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1692, 10
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Eur.
511
m
1692,10
Eur. 511 m
1692,10
Mercure
< 36624511580014
< 36624511580014
Bayer. Staatsbibliothek23
A

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
OCTOBRE 1692.
A PARIS ,
GALERIE-NEUVE DU PALAIS.
Ndonnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant au 0
premier jour de chaque Mois, & n
le vendra Trente ſols relié en Veau ,
& Vingt-cinq (ols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juſtice .
T. GIRARD , au Palais , dans laGrande
Salle , à l'Envie .
Et MICHEL BRUNET , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC . XCII .
AVEC PRIVILEGE DU ROY,
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AVIS.
Q
Velques prieres qu'on aitfaites
jusqu'à present de bien
écrire les noms de Famille employez.
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiſſe pas d'y manquer
toûjours. Cela est cauſe qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
tes Memoires dont on ne se peutfervir.
On reitere la mesme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires ,&
l'on employera tous les bons Ouvra
ges à leur tour , pourveu qu'ils ne
deſobligent personne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On priefeulement
ceux qui les envoyent , &fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faſſe ce qu'ils demandent. C'eſt fort
peu de chose pour chaque particulier,
&le tout ensemble est beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite pre-
Sentement le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il est toûjours
imprimé au commencementde chaque
mos. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui sefont à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargerontde les envoyer avant
que fon commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets seront
pluſieurs jeurs en chemin , Paris ne
laiſfera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'ilsoit arrivé dans
AVIS,
les Villes éloignées , mais aussi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faisoient auparavant. Ceux
quiſe le font envoyerpar leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expoſent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raiſons . La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas ſoin de le
venir prendre fi-tost qu'il est imprimé
, outre qu'il leſera toujours quelques
jours avant qu'on en faſſe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont len , eux &
quelques autres àqui ils le preſtent .
ils rejettent la faute du retardement
furle Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet , puis qu'il se charge de faire
lespaquets luy-mesme&de les faire
A iij
AVIS.
د
porter à la poſte ou aux Messagers
Sans nul interest , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreſſe. Ilfera la mesme choſe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demanderasfoit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires ,fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il se rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois
il les joindra au Mercure ,afin de
n'en faire qu'un mesmepaquet. Tout
celafera executé avec une exactitu
de dont on aura tout lieu d'estre
content.
MERCVRE
GALANT
OCTOBRE 1692 .
Est avec beaucoup
de raiſon que l'on
met le Roy au defſus
de tous les Princes qui
ont jamais monté ſur leTrône.
Si tous les ficeles ont eu
des Heros , non ſeulement ce
A iiij
8 MERCURE
Monarque a égalé les gran
des actions des uns , & furpaffé
de beaucoup celles des
autres ; mais juſqu'à fon regne
nous n'avons vû aucun Souverain
dont la vie ſoit remplie
de tant de merveilles . Je
n'entreray point dans un détail
qui occupe tous lesjours
une infinité d'Orateurs , & de
Poëtes, & je me contenteray
de vous parler d'une choſe
qui fait connoiſtre que Loüis
le Grand n'agit pas moins en
Pere qu'en Roy , quand il eſt
queſtion du foulagement de
fcs Peuples. On a publié co
GALANT. و
-
د
Dauphiné au commencement
de ce mois,un Arreſt du
Conſeil d'Etat, qui porte , que
Sa Majesté defirant foulagerfes
Sujets qui ont esté foulezou ruinez
par les Ennemis, leur fera
diftribuer gratuitement&enpur
don, des farines pourse nourrir,
& du bled pour ſemer leurs terres
; qu'Elle les décharge de toutes
impofitions de Tailles pendant
dix années ; & qu'à l'égard de
ceux qui n'auront pas de quoy
faire rebatir les maisonsde Gap,
qui ont esté brûlées , Elle leur
fournira l'argent , en luy payant
annuellement une modique rede10
MERCURE
vance , qui fera reglée par les
Commiſſaires nnoommmmeezz par Sa
Majesté. Ces Commiſſaires estimeront
auſſi la perte de chaque
Habitant des lieux où les Enncmis
ontfait le degast, t) en drefferont
leur procés verbal.
Il y a long temps que les
François tirent des Contributions
de leurs Ennemis , &
qu'ils font des executions militaires,
mais elles font plus
ſelon les loix de la guerre que
eelles que les Alliez ont faites
enDauphiné , puis queM' de
Catinat avoit envoyé offrir
des Contributions pour les
GALANT II
lieux qui ont eſté brûlez.
Cependant nul Souverain de
l'Europe n'a fait pour ſes Sujets
foulez ou ruinez , ce que
le Roy fait aujourd'huy pour
les Habitans du Dauphiné qui
ont ſouffert le dégaft . J'aurois
beaucoup de chofes à vous
dire là-deſſus à ſa gloire , &
touchant l'avantagede ſesPeuples
, qui ne peuventrendre
affez de graces àDieu, d'eſtre
nez ſous la domination d'un
- Souverain, auſſi élevé par ſes
vertus , que par lagrandeurde
fes conqueſtes , qui ne font
pasmoins dûës à ſa prudence ,
12 MERCURE
qu'à fon intrepide valeur.
Je vousay déja envoyé deux
Lettres ſur l'Histoire de la
Baguette de Lion. Vous y avez
leu tant de choſes curieuſes,
que vous croyez n'avoir plus
rien à ſouhaiter ſur cette matiere.
Cependant je vous en
envoye une nouvelle qui reprend
le fait entier , & dans
Jaquelle vous trouverez des
particularitez que vous n'avez
point encore ſccuës. Outre
que l'Auteur en a eſté
luy-meſme témoin, il eſt d'un
caractere à raiſonner phyſiquement;
& c'eſt ce qu'il a
GALANT. 13
i
fait dans cette nouvelle Lettre
. Enfin ſi l'hiſtoire de la
Baguette vous a paru d'abord
incroyable , elle vous jettera
encore dans un plus grand
étonnement en liſant ce que
M² Panthot , Doyen des Medecins
de Lion , ena écrit.
22552522222252225
A M DAQUIN ,
Premier Medecin du Roy.
MONSIEUR
Vous ferez sans doute furpris
d'apprendre que dans Lion,
14 MERCUR E
laVille du monde, aprés Paris, la
plus frequentée,trois fameuxVoleurs
ayent osé prendre la refolution
d'égorger un pauvreVendeur
de vin &fa Femme dans la pensée
qu'ils avoient de trouver chez
ces bonnes gens une somme confiderable
du provenu de leur
vente; mais vousferez beaucoup
plus furpris lors que vous sçaurez
les voyes incomprehensibles
& inoüies dont on s'eſtſervi pour
découvrir les Auteurs du meurtre.
Les circonstances en fontsi
particulieres , qu'elles vous feront
demeurer d'accord que les fiecles
paſſez n'ont rien vû de sembla
GALANT. S
ble,& que toute la Philofophie
n'ajamais trouvé de plus grandes
difficultez que celles que vous
allez remarquer dans cetteRelation
.
Ces malheureux , refolus d'executer
leur deffein , choiſirent
le s . du mois de Juillet dernier ,
àdix heures du foir ils allerent
dans le Cabaret faire lever
'Hoste &l'Hoſteſſe,feignant de
vouloir acheter une grande quantitéde
vin , ce qu'ils firent croive
en leur prefentant une grande
bouteille d'une groffeur extraordi
naire. Cet artifice ébloüit ses bonnes
gens , qui pour ne pas laiſſer
16.MERCURE
échaper l'occaſion d'un petit profit,
deſcendirent àla cave , où ces
Voleurs les ſuivirent , & les affaffinerent
avec une Serpe qu'ils
avoient volée ce mesme jour.
Le bruit de ce crime s'eftant
répandu dans tout Lion , on ne
penſa qu'à chercher les voyes &
les manieres les plus feures de
trouver les Auteurs d'une action
fi cruelle , & comme les perquifitions
de Me le Lieutenant Criminel,
& de MleProcureur du
Roy , s'estoient trouvées inutiles,
quoy que l'on nepuiſſe rien ajoûier
à leur penetration ,
l'exactitude avec laquelle ils
C
à
GALANT. 17
rempliffent fi dignenent le devoir
de leurs Charges , un Particuliers
par un excés de tendreſſe qui luy
restoit pour ceux qui avoient esté
wez,s'avisa, huit jours aprés
cet affaffinat commis , de faire
venir en cette ville un Payfan de
S. Veran , prés S. Marcelin en
Dauphiné ,nomméJacques Aymard-
Vernay , qui est engrande
rreeppuuttaattiioonnddeetrouver, nonſeulement
les Eaux , les Bornes , les
Limites , l'Or, l'Argent ,le Linge,
& toutes les autres nipes cachées
, en quelque part qu'elles
puißent estre , mais encore les
corps affaffinez, enterrez, & les
Octobre. 1692 . B
18 MERCURE
Voleurs . avec le mesme Baston
dont il se fert pour les Eaux,
en sel autre qu'on luyveut donner.
LePaysan estant arrive, com.
me le fondement de fon Art est
de commencer par le lieu où l'on
• commis le crime, il fut auffi
toft conduit à la cave , en prefence
deM² le Lieutenant Criminel
de M le Procureur du
Roy , & il reconnut d'abord
avec ſon baston , les endroits où
leMary & la Femme avoient
estéafſaffine.z Enfuitte leBaſton
parfon mouvement ,les conduifit
à la boutique où les Meurtriers
GALANT 19
avoient voléquelque argent , &
enfuite dans toutes les ruës &
les lieux où ils avoient paffé &
où ils s'estoientreposez .Enfin cette
premiere perquifitionſe terminaà
la porte de la Ville du Pont
du Roſne qui estoitfermée ,parce
qu'il eſtoit plus de onze heures
dufoir. Ainsi lapartie fut remiſe
aulendemain.
Le jour ſuivant , comme l'on
estoit convenu à l'ouverture des
Portes, on prit le chemin indiqué
par le Baston , qui conduifit le
Paysan , & ceux qui l'accompagnoient,
hors de laVille&fur
le bord du Roſne dans la maison
Bij
20 MERCURE
d'unJardinier , où l'on feeut par
les Enfans que l'ony trouva,&
par plusieurs autres , que trois
hommesy estoient entrez depuis
huit jours à fix heures du matin,
s'y estoient repose.z Sur ce
rapport ayant reconnu que le
Baston indiquoit fort juste , il fut
refolu qu'onles poursuivroit auſſi
loin que l'on en pourroit avoir
connoiſſance.
CCeeddeeffffeeiinn s'executa, mais parce
que ces miferables craignoient
d'estre découverts , ils crurent ,
qu'ils ne pouvoient mieux embaraffer
les archers qu'on envoyes
roit aprés eux , qu'en se jettant
GALANT. 21
blon en
dans un batteau qu'ils volerent
au bord du Roſneer dans lequel
ils defcendirent au Camp de Saen
Dauphiné. Ils y furent
ſuivis exactement à la piste par
terre &par eau;&enfin , ce qui
eft admirable , indiquez par le
Baston &reconnus .
Il n'estoit donc plus queſtion
que de les arrester , mais on n'ofa
l'entreprendre , sans en avoir
l'ordre par écrit , dans un Camp
qui est une eſpece d'azile où les
pourſuittes n'auroientſervy qu'à
fairefauver les Meurtriers. Ce
manquement obligea un des plus
zelezde l'escorie , de venir en
22 MRCURE
diligence à Lyon pour reparer
cette faute,&se munirdes pouwoirs
neceffaires à l'execution de
ce deffein , qui tenoit toute la
Ville & toute la Province dans
une impatience incroyable.
Ce Courrier arriva &partit
lemesme jour avec les ordres,&
quoy qu'il retournaſt avec toute
la diligence poffible , il n'arriva
pas allez tost. Les Meurtriers
estoient partis , & avoient pris
le chemin de Beaucaire , où la
Foire les attiroit. Onlesyfuivit
fiponctuellement , que le Maistre
du Baston avec sa Compagnie
alloit chaque jour dîner & cou
GALANT. 23
ther , dans les mesmes lieux on
ils avoient paffé , quoy qu'ils s'éloignaffent
dugrand chemin. Le
Paysany reconnoiffoit toujours
&ſans se tromper ,les lits ,la
table, les chaises , les bouteilles ,
les verres ,lesplats, les affiettes,
&tout cequi leur avoitferry,
augrandétonnement de ceuxdont
il estoit efcorté.
Lors qu'ils furent arrivez à
Baucaire, ils parcoururent d'abord
toutes les ruës, par le mouvement
duBaston unemaisonlear
fut indiquée , que l'on reconnut
estre laPrison.LePaysany voulur
entrer,& affura que l'un de ceux
24 MERCURE
qu'ils cherchoient s'y estoit enfermé.
En effet , ily entra,&entre
quinze prisonniers qu'on luypre-
Senta, il découvrit un petit boffu,
qu'il dit estre un des Aſſaffins.
On chercha inutilement les
deux autres , qui avoient pris
le chemin de Nimes , ainsique le
Baston l'indiqua ; mais le Payfan
eſtant demeuré malade &ne
Po
pouvant plus marcher ( car pour
réuſſir dans ces fortes de poursuites
, ilfaut mettre lepiedfur les
veſtiges de ceux que l'on cherche
, ce que l'on ne pourroitfaire
ſi l'on ſe ſervoit de quelque
voiture ) l'on fut contraint
de
GALANT.
25
dese contenter duBossu , & l'on
revint à Lyon. 1
Ce qui merite d'eſtre obſervé ,.
c'est qu'à leur retour le Boffu
avoüa que dans la route , luy, &
fes complices avoient paßé
logé dans tous les endroits , que
le Baston avoit indiquez , de
force que l'on ne pouvoit lesfuivre
plus exactement. Pour s'en
éclaircir , on entra par tout , &
l'on apprit que le Paysan avoit
ditla verité.
Le retour du Boſſu & fon Interrogatoire
, par lequel il s'est
avoué complice de l'affaffinat, &
toutes les particularitez confor-
Octobre 1692 . C
26 MERCURE
mes à l'indication du Baston
ont jetté tout le monde dans une
admiration univerſelle , ce qui
fait connoistre que l'art du Payfan
est certain &auffi merveilleux
qu'impenetrable.
Tout cela m'a paru fi extraor
dinaire &fidigne de la curioſité
des Sçavans , particulierement
d'un homme de vostre penetration,
que j'ay receu avec beaucoup
de plaifir l'ordre que vous me donnezde
vous en envoyer la Relation.
Afin d'y mieux réuffir ,
j'ay pris un tres- grand ſoin de
queſtionner l'homme du Baston.
Je l'ay ſuivy dans tous les en
\
27 GALANT
droits où j'ay crû pouvoir obfervermieuxſa
conduite, &tiré de
luy tout l'éclairciſffement que je
pouvois ſouhaitter.
Com me il eft important de prendre
cette affaire dansſon principe,
nous commençames par la Caves
où l'affaffinat a esté commis. Le
Paysan craignoit d'y entrer, parce
qu'ilfouffre des agitations violentes
, qui le ſaiſiſſent quand il
fait opererle Baston fur la place
oùl'on a fait quelque meurtre.
Al'entrée de cette Cave on me
remit le Baston entre les mains,
le Paysan pritſoin de le diſpofer
de la maniere la plus conve
Cij
28 MERCURE
nous , pru
nable àfon operation . Je paſſsay
&repafſſay ſur les lieux où l'on
avoit trouvéles cadavres,mais le
Baston fut immobile , & je ne
Sentis aucune agitation . Une
perſonne de confideration , & de
merite qui estoit avec nous , prit
ceBaston aprés moystilfit quelque
mouvement entre ses mains ,
celuy qui le tenoit, ſeſentit interieurement
agité. Ensuite lePay-
San leportafur les meſmes lieux,
le Baston tourna fifotrement
entre ſes mains, qu'il eſtoit plus
preſt à rompre qu'à s'arreſter.
Le Paysan s'éloigna, t) tomba
en defaillance àson ordinaire.
GALANT. 29
Je leſuivis , il paſlit beaucoup ;
it fua , & eut le pous extremement
agité , pendant un quartd'heure.
Le mal devintfi confiderable,
que l'on fut contraint de
luyjetter de l'eaufur le visage,
&de luy en donner à boire pour
leremettre.
Au fortir de ce lieu , nous allames
chez M'le Procureur du
Roy où nous vîmes le mouvement
du Bastonſur laferpe qui a fait
lecoup , preferablement àplusieurs
autresferpes avec lesquelles cellecy
estoit mêlée. Le Baston fit encore
quelque mouvement entre les
mains de la perſonne qui l'avoit
Ciij
30 MERCURE
déja éprouvédans la Cave,&il
n'eut aucun effet dans les miennes
.
Nous terminaſmes enfin nos
experiences dans la Priſon où le
criminel fut preſenté au Paysan ,
qui le touchafur le pied , alors
le Baston tourna avec une tresgrande
vitesse jusqu'à ce qu'il
l'euft quitté pour le remettre à
d'autres , dans les mains deſquels
ilne donna aucun signe.
Toutes ces experiences particulieres
ont fait une si grande
impreffion ſur l'esprit des Puiſſances
, que voyant le Paysan difposé
àretourner sur ses pas pour
:
:
GALANT. 3311
chercher les deux autres Meurtriers
, on luy permit d'aller avec
bonne eſcorte au lieu où il avoit
ceßé de les fuiure , deforte qu'il
retourna à Baucaire , & comme
il eſtoit important de s'informer
du Geolier , ilſceutde luy, qu'un
bomme qu'il ne connoiſſoit pas
estoit venu luy demander des
nouvelles du Boſſu. Il y agrande
apparence que c'étoit un des Complices
,&qu'ayant appris du
Geolier ce qui estoit arrivé du
Baflon,ils avoient pris refolution
d'abandonner le Royaume. Le
Paysan toûjours conduit de la
mesmeforte , prit la route de Tou-
C iiij
32 MERCURE
lon , ſa ſanté eſtant toujours al
terée , car ſi toſt qu'il approchoit
de buit ou dix lieuës de l'endroit
où estoient ces malheureux , il
tomboit de temps en temps en de
fi terribles defaillances, qu'il eſtoit
obligé de s'arrefter pourse remettre.
C'est ce qui est encore inexpliquable
quifurpaſſe le raiſonnement.
Ce retardementfut caufe
qu'il manqua ces Meurtriers de
fept heures ; c'est pourquoy fi toſt
qu'ilfut àToulon ,dans l'empreffement
deles trouver , ilſuivit le
mouvement deſon baston , qui le
conduifit au bord de la Mer , où
pour éprouver sa veriu il entra
GALANT. 33
dans une Chaloupe , & en s'éloignant
du bord , il trouva la piſte
que le Baston indiqua aussi bien
furmer quefur terre.
Aprés cette épreuve il demanda
àceux qui étoient auprés du Port ,
fi l'on n'avoitpas vû deux hommes
de telle &telle figure .felon
le portrait qu'en avoit fait celuy
qui estoit dans les Priſons de
Lyon . On luy répondit qu'ils s'eſtoient
embarquez pour Genes le
meſme jour. On s'informa d'eux
àToulon , qui estoit le lieu ordinaire
de leur demeure , où ils
paffoient auſſi pour fameux Voleurs
, bannis à perpetuité; l'un
43 MERCUR E
1
nommé Thomas , Marinier de
Galere ; l'autre , André Pese,
Prevost de Salle , marié dans
la mesme Ville. On parla meſme
à ſa Femme , qui ne souhaitoit
vien tant que deſe voirdélivrée
de ſon perfecuteur , parce qu'elle
n'estoit pas enfeureté defa vie
auprés de luy.
On nesçauroit exprimer toutes
les rufes qu'ils ont mises en
usage pour cacher leur marche ,
parles chemins &traverſes , &
pour éviter la poursuite du Baston
dont ils avoient appris la
Vertu àBeaucaire. Il est arrivé
dans ce dernier voyage des cir
GALANT. 35
conſtancesſurprenantes que je ne
rapporte pas ,parce que j'ay affez
parlé des effets merveilleux
du Bafſton , dont l'histoire finit au
bord de la Mer.
Le Paysan & ceux qui l'accompagnoient
jugeant bien qu'il
leur feroit inutile dee pouffer plus
loin leur recherche, retournerent à
Lyon,où le procés fut fait au Bof-
Su,nomméJoseph Arnoul de Toulon
âgé de dix-neufans, & Tailleur
de profeffion. Comme ilfut
trouvé devement atteint & convaincu
d'être l'un des principaux
Auteurs du meurtreson le condam
na pour reparation de ſon crimes
1
f
36 MERCURE
deſtre roue tout rif; & à expirerſur
la rouë, ce qui fut executé
le 30. Aouſt dernier.
Les rreefflleexxiioonnssqquuee llee Paysan
a faites fur ce Boffu executé, meritent
bien d'eſtre ſcenës . Il a toujours
soutenu qu'il estoit le plus
criminel des trois , parce qu'au
premier voyage qu'ilfit à Beaucaire
, quand il marchoit fur la
pistedes trois Afſſaſſins, il reffentit
toujours que le Baston tournoit
avec plus de violence pour l'un de
ces trois, & qu'il luy faisoit plus
de peine que pour les deux autres.
Pendant qu'on traduiſoit le
Boffu de Beaucaire à Lyon ,le
GALANT 37
Paysan a dit pluſieurs fois que
dans la route il tomboit en défaillance,
lors qu'ilfuivoit le Criminel
, & que pour éviter le mal
qu'il souffroit , il estoit contraint
de marcher le premier , & de
s'éloigner de luy. Cette circonſtance
a esté confirmée par ceux
qui l'eſcortoient ; & la mesme
incommodité luy a fait dire fouvent
qu'il falloit qu'ilfustle plus
coupable.
Aprés qu'il a esté traduit à
Lyon , &que le Paysan est re
tourné àBeaucaire , dans la refolution
de poursuivre les deux
autres Meurtriers , il a avoüé
38 MERCURE
qu'il nefentoit plus ce mouve
mentavec tant de violence, par-
-ce que cen'efloitplus leBoſſuqu'il
poursuivoit.
La déclaration de cet Affaffin
dans son testament de mort , a
confirmé le jugement qu'en atoujours
fait le Paysan. Il a déclaré
qu'il estoit le principalAuteur
de ce meurtre, &qu'il avoit
attiré les deux autres dans cette
maiſon poury affaffiner ces pauures
gens ensuite les voler.
Lors qu'on reprochoit à ce malheureuxſon
humeur barbare, qui
l'avoit porté à commettre un fi
grand crime , il répondit qu'il
GALANT. 29
:
s'estoit endurcy le coeur aufang
&au carnage pendant qu'ilfervoit
un Corfaire. Cet inhumain,
difoit il faisoit écorcher tout
vifs ,& couper en petits mor
ceaux ceux qui le fachoient. Le
Boffu avoit aidé plusieurs fois à
ces inhumaines executions , &
cette horrible habitude l'ayant
accoutumé à estre cruel, l'avoit
rendu capable des plus noirs Affaffinats.
On aura peine à croire que
pour marque infaillible de fa
malheureuſe destinée , & des
mauvaiſes influences defon Etoile
,qui l'inclinoit à perir d'une
40 MERCURE
fin tragique , il avoit dans la
main droite une roue tres- bien
figurée, & une croix de Saint
André au deſſus. Enfin depuis
qu'il a declaréſon crime,&qu'il
estmort , le Baston n'a plus d'effet
fur les lieux où il a tourné
pour luy. Cette Enigme est encore
un grandſujet de philofopher aux
beaux efprits.
Voila l'effet merveilleux du
Bafſton qui a mis tant d'eſprits a
la gêne, pour en connoistre les
cauſes , & qui a fait raiſonner
fi differemment les plus éclairez,
en forte que plusieurs furpris de
la nouveauté de l'avanture ,&
GALANT. 41
de la difficulté de découvrir par
quelle vertu le Baston produit
des effets ſiſurprenans , croyent
que tous ces Phenomenes proviennent
de cauſes ſurnaturelles ,
qu'ils ne peuvent arriver que par
Magie.
D'autres plus naturaliftes ,
moinsfcrupuleux , &plus attachez
aux ſentimens de la nouvel
le Philofophie, attribuent la cauſede
ces prodiges au flux continuel
des corpuscules differemment
figurez,&par cette raiſon capables
d'agirfi diverſementſuivant
les differentes vertus, &les com-
Octobre 1692. D
42 MERCURE
1
pofitions des corps qui les reçoivent.
Il est important pour éclaircir
cette question , de convenir que
les corpuscules font diviſez en
fixes en volatiles.Les volatiles
font d'une nature fubtile & tenuë
, disposez à se répandre inceffamment,
lors qu'ilsse rencontrent
dans un sujet qui ne reſiſte
pas à leur action. Ces eſprits font
les unions & les diviſions , les
Sympathies & les antipathies ,
fuivant qu'ils affectent agreablement
ou violemment les ſujets
fur lesquels ils se répandeni ,
lesSympathiques en cet estat font
GALANT. 42
autant fouffrir par leur éloignement,
que les antipathiques par
leur approche. C'est auſſi de laque
naiſſent tant de changemens en
toute la Nature , dans la ſanté,
dans la maladie , & dans toutes
les autres cauſes qui nous affectent
inceſſamment.
Les fixes sont ainſi nommez,
parce qu'ils font d'une nature
moins pprroopprree au mouvement ,
plus attachezaauuxxsujets& aux
parties qu'ils compoſent. C'est
pourquoy ils ne peuvent entrer
en mouvement , s'ils nefont aidezpar
une caufe extrémement
active qui les détache , les
>
Dij
44 MERCURE
exalte autant qu'il est necef
faire pour les exciter.
a
Ces principes qui font veritables
estant ſuppoſez, ilſemble
d'abord que l'on a trouvé le ſyſtême
infaillible , & le moyen
affuré de penetrer dans toutes les
Enigmes. Elles font en effet si
obscures , qu'il n'est point de
Sçavant aprés les avoir examinées
, qui ne les juge impenetrables.
Toute la Philofophie convient
que les particules volatiles e
fixes comme toutes les autres
cauſes naturelles , ont une durée
&une ſphere d'activité sou un
GALANT. 45
certain espace dans lequel à mefure
qu'elles s'éloignent de leurs
principes , elles s'affoibliffent,
leur vertu s'éteint &perit entierement
aux dernieres parties de
laſphere dans laquelle ilsfont li-
• mitez.
On voit tout le contraire dans
cette occafion, parce que le Baston
agit égalementfur les Eaux&
furla terre ,où la cauſe qui le
fait mouvoirn'a point de limites
dansſa durée , ny dans l'étendue
deson action. N'est- il pas incomprehenfible
, ou plutoft impoffible
de concevoir comment peuvent
fubfifter ces corpuscules & ces
46 MERCURE
eſprits qui marquent les veftiges
du Meurtrier & du Voleur fur
les eaux qui coulent toujours,&
oùl'air est inceſſamment agité.
Ils font aufſfifacilement diffipez
furla terre par les mesmes vents,
par les pluyes , par le paſſage .
continuel des autres corps qui
laiffent une impreſſion nouvelle,
laquelle efface la premiere &
change le terrain ; c'est pourquoy
ils doivent eſtreſans effet.
Comment peuvent - ils donc
fubfifter&agirfi long- tempssans
que les alterations de l'air les
diffipent, &toutes les autres caufes
proposées en l'un &en l'autre
GALANT: 47
ſujet ? Neanmoins le Baston
tourne ſur l'eau, &fur la terre,
aprés un jour , une ſemaine , un
mois une année & davantage,
Sans prescription. Cependant il
n'est point de cauſe qui ne se détruiſe
, & qui ne foit limitée;
point de flux qui ne periffe&qui
ne ceffe, quand il n'est pas foutenu
par une continuelle émanation
qui le repare.
Lamême difficultefubfiste par
lespartiesfixes, quifont moins en
état d'estre diſſipées, parce qu'elles
font composées de ſels qui ne se
diviſent pas facilement. C'est
pourquoy elles durent plus long48
MERCURE
temps dans les ſujets propres ou
impropres. Leſujet propre est celuy
dans lequel elles ont pris naiffance.
L'impropre est celuy auquel
elles ont esté communiquées , &
pour en donner un exemple dans
le meurtre dont ils'agit, lefujet
propre des particules que l'on croit
produire le mouvement du Bàton
, les agitation's &les defaillances,
cefont les Cadavres, jafqu'à
leur entiere diffolution . Le
Sujet impropre , & celuy où elles
Subſiſtent le moins , c'est la place
où les Corps ont esté afſaffinez, ou
exposez.
D'ailleurs , quel embarras à déveloper
GALANT. 49
veloper dans ce mélange confus
les causes Physiques &Morales
compliquées dans le mesmesujet,
que l'on ne peut comprendre dans
le larcin ! La choſe volée ne fait
que changer de maistre ,fans corruption
&fans alteration. Le mal
puniſſable que la Loy impoſe à ce
crime , est une cause morale. Le
Baston agit pourtant là- deſſus,&
il n'y a point de temps ny de
preſcription ; il tourne auffi-bien
pour une vieille affaire que pour
une nouvelle.
Ce qui est encore plus particulier&
plus ſurprenanten cette
circonstance , est quefur le nom.
Octobre 1692 . E
SO MERCURE
bre de Meurtriers ou de Voleurs
qui peuventse trouver àfon chemin
Ten quelque autre lieu,y
euft- il cent perſonnes, il ne prendra
point le change &fansse
tromper il ira immanquablement
à celuy qu'il a commencé de pourſuivre,
fans s'arreſter aux autres ,
qui font peut- estre plus criminels.
Parmy plusieurs Femmes grofſes
,mariées & vertueuses , le
Baston n'a aucun mouvement,
il tourne fur la Femme débauchée.
La Benediction nuptiale
est quelque chose de moralqui ne
doit avoir aucun rapport avec le
GALANT. 1
Baston ,dont l'effes est Physique,
&le Baston dira infailliblement
du Mary &de la Femme,
lequel des deux a fauße la foy.
Enfin , c'est un abisme que de
vouloir penetrer dans tous ces
differens effets.
On veut que cet effet du baston
émane du flux des lieux où le
veſtige est imprimé ; mais qui le
caufe ? qui le determine ? qui le
fait mouvoir ? quile repare ?qui
lefait monter contre le baston ?
Ce quifait lesentiment du veftige
, font les corpuscules fixes,
attachez au lieu , & qui font
deftituez d'aptitude àse mou-
E ij
52 MERCURE
voir, & des causes qui les exal.
tent , & les pouffent contre le
baston pour luy donner le mouvement
› ainſi qu'aux humeurs
qui caufent les agitations dontſe
Sent travaillé cet homme quand il
preſente le baston ſur la place où
l'on a commis le crime.
Si parmy tant d'oppofitions
&de difficultez on peut fuivre
un party , il faut agir fur ce
principe , que le chien cherche le
vestige , & le veſtige ne cherche
pas le chien. Ily a donc plus
d'apparence de croire que les veftiges
du Meurtrier ou du Voleur
ne communiquent aucun flux
GALANT: F3
furla terre &fur l'eau, puis que
ces mesmes veſtiges ne sont composez
que de parties fixes qui
n'agissent pas d'elles- meſmes. Le
mouvement du Baſton part donc
plûtoft des eſprits qui fortent de
celuy qui le porte , lesquelseſtant
répandus & modifiezfur les veſtiges
qu'ils rencontrent , par un
mouvement de reflexion ou de
circulation que l'on obſerve dans
l'Aymant , dans les Purgatifs ,
dans toutes les autres operations
des Corps naturels retournent
àleurs principes , & communiquent
au corps dont ils font pars
tis , &au Baston le mouvements
7
E iij
54. MERCURE
&les autres affections , comme
nous allons voir dans la fuite.
Pour expliquer plus clairement
cette propofition , ilfaut convenir
qu'il n'est point de corps dont il
ne parte inceſſamment_quelque
flux, ou une affection departicules
quise communiquent dans
L'étendaë de leur activité, aux
autres Corps qui les approchent,
&par ce mouvement de refle-
Etion qui est veritable ( car
autrement l'Aymant n'attireroit
pas le fer, ny les Purgatifs les
pas le fer, ny
humeurs peccantes ) ils rapportent
les bonnes & les mauvaiſes
qualitez qu'ils ont contractées
GALANT. 55
par une modification nouvelle ,
laquelle fait non ſeulement mouvoir
le Baſion , mais encore agite
les corps ,fait fermenter les bumeurs,
cause la défaillance , la
Sympathie , l'antipathies ou la
disconvenance .
Il y a plus de raiſon que le
flux parte du corps vivant , que
des veſtiges imprimez dans l'air,
fur l'eau , fur la terre, fur la
pierre , & fur le bois , auſquels
il ne reſte plus du mobile ny du
volatil , mais feulement du fixer
qui reçoit , altere & modifie le
flux du corps animé , pour le
communiquer plus efficacement
E iiij
56 MERCURE
il faut boucher le lieu , ou la
choſe avec le pied , afin d'unir
& de porter le flux, ou les eſprits
furune partie déterminée ,fibien
que la cuiffe , la jambe , & le
pied qui touchent , ne fervent
que de canal à ces corpufcules.
Mais tout cela ne fatisfaitpas..
Il faut avoüer qu'ily a des circonstances
en cette occafion , comme
dans les plusfameuses difficultez
de l'Ecole, où toute la Philo-
Sophie ne peut penetrer ,
raison se confond. L'esprit de
l'homme a beauſeflatter d'avoir
triomphépar lafubtilitédefesraioù
la
Sonnemens , & d'estre revenu
GALANT. 17
de
victorieux des plus étonnantes
Enigmes de la Nature ; bien loin
recueillir les fruits deſa victoire
, il neluy reste que la honte
de ne pas connoiſtre ſon vainqueur.
Avoñons noftre foibleſſe , &
paſſons outre. Les eaux font la
difficulté impenetrable , où fi le
Baston a quelque mouvement , la
caufe en est dans celuy qui leporte,
dont ilfaut conclure que les
difpofitions naturelles de l'Etoile
élevent certains hommes à des
vertus ſurprenantes , parce qu'ils
ont esté favoriſez de talens qui
nese trouvent pas dans lesau
tres ..
58 MERCURE
Un fort honneſte Ecclefiaftique
qui ale don de trouver les eaux ,
irouve ſans le manquer avec le
mesme baston qui luy sert à cette
découverte l'endroit où s'est arrété
le corps d'un homme nové ,
nonobſtant les vents & la rapidité
de l'eau . Ce don est attaché
àſa perſonne parſon Etoile ,
lebaston n'y contribuërien .
Qui expliquera comme Moyfe
Se fervoit de la Verge ou du Bâton
pourfairefortir les eaux des
Rochers ? Cette vertu estoit- elle
renfermée dans Moyse , ou dars
fa Verge ? Ily a plus d'apparence
de croire qu'elle estoit attachée à
GALANT و
ilfefervoit il
Moyfe, que le Ciel avoit faro.
rifé de ce don particulier avec
tant d'autres qui nous sont connus
. La Verge dont
n'estoit qu'un signe exterieur qui
n'avoit autre qualité que celle
d'indiquer.Je croy qu'iln'en aff.
cloit aucune & qu'il auroit
produit le mesme effet avec une
autre.
Le PatriarcheJofeph , auquel
Dieu avoit donné la vertu de
deviner lesfecrets les plus cachez
ſeſervoit d'une Coupe pour dire
& prophetiſer tant de merveilles
que l'Ecriture afoigneusement
recueillies. Ce don n'étoit-il pas
60 MERCURE
renfermé dans luy-mesme ? La
Coupe n'ajoutoit rien aux vertus
admirables de ce grand Homme,
& les Oracles qu'il proferoitpartoient
absolument de luy fans
aucun rapport à la Coupe.
On peut conclure àl'avantage
de ce Paysan, que cette rare qualité
que nous admirons en luy ,
est attachée à luy-mesme par son
Etoile ,fans que le baston y ait
aucune part , puis qu'il laiſſe ta
libertéà ceuxqui le voient operer
de le choifir. Tous bastons luy
font bons,meſme la paille.
Ilest agéde trente ans , foxt
fimple, pieux ,fage,&honneste,
GALANT. 61
autant qu'un homme de cette
naiſſance le peut estre. Les reflexions
que l'on a faitesſurſa maniere
d'agir & fur son talent
pour la decouverte des Meurtriers
, & des Voleurs , ont donné
lieu à plusieurs personnes de
l'imiter &de faire des épreuves,
parlesquelles ils ont reconnu que
le baston produit le mesme effet
entre les mains de ceux qui ont
le don de trouver des eaux. Sans
doute lors qu'ils auront cultivé
ce talentquiprovient des difpofitions
de l'Etoile , ils reuſſiront
auffi-bien que luy, le justifieront
des calomnies que plusieurs
1
3
4
62 MERCURE
malinformezont publiées pour le
noircir.
Il a commencé à chercher des
eaux àl'âge de dix ans, &àdixhuit,
il a reconnu quefon talent
estoit d'une plus grande étendue,
& qu'il pouvoit l'appliquerà la
découverte des Meurtriers , des
Voleurs , & à d'autres usages
que j'ay remarquez cy-deſſus,qui
le rendentfort recommandable.
Son premier coup d'effay fut
la découverte d'une Femme af-
Saffinée, & enterrée , qu'il trou--
va dans ſon voisinage , en cherchant
des eaux. Son baston tournafur
cet endroit particulier avec
GALANT. 63
neau ,
4
tant de violence , qu'il affura ,
n'ayant autre pensée que celle de
l'eau , qu'ily en avoit à trois ou
quatre pieds prés . On creufa d'abord
,& au lieu de l'eau on trouva
un corps fusé dans un tonoù
estoit encore la corde
avec laquelle on avoit étranglé
cette personne. L'on reconnut exfin
que ce corps ne pouvait eftre
que celuy d'une Femme qui avoit
disparu depuis quatre mois . Le
Paysan appliqua son baston à
tous ceux de la maison , auſquels
il fut immobile, & il tourna avec
violence fur le Mary qui se fau
va à l'heure mesme, voyant que
64 MERCURE
fon crime estoit découvert .
Avoüez, Monfieur , que tout
ce recit est une Hiftoire bien digne
d'admiration .Je m'estimeray fort
I admiration.
heureux s'il peut fatisfaire vostre
curiofité , & vous marquer la
paſſion que j'ay de vous faire
connoiſtre que perſonne au monde
n'est avec plus de zele &plus de
respect Vostre , &c .
Vous avez appris par les
Nouvelles publiques , qu'auffi-
toſt qu'on cut ſceu en Allemagnela
mort de M' le Duc
de Meckelbourg , arrivée à la
Haye le 21. de Juin dernier , le
Duc Frederic-Guillaume de
GALANT. 65
Meckelbourg Grabaw , fon
Neveu , Fils du feu Prince
Frederic fon Frere , la fit
publier à Swerin au fon
des cloches , avec toutes les
formalitez qu'on a accoûtumé
de pratiquer en de ſemblables
occaſions , & qu'enfuite
il prit poffeffion de la
Regence & du Chaſteau de
Swerin, ainſi que des autres
Domaines du feu Duc , com
me eſtant fon heritier le plus
proche. Ce Duc comme
vous ſçavez avoit épousé en
1663 Elizabeth. Angelique de
Montmorency , Veuve de
Octobre, 1692 . F
66 MERCURE
Gaspard de Coligny,Ducde
Chaſtillon , & Soeur de Mr le
Maréchal Duc de Luxembourg.
Comme elle a des pré.
tentions à repreſenter au fujet
de cette mort , elle a envoyé
Mª du Moulinet ,Gentilhomme
François , pour les
foûtenir en cette Cour- là , où
il arriva le 5. du mois paſſé.
Le 6. il montra ſes Lettres
deercance aux premiers Miniſtres
, & le 7. il fut admis à
l'audience du Duc & Prince
Regent. M' de Vandeüil ,
Gouverneur du Chaſteau ,
&Capitaine aux Gardes , l'alla
r
GALANT. 67
prendre dans un caroffe de
la Cour. Le grand Maréchal
vint le recevoir au pied de
l'escalier , & aprés l'avoir fait
paſſer au travers de la falle des
Gardes où estoient un grand
nombre d'Officiers & de Gen
tilshommes , il l'introduifit
dans la chambre de M'le Dac,
qui le reçut debout , & avec
toutes les marques poſſibles
d'eſtime &de reſpectpourMadame
la Ducheſſe deMeckelbourg.
Aprés que cet Envoyé
cut expoſé à Me le Duc le ſujet
de ſa commiſſion , il fut
conduit à l'audience de Mas
Fij
68 MERCURE
dame la Ducheſſe Doüairiere,
Mere de ce Prince , qui le
receut auffi avec toutes les
honneſtetez imaginables . Il
cutenſuite l'honneur de dîner
avec leurs Alteſſes Sereniffimes
, & aprés le repas on le
reconduiſit juſques au caroffe
qui l'attendoit au pied de l'efcalier
, de la meſme maniere
qu'il avoit été receu. Me de
Vandeüil l'accompagna jufqu'à
ſon logis . On devoit
continuer de le traitter de même
juſqu'à ce qu'il s'en retournaſt
en France , pour y rendre
compte de fà negociation,&
GALANT. 69
pour rapporter leCordon bleu
de l'Ordre du S. Eſprit , dont
IcRoy avoithonoré feuM² le
Duc de Meckelbourg en 1663.
Il y a une autre branche de
cette Maiſon , appellée Meckelbourg
Gufſtrow. Jean Albert
, Frere d'Adolphe Frederic.
Swerin , Pere deChris
ſtien Loüis , Duc de Meckelbourg
Swerin , dont la mort
donne lieu à cet Article , cut
d'Elconor - Marie , Fille de
Chriſtien Prince d'Anhalt ,
Gustave-Adolphe , Duc de
Meckelbourg Guſtrow , né
en 1633. qui en 1654. épouſa
70 MERCURE
Madelene- Sybille , Fille de
Frederic, Duc d'Holſace,dont
il a eu le Prince Jean-Albert ,
né en 1655. Le Duc deMeckel--
bourg a feance dans les Afſemblées
de l'Empire , & du
Cercle de la Baffe- Saxe , avec
Titre & double fuffrage de
Prince. Le Duc de Guſtrow
y eſt auſſi appellé , & ils font..
tous deux exempts de contributions.
Vous ne ſerez pas fâchée
que je vous faſſe part d'une
Epiſtre , qui a été envoyée
pour bouquet à Madame de
Chalais , Pricura perpetuelle
GALANT.
des Benedictines de Marfar ,
proche Riom en Auvergne ,
par M' Paſtel , Neveu de M
Pastel , Docteur de la Maiſon
& Societé de Sorbonne , Chanoine
, Chancelier & Grand
Vicaire de Meaux , qui mou
rut l'année derniere. Cette
Dame étant heritiere de l'ancienne
Maiſon de Chalais ,
laiſſa une partie de ſes biens
àMr Janin de Caſtille , & pric
l'habit de Religieuſe àMontmartre
.Enfuite elle vint à Marfat
,y aiant été nomméePricu--
re . Elle eſt d'un merite diſtingué&
mene une vie exemplai
rc.
72 MERCURE
A MADAME
La Prieure de Marſat,
Sie
Ije ne sçavois , Madame
que ue convaincuë des veritez
de la Morale del'Evangile, vous
avez renoncé depuis long- temps
à tout ce qu'ont de faſtueux les
grandeurs humaines , pour n'embraffer
que la Croix , je vous dirois
qu'il n'est que trop ordinaire
aux Perſonnes diftinguées par
leur naiſſance , de se parer de
l'éclat de leur Maison, d'affecter
des airs de grandeur , &de faire
confifter tout leur merite dans la
fortune; qu'à les entendre, il n'est
point
GALANT. 73
S
S
H
point de perfections qu'elles n'effacent
, point de ttaalleennss qu'elles
n'ayent,pointde déferences qu'on
ne leur doive, point d'avantages
qu'elles ne croyent poffeder ; que
s'il s'en trouve qui par un heureux
temperament , ou par reflexion
ſe dégoûtent du grandmonde,
&cherchent la retraite , c'est
quelquefois plutost pour y trouver
du repos , que pour marcher
dans les ſentiers de la justice; que
d'ordinaire elles y traiſnent un
reſte de vanité ,& que le faſte,
la delicateffe ,&le luxe mesme,
les ſuivent presque toujours jufque
dans les Cloiftres. Voilà
Octobre 1692. G
<
74 MERCURE
quelles font la pluſpart des Pera
ſonnes élevées au deffus du commun,
lors qu'elles viennent à
embraffer la Vie Religieuse,
qu'enfuite on leur met le gouvernail
en main , en les établiſſant
pour veiller fur le troupeau du
Sauveur du monde.
Que vostre caractere , Madame,
est different! Ifſfuë de l'illustre
Maison de Chalais , & unique
Heritiere de tous fes grands
biens , avec quel éclat n'euffiezvous
point paru dans le monde ?
Vostre fortune soutenant voſtre
naiſſance , quels glorieux établiſ-
Semens n'eſtiez- vous point en
GALANT. 75
dés
droit d'y prétendre ? Cependant
indocile aux attraits du fiecle ,
vous vous estes moquée de ses
charmes. Affeurée que toutes ses
magnificences n'estoient tout au
plus que de beaux neants ,
voſtre enfance , avec des ailes de
Colombe vous volâtesfur le Calvaire
pour vous y crucifir ,
vous dérober genereusementà ces
grandeurs importunes qui n'ont
eu rien d'affez fort pour vous
feduire. Depuis , avec quelle
fermeté n'av z- vous point
foutenu cette vir penitente ,
quelle conduite fut jamais plus
reguliere que la vostre ? Faite
Gij
76 MERCURE
di
comme vous estes , &estre humble,
vaincre la delicateffe de vôtre
complexion par laforce de vostre
charité , vous distinguer moins
dans les exercices de noftre Religion
, par vostre dignité , que par
vostre zele , c'est , Madame , ce
qui fait l'edification de cesfaintes
Ifraëliter qui vous ont fuivie
dans vostre Defert. C'est aussi ,
lors qu'à la fin de vos.Oraiſons ,
elles vous voient comme un autre
Moyfe, defcendre de laMontagne
avec un visage lumineux ,
pour leurporter les ordres du Seigneur,
c'est auſſi,dis -je, ce qui les
engage à regarder comme une
GALANT. 77
marque de leur prédeftination le
bonheur de vous avoir pour Guide.
Ce sont , Madame,lesfentimens
oùje crois les voir. Pour
moy , je ſçay que je vous en dois
de respectueux , & àla veuë de
ceite obligation, puis-je cefferd'étre
, Madame , voſtre ....
Vous trouverez dans les
Vers qui fuivent le tour fin
& delicat que demande la
Poëſic. Je n'en connois point
l'Auteur. S'il écrit toujours
de la meſme force , ſes Ouvrages
meritent bien d'eſtre
recherchez.
Giij
78 MERCURE
52255252 225SSSSES
I
CYDIPPE.
EGLOGUE.
Lvientde me quitter ,& ma yougeur
redouble!
Il faut déveloper mon trouble.
Qui le cause ? D'où viene l'embarras
l'effroy
Qui mefarsit quand je le voy ?
Jenesçay; mais jesuis tropfatisfaite
encore ,
Si Tirfis comme moj l'ignore.
Quedis-je ? Ilsçauroit donc ... Ah!
mon coeur s'ouvre enfin .
Quellehonte, Dieux quel chagrin !
S'il faut que ma foibleſſe ait osé se
répandre ,
GALANT 79 19
S'ilfaut qu'il ait bien pû comprendre
Mes indignes (oupirs , mes hontcuſes
langueurs ,
Qu'il s'attende à mille rigueurs ,
Mille tourmens affreux , mille maux;
mille peïnes .
Jem'aveugle.Menaces vaines !
Ce dangereux Berger, l'objetdemille
Eft il complice de mesfeux ?
Ilneglige Daphné, Silvanire , Eriphile-
Troublerois-je un coeursi tranquille,
Moy, qui fansart encore à bien moins
de beauté
Mefle tant defimplicité ,
Moy , qui n'ay pour attraits , pour
charmes
Que de la tendreſſe,&des larmes?
Ah,qu'elle va couter au calme demes
Sens !
Giiij
80 MERCURE
Tous mes jours feront languiſſans,
Agitez ,pleins d'horreur, &couverts
de nuages.
MonTroupeau,nos prez ces bocages,
Pour mon coeur déchiré deviendront
Sans appas.
L'exemple ne nous fauvepas.
Floriſe avoit ces maux, j'ay plaint
centfois Florife ;
Cependant m'en voila ſurpriſe,
F'en mourray ; je ne vois, belas!
aucunfecours.
&
La Bergire, àces mots, donnant un
libre cours
Aux douloureux tranſports de son
ame abbatuë ,
Pale , fans mouvement, gemiſſanter
éperduë ,
Coulafur le gazon humide deses
pleurs.
GALANT. 81
Trop charmant defeſpoir ! trop.heureuſes
douleurs !
Tirfis estoit tout prés , & ce Berger
aimable
Reffentoit en Secret une peineSemblable
.
Cydippe pût rougir de cette trahison ,
Mais on la pardonna, je crois , avec
raison.
८.
Vous , à qui d'un Hautbois champestre
Fay consacré les plus douxfons,
Si vous eftiez d'humeur à prendre
desleçons,
Sans rien dire de plus , l'Amour est
un grand Maistre.
Pour vous en donner de l'effroy,
On vouslefait injuste, on vous cache
Ses armes.
Jeſuis de bien meilleure foys
82 MERCURE
De Cydippe à vos yeux j'étale les
alarmes.
Je vous fais voirses maux ,fes
larmes ,
Jevous les peins dans tout leur
jour
Mais combien durent-ils, ces maux
que fait l'Amour ?
On moment les finit, les change
En des biens éternels , en des biens
fans mélange.
Voicyd'autres Vers qui ont
eſté faits fur ce que ditMademoiſelle
de Langeron , appellée
Sylvic , & âgée ſeulement
de fix ou ſept ans , aprés qu'-
elle eut rompu un Coq d'Email
qu'elle aimoitbeaucoup.
GALANT. 83
CONTE. :
UNCoq, le mieux tourné de toute
la nature ,
Foly, bien ergoté , d'agreablefigure,
Acreste rouge, bec bien affilé,
Jene (çay par quelle avanture ,
Heureusement se rencontra meſlé
Parmy quelques Bijoux tout brillans .
de dorure ,
D'un jeune Enfant , aimable creature
,
Charmante en tout , si l'on en vis
jamais ,
Parfon air attirant, parsesyeux, par
fes traits ,
Enfin, partoutes ses manieres,
Et par des marques fingulieres
D'un esprit vifqui promet tout,
Qui plaift, qui surprend, qui contente
84 MERCURE
Et qui commence à mettre à bour
Toute xaison qui se presente.
LeCoq en de si bonnés mains
N'auroit pas changé ses destins
Pour les plus grands biens de la
vie..
Trop heureux de servir aux plaiſirs
de Sylvie,
Ilnefongeoit qu'à cet honneur.
Il ne reffentoit dansson coeur
Ny pour Prude, ny pour Coquette,
Nypour Poule , ny pour Poulette ,
Aucune apparence d'ardeur;
Etquand Poule en effetseferoit mis
en teste
i
Dele tirer de sa froideur ,
Jamaisle Coq en ſa faveur
N'auroit voulu lever la creste.
Appliqueseulement aux foins de divertir
Sajeune&charmanteMaistreßes
GALANT. 85
On ne l'en voyoit point fortir.
Ce devoir l'occupoitfans ceffè.
Ilne chantoitjamais la nuit,
De peur de luy faire du bruit,
Lejour,fans dire mot , il contentoit
Sa venë,
Et la Belle faisant reveüe
De tousses Bijoux curieux ,
Attachoit fur luy Seul &sa main&
fes yeux.
Mais enfin cette mainhabile
Mania tant de fois ce pauvre Coq
fragile,
Que la queüe en quitta le corps.
Croit on icy que Sylvie en trans
ports,
En deſeſpoir s'aille répandie?
Voilà ce qu'on devroit attendre
D'un Enfantqui romptſes bijoux,
Qui perd ce qu'il a deplus douxi
elle, dont l'esprit en lumieres
abonde,
Mais
:
86 MERCURE
L
Loin d'estimer son Coq , honteux,
laid , avili,
• Avecsagrace sans seconde;
Ah ,dit- elle, il eſtoit joly,
Et le voilà le plus drole du monde.
L'Auteur du Journal des
Sçavans ayant rapporté dans
le trente &un &dans le trente
deuxiéme Cahier de cette
année , qu'il s'eſt trouvé à la
Fere en Picardie , quelques
Teſtes de morts , auprés defquelles
eſtoient des Urnes où
il y avoit du charbon , a demandé
les avis des gens de
Lettres ſur un ſujet ſi ſingulier
, parce qu'on n'avoit yeu
GALANT. 87
juſque- là que des Urnes , où
des cendres eſtoient renfermées.
C'eſt ce qui a donné
lieu au Diſcours dont je vous
fais part. Je l'ay receu deBordeaux,&
ne doute point que
vous ne preniez plaifir à le
lire.
R'E PONSE
A une queſtion propoſée dans
le Journal des Sçavans.
:
Na autrefois distingué
des Hommes par le blanc
par le noir , cretâne an carbonc
notandı ? dit Horace lib.
--
:
88 MERCURE
2. Serm. 3. & aprés luy Perfe
Satyr. s. Illa prius creta, mox
hæc carbone notaſti ; mais ce
noir & ce blanc regardoit des
hommes vivans. On n'a jamais
fait alors de telles differences des
Morts, qu'on ne distingueplus en
Morts, a
fous&enfages , en coupables
en innocens.
Ily a eu à Rome une Famille
confiderable des Carbons. Les
uns eurent part au Confulat ,les
autres au Commandement des
Armées , les autres aux autres
Dignitez de la Republique. Seroit-
ce donc qu'on auroit mis auprés
de leurs Teſtes des Urnes
GALANT. 8g
avec du charbon, pour estre des
Urnes parlantes , qui conferveroient
la memoire de leur nom ,
comme nous avons des armes parlantes
en faveur des Familles
nobles ? Mais ce n'est pas à
Rome où l'on a trouvé ces Teftes
ces Urnes , c'est dans un Cimetiore
de la Fere. De plus, les
Romains brûloient entierement
Les Morts, la teste estoit reduite
en cendres comme les autres parties
du corps.
Il faut donc fuppofer , Monfieur,
que ces Testes& ces Ura
nes de charbon ſont du temps des
Chrétiens. Il s'agit de ſçavoir
Octobre 1692, H
90 MERCURE
Si
quelle forte de personnes elles res
ga dent. S. Paul met des charbons
ſur la Teſte des méchans.
vous faites du bien à vostre Ennemy
, vous amaſſez, felon cet
Apoftre, des charbonsſurſa teste,
carbones congeris ſuper caput
ejus. Rom. 12. Auroit- on misdes
charbons auprés de cesTestes pour
deſigner ſymboliquement que ces
méchans feront confumez dans
le feu eternel des Enfers ? Mais
s'il y a des monumens que la
Fustice ordonne pour l'infamie
des méchans , ils font publicsfur
laterre ,&nonfecrets&cachez
dans les tombeaux.
GALANT. 9E
"Ainsi ily a lieu de croire que
ces Testes & ces Urnes de charbon
appartiennent aux bons (t)
auxJustes. Voicy le fondement
de ma pensée . On voit dans la
Roma fubterranca P. Aringhi
, lib. 6. des figures de haches,
de tenailles , de ſcies ,&c. &il
dit que c'estoit la coûtume anciennement
non-feulement de
graverfur les tombes des Martyrs
ces instrumens qui avoient
Servy àles tourmenter , & à les
faire mourir cruellement , mais
de plus , que lors qu'on pouvoit
avoir de ces inftrumens du martyre,
on les renfermoit dans leurs
Hij
92 MERCURE
:
:
Sepulchres , comme des trophées de
leurs combats de leurs victoires .
Nonnulla ex iftis præcipuis
poenarum inſtrumentis non
lapidibus duntaxat incidebantur
, ffeedd&& iippfſiſmet includebantur
ſepulcris. On conjecture
de cet usage , que ces Testes de
morts qu'on a découvertes avec
des Urnes de charbons ,font des
Teſtes de Martyrs qui ont efte
bruslezvifs , & que pour conferver
la memoire de la maniere de
leur martyre par le feu ardent ,
on a mis auprés de ces Teſtes des
charbons qui avoientfervy à les
brusler , comme on mettoit dans
GALANT.
93
les fepulcres des autres , les tenailles
, lesſciès , les haches , &c.
nailles
qui avoientfervy à leur martyre.
Si l'on a mis des charbons
dans des Urnes , c'est pour les
faire obferver, commey aiant eu
du deſſein, &pour les preferver
du poids de la terre , & des corps
durs , qui auroient pû les écrafer
estant épars. Les Taſſes jointes à
ces Urnes font des Lachrymatoires.
Elles peuvent representer
les larmes de compaſſion , que l'on
a répandues en voiant tourmenter
cruellement les Martyrs ; &
les larmes de deüil , d'eſtre privez
de la presence &de l'exemple de

94 MERCURE
ces Perfonnesillustres , qui étoient
par leurfainteté, leur Zele , &
leur constance,de grandes &belles
colonnes dans l'Eglife. On
peut encore faire à ce sujet deux
reflexions à l'avantage des fidellesChrétiens
dans leur mort , au
deſſus des Morts du Paganisme.
La mort de ceux- cy n'estoit honorée
que par des Urnes de cendres
, qui estoient en fort petite
quantité , cary aiant beaucoup
de volatile dans le corps de l'homme
&fort peu de ſel , tout fe
diffipoit presque en vapeurs , en
bruſlant les corps , &il demeuroit
tres peu de cendres de forte
,
GALANT: 95
que ce qui en restoit n'estoit que
des cendres , c'est-à-dire , rien ,
car les cendres ne sont de nulle
ils
vertu de nul usage, &n'entrent
plus dans la compofition des
corps. Auffi les Payens croioientque
tout periſſoit & rentroit
dans le neantpar la mort. Mais ,
les Teftes des Martyrs ſauvées
des buchers , reprefentent lebonbeur
des Chrétiens dans la mort.
car la Teste estant la principale
partie du corps ,elle est icy un
Symbole que ce qu'ilya de principal
dans l'homme ,ſçavoir l'a
me,neſe perd point dansleMort.
& qu'elle conferveſon estre
96 MERCURE
Ja vie ; & les charbons font le
Symbole de la refurrection des
corps qui ont esté la proye des
buchers. Les cendres que les
Payens gardoient dans leurs Urnes
ne pouvoient se rallumer ,
maisles charbons quisefonttrouvez
dans les Urnes des Chrétiens
peuvent estre remis en feu ,
c'est ce qui arrivera aux corps
Martyrs , qui reprendront la
vie & la lumiere par une glorieuse
refurrection.
Je ne ſuis point étonné du
plaiſir que vous ont donné les
Lettres de Grenoble , que je
vous ay envoyées. Elles font
fort
GALANT. 97
fort curicuſes. Cependant il
paroiſt que celuy qui les a
écrites a eſté mal informé ,
quand il a dit que le Marquis
de Montbrun commandoit
les Barbets . Il devoit dire M
de la Junchere de Romans ,
Fils du feu Marquis de Villefranche
, un des Cadets de la
Maiſon du Puy-Montbrun,
qui a ufurpé le nom deMarquisde
Montbrun, quoy qu'il
n'ait rien à pretendre auMarquiſat
de Montbrun. Le veritable
Marquis de Montbrun,
Jacques Dupuy , a paſſe l'eſté
à Paris , où il a paru dans les
Octobre 1692. I
98 1
A
MERCURE
meilleures compagnies , & il
ne s'eſt retiré à ſa Terre de

Montbrun auprés de fa Famille,
que pour donner avis aux
Generaux qui commandent
en Dauphiné & en Provence,
de ce qui ſe paſſoit aux Baronnies
, où il a fait armer des
Payſans pour aller garder le
Pas d'Orpierre , & d'autres
endroits par où les Ennemis
vouloient venir dans les Baronnies.
Si Charles Dupuy ,
Seigneur deMontbrun , aeſté
décapité à Grenoble, ſa grace
: arriva le meſme jour , ou le
lendemain , & ensuite lePare
GALANT. وو 99
lement, ſuivant les ordres de
laCour, renditun Arreſtſur la
Requeſte de ſa Veuve Juſtine
Deschamps , de la Maiſon de
Tournon , par lequel il ordonna
que celuy de mort ſeroit
tiré du Regiſtre du Parlement
, ce qui a eſté fair ; de
forte que fa memoire eſt entierement
rétablie. Le Roy
Loüis XIII. érigea la Terre
de Montbrun & fes dépendances
en Marquiſat , en faveur
de Jean Dupuy,Fils unique
de Charles , en confideration
de ſes ſervices. Ce Jean
Dupuy a cu quatre Fils ,Char-
L
I ij
100 MERCURE
a
Ics- René , Marquis de Montbrun
; Mª de Villefranche ,
M' de Ferracieres , & Alexandre
Dupuy, Marquis de Saint-
André Montbrun , qui ont
toujoouurrssſfeerrvvyy le Roy. Leder
nier , qui eſt le Marquis de
Saint - André - Montbrun
eſté Gouverneur de Montauban
à l'âge de dix ſept ans.
Il fit lever le Siege de Valence
à l'Armée de l'Empereur ,
&le Duc de Mantouë , en reconnoiſſance
de ce ſervice ,
luy donna le Gouvernement
de Nivernois , avec le conſentement
de Sa Majeſté. Enfuire
GALANT. IỚI
le Grand Gustave , Roy de
Suede , l'envoya chercher , &
luy donna un Corps d'Armée
leparé à commander. Aprés
la mort de Gustave , eſtant
tombé malade , il fut prifonnier
de l'Empereur , qui témoigna
de la joye de l'avoir,
&luy offrit de plus grands
emplois que ceux qu'il avoir.
Il les refula , & aprés trois ans
de prifon , il revint en France,
eu il fut fait Capitaine general
des Arméesdu Roy. Cette
Charge fut créée pour luy. Il
fut fait enſuite General de la
Republiquede Veniſe enCany
1
I iij
102 MERCURE
die , où il fit des actions furprenantes.
Avec un fort petit
nobre de gens il reſiſta à toute
la puiſſance Otomane pendant
prés de deux années , ayant
fait perir plus de cent quatrevingt
mille Turcs. Il receut
au Siege de Candie quarante
&unebleſſures.Quand on luy
avoit confié une Place , tout
l'or & l'argent du monde ne
l'auroient pas obligé à rien
faire contre ſon devoir. Jacques
Dupuy,le veritable Marquis
de Montbrun d'aujourd'huy
, Fils deCharles-René,
1
qui eſtoir l'aifné de Jean Du-
{
GALANT. 103
puy, Marquis de Montbrun,
aeſté Capitaine de Cavaleric
dans le Regimentde S. André
fon Oncle, à l'âge de treize
ans. Il cut un Breyer de Meſtre
de Camp de Cavalerieen 165.2 .
&enfuite la ſurvivance du
Gouvernement de Nivernois .
Il a ſervy juſqu'à la Campagne
de la Paix des Pirenées,
&n'ajamais manqué de fidelité
envers le Roy. Il avoit
épousé ſa Couſine- germaine,
Fille de feu M² de Saint- André-
Montbrun. Cette Famille
de Dupuy, ou de Podio , eſt
tres-ancienne. Elle eſt origi-
I iiij
104 MERCURE
|
naire de Rome , & le nom de
Podio vient d'un lieu qui
eſtoit dans la Romagne. Elle
a donné Raymond de Podio,
premier Grand - Maiſtre de
S. Jean de Jerufalem,trois Cardinaux
, & pluſieurs grands
Capitaines. Les Suiſſes ont dit
qu'il n'y a que Céſar , François
I. & Montbrun qui ayent
vaincu leur Nation ànombre
inégal .
Je vous envoye une Mcdaille
ſur la priſe de Namur;
elle a eſté faite par les ſoins
de Me l'Abbé Biſot. On y
voit le Roy à la face droite
r
VRBIS
LVDOVICO
RVATORI
CONSE
SENATVS
POPVLVSQUE
NAMURCENSIS
OPT PRINCIPI
MAG:
EXPVGNATORI
MDCXCII .
LH
TAIWIS
F.Ertingerfecit

GALANT. fos
avec ces mots , LudovicusMagnus
Galliarum Rex , Pius , Felix
, Augustus , Pater Patria.
Au revers eſt une Couronne
de Chefne entrelacée de Laurier
, aves ces autres mots ,
Senatus , Populusque Namurcenfis
, optimo Principi , & autour
de la CouronneCivique,
Ludovico Magno , Expugnatori
fimul & Conservatori Urbis.
Cette Medaille eſt imitée de
l'Antique. Le Senat& lePeuple
Romain donnoient à leurs
plus grands Empereurs , ces
titres de Pius , Felix , Auguftus,
Pater Patria , qui con
106 MERCURE
viennent avec tant de juſtice
ànoſtre Auguſte Monarque.
Ils firent frapper nombre de
Medailles à l'honneur de Trajan,
avce cette legende, Senatus
Populufque Romanus , optimo
Principi , dans une Couronne
deChefne , qu'ils nommoient
Civique. La Ville de Namur
ne devoit pas une moindre
reconnoiffance à LOUIS LE
GRAND , qui l'a confervée
contre laCitadelle qui n'eſtoit
pas encore priſe. La clemence
eſt la veritable vertu des Souverains
, & Namur & Valenciennes
feront des monumens
GALANT. 107
éternels de la grandeur & de
la bonté du Roy
Le Prince Federic , Fils arné
du Roy de Dannemarck,
continuë à voyager , & depuis
qu'il eſt en France , il a toûjours
eſté receu au nom de Sa
Majesté, par ceux qui tiennent
le premier rang dans toutes
les Villes où il a paſſé , mais
perfonne ne s'eſt acquité de
ce devoir avec plus de magnificence
que M' Morand ,
premier Preſident au Parlement
de Toulouze. Il a rega
lé pluſieurs fois ce jeune Prince
, par des Feſtins , & par
108 MERCURE
r
de
des parties de Chaffe. C'eſt
ce qui l'a obligé d'y faire un la oblige dy
fejour confiderable,pendant
lequel M's de l'Academic
Toulouſe l'ont complimenté.
M' de Rocoles, Hiſtoriographe
de France , affez connu
dans la République des Lettres
,& qui eſt Membre de ce
Corps , ayent été prié de porter
la parole en Latin , s'en
acquitta le 20. du mois paffé
avec beaucoup de ſuccez.
Aprés avoir parlé de ſa Royale
naiſſance, comme eſtant
forty d'une Maiſon qui regne
dans le Nord depuis plus de
GALANT. 109
deux cens ans il dit à ce د
Prince , que dans la noble inclination
qui le portoit à voir
le Monde Chreſtien , il ne
doutoit point qu'il ne viſt
avec ſurpriſe , le grand nombre
& l'étenduë des Provincesdont
la France eſt compoſée
, la Police & la regle qui
s'y obſervent malgré ledeſordre
de la guerre , & enfin l'état
floriſſant où la protection
du Roy a mis les belles Lettres&
les beaux Arts. Il pric
cette occafion de s'étendre
fur les merveilleuſes qualitez
de ce Monarque ,& dit , qu'il
4
3.
110 MERCURE
ne pourroit les examiner de
prés,fans remarquer qu'il poffede
,non pas une ſeule vertu
comme les Roifles ſes Predecefleurs
, mais un aſſemblage
parfait de toutes , & que ſi ſa
picté luy avoit donné le nom
de Juſte comme à Louis XIII .
ſa valeur & fon courage luy
avoient acquis ceux de Grand
&d'Invincible, comme àHenry
IV. fon Aycul ; qu'ainſi
il admireroit en fa perſonne
un Prince qui avoit la gloire
de triompher de preſque tous
lesRois &Princes del'Europe
; & qu'il avoit dû dire , de
3
τ
1
GALANT III
preſque tous les Rois , puiſque
Chriftien V. Roy de Danemarck
, de Norwege , des
Gots& des Vandales , n'avoit
point voulu entrer dans leur
Traité , par un effet de l'eftime
tres- particuliere qu'il a
pour Sa Majeſté.
Il y a des avantures qui
eſtant plaiſantes par elles mêmes
ne laiſſent pas de recevoir
encore des agrémens tout
nouveaux , par la maniere de
les raconter. Celle dont je
vous fais part eſt de ce nom
bre. Elle a eſté mise en Vers
par un Cavalier , qu'on peut
112 MERCURE
dire veritablement né pour la
Poësie , tant elle luy eſt naturelle
, quoy qu'il ne s'y appliquejamais
que dans les temps
où il n'a rien de plus ſericux
àfaire .
22552522222252225
L
LE CONTRAT.
EmalheurdesMaris, les bons
toursdes Agnés
Ont estéde tout temps leſujet de la
Fable.
Ce fertilefujet ne tarira jamais ,
*** C'est une source inépuisable.
Ade pareils malheurs tous humains
SontSujets.
GALANT. 113
Tel qui s'en croit exempt esttoutseul
àlecroires
Telrit d'une ruſe d'amour,
Qui doit deveniràson tour
Le riſible ſujet d'une semblable bis
toire.
D'an telreversse laiſſer accablers
Est, àmongré ,ſottiſe toutepures
Geluy dontj'écris l'avanture
Trouva dansson malheur de quoyse
confoler.
:
2
Certain riche Bourgeois s'estant mis
enménage,
N'eut pas l'ennuy d'attendre trop
tongtemps
Les doux fruits duMariage.
Sa Femme luy donna bien- toſt deux
beaux Enfans ,
Une Fille d'abord , un Garçon dans
Lafuite.
Octobre 1692 . K
114 MERCURE
LeFils, devenu grand, fut missous
la conduite
D'un Précepteur, non pas de ces
Pedans,
Dont l'aspect est rude &Sauvages
Celuy-cy,gentil Personnage,
Grand Maistre- es-Arts ,fur tout en
l'art d'aimer,
Du beau mondeavoitquelque usage,
Chantoitbien ,&sçavoit rimer,
Et s'ilfaut declarer tout lefecret miftere,
Amour , dit- on , l'avoit fait Précepteur.
Ilne s'estoit introduit prés du Frere,
Quepourvoirde plus préslasoeur.
S
Il obtient tout cequ'il desire
Sous ce trompeur déguisement.
BonPrécepteur, heureux Amant,
Soit qu'il regente, ou qu'ilfoupires
GALANT. 11
Il réuffit également.
Déja Son jeune Pupille
Explique Horace&Virgile,
Et déja la Beauté qui fait tousses
defirs
Sçait le langage des soupirs.
S'en tenir à la Theorie
Eft difficile en ces occafions.
Noftre Maistre en galanterie
Tres- bien luyfitpratiquerſes leçons:
Cette pratique auffi- tost fut suivie
De maux de coeur, de pâmoisonss
Nonfans donner de terribles foupçons
Dusujet de la maladie.
Enfin toutse découvre & le Pere
irrité
Menace , rempeste , cries
Le Docteur épouvanté
Se dérobe àſa furie.
Kij
1 :6 MERCURE
2
La Belle volontiers l'auroit pris pour
Ероих.
Pour Femme volontiers il auroit pris
laBelle.
L'Hymen estoit l'objet de leursvoeux
lesplus doux,
Leur tendresse estoit mutuelle :
Mais l'amour aujourd'huy n'est qu'u
nebagatelle.
L'argent seul fait les plus beaux
noeuds
Elle estoit riche , il estoit gueux,
C'estoit beaucoup pour luy , c'estoit
troppeu pour elle.
S
Quelle corruption ! Ofiecle ! ôtemps!
omoeurs! A
Conformité debiens , difference d'humeurs
,
Souffrirons- nous toujours ta puiſſance
fatale ?
GALANT 117
Méprisable interest, opprobre de nos
jours ,
Tyran desplus tendres amours.
Maisfaisons trève à la morale ,
Etreprenons noſtre discours.
S
LePereest bienfaché, la Fille est bien
marrie.
Maisque faire ? il faut bien reparer
cemalheur ,
Etmettre à couvert fon honneur.
Quel remede ? On la marie,
Nonau Galand ,j'en ay dit les rai-
???????? *** ***
Mais à certain quidam , amoureux de
Testons
Plus que de Fillette gentille
Richesuffisamment,& de bonne Familles
AuSurplus , bon Enfant; Sot , je ne
Le dispas,
118 MERCURE
Puis qu'il ignoroit tout le cas ;
Mais quand il l'auroit ſceu ; fait-il
mauvaiſe emplette?
On luy donne à la fois vingt mille
bons Ducats,
Jeune Epouse &beſogne faite.
Combien de gens , avec ſemblable
dot
,
Ont pris, le ſçachant bien, la Fille&
le gros lot!
S
Orceluy-cy crut prendre une Pucelle.
Bien est-il vrayqu'elle enfit les façonss
Mais quatre mois aprés la sçavante
Donzelle
3 Montra le fruit defes leçons.
Ellemit au monde une Fille.
Quoy déja Pere de Famille ,
Dit l'Epoux biensurpris?
Au bout de quatre mois ? C'est trop
toft , jesuis pris.
GALANT. 119
Quatre mois , ce n'est pas mon
compte.
Sans tarder au Bcau pere ilva conter
Sabonte,
Pretendqu'on le ſepare ,&fait bien
dufracas.
LeBeau pere fourit,&luy dit ,par-
Lonsbas,
Quelqu'un pourroitnous entendre.
Comme vousjadisjefus Gendre,
Etmeplaignis en pareil cas.
Jeparlay comme vous d'abandonner
ma Femme.
C'est l'ordinaire effet d'un violent
dépit.
Mon Beau-pere défunt, Dien veüille
avoirfon ame,
Ilestoit honneste homme,&me remit
l'esprit.
La pillule, à vray dire, estoit affez
amere
120 MERCURE
Mais il ſceut la dorer ,& pourme
Satisfaire
** D'un bon Contrat de quatre mille
écus ,
Qu'autrefois pour ſemblable af
faire
Il avoit eu defon Beau-pere,
Ilaugmenta ladot,jeneme plaignis
plus. S
CeContrat doit paſſer de Famille en
Famille.
Jelegardois exprés, ayez-en mesme
:
Soin
Vous pourrez en avoir besoin
Si vous mariez vostre Fille.
Acediscours le Gendre moinsfaché
Prendle Contrat ,&fait la reverence.
Dieu preserve demal ceuxqu'en telle
occurrence
On conſole à meilleur marché.
Il y
GALANT. 121
Il y cut icy le mois paffé
un tremblement de terre qui
acſté affez general dans toute
laFrance , mais Dieu a permis .
qu'il n'y ait caufé aucun
deſordre. Il n'en a pas eſté de
même dans la Jamaïque , Ifle
de l' Amerique Septentrionale,
éloignée d'environ vingt
licues de Cuba qui luy
cft
,
au Septentrion , & de
vingt - cing de l'Ile Espagnole
au Couchant. Elle fut
découverteen 1495 par Chriftophle
Colomb qui l'appella
l'Iſle de S. Jacques. Son circuit
eſt de plus de cent cin-
Octobre . 1692 . L
122 MERCURE..
quante licuës , ſa longueur de
l'Eſt à l'Ouest de cinquante,
& ſa largeur à peu prés de
vingt. Il ya trois Villes dont
la principale s'appelle Seville.
Elle eſt baſtic au coſté du
Nord de l'Iſle vers le bout
Occidental affez proche de
la Mer. La Ville de Melilla
en eſt à peu - prés à douze
licuës ; elle eſt remarquable
par le naufrage deColombe
qui aborda là en revenantde
Veragua. La troifiéme Ville
eſt Oriſtan , ſituée du coſté
du Sud de l'Iſſe à quatorze
licuës de Seville. Les Anglois
GALANT: 123
s'eſtant rendus Maiſtres de la
plus grande partie de cette
* Ifle en 1596. ſous la conduite
duChevalier Antoine Sherlei,
la nommerent Jamaïque , du
nom deJames , qui veut dire
Jacques , & l'abandonnerent
volontairement quelquetemps
aprés. Les Eſpagnols
l'ont poſſedée juſqu'en 1655.
que Cromwel ayant formé
une entrepriſe ſur S. Domingue,
& n'y ayant pas réuſſi, ſe
contenta de ſurprendre un
des cantons de la Jamaïque.
Enſuitte il y envoya de fortes
Colonies d'Anglois , qui con-
:
Lij
24 MERCURE
I
raignirent les Eſpagnolsd'en
fortir entierement.Ainſi toute
l'Iſle leur eſt demeurée depuis
cetemps- là,& failoitunGouvernement
fort confiderable,
dont l'on prétend que laCouronne
d'Angleterre tiroit toutes
lesannées pour les droits
& forties de ce qui s'y pouvoit
negocier, trois millions
de livres, ourreles profits particuliers
qui venoient de l'Iſle,
où il y a une fort grande abondance
de toutes fortes de beftiaux,
comme chevaux,boeufs ,
vaches & pourceaux. Le fucre
y eſt auſſi bon & auſſi blanc
GALANT. 125
que dans le Brefil. Le coton
ycroift par tout , & onytrouve
de toutes fortes de fruits
pareils à ceux de S. Domingue.
Il y a auffi quantité derivieres
poiſſonneuſes , force
luca dont on fait la Caſlave
au lieu de pain, pour la nourriture
des Habitans,du Cacao
& de la Vainille qui ſert à
faire le Chocolat. L'air y eſt
tres-bon , & il n'y a plus du
tout de Sauvages dans cette
Ifle. La principale Ville qui
eſt dans l'endroit qui a pery
par le tremblement de terre,
eſtoit eſtimée plus que Cadis
Liij
126 MERCURE
Copour
legrand negoce qui s'y
faifoit. C'eſtoit l'entrepoſt du
commerce des Anglois le
long de la terre ferme , d'où
il ſe tiroit de l'argent en barres
& en piastres , de la
chenille , & de l'Indigo pour
des ſommes immenfes . C'eſt
pour cela qu'il y avoit plufieurs
Banquiers Anglois qui
avoient toujours plus de cent
mille écus en eſpeces dans
leur caiſſe. Londres & Bristol
qui y tenoient des Magaſins
bien fournis de toutes fortes
d'étoffes , ont part à la perte
que l'on y vient de ſouffrir
GALANT. 127
plus qu'aucun autre endroit
d'Angleterre , ce qui paroiſt
d'autant plus irréparable que
ce qui a été épargné par l'Ouragan
, a été détruit depuis
par les Negres , infidelles Efclaves
qui ont égorgé ce qui
étoit reſté d'Anglois. Les Lettres
que l'on a reccuës en Angleterre
touchant ce terrible
évenement , portent qu'il y a
eu quarante trois Montagnes
confiderables qui ont eſté
bouleverſées. J'ajoute à cela la
Lettre d'un Marchand écrite
à ceux dont il faiſoit le negocc
, dans laquelle vous trou-
L iiij
128 MERCURE
verez la relation du tremble
ment. Elle n'a point paffé en
Angleterre , le Vaiſſeau où
elle étoit , ayant été pris &
amené à Breſt par nos Armateurs
. Je ne change rien à la
traduction litterale qui en a
été faite de l'Anglois en nôtre
Langue , afin que par la
maniere touchante dont elle
eſt écrite , vous concevicz.
mieux dans quelle défolation
cette Ille ſe trouve .
GALANT. 129
A BORD DU VAISSEAU
l'Induſtrie , devant la Baye
des Rivieres du Port- Royal
àla Jamaïque, le toJui juillet 1692.
MESSIEURS,
Jemets la main à la plume
pour vous apprendre nos malheurs
, qui ne sçauroient estre
plus grands , puis que Dieu l'a
voulu. Il est difficile de vous exprimer
la douleur que je reffens ,
causée par tout ce que j'ay ſouffert,&
fouffre encore. Cela va
fi lain, que je nesçaurois trouver
130 MERCURE
1
du mil de
de termes pour vous faire la
Peinture du miferable état
cette Ifle, par un chaſtiment du
Ciel, que nous ont attiré les crimes
énormes qui s'y commettent
journellement. Enfin Dicu laßé
de les fouffrir , fit éclaterſa colere
contre nous dans le PortRoyal,
le Mardy 7. deJuin,ancien ftile.
LeCiel estoit beau, clair,ferein )
fans vent , & le Soleil paroiffſoit
plein de rayons. Cependant entre
onze heures & midy ilſurvint
ungrand tremblementde terre,qui
en moins d'un quart d'heure mit
presque toutes les maisons de la
pointe à bas &Sous l'ean. Quoy
GALANT. 131
que
que la mienne , qui estoit haute,
fuſtune des premieres abiſmées .
je ne laiſſay pas d'échaper avec
une peine incroyable & une fatiextraordinaire.
Il me fut impoſſible
de rien fauver, non pas
mesme mes Livres. Il est mort
dans ce deſaſtre plus de trois mille
perſonnes , le nombre des maisons
qui ont esté renversées dans l'eau
approchant de mille. Jugez de la
quantité de Marchandises &
d'argent qu'on a perdu. C'a esté
un grand bonheur qu'il y ait eu
des Navires dans le Port prefts
à faire voile , & ſur tout , l'Induſtric.
Ce que nous y avons
132 MERCURE
fouffert par la faim &par ta
foif, est incroyable , à cauſe que
nous eſtions trop de monde. En
dix jours nous n'avonspas mange
chacun dix onces de pain. Cequi
nous tenoit toujours dans la
frayeur, c'estoit de voir que les
tremblemens continuoient ,
que nous n'eſtions pas affeurez
dans les Vaiſſeaux , où les mats
estoient preſts de rompre à chaque
moment. Ne sçachant que devenir,
aprés avoir malheureusement
perdu tout ce que j'avois gagné
en cinq ans, &toutes les Marchandises
confiderables que vous
sbandile
m'aviez bien voulu remettres ةمع
GALANT. 133
&d'ailleurs confiderant la grande
mifere , &le manque deproviſions
qu'ily a dans l'Iſle , où
le peu qu'on en peut trouver est
d'un prix exorbitant , j'ay réfolu
de paſſer à Londres dans ce
Vaiſſeau , en compagnie de douze
Vaiſſeaux qui partent demain.
Le tremblement de terre a esté
general dans toute l'Iſle,où il n'est
pas reſté unefeulemaiſon debout.
Prés de mille arpens de terre dans
le Nord de l'Iſle font abifmez
avec une infinité de Peuple. On
n'a pas encore une exacte Lifte
dudommage & des Morts. Ce
deſaſtre a mis tout icy dans une
e
134 MERCURE
confufion dont rien n'approche.
Onne voit que meurtres , voleries
, afſaffinats , & violemens.
Chacun prend par force ce qui
n'estpas à luy, le Gouvernement,
laJustice n'ayant plus de licu.
Il n'y a point de Pere pour le
Fils , ny de Fils pour le Pere.
Tous ſont barbares of tirans les
uns des autres , & c'est à qui vo
lera le plus . Le pis est que les
Negres sont à demy révoltez
contre leurs Maistres , de forte
qu'on n'oſe leur rien dire jusqu'à
ce qu'on voye letrain que prendront
les choses. La désolation
estgenerale , erles coeurs les plus
GALANT: 135
,
infenfibles feroient touchez de
voir les Meresfans leurs Filles
les Filles fans leurs Peres , les
Esclaves Maistres, & les Mai
Stres Esclaves. La Mer eft toute
couverte de corps morts qui flotent
fur l'eau ce qui perce le
coeur ; on voit les Femmes mor
tes avec leurs Enfans à la mammelle
, &cela rend une puanteur
horrible. Voila les malheurs du
Port Royal , où tous les Forts
font abbatus. Les deux Mers ſe
communiquent , &il s'est brisé.
trois Navires & trenteBarques
aprés le dernier tremblement. Ily
aeu des Scelerats & des Impies des Impies
136 MERCURE
qui ont eu l'audace d'aller fac
cager les maisons qui estoient reftées,
debout , & qui l'épée à la
main n'en ont laißé approcher
personne. Dans les premiers jours
c'estoit un defordre épouvantable.
L'Ennemy ne peut faire pis dans
une Ville lors qu'il l'a prise d'affaut.
La richeffe de cette Forte
reſſe estoit si confiderable , qu'il
y avoit des Marchands qui avoient
en quaisle plus de cent
mille écus . Auffi cette Ifle donnoitelle
tous les ans plus de cent
quarante mille livres Sterlins.
Le traficy estoit fi confiderable,
qu'on peut dire qu'il n'y avoit
GALANT. 137
point de Place plus negociante.
C'est une verité incontestable,
je ne croy pas qu'ilfoit aisé de
trouver dans tout le monde un
lieu où l'on vende plus de Marchandises,
qu'on en vendoit dans
la famaïque, où l'argent roule
davantage qu'il faifois àcause du
grand negoce avec toutes les Indes.
C'estoit le centre &la Ville
de toutes les Priſes que faisoient
les Corsaires,& Cadis fi renommé
pour les Galions gles Flozes
, n'est pas à comparer au Port
Royal de la Jamaïque. Ceux qui
y ont este aussibien que moy ,
puvent en rendre témoignage.
Octobre 1692 . M
138 MERCURE
A
Touchant le dedansde l'Isles il eft
tombé plus de quarante montagnes
, ce qui estune chose effroyable.
La plupart des arbres ont
esté déracinez , tous les moulins
à Sucre font tombez , &avant
qu'on puiſſe les relever il ſe paf-
Sera bien des années , à cause
qu'on est abismé. Voilà ce que
je puis vous dire de nostre deſaftre
, qui ne peus estre plusgrand.
Quant aux affaires , je ne puis
en donner aucun compte , tout
estant perdu. Je n'ay point recen
d'argent des Marchandises qui
estoient venduës, &ceux qui me
doivent ſont morts , ou ruinez.
GALANT. 139
De plus , mes Livres estant perdus
, je ne ſçay en vertu de quoy
leur rien demander. Ils dénient
ladette , &je ne puis les pourfuivre.
Avec le temps nous verrons
ce qu'on pourra faire ;
comme Dieu est mifericordieux
pitoyable , nous esperons qu'il
retirera sa main de deffus nous,
&qu'il fera fleurir ce Pays
autant que par le paßé. C'est
pourquoy on parle de bastir un
Bourg ou une Ville fur la terre
ferme, du coſté de ceHavre
où les Vaiſſeaux peuvent aller.
Pour ce sujet plusieurs Capi-
⚫taines ont esté fonder le Canal
G
Mij
140 MERCURE
& ont fait leur rapport , qu'ils
peuventy mener les plus grands
Vaisseaux. Cecy est un accident
dont les fiecles precedens ne nous
donnent point d'exemples. S'ily
a eu autrefois des tremblemens ,
foit à Malaga , foit à Naples ,
Raguse où Smirne , nous y
voyons à preſent le plus grand
negoce qu'ily ait jamais eu .Faurois
d'estranges choses à vous
dire, &qui vousſembleroient des
Fables. Fe les paffefous filer.ce
quoy que ce foient des veritez,
esperant de vous voir avant
deux mois , si Dien parsa baute
puiſſance nous favorise d'un bon
GALANT. 14t
vent . Je vous entretiendray plus
amplement de ce queje puis faire.
Maintenant que mes espritsfont
egarez • & mon coeur toujours
remply de frayeur,je ne fçay ce
que je voy ny où j'en suis , de
fwant avec ardeur de voir arriver
l'heureux moment de me retirer
de l'Isle. Je n'entens que
des cris &des lamentations. Tout
eſt en defordre , la ſoif & la
faim preffent , & l'argent manque
; chacun est dans le deſeſpoir
d'avoir perdu fon bien
Parens. Ce ne sont que larmes
afflictions publiques, qui m'arrachent
l'ame. Je plains l'infor
ſes
142 MERCURE
tune des malheureux Habitans
en soupirant pour la mienne.
Ala verité je ne perds pointde
Parens mais j'ay perdu tout mon
bien ,c'es-t à-dire , le fruit de
cinq années , pendant lesquelles
letravailm'a couſté des peines incroyables.
Comme nous diſons ordinairement
qu'il n'y a pointde
malheur qui ne soit survy d'un
autre on vient de me dire
que deux de nos Chaloupes où
j'avois affez d'interest , ont esté
priſes par les François. Je louë
le Createur du monde ,&le benis
de m'avoirſauvé la vie. Je
ſçais que les biens du monde ne
لا
GALANT. 143
meritentpoint notre attachement.
Dieu me les a donnez , Dieu me
les ofte , il me les rendra quand
il luy plaira ,je me conforme àfa
fainte volonté. Cette Lettre va
par une Chaloupe qui fortira ce
foir,&qui demain à la pointe
du jour mettra à la voile. Pour
dernier adieu , je vous diray que
les tremblemens de terre continuent
toujours. Dieu veuille les
finir. Jesuis , Meſſieurs , Vôtre
,&c.
J'apprens que le tremblement
de terre qui ſe fit ſentir
icy le mois paffé , mais foible144
MERCURE
ment, s'eſt fait remarquer ca
d'autres lieux avec beaucoup
plusde violence. Il fit jaillir
àFeluy dans les Pays Bas un
jet d'eau fort gros. Cette cau
eſtoitd'une bonté admirable,
&fortit de terre dans un endroit
où il n'y en avoitjamais
cu. La Tour principale de
Mons , qu'on appelle le Befappelle
de Bef
froy, fut fi agitée par ce même
tremblement, que de bons
Obfervateurs & des Artiſans
connoiffeurs ont aſieuré qu'el--
le eſtoit allée ſeize pieds aude-
là de ſonàplomb.
Les Peres Recolets du Fauxbourg
GALANT. 145
bourg de S. Laurent de Paris
ont celebré avec beaucoup de
magnificence la Canoniſation
de S. Jean de Capiſtran , & de
S.Paſchal Baylon. L'ouverture
de cette folemnité ſe fit le
Mercredy 8. de ce mois ſur les
ſept heures du ſoir , par un feu
de bois qu'on avoit dreſſé de
vant la grande porte de leur
Convent. Il fut allumé par le
Pere Valentin le Rou , ancien
Cuſtode , & Gardien actuel
de ce Monastere , aprés quoy
on fit ladécharge de cinquante
groffes boëtes , ce qui fut
ſuivy d'un fort grand nom-
Octobre . 1692 . N
146 MERCURE
bre de fuſées volantes. Le len
demain jour de S. Denis ,M
JeCuré de S. Laurent alla en
proceffion chez les Peres Re
colets ,& toute la Communauté
le vint recevoir à la porte
au bruit des Timbales &
des Trompettes. Il chanta la
grande Meſſe & s'en retourna
avec les meſmes cérémonics,
On fit enſuite une Proceſſion
tres folemnelle qui partit de
leur Egliſe à onze heures du
matın Elle étoit compoſée de
prés de cent cinquante Religieux
, & d'un pareil nombre
de petits Anges qui mar-
1
GALANT. 147
. choient à coſté d'eux. Le Guidon,
la Croix, & les Buſtes des
deux Saints eſtoient portez de
diſtance en diſtance, tout cela
accompagné de Hautbois, de
Timbales & de Trompettes
qui ſe répondoient alternativement.
La Proceffion alla
droit à Noftre-Dame , où elle
fut receuë au bruit de toutes
des cloches & des Orgues.
Aprés qu'on cut chanté quelques
Hymnes àl'honneur des
deux Saints , on fit le tour du
Choeur de l'Egliſe au bruit de
ces meſmes Inftrumens , &
l'on ſe renditde là aux Filles
Nij
148 MERCURE
Dicu , de la ruë S. Denis,&
enfuite à S Laurent , de forte
que la Proceffion ne rentra
qu'à cinq heures du ſoir dans
l'Eglife des Recollets , où le
PereOlivier Juvernay prêcha.
Le Sermon finy , Mª Ic Curé
de S. Laurent donna la premiere
Benediction de l'Octave.
Le Dimanche ſuivant le
Pere Prieur des Auguſtins
Déchauſſeż fit le Panegyrique
de S. Paſchal Baylon , & le
Jeudy 16. du mois , jour de
l'Octave ,M'le Theologal de
l'Evêché de Clermont receut
dans la Prédication qu'il fir
GALANT. 149
149
beaucoup d'applaudiſſemens
d'une nombreuſe aſſemblée.
Les. de ce mois, Dame Madeleine
de Clermont de Tonnerre
, Abbeſſe de S. Paul prés
Beauvais , fut benite dans l'E
gliſe de ſon Abbaye par M
l'Eveſque Comte de Noyon,
Pair de France fon Oncle..
M' l'Abbé de Tonnerre , Frere
de cette Abbeſſe , Grand
Vicaire de M' l'Eveſque de
Noyon , & Aumônier de Sa
Majesté , prêchaà la ceremoniede
cette Benediction avec
un fort grand fuccés , en preſence
des plus confiderables
r
Niij
ISO MERCURE
duClergé, de la Nobleffe ,&
de la Justice de ce Pays-là
L'illustre Maiſon de Clermont
eſt connnë par tant
d'endroits , & je vous en ay
parlé ſi ſouvent que je n'ay
rien aujourd'huy à vous en
dire . Madame l'Abbeſſe de
S. Pauleſt petire Fillede François
de Clermont de Tonnerre
, General des Armées du
Roy& Chevalier de ſes Ordres
, mort en 1679. âgé de
prés de quatre vingtans ,
Fille de Jacques , Comte de
Clermont . & de Charlotte
Virginie de Flchard , Fille &
&!
GALANT. 151
Heritiere de François ,Baron
de Prefin , & de Charlotte
Aleman, Vicomteſſe de Tricves&
de Pasquiers.
Meffire Thomas Morant ,
Confeiller du Roy en fes
Conſeils , Maistre des Requê
tes honoraire de ſon Hoſtel ,
mourut icy le 6. de ce mois ,
âgé de ſoixante & feize ans.
Ila eſté Conſeiller au Grand
Conſeil , M des Requeſtes ,
& Intendant à Bordeaux ,
Montauban , Caën , Rouën ,
&en Touraine. Il étoit Filsde
Meſſire Thomas Morant qui
acſté pareillement Conſeiller
Niiij
152 MERCURE
au Grand Confeil , Mre des
Requeſtes , Intendant dans
toute la Normandie, & grand
Treſorier des ordres du Roy
ayant auffi la Charge de Treforier
de l'Epargne , que M
fon Pere avoit exercée , &
avoit pour Parens du cofté
Maternel , MS de Believre,
de Harlay , Brulart , Sillery ,
&autres perſonnes fort confiderables
dans la Robbe. Il a
eſté marié trois fois ; la premiere
à Dame Catherine Bordier
dont il a cu Me Thomas-
Alexandre Morant , à preſent.
premier Preſident du Parle-
IS
GALANT. 153
re
ment de Toulouze ; la feconde
à Dame Marie Aveline ,
& de ce Mariage eſt ſortic
Damoiſelle Françoiſe Morant
qui a épousé Mr Louis du
Bois,Marquis deGivry, Licutenant
General des Armées du
Roy ,&grand Bailly de Touraine
;& la troiſieme, àDame
Louiſe le Mencuft , Fille de
Ms Guy le Mencuft, Seigneur
de Brequigny , ancien PrefidentàMortier
du Parlement
de Bretagne , & de Dame Suſanne
de Coetlogon. Il laiſſe
un Fils de ce dernier Maria
ge ...
٠٠.٤
11
154 MERCURE
On a perdu dans ce mef
me- temps Meffire Louis Armand,
Vicomte de Polignac,
Marquis de Chalançon , Baron
de Chaſteau Neuf, Gouverneur
de la Ville du Puy.
Il étoit Fils ainé deGaſpard,
dit Armand , Vicomte de
Polignac , Chevalier du Saint
Eſprit , & avoit époufé en
premieres Noces Suſanne de
Serpens , dont il a cu une Fille
qui s'est faite Carmelite à Paris
, & en ſecondes , Iſabel-
Eſprit , Fille de Ferdinand de
la Baume , Comte de Montrevel
. Etant encore une fois
1
GALANT. 155
demeuré Veuf , il prit une
troifiéme alliance avec une
Fille de M. le Comte du
Roure , dont il a deux Fils,
ſçavoir Me le Marquis de Polignac
,Coloneldu Regiment
de..... qui a épousé Mademoiſelle
de Rambures , Soeur™
de Madame de Caderouce
& M l'Abbé de Polignac ,..
d'un merite fingulier ,&d'une
fageſſe diſtinguée. FeuM
de Polignac avoir été fait
Chevalier des Ordres du Roy
le 30. Decembre 16611
On a cunouvellesde Cham
bery que Me l'Abbé de Saint
4
156 MERCURE
Real y estoit mort. Ses Ou
vrages vous ont affez fait connoiſtre
ſon nom . Il écrivoit
finement, & n'a laffé rien paroiſtre
qui n'ait été du gouft
du Public.
Mª Je Marquis de Malauze,
Brigadier desArméesduRoy,
&cy-devant Colonel du Regiment
de Rouergue a épousé
depuis peu Mademoiselle de
Monmouton , Niece de M
le Comte de Clermont Lodeve
, & de Me le Marquis de
Seſſac , dont l'un n'a jamais
mais
étémarié , & l'autre n'a point
d'Enfans . M' de Malauzedef
GALANT. 157
cendde la Maiſon des Ducs
de Bourbon , & eſt Fils de
Louis de Bourbon , Marquis
deMalauze & de Dame Henriette
de Duras. Son Aycul
étoit Henry de Bourbon, marié
à Dame Madeleine da
Chalon , Heritierede la Maifon
de la Caze en Albigeois!
Son Biſayeul Henry de Bourbon,
avoit épousé Françoiſe
de Miremond , Heritiere de
Guy de Miremond de Saint
Exupery , & de Madeleine
deSenneterre. Son tris-Aycul
fut Jean de Bourbon , marié
enpremieres noces avec An158
MERCURE
toinette Danjou, & en ſecon
desà Françoiſe de Silly. Celuy
cy étoit Fils de Charles de
Bourbon & de Louiſe de Lion
Heritiere de Malauze , lequel
Charles étoit Fils naturel &
legitimé de Jean II. Ducde
Bourbon , Conneſtable de
France , & de Marie d'Albret,
Princeſſe de Navarre. Ce
Jean II. Duc de Bourbon ,
deſcend en droite Ligne de
S. Louis Roy de France . La
Maiſon de Malauze porte de
France au baſton peri en
barre . :
L'envie de ſcavoir les fecrets
GALANT. 19
& د
de l'avenir eſt la maladie de
beaucoup de Femmes
la facilité qu'elles ont à croire
ce qu'on ne leur dit qu'à l'avanture
, ou du moins par des
regles qui n'ont aucun fondement
certain, les porte fouvent
à des reſolutions entic
rement oppoſées à celles que
leur inclination leur feroit
prendre. Iln'y en a point d'exemple
plus fort que celuy
d'une tres-aimable Perſonne,
qui ayant efté mariée dans ſa
plus grandejeuneſſe à un vieil
homme fort riche , s'ennuya
homme
bien- toſt de la vie mélanco160
MERCURE
lique qu'il luy fit mener. La
paſſion qu'il avoit pour elle
eſtoit violente. Il vouloit s'en
faire aimer , & pour acquerit
ſon coeur , il ne luy refuſoit
aucune des choſes qui pouvoient
la fatisfaire , foit pour
les meubles , ſoit pour les ha
bits; mais il eſtoit naturellement
jaloux , & la diſproportion
qu'il y avoit de ſon âge
au ſien luy faiſant juger que
faite comme elle eſtoit , s'il
luy permettoit de voir le
monde,elle ne ſeroit pas longtempsinſenſible
aux douceurs
qu'on luy diroit , il la tenoir
GALANTG
leur
. 161
dans une maniere d'eſclavage
qui la tourmentoit cruellement.
La ſeule liberté qu'il
luy laiſſoit , c'eſtoit de voir
deux ou trois Amies , chez
qui il l'accompagnoit,quand
elle vouloit Icur rendre
vifice. Si elle y voyoit des
gens biens fairs , la prefence
duMary bornoit leurs honneſtetez
à la complaifancegenerale
que les hommes ont
pour toutes les Femmes , & co
qu'ils luy diſoient d'agreable
fur fonbrillant&fur fabeauté
n'ayantpoint de ſuire , parce
qu'on n'ofoit aller chez elle ,
Octobre 1692 . Ο
:
162 MERCURE
&quejamais elle n'alloit ſeule
ailleurs , ſon cour estoit tou
jours vuide , & ne trouvoit
point à ſe remplir. Les parties
depromenade avec ſesAmies
eſtoient le plus grand de fes
plaiſirs ,mais elle n'en faifoit
jamais aucune fans que leMary
en fuft , &comme il cher
choit toujours à luy plaire, il
la régaloit dans ces parties
avec lemeſme agrément, que
fi elle cuſt eſté encore ſa Maif
treffe. Cette conduite , quoy
que tendre& obligeante , ne
la pouvoit contenter. Plus fon
miroir luy diſoit qu'elle estoit
do
C
18
GALANT. 163
Oil
و
folic , moins elle s'accommodoit
des vieilles années de ſon
Mary. Il eſtoit ſujet à d'affez
frequentes maladies , & l'ennuyd'avoir
à le garder jour &
nuit pendant ces temps là ,
fans pouvoir fortir d'auprés
de ſon lit ,luy faiſant enviſager
Pheureux eftat où la mort
1 la devoit mettre par les avantages
qu'il luy avoit faits en
l'époufant , elle demanda à
fes Amics, ſi elles ne connoiffoient
point quelque diſcuſe
de bonne avanture , qui puſt
luy apprendre combien elle
avoit encore à ſouffrir. On
O ij
164 MERCURE
luy en amena trois ou quatre,
qui ſous pretexte d'une coifure
nouvelle , ou de quelque
ajuſtement dont on parloir
devant le Mary , curent permiffion
de l'entretenir ſans
eſtre obſervées. Entre quantité
de choſes que ces fortes de
Femmes ont accoutumé de
debiter à tous ceux qui les
conſultent , chacune luy dit
qu'elle feroit bien-toſt Veuve,
& qu'elle auroit enſuite un
Amant tout admirable. C'cftoit
quelque choſe , mais on
la laiſſoit incertaine ſur le
temps , & une année luy paGALANT.
1651
roiſſoit devoir eſtre un fieclc
Enfin on luy en fit venir une,
qui plus hardie que les autres,
Paſſcura déterminément que
dans trois mois le veuvage la
rendroit maiſtreſſe abſoluë de
ſes volontez . La Dame pleine
de joye paya largement la
Devinereffe,& le bon homme
ſe trouvant ſurpris peu de
temps aprés d'une fiévre continue,
elle ſe tint aſſurée que
la prédiction alloit s'accomplir.
La fiévre fut violente dix
ou douze jours , mais avec un
grand regime les remedes
Lemporterent ,& le rétabli
166 MERCURE
rent inſenſiblement dans ſa
premiere ſanté. La Dame envoya
chercher la Devinereffe,
qu'elle querella de la bonne
forte. La Devinereffe ne s'étonna
point , & ayant encore
tracé je ne ſçay quelle figure,
elle luydit que les trois mois
n'eſtoient point finis , &
qu'elle n'avoit pas raiſon de
ſe plaindre avant que le terme
fuft paffé Le temps s'approchoit
,& il s'en falloit ſeulement
deux jours qu'il n'expiraſt.
Le bon homme ſe portoit
mieux que jamais , & la
Dame peſtant en ſecret contre
3
GALANTM 167
ſa Devinereſſe , commençoir
à n'avoir plus aucune efpect
rance . lors qu'il tomba tout
• d'un coup en Apoplexic. Il
mourut uneheute aprés ,& on
regarda la Devinereffe commeeſtant
infaillible dans fon
art. Sa prédiction luy attira
un preſent , & vous jugez
bien par la que la jeune Veuve
fut aifée à confoler. Elle
eſtoit tiche & jolie , qualitez
aimables qui ne laiſſent point
manquer d'Amans. Ils vinrent
- en foule fi-roſt que la bienſeance
luy permit de voir du
monde. On s'empreſſa à luy
168 MERCURE
plaire , & parmy les Préten
dans on n'eut pas de peine à
démêler où ſon panchant la
portoit. C'eſtoit un homme
de fort bonne mine , qui avoit
beaucoupde bien,& dont l'efprit
eſtoit fort infinuant. Une
de ſes plus particulieresAmics
qui étoit entrée dans le ſecret,
voyant que l'année du deüilétoit
expirée,luydemanda pourquoy
elle réſiſtoit aux empref
femens de ſonAmantqui preffoit
pour l'époufer , puis que
l'affaire eſtoit refoluë entr'eux,
&qu'il avoit fceu toucher fon
coeur. La Dame luy avoüa qu'
selle
GALANT 169
elle ſentoit beaucoup d'inclination
pour luy , & que s'il
falloit s'en détacher , ce ne
pourroit eſtre ſans ſe faire une
extrême violence; mais que
s'agiſſant d'un engagement
pour toute la vic dans le
temps qu'il l'avoir priée de
vouloir ſigner , elle avoit fongé
que ce feroit hazarder
beaucoup que de conclurre
une affaire de cette importance,
ſans ſçavoir auparavant
ce qu'en penſoit la Devinereſſe
qui avoit parlé ſi juſte ſur
le temps de fon Veuvage ;
qu'elle estoit hors de Paris,
Octobre 1692. P
۱
170 MERCURE.......
1
2
où elle ne reviendroit qu'a la
fin du mois,& qu'elle croyoit
qu'il y alloit de ſes intereſts
&de fon repos dene rien conclutre
ſans avoir feeu d'elle fi
fon Amant la rendroit heu
reuſe. Son Amic fort étonnée
de la trouverafſſez ſimple pour
eſtre touchée de ce genre de
ſcrupule , luy repreſenta le
ridicule qu'il y avoit de donner
croyance aux prédictions
des Devinereſſes,qui n'eſtoient
toutes que des Femmes ignorantes
, que l'avidité d'un petic
profit faifoit parler au hazard;
& après avoir combattu fa
GALANT 170
credulité par de folides rai
fons , elle vouloit l'engager à
figner un Contrat dans le jour
meſme , mais il luy fut ime
poffible d'en venir à bout , &
la jeune Veuve demeura ferme
dans ſes ſentimens. Deux
jours aprés , cetre Amicores
ceut viſite d'un Cavalier en
qui elle prenoit beaucoup
d'intereſt,&qui ayant ſceu que
la jeune Veuve la voyoit fouvent,
venoit la prier de le fervir
auprés d'elle. Il l'obfer
voit depuis quinze jours dans
une Egliſe où elle venoit tous
les matins à la mesme heures
Pij
172 MERCURE
1
&en étant devenu éperduëment
amoureux , quoy que
fans l'avoir entretenue , il
avoit beſoin de ſon ſecours
pour duy découvrir la paffion.
Il luy avoüa que le grandbien
qu'elle avoit contribuoit fort
àfon amour , & que comme
ſes affaires eſtoient un peu en
defordre , il avoit fongé que
coMariage luy donneroit licu
de les rétablir. La Dame luy
dit , qu'il ne devoit point
douter qu'elle ne le ſerviſt
avec ardeur en toutes oсса-
fions ,mais qu'il s'étoit déclaré
trop tard , que la jeune
GALANT 173
نم
Veuve étoit déja engagéo &
preſte à ſe marier ,& qu'a
yant fait un choix tres avan
tageux qui touchoit ſon coeur,
tout ce qu'elle luy diroit pour
P'obliger à changer ſeroitinutile.
Cette nouvelle chagrina
lo Cavalier , mais elle ne put
le détourner de ſon entrepri
fe, Il réfolur d'employer jul
qu'aux moyens les plus violens
,pour faire quitter la partie
à ſon Rival, & enfin l'enlevement
de la jeune Vouve
fat celuy où il s'arteſtale plus .
La Dame le voyant ſi obſtiné
dans ſa paſſion , ſe miten tefte
Piij
174 MERCURE
un expedient dont elle eſpera
beaucoup par la foibleſſe
qu'elle avoit connue dans la
jeune Veuve. Ce fut de gagner
la Devinereſſe en qui elle
avoit tant de confiance ..
L'argent peut tout fur ces
ames bafles , & il devoit eſtre
aifé de luy faire dire tout ce
qu'on voudroit . Le Cavalier
approuva la choſe ,& fiat agir
des Eſpions ſi adroits que la
Dame vit la Devinereſſe une
heure aprés fon retour. Quelques
piſtoles luy firent promettre
ſans peine tout ce
qu'on luy demanda. Elle ree
GALANT. ITS
ceut les inſtructions que l'on
jugea neceffaires , & quand la
Veuve l'envoya chercher peu
dejours aprés, elle luy peignit
de ſi terribles malheurs dans
le Mariage qu'elle estoit preſte
à conclure , que ſon amour
en fut extrémement refroidy.
Son Amant s'en apperceut, &
en fit de grandes plaintes. Son
Amie feignant d'ignorer la
cauſe de ce refroidiſſement ,
luy demanda ce qui pouvoit
cſtre arrivé entr'cux , & ayant
ſceu d'elle en confidence les
&
predictions que luy avoit faites
la Devinereſſe , elle luy
Piiij
176 MERCURE
dit , que la connoiffant auffi
foible qu'elle estoit, elle n'ofoit
l'enhardir à paffer outre ,
depeur que fi'elle n'eſtoit pas
tout-à fait heureuſe , le Mariage
trainant toujours avec
fov beaucoup de chagrins,
elle n'cuſt l'injustice de l'en
vouloir rendre refponfable,
mais que fi c'étoit la propre
affaire ,& que le coeur luyen
dilt, toutes les menaces d'un
malheureux avenir , fattes par
de telles gens ne l'embarafferoient
pas. La jeune Veuve,
veritablement attachée à ſon
Amant , euſt bien voulu eftre
GALANTM 177
لا
affez hardie pour ne point s'épouvanter
de ce qu'on luy
avoit dit, mais la crainte l'em
portoit ſur ſa raifon. Cependant
l'amour l'ob igcoit à balancer
, & pour la déterminer
entierement, fon Amie qui
vouloit ſervit leCavalier, employa
une autre rule. Toutes
leschofes neceſſaires à la faire
réuffir ayant été concertées,
un homme reconnu par tout
pour efprit fort , ſe trouva
chez elle un jour que la jeune
Veuve y devoit venir. La
Compagnie étoit grande. Il
parut refveur,& lors qu'on luy
178 MERCURE
cut fait quelque temps la
guerre ſur ſa reſverie , il dit
comme ſortant de quelque
aſſoupiffement , qu'il avoit
traité juſque-là de vifion, ce
qu'on diſoit de certains Efprits,
quiſe communiquent à
quelques perſonnes, mais qu'aprés
ce qui venoit de luy arriver
, il ne sçavoit plus où il
en étoit ; qu'il avoit longtemps
entretenu une Femme
qui par le moyen d'un Genie
qui luy parloit quand elle
vouloit, luy avoit dit des cheſes
ſi particulieres , qu'il étoit
impoſſible qu'elle les ſceuft.
:
GALANT. 179
que par révelation ; que le
détail des moindres évenemens
de ſa vie dans toutes
leurs circonstances, ſans qu'elle
en cuſt oublié aucune , luy
répondoit de la verité des
choſes qu'elle luy avoit prédites
, & que c'eſtoit ce qui
occupoit fi fort ſon eſprit ,
quoyqu'il n'y cuſt rien de facheux
dans les changemens
que devoit encore avoir fa
fortune. L'avanture forpric
d'autant plus que celuy qui
la contoit n'étoitpoint homme
à fe laiffer ébloüir , ny
d'une credulité à donner dans3
180 MERCURE
Chacun fut cu aucun piege.
rieux de ſçavoir , qui étoit
cette merveilleuſe Femme. Il
ne cacha ny ſon nom , ny fa
demeure , mais il dit qu'on
Piroit chercher inutilement,
à moins qu'on n'y fuſt intro
duit de bonne main , ou que
l'on n'euſt quelque choſe dans
la phyſionomie qui la previnit
favorablement , parce
qu'elle apprehendoit qu'on ne
la fiſt paſſer pour Magicienne,
& que ce bruit répandu luy
pouvoir eſtre préjudiciable .
Cette mariere donna licu à.
une longue converfation, dans
GALANT. 181
laquelle on rapporta quantité
d'exemples d'Efprits qui s'étoient
rendus familiers avec
les hommes , & la Compagnie
s'eſtant ſeparée , la jeune Veuve
dit à ſon Amie , qu'elle
vouloit aller voir la Femme
au Genie , & la pria de l'ac.
compagner chez elle. Son
Amie l'affermit dans ce defſein
, en feignant de luy vouloir
refifter. Elle cut beau dire
qu'elles ne pourroient faire
parler cette Femme, & que
ce ſeroit peine perduë . Il fallut
partir fans differer & efperer
ſur leur bonne mine ,
C
182 MERCURE
qu'elles n'auroient point la
honte d'eſtre refuſées. La
Femme au Genie , avec qui la
Scene avoit eſté concerrée,
fit toutes les façons qu'il falloit.
Elle proteſta qu'elle étoit
tres-ignorante , ce qui estoit
une grande verité , & que
tous les bruits qui couroient
d'elle venoient de gens mal
inſtruits, ou qui cherchoient à
luy faire piece.La jeune Veuve
ne prit point le change.
Elle prétendit eſtre fort bien
informée , & aprés luy avoir
fait mille careſſes pour l'obliger
à parler , elle dit d'un air
L
GALANTM 183
mutin , & d'une maniere opiniaſtre
, qu'elle avoit beau ſe
cacher , qu'il falloit abſolu>-
ment qu'elle l'éclairciſt ſur
fa fortune , & que peut- eſtre
elle valoit bien qu'elle fift
pour elle , ce qu'elle ne fe
roit pas pour quantité d'autres.
Cela fut dit d'un air
gracieux , qui ſembla defarmer
la Femme au Genic.
Elle ſe mit à ſoufrire , & la
jeune Veuve l'ayant embrafféc
tout de nouveau , la réduific
enfin à ſe déclarer , comme
s'il n'y cuſt pas cu moyen de
laiffer une jolie Perſonne
184 MERCURE
dans l'inquietude. Elle l'examina
un peu de temps ſans
direun ſeul mot , & la pria de
vouloir bien luy fouffrir un
quart d'heure de retraite dans
fonCabinet pour y entretenir
fonGenie. Enfuite elle l'y fit
entrer ſeule,& aprés s'eſtre fait
promettre qu'elle ne parleroit
jamais à perſonne de ce qu'elle
vouloit bien faire en ſa faveur
, elle ſe ſervit des inſtru-
Ctions de ſon Amic , en luydiſant
ce qui luy eſtoit arrivé de
plus ſecret avant& depuis fon
Mariage.Elle ajoûta que ce qui
l'avoir particulierement obli
GALANT. 185
1
gée àla venir voir,c'eſtoit l'incertitude
, où quelque embarras
d'eſprit la metroit touchát
un Amant fait de telle & telle
forte , qui avoit trouvé moyen
de gagner ſon coeur , & qu'-
elle ne luy diſoit rien de tous
les malheurs dont elle eſtoit
menacéeen l'époufant, parce
que jamais il ne feroit fon
Mary ; que fa froideur l'ayant
déja dégoûté , l'obligeroit de
rompre avec elle ; que cette
rupture eſtant faite, le hazard
luy fcroit connoiſtre un Cavalier,
moins riche à la verité,
que l'Amant qu'il falloit qu
Octobre . 1692 . Q
186 MERCURE
K
elle quitraſt , mais qui la ren--
droit tellement heureuſe , qu'-
Pelle n'auroit rien à defirer ;;
que c'eſtoit unhomme de fort
belle taille , grand , ayant les
yeux noirs , pleins de feu ;&
bien fendus,la bouche belle,&
le petit doigt de lamaingauche
beaucoup plus court que ne...
l'ont les autres hommes . C'étoit
une marque de naiſſance.
commune à tous ceux de la Famille
du Cavalier, pour qui on
faiſoit parler le Genie.La jeune
Veuve fut ſi ſurpriſe d'admiration
du rare talent de celle qui
luy diſoit juſqu'aux moindres
GALANT 187
particularitez de ſa vie , que
toute répliede l'idée du Cavalier
dont on venoit de luy faire
la peinture, elle reſolut de ne
plus fonger à fon Amant. En
fortant du Cabinet, elle dit à
fon Amie, qu'elle eſtoit charméc
, & qu'il falloit qu'elle
ſceuſt par elle-meſme ce que 4
c'eſtoit que le pouvoir duGenie.
L'Amie , ſans en marquer
trop d'empreſſement , confen.
tit à ſe laiſſer dire ſes ſecrets.
Autre quart d'heure de retraite
avec le Genic , aprés quoy
merveilles de tous coſtez. La
jeuneVeuve au fortir de là ne
188 MERCURE
pouvoit affez parler de l'ha
bileté de cette Femme. Tout
luy paroiſſoit enchantement,
& fon Amie , toujours mal
préoccupée pour les Diſeurs
d'avenir , faiſoit ſemblant de
tomber des nuës , & avoüoit
d'un air ingenu que ce qu'on
leur avoit dit à l'une & à l'autre
, eſtoit au deſſus du naturel
. Ce qu'il y cut de plaiſant,.
c'eſt que la jeune Veuve luy
demanda pluſieurs fois cequ' .
elle trouvoit du portrait qu'on
luy avoit fait du Cavalier ,
& fi elle ne le croyoit pas
fait d'une maniere à infpirer
GALANT 189
facilement de l'amour. Ce
fut affez dire qu'elle alloit
rompre avec fon Amant. En
effet, elle ſe montra tellement
changée pour luy , qu'imputant
ce changement à une
bizarrerie d'humeur , dont il
auroit peine à la défaire , il
prit luy- meſme inſenſiblement
dela froideur , ce qui
fut fuivy de part & d'autre de
quelques paroles aigres qui
obligerent à ne ſe plus voir.
Lajeune Veuve oſtant fortie
fi heureuſement de l'engagement
qu'elle avoit pris , ne
fongea plusqu'à l'époux qui
iles
190 MERCURE
Juy eſtoitdeſtiné. Ellele cherchoit
par tout , & dés qu'elle
voyoit un grand homme avec
des yeux noirs , & un peu
bien fait, à la promenade ou
à l'Opera, il luy prenoit une
émotion de coeurqui luy faifoit
croire qu'il alloit naiſtre
quelque incident qui l'engageroit
à l'aborder.On ne vou---
lut point précipiter trop les
choſes,& il ſe paſſa encoreun
mois tout entier fans qu'on la
tiraſt de ſes agitations. Enfin ,
on jugea qu'il eſtoit temps de
faire paroiſtre le Cavalier ,&
on prit l'occaſion d'un court
GALANT 19
voyage que la jeune Veuve
ſe vit obligée de faire à douze:
lieues de Paris. Il alla l'attendre
au lieu où elle devoir dî--
ner à fon retour, & la voyant
preſteàdefcendre deCarroffe,
il s'avança pour luy preſenter
la main,& la conduire dans
le lieu le plus commode de
'Hoſtellerie. La Dame accepta
cette honneſteté, & le
feul hazard paroiffant y avoir
part , la prédiction luy frappa
P'eſprit. Elle remarqua dans le
Cavalier la taille & les traits
de celuy que luy avoit peint
la Femme auGenie. Il ne re192
MERCURE
ſtoit plus qu'à voir ſi la marquede
ſon petit doigt ſe trouveroit
juſte. Elle mouroit
d'envie de s'en éclaircir, mais
il n'oſtoit point ſon gand , &
ce fut ce qui luy fit recevoir
avec plaifir la propoſition
de dîner enſemble. A peine
fut- il à tablequ'elle découvrit
ce qu'elle cherchoit. Le doigt
déſigné eſtoit plus court qu'il
ne devoit eſtre , & recourbé
par le bout. Elle n'cut plus
à douter aprés cela que leCavalier
ne fuſt celuy qu'elledevoit
épouſer pour eſtre heureuſe
, & admirant dans cette
-
rencontre
GALANT: 193
rencontre la force de la deſti
née ,elle marqua je ne ſçay
-
quel embarras qu'il eut ſujet
d'expliquer favorablement
pour luy. Sa perſonne ne luy
moinsque plut pas moins que fes manieres
, & le trouvant d'un eſprit
aifé & agreable , elle s'applaudit
ſecretement de l'impreffion
que cette premiere veuë
faifoit fur fon coeur. Le Cavalier
qui obſervoit tous les
mouvemens , par la connoifſance
qu'il avoit de la tromperie,
s'apperceut bien - toft
par le plaifir qu'elle ſembloit
prendre à tenir les yeux atta
Octobre 1692 .
194 MERCURE
chez ſur luy , que ſes affaires
ne pouvoient être en meilleur
chemin. L'entretien ayant
roulé pendant le dîner fur
diverſes choſes qui la regardoient
, il feignit de la croire
mariée, & luy demanda ſi elle
avoit épousé un homme de
Guerre ou de Robe. Elle réponditqu'elle
eſtoit Veuve, ce
qui ne devoit pas luy paroiſtre
ſurprenant danslajeuneſſe
où il la voyoit ſes Parensluy
ayant fait épouſer un homme
fort vieux avant qu'elle fuft
en âge de pouvoir choifir par
elle-même. Le Cavalier luy
dit force chofes obligeantes
GALANT. 195
fur le bonheur de celuyqu'elle
croiroit digne d'elle ; &
T'heure departir eſtantvenue,
elle luy offrit une place dans
fonCarroffe pour retourner à
Paris plus commodement.
Vous jugez bien qu'il ne la
refuſa pas. Le chemin leur parutfort
court à l'un & à l'au
tre, par la douceur qu'ils trou
voient à eftre enſemble , & la
conversation que chacun
d'eux égayoit, fut continuée
encore un peu de temps chez
la Veuve, qui permit au Cava-,
lier de la conduire juſqu'en
fon appartement. Le lende-
Rij
196 MERCURE
avec
main , il vint luy rendre viſi
te ,& on luy fit un accueil ſi
favorable , qu'il ne put douter
de ſa conqueſte. Il continua
de la voir les jours ſuivans
tout l'empreſſement
d'un homme charmé ; &
quand la Veuve crut pouvoir
ſe tenir ſeure de l'avoir aſſujetty
, elle alla conter toute
l'avanture à ſon Amie , qui
quoy qu'informée par luy en
fecret du tour qu'avoient pris
les choſes , n'avoit point cru
devoir ſe haſter de joüer fon
petſonnage. La jeune Veuve
luy dit que le Genic avoit
GALANT. 197
fait merveilles ; que le Cavalier
s'eſtoit trouvé tel qu'il
l'avoit dépeint , &que le hazard
avoir fait leur connoiffance.
Son Amie ne manqua
pas d'aller chez elle dés ce
même jour. Le Cavalier y
eſtoir, & comme elle ne pouvoit
cacher qu'il luy fuſt connu
, elle s'écria en le voyant,
&luy demanda de quel Paysil
venoit. Il feignit d'eſtre ſurpris
de la trouver Amie de la
jeune Veuve , & luy parla de
pluſieurs voyages , qui depuis
quelques années l'avoient arrefté
preſque toujours en Pro-
Riij
168 MERCURE
vince. La jeune Veuve cur
beaucoup de joye de voirque
leCavalier eſtoit des Amis de
fon Amic. Elle efpera que
tour ſe concerteroit plus facilement
par le moyen d'une
Confidente, & que l'on auroit
moins depeine à s'expliquer.
Elle ne ſe trompa pas. L'Amic
prit ſoin de concilier les chofis,
ce qui n'eſtoit pas fort
difficile. Le Genie avoit levé
toutes les difficultez. Le Cavalier
à qui la Veuve fembloit
toute aimable , ne pou
voit rien faire de mieux pour
ſa fortune quede l'époufer,&
GALANT. 199
laVeuve perfuadéc qu'il y alloit
de tout ſon bonheur d'c
ſtre ſa Femme , ſe contentoir
de trouver en luy un fort
honneſte homme, & n'eſtoit
pas en eſtat de prendre garde
àfon peude bien.Ainfi lemariage
fut conclu en peu de
temps avec une égale fatisfaction
des deux parties , qui
trouvent dans leur parfaite
union l'accompliſſement de
tous leurs defirs.
C'eſt un ſi grand avantage
que celuy d'eſtre honneſte
Homme, qu'il n'y a perſonne
qui ne ſedonne cetre qualité.
:
1
Riiij
200 MERCURE
Cependant c'eſt bien ſouvent
à faux titre , & qui connoiftroit
tout l'interieur de ceux
qui ſe piquent le plus de la
meriter, y trouveroit beaucoup
à redire. Pour n'y eftre
pas trompé , & ſe pouvoir làdeſſus
rendre justice à ſoymeſme,
il ne faut que lire atrentivement
un Livre nouveau,
que debite le St Bruner,
Libraireau Palais , intitulé Le
Portrait d'un honneste Homme.
Ce qui en doit faire l'eſſentiel
y eſt peint avec des couleurs
fi vives , qu'on ne sçauroits'y
méprendre ; & fi quelqu'un
?
GALANT: 201
peut s'affurer d'eſtre tel que
ce Portrait nous le repreſente,
il a tout ſujet de croire qu'il
eſt veritablement ce qu'il ya
tant de honte à n'eſtre pas.
CetOuvrage eſtd'autant plus
digne d'eſtre recherché , qu'il
vient d'une perſonne extré.
mement éclairée & dont l'ef
prit ſoûtient avec gloire l'a
vantage d'eſtre d'une des plus
confiderables Familles de la
Robe. C'eſt M² l'Abbé Goufa
faut , qui a été Conſeiller au
toujours paffé pour un par-
Parlement de Paris , & qui a
faitement honneſte Homme.
202 MERCURE
Aufli peut-on dire , qu'il s'eſt
peint luy-meſme dans le Portrait
qu'il nous donne. Les lumieres
quiluy ont fait ſi bien
découvrir tout ce qui fait un
homme d'honneur , font trop
juſtes , pour avoir été puiſées
dans une ſource étrangere.
Ce ſont des veuës qu'on ne
peut avoir fion ne les tirede
fon propre fond , & s'agiſſant
des qualitez de l'ame & du
coeur , il feroit comme impoſſible
de faire une copic fi
parfaite &fi reſſemblante fur
un Original emprunté . M
l'Abbé Goufſfaut écrit agrea
GALANT. 203
blement & avec beaucoup de
politeffe. Ses raiſonnemens
qu'il appuye de l'autorité de
l'Ecriture & des Peres , convainquent
l'eſprit , & font
connoiſtre qu'ileſt également
profond& fçavant. Je nedis
rien de ſon ſtile ; il eſt connu
par d'autres Ouvrages , & fur
tout par celuy qu'il donna au
Public l'année derniere ,fur
les Défauts ordinaires desHommes
&fur leurs bonnes qualitez..
Ce Livre qui a plu à tout le
monde, fut fait ſur la diſpoſition
d'un autre qui a déja
paru,& qui a ſeulement pour
204 MERCURE
Titre , des Défauts d'autruy.
Si la matiere n'en étoit pas
tout-à- fait nouvelle ,le tour
qu'ila pris en la traitant eſt fi
different , que la ſeule conformité
qui s'y trouve eſt l'ar--
rangement & la Table des
Chapitres.
J'ay encore à vous pailer
d'un excellent Livre , quoy
qu'il ne ſoit pas nouveau.
Vous m'avez mandé qu'on
éroit fâché dans voſtre Province
qu'on cuſt fait chercher
inutilement les Dialogues des
Morts , de M de Fontenelle.
Il eſt vray que le St Brunet
GALANT. 205
qui les vend en a manqué
quelque temps , mais on en a
fait depuis peu une quatriéme
Edition fort correcte , qui
fatisfera les Curieux. Il y a
certains Ouvrages que le Public
demande toujours, & que
l'on prend ſoinde conſerver.
Celuy-là eſtdu nombre , &
l'impreſſion qu'on en vient
de faire , en attend encorcunc
autre.
Je vous ay dit en vous parlant,
delamort de M' le Prince
de Turenne , qu'il avoit
donné de grandes marques
de valeur& de condute pen
206 MERCURE
dant trois Campagnes qu'il
avoit faites au ſervice de la
République de Veniſe. Si
vous doutiez de l'eſtime qu'il
s'étoit acquiſe en ce Pays là,
&de laconfideration que ſes
belles qualitez avoient donnée
pour luy au Senat , vous
en ſericz convaincuë , en apprenant
qu'au commencement
de ce mois M² l'Ambaſſadeur
de Veniſe alla , par
un ordre exprés de la République,
faire des complimens
de condoleance fur cette
mort àM le Cardinal & à
Me le Duc de Boüllon. Vous
r
GALANT. 207
ſçavez que d'ordinaire cet
Ambaſſadeur ne va que chez
des Souverains , quand il doit
parler au nomde ſes Maiſtres,
parler au nom
& qu'une parcille diſtinction
ne peut venir que de celle
avec laquelle feu M² le Prince
de Turenne a ſervy la République.
Quoy qu'elle ait de fort
bons Chefs pour commander
ſes Armées ,fon entrepriſe
fur laCanée n'a pas réufli , &
on acité enfin contraint delever
le Siege. La priſede certePlace
cuſt eſtéd'autant plus
avantageuſe aux Venitiens
1
208 MERCURE
qu'elleauroitpû leur faciliter
celle de l'ifle de Candie , qui
eſt aujourd'huy diviſée en
quatre territoires. La Canée
eſt la Capitale de l'un avec
Eveſché ,& fut priſe par les
Turcs le 26. Aouſt 1645. Elle
cut autrefois le nom de Cydon,&
lesGrecs l'appelloient
la Mere des Villes. Les trois
autres territoires de l'ifle , portent
les noms de trois Villes
principales , ſçavoir Candie ,
qui en eſt la Capitale , Rettime
& Sittia. Cette lle fut
vendue aux Venitiens en 1204.
par Boniface , Marquis de
GALANT. 209
Montferrat , & ils en demeurerent
les Maiſtres paiſibles ,
juſqu'à la priſe de la Ville de
laCanée, aprés quoy les Turcs
affiegerent celle de Candie
d'où la perte de la meilleure
partie de leurs Troupes les
obligea de ſe retirer. Ils la
tintent pourtant bloquée de
prés juſqu'en 1667. qu'ils en
recommencerent le Siege au
mois deMay, & la prirent par
compoſition en 1669. On
tient qu'ils perdirent cinq ou
:
fix cens mille hommes à cơ
Siege.
On a cu nouvelles d'un
Octobre 1692 . S
210 MERCURE
grand defordre arrivé en Pologne
dans une petite Ville,
nommée Bolemont , qui n'eſt
qu'à huit licuës de Varſovic.
On y tenoit une Aſſembléc
de Nobleſſe , pour élire des
Députez au Tribunal, & felon
la coutume des petitesDietes
des Provinces , on la tenoit
dans l'Egliſe de la Ville avec
expoſition du faint Sacrement
, afin que chacun demeuraſt
dans la modération
requiſe. Cependant le reſpect
qu'on doit à cet auguſte Myftere
, ne put retenir l'empor.
tement d'un des Nobles à qui
GALANT. 211
un des autres dit , que c'eſtoit
un Titre qu'il ufurpoit Le
reproche de n'eſtre pas Noble
eſtant en ce Pays- là le plus
grand affront qui ſe puiſle
faire à ceux qui prennent cette
qualité , il mit auffi -toſt
le fabre à la main contre
celuy dont il recevoit l'offenſe
, & celuy - cy fit en
meſmetemps la mefme choſe
, de forte que la querelle
s'eſtant échauffée , parce
qu'ils avoient tous deux beaucoup
de Parens & d'Amis , le
chamaillis fut ſi violent qu'il
p'y cut preſque perſonne qui
Sij
212 MERCURE
1.
ne fortiſt avec quelque estas
filade ſur la teſte ou ſur les
bras. Il y eut meſme du fang
qui rejallit juſque ſur l'Autel
.
Afin qu'il ne manque rien
aux Reflexions que M' Panthot
, Doyen du College des
Medecins de Lyon , a faites
fur les effets du Baſton qui a
découvert les Auteurs de l'affaffinatqui
s'y eſt commis le5.
Juillet dernier , & dont j'ay
emploié la Relation au commencement
de cette Lettre, je
vous envoye ce que j'y ay
trouvé de nouveau dans une
GALANT 213
copic plus ample que l'on m'a
fait voir. Voicy ce qu'ajoûte
Mr Panthot , aprés avoir die
qu'il y a plus de raiſon de
croire que le flux parte du
corps vivant, que des veftiges
imprimez dans l'air , ſur l'eau,
fur la terre , fur la pierre , &
fur le bois.
L'effet du Baston fur les eaux
afes raiſons,quoyqu'on ait grand
fujet de dire , que les veftiges
les impreffions faites dans l'air,
fontdiſſipées parles vents impetueux
qui les difperfent, &qui
lesdiviſent tellement,queleBâton
ne devroit avoir aucun mouve214
MERCURE
mentfur les eaux.
On voit neanmoins pluſieurs
exemples , qui nous perfuadent
qu'il y a des impreſſions &des
affections dans l'air, que les vents
ne peuvent changer, ny détruire.
Celle de la Bouffolesou de l'aiguille
aimantée , qui tend inceffamment
àſon pole, par un enchaînement
de corpuscules , qui font cette
liaiſon, que la violence des vents
ne peut détruire , en est une
preuve convaincante : car s'ils
y apportoient le moindre changement
, l'aiguille cefferoit de
fe tourner du coſté du pole , ou
Son mouvementſuivroit celuydes
:
GALANT. 215
vents, qui romproient l'union des
corpuscules , ou feroient varier
l'aiguille , ce que l'onn'a jamais
veu..
L'Iris , ou l'Arc-en-Ciel , est
une affection dans l'air , dont je
n'entreprens pas l'explication ,
non plus que des autres , qui ne
paroist jamais qu'au milieu des
tempestes des vents impetueux.
Cependant ils ne le changent pas,
il ſubſiſte dans l'airfansfortir
de safuuation , jusqu'à ce que les
difpofitions qui lefaisoient naiſtre
finiffent. Cet exemple est confiderable.
Quand nous voyons quelque
216 MERCURE
objet proche, ou éloigné,ſon imageſe
porte dans l'air jusqu'aux
yeuxpar une infinité de rayons,
qui ſe terminent en pointe piramidale
, & font la viſion par
l'union deſes rayons. Cette émisfion
est une affection dans l'air,
que les vents ne peuvent divifer,
confondre , ny détruire , pasmefme
ébranler , parce que nous verrions
chanceler & mouvoir les
objets par le mouvement des
rayons ébranlez , quand il fait
grand vent , ce qui n'arrive pas
car la veuë des objets est auffi fixe
dans la tempeste , que dans le
calme.
Que
GALANT. 217
Que l'on en tire les confequences
que l'on voudra, que l'on dife
que la lumiere n'est pas un corps,
que les couleurs de l'Iris, les
especes portées ou répanduës des
objets dans lesyeouux, font immaterielles
on répond que tout ce
qui est sublunaire est materiel ,
- plus ou moins. Il n'y a dans ce bas
monde que l'ame raisonnable qui
foit immaterielle , incorruptible ,
&immortelle.
Lacauſe morale a ſes raiſons
auffi bien que les veſtiges , & les
impreffions de l'air, causées parles
Meurtriers &par les Voleurs. Il
y a trop de liaiſon entre l'ame
Octobre. 1692 . T
218 MERCURE
le corps, pour ne pas juger que'les
mouvemens de la partieSuperieure
, ou de nos paffions cauſentdes
changemens des alterations
extraordinaires dans le temperament
la constitution naturelle
des corps.
La Femme , ou la Fille qui
Sabandonne , &favorise celuy
qui la feduit , ne le fait que par
des fentimens de volupté ou d'inserest.
L'un & l'autre excitent
d'étranges revolutions & de
grands changemens dans le temperament
d'une perfonnequi vit
en crainte d'eftre découverteSou
divulguée, par la mauvaiſe conGALANT
219
\
duite d'un indiſoret & d'un por
fide , ou par d'autres malheurs
plus dangereux. UT SO NE SH
Tous ces mouvemens qui troublent
inceſſamment le repos d'un
esprit agité, par l'effet d'unepaf
fion auſſi violente ,changent tel.
lement la diſpoſitionnaturelle des
organes , deshumeurs &des efprits
, que la cauſe que nous
croyons morale devient caufe
physique, par l'alteration qu'elle
produit dans les corps qui en ref
fentent la violence , change la
figure des corpuscules , & leur
aptitude ordinaire. C'est pour cela
qu'ilsſe meuvent fi diverſement
Tij
220 MERCURE
fuivant les causes qui les agidonnent
de la ſenſibilité
au Baston, par les raiſons que
jay remarquées cy- deffus.
que
Quoy que la chose volée nefaffe
que changer de maistre ,
JuLoy
la Loy qui enfait un crime,femble
estre une cause morale, neanmoins
le vol est toujours ſuivy
d'une perplexité & d'une hontes
qui defarme le plus hardy, quand
ilse voit surpris , & charge de
confufion le plus effronté. C'est
pourquoy la crainte fuccede à la
honte , &produit un si grand
trouble dans les humeurs &dans
des esprits , que l'on peut dire ve
GALANT. 221
des
ritablement que la cauſe morale
devient cause Physique par les
alterations qui furviennent ,
change de mesme la. difpofition
naturelle des corpufcules ,
esprits, devenus fenfibles au Baton
, comme tant d'autres caufes.
Il est fort neceffaire d'avancer
toutes ces propofuions, pour jufti
fier l'effet du Baston ſur les eaux,
que l'on croit estre naturel, come
mefur la terre ,&faire connoiſtre
que les veftiges imprimez
dans l'air , que les ventsne détruiſent
pas,neſontpasfans exemple
, y enfin que la cauſe morale
devientsouvens cause physique.
Tiij
222 MERCURE
Quoy que depuis unmois
toutesles Nouvelles publiques
ayent beaucoup parlé des affaires
d'Allemagne & de la
gloire que l'Armée du Roy
commandée par M. le Maréchal
de Longes s'y eſt acquife,
il eſt constant que vous
n'n avez point veu de détail
ſi ample , ny fi remply de circonſtances
gloricufes aux
Troupes du Roy , que celles
que vous allez lire .
Aprés les avantages remportez
à Spire , M' le Maréchal
de Lorges demeura plus
de quinze jours à la hauteur
GALANT 223
de Landau , pour voir à quoy
ſe détermineroient les Ennemis
, qui ayant paſſé le Rhin
& s'eſtant approchez juſques
àNeuſtat , eſtoient venus à
deux licuës de ſon Armée.
Ce Maréchal ayant connu
que tous leurs mouvemensine
tendoient qu'à l'empêcher de
paffer le Rhin , & ſcachant
qu'ils n'étoient pas en état de
tien entreprendre , partit de
ſon Camp , aprés avoir laiffé
environ deux mille chevaux
pour les obſerver & pour garder
quelques paſſages. Il paſſa
le Rhin le 21. & le 22. fur
T iiij
224 MERCURE
des Ponts de Batteaux qui
furent faits à Haguenbuch
entre le Fort-Louis & Philifbourg
, & féjourna le 23. dans
les lieux qu'il occupa aprés
avoir paffé cette Riviere. Le
24. il campa à Berghauſen.
Les Ennemis ayant appris
cerre nouvelle connurent
qu'ils n'avoient pas pris de
juſtes meſures pour nous
empêcher de patler le Rhin,
&M' de Barcith ayant changé
de deſſein , partit auffitoft
avec ſon Armée , & le
repaſſa aprés avoir laiffé un
gros détachement en deça
ود
GALANT 225
pour aller vers Ebernbourg.
Le 25. l'Armée du Roy alla
camper à Vilfertingen , d'où
M² de Veille , Capitaine de
Carabinicis du Regiment de
Magnac , fut envoyé à la guerreavce
quatre vingt Maiſtres.
Ge Capitaine eſt un des plus
heureux Partiſans que nous
ayons. Il eſtoit dans l'Armée
de Me de Luxembourg pendant
le Siege de Namur , &
il ne s'eſt preſque point paflé
de jours, tant que ce Siege a
duré,ſans qu'il ait remporté
quelques avantages fur les
Ennemis.
226 MERCURE
:
Lc 26. M. le Maréchal de
Lorges détacha M le Marquis
de Chamilly , Licurenant
General de jour , & M
de la Breteſche , Maréchal de
Camp , pour aller affieger
Fortzheim avec mille chevaux
commandez par Me le
Marquis de Florenſac & par
M' le Marquis de Gognics,
& M'de Chalons , Colonels .
Il y avoit auſſi mille Dragons
dont les Colonels eſtoient
M Gobert & de Baro , &
douze cens hommes de pied,
commandez par leurs Colonels
, M. de Bligny & de
GALANT. 227
Ravetor. Il y avoit pour ce
Siege quatre pieces de Canon
de 24. & trois pieces de moindre
calibre . Tout ce détachement
partit le 27. à la
pointe du jour , & arriva fur
les hauteurs de Fortzheim
entre huit & neuf heures du
matin.M de Baro,Colonel de
Dragons , fut auſſi toſt détaché
pour reconnoiſtre les environs
de la Place. Mr de la
Breteſche, toujours plein d'ardeur&
de zele pour le ſervice
, le fuivit, & s'apperceut
que cent cinquante hommes
de pied , couloient au-de- là
228 MERCURE
de la Riviere pour ſe jetter
dans la Place, où il y en avoit
déja prés de fix cens. Il
prit cinquante Dragons du
détachement de M' de Baro,
& ayant pouffé au-deſſus de
la Ville avec une diligence
extraordinaire , il paffa legué
&fe coula le long du foſſé de
cette Place , pour ſe mettre
entre les cent cinquante hommes
, & la porte de la Ville ,
ce qui luy réuſſit , étant heureuſement
arrivé un moment
avant ce petit Corps , qui ſo
jetta dans les bois. M'de la
Breteſche eſſayaun grand few
GALANT. 229
r
des murailles de la Place ,&
cependant il n'eut que deux
hommes tuez, quoy que vrayſemblablementilen
duſt perdre
davantage. M' de Chamilly
étant arrivé luy donna
des Dragons , & trois cens
hommes de pied , avec lefquels
il ferra la Ville de fort
prés.Sur les deux heures aprés
midy , le Canon commença
à tirer pour faire bréche
fur l'angle qui eft du coſté
où la Riviere entre dans
la Ville , & une heure aprés
, M² de Veille qui eſtoit
allé prendre langue des En220
MERCURE
nemis , comme je vous l'ay
déja marqué , vint rendre
compte à Me de Chamilly de
ce qu'il avoit vu , & luy appric
que les Ennemis n'eſtoient
pas loin, & qu'il couroit rif
que d'eſtre attaqué avant qu'il
fuſt peu. Comme il les avoit
trouvez il avoit voulu voir
leurs Camps , & s'en eſtoit
approché de ſi prés , que
quatre ou cinq cens che
vaux qui eſtoient tombez ſur
luy , avoient taillé ſon party
en pieces , de ſorte qu'il n'é
toit revenu qu'avec quelques
Cavaliers. S'il ne ſe fuſt pas
GALANT. 231
approché ſi prés , ſa Troupe
n'auroit pas eſté ſi maltraitée,
mais auffi il n'euſt pas appris
ce qu'il eſtoit important de
ſcavoir , & les Troupes du
Roy qui auroient eſté obligées
de lever le Siege de
Fortzheim, n'auroient pas eu
l'avantage qu'elles remporterent
aprés la priſede cettePlace.
Ainfi Mª de Veille riſqua
fort à propos pour découvrir
le veritable état où étoient les
Ennemis. M. de Chamilly ,
dont l'experience eft grande,
&le raiſonnement juſte,ayant
vu qu'il n'y avoit point de
2
232 MERCURE
temps à perdre & que d'une
ſituation qui paroiſſoit facheuſe
on en pouvoit faire
une affaire glorieuſe aux armes
du Roy , renvoya Me de
Veille avec ordre d'aller à
toutes jambes rendre compte
àM de Lorges , de ce qu'il
venoit de voir. Me de Veille
r
rencontra ce Maréchal proche
Fortzheim , où le Siege,
l'attiroit. Il eſtoit peuaccompagné
, parce qu'on n'avoit
pas beſoin de plus de monde
qu'il en avoit envoyé , pour
prendre cette Place , & qu'il
n'avoit pas encore cu de nou,
3
GALANT. 233
velles des partis envoyez auparavant
, pour ſçavoir s'il y
avoit des Ennemis en ces quartiers-
là , de forte que juſqueslà
, il n'avoit point eu d'autres
mouvemens à faire' , mais
ayant appris par M' de Veilic,
qu'il y avoit un corps d'Ennemis
à deux licuës de Fortzeim
à une petite Ville nomméc
Heidesheim & ayant
conjecturé , par ce que M
de Veille luy dit , que ce
Corps devoit eſtre de cinq
à fix mille hommes,il envoya
des ordres pour faire avancer
une partie de l'Armée , & ils
Octobre 1622 . V
234 MERCURE
ne furent pas fitoft partis
qu'il retourna dans ſonCamp,
pour les faire executer luymefme.
Ce fut le 26. à quatre
heures aprés midy. Il prit toutel'aile
droite de la Cavaleriede
la premiere & feconde Ligne
, où estoient les Briga
des de Florenſac,de Dubourg,
de Villepion , de Montgom
mery , de Cayeux, & de Girardin.
Il prit auffi'la Brigade
de Picardie , & marcha à la
teſte de toutes ces Troupes
droit à Fortzeim ,pour foutenir
Mede Chamilly , qu'on
ne doutoit point qui ne duft
Dubourg
GALANT. 235
eſtre attaqué par les Ennemis,
à cauſe qu'ils eſtoient fort fupericurs
au Corps avec lequel
ce Marquis faifoit le Siege de
Fortzeim. Cependant , loin
d'entreprendre une choſe qui
vray - ſemblablement auroit
réuſſy àdes gens de coeur , ils
demeurerent dans leurCamp,
& laifferent prendre Fortzeim,
& avancer M'le Maréchal
de Lorges. Il arriva fur
les fix heures du ſoir à la hauteur
de cette Place , qui n'cſtoit
point encore renduë , &
il ydemeura en bataille pendant
toute la nuit. Il avoit
Vij
236 MERCURE
laiffe Me le Marquis d'Uxelles
àWilfertingen avec tout
le reſte dé l'Armée , en luy
ordonnant de faire marcher
leCanon toute la nuit , &de
marcher luy meſme avec le
reſte de l'Armée à la pointe
du jour , pour le rejoindre
le 27. à deux heures aprés minuit.
Cependant la Ville de
Fortzeim , qui n'avoit point
voulu ſe rendre à la premiere
fommation , commença àfaire
paroiſtre moins de vigueur.
Le ſoir , les Ennemis abandonnerent
le Fauxbourg dont
M² de la Breteſche ſe fanfit , &
GALANT. 237
où il jetra trois cens hommes
de pied , ce qui luy donna
licu de repaffer la Riviere ,&
de joindre l'Armée. Le Canon
avoit tiré tout le jour , & les
Afliegez n'avoient pas fait un
fort grand feu, parce que tout
leur monde eſtoit diſperſé
autour de la Ville , qui eſt
fort ſpacicuſe , de forte que
voyant que la bréche s'avançoit
, & qu'on pouvoit monter
à l'aſſaut la nuit , aprés
quoy il n'y auroit plus de falut
pour eux , ils reſolurent de
parlementer. On les écouta,
& la Capitulation fut arreſtéc
238 MERCURE
àune heure aprés minuit. Le
Commandant , douze Offi
ciers ,& environ quatre àcinq
cens hommes qui estoient
dans la Place, furent faitsPrifonniers
de guerre. Nous cûmes
à cette attaque douze ou
quinze Soldats tucz ou blefſez
,&fept ou huitDragons.
M' Flamant , Commiſſaire
Provincial d'Artillerie, y a cu
le bras caffé au deſſous de
l'épaule. Nous n'y avons per
du aucun Officier .
Mr de Lorges ayant attendu
les Ennemis pour les bien
recevoir en cas qu'ils fuſſent
GALANT. 239
venus attaquer M de Cha
milly , pour ſecourir Fort
zeim,& voyant la Place priſe,
détacha le 27. à la pointe du
jour, quatre cens Chevaux de
Troupes choifies , commandées
parMe deMazel, Meſtre
deCamp dans la Colonelle generale
de Cavaleric,avec ordre
d'aller ſans ſe découvrir , re
connoiſtre ſi les Ennemis és
toient où M'de Veille avoit :
rapporté qu'il les avoit vûs ,
&il luy donna pourGuide le
meſme M' de Veille. Cependant
Mr le Maréchal ſuivic :
avec tous les Dragons ; ſca240
MERCURE
voir , le Mestre de Camp,Gobert,
Ganges,&de S. Hermines
, pour le foutenir. Il marcha
juſques à une hauteur à
r
une licue du Camp , où il atrendit
des nouvelles de ce
Party. Mª de Mazel s'eſtant
acquitté de ſa commiflion
ſans avoir eſté découvert , en
envoya rendre compte àM
de Lorges,& luy fit dire que
les Ennemis eſtoient ſi tranquilles
, qu'il neparoiſſoit pas
qu'ils euffent deſſein de faire
aucun mouvement. Male Maréchal
luy mandade ne ſe pas
laiſſer découvrir ,& de ſe re
tirer
GALANT. 241
tirer dans un grand bois qui
eſtoit auprés de luy , pour ne
pas donner l'alarme aux Ennemis.
Il laiſſa les Dragons derriere
ce mefmebois , avec M'
le Comte de Tallard , pour
donner ordre à tout en cas
qu'il arrivaſt quelque choſe
&revint en diligence prendre
les Troupes , dont il reſtoit
encore quelque Corps à arriver
à Fortzeim. La Cavalerie
marcha ſur quatre lignes à
la gauche , l'Artillerie à la
droite , & l'Infanterie à la
droite de tout. Cette marche
fut dirigée droit au bois ou
Octobre 1692 . X
242 MERCURE
l'on avoit laiſſé les Dragons.
On tira quelques volées de
Canon en partant , pour faire
croire aux Ennemis que Fortzeim
n'eſtoit pas encore pris,
ce qu'ils crurent.
M le Maréchal y laiſſa
huit eens Chevaux avec
mille hommes de pied , tant
pour la garde de la Ville ,
quede tous les Bagages qu'ily
laiffoit. Cependant comme il
avoit avis que le Comte de
Stirum devoit joindre cejourlà
l'Administrateur Duc des
Wirtemberg , il ne voulut
point marcher aux Ennemis
J
GALANTM243
s:
nc
r
que le reſte de ſes Troupes ne
fuſt arrivé . Me d'Uxelles ne
tarda pas long-temps à s'a
vancer , & M'de Lorges fit
auſſi toſt marcher l'Arméc.
M le Marquis do Joyeuſe
eſtoit à l'aile droite , Mlc
r
3
Marquisde Chamilly à la
gauche M le Marquis d'U.
xelles à la teſte de l'Infanterie,
&M' de la Breteſche conduip
fait la ſeconde Ligne. Mode
Lorges s'avança julques au
bois où il avoit laiſſe les Drане
gons, pour voir s'il nes'y paffoit
rien de nouveau. Les Ennemis
de leur coſté ayant ap- t
1
X ij
244 MERCUR
pris par des Payſans que nous
avions des Dragons dans un
bois , crurent qu'ils fe retiroient
, parce qu'ils n'eſtoient
que deux mille,& que les Ennemis
avoient fix mille Chevaux.
Ils envoyerent cent
cinquanteHuſſars en pluſieurs
troupes , pour ſçavoir l'eſtat
des chofes , & obſerver nos
Dragons .Ils avoient fait avancer
deux gros Eſcadrons pour
foutenir ces Huffars , & de
temps en temps on voyoit
venir des gens deleur Camp
pour les joindre. Pendant ce
temps la telte de l'Armée ar
GALANT. 245
riva à la hauteur du Camp
où eſtoient les Dragons , &
Male Maréchal de Lorges fit
dire à Mª de Mazel qu'il marchaft
droit aux Hullars qu'il
voyoit , & aux deux Eſcadrons
; qu'il alloitle faire fui
vre avec tous les Dragons , &
qu'il marcheroit enfuite avec
l'aile droite du RegimentColonel
pour le foutenir. M² de
Mazel fitune marche de trois
quarts de lieuë. Les Huffars
marquerent par leur contenance
qu'ils avoient reſolu de
l'attendre , mais ils prirent
l'épouvante dés qu'ils virent
Xiij
246 MERCURE
paroiſtre les Etendars desDragons
, & coururent à toute
bride pour avertir le Prince de
Wutemberg , qui estoit à table
Hildesheim, petite Ville
où eſtoir ſon quartier general.
Les Ennemis eſtoient campez
fut une Ligne, ayant obfervé
de grandes diftances , afin de
la faire paroiſtre plus longue.
Leur droite eſtoic appuyée à
leur quartier , & leur gauche
s'eſtendoit du coſté d'un Vil
lage nommé Murlac , mais
elle estoit fermée par un peeit
Ruiffeau & par un Marais
que l'on ne pouvoit paf
GADANT. 247
fer. La teſte de leur Camp
eſtoit ſur une hauteur qui
Reſtoit inacceſſible en bien des
endroits.Au piedde cettehauteur
eſtoit un petit Ruiffcau
& un Marais qu'il fut impof
fible de paffer. Derriere leur
Camp , il y avoit un bois
tout à fait impratiquable. On
peut voir par la peinture de
cette ſituation qu'ils eſtoient
campez comme dans une veritableCitadelle.
Heidesheim,
qu'ils avoient choisi pour leur
quartier general , eſtoit enfermé
par un grand foffé plein
d'cau & par un chemin cou
:
Xinij
L
248 MERCURE
vert qu'ils avoient fait,& garny
de tres bonnes paliſlades
au- de- là deſquelles il y avoit
un avant foſſé tres bon. Ils
avoient fix Regimens dans ce
Camp , tant de Dragons que
de Cavalerie , qui pouvoient
faire cinqà fix mille chevaux.
Ils avoient outre cela quatre
àcinq cens Huſſars , & feulement
deux pieces de Canon.
Il eſt vray ſemblable, que s'ils
avoient cu autant d'Infanteric
, que de Cavalerie , une
Armée de cinquante mille
hommes ne les auroit pu forcer
, pour peu qu'ils cuffent
voulu ſe deffendre , à moins
1
GALANT 249
r
qu
qu'onne ſe fuſt extrémement
expoſé , & qu'on n'euſt pris
toutes les précautions que
l'on prend pour attaquer une
Place. Si- toft que l'Armée du
Roy fut découverte , M² de
Lorges fit marcher au grand
trot. Les Ennemis furent fi
furpris , & monterent à cheval
avec tant de précipitation,
qu'ils ne purent deffondre
leurs tentes. Noſtre Cavaleric
laiſſa noſtre Infanterie derricre
, & marcha avec beaucoup
de viteſſe. On arriva à cux par
leur droite. Nos Troupes qui
eſtoient fur la gauche pouffe250
MERCURE
rent d'abord à Heidesheim.
Elles culbuterent quelques
Dragons qui en voulurent
deffendre le paſſage , & entrerent
dans le Camp. La
Brigade de Florenſac qui
eſtoit à la teſte de tout , &
celle de Montgommery poufferent
droit à la teſte du
Camp des Ennemis , mais elles
furent arreſtées par le petit
Ruiſſeau qu'elles y trouverent
, & qu'il eſtoit impoffible
de paffer. On coula toujours
le long de ce Ruiſſeau
avec beaucoup de viteſſe, dans
l'eſperance d'y trouver quel
GALANT. 251
que paſſage , ce qu'on ne put
faire qu'au Village de Murlac.
Dans ce temps là , les Ennemis
qui fe retiroient en grand
defordre par leurgauche, arriverent
fur la hauteur du Village
de Murlac , où ils ſe rallierent
un peu ,& firent mine
de vouloir nous attendre ,
afin de nous charger , mais
quoy que nos Troupes ne
puſſent aller à cux que par
des défilez qu'elles ne pouvoient
paffer qu'avec confufion
, elles monterent cette
hauteur par tant d'endroits
différens,& avec tant de vi
252 MERCURE
gueur que les Ennemis perdirent
cooeur , & n'oferent les
attendre. Dés ce moment ,
ilsne fongerent plus qu'à fuït.
Ils ſe ſeparerentde tous côtez ,
& on les ſuivit de meſme.
M le Maréchal de Lorge envoya
aprés cux les Troupes
que commandoit M² de Mazel
, & les quatre Regimens
de Dragons dont j'ay déja
parlé. Ils ſe ſeparerent enpluficurs
Troupes . M' le Marquis
de Feuquieres , Maréchal
de jour, fe mit à la teſte de la
premiere , & M le Marquis
de Villars , M le Marquis
GALANT 283
deCognies , & M' le Comte
de Tallard ſe mirent à la reſte
de trois autres Troupes. M²
de Lorges qui avoit retenu
auprés de luy M'de Bartillar,
comme premier Maréchal de
Camp, donnait ſes ordres par
tout. Il fuivit d'aſſez prés les
Dragons , aufquels il envoya
encore pour les foutenir , le
RegimentColonel& celuy de
Flosenfac,&pour avoir part
de toutes manieres à la gloire
que les armes du Roy acqui
rent ce jour là , il ſe mit à la
teſte du Regiment de Dutas ,
80voulat luy-meme aider à
254 MERCURE
pouſſer les Ennemis. Les Dra--
gons attaquerent Heidesheim
& en couperent les portes ,
ce qui donna temps aux Ennemis
qui eſtoient en Bataille,
de marcher par leur gauche
pour ſe retirer. LesDragonsqui
eſtoient pafiez les premiers ,
attaquerent avec beaucoup
de vigueur l'arriere garde des
Ennemis qui ſe détermina
à la fuite , voyant que toute
l'Armée alloit tomber dece
coſté là. La plus grande parmi
tie ſe jettadans un bois le long
de la Montagne , & les Dra
gons en prirent& tuerent auGALANT.
255
tant qu'ils voulurent . Ceux
qui prirent la droite dans un
pays plus aifé , furent atteint
par la Cavaleric , & pouffez
pendant trois licuës juſques
à la nuit , fans qu'ils pullent
ſe rallier , ny mefme qu'ils
fongeafflent.
y
Οπ ne sçauroit donner trop
de loüanges à noſtre Cavalerie .
Elledefcendit des Montagnes,
& des Vignes,& cette defcente
eſtoit ſi rapide , que pour en
ſouſtenir la terre, on avoit fait
des amphiteatres de muraille ,
que noſtre Cavaleric paſſa ſans
examiner les riſques où elle
;
256 MERCURE
s'expoſoit. Lors qu'elle fut arrivée
à la Riviere de Lentz
on y voulut chercher un pafſage,
mais les Cavaliers pleins
d'impatience, ſe jetterentdans
cette Riviere & la pafferent ,
partie à la nage , & partie à
gué. Enfin on peut dire fans
exageration, que nosTroupes
pafferent par des endroits où
Ies plus hardis piqueurs ne ſe
feroient pas hazardez . On
ne ceſſa de poursuivre les
Ennemis qu'aprés qu'on fut
arrivé ſur une hauteur où M
de Lorges fit faire alte. Quelques
Troupes de celles qui
GALANT. 257
1
eſtoient fur la gauche , ſejetterent
dans une Ville , nommée
Vashinguen , où les Ennemis
avoient environ deux
cens hommes de Garniſon.
Ily avoit outre cela trois mille
tant Bourgeois que Payſans,
armez pour les ſouſtenir. Ils
abandonnerent la Place ,& fc
jetterent dans les bois , dés
qu'ils apperçurent que noftre
Armée ſuivoit la leur. Cette
Ville avoit un Chaſtean affez
bon , où les Ennemis avoient
envoyé les Priſonniers qu'ils
avoient faits fur M' de Veille,
& quelques Maraudeurs de
Octobre . 1692,
Y
258 MEP CURE
P'Armée qu'ils avoient pris)
&qui furent auffi-toſt déli
vrez . Nos Cavaliers & nos
Dragons trouverent plus de
cent mille livres dans ce Châ
teau dont ils ſe chargerent. La
Ville qui estoit remplie de
toutes les richeſſes desenvirons
fut pillée. Le Regiment
de Dragons de Gobert , prit
le Timbalier , le cheval & les
Timbales du Regiment de
Bareith , l'un des Regimens
de Cuiraſfiers de l'Empereurs
qui eſt ſur pied depuis plus
de vingt ans ,& qu'on affure
n'avoir jamais fuy , & n'avoir
يه
GALANT 259
1
jamais eſté battu Un Chariot
du Prince de Wittemberg on
il y avoit une fort groſſe ſomme,
fut pris avec pluſieurs autres
, & fept mulets , ſur lefquels
eſtoient ſa vaiſſelle &
fa caffette. On luy a pris un
de ſes Pages , & un tres-beau
cheval dema cheval de main. La priſe de
Fortsheim , celle des équipages
du corpsd'Armée qui s'eſt
trouvé en cette occafion ,la
priſe du Prince de Wittemberg
,& de ſes équipages , &
celle de Heidesheim avec tout
ce qui ſe trouva dans cette
Place , jointes aux degats qui
Yaj
260 MERCURE
onteſté faits dansle Pays,luy
doivent avoir coufté pluſieurs
millions . L'épouvante y fut
fi grande , que la Princeſſe
Doüairiere de Wirtemberg ,
qui estoit à Stugart, fit charger
ſes équipages , pour ſe
ſauver à Ulm. Cette affaire
ne couſte pas dix hommes
au Roy , & il n'y a pas cu un
Officier de bleſſe . On a pris
deux paires de Timbales , neuf
Etendarts, & deux pieces de
Canon. On peut juger que
s'ils en avoient cu en plus
grand nombre ,
on en auroit
pris davantage. On n'a
GALANT. 261
fait que cinq cens prifonniers,
fans compter la Garnifon de
Fortzheim. Il eſt plus difficile
de dire juſte le nombre des
Morts , qu'on fait monter à
plus de neuf cens. Ils ont cité
tuez en tant d'endroits differens
, qu'on n'en peut juger
par ceux qui ſe ſont trouvez
dans le Camp que les Ennemis
ont abandonné, puis qu'-
ils n'y ont point combattu .
Ainſi la pluſpart de ceux qui
> ont été tuez ,ne l'ont été qu'en
fuyant pendant trois lieuës ,
& leurs corps ſont ſi diſperſez
,que les Ennemis le pour262
MER CURE
ront mieux ſcavoir que nous,
puis qu'ils ne peuvent ignorer
ce qui leur manque. Quant
aux Chevaux , on en a pris
plus de deux mille, parce que
les Soldats croyoient trouver
beaucoup mieux leur compte
aux chevaux qu'aux hommes,
&pluſieurs en ont laiſſe ſauver
, ne pouvant garder les
hommes & les chevaux. Lc
Baron de Soyer , Commandant
des Troupes de Baviere,
s'eſt trouvé du nombre des
Prifonniers . Le Duc de Wirtemberg
fut pris à la teſte de
la Troupe que commandoit
GALANT. 263
r
Mele Marquis de Cognies ,
par Me d'Aurilly , Cornette
du Regiment de Dragons de
Gobert , & par M'le Chevalier
de Barbezan , du Regi
ment Mestre de Camp.
Le Prince de Wirtemberg
dit aprés ſa priſe , qu'il avoit
fait tous ſes efforts pour arreſter
lereſte de ſesTroupes,
afin de les rallier ,&de les faire
charger , mais qu'il n'avoit
pû en venir a bout,& que pour
luy, il avoit eſté pris , parce
qu'il n'eſt pas accoutumé à
fuir. Il eſt bien fait , de bon
air, & âgé d'environ quarant
ans
264 MERCURE
९ M' le Maréchal de Lorges
ramena camper ſes Troupes
dans le Camp que les Ennemis
avoient abandonné , & où
L'on amena beaucoup de chevaux
des fuyards .
Avant que de vous marquer
ce qui s'eſt paffe enfuite de
cette affaire, je dois vous faire
remarquer que les Ennemis
avoient ſepaté leur Arméeen
deux Corps ; que l'un devoit
s'oppoſer à nos Troupes , en
cas qu'elles vouluſſent avancer
dans le Wirtemberg , & que
l'autre devoit faire le Siege
d'Ebernbourg. Ils n'ont pu
réuffir
GALANT. 265
1.
réuffit ny dans l'un ny dans
l'autre de leurs deſſeins. Vous
4
venez d'apprendre comment
M' le Maréchal de Lorges à
penetré dans le Wirtemberg,
malgré toutes leurs forces ,
& toutes leurs précautions ,
&vous allez voir comment il
leur a fait lever le Siege du
Chaſteau d'Ebernbourg.
Le 6. de ce mois , il paſſa le
Rhin à Philiſbourg , à trois
heures aprés midy , avec tou
te la Cavalerie , tous les Grenadiers
, & fix- vingt, Fafeliers
par Bataillon , ce qui faifoit
prés de fix mille hommes
Octobre. 1692 . Z
266 MERCURE
OS
de Bade
pied , ayant laiſſé le reſte
de l'Infanterie qui ſuivoit à
petites journées . Cependant,
la marche de M de Lorges
ayant eſté ſceuë de Me de
reith , il marcha aufli à grandes
journées pour repafier le
Rhin à Mayence , & prendre ,
les devant ſur M², de Lorges;
mais ce Maréchal , qui avoit
réſolu de rompre toutes les
meſures, ayant fait refter les
gros Equipages en Alface
marcha avec une diligence fi
extraordinaire
r
qu'on en a
peu vû de parcilles . Il vint à
Spire le 6. & le lendemain il
GALANT: 267
campa prés d'Epenheim. Il
arriva le 8. à Flonheim, à trois
licuës d'Ebernbourg. Mª dela
Breteſche , qui avoit eſté détaché
avec mille Chevaux ,
lors que l'Armée paſſa à Philifbourg
, pour aller apprendre
des nouvelles des Ennemis
, & leur montrer toujours
une teſte de noſtre Armée, ne
fit pas faire une moindre diligence
au Corps qu'il commandoit
, & marcha jour & nuit .
Le 8. pendant la marche , on
entendit unegroffe décharge
comme de Canon,& ungrand
bruit de moufqueterie, ce qui
:
1
Zij
268 MERCURE
fit croire à nos Troupes que
Ics Ennemis donnoient un af .
faut , & faifoient un dernier
effort pour prendre la Place
avant l'arrivée daMide Lors.
ges qui ne pouvoit éftro que
Ic 9. fur les huit à neuf heures..
du matin. Quelque temps a
prés qu'on cut entendu, ce
bruit , le détachement.commandé
par Mi de la Breteſche
ayant continué ſa marche, on
appritque lesEnnemis avoient
lové le Siege d'Ebernbourg ,
&que le bruit qu'on venoit
diocotendre , n'estoit autre.
choſeque le feu qu'ilsavoient
GALANT. 269
&
mis à leurs munitions, àleurs
Bombes , à leurs Carcaffes , à
leurs Grenades , a toutes
leurs autres provifions necef-
-faires pour un Stege , afin de
fuir plus promprement, ayant
appris que noftre Armée marchoit
à eux agrandes journées .
En effet,ils firent leur retraite
de reſte du jour , & pendant
la nuit, ce qui fit que le détachement
deM'de laBreteſche,
avec lequel il s'eftoit avancé
juſqu'àCrutzenacsa deſſein de
les charger, ne pnt les joindre,
quoy qu'il les cuft coupez de
plus d'une licue; mais comme
Z iij
270 MERCURE
ils n'en avoient que trois à
faire pour arriver chez eux ,
ils curent aſſez de temps pour
regagner le Pont qu'ils avoient
à Binghen. Quant à Mile Maréchal
de Lorges ,il eut avis å
trois licuës d Ebernbourg que
les Ennemis vouloient décamper
, & qu'ils avoient commencé
à faire marcher leurs
Bagages dés la nuit. Il apprit
deux heures aprés qu'ils a
voient décampé , & qu'ils
faifoient diligence, pour gagner
leur Pont de Binghen.
fit auſſi toſt avancer toute
la Cavalerie , & tous les Dra.
Le
GALANT. 271
}
fcs
gons , & quoy qu'il fuſt deux
heures de nuit , ce General
marcha droit à leur Pont, efperant
arriver affez toſt pour
donner ſur leur atriere-garde,
Il ſe trouva une heure ayant
le jour , fur les hauteurs de
Kerſinguen, où il fit mettre
Troupes en bataille en attendant
que le jour luy fift
découvrir les Ennemis pour
Ics attaquer au paſſage du
Rhin, mais la crainte que leur
avoit donné ſa prompte arrivée
, leur avoit fait précipi
ter leur retraite , & l'on ne
trouva qu'une cinquantaine
Z iiij
27
272 MERCURE
de Traineurs & de Marau
deurs qui furent faits Prifonniers,&
qui rapporterent que
l'épouvante estoit fi grande
dans leur Armée que les Cavaliers
& les Soldats n'attendoient
pas leurs Officiers pour
marcher , & qu'ils couroient
à l'envy du coſté du Pont
pour y paffer les premiers.
Ainſi ils ont épargné à nos
Troupes la peinede les battre,
& ont fait ce quele Roy fouhaitoit
, qui eſtoir delever le
Siege d'Ebernbourg, qui n'eſt
qu'un petit Chasteau , devant
lequel ils eſtoient depuis le 29 .
GALANT 273
pal
110
Poc


du mois paffé, Ce qu'il yade
furprenant dans la marchede
M'de Lorges, eſt qu'aucunVivandier
ne l'ayant pû ſuivre,
àcauſe de lagrande dillgence
qu'il faifoit,M'dela Frozeliere
n'apas laiſfé de faire matcher
l'Artilleric auſſi vifte que les
Troupes , ce qui peut paffer
pour une eſpace de miracle,
niyayant point d'exemple que
l'Artillerie ait jamais pu fuivre
de la Cavaleric, qui marche
jour & nuit avec une extreme
viteſſe. On ne peut
montrer plus de zele pour la
gloire du Roy&plus d'ardeur
274 MERCURE
pour le ſervice, qu'ont fait les
•Troupes en cette occafion ;&
M de Lorges leur a témoigné
la fatisfaction qu'il en avoit.
Si ce General en eſt content,
il doit bien l'etre auſſi deluymeſme.
Les grandes meſures
qu'il a prifes pour eſtre toujours
bien informé de ce que
farfoient les Ennemis , ſont
cauſe de tous les avantages
qu'il a remportez cette Campagne
, pendant laquelle il a
-paru digne Neveu de feu M
de Turenne , ayant fait voir ,
non-ſeulement beaucoupd'intelligence
,de prudence & de
GALANT. 275
1
conduite dans toutes les actions
qui s'y font paffées,
mais meſme une activité ſans
égale par la diligence & les
longues marches qu'il a fait
fane aux Troupes,&toujours
fort à propos. Il y a plus , &
L'on doit remarquer que dés
qu'ilavul'occafion preffanto,
il s'eſt toujours mis en étatde
1es animer par ſa prefence &
par fon exemple , de forte que
files Ennemis cuſſent reſiſté,
ils auroient vu queſſa valeur
répond à ſa conduire., dont
Testeffets leur ont fouvent eſté
1 fi funeftes . Quant à Mila
276 MERCURE
Landgrave deHeffe-Caffel,qui
faifoit le Siege d Ebernbourg,
avec autant de Troupes qu'il
en auroit fallu pour prendre
une Ville regulierement fortifiéc
& munte d'une groffe
Garnifon , il en doit eftre peu
content , puis qu'elles ne ſe
font montrées habiles qu'à
regagner lour Pont pour repaffer
le Rhin,& il doitaufli
catre pou fatisfart de luy mê.
me , puiſque dés qu'il cut appris
que M²de Dac de Wir
tenberg avoitxité barta, il
fit voir qu'il neſe croyoit pas
en ſeureté dans ſon Camp, &
GALANT. 277
demandoit à tous momens fi
lesEnnemis ne paroiffoient pointi
Je vous ay parlé de la levée
du Siege que ce Prince avoir
entreprise, parce qu'elle fair
une ſuite des avantages que
M' Ic. Maréchal de Lorges a
remportez , & que je n'ay pas
cru devoir interrompre. Je
paffe à quelques particularitez
de ceSiege. Les Ennemis inveftirent
ce Chaftcaule 22. du
dernier mois, & l'ont battu
| avec trois batteries de Canon
de 24. do 12. & de 4 livres de
bales. Ity enavoit vingt-quatrepieces,
&trois Mortiersa
1.
278 MERCURE
Bombes . Ils avoient outre ce
la beaucoup de barils fou
droyans , & une infinité de
Grenades Depuis le 28. qu'ils
ouvrirent llaaTTrraanncchhééeess jjuuff
ques au 7. de ce mois, ils
ont , fans exageration , tiré
tinq cens coups de Canon par:
jour, de forte qu'à peine ontils
laiſſé une pierre entiere.
Ils ont rafé le front du Pâté ,
mais ils n'ont pu faire de bréche
aux groſſes Tours devant
la Porte d'entrée où eſtoit
leur principale attaquc. Hs
ont fait tomber une grande
quantité de maçonneric &
GALANT. 279
B ont fort ébranlé le reveſtement.
Cependant ils ne purent
emporter le Pâté , quoy
que leur boyau de Ttranchée
foit venu juſques à l'ouvrage
paliſſadé en queuë d'hirondel
Ie,depuis le Chaſteau à la droi
teen entrant. Les grandes
précautions que M du Bois ,
Gouverneur de ce Chafteau ,
prit pour le garantir du feu ,
ont eſté cauſe qu'il en a eſté
ſauvé. Il fit mettre tous les
matelas de la Garniſon ſur la
| citerne , & cela cut l'effet
qu'il en avoit attendu. Quant
aux fouterrains & à la Caferne
280 MERCURE
neuve, ils ſe trouverent en
état de reſiſter,& les poudres
ont été conſervées , quoy que
lesBombes peſaſſent plus de
cent livres.. Il n'y a eu qu'un
Sergent , & trente Soldats
tucz ,& pas un ſeul Officier.
Les Ennemis ont demeuré
dix-sept jours devant ce Château
. Ils l'inveſtirent le 22.
de Septembre , le 28. ils ofvrirent
la Tranchée , & ils
ont levé le Siege , le 7. de ce
mois , quoy qu'ils n'cuſſent
point encore apperceu de
Troupes qui vinſſent les attaquer
, mais l'inquietude

GALANT. 28t
commençaà les prendre dés
qu'ils fccurent la priſe du
Prince de Wirtemberg , & la
fuite des Troupes que ce General
commandoit , & M' le
Landgrave qui conduiſoit le
Siege , réfolut de le lever ,
aufli toft qu'il cur appris que
Me le Maréchal de Lorges
marchoit pour ſecourir cette
Place. Les premiers ordres
qu'il donna pour le décampoment,
furent de faire marcher
le Canon , & de le faire
paſſer dans la petite Plaine ,
fur la fontaine de la Ville ,
croyant qu'il n'y avoit aucun
Octobre 1692. Aa
182 MERCURE
E
xiſque à courre & que tout le
Canon du Chaſteau étoit démonté
, mais on luy fit voir le
contraire , & on luy en dé
monta une piece qui demeu--
ra fur la Place avec les cheyaux
pendant une heure entiere.
La garde de laTranchéo:
qui estoit de plus de cinq
cens hommes ,la ſecourut:
ſous le feu du Chaſteau , mais
cene fut pas, fans perdre , &
cola mit beaucoup de defordre
dans leur marche , parce
qu'ils furent obligez de faire
prendre d'autres routes à leur.
Canon. Quand lagarde de la
GALANT. 283
1
Tranchée ſe retira , elle gagna
les bois en fuyant' , & avec
beaucoup dedefordre. Outre
le feu qu'ils mirent à leur
poudre ,à leurs Bombes , & à
à leurs Grenades avant quede
partir ,ils ont laiffe pluſieurs
outilsà remuer la terre , ainſt
que pluſieurs facs à terre,
On ajoute aux raiſons que
j'ay marquécs qui leur ong
fait lever le Siege , que co
qui les obligea de ſe retirer :
avec tant de précipitation , co
fut un party de cinquante
hommes de la Garnifon de
Kun que l'on avoit envoyé
Aaij
284 MERCURE
fur da Montagne d'Abbens
berg pour y faire des ſignaux
avec de l'artifice & desboëtes.
Ils firent tant de bruit , que
les Ennemis s'imaginerent
que c'étoit une partie du ſecours
que les Affiegez attendoient
qui avoit déja pris
poſte ſur cette Montagne.
Enfin aprés tant de défaites,
les Ennemis conſterncz craignent
encore pour le Rhingau
qu'ils tâchant à couvrir,
& ſe trouvent bien éloignez
de prendre des quartiers d'Hiver
dans les lieux où ils
avoient réſolu de faire hiverGALANT
285

ner leurs Troupes. Je vous
avois promis un ample détail
des derniers avantages que
nousavons remportezen. Allemagne,&
je vous l'ay fait
encore plus grand que je n'as
vois cru . Il eſt tiré de tant de
Memoires differens d'Offi
ciers qui ont agy, & comman
dédans toutes les actionsdont
il s'agit , que je fuis affcuré
qu'on ne sçauroit le trouver
ailleurs , perfonne ne s'étant
donné les meſmes foins & la
mefme peine que moy , &
nulle Relation n'étant venue
d'Allemagne auffi ample.
286 MERCURE
1
Ainſi je puis me vanter d'a
voir appris au Public mille
zirconstances que la Poſterité
ignoreroit ſi j'avois neglige
de les recueillir, La grande
Hiſtoire n'entre point dans
tous ces détails,& cependantil
feroit fâcheux que tant decho.
ſes gloricuſes à la France,nonseulement
ne fuffent pas ſquës
prefentement , mais meſme
qu'ellesdemeuraflenttoujours
étouffées Elles font d'autant
plus belles,que pendant toute
LaCampagne, les Ennemis ons
publié qu'ils étoient fupe
Ficurs ,& ont toujours mensGALANT.
287
cé meſme dans leurs Nou--
velles publiques d'attaquer
nos meilleures Places .
Bepuis le commence
ment de cette guerre , ils
n'ont point fait tantde pertes
fur mer que depuis l'ouverture
de la Campagne. Le
nombre en eſt ſigrand ,
qu'il ne s'eſt point paffé de
femaine qu'ils n'ayent perdu
quatre ou cinq Bâtimens ,
de forte que le détail en
ombaraffe , & qu'il en faudroit
plutoſt faire un Caralogue
par mois, qu'unarticle,
Toutes les Lettres d'Angles.
)
288 MERCURE
1
terre&de Hollande conviennent
de leurs pertes continued.
les ,& les Anglois defolez à
cauſe que dour Commerce en
fouffie beaucoup , ont eſté
concraints de propoſer l'établatement
d'une Compagnie
d'Armateurs, moins pour fai
re des priſes ſut nous, que pour
empefcher que l'onn'en fafle
fi louvent fur cux. On peut
juger par les pertes qu'ils ont
faites lors que nous n'avions
point de Flotes en Mer,du
pitoyable état où ces deux
Nations qui ſe difputoient
autrefois l'Empire de la Mer ,
GALANT. 289
ſcroient trouvées , ſi les vents
ne nous cuffent point eſté ſi
contraires quand la Campa .
gne a eſté ouverte.
Le Roy a créé douze nouveaux
Regimens. En voicy
les noms avec ceux des Officiers
, à qui Sa Majesté les a
donnez .
BLAIS OIS ,
A Male Comte d'Evreux ,
Fils deMile Duc de Boüillon.
GATINOIS.
AM de Poudens .
TIERACHE,
AM de Guerchics
Octobre 1692 .
2
Bb
290 MERCURE
BAROIS,
r
AM² de Lifle !
ALBIGEOIS ,
A M'de Muret.
LAONOIS,
A M'le Chavalıer du Bouder.
AUXERROIS,
CAM' de Vaucieux.
AGENOIS,
A M'de Choiſeul Beaupré.
CHAROLOIS,
A MF Ic Chevalier de Hautefort..
10.
LABOURS,
A Me de Tourrouve.
ف
GALANT. 291
r
BUGEY
A Me de la Chaife.
SANCERRE ,
A Me le Chevalier de Croiffy
, Fils de Mr Colbert de
Coniffy, fun
On voit parmy ces Colonels
des Perſonnes diftinguées
par leur naiſſance , & qui bien
que jeunes encore , n'ont pas
laiſſe de faire voir dans leurs
premieres Campagnes , que
Icur courage répond à ce qu'
ils font nez . 20100
Comme les nouveaux Regimens
ontbeſoin d'Officiers
d'une grande experience , le
τ
Bb ij
292 MERCURE
Roy en a tiré douze de ſes
Troupes , qui ſont d'une valeur
diftinguée , & d'un merite
reconnu dans la guerre,
pour en faire autant de Licutenans
Colonels à ces Regimens.
Voicy leurs noms , &
ceux des Corps dont ils font
tirez . Ils doivent eſtre dans
les Regimens nouveaux ſelon
l'ordre où je viens de les nommer.
4
M' de Launay , tiré de Picardic.
Opeрым эм
Me du Bouchet , de Picd
mont.
M' Brunets de Piedmont.
GALANT. 293
M de la Robiniere , de
Champagne.
r
M. de S. Paul , de Navarre .
M' Buroſſe , de Navarre..
M'Jouffroy,de Normandie.
M Flour, de Normandie.
Medela Potterie , de la Ma
rinell unch
Modes Eſtarſis, de la Mari-
Me de S. Ican,du Dauphin.
Mr de Maurepas , des Vaif
fcaux.
M'le Marquis de Bethune,
e
eft Ambaſſadeur on Suede ,
mort depuis quelques jours.
Il eſtoit grand& bien fait, &
Bb iij
294 MERCURE
les diverſes Ambaſſades où il
a eſté employé en diffe
rentes negociations marquent
l'estime qu'en faifoit Sa Majeſté.
Il avoit épousé Dame
Lonſe Marie de la Grange-
Arquien , Fille d'Antoine de
laGrange,Marquis d'Arquien,
Capitaine des Cent Suiffes
de la Garde de Monfieur , &
Pere de la Reine de Pologne,
dont il avoit l'honneur d'eftre
Beau-frere par certe alliance.
Le Roy l'avoit fait Chevalier
de ſes Ordres ,& il avoit portéceluy
du S. Eſprit au Roy
do Pologne. Je vous ay fouGALANT.
295
vent parlé de la Maiſon de
Bethune , qui eft tres- illustre.
Philippes deBethune , Comte
de Selles&deCharros , Che
valier des Ordres du Roy, Fils
puiſné de François de Bethu
ne ,& Frere du Duc de Sully,
Surintendant des Finances
époufa en 1660. Catherine de
Bouteillict de Senlis , Fille de
Philippes , St de Moncy ,& il
en cut Hippolite de Bethune,
Comte de Selles , Marquis de
Chabris , dit le Comte de Bethune,
qui futChevalier d'honneur
dela feuë Reine,& honoté
du Collier des Ordres du
Bb iiij
$
296 MERCURE
Roy cn1661.Il mourut en1665.
laiſſantd'Anne-Marie deBeauvillier,
Dame d'Atour de la
Reine , & Soeur de feu Mf le
Duc de S. Agnan , qu'il avoit
épousée en 1629. Philipes .
Comte de Selles , mort ſans
poſterité de Marie d'Eſtampes
Valençay ſa Femme,Henry,
Comte de Bethune , qui
époufa Marie- Anne Dauvet ,
Fille de Nicolas , Comte des
Mareſts,Grand Fauconnier de
France,dontil a eu desEnfans,
Armand de Bethune, Evefque
du Puy ; François , Marquis
de Berhuno,Chevalier des Or
GALANT: 297
dres du Roy,dont je vous apr
prens la mort , & Loüis , auffi
Marquis de Bethune, qui prit
alliance avec la Veuve de M
Marquis de Monime.
MMeeddeeVVaarraannggeevviilllleeeeffttmore
environ dans le meſme temps.
Il avoit cſté Secretaire des
Commandemens de Monficur
, & Ambaſſadeur àVenife
, & il eſtoit Fils de Me de
Varangeville , autrefois Conſeillerau
Parlement deRouën,
& enfuite , Lieutenant Civil.
dans la meſme Ville , & d'une
Fille deM Roulier,Conſeiller
d'Etat. Il avoit épouséMade
268 MERCURE
moiſelle Courtin , Fille de M
Courtin, celebre par diverſes
Ambaſſades . Cette Famille a
paru fort attachée aux intereſts
du Roy , dans les dernie
res guerres Civiles.
Jay encore à vous appren
dre la mort de Mede Coëtlogon,
Gouverneur de Renness
&Lieutenant de Royde Bretagne
Mademoiselle deCoëtlogon
. la Soeur , qui eſtoit
Fille d'honneur de la Reine,
a'épousé M. deCavoye, grand
Maréchal des Logis deFrance.
Je ſuis ſi preſſe de finir ma
Lettre , que je ne puis vousen
dire davantage,
GALANT. 299
Les Lettres de Piémont du
17. de ce mois , portent que
Monfieur le Duc de Savoye
avoit toujours la fiévre double-
quarte , que ſes derniers
accés avoient eſté violens,&
qu'un flux hepatique luy étoit
furvenu fi abondamment
qu'on avoit craint pour ſa vie,
ce qui avoit eſté cauſe
Prince avoit envoyé querir
un Medecin à Lyon,
que
CC
On a fait rentrer dans l'Ar
fenal de Turin l'Artilleric &
les autres chofes qu'on en
avoit tirées pour le bombar
dement de Pignerol & les
6
.
44.or
300 MERCURE
3
2
Bouviers qui devoient eſtre
employez à la conduite de
tout ce qui avoit eſté preparé
pour cette expedition , ont
cſté congediez. Les Troupes
Ennemies qui estoient dans
levoisinage de Pignerol , ont
commencé à décamper pour
prendre la route de leurs quar
tiers d'Hiver. ba Le General Palfy qui s'eſt
démis la jambe en tombant
de cheval , s'eſt fait porter à
Turin.
M² le Comte d'Eſtrées arrivale
19. de ce mois à Toulon
avce la Flotequ'il commande,
GALANT 301
A
&dés la meſme nuit les tren.
te Galeres du Roy partirent
pour le joindre , afin d'aller
enſemble fur les Mers d'Italic
Le meſme jour il arriva une
Tartane , venuë de Conſtantinople
en trente deux jours.
Elle a rapporté que l'on y
eſtoit fort tranquille ; que
l'Armée Navale du Grand
Seigneur moüilloit aux Dardanelles
à l'exception des
Vaiſſeaux & des Galeres qui
en avoient eſté detachées pour
Ic ſecours de la Canée , &
pour le Siege de Napoli de
302 MERCURE
Romanie que les Tures veulent
entreprendre. Ona appris
par la melme voye, que les
Venitiens avoient perdu plus
de quatre mille hommes au
Siege de la Canéc & que fans
le Bataillon de Malte qui fit
ferme pendant le rembarquement,
ils auroient eſté taillez
enpieces. Les Maltois ont cu
onze Chevaliers tuez , dixhuit
bleſſez , cent quatrevingt
Soldats tucz,& quatrevingtfix
bleſſez , en cette occafion.
Deux mille Allemans ont
abandonné les Troupes Vcnitiennes
devant la Canée &
GALANT. 303
ſe ſont refugiez en Candie.
La Cour eſt de retour de
Fontaine-bleau,où le Roy , &
le Roy de la Grande Bretagne,
ont pris le divertiſſement de
la Chaffe , accompagnez de
Monſeigneur le Dauphin , &
des Dames , en habit de Chaf.
ſe , que Sa Majesté a regalécs
pendant tout ce voyage, auffibien
que la Cour d'Angleter-
-re. Il y acu tous les fours Appartement
ou Comedie , & la
Princeſſed'Elide y a été joüéc
avec tous les ornemens qui en
Cont formé le ſpectacle dans
fa nouveauré. Le Roy quis'eſt
i
304 MERCURE
toujours appliqué à des affaires
plus fericuſes , n'a point
vû ces divertiſſemens , mais il
a donné des plaiſirs plus ſcafiblesà
la Cour d'Angleterre ,
dont la devotion eft connue,
&pour faire voir à la Reine
que les Maistres de ſa Muſique
travailloient avec une extréme
viteſſe , & que ſa Mufique
executoit en fort peu de
temps , Sa Majeſté donna à
cette Princeſſe deux Pſcaumes
à choiſir pour faire mettre en
Muſique . La Reine ayant
choifi celuy qui commence
par, Usquequo Domine oblivifGALANT.
२०%
cere, leRoy le donna àMed
laLande, Surintendant de la
Muſique deſaChambre,&l'un
des quarre Maiſtres de Mufique
de ſa Chapelle. Il ſe trouvoit
pour lors en quartier , &
ce Pſeaume ayant eſté chanté
peu de jours aprés , fut fort
applaudy des deux Cours, qui
l'ont entendu plus d'une fois,
Pendant que la Cour cſtoit
Fontainebleau , il ycut grande
folemnité dans le Convent
de la Solitude des Carmes
Billettes aux Loges, le jour de
fainte Thereſe. Le Roy s'y
srouva au retour d'une partie
Octobre 1692, Cc
306 MERCURE
de chaſſe,qui ne fut interrom
puë que pour donner des marques
éclatantes de la picté.
Leurs Maieftez Britanniques
s'y trouverent pareillements
&entendirent le Salut. La
Reine d'Angleterre que les
Princeffes accompagnolent
ydiftingua ſa devotion , &
pendant toute l'Octave , la
Cour fit paroiſtre en ce faint
licu , ce que peut le grand
exemple qui luy eft donné.
Vous ne ferez pas fachée
d'apprendre que la Lotterie de
Me Philidor , Ordinaire de la
Muſique de la Chambre da
GALANT. 307
Roy, pour ſa maiſon de Verfailles
, ſera tirée fans aucun
delay à la S. Martin , parMadame
la Princeffe de Conty.
Ceux qui feront affez heureux
poury faire recevoir leur ar
gent, cette Lotterie eſtant fur
le point d'eſtre fermée , auront
l'avantage de n'eſtre pas
long-temps fans apprendre ce
que la fortune aura réſolu ca
deur faveur.
Je viens à l'Article des Enigmes
, & croy devoir d'abord
avertir les gens qui fe
meflent d'envoyer des noms
pour ceux qui n'ont point
Ccij
208 MERCURE
fongéà les deviner, qu'ils font
priez de ne faite parler perſonne
, de peur qu'il ne leur
arrive quelque ſujet de chagrin.
L'Enigme du mois paffé
étoit fur le Falbala , &le
ſens en a eſté trouvé par
Me de Boiſſimon , connu
juſqu'icy dans le Mercure ,
fous le nom du Cavalier d'Angers
; Bonnard de l'Hoſtel da
Queſnoy Place Royales Ricard
, Abbé de Buillon , C.
Hutuge d'Orleans ; L'Amy
de la plus belle Veſtale de
Bric; LepetitRouger du quartier
faint Antoine , LeBerger
GALANT 309
volage , de la rue des Charettes
à Rouën ; Les Freres
Amans mutuels , & leurs Air
mables , de la ruë S. Antoine;
L'Amoureux inventif , & fa
petite Madelon , de Mante
L'Eveſque le Fils ,de la rue
Noſtre-Dame de Mante,&
ſon Aimable Marote; Le Spirituel
Blondin , de la rue des
deux Boules , & l'Aimable
Blonde au charmant parler
gras, Le Tendre, d'auprés de
la Madeleine. Mademoiselle
de la Salle ,& fa Charmante
Compagne Mlle Servaon; Pageois
de la ruc S. Bon;la Belle
20 MERCURE
Angelique deMante ; La Sca
vante & eftimable Minerve;
L'Indolente Marote , de la
Porte aux Saints ; Les deux
Engageantes du Quay des
Auguſtins ; & laBelle Palatine
de la Croix du Tiroir.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle , qui vient de bon
licu. Peut eſtre fera teelle rêver
vos Amics un peu de
temps.
GALANT. 311
1
252525-25252525255
ENIGME.
Aypresque autant de mains qu'en
avoit Briarée, T. Ay
Hors du corps chaque nuit onme les
faitfortir ,
Et fans pouvoir les garantir,
Il n'en fort point qui ne soit déve
ree.
Avant les funestes momens
Oùje dois souffrir ce dommage,
On entend dansle voisinage
Le bruit fatal & les promptsmouvemens
Deplusieurs oſſemens.
L'Air nouveau dont vous
allez lire les paroles , eſt dela
:
212. MERCURE
façon d'un fort habile Mafi
A
AIR NOUVEAU. "
Bfent desyeux de Celimene
Tous les plaisirs
peine,
ne font que
Que chagrin, fatigue&langueur,
Va viſte , Amour, fonderſon coeur,
Si je le puis trouver propice ,
Je te promess un sacrifice
Qui couronnera mon bonheur.
Le bruit d'un Combat entre
les Imperiaux , & les Turcs
a courudeux fois ce mois-cy
avce des circonstances qui
pouvoient donner licu de le
croire,
GALANT . 313
croire,mais toutes les Lettres
venues de Vienne par les deux
derniers Ordinaires n'en marquant
rien , il y a tout licu
de croire que cette nouvelle
eft fauffe. Les mouve
mens des deux Armées font
connoiſtre que chacune veut
demeurer ſur la deffenſive .
Cependant il paroiſt un peu
de fuperiorité dans celle des
Tures , puis qu'elle fait plus
paſſer de gros Partys en deça
que les Imperiaux
n'en font paſſier au de-là. Il y
aapparence qu'elles entreront
l'une & l'autre en quartier
la Save ,

Octobre 1692 . Dd
214 MERCURE
d'Hiver avant que de com
mencer la Campagne. Ce n'eſt
pas imiter les François , qui
font ordinairement une bonne
Campagne en Hiver , qui
gagnent des Batailles l'Eſté ,
qui outre cela battent leurs
Ennemis par tout où ils les
rencontrent étendent les
contributions en enlevent
des Orages , & bombardent
des Villes ; mais chacun a fa
maniere , & tous les Pouples
n'ont pas Louis leGrand pour
Souverain.
Le Prince d'Orange, toû
jours aufli malheureux, que la
GALANT. 315
cauſe eſt méchante , voyant
la pluſpart de ſes Allicz , &
fur tout le Roy d'Eſpagne ,
rebutez du mauvais ſuccés de
ſes armes , tâche à leur perfuader
qu'il engagera bientoſt
les Turcs à faire la paix ,
& que l'Armée de Hongrie
agiſſant alors pour la Ligue ,
il viendra à bout de ſon premier
projet contre la France,
ce qui luy ſeroit au li difficil
que d'engager les Tarcs à fairola
Paix en les faitant menacomme
il l'a réſolu , de
leur faire declarer la guerre au
nom des Anglois, & des Etats
Ddij
316 MERCURE
Generaux,comme s'ils étoient
en état d'avoir un Valcau ,
& un homme plus qu'ils n'ont
preſentement. Les Tures no
ſont pas fi ignorans qu'il s'i
magine , & s'ils ne font pas
la guerre auffi regulierement
que les Peuples de l'Europe ,
ils font auffi habiles Politi.
ques qu'il y en ait dans quelque
Nation que ce puiffe
eftre.
On pour dire , qu'il n'y a
que le Roy de France qui
réuffit dans ſes entrepriſes.
Aufli ne fait- il jamais demenaces
, mais il agit. On a
Mbu
GALANT: 317
menacé pendant tout l'Esté
de bombarder Dunkerque ,
&cegrand deſſein s'eſt éva
nouy. Ily a fix mois qu'on
menace de bombarder Pigne
rol , tout cftoit preſt pour
paſſer de la menaceaux offers,
cependanton n'ation ofé en
treprendre. LeRoy n'a point
menacé Charleroy ,& toute
fois Me de Boufiers l'a bom
bardé , aprés avoir battu les
Ennemis ilyaquelque temps,
comme vous avez fccu ,
avoir fait une courſe dont il
a ramené cont Orages pour
les Contributions ,tandis que
Ddiij
318 MERCURE
Mr de Luxembourg , plus
diligent que le Prince d'Orange
, ſe rendoit Maistre de
Courtray ,où pendant tout
le temps qu'il y a demeuré ,
il a mangé tous les fourages
des quartiers que les Ennemis
l'auroient empeſché de
prendre durant l'Hiver , à
cauſe des Fortifications qu'ils
ont fait faire à Furnes , & a
Dixmude. Quant au Bombardement
de Charleroy , il
n'eſt presque reſté aucune
maiſon entiere dans la haute ,
&dans labaſſe Ville , mais les
Ennemis ont ſauvé leurs poude
GALANT 219
dies , parce qu'ils les ontmifes
à couvert dans les Contremines.
Ils ont eſté moins heureux
pour leurs Fourages , &
il leur en eſtpeu reſté , ce qui
les incommodera beaucoup ,
parce qu'il y a quantité de
Cavalerie dans la Place pour
faire des courſes, & qu'il fera
malaifé d'y jetter desConvois
de charettes , à cauſe qu'on
fortifhe pluſieurs poftes aux
environs dans lesquels on
doit faire hiverner de gros
corps de Troupes. Le Prince
d'Orange croyant qu'on alloit
affieger Charleroy ,& ne
Dd iiij
د
i
329. MERCURE
20110
voulant pas qu'on fist aucun
Siege fans y avoir eſté preſent
, eſt venu de la Haye à
Bruxelles où il a couché une
nuit , aprés quoy ith a pris le in
chemin de Hollande pour
s'embarquer , afin de retourner
en Angleterre , où le
compte qu'il y rendra de, fess
exploits ne doit pas occuper
grand nombre de Seances du
Parlement. Il ne trouvera pas
ce Royaume plus floriflant
qu'avant fon départ, puis qu'il
a perde treize cons mille li
Sterlins, que, luy valoitt VICS
la Jamaïque que fon comp

GALANT. 321
meroc eft ruiné , qu'il á efté
defolé pendant tout l'Efte
par los Armateurs de France ,
&qu'il luy a fallu payer cinquante
millions ordonnez par
le dernier Parlement. Comme
cePrince s'en retourneen An
gleterre pour en demander
encoreautant , fans avoir rien
fait qu'eſtre témoin de la perte
que les Princes liguez ont
faire de plufieurs Places , &
que perdre une Bataille , qui
acoulté àl'Angleterretout ce
qu'elle avoitdemeilleurs Sofdars
& de meilleurs Chefs,
on ſe prépare à voir de quel
322 MERCURE
Ie maniere il déguiſera toutes
ces diſgraces dans le prochain
Parlement , & quel prétexte
prendra ce Parlement , formé
de lapluſpart de ſes Creatures
, pour trahir la Nation , en
accordant encore à ce Prince
des ſommes,qui loin d'apporter
aucuneutilité à la Nation,
ne ſervent qu'à la ruiner.
45
M' des Chiens ayant eſté
détaché avec un Bastiment de
trente fix Canons, de la Flore
quccommandoitM² le Comte
d'Eftrées , rencontra fur
les coſtes d'Eſpagne deuxBatimens
Oftendois , contre lef
GALANT: 323
quels il y cut unrude combat.
Il coula un des Oſtendois à
fond ,& obligea l'autre à s'échouër.
Il rencontra enſuite
un autreBaſtiment Eſpagnol,
dans lequel il y avoit deux
cens cinquante Negres , qu'il
a amenez à Toulon , où il eſt
arrivé meſme avant Male
Comte d'Estrées .
On affure qu'un Navire
Hollandois , qui venoit des
Indes Orientales , richement
chargé , a échoué entre Dunkerque
& Calais ..
e.
Les Generaux qui ont commandé
en Flandre ,en Allc324
MERCURE
magne,& en Catalogne eſtant
revenus , & les quartiers d'hiver
ayant eſté diftribuez , nos
Braves vont ſe repofer à l'ombre
de leurs Lauriers , aprés
avoir acquis une gloire immortelle
auxarmes de France.
Je viens d'apprendre , que
Mele Marquis de la Fare , Capitaine
des Gardes de Monficur,
doit épouser Madame
de Chaftcauthiers
d'honneur deMadame.
Fille
On vient de m'écrire , que
Meffire Charles de Grolée ,
Comtede Virville , Gouverneur
de la Ville & Citadelle
GALANT 325
deMontelimar en Dauphiné,
y eſtoit mort le 12. de ce mois,
âgé de quatre vingt ans , &
fort regretté de tour le Pays.
Mele Marquis de Virvillefon
Fils , eſtdans le Service, & s'ef
diftingué en pluſieurs occafions.
Je ſuis , Madame , &c .
AParis, ce 31. Octobre 1692 .
APOSTILLE.
Rien n'est fidifficile que decontenter
le Public. On n'auroit pas
crû qu'il eust dù ſe plaindre parce
qu'on afait mourir dans uneLifte
(
326 MERCURE
de quatre cens noms , M' Mo
reau , Capitaine dans le Regiment
du Roy , qui en effet n'est
pas mort de ſes bleffures ,
qu'on a oublié de parler de
celle de M le Marquis de Tourouve.
Cependantje croy devoir
avertir les Officiers qui font de
retour, qu'ils trouveront dans les
trois.Relations particulieres que
jay fait imprimer , un détail
primer , un détail
exact de ce qui s'est paßé pendant
la Campagne , qu'on ne
trouve point ailleurs nos
ad
1
22552522222252225
TABLE.
DRelude contenant plusieurs
Lettre de M. Panthot , Doyen
des Medecins de Lyon , touchant
l'histoire de la Baguette:
13
Envoyéde Madame la Ducheffe
2
de Meckelboneg, au Duc Frederic
Guillaume de Meckelbourg-
Grabavv. 64
Epiſtre àMadame de Chalais. 70
Cydippe , Eglogue.
Conte.
:
77
82
TABLE.
Réponse à une question proposée
dans leJournal des Scavans.
86
Erreur que l'on afaite dans une
Lettre de Grenoble , imprimée
dans le dernier Mercure où
l'on a mis que M. le Marquis
de Montbrun commandoit
lesBarbets . 96
Reception faite à Toulouſe au
Princer Frederic , Fils aisné
du Roy de Dannemarık 101
Le Contrat.
Nouvelles ,&Lettre de laFamaique
. 121
Autres Tremblemens de terre.143
Ceremonies faites aux Recolets
:
TABLE
du Fauxbourg Saint Lau
rent. 44
Autre Ceromonic faite à l'Ab
baye de S. Pant prés Beauvals.
149-
Morts.
ISI
Mariage de M.le Marquis de
Malauze.
Hiftoire.
Livres noworanx.
198
エサタン!
bassadeur de Venise , à Mr
Complimens faits parM. Am
leCardinal àMile Due
deBouillon.
1055
Levéedu Siegodela Canée 207
Defordre avivé à Bolemont en
Pologne.
Octobre, 1692 . Ec
t
TABLETT
Addition àla Lettre de M. Panthot,
1 212
Détail de tout cequi s'est paßé
en Allemagne. 222
Nouveaux Regimens créezpar
A
leRoys avec
les noms desCo.
lonels, &Lieutenans Colonels.
Autres Morts.
289
293
Nouvelles de Piedmont, 299
Arrivée deM. le Comte d'Eftrées
àToulon .
Nouvelles de Constantinople
de la Canée.
300
301
Divertiſſemens de la Courà Fonsainebleau
, & fon retour à
Versailles. 303
TABLE.
Lotteriepreſte à tirer. 306
Enigmes. 307
Nouvelles d'Allemagne. 312
Bombardement de Charleroy. 316
Combat d'un Vaisseau du Roy
contre deuxBastimens Often- 1
eois , avec la prise d'un troifiéme,
charge deNegres. 322
Retour de nos Generaux. 323
Mariage de M. de la Fare, 324
Troifiéme article de Morts. 325
Apostille.
30%
Fin de la Table.
326
T
2.214
Avispour placer des Figures
Las Medaillondoit regarden la
- page 104
L'Air doit regarder la page 312-
1353
3re
ARRRRRRRRRRRRR 2008 9978012
L
Extrait du Privilege du Roy.
PAR Privilege AR Grace & duRoy, donnéà
le 18. Iuillet 1683. Signé, Par
leRoy en fon Confeil , IUNQUIERES, Ileſt
permis au Sieur DANNEAU , Ecuyer, Sicur
Devízé, de continuer de faire imprimer,vendre
&debiter le Livre iniculé, MERCURE
GALANT , contenant pluſieurs Relations,
Hiftoires , & generalement tout ce qui dépenddudit
Livre paarrtteell Imprimeur qu'il
voudra choiſir , Etdefenſes ſont faites à tous
Imprimeurs & Libraires , & tous autres de
faire imprimer, vendre &debiter ledit Livre,
By graver aucunes Planches ſervant à l'orne.
ment d'iceluy, ny meſme de le donner à
lire, pendant letemps&eſpace de dix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contrevenans , ainſi que
plus au long il eſt porté eſdites Lettres ,
Regiſtré ſur le Livre de la Communauta
aux charges & conditions portées , le 14
Septembre 1683. Signé ANGOT, Syndic.
Ledit Sieur Davizs a cedé ſon droit de
preſent Privilege à Michel Guerout , Libraire
, pour en jouir ſuivant l'accord fait
satic-cux,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le