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Library oftheUniversity ofMichigan
TheCoyl Collection.
MissJeanL.Coyl
ofDetroit
in memory
ofher brother
Col.William
Henry
Coyl
1894.
др
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
AOUST 1692.
A PARIS ,
GALERIE- NEUVE DU PALAIS.
O
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant au
premier jour de chaque Mois , & cn
le vendra Trente fols relié en Veau,
& Vingt- cinq fols en Parchemin.
840.6
M553
1692
aug.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie,
Et MICHEL BRUNET , Galerie- nenve
da Palais , au Dauphin.
M. DC . XCII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY,
Coyl
Gottschalk
10.14.55
$8594
AVIS.
Velquesprieresqu'on aitfai
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , enforte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires
t'on employera tous les bons Ouvra
ges à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent , & fur
A ij
A VIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il est toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Patis ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
AVIS,
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il est imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyans
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet , puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
A j
AVIS.
>
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Par-
Ficuliers que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Il fera la mefme chofe genevalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite
ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les jaindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitu
de dont on aura tout licu deftre
content.
T
MERCVRE
GALANT
AOUST 1692.
LUS on examine les
difficultez qu'il y a
voit à fe rendre maî
tre de Namur , plus on admire
la parfaite intelligence
du Roy dans le métier de la
guerre , qui luy fait prendre
A iiij
8 MERCURE
de fi juftes mefures dans tous
fes deffeins , que quelques facheux
obftacles qui s'y puiffnt
rencontrer , ils ne fervent
qu'à luydonner plus de gloire ,
& à faire mieux connoiltre la
vafte étendue de fon génie.
lis paroiffoient prefque infurmontables
dans cette derniere
occafion , & la plupart
des. Ennemis de Sa Majefté
s'eftoient réjouis de voir qu'
Elle s'attachoit à former le
Siege de cette importante Pla
ce , perfuadez que ce feroit
fans aucun fuccés . Cependant
ny la prefence d'une Atmég
GALANT.
9
de cent mille hommes affemblez
pour fon fecours , ny les
pluyes continuelles qui auroient
fait perdre coeur à
toute autre Nation qu'à la
Françoife , n'ont pû empêcher
qu'un mois n'ait fuffi
pour faire cette conquefte.
Namur a efté forcé de fe rendre
, & les Alliez confus ont
eu la honte de ne s'en eftre
approchez , que pour eſtre les
tranquilles fpectateurs du
nouveau rriomphe de noftre
Augufte Monarque . Quelle
belle & ample matiere pour
ceux queles Mufes favorifent !
JO MERCURE
Je vous ay déja fait part de
quelques Ouvrages qui ont
efté faits fur ce fujet . Envoicy
d'autres , que vous trouverez
tres-dignes de l'applaudiffement
qu'ils ont receu des
Connoiffeurs les plus éclairez.
M' Boyer , de l'Academie
Françoife , a parlé ainfi de
cette nouvelle Conquefte..
GALANT. I
52225525225525 5SZ
SUR LA PRISE
DE
Q&
NAMU R.
AU ROY.
Wel torrent de profperitez !`
Grand Roy , je l'ay prédit , &je l'ay
du prédire ;
Et quand j'en croirois moins l'ardeur
qui nous infpire ,
Et par qui jufqu'au Ciel nous fommes
transportez ,
Dans l'avenir le paßé nous fait lire
Ces étonnantes veriteZ
Sur la gloire de tan Empire.
12 MERCURE
&
Pour en juger plus feurement,
Sans avoir recours aux Oracles,
Lecelefte pouvoir agit visiblement ,
Et forçant pour toy feal d'invincibles
obstacles ,
Nousfait prévoir dans chaque évenement
De furprenans fuccés , & de nouveaux
miracles.
S
La force de ton afcendant
Qui foutient contre tous ta puiſſance
Suprême,
Etquifeul affez grand pour fuffire à
luy mesme,
Rend de tout autre fort ton fort indépendant
;
Ta fageffe profonde , & l'immense.
étenduë
De ton efprit& de ton coeur,
1
GALANT.
13
Par qui la Ligue confondue
Voit dans tous fes deffeins fa bonte
&fon erreur ;
Ce font prefens du Ciel dont la terre
étonnée
Admire avec terreur ta haute deftinée.
&
L'invincible Namur par toy- mefme
foumis,
Cette conquefte fi foudaine
Qui fait le defefpoir de tous nos
Ennemis ,
Et noftre efpetance certaine ;
Tout ce qui rend enfin tes Etats floriffans
Et de tout l'Univers les efforts impuiffans
,
N'eft pas l'effet d'une puissance
humaine.
14 MERCURE
S
Dieu qui ne voit qu'en toy le Heros
tout Chreftien ,
Dont le zele ofe tout , & la foy ne
craint rien ,
Pour vanger fes Autels t'a prefté
fa puissance.
Ce grand Dieu dont tu fais ta gloire
& ton appuy>
Luy ton unique objet , & ta feule
esperance,
Doit faire tout pour toy quand tufais
tout pour luy.
B
Si le monde a peine à comprendre
D'où te vient ce " conftant & rapide
bonheur.
Qu'il ouvre enfin lesyeux , & commence
d'apprendre
Que c'est le Ciel qui fur toy fait
defcendre
GALANT. 15
Tout ce qui fait l'heureux Vainqueurs
Qu'il fut dans tous les temps prodigue
en ta faveur ,
Et que c'eft de là qu'il faut prendre
La mesurede ta grandeur.
grande
Remets devant tes yeux la face de la
terre ,
Quand on vit cent Peuples divers
Allumer contre toy cette fatale guerre,
Qui d'horreur& de fangremplit tout
Univers.
Les fieres Nations fremirent ,
Les plus fuperbes Potentats
Les uns aux antres fe promirent
La dépouille de tes Etats.
Toutfaifoit tremblernosfrontieres;
Tous nos bords eftoient menace .
Mefme quand les forces entieres,
Quand tous nos efforts ramaffez
16 MERCURE
Pouvoient fuffire à peine à garantir
nos teftes ,
On vit les perils redoubler ;
On vit croiftre la Ligue & groffir les
tempeftes.
Quel affreux abime à combler !
$
Dans cet état, où le plus magnanime
Perdroit toute fa fermeté ,
On te vit meſurer avec tranquillité
La profondeur de cet abifme..
Sans balancer dans un malfi preſſant
Ton Zele vers le Ciel éleva tes pensées
,
Etfur lafoy des victoires paßées,
Ofa tout préfumer du bras du Toutpuifant.
22
Une modefte &fainte confiance
T'obtient du Ciel un faint enchainement
GALANT. 17
De grands exploits , de gloire , &
d'abondance ,
De cent Princes jaloux lejufle chaftiment
,
Et de ta pieté la digne récompenſe.
Cet amas de Guerriers , ce million de
bras
(fense ,
Armé fubitement pour ta feule di-
Ce prodige qu'on voit , & que l'on ne
croit
pas,
(puissance
Ne
nous
fait
-il pas
voir
l'inviſible
Qui
pour
fecourir
tes Etats
A tiré
de fa Providence
Ce prompt
deluge
de Soldats
?
S
Que c'est pour l'Eternel un specta
cle agreable
De voir que tes Guerriers d'une pan
reille ardeur
[Semblable ,
Honorent fes Autel's par un culte
Et que cette égale ferveur
Aouft 1692 .
B
18 MERCURE
Donne à ton Camp nombreux & for--
midable
Mefme langage & mefme coeur !
Mais que c'est pour fesyeux un objet
plein d'horreur
De voir dans l'autre Camp tant d'erreurs
répanduës
Sous les loix d'un Vfurpateur,
Et par le feul efpoir de fervir fa.
fureur,
·Cent Religions confonduës !
ន
Fuge abfolu des Rois & des Tirans,
Dieu porte dans fes mains le glaive
& la balance , ( ce ,
Etfait tomber du haut de fa puiffam .
Sur deux Camps oppofez , des regards
differens. S
C'est d'un regard terrible & chargé
de menaces
(
d'Ingrats ,
Qu'il foudroye un party de Rebelles,
GALANT. 19
Que de Combats perdus , que d'affreufes
difgraces !
Que d'Etats épuiſez de biens & de
Soldats !
On y voit le malheur , la crainte,
l'inconftance
Caufer le repentir &la confufion ;
On y voit l'inégale &jalouſe impuiffance
Mere de la divifion.
કુંડળ
Mais dans ton Camp intrepide &
fidelle ,
Où mefme efprit réunit tous les
Coeurs ,
La gloire fuit par tout une union fi
belle ,
E loin de nous écarte les malheurs.
Si ta vie en peril nous
frayeurs
D'un regard attentif le Ciel veilledonne
des
←Sur elle
Bij
20 MERCURE
Et c'est pour nous le comble des
faveurs.
S
Le Cielfait pluss dans cette guerre
Sajustice en tes mains a remis fon
tonnerre ,
Ett'a prêté ces fatales terreurs
Dont l'Ennemy frapé paroist presque
immobile ,
Laiffe prendre à fes yeux fa plus
fameufe Ville ,
Et malgré luy devorefes fureurs.
BUS
Avec tant de bonheur , avec tant d'avantage
Quel Heros comme toy fi moderé,
fifage,
Scait regler fa valeur & retenirfes
pas?
Tu n'es poiut emporté par ce torrent
de gloire.
GALANT.
21
Tongrand caur trouve moins d'appas
Aprécipiter ta victoire ,
Qu'à menager le fang de tes Soldats.
Que ce triomphe est doux , & qu'il
eft preferable
Aux triomphes chargez de meurtres&
d'horreurs !
Vit-on jamais fuccez fi grand , fi
memorable
Couftermoins de fang & de pleurs ?
Tu n'as ny dérobé , ny foüillé ta
conquefte ,
Et le nouveau laurier qui couronne
ta tefte ,
Te donne tout l'éclat qui pare les
Vainqueurs.
Reviens,
?
par ta prefence acheve nôtre
joye
..
22 MERCURE
Sans t'éloigner de nous , regne , ordonne
, foudroye ;
Reconnois tagrandeur , & nous épargne
enfin
Les foucis inquiets , & les tendres
allarmes ,
Et fongejufqu'où va la terreur de tes
armes
Et la force de ton deftin.
2
Ta valeur afourni fon illuftre carriere
,
Et cette foifde gloire ordinaire aux
Heros
N'a plus pour toy d'affez digne
matiere.
Tranquille fur ton Trône , agissant
en
repos,
Goufte les plus doux fruits d'une
victoire entiere ,
Et laiffe aux pieds de la frontiere
GALANT.
23
Gronder les vents , & murmurer les
flots.
Le mefme M' Boyer a fait
le Sonnet que vous allez lire.
AU PRINCE
D'ORANGE.
Ο
Velle crainte a glacé ton audace
guerriere ?
Que charme te retient , Naſſau ?
quand un Grand Roy
Pour un fameux Combat vient t'ouvrir
la carriere ,
Ta valeur fe refufe à cet illuftre employ.
S
Namur , par qui l'Espagne affeuroit
Sa Frontiere,
24 MERCURE
Malgré tous fes ramparts qui donnoient
tant d'effroy,
Namur cede , & tù fais du fuperbe
Baviere
Le Témoin de l'affront qu'on voit
tomber fur toy.
S
Ignores-tu que c'est le comble de la
gloire,
D'ofer avec LOVIS diſputer la victoire
?
Tu devois l'entreprendre au peril de
ton fang.
S
Sûr de te rendre ainfi digne de fon
eftime ,
Tu pouvois meriter les honneurs de
ton rang,
Et peut- eftre effacer les horreurs de
ton crime.
L'Illuftre
GALANT. 25
L'Illuftre Madame
S
des
Houlieres qui ne fuit jamais
la route commune & qui
donne toujours fujet d'admirer
le furprenant & rare talent
qu'elle a pour les Vers ,
a trouvé un tour ingenieux
pour peindre les alarmes que
nous caufe l'intrepidité qui
porte le Roy à méprifer le
peril. Vous en conviendrez
quand vous aurez leu l'Ouvrage
qui fuit.
Aoust 1692 .
26 MERCURE
2222525552 22 22252
E PITRE
DE MADAME
DES HOULIERES ,
A LA GOUTTE.
F Ille des plaifirs , trifte Goutte,
Qu'on dit que la Richeſſe accompagne
toujours ,
Vous que jamais on ne redoute
Quandfous un toit ruftique on voit
couler fes jours ;
Je ne viens pas icy pleine d'impatience
,
Effayer par
des voeux d'ordinaire impuiffans,
GALANT. 27
D'adoucir voftre violence.
Goutte , le croirez- vous ? C'est par
reconnoiffance
Que je vous offre de l'encens
2
De cette nouveauté vous paroissez
charmée.
Faite pour n'infpirer que de durs
fentimens,
A de tendres remercimens .
Vous n'eftespas accoutumée
.
Commencez à goûter ce qu'ils ont de
douceurs.
Qu'on vous rende par tout de fu
prêmes honneurs ;
Qu'en bronze , qu'en marbre on
vous voye
Triomphante de la Santé
Rétablir dans nos coeurs le repos
la
joye.
خیش
A combien de perils LOVIS feroit em
(proye
Cij
28 MERCURE
Si vous n'aviez pas mis fesjours en
feureté !
2
Tout ce qu'affrontoit fon courage
En forçant de Namur les orgueilleux
Rampars ,
Peignoit l'effroy fur le vifage
Des genereux Guerriers dont ce Heros
partage
Les penibles travaux , les glorieux
hazards.
Dans la crainte de luy déplaire
On n'ofoit condamner fon ardeur témeraire
,
Bien qu'elle puft nous mettre au comble
du malheur.
A force de refpect on devenoit coupable.
Vous feule , Goutte fecourable ,
Avez ofé donner un frein à favaleur.
GALANT. 29
2
Helas ! qui l'auroit dit , à voir
couler nos larmes
Dans ce temps que la paix confacroit
au repos ,
Où de vivesdouleurs attaquoient ce
Heros ,
Que fes maux quelque jourauroient'
pour nous des charmes?
Mais quel bruit quelle voix fe répard
dans les airs?
Quoy done , Meffagere inviſible
De tout ce qui fe fait dans ce vafte
Univers,
Auprés du grand Roy que tu fers
On voit couler le fang ! Evenement
terrible !
Quelle idée offrez- vous à mon coeur
agité?
Sur l'excés de valeur & d'intrepidité,
Plufieurs perfonnes bleffées auprés du Roy.
Cij
30 MERCURE
Ce Heros fera-t-il toujours incorrigi
ble?
28
Vous n'avez pas affez duré,
Goutte , dont j'eftois fi contente,,
Vous trompez ma plus douce attente
,
Vous en qui j'efperois , &quej'avois
juré
De celebrer un jour par quelquegrande
fefte
( Tefte ,
Si pour nous conferver une fi chere
Dans le Camp de Namur vous aviez
mesuré
Vostre durée à fa conquefte.
S
Ab! que ne laiffe-t- il à son augufte
Fils
Dompterde mortels Ennemis
Fameux par leur rang, par leur .
nombre
GALANT.
31
Mais qu'à fuivre fon char le Ciel a
condamnez!
Qu'il ne nous quitte plus , qu'il je
repose à l'ombre
Des Lauriers qu'il a moiffonnez.
N'eft-il point las de wainore ? & ne
doit- il pas croire
Que fon nompour durer toujours
N'a plus affaire dufecours
De quelque nouvelle Victoire ?
Ces Grecs & ces Romains fi vantez
dans l'Hiftoire
Ont fauvé leurs noms du trépas
Par des faits moins brillans , moins
dignes de memoire .
Affreuse avidité degloire !
La fienne efface tout, & ne luyfuffit
pas.
S
De tant de Nations la chere & vaine
Idole
Cilj
32 MERCURE
Naffau , par plus d'un crime en Mo
narque érigé,
Dés qu'il fçait Namur affiegés
Fremit , raffemble tout, & vers la
Sambre vole ,
A voir fi prés de nous floter fes Etendars..
A quelque noble effort qui n'auroit
du s'attendre ?
Mais tout fçavant qu'il eft dans le
Métier de Mars ,
Ilfemble n'eftre enfin venu que pour
apprendre
Le grand Art de forcer une Place à
Se rendresses
E1 pour fes Alliez toujours remply
d'égards ,
Lancer fur noftre Camp de menaçans.
regards ,
Eft tout ce qu'il ofe entreprendre.
GALANT.
33
2
Tout ce qui justifie & nourrit les terreurs
,
་
L'Art , la Nature , cent mille hommes
,
Et ce que l'byver a d'horreurs ;
Malgré la faifon où nous fommess
Auront vainement entrepris
De rendre Namur imprenable ,
Quand Louis l'attaque , il eftpris ,
Et ces amas de Rois que fa puiſſance
accable ,
Eft la Montagne de la Fable ,
Qui de l'attention fait passer au mépris.
2
Non , je ne mefuis point trompée,
Je voy courir le Peuple , & je lis dans
fesyeux
Que LOVIS eft victorieux.
Ma crainte pourfa vie est enfin diffi
pée,
34 MERCURE
Et je n'afpire plus qu'à revoir dans
ces lieux
Ce Heros dont mon ame est toujours
occupée.
Goutte , qu'on vit trop toft finir ,
Et dont je viens d'avoir l'audace de
me plaindre
Puis que pour ce Vainqueur on n'a
plus rien à craindre,
Gardez- vous bien de revenir.
2 .
Ne le dérobez point à noftre impatience.
Lors qu'il eft éloigné de nous
Tout est enfevely dans un morne filence
,
Et le foible plaifir que donne l'efpe
rance ,
Eft le feul plaifir qni foit doux.
Mais , Goutte , s'il eft vray ce qu'on
nous ditfans ceffe ,
GALANT:
35
Que jusqu'à l'extrême vieillefe
Fous conduisez les jours lors que
vous ne venez
Qu'aprés qu'on apaßéhuit Luftres,
Pour des jours précieux , & toujours´
fortunez
Fours quifont tous marquez par quelquesfaits
illuftres ,
Quelle esperance vous donnez !
Le Madrigal que j'ajoute
icy eft de Mademoiſelle Bernard.
Plufieurs Ouvrages en
Vers & en Profe ont fait connoistre
il y a longtemps com,
bien elle a l'efprit delicat.
34 MERCURE
AU PRINCE
D'ORANGE.
L faut , Naffau, que je te remer
I'
cie
D'avoirfeeu conferver ta vie.
LOVIS a befoin de tes jours
Pour fes glorieufes conqueftes s
A quoy tu travailles toujours.
Tu prens lefoin de former les tem
peftes ,
! Les diffiper fait fon employ.
Le Ciel deut à fon regne un Prince
que toy.
tel
Fon genie agiſſant dont parlera l'Hif
toire ,
Ne t'eft pas donné pour ta gloire,
Mais
pour celle de noftre Roy.
Si vous avez envie deſçavoir
quels peuvent eftre les fentiGALANT.
37
mens de ceux que le Prince
d'Orange amufe depuis fi
longtemps par de vaines efperances
, vous les trouverez dans
la Lettre écrite de la Haye ,
que vous allez lire.
LETTRE
ECRITE DE LA HAYE,
Par le Prefident de ...
Au Prince de ....
J
Avouë ,
Monseigneur , que
je me fuis trompé dans m: s
raifonnemens
, & que je ne comprens
plus rien à tout ce que je
38 MERCURE
vois. Quoy ? les Alliez épuiſent
leurs Etats & d'hommes d'argent,
pour mettrefur pied la plus
formidable Armée qu'on ait jamais
veue en Flandre . On nous
affure de toutes parts que la France
eft accablée, on nous flatte
que nous allons reprendre dans
une Campagne toutes les Conquê
sa qu'elle a faites pendant plufieurs
années. L'Electeur de Baviere
abandonne fes propres Etats
, méprife une gloire pref
que affurée qu'il pouvoit acquerir
en Hongrie , pour venir en Flandre
y moiffonner les lauriers à
pleines mains ; & dans ce temps.
GALANT.
39
là les François affiegent Namur
, cette Place que ces mêmes
François , moins audacieux
qu'ils ne le font aujourd'huy
n'avoient jamais ofé regarder
dans des temps où les Espagnols
n'avoient ny Troupes pour
deffendre , ny de puiſſans Alliez
pourlafecourir? Ileft vray qu'aux
premiers avis que nous cúmes de
ce Siege , nos Princes s'en réjoüirent
, tout le monde crut que
les François avoient perdu l'ef
prit. On remercia Dieu par
avance de les avoir aveuglez
au point de les engager à une entreprise
fitéméraire à la venë de
40 MERCURE
tant de grands Capitaines ,
d'une Armée qui auroit pû conquerir
tout l'Vnivers . On marcha
pour punir leur audace ; le
Ciel mefme fembla fe déclarer en
noftre faveur , par les grandes
difficultez que les pluyes continuelles
apporterent au Siege . La
Garnifon , qui eftoit bonne &
fort nombreufe , fe deffendit avec
beaucoup de valeur ; nos Troupes
arriverent en prefence des François
, qui leur donnerent le temps
de fe pofter
de faire des Ponts fur un
petit Ruiffeau pour aller à eux
avecplus defacilité. Les Defer
avantageuſement ,
GALANT. 41
teurs affurerent que l'Ennemy'
fouffroit beaucoup . Enfin nos
Soldats animez par l'exemple de
tant de Princes , fe difpofent au
Combat
que
n'attendent plus
le dernier fignal pour aller à
la charge. Vous croyez déjar ·
Monfeigneur , les François battus
, & le Siege leve ; point du
tout , ils prennent la Place , &
les Alliez fe retirent tranquillement.
Il
y a unfecret dans cette
conduite que je ne sçaurois penetrer.
Car enfin dans quelle meilleure
occafion pouvions nous employer
ces belle's & nombreuses
Troupes , que pourfauver la plus
Aoult 1692 . Ꭰ
42 MERCURE
importante Place de l'Europe qui
donne mille mille avantages
&
à l'Ennemy ? Attendra- t- on ,
pour entreprendre quelque chofe
que nos Soldatsfoient difperfez
on que les François foient devant
une bicoque ? En verité , Monfeigneur
, il y a de l'injustice à
ruiner tant de milliers de Peuples
pourfoûtenir une fi longue guerre,
prefque fans efperance d'au
cunfuccésfavorable . Vous verrez
que l'année prochaine onnous
dira encore que la France eft à
bout, & hors d'état de continuer
guerre. Cependant nous acheverons
de perdre la Flandre , &
la
GALANT. 43
Dieu veüille que nous en foyons
quittespour cela. Voilà bien de
mauvais raiſonnemens , mais je
vous ay dit par avance que je
n'y comprenois plus rien . Je vois
pourtant que tout le monde eft
icy dans une grande conternation
, quoy qu'on ne laiffe pas de
nous confoler par des efperances
imaginaires , & par des veuës
éloignées. Les dupes y font toujours
trompez lesgens de bon
cfprit s'en mocquent , & me paroiffens
fort defabufez. Jesuis
Monfeigneur ,Voffre, & c.
De la Haye ce 12. Juillet , 1692-
Dij
44 MERCURE
Quoy que la plupart des
Villes de France ayent donné
de grandes marques de joye
pour la prise de Namur , je ne
vous parleray neanmoins que
de ce qui s'eft fait en quelquesunes
. Je commence
par Bordeaux
où le Te Deum fut
chanté folennellement
le 24
du mois paffé , dans l'Eglife
Metropolitaine
de S. André .
M. l'Archevefque
de Bordeaux
. y affilta auffi bien que
le Parlement , la Cour des
Aides , & les autres Corps de
Juftice , avec leurs habits de
ceremonie. M de Sourdis
GALANT.
45
tenoit fa place dans le Corps
du Parlement comme Gouverneur
. La Bourgeoific fe
mit fous les armes , au nombre
de fix mille hommes , qui
for moient fix Bataillons. Leur
équipage eftoit une vingtaine
de chevaux , chargez de boureilles
de vin , & couverts de
belles houffes , que les Offciers
faifoient décharger à
tous les campemens pour fai
re boire cette Milice à la fanté
du Roy , & ils les faifoient
enfuite recharger de nouveau
vin. Cette petite Armée alla
fe mettre en bataille fur les .
46 MERCURE
Foffez de la Maifon de Ville,
où l'on avoit fait rouler fix
pieces de Canon , qui firent
grand feu pendant un long
intervalle , avec une vingtaine
de boëtes. M' de Sourdis accompagné
des Jurats , vine
mettre le feu au bucher , qui
avoit efté dreffé à la tefte de
l'Armée , que la nuit fit feparer
aprés plufieurs décharges
generales du Canon & de la
Moufqueterie. Alors chacun
alluma des feux devant fa porte,
& l'on ne vit qu'illuminations
aux feneftres & aux
Tours. Les trois Chafteaux
GALANT. 47
tirerent tout leur Canon , &
jetterent des feux d'artifice
juſques à une heure aprés minuit.
Les principaux de la
Ville donnerent auffi des
feux d'artifice , parmy leſquels
on diftingua ceux des Directeurs
de la Douane , & des
Peres Jacobins. Celuy que
donna M' de la Salle , Occonome
du Chapitre de faint
André, à l'entrée de la Place
de ce nom , cauſa beaucoup
de plaifir aux Spectateurs.C'é
toit une machine fufpendue
en l'air,qui fit paroiftre des differens
fpectacles, reprefentans
48 MERCURE
སྙ
des Allegories tout à fait plai
fantes. Il n'y avoit rien de plus
beau que l'illumination du
Port des Chartreux . Comme
il est fait en un demy cercle
de Lune , on voyoit facilement
de tous coftez une perfpective
, illuminée de la longueur
de deux mille pas. »
Le 27. du mefme mois , la
Ville de Niort marqua fon
zele & fa joye pour cette même
conqueſte par les foins de
M' de la Terraudiere Avocat,
à qui une application continuelle
à tout ce qui regarde
le fervice de Sa Majesté &
le bie n
GALANT.
49
le bien des Habitans , a fait
meriter d'entrer depuis peu
de temps en la charge de Maire
de la Ville pour la cinquiéme
fois , ce qui n'a point cu
d'exemple depuis prés de cinq
ficcles que la Mairie eſt établic
à Niort. Il avoit fait dref
fer un feu de joye dans la Place
du Marché, le plus magnifique
qu'on cuft encore veu .
& d'une tres- belle fymmetrie .
Outre le bucher , élevé fur una
grand Maſt de bateau , de
quaranre- cinq pieds de hauteur
, & accompagné de quantité
d'ornemens & de feftons
Aoust 1692.
E
50 MERCURE
qui faifoient paroiftre une
fort belle Couronne fur le
haur , il y avoit vis - à - vis &
dans une des extrémitez , une
autre élevation de vingt- cinq
pieds , garnie de feftons de
fleurs & de lauriers , fur la
quelle eftoit un triangle , remply
de trois cartouches , qui
reprefentoient le Siege & la
prife de Namur , avec trois
Devifes tirées de la Profe du
S. Efprit qui fe dit au temps
de la Pentecofte. On voyoir
le Roy dans le premier , tenant
en fa main un bafton de
Commandant, & donnant or-
34
GALANT.
ད £ ;
dre à des Lignes & à des Tranchées
au devant d'une Ville
figurée au naturel , & au bas
eftoient ces mots ,
In labore requies.
Le fecond Cartouche reprefentoit
la mefme Ville, devant
laquelle il y avoit plufieurs
bateries de Canons & de Mortiers
qui la foudroyoient , &
au bas ,
In aftu temperies .
Dans le troifiéme Cartou
che , qui eftoit poſé au haut
du triangle , on voyoit Namur
qui ouvroit fes portes au
Roy , monté fur un Char de
E ij
52 MERCURE
triomphe , paffant par deffus
plufieurs Anglois , Hollandois
, & Efpagnols , & recevant
les clefs de la Ville que
luy prefentoit un Magiſtrat
accompagné d'un grand nombre
de Peuples , & au bas,
In fletu folatium.
Dans les ailes de ce feu paroiffoient
fix Pyramides , pareillement
ornées de lauriers
& de feftons , trois de chaque
cofté , & fur chaque Pyramide
eftoit un Cartouche , quatre
de figure ronde , & deux
en quarré , pofez vis . à vis du
bucher.
GALANT.
53
Sur la premiere de ces Pyramides
, on avoit repreſenté
Tantale , ayant foif , & mourant
de faim au milieu des
caux , & de l'abondance des
mets & des liqueurs , pour figurer
l'inaction du Prince
d'Orange à la tefte de cent
mille hommes , avec ces pa
roles du Prophete Royal.
Egenus & pauper fum ego.
Vis- à- vis , & fur la Pyra
mide de l'autre cofté , cftoit
repreſenté un Oranger dépouillé
de fleurs & de fruits
par la foudre de Jupiter , avec
ces mots .
E iij
54 MERCURE
La foudre de Louis fait voir
fa nudité.
Sur la troifiéme Pyramide ,
il y avoit un Girafol , tourné
du cofté du Soleil , felon fa
coûtume , pour marquer l'admiration
de toute l'Europe
qui n'eft attentive qu'aux
grandes & heroïques actions
de Sa Majefté , avec ces mots
de
l'Apocalypse.
Sequitur quocumque ierit.
Sur la quatrième , poféc
vis à- vis , eftoient reprefentées
les deux Rivieres de la
Sambre & de la Meufe , accompagnées
de leurs Nercis
GALANT.
ST
des & de leurs Tritons , tcnant
des Lis en leur main ,
pour témoigner leur inviolable
foumiffion
mots .
avec ces
Et Mofa , Sabifque.
Sur une des Pyramides , pofées
vis à-vis du bucher , on
voyoit dans un Cartouche de
forme quarrée , un Lion & un
Aigle , qui à l'approche d'un
Coq couronné par la Victoire
, fuyoient & alloient chercher
un azyle pour le mettre
à couvert du chaſtiment que
meritoit leur temerité ; co
qui marquoit la fuite des En-
E iiij
56 MERCURE
nemis fous le Canon de Bru
xelles , aprés la prife de Na
mur , & ces mots.
Opportune fugiunt..
Sur l'autre
pyramide oppopofée
à celle- cy , dont le cartouche
cftoit auffi de forme
quarrée , eftoit reprefenté
un
feu de joye , fur lequel tomboit
une nuée de larmes qui
l'éteignoit
, avec ces mots au:
deffous.
Sic hoftium lacrimis extinguntur
gaudia.
Pour faire connoiftre que las
joye des Ennemis , caufée par
keur petit fuccés du Combat
GALANT. 37
Naval , a cfté bien éteinte &
changée en larmes , par l'im
portante conquefte de Namur
, dont les fuites leur doivent
estre fi funeftes.
Comme par les ordres de
Mr le Maréchal d'Eftrées ,
Commandant pour le Roy en
Poitou & Aunix , on, a commencé
d'affembler les douze
Compagnies du Regiment
Royal , étably par le feu Roy,
en la Ville de Niort , elles fu
rent convoquées ce jour - là
à l'occafion du Feu de joye.
Aprés qu'on eut fait les exercices
en bon ordre , & fort re58
MERCURE
gulierement , on les conduifit
devant la grande Eglife de
Noftre Dame , où le Te Deum
fut chanté , en prefence du
Corps de Ville , de tous les
Corps de Juftice , & de tous
les Ordres Religieux . Enfuite
ces Compagnies défilerent , &
fe rendirenten
la grande Pla
ce du Marché vieux , où elles
furent rangées en trois Bataillons
de prés de cinq cens
hommes chacun . Elles firent
plufieurs falves & décharges
de Moufqueterie
, dont le
bruit ne fut interrompu
que
par des acclamations de Vive
GALANT.
59
le Roy , fort fouvent reïterées .
Le feu fut mis au bucher a
vec fix flambeaux
, portez par
Mr de Pierrelevée , Lieutenant
de Roy de la Ville & du Chafteau
de Niort, par M ' de Fonmort,
Prefident & Lieutenant
General ;; par
diere , Maire ; par le Doyen
des Echevins qui y affifterent
tous en robes avec leurs chaperons
rouges ; par le Major
du Regiment , & par le prea
mier Capitaine , & à la fin on
vit s'élever en l'air quantité
de fufées & de feux d'artifice
qui terminerent la fefte ..
Mr de la Terrau60
MERCURE
*
On ne fe diftingue pas
moins dans les petits lieux , que
dans les plus grandes Villes ,
quand il s'agit de montrer fon
zele pour le Roy ; & le 20. du
mefme mois de Juillet , M'le
Bailly du Duché d'Anguien,
dit autrefois Montmorency,
fit chanter le Te Deum avec
toute la folemnité poffible ,
dans le Convent des Religieux
Trinitaires,où toute la Juftice
du lieu fe rendit en robes . L'E
glife eftoit fort ornée , & éclai
rée d'un grand nombre de lu
mieres . On fit la Proceffion
pour le Roy, & enfuite un des >
GALANT. 61
Peres fit unDifcours à la loüange
de ce Monarque . La Mufique
& la Simphonie ne furent
pas oubliées à l'Exaudiat & au
Te Deum, & il fe fit plufieurs
décharges de plus de cent
Boëtes.
Parmy toutes les marques
de joye qui fe font données à
Nantes , ce qui a efté fait devant
la maifon de Madame de
Luigné , Veuve d'un Confeiller
au Parlement de Bretagne,
& Dame d'un tres- grand merite
, eft fort fingulier . La Fefte
cut d'autant plus de fuccés,
que n'ayant rien épargné
62 MERCURE
pour la rendre magnifique ,
elle avoit fait travailler aux
prépatatifs dés qu'elle eut fceu
que le Roy affiegeoit Namur .
Elle avoit compté la Place
prife, parce qu'elle eftoit attaquée
par les François ; & l'évenement
a fait connoiftre
qu'elle en jugeoit fainement .
Mr Guerin , qui cft d'un genie
d'une fort grande étendue ,
& attaché auprés de M ' de
Luigné fon Fils , a eu grande
part à la conduite de cet Ouvrage
, qu'il a executé fort
heureusement , aprés en avoir
formé le plan . Outre les feux
GALANT. 63
& les Illuminations il y avoit
deux Theatres , dont l'un repreſentoit
la Ville & la Citadelle
de Namur , fur laquelle
le Prince de Barbançon, Gouverneur
, paroiffoit donner fes
ordres . L'autre Theatre qui
faifoit face au premier , reprefentoit
le Camp de Sa Majefté
qu'on y voyoit en perfonne
, tenant d'une main fon
Sceptre ; & ayant l'autre appuyée
fur Monseigneur le
Duc de Bourgogne . Aprés
que les Girandoles , les rouës,
les lances enflamées qui bordoient
la Ville , & les Feux
64 MERCURE
d'artifice qui eftoient diftribucz
ingenieuſement dans
toutes les Tours , & les fortifications
qu'on vouloit faire
fauter , eurent fait leur effet
par le moyen de quantité de
coquilles de poudre , de falpêtre
& de fouphre qui fai
foient la communication des
feux , un Envoyé du Prince
de Barbançon parut aux pieds
du Roy en pofture foumife ,
& luy prefentant la carte
blanche . Le Prince d'Orange
cftoit un peu plus loin dans
fon Camp, portant un long
crefpe à fon chapeau, & ayanɛ
&
65
GALANT:
la main fur la garde de fon
épée , qui paroiffoit tirée à
demy hors du fourreau .Aprés
plufieurs acclamations des
Spectateurs aux cris de Vive
lé Roy , un Dragon qui faifoit
paroiftre deux langues enflâmées
, vint du haut de la maifon
mettre le feu au bucher
qui avoit efté élevé entre l'un
& l'autre Theatre . Sur la
pointe de ce feu on avoit placé
un Efpion remply de fufées,
que le Dragon alla brûler de
la mefme forte , ce qui donna
beaucoup de plaifir à tout le
peuple qui cftoit accouru de
Aoust 1692.
F
66 MERCURE
toutes parts à ce fpectacle .
qui fut expofé aux regards des
Curieux depuis le matin juf
qu'à onze heures du foir .Tous
les Perfonnages qui eftoient
reprefentez fur les deux Theatres
, imitoient la grandeur
naturelle des Originaux , &
eftoient pompeulement ha
billez Tout le monde fut
extraordinairement fatisfait
de cette fuperbe Fefte , &
Madame de Luigné en reccut
mille loüanges
.
Vous ne doutez pas , Madame
, que la prife de Namur
n'ait fait faire beaucoup de
GALANT. 67
raifonnemens . Voicy ce que
le
Penfionnaire de Leyden a
écrit là- deffus , à un de fes
Amis d'Amfterdam
;
15
A Leyden le 15. Juillet 1692 .
&
nos affai-
E comprens comme vous s
Monfieur , que la perte que
nous avons faite par la prife de
Namur eft grande & d'une dangereuse
confequence : mais je ne
vois pas pour cela
res foient auffi mauvaises que
vous voudriez le perfuader. Je.
trouve au contraire que nous
avons dequoy nous confoler par
le grand avantage que nous avons
que
Fij
*8 MERCURE
eu fur Mer ; car quay que vous
difiez que les Combats de Mer
ne font jamais decififs , & que
vous soyez ingenieux à diminuer
la gloire de noftre Nation , par
les reflexions que vous faitesfur
cette Victoire, que vous prétendez
que nous devons plutoft at
tribuer aux vents qu'à la valeur
de nos Flottes , vous ne sçauriez
difconvenir que ce Combat ne foit
fort glorieux pour nous . Il ne
faut pas vous imaginer que toutle
monde s'avife de difputer fur
les circonftances de cette action.
On fe contentera de publier dans ·
les Cours des Princes Alliez,
GALANT. 69
>
que nous avons gagné une grande
Bataille , perfonne n'exami
nera fi nous eftions deux contre
un , fi les Ennemis ont eux- mefmes
fait échouer leurs Vaiffeaux,
s'ils en ontfauvé leur Canon &
leurs équipages , ou fi c'est nous
qui les avons brûlez & coulez à
fond. On ne fçaura pas mesme ,
que nous y avons eu trois mille
hommes tuez , prés de deux mille
bleffez & feize Vaiffeaux fort
maltraitez ; ilfuffira que les Ennemis
en ayent perdu quinze
pour nous donner tout l'honneur
toute la gloire de cette journée.
De quelque maniere que cela
70 MERCURE
foit , nous gagnons toujours beau
coup puifque cette Victoire éloi
gne le rétabliſſement du Roy
Jacques , & affermit le Thrône
de noftre Royal Sihatouder , qui
Se montre en toute forte d'occafionsfi
reconnoiffant & fifoûmis
à Meffieurs les Eftats . Il nous
en a donné tout nouvellement une
marque bien fenfible , par la déférence
qu'il a eue devant Na- ·
mur pour la Lettre de leurs Hautes
Puiffances , qui le prioient de
conferver fa Royale Perfonne ,
qui nous eft plus precieuse que·
toutes les Places de l'Univers.
Ce grand Prince a mieux aimé
GALANT. 7!
hazarder fa propre gloire , &
s'expofer à déplaire à tous fes
Alliez , que de manquer à fuivre
lesfalutaires confeils de Mef
fieurs les Etats . Quel bonheur
pour nous de compter un puiffant
Roy au nombre de nos Sujets ,
de voir que par fon moyen
trois grands Royaumes font dezenus
Provinces de la Hollande!
Son coeur ne fe partage point ,
fe conferve toujours- en entier
pour fa chere patrie . Vous
voyez qu'it préfere le fejour de
la Haye du Chateau de Loo
à la Ville de Londres , & à tou .
tes les Royales Maiſons d'An-
་
72 MERCURE
que
gleterre. Sa tendreffe pour nous
va fi loin , qu'il ne s'embaraffe
point de ruinerfes propres Sujets
pour foulager les noftres . C'eft
par fon habileté les riches
trefors d'Angleterre font paffez
dans nos Provinces , & que malgré
les defordres de la guerre nous
fommes encore dans l'abondance.
Ne vous inquietez donc plus de
la prife de Namur , ny du chagrin
que les Alliez en témoi.
gnent . Noftre Heros fuppléera
a tout , & fi par complaisance
pour les Etats , il a renoncé à une
Victoire que fon grand courage
luy promettoit , fon vafte genie
luy
GALANT. 73
er à
Tuyfournira des raifons pour donner
de nouvelles efperances aux
Alliez pour les engager
s'attacher à luy plus fortement
que par le paffe , quand ce feroit
mefme contre leurs propres interefts
, ainsi qu'il vient déja de
faire à l'égard des Liegeois . Mon
zele m'emporte peut estre trop
loin ; mais j'ay efté bien aife de
vous faire faire voir que vos raifonnemens
ne font pas toûjours juftes ,
&que nous n'avons rien à craindre
des temeraires entreprises des
François
pendant que nous
avons le prudent Gui laume pour
nous , Je fuis , Monfieur , &c.
Aoult 1692 . G
74 MERCURE
Je vous envoye la réponſe
que l'Amy d'Amfterdam a
faite au Penfionnaire de Leyden.
AAmfterdam le 17. Juillet 1692,
Voy que vos raifonnemens
me paroiffent fort juftes , je
fuis obligé , Monfieur , de vous
dire qu'ils ne meperfuadent point,
& il s'en faut beaucoup que je
ne convienne de la compenfation
que vous pretendez faire du
Combat Naval avec la perte
Namur. Je ne sçaurois mieux
vous exprimer ce que j'en penfe,
qu'en vous repetant en mefmes
de
GALANT.
75
termes ce qu'a dit .....Il compare
la perte des Vaiffeaux de France
à des cheveux qu'on a coupez,
qui reviennent au bout de l'an
quelquefois plus forts qu'auparavant
, au lieu qu'il regarde la
prife de Namur comme un bras
coupé , qui est un mal fans ref
fource. Avoüez que puis que
François nous ont attaquez avec
des forces inégales , & malgré les
les
vents contraires , nous aurons tout
à craindre lors que leurFlottefera
auffi forte que les noftres, fur tout,
files vents leur font favorables.
Vous pouvez vous fouvenir .
comme moy , de la trifte expe-
Gij
76 MERCURE
rience que nous en fifmes il y a
deux ans .
Vous vous imaginez auſſi que
nous avons beaucoup gagné , puis
que nous avons affermy le Trône
de noftre Sthatouder ; mais je ne
fuis pas de vostre fentiment . Plus
ce Prince devient puiffant, plus
il doit nous eftre redoutable ; &
cette déference fi affectée qu'il
fait paroiftre pour Meffieurs les
Etats , m'est plus fufpecte que
tout le refte. Croyez- moy , Monfieur,
, il entre dans cette conduite
plus de politique que de bonne
foy; que ce foit un bien loin que ce
bonheur pour nous de compter un
GALANT, 77
puiffant Roy au nombre de nos
Sujets je trouve que fous ce
pretexte imaginaire nous nous
fommes affujettis nous - meſmss ▾
que noftre Sujet est devenu
noftre Maistre ; car enfin ne commande-
t- il pas defpotiquement
nos Armées & nos Flotes ? Il
difpofe à fa volonté des Magi.
Aratures & des Gouvernemens,
& vous fçavez qu'on n'oferoit
prendre aucune refolution dans
nos Affemblées , fans avoir auparavant
preffenty ce qu'il fouhaite.
Qu'appellez - vous donc
eftreRoy ? Il ne faut pas nous
flater, Monfieur; ce Prince n'a
Giij
78 MERCURE
que
témoigné tant d'égards pour nous
depuis quelque temps , que dans
incertitude où il eftoit encore des
affaires d'Angleterre; & comptez
dés qu'il croira n'avoir plus
rien à craindre , il ne nous ménagera
plus , que nos Provinces
feront alors foumises à l'Angleterre
, comme elles l'eftoient autrefois
à l'Espagne . Vous voyez
deja que tout le commerce fe fait
par les Anglois , & qu'on leur
Taiffe une liberté entiere pour
navigation , au lieu qu'il femble
qu'on veuille nous ofter le moyen
de nous rétablir jamais , puis que
la plupart de nos Matelots ont
la
GALANT 79
20
efte enlevez pour fervir fur la
Flotte , & que nos Ouvriers ne
trouvant plus àfubfifter , ont efte
forcez à fe faire Soldats . Favone
qu'il eft paffé des fommes immenfes
d'Angleterre en Hollande ;
mais nos Peuples en font- ils moins
pauvres , & ne contribuent ils
pas encore aux dépenfes prodigieufes
que nous faifons pour l'entretien
des Armées, & pour amufer
les Alliez ? Je dis amuser ,
car je ne vois pas qu'ils gagnent
beaucoup à cette guerre non plus
que nous , qui en aucun temps
n'y faurions rien profiter au
lien que nous y pouvons tout
Giiij
80 MERCURE
perdre : tout le monde cepen
dant profite de nos fubfides. En
un mot , la guerre nous ruine, &
le commerce feul nous enrichit.
Nous ne l'avions interrompu que
dans l'esperance d'éloigner les
François de nos Frontieres, & ils
en font beaucoup plus près qu'ils
n'eftoient , en forte que noftre
Pays , qui avant la guerre eftoit
couvert de Mons ) de Namur,
fe trouve aujourd'huy exposé aux
courfes des Ennemis , & reduit
à leur payer contribution. Condonc
que noftre Heros ne venez
fe fert de ce vafte genie que vous
élevezfi haut , que pour fes inGALANT.
terefts particuliers , fans s'emv .
raffer ny des noftres , ny de ceux
des Alliez. Je vous demande
pardon fi je parle de ce Prince
avec tant de liberté ; mais vous
fçavezque dans Amfterdam nous
fommes en poffeffion de dire librement
nos fentimens . Cela n'empêchera
pas que je ne fois toujours
voftre , & c.
Il y a des gens qui font nez
pour eftre heureux , & ce que
je vais vous raconter en eft
une preuve . Un Cavalier tout
plein de merite, & d'une naiffance
fort confiderable , mais
8 MERCURE
affez mal partagé du cofté de
la fortune , fe rencontra d'une
humeur fi portée à la dépenfe
, que quand il auroit
cu vingt mille livres de rente,
il n'auroit pas vefcu avec plus
d'éclat . Son étoile qui le favoriſoit
dans le jeu , & qui luy
donnoit affez de credit pour
faire réuffir plufieurs affaires
qui luy cftoient propofées de
toutes parts, luy fourniffoit les
moyens de fuivre le panchant
qui l'entraînoit. Il menoit par
là une vie tres agreable , & il
n'y avoit point de belles fosicrez
où il ne le fist recevoir
GALANT. 83
avec plaifir. Cependant comme
les fonds qui le faifoient
fubfifter , n'eftoient point fo
lides , il ne laiffoit pas
d'avoir
en veuë quelque avantageux
établiffement qui puft le mettre
à couvert de la crainte de
décheoir , & c'eftoit à quoy
il travailloit de tout fon pouvoir
, en cherchant à plaire
en de certains lieux où il
voyoit de grands biens à efperer
; mais s'il plaifoit effecti
vement par les bonnes qualitez
, qui estoient connues de
tout le monde , on fe trouvoit
refroidy pour le mariage , fi84
MERCURE
toft qu'on venoit à examiner
fon peu de bien
de bien , & le vol
qu'il avoit pris . L'habitude
en eftoit fort dangereufe . Il fe
faifoit un fi grand plaifir de
fe diftinguer par tout ce qui
pouvoit le faire paroiftre ,
qu'on eftoit perfuadé qu'il ne
cherchoit à fe marier que pour
fe mettre en eftat de faire encore
une plus belle dépenfe .
& quelque forte inclination
que l'on fe fentiſt pour luy ,
on voyoit tout à rifquer avec
un homme de fon caractere,
à qui l'épargne avoit toujours
efte inconnue. Aprés plufieurs
GALANT 85
tentatives inutiles , enfin lors
qu'il y penfoit le moins , certe
mefme étoile qui avoit tant
fait pour luy , continua juf
qu'au bout à lay eftre favorable.
Un jour qu'il alla dans
un quartier éloigné chez une
Dame de fes Amies qui voyoit
beaucoup de monde , il y
trouva une affez grande affemblée
de gens choifis de
l'un & de l'autre Sexe La con .
verfation roula fur differences
matieres , & il Y brilla avec
unc vivacité d'efprit furprenante.
Trois jours aprés , la
mefme Dame l'envoya cher68
MERCURE
cher pour luy apprendre que
fi une Veuve de qualité , lpirituelle
, tres riche , fans aucuns
Enfans , & d'une humeur
douce & agreable , le pouvoit
accommoder , il auroit lieu
d'eftre fatisfait des avantages
qui luy feroient faits en l'époufant.
Le Cavalier qui cherchoit
depuis longtemps une
femblable fortune , ne balança
point à l'accepter , mais il
demeura un peufurpris quand
la Dame cut ajoûré , que la
Veuve à qui il avoit le bonheur
de plaire n'eftoit pas
dans une grande jeuneſſe , &
GALANT. 87
que bien qu'elle cuft encore
affez de fraîcheur pour pouvoir
cacher une partie de fon
âge, elle vouloit agir avec luy
de bonne foy , l'ayant chargée
de luy declarer fur toutes
chofes qu'elle avoit foixante
& douze ans paffez . L'article
eftoitt un peu dégoûtant pour
un jeune Cavalier . Cependant
aprés un momenr de rêveriè
il prit fon party , & dit à la
Dame que la conclufion de
l'affaire dépendroit du jour
qu'on le réfoudroit à luy
donner du cofté de l'intereft,
& qu'on n'avoit rien à luy
88 MERCURE
déguiſer fur l'âge , puifque
quatre - vingt- dix ans luy plairoient
plus que foixante &
douze . Ils ne purent s'empêcher
de plaifanter l'un & l'autre
fur cet avantage , & enfin
le Cavalier s'abandonna
au fçavoir faire de fon Amie ,
en la priant feulement
, fi elle
amenoit les chofes à un certain
point qu'il luy duft être
avantageux
de conclurre , de
les terminer le plus promptement
qu'il le pourroit , pour
luy épargner le perfonnage
d'Amant, trop difficile à jouer
pour luy auprés d'une Vieille.
GALANT. 89
La Dame luy répondit , qu'il
demandoit juftement ce qui
eftoit du gouft de la Veuve
qui ne fouhaittoit rien autre
chofe , finon qu'il l'examinât
trois ou quatre fois en compagnie
, fans luy rien dire de
particulier , & que fi fon humeur
luy convenoit, fans qu'il
fe fentit de la
répugnance
pour l'engagement qu'on luy
propofoit , deux jours fuffroient
pour finir l'affaire. I
fut fait comme il fut dit. La
Veuve fe rencontra cinq ou
fix fois chez l'Amie commune
, & elle affecta de n'y venir
Aoust 16920 H90
MERCURE
que lors qu'il y avoit déja
bien du monde , afin que la
converfation eftant generale,
de Cavalier ne fuit point embarraffé
comme il cuft pû l'être
,fi ne trouvant que la Veuwe
il cuft éré obligé de luy
addreffer toûjours la parole.
Aprés ces fortes d'eſſais , il
fut question de fe declarer de
part & d'autre . La Veuve malgré
fon grand âge , confervoit
encore des traits qui faifoient
connoître qu'elle avoit
été fort belle. Elle étoit propre
, judicicule en tout ce
qu'elle difoit , avoit toutes
GALANT
les manieres d'une Femme de
naiſſance , & des airs fort impofans.
Ainfi le Cavalier paffa
de fort bonne grace pardeffus
la honte de fe marier avec une
Vicille , lors qu'il eut appris
ce qu'elle s'étoit réfoluëlà luy
donner . Il fe feroit pourtant
volontiers contenté de la moitié
, fi elle cuft voulu le difpenfer
de porter le nom de
fon Mary , & cftre affez gencreuſe
,
$2
pour n'exiger
de
luy qu'un remerciment
; mais
il fallut
en paffer par - là ,
& luy tenir mefme quelque
compte
de l'affurance
qu'elle
Hij
92 MERCURE
luy donna , que fi la réputation
l'avoit pû permettre ,
elle luy auroit fait une donation
ſimple , fans l'aſſujettir
au Mariage. Elle ajoûta, que
n'ayant point voulu fe rema
rier depuis vingt ans qu'elle
eftoit demeurée Veuve , quoy
qu'on l'en cuft preffée plufieurs
fois , ce qu'elle faifoit
pour luy dans un âge où toutes
les paffions font prefquetoujours
éteintes , devoit l'engager
à luy accorder toute fon
eftime , qu'il auroit peut - être
peine à luy refuſer quand il
la connoiftroit mieux . Il réGALANT:
93
pondit à cela par toute l'hon
nefteté qu'il devoit avoir pour
une Femme qui luy affuroit
un bien fort confidérable .
Le Mariage fut fait , & la Dame
qui avoit une parenté
nombreuſe , fit ce jour - là une
grande fefte. On ne pouvoit
rien voir de plus fomptueux
que la chambre qu'on prépara
pour les Mariez . Il y avoit
un lit magnifique , & tout le
refte étoit à proportion . On
fe réjouit fort pendant le foupé
, & fur les onze heures la
Mariée difparut . On étoit en
peine de ce qu'elle pouvoit
94 MERCURE
à la
ne la
être devenuë , & comme elle
étoit l'Heroïna de la Fefte, on
l'alla chercher pour terminer
la ceremonie . Elle s'eftoit retirée
dans un
appartement fcparé
, & on frapa inutilement
porte de fa chambre , on
put obliger d'ouvrir. Le
Marié n'épargna pas fes prieres
, & elles n'obtinrent rien.
La Dame luy répondit qu'il
y avoit un lit affcz beau préparé
pour luy ; qu'il pouvoit
en aller prendre poffeffion, &
y dormir fort tranquillement,
& qu'à quelque heure qu'il
vouluft la venir voir le lende
GALANT.
95
main au marin , il la trouveroit
levée & difpofée à l'entretenir.
Une conduite fi peu
il
attendue le furprit au dernier
point , & parut l'embaraffer.
Cependant ne jugeanr pas à
propos de témoigner de l'em
preffement à contre- temps ,
fe foumit à la loy qui luy
eftoit impofée , & aprés avoir
paffé en réjouiffance une partie
de la nuit avec le reste de
la Compagnie , il fe fit conduire
dans l'appartement qu'
on luy avoit deſtiné . Le jour
fuivant , il fe rendit à la chambre
de la Dame , qui l'ayant
96 MERCURE
receu d'un vifage fort riant,
le pria de vouloir l'écouter
fans l'interrompre , & luy dit
enfuite qu'il ne feroit point
furpris de la conduite qu'elle
tenoit avec luy , s'il confideroit
qu'ayant pû demeurer
Veuve plus de vingt années ,
elle ne s'étoit réſoluë à l'époufer
par aucun goût pour
le Mariage , mais feulement
dans la veuë de quelque focieté
, & par l'unique plaifir
de luy affurer une fortune
qui pût le mettre en état de
fatisfaire toûjours l'inclination
qu'il avoit pour la dés
penfe;
GALANT. 97
penfe qu'il fçavoit trop la
difproportion qu'il y avoit
de fon âge au fien , pour
prétendre qu'il deuſt avoir de
l'amour pour elle ; que ce fe
roit s'expofer à meriter qu'il
la mépriſaſt , que
d'en exiger
des marques , mais que vivant
avec luy comme elle avoit
commencé , fans fonger jamais
qu'il fuft fon Mary , clle
le croyoit trop honnefte
homme pour ne vouloir pas
eftre veritablement de fes Amis,
ce qu'elle luy demandoit
inftamment pour toute reconnoiffance
de l'eftime tres-
Aouft 1692.
I
98 MERCURE
particuliere qu'elle avoit pour
luy ; qu'ayant de grands biens
qu'elle devoit laiffer à des
gens qui ne luy en fçauroient
aucun gré , elle ne connoiffoit
perfoune plus digne que
luy d'en avoir une partie ;
qu'en cela elle fuivoit un panchant
qu'il luy avoit efté impoffible
de furmonter ; qu'etant
cependant entierement
au deffus de la foibleffe qu'elle
avoit honte qu'on puft reprocher
à quelques Femmes , elle
luy remettoit avec plaifir toutes
les obligations qu'on pouvoit
pretendre qu'il cuft conGALANT.
99
tractées en l'épouſant , & que
s'il vouloit agir avec elle fur
le pied d'un Amy de confian .
ce qui luy feroit voir un coeur
fans déguiſement, il ytrouveroit
des avantages qui luy
donneroient fujet de ne s'en
pas repentir .Vous pouvés vous
figurer combien le Cavalier
cut de joye d'une declaration
fi agreable. C'eftoit pour luy
un double bonheur de voir
qu'en luy affurant une fortune
tres- avantageuſe , on le
difpenfoit d'eftre Mary . Ses
remercimens furent propor-.'
tionnez à ce qu'une genero-
I ij
100 MERCURE
la
fité de cette nature luy devoir
faire fentir , & il ne s'eft point
démenty depuis.L'eftime qu'il
a prife pour la Veuve ( car on
peut toujours appeller ainfi
) le porte pour elle à des
complaifances qui luy tiennent
lieu de devoirs d'Amant,
& fes foins dans toutes les chofes
qui peuvent luy faire un
peu de plaifir, paroiffent fiem.
preffez , qu'ils pafferoient pour
amour, s'il n'eftoit pas impoffible
qu'il y en cuft entre un
jeune Cavalier , & une Dame
plus que feptuagenaire,
GALANT. IOF
Il eft dangereux de s'éloi
gner pour quelque occafion
que ce foit des fentimens de
fidelité qu'on doit à fon Souverain
. Le Grand Veneur
Molke , accufé de plufieurs
pratiques criminelles contre
le fervice de M. le Duc d'Hanover
, n'a pû juftifier qu'il
fuft innocent , & aprés un examen
ferieux de fon Procez ,
on le condamna à la mort le
mois paffé , ce qui fut executé
à Hanover le 25. Ce jour - là
fur les neuf heures du matin ,
on le conduifit à la porte
Kleberg par le Pont- neuf,vers
de
I j
102 MERCURE
le Rondeau aux remparts prés
l'Arfenal . Six - vingt Moufquetaires
environnoient
le
Carroffe , & cinq cens hommes
eftoient commandez
pour tenir la main à cette
execution. Lots que l'on fut
arrivé au lieu du fupplice , on
fit lecture de la Sentence qui
avoit cfté concertée avec
Elle portoit ,
L'Empereur.
qu'il eftoit duëment convaincu
d'avoir voulu caufer de la
divifion entre les Princes de
la Maiſon de Lunebourg , &
exciter leurs fujets à la revolte
, & que pour réparation de
GALANT. 103
fon crime , il eftoit condamné
à eftre écartelé , & à avoir enfuite
la tefte coupée , qu'on
mettroit fur un poteau , afin
de fervir d'exemple , mais que
comme il eftoit de bonne famille
, & qu'un grand nombre
de Perfonnes qualifiées
avoient bien voulu interceder
pour luy , il auroit feulement
la tefte tranchée . Il étoit
en manteau noir avec un long
crêpe à fon chapeau , qu'il
tint toûjours fous le bras ,
cftant accompagné du Surintendant
, & d'un Miniftre , à
qui il parloit avec une gran
I iiij
304 MERCURE
de fermeté. Ce fut luy-même
qui commença à chanter les
prieres . Aprés avoir dit , Nôtre
Pere qui eftes aux Cieux ,
il donna fon manteau , fon
chapeau & fon livre à un Domeſtique
, & on luy banda
les yeux. A peine cut- il prononcé
Amen , en finiffant la
priere , qu'on luy abbatit la
refte. Son Corps fut mis dans
un drap noir , & porté à l'Arfenal
par huit Officiers en
manteau noir pour eftre envoyé
de là à fa Femme. Le
Lieutenant - Colonel Molke
& le Secretaire fon Frere
GALANT . 105
Bluhme qui ont cû part à la
mefme affaire , mais que l'on a
trouvez moins coupables, ont
efté bannis à perpetuité des
Etats des Princes de Lunebourg.
Tout ce que font les Perfonnes
du haut rang eft trop
remarquable , pour vous laiffer
ignorer le Mariage de la
Princeffe Marguerite de Parme
, Fille du Duc de ce nom.
Le Prince Cefar Ignace d'Eft ,
qui la devoit époufer pour
M' le Duc de Modene , arri .
va à Parme le 12. du mois
paffé avec une fuite de deux
Ic6 MERCURE
cens perfonnes , qui furent
logées & défrayées par ordra
de M le Duc de Parme , &
le 14. la ceremonie du Mariage
fe fit par l'Evefque de la
Ville dans la Chapelle du Palais
, du Jardin où la Princeffe
logeoit. Elle parut dans une
magnificence
qui furpaffa tout
ce qui s'eftoit fait jufque là
en de pareilles occafions ,
quoy que l'on cuft prétendu
que tout fe paffaft incognito
en celle- cy . La Maiſon du
Duc de Parme , depuis fes
Gardes jufqu'à fes gens de livrée
qui fe trouverent
en un
GALANT. 107
fort grand nombre , eftoit
habillée de neuf, & couverte
d'or. On donna un magnifique
repas dans l'appartement
de la Princeffe , & outre l'abondance
& la propreté , on
y admira la quantité des Machines
de table , appellées .
Triomphes, dont l'artifice & la
nouveauté furprirent. Deux
jours aprés , le Prince Cefar-
Ignace retourna à Caffolo ,
Chafteau de Plaifance du
Duc de Modene . La Duchefse
de Modene fon Epouſe , demeura
à Parme jufqu'au 10 .
qu'elle en partit , accompa108
MERCURE
gnée du Duc de Parme fon
Pere , & des Princes fes Freres
pour ferendre à Caffolo . Elle
y fut reçue par le Duc de
Modene fon Epoux avec toutes
les marques de joye qu'elle
pouvoit fouhaitter . Vous
fçavez , Madame , que ce Duc
eft Frere de la Reine d'Angleterre
, & de la Maifon
d'Eft , l'une des plus illuftres
d'Italic . Azon I. de ce nom,
Comte d'Eft
970. & Borſo d'Eſt , qui reçue
magnifiquement l'Empereur
Frederic III . en 1451. fut l'un
de fes Defcendans
. L'année
mourut l'an
GALANT. 109
fuivante , cet Empereur le fit
Duc de Modene , & de Reggio
, & en 1471. le Pape Paul
II. le fit Duc de Ferrare . Her
cule I.fon Frere , luy fucceda,
& fut Pere d'Alphonfc I. du
nom , Duc de Ferrare , de Modene
, de Reggio , Marquis
d'Eft, & Prince de Carpi , qui
de Lucrece de Borgia , Fille
du Pape Alexandre V. cut
Hercule II qui épouſa Renée
de France. Il en cut Al
fonfc II. mort fans enfans en
1597. Le Pape Clement VIII .
s'eftant alors rendu Maiftre
de Ferrare , Cefar d'Eft , Petit
Ilo MERCURE
re ,
Fils d'Alfonfe , Duc de Ferra
forma fes prétentions fur
les Etats de fon Oncle , &
par le Traité fait l'année ſuivante
avec le Pape , il fe contenta
de Modene & de Reggio.
Il laiffa de Virginie de
Medicis Alfonfe . III. Pere du
Duc François I. mort en 1658.
Alfonfe IV.fon Fils luy fucceda.
Il avoit époufé en 1655. Laurc-
Martinozzi, Fille du Comte
Jerôme Martinozzi & de Marguerite
Mazarin , Soeur aînée
de Jule Mazarin , Cardinal .
C'eſt de ce mariage qu'eft venu
le 6. Mars 1660. le Duc de
GALANT. 1
Modene , François d'Eft , IL
du nom , qui vient d'époufer
la Princeffe Marguerite de
Parme. La Maifon de Farneſe ,
dont elle fort , & qui a eu depuis
cent-cinquante ans des
Ducs de Parme , de Plaifance
& de Caftro , doit fa principale
grandeur à Alexandre
Farnefe , Fils de Pierre Louis
Farnese & de Jeanne Gaetan ,
qui fut fait Pape en 1534. aprés
Clement VII. & prit le nom
de Paul III. Il avoit cu , avant
fon Pontificat , un Fils appellé
Pierre Louis Farnefe , qu'il
fit Duc de Caftro , & enfuitte
112 MERCURE
de Parme & de Plaifance. Ce
dernier cut Octavio Farneſe,
qui de Marguerite d'Auftri
che , Fille naturelle de Charles-
Quint , Faiffa Alexandre
Farnele , Duc de Parme , l'un
des plus grands Capitaines du
dernier Siecle , qui cftant venu
en France , pour appuyer
la Ligue par l'ordre du Roy
d'Espagne Philippes II . fit
lever le Siege de Paris en
1590. & celuy de Rouen deux
ans aprés. Il avoit épousé
Marie de Portugal , Fille d'Edouard
, fixiéme Fils d'Emanuel
, & il en cur Rainuce
GALANT. 113
Farnefe , Duc de Parme , qui
fut Pere d'Odoart Farnefe ,
auffi Duc de Parme. Celuy- cy
époufa Marguerite de Medi
cis , & mourut en 1646. laiffant
Rainuce Farnefe II de co
nom , né le 17. Septembre
1630. L'Etat de ce Duc eft
entre le Milanez , l'Etat de
Modene & la Republique de
Gennes , & comprend , outre
le Duché de Parme , celuy de
Plaifance , l'Etat de Buffeto ,
& celuy que l'on appelle , Val
di Taro.
Vous aurez peut - eftre oüy
parler d'un Prodige , qui fait
Aouft 1692 .
K
114 MERCURE
grand bruit à Lyon . La Lettre
qui fuit vous en apprendra
les circonstances . Je ne change
rien aux termes , afin
que
chacun faffe là deffus les rai
fonnemens qu'il luy plaira.
A Lyon le 31. Juillet 1692 .
E S. de ce mois , un Artis
Lfan de cette Ville qui ven.
doit du vin pour un Bourgeois ,
ayant efté attiré dans fa cave
par des gens qui feignoient de
vouloir en acheter , y fut affaffiné
avec fa femme , qui y eftoit def
cendue pour luy éclairer. Aprés
cet affaffinat , on leur vola cinq
GALANT
115
cen
francs dans la boutique qui
leur fervoit de Chambre.
Un jeune homme de Dauphi
né qui vendoit du vin dans le
mefme quartier , épouvanté de ce
double meurtre , & voyant que
toutes les diligenees que les Officiers
deFuftice avoient faites pour
en découvrir les Auteurs , avoient
efté inutiles , leur dit qu'il avoit
un Voifin à la Campagne qui
cherchant des eaux , & fe fervant
d'une baguette pour les trouver
, avoit découvert dans la
cave d'un cabaret , par le moyen
de cette mefme baguette , un corps
enfermé dans un tonneau , & que
Kij
116 MERCURE
cette premiere découverte l'ayant
engagé à d'autres épreuves , il
avoit reconnu quefa baguette remuoit
fur le lieu où des Criminels
avoient paffé , avec la mefme
agitation que fur les rameaux ,
les écoulemens des fontaines ,
dont il cherchoit les fources. Il
en cita mefme plufieurs exemples
aufquels on témoigna arvoir d'autant
moins de creance qu'il ne
Leroit pas permis en Justice d'y
faire aucun fondement . Cependant
il ne fe rebutta point , & il
fit venir cet homme , qui eft un
Payfan âgé de trente ans . Ce
Payfan affeura qu'une femme de
GALANT. 117
fon voisinage ayant este aſſaſſinée
& portée àplus de deux mille
pas defa maifon , où en l'avoit
le
par
enterrée , il avoit découvert
mouvement de fa baguette , le
lieu oùfon corps avoit efté mis ,
& trouvé celuy qui avoit
commis l'affaffinat . Sur cette af-
Seurance on crut qu'on ne rif
quoit rien en le conduifant dans
la cave où l'Artifan & fa
femme avoient efté tuez depuis
peu de jours. On luy donna du
premier bois qu'on trouva , & il
commença à poser fa baguette
dans le fonds de cette cave , où
elle ne fit aucun mouvement que
118 MERCURE
fur le lieu où l'Artifan avoit efte
affaffiné. On s'apperçut d'abord
non-feulement d'une agitation
extraordinaire de la Baguette ,
mais que cet homme pålit &
tomba en fueur , ce qui redoubla
quand il s'avança jufqu'à la pla
ce où le meurtre de la Femme
avoit estéfait. On le laiffa fuivre
le mouvement de fa Baguette
qui le conduifit directement à la
boutique où les Affaffins avoient
fait le vol des cinq cens francs ,,
de la jufqu'à la porte du Pont
du Rhône. Elle eftoit fermée parce
qu'on n'avoit voulu faire cette
épreuve que la nuit , ce qui fute
GALANT. 119
que
caufe que l'on attendit jufqu'au
lendemain qu'elle fut ouverte.
Le Payfan trouva que les Criminels
avoient paßéle Pont ,
pour n'entrer pas dans le Fauxbourg
ils avoient évité les Illes
quifont le long de cette Riviere ,
& qu'ils eftoient néanmoins entrez
dans la maison d'un Fardinier.
Il fuivit leur pifte jufqu'à
une lieuë de Lyon , toûjours fur
le bord du Rhône. On crut qu'il
voulcit donner le change en cet
endroit , & que fon fecret luy
manquant, il avoit envie de faire
croire que ces Affaffins avoient
pris quelque batteau pour defcen120
MERCURE
dre fur la riviere , afin de fe
difpenfer de lesfuivre plus avant.
Cependant comme il avoit indiqué
la maison du Jardinier
qu'il avoit mefme remarqué,fuivant
les mouvemens de fa Baguette
,la place où ils s'eftoient affis
dans cette maifon , on crut devoir
y aller pour s'en éclaircir.
Les Enfans du Jardinier ayant
déclaré que des hommes inconnus
eftoient entrez dans leur maison
en l'abfence de leur Pere , le Dimanche
au matin qui estoit le
lendemain de l'affaffinat , on commença
à eftre perfuadé que cet
homme ne vouloit pas impofer.
Toutefois
GALANT 121
Toutefois avant que l'envoyer
plus loin , on crut qu'il eftoit à
propos de faire une experience
plus particuliere de fon fecret ,
pour cela , comme on avoit
trouvé la ferpe dont les Meurtriers
s'efloient fervis , on fic
plufieurs autres ferpes de la même
grandeur , & on les porta
dans un Fardin où elles furent
enfouies en terre , en prefence de
Ml'Intendant , fans que cer
homme les vift . On le fit pafferfur
toutes avecfa Baguette, & elle
tourna feulement fur celle done
l'on s'eftoit fervy pour le meurtre.
On luy banda les yeux , aprés
Aouft 1692 . L
122 MERCURE
quoy on cacha ces méfmes ferpes
dans l'herbe , & on le mena au
lieu où elles eftoient. La Baguettefit
toujours fes mouvemens
fur la mefme ferpe fans remuer
fur les autres.
Aprés cette experience , on luy
donna un Commis du Greffe #
des Archers à qui l'on remit une
Commiffion pour arréter ceux
dont les Enfans du Jardinier
avoient fait leportrait . On luy
choifit un batteau , & il fuivit
tous les bords du Rofne ,fa Baguette
le conduifant fans manquer
dans toutes les maifons &
dans tous les Cabarets où les trois
GALANT. 123
Affaffins avoient efté. Il marquoit
la table où ils avoient mangé,
les bancs où ils s'eftoient affis.
les lits où ils avoient couché.
fans jamais prendre le change ,
& les ayant ainfifuivis jufques
à Beaucaire , qui eft à quarante
lieues de Lyon , il trouva par fa
Baguette qu'ils s'eftoient feparez
en y entrant. Il s'attacha àla
pourfuitte de celuy dont les traces
excitoient plus de mouve
mens àfa Baguette. Ille fuivit;
on le trouva, & on l'arréta. Get
homme foutint , qu'il venoit de
Toulon d'où il eft originaire , &
nia qu'il eut efté à Lyon. On le
L. ij
124 MERCURE
conduifit fur la route où il avoit
paffé en defcendant de Lyon à
Beaucaire , & ayant efté reconnu
dans tontes les maisons où il
s'eftoit arrefté , il avoia qu'il
avoit bû, & couché avec les
Complices , generalment
dans
tous les lieux
que
la
Baguette
les
avoir indiquez, ayant efté
interrogé à Lyon dans les formes,
il declara qu'il avoit efté prefent
à l'affaffinat & au vol, que
deux Complices qu'il nomma
avoient tué , l'un le Mary &
Pautre la Femme. On a renvoyé
ce Payfan avec la mesme
escorte à la recherche des autres
Alfaffins.
GALANT. 125
On ajoûtera icy en faveur des
Curieux qui voudront rechercher
la caufe de ce Prodige , que ce
Payfan fouffre cruellement ,
lors qu'il eft fur le lieu du Meurtre
, ou qu'il touche le Criminel;
qu'il tombe en fueur , que fon
poulx dont le mouvement ne
feauroit estre affecté , s'eleve avec
plus d'impetuofité que dans une
févre double continue , qu'il ne
demeureroit pas l'espace d'un
Miferere danscette approche ,fans
s'évanouir , & qu'à quatre ou
cinq pas de- là il ne fent aucune
agitation ; que cet homme est né
la nuit du 7. au 8. de Septembre
Liij
126 MERCURE
de l'année 1662. entre minuit &
une heure , que fa vertu n'eſt
point attachée à fa Baguette ,&
qu'elle n'eft point de celles que
les Anciens appellent conftellée's
puifque tous les bois luy font également
bons & qu'il n'en a
`aucun d'affectes que fa Baguette
ne fait aucun mouvement en
d'autres mains que les fiennes ;
qu'on ne croit pas que
vement excité fur le paffage du
Criminel fur le lieu du Crime
foit plus furnaturel & plus difficile
à expliquer , que celuy qu'on
apperçoit enfuivant les rameaux:
d'une fource , qui quelquefois a
le
mouGALANT.
127
plus de fept on buit toifes de profondeur
, ou fur les veines d'une
mine , ou fur de l'argent monnoyé
cachés lequel eftantfeparé de
la mine ,femble devoir bien moins
exciter l'agitation an dehors ,
que le metal qui eft encore dans
la terre , dont les emiffions
font inceffamment attirées par la
chaleur du Soleil.
Le Curé de cet homme attefte
qu'il eft fort bon Catholique ,
qu'un homme de qualité de fon
apifinage a le mefme don , quoy
qu'il ne s'en ferve pas. Nous
avons auffi dans ce Canton un
Ecclefiaftique qui découvre avec
L
iiij
128 MERCURE
la mefme Baguette dont ilfeferr
pour les fources , l'endroit où font
arreftez les corps de ceux qui fe
font noyez , quelque éloignement
qu'il y ait du lieu du naufrage
& quelque profonde que
foit la Riviere où ils ont efté entrainez.
Le 8. de ce mois , le Pere
Bailly , Provincial des Barnabites
, eut l'honneur de faluër
Sa Majesté à fon retour d'Italie
, où il eftoit allé pour affifter
au Chapitre general de
tout l'Ordre , qui fe tenoit à
Milan . Il rendit compte au
GALANT. 129
Roy de ce qu'il y avoit fait
en faveur de la Nation Françoife.
Sa Majefté fut fort farisfaite
de fa conduite , & luy
promit fa protection , pour
tous les Barnabites François .
M ' l'Archevefque de Paris qui
l'avoit prefenté au Roy fit fon
Eloge en peu de mots , en difant
que fon feul merite l'avoit
élevé aux premieres Charges
de fon Ordre . Il est proche.
Parent de M ' Dacquin , premier
Medecin de Sa Majesté,
& a prêché dans les premic-
Les Chaires du Royaume .
M' le Coq, Avocat au Bail150
MERCURE
liage & Siege Prefidial de
Caën , Docteur aggregé par
la nomination du Roy dans
les Facultez des Droits de l'Uverfité
de la mefme Ville,
ayant reprefenté que la Chaire
de Docteur & Profeffeur
Royal de Droit Françoisen la
mefme Univerfité
, eftoit vacante
par la mort de M' le
Courtois , arrivée le 7. Avril
dernier , le Roy , informé de
fon merite , a bien voulu la
luy accorder fur le témoignage
des Avocats Generaux
du Parlement de Roüen , qui
favoient nommé pour cette
GALANT . IZI
Chaire , avec le Doyen des
Avocats du Prefidial de Caën ,
& le Sous- Doyen des Docteurs
aggregez. Les Lettres
patentes qu'il a obtenuës du
Roy , du 17. de May , ont
efté enfuite enregistrées dans
le mefme Parlement .
Vous vous fouvenez Madame
, que feu Monfieur le
Prince de Conty . que fon
grand coeur n'a jamais laiffé
oifif , eftant allé chercher la
guerre en Hongrie , fe trouva
dans l'Armée de l'Empereur
quand elle prit Neuhaufel.
Un de fes Gentilshommes
luy
132 MERCURE
amena quatre petites Turques
qui s'eftoient trouvées envelopées
dans le faccagement de
la Ville , & entre lefquelles
eftoit la Fille du Gouverneur
de la Place , nommé Ibrahim,
qui eftoit mort quelque temps
avant le Siege , auffi - bien que
fa Mere appellée Telimé . Ce
Prince qui n'avoit pas moins
de pieté que de valeur , në le
contenta pas de fauver la vic
à ces jeunes Perfonnes , il voulut
encore contribuer à leur
falur, en les donnant àMadame
la Princeffe de Conty , fon
Epoufe, pour les faire inftrui
GALANT. 133
re & baptifer , ce qu'elle fit
avec beaucoup de zele & de
liberalité . Ces jeunes plantes
onr efté fi bien cultivées par
cette illuftre Princeffe, que de
ces quatre Filles l'une eft Carmelite,
& deux autres ont eſté
mifes dans des Communau
tez. La quatrième , appellée
Julie , ayant plus de difpofition
pout la Cour , a toujours
demeuré depuis auprés de fa
Bienfaictrice , qui l'honoroit
d'une bonté de diftinction ,.
& qui fongcoit à luy affurer
un établi femenr confiderable
dans le monde ; mais
134 MERCURE
cette jeune Perfonne , qui
depuis deux ans gardoit
dans fon fein l'envie de fe
confacrer à Dieu , fupplia
il y a trois mois Madame la
Princeffe de Conty, Doüairiere
, de luy permettre de ne
point l'accompagner auVoyage
de Namur , & de trouver
bon qu'elle fe retiraft jufqu'à
fon retour, dans l'Abbaye des
Chanoineffes de Sainte Geneviéve
de Challiot , où elle
avoit quelque connoiffance ,
ce qui luy ayant efté accordé,
elle fe trouva fi édifiée de la
pieté de ces Religieufes , & f
GALANT. 135
rouchée de la tendreffe toute
maternelle avec laquelle l'Abbeffe
fe devoue toute entiere
à ce qui regarde fa Communauté
, qu'elle n'a point voulu
en fortir , eftant vivement
perfuadée que Dieu l'appellois
dans cette Maifon Religieufe.
Madame la Princeffe de
Conty,pour continuer fes charirables
bontez jufqu'à la fin ,
aprés avoir fait éprouver la
vocation de cette Fille , luy
donna le Voile de la Religion
le Mardy 19. de ce mois , accompagnée
de Mefdames les
Princeffes de Liflebonne & de
136 MERCURE
l'Epinoy, & de plufieurs autres
perfonnes d'un haut rang. Ily
avoit une grande affemblée de
Peuple , & tout le monde fut
charmé de la vivacité avec laquelle
cette Princeffe s'acquitta
de cette ceremonic. M' Macé
, Chefcier Curé de Sainte
Opportune, qui avoit eſté prié
de prêcher à cette vêture , fit
un Difcours plein de la pieté
& de l'éloquence qui luy fonc
ordinaires , & fit connoiftre
la multitude des mifericordes
de Dieu , à l'égard de cette
Turque , qui d Infidelle & de
Captive, devenoit l'Epoufe de
GALANT. 137
Jefus-Chrift.Des éloges courts
& brillans de feu Monfieur le
Prince de Conty , & de Madame
la Princeffe Dcüairiere , y
furent meflez avec art , & des
defcriptions délicates du mõde
& de la Cour en diverfifierent
les agremens , & luy attirerent
les louanges des Princeffes
, & les applaudiffemens
d'une nombreufe Aflemblée .
La cérémonie eftant achevée ,
Madame la Princeffe de Conty
vifita la Maiſon & le jardin ,
trouva enfuite dans le
Refectoire une magnifique
Collation en ambigu . Elle for
Aouſt 1692 .
&
Me
138 MERCURE
tit extrêmement fatisfaite de
l'Abbeffe, & de toute la Communauté
, & retourna à Verfailles
fur les fix heures du foir,
aprés avoir fait l'honneur à la
nouvelle Religieufe de l'embraffer,
& luy avoir dit beaucoup
de chofes en maniere
d'exhortation , fur l'eftat de
vie qu'elle avoit choiſi.
Comme rien ne vous plaiſt
tant que ce qui fe dit à la
louange du Roy , je ne dois
pas oublier à vous faire part
de l'éloge de cet Augufte
Monarque , que le Pere Michel
de Saint André Parifien,,
GALANT. 139
•
2
Superieur des Carmes de la
Ville d'Hennebon
, cur l'adrefse
de mêler dans le Sermon
qu'il prêcha le 15, de ce
mois , Fefte de l'Affomption
,
en l'Eglife de Nôtre- Dame de
la mefme Ville . S'il n'eft pas
entierement dans les mefmes
termes qu'il fut prononcé ,
vous n'en devez pas eſtre furprife
, puis qu'il a efté retenu
de memoire , fans que ce Pere
ait voulu communiquer
fa copic.
Aprés qu'il eut fair remarquer
dans la fainte Vierge
deux fortes de plenitudes
, qui
firent le fujetde fesdeux points
Meij
140 MERCURE
une plenitude de Sainteté &
une plenitude de Gloire , il fimix
à peu- prés par ces paroles.
Tout ce que jay dit , Meffieurs,
de la plenitude
de gloire , que
Marie s'eft acquife par tani de
merites
, ne fert- il pas à prouver
fa Refurrection
anticipée fon
Affomption
en corps & en ame
dans le Ciel , fa gloire , fon bonheur
,fa fainteté & fes graces?
Quelques efforts que
ques ayent fait defiecle en fiecle,
pour luy ravir l'honneur qui luy
est dû , il s'est toujours trouvé
par une fpeciale Providence
, de
vrais Devots de Marie , qui fe
les HeretiGALANT.
141
font oppofez à ces fortes de miniftres
de Satan. Noftre Siecle ,
Meffieurs, n'en auroit pas moins
fourny que les autres . Ileuft eflé
mefmeplusfecond en Heretiques,
parce qu'il eft plus confommé en
malice , & noftre France auroit
efté peut- eftre le lieu de leur origine
, fi les fages précautions du
plus puiffant Monarque de l'Europe
n'euffent prévenu ce malheur
par fa vigilance. Il falloit estre
Louis le Grand pour chaffer de
fon Royaume des Ennemis fi domestiques
, il falloit eftre Dieudonné
pour imprimer dans tous les
coeurs une devotion fi religieufe ;
142 MERCURE
de
re
il n'appartenoit qu'à Louis XIV.
revoquer un Edit, qui ne favorifoit
pas moins les Heretiques
qu'il préjudicioit aux Catholiques.
Une entrepriſe de cette
importance , que fes Predeceffeurs
avoient mille & mille fois projettée
,fans avoirjamais ofé l'executer,
devoit eftre le fruit de
la pieté d'un Roy fi Chreftien.-
Parleray-je icy de ces Prêches
démolis , de ces villes forcées , de
ees Cabales diffipées ? Vous feray-
je faire reflexion fur le foin
qu'il prend des Nouveaux
Convertis ? D'un cofté vous
verrez des Mißionnaires difper
GALANT. 143
fe de toutes parts , de l'autre
des Congregations eftablies ; icy
des Penfions accordées , là des
Hôpitaux bastis .
Si je vous le reprefente aux
mains avec toute l'Europe , c'est
vous dire qu'il eft le Protecteur
de l'Innocence opprimée » le foûsien
de la Justice, & le Bouclier
de la Religion. Un Roy detrônê
par une intrigue de traistres , luy
met außi- tost la larme à l'oeil.
Un jeune Prince flottant fur
la Mer,fait le fujer de fa com.
paßions une Reine deguifée luy
tire les fanglots du coeur , & un
Peuplefous la conduite d'un hom
144 MERCURE
nulle
me qui n'a pour Loy que fon caprice
& pour Foy quefon ambition
, luy fait mettre par Mer
& par terre des Armées formidables
en Campagne , où il fe
trouve en perfonne , pour ranger
la caufe de Dieu ,fans que
confideration humaine puisse mo
derer l'ardeur qui le pouße.
En vain on luy fait entendre
que c'est expofer Jon Royaume
que d'expofer fa Perfonne facrée,
mille fois plus chere à l'Etat que
toutes chofes. Le temps pour partir
est fixé , la refolution en eft
prife. A peine fçaura - t- on la
nouvelle de fon depart , qu'on
apprendra
GALANT 145
apprendra fon arrivée à la teste
defes Troupes. La joye univerfelle
qu'elle y caufe , ne donne pas
moins de courage à fes Soldats ,
que de terreur à fesEnnemis.Iln'a
pas plutost mis pied à terre , qu'il
paße fon Armée en reveuë. Il
vifite les travaux › il aßigne
tous les postes , il va d'Efeadron
en Efcadron , aprés avoir paßé
de Ligne en Ligne , & pour estre
plus en état de donner les ordres
neceßaires , il ne craint point de
fe camper à la portée mesme du
Canon .
Ceferoit icy le lieu , Meſſieurs,
de vousfaire un détail de fa va-
Aouſt 1692. N
146 MERCURE
leur, de vous marquerfon intrepi
dité dans le Combat , fa conftance
à la Tranchéesfa vigilance à donner
l'Ordre , fa prévoyance à
prevenir les deffeins de fes Ennemis.
Je vous le reprefenterois infatigable
à tout entreprendre,
attentif a encourager les uns ›
recompenfer les autres moderé
dans la chaleur de l'action , &
fe poffedant toujours luy- mefme.
Vous le verriez prendre le foin
de toute fon Armée , fans dirainuer
celuy qu'il a de tout de fon
Royaume donner tout le temps
à fon Peuple , qu'il ne confacre
pas au fervice de fon Dieu , &
pas a
GALANT. 147
que fes plaifirs
pour vaquer
uniquement
à fes
me retrancher
que
affaires.
"Je fçay que le recit de tant
de merveilles
, quelque ample
qu'il fuft bien loin de vous
ennuyer , neferoit que vous édifier
, mais l'heure que je me fuis
preferite eftant déja prefquefinie .
me fait moderer la paffion que
J'aurois de vous en entretenir ,
malgré mon impuiffance à traiter
dignement un fujetfi relevé.
Fajouteray feulement
ne
notre
invincible Monarque qui n'a
pas moins herité de la pieté de fes
Ancefires, que de leur Royaumes
Nij
148 MERCURE
2YH02
feachant qu'un jour de l'Affomption
, Louis lefufte avoit confa
créfa perfonne & fes Etats à la
fainte Vierge , preferant l'honneur
de fa protection à toutes les
forces de fes Sujets dont la valeur
n'eftoit pas commune , ce
Prince pour ne point déroger à
l'ancienne Coutume , autorisée
par fes Predeceffeurs , de faire
cous les ans en chaque Ville de
se Royaume à pareil jour qu'aujourd'huy
une Proceffion folemnelle
, pour rendre hommage au
triomphe de Marie non content
d'avoir en faperfonne renouvellé
l'Offrande du Roy fon Pere
›
GALANT 149
vous invite par fon exemple à
offir le même facrifice » & vous
ordonne d'affter à cette Proceffion.
L'empreffement que vous
me témoignez à executer fes c
dres , m'oblige en finiffant ce Df
cours , de me profterner devant le
trône de Marie , pour reconnoitre
avec l'Eglife l'étenduë de fa
puißince dans le comble de fa
glore , où elle me paroist plus redoutable
qu'une Armée rangée en
Bataille , par la defaite entiere
defes Ennemis , tant des demons "
des Heretiques
.
que
C'eft Chrétiens, ce qui mefair
efperer que quelque liguez que
Niij
150 MERCURE
foient les nôtres , tous leurs efforts
s'évanouiront en fuméefous
Lappuy de cette puiffante Reine ,
qui n'est pas moins difpofée à nous
combler de graces , qu'à les remplir
de confufion . Faffe le Ciel
que vous # moy ,à l'exemple
de Louis le Grand , nous puiffions
nous les attirer en cette vie.
C'est le moyen d'eftre couronnez
en l'autre, de meriter la gloire
éternelle.
Les Peres Auguftins de
Poitiers ont celebré pendant
huit jours la folemnité
de faint Jean de Sahagun ,
Religieux de leur Ordre ,
GALANT R
canonifé par le Pape Alexan
dre VIII. Elle a eu tout l'éclat
poffible , & ils n'ont rien
épargné pour donner à cette
cérémonie toute la pompe
qu'elle pouvoit recevoir. Le
premier
jour , ils fortirent
en
Proceffion de leur Eglife , qui
eftoit magnifiquement parée ,
pour aller prendre Meffieurs
de faint Pierre dans la Cathedrale,
où ils entrerent au bruit
des Tambours & des Trompetres.
Aprés que l'on y cut
chanté un Motet , les Chanoines
les accompagnerent
dans leur Eglife , où ils retour-
Niiij
152 MERCURE
nerent dans le mefme ordre
qu'ils eftoient parcis M. l'E
vefque de Poitiers y officia
Pontificalement , & la Meſſe , .
& les Vefpres , auffi bien que
Je Salut , furent chantées par
une excellente Mufique de la
Cathedrale. Le fecond jour
ces Religieux firent la meſme
chofe pour les Chanoines de
l'Eglife Collegiale de fainte
Radegonde , & le troiſième,
pour ceux de Noftre Dame
la Grande. Les Carmes , les
Jacobins , & les Cordeliers y
vinrent officier les trois jours
fuivans , & ce furent les Au
GALANT.
153
guftins qui à leur tour firent
lOffice le feptiéme jour dans
leur propre Eglife . La Clô
ture de cette Octave , fe fit
par les Chanoines de faint
Hilaire , qu'ils allerent pren .
dre , & qui amenerent une
excellente Mufique , remplie
de tres- belles voix, & de plu
fieurs fortes d'inftrumens . Le
Te Deum fut chanté , aprés
que la Benediction cut efté
donnée , & le foir fur les fept
heures , tous les Religieux du
Convent , la Croix & la Banniere
en tefte , allerent mettre
le feu à un bucher qu'ils
:
$54 MERCURE
avoient fait élever au milieu
de la Place Royale , devant
leur Eglife. Il s'y fit plufieurs
décharges de Canon , & il s'y
trouva un concours de monde
extraordinaire .
Je vous envoye encore
quelques Vers fur la prise de
Namur , & commence par
ceux que vous m'avez demandez
. Je n'en connois point
l'Auteur , mais ils ont affez
plû à tous ceux qui les ont
lâs ,, pour meriter voftre curiofité
.
GALANT. 155
SUR LA PRISE
JOSYSD de Namur.
ezusitula
N Amur eftoit une Pucelle,
Dons on ne pouvoit approcher,
Son coeur auffi dur qu'un rocher
Nous lamontroit toujours rebelle,
Et jamais la cruelle'
Ne fe laiffa toucher.
LOFIS pourtantfe met en tefte
Cette glorieufe conquefte.
Il fait plus , il y réuſſit,
Et voicycomment il s'y prit.
Il part avec nombreufe efcorte
De gens à pied , gens à cheval,
En telle occafion gens qui ne font
mal, point
Et va Camper devant la
De la Belle, dont la fierté
potte
156 MERCURE
A jadis rebuté
Plus d'un Amant illuftre.
* Ce fut pour la gloire & le luftre
D'un autre plus illuftre Amant.
Cet Amini donc paroifi , & fait fon
compliment.
Namur, dit-il , Namur trop inhumaine
,
Depuis plus d'un an en fecret
Sans vouloir pour raison vous découvrir
ma peine ,
Je brûle d'un amour diſcret ;.
Mais je cede , il eft temps , à l'ardeur
qui me prefe.
Cedez à l'exemple de Mons.
Quinzejours comme vous Mons en
fi lesfaçons.
Cedez auffi comme elle à ma jufte
tendreffe.
Je ne veux , ny ne puis vous le diffimuler,
GALANT. 157
Matendre paffion l'emporte ,
Je viens vousconquerir , ou bien vous
enlever,
Fe
Sinon, mourir à votre porte.
Moure , dit Namur , que
porte ? s
mimne
veuxpoint auffi vous le celer.
Non , LOVIS, ceffe de pretendre
Que je veuille jamais à vos efforts
me rendre.
A ce deffein ne vous obftinez pas,
Vous avez du pouvoir, vous avez
des appas,
Mais j'ay toujours fieu me défendre.
LOVIS dans fa bouillante ardeur
Ne connoit rien de trop grand pour
fon coeur.
Plus , dit il , une Belle eft farouche
& Severe ,
Plus la Conquefte en eft & glorieuse
& chere.
158 MERCURE
En effet le defir
S'accroift par la défenfe ,
Et la plus doucejouiffance
Ne donne du plaifir
Qu'aprés la refiftance.
Il redouble fes foins &fon empressement,
Remplit tous les devoirs du plus parfait
Amant.
Tous les foirs une Serenade
Chaque matin une nouvelle Aubade
Sa violente paffion
Se fait voir en chaque action.
15
Il donne à tous momens quelque fenfible
marque
De l'ardeur de fes feux.
Namur s'émeut enfin , fe rend aux
tendres voeux
De cecharmant Monarque.
Elle s'enflame chaque jour
El triomphant de fa vertu mouvante,
GALANT! 159
Lovis remply d'une gloire écla
tante ,
Va recueillirles fruits de fon amour.
Ainfi cette Pucelle autrefois fifauvage
Cedant au bout de trente jours
A de fi preffantes amours ,
Perdit enfinfon pucelage.
Cela foit dit fans vous facher,
Namur, femblablefort autre que vous
regarde ,
Et s'il en eft encor quelqu'une qui le
garde,
C'eft celle que Louis ne daigne pas
toucher.
S
Trop indignes Rivaux de mon Augufte
Maistre ,
Par ces faits inouis , par cet illuſtre
effort ,
Apprenez à le mieux connoiftre.
160 MERCURE
·Le dernier coup qu'ilfrappe eft tonjours
le plus fort.
Sur la prife de Namur , aprés
la difgrace du Combat
Naval.
M
MARIGA L.
CIVA
Ars a vangé Louis du couroux
de Neptune
.
Namur eft foumis à fes loix
Et le dernier de fes exploits
Fait admirer par tout fa gloire &fa
fortune.
Naffau n'ofe au Combat expoſer fes
Guerriers ; L
Son efperance ne fe fonde
Que fur l'appuy des vents , &furla
for de l'onde,
GALANT 16
Qui produit des Roſeaux , & non
pas des Lauriers.
Le Sonnet que vous allez
lire , eft de Mademoiſelle de
Dommaigne de la Rochehüe.
AVIS AUX FLAMANS.
Ο
V'attendez- vous encor , Peuples
infortunez ,
Pour ecouer lejoug d'une impuiffante
Ligue ?
Si Guillaume en fecres a conduir ſon
intrigue ,
Il a forgé les fers qui vous ont cn--
chaînez
S
Fantde Princesjaloux , tantd'efprits
mutine
Opposent à LOVIS une tropfoibles
digue ;
Aouſt 1692.
162 MERCURE
En vain pour vousfauver onfollicites.
on brigue,
Tous à fuivre fon char vous etes
*
deftinez
2
Eft ce fur l'impoffible où vôtre efpoir
Jefonde?
Croyez- vous triompher du plusgrand
Roy du monde
Quifeul à l'Univers peut impoſer
la Loy ?
2
AprésMons & Namur quelle eft votre
efperance ?
Comptez vous fur Anvers , Oftende ,
& Charleroy ?
Ilfaut les voir tomber , ou conquerir
la France.
Je finis par un Ouvrage
dont M' Rouffelet , Principal
GALANT 163
du College de Noyon , eft
FAuteur. &
EPISTRE AU ROY .
Sur la prife des Ville &
Chafteau de Namur.
G
RAN D ROT , dont la valeur
& la rarefageffe
Font qu'à tous tes projets Dieu mefme
s'intereffe ,
Et qui fans l'égarer dans ton activité,
Es le plus beau Portrait de la Divinité
Tu reviens tout brillant des rayons
de la gloire ,
Qu'imprime encor Sur toy ta nouvelle
Victoire.
Le Chateau de Namur fur fon RoG
foudroyé,
Oij
164 MERCURE
Rend déja de ton nom l'Univers ef
frayé.
Aprés ce grand effort de tan Bras in
vincible .
Il voit qu'à ta valeur il n'eſt rien
d'impoffible,
Et quandil te plaira de luy donner
la Loy
Que la terre en tremblant ſe taira
devant
toy.
Comme un nüage épais où la Foudre
s'apprefte ,
Aux timides Mortels fait prévoir
la tempefte ,
Pour laiffer à Naffau le temps de refifter.
Ton courage t'a fait lentement te hâr
ter ,
Et ton Foudre de loin annonçant ta:
venuë ,
Avant que departir agrondé dans la
nuë.
GALANT. 165
En vainpour l'arrefter , la Sambreſur
fes bords
Foit ce Tyran jaloux faire tous fes
efforts.
Par tout où tu fournis ta brillante
carriere ,
On le voit , effrayé, reculer en arriere,
Et pourcombler enfin nosplus juftes
fouhaits ,
Comme un autre Pithon fuccomber
fous tes traits.
A ton afpectfatalfa rage infortunée
Luyfait fouffrir le fort du mal-hew
reux Pbinée.
Et devenant par tout immobile Rocher
,
Quandpourfe fignaler il veut t'al
ler chercher ,
El laiffe à ta valeurforcer tous les obftacles
,
Etdesplusgrands Herosfurpaffer les
miracles
66 MERCURE
Celuy qui commandoit qu'au rang de
fes Ayeux
On miftle Grand Alcide & leMaître
des Dieux ,
Qui vouloit qu'on luy cruft des vertus
fans pareilles ,
Quandpour reduire un Roc ilfit tant
de merveilles ,
Verroit en toy briller un courage
nouveau ,
D'avoir forcé Namur ,fon Roc &fon
Chasteau.
Bien mieux qu'à ce Heros ilfemble
que la gloire ,
Par tout où tu combas , attache la
Victoire.
Pour la feconde fois le Batave d'ef
froy ,
Ya, pourfuir ton coutoux , fe noyer
devant
toy.
Bien-toft enfremiffant , laperfide An
gleterre.
GALANT. 167
Verra tous fes Lauriers fletris de ton
Tonnerre ,
Et ne pouvant fouffrir ton éclat nompareil
,
L'Aigle perdra les yeux aux rayons
du Soleil.
De tes faits inouis , &ſurpriſe &
charmée ,
GRAND ROY, tu lafferas enfin la
Renommée.
Quoy-que pour mieux chanter on luy
donne cent voix ,
C'est peu pour celebrer ta Gloire &
tes Exploits.
Mais helas ! trop souvent dans ce
grand chec des armes ,
L'excés de ta valeur nous caufe des
alarmes.
On diroit qu'animant le coeur de tes
Guerriers ,
Tu voudrois de ton fang arrofer tes
Lauriers
168 MERCURE
Lors qu'on t'a veu braver la funefte
tempefte ,
De cent Foudres de Mars dreffez contre
ta Tefte
Dans leur jufte frayeur , tes fidelles
Sujets ,
Ont conjuré le Ciel de benir tes projets
;
Qu'eftant
duDieu vivant laplus brillante
Image ,
Hfecondat en tout l'effort de ton courage
,
Qu'il armast aufecours du plusgrand
des Humains ,
Defes Soldats ailez les invifibles
mains:
Le Ciel vient d'exaucer noftre juste
priere :
Tufors Victorieux d'une noble Carriere,
Le Chateau de Namur , fun Roc &
fes Rempars , Ties™
GALANT: 19
Tes travaux affidus , les fatigues de
Mars ,
Que couronne à la fin une illuftre
Victoire ,
Nefont que relever la ſplendeur de
ta gloire.
Il faudroit ramaffer , comptant ce que
tu vaux ,
Des Heros demy-Dieux les plus fa
meux travaux .
Plus fage que Cyrus , plus heureux
qu ' Alexandre ,
Plus vaillant que Cefar , tu peux tous
entreprendre ,
Et la Sambre & le Rhin à ton pouveirfoumis
,
Aux bords de l'Hellefpont aller planter
tes Lys.
Le Prince d'Orange a fait
batrre depuis peu une Medail-
Aoust 1692.
P
170 MERCURE
le, où eft d'un cofté le Portrait
du Roy , avec ces mots ,
Ludovicus Magnus.
Et de l'autre cofté , celuy de
ce Prince , & ces paroles ,
Guillelmus Maximus .
Mr Bourfaut , dont vous
connoiffez l'heureux talent , a
fait là deffus ce Madrigal.
L
OVIS eft Grand , c'est un fait
pofitif,
Dont l'Univers n'est pas en doute.
Guillaume par une autre route
Pretend de la Grandeur eftre au fuperlatif.
Ilfaut rendre justice au celebre Guil-
Laum e.
GALANT. 171
Il a de fon Beaupere ufurpé le
Royaume ,
Et commis des forfaits jnſqu'alors
inconnus.
Des plus cruels Tirans on luy voit
les maximes,
Et quand LOVIS eft Grand par de
grandes vertus ,
Si Guillaume eft Tres- Grand, c'est par
de tres-grands crimes .
Meffire Etienne Daurat ,
Doyen du Parlement de Paris ,
où il avoit efté reçu Confeiller
en 1641. mourut icy le 9. de
ce mois. C'eftoit un homme
fort éloquent, & qui rapportoit
fi bien une affaire , qu'on
fe faifoit un plaifir fingulier
Pij
172 MERCURE
de l'écouter. Jamais perfonne
n'a paru avoir tant de détachement
pour le monde . Lors
qu'il cut fçû qu'il ne pouvoit
réchaper de la maladie dont
il est mort , il ordonna luymeſme
que l'on fift fa biere ,
& fe la fit apporter . Il baifoit
auffi tous les jours le drap qui
luy devoit fervir de fuaire . Il
laiffe deux Filles . L'Ainéc
avoit époufé feu M. Turgot
de Soufmont , Maistre des
Requeftes , dont eft venu M ,
Turgot , auffi Maistre des Requeites
, Gendre de M ' le Pelletier
, Intendant des FinanGALANT.
173
ces. La Cadette a efté mariée
avec feu M Barberie de S.
Conteſt , Maistre des Requêtes
, dont le Fils eft Confeiller
au Parlement de Paris .
Meffire Jean le Boindre ,
Soufdoyen du Parlement , en
eft devenu le Doyen par cette
mort. Dame Renée Françoife
le Boindre la Fille , a épousé
Meffire Jacques le Vayer , S
de Salles , Maiſtre des Requêtes
, & Meffire Jean - François
le Boindre S ' du Grofchefnay
fon Fils , reçû Conſeiller en
1689. en la premiere Chambre
des Enqueftes , a pris alliance
Piij
174 MERCURE
avec Marguerite- Françoife-
Catherine Doujat , Niece de
Meffire Jean Doujat , à prefent
Soufdoyen au Parlement.
Meffire Claude le Doux ,
Baron de Melleville , Doyen
de la quatriéme des Enquêtes
, et monté à la Grand'
Chambre en la place de M
Daurat
M Bigot , Seigneur de
Montville , reçu en 1669.
Confeiller en la quatrième
Chambre des Enquestes du
Parlement de Paris , eft mort
dans le mefme temps . Il eftoit
Fils de Meffire Alexandre BiGALANT.
175
got , Prefident à Mortier au
Parlement de Rouen , où il a
laiffé un Fils Confeiller.
L'eftime & l'amitié que Madame
la Dauphine avoit pour
Mademoifelle de Belola , ont
fait que vous en avez fouvent
entendu parler. Cette Princelle
qui l'avoit choific préférablement
à toutes les Filles de la
plus grande qualité de Baviere
pour l'amener en France lors
qu'elle y vint en 1680. l'honoroit
de toute fa confiance , &
il n'y a perfonne qui ignore les
obligeantes marques qu'elle
en recevoit, Mademoiſelle
Piiij
176 MERCURE
ce
de Beffola , penetrée entiere
ment de douleur par la perte
de cette grande Princeffe ,
avoit fait depuis ce temps-là
une fi grande habitude avec
le chagrin , qu'il a efté en par
rie caufe de fa mort , arrivée
au commencement de
mois . Elle eftoit Fille de Jacques
, Baron de Beffola , de
Veronne & de Catherine ,
Marquise de Mafey'de Tren
te , dont les Familles font diftinguées
dans les lieux d'où
elles tirent leur origine. Le
Roy luy a donné des marques
de fa protection , meſme jufGALANT:
177
qu'aprés la mort , fi je puis
parler ainfi .
On a eu avis de l'Amerique
que M' le Chevalier de
Valbelle faint Symphorien ,
Capitaine d'un des Vaiffeaux
du Roy , y eftoit mort . Fl
eftoit Fils de Meffire Jean-
Baptifte de Valbelle Marquis
de Tourves , & d'Anne de
Vintimille , des Comtes de
Marfeifle . La Maiſon de Valbelle
defcend de Guillaume I.
de Valbelle , Iffu des anciens
Vicomtes de Marseille , qui
vivoit dans l'onzième fic
.cle.
178 MERCURE
Le 22. de ce mois , on fit un
Service folemnel dans l'Eglife
des Religieufes Angloiles du
Fauxbourg faint Antoine ,
pour M le Duc de Tyrconnell
. Les titres du Billet que
recurent ceux que l'on pria
d'affifter à cette ceremonie ,
cftoient , Tres - haut trespuiffant
Seigneur , Monfeigneur
Richard , Duc , Marquis &
Comte de Tyrconnell, Vicomte de
Baltinglaſſ, Baron de la Ville
de Talbot , Viceroy d'Irlande ,
Capitaine Lieutenant - General
de toutes les Forces de Sa
Majefté Britannique , ConfeilGALANT.
179
ler du tres honorable Confeil
des Royaumes d'Angleterre &
d'Irlande, Chevalier du tresnoble
Ordre de la Fartiere . M
l'Abbé Anfelme y prononça
l'Oraifon Funebre , & comme
la matiere eftoit belle , &l'Orateur
excellent, on ne peut douter
que le Panegyrique n'ait
cfé tres digne de l'attention
qu'on luy prêta . Vous jugez
bien qu'il n'oublia pas la fidelité
que l'on doit aux Souverains
, & qu'il employa les
traits les plus vifs pour élever
la gloire de ceux qui aux dépens
de leur fang & de leur
180 MERCURE
fortune mettent tous leurs
foins à s'acquitter d'un devoir
fi
indifpenfable .
Vous aurez fçu que Madame
la Ducheffe eft accouchéc
le 18. d'un Prince . La joye ne
doit pas feulement avoir cfté
grande parmy ceux que leur
intereft particulier portoit à
le fouhaitter , mais auffi par
tout le Royaume , puifque
la valeur eft tellement hereditaire
à tous ceux de cette
Maifon , qu'on peut dire , que
femblables à Hercule , ils font
paroiftre leur force & leur
courage dans le berceau . Ainfi
toute la France doit ſe réGALANT
joüir d'une naiffance qui luy
eft d'autant plus avantageufe ,
qu'elle peut fervir à multiplier
une race de Heros , dont
la valeur contrribue tous les
jours à fa gloire &à ſa défenſe.
Je vous envoye une Medaille
, qui a cfté frappée au fujet
de la Ligue , & qui fera un
monument eternel à la honte
des Princes qui y font entrez.
Ils ne l'ont faite que pour la
rendre publique. Cependant
le mauvais fuccés de leurs af
faires , fait tellement éclater
leurs pertes , que s'il leur étoit
poffible , ils devroient empê
182 MERCURE
"
cher qu'elle ne fuft veuë , au
lieu que tout nous engage à la
publier nous - mefmes , quoy
qu'elle foit faite contre nous ,
parce qu'il y va de nos avantages
, de pouvoir prouver à
la Pofterité une Ligue qui n'a
fervy qu'à nous donner de la
gloire , & à faire voir que
tant d'Alliez ont uny leurs
forces inutilement pour lá
deftruction de la France . Il y
a fur l'épaiffeur du contour
de la Medaille.
Ubi multa concilia , ibi falus .
Rien n'eft moins vray , que
de dire , que la multiplicité
GALANT 183
des confeils produit les heureux
fuccés. Ceux de la Ligue
font en grand nombre ; leurs
pertes le font de même .LeRoy
gouverne feul fes Victoires
font infinies . Ont - ils lieu de
dire aprés cette experience
,
Ubi multa concilia, ibi falus ? Si
cela a pû autrefois eftre veritable
, le genie du Roy fe trouve
aujourd'huyfi
fuperieur , qu'il
confond feul les confeils & les
forces de la multitude .
Le Dimanche 24. de ce
mois , M' l'Abbé de Louvois
foutint au College Mazarin,
des Thefes fur toute la Philo-
}
184 MERCURE
fophic. Il n'eft pas neceffaire
de vous dire que l'Affemblée
fut des plus illuftres
& des plus
nombreuſes
; le nom du Soutenant
vous l'apprend
affez .
Mais comme l'efprit
eft perfonnel
,& que la naiffance
ne le
donne
pas toujours
, vous pourriez
ignorer
de quelle
maniere
il s'eft acquitté
des longs
& penibles
exercices
de cette
journée
. Ainfi je vous diray
avec toute la fincerité
poffible
, que non feulement
ce
jeune Abbé a répondu
à tout
ce que l'on pouvoit
attendre
de luy dans une pareille
occa
GALANT. 18
fiontouchanr les matieres
dont il s'agiffoit , mais qu'il
a fait voir qu'elles l'embaraffoient
peu , & que lors qu'il
feroit queftion d'en approfon
dir de plus importantes, il n'y
en avoit point de fi difficiles
dont la vivacité de fon efprit
ne luy fift fans peine penetrer
la profondeur . Ces The
fes eftant dédiées au Roy , on
n'a point voulu épargner la
dépenfe pour faire quelque
choſe de grand & de beau , &
pour y contribuer , l'on s'eft
fervy de tout ce qu'il y avoit
de plus fameux dans les Arts.
Aoust 1692.
186 MERCURE
Feu M de Louvois avoit donné
le fujet qu'il vouloit qui fût
reprefenté; fçavoir, Tous contre
un , un feul contre tous . C'eſt
fur cela que M Mignard
a travaillé , & voicy ce qu'il
a imaginé pour le Tableau de
la Thefe . Le Roy qui en eft la
principale figure & le Heros,
y paroift au milieu , avec un
cafque orné de plumes fur la
tefte , & commandant à la
France . Elle marche fierement
aux Ennemis dont elle eft environnée
. On luy voit tenir
l'épée d'une main , & un Bouclier
de l'autre, le cafque en
GALANT. 187
tefte ,avec un corps de cuiraffe
, & les bras retrouffez jufques
au coude. Il y a deux
Enfans qui l'accompagnent
.
L'un tient le Collier de l'Ordre
, & l'autre le Sceptre avec
la main de Juftice . Au - deffus
de la figure du Roy , la Religion
eft reprefentée fur des
nuages, priant le Pere Eternel,
& montrant celuy pour qui
elle prie. Sur le mefme plan,
à la gauche de la figure de Sa
Majefté , on découvre l'Envie
renverfée par terre , & appuyée
fur des Livres . Ses cheveux
épars & heriffez marquent fa
Qij
188 MERCURE
colere. Elle tient un flambeau
à la main , & le porte à la
veuë du Roy , faifant connoilà
le deffein qu'elle a
ftre
par
de
fe
révolter
. Derriere
elle
eft
un
Officier
qui
défigne
l'Angleterre
. Il
a
l'épée
à la
main
, &
tient
un
Bouclier
de
l'autre
. Il
eft
en
attirude
de
vouloir
atraquer
la
France
,
à
laquelle
une
autre
Figure
qui
cft
auprés
de
cet
Officier
, &
qui
reprefente
la
Baviere
, allonge
un
coup
d'une
demypique
.
Derriere
cft
un
Savoyard
en
groupe
, ayant
l'épée
à
la
main
,
ainſi
que
le
GALANT. 189
Brandebourg , qui a le vifage
d'un fier Allemand . L'Efpagnol
eft derriere , & ſa mouftache
relevée le fait diftinguer.
L'Empire eft repreſenté au
milieu , par un Officier à cheval
qui tient l'épée haute .
Il eft fuivy de plufieurs Cavaliers
des Princes de l'Empire
, & de quantité de gens de
pied , Allemans & Hollandois.
Toutes ces Figures font
connoiftre ce qu'elles reprefentent
par les armes gravées
dans leurs Etendards. Le bas
de la Thefe eft d'une Architecture
ruftique qui fait voir
190 MERCURE
le portique d'un Arſenal . Du
milieu de la porte Bellone fort
en furie , la demy- pique à la
main , & fon Bouclier de l'autre.
Elle a tout fon corps armé,
& le cafque en tefte , &
l'on remarque à fon attitude
qu'elle eft prefte d'allumer le
feu par tout . Des Enfans reprefentent
les Arts fur le devant
, où l'on voit les Inftrumens
des Sciencés , un grand
Globe, des Compas, des Regles,
avec tout ce qui convient
à la Geometric , aux Mathematiques
, à la Poëfie , Peinture
, Sculpture , Architecture ,
GALANT . 191
Mufique , orné de branches
d'Olive & de Lauriers . Un des
Enfans affis fur les degrez du
Portique , pleure appuyé fur
un grand livre , & un autre en
fe haftant de courir au devant
de Bellone , fait affez connoître
qu'il veut l'arrefter . Au
deffus de la porte eft une maniere
de Cartel en ovale , entouré
d'un fefton de Laurier ,
dans lequel on lit , en gros,caracteres
, LUDOVICO
MAGNO . Aux deux côtez
de l'ovale font reliez deux
grands Feftons de feuilles de
Chefne , qui vont s'attacher
192 MERCURE
aux Pilaftres ruftiques qui font
les deux jambages & l'ornement
de la porte. Il y a fur ces
Feftons deux grands Volu
mes qui paroiffent avoir efté
roulez , & fur lesquels font
écrites les Pofitions à la ma
niere des Anciens;penſée nouvelle
dans noftre temps. Toute
la compofition eft conduite
fagement , & n'a aucun
embarras , toutes les figures
eftant fort bien détachées ,
en forte que le haut & le bas
ne font qu'un Tableau , qui
de luy mefme eft auffi nouveau
que riche. Le Roy qui
fe
GALANT: 193
connoift
parfaitement en
beaux Ouvrages , receut cette
Theſe comme elle le merite ,
& la fit attacher dans fa cham
bre avant qu'elle fuft publique
, afin que ceux qui témoignoient
de l'empreffement
pour le plaifir de la voir,
puffent fatisfaire leur curiofité.
Toute la Cour én a felicité
M' Mignard . Ceux qui
en fouhaitteront une defcription
plus étenduë , la trouveront
dans un excellent Poëme
Latin, que M' Rollin ,
Profeffeur Royal d'éloquence,
afait fur la même Thefe, &
Aouft 1692.
R
194 MERCURE
qu'il addreffe à Mr l'Abbé de
Louvois. Mr Bofquillon , de
l'Academic de Soiffons , l'a
traduit en Vers François avec
tous les agrémens qui accom
pagnent la belle Poëfic.
Aprés avoir donné dans un
Volume de la Relation du
Combat de Stein Kerke ,
où routes les particularitez en
font contenuës , un Eloge de
feu Mle Prince de Turenne,
je croy vous en devoir envoyer
un plus étendu , tiré
d'une Lettre de M' Bonnet de
la Chaffenitte , Avocat au Parlement
, écrite à un de fes
-
GALANT
195
Amis de Province. Je laiffe
quelques circonstances du
Combat qui luy fervent de
Prelude , pour venir à cet
Eloge , qui eft conceu en ces
termes.
Mle Prince de Turenne ;
aprés s'eftre diftingué d'une maniere
digne de fon nom & de ſa
naiſſance , avoir veu tuer fon
Gentilhomme à fes coftez, démonter
fon Ecuyer , bleſſer fon
Sous - Ecuyer , fut ble ẞe mortellement
luy- mefme d'un coup de
Moufquet , dont il mourut le lendemain.
Franchement , Monfieur,
c'est ce qu'on peut appeller
Rij
196 MERCURE
une perte , non feulement pour fa
Maiſon, & pour fes Amis , mais
pour PEtat. Il n'avoit que vingt-
Sept ans , & s'eftoit trouvé depuis
qu'il eftoit en âge de porter
dans toutes les occa-
Les
armes
J
fions de l'Europe , où il y avoit
en de la gloire à acquerir.
Il fervit d'abord trois ou quatre
ans en France avec diſtinction
à la tefte de fon Regiment. Il alla
aprés en Hongrie, & de là chez
les Venitiens. La Bataille de
Gran , où il fe fignala extrémement
, luy acquit beaucoup de
réputation. Il paffa enfuite dans
l'Armée des Venitiens , où aprés
GALANT. 197
•
mille preuves d'une valeur extraordinaire
, cette fage Republique
luy donna plufieurs fois
des marques de fon eftime, & luy
fit desprefens confiderables , entre
lefquels eft une épée enrichie
de Diamans , qu'elle luy donnoit
pour s'en fervir à la tefte de for
Armée , fi la moderation de ce
jeune Prince ne luy en cuſt fait
refufer le commandement.
Mais cemme il ne refpiroit que
pour le fervice de Sa Majesté, il
cut une joye incroyable de revenir
en France , & donna , foit
en Piémont , foit en Allemagnes
foit en Flandre , dans toutes les
Riij
198 MERCURE
rencontres où il fe trouva ( & où
e fe trouva- t- il point ? ) des marques
d'un grand courage. Mons,
Leuze , Namur , Stein- Kerke ,
l'ont veu affronter les plus grands
perils & fion peut luy reprocher
quelque chofe , c'est d'avoir recherche
la gloire avec trop d'ardeur
, trop prodigué des jours
fi précieux à toute la France .
En verité , Monfieur , c'est
grand dommage que le fort ait
fi toft terminé une vie fi belle
fi glorieuse. La Parque ne
devroit - elle pas respecter des
hommes de ce caractere ? S'ily
a une fin , s'il faut que tout
GALANT. 199
aboutiſſe au tombeau , cette Loy
ne devroit regarder que les hommes
communs. Ce Prince eft mort,
me direZ- vous , dans le lit d'honneur
; il est vray , mais il y eft
mort trop jeune . Les deftins , be--
las ! n'ontfait que le montrer à la
terre. Peut- eftre la France euftelle
efté trop heureufe , fi le Ciel
luy eust confervé ce jeune Heros.
Si la mort , cette impitoyable qui
n'épargne perfonne , avoit à le
traiter comme feu Monfieur de
Turenne fon Oncle , des vertus
duquel il avoit berité, auffi bien
que du nom , elle devoit du moins
attendre qu'il en cuft l'âge , &
Rij
200 MERCURE
luy donner comme à ce grand
Capitaine , le temps de meriter la
Sepulture de nos Rois . Sans dou
te qu'elle s'y eft mépriſe. A voir
fes belles actions , ¿ fes
differentes campagnes , à compter
Le nombre de fes Exploits , elle l'a
crú beaucoup plus âgé qu'il n'étoit
: Dum numerat palmas ,
credidit effe fenem . Il ne pouroit
à la verité enfi peu de temps
faire de plus grandes chofes ,
fa carriere qui pouvoit eftre plus
longue , ne pouvoit eftre plus
glorieufe. Il a marché à pas de
Geant dans lefentier de la gloire ,
a faitfervir tous les momens
A
GALANT. 201
de fa vie à meriter cette immorta
lité , aprés laquelle tous les grands
hommes ont foupiré. Son attente
ne fera pas vaine ; il la poffedera
cette immortalité. La gloire
de fon nom ne finira jamais , fa
memoire durera autant
Siécles ; & tant qu'il y aura de
la vertu , & de la valeur fur la
terre , Monfieur le Prince de Turenne
fera eftimé , admiré , res
gretté.
que
les
Je ne vous dis rien de fes autres
vertus elles répondoient à
fes vertus militaires . Il avoit
une penetration , & un difcerne
& fçavoit ment admirable
ce qu'il y a de plus exquis & de
202 MERCURE
plus délicat dans les Sciences?
Il parloit de tout avec une prefence
d'efprit , une jufteffe qui
Surprenoient. Jamais Officier ne
fu mieux le détail d'un Siege ,
ou le recit d'une Bataille , mais
il executoit encore mieux ces chofes-
là , qu'il n'en parloit . Cc Prin–
ce eftoit doux , affable , honnefte,
d'une modestie à ne pouvoir
fouffrir les moindres louanges.
Enfin de quelque côté qu'on le
confidere , il ne luy manquoit rien
de toutes les qualitez qui peuvent
former un grand Capitaine
Monfieur le Prince de Turenne
eftoit forti , comme vous fçaGALANT..
203
cette
vez , Monfieur , d'une Maifon
Souveraine
de la Maifon
de Bouillon qui tient par fes alliances
aux plus illuftres Maifons
de l'Europe. Il s'eftoit allié
depuis peu avec la Maifon de
Vantadour, l'une des plus illuftres
des plus anciennes du
Royaume. Mais belas
derniere alliance n'a guere duré.
Les noeuds en ont bien- toft efté
rompus , la douleur qu'en a
la Maifon de Vantadour durera
autant que le fouvenir de la perte
qu'elle vient de faire. Que puisje
vous dire encore , finon qu'il eft
univerfellement
regretté de tout
204 MERCURE
le monde ? mais ce qui fait le
comble de fa gloire , le Roy pour
qui il avoit toûjours eu un Zele
tres ardent , e un attachement
inviolable , a témoigné de la douleur
de fa perte , & en a parlé
plufieurs fois avec éloge . Jeſuis
Monfieur , c.
Il y a peu de Noms plus
connus parmy les Sçavans
que celuy de feu M'Defcartes
Ily en a beaucoup qui
ont fait du bruit dans le mondc
par leurs Ouvrages , & qui
n'ont pas merité pour cela
que l'on écrivift leur vie.Celle
de Mr Deſcartes a cfté im
GALANT 205
primée in quarto , & le fuecez
en a cfté fi grand que le mefme
Autheur la vient de faire
en abregé pour la commodi- ` .
té du public, qui l'a ſouhaitté.
Il ne s'eft pas contenté de
fuivre dans cet Abregé l'ordre
qu'il s'eftoit preferit dans
l'in quarto , & d'en obferver
l'oeconomie dans la mefme
divifion des Livres , & des
Chapitres ; il s'eft encore affujetty
autant qu'il l'a pû à ne
le compofer que des mefmes
expreffions , afin qu'on y puſt
retrouver la vie de M' Defcartes
toute entiere , mais en
206 MERCURE
petit , comme une Miniature
reprefente un Portrait qui fe
trouve ailleurs dans un grand
Tableau . Ce font les mefmes
termes dont l'Auteur s'eft fervy
en parlant de l'Abregé de
la Vie de ce grand homme.Ce
Livre fe trouve chez le Sicur
de Luynes , Libraire au Palais
à la Juſtice auffi bien que
l'Estat de la France qui fe debite
depuis quelques jours . Je
ne vous l'annonce point comme
un Ouvrage qu'on puiffe
dire nouveau , & cependant
l'Eftat de la France que l'on
vient de mettre au jour , n'eft
GALANT: 207
rien moins que vieux. Il
Le réimprime tous les deux
ans , & l'on en a déja fait dixfept
Editions , c'est ce qui
fait qu'il n'eft pas nouveau.
Il n'y a point d'Edition qui ne
foit beaucoup augmentée , &
c'est ce qui fait qu'il n'eft pas
vieux. Ainfi ceux qui achepteront
la dernere edition , feront
feurs d'y trouver beaucoup
de chofes curieuſes ;
qu'ils ont jufques icy igno
rées. Il feroit mal - aifé de dire
où il les trouveront, puif
que ce n'eft point une aug.
mentation qui foit à la fin du
208 MERCURE
Livre , & qu'elle eft répandue
prefque dans toutes les pages.
LaVeuve du ficur duVal,qui
demeure fur le quay de l'Hor
loge du Palais , au Grand
Louis , debite une Carte des
dix-fept Provinces des Pays-
Bas par leP. Placide, Auguftin
Déchauffé , Geographe ordinaire
du Roy. Elle eft d'une
feuille fort exacte & fort ample
, & neantmoins d'une
grande netteté. Tous les
Noms des Provinces y font
diſpoſez de maniere qu'on les
diftingue du premier regard.
GALANT: 209
Les Forefts , les
Montagnes ,
les Marais & les Canaux s'y
voyentauffi
fort aifément. La
multitude des Canaux de plufieurs
Provinces , dont la figure
& la difpofition
font
regulierement
obfervées, fait
connoiftre
avec combien de
foin &
d'application ce Pere
s'eft étudié à cet
ouvrage ,puif
que tout Y cft difpofé comme
dans les Cartes
particulieres
des plus petites Contrées
, ce qui fait juger du
grand nombre de memoires
qu'il a conferez pour donner
un ouvrage
auffi exact & auffi
Aoust 1692.
S
210 MERCUR
E
clair que cette Carte .
La même veuve du Val debite
auffi la Carte de la Grece,
tirée des Memoires de M™
l'Abbé Baudran . Il eſt fi connu
, & fes Ouvrages ont tant
de reputation , qu'il fuffit de
le nommer, pour faire qu'on
ait de l'empreffement à les rechercher.
L'Evêché d'Angers eftant
demeuré vacant par la moit
de M' Arnaud , dont je vous
ay amplement parlé dans le
temps de fon deceds , le Roy
y a nommé M' l'Abbé le Pel
letier , Fils aîné de M le PelGALANT
: 211
fetier , Miniftre d'Etat . Le
nombre de ceux qui preten
doient à cet Evêché eftoir
grand , & quoy que cet Abbé
cuft plufieurs raifons qui luy
pouvoient faire efperer d'en
eftre pourvû, fon merite perfonnel
a efté la plus forte recommandation
qu'il ait cuë
auprés du Roy. Non-feulcment
il eft Docteur de Sorbonne
, mais il vit en veritable
Ecclefiaftique , & l'on peut
dire ,qu'il eft un parfait Imitateur
de la droiture & de la
pieté de M le Pelletier fon
Bere.
Sij
212 MERCURE
r
L'Abbaye du Moutier en
Argonne , vacante par le deceds
de M l'Abbé de Beuvron
Aumônier du Roy , fur
donnée le mefme jour à M
l'Abbé de Soubife , Fils de Mr
le Prince de Soubife . Cet Abbé
a un Aîné qui ayant pris le
party de l'Eglife , s'eft vû obligé
de le quitter , parce qu'il
cft devenu aîné de ſa Maiſon,
ce Frere eftant mort des blef
fures qu'il avoit reçues , en fe
fignalant au fervice de Sa Majefté.
On peut dire de cette
Maifon que c'eft une Famille
belle , fage , illuftre & brave.
GALANT. 213
M l'Abbé de Roquepine,
qui a perdu plufieurs Freres
dans le Service , a efté pourvû
de l'Abbaye de S. Nicolas
d'Angers , vacante par la mort
de l'Evefque de la mefme
Ville. Il eft neveu de M' de
Tilladet , Lieutenant General
des Armées du Roy , qui s'eſt
fignalé au Combat de Stein-
Kerke , donné contre les
Troupes des Princes Liguez.
Il y a eu encore quelques
Abbayes données par le Roy ,
fçavoir l'Abbaye Reguliere
de Rangeval , de l'Ordre de
Prémontré en Lorraine , au
214 MERCURE
Pere Charton ; celle de l'Ef
clache , Ordre de Cifteaux à
Clermont , à Dame Françoiſe
du Ronzel , & celle de
l'Amour-Dieu , Ordre auffi
de Cifteaux , Diocefe de Soiffons
, à Dame Marguerite de
la Vicuville.
Mr l'Abbé de Pibrac ;
Maistre de la Chapelle de
Monfieur , a efté nommé par
ce Prince à l'Abbaye de S.
Memin prés d'Orleans , qui
eft de fon Appanage. On voit
par- là l'avantage que l'on tire
de l'honneur d'appartenir à
fon Alteffe Royale , qui cfti .
GALANT. 21.5
me la nobleffe & la vertu dans
ccax qui font attachez à fon
fervice , & qui ne perd point
d'occafion de leur faire du
bien.
M' l'Abbé de Fortécuyere ,
Docteur de Sorbonne , a cfté
reçu dans la Charge d'Aumônier
ordinaire de ce meſme
Prince , qui donne le ſervice
toute l'année . Il eft Petit- Fils
de M. de Fortécuyere , qui
commandoit les Gardes du
Cardinal de Richelieu , &
à qui ce Miniftre fit confier
le Commandement du Havre
de Grace , aprés l'avoir marié
216 MERCURE
સા
avec fa Parente , Marie de To
rigny Montorgueil . Sa Famille
eft établie en Bretagne &
en Poitou , & porte pour armes
d'azur à trois écuffons d'argent,
accompagnez de dix fleurs
de Lis d'or , par conceffion de
Philippe Augufte . On la connoift
en Bretagne fous le nom
de l'Efchafferic.
Le Lundy 25. de ce mois ,
l'Academie Françoiſe célébra ,
felon fa coume , la Fefte de
S. Louis dans la Chapelle du
Louvre , & comme elle choifit
toujours un Predicateur parmi
les plus habiles , pour faire let
Panegyrique
GALANT. 217
Panegyrique de ce Saint , elle
avoit jetté les yeux cette année
fur M. l'Abbé Bignon , Fils
de Mr Bignon , Confeiller
d'Etat , & Neveu de M' de
Pontchartrain . Les excellens
Sermons qu'on a déja entendus
de luy , l'ayant mis dans
une grande réputation , l'Affemblée
fut fort nombreuſe ,
& compofée de plufieurs Prelats
, Abbez, & autres perfonnes
d'un merite diftingue . Il
prit pour fon Texte ces paroles
d'Ifaïe , Princeps ea que
funt digna Principe cogitabit , &
traita cette matiere avec toute
Aouft 1692.
T
218 MERCURE
l'éloquence d'un Orateur
confommé. Il y eut des Peintures
extrémement délicates ,
& ceux qui s'appliquerent à retenir
de beaux traits, ne furent
embaraffez que dans le choix
qu'ils en devoient faire . Il
fit fentir admirablement
, en
parlant des rares vertus de S.
Loüis , que quand la pieté regne
dans le coeur d'un Roy,
elle paffe bien-toft en coûtume
dans celuy de fes Sujets.
Ce Panegyrique fut precedé
d'une Meffe que dit M' l'Abbé
de la Vau , l'un des quarante
Académiciens
, & penGALANT.
219
dant laquelle on chanta divers
Motets de la Compofition
de M' Oudot. La plûpart
des plus belles voix de
Paris eftoient de cette Mufi
que , qui fut écoutée avec
beaucoup de plaifir .
Le mefme jour , M ' l'Abbé
de Caftre prêcha dans l'Eglife
des Jefuites de la ruë S.
Antoine , & fon Sermon reçut
de grands applaudiffemens.
Il y avoit une affluence
extraordinaire
de gens de qualité
, & fi l'éloge qu'il fit de
faint Louis cut beaucoup
d'Approbateurs , celuy du
Tij
220 MERCURE
Roy en cut encore davantage,
La Mufique qui eſtoit de M'
Charpentier , charma toute
l'Affemblée , & particulierement
un Motet , compofé exprés
pour cette Fefte . On ne
peut rien ajoûter à la réputa
tion qu'il s'acquiert de jour
en jour.
Je viens aux affaires de la
Guerre , & quoy que je vous
aye envoyé une Relation particuliere
& fort exacte du
Combat de Stein- Kerke ,
compoféc fur toutes celles qui
font venues de l'Armée , &
à laquelle j'ay ajouté quelques
GALANT 221
extraits des principales , je ne
fçaurois m'empêcher de vous
en donner encore une entiere,
parce qu'elle vient d'un lieu ,
qui ne permet pas que l'on y
touche , ny qu'on doute mef
me d'aucune chofe de tout
ce qu'elle contient. Souvenez-
vous , s'il vous plaift , en
la lifant , que ce n'eft poing
moy qui parle.
Tij
222 MERCURE
52525252525252525
RELATION
du Combat de Stein - Kerke.
A
Prés la reduction de
Namur , l'Armée que
Mr le Duc de Luxembourg
avoit oppofé à celle du Prince
d'Orange durant le Siege
de cette Place , ayant cfté renforcée
de plufieurs Bataillons ,
& de la Maifon du Roy , qui
l'avoient jointe au Camp de
Gerard , alla paffer la Sambre
à la Buffiere , & occupa
GALANT. 223
celuy de Mierbe - la- Poterie ,
pour de là obferver les mouvemens
de l'Armée des Ennemis
, qui eftoit alors campée
à Fleurus .
Le Prince d'Orange piqué
au vif de la perte qu'il venoit
de faire , formoit de grands
deffeins pour ſe dédommager .
Le bruit couroit dans fon
Camp qu'il vouloit reprendre
Namur , & que cela luy feroit
d'autant plus facile , que les
Liegeois luy promettoient
tous les fecours dontil auroit
befoin , tant pour faire ſubfifter
la Cavalerie , que pour
Tiiij
224 MERCURE
l'Artillerie neceffaire à une
telle entreprise , s'obligeant
de faire tout remonter par la
Meufe dans plus de quatre
mille Batteaux, qu'on publioit
eftre déja tout prefts , & mcfme
chargez.
Mr le Duc de Luxembourg
tranquille dans fon Camp fai
foit repoler fes Troupes , &
ne fongeoit qu'à les rétablir .
Elles avoient beaucoup fouffert
durant le Siege . La difette
des fourages avoit affoibly la
Cavalerie , & l'Infanterie n'eftoit
pas en meilleur cftar..
La cherté des vivres , les mar
GALANT. 225
ches , & mefme les campe
mens par des temps difficiles,
& un deluge prefque continuel
, l'avoient fort abbatuë .
Tandis qu'elle fe délaſſoit à
l'abry des Lauriers que le Roy
venoit de cueillir , l'Armée
des Ennemis décampa de Fleurus
, & vint camper à Genap,
étendant fa droite jufques à
Nivelle, Ce mouvement
fit
comprendre
que le Prince
d'Orange , bien loin de vouloir
rafficger Namur, craignoit
que Charleroy
n'euft le même
fort , & qu'il vouloit tâcher
d'empêcher
qu'on ne l'affic226
MERCURE
geaft , puis qu'il n'alla occuper
ce Camp que pour manger
tous les fourages qui é
toient autour de cette Places
& ofter à l'Armée de M' de
Luxembourg les moyens d'y
fubfifter, en cas qu'il cuft vou
lu faire ce Siege durant la
Campagne. Cette précaution
eftoit prudente . Un General
accoutumé à eftre battu doit
plûtoft fonger à parer les
coups dontil fe voit encore
menacé , qu'à menacer celuy
qui le vient de battre . Pendant
que le Prince d'Oranges'établiffoit
dans fon nouveau
GALANT. 227
Camp , Mr le Duc de Luxembourg
marchoit pour aller
occuper celuy de Soignies ,
afin d'eftre à portée d'inquieter
fes Fourages, & de luy faire
apprehender par cette marche
quelque plus importante expedition
, que ne feroit pour
luy & fes Alliez le Siege de
Chrileroy, Auffi ce Prince
roujours plus viffur les alarmes
qu'on luy donne , que fur
les Villes qu'on luy prend , fit
d'abord un détachement d'environ
huit mille hommes qu'il
envoya à Andrelek pour cou
vrir Bruxelles . & empêcher
qu'on ne mangeaſt le pays de
228 MERCURE
Brabant. Autre prudence fort
loüable , mais à la verité peu
utile , puis que ce détachement
n'empêcha pas M' de
Luxembourg d'aller fourager
jufqu'à la veuë de Bruxelles ,
& de manger durant fon
campement à Soignies tous
les fourages de Hall , de Thu
bife , & de Braine-le Comte.
Tout le mois de Juillet fe
paffa dans ces mouvemens ,
fans qu'on puft penetrer autre
chofe du deffein des Ennecmis
, que la neceffité de défendre
le Pays , pour empê
cher le Peuple de crier & de
fe plaindre.
GALANT. 229
Le premier du mois d'Aouſt
le Prince d'Orange alla camper
de Genap fur la . hauteur
de Hall , & le mefme jour M
de Luxembourg averty de
cette marche , alla prendre le
Camp d'Enghien qu'il avoit
efté reconnoistre quelques
jours auparavant. Il mit fa
droite à Stein. Kerke , La gauche
à Herine , & Enghien deyant
le centre .
Le 2. le Prince d'Orange
palla avec toute fon Armée,
Îe Ruiffeau , appellé la Seine ,
&
appuya fa gauche au Village
de Thubife , mettant
Hall derriere luy , & devant
220 MERCURE
luy les Villages de S. Martin
Legniech & de S. Pitrelicu .
Il Campa fur deux Lignes.
Le mefme jour les Troupes
de Hanover renforcerent fon
Armée de plus de fept mille
hommes
, tant Cavalerie
qu'Infanterie , qui camperent
fur une troifiéme Ligne.
Le Prince d'Orange avoit
efté averty que M de Luxembourg
avoit envoyé fon
Artillerie fous Mons à caufe
du mauvais temps & des chemins
inpraticables & qu'il ne
l'avoit point euë au Camp de
Soignies. Il fe flattoit depuis
GALANT. 231
long temps , que s'il pouvoit
engager quelque affaire de
pofte , & donner un Combat
d'Infanterie dans un Pays
#
coupé , où la Cavaletic ne
puſt agir , il pourroir avoir
fa revanche du Combat de
Leuze , où toute fa Cavalerie
fuft défaite. Il crut l'occafion
favorable . Un autre l'euft
peut être crû comme luy.
Dans cette veuë il décampa
de Thubife le 3. au milieu de
la nuit , pour venir à nous.
Sa marche fut fi fecrette & fi
diligente , qu'il arriva dés fix
heures du matin fur les hau232
MERCURE
teurs de Stein Kerke , entrè
le grand & le petit Enghien.
Il avoit fait marcher toute fon
Armée pour cette prétenduë
expédition . Les avis que M
de Luxembourg avoit cus
durant la nuit s'estoient trouvez
fi oppofez , que ce General
n'avoit pû prendre aucune
réfolution ; mais l'Officier qui
commandoit la Garde ordinaire
luy ayant envoyé dire
fur les fept heures du matin ,
que les Ennemis marchoient
à nous , il monta d'abord à
cheval pour les aller reconnoiſtre.
Il s'avança jufques à
GALANT.
233
&
Stein- Kerke , & les vit qui
marchoient enColomne, entre
les bois du petit Enghien & le
Ruiffeau de Stein- Kerke , s'avançant
vers la hauteur qu'occupoit
le Regiment de Bourbonnois
, lequel avoit déja
pris les armes . M ' de Luxembourg
ravi d'avoir une occafion
de les battre , donna dans
ce momét des ordres prompts,
hardis , & neceffaires , & en
peu de temps il fçut s'aflurer
la victoire. L'Infanterie & lc
Canon qu'il avoit d'abord envoyé
chercher en diligence ,
fe mirent en marche , & fe
Aoust 1692 .
V.
234 MERCURE
hafterent. Il ordonna que la
Brigade de Navarre demeuraft
à la gauche du Camp ,
& que celle de Lionnois fuft
poftée dans le Village d'Enghien.
Tout le reste de l'Infanterie
qui compofoit neuf
Brigades , fut mis en bataille
fous Stein- Kerke fur cinq
Lignes , à mesure que chaque
Brigade arrivoit .
La premiere Ligne étoit
compofée de celle de Bourbonnois
qui avoit la droite ,
parce qu'elle fe trouvoit dans
fon Camp , des trois Bataillons
du Regiment de ChamGALANT.
235
pagne, des trois du Dauphin
de trois des Vaiffeaux ,de quatre
du Roy & de la Brigade
du Royal qui s'étendoit toutà-
fait fur la gauche, laiffant un
grand iutervale entre elle &
le Regiment du Roy , ce qui
fut caufe que cette Brigade
ne donna point. Les Batail
lons du Royal Comtois , du
Royal Italien , de la Brigade:
Champagne ; les Bataillons
de Toulouze , de la Brigade
du Roy ; toute la Brigade de
Stoppa les Regimens de Nice
& de Haynaut , de la Brigade
du Dauphin formoient
de
Vijs
236 MERCURE
à la
la feconde ligne , ayant
tefte les Regimens de Dra
gons du Roy , de la Reine ,
Dauphin, & Barbezieres , parce
qu'elle débordoit la premiere
ligne du côté de la droite .
La Brigade de Polier compoſoit
la troifiéme ligne. Les
Gardes Françoifes & les Gardes
Suiffes formoient la quatriéme
; & la Brigade de Cruffol
eftoit fur une cinquiéme
ligne . Les lignes n'eftoient
point égales. La premiere &
la feconde eftoient bien plus
étenduës que les trois autres ,
& les deux dernieres l'eftoient
GALANT. 237
Beaucoup moins que la troifiéme
, tant à caufe du terrain
que parce qu'il n'y avoit pas
affez de Bataillons pour les
étendre également , mais les
dernieres étoient foûtenues de
la Cavalerie qui eftoit derriere
en Bataille. Dans le temps
que Me de Luxembourg difpoſoit
ainfi l'Infanterie , le
Canon arriva , & comme le
plus gros effort des Ennemis
fe preparoit à leur gauche , où
ils avoient cû le temps de fe
pofter , de border les hayes
d'Infanterie , & de faire des
Batteries , M¹ de Luxembourg
238 MERCURE
fit faire deux Batteries à la
droite fur la hauteur du Ha
meau de Haut bout , qui donnoient
dans le centre de l'atraque
, une de fix piéces de
Canon de douze , & l'autre
de huit piéces de quatre . Ces
deux Batteries répondirent vigoureufement
à celle des Ennemis
qui tiroit depuis plus
de deux heures , parce qu'ils
l'avoient avancée à la faveur
des hayes qui les couvroient ,
On fe canonna de part & d'au
tre jufques à une heure aprés
midy , & on fit quelques legeres
efcarmouches . Dans le
GALANT: 239
temps que nôtre Canon tiroit,
M de Luxembourg alla vifiter
un pofte , & à peine y futil
arrivé , que les Ennemis attaquerent
la tefte de noftre
premiere Ligne avec tant de
vigueur , qu'ils penetrerent
jufqu'au centre de la feconde,
& gagnerent une partie de
noftre Canon , le mirent fur
la hauteur dans les hayes ,
occuperent quelques maiſons
qui s'y trouverent . Mª de Luxembourg
accourut au bruic
de la moufqueterie , & trouvant
que les Ennemis avoient
cu quelque avantage fur nous,
&
240 MERCURE
il fit avancer Polier , & les
deux autres Lignes qui le foû
tenoient . Ce Regiment eftant
découvert , effuya un grand
feu des Ennemis. Le Colonel
qui l'animoit & le faifoit aller
en avant , ayant cfté tué , ce
Regiment commença à chanceler.
Alors M' de Reynol
à la tefte des Gardes Suiffes ,
propofa à M' de Luxembourg
d'aller aux Ennemis l'épée à
la main. Il fit cette propofition
avec tant de confiance
de les repouffer
, que ce General
luy ordonna
de l'executer
,
ce qu'il fit avec toute la va
leur
GALANT. 241
leur & tout le fuccez qu'on en
pouvoit efperer , en forte que
Ies Ennemis plierent fans les
attendre. Les Gardes Françoifes
eurent en mefme-temps le
mefme ordre , & allerent fi
brufquement fur eux ,que tout
ce qu'ils rencontrerent fut tué .
Ils reprirent leCanon que nous
avions perdu, fe rendirent maîtres
d'une partie du leur , &
les chafferent du terrain qu'ils
avoient gagné . Champagne
& Dauphin qui avoient chargé
avant les Gardes ,
avoient tué beaucoup à coups
d'épée & de bayonnette . M
Aoust 1692 .
X
en
242 MERCURE
le Comte de Luxe , à la tefte
de fon premier Bataillon ,
avoit foûtenu un de leurs plus
grands efforts , & les avoit dé.
poftez d'une haye, aprés avoir
effuyé leur feu . Depuis ce
temps , on les vit toujours reculer
, & l'on vit les nostres
avancer de hayes en hayes.
Les Ennemis pouffez par la
honte d'avoir perdu l'avantage
qu'ils avoient d'abord gagné
, firent un nouvel effort
à la droite .
Les Dragons
le foutinrent avec beaucoup
de fermeté. Les Bataillons
qui faifoient la tefte de la
GALANT. 243
feconde ligne , foutenoient
les Dragons , & le feu fut fort
grand de part & d'autre . Les
Dragons perdirent un grand
nombre de leurs gens , mais
ils obligerent les Ennemis de
fe retirer. Le feu ceffa à la
droite , & peu de temps aprés,
les Ennemis voulutent agirà
la gauche. Ils y firent un plus
grand feu qu'ils n'avoient fait
à la droite. Ce feu dura fort .
longtemps . Les Regimens du
Roy & des Vaiffeaux qui s'y
trouvoient expofez , y perdirent
beaucoup de monde , &
en tuerent auffi beaucoup.
X ij
244 MERCURE
Trois Regimens de Dragons
de l'Armée de M ' de Bouflers
qui avoient joint , fçavoir le
Colonel general , le vieil Afpheld
, & Fimarcon , agirent
avec tant de vigueur , quoy
qu'ils cuffent fait une marche
de deux lieuës , eftant venus
à toutes jambes du Camp de
Cambron , que les Ennemis .
cefferent leur feu , & commencerent
à méditer leur retraite.
On les canonna fans
nul relâche , & pendant que
noftre Canon les battoit en
ruine dans tous les endroits
où ils tâchoient de fe retranGALANT.
245
cher, M' de Luxembourg qui
vouloit profiter du defordre
où il les avoit jettez , en fe mettant
en état de les défaire entierement
s'ils demeuroient,
où d'écorner leur Arriere- garde
s'ils fe retiroient , ordonna
aux Brigades de Navarre & de
Lionnois qu'il avoit fait avancer
, de paffer les foffez & les
hayes qui nous feparoient à la
gauche de la plaine du Petit
Enghien. Il fit paffer auffi les
neuf Bataillons de l'Armée de
M' de Bouflers qui avoient
joint un peu plus tard que les
Dragons , n'ayant pû les fui-
X iij
246 MERCURE
vre . Ces Troupes pafferent
fans peine , à la faveur de nôtre
Canon , & furent mifes en
Bataille dans cette Plaine .
Cependant les Ennemis qui
eftoient en Bataille fur la hauteur
, & qui paroiffoient faire
une bonne contenance , défilcient
par leur derriere , & fe
retirerent par leur droite avec
tant de précipitation , qu'ils
mirent le feu à plufieurs cha .
riots de poudre que l'on entendit
fauter; & le jour baiffant
ne permit pas à M' de
Luxembourg de les fuivre. Il
fe retira dans fon Camp , &
GALANT
247
l'Armée de M' de Bouflers
retourna à Cambron. Ainfi
finit cette journée tres glorieufe
pour l'Infanterie , Fran-
•
çoife , puis qu'elle effaça l'opinion
que les Ennemis
avoient conçue mal à propos ,
qu'elle ne tiendroit pas devant
la leur , & qu'elle leur
donna les mefmes impreffions
qu'ils avoient prifes au Combat
de Leuze , de la valeur de
noftre Cavalerie . Auffi l'on
peut dire qu'il y eut dans cette
affaire autant de Combats
particuliers qu'il fe trouva
de hayes , & que chaque Ba-
X iiij
248 MERCURE
taillon gagna une Bataille
feparée . M' de Luxembourg
qui voulut eftre à tout , fe
trouva toujours expofe. Il eut
deux chevaux tuez fous luy ,
& plufieurs de ceux qui
eftoient autour de fa perfonne
, furent bleffez ou tuez . M
le Prince de Turenne y reçut
un coup de moufquet à tra
vers le corps , dont il mourut
le lendemain.M ' de Montliot,
Gentilhomme de Bourgogne ,
attaché à la perfonne de Mide
Luxembourg fut bleffé d'un
boulet de Canon , qui perça
la genoüilliere de fa botte,luy
GALANT. 249
effleura le jaret , luy fit une
grande contufion à la cuiffe ,
& tua fon cheval . M' de la
Geraudiere , Aide de Camp,
cy devant Capitaine de chevaux
,cut un Coup de moufquer
dans l'épaule . Un Ecuyer
de M le Duc de Montmorency
fut tué tout roide d'un
coup de moufquet à la gorge .
Monfieur le Duc de Chartres
pendant le combat fit des
actions qui paffent tout ce
qu'on peut dire . Il fut bleffé
au bras , & aprés avoir efté
panfé , il revint à la charge
avec plus d'ardeur qu'aupa250
MERCURE
rayant. Les Ennemis ne fe fu.
rent pas plûtoft retirez qu'il
fir diftribuer de l'argent aux
Officiers bleffez quien avoient
befoin, & envoya fur le champ
de bataille , & dans tous les
endroits où on avoit mis les
bleffez , pour leur faire donner
les fecours qui leur étoient
neceffaires.
Monfieur le Duc alla au feu
avec un courage de Lion , ne
fe ménageant pas plus qu'un
fimple Soldat, & Monfieur le
Prince de Conty fit paroiftre
auffi dans le plus grand feu
une valeur digne du fang
GALANT. 251
dont il est formé . On le vit
rallier des Bataillons difperfez
, & les mener luy- mefme
à la charge .
Mr de Vendofme , & M· le
Grand- Prieur fe furpafferent
en valeur ; & M' le Duc d'EIbeuf
chargea plufieurs fois
avec une vigueur étonnante .
On ne peut trop dire de M
le Duc de Villeroy, qui s'étant
trouvé à tout ce qui fe paffa
à la droite & à la gauche , donna
des marques d'une valeur
extraordinaire.
M ' le Duc de Choifeul alla
au feu avec une intrepidité
252 MERCURE
qui ne fervit pas peu à encourager
les Troupes qu'il commandoir.
Mr le Duc de Montmorency,
qui ne quitta point M² de
Luxembourg , tant que Fa
ction dura , cut un cheval
bleffé fous luy , & M' le Ghevalier
de Luxembourg, qui eft
Aide de Camp de Mfon Pere,
quoy que dans un âge où la
guerre ne luy devroit encore
cftre
connuë que de nom , fit
paroiftre
autant
de fermeté
que s'il y avoit vieilly. mael
M de Vigny
, Lieutenant
General
de l'Artillerie
, fut
GALANT. 253
bleffé au bras , mais cette blef
fure n'empêcha pas qu'il ne
fe tinft toujours à fon pofte ,'
pour donner les ordres qui ne
furent jamais mieux executez
.
M de Montal agit avec
toute la vivacité & tout le
courage dont il a fi fouvent
donné des preuves ; & M² de
Tilladet ne fit voir que des
actions d'une bravoure achevée
, avant qu'il euft receu fa
bleffure. Enfin , tous les Officiers
firent fi bien leur devoir,
qu'il n'y en a aucun qui ne
merite des éloges.
254 MERCURE
Nous avons pris aux Enne
mis dix pieces de Canon , &
quelques Drapeaux ; & outre
quinze cens Prifonniers , ou
environ , nous leur avons tué,
ou mis hors de combat , plus
de douze mille hommes , de
leur avcu ils ont perdu dans
cette affaire plufieurs Offi.
ciers Generaux , & plufieurs
perfonnes de marque . M de
Luxembourg alla le lendemain
fur le champ de Bataille
, & donna les ordres neceffaires
pour enterrer les Morts
& pour retirer les Bleffez . Il
n'y a cu de nos jours une
GALANT. 255
action fi vigoureufe , & il n'y
en peut jamais avoir qui faffe
plus d'honneur à ce General's
ny qui donne plus de gloire
à la France.
Il ne quitta point fon Camp
de Houës , & y demeura encore
huit jours entiers aprés
le Combat donné . Pendant
ce temps , il fit transporter
les Bleffez à Mons . L'Armée
des Ennemis ne fit aucun
mouvement , & acheva
feulement de manger fes fourages
au Camp de Thubife .
Le 10. au foir il y cut une
efpece d'arlarme à la Garde
256 MERCURE
avancée qui eftoit au deffus
d'Enghien , On apperceut fort
loin environ cent cinquante
chariots couverts de toile . On
crut que c'eftoit du Canon des
Ennemis , & on en donna d'abord
avis. Les Generaux monterent
à cheval , mais quand
on alla au qui vive , on appric
que c'eftoient des chariots
qui venoient pour emmener
1700. de leurs Bleffez que nous
avions à Enghien , où le Prince
d'Orange envoyoit des
Chirurgiens de fon Armée
pour les panfer , & qu'on apportoit
de quoy payer leur
GALANT. 257
rançon . On donna l'ordre le
foir mefme pour aller le lendemain
au fourage , mais on
fit dire à tous les Majors qu'on
décamperoit au point du jour.
Le Prince d'Orange qui ne
fçavoit pas ce décampement,
fit faire un fourage le mefme
jour , & fut fort furpris quand
on luy dit , que noftre Armée
marchoit. Il fit auffi toft revenir
tous les Fourageurs
, &
mit toute fon Anéc cn Dataille
dans l'apprehenfion
qu'il avoit qu'on ne le vinft
attaquer. Les Ennemis s'avancerent
pour prendre quelques
Aoust 1692 .
Y
248 MERCURE
taillon gagna une Bataille
feparée. M de Luxembourg
qui voulut eftre à tout , fe
trouva toujours expofé. Il eut
deux chevaux tuez fous luy
& plufieurs de ceux qui
cftoient autour de fa perfonne
, furent bleffez ou tuez . M
le Prince de Turenne y reçut
un coup de moufquet à tra
vers le corps , dont il mourut
le lendemain.M
' de Montliot,
Gentilhomme
de Bourgogne, i
attaché à la perfonne de M de
Luxembourg fut bleſſé d'un
boulet de Canon , qui perça
la genoüilliere de fa botte, luy
a
GALANT.
249
effleura le jaret , luy fit une
grande contufion à la cuiffe ,
& tua fon cheval. M de la
Geraudière , Aide de Camp,
cy devant Capitaine de chevaux
, cut un Coup de moufquet
dans l'épaule . Un Ecuyer
de M' le Duc de Montmorency
fut tué tout roide d'un
coup de moufquet à la gorge .
Monfieur le Duc de Chartres
pendant le combat fit des
actions qui paffent tout ce
qu'on peut dire . Il fut bleffé
au bras , & aprés avoir cfté
panfé , il revint à la charge
avec plus d'ardeur qu'aupa
250 MERCURE
ravant. Les Ennemis ne fe furent
pas plûtoft retirez qu'il
fir diftribuer de l'argent aux
Officiers bleffez quien avoient
befoin, & envoya fur le champ
de bataille , & dans tous les
endroits où on avoit mis les
bleffez , pour leur faire donner
les fecours qui leur étoient
neceffaires.
Monfieur le Duc alla au feu
avec un courage de Lion , ne
fe ménageant pas plus qu'un
fimple Soldat, & Monfieur le
Prince de Conty fit paroistre
auffi dans le plus grand feu
une valeur digne du fang
GALANT. 251
dont il est formé . On le vit
rallier des Bataillons difperfez
, & les mener luy mefme
à la charge .
Mr de Vendofme , & Mile
Grand- Prieur fe furpafferent
en valeur ; & M' le Duc d'Elbeuf
chargea plufieurs fois
avec une vigueur étonnante .
On ne peut trop dire de M
le Duc de Villeroy, qui s'étant
trouvé à tout ce qui fe paffa
à la droite & à la gauche , donna
des marques d'une valeur
extraordinaire.
M ' le Duc de Choifcul alla
au feu avec une intrepidité
2,8 MERCURE
poftes . Dans ce temps- là , ils
eurent avis que noftre Armée
venoit à Bachilly . Le Prince
d'Orange alla vifiter l'endroit
où l'on avoit donné le Combat
, & l'Electeur de Baviere
fe rendit à Enghien . On s'attendoit
à voir ce jour- là quel
que action avec l'Arriere -Gar
de où eftoit Mr le Comte
d'Auvergne , bien préparé à
les recevoir , mais ils ne parurent
pas.
Le 14 les ordres furent
donnez pour décamper le
jour fuivant. Les gros équipages
marcherent au point
GALANT 259
du jour , les menus à fix heures
du matin , & quand tout
cut défilé , l'Armée marcha
fur quatre Colomnes ; la Cavalerie
de la premiere Ligne
fur une Colomne , à la droite;
l'Infanterie de la premiere
Ligne fur une autre ; la Cavalerie
de la feconde Ligne
fur la gauche , & l'Infanterie
de la mefme Ligne formoit
la quatriéme Colomne . Le
bois de Leffines eftoit bordé
d'Infanterie pour couvrir la
marche des équipages . On ne
perdit rien pendant cette marche
, ce qui arrive rarement .
Y ij
260 MERCURE
L'Armée campa à Loffines fur
deux Lignes. La droite comes
mençoit immédiatement lau
deffus de Leffines , & elle s'éva
tendoit jufqu'auprés de Ath .
L'Armée Ennemie décampa
le 15. de Thubize , & alla
camper à Ninove.
Le 19. il y eut ordre de fe
tenir preft le lendemaine der
grand matin , pour un fourage
general . Il devoit fe faire
au deffus de Granmont , mais
comme les Fourageurs ne fe
contentent jamais de ce qui
eft à leur portée , ils pafferent
les Gardes qui cftoient en
GALANT.M1 261
embuſcade pour les arréter ,
& allerent jufque dans les
Jardins de Ninove , où il ya
avoit un pofte des Ennemis .
On y fit auffi - toft avancer
les Gardes , & on les mit à l
une portée de moufquet de
Ninove , fans que les Ennemis
fiffent feu fur eux. On fit un
tres beau fourage & des plus
grands qu'on cuft faits depuis
long- temps , non pas fans inquietude
; car les Ennemis
qui décampoient ce jour- là
eftoient à craindre. Cepen
dant ils demeurerent paifibles,
& l'on revint fans les avoir
26 MERCURE
veu paroiftre . Ils vinrent camper
à moitié chemin de Thu
bife où ils eftoient campez
avant que d'aller à Ninove ,
& marchant le lendemain , ils
firent paffer la Dendre à leur
Armée, fur laquelle nos Troupes
cftoient campées , de forte
que l'on fe trouvoit à trois
lieuës les uns des autres , fans "
eftre feparé que par le Ruiffeau
de Grandmont . Ainfi
cela pouvoit s'appeller eftre
en prefence , & les Ennemis
auroient pu venir prendre
leur revanche , s'ils en avoient
eu autant d'envie qu'ils le
GALANT 263
publioient . Ils avoient leur
gauche auprés de Ninove , &
leur droite s'étendoit fur la
gauche d'Aloft . Leur Camp
& le noftre faifoient un an
gle . Ils renvoyerent leurs
gros équipages à Bruxelles ,
& on cut nouvelle dans nôtre
Camp , que l'Empereur &
les Confederez avoient mandé
au Prince d'Orange qu'il
devoit abfolument donner
Bataille . M ' de Luxembourg
eftoit réfolu de ne point dé
camper que l'Armée ne fift
quelque mouvement . Le 17.
Mr de Bouflers décampa , &
264 MERCURE
vint à une petite portée du
Canon , de la gauche de l'Armée
de M' de Luxembourg.
Le 21. fur les dix heures ,
Mr l'Abbé de Riqueti celebra
la Meffe à la tefte des
Gardes Françoiſes , où l'on
avoit rendu les Tentes de
Monfieur le Duc de Chartres .
Tous les Officiers Generaux
s'y rendirent avec tous les Aumôniers
de l'Armée , & aprés
la Meffe , ce mefme Abbé
entonna le Te Deum. Cela
parut extraordinaire
› parce
qu'il n'eftoit jamais arrivé
qu'on l'eult chanté pour une
Victoire
GALANT
265
Victoire dans l'Armée victorieufe
, mais il y avoit eu pour
cela un ordre exprés de Sa
Majefté à M de Luxembourg.
Le 22. on fit un détachement
de cinq Regimens de
Dragons , pour envoyer en
Piémont . Ce furent Salis ,
Seneterre & Fonboifar .
Quoy que perfonne ne
puiffe difconvenir que tout
l'avantage du Combat de
Stein Kerke ne foit demeuré
aux François , avec toutes les
circonstances
qui marquent
une pleine victoire , & qui .
Aoust 1692 .
Z
266 MERCURE
oftent tout lieu de douter qu'
elle ne foit pas des plus enticre
il ne faut pas s'étonner fi
les Ennemis ofent déguiſer
leurs pertes dans des lieux un
peu éloignez, puis qu'ils ofent
mefme nier des prifes de Villes,
qui font des chofes inconteftables
, & toujours vifibles,
parce que le Victorieux ne les
abandonne pas comme le
champ de bataille , où il ne
peut toujours demeurer , &
qu'il ne doit
pas mefme gar
der long temps , à cauſe de
l'infection des corps de ceux
qui ont efté tucz dans le
1
GALANT. 267
Combat. Vous jugerez aifément
de ce qu'ils font capables
de dire de celuy de Stein-
Kerke , quand je vous auray
appris ce qu'ils ont fait imprimer
& publier à Naples aprés
la prife de Namur . C'eft une
Relation que j'ay veuë , &
dont il y a plufieurs copies à
Paris , que les incredules pourroient
encore trouver , s'ils
n'ajoûtoient pas foy à ce que
je vais vous dire . Cette Relation
contient La défaite entiere
de l'Armée de France devant
Namur , avec la perte de trente
mille hommes tue dans ce Com-
Zij
268 MERCURE
bat , la fuite du Roy de France,
la prife du Dauphin , & la levée
du Siege du Chateau de
cette Place. Voila de quelle
maniere on a auffi toujours
abufé les Peuples de Madrid;
mais ils commencent à ne
plus croire fi legerement , &
ce qu'il y a de furprenant ,
c'eſt que lors qu'ils ceffent d'cftre
fi credules , les Anglois
qui font fi voifins des lieux
où la fcene eft fouvent enfanglantée
du fang de leurs Compatriotes
, commencent à le
devenir. Le Prince d'Orange
réuffit toujours à les aveugler
GALANT. 269
fur leurs propres intereſts ,
comme il a fait les Hollandois
, qui ouvrent enfin les
yeux , & fe repentent , mais
fort inutilement , leurs chalnes
eftant trop fortes pour les
pouvoir rompre. Cependant
leur perte a cfté tres grande,
& il ne faut qu'entendre parler
là- deffus le Colonel Lauder
, Ecoffois , qui ayant eſté
pris dans le Combat , demeura
trois jours chez Mr le Comte
d'Auvergne. Ce Colonel qui
a paru de fort bonue foy , a
la premiere décharge de
dit ,
que
nos gens tua à fes coftez fepr
Z iij
270 MERCURE
Capitaines , un Lieutenant - Co
lonel , un Major. Il a ajoûté
que de tous les Regimens qui
estoient àfes costez , tant Ang'ois
qu'Ecoffois , & Gardes du
Prince d'Orange , il ne s'en
eftoit pas retourné quarante de
chacun . Les fuites ont fait connoiftre
que ce Colonel n'a
rien dit que de veritable , &
que la perte des Ennemis s'eſt
trouvée beaucoup
plus grande
que l'on n'avoit cru d'abord,
de forte que M' l'Electeur de
Baviere ayant vû qu'il n'y avoit
pas lieu de nier une cho
fe fi conftante , a cru devoir
GALANT: 271
算
parler avec la franchiſe affez
naturelle à la plupart des Allemans
, & a avoué que les Alliez
avoient efté bien battus ,
ce qui a fait que le Prince
d'Orange n'a pû difconvenir
d'avoir fait une affez grande
perte Tous les honneftes gens
de fon party l'ont avoué hautement
, & il n'a plus efté
queſtion parmy cux que d'avoir
leur revanche. Ce mot
marque leur défaite
› puis
que jamais il n'y a que les
perdans qui demandent revanche.
Pouvoit - on auffi
avec la moindre ombre de
Z
iiij
273 MERCURE
vray-femblance difputer une
pleine Victoire à ceux à
qui , le Champ de Bataille eſt
demeuré , qui ont gagné le
Canon de leurs Ennemis , pris
des Drapeaux , & fait un tresgrand
nombre de Prifonniers ,
fans qu'on en ait fait fur eux ?
Enfin les Ennemis qui accoû
tumez à tout déguiſer , & à
fe vanter , auroient fait des
réjoüiffances , pour une affaire
dont la perte auroit efté éga
le , parce qu'ils s'en feroient
attribué l'avantage , n'en ont
ofé faire, & nous ont laiffé
prendre ce foin. Il n'y a point
"
GALANT.
273
de
meilleure preuve que la
Victoire s'eft entierement déclarée
pour nous , que de voir
que les Ecrivains Ennemis
s'efforcent de perfuader que
la perte a été égale . Il n'en
faut pas davantage pour faire
voir à ceux qui connoiffent
leur caractere & leurs manicres
, qu'ils doivent en avoir
fait une bien grande . Elle ne
fçauroit eftre conteſtée , & qui
voudroit s'obſtiner à ſoûtenir
le contraire , feroit paroistre
un aveuglement inexcufable.
Voicy un Sonnet que Mr
Boyer a fait fur ce Combat .
274 MERCURE
Vous ne ferez pas
le voir.
fâchée de
SUR LA DEFAITE
du Prince d'Orange .
AU ROY.
GRARANNDD Rog, Namur eft prisz
par ce coup incroyable
Toute la Ligue enfin eft reduits aux
abois.
Ta fortune étonnante est un poids
qui l'accable ,
Et met au defefpoir l'orgueil de tous
fes Rois.
20
Sa haine cependant jalouſe , infa
tigable,
GALANT. 275
Refufe fierement de ployer fous tes
Loix ,
Tente tous les efforts , dont fa rage
eft capable ,
Et t'appelle fans ceffe à de nouveaux
exploits.
Mais ce qu'ofe Naffan honteux de
fa retraite ,
Bien loin de reparer la perte qu'il
a faite >
Ne fert qu'à redoubler ta gloire &
fon malheur.
S
LUXEMBOURG tient toujours ta
foudre toute preste ,
Affeure ton triomphe , & Sçait par
fa valeur
Du fang des Ennemis cimenter 14
conquefte.
276 MERCURE
M' l'Abbé d'Albret , Frere
de feu Mr le Prince de Turenne
, ayant quitté le party
de l'Eglife pour prendre celuy
de l'épée , afin de foûtenir la
fplendeur de fa Maiſon , remit
il y a quelques jours entre les
mains du Roy fa démiffion
de l'Abbaye de S. Sauveur de
Redon , Dioceſe de Vanes en
Bretagne , & Sa Majefté en
gratifia M' l'Abbé d'Auvergne,
fon Coufingermain . Cec
Abbé , quoy que fort jeune
eft déja Bachelier encore ,
མོ
de Sorbonne. Il promet beau
coup & fait voir en toutes
GALANT. 277
chofes la fageffe de ceux dont
il a l'avantage d'eftre né . Elle
édifia tout le Chapitre de
Strasbourg , lors qu'il alla
l'hiver dernier prendre poffeffion
d'une Chanoinic qu'il
a dans ce celebre Chapitre ,
où la plus haute nobleffe de
l'Europe peut feule avoir
place .
Le Roy a auffi donné l'Abs
baye de Noftre - Dame des
Aleux , Diocefe de Poitiers ,
à Mr l'Abbé de Brancas , Fre
re du Duc de ce nom .
Mi le Vicomte de Pugeol ,
de l'illuftre Maiſon de The
278 MERCURE
fan , en Languedoc , a prété
ferment de fidelité entre les
mains de S.M. pour la Charge
de Lieutenant de Roy de.
Guyenne dans le département
du Roüergue . M' le Marquis
de Vauchelles ayant efté prefenté
par M' le Duc de Charoft
, Lieutenant General en
Picardie , a prefté le mefme
Serment pour la Lieutenance
de Roy dans les Bailliages ,
d'Amiens , d'Abbeville , &
du Ponthieu .
Ceux qui ont expliqué l'E .
nigme du mois paffé fur un
Jeu de Cartes , qui en eftoit le
GALANT. 279
rs
veritable mot , font M's les
Abbez Forestier , & le Gros
du College de Louis le Grand :
F. L. Fontaine & Langeville
du Faux bourg Saint Germain
:le Chevalier de Garanfieres
: Bonnard de l'Hoftel
du Quefnoy Place Royale :
Charles de Saint Angel & Antoine
Renard de Clermont en
Auvergne , Gravier S de la
Traiche : Claude Fournier de
Parlie de Beauvais : C.Hutuge
d'Orleans : le Petit Rouget du
quartier Saint Antoine : le Baron
de Pechker de Teopole :
le fils de M' Bourgeois alloüé
1
280 MERCURE
de Vannes en Bretagne:
çois Chatart de Rennes : Riquel
; & Jagou commis des
Poftes de Morlaix : le Chevalier
Vaillou , & fa fiere coufine
de la Rivauclere : le fidelle
A.B. à l'anagramme Grofel
du Pays tenebreux : le máistre
du parfait menager de la rue
de Biévre : Cognard M de
Mufique : le Poupon Gabrier
de la Foffe de Nantes : Champagne
de la carpe de Troyes:
' Amy de la plus belle Veſtale
de Brie : le conftant Arnoult
de la rue de Richelieu : le mineur
de Rouën , & le mineur
GALANT. 281
·
de faint Lo : l'amant de la
Grille & fa chere foeur : Du
Perron : Icare de la ville de
Salins en Franche Comté :
l'amant trop fidelle de la belle
Marion de la rue du bel air
de Caën : les nouveaux Laboureurs
de Ville- blain : l'amy
celefte de l'aimable Flouric
: l'indifferent amoureux &
fon aimable inconftante du
Palais l'Amant traverfé , &
fa charmante refervée de la
rue du Four au preau Saint
Germain le beau Veuf des
foffez Montmartre la charmante
Madelon & fon Avo-
Aa
282 MERCURE
cat de la ruë Montorgueil :
Ic gros Controlleur : le beau
Aumont , & fa charmante
voifine , Thurrault de la Coffonniere
Chanoiue de Saint
Pierre du Mans : Champagne
le jeune Vicaire perpetuel
de Noftre Dame de Mante :
du Cloz Curé de Monceaux :
l'Abbé de Morembert & fes
fidelles compagnes du pont .
Noftre Dame : l'aimable Robin
de la rue de la Coutellerie:.
le Comte de Quermeno : l'Officier
rétably de Houdan : l'amant
de la belle efclave de la
tuë Marivaux :
l'incomparaGALANT.
283
ble amant de la Bouillie : la
belle brune de la belle ville du
chemin chaffé en Bretagne :
la belle blonde du Chateau
de la Hunaudaye : le Comte
de Haut rocher de la ville de
Saint Brieu . Mefdemoifelles
de la Boiffiere Saumery :
Therefe de Bellefond fille du
Concierge du Chateau de
Chambord de Beilmiro , Belond
, fa bonne amic de la
Montagne Sainte Geneviève :
Jeannette d'Orleans , & fa chere
Manon l'aimable Jeanneton
d'Orival & fon fidelle
berger: Rigoine de Befançon :
:
A a ij
284 MERCURE
l'aimable Soriz du Mans : la
fpirituelle le Tellier proche le
jeu de paune : les belles penfionnaires
de Nantes : la belle
Zaïde & fon charmant Mufty
de la ruë de la Sourdiere :
la belle Tontine de la ruë S.
Roch , & fon aimable foeur
Tigrine : la confidente de la
belle Raviffante de la rue de
Segrais de Caën : la plus fidelle
de la rue des Carmes du
mefme lieu ; & le charmant
couple de la rue Jollay : l'aimable
brune de Dieppe à l'anagramme
facrifions nos coeurs :
l'aimable Indolente à l'anaGALANT
285
grame Reine du hazard : la Dame
au trefor caché de Bretagne,
& fon fidelle époux de
la rue des Vierges de Vennne
la Virgine à marier du cloiſtre
Saint Honoré ; les mufes de la
ruë du Port à Paris ; la belle
Catin de la rue Guillebert à
Caën la jolic Medecine de la
rue des Carmes du même lieu :
l'aimable Lolotte de Picardie:
& la Gazette du Marais : la
groffe Faroard du Cloiftre S.
Mederic : & la River du mê.
me lieu : la fpirituelle Demeoze
de la rue Sainte Avoye : la
brune aux belles dents; Blan-
:
1
286 MERCURE
char Babé ; Me Friffar Mrs
Fermé , Daniel , & Montou .
Vous ferez part à vos Amies
de l'Enigme nouvelle que je
vous envoye.
ENIGM E.
E fuis bon & mauvais , inviſible
JB & visible
, JE
On me cherit & craint , & par divers
effets
Flus je merens fenfible,
Plusj'agrée ou déplais.
2
Certain bruit exceffif m'eft fort antipathique
Ainfi que le grandjourje hay lafom²
bre nuit,
Par l'unje fuis comme détruit,
GALANT. 287
L'autre rend mon pouvoir &vain &
chimerique
.
2.
Mon Pere ne me peut fouffrir ,
Si-toft qu'il m'apperçoit ilfuit comme
en colere
Et fans le promptfecours & l'accueil
de ma Mere,
Il me faudroit bientoft perir.
$
Dans cet accablement , dans ces triftes
alarmes ,
Je fuis & nefuisplus , je meurs , &
vis toujours.
Cependant par de certains charmes
Je favorise les Amours .
S
Enfin tout eft en moy bizarre &fort
étrange,
Mon être eft fimple & compofé,
288 MERCURE
Etfi l'on m'a jamais donné quelque
Louange,
Je fuis beaucoup plus méprisé.
Je vous envoye un Air
nouveau dont affurément les
paroles vous plairont.
T
AIR NOUVEAU.
L revient le Heros que j'adore,
Tendres Amours ,allez le recevoir.
Je ne sçaurois affez toft le revoir,
Et Mars voudroit le retenir encore.
Courez , courez, volez, avance Zles.
mcmens
Qui doivent foulager ma peine,
Le retour de Louis vafinir mes teurmens
,
Tout couvert de Lauriers la gloire le
ramene.
Με
GALANT. 289
M' le Marquis de Tillader,
Lieutenant- General des Armées
du Roy , Gouverneur
d'Arras , Capitaine des cent
Suiffes de la Garde de S. M.
& Chevalier de fes Ordres ,
eft mort à Mons de la bleffare
qu'il avoit reçuë au Combat
de Stein Kerke , où il
s'eftoit extrémement diftingué,
ainfi que dans plufieurs
autres occafions perillcafes.
Il a vécu juſques au 22. de co
mois, & lorsqu'il s'eft veu prés
de mourir , il a marqué un
fi grand defir
Aoust 1692 .
quc fes Crean-
Bb
290 MERCURE
ciers fuffent payez , qu'il a ordonné
aux Executeurs de fon
Teftament , de ne point faire
prier Dieu pour luy avant
qu'on cuft fatisfait à toutes
Les dettes . Bel exemple pour
ceux qui ne penfent à leurs
Creanciers, que pour chercher
les moyens de les fruftrer de
ee qu'ils leur doivent ! 'M' le
Marquis de Tilladet avoit été
Maitre de la Garderobbe du
Roy , & Envoyé extraordi .
naiteen Angleterre . Il eftoit
Neveu de feu Mt le Tellier ,
Chancelier de France , & M
le Marquis de Gourtanvaux ,
GALANT 291
petit Fils de ce mefme Chancelier
, eftoit reçu en furvivance
de la Charge de Capitaine
des cent Suiffes de la
Garde du Roy.
Il n'ya perfonne qui n'ait
ouy parler du nom d'Eftrades.
Il eft fameux par l'efprit , &
par les armes , & chacun fçait
que le Maréchal qui l'a porté,
doit avoir parû avec diftinction
dans les Armées de Sa
Majefté , puifque le grand
nombred'actions d'éclat qu'il
y a faites , luy avoient fait meriter
d'eftre honoré du Bâton
de Maréchal de France
Bb ij
292 MERCURE
que fon efprit l'avoit fait bril
ler en plufieurs Ambaſſades .
M l'Abbé d'Eftrades fon Fils
n'a pas paru avec moins de
gloire & de reputation , dans
fes Amballades de Venife &
sen Savoye , & s'il à marché
fur les traces de ce Maréchal
dans les grands emplois du
Cabinet M le Chevalier
d'Eftrades , fon Frere , l'a dignement
, & glorieuſement
imité dans ceux de la guerre.
Perfonne n'ignore de quelle
maniere il fe diftingua au Sicge
de Mons , où il s'expofa aux
plus grands perils Il n'en fe
GALANT. 293
Ο
Toit pas forty fans la generofré
d'un Officier Espagnol
• qui charmé de fa valeur luy
fauva la vie , en rifquant la
fienne. Mle Chevalier d'Ef
trades eftoit Colonel du Rcgiment
de Chartres , & fort
aimé dans la Maiſon de Monfieur,
& Monfieur le Duc de
Chartres avoit pour luy une
eftime toute particuliere. Ce
Chevalier eft mort des bleffures
qu'il avoit receues au
Combat de Stein- Kerke .
2M le Chevalier de Murcé ,
> Colonel du Regiment de
Dragons de la Reine, eft auffi
Bb iij
294 MERCURE
mort de celles qu'il avoit reecues
dans la mefme occafion.
On ne voit aucune Relation
qui n'en parle avec éloge ,
ce qui fait connoiftre combien
il s'y eftoir diftingué. Il
eftoir Frere de M de Quelus,
& Fils de M le Marquis de
Villerte , qui s'eft ſignalé par
and infinité d'actions écla
tantes dans les Armées Nava
les de S. M. & qui dans le
dernier Combat compre les
Fores d'Angleterre & de Hol
linde a fait voir autant de
prudence , & de conduite que
de valeur.
GALANT 295
A
On me vient d'apprendre
la mort de M' de S. André ,
Marquis de Virieu , Premier
Prefident au Parlement de
Grenoble , où il avoit cfté
Prefident à Mortier dés l'âge
de vingt trois ans . Il fut enfujte
Ambaffadeur à Venifes
& cefut à fon retour de cette
Ambaflade , qu'on le fit Chef
de ce Parlement . Il s'eft acquitté
de tous ces emploish
avec une diftinction , qui luy
a fait meriter l'approbation
dont le Roy l'a toûjours honoré
. Il eft d'une ancienne
Maifon , & d'une noblefle
Bb iiij
296 MERCURE
d'épée affez connue . Il eftoir
Fils de M le Préſident de S.
André & del Marguerite de
Bellievre , Fille de Pompone
de Bellievre , Chancelier de
France . Le Prefident de S.
André , fon grand Pere , avoit
époufé Marie de Simiane ,
Fille de M le Marquis de
Gordes , Chevalier des Ordres
du Roy , & Capitaine des Gardes
du Corps . Le merite & la
probité ont efté hereditaires
dans cette Famille , qui s'eft
toûjours foutenue parfon
propre éclat , comme par fes
alliances . M' le premier PreGALANT
297
ええ
fident de S. André ne laiffe
que deux Filles , dont l'Aînés
ab époufer M le Marquis de
Saffenage , la Cadette eft encore
à marier.
2 Mile Prefident de Fourcy .
ayant efté élû Prevost des
Marchands pour deux années,
a cfté continué fix autres , &
pendant tout ce temps il a
travaillé à l'embelliffement de
Paris , d'une maniere qui fera
que cette grande Ville ne perdra
jamais le fouvenir de fon
nom . Ce terme eftant expiré,
on a procedé à une nouvelle
élection avec l'agrément din
298 MERCURE
Roy, & le choix est tombé
fur M du Bois , Procureur
General de la Cour des Aides.
Mr Tiron, Avocat du Roy de
la Ville , fit en cette occafion
un fort beau Difcours à la
gloire de M de Fourcy & de
Ms du Bois , fur la maniera
dono Fun s'eſtoir acquitté de
een employ : & fur lielperance
que la probité & le merite de
Fautre donnoient qu'il nesten
acquitterbit pas avec moins
d'avantage
pour
la Ville , ny,
moins de gloire pour luy, Ik
feroit malaifé de trouver une
perfonne plus generalement
GALANT 299
eftimée que M' du Bois , & je
n'ofe employer icy les termes
dont on fe fert pour dire du
bien de luy , de crainte qu'-
on ne prenne des veritaz pour
desflateries.Rienn’afb plus pebible
quefon employ de Pro
cureur General de la Cown des
Aides & il n'y ation de plus
difficile que de comentencour
le monde dans un pareil pofte
Cependant Midu Bors n'y a
fant que des Amis: L'en élut
en mefme temps deux Eche.
vins , qui font M Moufle ,
Notaire, & M Tartarin , Avo
cat au Parlement. Le premier
300 MERCURE
eft fort eftimé dans fon Corps,
& l'on ne peut douter de fon
merite , de fa probité , & de fa
capacité dans fon employ ,
puis qu'il eft Notaire de M' le
Contrôleur General. Il eftoit
déja Quartenier , qui eft un
degré pour parvenir à l'Echevinage
, Quant à Mr Tartarin ,
la belle requefte qu'il vient de
faire pour Mr de Mongommery,
& qui fait tant de bruit
Bà
à Paris parle affez en fa
faveur , fans que je vous err
& dife rien. Le nouveau Prevolt
des Marchands , & les noueaux
Echevins , ont efté à ,
GALANT 301
Le
Verfailles préter le ferment
entre les mains de Sa Majefté.
Mle Camus, Maiftre des Requeftes
, Fils de M. le premier
Prefident de la Cour des Aides
, prefenta le Scrutin , & fit
un Difcours fur ce fujet que
toute la Cour applaudit fort.
e Roy luy fit I honneur de
luy dire, qu'il avoit parlé en
homme de qualité . M' de Fourcy
fupplia le Roy de luy pardonner
les fautes qu'il pouvoit
avoir faites pendant qu'il étoit
Prevoft des Marchands &
ce Prince luy répondit , qu'il
eftoit tellementfatisfait de fa con
302 MERCURE
·
duite , qu'il le propoſoit pour
-exemple à 'M' ›du Bois , qui en-
-troit dans ce mefme employ. Le
Roy ditenfuite à M ' le Nonce.
quieftoit prefent, qu'il ve
nou de luy aoir faire une des
fonctions de la Royauté, mais
qu'elle n'eftoit pas des plus grandes.
A quoy M le Nonce répondit
, que Sa Majesté en fai
foit de plus éclatantes quand Elle
triomphoit de fes Ennemis .Vous
pouvez juger de fon efprit pat
cette replique On dit qu'il en
a beaucoup , & qu'il s'acquitte
on fort habile homme des
fonctions de fon employ. Il a
GALANT. 303
receu la Profeffion de foy de
dix huit Evefques , dont on
en a déja facré huit , qui font
Mles Evefques de Tarbes ,
de Bayonne , de Seez , d'Avranche
, de Nifmes, de Toul,
d'Angoulefme, & de Lodeve .
M Pellot , Maitre des
Requeftes , Fils de feu M ' Pellot
, Premier Prefident au Parlement
de Normandie,a époufé
Mademoiſelle de Clerc de
Leffeville , Fille de M¹ le Clerc
de Leffeville , Confeiller au
Grand Confeil. Le peu de
temps & le peu de place qui
me teftent, m'empêchent de
304 MERCURE
de vous en dire davantage .
Le Roy & Madame ont tenu
la Princeffe d'Angleterre
fur les Fonts. La ceremonic
s'eft faite dans la Chapelle
du vieux Chafteau de Saint-
Germain en Laye , par M' le
Cardinal de Bouillon , grand
Aumônier de France . La Prin
ceffe a efté nommée Loüiſe-
Marie Elizabeth , qui font les
noms du Roy , de la Reine
d'Angleterre , & de Madame.
Sa Majefté vouloit que le nom
de Marie fuft le premier , parce
que c'eft ordinairement celuy
qui demeure ; mais la ReiGALANT.
3cs
૩૨
ne d'Angleterre a fait de fi
preffantes inftances , pour engager
le Roy à faire que l
nom de Louife precedaft les
deux autres noms , qu'il n'a pu
fe deffendre d'accorder aux
prieres de cette Princeffe , ce
qu'elle fouhaittoit avec tant
d'ardeur.
Je vous ay parlé d'une Thefe
, qui a cfté foûtenue au
College des Quatre Nations ,
avec tout l'éclat digne du
Soûtenant. Il s'en eft foûtenu
une autre au College d'Harcour
, avec un appareil qui
ne luy eftoit pas inferiçur.
douft 1692.
Сс
306 MERCURE
Elle eftoit de M' l'Abbé Colbert
de Maulevrier. On fçait
que tous ceux de cette Maifon
s'acquitent parfaitement bien
de tous les emplois dont ils fe
meflent dans l'Eglife , dans
le Miniftere , ou dans l'épée ,
& qu'ils y brillent avec beau
coup de diftinction . L'eftampe
de la Thefe eftoit tirée d'aprés
un des plus beaux Ta
bleaux de M le Sueur , & il
n'y avoit pas moins de dépenfe
, & de travail pour le
Graveur, que fi elle cuft cfté
faite fur un fujet imaginé tout
exprés.
GALANT 307
que
Les pertes continuelles
les Efpagnols ont faites , depuis
qu'ils fe font unis dans
les deux dernieres guerres
avec les Hollandois , ando s leur
ayant ouvert les yeux , le
Peuple de Madrid eft à prefent
auffi attentif aux nouvelles
, qu'il en eftoit autrefois
peu curieux. Ainfi les
Negocians ayant trouvé
moyen de le faire écrire par
fe
Ieurs Correfpondans tout ce
qui fe paffe d'important , s'en
trouvent à prefent inftruits fitoft
qu'il cft arrivé quelque
évenement confiderable . Lors
Cc ij
308 MERCURE
que l'on cut appris à Madrid
que l'Armée de France avon
afficgé Namur , le Roy & le
Peuple attendirent
avec impatience
quel en feroit lè fuccés.
Le Peuple l'apprit deux jours.
avant le Roy Catholique
,
parce que perfonne
n'ofoit
luy parler de cette triſte nouvelle
. Ce Prince demandoit
à tous momens , s'il n'eftoit
point venu de Courier , & il
commençoit
à s'impatienter
du filence que l'on gardoit
toujours là - deffus , lorfque le
Duc d'Offone luy dit le 17.
du mois paffe , qu'il ne de-
3
GALANT.
309
mes at
doit plus demander de nouvelles
-Namur , & que Namur eftoit
prefentement avec Mons. Je
m'en doutois bien , dit le Roy,
enjettant à terre fes gands qu'il
#tenoit voilà donc comme on
fait en Flandre. H
entra là-deffus dans fon Cabinet
, dont il pouffa rudement
la porte. On alla chercher la
Reine Mere ; & il demeura
plus de deux heures en conference
avec elle. Ce Prince
ne vouloit point que l'on fift
la fefte des Taureaux, qui avoit
efté longtemps différée , &
qui fe devoir faire le Lundy
210 MERCURE
1
fuivant ; mais la Reine . Mere
luy reprefenta qu'il eftoit de la
Politique de ne pas faire connot
tre au Peuple le chagrin qu'il
reffentoit de ce coup , d'autant
plus que depuis que la nouvelle
en avoit cfté répanduë , il y
avoit cu un grand concours
de gens fous les feneftres du
Palais , dont les uns maudif
foient la Ligue , les autres demandoient
la Paix , & les autres
,fi on vouloit épuifer l'Ef
pagne & en tires jufqu'au dernier
fol, pour donner à ceux
qui laiffent prendre les Pays-
Bas. On afficha quelques jours
GALANT 1. 31t
aprés beaucoup de chofes
contre le Prince d'Orange ,
& l'on mit un Tableau prés
du Palais , où l'on voyoit ce
Prince & le Duc de Baviere ,
qui fe tâtoient le pouls , com
me s'ils euffent eu la fièvre,
avec des Vers fort fatiriques
au-deffous. Pendant ce temps,
la Reine-Mere reçut une lettre
du Prince d'Orange
, par
laquelle il la prioit de faire,
entendre au Roy d'Espagne rque
le mauvais temps l'avoit empé -
ché de fecourir Namur , mais
qu'il fe préparoit à s'en wanger,
étant le Maistre de la Mer, Br
3T2 MERCURE
qu'on verroit bien- toft des ef
fets de fes promeffes . Le Duc
de Baviere écrivit de for
cofté pour ſe juſtifier , & accufa
le Prince d'Orange de
n'avoir pas voulu fecourir la
Place , quelques preffantes inftances
qu'il luy en cuft faites:
Cependant la Cour & la Ville
font dans la dernière confter
nation , malgré tous les foins
qu'employent à les raffurer les
Ambaffadeurs de Savoye & de
Hollande . Le Comte de Lob
kowits tâchant de fon cofté à
Lemettre l'efprit du Roy , luy
dit qu'on alloit rifquer une
Bataille
GALANT. 313
Bataille du côté du Rhin ; mais
le Roi d'Espagne perfuadé que
tous ces difcours ne font que
pour l'amufer , n'a pas laiffé
d'ércrire une Lettre affez forte
à l'Empereur , dans laquelle il
luy reprefente fes pertes continuelles.
Le Confeil d'Efpagne
fouhaite la paix , & voudroit
fe détacher de la Ligue ,
difant hautement que les affaires
de fon Prince vont de
mal en pis. On n'en parle pas
moins hautement à Bruxelles,
où l'on a fait des avanies en
pleine ruë , au Comte de Bening,
prefentement Milord
Aoust 1692.
Dd
314 MERCURE
Porteland , Favory du Prince
d'Orange , & autrefois fon
Page. Enfin , les Peuples de
Bruxelles envient le bonheur
de ceux des Villes de Flandre
qui vivent fous la domination
Françoife , & que la guerre
n'inquiette pas davantage que
les Peuples de Paris , au lieu
que ceux- cy font toujours environnez
des Troupes qui les
mangent , & qui n'oſeroient
les perdre de veuë , les Alliez
eftant obligez , en ſe gardanr,
de garder auffi Bruxelles , qui
les fait craindre de trois manieres
, puis qu'ils apprehen
GALANT. 315
dent ,ou que nous ne bom.
bardions cette Place , ou que
nous ne nous en rendions
Maiftres , ou qu'elle ne fecout
un joug , dont la neceffité
plutolt que le manque de fi
delité pourroit l'engager à
fe délivrer. La confternation
n'a pas cfté moins grande en
Angleterre , lors qu'on a fçu
perte du Combat de Stein-
Kerke. La Princeffe d'Orange
demeura comme immobile à
cette nouvelle , quelques cfforts
qu'elle fift pour déguifer
fa furprife , mais il eft bien
malaifé de fe poffeder dans
la
Ddij
316 MERCURE
un moment , où l'on fe fent
penetré tout à la fois de douleur
& de dépit . On voulut
cacher au Peuple la plus grande
partie de la perte qu'on
venoit de faire , mais ceux qui
prennent le party de leur veritable
Souverain, & dont l'in
tereft & la force n'ont pu
ébranler la conftance , firent
afficher aux lieux où les executions
fe font , les noms de
tous les Generaux & Officiers
Anglois & Ecoffois tuez dans
ce Combat , avec le nombre
des Troupes que l'on y avoit
perdues . D'ailleurs , la verité
GALANT. 317
eftant forte , & la mort de
ceux qui font dans les principaux
emplois , ne pouvant de
meurer long temps cachée )
à caufe du grand nombre de
perfonnes qui leur font attachées
, le Peuple fut bientoft
convaincu , que les Generaux,
& hauts Officiers avoient pery
dans cette funefte occafion ,
& ne douta point que la perte
d'un fi grand nombre deCommandans
n'cuft efté fuivie de
celle d'autant de Soldats qu'
on le publioit. Si - toft que ces
faits furent averez , les plus éclairés
declamerenthautement
Dd iij
318 MERCURE
contre le Prince d'Orange , &
dirent qu'il n'avoit expofé
que les Anglois , & les Ecoffois
, parce que fa Politique
eftoit de s'en défaire , afin
que les Troupes Etrangeres,
fuffent en plus grande quantité
dans le Royaume , perfuadé
qu'un Ufurpateur , qui
doit apprehender à toute heure
que les Traiftres qui l'ont.
élevé ne rentrent dans leur
devoir , peut avoir befoin de
leur fecours . On apprit en
mefme-temps , que la Flotte
qui choit partie pour aller
faire une defcente en France
GALANT 319
pour laquelle on avoit fait de
grandes dépenfes , eftoit revenue
à la rade de fainte Helene
, aprés avoir demeuré
feulement
quatre jours en
Mer. On ne put d'abord fçavoir
quelle eftoit la caufe d'un
fi prompt retour , mais enfin
l'on apprit que lesordres ayant
efté ouverts lors qu'on cut
quitté le Portion avoit trouvé
qu'ils eftoient donnez pour
l'attaque de S.Malo, à quoy les
Officiers les plus experimentez
& les plus habiles Matelots
s'eftoient oppofez alleguant
que l'on ne pouvoir tenter cette
Dd iiij
320 MERCURE
entreprife , fans ruiner tout - àfait
la Flotte. Le retour de
cette Flotte aprés le mauvais !
fuccés du Combat de Stein-
Kerke , donna beaucoup de
chagrin , & le Confeil cruc
éftre obligé de la renvoyer en
Mer, pour fatisfaire le Peuple,
mais avec moins de Troupes,
le Prince d'Orange
en ayant
fait paffer cinq mille hommes
en Flandre , pour reparer en
partie la perte qu'il y a faite.
Outre ces chagrins , les Anglois
ont encore celuy de fe
voir prendre tous les jours une
infinité de Vaiffeaux
, par les
ArmateursFrançois
& ces VaifGALANT.
321
feauxfont en fi grand nombre,
que l'on peut dire , qu'ils en
prennent vingt contre un feul
qui leur eft pris . Les Espagnols
qui fe vantoient de nous inquieter
beaucoup dans la Méditerranée
, viennent d'y en
perdre un de foixante Canons
, & de quatre- vingt-dix
hommes d'équipage , dont
M' de Levy s'eft rendu Maître
aprés un rude Combat .
Le 25. le Prince d'Orange
ayant fait faire un mouvement
à fon Armée du côté de
l'Efcaut , fans s'éloignet pourtant
de Ninove que d'un quart
322 MERCURE
de lieue , M ' de Luxembourg
en fit faire autant à la fienne ,
fi bien que par ce mouvement
fa droite fe rabatit du côté de
Frefne. Le 26. ce Prince ayant
encore marché vers l'Efcaut ,
toute l'Armée de M de Luxembourg
alla camper à Frefne
, & ce General ayant cû avis
que les Ennemis alloient paffer
la riviere à Gauvre , où
ils eftoient encore le fit
marcher toute l'Armée à Potte
, afin de paffer l'Escaut en
mefme temps qu'eux. Le 27 .
noftre Armée prit la route de
Harlebeck fur la Lis , au deffus
27.
GALANT. 323
de Courtray. Ainfi elle fortit
du Comté de Hainaut , 8.
entra dans la Flandre Efpagnole.
On a fçû que le Prince d'O
range s'eftoit vanté qu'il al
loit affieger Ipres , & qu'il
avoit retenu vingt mille Pion .
niers pour l'execution de ce
deffein ; mais outre qu'il ne
manque rien à cette Place ,
M de Luxembourg
a quatre:
licues d'avance fur luy pour
s'y rendre , & l'Armée de ce
Prince ne peut du lieu où elle
eft poftée , faire ces quatre :
lieuës qu'en deux jours , à cau3:
4 MPRCURE
fe des bois & des défilez ; de
forte qu'il prend mal fes mefures
, fi ce n'eft qu'il ait d'autres
deffeins que ceux qu'il
public . Il avoit fait des dérachemens
pour nous donner le
change , mais voyant que M
de Luxembourg ne le prenoit
pas , il les a fait revenir dans
fon Camp. Je croy que je vous
apprendray avant que de fermer
cette lettre , à quoy toures
fes marches auront ab
bouty.
Les nouvelles de Dauphiné
font , que Monfieur le Duc
de Savoye s'eftant prefenté de-
1
GALANT
325
vant Ambrun avec une Armée
affez nombreuse pour
emporter en peu de jours , une
Place regulierement fortifiée ,
crut qu'à fon arrivée il nauroit
qu'à prendre poffeffion
de celle-cy , parce qu'il n'y
aucunes fortifications , mais
il connut que les François ne
font
pas gens à fe rendre , &
que ce que l'on emporte fur
cux quand cela arrive , ce qui
eft fort rare , coûte toujours
fi cher à leurs Ennemis , qu'il
leur feroit beaucoup plus
avantageux de ne le pas cmporter.
Ainfi il fut obligé à
326 MERCURE
faire un Siege dans les formes , &
de n'approcher de la Place que par
Tranchées. Le Siege a duré douze
jours pendant lesquels ce Prince
voyant les pertes continuelles qu'il
faifoit , s'eft repenty plus d'une fois
de s'eftre engagé à paffer des Montagnes
avec tant de peine , pour voir
enfuite perir fes meilleuresTroupes.
Enfin M. le Marquis de Larray fatisfait
du defavantage que les Ennemis
avoientreçu par les continuelles
forties qu'il avoit fait faire pendant
les douze jours de ce Siege , & de
la defertion qu'il avoit caufée parmy
eux , en les arreftant fi longtemps
, jugea à propos de faire battre
la chamade , voulant conferver
les Troupes du Roy , ce qui luy
auroit efté difficile , s'il euft attendu
qu'il y euft eu breche à la muraille,
+
GALANT. 327
où le Mineur eftoit attaché. M. le
Duc de Savoye prétendit que la
Garnifon demeureroit prifonniere
de guerre , mais M. de Larray répondit
à celuy qui luy fit cette propofition
, qu'il s'enfeveliroit plutôt
l'épée à la main avec ceux qu'il commandoitfous
les ruines de la Place,
que d'entendre à une telle Compofition.
Ainfi M. de Savoye ne
voulant plus expofer fes Troupes ,
permit aux Affiegez de fortir avec
tous les avantages qu'on accorde
aux Garniſons des plus fortes Places
, & qui fe peuvent encore deffendre.
On conduifit celle d'Ambrun
à Grenoble . Quant à M.
l'Archevelque d'Ambrun, à qui il
fut libre de demeurer dans fon Palais
, en preftant ferment à M. de
Savoye , il refufa ce party , & dit
328 MERCURE
que pour le peu de temps que ce Prin
ce avoit à demeurer Maistre de la
Place , il ne croyoit pas le devoir reconnoiftre
pour fon Souverain. En
effet , M. de Savoye n'y fur
pas fitôt
entré , qu'il commença à fe
trouver embaraffé de la Conquête.
Il fit affembler les Habitans , &
leur déclara qu'il alloit faire démolir
leurs murailles , s'ils ne luy donnoient
quarante mille écus . Ils luy
répondirent , qu'aprés une Capitulation
accordée, ils ne pouvoientfaire
autre chofe que de l'executer , & de
luy payer les mefmes droits qu'ils
payoient au Roy. Ce Duc voyant
leur obftination , & , qu'elle eftoit
bien fondée , le relâcha a quarante
mille livres , & comme on perfiftoit
à luy refufer cette mediocre fomme,
il ordonna que l'on defcendift les
GALANT:
329
>
pas
cloches , difant qu'il vouloit les
emporter. Ce differend n'eftoit
terminé , lorfque la Lettre qui a apporté
ces nouvelles eft partie.
Vous jugerez comme il vous plaira
de ce procedé. Le Voyage de M.
de Savoye en Dauphiné avec les
Troupes de tant de Puiflances , fera
un bel endroit de fon Hiftoire ,,
quand on fçaura qu'il n'y eft venu
que pour vendre , ou pour emporter
des cloches. La perte qu'il a faite
au Siege d'Ambrun dont il ne
peut fe dédommager que par des
cloches , n'eft pas la feule qu'il ait
faite. Ill'a cachée le plus long- temps
qu'il a pû aux Troupes qu'il com
mandoit devant cette Place , mais
enfin il a falu que cette nouvelle ait
éclaté. Le Marquis de Parelle avec
un détachement confiderable ayant
Aouft 1692.
Ec
330 MERCURE
voulu entrer en Provence , & forcer
le paffage de Hubaye , du cofté de
la Vallée de Barcelonnerte , fut non
feulement repouffé avec une vigueur
extraordinaire par les Troupes que
commande M. le Marquis de Vins,
mais extrêmement bleffé d'un coup
à l'épaule , qui luy caffoit l'omoplate,
& paffoit de part en part . On le mit
auffi-toft en Litiere pour le tranf
porter à Turin , mais fon mal ayant
toujours augmente , il ne put
paffer Saluffes , où il mourut. Le
nombre des Morts & des Bleffez ,
tant dans cette action , qu'au Siege
d'Ambrun , eft fort grand , & fur
tout des perfonnes de confideration ,
& des Officiers. Le Prince Eugene
a efté bleffé à l'épaule , & le Prince
de Commercy à la jouë , d'un coup
qui luy caffe la machoire fuperieure ,
1
GALANT. 331
efté
Le Marquis de Léganez a eu les
deux joues percées d'un coup de
moufquet . Le Marquis de Vauguiere
a efté bleflé à la machoire inferieure ,
dont l'os eft fracaflé . Le Marquis de
Bernay, & le Comte de Mazel ont
dengereufement bleffez à la
cuiffe , & le Marquis du Tor a efté
tué. Outre cela , il y a une grande
quantité d'Officiers Allemans , Efpagnols
& Piémontois tuez ou bleffez
, & les Ennemis avouent que
depuis qu'ils font entrez en Dauphiné,
ils ont perdu plus de fix mille
hommes , tant par les forties des
Troupes d'Anbrun , que par la
mortalité & les defertions . Ils ont
manqué une entrepriſe qu'ilsavoient
formée fur Suze, l'inrelligence qu'ils
avoient avec le nommé Jacques le
Rat ayant efté découverte . Ils ont
Ecij
333 MERCURE
un Camp d'Allamans dans la Vallée
de Suze , & les Espagnols font
allez dans le Montferrat pour y
joindre le Marquis de Pianeffe , qu
eft campé avec cinq cens Chevaux
& quelque Infanterie à Frifine de
Po.
Depuis la prife d'Ambrun , l'Infantarie
des Ennemis s'eft approchée
de Cifteron , & leur Cavalerie vers
Briançon , où eft M. de Catinat,
avec dix - huit Bataillons , & trois
mille Chevaux”
Le Gouverneur de Valence en
Dauphiné , a fait lareveue de tous
les Paylans capables de porter les
armes. I leur en a fait diftribuer ,
leur a donné des Officiers , & les a
fait marcher .
Il eftoit arrivé le 23. un Regiment
de Dragons à Grenoble , & on en
GALANT 333
attendoit un autre le lendemain .
On a efté fort confterné à Turin,
quand on y a veu apporter un grand
nombre de morts & de bleffez de
Ta premiere qualité , & qu'on y a
appris la perte faite à Hubaye &
devant Ambrun. Je fuis Madame
voftre , &c.
A Paris ce 31. Aoust 1692 .
LE LIBRAIRE AU LECTEUR.
LR
E Volume que j'ay donné au Public de la
Relation du Combarde Stein- Kerke, avee
le Plan du mefme Combat , qui eft l'unique que
l'on ait gravé , auroit plainement fatisfait les
plus curieux & les plus critiques , s'ils y avoient
trouvé une Lifte generale de tous les Officiers
tucz ou bleffez , avec leurs noms & leurs enplois.
Ceux qui n'ont point de nouvelles de
leurs Parens bleffez , ou tuez , en pourront
apprendre par cette lifte. Elle m'a efté tant demandée
, & je l'ay promife à tant de gens , que
je n'ay épargné aucun loin pour l'avoir . Aimfi
elle fera ajoutée au Volume de la Relation du
Combat & tant pour la Relation que pour la
Lifte & le Plan en grand papier , on ne paye-
1
༢༨ 」
234 MERCURE
ra que vingt fols . On peut dire que ce Volume
avec celuy de la prife de la Ville de Namur
, & l'Hiftoire du Siege du Chafteau, renferment
toute la Campagne, avec une infinité de
circonftances & de faits qu'on ne trouve point
ailleurs . Les trois fe donnent pour trois livres
dix fols en vezu , & pour cinquante- cinq fols
en parchemin.
Relude.
TABLE. -
Bel Ouvrage de M. Boyer.
Sonnet.
Epiftre de Madame desHoulieres .
Madrigal.
Lettre de la Haye.
Réjouiffances publiques.
Lettre du Penfionnaire de Leyden.
Réponse à la mefme Lettre.
Hiftoire.
II
23
25
35
37
44
64
74
81
Détail de l'execution du grand Veneur
du Duc de Hanover.
Mariage du Duc de Modene.
Lettre touchant un prodige
Lion.
101
105
arrivé à
113
Le Provincial des Barnabites faluë le
Roy à fon retour d'Italie. 129
TABLE.
M. Le Coq eft pourven de la Chaire de
Docteur & Profeffeur Royal de Droit
François à l'Univerfité de Caen . 129
Cérémonies faites à l'Abbaye des Chanoineffes
de fainte Geneviève de Challict.
Eloge du Roy. 138
Fefte celebrée à Poitiers . 150
Aubade donnée à la Ville de Namur.154
Madrigal. 160
161
Epiftre au Roy.
163
Avis douné aux Flamans:
Vers fur une Medaille frappée pour le
Prince d'Orange.
Morts .
179
171
Madame la Ducheffe , accouchée d'un
Prince. 180
Thefes foutenues par M. l'Abbé de
Louvois.
183
Eloge de M. le Prince de Turenne. 195
Abregé de la Vie de M. Defcartes . 204
Nouvel Etat de la France. 205
Carte des dix-fept Provinces des Pays-
Bas.
Carte de la Grece.
208
210
Benefices donnez par le Roy.
210
TABLE.
Abbaye donnée par Monfieur.
Charge donnée
par le mesme.
214
215
Cérémonies faites au Louvre le jour de
la Fefte de faint Louis. 216
Autre Panegyrique de S. Louis fait par
M. l'Abbé de Caftre. 219
Nouvelle Relation du Combat de Stein-
Kerke.
Sonnet.
Nouvelles Abbayes données par le Roy.
220
274
277
Sermens prétez entre les mains de Monfieur , par
M. le Vicomte de Pugeol & M. le Marquis
de Vauchelles .
Article des Enigmes.
Autre , Article de Morts .
277
278
289
Election d'un nouveau Prevoft des Marchands ,
& tout ce qui s'eft paffé , lors qu'il a prété le
Serment entre les mains du Roy. 297
Mariage de M. Pellot & de Mademoiselle de
Leßeville.
Baptefme de la Princeffe d'Angleterre .
These foutenue au College d'Harcour
Nouvelles curieufes de Madrid.
Nouvelles d'Angletorre .
Nouvelles de Flandre.
Nouvelles de Dauphiné.
303
304
305
307
315
321
324
333
Avis.
I a Medaille , page 181. L'Air , rage 188
UNIVERSITY OF MICHIGAN
3 9015 06574 3307
TheCoyl Collection.
MissJeanL.Coyl
ofDetroit
in memory
ofher brother
Col.William
Henry
Coyl
1894.
др
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
AOUST 1692.
A PARIS ,
GALERIE- NEUVE DU PALAIS.
O
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant au
premier jour de chaque Mois , & cn
le vendra Trente fols relié en Veau,
& Vingt- cinq fols en Parchemin.
840.6
M553
1692
aug.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie,
Et MICHEL BRUNET , Galerie- nenve
da Palais , au Dauphin.
M. DC . XCII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY,
Coyl
Gottschalk
10.14.55
$8594
AVIS.
Velquesprieresqu'on aitfai
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , enforte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires
t'on employera tous les bons Ouvra
ges à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent , & fur
A ij
A VIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il est toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Patis ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
AVIS,
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il est imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyans
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet , puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
A j
AVIS.
>
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Par-
Ficuliers que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Il fera la mefme chofe genevalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite
ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les jaindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitu
de dont on aura tout licu deftre
content.
T
MERCVRE
GALANT
AOUST 1692.
LUS on examine les
difficultez qu'il y a
voit à fe rendre maî
tre de Namur , plus on admire
la parfaite intelligence
du Roy dans le métier de la
guerre , qui luy fait prendre
A iiij
8 MERCURE
de fi juftes mefures dans tous
fes deffeins , que quelques facheux
obftacles qui s'y puiffnt
rencontrer , ils ne fervent
qu'à luydonner plus de gloire ,
& à faire mieux connoiltre la
vafte étendue de fon génie.
lis paroiffoient prefque infurmontables
dans cette derniere
occafion , & la plupart
des. Ennemis de Sa Majefté
s'eftoient réjouis de voir qu'
Elle s'attachoit à former le
Siege de cette importante Pla
ce , perfuadez que ce feroit
fans aucun fuccés . Cependant
ny la prefence d'une Atmég
GALANT.
9
de cent mille hommes affemblez
pour fon fecours , ny les
pluyes continuelles qui auroient
fait perdre coeur à
toute autre Nation qu'à la
Françoife , n'ont pû empêcher
qu'un mois n'ait fuffi
pour faire cette conquefte.
Namur a efté forcé de fe rendre
, & les Alliez confus ont
eu la honte de ne s'en eftre
approchez , que pour eſtre les
tranquilles fpectateurs du
nouveau rriomphe de noftre
Augufte Monarque . Quelle
belle & ample matiere pour
ceux queles Mufes favorifent !
JO MERCURE
Je vous ay déja fait part de
quelques Ouvrages qui ont
efté faits fur ce fujet . Envoicy
d'autres , que vous trouverez
tres-dignes de l'applaudiffement
qu'ils ont receu des
Connoiffeurs les plus éclairez.
M' Boyer , de l'Academie
Françoife , a parlé ainfi de
cette nouvelle Conquefte..
GALANT. I
52225525225525 5SZ
SUR LA PRISE
DE
Q&
NAMU R.
AU ROY.
Wel torrent de profperitez !`
Grand Roy , je l'ay prédit , &je l'ay
du prédire ;
Et quand j'en croirois moins l'ardeur
qui nous infpire ,
Et par qui jufqu'au Ciel nous fommes
transportez ,
Dans l'avenir le paßé nous fait lire
Ces étonnantes veriteZ
Sur la gloire de tan Empire.
12 MERCURE
&
Pour en juger plus feurement,
Sans avoir recours aux Oracles,
Lecelefte pouvoir agit visiblement ,
Et forçant pour toy feal d'invincibles
obstacles ,
Nousfait prévoir dans chaque évenement
De furprenans fuccés , & de nouveaux
miracles.
S
La force de ton afcendant
Qui foutient contre tous ta puiſſance
Suprême,
Etquifeul affez grand pour fuffire à
luy mesme,
Rend de tout autre fort ton fort indépendant
;
Ta fageffe profonde , & l'immense.
étenduë
De ton efprit& de ton coeur,
1
GALANT.
13
Par qui la Ligue confondue
Voit dans tous fes deffeins fa bonte
&fon erreur ;
Ce font prefens du Ciel dont la terre
étonnée
Admire avec terreur ta haute deftinée.
&
L'invincible Namur par toy- mefme
foumis,
Cette conquefte fi foudaine
Qui fait le defefpoir de tous nos
Ennemis ,
Et noftre efpetance certaine ;
Tout ce qui rend enfin tes Etats floriffans
Et de tout l'Univers les efforts impuiffans
,
N'eft pas l'effet d'une puissance
humaine.
14 MERCURE
S
Dieu qui ne voit qu'en toy le Heros
tout Chreftien ,
Dont le zele ofe tout , & la foy ne
craint rien ,
Pour vanger fes Autels t'a prefté
fa puissance.
Ce grand Dieu dont tu fais ta gloire
& ton appuy>
Luy ton unique objet , & ta feule
esperance,
Doit faire tout pour toy quand tufais
tout pour luy.
B
Si le monde a peine à comprendre
D'où te vient ce " conftant & rapide
bonheur.
Qu'il ouvre enfin lesyeux , & commence
d'apprendre
Que c'est le Ciel qui fur toy fait
defcendre
GALANT. 15
Tout ce qui fait l'heureux Vainqueurs
Qu'il fut dans tous les temps prodigue
en ta faveur ,
Et que c'eft de là qu'il faut prendre
La mesurede ta grandeur.
grande
Remets devant tes yeux la face de la
terre ,
Quand on vit cent Peuples divers
Allumer contre toy cette fatale guerre,
Qui d'horreur& de fangremplit tout
Univers.
Les fieres Nations fremirent ,
Les plus fuperbes Potentats
Les uns aux antres fe promirent
La dépouille de tes Etats.
Toutfaifoit tremblernosfrontieres;
Tous nos bords eftoient menace .
Mefme quand les forces entieres,
Quand tous nos efforts ramaffez
16 MERCURE
Pouvoient fuffire à peine à garantir
nos teftes ,
On vit les perils redoubler ;
On vit croiftre la Ligue & groffir les
tempeftes.
Quel affreux abime à combler !
$
Dans cet état, où le plus magnanime
Perdroit toute fa fermeté ,
On te vit meſurer avec tranquillité
La profondeur de cet abifme..
Sans balancer dans un malfi preſſant
Ton Zele vers le Ciel éleva tes pensées
,
Etfur lafoy des victoires paßées,
Ofa tout préfumer du bras du Toutpuifant.
22
Une modefte &fainte confiance
T'obtient du Ciel un faint enchainement
GALANT. 17
De grands exploits , de gloire , &
d'abondance ,
De cent Princes jaloux lejufle chaftiment
,
Et de ta pieté la digne récompenſe.
Cet amas de Guerriers , ce million de
bras
(fense ,
Armé fubitement pour ta feule di-
Ce prodige qu'on voit , & que l'on ne
croit
pas,
(puissance
Ne
nous
fait
-il pas
voir
l'inviſible
Qui
pour
fecourir
tes Etats
A tiré
de fa Providence
Ce prompt
deluge
de Soldats
?
S
Que c'est pour l'Eternel un specta
cle agreable
De voir que tes Guerriers d'une pan
reille ardeur
[Semblable ,
Honorent fes Autel's par un culte
Et que cette égale ferveur
Aouft 1692 .
B
18 MERCURE
Donne à ton Camp nombreux & for--
midable
Mefme langage & mefme coeur !
Mais que c'est pour fesyeux un objet
plein d'horreur
De voir dans l'autre Camp tant d'erreurs
répanduës
Sous les loix d'un Vfurpateur,
Et par le feul efpoir de fervir fa.
fureur,
·Cent Religions confonduës !
ន
Fuge abfolu des Rois & des Tirans,
Dieu porte dans fes mains le glaive
& la balance , ( ce ,
Etfait tomber du haut de fa puiffam .
Sur deux Camps oppofez , des regards
differens. S
C'est d'un regard terrible & chargé
de menaces
(
d'Ingrats ,
Qu'il foudroye un party de Rebelles,
GALANT. 19
Que de Combats perdus , que d'affreufes
difgraces !
Que d'Etats épuiſez de biens & de
Soldats !
On y voit le malheur , la crainte,
l'inconftance
Caufer le repentir &la confufion ;
On y voit l'inégale &jalouſe impuiffance
Mere de la divifion.
કુંડળ
Mais dans ton Camp intrepide &
fidelle ,
Où mefme efprit réunit tous les
Coeurs ,
La gloire fuit par tout une union fi
belle ,
E loin de nous écarte les malheurs.
Si ta vie en peril nous
frayeurs
D'un regard attentif le Ciel veilledonne
des
←Sur elle
Bij
20 MERCURE
Et c'est pour nous le comble des
faveurs.
S
Le Cielfait pluss dans cette guerre
Sajustice en tes mains a remis fon
tonnerre ,
Ett'a prêté ces fatales terreurs
Dont l'Ennemy frapé paroist presque
immobile ,
Laiffe prendre à fes yeux fa plus
fameufe Ville ,
Et malgré luy devorefes fureurs.
BUS
Avec tant de bonheur , avec tant d'avantage
Quel Heros comme toy fi moderé,
fifage,
Scait regler fa valeur & retenirfes
pas?
Tu n'es poiut emporté par ce torrent
de gloire.
GALANT.
21
Tongrand caur trouve moins d'appas
Aprécipiter ta victoire ,
Qu'à menager le fang de tes Soldats.
Que ce triomphe est doux , & qu'il
eft preferable
Aux triomphes chargez de meurtres&
d'horreurs !
Vit-on jamais fuccez fi grand , fi
memorable
Couftermoins de fang & de pleurs ?
Tu n'as ny dérobé , ny foüillé ta
conquefte ,
Et le nouveau laurier qui couronne
ta tefte ,
Te donne tout l'éclat qui pare les
Vainqueurs.
Reviens,
?
par ta prefence acheve nôtre
joye
..
22 MERCURE
Sans t'éloigner de nous , regne , ordonne
, foudroye ;
Reconnois tagrandeur , & nous épargne
enfin
Les foucis inquiets , & les tendres
allarmes ,
Et fongejufqu'où va la terreur de tes
armes
Et la force de ton deftin.
2
Ta valeur afourni fon illuftre carriere
,
Et cette foifde gloire ordinaire aux
Heros
N'a plus pour toy d'affez digne
matiere.
Tranquille fur ton Trône , agissant
en
repos,
Goufte les plus doux fruits d'une
victoire entiere ,
Et laiffe aux pieds de la frontiere
GALANT.
23
Gronder les vents , & murmurer les
flots.
Le mefme M' Boyer a fait
le Sonnet que vous allez lire.
AU PRINCE
D'ORANGE.
Ο
Velle crainte a glacé ton audace
guerriere ?
Que charme te retient , Naſſau ?
quand un Grand Roy
Pour un fameux Combat vient t'ouvrir
la carriere ,
Ta valeur fe refufe à cet illuftre employ.
S
Namur , par qui l'Espagne affeuroit
Sa Frontiere,
24 MERCURE
Malgré tous fes ramparts qui donnoient
tant d'effroy,
Namur cede , & tù fais du fuperbe
Baviere
Le Témoin de l'affront qu'on voit
tomber fur toy.
S
Ignores-tu que c'est le comble de la
gloire,
D'ofer avec LOVIS diſputer la victoire
?
Tu devois l'entreprendre au peril de
ton fang.
S
Sûr de te rendre ainfi digne de fon
eftime ,
Tu pouvois meriter les honneurs de
ton rang,
Et peut- eftre effacer les horreurs de
ton crime.
L'Illuftre
GALANT. 25
L'Illuftre Madame
S
des
Houlieres qui ne fuit jamais
la route commune & qui
donne toujours fujet d'admirer
le furprenant & rare talent
qu'elle a pour les Vers ,
a trouvé un tour ingenieux
pour peindre les alarmes que
nous caufe l'intrepidité qui
porte le Roy à méprifer le
peril. Vous en conviendrez
quand vous aurez leu l'Ouvrage
qui fuit.
Aoust 1692 .
26 MERCURE
2222525552 22 22252
E PITRE
DE MADAME
DES HOULIERES ,
A LA GOUTTE.
F Ille des plaifirs , trifte Goutte,
Qu'on dit que la Richeſſe accompagne
toujours ,
Vous que jamais on ne redoute
Quandfous un toit ruftique on voit
couler fes jours ;
Je ne viens pas icy pleine d'impatience
,
Effayer par
des voeux d'ordinaire impuiffans,
GALANT. 27
D'adoucir voftre violence.
Goutte , le croirez- vous ? C'est par
reconnoiffance
Que je vous offre de l'encens
2
De cette nouveauté vous paroissez
charmée.
Faite pour n'infpirer que de durs
fentimens,
A de tendres remercimens .
Vous n'eftespas accoutumée
.
Commencez à goûter ce qu'ils ont de
douceurs.
Qu'on vous rende par tout de fu
prêmes honneurs ;
Qu'en bronze , qu'en marbre on
vous voye
Triomphante de la Santé
Rétablir dans nos coeurs le repos
la
joye.
خیش
A combien de perils LOVIS feroit em
(proye
Cij
28 MERCURE
Si vous n'aviez pas mis fesjours en
feureté !
2
Tout ce qu'affrontoit fon courage
En forçant de Namur les orgueilleux
Rampars ,
Peignoit l'effroy fur le vifage
Des genereux Guerriers dont ce Heros
partage
Les penibles travaux , les glorieux
hazards.
Dans la crainte de luy déplaire
On n'ofoit condamner fon ardeur témeraire
,
Bien qu'elle puft nous mettre au comble
du malheur.
A force de refpect on devenoit coupable.
Vous feule , Goutte fecourable ,
Avez ofé donner un frein à favaleur.
GALANT. 29
2
Helas ! qui l'auroit dit , à voir
couler nos larmes
Dans ce temps que la paix confacroit
au repos ,
Où de vivesdouleurs attaquoient ce
Heros ,
Que fes maux quelque jourauroient'
pour nous des charmes?
Mais quel bruit quelle voix fe répard
dans les airs?
Quoy done , Meffagere inviſible
De tout ce qui fe fait dans ce vafte
Univers,
Auprés du grand Roy que tu fers
On voit couler le fang ! Evenement
terrible !
Quelle idée offrez- vous à mon coeur
agité?
Sur l'excés de valeur & d'intrepidité,
Plufieurs perfonnes bleffées auprés du Roy.
Cij
30 MERCURE
Ce Heros fera-t-il toujours incorrigi
ble?
28
Vous n'avez pas affez duré,
Goutte , dont j'eftois fi contente,,
Vous trompez ma plus douce attente
,
Vous en qui j'efperois , &quej'avois
juré
De celebrer un jour par quelquegrande
fefte
( Tefte ,
Si pour nous conferver une fi chere
Dans le Camp de Namur vous aviez
mesuré
Vostre durée à fa conquefte.
S
Ab! que ne laiffe-t- il à son augufte
Fils
Dompterde mortels Ennemis
Fameux par leur rang, par leur .
nombre
GALANT.
31
Mais qu'à fuivre fon char le Ciel a
condamnez!
Qu'il ne nous quitte plus , qu'il je
repose à l'ombre
Des Lauriers qu'il a moiffonnez.
N'eft-il point las de wainore ? & ne
doit- il pas croire
Que fon nompour durer toujours
N'a plus affaire dufecours
De quelque nouvelle Victoire ?
Ces Grecs & ces Romains fi vantez
dans l'Hiftoire
Ont fauvé leurs noms du trépas
Par des faits moins brillans , moins
dignes de memoire .
Affreuse avidité degloire !
La fienne efface tout, & ne luyfuffit
pas.
S
De tant de Nations la chere & vaine
Idole
Cilj
32 MERCURE
Naffau , par plus d'un crime en Mo
narque érigé,
Dés qu'il fçait Namur affiegés
Fremit , raffemble tout, & vers la
Sambre vole ,
A voir fi prés de nous floter fes Etendars..
A quelque noble effort qui n'auroit
du s'attendre ?
Mais tout fçavant qu'il eft dans le
Métier de Mars ,
Ilfemble n'eftre enfin venu que pour
apprendre
Le grand Art de forcer une Place à
Se rendresses
E1 pour fes Alliez toujours remply
d'égards ,
Lancer fur noftre Camp de menaçans.
regards ,
Eft tout ce qu'il ofe entreprendre.
GALANT.
33
2
Tout ce qui justifie & nourrit les terreurs
,
་
L'Art , la Nature , cent mille hommes
,
Et ce que l'byver a d'horreurs ;
Malgré la faifon où nous fommess
Auront vainement entrepris
De rendre Namur imprenable ,
Quand Louis l'attaque , il eftpris ,
Et ces amas de Rois que fa puiſſance
accable ,
Eft la Montagne de la Fable ,
Qui de l'attention fait passer au mépris.
2
Non , je ne mefuis point trompée,
Je voy courir le Peuple , & je lis dans
fesyeux
Que LOVIS eft victorieux.
Ma crainte pourfa vie est enfin diffi
pée,
34 MERCURE
Et je n'afpire plus qu'à revoir dans
ces lieux
Ce Heros dont mon ame est toujours
occupée.
Goutte , qu'on vit trop toft finir ,
Et dont je viens d'avoir l'audace de
me plaindre
Puis que pour ce Vainqueur on n'a
plus rien à craindre,
Gardez- vous bien de revenir.
2 .
Ne le dérobez point à noftre impatience.
Lors qu'il eft éloigné de nous
Tout est enfevely dans un morne filence
,
Et le foible plaifir que donne l'efpe
rance ,
Eft le feul plaifir qni foit doux.
Mais , Goutte , s'il eft vray ce qu'on
nous ditfans ceffe ,
GALANT:
35
Que jusqu'à l'extrême vieillefe
Fous conduisez les jours lors que
vous ne venez
Qu'aprés qu'on apaßéhuit Luftres,
Pour des jours précieux , & toujours´
fortunez
Fours quifont tous marquez par quelquesfaits
illuftres ,
Quelle esperance vous donnez !
Le Madrigal que j'ajoute
icy eft de Mademoiſelle Bernard.
Plufieurs Ouvrages en
Vers & en Profe ont fait connoistre
il y a longtemps com,
bien elle a l'efprit delicat.
34 MERCURE
AU PRINCE
D'ORANGE.
L faut , Naffau, que je te remer
I'
cie
D'avoirfeeu conferver ta vie.
LOVIS a befoin de tes jours
Pour fes glorieufes conqueftes s
A quoy tu travailles toujours.
Tu prens lefoin de former les tem
peftes ,
! Les diffiper fait fon employ.
Le Ciel deut à fon regne un Prince
que toy.
tel
Fon genie agiſſant dont parlera l'Hif
toire ,
Ne t'eft pas donné pour ta gloire,
Mais
pour celle de noftre Roy.
Si vous avez envie deſçavoir
quels peuvent eftre les fentiGALANT.
37
mens de ceux que le Prince
d'Orange amufe depuis fi
longtemps par de vaines efperances
, vous les trouverez dans
la Lettre écrite de la Haye ,
que vous allez lire.
LETTRE
ECRITE DE LA HAYE,
Par le Prefident de ...
Au Prince de ....
J
Avouë ,
Monseigneur , que
je me fuis trompé dans m: s
raifonnemens
, & que je ne comprens
plus rien à tout ce que je
38 MERCURE
vois. Quoy ? les Alliez épuiſent
leurs Etats & d'hommes d'argent,
pour mettrefur pied la plus
formidable Armée qu'on ait jamais
veue en Flandre . On nous
affure de toutes parts que la France
eft accablée, on nous flatte
que nous allons reprendre dans
une Campagne toutes les Conquê
sa qu'elle a faites pendant plufieurs
années. L'Electeur de Baviere
abandonne fes propres Etats
, méprife une gloire pref
que affurée qu'il pouvoit acquerir
en Hongrie , pour venir en Flandre
y moiffonner les lauriers à
pleines mains ; & dans ce temps.
GALANT.
39
là les François affiegent Namur
, cette Place que ces mêmes
François , moins audacieux
qu'ils ne le font aujourd'huy
n'avoient jamais ofé regarder
dans des temps où les Espagnols
n'avoient ny Troupes pour
deffendre , ny de puiſſans Alliez
pourlafecourir? Ileft vray qu'aux
premiers avis que nous cúmes de
ce Siege , nos Princes s'en réjoüirent
, tout le monde crut que
les François avoient perdu l'ef
prit. On remercia Dieu par
avance de les avoir aveuglez
au point de les engager à une entreprise
fitéméraire à la venë de
40 MERCURE
tant de grands Capitaines ,
d'une Armée qui auroit pû conquerir
tout l'Vnivers . On marcha
pour punir leur audace ; le
Ciel mefme fembla fe déclarer en
noftre faveur , par les grandes
difficultez que les pluyes continuelles
apporterent au Siege . La
Garnifon , qui eftoit bonne &
fort nombreufe , fe deffendit avec
beaucoup de valeur ; nos Troupes
arriverent en prefence des François
, qui leur donnerent le temps
de fe pofter
de faire des Ponts fur un
petit Ruiffeau pour aller à eux
avecplus defacilité. Les Defer
avantageuſement ,
GALANT. 41
teurs affurerent que l'Ennemy'
fouffroit beaucoup . Enfin nos
Soldats animez par l'exemple de
tant de Princes , fe difpofent au
Combat
que
n'attendent plus
le dernier fignal pour aller à
la charge. Vous croyez déjar ·
Monfeigneur , les François battus
, & le Siege leve ; point du
tout , ils prennent la Place , &
les Alliez fe retirent tranquillement.
Il
y a unfecret dans cette
conduite que je ne sçaurois penetrer.
Car enfin dans quelle meilleure
occafion pouvions nous employer
ces belle's & nombreuses
Troupes , que pourfauver la plus
Aoult 1692 . Ꭰ
42 MERCURE
importante Place de l'Europe qui
donne mille mille avantages
&
à l'Ennemy ? Attendra- t- on ,
pour entreprendre quelque chofe
que nos Soldatsfoient difperfez
on que les François foient devant
une bicoque ? En verité , Monfeigneur
, il y a de l'injustice à
ruiner tant de milliers de Peuples
pourfoûtenir une fi longue guerre,
prefque fans efperance d'au
cunfuccésfavorable . Vous verrez
que l'année prochaine onnous
dira encore que la France eft à
bout, & hors d'état de continuer
guerre. Cependant nous acheverons
de perdre la Flandre , &
la
GALANT. 43
Dieu veüille que nous en foyons
quittespour cela. Voilà bien de
mauvais raiſonnemens , mais je
vous ay dit par avance que je
n'y comprenois plus rien . Je vois
pourtant que tout le monde eft
icy dans une grande conternation
, quoy qu'on ne laiffe pas de
nous confoler par des efperances
imaginaires , & par des veuës
éloignées. Les dupes y font toujours
trompez lesgens de bon
cfprit s'en mocquent , & me paroiffens
fort defabufez. Jesuis
Monfeigneur ,Voffre, & c.
De la Haye ce 12. Juillet , 1692-
Dij
44 MERCURE
Quoy que la plupart des
Villes de France ayent donné
de grandes marques de joye
pour la prise de Namur , je ne
vous parleray neanmoins que
de ce qui s'eft fait en quelquesunes
. Je commence
par Bordeaux
où le Te Deum fut
chanté folennellement
le 24
du mois paffé , dans l'Eglife
Metropolitaine
de S. André .
M. l'Archevefque
de Bordeaux
. y affilta auffi bien que
le Parlement , la Cour des
Aides , & les autres Corps de
Juftice , avec leurs habits de
ceremonie. M de Sourdis
GALANT.
45
tenoit fa place dans le Corps
du Parlement comme Gouverneur
. La Bourgeoific fe
mit fous les armes , au nombre
de fix mille hommes , qui
for moient fix Bataillons. Leur
équipage eftoit une vingtaine
de chevaux , chargez de boureilles
de vin , & couverts de
belles houffes , que les Offciers
faifoient décharger à
tous les campemens pour fai
re boire cette Milice à la fanté
du Roy , & ils les faifoient
enfuite recharger de nouveau
vin. Cette petite Armée alla
fe mettre en bataille fur les .
46 MERCURE
Foffez de la Maifon de Ville,
où l'on avoit fait rouler fix
pieces de Canon , qui firent
grand feu pendant un long
intervalle , avec une vingtaine
de boëtes. M' de Sourdis accompagné
des Jurats , vine
mettre le feu au bucher , qui
avoit efté dreffé à la tefte de
l'Armée , que la nuit fit feparer
aprés plufieurs décharges
generales du Canon & de la
Moufqueterie. Alors chacun
alluma des feux devant fa porte,
& l'on ne vit qu'illuminations
aux feneftres & aux
Tours. Les trois Chafteaux
GALANT. 47
tirerent tout leur Canon , &
jetterent des feux d'artifice
juſques à une heure aprés minuit.
Les principaux de la
Ville donnerent auffi des
feux d'artifice , parmy leſquels
on diftingua ceux des Directeurs
de la Douane , & des
Peres Jacobins. Celuy que
donna M' de la Salle , Occonome
du Chapitre de faint
André, à l'entrée de la Place
de ce nom , cauſa beaucoup
de plaifir aux Spectateurs.C'é
toit une machine fufpendue
en l'air,qui fit paroiftre des differens
fpectacles, reprefentans
48 MERCURE
སྙ
des Allegories tout à fait plai
fantes. Il n'y avoit rien de plus
beau que l'illumination du
Port des Chartreux . Comme
il est fait en un demy cercle
de Lune , on voyoit facilement
de tous coftez une perfpective
, illuminée de la longueur
de deux mille pas. »
Le 27. du mefme mois , la
Ville de Niort marqua fon
zele & fa joye pour cette même
conqueſte par les foins de
M' de la Terraudiere Avocat,
à qui une application continuelle
à tout ce qui regarde
le fervice de Sa Majesté &
le bie n
GALANT.
49
le bien des Habitans , a fait
meriter d'entrer depuis peu
de temps en la charge de Maire
de la Ville pour la cinquiéme
fois , ce qui n'a point cu
d'exemple depuis prés de cinq
ficcles que la Mairie eſt établic
à Niort. Il avoit fait dref
fer un feu de joye dans la Place
du Marché, le plus magnifique
qu'on cuft encore veu .
& d'une tres- belle fymmetrie .
Outre le bucher , élevé fur una
grand Maſt de bateau , de
quaranre- cinq pieds de hauteur
, & accompagné de quantité
d'ornemens & de feftons
Aoust 1692.
E
50 MERCURE
qui faifoient paroiftre une
fort belle Couronne fur le
haur , il y avoit vis - à - vis &
dans une des extrémitez , une
autre élevation de vingt- cinq
pieds , garnie de feftons de
fleurs & de lauriers , fur la
quelle eftoit un triangle , remply
de trois cartouches , qui
reprefentoient le Siege & la
prife de Namur , avec trois
Devifes tirées de la Profe du
S. Efprit qui fe dit au temps
de la Pentecofte. On voyoir
le Roy dans le premier , tenant
en fa main un bafton de
Commandant, & donnant or-
34
GALANT.
ད £ ;
dre à des Lignes & à des Tranchées
au devant d'une Ville
figurée au naturel , & au bas
eftoient ces mots ,
In labore requies.
Le fecond Cartouche reprefentoit
la mefme Ville, devant
laquelle il y avoit plufieurs
bateries de Canons & de Mortiers
qui la foudroyoient , &
au bas ,
In aftu temperies .
Dans le troifiéme Cartou
che , qui eftoit poſé au haut
du triangle , on voyoit Namur
qui ouvroit fes portes au
Roy , monté fur un Char de
E ij
52 MERCURE
triomphe , paffant par deffus
plufieurs Anglois , Hollandois
, & Efpagnols , & recevant
les clefs de la Ville que
luy prefentoit un Magiſtrat
accompagné d'un grand nombre
de Peuples , & au bas,
In fletu folatium.
Dans les ailes de ce feu paroiffoient
fix Pyramides , pareillement
ornées de lauriers
& de feftons , trois de chaque
cofté , & fur chaque Pyramide
eftoit un Cartouche , quatre
de figure ronde , & deux
en quarré , pofez vis . à vis du
bucher.
GALANT.
53
Sur la premiere de ces Pyramides
, on avoit repreſenté
Tantale , ayant foif , & mourant
de faim au milieu des
caux , & de l'abondance des
mets & des liqueurs , pour figurer
l'inaction du Prince
d'Orange à la tefte de cent
mille hommes , avec ces pa
roles du Prophete Royal.
Egenus & pauper fum ego.
Vis- à- vis , & fur la Pyra
mide de l'autre cofté , cftoit
repreſenté un Oranger dépouillé
de fleurs & de fruits
par la foudre de Jupiter , avec
ces mots .
E iij
54 MERCURE
La foudre de Louis fait voir
fa nudité.
Sur la troifiéme Pyramide ,
il y avoit un Girafol , tourné
du cofté du Soleil , felon fa
coûtume , pour marquer l'admiration
de toute l'Europe
qui n'eft attentive qu'aux
grandes & heroïques actions
de Sa Majefté , avec ces mots
de
l'Apocalypse.
Sequitur quocumque ierit.
Sur la quatrième , poféc
vis à- vis , eftoient reprefentées
les deux Rivieres de la
Sambre & de la Meufe , accompagnées
de leurs Nercis
GALANT.
ST
des & de leurs Tritons , tcnant
des Lis en leur main ,
pour témoigner leur inviolable
foumiffion
mots .
avec ces
Et Mofa , Sabifque.
Sur une des Pyramides , pofées
vis à-vis du bucher , on
voyoit dans un Cartouche de
forme quarrée , un Lion & un
Aigle , qui à l'approche d'un
Coq couronné par la Victoire
, fuyoient & alloient chercher
un azyle pour le mettre
à couvert du chaſtiment que
meritoit leur temerité ; co
qui marquoit la fuite des En-
E iiij
56 MERCURE
nemis fous le Canon de Bru
xelles , aprés la prife de Na
mur , & ces mots.
Opportune fugiunt..
Sur l'autre
pyramide oppopofée
à celle- cy , dont le cartouche
cftoit auffi de forme
quarrée , eftoit reprefenté
un
feu de joye , fur lequel tomboit
une nuée de larmes qui
l'éteignoit
, avec ces mots au:
deffous.
Sic hoftium lacrimis extinguntur
gaudia.
Pour faire connoiftre que las
joye des Ennemis , caufée par
keur petit fuccés du Combat
GALANT. 37
Naval , a cfté bien éteinte &
changée en larmes , par l'im
portante conquefte de Namur
, dont les fuites leur doivent
estre fi funeftes.
Comme par les ordres de
Mr le Maréchal d'Eftrées ,
Commandant pour le Roy en
Poitou & Aunix , on, a commencé
d'affembler les douze
Compagnies du Regiment
Royal , étably par le feu Roy,
en la Ville de Niort , elles fu
rent convoquées ce jour - là
à l'occafion du Feu de joye.
Aprés qu'on eut fait les exercices
en bon ordre , & fort re58
MERCURE
gulierement , on les conduifit
devant la grande Eglife de
Noftre Dame , où le Te Deum
fut chanté , en prefence du
Corps de Ville , de tous les
Corps de Juftice , & de tous
les Ordres Religieux . Enfuite
ces Compagnies défilerent , &
fe rendirenten
la grande Pla
ce du Marché vieux , où elles
furent rangées en trois Bataillons
de prés de cinq cens
hommes chacun . Elles firent
plufieurs falves & décharges
de Moufqueterie
, dont le
bruit ne fut interrompu
que
par des acclamations de Vive
GALANT.
59
le Roy , fort fouvent reïterées .
Le feu fut mis au bucher a
vec fix flambeaux
, portez par
Mr de Pierrelevée , Lieutenant
de Roy de la Ville & du Chafteau
de Niort, par M ' de Fonmort,
Prefident & Lieutenant
General ;; par
diere , Maire ; par le Doyen
des Echevins qui y affifterent
tous en robes avec leurs chaperons
rouges ; par le Major
du Regiment , & par le prea
mier Capitaine , & à la fin on
vit s'élever en l'air quantité
de fufées & de feux d'artifice
qui terminerent la fefte ..
Mr de la Terrau60
MERCURE
*
On ne fe diftingue pas
moins dans les petits lieux , que
dans les plus grandes Villes ,
quand il s'agit de montrer fon
zele pour le Roy ; & le 20. du
mefme mois de Juillet , M'le
Bailly du Duché d'Anguien,
dit autrefois Montmorency,
fit chanter le Te Deum avec
toute la folemnité poffible ,
dans le Convent des Religieux
Trinitaires,où toute la Juftice
du lieu fe rendit en robes . L'E
glife eftoit fort ornée , & éclai
rée d'un grand nombre de lu
mieres . On fit la Proceffion
pour le Roy, & enfuite un des >
GALANT. 61
Peres fit unDifcours à la loüange
de ce Monarque . La Mufique
& la Simphonie ne furent
pas oubliées à l'Exaudiat & au
Te Deum, & il fe fit plufieurs
décharges de plus de cent
Boëtes.
Parmy toutes les marques
de joye qui fe font données à
Nantes , ce qui a efté fait devant
la maifon de Madame de
Luigné , Veuve d'un Confeiller
au Parlement de Bretagne,
& Dame d'un tres- grand merite
, eft fort fingulier . La Fefte
cut d'autant plus de fuccés,
que n'ayant rien épargné
62 MERCURE
pour la rendre magnifique ,
elle avoit fait travailler aux
prépatatifs dés qu'elle eut fceu
que le Roy affiegeoit Namur .
Elle avoit compté la Place
prife, parce qu'elle eftoit attaquée
par les François ; & l'évenement
a fait connoiftre
qu'elle en jugeoit fainement .
Mr Guerin , qui cft d'un genie
d'une fort grande étendue ,
& attaché auprés de M ' de
Luigné fon Fils , a eu grande
part à la conduite de cet Ouvrage
, qu'il a executé fort
heureusement , aprés en avoir
formé le plan . Outre les feux
GALANT. 63
& les Illuminations il y avoit
deux Theatres , dont l'un repreſentoit
la Ville & la Citadelle
de Namur , fur laquelle
le Prince de Barbançon, Gouverneur
, paroiffoit donner fes
ordres . L'autre Theatre qui
faifoit face au premier , reprefentoit
le Camp de Sa Majefté
qu'on y voyoit en perfonne
, tenant d'une main fon
Sceptre ; & ayant l'autre appuyée
fur Monseigneur le
Duc de Bourgogne . Aprés
que les Girandoles , les rouës,
les lances enflamées qui bordoient
la Ville , & les Feux
64 MERCURE
d'artifice qui eftoient diftribucz
ingenieuſement dans
toutes les Tours , & les fortifications
qu'on vouloit faire
fauter , eurent fait leur effet
par le moyen de quantité de
coquilles de poudre , de falpêtre
& de fouphre qui fai
foient la communication des
feux , un Envoyé du Prince
de Barbançon parut aux pieds
du Roy en pofture foumife ,
& luy prefentant la carte
blanche . Le Prince d'Orange
cftoit un peu plus loin dans
fon Camp, portant un long
crefpe à fon chapeau, & ayanɛ
&
65
GALANT:
la main fur la garde de fon
épée , qui paroiffoit tirée à
demy hors du fourreau .Aprés
plufieurs acclamations des
Spectateurs aux cris de Vive
lé Roy , un Dragon qui faifoit
paroiftre deux langues enflâmées
, vint du haut de la maifon
mettre le feu au bucher
qui avoit efté élevé entre l'un
& l'autre Theatre . Sur la
pointe de ce feu on avoit placé
un Efpion remply de fufées,
que le Dragon alla brûler de
la mefme forte , ce qui donna
beaucoup de plaifir à tout le
peuple qui cftoit accouru de
Aoust 1692.
F
66 MERCURE
toutes parts à ce fpectacle .
qui fut expofé aux regards des
Curieux depuis le matin juf
qu'à onze heures du foir .Tous
les Perfonnages qui eftoient
reprefentez fur les deux Theatres
, imitoient la grandeur
naturelle des Originaux , &
eftoient pompeulement ha
billez Tout le monde fut
extraordinairement fatisfait
de cette fuperbe Fefte , &
Madame de Luigné en reccut
mille loüanges
.
Vous ne doutez pas , Madame
, que la prife de Namur
n'ait fait faire beaucoup de
GALANT. 67
raifonnemens . Voicy ce que
le
Penfionnaire de Leyden a
écrit là- deffus , à un de fes
Amis d'Amfterdam
;
15
A Leyden le 15. Juillet 1692 .
&
nos affai-
E comprens comme vous s
Monfieur , que la perte que
nous avons faite par la prife de
Namur eft grande & d'une dangereuse
confequence : mais je ne
vois pas pour cela
res foient auffi mauvaises que
vous voudriez le perfuader. Je.
trouve au contraire que nous
avons dequoy nous confoler par
le grand avantage que nous avons
que
Fij
*8 MERCURE
eu fur Mer ; car quay que vous
difiez que les Combats de Mer
ne font jamais decififs , & que
vous soyez ingenieux à diminuer
la gloire de noftre Nation , par
les reflexions que vous faitesfur
cette Victoire, que vous prétendez
que nous devons plutoft at
tribuer aux vents qu'à la valeur
de nos Flottes , vous ne sçauriez
difconvenir que ce Combat ne foit
fort glorieux pour nous . Il ne
faut pas vous imaginer que toutle
monde s'avife de difputer fur
les circonftances de cette action.
On fe contentera de publier dans ·
les Cours des Princes Alliez,
GALANT. 69
>
que nous avons gagné une grande
Bataille , perfonne n'exami
nera fi nous eftions deux contre
un , fi les Ennemis ont eux- mefmes
fait échouer leurs Vaiffeaux,
s'ils en ontfauvé leur Canon &
leurs équipages , ou fi c'est nous
qui les avons brûlez & coulez à
fond. On ne fçaura pas mesme ,
que nous y avons eu trois mille
hommes tuez , prés de deux mille
bleffez & feize Vaiffeaux fort
maltraitez ; ilfuffira que les Ennemis
en ayent perdu quinze
pour nous donner tout l'honneur
toute la gloire de cette journée.
De quelque maniere que cela
70 MERCURE
foit , nous gagnons toujours beau
coup puifque cette Victoire éloi
gne le rétabliſſement du Roy
Jacques , & affermit le Thrône
de noftre Royal Sihatouder , qui
Se montre en toute forte d'occafionsfi
reconnoiffant & fifoûmis
à Meffieurs les Eftats . Il nous
en a donné tout nouvellement une
marque bien fenfible , par la déférence
qu'il a eue devant Na- ·
mur pour la Lettre de leurs Hautes
Puiffances , qui le prioient de
conferver fa Royale Perfonne ,
qui nous eft plus precieuse que·
toutes les Places de l'Univers.
Ce grand Prince a mieux aimé
GALANT. 7!
hazarder fa propre gloire , &
s'expofer à déplaire à tous fes
Alliez , que de manquer à fuivre
lesfalutaires confeils de Mef
fieurs les Etats . Quel bonheur
pour nous de compter un puiffant
Roy au nombre de nos Sujets ,
de voir que par fon moyen
trois grands Royaumes font dezenus
Provinces de la Hollande!
Son coeur ne fe partage point ,
fe conferve toujours- en entier
pour fa chere patrie . Vous
voyez qu'it préfere le fejour de
la Haye du Chateau de Loo
à la Ville de Londres , & à tou .
tes les Royales Maiſons d'An-
་
72 MERCURE
que
gleterre. Sa tendreffe pour nous
va fi loin , qu'il ne s'embaraffe
point de ruinerfes propres Sujets
pour foulager les noftres . C'eft
par fon habileté les riches
trefors d'Angleterre font paffez
dans nos Provinces , & que malgré
les defordres de la guerre nous
fommes encore dans l'abondance.
Ne vous inquietez donc plus de
la prife de Namur , ny du chagrin
que les Alliez en témoi.
gnent . Noftre Heros fuppléera
a tout , & fi par complaisance
pour les Etats , il a renoncé à une
Victoire que fon grand courage
luy promettoit , fon vafte genie
luy
GALANT. 73
er à
Tuyfournira des raifons pour donner
de nouvelles efperances aux
Alliez pour les engager
s'attacher à luy plus fortement
que par le paffe , quand ce feroit
mefme contre leurs propres interefts
, ainsi qu'il vient déja de
faire à l'égard des Liegeois . Mon
zele m'emporte peut estre trop
loin ; mais j'ay efté bien aife de
vous faire faire voir que vos raifonnemens
ne font pas toûjours juftes ,
&que nous n'avons rien à craindre
des temeraires entreprises des
François
pendant que nous
avons le prudent Gui laume pour
nous , Je fuis , Monfieur , &c.
Aoult 1692 . G
74 MERCURE
Je vous envoye la réponſe
que l'Amy d'Amfterdam a
faite au Penfionnaire de Leyden.
AAmfterdam le 17. Juillet 1692,
Voy que vos raifonnemens
me paroiffent fort juftes , je
fuis obligé , Monfieur , de vous
dire qu'ils ne meperfuadent point,
& il s'en faut beaucoup que je
ne convienne de la compenfation
que vous pretendez faire du
Combat Naval avec la perte
Namur. Je ne sçaurois mieux
vous exprimer ce que j'en penfe,
qu'en vous repetant en mefmes
de
GALANT.
75
termes ce qu'a dit .....Il compare
la perte des Vaiffeaux de France
à des cheveux qu'on a coupez,
qui reviennent au bout de l'an
quelquefois plus forts qu'auparavant
, au lieu qu'il regarde la
prife de Namur comme un bras
coupé , qui est un mal fans ref
fource. Avoüez que puis que
François nous ont attaquez avec
des forces inégales , & malgré les
les
vents contraires , nous aurons tout
à craindre lors que leurFlottefera
auffi forte que les noftres, fur tout,
files vents leur font favorables.
Vous pouvez vous fouvenir .
comme moy , de la trifte expe-
Gij
76 MERCURE
rience que nous en fifmes il y a
deux ans .
Vous vous imaginez auſſi que
nous avons beaucoup gagné , puis
que nous avons affermy le Trône
de noftre Sthatouder ; mais je ne
fuis pas de vostre fentiment . Plus
ce Prince devient puiffant, plus
il doit nous eftre redoutable ; &
cette déference fi affectée qu'il
fait paroiftre pour Meffieurs les
Etats , m'est plus fufpecte que
tout le refte. Croyez- moy , Monfieur,
, il entre dans cette conduite
plus de politique que de bonne
foy; que ce foit un bien loin que ce
bonheur pour nous de compter un
GALANT, 77
puiffant Roy au nombre de nos
Sujets je trouve que fous ce
pretexte imaginaire nous nous
fommes affujettis nous - meſmss ▾
que noftre Sujet est devenu
noftre Maistre ; car enfin ne commande-
t- il pas defpotiquement
nos Armées & nos Flotes ? Il
difpofe à fa volonté des Magi.
Aratures & des Gouvernemens,
& vous fçavez qu'on n'oferoit
prendre aucune refolution dans
nos Affemblées , fans avoir auparavant
preffenty ce qu'il fouhaite.
Qu'appellez - vous donc
eftreRoy ? Il ne faut pas nous
flater, Monfieur; ce Prince n'a
Giij
78 MERCURE
que
témoigné tant d'égards pour nous
depuis quelque temps , que dans
incertitude où il eftoit encore des
affaires d'Angleterre; & comptez
dés qu'il croira n'avoir plus
rien à craindre , il ne nous ménagera
plus , que nos Provinces
feront alors foumises à l'Angleterre
, comme elles l'eftoient autrefois
à l'Espagne . Vous voyez
deja que tout le commerce fe fait
par les Anglois , & qu'on leur
Taiffe une liberté entiere pour
navigation , au lieu qu'il femble
qu'on veuille nous ofter le moyen
de nous rétablir jamais , puis que
la plupart de nos Matelots ont
la
GALANT 79
20
efte enlevez pour fervir fur la
Flotte , & que nos Ouvriers ne
trouvant plus àfubfifter , ont efte
forcez à fe faire Soldats . Favone
qu'il eft paffé des fommes immenfes
d'Angleterre en Hollande ;
mais nos Peuples en font- ils moins
pauvres , & ne contribuent ils
pas encore aux dépenfes prodigieufes
que nous faifons pour l'entretien
des Armées, & pour amufer
les Alliez ? Je dis amuser ,
car je ne vois pas qu'ils gagnent
beaucoup à cette guerre non plus
que nous , qui en aucun temps
n'y faurions rien profiter au
lien que nous y pouvons tout
Giiij
80 MERCURE
perdre : tout le monde cepen
dant profite de nos fubfides. En
un mot , la guerre nous ruine, &
le commerce feul nous enrichit.
Nous ne l'avions interrompu que
dans l'esperance d'éloigner les
François de nos Frontieres, & ils
en font beaucoup plus près qu'ils
n'eftoient , en forte que noftre
Pays , qui avant la guerre eftoit
couvert de Mons ) de Namur,
fe trouve aujourd'huy exposé aux
courfes des Ennemis , & reduit
à leur payer contribution. Condonc
que noftre Heros ne venez
fe fert de ce vafte genie que vous
élevezfi haut , que pour fes inGALANT.
terefts particuliers , fans s'emv .
raffer ny des noftres , ny de ceux
des Alliez. Je vous demande
pardon fi je parle de ce Prince
avec tant de liberté ; mais vous
fçavezque dans Amfterdam nous
fommes en poffeffion de dire librement
nos fentimens . Cela n'empêchera
pas que je ne fois toujours
voftre , & c.
Il y a des gens qui font nez
pour eftre heureux , & ce que
je vais vous raconter en eft
une preuve . Un Cavalier tout
plein de merite, & d'une naiffance
fort confiderable , mais
8 MERCURE
affez mal partagé du cofté de
la fortune , fe rencontra d'une
humeur fi portée à la dépenfe
, que quand il auroit
cu vingt mille livres de rente,
il n'auroit pas vefcu avec plus
d'éclat . Son étoile qui le favoriſoit
dans le jeu , & qui luy
donnoit affez de credit pour
faire réuffir plufieurs affaires
qui luy cftoient propofées de
toutes parts, luy fourniffoit les
moyens de fuivre le panchant
qui l'entraînoit. Il menoit par
là une vie tres agreable , & il
n'y avoit point de belles fosicrez
où il ne le fist recevoir
GALANT. 83
avec plaifir. Cependant comme
les fonds qui le faifoient
fubfifter , n'eftoient point fo
lides , il ne laiffoit pas
d'avoir
en veuë quelque avantageux
établiffement qui puft le mettre
à couvert de la crainte de
décheoir , & c'eftoit à quoy
il travailloit de tout fon pouvoir
, en cherchant à plaire
en de certains lieux où il
voyoit de grands biens à efperer
; mais s'il plaifoit effecti
vement par les bonnes qualitez
, qui estoient connues de
tout le monde , on fe trouvoit
refroidy pour le mariage , fi84
MERCURE
toft qu'on venoit à examiner
fon peu de bien
de bien , & le vol
qu'il avoit pris . L'habitude
en eftoit fort dangereufe . Il fe
faifoit un fi grand plaifir de
fe diftinguer par tout ce qui
pouvoit le faire paroiftre ,
qu'on eftoit perfuadé qu'il ne
cherchoit à fe marier que pour
fe mettre en eftat de faire encore
une plus belle dépenfe .
& quelque forte inclination
que l'on fe fentiſt pour luy ,
on voyoit tout à rifquer avec
un homme de fon caractere,
à qui l'épargne avoit toujours
efte inconnue. Aprés plufieurs
GALANT 85
tentatives inutiles , enfin lors
qu'il y penfoit le moins , certe
mefme étoile qui avoit tant
fait pour luy , continua juf
qu'au bout à lay eftre favorable.
Un jour qu'il alla dans
un quartier éloigné chez une
Dame de fes Amies qui voyoit
beaucoup de monde , il y
trouva une affez grande affemblée
de gens choifis de
l'un & de l'autre Sexe La con .
verfation roula fur differences
matieres , & il Y brilla avec
unc vivacité d'efprit furprenante.
Trois jours aprés , la
mefme Dame l'envoya cher68
MERCURE
cher pour luy apprendre que
fi une Veuve de qualité , lpirituelle
, tres riche , fans aucuns
Enfans , & d'une humeur
douce & agreable , le pouvoit
accommoder , il auroit lieu
d'eftre fatisfait des avantages
qui luy feroient faits en l'époufant.
Le Cavalier qui cherchoit
depuis longtemps une
femblable fortune , ne balança
point à l'accepter , mais il
demeura un peufurpris quand
la Dame cut ajoûré , que la
Veuve à qui il avoit le bonheur
de plaire n'eftoit pas
dans une grande jeuneſſe , &
GALANT. 87
que bien qu'elle cuft encore
affez de fraîcheur pour pouvoir
cacher une partie de fon
âge, elle vouloit agir avec luy
de bonne foy , l'ayant chargée
de luy declarer fur toutes
chofes qu'elle avoit foixante
& douze ans paffez . L'article
eftoitt un peu dégoûtant pour
un jeune Cavalier . Cependant
aprés un momenr de rêveriè
il prit fon party , & dit à la
Dame que la conclufion de
l'affaire dépendroit du jour
qu'on le réfoudroit à luy
donner du cofté de l'intereft,
& qu'on n'avoit rien à luy
88 MERCURE
déguiſer fur l'âge , puifque
quatre - vingt- dix ans luy plairoient
plus que foixante &
douze . Ils ne purent s'empêcher
de plaifanter l'un & l'autre
fur cet avantage , & enfin
le Cavalier s'abandonna
au fçavoir faire de fon Amie ,
en la priant feulement
, fi elle
amenoit les chofes à un certain
point qu'il luy duft être
avantageux
de conclurre , de
les terminer le plus promptement
qu'il le pourroit , pour
luy épargner le perfonnage
d'Amant, trop difficile à jouer
pour luy auprés d'une Vieille.
GALANT. 89
La Dame luy répondit , qu'il
demandoit juftement ce qui
eftoit du gouft de la Veuve
qui ne fouhaittoit rien autre
chofe , finon qu'il l'examinât
trois ou quatre fois en compagnie
, fans luy rien dire de
particulier , & que fi fon humeur
luy convenoit, fans qu'il
fe fentit de la
répugnance
pour l'engagement qu'on luy
propofoit , deux jours fuffroient
pour finir l'affaire. I
fut fait comme il fut dit. La
Veuve fe rencontra cinq ou
fix fois chez l'Amie commune
, & elle affecta de n'y venir
Aoust 16920 H90
MERCURE
que lors qu'il y avoit déja
bien du monde , afin que la
converfation eftant generale,
de Cavalier ne fuit point embarraffé
comme il cuft pû l'être
,fi ne trouvant que la Veuwe
il cuft éré obligé de luy
addreffer toûjours la parole.
Aprés ces fortes d'eſſais , il
fut question de fe declarer de
part & d'autre . La Veuve malgré
fon grand âge , confervoit
encore des traits qui faifoient
connoître qu'elle avoit
été fort belle. Elle étoit propre
, judicicule en tout ce
qu'elle difoit , avoit toutes
GALANT
les manieres d'une Femme de
naiſſance , & des airs fort impofans.
Ainfi le Cavalier paffa
de fort bonne grace pardeffus
la honte de fe marier avec une
Vicille , lors qu'il eut appris
ce qu'elle s'étoit réfoluëlà luy
donner . Il fe feroit pourtant
volontiers contenté de la moitié
, fi elle cuft voulu le difpenfer
de porter le nom de
fon Mary , & cftre affez gencreuſe
,
$2
pour n'exiger
de
luy qu'un remerciment
; mais
il fallut
en paffer par - là ,
& luy tenir mefme quelque
compte
de l'affurance
qu'elle
Hij
92 MERCURE
luy donna , que fi la réputation
l'avoit pû permettre ,
elle luy auroit fait une donation
ſimple , fans l'aſſujettir
au Mariage. Elle ajoûta, que
n'ayant point voulu fe rema
rier depuis vingt ans qu'elle
eftoit demeurée Veuve , quoy
qu'on l'en cuft preffée plufieurs
fois , ce qu'elle faifoit
pour luy dans un âge où toutes
les paffions font prefquetoujours
éteintes , devoit l'engager
à luy accorder toute fon
eftime , qu'il auroit peut - être
peine à luy refuſer quand il
la connoiftroit mieux . Il réGALANT:
93
pondit à cela par toute l'hon
nefteté qu'il devoit avoir pour
une Femme qui luy affuroit
un bien fort confidérable .
Le Mariage fut fait , & la Dame
qui avoit une parenté
nombreuſe , fit ce jour - là une
grande fefte. On ne pouvoit
rien voir de plus fomptueux
que la chambre qu'on prépara
pour les Mariez . Il y avoit
un lit magnifique , & tout le
refte étoit à proportion . On
fe réjouit fort pendant le foupé
, & fur les onze heures la
Mariée difparut . On étoit en
peine de ce qu'elle pouvoit
94 MERCURE
à la
ne la
être devenuë , & comme elle
étoit l'Heroïna de la Fefte, on
l'alla chercher pour terminer
la ceremonie . Elle s'eftoit retirée
dans un
appartement fcparé
, & on frapa inutilement
porte de fa chambre , on
put obliger d'ouvrir. Le
Marié n'épargna pas fes prieres
, & elles n'obtinrent rien.
La Dame luy répondit qu'il
y avoit un lit affcz beau préparé
pour luy ; qu'il pouvoit
en aller prendre poffeffion, &
y dormir fort tranquillement,
& qu'à quelque heure qu'il
vouluft la venir voir le lende
GALANT.
95
main au marin , il la trouveroit
levée & difpofée à l'entretenir.
Une conduite fi peu
il
attendue le furprit au dernier
point , & parut l'embaraffer.
Cependant ne jugeanr pas à
propos de témoigner de l'em
preffement à contre- temps ,
fe foumit à la loy qui luy
eftoit impofée , & aprés avoir
paffé en réjouiffance une partie
de la nuit avec le reste de
la Compagnie , il fe fit conduire
dans l'appartement qu'
on luy avoit deſtiné . Le jour
fuivant , il fe rendit à la chambre
de la Dame , qui l'ayant
96 MERCURE
receu d'un vifage fort riant,
le pria de vouloir l'écouter
fans l'interrompre , & luy dit
enfuite qu'il ne feroit point
furpris de la conduite qu'elle
tenoit avec luy , s'il confideroit
qu'ayant pû demeurer
Veuve plus de vingt années ,
elle ne s'étoit réſoluë à l'époufer
par aucun goût pour
le Mariage , mais feulement
dans la veuë de quelque focieté
, & par l'unique plaifir
de luy affurer une fortune
qui pût le mettre en état de
fatisfaire toûjours l'inclination
qu'il avoit pour la dés
penfe;
GALANT. 97
penfe qu'il fçavoit trop la
difproportion qu'il y avoit
de fon âge au fien , pour
prétendre qu'il deuſt avoir de
l'amour pour elle ; que ce fe
roit s'expofer à meriter qu'il
la mépriſaſt , que
d'en exiger
des marques , mais que vivant
avec luy comme elle avoit
commencé , fans fonger jamais
qu'il fuft fon Mary , clle
le croyoit trop honnefte
homme pour ne vouloir pas
eftre veritablement de fes Amis,
ce qu'elle luy demandoit
inftamment pour toute reconnoiffance
de l'eftime tres-
Aouft 1692.
I
98 MERCURE
particuliere qu'elle avoit pour
luy ; qu'ayant de grands biens
qu'elle devoit laiffer à des
gens qui ne luy en fçauroient
aucun gré , elle ne connoiffoit
perfoune plus digne que
luy d'en avoir une partie ;
qu'en cela elle fuivoit un panchant
qu'il luy avoit efté impoffible
de furmonter ; qu'etant
cependant entierement
au deffus de la foibleffe qu'elle
avoit honte qu'on puft reprocher
à quelques Femmes , elle
luy remettoit avec plaifir toutes
les obligations qu'on pouvoit
pretendre qu'il cuft conGALANT.
99
tractées en l'épouſant , & que
s'il vouloit agir avec elle fur
le pied d'un Amy de confian .
ce qui luy feroit voir un coeur
fans déguiſement, il ytrouveroit
des avantages qui luy
donneroient fujet de ne s'en
pas repentir .Vous pouvés vous
figurer combien le Cavalier
cut de joye d'une declaration
fi agreable. C'eftoit pour luy
un double bonheur de voir
qu'en luy affurant une fortune
tres- avantageuſe , on le
difpenfoit d'eftre Mary . Ses
remercimens furent propor-.'
tionnez à ce qu'une genero-
I ij
100 MERCURE
la
fité de cette nature luy devoir
faire fentir , & il ne s'eft point
démenty depuis.L'eftime qu'il
a prife pour la Veuve ( car on
peut toujours appeller ainfi
) le porte pour elle à des
complaifances qui luy tiennent
lieu de devoirs d'Amant,
& fes foins dans toutes les chofes
qui peuvent luy faire un
peu de plaifir, paroiffent fiem.
preffez , qu'ils pafferoient pour
amour, s'il n'eftoit pas impoffible
qu'il y en cuft entre un
jeune Cavalier , & une Dame
plus que feptuagenaire,
GALANT. IOF
Il eft dangereux de s'éloi
gner pour quelque occafion
que ce foit des fentimens de
fidelité qu'on doit à fon Souverain
. Le Grand Veneur
Molke , accufé de plufieurs
pratiques criminelles contre
le fervice de M. le Duc d'Hanover
, n'a pû juftifier qu'il
fuft innocent , & aprés un examen
ferieux de fon Procez ,
on le condamna à la mort le
mois paffé , ce qui fut executé
à Hanover le 25. Ce jour - là
fur les neuf heures du matin ,
on le conduifit à la porte
Kleberg par le Pont- neuf,vers
de
I j
102 MERCURE
le Rondeau aux remparts prés
l'Arfenal . Six - vingt Moufquetaires
environnoient
le
Carroffe , & cinq cens hommes
eftoient commandez
pour tenir la main à cette
execution. Lots que l'on fut
arrivé au lieu du fupplice , on
fit lecture de la Sentence qui
avoit cfté concertée avec
Elle portoit ,
L'Empereur.
qu'il eftoit duëment convaincu
d'avoir voulu caufer de la
divifion entre les Princes de
la Maiſon de Lunebourg , &
exciter leurs fujets à la revolte
, & que pour réparation de
GALANT. 103
fon crime , il eftoit condamné
à eftre écartelé , & à avoir enfuite
la tefte coupée , qu'on
mettroit fur un poteau , afin
de fervir d'exemple , mais que
comme il eftoit de bonne famille
, & qu'un grand nombre
de Perfonnes qualifiées
avoient bien voulu interceder
pour luy , il auroit feulement
la tefte tranchée . Il étoit
en manteau noir avec un long
crêpe à fon chapeau , qu'il
tint toûjours fous le bras ,
cftant accompagné du Surintendant
, & d'un Miniftre , à
qui il parloit avec une gran
I iiij
304 MERCURE
de fermeté. Ce fut luy-même
qui commença à chanter les
prieres . Aprés avoir dit , Nôtre
Pere qui eftes aux Cieux ,
il donna fon manteau , fon
chapeau & fon livre à un Domeſtique
, & on luy banda
les yeux. A peine cut- il prononcé
Amen , en finiffant la
priere , qu'on luy abbatit la
refte. Son Corps fut mis dans
un drap noir , & porté à l'Arfenal
par huit Officiers en
manteau noir pour eftre envoyé
de là à fa Femme. Le
Lieutenant - Colonel Molke
& le Secretaire fon Frere
GALANT . 105
Bluhme qui ont cû part à la
mefme affaire , mais que l'on a
trouvez moins coupables, ont
efté bannis à perpetuité des
Etats des Princes de Lunebourg.
Tout ce que font les Perfonnes
du haut rang eft trop
remarquable , pour vous laiffer
ignorer le Mariage de la
Princeffe Marguerite de Parme
, Fille du Duc de ce nom.
Le Prince Cefar Ignace d'Eft ,
qui la devoit époufer pour
M' le Duc de Modene , arri .
va à Parme le 12. du mois
paffé avec une fuite de deux
Ic6 MERCURE
cens perfonnes , qui furent
logées & défrayées par ordra
de M le Duc de Parme , &
le 14. la ceremonie du Mariage
fe fit par l'Evefque de la
Ville dans la Chapelle du Palais
, du Jardin où la Princeffe
logeoit. Elle parut dans une
magnificence
qui furpaffa tout
ce qui s'eftoit fait jufque là
en de pareilles occafions ,
quoy que l'on cuft prétendu
que tout fe paffaft incognito
en celle- cy . La Maiſon du
Duc de Parme , depuis fes
Gardes jufqu'à fes gens de livrée
qui fe trouverent
en un
GALANT. 107
fort grand nombre , eftoit
habillée de neuf, & couverte
d'or. On donna un magnifique
repas dans l'appartement
de la Princeffe , & outre l'abondance
& la propreté , on
y admira la quantité des Machines
de table , appellées .
Triomphes, dont l'artifice & la
nouveauté furprirent. Deux
jours aprés , le Prince Cefar-
Ignace retourna à Caffolo ,
Chafteau de Plaifance du
Duc de Modene . La Duchefse
de Modene fon Epouſe , demeura
à Parme jufqu'au 10 .
qu'elle en partit , accompa108
MERCURE
gnée du Duc de Parme fon
Pere , & des Princes fes Freres
pour ferendre à Caffolo . Elle
y fut reçue par le Duc de
Modene fon Epoux avec toutes
les marques de joye qu'elle
pouvoit fouhaitter . Vous
fçavez , Madame , que ce Duc
eft Frere de la Reine d'Angleterre
, & de la Maifon
d'Eft , l'une des plus illuftres
d'Italic . Azon I. de ce nom,
Comte d'Eft
970. & Borſo d'Eſt , qui reçue
magnifiquement l'Empereur
Frederic III . en 1451. fut l'un
de fes Defcendans
. L'année
mourut l'an
GALANT. 109
fuivante , cet Empereur le fit
Duc de Modene , & de Reggio
, & en 1471. le Pape Paul
II. le fit Duc de Ferrare . Her
cule I.fon Frere , luy fucceda,
& fut Pere d'Alphonfc I. du
nom , Duc de Ferrare , de Modene
, de Reggio , Marquis
d'Eft, & Prince de Carpi , qui
de Lucrece de Borgia , Fille
du Pape Alexandre V. cut
Hercule II qui épouſa Renée
de France. Il en cut Al
fonfc II. mort fans enfans en
1597. Le Pape Clement VIII .
s'eftant alors rendu Maiftre
de Ferrare , Cefar d'Eft , Petit
Ilo MERCURE
re ,
Fils d'Alfonfe , Duc de Ferra
forma fes prétentions fur
les Etats de fon Oncle , &
par le Traité fait l'année ſuivante
avec le Pape , il fe contenta
de Modene & de Reggio.
Il laiffa de Virginie de
Medicis Alfonfe . III. Pere du
Duc François I. mort en 1658.
Alfonfe IV.fon Fils luy fucceda.
Il avoit époufé en 1655. Laurc-
Martinozzi, Fille du Comte
Jerôme Martinozzi & de Marguerite
Mazarin , Soeur aînée
de Jule Mazarin , Cardinal .
C'eſt de ce mariage qu'eft venu
le 6. Mars 1660. le Duc de
GALANT. 1
Modene , François d'Eft , IL
du nom , qui vient d'époufer
la Princeffe Marguerite de
Parme. La Maifon de Farneſe ,
dont elle fort , & qui a eu depuis
cent-cinquante ans des
Ducs de Parme , de Plaifance
& de Caftro , doit fa principale
grandeur à Alexandre
Farnefe , Fils de Pierre Louis
Farnese & de Jeanne Gaetan ,
qui fut fait Pape en 1534. aprés
Clement VII. & prit le nom
de Paul III. Il avoit cu , avant
fon Pontificat , un Fils appellé
Pierre Louis Farnefe , qu'il
fit Duc de Caftro , & enfuitte
112 MERCURE
de Parme & de Plaifance. Ce
dernier cut Octavio Farneſe,
qui de Marguerite d'Auftri
che , Fille naturelle de Charles-
Quint , Faiffa Alexandre
Farnele , Duc de Parme , l'un
des plus grands Capitaines du
dernier Siecle , qui cftant venu
en France , pour appuyer
la Ligue par l'ordre du Roy
d'Espagne Philippes II . fit
lever le Siege de Paris en
1590. & celuy de Rouen deux
ans aprés. Il avoit épousé
Marie de Portugal , Fille d'Edouard
, fixiéme Fils d'Emanuel
, & il en cur Rainuce
GALANT. 113
Farnefe , Duc de Parme , qui
fut Pere d'Odoart Farnefe ,
auffi Duc de Parme. Celuy- cy
époufa Marguerite de Medi
cis , & mourut en 1646. laiffant
Rainuce Farnefe II de co
nom , né le 17. Septembre
1630. L'Etat de ce Duc eft
entre le Milanez , l'Etat de
Modene & la Republique de
Gennes , & comprend , outre
le Duché de Parme , celuy de
Plaifance , l'Etat de Buffeto ,
& celuy que l'on appelle , Val
di Taro.
Vous aurez peut - eftre oüy
parler d'un Prodige , qui fait
Aouft 1692 .
K
114 MERCURE
grand bruit à Lyon . La Lettre
qui fuit vous en apprendra
les circonstances . Je ne change
rien aux termes , afin
que
chacun faffe là deffus les rai
fonnemens qu'il luy plaira.
A Lyon le 31. Juillet 1692 .
E S. de ce mois , un Artis
Lfan de cette Ville qui ven.
doit du vin pour un Bourgeois ,
ayant efté attiré dans fa cave
par des gens qui feignoient de
vouloir en acheter , y fut affaffiné
avec fa femme , qui y eftoit def
cendue pour luy éclairer. Aprés
cet affaffinat , on leur vola cinq
GALANT
115
cen
francs dans la boutique qui
leur fervoit de Chambre.
Un jeune homme de Dauphi
né qui vendoit du vin dans le
mefme quartier , épouvanté de ce
double meurtre , & voyant que
toutes les diligenees que les Officiers
deFuftice avoient faites pour
en découvrir les Auteurs , avoient
efté inutiles , leur dit qu'il avoit
un Voifin à la Campagne qui
cherchant des eaux , & fe fervant
d'une baguette pour les trouver
, avoit découvert dans la
cave d'un cabaret , par le moyen
de cette mefme baguette , un corps
enfermé dans un tonneau , & que
Kij
116 MERCURE
cette premiere découverte l'ayant
engagé à d'autres épreuves , il
avoit reconnu quefa baguette remuoit
fur le lieu où des Criminels
avoient paffé , avec la mefme
agitation que fur les rameaux ,
les écoulemens des fontaines ,
dont il cherchoit les fources. Il
en cita mefme plufieurs exemples
aufquels on témoigna arvoir d'autant
moins de creance qu'il ne
Leroit pas permis en Justice d'y
faire aucun fondement . Cependant
il ne fe rebutta point , & il
fit venir cet homme , qui eft un
Payfan âgé de trente ans . Ce
Payfan affeura qu'une femme de
GALANT. 117
fon voisinage ayant este aſſaſſinée
& portée àplus de deux mille
pas defa maifon , où en l'avoit
le
par
enterrée , il avoit découvert
mouvement de fa baguette , le
lieu oùfon corps avoit efté mis ,
& trouvé celuy qui avoit
commis l'affaffinat . Sur cette af-
Seurance on crut qu'on ne rif
quoit rien en le conduifant dans
la cave où l'Artifan & fa
femme avoient efté tuez depuis
peu de jours. On luy donna du
premier bois qu'on trouva , & il
commença à poser fa baguette
dans le fonds de cette cave , où
elle ne fit aucun mouvement que
118 MERCURE
fur le lieu où l'Artifan avoit efte
affaffiné. On s'apperçut d'abord
non-feulement d'une agitation
extraordinaire de la Baguette ,
mais que cet homme pålit &
tomba en fueur , ce qui redoubla
quand il s'avança jufqu'à la pla
ce où le meurtre de la Femme
avoit estéfait. On le laiffa fuivre
le mouvement de fa Baguette
qui le conduifit directement à la
boutique où les Affaffins avoient
fait le vol des cinq cens francs ,,
de la jufqu'à la porte du Pont
du Rhône. Elle eftoit fermée parce
qu'on n'avoit voulu faire cette
épreuve que la nuit , ce qui fute
GALANT. 119
que
caufe que l'on attendit jufqu'au
lendemain qu'elle fut ouverte.
Le Payfan trouva que les Criminels
avoient paßéle Pont ,
pour n'entrer pas dans le Fauxbourg
ils avoient évité les Illes
quifont le long de cette Riviere ,
& qu'ils eftoient néanmoins entrez
dans la maison d'un Fardinier.
Il fuivit leur pifte jufqu'à
une lieuë de Lyon , toûjours fur
le bord du Rhône. On crut qu'il
voulcit donner le change en cet
endroit , & que fon fecret luy
manquant, il avoit envie de faire
croire que ces Affaffins avoient
pris quelque batteau pour defcen120
MERCURE
dre fur la riviere , afin de fe
difpenfer de lesfuivre plus avant.
Cependant comme il avoit indiqué
la maison du Jardinier
qu'il avoit mefme remarqué,fuivant
les mouvemens de fa Baguette
,la place où ils s'eftoient affis
dans cette maifon , on crut devoir
y aller pour s'en éclaircir.
Les Enfans du Jardinier ayant
déclaré que des hommes inconnus
eftoient entrez dans leur maison
en l'abfence de leur Pere , le Dimanche
au matin qui estoit le
lendemain de l'affaffinat , on commença
à eftre perfuadé que cet
homme ne vouloit pas impofer.
Toutefois
GALANT 121
Toutefois avant que l'envoyer
plus loin , on crut qu'il eftoit à
propos de faire une experience
plus particuliere de fon fecret ,
pour cela , comme on avoit
trouvé la ferpe dont les Meurtriers
s'efloient fervis , on fic
plufieurs autres ferpes de la même
grandeur , & on les porta
dans un Fardin où elles furent
enfouies en terre , en prefence de
Ml'Intendant , fans que cer
homme les vift . On le fit pafferfur
toutes avecfa Baguette, & elle
tourna feulement fur celle done
l'on s'eftoit fervy pour le meurtre.
On luy banda les yeux , aprés
Aouft 1692 . L
122 MERCURE
quoy on cacha ces méfmes ferpes
dans l'herbe , & on le mena au
lieu où elles eftoient. La Baguettefit
toujours fes mouvemens
fur la mefme ferpe fans remuer
fur les autres.
Aprés cette experience , on luy
donna un Commis du Greffe #
des Archers à qui l'on remit une
Commiffion pour arréter ceux
dont les Enfans du Jardinier
avoient fait leportrait . On luy
choifit un batteau , & il fuivit
tous les bords du Rofne ,fa Baguette
le conduifant fans manquer
dans toutes les maifons &
dans tous les Cabarets où les trois
GALANT. 123
Affaffins avoient efté. Il marquoit
la table où ils avoient mangé,
les bancs où ils s'eftoient affis.
les lits où ils avoient couché.
fans jamais prendre le change ,
& les ayant ainfifuivis jufques
à Beaucaire , qui eft à quarante
lieues de Lyon , il trouva par fa
Baguette qu'ils s'eftoient feparez
en y entrant. Il s'attacha àla
pourfuitte de celuy dont les traces
excitoient plus de mouve
mens àfa Baguette. Ille fuivit;
on le trouva, & on l'arréta. Get
homme foutint , qu'il venoit de
Toulon d'où il eft originaire , &
nia qu'il eut efté à Lyon. On le
L. ij
124 MERCURE
conduifit fur la route où il avoit
paffé en defcendant de Lyon à
Beaucaire , & ayant efté reconnu
dans tontes les maisons où il
s'eftoit arrefté , il avoia qu'il
avoit bû, & couché avec les
Complices , generalment
dans
tous les lieux
que
la
Baguette
les
avoir indiquez, ayant efté
interrogé à Lyon dans les formes,
il declara qu'il avoit efté prefent
à l'affaffinat & au vol, que
deux Complices qu'il nomma
avoient tué , l'un le Mary &
Pautre la Femme. On a renvoyé
ce Payfan avec la mesme
escorte à la recherche des autres
Alfaffins.
GALANT. 125
On ajoûtera icy en faveur des
Curieux qui voudront rechercher
la caufe de ce Prodige , que ce
Payfan fouffre cruellement ,
lors qu'il eft fur le lieu du Meurtre
, ou qu'il touche le Criminel;
qu'il tombe en fueur , que fon
poulx dont le mouvement ne
feauroit estre affecté , s'eleve avec
plus d'impetuofité que dans une
févre double continue , qu'il ne
demeureroit pas l'espace d'un
Miferere danscette approche ,fans
s'évanouir , & qu'à quatre ou
cinq pas de- là il ne fent aucune
agitation ; que cet homme est né
la nuit du 7. au 8. de Septembre
Liij
126 MERCURE
de l'année 1662. entre minuit &
une heure , que fa vertu n'eſt
point attachée à fa Baguette ,&
qu'elle n'eft point de celles que
les Anciens appellent conftellée's
puifque tous les bois luy font également
bons & qu'il n'en a
`aucun d'affectes que fa Baguette
ne fait aucun mouvement en
d'autres mains que les fiennes ;
qu'on ne croit pas que
vement excité fur le paffage du
Criminel fur le lieu du Crime
foit plus furnaturel & plus difficile
à expliquer , que celuy qu'on
apperçoit enfuivant les rameaux:
d'une fource , qui quelquefois a
le
mouGALANT.
127
plus de fept on buit toifes de profondeur
, ou fur les veines d'une
mine , ou fur de l'argent monnoyé
cachés lequel eftantfeparé de
la mine ,femble devoir bien moins
exciter l'agitation an dehors ,
que le metal qui eft encore dans
la terre , dont les emiffions
font inceffamment attirées par la
chaleur du Soleil.
Le Curé de cet homme attefte
qu'il eft fort bon Catholique ,
qu'un homme de qualité de fon
apifinage a le mefme don , quoy
qu'il ne s'en ferve pas. Nous
avons auffi dans ce Canton un
Ecclefiaftique qui découvre avec
L
iiij
128 MERCURE
la mefme Baguette dont ilfeferr
pour les fources , l'endroit où font
arreftez les corps de ceux qui fe
font noyez , quelque éloignement
qu'il y ait du lieu du naufrage
& quelque profonde que
foit la Riviere où ils ont efté entrainez.
Le 8. de ce mois , le Pere
Bailly , Provincial des Barnabites
, eut l'honneur de faluër
Sa Majesté à fon retour d'Italie
, où il eftoit allé pour affifter
au Chapitre general de
tout l'Ordre , qui fe tenoit à
Milan . Il rendit compte au
GALANT. 129
Roy de ce qu'il y avoit fait
en faveur de la Nation Françoife.
Sa Majefté fut fort farisfaite
de fa conduite , & luy
promit fa protection , pour
tous les Barnabites François .
M ' l'Archevefque de Paris qui
l'avoit prefenté au Roy fit fon
Eloge en peu de mots , en difant
que fon feul merite l'avoit
élevé aux premieres Charges
de fon Ordre . Il est proche.
Parent de M ' Dacquin , premier
Medecin de Sa Majesté,
& a prêché dans les premic-
Les Chaires du Royaume .
M' le Coq, Avocat au Bail150
MERCURE
liage & Siege Prefidial de
Caën , Docteur aggregé par
la nomination du Roy dans
les Facultez des Droits de l'Uverfité
de la mefme Ville,
ayant reprefenté que la Chaire
de Docteur & Profeffeur
Royal de Droit Françoisen la
mefme Univerfité
, eftoit vacante
par la mort de M' le
Courtois , arrivée le 7. Avril
dernier , le Roy , informé de
fon merite , a bien voulu la
luy accorder fur le témoignage
des Avocats Generaux
du Parlement de Roüen , qui
favoient nommé pour cette
GALANT . IZI
Chaire , avec le Doyen des
Avocats du Prefidial de Caën ,
& le Sous- Doyen des Docteurs
aggregez. Les Lettres
patentes qu'il a obtenuës du
Roy , du 17. de May , ont
efté enfuite enregistrées dans
le mefme Parlement .
Vous vous fouvenez Madame
, que feu Monfieur le
Prince de Conty . que fon
grand coeur n'a jamais laiffé
oifif , eftant allé chercher la
guerre en Hongrie , fe trouva
dans l'Armée de l'Empereur
quand elle prit Neuhaufel.
Un de fes Gentilshommes
luy
132 MERCURE
amena quatre petites Turques
qui s'eftoient trouvées envelopées
dans le faccagement de
la Ville , & entre lefquelles
eftoit la Fille du Gouverneur
de la Place , nommé Ibrahim,
qui eftoit mort quelque temps
avant le Siege , auffi - bien que
fa Mere appellée Telimé . Ce
Prince qui n'avoit pas moins
de pieté que de valeur , në le
contenta pas de fauver la vic
à ces jeunes Perfonnes , il voulut
encore contribuer à leur
falur, en les donnant àMadame
la Princeffe de Conty , fon
Epoufe, pour les faire inftrui
GALANT. 133
re & baptifer , ce qu'elle fit
avec beaucoup de zele & de
liberalité . Ces jeunes plantes
onr efté fi bien cultivées par
cette illuftre Princeffe, que de
ces quatre Filles l'une eft Carmelite,
& deux autres ont eſté
mifes dans des Communau
tez. La quatrième , appellée
Julie , ayant plus de difpofition
pout la Cour , a toujours
demeuré depuis auprés de fa
Bienfaictrice , qui l'honoroit
d'une bonté de diftinction ,.
& qui fongcoit à luy affurer
un établi femenr confiderable
dans le monde ; mais
134 MERCURE
cette jeune Perfonne , qui
depuis deux ans gardoit
dans fon fein l'envie de fe
confacrer à Dieu , fupplia
il y a trois mois Madame la
Princeffe de Conty, Doüairiere
, de luy permettre de ne
point l'accompagner auVoyage
de Namur , & de trouver
bon qu'elle fe retiraft jufqu'à
fon retour, dans l'Abbaye des
Chanoineffes de Sainte Geneviéve
de Challiot , où elle
avoit quelque connoiffance ,
ce qui luy ayant efté accordé,
elle fe trouva fi édifiée de la
pieté de ces Religieufes , & f
GALANT. 135
rouchée de la tendreffe toute
maternelle avec laquelle l'Abbeffe
fe devoue toute entiere
à ce qui regarde fa Communauté
, qu'elle n'a point voulu
en fortir , eftant vivement
perfuadée que Dieu l'appellois
dans cette Maifon Religieufe.
Madame la Princeffe de
Conty,pour continuer fes charirables
bontez jufqu'à la fin ,
aprés avoir fait éprouver la
vocation de cette Fille , luy
donna le Voile de la Religion
le Mardy 19. de ce mois , accompagnée
de Mefdames les
Princeffes de Liflebonne & de
136 MERCURE
l'Epinoy, & de plufieurs autres
perfonnes d'un haut rang. Ily
avoit une grande affemblée de
Peuple , & tout le monde fut
charmé de la vivacité avec laquelle
cette Princeffe s'acquitta
de cette ceremonic. M' Macé
, Chefcier Curé de Sainte
Opportune, qui avoit eſté prié
de prêcher à cette vêture , fit
un Difcours plein de la pieté
& de l'éloquence qui luy fonc
ordinaires , & fit connoiftre
la multitude des mifericordes
de Dieu , à l'égard de cette
Turque , qui d Infidelle & de
Captive, devenoit l'Epoufe de
GALANT. 137
Jefus-Chrift.Des éloges courts
& brillans de feu Monfieur le
Prince de Conty , & de Madame
la Princeffe Dcüairiere , y
furent meflez avec art , & des
defcriptions délicates du mõde
& de la Cour en diverfifierent
les agremens , & luy attirerent
les louanges des Princeffes
, & les applaudiffemens
d'une nombreufe Aflemblée .
La cérémonie eftant achevée ,
Madame la Princeffe de Conty
vifita la Maiſon & le jardin ,
trouva enfuite dans le
Refectoire une magnifique
Collation en ambigu . Elle for
Aouſt 1692 .
&
Me
138 MERCURE
tit extrêmement fatisfaite de
l'Abbeffe, & de toute la Communauté
, & retourna à Verfailles
fur les fix heures du foir,
aprés avoir fait l'honneur à la
nouvelle Religieufe de l'embraffer,
& luy avoir dit beaucoup
de chofes en maniere
d'exhortation , fur l'eftat de
vie qu'elle avoit choiſi.
Comme rien ne vous plaiſt
tant que ce qui fe dit à la
louange du Roy , je ne dois
pas oublier à vous faire part
de l'éloge de cet Augufte
Monarque , que le Pere Michel
de Saint André Parifien,,
GALANT. 139
•
2
Superieur des Carmes de la
Ville d'Hennebon
, cur l'adrefse
de mêler dans le Sermon
qu'il prêcha le 15, de ce
mois , Fefte de l'Affomption
,
en l'Eglife de Nôtre- Dame de
la mefme Ville . S'il n'eft pas
entierement dans les mefmes
termes qu'il fut prononcé ,
vous n'en devez pas eſtre furprife
, puis qu'il a efté retenu
de memoire , fans que ce Pere
ait voulu communiquer
fa copic.
Aprés qu'il eut fair remarquer
dans la fainte Vierge
deux fortes de plenitudes
, qui
firent le fujetde fesdeux points
Meij
140 MERCURE
une plenitude de Sainteté &
une plenitude de Gloire , il fimix
à peu- prés par ces paroles.
Tout ce que jay dit , Meffieurs,
de la plenitude
de gloire , que
Marie s'eft acquife par tani de
merites
, ne fert- il pas à prouver
fa Refurrection
anticipée fon
Affomption
en corps & en ame
dans le Ciel , fa gloire , fon bonheur
,fa fainteté & fes graces?
Quelques efforts que
ques ayent fait defiecle en fiecle,
pour luy ravir l'honneur qui luy
est dû , il s'est toujours trouvé
par une fpeciale Providence
, de
vrais Devots de Marie , qui fe
les HeretiGALANT.
141
font oppofez à ces fortes de miniftres
de Satan. Noftre Siecle ,
Meffieurs, n'en auroit pas moins
fourny que les autres . Ileuft eflé
mefmeplusfecond en Heretiques,
parce qu'il eft plus confommé en
malice , & noftre France auroit
efté peut- eftre le lieu de leur origine
, fi les fages précautions du
plus puiffant Monarque de l'Europe
n'euffent prévenu ce malheur
par fa vigilance. Il falloit estre
Louis le Grand pour chaffer de
fon Royaume des Ennemis fi domestiques
, il falloit eftre Dieudonné
pour imprimer dans tous les
coeurs une devotion fi religieufe ;
142 MERCURE
de
re
il n'appartenoit qu'à Louis XIV.
revoquer un Edit, qui ne favorifoit
pas moins les Heretiques
qu'il préjudicioit aux Catholiques.
Une entrepriſe de cette
importance , que fes Predeceffeurs
avoient mille & mille fois projettée
,fans avoirjamais ofé l'executer,
devoit eftre le fruit de
la pieté d'un Roy fi Chreftien.-
Parleray-je icy de ces Prêches
démolis , de ces villes forcées , de
ees Cabales diffipées ? Vous feray-
je faire reflexion fur le foin
qu'il prend des Nouveaux
Convertis ? D'un cofté vous
verrez des Mißionnaires difper
GALANT. 143
fe de toutes parts , de l'autre
des Congregations eftablies ; icy
des Penfions accordées , là des
Hôpitaux bastis .
Si je vous le reprefente aux
mains avec toute l'Europe , c'est
vous dire qu'il eft le Protecteur
de l'Innocence opprimée » le foûsien
de la Justice, & le Bouclier
de la Religion. Un Roy detrônê
par une intrigue de traistres , luy
met außi- tost la larme à l'oeil.
Un jeune Prince flottant fur
la Mer,fait le fujer de fa com.
paßions une Reine deguifée luy
tire les fanglots du coeur , & un
Peuplefous la conduite d'un hom
144 MERCURE
nulle
me qui n'a pour Loy que fon caprice
& pour Foy quefon ambition
, luy fait mettre par Mer
& par terre des Armées formidables
en Campagne , où il fe
trouve en perfonne , pour ranger
la caufe de Dieu ,fans que
confideration humaine puisse mo
derer l'ardeur qui le pouße.
En vain on luy fait entendre
que c'est expofer Jon Royaume
que d'expofer fa Perfonne facrée,
mille fois plus chere à l'Etat que
toutes chofes. Le temps pour partir
est fixé , la refolution en eft
prife. A peine fçaura - t- on la
nouvelle de fon depart , qu'on
apprendra
GALANT 145
apprendra fon arrivée à la teste
defes Troupes. La joye univerfelle
qu'elle y caufe , ne donne pas
moins de courage à fes Soldats ,
que de terreur à fesEnnemis.Iln'a
pas plutost mis pied à terre , qu'il
paße fon Armée en reveuë. Il
vifite les travaux › il aßigne
tous les postes , il va d'Efeadron
en Efcadron , aprés avoir paßé
de Ligne en Ligne , & pour estre
plus en état de donner les ordres
neceßaires , il ne craint point de
fe camper à la portée mesme du
Canon .
Ceferoit icy le lieu , Meſſieurs,
de vousfaire un détail de fa va-
Aouſt 1692. N
146 MERCURE
leur, de vous marquerfon intrepi
dité dans le Combat , fa conftance
à la Tranchéesfa vigilance à donner
l'Ordre , fa prévoyance à
prevenir les deffeins de fes Ennemis.
Je vous le reprefenterois infatigable
à tout entreprendre,
attentif a encourager les uns ›
recompenfer les autres moderé
dans la chaleur de l'action , &
fe poffedant toujours luy- mefme.
Vous le verriez prendre le foin
de toute fon Armée , fans dirainuer
celuy qu'il a de tout de fon
Royaume donner tout le temps
à fon Peuple , qu'il ne confacre
pas au fervice de fon Dieu , &
pas a
GALANT. 147
que fes plaifirs
pour vaquer
uniquement
à fes
me retrancher
que
affaires.
"Je fçay que le recit de tant
de merveilles
, quelque ample
qu'il fuft bien loin de vous
ennuyer , neferoit que vous édifier
, mais l'heure que je me fuis
preferite eftant déja prefquefinie .
me fait moderer la paffion que
J'aurois de vous en entretenir ,
malgré mon impuiffance à traiter
dignement un fujetfi relevé.
Fajouteray feulement
ne
notre
invincible Monarque qui n'a
pas moins herité de la pieté de fes
Ancefires, que de leur Royaumes
Nij
148 MERCURE
2YH02
feachant qu'un jour de l'Affomption
, Louis lefufte avoit confa
créfa perfonne & fes Etats à la
fainte Vierge , preferant l'honneur
de fa protection à toutes les
forces de fes Sujets dont la valeur
n'eftoit pas commune , ce
Prince pour ne point déroger à
l'ancienne Coutume , autorisée
par fes Predeceffeurs , de faire
cous les ans en chaque Ville de
se Royaume à pareil jour qu'aujourd'huy
une Proceffion folemnelle
, pour rendre hommage au
triomphe de Marie non content
d'avoir en faperfonne renouvellé
l'Offrande du Roy fon Pere
›
GALANT 149
vous invite par fon exemple à
offir le même facrifice » & vous
ordonne d'affter à cette Proceffion.
L'empreffement que vous
me témoignez à executer fes c
dres , m'oblige en finiffant ce Df
cours , de me profterner devant le
trône de Marie , pour reconnoitre
avec l'Eglife l'étenduë de fa
puißince dans le comble de fa
glore , où elle me paroist plus redoutable
qu'une Armée rangée en
Bataille , par la defaite entiere
defes Ennemis , tant des demons "
des Heretiques
.
que
C'eft Chrétiens, ce qui mefair
efperer que quelque liguez que
Niij
150 MERCURE
foient les nôtres , tous leurs efforts
s'évanouiront en fuméefous
Lappuy de cette puiffante Reine ,
qui n'est pas moins difpofée à nous
combler de graces , qu'à les remplir
de confufion . Faffe le Ciel
que vous # moy ,à l'exemple
de Louis le Grand , nous puiffions
nous les attirer en cette vie.
C'est le moyen d'eftre couronnez
en l'autre, de meriter la gloire
éternelle.
Les Peres Auguftins de
Poitiers ont celebré pendant
huit jours la folemnité
de faint Jean de Sahagun ,
Religieux de leur Ordre ,
GALANT R
canonifé par le Pape Alexan
dre VIII. Elle a eu tout l'éclat
poffible , & ils n'ont rien
épargné pour donner à cette
cérémonie toute la pompe
qu'elle pouvoit recevoir. Le
premier
jour , ils fortirent
en
Proceffion de leur Eglife , qui
eftoit magnifiquement parée ,
pour aller prendre Meffieurs
de faint Pierre dans la Cathedrale,
où ils entrerent au bruit
des Tambours & des Trompetres.
Aprés que l'on y cut
chanté un Motet , les Chanoines
les accompagnerent
dans leur Eglife , où ils retour-
Niiij
152 MERCURE
nerent dans le mefme ordre
qu'ils eftoient parcis M. l'E
vefque de Poitiers y officia
Pontificalement , & la Meſſe , .
& les Vefpres , auffi bien que
Je Salut , furent chantées par
une excellente Mufique de la
Cathedrale. Le fecond jour
ces Religieux firent la meſme
chofe pour les Chanoines de
l'Eglife Collegiale de fainte
Radegonde , & le troiſième,
pour ceux de Noftre Dame
la Grande. Les Carmes , les
Jacobins , & les Cordeliers y
vinrent officier les trois jours
fuivans , & ce furent les Au
GALANT.
153
guftins qui à leur tour firent
lOffice le feptiéme jour dans
leur propre Eglife . La Clô
ture de cette Octave , fe fit
par les Chanoines de faint
Hilaire , qu'ils allerent pren .
dre , & qui amenerent une
excellente Mufique , remplie
de tres- belles voix, & de plu
fieurs fortes d'inftrumens . Le
Te Deum fut chanté , aprés
que la Benediction cut efté
donnée , & le foir fur les fept
heures , tous les Religieux du
Convent , la Croix & la Banniere
en tefte , allerent mettre
le feu à un bucher qu'ils
:
$54 MERCURE
avoient fait élever au milieu
de la Place Royale , devant
leur Eglife. Il s'y fit plufieurs
décharges de Canon , & il s'y
trouva un concours de monde
extraordinaire .
Je vous envoye encore
quelques Vers fur la prise de
Namur , & commence par
ceux que vous m'avez demandez
. Je n'en connois point
l'Auteur , mais ils ont affez
plû à tous ceux qui les ont
lâs ,, pour meriter voftre curiofité
.
GALANT. 155
SUR LA PRISE
JOSYSD de Namur.
ezusitula
N Amur eftoit une Pucelle,
Dons on ne pouvoit approcher,
Son coeur auffi dur qu'un rocher
Nous lamontroit toujours rebelle,
Et jamais la cruelle'
Ne fe laiffa toucher.
LOFIS pourtantfe met en tefte
Cette glorieufe conquefte.
Il fait plus , il y réuſſit,
Et voicycomment il s'y prit.
Il part avec nombreufe efcorte
De gens à pied , gens à cheval,
En telle occafion gens qui ne font
mal, point
Et va Camper devant la
De la Belle, dont la fierté
potte
156 MERCURE
A jadis rebuté
Plus d'un Amant illuftre.
* Ce fut pour la gloire & le luftre
D'un autre plus illuftre Amant.
Cet Amini donc paroifi , & fait fon
compliment.
Namur, dit-il , Namur trop inhumaine
,
Depuis plus d'un an en fecret
Sans vouloir pour raison vous découvrir
ma peine ,
Je brûle d'un amour diſcret ;.
Mais je cede , il eft temps , à l'ardeur
qui me prefe.
Cedez à l'exemple de Mons.
Quinzejours comme vous Mons en
fi lesfaçons.
Cedez auffi comme elle à ma jufte
tendreffe.
Je ne veux , ny ne puis vous le diffimuler,
GALANT. 157
Matendre paffion l'emporte ,
Je viens vousconquerir , ou bien vous
enlever,
Fe
Sinon, mourir à votre porte.
Moure , dit Namur , que
porte ? s
mimne
veuxpoint auffi vous le celer.
Non , LOVIS, ceffe de pretendre
Que je veuille jamais à vos efforts
me rendre.
A ce deffein ne vous obftinez pas,
Vous avez du pouvoir, vous avez
des appas,
Mais j'ay toujours fieu me défendre.
LOVIS dans fa bouillante ardeur
Ne connoit rien de trop grand pour
fon coeur.
Plus , dit il , une Belle eft farouche
& Severe ,
Plus la Conquefte en eft & glorieuse
& chere.
158 MERCURE
En effet le defir
S'accroift par la défenfe ,
Et la plus doucejouiffance
Ne donne du plaifir
Qu'aprés la refiftance.
Il redouble fes foins &fon empressement,
Remplit tous les devoirs du plus parfait
Amant.
Tous les foirs une Serenade
Chaque matin une nouvelle Aubade
Sa violente paffion
Se fait voir en chaque action.
15
Il donne à tous momens quelque fenfible
marque
De l'ardeur de fes feux.
Namur s'émeut enfin , fe rend aux
tendres voeux
De cecharmant Monarque.
Elle s'enflame chaque jour
El triomphant de fa vertu mouvante,
GALANT! 159
Lovis remply d'une gloire écla
tante ,
Va recueillirles fruits de fon amour.
Ainfi cette Pucelle autrefois fifauvage
Cedant au bout de trente jours
A de fi preffantes amours ,
Perdit enfinfon pucelage.
Cela foit dit fans vous facher,
Namur, femblablefort autre que vous
regarde ,
Et s'il en eft encor quelqu'une qui le
garde,
C'eft celle que Louis ne daigne pas
toucher.
S
Trop indignes Rivaux de mon Augufte
Maistre ,
Par ces faits inouis , par cet illuſtre
effort ,
Apprenez à le mieux connoiftre.
160 MERCURE
·Le dernier coup qu'ilfrappe eft tonjours
le plus fort.
Sur la prife de Namur , aprés
la difgrace du Combat
Naval.
M
MARIGA L.
CIVA
Ars a vangé Louis du couroux
de Neptune
.
Namur eft foumis à fes loix
Et le dernier de fes exploits
Fait admirer par tout fa gloire &fa
fortune.
Naffau n'ofe au Combat expoſer fes
Guerriers ; L
Son efperance ne fe fonde
Que fur l'appuy des vents , &furla
for de l'onde,
GALANT 16
Qui produit des Roſeaux , & non
pas des Lauriers.
Le Sonnet que vous allez
lire , eft de Mademoiſelle de
Dommaigne de la Rochehüe.
AVIS AUX FLAMANS.
Ο
V'attendez- vous encor , Peuples
infortunez ,
Pour ecouer lejoug d'une impuiffante
Ligue ?
Si Guillaume en fecres a conduir ſon
intrigue ,
Il a forgé les fers qui vous ont cn--
chaînez
S
Fantde Princesjaloux , tantd'efprits
mutine
Opposent à LOVIS une tropfoibles
digue ;
Aouſt 1692.
162 MERCURE
En vain pour vousfauver onfollicites.
on brigue,
Tous à fuivre fon char vous etes
*
deftinez
2
Eft ce fur l'impoffible où vôtre efpoir
Jefonde?
Croyez- vous triompher du plusgrand
Roy du monde
Quifeul à l'Univers peut impoſer
la Loy ?
2
AprésMons & Namur quelle eft votre
efperance ?
Comptez vous fur Anvers , Oftende ,
& Charleroy ?
Ilfaut les voir tomber , ou conquerir
la France.
Je finis par un Ouvrage
dont M' Rouffelet , Principal
GALANT 163
du College de Noyon , eft
FAuteur. &
EPISTRE AU ROY .
Sur la prife des Ville &
Chafteau de Namur.
G
RAN D ROT , dont la valeur
& la rarefageffe
Font qu'à tous tes projets Dieu mefme
s'intereffe ,
Et qui fans l'égarer dans ton activité,
Es le plus beau Portrait de la Divinité
Tu reviens tout brillant des rayons
de la gloire ,
Qu'imprime encor Sur toy ta nouvelle
Victoire.
Le Chateau de Namur fur fon RoG
foudroyé,
Oij
164 MERCURE
Rend déja de ton nom l'Univers ef
frayé.
Aprés ce grand effort de tan Bras in
vincible .
Il voit qu'à ta valeur il n'eſt rien
d'impoffible,
Et quandil te plaira de luy donner
la Loy
Que la terre en tremblant ſe taira
devant
toy.
Comme un nüage épais où la Foudre
s'apprefte ,
Aux timides Mortels fait prévoir
la tempefte ,
Pour laiffer à Naffau le temps de refifter.
Ton courage t'a fait lentement te hâr
ter ,
Et ton Foudre de loin annonçant ta:
venuë ,
Avant que departir agrondé dans la
nuë.
GALANT. 165
En vainpour l'arrefter , la Sambreſur
fes bords
Foit ce Tyran jaloux faire tous fes
efforts.
Par tout où tu fournis ta brillante
carriere ,
On le voit , effrayé, reculer en arriere,
Et pourcombler enfin nosplus juftes
fouhaits ,
Comme un autre Pithon fuccomber
fous tes traits.
A ton afpectfatalfa rage infortunée
Luyfait fouffrir le fort du mal-hew
reux Pbinée.
Et devenant par tout immobile Rocher
,
Quandpourfe fignaler il veut t'al
ler chercher ,
El laiffe à ta valeurforcer tous les obftacles
,
Etdesplusgrands Herosfurpaffer les
miracles
66 MERCURE
Celuy qui commandoit qu'au rang de
fes Ayeux
On miftle Grand Alcide & leMaître
des Dieux ,
Qui vouloit qu'on luy cruft des vertus
fans pareilles ,
Quandpour reduire un Roc ilfit tant
de merveilles ,
Verroit en toy briller un courage
nouveau ,
D'avoir forcé Namur ,fon Roc &fon
Chasteau.
Bien mieux qu'à ce Heros ilfemble
que la gloire ,
Par tout où tu combas , attache la
Victoire.
Pour la feconde fois le Batave d'ef
froy ,
Ya, pourfuir ton coutoux , fe noyer
devant
toy.
Bien-toft enfremiffant , laperfide An
gleterre.
GALANT. 167
Verra tous fes Lauriers fletris de ton
Tonnerre ,
Et ne pouvant fouffrir ton éclat nompareil
,
L'Aigle perdra les yeux aux rayons
du Soleil.
De tes faits inouis , &ſurpriſe &
charmée ,
GRAND ROY, tu lafferas enfin la
Renommée.
Quoy-que pour mieux chanter on luy
donne cent voix ,
C'est peu pour celebrer ta Gloire &
tes Exploits.
Mais helas ! trop souvent dans ce
grand chec des armes ,
L'excés de ta valeur nous caufe des
alarmes.
On diroit qu'animant le coeur de tes
Guerriers ,
Tu voudrois de ton fang arrofer tes
Lauriers
168 MERCURE
Lors qu'on t'a veu braver la funefte
tempefte ,
De cent Foudres de Mars dreffez contre
ta Tefte
Dans leur jufte frayeur , tes fidelles
Sujets ,
Ont conjuré le Ciel de benir tes projets
;
Qu'eftant
duDieu vivant laplus brillante
Image ,
Hfecondat en tout l'effort de ton courage
,
Qu'il armast aufecours du plusgrand
des Humains ,
Defes Soldats ailez les invifibles
mains:
Le Ciel vient d'exaucer noftre juste
priere :
Tufors Victorieux d'une noble Carriere,
Le Chateau de Namur , fun Roc &
fes Rempars , Ties™
GALANT: 19
Tes travaux affidus , les fatigues de
Mars ,
Que couronne à la fin une illuftre
Victoire ,
Nefont que relever la ſplendeur de
ta gloire.
Il faudroit ramaffer , comptant ce que
tu vaux ,
Des Heros demy-Dieux les plus fa
meux travaux .
Plus fage que Cyrus , plus heureux
qu ' Alexandre ,
Plus vaillant que Cefar , tu peux tous
entreprendre ,
Et la Sambre & le Rhin à ton pouveirfoumis
,
Aux bords de l'Hellefpont aller planter
tes Lys.
Le Prince d'Orange a fait
batrre depuis peu une Medail-
Aoust 1692.
P
170 MERCURE
le, où eft d'un cofté le Portrait
du Roy , avec ces mots ,
Ludovicus Magnus.
Et de l'autre cofté , celuy de
ce Prince , & ces paroles ,
Guillelmus Maximus .
Mr Bourfaut , dont vous
connoiffez l'heureux talent , a
fait là deffus ce Madrigal.
L
OVIS eft Grand , c'est un fait
pofitif,
Dont l'Univers n'est pas en doute.
Guillaume par une autre route
Pretend de la Grandeur eftre au fuperlatif.
Ilfaut rendre justice au celebre Guil-
Laum e.
GALANT. 171
Il a de fon Beaupere ufurpé le
Royaume ,
Et commis des forfaits jnſqu'alors
inconnus.
Des plus cruels Tirans on luy voit
les maximes,
Et quand LOVIS eft Grand par de
grandes vertus ,
Si Guillaume eft Tres- Grand, c'est par
de tres-grands crimes .
Meffire Etienne Daurat ,
Doyen du Parlement de Paris ,
où il avoit efté reçu Confeiller
en 1641. mourut icy le 9. de
ce mois. C'eftoit un homme
fort éloquent, & qui rapportoit
fi bien une affaire , qu'on
fe faifoit un plaifir fingulier
Pij
172 MERCURE
de l'écouter. Jamais perfonne
n'a paru avoir tant de détachement
pour le monde . Lors
qu'il cut fçû qu'il ne pouvoit
réchaper de la maladie dont
il est mort , il ordonna luymeſme
que l'on fift fa biere ,
& fe la fit apporter . Il baifoit
auffi tous les jours le drap qui
luy devoit fervir de fuaire . Il
laiffe deux Filles . L'Ainéc
avoit époufé feu M. Turgot
de Soufmont , Maistre des
Requeftes , dont eft venu M ,
Turgot , auffi Maistre des Requeites
, Gendre de M ' le Pelletier
, Intendant des FinanGALANT.
173
ces. La Cadette a efté mariée
avec feu M Barberie de S.
Conteſt , Maistre des Requêtes
, dont le Fils eft Confeiller
au Parlement de Paris .
Meffire Jean le Boindre ,
Soufdoyen du Parlement , en
eft devenu le Doyen par cette
mort. Dame Renée Françoife
le Boindre la Fille , a épousé
Meffire Jacques le Vayer , S
de Salles , Maiſtre des Requêtes
, & Meffire Jean - François
le Boindre S ' du Grofchefnay
fon Fils , reçû Conſeiller en
1689. en la premiere Chambre
des Enqueftes , a pris alliance
Piij
174 MERCURE
avec Marguerite- Françoife-
Catherine Doujat , Niece de
Meffire Jean Doujat , à prefent
Soufdoyen au Parlement.
Meffire Claude le Doux ,
Baron de Melleville , Doyen
de la quatriéme des Enquêtes
, et monté à la Grand'
Chambre en la place de M
Daurat
M Bigot , Seigneur de
Montville , reçu en 1669.
Confeiller en la quatrième
Chambre des Enquestes du
Parlement de Paris , eft mort
dans le mefme temps . Il eftoit
Fils de Meffire Alexandre BiGALANT.
175
got , Prefident à Mortier au
Parlement de Rouen , où il a
laiffé un Fils Confeiller.
L'eftime & l'amitié que Madame
la Dauphine avoit pour
Mademoifelle de Belola , ont
fait que vous en avez fouvent
entendu parler. Cette Princelle
qui l'avoit choific préférablement
à toutes les Filles de la
plus grande qualité de Baviere
pour l'amener en France lors
qu'elle y vint en 1680. l'honoroit
de toute fa confiance , &
il n'y a perfonne qui ignore les
obligeantes marques qu'elle
en recevoit, Mademoiſelle
Piiij
176 MERCURE
ce
de Beffola , penetrée entiere
ment de douleur par la perte
de cette grande Princeffe ,
avoit fait depuis ce temps-là
une fi grande habitude avec
le chagrin , qu'il a efté en par
rie caufe de fa mort , arrivée
au commencement de
mois . Elle eftoit Fille de Jacques
, Baron de Beffola , de
Veronne & de Catherine ,
Marquise de Mafey'de Tren
te , dont les Familles font diftinguées
dans les lieux d'où
elles tirent leur origine. Le
Roy luy a donné des marques
de fa protection , meſme jufGALANT:
177
qu'aprés la mort , fi je puis
parler ainfi .
On a eu avis de l'Amerique
que M' le Chevalier de
Valbelle faint Symphorien ,
Capitaine d'un des Vaiffeaux
du Roy , y eftoit mort . Fl
eftoit Fils de Meffire Jean-
Baptifte de Valbelle Marquis
de Tourves , & d'Anne de
Vintimille , des Comtes de
Marfeifle . La Maiſon de Valbelle
defcend de Guillaume I.
de Valbelle , Iffu des anciens
Vicomtes de Marseille , qui
vivoit dans l'onzième fic
.cle.
178 MERCURE
Le 22. de ce mois , on fit un
Service folemnel dans l'Eglife
des Religieufes Angloiles du
Fauxbourg faint Antoine ,
pour M le Duc de Tyrconnell
. Les titres du Billet que
recurent ceux que l'on pria
d'affifter à cette ceremonie ,
cftoient , Tres - haut trespuiffant
Seigneur , Monfeigneur
Richard , Duc , Marquis &
Comte de Tyrconnell, Vicomte de
Baltinglaſſ, Baron de la Ville
de Talbot , Viceroy d'Irlande ,
Capitaine Lieutenant - General
de toutes les Forces de Sa
Majefté Britannique , ConfeilGALANT.
179
ler du tres honorable Confeil
des Royaumes d'Angleterre &
d'Irlande, Chevalier du tresnoble
Ordre de la Fartiere . M
l'Abbé Anfelme y prononça
l'Oraifon Funebre , & comme
la matiere eftoit belle , &l'Orateur
excellent, on ne peut douter
que le Panegyrique n'ait
cfé tres digne de l'attention
qu'on luy prêta . Vous jugez
bien qu'il n'oublia pas la fidelité
que l'on doit aux Souverains
, & qu'il employa les
traits les plus vifs pour élever
la gloire de ceux qui aux dépens
de leur fang & de leur
180 MERCURE
fortune mettent tous leurs
foins à s'acquitter d'un devoir
fi
indifpenfable .
Vous aurez fçu que Madame
la Ducheffe eft accouchéc
le 18. d'un Prince . La joye ne
doit pas feulement avoir cfté
grande parmy ceux que leur
intereft particulier portoit à
le fouhaitter , mais auffi par
tout le Royaume , puifque
la valeur eft tellement hereditaire
à tous ceux de cette
Maifon , qu'on peut dire , que
femblables à Hercule , ils font
paroiftre leur force & leur
courage dans le berceau . Ainfi
toute la France doit ſe réGALANT
joüir d'une naiffance qui luy
eft d'autant plus avantageufe ,
qu'elle peut fervir à multiplier
une race de Heros , dont
la valeur contrribue tous les
jours à fa gloire &à ſa défenſe.
Je vous envoye une Medaille
, qui a cfté frappée au fujet
de la Ligue , & qui fera un
monument eternel à la honte
des Princes qui y font entrez.
Ils ne l'ont faite que pour la
rendre publique. Cependant
le mauvais fuccés de leurs af
faires , fait tellement éclater
leurs pertes , que s'il leur étoit
poffible , ils devroient empê
182 MERCURE
"
cher qu'elle ne fuft veuë , au
lieu que tout nous engage à la
publier nous - mefmes , quoy
qu'elle foit faite contre nous ,
parce qu'il y va de nos avantages
, de pouvoir prouver à
la Pofterité une Ligue qui n'a
fervy qu'à nous donner de la
gloire , & à faire voir que
tant d'Alliez ont uny leurs
forces inutilement pour lá
deftruction de la France . Il y
a fur l'épaiffeur du contour
de la Medaille.
Ubi multa concilia , ibi falus .
Rien n'eft moins vray , que
de dire , que la multiplicité
GALANT 183
des confeils produit les heureux
fuccés. Ceux de la Ligue
font en grand nombre ; leurs
pertes le font de même .LeRoy
gouverne feul fes Victoires
font infinies . Ont - ils lieu de
dire aprés cette experience
,
Ubi multa concilia, ibi falus ? Si
cela a pû autrefois eftre veritable
, le genie du Roy fe trouve
aujourd'huyfi
fuperieur , qu'il
confond feul les confeils & les
forces de la multitude .
Le Dimanche 24. de ce
mois , M' l'Abbé de Louvois
foutint au College Mazarin,
des Thefes fur toute la Philo-
}
184 MERCURE
fophic. Il n'eft pas neceffaire
de vous dire que l'Affemblée
fut des plus illuftres
& des plus
nombreuſes
; le nom du Soutenant
vous l'apprend
affez .
Mais comme l'efprit
eft perfonnel
,& que la naiffance
ne le
donne
pas toujours
, vous pourriez
ignorer
de quelle
maniere
il s'eft acquitté
des longs
& penibles
exercices
de cette
journée
. Ainfi je vous diray
avec toute la fincerité
poffible
, que non feulement
ce
jeune Abbé a répondu
à tout
ce que l'on pouvoit
attendre
de luy dans une pareille
occa
GALANT. 18
fiontouchanr les matieres
dont il s'agiffoit , mais qu'il
a fait voir qu'elles l'embaraffoient
peu , & que lors qu'il
feroit queftion d'en approfon
dir de plus importantes, il n'y
en avoit point de fi difficiles
dont la vivacité de fon efprit
ne luy fift fans peine penetrer
la profondeur . Ces The
fes eftant dédiées au Roy , on
n'a point voulu épargner la
dépenfe pour faire quelque
choſe de grand & de beau , &
pour y contribuer , l'on s'eft
fervy de tout ce qu'il y avoit
de plus fameux dans les Arts.
Aoust 1692.
186 MERCURE
Feu M de Louvois avoit donné
le fujet qu'il vouloit qui fût
reprefenté; fçavoir, Tous contre
un , un feul contre tous . C'eſt
fur cela que M Mignard
a travaillé , & voicy ce qu'il
a imaginé pour le Tableau de
la Thefe . Le Roy qui en eft la
principale figure & le Heros,
y paroift au milieu , avec un
cafque orné de plumes fur la
tefte , & commandant à la
France . Elle marche fierement
aux Ennemis dont elle eft environnée
. On luy voit tenir
l'épée d'une main , & un Bouclier
de l'autre, le cafque en
GALANT. 187
tefte ,avec un corps de cuiraffe
, & les bras retrouffez jufques
au coude. Il y a deux
Enfans qui l'accompagnent
.
L'un tient le Collier de l'Ordre
, & l'autre le Sceptre avec
la main de Juftice . Au - deffus
de la figure du Roy , la Religion
eft reprefentée fur des
nuages, priant le Pere Eternel,
& montrant celuy pour qui
elle prie. Sur le mefme plan,
à la gauche de la figure de Sa
Majefté , on découvre l'Envie
renverfée par terre , & appuyée
fur des Livres . Ses cheveux
épars & heriffez marquent fa
Qij
188 MERCURE
colere. Elle tient un flambeau
à la main , & le porte à la
veuë du Roy , faifant connoilà
le deffein qu'elle a
ftre
par
de
fe
révolter
. Derriere
elle
eft
un
Officier
qui
défigne
l'Angleterre
. Il
a
l'épée
à la
main
, &
tient
un
Bouclier
de
l'autre
. Il
eft
en
attirude
de
vouloir
atraquer
la
France
,
à
laquelle
une
autre
Figure
qui
cft
auprés
de
cet
Officier
, &
qui
reprefente
la
Baviere
, allonge
un
coup
d'une
demypique
.
Derriere
cft
un
Savoyard
en
groupe
, ayant
l'épée
à
la
main
,
ainſi
que
le
GALANT. 189
Brandebourg , qui a le vifage
d'un fier Allemand . L'Efpagnol
eft derriere , & ſa mouftache
relevée le fait diftinguer.
L'Empire eft repreſenté au
milieu , par un Officier à cheval
qui tient l'épée haute .
Il eft fuivy de plufieurs Cavaliers
des Princes de l'Empire
, & de quantité de gens de
pied , Allemans & Hollandois.
Toutes ces Figures font
connoiftre ce qu'elles reprefentent
par les armes gravées
dans leurs Etendards. Le bas
de la Thefe eft d'une Architecture
ruftique qui fait voir
190 MERCURE
le portique d'un Arſenal . Du
milieu de la porte Bellone fort
en furie , la demy- pique à la
main , & fon Bouclier de l'autre.
Elle a tout fon corps armé,
& le cafque en tefte , &
l'on remarque à fon attitude
qu'elle eft prefte d'allumer le
feu par tout . Des Enfans reprefentent
les Arts fur le devant
, où l'on voit les Inftrumens
des Sciencés , un grand
Globe, des Compas, des Regles,
avec tout ce qui convient
à la Geometric , aux Mathematiques
, à la Poëfie , Peinture
, Sculpture , Architecture ,
GALANT . 191
Mufique , orné de branches
d'Olive & de Lauriers . Un des
Enfans affis fur les degrez du
Portique , pleure appuyé fur
un grand livre , & un autre en
fe haftant de courir au devant
de Bellone , fait affez connoître
qu'il veut l'arrefter . Au
deffus de la porte eft une maniere
de Cartel en ovale , entouré
d'un fefton de Laurier ,
dans lequel on lit , en gros,caracteres
, LUDOVICO
MAGNO . Aux deux côtez
de l'ovale font reliez deux
grands Feftons de feuilles de
Chefne , qui vont s'attacher
192 MERCURE
aux Pilaftres ruftiques qui font
les deux jambages & l'ornement
de la porte. Il y a fur ces
Feftons deux grands Volu
mes qui paroiffent avoir efté
roulez , & fur lesquels font
écrites les Pofitions à la ma
niere des Anciens;penſée nouvelle
dans noftre temps. Toute
la compofition eft conduite
fagement , & n'a aucun
embarras , toutes les figures
eftant fort bien détachées ,
en forte que le haut & le bas
ne font qu'un Tableau , qui
de luy mefme eft auffi nouveau
que riche. Le Roy qui
fe
GALANT: 193
connoift
parfaitement en
beaux Ouvrages , receut cette
Theſe comme elle le merite ,
& la fit attacher dans fa cham
bre avant qu'elle fuft publique
, afin que ceux qui témoignoient
de l'empreffement
pour le plaifir de la voir,
puffent fatisfaire leur curiofité.
Toute la Cour én a felicité
M' Mignard . Ceux qui
en fouhaitteront une defcription
plus étenduë , la trouveront
dans un excellent Poëme
Latin, que M' Rollin ,
Profeffeur Royal d'éloquence,
afait fur la même Thefe, &
Aouft 1692.
R
194 MERCURE
qu'il addreffe à Mr l'Abbé de
Louvois. Mr Bofquillon , de
l'Academic de Soiffons , l'a
traduit en Vers François avec
tous les agrémens qui accom
pagnent la belle Poëfic.
Aprés avoir donné dans un
Volume de la Relation du
Combat de Stein Kerke ,
où routes les particularitez en
font contenuës , un Eloge de
feu Mle Prince de Turenne,
je croy vous en devoir envoyer
un plus étendu , tiré
d'une Lettre de M' Bonnet de
la Chaffenitte , Avocat au Parlement
, écrite à un de fes
-
GALANT
195
Amis de Province. Je laiffe
quelques circonstances du
Combat qui luy fervent de
Prelude , pour venir à cet
Eloge , qui eft conceu en ces
termes.
Mle Prince de Turenne ;
aprés s'eftre diftingué d'une maniere
digne de fon nom & de ſa
naiſſance , avoir veu tuer fon
Gentilhomme à fes coftez, démonter
fon Ecuyer , bleſſer fon
Sous - Ecuyer , fut ble ẞe mortellement
luy- mefme d'un coup de
Moufquet , dont il mourut le lendemain.
Franchement , Monfieur,
c'est ce qu'on peut appeller
Rij
196 MERCURE
une perte , non feulement pour fa
Maiſon, & pour fes Amis , mais
pour PEtat. Il n'avoit que vingt-
Sept ans , & s'eftoit trouvé depuis
qu'il eftoit en âge de porter
dans toutes les occa-
Les
armes
J
fions de l'Europe , où il y avoit
en de la gloire à acquerir.
Il fervit d'abord trois ou quatre
ans en France avec diſtinction
à la tefte de fon Regiment. Il alla
aprés en Hongrie, & de là chez
les Venitiens. La Bataille de
Gran , où il fe fignala extrémement
, luy acquit beaucoup de
réputation. Il paffa enfuite dans
l'Armée des Venitiens , où aprés
GALANT. 197
•
mille preuves d'une valeur extraordinaire
, cette fage Republique
luy donna plufieurs fois
des marques de fon eftime, & luy
fit desprefens confiderables , entre
lefquels eft une épée enrichie
de Diamans , qu'elle luy donnoit
pour s'en fervir à la tefte de for
Armée , fi la moderation de ce
jeune Prince ne luy en cuſt fait
refufer le commandement.
Mais cemme il ne refpiroit que
pour le fervice de Sa Majesté, il
cut une joye incroyable de revenir
en France , & donna , foit
en Piémont , foit en Allemagnes
foit en Flandre , dans toutes les
Riij
198 MERCURE
rencontres où il fe trouva ( & où
e fe trouva- t- il point ? ) des marques
d'un grand courage. Mons,
Leuze , Namur , Stein- Kerke ,
l'ont veu affronter les plus grands
perils & fion peut luy reprocher
quelque chofe , c'est d'avoir recherche
la gloire avec trop d'ardeur
, trop prodigué des jours
fi précieux à toute la France .
En verité , Monfieur , c'est
grand dommage que le fort ait
fi toft terminé une vie fi belle
fi glorieuse. La Parque ne
devroit - elle pas respecter des
hommes de ce caractere ? S'ily
a une fin , s'il faut que tout
GALANT. 199
aboutiſſe au tombeau , cette Loy
ne devroit regarder que les hommes
communs. Ce Prince eft mort,
me direZ- vous , dans le lit d'honneur
; il est vray , mais il y eft
mort trop jeune . Les deftins , be--
las ! n'ontfait que le montrer à la
terre. Peut- eftre la France euftelle
efté trop heureufe , fi le Ciel
luy eust confervé ce jeune Heros.
Si la mort , cette impitoyable qui
n'épargne perfonne , avoit à le
traiter comme feu Monfieur de
Turenne fon Oncle , des vertus
duquel il avoit berité, auffi bien
que du nom , elle devoit du moins
attendre qu'il en cuft l'âge , &
Rij
200 MERCURE
luy donner comme à ce grand
Capitaine , le temps de meriter la
Sepulture de nos Rois . Sans dou
te qu'elle s'y eft mépriſe. A voir
fes belles actions , ¿ fes
differentes campagnes , à compter
Le nombre de fes Exploits , elle l'a
crú beaucoup plus âgé qu'il n'étoit
: Dum numerat palmas ,
credidit effe fenem . Il ne pouroit
à la verité enfi peu de temps
faire de plus grandes chofes ,
fa carriere qui pouvoit eftre plus
longue , ne pouvoit eftre plus
glorieufe. Il a marché à pas de
Geant dans lefentier de la gloire ,
a faitfervir tous les momens
A
GALANT. 201
de fa vie à meriter cette immorta
lité , aprés laquelle tous les grands
hommes ont foupiré. Son attente
ne fera pas vaine ; il la poffedera
cette immortalité. La gloire
de fon nom ne finira jamais , fa
memoire durera autant
Siécles ; & tant qu'il y aura de
la vertu , & de la valeur fur la
terre , Monfieur le Prince de Turenne
fera eftimé , admiré , res
gretté.
que
les
Je ne vous dis rien de fes autres
vertus elles répondoient à
fes vertus militaires . Il avoit
une penetration , & un difcerne
& fçavoit ment admirable
ce qu'il y a de plus exquis & de
202 MERCURE
plus délicat dans les Sciences?
Il parloit de tout avec une prefence
d'efprit , une jufteffe qui
Surprenoient. Jamais Officier ne
fu mieux le détail d'un Siege ,
ou le recit d'une Bataille , mais
il executoit encore mieux ces chofes-
là , qu'il n'en parloit . Cc Prin–
ce eftoit doux , affable , honnefte,
d'une modestie à ne pouvoir
fouffrir les moindres louanges.
Enfin de quelque côté qu'on le
confidere , il ne luy manquoit rien
de toutes les qualitez qui peuvent
former un grand Capitaine
Monfieur le Prince de Turenne
eftoit forti , comme vous fçaGALANT..
203
cette
vez , Monfieur , d'une Maifon
Souveraine
de la Maifon
de Bouillon qui tient par fes alliances
aux plus illuftres Maifons
de l'Europe. Il s'eftoit allié
depuis peu avec la Maifon de
Vantadour, l'une des plus illuftres
des plus anciennes du
Royaume. Mais belas
derniere alliance n'a guere duré.
Les noeuds en ont bien- toft efté
rompus , la douleur qu'en a
la Maifon de Vantadour durera
autant que le fouvenir de la perte
qu'elle vient de faire. Que puisje
vous dire encore , finon qu'il eft
univerfellement
regretté de tout
204 MERCURE
le monde ? mais ce qui fait le
comble de fa gloire , le Roy pour
qui il avoit toûjours eu un Zele
tres ardent , e un attachement
inviolable , a témoigné de la douleur
de fa perte , & en a parlé
plufieurs fois avec éloge . Jeſuis
Monfieur , c.
Il y a peu de Noms plus
connus parmy les Sçavans
que celuy de feu M'Defcartes
Ily en a beaucoup qui
ont fait du bruit dans le mondc
par leurs Ouvrages , & qui
n'ont pas merité pour cela
que l'on écrivift leur vie.Celle
de Mr Deſcartes a cfté im
GALANT 205
primée in quarto , & le fuecez
en a cfté fi grand que le mefme
Autheur la vient de faire
en abregé pour la commodi- ` .
té du public, qui l'a ſouhaitté.
Il ne s'eft pas contenté de
fuivre dans cet Abregé l'ordre
qu'il s'eftoit preferit dans
l'in quarto , & d'en obferver
l'oeconomie dans la mefme
divifion des Livres , & des
Chapitres ; il s'eft encore affujetty
autant qu'il l'a pû à ne
le compofer que des mefmes
expreffions , afin qu'on y puſt
retrouver la vie de M' Defcartes
toute entiere , mais en
206 MERCURE
petit , comme une Miniature
reprefente un Portrait qui fe
trouve ailleurs dans un grand
Tableau . Ce font les mefmes
termes dont l'Auteur s'eft fervy
en parlant de l'Abregé de
la Vie de ce grand homme.Ce
Livre fe trouve chez le Sicur
de Luynes , Libraire au Palais
à la Juſtice auffi bien que
l'Estat de la France qui fe debite
depuis quelques jours . Je
ne vous l'annonce point comme
un Ouvrage qu'on puiffe
dire nouveau , & cependant
l'Eftat de la France que l'on
vient de mettre au jour , n'eft
GALANT: 207
rien moins que vieux. Il
Le réimprime tous les deux
ans , & l'on en a déja fait dixfept
Editions , c'est ce qui
fait qu'il n'eft pas nouveau.
Il n'y a point d'Edition qui ne
foit beaucoup augmentée , &
c'est ce qui fait qu'il n'eft pas
vieux. Ainfi ceux qui achepteront
la dernere edition , feront
feurs d'y trouver beaucoup
de chofes curieuſes ;
qu'ils ont jufques icy igno
rées. Il feroit mal - aifé de dire
où il les trouveront, puif
que ce n'eft point une aug.
mentation qui foit à la fin du
208 MERCURE
Livre , & qu'elle eft répandue
prefque dans toutes les pages.
LaVeuve du ficur duVal,qui
demeure fur le quay de l'Hor
loge du Palais , au Grand
Louis , debite une Carte des
dix-fept Provinces des Pays-
Bas par leP. Placide, Auguftin
Déchauffé , Geographe ordinaire
du Roy. Elle eft d'une
feuille fort exacte & fort ample
, & neantmoins d'une
grande netteté. Tous les
Noms des Provinces y font
diſpoſez de maniere qu'on les
diftingue du premier regard.
GALANT: 209
Les Forefts , les
Montagnes ,
les Marais & les Canaux s'y
voyentauffi
fort aifément. La
multitude des Canaux de plufieurs
Provinces , dont la figure
& la difpofition
font
regulierement
obfervées, fait
connoiftre
avec combien de
foin &
d'application ce Pere
s'eft étudié à cet
ouvrage ,puif
que tout Y cft difpofé comme
dans les Cartes
particulieres
des plus petites Contrées
, ce qui fait juger du
grand nombre de memoires
qu'il a conferez pour donner
un ouvrage
auffi exact & auffi
Aoust 1692.
S
210 MERCUR
E
clair que cette Carte .
La même veuve du Val debite
auffi la Carte de la Grece,
tirée des Memoires de M™
l'Abbé Baudran . Il eſt fi connu
, & fes Ouvrages ont tant
de reputation , qu'il fuffit de
le nommer, pour faire qu'on
ait de l'empreffement à les rechercher.
L'Evêché d'Angers eftant
demeuré vacant par la moit
de M' Arnaud , dont je vous
ay amplement parlé dans le
temps de fon deceds , le Roy
y a nommé M' l'Abbé le Pel
letier , Fils aîné de M le PelGALANT
: 211
fetier , Miniftre d'Etat . Le
nombre de ceux qui preten
doient à cet Evêché eftoir
grand , & quoy que cet Abbé
cuft plufieurs raifons qui luy
pouvoient faire efperer d'en
eftre pourvû, fon merite perfonnel
a efté la plus forte recommandation
qu'il ait cuë
auprés du Roy. Non-feulcment
il eft Docteur de Sorbonne
, mais il vit en veritable
Ecclefiaftique , & l'on peut
dire ,qu'il eft un parfait Imitateur
de la droiture & de la
pieté de M le Pelletier fon
Bere.
Sij
212 MERCURE
r
L'Abbaye du Moutier en
Argonne , vacante par le deceds
de M l'Abbé de Beuvron
Aumônier du Roy , fur
donnée le mefme jour à M
l'Abbé de Soubife , Fils de Mr
le Prince de Soubife . Cet Abbé
a un Aîné qui ayant pris le
party de l'Eglife , s'eft vû obligé
de le quitter , parce qu'il
cft devenu aîné de ſa Maiſon,
ce Frere eftant mort des blef
fures qu'il avoit reçues , en fe
fignalant au fervice de Sa Majefté.
On peut dire de cette
Maifon que c'eft une Famille
belle , fage , illuftre & brave.
GALANT. 213
M l'Abbé de Roquepine,
qui a perdu plufieurs Freres
dans le Service , a efté pourvû
de l'Abbaye de S. Nicolas
d'Angers , vacante par la mort
de l'Evefque de la mefme
Ville. Il eft neveu de M' de
Tilladet , Lieutenant General
des Armées du Roy , qui s'eſt
fignalé au Combat de Stein-
Kerke , donné contre les
Troupes des Princes Liguez.
Il y a eu encore quelques
Abbayes données par le Roy ,
fçavoir l'Abbaye Reguliere
de Rangeval , de l'Ordre de
Prémontré en Lorraine , au
214 MERCURE
Pere Charton ; celle de l'Ef
clache , Ordre de Cifteaux à
Clermont , à Dame Françoiſe
du Ronzel , & celle de
l'Amour-Dieu , Ordre auffi
de Cifteaux , Diocefe de Soiffons
, à Dame Marguerite de
la Vicuville.
Mr l'Abbé de Pibrac ;
Maistre de la Chapelle de
Monfieur , a efté nommé par
ce Prince à l'Abbaye de S.
Memin prés d'Orleans , qui
eft de fon Appanage. On voit
par- là l'avantage que l'on tire
de l'honneur d'appartenir à
fon Alteffe Royale , qui cfti .
GALANT. 21.5
me la nobleffe & la vertu dans
ccax qui font attachez à fon
fervice , & qui ne perd point
d'occafion de leur faire du
bien.
M' l'Abbé de Fortécuyere ,
Docteur de Sorbonne , a cfté
reçu dans la Charge d'Aumônier
ordinaire de ce meſme
Prince , qui donne le ſervice
toute l'année . Il eft Petit- Fils
de M. de Fortécuyere , qui
commandoit les Gardes du
Cardinal de Richelieu , &
à qui ce Miniftre fit confier
le Commandement du Havre
de Grace , aprés l'avoir marié
216 MERCURE
સા
avec fa Parente , Marie de To
rigny Montorgueil . Sa Famille
eft établie en Bretagne &
en Poitou , & porte pour armes
d'azur à trois écuffons d'argent,
accompagnez de dix fleurs
de Lis d'or , par conceffion de
Philippe Augufte . On la connoift
en Bretagne fous le nom
de l'Efchafferic.
Le Lundy 25. de ce mois ,
l'Academie Françoiſe célébra ,
felon fa coume , la Fefte de
S. Louis dans la Chapelle du
Louvre , & comme elle choifit
toujours un Predicateur parmi
les plus habiles , pour faire let
Panegyrique
GALANT. 217
Panegyrique de ce Saint , elle
avoit jetté les yeux cette année
fur M. l'Abbé Bignon , Fils
de Mr Bignon , Confeiller
d'Etat , & Neveu de M' de
Pontchartrain . Les excellens
Sermons qu'on a déja entendus
de luy , l'ayant mis dans
une grande réputation , l'Affemblée
fut fort nombreuſe ,
& compofée de plufieurs Prelats
, Abbez, & autres perfonnes
d'un merite diftingue . Il
prit pour fon Texte ces paroles
d'Ifaïe , Princeps ea que
funt digna Principe cogitabit , &
traita cette matiere avec toute
Aouft 1692.
T
218 MERCURE
l'éloquence d'un Orateur
confommé. Il y eut des Peintures
extrémement délicates ,
& ceux qui s'appliquerent à retenir
de beaux traits, ne furent
embaraffez que dans le choix
qu'ils en devoient faire . Il
fit fentir admirablement
, en
parlant des rares vertus de S.
Loüis , que quand la pieté regne
dans le coeur d'un Roy,
elle paffe bien-toft en coûtume
dans celuy de fes Sujets.
Ce Panegyrique fut precedé
d'une Meffe que dit M' l'Abbé
de la Vau , l'un des quarante
Académiciens
, & penGALANT.
219
dant laquelle on chanta divers
Motets de la Compofition
de M' Oudot. La plûpart
des plus belles voix de
Paris eftoient de cette Mufi
que , qui fut écoutée avec
beaucoup de plaifir .
Le mefme jour , M ' l'Abbé
de Caftre prêcha dans l'Eglife
des Jefuites de la ruë S.
Antoine , & fon Sermon reçut
de grands applaudiffemens.
Il y avoit une affluence
extraordinaire
de gens de qualité
, & fi l'éloge qu'il fit de
faint Louis cut beaucoup
d'Approbateurs , celuy du
Tij
220 MERCURE
Roy en cut encore davantage,
La Mufique qui eſtoit de M'
Charpentier , charma toute
l'Affemblée , & particulierement
un Motet , compofé exprés
pour cette Fefte . On ne
peut rien ajoûter à la réputa
tion qu'il s'acquiert de jour
en jour.
Je viens aux affaires de la
Guerre , & quoy que je vous
aye envoyé une Relation particuliere
& fort exacte du
Combat de Stein- Kerke ,
compoféc fur toutes celles qui
font venues de l'Armée , &
à laquelle j'ay ajouté quelques
GALANT 221
extraits des principales , je ne
fçaurois m'empêcher de vous
en donner encore une entiere,
parce qu'elle vient d'un lieu ,
qui ne permet pas que l'on y
touche , ny qu'on doute mef
me d'aucune chofe de tout
ce qu'elle contient. Souvenez-
vous , s'il vous plaift , en
la lifant , que ce n'eft poing
moy qui parle.
Tij
222 MERCURE
52525252525252525
RELATION
du Combat de Stein - Kerke.
A
Prés la reduction de
Namur , l'Armée que
Mr le Duc de Luxembourg
avoit oppofé à celle du Prince
d'Orange durant le Siege
de cette Place , ayant cfté renforcée
de plufieurs Bataillons ,
& de la Maifon du Roy , qui
l'avoient jointe au Camp de
Gerard , alla paffer la Sambre
à la Buffiere , & occupa
GALANT. 223
celuy de Mierbe - la- Poterie ,
pour de là obferver les mouvemens
de l'Armée des Ennemis
, qui eftoit alors campée
à Fleurus .
Le Prince d'Orange piqué
au vif de la perte qu'il venoit
de faire , formoit de grands
deffeins pour ſe dédommager .
Le bruit couroit dans fon
Camp qu'il vouloit reprendre
Namur , & que cela luy feroit
d'autant plus facile , que les
Liegeois luy promettoient
tous les fecours dontil auroit
befoin , tant pour faire ſubfifter
la Cavalerie , que pour
Tiiij
224 MERCURE
l'Artillerie neceffaire à une
telle entreprise , s'obligeant
de faire tout remonter par la
Meufe dans plus de quatre
mille Batteaux, qu'on publioit
eftre déja tout prefts , & mcfme
chargez.
Mr le Duc de Luxembourg
tranquille dans fon Camp fai
foit repoler fes Troupes , &
ne fongeoit qu'à les rétablir .
Elles avoient beaucoup fouffert
durant le Siege . La difette
des fourages avoit affoibly la
Cavalerie , & l'Infanterie n'eftoit
pas en meilleur cftar..
La cherté des vivres , les mar
GALANT. 225
ches , & mefme les campe
mens par des temps difficiles,
& un deluge prefque continuel
, l'avoient fort abbatuë .
Tandis qu'elle fe délaſſoit à
l'abry des Lauriers que le Roy
venoit de cueillir , l'Armée
des Ennemis décampa de Fleurus
, & vint camper à Genap,
étendant fa droite jufques à
Nivelle, Ce mouvement
fit
comprendre
que le Prince
d'Orange , bien loin de vouloir
rafficger Namur, craignoit
que Charleroy
n'euft le même
fort , & qu'il vouloit tâcher
d'empêcher
qu'on ne l'affic226
MERCURE
geaft , puis qu'il n'alla occuper
ce Camp que pour manger
tous les fourages qui é
toient autour de cette Places
& ofter à l'Armée de M' de
Luxembourg les moyens d'y
fubfifter, en cas qu'il cuft vou
lu faire ce Siege durant la
Campagne. Cette précaution
eftoit prudente . Un General
accoutumé à eftre battu doit
plûtoft fonger à parer les
coups dontil fe voit encore
menacé , qu'à menacer celuy
qui le vient de battre . Pendant
que le Prince d'Oranges'établiffoit
dans fon nouveau
GALANT. 227
Camp , Mr le Duc de Luxembourg
marchoit pour aller
occuper celuy de Soignies ,
afin d'eftre à portée d'inquieter
fes Fourages, & de luy faire
apprehender par cette marche
quelque plus importante expedition
, que ne feroit pour
luy & fes Alliez le Siege de
Chrileroy, Auffi ce Prince
roujours plus viffur les alarmes
qu'on luy donne , que fur
les Villes qu'on luy prend , fit
d'abord un détachement d'environ
huit mille hommes qu'il
envoya à Andrelek pour cou
vrir Bruxelles . & empêcher
qu'on ne mangeaſt le pays de
228 MERCURE
Brabant. Autre prudence fort
loüable , mais à la verité peu
utile , puis que ce détachement
n'empêcha pas M' de
Luxembourg d'aller fourager
jufqu'à la veuë de Bruxelles ,
& de manger durant fon
campement à Soignies tous
les fourages de Hall , de Thu
bife , & de Braine-le Comte.
Tout le mois de Juillet fe
paffa dans ces mouvemens ,
fans qu'on puft penetrer autre
chofe du deffein des Ennecmis
, que la neceffité de défendre
le Pays , pour empê
cher le Peuple de crier & de
fe plaindre.
GALANT. 229
Le premier du mois d'Aouſt
le Prince d'Orange alla camper
de Genap fur la . hauteur
de Hall , & le mefme jour M
de Luxembourg averty de
cette marche , alla prendre le
Camp d'Enghien qu'il avoit
efté reconnoistre quelques
jours auparavant. Il mit fa
droite à Stein. Kerke , La gauche
à Herine , & Enghien deyant
le centre .
Le 2. le Prince d'Orange
palla avec toute fon Armée,
Îe Ruiffeau , appellé la Seine ,
&
appuya fa gauche au Village
de Thubife , mettant
Hall derriere luy , & devant
220 MERCURE
luy les Villages de S. Martin
Legniech & de S. Pitrelicu .
Il Campa fur deux Lignes.
Le mefme jour les Troupes
de Hanover renforcerent fon
Armée de plus de fept mille
hommes
, tant Cavalerie
qu'Infanterie , qui camperent
fur une troifiéme Ligne.
Le Prince d'Orange avoit
efté averty que M de Luxembourg
avoit envoyé fon
Artillerie fous Mons à caufe
du mauvais temps & des chemins
inpraticables & qu'il ne
l'avoit point euë au Camp de
Soignies. Il fe flattoit depuis
GALANT. 231
long temps , que s'il pouvoit
engager quelque affaire de
pofte , & donner un Combat
d'Infanterie dans un Pays
#
coupé , où la Cavaletic ne
puſt agir , il pourroir avoir
fa revanche du Combat de
Leuze , où toute fa Cavalerie
fuft défaite. Il crut l'occafion
favorable . Un autre l'euft
peut être crû comme luy.
Dans cette veuë il décampa
de Thubife le 3. au milieu de
la nuit , pour venir à nous.
Sa marche fut fi fecrette & fi
diligente , qu'il arriva dés fix
heures du matin fur les hau232
MERCURE
teurs de Stein Kerke , entrè
le grand & le petit Enghien.
Il avoit fait marcher toute fon
Armée pour cette prétenduë
expédition . Les avis que M
de Luxembourg avoit cus
durant la nuit s'estoient trouvez
fi oppofez , que ce General
n'avoit pû prendre aucune
réfolution ; mais l'Officier qui
commandoit la Garde ordinaire
luy ayant envoyé dire
fur les fept heures du matin ,
que les Ennemis marchoient
à nous , il monta d'abord à
cheval pour les aller reconnoiſtre.
Il s'avança jufques à
GALANT.
233
&
Stein- Kerke , & les vit qui
marchoient enColomne, entre
les bois du petit Enghien & le
Ruiffeau de Stein- Kerke , s'avançant
vers la hauteur qu'occupoit
le Regiment de Bourbonnois
, lequel avoit déja
pris les armes . M ' de Luxembourg
ravi d'avoir une occafion
de les battre , donna dans
ce momét des ordres prompts,
hardis , & neceffaires , & en
peu de temps il fçut s'aflurer
la victoire. L'Infanterie & lc
Canon qu'il avoit d'abord envoyé
chercher en diligence ,
fe mirent en marche , & fe
Aoust 1692 .
V.
234 MERCURE
hafterent. Il ordonna que la
Brigade de Navarre demeuraft
à la gauche du Camp ,
& que celle de Lionnois fuft
poftée dans le Village d'Enghien.
Tout le reste de l'Infanterie
qui compofoit neuf
Brigades , fut mis en bataille
fous Stein- Kerke fur cinq
Lignes , à mesure que chaque
Brigade arrivoit .
La premiere Ligne étoit
compofée de celle de Bourbonnois
qui avoit la droite ,
parce qu'elle fe trouvoit dans
fon Camp , des trois Bataillons
du Regiment de ChamGALANT.
235
pagne, des trois du Dauphin
de trois des Vaiffeaux ,de quatre
du Roy & de la Brigade
du Royal qui s'étendoit toutà-
fait fur la gauche, laiffant un
grand iutervale entre elle &
le Regiment du Roy , ce qui
fut caufe que cette Brigade
ne donna point. Les Batail
lons du Royal Comtois , du
Royal Italien , de la Brigade:
Champagne ; les Bataillons
de Toulouze , de la Brigade
du Roy ; toute la Brigade de
Stoppa les Regimens de Nice
& de Haynaut , de la Brigade
du Dauphin formoient
de
Vijs
236 MERCURE
à la
la feconde ligne , ayant
tefte les Regimens de Dra
gons du Roy , de la Reine ,
Dauphin, & Barbezieres , parce
qu'elle débordoit la premiere
ligne du côté de la droite .
La Brigade de Polier compoſoit
la troifiéme ligne. Les
Gardes Françoifes & les Gardes
Suiffes formoient la quatriéme
; & la Brigade de Cruffol
eftoit fur une cinquiéme
ligne . Les lignes n'eftoient
point égales. La premiere &
la feconde eftoient bien plus
étenduës que les trois autres ,
& les deux dernieres l'eftoient
GALANT. 237
Beaucoup moins que la troifiéme
, tant à caufe du terrain
que parce qu'il n'y avoit pas
affez de Bataillons pour les
étendre également , mais les
dernieres étoient foûtenues de
la Cavalerie qui eftoit derriere
en Bataille. Dans le temps
que Me de Luxembourg difpoſoit
ainfi l'Infanterie , le
Canon arriva , & comme le
plus gros effort des Ennemis
fe preparoit à leur gauche , où
ils avoient cû le temps de fe
pofter , de border les hayes
d'Infanterie , & de faire des
Batteries , M¹ de Luxembourg
238 MERCURE
fit faire deux Batteries à la
droite fur la hauteur du Ha
meau de Haut bout , qui donnoient
dans le centre de l'atraque
, une de fix piéces de
Canon de douze , & l'autre
de huit piéces de quatre . Ces
deux Batteries répondirent vigoureufement
à celle des Ennemis
qui tiroit depuis plus
de deux heures , parce qu'ils
l'avoient avancée à la faveur
des hayes qui les couvroient ,
On fe canonna de part & d'au
tre jufques à une heure aprés
midy , & on fit quelques legeres
efcarmouches . Dans le
GALANT: 239
temps que nôtre Canon tiroit,
M de Luxembourg alla vifiter
un pofte , & à peine y futil
arrivé , que les Ennemis attaquerent
la tefte de noftre
premiere Ligne avec tant de
vigueur , qu'ils penetrerent
jufqu'au centre de la feconde,
& gagnerent une partie de
noftre Canon , le mirent fur
la hauteur dans les hayes ,
occuperent quelques maiſons
qui s'y trouverent . Mª de Luxembourg
accourut au bruic
de la moufqueterie , & trouvant
que les Ennemis avoient
cu quelque avantage fur nous,
&
240 MERCURE
il fit avancer Polier , & les
deux autres Lignes qui le foû
tenoient . Ce Regiment eftant
découvert , effuya un grand
feu des Ennemis. Le Colonel
qui l'animoit & le faifoit aller
en avant , ayant cfté tué , ce
Regiment commença à chanceler.
Alors M' de Reynol
à la tefte des Gardes Suiffes ,
propofa à M' de Luxembourg
d'aller aux Ennemis l'épée à
la main. Il fit cette propofition
avec tant de confiance
de les repouffer
, que ce General
luy ordonna
de l'executer
,
ce qu'il fit avec toute la va
leur
GALANT. 241
leur & tout le fuccez qu'on en
pouvoit efperer , en forte que
Ies Ennemis plierent fans les
attendre. Les Gardes Françoifes
eurent en mefme-temps le
mefme ordre , & allerent fi
brufquement fur eux ,que tout
ce qu'ils rencontrerent fut tué .
Ils reprirent leCanon que nous
avions perdu, fe rendirent maîtres
d'une partie du leur , &
les chafferent du terrain qu'ils
avoient gagné . Champagne
& Dauphin qui avoient chargé
avant les Gardes ,
avoient tué beaucoup à coups
d'épée & de bayonnette . M
Aoust 1692 .
X
en
242 MERCURE
le Comte de Luxe , à la tefte
de fon premier Bataillon ,
avoit foûtenu un de leurs plus
grands efforts , & les avoit dé.
poftez d'une haye, aprés avoir
effuyé leur feu . Depuis ce
temps , on les vit toujours reculer
, & l'on vit les nostres
avancer de hayes en hayes.
Les Ennemis pouffez par la
honte d'avoir perdu l'avantage
qu'ils avoient d'abord gagné
, firent un nouvel effort
à la droite .
Les Dragons
le foutinrent avec beaucoup
de fermeté. Les Bataillons
qui faifoient la tefte de la
GALANT. 243
feconde ligne , foutenoient
les Dragons , & le feu fut fort
grand de part & d'autre . Les
Dragons perdirent un grand
nombre de leurs gens , mais
ils obligerent les Ennemis de
fe retirer. Le feu ceffa à la
droite , & peu de temps aprés,
les Ennemis voulutent agirà
la gauche. Ils y firent un plus
grand feu qu'ils n'avoient fait
à la droite. Ce feu dura fort .
longtemps . Les Regimens du
Roy & des Vaiffeaux qui s'y
trouvoient expofez , y perdirent
beaucoup de monde , &
en tuerent auffi beaucoup.
X ij
244 MERCURE
Trois Regimens de Dragons
de l'Armée de M ' de Bouflers
qui avoient joint , fçavoir le
Colonel general , le vieil Afpheld
, & Fimarcon , agirent
avec tant de vigueur , quoy
qu'ils cuffent fait une marche
de deux lieuës , eftant venus
à toutes jambes du Camp de
Cambron , que les Ennemis .
cefferent leur feu , & commencerent
à méditer leur retraite.
On les canonna fans
nul relâche , & pendant que
noftre Canon les battoit en
ruine dans tous les endroits
où ils tâchoient de fe retranGALANT.
245
cher, M' de Luxembourg qui
vouloit profiter du defordre
où il les avoit jettez , en fe mettant
en état de les défaire entierement
s'ils demeuroient,
où d'écorner leur Arriere- garde
s'ils fe retiroient , ordonna
aux Brigades de Navarre & de
Lionnois qu'il avoit fait avancer
, de paffer les foffez & les
hayes qui nous feparoient à la
gauche de la plaine du Petit
Enghien. Il fit paffer auffi les
neuf Bataillons de l'Armée de
M' de Bouflers qui avoient
joint un peu plus tard que les
Dragons , n'ayant pû les fui-
X iij
246 MERCURE
vre . Ces Troupes pafferent
fans peine , à la faveur de nôtre
Canon , & furent mifes en
Bataille dans cette Plaine .
Cependant les Ennemis qui
eftoient en Bataille fur la hauteur
, & qui paroiffoient faire
une bonne contenance , défilcient
par leur derriere , & fe
retirerent par leur droite avec
tant de précipitation , qu'ils
mirent le feu à plufieurs cha .
riots de poudre que l'on entendit
fauter; & le jour baiffant
ne permit pas à M' de
Luxembourg de les fuivre. Il
fe retira dans fon Camp , &
GALANT
247
l'Armée de M' de Bouflers
retourna à Cambron. Ainfi
finit cette journée tres glorieufe
pour l'Infanterie , Fran-
•
çoife , puis qu'elle effaça l'opinion
que les Ennemis
avoient conçue mal à propos ,
qu'elle ne tiendroit pas devant
la leur , & qu'elle leur
donna les mefmes impreffions
qu'ils avoient prifes au Combat
de Leuze , de la valeur de
noftre Cavalerie . Auffi l'on
peut dire qu'il y eut dans cette
affaire autant de Combats
particuliers qu'il fe trouva
de hayes , & que chaque Ba-
X iiij
248 MERCURE
taillon gagna une Bataille
feparée . M' de Luxembourg
qui voulut eftre à tout , fe
trouva toujours expofe. Il eut
deux chevaux tuez fous luy ,
& plufieurs de ceux qui
eftoient autour de fa perfonne
, furent bleffez ou tuez . M
le Prince de Turenne y reçut
un coup de moufquet à tra
vers le corps , dont il mourut
le lendemain.M ' de Montliot,
Gentilhomme de Bourgogne ,
attaché à la perfonne de Mide
Luxembourg fut bleffé d'un
boulet de Canon , qui perça
la genoüilliere de fa botte,luy
GALANT. 249
effleura le jaret , luy fit une
grande contufion à la cuiffe ,
& tua fon cheval . M' de la
Geraudiere , Aide de Camp,
cy devant Capitaine de chevaux
,cut un Coup de moufquer
dans l'épaule . Un Ecuyer
de M le Duc de Montmorency
fut tué tout roide d'un
coup de moufquet à la gorge .
Monfieur le Duc de Chartres
pendant le combat fit des
actions qui paffent tout ce
qu'on peut dire . Il fut bleffé
au bras , & aprés avoir efté
panfé , il revint à la charge
avec plus d'ardeur qu'aupa250
MERCURE
rayant. Les Ennemis ne fe fu.
rent pas plûtoft retirez qu'il
fir diftribuer de l'argent aux
Officiers bleffez quien avoient
befoin, & envoya fur le champ
de bataille , & dans tous les
endroits où on avoit mis les
bleffez , pour leur faire donner
les fecours qui leur étoient
neceffaires.
Monfieur le Duc alla au feu
avec un courage de Lion , ne
fe ménageant pas plus qu'un
fimple Soldat, & Monfieur le
Prince de Conty fit paroiftre
auffi dans le plus grand feu
une valeur digne du fang
GALANT. 251
dont il est formé . On le vit
rallier des Bataillons difperfez
, & les mener luy- mefme
à la charge .
Mr de Vendofme , & M· le
Grand- Prieur fe furpafferent
en valeur ; & M' le Duc d'EIbeuf
chargea plufieurs fois
avec une vigueur étonnante .
On ne peut trop dire de M
le Duc de Villeroy, qui s'étant
trouvé à tout ce qui fe paffa
à la droite & à la gauche , donna
des marques d'une valeur
extraordinaire.
M ' le Duc de Choifeul alla
au feu avec une intrepidité
252 MERCURE
qui ne fervit pas peu à encourager
les Troupes qu'il commandoir.
Mr le Duc de Montmorency,
qui ne quitta point M² de
Luxembourg , tant que Fa
ction dura , cut un cheval
bleffé fous luy , & M' le Ghevalier
de Luxembourg, qui eft
Aide de Camp de Mfon Pere,
quoy que dans un âge où la
guerre ne luy devroit encore
cftre
connuë que de nom , fit
paroiftre
autant
de fermeté
que s'il y avoit vieilly. mael
M de Vigny
, Lieutenant
General
de l'Artillerie
, fut
GALANT. 253
bleffé au bras , mais cette blef
fure n'empêcha pas qu'il ne
fe tinft toujours à fon pofte ,'
pour donner les ordres qui ne
furent jamais mieux executez
.
M de Montal agit avec
toute la vivacité & tout le
courage dont il a fi fouvent
donné des preuves ; & M² de
Tilladet ne fit voir que des
actions d'une bravoure achevée
, avant qu'il euft receu fa
bleffure. Enfin , tous les Officiers
firent fi bien leur devoir,
qu'il n'y en a aucun qui ne
merite des éloges.
254 MERCURE
Nous avons pris aux Enne
mis dix pieces de Canon , &
quelques Drapeaux ; & outre
quinze cens Prifonniers , ou
environ , nous leur avons tué,
ou mis hors de combat , plus
de douze mille hommes , de
leur avcu ils ont perdu dans
cette affaire plufieurs Offi.
ciers Generaux , & plufieurs
perfonnes de marque . M de
Luxembourg alla le lendemain
fur le champ de Bataille
, & donna les ordres neceffaires
pour enterrer les Morts
& pour retirer les Bleffez . Il
n'y a cu de nos jours une
GALANT. 255
action fi vigoureufe , & il n'y
en peut jamais avoir qui faffe
plus d'honneur à ce General's
ny qui donne plus de gloire
à la France.
Il ne quitta point fon Camp
de Houës , & y demeura encore
huit jours entiers aprés
le Combat donné . Pendant
ce temps , il fit transporter
les Bleffez à Mons . L'Armée
des Ennemis ne fit aucun
mouvement , & acheva
feulement de manger fes fourages
au Camp de Thubife .
Le 10. au foir il y cut une
efpece d'arlarme à la Garde
256 MERCURE
avancée qui eftoit au deffus
d'Enghien , On apperceut fort
loin environ cent cinquante
chariots couverts de toile . On
crut que c'eftoit du Canon des
Ennemis , & on en donna d'abord
avis. Les Generaux monterent
à cheval , mais quand
on alla au qui vive , on appric
que c'eftoient des chariots
qui venoient pour emmener
1700. de leurs Bleffez que nous
avions à Enghien , où le Prince
d'Orange envoyoit des
Chirurgiens de fon Armée
pour les panfer , & qu'on apportoit
de quoy payer leur
GALANT. 257
rançon . On donna l'ordre le
foir mefme pour aller le lendemain
au fourage , mais on
fit dire à tous les Majors qu'on
décamperoit au point du jour.
Le Prince d'Orange qui ne
fçavoit pas ce décampement,
fit faire un fourage le mefme
jour , & fut fort furpris quand
on luy dit , que noftre Armée
marchoit. Il fit auffi toft revenir
tous les Fourageurs
, &
mit toute fon Anéc cn Dataille
dans l'apprehenfion
qu'il avoit qu'on ne le vinft
attaquer. Les Ennemis s'avancerent
pour prendre quelques
Aoust 1692 .
Y
248 MERCURE
taillon gagna une Bataille
feparée. M de Luxembourg
qui voulut eftre à tout , fe
trouva toujours expofé. Il eut
deux chevaux tuez fous luy
& plufieurs de ceux qui
cftoient autour de fa perfonne
, furent bleffez ou tuez . M
le Prince de Turenne y reçut
un coup de moufquet à tra
vers le corps , dont il mourut
le lendemain.M
' de Montliot,
Gentilhomme
de Bourgogne, i
attaché à la perfonne de M de
Luxembourg fut bleſſé d'un
boulet de Canon , qui perça
la genoüilliere de fa botte, luy
a
GALANT.
249
effleura le jaret , luy fit une
grande contufion à la cuiffe ,
& tua fon cheval. M de la
Geraudière , Aide de Camp,
cy devant Capitaine de chevaux
, cut un Coup de moufquet
dans l'épaule . Un Ecuyer
de M' le Duc de Montmorency
fut tué tout roide d'un
coup de moufquet à la gorge .
Monfieur le Duc de Chartres
pendant le combat fit des
actions qui paffent tout ce
qu'on peut dire . Il fut bleffé
au bras , & aprés avoir cfté
panfé , il revint à la charge
avec plus d'ardeur qu'aupa
250 MERCURE
ravant. Les Ennemis ne fe furent
pas plûtoft retirez qu'il
fir diftribuer de l'argent aux
Officiers bleffez quien avoient
befoin, & envoya fur le champ
de bataille , & dans tous les
endroits où on avoit mis les
bleffez , pour leur faire donner
les fecours qui leur étoient
neceffaires.
Monfieur le Duc alla au feu
avec un courage de Lion , ne
fe ménageant pas plus qu'un
fimple Soldat, & Monfieur le
Prince de Conty fit paroistre
auffi dans le plus grand feu
une valeur digne du fang
GALANT. 251
dont il est formé . On le vit
rallier des Bataillons difperfez
, & les mener luy mefme
à la charge .
Mr de Vendofme , & Mile
Grand- Prieur fe furpafferent
en valeur ; & M' le Duc d'Elbeuf
chargea plufieurs fois
avec une vigueur étonnante .
On ne peut trop dire de M
le Duc de Villeroy, qui s'étant
trouvé à tout ce qui fe paffa
à la droite & à la gauche , donna
des marques d'une valeur
extraordinaire.
M ' le Duc de Choifcul alla
au feu avec une intrepidité
2,8 MERCURE
poftes . Dans ce temps- là , ils
eurent avis que noftre Armée
venoit à Bachilly . Le Prince
d'Orange alla vifiter l'endroit
où l'on avoit donné le Combat
, & l'Electeur de Baviere
fe rendit à Enghien . On s'attendoit
à voir ce jour- là quel
que action avec l'Arriere -Gar
de où eftoit Mr le Comte
d'Auvergne , bien préparé à
les recevoir , mais ils ne parurent
pas.
Le 14 les ordres furent
donnez pour décamper le
jour fuivant. Les gros équipages
marcherent au point
GALANT 259
du jour , les menus à fix heures
du matin , & quand tout
cut défilé , l'Armée marcha
fur quatre Colomnes ; la Cavalerie
de la premiere Ligne
fur une Colomne , à la droite;
l'Infanterie de la premiere
Ligne fur une autre ; la Cavalerie
de la feconde Ligne
fur la gauche , & l'Infanterie
de la mefme Ligne formoit
la quatriéme Colomne . Le
bois de Leffines eftoit bordé
d'Infanterie pour couvrir la
marche des équipages . On ne
perdit rien pendant cette marche
, ce qui arrive rarement .
Y ij
260 MERCURE
L'Armée campa à Loffines fur
deux Lignes. La droite comes
mençoit immédiatement lau
deffus de Leffines , & elle s'éva
tendoit jufqu'auprés de Ath .
L'Armée Ennemie décampa
le 15. de Thubize , & alla
camper à Ninove.
Le 19. il y eut ordre de fe
tenir preft le lendemaine der
grand matin , pour un fourage
general . Il devoit fe faire
au deffus de Granmont , mais
comme les Fourageurs ne fe
contentent jamais de ce qui
eft à leur portée , ils pafferent
les Gardes qui cftoient en
GALANT.M1 261
embuſcade pour les arréter ,
& allerent jufque dans les
Jardins de Ninove , où il ya
avoit un pofte des Ennemis .
On y fit auffi - toft avancer
les Gardes , & on les mit à l
une portée de moufquet de
Ninove , fans que les Ennemis
fiffent feu fur eux. On fit un
tres beau fourage & des plus
grands qu'on cuft faits depuis
long- temps , non pas fans inquietude
; car les Ennemis
qui décampoient ce jour- là
eftoient à craindre. Cepen
dant ils demeurerent paifibles,
& l'on revint fans les avoir
26 MERCURE
veu paroiftre . Ils vinrent camper
à moitié chemin de Thu
bife où ils eftoient campez
avant que d'aller à Ninove ,
& marchant le lendemain , ils
firent paffer la Dendre à leur
Armée, fur laquelle nos Troupes
cftoient campées , de forte
que l'on fe trouvoit à trois
lieuës les uns des autres , fans "
eftre feparé que par le Ruiffeau
de Grandmont . Ainfi
cela pouvoit s'appeller eftre
en prefence , & les Ennemis
auroient pu venir prendre
leur revanche , s'ils en avoient
eu autant d'envie qu'ils le
GALANT 263
publioient . Ils avoient leur
gauche auprés de Ninove , &
leur droite s'étendoit fur la
gauche d'Aloft . Leur Camp
& le noftre faifoient un an
gle . Ils renvoyerent leurs
gros équipages à Bruxelles ,
& on cut nouvelle dans nôtre
Camp , que l'Empereur &
les Confederez avoient mandé
au Prince d'Orange qu'il
devoit abfolument donner
Bataille . M ' de Luxembourg
eftoit réfolu de ne point dé
camper que l'Armée ne fift
quelque mouvement . Le 17.
Mr de Bouflers décampa , &
264 MERCURE
vint à une petite portée du
Canon , de la gauche de l'Armée
de M' de Luxembourg.
Le 21. fur les dix heures ,
Mr l'Abbé de Riqueti celebra
la Meffe à la tefte des
Gardes Françoiſes , où l'on
avoit rendu les Tentes de
Monfieur le Duc de Chartres .
Tous les Officiers Generaux
s'y rendirent avec tous les Aumôniers
de l'Armée , & aprés
la Meffe , ce mefme Abbé
entonna le Te Deum. Cela
parut extraordinaire
› parce
qu'il n'eftoit jamais arrivé
qu'on l'eult chanté pour une
Victoire
GALANT
265
Victoire dans l'Armée victorieufe
, mais il y avoit eu pour
cela un ordre exprés de Sa
Majefté à M de Luxembourg.
Le 22. on fit un détachement
de cinq Regimens de
Dragons , pour envoyer en
Piémont . Ce furent Salis ,
Seneterre & Fonboifar .
Quoy que perfonne ne
puiffe difconvenir que tout
l'avantage du Combat de
Stein Kerke ne foit demeuré
aux François , avec toutes les
circonstances
qui marquent
une pleine victoire , & qui .
Aoust 1692 .
Z
266 MERCURE
oftent tout lieu de douter qu'
elle ne foit pas des plus enticre
il ne faut pas s'étonner fi
les Ennemis ofent déguiſer
leurs pertes dans des lieux un
peu éloignez, puis qu'ils ofent
mefme nier des prifes de Villes,
qui font des chofes inconteftables
, & toujours vifibles,
parce que le Victorieux ne les
abandonne pas comme le
champ de bataille , où il ne
peut toujours demeurer , &
qu'il ne doit
pas mefme gar
der long temps , à cauſe de
l'infection des corps de ceux
qui ont efté tucz dans le
1
GALANT. 267
Combat. Vous jugerez aifément
de ce qu'ils font capables
de dire de celuy de Stein-
Kerke , quand je vous auray
appris ce qu'ils ont fait imprimer
& publier à Naples aprés
la prife de Namur . C'eft une
Relation que j'ay veuë , &
dont il y a plufieurs copies à
Paris , que les incredules pourroient
encore trouver , s'ils
n'ajoûtoient pas foy à ce que
je vais vous dire . Cette Relation
contient La défaite entiere
de l'Armée de France devant
Namur , avec la perte de trente
mille hommes tue dans ce Com-
Zij
268 MERCURE
bat , la fuite du Roy de France,
la prife du Dauphin , & la levée
du Siege du Chateau de
cette Place. Voila de quelle
maniere on a auffi toujours
abufé les Peuples de Madrid;
mais ils commencent à ne
plus croire fi legerement , &
ce qu'il y a de furprenant ,
c'eſt que lors qu'ils ceffent d'cftre
fi credules , les Anglois
qui font fi voifins des lieux
où la fcene eft fouvent enfanglantée
du fang de leurs Compatriotes
, commencent à le
devenir. Le Prince d'Orange
réuffit toujours à les aveugler
GALANT. 269
fur leurs propres intereſts ,
comme il a fait les Hollandois
, qui ouvrent enfin les
yeux , & fe repentent , mais
fort inutilement , leurs chalnes
eftant trop fortes pour les
pouvoir rompre. Cependant
leur perte a cfté tres grande,
& il ne faut qu'entendre parler
là- deffus le Colonel Lauder
, Ecoffois , qui ayant eſté
pris dans le Combat , demeura
trois jours chez Mr le Comte
d'Auvergne. Ce Colonel qui
a paru de fort bonue foy , a
la premiere décharge de
dit ,
que
nos gens tua à fes coftez fepr
Z iij
270 MERCURE
Capitaines , un Lieutenant - Co
lonel , un Major. Il a ajoûté
que de tous les Regimens qui
estoient àfes costez , tant Ang'ois
qu'Ecoffois , & Gardes du
Prince d'Orange , il ne s'en
eftoit pas retourné quarante de
chacun . Les fuites ont fait connoiftre
que ce Colonel n'a
rien dit que de veritable , &
que la perte des Ennemis s'eſt
trouvée beaucoup
plus grande
que l'on n'avoit cru d'abord,
de forte que M' l'Electeur de
Baviere ayant vû qu'il n'y avoit
pas lieu de nier une cho
fe fi conftante , a cru devoir
GALANT: 271
算
parler avec la franchiſe affez
naturelle à la plupart des Allemans
, & a avoué que les Alliez
avoient efté bien battus ,
ce qui a fait que le Prince
d'Orange n'a pû difconvenir
d'avoir fait une affez grande
perte Tous les honneftes gens
de fon party l'ont avoué hautement
, & il n'a plus efté
queſtion parmy cux que d'avoir
leur revanche. Ce mot
marque leur défaite
› puis
que jamais il n'y a que les
perdans qui demandent revanche.
Pouvoit - on auffi
avec la moindre ombre de
Z
iiij
273 MERCURE
vray-femblance difputer une
pleine Victoire à ceux à
qui , le Champ de Bataille eſt
demeuré , qui ont gagné le
Canon de leurs Ennemis , pris
des Drapeaux , & fait un tresgrand
nombre de Prifonniers ,
fans qu'on en ait fait fur eux ?
Enfin les Ennemis qui accoû
tumez à tout déguiſer , & à
fe vanter , auroient fait des
réjoüiffances , pour une affaire
dont la perte auroit efté éga
le , parce qu'ils s'en feroient
attribué l'avantage , n'en ont
ofé faire, & nous ont laiffé
prendre ce foin. Il n'y a point
"
GALANT.
273
de
meilleure preuve que la
Victoire s'eft entierement déclarée
pour nous , que de voir
que les Ecrivains Ennemis
s'efforcent de perfuader que
la perte a été égale . Il n'en
faut pas davantage pour faire
voir à ceux qui connoiffent
leur caractere & leurs manicres
, qu'ils doivent en avoir
fait une bien grande . Elle ne
fçauroit eftre conteſtée , & qui
voudroit s'obſtiner à ſoûtenir
le contraire , feroit paroistre
un aveuglement inexcufable.
Voicy un Sonnet que Mr
Boyer a fait fur ce Combat .
274 MERCURE
Vous ne ferez pas
le voir.
fâchée de
SUR LA DEFAITE
du Prince d'Orange .
AU ROY.
GRARANNDD Rog, Namur eft prisz
par ce coup incroyable
Toute la Ligue enfin eft reduits aux
abois.
Ta fortune étonnante est un poids
qui l'accable ,
Et met au defefpoir l'orgueil de tous
fes Rois.
20
Sa haine cependant jalouſe , infa
tigable,
GALANT. 275
Refufe fierement de ployer fous tes
Loix ,
Tente tous les efforts , dont fa rage
eft capable ,
Et t'appelle fans ceffe à de nouveaux
exploits.
Mais ce qu'ofe Naffan honteux de
fa retraite ,
Bien loin de reparer la perte qu'il
a faite >
Ne fert qu'à redoubler ta gloire &
fon malheur.
S
LUXEMBOURG tient toujours ta
foudre toute preste ,
Affeure ton triomphe , & Sçait par
fa valeur
Du fang des Ennemis cimenter 14
conquefte.
276 MERCURE
M' l'Abbé d'Albret , Frere
de feu Mr le Prince de Turenne
, ayant quitté le party
de l'Eglife pour prendre celuy
de l'épée , afin de foûtenir la
fplendeur de fa Maiſon , remit
il y a quelques jours entre les
mains du Roy fa démiffion
de l'Abbaye de S. Sauveur de
Redon , Dioceſe de Vanes en
Bretagne , & Sa Majefté en
gratifia M' l'Abbé d'Auvergne,
fon Coufingermain . Cec
Abbé , quoy que fort jeune
eft déja Bachelier encore ,
མོ
de Sorbonne. Il promet beau
coup & fait voir en toutes
GALANT. 277
chofes la fageffe de ceux dont
il a l'avantage d'eftre né . Elle
édifia tout le Chapitre de
Strasbourg , lors qu'il alla
l'hiver dernier prendre poffeffion
d'une Chanoinic qu'il
a dans ce celebre Chapitre ,
où la plus haute nobleffe de
l'Europe peut feule avoir
place .
Le Roy a auffi donné l'Abs
baye de Noftre - Dame des
Aleux , Diocefe de Poitiers ,
à Mr l'Abbé de Brancas , Fre
re du Duc de ce nom .
Mi le Vicomte de Pugeol ,
de l'illuftre Maiſon de The
278 MERCURE
fan , en Languedoc , a prété
ferment de fidelité entre les
mains de S.M. pour la Charge
de Lieutenant de Roy de.
Guyenne dans le département
du Roüergue . M' le Marquis
de Vauchelles ayant efté prefenté
par M' le Duc de Charoft
, Lieutenant General en
Picardie , a prefté le mefme
Serment pour la Lieutenance
de Roy dans les Bailliages ,
d'Amiens , d'Abbeville , &
du Ponthieu .
Ceux qui ont expliqué l'E .
nigme du mois paffé fur un
Jeu de Cartes , qui en eftoit le
GALANT. 279
rs
veritable mot , font M's les
Abbez Forestier , & le Gros
du College de Louis le Grand :
F. L. Fontaine & Langeville
du Faux bourg Saint Germain
:le Chevalier de Garanfieres
: Bonnard de l'Hoftel
du Quefnoy Place Royale :
Charles de Saint Angel & Antoine
Renard de Clermont en
Auvergne , Gravier S de la
Traiche : Claude Fournier de
Parlie de Beauvais : C.Hutuge
d'Orleans : le Petit Rouget du
quartier Saint Antoine : le Baron
de Pechker de Teopole :
le fils de M' Bourgeois alloüé
1
280 MERCURE
de Vannes en Bretagne:
çois Chatart de Rennes : Riquel
; & Jagou commis des
Poftes de Morlaix : le Chevalier
Vaillou , & fa fiere coufine
de la Rivauclere : le fidelle
A.B. à l'anagramme Grofel
du Pays tenebreux : le máistre
du parfait menager de la rue
de Biévre : Cognard M de
Mufique : le Poupon Gabrier
de la Foffe de Nantes : Champagne
de la carpe de Troyes:
' Amy de la plus belle Veſtale
de Brie : le conftant Arnoult
de la rue de Richelieu : le mineur
de Rouën , & le mineur
GALANT. 281
·
de faint Lo : l'amant de la
Grille & fa chere foeur : Du
Perron : Icare de la ville de
Salins en Franche Comté :
l'amant trop fidelle de la belle
Marion de la rue du bel air
de Caën : les nouveaux Laboureurs
de Ville- blain : l'amy
celefte de l'aimable Flouric
: l'indifferent amoureux &
fon aimable inconftante du
Palais l'Amant traverfé , &
fa charmante refervée de la
rue du Four au preau Saint
Germain le beau Veuf des
foffez Montmartre la charmante
Madelon & fon Avo-
Aa
282 MERCURE
cat de la ruë Montorgueil :
Ic gros Controlleur : le beau
Aumont , & fa charmante
voifine , Thurrault de la Coffonniere
Chanoiue de Saint
Pierre du Mans : Champagne
le jeune Vicaire perpetuel
de Noftre Dame de Mante :
du Cloz Curé de Monceaux :
l'Abbé de Morembert & fes
fidelles compagnes du pont .
Noftre Dame : l'aimable Robin
de la rue de la Coutellerie:.
le Comte de Quermeno : l'Officier
rétably de Houdan : l'amant
de la belle efclave de la
tuë Marivaux :
l'incomparaGALANT.
283
ble amant de la Bouillie : la
belle brune de la belle ville du
chemin chaffé en Bretagne :
la belle blonde du Chateau
de la Hunaudaye : le Comte
de Haut rocher de la ville de
Saint Brieu . Mefdemoifelles
de la Boiffiere Saumery :
Therefe de Bellefond fille du
Concierge du Chateau de
Chambord de Beilmiro , Belond
, fa bonne amic de la
Montagne Sainte Geneviève :
Jeannette d'Orleans , & fa chere
Manon l'aimable Jeanneton
d'Orival & fon fidelle
berger: Rigoine de Befançon :
:
A a ij
284 MERCURE
l'aimable Soriz du Mans : la
fpirituelle le Tellier proche le
jeu de paune : les belles penfionnaires
de Nantes : la belle
Zaïde & fon charmant Mufty
de la ruë de la Sourdiere :
la belle Tontine de la ruë S.
Roch , & fon aimable foeur
Tigrine : la confidente de la
belle Raviffante de la rue de
Segrais de Caën : la plus fidelle
de la rue des Carmes du
mefme lieu ; & le charmant
couple de la rue Jollay : l'aimable
brune de Dieppe à l'anagramme
facrifions nos coeurs :
l'aimable Indolente à l'anaGALANT
285
grame Reine du hazard : la Dame
au trefor caché de Bretagne,
& fon fidelle époux de
la rue des Vierges de Vennne
la Virgine à marier du cloiſtre
Saint Honoré ; les mufes de la
ruë du Port à Paris ; la belle
Catin de la rue Guillebert à
Caën la jolic Medecine de la
rue des Carmes du même lieu :
l'aimable Lolotte de Picardie:
& la Gazette du Marais : la
groffe Faroard du Cloiftre S.
Mederic : & la River du mê.
me lieu : la fpirituelle Demeoze
de la rue Sainte Avoye : la
brune aux belles dents; Blan-
:
1
286 MERCURE
char Babé ; Me Friffar Mrs
Fermé , Daniel , & Montou .
Vous ferez part à vos Amies
de l'Enigme nouvelle que je
vous envoye.
ENIGM E.
E fuis bon & mauvais , inviſible
JB & visible
, JE
On me cherit & craint , & par divers
effets
Flus je merens fenfible,
Plusj'agrée ou déplais.
2
Certain bruit exceffif m'eft fort antipathique
Ainfi que le grandjourje hay lafom²
bre nuit,
Par l'unje fuis comme détruit,
GALANT. 287
L'autre rend mon pouvoir &vain &
chimerique
.
2.
Mon Pere ne me peut fouffrir ,
Si-toft qu'il m'apperçoit ilfuit comme
en colere
Et fans le promptfecours & l'accueil
de ma Mere,
Il me faudroit bientoft perir.
$
Dans cet accablement , dans ces triftes
alarmes ,
Je fuis & nefuisplus , je meurs , &
vis toujours.
Cependant par de certains charmes
Je favorise les Amours .
S
Enfin tout eft en moy bizarre &fort
étrange,
Mon être eft fimple & compofé,
288 MERCURE
Etfi l'on m'a jamais donné quelque
Louange,
Je fuis beaucoup plus méprisé.
Je vous envoye un Air
nouveau dont affurément les
paroles vous plairont.
T
AIR NOUVEAU.
L revient le Heros que j'adore,
Tendres Amours ,allez le recevoir.
Je ne sçaurois affez toft le revoir,
Et Mars voudroit le retenir encore.
Courez , courez, volez, avance Zles.
mcmens
Qui doivent foulager ma peine,
Le retour de Louis vafinir mes teurmens
,
Tout couvert de Lauriers la gloire le
ramene.
Με
GALANT. 289
M' le Marquis de Tillader,
Lieutenant- General des Armées
du Roy , Gouverneur
d'Arras , Capitaine des cent
Suiffes de la Garde de S. M.
& Chevalier de fes Ordres ,
eft mort à Mons de la bleffare
qu'il avoit reçuë au Combat
de Stein Kerke , où il
s'eftoit extrémement diftingué,
ainfi que dans plufieurs
autres occafions perillcafes.
Il a vécu juſques au 22. de co
mois, & lorsqu'il s'eft veu prés
de mourir , il a marqué un
fi grand defir
Aoust 1692 .
quc fes Crean-
Bb
290 MERCURE
ciers fuffent payez , qu'il a ordonné
aux Executeurs de fon
Teftament , de ne point faire
prier Dieu pour luy avant
qu'on cuft fatisfait à toutes
Les dettes . Bel exemple pour
ceux qui ne penfent à leurs
Creanciers, que pour chercher
les moyens de les fruftrer de
ee qu'ils leur doivent ! 'M' le
Marquis de Tilladet avoit été
Maitre de la Garderobbe du
Roy , & Envoyé extraordi .
naiteen Angleterre . Il eftoit
Neveu de feu Mt le Tellier ,
Chancelier de France , & M
le Marquis de Gourtanvaux ,
GALANT 291
petit Fils de ce mefme Chancelier
, eftoit reçu en furvivance
de la Charge de Capitaine
des cent Suiffes de la
Garde du Roy.
Il n'ya perfonne qui n'ait
ouy parler du nom d'Eftrades.
Il eft fameux par l'efprit , &
par les armes , & chacun fçait
que le Maréchal qui l'a porté,
doit avoir parû avec diftinction
dans les Armées de Sa
Majefté , puifque le grand
nombred'actions d'éclat qu'il
y a faites , luy avoient fait meriter
d'eftre honoré du Bâton
de Maréchal de France
Bb ij
292 MERCURE
que fon efprit l'avoit fait bril
ler en plufieurs Ambaſſades .
M l'Abbé d'Eftrades fon Fils
n'a pas paru avec moins de
gloire & de reputation , dans
fes Amballades de Venife &
sen Savoye , & s'il à marché
fur les traces de ce Maréchal
dans les grands emplois du
Cabinet M le Chevalier
d'Eftrades , fon Frere , l'a dignement
, & glorieuſement
imité dans ceux de la guerre.
Perfonne n'ignore de quelle
maniere il fe diftingua au Sicge
de Mons , où il s'expofa aux
plus grands perils Il n'en fe
GALANT. 293
Ο
Toit pas forty fans la generofré
d'un Officier Espagnol
• qui charmé de fa valeur luy
fauva la vie , en rifquant la
fienne. Mle Chevalier d'Ef
trades eftoit Colonel du Rcgiment
de Chartres , & fort
aimé dans la Maiſon de Monfieur,
& Monfieur le Duc de
Chartres avoit pour luy une
eftime toute particuliere. Ce
Chevalier eft mort des bleffures
qu'il avoit receues au
Combat de Stein- Kerke .
2M le Chevalier de Murcé ,
> Colonel du Regiment de
Dragons de la Reine, eft auffi
Bb iij
294 MERCURE
mort de celles qu'il avoit reecues
dans la mefme occafion.
On ne voit aucune Relation
qui n'en parle avec éloge ,
ce qui fait connoiftre combien
il s'y eftoir diftingué. Il
eftoir Frere de M de Quelus,
& Fils de M le Marquis de
Villerte , qui s'eft ſignalé par
and infinité d'actions écla
tantes dans les Armées Nava
les de S. M. & qui dans le
dernier Combat compre les
Fores d'Angleterre & de Hol
linde a fait voir autant de
prudence , & de conduite que
de valeur.
GALANT 295
A
On me vient d'apprendre
la mort de M' de S. André ,
Marquis de Virieu , Premier
Prefident au Parlement de
Grenoble , où il avoit cfté
Prefident à Mortier dés l'âge
de vingt trois ans . Il fut enfujte
Ambaffadeur à Venifes
& cefut à fon retour de cette
Ambaflade , qu'on le fit Chef
de ce Parlement . Il s'eft acquitté
de tous ces emploish
avec une diftinction , qui luy
a fait meriter l'approbation
dont le Roy l'a toûjours honoré
. Il eft d'une ancienne
Maifon , & d'une noblefle
Bb iiij
296 MERCURE
d'épée affez connue . Il eftoir
Fils de M le Préſident de S.
André & del Marguerite de
Bellievre , Fille de Pompone
de Bellievre , Chancelier de
France . Le Prefident de S.
André , fon grand Pere , avoit
époufé Marie de Simiane ,
Fille de M le Marquis de
Gordes , Chevalier des Ordres
du Roy , & Capitaine des Gardes
du Corps . Le merite & la
probité ont efté hereditaires
dans cette Famille , qui s'eft
toûjours foutenue parfon
propre éclat , comme par fes
alliances . M' le premier PreGALANT
297
ええ
fident de S. André ne laiffe
que deux Filles , dont l'Aînés
ab époufer M le Marquis de
Saffenage , la Cadette eft encore
à marier.
2 Mile Prefident de Fourcy .
ayant efté élû Prevost des
Marchands pour deux années,
a cfté continué fix autres , &
pendant tout ce temps il a
travaillé à l'embelliffement de
Paris , d'une maniere qui fera
que cette grande Ville ne perdra
jamais le fouvenir de fon
nom . Ce terme eftant expiré,
on a procedé à une nouvelle
élection avec l'agrément din
298 MERCURE
Roy, & le choix est tombé
fur M du Bois , Procureur
General de la Cour des Aides.
Mr Tiron, Avocat du Roy de
la Ville , fit en cette occafion
un fort beau Difcours à la
gloire de M de Fourcy & de
Ms du Bois , fur la maniera
dono Fun s'eſtoir acquitté de
een employ : & fur lielperance
que la probité & le merite de
Fautre donnoient qu'il nesten
acquitterbit pas avec moins
d'avantage
pour
la Ville , ny,
moins de gloire pour luy, Ik
feroit malaifé de trouver une
perfonne plus generalement
GALANT 299
eftimée que M' du Bois , & je
n'ofe employer icy les termes
dont on fe fert pour dire du
bien de luy , de crainte qu'-
on ne prenne des veritaz pour
desflateries.Rienn’afb plus pebible
quefon employ de Pro
cureur General de la Cown des
Aides & il n'y ation de plus
difficile que de comentencour
le monde dans un pareil pofte
Cependant Midu Bors n'y a
fant que des Amis: L'en élut
en mefme temps deux Eche.
vins , qui font M Moufle ,
Notaire, & M Tartarin , Avo
cat au Parlement. Le premier
300 MERCURE
eft fort eftimé dans fon Corps,
& l'on ne peut douter de fon
merite , de fa probité , & de fa
capacité dans fon employ ,
puis qu'il eft Notaire de M' le
Contrôleur General. Il eftoit
déja Quartenier , qui eft un
degré pour parvenir à l'Echevinage
, Quant à Mr Tartarin ,
la belle requefte qu'il vient de
faire pour Mr de Mongommery,
& qui fait tant de bruit
Bà
à Paris parle affez en fa
faveur , fans que je vous err
& dife rien. Le nouveau Prevolt
des Marchands , & les noueaux
Echevins , ont efté à ,
GALANT 301
Le
Verfailles préter le ferment
entre les mains de Sa Majefté.
Mle Camus, Maiftre des Requeftes
, Fils de M. le premier
Prefident de la Cour des Aides
, prefenta le Scrutin , & fit
un Difcours fur ce fujet que
toute la Cour applaudit fort.
e Roy luy fit I honneur de
luy dire, qu'il avoit parlé en
homme de qualité . M' de Fourcy
fupplia le Roy de luy pardonner
les fautes qu'il pouvoit
avoir faites pendant qu'il étoit
Prevoft des Marchands &
ce Prince luy répondit , qu'il
eftoit tellementfatisfait de fa con
302 MERCURE
·
duite , qu'il le propoſoit pour
-exemple à 'M' ›du Bois , qui en-
-troit dans ce mefme employ. Le
Roy ditenfuite à M ' le Nonce.
quieftoit prefent, qu'il ve
nou de luy aoir faire une des
fonctions de la Royauté, mais
qu'elle n'eftoit pas des plus grandes.
A quoy M le Nonce répondit
, que Sa Majesté en fai
foit de plus éclatantes quand Elle
triomphoit de fes Ennemis .Vous
pouvez juger de fon efprit pat
cette replique On dit qu'il en
a beaucoup , & qu'il s'acquitte
on fort habile homme des
fonctions de fon employ. Il a
GALANT. 303
receu la Profeffion de foy de
dix huit Evefques , dont on
en a déja facré huit , qui font
Mles Evefques de Tarbes ,
de Bayonne , de Seez , d'Avranche
, de Nifmes, de Toul,
d'Angoulefme, & de Lodeve .
M Pellot , Maitre des
Requeftes , Fils de feu M ' Pellot
, Premier Prefident au Parlement
de Normandie,a époufé
Mademoiſelle de Clerc de
Leffeville , Fille de M¹ le Clerc
de Leffeville , Confeiller au
Grand Confeil. Le peu de
temps & le peu de place qui
me teftent, m'empêchent de
304 MERCURE
de vous en dire davantage .
Le Roy & Madame ont tenu
la Princeffe d'Angleterre
fur les Fonts. La ceremonic
s'eft faite dans la Chapelle
du vieux Chafteau de Saint-
Germain en Laye , par M' le
Cardinal de Bouillon , grand
Aumônier de France . La Prin
ceffe a efté nommée Loüiſe-
Marie Elizabeth , qui font les
noms du Roy , de la Reine
d'Angleterre , & de Madame.
Sa Majefté vouloit que le nom
de Marie fuft le premier , parce
que c'eft ordinairement celuy
qui demeure ; mais la ReiGALANT.
3cs
૩૨
ne d'Angleterre a fait de fi
preffantes inftances , pour engager
le Roy à faire que l
nom de Louife precedaft les
deux autres noms , qu'il n'a pu
fe deffendre d'accorder aux
prieres de cette Princeffe , ce
qu'elle fouhaittoit avec tant
d'ardeur.
Je vous ay parlé d'une Thefe
, qui a cfté foûtenue au
College des Quatre Nations ,
avec tout l'éclat digne du
Soûtenant. Il s'en eft foûtenu
une autre au College d'Harcour
, avec un appareil qui
ne luy eftoit pas inferiçur.
douft 1692.
Сс
306 MERCURE
Elle eftoit de M' l'Abbé Colbert
de Maulevrier. On fçait
que tous ceux de cette Maifon
s'acquitent parfaitement bien
de tous les emplois dont ils fe
meflent dans l'Eglife , dans
le Miniftere , ou dans l'épée ,
& qu'ils y brillent avec beau
coup de diftinction . L'eftampe
de la Thefe eftoit tirée d'aprés
un des plus beaux Ta
bleaux de M le Sueur , & il
n'y avoit pas moins de dépenfe
, & de travail pour le
Graveur, que fi elle cuft cfté
faite fur un fujet imaginé tout
exprés.
GALANT 307
que
Les pertes continuelles
les Efpagnols ont faites , depuis
qu'ils fe font unis dans
les deux dernieres guerres
avec les Hollandois , ando s leur
ayant ouvert les yeux , le
Peuple de Madrid eft à prefent
auffi attentif aux nouvelles
, qu'il en eftoit autrefois
peu curieux. Ainfi les
Negocians ayant trouvé
moyen de le faire écrire par
fe
Ieurs Correfpondans tout ce
qui fe paffe d'important , s'en
trouvent à prefent inftruits fitoft
qu'il cft arrivé quelque
évenement confiderable . Lors
Cc ij
308 MERCURE
que l'on cut appris à Madrid
que l'Armée de France avon
afficgé Namur , le Roy & le
Peuple attendirent
avec impatience
quel en feroit lè fuccés.
Le Peuple l'apprit deux jours.
avant le Roy Catholique
,
parce que perfonne
n'ofoit
luy parler de cette triſte nouvelle
. Ce Prince demandoit
à tous momens , s'il n'eftoit
point venu de Courier , & il
commençoit
à s'impatienter
du filence que l'on gardoit
toujours là - deffus , lorfque le
Duc d'Offone luy dit le 17.
du mois paffe , qu'il ne de-
3
GALANT.
309
mes at
doit plus demander de nouvelles
-Namur , & que Namur eftoit
prefentement avec Mons. Je
m'en doutois bien , dit le Roy,
enjettant à terre fes gands qu'il
#tenoit voilà donc comme on
fait en Flandre. H
entra là-deffus dans fon Cabinet
, dont il pouffa rudement
la porte. On alla chercher la
Reine Mere ; & il demeura
plus de deux heures en conference
avec elle. Ce Prince
ne vouloit point que l'on fift
la fefte des Taureaux, qui avoit
efté longtemps différée , &
qui fe devoir faire le Lundy
210 MERCURE
1
fuivant ; mais la Reine . Mere
luy reprefenta qu'il eftoit de la
Politique de ne pas faire connot
tre au Peuple le chagrin qu'il
reffentoit de ce coup , d'autant
plus que depuis que la nouvelle
en avoit cfté répanduë , il y
avoit cu un grand concours
de gens fous les feneftres du
Palais , dont les uns maudif
foient la Ligue , les autres demandoient
la Paix , & les autres
,fi on vouloit épuifer l'Ef
pagne & en tires jufqu'au dernier
fol, pour donner à ceux
qui laiffent prendre les Pays-
Bas. On afficha quelques jours
GALANT 1. 31t
aprés beaucoup de chofes
contre le Prince d'Orange ,
& l'on mit un Tableau prés
du Palais , où l'on voyoit ce
Prince & le Duc de Baviere ,
qui fe tâtoient le pouls , com
me s'ils euffent eu la fièvre,
avec des Vers fort fatiriques
au-deffous. Pendant ce temps,
la Reine-Mere reçut une lettre
du Prince d'Orange
, par
laquelle il la prioit de faire,
entendre au Roy d'Espagne rque
le mauvais temps l'avoit empé -
ché de fecourir Namur , mais
qu'il fe préparoit à s'en wanger,
étant le Maistre de la Mer, Br
3T2 MERCURE
qu'on verroit bien- toft des ef
fets de fes promeffes . Le Duc
de Baviere écrivit de for
cofté pour ſe juſtifier , & accufa
le Prince d'Orange de
n'avoir pas voulu fecourir la
Place , quelques preffantes inftances
qu'il luy en cuft faites:
Cependant la Cour & la Ville
font dans la dernière confter
nation , malgré tous les foins
qu'employent à les raffurer les
Ambaffadeurs de Savoye & de
Hollande . Le Comte de Lob
kowits tâchant de fon cofté à
Lemettre l'efprit du Roy , luy
dit qu'on alloit rifquer une
Bataille
GALANT. 313
Bataille du côté du Rhin ; mais
le Roi d'Espagne perfuadé que
tous ces difcours ne font que
pour l'amufer , n'a pas laiffé
d'ércrire une Lettre affez forte
à l'Empereur , dans laquelle il
luy reprefente fes pertes continuelles.
Le Confeil d'Efpagne
fouhaite la paix , & voudroit
fe détacher de la Ligue ,
difant hautement que les affaires
de fon Prince vont de
mal en pis. On n'en parle pas
moins hautement à Bruxelles,
où l'on a fait des avanies en
pleine ruë , au Comte de Bening,
prefentement Milord
Aoust 1692.
Dd
314 MERCURE
Porteland , Favory du Prince
d'Orange , & autrefois fon
Page. Enfin , les Peuples de
Bruxelles envient le bonheur
de ceux des Villes de Flandre
qui vivent fous la domination
Françoife , & que la guerre
n'inquiette pas davantage que
les Peuples de Paris , au lieu
que ceux- cy font toujours environnez
des Troupes qui les
mangent , & qui n'oſeroient
les perdre de veuë , les Alliez
eftant obligez , en ſe gardanr,
de garder auffi Bruxelles , qui
les fait craindre de trois manieres
, puis qu'ils apprehen
GALANT. 315
dent ,ou que nous ne bom.
bardions cette Place , ou que
nous ne nous en rendions
Maiftres , ou qu'elle ne fecout
un joug , dont la neceffité
plutolt que le manque de fi
delité pourroit l'engager à
fe délivrer. La confternation
n'a pas cfté moins grande en
Angleterre , lors qu'on a fçu
perte du Combat de Stein-
Kerke. La Princeffe d'Orange
demeura comme immobile à
cette nouvelle , quelques cfforts
qu'elle fift pour déguifer
fa furprife , mais il eft bien
malaifé de fe poffeder dans
la
Ddij
316 MERCURE
un moment , où l'on fe fent
penetré tout à la fois de douleur
& de dépit . On voulut
cacher au Peuple la plus grande
partie de la perte qu'on
venoit de faire , mais ceux qui
prennent le party de leur veritable
Souverain, & dont l'in
tereft & la force n'ont pu
ébranler la conftance , firent
afficher aux lieux où les executions
fe font , les noms de
tous les Generaux & Officiers
Anglois & Ecoffois tuez dans
ce Combat , avec le nombre
des Troupes que l'on y avoit
perdues . D'ailleurs , la verité
GALANT. 317
eftant forte , & la mort de
ceux qui font dans les principaux
emplois , ne pouvant de
meurer long temps cachée )
à caufe du grand nombre de
perfonnes qui leur font attachées
, le Peuple fut bientoft
convaincu , que les Generaux,
& hauts Officiers avoient pery
dans cette funefte occafion ,
& ne douta point que la perte
d'un fi grand nombre deCommandans
n'cuft efté fuivie de
celle d'autant de Soldats qu'
on le publioit. Si - toft que ces
faits furent averez , les plus éclairés
declamerenthautement
Dd iij
318 MERCURE
contre le Prince d'Orange , &
dirent qu'il n'avoit expofé
que les Anglois , & les Ecoffois
, parce que fa Politique
eftoit de s'en défaire , afin
que les Troupes Etrangeres,
fuffent en plus grande quantité
dans le Royaume , perfuadé
qu'un Ufurpateur , qui
doit apprehender à toute heure
que les Traiftres qui l'ont.
élevé ne rentrent dans leur
devoir , peut avoir befoin de
leur fecours . On apprit en
mefme-temps , que la Flotte
qui choit partie pour aller
faire une defcente en France
GALANT 319
pour laquelle on avoit fait de
grandes dépenfes , eftoit revenue
à la rade de fainte Helene
, aprés avoir demeuré
feulement
quatre jours en
Mer. On ne put d'abord fçavoir
quelle eftoit la caufe d'un
fi prompt retour , mais enfin
l'on apprit que lesordres ayant
efté ouverts lors qu'on cut
quitté le Portion avoit trouvé
qu'ils eftoient donnez pour
l'attaque de S.Malo, à quoy les
Officiers les plus experimentez
& les plus habiles Matelots
s'eftoient oppofez alleguant
que l'on ne pouvoir tenter cette
Dd iiij
320 MERCURE
entreprife , fans ruiner tout - àfait
la Flotte. Le retour de
cette Flotte aprés le mauvais !
fuccés du Combat de Stein-
Kerke , donna beaucoup de
chagrin , & le Confeil cruc
éftre obligé de la renvoyer en
Mer, pour fatisfaire le Peuple,
mais avec moins de Troupes,
le Prince d'Orange
en ayant
fait paffer cinq mille hommes
en Flandre , pour reparer en
partie la perte qu'il y a faite.
Outre ces chagrins , les Anglois
ont encore celuy de fe
voir prendre tous les jours une
infinité de Vaiffeaux
, par les
ArmateursFrançois
& ces VaifGALANT.
321
feauxfont en fi grand nombre,
que l'on peut dire , qu'ils en
prennent vingt contre un feul
qui leur eft pris . Les Espagnols
qui fe vantoient de nous inquieter
beaucoup dans la Méditerranée
, viennent d'y en
perdre un de foixante Canons
, & de quatre- vingt-dix
hommes d'équipage , dont
M' de Levy s'eft rendu Maître
aprés un rude Combat .
Le 25. le Prince d'Orange
ayant fait faire un mouvement
à fon Armée du côté de
l'Efcaut , fans s'éloignet pourtant
de Ninove que d'un quart
322 MERCURE
de lieue , M ' de Luxembourg
en fit faire autant à la fienne ,
fi bien que par ce mouvement
fa droite fe rabatit du côté de
Frefne. Le 26. ce Prince ayant
encore marché vers l'Efcaut ,
toute l'Armée de M de Luxembourg
alla camper à Frefne
, & ce General ayant cû avis
que les Ennemis alloient paffer
la riviere à Gauvre , où
ils eftoient encore le fit
marcher toute l'Armée à Potte
, afin de paffer l'Escaut en
mefme temps qu'eux. Le 27 .
noftre Armée prit la route de
Harlebeck fur la Lis , au deffus
27.
GALANT. 323
de Courtray. Ainfi elle fortit
du Comté de Hainaut , 8.
entra dans la Flandre Efpagnole.
On a fçû que le Prince d'O
range s'eftoit vanté qu'il al
loit affieger Ipres , & qu'il
avoit retenu vingt mille Pion .
niers pour l'execution de ce
deffein ; mais outre qu'il ne
manque rien à cette Place ,
M de Luxembourg
a quatre:
licues d'avance fur luy pour
s'y rendre , & l'Armée de ce
Prince ne peut du lieu où elle
eft poftée , faire ces quatre :
lieuës qu'en deux jours , à cau3:
4 MPRCURE
fe des bois & des défilez ; de
forte qu'il prend mal fes mefures
, fi ce n'eft qu'il ait d'autres
deffeins que ceux qu'il
public . Il avoit fait des dérachemens
pour nous donner le
change , mais voyant que M
de Luxembourg ne le prenoit
pas , il les a fait revenir dans
fon Camp. Je croy que je vous
apprendray avant que de fermer
cette lettre , à quoy toures
fes marches auront ab
bouty.
Les nouvelles de Dauphiné
font , que Monfieur le Duc
de Savoye s'eftant prefenté de-
1
GALANT
325
vant Ambrun avec une Armée
affez nombreuse pour
emporter en peu de jours , une
Place regulierement fortifiée ,
crut qu'à fon arrivée il nauroit
qu'à prendre poffeffion
de celle-cy , parce qu'il n'y
aucunes fortifications , mais
il connut que les François ne
font
pas gens à fe rendre , &
que ce que l'on emporte fur
cux quand cela arrive , ce qui
eft fort rare , coûte toujours
fi cher à leurs Ennemis , qu'il
leur feroit beaucoup plus
avantageux de ne le pas cmporter.
Ainfi il fut obligé à
326 MERCURE
faire un Siege dans les formes , &
de n'approcher de la Place que par
Tranchées. Le Siege a duré douze
jours pendant lesquels ce Prince
voyant les pertes continuelles qu'il
faifoit , s'eft repenty plus d'une fois
de s'eftre engagé à paffer des Montagnes
avec tant de peine , pour voir
enfuite perir fes meilleuresTroupes.
Enfin M. le Marquis de Larray fatisfait
du defavantage que les Ennemis
avoientreçu par les continuelles
forties qu'il avoit fait faire pendant
les douze jours de ce Siege , & de
la defertion qu'il avoit caufée parmy
eux , en les arreftant fi longtemps
, jugea à propos de faire battre
la chamade , voulant conferver
les Troupes du Roy , ce qui luy
auroit efté difficile , s'il euft attendu
qu'il y euft eu breche à la muraille,
+
GALANT. 327
où le Mineur eftoit attaché. M. le
Duc de Savoye prétendit que la
Garnifon demeureroit prifonniere
de guerre , mais M. de Larray répondit
à celuy qui luy fit cette propofition
, qu'il s'enfeveliroit plutôt
l'épée à la main avec ceux qu'il commandoitfous
les ruines de la Place,
que d'entendre à une telle Compofition.
Ainfi M. de Savoye ne
voulant plus expofer fes Troupes ,
permit aux Affiegez de fortir avec
tous les avantages qu'on accorde
aux Garniſons des plus fortes Places
, & qui fe peuvent encore deffendre.
On conduifit celle d'Ambrun
à Grenoble . Quant à M.
l'Archevelque d'Ambrun, à qui il
fut libre de demeurer dans fon Palais
, en preftant ferment à M. de
Savoye , il refufa ce party , & dit
328 MERCURE
que pour le peu de temps que ce Prin
ce avoit à demeurer Maistre de la
Place , il ne croyoit pas le devoir reconnoiftre
pour fon Souverain. En
effet , M. de Savoye n'y fur
pas fitôt
entré , qu'il commença à fe
trouver embaraffé de la Conquête.
Il fit affembler les Habitans , &
leur déclara qu'il alloit faire démolir
leurs murailles , s'ils ne luy donnoient
quarante mille écus . Ils luy
répondirent , qu'aprés une Capitulation
accordée, ils ne pouvoientfaire
autre chofe que de l'executer , & de
luy payer les mefmes droits qu'ils
payoient au Roy. Ce Duc voyant
leur obftination , & , qu'elle eftoit
bien fondée , le relâcha a quarante
mille livres , & comme on perfiftoit
à luy refufer cette mediocre fomme,
il ordonna que l'on defcendift les
GALANT:
329
>
pas
cloches , difant qu'il vouloit les
emporter. Ce differend n'eftoit
terminé , lorfque la Lettre qui a apporté
ces nouvelles eft partie.
Vous jugerez comme il vous plaira
de ce procedé. Le Voyage de M.
de Savoye en Dauphiné avec les
Troupes de tant de Puiflances , fera
un bel endroit de fon Hiftoire ,,
quand on fçaura qu'il n'y eft venu
que pour vendre , ou pour emporter
des cloches. La perte qu'il a faite
au Siege d'Ambrun dont il ne
peut fe dédommager que par des
cloches , n'eft pas la feule qu'il ait
faite. Ill'a cachée le plus long- temps
qu'il a pû aux Troupes qu'il com
mandoit devant cette Place , mais
enfin il a falu que cette nouvelle ait
éclaté. Le Marquis de Parelle avec
un détachement confiderable ayant
Aouft 1692.
Ec
330 MERCURE
voulu entrer en Provence , & forcer
le paffage de Hubaye , du cofté de
la Vallée de Barcelonnerte , fut non
feulement repouffé avec une vigueur
extraordinaire par les Troupes que
commande M. le Marquis de Vins,
mais extrêmement bleffé d'un coup
à l'épaule , qui luy caffoit l'omoplate,
& paffoit de part en part . On le mit
auffi-toft en Litiere pour le tranf
porter à Turin , mais fon mal ayant
toujours augmente , il ne put
paffer Saluffes , où il mourut. Le
nombre des Morts & des Bleffez ,
tant dans cette action , qu'au Siege
d'Ambrun , eft fort grand , & fur
tout des perfonnes de confideration ,
& des Officiers. Le Prince Eugene
a efté bleffé à l'épaule , & le Prince
de Commercy à la jouë , d'un coup
qui luy caffe la machoire fuperieure ,
1
GALANT. 331
efté
Le Marquis de Léganez a eu les
deux joues percées d'un coup de
moufquet . Le Marquis de Vauguiere
a efté bleflé à la machoire inferieure ,
dont l'os eft fracaflé . Le Marquis de
Bernay, & le Comte de Mazel ont
dengereufement bleffez à la
cuiffe , & le Marquis du Tor a efté
tué. Outre cela , il y a une grande
quantité d'Officiers Allemans , Efpagnols
& Piémontois tuez ou bleffez
, & les Ennemis avouent que
depuis qu'ils font entrez en Dauphiné,
ils ont perdu plus de fix mille
hommes , tant par les forties des
Troupes d'Anbrun , que par la
mortalité & les defertions . Ils ont
manqué une entrepriſe qu'ilsavoient
formée fur Suze, l'inrelligence qu'ils
avoient avec le nommé Jacques le
Rat ayant efté découverte . Ils ont
Ecij
333 MERCURE
un Camp d'Allamans dans la Vallée
de Suze , & les Espagnols font
allez dans le Montferrat pour y
joindre le Marquis de Pianeffe , qu
eft campé avec cinq cens Chevaux
& quelque Infanterie à Frifine de
Po.
Depuis la prife d'Ambrun , l'Infantarie
des Ennemis s'eft approchée
de Cifteron , & leur Cavalerie vers
Briançon , où eft M. de Catinat,
avec dix - huit Bataillons , & trois
mille Chevaux”
Le Gouverneur de Valence en
Dauphiné , a fait lareveue de tous
les Paylans capables de porter les
armes. I leur en a fait diftribuer ,
leur a donné des Officiers , & les a
fait marcher .
Il eftoit arrivé le 23. un Regiment
de Dragons à Grenoble , & on en
GALANT 333
attendoit un autre le lendemain .
On a efté fort confterné à Turin,
quand on y a veu apporter un grand
nombre de morts & de bleffez de
Ta premiere qualité , & qu'on y a
appris la perte faite à Hubaye &
devant Ambrun. Je fuis Madame
voftre , &c.
A Paris ce 31. Aoust 1692 .
LE LIBRAIRE AU LECTEUR.
LR
E Volume que j'ay donné au Public de la
Relation du Combarde Stein- Kerke, avee
le Plan du mefme Combat , qui eft l'unique que
l'on ait gravé , auroit plainement fatisfait les
plus curieux & les plus critiques , s'ils y avoient
trouvé une Lifte generale de tous les Officiers
tucz ou bleffez , avec leurs noms & leurs enplois.
Ceux qui n'ont point de nouvelles de
leurs Parens bleffez , ou tuez , en pourront
apprendre par cette lifte. Elle m'a efté tant demandée
, & je l'ay promife à tant de gens , que
je n'ay épargné aucun loin pour l'avoir . Aimfi
elle fera ajoutée au Volume de la Relation du
Combat & tant pour la Relation que pour la
Lifte & le Plan en grand papier , on ne paye-
1
༢༨ 」
234 MERCURE
ra que vingt fols . On peut dire que ce Volume
avec celuy de la prife de la Ville de Namur
, & l'Hiftoire du Siege du Chafteau, renferment
toute la Campagne, avec une infinité de
circonftances & de faits qu'on ne trouve point
ailleurs . Les trois fe donnent pour trois livres
dix fols en vezu , & pour cinquante- cinq fols
en parchemin.
Relude.
TABLE. -
Bel Ouvrage de M. Boyer.
Sonnet.
Epiftre de Madame desHoulieres .
Madrigal.
Lettre de la Haye.
Réjouiffances publiques.
Lettre du Penfionnaire de Leyden.
Réponse à la mefme Lettre.
Hiftoire.
II
23
25
35
37
44
64
74
81
Détail de l'execution du grand Veneur
du Duc de Hanover.
Mariage du Duc de Modene.
Lettre touchant un prodige
Lion.
101
105
arrivé à
113
Le Provincial des Barnabites faluë le
Roy à fon retour d'Italie. 129
TABLE.
M. Le Coq eft pourven de la Chaire de
Docteur & Profeffeur Royal de Droit
François à l'Univerfité de Caen . 129
Cérémonies faites à l'Abbaye des Chanoineffes
de fainte Geneviève de Challict.
Eloge du Roy. 138
Fefte celebrée à Poitiers . 150
Aubade donnée à la Ville de Namur.154
Madrigal. 160
161
Epiftre au Roy.
163
Avis douné aux Flamans:
Vers fur une Medaille frappée pour le
Prince d'Orange.
Morts .
179
171
Madame la Ducheffe , accouchée d'un
Prince. 180
Thefes foutenues par M. l'Abbé de
Louvois.
183
Eloge de M. le Prince de Turenne. 195
Abregé de la Vie de M. Defcartes . 204
Nouvel Etat de la France. 205
Carte des dix-fept Provinces des Pays-
Bas.
Carte de la Grece.
208
210
Benefices donnez par le Roy.
210
TABLE.
Abbaye donnée par Monfieur.
Charge donnée
par le mesme.
214
215
Cérémonies faites au Louvre le jour de
la Fefte de faint Louis. 216
Autre Panegyrique de S. Louis fait par
M. l'Abbé de Caftre. 219
Nouvelle Relation du Combat de Stein-
Kerke.
Sonnet.
Nouvelles Abbayes données par le Roy.
220
274
277
Sermens prétez entre les mains de Monfieur , par
M. le Vicomte de Pugeol & M. le Marquis
de Vauchelles .
Article des Enigmes.
Autre , Article de Morts .
277
278
289
Election d'un nouveau Prevoft des Marchands ,
& tout ce qui s'eft paffé , lors qu'il a prété le
Serment entre les mains du Roy. 297
Mariage de M. Pellot & de Mademoiselle de
Leßeville.
Baptefme de la Princeffe d'Angleterre .
These foutenue au College d'Harcour
Nouvelles curieufes de Madrid.
Nouvelles d'Angletorre .
Nouvelles de Flandre.
Nouvelles de Dauphiné.
303
304
305
307
315
321
324
333
Avis.
I a Medaille , page 181. L'Air , rage 188
UNIVERSITY OF MICHIGAN
3 9015 06574 3307
Qualité de la reconnaissance optique de caractères