait , pour me guerir, des efforts
Superflus..
Je vous aimay toujours› lorſque j'en¸
aimois d'autres
A travers leurs appas j'entre voyois
les vôtres:
Ma tendresse pour vous , comme dans
un lointain ,
De mon coe amoureux me montroit
le deftin...
Quelque
fois en fecret refvant furvoftre
hiftoire ;
¡i l'ingrate
m'aimoit
, elle auroitplus de
gloire ,
Et l'hommage
difcret d'un coeur comme
le mien ,
192 MERCURE
S'il eftoit accepté, feroit honneur an
fien,
Difois -je elle s'amuse à d'indignes
conqueftes ,•
Avec que tant d'efprtt , elle aime tant
de beftes.
Mais quel uſage , helas ! eft ce qu'elle
pretend
Qu'on croira qu'elle fait , de tout ce
qu'elle prend ?
Si par beaucoup d'efprit on la voyoit
charmée
,
Elle aime par l'endroit qu'elle doit eftre
aimée,
Diroit-on, &fon coeur dans cet eng
gement ,
Pour charmerfon efprit , s'engage innocemment.
Mais en ne prenant point une route
fi belle,
Voftre gloire a receu la bleſſure mor
telles.
Et
GALANT: 193
Et plongée à la fin dans un trifle em
barras
Vous en eftes fortie avec trop de fracas
.
En fecretj'ayfuivy toutes vos avantures
;
En fecret , j'ay gemy de toutes vos
injures.
Enchanté que je fuis j'aurois de bonne
foy
Voulu que tous les coups euffentporté
Sur moy.
Un autre, de cet air dont vous rome
pez vos chaines
S'éloigneroit de vous, & riroit de vos
peines ;
Mais je reviens , Iris,& ma fidelité
Vous offre un tendre coeur que rien n'a
rebuté.
Je reviens , avoüant meſme que me
tendreffe
Decemb . 1692. R
194 MERCURE
A declarerfesfoins depuis long- temps
me preffe.
Si l'âge m'a ravy l'espoir de vous
charmer ,
En ay-je moins un coeur formé pour
vous aimer,
Et lors que j'obeis au deftin qui m'engage
,
En devez- vous moins plaindre un fi
tendre esclavage?
Au defaut d'agremens pour attirer
vos yeux ,
Ce coeur qui vous adore eft encor precieux
.
Quand on aime beaucoup on eft toujours
aimable ,
on eft en droit d'attendre un retour
équitable ,
Et ce retour, Iris, differé -fi longtemps
Nous peut encor donner d'aſſez heureux
momens.
GALANT. 195
Sur nos longues erreurs , la douleur
de nos ames
Pour nous dédommager redoublera
nos flames.. <
Cet amour , de nos coeurs l'unique
paffion .
Fera de nos efprits toute l'attention.
Ainfi pour rétablir nos foibles deftinées
,
Nos jours feront des mois , & nos
mois des années.
Je ne compteray point, en recevant vos
voeux,
Tout ce quej'ay perdu par tant d'indi-
·gnes feux.:
Tout contente un Amant fi fidelle , fi
tendre.
De vôtre coeur brûlé je revere la cen
dre ,
Et de l'air , mon Iris , dont je veux
vous aimer,
Rij
196 MERCURE
Vous vous appercevrez que je puła
l'enflamer.
Comme unfage Pilote, aprés degrands
naufrages ,
Fait voguerfon Vaiffeau fans crainte
des orages
,
Affranchis, vous & moy , des trompeuſes
amours
Qui nous ont emporté les plus beaux
de nos jours,
Si vous vouliez , Iris , répondre à ma
tendreffe ,
Nous goûterions enſemble un amour
Jans foibleffe.
De nos deux coeurs unis la fage liai
Son
Des foins de cet amour chargeroit la
raison.
Content du feul plaifir de vivre l'un
pour l'autre ,
Je trouverois le mien en recherchant
le vostre.
GALANT. 197
De mille petits foins le commerce dif
Cret
Roulant innocemment fur la foy du
fcere ,
Sans nous inquieter,fans troubler nos
affaires ,
De nos coeurs attendris regleroit les
misteres.
Sans nous parler , nos yeux, fidelles
truchemens
En chiffres amoureux peindroient nos
Sentimens s
Puis,lors qu'en liberté nous pourrions
tefte à tefte
Regler de nos defirs l'intelligence
honnefte ,
De ce que nos regards auroient mal
entendu,
Le compte mutuelferoit bientôt rendu.
La fureur desFaloux, fi fine, ſi traiftreffey
Riij
198 MERCURE
S'éleveroit en vain contre noftre tendreffe.
L'Amour content de nous , de nos fidelles
voeuxs
Nous donneroit toujours des aziles
contr'eux ;
Et nos plaifirs , Iris , dans ces heureux
aziles ,
N'en feroient que plus doux, moins
ils feroient faciles .
Là toujours l'an de l'autre , & charmez
& contens ,
Nous n'aurions ny chagrins , ny tranfports
éclatans .
La mort mefme éteindroit les ardeurs
de nos flames ,
Sans avoir le pouvoir de defunir nos
ames.
Mais où m'emportez- vous , vaines
illufions ?
Iris ne connoift point ces nobles paſfions.
GALANT. 199
D'une foule d' Amans indifcrets adorée,
Sur leurs folles ardeurs elle s'eft mefurée
;
Et de l'air dont fon coeur s'en eft
entretenu ,
Le mienferapour elle un pays inconnu ,
Sije ne puis , Iris , dans l'ardeur qui
m'enflame ,
Donner une autre route au panchant
de vostre ame ,
Méprifez ce retour qui me livre à
vos fers ,
J'aime mille fois mieux les maux que
j'ay foufferts.
Si d'un fort inhumainj'endure l'injustice
,
Fe verray vos erreurs fans en eftre
complice.
Fay creu qu'Iris feroit le bonheur de
mes jours,
e
Riiij
200 MERCURE
Elle eftoit cependant l'écueil de mes
amours,
Diray-je , & puis que rien ne change
la volage ,
Ma tendresse avec elle alloit faire
naufrage.
Dans un doute fi jufte &fi triste à
la
fois
Qu'on a de peine à faire un raiſonnable
choix !
Mais mon amour en vain delibere
& raisonne.
Je l'entrevois ce coeur, Iris , qui m'abandonne.
L'affaire eft décidée , & mon tendre
retour
N'aura pas le pouvoir de fixer voftre-
Silence
amour.
·pour jamais , trompeuſe ſympatie,
Tu ne fers qu'à troubler le repas de
ma vie.
GALANT. 201
Je fatisfais avec joye à la
priere que vous me faites de
la part des Curieux de voſtre
Province , de vous mander
quelles font les marchandiſes
Orientales arrivées en Hollande.
En voicy un Eſtat ge
neral.
Poivre . 9000: balles:
Poivre blanc. 45000 livres .
Salpestre.
2100000. liv .
Canelle.
375000.liv .
Noix confites.
Gingenbre confit.
Cloux de Girofle confits .
Cloux matrice.
Cuivre & Eftain.
202 MERCURE
Platte - bois d'ébene de Maurice.
Bois d'Ebene de la Cofte .
800.pf.
Bois de
Sappan .
Bois de Calenbour.
Indigo.
Pelangs de toncquin. 15000. pf
Pelangs de la China.
Soye de Perfe , de Bengale ,
& de la Chine.
Fil de floret & de coton..
Laine de Kierman.
Sang de Dragon .
Cardamom , Benjoin , & Borax.
Sel Armoniacque ,
GALANT. 203
Aloës & Camphre.
Racine de la China.
Poivre long , Thé , & Chits;
Caliga & Cauwa.
Cire à cacheter.
Male de Tonquin.
Cauris. 8.000 . liv .
Nids d'Oiseaux & toiles de
Cotton.
Armofins & cftoffes de Soye .
Robes de chambre de foye du
Jappon.
Suivant la réfolution prift
dans l'Affemblée des XVII.
par les Directeurs de la Compagnie
des Indes , ces marchandifes
ont dû eftre vendues en
204 MERCURE
Public en divers lieux fçavoir
à Amfterdam le 24. du mois
paffé ; en Zelande le 3. de ce
mois ; à Delf le 9. à Roterdam
le ro . à Horn le 15 & à
Enckhuysen le 16. Comme
on ne vient que d'en faire la
vente en gros , ceux qui en
voudront avoir en détail ont
encore le temps de faire leurs
diligences pour s'en fournir.
Je ne dois pas oublier d'ajoufter
icy qu'on a averty ,
que fi le Navire , la Licorne
qui a efté obligé par
vais temps de relafcher en
Angleterre , n'eftoit pas arri
le
mau-
}
GALANT. 205
vé avant le jour de la vente
dans la chambre d'Amſter
dam , on n'en vendroit les
marchandiſes que dans le
Printemps.
Mr le Comte de Clermont
Lodeſve eft mort depuis un
mois dans fon Chafteau de
Caftelnau . Il eftoit Frere de
M' le Marquis de Seffac , cydevant
Maiftre de la Garderobe
du Roy , qui herite
confiderablement
par cette
mort.
On a auffi cu avis de celle
de M' Hevin , Ancien Avocat
du Parlement de Breta-
-
206 MERCURE
gne , & Ancien Sindic de la
Communauté
des Bourgeois
& Echevins de la Ville de
Rennes . C'eftoit un homme
d'une profonde érudition , &
qui excelloit en toutes fortes
de Sciences , & particulierement
en Droit , qu'il poſſedoit
entierement
, le fçachant
mefme par l'Hiftoire . La haute
eftime qu'on avoit pour
luy a paru par l'affluence du
monde qui a affifté à ſon inhumation
, où l'on peut dire
que prefque toute la Ville s'eft
trouvée.
On cft heureux de fervir .
GALANT. 207
des Princes qui font non feulement
fouvent en eftat de
faire du bien , mais qui aiment
à en faire , & qui connoiffant
le vray merite , n'at
tendent jamais long temps à
recompenfer ceux où il ſe
trouve. Vous fçavez de quelle
maniere M ' Lecoffois fe
diftingua l'Efté dernier en
Allemagne , & le Siege qu'il
foutint dans une Eglife contre
un affez grand nombre
d'Ennemis , pour emporter
une bonne Place d'affaut. Lo
Roy jugeant par là de ce qu'il
feroit capable de faire dans
208 MERCURE
une meilleure occafion , luy
a donné le Gouvernement de
la Citadelle de Dunkerque.
M ' d'lberville , commandant
une Fregate du Roy , a
écrit de Quebec la Lettre fuivante
, par laquelle vous ap
prendrez que les Baftimens de
Sa Majefté donnent par tout
chaffe à ceux des Ennemis ,
& que dans les lieux les plus
éloignez , ils s'en rendent
Maiftres avec autant de fupe
fiorité que dans nos Mers.
GALANT.
209
A Quebec le 23. Sept. 1692 .
E
N venant, j'ay fait deux
Prifes à cent cinquante
lieues de France, fçavoir , d'une
Flute Espagnole de deux cens
tonneaux , chargée de quatrevingt
tonneaux de fel & quel
ques fucres brutes, d'une Fregate
de Hollande auffi de cent
cinquante tonneaux , chargée de
vin d'Espagne , de feize Canons
& huit pierriers & de
trente hommes.
valant rien, je l'ayrenvoyée , &
amené la Fregate à Quebec. A
cent lieuës de là j'en trouvay une
Dec. 16920
La Flute ne
S
210 MERCURE
Irlandoife de quarante tonneaux
chargée de boeufs & barans que
je dechargeay dans les Vaiffeaux
de la Flotte & la brûlay , & à
cent autres lieuës du Banc une
Angloife de cinquante tonneaux ,
chargée de fel allant à Terre-
Neuve ,
que
it garday deux
iours , ne pouvant la decharger
à cause du mauvais temps ; elle
m'échappa
la nuit de gros temps,
aprés luy avoir envoyé ma Chaloupe
deux fois. Les vents nous
ont efté fi contraires que nous
n'avons pu gagner le Banc que

le 8. Juillet par le travers de
Plaisance. Le Neptune demafta
GALANT 211
"
de fon Maft d'avant ; je le
remorquay iufques à Gafpé aprés
l'avoir remasté d'un Maft de
Hune. Le 28. Aouft à force de
Louvoyer , nous avons gagné
le Caüoy où nous moüillames tous
poury faire de l'eau & du bois,
Fen fis repartir le lendemain tous
les Navires avec Bonnavanturé
, à l'exception de la Sainte
Anne que ie fis partir de là le'
30. Aouft , pour aller droit au
Nord,où M de la Ferté mejoignit
dans le Saint François , de
cinquante tonneaux , allant auf
Nord n'attendant plus de fecours
de France. Je le mis fur lat
>
Sij
212 MERCURE
7
fainte Anne, & fon équipage ,
& ramenay le faint François à
Quebec. Lafainte Anne doit
aller droit à la Rochelle . Je pars
pour m'en aller à l'Acadie . On
nous donne trente hommes à chacun
, à Bonnaventure & à moy,
&nous devons prendre à Pintagoüet
cent à cent cinquante
hommes , chaque Sauvage , pour
aller faire defcente vers Baston
&les Coftes de Mannat . Si nous
avons beau temps , j'espere leur
rendre au centuple ce qu'ils nous
ont voulufaire icy.
GALANT. 213
Il y a déja quelques mois
que je vous ay parlé de la mort
de M' le Marquis de Saint-
André , premier Prefident de
Grenoble.Sa Majesté vient de
nommer Mr Pucelle , Confeillerde
la Cour , pour remplir
cerre place, avec la qualité de
Lieutenant de Roy de la Province,
qu'ont euëles deux derniers
premiers Prefidens de
Dauphiné . Le nom de Pucelle
eft fameux dans le Parlement
de Paris , & par toute la France
, & jamais perſonne n'y a
plus brillé par une grande
éloquence & une profonde
се
214 MERCURE
érudition , que le Pere de M
Pucelle qui vient d'eftre élevé
à la Charge de premier Prefident
de Dauphiné. Il cft
Fils d'une Soeur de M'de Catinat
, Lieutenant General des
Armées du Roy , qui s'eft diftingué
par beaucoup de valeur
, de prudence & de conduite
, en commandant les
Troupes de Sa Majeſté en Ita .
lie , où il a demeuré plufieurs
années fans venir à la Cour.
Il y est arrivé depuis quinze
jours , pour conferer fur le
affaires de ce Pays- là. Le Roy
luy a fait un accueil qui ré
GALANT: 2.15
pond aux fervices de ce General
, & aux manieres toutes
charmantes de ce Monarque ,
lors qu'il reçoit des Perfonnes
diftinguées
.
M d'Imbercour , Confeiller
au Parlement de Paris, Fils
de M Laugcois , & Frere de
Madame laComteffe de Tourville
, a époufé Mademoiſelle
Croilet depuis peu de jours.
Elle eft Fille de M' Croifer ;
Prefidenten la Quatriéme des
Enqueftes, & Niece de Madame
de Pontchartrain , à la
mode de Bretagne . On ne
peut connoiftre M le Prefi216
MERCURE
dent Croifer fans l'eftimer
puis que l'on découvre en luy
toutes les qualirez d'un parfaitement
honnefte homme.
Mr Laugeois s'eft auffi acquis
l'eftime de tout ce qu'il y a
d'honneftes gens , & ce mariage
cftant tres- bien afforty,
on ne peut douter que les
fuites n'en foient tres - heureuſes.
Le Traité de la Tranfpiration
des humeurs , qui font les
caufes des Maladies , a cfté f
bien receu du Public , que ce
fuccés a engagé Mr Cufac ,
qui en cft l'Auteur , à faire im
primer
GALANT.
217
primer un Livre nouveau .
intitulé, Reflexions fur la Theorie
& la Pratique d'Hippocrate
& de Galien , avec la Methode
de guerir les Malades , par les.
voyes de la tranfpiration & de
l'évacuation. Cet Ouvrage ne
peut qu'eftre d'une grande
utilité , puis qu'il renferme
l'origine & les difgraces des
Medecins de l'Europe , les
raiſons qu'on a cuës dans tous
les temps , de fe plaindre de
leur conduite , tirées des évidentes
contradictions de ces
Auteurs , l'effentiel des Aphorifmes
de Sanctorius, Docteur
Decembre 1692 . T
218 MERCURE
de Padouë , fur l'excellence de
la tranſpiration , le moyen
d'arrefter l'ebullition du fang,
de le rafraifchir & de le purifier
fans le tirer des veines,
& de guerir promptement
& facilement les maux , en
confervant la chaleur & les
forces aux Malades . Tous
ces effets font d'autant plus à
admirer qu'ils font produits
par ce que l'on peut imaginer
de plus innocent & de plus
conforme aux befoins de la
nature , puifque la Caffe pour
l'interieur , & l'Eſprit de vin
compofé pour l'exterieur font
les principaux remedes qu'on
1
GALANT
. 219
employe pour calmer la vio
lente agitation de ce fang ,
pour le rafraifchir , & pour le
purifier fans le fecours de la
faignée. L'Auteur eft perfuadé
que fi ceux qui prétendent
que fans ce fecours on ne peur
guerir les fiévres , la pleurefie,
la fluxion fur la poitrine , la
fquinancie , la perte du fang,
& autres grands maux , veulent
s'inftruire à fond fur les
avantages qui reviennent de
la Tranſpiration , procurée ,
non pas par les bains ; les
étuves & les Sudorifiques
,
mais par un remede externe
Tij
220 MERCURE
qui ouvre en un inſtant les
pores des parties qui en font
fomentées , ils prefereront
cette tranfpiration à la faignée
, veu que par fon moyen
la nature rafraifchit ſon ſang
& fes efprits & les purific
fans les tirer des veines , ce
qu'elle ne peut faire par la faignée
, la chaleur naturelle ,
qui eft le principe de la vie ,
fortant avec le fang & les ef
prits qui en font le fouftien.
Cela eft fi vray , dit-il , que
comme on foulage quelquefois
les Malades
en tirant peu
defang , parce qu'il ne fe diffipe
que peu de chaleur &
GALANT. · 221
1
d'efprits , on les tue auffi en
tirant beaucoup de fang ,
parce qu'il ſe fait pour lors
une tres-grande diffipation
de cette chaleur & de ces efprits.
Ce Livre fe vend chez
Ï'Auteur , ruë de la Verrerie,
joignant un Fayancier , prés
les Confuls , & chez le St
Brunet , Libraire , Galerie neuve
du Palais. M ' Thier , Docteur
Medecin , qui en a donné
l'Approbation
, affeure
qu'après avoir leu & examiné
plufieurs fois avec beaucoup
d'application ces Reflexions
fur la Theorie & la Pratique
Tiij
222 MERCURE
d'Hippocrate & de Galien ,
qu'il a trouvées toutes pleines
de force & de lumiere,
elles l'ont fi fortement convaincu
fur l'évidence des
contradictions de ces Auteurs,
qui font la fource des erreurs
de la Medecine
, que ne pouvant
douter des grands avan-
Lages que l'Auteur démonftre
manifeftement qui reviennent
de la tranfpiration, qu'il
procure aux Malades par l'ufage
de fon Efprit compolé
il a crû cftre obligé après les
expériences qu'il en a veuës ›
de donner fon Approbation
GALANT. 223
pour fervir à l'utilité du Public.
Le . de ce mois la Cour
prit le deüil pour
la mort
de Madame la Ducheffe de
Guastalla. Elle s'appelloit
Marguerite d'Eft de Modene,
& avoit épousé Ferdinand de
Gonzague III . du nom , Prince
de Guaftalle , dont elle cut
Iſabelle de Gonzague , qui
en 1670 épousa Ferdinand-
Charles de Gonzague , Duc
de Mantouë & de Montferrat.
Ainfi elle cftoit Mere de Madame
la Ducheffe de Mantouë.
Vous fçavez combien
Tiiij
224 MERCURE
la Maifon de
Gonzague à
efté de tout remps feconde en
grands Capitaines . Frederic de
Gonzague II . du nom , Duc
de Mantouë & de Montferrat,
laiffa François de Gonzague ,
mort fans Enfans, Guillaume
qui devint Duc de Mantouë
par la mort de fon Ainé , &
Louis de Gonzague , Duc de
Nevers & de Rhetelois. Guillaume
, Duc de Mantouë ,
laiffa d'Eleonor
d'Auftriche,
Fille puifnée de l'Empereur
Ferdinand I. Vincent de Gonzague
I. du nom , Duc de
Mantouë & de Montferrat ,
GALANT 225
qui d'Eleonor de Medicis,
Soeur de la Reine Marie de
Medicis , fa feconde Femme ,
eut François . Ferdinand , &
Vincent II. François de Gonzague
, Duc de Mantouë,
époufa en 1608. Marguerite
de Savoye , Fille ainée de
Charles- Emanuel , Duc de
Savoye , & de Catherine- Michelle
d'Auftriche , dont fortirent
Loüis , mort en bas âge,
& Marie , Princeffe de Mantouë.
Il mourut quatre ans
aprés l'avoir épousée . Ferdinand
de Gonzague, fon Freres
fecond Fils de Vincent I. prit
226 MERCURE
d'abord la Turelle de la Princeffe
Marie fa Niece , ce qui
alluma la guerre avec la Sa
voye , & mourut en 1626. Duc
de Mantouë fans pofterité.
Vincent de Gonzague 11. du
nom , troifiéme Fils de Vincent
I. fucceda à fon Frere
Ferdinand . Il eftoit valetudinaire
, & quoy qu'il cuft pourfuivy
d'abord la diffolution
de fon mariage avec la Princeffe
de Bozzolo , qui eftoit
hors d'âge d'avoir des Enfans ,
afin d'époufer Marie de Gonzague
fa Niece , Fille de fon
Frere aifné , il confentit àla
marier avec Charles , Duc de
GALANT. 227
le
Rhetelois , Fils de Louis de
Gonzague , Prince de Mantouë,
Duc de Nevers & de Rhethelois
, lequel Louis de Gonzague
eftoit le troifiéme Fils
de Frederic de Gonzague ,
mort Duc de Mantoue en
1540. Le Duc Vincent mourut
en 1627. le lendemain que
mariage de Marie fa Niece
cut esté fait , & par La mort ,
Charles de Gonzague , Fils de
Louis de Gonzague , & de
Henriette de Cleves , Soeur &
Heritiere de François de Cleves
II . du nom , Duc de Ncvers
& de Rhetelois , tué en
1562. le jour de la Bataille de
228 MERCURE
Dreux , fe mir en poffeffion
des Etats de Mantouë & de
Montferrat . fleur de Catheri
ne de Lorraine , Fille aifnée .
de Charles ; Duc de Mayenne,
Charles de Gonzague - Cleves
II. qui époula Marie ,
Princeffe de Mantouëfa Cou
fine , & deux Filles , l'une
Louife Marie de Gonzague-
Cleves , mariée en premieres
Noces avec Ladiflas Sigif
mond IV. du nom , Roy de
Pologne , & en fecondes avec
Jean Cafimir , auffi Roy de
Pologne fon beau frere , &
Anne de Gonzague . Cleves ,
qui en 1645 , époula Edouard
GALANT. 229
de Baviere , Prince Palatin
du Rhin . Du Mariage de
Charles de Gonzague Cleves
II. morten 1631. fortit Charles
de Gonzague III . qui fut
fait Duc de Mantoue & de
Montferrat , aprés la mort de
Charles de Gonzague fon
Aycul , arrivée en 1637. Il
épouſa en 1649. Ifabelle-Claire
d'Auftriche , Fille de Leopol,
Archiduc d'Infpruk , & il
en cut Ferdinand Charles de
Gonzague , aujourd'huy Duc
de Mantouë & de Montfer-
Lat , Gendre de Madame la
Ducheffe de Guaſtalla , qui
vient de mourir , & dont il

230 MERCURE
époufa la Fille au mois de Septembre
1670. Il y a plufieurs
branches de la Maifon de
Gonzague. Le Prince de Guaftalla
, Prince de l'Empire &
de Molfette , en eſt unè . Les
autres font les Princes de Boffolo
& de Saint Martin ; les
Princes de Caftillon dalle
Stivere , les Comtes de Novalore,
les Marquis de Palazolli
, ceux de Gazolo & Dozolo,
les Marquis de Gonzague , les
Barons de S. Eftienne , & c .
Jamais on n'a vu une Nation
fi guerriere & fi nombreuſe
en braves gens , que la France,
GALANT 221
Quoy que l'envie ait ligué la
plus grande partie de l'Europe
contre elle , elle ne manque
ny de Soldats , ny d'Officiers
, & quand il s'agit , ou
de nouvelles levées , ou de
promotion d'Officiers de mer,
fi l'on est toujours embaraſſé
fur le grand nombre de ceux
qui ſe preſentent , on l'eſt encore
plus fur leur merite , reconnu
dans le métier de la
guerre. Comme il eft impoffible
de les fatisfaire tous
ceux qui ne font
pour remplir les poftes qu'ils
fouhaitent , ne doivent pas
pas nommez
232 MERCURE
croire qu'on les en juge inca
pables ; ils doivent feulement
fe. plaindre de la quantité de
Braves dont la Cour eft remplie
, & demeurer perfuadez
qu'ils ne feront pas un jour
moins récompenfez que ceux
qui ont l'avantage d'eftre les
premiers nommez. On ne
fçauroit trop loüer l'équité
qui a regné dans cette promotion.
Il n'y a aucun Capitaine
qui fe puiffe plaindre de
n'avoir pas efté fait Officier
General , puis que
plus anciens ont efté faits
Chefs d'Efcadre . Les Officiers
les quatre
GALANT. 233
qui ont monté ne doivent
pas
feulement
cftre
fatisfaits
,
mais
il
y
a
un
grand
nombre
de
ceux
qui
font
demeurez
dans
leurs
poftes
, qui
ont
tout
fujet
d'efire
contens
,
puis
que
le
Roy
, par
une
bon
.

genereufe
,
a
donné
des
Penfions
à plufieurs
. Comme
les
emplois
ne
font
pas
égaux
,
&
que
les
fervices
font
fouvent
differens
,
ces
penfions
ne
font
pas
égales
; auffi
il
par

plus
de
gens
récom
penfez
.
Vous
ne
ferez
pas
furpriſe
de
voir
M
' de
Nef
mond
à
la
reste
de
la
Lifte
4
Decemb . 1692 . V
ya234
MERCURE
que je vous envoye , mis en
qualité de Lieutenant General,
puis que vous avez fouvent
entendu parler de fes
fervices.
PROMOTION.
Des Officiers de la Marine,
M' de Nefmond , Lieutenant
General.
Chefs d'Efcadres.
M' le Chevalier d'Infreville
Saint Aubin,
Mr le Marquis de Cougoulin ..
M' du
Magnou ,
M' d'Amblimont.
Capitaines .
Mile Chevalier de Bouillon:
GALANT. 235
M' le Chevalier
d'Armagnac.
Mr le Chevalier de Luynes .
M ' le Chevalier
de Villacerf.
M' le Marquis de la Ferté.
M' de Moifette.
Mr de Caumont.
M ' de la Roche - Allard .
M ' de Gedouin .
Mr du Val.
M'de Lonchamp Montendre..
Mr de Gratian.
Mr de Chamillard .
Mr
Audifredy..
Mr de Goeton .
Mr de
Courbon Saint - Leger
M' de Cougoulin , Neveu du
Chef
d'Efcadre.
Vij
236 MERCURE
M' du Drefnet .
M' de Selingue.
M' du Coudray- Genier,
M' de Fricambault ,
M' Clanlcu .
M' du Fruge.
M'de Saint Paul.
M' de Courberon.
M'Lautier.
M₁ de Buffy .
M'de Languillette .
M 'du Rollon .
M' Deschiens.
M'de Burgue.
Mr de Bois Joly.
En voyant les noms des
Perfonnes
de qualité qui font
GALANT. 237
fa
à la tefte de la Lifte des Capiraines
, vous remarquerez fans
doute que tout ce que la
France a de plus élevé par
naiffance , prend indifferemment
party fur la mer & fur
la terre , & qu'il n'importe à
tant d'illuftres Braves , où ils
combattent , pourveu qu'ils
faffent paroiftre leur zele
pour le fervice du Roy , &
qu'ilsfe diftinguent par des actions
de valeur dont on trouve
peu d'exemples ailleurs .
Tous les autres Officiers des
Armées Navales du Roy doivent
avoir beaucoup de joye
238 MERCURE
de fe voir Camarades de rane
de Braves , d'une Nobleffe fi
diftinguée, & qui dans ces cmplois
ne peuvent aller plusloin
qu'eux , à moins qu'ils
n'ayent des occafions extraordinaires
de fe fignaler , puis
que l'ancienneté fait les Of
ficiers Generaux , comme l'on
peut voir par la nomination
des quatre plus anciens Capitaines
, que Sa Majefté a faits
Chefs d'Efcadres .
Quoy que le zele que les
François ont toujours eu pour
leurs Souverains , femblaft avoir
augmenté
depuis le regne
GALANT. 239
du Roy, qui a fait tant de
choles fi glorieufes & fi avantageufes
à la France , il paroiſt
neanmoins encore plus grand
depuis la Ligue qu'on a faite
contre ce Monarque . Rien ne
leur coute quand il s'agit de
donner de quoy foutenir les
efforts des Ennemis. A peine
Mile Comte de Peyre , Lieutenant
General de Languedoc,
cut il fait à Pezenas l'ouverture
des Eftats de la Province,
que les Députez , d'un confentement
unanime , accorderent
à Sa Majesté un Don gratuit
de trois millions. Enfin , les
240 MERCURE
Princes liguez ne doivent plus
croire qu'ils ruineront la
France avec le fecours des
François . L'efprit de révolte
n'y regne point ; la plufpart
des nouveaux Convertis font
, convertis veritablement , &
les Ennemis ont à leur grand
regret , connu leur fidelité
dans la courfe qu'ils ont faite
à Ambrun .
Ce mot de Ligue me fait
fouvenir de vous faire part
d'un Ouvrage affez plaifant ,
qui a pour titre,
LIGUE
GALANT. 241
LA LIGUE DES RATS,
U
FABLE.
Ne Souris craignoit un Chat,
Qui dés longtemps la guettoit au
paffage.
Que faire en cet état ? Elle , pruden
te &fage
Confultefon Voifin ; c'eftoit un maifire
Rat ,
Dont la rateufe Seigneurie
S'eftoit logée en bonne Hoftellerie,
Et qui cent fois s'estoit vanie , diton
>
De ne craindre de Chatou Chate,
Nycoup de dent, ny coup de pate.
Dame Souris , luy dit ce Farfa-
Yon ,
Dec. 1692.
X
242 MERCURE
Ma foy, quoy que je falſe,
Seul je ne puis chaffer le Chat qui
vous menace ,
Mais affemblant tous les Rats d'a
lentour ,
Fe luy pourray jouer d'un mauvais
Lour.
La Souris fait une humble reverence
,
Et le Rat court en diligence
A l'office , qu'on nomme autrement là
Dépenfe ,
Où maints Rats affemblez
Faifoient aux frais de l'Hofte une
entiere bombance.
Il arrive les fens trouble ,
Et les poumons tout effouflez:
Qu'avez- vous donc, luy dit un de ces
Rats ? Parlez
En deux mots , répond- il, ce quifait
mon voyage ,
GALANT. 243
C'eft qu'ilfaut promptement fecourir
la Souris ;
Car Raminagrobis
Fait en tous lieux un etrange ravage.
Ce Chat le plus diable des Chats,
S'il manque de Souris , voudra manger
des Rats.
Chacun dit ? il est vray. Sus , fus ,
Courons aux armes.
Quelques Rates , dit-on , répandirent
des larmes .
N'importe , rien n'arreſte un fi noble
projet ;
Chacun fe met en équipage; '.
Chacun met dans fon fac un morceau
de fromage ,
Chacun promet enfin de rifquer le
paquet.
Its alloienttous comme à la feſte , `
L'esprit content, le coeur joyeux
X ₁j
344 MERCURE
Cependant le Chat plusfin qu'eux,
Tenoit déja la Souris par la tefte.
Ils s'avancerent à grands pas
Pourfecourir leur bonne Amie,
Mais le Chat qui n'en démord pas,
Gronde , & marche au devant de la
troupe ennemie.
A ce bruit nos tres -prudens Rats
Craignant mauvaise destinée ,
Font ,fans pouffer plus loin leur preż
tendu fracas ,
"
Une retraite fortunée.
Chaque Rat rentre dans ſon trou,
Et fi quelqu'un en fort , gare encor le
Matou.
Je fçay que vous vous attendiez
dés le mois paffé que je
vous entretiendrois de tout
ce qui regarde la priſe de M'
GALANT. 245
le Duc de Wirtemberg , & de
ce qui s'eft paffé depuis fon
départ de l'Armée jufques à
Paris , ainfi que de la maniere
dont il a efté receu à la Cour.
Tout le monde en a parlé ;
toutes les nouvelles publiques
en ont efté remplies ,
mais tout le Public , & tous
ceux qui fe font meflez de
rapporter ce qu'ils en avoient
appris , n'ont pas dit un mot
de verité. Je ne me ferois
peut-eftre pas mieux acquité
de ce que vous voulez fçavoir
là- deffus , fi je m'eftois
preffé de vous en écrire. fur
X iij
246 MERCURE
des rapports incertains , mais
je n'ay rien voulu vous mander
fans l'avoir puifé dans la
fource. Ainfi vous pouvez
compter fur la fidelité du
détail que vous allez lire.
Mle Prince de Wirtemberg
ayant efté pris de la maniere
que vous avez vû dans
la Relation que je vous ay envoyée
, de l'action où ce Prin
ce fut fait prifonnier , ne fe
vir pas pluftoft entre les mains
des Victorieux , qu'il remit
fon épée , & fes piftolets.
Quoy qu'il duft cftre chagrin ,
fa prife luy eftoit plus gloGALANT
247
rieufe , que s'il euft évité cet
te difgrace , puis qu'il ne s'en
feroir garanty que par la fuite ,
ainfi qu'avoient fait les autres
, au lieu qu'il n'eftoit prifonnier
que pour n'avoir pû
fe refoudre à fuir. Il ne demeura
pas long - temps fans
épée , M' le Maréchal de Lorges
luy ayant fait rendre la
fienne , aprés luy avoir demandé
fa parole. Ce Maréchal
cut pour luy tous les égards
qu'on doit avoir pour un
Prince , & pour un General
de la Cavalerie de l'Empereur
, & ce Prince y répondit
X iiij
248 MERCURE
de maniere , qu'on ne vit
entr'eux que des combats
d'honnefteté . La nouvelle de
la prife de M' de Wirtemberg
eftant arrivée à la Cour , le
Roy envoya ordre à M ' de
Lorges de le faire partir pour
Paris. Il s'en acquitta auffitoft,
& nomma pour l'accom-,
pagner , M Mafutier , Capi-
Taine dans le Regiment de
Cavalerie . de Duras , & M'
Mandoffe , l'un de fes Aides
de Camp . Ils pafferent par
Philifbourg , Landau , Strafbourg
, Nancy , & par toutes,
les grandes Villes. Tous les
GALANT. 249
Gouverneurs allerent par par tout
au devant de ce Prince . On
battit aux Champs dans toutes
les Villes où il fe trouva
des Troupes , & les Gouverneurs
luy donnerent une garde
de Capitaine , pour luy
faire plus d'honneur , & non
pas pour le garder. Je ne vous
dis pas qu'ils le traiterent magnifiquement
, il fuffit d'eftre
François , pour ne rien épargner
en de pareilles occafions .
On luy fit voir les Fortifications
de toutes les Places où
il paffa , juſques aux fouterrains
mefmes. Quelle que foit
250 MERCURE
l'ela
bonté des Places du Roy,
ce n'eft pas ce qui les deffendroit
le mieux , en cas de
Siege . La valeur des Troupes.
eft devenue fi grande par
xemple de ce Prince , que l'on
peut moins répondre de leurs
plus forts remparts , que de
l'extréme valeur de ceux à
qui la garde en eft confiée.
Mr le Prince de Wirtemberg
cftant arrivé à Paris , Mr
Malurier en partit auffi-toft ,
pour se rendre en Cour , afin
d'y recevoir des ordres . Il alla
chez M' le Marquis de Barbefieux
, Secretaire d'Etat ,
GALANT. 211
qui a le departement de la
guerre , & ce Marquis alla
prendre l'ordre du Roy , qui
fut , que M ' le Prince de Wirtemberg
aprés s'eftre repofé
cinq ou fix jours à Paris , fe
rendrona Verfailles pour voir
ce Monarque . Ce terme expiré
, M' Mafurier ne man
qua pas de l'y conduire . Il le
mena d'abord chez Mr de Barbefieux
, qui luy fit tous les
honneurs dûs à l'oncle d'un
Souverain , & à l'Adminiſtra
teur , c'est- à- dire , au Regent
de fes Etats . Il luy dit , qu'il
avoit ordre de le conduire à
252 MERCURE
midy chez le Roy , & le re
conduifit , non feulement au
delà de fes appartemens , mais
encore jufques au bout de la
Galerie qui les joint , & que
l'on nomme , Galerie des Princes.
Sur le midy , Mr le Prince
de Wirtemberg fut encore
conduit par Mr Mafurier ,
chez M' de Barbefieux , qui
le mena chez le Roy. Sa Majefté
eftoit dans le Cabinet
du Confeil qui finiffoit. Mr
de Barbefieux y entra , pour
l'avertir que M de Wirtemberg
eftoit dans le grand Salon
qui le precede , & qui
GALANT. 255
eftoit alors remply des plus
grands Seigneurs de la Cour
qui
attendoient le Roy pour
l'accompagner à la Meffe .
Un inftant aprés que Mr de
Barbefieux fut entré , on ou
vrit les deux batans de la por
te , & le Roy parut au milieu
de fon Cabinet . M ' de Wirremberg
approcha de Sa Majefté
en failant plufieurs profondes
reverences , & le Roy
le receur avec ces manieres
civiles , honneftes , & engageantes
, qui font de fi fortes.
impreffions fur les coeurs de
tous ceux qui ont l'honneur
254 MERCURE
que
de le voir de prés , & de l'entretenir
, de forte que M' de
Wirtembergparut furpris d'u
ne bonté fi majeſtucufe , s'il
m'eft permis de parler ainfi .
Le Roy dit à ce Prince ,
dans l'état où eftoient les chofes
on ne pouvoit dire qu'on eftoit
bien aife de le voir à la Cour ,
mais qu'on tafcheroit au moins
d'adoucir fon chagrin. Cette
converfation finie , le Roy
fortit pour aller à la Meffe.
Sa Majesté eftoit attendue
par une Cour nombreuſe qui
rempliffoit les Appartemens ,
& la Galerie par où il faut
GALANT. 255
paffer , & qui l'accompagne
ordinairement à la Chapelle.
Mr le Prince de Wirtemberg.
l'accompagna auffi jufques -là
mais fans y entrer , parce que
ce Prince cft Lutherien. Il fe
promena pendant la Meffe
dans la Galerie & dans les
Appartemens qu'il n'avoit pas
vûs, quoy qu'il fuft venu autrefois
à Paris , mais comme
il y a vingt- deux ans , les nouveaux
Baſtimens de Verfailles
n'eftoient pas encore faits.
La Meffe finic , M ' Mafurier
mena ce Prince chez Monfeigneur
le Dauphin , qui le
256 MERCURE
receut de la mefme maniere
que le Roy avoit fait . Il alla
enfuite chez Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , & chez
Meffeigneurs les Enfans de
France. Il fut furpris de trouver
l'efprit de ces Princes
beaucoup au deffus de leur
age , mais quand la bonne
éducation eft jointe à ce
qu'infpire le fang , l'efprit fait
de grands progrés en peu de
temps . M de Wirtemberg
fut enfuite conduit chez Monfieur
& chez Madame , & ce
Prince vit ce jour - là toute la
Famille Royale. On remar
GALANT. 257
qua une chofe qui fit donner
beaucoup d'éloges à M' le
Maréchal de Lorges & loüer
fa modestie , c'est qu'il ne pad
rut point avec M ' le Prince
de Wirtemberg , ne voulant
pas qu'on luy puft reprocher
qu'il cuft mené fon prifonnier
comme en triomphe . On ne
peut avoir plus d'honneſtetez
qu'il en a eu pour luy , & l'on
ne fçauroit en eftre plus pene,
tré que l'eft M' le Prince de
Wirtemberg. Ce Prince ayant
efté dans tous les lieux que je
viens de vous marquer , retourna
chez M' de Barbefieux
Dec. 1692. Y
2:8 MERCURE
qui l'avoir invité à dîner . Le
repas fut magnifique & delicat
, & la Compagnie belle
& nombreuſe , afin de faire
plus d'honneur à cet illuftre
Convié. Madame la Ducheffe
d'Ulcz & Madame de Barbefieux
furent de ce repas . L'aprés-
dinée , M le Prince de
Wirtemberg alla voir M¹ Colbert
de Croiffy , comme Secretaire
d'Etat des Affaires
étrangeres . La converfation y
fut vive, fpirituelle & galante ,
& M de Croiffy ayant alors
la Goute , dit à ce Prince qu'il
auroit prévenu la vifite de Son
A
GALANT. 259
Alteffe , fans l'eftat où il fe
trouvoir. Enfuite la converfation
roula fur les manieres
engageantes du Roy , fur le
plaifir qu'il y avoir d'avoir
l'honneur de le voir de prés ,
& fur la bonté que Sa Majefté
avoit euë de ne donner à
M. le Prince de Wirtemberg
que fa parole pour garde ; à
quoy M. de Croiffy répondit,
que le Roy , dont les Armées
eftoient compofées de tant de milliers
d'hommes , ne luy en pouvoit
donner une plus feure . La
converfation roula auffi fur
la magnificence avec laquelle
Yij
260 MERCURE
M. le Prince de Wirtemberg
avoit traité M. de Croiffy ,
lors qu'il avoit efté à la Cour
de Stugard. Ce Prince a retourné
plufieurs fois à Verfailles
, où l'on a fait joüer
toutes les caux exprés pour
les luy faire voir. Le Roy a
donné ordre à M. le Marquis
de Livry,fon premier Mailtre
d'Hoftel , de luy faire fervir
une table toutes les fois que
ce Prince iroit à la Cour .
Comme il aime beaucoup la
Chaffe, il y a des ordres de luy
fournir toutes les chofes neceffaires
pour prendre ce diGALANT
261
vertiffement. Il a eu l'honneur
de chaffer avec Monfeigneur,
& d'avoir place dans fon Ca-,
roffe ; & plufieurs Perfonnes,
diftinguées par leur naiffance ,
& par leurs Emplois , l'ont
regalé à Paris.
Les alarmes où fe trouve
continuellement Charleroy.
font d'autant plus grandes ,
que les Ennemis , au lieu de
mettre tous leurs foins à em▾
pêcher qu'il ne fuft bombar
dé , aprés avoir vû Mons &
Namur pris , n'ont travaillé
pendant tout le reste de la
Campagne qu'à préparer tou
262 MERCURE
res les chofes neceffaires pour
le bombardement de Dur kerque
, qui n'a abouty qu'à faire
connoiftre que leurs menaces
n'ont jamais d'effet Les Façoisont
fait voir tout le contraire.
Ils n'ont point menacé Charleroy
, & il fe trouve bombardé
, ce qui le met hors d'eftat
de foutenir un Siege avec autant
de vigueur qu'il auroit
fait , fi ce bombardement ne
l'avoit point affoibly. Il eftoit
muny de toutes chofes ; il
manque prefque de tout à
prefent , & deux raifons font
que c'eft une grande affaire
GALANT. 263
aux Ennemis que de le ravitailler
entierement ;
l'une ,
parce que la dépenfe eft grande
, qu'elle regarde en partie
"Efpagne , & que les remifes
qui en viennent font rares &
mediocres ; & l'autre , par la
difficulté qu'il y a d'y faire
prefeutement
entrer beau
coup de munitions & de vivres
à la fois . Les Ennemis
éveillez par le bombarde
ment de cette Place , ne devoient
pas nous laiffer fortifier
Chaffelet , Thuin & Valcour,
ce qui en referre beau
coup la Garnifon entre Sam <
264 MERCURE
`bre & Meufe , & nous donne
lieu de faire de grands fourages
jufques à fes portes , comme
on en a fait depuis que
cetre Place a efté ainfi bridée ,,
fans que la Garnifon ait ofé
s'y oppofer. L'enveloppe de
Chaffelet n'eftoit pas encore
achevée lors que le Comte
d'Atlone ; incredule comme
le Prince d'Orange , & voulant
juger de tout par luy-mefme,
& en eftre témoin , eft venu
avec douze mille hommes ,
aprés avoir paffé la Sambre à
Charleroy , & s'eft preſenté
devant ce pofte , où il n'y
avoit
GALANT. 1
&
265
avoit que deux mille hommes,
qui travailloient , mais comme
il eftoit venu pour voir,
& non pas pour attaquer ,
qu'il auroit cfté méchant Politique
, & mauvais Courtifan
, s'il avoit fait plus que
le Prince d'Orange devant
Mons & devant Namur , il
s'eft retiré après avoir yû la
Place de fort prés , en emportant
avec luy tout l'espoir de
Charleroy , qui n'eſt plus en
3 eftat de donner matiere de
parler que par fa prife.
1
Il eft furprenant que les
Alliez tombent toujours dans
Dec.1692 .

266 MERCURE
ри-
des fautes groffieres dont ils
ne fe corrigent point . Ils ne
peuvent s'empefcher de
blier de grands projets qui ne
font jamais executez , & de fe
vanter de tout ce qui n'eft
point , fans confiderer que ce
qu'ils avancent n'a point de
fuite , ou que s'il en a , c'eft à
leur confuſion ; de forte qu'il
n'y a perfonne qui puiffe com
prendre fur quel fondement
ils croyent toujours pouvoir
abufer les Peuples , lors qu'ils
font toujours abufez eux - mêmes
. Pendant toute la Campagne
, ils n'ont parlé que du
GALANT. 1267
Blocus de Cafal . CettePlace al
loit tomber entre leurs mains
il eftoit impoffible qu'elle
fuft fecourue ; la moitié de la
Garniſon avoit deferté & ella
attendoit le commencement
de l'Hiver pour fe rendre.
Mille & mille Lettres ont tenu
ce langage ; toutes les
Nouvelles imprimées des Ennemis
en ont efté pleines ,
& quand felon de fi faux pronoftics
, le temps auquel cette
Place devoit fuccomber eft
arrivé , on a vû ces mefmes
Alliez qui s'estoient vantez
de tant de chofes , demander
Z ij
268 MERCURE
avec empreffement une Neu
tralité , & folliciter longtemps
avant que de l'obtenir.
Voila comme ils prennent
les meilleures Villes , & bom.
bardent les plus fortes Places,
ou du moins comme ils s'en
flatent , tant que durent les
plus longues Campagnes . La
Neutralité dont je viens de
vous parler a efté fignée pour
Cafal & fon diftrict , & l'on
peut dire qu'en la fignant
les Ennemis fe font publiquement
dedits , & par écrit , de
tous les contes fabuleux qu'ils
ont faits , fur l'infaillible
GALANT. 269
Conquefte qu'ils devoient
faire de cette Place, qui fe trouvoit
fi preffée par le Blocus ,
qu'elle devoit eftre forcée de
Le rendre en peu de temps ,
mais il s'eft trouvé qu'ils étoient
plus fatiguez du Blocus
que Cafal n'en eftoit incommodé.
Cependant comme
les Alliez donnent fouvent
des marques de la mauvaife
foy qu'ils nous imputent
, & particulierement les
Allemans , ces derniers , malgré
la Neutralité fignée , ne
fçauroient vivre qu'en Allemans
, c'eft à dire , qu'ils ne
Z iij
270 MERCURE
peuvent s'empefcher de piller,
& qu'ils enlevent ce qu'il eſt
permis aux Payfans du Mon
ferrat de porter dans Cafal . Si
les François en ufoient de la
mefine forte , le déchainement
de tous les Alliez feroit
terrible contr'eux , mais parce
que c'est l'ufage ordinaire des
Allemans , il femble qu'il leur
foit permis d'en uſer ainfi , &
que ce qu'ils ont accoutumé
de faire ne foit pas un mal.
La Campagne derniere
n'ayant pas efte heureufe aux
Venitiens , ils ont crû qu'un
bon CapitaineGeneralpouroit
GALANT. 271
reparer les malheurs qu'ils ont
effuyez devant la Canée, mais
prefque tous les Princes de
l'Europe eftant en armes, chacun
cft obligé de fervir fon
Souverain, & s'il y a quelques
Puiffances qui jouiffent de la
douceur de la Paix , elles ne
"
laiffent pas d'avoir des Troupes
fur pied , foit pour mieux
conferver la Neutralité , foit
pour prendre party , fi la neceffité
de leurs affaires les y
oblige , de forte que les Venitiens
ne trouvant point de
General dans toute l'Europe
qui puft fe mettre à la teſte de
Z iiij
272 MERCURE
leurs Troupes ont jetté les
yeux fur M Morofini leur
Doge , qui s'eft rendu confiderable
par une infinité d'acions
éclatantes , & qui n'avoit
quitté l'Armée que parce
qu'il avoit efté élevé à la dignité
de Doge. Ce n'eft pas
fans peine qu'il s'eft réfolu
d'y retourner , non qu'il ne fe
fente toujours la mefme va
leur , & les mefmes lumieres
dans le métier de la guerre
qu'il a exercé avec tant de
courage , & tant de fuccés ,
mais parce qu'eftant âgé de
foixante & dix- fept ans, il ne
GALANT: 273
fe fent plus les mefmes forces,
& qu'il eft moins en eftat de
fupporter les mefmes fatigues,
ce qui fait de la peine à un
General zelé qui ne fe croit
plus capable de rendre feur
par luy-mefme le fuccés des
grands deffeins que projette
fa valeur , & qui fe trouve
fouvent obligé d'en remettre
l'execution à d'autres , lors
que fon coeur vole où fes
ne le peuvent plus porter.
M' le Marquis de Vignole
a prefté Serment entre les
mains de Sa Majesté , pour la
Charge de Lieutenant de Roy
pas
274 MERCURE
de Bordeaux. Je vous ay fou
vent parlé des Sermens que
l'on a coutume de prefter
pour de pareilles Charges.
Elles font glorieufes à ceux
qui les achetent , utiles aux
Provinces , & avantageufes à
l'Etat On ne peut trop admirer
la bonté paternelle du
Roy pour fes Sujets , & fa
prudente conduite dans la
creation de la plus part des
Charges d'Epée , & des Offices
de Judicature . L'éclat de
fa gloire & de celle où il a
mis fon Royaume , luy a attiré
une infinité d'Ennemis.
GALANT
275
L'Eftat s'en trouve environné ;
il cft queſtion , non- feulement
d'empefcher qu'ils n'execu
tent leurs vaftes deffeins qui
tendent à la ruine de la France
, mais mefme de faire des
progrés fur cox . L'Etat fe
trouve attaqué , c'eſt à l'Etat
à fournir les dépenses extraor
dinaires pour fe deffendre.
Cependant le Roy prend la
plus grande partie de cette
dépenfe fur luy , par les fonds
qu'il altere en créant des rentes
, & des Charges , dont les
appointemens font la plus
part payez fur les propres revenus..
276 MERCURE
Le Sicur Langlois , Libraire
Imager , continue l'Hiftoire
du Roy en Almanachs , & il
a reprefenté cette année la
Prife de la Ville & du Château
de Namur , avec toutes les
autres Expeditions militaires
de 1692. Il fait une dépense fi
confiderable à cette forte
d'Ouvrage , qu'il ne luy manque
qu'un nom plus fpecieux
que celuy d'Almanach , qui
cftant trop vulgaire , fait qu'il
n'excite pas toute la curiofité
& toute l'estime qu'il merite.
Cependant il s'eft fait
plufieurs belles Thefes qui
GALANT 277
a'ont pas cu pour le Deffein
& pour l'exactitude , plus
d'étude , ny plus de perfe
>
εtion rien n'eftant obmis
dans ces Almanachs . Les
Plans des Villes , les Camps ,
les attaques, tout eft recueilly
des Ingenieurs , ou des Peintres
qui ont efté fur les lieux .
Les habillemens des Perfonnages
s'y trouvent ſuivant les
modes des temps, & font ordinairement
deffinez par le S de
Saint Jean, Peintre, qui réuffic
le mieux en ce genre, & dont
on voit un nombre de belles
Figures qu'il donne au Public
278 MERCURE
de temps en temps . Je n'ay
pas cru que le nom d'Almanach
, quoy que vulgaire, me
duft empêcher de rendre juftice
à ce qui est beau veritablement
, puis que toutes les
perfonnes raisonnables s'attachent
aux chofes , & non pas
aux termes. Ce qu'il y a encore
de confiderable dans ces mêmes
Almanachs , c'eft qu'ils
comprennent tous les ſujets rej
marquables de chaque année ,
& qu'ils fervent à en rafraîchir
la memoire par les datres qui
y font marquées fort exacte
ment , ce qui fait que beau
GALANT: 279
Coup de Curieux prennent
foin d'en faire des Recueils
& en veulent avoir des premieres
épreuves dans le temps,
à caufe qu'elles deviennent ra
res dans la fuite , les Planches
eftant toujours ufées par le
grand debit que l'on faitde ces
Ouvrages .
Je vous envoye la copic
d'une Lettre qui m'a efté a
dreffée pour le fçavant Mr Co
miers ,quefa profonde érudi
tion a mis par tout dans une
fi grande eftime . Vos Amis
ne feront pas fachez de la lire,
puis qu'ils verront que l'Au
280 MERCURE
teur travaille à la recherche
d'un remede univerfel , qui les
puiffe faire jouir , dans une
fanté parfaite, de l'abondance
qu'il y a tout lieu de croire
que fon fecret de la multiplication
des grains luy don
nera.
ÁM L'ABBE' COMIERS
MONSIEUR,
Le Mercure Galant m'a prož
curé l'avantage de vous connoifre
de reputation . Ce Livre eft
d'un grand fecours pour établir
GALANT. 281
commerce parmy les Gens de Lettres.
Ainfi j'efpere, que par ce
moyen j'auray l'honneur d'eftre
connu de vous , & que le temps
affeureraparmy nous la correfpondance
que je vous demande . Les
perfonnes qui font conformes en
inclination s'aiment fouventfans
s'eftre jamais veuës.
Il y a longtemps que je me
[uis appliqué à la recherche d'un
Remede univerfel. Fay travaillé
fur le Vin , dont j'ay une curieufe
préparation . Fay travaillé
fur la fuye de cheminée . J'ay
travaille auffi fur le Nitre de
mesme que vous ,
Dec. 1692.
croy cesi

282 MERCURE
..
trois matieres de puiffans agens.
Elles contiennent toutes trois
beaucoup d'efprit mercurial & de
Jouphre volatil. Je ne doute point:
que le Nitre fur lequel vous avez
travaillé ne foit capable
d'extraire les teintures & les
fouphres de tous les corps naturels
de produire enfuite des
miraclespour la guerifon dc quantité
de Maladies , en confumants
ou en faifant tranfpirer les mauvaifes
humeurs qui troublent
l'economie de la fanté.Je ne me
fuis point fervy du Nitre fixe de
la maniere que vous vez fait,
n'en fachant point lapréparation..
GALANT 283
Que fi vous voulez , Monfieur.
me faire la grace de me la communiquer
, il n'y apoint d'hom
me qui épargne moins fa peine,
ny qui faffe les chofes avec plus
d'exactitude. Je vous communiqueray
d'outres chofes que vous re
Jerez peut estre pas faché de
fçavoir. Fe fuis curieux , & j'é
tudie la Nature autant qu'il m'eft
poffible. J'attendray voftre réponſe
Monfieur, à la premiere
occafion , mais je veux en attendant
vous faire part d'une ex-
·
perience provenue de mon fond,
& qui ne vous déplairapeut- eftre
pas.
Aa ij
284 MERCURE
Je fis tremper douze grains de
Froment l'année derniere dans une
liqueurs ces douze grains produifirent
chacun cinq ou fix tiges &
autant d'épics , qui rapporterent
en tout jusqu'à dix - huit cens
grains . Cette année j'ay voulu
faire une feconde experience fur
du froment , mais comme je l'ay
femé tard,
le
qne temps a esté
mauvais , & que je les ſemay
trop prés les uns des autres,
ils n'ont pu former d'épis , mais
chaque grain a produit des touffes
monftruenfes , dont la moinfort
dre avoit trente montans ou tiges
qui auroient produit autant
GALANT
285
d'épis . J'en ay confervé une qui
en a jufqu'à quarante - quatre ,
mais qui pouffoient d'une force
& d'une groffeur merveilleuse.
Fugez, Monfieur , quelle production
cela auroit fait , fi lesgrains
avoient esté femez plus clairs.
Fay femé au mois d'Octobre
dernier vingt - quatre grains de
froment , pourfaire une troifiéme
experience , mais je les ay mis
demi- pied l'un de l'autre. Cette
liqueur excite tellement l'esprit
vegetal contenu dans le grain,
que c'est une chofe miraculeuse ;
& comme je fuis fort curieux des
plantes , j'efpere faire des produ
à
286 MERCURE
Etions furprenantes par le moyen
de ce fecret . La liqueur dont je
vous parle n'eft pas bonne feulement
pour la vegetation , elle
eft encore bonne pour la fanté.
Elle ouvre merveilleufement les
obftruction De mefme qu'elle
dégage ce petit germe , qui n'eft
qu'un petit point du dedans du
grain , ainfi dans le corps elle
ouvre un paffage aux efprits qui
font contenus dans le fang , &
en accelere la circulation . Je l'ay
experimenté deux fois à une Fille
que les pafles couleurs avoient
mife dans un estat à ne pouvoir
manger ny marcher. Voilà ce que
GALANT. 289.
favois à vous fairefçavoir tou
ebant cette experience , qui feroit
d'une grande utilité , fi elle réuffit
cette derniere fois comme je
l'efpere avec raifon. Foubliois de
vous marquer que jefuis dans le
deffein de faire une préparation
du Nitre fixe de la manière qu'-
enfeigne M le Févre , en une
matiere talqueufe & foluble &
que je crois avoir de tres- bonnes
qualitez , comme le dit le mefme
Auteur. Je fuis , Monfieur, vo
fire,& c.
CHALANÇON.
>
288 MERCURE
Il n'y a point d'Etat où les
guerres , même celles qui ne
font pas portées au dernier
excés , n'affoibliffent beaucoup
les Arts , ou du moins
n'empêchent leur accroiffement
. Cependant le contraire
fe trouve aujourd'huy en France.
Le nombre de fes Ennemis
eft prefque infiny
dans le temps que les beaux
Arts devroient eftre moins
en vogue , on les voit fleurir
de plus en plus . Cela vient de
ce que le Roy , que la Ligue
des Alliez ne dérange point ,
répand toujours les faveurs fur
}
&
Tout
GALANT. 289
Tout ce qui le merite . Il vient
d'en donner une forte preuve,
en augmentant la penfion
accordée pour les frais de
l'Academie de Peinture , &
de Sculpture , Sa Majesté
eftant bien aile de marquer
par-là combien Elle eft fatisfaite
des progrés que certe
Academie fait tous les jours ,
Si le Corps des Arts fleuric
plus fous le regne du Roy ;
mefme pendant
la guerre ,
qu'il n'a fait fous tous les Rois
fes Predeceffeurs
dans la plus
profonde paix , ces avantages
font deus à
l'application
avec
Decemb
. 1692. Bb
290 MERCURE
laquelle les particuliers trat
vaillent à fe perfectionner ,
& c'est ce qui fait que nous
venons de voir un chef d'oeuvre
dans un Tableau que ME
Coipel le Fils a fait pour M
le Duc de Richelieu , dont le
bon gouft eft generalement
reconnu pour la Peinture.
Cet admirable Tableau a fait
tant de bruit que tout ce
qu'il y a de Curieux à Paris,
& d'Amateurs des belles chofes
, l'ont efté voir chez ce Duc,
qui s'est fait un plaifir de le
montrer,& de connoître l'eftime
qu'en font non ſeulement
GALANT 291
les plus habiles du meftier,
mais en general tous ceux qui
n'en jugent pas moins bien
par une habitude qu'ils fe font
faite , de voir les plus beaux
Ouvrages , de fçavoir les fentimens
de tous ceux qui les
connoiffent , & d'en faire des
Cabinets fuivant que leur bien
le peut permettre à leur curiofité.
La beauté de ce Tableau
a auffi attiré les perfonnes
du premier ordre chez
M le Duc de Richelieu , &
Monfieur le Duc de Chartres
en ayantouy parler avec affez
d'avantage à differens Con-
Bb ij
292 MERCURE
noiffeurs , pour luy donner de
la curiofité , ce Prince dont
les lumieres font au deflus de
fon âge, a bien voulu fe donner
la peine de l'aller voir,
Il faut vous dire ce que contient
ce Tableau . Il reprefente
le moment de la mort du
Sauveur du monde , avec tou
res les circonstances d'un fujet
fi grand & fi terrible. Le
Tout en exprime fi bien le caractere
qu'on ne peut le voir
fans eftre d'abord frappé d'étonnement
, de trifteffe & d'une
fainte horreur. La nature y
paroift en defordre. Le Ciel
τους
GALANTS 293
eft obfcurcy; les Aftres de la
nuit paroiffent en plein midy,
& la funefte lueur du Soleil
éclipfé , éclaire feule ce trifte
fpectacle. C'eft fur un Dieu .
mourant que fe répand cette
lumiere. Son attitude auffi
nouvelle que convenable à un
homme qui expire fur la
Croix , ne laiffe pas d'infpirer
au travers des horreurs de la
mort des mouvemens de refpect
& de crainte , attachez
à la Majefté d'un Dieu, peinte
la nobleffe & la douceur
de fes traits. La Vierge eft debout
au pied de la Croix dans
par
Bb iij
294 MERCURE
une action fi noble & fi rou
chante , que malgré la dou -t
leur dont elle paroift pene->
trée l'on découvre une fermeté
qui eft au deffus de la
Nature , en forte qu'il eft impoffible
de ne pas connoiftre
qu'elle eft veritablement lat
Mere d'un Dieu. La Magde,!
leine qui s'abandonne toure à
fa douleur , cmbraffe la Croix
étroitement , en verfant un
tortent de larmes , & S Jean!
qui eft auprés d'elle , paroifts
dans un caractere d'abattement
auffi different des deux
autres qu'il marque avec force
GALANT 295
combien fon coeur eft rouché.
Icy les Maries dans de diver
fes attitudes pleurent amerement.
Là des Soldats étonnez
regardent avec ferocité l'és
clipfe du Soleil. Ceux - cy tour
interdits du tremblement de
la terre & des pierres qui fo
fendent à leurs pieds , laiffent
tomber les dez avec lefquels.
ils tiroient au fort la robe du
Seigneur , & parmy le Peuple
qui eftoit accouru de Jerufalem
à ce fanglant facrifice,plufieurs
s'en retournent en frappant
leurs poitrines , & faifis
d'effroy. L'on en voit d'autres
B b iiij
296 MERCURE
épouvantez à la vûë d'unMort
qui reffufcite, & qui fort de
fon Tombeau. Le paffige de
la mort à la vie paroift fi bien
reprefenté fur fon vilage pafle
& deffeché , qu'on ne peut le
voir fans émotion , Dans l'horreur
des tenebres paroift artaché
à la Croix le mauvais Lar
ron. Sa reprobation & lon
defefpoir y font parfaitement
bien caracteriſez , & il eft facile
de le diftinguer du bon
Larron , qu'on voit de l'autre
cofté du Tableau dans une
expreffion qui marque fa pré
deftination mais cette
GALANT. 297
t
0
J
!
Converſion eft bien exprimée
, celle du Centenier ne
l'eft pas moins . La nobleffe
de fon attitude & de fon air
de tefte , ne laiffe point douter
qu'il ne foit le Chef , &
celuy qui commande . Cependant
la frayeur qu'il a des miracles
qu'il decouvre , luy fair
ouvrir les yeux fur fa faute .
I laiffe aller la bride de fon
cheval effrayé , & ne fonge
plus qu'au Dieu qu'il reconnoift
, en forte qu'il femble
Le récrier , Celuy- là veritablement
eft le Fils de Dieu . Tou-
Les ces beautez d'expreffions
298 MERCURE
font jointes à une belle armo
nie de couleurs , dont je vous
parlerois plus amplement &
dans les termes ( fi j'estois du
meftier , ) auffi-bien que de la
correction du deffein. Tout
co que je puis vous dire , c'eft
que ce Tableau fait plaifir à
voir , fans que l'on foit connoiffeur
, ce qui eft une preu→
ve incontestable
, qu'il eft par
faitement beau . Auffi fait- ik
beaucoup d'honneur àM Coipel
, dont l'heureux genic ne
fe peut trop cftimer .
Vous avez fouvent oüy par
ler du Royaume de Maroc, &
GALANT. 299
J
vous n'avez pas perdu le fouvenir
de l'Ambaffadeur que
le Souverain de ce vafte Etac
envoya en France il y a quel
a ques années . Il s'y diftingua
par fon efprit , & fit voir que
l'on a eu raiſon de croire que
les Africains en ont beaucoup.
LeRoyayant réfolu d'envoyer
à la Cour de ce Monarque , a
nommé un de Ses Gentilshommes
Ordinaires
14
*
& ca
choix cft tombé für M de
S. Olon , qui a déja cfté Envoyé
Extraordinaire à Genes.
Il a beaucoup d'efprit , &
d'ufage du monde, & lechoix
300 MERCURE
que Sa Majesté vient de faire
de fa perfonne pour l'envoyer
à Maroc , fait connoiftre qu'-
Elle a efté fatisfaire de fa conduite
dans les premiers Emplois
qu'il a eus.
La derniere Enigme , dont
le Preffoir eftoit le vray mot,
a cfté expliquée par M Bonnard
de l'Hoſtel du Quesnoy,
Place Royale : de la Bourdelle:
Buffon de la Gaudiniere :
Jean Chauvet de Trevoulx :
L. C. & A. R. de la nouvelle
Societé du Jardin de Lion :
Tamirifte de la rue de la Ccrifaye
le petit Coq réveille
:
GALANT 201
3or
C
matin du Fauxbourg S. And
toine : le Solitaire inconnu
le gros Controlleur , & fon
bon Amy Petit de la rue du
Mouton : le Pelerin de Nanterre
: l'Amoureux en cachette
de la Paroiffe S. Eloy à Or
leans : l'Amante de l'enga
geante Catin : le Philiftin de
la rue des Bourdonnois , ou
le Mal - content de la Renommée:
le tendre & fidelle Mouton,
& fon incomparable Bre
bis R. C. & Argatiphontidas
de Chartres en Beauffe. Meldemoiselles
Toinon d'auprés
S. Mederic : l'Heroïne Pref
302 MERCURE
tance de Rouen : la charmantë
Fleur des marais , & fon Avo
cat de la rue Comtéffe d'Artois
l'aimable : Baudouin , &
la charmante de la Motte, de
la rue Quimquempoix : les
trois Décffes de la rue Michel-
Comte , & leur aimable Papa ;
J'aimable Princeffe de Tou
raine : la Batifte de Flandres
Hutuge d'Orleans , & l'Enfant
Rouge du quartier Saint Antoine.
Je vous fais part d'une Enigme
nouvelle qui m'a cfté envoyée
fous le nom de la Suivante
des Mufcs. Me
GALANT 303
$2255252 225SSSSES
DE
ENIGME.
me fervir für table onfefait
une loy ,
Le foir & le matin j'y fuis tres-neceffaire
;
Ce n'est point pour manger que l'on
Se fert de moy ,
Aux Belles fans cela j'offre affez de
quoy plaire.
& 20
Les mauvais traitemens conviennent
" à mon fort.
Mille coups quelquefois pourroient
caufer ma mort,
Si par hazard je n'estois infenfi
ble .
Quoy que facile à traverſer,
304 MERCURE
Il faut ufer de tefte en voulant mi
percer;
Voir répandre fan fang eft chofe for
poffible
Si l'on ne prend cette précaution.
Lecteur ,je vais finir par ma defcription
.
Mon corps eft tres -ſouvent chargé de
plus de teftes ,
Que n'en eurent jadis quelques affreufes
beftes,
Dont la Fable fait mention .
Vous ferez contente de la
nouvelle Chanfon queje vous
envoye. L'air n'en eft pas
moins beau que les paroles.
GALANT. 305
AIR NOUVEAU.
PA
une tendre chanfonnette
Fay charmé le coeur de Lifette ;
Elle n'a pu me refuferfa foy.
Je crains peu les faloux de mon bonheur
extrême.
Sij'ay quelques Rivaux qui chantent
mieux que moy ›
Il n'en eft point qui fache aimer
de mefme.
Toutes les recrues des Ennemis
fe font lentement , &
l'on pourroit mefme dire que
l'on n'y travaille pas encore.
On ne parle point parmy cux
de nouvelles levées , & il y a
Decembre 1692. C.co
306 MERCURE
lieu de croire que tout y demeurera
en fufpens , juſqu'à ce
que le Prince d'Orangeait touché
de l'argent d'Angleterre
pour diftribuer aux Alliez.Cependant
les recrues le font ne
France avec un grand fuccés,
on y avance la levée des douze
Regimens nouveaux , dont je
vous ay déja parlé , auffi -bien
que celles du Regiment de
Breffey , & de celuy de Houf-
Tars , & celles des Compagnies
Franches que levent les Gouverneurs
des Places de guerre,
qui feront fort utiles , parce
qu'elles feront compofées de
GALANT. 307
gens du pays , pays , & qui en ſçachant
les routes pourront
beaucoup fervir à inquieter
Fes Ennemis , & à conduire
des Partis. Outre toutes ces
Troupes , on leve auſſi pour
le Roy plufieurs Regimens
de Milice en Alface , & trois
Compagnies de cent hommes
chacune de Fufcliers à che
val , fous le nom de Fufcliers
de Flandre. Ces Compagnies
avoient cfté autrefois fur pied,
& le Roy a jugé à propos de
les y faire remettre . On ne
peut apprendre toutes ces
chofes fans étonnement , &
Ccij
308 MERCURE
fans fe réjouir du haut poine
de gloire où ce Prince met la
France , en la rendant ainfi
fuperieure à toute l'Europe
unie pour l'accabler.
MP'Abbé de Villiers, fi renommé
par l'heureux talent
qu'il a d'écrire également bien
en Profe & en vers /mais plus
encore par celuy de la Prédication
où il excelle , vient de
donner au Public un Livre
nouveau , Intitulé , Penfées &
Reflexions fur les égaremens des
hommes dans la voye du Salut.
Il ne s'attache pas moins aux
déreglemens du coeur qu'à
GALANT. | 309
ceux de l'efprit , &fi lors qu'il
les combat , il s'eft fervy dans
le titre de fon Livre de celuy
de Penfées & de Reflexions,
c'est parce que ce ne font en
effer que de fimples Reflexions
, & de fimples pensées
qu'il a jettées fur le papier à
mefure qu'elles luy font venuës
à l'efprit , en meditant
fur les diverfes matieres qu'il
traite. Je n'entreray dans aucun
détail de cet Ouvrage.
Je vous diray feulement que
la maniere dont les plus
grandes veritez de la Religion
y font developpées , le
210 MERCURE
rend fort utile à toutes for
tes de gens , à ceux qui font
dans le grand monde , & à
éeux qui en font retirez . Il eſt
divifé en deux Volumes . Tout
ce qui eft dit dans le premier
ne tend qu'à donner aux Chré
tiens du gouft pour la pratique
de la Religion , en attaquant
ce qui femble particulierement
les en détourner , &
dans le fecond , l'Auteur taf
che de leur donner l'idée des
principales vertus de la Reli
gion , en leur faifant voir l'obligation
& la maniere de les
pratiquer. Ce qui vous fera
GALANT. zir
un fort grand plaifir , c'eft
qu'eftant inutile de reprefenter
le mal fi on n'apprend à fe
fervir du remede , il promet
un troifiéme Volume fur la
Negligence & l'Abus des
moyens neceffaires pour vivre
faintement.
La promotion des Officiers dé
Marine a efté faite entierement.
Je vous ay déja dit que Mr le Marquis
de Nefmond avoit efté fait
Lieutenant General & Mrs le
Chevalier d'Infreville , le Marquis
de Cougoulin , du Magnon
& d'Amblimont , Chefs d'Efcadre;
mais comme le nombre des
Officiers qui ont monté à la Charge
de Capitaine de Vaiffeau a efté
712 MERCURE
plus grand que je ne vous l'ay
marqué par la premiere Lifte em
ployée dans cette Lettre , en voicy
les noms d'une maniere auffi correcte
qu'on les peut donner pour
des noms propres , & je croy même
qu'ils font felon l'ordre d'ancienneté.
J'y ajoûte ceux des Lieutenans
& des Enſeignes.
CAPITAINES:
Mrs Defchiens de Reffons , Commiffaire
General d'Artillerie.
Goüeyton.
Felix- Beauffer, Chamillard.
Fricambault. De Longchamp-
Grobois. Montandre.
Selingue . Des Roches..
Lauthié. Audifredi.
Languillette..
Du Calle .
Gratien..
De Rollon.
La Rochealart. Du Val.
Dit
GALANT. 313
Du Coudray - Ge- De Dreffenay de
nier... Penaruë.
Courton S. Leger. Le Ch . de Buffy.
Le Chevalier de De Longueruë .
De Lifle . S. Paul.
Moiffet .
Chanzé .
Le Ch. de Luynes.
Le Marquis de la
Caffaro l'Ainé , Ferté .
Le Chevalier de Le Chevalier de
Grancey .
Gedotin.
Courberon.
Caumont.
Bouillon ,
Le Chevalier de
Villacerf.
Le Chevalier d'Ar-
Gabaret Dangoùlin.
magnac.
Capitaines de Galines.
Mrs de Lorier. De Boulinvillier
Capitaines de Fregates Légeres.
Mrs de la Rocque.
Le Chevalier de Main..
De Courbon l'Ainé.
De Boudeville -Sepville..
Dec. 1692.
Dd
314 MERCURE
Launay de Blenac. De Banneville:
De Clerac. De Seve,
De S. Quentin. De Quergrey,
Lieutenans de Vaiffeau.
Mrs le Chev- de De Lavau S. Cler
Chavanac.
De la Pediere.
De S, Victor.
D'Efpinav.
De Granduab-
Brionette .
De Telay de No- Le Chevalier de
ray.
Michault.
Le Chevalier de
S. Quentin.
Le Chevalier de
Fontenay.
De Chabon Paul.
Carion. De Bonnefort .
De Loyeux.
Cariette .
De la Hogue.
Dennouës Beau
Polaftron.
Francine .
D'Urtubis .
De Raoufelles
Soumarbre.
Du Luth.
De Breteau,
mont.
Le Chevalier de la
Vieuville.
Le Ch . de Vieuxchamp.
De Lupé de Nea
raval.
GALANT: 315
De Cavé de Lufi- Dufou .
gnan .
.. De la Gort.
De la Cafiniere.
Berdié.
De Septemes.
Seguier de Lian
De Montrofié. court.
De Roquemador. De Franciere..
Le Chevalier de Brocle - Freſne .'
Ferriere. De Perey .
Le Chevalier de Le Chev. de S. Au
Bruillon.
De Caftelbrion.
De Tierceville.
De S. Vandrille.
De Pont de Velene.
De la Bouray e.
Daleins.
laine .
Le Chev. de Phe
lipeaux,
De Comartin de
Vileſy.
Le Chev. de Cha
race.
Aides Majors.
Mrs Darcaffia Delparon,
De Saint Lazare.
De Theffie.
De Saint Leger de Lauzay.
Ddij
316 MERCURE
Lieutenans de Galiottes.
Mrs de Marville .
Du Coudray.
Capitaines de Brulots.
Mts Bougard.
Bonnavanture.
Marel.
Enfeignes de Vaiffean.
Mrs Dauvery.
Le Chevalier de Bigondey."
Le Baron de Morver.
De S. Eugene Murfelange,
De Savonniere.
De Saint-Privé
Mouffon.
De Sarfis .
Du Mas.
Maifon -neuve.
Bonnay.
Beaufort.
Montbrau,
Martel.
Gardelle ,
Cheray .
La Roullaye
Perfé.
Bourguefon,
S. Ericq,
Clancorgan.
Dr Petrin.
De Boffaye.
Du Lion.
GALANT 317
La Touche Deraed.
·
Tourette .
Fourcy .
Deraulieux.
Fabrique
-
Ferzan.
Du Meniberard de
Ia Haye .
Tour- De Benne.
Griffolet . tou .
Montalanbert .
Defchapelles .
Dain de Chefnaye .
Mailly Defprée .
De Fourille d.Seu- S. Luc.
fevras.
La Doueniere .
Beautrux Cerel.
Villart .
La Bergeric.
Gira utón.
Potier de Rueneuve.
Merzal.
Le Ch. de Caftela.
Viart de Vilette .
Livre de
neuve.
Coffon.
Le Ch . de Beaurepos.
Merel de la Forcft,
Thebaut.
Muldée.
De Lifle Kerleau .
Claveau de Hauterive.
Pas Dejeu.'
Dailly S. Vidal.
De Monteibel .
Ville- Le Ch . de Ram.
La Fregoniere,
pou .
De Sondy Mo.
neau.
D'd iij
318 MERCURE
Joareuf.
Clamorgant,
Valernemen.
De Bavaudiere.
Sainte Honnornie
Bully.
Gallifet.
De Launay -gravé . De Taillas.
De Valette deTho- La Pomarede.
mas.
'La Valfeniere.
D'Urtubie
Chevrieres.
Haimonon Beval.
De Macole de la
De la Balde.
De Lorré.
Vaulory.
Le Ch. de Maugeroa
.
Feurie .
Go gay de la Bellebrune.
Joffelin de Mari ,,
gny .
Le Chev . de Re- De Noyace .
mondis.
Dorves.
Dempierre.
Girardin de la
Boulferye .
Le Chev. de Ven- Piel du Parquet.
ce ,
Feuilhans .
Villiancour.
Claude Marolle.
Du Gremont,
De Lion.
Colet.
GALANT
319
Sous-Lieutenans d'Artillerie,
Mrs Terras. De Noitlan,
Aides d'Artillerie,
Thebaut de la Rufliniere.
De Feuileulle,
De Salignac.
Rouffeau de Villejoin.
On a fait auffi un fort grand
nombre de Gardes Marines , & le
Roy a gratifié d'une Penfion quel- .
ques Capitaines de Vaiffeau . Ce
1 font,
Mrs Bidaut.
Des Francs .
De la Rongere.
Chapifeau , Major.
Les Penfions de Mrs de Lar
teloire & de Sepville ont efté augmentées
.
Voicy ce qu'écrit Mr le Chevalier
de Forbin concernant unVaiffeau
Hollandois qu'il a fait couler
bas.
Dd iiij
320 MERCURE

Je vous diray que Mª le Marquis
de Nemond m'ayant ordonné
de retourner à Brest , pour
raccommoder le Vaiffeau du Roys
le Marquis , que je commandois
dansfon Efcadre qui faifoit cinq
voyes d'eau , & en meſme=
temps le Trident commandé par
Mle Chevalier Damfreville
,
Frere du Lieutenant General ,
mort depuis peu , ayant eu- ordre
de m'escorter je rencontray le lendemain
de noftre feparation 15.
du mois de Decembre , à Ouest de
Sorlingues environ 25. lienës
une Flote Hollandoiſe de 34. Bâr
timens avec un Convoy de 60.
GALANT.
321
,
Canons. Quoy que le temps fuft
prefque forcé , & que je fuffe à
deux pompes , je ne pûs me réfoudre
à laiffer paffer ce Vaiffeau
fans l'infulter. Fallay àluy pour
l'aborder fans tirer l'ayant prolongé
à luy jetter des Grenades :
nous nous tinmes fort heureusement
à cette distance . Sij'avois
accroché comme j'avois refolu ,
nous aurions tous deux coulé b'as,
& moy pluftoft que luy à caufe
de mes incommoditez & de la
foibleffe de mon Vaiffeau . Nous
nous donnâmes plufieurs bordées
de Canon de moufqueterie.
Le Vaiffean Hollandois arriva ,

322 MERCURE
courut un peu de l'avant.
Dans ce temps-là le Trident feconda
d'une bordée , à la grande
portée du moufquet , & fe tint au
vent. Aprés m'eftre raccommodé
des coups dangereux que j'avois
reçus ,j'arrivay fur luÿ, & j'allay
le combattre
à la mefme diftance
que la premiere fois. Je
le démaftay de tous fes mafts hors
celuy de Mifaine qui refta fans
voiles fans agrez. En cet eftat
l'opinia,tre Hollandois
cria mercymais
la nuit , & le gros temps
empefcherent
que je ne puſſe envoyer
àfon bord , pour fauver
l'équipage. Je me tins à la Cape
&
GALANT. 323
toute la nuit , au vent de luy le
plus pres que je pus , & le briday
fous le vent. Il mit quantité
de feux afin qu'on le gardaft,
tiroit de temps en temps des
coups de Canons. Sur les qua-.
tre heures aprés minuit , il coula
bas , & tout l'équipage fe noya.
Fay perdu en ce rencontre 12 .
hommes & jay eu 18. ou 20 .
• bleffez. M de Flamicourt, mon
Capitaine en fecond , a éſté emporté
d'un coup de Canon .
La reflexion qu'il y a à faire
que
le
fur ce Combat , eſt
Vaiffeau Hollandois n'eftoit
point endommagé quand il
324 MERCURE
commença ; & que celuy de
M' de Fourbin eftoit tres-incommodé
.
M l'Abbé Potet , Confeil
ler au Grand Confeil , & Fils
de feu M Potet , Maistre des
Requeftes , eft mort depuis peu
de jours. Il avoit beaucoup
d'efprit , & l'on eſtimoit ſon
gouft pour toutes fortes d'Ou
vrages.
Jeviens d'apprendre la mort
de M Rougeant , Confeiller
Clerc, Abbé de Montmirel,&
Frere de Madame Pucelle ,
premiere Prefidente au Parle
ment de Dauphiné.
GALANT. 325
Jamais l'Empire ne s'eft
yû dans une fi mauvaiſe fi
tuation que celle où il fe trouve
aujourd'huy. L'Armée de
Hongrie eft plus diminuée
que fi elle avoit pris des Places
& donné des Batailles .
Celle du Rhinn'eſt pas meilleure
, puifque fes affaires y
font fi delabrées , que les Intereffez
demandent le Prince
Louis de Bade pour les racommoder.
Ce Prince d'un
autre cofté , accoutumé à
faire des Loix à l'Empereur,,
prefcrit des conditions , & ne
yeut point commander fur le
226 MERCURE
Rhin qu'il n'ait douze mille
hommes de vieilles Troupes.
Pour les luy donner , il faut
les faire venir de Hongrie &
d'Italic . Ainfi ce feroit fe découvrir
d'un coflé pour fe
couvrir de l'autre . Les Turcs
n'en feroient pas fachez . Le
Duc de Savoye feroit tres- mal
dans fes affaires , & celles de
l'Empereur n'en iroient pas
mieux. Pendant toutes ces
agitations , les François ont
afficgé Reinfelz . C'est un
Chateau bien fortifié fur le
bord & en deça du Rhin ,
joignant la petite Ville de S,
GALANT: 327
Goard , qui appartient avec
le Chasteau au Landgrave de
Heffe Reinfelz qui eft Catho
lique , quoy qu'il foit de la
Maifon de Heffe - Caffel , qui
eft Proteftante . Mr le Comte
de Tallard fut d'abord chargé
de l'execution de cette entreprife
, parce qu'il en avoit for
mé le projet. Il y a devant la
Place dix- huit à vingt Bataillons
, & quelque Cavalerie
avec vingt pieces de Canon .
Le 16.M' le Comte de Tallard,
allant reconnoiftre cette Place
, reçut un coup de moufquet
dans les chairs de la
328 MERCURE
mammelle gauche , gliant
vers l'épaule. Le 17. on ouvrit
la Tranchée contre le Château .
Le Canon des Ennemis fit un
feu continuel ; mais noftre
Canon eftant arrivé le 16. &
devant eftre en batterie le 18.
on ſe tenoit affuré que le feu
des Ennemis feroit bientoft
fallenty . Le Chateau de
Rheinfelz eft fitué fur une
montagne en pain de fucre ,
& envelopé de quantité de
petits Ouvrages. Ce Chateau
eft à fix lieues de Coblentz
& à dix de Mayence.
On a cu nouvelle que
GALANT. 329
les Habitans avoient abandonné
la Ville , & s'eftoient
retirez de Pautre cofté du
Rhin , & que noftre Canon
tiroit à demy portée de Moufquet
de la Place
. Quoy
que la
Bleffure
de Mde Tallard
ne
fuft pas dangereufe
, elle n'a
pas laiffé de luy attirer la fiévre
, parce qu'il n'a pû s'empefcher
d'agir plus qu'il n'étoit
neceffaire
pour fon mal .
C'eft pourquoy
le Roy a nommé
M le Marquis
de BeuÛ
vron d'Harcour
, pour avoir
en fa place la conduite
de ce
Siege .
Dec. 1692 . Ec
330 MERCURE
Je ne vous parle point des
autres entrepriſes commencées
, les chofes n'eftant pas
encore affez avancées pour
entrer d'ans d'auffi grands détails
que ceux que j'ay ac
coutumé de vous donner. Je
fuis , Madame , & c.
A Paris ce 31. Decembre 16921
J
255252 2222 25 22255
PRel
TABLE.
Relude.
Les Dits & Faits du Prince d'Orange.
9
16
Beau Difcours fur la Coutume.
Traduction du Chapitre premier du
Livre deJob, mis en Vers.
Hiftoire.
79
92
Difcours quifera connoistrepourquoy
-le Mardy dernierjour du Carnaval,
fe trouve cette année le lendemain
de la Chandeleur. $25
Service fait à Tournon pour feu Mr
Le Prince deTurenne,
Eglogue.
Elegie.
173
185
189
Vente des dernieres Marchandises o
Ecij
TABLE.
%
rientales ,arrivées en Hollande; 202
Morts.
205
Gouvernement
de la Citadelle de Dunkerque
donné par le Roy.
Lettre écrite de Quebec..
205
209
Mr Pucelle cft nommé premier Prefix
dent an Parlement de Dauphiné.
213
21
Mariages .
Traité de la Tranfpiration des hus
P meurs.. 2.16
Mort de Madame la Ducheffe de Gua
223
ſtalla
Reflexionsfur la promotion de Marine.
230
Omne doit faire aucune attention à la
promotion
qui fe trouve à la page
$ 234. on entrouvera
une pluscorre
cte, & plus ample dans les pages
fuivantes.
Suite des Reflexions 237
TABLE
-)
238
Don gratuit accordé au Roy par des
Etats de Languedoc..
La Ligue des Rats , Fable.
Détail touchant le Voyage & lefejour.
-de Mr le Prince de Virtemberg ene
France ,
241
244
Etat où se trouve Charleroy & les
I mouvemens des Ennemis à cette
occafion.
Neutralité de Cazal.
261
265
Le Doge de Venife eft élu Capitaine
General.
270
Mrle Marquis de Vignole Lieutenant
de Roy de la Ville de Bordeaux.277
Suite de l'Hiftoire du Roy en Taillesdouces.
Lettres à Mrde Comiers .
276
279
La guerre n'empefche pas le Roy de
faire fleurir les Arts. Tableau de.
MrCoipel le Fils. 288
Mr.de S. Olon , Gentilhomme OrdiTABLE,
naire de Sa Majesté, eftnommé pour
'aller à Maroc.
Article des Enigmes.
Nouvelles levées..
298
300
307
Pensées & reflexions fur l'égarement
des hommes dans les voyes de leur
Lettre écrite par Mr le Chevalier
Salut. 308
Promotion de Marine.
311
Forbin.
319
Morts.
Nouvelles d'Allemagne.
324
325
Autres nouvelles .
328
.
Apoſtille,
330
Avis pour placer les Figures,
La Medaille doit regarder la
page 182 .
L'Air doit regarder la page 3054
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le