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Eur.
511
m
1692.11
m
Eur. 511 16 92,11
Mercure
<36624511550018
<36624511550018
Bayer. Staatsbibliothek
3?
MERCURE
GALANT
DEDIE A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
NOVEMBRE 1692 .
A.
PARIS ,
GALERIE-NEUVE DU PALAIS.
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant au
premier jour de chaque Mois , & cn
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
8
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie.
E: MICHEL BRUNET , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC. XCII.
AVEC PRIVILEGE DU ROr,
Bayerische
Staatsbibliothek
München
Q
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toujours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Memoires dont on ne fe peutfervir.
On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , ég
l'on employera tous les bons Ouvra
ges à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent , &fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'epfort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite
prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'ilfoit arrivé dans
AVIS,
par
kes Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il est imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce..
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet , puis qu'il fe charge de faire
lespaquets luy-mefme & de les faire
A iij
AVIS.
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Par
ticuliers que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe gene-
2
ralement de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pourcela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout licu d'estre
content.
MEREVRE
GALANT
NOVEMBRE 1692.
L
ES grandes actions,
les vertus éminentes,
la profonde érudition
, & generalement tout
ce qui fait briller les Perfonnes
diftinguées, ne manquent
jamais d'admirateurs ; & quelle
A iiij
8 MERCURE
que foit l'injuftice & la ma
lice des hommes , le vray
merite leur arrache toujours
des loüanges , plus ou moins,
felon le prix & l'éclat des chofes
qui attirent l'admiration .
Ainfi il ne faut pas s'étonner
file Roy eft fans ceffe loüé
dans tous les Pays du monde,
non feulement par les Nations
Amics , mais mefme par
celles qui ont pris les armes
contre luy. Plus on examine
les qualitez extraordinaires
qui le rendent le plus grand
de tous les hommes , plus on
demeure perfuadé que le Ciel
GALANT. 9
a pris plaifir d'affembler en
luy routes les vertus Politiques
, & Morales , & comme
il les fait briller infiniment
plus qu'aucun des Heros qui
ont paru dans les autres fiecles
, on s'eft attaché depuis
fon regne à chercher des manicres
nouvelles de donner des
loüanges , & le pur zele qui
anime tous les Sujets de ce
Prince eftant foutenu par la
verité , ils en fatisfont les
mouvemens en adreffant fouvent
des Prières au Ciel pour
la confervation de fa Perfonne
facrée. Je vous ay déja fait
10 MERCURE
part de ces Prieres , & je vous
en envoye aujourd'huy une
nouvelle .
PRIERE
Des bons Sujets de LOUIS
LE GRAND , Roy
Tres. Chreftien .
Que le nom de LOUIS LE
GRAND foit loüé &
honoré de fes Sujets.
Or des fiecles , immortel
& invifible , qui voulez
qu'on rende à Cefar ce qui eft à
Cefar , donne , je vous fupplie,
des lumieres à mon entendement,
GALANT. II
des paroles à ma bouche , afin
qu'après avoir compris les merveilles
qui font renfermées dans
le nom de LOUIS LE
GRAND , je puiffe publier
qu'il n'eft pas moins au deffus
des plus puiffans Monarques ,
par les perfections dont vous luy
avez fait part, que par la dignité
du Sceptre que vous lug
avez mis entre les mains ; que
vous l'avez choisi pour rendre
voftre puiſſance plus vifible aux
hommes , de mesme que vous leur
rendez par le Soleil voftre fecondité
plus fenfible ; que de tous
les Princes il eft l'Image la plus
12 MERCURE
le
fenfible de vos perfections , le
Vaiffeau le plus pur de cette Sageffe
dont vous eftes la fource
inépuifable , &
rayon le plus
éclatant de vos lumieres , à la
faveur defquelles il regle fes actions
, attire fur fes Sujets la
felicité dont ils jouiffent. Mais ,
Seigneur , comme les plus éloquens
ne font pas capables de
donner des éloges qui répondent
à la
grandeur du nom du premier
Prince du monde ,
permettez
que les productions de fa
puiſſance & de fa fageſſe foient
autant de bouches qui publient
que vous avez mis plus partiGALANT.
13
culierement en luy qu'en tout
autre Monarque , le Trône de
vos grandeurs , de mesme que
vous avez mis vostre mis vostre Tabernacle
dans le Soleil , pour les faire
admirer davantage , en les rendant
fi dignes d'admiration en
l'une de vos Creatures-
Si les Ennemis du Roy n'en
parlent pas avec un zele auffi
vif , les plus irreconciliables
ne laiffent pas de convenir de
fa paiffance , qu'ils voyent avec
admiration , & rien ne
devant paroiftre plus fincere
que ce qui fort là - deffus de la
14 MERCURE
bouche d'un Ennemy , on a
tout fujet de croire le Prince
d'Orange , qui en prenant
congé des Etats , leur a dic
publiquement , qu'il avoit mis
ious fes foins pour abaisser la
France , mais que fa fuperiorité
avoit efté caufe qu'il n'en avoit
pu venir à bout. Il n'y a rien
qui foit plus à la gloire
du Roy , que de le faire voir
fuperieur à toute la Ligue , &
comme elle doit eftre beaucoup
plus puiffante que la
France feule , il faut que l'in.
telligence, la conduite, la pru
dence , & la valeur de ce MoGALANT.
IS
narque fuppléent pour refifter
au torrent d'Ennemis , que fa
grandeur , fes vertus , & l'envie
luy ont fufcitez . Le Prince
d'Orange ajoûta dans le meſme
difcours , que fi Dieu n'avoit
pas voulu qu'il vinft à bout
de fes entreprises , c'estoit parce
que leurs pechez n'eftoient pas
diminuez. Je veux croire qu'il
a parlé jufte , mais on ne peut
douter auffi que c'eſt parce
que Dieu protege celuy qui
s'eft déclaré Protecteur de la
veritable Eglife , fans avoir
voulu faire attention aux raifons
humaines qui auroient
16 MERCURE
1
pû l'en détourner , comme
font aujourd'huy des Princes
Catholiques, qui par des confiderations
purement politiques
, aprés avoir travaillé à
détruire leur Religion dans
un floriffant Royaume , & à
mettre fur le Trône celuy qui
ne cherche qu'à l'ancantir ,
élevent encore aux plus hautes
dignitez ceux qui ne peuvent
occuper ces poftes que
pour travailler à l'accroiffement
d'une Religion entierement
oppofée à la Catholique.
Je paffe à l'Eloge d'un Prince
GALANT. 17
5
qui a fait connoistre dés fa
premiere Campagne , qu'il fcroit
un jour un des plus fermes
appuis de l'Etat , & de la
veritable Religion qui reçoit
aujourd'huy de fi fenfibles
5 coups de tant de Princes Catholiques.
Cet Eloge eft de
M ' l'Abbé de Maumenet ,
dont je vous ay parlé plufieurs
fois à l'occafion des
Prix qu'il a remportez en diverfes
Academics . Il eft adreffé
à fon Alteffe Royale Madame ,
fur le retour de Monfieur le
Duc de Chartres.
.
Novemb.1692. B
18 MERCURE
232525:252525SZSZS5
ODE.
Ith
L revient, Augufte Princeſſe,
Ce Fils fi digne d'eftre aimé,
Et voftre coeur, plein de tendreffe ,
Pour les jours n'eft plus alarmé.
Le Dieu qui préfide aux Batailles,
Et qui parmy les funerailles
Soutient le bras de nos Guerriers ,
A pris foin de fa destinée ,
Et deux fois en moins d'une année
Acouvert fon front de Lauriers.
$
Ah ! que cette ardeur magnanime s
Qu'écoute trop fon jeune coeur ,
En luy meritant vostre estime,
Remplit voftre ame de frayeur !
En vain dans leur habit de gloire,
GALANT. 19
5
Vous vites Mars & la Victoire
Flaterfon efpoir& vos voeux ;
L'amour, les yeux baignez de larmes,
Put-il vous cacher les alarmes
D'un choc terrible & dangereux ?
2
Ily paroift , cejeune Alcide,
Et plein d'un genereux tranſports
Il vale où le plomb homicide ,
Porte le defordre& la mort.
Sous un nuage de fumée ,
Qu'éleve la poudre enflammée,
Bellone le cache à mes yeux ,
Et dans cette horrible tempefte,
Ce Grand Prince que rien n'arrête,
Voir couler fonfangglorieux,
S
Toutefois la noble affurance
Qui le retient au Champ de Mars,
Sollicite encor fa vaillance
▲ chercher de nouveaux hazars ,
Bij ·
20 MERCURE
Semblable aux Heros de fa Race ;
Il veut qu'à la guerriere audace
Cedent tous les droits de fon Sang,
Et que l'éclat qui l'environne,
Se doive plus à la Perfoane,
Qu'à la Nobleſſe de ſon rang..
2
Tu vas répondre à fon courage ,
Belge. L'acier étincelant ,
Ce trifte artifan du carnage ,
Succede au feu du plomb volant.
Que te fert il que ton adreffe
All à la flimme vangereffe
Opposé cent mobiles Forts ? *
Quand du fer nos Troupes armées,
A triompher font animées ,
Quipeut arrêter leurs efforts ?
2.
Soutenu de fa ferme audace ,
Mon Heros toujours indomté,
Les Chevaux de Frize.
GALANT.
21
N'oppofe au coup qui le menace
Que fa feule intrepidité
Là Soldat , icy Capitaine ;
Par- tout où fa valeur l'entraîne
On connoift fa tefte & fon bras,
Et par- tout un fi bel exemple
Porte celuy qui le contemple,.
A braver l'horreur du trépas .
S
(U
C'est trop contenter fon envie,
Déeffe dont il fuit les Loix
Gloire , expofer fa belle vie,
C'est troubler le plus grand des Rois.
Ah fi la Parque impitoyable
Ofoit ravir ce Prince aimable
Au milieu d'un fanglant combat ,
Quelle palme à nos yeux offerte
Pourroit jamais payer la perte
D'un Prince fi cher à l'Etat ?
22 MERCURE
Tu m'entens , & ta main propice
Bien-toft d'un Laurier immortel
Va couronner dans cette Lice ,
Le Filsdu Heros de Caffel.
Jusqu'icy la Fortune égale ,
Dans une balance fatale ,
Tenoit fes faveurs en fufpens 3
Mais de nos Princes redoutables
Les Vertus , les Faits incroyables,
Fixent le fort des Combattans.
$
C'en eft fait. Ce Tyran habile
Qui fe flatoit d'un vain projet,
De fon efperance inutile
N'a que la honte & le regret.
Luxembourgqu'il croyoit furprendre,
Peu fatisfait de fe défendre ,
Pourfuit fes Bataillons rompus ;
Et leur vangeance diffipée
Redoute encor la mejme Epée ,
Qui les confondis à Fleurus ,
GALANT. 23
Content d'une gloirefibelle,
CHARTRES , de Lauriers couronné,
Mêle à ta Guirlande immortelle
Le Myrthe qui t'eft deſtiné.
Une Epoufe pleine de charmes,
Te prépare aprés mille alarmes,
Un coeur charmé de ton retour,
Un coeur , dont la douce victoire
Vant les Triomphes que la gloire
T'offre dans un autre fejour.
•
2
EtVous, genereufe Princeffe,
Aqui nous devons ce Heros,
Qui dés fa plus tendre jeuneſſe
Quitte les douceurs du repos ;
Vous , de qui l'ame magnanime
Ade la gloire qui l'anime
Formé les plus beaux fentimens,
Goutez les fruits de voftre ouvrage,
Et reffentez aprés l'orage
Ce que le calme a d'agrémens.
3
24 MERCURE
Deja nos plusfçavans Orphées ,
Raffemblant icy les beaux Arts,
Luy drefferoient mille Trophées
Dignes d'arrêter fes regards ;
Mais ils n'ofent fuivre leur zele.
Par une image trop fidelle ,
Ils pourroient enflammerfon coeur,
Et ce Heros cher à la France
N'a , dans fa noble impatience ,
Que trop écouté a valeur.
Je vous envoye un Traité
qui vous furprendra
par la
nouveauté
de fa matiere, puis
qu'il eft fait pour establir la
la poffibilité
de l'immortalité
corporelle
, mais voſtre furprife
redoublera
quand , je
vous diray que cette matiere
fi
GALANT.
25
G peu commune a eſté traitée
par une Perfonne de voſtre
Sexe. Cela eft fort à l'avantage
des Dames , qui prouvent
par là qu'elles ne cedent aux
hommes ny en force & vivacité
d'efprit, ny en fubtilité
de raifonnement . Si le Peché
n'avoit pas fait prononçer la
Sentence par laquelle il eft
ordonné que tous les hommes
mourront une fois, peuteftre
auroit il efté permis
de fe Aatter de pouvoir
réduire la poffibilité à l'effet
, mais il auroit failu en
mefme temps trouver les
Nov. 1692. C
26 MERCURE
louër
moyens de ne pas vieillir ,
fans quoy il auroit eſté bien
facheux de vivre toujours .
Cet Ouvrage eft de Mademoifelle
. de Saint - Quentin
,
qu'on ne fçauroit trop
d'avoir entrepris ce qui feroit
digne du plus habile homme ;
mais aprés tout , de quelques
raifonnemens
qu'elle fe ferve
pour appuyer tout ce qu'elle
avance , il ne faut les regarder
que comme un effort d'efprit
fur une matiere que fa fingularité
peut rendre agréable
pour les Cutieux . Quand on
pourroit fuppofer , comme
elle fait fans le croire , que la
GALANT. 27
mort ne fuft pas pour l'homme
une fuite du peché , parce
que les animaux & les plantes
qui n'ont point peché, ne laiffent
pas de mourir , il feroit
impoffible de fçavoir préci
fément quelle nourriture il
luy faudroit , foit en qualité,
foit en quantité , pour ne laiffer
rien déperir de fa fubftan
ce. Ce qui eft bon pour les uns
eft contraire aux autres ,. &
nous ne naiffons pas tous du
mefme temperament. Ainfi
l'immortalité corporelle feroit
démontrée poffible, qu'il
feroit pourtant impoffible de
Cij
28 MERCURE
ne pas mourir , faute d'un regime
affez exact , & des dif
pofitions requifes pour le pouvoir
obferver. Cet Ouvrage
eft précedé d'une fort courte
Préface , dans laquelle Mademoiſelle
de S. Quentin , fait
connoistre qu'on luy avoir
confeillé de faire paroiftre
ce Traité fous un autre titre
qué celuy que j'ay marqué
, de peur que la nouveauté
de la propofition n'effrayaft,
mais que fa fincerité ne l'a
pû permettre , & que fon
deffein eftant d'établir la poffibilité
de l'immortalité cor-
C
GALANT. 29
porelle , elle ne veut pas tromper
le Lecteur. Pourquoy ,
continue-t-elle dans cette Préface
, s'alarmeroit - on du nom
• plûtoft que de la chofe ? Si je
devois changer de titre › je
de-
I vois auffi changer de matiere . On
I ne sçauroit , ce me femble, donner
trop de conformité à un Ouvrage
& à fon titre. A l'égard de la
nouveauté de la propofition , c'eft
un heureux defaut que l'on me
reproche. Il eft plus glorieux ,
&ne peut ennuyer autant que
les repetitions & la pillerie
que
l'on
remarque en la plus
part des Auteurs. Je fçais bien
Ciij
30 MERCURE
que je vais m'attirer le murmurë
des ignorans qui ne veulent rien
Troire poffible au delà de leur
connoiffance , & qui nient tout
ce qu'ils ne fçavent point ; mais
les Sçavans me traiteront fans
doute avec plus d'indulgence ,
eux qui connoiffent tous les jours
que plus ils fçavent , plus il y a
matiere à fçavoir. Si l'incredulité
peut détourner quelques- uns
de la lecture de ce Traité , la
brèveté & la fingularité du ſujet
doivent engager les Curieux à le
lire.
B
GALANT. 31
*
S $2222222 2SSSS22 S
TRAITE
Pour établir la poffibilité de
l'Immortalité corporelle ..
N ne peut difconvenin
que nous ne foyons faits
ON
des principes naturels , puis que
toutes chofes en font faites.
Les Alimens divers que nous
prenons , ne nous nourrissent que
parce qu'ils en font faits auffi, &
qu'ils nous communiquent ces
principes qu'ils contiennent . Par
cette communication ils réparent
C iiig
32 MERCURE
en partie ces principes que nous
avions diffipez mais par le
mauvais ufage que nous faifons
des alimens
>
par noftre faute
par nofire ignorance , ils ne
reparent pas l'entiere diffipation ,
& Souvent en caufent une nouvelle
par la peine de la digestion :
ce qui fait que peu à peu les corps
s'afforbliffent , & enfin meurent.
Il est certain que ces principes
naturels font toujours tresabondamment
dans le monde ,
puis que toutes chofes s'en produifent
& s'en confervent
. il est
certain auffi qu'il n'arrive point
GALANT. 33
de diminution , lors qu'on remet
autant que l'on a ôté.
2
Il est donc vifible que c'est
l'ignorance qui caufe noftre mort,
puis que les principes font toujours
tres- abondans dans le mon
de en general
que comme je
Pay déja dit , il n'arriveroir point
de diminution à nos corps , fi on
leur rendoit autant de ces prin-
·cipes qui en font l'eftre &
durée , qu'ils en ont diffipé.
On pourra m'objecter que nous
ne pouvons pas toujours vivre .
Fe demanderois volontiers quelle
difficulté il peut y avoir pour
vivre une année plûtoft qu'une
la
34 MERCURE
опёнь
autre , pourquoy, quand on
on n'en peut pas via
vécu une ,
a
vre cent, mille , & cent mille,
puis qu'il ne faut pour vivre
l'efpate de tous ces temps ( à l'égard
de la qualité qui fait la vie )
que celle qu'il a fallu pour vivre
unefeule beure , car à l'égard de la
quantité , il eft aife de s'imaginer,
qu'il faut qu'elle augmente
àproportion de la durée des temps,
& qu'il faut plus de nourriture
pour vivre un an,, qu'il n'en faut
pour vivre une heure.
On m'a donné pour raifon de
noftre mort , que c'eftoit une fuite
une punition du peché. Les
GALANT.
35
animaux ny les plantes ne pechent
pas , & ils meurent . Ce n'est donc
point une fuite ny une punition
du peché.
On m'a dit encore que les ma
tieres les plus dures ne peuvent
refifter au temps , que le fer & le
marbre s'ufent , & que par confequent
nos corps , qui font beaucoup
plus tendres , fe doivent
ufer.
Je répons que ce n'est point la
dureté qui fait la durée poten
tielle , mais feulement la durée
actuelle , & que les matieres fe
détruifent , parce qu'elles ne peuvent
recevoir de réparation , à
36 MERCURE
proportion qu'elles s'ufent , mais
que tout corps qui peut fe reparer
interieurement , & en fubftance,
peut durer toujours . Tel eft le
corps humain , pourvû qu'on ne le
laiffe point manquer de chofes
convenables
pour le reparer › &
que d'ailleurs
les organes principaux
neceffaires àla vie , comme
le coeur & le cerveau , ne
cerveau , ne foient
point bleffez par quelque accident
violent & contre nature ,
que ceux que caufent le fer , le
feu le poifon , car pour les
maladies, ce ne font que desfuites
du mauvais usage que l'on fait
des alimens , en remediant à
>
tel
GALANT. 37
l'un , on remedieroit en mefme
temps à l'autre.
Voicy une raison qui paroift
meilleure. On dit que les fucs
nourriffiers , en paſſant par
nos corps pour leur conferver la
vie , y font enfin eux- mefmes par
la longueur des temps , des obftru
ctions , qui en s'augmentant forment
des incrustations lesquelles
s'oppofant aupaffage de ces efprits
nourriffiers , nous privent de l'entretien
neceffaire , & que ces obftructions
s'accroiffant chaque
jour, nous cauſentenfin la mort.
Je répons que ces obftructions
ces incrustations font plus
38 MERCURE
imaginaires que réelles , qu'on auroit
peine d'en trouver dans les
corps les plus agere que quand
il s'en pourroit trouver, elles ne
détruiroient pas la poffibilité de
l'immortalité corporelle pour plufieurs
raifons. La premiere › que
ces obstructions ces incrustations
, s'il s'en trouve , peuvent
venir du mauvais ufage que l'on
fait des alimens , aufquels on
n'apporte pas la préparation neceffaire.
La feconde , que l'on ne
fe fert pas des alimens dont on
devroit ufer , & qu'il faudroit
s'abstenir de plufieurs dont on
ufe. La troifiéme , que l'eau qui
GALANT.
39
contient moins d'efprits que le
fang, fe fait neanmoins un paffage
dans la terre , que le fang
• qui contient ces efprits nourrif
fiers doit à plus forte raifon , é
tant plus plein d'efprits que l'eau,
fe faire un paffage dans les veines
, paffage déja tout formé. La
quatrième , que bien loin que ces
efprits nourriffiers faffent des obftructions
dans les os
veines , comme on le pretend , on
voit que les Enfans ont les os petits
& étroits , & les veinesfort
petites , & qu'à trente ans les
veines font larges & groffes ,
les os de mefme proportion. Puis
dans les
40 MERCURE
qus ces efprits nourriffiers en l'ef
pace de trente ans, bien loin de les
boucher les ouvrent les dilatent
, ils ne peuvent produire un
contraire effet , eftant certain que
chofes femblables rencontrant
fujets femblables , font toujours
effets femblables; & pour mieux
m'expliquer , tout agent femblable
rencontrant un patient femblable
au premierfur lequel il a
agi , ilproduit un effetfemblable
au premier effet qu'il a produit.
La cinquième , qu'un corps fort
& vigoureux de Santé diffiperoit
aifément ces obftructions dés qu'-
elles commenceroient , ou par
GALANT. 41
tranſpiration & par rarefaction,
ou par diffolution , & les diffipant
dés qu'elles commenceroient , elles
ne pourroient pas augmenterjuſques
au point de faire des incruftations.
On me dit qu'un corps jeune
tendre fait bien cette tranfpiration
, mais qu'un corps vieux,
fec & dur n'enpeut faire autant.
Fe répons, qu'un corps ne devient
vieux , fec & dur , que par le
defaut de l'humide qui luy eft neceffaire
, lequel humide ne luy
manque que faute de le luy fçavoir
donner en qualité en
quantité deuë , puis qu'il eft ,
Nov.1692 .
D
42 MERCURE
comm's je l'ay déja dit , toujours
tres- abondant dans le monde,
ainfi c'est toujours l'ignorance qui
nous conduit à cet état de fechereſſe
& de dureté , qui peut empêcher
cette transpiration , dont
la neceffité , le besoin , ou la pri
vation nous peut donner la mort.
On me dit qu'un Arbre, aprés
avoir vécu deux ou trois cens ans ,
meurt enfin , quoy qu'il ait tou
jours la mesme terre , le mesme
air, les mefmes pluyes , & le même
Soleil. Je répons que cette
terre eft par la longueur des temps
épuifée de fubftance , & les
racines de cet arbre font obligées
·que
GALANT. 43
#
3:
4.
める
d'aller chercher bien loin ce qu'-
elles ne trouvent plus abondamment
prés d'elles , & ne peuvent
à la fin rapporter fuffisamment à
l'entretien de ces prodigieufes longueurs
de racines , de tronc , &
de branches. Il eft fi vray que
fubftance des terres s'épuife , que
les plus groffiers l'ont remarqué ,
& quel'on ne feme le froment
que
la
de deux ans en deux ans ,
afin de laiffer àla terre le temps de
fe rétablir. Je dis donc que ce qui
fait la mort de l'arbre , c'est qu'il
les mefmes chofes qu'il n'a
que
avoit fans aucune augmentation
de quantité , & mefme avec di-
Dij
44 MERCURE
.
minution de qualité par la dis
minution de la fubftance de la
terre , lors que par fa croiffance
il auroit befoin d'augmentation
defubftance, en qualité & en
quantité. Ainfi il eftaisé de connoiftre
ce qui fait mourir l'arbre.
C'eft que fes befoins augmentent
›
qu'il n'a que tous les jours
ce qui pouvoit fuffire à fes moindres
& premiers befoins , encore
avec diminution › cor de la fub-
Stance de la terre , & de tous fes
autres avantages. Le Soleil eftoit
plus chaud à fon égard , quand
'il eftoit plus jeune , parce qu'il
eftoit plus tendre , & que par
confequent il en estoit plus aiféGALANT
4T
La
ce.
0%
e.
C
l'arbre
ment penetré, & ainfi de mesme
de l'air, & de la pluye ; & puis
que toutes ces chofes n'augmentent
pas à proportion que
augmente , & qu'elles n'estoient
point trop fortes & trop abondantes
pour luy dansfon commencement
, il ne fe peut qu'elles ne
deviennent à la fin foibles &
infuffifantes pour luy. La contrainte
où il eft de rester à sa
place , le peril qu'il court fi on le
change d'air de terroir , la
l'agitation que
l'on
violence
ne fe peut difpenfer de luy faires
fi on le transplante , font pour
luy de malheureufes
differences
46 MERCURE
ne,
entre noftre condition & la fien
qui font paroiftre la nostre
plus capable d'immortalité , quoy
que la fienne, par fcience & par
art pourroit auffi y parvenir , fi
l'on s'en vouloit donner les foins
la peine.Mais il n'eft pas étran
ge que ce que l'homme ignore
neglige pourluy- mefme,ill'ignore
le neglige pour les autres
Creatures , qu'il croit & trouve
inferieures à luy.
L'arbre eft mefme une preuve
de la poffibilité
de l'immortalité
,
puis qu'exposé
aux rigueurs des
hivers les plus rudes ,
apporter aucun foin pour la pu
fans
GALANT: 47
reté l'abondance de fa nourri
ture , il parvient par la feule for
ce de la nature à une vieilleſſe
qui furpaffe celle de l'homme. Si
l'art aidojt la nature , il est aisé
de s'imaginer qu'il iroit encore
bien plus loin. On pourra me dire
que l'art embaraffe quelquefois la
nature plus qu'il ne l'aide . Je répons
qu'il n'y a que le faux art,
car le vray art luy aide , & nous
en avons mille preuves , dont je
ne veux prendre que celle des
Orangers , que l'on fait croiftre
par art aux Pays froids, eux qui
naturellement ne viennent qu'
aux Pays chauds.
48 MERCURE
On me dit que fi l'arbre meurt,
ce n'est point le deffaut de la
fubftance de la Terre , puis que fi
l'on en plante un jeune au mes
me endroit , il viendra & croiftra
jufques au point du premier
de l'ancien arbre dont je
viens de parler. Je répons , que
les befoins de ce jeune arbre font
d'abord fi mediocres , que n'égalant
pas ceux du grand arbre, la
Terre , quoy qu'épuisée de fubtance
, en a encore aßez pour.
l'entretenir , ce qu'elle ne pou
voit faire pour le grand arbre
dont les befoins estoient plus
grands , & qu'autant que les be-
Soins
GALANT.
49
foins du jeune arbre ayent égalé
ceux du grand ,
ce qui n'arrive
que peu àpeu , & qu'en un longtemps
la Terre a le loifir de reprendre
fesforces &faſubſtance,
aprés entretient & nourrit
l'arbre jufqu'au point que fes befoins
ne furpaffent point fa fub-
Stance ; car pour lors n'y pouvant
puls fubvenir, l'arbre meurt comme
l'ancien dont j'ay parlé cydevant
.
La mort, encore une fois, vient
de l'ignorance, & l'Ecriture nous
parle , quoy que fort fuccinctement
, d'un certain arbre de vie,
qui eftoit dans leParadis terreftre,
Nov.1692.
E
4
50 MERCURE
prés l'arbre de fcience du bien &
du mal. Cecy fe peut- il entendre
à la lettre ? Est- il un arbre qui
puiffe produire la fcience du bien
& du mal ? N'est- ce point une
fimilitude , n'est - ce pas comme
qui diroit , que qui fçauroit ce qui
eft bon , & ce qui eft mauvais,
ne mourra point ? Ces chofes meme
femble , quelque
ritent ce
,
attention quelque reflexion .
La mort n'est point naturelle ,
puis qu'elle eft la fin des chofes naturelles
. On fe porte à tout ce qui
eft naturel , finon avec plaisir ,
du moins fans peine . Boire , manger,
dormir , ne font point de
GALANT.
ད 1
que
repugnance. D'où vient donc
l'on apprehende
tant de mourir ?
Il faut que la mort foit contre
nature , puis que naturellement
on la craint . Si la mort eft contre
nature , naturellement
on ne doit
point mourir; mais dés qu'on croit
une chofe impoffible , on ne s'applique
point à fa recherche . Tous
e "les hommes font dans cette
croyance à l'égard de l'immortalité
corporelle. Il eft donc à préfumer
qu'ils ne s'y font pas appli
quez, & il n'est pas étrange s'ils
n'y fçavent rien. Ce qui m'étonc'est
que l'homme aime à
ne ,
Eij
52 MERCURE
vivre , & qu'il n'en cherche
point les moyens ; qu'il s'eft occupé
perfectionné dans mille
arts inutiles , & qu'il a negligé
de fçavoir ce qui peut faire fa
confervation , qu'il tâche plûtoft
de trouver des raifons pour
établir la neceffité de mourir ,
que pour trouver la poffibilité de
ne point mourir. Peut- eftre que
s'il euft employé à cette derniere
le temps qu'il a donné à la premiere
, il en eust receu plus de
fruit. On me dira que les Medecins
ne cherchent autre chofe . Je
répons que ce n'est point leur
occupation , que bien loin de
far
GALANT. 53
que
s'y employer , ils croyent , com
me tout le reste du monde , que
ce feroit tenter l'impoffible . Leur
art , qu'un des plus fçavans appelle
l'art de guerir , ne regarde
la cure des maladies . Qui
fçauroit l'art & l'usage des alimens
, non feulement ne feroit
point malade , mais encore il
pourroit ne point mourir ; car on
n'eft malade , l'on ne meurt,
que par le defaut de la fubftance.
neceffaire, ou par l'abondance des
chofesfuperflues , & de ce rang
font les impures. Pour remedier
au premier inconvenient , ilfaut
éviterde tomber dans ce befoin
E
iij
54 MERCURE
ce qui eft aisé , par la fertilité dès
chofes neceffaires , qui ne manquent
jamais dans le monde en
general , par le choix des parties
des alimens , on éviteroit de
tomber dans le fecond.
le plus
Enfin ,je ne voy pas pourquoy
on trouve tant d'impoffibilité à
l'immortalité corporelle , car à
l'égard de ceux qui croyent l'ame
immortelle , la moitié
difficile eft déja fait , puis qu'il ne
s'agit plus que d'entretenir la
partie materielle , qui eft le corps;
&fion a pú trouver une matière
qui l'ait entretenue pendant un
temps , elle peut l'eftre toujours,
GALANT.
55
=
parce que cette matière qui peut
l'entretenir , ne manque jamais
en general , mais feulement en
particulier , par noftre faute , ou
par noftre ignorance; & à l'égard
de ceux qui pourroient douter de
l'immortalité de l'ame , fans m'amufer
à les convertir , je leur diray
feulement , que fi l'ame dépend
de la matiere , & qu'il ait
eftépoffible d'entretenir cette matiere
pendant un temps , il peut
eftre poffible de l'entretenir en
tous temps. Je ne repeteray point
ce que j'ay dit cy-defus pour l'entretien
de la partie materielle .
La feule difference qu'il faudroit
E
iiij
56 MERCURE
l'enfaire
en ce cas, c'eft de pofer le tour
materiel , au lieu de la partie.
On pourra me dire qu'on peut
entretenir le corps pendant un
temps , mais qu'on ne peut
tretenir toujours , ce que l'on voit
arriver par la vie des uns & la
mort des autres , quoy que gouvernez
d'un meſme regime. Je
répons que c'est le mauvais ufage
des alimens & des chofes neceffaires
à la vie , qui fait que
ne l'entretient pas toujours , &
que puis que , quelque mauvais
usage que nous en faffions , ils
nous entretiennent pendant un
temps ,fi nous en faisons un bon
l'on
GALANT. 57
ufage , ils pourroient nous entretenir
toujours.
Il y a encore une infinité de
raifons pour prouver l'immortalité
corporelle , que j'ay jugé à
propos de foustraire , de peur de
rendre cet Ecrit ennuyeux par fa
Longueur.
On me dira que je parle contre
l'ufage que l'on fait des alimens,
que je l'appelle mauvais , mais
que je ne prouve point en quoy
il est mauvais.
Je croy que ce que je vais dire
fuffira pour le prouver,fans beau
coup d'autres raisons que je pourrois
ajoûter.On prend des alimens
58 MERCURE
de maniere , que la nature eft
obligée d'en rejetterla plus grande
partie. Ce qu'elle rejette luy eſt
inutile & étrange, & ne peur
que l'embaraffer. S'il eftoit autrement
, elle ne le rejetteroit pas .
La feparation des parties quiluy
foni neceffaires , d'avec celles qui
luy font inutiles , caufe une peine
& un travail quiufe le corps,
c'eft mal s'y prendre pour le faire
durer que de luy donner de la
fatigue , fur tout quand il a befoin
de reparer fesforces . On ne
luy donne des alimens que pour
les reparer , mais on les luy donne
fi groffiers , que le travail qu'il
GALANT. 59
fait pour en feparer & rejetter
les parties impropres à faſubſtan.
ce , le remet presque au mesme
befoin où il eftoit de fe reparer.
Comment peut- on , en fuivant
un pareil uſage , ne pas s'appercevoir
que c'est ce qui nous fait
mourir , & que qui épargneroit
au corps cette peine, le fortifieroit
fans qu'ilfouffrift de diminution?
Le feul travail que le corps doit
faire pour conferversa vie , est de
changer en chile, de chile en
fang, les fubftances qui luy font
convenables. Dés qu'on le détourne
de cette action pour en faire
quelque autre on interrompt
60 MERCURE
l'ordre de fa confervation, &peu
à peu on le fait mourir ; car il eft
certain la chaleur & les forque
ces qu'il employe à lafeparation
des matieres qui luy font propres
d'avec celles qui luyfont impropres
, font une chaleur & des
forces qu'il auroit employées à
tranfmuer en chile & enfang les
l'on auroit pu fort
fubftances que
aifement luy donner pures , &
comme la diffipation des efprits eft
continuelle, ilfaut pour conferver
la vie , que la reparation de ces
efprits fe faffe continuellement
, ce
l'on empêche lors
supe les forces & la chaleur na
que que
l'on ocGALANT.
61
turelle à faire cette feparation
de matiere , de laquelle feparation
on pourroit
vroit difpenfer
corps.
on des
foulager le
Voila à peu prés pour la theo
rie, ce que je crois neceffaire de
penfer fur ce sujet.
A l'égard de la pratique , je difimplement,
ne ray feulement
jugeantpas à propos d'en dire davantage
, pour ne point entrer
dans des particularitèz trop baf
fes , que nous ne nous fervons pas
des alimens dont nous devrions
ufer ,& que nous nous fervons
de plufieurs , dont nous devrions
62 MERCURE
nous abftenir ; que nous ne fail
fons point des alimens l'usage que
nous en devons faire ; que nous
les prenons hors de temps , faifons
& befoins , & qu'auſſi le
trop & le trop peu caufent noftre
mort. Cela, bien d'autres chofes
feroient à confiderer , il me
femble que la confequence &
l'importance du fujet meriteroit
bien que l'on donnaft à quelques
gens de bon fens de quoy vaquer
pourparvenir à ces connoiffances.
Ce feroit du temps & de l'argent
mi-ux employé que celuy que l'on
donne pour des inutilitez dont on
fe pafferoit mieux que de vivre .
GALANT. 63
Du moins fi l'on ne pouvoit tour
d'un coup arriver à ce degré de
Science neceffaire pour atteindre
l'immortalité , on pourroit tou
jours trouver les moyens de vivre
bien plus longtemps , & bien
plus fainement. Je diray encore
que c'est le mauvais ufage
que l'on fait des alimens, qui eft
caufe que l'on voit des perfonnes
dans un excés de maigreur cu
de graiffe , fort contraire à la
Santé , qui peut mefme conduire
à la mort , & que fi l'on faifoit
bon ufage des alimens , ils
pourroient feuls nous conferver
la vie , fuivant les temps
84 MERCURE
la maniere dont nous en ufeà
rions.
Si ce Difcoursparoift extraordinaire
, il faut fe fouvenir que
toutes les chofes que
l'on ignore
paroiffent ainsi , que le premier
qui parla des Parties du
Monde qai nous font les dernieres
connuës › eut bien de la peine
à fe faire croire , & à trouver
des auditeurs dont il n'eſſuyaſt ,
point de railleries.
On voit naiſtre des Hommes
illuftres dans tous les climars.
L'Ifle de Carantia, toute
farouche qu'elle eft, a produit
GALANT.
65
le fameux Aftrologue , dont
je décris l'avanture ; je n'y
ajouterien. Voicy ce qu'il en
a laiffé luy -même à une Dame
de qualité qui n'eft pas fort
éloignée de Paris .
Je me trouvay du pan
chant pour l'Aftrologie prefque
dés le berceau, & l'Etoile:
dont je fuis marqué au front
du jour de ma naiffance , eft
fans doute un prefage de l'inftinet
que je devois avoir pour
la contemplation des Altres .
Privé de mes parens dans une
faifon de la vie , où le coeur
s'ouvre tout entier au plaifir,,
Novembre . 1692.
R
66 MERCURE
je refolus de traverser les
Mers , de porter avec moy
toute ma fortune , & de cher
cher les plus habiles Aftronomes
dans les quatre Parties
du Monde. Comme il y a
prés de quarante-huit ans que
l'Univers eft ma Patric , palfant
fans ceffe de Royaume en
Royaume , plufieurs Volumes
ne fuffiroient pas pour
décrire toutes mes avanrures .
Je ne parleray donc
que de la
plus recente, pour fatisfaire la
charmante perfonne qui l'exige
de moy. Aprés avoir veu
tout ce qu'il y a de plus beau
GALANT. 67
Des
2།
0-
es
1
JC
ch
U
S
1
.
dans l'Afie , l'Amerique , &
l'Afrique, je m'embarquay au
Port de Tunis pour la France,
que les Etrangers conviennent
cftre le plus agreable fejour
de l'Europe . D'abord la navigation
parut heureuſe , mais
dans le calme le plus traquille,
les vents furent irritez , le Ciel
parut en feu , & la mer fut ébranlée.
Lors que le Pilote s'abandonnoit
au gré des flots ,
qu'on s'embraffoit les uns les
autres,qu'on fe difoit le dernier
adieu , qu'on n'att endoit plus
qu'un coup de mer pour cftre
précipité dans les abiſmes , le
Fij
68 MERCURE
Vaiffeau brifa contre un ro
cher à trois milles de Marfeille
. Je mefauvay fur une planche
malgré l'orage , & me
trouvay dans un lieu champestre
, d'où j'apperceus de
Ïoin une maiſon affez propre.
Ma difgrace dans cette occafion
me fut une espece de pri
vilege pour tout ofer . Je tire
des forces de ma foibleffe , jemarche
, je m'approche d'une
avenue , où je trouve une
Beauté fi charmante, que toute
l'éloquence des Amans les
plus polis auroit peine à l'exprimer.
Pour moy , qui n'ay
GALANT. 69.
1
I jamais rien entendu dans le
miftere de l'amour , je l'avouë,
rien ne m'a paru fi accomply
dans tous les climats du monde.
Qui l'auroit cru , que ma.
deftinée cuft efté fi heureufc?
Mais ce qui me toucha plus
que tout le refte , ce fut la
maniere honnefte dont elle
m'introduifit dans fa maiſon ,'
donnant fes ordres pour m'y
faire recevoir du foulagement
dans tous les befoins où fe
trouve un malheureux nouvellement
échapé du naufrage.
Je fus mefme contraint
d'y paffer la nuit . Le matin ,
70 MERCURE
je m'informay du nom de
cette aimable inconnuë , qui
s'appelloit Cydippe , & je me
difpofois à continuer ma route
, aprés luy avoir rendu mille
actions de graces. Que je
fus agréablement
trompé
dans mon projet ! Elle me pria
avec inftance de demeurer au
moins huit jours pour me délaffer
un peu de mes fatigues ,
& m'ordonna de luy déclarer
ma naiſſance , ma Patrie , &
ma profeſſion . Il eſt aiſé de
juger que je me ſoumis avec
plaifir à des prieres fi obligeantes
, & à des loix fi douGALANT.
71
ces. Aprés que je luy eus témoigné
que j'eftois confus des
bontez qu'elle avoit pour un
Etranger , elle me conduifit
dans un fombre boccage , où
je ne pus me difpenfer de luy
décrire l'hiftoire de ma vie,
telle que je viens de la dépeindre
, en y ajoûtant des circonftances
beaucoup plus propres
à me faire connoitre . Jobeis
à vos ordres , trop charmante
Cydippe , luy dis - je , & je ſc .
rois au comble de ma joye,
fi le portrait que je vais vous
tracer eftoit affez beau pour
vous plaire .
72 MERCURE
养
Je fuis né dans une Ile de
la grande Tartarie , éloignée
de plus de quatre mille lieuës
de ce Royaume. Je m'appelle
Theopifte, qui fignifie immortel
felon l'idiome de noftre
langue . Mon Pere eftoit fou
verain Sacrificateur du Soleil,
car c'est le Dieu qu'on adore
dans nos climats , mais avec
tant de fuperftitions qu'on luy
immole par un aveuglement
bizarre , tous les Cadets, des
deux fexes. Comme j'eftois
l'ainé de cinq enfans , mon
fort fut de vivre , & d'eftre
élevé dans le Veftibule du
Temple
GALANT: 73
Temple avec beaucoup de
de foin. Je m'appliquay dés
ma plus tendre jeuneffe à l'étude
de l'Aftrologie , & je fus
affez heureux pour découvrir
le faux de cette Divinité chimerique
que j'adorois comme
les autres. Ainfi à l'âge de
quinze ans je quittay ma
Palme ne portant avec moy
qu'une Ceinture de Diamans
d'un grand prix , & refolu de
voyager dans toute la Terre
habitable pour y découvrir la
veritable Religion , & pour
apprendre les belles Lettres .
>
J'oubliois de vous dire que
Novembre 1692 . G
74 MERCURE
j'estois déja plus idolâtre
d'une jeune Beauté, que je ne
l'eftois du Soleil . Sans doute il
s'en fallut peu que fes charmes
ne me fiffent changer de fentimens.
Vous rougiffez , trop
aimable Cydippe , au feul
nom d'amour , mais que vo
ftre pudeur ne s'alarme point.
Vous apprendrez bien- toſt
par la fuite de mon histoire ,
que c'est la feule occafion où
mon coeur s'eft laiffé vaincre
aux appas des perſonnes de
vôtre Sexe. L'étude a toujours
efté ma paffion dominante.
J'ai faittout le tour du monde ,
GALANT.
75
fans autre veuë que d'apprendre
tout ce qu'un honnefte
homme doit fouhaiter de fçavoir
. Je choififfois dans la Capitale
de chaque Empire les
Maiftres les plus éclairez , étudiant
dans l'une la Philofophie
des Sages , dans l'autre
Î'Hiftoire des Empereurs ; icy
les plus beaux fecrets de la Na
ture, & là , l'uſage du monde le
plus poly ; par tout, ce qu'il y
a de plus exquis dans les Mathematiques
tous les rafinemens
de la Geometrie, les fubtilitez
de l'Algebre, les élevations
de l'Aftronomie , la
Gij
76 MERCURE
,
la Geo-
Sphere , & l'ufage des Globes;
la Phifionomic
mance , la Chiromance
, &
la Rouë de Pithagore
, fans
obmettre la Geographie
, les
Fortifications
, la Mufique , &
la Poëfie . Je n'ay pas auffi negligé
les Langues qui m'ont
paru les plus utiles , l'Hebraïque
& la Syriaque , la Chaldaïque
& la Grecque , l'Ita
lienne & l'Efpagnole
, la Latine
& la Françoife . Pour ce qui
regarde la derniere , à laquelle
je mefuis fort attaché , comme
elle eft fujette au changement,
peut- eftre me manque,
GALANT.
77
t-il beaucoup de cette politef
fe , qui en fait le principal
agrément. Il y a déja quelques
années que je l'appris d'un fameux
Miffionnaire de France ,
qui convertit à Iſpaham un
grand nombre de Perfans à la
Foy Catholique . C'est celuy
que le Ciel m'avoit deſtiné
pour me convertir moy- mef
me . Il me fit voir fit voir par des argumens
fi plaufibles qu'il y
avoit un Dieu , Createur du
Soleil & des Aftres , de la
Terre , & de tous les Eftres ,
que ce Dieu s'eftoit incarné
dans le fein d'une Vierge , &
G
iij
78 MERCURE
tous les autres Miſteres ; fur
tout il mejuſtifia fi bien l'harmonie
miraculcufe, & les admirables
rapports de l'ancienne
Loy avec la nouvelle , qu'il
me fut aifé d'abjurer mes anciennes
erreurs . Je m'appliquay
enfuite à l'étude de l'Ecriture
, de la Theologie , &
des Peres avec affez de fuccés,
pour attirer plufieurs Infidelles
de diverfes Provinces dans
le party de la veritable Eglife .
Voilà, trop aimable Cydippe
, l'abregé de l'hiſtoire de
ma vie. Si je me fers de paroles
un peu tendres pour vous
GALANT.
79
ouvrir mon coeur , n'en foyez
pas furpriſe. Je connois déja
voftre vertu , je lis dans vos
yeux l'innocence de VOS
moeurs , & j'eftime infiniment
plus cette profonde fageffe
qui me paroift marquée fur
voſtre front , que cette ravif
fante beauté , qui doit paffer
en France pour un des plus
rares chef- d'oeuvres de la Nature.
Auffi ne dois- je entreprendre
que l'éloge de voſtre
merite caché , fans rien dire
de cesavantages fenfibles qui
vous attirent par une heureuſe
neceffité l'eftime , l'admira-
Giiij
80 MERCURE
"
tion , & les coeurs de tout le
monde . Mais comme il n'y a
point de louange comparable
à celle d'en eftre digne , vous
devez l'attendre de la verité,
& non pas de la flaterie . La
Aaterie eft l'écueil de ceux qui
ne regardent les chofes qu'avec
les yeux de l'ambition .
Elle eft la perte
du genre hu
main ; toujours odieufe. Elle
corrompt tout , & il y a autant
de honte à l'employer ,
qu'il y a d'honneur à louer
les perfonnes qui ont un vray
merite. Au reste , comme j'ay
toujours paffé pour un homGALANT.
81
me fincere dans mes tableaux,
il cft de mon intereft de les
rendre naturels & fans artifice .
Entre tous les temperamens ,
le voftre eft fans doute le plus
heureux. Il eft vif , fans cmportement
, complaifant fans
foibleffe , noble fans fierté ,
intrepide fans oftentation , regardant
toujours les chofes
par l'endroit le plus doux
dans les chagrins de la vie,
perdant le fouvenir de vos
difgraces par la comparaiſon
de celles des autres , & fçachant
conferver dans la bonne fortune
tout l'ufage de voſtre
82 MERCURE
vertu. Il ne feroit pas neceffaire
de rien dire du caractere
de vostre efprit , qui fçait naturellement
bien penfer &
rencontrer d'abord ce qui ne
vient aux autres que par de
longues reflexions . Il eſt d'une
vivacité fine , d'un difcernement
jufte , d'une vaſte capacité
, d'une profonde érudi
tion . Il fuffiroit de vous entendre
parler , pour admirer
en vous cette douceur d'expreffion
qui ne laiſſe rien languir
, ce raffinement d'intelligence
qu'on ne conçoit que
dans la pureté du gouft le plus
GALANT. 83
exquis & le plus fain ; cette
énergie de difcours qui met
les chofes dans leur plus beau
jour , & qui les fait penfer noblement.
Me feroit- il permis,
trop aimable Cydippe , de
mefurer voftre coeur par la
portée de voftre efprit ? Il eft
tendre , mais il eft pur ; il eft
grand , mais il eft droit, roujours
noble , toujours magnifique
, toujours content , tou
5
jours fidelle , jamais alarmé,
jamais vaincu . Il ne trouve
point d'obstacle qu'il ne furmonte
, de difficultez qu'il ne
vainque , de peril qui l'épou84
MERCURE
vante . Il ne s'eft jamais attaché
qu'à un feul objet , il l'aime
, & l'aimera toujours d'un
amour innocent & chrestien ,
d'un amour ſans partage, fans
intereft , fans foibleffe , fans
imperfection. Par quel deftin
la plus belle ame qui fut jamais
le trouve - t - elle donc
aujourd'huy accablée de chagrins
? J'en connois la cauſe ,
je l'ay leue cette nuit dans les
Aftres , & comme rien n'échape
à mon Aſtrologie , j'ay
remarqué avec douleur que
vous cfticz éloignée du cher
objet de vos tendreffes . Que
GALANT . 85
C
C
j'ay de joye d'avoir efté contraint
de demeurer avec vous,
pour vous dire que le calme
doit bien toft fucceder à l'orage
!
Les chagrins d'un Amantfont
dépeints dans vos yeux ,
Trop aimable Cydippe , on ♬
voit la trifteffe
Combattre avec l'amour fans
art ) [ans foibleffe.
Confolez- vous , bien toft on
calmera les Dieux.
Mais quoy , je fuis interrompu
; j'apperçois quelqu'un
à l'entrée du Boccage.
Apparemment qu'on cherche
86- MERCURE
à vous parler , fouffrez que je
me retire . Non, dit Cydippe,
continuons noftre entretien .
C'est une Parente avec un
Frere & deux Soeurs qui m'accompagnent
dans le trifte
fejour où vous m'avez trouvéc
, & quoy que je ne doute
point que vous n'ayez déja
connu le fecret de ma dou
leur , je fuis bien aife de vous
en faire moy-mefme la confidence
.
Quoy que ne je fois pas du
fang des Rois , ma naiſſance
eft des plus illuftres , & ma
fortune n'eft pas moins avanGALANT.
87
5
C
fuſt
tageufe . Libre & maiſtreffe de
mes droits par la mort de mes
proches , cette Parente que
vous voyez m'éleva d'une maniere
fi noble , que je puis
dire quelle me fit prefque
goufter la vertu avec le lait,
n'attendant pas que ma raiſon
entierementéveillée
, pour
me donner le premier ply de
leur fageffe que je devois avoir
au temps de ma force . Agée
de feize ans, mille raifons de
bienfeance, & de justice , nous
engagerent de donner entrée
chez nous à un jeune Cava
lier, fage, bienfait, riche, puif
88 MERCURE
fant , aimé , & enfin l'on re
marquoit je ne fcay quoy
d'honnefte & d'heureux ré.
pandu dans toutes les actions,
qui gagne , & qui captive les
coeurs .
Il faifoit éclatter aux yeux de
tout le monde ,
Son efprit , fa douceur , fa
Sageffe profonde.
Certains interefts qui nous
cftoient communs , nous
ayant appellez à Paris ,, où
nous avions même maifon ,
même table , mêmes plaifirs ,
vous jugez affez , cher Theo .
pifte , qu'il m'y donna inllle
GALANT
89
by
S
DUS
.
0,
IS ,
30
lle
preuves d'eftime , de tendreffe
& d'attachement
, mais d'une
maniere fi refpectueufe
que je
ne pus m'empefcher
de l'aimer
, fans trahir neantmoins
les devoirs de la vertu .
Lors que je fus bien informée
Que j'eftois tendrement aimée,
Aprés avoir quelque tems refifté,
Comme on le doit avant que de fë
rendre ,
D'un amour également tendre
Mon coeur l'aima defon cofté.
Comme il vaquoit alors une
Charge des plus confiderables
à la Cour , où fon merite l'a-
Νου . 16 22 .
H
90 MERCURE
voit déja fait connoiftre , il
en fut bien- toft reveſtu. La
beauté de fon efprit , fa profonde
capacité , fa vigilance
laboricufe , fa prudence confommée
, fes tours infinuans,
fon air gracieux , fes manieres
engageantes, en un mot , tout
ce qui diftingue les grands
hommes, le fit bien - toft aimer
du Prince , honorer des Courtifans
, eftimer de tout le monde
. En effet , il eſt le charme
inévitable des coeurs , le Ciel
prodigue femble n'avoir verſé
tous les trefors en fon ame` ,
& ce qui eft beaucoup plus ,
GALANT. 9.1
c'eſt que j'en fuis tendrement
aimée . Je ne fçay , cher Theopifte
, fi vous ajoûterez foy à
tout ce qui me reste à vous
dire de noftre amour recipro-
5 que. Il y entre toute la vivacité
, toute la tendreffe qu'on
fe figure dans les Amans les
plus heureux , mais tout y eft
fi pur & fi chafte , que nous
vivons enſemble depuis dix
ans , comme fi nous eſtions
de purs efprits , & peut- eftre
que la France auroit peine à
laiffer à la poſterité l'exemple
d'un amour mieux gouverné
par la raifon , & mieux reglé
།】
1
35
C
Hij
92 MERCURE
par la fageffe . Nous fommes
fi perfuadez l'un & l'autre de
la fermeté de nos chaifnes,
que nous voyons indifferemment
ce qu'il y a de plus aimable
dans les deux Sexes ,
fans jamais former aucun
foupçon de noftre mutuelle
fidelité. Je fuis de toutes les
parties de divertiffement
, au
Bal , à l'Opera, dans les Jeux ,
dans les Cercles , inventant de
nouvelles manieres de réjouir
mes Amis , qui plaiſent par
le charme de la nouveauté
, les
recevant en foule pour les regaler
avec un air de grandeur
GALANT. 93
1
5
qui m'éleve beaucoup au def
fus de ma condition . Je n'aurois
garde de m'aplaudir ainſi
moy mefme, fi je n'avois deſ.
fein de vous faire compren
dre que mon Amant me voit
par là careffée , aimée e tout
le monde , fans que rien puiffe
troubler certe charmante
paix qui fait l'affaifonnement
de tous mes plaifirs.
Mais que dis - je , Ay - je déja
perdu le fouvenir du deplorable
état où vous me trouvez?
C'est ce Tirfis même que jadore
qui m'a releguée dans
cette folitude champestre.
94 MERCURE
Quelle eftrange catastrophe
pour moy ! Dans cette aimable
faifon où il partage à la
Cour de Fontainebleau , tout
ce qu'infpirent les délices &
la joye , je me trouve ici feule
fans autre confolation que
celle de mes foupirs & de mes
larmes . Ne me demandez
point la caufe de ma diſgrace,
je ne la connois pas , mon
coeur ny ma raiſon ne me reprochent
rien . Cependant il
m'ordonne de me retirer , jobeïs
, & je pleure fur des chaî
nes que je ne puis rompre fans
defefpoir , car je l'aime touGALANT.
95
jours malgré les rigueurs de
mon fort , foit qu'il m'appelle
auprés de luy, ou qu'il m'ôte
la vie.Mais quoy? Puis je me
plaindre de mon aimable Tirfis
, aprés dix ans d'une fidelité
à l'épreuve de tous les orages?
Auroit- il ceffé de m'aimer ?
Non, Thirfis, vous n'êtes pas
l'auteur de la plus cruelle
feparation qui fut jamais, c'eſt
l'Amour.
L'amour méme jaloux
De voir fous fon Empire .
Deux jeunes coeurs unis par les
noeuds les plus doux.
Trouble nôtre repos , & caufe
mon martire.
96 MERCURE
C'est donc ce Dieu vola
ge & libertin , ennemy de la
vertu & de la fagefle , que
j'accufe de la fatalité de
ma deſtinée. Amour , impi
toyable tiran , ne te flatte pas
de furprendre mon coeur. Amour
, corrupteur de l'innocence
, n'interromps point le
cours de mes foupirs. Je fens
ma tendreſſe alarmée , & j'aime
tout de Tirfis jufqu'à
mes propres douleurs. Oüy
Tirfis , je cheris mes maux,
& je ne puis fouffrir que cu
partages avec moy. Laiſſe
dire à mes yeux le defeſpoir
les
de
GALANT. 97
de mon coeur , je ne veux que
les Forefts pour témoins de
mon martire , & il fuffit que
les rochers par leurs triſtes
êchos repetent toutes mes
douleurs.
Permettez moy , luy dis-je,
de vous interrompre ici . Je
l'avouë , trop aimable Cydippe
, pendant que vous parlicz ,
je n'ay pû m'empefcher de
m'attendrir , & jai mfle mes
larmes avec les vostres , mais
il cft temps que la joye fuccede
à la trifteffe . Jole vous
affurer que vous reverrez
bien-toft voftre cher Tufis ,
Nov. 1692.
I
98 MERCURE
avec plus d'agrément que ja
mais . Calmez vos craintes &
vos frayeurs ; retirez - vous
pour prendre quelque repos,
tandis que j'iray chercher un
Inftrument d'Aftrologic dont
j'ay befoin , pour vous mieux
expliquer dans la fuite tout
ce qui vous doit arriver fans
en obmettre aucune circontance
. Je trouvay heureuſement
un Aftrolabe , mais
comme le Ciel eftoit tout
obfcurcy de nuages fombres
& groffiers , & qu'il eftoit
impoffible de travailler , Cy
dippe me pria d'étudier la
4
GALANT. 99
S
I
3
Phyfionomic d'Arnoul,d'Iris ,
& de Cleonice , fon Frere , &
fes deux Soeurs . Je me fis un'
vray plaifir de luy donner
cette fatisfaction , dans le
temps mefme qu'elle me la
demandoit . Arnoul , luy
dis- je , chere Cydippe , trompera
l'attente de fon Gouver-
J neur & de fes Maiftres . Sifes
premieres années ne pro
mettent pas beaucoup pour
les belles Lettres , femblable
à ces fruits qui ne meuriflent.
que lors que le Soleil les penetre
de fes plus vives ardeurs ,
quand fa raifon fera dévelo-
3
I
1 ij
100 MERCURE
pée de certains nuages qui
l'obſcurciffent , on le verra
d'un gouft exquis pour les
fciences. Tous les traits de
fon viſage font heureux , &
marquent qu'il portera bien
loin la vivacité de fon efprit.
Il doit eftre infinuant , doux ,
agreable , judicieux , n'ayant
que des inclinations nobles,
aimant à remplir fes devoirs ,
cherchant par tout le folide
,
& ne dégenerant
jamais
de la
probité
de fes Peres.
Iris eft naturellement néc
fpirituelle & judicieufe , prudente
& moderée . Elle excelGALANT
. fol
lera en tout ce que doit fçavoir
une Fille de fa qualité,
la Danfe , la Mufique , les Inftrumens
, & ce qui merite
beaucoup plus d'éloges , c'eſt
que fa douceur , fa modeftie,
fa pieté la feront paffer pour
un prodige , capable d'attirer
l'admirationdes Sages , & d'irriter
la jaloufie des Libertins .
Cleonice , fa Cadette , aura
plus de ce qui plaiſt aux efprits
fuperficiels, qui jugent moins
des chofes par ce qu'elles font,
que par ce qu'elles paroiffent.
Ses manieres enjoüées & carreffantes
auront ce je ne fçay
I iij
102 MERCURE
quoy qui le fait plus aimer
que le ferieux & le folide. Il
fera beaucoup plus neceffaire
de la prefferfur fes devoirs de
Religion que les deux autres ,
de qui l'on peut dire qu'ils
ont l'ame naturellement
chreftienne
. Cependant il eſt
certain q'uelle eft née avec un
bon coeur , & fous une heureufe
conftellation
, qu'elle
fera une groffe fortune , non
pas de celles quinaiſſent & qui
viennent toutes feules , mais
de celles que l'on feme , que
l'on cultive , & qui naiffent du
mérite.
C'eſt à vous , aprés Dieu ,
GALANT. Tc3
chere Cydippe , qu'ils feront
éternellement redevables de
ces grands talens qui doivent
C fervir de ſpectacle à la poſterité.
Ces rares exemples de
S Vertu que vous leur donnez
chaque jour , cette folide pieté
qui les prévient fans cele
contre les folies du ficcle ,
cette adreffe à leur dire le
C mot du Seigneur, lors que le
coeur eft le plus ouvert à la
joye, cette douce fermeté qui
5 calme en eux les faillies d'une
jeuneffe naturellement impetucufe
& fans regle , tant de
rares qualitez dans une Secur
I
iiij
104 MERCURE
d'un merite fi univerfelle
ment reconnu , on produit ,
& produiront toujours des
effets merveilleux . Voilà en
peu de mots ce que j'avois à
vous dire fur leur fujet , pourfatisfaire
vostre innocente curiofité
. Mais puis que les Aftres
& les Eftoiles le décou .
vrent à nos yeux , profitons
de cet heureux moment pour
les confulter fur voftre deftinée.
Aprés m'eftre informé
de Cydippe mefme du point
de fa naiffance , je montay
mon Aftrolabe , je mefuray
les douze Signes je contem
1
GALANT. YO
1
ray
m
play les fept Planettes , je jet
tay les figures misterieufes
que noftre Art nous enſeigne,
& comme elle s'apperçut bien
que mon entreprife n'eftoit
pas l'ouvrage d'un jour , elle
me dit avec ces manieres honnêtes
& gracieufes qui accompagnent
toutes les actions
Vous avez besoin de repos ,
cher Theopifte , je vous conjure
de ne vous point trop
appliquer. Si ma folitude vous
plaift , comptez que vous
eftes chez vous , & que vous
ne fçauriez plus m'obliger ,
que de paffer icy le reste de
106 MERCURE
l'Automne . Je receus tous ces
témoignages de bonté avec
beaucoup de refpect & de reconnoiffance
, réfolu neanpour
moins de continuer ma route
auffi toft que j'aurois découvert
ce que je cherchois
la fatisfaire .
L'intemperie de
la faifon prefque toujours
fombre & nebuleuſe , fut caufe
que je travaillay plufieurs
nuits affez
inutilement , mais
enfin le
quatorziéme jour , je
fus affez heureux pour décou
vrir Saturne dont j'avois befoin.
Quelle joye pour moy ,
lors que je remarquay des SiGALANT.
107
gnes fenfibles du futur bonheur
de ma charmante Hôteffe
! Je courus rapidement la
chercher , pour luy annoncer
une nouvelle qui devoit faire
La felicité pour le refte de fa
vie , & l'ayant furpriſe fur le
bord d'un ruiffeau , toute baignée
de fes larmes , elle fut
furpriſe à fon tour de me voir
l'approcher avec un vifage
auffi ferein & tranquille que.
j'avois paru rêveur & farouche
lors que je fpeculois les
Altres , les raifons de fimpathie
,la force Magnetique
, &
Ies vertus occultes .
108 MERCURE
Ne vous étonnez pas de cé
changement , luy dis je , trop
aimable Cydippe , le Ciel s'eft
enfin déclaré en voftre faveur,
& vous promet mille & mille
profperitez. Vous verrez bientoft
Tirfis , le feul objet de
vos tendres amours. Il vous a
toujours aimée plus que luymefme
, & voftre banniffement
n'eft autre choſe qu'une
épreuve qu'il a voulu faire de
voftre vertu , puis qu'il vient
pour vous époufer. Mais ce
qui doit augmenter voftre
joye , c'est que fe conformant
à vos defirs , il fe contentera
GALANT. 109
de vous donner fon coeur , &
de poffeder le voſtre , fans
vous affujettir à ces loix de
l'himenée , qui vous ont toufi
humiliantes, &
iours
paru
fi peu
propres
à refferrer
les
noeuds d'une chafte allian-
2 ce. Lorsque vous vous ferez
donné des marques reciproques
de l'amour le plus tendre,
& tel que ie viens de le
dépeindre , vous retournerez
à la Cour, où vos charmes brilleront
avec plus d'éclar que
iamais , & voftre Epoux y fera
comblé des bienfaitsdu Prince
, qui le doit employer aux
ct
IC
t
110 MERCURE
Negociations les plus honorables
, & les plus importantes.
Joüiffez donc en paix de
voftre bonne fortune , trop
aimable Cydippe
, & me permettez
de vous quitter aprés
vous avoir protefté que je beniray
toujours le iour demon
naufrage , puis que .......
Mais l'apperçois un Cavalier
qui vient à nous. Ah , Theopifte
, me dit Cydippe , ne me
quittez pas , c'eft Tufis , & ic
goûte déia l'effet de vos promeffes.
Icy , ie l'avouë , ic
reffentis mon ame comme
enlevée hors de moy même.
GALANT: III
Saifi , tranſporté , ne me poffedant
pas , ce ne fut qu'avec
peine que je rappellay mes
efprits , pour eftre le fpectateur
de ce qui fe paffa dans
cette entreveuë, Cydippe, de
fon cofté fe trouva fi faific,
qu'elle ne put prononcer une
parole , mais fes beaux yeux
fixement attachez fur ce cher
obiet de fon amour , eftoient
mille fois plus éloquens que
n'cuffent cfté fes difcours .
Tirfis qui fentit bien la cauſe
de fon filence , fe ietta d'abord
à fes pieds , où aprés l'avoir
priée d'une voix entrecoupée
112 MERCURE
de fanglots & de foupirs , de
luy pardonner , il fe leve , ils
s'embraffent , ils laiffent quel
que temps leurs larmes fe confondre
les unes avec les autres
fans fe rien dire Cydippe luy
déclare enfuite qu'elle a connu
parfaitement que fon
exil n'avoit efté qu'une épreuve
, & que fa tendreffe ,
bien loin de diminuër, s'eftoit
fortifiée par l'abſence . Mais
pourquoy vous éprouver , reprit
Tirfis? Aprés l'amour que
vos charmes innocens m'ont
infpirés ne vous devois je pas
l'hommage de tous mes
voeux , & pouvois-ic avoir du
GALANT. 113
7
D
ا ن و
م ا م
que
ont
225 223
pas
foupçon de votre inconftance?
Cependant il ne s'agit pas
ici de grandes reflections, trop
aimable Cydippe. Je viens
pour faire avec vous une alliance
éternelle , & comme
noftre union depuis dix ans
a fait penser à la Cour que
vous oftiez mon Epoufe , j'ay
cru qu'il eftoit à propos de
conclurre noftre hymen dans
ces lieux écartez , & vous apprendrez
par
la fuitre que vô
tre exil pretendu n'étoit
qu'un pretexte pour en facis
liter les moyens . Allez donc
vous parer de vos plus beaux
Novembre, 1692 , K
114 MERCURE
રે
ornemens. Je viens de regler
à Marseille les pompeufes
magnificences de cette fefte
que je ſouhaitte il y a fi longtemps
. On nous attend à l'Eglife
pour la decider aujour
d'huy , & demain nous devons
partir enſemble pour la
Cour ,où le Roy me veut don
ner de nouvelles marques des
bontez qu'il a pour moi.
Dans le Temple on arrive enfin..
La', par une chaîne éternelle,
D'une promeffe folemnelle.
Les deux Epoux uniffent leur deftin.
GALANT.
115
IS
Le titre de l'Ouvrage qui
fuit parle par luy même , &
M' de Vin en eft l'Auteur.
C'estbeaucoup vous dire pour
vous preparer à une lecture
qui doit vous faire plaifir ,
puis que vous n'avez rien vû
de fa façon que vous n'ayez
trouvé fort agreable .
5225SSS2222222255
LE POETE EN COUCHE
R
Agot,pour avoir leu Paracelfe
& Ronfart ,
Se mit dans fa tefle mal faite ,
Qu'il pouvoit fans façon arborer
L'Etendart
Kij
116 MERCURE
De Medecin , & de Poëte.
De ces Auteursprofcrits conftant Adorateur
,
Il en vantoit par tout l'excellence &
la gloires
Il les fçavoit tous deux par eoeur ,
Etfier de fa belle memoire ,
S'érigeoit de luy - mefme en habile
Docteur.
3
D'un homme par ces mauvais
guides
Bien plus égaré que conduit ,
Quepouvoit on attendre , & quel en
fut le fruit?
Ses Vers guindez, durs , infipides
Choquoient à chaque mot la Rime , ou
lebon Sens ;
Il fe piquoitfur tout de les faire à la
hafte ,
Et fon remede unique eftoit certaine
pafte
GALANT . 117
Qu'il faifoit pour blanchir les
dents.
Trop heureux qu'il s'en tinft à ce remede
unique s
Et que fa Verve Foëtique
Fuft , quoique grand , le feul mal
beur
Dont il empoifonna la France.
Il est vray que de l'Auditeur
Il épuifoit bientoft toute la complaifance.
Le plusfroid , le plus modéré
Le fuyoit ; cependant , quelque fuft le
Supplice
Qu'à l'entendre on enft endure ,
On luyrendoit toujoursjuſtice ,
Et malgré le fombre chagrin
Qu'helas ! mefme encore il nous
donne ,
On baaille , l'on s'endort , mais on
avouë enfin
18 MER CURE
Qu'en qualité de Medecin
Famais il n'a tué perfonne.
Enyvré qu'il eftoit defes rares talens,
Par un attentat ridicule ,
Ragot du Public incredule
Exigeoit un tribut d'encens ,
Et fon extravagante
audace
Le mettoit au deus d'Hypocrate &
d'Horace
Tout , juſqu'aux facrez droits de la
Divinité,
Accommodoit fa vanité.
Ilfe plaçoit luy-mefme au plus haut:
du Parnaffe;
Il tranchoit en tous lieux du petit
Apollon ,
Et , pour mieux en remplir laplace,
D'une fyllabe enflant son nom ,
Se fit appeller Rageton.
2
Bientoft , fier de ce nom , fa petite
Province
GALANT. 119
Devintpour fon merite un trop effroit
Sejour.
Pour le mettre en un plus beau jour
Il s'en vint à Paris chercher les yeux
du Prince ,
Et flattéde charmer la Cour
Quifeule luy parut une digne carriere
,
Yprodigua fa paste &ſa Verve groffiere.
AS'introduire chez les grands
Cet Apollon nouveau mit toute for
étude;
Il marchoit en Caton à pas graves &
lenis.
Malgréfon air&fade & rude ,
Ne fe croyantpas fait pour vivre en
folitude,
Sur le piedd'homme à beaux talens
Il produifoit par tout sa grotesque
figure,
120 MERCURE
Et fans garder pour eux ny respect
ng mesure ,
Fufqu'en leur cabinet il relançoit les
Gens.
2
En dépit qu'on en euft Ragot voulait
paroistre ,
Mais comme tous fes voeux s'adref
foient à la Cour,
Ilcrut ,pour s'y faire connoiftre,
Qu'il devoit feindre un peu d'a
mour ,
Et s'attacher à quelque Belle,
Qui, fe faifant bonneur de fes tendres
regards ,
Puft vanter & jes Vers & fa pafte
nouvelle ,
Et le profner de toutes parts.
Un jourchez une Dame il rencontra
Lifette,
Luy trouva de l'esprit senfin
LA
GALANT. 121
1.
Lajugeant propre à ſon deſſein ,
Le for tomba fur elle ; il luy conta
fleurette ;
Mais , par malheur pour luy , fon •
coeur ,
Plus qu'il n'avoit penſé ,fut &ſenfible
& tendre,
Et prit pour elle plus d'ardeur
Que fans doute il n'en vouloit
prendre.
Cependantfur le vain espoir
De réuffir au tefte- à- tefte ,
Ce for présomptueux s'accoustume à
la voir ,
Et s'affeure d'en faire une prompte
conquefte.
Ainfi , tant comme Amant que comme
Ambitieux ,
Se flattant que l'Hymen les unifant
tous deux ,
Nov. 1692 .
L
122 MERCURE
Il -interefferoit d'autant pluftoft la
Belle
Qu'elle croiroit agir moins pour luy
que pour elle ,
Il s'abandonne à tous fes feux.
Le ferieux , le badinage ,
Les jeux , les ris , la belle humeur,
Tout par luy fut mis en ufage,
Et pour triompher defon coeur ,
Ragot fit ce qu'euft fait l'Amant leplus
flatteur.
Il ne negligea rien : mais contre fon
attente
La place refiftant aux vains affauts
qu'il tente ,
Et fes coups redoublez ne faisant que
blanchir ,
Il commence à douter qu'il puiffe la
fléchir.
Pour derniere refource il fait agir fa
Verve s
༩ ་
GALANT
. 123
C'eftoitfa piece de referve.
Enfin il voulut s'enfervir,
Et , piqué de la voir à ſes feux fi rebelle
,
Effayer , deuft- elle en mourir ,
De la traiter en Vers d'injufte & de
cruelle.
S
Dans ce politique deffein
Ragotfe tourmente , s'agire ,
Se frotte le front de la main,
Defa Mufe amoureuse implore ,folli
cite ,
Et l'infpiration , le fecours divin ,
Et d'un air à calmer le plus ſombre
chagrin,
Grimace en Singe qu'on irrite.
Tantoft debout , tantoft affis ,
Tantoft extafié , tantoft defens raffis,
Ilchange à tous momens & d'humeur,
& de place ,
Lij
124 MERCURE
Frappe du pied la terre , au Ciel leve
les yeux
Lesroule en Matou furieux ,
Et bave comme une Limace.
Ilse frappoit la teste , & refvoit d'une
ardeur
A produire un petit miracle ;
Mais trouvant dans fes vers obftacle
fur obftacle,
Et fe couvrant le front d'une vaine
Sueur ,
Enfin trop fatigué de la double torture
Que luy donnoit pour lors la Rime
& la Raifon ,
Il crut , pour aider la Nature,
Qu'il pouvoit , fur le pied d'Amy de
la maison
En ufer librement , & changer de
posture.
Ainfi ce Baftard d'Apollon
GALANT. 125
A gigots étendus fe jettafans façon
Sur le lit de Lifette , & là grattant fa
tefte ,
S'écria d'un ton foi ; la hache est- elle
prefte ?
J'en ay plus de besoin qu'autrefois
Jupiter
N'en eut quand de Pallas il voulut
enfanter.
Sipourfi peu de chofe on luy fendit la
Hé de
fienne ,
grace , Meffieurs , qu'on me
fende la mienne ;
Carenfinjefuis gros de plus de trois
Sonnets ,
D'une Ode , d'un
Epithalame ,
D'nn Rondeau redoublé , de quatre
Virelais ,
Et d'une charmante
Epigramme .
4 G
Helas ! ce font les triftes fruits
Liij .
126 MERCURE
De ma docte & prodigue Veine.
Ses fécondes ardeurs les ont trop to
produits ,
Et mapauvre tefte en eftpleine .
Surmon front tout en feu chacun les
peutfentir,
Unfardeaufipefant m'accable,
Et ces nombreux Enfans n'attendent
pourfortir
Qu'une main prompte & charita
ble.
Qu'on daigne donc me la préter,
Qu'on me la fende ! Hé quoy , dans
un état fi trifte
Veut- on me laiffer avorter ?
Quelle perte,grands Dieux ! Ah!fi
l'on ne m'affifte
Ma douleur va bientoft me réduire aux
abois,
Et ma fécondité me fera rendre l'ame.
Je meurs , mais s'il ſe peut qu'on
Sauve l'Epigramme.
>
GALANT.
127
Vifte , au fecours ,j'étouffe , &je ſens
que ma voix
S'affoiblit , diminue , & fe perd dans
ma bouche.
Quoy donc , point de pitié pour un
Poëte en couche !
S
Pendant ce douloureuxfracas ,
Chacun rioit à grands éclats ,
Et fes cris ne touchoient perfonne.
Enfin Lifette , toujours bonne,
Fugeant de fon travailparses yeux
travers ,
de
Se croit àfonfecours en effet neceffaire,
Court , luyfoutient la tefte , &fa main
falutaire
Le fait , quoi qu'avec peine , accoucher
de dix Vers .
Ce fut ainsi qu'une montagne
De fes gemiffemens fit raisonnerja
dis
Liiij
128 MERCURE
Les lieux les plus lointains d'une vaste
Campagne,
Pour n'enfanter qu'une Souris.
S
Délivré qu'il en fut , ah ! ma belle
Lucine ,
C'est à vous , cria - t- il , que je dois ce
Dixain.
Sans vous,fans voftre main divine,
J'auroisgratté ma teft: en vain.
Ouy , peut eflre avantfanaiffance
Aurois je pleuré fon trépas.
Ainfi donc agréez que ma reconnoif
Sance
En faffe un holocaufte à vos charmans
appas ,
Et que fur vos Autels s'offrant en facrifice
,
Par ma voix qu'il emprunte , il vous
prie en un mot
D'estre à l'infortuné Ragot
Toujours douce , & toujours propice .
GALANT. 129
S
Mr.l'Evefque de Nifmes ,
l'un des quarante de l'Academie
Françoiſe, ayant fait connoistre
à la Compagnie que
M's de l'Academic Royale de
Nifmes , dont il eft le Prote-
&teur , tiendroient à grand
avantage une maniere d'affociation
, qui les fift admertre
de temps en temps dans
fes Affemblées , il fut arrefté
qu'ils y feroient introduits
avec tous les honneurs
dûs à un Corps celebre , qui a
cfté étably par Lettres patentes
de Sa Majefté , & qui a reglé
la plupart de fes Statuts
130 MERCURE
fur ceux de l'Academie Françoife
. Ainfi , le Jeudy 30. du
mois paffé , jour choisi pour
cette Ceremonie , ils y vinrent
prendre place au nombre de
trois , & M. l'Abbé Bégault ,
Chanoine de l'Eglife de Nifmes
, qui eftoit chargé de la
parole , fit un excellent Difcours,
qui luy attira de grands
applaudiffemens Aprés avoir
marqué avec combien d'ardeur
ils avoient defiré depuis
plufieurs années l'honneur
qu'on venoit de leur accorder,
il s'étendit fur
l'avantage qu'ils
recevoient d'eftre affociez à tant a
GALANT. 131
de grands Hommes , en qui la vertu
fincere,le veritable merite, l'érudition
profonde , la grandeur
la gloire de tous les Ordres de l'Eglife
& de l'Etat fe réuniſſent , &
de pouvoir entretenir un commerce
d'efprit avec un Corps illuftre,
qui eft comme le centre de la pureté,
de la delicateffe , de la politeffe
, & de l'élegance de noftre
Langue ; ce qui les engageoit,
pour relever la gloire de leur
origine , à ne plus compter
leur établiffement que du jour
l'Academie Françoiſe a que
voit bien voulu les adopter.
Il dit qu'une noble émulation
132 MERCURE
les obligeroit deformais à prendre
plus de foin d'imiter, autant qu'il
feroit poffible, chacun en leur maniere
, fuivant leurs divers
talens , cette élevation dans les
pensées , cette fineffe dans les tours
d'esprit cette pureté & cette
élegance dans l'expreffion , qui
font fi naturelles à tous ceux qui
la compofent , & qu'eftant per
fuadez que leurs lumieres & leur
éloquence fe communiquoient , ils
oferoient avec plus defeureté entreprendre
l'éloge d'un Roy , dont
les actions immortelles pouvoient
occuper toutes les Academies du
GALANT. 133
+
monde. Il prit de là occafion
d'entrer dans les loüanges de
Sa Majefté , & aprés avoir
parlé d'une maniere fort vive
, & du Siege de Namur , &
du Combat de Steinkerke , il
s'adreffa de nouveau à Meffieurs
de l'Academie Françoiſe
, en fouhaitant de pouvoir
exprimer , comme ils feroient,
à la gloire de ce grand
Monarque , la fageffe de fes
Confeils , la grandeur & la hardieffe
de fes entreprises , fa valeur
dans les Combats , le nombre &
la rapidité de fes conquestes ,
cette intrepidité dans les plus
134 MERCURE
grands perils , cette grandeur d'aª
me , ce caractere de perfection .
qui l'éleve autant au deffus des
autres Rois , que les Rois font
éleve au deffus de leurs Sujets ,
cette fuperiorité de genie & de
puiſſance qui le fait dominer fur
tous les Empires de l'Europes
cette prudence confommée qui
étonne qui inftruit les plus
habiles Politiques, fon difcerne
ment dans le choix de fes Miniftres
,fes fentimens de bonté , de
moderation , de clemence , de liberalité
, de magnificence
, ſon
amour pour la pieté pour la
justice ; fon zele constant pour
GALANT : 135
la Religion , & pour les interefts
de l'Eglife. Il finit en difant
qu'il n'appartenoit qu'à cux
feuls de celebrer tant de grandes
chofes , & que fut de fi
beaux modelles , formez par
les inftructions de l'illuftre
Prelat qu'ils avoient pour Protecteur
, & dont il loüeroit
avec plaisir les vertus extraor=
dinaires , le fublime genie , &
cette éloquence plus qu'humaine
qui fait l'admiration , & s'il
l'ofoit dire , le defefpoir de tous
les Orateurs François , fi fa prefence
& fa modestie qui éga
loient fon merite , ne luy impo136
MERCURE
foient un refpectueux filence , ils
s'efforc roient de fuivre leurs
grands exemples,ne doutant point.
qu . la pureté de leur efprit ne leur
fut conmuniquée par luy plus.
immediatement
; & que cependant
n'ayant rien de plus cher
que de répondre à l'honneur qu'on
leur faifoit , & penetrez d'un
bienfait dont ils connoiffoient
parfaitement la valeur , il les
affuroit que leur reconnoiſſance
dureroit autant que le bienfait
mefme.
M' de Tourreil , prefentement
Directeur de l'Academic
Françoife , répondit à ce
J
GALANT:
137
Difcours par un Compliment
qui le fit voir digne de la place
qu'il occupe. Je ne vous
diray rien de la maniere delicate
dont il s'expríma en parlant
du Roy. Je vous, diray
feulement qu'il fit connoiftre
à M de l'Academie de Nifmes
, que quand l'illuftre Prelat
qui en eft le Protecteur ,
follicita l'Academie Françoife
pour eux , il cut un plaifir qui
ne luy eftoit pas innonnu , qui
fut celuy de fe voir univerfellement
applaudy , la réputation
qu'ils s'eftoient acquife
luy ayant laiffé fi peu à faire,
Novembre 1692 . M
138 MERCURE
qu'il y avoit à douter que
dans cette occafion il cuft
fenty le doux afcendant qu'il
avoit fur les fuffrages de la
Compagnie ; qu'il fe tenoit
affuré que ce Prelat éterniferoit
la nouvelle union qu'il
avoit ménagée , quoy qu'il paruft
plus propre qu'un autre
à la rompre par la diverfité
de leurs interefts , & de celuy
de la Compagnie , fur le fejour
où le fixoit fa deſtinée , puiſque
L'Academie de Nifmes ne
pouvoit poffeder un fi digne
Protecteur , que l'Academic
Françoife ne perdift en quel
GALANT. 129
"
p₁
10
常
&
que forte un fi digne Confrcrc.
Cependant, Meffieurs , pourfuivit
il , les avantages que
vous allez tirer de noftre perte
nous difpofent à la fouffrir plus
conftamment, & dans l'impuiffance
d'oublier ce qu'elle nous oftes
nous nous refervons la confolation
de penfer à ce qu'elle vous
donne. Sacrifia- t- on jamais tant
à l'amitié naifante ?
Ces deux Difcours ayant
efté prononcez , le reste du
temps de la Seance fut employé
au travail ordinaire
de l'Academie , & on prit
les avis de Miles Academi-
Mij
140 MERCURE
ciens de Nifmes , fur la définis
tion de quelques mots qu'on
n'avoit
pas trouvée affezjufte.
Je vous envoye un Idille fur
le retour de Monfieur le Duc
de Chartres . Il eft de la compofition
de M' Pagot , Valet
de Chambre de leurs Alteffes
Royales Monfieur , & Monfieur
le Duc de Chartres . Mr
Gervais le jeune en a mis les
paroles cu Mufique , & elles
furent chantées au Palais-
Royal au commencement de
ce mois . De quelque maniere
que je vous aye parlé de ce
jeune Prince, dans le Volume
GALANT. 141
feparé de la Bataille de Steinkerke,
on ne fçauroit m'accufer
de n'avoir pas eſté affez
refervé dans fes louanges ,
puifque ce font feulement des
faits que j'ay rapportez , &
qu'il n'y arien à oppofer à des
faits qui parlent , & qui le
loüent malgré fa modeftie ,
qui n'eft pas moins grande
que la valeur. Tout eft extraordinaire
fous le regne de Sa
Majefté , & on ne peut trop
admirer de ne voir que dans
la Famille Royale des Princes
s'expofer continuellementaux
plus grands perils dans une fi
142 MERCURE
grande jeuneffe . L'Idille dont
Je vous fais
part, a pour fujet
l'Hiver qui ramene Monfieur
le Duc de Chartres à la
Nymphe de Saint Cloud ,
que fon abfence tenoit toujours
en alarmes par les perils
qu'il couroit.:
I
L'HIVER..
E ramene en ces lieux voftre Augufte
Heros.
Vous qui l'aimez d'une amour fi fi
delle ,
Preparez luy quelque Feste nouvelle
;
Que chacun à l'envy celebre fes tras
vaux .
GALANT 143
L'horreur de mes frimats l'arrache a
la Victoire.
Chantez , chantez fon glorieux retour
;
Aprés avoir donné le Printemps à la
Gloire ,
Ilvient donner l'hiver àfon amour.
Chantez , chantez fon glorieux reteur.
BERGERS DE S. CLOUD ,
SUITE DE L'HIVER.
Chantons , chantons le glorieux retour
D'un Heros que l'Hiver arrache à la
Victoire.
Aprés avoir donné le Printemps à la
Gloire ,
Il vient donner l'Hiver à ſon amour.
LA NYMPHE DE S. CLOUD .
Le Ciel , à mes voeuxfavorable ,
Nous rend laprefence adorable
144 MERCURE
D'un Heros , le fujet de nosjeux innecens.
Aprés mille perils preffans ,
Où l'engageafon courage ;
Quel plaifir de le voir encor fur ce
rivage !
L'HIVE R.
Poffede ce Heros glorieux ,
Fouiffez de toutefa tendreffe.
LA NY M P HE.
Heureux Habitans de ces lieux »
Montrez voftre allegreffe
Par mille chants joyeux .
Deux Bergers chantent , & le
Choeur répond.
Voicy lejour heureux
Quifait ceffer nos larmes ;
Voicy le jour heureux
Qui va combler nos voeux.
Un Heros plein de charmes
Vient de quitter les armes ,
Pour
GALANT.
145
Pourfuivre les doux næuds
De fon coeur amoureux .
Voicy lejour heureux
Qui fait ceffer pos larmes ;
Voicy le jour heureux
Qui va combler nos voeux.
On entend un bruit de Guerre
qui doit précéder la venuë de la
Gloire.
LA
NYMPHE
Ciel ! la Gloire vient troubler tous
nos plaifirs ,
Elle me va ravir le Heros que j'adore.
. L'HIVER.
Non , il n'eft pas temps encore,
Et je vais m'opposer àfes cruels defirs.
LA
NYMPHE ET
L'HIVER.
Non , il n'eft pas temps encore ,
Oppofons-nous tous deux à fes cruels
defirs.
Nov.1692 . N
146 MERCURE
L'HIVER A LA GLOIRE.
Déeſſe , en vain vous voulez faire
croire ,
Que vous regnezfur toutes les Saifons;
Famais on n'a vu la Victoire
Regner dans le temps des glaçons.
LA GLOIRE.
Ce n'est point la rigueur de ta Saifon
cruelle
Qui ramene ce Prince en ces aima◄
bles lieux ;
Son bras toujours victorieux
Ne craint point les frimats quand la
Gloire l'appelle.
C'est à fes feux ; c'eſt à ſon amour
Qu'on doit fon glorieux retour.
L'HIVE R.
C'est aux frimats ;
LA GLOIRE.
C'est àfon amour.
GALANT. 147
L'HIVER & LA GLOIRE,
enfemble.
Qu'on doit fonglorieux retour.
Suite de L'HIVER.
C'est auxfrimats ;
Suite de LA GLOIRE.
C'est à fon amour
Suite de L'HIVER & de
LA GLOIRE.
Qu'on doitfon glorieux retour.
LA GLOIRE.
Les voeux d'une aimable Princeffe
L'ont emporté fur fes defirs guerriers
;
Aprés tant de travaux , aprés tant de
lauriers ,
Il cede enfin à fa tendreffe .
C'eft à fes feux ; c'est à fon amour
Qu'on doit fon glorieux retour.
L'HIVER .
C'est aux frimats ¿¨
Nij
148 MERCURE
LA GLOIRE.
C'eſt àſon amour
L'HIVER & LA GLOIRE.
Qu'on doitfon glorieux retour.
Suite de L'HIVER.
G'eft aux frimats ;
Snite de la GLOIRE .
C'eſt à ſon amour
Suite de L'HIVER & de la
GLOIRE.
Qu'on doit fon glorieux retour.
LA NYMPHE
Terminez les débats d'une vaine
querelle.
Uniſſons-nous tous trois pour plaire
à ce Heros.
Pendant que dans ces lieux il goufte
un doux
repos,
Par mille nouveaux airs montronsluy
noftre zele.
GALANT. 149
L'HIVER , LA GLOIRE,
LA NYMPHE , enſemble .
Terminons les débats d'une vaine
querelle ;
Uniffons-nous tous trois pour plaire
à ce Heros.
Pendant
que dans ces lieux il goufte
un doux repos ,
Par mille nouveaux airs montrens- luy
noftre Zele.
LA GLOIR E.
Fe l'ay veu tout couvert du fangdes
Ennemis
Monter au Temple de Memoire.
L'HIVER .
Par cent travaux , par cent faits,
inouis ,
On l'a veufixer la Victoire.
LA
NYMPHE
De l'Augufte PHILIPPE left
Le digne Fils :
N iij
150 MERCURE
C'est le Neven , c'est le Sang de
LOUIS.
Tous les CHOEURS.
De l'Augufte PHILIPPE il eft le
digne Fils :
C'est le Neveu , c'est le Sang de
LOUIS.
LA NYMPHE à la GLOIRE.
Fe tremble , je friffonne ,
E-
!
Quand je le vois courir aprés vos
étendars.
L'HIVER.
Sans ceffe il s'abandonne
Aux plus affreux perils , aux plus
cruels hazards.
LA GLOIRE. -
Du chafte fein d'une Bellonne ,
Il ne pouvoit fortir qu'un Mars.
DEUX BERGERS de S. Cloud.
On diroit à le voir que le Dieu de la
guerre,
GALANT. İçi
Dans les mains de l'Amour a remis
fon tonnerre
I. Voix de la fuite de l'Hyver.
Ilfe fait craindre, & plait également.
I. Voix de la fuite de la Gloire .
S'il eft terrible , il n'eft pas moins
charmant.
Tous les CHOEURS,
Il fefait craindre &plaift également,
S'il eft terrible , il n'eftpas moins charmant.
LA GLOIR E.
Pendant que dans ces lieux fon amour
Le rapelle ,
Foüiffez du plaifir de le voir ;
Mais quand l'Amour aurafaitfon devoir,
Souffrez qu'il mefoit fidelle.
Laiffez- le fur les pas de fes nobles
Ayeux, ( Dieux!
s'élever au- deffus de tous les demy-
Niiij
152 MERCURE
LA NYMPHE & L'HIVER;
enfemble.
C'est en vain qu'on voudroit s'oppo
fer à la Gloire ,
Ce Heros fuit tous fes defirs ;
| 1l méprife tous les plaifirs ,
Quand il voit voler la Victoire.
DEUX BERGERS de S. Cloud,
& les Chours répétent.
Suivez , jeune Heros ,
L'ardeur qui vous transporte.
Suivez , jeune Heros,
Le cours de vos travaux.
Toujours fur voftre coeur la Gloire eft
la plus forte ;
Vous ne sçauriez gouter un indigne
repos.
Suivez , jeune Heres,
L'ardeur qui vous tranſporte.
Suivez ,jeune Heros,
Le cours de vos travaux.
GALANT. 153
!
Mr Robinet, toûjours empreffé
à marquer fon zele à
Leurs Alteffes Royales , a fait
le Sonnet qui fuit .
A MONSIEUR
LE DUG DE CHARTRES.
Sur la Campagne de Flandre.
O
Prince merveilleux ! quelprod
dige à votre âge,
D'eftre un Heros parfait , un Guerrier
confommé !
Alexandre auffi jeune eut-il plus de
courage ?
Parfes premiers Exploitsfut- il plus
renommé ?
&
De voftre coeur Bellonne a d'abord
tout l'hommage ,
154 MERCURE
C'est d'elle qu'il se montre entierement
charmé.
Au milieu des Combats vous eftes
fon image ,
Et de fon fang tout pur vous paroiffez
formé.
2
Mais la Victoire affez vous a convert
de Palmes ,
Hors des périls guerriers paſſez à des
jours calmes,
où l'Hymen vous tient prefts des
Myrthes à fon tour.
2
Aprés une Campagne &fi longue &
fi belle,
Revenez , tout brillant d'une gloire
immortelle
,
Ayant fatisfait Mars , fatisfaire
l'Amour.
GALANT. 155
Il y a déja quelque temps
que les Deputez des Eſtats de
Languedoc en prefenterent
le Cahier au Roy. M'I'E
vefque de Nilmes porta la
parole , & toute la Cour
demeura charmée du Dif
cours qu'il fit à Sa Majesté .
Comme les Sermons , les
Oraifons Funebres & les
Livres de ce Prelat font ge
neralement eftimez ; que
tout le monde cherche fes
Ouvrages avec empreffement,
& que vous etes de ce nom ,
bre , j'ay differé à vous parler
de ce dernier Difcours qu'il a
>
156 MERCURE
fait au Roy , afin de pouvoir
vous l'envoyer, en vous l'annonçant
, perfuadé que je
vous ferois un plaifir fenfible,
& qu'au contraire je vous
cauferois un veritable chagrin,
fi je ne vous l'envoyois
pas, en vous parlant des beautez
dont il eft remply. Il fe
roit difficile de trouver des
expreffions plus heureuſes ,
& quand ce Prelat ne penferoit
que ce que penfent les
autres , & qu'il parleroit enfuite
, tout ce qu'il diroit paroiftroit
nouveau .
1
GALANT. 157
SIRE.
Nous venons presenter à
Voftre Majesté les voeux & les
hommages d'une Province attensive
à tous fes devoirs , & toujours
foúmife à vos ordres . Il ya
dans nos coeurs une loy plus forte
que la Coutume qui nous amene .
Nous voyons avec joye revenir
ces jours heureux , où fous vos
favorables regards noftre fidelité
fe renouvelle & comme voftre
gloire croift tous les ans , nous.
fentons auffi tous les ans croiſtre
158 MERCURE
noftre respect,noftre zele, & noflre
reconnoiffance.
Quelque experience , Sire, &
quelque confiance que nous ayons,
vos entreprises furpaſſent toujours
noftre attente , & rien ne
vous femble digne de vous que ce
qui paroift impoffible aux autres .
Vous avez réduit fous vos loix
une Place qui ne connoiffoit pas
encore de Vainqueur, qui fe foutenoit
par fes propres forces ,
mefme par fa reputation , qui
renfermoit dans fes murailles une
Armée entiere pour fa défenſe ,
que les Rivieres & les Rochers ;
Art & la Nature à l'envy renGALANT.
159.
la
doient impenetrable , & que
terre le Ciel , par un defordre
des faifons, avoient renduë pref
que inacceffible. Il falloit vaincre
tout enfemble le temps , les
lieux, les Ennemis , & les Elemens.
Vous les avez vaincus ,
Sire , par vos fatigues , fouffrez
que nous le difions encore en
tremblant , par vos perils ,
cette conquefte vous doit eftre
d'autant plus chere , qu'elle eft le
prix de voſtre valeur , & le fruit
de vostre conftance.
Vous jettez quelquefois fur
vos deffeins des voiles épais
impenetrables , & vou, ôtez ,
76
160 MERCURE
quand il vous plaift , à un Ennemy
vigilant le merite de fa
prévoyance ; mais cette année ,
Sire , vous ne l'avez ny furpris,
ny prévenu ; vous avez tracé
devant fes yeux le plan de wos
projets , & vous avez voulu
qu'il fuft le Témoin , & prefque
le Confident de voftre victoire.
Vous luy avez donné le temps
d'affembler ce Corps nombreux de
tant de Nations ramaßées . Ce
Spectacle que vous donnez , meritoit
bien d'avoir tant de fi
grands Spectateurs.
Que n'ont - ilspû voir de plus
prés Poftre Majesté tranquille
GALANT. 161
lors qu'ils cftoient le plus agitezy
donner tous les ordres , pourvoir
à tous les befoins , difpofer toutes
les attaques , Roy , Miniftre
d'Etat , General d'Armée tout
enfemble , affiſter à tout , animer
tout par fon autorité , par fes
foins & par fes exemples ! Voftre
genie feul eft capable de fuffire
à touts lafource de vos Confetls
eft en vous - mesme , vous foutenez
feul le poids des affaires .
Nous devons à vostre coeur & à
voftre efprit tant de grands fuccés.
Voftre prudence les prepare ;
vous avez tout enſemble la gloi
re du deffein celle de l'execu
Nov. 1692.
162 MERCURE
tion , ce que vous pensez n'a
pas moins de grandeur que ce
que vousfaites.
Que fi lesflots & les orages
ont esté contraires à nos fouhaits,
qui ne fçait qu'une aveugle fortune
dérange quelquefois les ouvrages
de la fageffe ? Nous
avons merité d'estre loüez de nos
Ennemis , s'ils ont eu l'avantage
des vents & du nombre ,
nous avons eu celuy de la reputation
& du courage.
Mais par tout où vous avez
paru , Sire , la Victoire fidelle
vous a fuivy. Quelque plaifir
qu'il y ait à vaincre , vous avez
GALANT. 163
1
moderé l'impatiente ardeur de
vos Troupes. Pour épargner le
fang de ceux qui vous fervent,
vous avez retardé vous-mefme
voftre conquefte , et pour fatisfaire
vostre bonté , vous avez
voulu dérober quelques jours à
vostre gloire. L'éclat de tant
d'actions furprenantes ne vous a
point ébloйy . On entre - voit , au
guerre
, la
vos Peuples , vous ne prenez
plus fort mefme de la
paix que vous voulez donner à
tant de peine à les défendre , que
pour avoir plûtoft le plaifir de les
foulager.
Mais ce qui nous touche le
O ij
164 MERCURE
plus , Sire , c'eft cettefoy & cette
religion fincere qui attirefur vout
fur nous des benedictions immortelles.
Dans le comble de la
grandeur où vous eftes , vous protegez
par voftre pieté , un Roy
qui dans fes malheursfe foutient
encore par la fienne . L'Eglife
les Autels n'ont plus que vous
pour Défenfeur. La caufe du Ciel
eft la vostre, & tandis que tant
de Princes armez contre vous fe
liguent avec tant de peine , intrepide
& paisible en vous-même,
vous vous uniffez avec
Dieu. Dans vos profperitez vous
reconnoiffez fes bienfaits , dans
GALANT. 165
1
toutes fortes d'évenemens vous
adorez les ordres horets de fa
Providence ; & comme vous ne
combattez que pour luy , vous
ne cueillez auffi vos Lauriers que
pour luy en faire des couronnes.
Auffi a til voulu benir encore
une fois vos armes , & confondre
l'orgueil de vos Ennemis dans
ce Combat fanglant où la valeur
a triomphé de la rage & de l'artifice
, où vos Bataillons ont fait
voir que tout ce qui combat pour
vous est invincible , où l'on a vû
de jeunes Heros de vostre Sang
fe diftinguer par leur courage ,
comme ils fe diftinguent par leur
166 MERCURE
naiſſance dans les perils les
confervation , ne fonger qu'à
plus évidens , oublier leur propre
vostre gloire.
Que nous refte- t- il à fouhaiter,
Sire, finon que les voeux que nous
faifons pour vous , foient exaucez
que les fentimens de nos
coeurs vous foient connus ; que
vous mefuriez vos bontez à nostre
affection & à nofte zele ;
que vous receviez nos dons avec
autant de plaifir , que nous en
avons à vous les offrir , & que
Voftre Majefté reconnoiffe qu'il
n'y eut jamais de plus profonde
veneration , ny de plus parfaite
GALANT. 167
obciffance que la noftre ?
Les Deputez des Eſtats de
Languedoc , aprés avoir cu
Audience du Roy , furent
conduits à celle de Monfeigneur
le Dauphin ,à qui le même
Prelat parla en ces termes.
MONSEIGNEU
ONSEIGNEUR ,
Aprés avoir rendu nos hommages
au Roy , nous venons autant
par
inclination
que par
devoir
, reverer en vous l'éclat de
Sa Majesté qui vous environne,
768 MERCURE
Honorezde fa Royale protection,
nous nous affurons de la voftre
& comme nous voyons en vous
les mefmes vertus , nous efperons
auffi de vous le mefme honneur
& la mefme grace .
Ces vertus , Monfeigneur
qu'on acquiert avec tant de peine
, vous ont été comme naturel
les . Quelque grande éducation
que vous ayez enë , vous ne devez
presque qu'à vous - meſme
ce que vous eftes , & Dieu qui
vous a fait grand par naiffance
vous a fait vertueux par
inclination
.
Nous admirons , Monseigneur,
avec
GALANT: 169
avec toute la France cette bonté
qui attire l'amour des Peuples ,
fans en diminuer les respects ;
cette modération qui retient les
paffions de la grandeur , fous les
regles de la fageffe ; cette modef
tie qui fait qu'on vous donne
avec plaifir la gloire que vous
vous refusez à vous- mefme ; cette
activité qui vous fait trouver
voftre repos dans l'exercice laborieux
de la Paix , ou dans les
fatigues honorables de la
cet air de grandeur qui vous éleve
& qui fait voir qu'en obcif
fant au Roy , vous eftes fait pour
commander au reste du monde.
Nov.
1692.
guerrez
P
170 MERCURE
Avec quelle fierté , quand il
vous met fa foudre en main ,
allez- vous brifer les Remparts
de fes Ennemis , & les forcer
dans leurs murailles ? Le rivage
du Rhin retentit encore du bruit
de vos exploits, & de vos loñanges.
C'est là que vous fçaviez
felon les befoins faire éclater
voftre valeur , ou la moderer.
D'un cofté vous preniez des Villes
; de l'autre vous gagnie des
coeurs. Voftre vigilance , voftre
douceur , voftre liberalité ne vous
faifoient pas moins d'honneur ,
que l'intrepidité de vostre courage
, & vous n'eftiez pas moins
GALANT 171
eftimable par vos vertus que par
vos Victoires.
Vous
venez Monseigneur,
la
de ranimer cette noble ardeur
dans ce Siege fameux où par
gloire du Roy vous avez fait
briller la voftre. On vous a veu
recevoir fes ordres avec joye
les donner avec dignité ; prendre
de luy cet efprit de force ) de
fuperiorité que vous allieZ répandre
aprés cela dans les Ťroupes;
commander en fa place, comme
il auroit commandé luymesme
, montrer qu'il n'appartient
qu'à vous d'imiter fa
valeur , comme il n'apparti.nt
Pij
172 MERCURE
qu'à vous de reprefenter ſa per-
Jonne.
Agréez Monfeigneur , que
fuivant les mouvemens de noftr ?
coeur , nous allions renouveller
dans noftre Province ce que la
renommée ya tant de fois publié
de vos éclatantes vertus
que
que
nous y portions les agreables af
feurances d'une protection auffi
puiffante que
la vostre
nous vous aaffeurions par avance,
Monseigneur , de la parfaite
reconnoiffance , de la profonde
veneration des trois Etats qui
la compofent.
Le Roy a donné plufieurs
GALANT.
173
Abbayes. Ml'Abbé d'Aubi
gné , Docteur de Sorbonne, a
cfté pourveu de celle de la
Victoire , proche Senlis , qu'avoit
M l'Abbé l'Ainé . Sa
fageffe & fes bonnes moeurs
répondent à fon érudition, &
c'est ce que Sa Majeſté confidere
le plus dans ces fortes
de nominations.
Elle a auffi donné à M
l'Abbé de la Feüillée l'Abbaye
du Mont Ste Marie , vacante
par la mort de M'l'Abbé
de Leide,arrivée à Bezançon .
Il eft Fils de M' de la Feüillée
, Gouverneur de Dole , &
Piij
174 MERCURE
l'un des plus anciens Lieute
nans Generaux de France , & qui
a fervy en Allemagne pendant
la derniere Campagne
.
Mr l'Abbé de la Chaife-
Beaupoirier , a eu l'Abbaye
de Rofiere . Le nom qu'il por
te fait voir qu'il eft d'une Famillecù
l'on trouve la picté
jointe à la Nobleſſe .
Depuis ces nominations ,
l'Abbaye de S. Vincent , Diocefe
de Senlis , ayant vaqué ,
le Roy l'a donnée à M de
Saillanr
, Frere de M ' de
Saillant , Capitaine aux Gardes
, qui s'eſt ſouvent diſtinGALANT
. 175
gué dans les occafions les plus
perilicufe . Il eft de l'illuftre
Maifon d'Eftein , dont je vous
ay déja parlé , & dont il y a
tant de chofes avantageuſes à
dire.
Je vous envoye encore le
revers d'une Medaille , frapée
à la gloire du Roy, fur la prife
de Namur. Il s'en eft peu vû
d'auffi belles , & ce qui la
fait eftimer , c'eft qu'elle fait
voir noblement , & fans embarras
, ce que l'on veut
reprefenter , de forte qu'il
n'y a perfonne qui n'en
conçoive d'abord toute la
Piiij
16 MERCURE
part
beauté ; au lieu que la pluf
des Medailles ( je ne dis
pas celles qui regardent l'Hiftoire
du Roy ) font ſouvent
fi énigmatiques , qu'on a de la
peine à deviner fur quelles
actions elles ont efté faites , &
moins encore ce qu'on a voulu
faire voir de glorieux dans
ces actions. Cela eft caufe
qu'on eft fouvent obligé d'en
demander l'explication , les
plus éclairez ayant de la peine
à la developer . La Medaille
que je vous envoye eft encore
de M l'Abbé Bizot
ne laiffe échaper aucune des
qui
GALANT: 177
dis
actions du Roy fans fignaler
fon zele en faifant voir fon
efprit . Ce Prince eſt repre
fenté dans la face droite , avec
ces mots tout autour . Ludovicus
Magnus , Gallorum Rex,
felix , Auguftus , Pater Patria .
1 La Ville & la Citadelle de
Namur que rend à Sa Majeſté
le Prince de Barbançon , font
le revers de cette Medaille ,
& dans le lointain on voit le
Prince d'Orange & le Duc de
Baviere à la tefte de cent mille
hommes , de l'autre coſté
de la Riviere , qui regardent
cette action . Ces paroles font
S
178 MERCURE
au haut , Amat victoria teftes
& dans l'Exergue , Namurcum
expugnatum ,fpectante Auriaco
Bavaro cum centum
armatorum millibus , die 30. Junii
1692. La Victoire que le Roy
a remportée fur les Alliez ,
par la prife de Namur , eft
d'autant plus glorieufe , que la
Conquefte en a efté faite à la
veuë du Prince d'Orange &
du Duc de Baviere , qui femblent
ne s'eftre approchez du
Siege avec une Armée de cenr
mille hommes , que pour
avoir la confufion d'eftre les
témoins tranquilles de la
perGALANT
: 179
te de la plus forte Place des
Pays-Bas.
M' de Martangis
, Ambaſfadeur
Extraordinaire
de France
en Dannemark
, ayant demandé
congé au Roy pour revenir
à Paris,où il a des affaires
importantes
, depuis la mort
de M Dorat , fon Beau pere,
Sa Majefté
a nommé
Mr Duffon
de Bonrepaus
, Lecteur
ordinaire
de fa Chambre
, &
cy- devant
Intendant
General
de la Marine , pour remplir
fa
place. Feu M Duffon , fon
Pere , eftoit un Gentilhomme
qui fe tenoit dans le Mas - Da180
MERCURE
zil, qui eft une petite Ville du
Comté de Foix , où il faifoit
une fort groffe dépenfe , &
vivoit avec beaucoup d'éclat .
M' le Marquis de Bonac , fon
Frere Ainé , fe fait encore
diftinguer dans le Pays . Ils ont
un autre Frere Officier General
, qui s'eft diftingué dans
Limeric en Irlande , où il avoit
un commandement confiderable
pendant le Siege . Il s'y
eft acquis tant de réputation ,
qu'il a efté pourveu du commandement
de Pignerol pendant
tout l'Efté . Je ne vous
dis rien d'un troifiéme Frere,
GALANT. 181
qui a pris le parry de la retraite.
pour le donner tout à Dieu .
M' le Marquis de Bethune,
Ambaffadeur Extraordinaire
en Suede , y eftant mort , comme
je vous le manday dans
ma Lettre du mois paffé , M
le Comte d'Avaux a efté nommé
par le Roy pour aller faire
la mefme fonction auprés de
Sa Majefté . Sucdoife. Vous
fçavez qu'il a efté Plenipotentiaire
à Nimegue , Ambaf
fadeur en Hollande , & auprés
du Roy d'Angleterre en It
lande . Comme rien n'échape
à fa penetration , & qu'il en a
182 MERCURE
donné des marques au commencement
des affaires qui
brouillent aujourd'huy toute
l'Europe , on ne peut douter
qu'il ne foit tres digne de cet
Employ . Il eft Oncle de M' le
Prefident de Mefines , & connu
& cftimé de toutes les
Puiffances de l'Europe. Il n'y
a perfonne qui ignore combien
, le nom d'Avaux s'eft
rendu confiderable
Paix de Munſter .
par
la
Vous m'avez marqué eftre
fort contente d'un Ouvrage
que je vous envoyay la derniere
fois , où le nom de CyGALANT.
183
i
I
dippe eftoit employé. Ce
nom vous doit faire aimer la
Piece qui fuit , puifque vous
l'y trouverez . Auffi cft- elle
[ du mefme Auteur , qui veut
demeurer encore inconnu .
STANCES.
Com
ombien à mes tendres defirs
L'Amour promettoit de plaifirs
,
Si mes foins pouvoient plaire à l'objet
quej'adore !
Ils ont plû ; maconstance a vaincufa
rigueur.
On m'en a fait l'aveu fi charmant à
mon coeur ;
Etje Soupire encore.
184 MERCURE
25
Soit delicateffe on deftin ,
Toujours quelque nouveau cha
grin
Altere ma Cydippe ou m'éloigne
moy mesme.
La crainte , les foupçons ne nous
quittent jamais.
Hé quoy ! l'on doitjouir d'une fi douce
Paix ,
Quand on plaift , & qu'on aime.
$
Que nous laiffons perdre tous
deux
De doux momens , de jours heureux
?
Ah! n'en fommes - nous point , Cpdippe
, refponfables?
Deux jeunes coeurs unis des noeuds
les plus charmans
,
Qui negligent le foin de leurs conteniemens
GALANT. 185
Helas ! fontbien coupables.
3 3
Tandis qu'avec nos plus beaux
jours
Tout rit encore à nos amours ,
Croyez moy , profitons de noftre intelligence
,
Et laiffons les chagrins & lesfoupçons
jaloux ,
Aux Amans que l'Amour condamne
à fon couroux,
On que trouble l'absence.
-M' de
Boiffimon , connu
jufques à prefent , fous le nom
du Cavalier
d'Angers , a fait
le Madrigal que vous allez
lire.
•
Novembre 1692 .
186 MERCURE
LA DEFIANCE
mal fondée.
I
Eune Iris,pourquoy craignez- vous
Que le Berger qui pour vous ades
charmes,
Refuse de rendre les armes
Et ne cede pas à vos coups?
Découvrez-luy vofire Mystere
Si-toft qu'il fera dans ces lieux,
Et je répons de vostre affaire.
Avec votre bouche & vosyeux,
Quand on defcend d'Ayeux illuftres,
Quand on n'a veu , comme vous ,
que trois Luftres ,
Iris , pourpeu qu'on fçache aimer ,
On est bienfeur de tout charmer.
Le malheur arrivé cette
GALANT. 187
année aux Vignes , a fait faire
ces autres Vers au mefme M
de Boiffimon .
REQUESTE A BACCHUS.
H Bacchus , pourquoy dans ces
A
lieux
Nous rens-tu ta liqueurfi rare !
Du plus agreable des Dieux
Deviendras-tu le plus barbare ?
A nos voeux tout le Ciel fe rend
Jupiter nous eft favorable ,
Neptune devient plus traitable ,
Mars conferve Louis le Grand,
De ton cofte fois- nous propice,
Ou plustoftrens- nous la justice
Deuë à noftre fidelité.
Fais-nousfentir ta liberalité
En répandant tes faveurs fur nos –
Vignes.
C
Qij
188 MERCURE
Parretour nous nousrendrons dignes,
Bacchus, de tes charmans bienfaits ;
Nous foutiendrons tes interefts
Contre tout l'amoureux Empire.
Aufondes
Potson nous entendra dire
Les biens que tu nous auras faits ;
Etfi quelqu'amoureux ofe nõus contredire
Soit qu'ilparle ou bien qu'il soupire ,
Arm- de a feule Liqueur
Nous lay ferons fentir un bien plus
dur martyre ,
Et tu triompheras de ce Peuple fans
coeur.
Les Religieux de la Charité
de la Ville de Niort ont
celebré avec de grandes folemnitz
la Fefte de la Canonifation
de S. Jean de DiU,
GALANT. 189
fo
W
21
Bes leur Patriarche. L'ouverture
s'en fit le Dimanche 19. du
mois paffé , par une Proceffion
generale , où fut portée
la Banniere du Saint , qui avoit
cfté benite le jour précedent
, par M' Prunier, Curé
de Noftre- Dame , dans la Paroiffe
duquel l'Hôpital de ces
Religieux eft fitué . Les Pau
vres de l'Hôpital General
commencerent la marche , &
furent fuivis de la Confrairie
des Pelerins, aprés laquelle on
vir paroiftre les Confreres de
Saint Nicolas , au nombre de
plus de trois cens , & tous en
190 MERCURE
Surplis . Les Religeux de la
Charité fuivoient la Banniere
du Saint , qui cftoit précedée
de plufieurs Trompettes , &
enfuite marchoient les Capucins
, les Cordeliers , le Clergé
Seculier de la Ville , les
Officiers du Bailliage en robes ,
M de la Teraudiere , Maire ,
l'épée au cofté , les Echevins
avec leurs robes & chaperons
rouges , douze Sergens des
Bandes du Regiment Royal,
étably en la Ville de Niort,
les Officiers de ce mefme Rcgiment
deux à deux , l'épée
au cofté & le hauffecol , &
GALANT. 191
douze autres Sergens de Bandes
pour fermer la marche , &
feparer ceux quila formoient,
du refte du Peuple , qui affifta
à cette Proceffion dans une
affluence extraordinaire . Elle
fe rendit à Noftre Dame , où
la Grand' Meffe fut chantéc
folemnellement , & le Pancgyrique
du Saint prononcé
avec beaucoup de fuccés par
Mr Prunier. La Meffe finie ,
tous les Corps reconduisirent
la Banniere du Saint dans l'Eglife
de la Charité , & plufieurs
Moters Y furent chantez
en Mufique , auffi - bien
192 MERCURE
!
I
que les Prieres pour le Roy &
pour la Paix . L'apréfdînée , le
mefme Panegyrique y fut prononcé
par M' l'Abbé Raffy ,
Docteur en Theologie , &
ancien Curé de la Rocheguion
, & on termina la Ceremonie
de ce jour par un feu
de joye que les Religieux avoient
fait dreffer au milieu
de la Place qui eft devant leur
Hôpital . Ils y allerent pioceffionnellement
avec M' le
Curé de Noftre Dame, & fon
Clergé. Ce mefme Curé , le
Pere Lambert Herfant , M ' le
Prefident de Fontmort, M ' de
la
GALANT. 193
la Teraudiere , Maire , M
Boucher, Capitaine au Regiment
, commandant un détachement
que l'on avoit fait
pour affifter au Feu , à l'occafion
des reveues qui fe font
de temps en temps de ce Regiment
, & M de la Teraudiere
, Fils , Aide Major dans
ce mefme Regiment , mirent
le feu au bucher par divers
endroits , au' bruit des Trompertes
& des Tambours , & de
plufieurs Salves de Moufqueterie
, que
qui bordoit la Place de tous !
coftez . Cela fut fuivy d'un
Novembre. 1692 .
fit le détachement .
R
194 MERCURE
grand nombre de fufées qui
s'éleverent du Dome de l'Hô .
pital , où il y avoit de grandes
illuminations. On alluma un
femblable feu dans la mefme
Place , & avec les mefmes ce
remonies, le jour de l'Octave ,
pendant laquelle le Pere Rabor
, Cordelier , M' l'Abbé.
Sergé , le Pere Joachim , Capu .
cin le Pere Motot , Preftre
de l'Oratoire , M Chaillot ,
Vicaire de l'Eglife de Noftre-
Dame, M' Melenent , Preftre ,
Aumônier de la Chatité, & le
Pere Mefnard , Preftre de
Oratoire , prononcerent le
GALANT. 195
4
Panegyrique du Saint , avec
autant d'éloquence que de
zele. L'Office du jour qui fut
la clofture de l'Octave , fe fit
par Mr Baſton , Curé de Saint
André , qui aprés plufieurs
Moters que l'on chanta en
Mufique , entonna folemnellement
le Te Deum , dont les
verlets furent chantez alternativement
, le premier par le
Clergé , le fecond par les
Trompettes , & le troifiéme
par l'Orgue , pendant quoy
on éleva la Banniere du Saint
à la voûte de l'Eglife.
Rij
196 MERCURE
Je vous envoye un Livre
qui paroift depuis fix mois ,
& que debite le fieur Brunet,
qui demeure dans la Salle-
Neuve du Palais , au Dauphin.
Vous me direz que ce Livre
n'eſt pas nouveau , mais tous
les Livres, quelque bons qu'ils
foient , ne font pas entierement
connus aprés fix mois .
Celuy - cy a pour Titre la
Maifon reglée
ger la Maifon d'un Grand
Seigneur, & autres , tant à la
Ville , qu'à la Campagne , & le
devoir de tous les Officiers , &
autres Domestiques en general,
Art de diriGALANT.
197
لا
avec la veritable Methode de
faire toutes fortes d'Eaux &
de Liqueurs fortes & rafrai
chiffantes à la mode d'Italie ,
Ouvrage utile & neceffaire à
toutes fortes de perfonnes de
qualité , Gentilhommes de Province
, Etrangers , Bourgeois, &
Officiers de Grandes Maifons .
Ce Titre vous doit faire voir
que j'aurois trop à vous dire fi
je vous parlois du Livre en détail
. Ainfi je me contenteray
de vous affeurer que vous y
trouverez encore plus qu'-
il ne promet , & que vous
ne pouvez tien fouhaiter
R iij
198 MERCURE
touchant le menage , & la
dépenfe d'une Mailon , &
le devoir des Domestiques,
que vous ne l'y renconuriez ,
auffi bien que les manieres de
fervir , fuivant le nombre de
Couverts.
L'Amour n'eft pas toujours
Ennemy de la raifon , & l'avanture
dont je vais vous faire
le détail en eft une preuve.
Une jeune Demoiselle , belle
& bien faite , d'un efprit doux,
& d'un agrément d'humeur
qui la rendoit toute aimable,
receut quelques affiduitez
d'un Cavalier qui luy en fiGALANT.
199
rent bien-toft découvrir tout
le merite . Jamais il n'y eut
une ame plus droite , de fentimens
plus nobles & plus éle
vez , ny de manieres plus infinuantes.
Comme la fympathie
agiffoit en eux , ils ne
purent fe connoiftre fans s'eftimer
reciproquement. L'eftime
n'eut pas de peine à faire
naiftre l'amour , & cet amour
leur fit fentir en fort peu de
temps que leur bonheur dépendoit
de s'aimer toujours ,
& de vivre l'un pour l'autre
dans une parfaite confiancc.
Ils s'en expliquerent felon
R iiij
200 MERCURE
les fentimens de leur coeur,
& ne fe cacherent point qu'ils
fe trouveroient heureux , s'ils
pouvoient s'unir de telle
forte , que la feule mort les
puſt feparer ; mais l'amour qui
leur faifoit voir beaucoup de
douceur dans leur union , ne
leur fermoit pas les yeux fur
un inconvenient terrible . Ils
avoient tous deux fort peu de
bien, & en raifonnant enfemble
fur le Matiage , les fuites
facheufes
que lc manque dc
fortune leur faifoit enviſager,
eftoit un defagrément qu'ils
concevoient bien que leur
GALANT. 201
$
།
tendreffe n'adouciroit point.
Ainfi ils convinrent de n'eftre
qu'Amis ; mais ils fe promirent
d'eftre Amis jufqu'au
tombeau , quelque changement
qui puft arriver dans
leur eftat , & de donner à cette
amitié toute la force qu'elle
peut avoir lors qu'en s'aimant
on n'a en veuë que ce qui fait
la liaifon des efprits . Cette
réfolution les fit foûpirer ,
mais ils ne laifferent pas de
la prendre , & continuerent
à fe voir d'une maniere qui
faifoit juger de la pureté de
leurs fentimens . Ils avoient de
202 MERCURE
l'empreffement pour eftre en
femble , & fe rendoient com
pte des moindres chofes qui
leur arrivoienr , prenant cons
feil l'un de l'autre dans tout
ce qu'ils avoient à réfoudre ;
mais jamais ils ne cherchoient
aucune entreveuë particulie
re. La Mere de cette Belle fe
trouvoit preſente à tout , &
tous ceux qui avoient quelque
habitude avec cette aimable
Fille , découvroient en elle un
fi grand fond de fageſſe & de
vertu , qu'il n'y avoit pas le
moindre foupçon à former
de fa conduite . Elle vivoit
GALANT
203
[
J
fans ambition & fans chagrin ,
fe tenant heureufe d'avoir fair
un vray Amy , quand le Ciel
voulut donner à fes belles
qualitez la recompenſe qui
leur eftoit deuë . Un vieux
Gentilhomme
extrémement
riche , & qui n'avoit qu'une
Fille prefte à marier , l'ayant
remarquée fouvent à l'Eglife,
ſe ſentit touché également de
fa modeftie & de la beauté.
Il parla d'elle à quelques perfonnes
qui la connoiffoient ,
& on luy fit un portrait fi
avantageux de fon coeur & de
fon ame , qu'il en prit pour
204 MERCURE
elle toute l'eftime poffible,
On n'oublia pas de l'informer
de l'attachement du Cavalier,
& ce fut d'une maniere qui
luy fit connoiftre qu'il n'y
avoit rien de plus pur que
l'amitié qui les uniffoit , &
qui auroit pû devenir amour,
s'ils n'avoient eu tous deux
affez de raifon , pour ne pas
s'abandonner aux fentimens
flateurs d'une paffion , que la
prudence ne permettoit pas
qu'ils écoutaffent . Le vieux
Gentilhomme loua la ſageſſe
de l'un & de l'autre , & entendant
tous les jours dire mille
GALANT. 205
biens de la charmante perfonne
qui luy plaifoit tant, il
l'examinoit avec plus de foin
toutes les fois qu'il la rencontroit
dans le mefme lieu . Cette
attention renouvellée pro
duifit en luy je ne fçay quoy
de fi fort qu'il ne put s'empêcher
de fouhaiter, de la voir
paffer dans un estat plus heu
reux que celuy où elle eſtoit ,
Il fongea qu'il pouvoit luy
faire de grands avantages fans
qu'ils portaffent aucun préju
dice aux interefts de fa Fille,
à qui fa Mere avoit faiffé de
grands biens , & ayant enfin
206 MERCURE
formé le deffein de l'épouſer, il
luy fit propofer la chofe par
une de fes Amias. On s'adreffa
à la Belle qui fans en rien dire,
ny à fa Mere , ny au Cavalier,
marqua beaucoup de reconnoiffance
de l'honneur qu'on
luy faifoit, & fit prier le vieux
Gentilhomme de fe contenter
de luy donner fon eftime,
parce qu'elle avoit en quelque
forte renoncé au Mariage , &
que la vie douce qu'elle mela
laiffoit fans gouft.
pour une fortune plus avantageufe
. Cette réponſe le mic
dans une grande ſurpriſe ,
noit ,
GALANT. 207
& le refus augmentant fa
paffion, il luy fit faire plu-
1 Geurs autres fois toutes les
offres qui pouvoient le plus
toucher fon coeur ,
fans qu'-
elle changeaft de fentimens .
Quelque chagrin que luy
caufaft ce mauvais fuccés , il
ne voulut point faire parler
à la Mere , & jugeant que le
Cavalier n'ignoreroit pas la
caufe de ce refus , il alla chez
luy pour luy demander de
bonne foy s'ils avoient enfemble
quelque
engagement
qui fuft contraire à fes efperances
; mais il fut bien éton208
MERCURE
né quand le Cavalier luy pro
tefta que la Belle luy avoir
fait un fecret entier de la
propofition, & qu'il le pria de
ne fe pas rebuter de la froideur
avec laquelle on l'avoit receuë.
Cela fut fuivi de tout ce
qui fe peut dire à l'avantage
d'une perfonne accomplie ;
aprés quoy le Cavalier l'affeura
qu'il tourneroit fi bien fon
efprit qu'il porteroit une réponſe
telle que la meritoit
une generofité auffi grande
que la fienne . Le Gentilhomme
ne fut pas plutoft
forty, que le Cavalier alla chez
GALANT. 209
La Belle pour luy reprocher
qu'elle avoit manqué à la
confiance qu'elle luy devoit.
Elle repondit que ne voulant
point fonger à ce mariage,
elle avoit cru inutile de
luy parler d'une chofe qui ne
devoit aboutir à rien ; que ce
n'eftoit pas luy faire un grand
facrifice que de refufer un
Amant bien plus que fexagenaire
, & qu'à ne luy rien
cacher, ce qui l'avoit promptement
determinée au party
qu'elle avoit pris , c'eit que
la jaloufie eftant naturelle aux
vicilles gens , qui ne font pas
Nov. 1692. S
210 MERCURE
à blafmer quand ils fe defient
de leur merite , elle avoit
penſé qu'il faudroit peut- être
qu'elle fe privaft de la douceur
de le voir, pour fatisfaire
un Mary bizarre , ce qui luy
avoit paru d'une confequence
à ne fe pas laiffer éblouir des
avantages qu'on luy promettoit.
Ce fentiment eftoit
obligeant , mais comme il
nuifoit aux interefts de la Belle
, le Cavalier le combattit
de tout fon pouvoir , & luy
fit connoiftre, que puifque fon
peu de bien l'avoit empêché
de profiter des favorables difGALANT.
201
pofitions de fon coeur , il devoit
eftre affez bon Amy pour
n'avoir en veuë que le plaifir
de la voir dans l'opulence
qu'il ne pouvoit luy procurer
par luy - mefme ; qu'il y avoit
tout fujet de croire fur la réputation
du Gentilhomme ,
qu'ilne feroit pas fujet aux foibleffes
qu'on attribuë à ceux
de fon âge ; mais que quand
mefme , pour luy mettre l'efpric
en repos fur la jaloufie
, il fe faudroit abftenir entierement
de la voir , la penfée
d'avoir toujours part à fon
amitié fuffiroit pour luy faire
Sij
212 MERCURE
fupporter cette contrainte ,
quelque rigoureufe qu'elle luy
puft cftre , & qu'ainfi il la
prioit de fouffrir qu'il allaſt
affurer le Gentilhomme du
confentement dont il avoit
cru pouvoir luy répondre.
Plus le Cavalier fe montra Amy
defintereffé , plus la Belle
s'obftina dans la refolution de
refuſer la propofition qui luy
eftoit faite. Cette difpute dura
plufieurs jours , & la Belle ne
fe feroit point renduë , fi le
Cavalier ne luy euft dit en termes
forts ferieux ; & avec des
marques d'un veritable chaGALANT.
213
grin, que puis qu'il eftoit affez
malheureux
pour mettre
obftacle malgré luy à une
affaire qui luy devoit eftre fi
avantageufe , il alloir fe dif
pofer à faire un voyage en Italie
, d'où il ne reviendroit
point qu'elle ne fuſt mariée,
ce que fa beauté , ſon eſprit ,
& la vertu luy donnoient fujet
de croire qui arriveroit en
peu de temps
de la maniere:
qu'elle fouhaitoit . Enfin la
Belle vaincue par l'empreffement
de fes prieres , luy permit
d'aller donner fa parole
au vieux Gentilhomme , en
214 MERCURE
luy difant qu'il n'avoir qu'à
faire dreffer les articles tels
qu'il jugeroit à propos de les
arrefter pour elle.que fes interefts
ne pouvant eftre en de
plus feures & de plus fidelles
mains , elle figneroit fans lire,
& que fi elle fe refolvoit à ce
Mariage , c'eftoit par une rai
fon plus forte que toutes celles
qu'il luy avoit apportées, &
que le temps luy feroit connoiftre.
Le Cavalier luy témoigna
une veritable joye de
cette permiffion , & il en donna
beaucoup au vieux Gentilhomme
, qui ayant appris
GALANT. 215
N
qu'a
de luy l'heureux fuccés
voit cu fa negociation , alla
voir la Belle dés le lendemain .
II en fut receu avec tout l'agrément
qu'il pouvoit attendre
d'une Fille auffi railonnable
que modefte , qui s'étant
determinée , avoit intereft
à paroiftre aimable . Il
fut charmé de fon efprit & de
fes manieres , & accorda tout
ce qu'on voulut. Le Mariage
fe fir , & fa fortune devint
éclatante . Il n'eut pas fujet
de fe repentir de tout le bien
qu'il luy avoit fait. Elle s'attacha
à luy de fi bonue foy ,
216 MERCURE
& prit tant de foin de bien
remplir les devoirs , que fa
Fille mefme luy applaudit fur
ce choix , & prit pour elle la
plus fincere amitié , malgré
l'antipathic qu'on a ordinairement
pour les Belle.Meres .
Auffi avoit-elle des manieres
fi flatteufes & fi douces .
qu'elle auroit contraint les
plus indifferens à l'aimer . Le
Cavalier fut d'abord extrémement
refervé dans les vifites
, qu'il faifoit fort rarement
Le Mary qui en comprit
la raifon , ne put fouffrir
qu'il le cruft bizarre , & l'engagea
GALANT. 217
+
gagea infenfiblement à venir
fouvent manger avec luy
I. Plus il le vit plus il fouhaita
le voir , & fon eft me augmentant
de jour en jour par
la connoiffance particuliere
qu'il cut de ce qu'il valoit,
il devint bientoft le meil
leur de fes Amis Le Cavalier
répondit à cette amitié d'une
maniere admirable , allant au
devant de toutes les chofes
qui pouvoient luy faire un
peu de plaifir. Quoy que fon
coeur fuft toujours le mefme
pour
la Dame , il eftoit fort
circonfpect auprés d'elle , &
Novembr 1692.
T
218 MERCURE
dans fes paroles & dans fes
regards , & avoit toujours une
raifon prefte pour s'éloigner ,
lors qu'il arrivoit qu'on les
laiffaft feuls enſemble , en
forte que le plus jaloux n'en
auroit pas pris ombrage . Il
eftoit d'ailleurs parfaitement
honnefte homme , incapable
d'abufer de la confiance qu'on
avoit en luy , & d'une Maifon
fort confiderable , d'où
il avoit pris toutes les vertus
qui accompagnent la belle
naiffance . Cependant le Gentilhomme
cut une affaire importante
qui demandoit de
grands mouyemens. Le CaGALANT.
219
valier l'entreprit , & n'épargna
ny peines ny foins pour
T'en faire fortir avec avantage ,
& à fon entiere fatisfaction.
Il s'y rencontra de grandes
difficultez , & il les furmonta
youtes par fa prudence & par
la penetration de fon elprit.
Le Gentilhomme ne luy en
pouvoit marquer affez de reconnoiffance
, & fa maifon
ne retentiffoit que de fes
louanges . La Dame vit avec
plaifir qu'il cuft agy avec tant
d'ardeur pour fon Mary , &
ne doutant point qu'elle
n'cuft beaucoup de part dans
Tij
220 MERCURE
C
ce qu'il venoit de faire ,
elle n'oublia rien pour cftre
en eftat de luy marquer au
platoft par des effets dignes
d'elle combien fon coeur y
eftoit fenfible. Les chofes
s'eftant enfin trouvées difpofées
felon fes fouhaits , elle
l'arrêta un jour qu'il cherchoit
à la quitter , parce qu'on les
avoit laiffez feuls , & l'ayant
prié de l'écouter un moment,
elle luy dit qu'il avoit voulu
qu'elle époufaft le vieux Gentilhomme
; qu'elle eftoit bien
éloignée de s'en repentir, puis
qu'outre qu'elle fe voyoit
GALANT. 221
dans un cftat heureux & riant
du cofté de la fortune , elle
eftoit aimée avec paffion d'un
Mary dont elle ne pouvoit
affez reconnoiftre la tendreffe ,
mais qu'il eftoit temps de luý
découvrir la veritable raifon
qui l'avoit portée à l'époufer;
qu'elle avoit confideré que
« ce mariage qui la mettoit dans
l'éclat , pourroit cftre dans la
fuite auffi
avantageux pour
luy que pour elle; que c'eftoit
à quoy elle s'eftoit d'abord
appliquée , & que fes foins
avoient fi bien réuffi , que
s'eftant renduë maiftreffe de
Tiij
222 MERCURE
l'efprit de fon Mary , qui le
connoiffoit d'un merite extraordinaire
, elle l'avoit dif
pofé à le choisir pour fon
Gendre . Le Cavalier furpris
de cette nouvelle , ne put déguifer
les fentimens de fon
coeur , & luy en marqua plus
de chagrin que de joye . Il
l'aflura que n'ayant eu juſque,
là des yeux que pour elle ,
il avoit fait toute la felicité de
fon bonheur ; qu'il luy fuffi
foit de la voir contente pour
n'avoir rien à fouhaiter davantage
, & que la voulant
aimer toute fa vie préferableGALANT.
223
ment à toutes chofes , il la
conjuroit de n'exiger point
de luy qu'il partageaft avec
une autre perfonne ce qui devoit
eftre tout à elle . La Dame
luy répondit que dans l'eftat
où elle avoit mis l'affaire,
il n'y pouvoit montrer de la
repugnance , fans donner à fon
Mary des impreffions qui les
mettroient peut - eftre tous
deux dans la cruelle neceffité
à
de ne fe plus voir ; que le
refus qu'il feroit de fon alliance
ne manqueroit pas
luy paroistre un effet de l'efperance
qu'il auroit conceuë
Tiiij
224 MERCURE
de l'époufer , fi elle devenoit
Weave , qu'il n'y avoit rien de
plus odieux que ces fortes de
veuës fondées fur la mort d'un
vieux Mary , & que puis qu'
elle avoit entamé cette maticere
, elle vouloit bien luy dire,
que fi le malheur luy arrivoit
de perdre le fien , ce que fon
grand âge luy pouvoit faire
paroiftre fort peu éloigné ,.
rien au monde ne pourroit la
faire penfer à un fecond mariage
; qu'il devoit d'ailleurs
confiderer qu'elle avoit grand
intereft au fuccés de cette affaire
; que fi un autre queluy
GALANT 225
YOU
SOUS
SC
époufoit fa Belle fille , qu'elle
Juy avoit rendue affez favorable
pour efperer fon confentement,
il pourroit un jour
l'embaraffer für fes droits , au
lieu que toutes chofes feroient
heureufement confondues par
fon mariage , qui les mettroit
tous dans une agreable focicqui
ne finiroit qu'avec leur
vie , & que rien jamais ne feroit
capable de troubler.Quoy
que ces railons fuffent plaufi
bles , le Cavalier ne les put
goufter. Il réfifta quelque
temps , comme elle avoit réfitté
lors qu'il luy avoit parlé
té
226 MERCURE
d'époufer le Gentilhomme
;
mais elle luy dit tant de
fois , que quand le change
ment qu'il pouvoit penfer arriveroit
, il n'y auroit plus de
mariage pour elle , & qu'il ne
devoit jamais fe promettic
rien de plus que d'eftre fon
Amy de preference , qu'il luy
lailla enfin conduire l'affaire,
& commença à changer les
honneftetez qu'il avoit pour
fa Belle fille , en quelque chofe
de plus empreffé . C'eftoit
une perfonne fur qui le merite
pouvoit tout . Elle en
connoiffoit beaucoup au CaGALANT.
227
valier , dont l'alliance luy
faifoit honneur , & la deference
qu'elle avoit pour les
feutimens de fa Belle -Mere,
luy faifant trouver dans fes
confeils ce qui répondoit le
plus à fon inclination , elle
receut fans aucune répugnance
l'ordre que fon Pere luy
donna de fe préparer à eſtre
fa Femme. Le Party eftoit
tres confiderable , & file Cavalier
s'eftoit employé utilement
pour la Dame en l'engageant
à épouser le vieux
Gentilhomme , on peut dire
qu'elle fit encore davantage
228 MERCURE
pour le Cavalier , en luy faic
fant époufer la Fille de fon
Mary. Ainfi l'amitié parfai
te qui les unifloit , fut récom
penſée , non feulement par
l'éclat d'une fortune à laquel
le ny l'un ny l'autre ne fembloit
devoir prétendre , mais
encore par la douceur de vivre
enfemble, & de pouvoir efperer
qu'ils ne feroient jamais
feparez.
Le Mercredy 12. de ce
mois , le Parlement s'étant
rendu en robes rouges dans
la grande Salle du Palais 3 la
Meffe y fut chantée en Mufi
GALANT:
229
que, & pontificalement cele
bréc par M de Sillery , Evêque
de Soiffons. Cette grande
ceremonie eftant achevée ,
tous ceux qui compofoient
ce Senar Auguste entrerent
dans la Grand Chambre , &
Mr le premier Prefident prenant
la parole , dit , Que les
hommes dans leurs plus grands
emplois ne pouvoient rien faire
par eux mesmes . Il fit une belle
peinture de leur foibleffe , &
aprés en avoir donné unc
parfaite idée , il dit , qu'il falloir
s'addreffer au Ciel , &
qu'on ne le pouvoit micus
230 MERCURE
faire que par les prieres de
l'Evefque qui venoit d'officier.
Il loua les grands talens
& les vertus de fes Anceftres,
& s'eftant étendu fur ce que
le Chancelier de Sillery avoit
fait de grand , & fur fes Ambaffades,
il ajoufta, que le grand
merite de tant d'illuftres perfonnages
avoit paffe jusqu'à ce
Prelat. M' de Soiffons répondit
à ce compliment , entermes
fort obligeans pour cette
Augufte Compagnie, & aprés
l'avoir remerciée du choix
qu'elle avoit fait de luy pour
officier ce jour - là , il dit ,
GALANT. 231
•
que ce n'eftoit pas le feul remerciement
qu'il euft à luyfaire,
qu'il luy en devoit pour tous les
Evefques dont le Parlement
avoit toujours pris la deffence.
Il fit enfuite une peinture de
la Juftice ; il en fit voir toutes
les beautez , & n'oublia
pas que Dieu avoit dit
• que
c'eftoit une portion de luy mefme.
Aprés ces Complimens reciproques
, il y cut un magnifique
diner chez M le premier
Prefident , où M ' de Soif
fons , quelques Prefidens à
Mortier , plufieurs Confeillers
, & autres perfonnes de
232 MERCURE
la premiere qualité fe trouverent.
La Cour des Aides fit le
mefme jour l'ouverture de
fes audiences , par deux beaux
Difcours , dont l'un fut prononcé
par M' le Camus fon
premier Prefident , & l'autre
par M des Haguais , premier
Avocat General de la mefme
Cour.
Le Difcours de M' le Camus
roula fur la difficulté
qu'il y a à rendre la Juſtice ,
& qu'il ne fuffit pas d'eftie
honnefte homme , bon Juge ,
& bien intentionné pour
GALANT. 233
&
parvenir ; il fit voir tous les
écueils qui s'opposent à fes
bonnes intentions . Il en trouva
dans la prévention qu'on
a ordinairement pour les
Amis , & fit remarquer qu'il
y en avoit jufque dans la
pitié mefme qu'on avoit
pour les malheureux
qu'un efprit de charité pouvoit
féduire , & empêcher de
rendre la Juftice dans toute
fa pureté. Il fit la peinture de
beaucoup d'autres écueils qui
s'oppofolent aux bonnes intentions
des meilleurs Juges,,
& parla en grand Magiftrat
>
Nov. 1692 V
234 MERCURE
& en homme de qualité.
Le Difcours de M des Ha
guais fut fur la tranquillité
interieure que le Magiftrat .
doit fe procurer. Il doits ditil
, eftre exempt d'ambition ;
;fe
renfermer fans dégouft dans les
fonctions de fon Miniftere , quoy
qu'elles ayent peut- eftre peu d'éclat
& ne folliciter d'autre
employ que par fes vertus. S'il
fe met au deffus de l'ambition
il fe mettra fans peine au deffus
de l'intereft , qui agite moins les
grandes ames. Il trouvera des
trefors dans le mépris d'une opulence
fuperfluë , & il s'enrichira
GALANT 235
de tout ce qu'il aura la force de
ne pas defirer. Enfin fes plaifirs
mefme feront innocens & tranquilles
, tels qu'ils ne laiffent dans
Refprit ny dans le coeur aucune
trace aprés eux , & que le Magiflrat
en reprenant fa place y
que
reprenne une attention telle
la defire celuy qui fouffre & qui
fe plaint & une bonté qui confole
ceux que fa Justice ne luy
permettra
pas de contenter . Il
ajoufta à cela la peinture d'un
Juge qui n'eftant pas content
de luy mefme
, foupire pendant
qu'on luy applaudit
, &
fit voir que tous les Juges de-
V ij
236 MERCURE
fut
voient eftre comme le Roy ,,
qui a tout fujet d'eftre content
de luy-mefme . La comparaiſon
qu'il fit de ce Monarque
& d'Augufte
trouvée tres- belle. Augufte
avoit pacifié l'Europe , & recevoit
des applaudiffemens
de toutes parts. Cependant
le fouvenir du Triumvirat ,
de toutes les injuftices , & de
tout le fang qu'il avoit fait
répandre , l'obligcoit à foupirer
au milieu des acclamations
publiques , au lieu que
le Roy qui voit tout ligué
contre , luy doit cftre fatisfait
GALANT 237
de luy- mefme , fa modération
le mettant hors d'érat
d'avoir à fe faire aucun reproche
. Il parla auffi des Juges
qui lors qu'ils font bien
leur devoir, quittent le travail
afin d'éviter la peine , & fit
connoiftre qu'il faut qu'un
Juge travaille toujours.
Le Lundy d'aprés la S. Martin
on fit l'ouverture des Audiences
de la Grand Chambre.
On avoit accouftumé
de les reculer quelquefois de
quinze jours & ſouvent jufqu'à
trois femaines , mais Mr
le premier Prefident les a toug
238 MERCURE
jours avancées depuis qu'il eft
à la tefte de cet Augufte Senat
. M' de la Moignon , l'un
des trois Avocats Generaux ,
fit un Difcours fur la Verité,
le jour que ce Corps fe raffembla.
On faifoit autrefois ce
mefme jour de feveres Mercuriales
aux Avocats , mais
dans la fuite des temps ces
Mercuriales font devenues
plus douces, & plus honneftes,
& l'on s'eft contenté de faire
des Difcours , fur des points
quiles regardent. C'est ce qui
a obligé M' de la Moignon
à parler cetre année fur la Ve.
GALANT. •
239
❤
rité que les Avocats doivent
rechercher, & fur tous les voi .
les qui la couvrent & qui font
autant d'obstacles à la trouver
. Il fit la peinture d'un
grand nombre , & s'attacha
principalement à montrerque
que le manque d'application y
contribuoit beaucoup . Commeil
n'y a point de Prince qui
aime plus la Verité que le Roy,
& que pour ne rien faire contre
elle , on l'a veu prononcer
un celebre Arreft contre
luy même il ne fut pas
malaifé
à M de la Moignon
de faire entrer dans fon dif240
MERCURE
cours l'Eloge de ce Monar
que , puis qu'il fuffit de louër
une vertu pour en trouver
l'exemple dans fa perfonne,
& qu'en parlant de Sa Majefté
on fe laiffe facilement
entraîner par tout ce qu'Elle
a fait de furprenant , à quoy
il cft impoffible de refufer
des Eloges. Enfin M' de la
Moignon fouftint dans ce
Difcours la réputation qu'il
s'eft acquife. Il perfuada, il
plut , & fatisfit fon Auditoire.
M le premier Preſident
parla fur cette même matiere,
mais
GALANT
24
mais d'une maniere differente.
Il s'attacha à faire connoiftre
les routes neceffaires
pour trouver la Verité , &
il le fit avec tant de netteté ,
& de fçavoir , qu'on ne peut
douter que le Public n'en tire
beaucoup de fruit , puis qu'il
ne fçauroit manquer aux
Avocats qui voudront profiter
de cé Difcours, que la feule
volonté pour découvrir cette
Verité, fans laquelle il eft fi
difficile de bien rendre la
Jultice.
t
Au lieu des vicillesremontrances
qu'on avoit accouftu-
X
Νου . 1692 .
242 MERCURE
mé de faire aux Procureurs
en ces occafions , Mr le premier
Prefident fit voir qu'ils
avoient profité de celles qu'il
leur avoit faites dans les dernieres
années , & les exhorta
à continuer.
Je croy, Madame, vous faire
plaifir , ainfi qu'à tous ceux
qui font curieux de Montres ,
en vous apprenant que Mr de
Haute-feuille a trouvé la perfection
des Pendules portatives
, dont le mouvement eft
reglé par les vibrations d'un
Reffort droit ou fpiral , c'eft
à dire , un moyen fimple &
GALANT. 243
facile de les rendre auffi juftes
que les Pendules , & pour faire
aller les Montres de poche
huit jours & davantage fans
remonter , avec la même jufteffe
, ce qu'aucun Ouvrier
n'a encore pû executer. On
ne peut douter que cette Inventión
ne foit d'une tresgrande
utilité à l'égard de la
premiere partie , puis que les
plus fçavans Mathematiciens
demeurent d'accord que fi on
avoit fur la Mer une Horloge
juſte , ce feroit le moyen le
plus facile de connoiftre les
Longitudes , qui eft un fecret
X ij
244 MERCURE
que l'on recherche depuis fi
temps , & pour la découverte
duquel on a promis de tresgrandes
récompenfes en France
, en Angleterre , en Hollande
, & ailleurs . A l'égard
de la feconde , on fçait affez
de quelle utilité il eft d'avoir
ane Montre jufte & exempte
de la fujétion incommode de
la remonter tous les jours .
Mr de Hautefeuille a déja
donné au Public la premiere
partie de cette Invention , dans
un Ecrit qu'il prefenta en
1674 à Meffieurs de l'Acade
mic Royale des Sciences , au
-
GALANT 245
is fujet de laquelle il eut l'année
fuivante un procés avec Mr
Huguens , de la même Academie.
Ce procés , aprés avoir
efté appointé , cft demeuré
indécis , & n'a point encore
efté jugé . Pour éviter un pa-
Kreil inconvenient , & pour
1tâcher de fe rendre cette feconde
Invention plus utile
que ne luy a cfté la premiere,
il a réfolu , avant que de la pu
blier à tout le monde , & de
faire imprimer le Traité qu'il
a fait fut cette matiere , de la
communiquer feulement à un
certain nombre d'Horlogeurs
x iij
246 MERCURE
dont il en a déja choifi qua
tre des plus habiles & des plus
fameux , avec lesquels il a fait
le Traité ou Convention dont
voicy une copie. Comme il en
defire augmenter le nombre,
il est bon qu'elle foit veuë,
afin que ceux qui voudront
avoir la connoiffance de cette
nouvelle invention , s'adreffent
à luy.
Pa
Ardevant les Confeillers du
Roy , Notaires , Gardenottes
au Chaftelet de Paris , fouf
fignez Furent prefens Baltazard
Gilles Martinot , demeurant
GALANT. 247
fur le Quay des Orfeures , Paroiffe
de Saint Barthelemy , Nicolas
Gribelin , demeurant ruë de
Buffy, Paroiffe Saint Sulpice ,
Jacques Langlois , demeurant
Place Dauphine ,fufdite Paroiffe
Saint Barthelemy , tous Maiftres
Horlogeurs à Paris , lefquels , fur
Sur ce que Me Jean de Hautefeuille
, demeurant à l'Hoftel de
Bouillon , Paroiffe Saint Sulpice.
fur le Quay Malaquay › à ce
prefent , leur a declaré qu'il a
trouvé la perfection des Pendules
portatives , c'eft à dire , un moyen
fimple & facile de les rendre auffi
justes que les Pendules , & de
X iiij
248 MERCURE
·faire aller les Montres de poche.
huit jours
la mefme jufteffe fans les remon
ter; & aprés qu'il leur a fait
lecture , en prefence des Notaires
fouffignez , du Traité en manufcrit
qu'il a fait , & qui montre
le moyen de parvenir à ladite
perfection , & eftant perfuadez
que cette Invention feroit tresurile
au Public , ilsfe font obligez,
& ' obligent par ces Prefentes
de bailler & payer audit
Sicur de Hautefeuille , un Louis
d'or neuf pour chaque Horloge
ou Montre neuve qu'ils feront
davantage avec
de cette façon un demy
GALANT. 249
Louis d'or neufpour chacune de
l'ancienne manieres qui fera remife
rétablie de cette nouvelle
maniere invention , jusques à
ce que ledit Sieur deHautefülle
ait obtenu du Roy un Privilege,
pour avoir feul la permiffion de
faire fabriquer , vendre & debiter
lefdites Horloges & Montres
de ladite nouvelle Invention
aprés l'enregistrement duquel Privilege
ils payeront le droit qui
fera étably par Sa Majefte com
me tous les autres Ouvriers ; &
ne pourront lefdits Sieurs Horlogeurs
comparans s'exempter de
payer lesdits Louis & demy250
MERCURE
Louis d'or, fous prétexte de chan
gement , augmentation ou perfe-
•ction qu'ils y pourroient faire.
Comme auffi ne pourront lefdits.
Sieurs Horlogeurs comparans ,
vendre ny debiter aucune Horloge
ny Montre de cette façon ,
avant
que
ledit Sieur de Hautefeuille
en ait prefenté au Roy,
& à Monfeigneur le Dauphin ;
pourquoy ils s'obligent pareillement
de luy declarer & faire
voir toutes celles qu'ils auront
faites dont il en pourra prendre
une de chacun defdits Sieurs Horlogeurs
comparans , c'eſt à dire ,
celle qui luy plaira le mieux , fur
GALANT. 251
lefquelles ils feront graver ces
mots : De Hautefeuille Aurelianenfis
Inventor ; deſquelles
Montres il leur payera la jufte
J
valeur. Comme pareillement s'o
bligent lefdits Sieurs Horlogeurs
comparans de garder le fecret , &
de ne le communiquer à aucun
Horlogeur, ny autre perfonne ,
que deux mois aprés que ledit
Sieur de Hautefeuille aura pris
chez chacun defdits Sieurs Hor
logeurs une Montre de ladite
nouvelle invention ; & ledit
Sieur de Hautefeuille promet de
fa part de ne divulguer ny communiquer
à qui que ce foit lefdi252
MERCURE
tes Montres qu'il aura priſes
chez lefdits Sieurs Horlogeurs's
qu'aprés qu'il en aura prefenté
au Roy ; le tout àpeine de mille
livres , & de tous dépens , dom .
mages & interefts contre chacun
de ceux qui contreviendront à
l'une des claufes fufdites . Pourra
ledit Sieur de
Hautefeuille faire
un pareil Traité, fi bon luy femble
, avec tels autres Horlogeurs
qu'il jugera à propos ; & en cas
que ledit Sieur de Hautefeuille
n'cbtinft pas ledit Privilege , lef
dits Sieurs Horlogeurs comparans
ne luypayeront plus lefdits Louis
demy Louis d'or lors que la- 2
GALANT. 253
dite Invention fera connuë, praen
vente par une gran tiquée
de partie des Horlogeurs .
Vous voyez, Madame, que
j'ay cu raifon de vous dire
que cet avis doit faire plaifir
aux Cuticux , puis qu'ils feront
bien-aifes d'apprendre,
qu'ils peuventavoir des Montres
pareilles à celles dont il
eft parlé dans ce Traité.
Le S Michel Brunet , Marchand
Libraire , Galerie neuve
du Palais au Dauphin ,
un Livre nouveau en
debi
deux
Volumes , qui a pour .
254 MERCURE
Titre , Voyages Hiftoriques de
l'Europe , contenant l'origines la
Religion , les moeurs , les coutumes
& les forces de tous les Peuples
qui l'habitent avec une Relation
exacte de tout ce que chaque
Pays renferme de plus digne
de la curiofité d'un Voyageur.
Le Titre feul de ce Livre en
fait connoiftre l'utilité , tant
pour ceux qui aiment à voir
les Pays Etrangers , que pour
les perfonnes qui ne peuvent
ou ne veulent pas courir les
rilques & les fatigues des
Voyageurs ; & s'il en faur .
juger par le cours qu'ont eu
GALANT
255
les Ouvrages que le même
Auteur a compofez, lors qu'il
étoit dans les Pays Etrangers,
où il a fejourné long- temps,
le Public luy fçaura bon gré
des remarques qu'il vient de
mettre au jour . Le debit
qui s'est fait du premier Vo
lume , eft une preuve de la
bonté du fecond , puis que ce
n'eft que des Ouvrages qui
ont réüffi , qu'on voit des leconds
Volumes , quand ils
n'ont point paru avec les premiers.
On doit estre perfuadé
que fans cette certitude
on n'en voudroit pas faire la
dépense.
256 MERCURE
Le même Michel Brunet
debite deux autres Livres
nouveaux que vient d'imprimer
le S Coignard , Imprimeur
& Libraire du Roy.
L'un cit Le Paralelle des Anciens
& des Modernes , en ce
qui regarde la Poefic , par Mr
Perrault de l'Academie Françoife.
Vous avez déja veu
deux Volumes de fa façon
fous ce mefme titre. Le premier
eft pour ce qui concerne
les Sciences & les Arts , &
le fecond pour éloquence.
Celuy cy et le troifiéme . Il
y déduit les raifons qu'il a de
GALANT. 257
prétendre , que fi les Poëtes
Anciens font excellens , Came
me on ne fçauroit en difconvenir
, les Modernes ne
leur cedent en rien , & les furpaffent
mefme en beaucoup
de chofes. Il eft malaifé que
ect Ouvrage , quoy que rempli
de beautez , fatisfaffe également
tout le monde , puis
que l'Auteur y marque beaucoup
de chofes , qu'il prétend
eftie des defauts dans l'Iliade
& dans l'Odiffée. Comme
il le fait à fes rifques , chacu
a la liberté , felon fon gouft ,
d'approuver , ou de condam
Nov. 1692% Y
258 MERCURE
ner fon Jugement. La vene
ration qu'on a pour le nom
d'Homere , femble eftre un
préjugé contre luy.
y auroit
cependant de la juftice
à fe défaire de toute prévention
, ce que l'on feroit fi on
vouloit lire les Ouvrages des
Anciens , comme s'ils étoient
Modernes , & ceux des Modernes
comme s'ils eftoient
Anciens . On trouveroit beauce
qui eft beau veritablement,
fans fe mettre en peine s'il eft
beau depuis long- teps , ou fi ce
font des beautez qui viennent
de naiftre. Outre le plaifir
que vous feront les raifonne
GALANT. 259
que vous feront les raifonnemens
de M' Perraut que vous
trouverez fort juftes dans ce
Volume fur la Poëfie , vous
cftimerez la modération qu'il
fait paroistre dans ſa Preface ,
où aprés avoir rapporté les
injures qu'on luy a dites à
l'occafion de quelques Critiques
qu'il a faites fur le bouclier
d'Achiles , il declare ,
qu'il ne prendra jamais d'au
tre vangeance de celles qu'on
pourra encore luy dire , que
de les rapporter toujours mot
à mot , ajoutant que s'il a
merité ces injures elles de
Y ij
260 MERCURE
meureront fur luy , & que s'il
ne les a pas meritées , elles
retourneront fur ceux dont il
les aura receuës.
re
1691.
L'autre Livre nouveau eft
une Relation du voyage
tour des Indes Orientales › pendant
les années 1690 .
par M' Pouchot de Chantaffin
; Garde- Marine , fervant
fur le Bord de Mb Daquefne
, Commandant de
L'Efcadre. Cette Relation ,
outre quantité de chofes cu
ricufes fur les differentes Sec
tes , moeurs & Religions des
Habitans du Pays, contient
un détail exact de la CampaGALANT.
261
gne que Mr Duquesne vient
de faire aux Indes , & qui a
1 tenu jufques icy tous les ef
prits en fufpens ; les Combats
que cet habile Commandant
y a livrez contre les Anglois
& les Hollandois ; les Prifes
qu'il a faites fur eux, & fa fage
conduite à ramener de fix
mille lieuës , parmy les damgers
des vaftes Mers qu'il a
traverfées, & au milieu de toute
la puiffance des Ennemis.
de la France , une Efcadre de
fix Vaiffeaux que Sa Majeſté
luy avoit confiée .
Je vous ay parlé jufte tou262
MERCURE
chant la Lotterie de M Philidor
l'ainé , Ordinaire de la
Mufique du Roy . Monfcigneur
le Dauphin & Mada
me la Princeffe de Conty
Doüairiere , fe font donné le
divertiffement de faire tirer
cette Lotterie devant eux.
Plufieurs perfonnes de marque
y ont efté employées , &
les boëtes ont efté cachetées
des cachets qui ont fervy à là
grande Lotterie du Roy . Cependant
elles ne feront diftribuées
que vers le quinziéme
du mois prochain , & elles
demeureront jufque - là en
GALANT. 263
dépoft chez Madame la Princeffe
de Conty. Il faut vous
en dire la raison . On vouloir
tenir parole au Public , & ti .
rer cette Lotterie , mais il s'en
falloit mille écus que le fond
ne fuft remply. On ne pou
voit diminuer mille écus fur
la fomme à laquelle on avoit
fixé cette Lotterie, parce qu'il
n'y a qu'un feul lot , qui confifte
en une maison . L'embarras
cfteit grand , & les expedients
difficiles à trouver.
Enfin il a cfté réfolu , que
M' Philidor prendroit
pour
mille écus de billets , c'eft264
MERCURE
"
à dire ,pour ce qui reftoit de
fond à remplir. Il les a pris
& l'on n'a differé de délivrer,
les boëtes qu'afin que le Public
fuft averty , qu'il luy of
fre fes billets , pour les mef
mes fommes qu'il a données.
Ceux qui les acheteront ne
feront pas long- temps fans
eftre éclaircis s'ils auront ce
lot unique , puis que la Lotterie
eft tirée , ce qui fut fait
le 19. de ce mois , & depuis ce
temps on a déja pris beaucoup
de ces Billets. Il peut
arriver qu'il luy en reftera ,
mais peut- eftre auffi qu'il
n'en
GALANT. 265
le
n'en aura pas affez pour ceux
qui en fouhaitteront . Le Public
a fujet par là d'eſtre content
de M' Philidor. Puis
qu'il offre tous fes billets jufques
au dernier , on peut
mettre hors d'état de rega
gner fa maifon en prenant
ceux qui luy reftent . On
trouvera les Cartes de plufieurs
fortes de numero, chez
Mr Louvet , Marchand Papetier
à l'Empereur , à Paris ,
ruë de l'Arbre- Sec , & chez
Mr Philidor l'Ainé , proche
les Coches du St Paumier à
Verfailles .
Nov. 1692. Ꮓ
266 MERCURE
Avec quel plaifir ne devezvous
pas recevoir l'Air nouveau
que je vous envoye ! Les
paroles font fur la plus noble
matiere que l'on puft choiſir ,
& vous comprenez aisément
par là qu'elles doivent eſtre
fur les triomphes du Roy.
C'eft le celebre M' Boyer qui
les a faites , & le fameux M
Lambert qui les a miſes en
air. Si la matiere eft augufte,
les Ouvriers qui ont pris foin
de la mettre en oeuvre , ont
tous les talens qu'il faut pour
cela..
WITH
THI
GALANT. 267
AIR NOUVEAU.
Roiffez, Palmes , croiffez , Lau-
CRoiriers.
Louis pouffe fi loin fa gloire & fon
Empire ,
Que s'ilfaut couronner tous fes exploits
guerriers ,
A peine pourrez- vous fuffire.
Croiffez , Palmes , croiſſez , Lauriers.
Rameaux facrez d'éternelle verdure
,
Vous aurez tous un jour l'honneur
d'eftre cueillis
Par les vaillantes mains du Monatque
des Lis;
La Victoire vous en affeure.
Croiffez , Palmes , &c.
Z ij
268 MERCURE
Je vous envoye un Sonnet
qui en faisant la peinture d'un
habile Prédicateur & des utiles
effets qu'il produit par fes
Sermons , infinue agreablement
quelle efperance doit
eftre permiſe à tous ceux qui
ont cet admirable talent .
Sur un habile Prédicateur
de Paris.
Vand tu parles , la Chaire eft
dignement remplie ,
Q
Tu joins le faint Prophete au parfait
Orateur ;
Tu convertis l'Impie en charmant
l'Auditeur.
GALANT. 269
Ah! que ton éloquence eft chreftienne
&polie ?
2
L'Orgueïlleux qui t'écoute auffi toft
s'bumilie
L'Avare de fon or n'est plus adorateur
,
Et des Myfteres faints reverant lá
2 hauteur ,
Le Libertin fans for reconnoift fa
folic.
Ces prodiges frequens marquent ta
Miffion.
Tous tes difcours font pleins d'une
Sainte Onction ,
Et tu ne prefches rien que ce qu'on te
voit faire.
2
Que je ferois ravy de te voir mon
Prelat
Z
iij
270 MERCURE
Tu ne peuxjamais mieux remplir ton
miniftere ,
Mais paré de la Pourpre il auroit plus
d'éclat.
Nous fommes fi accoutumez
à entendre parler des
Prifes que les François font
fur les Anglois, & fur les Hollandois
, que cela ne nous paroift
plus extraordinaire . Cependant
c'est une chofe qui
sient du prodige , & jamais
progrés n'ont efté , ny
tinuels , ny en fi grand nom.
bre . Ce qui les rend encore
plus furprenans , c'est qu'ils
font faits par une feule Na.
fr conGALANT
271
tion , fur deux autres appliquées
à faire fleurir leurs Etatspar
la Navigation , au lieu que
la Marine n'eft confiderable
en France que depuis que le
Roy a pris feul le Gouvernement
de fon Royaume. Nous
avons fait pendant ce feul
mois de Novembre plus de
cinquante Prifes fur ces deux
puiffantes Nations , & nos Armateurs
ont obligé le Prince
d'Orange à mettre Pavillon
bas , lors qu'il a repaſſé en
Angleterre. Voicy comment
fe paffa la chofe . Ce Prince
partit de Hollande avec cing
Z iiij
272 MERCURE
Baftimens , & peu de temps
aprés il fe vit fuivy par quatre
moins confiderables
mais qui par leur contenance
fiere, & par leur manoeuvre
faifoient voir qu'ils avoient
quelque deffein d'attaquer .
bien qu'ils fuffent inferieurs
en nombre de Vaiffeaux , &
en forces. Le Prince d'Orange
demandafi on connoiffait
ce que c'eftoit que ees Baftimens,
& on luy répondit qu'ils étoient
commandez par le Capitaine
Barth, & que s'il vouloit , on
en détacheroit quelques uns pour
aller à eux ; mais bien loin d'y
GALANT: 273
confentir , il fit mettre bas le
Pavillon qu'il arboroit , afin
que fi le Capitaine Barth ſe
fentoit tenté de tout rifquer
pour un coup auffi glorieux
& auffi utile qu'auroit cfté
celuy de le prendre , il n'y cuſt
aucune marque qui puft faire
connoiftre dans quel Vaiffeau
il cftoit monté . Comme il eft
homme de fort grande précaution
lors qu'il s'agit de ne
point rifquer fa vic , il arriva
en Angleterre feulement étourdy
de la peur, & battu de
la tempefte. Aprés le chagrin
qu'il devoit fentir d'avoir fait
274 MERCURE
une fi malheureuſe Campa
gne , il avoit fujet d'apprehender
que les Habitans de
Londres ne le viffent pas de
bon oeil , la diminution de
leur commerce ayant toujours
augmenté depuis qu'il
eft monté fur le Trône d'Angleterre
; mais fès bons Amis
avoient pris des me fures pour
infpirer au Peuple des fentimeus
contraires à les intereſts,
& l'Evefque de Londres , avec
fes Creatures , ne parla que de
graces à rendre à Dieu d'avoir
confervé un fi grand Monarque.
Cet Evefque agiffoit pour
GALANT: 275
luy , parce que cette confervation
luy importe plus qu'à un
autre , & qu'il doit craindre
que le vray Roy d'Angleterre
ne rentre dans fes Etats , puis
que
devant toute fa fortune à
ce Monarque qui l'a élevé , il a
lieu de croite qu'il le puniroit
de fa trahison, fi fes Sujets venoient
à fe repentir de leurs
crimes . Voilà comme les Pcuples
font fouvent les dupes des
Particuliers élevez par la fortune
, qui ne travaillent que
pour eux mêmes , lors qu'ils
feignent de n'avoir que le bien
public en veuë. Le Docteur
276 MERCURE
Burnet , venu de Hollande
avec le Prince d'Orange , &
qui a trouvé un Evêché où il
auroit trouvé la punition de
les perfidies , a encore efté
du nombre de ceux qui ont
tout mis en ufage pour tromper
les Peuples, en leur marquant
que les obligations
qu'ils avoient au Prince d'Orange
, les devoient engager
à le feliciter fur fon retour.
Cependant il avoit fes
raiſons pour en ufer de la forte,
& quand on vọit dans les
Nouvelles publiques que toutes
les cloches ont fonné en
GALANT. 277
Angleterre en réjouillance de
l'hureux retour du Prince d'O
range , on ne doit pas croire
que le Peuple en foit plus fatis
fait de ce Prince , & que ces
marques d'allegreffe publique
l'empêchent de voir qu'il a
laiffe perdre Namur , & facrifié
les Anglois à la Bataille de
Steinkerke, où la plupart des
vicilles Troupes ont efté taillées
en pieces , & ruinées de
que celles qui
maniere
font reftées de ce Combat ,
ont bien refolu , fi elles pouvoient
une fois fevoir en Angleterre,
de ne plus retourner
278 MERCURE
en Flandre. Les Peuples de
Hollande , quoy que retenus
par leurs Magiftrats , ou gagnez
ou apprehendant la
puiffance du Prince d'Orange,
n'ont pu s'empefcher de témoigner
leur chagrin , de
voir que les Alliez n'ont
point fait de plus grandes
pertes en Flandre que depuis
que ce Prince s'eft mis à la
tefte de leurs Armées Jamais
ils n'ont vû tant de promeffes
& fi peu d'effers que depuis
ce temps- là . C'eft ce qui donna
licu à un Comedien d'Amfterdam
, de le jouer il y a
GALANT. 279
>
& ce
quelques mois , dans une Sccne
qui a fait beaucoup de
bruit en Hollande , & mefme
dans plufieurs Cours de l'Europe.
Ce Comedien reprefentant
un Valet difcouroit
avec fon Maiftre
qu'ils difoient rouloit fur les
moyens de vivre heureux dans
le monde , & fur ce qu'il falloit
faire pour parvenir à un
bonheur accomply . Aprés
avoir nommé bien des choſes
, le Valet conclut , qu'il
falloit , pour vivre heureuxseftre
comme le Prince d'Orange , qui
eftoit heureux fans rien faire
280 MERCURE
Ce trait Satyrique fit tant de
bruit , que pour fatisfaire ce
Prince on fut obligé de mettre
le Comedien en prifon.
Au lieu des louanges que les
Flateurs du Prince d'Orange
luy donnent , on pourroit
luy dire les Vers fuivans qui
ont efté faits par M Diere
ville.
Au Prince
d'Orange .
Rendre Namur , bombarder
Charleroy , Prend
Trois défaites dans l'intervale ,
Naffau , cette Campagne eft elle affez
fatale ?
Qu'en penfes- tu de bonne foy ?
GALANT. 281
Tulas veu de plus prés que moy ,
Et pourjuger des coups nul autre ne
t'égale.
Sont-ce-là des Exploits d'un grand
&puiſſant Roy ?
Et malgré ta Ligue infernale ,
Trouves-tu par ces faits que Louisfe
Signale ,
Et triomphe par tout de toy?
Si tu ne le vois pas , tout l'Univers
l'admire.
Tu devois partager son florissant
Empire
Entre mille& mille Envieux.
Quel chagrin va ronger ton coeur
ambitieux !
Retire-toy honteux d'une telle Cam
pagne.
I tes yeux..
Tu ne fçais que baftir des Chafteanx
en Espagne ,
Lorfque Louis en prend les Villes à
Nov. 1692.
A a
282 MERCURE
Comme j'ay commencé cer
Article , en vous parlant des
Prifes faites fur les Anglois
& fur les Hollandois , je dois
vous dire avant que de le finir, dele
que je ne vous entretiendray
point de toutes celles qui font
dans les Nouvelles publiques,&
que je me contenteray
de vous parler de quelquesunes
, dont vous n'avez pas
fçeu tout le détail .
Deux Fregates du Roy , l'une
commandée par M ' Hercule
de la Roche , & l'autre par
M ' le Chevalier de Chaulieu
qui croifoit vers le Cap de
GALANT 283
·
Gate , ayant trouvé un Vaif
feau Anglois venant du Levant
M de la Roche le
combatit feul , par ce que M
le Chevalier de Chaulieu étoit
fort éloigné ; & lors qu'il
cut effuyé la premiere dé
charge des Anglois , il l'aborda
, jetta deſſus une partie
de fon monde , & s'en rendit
maistre après trois quartsd'heure
de Combat. Le Capiraine
Anglois mourut de fes
, & quarante
Mate-
Jots furent tucz. La prife.cft
eftimée deux cens mille Ecus.
Ce Vaiffeau eftoit de quarante
Aa ij
284 MERCURE
Canons , dont il n'y en avoit
que trente de montez . M' de
la Roche n'eut que fix Soldats
tuez, & quinze hommes
bleffez , du nombre defquels
eft fon Lieutenant. Cette action
eſt des plus vigoureuſes,
& quay que Mr de la Roche
foit encore fort jeune , elle a
efté conduite avec toute l'experience
qu'un Capiraine con-
Tommé auroit pu faire voir
dans une pareille rencontre.
Le Roy luy a donné vingt
mille francs de gratification,
& a témoigné qu'il eftoit plus
content de fa valeur & de la
GALANT. 285
maniere dont ce Vaiffeau
avoit efté pris, que de la priſe
mefme.
M' de Bethune , Comman
dant le Vaiffeau l'Avanturier,
a pris un Navire Marchand
venu du Levant , dont la
charge eft cftimée cent mille
écus , quoy qu'elle ne foit
que de Raifin de Corinthe.
Il a auffi coulé à fonds un
Vaiffeau de Guerre qui l'ef
cortoit. Comme les Anglois
font grand cas du Raifin de
Corinthe , & qu'ils en mettent
prefques dans tout ce
qu'ils mangent, on affure que
286 MERCURE
le Maistre du Vaiffeau offre
une fomme confiderable pour
le rachepter , & il y apparence
que l'argent nous conviendra
mieux que cette forte
de Marchandiſe .
Je vous envoye un Journal
du mouvement des Anglois ,
depuis leur approche du Fort
Louis de Plaifance . Il eft du
Gouverneur meſme qui a eſté
afficgé.
L
24:
E du mois dé Septembre
169.2 . la Flote des
Marchands de France eftoit prefte.
de mettre à la voile
pour
`s'én
GALANT. 287
retourner, lors que j'eus nouvelle
que l'on avoit découvert une Efcadre
de cinq Vaiffeaux vers le
Cap de Sainte Marie , moüillez
dans l'Anfe du Pourchet , a cinq
lieuës d'icy. F'envoyay auffi- toft
une Chaloupe le long de la cofte,
pour m'aſſurer de la verité, &
connoiftre leur Pavillon . Les
Découvreurs me rapporterent
•qu'il eftoit vray, & qu'ils eftoient
à la voile, faifant route pour entrer
dans le Port de Plaifance ,
où ils mouillerent à la veuë le 15.
Il's appareillerent le 16. & Je mirent
en rade hors la portée du
Canon. Je fis le meſme jour un
288 MERCURE
détachement de foixante hommes
fous le commandemens de M' le
Baron de la Hontan , Capitaine
Réformé en Canada , quife pofta
dans un endroit où je ne doutay
point qu'ils ne miſſent pied
terre , fi leur deffein eftoit de
gagner la Montagne qui commande
le Fort-Louis , & d'où la
Moufqueterie auroit fort incommodé
noftre Batterie . Ils ne firent
aucun mouvement ce jour - là que
de mettre leurs Chaloupes à la
mer, & de fonder à la rade.
Le 17. ils tenterent la defcente
la Fontaine , avee un gros Détachement
conduit par leurs Cha-
Loupes,
À
GALANT 289
loupes , dans l'Anfe où nos Sol
dats eftoient embufqucz. Je ne
fçay par quelle avanture ilsfeeurent
queon les y attendoit,puis que
hors de la portée de noftre Moufquererie
, ils changerent tout à
coup de route , & tournerent la
prouë derriere un petit cap, où ils
jetterent avec précipitation des
hommes à terre , qui avant que
nos gens fuffent en estat de s'y
oppofer , mirent le feu dans le
bois , fe rembarquerent à la
hafte , croyant fans doute qu'un
embrafement general découvriroit
les poftes qui leur paro:f
foient dangereux à l'abordage.
Nov.1692.
Bb
290 MERCURE
Dans cet intervalle , aprés avoir
pourveu aux feuretez du dedans
de la Place ,jallay faire travail.
ler à celle des dehors , en faifant
conftruire une Redoute de pieux
fur le haut de la Montagne qui
commandoit nos Batteries . Le 18.
j'en fis dreffer une de quatre Ca
nons fur la pointe du Goulet , de
l'autre cofté de l'entrée du Baffin,
tant pour la rendre impraticable
aux Ennemis, quepour la défenfe
des Cables qui la traverſent, ce
qui les détourna , je croy ,
tenter le paffage.
dy
e mol
Pendant que je m'occupois
faire preffer les travaux , les
J
GALANT 291
" aiffeaux Ennemis défreflerent
leurs Hunters , faifant femblant
de vouloir avancer. Le vent étoit
à Oneft-fur- Ouest , temps à fouhait
pour entrer dans le Port .
mais ils furent plus retenus que je
ne m'attendois , car ils ne firent
aucune manoeuvre dangereuſe ,
que de promenerleurs Chaloupes
d'un bord à l'autre Sur le midy,
comme il en venoit une des leurs
au Fort fous le Pavillon François
, j'en fis nager une des noftres
au devant, portant mefme Pavil
lon , commandée par un Sergent,
pour fçavoir ce que l'on foubaitoit.
L'Officier Anglois qui la
Bb ii
292 MERCURE
commandoit demanda à estre
conduit devant le Gouverneur
de la Place , ce qui luy fut accor
dé les yeux bandez jusqu'à la
porte de ma chambre,felon l'ordre
guerre, Il me dit qu'il ve
de la
noit de lapart de MVVilliams,
fon General , pour me faire des
civilitez que ne pouvant
bien s'expliquer, il me prioitd'envoyer
un de mes Officiers à fon
Bord , où fon Commandant luy
feroit mieux entendre les chofes
qu'il ne pouvoit faire
ayant un Capitaine de Navire
& plufieurs Matelots , il pourroit
entrer en quelque accommo
qu
GALANT. 293
P
dement pour les retirer. Cela m'obligea
d'envoyer le Sieur Coftebelle
, Lieutenant de la Compa- .
gnie du Sienr Paftours accompagné
de M de la Hontan , à
leur Amiral . pour répondre à fon
honneftetés tâcher de découvrir
leurs forces & leur deffein . L'ar
mement du Vaiffeau ne leur fut
point caché. On les fit promener
dans toutes les Batteries , & aprés
des complimens reciproquess
n'ayant point d'autres ordres que
defatuer de ma part le Commandant
ils revinrent au Fort-
-Louis ; où eftoient reftez jusqu'à
Aeur retour , l'Envoyé , & un
1
Bb iij
294 MERCURE
1
autre Officier de l'Eſcadre Angloife
; avant que de fe rem
barquer , ils me dirent qu'ils avoient
ordre de leur General de
me faire fçavoir en prenant congé
de moy qu'ils eftoient envoyez
de la part du Roy Guillaume ,
pourfe rendre maiftres de la Pla
ce , me fommoient de la ren
dre , fans quoy ils eftoient refolus
de l'infulter vivement au pre
mier temps favorable. Je leur
répondis que j'estois trop bon Su
jet du Roy mon Maistre pour
faire une telle lâcheté , qu'ils n'a
voient qu'à m'attaquer vigoureuſement,&
que je me défendrois
GALANT 295
de mefme. Le Sieur de Coftebelle
" m'informa des forces de cet Amiral,
nommél Álbans, portant fois
xante & deux Canons , la Batterie
baffe de dix-huit livres de
balle , de douze livres fur le premier
pont, & de huit à fix livres
fur le Chasteau de derriere . Il y
avoit deux autres Vaiffeaux ,
nommez le Plimouth & la Galere
, d'égale force , une Fregate
dont l'armement n'eftoit pas fix
confiderable , & une Flute de
vingt-huit Canons . Les Envoyezretirez
de part & d'autre,
j'allay preffer les travaux des
dehors de laPlace , laiffant ordre
Bb iiij
296 MERCURE
d'e
&
An Commandant des Troupesi
'envoyer aux fafeines, de ramaffer
les Bariques vuides des
Habitations . de les difpofer
fur noftre Place d'armes pour
faire de nouueaux retranchemens,
Supposé que les Ennemis rafaf
fent nos retranchemens, qu'ils
voulant tenter une defcente
fur la bréche.
Le 19. les
Affiegeans qui
croyoient n'avoir à prendre
qu'un feul pofte , découvrirent
dans la fuite , qu'il y en avois
trois differens , fçavoir celuy de
la Redoute , celuy des batteries
du Goulet , noftre Place d'ar
GALANT 297
mes où efoient renfermées nos
plus confiderables forces. Le
mefme jour à fix heures du marin
, l'Amiral mitflamme d'ordre,
defrefla fon petit Hunier , fit
porter des ancres à touër , &
balla fur le Greflin à la portée
w
du Canon . Pendant cette máneuvre
, ils nous renvoyerent
une Chaloupe , queje fis prévenir
d'une des noftres. L'Officier que
j'y envoyay s'eftant joint avec
celuy des Anglois , me rapporta
qu'il luy avoit feulement dit ,
que fi on vouloit parlementer
pendant ou aprés le Combat
jeuffe à biffer un Pavillon rou298
MERCURE
ge. Cela mefnrprit d'autantplus
que je neluy avois répondu qu'en
homme qui ne vouloit entendre
à aucune compoſition , me trou➡»
vant en eftat de leur en faire rechercher.
"
L'Anglois s'eftant rendu à font
Bord je n'attendis pas qu'ils
fuffent les premiers à infulter
le Pavillon François ; je fis faire
feu de toutes nos batteries fur le
leur. L'Amiral ne tarda pas à
nous répondre. Leur feu fut de
la derniere violence , pendant
quatre ou cinq heures , & le nôv
tre plus mediocre , voulant ménager
noftre poudre, leurfaire
&
GALANT. 299
"
confumer la leur , mais nous ti
rafmes nos coupsfi àpropos, qu'en
fix heures de combat , nousfifmes
arriver leur Amiral , & fe re
tirer hors de Ligne. Nous nous
wifmes prefque réduits à noftre
derniere gargouffe de poudre,
à mettre à prix les boulets des
Ennemis que je fis ramaffer au
tour de nos Remparts , & dans
les maisons qui en ont efté toutes
criblées. On peut juger par là
de l'extremité où nous nous ferions
trouvez , fi les Ennemis
s'eftoient opiniaftrez fous nos
remparts . Le fecours des Vaiffeaux
Marchands efloit faible
300 MERCURE
de ce cofté- là , mais pour ce qui
eft des Capitaines , ils ont donné
leurs foins dans tout ce que je
leur ay marqué eftre de befoin
pour le fervice du Roy. Tis fe
font affaiblis fans contrainte de
leurs équipages , & d'une bonne
volonté ,fans autre intereft que
de leur confervation er de celle
de la Place. Ils me donnerent fix
vingts-hommes de renfort , plus
propres à la verité aux travaux,
qu'à la guerre , mais la prefence
de leurs Officiers dans les batteries
fit que noftre Canon fut fervy
comme je lefouhaittors .
Le Vice- Amiral tint meil
GALANT 30%
K
leure contenance , & ne se retira
que long- temps aprés que le
bruit du Canon eut finy par les
derniers coups que je fis tirer , në
croyant pas qu'un armement fi
confiderable n'euft que deux mil
le coups à tirer. Je ne doute point
qu'ils ne reviennent à la charge.
Fe fis inceffamment travailler à
raccommoder les embraſeures incommodées
, les dehors des
remparts qui s'eftoient un peu
éboulez en quatre endroits , &
en cinq ou fix heures de temps
nous fufmes mieux que le jour
précedent par l'augmentation des
embrafeures que je fisfairefur la
303 MERCURE
face oppofee à leursforces. Nous
n'avons eu en cette occafion que
cing hommes hors de combat. Le
plus grand defordre a efté dans
les maifons particulieres . Il n'y
avoit heureusement perfonne,
ayantfait fortir les Femmes du
Fort chaque Habitant &
eftoit à leurs postes avec une fer
metéde bons Sujets du Roy. Le
20. ilfe fauva du Bord de l'Amiralun
Pilote François Prifonnier,
qui vint à la nage aborder prés
du détachement
que j'avois pofté
du coté de la Fontaine. M de
la Hontan qui y commandoit ,
le fit conduire au Fort. Par les
GALANT
303
Interrogats que je luy fis fur ce
qu'il avoit pu apprendre des équi
pages je connus que l'Envoyé
des Ennemis ne m'avoit rien dit
d'éloigné de la verité , touchant
le Combat naval de la Manche.
Il me parla de leurs deffeins , où
il avoit remarqué de grandes irrefolutions
, depuis qu'ils avoient
reconnu nos forces , qu'ilsfe contrarioient
extremement dans le
party qu'ils avoient à prendre
pour se rendre Maistres de la
Place qu'il falloit qu'ils
euffent esté bien mal traitez ,
parce que les équipages grondoient
fort de leur entrepriſe .
304 MERCURE
Voilà tout ce que j'en tiray de
rai-femblable , avec la precaution
qu'ils avoient obfervée
en fe feparant de leur Armée,
de cacher leurs ordres à tous les
Ennemis. Quant au nombre de
leurs Morts de leurs Bleffez
il luy avoit paru un Quartier-
Maistre de confideration de tué,
quatre Matelots auffi tuez, &
dix hors de combat . Les differens
bois que la Marée a jettez
fur noftre Grave , ne laiſſent pas
douter qu'ils n'ayent efté maltraitez.
Je n'aypoint eu connoiffance
de la perte de leurs autres
Vaiffeaux.
GALANT 305
Le 21. nous apperçumes qu'ils
viroient fur leurs ancres , & que
à pic , le vent au
les ten
Nordeft , ils vouloient s'éloigner
de nous ce qui nous parut an
moment qu'ils allerent avec leurs
Chaloupes brûler les Habita
tions de la Pointe Verte à une
lieuë d'icy, qui leur auroient coû
té cher , fi pendant la nuit precedente
une pluye effroyable n'avoit
arreflé le gros Detachement
que j'y envoyois pour les deffendre.
La route qu'il faut tenir
par les Bois eft fi peu frequentée,
qu'il euft efte impoffible que des
gens armez s'y fuffent rendus
Nov.1692.
Cc
306 MERCURE
en eftat d'attaquer les Ennemis.
Voila où a finy leur entrepriſe ,
dans le temps que je m'attendois
à les recevoir à la breche ,
la meſme reſolution que je les ay
receus fous le Canon de la Place,
dont Sa Majesté a bien voulu
m'honorer du Commandement
&
de la garde fidelle.
=
Vous avez ouy parler de l'atta
qne d'un des Fauxbonrgs d'Huy
par un Party de Namur , mais le
détail n'en ayant encore paru dans
aucune Nouvelle publique,je croy
que je vous feray plaifir de vous
l'apprendre.
Mr de Guifcar ayant appris que
le Comte de Serclas avoit fait
loger deux Compagnies de DraGALANT
307
gons & cinq d'Infanterie dans le
Fauxbourg de Stat , qui eft éloigné
de Huy d'environ une petite portée
de Canon , & fitué entre
un grand rocher efcarpé & la
Mehagne , & dans le Conflant de
cette riviere & de la Meufe ; &
eftant auffi bien informé que les
Ennemis gardoient foigneufement
le haut de ce rocher & la tefte
du Fauxbourg , ainſi que le coſté
de la montagne , mettant feulement
un Bioüac de huit hommes
pendant la nuit fur le bord de la
Meufe , parce qu'ils croyoient que
la profondeur de la riviere en cet
endroit les mettoit hors d'état d'être
attaquez , il ſe détermina à enlever
ce quartier, & pour cet effet,
il commanda l'onzième de ce mois
au foir , aprés les portes de Na--
Ccij
308 MERCURE
"
nur fermées , trois cens Grenadiers
, & Fuzeliers , & doubla les
Officiers fubalternes , & les . Sergens
, mais fans envoyer ny Licutenant-
Colonel , ny Capitaines ,
afin d'en donner le Commandement
à M. de Vrans , Capitaine .
d'une Compagnie- Franche , dont
la valeur & la capacité luy étoient
connues , & qui ayant demeuré
longtemps à Huy, feavoit quelle
étoit la fituation du Faubourg,
qu'il s'agiffoit d'attaquer. M. de
Guifcar fit donner à chaque Soldat
de la poudre & du plomb ,
pour tirer dix coups , & leur ayant
dix.coups ,
fait prendre auffi cent Grenades.
& trente haches , il les fit embarquer
fur fix petits Bateaux couplez
de deux en deux. Ils partirent
fur les dix heures du foir , &
GALANT. 309
J
K
M. de Guifcar marcha en mefime:
temps avec fix cens chevaux &
Dragons , menant avec luy des
Bateliers, & les chevaux neceffaires
pour faire remonter ces Bareaux
, quand l'expedition •qu'il·
avoit refoluë feroit achevée. Il ar
riva fur les trois heures du matin
à un quart de lieuë du Faubourg
S de Stat , où il fit alte pour attendre
le commencement de l'action ,
mais le jour parut fans qu'il enstendift
aucun bruit, ce qui luy fit
croire que quelque inconvenient
ayant arrefté fes Bateaux , les ,
avoit empefchez d'arriver à l'heure
qu'il s'eftoit propofée . En effet ,
ils s'eftoient engravez , & ce Comtes'eftant
approché avec une petite
troupe de Carabiniers & une
autre de Dragons, vit commencer
C
3io MERCURE
L'affaire à trois quarts d'heure de
jour. Cela n'empefcha pas que
le Faux-bourg ne fuft forcé . On
y prit un Capitaine de Dragons,
& cinq Officiers fubalternes , avec (
prés de foixante chevaux , & l'oner
fit foixante & dix Prifonniers , Ilval
y eut beaucoup d'Ennemis rulez
dans le Corps de Garde , où ils
firent quelque réfiftance , & dans
les maifons . Comme il fortoit
des Fuzeliers de la Ville d'Huy
qui incommodoient nos gens
de
deffus les hauteurs , Mr de Guif
car fit avancer des Carabiniers &
des Dragons , pour les contenir .
Il ne perdit point de temps pour
faire remonter les batteaux , & fit
mettre le feu aux maifons du
Faux -bourg , quand le pillage
fut achevé , aprés quoy il renvoya
GALANT. zire
3II
la Cavalerie par le mefme chemin
qu'elle eftoit venuë , & fuivit l'Infanterie
le long du bord de l'eau ,
les Carabiniers , & le Regiment de
Dragons de Grammont. Il s'ar
refta vis -à-vis le Village de Selayen
, pour faire enlever les par
liffades qui y eftoient demeurées
depuis l'affaire nous y que nous y eûmes
il y a environ trois mois , & il les
fit reporter à Namur , de forte
que les Ennemis n'ont pas profité
du feul avantage , quoy que mediocre
, qu'ils ont eu pendant la
Campagne. Nous n'eufmes que
huit ou dix Soldats tuez & bleffez
en cette occafion. Mr de S.
Martin qui eftoit un des meilleurs
& des plus habiles Partiſans , fute
du nombre des tuez .
es
La Maifon de Chantilly eft fi
312 MERCURE
belle, & Monfieur le Prince toû
jours ingenieux à inventer des divertiffemens
, en fait trouver le fejour
fi agréable à ceux qui vont
fe promener dans cette délicieuſe
Maifon , qu'il eft impoffible d'y
avoir efté fans qu'on ait envie d'y
retourner. C'est ce qui fait que
Monfeigneur le Dauphin s'y
plaift. Il y a paffé trois jours ce
mois-cy avec Monfieur le Duc ,
Monfieur le Prince de Conty, &
Monfieur le Duc du Maine. Pendant
ce temp -là , les plaifirs ont
fuccedé les uns aux autres. La
chaffe a efté heureuſe , la bonne
chere complette , & la joye toujours
fort grande . Il ne faudroit
pas connoiltre Monfieur le Prince
pour en douter, Monfeigneur
palla par Paris à ſon retour , &
ρ
.
8
alla
GALANT. 313
alla voir l'Opera de Phaeton qui
n'avoit point efté joué depuis plu
fieurs années , & qui parut avec
de nouveaux embelliffemens . Il
fut extrémement applaudy , tant
pour la Mufique de Mr de Lully
dont on ne fe peut laffer ,
laffer , qu'à
caufe de la magnificence des Décorations
& de la beauté des habits
. Je ne puis m'empefcher de
vous dire , en vous parlant des
plaifirs , que les Comediens François
, jouent une Comedie noùvelle
, intitulée , Les Femmes à la
Mode dont le fuccez eft tresgrand
, & les allemblées nombreuſes
; rien n'eft plus vif , ne
divertit davantage , & n'entre
mieux dans le gout du fiecle.
Je vous ay deja parlé de la reception
faite à Thouloufe à M. le
Νου . 1692 . Dd
2
314 MERCURE
Prince de Danemark . M. le Mar
quis de Sourdis ne l'a pas moins
bien reçû à Bordeaux , & ce Prince
a paru en eftre fort fatisfait.
M. Begon n'a rien oublié pour le
bien recevoir à Rochefort , &luy
avoit preparé un magnifique fou
per à fon arrivée. Il devait eftrei
fervy fur deux tables , à l'une defquelles
on n'avoit mis que le fau
feuil & le couvert de ce Prince.
L'autre table ne devoit eftre remplie
que de Dames , mais comme
il joint à beaucoup de galanterie ,
beaucoup de civilité & d'honnefteté
pour elles , il fe mit à leur table,
entre les deux Filles de M.Begon.
Il feroit impoffible d'exprimer a
vec quelles manieres nobles & ga
lantes , ce Prince a
tes les Villes où il a paflé . Il étoit
paru
dans tou
GALANT
315
encore à Angers il y a quelques
jours , & il y a fait un fortlong fejour.
On l'attendoit de là à toute
heure en cette Ville , & peut-eftre
méme qu'il y eſt preſentement arrivé.
M. le Marquis d'Amfreville ,
Lieutenant General des Armées
Navales du Roy , mourut à Vincennes
au commencement de ce
mois , chez M. le Maréchal de Belfonds
, dont il avoit épousé l'une
des Filles. Il n'avoit que cinquante
ans , & s'étoit trouvé à beaucoup
d'actions d'éclat dont il étoit toùjours
glorieufement forty , & avec
un applaudiffement general. II
étoit fils d'une Soeur de M. le
Maréchal de Belfords, & eft mort
avec beaucoup de fermeté & une
refignation veritablement chrê-
Dd ij
tienne.
316 MERCURE
Quoy que Mr Cavallerini,
Nonce du Pape , foit à Paris depuis
un affez long- temps , & qu'il
ait eu plufieurs audiences fecrettes
du Roy, il n'a fait fon entrée publique
que fur la fin de ce mois ,
ce qui marque la parfaite intelligence
qui fe trouve'entre la France,
& la Cour de Rone , puifque
fi elle n'eftoit pas entiere , cette
Entrée auroit pû eftre reculée fi
long temps , qu'on n'en auroit
plus parlé , mais cela n'eftoit pas
à craindre fous le Pontificat d'un
Pape fi pieux & dont le Miniſtre
eft fi fage . Je ne vous dis rien des
Cérémonies que l'on y a obfervées
, puis qu'elles ont efté pareilles
à celles dont je vous ay fait
fouvent le détail dans de ſemblables
occasions. Le compliment
que Mr le Nonce fit au Roy , fut
GALANT.
317
fort à la gloire de 5. M. & comme
le Roy a remboursé le prix des
Charges de fes Aumôniers , qu'il
n'a plus voulu laiffer venales , afin
d'avoir la liberté d'en pourvoir
les perfonnes diftinguées par un
vray merite , & que le Pape a
auffi remboursé les Clercs de
Chambre pour les mefmes raifons
, Mr le Nonce dit au Roy ,
Que Sa Sainteté l'avoit imité , en
empefchant la venalité des Charges.
des Clercs de chambre qui conduifoient
au Cardinalat , de meſme que
Sa Majefté avoit empefché celle des
Charges d'Aumôniers qui menoient
à l'Evefché ; à quoy il ajoûta , que
le Pape afoin des Pauvres qu'il fair
renfermer, de mefme qu'afait le Roy,
fi- toft qu'il a commencé à gouverner
par luy-mefme.
Dd iij
318 MERCURE
Depuis quelques années , l'un
des deux Regens de Rhetorique
du College de Louis le Grand ,
prononce quelques jours aprés
Fouverture des Claffes , un Panegyrique
du Roy. Le Pere Jouvency
a eu cet avantage celle- cy , & a
receu de grands applaudiffemens
d'une illuftre & nombreufe Affemblée.
Mrle Nonce s'y trouva,
& le Pere Jouvency luy adreffa la
parole. Le fujet de fon Diſcours
eftoit , que la Vertu a plus de part
que la fortune dans tout ce que le.
Roy fait de grand. Mr le Nonce le
felicita aprés cette celebre action,
& fit voir la beauté de fon genie,
& la vivacité de fon efprit , en mêlant
dans ce qu'il dit deux Vers
Latins à la gloire du Roy , qui ne
pouvoient eftre regardez que com
GALANT. 319
me un in promptu , par le rapport
qu'ils a
qu'ils avoient à l'Eloge qui venoit
d'eftre prononcé.
Le Mercredy d'aprés l'ouverturedes
Audiences du Parlement,
il fe fait l'apréfdînée de nouveaux
Difcours, aufquels le nom de Mercuriale
eft demeuré, quoy qu'il ne
s'en faffe plus, ces Difcours eftant
prefentement plûtoft des Eloges
que des Remontrances. Mr le
Premier Prefident les ouvre & les
ferme , & Mr le Procureur General
en fait un entre ceux de Mrle
Premier Preſident , qui adreffe
dans le premier la parole aux
Gens du Roy. Mr le Procureur
Generaly répondit avec beaucoup
d'éloquence & d'érudition , & fit
de tres-beaux portraits , pour reprefenter
les Magiftrats tels qu'ils
Dd iiij
320 MERCURE
doivent eftre. Il n'oublia pas ce
luy du Roy , qui par lajustice qu'il
rend à tout le monde , leur
enfeigne de quelle maniere il
la faut rendre. J'aurois encore
beaucoup de chofes à vous dire de
Mr le Premier Prefident , mais
vous en ayant déja parlé , la mo
deftie de ce grand & illuftre Magiftrat
m'empêche de vous en rien
dire davantage .
•
Mr l'Abbé de Louvois voulant
rendre la Bibliotheque du Roy
utile au Public , a réfoulu de l'ouvrir
deux jours de chaque femaine
à tous ceux qui voudront y venir
étudier. Il a déja commencé , &
il regala d'un magnifique repas
plufieurs Sçavans le jour de cette
ouverrure . Ce que je vous ay
déja dit plufieurs fois de cet Abbé
GALANT.
32I
S ne devoit pas vous en faire moins
attendre .
Voicy les noms de ceux qui ont
expliqué l'Enigme du mois paffé
fur le Corbillon de l'oublieux , qui
en eftoit le vray fens . Mrs. Bonnard
de l'Hôtel du Quesnoy Place
Royale ; de la Simonniere de la rue
de la Mortellerie ; M. Viart de la
ruë S. Dominique , Fauxbourg S
Germain de Gaye ; Chatton &
le VVert d'Avignon ; Duval & fon
amy Pillet de la rue S. Honoré ,
Coquebert ; de Vaillou de la Foffe
de Nantes ; C. Hutuge d'Orleans ;
l'Enfant rouge
du quartier S. Antoine
; le Pelerin de Nanterre ;
l'Avocat travesty du cloître S.Jacques
de la Boucherie ; les deux
uniformes de la rue des Noyers ; le
Neveudes deux Veuves heureu322
MERCURE
Tes ; J. D. C. du Vaux & fon accordée
le grand Thervobal ; l'Amant
conftant fans efperance ; le Chevalier
de la Rofe blanche du Fauxbourg
S. Jacques ; l'engageant
Blondin de la ruë de Buffy ; l'Amy
de la plus belle Veftale de Brie ;
l'Amant de la Belle affligée de la
grande ruë de Houdan . Mefdemoifelles
Bailly ; la jeune & charmante
Charlotte , mon petit coeur
m'appellez- vous ; les deux Engageantes
du Quay des Auguft ns;
la charmante Madelon du grand
Change d'Avignon ; la nouvelle
focieté de l'Academie du Jardin
de Lion .
L'Enigme nouvelle que je vous
envoye eft de M. de Boiffimon.
-
GALANT 323
22552522222252225
ENIGME.
l'ordre de ma destinée
Penefers qu'unefois l'année ,
Pj
Quoyque mon fecoursfoitpuiffant ;
Mais dans ce temps on me donnefans
ceffe ;
A me remplirchacun s'empreſſet,
Sans demanderje fuis preßan .
Je rens autant que l'on me donne ,
Mes largeffesfont qu'on entonne
Autour de moy des airs joyeux ,
Et quelque chofe qui vaut mieux.
2
Sil'on me me traite pas bien ,
Je me plains quelquefois , &jamais.
ne dis rien :
324 MERCURE
Seulement , je rends de la peine ,
Accux qui me donnent la gefne.
2
Quoique je fois de dur temperament,
Je nefuis fait ny de fer, ny depierre
Et non jolide fondement
N'eft pas d'un pied avant en terre.
L'Empereur ayant fait demander
de l'argent au Pape , pour
foutenir la guerre contre les
Turcs , Sa Sainteté a fait réponſe,
que lars que Sa Majesté Imperiale
auroit rompu l'alliance qu'elle a aver
le Prince d'Orange , & qui eft fi pré.
judiciable à la Chreftienté , Elle recevroit
plus d'argent de luy , qu'au
cun de fes Prédeceffeurs n'en avoit
jamais donné pour de pareilles
guerres.
1
GALANT: 325
Si la place ne me manquoit pas,
je vous entretiendrois des quarante
- quatre nouvelles Prifes ,
dont vous avez déja oüy parler,
mais je me contenteray de vous
dire aujourd'huy , que ces dernieres
achevent le nombre de
quatre - vingt- onze , qui ont eſté
faites dans le cours de ce mois .
Les Ennemis , aprés nous avoir
laiffé fortifier tranquillement
Chaffelet , Thuin , Valcour ; &
Farciennes , pour brider Charleroy
, ont affiegé Chaffelet , &
levé le Siege prefque auffi - toft ,
ayant appris que Mr de Bouflers
marchoit pour fecourir la Place,
Je fuis voftre , &c.
AParis , ce 30. Novembre 1692 .
5 ZESSSS2 E22222255
TABLE.
Relade.
Pre
Priere pourle Roy.
ΙΟ
Difcours du Prince d'Orange aux Etats
avant que departir de la Haye . 13
Ode de Mr l'Abbé de Maumenet.
Article curieux nouveau.
16
24
Hiftoire envoyée à l'Auteur du Metcure.
Le Poëte en couche.
64
Ce qui s'eft passé à l'aſſociation de
Academie Françoise avec celle de
<
Nifmes.
Idille.
129
143
Sonnet à Monfieur le Duc de Chartres
fur faCampagne de Flandre. 193
Difcours fair au Roy, par M. l'Evef
que de Nifmes, en luy prefentant
TABLE.
les Députer des Etats . de Langué-
157
doc.
Difcours fait à Monseigneur le Dauphin
, par le mesme Prelat. 167
Benefices donnez par le Roy. 172
Ambaffadeurs Extraordinaires nom.
mez par le Roy, 179
Stances. 183
Madrigal.
185
Requefte.
187
Ceremonie faite à Niort.
188
La maison réglée.
196
Autre Hiftoire. 198
Ouverture duParlement. 228
Ouverture de la Cour des Aides. 232
Quverture des Audiences du Parle-
237
¡ ment.
Montres d'une nouvelle invětion.242
Livres nouveaux debitez par le sieur
Brunet.
253
Lotterie où l'on peut mettre , quoy
TABLE.
que tirée.
261
Sonnet furun habile Prédicateur. 268
Prifes faites fur les Énnemis , avet
d'autres particularite curieufes
touchant le Voyage du Prince d'orange
en Angleterre , &fon paſſage
30
270
280
Vers adreffez à ce Prince.
Journal du mouvement des Anglois
depuis l'approche du Fort-Louis de
280
Détail de l'attaque & de la prife du
Plaifance.
Faubourg de Stat. 306
Monseigneur va ebaßßer à Chantilly.
Reception faite à ce Prince. 31r
Opera. 313
313
Comedie.
Reception faite à Mr. le Prince de
Dannemarc , en plufieurs Villes du
Royaume.
Mort de M. le Marquis d' Amfreville.
313
315
TABLE.
Entrée de Mr le Nonce &Son Com-
316
Panegyrique du Roy , prononcé par le
pliment au Roy.
Pere Fouvency.
Mercuriale.
Sçavans regalez.
Enigme.
Nouvelles de Rome:
Frifes nouvelles.
Nouvelles de Flandre.
Ein de la Table.
Novemb .
1692. Ecc
318
319
320
321
324
325
325
JJAT
Avis pour placer les Figures.
La Medaille doit regarder la
page 175 .
L'Air doit regarder la page 167
511
m
1692.11
m
Eur. 511 16 92,11
Mercure
<36624511550018
<36624511550018
Bayer. Staatsbibliothek
3?
MERCURE
GALANT
DEDIE A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
NOVEMBRE 1692 .
A.
PARIS ,
GALERIE-NEUVE DU PALAIS.
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant au
premier jour de chaque Mois , & cn
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
8
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie.
E: MICHEL BRUNET , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC. XCII.
AVEC PRIVILEGE DU ROr,
Bayerische
Staatsbibliothek
München
Q
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toujours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Memoires dont on ne fe peutfervir.
On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , ég
l'on employera tous les bons Ouvra
ges à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent , &fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'epfort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite
prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'ilfoit arrivé dans
AVIS,
par
kes Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il est imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce..
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet , puis qu'il fe charge de faire
lespaquets luy-mefme & de les faire
A iij
AVIS.
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Par
ticuliers que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe gene-
2
ralement de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pourcela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout licu d'estre
content.
MEREVRE
GALANT
NOVEMBRE 1692.
L
ES grandes actions,
les vertus éminentes,
la profonde érudition
, & generalement tout
ce qui fait briller les Perfonnes
diftinguées, ne manquent
jamais d'admirateurs ; & quelle
A iiij
8 MERCURE
que foit l'injuftice & la ma
lice des hommes , le vray
merite leur arrache toujours
des loüanges , plus ou moins,
felon le prix & l'éclat des chofes
qui attirent l'admiration .
Ainfi il ne faut pas s'étonner
file Roy eft fans ceffe loüé
dans tous les Pays du monde,
non feulement par les Nations
Amics , mais mefme par
celles qui ont pris les armes
contre luy. Plus on examine
les qualitez extraordinaires
qui le rendent le plus grand
de tous les hommes , plus on
demeure perfuadé que le Ciel
GALANT. 9
a pris plaifir d'affembler en
luy routes les vertus Politiques
, & Morales , & comme
il les fait briller infiniment
plus qu'aucun des Heros qui
ont paru dans les autres fiecles
, on s'eft attaché depuis
fon regne à chercher des manicres
nouvelles de donner des
loüanges , & le pur zele qui
anime tous les Sujets de ce
Prince eftant foutenu par la
verité , ils en fatisfont les
mouvemens en adreffant fouvent
des Prières au Ciel pour
la confervation de fa Perfonne
facrée. Je vous ay déja fait
10 MERCURE
part de ces Prieres , & je vous
en envoye aujourd'huy une
nouvelle .
PRIERE
Des bons Sujets de LOUIS
LE GRAND , Roy
Tres. Chreftien .
Que le nom de LOUIS LE
GRAND foit loüé &
honoré de fes Sujets.
Or des fiecles , immortel
& invifible , qui voulez
qu'on rende à Cefar ce qui eft à
Cefar , donne , je vous fupplie,
des lumieres à mon entendement,
GALANT. II
des paroles à ma bouche , afin
qu'après avoir compris les merveilles
qui font renfermées dans
le nom de LOUIS LE
GRAND , je puiffe publier
qu'il n'eft pas moins au deffus
des plus puiffans Monarques ,
par les perfections dont vous luy
avez fait part, que par la dignité
du Sceptre que vous lug
avez mis entre les mains ; que
vous l'avez choisi pour rendre
voftre puiſſance plus vifible aux
hommes , de mesme que vous leur
rendez par le Soleil voftre fecondité
plus fenfible ; que de tous
les Princes il eft l'Image la plus
12 MERCURE
le
fenfible de vos perfections , le
Vaiffeau le plus pur de cette Sageffe
dont vous eftes la fource
inépuifable , &
rayon le plus
éclatant de vos lumieres , à la
faveur defquelles il regle fes actions
, attire fur fes Sujets la
felicité dont ils jouiffent. Mais ,
Seigneur , comme les plus éloquens
ne font pas capables de
donner des éloges qui répondent
à la
grandeur du nom du premier
Prince du monde ,
permettez
que les productions de fa
puiſſance & de fa fageſſe foient
autant de bouches qui publient
que vous avez mis plus partiGALANT.
13
culierement en luy qu'en tout
autre Monarque , le Trône de
vos grandeurs , de mesme que
vous avez mis vostre mis vostre Tabernacle
dans le Soleil , pour les faire
admirer davantage , en les rendant
fi dignes d'admiration en
l'une de vos Creatures-
Si les Ennemis du Roy n'en
parlent pas avec un zele auffi
vif , les plus irreconciliables
ne laiffent pas de convenir de
fa paiffance , qu'ils voyent avec
admiration , & rien ne
devant paroiftre plus fincere
que ce qui fort là - deffus de la
14 MERCURE
bouche d'un Ennemy , on a
tout fujet de croire le Prince
d'Orange , qui en prenant
congé des Etats , leur a dic
publiquement , qu'il avoit mis
ious fes foins pour abaisser la
France , mais que fa fuperiorité
avoit efté caufe qu'il n'en avoit
pu venir à bout. Il n'y a rien
qui foit plus à la gloire
du Roy , que de le faire voir
fuperieur à toute la Ligue , &
comme elle doit eftre beaucoup
plus puiffante que la
France feule , il faut que l'in.
telligence, la conduite, la pru
dence , & la valeur de ce MoGALANT.
IS
narque fuppléent pour refifter
au torrent d'Ennemis , que fa
grandeur , fes vertus , & l'envie
luy ont fufcitez . Le Prince
d'Orange ajoûta dans le meſme
difcours , que fi Dieu n'avoit
pas voulu qu'il vinft à bout
de fes entreprises , c'estoit parce
que leurs pechez n'eftoient pas
diminuez. Je veux croire qu'il
a parlé jufte , mais on ne peut
douter auffi que c'eſt parce
que Dieu protege celuy qui
s'eft déclaré Protecteur de la
veritable Eglife , fans avoir
voulu faire attention aux raifons
humaines qui auroient
16 MERCURE
1
pû l'en détourner , comme
font aujourd'huy des Princes
Catholiques, qui par des confiderations
purement politiques
, aprés avoir travaillé à
détruire leur Religion dans
un floriffant Royaume , & à
mettre fur le Trône celuy qui
ne cherche qu'à l'ancantir ,
élevent encore aux plus hautes
dignitez ceux qui ne peuvent
occuper ces poftes que
pour travailler à l'accroiffement
d'une Religion entierement
oppofée à la Catholique.
Je paffe à l'Eloge d'un Prince
GALANT. 17
5
qui a fait connoistre dés fa
premiere Campagne , qu'il fcroit
un jour un des plus fermes
appuis de l'Etat , & de la
veritable Religion qui reçoit
aujourd'huy de fi fenfibles
5 coups de tant de Princes Catholiques.
Cet Eloge eft de
M ' l'Abbé de Maumenet ,
dont je vous ay parlé plufieurs
fois à l'occafion des
Prix qu'il a remportez en diverfes
Academics . Il eft adreffé
à fon Alteffe Royale Madame ,
fur le retour de Monfieur le
Duc de Chartres.
.
Novemb.1692. B
18 MERCURE
232525:252525SZSZS5
ODE.
Ith
L revient, Augufte Princeſſe,
Ce Fils fi digne d'eftre aimé,
Et voftre coeur, plein de tendreffe ,
Pour les jours n'eft plus alarmé.
Le Dieu qui préfide aux Batailles,
Et qui parmy les funerailles
Soutient le bras de nos Guerriers ,
A pris foin de fa destinée ,
Et deux fois en moins d'une année
Acouvert fon front de Lauriers.
$
Ah ! que cette ardeur magnanime s
Qu'écoute trop fon jeune coeur ,
En luy meritant vostre estime,
Remplit voftre ame de frayeur !
En vain dans leur habit de gloire,
GALANT. 19
5
Vous vites Mars & la Victoire
Flaterfon efpoir& vos voeux ;
L'amour, les yeux baignez de larmes,
Put-il vous cacher les alarmes
D'un choc terrible & dangereux ?
2
Ily paroift , cejeune Alcide,
Et plein d'un genereux tranſports
Il vale où le plomb homicide ,
Porte le defordre& la mort.
Sous un nuage de fumée ,
Qu'éleve la poudre enflammée,
Bellone le cache à mes yeux ,
Et dans cette horrible tempefte,
Ce Grand Prince que rien n'arrête,
Voir couler fonfangglorieux,
S
Toutefois la noble affurance
Qui le retient au Champ de Mars,
Sollicite encor fa vaillance
▲ chercher de nouveaux hazars ,
Bij ·
20 MERCURE
Semblable aux Heros de fa Race ;
Il veut qu'à la guerriere audace
Cedent tous les droits de fon Sang,
Et que l'éclat qui l'environne,
Se doive plus à la Perfoane,
Qu'à la Nobleſſe de ſon rang..
2
Tu vas répondre à fon courage ,
Belge. L'acier étincelant ,
Ce trifte artifan du carnage ,
Succede au feu du plomb volant.
Que te fert il que ton adreffe
All à la flimme vangereffe
Opposé cent mobiles Forts ? *
Quand du fer nos Troupes armées,
A triompher font animées ,
Quipeut arrêter leurs efforts ?
2.
Soutenu de fa ferme audace ,
Mon Heros toujours indomté,
Les Chevaux de Frize.
GALANT.
21
N'oppofe au coup qui le menace
Que fa feule intrepidité
Là Soldat , icy Capitaine ;
Par- tout où fa valeur l'entraîne
On connoift fa tefte & fon bras,
Et par- tout un fi bel exemple
Porte celuy qui le contemple,.
A braver l'horreur du trépas .
S
(U
C'est trop contenter fon envie,
Déeffe dont il fuit les Loix
Gloire , expofer fa belle vie,
C'est troubler le plus grand des Rois.
Ah fi la Parque impitoyable
Ofoit ravir ce Prince aimable
Au milieu d'un fanglant combat ,
Quelle palme à nos yeux offerte
Pourroit jamais payer la perte
D'un Prince fi cher à l'Etat ?
22 MERCURE
Tu m'entens , & ta main propice
Bien-toft d'un Laurier immortel
Va couronner dans cette Lice ,
Le Filsdu Heros de Caffel.
Jusqu'icy la Fortune égale ,
Dans une balance fatale ,
Tenoit fes faveurs en fufpens 3
Mais de nos Princes redoutables
Les Vertus , les Faits incroyables,
Fixent le fort des Combattans.
$
C'en eft fait. Ce Tyran habile
Qui fe flatoit d'un vain projet,
De fon efperance inutile
N'a que la honte & le regret.
Luxembourgqu'il croyoit furprendre,
Peu fatisfait de fe défendre ,
Pourfuit fes Bataillons rompus ;
Et leur vangeance diffipée
Redoute encor la mejme Epée ,
Qui les confondis à Fleurus ,
GALANT. 23
Content d'une gloirefibelle,
CHARTRES , de Lauriers couronné,
Mêle à ta Guirlande immortelle
Le Myrthe qui t'eft deſtiné.
Une Epoufe pleine de charmes,
Te prépare aprés mille alarmes,
Un coeur charmé de ton retour,
Un coeur , dont la douce victoire
Vant les Triomphes que la gloire
T'offre dans un autre fejour.
•
2
EtVous, genereufe Princeffe,
Aqui nous devons ce Heros,
Qui dés fa plus tendre jeuneſſe
Quitte les douceurs du repos ;
Vous , de qui l'ame magnanime
Ade la gloire qui l'anime
Formé les plus beaux fentimens,
Goutez les fruits de voftre ouvrage,
Et reffentez aprés l'orage
Ce que le calme a d'agrémens.
3
24 MERCURE
Deja nos plusfçavans Orphées ,
Raffemblant icy les beaux Arts,
Luy drefferoient mille Trophées
Dignes d'arrêter fes regards ;
Mais ils n'ofent fuivre leur zele.
Par une image trop fidelle ,
Ils pourroient enflammerfon coeur,
Et ce Heros cher à la France
N'a , dans fa noble impatience ,
Que trop écouté a valeur.
Je vous envoye un Traité
qui vous furprendra
par la
nouveauté
de fa matiere, puis
qu'il eft fait pour establir la
la poffibilité
de l'immortalité
corporelle
, mais voſtre furprife
redoublera
quand , je
vous diray que cette matiere
fi
GALANT.
25
G peu commune a eſté traitée
par une Perfonne de voſtre
Sexe. Cela eft fort à l'avantage
des Dames , qui prouvent
par là qu'elles ne cedent aux
hommes ny en force & vivacité
d'efprit, ny en fubtilité
de raifonnement . Si le Peché
n'avoit pas fait prononçer la
Sentence par laquelle il eft
ordonné que tous les hommes
mourront une fois, peuteftre
auroit il efté permis
de fe Aatter de pouvoir
réduire la poffibilité à l'effet
, mais il auroit failu en
mefme temps trouver les
Nov. 1692. C
26 MERCURE
louër
moyens de ne pas vieillir ,
fans quoy il auroit eſté bien
facheux de vivre toujours .
Cet Ouvrage eft de Mademoifelle
. de Saint - Quentin
,
qu'on ne fçauroit trop
d'avoir entrepris ce qui feroit
digne du plus habile homme ;
mais aprés tout , de quelques
raifonnemens
qu'elle fe ferve
pour appuyer tout ce qu'elle
avance , il ne faut les regarder
que comme un effort d'efprit
fur une matiere que fa fingularité
peut rendre agréable
pour les Cutieux . Quand on
pourroit fuppofer , comme
elle fait fans le croire , que la
GALANT. 27
mort ne fuft pas pour l'homme
une fuite du peché , parce
que les animaux & les plantes
qui n'ont point peché, ne laiffent
pas de mourir , il feroit
impoffible de fçavoir préci
fément quelle nourriture il
luy faudroit , foit en qualité,
foit en quantité , pour ne laiffer
rien déperir de fa fubftan
ce. Ce qui eft bon pour les uns
eft contraire aux autres ,. &
nous ne naiffons pas tous du
mefme temperament. Ainfi
l'immortalité corporelle feroit
démontrée poffible, qu'il
feroit pourtant impoffible de
Cij
28 MERCURE
ne pas mourir , faute d'un regime
affez exact , & des dif
pofitions requifes pour le pouvoir
obferver. Cet Ouvrage
eft précedé d'une fort courte
Préface , dans laquelle Mademoiſelle
de S. Quentin , fait
connoistre qu'on luy avoir
confeillé de faire paroiftre
ce Traité fous un autre titre
qué celuy que j'ay marqué
, de peur que la nouveauté
de la propofition n'effrayaft,
mais que fa fincerité ne l'a
pû permettre , & que fon
deffein eftant d'établir la poffibilité
de l'immortalité cor-
C
GALANT. 29
porelle , elle ne veut pas tromper
le Lecteur. Pourquoy ,
continue-t-elle dans cette Préface
, s'alarmeroit - on du nom
• plûtoft que de la chofe ? Si je
devois changer de titre › je
de-
I vois auffi changer de matiere . On
I ne sçauroit , ce me femble, donner
trop de conformité à un Ouvrage
& à fon titre. A l'égard de la
nouveauté de la propofition , c'eft
un heureux defaut que l'on me
reproche. Il eft plus glorieux ,
&ne peut ennuyer autant que
les repetitions & la pillerie
que
l'on
remarque en la plus
part des Auteurs. Je fçais bien
Ciij
30 MERCURE
que je vais m'attirer le murmurë
des ignorans qui ne veulent rien
Troire poffible au delà de leur
connoiffance , & qui nient tout
ce qu'ils ne fçavent point ; mais
les Sçavans me traiteront fans
doute avec plus d'indulgence ,
eux qui connoiffent tous les jours
que plus ils fçavent , plus il y a
matiere à fçavoir. Si l'incredulité
peut détourner quelques- uns
de la lecture de ce Traité , la
brèveté & la fingularité du ſujet
doivent engager les Curieux à le
lire.
B
GALANT. 31
*
S $2222222 2SSSS22 S
TRAITE
Pour établir la poffibilité de
l'Immortalité corporelle ..
N ne peut difconvenin
que nous ne foyons faits
ON
des principes naturels , puis que
toutes chofes en font faites.
Les Alimens divers que nous
prenons , ne nous nourrissent que
parce qu'ils en font faits auffi, &
qu'ils nous communiquent ces
principes qu'ils contiennent . Par
cette communication ils réparent
C iiig
32 MERCURE
en partie ces principes que nous
avions diffipez mais par le
mauvais ufage que nous faifons
des alimens
>
par noftre faute
par nofire ignorance , ils ne
reparent pas l'entiere diffipation ,
& Souvent en caufent une nouvelle
par la peine de la digestion :
ce qui fait que peu à peu les corps
s'afforbliffent , & enfin meurent.
Il est certain que ces principes
naturels font toujours tresabondamment
dans le monde ,
puis que toutes chofes s'en produifent
& s'en confervent
. il est
certain auffi qu'il n'arrive point
GALANT. 33
de diminution , lors qu'on remet
autant que l'on a ôté.
2
Il est donc vifible que c'est
l'ignorance qui caufe noftre mort,
puis que les principes font toujours
tres- abondans dans le mon
de en general
que comme je
Pay déja dit , il n'arriveroir point
de diminution à nos corps , fi on
leur rendoit autant de ces prin-
·cipes qui en font l'eftre &
durée , qu'ils en ont diffipé.
On pourra m'objecter que nous
ne pouvons pas toujours vivre .
Fe demanderois volontiers quelle
difficulté il peut y avoir pour
vivre une année plûtoft qu'une
la
34 MERCURE
опёнь
autre , pourquoy, quand on
on n'en peut pas via
vécu une ,
a
vre cent, mille , & cent mille,
puis qu'il ne faut pour vivre
l'efpate de tous ces temps ( à l'égard
de la qualité qui fait la vie )
que celle qu'il a fallu pour vivre
unefeule beure , car à l'égard de la
quantité , il eft aife de s'imaginer,
qu'il faut qu'elle augmente
àproportion de la durée des temps,
& qu'il faut plus de nourriture
pour vivre un an,, qu'il n'en faut
pour vivre une heure.
On m'a donné pour raifon de
noftre mort , que c'eftoit une fuite
une punition du peché. Les
GALANT.
35
animaux ny les plantes ne pechent
pas , & ils meurent . Ce n'est donc
point une fuite ny une punition
du peché.
On m'a dit encore que les ma
tieres les plus dures ne peuvent
refifter au temps , que le fer & le
marbre s'ufent , & que par confequent
nos corps , qui font beaucoup
plus tendres , fe doivent
ufer.
Je répons que ce n'est point la
dureté qui fait la durée poten
tielle , mais feulement la durée
actuelle , & que les matieres fe
détruifent , parce qu'elles ne peuvent
recevoir de réparation , à
36 MERCURE
proportion qu'elles s'ufent , mais
que tout corps qui peut fe reparer
interieurement , & en fubftance,
peut durer toujours . Tel eft le
corps humain , pourvû qu'on ne le
laiffe point manquer de chofes
convenables
pour le reparer › &
que d'ailleurs
les organes principaux
neceffaires àla vie , comme
le coeur & le cerveau , ne
cerveau , ne foient
point bleffez par quelque accident
violent & contre nature ,
que ceux que caufent le fer , le
feu le poifon , car pour les
maladies, ce ne font que desfuites
du mauvais usage que l'on fait
des alimens , en remediant à
>
tel
GALANT. 37
l'un , on remedieroit en mefme
temps à l'autre.
Voicy une raison qui paroift
meilleure. On dit que les fucs
nourriffiers , en paſſant par
nos corps pour leur conferver la
vie , y font enfin eux- mefmes par
la longueur des temps , des obftru
ctions , qui en s'augmentant forment
des incrustations lesquelles
s'oppofant aupaffage de ces efprits
nourriffiers , nous privent de l'entretien
neceffaire , & que ces obftructions
s'accroiffant chaque
jour, nous cauſentenfin la mort.
Je répons que ces obftructions
ces incrustations font plus
38 MERCURE
imaginaires que réelles , qu'on auroit
peine d'en trouver dans les
corps les plus agere que quand
il s'en pourroit trouver, elles ne
détruiroient pas la poffibilité de
l'immortalité corporelle pour plufieurs
raifons. La premiere › que
ces obstructions ces incrustations
, s'il s'en trouve , peuvent
venir du mauvais ufage que l'on
fait des alimens , aufquels on
n'apporte pas la préparation neceffaire.
La feconde , que l'on ne
fe fert pas des alimens dont on
devroit ufer , & qu'il faudroit
s'abstenir de plufieurs dont on
ufe. La troifiéme , que l'eau qui
GALANT.
39
contient moins d'efprits que le
fang, fe fait neanmoins un paffage
dans la terre , que le fang
• qui contient ces efprits nourrif
fiers doit à plus forte raifon , é
tant plus plein d'efprits que l'eau,
fe faire un paffage dans les veines
, paffage déja tout formé. La
quatrième , que bien loin que ces
efprits nourriffiers faffent des obftructions
dans les os
veines , comme on le pretend , on
voit que les Enfans ont les os petits
& étroits , & les veinesfort
petites , & qu'à trente ans les
veines font larges & groffes ,
les os de mefme proportion. Puis
dans les
40 MERCURE
qus ces efprits nourriffiers en l'ef
pace de trente ans, bien loin de les
boucher les ouvrent les dilatent
, ils ne peuvent produire un
contraire effet , eftant certain que
chofes femblables rencontrant
fujets femblables , font toujours
effets femblables; & pour mieux
m'expliquer , tout agent femblable
rencontrant un patient femblable
au premierfur lequel il a
agi , ilproduit un effetfemblable
au premier effet qu'il a produit.
La cinquième , qu'un corps fort
& vigoureux de Santé diffiperoit
aifément ces obftructions dés qu'-
elles commenceroient , ou par
GALANT. 41
tranſpiration & par rarefaction,
ou par diffolution , & les diffipant
dés qu'elles commenceroient , elles
ne pourroient pas augmenterjuſques
au point de faire des incruftations.
On me dit qu'un corps jeune
tendre fait bien cette tranfpiration
, mais qu'un corps vieux,
fec & dur n'enpeut faire autant.
Fe répons, qu'un corps ne devient
vieux , fec & dur , que par le
defaut de l'humide qui luy eft neceffaire
, lequel humide ne luy
manque que faute de le luy fçavoir
donner en qualité en
quantité deuë , puis qu'il eft ,
Nov.1692 .
D
42 MERCURE
comm's je l'ay déja dit , toujours
tres- abondant dans le monde,
ainfi c'est toujours l'ignorance qui
nous conduit à cet état de fechereſſe
& de dureté , qui peut empêcher
cette transpiration , dont
la neceffité , le besoin , ou la pri
vation nous peut donner la mort.
On me dit qu'un Arbre, aprés
avoir vécu deux ou trois cens ans ,
meurt enfin , quoy qu'il ait tou
jours la mesme terre , le mesme
air, les mefmes pluyes , & le même
Soleil. Je répons que cette
terre eft par la longueur des temps
épuifée de fubftance , & les
racines de cet arbre font obligées
·que
GALANT. 43
#
3:
4.
める
d'aller chercher bien loin ce qu'-
elles ne trouvent plus abondamment
prés d'elles , & ne peuvent
à la fin rapporter fuffisamment à
l'entretien de ces prodigieufes longueurs
de racines , de tronc , &
de branches. Il eft fi vray que
fubftance des terres s'épuife , que
les plus groffiers l'ont remarqué ,
& quel'on ne feme le froment
que
la
de deux ans en deux ans ,
afin de laiffer àla terre le temps de
fe rétablir. Je dis donc que ce qui
fait la mort de l'arbre , c'est qu'il
les mefmes chofes qu'il n'a
que
avoit fans aucune augmentation
de quantité , & mefme avec di-
Dij
44 MERCURE
.
minution de qualité par la dis
minution de la fubftance de la
terre , lors que par fa croiffance
il auroit befoin d'augmentation
defubftance, en qualité & en
quantité. Ainfi il eftaisé de connoiftre
ce qui fait mourir l'arbre.
C'eft que fes befoins augmentent
›
qu'il n'a que tous les jours
ce qui pouvoit fuffire à fes moindres
& premiers befoins , encore
avec diminution › cor de la fub-
Stance de la terre , & de tous fes
autres avantages. Le Soleil eftoit
plus chaud à fon égard , quand
'il eftoit plus jeune , parce qu'il
eftoit plus tendre , & que par
confequent il en estoit plus aiféGALANT
4T
La
ce.
0%
e.
C
l'arbre
ment penetré, & ainfi de mesme
de l'air, & de la pluye ; & puis
que toutes ces chofes n'augmentent
pas à proportion que
augmente , & qu'elles n'estoient
point trop fortes & trop abondantes
pour luy dansfon commencement
, il ne fe peut qu'elles ne
deviennent à la fin foibles &
infuffifantes pour luy. La contrainte
où il eft de rester à sa
place , le peril qu'il court fi on le
change d'air de terroir , la
l'agitation que
l'on
violence
ne fe peut difpenfer de luy faires
fi on le transplante , font pour
luy de malheureufes
differences
46 MERCURE
ne,
entre noftre condition & la fien
qui font paroiftre la nostre
plus capable d'immortalité , quoy
que la fienne, par fcience & par
art pourroit auffi y parvenir , fi
l'on s'en vouloit donner les foins
la peine.Mais il n'eft pas étran
ge que ce que l'homme ignore
neglige pourluy- mefme,ill'ignore
le neglige pour les autres
Creatures , qu'il croit & trouve
inferieures à luy.
L'arbre eft mefme une preuve
de la poffibilité
de l'immortalité
,
puis qu'exposé
aux rigueurs des
hivers les plus rudes ,
apporter aucun foin pour la pu
fans
GALANT: 47
reté l'abondance de fa nourri
ture , il parvient par la feule for
ce de la nature à une vieilleſſe
qui furpaffe celle de l'homme. Si
l'art aidojt la nature , il est aisé
de s'imaginer qu'il iroit encore
bien plus loin. On pourra me dire
que l'art embaraffe quelquefois la
nature plus qu'il ne l'aide . Je répons
qu'il n'y a que le faux art,
car le vray art luy aide , & nous
en avons mille preuves , dont je
ne veux prendre que celle des
Orangers , que l'on fait croiftre
par art aux Pays froids, eux qui
naturellement ne viennent qu'
aux Pays chauds.
48 MERCURE
On me dit que fi l'arbre meurt,
ce n'est point le deffaut de la
fubftance de la Terre , puis que fi
l'on en plante un jeune au mes
me endroit , il viendra & croiftra
jufques au point du premier
de l'ancien arbre dont je
viens de parler. Je répons , que
les befoins de ce jeune arbre font
d'abord fi mediocres , que n'égalant
pas ceux du grand arbre, la
Terre , quoy qu'épuisée de fubtance
, en a encore aßez pour.
l'entretenir , ce qu'elle ne pou
voit faire pour le grand arbre
dont les befoins estoient plus
grands , & qu'autant que les be-
Soins
GALANT.
49
foins du jeune arbre ayent égalé
ceux du grand ,
ce qui n'arrive
que peu àpeu , & qu'en un longtemps
la Terre a le loifir de reprendre
fesforces &faſubſtance,
aprés entretient & nourrit
l'arbre jufqu'au point que fes befoins
ne furpaffent point fa fub-
Stance ; car pour lors n'y pouvant
puls fubvenir, l'arbre meurt comme
l'ancien dont j'ay parlé cydevant
.
La mort, encore une fois, vient
de l'ignorance, & l'Ecriture nous
parle , quoy que fort fuccinctement
, d'un certain arbre de vie,
qui eftoit dans leParadis terreftre,
Nov.1692.
E
4
50 MERCURE
prés l'arbre de fcience du bien &
du mal. Cecy fe peut- il entendre
à la lettre ? Est- il un arbre qui
puiffe produire la fcience du bien
& du mal ? N'est- ce point une
fimilitude , n'est - ce pas comme
qui diroit , que qui fçauroit ce qui
eft bon , & ce qui eft mauvais,
ne mourra point ? Ces chofes meme
femble , quelque
ritent ce
,
attention quelque reflexion .
La mort n'est point naturelle ,
puis qu'elle eft la fin des chofes naturelles
. On fe porte à tout ce qui
eft naturel , finon avec plaisir ,
du moins fans peine . Boire , manger,
dormir , ne font point de
GALANT.
ད 1
que
repugnance. D'où vient donc
l'on apprehende
tant de mourir ?
Il faut que la mort foit contre
nature , puis que naturellement
on la craint . Si la mort eft contre
nature , naturellement
on ne doit
point mourir; mais dés qu'on croit
une chofe impoffible , on ne s'applique
point à fa recherche . Tous
e "les hommes font dans cette
croyance à l'égard de l'immortalité
corporelle. Il eft donc à préfumer
qu'ils ne s'y font pas appli
quez, & il n'est pas étrange s'ils
n'y fçavent rien. Ce qui m'étonc'est
que l'homme aime à
ne ,
Eij
52 MERCURE
vivre , & qu'il n'en cherche
point les moyens ; qu'il s'eft occupé
perfectionné dans mille
arts inutiles , & qu'il a negligé
de fçavoir ce qui peut faire fa
confervation , qu'il tâche plûtoft
de trouver des raifons pour
établir la neceffité de mourir ,
que pour trouver la poffibilité de
ne point mourir. Peut- eftre que
s'il euft employé à cette derniere
le temps qu'il a donné à la premiere
, il en eust receu plus de
fruit. On me dira que les Medecins
ne cherchent autre chofe . Je
répons que ce n'est point leur
occupation , que bien loin de
far
GALANT. 53
que
s'y employer , ils croyent , com
me tout le reste du monde , que
ce feroit tenter l'impoffible . Leur
art , qu'un des plus fçavans appelle
l'art de guerir , ne regarde
la cure des maladies . Qui
fçauroit l'art & l'usage des alimens
, non feulement ne feroit
point malade , mais encore il
pourroit ne point mourir ; car on
n'eft malade , l'on ne meurt,
que par le defaut de la fubftance.
neceffaire, ou par l'abondance des
chofesfuperflues , & de ce rang
font les impures. Pour remedier
au premier inconvenient , ilfaut
éviterde tomber dans ce befoin
E
iij
54 MERCURE
ce qui eft aisé , par la fertilité dès
chofes neceffaires , qui ne manquent
jamais dans le monde en
general , par le choix des parties
des alimens , on éviteroit de
tomber dans le fecond.
le plus
Enfin ,je ne voy pas pourquoy
on trouve tant d'impoffibilité à
l'immortalité corporelle , car à
l'égard de ceux qui croyent l'ame
immortelle , la moitié
difficile eft déja fait , puis qu'il ne
s'agit plus que d'entretenir la
partie materielle , qui eft le corps;
&fion a pú trouver une matière
qui l'ait entretenue pendant un
temps , elle peut l'eftre toujours,
GALANT.
55
=
parce que cette matière qui peut
l'entretenir , ne manque jamais
en general , mais feulement en
particulier , par noftre faute , ou
par noftre ignorance; & à l'égard
de ceux qui pourroient douter de
l'immortalité de l'ame , fans m'amufer
à les convertir , je leur diray
feulement , que fi l'ame dépend
de la matiere , & qu'il ait
eftépoffible d'entretenir cette matiere
pendant un temps , il peut
eftre poffible de l'entretenir en
tous temps. Je ne repeteray point
ce que j'ay dit cy-defus pour l'entretien
de la partie materielle .
La feule difference qu'il faudroit
E
iiij
56 MERCURE
l'enfaire
en ce cas, c'eft de pofer le tour
materiel , au lieu de la partie.
On pourra me dire qu'on peut
entretenir le corps pendant un
temps , mais qu'on ne peut
tretenir toujours , ce que l'on voit
arriver par la vie des uns & la
mort des autres , quoy que gouvernez
d'un meſme regime. Je
répons que c'est le mauvais ufage
des alimens & des chofes neceffaires
à la vie , qui fait que
ne l'entretient pas toujours , &
que puis que , quelque mauvais
usage que nous en faffions , ils
nous entretiennent pendant un
temps ,fi nous en faisons un bon
l'on
GALANT. 57
ufage , ils pourroient nous entretenir
toujours.
Il y a encore une infinité de
raifons pour prouver l'immortalité
corporelle , que j'ay jugé à
propos de foustraire , de peur de
rendre cet Ecrit ennuyeux par fa
Longueur.
On me dira que je parle contre
l'ufage que l'on fait des alimens,
que je l'appelle mauvais , mais
que je ne prouve point en quoy
il est mauvais.
Je croy que ce que je vais dire
fuffira pour le prouver,fans beau
coup d'autres raisons que je pourrois
ajoûter.On prend des alimens
58 MERCURE
de maniere , que la nature eft
obligée d'en rejetterla plus grande
partie. Ce qu'elle rejette luy eſt
inutile & étrange, & ne peur
que l'embaraffer. S'il eftoit autrement
, elle ne le rejetteroit pas .
La feparation des parties quiluy
foni neceffaires , d'avec celles qui
luy font inutiles , caufe une peine
& un travail quiufe le corps,
c'eft mal s'y prendre pour le faire
durer que de luy donner de la
fatigue , fur tout quand il a befoin
de reparer fesforces . On ne
luy donne des alimens que pour
les reparer , mais on les luy donne
fi groffiers , que le travail qu'il
GALANT. 59
fait pour en feparer & rejetter
les parties impropres à faſubſtan.
ce , le remet presque au mesme
befoin où il eftoit de fe reparer.
Comment peut- on , en fuivant
un pareil uſage , ne pas s'appercevoir
que c'est ce qui nous fait
mourir , & que qui épargneroit
au corps cette peine, le fortifieroit
fans qu'ilfouffrift de diminution?
Le feul travail que le corps doit
faire pour conferversa vie , est de
changer en chile, de chile en
fang, les fubftances qui luy font
convenables. Dés qu'on le détourne
de cette action pour en faire
quelque autre on interrompt
60 MERCURE
l'ordre de fa confervation, &peu
à peu on le fait mourir ; car il eft
certain la chaleur & les forque
ces qu'il employe à lafeparation
des matieres qui luy font propres
d'avec celles qui luyfont impropres
, font une chaleur & des
forces qu'il auroit employées à
tranfmuer en chile & enfang les
l'on auroit pu fort
fubftances que
aifement luy donner pures , &
comme la diffipation des efprits eft
continuelle, ilfaut pour conferver
la vie , que la reparation de ces
efprits fe faffe continuellement
, ce
l'on empêche lors
supe les forces & la chaleur na
que que
l'on ocGALANT.
61
turelle à faire cette feparation
de matiere , de laquelle feparation
on pourroit
vroit difpenfer
corps.
on des
foulager le
Voila à peu prés pour la theo
rie, ce que je crois neceffaire de
penfer fur ce sujet.
A l'égard de la pratique , je difimplement,
ne ray feulement
jugeantpas à propos d'en dire davantage
, pour ne point entrer
dans des particularitèz trop baf
fes , que nous ne nous fervons pas
des alimens dont nous devrions
ufer ,& que nous nous fervons
de plufieurs , dont nous devrions
62 MERCURE
nous abftenir ; que nous ne fail
fons point des alimens l'usage que
nous en devons faire ; que nous
les prenons hors de temps , faifons
& befoins , & qu'auſſi le
trop & le trop peu caufent noftre
mort. Cela, bien d'autres chofes
feroient à confiderer , il me
femble que la confequence &
l'importance du fujet meriteroit
bien que l'on donnaft à quelques
gens de bon fens de quoy vaquer
pourparvenir à ces connoiffances.
Ce feroit du temps & de l'argent
mi-ux employé que celuy que l'on
donne pour des inutilitez dont on
fe pafferoit mieux que de vivre .
GALANT. 63
Du moins fi l'on ne pouvoit tour
d'un coup arriver à ce degré de
Science neceffaire pour atteindre
l'immortalité , on pourroit tou
jours trouver les moyens de vivre
bien plus longtemps , & bien
plus fainement. Je diray encore
que c'est le mauvais ufage
que l'on fait des alimens, qui eft
caufe que l'on voit des perfonnes
dans un excés de maigreur cu
de graiffe , fort contraire à la
Santé , qui peut mefme conduire
à la mort , & que fi l'on faifoit
bon ufage des alimens , ils
pourroient feuls nous conferver
la vie , fuivant les temps
84 MERCURE
la maniere dont nous en ufeà
rions.
Si ce Difcoursparoift extraordinaire
, il faut fe fouvenir que
toutes les chofes que
l'on ignore
paroiffent ainsi , que le premier
qui parla des Parties du
Monde qai nous font les dernieres
connuës › eut bien de la peine
à fe faire croire , & à trouver
des auditeurs dont il n'eſſuyaſt ,
point de railleries.
On voit naiſtre des Hommes
illuftres dans tous les climars.
L'Ifle de Carantia, toute
farouche qu'elle eft, a produit
GALANT.
65
le fameux Aftrologue , dont
je décris l'avanture ; je n'y
ajouterien. Voicy ce qu'il en
a laiffé luy -même à une Dame
de qualité qui n'eft pas fort
éloignée de Paris .
Je me trouvay du pan
chant pour l'Aftrologie prefque
dés le berceau, & l'Etoile:
dont je fuis marqué au front
du jour de ma naiffance , eft
fans doute un prefage de l'inftinet
que je devois avoir pour
la contemplation des Altres .
Privé de mes parens dans une
faifon de la vie , où le coeur
s'ouvre tout entier au plaifir,,
Novembre . 1692.
R
66 MERCURE
je refolus de traverser les
Mers , de porter avec moy
toute ma fortune , & de cher
cher les plus habiles Aftronomes
dans les quatre Parties
du Monde. Comme il y a
prés de quarante-huit ans que
l'Univers eft ma Patric , palfant
fans ceffe de Royaume en
Royaume , plufieurs Volumes
ne fuffiroient pas pour
décrire toutes mes avanrures .
Je ne parleray donc
que de la
plus recente, pour fatisfaire la
charmante perfonne qui l'exige
de moy. Aprés avoir veu
tout ce qu'il y a de plus beau
GALANT. 67
Des
2།
0-
es
1
JC
ch
U
S
1
.
dans l'Afie , l'Amerique , &
l'Afrique, je m'embarquay au
Port de Tunis pour la France,
que les Etrangers conviennent
cftre le plus agreable fejour
de l'Europe . D'abord la navigation
parut heureuſe , mais
dans le calme le plus traquille,
les vents furent irritez , le Ciel
parut en feu , & la mer fut ébranlée.
Lors que le Pilote s'abandonnoit
au gré des flots ,
qu'on s'embraffoit les uns les
autres,qu'on fe difoit le dernier
adieu , qu'on n'att endoit plus
qu'un coup de mer pour cftre
précipité dans les abiſmes , le
Fij
68 MERCURE
Vaiffeau brifa contre un ro
cher à trois milles de Marfeille
. Je mefauvay fur une planche
malgré l'orage , & me
trouvay dans un lieu champestre
, d'où j'apperceus de
Ïoin une maiſon affez propre.
Ma difgrace dans cette occafion
me fut une espece de pri
vilege pour tout ofer . Je tire
des forces de ma foibleffe , jemarche
, je m'approche d'une
avenue , où je trouve une
Beauté fi charmante, que toute
l'éloquence des Amans les
plus polis auroit peine à l'exprimer.
Pour moy , qui n'ay
GALANT. 69.
1
I jamais rien entendu dans le
miftere de l'amour , je l'avouë,
rien ne m'a paru fi accomply
dans tous les climats du monde.
Qui l'auroit cru , que ma.
deftinée cuft efté fi heureufc?
Mais ce qui me toucha plus
que tout le refte , ce fut la
maniere honnefte dont elle
m'introduifit dans fa maiſon ,'
donnant fes ordres pour m'y
faire recevoir du foulagement
dans tous les befoins où fe
trouve un malheureux nouvellement
échapé du naufrage.
Je fus mefme contraint
d'y paffer la nuit . Le matin ,
70 MERCURE
je m'informay du nom de
cette aimable inconnuë , qui
s'appelloit Cydippe , & je me
difpofois à continuer ma route
, aprés luy avoir rendu mille
actions de graces. Que je
fus agréablement
trompé
dans mon projet ! Elle me pria
avec inftance de demeurer au
moins huit jours pour me délaffer
un peu de mes fatigues ,
& m'ordonna de luy déclarer
ma naiſſance , ma Patrie , &
ma profeſſion . Il eſt aiſé de
juger que je me ſoumis avec
plaifir à des prieres fi obligeantes
, & à des loix fi douGALANT.
71
ces. Aprés que je luy eus témoigné
que j'eftois confus des
bontez qu'elle avoit pour un
Etranger , elle me conduifit
dans un fombre boccage , où
je ne pus me difpenfer de luy
décrire l'hiftoire de ma vie,
telle que je viens de la dépeindre
, en y ajoûtant des circonftances
beaucoup plus propres
à me faire connoitre . Jobeis
à vos ordres , trop charmante
Cydippe , luy dis - je , & je ſc .
rois au comble de ma joye,
fi le portrait que je vais vous
tracer eftoit affez beau pour
vous plaire .
72 MERCURE
养
Je fuis né dans une Ile de
la grande Tartarie , éloignée
de plus de quatre mille lieuës
de ce Royaume. Je m'appelle
Theopifte, qui fignifie immortel
felon l'idiome de noftre
langue . Mon Pere eftoit fou
verain Sacrificateur du Soleil,
car c'est le Dieu qu'on adore
dans nos climats , mais avec
tant de fuperftitions qu'on luy
immole par un aveuglement
bizarre , tous les Cadets, des
deux fexes. Comme j'eftois
l'ainé de cinq enfans , mon
fort fut de vivre , & d'eftre
élevé dans le Veftibule du
Temple
GALANT: 73
Temple avec beaucoup de
de foin. Je m'appliquay dés
ma plus tendre jeuneffe à l'étude
de l'Aftrologie , & je fus
affez heureux pour découvrir
le faux de cette Divinité chimerique
que j'adorois comme
les autres. Ainfi à l'âge de
quinze ans je quittay ma
Palme ne portant avec moy
qu'une Ceinture de Diamans
d'un grand prix , & refolu de
voyager dans toute la Terre
habitable pour y découvrir la
veritable Religion , & pour
apprendre les belles Lettres .
>
J'oubliois de vous dire que
Novembre 1692 . G
74 MERCURE
j'estois déja plus idolâtre
d'une jeune Beauté, que je ne
l'eftois du Soleil . Sans doute il
s'en fallut peu que fes charmes
ne me fiffent changer de fentimens.
Vous rougiffez , trop
aimable Cydippe , au feul
nom d'amour , mais que vo
ftre pudeur ne s'alarme point.
Vous apprendrez bien- toſt
par la fuite de mon histoire ,
que c'est la feule occafion où
mon coeur s'eft laiffé vaincre
aux appas des perſonnes de
vôtre Sexe. L'étude a toujours
efté ma paffion dominante.
J'ai faittout le tour du monde ,
GALANT.
75
fans autre veuë que d'apprendre
tout ce qu'un honnefte
homme doit fouhaiter de fçavoir
. Je choififfois dans la Capitale
de chaque Empire les
Maiftres les plus éclairez , étudiant
dans l'une la Philofophie
des Sages , dans l'autre
Î'Hiftoire des Empereurs ; icy
les plus beaux fecrets de la Na
ture, & là , l'uſage du monde le
plus poly ; par tout, ce qu'il y
a de plus exquis dans les Mathematiques
tous les rafinemens
de la Geometrie, les fubtilitez
de l'Algebre, les élevations
de l'Aftronomie , la
Gij
76 MERCURE
,
la Geo-
Sphere , & l'ufage des Globes;
la Phifionomic
mance , la Chiromance
, &
la Rouë de Pithagore
, fans
obmettre la Geographie
, les
Fortifications
, la Mufique , &
la Poëfie . Je n'ay pas auffi negligé
les Langues qui m'ont
paru les plus utiles , l'Hebraïque
& la Syriaque , la Chaldaïque
& la Grecque , l'Ita
lienne & l'Efpagnole
, la Latine
& la Françoife . Pour ce qui
regarde la derniere , à laquelle
je mefuis fort attaché , comme
elle eft fujette au changement,
peut- eftre me manque,
GALANT.
77
t-il beaucoup de cette politef
fe , qui en fait le principal
agrément. Il y a déja quelques
années que je l'appris d'un fameux
Miffionnaire de France ,
qui convertit à Iſpaham un
grand nombre de Perfans à la
Foy Catholique . C'est celuy
que le Ciel m'avoit deſtiné
pour me convertir moy- mef
me . Il me fit voir fit voir par des argumens
fi plaufibles qu'il y
avoit un Dieu , Createur du
Soleil & des Aftres , de la
Terre , & de tous les Eftres ,
que ce Dieu s'eftoit incarné
dans le fein d'une Vierge , &
G
iij
78 MERCURE
tous les autres Miſteres ; fur
tout il mejuſtifia fi bien l'harmonie
miraculcufe, & les admirables
rapports de l'ancienne
Loy avec la nouvelle , qu'il
me fut aifé d'abjurer mes anciennes
erreurs . Je m'appliquay
enfuite à l'étude de l'Ecriture
, de la Theologie , &
des Peres avec affez de fuccés,
pour attirer plufieurs Infidelles
de diverfes Provinces dans
le party de la veritable Eglife .
Voilà, trop aimable Cydippe
, l'abregé de l'hiſtoire de
ma vie. Si je me fers de paroles
un peu tendres pour vous
GALANT.
79
ouvrir mon coeur , n'en foyez
pas furpriſe. Je connois déja
voftre vertu , je lis dans vos
yeux l'innocence de VOS
moeurs , & j'eftime infiniment
plus cette profonde fageffe
qui me paroift marquée fur
voſtre front , que cette ravif
fante beauté , qui doit paffer
en France pour un des plus
rares chef- d'oeuvres de la Nature.
Auffi ne dois- je entreprendre
que l'éloge de voſtre
merite caché , fans rien dire
de cesavantages fenfibles qui
vous attirent par une heureuſe
neceffité l'eftime , l'admira-
Giiij
80 MERCURE
"
tion , & les coeurs de tout le
monde . Mais comme il n'y a
point de louange comparable
à celle d'en eftre digne , vous
devez l'attendre de la verité,
& non pas de la flaterie . La
Aaterie eft l'écueil de ceux qui
ne regardent les chofes qu'avec
les yeux de l'ambition .
Elle eft la perte
du genre hu
main ; toujours odieufe. Elle
corrompt tout , & il y a autant
de honte à l'employer ,
qu'il y a d'honneur à louer
les perfonnes qui ont un vray
merite. Au reste , comme j'ay
toujours paffé pour un homGALANT.
81
me fincere dans mes tableaux,
il cft de mon intereft de les
rendre naturels & fans artifice .
Entre tous les temperamens ,
le voftre eft fans doute le plus
heureux. Il eft vif , fans cmportement
, complaifant fans
foibleffe , noble fans fierté ,
intrepide fans oftentation , regardant
toujours les chofes
par l'endroit le plus doux
dans les chagrins de la vie,
perdant le fouvenir de vos
difgraces par la comparaiſon
de celles des autres , & fçachant
conferver dans la bonne fortune
tout l'ufage de voſtre
82 MERCURE
vertu. Il ne feroit pas neceffaire
de rien dire du caractere
de vostre efprit , qui fçait naturellement
bien penfer &
rencontrer d'abord ce qui ne
vient aux autres que par de
longues reflexions . Il eſt d'une
vivacité fine , d'un difcernement
jufte , d'une vaſte capacité
, d'une profonde érudi
tion . Il fuffiroit de vous entendre
parler , pour admirer
en vous cette douceur d'expreffion
qui ne laiſſe rien languir
, ce raffinement d'intelligence
qu'on ne conçoit que
dans la pureté du gouft le plus
GALANT. 83
exquis & le plus fain ; cette
énergie de difcours qui met
les chofes dans leur plus beau
jour , & qui les fait penfer noblement.
Me feroit- il permis,
trop aimable Cydippe , de
mefurer voftre coeur par la
portée de voftre efprit ? Il eft
tendre , mais il eft pur ; il eft
grand , mais il eft droit, roujours
noble , toujours magnifique
, toujours content , tou
5
jours fidelle , jamais alarmé,
jamais vaincu . Il ne trouve
point d'obstacle qu'il ne furmonte
, de difficultez qu'il ne
vainque , de peril qui l'épou84
MERCURE
vante . Il ne s'eft jamais attaché
qu'à un feul objet , il l'aime
, & l'aimera toujours d'un
amour innocent & chrestien ,
d'un amour ſans partage, fans
intereft , fans foibleffe , fans
imperfection. Par quel deftin
la plus belle ame qui fut jamais
le trouve - t - elle donc
aujourd'huy accablée de chagrins
? J'en connois la cauſe ,
je l'ay leue cette nuit dans les
Aftres , & comme rien n'échape
à mon Aſtrologie , j'ay
remarqué avec douleur que
vous cfticz éloignée du cher
objet de vos tendreffes . Que
GALANT . 85
C
C
j'ay de joye d'avoir efté contraint
de demeurer avec vous,
pour vous dire que le calme
doit bien toft fucceder à l'orage
!
Les chagrins d'un Amantfont
dépeints dans vos yeux ,
Trop aimable Cydippe , on ♬
voit la trifteffe
Combattre avec l'amour fans
art ) [ans foibleffe.
Confolez- vous , bien toft on
calmera les Dieux.
Mais quoy , je fuis interrompu
; j'apperçois quelqu'un
à l'entrée du Boccage.
Apparemment qu'on cherche
86- MERCURE
à vous parler , fouffrez que je
me retire . Non, dit Cydippe,
continuons noftre entretien .
C'est une Parente avec un
Frere & deux Soeurs qui m'accompagnent
dans le trifte
fejour où vous m'avez trouvéc
, & quoy que je ne doute
point que vous n'ayez déja
connu le fecret de ma dou
leur , je fuis bien aife de vous
en faire moy-mefme la confidence
.
Quoy que ne je fois pas du
fang des Rois , ma naiſſance
eft des plus illuftres , & ma
fortune n'eft pas moins avanGALANT.
87
5
C
fuſt
tageufe . Libre & maiſtreffe de
mes droits par la mort de mes
proches , cette Parente que
vous voyez m'éleva d'une maniere
fi noble , que je puis
dire quelle me fit prefque
goufter la vertu avec le lait,
n'attendant pas que ma raiſon
entierementéveillée
, pour
me donner le premier ply de
leur fageffe que je devois avoir
au temps de ma force . Agée
de feize ans, mille raifons de
bienfeance, & de justice , nous
engagerent de donner entrée
chez nous à un jeune Cava
lier, fage, bienfait, riche, puif
88 MERCURE
fant , aimé , & enfin l'on re
marquoit je ne fcay quoy
d'honnefte & d'heureux ré.
pandu dans toutes les actions,
qui gagne , & qui captive les
coeurs .
Il faifoit éclatter aux yeux de
tout le monde ,
Son efprit , fa douceur , fa
Sageffe profonde.
Certains interefts qui nous
cftoient communs , nous
ayant appellez à Paris ,, où
nous avions même maifon ,
même table , mêmes plaifirs ,
vous jugez affez , cher Theo .
pifte , qu'il m'y donna inllle
GALANT
89
by
S
DUS
.
0,
IS ,
30
lle
preuves d'eftime , de tendreffe
& d'attachement
, mais d'une
maniere fi refpectueufe
que je
ne pus m'empefcher
de l'aimer
, fans trahir neantmoins
les devoirs de la vertu .
Lors que je fus bien informée
Que j'eftois tendrement aimée,
Aprés avoir quelque tems refifté,
Comme on le doit avant que de fë
rendre ,
D'un amour également tendre
Mon coeur l'aima defon cofté.
Comme il vaquoit alors une
Charge des plus confiderables
à la Cour , où fon merite l'a-
Νου . 16 22 .
H
90 MERCURE
voit déja fait connoiftre , il
en fut bien- toft reveſtu. La
beauté de fon efprit , fa profonde
capacité , fa vigilance
laboricufe , fa prudence confommée
, fes tours infinuans,
fon air gracieux , fes manieres
engageantes, en un mot , tout
ce qui diftingue les grands
hommes, le fit bien - toft aimer
du Prince , honorer des Courtifans
, eftimer de tout le monde
. En effet , il eſt le charme
inévitable des coeurs , le Ciel
prodigue femble n'avoir verſé
tous les trefors en fon ame` ,
& ce qui eft beaucoup plus ,
GALANT. 9.1
c'eſt que j'en fuis tendrement
aimée . Je ne fçay , cher Theopifte
, fi vous ajoûterez foy à
tout ce qui me reste à vous
dire de noftre amour recipro-
5 que. Il y entre toute la vivacité
, toute la tendreffe qu'on
fe figure dans les Amans les
plus heureux , mais tout y eft
fi pur & fi chafte , que nous
vivons enſemble depuis dix
ans , comme fi nous eſtions
de purs efprits , & peut- eftre
que la France auroit peine à
laiffer à la poſterité l'exemple
d'un amour mieux gouverné
par la raifon , & mieux reglé
།】
1
35
C
Hij
92 MERCURE
par la fageffe . Nous fommes
fi perfuadez l'un & l'autre de
la fermeté de nos chaifnes,
que nous voyons indifferemment
ce qu'il y a de plus aimable
dans les deux Sexes ,
fans jamais former aucun
foupçon de noftre mutuelle
fidelité. Je fuis de toutes les
parties de divertiffement
, au
Bal , à l'Opera, dans les Jeux ,
dans les Cercles , inventant de
nouvelles manieres de réjouir
mes Amis , qui plaiſent par
le charme de la nouveauté
, les
recevant en foule pour les regaler
avec un air de grandeur
GALANT. 93
1
5
qui m'éleve beaucoup au def
fus de ma condition . Je n'aurois
garde de m'aplaudir ainſi
moy mefme, fi je n'avois deſ.
fein de vous faire compren
dre que mon Amant me voit
par là careffée , aimée e tout
le monde , fans que rien puiffe
troubler certe charmante
paix qui fait l'affaifonnement
de tous mes plaifirs.
Mais que dis - je , Ay - je déja
perdu le fouvenir du deplorable
état où vous me trouvez?
C'est ce Tirfis même que jadore
qui m'a releguée dans
cette folitude champestre.
94 MERCURE
Quelle eftrange catastrophe
pour moy ! Dans cette aimable
faifon où il partage à la
Cour de Fontainebleau , tout
ce qu'infpirent les délices &
la joye , je me trouve ici feule
fans autre confolation que
celle de mes foupirs & de mes
larmes . Ne me demandez
point la caufe de ma diſgrace,
je ne la connois pas , mon
coeur ny ma raiſon ne me reprochent
rien . Cependant il
m'ordonne de me retirer , jobeïs
, & je pleure fur des chaî
nes que je ne puis rompre fans
defefpoir , car je l'aime touGALANT.
95
jours malgré les rigueurs de
mon fort , foit qu'il m'appelle
auprés de luy, ou qu'il m'ôte
la vie.Mais quoy? Puis je me
plaindre de mon aimable Tirfis
, aprés dix ans d'une fidelité
à l'épreuve de tous les orages?
Auroit- il ceffé de m'aimer ?
Non, Thirfis, vous n'êtes pas
l'auteur de la plus cruelle
feparation qui fut jamais, c'eſt
l'Amour.
L'amour méme jaloux
De voir fous fon Empire .
Deux jeunes coeurs unis par les
noeuds les plus doux.
Trouble nôtre repos , & caufe
mon martire.
96 MERCURE
C'est donc ce Dieu vola
ge & libertin , ennemy de la
vertu & de la fagefle , que
j'accufe de la fatalité de
ma deſtinée. Amour , impi
toyable tiran , ne te flatte pas
de furprendre mon coeur. Amour
, corrupteur de l'innocence
, n'interromps point le
cours de mes foupirs. Je fens
ma tendreſſe alarmée , & j'aime
tout de Tirfis jufqu'à
mes propres douleurs. Oüy
Tirfis , je cheris mes maux,
& je ne puis fouffrir que cu
partages avec moy. Laiſſe
dire à mes yeux le defeſpoir
les
de
GALANT. 97
de mon coeur , je ne veux que
les Forefts pour témoins de
mon martire , & il fuffit que
les rochers par leurs triſtes
êchos repetent toutes mes
douleurs.
Permettez moy , luy dis-je,
de vous interrompre ici . Je
l'avouë , trop aimable Cydippe
, pendant que vous parlicz ,
je n'ay pû m'empefcher de
m'attendrir , & jai mfle mes
larmes avec les vostres , mais
il cft temps que la joye fuccede
à la trifteffe . Jole vous
affurer que vous reverrez
bien-toft voftre cher Tufis ,
Nov. 1692.
I
98 MERCURE
avec plus d'agrément que ja
mais . Calmez vos craintes &
vos frayeurs ; retirez - vous
pour prendre quelque repos,
tandis que j'iray chercher un
Inftrument d'Aftrologic dont
j'ay befoin , pour vous mieux
expliquer dans la fuite tout
ce qui vous doit arriver fans
en obmettre aucune circontance
. Je trouvay heureuſement
un Aftrolabe , mais
comme le Ciel eftoit tout
obfcurcy de nuages fombres
& groffiers , & qu'il eftoit
impoffible de travailler , Cy
dippe me pria d'étudier la
4
GALANT. 99
S
I
3
Phyfionomic d'Arnoul,d'Iris ,
& de Cleonice , fon Frere , &
fes deux Soeurs . Je me fis un'
vray plaifir de luy donner
cette fatisfaction , dans le
temps mefme qu'elle me la
demandoit . Arnoul , luy
dis- je , chere Cydippe , trompera
l'attente de fon Gouver-
J neur & de fes Maiftres . Sifes
premieres années ne pro
mettent pas beaucoup pour
les belles Lettres , femblable
à ces fruits qui ne meuriflent.
que lors que le Soleil les penetre
de fes plus vives ardeurs ,
quand fa raifon fera dévelo-
3
I
1 ij
100 MERCURE
pée de certains nuages qui
l'obſcurciffent , on le verra
d'un gouft exquis pour les
fciences. Tous les traits de
fon viſage font heureux , &
marquent qu'il portera bien
loin la vivacité de fon efprit.
Il doit eftre infinuant , doux ,
agreable , judicieux , n'ayant
que des inclinations nobles,
aimant à remplir fes devoirs ,
cherchant par tout le folide
,
& ne dégenerant
jamais
de la
probité
de fes Peres.
Iris eft naturellement néc
fpirituelle & judicieufe , prudente
& moderée . Elle excelGALANT
. fol
lera en tout ce que doit fçavoir
une Fille de fa qualité,
la Danfe , la Mufique , les Inftrumens
, & ce qui merite
beaucoup plus d'éloges , c'eſt
que fa douceur , fa modeftie,
fa pieté la feront paffer pour
un prodige , capable d'attirer
l'admirationdes Sages , & d'irriter
la jaloufie des Libertins .
Cleonice , fa Cadette , aura
plus de ce qui plaiſt aux efprits
fuperficiels, qui jugent moins
des chofes par ce qu'elles font,
que par ce qu'elles paroiffent.
Ses manieres enjoüées & carreffantes
auront ce je ne fçay
I iij
102 MERCURE
quoy qui le fait plus aimer
que le ferieux & le folide. Il
fera beaucoup plus neceffaire
de la prefferfur fes devoirs de
Religion que les deux autres ,
de qui l'on peut dire qu'ils
ont l'ame naturellement
chreftienne
. Cependant il eſt
certain q'uelle eft née avec un
bon coeur , & fous une heureufe
conftellation
, qu'elle
fera une groffe fortune , non
pas de celles quinaiſſent & qui
viennent toutes feules , mais
de celles que l'on feme , que
l'on cultive , & qui naiffent du
mérite.
C'eſt à vous , aprés Dieu ,
GALANT. Tc3
chere Cydippe , qu'ils feront
éternellement redevables de
ces grands talens qui doivent
C fervir de ſpectacle à la poſterité.
Ces rares exemples de
S Vertu que vous leur donnez
chaque jour , cette folide pieté
qui les prévient fans cele
contre les folies du ficcle ,
cette adreffe à leur dire le
C mot du Seigneur, lors que le
coeur eft le plus ouvert à la
joye, cette douce fermeté qui
5 calme en eux les faillies d'une
jeuneffe naturellement impetucufe
& fans regle , tant de
rares qualitez dans une Secur
I
iiij
104 MERCURE
d'un merite fi univerfelle
ment reconnu , on produit ,
& produiront toujours des
effets merveilleux . Voilà en
peu de mots ce que j'avois à
vous dire fur leur fujet , pourfatisfaire
vostre innocente curiofité
. Mais puis que les Aftres
& les Eftoiles le décou .
vrent à nos yeux , profitons
de cet heureux moment pour
les confulter fur voftre deftinée.
Aprés m'eftre informé
de Cydippe mefme du point
de fa naiffance , je montay
mon Aftrolabe , je mefuray
les douze Signes je contem
1
GALANT. YO
1
ray
m
play les fept Planettes , je jet
tay les figures misterieufes
que noftre Art nous enſeigne,
& comme elle s'apperçut bien
que mon entreprife n'eftoit
pas l'ouvrage d'un jour , elle
me dit avec ces manieres honnêtes
& gracieufes qui accompagnent
toutes les actions
Vous avez besoin de repos ,
cher Theopifte , je vous conjure
de ne vous point trop
appliquer. Si ma folitude vous
plaift , comptez que vous
eftes chez vous , & que vous
ne fçauriez plus m'obliger ,
que de paffer icy le reste de
106 MERCURE
l'Automne . Je receus tous ces
témoignages de bonté avec
beaucoup de refpect & de reconnoiffance
, réfolu neanpour
moins de continuer ma route
auffi toft que j'aurois découvert
ce que je cherchois
la fatisfaire .
L'intemperie de
la faifon prefque toujours
fombre & nebuleuſe , fut caufe
que je travaillay plufieurs
nuits affez
inutilement , mais
enfin le
quatorziéme jour , je
fus affez heureux pour décou
vrir Saturne dont j'avois befoin.
Quelle joye pour moy ,
lors que je remarquay des SiGALANT.
107
gnes fenfibles du futur bonheur
de ma charmante Hôteffe
! Je courus rapidement la
chercher , pour luy annoncer
une nouvelle qui devoit faire
La felicité pour le refte de fa
vie , & l'ayant furpriſe fur le
bord d'un ruiffeau , toute baignée
de fes larmes , elle fut
furpriſe à fon tour de me voir
l'approcher avec un vifage
auffi ferein & tranquille que.
j'avois paru rêveur & farouche
lors que je fpeculois les
Altres , les raifons de fimpathie
,la force Magnetique
, &
Ies vertus occultes .
108 MERCURE
Ne vous étonnez pas de cé
changement , luy dis je , trop
aimable Cydippe , le Ciel s'eft
enfin déclaré en voftre faveur,
& vous promet mille & mille
profperitez. Vous verrez bientoft
Tirfis , le feul objet de
vos tendres amours. Il vous a
toujours aimée plus que luymefme
, & voftre banniffement
n'eft autre choſe qu'une
épreuve qu'il a voulu faire de
voftre vertu , puis qu'il vient
pour vous époufer. Mais ce
qui doit augmenter voftre
joye , c'est que fe conformant
à vos defirs , il fe contentera
GALANT. 109
de vous donner fon coeur , &
de poffeder le voſtre , fans
vous affujettir à ces loix de
l'himenée , qui vous ont toufi
humiliantes, &
iours
paru
fi peu
propres
à refferrer
les
noeuds d'une chafte allian-
2 ce. Lorsque vous vous ferez
donné des marques reciproques
de l'amour le plus tendre,
& tel que ie viens de le
dépeindre , vous retournerez
à la Cour, où vos charmes brilleront
avec plus d'éclar que
iamais , & voftre Epoux y fera
comblé des bienfaitsdu Prince
, qui le doit employer aux
ct
IC
t
110 MERCURE
Negociations les plus honorables
, & les plus importantes.
Joüiffez donc en paix de
voftre bonne fortune , trop
aimable Cydippe
, & me permettez
de vous quitter aprés
vous avoir protefté que je beniray
toujours le iour demon
naufrage , puis que .......
Mais l'apperçois un Cavalier
qui vient à nous. Ah , Theopifte
, me dit Cydippe , ne me
quittez pas , c'eft Tufis , & ic
goûte déia l'effet de vos promeffes.
Icy , ie l'avouë , ic
reffentis mon ame comme
enlevée hors de moy même.
GALANT: III
Saifi , tranſporté , ne me poffedant
pas , ce ne fut qu'avec
peine que je rappellay mes
efprits , pour eftre le fpectateur
de ce qui fe paffa dans
cette entreveuë, Cydippe, de
fon cofté fe trouva fi faific,
qu'elle ne put prononcer une
parole , mais fes beaux yeux
fixement attachez fur ce cher
obiet de fon amour , eftoient
mille fois plus éloquens que
n'cuffent cfté fes difcours .
Tirfis qui fentit bien la cauſe
de fon filence , fe ietta d'abord
à fes pieds , où aprés l'avoir
priée d'une voix entrecoupée
112 MERCURE
de fanglots & de foupirs , de
luy pardonner , il fe leve , ils
s'embraffent , ils laiffent quel
que temps leurs larmes fe confondre
les unes avec les autres
fans fe rien dire Cydippe luy
déclare enfuite qu'elle a connu
parfaitement que fon
exil n'avoit efté qu'une épreuve
, & que fa tendreffe ,
bien loin de diminuër, s'eftoit
fortifiée par l'abſence . Mais
pourquoy vous éprouver , reprit
Tirfis? Aprés l'amour que
vos charmes innocens m'ont
infpirés ne vous devois je pas
l'hommage de tous mes
voeux , & pouvois-ic avoir du
GALANT. 113
7
D
ا ن و
م ا م
que
ont
225 223
pas
foupçon de votre inconftance?
Cependant il ne s'agit pas
ici de grandes reflections, trop
aimable Cydippe. Je viens
pour faire avec vous une alliance
éternelle , & comme
noftre union depuis dix ans
a fait penser à la Cour que
vous oftiez mon Epoufe , j'ay
cru qu'il eftoit à propos de
conclurre noftre hymen dans
ces lieux écartez , & vous apprendrez
par
la fuitre que vô
tre exil pretendu n'étoit
qu'un pretexte pour en facis
liter les moyens . Allez donc
vous parer de vos plus beaux
Novembre, 1692 , K
114 MERCURE
રે
ornemens. Je viens de regler
à Marseille les pompeufes
magnificences de cette fefte
que je ſouhaitte il y a fi longtemps
. On nous attend à l'Eglife
pour la decider aujour
d'huy , & demain nous devons
partir enſemble pour la
Cour ,où le Roy me veut don
ner de nouvelles marques des
bontez qu'il a pour moi.
Dans le Temple on arrive enfin..
La', par une chaîne éternelle,
D'une promeffe folemnelle.
Les deux Epoux uniffent leur deftin.
GALANT.
115
IS
Le titre de l'Ouvrage qui
fuit parle par luy même , &
M' de Vin en eft l'Auteur.
C'estbeaucoup vous dire pour
vous preparer à une lecture
qui doit vous faire plaifir ,
puis que vous n'avez rien vû
de fa façon que vous n'ayez
trouvé fort agreable .
5225SSS2222222255
LE POETE EN COUCHE
R
Agot,pour avoir leu Paracelfe
& Ronfart ,
Se mit dans fa tefle mal faite ,
Qu'il pouvoit fans façon arborer
L'Etendart
Kij
116 MERCURE
De Medecin , & de Poëte.
De ces Auteursprofcrits conftant Adorateur
,
Il en vantoit par tout l'excellence &
la gloires
Il les fçavoit tous deux par eoeur ,
Etfier de fa belle memoire ,
S'érigeoit de luy - mefme en habile
Docteur.
3
D'un homme par ces mauvais
guides
Bien plus égaré que conduit ,
Quepouvoit on attendre , & quel en
fut le fruit?
Ses Vers guindez, durs , infipides
Choquoient à chaque mot la Rime , ou
lebon Sens ;
Il fe piquoitfur tout de les faire à la
hafte ,
Et fon remede unique eftoit certaine
pafte
GALANT . 117
Qu'il faifoit pour blanchir les
dents.
Trop heureux qu'il s'en tinft à ce remede
unique s
Et que fa Verve Foëtique
Fuft , quoique grand , le feul mal
beur
Dont il empoifonna la France.
Il est vray que de l'Auditeur
Il épuifoit bientoft toute la complaifance.
Le plusfroid , le plus modéré
Le fuyoit ; cependant , quelque fuft le
Supplice
Qu'à l'entendre on enft endure ,
On luyrendoit toujoursjuſtice ,
Et malgré le fombre chagrin
Qu'helas ! mefme encore il nous
donne ,
On baaille , l'on s'endort , mais on
avouë enfin
18 MER CURE
Qu'en qualité de Medecin
Famais il n'a tué perfonne.
Enyvré qu'il eftoit defes rares talens,
Par un attentat ridicule ,
Ragot du Public incredule
Exigeoit un tribut d'encens ,
Et fon extravagante
audace
Le mettoit au deus d'Hypocrate &
d'Horace
Tout , juſqu'aux facrez droits de la
Divinité,
Accommodoit fa vanité.
Ilfe plaçoit luy-mefme au plus haut:
du Parnaffe;
Il tranchoit en tous lieux du petit
Apollon ,
Et , pour mieux en remplir laplace,
D'une fyllabe enflant son nom ,
Se fit appeller Rageton.
2
Bientoft , fier de ce nom , fa petite
Province
GALANT. 119
Devintpour fon merite un trop effroit
Sejour.
Pour le mettre en un plus beau jour
Il s'en vint à Paris chercher les yeux
du Prince ,
Et flattéde charmer la Cour
Quifeule luy parut une digne carriere
,
Yprodigua fa paste &ſa Verve groffiere.
AS'introduire chez les grands
Cet Apollon nouveau mit toute for
étude;
Il marchoit en Caton à pas graves &
lenis.
Malgréfon air&fade & rude ,
Ne fe croyantpas fait pour vivre en
folitude,
Sur le piedd'homme à beaux talens
Il produifoit par tout sa grotesque
figure,
120 MERCURE
Et fans garder pour eux ny respect
ng mesure ,
Fufqu'en leur cabinet il relançoit les
Gens.
2
En dépit qu'on en euft Ragot voulait
paroistre ,
Mais comme tous fes voeux s'adref
foient à la Cour,
Ilcrut ,pour s'y faire connoiftre,
Qu'il devoit feindre un peu d'a
mour ,
Et s'attacher à quelque Belle,
Qui, fe faifant bonneur de fes tendres
regards ,
Puft vanter & jes Vers & fa pafte
nouvelle ,
Et le profner de toutes parts.
Un jourchez une Dame il rencontra
Lifette,
Luy trouva de l'esprit senfin
LA
GALANT. 121
1.
Lajugeant propre à ſon deſſein ,
Le for tomba fur elle ; il luy conta
fleurette ;
Mais , par malheur pour luy , fon •
coeur ,
Plus qu'il n'avoit penſé ,fut &ſenfible
& tendre,
Et prit pour elle plus d'ardeur
Que fans doute il n'en vouloit
prendre.
Cependantfur le vain espoir
De réuffir au tefte- à- tefte ,
Ce for présomptueux s'accoustume à
la voir ,
Et s'affeure d'en faire une prompte
conquefte.
Ainfi , tant comme Amant que comme
Ambitieux ,
Se flattant que l'Hymen les unifant
tous deux ,
Nov. 1692 .
L
122 MERCURE
Il -interefferoit d'autant pluftoft la
Belle
Qu'elle croiroit agir moins pour luy
que pour elle ,
Il s'abandonne à tous fes feux.
Le ferieux , le badinage ,
Les jeux , les ris , la belle humeur,
Tout par luy fut mis en ufage,
Et pour triompher defon coeur ,
Ragot fit ce qu'euft fait l'Amant leplus
flatteur.
Il ne negligea rien : mais contre fon
attente
La place refiftant aux vains affauts
qu'il tente ,
Et fes coups redoublez ne faisant que
blanchir ,
Il commence à douter qu'il puiffe la
fléchir.
Pour derniere refource il fait agir fa
Verve s
༩ ་
GALANT
. 123
C'eftoitfa piece de referve.
Enfin il voulut s'enfervir,
Et , piqué de la voir à ſes feux fi rebelle
,
Effayer , deuft- elle en mourir ,
De la traiter en Vers d'injufte & de
cruelle.
S
Dans ce politique deffein
Ragotfe tourmente , s'agire ,
Se frotte le front de la main,
Defa Mufe amoureuse implore ,folli
cite ,
Et l'infpiration , le fecours divin ,
Et d'un air à calmer le plus ſombre
chagrin,
Grimace en Singe qu'on irrite.
Tantoft debout , tantoft affis ,
Tantoft extafié , tantoft defens raffis,
Ilchange à tous momens & d'humeur,
& de place ,
Lij
124 MERCURE
Frappe du pied la terre , au Ciel leve
les yeux
Lesroule en Matou furieux ,
Et bave comme une Limace.
Ilse frappoit la teste , & refvoit d'une
ardeur
A produire un petit miracle ;
Mais trouvant dans fes vers obftacle
fur obftacle,
Et fe couvrant le front d'une vaine
Sueur ,
Enfin trop fatigué de la double torture
Que luy donnoit pour lors la Rime
& la Raifon ,
Il crut , pour aider la Nature,
Qu'il pouvoit , fur le pied d'Amy de
la maison
En ufer librement , & changer de
posture.
Ainfi ce Baftard d'Apollon
GALANT. 125
A gigots étendus fe jettafans façon
Sur le lit de Lifette , & là grattant fa
tefte ,
S'écria d'un ton foi ; la hache est- elle
prefte ?
J'en ay plus de besoin qu'autrefois
Jupiter
N'en eut quand de Pallas il voulut
enfanter.
Sipourfi peu de chofe on luy fendit la
Hé de
fienne ,
grace , Meffieurs , qu'on me
fende la mienne ;
Carenfinjefuis gros de plus de trois
Sonnets ,
D'une Ode , d'un
Epithalame ,
D'nn Rondeau redoublé , de quatre
Virelais ,
Et d'une charmante
Epigramme .
4 G
Helas ! ce font les triftes fruits
Liij .
126 MERCURE
De ma docte & prodigue Veine.
Ses fécondes ardeurs les ont trop to
produits ,
Et mapauvre tefte en eftpleine .
Surmon front tout en feu chacun les
peutfentir,
Unfardeaufipefant m'accable,
Et ces nombreux Enfans n'attendent
pourfortir
Qu'une main prompte & charita
ble.
Qu'on daigne donc me la préter,
Qu'on me la fende ! Hé quoy , dans
un état fi trifte
Veut- on me laiffer avorter ?
Quelle perte,grands Dieux ! Ah!fi
l'on ne m'affifte
Ma douleur va bientoft me réduire aux
abois,
Et ma fécondité me fera rendre l'ame.
Je meurs , mais s'il ſe peut qu'on
Sauve l'Epigramme.
>
GALANT.
127
Vifte , au fecours ,j'étouffe , &je ſens
que ma voix
S'affoiblit , diminue , & fe perd dans
ma bouche.
Quoy donc , point de pitié pour un
Poëte en couche !
S
Pendant ce douloureuxfracas ,
Chacun rioit à grands éclats ,
Et fes cris ne touchoient perfonne.
Enfin Lifette , toujours bonne,
Fugeant de fon travailparses yeux
travers ,
de
Se croit àfonfecours en effet neceffaire,
Court , luyfoutient la tefte , &fa main
falutaire
Le fait , quoi qu'avec peine , accoucher
de dix Vers .
Ce fut ainsi qu'une montagne
De fes gemiffemens fit raisonnerja
dis
Liiij
128 MERCURE
Les lieux les plus lointains d'une vaste
Campagne,
Pour n'enfanter qu'une Souris.
S
Délivré qu'il en fut , ah ! ma belle
Lucine ,
C'est à vous , cria - t- il , que je dois ce
Dixain.
Sans vous,fans voftre main divine,
J'auroisgratté ma teft: en vain.
Ouy , peut eflre avantfanaiffance
Aurois je pleuré fon trépas.
Ainfi donc agréez que ma reconnoif
Sance
En faffe un holocaufte à vos charmans
appas ,
Et que fur vos Autels s'offrant en facrifice
,
Par ma voix qu'il emprunte , il vous
prie en un mot
D'estre à l'infortuné Ragot
Toujours douce , & toujours propice .
GALANT. 129
S
Mr.l'Evefque de Nifmes ,
l'un des quarante de l'Academie
Françoiſe, ayant fait connoistre
à la Compagnie que
M's de l'Academic Royale de
Nifmes , dont il eft le Prote-
&teur , tiendroient à grand
avantage une maniere d'affociation
, qui les fift admertre
de temps en temps dans
fes Affemblées , il fut arrefté
qu'ils y feroient introduits
avec tous les honneurs
dûs à un Corps celebre , qui a
cfté étably par Lettres patentes
de Sa Majefté , & qui a reglé
la plupart de fes Statuts
130 MERCURE
fur ceux de l'Academie Françoife
. Ainfi , le Jeudy 30. du
mois paffé , jour choisi pour
cette Ceremonie , ils y vinrent
prendre place au nombre de
trois , & M. l'Abbé Bégault ,
Chanoine de l'Eglife de Nifmes
, qui eftoit chargé de la
parole , fit un excellent Difcours,
qui luy attira de grands
applaudiffemens Aprés avoir
marqué avec combien d'ardeur
ils avoient defiré depuis
plufieurs années l'honneur
qu'on venoit de leur accorder,
il s'étendit fur
l'avantage qu'ils
recevoient d'eftre affociez à tant a
GALANT. 131
de grands Hommes , en qui la vertu
fincere,le veritable merite, l'érudition
profonde , la grandeur
la gloire de tous les Ordres de l'Eglife
& de l'Etat fe réuniſſent , &
de pouvoir entretenir un commerce
d'efprit avec un Corps illuftre,
qui eft comme le centre de la pureté,
de la delicateffe , de la politeffe
, & de l'élegance de noftre
Langue ; ce qui les engageoit,
pour relever la gloire de leur
origine , à ne plus compter
leur établiffement que du jour
l'Academie Françoiſe a que
voit bien voulu les adopter.
Il dit qu'une noble émulation
132 MERCURE
les obligeroit deformais à prendre
plus de foin d'imiter, autant qu'il
feroit poffible, chacun en leur maniere
, fuivant leurs divers
talens , cette élevation dans les
pensées , cette fineffe dans les tours
d'esprit cette pureté & cette
élegance dans l'expreffion , qui
font fi naturelles à tous ceux qui
la compofent , & qu'eftant per
fuadez que leurs lumieres & leur
éloquence fe communiquoient , ils
oferoient avec plus defeureté entreprendre
l'éloge d'un Roy , dont
les actions immortelles pouvoient
occuper toutes les Academies du
GALANT. 133
+
monde. Il prit de là occafion
d'entrer dans les loüanges de
Sa Majefté , & aprés avoir
parlé d'une maniere fort vive
, & du Siege de Namur , &
du Combat de Steinkerke , il
s'adreffa de nouveau à Meffieurs
de l'Academie Françoiſe
, en fouhaitant de pouvoir
exprimer , comme ils feroient,
à la gloire de ce grand
Monarque , la fageffe de fes
Confeils , la grandeur & la hardieffe
de fes entreprises , fa valeur
dans les Combats , le nombre &
la rapidité de fes conquestes ,
cette intrepidité dans les plus
134 MERCURE
grands perils , cette grandeur d'aª
me , ce caractere de perfection .
qui l'éleve autant au deffus des
autres Rois , que les Rois font
éleve au deffus de leurs Sujets ,
cette fuperiorité de genie & de
puiſſance qui le fait dominer fur
tous les Empires de l'Europes
cette prudence confommée qui
étonne qui inftruit les plus
habiles Politiques, fon difcerne
ment dans le choix de fes Miniftres
,fes fentimens de bonté , de
moderation , de clemence , de liberalité
, de magnificence
, ſon
amour pour la pieté pour la
justice ; fon zele constant pour
GALANT : 135
la Religion , & pour les interefts
de l'Eglife. Il finit en difant
qu'il n'appartenoit qu'à cux
feuls de celebrer tant de grandes
chofes , & que fut de fi
beaux modelles , formez par
les inftructions de l'illuftre
Prelat qu'ils avoient pour Protecteur
, & dont il loüeroit
avec plaisir les vertus extraor=
dinaires , le fublime genie , &
cette éloquence plus qu'humaine
qui fait l'admiration , & s'il
l'ofoit dire , le defefpoir de tous
les Orateurs François , fi fa prefence
& fa modestie qui éga
loient fon merite , ne luy impo136
MERCURE
foient un refpectueux filence , ils
s'efforc roient de fuivre leurs
grands exemples,ne doutant point.
qu . la pureté de leur efprit ne leur
fut conmuniquée par luy plus.
immediatement
; & que cependant
n'ayant rien de plus cher
que de répondre à l'honneur qu'on
leur faifoit , & penetrez d'un
bienfait dont ils connoiffoient
parfaitement la valeur , il les
affuroit que leur reconnoiſſance
dureroit autant que le bienfait
mefme.
M' de Tourreil , prefentement
Directeur de l'Academic
Françoife , répondit à ce
J
GALANT:
137
Difcours par un Compliment
qui le fit voir digne de la place
qu'il occupe. Je ne vous
diray rien de la maniere delicate
dont il s'expríma en parlant
du Roy. Je vous, diray
feulement qu'il fit connoiftre
à M de l'Academie de Nifmes
, que quand l'illuftre Prelat
qui en eft le Protecteur ,
follicita l'Academie Françoife
pour eux , il cut un plaifir qui
ne luy eftoit pas innonnu , qui
fut celuy de fe voir univerfellement
applaudy , la réputation
qu'ils s'eftoient acquife
luy ayant laiffé fi peu à faire,
Novembre 1692 . M
138 MERCURE
qu'il y avoit à douter que
dans cette occafion il cuft
fenty le doux afcendant qu'il
avoit fur les fuffrages de la
Compagnie ; qu'il fe tenoit
affuré que ce Prelat éterniferoit
la nouvelle union qu'il
avoit ménagée , quoy qu'il paruft
plus propre qu'un autre
à la rompre par la diverfité
de leurs interefts , & de celuy
de la Compagnie , fur le fejour
où le fixoit fa deſtinée , puiſque
L'Academie de Nifmes ne
pouvoit poffeder un fi digne
Protecteur , que l'Academic
Françoife ne perdift en quel
GALANT. 129
"
p₁
10
常
&
que forte un fi digne Confrcrc.
Cependant, Meffieurs , pourfuivit
il , les avantages que
vous allez tirer de noftre perte
nous difpofent à la fouffrir plus
conftamment, & dans l'impuiffance
d'oublier ce qu'elle nous oftes
nous nous refervons la confolation
de penfer à ce qu'elle vous
donne. Sacrifia- t- on jamais tant
à l'amitié naifante ?
Ces deux Difcours ayant
efté prononcez , le reste du
temps de la Seance fut employé
au travail ordinaire
de l'Academie , & on prit
les avis de Miles Academi-
Mij
140 MERCURE
ciens de Nifmes , fur la définis
tion de quelques mots qu'on
n'avoit
pas trouvée affezjufte.
Je vous envoye un Idille fur
le retour de Monfieur le Duc
de Chartres . Il eft de la compofition
de M' Pagot , Valet
de Chambre de leurs Alteffes
Royales Monfieur , & Monfieur
le Duc de Chartres . Mr
Gervais le jeune en a mis les
paroles cu Mufique , & elles
furent chantées au Palais-
Royal au commencement de
ce mois . De quelque maniere
que je vous aye parlé de ce
jeune Prince, dans le Volume
GALANT. 141
feparé de la Bataille de Steinkerke,
on ne fçauroit m'accufer
de n'avoir pas eſté affez
refervé dans fes louanges ,
puifque ce font feulement des
faits que j'ay rapportez , &
qu'il n'y arien à oppofer à des
faits qui parlent , & qui le
loüent malgré fa modeftie ,
qui n'eft pas moins grande
que la valeur. Tout eft extraordinaire
fous le regne de Sa
Majefté , & on ne peut trop
admirer de ne voir que dans
la Famille Royale des Princes
s'expofer continuellementaux
plus grands perils dans une fi
142 MERCURE
grande jeuneffe . L'Idille dont
Je vous fais
part, a pour fujet
l'Hiver qui ramene Monfieur
le Duc de Chartres à la
Nymphe de Saint Cloud ,
que fon abfence tenoit toujours
en alarmes par les perils
qu'il couroit.:
I
L'HIVER..
E ramene en ces lieux voftre Augufte
Heros.
Vous qui l'aimez d'une amour fi fi
delle ,
Preparez luy quelque Feste nouvelle
;
Que chacun à l'envy celebre fes tras
vaux .
GALANT 143
L'horreur de mes frimats l'arrache a
la Victoire.
Chantez , chantez fon glorieux retour
;
Aprés avoir donné le Printemps à la
Gloire ,
Ilvient donner l'hiver àfon amour.
Chantez , chantez fon glorieux reteur.
BERGERS DE S. CLOUD ,
SUITE DE L'HIVER.
Chantons , chantons le glorieux retour
D'un Heros que l'Hiver arrache à la
Victoire.
Aprés avoir donné le Printemps à la
Gloire ,
Il vient donner l'Hiver à ſon amour.
LA NYMPHE DE S. CLOUD .
Le Ciel , à mes voeuxfavorable ,
Nous rend laprefence adorable
144 MERCURE
D'un Heros , le fujet de nosjeux innecens.
Aprés mille perils preffans ,
Où l'engageafon courage ;
Quel plaifir de le voir encor fur ce
rivage !
L'HIVE R.
Poffede ce Heros glorieux ,
Fouiffez de toutefa tendreffe.
LA NY M P HE.
Heureux Habitans de ces lieux »
Montrez voftre allegreffe
Par mille chants joyeux .
Deux Bergers chantent , & le
Choeur répond.
Voicy lejour heureux
Quifait ceffer nos larmes ;
Voicy le jour heureux
Qui va combler nos voeux.
Un Heros plein de charmes
Vient de quitter les armes ,
Pour
GALANT.
145
Pourfuivre les doux næuds
De fon coeur amoureux .
Voicy lejour heureux
Qui fait ceffer pos larmes ;
Voicy le jour heureux
Qui va combler nos voeux.
On entend un bruit de Guerre
qui doit précéder la venuë de la
Gloire.
LA
NYMPHE
Ciel ! la Gloire vient troubler tous
nos plaifirs ,
Elle me va ravir le Heros que j'adore.
. L'HIVER.
Non , il n'eft pas temps encore,
Et je vais m'opposer àfes cruels defirs.
LA
NYMPHE ET
L'HIVER.
Non , il n'eft pas temps encore ,
Oppofons-nous tous deux à fes cruels
defirs.
Nov.1692 . N
146 MERCURE
L'HIVER A LA GLOIRE.
Déeſſe , en vain vous voulez faire
croire ,
Que vous regnezfur toutes les Saifons;
Famais on n'a vu la Victoire
Regner dans le temps des glaçons.
LA GLOIRE.
Ce n'est point la rigueur de ta Saifon
cruelle
Qui ramene ce Prince en ces aima◄
bles lieux ;
Son bras toujours victorieux
Ne craint point les frimats quand la
Gloire l'appelle.
C'est à fes feux ; c'eſt à ſon amour
Qu'on doit fon glorieux retour.
L'HIVE R.
C'est aux frimats ;
LA GLOIRE.
C'est àfon amour.
GALANT. 147
L'HIVER & LA GLOIRE,
enfemble.
Qu'on doit fonglorieux retour.
Suite de L'HIVER.
C'est auxfrimats ;
Suite de LA GLOIRE.
C'est à fon amour
Suite de L'HIVER & de
LA GLOIRE.
Qu'on doitfon glorieux retour.
LA GLOIRE.
Les voeux d'une aimable Princeffe
L'ont emporté fur fes defirs guerriers
;
Aprés tant de travaux , aprés tant de
lauriers ,
Il cede enfin à fa tendreffe .
C'eft à fes feux ; c'est à fon amour
Qu'on doit fon glorieux retour.
L'HIVER .
C'est aux frimats ¿¨
Nij
148 MERCURE
LA GLOIRE.
C'eſt àſon amour
L'HIVER & LA GLOIRE.
Qu'on doitfon glorieux retour.
Suite de L'HIVER.
G'eft aux frimats ;
Snite de la GLOIRE .
C'eſt à ſon amour
Suite de L'HIVER & de la
GLOIRE.
Qu'on doit fon glorieux retour.
LA NYMPHE
Terminez les débats d'une vaine
querelle.
Uniſſons-nous tous trois pour plaire
à ce Heros.
Pendant que dans ces lieux il goufte
un doux
repos,
Par mille nouveaux airs montronsluy
noftre zele.
GALANT. 149
L'HIVER , LA GLOIRE,
LA NYMPHE , enſemble .
Terminons les débats d'une vaine
querelle ;
Uniffons-nous tous trois pour plaire
à ce Heros.
Pendant
que dans ces lieux il goufte
un doux repos ,
Par mille nouveaux airs montrens- luy
noftre Zele.
LA GLOIR E.
Fe l'ay veu tout couvert du fangdes
Ennemis
Monter au Temple de Memoire.
L'HIVER .
Par cent travaux , par cent faits,
inouis ,
On l'a veufixer la Victoire.
LA
NYMPHE
De l'Augufte PHILIPPE left
Le digne Fils :
N iij
150 MERCURE
C'est le Neven , c'est le Sang de
LOUIS.
Tous les CHOEURS.
De l'Augufte PHILIPPE il eft le
digne Fils :
C'est le Neveu , c'est le Sang de
LOUIS.
LA NYMPHE à la GLOIRE.
Fe tremble , je friffonne ,
E-
!
Quand je le vois courir aprés vos
étendars.
L'HIVER.
Sans ceffe il s'abandonne
Aux plus affreux perils , aux plus
cruels hazards.
LA GLOIRE. -
Du chafte fein d'une Bellonne ,
Il ne pouvoit fortir qu'un Mars.
DEUX BERGERS de S. Cloud.
On diroit à le voir que le Dieu de la
guerre,
GALANT. İçi
Dans les mains de l'Amour a remis
fon tonnerre
I. Voix de la fuite de l'Hyver.
Ilfe fait craindre, & plait également.
I. Voix de la fuite de la Gloire .
S'il eft terrible , il n'eft pas moins
charmant.
Tous les CHOEURS,
Il fefait craindre &plaift également,
S'il eft terrible , il n'eftpas moins charmant.
LA GLOIR E.
Pendant que dans ces lieux fon amour
Le rapelle ,
Foüiffez du plaifir de le voir ;
Mais quand l'Amour aurafaitfon devoir,
Souffrez qu'il mefoit fidelle.
Laiffez- le fur les pas de fes nobles
Ayeux, ( Dieux!
s'élever au- deffus de tous les demy-
Niiij
152 MERCURE
LA NYMPHE & L'HIVER;
enfemble.
C'est en vain qu'on voudroit s'oppo
fer à la Gloire ,
Ce Heros fuit tous fes defirs ;
| 1l méprife tous les plaifirs ,
Quand il voit voler la Victoire.
DEUX BERGERS de S. Cloud,
& les Chours répétent.
Suivez , jeune Heros ,
L'ardeur qui vous transporte.
Suivez , jeune Heros,
Le cours de vos travaux.
Toujours fur voftre coeur la Gloire eft
la plus forte ;
Vous ne sçauriez gouter un indigne
repos.
Suivez , jeune Heres,
L'ardeur qui vous tranſporte.
Suivez ,jeune Heros,
Le cours de vos travaux.
GALANT. 153
!
Mr Robinet, toûjours empreffé
à marquer fon zele à
Leurs Alteffes Royales , a fait
le Sonnet qui fuit .
A MONSIEUR
LE DUG DE CHARTRES.
Sur la Campagne de Flandre.
O
Prince merveilleux ! quelprod
dige à votre âge,
D'eftre un Heros parfait , un Guerrier
confommé !
Alexandre auffi jeune eut-il plus de
courage ?
Parfes premiers Exploitsfut- il plus
renommé ?
&
De voftre coeur Bellonne a d'abord
tout l'hommage ,
154 MERCURE
C'est d'elle qu'il se montre entierement
charmé.
Au milieu des Combats vous eftes
fon image ,
Et de fon fang tout pur vous paroiffez
formé.
2
Mais la Victoire affez vous a convert
de Palmes ,
Hors des périls guerriers paſſez à des
jours calmes,
où l'Hymen vous tient prefts des
Myrthes à fon tour.
2
Aprés une Campagne &fi longue &
fi belle,
Revenez , tout brillant d'une gloire
immortelle
,
Ayant fatisfait Mars , fatisfaire
l'Amour.
GALANT. 155
Il y a déja quelque temps
que les Deputez des Eſtats de
Languedoc en prefenterent
le Cahier au Roy. M'I'E
vefque de Nilmes porta la
parole , & toute la Cour
demeura charmée du Dif
cours qu'il fit à Sa Majesté .
Comme les Sermons , les
Oraifons Funebres & les
Livres de ce Prelat font ge
neralement eftimez ; que
tout le monde cherche fes
Ouvrages avec empreffement,
& que vous etes de ce nom ,
bre , j'ay differé à vous parler
de ce dernier Difcours qu'il a
>
156 MERCURE
fait au Roy , afin de pouvoir
vous l'envoyer, en vous l'annonçant
, perfuadé que je
vous ferois un plaifir fenfible,
& qu'au contraire je vous
cauferois un veritable chagrin,
fi je ne vous l'envoyois
pas, en vous parlant des beautez
dont il eft remply. Il fe
roit difficile de trouver des
expreffions plus heureuſes ,
& quand ce Prelat ne penferoit
que ce que penfent les
autres , & qu'il parleroit enfuite
, tout ce qu'il diroit paroiftroit
nouveau .
1
GALANT. 157
SIRE.
Nous venons presenter à
Voftre Majesté les voeux & les
hommages d'une Province attensive
à tous fes devoirs , & toujours
foúmife à vos ordres . Il ya
dans nos coeurs une loy plus forte
que la Coutume qui nous amene .
Nous voyons avec joye revenir
ces jours heureux , où fous vos
favorables regards noftre fidelité
fe renouvelle & comme voftre
gloire croift tous les ans , nous.
fentons auffi tous les ans croiſtre
158 MERCURE
noftre respect,noftre zele, & noflre
reconnoiffance.
Quelque experience , Sire, &
quelque confiance que nous ayons,
vos entreprises furpaſſent toujours
noftre attente , & rien ne
vous femble digne de vous que ce
qui paroift impoffible aux autres .
Vous avez réduit fous vos loix
une Place qui ne connoiffoit pas
encore de Vainqueur, qui fe foutenoit
par fes propres forces ,
mefme par fa reputation , qui
renfermoit dans fes murailles une
Armée entiere pour fa défenſe ,
que les Rivieres & les Rochers ;
Art & la Nature à l'envy renGALANT.
159.
la
doient impenetrable , & que
terre le Ciel , par un defordre
des faifons, avoient renduë pref
que inacceffible. Il falloit vaincre
tout enfemble le temps , les
lieux, les Ennemis , & les Elemens.
Vous les avez vaincus ,
Sire , par vos fatigues , fouffrez
que nous le difions encore en
tremblant , par vos perils ,
cette conquefte vous doit eftre
d'autant plus chere , qu'elle eft le
prix de voſtre valeur , & le fruit
de vostre conftance.
Vous jettez quelquefois fur
vos deffeins des voiles épais
impenetrables , & vou, ôtez ,
76
160 MERCURE
quand il vous plaift , à un Ennemy
vigilant le merite de fa
prévoyance ; mais cette année ,
Sire , vous ne l'avez ny furpris,
ny prévenu ; vous avez tracé
devant fes yeux le plan de wos
projets , & vous avez voulu
qu'il fuft le Témoin , & prefque
le Confident de voftre victoire.
Vous luy avez donné le temps
d'affembler ce Corps nombreux de
tant de Nations ramaßées . Ce
Spectacle que vous donnez , meritoit
bien d'avoir tant de fi
grands Spectateurs.
Que n'ont - ilspû voir de plus
prés Poftre Majesté tranquille
GALANT. 161
lors qu'ils cftoient le plus agitezy
donner tous les ordres , pourvoir
à tous les befoins , difpofer toutes
les attaques , Roy , Miniftre
d'Etat , General d'Armée tout
enfemble , affiſter à tout , animer
tout par fon autorité , par fes
foins & par fes exemples ! Voftre
genie feul eft capable de fuffire
à touts lafource de vos Confetls
eft en vous - mesme , vous foutenez
feul le poids des affaires .
Nous devons à vostre coeur & à
voftre efprit tant de grands fuccés.
Voftre prudence les prepare ;
vous avez tout enſemble la gloi
re du deffein celle de l'execu
Nov. 1692.
162 MERCURE
tion , ce que vous pensez n'a
pas moins de grandeur que ce
que vousfaites.
Que fi lesflots & les orages
ont esté contraires à nos fouhaits,
qui ne fçait qu'une aveugle fortune
dérange quelquefois les ouvrages
de la fageffe ? Nous
avons merité d'estre loüez de nos
Ennemis , s'ils ont eu l'avantage
des vents & du nombre ,
nous avons eu celuy de la reputation
& du courage.
Mais par tout où vous avez
paru , Sire , la Victoire fidelle
vous a fuivy. Quelque plaifir
qu'il y ait à vaincre , vous avez
GALANT. 163
1
moderé l'impatiente ardeur de
vos Troupes. Pour épargner le
fang de ceux qui vous fervent,
vous avez retardé vous-mefme
voftre conquefte , et pour fatisfaire
vostre bonté , vous avez
voulu dérober quelques jours à
vostre gloire. L'éclat de tant
d'actions furprenantes ne vous a
point ébloйy . On entre - voit , au
guerre
, la
vos Peuples , vous ne prenez
plus fort mefme de la
paix que vous voulez donner à
tant de peine à les défendre , que
pour avoir plûtoft le plaifir de les
foulager.
Mais ce qui nous touche le
O ij
164 MERCURE
plus , Sire , c'eft cettefoy & cette
religion fincere qui attirefur vout
fur nous des benedictions immortelles.
Dans le comble de la
grandeur où vous eftes , vous protegez
par voftre pieté , un Roy
qui dans fes malheursfe foutient
encore par la fienne . L'Eglife
les Autels n'ont plus que vous
pour Défenfeur. La caufe du Ciel
eft la vostre, & tandis que tant
de Princes armez contre vous fe
liguent avec tant de peine , intrepide
& paisible en vous-même,
vous vous uniffez avec
Dieu. Dans vos profperitez vous
reconnoiffez fes bienfaits , dans
GALANT. 165
1
toutes fortes d'évenemens vous
adorez les ordres horets de fa
Providence ; & comme vous ne
combattez que pour luy , vous
ne cueillez auffi vos Lauriers que
pour luy en faire des couronnes.
Auffi a til voulu benir encore
une fois vos armes , & confondre
l'orgueil de vos Ennemis dans
ce Combat fanglant où la valeur
a triomphé de la rage & de l'artifice
, où vos Bataillons ont fait
voir que tout ce qui combat pour
vous est invincible , où l'on a vû
de jeunes Heros de vostre Sang
fe diftinguer par leur courage ,
comme ils fe diftinguent par leur
166 MERCURE
naiſſance dans les perils les
confervation , ne fonger qu'à
plus évidens , oublier leur propre
vostre gloire.
Que nous refte- t- il à fouhaiter,
Sire, finon que les voeux que nous
faifons pour vous , foient exaucez
que les fentimens de nos
coeurs vous foient connus ; que
vous mefuriez vos bontez à nostre
affection & à nofte zele ;
que vous receviez nos dons avec
autant de plaifir , que nous en
avons à vous les offrir , & que
Voftre Majefté reconnoiffe qu'il
n'y eut jamais de plus profonde
veneration , ny de plus parfaite
GALANT. 167
obciffance que la noftre ?
Les Deputez des Eſtats de
Languedoc , aprés avoir cu
Audience du Roy , furent
conduits à celle de Monfeigneur
le Dauphin ,à qui le même
Prelat parla en ces termes.
MONSEIGNEU
ONSEIGNEUR ,
Aprés avoir rendu nos hommages
au Roy , nous venons autant
par
inclination
que par
devoir
, reverer en vous l'éclat de
Sa Majesté qui vous environne,
768 MERCURE
Honorezde fa Royale protection,
nous nous affurons de la voftre
& comme nous voyons en vous
les mefmes vertus , nous efperons
auffi de vous le mefme honneur
& la mefme grace .
Ces vertus , Monfeigneur
qu'on acquiert avec tant de peine
, vous ont été comme naturel
les . Quelque grande éducation
que vous ayez enë , vous ne devez
presque qu'à vous - meſme
ce que vous eftes , & Dieu qui
vous a fait grand par naiffance
vous a fait vertueux par
inclination
.
Nous admirons , Monseigneur,
avec
GALANT: 169
avec toute la France cette bonté
qui attire l'amour des Peuples ,
fans en diminuer les respects ;
cette modération qui retient les
paffions de la grandeur , fous les
regles de la fageffe ; cette modef
tie qui fait qu'on vous donne
avec plaifir la gloire que vous
vous refusez à vous- mefme ; cette
activité qui vous fait trouver
voftre repos dans l'exercice laborieux
de la Paix , ou dans les
fatigues honorables de la
cet air de grandeur qui vous éleve
& qui fait voir qu'en obcif
fant au Roy , vous eftes fait pour
commander au reste du monde.
Nov.
1692.
guerrez
P
170 MERCURE
Avec quelle fierté , quand il
vous met fa foudre en main ,
allez- vous brifer les Remparts
de fes Ennemis , & les forcer
dans leurs murailles ? Le rivage
du Rhin retentit encore du bruit
de vos exploits, & de vos loñanges.
C'est là que vous fçaviez
felon les befoins faire éclater
voftre valeur , ou la moderer.
D'un cofté vous preniez des Villes
; de l'autre vous gagnie des
coeurs. Voftre vigilance , voftre
douceur , voftre liberalité ne vous
faifoient pas moins d'honneur ,
que l'intrepidité de vostre courage
, & vous n'eftiez pas moins
GALANT 171
eftimable par vos vertus que par
vos Victoires.
Vous
venez Monseigneur,
la
de ranimer cette noble ardeur
dans ce Siege fameux où par
gloire du Roy vous avez fait
briller la voftre. On vous a veu
recevoir fes ordres avec joye
les donner avec dignité ; prendre
de luy cet efprit de force ) de
fuperiorité que vous allieZ répandre
aprés cela dans les Ťroupes;
commander en fa place, comme
il auroit commandé luymesme
, montrer qu'il n'appartient
qu'à vous d'imiter fa
valeur , comme il n'apparti.nt
Pij
172 MERCURE
qu'à vous de reprefenter ſa per-
Jonne.
Agréez Monfeigneur , que
fuivant les mouvemens de noftr ?
coeur , nous allions renouveller
dans noftre Province ce que la
renommée ya tant de fois publié
de vos éclatantes vertus
que
que
nous y portions les agreables af
feurances d'une protection auffi
puiffante que
la vostre
nous vous aaffeurions par avance,
Monseigneur , de la parfaite
reconnoiffance , de la profonde
veneration des trois Etats qui
la compofent.
Le Roy a donné plufieurs
GALANT.
173
Abbayes. Ml'Abbé d'Aubi
gné , Docteur de Sorbonne, a
cfté pourveu de celle de la
Victoire , proche Senlis , qu'avoit
M l'Abbé l'Ainé . Sa
fageffe & fes bonnes moeurs
répondent à fon érudition, &
c'est ce que Sa Majeſté confidere
le plus dans ces fortes
de nominations.
Elle a auffi donné à M
l'Abbé de la Feüillée l'Abbaye
du Mont Ste Marie , vacante
par la mort de M'l'Abbé
de Leide,arrivée à Bezançon .
Il eft Fils de M' de la Feüillée
, Gouverneur de Dole , &
Piij
174 MERCURE
l'un des plus anciens Lieute
nans Generaux de France , & qui
a fervy en Allemagne pendant
la derniere Campagne
.
Mr l'Abbé de la Chaife-
Beaupoirier , a eu l'Abbaye
de Rofiere . Le nom qu'il por
te fait voir qu'il eft d'une Famillecù
l'on trouve la picté
jointe à la Nobleſſe .
Depuis ces nominations ,
l'Abbaye de S. Vincent , Diocefe
de Senlis , ayant vaqué ,
le Roy l'a donnée à M de
Saillanr
, Frere de M ' de
Saillant , Capitaine aux Gardes
, qui s'eſt ſouvent diſtinGALANT
. 175
gué dans les occafions les plus
perilicufe . Il eft de l'illuftre
Maifon d'Eftein , dont je vous
ay déja parlé , & dont il y a
tant de chofes avantageuſes à
dire.
Je vous envoye encore le
revers d'une Medaille , frapée
à la gloire du Roy, fur la prife
de Namur. Il s'en eft peu vû
d'auffi belles , & ce qui la
fait eftimer , c'eft qu'elle fait
voir noblement , & fans embarras
, ce que l'on veut
reprefenter , de forte qu'il
n'y a perfonne qui n'en
conçoive d'abord toute la
Piiij
16 MERCURE
part
beauté ; au lieu que la pluf
des Medailles ( je ne dis
pas celles qui regardent l'Hiftoire
du Roy ) font ſouvent
fi énigmatiques , qu'on a de la
peine à deviner fur quelles
actions elles ont efté faites , &
moins encore ce qu'on a voulu
faire voir de glorieux dans
ces actions. Cela eft caufe
qu'on eft fouvent obligé d'en
demander l'explication , les
plus éclairez ayant de la peine
à la developer . La Medaille
que je vous envoye eft encore
de M l'Abbé Bizot
ne laiffe échaper aucune des
qui
GALANT: 177
dis
actions du Roy fans fignaler
fon zele en faifant voir fon
efprit . Ce Prince eſt repre
fenté dans la face droite , avec
ces mots tout autour . Ludovicus
Magnus , Gallorum Rex,
felix , Auguftus , Pater Patria .
1 La Ville & la Citadelle de
Namur que rend à Sa Majeſté
le Prince de Barbançon , font
le revers de cette Medaille ,
& dans le lointain on voit le
Prince d'Orange & le Duc de
Baviere à la tefte de cent mille
hommes , de l'autre coſté
de la Riviere , qui regardent
cette action . Ces paroles font
S
178 MERCURE
au haut , Amat victoria teftes
& dans l'Exergue , Namurcum
expugnatum ,fpectante Auriaco
Bavaro cum centum
armatorum millibus , die 30. Junii
1692. La Victoire que le Roy
a remportée fur les Alliez ,
par la prife de Namur , eft
d'autant plus glorieufe , que la
Conquefte en a efté faite à la
veuë du Prince d'Orange &
du Duc de Baviere , qui femblent
ne s'eftre approchez du
Siege avec une Armée de cenr
mille hommes , que pour
avoir la confufion d'eftre les
témoins tranquilles de la
perGALANT
: 179
te de la plus forte Place des
Pays-Bas.
M' de Martangis
, Ambaſfadeur
Extraordinaire
de France
en Dannemark
, ayant demandé
congé au Roy pour revenir
à Paris,où il a des affaires
importantes
, depuis la mort
de M Dorat , fon Beau pere,
Sa Majefté
a nommé
Mr Duffon
de Bonrepaus
, Lecteur
ordinaire
de fa Chambre
, &
cy- devant
Intendant
General
de la Marine , pour remplir
fa
place. Feu M Duffon , fon
Pere , eftoit un Gentilhomme
qui fe tenoit dans le Mas - Da180
MERCURE
zil, qui eft une petite Ville du
Comté de Foix , où il faifoit
une fort groffe dépenfe , &
vivoit avec beaucoup d'éclat .
M' le Marquis de Bonac , fon
Frere Ainé , fe fait encore
diftinguer dans le Pays . Ils ont
un autre Frere Officier General
, qui s'eft diftingué dans
Limeric en Irlande , où il avoit
un commandement confiderable
pendant le Siege . Il s'y
eft acquis tant de réputation ,
qu'il a efté pourveu du commandement
de Pignerol pendant
tout l'Efté . Je ne vous
dis rien d'un troifiéme Frere,
GALANT. 181
qui a pris le parry de la retraite.
pour le donner tout à Dieu .
M' le Marquis de Bethune,
Ambaffadeur Extraordinaire
en Suede , y eftant mort , comme
je vous le manday dans
ma Lettre du mois paffé , M
le Comte d'Avaux a efté nommé
par le Roy pour aller faire
la mefme fonction auprés de
Sa Majefté . Sucdoife. Vous
fçavez qu'il a efté Plenipotentiaire
à Nimegue , Ambaf
fadeur en Hollande , & auprés
du Roy d'Angleterre en It
lande . Comme rien n'échape
à fa penetration , & qu'il en a
182 MERCURE
donné des marques au commencement
des affaires qui
brouillent aujourd'huy toute
l'Europe , on ne peut douter
qu'il ne foit tres digne de cet
Employ . Il eft Oncle de M' le
Prefident de Mefines , & connu
& cftimé de toutes les
Puiffances de l'Europe. Il n'y
a perfonne qui ignore combien
, le nom d'Avaux s'eft
rendu confiderable
Paix de Munſter .
par
la
Vous m'avez marqué eftre
fort contente d'un Ouvrage
que je vous envoyay la derniere
fois , où le nom de CyGALANT.
183
i
I
dippe eftoit employé. Ce
nom vous doit faire aimer la
Piece qui fuit , puifque vous
l'y trouverez . Auffi cft- elle
[ du mefme Auteur , qui veut
demeurer encore inconnu .
STANCES.
Com
ombien à mes tendres defirs
L'Amour promettoit de plaifirs
,
Si mes foins pouvoient plaire à l'objet
quej'adore !
Ils ont plû ; maconstance a vaincufa
rigueur.
On m'en a fait l'aveu fi charmant à
mon coeur ;
Etje Soupire encore.
184 MERCURE
25
Soit delicateffe on deftin ,
Toujours quelque nouveau cha
grin
Altere ma Cydippe ou m'éloigne
moy mesme.
La crainte , les foupçons ne nous
quittent jamais.
Hé quoy ! l'on doitjouir d'une fi douce
Paix ,
Quand on plaift , & qu'on aime.
$
Que nous laiffons perdre tous
deux
De doux momens , de jours heureux
?
Ah! n'en fommes - nous point , Cpdippe
, refponfables?
Deux jeunes coeurs unis des noeuds
les plus charmans
,
Qui negligent le foin de leurs conteniemens
GALANT. 185
Helas ! fontbien coupables.
3 3
Tandis qu'avec nos plus beaux
jours
Tout rit encore à nos amours ,
Croyez moy , profitons de noftre intelligence
,
Et laiffons les chagrins & lesfoupçons
jaloux ,
Aux Amans que l'Amour condamne
à fon couroux,
On que trouble l'absence.
-M' de
Boiffimon , connu
jufques à prefent , fous le nom
du Cavalier
d'Angers , a fait
le Madrigal que vous allez
lire.
•
Novembre 1692 .
186 MERCURE
LA DEFIANCE
mal fondée.
I
Eune Iris,pourquoy craignez- vous
Que le Berger qui pour vous ades
charmes,
Refuse de rendre les armes
Et ne cede pas à vos coups?
Découvrez-luy vofire Mystere
Si-toft qu'il fera dans ces lieux,
Et je répons de vostre affaire.
Avec votre bouche & vosyeux,
Quand on defcend d'Ayeux illuftres,
Quand on n'a veu , comme vous ,
que trois Luftres ,
Iris , pourpeu qu'on fçache aimer ,
On est bienfeur de tout charmer.
Le malheur arrivé cette
GALANT. 187
année aux Vignes , a fait faire
ces autres Vers au mefme M
de Boiffimon .
REQUESTE A BACCHUS.
H Bacchus , pourquoy dans ces
A
lieux
Nous rens-tu ta liqueurfi rare !
Du plus agreable des Dieux
Deviendras-tu le plus barbare ?
A nos voeux tout le Ciel fe rend
Jupiter nous eft favorable ,
Neptune devient plus traitable ,
Mars conferve Louis le Grand,
De ton cofte fois- nous propice,
Ou plustoftrens- nous la justice
Deuë à noftre fidelité.
Fais-nousfentir ta liberalité
En répandant tes faveurs fur nos –
Vignes.
C
Qij
188 MERCURE
Parretour nous nousrendrons dignes,
Bacchus, de tes charmans bienfaits ;
Nous foutiendrons tes interefts
Contre tout l'amoureux Empire.
Aufondes
Potson nous entendra dire
Les biens que tu nous auras faits ;
Etfi quelqu'amoureux ofe nõus contredire
Soit qu'ilparle ou bien qu'il soupire ,
Arm- de a feule Liqueur
Nous lay ferons fentir un bien plus
dur martyre ,
Et tu triompheras de ce Peuple fans
coeur.
Les Religieux de la Charité
de la Ville de Niort ont
celebré avec de grandes folemnitz
la Fefte de la Canonifation
de S. Jean de DiU,
GALANT. 189
fo
W
21
Bes leur Patriarche. L'ouverture
s'en fit le Dimanche 19. du
mois paffé , par une Proceffion
generale , où fut portée
la Banniere du Saint , qui avoit
cfté benite le jour précedent
, par M' Prunier, Curé
de Noftre- Dame , dans la Paroiffe
duquel l'Hôpital de ces
Religieux eft fitué . Les Pau
vres de l'Hôpital General
commencerent la marche , &
furent fuivis de la Confrairie
des Pelerins, aprés laquelle on
vir paroiftre les Confreres de
Saint Nicolas , au nombre de
plus de trois cens , & tous en
190 MERCURE
Surplis . Les Religeux de la
Charité fuivoient la Banniere
du Saint , qui cftoit précedée
de plufieurs Trompettes , &
enfuite marchoient les Capucins
, les Cordeliers , le Clergé
Seculier de la Ville , les
Officiers du Bailliage en robes ,
M de la Teraudiere , Maire ,
l'épée au cofté , les Echevins
avec leurs robes & chaperons
rouges , douze Sergens des
Bandes du Regiment Royal,
étably en la Ville de Niort,
les Officiers de ce mefme Rcgiment
deux à deux , l'épée
au cofté & le hauffecol , &
GALANT. 191
douze autres Sergens de Bandes
pour fermer la marche , &
feparer ceux quila formoient,
du refte du Peuple , qui affifta
à cette Proceffion dans une
affluence extraordinaire . Elle
fe rendit à Noftre Dame , où
la Grand' Meffe fut chantéc
folemnellement , & le Pancgyrique
du Saint prononcé
avec beaucoup de fuccés par
Mr Prunier. La Meffe finie ,
tous les Corps reconduisirent
la Banniere du Saint dans l'Eglife
de la Charité , & plufieurs
Moters Y furent chantez
en Mufique , auffi - bien
192 MERCURE
!
I
que les Prieres pour le Roy &
pour la Paix . L'apréfdînée , le
mefme Panegyrique y fut prononcé
par M' l'Abbé Raffy ,
Docteur en Theologie , &
ancien Curé de la Rocheguion
, & on termina la Ceremonie
de ce jour par un feu
de joye que les Religieux avoient
fait dreffer au milieu
de la Place qui eft devant leur
Hôpital . Ils y allerent pioceffionnellement
avec M' le
Curé de Noftre Dame, & fon
Clergé. Ce mefme Curé , le
Pere Lambert Herfant , M ' le
Prefident de Fontmort, M ' de
la
GALANT. 193
la Teraudiere , Maire , M
Boucher, Capitaine au Regiment
, commandant un détachement
que l'on avoit fait
pour affifter au Feu , à l'occafion
des reveues qui fe font
de temps en temps de ce Regiment
, & M de la Teraudiere
, Fils , Aide Major dans
ce mefme Regiment , mirent
le feu au bucher par divers
endroits , au' bruit des Trompertes
& des Tambours , & de
plufieurs Salves de Moufqueterie
, que
qui bordoit la Place de tous !
coftez . Cela fut fuivy d'un
Novembre. 1692 .
fit le détachement .
R
194 MERCURE
grand nombre de fufées qui
s'éleverent du Dome de l'Hô .
pital , où il y avoit de grandes
illuminations. On alluma un
femblable feu dans la mefme
Place , & avec les mefmes ce
remonies, le jour de l'Octave ,
pendant laquelle le Pere Rabor
, Cordelier , M' l'Abbé.
Sergé , le Pere Joachim , Capu .
cin le Pere Motot , Preftre
de l'Oratoire , M Chaillot ,
Vicaire de l'Eglife de Noftre-
Dame, M' Melenent , Preftre ,
Aumônier de la Chatité, & le
Pere Mefnard , Preftre de
Oratoire , prononcerent le
GALANT. 195
4
Panegyrique du Saint , avec
autant d'éloquence que de
zele. L'Office du jour qui fut
la clofture de l'Octave , fe fit
par Mr Baſton , Curé de Saint
André , qui aprés plufieurs
Moters que l'on chanta en
Mufique , entonna folemnellement
le Te Deum , dont les
verlets furent chantez alternativement
, le premier par le
Clergé , le fecond par les
Trompettes , & le troifiéme
par l'Orgue , pendant quoy
on éleva la Banniere du Saint
à la voûte de l'Eglife.
Rij
196 MERCURE
Je vous envoye un Livre
qui paroift depuis fix mois ,
& que debite le fieur Brunet,
qui demeure dans la Salle-
Neuve du Palais , au Dauphin.
Vous me direz que ce Livre
n'eſt pas nouveau , mais tous
les Livres, quelque bons qu'ils
foient , ne font pas entierement
connus aprés fix mois .
Celuy - cy a pour Titre la
Maifon reglée
ger la Maifon d'un Grand
Seigneur, & autres , tant à la
Ville , qu'à la Campagne , & le
devoir de tous les Officiers , &
autres Domestiques en general,
Art de diriGALANT.
197
لا
avec la veritable Methode de
faire toutes fortes d'Eaux &
de Liqueurs fortes & rafrai
chiffantes à la mode d'Italie ,
Ouvrage utile & neceffaire à
toutes fortes de perfonnes de
qualité , Gentilhommes de Province
, Etrangers , Bourgeois, &
Officiers de Grandes Maifons .
Ce Titre vous doit faire voir
que j'aurois trop à vous dire fi
je vous parlois du Livre en détail
. Ainfi je me contenteray
de vous affeurer que vous y
trouverez encore plus qu'-
il ne promet , & que vous
ne pouvez tien fouhaiter
R iij
198 MERCURE
touchant le menage , & la
dépenfe d'une Mailon , &
le devoir des Domestiques,
que vous ne l'y renconuriez ,
auffi bien que les manieres de
fervir , fuivant le nombre de
Couverts.
L'Amour n'eft pas toujours
Ennemy de la raifon , & l'avanture
dont je vais vous faire
le détail en eft une preuve.
Une jeune Demoiselle , belle
& bien faite , d'un efprit doux,
& d'un agrément d'humeur
qui la rendoit toute aimable,
receut quelques affiduitez
d'un Cavalier qui luy en fiGALANT.
199
rent bien-toft découvrir tout
le merite . Jamais il n'y eut
une ame plus droite , de fentimens
plus nobles & plus éle
vez , ny de manieres plus infinuantes.
Comme la fympathie
agiffoit en eux , ils ne
purent fe connoiftre fans s'eftimer
reciproquement. L'eftime
n'eut pas de peine à faire
naiftre l'amour , & cet amour
leur fit fentir en fort peu de
temps que leur bonheur dépendoit
de s'aimer toujours ,
& de vivre l'un pour l'autre
dans une parfaite confiancc.
Ils s'en expliquerent felon
R iiij
200 MERCURE
les fentimens de leur coeur,
& ne fe cacherent point qu'ils
fe trouveroient heureux , s'ils
pouvoient s'unir de telle
forte , que la feule mort les
puſt feparer ; mais l'amour qui
leur faifoit voir beaucoup de
douceur dans leur union , ne
leur fermoit pas les yeux fur
un inconvenient terrible . Ils
avoient tous deux fort peu de
bien, & en raifonnant enfemble
fur le Matiage , les fuites
facheufes
que lc manque dc
fortune leur faifoit enviſager,
eftoit un defagrément qu'ils
concevoient bien que leur
GALANT. 201
$
།
tendreffe n'adouciroit point.
Ainfi ils convinrent de n'eftre
qu'Amis ; mais ils fe promirent
d'eftre Amis jufqu'au
tombeau , quelque changement
qui puft arriver dans
leur eftat , & de donner à cette
amitié toute la force qu'elle
peut avoir lors qu'en s'aimant
on n'a en veuë que ce qui fait
la liaifon des efprits . Cette
réfolution les fit foûpirer ,
mais ils ne laifferent pas de
la prendre , & continuerent
à fe voir d'une maniere qui
faifoit juger de la pureté de
leurs fentimens . Ils avoient de
202 MERCURE
l'empreffement pour eftre en
femble , & fe rendoient com
pte des moindres chofes qui
leur arrivoienr , prenant cons
feil l'un de l'autre dans tout
ce qu'ils avoient à réfoudre ;
mais jamais ils ne cherchoient
aucune entreveuë particulie
re. La Mere de cette Belle fe
trouvoit preſente à tout , &
tous ceux qui avoient quelque
habitude avec cette aimable
Fille , découvroient en elle un
fi grand fond de fageſſe & de
vertu , qu'il n'y avoit pas le
moindre foupçon à former
de fa conduite . Elle vivoit
GALANT
203
[
J
fans ambition & fans chagrin ,
fe tenant heureufe d'avoir fair
un vray Amy , quand le Ciel
voulut donner à fes belles
qualitez la recompenſe qui
leur eftoit deuë . Un vieux
Gentilhomme
extrémement
riche , & qui n'avoit qu'une
Fille prefte à marier , l'ayant
remarquée fouvent à l'Eglife,
ſe ſentit touché également de
fa modeftie & de la beauté.
Il parla d'elle à quelques perfonnes
qui la connoiffoient ,
& on luy fit un portrait fi
avantageux de fon coeur & de
fon ame , qu'il en prit pour
204 MERCURE
elle toute l'eftime poffible,
On n'oublia pas de l'informer
de l'attachement du Cavalier,
& ce fut d'une maniere qui
luy fit connoiftre qu'il n'y
avoit rien de plus pur que
l'amitié qui les uniffoit , &
qui auroit pû devenir amour,
s'ils n'avoient eu tous deux
affez de raifon , pour ne pas
s'abandonner aux fentimens
flateurs d'une paffion , que la
prudence ne permettoit pas
qu'ils écoutaffent . Le vieux
Gentilhomme loua la ſageſſe
de l'un & de l'autre , & entendant
tous les jours dire mille
GALANT. 205
biens de la charmante perfonne
qui luy plaifoit tant, il
l'examinoit avec plus de foin
toutes les fois qu'il la rencontroit
dans le mefme lieu . Cette
attention renouvellée pro
duifit en luy je ne fçay quoy
de fi fort qu'il ne put s'empêcher
de fouhaiter, de la voir
paffer dans un estat plus heu
reux que celuy où elle eſtoit ,
Il fongea qu'il pouvoit luy
faire de grands avantages fans
qu'ils portaffent aucun préju
dice aux interefts de fa Fille,
à qui fa Mere avoit faiffé de
grands biens , & ayant enfin
206 MERCURE
formé le deffein de l'épouſer, il
luy fit propofer la chofe par
une de fes Amias. On s'adreffa
à la Belle qui fans en rien dire,
ny à fa Mere , ny au Cavalier,
marqua beaucoup de reconnoiffance
de l'honneur qu'on
luy faifoit, & fit prier le vieux
Gentilhomme de fe contenter
de luy donner fon eftime,
parce qu'elle avoit en quelque
forte renoncé au Mariage , &
que la vie douce qu'elle mela
laiffoit fans gouft.
pour une fortune plus avantageufe
. Cette réponſe le mic
dans une grande ſurpriſe ,
noit ,
GALANT. 207
& le refus augmentant fa
paffion, il luy fit faire plu-
1 Geurs autres fois toutes les
offres qui pouvoient le plus
toucher fon coeur ,
fans qu'-
elle changeaft de fentimens .
Quelque chagrin que luy
caufaft ce mauvais fuccés , il
ne voulut point faire parler
à la Mere , & jugeant que le
Cavalier n'ignoreroit pas la
caufe de ce refus , il alla chez
luy pour luy demander de
bonne foy s'ils avoient enfemble
quelque
engagement
qui fuft contraire à fes efperances
; mais il fut bien éton208
MERCURE
né quand le Cavalier luy pro
tefta que la Belle luy avoir
fait un fecret entier de la
propofition, & qu'il le pria de
ne fe pas rebuter de la froideur
avec laquelle on l'avoit receuë.
Cela fut fuivi de tout ce
qui fe peut dire à l'avantage
d'une perfonne accomplie ;
aprés quoy le Cavalier l'affeura
qu'il tourneroit fi bien fon
efprit qu'il porteroit une réponſe
telle que la meritoit
une generofité auffi grande
que la fienne . Le Gentilhomme
ne fut pas plutoft
forty, que le Cavalier alla chez
GALANT. 209
La Belle pour luy reprocher
qu'elle avoit manqué à la
confiance qu'elle luy devoit.
Elle repondit que ne voulant
point fonger à ce mariage,
elle avoit cru inutile de
luy parler d'une chofe qui ne
devoit aboutir à rien ; que ce
n'eftoit pas luy faire un grand
facrifice que de refufer un
Amant bien plus que fexagenaire
, & qu'à ne luy rien
cacher, ce qui l'avoit promptement
determinée au party
qu'elle avoit pris , c'eit que
la jaloufie eftant naturelle aux
vicilles gens , qui ne font pas
Nov. 1692. S
210 MERCURE
à blafmer quand ils fe defient
de leur merite , elle avoit
penſé qu'il faudroit peut- être
qu'elle fe privaft de la douceur
de le voir, pour fatisfaire
un Mary bizarre , ce qui luy
avoit paru d'une confequence
à ne fe pas laiffer éblouir des
avantages qu'on luy promettoit.
Ce fentiment eftoit
obligeant , mais comme il
nuifoit aux interefts de la Belle
, le Cavalier le combattit
de tout fon pouvoir , & luy
fit connoiftre, que puifque fon
peu de bien l'avoit empêché
de profiter des favorables difGALANT.
201
pofitions de fon coeur , il devoit
eftre affez bon Amy pour
n'avoir en veuë que le plaifir
de la voir dans l'opulence
qu'il ne pouvoit luy procurer
par luy - mefme ; qu'il y avoit
tout fujet de croire fur la réputation
du Gentilhomme ,
qu'ilne feroit pas fujet aux foibleffes
qu'on attribuë à ceux
de fon âge ; mais que quand
mefme , pour luy mettre l'efpric
en repos fur la jaloufie
, il fe faudroit abftenir entierement
de la voir , la penfée
d'avoir toujours part à fon
amitié fuffiroit pour luy faire
Sij
212 MERCURE
fupporter cette contrainte ,
quelque rigoureufe qu'elle luy
puft cftre , & qu'ainfi il la
prioit de fouffrir qu'il allaſt
affurer le Gentilhomme du
confentement dont il avoit
cru pouvoir luy répondre.
Plus le Cavalier fe montra Amy
defintereffé , plus la Belle
s'obftina dans la refolution de
refuſer la propofition qui luy
eftoit faite. Cette difpute dura
plufieurs jours , & la Belle ne
fe feroit point renduë , fi le
Cavalier ne luy euft dit en termes
forts ferieux ; & avec des
marques d'un veritable chaGALANT.
213
grin, que puis qu'il eftoit affez
malheureux
pour mettre
obftacle malgré luy à une
affaire qui luy devoit eftre fi
avantageufe , il alloir fe dif
pofer à faire un voyage en Italie
, d'où il ne reviendroit
point qu'elle ne fuſt mariée,
ce que fa beauté , ſon eſprit ,
& la vertu luy donnoient fujet
de croire qui arriveroit en
peu de temps
de la maniere:
qu'elle fouhaitoit . Enfin la
Belle vaincue par l'empreffement
de fes prieres , luy permit
d'aller donner fa parole
au vieux Gentilhomme , en
214 MERCURE
luy difant qu'il n'avoir qu'à
faire dreffer les articles tels
qu'il jugeroit à propos de les
arrefter pour elle.que fes interefts
ne pouvant eftre en de
plus feures & de plus fidelles
mains , elle figneroit fans lire,
& que fi elle fe refolvoit à ce
Mariage , c'eftoit par une rai
fon plus forte que toutes celles
qu'il luy avoit apportées, &
que le temps luy feroit connoiftre.
Le Cavalier luy témoigna
une veritable joye de
cette permiffion , & il en donna
beaucoup au vieux Gentilhomme
, qui ayant appris
GALANT. 215
N
qu'a
de luy l'heureux fuccés
voit cu fa negociation , alla
voir la Belle dés le lendemain .
II en fut receu avec tout l'agrément
qu'il pouvoit attendre
d'une Fille auffi railonnable
que modefte , qui s'étant
determinée , avoit intereft
à paroiftre aimable . Il
fut charmé de fon efprit & de
fes manieres , & accorda tout
ce qu'on voulut. Le Mariage
fe fir , & fa fortune devint
éclatante . Il n'eut pas fujet
de fe repentir de tout le bien
qu'il luy avoit fait. Elle s'attacha
à luy de fi bonue foy ,
216 MERCURE
& prit tant de foin de bien
remplir les devoirs , que fa
Fille mefme luy applaudit fur
ce choix , & prit pour elle la
plus fincere amitié , malgré
l'antipathic qu'on a ordinairement
pour les Belle.Meres .
Auffi avoit-elle des manieres
fi flatteufes & fi douces .
qu'elle auroit contraint les
plus indifferens à l'aimer . Le
Cavalier fut d'abord extrémement
refervé dans les vifites
, qu'il faifoit fort rarement
Le Mary qui en comprit
la raifon , ne put fouffrir
qu'il le cruft bizarre , & l'engagea
GALANT. 217
+
gagea infenfiblement à venir
fouvent manger avec luy
I. Plus il le vit plus il fouhaita
le voir , & fon eft me augmentant
de jour en jour par
la connoiffance particuliere
qu'il cut de ce qu'il valoit,
il devint bientoft le meil
leur de fes Amis Le Cavalier
répondit à cette amitié d'une
maniere admirable , allant au
devant de toutes les chofes
qui pouvoient luy faire un
peu de plaifir. Quoy que fon
coeur fuft toujours le mefme
pour
la Dame , il eftoit fort
circonfpect auprés d'elle , &
Novembr 1692.
T
218 MERCURE
dans fes paroles & dans fes
regards , & avoit toujours une
raifon prefte pour s'éloigner ,
lors qu'il arrivoit qu'on les
laiffaft feuls enſemble , en
forte que le plus jaloux n'en
auroit pas pris ombrage . Il
eftoit d'ailleurs parfaitement
honnefte homme , incapable
d'abufer de la confiance qu'on
avoit en luy , & d'une Maifon
fort confiderable , d'où
il avoit pris toutes les vertus
qui accompagnent la belle
naiffance . Cependant le Gentilhomme
cut une affaire importante
qui demandoit de
grands mouyemens. Le CaGALANT.
219
valier l'entreprit , & n'épargna
ny peines ny foins pour
T'en faire fortir avec avantage ,
& à fon entiere fatisfaction.
Il s'y rencontra de grandes
difficultez , & il les furmonta
youtes par fa prudence & par
la penetration de fon elprit.
Le Gentilhomme ne luy en
pouvoit marquer affez de reconnoiffance
, & fa maifon
ne retentiffoit que de fes
louanges . La Dame vit avec
plaifir qu'il cuft agy avec tant
d'ardeur pour fon Mary , &
ne doutant point qu'elle
n'cuft beaucoup de part dans
Tij
220 MERCURE
C
ce qu'il venoit de faire ,
elle n'oublia rien pour cftre
en eftat de luy marquer au
platoft par des effets dignes
d'elle combien fon coeur y
eftoit fenfible. Les chofes
s'eftant enfin trouvées difpofées
felon fes fouhaits , elle
l'arrêta un jour qu'il cherchoit
à la quitter , parce qu'on les
avoit laiffez feuls , & l'ayant
prié de l'écouter un moment,
elle luy dit qu'il avoit voulu
qu'elle époufaft le vieux Gentilhomme
; qu'elle eftoit bien
éloignée de s'en repentir, puis
qu'outre qu'elle fe voyoit
GALANT. 221
dans un cftat heureux & riant
du cofté de la fortune , elle
eftoit aimée avec paffion d'un
Mary dont elle ne pouvoit
affez reconnoiftre la tendreffe ,
mais qu'il eftoit temps de luý
découvrir la veritable raifon
qui l'avoit portée à l'époufer;
qu'elle avoit confideré que
« ce mariage qui la mettoit dans
l'éclat , pourroit cftre dans la
fuite auffi
avantageux pour
luy que pour elle; que c'eftoit
à quoy elle s'eftoit d'abord
appliquée , & que fes foins
avoient fi bien réuffi , que
s'eftant renduë maiftreffe de
Tiij
222 MERCURE
l'efprit de fon Mary , qui le
connoiffoit d'un merite extraordinaire
, elle l'avoit dif
pofé à le choisir pour fon
Gendre . Le Cavalier furpris
de cette nouvelle , ne put déguifer
les fentimens de fon
coeur , & luy en marqua plus
de chagrin que de joye . Il
l'aflura que n'ayant eu juſque,
là des yeux que pour elle ,
il avoit fait toute la felicité de
fon bonheur ; qu'il luy fuffi
foit de la voir contente pour
n'avoir rien à fouhaiter davantage
, & que la voulant
aimer toute fa vie préferableGALANT.
223
ment à toutes chofes , il la
conjuroit de n'exiger point
de luy qu'il partageaft avec
une autre perfonne ce qui devoit
eftre tout à elle . La Dame
luy répondit que dans l'eftat
où elle avoit mis l'affaire,
il n'y pouvoit montrer de la
repugnance , fans donner à fon
Mary des impreffions qui les
mettroient peut - eftre tous
deux dans la cruelle neceffité
à
de ne fe plus voir ; que le
refus qu'il feroit de fon alliance
ne manqueroit pas
luy paroistre un effet de l'efperance
qu'il auroit conceuë
Tiiij
224 MERCURE
de l'époufer , fi elle devenoit
Weave , qu'il n'y avoit rien de
plus odieux que ces fortes de
veuës fondées fur la mort d'un
vieux Mary , & que puis qu'
elle avoit entamé cette maticere
, elle vouloit bien luy dire,
que fi le malheur luy arrivoit
de perdre le fien , ce que fon
grand âge luy pouvoit faire
paroiftre fort peu éloigné ,.
rien au monde ne pourroit la
faire penfer à un fecond mariage
; qu'il devoit d'ailleurs
confiderer qu'elle avoit grand
intereft au fuccés de cette affaire
; que fi un autre queluy
GALANT 225
YOU
SOUS
SC
époufoit fa Belle fille , qu'elle
Juy avoit rendue affez favorable
pour efperer fon confentement,
il pourroit un jour
l'embaraffer für fes droits , au
lieu que toutes chofes feroient
heureufement confondues par
fon mariage , qui les mettroit
tous dans une agreable focicqui
ne finiroit qu'avec leur
vie , & que rien jamais ne feroit
capable de troubler.Quoy
que ces railons fuffent plaufi
bles , le Cavalier ne les put
goufter. Il réfifta quelque
temps , comme elle avoit réfitté
lors qu'il luy avoit parlé
té
226 MERCURE
d'époufer le Gentilhomme
;
mais elle luy dit tant de
fois , que quand le change
ment qu'il pouvoit penfer arriveroit
, il n'y auroit plus de
mariage pour elle , & qu'il ne
devoit jamais fe promettic
rien de plus que d'eftre fon
Amy de preference , qu'il luy
lailla enfin conduire l'affaire,
& commença à changer les
honneftetez qu'il avoit pour
fa Belle fille , en quelque chofe
de plus empreffé . C'eftoit
une perfonne fur qui le merite
pouvoit tout . Elle en
connoiffoit beaucoup au CaGALANT.
227
valier , dont l'alliance luy
faifoit honneur , & la deference
qu'elle avoit pour les
feutimens de fa Belle -Mere,
luy faifant trouver dans fes
confeils ce qui répondoit le
plus à fon inclination , elle
receut fans aucune répugnance
l'ordre que fon Pere luy
donna de fe préparer à eſtre
fa Femme. Le Party eftoit
tres confiderable , & file Cavalier
s'eftoit employé utilement
pour la Dame en l'engageant
à épouser le vieux
Gentilhomme , on peut dire
qu'elle fit encore davantage
228 MERCURE
pour le Cavalier , en luy faic
fant époufer la Fille de fon
Mary. Ainfi l'amitié parfai
te qui les unifloit , fut récom
penſée , non feulement par
l'éclat d'une fortune à laquel
le ny l'un ny l'autre ne fembloit
devoir prétendre , mais
encore par la douceur de vivre
enfemble, & de pouvoir efperer
qu'ils ne feroient jamais
feparez.
Le Mercredy 12. de ce
mois , le Parlement s'étant
rendu en robes rouges dans
la grande Salle du Palais 3 la
Meffe y fut chantée en Mufi
GALANT:
229
que, & pontificalement cele
bréc par M de Sillery , Evêque
de Soiffons. Cette grande
ceremonie eftant achevée ,
tous ceux qui compofoient
ce Senar Auguste entrerent
dans la Grand Chambre , &
Mr le premier Prefident prenant
la parole , dit , Que les
hommes dans leurs plus grands
emplois ne pouvoient rien faire
par eux mesmes . Il fit une belle
peinture de leur foibleffe , &
aprés en avoir donné unc
parfaite idée , il dit , qu'il falloir
s'addreffer au Ciel , &
qu'on ne le pouvoit micus
230 MERCURE
faire que par les prieres de
l'Evefque qui venoit d'officier.
Il loua les grands talens
& les vertus de fes Anceftres,
& s'eftant étendu fur ce que
le Chancelier de Sillery avoit
fait de grand , & fur fes Ambaffades,
il ajoufta, que le grand
merite de tant d'illuftres perfonnages
avoit paffe jusqu'à ce
Prelat. M' de Soiffons répondit
à ce compliment , entermes
fort obligeans pour cette
Augufte Compagnie, & aprés
l'avoir remerciée du choix
qu'elle avoit fait de luy pour
officier ce jour - là , il dit ,
GALANT. 231
•
que ce n'eftoit pas le feul remerciement
qu'il euft à luyfaire,
qu'il luy en devoit pour tous les
Evefques dont le Parlement
avoit toujours pris la deffence.
Il fit enfuite une peinture de
la Juftice ; il en fit voir toutes
les beautez , & n'oublia
pas que Dieu avoit dit
• que
c'eftoit une portion de luy mefme.
Aprés ces Complimens reciproques
, il y cut un magnifique
diner chez M le premier
Prefident , où M ' de Soif
fons , quelques Prefidens à
Mortier , plufieurs Confeillers
, & autres perfonnes de
232 MERCURE
la premiere qualité fe trouverent.
La Cour des Aides fit le
mefme jour l'ouverture de
fes audiences , par deux beaux
Difcours , dont l'un fut prononcé
par M' le Camus fon
premier Prefident , & l'autre
par M des Haguais , premier
Avocat General de la mefme
Cour.
Le Difcours de M' le Camus
roula fur la difficulté
qu'il y a à rendre la Juſtice ,
& qu'il ne fuffit pas d'eftie
honnefte homme , bon Juge ,
& bien intentionné pour
GALANT. 233
&
parvenir ; il fit voir tous les
écueils qui s'opposent à fes
bonnes intentions . Il en trouva
dans la prévention qu'on
a ordinairement pour les
Amis , & fit remarquer qu'il
y en avoit jufque dans la
pitié mefme qu'on avoit
pour les malheureux
qu'un efprit de charité pouvoit
féduire , & empêcher de
rendre la Juftice dans toute
fa pureté. Il fit la peinture de
beaucoup d'autres écueils qui
s'oppofolent aux bonnes intentions
des meilleurs Juges,,
& parla en grand Magiftrat
>
Nov. 1692 V
234 MERCURE
& en homme de qualité.
Le Difcours de M des Ha
guais fut fur la tranquillité
interieure que le Magiftrat .
doit fe procurer. Il doits ditil
, eftre exempt d'ambition ;
;fe
renfermer fans dégouft dans les
fonctions de fon Miniftere , quoy
qu'elles ayent peut- eftre peu d'éclat
& ne folliciter d'autre
employ que par fes vertus. S'il
fe met au deffus de l'ambition
il fe mettra fans peine au deffus
de l'intereft , qui agite moins les
grandes ames. Il trouvera des
trefors dans le mépris d'une opulence
fuperfluë , & il s'enrichira
GALANT 235
de tout ce qu'il aura la force de
ne pas defirer. Enfin fes plaifirs
mefme feront innocens & tranquilles
, tels qu'ils ne laiffent dans
Refprit ny dans le coeur aucune
trace aprés eux , & que le Magiflrat
en reprenant fa place y
que
reprenne une attention telle
la defire celuy qui fouffre & qui
fe plaint & une bonté qui confole
ceux que fa Justice ne luy
permettra
pas de contenter . Il
ajoufta à cela la peinture d'un
Juge qui n'eftant pas content
de luy mefme
, foupire pendant
qu'on luy applaudit
, &
fit voir que tous les Juges de-
V ij
236 MERCURE
fut
voient eftre comme le Roy ,,
qui a tout fujet d'eftre content
de luy-mefme . La comparaiſon
qu'il fit de ce Monarque
& d'Augufte
trouvée tres- belle. Augufte
avoit pacifié l'Europe , & recevoit
des applaudiffemens
de toutes parts. Cependant
le fouvenir du Triumvirat ,
de toutes les injuftices , & de
tout le fang qu'il avoit fait
répandre , l'obligcoit à foupirer
au milieu des acclamations
publiques , au lieu que
le Roy qui voit tout ligué
contre , luy doit cftre fatisfait
GALANT 237
de luy- mefme , fa modération
le mettant hors d'érat
d'avoir à fe faire aucun reproche
. Il parla auffi des Juges
qui lors qu'ils font bien
leur devoir, quittent le travail
afin d'éviter la peine , & fit
connoiftre qu'il faut qu'un
Juge travaille toujours.
Le Lundy d'aprés la S. Martin
on fit l'ouverture des Audiences
de la Grand Chambre.
On avoit accouftumé
de les reculer quelquefois de
quinze jours & ſouvent jufqu'à
trois femaines , mais Mr
le premier Prefident les a toug
238 MERCURE
jours avancées depuis qu'il eft
à la tefte de cet Augufte Senat
. M' de la Moignon , l'un
des trois Avocats Generaux ,
fit un Difcours fur la Verité,
le jour que ce Corps fe raffembla.
On faifoit autrefois ce
mefme jour de feveres Mercuriales
aux Avocats , mais
dans la fuite des temps ces
Mercuriales font devenues
plus douces, & plus honneftes,
& l'on s'eft contenté de faire
des Difcours , fur des points
quiles regardent. C'est ce qui
a obligé M' de la Moignon
à parler cetre année fur la Ve.
GALANT. •
239
❤
rité que les Avocats doivent
rechercher, & fur tous les voi .
les qui la couvrent & qui font
autant d'obstacles à la trouver
. Il fit la peinture d'un
grand nombre , & s'attacha
principalement à montrerque
que le manque d'application y
contribuoit beaucoup . Commeil
n'y a point de Prince qui
aime plus la Verité que le Roy,
& que pour ne rien faire contre
elle , on l'a veu prononcer
un celebre Arreft contre
luy même il ne fut pas
malaifé
à M de la Moignon
de faire entrer dans fon dif240
MERCURE
cours l'Eloge de ce Monar
que , puis qu'il fuffit de louër
une vertu pour en trouver
l'exemple dans fa perfonne,
& qu'en parlant de Sa Majefté
on fe laiffe facilement
entraîner par tout ce qu'Elle
a fait de furprenant , à quoy
il cft impoffible de refufer
des Eloges. Enfin M' de la
Moignon fouftint dans ce
Difcours la réputation qu'il
s'eft acquife. Il perfuada, il
plut , & fatisfit fon Auditoire.
M le premier Preſident
parla fur cette même matiere,
mais
GALANT
24
mais d'une maniere differente.
Il s'attacha à faire connoiftre
les routes neceffaires
pour trouver la Verité , &
il le fit avec tant de netteté ,
& de fçavoir , qu'on ne peut
douter que le Public n'en tire
beaucoup de fruit , puis qu'il
ne fçauroit manquer aux
Avocats qui voudront profiter
de cé Difcours, que la feule
volonté pour découvrir cette
Verité, fans laquelle il eft fi
difficile de bien rendre la
Jultice.
t
Au lieu des vicillesremontrances
qu'on avoit accouftu-
X
Νου . 1692 .
242 MERCURE
mé de faire aux Procureurs
en ces occafions , Mr le premier
Prefident fit voir qu'ils
avoient profité de celles qu'il
leur avoit faites dans les dernieres
années , & les exhorta
à continuer.
Je croy, Madame, vous faire
plaifir , ainfi qu'à tous ceux
qui font curieux de Montres ,
en vous apprenant que Mr de
Haute-feuille a trouvé la perfection
des Pendules portatives
, dont le mouvement eft
reglé par les vibrations d'un
Reffort droit ou fpiral , c'eft
à dire , un moyen fimple &
GALANT. 243
facile de les rendre auffi juftes
que les Pendules , & pour faire
aller les Montres de poche
huit jours & davantage fans
remonter , avec la même jufteffe
, ce qu'aucun Ouvrier
n'a encore pû executer. On
ne peut douter que cette Inventión
ne foit d'une tresgrande
utilité à l'égard de la
premiere partie , puis que les
plus fçavans Mathematiciens
demeurent d'accord que fi on
avoit fur la Mer une Horloge
juſte , ce feroit le moyen le
plus facile de connoiftre les
Longitudes , qui eft un fecret
X ij
244 MERCURE
que l'on recherche depuis fi
temps , & pour la découverte
duquel on a promis de tresgrandes
récompenfes en France
, en Angleterre , en Hollande
, & ailleurs . A l'égard
de la feconde , on fçait affez
de quelle utilité il eft d'avoir
ane Montre jufte & exempte
de la fujétion incommode de
la remonter tous les jours .
Mr de Hautefeuille a déja
donné au Public la premiere
partie de cette Invention , dans
un Ecrit qu'il prefenta en
1674 à Meffieurs de l'Acade
mic Royale des Sciences , au
-
GALANT 245
is fujet de laquelle il eut l'année
fuivante un procés avec Mr
Huguens , de la même Academie.
Ce procés , aprés avoir
efté appointé , cft demeuré
indécis , & n'a point encore
efté jugé . Pour éviter un pa-
Kreil inconvenient , & pour
1tâcher de fe rendre cette feconde
Invention plus utile
que ne luy a cfté la premiere,
il a réfolu , avant que de la pu
blier à tout le monde , & de
faire imprimer le Traité qu'il
a fait fut cette matiere , de la
communiquer feulement à un
certain nombre d'Horlogeurs
x iij
246 MERCURE
dont il en a déja choifi qua
tre des plus habiles & des plus
fameux , avec lesquels il a fait
le Traité ou Convention dont
voicy une copie. Comme il en
defire augmenter le nombre,
il est bon qu'elle foit veuë,
afin que ceux qui voudront
avoir la connoiffance de cette
nouvelle invention , s'adreffent
à luy.
Pa
Ardevant les Confeillers du
Roy , Notaires , Gardenottes
au Chaftelet de Paris , fouf
fignez Furent prefens Baltazard
Gilles Martinot , demeurant
GALANT. 247
fur le Quay des Orfeures , Paroiffe
de Saint Barthelemy , Nicolas
Gribelin , demeurant ruë de
Buffy, Paroiffe Saint Sulpice ,
Jacques Langlois , demeurant
Place Dauphine ,fufdite Paroiffe
Saint Barthelemy , tous Maiftres
Horlogeurs à Paris , lefquels , fur
Sur ce que Me Jean de Hautefeuille
, demeurant à l'Hoftel de
Bouillon , Paroiffe Saint Sulpice.
fur le Quay Malaquay › à ce
prefent , leur a declaré qu'il a
trouvé la perfection des Pendules
portatives , c'eft à dire , un moyen
fimple & facile de les rendre auffi
justes que les Pendules , & de
X iiij
248 MERCURE
·faire aller les Montres de poche.
huit jours
la mefme jufteffe fans les remon
ter; & aprés qu'il leur a fait
lecture , en prefence des Notaires
fouffignez , du Traité en manufcrit
qu'il a fait , & qui montre
le moyen de parvenir à ladite
perfection , & eftant perfuadez
que cette Invention feroit tresurile
au Public , ilsfe font obligez,
& ' obligent par ces Prefentes
de bailler & payer audit
Sicur de Hautefeuille , un Louis
d'or neuf pour chaque Horloge
ou Montre neuve qu'ils feront
davantage avec
de cette façon un demy
GALANT. 249
Louis d'or neufpour chacune de
l'ancienne manieres qui fera remife
rétablie de cette nouvelle
maniere invention , jusques à
ce que ledit Sieur deHautefülle
ait obtenu du Roy un Privilege,
pour avoir feul la permiffion de
faire fabriquer , vendre & debiter
lefdites Horloges & Montres
de ladite nouvelle Invention
aprés l'enregistrement duquel Privilege
ils payeront le droit qui
fera étably par Sa Majefte com
me tous les autres Ouvriers ; &
ne pourront lefdits Sieurs Horlogeurs
comparans s'exempter de
payer lesdits Louis & demy250
MERCURE
Louis d'or, fous prétexte de chan
gement , augmentation ou perfe-
•ction qu'ils y pourroient faire.
Comme auffi ne pourront lefdits.
Sieurs Horlogeurs comparans ,
vendre ny debiter aucune Horloge
ny Montre de cette façon ,
avant
que
ledit Sieur de Hautefeuille
en ait prefenté au Roy,
& à Monfeigneur le Dauphin ;
pourquoy ils s'obligent pareillement
de luy declarer & faire
voir toutes celles qu'ils auront
faites dont il en pourra prendre
une de chacun defdits Sieurs Horlogeurs
comparans , c'eſt à dire ,
celle qui luy plaira le mieux , fur
GALANT. 251
lefquelles ils feront graver ces
mots : De Hautefeuille Aurelianenfis
Inventor ; deſquelles
Montres il leur payera la jufte
J
valeur. Comme pareillement s'o
bligent lefdits Sieurs Horlogeurs
comparans de garder le fecret , &
de ne le communiquer à aucun
Horlogeur, ny autre perfonne ,
que deux mois aprés que ledit
Sieur de Hautefeuille aura pris
chez chacun defdits Sieurs Hor
logeurs une Montre de ladite
nouvelle invention ; & ledit
Sieur de Hautefeuille promet de
fa part de ne divulguer ny communiquer
à qui que ce foit lefdi252
MERCURE
tes Montres qu'il aura priſes
chez lefdits Sieurs Horlogeurs's
qu'aprés qu'il en aura prefenté
au Roy ; le tout àpeine de mille
livres , & de tous dépens , dom .
mages & interefts contre chacun
de ceux qui contreviendront à
l'une des claufes fufdites . Pourra
ledit Sieur de
Hautefeuille faire
un pareil Traité, fi bon luy femble
, avec tels autres Horlogeurs
qu'il jugera à propos ; & en cas
que ledit Sieur de Hautefeuille
n'cbtinft pas ledit Privilege , lef
dits Sieurs Horlogeurs comparans
ne luypayeront plus lefdits Louis
demy Louis d'or lors que la- 2
GALANT. 253
dite Invention fera connuë, praen
vente par une gran tiquée
de partie des Horlogeurs .
Vous voyez, Madame, que
j'ay cu raifon de vous dire
que cet avis doit faire plaifir
aux Cuticux , puis qu'ils feront
bien-aifes d'apprendre,
qu'ils peuventavoir des Montres
pareilles à celles dont il
eft parlé dans ce Traité.
Le S Michel Brunet , Marchand
Libraire , Galerie neuve
du Palais au Dauphin ,
un Livre nouveau en
debi
deux
Volumes , qui a pour .
254 MERCURE
Titre , Voyages Hiftoriques de
l'Europe , contenant l'origines la
Religion , les moeurs , les coutumes
& les forces de tous les Peuples
qui l'habitent avec une Relation
exacte de tout ce que chaque
Pays renferme de plus digne
de la curiofité d'un Voyageur.
Le Titre feul de ce Livre en
fait connoiftre l'utilité , tant
pour ceux qui aiment à voir
les Pays Etrangers , que pour
les perfonnes qui ne peuvent
ou ne veulent pas courir les
rilques & les fatigues des
Voyageurs ; & s'il en faur .
juger par le cours qu'ont eu
GALANT
255
les Ouvrages que le même
Auteur a compofez, lors qu'il
étoit dans les Pays Etrangers,
où il a fejourné long- temps,
le Public luy fçaura bon gré
des remarques qu'il vient de
mettre au jour . Le debit
qui s'est fait du premier Vo
lume , eft une preuve de la
bonté du fecond , puis que ce
n'eft que des Ouvrages qui
ont réüffi , qu'on voit des leconds
Volumes , quand ils
n'ont point paru avec les premiers.
On doit estre perfuadé
que fans cette certitude
on n'en voudroit pas faire la
dépense.
256 MERCURE
Le même Michel Brunet
debite deux autres Livres
nouveaux que vient d'imprimer
le S Coignard , Imprimeur
& Libraire du Roy.
L'un cit Le Paralelle des Anciens
& des Modernes , en ce
qui regarde la Poefic , par Mr
Perrault de l'Academie Françoife.
Vous avez déja veu
deux Volumes de fa façon
fous ce mefme titre. Le premier
eft pour ce qui concerne
les Sciences & les Arts , &
le fecond pour éloquence.
Celuy cy et le troifiéme . Il
y déduit les raifons qu'il a de
GALANT. 257
prétendre , que fi les Poëtes
Anciens font excellens , Came
me on ne fçauroit en difconvenir
, les Modernes ne
leur cedent en rien , & les furpaffent
mefme en beaucoup
de chofes. Il eft malaifé que
ect Ouvrage , quoy que rempli
de beautez , fatisfaffe également
tout le monde , puis
que l'Auteur y marque beaucoup
de chofes , qu'il prétend
eftie des defauts dans l'Iliade
& dans l'Odiffée. Comme
il le fait à fes rifques , chacu
a la liberté , felon fon gouft ,
d'approuver , ou de condam
Nov. 1692% Y
258 MERCURE
ner fon Jugement. La vene
ration qu'on a pour le nom
d'Homere , femble eftre un
préjugé contre luy.
y auroit
cependant de la juftice
à fe défaire de toute prévention
, ce que l'on feroit fi on
vouloit lire les Ouvrages des
Anciens , comme s'ils étoient
Modernes , & ceux des Modernes
comme s'ils eftoient
Anciens . On trouveroit beauce
qui eft beau veritablement,
fans fe mettre en peine s'il eft
beau depuis long- teps , ou fi ce
font des beautez qui viennent
de naiftre. Outre le plaifir
que vous feront les raifonne
GALANT. 259
que vous feront les raifonnemens
de M' Perraut que vous
trouverez fort juftes dans ce
Volume fur la Poëfie , vous
cftimerez la modération qu'il
fait paroistre dans ſa Preface ,
où aprés avoir rapporté les
injures qu'on luy a dites à
l'occafion de quelques Critiques
qu'il a faites fur le bouclier
d'Achiles , il declare ,
qu'il ne prendra jamais d'au
tre vangeance de celles qu'on
pourra encore luy dire , que
de les rapporter toujours mot
à mot , ajoutant que s'il a
merité ces injures elles de
Y ij
260 MERCURE
meureront fur luy , & que s'il
ne les a pas meritées , elles
retourneront fur ceux dont il
les aura receuës.
re
1691.
L'autre Livre nouveau eft
une Relation du voyage
tour des Indes Orientales › pendant
les années 1690 .
par M' Pouchot de Chantaffin
; Garde- Marine , fervant
fur le Bord de Mb Daquefne
, Commandant de
L'Efcadre. Cette Relation ,
outre quantité de chofes cu
ricufes fur les differentes Sec
tes , moeurs & Religions des
Habitans du Pays, contient
un détail exact de la CampaGALANT.
261
gne que Mr Duquesne vient
de faire aux Indes , & qui a
1 tenu jufques icy tous les ef
prits en fufpens ; les Combats
que cet habile Commandant
y a livrez contre les Anglois
& les Hollandois ; les Prifes
qu'il a faites fur eux, & fa fage
conduite à ramener de fix
mille lieuës , parmy les damgers
des vaftes Mers qu'il a
traverfées, & au milieu de toute
la puiffance des Ennemis.
de la France , une Efcadre de
fix Vaiffeaux que Sa Majeſté
luy avoit confiée .
Je vous ay parlé jufte tou262
MERCURE
chant la Lotterie de M Philidor
l'ainé , Ordinaire de la
Mufique du Roy . Monfcigneur
le Dauphin & Mada
me la Princeffe de Conty
Doüairiere , fe font donné le
divertiffement de faire tirer
cette Lotterie devant eux.
Plufieurs perfonnes de marque
y ont efté employées , &
les boëtes ont efté cachetées
des cachets qui ont fervy à là
grande Lotterie du Roy . Cependant
elles ne feront diftribuées
que vers le quinziéme
du mois prochain , & elles
demeureront jufque - là en
GALANT. 263
dépoft chez Madame la Princeffe
de Conty. Il faut vous
en dire la raison . On vouloir
tenir parole au Public , & ti .
rer cette Lotterie , mais il s'en
falloit mille écus que le fond
ne fuft remply. On ne pou
voit diminuer mille écus fur
la fomme à laquelle on avoit
fixé cette Lotterie, parce qu'il
n'y a qu'un feul lot , qui confifte
en une maison . L'embarras
cfteit grand , & les expedients
difficiles à trouver.
Enfin il a cfté réfolu , que
M' Philidor prendroit
pour
mille écus de billets , c'eft264
MERCURE
"
à dire ,pour ce qui reftoit de
fond à remplir. Il les a pris
& l'on n'a differé de délivrer,
les boëtes qu'afin que le Public
fuft averty , qu'il luy of
fre fes billets , pour les mef
mes fommes qu'il a données.
Ceux qui les acheteront ne
feront pas long- temps fans
eftre éclaircis s'ils auront ce
lot unique , puis que la Lotterie
eft tirée , ce qui fut fait
le 19. de ce mois , & depuis ce
temps on a déja pris beaucoup
de ces Billets. Il peut
arriver qu'il luy en reftera ,
mais peut- eftre auffi qu'il
n'en
GALANT. 265
le
n'en aura pas affez pour ceux
qui en fouhaitteront . Le Public
a fujet par là d'eſtre content
de M' Philidor. Puis
qu'il offre tous fes billets jufques
au dernier , on peut
mettre hors d'état de rega
gner fa maifon en prenant
ceux qui luy reftent . On
trouvera les Cartes de plufieurs
fortes de numero, chez
Mr Louvet , Marchand Papetier
à l'Empereur , à Paris ,
ruë de l'Arbre- Sec , & chez
Mr Philidor l'Ainé , proche
les Coches du St Paumier à
Verfailles .
Nov. 1692. Ꮓ
266 MERCURE
Avec quel plaifir ne devezvous
pas recevoir l'Air nouveau
que je vous envoye ! Les
paroles font fur la plus noble
matiere que l'on puft choiſir ,
& vous comprenez aisément
par là qu'elles doivent eſtre
fur les triomphes du Roy.
C'eft le celebre M' Boyer qui
les a faites , & le fameux M
Lambert qui les a miſes en
air. Si la matiere eft augufte,
les Ouvriers qui ont pris foin
de la mettre en oeuvre , ont
tous les talens qu'il faut pour
cela..
WITH
THI
GALANT. 267
AIR NOUVEAU.
Roiffez, Palmes , croiffez , Lau-
CRoiriers.
Louis pouffe fi loin fa gloire & fon
Empire ,
Que s'ilfaut couronner tous fes exploits
guerriers ,
A peine pourrez- vous fuffire.
Croiffez , Palmes , croiſſez , Lauriers.
Rameaux facrez d'éternelle verdure
,
Vous aurez tous un jour l'honneur
d'eftre cueillis
Par les vaillantes mains du Monatque
des Lis;
La Victoire vous en affeure.
Croiffez , Palmes , &c.
Z ij
268 MERCURE
Je vous envoye un Sonnet
qui en faisant la peinture d'un
habile Prédicateur & des utiles
effets qu'il produit par fes
Sermons , infinue agreablement
quelle efperance doit
eftre permiſe à tous ceux qui
ont cet admirable talent .
Sur un habile Prédicateur
de Paris.
Vand tu parles , la Chaire eft
dignement remplie ,
Q
Tu joins le faint Prophete au parfait
Orateur ;
Tu convertis l'Impie en charmant
l'Auditeur.
GALANT. 269
Ah! que ton éloquence eft chreftienne
&polie ?
2
L'Orgueïlleux qui t'écoute auffi toft
s'bumilie
L'Avare de fon or n'est plus adorateur
,
Et des Myfteres faints reverant lá
2 hauteur ,
Le Libertin fans for reconnoift fa
folic.
Ces prodiges frequens marquent ta
Miffion.
Tous tes difcours font pleins d'une
Sainte Onction ,
Et tu ne prefches rien que ce qu'on te
voit faire.
2
Que je ferois ravy de te voir mon
Prelat
Z
iij
270 MERCURE
Tu ne peuxjamais mieux remplir ton
miniftere ,
Mais paré de la Pourpre il auroit plus
d'éclat.
Nous fommes fi accoutumez
à entendre parler des
Prifes que les François font
fur les Anglois, & fur les Hollandois
, que cela ne nous paroift
plus extraordinaire . Cependant
c'est une chofe qui
sient du prodige , & jamais
progrés n'ont efté , ny
tinuels , ny en fi grand nom.
bre . Ce qui les rend encore
plus furprenans , c'est qu'ils
font faits par une feule Na.
fr conGALANT
271
tion , fur deux autres appliquées
à faire fleurir leurs Etatspar
la Navigation , au lieu que
la Marine n'eft confiderable
en France que depuis que le
Roy a pris feul le Gouvernement
de fon Royaume. Nous
avons fait pendant ce feul
mois de Novembre plus de
cinquante Prifes fur ces deux
puiffantes Nations , & nos Armateurs
ont obligé le Prince
d'Orange à mettre Pavillon
bas , lors qu'il a repaſſé en
Angleterre. Voicy comment
fe paffa la chofe . Ce Prince
partit de Hollande avec cing
Z iiij
272 MERCURE
Baftimens , & peu de temps
aprés il fe vit fuivy par quatre
moins confiderables
mais qui par leur contenance
fiere, & par leur manoeuvre
faifoient voir qu'ils avoient
quelque deffein d'attaquer .
bien qu'ils fuffent inferieurs
en nombre de Vaiffeaux , &
en forces. Le Prince d'Orange
demandafi on connoiffait
ce que c'eftoit que ees Baftimens,
& on luy répondit qu'ils étoient
commandez par le Capitaine
Barth, & que s'il vouloit , on
en détacheroit quelques uns pour
aller à eux ; mais bien loin d'y
GALANT: 273
confentir , il fit mettre bas le
Pavillon qu'il arboroit , afin
que fi le Capitaine Barth ſe
fentoit tenté de tout rifquer
pour un coup auffi glorieux
& auffi utile qu'auroit cfté
celuy de le prendre , il n'y cuſt
aucune marque qui puft faire
connoiftre dans quel Vaiffeau
il cftoit monté . Comme il eft
homme de fort grande précaution
lors qu'il s'agit de ne
point rifquer fa vic , il arriva
en Angleterre feulement étourdy
de la peur, & battu de
la tempefte. Aprés le chagrin
qu'il devoit fentir d'avoir fait
274 MERCURE
une fi malheureuſe Campa
gne , il avoit fujet d'apprehender
que les Habitans de
Londres ne le viffent pas de
bon oeil , la diminution de
leur commerce ayant toujours
augmenté depuis qu'il
eft monté fur le Trône d'Angleterre
; mais fès bons Amis
avoient pris des me fures pour
infpirer au Peuple des fentimeus
contraires à les intereſts,
& l'Evefque de Londres , avec
fes Creatures , ne parla que de
graces à rendre à Dieu d'avoir
confervé un fi grand Monarque.
Cet Evefque agiffoit pour
GALANT: 275
luy , parce que cette confervation
luy importe plus qu'à un
autre , & qu'il doit craindre
que le vray Roy d'Angleterre
ne rentre dans fes Etats , puis
que
devant toute fa fortune à
ce Monarque qui l'a élevé , il a
lieu de croite qu'il le puniroit
de fa trahison, fi fes Sujets venoient
à fe repentir de leurs
crimes . Voilà comme les Pcuples
font fouvent les dupes des
Particuliers élevez par la fortune
, qui ne travaillent que
pour eux mêmes , lors qu'ils
feignent de n'avoir que le bien
public en veuë. Le Docteur
276 MERCURE
Burnet , venu de Hollande
avec le Prince d'Orange , &
qui a trouvé un Evêché où il
auroit trouvé la punition de
les perfidies , a encore efté
du nombre de ceux qui ont
tout mis en ufage pour tromper
les Peuples, en leur marquant
que les obligations
qu'ils avoient au Prince d'Orange
, les devoient engager
à le feliciter fur fon retour.
Cependant il avoit fes
raiſons pour en ufer de la forte,
& quand on vọit dans les
Nouvelles publiques que toutes
les cloches ont fonné en
GALANT. 277
Angleterre en réjouillance de
l'hureux retour du Prince d'O
range , on ne doit pas croire
que le Peuple en foit plus fatis
fait de ce Prince , & que ces
marques d'allegreffe publique
l'empêchent de voir qu'il a
laiffe perdre Namur , & facrifié
les Anglois à la Bataille de
Steinkerke, où la plupart des
vicilles Troupes ont efté taillées
en pieces , & ruinées de
que celles qui
maniere
font reftées de ce Combat ,
ont bien refolu , fi elles pouvoient
une fois fevoir en Angleterre,
de ne plus retourner
278 MERCURE
en Flandre. Les Peuples de
Hollande , quoy que retenus
par leurs Magiftrats , ou gagnez
ou apprehendant la
puiffance du Prince d'Orange,
n'ont pu s'empefcher de témoigner
leur chagrin , de
voir que les Alliez n'ont
point fait de plus grandes
pertes en Flandre que depuis
que ce Prince s'eft mis à la
tefte de leurs Armées Jamais
ils n'ont vû tant de promeffes
& fi peu d'effers que depuis
ce temps- là . C'eft ce qui donna
licu à un Comedien d'Amfterdam
, de le jouer il y a
GALANT. 279
>
& ce
quelques mois , dans une Sccne
qui a fait beaucoup de
bruit en Hollande , & mefme
dans plufieurs Cours de l'Europe.
Ce Comedien reprefentant
un Valet difcouroit
avec fon Maiftre
qu'ils difoient rouloit fur les
moyens de vivre heureux dans
le monde , & fur ce qu'il falloit
faire pour parvenir à un
bonheur accomply . Aprés
avoir nommé bien des choſes
, le Valet conclut , qu'il
falloit , pour vivre heureuxseftre
comme le Prince d'Orange , qui
eftoit heureux fans rien faire
280 MERCURE
Ce trait Satyrique fit tant de
bruit , que pour fatisfaire ce
Prince on fut obligé de mettre
le Comedien en prifon.
Au lieu des louanges que les
Flateurs du Prince d'Orange
luy donnent , on pourroit
luy dire les Vers fuivans qui
ont efté faits par M Diere
ville.
Au Prince
d'Orange .
Rendre Namur , bombarder
Charleroy , Prend
Trois défaites dans l'intervale ,
Naffau , cette Campagne eft elle affez
fatale ?
Qu'en penfes- tu de bonne foy ?
GALANT. 281
Tulas veu de plus prés que moy ,
Et pourjuger des coups nul autre ne
t'égale.
Sont-ce-là des Exploits d'un grand
&puiſſant Roy ?
Et malgré ta Ligue infernale ,
Trouves-tu par ces faits que Louisfe
Signale ,
Et triomphe par tout de toy?
Si tu ne le vois pas , tout l'Univers
l'admire.
Tu devois partager son florissant
Empire
Entre mille& mille Envieux.
Quel chagrin va ronger ton coeur
ambitieux !
Retire-toy honteux d'une telle Cam
pagne.
I tes yeux..
Tu ne fçais que baftir des Chafteanx
en Espagne ,
Lorfque Louis en prend les Villes à
Nov. 1692.
A a
282 MERCURE
Comme j'ay commencé cer
Article , en vous parlant des
Prifes faites fur les Anglois
& fur les Hollandois , je dois
vous dire avant que de le finir, dele
que je ne vous entretiendray
point de toutes celles qui font
dans les Nouvelles publiques,&
que je me contenteray
de vous parler de quelquesunes
, dont vous n'avez pas
fçeu tout le détail .
Deux Fregates du Roy , l'une
commandée par M ' Hercule
de la Roche , & l'autre par
M ' le Chevalier de Chaulieu
qui croifoit vers le Cap de
GALANT 283
·
Gate , ayant trouvé un Vaif
feau Anglois venant du Levant
M de la Roche le
combatit feul , par ce que M
le Chevalier de Chaulieu étoit
fort éloigné ; & lors qu'il
cut effuyé la premiere dé
charge des Anglois , il l'aborda
, jetta deſſus une partie
de fon monde , & s'en rendit
maistre après trois quartsd'heure
de Combat. Le Capiraine
Anglois mourut de fes
, & quarante
Mate-
Jots furent tucz. La prife.cft
eftimée deux cens mille Ecus.
Ce Vaiffeau eftoit de quarante
Aa ij
284 MERCURE
Canons , dont il n'y en avoit
que trente de montez . M' de
la Roche n'eut que fix Soldats
tuez, & quinze hommes
bleffez , du nombre defquels
eft fon Lieutenant. Cette action
eſt des plus vigoureuſes,
& quay que Mr de la Roche
foit encore fort jeune , elle a
efté conduite avec toute l'experience
qu'un Capiraine con-
Tommé auroit pu faire voir
dans une pareille rencontre.
Le Roy luy a donné vingt
mille francs de gratification,
& a témoigné qu'il eftoit plus
content de fa valeur & de la
GALANT. 285
maniere dont ce Vaiffeau
avoit efté pris, que de la priſe
mefme.
M' de Bethune , Comman
dant le Vaiffeau l'Avanturier,
a pris un Navire Marchand
venu du Levant , dont la
charge eft cftimée cent mille
écus , quoy qu'elle ne foit
que de Raifin de Corinthe.
Il a auffi coulé à fonds un
Vaiffeau de Guerre qui l'ef
cortoit. Comme les Anglois
font grand cas du Raifin de
Corinthe , & qu'ils en mettent
prefques dans tout ce
qu'ils mangent, on affure que
286 MERCURE
le Maistre du Vaiffeau offre
une fomme confiderable pour
le rachepter , & il y apparence
que l'argent nous conviendra
mieux que cette forte
de Marchandiſe .
Je vous envoye un Journal
du mouvement des Anglois ,
depuis leur approche du Fort
Louis de Plaifance . Il eft du
Gouverneur meſme qui a eſté
afficgé.
L
24:
E du mois dé Septembre
169.2 . la Flote des
Marchands de France eftoit prefte.
de mettre à la voile
pour
`s'én
GALANT. 287
retourner, lors que j'eus nouvelle
que l'on avoit découvert une Efcadre
de cinq Vaiffeaux vers le
Cap de Sainte Marie , moüillez
dans l'Anfe du Pourchet , a cinq
lieuës d'icy. F'envoyay auffi- toft
une Chaloupe le long de la cofte,
pour m'aſſurer de la verité, &
connoiftre leur Pavillon . Les
Découvreurs me rapporterent
•qu'il eftoit vray, & qu'ils eftoient
à la voile, faifant route pour entrer
dans le Port de Plaifance ,
où ils mouillerent à la veuë le 15.
Il's appareillerent le 16. & Je mirent
en rade hors la portée du
Canon. Je fis le meſme jour un
288 MERCURE
détachement de foixante hommes
fous le commandemens de M' le
Baron de la Hontan , Capitaine
Réformé en Canada , quife pofta
dans un endroit où je ne doutay
point qu'ils ne miſſent pied
terre , fi leur deffein eftoit de
gagner la Montagne qui commande
le Fort-Louis , & d'où la
Moufqueterie auroit fort incommodé
noftre Batterie . Ils ne firent
aucun mouvement ce jour - là que
de mettre leurs Chaloupes à la
mer, & de fonder à la rade.
Le 17. ils tenterent la defcente
la Fontaine , avee un gros Détachement
conduit par leurs Cha-
Loupes,
À
GALANT 289
loupes , dans l'Anfe où nos Sol
dats eftoient embufqucz. Je ne
fçay par quelle avanture ilsfeeurent
queon les y attendoit,puis que
hors de la portée de noftre Moufquererie
, ils changerent tout à
coup de route , & tournerent la
prouë derriere un petit cap, où ils
jetterent avec précipitation des
hommes à terre , qui avant que
nos gens fuffent en estat de s'y
oppofer , mirent le feu dans le
bois , fe rembarquerent à la
hafte , croyant fans doute qu'un
embrafement general découvriroit
les poftes qui leur paro:f
foient dangereux à l'abordage.
Nov.1692.
Bb
290 MERCURE
Dans cet intervalle , aprés avoir
pourveu aux feuretez du dedans
de la Place ,jallay faire travail.
ler à celle des dehors , en faifant
conftruire une Redoute de pieux
fur le haut de la Montagne qui
commandoit nos Batteries . Le 18.
j'en fis dreffer une de quatre Ca
nons fur la pointe du Goulet , de
l'autre cofté de l'entrée du Baffin,
tant pour la rendre impraticable
aux Ennemis, quepour la défenfe
des Cables qui la traverſent, ce
qui les détourna , je croy ,
tenter le paffage.
dy
e mol
Pendant que je m'occupois
faire preffer les travaux , les
J
GALANT 291
" aiffeaux Ennemis défreflerent
leurs Hunters , faifant femblant
de vouloir avancer. Le vent étoit
à Oneft-fur- Ouest , temps à fouhait
pour entrer dans le Port .
mais ils furent plus retenus que je
ne m'attendois , car ils ne firent
aucune manoeuvre dangereuſe ,
que de promenerleurs Chaloupes
d'un bord à l'autre Sur le midy,
comme il en venoit une des leurs
au Fort fous le Pavillon François
, j'en fis nager une des noftres
au devant, portant mefme Pavil
lon , commandée par un Sergent,
pour fçavoir ce que l'on foubaitoit.
L'Officier Anglois qui la
Bb ii
292 MERCURE
commandoit demanda à estre
conduit devant le Gouverneur
de la Place , ce qui luy fut accor
dé les yeux bandez jusqu'à la
porte de ma chambre,felon l'ordre
guerre, Il me dit qu'il ve
de la
noit de lapart de MVVilliams,
fon General , pour me faire des
civilitez que ne pouvant
bien s'expliquer, il me prioitd'envoyer
un de mes Officiers à fon
Bord , où fon Commandant luy
feroit mieux entendre les chofes
qu'il ne pouvoit faire
ayant un Capitaine de Navire
& plufieurs Matelots , il pourroit
entrer en quelque accommo
qu
GALANT. 293
P
dement pour les retirer. Cela m'obligea
d'envoyer le Sieur Coftebelle
, Lieutenant de la Compa- .
gnie du Sienr Paftours accompagné
de M de la Hontan , à
leur Amiral . pour répondre à fon
honneftetés tâcher de découvrir
leurs forces & leur deffein . L'ar
mement du Vaiffeau ne leur fut
point caché. On les fit promener
dans toutes les Batteries , & aprés
des complimens reciproquess
n'ayant point d'autres ordres que
defatuer de ma part le Commandant
ils revinrent au Fort-
-Louis ; où eftoient reftez jusqu'à
Aeur retour , l'Envoyé , & un
1
Bb iij
294 MERCURE
1
autre Officier de l'Eſcadre Angloife
; avant que de fe rem
barquer , ils me dirent qu'ils avoient
ordre de leur General de
me faire fçavoir en prenant congé
de moy qu'ils eftoient envoyez
de la part du Roy Guillaume ,
pourfe rendre maiftres de la Pla
ce , me fommoient de la ren
dre , fans quoy ils eftoient refolus
de l'infulter vivement au pre
mier temps favorable. Je leur
répondis que j'estois trop bon Su
jet du Roy mon Maistre pour
faire une telle lâcheté , qu'ils n'a
voient qu'à m'attaquer vigoureuſement,&
que je me défendrois
GALANT 295
de mefme. Le Sieur de Coftebelle
" m'informa des forces de cet Amiral,
nommél Álbans, portant fois
xante & deux Canons , la Batterie
baffe de dix-huit livres de
balle , de douze livres fur le premier
pont, & de huit à fix livres
fur le Chasteau de derriere . Il y
avoit deux autres Vaiffeaux ,
nommez le Plimouth & la Galere
, d'égale force , une Fregate
dont l'armement n'eftoit pas fix
confiderable , & une Flute de
vingt-huit Canons . Les Envoyezretirez
de part & d'autre,
j'allay preffer les travaux des
dehors de laPlace , laiffant ordre
Bb iiij
296 MERCURE
d'e
&
An Commandant des Troupesi
'envoyer aux fafeines, de ramaffer
les Bariques vuides des
Habitations . de les difpofer
fur noftre Place d'armes pour
faire de nouueaux retranchemens,
Supposé que les Ennemis rafaf
fent nos retranchemens, qu'ils
voulant tenter une defcente
fur la bréche.
Le 19. les
Affiegeans qui
croyoient n'avoir à prendre
qu'un feul pofte , découvrirent
dans la fuite , qu'il y en avois
trois differens , fçavoir celuy de
la Redoute , celuy des batteries
du Goulet , noftre Place d'ar
GALANT 297
mes où efoient renfermées nos
plus confiderables forces. Le
mefme jour à fix heures du marin
, l'Amiral mitflamme d'ordre,
defrefla fon petit Hunier , fit
porter des ancres à touër , &
balla fur le Greflin à la portée
w
du Canon . Pendant cette máneuvre
, ils nous renvoyerent
une Chaloupe , queje fis prévenir
d'une des noftres. L'Officier que
j'y envoyay s'eftant joint avec
celuy des Anglois , me rapporta
qu'il luy avoit feulement dit ,
que fi on vouloit parlementer
pendant ou aprés le Combat
jeuffe à biffer un Pavillon rou298
MERCURE
ge. Cela mefnrprit d'autantplus
que je neluy avois répondu qu'en
homme qui ne vouloit entendre
à aucune compoſition , me trou➡»
vant en eftat de leur en faire rechercher.
"
L'Anglois s'eftant rendu à font
Bord je n'attendis pas qu'ils
fuffent les premiers à infulter
le Pavillon François ; je fis faire
feu de toutes nos batteries fur le
leur. L'Amiral ne tarda pas à
nous répondre. Leur feu fut de
la derniere violence , pendant
quatre ou cinq heures , & le nôv
tre plus mediocre , voulant ménager
noftre poudre, leurfaire
&
GALANT. 299
"
confumer la leur , mais nous ti
rafmes nos coupsfi àpropos, qu'en
fix heures de combat , nousfifmes
arriver leur Amiral , & fe re
tirer hors de Ligne. Nous nous
wifmes prefque réduits à noftre
derniere gargouffe de poudre,
à mettre à prix les boulets des
Ennemis que je fis ramaffer au
tour de nos Remparts , & dans
les maisons qui en ont efté toutes
criblées. On peut juger par là
de l'extremité où nous nous ferions
trouvez , fi les Ennemis
s'eftoient opiniaftrez fous nos
remparts . Le fecours des Vaiffeaux
Marchands efloit faible
300 MERCURE
de ce cofté- là , mais pour ce qui
eft des Capitaines , ils ont donné
leurs foins dans tout ce que je
leur ay marqué eftre de befoin
pour le fervice du Roy. Tis fe
font affaiblis fans contrainte de
leurs équipages , & d'une bonne
volonté ,fans autre intereft que
de leur confervation er de celle
de la Place. Ils me donnerent fix
vingts-hommes de renfort , plus
propres à la verité aux travaux,
qu'à la guerre , mais la prefence
de leurs Officiers dans les batteries
fit que noftre Canon fut fervy
comme je lefouhaittors .
Le Vice- Amiral tint meil
GALANT 30%
K
leure contenance , & ne se retira
que long- temps aprés que le
bruit du Canon eut finy par les
derniers coups que je fis tirer , në
croyant pas qu'un armement fi
confiderable n'euft que deux mil
le coups à tirer. Je ne doute point
qu'ils ne reviennent à la charge.
Fe fis inceffamment travailler à
raccommoder les embraſeures incommodées
, les dehors des
remparts qui s'eftoient un peu
éboulez en quatre endroits , &
en cinq ou fix heures de temps
nous fufmes mieux que le jour
précedent par l'augmentation des
embrafeures que je fisfairefur la
303 MERCURE
face oppofee à leursforces. Nous
n'avons eu en cette occafion que
cing hommes hors de combat. Le
plus grand defordre a efté dans
les maifons particulieres . Il n'y
avoit heureusement perfonne,
ayantfait fortir les Femmes du
Fort chaque Habitant &
eftoit à leurs postes avec une fer
metéde bons Sujets du Roy. Le
20. ilfe fauva du Bord de l'Amiralun
Pilote François Prifonnier,
qui vint à la nage aborder prés
du détachement
que j'avois pofté
du coté de la Fontaine. M de
la Hontan qui y commandoit ,
le fit conduire au Fort. Par les
GALANT
303
Interrogats que je luy fis fur ce
qu'il avoit pu apprendre des équi
pages je connus que l'Envoyé
des Ennemis ne m'avoit rien dit
d'éloigné de la verité , touchant
le Combat naval de la Manche.
Il me parla de leurs deffeins , où
il avoit remarqué de grandes irrefolutions
, depuis qu'ils avoient
reconnu nos forces , qu'ilsfe contrarioient
extremement dans le
party qu'ils avoient à prendre
pour se rendre Maistres de la
Place qu'il falloit qu'ils
euffent esté bien mal traitez ,
parce que les équipages grondoient
fort de leur entrepriſe .
304 MERCURE
Voilà tout ce que j'en tiray de
rai-femblable , avec la precaution
qu'ils avoient obfervée
en fe feparant de leur Armée,
de cacher leurs ordres à tous les
Ennemis. Quant au nombre de
leurs Morts de leurs Bleffez
il luy avoit paru un Quartier-
Maistre de confideration de tué,
quatre Matelots auffi tuez, &
dix hors de combat . Les differens
bois que la Marée a jettez
fur noftre Grave , ne laiſſent pas
douter qu'ils n'ayent efté maltraitez.
Je n'aypoint eu connoiffance
de la perte de leurs autres
Vaiffeaux.
GALANT 305
Le 21. nous apperçumes qu'ils
viroient fur leurs ancres , & que
à pic , le vent au
les ten
Nordeft , ils vouloient s'éloigner
de nous ce qui nous parut an
moment qu'ils allerent avec leurs
Chaloupes brûler les Habita
tions de la Pointe Verte à une
lieuë d'icy, qui leur auroient coû
té cher , fi pendant la nuit precedente
une pluye effroyable n'avoit
arreflé le gros Detachement
que j'y envoyois pour les deffendre.
La route qu'il faut tenir
par les Bois eft fi peu frequentée,
qu'il euft efte impoffible que des
gens armez s'y fuffent rendus
Nov.1692.
Cc
306 MERCURE
en eftat d'attaquer les Ennemis.
Voila où a finy leur entrepriſe ,
dans le temps que je m'attendois
à les recevoir à la breche ,
la meſme reſolution que je les ay
receus fous le Canon de la Place,
dont Sa Majesté a bien voulu
m'honorer du Commandement
&
de la garde fidelle.
=
Vous avez ouy parler de l'atta
qne d'un des Fauxbonrgs d'Huy
par un Party de Namur , mais le
détail n'en ayant encore paru dans
aucune Nouvelle publique,je croy
que je vous feray plaifir de vous
l'apprendre.
Mr de Guifcar ayant appris que
le Comte de Serclas avoit fait
loger deux Compagnies de DraGALANT
307
gons & cinq d'Infanterie dans le
Fauxbourg de Stat , qui eft éloigné
de Huy d'environ une petite portée
de Canon , & fitué entre
un grand rocher efcarpé & la
Mehagne , & dans le Conflant de
cette riviere & de la Meufe ; &
eftant auffi bien informé que les
Ennemis gardoient foigneufement
le haut de ce rocher & la tefte
du Fauxbourg , ainſi que le coſté
de la montagne , mettant feulement
un Bioüac de huit hommes
pendant la nuit fur le bord de la
Meufe , parce qu'ils croyoient que
la profondeur de la riviere en cet
endroit les mettoit hors d'état d'être
attaquez , il ſe détermina à enlever
ce quartier, & pour cet effet,
il commanda l'onzième de ce mois
au foir , aprés les portes de Na--
Ccij
308 MERCURE
"
nur fermées , trois cens Grenadiers
, & Fuzeliers , & doubla les
Officiers fubalternes , & les . Sergens
, mais fans envoyer ny Licutenant-
Colonel , ny Capitaines ,
afin d'en donner le Commandement
à M. de Vrans , Capitaine .
d'une Compagnie- Franche , dont
la valeur & la capacité luy étoient
connues , & qui ayant demeuré
longtemps à Huy, feavoit quelle
étoit la fituation du Faubourg,
qu'il s'agiffoit d'attaquer. M. de
Guifcar fit donner à chaque Soldat
de la poudre & du plomb ,
pour tirer dix coups , & leur ayant
dix.coups ,
fait prendre auffi cent Grenades.
& trente haches , il les fit embarquer
fur fix petits Bateaux couplez
de deux en deux. Ils partirent
fur les dix heures du foir , &
GALANT. 309
J
K
M. de Guifcar marcha en mefime:
temps avec fix cens chevaux &
Dragons , menant avec luy des
Bateliers, & les chevaux neceffaires
pour faire remonter ces Bareaux
, quand l'expedition •qu'il·
avoit refoluë feroit achevée. Il ar
riva fur les trois heures du matin
à un quart de lieuë du Faubourg
S de Stat , où il fit alte pour attendre
le commencement de l'action ,
mais le jour parut fans qu'il enstendift
aucun bruit, ce qui luy fit
croire que quelque inconvenient
ayant arrefté fes Bateaux , les ,
avoit empefchez d'arriver à l'heure
qu'il s'eftoit propofée . En effet ,
ils s'eftoient engravez , & ce Comtes'eftant
approché avec une petite
troupe de Carabiniers & une
autre de Dragons, vit commencer
C
3io MERCURE
L'affaire à trois quarts d'heure de
jour. Cela n'empefcha pas que
le Faux-bourg ne fuft forcé . On
y prit un Capitaine de Dragons,
& cinq Officiers fubalternes , avec (
prés de foixante chevaux , & l'oner
fit foixante & dix Prifonniers , Ilval
y eut beaucoup d'Ennemis rulez
dans le Corps de Garde , où ils
firent quelque réfiftance , & dans
les maifons . Comme il fortoit
des Fuzeliers de la Ville d'Huy
qui incommodoient nos gens
de
deffus les hauteurs , Mr de Guif
car fit avancer des Carabiniers &
des Dragons , pour les contenir .
Il ne perdit point de temps pour
faire remonter les batteaux , & fit
mettre le feu aux maifons du
Faux -bourg , quand le pillage
fut achevé , aprés quoy il renvoya
GALANT. zire
3II
la Cavalerie par le mefme chemin
qu'elle eftoit venuë , & fuivit l'Infanterie
le long du bord de l'eau ,
les Carabiniers , & le Regiment de
Dragons de Grammont. Il s'ar
refta vis -à-vis le Village de Selayen
, pour faire enlever les par
liffades qui y eftoient demeurées
depuis l'affaire nous y que nous y eûmes
il y a environ trois mois , & il les
fit reporter à Namur , de forte
que les Ennemis n'ont pas profité
du feul avantage , quoy que mediocre
, qu'ils ont eu pendant la
Campagne. Nous n'eufmes que
huit ou dix Soldats tuez & bleffez
en cette occafion. Mr de S.
Martin qui eftoit un des meilleurs
& des plus habiles Partiſans , fute
du nombre des tuez .
es
La Maifon de Chantilly eft fi
312 MERCURE
belle, & Monfieur le Prince toû
jours ingenieux à inventer des divertiffemens
, en fait trouver le fejour
fi agréable à ceux qui vont
fe promener dans cette délicieuſe
Maifon , qu'il eft impoffible d'y
avoir efté fans qu'on ait envie d'y
retourner. C'est ce qui fait que
Monfeigneur le Dauphin s'y
plaift. Il y a paffé trois jours ce
mois-cy avec Monfieur le Duc ,
Monfieur le Prince de Conty, &
Monfieur le Duc du Maine. Pendant
ce temp -là , les plaifirs ont
fuccedé les uns aux autres. La
chaffe a efté heureuſe , la bonne
chere complette , & la joye toujours
fort grande . Il ne faudroit
pas connoiltre Monfieur le Prince
pour en douter, Monfeigneur
palla par Paris à ſon retour , &
ρ
.
8
alla
GALANT. 313
alla voir l'Opera de Phaeton qui
n'avoit point efté joué depuis plu
fieurs années , & qui parut avec
de nouveaux embelliffemens . Il
fut extrémement applaudy , tant
pour la Mufique de Mr de Lully
dont on ne fe peut laffer ,
laffer , qu'à
caufe de la magnificence des Décorations
& de la beauté des habits
. Je ne puis m'empefcher de
vous dire , en vous parlant des
plaifirs , que les Comediens François
, jouent une Comedie noùvelle
, intitulée , Les Femmes à la
Mode dont le fuccez eft tresgrand
, & les allemblées nombreuſes
; rien n'eft plus vif , ne
divertit davantage , & n'entre
mieux dans le gout du fiecle.
Je vous ay deja parlé de la reception
faite à Thouloufe à M. le
Νου . 1692 . Dd
2
314 MERCURE
Prince de Danemark . M. le Mar
quis de Sourdis ne l'a pas moins
bien reçû à Bordeaux , & ce Prince
a paru en eftre fort fatisfait.
M. Begon n'a rien oublié pour le
bien recevoir à Rochefort , &luy
avoit preparé un magnifique fou
per à fon arrivée. Il devait eftrei
fervy fur deux tables , à l'une defquelles
on n'avoit mis que le fau
feuil & le couvert de ce Prince.
L'autre table ne devoit eftre remplie
que de Dames , mais comme
il joint à beaucoup de galanterie ,
beaucoup de civilité & d'honnefteté
pour elles , il fe mit à leur table,
entre les deux Filles de M.Begon.
Il feroit impoffible d'exprimer a
vec quelles manieres nobles & ga
lantes , ce Prince a
tes les Villes où il a paflé . Il étoit
paru
dans tou
GALANT
315
encore à Angers il y a quelques
jours , & il y a fait un fortlong fejour.
On l'attendoit de là à toute
heure en cette Ville , & peut-eftre
méme qu'il y eſt preſentement arrivé.
M. le Marquis d'Amfreville ,
Lieutenant General des Armées
Navales du Roy , mourut à Vincennes
au commencement de ce
mois , chez M. le Maréchal de Belfonds
, dont il avoit épousé l'une
des Filles. Il n'avoit que cinquante
ans , & s'étoit trouvé à beaucoup
d'actions d'éclat dont il étoit toùjours
glorieufement forty , & avec
un applaudiffement general. II
étoit fils d'une Soeur de M. le
Maréchal de Belfords, & eft mort
avec beaucoup de fermeté & une
refignation veritablement chrê-
Dd ij
tienne.
316 MERCURE
Quoy que Mr Cavallerini,
Nonce du Pape , foit à Paris depuis
un affez long- temps , & qu'il
ait eu plufieurs audiences fecrettes
du Roy, il n'a fait fon entrée publique
que fur la fin de ce mois ,
ce qui marque la parfaite intelligence
qui fe trouve'entre la France,
& la Cour de Rone , puifque
fi elle n'eftoit pas entiere , cette
Entrée auroit pû eftre reculée fi
long temps , qu'on n'en auroit
plus parlé , mais cela n'eftoit pas
à craindre fous le Pontificat d'un
Pape fi pieux & dont le Miniſtre
eft fi fage . Je ne vous dis rien des
Cérémonies que l'on y a obfervées
, puis qu'elles ont efté pareilles
à celles dont je vous ay fait
fouvent le détail dans de ſemblables
occasions. Le compliment
que Mr le Nonce fit au Roy , fut
GALANT.
317
fort à la gloire de 5. M. & comme
le Roy a remboursé le prix des
Charges de fes Aumôniers , qu'il
n'a plus voulu laiffer venales , afin
d'avoir la liberté d'en pourvoir
les perfonnes diftinguées par un
vray merite , & que le Pape a
auffi remboursé les Clercs de
Chambre pour les mefmes raifons
, Mr le Nonce dit au Roy ,
Que Sa Sainteté l'avoit imité , en
empefchant la venalité des Charges.
des Clercs de chambre qui conduifoient
au Cardinalat , de meſme que
Sa Majefté avoit empefché celle des
Charges d'Aumôniers qui menoient
à l'Evefché ; à quoy il ajoûta , que
le Pape afoin des Pauvres qu'il fair
renfermer, de mefme qu'afait le Roy,
fi- toft qu'il a commencé à gouverner
par luy-mefme.
Dd iij
318 MERCURE
Depuis quelques années , l'un
des deux Regens de Rhetorique
du College de Louis le Grand ,
prononce quelques jours aprés
Fouverture des Claffes , un Panegyrique
du Roy. Le Pere Jouvency
a eu cet avantage celle- cy , & a
receu de grands applaudiffemens
d'une illuftre & nombreufe Affemblée.
Mrle Nonce s'y trouva,
& le Pere Jouvency luy adreffa la
parole. Le fujet de fon Diſcours
eftoit , que la Vertu a plus de part
que la fortune dans tout ce que le.
Roy fait de grand. Mr le Nonce le
felicita aprés cette celebre action,
& fit voir la beauté de fon genie,
& la vivacité de fon efprit , en mêlant
dans ce qu'il dit deux Vers
Latins à la gloire du Roy , qui ne
pouvoient eftre regardez que com
GALANT. 319
me un in promptu , par le rapport
qu'ils a
qu'ils avoient à l'Eloge qui venoit
d'eftre prononcé.
Le Mercredy d'aprés l'ouverturedes
Audiences du Parlement,
il fe fait l'apréfdînée de nouveaux
Difcours, aufquels le nom de Mercuriale
eft demeuré, quoy qu'il ne
s'en faffe plus, ces Difcours eftant
prefentement plûtoft des Eloges
que des Remontrances. Mr le
Premier Prefident les ouvre & les
ferme , & Mr le Procureur General
en fait un entre ceux de Mrle
Premier Preſident , qui adreffe
dans le premier la parole aux
Gens du Roy. Mr le Procureur
Generaly répondit avec beaucoup
d'éloquence & d'érudition , & fit
de tres-beaux portraits , pour reprefenter
les Magiftrats tels qu'ils
Dd iiij
320 MERCURE
doivent eftre. Il n'oublia pas ce
luy du Roy , qui par lajustice qu'il
rend à tout le monde , leur
enfeigne de quelle maniere il
la faut rendre. J'aurois encore
beaucoup de chofes à vous dire de
Mr le Premier Prefident , mais
vous en ayant déja parlé , la mo
deftie de ce grand & illuftre Magiftrat
m'empêche de vous en rien
dire davantage .
•
Mr l'Abbé de Louvois voulant
rendre la Bibliotheque du Roy
utile au Public , a réfoulu de l'ouvrir
deux jours de chaque femaine
à tous ceux qui voudront y venir
étudier. Il a déja commencé , &
il regala d'un magnifique repas
plufieurs Sçavans le jour de cette
ouverrure . Ce que je vous ay
déja dit plufieurs fois de cet Abbé
GALANT.
32I
S ne devoit pas vous en faire moins
attendre .
Voicy les noms de ceux qui ont
expliqué l'Enigme du mois paffé
fur le Corbillon de l'oublieux , qui
en eftoit le vray fens . Mrs. Bonnard
de l'Hôtel du Quesnoy Place
Royale ; de la Simonniere de la rue
de la Mortellerie ; M. Viart de la
ruë S. Dominique , Fauxbourg S
Germain de Gaye ; Chatton &
le VVert d'Avignon ; Duval & fon
amy Pillet de la rue S. Honoré ,
Coquebert ; de Vaillou de la Foffe
de Nantes ; C. Hutuge d'Orleans ;
l'Enfant rouge
du quartier S. Antoine
; le Pelerin de Nanterre ;
l'Avocat travesty du cloître S.Jacques
de la Boucherie ; les deux
uniformes de la rue des Noyers ; le
Neveudes deux Veuves heureu322
MERCURE
Tes ; J. D. C. du Vaux & fon accordée
le grand Thervobal ; l'Amant
conftant fans efperance ; le Chevalier
de la Rofe blanche du Fauxbourg
S. Jacques ; l'engageant
Blondin de la ruë de Buffy ; l'Amy
de la plus belle Veftale de Brie ;
l'Amant de la Belle affligée de la
grande ruë de Houdan . Mefdemoifelles
Bailly ; la jeune & charmante
Charlotte , mon petit coeur
m'appellez- vous ; les deux Engageantes
du Quay des Auguft ns;
la charmante Madelon du grand
Change d'Avignon ; la nouvelle
focieté de l'Academie du Jardin
de Lion .
L'Enigme nouvelle que je vous
envoye eft de M. de Boiffimon.
-
GALANT 323
22552522222252225
ENIGME.
l'ordre de ma destinée
Penefers qu'unefois l'année ,
Pj
Quoyque mon fecoursfoitpuiffant ;
Mais dans ce temps on me donnefans
ceffe ;
A me remplirchacun s'empreſſet,
Sans demanderje fuis preßan .
Je rens autant que l'on me donne ,
Mes largeffesfont qu'on entonne
Autour de moy des airs joyeux ,
Et quelque chofe qui vaut mieux.
2
Sil'on me me traite pas bien ,
Je me plains quelquefois , &jamais.
ne dis rien :
324 MERCURE
Seulement , je rends de la peine ,
Accux qui me donnent la gefne.
2
Quoique je fois de dur temperament,
Je nefuis fait ny de fer, ny depierre
Et non jolide fondement
N'eft pas d'un pied avant en terre.
L'Empereur ayant fait demander
de l'argent au Pape , pour
foutenir la guerre contre les
Turcs , Sa Sainteté a fait réponſe,
que lars que Sa Majesté Imperiale
auroit rompu l'alliance qu'elle a aver
le Prince d'Orange , & qui eft fi pré.
judiciable à la Chreftienté , Elle recevroit
plus d'argent de luy , qu'au
cun de fes Prédeceffeurs n'en avoit
jamais donné pour de pareilles
guerres.
1
GALANT: 325
Si la place ne me manquoit pas,
je vous entretiendrois des quarante
- quatre nouvelles Prifes ,
dont vous avez déja oüy parler,
mais je me contenteray de vous
dire aujourd'huy , que ces dernieres
achevent le nombre de
quatre - vingt- onze , qui ont eſté
faites dans le cours de ce mois .
Les Ennemis , aprés nous avoir
laiffé fortifier tranquillement
Chaffelet , Thuin , Valcour ; &
Farciennes , pour brider Charleroy
, ont affiegé Chaffelet , &
levé le Siege prefque auffi - toft ,
ayant appris que Mr de Bouflers
marchoit pour fecourir la Place,
Je fuis voftre , &c.
AParis , ce 30. Novembre 1692 .
5 ZESSSS2 E22222255
TABLE.
Relade.
Pre
Priere pourle Roy.
ΙΟ
Difcours du Prince d'Orange aux Etats
avant que departir de la Haye . 13
Ode de Mr l'Abbé de Maumenet.
Article curieux nouveau.
16
24
Hiftoire envoyée à l'Auteur du Metcure.
Le Poëte en couche.
64
Ce qui s'eft passé à l'aſſociation de
Academie Françoise avec celle de
<
Nifmes.
Idille.
129
143
Sonnet à Monfieur le Duc de Chartres
fur faCampagne de Flandre. 193
Difcours fair au Roy, par M. l'Evef
que de Nifmes, en luy prefentant
TABLE.
les Députer des Etats . de Langué-
157
doc.
Difcours fait à Monseigneur le Dauphin
, par le mesme Prelat. 167
Benefices donnez par le Roy. 172
Ambaffadeurs Extraordinaires nom.
mez par le Roy, 179
Stances. 183
Madrigal.
185
Requefte.
187
Ceremonie faite à Niort.
188
La maison réglée.
196
Autre Hiftoire. 198
Ouverture duParlement. 228
Ouverture de la Cour des Aides. 232
Quverture des Audiences du Parle-
237
¡ ment.
Montres d'une nouvelle invětion.242
Livres nouveaux debitez par le sieur
Brunet.
253
Lotterie où l'on peut mettre , quoy
TABLE.
que tirée.
261
Sonnet furun habile Prédicateur. 268
Prifes faites fur les Énnemis , avet
d'autres particularite curieufes
touchant le Voyage du Prince d'orange
en Angleterre , &fon paſſage
30
270
280
Vers adreffez à ce Prince.
Journal du mouvement des Anglois
depuis l'approche du Fort-Louis de
280
Détail de l'attaque & de la prife du
Plaifance.
Faubourg de Stat. 306
Monseigneur va ebaßßer à Chantilly.
Reception faite à ce Prince. 31r
Opera. 313
313
Comedie.
Reception faite à Mr. le Prince de
Dannemarc , en plufieurs Villes du
Royaume.
Mort de M. le Marquis d' Amfreville.
313
315
TABLE.
Entrée de Mr le Nonce &Son Com-
316
Panegyrique du Roy , prononcé par le
pliment au Roy.
Pere Fouvency.
Mercuriale.
Sçavans regalez.
Enigme.
Nouvelles de Rome:
Frifes nouvelles.
Nouvelles de Flandre.
Ein de la Table.
Novemb .
1692. Ecc
318
319
320
321
324
325
325
JJAT
Avis pour placer les Figures.
La Medaille doit regarder la
page 175 .
L'Air doit regarder la page 167
Qualité de la reconnaissance optique de caractères