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1692, 09
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Eur.
511
m
1692,9
m
Eus: 511 1692 , 9
Mercure
<36624511610011
<36624511610011
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
- LE DAUPHIN.
SEPTEMBRE 1692.
A PARIS ,
GALERIE-NAVE DU PALAIS,
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant au
premier jour de chaque Mois , & cn
le vendra Trente fols relié en Veau,
& Vingt- cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie,
Et MICHEL BRUNET , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC . XCII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY
Q
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jusqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrite ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent ,&fur
A ij
AVIS.
"
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout ensemble est beaucoup pour
un Libraire.

Le fieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mous. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'ilfoit arrivé dans
AVIS
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. Lapremiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
furle Libraire en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet , puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
>
A iij
AVIS.
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme choſe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois
il les joindra an Mercure an Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
celafera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
content.
MEREVRE
GALANT
SEPTEMBRE 1692
I
AMAIS
Monarque
n'ayant porté la gloire
de la France dans
un fi haut degré que LOUIS
LE GRAND , jamais les
Mufes ne fe font attachées
avec plus d'ardeur à chanter
A iiij
8 MERCURE
celle d'aucun autre Souve
rain , & comme la matiere eft
inépuisable , vous ne devez
pas eftre furpriſe fi je vous
fais part d'Ouvrages faits ſur
les mefmes fujets longtemps
aprés que de grandes actions
ont fuivy celles qui ont don
né lieu à ce que je vous envoye
. On écrivoit encore fur
la prife d'une des plus fortes
Places de l'Europe , lors que le
gain d'un Combat demande
qu'on mette de nouveau la
main à la plume. Cependant je
remets à d'autres temps ce qui
a cfté écrit ſur ce Combat
GALANT. 9
L
pour vous faire voir les alarmes
que le Roy a caufées , en
expofant , comme il a fait devant
Namur , des jours fi
précieux à la France .
25252225222 252225
EPITRE
Q
AU ROY.
Vand tu braves la mort dans
les plaines de Flandre ,
Et que chacun t'égale aufameux Alexandre,
Je n'ay garde , Grand Roy , de vanter
des exploits ,
Qui peuvent tant couter de larmes
aux François .
10 MERCURE
Dés l'enfance ébloży de ta brillante
gloire,
Pour elle j'invoquay les Filles de Memoire
;
Et fi depuis deux ans j'erre fur
l'Helicon ,
Ca n'est que pour apprendre à celebrer
ton nom .
Mais tes derniers exploits , qui paf
fent mon attente ,
One imposé filence à ma Muſe tremblante
Quoy, de Mons , de Namur attaquant
les remparts ,
où cent foudres d'airain tonnent de
toutes parts,
Secondé de ton Fils, cette teftefi cheres
Dufalpêtre embrasé tu braves la colere;
( Ah ! ce nouveau danger glace encor
mes esprits )
GALANT.
31
Etmoy, je vanterois par de nouveaux
Ecrits
Cette foifde perils qui fait trembler
la France ?
Ha Mufe avec Naffau feroit d'intelligence.
Que peuventfouhaiter tes Ennemis
jaloux ,
Que de te voir courir au devant de
leurs coups?
Duy ! ces lâches Guerriers , que ta
grandeur outrage ,
Fondent tout leur efpoir fur ton pro
pre courage ,
Et tu vas feconder leurdefir criminel.
Quoy ! pour eftre Heros en est-on
moins mortel?
Le plus chetifSoldat , s'il plaift aux
fieres Parques,
Peut trancher le Destin du plusgrand
desMonarques
12 MERCURE
Et ces aveugles Soeurs coupent d'u
feul ciseau
Nos frêles jours filezſur le mesme
fufeau.
Quel triftefoavenir ! quelles noires
pensées ,
Retracent des douleurs par le temps
effacées ?
Quand les Dieux irritez pour punii
nos forfaits,
Semblaient de nos Voifins exaucer les
fonbaits ,
Et nous menaçant tous d'une pert
funefte,
Vouloient te rappeller dans leurtroupe
celefte,
Quelsfurent nosfanglots, nos plainè
tes , noftre deuil ,
Voyant l'bonneur desLis pancher vers
le cercueil !
Etcepedant alors l'inconfolable Franc
GALANT 13
Fouvoit mettreen ton Filsfafeconde
esperance,
Prompt & puiffant fecours dans unfi
grand malheur,
Mais aujourd'huy , grand Roy, qu'un
excés de valeur ,
- Autour de ces remparts , où mille
morts font prêtes ,
Expofe également vos precieuſes têtes?
Qui de nos juftes pleurs arrefteroit
le
cours,
Si quelque coup fatal mettoit fin à vos
jours ?
Dans ce trifte revers quelle affexforte
digue
Pourrions-nous opposer aux fureurs
de la Ligue ?
De Lorges , Luxembourg, Catinat &
Bouflers ,
Et d'autres dont le nom a remply l'Univers,
14 MERCURE
Qui fortunez , vaillans , fages par
son genie,
Font trembler devant eux toute l'Europe
unie,
Sile Ciel nous privoit de ton Fils &
de
toy
Nefçauroient ranimer nos coeurs tranfis
d'effroy ;
Et ees Heros naiffans à qui le Ciel
deftine
La gloire d'affranchir la fainte Pale
ftine
Ne peuvent pas encorfoutenirdans
leur main
Ce fer qui doit briller fur les bords
du Fourdain.
La France , Grand Loüis, teparle par
ma bouche.
Si fon repos t'eft cher , ſi ſa plainte
te touche,
Ceffe de prodiguer des jours fi précieux,
GALANT
15
4.
Aquinôtre deftinfut lié parlesCieuxs
Ou ne te promets plus que fur leurs
belles rives
Tes exploits foient chantez par nos
Mufes craintives.
Et toy, qui fceusjadis par tes divins
appas
Captiver ce grand Coeur avide de
Combats ,
Siparmy les plaifirs de la voûte azurée
,
Therefe , il te fouvient de ta France
éplorée,
Si tucheris encor l'honneur des Fleurs
de Lis ,
Eloigne des dangers ton Epoux& ton
Fils.
Un foir, quand la nuit ſombre aura
tendu fes voiles,
Defcens feule &fans bruit duſejour
des Etoiles ;
16 MERCURE
Parois à ce Monarque avec cette beauté
Qui triomphajadis de fon coeur indompté,
Lors que pour noftre gloire au pied
des Pirenées
Le Miniftre des Dieux unit vos definées
;
Et par le fouvenir de ce charmant
lien ,
Par les Autels facrez dont il eft le
Soutien,
Par le falut desLis , &par nos tristes
larmes,
Conjure ce Heros de finir nos alar
mes,
Certe Epiftre eft de M' de
Combes , de Toulouſe , Auteur
de l'Eglogue que je vous
envoyay dans ma Lettre de
GALANT .
17
Novembre , fur la mort de
Mr de
Louvois , & à
laquelle
vous avez donné la mefme
approbation qu'elle a receuë
de tous ceux qui ont du gouft
pour les Vers.
Comme vous eftes curicufe
de tout ce qui regarde les
affaires du temps , vous ne
ferez pas fachée de lire la Lettre
qui fuit.
LETTRE
INTERCEPTE'E.
d'un Colonel Valon , A un
de fes Amis , à Bruxelles .
JE
E fuis, Monfieur, plus mortifie
que je ne sçaurois vous l'exprimer,
du malheureux fuccés du
Septembre 1692.
B
18 MERCURE
dernier Combat . La perte que nous
venons de faire eft d'autant plus
confiderable , que nous avions mis
toute noftre esperance fur noftre
Infanterie , fur toutfi nous eſtions
affez heureux pour attirer l'Enne
my dans un terrein où il ne pust
eftre fecouru parfa Cavalerie , qui
depuis quelque temps eft devenue
fort redoutable à nos Troupes. Ce
projet avoit réuffi de la maniere
que nous le pouvions fouhaiter ;
noftre Infanterie afait fort grand
feu, & a foutenu celuy des Ennemis
avec une fermeté qui faifoit
bien augurerde l'évenement ; mais
il faut convenir que les François
GALANT. 19
d'aujourd'huy font fort differens
de ceux du temps paßé , qui n'e-
Stoient à craindre que dans leur
premiere furie ; au lieu que nous
venons d'experimenter qu'aprés
avoir effuyé longtemps noftre feu,
ilsfont venus à nous l'épée à la
main, & ont taillé en pieces tour
se qui s'eft prefenté pour leur réfifter.
Plufieurs de nosOfficiers Géneraux
ont efté tuez, & d'autres
bleſſez enfaisant retirer les Troupes,
nous avons eu befoin de
leur valeur de toute leur experience
pour empêcher que lesFrançois
n'engageaffent un combatgeneral.
Il a fallu pour cela leur
Bij
20 MERCURE
abandonner quelques pieces de
Canon ; mais enfin il vaut mieux
facrifier quelque chofe que de han
Zarder le tout. Parmy ces malheurs
nous avons la confolation
d'avoir fait acheter cette victoire
à l'Ennemy , par la perte de plu
fieurs Officiers confiderables ; on
nous a affure mefme qu'il y avoit
du Sang Royal répandu, & qu'un
jeune Princey avoit fait des actions
fi furprenantes, que nos Soldats
en le voyant s'estoient ref
fouvenus de la Journée de Caffel..
Ce n'est pas la perte que nous ve
nons de faire qui m'afflige le pluss
mais j'en crains les confequencess
GALANT. 21
car je m'apperçois que cette nouvelle
façon de combattre étonne le
Soldat, qui a déja meilleure opinion
de l'Infanterie Françoife ,
murmure tout haut des irrefolu
tions continuelles du Roy d'Angleterre
. Il eft vray que chacunparle
icy de nos affaires avec beaucoup
deliberté.Je ne voudrois pas dire
mes fentimens à un autre qu'à
vous , mais je vous avouë que je
commence à perdre courage , lors
que jefais reflexion que la Cava.
lerie des Ennemis , & fur tout
celle qu'ils appellent la Maifon du
Roy, eft incomparablement meilleure
que la noftre : leur Infanterie
22 MERCURE
vient de nous montrer ce qu'elle
fçaitfaire. Nous n'oferions affieger
une Place devant eux , & ils en
prennent tous les jours devant
nous. Tous les grands projets de
defcentes que nous devions faire
en Francefont avortez ; les Ennemisfont
tous les ans les premiers
en campagne, & y restent les derniers
. Quels avantages pouvonsnous
donc attendre de nos travaux,
des dépenfes continuelles
qu'on nous engage de faire ? Tout
le monde penfe icy comme moy ,
cela eft fi vray, que j'entendais
hier au foir un Sldat Flamand
qui difoit àfon Camarade en beuGALANT.
23
vant de la biere Au moinsfiles
François vouloient nous laiffer
nos houblonnieres , nous les tiendrions
quities de ce bon vin de
Rheims que nous devions boire fi
abondamment chez eux . Voilà,
Monfieur, la fituation des efprits
l'état des affaires. Cependant
je ne vois pas que perfonne ou
vre les
yeux , ny que nos maux
foient prefts à finir. Je vous écris
avec beaucoup de liberté , eſtant
perfuadé, & de voftre amitié, &
de vostre difcretion
. Vous pouvez
compter auffi que perfonne n'eft
plus veritablement
que je le fuiss
Monfieur , voftre , &c.
24 MERCURE
Vous trouverez des cho
fes fort agreables dans la
Piece que vous allez lire . Le
hazard me l'a fait tomber
entre les mains , fans que je
fçache de qui elle vient , au
trement que par le titre que
j'y ay trouvé . Vous me manderez
, s'il vous plaift , vos
conjectures. La maniere aifée
dont cette Piece cft écrite , a
fait plaifir à beaucoup degens,
& je fuis fort affeuré que vous
ne regreterez pas le temps que
vous donnerez à fa lecture.
3
NOUVEAUX
GALANT. 25
25525 22252222 5225
NOUVEAUX
MEMOIRES
POUR SERVIR
A L'HISTOIRE
DU CARTESIANISME .
Par M. G. de L'A.
Ο
U AND le bruit de la mort
de Mr des Cartes , arrivée
en Suede , fe répandit en France,
l'Abbé Picot , fon Confident , ne
fur pas de ces duppes qui la cru-
Septembre 1692 .
C
26 MERCURE
rent. La nouvelle eft fauffe , dit- il
publiquement dans la Salle du Pafais
, je fçais bien ce qu'il m'a dit,
il connoiffoit trop bien fa machine
. L'Abbé Picot avoit raiſon,
M. des Cartes fe portoit bien , &
voicy comme les chofes fe pafferent,
Lors qu'il vit que la Reine Chriftine
ne goûtoit pas fa nouvelle
Philofophie autant qu'il l'avoit efperé
, & qu'elle difoit tout haut
qu'elle s'en tenoit à fon Platon &
afon Ariftote, & que rêveries pour
rêveries , les anciennes valoient
bien les nouvelles, il prit refolution
de quitter la Suede. Il propofa ce
deffein à fon Amy M. Chanut,
Ambaffadeur de France , homme
de bon fens, qui en fut furpris , & luy
en demanda la raifon . Ñe voyez
GALANT.
27
vous pas , répondit M. desCartes ,
comme la Reine me traite ? Elle
eſt obfedée d'un tas de Peripateticiens
, de Poëtes , & de Grammairiens
, qui luy rempliffent la tefte
de Grec & de Latin , & la dégoû¬
tent de ma Philofophie . Elle en
plaifante mefme quelquefois à ma
barpo ; & hier encore , comme je
regardois du coin de l'oeil la belle
Sparre , elle s'en apperceut , &
me dit devant toute la Cour , qu'-
apparemment il fortoit des particules
ftriées de cette Fille , qui me
faifoient tourner la tefte de fon
cofté. Une autre fois elle me demanda
fi le principe de l'Amour
confiftoit dans la matiere fubtile,
ou dans les globules du fecond
Element. Je luy montrois dernierement
un Livre que j'ay compofé
Cij
28 MERCURE
4
dans ma jeuneffe , & que j'ay in
titulé , Democritica. Ce font les
premieres ébauches de mon ſyſte
me. Mais quoy , me dit - elle , ne
vous avois je pas ouy dire que
vous ne connoiffiez ny Democrite,
ny fa doctrine ? Cette Princeffe
elt vive , & rompt en vifiere , &
fes brufqueries ne laiffent pas
d'embaraffer. Vous cfticz prefent,
Monfieur, lors que pour me tourner
en ridicule , elle me voulut
faire danfer au Bal . Elle eut beau
m'alleguer l'exemple d'Ariſtippe ,
je ne donnay pas dans ce panneaulà
, & cela euft efté bon du temps
que je m'habillois de vert . Je m'en
ferois alors acquitté comme un
autre , & peut-cftre mieux qu'un
autre , car les regles de la danſe
dépendent de la Statique , & par
GALANT. 29
:
que
confequent de la Geometrie , &
j'avois deffein d'en écrire, lors
je compofay le Traité de l'Efcrime.
Je ne pus me défendre des
follicitations de la Reine qu'en luy
donnant le change , & m'offrant
'de faire des Vers pour le Bal . M.
Chanut l'interrompit là- deflus. Je
fus bien faché , dit- il , de vous entendre
faire cette avance , car je
me doutay bien que vous feriez
pris au mot. Et moy , luy réponde
M. des Cartes , je ne m'en repens
point , car mes Vers furent aflez
bien receus , & ce fuccés me flata
fi agreablement , que j'entrepris
de faire la Comedie que vous avez
veuë. La Reine affriandée par mes
premiers Vers , ne put réſiſter à
l'impatience de voir ces derniers,
Il fallut les luy lire avant que la
Ciij
30 MERCURE
Piece fuft achevée. Elle fit affeme
bler tous les beaux Efprits de la
Cour , & vous fuftes témoin de
l'applaudiffement que cette Piece
reccut de toute l'affiftance. Non
pas de toute , reprit M. Chanut ,
car tandis que plufieurs gros Suedois
& Allemans , pour paroiftre
bien fçavoir noftre Langue , qu'ils.
n'ont jamais apprife que dans la
Grammaire Françoiſe , vous applaudiffoient
, j'apperceus dans
trois ou quatre François , qui
eftoient auprés de moy , un foûris
moqueur qui n'eftoit pas favorabled
voftre Ouvrage. Je les enten .
dois fe difant entre eux , tantoſt
qu'un Vers eftoit trop court, tantoft
qu'un mot n'eftoit pas François
, & que vous l'aviez apporté
de Poitou , ou de la Nort-Hollan
GALANT:
37
E
3
3
de. Le jeune Voffius mefme s'ap
procha de la Reine , & luy dit ,
qu'on reconnoiffoit bien dans cette
Comedie le mépris que vous faifiez
d'Ariftote , parce que fi vous
aviez lû fa Poëtique , vous auriez
mieux obfervé les regles du Poëme
Dramatique . Vous voyez bien
qu'il a cherché à fe vanger par ce
difcours , de celuy que vous tintes
dernierement à la Reine , pendant
qu'il luy enfeignoit le Grec,
lors que vous dîtes un peu trop
crûment à cette Princeffe , que
vous vous étonniez qu'elle s'amufaft
à ces bagatelles , & que Dieu mercy
, vous aviez oublié tout ce que vous
en aviez appris dans le College . Vraiment
, dit M. des Cartes , je n'avois
garde de manquer à luy porter
ce coup. Qu'euft penfé de moy
Ciiij
22 MERCURE
la Princeffe Elizabeth , à qui je
l'avois promis ? Eftoit-il digne d'u
ne Reine comme elle, de s'abaiffer
à ces pauvretez-là , & d'un Philofophe
comme moy , de le fouffrir?
Cela ne la fit pas pourtant changer
de conduite , repliqua M. Chanut,
& Voffius ne vous le porta pas
loin ; car j'ay feeu que fi-toft que
vous fuftes forty , il alla querir
une Geometrie Françoife, & montra
à la Reine un endroit , où aprés
avoir cité un paffage de Pappus ,
vous ajoutez ces paroles : Je cite
plutoft la Version que le Texte Grec,
afin que chacun l'entende plus aifément
; & luy fit remarquer, qu'encore
que de voftre propre aveu ,
vous ignoriez entierement la Langue
Grecque , & meſme que Pappus
n'ait jamais efté imprimé en
GALANT. 33
Grec , vous aviez pourtant affecte
par une oftentation puerile , de paroiftre
fçavant en Grec , car on
ne foupçonnera pas un homme entierement
ignorant dans cette Langue
, d'aller confulter les Originaux
Grecs. Pour celuy là dit
M. des Cartes , je ne puis le defavouër
, car je croyois bonnement
qu'il y avoit quelque édition Grecque
de Pappus ; & encore que je
n'approuve pas qu'on faffè fon
capital de la Langue Grecque ,
j'eftimay neanmoins que ce feroit
quelque forte d'ornement pour
ma Philofophie , que l'opinion
qu'on auroit que je fçaurois cette
Langue. Il y a un certain Art
dans la vie fe faire du nom ,
que bien des gens connoiffent ,
mais que fort peu fçavent pratipour
34 MERCURE
quer adroitement. Croyez- vous
que tous les Sçavans fçachent tout
ce qu'ils paroiffent fçavoir ? Et
croyez-vous au contraire qu'ils
ignorent tout ce qu'ils feignent
d'ignorer ? Quand j'ay publié mes
principes , il m'auroit fait beau
voir aller dire que je les ay pris
de Democrite , de Flutarque , de
Brunus , de Kepler , & de tant
d'autres. Je m'en fuis bien gardé..
J'ay pris grand foin au contraire ,
de perfuader à tout le monde ,
que je faifois peu de cas de tous
ces gens-là , & que je ne daignois
pas les lire. Me ferois- je pas fait
bien de l'honneur , fi lorfque je
propofay ma demonſtration de
l'exiſtence de Dieu , qui a fait
tant de bruit , j'avois averty le
Public qu'elle eft en S. Anſelme ,
GALANT: 35
L
& que je l'avois trouvée dans la
Somme de S. Thomas ? Et fi je
m'étois vanté que j'avois tiré du
Livre de Galien , de l'ufage des
Parties , cette jolie découverte ,
que le principal fiege de noftre
ame eft dans la glande Pineale ?
L'adreffe de s'approprier finement
les chofes donne toute la
gloire de l'invention . Oüy , dit M.
Chanut › pourveu que cela ſe faffe
fi finement qu'on n'en apperçoive
jamais rien ; mais fi l'on vient
à en foupçonner quelque chofe ,
comme il arrive tôt ou tard , tout
eft perdu . Nullement , repart M.
des Cartes , on eft quitte pour
dire , que les bons efprits fe ren-
Vous avez pourtant
yea , répond M. Chanut , l'embarras
où vous a mis la Reine fur
contrent..
36 MERCURE
vos Democritiques . Et penfez
vous que tous ces Gens fçavans
que vous avez traittez avec tant
de mépris , les Gaffendi , les Hobbes
, les Roberval , ne découvrent
jamais cet artifice , & que quand
ils l'auront découvert , ils ayent
pour vous plus d'indulgence , que
n'en a eu Voffius fur l'affaire de
Pappus, & qu'ils vous en croyent
fur voftre parole , lorfque vous
direz que vous vous eftes rencontré
par hazard avec les Inventeurs
de vos opinions ? Il n'y
auroit perfonne qui fur ce pied-là
ne ſe puſt faire inventeur de tout
ce qu'on a jamais découvert de
plus beau. Il auroit mieux valu ,
ce me femble , pour voſtre intereſt
, menager un peu davanta
ge ces gens- là , & garder avec
GALANT: 37
L
eux un peu plus de mefures
d'honnefteté . Ils vous auroient
bien paffé des chofes qu'ils releveront
à la fin fort defagreablement
pour vous, Il eſt vray , dit
M. des Cartes . qu'en prenant
cet air de hauteur avec ces genslà
, il peut y avoir quelque chofe
à perdre ; mais à mon avis , il y a
beaucoup plus à gagner en les
abbaiffant : & il importe peu que
ce foit en les mettant au- deffous
de foy , lors qu'on ne fe peut
mettre au-deffus d'eux , pourveu
qu'ils ne nous égalent pas. Quand
on a acquis un certain degré d'eftime
, on peut tout hazarder. A
la faveur de cette autorité que je
me fuis donnée , j'ay fait recevoir
ma Doctrine fans eftre examinée,
& j'ay mis les choſes en tel état ,
38 MERCURE
qu'il n'y a point de propofition fi
extravagante , que je ne faffe
paffer. Je veux vous en dire quelques
exemples. J'avois donné à
la terre le même mouvement que
Copernic luy donne. Je fceus
que Galilée avoit été maltraité
à l'Inquifition , pour avoir foutenu
cette opinion. Je ne changeay
pas pour cela de fentiment. J'imaginay
feulement une nouvelle
définition du mouvement ; bizarre
à la verité , car il s'enfuit de
cette définition , qu'un homme
pourra aller d'icy à la Chine ,
fans bouger de fa place ; mais
qui a pourtant éblouy tous mes
Sectateurs ,, par la confiance avec
laquelle je l'ay propofée. On me
faifoit quelques objections importunes
contre ce fameux raiGALANT.
39
fonnement , qui eft le fondement
de ma Philofophie , par lequel
de ce que je penfe , je conclus
que je fuis. Je ne balançay point
à répondre que ce raifonnement
qui renferme trois termes , comme
tous les raifonnemens du monde
, n'eft pourtant point un raifonnement
, mais une fimple propofition
, qui pourtant n'en doit
renfermer que deux . Mes Difciples
fe feroient tuer aujourd'huy
pour foutenir cette réponfe
, toute infoutenable qu'elle eft.
Je ris quelquefois de leur fimplicité
, quand je les vois défendre
de bonne foy › ce que j'avois
avancé au plus loin de ma pensée;
mais je ne laiffe pas d'en profiter.
Et voila ce que fervent cette fierté
, cette adreffe , & cette diffi40
MERCURE
mulation
que vous defaprouvez .
Mais revenons à noftre Comedie.
Ce qui me déplut davantage ,
continua M. Chanut , lors que
vous la luftes , c'eſt que la Reine
faifoit repeter malicieuſement
tous les mauvais endroits. J'aurois
bien voulu interrompre cette farcel,
mais j'en fus empêché par le
refpect de la Reine , qui paroiffoit
s'y divertir plus que je n'aurois
voulu. Il eft vray que je ne remar
quay rien de tout cela , dit M.
des Cartes , mais quand je l'aurois
remarqué , croyez-vous que je me
fuffe arrété ? Tant pis pour ceux
qui n'ont point de goût. Vous
avez veu par mon Traitté des
Paffions , que j'en connois bien
les cauſes , & que je fçais par
conféquent les moyens de les exGALANT.
4
L
titer , & de les calmer à coup feur.
Et c'a été principalement pour
m'en affurer que jay voulu eflayer
ma Comedie fur ces Suedois &
ces Allemans , dont vous parlez ,
qui font de bonnes gens , francs
& droits , agiffant naturellement ,
& dont le goût n'a point été corrompu
par ces fauffes regles d'A--
riftote , ny par ces mauvaiſes Comedies
de Corneille , de des Ma--
rais , & des cinq Auteurs , qui ont
fait tant de bruit en France. Je
prétens avec ma methode , qui
eft la veritable clef de toutes les
Sciences , inventer une nouvelle
Poëtique , qui fera voir clairement
qu'Ariftote n'y entendoit
rien , non plus qu'en Phyfique &
en Logique. Mais ce n'eſt pas
dans un lieu comme celuy-cy, que
Septembre 1692 · D
42 MERCURE
j'executeraymes deffeins;il me faut
de la retraite, du repos, de laliberté,
& des gens capables de profiter de
mes lumieres, des gens fimples , dociles,
fans préjugez , ou capables de
s'en défaire. Je ne vous diffimulerai
point , car vous eſtes trop de mes
Amis , que j'eftois venu icy dans
l'attente; non pas de m'aggrandir,
car je méprife fort la fortune ;
mais de me mettre un peu plus au
large que je ne le fuis. Si les efperances
que mes Amis de Paris me
donnerent fi mal à propos , il n'y
a guere plus d'un an , avoient
réuffi , peut- eftre m'en ferois - je
contente. Ce fut lors que croyant
me faire plaifir, ils me manderent
que j'eftois fort defire à là Cour
de France ; que fi j'y paroiffois, j'y
char.nerois tout le monde , & qu'il
GALANT. 43'
eftoient affurez pour moy d'une
groffe penfion. Je fus affez fimple
pour les croire ; je quittay les dou
ceurs de ma folitude d'Egmont,
& je vinsà la Cour par le Meffa
ger. Je pris un logement vers le
quartier du Louvre , pour eſtre à
portée du Palais Royal, & de Saint
Germain. Me fouvenant pourtant
que j'eftois Philofophe , je ne crus
pas qu'il me convinft de me loger
dans ces grands Hoftels , où il y a
un trop grand abord de toutes
fortes de gens. Je choifis une petite
porte ronde , & pour éviter
le bruit , je me mis au troifiéme
étage. Je me fis habiller en Cava--
lier , & à peu prés comme les gens
de la Cour, & je fis fçavoir mon
arrivée à ces Meffieurs qui m'a--
voient appellé. Qui fut bien éton--
Dij
44 MERCURE
né , ce furent eux , voyant que
j'avois pris au pied de la lettre, ce
qu'ils ne m'avoient mandé , difoient-
ils ,, que comme un fouhait,
& par complaifance. Mais je fus
encore plus étonné qu'eux , lors
qu'au lieu de toucher cette penfion
dont on m'avoit leurré , je
fus obligé de payer l'expedition
d'une espece de Brevet qu'ils avoient
extorqué de quelques Commis
, & dont un de mes Proches
avoit fait les avances. Je ne fus
pas moins furpris lors que me
prefentant à la porte de la chambre
du Miniftre , & demandant à
faluër fon Eminence , un Huiffier
me la ferma au nez fans me répondre.
J'eus befoin de toutes mes regles
de Morale pour digerer cet
affront , d'autant plus rude que je
GALANT: 45
m'eftois imaginé que toutes les
portes s'alloient ouvrir devant
moy. Je le digeray pourtant , &
perfonne ne le fceut , car je n'eftois
connu d'aucun de ceux qui en
furent témoins . Je refolus bien
> dans ce moment de m'enveloper
deformais de ma vertu , & de renoncer
aux vanitez de ce monde.
Cependant toutes mes refolutions
s'évanoüirent à ces nouveaux
rayons d'efperance que vous me
donnaftes pour m'attirer icy. J'y
fuis venu , & vous voyez comme
j'y fuis receu. Je pardonnerois
pourtant volontiers à la Reine tolltes
fes railleries , fi elle executoit
la propofition qu'elle vous fit dernierement
de nie donner une Ba
ronnie de dix mille livres de rente
dans le Duché de Breme
, quoy
46 MERCURE
que dans les bruyeres de ce pays
là il faille un grand terrein pour
produire un tel revenu . Car enfin,
Philofophe tant qu'il vous plaira ,
l'argent ne gâte rien , quand ce ne
feroit que pour fournir aux experiences
. Le revenu de maTerre du
Perron , que je vendis avec une autre
Terre pour la fomme de mille
écus, nem'auroient pas mené loin.
Mais j'ufois d'induſtrie ; mes Amis
fourniffoient l'argent , & moy les
raifonnemens
.
Hé bien, luy dit M. Chanut; mais
enfin, à quoy vous réfolvez -vous ?
Je vais vous le dire , répond M.
des Cartes. Mon deffein vous pa
roiſtra bizarre , mais écoutez toutes
mes raifons , & peut- eſtre l'approuverez
- vous. Vous fçavez
combien je fuis connu en HollanGALANT.
47

5
S
S.
?
des j'avois choifila folitude d'Eg
mons, comme un afile contre l'im
portunité des vifites . J'y trouvay
du repos dans les commencemens,
mais prefentement que j'y fuis a
chalandé , ce n'eft plus cela . Les
Faineans , & les Curieux , Hollandois,
François , & Allemans, m'y
viennent affaffiner de leurs doutes,
de leurs problemes , & de leurs
objections. On ne peut foutenir
toujours cette qualité onereuse d'oracle
du Genre humain. Il faut bien
fe démafquer quelquefois , & revenir
à ſon naturel ; & c'est ce qui
ne m'eft plus permis en ce pays ..
là . Vous ne fçauriez vous imaginar
combien ma pauvre Fille Francine
m'a caufé d'ennuis , non feulement
quand je la perdis , quoy
que je l'aye pleurée à me crever
48 MERCURE
les yeux , mais encore quand elle
nâquit. Ce fut dans le temps que
j'étois occupé à faire des experiences
pour mon Traité de la formation
du Fatus. Toute cette racaille
de Vætius , de Schoo Kius , de
Revius , de Triglandius , s'en formaliferent
, & me firent avaler
mille couleuvres. Jugez de quoy
ces gens - là fe meflent. M'informay
- je de ce qu'ils font
dans leurs ménages. On n'eſt
point expofé en France à de femblables
dégoufts . Du temps que
j'eftois en Touraine , & que j'en
contois à Madame de la Michaudiere
, je ne trouva y point à mon
chemin de tels . Cenfeurs . Il eſt
vray qu'elle prévint les difcours
par le peu de cas qu'elle fit de ma
galanterie , mais c'eſt que mon.
Livre
GALANT.
49
Livredes paffions n'eftoit pas fait,
& que je ne connoiffois pas encore
les caufes & la nature de l'Amour .
Les clabauderies de ces Profeffeurs
Hollandois me firent prendre
pourtant un peu plus de précautions
en quelques autres rencon→
tres pareilles ; car entre nous , la
grandeur de mes revelations ne
m'empêche point d'eftre tenté
commeun autre homme La Mere
de cet Enfant , dont les fervices
m'eſtoient commodes dans ma retraite
depuis longtemps , fut contrainte
de me quitter , ne pouvant
plus foûtenir leur babil . On la
montre encore au doigt , comme
une rareté. Trouvez vous cela
bien agréable , Monfieur ? On
m'a fait pis encore . Les Juges
d'Utrect ,à l'inftigation de ce Pe-
Septembre 1692. E
59 MERCURE
dant de Voetius, m'ont cité & con
damné comme un criminel. Là
public a efté fufceptible de ces impreffions.
Je le remarque à la contradiction
qu'on apporte à mes Livres
en les lifant , & à l'indifference qu'on
a pourles lire. Les Librairesfe plais
gnent qu'ils n'en ont pas le debit ,
& refufent d'en imprimer de nou
veaux. Les marchandiſes qu'on
apporte icy de Hollande , ne font
Couvertes que de mes Ecrits , &
mon Valet Schluter me rapporta
l'autre jour je ne fçay quelle drogue
qu'il venoit d'acheter pour
moy , envelopée d'une feuille de
mes Meditations, L'euffiez- vous
jamais cru , Monfieur , que j'euffe
le déplaifir de voir tomber dans
un fi indigne mépris des Ouvra
ges qui feroient le bonheur de ce
GALANT SI
fiecle , fi ce fiecle eftoit capable
de connoiftre fon bonhenr ? Pour
comble de chagrin , mon Difciple
Regius , que je me croyois
fidellement attaché pour la mort
ou pour la vie, que je croyois le
premier Martyr duCartefianifme , en
eft revenu le premier Schifmatique
, & l'a abjuré comme une He
refie. Fut-ce là la caufe de voſtre
rupture , demanda M. Chanut ?
car encore que cette affaire ait
fait beaucoup d'éclat , je ne l'ay
jamais fceue à fond. Ce ne fut
pas
pas tant fa revolte , qui le brouilla
avec moy , repart M. des
Cartes , que la maniere audacieufe
dont il la fit. Comme je luy ay
appris tout ce qu'il fçait , j'eftois
en droit de l'avertir de fes fautes.
Il trouva que je le faifois un peu
E ij
52 MERCURE
trop magiftralement . Cet info.
lent me traita à fon tour de
Viſionnaire & d'Enthoufiafte
;
ma Metaphyfique d'extravagante
,
d'obfcure, & d'incertaine , & ma
preuve de la diftinction du corps
& de l'ame , de témeraire & d'indifcrete.
Il n'eftoit pas de ma dignité
de me commetre avec un tel
brutal ; j'aimay mieux filer doux,
& le laiffer là pour ce qu'il vaut .'
Tout cela m'a fi fort dégoûté de
la Hollande , que j'eftois fur le
point de la quitter , quand vous
avez perfuadé à la Reine de m'appeller
icy.
Cela eftant , dit M. Chanut ,'
pourquoy choifiriez -vous une autre
demeure que celle de voftre
Pays ? Si c'eſt la folitude que vous
cherchez, vous trouverez des EgGALANT.
53
mont en Bretagne plus que vous
ne voudriez; car pour vous parler
franchement, il m'a paru , comme
à bien d'autres , quelque chofe de
fantafque & de bourru dans voftre
retraite de Nort - Hollande . Si c'eftoit
le repos que vous cherchiez ,
combien auriez-vous pû trouver
en France de lieux plus commodes
plus agreables , & auffi tranquilles
que voftre Egmont ? Mais
on a bien connu par toutes ces pirouettes
que vous avez faites en
Hollande , errant de Ville en Ville,
& ne vous fixant jamais en aucun
licu , que ce n'eftoit ny le
monde ,, ny l'embarras que vous
fuviez . Je vous l'avoue franchement
, répond M. des Cartes ; car
pourquoy déguifer les chofes à un
Amy auffi difcret que vous eftes?
E iij
54 MERCURE
Cen'eftoient point là les raiſons,
qui me faifoient quitter la France,
non plus que la chaleur du
Climat , que je prenois pour pretexte
, comme s'il euft efté contraire
à mon temperament , &
comme fi en me deffechant le
cerveau , il ne m'euft fait produire
que des chimeres pour fruit de mes
Meditations. Je fçais que la nature
nous fait vivre là où elle nous fait
naiftre , & que ce n'eft
la difpofition de l'air que celle de
noftre efprit , qui nous fait produire
des chimeres. C'eft encore
moins l'obligation de paroiftre à la
Cour, qui m'a chaffe de mon pays..
Je crois que j'aurois pû demeurer
fur mon pailler , fans qu'on fe fuft
apperceu à la Cour de mon abfence.
Mais la liberté philofopas
tant
GALANT.
35
phique pour laquelle j'ay toujours
efté fort paffionné , me faifoit
craindre la delicateffe des Theologiens
, & les cenfures de la Sorbonne.
Si les Proteftans de Hol
lande , à qui tout eft bon, n'ont pû
me fouffrir, qu'euffay-je dû attendre
des Thomiftes , des Scotiftes ,
& des Jefuites,gens fi pointilleux ,
& irritez du mépris que j'ay fait
d'Ariftote ? Jay bien peur nean-
-moins que toutes mes précautions
ne me défendent pas toujours
de l'Indice Expurgatoire.
Vous ne me propoferiez pas de
me retirer en Bretagne , fi vous
fçaviez la raifon que j'ay de m'eit
éloigner. Je n'y puis penfer fans
douleur , ny vous la dire fans confufion,
Mes Proches ont de la peine
à m'avouër pour leur Parent,
E iiij
16 MERCURE
Ils ne me connoiffent que fous le
titre odieux de Philofophe , & në
me regardent que comme la honte
de leur race. D'ailleurs , la vivacité
des efprits François ne me paroiſt
pas une difpofition propre à recevoir
mes dogmes. Je crus trouver
dans ces entendemens. Hollandois
, dans ces teftes Frifonnes ,
dans ces cerveaux Veftphaliens ,
quelque chofe de plus mou , de
plus fouple , & de plus maniable.
Toutes les difgraces que
wa doctrine m'a attirées de la
part de ces gens- là , m'ont bien
defabufé. Si j'en eſtois le maiſtre,
je ne voudrois que des Femmes
pour mes Difciples . Je les ay trouvées
plus douces , plus patientes ,
plus dociles. Je ne vois pas neanmoins
, dit M. Chanut , que vous
GALANT. 57
ayez beaucoup à vous louer de la
docilité de cette Reine-cy. Auffi,
repliqua M. des Cartes , affectet-
elle l'air & les manieres des
homes. Mais quoy qu'il en foit,
le deffein que j'ay conceu, me dédommagera
, comme j'efpere , de
tout le paffé .
Tandis que M. des Cartes parloit
ainfi , M. Chanut Pécoutoit
avec beaucoup d'attention , &
croyant qu'il alloit ceffer de parler
; continuez dit-il , je vous
prie , car j'ay une extrême impatience
de fçavoir voftre deffein.
Je n'en ay pas un moindre,iluy répondit
M.des Cartes, de vous le dire.
Vous fçaurez donc, Monfieur,
qu'un Profeffeur de l'Academie
d'Upfal , m'écrivit dernierement,
pour me confulter fur quelqu'un
de mes principes. Sa Lettre me
$8 MERCURE
;
fut apportée par un de fes Ecoliers.
La phyfionomie de ce jeune
homme , qui me parut un peu
fauyage , me donna la curiofité de
fçavoir fon Pays. Il m'apprit qu'il
eltoit Lappon. Je fus bien aife de
voir un homme de ce Pays-là ,
dont j'avois oui dire de fi étranges
chofes & pour connoiftre fon
genie , jeluy fis diverfes queftions
fur la Philofophie qu'il étudie , &
je vous avoue que je fus furpris
de la penetration & de la netteté
de fon efprit. Je voulus auffi me
fervir de cette occafion pour
connoiftre la Nature de la Lapponie.
Je l'arreſtay pour cela
un jour entier , & il m'apprit
mille chofes curieufes qui me feront
fort utiles pour ma Phyfi
que. Pour ne vous tenir point plus
Long- temps en fufpens , je pris
GALANT:
59
dés ce moment la réfolution de
me retirer en ces quartiers - là . J'y
trouveray le repos & la folitude
que je cherche , j'y feray des Dif
ciples plus fidelles , plus dociles ,
& plus reconnoillans qu'aucuns
de ceux que j'ay pris foin d'inf
truire jufqu'à cette heure . Ce feront
des tables rafes fur lesquelles
je pourray tracer les premiers.
traits de la verité , fans craindre
l'obftacle des préjugez . Je pour
ray d'ailleurs y envifager la Nature
d'un cofté qu'on ne la connoiſt
point. J'ay toûjours eu inclination
pour le Nord. Vous ne fçauriez
vous imaginer combien la Nord-
Hollande m'a appris de fingularitez
de la Nature , que je n'aurois
jamais apprifes en France. Cefera
toute autre choſe en Lapponie.
Les Phenomenes de ce Pays-là ,
60 MERCURE
les longs jours d'Efté fans nuie,
les longues nuits d'Hiver fans
jour , les crepufcules prématurez ,
caufez par les refractions , cette
Aurore Boreale fur laquelle M.
Gaffendi s'eft meflé de raiſonner :
les mineraux , les animaux , les
plantes , les hommes mefmes , tout
cela merite d'eftre veu de prés.
Mais principalement ces Spectres
qui apparoiffent fi fouvent , ces
Demons en forme de mouches ,
ces boules animées , & enchantées ,
ces cordons dont les noeuds eſtant
défaits excitent des tempeſtes , ce
trafic qui fe fait des vents parmy
ces Peuples , le pouvoir qu'ils ont
d'arrelter les Navires en pleine
Mer , au milieu de leur courſe ; &
fur tout les effets étonnans de
leurs Tambours Magiques ; toutes
GALANT. 61
ces chofes me donneront de gran、
des lumieres pour connoiftre la
fin des chofes naturelles , & le
commencement des furnaturelles.
Monfieur , conti-
Mais
quoy,
nua
M. des Cartes
, je vous
vois
hauffer
les épaules
& froncer
le
fourcil
. Eft - ce qu'un
deffein
fi
raifonnable
vous
choque
? Il me
choque
affurément
reprit
M.
Chanut
, & plus que vous ne fçauriez
croire , car vous ne voulez
pas qu'on vous flatte . Comment
en bonne foy une fantaifie fi extravagante
a-t-elle pu entrer dans
une tefte comme la voftre ? Quoy?
vous vous réfoudriez à quitter,
pour ainsi dire , le commerce du
Genre humain , pour vous aller
releguer parmy des Beftes feroces,
qui n'ont rien d'humain que la
62 MERCURE
Les uns diront
figure , & dans un climat où vous
trouverez plus veritablement que
vous ne dites , la fin des chofes
naturelles ? La penfée feule m'en
effraye. Mais que diront vos Amis,
& vos Ennemis
que la cervelle yous aura tourné,
& s'en réjouiront ; les autres feront
forcez de l'avouer , & s'en
affligeront. J'ay préyeu tout cela,
répondit froidement M. des Cartes,
& je neferois pas Philofophe,
fi je m'en alarmois . Epimenide
fut- il deshonoré pour avoir fait
une retraite de cinquante & fept
ans , étudiant la Nature dans la
folitude , fans avoir aucune focieté
avec les hommes , & feignant
à fon retour d'avoir dormy tout
ce temps là Bien loin d'eftre
deshonoré , il paffa pour un Dieu,
GALANT. 63
& fes Compatriotes luy firent des
facrifices. Les longues abfences ,
& les grands voyages de Pythago
re , luy valurent le mefme honneur
, & fes Difciples le prirent
pour l'Apollon des Hyperboréens.
Il eft vray qu'Abaris , l'un
d'entr'eux , les induifit dans cette
opinion. Il étoit Hyperboréen
luy-mefme , & il avoit efté Preftre -
d'Apollon dans fon Pays. Il en
eftoit party pour venir prendre
des leçons de Pythagore ; & il
affura fes compagnons qu'il reconnoiffoit
Apollon fous la figure
de leur Maiſtre. Zamolxis , Valet
du mefme Pythagore, autre Philofophedu
premier ordre , quoyque
forty du fond du Nord , fut eftimé
eftre Saturne par les Getes
Les Compatriotes ; & il ne feroit
64 MERCURE
ز
témoin
jamais parvenu à cette gloire , s'il
n'avoit eu l'adreffe de fe cacher
pendant trois ans dans une logette
fouterraine qu'il s'étoit préparée.
Les Lappons valent bien les Hyperboréens
, & les Getes : & c'eft
une grande erreur que de croire
que les Peuples du Nord foient fi
brutaux , témoins ceux que je
viens de vous nommer
Anacharfis Scythe, qui fut mis par
les Grecs au nombre des Sages ;
témoin Orphée, Poëte & Philofophe
de fi grande réputation ,
qui nâquit dans le fond de la Thrace
; & témoin encore ce jeune
Lappón que j'ay entretenu. Et il
ne faut pas que vous vous imaginiez
que pour eftre dans la Lapponie
, je renonce au commerce
des hommes , & de mes anciens
GALANT .
65

Amis. Vous me verrez au coin
de voſtre feu , lors que vous y
penferez le moins. Comment
l'entendez-vous , dit M. Chanut?
C'est un grand fecret , repliqua
M. des Cartes , mais je n'ay rien
de fecret pour vous.
Sçachez , donc Monfieur , que
dans ma jeuneſſe je vins en Allemagne
, & m'engageay dans les
Troupes du Duc de Baviere ,
pour y fervir , non en Soldat, mais
en Philofophe , c'est- à-dire , non
pour
faire
la guerre
, & m'engager
dans
les occafions
, mais
feu lement
pour
en eftre spectateur
. Je
commençay
dont
ma Campagne
par me mettre
en quartier
d'Hyver
dans une chambre
garnie
. Ce fut alors que
je m'abilmay
dans
mes pen- fées Philofophiques
: & comme
Septembre
1692
. F
66 MERCURE
j'étois au fort de mes méditations,
il m'arriva pendant une nuit qui
fuivit une foirée du jour S. Martin
, après avoir un peu plus fumé.
qu'à l'ordinaire , & ayant le cerveau
tout en feu , de me fentir
faifi en dormant d'une espece d'enthonfiafme
pendant lequel je fus
favorifé de vifions & de revelations
merveilleufes . L'efprit de verité
defcendit fenfiblement fur moy ,
m'ouvrit les trefors de toutes lesfeiences
; & mefme il me fit connoiſtre
les principaux évenemens qui m'étoient
préparez dans la fuite de ma
vie. Je fongeay entr'autres chofes
qu'on m'avoit fait preſent d'un
Melon , ce qui me préfageoit les
douceurs que je devois goûter
dans la folitude ; & c'est ce qui
me détermina dans la fuite à me
ی ن
GALANT. 67
retirer dans la Nord. Hollande ,
& ce qui me fait réfoudre encore
à m'aller cacher dans la Lapponie.
I eft vray que ces vilions
mejetterent dans l'ame de grandes
frayeurs , quoy que le Genie
qui exciteit en moy cet enthousiasme
m'euft prédit ces fonges avant que
je me miffe au lit : & je ne pus
calmer mon efprit que par le Vocu
que je fis d'aller en pelerinage
à Noftre-Dame de Lorette , &
que j'accomplis quelque-temps
aprés.
M. Chanut l'interrompit à ce
difcours , pour luy demander
comment il avoit reconnu que
toutes ces vifions étoient des re
velations du Ciel , & non pas
des fonges ordinaires , excitez
peut-eftre par les fumées du ta
Fij
68 MERCURE
bac , ou de la biere , ou de la mélancolie.
Je l'ay reconnu par ma
methode & par l'Analyſe , luy
répond brufquement M. des
Cartes. J'ay pris ces revelations
pour vrayes , parce que je les ay
reconnuës certainement & clairement
pour eftre vrayes. J'ay
examiné en particulier chacune
des caufes que je pouvois avoir
de douter de leur verité ; j'ay
difpofé par ordre les reflexions
que j'y ay faites , en commençant
par ce qu'elles avoient de
plus fimple : & enfin je n'ay laiffé
paffer aucune des difficultez , que
peut fournir cette matiere fans
l'examiner. Eft - ce-là ce que vous
appellez voftre methode , reprit
M. Chanut ? Affurément , ˆrépond
M. des Cartes , & elle eft
GALANT.
ه و
ffeure , que je fçais par cette
voye tout ce qui eft vray , &
tout ce qui ne l'eft pas , comme
je fçais qu'un & un font deux.
Je ne vois pas bien , luy dit M.
Chanut , comment vous pourrez
découvrir par là qu'un Melon
fignifie la folitude , & je doute
fort que vous puiffiez apprendre
ce fecret à vos Lappons. C'eſt
en quoy cette methode eft admirable
, repliqua le Philofophe ,
de deterrer des veritez fi éloignées
de la raifon humaine . Mon
Syſteme eft compofé d'une infinité
d'autres pareilles , qui ne
font à l'ufage que d'un petit nombre
d'efprits d'une trempe fingu
liere , & que je n'ay découvertes
que par ce fecours. Quoy qu'il
en foit , l'impreffion que ces vi
70 MERCURE
pen
fions firent dans mon ame , fut
fi forte , que j'en fus troublé
dant plufieurs jours ; & elle duroit
encore , lors que j'entendis
parler pour la premiere fois des
Freres de la Rofe-Croix. Vous
fçavez , je croy , Monfieur , quel
les gens ce font qu'on appelle
ainfi. J'ay oüi dire , repliqua M.
Chanut , qu'il y en a dedeux for
tes ; les uns font trompeurs , & les
autres trompez. Ils ne font ny
Fun ny l'autre , repartit M. des
Cartes. Je l'ay cru comme vous ,
mais j'en fuis defabufé. Ce font
des gens infpirez extraordinai
rement de Dieu pour la reformation
des fciences utiles à la
vie des hommes , de la Medecine,
de la Chymie, & generalement
de toute la Phyfique. Ils meflent
GALANT. 71
a ces connoiffances un peu de
cabale & des fciences occultes.
Ils vivent en apparence comme
les autres hommes , mais en effet
fort differemment . Ils obfervent
le Celibat ; ils aiment la folitude ;
ils pratiquent la Medecine fans
intereft ; & ils font obligez de fe
trouver tous les ans à un Chapitre
General de la Confrairie , Ĉe
qu'on me rapportoit d'eux , me
donna une grande curiofité de
les connoiftre : particulierement
ces fecrets qu'ils avoient de fe
rendre inviſibles , quand ils vou
loient , de prolonger leur vie fans .
maladie jufqu'à quatre & cinq
cens ans , & de connoiftre les
penfées des hommes. Le foin
qu'ils prennent de fe cacher, fit
que j'eus de la peine à découvrir
72 MERCURE
quelqu'un de cette Secte ; mais
enfin j'en vins à bout: On me fit
connoiftre un des Freres. Celuylà
m'en fit connoiftre d'autres : &
je fus enfin preſenté aux Superieurs
majeurs. Je fus charmé des
merveilles que l'on me fit voir ,
& je ne balançay pas un moment
à demander d'eftre reçu. On accorda
fans
peine
cette
grace
aux bonnes
difpofitions
qu'on
remarqua
en moy. Je fis mon Noviciat
, & enfuite
ma Profeffion
. J'ay
paffé
depuis
par tous
les degrez de la Confrairie
, & j'ay enfin
efte
élu un des Infpecteurs
. L'exactitude
avec
laquelle
je me fuis affujetti
aux Statuts
, m'a merité
cet honneur
. J'ay renoncé
au Ma- riage
; j'ay mené
une vie errantes
jay cherché
l'obſcurité
& la retraite
GALANT.
73
**
traite j'ay quitté l'étude de la
Geometrie , & des autres Sciences
pour m'appliquer uniquement
à la Phyfique , à la Medecine , à
la Chymie , à la Cabale , & aux
autres Sciences fecrettes. Je me
fouviens bien , luy dit fur cela
M. Chanut , d'avoir entendu dire
alors à Paris que vous eſtiez Frere
de la Rofe-Croix , & que vous
prétendiez établir cette Secte en
France ; mais on me dit en même-
temps que ces difcours ne vous
plaifoient pas , & que vous faifiez
tout voftre pouvoir pour en defa
bufer le monde. Comment accordez-
vous cela avec ce que vous
me contez ? Fort bien , répond M.
des Cartes. M'euffiez-vous confeillé
de l'avouer , & ne connoiffez-
vous pas le Péuple ? Tout le
Septembre 1692.
G
74 MERCURE
monde m'auroit regardé comme
un Sorcier , & d'ailleurs, ne viensje
pas de vous dire que les Statuts
de la Secte defendent aux Confreres
de fe faire connoiftre ? Je
l'avoüay à mes bons Amis , le
Pere Merfenne , & l'Abbé Picot ,
& je fis devant eux des tours du
métier , dont le bon Pere étoit
fouvent effrayé , & en avoit de
grands fcrupules . Vingt fois il
m'a trouvé dans fa Cellule , lors
qu'il me croyoit en Poitou ; &
vingt fois je luy ay redit non-feulement
tout ce qu'il avoit dit &
fait dans mon abfence , mais même
ce qu'il avoit penfé . Ne vous
fouvient- il point d'avoir veu quelquefois
en ces temps -là mes Amis
en peine de moy , ne fcachant ce
que j'étois devenu ? J'eftois parGALANT
. 75
my eux , & au beau milieu de Paris
; & je me donnois un plaifir ,
que les Rois ne fe peuvent donner.
Je jouïffois de ma réputation
fans foupçon de flatteric , & je
connoiffois mes vrais Amis &
mes Ennemis. Je ne vous dis pas
plufieurs autres avantages que
j'ay tirez de cette Secte. Les principaux
font que je fuis affuré
de cinq cens ans de vie , fauf
à prolonger fi le cas y écheoit ; &
d'une vie accompagnée d'un agré
ment infini , puifque fans l'anneau
de Gygés , & fans le cafque de
Pluton , j'auray le plaifir de penetrer
ce qu'il y a de plus fecret
dans les actions des homines ; &
non-feulement dans leurs actions,
mais encore dans leurs penfées.
Je défie les Peripateticiens d'en
Gij
76 MERCURE
faire autant , & c'eſt-là , fi je ne
me trompe , ce qui s'appelle jetter
de la poudre aux yeux des
anciens Philofophes qu'on a tant
vantez ; d'Epimenide qui n'a vécu
que deux cens quatre- vingtdix-
neuf ans , & n'a pu parvenir
aux trois cens ; d'Abaris qui étoit
orté en l'air , & traverſoit les
Terres & les Mers , monté fur une
Heche d'or , qu'Apollon luy avoit
donnée , & dont Pythagore , à
qui il la donna , fit un fi bon uſage
, qu'on le vit en un meſme
jour à Metaponte en Italie , & à
Taurominium en Sicile ; & d'Apollonius
mefme qui fe vantoit de
connoiftre les penfées des hommes
, quoy qu'il donnaſt enfuite
mille marques qu'il les ignoroit.
Or le principal fruit que je préa
GALANT: 77
tens retirer de tous ces biens ;
c'eſt l'avancement de ma Philofophie
; & voicy comment. Vous -
fçavez que les Lappons , par le
moyen , de leurs tambours magiques
, font portez en efprit par
tout où ils veulent , & que dans
vingt-quatre heures ils en rapportent
des nouvelles certaines ,
& des marques reconnoiffables .
J'enverray ces gens- là à la dé-
Couverte. Je fçauray quel fera
l'état de ma Secte à Paris , à
Leyde , à Utrect , & ce qu'on
dira de moy à Stockholm , & felon
les befoins je m'y tranſporteray.
Je me feray connoiftre à mes
fages Amis , & à mes fidelles Difciples
. Je leur donneray les confeils
, & les preceptes neceffaires
pour la propagation de ma Secte,
Giij
78 MERCURE
:
& pour l'extirpation du Peripateticifine
. Quand quelque homme
de mauvais fens s'élevera
contre ma Doctrine , je luy ſuſciteray
des Adverfaires à qui je fourniray
des diftinctions captieufes,
des termes équivoques , des expreffions
ambiguës , propres à
arréter tout court les plus fins
Dialecticiens dont pourtant je
ne laifferay pas de défendre l'ufage
par mes preceptes , pour pouvoir
m'en fervir plus feurement.
Je les aguerriray contre toutes
fortes d'objections , & quand ils
feroient pris en flagrante contradiction
, comme il m'eft arrivé
quelquefois , je leur épaiffiray let
front pour ne s'en point étonner ,
& pour fe fauver hardiment fur
quelque folution fpecieuſe . Et
GALANT. 79.
je n'attendray pas autant de fiecles
qu'Ariftote pour avoir une
auffi longue lifte de Commenta
teurs que luy. En cinq cens ans de
vie , on fait bien des affaires.
Quelque bonne opinion que M.,
Chanut euft de la fageffe de M.
des Cartes , il ne laiffa pas d'eftre
choqué de l'irregularité de tous
ces deffeins, & il voulut quafi fe repentir
de fon eftime , & croire que
la meditation continuelle , & la
longue contention de cet efprit
fublime en avoit un peu relâché
les refforts. Il aima mieux neanmoins
fe défier du fien , felon fa
modeſtie ordinaire . Il ne laiffa pas
pourtant de luy reprefenter les inconveniens
de cette entrepriſe ,
combien elle eftoit indigne de la
fincerité d'un Philofophe , à com
Gij
80 MRCURE
bien d'accufations , de reproches ,
& de railleries il expoferoit fa Secte
; combien la Reine & toute la
Cour feroient choquées , quand
elle le verroit abufer de la fimplicité
de fes Sujets , & employer des
moyens, que le Chriftianiſme juge
criminels , & qu'il tâche d'abolir ,
a fatisfaire une vaine curiofité.
M. des Cartes n'eftoit pas homme
à fe rendre à de telles raifons
; il tint bon contre de fi fages
remontrancés , & crut , ou feignit
de croire qu'elles ne venoient que
de defaut d'amitié . M. Chanut ne
pût refifter à un foupçon fi injurieux
. Puifque vous expliquez fi
mal , dit-il , les avertiffemens d'un
Ami fidelle,je veux bien facrifier
mon devoir pour vous. Prenez telle
refolution qu'il vous plaira ; je
GALANT. 81
-
Luy
vous promets , non pas de l'approu
ver, mais de ne m'y oppofer point,
& de vous garder le fecret . C'eſt
tout ce que l'amitié peut exiger de
moy. Mais après tout , comment
efperez - vous donc fortir d'icy ?
Difparoiftrez- vous tout d'un coup
devant la Reine , comme fit Apollonius
devant Domitien ? Prendrez
vous congé d'elle
ferez-vous confidence du lieu de
voſtre retraite ? Rien de tout cela
, repart M. des Cartes. J'ay
imaginé un moyen plus feur &
plus commode que tous ceux que
Vous me pourriez propoſer. Je
vous le communiquerois volontiers
, fi je ne craignois d'inquieter
la délicateffe de voftre morale ,
& de mettre à une épreuve trop.
difficile , la gravité de voſtre ca
82 MERCURE
ractere. Vous trouverez donc bon
s'il vous plaift , que je ne vous en:
dife rien. M. Chanut le trouva
meilleur que M. des Cartes ne
vouloit , craignant d'entrer dans
une conduite qui luy paroiffoit
s'écarter un peu des routes ordinaires
de la droite raifon . Le
moyen que le Philofophe imagina
pour fortir de Suede , fut de
faire femblant d'eftre malade
puis de mourir , & de fe faire enfin
enterrer; & cependant de fe retirer
incognito chez fon Lappon. Il
ne reçut dans cette confidence
que fon fidelle Valet Schluter pour
les fervices ordinaires ; un François
de fa Secte , moitié Chirurgien
, moitié Medecin , pour le
gouverner dans fa maladie , & le
faire mourir par les formes ; &
GALANT.
83
pour avoir foin de fon ame , un
Ecclefiaftique Savoyard , enfariné
de la Philofophie ancienne ,
& curieux de la nouvelle , qui fe
trouva à Stockholm fous un habit
de Cavalier , & qui s'étoit fait
connoiftre à luy. Il affembla ces
trois Perfonnages , & aprés les
avoir engagez au fecret par de
grands fermens , il leur propofa
ce nouveau Syſteme de fupercherie
qu'il avoit imaginé. Ces Meffeurs
en admirerent la fubcilité ,
& l'affurerent du fecours de leur
miniftere. Il fut arrété entr'eux,
qu'il commenceroit à ſe trouver
mal dés le lendemain , qu'il garderoit
le lit , & qu'il feroit femblant
d'eftre affoupi , & d'avoir le
cerveau attaqué pour avoir lieu
de ne parler à perfonne , non pas
84 MERCURE
>-
mefme à ſon Hofte & fon Amy
M. Chanut , & encore moins à
Madame l'Ambaffadrice fans
avoir égard aux droits facrez de
l'Hofpitalité ; & de ne fe laiffer
voir qu'à ceux qui feroient du
complot : & qu'il feroit venir cependant
fon nouveau Diſciple
Store ( car c'eft ainfi que s'appelloit
fon Lappon ) qu'il s'embarqueroit
avec luy , & iroit furgir
à la cofte d'Uma , Ville de Lapponie
, prés du Golfe Botnique.
Vous n'y fongez pas , l'interrom
pit le Preftre Savoyard : cette Mer
eft prefentement toute glacée. Je
ne fongeois pas en effet à cela ,
repart M. des Cartes ; mais les
traifneaux tirez par des Rennes
ne nous manqueront pas . Mon
Lappon fera mon guide ; il aura
GALANT. 8
.
foin de l'équipage ; d'Uma il me
conduira dans fa cabanne , & fera
bien fin qui m'y découvrira , &
de peur que cela n'arrive , je pren
dray un autre nom . Ce fera là
le fiege de la verité , & la Metropole
de la bonne Philofophie.
Elle n'eft pas éloignée de l'École
de Lykfala,d'où Store m'amenera
plufieurs de fes anciens Camarades
qui y étudient , & plufieurs
de ceux qu'il vient de quitter à
Upfal , & qu'il fe promet de faire
revenir dans ce quartier-là ; &
comme Ovide apprit aux Getes
à faire des Vers , j'apprendray
aux Lappons à fe fervir fi utilement
de leur raifon , qu'il n'y
aura point d'Hibernois heriffé de
Syllogifmes , qui tienne devant
eux .
86 MERCURE
Pour exécuter les chofes comme
elles avoient efté proposées,
M. des Cartes commença dés
le lendemain à fe plaindre d'un
grand mal de teſte. Il ne mangea
point pendant tout le dîner, quelque
foin que prift Madame l'Ambaffadrice
de luy fervir tout ce
qu'elle croyoit plus propre à réveiller
fon appetit. Il fe mit au lit
l'apréfdînée. On laiffa le moins .
de jour que l'on put dans la chambre
, pour tenir cachée la bonne
couleur du Malade ; & le foir,
quand le monde fut retiré, M. des
Cartes fe leva en robe de chambre
, & foupa fort bien avec fon
Medecin , de ce que fon Valet
avoit apporté en cachette dans
une Garderobe . Cela fe pratiquoit
ainfi d'ordinaire dans la fuite, &
GALANT. 87
će Medecin ne laiffoit pas de fe
referver encore affez d'appetit ,
pour ſouper une feconde fois avec
Mr. & Mc. Chanut, lors qu'il alloit
leur rendre compte du progrés de
fa vifite ; & il ne perdoit pas cette
occafion de leur faire entendre
que la teſte & la poitrine du Malade
eftant principalement attaquées,
il eftoit tres - important qu'il
vift fort de monde , & neparpeu
laft point du tout . Le Savoyard
venoit de temps en temps, au commencement
comme Amy , & enfuite
comme Miniftre neceffaire
à un homme qu'on jugeoit en danger
de mort , & prenoit part cependant
à ces petits foupers fur
l'affiette , qui fe faifoient à la
dérobée dans la chambre de M.
des Cartes , & Dieu fçait comme
88 MERCURE
ils fe divertiffoient du fuccés de
cette farce , aux dépens des bons
Suedois , & quelquefois mefme de
M. Chanut avec fes fcrupules. Les
vifites de M. VVealles, Hollandois,
Medecin de la Reine , & envoyé
par elle ,les embarrafla ; mais M.des
Cartes fe tira d'affairesen le que
rellant , & le chaffant fort rudement
de fa chambre, & luy défendant
d'y rentrer. Le Medecin, qui
depuis qu'ils s'eftoient connus en
Hollande , ne l'aimoit guere , &
ne l'eitimoit point du tout , n'eut
pas de peine à avoir cette complaifance
pour luy ; & de ce jour il ne
gouverna fa maladie que par l'entremiſe
& fur les rapports du Medecin
François. Ce fut fur ces rapports
qu'il fit fon pronoftic , &
condamna le Malade à mourir
GALANT. 89
a
dans trois jours. Dans le confeil
fecret qui fe tint le foir entre les
Acteurs de la Comedie , on ne ju
gea pas à propos de perdre l'occafion
que leur prefenta ce prono
ftic , pour rendre la mort de M.
des Cartes plus vrai -femblable .
Elle fut arreftée au troifiéme jour;
mais l'indifcretion de Schluter
penfa gâter tout le miftere. Le
Malade toujours bien beuvant &
bien mangeant , cut envie de man→→→
ger des panais le jour qui luy avoit
efté marqué pour mourir. Schlu
ter , au lieu de les luy apprêter
dans fa garderobe , comme il luy
appreftoit tous les joursà manger,.
pria le Cuifmier de M. Chanut des
les luy faire cuire , pendant qu'il
alloit à quelque autre commiffion.
Les Domestiques qui virent prépa
Septembre 1692..
H
90 MERCURE
rer cemets , & qui fçavoient qu'il
eftoit au gouft de M. des Cartes,
crurent affurément qu'il eftoit
guery , n'ayant jamais vû d'agonifant
manger des panais . Schluter
qui reconnut la fottife , eut bien
de la peine à la réparer , en jurant
qu'il les avoit fait apprêter pour
luy-mefine , & que fon Maiſtre luy
avoit appris à les aimer ; & pour
le mieux, perfuader il les mangea
devant eux , & en alla promptement
faire cuire d'autres dans fa
chambre. Enfin l'heure fatale du
trépas arrival On eut foin de tenir
toûjours les rideaux bien fermez.
L'Ecclefiaftique qui l'affiftoit
dans cette extrémité , & qui
eftoit bon Predicateur , s'étendit
en longues remontrances, & fort
pathetiques, M. des Cartes atten
GALANT. 91
doit qu'elles fuffent finies pour
rendre le dernier foupir , & l'Ecclefiaftique
attendoit qu'il le rendift
pour finir; faute d'avoir bien
concerté cet acte important de la
piece. Enfin ce dernier fe laffa,
& finit , & couvrit le vifage du
Mort. Les Valets pleurerent
Schluter fit le defefperé , & M.
& Me Chanut touchez d'une
veritable douleur s'enfermerent
, & ne voulurent voir perfonne.
Mais quand tout le monde
fut retiré , les trois Confidens
remonterent fecretement pour
voir comment fe portoit le Dé,
funt. Ils le trouverent en mauvaife
humeur contre ce bon
Ecclefiaftique de fa longue
exhortation. A quoy penfiezyous
donc , Monfieur , luy
>
I
Hij
92 MERCURE
dit-il , de me tenir fi long- temps
en cet état ? Où en eftions- nous
s'il m'avoit pris envie de touffer
ou d'éternuër? Croyez-vous qu'on
puiffe fournir à eftre quatre heures
à l'agonie ? Il ne s'agit plus de
interrompit l'Ecclefiafti- cela
7
que ; il faut penfer à voſtre enterrement.
J'y ay penfé , répondit
M. des Cartes ; vous pouvez me
rendre un tres-bon office , & contribuer
à mettre ma Secte en grande
réputation
, fi vous pouvez
perfuader à M. Chanut , qu'avec
fon adreffe ordinaire il obtienne
de la Reine qu'elle me faſſe enterrer
dans l'Eglife de l'Ifle des Chevaliers
, où l'on a coutume d'enterrer
les Rois & les Grands Seigneurs
du Royaume , & qu'elle
Yeuille honorer ma fepulture de
GALANT.
93
quelque Monument , qui marque
au Public , & à la Pofterité ,
la veneration qu'a euë cette Princeffe
pour la faine & veritable
Philofophie. A ce difcours le Preftre
complaifant part de la main ,
& vatravailler auprés de M. Cha
nut , pour fatisfaire la noble am--
bition du Philofophe . Il n'y travailla
pas long- temps . M. Chanut
eftoit facile , & il eftimoit le Dé
funt. Il pronit tout ce qu'on voulut
, & dés l'apréſdînée il alla voir
la Reine ; & aprés luy avoir rendur
compte de ce qu'il croyoit fçavoir
de la maladie & de la mort de Mdes
Cartes ; Comme je ne douté
pas , Madame , dit- il , que voftre
Majefté ne veuille bien permettre
qu'un homme que fon merite a
mis hors du commun des autres
04 MERCURE
hommes pendant fa vie , foit diftingué
d'eux après fa mort , &
qu ' foit enterré avec les Seigneurs
de voftre Royaume , je me
fuis refervé pour ma part d'en
faire toute la dépenfe ; & je pretens
luy faire dre er un tombeau
de Marbre le plus magnifique qu'il
me fera poffible. Ce difcours ne
fut pas receu de la Reine comme
il avoit cru . Elle répondit froidement
que le Marbre feroit difficile
à trouver en Suede , & les Ouvriers
encore plus. M. Chanut
voyant fon artifice inutile , fe repentit
de s'eftre fi fort engagés
mais enfin la qualité de Philofophe
, le mépris des honneurs &
des pompes du monde furent les
prétextes dont on fe fervit pour
faire des Funerailles fans ceremo
GALANT. 95
nie. Tandis que les chofes fe difpofoient
, une bufche emmaillottée
proprement par les foins de
Schluter , aide del'i eclefiaftique,
fut honorée du caractere reprefentatif
du Prince des Philofophes
, & enfermée dans une biere.
M. des Cartes cependant caché
dans un grenier prêtoit attentive.
ment l'oreille aux regrets & aux
éloges , qu'il ne doutoit pas que le
Public ne fift de luy ; mais du lieu
où il eftoit il n'entendit ren. S'il
n'eut pas ce plaifir , il en eut un
autre affez rare , qui fut de voir
paffer fon enterrement. La magnificence
du fepulcre fe reduifit par
provifion à une machine de bois
Couverte de toile peinte , & chargée
fur les quatre faces de fuper
bes Infcriptions, & de loiianges
96 MERCURE
demefurées ; le tout à jufte prix .
M. des Cartes qui s'étoit chargé
du foin de compofer ces Ouvrages
, ne fe les étoit pas épargnez ,
fondé fur l'ancienne maxime ,
qu'on doit louer les gens après leur
mort. Mais il arriva quelques
jours aprés qu'un certain Peripateticien
d'Ofnabrug , qui voyageoit
en uede , fçeut je ne fçais
comment que M. des Cartes avoit
fait luy - mefine ces Infcriptionspendant
fa maladie , & ignorant les
regles des Epitaphes , qui appellent
les chofes par des noms honorables
, & lifant ces paroles ,
fub hoc lapide ; Eſt- ce ainfi , dit- il ,
que
le Reftaurateur de la verité
nous en donne à garder encore
après la mort? & il ajoûta furtivement
& méchamment ce mot avec
du charbon , ligneo.
Ce
GALANT: 97
Cependant le Lappon Store
avoit preparé des traifneaux pour,
porter M. des Cartes en fon pays.
Il les pofta prés de Stockholm ,
dans un Village dont on étoit
convenu , & vint querir M. des.
Cartes dans l'obfcurité de la nuit.
Il partit avec fon valet Schluter
& fon futur Difciple Store , aprés
les avoir chargez tous deux de
fon petit équipage Philofophique..
A l'aide des Rennes . & à la faveur
des glaces & des neiges que
la rigueur du froid avoit fort endurcies
, ils arriverent en peu de
jours à Uma & de-là dans la cabane
de Store . Les Lappons reçoivent
charitablement tous les
Étrangers. Cette inclination jointe
à la recommandation & aux
foins de Store , fit que M. des
Septembre 1692.
I
98 MERCURE
Cartes fut reçu avec beaucoup de
carefles. Cet accueil le charma .
Il fut logé dans une cabane feparée
, qui luy avoit été dreffée .
Tandis qu'il s'y accommodoit ,
Store retourne à Upfal pour lui lever
des Difciples. Il leur dit qu'un
grand Docteur étoit venu de bien
loin dans leur pays , qui promettoit
de leur apprendre tout ce qui eft,
ce qui a été , & ce qui fera , qui fe
moquoit de tous les Profeffeurs
d'Upfal , & de leur Philofophie ,
qui n'étoit pas fi fevere qu'eux ,
quoy que ce qu'il diſoit fuſt bien
plus difficile à comprendre , &
encore plus difficile à croire que
ce qu'ils difoient ; que c'étoit un
fort bon homme , allez fait comme
eux , & qu'ils prendroient
aifément pour un de leurs ComGALANT.
99
f
patriotes , à la petiteffe de fa taille,
à la groffeur de fa tefte , à la noirceur
de fon poil , & à la couleur
olivaftre de fon teint. Il en débaucha
fept ou huit par ces difcours.
Quatre ou cinq autres fur
de pareilles remontrances deferterent
l'Ecole de Lyk fala , & le
fuivirent. Quand ils fe furent tous
rendus auprés de leur nouveau
Maiſtre , il ne tarda pas à faire
l'ouverture de ſes leçons.
Vous envoyer des Vers de
l'Illuftre Madame des Houlicres
, c'eſt vous faire un vray
prefent En voicy de fa façon ,
pour M' l'Abbé de Lavau ,
au jour de S. Loüis , qui eftoit
celuy de la Feſte.
I ij
100 MERCURE
IL
BOUQUET.
Left aujourd'huy voftre Feste,
Et de ces agreables fleurs ,
Dont le temps ne sçauroit effacer les
couleurs ,
Ma main devroit , Abbé , couronner
voftre tefte.
Mais belas ! depuis quelquesjours
Je cherche en vain fur le Parnaffe
Ces vives fleurs , que rien n'efface,
Et que vous y cueillez toujours.
Que vous donner donc en leur
place?
Un fimple bon jour ? C'est trop
рец.
Mon coeur ? C'est un peu trop , quoy
que fa faifon paffe ,
Il ne faut mefmepas , de vostre pro
pre aveu ,
GALANT: IoÏ
1
L
Que jamais de fon coeur mon Sexe
Se défaffe
Et d'ailleurs, dans le train oùvous a
mis la Grace,
Train , qui chez vous n'eſt point
un jeu
Le prefent d'un coeur embaraſſe.
2
Fe çay que depuis quelque temps
On donne pour Bouquet des Bijoux
importans ;
4
Mais quand vous verrez la for
tune,
Demandez-luy fi dans ces lieux
Où les Mufes chantent le mieux;
Elle daigne en mettre quelqu'une
En pouvoir de donner des Bijoux
precieux.
23
Pas une des neufSaurs par elle n'eft
aidée .
I iij
102 MERCURE
Abbé , le nom de bel efprit
Icy ne donne point d'idée ,
De gloire , d'aife , de credit ,
Comme de certains noms , qui d'abord
qu'on les dit ,
Tout pauvres qu'ils font par euxmeſmes
;
Rempliffent l'efprit de trefors ,
De voluptez, d'honneurs Suprêmes;
Par tout excellens paffe- ports

Des vices de l'ame & du corps.
S
Je m'égare , & je moralife
Peut- eftre un peu hors de faifon.
Qu'y faire ? malgré la raison ,
Dans tout ce qu'on écrit onfe caracterife
.
Cependant revenons à nous ,
Tâchons par des fouhaits à nous titer
d'affaire
.
Je fçay que c'eft ne donnerguere,
*
i
GALANT 103
Mais ceux que la Nature a formez
comme nous ,
D'un limou moins groffier que le li
mon vulgaire ,
Trouvent des charmes auffi doux
Dans les fouhaits d'nn coeur fin-
·cere ,
Que dans les plus riches Bijoux.
S
Ce n'eft ny du Sçavoir , ny de l'efprit
folide ,
Ny de la pieté qu'il faut vous fou
haiter,
Vous en avez affez , Abbé , pour en
préter.
Eft ce une conduite rigide ?
Eft- ce une probité ſur quoy pouvoir
compter?
Encor moins ; voftre coeur jamais ne
vous expofe.
Aux déreglemen's › aux noirceurs,
I iiij
104 MERCURE
Que la foibleffe humaine cauſe,´
Et fur le merite & les moeurs
On pourroit défier les plus fins Con
noiffeurs
· De vous fouhaiter quelque chofe
2
Tout ce qu'une Femme refout,
Arrive , bien ou mal, comme il eft
dans fa tefte.
Fe veux par des fouhaits celebrer
voftre Feste,
Etj'en trouve un à faire enfin ſelon
mon goust.
Je ne fçay s'it fera du voftre.
Abbé, le voicy fans façon.
Saint Louis eft voftre Patrons
Louis le Grand en eſt un autre,
Augré de bien des gens pourle moins
auffi bon.
Que pour vous faire un fort qui
foit digne d'envie,
GALANT 105
Leurs foins à votre égardfe parta
gent ainsi.
Que l'un, lors qu'à cent ans vousfortirez,
d'icy,
Vous procure les biens de l'Eternelle
Vie ,
Et que l'autre vous rende heureux
dans celle-cy.
Je vous parlay dans ma Lettre
du mois paffé , de la mort
de M' le Marquis de Saint-
André , premier Prefident
au Parlement de Dauphiné.
Depuis ce temps - là j'ay receu
la Lettre dont je vous fais
part. Elle eft de M' Allard ,
Prefident en l'Election de
106 MERCURE
Grenoble , & vous inftruira
plus à fond de ce qui regarde
la Perfonne & la Famille de
cet illuftre Défunt."
L
E 22 du mois d'Aouft 1692 .
heures du foir eft
à
onze
mort âgé de 63 ans , Meffire Ni
colas de Prunier , Chevalier
Marquis de Virieu , Seigneur de
S. André, Confeiller du Roy en
tous fes Confeils, Premier Prefdent
au Parlement de Grenoble ,
Commandant dans le Dauphiné ,
en l'abfence du Gouverneur &
du Lieutenant General , cy- devant
Ambassadeur pour le Roy
GALANT. 107
auprés de la Republique de Veni
fe . Il eftoit celebre par uneſageſſe
admirable , illuftre par sa naiffance
, renommé par ſa conduite ,
profond par fon fçavoir , eftimé
du Roy , confideré par fes Miniftres
, reveré dans fon Corps ,
aimé de tout le monde. Il
avoit efté Confeiller en ce Parlement
, dont il fut fait Prefident
en 1650. & enfin Premier Prefident
en 1680. & dans ces Charges
il a toujours fait connoiftre
tant de juftice & de probité qu'il
en avoit acquis le titre d'un parfait
Magistrat.
Pendant qu'il a commandé dans
108 MERCURE
*
cette Province , tous les foins que
la politique , la raifon la bonne
foy la vigilance ont pû de &
mander dans un fipenible employ,
il les a toujours également & judicieufement
employez , & ja
mais prudence n'a efté confiderée
avec plus de veneration
respect , que lafienne l'a efté parmyles
Venitiens , qui en ont toujours
pratiqué les maximes , &
qui font les plus fages Republi
cains du monde.
de
Sa famille eft originaire d'Anjou
porte de Gucules à la
Tour d'Argent , portillée &
crenelée de Sable , furmon
GALANT. 109
tée d'une autre Tour de
mefme..
Pierre de Prunier,Seigneur de
Prunier en Anjou , & de la
Brefche- Perfey prés de l'Ifle
Bouchard, vivoit l'an 1450. &
eutpour femme Rollette de Beauneide
Semblancey en Touraine.
Jean de Prunier Confeiller du
Roy & General de Justice des
Aides de Languedoc , & Seigneur
de la Brefche fut fon fils ,
& vivoit l'an 1460. Il épousa
Peronne de Bouhaille , Fille de
Jacques de Bouhaille , Juge General
de Touraine , de Jeanne
de Briçonnet.
Iro MERCURE
Jean Pierre de Prunier ,
gneur de la Brefche- Perfey ,
Seide
Fouchaux en Touraine , náquit
de ce mariage en 1496. Il
eut deux femmes ,l'une , nommée
Marie des Rollans , Dame de
Fouchaux ,fille de Cleriardus des
Rollans , Vicomte de Gifors , &
l'autre appellée Marie de Retz
d'une famille d'Anjou. Il eut de
la premiere Jean de Prunier qui
continua la branche aifnée , Phis
lippes qui mourut fans alliance ,
Anne qui en 1521. épousa Gilbert
de Fillol , Seigneur de la
Fauconniere : & du fecond lie
ilfut Pere d'Artus, qui afait les
GALANT: i
branches de
Dauphiné.
Jean de Prunier II. du nom,
Seignenr de Fouchaux & d'Econffieux
en Foreft vivoit l'an
1530. Il prit pour femme Leonarde
Fournier , Dame d'Ecouffieux
, d'une famille de Lyon , de
laquelle il eutJean de Prunier ,
Claudine de Prunier , Epouſe
de Jean Henry , Baron de la
Salle en Lionnois .
Jean de Prunier III. du nom }
Seigneur des mefmes lieux , fur
l'Epoux de Jeanne de Renoard
Dame de Verney , le Pere
d'Artus de Prunier qui mourut
jeuner & de Marie de Prunier »
fız MERCURE
Epoufe de Pompone de Bellievre,
Chancelier de France.
Artus de Prunier , fils du fecond
lit de Jean - Pierre de Prunier
vint en Dauphiné , où il
épousa Jeanne de la Colombiere ,
Fille unique de François de la
Colombiere , Treforier & Receveur
General unique de cette
Province , dont il eut fa Charge
aprés luy & fut Seigneur de S.
André , de Virieu , de la Cluſe ,
d'Agnieres , de la Buffiere ,
Bellecombe . Il eut pour enfans
deux fils & deuxfilles , fçavoir
Artus & Laurent de Prunier
Seigneur de Montavil de la Buf-

de
GALANT. 113
fiere de Bellecombe. Ce der
nier époufa Claudine de Bullion
, Fille de Jean de Bullion ,
Surintendant
des Finances ,
en eut deux Filles , Lucrece
mariée à Philippes de Chabo ,
Seigneur de l'Echerenne en Savoye
, & Louife qui eut pour
mary Claude de la Porte , Seigneur
de l'Artaudiere en Dauphiné.
Madelaine de Prunier
fut la fille aifnée d'Artus ,
eut pour maryJean de Bellievre.
Bonne de Prunier autre fille
d'Artus , épousa Laurent Alle
man , Seigneur d'Allieres .
ميرم
Artus de Prunier I I. du nom
Septembre 1692.
K
114 MERCURE
Seigneur des mefmes lieux » premier
Prefident au Parlement de
Grenoble , & en celuy de Provence
, prit alliance avec Honorade
de Simiane , de laquelle il
eut Laurent qui continua la branche
aiſnée, Adrian qui afait celle
du Seigneur de Lemps. Anne
femme de François Pafcal du
Colombier Guigonne Epoufe de
Gilbert de Vaufeche ,Baron de la
Tourrette
. Claire eut pour mary
Gabriel de Montchenu , Seigneur
de Thodure. Marie- Pamphile
fut alliée à Adrien de Ba-
Remont , Gafparde à François de
"Virieu, Seigneur de Pupetieres
GALANT. IIS
Lucrece & Françoise furent
Religieufes à Montfleury.
Laurent de Prunier , Seigneur
de S. André , de Virieu , de Beauchefne
, de Bellecombe , de la
Buiffiere , Prefident au mesme
Parlement , a eu pour femme
Marguerite
de Belliere , fille de
Pompone , Chancelier
de France,
& de Marie Prunier. Il en a
Laiffe pour enfans Nicolas qui
vient de mourir , Gabriel de
Prunier , Honorade
de Pru
nier mariée à Ennemond
de Vachon
, Seigneur
de Belmont ,
Confeiller
au mefme Parlement
,
Marie de Prunier , Epouſe
K jj
116 MERCURE
de Henry de la Poype , Baron de
Corfant.
Nicolas de Prunier, Seigneur
de S. André , Marquis de Viries,
avoit époufe Marie du Fau
re , fille d'Antoine du Faure
Prefident au mefme Parlement ,
& de Laurence Frere , fille de
Claude Frere, premier Preſident
au mefme Parlement. Il n'en a
laiffé que deux filles , l'uneJufti
ne , mariée a Jofeph- Louis- Alphonse
Marquis de Saffenage.
La Cadette n'eft pas encore mas
riée.
Gabriel de Prunier Seigneur
de Beauchefne de la Buiffiere
GALANT. 17
de Bellecombe, Frere de Nicolas .
eft aujourd'huy Prefident au mef
me Parlement , & s'eftallié avec
Anne de la Croix de Chevrieres »
Fille deJean de la Croix deChevrieres
, Prefident au mefmeParlement
, de laquelle il a eu des
enfans. Lun eft mort Confeiller
en ce Parlement , & ily en a
deux au Service du Roy dans fes
Armées, & quelques Filles.
Adrien de Prunier , autre fils
d'Artus II. a efté Seigneur de
Lemps d'Agnieres & de la Clufe
, Confeiller au mefme Parlement
d'Ifabeau Roux fa
femme , il a eu Adrien qui fuit &
18 MERCURE
✔ Marie de Prunier , Epouſe
d'Aimar de Blanc , Seigneur de
Blanville.
Adrian de Prunier , fecond du
nom , Seigneur des mefmes lieux ,
a épousé Marie de Montchenu ,
dont il a des enfans . Deux ferveni
le Roy dans fes Armées , &
un autre eft Chevalier de Malthe.
Vos Mercures , Monfieur , ont
fouvent efté remplis des éloges de
ce Grand Homme . Il en a donné
pendant fa vie une matiére glorieufe
& fertile , & vient de
quitter une Province à laquelle
il a
a toûjours fait goûter les douGALANT.
- 119
ceurs de la paix , & qui le perd
dans un temps où les défordres de
la Guerre luy rendoient fes confeils
& fes foins utiles & neceffaires.
Auffi , Monfieur ,
elle gen
mit , & les larmes des Dauphi
nois ne font pas moins adondantes
que celles de fa famille.
A Grenoble ce 24. Aouft 1692.
Vous fçavez, Madame, que
le 18. de l'autre mois , Madame
la Ducheffe accoucha d'un
Prince , qu'on appelle Duc
d'Anguien. La joye en a efté
grande à Dijon , & la Relation
que je vous envoye vous
#20 MERCURE
"
l'apprendra. Je la laiffe dans
les mefme termes que je l'ay,
receuë,
if
Parmy toutes les réjoüiffances
qu'on a fait paroiftre
dans Dijon , pour l'heureufe
maiffance de Monfieur le
Duc d'Anguien , celles qui fe
font faites au Chafteau n'ont
cedé en rien à celles de la
Ville . M' Durand de Fontenay
, Major de cette Place ,
Gentilhomme de merite connu
par fes fervices dans les
Troupes, & qui ayant efté
choifi de S. A. S. Monfieur
Le Prince pour un de fes Aides.
de
GALANT. If
de Camp au Siege de Namur
s'eft acquitté de cet employ
avec beaucoup d'honneur ,
voulant donner des marques
publiques de fa reconnoiffance
pour les bontez de ce
grand Prince , cut à peine ap .
pris l'accouchement de Madame
la Ducheffe , qu'il donna
les ordres pour faire le len--
demain une Fefte dans le Chafteau
, qui fut d'autant plus
agreable qu'elle fut prompte,
& exccutée avec autant d'ordre
& de diverfité , que fi l'on
cuft employé beaucoup de
temps à la préparer .
Septemb. 1692 .
L
122 MERCURE
Il fit orner la grande Salle
de l'appartement du Gouverneur
, de tapifferies fort magnifiques
, avec quantité de
Luftres pour la rendre plus
éclairée. On expofa fous un
Dais le Portrait de Son Alteffe
Sereniffime Monfieur le
Prince , & celuy de Monfieur
le Duc , au bas duquel étoient
ces Vers .
Plein d'esprit& d'ardeur , né pour
vaincre & pour plaire ;
Charmant par mes vertus , eftimé de
mon Roy ;
C'est par là qu'on me voit digne Fils
de mon Pere :

GALANT
.
123
Et qu'un jour on verra mon Fils digne
de
moy.
Au deffous de ces Portraits
On mit deux riches fauteuils,
élevez fur deux marches cou
verres de tapis , pour marquer
la place de ces deux Princes .
Le foir fur les huit à neuf
heures , routes les perfonnes de
confideration de la Ville , de
l'un & de l'autre Sexe
quí
avoient cfté invitées , s'affemblerent
dans cette Salle avec
la parure la plus propre
à augmenter la beauté des
Dames ; de forte qu'il fembloit
que le Dieu d'Amour
Lij
124 MERCURE
pour lors ne commandoit pas
moins dans cette Place , que
celuy de la Guerre. Madame
de Fontenay , qui a beaucoup
d'agrémens dans fa perfonne
& dans fes manieres , cut le
foin de faire placer les Dames
, tandis que M ' de Fontenay
prenoit celuy de recevoir
les hommes les plus qualificz
qui s'y rendirent. Lors que
chacun fut placé , fans que le
grand nombre caufaſt de confufion,
les Vers & les Inftrumens
commencerent l'Opera
duTriomphe de l'Amour, que
l'on avoit choisi pour eſtre
GALANT. İzē
Le plus convenable au fujet de
cette réjouiffance . Cet Opera
fur précedé d'un Prologue
qui répondoit à la gloire que
Monfieur le Duc vient nouvellement
d'acquerir au Combat
donné en Flandre , & à
la joye qu'il a de fe voir Pere
d'un Fils fouhaité avec tant
d'empreffement. Les Vers &
le Chant furent faits le même
jour , de cette maniere.
PROLOGUE.
RECIT.
Chers Habitans de la Cité des
PREMIER
Dieux
Préparez une Fefte , & marquez vo»
fire Zele
Liij
126 MERCURE
Pour un Prince brillant d'une gloire
nouvelle
Et qui doit faire un jour le bonheur
de ces lieux.
SECOND RECIT.
Marchantfur les pas glorienx
De fon Pere & de fes Ayeux ,
Du plus grand Roy du monde il a
remply l'attente ,
Par lesfaitsfurprenans qu'aproduits
fon grand coeur,
Dans cette Bataille fanglante
Dont il revient vainqueur.
TROISIEME RECIT.
Aprés une illuftre victoire,
Ce Heros de retour
Goûte les premiers fruits defa nonvelle
gloire,
Et ceux defon amour.
Une Princeffe aimable & belle
GALANT. 127
↑ Qui charme Seule &Son coeur &
fes yeux ;
Luy donne dans un Fils , digne prefent
des Cieux ,
Un gage précieux
De fon amour tendre & fidelle.
Chers Habitans de la Cité des
Dieux ,
Préparez tous une Feste nouvelle,
CHOEY R.
Chers Habitans de la Cité des
Dieux ,
Que chacun de vous en ees lieux
A la joye, un plaifir aujourd'huy
s'abandonne.
Uniffons nos coeurs & nos voix,
Pour ce jeune Heros , fameux parfes
exploits,
Et chantons mille & mille fois
Le gage précieux que fon amour luy
donne.
L iiij
128 MERCURE
Ce Prologue fini , on com
mença incontinent l'Opera
du Triomphe de l'Amour. Ce
Dieu en effet ne triomphe- t- il
pas en ce rencontre , & ne merite
t il pasbeaucoup de gloire
d'avoir donné un fucccffeur à
un des plus grands Princes de
Ja premiere Cour du monde ?
Cet Opera fut executé avec
beaucoup de jufteffe , & la
Symphonie en fut admirable.
Les Dames allérent enfuite
refpirer la fraifcheur de l'air
dans la place d'Armes , où le
bruit des Canons fuccedant à:
Fharmonic des voix & des
GALANT. 129
inftrumens , redoubla la joie
que l'on reffentoit . Aprés
plufieurs décharges coup fur
coup réïterées , on fut agréablement
furpris de voir le fom .
met des tours. couronné de
lanternes , à travers lefquelles
on découvroit des noeuds d'amour
, & des Chiffres qui
marquoient les noms de leurs
Alteffes Sereniffimes ; mais le
plaifir de la furprife augmenta
merveilleufement , lors qu'on.
apperçut fur les mefmes tours,
des feux d'artifices qui les.
bordoient , & que l'on en vic
partir une infinité de lances
130 MERCURE
à feu , & de fufées volantes
entremêlées de grenades , qui
de toutes parts s'élevant dans
l'air , répandirent par tout
l'éclat & la lumiere , avec une
diverfité de figures , & un
nombre infini d étoiles brillantes
, qui paroiffant dans
l'eau du foffe , fembloient
faire l'alliance de deux élemens
ennemis , & on cût die
que du fond des eaux & du
haut des airs , il fortoit de
differens feux qui faifoient un
nouveau jour au milieu de la
nuit la plus fombre. Tout le
peuple de la Ville eftoit acGALANT:
131
couru au bruit de cette Feſte,
& bordoit les foffez du Chateau
en foule , avec tant de
cris & d'acclamations que le
fon confus des voix fe mêlant
au bruit de l'artifice , ce mé
lange donnoit autant de plaifir
dans fa confufion que la
Mufique en avoit donné par
fon harmonie . Le Feu d'artifice
eſtant fini , & la grande
foule du peuple écoulée , les
Dames demeurerent au Chafteau
, & elles curent envic
d'aller fur le fommet d'une
des Tours , où elles trouverent
un nouveau plaifir. Mr de
>
132 MERCURE
Fontenay y avoit fait trouver
les violons qui joüerent les
Pieces les plus belles & les
plus fçavanres des Maîtres
les plus habiles . Cela dura juf
ques à une heure aprés minuit,
que chacun fe retira content
du plaifir qu'il avoit cu
dans cette Fefte , fi bien ordonnée
, & executée avec tant
de propreté & d'agrément
mais
En vain l'amour avec fes charmes ,
Et le Dieu Mars avec ses armes ,
Se joignent en un mesme temps
Pour rendre une Fefte affortie ;
Tous leurs plaifirs font languiffans
Si Bacchus n'eft de la parties .
GALANT. 133
En effet , tandis
que
le
con
cert & les feux d'artifices occu.
poient ceux qui eſtoient invitez
, & qui avoient accouru à
cette Fefte , le vin animoit les
uns & les autres , & fourniffoit
à la Garniſon dequoy prendre
part au plaifir. Mr de Fontenay
fit largeffe du meilleur de
ſa cave aux Soldats qui faq
luérent la fanté du Roy &
de leurs Alteffes Sereniffimes ,
& répondirent affez bien de
leur part , part , à tout ce qu'on fic
d'ailleurs pour remplir cette
Feſte , à laquelle fuccedérent
lc repos & le fommeil.
1
134 MERCURE
On apprend de Bordeaux
qu'on y a celebré dans l'Egli
fe du Convent de l'Obfervance
de S. François , la folemnité
de la Canonifation des
Saints, Jean de Capistran , &
Paſcal Baylon , Religieux du
mefme Ordre. L'ouverture
s'en fit le 3. du mois paffé par
une Proceffion magnifique du
Chapitre de la Cathedrale &
des Religieux ; où affiftérent
le Parlement & la Cour des
Aides en Robes rouges , les
Jurats & le Corps de Ville.
Le Chapitre y celebra la Mcffe
, qui fut chantée par la Mu
GALANT. 135
fique. M' l'Archevêque de
Bordeaux y alla dire la
Meffe le quatrième jour.
Certe Octave a efté prêchée
par huit Predicateurs de dis
vers Ordres , qui y font ve
nus chacun à leur tour faire
1Office , & elle a efté enfin
terminée par une folemnelle
Proceffion , fuivie d'un feu de
joye allumé par les Jurats , au
bruit des Trompettes , & de la
Moufqueterie. La Priere pour
le Roy fut chantée par ces
bons Religieux , & le foir il
y cut des illuminations au
Clocher de leur Eglife , avec
136 MERCURE
grand nombre de Boëtes & de
Fufées volantes.
La mefme folemnité s'eft
faite auffi à Touloufe avec
beaucoup d'éclat , dans l'Eglife
du grand Convent de
L'Obfervance. On en fit l'ouverture
le 30. Juin , & rien ne
fut oublié pendant l'Octave
de ce qui pouvoit exciter la
devotion des Peuples.
On ne fe taift point fur les
Affaires du Temps. Elles font
d'une importance qui oblige
tout le monde d'en parler , &
je manquerois à ce que je fçay
que vous attendez de moy ,
GALANT 137
7
fije négligeois
de vous faire
de ce que vous allez lire. part
$225S25222SSSSS25
LETTRE
D'UN CAPITAINE
Hollandois à un de fes.
Amis à Breda..
L
E temps effoit venu »
Monfieur , où nous allions
nous vanger , & de Mons,
& de Fleurus , & de Leuze , &
de Namur. Le Roy d'Angleterre.
qui estoit trop habile pour attaquer
lesEnnemis pendant que leurs
Septembre 1592
M
128 MERCURE
forces eftoient réunies , & que le
Roy de France sombatioit à leur
refte , avoit fagement attenda
que leurs Troupes fuffent Jéparées
par les détachemens qu'ils ont
faits depuis. Il a eu enfuite l'adreffe
de donner de lajalonfie à des
Places fort importantes, feignant
qu'il vouloit affieger,tantof Dunquerque,
tantoft Namur, quelquefois
Ypres pour obliger les
Ennemis à affaiblir leur Armée,
en jettant du fecours dans ces
Places : comme il fçait que
la Cavalerie Françoise
eft fuperieure
à la nôtre , ce Prince a fait
plufieurs mouvemens pour attirer
GALANT: 139
les Ennemis dans un Pays où
l'Infanterie feule peut combattre.
Ayant heureufement conduit tous
ces grands projets , il faifoit déja
marcher les Troupes pour fe faifir
d'un poste qui nous promettoit une
victoire prefque aßeurée , lorf
les François fe font avifez
de nous difputer le paffage d'un
petit ruiffeau , où le combat a esté
fort long & fort opiniátré, avec
un feu prefque égal , jufqu'à ce
que les Ennemis font venus à
nous l'épée à la main ,
que
oni
rompu défait entièrement plufieurs
de nos Bataillons. Le Roy
d'Angleterre qui vouloit éviter
Mij
140 MRCURE
fur toutes chofes d'en venir aux
mains avec la Cavalerie Fransoife
» voyant qu'elle marchoit
pour nous environner , & peuteftre
pour engager une affaire ge--
nerale , a fait retirer le reste de
l'Armée avec le moins de confufion
qu'il a esté poffible . Je n'oferois,
vous dire tout ce que nous
y avons perdu , parce qu'il im-..
porte pour la réputation de nos af
faires que cette perte ne foit pas
connue mais il eft certain que
noftre meilleure Infanterie a peri
dans ce combat . Cependant il eft
bon de publier que nous avons eu
tout l'avantage , ou tout au moins
GALANT 141
que la perte est égale , & les bons
Flamans
le croiront encore
moins
que
..
nôtre retraite précipitée
, la perte du Champ de Bataille
, &celle du Canon ne leur
faffent foupçonner la verité.
Ce combat fe donna Dimanche
dernier auprés d'Enguyen
. Fay
remarqué depuis le commencement
de la Guerre que toutes les
actions où les François
ont eu
quelque avantage , ſe ſont paffées
le Dimanche
, ce qui me fait
ce jour eft auffi heureux
croire
que
au Roy de France , que celuy de
faint Mathias l'eftoit à Charles-
Quint , avec cette difference qu'il
142 MERCURE
a
n'y a qu'un jour de faint Mathias
dans l'année , & qu'il y
plufieurs Dimanches . Cette reflexion
feroit capable d'embaraſffer
de petits efprits qui pourroient
conjecturer que le Cielfe déclarevoit
pour les François ; mais cela
ne me fait aucune peine , fur tout
lorfque jefonge que nous combattons
pour la bonne caufe , & pour
les interefts d'un Prince qui eft le
Protecteur de tant de faintes Religions
, au lieu que le Roy de
France a l'inhumanité de n'en
vouloirfouffrir qu'une feule . Jef
pere pourtant que la
Campagne
me finira point fans que nous
GALANT. 143
ayons notre revanche , car nos
Troupes font encore belles &
nous avons befoin de faire quelque
chofe pour raffeurer ces Peuples
qui commencent à perdre cou
rage . Je fuis , Monfieur , &c.
Je vous ay déja parlé de
M ' l'Abbé de Beuvron , qui
mourut au Camp devant Namur.
Sa Charge d'Aumônier
du Roy eftant demeurée vacante
par fon décés , & le Roy
ayant acheté toutes ces Chargas
il
y a quelques années
afin que ne fe vendant plus ,
il en puft gratifier les plus di
144 MERCURE
gnes , Sa Majesté en a pourvû
M. l'Abbé de Tonnerre,
Neveu de M. l'Evefque-Comte
de Noyon. Ce choix prouve
fon merite perfonnel , &
que fa naiffance eft des plus
illuftres , le Roy ne donnant
ces Charges qu'aux perfonnes
de la premiere qualité , &
dont la vie exemplaire répond
à la pieté édifiante qu'il fouhaite
dans les Ecclefiaftiques,
& fur tout dans ceux qui femblent
eftre deftinez plûroft
que les autres pour avoir un
jour la conduite des Eglifes
de France ..
Ja
GALANT 145
Je vous envoye un Dialoguc
de Lucien , mis en Vers
par Mr l'Abbé Jacquelot , fur
ce qu'une grande Renommée
vaut mieux qu'un magnifique
Tombeau
DIOGENE, MAUSOLE,
DIOGENE.
M4uole , d'où te vient l'orgueil
qui te poffede ?
Tu veux que parmy nous tout le
monde te cede.

MAVSO LE.
Dela Carie entire on fçait que j'eftois
Roy
C'eft de moy qu'en Lydie on recevoit
la Loy ;
Sempt
. 1692 .
N
146 MERCURE
Plas d'une Iflefe vit par mon bras
affervie
Je pris Milet d'affaut , ravageay
l'Ionie.
Un air fier, un air grand relevoit
mes appas,
4
J
F'estois né pour l'amour , comme pour
les combats ;
Mais le plus bel endroit où ma gloire
fe fonde,
C'est mon fameux Tombeau , la merveille
du monde.
Pour la matiere & l'art rien n'eft fi
précieux ,
Ny les Palais des Rois , ny les Temples
des Dieux ,
Et fous une fi riche & noble architecture
,
Un peu d'orgueil fied bien juſqu'en
la Sepulture .
GALANT. 147
DIOGENE.
Voicy donc tes raiſons , ta valeur , ta
beauté ,
Ton Empire , & fur tout ton Tombeau
fi vanté?
MAVSOLE...
Duy, voila mes raifons.
DIOGEN E.
Omon pauvre Manfole,
Peux-tu dans ce lieu fombre avoir
l'ame fi folle ?
Il ne te reste plus de forces , ny d'attraits.
Qu'un fuge , fi tu veux , examine
nos traits ,
De ton crane& du mien quelle eft la
difference ?
Tous deux nous fommes laids , mais
laids à toute outrance ,
Sans narines, fans yeux , nous allon-
C geons les dents.
Nij
148 MERCURE
Mais quoy , ton Maufolée étonne les
paffans !
Que l'Univers l'admire avec Halicarnaffe,
Ce n'est pour l'opprimer qu'une pefante
maffe.
MAVSOLE.
Tout cela n'eft donc rien , & nous
Sommes égaux ?
3
DIOGEN E.
Ne le croy pass pour toy , je prevois
mille maux
Du fouvenir cruel de tes frèles delices
,
Tandis queje riray de tes juftes fupplices.
Artemife qui fut ton Epouse & ta
Soeur,
D'un fuperbe Tombeau t'a rendu poffeffeurs
Ei moy, quifceus d'un Muidjadis me
faire un Louvre,
GALANT 149
Jee ne m'informe point ſo la terre
me couvre.
Pour dire plus enfin ; ton Tombeau
doit perir,
Et mon nom glorieux ne peut jamais
mourir.
Voicy une Epigramme du
mefme Auteur , que
vous
trouverez
agreablement
imitée
de celle
du premier
Livre
de Martial
, qui commence
par , Garris
in aurem
.
Paul nous dit bon jour enfecrets
Etdit toujours, tant eft difcret,
Parlons bas, on peut nous entendre.
Des humains le plus importun,
A l'oreille il vient nous apprendre
Niij
150 MERCURE
Ce
Ce que prône le bruit commun ;
Meſme il vient vous dire à l'or
reille
Que du vafte Univers LOVIS eft
la merveille.
Le
Gouvernement d'Arras,
& la Lieutenance de Roy de
la Province d'Artois ayant
vacqué par la mort de M
le Marquis de Tillader , dont
je vous ay parlé dans une
autre Lettre , Sa Majefté en
a gratifié M le Comte de
Montchevreuil , Commandeur
de l'Ordre de S. Lazare,
Maréchal de fes Camps &
Armées , & Colonel de fon
---
GALANT. 151
Regiment . Perfonne n'ignore
les marques de diftinction
qu'ila données à la tefte de ce
Regiment, qui eft l'un des plus
beaux du Royaume, par les
foins qu'ilen a pris depuis plufieurs
années, & du nombre de
ceux qui fe font le plusfignalez
dans toutes les occafions , où
il s'eft agy de faire voir de
la conduite , de la valeur , &
de l'intrépidité. Mr le Comte
de Montchevreuil eft Frere
de Mile Marquis de Montchevreuil
, Chevalier des Ordres
du Roy , Gouverneur du
Chafteau de Saint Germain en
Niiij
152 MERCURE
Laye , & d'une naiffance qui
luy fait mériter tous ces avan
tages , auffi bien qu'une fas
geffe reconnue & cftimée de
toute la Cour , quib l'avoit
fait choifir par le Roy pour
Gouverneur de Monfieur le
Duc du Maine.
Le nom de M. l'Abbé Def
landes , Grand Archidiaère &
Chanoine de Treguier , Vi
caire General , vous cft connu
par beaucoup d'ouvrages , où
vous avez vû briller l'efprit,
l'érudition & l'éloquence,
Cela m'oblige à vous envoyer
la copie d'une Lettre qu'il
GALANT 153
a écrite à M le Chevalier
Deflandes , fon Neveu, Garde
de la Marine au département
de Breft, fur une matière qui
ne vous cft pas indifferente .
Elle parle affez à fon avantage
, pour me difpenfer de vous
prévenir en la faveur,
I
Ly a longtemps , mon cher
Neveu, que je connois le meride
M les Officiers de la Marine;
& je fuis bien perfuadé que ,
plufieurs difputeroient de delica
teffe d'efprit avec nos plus celebres
Academiciens . Je n'en veux point
d'autre preuve que la conver154
MERCURE
fation où vous vous eftes trouvés
En y parlant des chofesfurprenantes
que fait l'Empereur des
François pour les interefts de la
Religion & pour la gloire de la
France , on n'a pas oublié, comme
vous me le dites, de remarquer que
LOUIS LE GRAND
eft le feul qui foûtient l'Eglife ,
& que la France eft la feule qui
ait fourni de Sçavans Prelats ,
des Docteurs infatigables pour
défendre l'honneur du S. Siege.
L'un de vos Officiers a parlé
avec beaucoup d'esprit , en difant
qu'il aimeroit mieux eftre né
Sauvage que d'eftre né Espagnol .
"
GALANT. 159
qu'ilpréferoit l'honneur d'eftre
fujet du plus grand Roy du mon≈
de , à celuy d'eftre de la Maiſon
d'Espagne. La raison qu'il en
donne eftfenfible. Il dit qu'il rou
giroit de honte s'il eftoit Grand
d'Espagne , ou Prince Allemand ,
d'eftre dans une alliance auffi
odieuse & auffi honteuse que
celle
d'un Ufurpateur& d'un Tyran.
Cet Officier a raifon & ce fina
un reproche éternel une tache
ineffaçable ; ce fera une defolation
à la Maison d'Autriche d'avoir
uni fes armes &fes forces
avec celles des Ennemis déclarez
de l'Eglife Romaine.
156 MERCURE
Vous me dites qu'inſenſible=
ment dans la fuite de la conver
fation on a demandé fi M´s de
la Religion Prétenduë Reformée
croyent fincérement que ceux
qu'ils nomment Romains , forens
exclus du falut , lorsqu'ils vivent
& qu'ils meurent dans la Reli
gion de leurs Ancestres.
Puifque vous voulez fçavoir
ce que je penfe de cette propofi
tion , je vous diray que M'Fu
vieu croit que l'on peut se fanver
dans la Religion Romaine.
Ce fameux Miniftre le croit f
fincèrement , qu'il fe récrie que
Topinion contraire eft inhumaine ,
GALANT 157
Cruelle , barbare ; en un mot que
c'eft une opinion de bourreau.
C'eft la fin de fon Systéme.
Un nommé Calixtele plus cé
lébre le plus fçavant des Lutheriens
d'Allemagne , a donné
de nos jours de la vogue à cette
opinion ; & il dit , qu'il y auroit
de l'injustice de retrancher de la
Communion des Fidelles l'Eglife
Romaine , puis qu'elle a toujours
confervé le fondement de la Foy.
Dans mon longfejour en Anjou,
jay connu feu M d'Huiffeau,
Miniftre de Saumur. C'étoit un
fçavant homme, d'unegrande douseur
d'un caractere obligeant ,àqui
il ne manquoit que de connoître la
1,8 MERCURE
Verités Ce docte Ministre fit
beaucoup parler de luy dans toute
l'Europe par le Plan de Réunion
des Chrétiens de toutes les Sectes
qu'il propofa. Mr Furieu fe déclare
fon partifan , &fait fouwent
fon éloge.
M Pajon ,qui a efté Miniftre
d'Orleans, dans fa Réponse à la
Lettre Paftorale du Clergé de
France , n'a pas crû pouvoir foutenir
l'idée de l'Eglife que M
Claude avoit défendue . Il prend
une route toute differente en s'attachant
à l'Univerfalité de l'E
glife . M'Furieu quitte Mc Claudes
& fuit M Pajon ; & il de
GALANT 159
eide que toutes les Societez font
unies au Corps de l'Eglife ,
nomme toujours parmy ces Societez
l'Eglife Romaine.
Pour entendre la penfee de
Mr Furieu , il faut fuppofer la
diftinction de l'Eglife felon fon
corps , felonfon ame . La profeffion
duChriftianifme fuffi ,felon
ſuffu,
luy, pour faire partie du Corps de
l'Eglife , ce qu'il avance contre
MClaude qui ne compofe leCorps
de l'Eglife que des vrais Fidelless
mais pour avoir part à l'ame de
l'Eglife , il faut eftre en grace . I
faut avoir la Charité. Enfin M
Furieu ditfort distinctement dans
Il
$60 MERCURE
fon Systéme & dans fes Prēju
gez legitimes , qu'on peut ſe fauver
en fe convertiſſant de bonne
foy du Calvinisme à l'Eglife Romaine.
god
mixe
Voilà , mon cher Neveu , une
décision qui nous est fort avan-
Lageufe, nos Freres feparez ne
doivent plus fe faire aucune difficulté
de venir dans la Communion
de l'Egliſe Romaint . Ils ne
doivent plus differer de fe rendre
parmy nous de bonne foy ; puifque
leurs Ministres leur ont levé
le plus grand obftacle , & prefque
le feul qu'ils nous alléguent . Ces
M's ne doivent plus nous regarGALANT.
161
der comme des Idolâtres ; car on
n'a jamais cru ny pense qu'on
pustfauver un Idolatre , fouspretexte
de la bonne foy ; une fi
groffiere erreur ne compatit pas
avec la bonne confcience .Je vous
l'avoue , voila une differtation un
peu longue pour un Marin ; mais
on a toujours beaucoup à dire ,
quand c'est de la verité qu'on
parle. Je fuis , &c.
Jamais homme n'a efté f
dangereux que le Prince d'Orange
, pour s'emparer du
pouvoir qui ne luy appartient
pas. S'il n'a ofé prendre le ti-
Septembre 1692 .
O
162 MERCURE
tre de Souverain
de Hollan
de , il en a ufurpé
l'autorité
..
Il s'eft mis au nombre des
Tirans pour regner en Angleterre
& non content de
commander
à deux grandes
Nations , & d'agir en maiſtre
pour tout ce qui regarde les
affaires de la Ligue , il voudroit
commander
auffi aux
Puiffances
qui ont pris le party
de la neutralité , & que les
Rois de Suede & de Danncmarck
fuiviffent fes ordres, &
époufaffent
fes paffions . En .
fin il voudroit que leurs Sujets
n'cuffent aucun commer
GALANT. 163
te avec la France , & donne
ordre aux Hollandois de les
inquieter , & d'arrefter leurs
Vaiffeaux . Ils les ont fouvent
pris & voicy un Memoire
prefenté aux Etats de Hollande
fur ce Sujet, par l'Envoyé
de Dannemarck .
H
Auts & Puiffans Scigneurs.
Par le grand nombre de Memoires
prefentez à vos Hautes
Puiffances , elles font fuffifamment
informées des injustices
violences faites au Sujets du Roy
O ij
164 MERCURE
de Dannemarc & de Norvegue
mon Maistre , & à ceux du Roy
de Suede , en ce qu'on a pris leurs
Vaiffeaux qu'on les apillez &r
confifquez , mis en prifon ,
traité cruellement leurs équipa➡
ges. Non feulement le droit des
gens & de la neutralité dans la
quelleleurs Maiftresfe trouvent,
a été violé par cette conduitesmais
les Traitez & les conventions
particuliéres faites entre Sa Majefté
le Roy mon Maiftre & vos
H. P. ont efté enfraintes &
renversées , & comme ils prennent
avec raison cette affaire
à coeur , & qu'ils ont d'autant
GALANT. 165

®
لوم
plus de raifon de s'en plaindre
hautement qu'ils ont fait
folliciter chercher inutilement
j'ufqu'à aujourd'huys tant auprés
des Miniftres de V. H. P. & Cop
penhague a Stockolm , qu'auprés
d'elles- mefmes, lafatisfaction
qu'ils pouvoient prétendre en tous
droits & felon les Traitez , ilsfe
font veus oblige en vertu de
ceux qu'ils ont faits enfembler
defe donner la main dans cette
cauſe commune , & de fonger
aux moyens de faire avoir une
juste fatisfaction à leurs Sujets
opprimez. C'est pour cette fin
qu'ils ont encore voulu faire faire.
166 MERCURE

.
des inftances reiterées auprés de
V.H. P. afin que felon leur
équité ordinaire leur zele
pour maintenir la Juſtice , elles
faffent obtenir aux mefmes Sujets
la fatisfaction fi jufte qu'ils
ont juſqu'à preſent fait demander
fans aucun fruit , & qu'il
leur plaife de reprimer à l'avenir
Finfolence de leurs Armateurs, de
selle façon que leurs Sujets , ainfi
que le veut la bonne foy des
Traitez des Conventions , ne
foient plus troublez par eux dans
leur navigation & commerce.
Le nombre des Vaiffeaux des
Sujets du Roy mon Maifire qui
GALANT. 167
ont eu le malhent de tomber en...
tre leurs mains , fe trouve specifie
dans les Memoires precedens , &
ilfe referve d'y joindre ceux qui
peuvent encore avoir efté pris
fans qu'il en ait connoiffance , ou
qui feront pris à l'avenir. Bien
que quelques- uns d'eux ayent
efté relâchez , ceux qui yfont intereffez
n'ont pourtant pas efté
jufques à prefent dédommagez.
des pertes qu'on leur a faitfouffrir
injuftement. Quant aux
autres , contre lefquels on allegue
de certains faits , comme s'ils
avoient agi contre les Traitez
&les Conventions ce que pours
168 MERCURE
tant les Intereffez & les Reclamans
nient conflamment , le Roy
mon Maiftre a trouvé bon de
commander àfon Amirauté d'en
faire les recherches neceffaires ,
en cas qu'elle trouve quel
qu'un qui cuft fait contre les
Conventions , ou obtenu des Paf-
Jeports de S. M.fous de faux pretextes
Elle a ordonné qu'on le
fft punir feverement pourfervir
d'exemple aux autres ; mais comme
d'un autre cofté S. M. le
Roy mon Maistre, de mefme que
S. M. le Roy de Suede , ne pour
ront pas s'empefcher de prendre
la protection de ceux de leurs
Sujets
GALANT 169
jets qui ont efté attaque injustement
, & aufquels l'on a
fait tort, de les affifter pour
leur faire avoir fatisfaction fur
les dommages & oppreffions fouffertes.
Leurs Majeftez fe, promettent
de l'obtenir d'autant plus
facilement de la Justice & de
L'équité deV. H. P. que la Foy
publique des Traittez la deman
de,& que la bonne correefpondance
dans laquelle Elles fouhaitent
de vivre avec V. H. P. s'établi
ra fe confirmera par lå davantage
; ne fe leurs
Majeftez ne
pouvant pas perfuader qu'on prefere
à leur amitié l'intereft de
Septembre. 1929.
1 % MERCURE
>
quelques particuliers qui ne
cherchent
que des profus iniuftes
inexcufables. C'est ce que par
ordre exprés du Roy fon Maistre
le Souffigné n'a pu s'empécher de
reprefenter tres -humblement à V.
H. P. Fait à la Haye , le 27.
Aouft. 1692 .
Les mefmes plaintes ont
efté fifouvent réïterées par les
deux Rois , que l'affaire cft fur
le point de s'aigrit, s'ils ne reçoiventla
fatisfaction qui leur
cft deuë.Auffi n'eft-il pas jufte
que deux grands Monarques
foient foumis aux volontez
GALANT 17
N
d'une République , & d'un
Ufurpateur , & qu'ils en reçoivent
des Loix , qui leur
font préjudiciables , & à leurs
Sujets , comme s'ils y étoient
obligez , & que l'indépendance
ne fuft pas le plus beau
& le premier droit des Cou .
ronnes.
Quoy que l'Armée du Roy
en Allemagne , & l'Armée de
l'Empereur & des Alliez ,
n'ayent pas fait de grandes
expeditions depuis l'ouverture
de la Campagne , celle de
France a neanmoins toujours
confervé les avantages , & la
Pij
172 MERCURE
fuperiorité qu'elle a toujours
cue. Elle a paru la premiere
elle a vêcu aux dépens de fes
Ennemis ; & tout ce qui s'eft
paffé en ce pays- là , quoy que
peu confiderable n'a pas laiffé
de tourner toujours à fa gloire
. Cependant toutes les Cours
des Alliez , & toutes leurs
Nouvelles publiques ont retenty
depuis que la Campagne
eft ouverte, des grandes expeditions
qu'ils devoient faire
cette année en Allemagne ,
& ils ne fe promettoient pas
moins que d'emporter Philif
bourg ou Landau , & leur
CA
GALANT: 173
'Armée eftant plus nombreufe
que la noftre, du moins felon
leurs Ecrits , devoit faire encore
de plus grands progrés,
fi nous cftions auffi foibles
qu'ils l'ont publié , & qu'ils
le publient encore tous les
jours. Il y a de la honte , &
l'on peut mefme dire de la
lâcheté pour eux ,
de n'avoir
mis en execution aucun de
leurs grands projets ; ou fi
noftre Armée fe trouve auffi
nombreuſe que la leur , c'eft
une autre espece de lâcheté
que de publier ce qui n'eſt
pas . Ainfi d'une ou d'autre ma-
Piij
174 MERCURE
niere , une femblable condui
te ne tourne pas à la gloire
de ceux qui tiennent les mêmes
difcours toutes les années
, & qui font voir autant
de fois , qu'ils n'ont pas plus
de fincerité que de valeur .
Vous avez fans doute oüy
parler de ce qui s'eft paffé
depuis peu avec les Impe-
4
riaux. Comme on n'en a
point donné d'ample détail
au Public , je vous en envoye
un qui a cfté fait par un Officier
de l'Armée de M le Maréchal
de Lorge , auquel je
ne change rien.
GALANT. 175
Le 31. du mois d'Aouft,
nous marchâmes pour gagner
le défilé de Turkeim , fur l'avis
que M' le Maréchal de
Lorge receut que les Ennemis
avoient fait des ponts dans
I'Ifle de Santhoffen , où nous
avions cu un détachement de
cinq cens Chevaux , & un
Regiment de Dragons avec
deux Brigades d'Infanterie ,
fous les ordres de M ' de Feuquieres
, parce que M ' de Me-
Jac , qui avoit commandé ce
Corps depuis plus de fix femaines
, s'eftoit trouvé tresincommodé
, & avoit cfté
Piiij
1-6 MERCURE
obligé d'aller à Neuftat..
Nous nous emparâmes du
défilé fans obftacle , & marchâmes
enfuite à Neuftat , incertains
fi nous pafferions le
Rhin à Philifbourg , ou au
Fort Louis. Mr le Maréchal
qui eftoit allé à Philifbourg ,
& qui avoit dit qu'il nous rejoindroit
le mefme jour , y
fejourna, & le lendemain que
l'on croyoir prendre la route
du Fort- Louis , nous prîmes
celle de la petite Hollande .
M ' de la Brétefche qui eftoit
de jour , marcha avec les
Gardes , & le campement
1
GALANT. 177
prequelque
temps avant l'Armée.
M' de Gobert fut déta
ché avec quatre cens Chevaux
pour la couvrir
nant fon chemin le long du
Ruiffeau de Spierbach ; les
quatre Regimens de Dragons
que nous avons , partirent
auffi toft pour gagner le défilé
des Capucins au delà du
Rhin & fe mettre à la tefte des
gros équipages . Il ſemble que
Loutes les Troupes que je nomme
devoient arriver en mefme
temps
ne fut pas. Les Gardes fu-
Lent les premiers qui arrivecependant
cela.
178 MERCURE
rent . Nous eſtions à peine à
veuë de la petiteHollande, que
nous receûmes ordre de M' le
Maréchal de nous hâter, parce
que les Ennemis paroiffoient,
& vouloient gagner les poftes
de Spire , qui leur eftoient
d'une groffe confequence
pour paffer le Spierbach. Cela
fit que nous nous preffames
d'arriver , & nous le fifmes affez
heureuſement pour l'empêcher,
ou du moins pour les
tenir en bride jufqu'à ce que
toute l'Armée artiva . Quelques
curieux qui s'estoient
avancez , rapporterent que
GALANT. 179
les Ennemiss'étendoient dans
la plaine au delà du Ruiffeau'
& qu'ils avoient déja pris la
Tour d'Epine , qui eft à la
tefte du Pont. M de Melac,
fur ces avis, oublia qu'il étoit
malade , & s'y porta avec beau
coup de diligence pour la ga
rantir de l'infalte des Ennemis ,
qui commençoient à parle
menter avec le Lieutenant qui
ladéfendoir, & qui ne pouvoit
la foûtenir , n'y ayant point
de barriere qui la fermaft , &
manquant de poudre. Il raſſura
le Lieutenant , en luy difant
qu'il eftoit foûtenu de
180 MERCURE
toute l'Armée , quoy qu'elle
fuft à plus de trois lieues de là.
J'oubliois à dire qu'il eftoit
fuivy de cinq ou fix Officiers,
d'un Maréchal des logis, & de
huit Cavaliers qu'il fit mettre
fur le Pont , & fur une troupe
de Cavalerie qu'il obligea
de fe retirer. Les Ennemis.
dans ce temps- là firent mettre
pied à terre à quatre cens Dragons
pour tâter un paffage fur
la gauche. Il y eut auffi vingt
de nos Dragons qui avance
rent: Ils firent feu fur les Ennemis
, qui n'auroient pas
laif
fé de tenter le paffage du
GALANT. 181
?
$
Ruiffeau , s'il ne nous eftoit
venu du fecours . Les Troupes
de Mr de Feuquieres , qui a--
voient déja gagné la petite
Hollande , à deffein de paffer
le Rhin avant que l'Armée
fuſt arrivéo , curent le temps
de venir , parce qu'on fit mettre
pied à terre à quelques
Troupes de Cavalerie pour
efcarmoucher , qui tinrent les
Ennemis en bride . Il nous arriva
mefme une piece de Canon
qu'on fit tires & qui les
obligea à quitter les hayes
qu'ils occupoient. Ils prirent
pour lors la réfolution de nous
182 MERCURE
tâter par un autre endroit, &
ayant dreffé une Batterie du
cofté de la Tour de Spire ,
pour nous faire croire qu'ils
ne vouloient nous attaquer
que par là , ils firent marcher
des Troupes fur leur droite au
travers du bois , pour
foerendre
maiftres du Village de
Dudenhoven , qui estoit un
paffage fur la Riviere de Spierbach
. Ils У
établirent quatre
Bataillons Suedois , & une Batterie
de trois pieces de Canon .
Il ne leur manquoit plus pour
nous couper entierement avec
les Troupes de M' de FeuquicGALANT.
183
res, que de gagner la Tour de
Dudenhoven
, qui eft à portée
de la Carabine du Village,
& qui a un pont fur le bras du
même Ruiffeau , qui eft impraticable
par tout ; mais M
de la Bretefche y arriva affez
heureufement
avec cinq ou fix
Officiers pour fauver ce pofte,
où il établir un Bataillon Irlandois
, Cela ne ſe paffa point
fans efcarmoucher
de part &
d'autre , & ces efcarmouches
donnerent le temps d'arriver
aux Troupes de M d'Uxelles
, & enfin à toute noftre
Armée.Pour
lors on fe rangea
184 MERCURE
י נ
Sen bataille. Toute noftre Infanterie
fe mit à couvert d'un
Landvert qui regnoit depuis
Spire jufque par de- là le Vil
lage de Dudenhoven . On y
établit des Batteries dans les
Jicux qui paroiffoient les plus
garnis d'Ennemis , & l'on
commença à fe canonner af
fez vivemenr. Le feu de la
Moufqueterie nefut pas moindre,
& toute certe journée ſe
paffa de cette forte , & mefme
une partie de la nuit . Le lendemain,
on trouva que les Ennemis
qui n'avoient pû foutenir
dans Dudenhoven , વે .
GALANT. 185
caufe de noftre grand feu , l'a
voient quitté. On y fit des
Prifonniers , qui nous rappor
terent que les Ennemis qui attaquerent
le Landvert , furent
fi étourdis du feu qu'ils y effuyerent
, que deux Bataillons
Suedois en mirent les armes
bas , & s'enfuirent avec affez
de defordre. Cela nous a paru
par le nombre de Spontons .
qu'on y a trouvez, & par leurs
chevaux de frize avec des
tambours. Nous nous faififmes
de ce pofte , & les Ennemis
dés le moment fe retirerent
hors de portée du Canon
Septembre. 1692.
Qu
186 MERCURE
& fe camperent aprés avoir
mis un Ravin devant eux.
Nous en filmes de meſme .
Tout cela paroiffoit un compliment
pour qui décampe
roit le premier. Nous paffames
la nuit partie de l'Armée
au Biouac , & dés le point du
jour on s'apperçut que les
tentes des Ennemis étoient
à bas , & que leur Armée étoit
en bataille. Nous étions affezz
prés pour voir leur mouvement
, & nous ne fûmes
pas
long- temps à remarquer qu'ils
faifoient une retraite . D'ailleurs
, on avoit entendu leur
GALANT. 187
gros équipage & PArtillerie
défiler. On alla en avertir M
le Maréchal
qui s'avança pour
les voir , & pour prendre fon
parry mais comme il a refolu
de paffer le Rhin, nous marchanics
pour gagner le Fort-
?
Louis . J'oubliois à dire, qu'il
nous fur affé de caffer le cou
à un Bataillon des Ennemiss
qui étoit resté à portée du
Moufquet de nous , dans de
groffes hayes auprés de la
Tour de Spire , parce qu'il
avoit une Plaine à traverfer
avant que de gagner le gross
de leur Armée , & qu'il n'étoit
Qij
188 MERCURE
de Loûtenu que d'une troupe
Cavalerie que noftre Canon
avoit obligé de fe retirer . Ce
Bataillon
ne paroiffoit pas peu
embaraffé , mais M le Maréchal
qui vouloit gagner
chemin , ne voulut point laiffer
de la Cavalerie , qui foute-t
nuë par quelques Compagnies
de Grenadiers , auroit fait
cette expedition. Ils prirent
le party de gagner la Plaine
& pour lors on laiffa fortir les .
Grenadiers
qui ne purent.
joindre. Une garde de Cava
lerie s'avança , mais trop tard,,
& ils fe retirerent fous le feu
les
3
GALANT. 189
d'une Tour qu'ils occupoient
encore. Ils effuyerent quelques
coups de Canon qui leur
cmporterent plufieurs Soldats
. Quelques Officiers les
fuivirent pour les joindre , &
on fir fortir un Regiment de
Dragons qui fe mit en Bataille
dans cette petite Plaine devant
leur Armée , qui fe reti
roit toujours. Ils vuiderent la:
Tour qu'ils avoient , & y mirent
le feu . Nous fufmes fort:
long temps affez prés d'eux ,,
témoins de leur retraite, aprés
quoy nous partîmes pour gale
Fort- Louis . Cette af--
gner
190 MERCURE
faire peut bien leur avoir cou
té cinq à fix cans hommes &
plufieurs chevaux. Nous y
en avons perdu cinquante ,.
du nombre defquels eft unCapitaine
de Fufeliers , un Capi
taine de Chanoy d'Artillerie ,
& deux Officiers Irlandois.
Voila le détail d'une affaire
qu'on croyoit devoir citre
plus ferieufe.
La nuit du 4 on détacha
M' du Mafel, Moftre de Camp
de Cavalerie , avec trois cens
chevaux Il paffa le Rhm &
trouvaldes Ennemis . De Lille ,
Capitaine de Carabiniers det
རྩྭ
GALANT 191
Vivans , qui en commandoit
trente les chargea , &entua une
vingtaine qui étoient Cuiraf
fiers.
Le 8 : de ce mois , le Roy
d'Angleterre vint à Paris, &
Jogea chez les Peres , de la
Doctrine Chrétienne , que Sa.
Majesté a voulu encore honorer
cette année d'une vifite
en leur maifon de S. Char-
Is fur 1's Foffez de S. Victor.. S
C'est une maison tres - bien
fituée & dun bel afpect..
Ce Prince y fut regalé avec
beaucoup de magnificence ,
par M le Duc de Lauzun
pendant trois jours qu'il y fe192
MERCURE
journa ; & reçu en fon entrée
& complimenté par le P. General
de la
Congregation , à
la tefte de fa
Communauté,
avec tout le refpect qui luy
cft deu.
Le Dimanche 31. du mois
paffé , M¹ les Evefques de
Tournay , d'Amiens & de
Clermont , furent facrez à
Paris , & M'
l'Evefque de
Chartres fut facré à S. Cyr
le mefme jour , par M. l'Archevefque
de Paris , fon Metropolitain,
qui avoit pour Affiftans
M d'Orleans , & M
de Meaux. Le lendemain ce
Prelat
GALANT. 193
Prelat prefta ferment de fidelité
entre les mains du Roy,
ce qu'ont fait auffi les autres
Evelques aprés leur Sacre , felon
la coutume . Ce ferment
Le prére dans la Chapelle ; au
les Officiers de la
lieu
que
Couronne
, &
les
principaux
Officiers
du
Roy
le
prétent
dans
l'appartement
de
Sa
Ma
jefté
.
Les
prefens
que
font
ceux
-cy
vont
aux
Officiers
de
la
Chambre
, &
coux
que
font
les
Evefques
,
vont
aux
Officiers
de
la
Chapelle
.
Vous
ne
ferez pas fâchée
de
voir quels font les fentimens
Septembre 1692. R
194 MERCURE
de tous ceux du Dioceſe de
Chartres touchant l'Illuftre
Prelat qui leur a cfté donné ,
& que vous avez connu fous
le nom de M' l'Abbé Defmarais
, qui s'étoit retiré à S. Cyr .:
Je vous ay parlé dans d'autres
Lettres de fes grandes qualitez ,
& je ne fçaurois douter que
vous n'en voyiez avec plaifir
une nouvelle peinture dans
l'Elegie que je vous envoye.
Elle eft de la compofition
de
M ' Danchet.
GALANT. 197
SESES & 2252222 5225
LA BEAUCE.
ELEGI E.
Souronnée ,
310
cyprés triftement
Ames ennuis mortels en proye abandonnées
Je pleurois mon Pafteur que la Parque
en couroux
Enlevoit aux dépens de mes voeux
fle's plus doux .
Mon coeur eftoit atteint de la douleur
amere ,
Qu'une Fille reffent à la meri defon
Pere.
Eh ! n'éprouvois-je pas un femblable
malheur,
Rij
196 MERCURE
Ne me fervoit-il pas de Pere & de
Paſteur ?
Mes yeux à tous momens eftoient
ouverts aux larmes
Mes plus aimables lieux avoient perdu
leurs charmes .
Je m'en prenois au fort , &m'affligeois
toujours,
De mes vives douleurs rien n'arrêtoit
le cours.
o Ciel! de mes regrets témoin impitoyable
,
Difois-je , quel forfait m'a pûrendre.
coupable?
Les voeux queje faifois vous ont ils
irrité ? ( vez ôtés
Rendez
-muy le Paſteur
que vous m'a- Vous n'avez
pû ſouffrir
le bonheur
de ma vie.
Fay perdu mon Prélat, magloire m'est
ravie.
GALANT.
197
Sila veriu pouvoit empêcherdeperir,
Il eftoit digne , helas ! de ne jamais
mourir.
De la jufte douleur dont je fuispoſſedée
,
Quel Succeffeurpourra détourner mon
idée ?
Mais LOVIS devenu fenfible à
mes malheurs,
A calmé mes ennuis , a deffèché mes
pleurs ;
Il arrache au repos d'une fainte res
traite
Un digne Succeſſeur's dont la vertu
parfaite
Vouloit s'enfevelir dans un lieu retiré,
Où de L'Amour divin ce Prelat penetré,
Animé du beau feu d'une foy pure &
vive ,
A
Fouilfoit des douceurs de la vie unie
tive.
Riij
198 MERCURE
Mais inutilement ilfe vouloir cacher,
LOVIS l'a découvert , il l'eft allé
chercher ,
13
Et par un jufte choix à nos fouhaits
propice ,
Luy fait voir qu'au merite il fait
rendre justice.
Qnoy que l'illustrefang de fes nobles
Ayeux
Le puft faire monter à ce rang glo
rieux ,
?
Sur tous fes Concurrens il a la préference
,
C'eft la feule vertu que Louis récom
penfe.
Dans les murs de Saint- Cyr reglé par
Sa vertu,
De fes Habits facrez on le voit revestu.
Il s'appreste à venir couronner noftre
1oye.
GALANT. 199
Meritons le bonheur que le Ciel nous
envoye .
Comme on voit une Vigne en un fe
eret vallon ,
Al'aide d'un Ormeau méprisant l'Aquilon
,
Porter fuperbementfes branches dans
la nuë, (nuë ,
Ainfi de mon Prelat ma gloire ſoute-
Croiftra de jour en jour au mepris
de l'erreur,
Et de mes Ennemis bravera lafureur:
Je conçois de fon nom un fortuné
préfage ,
De ma felicité fon merite eft legage:
De fes difcours touchans les lâches
coeurs frapez ,
Du foin de leur falut feront plus oc-

cupez ,
Et rallumant les feux d'une foy
prefque éteinte,
Riiij
200 MERCURE
Il leur infpirera l'amour avec la
crainte.
il valeur découvrir parfes rares wertus
,
Du celefte fejour les fentiers peu battus.
Les conduifant luy- mefme au milieu
des orages
,
Il lesgarantira desfuneftes naufrages..
Ils peuvent à ce Guide abandonner
leur fort..
Le Vaiff au fans peril eft feur d'aller
au
port
Ceux qu'un amour impur captive
dans fes chaînes ,
Trembleront au recit des infernales
peines ,
Et voyant leur Paſteur brûler d'un
faint amour,
Ils voudront commencer d'en brûler à
leur tour.
GALANT. 201
Ce Furieux qu'irrite une legere offenfe
,
Queflate dansfon coeur l'espoir de
fa vangeance,
Le voyant aux genoux de fes fiers
Ennemis .
Fleurera le malheur où fes tranfports
l'ont mis..
Le Pauvre en fa cabane où le deſtin
Paccable
.
Attendrafans feplaindre un fecours
charitable.
Le Riche en fon Palais au comble du
bonheur,
Confervera toujours la pauvreté du
coeur.
De toutes les vertus c'est le parfait
modells ..
On vole en l'imitant à la Gloire Eter
nelle.
Heureuse de jouir d'un bien ſi pres
cieux.
202 MERCURE
1
"Mon coeur n'aspire plus qu'à le voir
en ces lieux .
Momens , qui prolongez trop long.
temps fon abfence ,
Que vous paroiffez longs à mon
impatience ! (coſteL
Déja mes Habitans courent de tous
Et témoignent l'ardeur dont ils font
transportez.
Ciel, de noftre deftin ne troublez pas
les charmes.
Et ne nous causez plus de funeftes
alarmes.
I biens ,
Protegez ce Prelat, comblez- le de vos
*Retranchez de nos jours pourprolon
ger les fiens.
M' du Cambout , Marquis
de Coiflin & de Pont-Chaf
teau , & Fils de M' le Duc de
GALANT. 203
Coiflin , vient de perdre Marie
Loüife d'Alegre , fa femme ,
aprés treize mois de maladie ,
pendant lefquels elle a fait pa-
Toître beaucoup de preté , de
conftance , & de réfignation ,
Elle a efté inhumée aux grandes
Carmelites , où elle avoit
choifi fa fepulture . Elle eftoit
Soeur de M le Marquis d'Alegre
, Colonel de Dragons, qui
vient de paroiftre avec tant de
diftinction dans le Combat
de Stein Kerke . Ils eftoient
proche parens de la premiere
Femme de feu M' le Marquis
de Seignelay , & en avoient he
204 MERCURE
rité de grands biens , dont M
le Marquis d'Alegre demeure
unique heritier par la mort de
Madame la Marquife de Coiflin
fa Soeur. Je ne vous diray
rien de ces deux illuftres Mai
fons , l'une en Bretagne & l'autre
en Auvergne , vous en
ayant déja parlé en plufieurs
occafions.
Veicy les noms de quelques
autres perfonnes confiderables
que nous avons perduës
dans le mefine temps.
Meffire François de Rouffelé
Marquis de Saché , Chevalier
d'honneur de Son Alteffe
GALANT. 205
Royale Madame. Il eftoit
d'une tres-illuftre Maifon , &
Parent de ce qu'il y a de plus
diftingué en France .
Meffire Michel de Ligny ,
Sieur de la Bretefche, Capitaine
de Vaiffeau du Roy. Il eftoit
Neveu de feu M ' de Ligny ,
Evefque de Meaux .
Meffire Anet d'Eſcars, Marquis
de ce mefme licu , Baron
de la Motte , Saint Sever , &
Ocanville . Il eftoit Gouverneur
de Honfleur.
Meffire Nicolas Brulart , Baron
de la Borde , Premier Prefident
au Parlement de Dijon,
206 MERCURE
où il fut reçu en 1657. Il y acu
en ce Parlement divers premiers
Prefidens de cette Famille
; fçavoir , Denis Brulart ,
Baron de la Mote , qui ayant
efté mis en poffeffion de cette
importante Charge l'an 1570 .
la refigna en 1610 à Meffire
Nicolas Brulart fon Fils . Cette
Famille eft originaire d'Artois.
Jacques Brulart , Baron
de Heez & d'Agnets au Comté
d Artois , fut Prefident aux
Enqueftes du Parlement de Paris
, fous le regne de Philippes
de Valois. Nicolas Brulart ,
Marquis de Sillery, Vicomte
GALANT.
207-
de Puifieux , & Baron de Bourfault,
fut Maistre des Requef
tes &
Ambaffadeur en Suiffe ,
aprés quoy Henry IV. le fit
Prefident au Parlement de Pa-)
ris , enfuite Garde des Sceaux ,
& enfin Chancelier de France .
NoëlBrulart fon Fils , fut Procureur
General au Parlementde
Paris , & Pierre Brulart, Seigneur
de Crofne & de Genlis
exerça la Charge de Secretaire .
d'Eftat fous Charles IX . Il y a
cu un autre Pierre Brulart ,
Seigneur de Sillery , auffi Sccretaire
d'Eftat fous le regne
du Roy Henry IV . Brulart
208 MERCURE
porte de gueules à la bande d'or
chargée d'une traifnée de cinq Ba
riques defable.
Les Vers que je vous envoye
far la mort de M' Brulart premier
Profident au Parlement
de Bourgogne , vous feront
connoître combien il eftoit
aimé & cftimé dans cette
Province .
SUR LA MORT
De Mr Brulart, Premier Prefident
de Dijon.
1 DILLE.
Q Velfon trifte &fatal vient de
fraper les airs ?
Helas ! eft- ce vous que je perds ?
GALANT 209
1
Brulart , la Parque inexorable
Fient- elle de trancher des jours f
précieux ,
Et la terre trop miferable
Bf- elle enfin reduite à vous ceder
aux Cieux?
S
Ah! je n'en doute plus ; les vertuss
éplorées ,
Par vous constamment honorées,
Mele difent affez parleur abattement.
La Justice en ce dur moment
De fes tremblantes mains voittomber
la balance s
On implore en vain fon pouvoir,
Elle n'écoute point les cris de l'inno-
[ devoir.
Et femble en cet inftant oublier for
cènce ;
$
La Pieté fa Soeur, triſte, mais plus
conftante ,
Sept. 1692 .
S
210 MERCURE
Profternée au pied des Autels,
Prioit en vain les Immortels
Pour voftre fanté languiffante.
Elle connoift que fes efforts
Ne peuvent ranimer les debiles ref
forts
D'une machine chancelante ,
Les Arrefts du Cielfont tropforts.
Par de profonds foupirs qu'un Zele
ardent enflame,
Les voeux qu'elle faifoit pour lefalut
dn corps ,
Sont donnez au falut de l'ame.
2
Vers elle je vois dans ces lieux
D'un pas ferme avancer l'intrepide
Conftance.
Sur fon front paroift l'assurance,"
Elle veut imiter les inftans glorieux,
Et la fage fierté de vos derniers adieux,
GALANT. 211
Mais bien-toft d'elle- mefme elle n'eft
plus maistreffe ,
Et cede enfin à fa tendreſſe .
Ses yeux remplis de pleurs font couverts
defa main ;
Mais tandis qu'elle veut nous cacher
fa faiblesse ,
Ses larmes inondent fon fein.
2
Peut-on reprefentert affliction extrême
De toutes les autres Vertus ?
Quandon voitfuccomber la Conance
elle-mefme ,
Quels coeurs nefontpoint abattus !
Prés de voftre Epouse fidelle
Toutes courent remplir un trop jufte
devoir ,
Et retenir fon defeſpoir.
Sans leur fecours que feroi t elle ?
S
Leurs foins toujours actifs l'arrachent
au trépas , Sij
212 MERCURE
Mais fa vive douleur ne fe modere
Pas
Ellefemble au contraire eſtre plus vios
lente.
Quels pleurs & quelsfanglots! quelle
plainte touchante !
Mais en vain fes foupirs voudroient
vous rappeller,
En d'eternels ennuis elle fe voit plongée.
O Ciel , qui l'avez affligée,
Vous pouvez feul la confoler.
B3
Vous, tendres rejettons d'une unionfi
belle ,
Enfans d'un fi pur fangproduits,
Meditez votre Pere & lesjours & les
naits ,
C'est pour vous un parfait modelle,
Tous vos pas ferontfeurspar ce Guide
conduiss.
GALANT 213
Il vous dira que la nobleſſe ,
Que ce que la fortune a de pompeux
dehors,
Que lesgrandeurs, que la richeffe
Ne font rien au prix des trefors
Que donne l'exacte fageffe.
2
Et pour vous, ogrande Ame,accordez--
moy. l'honneur ,
De vous rendre encorcet hommage..
A diftinguer ma voix dans ce commun
malheur ,
La reconnoiffance m'engage..
Mes Vers n'ont pas la vanité
De pretendre paffer à la posterité,
Et de fervir à votre gloire.
Les belles actions d'un Herosfivanté,
Sans le foible fecours des Filles de-
Memoire ,
Vous répondent affez de l'immorta--
lité.
214 MERCURE
6
Il n'y a point de jour que
l'on doive celebrer avec plus
d'ardeur que celuy de la naiffance
du Roy qui arrive tous
les ans le 5. de ce mois. C'eſt
un devoir dont Mademoifelle
l'Heritier de Villandon
s'eft acquittée par ces Vers . Je
vous ay déja parlé du merite
de cette Demoiselle , qui eft
eftimée de beaucoup de Perfonnes
de qualité , & qui joint
à une grande vertu un fçavoir
peu ordinaire.
GALANT 21
215
POUR LE JOUR
de la Naiffance du Roy.
R` Affemblezaujourd'huy lesplaifirs
& lesjeux.
Qu'en ces célébres murs on allume
des feux ,
Et que tout le Peuple y déploye
Les vifs & doux tranſports d'une
éclatantejoye.
France , c'eft dans cet heureuxjour
Que Louis receut la lumiere.
Si toft qu'il commença fon augufte
carriere ,
Ilfut de tous les coeurs & l'espoir &
l'amour ,
Mais de quelque vafte efperance
Qu'il ait pu nous combler dans fon
aimable enfance
216 MERCURE
Il la furpaffe bien encor.
Toujours à la vertu propice,
Parfa bonté, parfajustice,
Il ramène le Siecle d'or.
S
Son regne est un tiffu de furprenans
miracles ;
En vain les folles unions
De centjaloufes Nations
Prétendoient luy fervir d'obfta
cles ;
Il donne à l'Univers les merveilleux
Spectacles
De mille auguftes actions..
En vain l'Ufurpateur qui fit naiftre
la Ligue,
Oppose à ce Vainqueur & la force &
la brigue.
..
Noftre grand Royfeul contre tous
Accable ce Tyran par d'intrepides
coups,
Nous
GALANT 217
Nous verrons fous leur poidsfuccom
ber un perfide ,
Il a déjafenti d'aßez rudes revers.
Noftre vaillant Heros , à l'exemple
d'Alcide ,
De Monftres odieux veut purger l'Univers.
Laprise de Namur , le Combat de Tubize
En ont prefque achevé lafameuse entreprises
Mais tandis que Louis , rempliffantfes
projets,
Fait reffentirpartout le pouvoir defes
armes ,
Nempesche que Mars & fes triftes
allarmes
Ne
viennent troublerfes Sujets .
Nous le voyons montrerfans ceffe
Aux Peuplesfortunezqui viventsous
fes loix
Septem. 1692 . I
218 MERCURE
Que leur bonheur ſeul l'intereſſe ,
Et qu'il eft le plus grand& le meilleur
des Rois.
2
Celebrons donc lejour où le Ciel à la
Terre
A fait prefent de ce Heros ,
Auffifage au milieu des horreurs de
la guerre
Qu'occupé noblement dans lefein du
repos .
Prions pour luy le Ciel d'une ardeur
vive & pure.
Ah ! s'il veut nous donner un bonheur
afſuré ,
Qu'il faffe feulement ( propice à la
Nature)
Que de Louis le Grand , le charmant
regne dure
Encore plus qu'il n'a duré.
GALANT. 219
Le Pape Alexandre VIII.
a canonifé le Bien heureux
Jean de Dieu , Fondateur de
l'Ordre des Religieux de la
Charité,fi utile au Public pour
l'affiftance continuelle qu'ils
rendent jour & nuit aux hom
mes malades dans leurs Hôpitaux,
où ils font panfez, nourris
& medicamentez
avec grand
foin. Ces Hôpitaux font en
fort grand nombre en France ,
en Elpagne , & en Italie , & autres
Pays de la Chreftienté . Les
Religieux de la Charité de Pa-
Tis ont fait pour la folemnité
de la Fefte de ce Saint Fonda
Tij
220 MERCURE
teur , uue Octave folemnelle
en leur Eglife au Fauxbourg
Saint Germain des Prez lez
Paris . Elle commença le 16 , du
mois paffé , & l'ouverture s'en
fit par les premieres Vefpres ,
où M' l'Archevefque d'Alby
officia. Le lendemain Dimanche
la grande Meffe y fut celebrée
en Mufique , & les jours
faivans plufieurs Chapitres &
Paroiffes de Paris y font venus
celebrer la grande Meffe , fçavoir,
le Lundy la Paroiffe Saint
Sulpice;le Mardy les Peres Au
guftins Reformez du Fauxbourg
S. Germain ; le MerereGALANT.
221
dy la Paroiffe Saint Euſtache ;
le Jeudy le Chapitre & Paroiffe
de Saint Benoift ; le Ven-'
dredy l'Archipreftre & Paroif
fe de Saint Severin ; le Samedy
la Paroiffe de Saint Louis en
l'Ifle ; & le Dimanche 24. da
mefme mois, jour de l'Octave
& clôture , le Chapitre & Pa
roiffe Saint Germain l'Auxerrois
. Plufieurs celebres Predicateurs
y ont prefché pendant
cette Octave , fçavoir Dom
Charlier, Religieux Benedictin
de l'Abbaye de S. Germain des
Prez , M' Tougard , Docteur
en Theologic , Curé de Con
Tiij
222 MERCURE
flans & du Bourg de Charenton
; le Pere Loir , Religieux
Auguftin Reformé du Fauxbourg
Saint Germain ; le Pere
Alexis du Buc , Superieur des
Clercs Reguliers Theatins de
Sainte Anne la Royale; le Pere
Guibert , Preftre de l'Oratoire
; le Pere Sablé , Jefuite ;
Dom Hierôme , Feuillant ; &
M Hideux , Curé de la Paroiffe
des Saints Innocens .
Le Roy de Pologne ayant
toujours nommé au Cardinalat
des Sujets dignes de remplir
ces premiers rangs de
Eglife , ceux qui ont cu ces
GALANT: 223
avantages , ont toujours efté
agréez de Sa Sainteté ; &
comme Sa Majesté Poloniofe
y vient de nommer M' le
Marquis d'Arquien, Pere de la
Reine fon Epoufe , il y a lieu
de croire que le Pape témoi
gnera beaucoup de fatisfaction
de ce choix , & que dans
la premiere Promotion qui fe
fera pour les Couronnes
, Sa
Sainteté n'oubliera pas d'en
donner
des marques
.
Prefque en mefme temps
que le Roy de Pologne cut
fait cette nomination , M le
Marquis d'Arquien receus.
Tiiij
224 MERCURE
une nouvelle qui luy fur fort
agreable, puis qu'il apprit que
le Roy de France ayant affic
gé Namur en perfonne , s'en
cftoit rendu le Maiftre. Ce
Marquis voulant en marquer
fa joye , choifit le temps que
tous les Seigneurs du Royaume
, & les Grands Officiers
de la Couronne eftoient affemblez
à Javarow pour un
grand Confeil , au fujet des
propofitions de Paix , dont
I'Ambaffadeur du Kan des
Tartares eftoit chargé . Il les
traitá avec beaucoup de ma
gnificence . Il y avoit deux
GALANT. 225
tables de quatorze couverts
chacune. On entendit pendant
le repas une agreable
fimphonie , & l'on y but de
licieuſement. Le Roy de Pologne
qui fçavoit à quelle occafion
fe faifoit la Fefte , leur
avoit envoyé de fon meilleur
vin . On y but plufieurs
fois pendant le repas à la
fanté de Sa Majefté Tres
Chreftienne , & M¹ le Marquis
d'Arquien , parlant de
ce Monarque , l'appella toujours
fon bon Maiftre. Onem.
ploya la plus grande partic
du temps que l'on fut à table,
236 MERCURE
à parler de fes Conqueftes , &
des avantages qu'il y a de
fervir un fi grand Roy , &
d'eftre de fes Amis.
Je vous envoyay le mois
paffé une Lettre de Lion tou
chant l'hiftoire de la Baguet
te qui fait aujourd'huy tant
de bruit par tout Non feulement
cette Lettre a paru curieufe
à tous ceux qui l'ont
veuë , mais on l'a trouvée fort
bien écrite , ce qui a fait fouhaiter
les Ouvrages qui partent
de la mefme Plume .
C'eſt ce qui m'engage à vous
envoyer une feconde Lettre
GALANT 227
de la mefme
perfonne fur
cette mefme matiere.
I
A Lyon ce 6. Septembre 1692 .
E commenceray Monfieurs
par vous dire , que le nombre
de ceux qui ont la vertu de
baguette , augmente icy tous les
jours. Il y en a déjaſept ou buit
reconnus pour tels , par des experiences
, dont j'ay moi - meſme
été le témoin , & je n'ay eu depuis
cinq ou fix jours de commer
ce qu'avec eux . Cela me met en
état de répondre aux questions
que vous me faites fur cette matiere
touchant les faits. Je vou
228 MERCURE
drois bien que ces éclairciffemens
là nous en puffent donner quelques
uns pour les caufes immediates
de ces effets , mais c'eft ce
que je defire plus que je ne l'efpere,
il nous manque pour cela
des organes que la raifon ne peut
fuppléer. Je viens aux faits .
Toute forte de bois eft fufceptible.
de l'impreffion que ceux qui ont
la vertu de faire tourner la baguette
dans leurs mains luy donnent
naturellement . Le bois vert
neanmoins reçoit plus facilement
cette impreffion que le fec , c'està
dire , qu'une baguette de bois
vert tourne plus vifte & plus
GALANT 229
faite
promptement qu'une de bois fec
plus le bois eftporeux , plus la
baguette tourne vifte.
La baguette dont on fe fert eft
ordinairement en fourchette
que l'on tient par les deux bouts.
On peut néanmoins fe fervir d'une
fimple , la tenir dans fes
deux mains un peu ployée en arc,
afin qu'elle en tourne plas promprement.
Quand elle ne feroit
pas ployée , ou que mesme on ne
la tiendroit que dans une main ,
elle ne laifferoit pas
mais plus infenfiblement .
La baguette n'est qu'un figne
indicatif du mouvement qui eft
de
tourner
230 MERCURE
excité dans celuy qui la tient ,
par les efprits de quelques corps
étrangers qui fe trouvent avoir
avec tel ou tel homme , une pro- ·
portion determinée à exciter tel
ou tel mouvement.
Dans les cas où les mouvemens
font vifs , par exemple
dans les affaffinats , on peut fe
paffer de baguette pourfuivre les
Meurtriers, & l'on fe fent affez
averty par le mouvement &
Pagitation interieure ; mais dans
les cas où cette agitation interieure
n'eft pas affez fenfible , par
exemple, quand on veut trouver
de l'argent , la baguette eft neGALANT.
231
ceffaire pour manifefter ce qui
n'est pas affez connu , & à par
ler proprement , c'est elle qui fonne
l'heure. Il faut neanmoins
encore remarquer , qu'il y a des
perfonnes qui s'en passent plustoft
que d'autres , c'est- à- dire , ceux
où l'impreffion des efprits étrangers
eft plus forte , car ceux fur
lefquels elle est moins forte ne
fententpas affez de mouvement
d'agitation pour estre determinez
interieurement , & ils
ont befoin de ce figne exterieur
qui les determine.
Par les recherches que j'ay
faites , il ne me paroift pas que la
232 MERCURE
fubtilité des fens , la delicateffe
des organes , le regime de vie , les
paffions , l'éducation , contribuent
en rien à cette vertu , ayant
trouvé tout cela fort different
dans ceux qui la poffedent , &
rien d'extraordinaire dans aucun
d'eux , il y a bien apparence &
qu'elle confiste dans une certaine
proportion des efprits étrangers
avec ceux du fujet dans lequel
elle agite , mais que cette propor
tion échappe à nos fens . Par tout
ce que j'ay veu jufqu'icy , il me
paroift que dans ceux qui ont
cette vertu , les Simptomes font
plus violens pour
te meurtre que
GALANT 233
pour toute autre chofe . Quelquesuns
d'eux m'ont dit neanmoins
qu'ils étoient prefque pareils pour
la decouverte des limites , mais
je n'ay fait encore d'experiences
que fur le meurtre , le vol , les
metaux , les eaux . Ce Simptome
ordinaire est une agitation
interieure qui produit dans quelques
uns des tremblemens , des
fueurs, des maux de teste & prefdans
tous , des palpitations de
caur, de frequens battemes d'ar
teres,mais je n'ay obfervé ces Sim
ptomes que dans le cas du meurtre
, car dans les autres cas , ceux
qui ont cette vertu ne reffentent
Sept. 1692 .
que
V
234
MERCUR
qu'une agitation interieure que
la plufpart mefme ne remarquent
que parce que la baguette tourne.
L'agitation & les symptomes
qui la fuivent font plus violens
fur la terre que fur l'eau ; mais
cela eft égal dans une carve ou en
plein air , de mefme que pendant
la fanté ou l'indifpofition de ceux
qui ont cette vertu . Je n'ay pas
remarquéjusques icy que la jeuneffe
on la vieillesse ferviffent de
quelque chofe à augmenter ou à
diminuer cette vertu , ny que ·les
Simptomes en foient plus violens
dans ceux qui ont mangé que
dans ceux qui font à jeun .
Je n'ay fait d'experience jufGALANT.
235
ques à prefent de cette vertu que
dans les cas des meurtres , des
métaux & des eaux ; mais il eft
certain qu'elle s'étend auffi à la
découverte des limites .Je fais en
core qu'il y a des gens qui en ont
fait icy fur des Dames & Demoiselles
de la petite vertu ; mais
je n'en ay pas efté témoin & je
crois que l'ufage de cette expérience
feroit un peu dangereux . D'ail
leurs , pourquoy s'en ferviroit - on
plutoft à l'égard des femmes que
des hommes ? Je crois en verité
que fur cette matiere le meilleur
eftpour les uns & pour les autres ››
de laiffer la baguette en repos.
Vij
236 MERCURE
Voila , Monfieur , tout ce que
je puis répondre aux questions que
vous me faites . Fefpere que vous
ne m'en ferez plus , & que vous
aurez déja trouvé cinquante perfonnes
à Paris qui ont cette mef
me vertu.
Un des Complices du meurtre
qui a donné occafion à la fcene de
la Baguette , & que l'on avoit
fuivi jufqu'à Beaucaire par ce
moyen- là¸a efté rompu vificy depuis
deux jours. Il a tout avoué,
fa confeffion s'eft trouvéefi conforme
à tout ce que la Baguette.
avait indiqué , & à cinquante
autres preuves & circonstances
GALANT.
237
que l'on avoit eues d'ailleurs , que
jamais affaire de cette nature n'a
eftémieux éclaircie . On a fuivi
les autres Complices plus de trente
lieuës en mer avec la Baguette ;
mais quand on a esté aſſuré qu'ils
prenoient la route de Gennes , on
eft revenu & on a bien fait , car
on ne les auroit pû arrester à Gennes
, & peut-eftre auroit on mis
à l'Inquifition l'homme de la Baguette..
Si dans la fuite it arrive icy
quelque chofe de nouveau qui regarde
cette matiere , je ne ¯manqueray
pas de vous en informer
eftant , Monfieur, Voftre &c.
*
228 MERCURE
Les belles perfonnes ne font
pas toûjours les plus aimables,
& ce que je vais vous dire vous
convaincra qu'il eft quelquefois
dangereux pour elles de
Le prévaloir trop de cet avantage
. Un Cavalier affez délicat
dans les fentimens , & fort cftimé
par fon efprit & par ſa naiffance
, s'eftant un jour rencontré
à l'Opera auprés d'une
jeune blonde dont les yeux
cftoient fort vifs , fut comme
éblouy tout à coup de fa beauté.
Il la regarda attentivement,
& les évenemens de la Piece
qu'on reprefentoit luy donfa
GALANT. 239
nant fujet de l'entretenir , il
s'y attacha d'une manière qui
fit connoiftre à la Belle les impreffions
qu'elle faifoit ſur ſon
coeur. C'eftoit un de ces vifages
que l'on peut dire avoir
efté faits au tour . Elle avoit
le teint uny , & d'un éclat à
furprendre , & le brillant
répondait à la regularité
des traits. Il ne fe paffa rien
dans tout l'Opera qui ne leur
fournit quelque matiere de
dire des chofes agreables , &
jamais temps ne coula fi vifte.
La Belle fe fit un plaifir de
paroiftre aimable au Cava240
MERCUR E
lier , & le Cavalier ceda mal
gré luy au charme qui l'entraif
noit. Avant que de la quitter
il fceut qu'elle demeuroit avec
une Tante , qui prenant foin
de la divertir l'avoit amenée à
l'Opera. Il les conduifit à leur
Carroffe , & ayant obtenu permiffion
de les voir chez elles ,
il y alla dés le lendemain . La
Belle de fon cofté , qui le vic
parler à quelques perfonnes
qu'elle connoiffoit , fut informée
de fon nom , & le receut
comme un homme qui ne
pouvoit que luy faire honneur
par les vifites. Elle cut pour
luy
GALANT. 241
luy des airs d'agrément , & de
complaifance qui le rendirent
en fort peu de temps le
plus amoureux de tous les
hommes. La Belle n'avoit qu'à
fe ménager pour affujettir entierement
le Cavalier à fes volontez.
Le party eftoit tresavantageux
pour elle , & elle
avoit une Amic qui luy donnoit
là- deffus de fort bons
confeils. C'eftoit une Fille.
d'un fort grand merite , & qui
par la bonté de fon coeur, &
par la droiture de les fentimens
l'emportoit fur la plufpart
des perfonnes de fon Se
Septembre 1692 .
X
242 MERCURE
que
xe; mais elle avoit un defaut
qui s'oppofoit à l'eſtime
l'on auroit cue pour fes belles
qualitez , fi on cuft voulu
les examiner. Elle eftoit
fort laide , & cette laideur ,
caulée en partie par la
petite
Verole
qui l'avoit
fort maltraitée
,
empêchoit
qu'on
n'euft
envie de s'attacher
à
connoiftre
ce qu'elle
valoir .
Le Cavalier
qui les rencontroit
fort fouvent
enſemble
,
difoit à la Belle en plaiſantant
,
aprés
qu'elle
eftoit
partie
,
qu'elle
avoit grand
tort de fe
défier de fa beauté ; que les
GALANT. 243
Avantages qu'elle avoit receus
de la Nature eftoient affez
grands pour n'avoir pas befoin
d'eftre relevez par une oppofition
fi defagreable , & qu'en
leur donnant un femblable
relief , elle oublioit qu'elle ne
laiffoit goûter qu'à demy
L'extrême plaifir qu'il y avoit
à la voir La Belle luy répondoit
fur le meſme ton , que
quand on avoit quelque agrément
capable de plaire , on
eftoit contraint de fe retrancher
fur quelque laide perfonne
, fi on vouloit avoir une
Amic , parce que la jaloufic

Xij
244 MERCURE
eftoit fi commune entre toutes
celles qui fe piquoient de
beauté , qu'elles alloient quelquefois
jufqu'à la haine , ce
qui les portoit le plus fouvent
à fe déchirer les unes les autres
. Cependant le Cavalier
n'avoit jamais à fouffrir longtemps
de la veuë de fon Amic.
Comme il fe contentoit de la
faluër en arrivant, elle fe retiroit
prefque auffitoft de la même
forte, fans ſe vouloir met -
tre de leur converſation ,& il fe
faifoit un petit triomphe de
ce qu'il voyoit que fa prefence
l'obligeoit à fuir . Si le plaifir
GALANT. 245
4
qu'il fentoit à eftre auprésde
la Belle n'eftoit point trouble
de ce cofté- là , il eut d'autres
peines qui luy furent plus fen.
fibles. Elle ne fe fut pas plûtoft
apperceuë de l'entier pou
voir qu'elle avoit fur luy, que
ceffant de fe contraindre , &
negligeant les avis de fon Amie,
elle n'eut plus aucun foin
de déguifer les defaurs qui
luy eftoient naturels . C'eſtoit
la perfonne du monde la plus
inégale , & qui s'abandonnoir
le plus au caprice . Le
Cavalier eftoit quelquefois
furpris de la trouver dans une
Xiij
246 MERCURE
froideur pour luy qui appro
choit de
l'indifference ; &
quand il luy demandoit
en
quoy il pouvoit
luy avoit
déplu , elle luy
répondoit
d'un ton aigre , qu'elle ne
comprenoit pas pourquoy il
vouloit fe plaindre d'elle, puis
qu'elle agiffoit toujours de
la mefine forte , & que fi
cela luy paroiffoit autrement,
il falloit qu'il cuft quelque
chofe dans la tefte qui le dérangcoit
, & dont elle n'avoir
pas envie de fe rendre refponfable.
Un procedé fi bizarre
ayant obligé le Cavalier à la
GALANT 247
que
la
vouloir mieux connoiftre a
vant que d'aller plus loin fur
les propofitions de mariage
qu'il avoir déja commencé à
faire , il luy fut aifé de remarquer
qu'il n'y avoit rien de
reglé dans fon efprit, &
beauté de fon vifage luy faifoit
prendre un orgueil mal digeré
qui luy laifoit croire que tour
luy devoit cftre permis. Pendant
ce temps , un jeune étourdy
luyrendit quelques devoirs,
& le plaifir qu'elle eut de s'entendre
dire des douceurs par
une nouvelle bouche , le fit recevoir
affez agréablement . Le
X iiij
248 MERCURE
Cavalier fe plaignit à elle des
vifites trop affiduës qu'elle
luy fouffroit , & la Belle per
fuadée qu'il y alloit de fes
avantages de l'accoutumer à
la laiffer maiftreffe de fes volontez
, luy dit
fierement que
le commerce des honneftes
gens n'avoit jamais efté défendu
, & qu'elle ne croyoir
pas qu'il la vouluſt épouſer
pour l'affujettir à ne voir perfonne
. Des réponſes fi contraires
à ce qu'il pouvoit attendre
d'elle , luy firent connoistre
qu'il rifquoit beaucoup
s'il s'obtinoit dans fa
GALANT. 249
*
fes
paffion . Il fe fit un combat
fort violent dans fon ame , &
pour calmer l'agitation qu'il
y fentit , il alla chez fon Amie,
& luy expliqua tous les chagrins
, en luy avouant que
manieres luy donnoient un
tel dégouft , qu'il ne fçavoit
pas fi tout l'amour qu'il avoit
pour elle , feroit affez fort pour
l'emporter fur ce que l'inégalité
de fon humeur luy faifoit
craindre . Son Amie , fage &
judicieufe, luy reprefenta toutes
les raifons qui le devoient
engager à ne pas rompre l'engagement
où il fe trouvoit.
250 MERCURE
Elle luy fit voir qu'il eftoit
fort naturel à une jeune perfonne
, flatée , &par ſa beauté,
& par les douceurs qu'on luy
difoit , de n'eftre pas toujours
fur les gardes pour oblerver
s'il n'entroit point un peu de
préfomption dans les fentimens
qu'elle avoit de fon merite
, qu'il falloit toujours luy
pardonner quelque chofe en.
faveur des avantages dont la
nature avoit pris plaifir à la
combler , mais qu'aprés rout
elle répondoit du coeur de la
Belle qu'elle fçavoit eftre tout
à luy, & qu'il verroit le profit
GALANT. 251
·
qu'elle tireroit de fes leçons ,
quand il feroit tout à fait en
droit de luy en donner . Elle
parla avec une éloquence admirable,
& en prenant le party
de fon A mic , cllcaffoiblit avec
tant d'adreffe les fujets qu'il
croyoit avoir de n'en eftre pas
content, qu'aprés un entretien
de deux heures , il fortit plus
affermy quejamais dans le def.
fein de l'aimer toujours. Cependant
elle crut ne pouvoit
fervir plus utilement la Belle
qu'en luy rendant compte de
ce qui s'eftoit paffé . Ce qu'elle
luy dit fut accompagné de
252 MERCURE
remontrances fur ce qu'elle
hazardoit à manquer de com
plaifance pour le Cavaliers
que trop de fierté pouvoit rebuter
, & de qui la jaloufic
eftoit obligeante , puis que
l'ombre d'un Rival alarmoit
toujours quand on aimoit vcritablement.
La Belle luy répondit
qu'elle prenoit des inquietudes
inutiles ; que le Cavalier
eftoit trop bien pris
pour pouvoir rompre fes chaî
nes ; qu'il eftoit bon de mettre
les chofes fur un certain pied,
dont on puft tirer fes avantagés
, & que trop de complai
GALANT 253
fance ne pouvoit fervir qu'à
gafter les hommes . Pleine de
ces fentimens que fa vanité
luy infpiroit , non feulement
elle negligea de fe corriger de
fes defauts, mais ne diminuant
rien de fes fantaisies bizarres,
elle plaifanta le Cavalier fur
le regale qu'il s'eftoit donné
par fa vifite , en contemplant
à loifir les laideurs de fon Amie.
La plaifanterie fut pouffée
fi loin, qu'il ne put enfin
s'empêcher de dire , que fi fon
Amie n'eftoit pas belle , elle
réparoit avec beaucoup d'avantage
par une humeur dou254
MERCURE
de
ce & par un efpritfolide , l'injuſtice
que la nature luy avoit
faite
, & que c'eftoit
peu
chofe que les yeux ne fuffent
pas tout-à fait contens quand
on eftoir auprés d'elle , puis
que l'agrément de fa converfation
, & la beauté de fon
ame avoient de quoy fuppléer
à ce qui manquoit à leur plaifir
. Comme ces louanges é
toient autant de reproches
pour la Belle , qui eftoit bien
éloignée de luy reffembler par
l'humeur & par l'efprit , elle
s'en fit une offenfe qu'elle fentit
vivement, de forte quefon
1
GALANT: 255
Amie , à qui le Cavalier eftoit
allé faire de nouvelles plain
tes , eſtant venue l'avertir une
autre fois du peril qu'elle couroit
de le perdre par fon obfti
nation à le chagriner , elle la
menaça fierement de rompre
avec elle , fi elle continuoit à
recevoir fes vifites . Le Cavalier,
qui luy ayant reconnu un
merite fingulier, prenoit plaifir
à l'entretenir , ne manqua
pas de luy en rendre encore
unepeu de jours aprés , & fuè
fort furpris de la priere qu'elle
luy fit de ne la plus voir ,
parce que c'eftoit la brouiller
*
3
256 MERCURE
8
avec la Belle à qui elle në
youloit point donner fujet ,
s'ils avoient ensemble quelque
differend, de l'accufer d'en
eftre la caufe. Elle ajouta que
quelque grand qu'il puft eftre,
l'amour prendroit foin de le
terminer , & qu'il n'y avoit
aucune neceffité qu'elle fe
melaft plus long temps de
leurs affaires . Le Cavalier répondit
que malgré les deffenfes
de la Belle , il la verroit
comme il avoit commencé ,
& que fi les marques d'eftime
qu'il eftoit ravy de luy donner,
luy faifoient perdre une
GALANT 257
Amic , il luy offroit en luy un
Amy parfait qui pourroit luy
donner lieu de ne la pas regretter.
Les inftances qu'elle fit
pour l'obliger à fufpendre
jufqu'aprés fon mariage les témoignages
d'amitié dont il la
flatoit, furent inutiles . Il s'ob .
ftina à la voir , & luy fit toûjours
paroiftre un grand dégouft
pour la Belle, en faveur
de qui elle ne ceffa de luy parler
. Cette intelligence qui ne
pouvoit aller qu'à fon avantage
, la bleffa mortellement &
non - feulement elle traita fon
Amie avec beaucoup de froi-
Septembre. 1692 .
Y
258 MERCURE
deur,mais elle railla leCavalier
fur fon bon goût, en luy difant
qu'elle voyoit bien qu'il avoit
pris de l'amour pour cette Amie,&
qu'elle ne pouvoit que
luy applaudir d'avoir eu d'affez
bons yeux pour faire un fi
digne choix .Toutes ces chofes
ne firent qu'aigrir le Cavalier ,
qui admirant tous les jours de
plus en plus la droite raifon
de cette Fille , & l'égalité qu'elle
avoit en tout , en fut enfin
tellement touché qu'il crut
qu'ayant à prendre un engagement
qui devoit durer toute
fa vie , il ne pouvoit rien
GALANT. 259
faire de mieux que de l'époufer
. Infenfiblement il s'eftoit
accoûtumé à ſa laideur qui ne
luy paroiffoit plus avoir rien
de dégoutant . Elle avoit la
taille fine , la gorge belle , de
belles mains , de beaux bras ,
& ce qui eftoit beaucoup plus
confiderable , il ne luy manquoit
rien du cofté de l'ame
de ce qui pouvoit rendre un
homme heureux. Ainfi il luy
declara la penfée où il eftoit
& elle en fut fi furprife que .
l'imputant à un defir de vangeance
mal examiné , & qui
feroit infailliblement fuivy
Y ij
260 MERCURE
d'un prompt repentir , elle le
pria de confiderer la differences
qu'il y avoit d'elle à la char - z
mante perfonne qu'il vouloit
quitter. Ill'affeura qu'il avoit
fait de longues reflexions fur
ce qu'il luy propofoit & que
c'eftoit aprés un ferieux examen
, & fans nul deffein de fe
vanger , qu'il en vouloit à fon
coeur . Il curbeau pourtant luy
donner cette affeurance , elle
demanda unmois pour luy ré
pondre , & voulut pendant ces
temps qu'il s'éprouvaft auprés
de la Belle afin de voir fi fes
charmes ne le rappelleroient
GALANT 261
point. C'eftoit beaucoup hazarder,
& uncautre qu'elle cuft
preffé les chofes au lieu de les
reculer. Une conduite fi fage
redoublant l'eftime du Cava-
7
lier , il ne cacha point ce qu'il
avoit refolu de faire , & la Belle
écouta d'abord l'avis qu'on
luy en donna comme une
plaifanterie qui ne devoit
point luy caufer d'alarmes ,
mais quand elle apprit avec
certitude que le Mariage étoit
arrefté de chagrin de voir
qu'une auffi laide perfonne
que fon Amie cuft cfté capable
de la fupplanter , luy fit
262 MERCURE
tout mettre en ufage pour fe
garantir de cette elpece d'affront
. Elle offrit au Cavalier
de bannir tous ceux qui luy
déplairoient , & d'étudier fi
bien tout ce qui pourroit luy
faire plaifir , que les fentimens
regleroient toûjours les fiens ,
mais il fut inexorable . Il
voyoit trop bien qu'elle ne
vouloit que le dérober à fon
Amie , & le folide l'emporta
fur le brillant. Le Mariage fe
fit , & trois jours auparavant ,
la Belle qui ne pouvoit foûtenir
ce qu'on luy difoit de
tous coftez , alla s'enfermer
GALANT. 263
dans un Convent. Quelquesuns
veulent que fon deffein
foit de s'y confacrer à Dieu ,
mais elle eft trop inégale pour
prendre avec force une réfolution
de cette nature .
Il paroift depuis peu un Livre
intitulé , Voyages Hiftoriques
de l'Europe , contenant
POrigine , la Religion , les
Maurs , les Coutumes ,
ces de tous les Peuples qui l'ha
bitent , une Relation exacte
de tout ce que chaque Pays renferme
de plus digne de la curiofité
d'un Voyageur. Ce Livre
doit avoir huit Volumes. Le
For.
264 MERCURE
premier qui fedebite prefente
ment comprend tout ce qu'il
ya de plus curieux en France .
On y trouve une Carte generale
de cet Etat , & une autre .
des environs de Paris . La Préface
de ce Volume fait connoiftre
que l'Auteur a esté
douze à treize ans dans les
Pays Etrangers; qu'il en a employé
ployé une partie à voyager, &
l'autre à l'exercice d'un employ
qui luy a donné beaucoup
de connoiffance & dhabitude
dans les principales
Cours de l'Europe ; ce qui luy
a donné lieu de faire plufieurs
IemarGALANT.
265
remarques curieuſes touchant
la Religion , les Coutumes ,
les moeurs , & les forces de diverfes
Nations, auffi bien que
fur les rarerez qui fe trouvens
dans leur Pays . Les huit Volumes
qui doivent compofer
cet Ouvrage , feront tellement
détachez
les uns des autres ,
qu'il n'y aura que la feule curiofité
de fçavoir generale
ment tout ce qu'il y a de remarquable
en Europe , qui
engagera
à les avoir tous . Le
premier , comme je l'ay dit ,
n'eft remply que de ce qu'il
y a de curieux en France .
Sept. 1692.
Z
266 MERCURE
Avant que d'entrer dans le
détail des remarques que l'Auteur
a faites , il donne d'abord
une idée generale de la fitua
tion de l'Europe . Ce Livre
que l'Auteur a dédié au Roy ,
fe vend à Paris chez le S' Bru
net , dans la Galerie - neuve du
Palais , au Dauphin.
Le Roy ayant confideré de
tout temps les fervices que
luy rendent les Officiers de
fon Regiment
des Gardes
Françoifes
avoit donné le
Gouvernement
de Bapaume
à
Mr d'Orty , qui avoit fervy
plufieurs
années dans CC
GALANT. 267
Corps ; & ce Gouverneur
eftant décedé , Sa Majeſté
vient de donner ce Gouvernement
à M' le Marquis de
Congis,ancien Capitaine dans
le mefme Regiment , & Matéchal
de fes Camps & Armées.
Cette qualité d'Officier general
, qui ne s'acquiert que par
des fervices de diftinction,fait
voir ceux de ce Marquis.
Les Ennemis s'eftant éloignez
de la rade de S. Malo ,
cinq Vaiffeaux du Roy en
fortirent ; fçavoir le More, le
Moderé , la Perle , le Serieux ,
& le Fleuron commandez par
Z ij
268 MERCURE
Mrs des Augers , d'Eury , lo
Chevalier de Forbin le jeune,
& les Marquis de Blenac & de
Mongon. Le 27. du mois paffé
ils moüillerent à quatorze
lieuës de S. Malo , & couru .
rent le 28. aux coftes d'Angleterre.
Le 29. ils virent à la
pointe du jour treize Navires
au vent à cux , qui ne vinrent
point les reconnoiſtre . Le 30 .
ils en virent cinq qui ne les reconnurent
pas .Le Sericux & le
Fleuron fe feparerent des trois
autres à l'ouverture du Paquet
de la Cour. Ils devoient aller
en Provence , & les trois qui
GALANT. 269
reftoient , devoient aller croifer
vers le Cap de Finiſtere .
Aprés leur feparation , les
trois premiers qui estoient de
48 50 & 52 Canons , apperceurent
au large une Flote de 86.
Voiles à quatre lieuës au Sud-
Oüeft du Cap Lezard , fur la
coſte d'Angleterre . Cette Flote
venoit de Setubal en Portugal.
Elle eftoit eſcortée
deux Vaiffeaux de guerre Hollandois
, l'un nommé le Caftricum
, de cinquante - quatre
par
Canons, & l'autre , Maric- Elizabeth,
de quarante- huit. Les
noftres ayant crû d'abord que
Z ii
270 MERCURE
c'eftoit l'Armée Ennemie , firent
fignal aux Vaiffeaux qui
les avoient quittez , mais ces
Vaiffeaux ne s'en eſtant point
apperceus continuerent leur
route . Ainfi les trois qui reftoient
fe refolurent à foutenir
le combat , & ils prirent
mefme enfuite le
party d'attaquer
les Ennemis , quand ils
eurent reconnu que c'eftoit
une Flote marchande efcortée
par deux
Navires de guerre,
Le Maure que commandoit
Mr le Chevalier des Augers ,
& le Moderé , commandé par
M' d'Eury , s'attacherent
aux
GALANT: 271
deux
Vaiffeaux de guerre ,
& M le Chevalier de For
bin , commandant
la Perle ,
fuivit les Vaiffeaux
marchands
; mais ayant remarqué
que le Vaiffeau de quarantehuit
Canons, fe défendoit
trop
bien , il crut eftre obligé de
venir deffus & à l'abordage ,
luy faifant deux décharges.
de moufqueterie
, aprés lefquelles
le Vaiffeau
fe rendit ,
& Mr des Augers ſe rendit
en mefme-temps Maistre de
l'autre qui étoit de cinquantequatre
Canons , & tous enfemble
s'emparerent
d'une Flufte,
Z iiij
272 MERCURE
chargée de fel . Le Combat
commença à trois heures
aprés midy , & ne ceffa qu'à
fept. On ſe tint toujours à la
petite portée du piftolet , &
les Ennemis refuferent l'abordage
. Il y a eu de part & d'autre
plus de quatre vingts
hommes bleffez dans cette
action fans ceux qui ont efté
tuez . Le Capitaine Amiral
des Ennemis a efté tué aprés
s'eftre tres - bien deffendu , &
nous n'avons cu de noſtre
part que M Lupé , Lieutenant
de Vaiffeau , bleffé dangereufement
, & Mr Hennequin
,
1
GALANT. 273
i
$
Fils de Mile Procureur Gencral
du Grand Confeil , bleffe
legerement . J'ay cru vous
devoir mander les particularitez
de ce Combat dont vous.
avez ouy parler fans en avoir
cu aucun détail .
M' le Marquis d'Harcourt
s'eft acquis beaucoup de gloire
par une action dont je vais
vous faire
part . Il eftoit venu
camper à Roumont le 8. de
ce mois , entre Bastogne &
Marche en Famine , & il y
apprit que les Ennemis , qui
cftoient beaucoup fuperieurs
,
& du moins au nombre de dix
374 MERCURE
mille hommes , tant des Trou
pes de Neubourg & de Zel ,
que de celles de Cologne , en
avoient détaché quatre mille,
qui marchoient fans Bagage ,
Tambours
,
Trompettes
, ny
Etendards, croyant le furprendre
& l'accabler. L'avis qu'il
en eut le fit tenir fur fes gardes
, & fe préparer à les rece .
voir vigoureusement . Ils n'eftoient
feparez les uns des autres
que par un Ruiffeau de la
Riviere d'Ourte. Les Ennemis
formerent trente Efcadrons
lors qu'ils approcherent,
& il y cut une partie de leurs
GALANT. 275
Dragons qui mit pieda terre,
pour jouir de l'avantage des
hayes en efcarmouchant. Mr
le Marquis d'Harcourt les fit
pouffer par quelques - uns de
fes Dragons qui estoient auffi
à pied , & voyant que les Ennemis
n'avoient aucun deffein
d'avancer , il fit paffer le Ruiffeau
aux Gardes du Corps du
Roy d'Angleterre , & aux Regimens
de Dragons du Chevalier
d'Alsfeld & de Rannes.
Il eftoit à la tefte de la premiere
Compagnie de ces Gardes
, & M' de S. Fremont à la
tefte de la feconde. La vigueur
C
276 MERCURE
avec laquelle on chargea les
Ennemis les étonna . Ils furent
renverfez prefque auſſi toſt ,
& la plufpart de leurs Dragons
ayant abandonné leurs
chevaux pour fe fauver par la
fuite , on en prit environ mille.
On les pourſuivit longtemps
, & ils curent plus de
quatre cens hommes tucz, du
nombre defquels fut le Commandant
, avec deux Meftres
deCamp, & plufieurs Officiers.
On fit deux cens Prifonniers,.
& entre autres le Comte de
Whelen , qui commandoit les
Troupes de Neubourg , deux
GALANT.
277-
Capitaines de Dragons , &
plufieurs autres Officiers Subalternes.
Noftre perte a cfté
fort peu confiderable ; les Ennemis
mefme ne la font monter
qu'à cent trente hommes,
tuez ou bleffez . M le Marquis
d'Harcourt s'eft fort dif
tingué dans cette action.auffi
bien que Mr de S. Fremont .
La nuit du 7. au 8. de ce
mois , M' de Bercour , Colonel
, & M' de Marefcot ,
Lieutenant Colonel du Royal
Etranger, ayant eſté commandez
pour aller reconnoistre fi
l'Armée des Ennemis qui é
278 MERCURE
toit à Monnenheim , à huit
lieuës de noftre Camp de Belheim
, ne faifoit point quelque
mouvement découvri
rent fur les fix heures du matin
, la Garde de leur Camp ,
qu'ils poufferent. M ' de Marefcot
, qui apperceut fous
Neuftat dans le milieu d'une
petite plaine , huit Huffars en
alte , les envoya reconnoiftre
par un Brigadier. Ils prirent
d'abord la fuite , la moitié
pliant à gauche, & l'autre tout
dtoit . Le Brigadier fuivic la
droite , & M de Marefcot alla
aprés luy avec fa troupe qui
GALANT. 279
eftoit de quarante Maiſtres.La
feconde troupe prir à gau
che à la fuite des Huflars qui
s'eftoient fauvez de ce coftélà
, & tout le refte de nos
Troupes la fuivit , de forte
que M ' de Marefcot demeura
feul avec fes quarante Cavaliers
. Un moment aprés il fe
trouva fort embaraffé , trois
cens Huffars s'eftant tout à
coup débufquez d'un Bois . Il
ne laiffa pas de les tenir en
échec pendant plus d'une heure
, efperant toujours que nos
Troupes reviendroient . Il ef-
-fuya un grand feu , fans que
280MERCURE
ceux qu'il commandoit s'ébranlaffent
. Il fit faire plu
fieurs appels , & toucher la
charge à un Trompette afin
d'avertir ; mais perfonne ne
venoit , & les Huffars qui ef
toient toujours en mouvement
devant luy , luy en avoient
envoyé quelques- uns
.fur fon flanc droit pour découvrir
les derrieres . Il luy
vint enfin une petite troupe
de Dragons , qu'il pofta à unc
trouée d'une groffe haye fur
la gauche , qu'il deftinoit à ſa
retraite ; mais les Dragons
ayant paffé outre , il fe mit
GALANT 281
avec fa Troupe en cftar de
n'en eftre point furpris ; &
dans le temps qu'il la faifoit
entrer dans la troüée , tous
les Huffars fondirent fur
luy. Comme il faifoit l'arriere-
garde , il effuya tout le
feu des Ennemis , & fut pris
& bleffé en deux endroits de
coups de Sabre . Les Huffars
qui entrerent dans le défilé
furent paffez par les armes par
fes Cavaliers , qui en tuerent
douze . Les autres qui enten
dirent le feu n'y entrerent
point. Son Brigadier eft demeuré
fur la place.
Sept. 1692.
Ala
282 MERCURE
Au lieu d'une Médaille fur quelque
action du Roy , comme je vous
en envoye ordinairement , vous
n'aurez aujourd'huy que quelques
Vers mis en Mufique à la louange
de ce grand Monarque .
R
AIR NOUVEAU.
Ētirez vous , Tirans , qui nourriffez
la guerre,
Cedez à la valeur du plus puissant
des Rois.
Louis dont le Ciel a fait choix
Sera toujours l'Arbitre de la Terre.
Il fait tout ce qu'il veut ,fes foudres
fontfes loix.
Que n'a -t il pas soumis à l'Empire
François ?
A ce grand Conquerant il n'eft rien
d'impoffible.
GALANT
283
le,
rible ,
abois.
... ent fes
de fort
legere
iman-
: de la
reuve.
acheté
Bourmains
ire un
drap,
hé, en
rouva
porta
-vaattilallu , & le voulut
A a ij
2821
Au lie
queacti
en env
n'aurez
Vers.m
de ce g
RE
Cedez
Lo
Sera
Il fai
Conqueran
poffible.
GALANT. 283
Son courage eft invincible,
Dans les combats il eft terrible ,
Il reduit la Flandre aux abois.
Il est ardent . il est penible.
Șes Ennemis vaincus admirent fes
exploits.
Il arrive quelquefois de fort
grands defordres par une legere
caufe , & ce qu'on nous a mandé
de Pofnanie , Capitale de la
grande Pologne, en eft une preuve.
Un Gentilhomme ayant acheté
fix aunes de drap chez le Bourguemeftre
, les mit entre les mains
d'un Tailleur pour luy faire un
habit.Le Tailleur moüilla le drap,
qui fe raccourcit eftant ſeché, en
forte que l'aunage ne s'y trouva
plus. Le Gentilhomme le rapporta
chez le Marchand , & le voulut
A a ij
284 MERCURE
obliger à le reprendre. Le Mar
chand pretendit avec raiſon luy
avoir fourny le drap bien auné, &
ne devoir pas eftre refponfable
du peu d'habileté du Tailleur. La
conteſtation s'échauffa fi fort, que
le Gentilhomme donna un foufet.
au Bourguemeftre. Celuy- cy alla
s'en plaindre auffitôt auMagiftrat,
qui fuivant le privilege qu'il a en
ce Pays- là de proceder contre la
Nobleffe, ordonna qu'on arreſteroit
le Gentilhomme, ce qui fut
executé. Les Gardes le conduifirent
à la Maifon de Ville , où le
Magiftrat eftoit affemblé . On luy
enjoignit d'abord d'ôter fon bõnet
& fon fabre , & le Gentilhomme
au lieu d'obeir courut à une feneftre
, d'où il cria que le Bourgeois
le violentoit , & qu'on vinft à for
GALANT 285
fecours Un grand nombre de
Gentilshommes dont la Ville eftoit
remplie à caufe de l'entrée du
Palatin , affiegerent en tu nulte la
Maiſon de Ville ,. firent enfoncer
les portes qui avoient efté fermées
, & tuerent en entrant quatre
Gardes & trois Confeillers.
Les autres Officiers fe fauverent
dans une Tour , & les Centilshommes
voyant qu'il leur eftoit
impoffible de les y forcer , tourne,
rent leur fureur contre les Archives
, & déchirerent tous les Papiers
, parmy lefquels eftoient les
Privileges du Magiftrat, qu'on dic
mefime avoir efté le veritable fujet
de l'emportement qu'ils firent paroiftre.
Les Mutins forcerent auffi
les coffres , & en enleverent tous
les deniers . Enfin le tumulte alla
286 MERCURE
loin , que la Ville couroit rifque
d'eftre pillée, fi les Religieux pour
lefquels on a un fort grand reſpect
en Pologne , n'euffent marché en
Proceffion avec la Croix pour
appaifer la Nobleſſe , dont le Palatin
n'avoit pû venir à bout. On
a rapporté l'affaire au Roy de
Pologne , mais il n'a voulu s'en
mefler que pour tâcher d'accommoder
les chofes par les voyes de
la douceur .
Je viens à l'Article des Prifes
qui ont efté faites par nos Armateurs.
Le nombre en eft fi grand
que j'auray peine à leur trouver
place. Cent Maiſtres de Bâtimens
Anglois ont efté pris au conmencement
de ce mois , par trois
Armateurs de Dunkerque. Il faut
vous apprendre pour éclaircir
GALANT. 287
article
,
cet que ces Maiftres de
Baftiment font fur des Barques
qui
leur appartiennent , & que pour
ne fe point charger des Baftimens
on prend feulement les Maiftres;
qui en payant leur rançon , donnent
auffi une fomme pour les Barques
qu'on n'a pas voulu fe donner
la peine d'emmener.
Prefque dans le mefme temps
un Armateur de S. Malo a amené.
au Havre de Grace un Armatenr
de Fleffingue . Dans les premiers
jours de ce mois , un Armateur y
a auffi amené fept prifes faites en
deux fois , & le 11. un autre Armateur
de Rofcof y en amena ſept
autres. Une Tartane de S. Valery
a conduit à Breft une Flute Angloife
de deux cens tonneaux . Un
Armateur de Dunkerque en a
288 MERCURE
amené à Nantes un autre de Ro
terdam . Un autre. Armateur de
S. Malo y a amené deux Priſes .
Vous pouvez avoir appris tous ces
avantages par les Nouvelles publiques
, mais elles n'ont encore
rien dit de ce que vous allez lire
dans les extraits de Lettres que
je vous envoye..
De Breft le 20. Sept. 1692 .
Il est arrivé icy il y a quatre ou
cinq jours quatre prifes Angloifes,
riches dedeux cens mille écus , faites
par un Malouin , & quelques autres
à Morlaix , dans lesquelles on a trouvé
cinquante mille Piaftres qui ef
toient avec le left.
م ا
DeS. Malo le 19. Sept. 1692 .
La plupart de nos Corfaires qui
fontprefentement en meront tousfait
capture,
GALANT. 289
capture , & il y a prefentementplus
de vingt Prifes depuis Breft jufques.
icy. Le petit où je ſuis intereßé en a
fait trois, Nous en avons une icy, &
les deux autres à la cofte.
De S. Malo le 22. de Sept. 1692,
Il arriva hier un de nos petits
Corfaires , nommé l'Egipte , qui a
fait trois Prifes. Il y en a déja une
d'arrivée. Ce Corfaire n'a qu'une double
Chaloupe. On a avis de Breft que
de Navire nommé la Victoire , & le
Beauregard , y ont amené cinq Prifes
venuës de la Jamaique , chargées de
Sucre & de Tabac , & qu'ilsy ont pris
auffiun Corfaire de dix-huit Canons.
L'invincible , la Cache fidelle , & un
autre Vaiffeau , ont fait trois Prifes
confiderables, qui font prefentement à
Nantes. Elles font chargées de Sucre,
Indigo, Cochenille , & autres mar-
Sept. 1692.
Bb
290 MERCURE
C
chandifes venues de la famaique. It
s'y est trouvé environ pour vingt
mille écus d'argent . Les trois font eftimées
cent mille écus . L'une de ces
prifes eftoit de vingt -fix Canons ;
l'autre de vingt , & la troifiéme de
dix-huit . Le Certain & le Soleil ont
amené à Morlaix, cinq ou fix Prifes
chargées de Tabac & de Sucre. Plufieurspetits
Corfaires en ont auffi amené
plufieurs au Havre , entre lef
quelles ily en a de confiderable
Joignez à toutes ces Prifes celles
de quatre gros Vaiffeaux dont
je vous ay deja parlé , faites fur
les Efpagnols , Anglois & Hollanbois
, par Mis de Levy , des Augers
, Forbin , d'Eury , & par le
Vaiffeau l'Invincible. Voila plus
de deux cens pieces de Canon ,
fans celles qui eftoient fur tous les
GALANT. 291
Bâtimens qu'on a pris. Ainfi nous
pouvons dire , que nous en avon
beaucoup plus qu'à l'ouverture de
la Campagne , puifque dans le
malheur que le vent nous avoit attiré,
en l'ouvrant, nous n'avons perdu
que quelques corps de Vaiffeaux
fans perdre aucuns Canons,
ceux qui eftoient demeurez dans.
la Mer , ayant efté retirez . Nous
pouvons mefne dire , que nous
avons perdu quatre Vaiffeaux de
moins , puifque les quatre que nousS
avons pris peuvent nous tenir leu
de quatre de ceux que nous n'avons
pu fauver. Il y a plus. La
France en eft récompensée par
des richeffes immenfes qui nous
viennent de ce nombre prefque
infiny de Bâtimens , que les Vaif-
Leaux du Roy , & nos Armate irs
Bbij
292 MRCURE
ont enlevez , de forte que quand
on nous menaçoit de defcente ,
nous triomphions , tous les jours ,
quoy que nous n'euffions point
d'Armée Navale en Mer , ce qui
doit eftre extremement honteux
aux Anglois , & aux Hollandois ,
qui ont eu de grandes Flotes , pendant
tout l'Eté, dont ils n'ont tiré
aucun avantage . Il eft vray que
nous nous fommes mis en étát
comme eux de faire une defcente,
mais il nous a efté impoffible d'aller
contre les vents qui feuls y ont
mis obftacle , comme toute l'Europe
en convient , au lieu que les
defcentes dont ils nous menaçoient
n'ont efté arrêtées que par la peur
de fe voir trop vivement repouffez.
Comme ils font accoûtumez
aux menaces , auffi bien que leurs
GALANT. 293
Alliez , ils ont paffé toute la Cam
pagne à menacer nos Coftes ainfique
Namur & Dunkerque.
Les Allemans en ont fait de mê
me de Philifbourg & de Landau,
& cependant ils fe font laiffé battre
à Stein-kerque par M. de Luxembourg
, enfuitte par M. le
Maréchal de Lorges , & depuis,
peu par M. le Marquis d'Harcour,
& encore en plufieurs petits partis..
Outre les Bâtimens dont je viens
de yous parler , ils ont laiffé prendre
quantité de Vaiffeaux Marchands
, les Armateurs de S. Malo
ayant pris feize groffes Flûtes
d'une Flote Marchande, qui appartenoit
aux Hollandois , un autre
Armateur du mefme lieu ayant
auffi pris trois autres Flûtes Marchandes
, & d'autres un Bâtiment
Bb ii
294 MERCURE
d'Oftende , chargé d'étoffes , de
toiles , & de dentelles..
Pour furcroift de malheur , les
Anglois viennent d'apprendre
que le refte de la Jamaique eft
entierement fubmergé , ce qui
ajoute une perte de dix- huit mil-
Fions à toutes celles qui ont enrichy
nos Armateurs. J'efpere vous
entretenir le mois prochain de
tout ce qui regarde la Jamaique ,
& le tremblement de terre nouyellement
arrivé.
Voicy les nouvelles venues de
l'Armée de M. de Luxembourg
pendant ce mois. Elles font tirées
de plufieurs Lettres , & je vous en
fais part dans les mefmes termes
qu'elles font écrites .
Le premier de ce mois M. le Févre,
Capitaine de Carabiniers , revint de
GALANT. 295
party avec une vingtaine de chevaux
pris fur les Ennemis , & cinq ou fix
prifonniers.
I Les Lettres du 15 contiennent
ce qui fuit.
On eft icy fort tranquille . Les Ennemis
font de fort gros mouvemens ; ils
fortifient Furnes & Deinfe , & nous
Courtray. On y fait des foffe , des
chemins couverts , & on l'entoure de
: Paliffades. La Cavalerie y porte tous
les jours des fafcines , & huit à dix
mille Payfans y travaillent fortement,
avec trois Soldats par Compagnie , de
toute l'Armée. On a fait quantité de
détachemeus , & il eft forty de noftre
Armée plus de 80. Efcadrons. Les
uns font allez avec M. de Bouflers ,
les autres avec M. de Choiseuil qui
eftcampé entre Dunkerque , & Dixmude,
d'autres vers Ipres où ily a
Bb iiij
296. "MERCURE
-
à prefent douze Bataillons ; d'autres
ont joint Mrs de la Valette , de
Maulevrier , plufieurs font allez
à d'obigny prés le Pont des pierres
avec les gros équipages . On apprit
hier la nouvelle d'un Combat proche
de Namur. M. le Marquis d'Har
cour eftoit campé à trois lieues de
cette Place affez avantageufement ..
Les Ennemis vinrent attaquer fa gar
de avec des Troupes de Munster , de
Heffe , & de Liege. Il fit paffer des
Dragons àpied dans un chemin couvert
, & fit monter le piquet à che
val. Ces Dragons donnerent le temps
au Piquet de venir , & ayant en
mefme-temps fait monter toute fa
Cavalerie à cheval qui fe trouva au
nombre de 26. Efcadrons , pendant
que le Piquet, & les Dragons foutenoient
les premiers efforts , il les prie
-
}
GALANT. 297.
en flans, & les chargea fi brusquement
qu'il ne leur donna pas le temps.
de fe reconnoiftres ilsfurent d'abord
rompus, & pouffez d'une maniere
qui les empecha de fe rallier.
Il les pourfuivit pendant deux
grandes lieues , fans qu'ils regar- s.
daffent derriere eux ; enfuite ayant
faitfaire alte , il fit un détachement
confiderable pour les fuivre encore
quelque temps . On fait monter la
perte des Ennemis à fix cens hommessa
Les Lettres du 19. portent ce
qui fuit.
Le Prince d'Orange fait fortifier
Dixmude pour y prendre des quar
tiers d'Hiver. Comme il menaçoit de
bambarder Dunkerque , on a fait des
travaux avancez , dans lesquels on
laiffe vingt Bataillons. Ainfi on ne ›
298 MERCURE
craint point du tout de ce cofté- là.
Courtray eft bors. d'infulte ; toutes
les paliffades font poflées du cofté des
pories de l'Ifle , Tournay & Harlebecq
onfait de nouveaux chemins
couverts avec une espece de glacis de
cecofté-là.
>
Autre Extrait des Lettres du 21 .
Vendredy un Gentilhomme du cofté
de Rofebec , vint donner avis à M.
de Luxembourg , que les Ennemis.
fourageoient au Village entre Rouffelar
& Rofebec. Ilfe rencontra chez
M. le Maréchal dans ce moment un
Exempt des Gardes de la Compagnie,
nommé M. Philippe, qui luy demanda
à y aller , mais comme on avoit dit à"
M. de Luxembourg , que leur Efcorte
eftoit tres -forte , & qu'il apprehendoit
d'engager les Troupes dans quelque
affaire , il luy dit, qu'il vouloit bien
GALANT 299€
Tny permettre d'y aller pour luy en rapporter
des nouvelles , mais qu'il ne
prift avec luy que peu de gens , ce
qu'ilfit. Ily alla avec trente Gardes:
du Roy , cing Gendarmes , cing Che--
vaux Legers , dix Grenadiers du
Roy quatre Dragons. Quand il
fut vers Rofebec , il apperçat au - de- là
dun Ruiffeau deux Efcadrons de l'Ef
corte des Ennemis , dont l'un avoit
mis pied à terre. Comme le Ruiffeau
n'eftoit pas guéable , il chercha un
gué qu'il trouva un quart de liewe
plus bas & tomba fur eux à l'heure
qu'ils y penfoient le moins. Il les
pouffa d'une telle vigueur , que celuy
qui eftoit pied à terre ne put monter
à cheval. Il eut affaire à l'autre ESCadron
qu'il enfonça. Il en tua 27.
on 28. ilfit 35. Frifonniers dont il en
mourut deux en chemin , & prit 36%,
300 MERCURE
"
chevaux. Cette action fe paffa à la
vene de douze Efcadrons qui foûtenoient
les deux autres.
On a pris plus de ass chevaux depuis
trois jours.
Quoy que la derniere fois j'aye
commencé à vous parler des affaires
du Dauphiné , vous ne ferez
pas fâchée que je reprenne cette
matiere par fon commencement,
d'un & que je vous faffe part
Journal que j'ay reçu de Greno
ble, contenu
en plufieurs
Lettres
A Grenoble , ce 3. Septembre 1692.
E trouve fipeu de fidelité, Monfieur
, dans toutes les Relations
que les Etrangers ont faites dans
leurs Nouvelles publiques , au fu
jet de la defcente de M. le Duc
GALANT.
301
01
de Savoye dans le Dauphiné , que
j'ai crû vous en devoir mieux
inftruire par les connoiffances que
je me fuis efforcé d'acquerir; mais
avant que je vous parle des legeres
Conqueftes de ce Duc , il faut
vous inftruire du Pays où il les a
faites.
Les Alpes font divifées en deux
parties. L'une eſt connuë fous le
nom des Alpes Cottiennes qu'elle
a eu de Cottus l'un de fes Rois
qui fut allié du Peuple Romain ,
& Amy d'Octave. Suze eftoit la
Capitale de fon Pais , qui s'eftendoit
depuis le Mont de Vis , jufqu'au
Mont Cenis , & douze petites
Provinces en dépendoient.
L'autre partie eftoit compofée des
Alpes Maritimes , qui s'eftendoient
bien avant dans la Provence. Ani302
MERCURE
brun en eftoit la Ville- Capitale ,
& hut Peuples differens les habiterent
, comme on l'apprend par
I'Itineraire d'Antonin .
C'a efté par les Alpes Cottiennes
que le Duc de Savoye eft en
tré dans les Maritimes . Made
Catinat qui commandoit l'Armée
du Roy en Piémont , n'avoit garde
de croire que ce Prince qui
avoit commencé à inveftir Pignerol
& qui menaçoit Suze d'un
Siege , deuft avoir d'autres deffeins
que de reprendre des Places
qui avoient efté de fon Etat, & qui
cftoient de fa bienséance , ny qu'il
deuft paffer dans le Dauphiné ,
dont les avenuës eftoient bien
gardées ; mais les Barbets , qui
comme des Sauvages & des Ban
dits avoient pratiqué les endroits
GALANT. 303
es plus folitaires , & les plus difficiles
accés de ces Montagnes,
fceurent montrer au Duc de Savoye
des lieux & des chemins
impraticables , & dont l'afpreté
eftoit un garant certain d'une deffence
affurée & naturelle de ce
cofté-là . Ce Prince qu'ils inftruifirent
, fit mine d'aller à Cony , &
délogea avec une partie de fes
Troupes d'auprés de Pignerol , à
la fin du mois de Juillet , & fous
la conduite de ces Vagabons , il
prit le chemin des Alpes , & la
difficulté des chemins , ny les oppofitions
des Rochers ne le purent
arrefter. Enfin il luy fut facile
avec vingt- quatre mille hommes
de fe failir d'un méchant Bourg,
appellé Guillestre, dont les foibles
murailles , eftoient le refte d'in
304 MERCURE
C
travail de plufieurs fiecles , & qui
ne fubfifta que par la force & le
bras de quelques Troupes Irlan
doifes & de la Milice de Dauphi
né, qui pendant trois jours refifta
à une nombreufe Armée , fous M.
de Chalandreu

> Gentilhomme
de cette Province , qui fut obligé
da fe rendre à difcretion.
Cette Conquefte auffi celebre
que celle de Beaumont en Flandre
qui finit la Campagne de 1691.
en faveur du Prince d'Orange ,
perfuada au Duc de Savoye , &
à fon Armée que rien ne pourroit
leur refifter . Ils investirent
Ambrun , Ville peu fortifiée , dont
les murailles ne font point terraffées
, dont les Foffez eftoient
comblez & de petit ufage , & dont
la Garnifon n'eftoit que de bienGALANT.
305
feance , plûtoft pour v garder
quelques provifions de grains que
l'on y tenoit comme en dépoft
pour les faire porter à l'Armée
d'Italie , lors qu'il en feroit befoin,
que pour fecourir une Place que
Pon croyoit en feureté. Cependant
M. de Larray , Lieutenant-
General , eut le temps d'y faire
entrer quelques Troupes & quelques
petites pieces de Canon de
fer , mais il ne pur en avoir un
favorable pour garnir cette Place
de Boulets & de Plomb , de forte
que le plomb qu'on y trouva ne
fut fuffifant que pour neuf jours
de Siege , & ce defaut obligea ce
brave Commandant de capituler.
Monfieur le Duc de Savove
ayant appris que cette munition
Septemb. 1692 .
C c
306 MERCURE
de plomb manquoit , voulut s'ob
ftiner à ce que la Garnifon fe
rendift à difcretion , mais M. de
Larray perfuadé de la valeur des
Officiers & de la bonne volonté
des Soldats , écrivit à ce Prince ,
que luy & ceux qui compofoient la
Garnison , ne manquoient ny de coeur
ny d'épées, & qu'ils fçauroient s'ou
vrir unpaſſage honorable par leur va
leur ou fe laifferoient ensevelir
dans les ruines de la Ville. Cette
intrepidité toucha le Duc de Savoye;
il ne voulut point profiter
de fa Victoire , & peut - eftre auffi
qne fe fouvenant de cette judicieufe
maxime , qu'il faut faire un
Pont d'or pour faciliter la retraite
des Ennemis , il confentit que la
Garniſon fortift avec ordre , tambour
battant , méche allumée &
GALANT: 307
tout fon équipage , à condition
qu'elle ne ferviroit contre luy
de fix femaines , & qu'elle fe retireroit
dans la Ville de Grenoble
où elle eft. Cette fortie fe fit le
19. du mefme mois. LaGarnifon
eftoit de 2800. hommes , & com--
pofée du Regiment de Quercy ,
de celuy de Milice d'Argenfon ,
d'un d'Irlandois , de quelques
Compagnies de ceux de Navarre
& de la Marine, & de deux Com
pagnies des Dragons de Gramont.
Diverfes forties qu'elle avoit
faites , & dans l'une defquelles le
Prince de Commercy reçut un
coup de moufquet à la jouë qui
sluy caffa trois dents , avoient fou--
vent nettoyé les Tranchées des
Ennemis , & la perte que M. de-
Gc ij
308 MERCURE
Savoye y a faite eft de plus de
quatre mille hommes , compris un
grand nombre de Deferteurs qui
tous les jours paffent à Grenoble,
où ils prennent des Paffeports
pour fe retirer en leurs maifons ,
eftant François & fe repentant
de leur faute & de leur rebellion ..
Ce fut dans la derniere fortie que :
M. d'Amanzé , d'une illuftre Famille
de Bourgogne , Colonel du
Regiment de Quercy , & le Ma
jor du mefme Regiment furent
tuez . C'eft la plus grande perte
que les Affiegez ayent faite , car
en quatre grandes forties ils n'ont
pas perdu trente hommes .
<
M. de Larray a reconnu dans fa
retraite , que la vertu & le merite
n'ont jamais manqué d'appro
bateurs parmy les Ennemis mê
GALANT
༢༠༡ 209
mes, puis qu'il reçut de Monfieur
le Duc de Savoye toute l'honnefteté
& tout l'accueil favorable
qu'il euft pû attendre d'un Allié
ou d'un François. Il fut careffé
& loué de ce Prince , & traité
magnifiquement à fa table.
ཀ་ན།
Aprés la prife d'Ambrun , tous
les Villages , voifins ont reffenty
les effets redoutables d'un bras
victorieux.. Ce n'eft pas ainfi
qu'en ont ufé les François dans
les Conqueftes qu'ils ont faites en
Savoye & en Piémont, Cependant
M. de Catinat qui n'avoit
des Troupes que pour la deffenfe.
de Pignerol & de Suze , que
le:
refte de celles de Monfieur de Savoye
tenoit comme bloquez , ne
put fi toft s'appofer aux progrés
de ce Duc, qui à la tefte de fes nom
310 MERCURE
Breufes Troupes , faifant le degat
dans les Villages qui font entre la
Ville d'Ambrum & celle de Gap,
n'a rien trouvé qui fe foit oppofé
à fon paffage. Comme la crainte
avoit fait abandonner cette Ville
à tous les Habitans , il y eft entré
fans réfiftance . On ne croit pas
qu'il pretende qu'une fi legere
Victoire faffe le plus bel endroit
de fa vie , & que par-là il puiffe
acquerir le nom d'un redoutable
Ennemy. On ne fe rend pas digne
de la gloire d'un triomphe à
conquerir des Villages où des Vil
les foibles & fans reſiſtance , il
faut prendre des Places telles que
Mons & Namur à la veuë de foixante
Princes aſſemblez , & dé
cent mille hommes levez pour
l'empêcher, comme a fait noftre
GALANT. 31
Augufte Souverain .
La conquefte d'un faux bien
ne repare pas la perte d'un bien
veritable , & quelques Places
qu'on ne peut garder n'effacent
pas le chagrin d'en avoir perdu ,
que l'on ne peut recouvrer. On
dit par tout que Monfieur le
Due de Savoye fait porter des
armes pour armer des Proteftans
dont il attendoit la revolte , mais
Fexperience luy a fait voir , que
les efperances font trompeufes,
puifque dans le grand nombre de
nouveaux Convertis qu'il a trouvez
dans l'Ambrunois , aucun n'a
voulu fe déclarer pour luy , & il
n'a pu y trouver dequoy augmen
ter le nombre des Infidelles Bar
bets , dont les Chefs nommez :
Julien & Mallet ont reconnu leur
"
312 MERCURE
faute , & fe font remis à l'obeif
fance du Roy. Ily a fans doute
beaucoup d'apparence à croire
que Monfieur le Duc de Savoye
n'eft pas fans fe repentir de
s'eftre ainfi engagé dans des Montagnes
, dont la fortie ne luy fçauroit
eftre avantageufe.
Je fouhaite , Monfieur , que je
puiffe vous donner bientôt de
plus agreables nouvelles , & avoir
lieu de vous dire , que le Dauphi
né fera redevenu tout François
que Monfieur le Duc de Savoye
par une Paix avantageufe aura
fuivy l'exemple de fes Peres , &.
connu que jamais fon Etat n'a
efté en repos que fous la protec--
tion de la France , & ne s'eft trouvé
dans le defordre & dans la confufion
, que lors qu'on y a veu les
Alle
GALANT. 313
Allemans & les Eſpagnols. Je fuis,
Monfieur , &c.,
A Grenoble le 12. de Sept. 1692 .
Ble
Ien que le Duc de Savoye ne
fe foit guere fatigué à la prife
du Village de Guilleftre , à celle
de la Ville d'Ambrun fans munitions
, & à celle de Gap fans Soldats
& fans Habitans, neanmoins
il est tombé malade d'une fièvre
tierce & de la petite Verole. On
tient que le repentir de s'eſtre engagé
dans les montagnes de Dauphiné
, & la crainte d'une retraite
malheureufe luy out caufé un
chagrin qui a nuy à fa fanté. Il
s'eft fait porter à Ambrun , &
mettre au College des Jefuites, où
il attend fa guerifon pour fonger
Septemb. 1692. Da
!
314 MERCURE
4
à fa retraite. Quant à fes Trou
pes, elles campent depuis Ambrun
jufques à Gap. Il y a des Allemans
, des Efpagnols, des Italiens,
& des Piémontois , que Caprara
commande en l'abfence de ce Prince.
Parmy les autres Chefs font le
Prince de Commercy , le Marquis
de Louvigny , & le Marquis de',
Montbrun. Celuy- cy commande
les Barbets. Ce n'eft pas le feul de
fa Famille qui s'eft vû à la tefte
des rebelles Proteftans. Charles
'Dupuy , Seigneur de Montbrun ,
fe fit Chef des Huguenots fous le
regne de Charles IX. & en cette
qualité ayant pillé le Bagage de
Henry III . qui revenoit de Polo- '
gne', il eut la témerité de répondre
à la Reine Catherine de Medicis
, qui luy en fit des plaintes,
GALANT. 315
au
2
9
ayant
que les Armes & le Jeu rendoient
les perfonnes égales. Enfin
efté pris dans une Bataille que
le Baron de Gordes , Lieutenant
Gouvernement de Dauphinë
luy donna , il fut mené à Grenoble
où il eut la teftel couppée.
Louis Alleman du Puy , Marquis
de Montbrun fon Fils , fut aufff
un Protecteur juré des Huguenots
, & dans les Guerres de la
Religion , quatre des Enfans de ce
Louis ont foutenu en faveur des
mefmes Religionnaires des Ba
tailles & des Sieges dans le Languedoc
, dans la Provence & dans
le Dauphiné contre les Troupes
de leut Roy. Il ne faut donc pas
s'étonner , fi le Marquis de Montbrun
d'aujourd'huy , s'eft declaré
contre fon Prince , puifque la
"
Ddij
316 MERCURE
rebellion eft hereditaire dans fa
Famille. Comme fa terre de Montbrun
ett dans les Baronnies de
Dauphiné au Bailliage du Buis ,
& qu'elle luy a efté confifquée ,
menace inceffamment de paffer
aux Baronnies pour en avoir raifon
, mais on l'y attend avec des
.on
Troupes. Celles du Duc de
Savoye font toûjours en repos ,
& l'on ne fçait encore quel chemin
elles prendront. Il n'y a que
deux endroits pour venir à Grenoble
, l'un par les Coftes de Cor,
qui eft un défilé , gardé par M. de
Catinat avec quatorze mille hommes
, l'autre par la Croix Sainte
dont les Cevennes font occupées
par de grands arbres dont les Payfans
ont croifé les chemins , &
qu'ils ont comblez avec de groffes
GALANT 317
A
pierres qu'ils ont détachées des
Rochers voifins . Outre cela, ces
chemins font deffendus par quelques
Dragons , & par cinq cens
Païfans armez qui font conduits
par le Vicomte de Trieves de la
Maifon de Bardonnanche
, & par
le Seigneur de faint Guillaume
de celle de Bucher. Ainfi Greno
ble ne les craint pas , outre que
F'on y fait actuellement des répa
rations quila mettent hors d'état
d'être furpriſe. Comme les Enne
mis ont pillé & facçagé tous les
villages qui font autour d' Ambrun
& de Gap, & que d'ailleurs ces
lieux ont efté abandonnez
par les
Habitans , ils ne trouvent plus de
quoy s'entretenir , & le vin qui
manque en toutes ces Montagnes,
fait que les Allemans en murmu
rent.. Dd iij
318 MERCURE
De Grenoble ce 14, de Sept. 1692.
E
Nfin les Troupes du Duc de
Savoye ont abandonné la Ville
de Gap , apré avoir chargé trois
cens Mulets de fes dépouilles , & y
avoir mis le feu en quatre endroits,
Elles fe font retirées vers Ambrun:
mais avant qu'elles quittent nos
montagnes , il faut vous faire une
defcription , entre autres de celles
du Marquifat d'Ambron , & de la
Comté de Gap. L'Ambrunois eftoit
de l'ancien patrimoine des Dauphins
; mais avant le regne de ces
Princes , c'eftoit une contrée habitée
par les Ambrofiens , à qui Platarque
donne la qualité de Peuple
belliqueux. Ils fe joignirent aux
Teutons, qui pafferent en Dauphiné
GALANT. 319
4 pour entrer en Italie , & fe diftinguerent
en la Bataille que Teutobocus
leur Chef, donna à Marius
fur lebord du Rhone. Ils y furent
peanmoins vaincus parce Romain,
bien qu'ils fuffent trente mille hom
mes Leur Camp & leur Bagage
eftoient cependant gardez par leurs
Femmes , qui fe défendirent longtemps
, mais enfin elles fuccomberent
, & leurs Maris s'eftant ralliez,
furent défaits encore unefois . Quant
à la Ville , le Roy & l'Archevefque
en font Seigneurs en partie. Elle eft
compolée de cinquante feux , L'Empereur
Neron luy donna le droit de
Latinité , & Galba fit alliance avec
elle. Son nom Latin eft Ebredunum.
Dans la Table de Peutingen elle eſt
nommée Eberodunum . Il y a un
wy:Dd iij.
320 MERCURE
Archevelque. Son Eglife Cathe
drale eft dédiée à la Sainte Vierge
Son premier Prelat a efté Saint
Marcellin. Il y a auffi un Bailliage
appellé le Palais d'Ambrun. Les Armoiries
de la Ville font d'azur à la
Croix d'argent. Quant au Gapenois
, il faifoit autrefois une partie
du Patrimoine du Comté de
Provence , & eftoit fous la prcreation
des Dauphins. Ce fut en certe
qualité que le Dauphin Louis de
France , fit arborer fon Etendart
dans la Ville de Gap. Il y avoit anciennement
des Comtes de Gap ?
dont la Famille finit en Gariënde
qui porta fon Païs àGuillaume , Com
te de Forcalquier , fon Mary . C'eft
par cette alliance que les Comtes de
Forcalquier , puis de Provence , ont
pretendu la Souveraineté de Gap,
GALANT. 328
mais les Dauphins la leuront tonjours
difpurée depuis que Beatrix ,
Petite fille de Gariende , & Fille
de Rainier de Clauſtral , & de Gariende
de Forcalquier , Fille de Ga4
riende , Comteffe de Gap , for mariée
avec Guigues- André Dauphin.
Les pretentions reciproques de ces
deux Familles en ont fait naïftre
aux deux Parlemens de Grenoble
& d'Aix pour la · Jurifdi&ioni; mais
Louis XII. par les Leteres patentes
de l'année 1509. l'a attribuée &
confervée à celuy de Grenoble , cet
qui fut confirmé par une affemblée
des Habitans du Gapenois , du 24-
Aouft 1511. & par d'autres Lettres
du mois de Decembre fuivant .
.
-Pour la Ville y fon nom Latin eft
Papincum , comme on le trouve en
· la Table de Peuringue. Il y a un
322 MERCURE
༡༤
Evefque , dont le premier fut Saine
Demetrius. Son Eglife Cathedrale
eft dédiée à la Sainte Vierge. Elle
avoit beaucoup de Reliquaires , de
Chaffes , & de Vales facrez d'argent
, dont les Troupes de Savoye
fe font faifies avec facrilege. Elle
a effé faccagée avec autangs de
cruauté & de violence qu'elle le fut
Pan 973 par les Sarrafins, & l'an
1003. par Adrian , Marquis d'Yvrée
, petit Fils de Berenger , der
nier Empereur d'Italie. L'Empe
reur Frederia 1. la donna à Gregoire
I I. l'un de fes Evefques , avec
tous fes droits de Regale l'an
1188 .
i
2£ q
Je croy pouvoir vous dire , aprés
avoir laiffe parler les autres , que le
Duc de Savoye a fort mal connu fes
interefts lorsqu'il a refolu de paffer
GALANT. 323
"
en France. Il devoit prévoir quelle
Teroit la fin de cette entreprife qui
ne pouvoit eftre que fa retraite . Il
devout examiner qu'un auffi puiffant
Monarque que le Roy de France ,
& cauffi aimé de fes Sujets , ne man
queroit pas de forces pour l'obliger
a repaffer les Monts , & il raifonnoit
fur de méchans principes s'il com.
proit fur le foulevement des Nou-
Convertis , fans en eftre feur ,
4
veauvoir
& fans
une
partie
faite
avec
eux. Cela
n'eftant
pas , il n'en
dem
voit
rien
attendre
. Il fe trompe
comme
plufieurs
qui
penfent
que
tous
les Nouveaux
Convettis
ne le font
pas. C'est
une
injure
que
l'on
fait
à
la plufpart
, qui le font
effectivement
de bonne
foy
, & ils viennent
d'en
donner
des
témoignages
affez
par
Fans
. Ce
n'eft
pas
qu'on
n'affecte
324 MERCURE
de dire qu'il n'y en a aucun qui no
foit Proteftant dans l'ame , ce qui
eft abfolument faux ; mais ceux qui
font encore attachez à leurs premiefes
erreurs , font tous leurs efforts
pour le faire croire , & le Duc de Savoye
a pû eftre abufé là - deffus comme
beaucoupd'autres . Cependant un
plus habile Politique auroit du faire
reflexion que le Roy eft tout puif
Tant en France , & que fuppofé qu'il
Y euft en Dauphiné de faux Convertis
, il n'y avoit point d'apparence
qu'eftant fans Chefs , ils s'ofaffent
foûlever, D'ailleurs , il devoit
confiderer qu'eftant Catholique , il
entreprenoit d'établir la Religion
Proteftante , en ruinant celle dont
il fait profeffion , & qu'en faifant
faire le Frefche dans les Eglifes , il
s'attiroit la haine du Ciel fans pouGALANT
325
voir meriter l'eftime de ceux meſmes
qu'il fervoit en deffervant fa
Religion , & il eftoit fear que le Roy
qui jufques icy avoit plaint fon aveuglement
, & qui n'avoit pas voulu
le pouffer cette année , afin de luy
donner lieu de rentrer en luy- mef.
me, employeroit de nouvelles for
ces pour vanger fa Religion dont il
eft Protecteur. Enfin il auroit eſté
plus avantageux à M. de Savoye ,
de prendre un Village chez luy qui
auroit pu luy demeurer , que d'irriter
la pieté du Roy , en voulant
détruire ce qu'elle a fait pour établir
le vray culte dans toute la France.
Comme les crimes heureux ne laiffent
pas d'inquieter quelquefois les
confciences de ceux qui les ont commis
, elles font ordinairement plus
tourmentées , quand on les a faits
C
326 MERCURE
fans fruit , & que l'on fent qu'on a
merité d'eftre blâmé generalement."
C'eſt ce qui peut caufer la maladie
de ce Prince . On peut dire que pendant
qu'elle a duré il a reçû beaucoup
d'honneftetez des Sujets du
Roy. M. de Savoye ayant befoin
de grenades , & de firop de ce fruit ,
à cause de fa diffenterie , il en fit
demander à M. de Grignan , qui
luy envoya des firops en abondance
, mais les grenades n'eftant
pas encore en maturité , on n'en
put trouver que deux douzaines qui
fuffent en eftat de luy eftre prefentées.
A peine ce Prince a - t - il commencé
à fe mieux porter , que plu
fieurs raiſons l'ont obligé de partir
la bonne manoeuvre que M. de Catinat
a faite pour l'empefcher de penetrer
plus avant dans le Dauphiné ,
GALANT. 327
& celle de M. le Comte de Grignan
pour luy fermer les paffages de Pro
vence ; l'approche du renfort que le
Roy envoye a M. de Catinat ; la
faim , parce que fes Troupes ne trouvoient
plus dequoy fubfifters les maladies
qui commençoient à regner
parmy elles , & la defertion la plus
grande partie des François qui avoiet
pris party dans fes Troupes par un
motif de Religion ou par d'autres
confiderations , & qui n'avoient ofé
quitter eftant en Piedmont , s'eftant
fervis de l'occafion pour deferter.
M. de Savoye ayant quitté Amlaiffa
le Comte de Caprara
brun y qui fit jouer
trois mines
avanara
que
d'en fortir ; elles ne firent pas tout
l'effet qu'il en avoit attendu . Le 21 .
fon Arriere-garde eftoit à Guilleftre.
Quant à Gap , il en eftrefté une bon328
MERCURE
ne partie , quoy que les Ennemis
ayent mis le feu à quatre endroits ,
mais il a mal fecondé leurs inten :
tions. Il ont aufli mis le feu à quel
ques Bourgsà huit lieuës aux environs.
Lezèle qu'a fait paroiftre Mademoifelle
Philis de la Charffe , nouvelle
Convertie en Dauphiné , pour
le fervice du Roy , ne doit pas eftre
oublié. Elle a empêché la défertion
des Peuples depuis les environs de
Gap jufqu'aux Baronnies . Elle s'eft
mife à leur tefte , a fair couper les
ponts , gardé les paffages , empêché
les Ennemis de penetrer au de-là
de Gap. Cette Amazone ayant informé
les Generaux de tout ce qu'
elle avoit fait, en fut approuvée, &
complimentée, & de leur aveu elle fit
armer tout ce qu'elle pût de monde
GALANT. 329
·

pour le fervice du Roy & la fureté
de la Province . Madame la Marquife
de la Charffe fa Mere exhortoit
les Peuples de la Plaine à fe
maintenir dans le devoir , pendanc´
que fa Fille refiftoit aux Ennemis
dans la Montagne .Madame d'Urtis
fon Aînée , fit d'un autre côté couper
toutes les cordes des Bateaux
qui traverfoient la Durance , afin
queles Ennemis ne s'en puffent em
parer. Ce n'est pas d'aujourd'hui
que ceux de cette Illuftre Maifon
ont fignalé leur zele pour le fervice
de l'Etat. Ils ont de tout temps donné
des marques de la valeur & de
l'intrepidité fi ordinaire à la Maifon
de la Tour du Pin , autrefois Sou-"
veraine de Dauphiné , dont ils font
fortis. Pendant que Madame la
Marquise de la Charfle & fes Fil-
Sept. 1692.
Ec
$.
330 MERCURE
"
les marquent fi bien leur fidelité
dans leur Province, M. le Marquis &
M. le Comte de la Charffe fes Fils,
qui font actuellement dans le Service
, auffi - bien que fes Gendres &.
fes petit-Fils , font connoiftre leur
valeur & leur courage. M. le Marquis
de la Charffe fit luy - meſme il
y a quelques années ruiner la Terre
dont il porte le nom , à caufe que les
Religionnaires y avoient fait des
aflemblées contre les ordres du
Roy & puis que nous en fommes
fur les actions glorieufes de cette
Famille , on ne doit pas paffer fousfilence
le courage & l'intrepidité.
avec laquelle Mademoifelle Dalerac
de la Charffe , Cadette de cette
Maifon , foutint le party des Catholiques
contre les mutins qui s'étoient
affemblez en Dauphiné ,,
GALANT. 331
proche de Bordeaux , & qui avoient
baptifé leur Affemblée du nom de
Camp de l'Eternel. Cette Demoiſelle
eft prefentement à Paris où elle
fait briller fon efprit , fa pieté & fes
autres vertus & l'on dit qu'elle
voudroit eftre en Dauphiné , pour
partager avec la Famille , la gloire
qu'elle s'eft acquife dans cette derniere
rencontre.
>
Si je voulois vous parler de tous
- les nouveaux Convertis qui ont
fait éclater leur zele pour le fervice
du Roy , je ne finirois point cette
Lettre. Je me contenteray de marquer
icy ce que j'ay lû dans une de
celles de M. de S. Feriol , Gouver
neur de Die. Ce Gouverneur
aprés avoir parlé du bon état où fe
trouvoit Ciſteron, dit , qu'il voudroit
quefa Place fuft auffi bonne ; à quoy

Ec ij
332 MERCURE
il ajoûte , qu'en tout cas le zele des
nouveaux Convertis luy fervira de
Citadelle , qu'il en eft tout-à -fait content
, & que dans la conjoncture prefentes
its fe comportent parfaitement
bien.
03 .
Meffieurs de Geneve ayant fceu
la marche du Duc de Savoye dans
le Dauphiné , & qu'il menoit a-'
vec luy des Miniftres Proteftans ,
qui prêchoient la révolte contre leur,
Prince , firent dreffer par leurs Miniftres
qui ont le plus de credit, une
Lettre Paftorale , par laquelle ils
exhortent les Proteftans de France,
de demeurer inviolablement attachez
à l'obeiffance qu'ils doivent
à leur Souverain , & que pour quelque
prétexte que ce foit , & qu'on
puifle leur donner, leur Religion ne
permet pas qu'ils le révoltent jamais.
GALANT: 333
Je vous laiffe faire toutes les refle
xions que cette exhortation merite ,
Quantité de perfonnes ayant inutilement
cherché le fens de l'Enigme
du mois d'Aouft , ont cru qu'elle
eftoit inexplicable , ce qui n'eft pasa
puis qu'il a efté trouvé par Mrs Filliere
, ruë de la Verrerie ; Sombret
du quartier Saint Paul ; l'aimable
Soriz du Mans , & fachere Soeur de
Verfailles . C'eftoit le serain qui
tombe le foir.
En voicy une nouvelle , dont Mr
Diereville eft l'Auteur ."
J
ENIGM E.
E dois ma naiffance & mon eftre
Moins à la Nature qu'à l'Arts
JeSuis un enfant du hazard
Que lefeul caprice a fait naître.
334 MERCURE
Le beau Sexe pour moy marque beau
coup d'amour.
Dans mon commencement j'avois pen
de Maîtreffes ,
Et j'en ay maintenant de toutes les
especes
Sans me donner le foin de leur faire
la cour.
Fay pourtant tous les airs de la Galanterie
;
Lorfque je fuis à leurs genoux ,
Je fuis humble , civil & doux ,
Et propre à la badinerie.
Des Beautez que je fers , vous qui
Suivez la loy,
Et que monfecret embaraſſe ,
Si l'on vous fouffroit à ma place,
Vous pourriez y trouverplus deplaifir
que moy..
Ce qui eft fait à la louange du
335
n'ya
Ainfi
ir enivent
Fran-
Mo
oux
'e
fes
e ja
ups3.
isal-
ཙྭ་
mesa
Trent
ce
334
Le be
Dans
Et j
Sans
Fay
יד
Je
Des
1117
E
Si SuuntoMano t
Vous
C
GALANT. 335
Roy ne laffe jamais , puïſqu'il n'y a
point d'éloges qu'il ne merite. Ainfi
vous ne ferez pas fâchée d'avoir encore
à chanter les Vers qui fuivent
pour vous réjouir avec tous les François
, des avantages de ce grand Mo
marque .
AIR NOUVEAU.
Ors que Louis eft en couroux
Tout cede au pouvoir de fes
L
armes.
Vous qui luy refiftez de ſa gloirejaloux
,
Princes liguez , craignezſes coups
Iljette dans les coeurs de mortelles allarmes.
Vos Sujets qui verfent des larmes ,
Force de fuivre Mars , murmurent
contre vous.
François , réjouiffon snous.
Sous Louis le Grand , la France
136 MERCURE
Foüit d'un repas bien doux.
François , réjouiffons - nous.
Namur dans l'obeiffance
Public en ce jour fa puiffance.
Le plusgranddes Heros triomphefeu
de tous i
François , réjouissons-pous.
Je finis par plufieurs nouvelles,
dont je n'ay point le temps de vous
faire le détail.
Les dernieres Lettres de Vienne
du 13. de ce mois , contiennent que
le Grand Vifir eftoit réfolu d'aller
au devant de l'Armée Imperiale,
pour la combattre , & que le Prince
Louis de Bade s'avançoit vers Pe
tri .V Varadin , auffi à deffein d'attaquer
les Turcs . Le Comte de Te-
Keli , & le Bacha Ali font arrivez à
Belgrade avec environ trois cens
Barques
GALANT 337
Barques chargées de munitions de
guerre & de bouche qui devoient
eftre fuivies de plufieurs autres .
Il y des Lettres qui portent que.
19
les Venitiens ont efté fort maltraitez
dans la Morée , en un Com .
bat donné fous Corinthe, contre le
Seraskier de Negrepont , qui ftoit
demeuré maiftre du champ de Ba-
* taille , & avoit fait piller les Fauxbourgs
, ainfi que plufieurs Villages
des environs .
La plufpart des Lettres de Flandre
difent que le Prince d'Orange.
en devoit partir le 26. pour ſe rendre
à Loo , où il devoit regler l'état
de guerre pour l'année prochaine.
Les Lettres de Grenoble du 23 .
portent que les Ennemis s'eftoient
entierement retirez du Dauphiné, &
qu'ils n'avoient point brûlé Guil-
Sept. 1692. Ff
338 MERCURE
1
leftre , dont la fituation fe trouve
propre pour faire une tres- forte
Place , & c'eft ce que M. de Vau
ban qui eft à Grenoble , affeure de
faire .
La prife de Namur nous donnant
lieu d'étendre les contributions ,
M. le Marquis de Bouflers a efté:
avecun gros Corps jufques à la hau
teur de Louvain , ce qui a fort étonné
Lewe & les Mairies de . Bolduc ,
Breda , & Bergopfom. Il détacha
M. le Marquis d'Harcourt , qui s'étendit
dans tout le Pays pour faire
payer les contributions , & alla jufques
à une lieuë & demie de Maf
tric. Plufieurs Villages ont payé ,
d'autres ont donné des Oftages ,
& cinquante autres , ou environ ,
croyant eftre fecourus ont fouffert
Les executions militaires , ſuivant les
GALANT.
339
loix de la guerre. Cela s'eft fait à la
vûëdes Troupes de Liege & deBrandebourg
, beaucoup plus fortes que
celles du Marquis d'Harcourt .
A Paris ce 30. Septembre 16924-
APOSTILLE.
M. de Blanfac vient d'arriver,
qui a apporté la nouvelle de la
défaite de cinquante Elcadrons , &
de la prife de vingt- eing pieces de
Canon,avec le Bagage & les Tentes
des Ennemis , par M. de Lorge.
On m'a averty de plufieurs
fautes qu'on a remarquées dans
ma Lettre du mois d'Aouft . On
y eft fujet , puis que les Impri
340 MERCURE
meurs en laiffent fouvent qu'on
4 corrigees , & que d'ailleurs il
s'en trouve quelquefois dans lès
Memoires quifont envoyez , &
qu'il y a bien des chofes où il eft:
aifé de fe tromper.
Ce fut M. l'Abbé de Chaftres ·
qui preſcha auxJefuites le jour.
de S. Louis , & non M. l'Abbé
de Castre.
gons
On a mis le Regiment de Dragde
Salis , au lieu de Sailly..
En parlant de M¹ de Murcé,
jay prétendu dire que Madame ·
de Quelus eftoit fa Soeur . Si cela
Je trouve mal expliqué , il faut
reformer l'Article
GALANT: 341
M Titon dont j'ay parléla
derniere fois , eft Procureur dis
Roy de la Ville , & non Avogcat
du Roy.
Dans l'article du Vaiffean Efpagnol
pris par Mª de Levy ,
il y a qu'il avoit quatre- vingtdix
hommes d'équipage , il faut
lire , quatre cens cinquante..
LE LIBRAIRE AU LECTEUR
E Volume que j'ay donné au Public de la
Relation du Combat de Stein- Kerke, avee
le Plan du mefme Combat, qui eft l'unique que
Fon ait gravé, auroit pleinement fatisfait les
plus curieux &les plus critiques , s'ils y avoient
trouvé une Lifte generale de tous les Officiers
tuez ou bleffez , avec leurs noms & leurs eme
plois. Ceux qui n'ont point de nouvelles de
feurs Parens bleffez , ou tuez , en pourront
apprendre par cette lifte. Elle m'a efté tant, de-1-
343 MERCURE
mandée , & je l'ay promiſe à tant de gens , que
je n'ay épargné aucun fein pour l'avoir. Ainfi
elle fera ajoûtée au Volume de la Relation du
Combat ,& tant pour la Relation que pour
la
Lifte & le Plan en grand papier , on ne payera
que vingt fols . On peut dire que ce Volume
avec celuy de la prife de la Ville de Na-
& l'Hiftoire du Siege du Chafteau, renferment
toute la Campagne, avec une infinité de
circonftances & de faits qu'on ne trouve point
ailleurs. Les trois fe donnent pour trois livres
-dix fols en veau , & pour cinquante- cinq fol
en parchemin.
mur ,
TABLE
Relude.
Epiftre au Roy.
9"
Lettre interceptée d'un Colonel Valon à un
de fes Amis à Bruxelles . 17
Nouveaux Memoires pour fervir à l'Hiftoire
du Cartefianifme. 25
Bouquet envoyépar Madame des Houlieres . 99
Lettre touchant la mort de M. le premier Prefident
de Grenoble.
Réjouiffances faites à Dijon.
105
119
Fefte celebrée à Bordeaux & à Toulouxe . 134
Lettre d'un Capitaine Hollandois à un de ses
TABLE.
Amis à Breda. 137
Charge d'Aumônier du Roy , donnée à M.
l'Abbé de Tonnerre .
Diogene & Mausole Dialogue.
143
145
Gouvernement d'Arras donné à M.le Marquis
de Monchevreuil.
Memoire prefenté aux Etats de Hollande ,
150
Lettre de M. Deslandes. 152
parl' Envoyé de Danemarck.
161
Nouvelles d'Allemagne., 171
Doctrine Chreftienne.
Le Roy d'Angleterre vient chez les Peres de la
Sacres de plufieurs Evefques.
La Beauce , Elegie.
Morts.
Vers pour le jour de la na fance du Roy.
Fefte celebrée à l'Hospital de la Charité.
Nouvelles de Pologne.
191
1.92
195
202
215
219
223
Seconde Lettre de Lion , touchant la baguette
qui fait découvrir les Meurtriers.
Hiftoire.
Gouvernement donné par le Roy.
Voyages Hiftoriques de l'Europe.
Prise de deux Vaffeaux de Guerre
Vaisseauxdu Roy.
La chaffe donnée aux Ennemis par
Marquis d'Harcour.
Autres nouvelles d'Allemagne.
Grand defordre arrivé à Pofanie.
Prifes faites par nos Armatexys.
224
228
263
266
par les
267
M. le
273
27.7.
288
287
TABLE.
earnal de Flandre.
1295
Nouvelles de Dauphiné . 300
Mauvais party, pris par M. de Savoye. 322
Fidelité Valeur des nouveaux _ Conver-
.Belle action de Mrs de Geneve .
Article des Enigmes .
Nouvelles de divers endroits.
328
332
333
336
Eautes furvenues dans le dernier Mercure.339
Avis pour placer les Figures.
L'Air qui commence par, Retirezevous
, &c. pag. 282 .
L'Air qui commence par , Lors que
Louis , & c. pag. 335 .
SSZZZZZZ5Z S522555
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui se vendent chez
Michel Brunet , Galerie - neuve diss
Palais , au Dauphin . 1692 .
Iftoire du Prince d'Orange , tem
Hplie de Figures , & contenue en
plufieurs Dialogues qui font la onzièmɔ¨
& la douzième partie des Affaires du
Temps . 12. 2. vol. 4. livres.
Affaires du Temps , 10. volumes.
12 .
15.1.
Voyage
de Siam
du Pere
Tachard
..
res .
6.1 .
Le Royaume de Siam , par M. de la
Loubere , 12. 2. vol. avec des Figu-
4. l. 10. f.
Journal du Voyage de Siam , de M.
l'Abbé de Choify . 12. 1. 1. 10. f.
Voyage des Ambaffadeurs de Siam
en France , temply d'une infinité de
chofes curieules , 12. 4. vol.
49
2
La Guide des Pais-Bas , on k
dia-fept Provinces › par Bouffin
gault. 12. 1. 1. 1o.f..
Voyage de Dalmatie , de Grece &
du Levant, par M. Georges V V heler,
enrichy de médailles , & de figures
des principales , antiquitez qui fe
trove dans les lieux , avec la defcri
ption des Coûti mes ,des Villes , Ri
vieres , Ports de Mer , & de ce qui s'y
trouve de plus remarquable , 12. 2.
vel .
5.1
.
18. 1.
Voyage de Tavernier , 4. 3. vol.
remply de figures.
Explication en Vers des Tableau de
la Gallerie de Verſailles . 4°. 15.f.
Recherches curieufes d'antiquitez ,
sontenues en plufieurs Differtations
fur les Medailles , bas reliefs , ftatuës
Mofaïques & infcriptions antiques ,
enrichiesd'un grand nombre de figures
en taille douce, par M. Spon. 4. 7.
Livres de Droit.
La Nouvelle Pratique Civile , Cri
3
minelle, & Beneficiale , ou le nouveau
Praticien François , reformé fuivant
les nouvelles Ordonnances , par feu
M. Lange , ancien Avecat en Parlement
, cinquiéme Edition , augmentée
de Notes en differens endroits , Dedié
à M. Talon , Prefident en la Cour de
Parlement. 4. 6.1.
Traité des Donations entre vifs ;
& Teftamentaires , par M. Jean Marie
Ricard , derniere Edition . fol 2 .
T
24.I. Les Edits & Ordonnances
des tres-
Chretiens
Rois François
I. Henry
II. François
II . Charles
I X. Henry 111. Herry IV . Louis XIII. & Louis
XIV . fur le fait de la Justice & abréviations
des Procez
par M. Neron , & Etienne
Gerard , Avocats
en Parlement
, augmentez
en cette derniere
Edition
, du Traité de la Jurifdiction
de la Connétablie
& Maréchauffée
de France , fol.
7.1.
La Nouvelle
Coûtume
de Paris , avec les Notes de M. C. du Moulin ,

reveue , corrigée & augmentée de
nouvelles Remarques & de nouveaux
Arrests , rendus en interpretation de
quelques articles , par M. C. Beroyer
Avocat en Parlement , 12. 2. vol.
4.
}
3.
L Dictionaire Civil & Canonique,
5.1.
Traité de la Subrogation
, de ceux
qui fuccedent
au lieu & place des Creanciers
, 4.
4 .
Traité des Criées par M. Bruneau,
5.1.
4.
1.
Queftions Notables de Droit du
Perier , 4.
3.1
.
Maximes dn Droit Canonique de
France , 12. 2. vol.
3.
1.
Coutume de Troyes avec les Commentaires
de M. L. le Grand , fol . 12.1.
Oeuvres de M. Charles Loiſeau,
fol.
7.4
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le