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1692, 08 (supplément, Relation du combat de Stein-Kerke) (Lyon)
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me .. те
Ex
Dono
RP.
Cland.
Frane
Mercur
Soc. Jem
29410
|
heist- 62/ 12411
801122
Vize ort
Vik
Jean Gameau)
fiche
farve
86
801122
+ E
BIBLIOTH
+
FUB
+
COLLEG
RELATIO
D U
THEQUE
COMBAT
Colleg, lugdun. .Trinit.
Societ. You Cat.info.
STEIN - KERKE.
DE
P3
LYON
*1895 A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , ruë
Merciere au Mercure Galant.
M. D C. XCII.
AVEC PRIVILEGE
DY ROL
AVIS
L ne doit pas eftre
permis de douter que
la Lettre que M. le
Maréchal
Duc de Luxembourg
a envoyée au
Roy , ne contienne
la
plus
veritable de toutes
les Relations
du Combat
de Stein- Kerke
لا
a 2
A VIS.
mais la verité ne fait
pas que cette grande
action puiffe avoir toute
fon étendue dans une
Simple Lettre, & il doit
eftre beau à ce General
que l'on y puiffe ajouter
quantité de circonftances
qui luy font avantageufes.
Tant de Bra
ves fe font diftinguez
dans ce Combat , qu'il
n'a prefque eu que la
place de les nommer, &
AVIS.
defaire leur éloge. Sa
modeftie l'a fait paſſer
pardeffus ungrand nonsbre
de circonftances qui
font toutes àfa gloire ,
comme il a pris plaifirà
marquer de quelle
maniere les autres fe
font diftinguez , il eft
jufle de faire voir comment
, il s'eft diftingué
luy - mefme & de remplir
par une ample Relation
, les endroits dont
á 3
AVIS.
ce fameux General n'a
pu donner que le plan , de
ce qui pourroit s'étendre
plus loin qu'un volume
ordinaire , fi on
ne laiffoit rien de ce
qu'une infinité de Relations
ont marqué de
cette grande journée ,
mais on eft preßé de fatisfaire
à l'impatiense
du Public ; qui a
fouhaitté d'en voir une
de la mefme main que
AVIS.
celle du Siege du Chateau
de Namur , où
l'on a
trouvé tant de
faits éclatans dont les
autres n'ont rien dit.
On en
trouvera de
mefme dans celle de ce
Combat qui font entierement
ignorez , &
L'affaire étant
repriſe de
plus
loin , on y
apprendra
avant
que de venir
à la
lecture
du dé.
tail ,
quantité
de
chofes
A VIS.
affer curieuses pour
faire plaifir à ceux qui
les liront.
a
RELAT
"
RELATION
DU COMBAT
DE
STEIN KERKE.
6
L
nefuffifoit pas
au Prince d'Orange
pour meriter
le nom de Grand
Homme , de fe voir affis
fur le Trône d'Angleterre
,
A
2 Relation du Combat
27
il falloit que par des actios
purement de luy, il meritaft
de porter ce nom en
bonne ou mauvaife part ,
puis qu'il plaift aux hommes
de le donner aux
grandsCriminels, lors que
leurs crimes font fuivis
d'un fuccés
avantageux ,
de meſme qu'aux perſonnes
du plus haut merite , &
aux Heros les plus accomplis
. Avoir eu l'adreffe de
fe faire offrir la Couronne
d'Angleterre
, puis
qu'on ne peut appeller
de Stein- Kerke. 3
conqueſte ce qui n'a cou.
té aucun combat , a fans
doute efté le plus grand
bonheur qui foit jamais
arrivé à un homme , fans
qu'il ait eu beſoin d'autre
chofe que du fecret .
Il n'y a pas lieu d'eftre fur.
pris que l'Auteur de l'entreprife
, & ceux qui s'en
font rendus complices
ayent pû le garder , puis
que la Couronne en eftoit
le prix pour l'un , & que
les autres ne pouvoient
le découvrir fans s'expo-
A 2
4 Relation du Combat
"
fer aux rigueurs d'une
mort certaine. Ainfi l'on
peut
affurer
que
le hazard
, la rebellion
, les
occurrences
, la Religion
, & la fituation
des affai
.
ont
porté
, pour
res
ainfi dire , le Prince d'Orange
fur le Trône , &
que pour s'y élever il a
fallu feulement qu'il fe
foit prêté à la Fortune ,
qui a pris le foin de le
conduire. Il falloit un
Chef à l'Eglife Proteftante
, qui alloit cftre
de Stein- Kerke.
reduite aux abois , fi la
jaloufie de quelques
Princes Catholiques n'eût
donné la main aux Pro
teftans pour fe foutenir
On a vû cette jaloufis
rellement outrée , qu'el
le n'a pas feulement cfté
pour les chofes qui regardent
la vanité des
hommes , & leur domination
les uns fur les
autres , mais meſme contre
le merite , s'il m'eft
permis de parler ainfi ,
que le Roy fe faifoit au
A 3
*
6 Relation du Combat
"
prés de Dieu en travaillant
à l'anéantiffement
ou du moins à l'abaiffement
de la Religion
Proteftante
. La pluſpart
des Princes Catholiques
ne l'ont pû voir fans
envie , & en s'uniffant
pour détruire la Religion
Catholique , & faire fleurir
la proteftante , ils
n'ont point rougy de fe
declarer contre le Ciel
mefme. On avoit befoin
d'un Chef fous le nom
duquel on puſt agir , &
de Stein-Kerke.
7
il cuft efté honteux à un
Prince Catholique de fe
mettre à la tefte de la Ligue
, puis qu'il falloir
commencer
par détruire
la Religion Catholique
en Angleterre
, mais comme
la Ligue eftoit trespuiffante
, & qu'il n'eftoit
rien qu'elle ne puft fe promettre
de fes forces , fi le
Ciel n'euſt travaillé
pour
luy-mefme en la confondant
, il n'eftoit pas
neceffaire
qu'elle choiſiſt un
Genie feperieur , puis que
A 4
& Relation du Combat
dans la fituation où les
affaires eftoient , un Mazaniel
luy auroit fuffi.
Vous avez fans doute entendu
parler de ce gueux
fi renommé , qui appuyé
par le Peuple, eut le cre
dit de le faire Roy de Na
ples . Le Prince d'Orange
avoit à fouhait tout ce
qu'il pouvoit defirerpour
Fentreprife qu'il avoit
formée. La bourfe des
Hollandois luy eftoit entierement
ouverte , dans
la penléc que l'union de
de Stein- Kerke.
9
a
la France & de l'Angle
terre eftant rompuë , la
France ne pourroit jamais
refifter à fes Ennemis.
Les Anglois de leur
cofté pouvoient fournir
des fommes immenfes ,
ainfi qu'ils ont fait. Il
y avoit plufieurs années
qu'ils tiroient beaucoup
d'argent de la plus gran
de partie des Princes de
l'Europe qui les engageoit
par là à demeu,
fer neutres. Enfin l'on
peut dire qu'au com-
A 5
10 Relation du Combar
mencement de la Li
gue , que le Prince d'Orange
a miſe à l'extrêmité
par fa mauvaiſe' conduite
, il eftoit Maiſtre
de la plus grande partic
de tout l'argent , & de
toutes les forces de l'Europe.
Les Proteftans en
avoient fait leur Idole ,
non qu'ils le cruffent
d'aucune Religion ; il eſt
impoffible d'en avoir ,
& d'ofer porter les crimes
jufqu'où il les a
pouffez
, mais c'eftoit
de Stein- Kerke.
affez qu'il affectast de
paroiftre Proteftant , &
qu'avec des forces fuffifantes
il euft la volonté
de faire fentir de rudes
affauts à la Religion
Catholique. Tout luy
eftoit favorable , & juf
qu'à tel point , que fi
quelque chofe avoit deû
le chagriner , c'eſtoit de
ne pouvoir contribuer à
fon élevation qu'en abandonnant
fon nom & .fa
perfonne à la fortune
qui luy avoit applany
12 Relation du Combat
tous les chemins , & qui
Fentrainoit fur le Trône
avec la rapidité , dont
elle fe fert ordinairement
pour les chofes
qui ne doivent pas avoir
une fort longue durée.
Le fecret ayant eſté l'ame
de cette affaire , qui
éclata tout d'un coup
,
on fit d'abord l'honneur
au Prince d'Orange
de
croire qu'il avoit fait
mouvoir
bien plus de
refforts qu'il n'en avoit
fait agir par ce qu'en
4
de Stein Kerke. 13
a
?
matiere de politique on
préfume fouvent beau
coup plus de ce qu'on
ne connoift pas ; mais
la facilité du paſſage
d'Angleterre, & la prompte
élection de ce Prin-.
ce pour luy donner la
Couronne fans qu'il s'y
trouvaft aucun obſtacle ,
firent voir qu'il ne luy
pouvoir tout auplus
avoir couté que des fouhaits
criminels. La confolation
qu'il avoit , ou
du moins qu'il devoit
1.4 Relation du Combat
avoir, étoit que le voyant
à la tefte de la plus grande
partie des forces de
l'Europe , & de fes Souverains
, par le Commandement
qu'ils luy
laiffoient , avec le pouvoir
de refoudre & d'agir,
il pouvoit faire des actions
fi extraordinaires
qu'elles luy feroient meriter
le furnomde Grand
Homme que luy donnoient
ceux qui l'avoient élevé
plûtoft pour leurs intereſts
que pour la gloire.
de Stein Kerke.
Il falloit neantmoinsfaire
des chofes prodigieufes
pour cela , car il n'auroit
pas efté furprenant qu'il
en euft fait de grandes
avec le fecours de toute
L'Europe. Ainfi plus cc
Prince avoit de forces capables
de le rendre maître
de tout ce que fon
ambition auroit pû le
porter à envahir , & de le
mettre , en pouvoir de ſe
repandre comme un torrent
chez fes Ennemis ,
moins il fe voyoit en état
16 Relation du Combat
d'acquerir de la gloire en
triomphant , puis que
trente mille Hommes , ain.
fi qu'autrefois à Alexandre
, auroient dû luy fuffire
, pour conquerir en
Heros. Cependant il n'a
fait de conqueſtes pour la
Ligue , ny en Heros , ny en
Capitaine qui puſt accabler
fes Ennemis par le
nombre , mais il a fait
quelque chofe de plus
furprenant , & pour ainfi
dire , d'incomprehenfible.
Au lieu de montrer
qu'il
de Stein Kerke. 17
qu'il fçavoit l'Art de
faire valoir de fi grandes
forces par l'intelli
gence d'un genie fuperieur
, par l'étendue du
plus grand courage &
par les lumieres d'un
grand Capitaine , il a
trouvé le fecret de no
rien faire avec beau
coup , de perdre tous les
avantages , de gafter tou
tes les difpofitions favorables
où eftoient pour
luy toutes les affaires de
l'Europe , & d'en rui
B
18 Relation du Combai
•
ner & des-honorer prefque
tous les Souverains.
Ces faiis eftant conftans
& connus , & remplif
fant les Hiftoires , ne
peuvent étre niez. Quand
les Alliez ont formé la
Ligue , la France qui ne
vouloit point troubler
le repos où elle avoit
mis l'Europe, n'étoit point
armée , & s'ils euffent eu
un Chefprudent & habile,
ils auroient pûfaire du
grandes conqueftes au
lieu de voir perdre trois
de Stein-Kerke. 19
que
f
batailles , tant fur terre
fur mer prendre
Philifbourg , toute la Sal
voye , Mons & Namur ,
& remporter plufieurs
autres avantages dont on
ne dit rien , quoy qu'ils
foient confiderables
, à
caufe que les conqueftes
que je viens de vous nommer
font au- deffus de
tout ce que l'on peut dire.
Comme on n'a rien fait
que par les ordres du
Prince d'Orange , ou en
fa prefence , qu'il a efté
B 2
20 Relation du Combat
l'ame de la Ligue qui a
toujours
fait mouvoir
ce grand Corps , aprés
l'avoir couronné & mis
en eftat de tout entreprendre
, on a fujet de
luy reprocher
qu'il a fort
mal répondu à l'attente
avantageufe
qu'elle avoit
de luy , & qu'aprés luy
avoir donné le nom de
Grand Homme , par anticipation
, croyant qu'il
s'en rendroit digne un
jour , & luy avoir mis
en main tout ce qui estoit
de Stein-Kerke. 21
neceffaire pour
venir
à
bout de l'acquerir , il a
trouvé le moyen de dé
truire ce qui fembloit ne
le pouvoir jamais eftre ,
à moins qu'il ne travaillaft
luy-mefme à fa ruine
& à celle des Alliez.
Ainfi lorfque les Proteftans
luy donnoient le
nom de Grand homme,
toutes les actions luy
faifoient meriter un nom
entierement oppofë , joint
à celuy d'ignorant , &
de peu vaillant Capitai22
Relation du Combat
ne. Quand il a eſté
queftion
de mettre l'épée à
la main il a levé des
Sieges , ou perdu des
Places par tout où il a
efté , & fi l'on en a repris
quelques-unes , cela eſt
arrivé les années fuivantes
lors qu'il en eftoit
bien éloigné. Les Ennemis
n'en avoient perdu
aucune en Flandre depuis
le commencement
de cette guerre. Si - toft
qu'il y a paru , ce n'a
cfté
que pour y voir
de Stein-Kerke. 23
prendre Mons. Il a cfté
en Angleterre & il en a
fait venir de nouvelles
forces , mais il femble
qu'il n'ait voulu les avoir,
qu'afin de laiffer prendre
Namur avec plus
de honte. Comme je ne
veux vous entretenir que
de cette Campagne
, je
laiffe l'affaire de Mons .
Amis & Ennemis , tout
en a parlé , & ce n'a pas
efté à fa gloire. La perte
de cette Place luy devoit
faire prendre de juftes
24 Relation du Combar
mefures pour empêcher
celle de Namur. Il le
pouvoit fans rien faire
qui fuft au deffus de la
portée du moindre genie
, & le Roy ne s'eftant
point mis en Campagne
avant le temps ordinaire
de l'ouvrir
devoit
il
, en ne fuivant
que l'ufage
des armées
de Flandre
, s'y mettre
auffi-toft
que ce Monarque
. Cependant
Namur
fe trouve
affiegé
avant
qu'on
luy voye
dix
de Stein- Kerke.
25
dix mille hommes enfemble.
La Ville eft prife
avant qu'il en ait
trente - cinq mille , & le
refte s'affemble pendant
qu'on pourfuit le Siege
du Chateau . Quand il
fe voit à la tefte de cent.
mille hommes , il menace
, & n'agit point , quoy
que les forces du Roy
foient divifées , & qu'il
euft un pretexte pour
rifquer ' , puis qu'il auroit
pu empefcher de
prendre Namur en ga-
C
26 Relation du Combat
gnant une bataille
, mais
fitôt que les forces
de
S. M. font unies , qu'il
n'y a plus de Siege à faire
lever
& que le gain
d'un Combat
luy apporteroit
moins d'utilité
, il
ne manque
pas à l'engager
afin d'en avoir perdu
de toutes fortes . Lors
qu'on donna
la bataille
de Fleurus
, les deux
partis avoient
de l'Infanterie
& de la Cavalerie.
Il n'y avoit à l'affaire
de Leuze que de la
de Stein-Kerke.
27
Cavalerie , contre de la
Cavalerie , & dans celle
qui vient d'arriver , l'Infanterie
feule a combattu
contre l'Infanterie . Il
falloit ce dernier Combat
pour le convaincre
qu'il fera toujours battu
de quelque maniere que
ce foit , & ce qu'il y a
de chagrinant pour luy
dans cette derniere affaire
, c'eft qu'il eftoit
fortement perfuadé que
fi fa Cavalerie ne pouvoit
tenir contre la nôtre
C 2
28 Relation du Combat
fon Infanterie étoit fi
fuperieure que la noſtre
ne pourroit tenir contrela
fienne , & c'eſt ce qui
luy a fait hazarder fi
legerement ce dernier
Combat parce qu'il
n'avoit que de la prévention
contre nôtre Infanterie
, fans avoir aucune
certitude qu'elle
duft mal faire. Un plus
habile homme que luy
auroit fait réflexion
que fi les François font
quelque perte , c'eft rade
Stein- Kerke. 29
rement en reculant , &
qu'une Nation auffi belliqueufe
que la Françoife
, fecondée des Suiffes
feulement , qui ſemblent
ne refpirer que dans la
guerre , devoit triompher
d'un Corps compofé
de tant de Nations,
l'union de fes parties
n'en peut que diffici.
lement eftre parfaite .
Le Prince d'Orange doit
eftre enfin convaincu de
la bonté de noftre Infanterie
, non feulement
que
C 3
30 Relation
du Combat
par la perte du Combat,
mais encore
parce que
la plus grande partie de
la fienne a combattu
contre la moindre
partie
de la nôtre. Ce Prin.
ce ayant réfolu de nous
attaquer
, fans avoir
communiqué
fon entreprife
à perfonne
, fit la
veille un détachement
de fon Armée
, qu'il envoya
du coſté de Namur
, afin d'ofter les
foupçons
qu'on cuft pu
avoir de fon deffein . Il
'de Stein Kerke. 31
ordonna auffi un grand
fourage , pour le jour
qu'il avoit envie de hazarder
le Combat , afin
d'empefcher qu'on ne
pénétraft fes intentions ;
& le foir , comme il
s'agiffoit de fe préparer
à marcher la nuit pour
venir à nous , il fit affembler
l'Etat Major ; &
lûy ayant découvert ce
qu'il vouloit faire , il
laffura que la Victoire eftoit
certaine , qu'il connoiffait
le terrain , & qu'il ne
C
4
32 Relation
du Combat
refteroit pas dix mille hom
mes enfemble à Monfieur de
Luxembourg. Il en eftoit
fi perfuadé
fuivre toutes les tentes ,
ne doutant pas qu'il ne
> qu'il
fit
duft camper le lendemain
dans le Camp même
de ce General. Aprés
avoir fait part de fa réfolution
à l'Etat Major ,
il fit prendre les devants
à douze mille hommes
de Troupes choifies
, & eftant party fix
heures aprés à la tefte
de Stein-Kerke.
33
du refte de l'Armée , il
fe rendit au lieu où les
douze mille hommes
qu'il avoit envoyez devoient
l'attendre. Il fut
bien furpris de ne les y
pas trouver. Cela fut caufe
qu'il le détacha avec
peu de monde , pour les
aller chercher plus avant
, parce que l'Armée
auroit efté trop de
temps à avancer auffi
loin qu'il vouloit aller.
En effet il pouffa juf
qu'à un Village où il Y
C 5
34 Relation du Combat
avoit de nos Troupes ,
& revint joindre le gros
'de fon Armée fans avoir
trouvé ce qu'il cherchoit
, ce qui luy caufoit
de grandes inquietudes:
Etant neanmoins
revenu de la frayeur qu'il
avoit euë , en ſongeant
qu'on pouvoit avoir batu
fes douze mille hommes
il tint un grand
Confeil de guerre , pour
déliberer s'il continueroit
fa marche , & s'il
nous attaqueroit , fuide
Stein-Kerke. 35
vant fon premier deffein.
Les Deputez des
Etats Generaux opinerent
à ne point combattre
, & le Prince d'Orange
fut de leur avis ,
mais il ne l'appuya pas
fi fortement
. Quant à
l'Electeur de Baviere
il foutint avec opiniâ
treté qu'il falloit donner
bataille , & dit que
le Peuple de Bruxelles demandoit
ce Combat , croyant
que c'eftoit le feul moyen
d'éloigner les François de
36 Relation du Combat
leur Ville. Il y avoit fi
fi long- temps qu'il crioit
bataille , qu'il fut enfin
refolu de déferer à fon
fentiment. On commerçoit
à prendre de nouvelles
mesures pour l'execution
de cette entreprife
, lors que les douze
mille hommes dont
on eftoit en peine arriverent:
Les Guides qui
les conduifoient s'étoient
égarez eux - mefmes , &
les avoient remenez au
Camp d'où ils eftoient
de Stein- Kerke. 37
partis ,
& d'où ils étoient
enfuite revenus
joindre le Corps de
l'Armée. Le Prince d'Orange
ayant toutes fes
Troupes , & n'appre
nant rien qui luy fift
craindre qu'on n'eût eu
avis de fon deffein , leur
fir un difcours preffant
- pour les engager à donner
des marques de leur
valeur , & à ne point
reculer. Il tâcha de leur
perfuader qu'il n'y avoit
point à douter de
38 Relation
du Combat
la victoire , & leur dit
qu'il abandonnoit au pillage
tout le Camp des François, &
qu'ils trouveroient de quoy
s'enrichir à jamais dans le
quartier des Troupes de la
Maifon du Roy.
Quinze jours avant
le Combat que le Prince
d'Orange avoit refolu
de donner , pour
fatisfaire aux fatigantes
impatiences de l'Electeur
de Baviere aux
chagrinans murmures des
Peuples qui faifoient
,
de Stein - Kerke . '39
:
de continuelles plaintes ,
& qui alloient meſme
jufqu'aux avanies contre
fes gens dans la plûpart
des Villes de Flandre
, & pour donner
quelque chofe aux reproches
qu'il fe faifoit
à luy mefme de n'étre
jamais venu dans les
Pays - bas , que pour
voir prendre des Places
; quinze jours , disje
, avant que de don-
·
S ner ce Combat , où tant
いde preffantes confidera40
Relation du Combat
tions l'engageoient , il
ordonna que fon Infanterie
n'auroit qu'un Drapeau
par Bataillon . Vous
pourrez me dire qu'il n'avoit
pas prévû quinze
jours avant que d'engager
cette affaire , les mou.
vemens que feroit Monfieur
de Luxembourg
& qui devoient le porter
à l'entreprendre, mais
il fuffifoit qu'il cuſt réfolu
de combattre à la
premiere occafion qu'il
trouveroit favorable
pour
de Stein-Kerke . 41-
r
Il
pour donner des ordres
fur des chofes qu'il jugeoit
luy devoir eftre
importantes , quand il
arriveroit
que l'on en
vinft à une bataille.
fe ſouvenoit
que fes Drapeaux
avoient efté vús
fouvent
à Paris , & que
les ruës en avoient été
remplies , fur tout aprós
les Batailles de Caffel &
de Fleurus & il vouloit
éviter une pareille .
honte , s'il ne pouvoit
éviter un pareil mal-
D
42 Relation du Combat
heur . Il en avoit meſme
des raifons plus preffantes
& comme cette
terefts
guerre ne ſe fait uniquement
que pour fes in-
, quoy qu'il tâche
de perfuader
le contraire
à fes Alliez , la
Politique demande qu'il
déguife tous les malheurs
qui luy arrivent en Angleterre
& en Hollande
, & generalement à
tous ceux de fon party
, afin de pouvoir les
tenir toûjours armez pour
de Stein-Kerke. 43
empêcher que le Roy
d'Angleterre ne remonte
fur fon trône , à quoy
les Alliez tant Proteftans
que Catholiques ,
travaillent avec honte ,
& fans aucun avantage
pour eux. Auffi lors qu'il
s'agit de les aveugler
& de leur faire facrifier
leurs biens , leur vie &
leur gloire pour les avantages
, on a lieu de dire
du Prince d'Orange
qu'il eft le premier homme
du monde. Il avoit
D 2
44 Relation
du Combat
donc pris fes meſures
de loin pour tâcher de
tromper les Alliez , mais
particulierement
leurs
Sujets , fi l'on en venoit
à quelque grande action
, qui luy fuſt deſavantageufe
, & il croyoit
que les Peuples ne pour
roient s'imaginer qu'il
auroit fait une perte con-
>
fidérable , quand fes Ennemis
ne feroient pas
en pouvoir de faire voir
un grand nombre de fes
Drapeaux mais il ne
de Stein Kerke.
45
falloit pas que l'ordre de
la diminution de Drala
peaux par Bataillon
ne fuft donné que
veille d'un Combat
, tant
parce que la memoire
en auroit eſté trop fraî
che , que parce que cet
ordre auroit pu décourager
les Troupes
, en
leur faifant entrevoir
qu'il apprehendoit
qu'elles
ne fuffent battuës
,
& mefme qu'il en eftoit
prefque
perfuadé
, au
lieu que les Troupes
de46
Relation du Combat
voient faire moins de
reflexion à un ordre éloigné
, & que les Peuples
qui n'en pourroient
rien fçavoir , n'y en feroient
point du tout.
Le Prince d'Orange ne
fe contenta pas d'employer
cet artifice pour
les abufer ; il fit donner
des ordres fecrets
le jour qui preceda celuy
du Combat , & ces
ordres furent fçus de
peu de perfonnes. Ils
portoient , que tous ceux
de Stein Kerke,
47
qui fe verroient hors d'état
de conferver leurs
Drapeaux , cuffent à les
déchirer plûtoft que de
les abandonner
aux Ennemis.
Quoy que les puiffantes
Armées doivent or
dinairement avoir quel
ques Villes derrieres clles
, elles font neanmoins
obligées de s'en
éloigner quelquefois lors
qu'elles ont confumé tout
ce
que
le lieu où elles
font campées a pu leur
48 Relation du Combat
fournir. I eftoit indubitable
par cette raifon
que Monfieur le Maré.
chal Duc de Luxem
bourg quitteroit le Camp
de Soignies , & que par
conféquent il s'éloigne
roit de Mons ce qui
ne pouvoit mefme man.
quer d'arriver dans fort
peu de temps. C'est ce
qui avoit fait croire au
Prince d'Orange que
>
fi - toft que ce General
décamperoit pour aller
plus avant dans le Pays ,
il
de Stein Kerke. 49
il pourroit venir camper
entre Mons & l'Armée
du Roy ce qui
l'incommoderoit beaucoup
, parce qu'en luy
coupant la communication
avec Mons , il l'empeſcheroit
d'en tirer
quantité de chofes pour
fa fubfiftance , mais ce
deffein n'eftoit pas d'un
grand Capitaine , puis
qu'il fe feroit mis luymefme
en preffe , &
qu'il auroit plus fouffert
, qu'il n'auroit fait
E
50 Relation du Combat
fouffrir à Monfieur de
Luxembourg. Comme ce
General ne manquoit
pas d'Efpions , il y en
eut d'affez malheureux
pour eftre découverts
avant la marche du Prince
d'Orange , & ce Prince
ne manqua pas de
les faire pendre. Il y en
avoit un entr'autres qui
s'eftant d'abord introduit
parmy les domeſtiques
de Monfieur l'Electeur
de Baviere , leur
avoit paru agreable
de Stein-Kerke.
51
par fon enjouëment ,
qu'ils l'avoient fait con
noiftre à cet Electeur
de la liberalité duquel
il avoit receu enfuite de
frequentes marques. Il
parloit plufieurs fortes
de Langues , & on l'en
tendoit toujours avec
plaifir , mais cela n'empêcha
pas que ces Princes
l'ayant connu pour
ce qu'il eftoit , no le
fiffent pendre. Je parle
de cette mort • parce
qu'elle a fait éclac à
E 2
52 Relation
du Combat
Bruxelles , & qu'elle fert
à faire connoiftre que je
ne fais pas pendre un Efpion
, pour dire qu'on
n'en manquoit pas. Enfin
le Prince d'Orange
perfuadé que fon Infanterie
eftoit beaucoup fuperieure
en bonté à cel
le de France , & bien
plus nombreuſe , vouloit
que l'Infanterie de Monfieur
de Luxembourg cuft
feule part au Combat
qu'il avoit refolu d'engager.
Il fe fouvenoir
de Stein Kerke.
53
de celuy de Leuze, &
craignoit , que fi l'af
faire étoit generale , fa
Cavalerie déja prévenuë
de la valeur de la nô
tre & intimidée , n'euſt
de la peine à s'engager
au Combat , & ne lâchât
d'abord le pied ;
dans la penfée qu'elle
devoit infailliblement
eftre vaincuë. Il penfoit
jufte , & fa Cavalerie ,
felon toutes les apparen
ne devoit pas
ces
feulement
ceder à la nô
E 3
54 Relation du Combat
tre par la crainte qu'elle
inſpiroit à la fienne à
caufe qu'elle en avoit
déja connu la valeur à
fes dépens , mais encore
parce qu'il étoit veritable
qu'elle eftoit fuperieure
en nombre & en
bonté. Ainfi fi quelque
chofe peut eftre approu
vée dans la conduite du
Prince d'Orange , on
doit loüer l'apprehenfion
qu'il avoit que noftre
Cavalerie ne combattift
contre la fienne , & le .
de Stein- Kere.
155
deffein qu'il forma de
l'empêcher , en engageant
un Combat , où
L'Infanteric feule puft avoir
part ; mais il ne devoit
pas fuffire à ce Prin
ce de penfer jufte , fur
ce qui pouvoit convenir
à fes interefts , il falloir
qu'il examinat mieux
tout ce qui en pouvoit
regarder l'execution . Il
ne luy fuffifoit pas de
bien connoiftre , comme
il difoit , le terrain où il
avoit réfolu de combat-
E
4
56
Relation
du
Combat
terrain fuft propre à
eftre attaqué , & qu'il
tre , il falloit que ce
ne fuſt pas couppé de
hayes , de foffez , & de
ruiffeaux , qui faifoient
qu'un fage , & habile
Ja
Capitaine , & qui n'auroit
pas voulu rifquer
perte de toute fon Infanterie
, l'eût trouvé
inattaquable , fi vous
voulez bien me fouffrir
ce mot. Vous me direz
qu'il y a des temps où
il ne faut rien menade
Stein-Kerke. 57
ger , & qu'il fe fioit fur
la bonté de la fienne. Je
veux bien en demeurer
d'accord
avec vous ; mais
il faut en méme temps
que vous conveniez
que
c'étoit rifquer , & rifquer
pour rifquer , le
Prince d'Orange
ne devoit
- il pas plûroft mettre
le tout pour le tout ,
comme il avoit luy - mê.
me dit qu'il le feroit ,
pour fauver Namur ? On
ne l'auroit point alors
blâme quand il auroit
58 Relation du Combat
>
été battu puifque fa
gloire, celle de fes Alliez ,
l'intereft de la Ligue , &
tous les peuples de Flandre
demandoient qu'il
hafardât un combat pour
conferver
cette Place. Alors
il n'eût point été
garant de l'évenement
comme il le doit être ,
pour avoir voulu en
donner un fans aucune
neceffité
preffante & fans
qu'il luy en pût revenir
nulle utilité ; mais feulement
un peu de gloide
Stein Kerke.
رو
re , d'avoir affoibly une
armée , qui quelque avantage
qu'il eût pû
avoir , devoit aprés le
combat, être encore auffi
nombreuſe que la fienne
, au moins felon toutes
les apparences , puifqu'il
n'auroit pû gagner
une victoire fi pleine qu'il
n'euft perdu quelque
monde, l'Armée de Monfieur
de Luxembourg
étant fuperieure à la
fienne. Ainfi fi l'on balance
les avantages qu'il
60 Relation du Combat
pouvoit remporter d'une
Bataille contre ce qu'il
hazardoit , on trouvera
qu'il n'a pas deu la rifquer
par cette feule raifon
qu'il connoiffoit le
terrain comme fi la
connoiffance qu'il en avoit
, euft dû mettre nôtre
Armée moins en état
de luy refitter dans ce
terrain . Monfieur de Lu-
>
xembourg s'y devoit
croire en entiere feureté
; parce qu'il n'avoit
pas lieu de préfumer ,
de Stein . Kerke. 6i
qu'on cuft dû hazarder
des Troupes pour l'y attaquer
fans fruit , & feufe
donner
lement
pour
le plaifir
d'en
faire
perir
de part
& d'autre
. Cependant
ce General ne
laiffa pas fitoft qu'il fut
arrivé à Houës prés d'Enghien
, d'envoyer plufieurs
Partis pour apprendre
des nouvelles de
l'Armée du Prince d'Orange.
Monfieur le Duc
du Maine , toûjours preft
à acquetir de la gloire ,
62 Relation du Combat
& à s'expofer , alla reconnoître
les Ennemis
dans leur Camp proche
de Nôtre- Dame de Hall ,
où ils avoient leur droite.
Leur Corps de Bataille
eftoit à Braine- le-
Chafteau , & leur gauche
à Bois - Seigneur-
Ifaac . Monfieur du Maine
s'avança foit proche
d'eux , & ce Prince remarqua
qu'ils faifoient
des paffages. Cela ne donnoit
pas affez à connoître
les deffeins du Prin
de Stein-Kerke. 63
ce d'Orange , pour faire.
deviner de quel coſté il
vouloit tourner en cas
qu'il euft refolu de changer
de Camp . On ſceut
mefme que ce Prince avoit
fait venir cinq ou
fix mille Pionniers ; mais
il ne fut pas poffible
d'en découvrir davantage.
Auffi la chofe eftoitelle
mal- aifée , à moins
que de deviner , puifque
lorfqu'un General a for
mé quelque entreprife ,
& qu'il ne l'a point en64
Relation du Combat
core déclarée , il n'y a
perfonne affez clair-voyant
pour penetrer ce
qu'il ne veut point qui
foit connu. Cependant
Monfieur de Luxembourg
eftoit campé avec
beaucoup d'avantage. Sa
droite eftoit à Stein- Kerke
, fa gauche à Erines ,
le centre & le quartier
general à Houës , à un
quart de lieuë d'Enghien,
& le Corps de reſerve à
Marck .
Je vous ay déja dit que
le
de Stein-Kerke .
6.5
le Samedy fecond de
Juillet , Monfieur de Luxembourg
eftant dans ce
nouveau Camp , aprés
avoir quitté celuy de
Soignies , avoit envoyé
divers partis pour reconnoiftre
le Camp &
les mouvemens des Ent
nemis . Je vous ay même
nommé ceux qui les
commandoient , mais je
ne vous ay point encore
parlé de Monfieur de
Tracy qui fut de ce nombre.
Vous allez appren-
E
66 Relation du Combat
, que rien
dre par ce qu'il a écrit
luy - mefme
n'a efté negligé pour apprendre
des nouvelles de
ce que faifoient les Ennemis
, & des deffeins
qu'ils pouvoient avoir.
Voicy par où commence
la Relation qu'il a faite
de ce Combat.
Le Prince
d'Orange
raffembla
toutes
les
Troupes
qu'il avoit féparées
dans des Camps
de Stein- Kerke. 67
différens , lors qu'il forma
le deffein de nous
venir combattre. Cependant
nous eftions icy
bien éloignez de croire
qu'il vouluft avoir avec
nous une affaire confiderable
, puis qu'il s'eftoitfifort
tenu en repos
pendant tout le Siege de
Namur , & qu'il n'y
avoit pas d'apparence
qu'il voulut enfuite engager
une affaire , fans
F 2
68 Relation du Combat
en pouvoir tirer aucuns
fruits,mais comme nous
avons un General avifé
, fi toft qu'il a Scen
que toutes les Troupes
des Ennemis étoient
enfemble , il a eu beaucoupd'attentionfur
tous
leurs mouvemens , par
de frequens partis , &
la veille du Combat , il
m'envoya chercher , &
me donna foixante Carabiniers
quelques
de Stein- Kerke . 67
Dragons , avec ordre
d'allerfur le Camp des
Ennemis , & d'obferver
jusqu'au moindre
mouvement de l'Armée
du
Prince
d'Orange . Je
me rendis fort prés de
en Camp àla pointe du
jour du Combat , qui
fut le troifiéme de ce
mois , & comme j'apprehendois
que les Ennemu
ne dérabaſſent
une marche à M. le
70 Relation du Combat
Maréchal , du cofté de
Ninove , où il y avoit
apparence
qu'ils devoient
aller , je n'avois
attention que de ce cô
té- là , mais regardant
autour de moy par curiofité,
je fus fort furpris
de découvrir une
grande Colomne de Cavalerie
, qui marchoit
à la petitepointedujour
à lafourdine , tout droit
à Enghien ou eft noſtre
de Stein Kerke.
71
Camp , & comme le
> €5
que
jour n'eftoit pas encore
bien déclaré
j'estois en quelque doute
que les Ennemis vouluffent
marcher à nous
jem'avançay encore plus
prés , & vis que c'étoit
effectivement l'Armée
du Prince d'Orange.
Fécrivis außs- coft
à M.le Maréchal , ce
que je voyois , & lig
anvoyay ma Lettre par
72
Relation du Combat
un Officier entendu , qui
puft luy en rendre comple.
Un quart- d'heure
aprés , je fis un Prifonnier
qui me dit , que le
Prince d'Orange faifoit
marcherfon Canon. Je
ne doutay plus de for
deffein , j'écrivis de
nouveau à M. le Maréchal,
ce que le Prifonnier
venoit de me dire .
Enlifant cette feconde
Lettre , il reçut des avis
dis
de Stein-Kerke . 73
du cofté de fa droite ,
que l'on decouvroit les
Ennemis.
cy ,
Je ne pourfuis point la
Rélation de M. de Tra-
, dont je vous parleray
encore avant que de finir
auffi bien que de plufieurs
autres. Vous voyez par ce
que vous venez de lire ,
avec combien d'application
M. de Luxembourg
faifoit veiller fur les mouvemens
des Ennemis ;
quoy qu'il n'eût pas licu
G
74 Relation du Combat
de croire qu'ils fuffent
aſſez mal - habiles pour le
venir attaquer , ce n'étoit
pas la penfée de nôtre
Armée , & particuliere-
3
ment des Officiers Generaux.
Voicy de quelle
maniére en parle M.
d'Artagnan dans les prémieres
lignes de ce qu'il
a écrit fur la même affaire.
Contre noftre attente
, & hors de raifon &
de tout bonfens , M. le
de Stein- Kere.
75
Prince
d'Orange ayant
envoyé fes bagages à
Bruxelles , le 2. de ce
mois , partit de fon
1
1 Camp de Hall le lendemain
à deux heures du
matin avec toute fon
Armée dans la réſolution
de venir nous donner
Combat dans noftre
Camp. Il arriva à fept
heures du matin fur les
bauteurs à un quart
de lieuë de nous
ой
"
G 2
76 Relation du Combat
il attendit toutes fes
Troupes , & fon Canon.
Monfieur de Lu
xembourg avoit bien eu
nouvelles defa marche ,
mais il croyoit toujours
qu'il s'approchoit
de Ninove , ne poisvantfeperfuader
qu'un
bonsme de guerre ſe
hazardaft à unepareillefolie.
C'en eftoit une en effet,
& je vous en ay déja fait
de Stein-Kerke. 77
voir les raifons. Enfin il y
avoit bien plus d'apparence
de croire , comme
le portent quelques Rclations
, que les Ennemis
venoient pour fourager.
Elles marquent qu'en effet
ils en firent mine , &
que fous cette apparance
ils poufferent nos grandes
Gardes de la droite ,
mais M. le Comte d'Obterre
qui les avoit apperçus
dés la pointe du jour,
envoya avertir Monfieur
de Luxembourg
, qui
G 33.
78 Relation du Combat
monta auffi- toft à Cheval
Le terrain qui regnoit fur
noftre front de bandiere ,
cftoit fort inégal , couppé
de foffez & garny de
hayes . La droite où s'eft
faite l'attaque
eftoit fermée
par un petit ruiffeau
& bordée de marais au
devant de Stein- Kerke .
Il y avoit une hauteur ,
au delà de laquelle eftoit
un Village nommé Sainte
Barbe , bordé auffi de
hayes , & fur la droite un
Bois aboutiffant
dans le
de Stein Kerke.
79
fond où font des prez de
peu de largeur , & au delà,
des hayes fort fourrées
& quelque lifiere de
grand Bois qui durent
jufqu'où eftoit le Camp
des ennemis. Ils firent
couler par cet endroit environ
vingt Bataillons
deftinez pour l'attaque
qu'ils avoient refolu de
faire , de forte que cette
Infanterie ne fut point
apperçue , qu'elle ne fuft
poftée fort prés de noftre
droite; & tombée dans le
G 4
80 Relation du Combat
Camp de la Brigade de
Bourbonnois , qui eftoit
avancée à trois cens pas
de noftre front de bandiere
, pour occuper les
hayes à la tête du Village
de Ste Barbe , qui eſtoit à
la hauteur du Camp des
Gardes du Roy. Cette fituation
fait connoiftre
que les Ennemis pouvoient
avancer jufque
là fans eſtre vûs , & cependant
on ne pouvoit découvrir
leurs deffeins jufqu'à
ce qu'ils y fuffent ,
de Stein- Kerke. 81
Ou
parce qu'avant cela , on
pouvoit croire , ou qu'ils
alloient à Ninove
qu'ils venoient fourager.
Ainfi l'on peut dire que
l'on n'a pas connu leur
deffein un moment plus
tard , qu'il eftoit poffible
de le defmefler. Pendant
que les Ennemis eſtabliffoient
une batterie de
huit Piéces dans le pofte
où ils
s'eftoient avancez
& qu'ils le garniſſoient
d'Infanterie
, & de Chevaux
de Friſe , Monfieur
GS
82 Relation du Combat
de Luxembourg fe mit
fur une hauteur qui dominoit
, & d'où par confequent
, il pouvoit voir
tous leurs mouvemens.
Ce General y fut bientoft
accompagné de tous
les Princes , de M. de
Montmorency , de M. le
Duc de Barvick , de Milord
Lucams , de M. lé
Prince de Turenne , de
M. le Duc de Villeroy ,
de M. le Marquis de Tilladet
, de M. de Gaffion ,
& de quelques autres
de Stein- Kerke. 83
Officiers Generaux , &
autres perfonnes de diftinction.
Les Ennemis
ayant déja mis quelques
piéces de Canon en batterie
, ils en firent plufieurs
décharges fur la
Troupe qui accompagnoit
M. de Luxembourg
& fur quelques Efcadrons
des Gardes du Roy qui
cftoient à la gauche du
Village de Stein- Kerge ,
dont il y eut deux Gardes
& deux Exempts de
tuez, l'un de Luxembourg
84 Relation du Combat
& l'autre de Duras . Cependant
M. de Luxembourg
fit mettre l'Armée
fous les armes à la tefte de
fon Camp , & jetta la Brigade
des Gardes dans
Enghien . Il fit marcher
celles de Champagne ,
du Dauphin , & du Roy
qu'il mit à la gauche de
celle de Bourbonnois
qui eftoit campée à la
droite fur une hauteur
dans des hayes, des brouffailles
, & des Maifons
qui fe trouverent en cet
de Stein . Kerke. 85
endroit là. Pendant ce
temps , le reste de l'Armée
Ennemie marchoit
en bataille par tin pays
un peu plus decouvert
,
conduiffant
la gauche
le
long du Bois où l'attaque
s'eft faite , & fa droite
vers Arnelle. M. de Luxembourg
envoya dire à
toute l'Infanterie
de vc.
nir à la droite , & à toute
la Cavalerie
de demeu.
rer à la tête du Camp .
Elle fe mit en bataille
avec la Maiſon
du Roy ,
85 Relation du Combat
& la Gandarmerie , dans
une espece de petite plaine
qui eft derriere le petit
Bois , & les hayes où
l'action s'eft paffée ; on
voyoit peint fur le viſage
de tant de Braves le châ
grin qu'ils avoient d'eftre
en un lieu , où ils ne pouvoient
faire voir aux Ennemis
des effets de leur
courage. M. de Luxembourg
mit en prémiere
ligne la Brigade de Bourbonnois
qui fe trouvoit
naturellement dans le
de Stein Kerke. 87
S lieu où l'action s'eft paffée
, & les Brigades de
Champagne , du Roy , &
celles du Dauphin , avec
des Dragons , pied à terre
à leur droite. Il avoit tiré
de ces Brigades les Regi
mens le Royal Comtois ,
les Italiens , & Thoulouſe
qu'il mit en feconde li
gne , avec la Brigade de
Stoppa , de maniere qu'il
y avoit douze Bataillons
en prémiere ligne , &
quatorze en feconde.
Pendant que ces Brigades
88 Relation du Combat
fe poftoient , on envoya
chercher les Gardes , &
l'on mit la Brigade de
Lyonnois dans Enghien .
Comme à mesure que
l'Infanteric arrivoit , on
la mettoit en bataille
fans nul ordre de rang de
Regimens , celle de Polier
composée de huit
Bataillons eftant arrivée ,
elle fut mife en troifiéme
ligne , celle des Gardes en
quatrième , celle de Cruf
fol en cinquième , & celle
du Royal à la teſte de
tout
de Stein-Kerke. 89
rout. M. de Luxembourg
les difpofa ainfi , parce
que le terrain le demandoit
, & que l'attaque des
Ennemisfe
preparoit par
un petit front. Tout cela
eftoit à la tefte , & devant
les gardes du Roy. м. de
Luxembourg fit aufli ve
nir du Canon qu'il fit
placer dans les endroits
où ce General jugea qu'il
eftoit neceffaire . Cela s'éxecuta
fort promptement
avec des détachemens du
Regiment des Fufeliers.
H
90 Relation du Combat ༡༠
Je viens de vous apprendre
les noms des Bataillons
que Monfieur de
Luxembourg mit en cinq
lignes ; mais comme le
rang, dans lequel étoient
ces Bataillons , ne fait
pas bien connoiftre leurs
poftes , voicy ce qu'en
difent quelques Relations.
Comme Monfieur de
Luxembourg vit que la difpofition
des Ennemis fe
portoit à nous attaquer par
une banteur , au-deffius d'un
Village , nommé Stein- Kende
Stein- Kerke.
91
Ke , qui formoit noftre droite
, il ne fongea plus qu'à les
en empefcher. Pour cet effet ,
en attendant que noftre Infanterie
arrivaft du Camp
il posta dans ce lieu la Brigade
de Bourbonnois qui y
étoit campée , & à ſa droite
dans un Bois qui joint la
riviere de Stein- Ke ke les
quatre Regimens du Roy
de la Reine , du Dauphin ,
de Barbefieres La Brigade
du Roy , celle de &
Champagne furent mises à
la gauche de Bourbonnois
H 2
92
Relation du Combat
où il y
dans des vergers ,
avoit de bonnes hayes vives.
Les trois Bataillons de
Champagne s'étendoient fur
la gauche pour prendre leur
terrain , enfuite toute la
Brigade de mefme , & les
autres Brigades s'étendoient
auß de mesme en front fur
la gauche dans des vergers.
Comme ces Troupes que je
viens de marquer occupoient
le front que nous avions à
deffendre , qui eftoit fort
étroit , on fit doubler derriere
les Bataillons qui nous
de Stein- Kerke.
93
arrivoient & qui cftoient aw
nombre de quarante , fi -bien
que nous nous trouvâmesfur
cinq Lignes d'Infanterie.
noftre aîle droite de Cavale--
rie en Bataille derriere , pour
les foûtenir.
Il faut
remarquer que
Monfieur
de Luxem--
bourg ayant fait mettre
fon Armée en bataille
, avoit
difpofé fes
Troupes
de maniere
qu'il pouvoit
renforcer
fa droite , où devoit ar
river le plus grand choc ,
94 Relation de Combat
de forte que la Ligne qui
faifoit tefte aux Ennemis
, eftoit foutenuë de
quatre autres Lignes d'Infanterie
doublées derriere
elle.
La Cavalerie de la
droite qui fe mit en ba
taille derriere l'Infanterie,
eftoit tantoft fur une,
tantoft fur deux , & tantoft
fur trois lignes , felon
, que le terrain , toutà
fait difficile, le pouvoit
permettre.
Les Ennemis qui éde
Stein.Kerk . 95
toient arrivez dés fept
heures du matin , commencerent
feulement à
neuf , à faire entendre
leur Canon ; mais ils
n'eurent pas achevé
non-plus que nous , toutes
leurs difpofitions avant
deux heures , & donnerent
le temps à Monfieur
de Luxembourg de
mettre fon Armée dans
l'ordre que vous venez
de voir. Il envoya dire
à la Brigade de Lionnois
de quitter Enghien , &
96 Relation du Combat
celle de Navarre de la
venir joindre. Comme
elles eftoient fort loin ,
elles ne purent arriver
que fort tard. Il envoya
dire à huit heures du
matin à Monfieur le
Marquis de Bouflers , qui
étoit campé à Movvis , à
deux lieuës de luy , de:
marcher inceffamment
avec l'Armée qu'il commandoit
, pour venir le
joindre,
Quand il eut achevé
de tout difpofer pour le
Combat
'de SteinKerke. 97
Combat , il alla avec les
Generaux qui le fuivoient
, & les autres Perfonnes
de diftinction
que
j'ay déja nommées, & qui
fur le bruit de la marche
des Ennemis eftoient accourues
auprés de luy, au
Village de Stein- Kerke ,
d'où il croyoit voir les en.
nemis par leurs flancs , &
reconnoiftre mieux leur
fituation , & leurs mouvemens.
Il fit avancer les
Grenadiers de la Maiſon
du Roy , qu'il pofta dans
le Cimetiere de ce Villa-
I
98 Relation du Combat
ge . Sur les deux heures
aprés midy , dans le moment
qu'il achevoit de
leur donner les ordres >
il entendit fur la gauche ,
& fur la mefme hauteur ,
dont j'ay déja parlé , un
fi grand feu , qu'il ne douta
point que l'attaque ne
commençât. Il y pouſſa à
toute bride avec ceux
qui le fuivoient & trouva
qu'en effet les énnemis
qui avoient mis plufieurs
lignes d'Infanteric l'une
fur l'autre
, attaquoient
nos premiers poftes. C'é
de Stein-Kerke.
99
toient les Anglois , & les
Danois qui donnoient
avec une valeur , une furie
, & un feu épouvantable
, accompagné de
grands cris du cofté des
Anglois. Cependant on
peut dire qu'ils vinrent à
nous de fort bonne grace.
Leur feu fut grand , vif ,
& rafraifchy par des Bataillons
nouveaux , lorfque
ceux qui avoient tiré
cftoient un peu fatiguez.
Ils eftoient fuperieurs en
nombre ,
avantageuſe,
THEQUE
LO
DE
LA
LYON
1805
VILLE
I 2
100 Relation du Combat
ment poſtez , & noftre
Canon n'eftoit pas encore
arrivé. Malgré leur
grand feu, qui fut tel que
les plus vieux Officiers difent
qu'ils n'en ont jamais
veu de femblable ,
nos Troupes ne laifferent
pas de demeurer fermes.
Je vous ay déja marqué
que M. de Luxembourg
s'eftoit avancé pour donner
des ordres, & qu'ayant
oüy tirer , il avoit pouffé
encore plus loin , avec
tous les Princes , & les
1
de Stein - Kerke. FOT
Officiers qui
l'accompagnoient.
Ils effuyerent
tout leur feu , M. de Luxembourg/
ayant M. le
Duc de
Montmorency
& M. le Comte de Luze ,
fes deux fils , à fes coltez.
Ce fut là que Monfieur
le Duc de Chartres reçût
deux coups auffi favorables
que glorieux , & que
M. le Marquis de Tilladet
fut bleffé. Les Ennemis
avoient un grand
avantage, parce qu'ils s'avançoient
à la faveur da
I 2
102 Relation du Combat
Canon. Ils s'eftoient jet.
tez infenfiblement fur la
gauche pour attaquer par
le front de noftre droite,
Les Dragons de Barbefieres
qui eftoient à pied ,
y fouffrirent beaucoup.
Comme les Ennemis s'étoient
avancez à la portée
du Canon , ils en tirerent
plufieurs volées fur
la Brigade de Bourbonnois
, qui couvroit l'aîle
droite. Leur Infanterie
s'avança à la faveur de ce
Canon , & s'empara de
de Stein-Kerke. 103
quelque hayes . M. le
Marquis de Rochefort
Colonel de Bourbonnois
l'en voulant chaffer , vint
jufque làjavec la Brigade,
mais comme nous n'avions
point encore de
Canon pofté dans ce lieu
là , & que ce Marquis fe
voyoit expofé à un feu
de Moufqueterie , beaucoup
fuperieur au ſien ,
il fut contraint de fe retirer
jufques dans fon
Camp mefme, & d'abandonner
fix pieces de Ca-
1 4
104 Relation du Combat
non qui venoient d'arriver.
Il ne laiffa pas toutefois
de tenir bon jufqu'à
ce que M. de Luxembourg
cuft fait avancer
quelques Regimens. Cependant
les Ennemis
aprés avoir effuyé une décharge
de noftre Canon
à bout touchant , nous en
prirent encore fix pieces ,
au-devant defquelles ils
mirent des chevaux de
frife. Monfieur le Prince
de Conty fut un moment
feul l'épée à la main aude
Stein Kerke, 105
prés de noftre Artillerie.
M. le Duc de Vanfdome
l'y joignit auffi - toft , &
luy mena deux Bataillons
Suiffes , qui ne purent arréter
les Ennemis. Enfia
M. Polier , & deux de
fes Bataillons , firent des
chofes fi furprenantes
, &
effuyerent un fi grand feu
des Ennemis, que ces deux
Bataillons n'en firent plus
qu'un. Il eft vray qu'ayant
efté chaffez de la haye, ils
fe rallierent
à trente pas
dans la Plaine , où ils de-
I 5
106 Relation du Combat
meuroient à l'exemple de
leur Colonel , & de leurs
Officiers , tandis que les
Ennemis eftoient derriere
des hayes , & des chemins
creux . On n'a jamais vu
une intrepidité plus furprenante
que celle de M.
Polier. On ne doit pas
en eftre furpris , puifque
ceux qu'il commandoit
avoient l'exemple des
Princes qui les animoit.
Cette genereufe refiftance
donna lieu , à noftre qua
triéme Ligne d'avancer.
de Stein- Kerke.
107
Ce fut alors que M. de
Luxembourg dit qu'il ne
falloit plus tirer , & qu'il
ordonna d'aller aux Ennemis
l'épée à la main . Ce
commandement fut reçu
avec joye , & Monfieur Davejan
l'ayant fait executer
à fa Brigade ; marcha vērs
eux avec une gayeté , &
une valeur, à faire efperer
tout ce qu'ils firent . Ils
chafferent les Ennemis
& les ayant fait plier par
tout ,
ils
*
regagnerent
le
terrain , & le Canon qu'-
108 Relation du Combat
on avoit perdu , en faisant
d'eux un carnage horrible.
Monfieur le Duc ,
Monfieur le Prince de
Conty ,Monfieur de Vandofme
Monfieur le
Grand Prieur , Monfieur
le Duc de Villeroy , &
tous ceux que j'ay déja
nommez demeurerent
toujours l'épée à la main ,
à la tefte des Gardes , &
pafferent les premiers les
hayes , & les défilez à mefure
qu'on en dépoftoit
les Ennemis . On les poufde
Stein -Kerke. Tog
fa ainfi malgré le feu de
prefque toute leur Infanterie
, & il fut terrible ,
pendant tout le temps
que l'on fut aux mains .
Ces avantages remirent
toutes nos Troupes qui
avoient fait merveilles
chacune de fon cofté , &
fi quelques-unes avoient
efté obligées de quitter
leur terrain , c'étoit aprés
avoir effuyé long- temps
un feu fort fuperieur. Les
Ennemis n'ayant pû fouftenir
nos Troupes l'épée
110 Relation du Combat
à la main , fe retirerent
derrière une haye , &
abandonnerent dix pieces
de Canon . Deux
autres furent trouvées
dans la boue aprés le
Combat , & lors
Troupes curent repris le
que nos
terrain que les Ennemis
avoient gagné, elles s'emparerent
de celuy dont
ils s'eftoient rendus maîtres
dans le bois , & par
lequel ils eftoient venus
les attaquer. Aprés cela
ils cefferent de tirer. Peng
de Stein-Kerke.
TII
-
dant que ces chofes fe paffoient
, le Regiment de
Champagne, & les Brigades
du Roy , & du Dauphin
, qui estoient à la
gauche , furent attaquées
vivement , & foutinrent
´le feu des Ennemis , avec
une intrépidité furprenante.
Comme le Corps
qui les commandoit êtoit
fuperieur , cela balança
un peu ; mais M. de Bouflers
qui avoit reçu ordre
de joindre inceffamment ,
eftant arrivé à l'endroit
712 Relation du Combat
où fe paffoit ce rude choc
y fit mettre pied à terre
aux Dragons qu'il avoit
amenez , qui eſtoient le
Regiment Colonel Gene.
ral Firmacon , & Asfeld
par la gauche de l'attaque,
fit charger de l'autre
part l'épée à la main
les Dragons de la droite
par ce cofté , l'Infanterie
dans le centre
Dragons de fon Armée à
la gauche. Les Ennemis
ne fongerent plus qu'à ſe
retirer. Ils furent vive-
& les
ment
de Stein-Kerke.
113
ment pouffez par Monfieur
de Montal, & Monfieur
le Duc d'Elbeuf "
Monfieur de Mailly &
Monfieur d'Alegre.Ce fut
dans cette occafion , que
Monfieur le Prince de Tu .
renne fut mortellement
bleffé , aprés s'eftre trouvé
par tout, & avoir donné
des marques d'une valeur
extraordinaire. On
fuivoit encore les Ennemis
, lors que les Brigades
de Navarre , du Royal
, du Lionnois & de
K
114 Relation du Combat
Greder , arriverent fur la
gauche, & celle de Framboifard
, de Piémont &
de la Couronne , fur la
droite . Les Brigades de
Piémont , de Navarre &
de Lionnois marcherent
de front aux Ennemis ,
qui occupoient une hauteur
qu'ils deffendirent
fierement. Ils avancerent
mefme au-devant de ces
Troupes à la portée du
piftolet , fur le bord d'un
petit Foffé , couvert d'une
haye qui les féparoit ,
de Stein. Kerke. i15
mais comme nos Troupes
achevoient de fe mettre
en bataille , & en érat
de les attaquer , ils firent
un quart de converfion ,
& fe retirerent par leur
droite , qui cftoit couverte
d'un coin de bois .
On détacha des Grenadiers
, aufquels on fir
paffer le Foffé ,
connoistre fi ce n'eftoit
Foffé , pour repoint
une feinte , afin
d'attirer nos Troupes.
Monfieur de Luxembourg
Meffieurs les Princes , &
K 2
116 Relation du Combat
tout ce qu'il y avoit de
Seigneurs pafferent auffr.
On monta fur la hauteur
que les Ennemis occupoient
, & où ils tirerent
quelques coups de moulquet
en fe retirant en
affez bon ordre , mais
pourtant
un peu vîte . Ils
eftoient fur trois Colomnes
, & pour n'eftre point
embaraffez
ils laifferent
leurs Tentes , & leurs
Chevaux
de Frife. Monfieur
de Luxembourg
ne
jugea pas à propos de les,
de Stein- Kerke. 117
3
ni
faire fuivre par la Cavalerie
, à caufe que le païs
eftoit trop couppé , &
remply de defilez
par l'Infanterie › parce
qu'ils alloient trop vite ,
& qu'on n'auroit pû les
joindre avant que la nuit
fuft furvenue. Pendant
cette action on prit
un Courrier que le Prin
ce d'Orange envoyoit au
Gouverneur d'Ath , par
lequel il luy mandoit ,
que fur les avis qu'il avoit
eus que l'Armée de Mon ..
3
K 3
118 Relation du Combat
il
ن م
fieur de Luxembourg manquoit
de Canon , & qu'il
avoit jetté fon Infanterie
dans plufieurs Places
alloit nous attaquer
que comme il eftoit prefque
affuré de nous battre , il n'avoit
qu'à prendre fes mefu
res. L'Artillerie , & l'Infanterie
de Monfieur de
Bouflers arriverent fur la
& il fin de l'action
cftoit impoffible qu'elle
vinft pluftoft. Elle marqua
beaucoup de chagrin
de voir qu'il n'y ade
Stein - Kerke. 119
voit plus de gloire à acquerir
, on auroit infailliblement
défait toute
l'Armée Ennemie , file
jour n'eût pas dû fi- toft
finir ; mais la nuit , les
Ravins , les Bois , & les
Defilez la fauverent . M.
de Bouflers coucha fur le
Champ. de Bataille , ce
qui , avec le Canon , les
Drapeaux , & les Priforniers
, marque une pleine
Victoire.
Comme il eft malaifé
d'interrompre le fil d'une
120 Relation du Combat
Relation generlac , pour
parler des particuliers qui
fe font diftinguez dans un
Combat dont on veut
faire connoître la fuite , je
viens à l'extrait d'une Let
tre qui vous fera beaucoup
de plaifir, parce que
celuy qui l'a écrite s'eft
principalement
attaché à
ramaffer toutes les actios
particulieres des Regimens
de Dragons & des
Officiers qui les comman
doient . Il n'y a rien de
plus curieux que cet EXtrait,
de Stein-Kerke,
128
trait , ny qui doive fatisfaire
davantage les bons
François , qui ne fçauroient
aprendre fans joye
ce qu'un fi grand nombre
de Braves de la Nation ,
ont fait d'extraordinaire
.
Les Ennemis fefont
avancez en faisant
toujours marcher du Canon
devant eux jufquès.
à la portée du Piftolet
des hayes qu'occupoient
nos Dragons. Ils`ont
fait d'abord grand few
de Canon , depuis neuf
L
112 Relation du Combat
heures & demie jufqu'à
midy. On en a fait avancerfix
pieces du noftre
qui ont fort incommodé
les Anglois . Pendant
ce feu d' Artillerie,
on en a fait un tresgrand
de Fufil & de
Moufqueterie. Le Regiment
de Dragons de
la Reine qui formoit
noftre Brigade, afoutenu
le premier choc des
Ennemis, avec lesquels
il s'est mêlé plufieurs
de Stein. Kerke.
123
fois à coups d'épées , de
Bayonnettes , & de
croffes de Fufil. Il les a
fait reculer plus de cinq
cens pas. M.le Chevalier
de Murcé, Colonel
de ce Regiment , a esté
bleffé à la tefte dans ce
choc. On croit fa bleſſum
Ire mortelle. Pendant
que les Dragons de la
Reine fe fignaloient
ceux du Dauphin,com ~
- mandez
par le Comte
d'Albert , n'ont pas eu
L 2
124 Relation du Combat
moins d'affaires. Quatre
Bataillons Anglois
font venus à couvert des
bayes pour forcer leur
pofte. Le Regiment
Dauphin les alaiffé venir
à la portée du Piftoletfans
tirer un coup,
le Comte d'Albert ayanı
ordonné de ne tirer que
lors que leurs Fufils toucheroient
du bout le
ventre aux Anglois.
Peu de temps
auparavant,
M. le Maréchal
quife trouvoit par tout
de Stein . Kerke. 125
paffa devant les Dragons
du Roy, de la Reine,
du Dauphin , & de
Barbefieres , qui compofoient
la Brigade, &
leur deffendit d'abandoner
leur poftepour aller
donnerfur les Ennemis .
M.le Marquis &Alegre
luy reprefenta que ce
pofte pourroit eftre invefty
par leur grand nombre,&
quefi on n'accordoitpas
quelque chofe à
la bravoure des Trou-
L 3
326 Relation du Combat
pes, la terreur pourroit
fe répendre dans l'efprit
des Dragons de recrue .
M. le Maréchal luy
laiẞa lepouvoir defaire
comme il le jugeroit à
propos. Außi-toft tous
les Regimens ont fauté
les hayes & les foffez ,
Es font allez avec une
tellefurie contre les Ennemis
, que chaque Regiment
, qui en avoit
jufqu'à quatre & cinq
en tefte , les amis en déde
Stein- Kerke. 127
route , les chaffant de
jardin en jardin, de haye
en haye , & de foffé en
foffé. Le Regiment
Dauphin s'eft attachéa
poursuivre les quatre
Regimens a qui il avoit
àfaire dés le commencement.
Illes apouffez an
delà de dix ou douze
hayes ; mais les Gardes
du Prince d'Orange , ou
de l'Electeur de Baviere
( du moins c'estoit de
tres - belle Cavalerie
L
4
118 Relation du Combat
avec des bandoulieres
galonnées d'or & d'argent
) les ont arrestez
& ont donné temps à
Leur Infanteri: deferallier.
Le feu a recommencé
tout de nouveau
,
& fi violent , que les
plus vieux Guerrier's
avouënt n'avoir jamais
rien-veu de pareil. Le
Comte d'Albert fauta
une haye , & fe jetta au
travers d'un Bataillon
en criant, A moy, Drade
Stein- Kerke. 129
gons Dauphins , pendant
que fon Lieutenant
Colonel fit la mefme
chofe à l'autre extre
mité, où il commandoit.
Tous les
Officiers &
Dragonsfe jetterent à
corps perdu pourfuivre
leurs Commandans , &
furent meflez, tres longtemps
, les Ennemis difputant
fort bien leur
terrain , mais enfin ils
plierent , & nos gens les
LS
130 Relation du Combat
affommoient à coups de
croffes ,quand leurs épées
bayonnettes fe trouvoient
rompuës. M. le
Comte d'Albert recent
un coup d'efponton entre
Les cuiffes qui ne fit que
couper fa culote. Il receut
außi deux ou trois
coups d'épée dansfes ba
bits , & une balle de pifrolet
qui luy caffa un
étuy d'argent dansfapoche,
& luy fit une legere
contufion à la cuiße.Son
de Stein. Kerke.
131
Lieutenant Colonel y
eu le nerf qui fait le
mouvement
du talon ,
coupé d'un coup de
• Moufquet. Le fecond
Capitaine du Regiment
1 nommé Ribien , y a esté tué
fur la place , ainfi que le Vicomte
de Marfilly , auffi Capitaine.
Le Chevalier de Longue
-val , Major du Regiment
a reçu deuxcoups , l'un dans
le ventre , & l'autre qui luy
caffe le genouil. Mrs Bernard
du Revest , Capitaines ,
132 Relation du Combat
y ont efté bleffez. Le prea
mier a le bras caffe , & l'autre
la jambe percée. Il y a
eu en tout 24. Officiers de ce
Begiment tuez ou bleffez.
Les trois autres Regimens
de la Brigade ont auffi par
faitement bien fait. M. le
Comte de Mailly , leur General
, paffoit à tous momens
à la tefte de tous pour les encourager,
pour ordonner
les mouvemens qu'il falloit
faire , mais comme les hayes
nous bornoient la veuë , je
n'ay point efté temoin de toude
Stein- Kerke. 133
tes les actions particulieres ;
comme de celles du Regiment
Dauphin. Cependant
je fçay que M. d'Alegre a
eu le coude café, apres avoir
paßè la premiere haye à la
tefte des Dragons du Roy.
Plufieurs Officiers de fon
Regiment y ont auffi efté
tuez ou bleẞez , mais en
moindre nombre que dans
le Dauphin. A l'égard des
Dragons de l'aifle droite qui
font le Colonel general &
Fimarcon , ils ont également
bien fait. M. de Fi134
Relation du Combat
marcon a esté blesse à mort à
leur tefte . Entre ces deux Brigades
de Dragons , plufieurs
Regimens d'Infanterie ont
combattu avec les mefmes efforts.
Les Ennemis s'estoient
d'abord emparez a'une Cenfo
où eftoit M. de Marfin , &
aprés un affez grand feu ils
avoient chaße deux Regimens
de noftre Infanterie qui étoiet
campez aux environs de cette
Cenfe pourcouvrir la tefte du
Camp.On avoit placé derriere
eux quelques pieces de Canon
dont les Ennemisfe ren
de Stein - Kerke. 135
dirent maiftres,mais ils ne les
garderent pas longtemps ; la
Brigade de Bourbonnois les
en chaffa l'épée à la main
apres avoir effugé tout leur
feu. Celle de Champagne
donna en mefme-temps. Les
Ennemisluy difputerent longtemps
une baye & un chemin
creux ou M.de Blainville re
çguutt un coup de mousquet à
travers la cuiffe , proche des
gros vaiffeaux. Le Marquis
de Bellefons s'eftendit du côté
des bayes es des bois que les
Dragons deffendoient , &
136 Relation du Combat
fut blefé à mort auprès des
Dragons Dauphins. Les Regimens
des Gardes Françoifes
Suiffes y ont fait
merveilles , on attribuë
àces premiers la déciſion du
Combat , car ils chargerentfi
vigoureusement le fort de
l'Infanterie Ennemie , qu'elle
n'eut pas le temps de ſe rallier
, enforte que les Ennemis
ne fe battirent plus qu'en retraite.
Les Suiffes firent auſſi
fort bien . Greder , Alleman ,
s'y eft fignalé , le Regiment
du Royy afoutenu fa reputation
de Stein-Kerke. 137
tion
ordinaire , a eu 250
Capitaines tuez ou bleffez. Le
Royal Italien a chaffe avec
vigueur un gros d'Ennemis
qui vouloient envelopper les
Dragons de la droite. En un
pour
mot , il n'y a point de Troupes
qui n'y ayent fait des prodiges.
Cette affaire a este
Infanterie pour les Dragons
, ce que Leuze fut pour
la Maifon du Roy.Mile Maréchal
a eu un cheval tuéfous
luy, & un autre bleße.Monfieur
le Duc , Monfieur le
Prince de Conty , Monfieur
M
138 Relation du Combat
le Duc du Maine, Monfieur
de Vandofme, Monfieur le
Grand Prieur , eftoient par
tout dans le plus fort de la
mélée , à encourager les Dragons
au milieu du feu ; ils faifoient
avancer les Bataillons
jufques aux piques des Ennemis
, rétabliffant le Combat
dans les lieux où il paroiffoit
douteux. Enfin les Heros de
l'Antiquité n'ont jamais rien
fait au deffus de tout ce qu'on
avufaire à tous ces Princes .
Il fera bon de vous fai
de Stein-Kerke.
139
re part encore de quelques
Extraits de deux où
trois Relations , faites par
les principaux Officiers
de l'Armée , qui ne parlent
que des chofes dont
ils ont efté témoins, & qui
font connoiftre la valeur
des Troupes en general,
& des Officiers en parti
culier.
Polier , Colonel des Brigades
Suiffes , avança avec sa Bri.
gade , fit faire un tres -grand
feu , tint l'affaire en fuspens
de fon cofté, & donna le temps
M 2
140 Relation du Combat
aux Gardes Françoiſes & Suiffes
d'arriver & de mettre l'é
pée à la main; les Anglois fü
rent vivement attaquez. Ils
foutinrent pendant quelque
temps ; mais enfin , ils furent
rompus , & les Gardes Françoifes
& Suiffes les maltraiterent
étrangement ; non seulement
nous regagnames fix pieces de
Canon , mais nous priſmes encore
dix des leurs . Noftre Canon
avoit beau êclaici les rangs , les
Ennemis combattoient àcoté de
leurs Morts , & faifoient unfeu
terrible. Trois Bataillons des
Regimens du Roy firent merveille
La Brigade de Bourbon
nois a eu beaucoup d'honneur
dans cette affaire , fur tous le
de Stein. Kerke.
141
5
Marquis de Rochefort fils da
deffunt Maréchal. Les Anglois
eurent la premiere attaque . C'e
la meilleure Infanterie du Prince
d'Orange & en laquelle il fe
confioit le plus. L'action de ce
Prince est toute des plus hardies.
Il estoit venujufqu'à la Brigade
de Bourbonnois qui couvroit
noftre atle droite, & avoit admirablement
bien profité de ba
hauteur , & des groffes hayes ,
dont il s'estoit emparé. Il avoit
d'abord eu tout l'avantage,mais
enfinla valeur des noftres afuxmonté
laleur , &jamais on n'a
veu unfi grosfeu , &fiprès l'un
de l'autre. Nos Officiers Géné
raux ont tous payé de leurs perfonnes
, &fefont trouvezdans
M 3
142 Relation du Combat
Legrandfeu à la tefte de tous les
Bataillons. Polier que tout le
monde regrette , avoit une tresgrande
part au rétabliſſement
de nos affaires. Monfieur le Duc
cut un cheval tué fous luy. Ce
Prince eftoit par tout où il y
avoit des perils à effuyer & de
lagloire à acquerir. Monfieur
le Prince de Conty a eu auffi
deux chevaux tuckfous luy
dont l'un en fe cabrant luy fauva
la vie; il s'eft extrémement
diftingué. On voyoit ces deux
Princess'expofer les premiers &
mener les Bataillons à la charge.
Monfieur de Vandofme.
M. le Grand Prieur Mrs les
Ducs d'Elbeuf & de Ville. Roy,
Mrs de Tillades & du Montal,
>
de Stein Kerke . 143
tous generalement ont payé
de main & de tefte. Nous avons
perdu quelques Gardes du Roy
qui estoient en bataille , & qui
ont efté tuezpardes coups perdus.
Enfin la vigueur des no .
fres, & le bonheur des armes
du Roy l'ont emporté , & les
Ennemis fe font veus reponffe
de tous cofter.
Il eft malaifé quand on
a leu cet extrait , de ne
pas faire une reflexion
bien glorieufe aux Armes
de France , en remarquant
qu'encore que le Prince
d'Orange ait eu tous les
avantages qu'il pouvoit
1
144 Relation du Combat
defirer , il n'a pas laiffe
d'eftre batu.Il avoit celuy
du nombre des Troupes,
& des poftes . Le Combat
n'eftoit que d'Infanteric
comme il l'avoit fouhaité.
Son Canon avoit tiré
avant le noftre ; il avoit
mefme pris une partie de
celuy que nous voulions
faire fervir contre luy
& quand il engagea
le
Combat , il fembloit que
la victoire s'alloit déclarer
en fa faveur , parce
que la plufpart de nos
Troupes
de Stein-Kerke. 145
Troupes eftoient éloignées
, & que celles qui
pouvoient
d'abord luy
refifter n'estoient pas en
bataille quand il commença
à les canonner.
Cependant malgré tous
ces avantages , il a efté
obligé de fuir avec toute
fon Armée , & ce qu'il a
pû remener de Troupes ,
n'ont cfté fauvées qu'à la
faveur des bois , des ravins
, des défilez , & de la
nuit. Cela fait voir que
i toute noftre Infanterie
N
146 Relation du Combar
1
avoit combattu , que celle
de M. de Bouflers & fon
Artillerie fuffent venuës
plutoft , & que le combat
fe fuft donné en pleine
Campagne , il eft vrayfemblable
d'affurer que
l'Armée des Alliez auroit
efté entiérement défaite.
Le Regiment de Cham
pagne s'eft trop diftingué
!
pour nevous pas envoyer
l'extrait d'une autre relation
où fe trouve ce qui
fuit.
de Stein- Kerke. 147
Ils vinrent donc à noftre Regiment
avec tant d'ardeur que
je n'en ay jamais veu une pareille
, mais nous avions pofté
nos détachemens fi à propos de
haye en haye, quefe foustenant
tous les uns les autres , ils n'en
purent jamais enfoncer aucun.
Ce feu de moufquets dura plus
d'une heure & demie , & je
vons affeure que je les voyois
tous les unsfur les autres bleffek
oumorts de noftre feu , & com.
me je me trouvois à la tefte &
premier Capitaine an premier
bataillon , jejugeay que cesgens
là commençoient à fe laffer de
noftrefeu , les voyant fe plonger
au lieu de conferver la meſme
N 2
148 Relation du Combat
fierté qu'au commencement ; ce
qui m'obligea à fauter la haye
où nous eftions , & à dire à nos
Soldats qu'il eftoit temps de don
ner l'épée à la main. Je fus
fuivy de nos trois bataillons , &
enfuite toutenostre Infanteriefis
la mefme mancuvre : ce qui
étonna fi fort les Ennemis qu'ils
nefongerent plus qu'à fe battre
enretraite de verger en verger,
Nous les pouffâmes avec tant
de vigueur , queje ne puis vous
dire le nombre des morts ; mais
dans la mêlée je trouvay un
gros d'Infanterie Angloiſe dont
nous tuafmes jufques au dernier.
I'yreceus d'un Officier bien
fait un coup du travers de fon
épée, qui mefit tombermon cha
de Stein- Kerke. 149
peau & ma perruque fans me
bleffer. Cet Officier m'appuya
enfuite fon épée fur le cofté ,
elle meperça la peau , la pointe
qui s'arrefta fur l'os de la ban.
che , ayant plié jusques à la
garde , je le tuay à coups d'épée
Enfin nous avons efté les vainqueurs
à la veuë du Prince d'o
range qui eftoit au centre &
M. de Baviere à l'attaque de
nostre droite.
Je ferois tort à la valeur
de nos Braves , fi je
ne vous faifois pas encore
part de cet Extrait , qui
marque admirablement
l'intrépidité de la Nation.
N 3
150 Relation du Combat
, ont
Il faut obferver que noftre
Infanterie qui compofoit trente
Bataillons qui eftoient oppofez
à foixante des Ennemis
foutenu tous leurs efforts pendant
buit heures avec un feu épou-.
vantable , & perpetuel, mais ce
qu'ity eut de furprenant & de
plus terrible , c'est que lesEnnemis
fe voyant beaucoup fuperieurs
à nous , animez par
leurs Officiers Generaux , &
par la bonte d'avoir laiße
prendre leur Canon revinrent
à la charge avec une fureur
extraordinaire , & particulierement
les Anglois , & les
Danois , par plufieurs reprises
jufqu'à fe creifer les Monf
>
'de Stein- Kerke. 151
quets les uns aux autres , & ſe
faire des décharges à bout portantfans
s'ébranler durant plus
d'une demi- heure. Cependant
les noftres foutinrent avec une
fermeté, &une valeur au delà de
l'imagination ; ilfaut en avoir
efté témoin pour le croire , la
chofe n'eftant point naturelle .
C'est ce qui a fait avouër aux
Ennemis qu'il n'y a rien fur la
terre qui foit femblable aux
François , puis qu'encore qu'ils
fuffent deux contre un , les François
fe font battus plus d'une
demy- heure à bouts touchant
fans s'ébranler. C'est ce qu'on
n'avoit point encore vû , mais
comme nos gens virent lagrande
refiftance des Ennemis & leur
N 4
152 Relation du Combat
&
●piniaſtreté , leurfex eſtant ſu
perieur au noftre, M. de Luxem
bourg ordonna qu'on les char.
geaft l'épée àla main. C'eſt icy
qu'il faut admirer . Toute la
droite paffa une haye devant
eux tenant l'épée nuë , & les
shargea fi vigoureuſement ,
avec tant de valeur , qu'ils ne
purent foutenir. Enfin on les
enfonça , & on enfit un carnage
épouvantable , furtout des Anglois
, & des Danois , de forte
que l'on reprit tout noftre Canon
en prenant auſfile leur. Enfuite
de cette action qui eftoit à la
droite , noftre gauche chargea
les Ennemis , & la brigade du
Regiment du Roy fit des chofes
furprenantes. On les pouffa en
de Stein- Kerke. 153
Lions , & aprés une refiftance
des plus grandes , & unfeu tera
rible , ilsfurent contraints defe
retirer vers un defilé prés d'un
bois , où ils avoient des ChevaUK
defrife. Cefut là qu'ils reprirent
vigueur derriere une haye, anime
par leurs Officiers , & fou
tenus par toute leur Armée , qui
eftoit derriere eux enbatailleſur
quatre lignes. Ils firent un feu
Continuel & des plus grands
qu'on ait veu. Les gens du me
tier auront peine à s'imaginer
comment on a pû batre cesTroupes-
là,puifque leur Armée.com
me je viens de le dire , eftoit en
bataille derriere euxfur quaire
lignes qui fouftenoient ceux qui
combattoient. Il est vray que
N S
154 Relation du Combat
sela n'eft pas aisé à croire , à
de l'avoir veu , &. moins
que
qu'il eft encore plus difficile de
pouvoir décrire des chofes qui
tiennent entierement du pro..
dige. Cependant le tout s'eft
paßé comme je le dis . Les Regimens
des Gardes Françoifes.
& Suiffes ont fait des miracles
, & tout ce que l'on peut
attendre des hommes. Celuy du
Roy & de Champagne de mefa
me. Ceux du Dauphin, de Bourbonnois
, des Vaiffeaux &
d'Orleans , font allez à l'envy
pour la gloire , & ont fait
des chofes qui paroiffent incroyables
. On ne peut montrer
plus de valeur & de fermeté
qu'ont fait les Dragons. Enfin
de Stein- Kerke.
Iss
toutes les Troupes ont combatta
avec une ardeur fi étonnante ,
qu'on ne fauroit dire qui a montré
le plus de valeur dans cette
action , tant il s'y estfait de
chofes au delà de l'imagination
pour la bravoure . Tout ce
qu'on lit dans l'Histoire n'a
rien qui en approche . Encore
une fois on n'a point vu de.
Combat fi opiniâtré , ny de
Tronpes venir fi fouvent à la
charge , fe battre à bout tonchant
, jufques à croifer leurs
moufquets , & fe foûtenir de
cette maniere plus d'une demybeure
fans branler. C'est ce qui
paroift eftre plutoft une fiction
de Romans , qu'une Relation
veritable. Il faut avoir raf,
156 Relation du Combat
femblé toute la fermeté des
Cefars pour tant de merveilles
, fur tout estant plus foibles
de la moitié , & il n'y a
au monde que les François ca.
pables de cette intrepidité ; de
forte qu'en parlant des chofes
Surprenantes qui ont esté faites
dans ce Combat on ne
Sçauroit dire tout ce qui s'y
eft paßé de furprenant , puifque
tout l'a este depuis le commencement
jufques à la fin .
Les Ennemis s'eftoient flatez
queleur Infanterie valoit mieux
que la Françoife , mais prefentement
ils font bien defabuse .
Nos Prifonniers l'avoüent de
bonne foy , & ils disent que
fans cette prévention‚ils n'au➡
de Stein-Kerke.
157
1
roient eu garde de nous attaquer
, s'estant mefme imaginé
qu'ils nous furprendroient dans
noftre Camp.
Quoy que la Cavalerie
n'ait point eu de part à ce
Combat , quelques Elcadrons
des Gardes du Roy
à la tefte defquels eftoit
M. le Duc de Choifeul ,
n'ont pas laiffé de fouffrir
beaucoup du Canon , &
du moufquet , én s’avançant
fur les bords des
hayes , mais ils n'ont jamais
pû charger à caufe
158 Relation du Combat
de la difficulté du terrain.
Je ne dois pas oublier
icy une action affez éclatante.
Les Ennemis ayant
plié une premiere fois , &
s'étant retirez mal en ordre,
revinrent à la charge
avec deux gros Bataillons.
M. de Montmral ,
Major du Regiment Dauphin
, eftoit à la tefte des
Grenadiers de ce Regiment.
Les ennemis l'ayant
apperçeu
, ne douterent
point que ce ne fût encore
de Stein Kerke.
159
des leurs , & dans cette
penſée , ils luy firent figne
de revenir. M. de
Montmiral qui les recons
nut , ne laiffa pas d'avan
cer , & les falua à bout
touchant , d'une décharge
fi vigoureufe , que les
deux Bataillons Ennemis
plierent . Ils eurent beaucoup
d'Officiers tuez de
cette décharge , & M. de
Montmiral revint en bon
ordre.
On a pris dix pieces de
Canon , montées fur leurs
160 Relation du Combat
affurs , dont il y en avoit
quatre de fix livres de balle
, & fix de trois livres.
Elles font fort peſantes.
Il y en avoit deux aux armes
d'Angleterre , deux à
-celles du Prince d'Orange
, deux aux armes des
Alliez , & quatre à celles
de Hollande.
Outre celles là , on en
a trouvé deux autres qui
eftoient embourbées. On
n'a pris que huit Drapeaux.
Je vous ay deja
marqué les raifons , aufquelles
de Stein- Kerke. 161
quelles j'ajoûteray, que fi
l'on n'en a pas pris davantage
, cela vient de ce que
les bleffez des Ennemis ,
dont le nombre eft fi
grand qu'on ne peut le
fçavoir fitoft au jufte, en
avoient dechiré beaucoup
pour étancher
leur
fang, & de ce que nos Sol.
dats dans la chaleur de la
joye du Combat qu'ils venoient
de gagner , s'étoient
divertis à les déchirer
auffi pour s'en faire des
cravates ; outre qu'il s'em
162 Relation du Combat
eft trouvé fous des mon
tagnes de morts , que le
fang avoit tellement gatez
, qu'ils n'estoient pas
reconnoiffables. Ce que
je vous dis touchant les
Morts n'eft point une exageration
. On en a trouvé
quarante l'un fur l'autre ,
proche du corps du General
Douglas , & quatre-
vingt auprés d'un
Colonel à cent de là ;
pas
& les chemins & les foffez
en eftoient tellement
comblez, qu'ils fermoient
de Stein Kerke.
163
le paffage en plufieurs endroits.
Ainfi il eft d'autant
plus malaiſé d'en
fçavoir le nombre que les
Ennemis prendront foin
de le cacher autant qu'ils
le pourront faire. A quoy
qu'on ait pû d'abord le
faire monter, il faut qu'on
fe foit trompé , parce que
l'on ne comptoit que fur
ce qu'il y en pouvoit
avoir fur le Champ de
Bataille , mais on ne fçavoit
pas encore que tous
les chemins , les Foffez &
164 Relation du Combat
les Bois des environs en
eftoient remplis , de forte
que pendanttoute une femaine
il n'y a point eu de
jours que l'on n'ait veu
augmenter
ce nombre.
Voicy ce que mande làdeffus
un Officier General
, diftingué par fa valeur
& par fa haute naiffance
, & qui n'épargne
aucuns foins pour bien
fçavoir tout ce qui fe
paffe.
Tous les jours on découvre
que les Ennemiis ont plus
de Stein- Kerke. 165
perdu qu'on ne croyoit. Fay
un Lifte qui vient de
Bruxelles › par laquelle il
paroift qu'ily a eu beaucoup
d'Officiersprincipaux des Anglois
hors de combat. Le Regi
ment des Gardes Danois qui
étoit de deux Bataillons, s'eſt
retiré avecſeize bommes. Les
Anglois ou Ecoffois ont perdu,
de leur aveu, juſqu'àſix mille
bommes de leurfeulle Nation,
les autres àproportion. Jugez
par là où leur perte peut,
monter. On dit à Bruxelles
qu'il leur en peut couter buit
O 3
166 Relation du Combat
mille, &puis qu'ils en avoüent
tant , on a lieu de croire qu'il
9 en a encoreplus. Je vous ay
deja mandé dix mille , &
croy que je n'aypoint dit af-
Sez. Ils font d'affez bonne foy
dans leur Armée ; car ils demeurent
d'accord qu'ils ont
efté bien battus. il fe paffa le
5. au matin une petite affaire
de Cavalerie › qui ne laiſſe
pas, quoy que peu confiderable,
de marquer lafuperiorité
de nostre Armée fur la leur
M. le Maréchal avoit ordonné
à M. Rofe de s'aller prade
Stein Kerke. 167
mener vers Haute Croix,pour
reconnoiftre les chemins. 11
prit avec luy cinq cens Chevaux.
Enfortant d'un défilé
pour entrer dans une petite
plaine , il vit trois troupes
des Ennemis quifortoient d'un
autre défilé , vis à vis de buy
pour entrer dans la mémeplaine.
Il dit à M. le Chevalier
de Pompone de les charger.
M. de Cheladet s'y trouva
auffs. Ces trois troupes étoient
Avant-garde de deux mille
Chevaux que menoit M.de
Sgravemour,Lieutenant Ge
168 Relation du Combat
neral , pour couvrir leurfouque
les Ennerage.
Si- tost
mis virent
venir
nos gens
à
eux hors de la portée de la
Carabine, ils commencerent à
plier.M.le Chevalier de Pompone,
& M. de Chelader voyant
cela , firent débander
deux troupes de Carabiniers
entrerent dans un chemin
creux aprés eux. Depuis ce
moment nos gens ne fe font
point arrefter jufques à la
veuëde leur Camp. Deux
mille Chervaux ont fait volte
face auxpremiers coups ,
s'en
de Stein-Kerke. 169
s'en font allezfi vifte que nos
gens n'en ont pu joindre un
feul. Des trois troupes qu'on a
jointes , on en a tué cinquante
fur la place , & pris trente.
Tous les Prifonniers qu'on a
faits font du Regiment de
Buvigny , qui gagna la der.
niere Bataille en Irlande.Nous
n'avons eu qu'un Carabinier
de blessé . On a feeu depuis par
des gens venus de leur Ar
mée , que cela mit l'alarme
dans leur camp. Ils voulurent
faire prendre les armes à trois
Bataillons Anglois , qui di-
Р
170 Relation du Combat
rent pour toute réponse qu'ils
u'en feroient rien.
› Comme le nombre des
Prifonniers eft plus facile
à fçavoir que celuy des
morts, je puis vous dire
avec plus de certitude qu'-
on en a fait environ quatorze
cens. C'eſt par eux
qu'on a apris que le Prin
ce d'Orange avoit fait di
re à toutes fes Troupes ,
que noftre Armée eftoit extrémement
fatiguée ; qu'il y
avoit quantité de malades ;
que noftre Infanterie ne va
de Stein.Kerke. 171
lait rien , que ce Prince avoit
fait répandre un bruis
general qu'elle estoit affoiblie
de plus de cinquante mille
hommes;&que nous fondions
toute noftre efperance ſur notre
Cavalerie & fur la
Maifon du Roy.Aprés avoir
fait courir ces bruits , il
tâcha d'infinuer qu'il n'y
avoit rien de fi aisé que de
nous batre dans l'endroit où
nous eftions , qu'il n'y avoit
qu'à nous attaquer avec vigueur,
dans le temps que nôtre.
Artillerie n'auroit pas joint ,
P 2
172
Relation du Combat
pour nous tailler en pieces
avant qu'elle fuft arrivée.
Voila les difcours dont
on s'eft fervi , au rapport
des Prifonniers, pour infpirer
plus de hardieffe &
plus de fermeté à leurs
Troupes. Les Ennemis
fondoient encore l'efperance
du gain d'une Bataille
, fur ce que le Prince
d'Orange avoit reçû
un renfort confiderable
des Troupes de Hannover
& de celles qu'il
avoit fait venir d'Angle-
>
terre.
de Stein- Kerke.
173
On reconnut aprés le
Combat un Colonel des
Troupes de Hannover ,
véru en laquais , avec un
Capitaine de fon Regi
ment , qui feignoit de
chercher le corps de fon
Frere parmi les morts , &
qui fous ce pretexte examinoit
nos Poftes. On
l'arrefta , & il eft exactement
gardé.
On a pris quantité de
Chariots remplis de munitions
que les Ennemis
n'avoient pas eu le temps
P 3
174 Relation du Combat
de brûler. Ils avoient mis
le feu à quelques- uns , &
renverfé la poudre de
quelques autres , mais cela
n'a pas empêché qu'on
ne fe foit encore faifi d'un
grand nombre.
Le Combatn'a pas feulement
été donné à Stein-
Kerke , mais il a finy fur
la hauteur de Stein-Kerke
où les Ennemis ont efte
pouffez. Ainfi rien ne luy
convient mieux que le
nom de Stein- Kerke .
Dés qu'on fut rentré
de Stein-Kerke. 175
dans le Camp , on fit des
détachemens pour aller
enterrer les Morts , & M.
de Bouflers alla voir tous
les Officiers aux Gardes
qui ont efté bleffez dans
le Combat , & leur fit
compliment fur la gloire
que leur valeur à acquis
au Corps , quant aux Soldars
il leur envoya deux
cens Louis pour les felicirer.
Vous fçavez que ce
Corps n'eftoit pas entier
au Combat , & qu'il y en
a dix Compagnies auprés
P
4
176 Relation du Combat
du Roy. M. d'Albergotti
, neveu de M. Magalotti
, Gouverneur de Valenciennes
, qui aprés s'étre
diftingué & fatigué
dans un Combat d'une
journée , ne laiffa pas d'en
apporter en un jour la
nouvelle à S. M. en a reçu
une récompenfe digne
de la grandeur de ce Mo
narque.
Il s'eft fait des actions
fi extraordinaires dans ce
Combat , & fi dignes d'être
remarquées , que je
de Stein-Kerke. 177
croy devoir parler icy de
quelques- unes , qu'on n'a
pû étendre dans les Rela
tions , parce qu'elles en
auroient interrompu la
fuite.
Monfieur le Duc de
Chartres voyant de loin,
que le Combat s'engageoit
, dit à M. de la Berthiere,
fon fous Gouverneur,
que comme on n'auroit
pas fi-toft befoin du
Corps de referve qu'il
commandoit , il vouloit
aller à l'endroit où les
PS
578 Relation du Combat
atta- Ennemis nous
quoient , & qu'il feroit
bien toft revenu au Corps
de referve, s'il arrivoit que
fa prefence y fut neceffaire
. Ils y coururent , &
fe mirent fi avant dans le
peril, malgré les bales qui.
fiffloient de toutes parts ,
qu'un coup de Canon
ayant emporté un Cava,
lier , & la tefte de fon che
val , les fit tomber l'un &
l'autre fur M. de la Berthiere
qui fut renversé ,
Deux foldats le releverent
de Stein- Kerke. 179
& luy aiderent à remon
ter à cheval. Pendant ce
grand feu , une bale perça
le jufte au corps de мonfieur
de Chartres à l'épaule
, & fortit par l'autre
cofté ,fans l'avoir bleffé ,
mais un peu aprés il reçut
un coup au bras , qui luy
fit dire fans trop s'eftonner
, qu'il l'avoit caffé.
On l'obligea dele remuer
ce qui fit connoiftre que
ce n'eftoit qu'une groffe
contufion . Elle fut telle ,
que comme on le con
180 Relation du Combat
traignit de venir derriere
une haye pour eftre panfé,
il fallut donner , en cet
endroit qui s'eftoit enflé
extraordinairement
, quatre
ou cinq coups de rafoir
, pour faire fortir le
fang , aprés quoy ce jeune
Prince retourna s'expofer
tout de nouveau. S'il a
reux n'eft
beaucoup de valeur , fa
bonté pour les malheupas
moins grande
, & lors qu'on cut finy
le Combat , il fit une
action digne d'un éterde
Stein-Kerke. 181
nel fouvenir & qui doit
fervir d'exemple aux
Princes . Il n'y a point
de Troupes qui manquét
moins de toutes chofes
que celles de France , & ſur
tout de fecours, quand il
y a des Bleffez. L'on envoye
des chariots pour les
querir , & on les panfe
avant que de les enlever.
C'est ce qu'on ne manqua
pas de faire en cette derniere
occafion , mais le
nombre des Bleffez s'étant
trouvégrand, il en demeu.
182 Relation du Combat
ra environ vingt ou trente
pour lesquels il ne fe
trouva point de Chariots.
On ne laiffa pas de les
panfer & on leur promit
que l'on reviendroit les
prendre. Plufieurs bleſſez
des Ennemis que l'on cro
yoit morts, ayant entendu
la promeffe qu'on leur
avoit faite , & remarqué
une bonté naturelle dans
la maniere des François
qui leur faiſoit eſperer des
marques de leur charité,
ils fe trainerent le mieux
de Stein-Kerke. 183
b
qu'il leur fut poffible ,
juſques auprés des bleſſez
qu'on devoit venir querir
, de forte que l'on en
trouva deux ou trois cens
plus qu'on n'avoit crû ,
lors qu'on revint . Monfieur
le Duc de Chartres
l'apprit auffi toft , & dit,
qu'il falloit les enlever. On
luy répondit, que c'étoient
des Ennemis , & ce jeune
Prince repartit , qu'il ne
connoiffoit point d'Ennemis ,
à moins qu'ils n'euffent l'épée
à la main s'il traite ainfi
184 Relation du Combat
les Ennemis , on peut juger
de quelle maniere il
en a ufé avec les François.
Il a fait chercher par tout
les Officiers qui avoient
efté bleffez , pour connoistre
ceux qui avoient
befoin d'argent , afin de
leur en faire donner .
Il n'y avoit pas à douter
que Monfieur le Duc,
qui pendant tout le Siege
de Namur , s'eftoit expofé
à tous les perils les
plus évidens , n'agit dans
cette action avec la mef
me
de Stein-Kerke.
185
me valeur , la mefme intrepidité,
& la mefme con.
duite. Comme il eftoit de
jour, c'eft luy qui a poſté
toutes les Troupes ; c'étoit
une fatigue affez
grande pour devoir eftre,
las avant que le Combat
commençât. Cependant
quoy qu'il ait efté un des
plus vifs & des plus longs
qui fe foient donnez depuis
un fort grand nombre
d'années , ce Prince
ne laiffa
pas
tion jufqu'à ce que les End'eatre
en ac186
Relation du Combat
nemis cuffent plié, tant if
eft vray que l'orfqu'il s'agit
de la gloire , tous les
Princes du fang dont il
fort font infatigables
Ils font les fonctions de
Soldat & de Capitaine
d'une maniere fiaifée, qu
il eft facile de connoiſtre
qu'elle leur eft naturelle ,
Monfieur le Duc s'eft expofé
dans tous les endroits
où il y avoit le plus
de peril , fans fe ménager
non plus qu'un fimple
Soldat , & lorfqu'il a vû
des Bataillons affoiblis ,
de Stein-Kerke.
187
illes a fortifiez par d'autres
qu'il leur a menez , &
les a enfuite fait retour .
ner au combat.
Monfieur le Prince de
Conty a montré qu'il
eftoit du mefme fang , &
à voir agir ces deux Princes
, fans les connoiftre,
on l'auroit facilement deviné.
Il feroit impoffible
de montrer plus d'ardeur
pour faire combatre des
Troupes , qu'a fait Mon
fieur le Prince de Contys
Il eftoit par tout à les ant
Q2.
188 Relation du Combat
mer, & voyant un Bataillon
Suiffe qui accablé par
le nombre
, avoit peine à
s'empefcher
de plier , ce
Prince prit un Drapeau de
ce Bataillon , & le tenant
d'une main & fon épée
de l'autre , il leur dit d'un
air engageant , & les yeux
étincelans
d'une genereufe
ardeur , en fe mettant à
leur tefte , Meffieurs
, je
ous croy trop braves pour.
m'abandonner
dans une pareille
occafion , 5 fi vous
m'abandonnez
je fuis refolu
de Stein- Kerke. 189
de demeurer feul. Ces paroles
firent tout l'effet que
l'on pouvoit attendre , &
furent fatales aux Ennemis.
Ce Prince plu- toſt
que de jamais faire un
pas en arriere , demeura
pendant quelque temps
feul entre deux feux , auprés
de noftre Artillerie
abandonnée , où Monfieur
de Vandôme le joignit
, & luy amena deux
Bataillons Suiffes . Il y a
des Relations qui affurent
qu'un boulet de Canon
Q 3
190 Relation du Combat
luy toucha fon chapeau,
& celuy de M. de Saint
Hilaire,& qu'un des che-
Vaux qui ont eſté tuez
fous luy s'eftant cabré ,
luy fauva la vie . Enfin
l'Armée dit toute d'une
voix aprés ce Combat ,
qu'il fembloit que l'ame
du grand Condé animaſt
ces deux jeunes Princes.
J'aurois beaucoup de
chofes à vous dire de
Monfieur le Duc de Vandofme
, mais fans que je
m'étende beaucoup fur ce
de Stein-Kerke. 191
la
qui le regarde, il y a long
temps que vous devez
être perfuadée de fa valeur
qui ne s'eftjamais démentie.
Il eft fage Capitaine
& grand Soldat. Il examine
tout ce qui concerne
guerre avec une judicicufe
attention , il veut
eftre informé de tout, n'épargne
rien pour cela , &
fe donne tout entier àfervir
le Roy , autant par inclination
que par devoir.
Quelques Bataillons hefitant
à forcer des hayes
192 Relation du Combas
qui estoient heriffées de
Moufquets , & proche
defquelles il y avoit du
Canon , il en approcha
feul pour le faire fuivre ,
en montrant aux Soldats
que c'eftoit là qu'il falloit
aller.
Comme l'union qu'il
y a entre ce Prince &
Monfieur le Chevalier de
Vandofme
, fon Frere ,
Grand Prieur de France ,
fait paroistre qu'ils n'ont
qu'une mefme volonté ,
il femble auffi qu'ils ayent
lá
de Stein- Kerke. 193
la mefme valeur & la
mefme intelligence dans
le métier de la guerre.
Tant qu'a duré le Combat
ils le font non - feule-:
ment expofez par tout ,
mais les ordres qu'ils ont
donnez n'ont pas efté
moins utiles que judi-
T
cieux.
VM. le Prince de Turen
ne avoit commence à fe
diftinguer d'une maniere
qui faifoit voir qu'il iroit
loin , & qu'il pourroit un
jour fe rendre digne du
R
194 Relation du Combat
grand nom qu'il avoit l'aª
vantage de porter. Il fut
bleffé fur la fin du Combat,
aprés s'y être extremement
diftingué. S'il avoit
paru Brave en combattant
, il parut Heros dés
qu'il fut bleffé ; il tira la
bale de fa playe avec le
plus grand fang froid du
monde , en difant , qu'il
fentoit bien que fa bleffures
eftoit mortelle, mais que puis
qu'il devoit mourir , il valoit
autant mourir en combattant.
On ne put retenir fon.
de Stein-Kerke. 199
courage , &eilen donna
encore long-temps des
marques
. Il fut enfuite
porté dans la chambre de
M. de Luxembourg
, où
Monfieur le Duc de Chartres
l'envoya vifiter auffitoft.
Il repondit à celuy
qui eftoit venu de la part
de ce prince , qu'il luy étoie
bien oblige , mais qu'il ne
penfoit plus qu'à mourir, M.
l'Abbé de Riqueti l'aflifta
dans ces derniers mo
mens.
Je ne puis oublier icy
R 2
196 Relation du Combat
M. le Comte de Montab
qui voyant que le Canon
incommodoit
fort nos
Troupes , dit à ceux qui
fe trouverent
le plus prés
de luy , où eft l'honneur de
la France , où font les
gens de bonne volonté pour
aller prendre ce Canon ? Dés
qu'il cut parlé , chacun le
fuivit & courut aux Ennemis.
Le Combat fut
fort opiniâtré, & leur Canon
pris & confervé.
Je devrois parler icy de
м, le Duc d'Elbeuf & de
de Stein •
Kerke. 197
Mrs les Ducs de Villeroy
& de Choifeuls, ainfi que
de tous les Officiers Generaux
qui ont fait en
cette occafion tout ce que
l'on peut attendre des
plus grands courages , &
des plus experimentez
Capitaines. Cependant je
n'ay pas le temps d'entrer
dans le détail ; mais comme
M. de Luxembourg
ne les a pas oubliez dans
fa Lettre au Roy , & qu'il
eft le feul dont il n'a point
parlé , je dois luy rendre
"
R
3
198 Relation du Combat
juſtice,& commencer fon
Eloge par celuy de ſa modeftic
, qu'on ne fçauroit
trop admirer en cette rencontre.
Jamais on n'a vu
de preſence d'efprit pareille
à celle de ce General
, ny d'activité ſemblable.
Il s'eft trouvé dans
tous les endroits les plus
perilleux , s'eftant fou
vent porté de la droite à
la gauche de l'Infanterie ,
paffant , & repallant ſans
ceffe au travers du plus
grand feu , & donnant
de Stein- Kerke. 199
continuellement des ordres
fans s'embaraffer. Ses
Ecuyers & fes Gentilshommes
tuez , & bleffez
autour de fa perfonne , &
les chevaux tuez , & blefe
fez fous luy , font : mieux
voir que tout ce qu'on
pourroit dire , que cant
que la journée a duré , ce
General a non feulement
roûjours efté en mouve
ment mais qu'il a efté
expofé à tous les perils, de
la droite & de la gauche,
& de tour le Canon des
R
4
200 Relation du Combat
Ennemis . M. le Duc de
Monmorency ne le quit
ta point durant l'action ,
& eut un cheval tué fous
luy. M. le Comte de Luz
fit la mefme chofe avec la
mefme intrepidité , &
M. le Chevalier de Luz
xembourg, leur frere, qui
eft Aide de Camp de M.
le Marefchal , tout enfant
qu'il eft , fit paroiftre la
fermeté des plus vieux
Guerriers. Quoy que la
Cavalerie n'ait point
combattu , elle n'a pas
de Stein Kerke. 201 ΣΟΥ
laiffe de fouffrir beaucoup
, & d'avoir befoin
d'une grande fermeté. Elde
eftoit dans un lieu pro
pre à ramaffer
tous les
coups perdus qui luy font
venus enfort grand nom
bre & dont elle a beaucoup
fouffert , & fur tout
du Canon.
Puifque l'Infanterie a
remporté prefque toute la
gloire du Combat , elle
merite bien que l'on parle
d'elle. Jamais on n'a vû
combattre avec tant de
R
S
102 Relation du Combat
fermeté à nombre inégal
, ny des Bataillons
preſque réduits à la moitié
, revenir à la charge ,
& remporter une victoire
complette. Ceux qui ont
fait tant de genereux cfforts
font marquez dans
cette Relation. Perfonne
n'a écrit de ce Combat
fans dire que la décifion
en eft due au Regiment
des Gardes , de forte que
M. le Chevalier Bauyn ,
Capitaine aux Gardes , &
qui commandoit le prede
Stein . Kerke. 203
mier Bataillon , ayant
donné le premier l'épée à
la main fur un Bataillon
Anglois qu'il avoit en
tefte , & qui s'eftoit retranché
avec des chevaux
de frife , & l'ayant forcé
à la vue de Meffieurs les
Princes & les Generaux ,
qui l'en feliciterent un
moment aprés , contribua
beaucoup par cette action
vigoureufe , au glorieux
fuccez de cette grande &
memorable journée. Je
devrois vous parler de M
204 Relation du Combat
Devizé, Enfeigne dans la
mefme Compagnie
, &
qui fut bleffé au Siege de
Mons , mais le nom qu'il
porteme mpêche de vous
en rien dire. Je vous envoye
les noms de quelques
Officiers morts &
bleffez , en attendant la
lifte generale
.
LISTE
Des Morts des Bleffez
Monfieur le Duc de
Chartres. Son jufte au
de Stein- Kerke.
205
corps percé d'abord d'un
coup de moufquet d'une
epaule à l'autre, & enfuite
une groffe contufion au
bras.
M.le Prince de Turenne,
un coup au deffus de la
hanche prenant au bas
ventre,mort le lendemain
M. le Comte d'Albert
Commandant les Dragons
Dauphins bleffé le
gerement.
M.le Marquis de Bellefond
, Colonel de Dragons
, bleffé à la tefte ,
206 Relation du Combat
mort une heure aprés .
M. le Comte de Saint
Florentin , Frere de M. le
Marquis de Chasteauneuf
Secretaire d'Eftat , la jambe
caffée , mort de fa blef
fure.
M. de Blainville , Colonel
du Regiment de Chapagne,
Fils de feu M.Colbert
Miniftre & Secretai-..
re d'Eftat , bleffé dangereufement
à la cuiffe.
M.le Marquis d'Alegre
le bras caffé.
M.le Chevalier de мur-
!
de Stein. Kerke. A 207
cé Colonel de la Reine ,
bleffé à mort.
M. le Marquis de Puyfegu
, Maréchal des Logis de
l'Armée , bleffé à mort.
M. le Marquis de Tian
ge , une groffe contufion.
M.le Marquis de Vins,
Fils de M. de Vins , Capi- ,
•
taine Lieutenant
Moufquetaires Noirs
bleffé à mort.
des
M. le Chevalier "de
Saint Chamant bleffé,
208 Relationdu Combus
Officiers du Regiment des
Gardes.
M. de Beauregard, Capitaine
des Grenadiers des
Gardes , tué.
M.de Maupeou , la cuiffe
percée.
M. de Mennevillette,une
groffe contufion à la cuiffe,
M. Baüyn de la Briniere ,
tué d'un coup de fauconneau.
M. de Miſtral , le bras
percé .
M. de Saint Paul , bleffe
à la tefte .
M. de Pontac ,une groffe
contufion à la tefte .
M.
de Stein-Kerke. 209
M. de Marfais
M. de Cliffon
M. le Chevalier legeres
du Jardin Aide
Major.
M. de S. Gilles
contufions
M. de Villars , Lieutenant
des Grenadiers , tué .
M. le Chevalier d'Artagnan
, Sous- Lieutenant , le
bras percé.
M. Houel une groffe contufion
à la mamelle .
M. de Torfi, l'épaule caffée
.
M. de Mergeret , Sous-
Lieutenant , un coup de
moufquet au deffous du genou.
M. du Mefnil , bleffé au
conde .
S
210 Relation du Combat
M. de Limur , la cuiffe
caffée d'un coup de Fauconneau
,
+
Sept Sergens bleffez.
Cent quatre-vingt -onze
Soldats tuez ou bleffez.
Officiers de l'Artillerie.
M. de Vigny Lieutenant
General d'Artillerie , bleffé
d'un coup de moufquet
au bras gauche , depuis
le poignet jufques au coude.
M. deGargas, Major des
Bombardiers , le bras droit
caffé .
M. de Chevrigny , Com
miffaire Provincial , tué.
de Stein- Kerke. 213
M.le Chevalier de Hauteville
, auffi Commiffaire ,
bleffe .
M. de Vaux de Beaumont ,
Commiffaire , tué .
M. le Cointre , une contufion.
M. le Breton d'Euvrik ,
une contufion à la cheville
du pied.
Autres Officiers,
M. Polier , Colonel Suiffe
, tué.
M. de Zurlaube , Colo
nel , bleffé legerement.
M. de Zurlaube fon Frere
Capitaine , bleffé dangereufement.
S 2
212 Relation du Combat
Trois Capitaines du Regiment
de Polier, & l'Aide-
Major , tuez.
Le Major bleffé à mort.
M. Fimarcon , Colonel
de Dragons , mort de fes
bleffures.
M. Stafort fon frere , bleſfé
dangereufement .
M. de Termes , Capitai
ne , deux deux
coups.
M. de Villemoulin
bleffe.
M. Verduifant , Lieutenant
Colenel de Hainaut ,
bleffé à l'épaule dangereufement.
M. le Prince , Comman
dant le fecond Bataillon du
Regiment Dauphin bleffé
de Stein Kerk . 213
dangereufement
au haut de
६
la cuiffe ,
M.de Farouville Capitai
ne de Berry , bleffé dange
reuſement à la jambe..
M. de Verneuil Lieute--
nant des Gardes de Mon
fieur . ùn coup de Moufquet
, receu au cofté de
Monfieur le Duc de Char
tres.
M. de Vaurouy , mort de
fes bleffures.
M. de la Poterie , Commandant
le Batailllon du
Roy , tué.
M. Mongaillard du Regiment
du Roy, cinq coups,
mort de fes bleffures.
M. Pagnat , Lieutenant
S
3
214 Relation du Combat
General des Dragons, tué.
M. de Bac , Ecuyer de
M. le Prince de Turenne
tué.
F
M. de Girouvelle , Capi
taine de Grenadiers , une
groffe contufion.
Le Lieutenant Colonel
du Regiment Dauphin de
Dragons , le nerf qui fait
le mouvement du talon
coupé d'un coup de Moufquet.
M. Ribien , fecond Capimaine
du meſme Regiment ,
tué .
M. le Vicomte de Marfilly
, Capitaine dans le mefme
Rigiment , tué.
M. le Chevalier de Londe
Stein-Kerke
215
gueval , Major de ce Regiment
un coup dans le
ventre , & un autre qui luy
caffe le genouil.
M. Bernard , Capitaine ,
bras caffé..
M. du Reveft , Capitai
ne , lajambe percée.
M. Poncet , Lieutenants
Colonel du Regiment Dau
phin , bleffé dangereufe
ment.
M. le Marquis de Vau
cieux , Capitaine dans le
mefme Regiment , le bras
caffe.
M. de Frefcay, Sous Ecuyer
de M. de Luxembourg ,
tué.
Mr de Montilior , l'un
216 Relation du Combat
une fes Gentilshommes ,
groffe contufion , avec un
cheval tué fous luy.
L'Ecuyer de M. le Duc
de Montmorency , tué en
luy aidant à monter à cheval.
Un boulet de Canon tou
cha le chapeau de Monfieur
le Prince ce Conty , & de M.
de Saint Hilaire de l'Artil
lerie, & ce Prince eut deux
chevaux tuez fous luy.
Monfieur le Duc, un cheval
tué.
M. de Luxembourg, deux.
M. de Montmorency ,
un..
.M. le Chevalier de Sil
lery , premier Ecuyer de
M
de Stein - Kerke. 217
Monfieur le Prince de Conty
, un .
M. de Vaiffe , Brigadier
de Bourbonnois , un.
M. du Montal eut fon
chapeau percé d'un coup
de Moufquer.
Il eft impoffible de fçavoir
la perte que les Ennemis
ont faite. Elle augmente
de jour en jour , &
l'on en peut juger par ce
que l'on a mandé de Bruxel
les aprés les premiers
avis qu'on y a eus du Combat.
Ainfi deux chofes
doivent faire croire quelle
eft beaucoup plus grande
que ne portent les Liftes
qui fuivent , puis que
T
218 Relation du Combat
dans le temps qu'elles font
venues , on ignoroit encore
le détail , & qu'elles
ne font faites que fur ce
que les Ennemis n'ont pû
sempefcher d'en décou
vrir . Ils font moins fince,
res que nous là- deffus , &
fe plaifent à diminuer leurs
pertes au lieu que nos
Liftes font toujours remplies
d'un grand nombre
de Bleffez , chacun fe faifant
une gloire d'avoir receu
dans une Bataille des
marques honnorables de fa
valleur.
G
de Stein-Kerke. 219
OFFICIERS
ENNEMIS
Tuez on Bleffex.
Le Prince de Vaudemont
le bras caffé. On voulut d'abordfaire
croire que fa ble
fure eftoit legere.
Le Lieutenant General
Makay , tué.
Le Lieutenant General
Lafnier , bleffé à mort.
Lieutenant General de
Valucak
ment.
,
bleffe legere
Le Lieutenant Genera 1
Lalmah , bleſſé auffi legere
ment.
Le General Falmier
bleffé.
I
&
220 Relation
du Combat
Le Brigadier Ramerein ,
tué.
Le Brigadier Ralcq , tué.
Le Brigadier Binfey , tué.
Le Brigadier Cramelay ,
Lieutenant general , tué.
Le Chevalier Robert
Douglas , tué d'un coup au
front .
Le Chevalier Robert
Amilton , tué .
Le Chevalier Hodges , tué,
Le Colonel Jafel , tuéd'un
coup de Canon.
Le Colonel Cultes , bleffe
dangereufement.
Le Colonel Graham
bleffé.
Le Comte de Noyelle ,
bleffé.
T
de Stein. Kerke. 221
fé.
Le Colonel Makay , blef
Le Colonel de Jucrin
bleffé .
Le Colonel Fagelle , bleffé
à mort.
Le Colonel Harlice
bleffé .
Le Colonel Heyller ,
bleffé .
Le Colonel Defvira ,
bleffé .
Le Colonel Huilva ,
bleffé ,
Le Colonel Fax , tué d'un
coup de Canon .
T3
222 Relation du Combai
Capitaines dupremier Bataillow
des Gardes du Prince
d'Orange , thez.
Vvalcop.
Coltrop .
Hamilton ,
Brifton.
Macralton.
Talon
Capitaines du Regimens Fit"=
Lauder .
Patzit , tucz
Danner.
Herbin.
Hamilton.
Douze Lieutenans tuez.
de Stein-Kerke. 223
Il y a eu auffi deux Chevaliers
de la Toifon , & trois
de la Jaretiere , tuez .
Le premier Bataillon des
Gardes Angloifes entierement
ruiné, & prefque tous
les Officiers tuez ou bleffez.
Le Regiment des Gardes
Danoifes, prefque tous iuez.
ou bleffez .
Les deux Bataillons du
Chevalier Douglas fort maltraitez
.
Le Regiment Hodges
prefque ruiné , le Colonel
& plufieurs Officiers
tucz,
Le Regiment d'Angus ,
ruiné , le Colonel , & la plus
A
'T 4
224 Relation du Combat
part des Officiers tuez .
Le Regiment le Lexive ,
ruiné , les Officiers tués ou
bleffez .
Le Regiment du Prince de
Frife , fort mal traité .
&
Le Regiment de Heffe ,
ruiné , fon Colonel
plufieurs Officiers tuez ou
bleffez.
Le Regiment de Turin ,de
meſme.
{
Le Regiment de Leuvins,
ruiné , avec beaucoup d'Of- .
ciers tuez & bleffez .
Le Regiment de Makay,
entierement défait.
Le Regiment de Hot
prefque ruiné , le Colonel
tué avec la plus part des Of
ficiers .
de Stein - Kerke. 229
Les Regimens du Comte
de Nort , de Fayel , de Turcis
& d'Olica , fort maltrai
tez.
Le Regiment des Etats
Géneraux , & celuy du Prin
ce de Saxe entierement
ruinez , le Lieutenant Colonel
tué , & beaucoup d'Of
ficiers tuez ou bleſſez.
Chacun écrit fi mal les
noms propres , mefme en
France , qu'il eft bien malaifé
que parmy les noms
Anglois , Danois , & Hollandois
que je vous envoye ,
il n'y en ait beaucoup de de
figurez .
Vous attendez fans doute
Is
226 Relation du Combat
que je vous apprenne une
chofe dont tout le public
demande des nouvelles
avec empreffement ; c'eft
le lieu où étoient le Prince
d'Orange & l'Electeur de
Baviere pendant le Com
bat , & ce qu'ils ont fait
tant qu'il a duré. Comment
pouvoir vous le dire ,
puifque nos Braves qui ont
percé le plus avant parmy
les Ennemis les Prifonniers
que nous avons faits ,
& les lettres de Bruxelles
& de Hollande , n'ont pû
nous l'apprendre. Chacun
parle diverfement là deffus,
mais le plus grand nombre
convient qu'ils fc font tenus
'deStein-Kerke. 227
fort éloignez du peril , &
que le Prince de Virtemberg
eft celuy qui a le plus
agy dans cette occafion .
Les Ennemis ne font pas
fen peine de ce qu'ont
fait nos Princes pendant
le mefme combat , & ne
peuvent s'empécher de
publier qu'ils les ont trop
veus pour leur gloire , &
pour l'intereft de la Ligue .
Je fuis & c.
L'on a r'imprimé l'Histoire
de la Ville & du Chasteau
de Namar. La premiere Edition
a esté venduë en quinze
jours , on en trouvera à Lyon
chez le Sieur Amaulry.
DE
LAAVILLE
CHEQUE
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LYON
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*1895 A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY , ruë
Merciere au Mercure Galant.
M. D C. XCII.
AVEC PRIVILEGE
DY ROL
AVIS
L ne doit pas eftre
permis de douter que
la Lettre que M. le
Maréchal
Duc de Luxembourg
a envoyée au
Roy , ne contienne
la
plus
veritable de toutes
les Relations
du Combat
de Stein- Kerke
لا
a 2
A VIS.
mais la verité ne fait
pas que cette grande
action puiffe avoir toute
fon étendue dans une
Simple Lettre, & il doit
eftre beau à ce General
que l'on y puiffe ajouter
quantité de circonftances
qui luy font avantageufes.
Tant de Bra
ves fe font diftinguez
dans ce Combat , qu'il
n'a prefque eu que la
place de les nommer, &
AVIS.
defaire leur éloge. Sa
modeftie l'a fait paſſer
pardeffus ungrand nonsbre
de circonftances qui
font toutes àfa gloire ,
comme il a pris plaifirà
marquer de quelle
maniere les autres fe
font diftinguez , il eft
jufle de faire voir comment
, il s'eft diftingué
luy - mefme & de remplir
par une ample Relation
, les endroits dont
á 3
AVIS.
ce fameux General n'a
pu donner que le plan , de
ce qui pourroit s'étendre
plus loin qu'un volume
ordinaire , fi on
ne laiffoit rien de ce
qu'une infinité de Relations
ont marqué de
cette grande journée ,
mais on eft preßé de fatisfaire
à l'impatiense
du Public ; qui a
fouhaitté d'en voir une
de la mefme main que
AVIS.
celle du Siege du Chateau
de Namur , où
l'on a
trouvé tant de
faits éclatans dont les
autres n'ont rien dit.
On en
trouvera de
mefme dans celle de ce
Combat qui font entierement
ignorez , &
L'affaire étant
repriſe de
plus
loin , on y
apprendra
avant
que de venir
à la
lecture
du dé.
tail ,
quantité
de
chofes
A VIS.
affer curieuses pour
faire plaifir à ceux qui
les liront.
a
RELAT
"
RELATION
DU COMBAT
DE
STEIN KERKE.
6
L
nefuffifoit pas
au Prince d'Orange
pour meriter
le nom de Grand
Homme , de fe voir affis
fur le Trône d'Angleterre
,
A
2 Relation du Combat
27
il falloit que par des actios
purement de luy, il meritaft
de porter ce nom en
bonne ou mauvaife part ,
puis qu'il plaift aux hommes
de le donner aux
grandsCriminels, lors que
leurs crimes font fuivis
d'un fuccés
avantageux ,
de meſme qu'aux perſonnes
du plus haut merite , &
aux Heros les plus accomplis
. Avoir eu l'adreffe de
fe faire offrir la Couronne
d'Angleterre
, puis
qu'on ne peut appeller
de Stein- Kerke. 3
conqueſte ce qui n'a cou.
té aucun combat , a fans
doute efté le plus grand
bonheur qui foit jamais
arrivé à un homme , fans
qu'il ait eu beſoin d'autre
chofe que du fecret .
Il n'y a pas lieu d'eftre fur.
pris que l'Auteur de l'entreprife
, & ceux qui s'en
font rendus complices
ayent pû le garder , puis
que la Couronne en eftoit
le prix pour l'un , & que
les autres ne pouvoient
le découvrir fans s'expo-
A 2
4 Relation du Combat
"
fer aux rigueurs d'une
mort certaine. Ainfi l'on
peut
affurer
que
le hazard
, la rebellion
, les
occurrences
, la Religion
, & la fituation
des affai
.
ont
porté
, pour
res
ainfi dire , le Prince d'Orange
fur le Trône , &
que pour s'y élever il a
fallu feulement qu'il fe
foit prêté à la Fortune ,
qui a pris le foin de le
conduire. Il falloit un
Chef à l'Eglife Proteftante
, qui alloit cftre
de Stein- Kerke.
reduite aux abois , fi la
jaloufie de quelques
Princes Catholiques n'eût
donné la main aux Pro
teftans pour fe foutenir
On a vû cette jaloufis
rellement outrée , qu'el
le n'a pas feulement cfté
pour les chofes qui regardent
la vanité des
hommes , & leur domination
les uns fur les
autres , mais meſme contre
le merite , s'il m'eft
permis de parler ainfi ,
que le Roy fe faifoit au
A 3
*
6 Relation du Combat
"
prés de Dieu en travaillant
à l'anéantiffement
ou du moins à l'abaiffement
de la Religion
Proteftante
. La pluſpart
des Princes Catholiques
ne l'ont pû voir fans
envie , & en s'uniffant
pour détruire la Religion
Catholique , & faire fleurir
la proteftante , ils
n'ont point rougy de fe
declarer contre le Ciel
mefme. On avoit befoin
d'un Chef fous le nom
duquel on puſt agir , &
de Stein-Kerke.
7
il cuft efté honteux à un
Prince Catholique de fe
mettre à la tefte de la Ligue
, puis qu'il falloir
commencer
par détruire
la Religion Catholique
en Angleterre
, mais comme
la Ligue eftoit trespuiffante
, & qu'il n'eftoit
rien qu'elle ne puft fe promettre
de fes forces , fi le
Ciel n'euſt travaillé
pour
luy-mefme en la confondant
, il n'eftoit pas
neceffaire
qu'elle choiſiſt un
Genie feperieur , puis que
A 4
& Relation du Combat
dans la fituation où les
affaires eftoient , un Mazaniel
luy auroit fuffi.
Vous avez fans doute entendu
parler de ce gueux
fi renommé , qui appuyé
par le Peuple, eut le cre
dit de le faire Roy de Na
ples . Le Prince d'Orange
avoit à fouhait tout ce
qu'il pouvoit defirerpour
Fentreprife qu'il avoit
formée. La bourfe des
Hollandois luy eftoit entierement
ouverte , dans
la penléc que l'union de
de Stein- Kerke.
9
a
la France & de l'Angle
terre eftant rompuë , la
France ne pourroit jamais
refifter à fes Ennemis.
Les Anglois de leur
cofté pouvoient fournir
des fommes immenfes ,
ainfi qu'ils ont fait. Il
y avoit plufieurs années
qu'ils tiroient beaucoup
d'argent de la plus gran
de partie des Princes de
l'Europe qui les engageoit
par là à demeu,
fer neutres. Enfin l'on
peut dire qu'au com-
A 5
10 Relation du Combar
mencement de la Li
gue , que le Prince d'Orange
a miſe à l'extrêmité
par fa mauvaiſe' conduite
, il eftoit Maiſtre
de la plus grande partic
de tout l'argent , & de
toutes les forces de l'Europe.
Les Proteftans en
avoient fait leur Idole ,
non qu'ils le cruffent
d'aucune Religion ; il eſt
impoffible d'en avoir ,
& d'ofer porter les crimes
jufqu'où il les a
pouffez
, mais c'eftoit
de Stein- Kerke.
affez qu'il affectast de
paroiftre Proteftant , &
qu'avec des forces fuffifantes
il euft la volonté
de faire fentir de rudes
affauts à la Religion
Catholique. Tout luy
eftoit favorable , & juf
qu'à tel point , que fi
quelque chofe avoit deû
le chagriner , c'eſtoit de
ne pouvoir contribuer à
fon élevation qu'en abandonnant
fon nom & .fa
perfonne à la fortune
qui luy avoit applany
12 Relation du Combat
tous les chemins , & qui
Fentrainoit fur le Trône
avec la rapidité , dont
elle fe fert ordinairement
pour les chofes
qui ne doivent pas avoir
une fort longue durée.
Le fecret ayant eſté l'ame
de cette affaire , qui
éclata tout d'un coup
,
on fit d'abord l'honneur
au Prince d'Orange
de
croire qu'il avoit fait
mouvoir
bien plus de
refforts qu'il n'en avoit
fait agir par ce qu'en
4
de Stein Kerke. 13
a
?
matiere de politique on
préfume fouvent beau
coup plus de ce qu'on
ne connoift pas ; mais
la facilité du paſſage
d'Angleterre, & la prompte
élection de ce Prin-.
ce pour luy donner la
Couronne fans qu'il s'y
trouvaft aucun obſtacle ,
firent voir qu'il ne luy
pouvoir tout auplus
avoir couté que des fouhaits
criminels. La confolation
qu'il avoit , ou
du moins qu'il devoit
1.4 Relation du Combat
avoir, étoit que le voyant
à la tefte de la plus grande
partie des forces de
l'Europe , & de fes Souverains
, par le Commandement
qu'ils luy
laiffoient , avec le pouvoir
de refoudre & d'agir,
il pouvoit faire des actions
fi extraordinaires
qu'elles luy feroient meriter
le furnomde Grand
Homme que luy donnoient
ceux qui l'avoient élevé
plûtoft pour leurs intereſts
que pour la gloire.
de Stein Kerke.
Il falloit neantmoinsfaire
des chofes prodigieufes
pour cela , car il n'auroit
pas efté furprenant qu'il
en euft fait de grandes
avec le fecours de toute
L'Europe. Ainfi plus cc
Prince avoit de forces capables
de le rendre maître
de tout ce que fon
ambition auroit pû le
porter à envahir , & de le
mettre , en pouvoir de ſe
repandre comme un torrent
chez fes Ennemis ,
moins il fe voyoit en état
16 Relation du Combat
d'acquerir de la gloire en
triomphant , puis que
trente mille Hommes , ain.
fi qu'autrefois à Alexandre
, auroient dû luy fuffire
, pour conquerir en
Heros. Cependant il n'a
fait de conqueſtes pour la
Ligue , ny en Heros , ny en
Capitaine qui puſt accabler
fes Ennemis par le
nombre , mais il a fait
quelque chofe de plus
furprenant , & pour ainfi
dire , d'incomprehenfible.
Au lieu de montrer
qu'il
de Stein Kerke. 17
qu'il fçavoit l'Art de
faire valoir de fi grandes
forces par l'intelli
gence d'un genie fuperieur
, par l'étendue du
plus grand courage &
par les lumieres d'un
grand Capitaine , il a
trouvé le fecret de no
rien faire avec beau
coup , de perdre tous les
avantages , de gafter tou
tes les difpofitions favorables
où eftoient pour
luy toutes les affaires de
l'Europe , & d'en rui
B
18 Relation du Combai
•
ner & des-honorer prefque
tous les Souverains.
Ces faiis eftant conftans
& connus , & remplif
fant les Hiftoires , ne
peuvent étre niez. Quand
les Alliez ont formé la
Ligue , la France qui ne
vouloit point troubler
le repos où elle avoit
mis l'Europe, n'étoit point
armée , & s'ils euffent eu
un Chefprudent & habile,
ils auroient pûfaire du
grandes conqueftes au
lieu de voir perdre trois
de Stein-Kerke. 19
que
f
batailles , tant fur terre
fur mer prendre
Philifbourg , toute la Sal
voye , Mons & Namur ,
& remporter plufieurs
autres avantages dont on
ne dit rien , quoy qu'ils
foient confiderables
, à
caufe que les conqueftes
que je viens de vous nommer
font au- deffus de
tout ce que l'on peut dire.
Comme on n'a rien fait
que par les ordres du
Prince d'Orange , ou en
fa prefence , qu'il a efté
B 2
20 Relation du Combat
l'ame de la Ligue qui a
toujours
fait mouvoir
ce grand Corps , aprés
l'avoir couronné & mis
en eftat de tout entreprendre
, on a fujet de
luy reprocher
qu'il a fort
mal répondu à l'attente
avantageufe
qu'elle avoit
de luy , & qu'aprés luy
avoir donné le nom de
Grand Homme , par anticipation
, croyant qu'il
s'en rendroit digne un
jour , & luy avoir mis
en main tout ce qui estoit
de Stein-Kerke. 21
neceffaire pour
venir
à
bout de l'acquerir , il a
trouvé le moyen de dé
truire ce qui fembloit ne
le pouvoir jamais eftre ,
à moins qu'il ne travaillaft
luy-mefme à fa ruine
& à celle des Alliez.
Ainfi lorfque les Proteftans
luy donnoient le
nom de Grand homme,
toutes les actions luy
faifoient meriter un nom
entierement oppofë , joint
à celuy d'ignorant , &
de peu vaillant Capitai22
Relation du Combat
ne. Quand il a eſté
queftion
de mettre l'épée à
la main il a levé des
Sieges , ou perdu des
Places par tout où il a
efté , & fi l'on en a repris
quelques-unes , cela eſt
arrivé les années fuivantes
lors qu'il en eftoit
bien éloigné. Les Ennemis
n'en avoient perdu
aucune en Flandre depuis
le commencement
de cette guerre. Si - toft
qu'il y a paru , ce n'a
cfté
que pour y voir
de Stein-Kerke. 23
prendre Mons. Il a cfté
en Angleterre & il en a
fait venir de nouvelles
forces , mais il femble
qu'il n'ait voulu les avoir,
qu'afin de laiffer prendre
Namur avec plus
de honte. Comme je ne
veux vous entretenir que
de cette Campagne
, je
laiffe l'affaire de Mons .
Amis & Ennemis , tout
en a parlé , & ce n'a pas
efté à fa gloire. La perte
de cette Place luy devoit
faire prendre de juftes
24 Relation du Combar
mefures pour empêcher
celle de Namur. Il le
pouvoit fans rien faire
qui fuft au deffus de la
portée du moindre genie
, & le Roy ne s'eftant
point mis en Campagne
avant le temps ordinaire
de l'ouvrir
devoit
il
, en ne fuivant
que l'ufage
des armées
de Flandre
, s'y mettre
auffi-toft
que ce Monarque
. Cependant
Namur
fe trouve
affiegé
avant
qu'on
luy voye
dix
de Stein- Kerke.
25
dix mille hommes enfemble.
La Ville eft prife
avant qu'il en ait
trente - cinq mille , & le
refte s'affemble pendant
qu'on pourfuit le Siege
du Chateau . Quand il
fe voit à la tefte de cent.
mille hommes , il menace
, & n'agit point , quoy
que les forces du Roy
foient divifées , & qu'il
euft un pretexte pour
rifquer ' , puis qu'il auroit
pu empefcher de
prendre Namur en ga-
C
26 Relation du Combat
gnant une bataille
, mais
fitôt que les forces
de
S. M. font unies , qu'il
n'y a plus de Siege à faire
lever
& que le gain
d'un Combat
luy apporteroit
moins d'utilité
, il
ne manque
pas à l'engager
afin d'en avoir perdu
de toutes fortes . Lors
qu'on donna
la bataille
de Fleurus
, les deux
partis avoient
de l'Infanterie
& de la Cavalerie.
Il n'y avoit à l'affaire
de Leuze que de la
de Stein-Kerke.
27
Cavalerie , contre de la
Cavalerie , & dans celle
qui vient d'arriver , l'Infanterie
feule a combattu
contre l'Infanterie . Il
falloit ce dernier Combat
pour le convaincre
qu'il fera toujours battu
de quelque maniere que
ce foit , & ce qu'il y a
de chagrinant pour luy
dans cette derniere affaire
, c'eft qu'il eftoit
fortement perfuadé que
fi fa Cavalerie ne pouvoit
tenir contre la nôtre
C 2
28 Relation du Combat
fon Infanterie étoit fi
fuperieure que la noſtre
ne pourroit tenir contrela
fienne , & c'eſt ce qui
luy a fait hazarder fi
legerement ce dernier
Combat parce qu'il
n'avoit que de la prévention
contre nôtre Infanterie
, fans avoir aucune
certitude qu'elle
duft mal faire. Un plus
habile homme que luy
auroit fait réflexion
que fi les François font
quelque perte , c'eft rade
Stein- Kerke. 29
rement en reculant , &
qu'une Nation auffi belliqueufe
que la Françoife
, fecondée des Suiffes
feulement , qui ſemblent
ne refpirer que dans la
guerre , devoit triompher
d'un Corps compofé
de tant de Nations,
l'union de fes parties
n'en peut que diffici.
lement eftre parfaite .
Le Prince d'Orange doit
eftre enfin convaincu de
la bonté de noftre Infanterie
, non feulement
que
C 3
30 Relation
du Combat
par la perte du Combat,
mais encore
parce que
la plus grande partie de
la fienne a combattu
contre la moindre
partie
de la nôtre. Ce Prin.
ce ayant réfolu de nous
attaquer
, fans avoir
communiqué
fon entreprife
à perfonne
, fit la
veille un détachement
de fon Armée
, qu'il envoya
du coſté de Namur
, afin d'ofter les
foupçons
qu'on cuft pu
avoir de fon deffein . Il
'de Stein Kerke. 31
ordonna auffi un grand
fourage , pour le jour
qu'il avoit envie de hazarder
le Combat , afin
d'empefcher qu'on ne
pénétraft fes intentions ;
& le foir , comme il
s'agiffoit de fe préparer
à marcher la nuit pour
venir à nous , il fit affembler
l'Etat Major ; &
lûy ayant découvert ce
qu'il vouloit faire , il
laffura que la Victoire eftoit
certaine , qu'il connoiffait
le terrain , & qu'il ne
C
4
32 Relation
du Combat
refteroit pas dix mille hom
mes enfemble à Monfieur de
Luxembourg. Il en eftoit
fi perfuadé
fuivre toutes les tentes ,
ne doutant pas qu'il ne
> qu'il
fit
duft camper le lendemain
dans le Camp même
de ce General. Aprés
avoir fait part de fa réfolution
à l'Etat Major ,
il fit prendre les devants
à douze mille hommes
de Troupes choifies
, & eftant party fix
heures aprés à la tefte
de Stein-Kerke.
33
du refte de l'Armée , il
fe rendit au lieu où les
douze mille hommes
qu'il avoit envoyez devoient
l'attendre. Il fut
bien furpris de ne les y
pas trouver. Cela fut caufe
qu'il le détacha avec
peu de monde , pour les
aller chercher plus avant
, parce que l'Armée
auroit efté trop de
temps à avancer auffi
loin qu'il vouloit aller.
En effet il pouffa juf
qu'à un Village où il Y
C 5
34 Relation du Combat
avoit de nos Troupes ,
& revint joindre le gros
'de fon Armée fans avoir
trouvé ce qu'il cherchoit
, ce qui luy caufoit
de grandes inquietudes:
Etant neanmoins
revenu de la frayeur qu'il
avoit euë , en ſongeant
qu'on pouvoit avoir batu
fes douze mille hommes
il tint un grand
Confeil de guerre , pour
déliberer s'il continueroit
fa marche , & s'il
nous attaqueroit , fuide
Stein-Kerke. 35
vant fon premier deffein.
Les Deputez des
Etats Generaux opinerent
à ne point combattre
, & le Prince d'Orange
fut de leur avis ,
mais il ne l'appuya pas
fi fortement
. Quant à
l'Electeur de Baviere
il foutint avec opiniâ
treté qu'il falloit donner
bataille , & dit que
le Peuple de Bruxelles demandoit
ce Combat , croyant
que c'eftoit le feul moyen
d'éloigner les François de
36 Relation du Combat
leur Ville. Il y avoit fi
fi long- temps qu'il crioit
bataille , qu'il fut enfin
refolu de déferer à fon
fentiment. On commerçoit
à prendre de nouvelles
mesures pour l'execution
de cette entreprife
, lors que les douze
mille hommes dont
on eftoit en peine arriverent:
Les Guides qui
les conduifoient s'étoient
égarez eux - mefmes , &
les avoient remenez au
Camp d'où ils eftoient
de Stein- Kerke. 37
partis ,
& d'où ils étoient
enfuite revenus
joindre le Corps de
l'Armée. Le Prince d'Orange
ayant toutes fes
Troupes , & n'appre
nant rien qui luy fift
craindre qu'on n'eût eu
avis de fon deffein , leur
fir un difcours preffant
- pour les engager à donner
des marques de leur
valeur , & à ne point
reculer. Il tâcha de leur
perfuader qu'il n'y avoit
point à douter de
38 Relation
du Combat
la victoire , & leur dit
qu'il abandonnoit au pillage
tout le Camp des François, &
qu'ils trouveroient de quoy
s'enrichir à jamais dans le
quartier des Troupes de la
Maifon du Roy.
Quinze jours avant
le Combat que le Prince
d'Orange avoit refolu
de donner , pour
fatisfaire aux fatigantes
impatiences de l'Electeur
de Baviere aux
chagrinans murmures des
Peuples qui faifoient
,
de Stein - Kerke . '39
:
de continuelles plaintes ,
& qui alloient meſme
jufqu'aux avanies contre
fes gens dans la plûpart
des Villes de Flandre
, & pour donner
quelque chofe aux reproches
qu'il fe faifoit
à luy mefme de n'étre
jamais venu dans les
Pays - bas , que pour
voir prendre des Places
; quinze jours , disje
, avant que de don-
·
S ner ce Combat , où tant
いde preffantes confidera40
Relation du Combat
tions l'engageoient , il
ordonna que fon Infanterie
n'auroit qu'un Drapeau
par Bataillon . Vous
pourrez me dire qu'il n'avoit
pas prévû quinze
jours avant que d'engager
cette affaire , les mou.
vemens que feroit Monfieur
de Luxembourg
& qui devoient le porter
à l'entreprendre, mais
il fuffifoit qu'il cuſt réfolu
de combattre à la
premiere occafion qu'il
trouveroit favorable
pour
de Stein-Kerke . 41-
r
Il
pour donner des ordres
fur des chofes qu'il jugeoit
luy devoir eftre
importantes , quand il
arriveroit
que l'on en
vinft à une bataille.
fe ſouvenoit
que fes Drapeaux
avoient efté vús
fouvent
à Paris , & que
les ruës en avoient été
remplies , fur tout aprós
les Batailles de Caffel &
de Fleurus & il vouloit
éviter une pareille .
honte , s'il ne pouvoit
éviter un pareil mal-
D
42 Relation du Combat
heur . Il en avoit meſme
des raifons plus preffantes
& comme cette
terefts
guerre ne ſe fait uniquement
que pour fes in-
, quoy qu'il tâche
de perfuader
le contraire
à fes Alliez , la
Politique demande qu'il
déguife tous les malheurs
qui luy arrivent en Angleterre
& en Hollande
, & generalement à
tous ceux de fon party
, afin de pouvoir les
tenir toûjours armez pour
de Stein-Kerke. 43
empêcher que le Roy
d'Angleterre ne remonte
fur fon trône , à quoy
les Alliez tant Proteftans
que Catholiques ,
travaillent avec honte ,
& fans aucun avantage
pour eux. Auffi lors qu'il
s'agit de les aveugler
& de leur faire facrifier
leurs biens , leur vie &
leur gloire pour les avantages
, on a lieu de dire
du Prince d'Orange
qu'il eft le premier homme
du monde. Il avoit
D 2
44 Relation
du Combat
donc pris fes meſures
de loin pour tâcher de
tromper les Alliez , mais
particulierement
leurs
Sujets , fi l'on en venoit
à quelque grande action
, qui luy fuſt deſavantageufe
, & il croyoit
que les Peuples ne pour
roient s'imaginer qu'il
auroit fait une perte con-
>
fidérable , quand fes Ennemis
ne feroient pas
en pouvoir de faire voir
un grand nombre de fes
Drapeaux mais il ne
de Stein Kerke.
45
falloit pas que l'ordre de
la diminution de Drala
peaux par Bataillon
ne fuft donné que
veille d'un Combat
, tant
parce que la memoire
en auroit eſté trop fraî
che , que parce que cet
ordre auroit pu décourager
les Troupes
, en
leur faifant entrevoir
qu'il apprehendoit
qu'elles
ne fuffent battuës
,
& mefme qu'il en eftoit
prefque
perfuadé
, au
lieu que les Troupes
de46
Relation du Combat
voient faire moins de
reflexion à un ordre éloigné
, & que les Peuples
qui n'en pourroient
rien fçavoir , n'y en feroient
point du tout.
Le Prince d'Orange ne
fe contenta pas d'employer
cet artifice pour
les abufer ; il fit donner
des ordres fecrets
le jour qui preceda celuy
du Combat , & ces
ordres furent fçus de
peu de perfonnes. Ils
portoient , que tous ceux
de Stein Kerke,
47
qui fe verroient hors d'état
de conferver leurs
Drapeaux , cuffent à les
déchirer plûtoft que de
les abandonner
aux Ennemis.
Quoy que les puiffantes
Armées doivent or
dinairement avoir quel
ques Villes derrieres clles
, elles font neanmoins
obligées de s'en
éloigner quelquefois lors
qu'elles ont confumé tout
ce
que
le lieu où elles
font campées a pu leur
48 Relation du Combat
fournir. I eftoit indubitable
par cette raifon
que Monfieur le Maré.
chal Duc de Luxem
bourg quitteroit le Camp
de Soignies , & que par
conféquent il s'éloigne
roit de Mons ce qui
ne pouvoit mefme man.
quer d'arriver dans fort
peu de temps. C'est ce
qui avoit fait croire au
Prince d'Orange que
>
fi - toft que ce General
décamperoit pour aller
plus avant dans le Pays ,
il
de Stein Kerke. 49
il pourroit venir camper
entre Mons & l'Armée
du Roy ce qui
l'incommoderoit beaucoup
, parce qu'en luy
coupant la communication
avec Mons , il l'empeſcheroit
d'en tirer
quantité de chofes pour
fa fubfiftance , mais ce
deffein n'eftoit pas d'un
grand Capitaine , puis
qu'il fe feroit mis luymefme
en preffe , &
qu'il auroit plus fouffert
, qu'il n'auroit fait
E
50 Relation du Combat
fouffrir à Monfieur de
Luxembourg. Comme ce
General ne manquoit
pas d'Efpions , il y en
eut d'affez malheureux
pour eftre découverts
avant la marche du Prince
d'Orange , & ce Prince
ne manqua pas de
les faire pendre. Il y en
avoit un entr'autres qui
s'eftant d'abord introduit
parmy les domeſtiques
de Monfieur l'Electeur
de Baviere , leur
avoit paru agreable
de Stein-Kerke.
51
par fon enjouëment ,
qu'ils l'avoient fait con
noiftre à cet Electeur
de la liberalité duquel
il avoit receu enfuite de
frequentes marques. Il
parloit plufieurs fortes
de Langues , & on l'en
tendoit toujours avec
plaifir , mais cela n'empêcha
pas que ces Princes
l'ayant connu pour
ce qu'il eftoit , no le
fiffent pendre. Je parle
de cette mort • parce
qu'elle a fait éclac à
E 2
52 Relation
du Combat
Bruxelles , & qu'elle fert
à faire connoiftre que je
ne fais pas pendre un Efpion
, pour dire qu'on
n'en manquoit pas. Enfin
le Prince d'Orange
perfuadé que fon Infanterie
eftoit beaucoup fuperieure
en bonté à cel
le de France , & bien
plus nombreuſe , vouloit
que l'Infanterie de Monfieur
de Luxembourg cuft
feule part au Combat
qu'il avoit refolu d'engager.
Il fe fouvenoir
de Stein Kerke.
53
de celuy de Leuze, &
craignoit , que fi l'af
faire étoit generale , fa
Cavalerie déja prévenuë
de la valeur de la nô
tre & intimidée , n'euſt
de la peine à s'engager
au Combat , & ne lâchât
d'abord le pied ;
dans la penfée qu'elle
devoit infailliblement
eftre vaincuë. Il penfoit
jufte , & fa Cavalerie ,
felon toutes les apparen
ne devoit pas
ces
feulement
ceder à la nô
E 3
54 Relation du Combat
tre par la crainte qu'elle
inſpiroit à la fienne à
caufe qu'elle en avoit
déja connu la valeur à
fes dépens , mais encore
parce qu'il étoit veritable
qu'elle eftoit fuperieure
en nombre & en
bonté. Ainfi fi quelque
chofe peut eftre approu
vée dans la conduite du
Prince d'Orange , on
doit loüer l'apprehenfion
qu'il avoit que noftre
Cavalerie ne combattift
contre la fienne , & le .
de Stein- Kere.
155
deffein qu'il forma de
l'empêcher , en engageant
un Combat , où
L'Infanteric feule puft avoir
part ; mais il ne devoit
pas fuffire à ce Prin
ce de penfer jufte , fur
ce qui pouvoit convenir
à fes interefts , il falloir
qu'il examinat mieux
tout ce qui en pouvoit
regarder l'execution . Il
ne luy fuffifoit pas de
bien connoiftre , comme
il difoit , le terrain où il
avoit réfolu de combat-
E
4
56
Relation
du
Combat
terrain fuft propre à
eftre attaqué , & qu'il
tre , il falloit que ce
ne fuſt pas couppé de
hayes , de foffez , & de
ruiffeaux , qui faifoient
qu'un fage , & habile
Ja
Capitaine , & qui n'auroit
pas voulu rifquer
perte de toute fon Infanterie
, l'eût trouvé
inattaquable , fi vous
voulez bien me fouffrir
ce mot. Vous me direz
qu'il y a des temps où
il ne faut rien menade
Stein-Kerke. 57
ger , & qu'il fe fioit fur
la bonté de la fienne. Je
veux bien en demeurer
d'accord
avec vous ; mais
il faut en méme temps
que vous conveniez
que
c'étoit rifquer , & rifquer
pour rifquer , le
Prince d'Orange
ne devoit
- il pas plûroft mettre
le tout pour le tout ,
comme il avoit luy - mê.
me dit qu'il le feroit ,
pour fauver Namur ? On
ne l'auroit point alors
blâme quand il auroit
58 Relation du Combat
>
été battu puifque fa
gloire, celle de fes Alliez ,
l'intereft de la Ligue , &
tous les peuples de Flandre
demandoient qu'il
hafardât un combat pour
conferver
cette Place. Alors
il n'eût point été
garant de l'évenement
comme il le doit être ,
pour avoir voulu en
donner un fans aucune
neceffité
preffante & fans
qu'il luy en pût revenir
nulle utilité ; mais feulement
un peu de gloide
Stein Kerke.
رو
re , d'avoir affoibly une
armée , qui quelque avantage
qu'il eût pû
avoir , devoit aprés le
combat, être encore auffi
nombreuſe que la fienne
, au moins felon toutes
les apparences , puifqu'il
n'auroit pû gagner
une victoire fi pleine qu'il
n'euft perdu quelque
monde, l'Armée de Monfieur
de Luxembourg
étant fuperieure à la
fienne. Ainfi fi l'on balance
les avantages qu'il
60 Relation du Combat
pouvoit remporter d'une
Bataille contre ce qu'il
hazardoit , on trouvera
qu'il n'a pas deu la rifquer
par cette feule raifon
qu'il connoiffoit le
terrain comme fi la
connoiffance qu'il en avoit
, euft dû mettre nôtre
Armée moins en état
de luy refitter dans ce
terrain . Monfieur de Lu-
>
xembourg s'y devoit
croire en entiere feureté
; parce qu'il n'avoit
pas lieu de préfumer ,
de Stein . Kerke. 6i
qu'on cuft dû hazarder
des Troupes pour l'y attaquer
fans fruit , & feufe
donner
lement
pour
le plaifir
d'en
faire
perir
de part
& d'autre
. Cependant
ce General ne
laiffa pas fitoft qu'il fut
arrivé à Houës prés d'Enghien
, d'envoyer plufieurs
Partis pour apprendre
des nouvelles de
l'Armée du Prince d'Orange.
Monfieur le Duc
du Maine , toûjours preft
à acquetir de la gloire ,
62 Relation du Combat
& à s'expofer , alla reconnoître
les Ennemis
dans leur Camp proche
de Nôtre- Dame de Hall ,
où ils avoient leur droite.
Leur Corps de Bataille
eftoit à Braine- le-
Chafteau , & leur gauche
à Bois - Seigneur-
Ifaac . Monfieur du Maine
s'avança foit proche
d'eux , & ce Prince remarqua
qu'ils faifoient
des paffages. Cela ne donnoit
pas affez à connoître
les deffeins du Prin
de Stein-Kerke. 63
ce d'Orange , pour faire.
deviner de quel coſté il
vouloit tourner en cas
qu'il euft refolu de changer
de Camp . On ſceut
mefme que ce Prince avoit
fait venir cinq ou
fix mille Pionniers ; mais
il ne fut pas poffible
d'en découvrir davantage.
Auffi la chofe eftoitelle
mal- aifée , à moins
que de deviner , puifque
lorfqu'un General a for
mé quelque entreprife ,
& qu'il ne l'a point en64
Relation du Combat
core déclarée , il n'y a
perfonne affez clair-voyant
pour penetrer ce
qu'il ne veut point qui
foit connu. Cependant
Monfieur de Luxembourg
eftoit campé avec
beaucoup d'avantage. Sa
droite eftoit à Stein- Kerke
, fa gauche à Erines ,
le centre & le quartier
general à Houës , à un
quart de lieuë d'Enghien,
& le Corps de reſerve à
Marck .
Je vous ay déja dit que
le
de Stein-Kerke .
6.5
le Samedy fecond de
Juillet , Monfieur de Luxembourg
eftant dans ce
nouveau Camp , aprés
avoir quitté celuy de
Soignies , avoit envoyé
divers partis pour reconnoiftre
le Camp &
les mouvemens des Ent
nemis . Je vous ay même
nommé ceux qui les
commandoient , mais je
ne vous ay point encore
parlé de Monfieur de
Tracy qui fut de ce nombre.
Vous allez appren-
E
66 Relation du Combat
, que rien
dre par ce qu'il a écrit
luy - mefme
n'a efté negligé pour apprendre
des nouvelles de
ce que faifoient les Ennemis
, & des deffeins
qu'ils pouvoient avoir.
Voicy par où commence
la Relation qu'il a faite
de ce Combat.
Le Prince
d'Orange
raffembla
toutes
les
Troupes
qu'il avoit féparées
dans des Camps
de Stein- Kerke. 67
différens , lors qu'il forma
le deffein de nous
venir combattre. Cependant
nous eftions icy
bien éloignez de croire
qu'il vouluft avoir avec
nous une affaire confiderable
, puis qu'il s'eftoitfifort
tenu en repos
pendant tout le Siege de
Namur , & qu'il n'y
avoit pas d'apparence
qu'il voulut enfuite engager
une affaire , fans
F 2
68 Relation du Combat
en pouvoir tirer aucuns
fruits,mais comme nous
avons un General avifé
, fi toft qu'il a Scen
que toutes les Troupes
des Ennemis étoient
enfemble , il a eu beaucoupd'attentionfur
tous
leurs mouvemens , par
de frequens partis , &
la veille du Combat , il
m'envoya chercher , &
me donna foixante Carabiniers
quelques
de Stein- Kerke . 67
Dragons , avec ordre
d'allerfur le Camp des
Ennemis , & d'obferver
jusqu'au moindre
mouvement de l'Armée
du
Prince
d'Orange . Je
me rendis fort prés de
en Camp àla pointe du
jour du Combat , qui
fut le troifiéme de ce
mois , & comme j'apprehendois
que les Ennemu
ne dérabaſſent
une marche à M. le
70 Relation du Combat
Maréchal , du cofté de
Ninove , où il y avoit
apparence
qu'ils devoient
aller , je n'avois
attention que de ce cô
té- là , mais regardant
autour de moy par curiofité,
je fus fort furpris
de découvrir une
grande Colomne de Cavalerie
, qui marchoit
à la petitepointedujour
à lafourdine , tout droit
à Enghien ou eft noſtre
de Stein Kerke.
71
Camp , & comme le
> €5
que
jour n'eftoit pas encore
bien déclaré
j'estois en quelque doute
que les Ennemis vouluffent
marcher à nous
jem'avançay encore plus
prés , & vis que c'étoit
effectivement l'Armée
du Prince d'Orange.
Fécrivis außs- coft
à M.le Maréchal , ce
que je voyois , & lig
anvoyay ma Lettre par
72
Relation du Combat
un Officier entendu , qui
puft luy en rendre comple.
Un quart- d'heure
aprés , je fis un Prifonnier
qui me dit , que le
Prince d'Orange faifoit
marcherfon Canon. Je
ne doutay plus de for
deffein , j'écrivis de
nouveau à M. le Maréchal,
ce que le Prifonnier
venoit de me dire .
Enlifant cette feconde
Lettre , il reçut des avis
dis
de Stein-Kerke . 73
du cofté de fa droite ,
que l'on decouvroit les
Ennemis.
cy ,
Je ne pourfuis point la
Rélation de M. de Tra-
, dont je vous parleray
encore avant que de finir
auffi bien que de plufieurs
autres. Vous voyez par ce
que vous venez de lire ,
avec combien d'application
M. de Luxembourg
faifoit veiller fur les mouvemens
des Ennemis ;
quoy qu'il n'eût pas licu
G
74 Relation du Combat
de croire qu'ils fuffent
aſſez mal - habiles pour le
venir attaquer , ce n'étoit
pas la penfée de nôtre
Armée , & particuliere-
3
ment des Officiers Generaux.
Voicy de quelle
maniére en parle M.
d'Artagnan dans les prémieres
lignes de ce qu'il
a écrit fur la même affaire.
Contre noftre attente
, & hors de raifon &
de tout bonfens , M. le
de Stein- Kere.
75
Prince
d'Orange ayant
envoyé fes bagages à
Bruxelles , le 2. de ce
mois , partit de fon
1
1 Camp de Hall le lendemain
à deux heures du
matin avec toute fon
Armée dans la réſolution
de venir nous donner
Combat dans noftre
Camp. Il arriva à fept
heures du matin fur les
bauteurs à un quart
de lieuë de nous
ой
"
G 2
76 Relation du Combat
il attendit toutes fes
Troupes , & fon Canon.
Monfieur de Lu
xembourg avoit bien eu
nouvelles defa marche ,
mais il croyoit toujours
qu'il s'approchoit
de Ninove , ne poisvantfeperfuader
qu'un
bonsme de guerre ſe
hazardaft à unepareillefolie.
C'en eftoit une en effet,
& je vous en ay déja fait
de Stein-Kerke. 77
voir les raifons. Enfin il y
avoit bien plus d'apparence
de croire , comme
le portent quelques Rclations
, que les Ennemis
venoient pour fourager.
Elles marquent qu'en effet
ils en firent mine , &
que fous cette apparance
ils poufferent nos grandes
Gardes de la droite ,
mais M. le Comte d'Obterre
qui les avoit apperçus
dés la pointe du jour,
envoya avertir Monfieur
de Luxembourg
, qui
G 33.
78 Relation du Combat
monta auffi- toft à Cheval
Le terrain qui regnoit fur
noftre front de bandiere ,
cftoit fort inégal , couppé
de foffez & garny de
hayes . La droite où s'eft
faite l'attaque
eftoit fermée
par un petit ruiffeau
& bordée de marais au
devant de Stein- Kerke .
Il y avoit une hauteur ,
au delà de laquelle eftoit
un Village nommé Sainte
Barbe , bordé auffi de
hayes , & fur la droite un
Bois aboutiffant
dans le
de Stein Kerke.
79
fond où font des prez de
peu de largeur , & au delà,
des hayes fort fourrées
& quelque lifiere de
grand Bois qui durent
jufqu'où eftoit le Camp
des ennemis. Ils firent
couler par cet endroit environ
vingt Bataillons
deftinez pour l'attaque
qu'ils avoient refolu de
faire , de forte que cette
Infanterie ne fut point
apperçue , qu'elle ne fuft
poftée fort prés de noftre
droite; & tombée dans le
G 4
80 Relation du Combat
Camp de la Brigade de
Bourbonnois , qui eftoit
avancée à trois cens pas
de noftre front de bandiere
, pour occuper les
hayes à la tête du Village
de Ste Barbe , qui eſtoit à
la hauteur du Camp des
Gardes du Roy. Cette fituation
fait connoiftre
que les Ennemis pouvoient
avancer jufque
là fans eſtre vûs , & cependant
on ne pouvoit découvrir
leurs deffeins jufqu'à
ce qu'ils y fuffent ,
de Stein- Kerke. 81
Ou
parce qu'avant cela , on
pouvoit croire , ou qu'ils
alloient à Ninove
qu'ils venoient fourager.
Ainfi l'on peut dire que
l'on n'a pas connu leur
deffein un moment plus
tard , qu'il eftoit poffible
de le defmefler. Pendant
que les Ennemis eſtabliffoient
une batterie de
huit Piéces dans le pofte
où ils
s'eftoient avancez
& qu'ils le garniſſoient
d'Infanterie
, & de Chevaux
de Friſe , Monfieur
GS
82 Relation du Combat
de Luxembourg fe mit
fur une hauteur qui dominoit
, & d'où par confequent
, il pouvoit voir
tous leurs mouvemens.
Ce General y fut bientoft
accompagné de tous
les Princes , de M. de
Montmorency , de M. le
Duc de Barvick , de Milord
Lucams , de M. lé
Prince de Turenne , de
M. le Duc de Villeroy ,
de M. le Marquis de Tilladet
, de M. de Gaffion ,
& de quelques autres
de Stein- Kerke. 83
Officiers Generaux , &
autres perfonnes de diftinction.
Les Ennemis
ayant déja mis quelques
piéces de Canon en batterie
, ils en firent plufieurs
décharges fur la
Troupe qui accompagnoit
M. de Luxembourg
& fur quelques Efcadrons
des Gardes du Roy qui
cftoient à la gauche du
Village de Stein- Kerge ,
dont il y eut deux Gardes
& deux Exempts de
tuez, l'un de Luxembourg
84 Relation du Combat
& l'autre de Duras . Cependant
M. de Luxembourg
fit mettre l'Armée
fous les armes à la tefte de
fon Camp , & jetta la Brigade
des Gardes dans
Enghien . Il fit marcher
celles de Champagne ,
du Dauphin , & du Roy
qu'il mit à la gauche de
celle de Bourbonnois
qui eftoit campée à la
droite fur une hauteur
dans des hayes, des brouffailles
, & des Maifons
qui fe trouverent en cet
de Stein . Kerke. 85
endroit là. Pendant ce
temps , le reste de l'Armée
Ennemie marchoit
en bataille par tin pays
un peu plus decouvert
,
conduiffant
la gauche
le
long du Bois où l'attaque
s'eft faite , & fa droite
vers Arnelle. M. de Luxembourg
envoya dire à
toute l'Infanterie
de vc.
nir à la droite , & à toute
la Cavalerie
de demeu.
rer à la tête du Camp .
Elle fe mit en bataille
avec la Maiſon
du Roy ,
85 Relation du Combat
& la Gandarmerie , dans
une espece de petite plaine
qui eft derriere le petit
Bois , & les hayes où
l'action s'eft paffée ; on
voyoit peint fur le viſage
de tant de Braves le châ
grin qu'ils avoient d'eftre
en un lieu , où ils ne pouvoient
faire voir aux Ennemis
des effets de leur
courage. M. de Luxembourg
mit en prémiere
ligne la Brigade de Bourbonnois
qui fe trouvoit
naturellement dans le
de Stein Kerke. 87
S lieu où l'action s'eft paffée
, & les Brigades de
Champagne , du Roy , &
celles du Dauphin , avec
des Dragons , pied à terre
à leur droite. Il avoit tiré
de ces Brigades les Regi
mens le Royal Comtois ,
les Italiens , & Thoulouſe
qu'il mit en feconde li
gne , avec la Brigade de
Stoppa , de maniere qu'il
y avoit douze Bataillons
en prémiere ligne , &
quatorze en feconde.
Pendant que ces Brigades
88 Relation du Combat
fe poftoient , on envoya
chercher les Gardes , &
l'on mit la Brigade de
Lyonnois dans Enghien .
Comme à mesure que
l'Infanteric arrivoit , on
la mettoit en bataille
fans nul ordre de rang de
Regimens , celle de Polier
composée de huit
Bataillons eftant arrivée ,
elle fut mife en troifiéme
ligne , celle des Gardes en
quatrième , celle de Cruf
fol en cinquième , & celle
du Royal à la teſte de
tout
de Stein-Kerke. 89
rout. M. de Luxembourg
les difpofa ainfi , parce
que le terrain le demandoit
, & que l'attaque des
Ennemisfe
preparoit par
un petit front. Tout cela
eftoit à la tefte , & devant
les gardes du Roy. м. de
Luxembourg fit aufli ve
nir du Canon qu'il fit
placer dans les endroits
où ce General jugea qu'il
eftoit neceffaire . Cela s'éxecuta
fort promptement
avec des détachemens du
Regiment des Fufeliers.
H
90 Relation du Combat ༡༠
Je viens de vous apprendre
les noms des Bataillons
que Monfieur de
Luxembourg mit en cinq
lignes ; mais comme le
rang, dans lequel étoient
ces Bataillons , ne fait
pas bien connoiftre leurs
poftes , voicy ce qu'en
difent quelques Relations.
Comme Monfieur de
Luxembourg vit que la difpofition
des Ennemis fe
portoit à nous attaquer par
une banteur , au-deffius d'un
Village , nommé Stein- Kende
Stein- Kerke.
91
Ke , qui formoit noftre droite
, il ne fongea plus qu'à les
en empefcher. Pour cet effet ,
en attendant que noftre Infanterie
arrivaft du Camp
il posta dans ce lieu la Brigade
de Bourbonnois qui y
étoit campée , & à ſa droite
dans un Bois qui joint la
riviere de Stein- Ke ke les
quatre Regimens du Roy
de la Reine , du Dauphin ,
de Barbefieres La Brigade
du Roy , celle de &
Champagne furent mises à
la gauche de Bourbonnois
H 2
92
Relation du Combat
où il y
dans des vergers ,
avoit de bonnes hayes vives.
Les trois Bataillons de
Champagne s'étendoient fur
la gauche pour prendre leur
terrain , enfuite toute la
Brigade de mefme , & les
autres Brigades s'étendoient
auß de mesme en front fur
la gauche dans des vergers.
Comme ces Troupes que je
viens de marquer occupoient
le front que nous avions à
deffendre , qui eftoit fort
étroit , on fit doubler derriere
les Bataillons qui nous
de Stein- Kerke.
93
arrivoient & qui cftoient aw
nombre de quarante , fi -bien
que nous nous trouvâmesfur
cinq Lignes d'Infanterie.
noftre aîle droite de Cavale--
rie en Bataille derriere , pour
les foûtenir.
Il faut
remarquer que
Monfieur
de Luxem--
bourg ayant fait mettre
fon Armée en bataille
, avoit
difpofé fes
Troupes
de maniere
qu'il pouvoit
renforcer
fa droite , où devoit ar
river le plus grand choc ,
94 Relation de Combat
de forte que la Ligne qui
faifoit tefte aux Ennemis
, eftoit foutenuë de
quatre autres Lignes d'Infanterie
doublées derriere
elle.
La Cavalerie de la
droite qui fe mit en ba
taille derriere l'Infanterie,
eftoit tantoft fur une,
tantoft fur deux , & tantoft
fur trois lignes , felon
, que le terrain , toutà
fait difficile, le pouvoit
permettre.
Les Ennemis qui éde
Stein.Kerk . 95
toient arrivez dés fept
heures du matin , commencerent
feulement à
neuf , à faire entendre
leur Canon ; mais ils
n'eurent pas achevé
non-plus que nous , toutes
leurs difpofitions avant
deux heures , & donnerent
le temps à Monfieur
de Luxembourg de
mettre fon Armée dans
l'ordre que vous venez
de voir. Il envoya dire
à la Brigade de Lionnois
de quitter Enghien , &
96 Relation du Combat
celle de Navarre de la
venir joindre. Comme
elles eftoient fort loin ,
elles ne purent arriver
que fort tard. Il envoya
dire à huit heures du
matin à Monfieur le
Marquis de Bouflers , qui
étoit campé à Movvis , à
deux lieuës de luy , de:
marcher inceffamment
avec l'Armée qu'il commandoit
, pour venir le
joindre,
Quand il eut achevé
de tout difpofer pour le
Combat
'de SteinKerke. 97
Combat , il alla avec les
Generaux qui le fuivoient
, & les autres Perfonnes
de diftinction
que
j'ay déja nommées, & qui
fur le bruit de la marche
des Ennemis eftoient accourues
auprés de luy, au
Village de Stein- Kerke ,
d'où il croyoit voir les en.
nemis par leurs flancs , &
reconnoiftre mieux leur
fituation , & leurs mouvemens.
Il fit avancer les
Grenadiers de la Maiſon
du Roy , qu'il pofta dans
le Cimetiere de ce Villa-
I
98 Relation du Combat
ge . Sur les deux heures
aprés midy , dans le moment
qu'il achevoit de
leur donner les ordres >
il entendit fur la gauche ,
& fur la mefme hauteur ,
dont j'ay déja parlé , un
fi grand feu , qu'il ne douta
point que l'attaque ne
commençât. Il y pouſſa à
toute bride avec ceux
qui le fuivoient & trouva
qu'en effet les énnemis
qui avoient mis plufieurs
lignes d'Infanteric l'une
fur l'autre
, attaquoient
nos premiers poftes. C'é
de Stein-Kerke.
99
toient les Anglois , & les
Danois qui donnoient
avec une valeur , une furie
, & un feu épouvantable
, accompagné de
grands cris du cofté des
Anglois. Cependant on
peut dire qu'ils vinrent à
nous de fort bonne grace.
Leur feu fut grand , vif ,
& rafraifchy par des Bataillons
nouveaux , lorfque
ceux qui avoient tiré
cftoient un peu fatiguez.
Ils eftoient fuperieurs en
nombre ,
avantageuſe,
THEQUE
LO
DE
LA
LYON
1805
VILLE
I 2
100 Relation du Combat
ment poſtez , & noftre
Canon n'eftoit pas encore
arrivé. Malgré leur
grand feu, qui fut tel que
les plus vieux Officiers difent
qu'ils n'en ont jamais
veu de femblable ,
nos Troupes ne laifferent
pas de demeurer fermes.
Je vous ay déja marqué
que M. de Luxembourg
s'eftoit avancé pour donner
des ordres, & qu'ayant
oüy tirer , il avoit pouffé
encore plus loin , avec
tous les Princes , & les
1
de Stein - Kerke. FOT
Officiers qui
l'accompagnoient.
Ils effuyerent
tout leur feu , M. de Luxembourg/
ayant M. le
Duc de
Montmorency
& M. le Comte de Luze ,
fes deux fils , à fes coltez.
Ce fut là que Monfieur
le Duc de Chartres reçût
deux coups auffi favorables
que glorieux , & que
M. le Marquis de Tilladet
fut bleffé. Les Ennemis
avoient un grand
avantage, parce qu'ils s'avançoient
à la faveur da
I 2
102 Relation du Combat
Canon. Ils s'eftoient jet.
tez infenfiblement fur la
gauche pour attaquer par
le front de noftre droite,
Les Dragons de Barbefieres
qui eftoient à pied ,
y fouffrirent beaucoup.
Comme les Ennemis s'étoient
avancez à la portée
du Canon , ils en tirerent
plufieurs volées fur
la Brigade de Bourbonnois
, qui couvroit l'aîle
droite. Leur Infanterie
s'avança à la faveur de ce
Canon , & s'empara de
de Stein-Kerke. 103
quelque hayes . M. le
Marquis de Rochefort
Colonel de Bourbonnois
l'en voulant chaffer , vint
jufque làjavec la Brigade,
mais comme nous n'avions
point encore de
Canon pofté dans ce lieu
là , & que ce Marquis fe
voyoit expofé à un feu
de Moufqueterie , beaucoup
fuperieur au ſien ,
il fut contraint de fe retirer
jufques dans fon
Camp mefme, & d'abandonner
fix pieces de Ca-
1 4
104 Relation du Combat
non qui venoient d'arriver.
Il ne laiffa pas toutefois
de tenir bon jufqu'à
ce que M. de Luxembourg
cuft fait avancer
quelques Regimens. Cependant
les Ennemis
aprés avoir effuyé une décharge
de noftre Canon
à bout touchant , nous en
prirent encore fix pieces ,
au-devant defquelles ils
mirent des chevaux de
frife. Monfieur le Prince
de Conty fut un moment
feul l'épée à la main aude
Stein Kerke, 105
prés de noftre Artillerie.
M. le Duc de Vanfdome
l'y joignit auffi - toft , &
luy mena deux Bataillons
Suiffes , qui ne purent arréter
les Ennemis. Enfia
M. Polier , & deux de
fes Bataillons , firent des
chofes fi furprenantes
, &
effuyerent un fi grand feu
des Ennemis, que ces deux
Bataillons n'en firent plus
qu'un. Il eft vray qu'ayant
efté chaffez de la haye, ils
fe rallierent
à trente pas
dans la Plaine , où ils de-
I 5
106 Relation du Combat
meuroient à l'exemple de
leur Colonel , & de leurs
Officiers , tandis que les
Ennemis eftoient derriere
des hayes , & des chemins
creux . On n'a jamais vu
une intrepidité plus furprenante
que celle de M.
Polier. On ne doit pas
en eftre furpris , puifque
ceux qu'il commandoit
avoient l'exemple des
Princes qui les animoit.
Cette genereufe refiftance
donna lieu , à noftre qua
triéme Ligne d'avancer.
de Stein- Kerke.
107
Ce fut alors que M. de
Luxembourg dit qu'il ne
falloit plus tirer , & qu'il
ordonna d'aller aux Ennemis
l'épée à la main . Ce
commandement fut reçu
avec joye , & Monfieur Davejan
l'ayant fait executer
à fa Brigade ; marcha vērs
eux avec une gayeté , &
une valeur, à faire efperer
tout ce qu'ils firent . Ils
chafferent les Ennemis
& les ayant fait plier par
tout ,
ils
*
regagnerent
le
terrain , & le Canon qu'-
108 Relation du Combat
on avoit perdu , en faisant
d'eux un carnage horrible.
Monfieur le Duc ,
Monfieur le Prince de
Conty ,Monfieur de Vandofme
Monfieur le
Grand Prieur , Monfieur
le Duc de Villeroy , &
tous ceux que j'ay déja
nommez demeurerent
toujours l'épée à la main ,
à la tefte des Gardes , &
pafferent les premiers les
hayes , & les défilez à mefure
qu'on en dépoftoit
les Ennemis . On les poufde
Stein -Kerke. Tog
fa ainfi malgré le feu de
prefque toute leur Infanterie
, & il fut terrible ,
pendant tout le temps
que l'on fut aux mains .
Ces avantages remirent
toutes nos Troupes qui
avoient fait merveilles
chacune de fon cofté , &
fi quelques-unes avoient
efté obligées de quitter
leur terrain , c'étoit aprés
avoir effuyé long- temps
un feu fort fuperieur. Les
Ennemis n'ayant pû fouftenir
nos Troupes l'épée
110 Relation du Combat
à la main , fe retirerent
derrière une haye , &
abandonnerent dix pieces
de Canon . Deux
autres furent trouvées
dans la boue aprés le
Combat , & lors
Troupes curent repris le
que nos
terrain que les Ennemis
avoient gagné, elles s'emparerent
de celuy dont
ils s'eftoient rendus maîtres
dans le bois , & par
lequel ils eftoient venus
les attaquer. Aprés cela
ils cefferent de tirer. Peng
de Stein-Kerke.
TII
-
dant que ces chofes fe paffoient
, le Regiment de
Champagne, & les Brigades
du Roy , & du Dauphin
, qui estoient à la
gauche , furent attaquées
vivement , & foutinrent
´le feu des Ennemis , avec
une intrépidité furprenante.
Comme le Corps
qui les commandoit êtoit
fuperieur , cela balança
un peu ; mais M. de Bouflers
qui avoit reçu ordre
de joindre inceffamment ,
eftant arrivé à l'endroit
712 Relation du Combat
où fe paffoit ce rude choc
y fit mettre pied à terre
aux Dragons qu'il avoit
amenez , qui eſtoient le
Regiment Colonel Gene.
ral Firmacon , & Asfeld
par la gauche de l'attaque,
fit charger de l'autre
part l'épée à la main
les Dragons de la droite
par ce cofté , l'Infanterie
dans le centre
Dragons de fon Armée à
la gauche. Les Ennemis
ne fongerent plus qu'à ſe
retirer. Ils furent vive-
& les
ment
de Stein-Kerke.
113
ment pouffez par Monfieur
de Montal, & Monfieur
le Duc d'Elbeuf "
Monfieur de Mailly &
Monfieur d'Alegre.Ce fut
dans cette occafion , que
Monfieur le Prince de Tu .
renne fut mortellement
bleffé , aprés s'eftre trouvé
par tout, & avoir donné
des marques d'une valeur
extraordinaire. On
fuivoit encore les Ennemis
, lors que les Brigades
de Navarre , du Royal
, du Lionnois & de
K
114 Relation du Combat
Greder , arriverent fur la
gauche, & celle de Framboifard
, de Piémont &
de la Couronne , fur la
droite . Les Brigades de
Piémont , de Navarre &
de Lionnois marcherent
de front aux Ennemis ,
qui occupoient une hauteur
qu'ils deffendirent
fierement. Ils avancerent
mefme au-devant de ces
Troupes à la portée du
piftolet , fur le bord d'un
petit Foffé , couvert d'une
haye qui les féparoit ,
de Stein. Kerke. i15
mais comme nos Troupes
achevoient de fe mettre
en bataille , & en érat
de les attaquer , ils firent
un quart de converfion ,
& fe retirerent par leur
droite , qui cftoit couverte
d'un coin de bois .
On détacha des Grenadiers
, aufquels on fir
paffer le Foffé ,
connoistre fi ce n'eftoit
Foffé , pour repoint
une feinte , afin
d'attirer nos Troupes.
Monfieur de Luxembourg
Meffieurs les Princes , &
K 2
116 Relation du Combat
tout ce qu'il y avoit de
Seigneurs pafferent auffr.
On monta fur la hauteur
que les Ennemis occupoient
, & où ils tirerent
quelques coups de moulquet
en fe retirant en
affez bon ordre , mais
pourtant
un peu vîte . Ils
eftoient fur trois Colomnes
, & pour n'eftre point
embaraffez
ils laifferent
leurs Tentes , & leurs
Chevaux
de Frife. Monfieur
de Luxembourg
ne
jugea pas à propos de les,
de Stein- Kerke. 117
3
ni
faire fuivre par la Cavalerie
, à caufe que le païs
eftoit trop couppé , &
remply de defilez
par l'Infanterie › parce
qu'ils alloient trop vite ,
& qu'on n'auroit pû les
joindre avant que la nuit
fuft furvenue. Pendant
cette action on prit
un Courrier que le Prin
ce d'Orange envoyoit au
Gouverneur d'Ath , par
lequel il luy mandoit ,
que fur les avis qu'il avoit
eus que l'Armée de Mon ..
3
K 3
118 Relation du Combat
il
ن م
fieur de Luxembourg manquoit
de Canon , & qu'il
avoit jetté fon Infanterie
dans plufieurs Places
alloit nous attaquer
que comme il eftoit prefque
affuré de nous battre , il n'avoit
qu'à prendre fes mefu
res. L'Artillerie , & l'Infanterie
de Monfieur de
Bouflers arriverent fur la
& il fin de l'action
cftoit impoffible qu'elle
vinft pluftoft. Elle marqua
beaucoup de chagrin
de voir qu'il n'y ade
Stein - Kerke. 119
voit plus de gloire à acquerir
, on auroit infailliblement
défait toute
l'Armée Ennemie , file
jour n'eût pas dû fi- toft
finir ; mais la nuit , les
Ravins , les Bois , & les
Defilez la fauverent . M.
de Bouflers coucha fur le
Champ. de Bataille , ce
qui , avec le Canon , les
Drapeaux , & les Priforniers
, marque une pleine
Victoire.
Comme il eft malaifé
d'interrompre le fil d'une
120 Relation du Combat
Relation generlac , pour
parler des particuliers qui
fe font diftinguez dans un
Combat dont on veut
faire connoître la fuite , je
viens à l'extrait d'une Let
tre qui vous fera beaucoup
de plaifir, parce que
celuy qui l'a écrite s'eft
principalement
attaché à
ramaffer toutes les actios
particulieres des Regimens
de Dragons & des
Officiers qui les comman
doient . Il n'y a rien de
plus curieux que cet EXtrait,
de Stein-Kerke,
128
trait , ny qui doive fatisfaire
davantage les bons
François , qui ne fçauroient
aprendre fans joye
ce qu'un fi grand nombre
de Braves de la Nation ,
ont fait d'extraordinaire
.
Les Ennemis fefont
avancez en faisant
toujours marcher du Canon
devant eux jufquès.
à la portée du Piftolet
des hayes qu'occupoient
nos Dragons. Ils`ont
fait d'abord grand few
de Canon , depuis neuf
L
112 Relation du Combat
heures & demie jufqu'à
midy. On en a fait avancerfix
pieces du noftre
qui ont fort incommodé
les Anglois . Pendant
ce feu d' Artillerie,
on en a fait un tresgrand
de Fufil & de
Moufqueterie. Le Regiment
de Dragons de
la Reine qui formoit
noftre Brigade, afoutenu
le premier choc des
Ennemis, avec lesquels
il s'est mêlé plufieurs
de Stein. Kerke.
123
fois à coups d'épées , de
Bayonnettes , & de
croffes de Fufil. Il les a
fait reculer plus de cinq
cens pas. M.le Chevalier
de Murcé, Colonel
de ce Regiment , a esté
bleffé à la tefte dans ce
choc. On croit fa bleſſum
Ire mortelle. Pendant
que les Dragons de la
Reine fe fignaloient
ceux du Dauphin,com ~
- mandez
par le Comte
d'Albert , n'ont pas eu
L 2
124 Relation du Combat
moins d'affaires. Quatre
Bataillons Anglois
font venus à couvert des
bayes pour forcer leur
pofte. Le Regiment
Dauphin les alaiffé venir
à la portée du Piftoletfans
tirer un coup,
le Comte d'Albert ayanı
ordonné de ne tirer que
lors que leurs Fufils toucheroient
du bout le
ventre aux Anglois.
Peu de temps
auparavant,
M. le Maréchal
quife trouvoit par tout
de Stein . Kerke. 125
paffa devant les Dragons
du Roy, de la Reine,
du Dauphin , & de
Barbefieres , qui compofoient
la Brigade, &
leur deffendit d'abandoner
leur poftepour aller
donnerfur les Ennemis .
M.le Marquis &Alegre
luy reprefenta que ce
pofte pourroit eftre invefty
par leur grand nombre,&
quefi on n'accordoitpas
quelque chofe à
la bravoure des Trou-
L 3
326 Relation du Combat
pes, la terreur pourroit
fe répendre dans l'efprit
des Dragons de recrue .
M. le Maréchal luy
laiẞa lepouvoir defaire
comme il le jugeroit à
propos. Außi-toft tous
les Regimens ont fauté
les hayes & les foffez ,
Es font allez avec une
tellefurie contre les Ennemis
, que chaque Regiment
, qui en avoit
jufqu'à quatre & cinq
en tefte , les amis en déde
Stein- Kerke. 127
route , les chaffant de
jardin en jardin, de haye
en haye , & de foffé en
foffé. Le Regiment
Dauphin s'eft attachéa
poursuivre les quatre
Regimens a qui il avoit
àfaire dés le commencement.
Illes apouffez an
delà de dix ou douze
hayes ; mais les Gardes
du Prince d'Orange , ou
de l'Electeur de Baviere
( du moins c'estoit de
tres - belle Cavalerie
L
4
118 Relation du Combat
avec des bandoulieres
galonnées d'or & d'argent
) les ont arrestez
& ont donné temps à
Leur Infanteri: deferallier.
Le feu a recommencé
tout de nouveau
,
& fi violent , que les
plus vieux Guerrier's
avouënt n'avoir jamais
rien-veu de pareil. Le
Comte d'Albert fauta
une haye , & fe jetta au
travers d'un Bataillon
en criant, A moy, Drade
Stein- Kerke. 129
gons Dauphins , pendant
que fon Lieutenant
Colonel fit la mefme
chofe à l'autre extre
mité, où il commandoit.
Tous les
Officiers &
Dragonsfe jetterent à
corps perdu pourfuivre
leurs Commandans , &
furent meflez, tres longtemps
, les Ennemis difputant
fort bien leur
terrain , mais enfin ils
plierent , & nos gens les
LS
130 Relation du Combat
affommoient à coups de
croffes ,quand leurs épées
bayonnettes fe trouvoient
rompuës. M. le
Comte d'Albert recent
un coup d'efponton entre
Les cuiffes qui ne fit que
couper fa culote. Il receut
außi deux ou trois
coups d'épée dansfes ba
bits , & une balle de pifrolet
qui luy caffa un
étuy d'argent dansfapoche,
& luy fit une legere
contufion à la cuiße.Son
de Stein. Kerke.
131
Lieutenant Colonel y
eu le nerf qui fait le
mouvement
du talon ,
coupé d'un coup de
• Moufquet. Le fecond
Capitaine du Regiment
1 nommé Ribien , y a esté tué
fur la place , ainfi que le Vicomte
de Marfilly , auffi Capitaine.
Le Chevalier de Longue
-val , Major du Regiment
a reçu deuxcoups , l'un dans
le ventre , & l'autre qui luy
caffe le genouil. Mrs Bernard
du Revest , Capitaines ,
132 Relation du Combat
y ont efté bleffez. Le prea
mier a le bras caffe , & l'autre
la jambe percée. Il y a
eu en tout 24. Officiers de ce
Begiment tuez ou bleffez.
Les trois autres Regimens
de la Brigade ont auffi par
faitement bien fait. M. le
Comte de Mailly , leur General
, paffoit à tous momens
à la tefte de tous pour les encourager,
pour ordonner
les mouvemens qu'il falloit
faire , mais comme les hayes
nous bornoient la veuë , je
n'ay point efté temoin de toude
Stein- Kerke. 133
tes les actions particulieres ;
comme de celles du Regiment
Dauphin. Cependant
je fçay que M. d'Alegre a
eu le coude café, apres avoir
paßè la premiere haye à la
tefte des Dragons du Roy.
Plufieurs Officiers de fon
Regiment y ont auffi efté
tuez ou bleẞez , mais en
moindre nombre que dans
le Dauphin. A l'égard des
Dragons de l'aifle droite qui
font le Colonel general &
Fimarcon , ils ont également
bien fait. M. de Fi134
Relation du Combat
marcon a esté blesse à mort à
leur tefte . Entre ces deux Brigades
de Dragons , plufieurs
Regimens d'Infanterie ont
combattu avec les mefmes efforts.
Les Ennemis s'estoient
d'abord emparez a'une Cenfo
où eftoit M. de Marfin , &
aprés un affez grand feu ils
avoient chaße deux Regimens
de noftre Infanterie qui étoiet
campez aux environs de cette
Cenfe pourcouvrir la tefte du
Camp.On avoit placé derriere
eux quelques pieces de Canon
dont les Ennemisfe ren
de Stein - Kerke. 135
dirent maiftres,mais ils ne les
garderent pas longtemps ; la
Brigade de Bourbonnois les
en chaffa l'épée à la main
apres avoir effugé tout leur
feu. Celle de Champagne
donna en mefme-temps. Les
Ennemisluy difputerent longtemps
une baye & un chemin
creux ou M.de Blainville re
çguutt un coup de mousquet à
travers la cuiffe , proche des
gros vaiffeaux. Le Marquis
de Bellefons s'eftendit du côté
des bayes es des bois que les
Dragons deffendoient , &
136 Relation du Combat
fut blefé à mort auprès des
Dragons Dauphins. Les Regimens
des Gardes Françoifes
Suiffes y ont fait
merveilles , on attribuë
àces premiers la déciſion du
Combat , car ils chargerentfi
vigoureusement le fort de
l'Infanterie Ennemie , qu'elle
n'eut pas le temps de ſe rallier
, enforte que les Ennemis
ne fe battirent plus qu'en retraite.
Les Suiffes firent auſſi
fort bien . Greder , Alleman ,
s'y eft fignalé , le Regiment
du Royy afoutenu fa reputation
de Stein-Kerke. 137
tion
ordinaire , a eu 250
Capitaines tuez ou bleffez. Le
Royal Italien a chaffe avec
vigueur un gros d'Ennemis
qui vouloient envelopper les
Dragons de la droite. En un
pour
mot , il n'y a point de Troupes
qui n'y ayent fait des prodiges.
Cette affaire a este
Infanterie pour les Dragons
, ce que Leuze fut pour
la Maifon du Roy.Mile Maréchal
a eu un cheval tuéfous
luy, & un autre bleße.Monfieur
le Duc , Monfieur le
Prince de Conty , Monfieur
M
138 Relation du Combat
le Duc du Maine, Monfieur
de Vandofme, Monfieur le
Grand Prieur , eftoient par
tout dans le plus fort de la
mélée , à encourager les Dragons
au milieu du feu ; ils faifoient
avancer les Bataillons
jufques aux piques des Ennemis
, rétabliffant le Combat
dans les lieux où il paroiffoit
douteux. Enfin les Heros de
l'Antiquité n'ont jamais rien
fait au deffus de tout ce qu'on
avufaire à tous ces Princes .
Il fera bon de vous fai
de Stein-Kerke.
139
re part encore de quelques
Extraits de deux où
trois Relations , faites par
les principaux Officiers
de l'Armée , qui ne parlent
que des chofes dont
ils ont efté témoins, & qui
font connoiftre la valeur
des Troupes en general,
& des Officiers en parti
culier.
Polier , Colonel des Brigades
Suiffes , avança avec sa Bri.
gade , fit faire un tres -grand
feu , tint l'affaire en fuspens
de fon cofté, & donna le temps
M 2
140 Relation du Combat
aux Gardes Françoiſes & Suiffes
d'arriver & de mettre l'é
pée à la main; les Anglois fü
rent vivement attaquez. Ils
foutinrent pendant quelque
temps ; mais enfin , ils furent
rompus , & les Gardes Françoifes
& Suiffes les maltraiterent
étrangement ; non seulement
nous regagnames fix pieces de
Canon , mais nous priſmes encore
dix des leurs . Noftre Canon
avoit beau êclaici les rangs , les
Ennemis combattoient àcoté de
leurs Morts , & faifoient unfeu
terrible. Trois Bataillons des
Regimens du Roy firent merveille
La Brigade de Bourbon
nois a eu beaucoup d'honneur
dans cette affaire , fur tous le
de Stein. Kerke.
141
5
Marquis de Rochefort fils da
deffunt Maréchal. Les Anglois
eurent la premiere attaque . C'e
la meilleure Infanterie du Prince
d'Orange & en laquelle il fe
confioit le plus. L'action de ce
Prince est toute des plus hardies.
Il estoit venujufqu'à la Brigade
de Bourbonnois qui couvroit
noftre atle droite, & avoit admirablement
bien profité de ba
hauteur , & des groffes hayes ,
dont il s'estoit emparé. Il avoit
d'abord eu tout l'avantage,mais
enfinla valeur des noftres afuxmonté
laleur , &jamais on n'a
veu unfi grosfeu , &fiprès l'un
de l'autre. Nos Officiers Géné
raux ont tous payé de leurs perfonnes
, &fefont trouvezdans
M 3
142 Relation du Combat
Legrandfeu à la tefte de tous les
Bataillons. Polier que tout le
monde regrette , avoit une tresgrande
part au rétabliſſement
de nos affaires. Monfieur le Duc
cut un cheval tué fous luy. Ce
Prince eftoit par tout où il y
avoit des perils à effuyer & de
lagloire à acquerir. Monfieur
le Prince de Conty a eu auffi
deux chevaux tuckfous luy
dont l'un en fe cabrant luy fauva
la vie; il s'eft extrémement
diftingué. On voyoit ces deux
Princess'expofer les premiers &
mener les Bataillons à la charge.
Monfieur de Vandofme.
M. le Grand Prieur Mrs les
Ducs d'Elbeuf & de Ville. Roy,
Mrs de Tillades & du Montal,
>
de Stein Kerke . 143
tous generalement ont payé
de main & de tefte. Nous avons
perdu quelques Gardes du Roy
qui estoient en bataille , & qui
ont efté tuezpardes coups perdus.
Enfin la vigueur des no .
fres, & le bonheur des armes
du Roy l'ont emporté , & les
Ennemis fe font veus reponffe
de tous cofter.
Il eft malaifé quand on
a leu cet extrait , de ne
pas faire une reflexion
bien glorieufe aux Armes
de France , en remarquant
qu'encore que le Prince
d'Orange ait eu tous les
avantages qu'il pouvoit
1
144 Relation du Combat
defirer , il n'a pas laiffe
d'eftre batu.Il avoit celuy
du nombre des Troupes,
& des poftes . Le Combat
n'eftoit que d'Infanteric
comme il l'avoit fouhaité.
Son Canon avoit tiré
avant le noftre ; il avoit
mefme pris une partie de
celuy que nous voulions
faire fervir contre luy
& quand il engagea
le
Combat , il fembloit que
la victoire s'alloit déclarer
en fa faveur , parce
que la plufpart de nos
Troupes
de Stein-Kerke. 145
Troupes eftoient éloignées
, & que celles qui
pouvoient
d'abord luy
refifter n'estoient pas en
bataille quand il commença
à les canonner.
Cependant malgré tous
ces avantages , il a efté
obligé de fuir avec toute
fon Armée , & ce qu'il a
pû remener de Troupes ,
n'ont cfté fauvées qu'à la
faveur des bois , des ravins
, des défilez , & de la
nuit. Cela fait voir que
i toute noftre Infanterie
N
146 Relation du Combar
1
avoit combattu , que celle
de M. de Bouflers & fon
Artillerie fuffent venuës
plutoft , & que le combat
fe fuft donné en pleine
Campagne , il eft vrayfemblable
d'affurer que
l'Armée des Alliez auroit
efté entiérement défaite.
Le Regiment de Cham
pagne s'eft trop diftingué
!
pour nevous pas envoyer
l'extrait d'une autre relation
où fe trouve ce qui
fuit.
de Stein- Kerke. 147
Ils vinrent donc à noftre Regiment
avec tant d'ardeur que
je n'en ay jamais veu une pareille
, mais nous avions pofté
nos détachemens fi à propos de
haye en haye, quefe foustenant
tous les uns les autres , ils n'en
purent jamais enfoncer aucun.
Ce feu de moufquets dura plus
d'une heure & demie , & je
vons affeure que je les voyois
tous les unsfur les autres bleffek
oumorts de noftre feu , & com.
me je me trouvois à la tefte &
premier Capitaine an premier
bataillon , jejugeay que cesgens
là commençoient à fe laffer de
noftrefeu , les voyant fe plonger
au lieu de conferver la meſme
N 2
148 Relation du Combat
fierté qu'au commencement ; ce
qui m'obligea à fauter la haye
où nous eftions , & à dire à nos
Soldats qu'il eftoit temps de don
ner l'épée à la main. Je fus
fuivy de nos trois bataillons , &
enfuite toutenostre Infanteriefis
la mefme mancuvre : ce qui
étonna fi fort les Ennemis qu'ils
nefongerent plus qu'à fe battre
enretraite de verger en verger,
Nous les pouffâmes avec tant
de vigueur , queje ne puis vous
dire le nombre des morts ; mais
dans la mêlée je trouvay un
gros d'Infanterie Angloiſe dont
nous tuafmes jufques au dernier.
I'yreceus d'un Officier bien
fait un coup du travers de fon
épée, qui mefit tombermon cha
de Stein- Kerke. 149
peau & ma perruque fans me
bleffer. Cet Officier m'appuya
enfuite fon épée fur le cofté ,
elle meperça la peau , la pointe
qui s'arrefta fur l'os de la ban.
che , ayant plié jusques à la
garde , je le tuay à coups d'épée
Enfin nous avons efté les vainqueurs
à la veuë du Prince d'o
range qui eftoit au centre &
M. de Baviere à l'attaque de
nostre droite.
Je ferois tort à la valeur
de nos Braves , fi je
ne vous faifois pas encore
part de cet Extrait , qui
marque admirablement
l'intrépidité de la Nation.
N 3
150 Relation du Combat
, ont
Il faut obferver que noftre
Infanterie qui compofoit trente
Bataillons qui eftoient oppofez
à foixante des Ennemis
foutenu tous leurs efforts pendant
buit heures avec un feu épou-.
vantable , & perpetuel, mais ce
qu'ity eut de furprenant & de
plus terrible , c'est que lesEnnemis
fe voyant beaucoup fuperieurs
à nous , animez par
leurs Officiers Generaux , &
par la bonte d'avoir laiße
prendre leur Canon revinrent
à la charge avec une fureur
extraordinaire , & particulierement
les Anglois , & les
Danois , par plufieurs reprises
jufqu'à fe creifer les Monf
>
'de Stein- Kerke. 151
quets les uns aux autres , & ſe
faire des décharges à bout portantfans
s'ébranler durant plus
d'une demi- heure. Cependant
les noftres foutinrent avec une
fermeté, &une valeur au delà de
l'imagination ; ilfaut en avoir
efté témoin pour le croire , la
chofe n'eftant point naturelle .
C'est ce qui a fait avouër aux
Ennemis qu'il n'y a rien fur la
terre qui foit femblable aux
François , puis qu'encore qu'ils
fuffent deux contre un , les François
fe font battus plus d'une
demy- heure à bouts touchant
fans s'ébranler. C'est ce qu'on
n'avoit point encore vû , mais
comme nos gens virent lagrande
refiftance des Ennemis & leur
N 4
152 Relation du Combat
&
●piniaſtreté , leurfex eſtant ſu
perieur au noftre, M. de Luxem
bourg ordonna qu'on les char.
geaft l'épée àla main. C'eſt icy
qu'il faut admirer . Toute la
droite paffa une haye devant
eux tenant l'épée nuë , & les
shargea fi vigoureuſement ,
avec tant de valeur , qu'ils ne
purent foutenir. Enfin on les
enfonça , & on enfit un carnage
épouvantable , furtout des Anglois
, & des Danois , de forte
que l'on reprit tout noftre Canon
en prenant auſfile leur. Enfuite
de cette action qui eftoit à la
droite , noftre gauche chargea
les Ennemis , & la brigade du
Regiment du Roy fit des chofes
furprenantes. On les pouffa en
de Stein- Kerke. 153
Lions , & aprés une refiftance
des plus grandes , & unfeu tera
rible , ilsfurent contraints defe
retirer vers un defilé prés d'un
bois , où ils avoient des ChevaUK
defrife. Cefut là qu'ils reprirent
vigueur derriere une haye, anime
par leurs Officiers , & fou
tenus par toute leur Armée , qui
eftoit derriere eux enbatailleſur
quatre lignes. Ils firent un feu
Continuel & des plus grands
qu'on ait veu. Les gens du me
tier auront peine à s'imaginer
comment on a pû batre cesTroupes-
là,puifque leur Armée.com
me je viens de le dire , eftoit en
bataille derriere euxfur quaire
lignes qui fouftenoient ceux qui
combattoient. Il est vray que
N S
154 Relation du Combat
sela n'eft pas aisé à croire , à
de l'avoir veu , &. moins
que
qu'il eft encore plus difficile de
pouvoir décrire des chofes qui
tiennent entierement du pro..
dige. Cependant le tout s'eft
paßé comme je le dis . Les Regimens
des Gardes Françoifes.
& Suiffes ont fait des miracles
, & tout ce que l'on peut
attendre des hommes. Celuy du
Roy & de Champagne de mefa
me. Ceux du Dauphin, de Bourbonnois
, des Vaiffeaux &
d'Orleans , font allez à l'envy
pour la gloire , & ont fait
des chofes qui paroiffent incroyables
. On ne peut montrer
plus de valeur & de fermeté
qu'ont fait les Dragons. Enfin
de Stein- Kerke.
Iss
toutes les Troupes ont combatta
avec une ardeur fi étonnante ,
qu'on ne fauroit dire qui a montré
le plus de valeur dans cette
action , tant il s'y estfait de
chofes au delà de l'imagination
pour la bravoure . Tout ce
qu'on lit dans l'Histoire n'a
rien qui en approche . Encore
une fois on n'a point vu de.
Combat fi opiniâtré , ny de
Tronpes venir fi fouvent à la
charge , fe battre à bout tonchant
, jufques à croifer leurs
moufquets , & fe foûtenir de
cette maniere plus d'une demybeure
fans branler. C'est ce qui
paroift eftre plutoft une fiction
de Romans , qu'une Relation
veritable. Il faut avoir raf,
156 Relation du Combat
femblé toute la fermeté des
Cefars pour tant de merveilles
, fur tout estant plus foibles
de la moitié , & il n'y a
au monde que les François ca.
pables de cette intrepidité ; de
forte qu'en parlant des chofes
Surprenantes qui ont esté faites
dans ce Combat on ne
Sçauroit dire tout ce qui s'y
eft paßé de furprenant , puifque
tout l'a este depuis le commencement
jufques à la fin .
Les Ennemis s'eftoient flatez
queleur Infanterie valoit mieux
que la Françoife , mais prefentement
ils font bien defabuse .
Nos Prifonniers l'avoüent de
bonne foy , & ils disent que
fans cette prévention‚ils n'au➡
de Stein-Kerke.
157
1
roient eu garde de nous attaquer
, s'estant mefme imaginé
qu'ils nous furprendroient dans
noftre Camp.
Quoy que la Cavalerie
n'ait point eu de part à ce
Combat , quelques Elcadrons
des Gardes du Roy
à la tefte defquels eftoit
M. le Duc de Choifeul ,
n'ont pas laiffé de fouffrir
beaucoup du Canon , &
du moufquet , én s’avançant
fur les bords des
hayes , mais ils n'ont jamais
pû charger à caufe
158 Relation du Combat
de la difficulté du terrain.
Je ne dois pas oublier
icy une action affez éclatante.
Les Ennemis ayant
plié une premiere fois , &
s'étant retirez mal en ordre,
revinrent à la charge
avec deux gros Bataillons.
M. de Montmral ,
Major du Regiment Dauphin
, eftoit à la tefte des
Grenadiers de ce Regiment.
Les ennemis l'ayant
apperçeu
, ne douterent
point que ce ne fût encore
de Stein Kerke.
159
des leurs , & dans cette
penſée , ils luy firent figne
de revenir. M. de
Montmiral qui les recons
nut , ne laiffa pas d'avan
cer , & les falua à bout
touchant , d'une décharge
fi vigoureufe , que les
deux Bataillons Ennemis
plierent . Ils eurent beaucoup
d'Officiers tuez de
cette décharge , & M. de
Montmiral revint en bon
ordre.
On a pris dix pieces de
Canon , montées fur leurs
160 Relation du Combat
affurs , dont il y en avoit
quatre de fix livres de balle
, & fix de trois livres.
Elles font fort peſantes.
Il y en avoit deux aux armes
d'Angleterre , deux à
-celles du Prince d'Orange
, deux aux armes des
Alliez , & quatre à celles
de Hollande.
Outre celles là , on en
a trouvé deux autres qui
eftoient embourbées. On
n'a pris que huit Drapeaux.
Je vous ay deja
marqué les raifons , aufquelles
de Stein- Kerke. 161
quelles j'ajoûteray, que fi
l'on n'en a pas pris davantage
, cela vient de ce que
les bleffez des Ennemis ,
dont le nombre eft fi
grand qu'on ne peut le
fçavoir fitoft au jufte, en
avoient dechiré beaucoup
pour étancher
leur
fang, & de ce que nos Sol.
dats dans la chaleur de la
joye du Combat qu'ils venoient
de gagner , s'étoient
divertis à les déchirer
auffi pour s'en faire des
cravates ; outre qu'il s'em
162 Relation du Combat
eft trouvé fous des mon
tagnes de morts , que le
fang avoit tellement gatez
, qu'ils n'estoient pas
reconnoiffables. Ce que
je vous dis touchant les
Morts n'eft point une exageration
. On en a trouvé
quarante l'un fur l'autre ,
proche du corps du General
Douglas , & quatre-
vingt auprés d'un
Colonel à cent de là ;
pas
& les chemins & les foffez
en eftoient tellement
comblez, qu'ils fermoient
de Stein Kerke.
163
le paffage en plufieurs endroits.
Ainfi il eft d'autant
plus malaiſé d'en
fçavoir le nombre que les
Ennemis prendront foin
de le cacher autant qu'ils
le pourront faire. A quoy
qu'on ait pû d'abord le
faire monter, il faut qu'on
fe foit trompé , parce que
l'on ne comptoit que fur
ce qu'il y en pouvoit
avoir fur le Champ de
Bataille , mais on ne fçavoit
pas encore que tous
les chemins , les Foffez &
164 Relation du Combat
les Bois des environs en
eftoient remplis , de forte
que pendanttoute une femaine
il n'y a point eu de
jours que l'on n'ait veu
augmenter
ce nombre.
Voicy ce que mande làdeffus
un Officier General
, diftingué par fa valeur
& par fa haute naiffance
, & qui n'épargne
aucuns foins pour bien
fçavoir tout ce qui fe
paffe.
Tous les jours on découvre
que les Ennemiis ont plus
de Stein- Kerke. 165
perdu qu'on ne croyoit. Fay
un Lifte qui vient de
Bruxelles › par laquelle il
paroift qu'ily a eu beaucoup
d'Officiersprincipaux des Anglois
hors de combat. Le Regi
ment des Gardes Danois qui
étoit de deux Bataillons, s'eſt
retiré avecſeize bommes. Les
Anglois ou Ecoffois ont perdu,
de leur aveu, juſqu'àſix mille
bommes de leurfeulle Nation,
les autres àproportion. Jugez
par là où leur perte peut,
monter. On dit à Bruxelles
qu'il leur en peut couter buit
O 3
166 Relation du Combat
mille, &puis qu'ils en avoüent
tant , on a lieu de croire qu'il
9 en a encoreplus. Je vous ay
deja mandé dix mille , &
croy que je n'aypoint dit af-
Sez. Ils font d'affez bonne foy
dans leur Armée ; car ils demeurent
d'accord qu'ils ont
efté bien battus. il fe paffa le
5. au matin une petite affaire
de Cavalerie › qui ne laiſſe
pas, quoy que peu confiderable,
de marquer lafuperiorité
de nostre Armée fur la leur
M. le Maréchal avoit ordonné
à M. Rofe de s'aller prade
Stein Kerke. 167
mener vers Haute Croix,pour
reconnoiftre les chemins. 11
prit avec luy cinq cens Chevaux.
Enfortant d'un défilé
pour entrer dans une petite
plaine , il vit trois troupes
des Ennemis quifortoient d'un
autre défilé , vis à vis de buy
pour entrer dans la mémeplaine.
Il dit à M. le Chevalier
de Pompone de les charger.
M. de Cheladet s'y trouva
auffs. Ces trois troupes étoient
Avant-garde de deux mille
Chevaux que menoit M.de
Sgravemour,Lieutenant Ge
168 Relation du Combat
neral , pour couvrir leurfouque
les Ennerage.
Si- tost
mis virent
venir
nos gens
à
eux hors de la portée de la
Carabine, ils commencerent à
plier.M.le Chevalier de Pompone,
& M. de Chelader voyant
cela , firent débander
deux troupes de Carabiniers
entrerent dans un chemin
creux aprés eux. Depuis ce
moment nos gens ne fe font
point arrefter jufques à la
veuëde leur Camp. Deux
mille Chervaux ont fait volte
face auxpremiers coups ,
s'en
de Stein-Kerke. 169
s'en font allezfi vifte que nos
gens n'en ont pu joindre un
feul. Des trois troupes qu'on a
jointes , on en a tué cinquante
fur la place , & pris trente.
Tous les Prifonniers qu'on a
faits font du Regiment de
Buvigny , qui gagna la der.
niere Bataille en Irlande.Nous
n'avons eu qu'un Carabinier
de blessé . On a feeu depuis par
des gens venus de leur Ar
mée , que cela mit l'alarme
dans leur camp. Ils voulurent
faire prendre les armes à trois
Bataillons Anglois , qui di-
Р
170 Relation du Combat
rent pour toute réponse qu'ils
u'en feroient rien.
› Comme le nombre des
Prifonniers eft plus facile
à fçavoir que celuy des
morts, je puis vous dire
avec plus de certitude qu'-
on en a fait environ quatorze
cens. C'eſt par eux
qu'on a apris que le Prin
ce d'Orange avoit fait di
re à toutes fes Troupes ,
que noftre Armée eftoit extrémement
fatiguée ; qu'il y
avoit quantité de malades ;
que noftre Infanterie ne va
de Stein.Kerke. 171
lait rien , que ce Prince avoit
fait répandre un bruis
general qu'elle estoit affoiblie
de plus de cinquante mille
hommes;&que nous fondions
toute noftre efperance ſur notre
Cavalerie & fur la
Maifon du Roy.Aprés avoir
fait courir ces bruits , il
tâcha d'infinuer qu'il n'y
avoit rien de fi aisé que de
nous batre dans l'endroit où
nous eftions , qu'il n'y avoit
qu'à nous attaquer avec vigueur,
dans le temps que nôtre.
Artillerie n'auroit pas joint ,
P 2
172
Relation du Combat
pour nous tailler en pieces
avant qu'elle fuft arrivée.
Voila les difcours dont
on s'eft fervi , au rapport
des Prifonniers, pour infpirer
plus de hardieffe &
plus de fermeté à leurs
Troupes. Les Ennemis
fondoient encore l'efperance
du gain d'une Bataille
, fur ce que le Prince
d'Orange avoit reçû
un renfort confiderable
des Troupes de Hannover
& de celles qu'il
avoit fait venir d'Angle-
>
terre.
de Stein- Kerke.
173
On reconnut aprés le
Combat un Colonel des
Troupes de Hannover ,
véru en laquais , avec un
Capitaine de fon Regi
ment , qui feignoit de
chercher le corps de fon
Frere parmi les morts , &
qui fous ce pretexte examinoit
nos Poftes. On
l'arrefta , & il eft exactement
gardé.
On a pris quantité de
Chariots remplis de munitions
que les Ennemis
n'avoient pas eu le temps
P 3
174 Relation du Combat
de brûler. Ils avoient mis
le feu à quelques- uns , &
renverfé la poudre de
quelques autres , mais cela
n'a pas empêché qu'on
ne fe foit encore faifi d'un
grand nombre.
Le Combatn'a pas feulement
été donné à Stein-
Kerke , mais il a finy fur
la hauteur de Stein-Kerke
où les Ennemis ont efte
pouffez. Ainfi rien ne luy
convient mieux que le
nom de Stein- Kerke .
Dés qu'on fut rentré
de Stein-Kerke. 175
dans le Camp , on fit des
détachemens pour aller
enterrer les Morts , & M.
de Bouflers alla voir tous
les Officiers aux Gardes
qui ont efté bleffez dans
le Combat , & leur fit
compliment fur la gloire
que leur valeur à acquis
au Corps , quant aux Soldars
il leur envoya deux
cens Louis pour les felicirer.
Vous fçavez que ce
Corps n'eftoit pas entier
au Combat , & qu'il y en
a dix Compagnies auprés
P
4
176 Relation du Combat
du Roy. M. d'Albergotti
, neveu de M. Magalotti
, Gouverneur de Valenciennes
, qui aprés s'étre
diftingué & fatigué
dans un Combat d'une
journée , ne laiffa pas d'en
apporter en un jour la
nouvelle à S. M. en a reçu
une récompenfe digne
de la grandeur de ce Mo
narque.
Il s'eft fait des actions
fi extraordinaires dans ce
Combat , & fi dignes d'être
remarquées , que je
de Stein-Kerke. 177
croy devoir parler icy de
quelques- unes , qu'on n'a
pû étendre dans les Rela
tions , parce qu'elles en
auroient interrompu la
fuite.
Monfieur le Duc de
Chartres voyant de loin,
que le Combat s'engageoit
, dit à M. de la Berthiere,
fon fous Gouverneur,
que comme on n'auroit
pas fi-toft befoin du
Corps de referve qu'il
commandoit , il vouloit
aller à l'endroit où les
PS
578 Relation du Combat
atta- Ennemis nous
quoient , & qu'il feroit
bien toft revenu au Corps
de referve, s'il arrivoit que
fa prefence y fut neceffaire
. Ils y coururent , &
fe mirent fi avant dans le
peril, malgré les bales qui.
fiffloient de toutes parts ,
qu'un coup de Canon
ayant emporté un Cava,
lier , & la tefte de fon che
val , les fit tomber l'un &
l'autre fur M. de la Berthiere
qui fut renversé ,
Deux foldats le releverent
de Stein- Kerke. 179
& luy aiderent à remon
ter à cheval. Pendant ce
grand feu , une bale perça
le jufte au corps de мonfieur
de Chartres à l'épaule
, & fortit par l'autre
cofté ,fans l'avoir bleffé ,
mais un peu aprés il reçut
un coup au bras , qui luy
fit dire fans trop s'eftonner
, qu'il l'avoit caffé.
On l'obligea dele remuer
ce qui fit connoiftre que
ce n'eftoit qu'une groffe
contufion . Elle fut telle ,
que comme on le con
180 Relation du Combat
traignit de venir derriere
une haye pour eftre panfé,
il fallut donner , en cet
endroit qui s'eftoit enflé
extraordinairement
, quatre
ou cinq coups de rafoir
, pour faire fortir le
fang , aprés quoy ce jeune
Prince retourna s'expofer
tout de nouveau. S'il a
reux n'eft
beaucoup de valeur , fa
bonté pour les malheupas
moins grande
, & lors qu'on cut finy
le Combat , il fit une
action digne d'un éterde
Stein-Kerke. 181
nel fouvenir & qui doit
fervir d'exemple aux
Princes . Il n'y a point
de Troupes qui manquét
moins de toutes chofes
que celles de France , & ſur
tout de fecours, quand il
y a des Bleffez. L'on envoye
des chariots pour les
querir , & on les panfe
avant que de les enlever.
C'est ce qu'on ne manqua
pas de faire en cette derniere
occafion , mais le
nombre des Bleffez s'étant
trouvégrand, il en demeu.
182 Relation du Combat
ra environ vingt ou trente
pour lesquels il ne fe
trouva point de Chariots.
On ne laiffa pas de les
panfer & on leur promit
que l'on reviendroit les
prendre. Plufieurs bleſſez
des Ennemis que l'on cro
yoit morts, ayant entendu
la promeffe qu'on leur
avoit faite , & remarqué
une bonté naturelle dans
la maniere des François
qui leur faiſoit eſperer des
marques de leur charité,
ils fe trainerent le mieux
de Stein-Kerke. 183
b
qu'il leur fut poffible ,
juſques auprés des bleſſez
qu'on devoit venir querir
, de forte que l'on en
trouva deux ou trois cens
plus qu'on n'avoit crû ,
lors qu'on revint . Monfieur
le Duc de Chartres
l'apprit auffi toft , & dit,
qu'il falloit les enlever. On
luy répondit, que c'étoient
des Ennemis , & ce jeune
Prince repartit , qu'il ne
connoiffoit point d'Ennemis ,
à moins qu'ils n'euffent l'épée
à la main s'il traite ainfi
184 Relation du Combat
les Ennemis , on peut juger
de quelle maniere il
en a ufé avec les François.
Il a fait chercher par tout
les Officiers qui avoient
efté bleffez , pour connoistre
ceux qui avoient
befoin d'argent , afin de
leur en faire donner .
Il n'y avoit pas à douter
que Monfieur le Duc,
qui pendant tout le Siege
de Namur , s'eftoit expofé
à tous les perils les
plus évidens , n'agit dans
cette action avec la mef
me
de Stein-Kerke.
185
me valeur , la mefme intrepidité,
& la mefme con.
duite. Comme il eftoit de
jour, c'eft luy qui a poſté
toutes les Troupes ; c'étoit
une fatigue affez
grande pour devoir eftre,
las avant que le Combat
commençât. Cependant
quoy qu'il ait efté un des
plus vifs & des plus longs
qui fe foient donnez depuis
un fort grand nombre
d'années , ce Prince
ne laiffa
pas
tion jufqu'à ce que les End'eatre
en ac186
Relation du Combat
nemis cuffent plié, tant if
eft vray que l'orfqu'il s'agit
de la gloire , tous les
Princes du fang dont il
fort font infatigables
Ils font les fonctions de
Soldat & de Capitaine
d'une maniere fiaifée, qu
il eft facile de connoiſtre
qu'elle leur eft naturelle ,
Monfieur le Duc s'eft expofé
dans tous les endroits
où il y avoit le plus
de peril , fans fe ménager
non plus qu'un fimple
Soldat , & lorfqu'il a vû
des Bataillons affoiblis ,
de Stein-Kerke.
187
illes a fortifiez par d'autres
qu'il leur a menez , &
les a enfuite fait retour .
ner au combat.
Monfieur le Prince de
Conty a montré qu'il
eftoit du mefme fang , &
à voir agir ces deux Princes
, fans les connoiftre,
on l'auroit facilement deviné.
Il feroit impoffible
de montrer plus d'ardeur
pour faire combatre des
Troupes , qu'a fait Mon
fieur le Prince de Contys
Il eftoit par tout à les ant
Q2.
188 Relation du Combat
mer, & voyant un Bataillon
Suiffe qui accablé par
le nombre
, avoit peine à
s'empefcher
de plier , ce
Prince prit un Drapeau de
ce Bataillon , & le tenant
d'une main & fon épée
de l'autre , il leur dit d'un
air engageant , & les yeux
étincelans
d'une genereufe
ardeur , en fe mettant à
leur tefte , Meffieurs
, je
ous croy trop braves pour.
m'abandonner
dans une pareille
occafion , 5 fi vous
m'abandonnez
je fuis refolu
de Stein- Kerke. 189
de demeurer feul. Ces paroles
firent tout l'effet que
l'on pouvoit attendre , &
furent fatales aux Ennemis.
Ce Prince plu- toſt
que de jamais faire un
pas en arriere , demeura
pendant quelque temps
feul entre deux feux , auprés
de noftre Artillerie
abandonnée , où Monfieur
de Vandôme le joignit
, & luy amena deux
Bataillons Suiffes . Il y a
des Relations qui affurent
qu'un boulet de Canon
Q 3
190 Relation du Combat
luy toucha fon chapeau,
& celuy de M. de Saint
Hilaire,& qu'un des che-
Vaux qui ont eſté tuez
fous luy s'eftant cabré ,
luy fauva la vie . Enfin
l'Armée dit toute d'une
voix aprés ce Combat ,
qu'il fembloit que l'ame
du grand Condé animaſt
ces deux jeunes Princes.
J'aurois beaucoup de
chofes à vous dire de
Monfieur le Duc de Vandofme
, mais fans que je
m'étende beaucoup fur ce
de Stein-Kerke. 191
la
qui le regarde, il y a long
temps que vous devez
être perfuadée de fa valeur
qui ne s'eftjamais démentie.
Il eft fage Capitaine
& grand Soldat. Il examine
tout ce qui concerne
guerre avec une judicicufe
attention , il veut
eftre informé de tout, n'épargne
rien pour cela , &
fe donne tout entier àfervir
le Roy , autant par inclination
que par devoir.
Quelques Bataillons hefitant
à forcer des hayes
192 Relation du Combas
qui estoient heriffées de
Moufquets , & proche
defquelles il y avoit du
Canon , il en approcha
feul pour le faire fuivre ,
en montrant aux Soldats
que c'eftoit là qu'il falloit
aller.
Comme l'union qu'il
y a entre ce Prince &
Monfieur le Chevalier de
Vandofme
, fon Frere ,
Grand Prieur de France ,
fait paroistre qu'ils n'ont
qu'une mefme volonté ,
il femble auffi qu'ils ayent
lá
de Stein- Kerke. 193
la mefme valeur & la
mefme intelligence dans
le métier de la guerre.
Tant qu'a duré le Combat
ils le font non - feule-:
ment expofez par tout ,
mais les ordres qu'ils ont
donnez n'ont pas efté
moins utiles que judi-
T
cieux.
VM. le Prince de Turen
ne avoit commence à fe
diftinguer d'une maniere
qui faifoit voir qu'il iroit
loin , & qu'il pourroit un
jour fe rendre digne du
R
194 Relation du Combat
grand nom qu'il avoit l'aª
vantage de porter. Il fut
bleffé fur la fin du Combat,
aprés s'y être extremement
diftingué. S'il avoit
paru Brave en combattant
, il parut Heros dés
qu'il fut bleffé ; il tira la
bale de fa playe avec le
plus grand fang froid du
monde , en difant , qu'il
fentoit bien que fa bleffures
eftoit mortelle, mais que puis
qu'il devoit mourir , il valoit
autant mourir en combattant.
On ne put retenir fon.
de Stein-Kerke. 199
courage , &eilen donna
encore long-temps des
marques
. Il fut enfuite
porté dans la chambre de
M. de Luxembourg
, où
Monfieur le Duc de Chartres
l'envoya vifiter auffitoft.
Il repondit à celuy
qui eftoit venu de la part
de ce prince , qu'il luy étoie
bien oblige , mais qu'il ne
penfoit plus qu'à mourir, M.
l'Abbé de Riqueti l'aflifta
dans ces derniers mo
mens.
Je ne puis oublier icy
R 2
196 Relation du Combat
M. le Comte de Montab
qui voyant que le Canon
incommodoit
fort nos
Troupes , dit à ceux qui
fe trouverent
le plus prés
de luy , où eft l'honneur de
la France , où font les
gens de bonne volonté pour
aller prendre ce Canon ? Dés
qu'il cut parlé , chacun le
fuivit & courut aux Ennemis.
Le Combat fut
fort opiniâtré, & leur Canon
pris & confervé.
Je devrois parler icy de
м, le Duc d'Elbeuf & de
de Stein •
Kerke. 197
Mrs les Ducs de Villeroy
& de Choifeuls, ainfi que
de tous les Officiers Generaux
qui ont fait en
cette occafion tout ce que
l'on peut attendre des
plus grands courages , &
des plus experimentez
Capitaines. Cependant je
n'ay pas le temps d'entrer
dans le détail ; mais comme
M. de Luxembourg
ne les a pas oubliez dans
fa Lettre au Roy , & qu'il
eft le feul dont il n'a point
parlé , je dois luy rendre
"
R
3
198 Relation du Combat
juſtice,& commencer fon
Eloge par celuy de ſa modeftic
, qu'on ne fçauroit
trop admirer en cette rencontre.
Jamais on n'a vu
de preſence d'efprit pareille
à celle de ce General
, ny d'activité ſemblable.
Il s'eft trouvé dans
tous les endroits les plus
perilleux , s'eftant fou
vent porté de la droite à
la gauche de l'Infanterie ,
paffant , & repallant ſans
ceffe au travers du plus
grand feu , & donnant
de Stein- Kerke. 199
continuellement des ordres
fans s'embaraffer. Ses
Ecuyers & fes Gentilshommes
tuez , & bleffez
autour de fa perfonne , &
les chevaux tuez , & blefe
fez fous luy , font : mieux
voir que tout ce qu'on
pourroit dire , que cant
que la journée a duré , ce
General a non feulement
roûjours efté en mouve
ment mais qu'il a efté
expofé à tous les perils, de
la droite & de la gauche,
& de tour le Canon des
R
4
200 Relation du Combat
Ennemis . M. le Duc de
Monmorency ne le quit
ta point durant l'action ,
& eut un cheval tué fous
luy. M. le Comte de Luz
fit la mefme chofe avec la
mefme intrepidité , &
M. le Chevalier de Luz
xembourg, leur frere, qui
eft Aide de Camp de M.
le Marefchal , tout enfant
qu'il eft , fit paroiftre la
fermeté des plus vieux
Guerriers. Quoy que la
Cavalerie n'ait point
combattu , elle n'a pas
de Stein Kerke. 201 ΣΟΥ
laiffe de fouffrir beaucoup
, & d'avoir befoin
d'une grande fermeté. Elde
eftoit dans un lieu pro
pre à ramaffer
tous les
coups perdus qui luy font
venus enfort grand nom
bre & dont elle a beaucoup
fouffert , & fur tout
du Canon.
Puifque l'Infanterie a
remporté prefque toute la
gloire du Combat , elle
merite bien que l'on parle
d'elle. Jamais on n'a vû
combattre avec tant de
R
S
102 Relation du Combat
fermeté à nombre inégal
, ny des Bataillons
preſque réduits à la moitié
, revenir à la charge ,
& remporter une victoire
complette. Ceux qui ont
fait tant de genereux cfforts
font marquez dans
cette Relation. Perfonne
n'a écrit de ce Combat
fans dire que la décifion
en eft due au Regiment
des Gardes , de forte que
M. le Chevalier Bauyn ,
Capitaine aux Gardes , &
qui commandoit le prede
Stein . Kerke. 203
mier Bataillon , ayant
donné le premier l'épée à
la main fur un Bataillon
Anglois qu'il avoit en
tefte , & qui s'eftoit retranché
avec des chevaux
de frife , & l'ayant forcé
à la vue de Meffieurs les
Princes & les Generaux ,
qui l'en feliciterent un
moment aprés , contribua
beaucoup par cette action
vigoureufe , au glorieux
fuccez de cette grande &
memorable journée. Je
devrois vous parler de M
204 Relation du Combat
Devizé, Enfeigne dans la
mefme Compagnie
, &
qui fut bleffé au Siege de
Mons , mais le nom qu'il
porteme mpêche de vous
en rien dire. Je vous envoye
les noms de quelques
Officiers morts &
bleffez , en attendant la
lifte generale
.
LISTE
Des Morts des Bleffez
Monfieur le Duc de
Chartres. Son jufte au
de Stein- Kerke.
205
corps percé d'abord d'un
coup de moufquet d'une
epaule à l'autre, & enfuite
une groffe contufion au
bras.
M.le Prince de Turenne,
un coup au deffus de la
hanche prenant au bas
ventre,mort le lendemain
M. le Comte d'Albert
Commandant les Dragons
Dauphins bleffé le
gerement.
M.le Marquis de Bellefond
, Colonel de Dragons
, bleffé à la tefte ,
206 Relation du Combat
mort une heure aprés .
M. le Comte de Saint
Florentin , Frere de M. le
Marquis de Chasteauneuf
Secretaire d'Eftat , la jambe
caffée , mort de fa blef
fure.
M. de Blainville , Colonel
du Regiment de Chapagne,
Fils de feu M.Colbert
Miniftre & Secretai-..
re d'Eftat , bleffé dangereufement
à la cuiffe.
M.le Marquis d'Alegre
le bras caffé.
M.le Chevalier de мur-
!
de Stein. Kerke. A 207
cé Colonel de la Reine ,
bleffé à mort.
M. le Marquis de Puyfegu
, Maréchal des Logis de
l'Armée , bleffé à mort.
M. le Marquis de Tian
ge , une groffe contufion.
M.le Marquis de Vins,
Fils de M. de Vins , Capi- ,
•
taine Lieutenant
Moufquetaires Noirs
bleffé à mort.
des
M. le Chevalier "de
Saint Chamant bleffé,
208 Relationdu Combus
Officiers du Regiment des
Gardes.
M. de Beauregard, Capitaine
des Grenadiers des
Gardes , tué.
M.de Maupeou , la cuiffe
percée.
M. de Mennevillette,une
groffe contufion à la cuiffe,
M. Baüyn de la Briniere ,
tué d'un coup de fauconneau.
M. de Miſtral , le bras
percé .
M. de Saint Paul , bleffe
à la tefte .
M. de Pontac ,une groffe
contufion à la tefte .
M.
de Stein-Kerke. 209
M. de Marfais
M. de Cliffon
M. le Chevalier legeres
du Jardin Aide
Major.
M. de S. Gilles
contufions
M. de Villars , Lieutenant
des Grenadiers , tué .
M. le Chevalier d'Artagnan
, Sous- Lieutenant , le
bras percé.
M. Houel une groffe contufion
à la mamelle .
M. de Torfi, l'épaule caffée
.
M. de Mergeret , Sous-
Lieutenant , un coup de
moufquet au deffous du genou.
M. du Mefnil , bleffé au
conde .
S
210 Relation du Combat
M. de Limur , la cuiffe
caffée d'un coup de Fauconneau
,
+
Sept Sergens bleffez.
Cent quatre-vingt -onze
Soldats tuez ou bleffez.
Officiers de l'Artillerie.
M. de Vigny Lieutenant
General d'Artillerie , bleffé
d'un coup de moufquet
au bras gauche , depuis
le poignet jufques au coude.
M. deGargas, Major des
Bombardiers , le bras droit
caffé .
M. de Chevrigny , Com
miffaire Provincial , tué.
de Stein- Kerke. 213
M.le Chevalier de Hauteville
, auffi Commiffaire ,
bleffe .
M. de Vaux de Beaumont ,
Commiffaire , tué .
M. le Cointre , une contufion.
M. le Breton d'Euvrik ,
une contufion à la cheville
du pied.
Autres Officiers,
M. Polier , Colonel Suiffe
, tué.
M. de Zurlaube , Colo
nel , bleffé legerement.
M. de Zurlaube fon Frere
Capitaine , bleffé dangereufement.
S 2
212 Relation du Combat
Trois Capitaines du Regiment
de Polier, & l'Aide-
Major , tuez.
Le Major bleffé à mort.
M. Fimarcon , Colonel
de Dragons , mort de fes
bleffures.
M. Stafort fon frere , bleſfé
dangereufement .
M. de Termes , Capitai
ne , deux deux
coups.
M. de Villemoulin
bleffe.
M. Verduifant , Lieutenant
Colenel de Hainaut ,
bleffé à l'épaule dangereufement.
M. le Prince , Comman
dant le fecond Bataillon du
Regiment Dauphin bleffé
de Stein Kerk . 213
dangereufement
au haut de
६
la cuiffe ,
M.de Farouville Capitai
ne de Berry , bleffé dange
reuſement à la jambe..
M. de Verneuil Lieute--
nant des Gardes de Mon
fieur . ùn coup de Moufquet
, receu au cofté de
Monfieur le Duc de Char
tres.
M. de Vaurouy , mort de
fes bleffures.
M. de la Poterie , Commandant
le Batailllon du
Roy , tué.
M. Mongaillard du Regiment
du Roy, cinq coups,
mort de fes bleffures.
M. Pagnat , Lieutenant
S
3
214 Relation du Combat
General des Dragons, tué.
M. de Bac , Ecuyer de
M. le Prince de Turenne
tué.
F
M. de Girouvelle , Capi
taine de Grenadiers , une
groffe contufion.
Le Lieutenant Colonel
du Regiment Dauphin de
Dragons , le nerf qui fait
le mouvement du talon
coupé d'un coup de Moufquet.
M. Ribien , fecond Capimaine
du meſme Regiment ,
tué .
M. le Vicomte de Marfilly
, Capitaine dans le mefme
Rigiment , tué.
M. le Chevalier de Londe
Stein-Kerke
215
gueval , Major de ce Regiment
un coup dans le
ventre , & un autre qui luy
caffe le genouil.
M. Bernard , Capitaine ,
bras caffé..
M. du Reveft , Capitai
ne , lajambe percée.
M. Poncet , Lieutenants
Colonel du Regiment Dau
phin , bleffé dangereufe
ment.
M. le Marquis de Vau
cieux , Capitaine dans le
mefme Regiment , le bras
caffe.
M. de Frefcay, Sous Ecuyer
de M. de Luxembourg ,
tué.
Mr de Montilior , l'un
216 Relation du Combat
une fes Gentilshommes ,
groffe contufion , avec un
cheval tué fous luy.
L'Ecuyer de M. le Duc
de Montmorency , tué en
luy aidant à monter à cheval.
Un boulet de Canon tou
cha le chapeau de Monfieur
le Prince ce Conty , & de M.
de Saint Hilaire de l'Artil
lerie, & ce Prince eut deux
chevaux tuez fous luy.
Monfieur le Duc, un cheval
tué.
M. de Luxembourg, deux.
M. de Montmorency ,
un..
.M. le Chevalier de Sil
lery , premier Ecuyer de
M
de Stein - Kerke. 217
Monfieur le Prince de Conty
, un .
M. de Vaiffe , Brigadier
de Bourbonnois , un.
M. du Montal eut fon
chapeau percé d'un coup
de Moufquer.
Il eft impoffible de fçavoir
la perte que les Ennemis
ont faite. Elle augmente
de jour en jour , &
l'on en peut juger par ce
que l'on a mandé de Bruxel
les aprés les premiers
avis qu'on y a eus du Combat.
Ainfi deux chofes
doivent faire croire quelle
eft beaucoup plus grande
que ne portent les Liftes
qui fuivent , puis que
T
218 Relation du Combat
dans le temps qu'elles font
venues , on ignoroit encore
le détail , & qu'elles
ne font faites que fur ce
que les Ennemis n'ont pû
sempefcher d'en décou
vrir . Ils font moins fince,
res que nous là- deffus , &
fe plaifent à diminuer leurs
pertes au lieu que nos
Liftes font toujours remplies
d'un grand nombre
de Bleffez , chacun fe faifant
une gloire d'avoir receu
dans une Bataille des
marques honnorables de fa
valleur.
G
de Stein-Kerke. 219
OFFICIERS
ENNEMIS
Tuez on Bleffex.
Le Prince de Vaudemont
le bras caffé. On voulut d'abordfaire
croire que fa ble
fure eftoit legere.
Le Lieutenant General
Makay , tué.
Le Lieutenant General
Lafnier , bleffé à mort.
Lieutenant General de
Valucak
ment.
,
bleffe legere
Le Lieutenant Genera 1
Lalmah , bleſſé auffi legere
ment.
Le General Falmier
bleffé.
I
&
220 Relation
du Combat
Le Brigadier Ramerein ,
tué.
Le Brigadier Ralcq , tué.
Le Brigadier Binfey , tué.
Le Brigadier Cramelay ,
Lieutenant general , tué.
Le Chevalier Robert
Douglas , tué d'un coup au
front .
Le Chevalier Robert
Amilton , tué .
Le Chevalier Hodges , tué,
Le Colonel Jafel , tuéd'un
coup de Canon.
Le Colonel Cultes , bleffe
dangereufement.
Le Colonel Graham
bleffé.
Le Comte de Noyelle ,
bleffé.
T
de Stein. Kerke. 221
fé.
Le Colonel Makay , blef
Le Colonel de Jucrin
bleffé .
Le Colonel Fagelle , bleffé
à mort.
Le Colonel Harlice
bleffé .
Le Colonel Heyller ,
bleffé .
Le Colonel Defvira ,
bleffé .
Le Colonel Huilva ,
bleffé ,
Le Colonel Fax , tué d'un
coup de Canon .
T3
222 Relation du Combai
Capitaines dupremier Bataillow
des Gardes du Prince
d'Orange , thez.
Vvalcop.
Coltrop .
Hamilton ,
Brifton.
Macralton.
Talon
Capitaines du Regimens Fit"=
Lauder .
Patzit , tucz
Danner.
Herbin.
Hamilton.
Douze Lieutenans tuez.
de Stein-Kerke. 223
Il y a eu auffi deux Chevaliers
de la Toifon , & trois
de la Jaretiere , tuez .
Le premier Bataillon des
Gardes Angloifes entierement
ruiné, & prefque tous
les Officiers tuez ou bleffez.
Le Regiment des Gardes
Danoifes, prefque tous iuez.
ou bleffez .
Les deux Bataillons du
Chevalier Douglas fort maltraitez
.
Le Regiment Hodges
prefque ruiné , le Colonel
& plufieurs Officiers
tucz,
Le Regiment d'Angus ,
ruiné , le Colonel , & la plus
A
'T 4
224 Relation du Combat
part des Officiers tuez .
Le Regiment le Lexive ,
ruiné , les Officiers tués ou
bleffez .
Le Regiment du Prince de
Frife , fort mal traité .
&
Le Regiment de Heffe ,
ruiné , fon Colonel
plufieurs Officiers tuez ou
bleffez.
Le Regiment de Turin ,de
meſme.
{
Le Regiment de Leuvins,
ruiné , avec beaucoup d'Of- .
ciers tuez & bleffez .
Le Regiment de Makay,
entierement défait.
Le Regiment de Hot
prefque ruiné , le Colonel
tué avec la plus part des Of
ficiers .
de Stein - Kerke. 229
Les Regimens du Comte
de Nort , de Fayel , de Turcis
& d'Olica , fort maltrai
tez.
Le Regiment des Etats
Géneraux , & celuy du Prin
ce de Saxe entierement
ruinez , le Lieutenant Colonel
tué , & beaucoup d'Of
ficiers tuez ou bleſſez.
Chacun écrit fi mal les
noms propres , mefme en
France , qu'il eft bien malaifé
que parmy les noms
Anglois , Danois , & Hollandois
que je vous envoye ,
il n'y en ait beaucoup de de
figurez .
Vous attendez fans doute
Is
226 Relation du Combat
que je vous apprenne une
chofe dont tout le public
demande des nouvelles
avec empreffement ; c'eft
le lieu où étoient le Prince
d'Orange & l'Electeur de
Baviere pendant le Com
bat , & ce qu'ils ont fait
tant qu'il a duré. Comment
pouvoir vous le dire ,
puifque nos Braves qui ont
percé le plus avant parmy
les Ennemis les Prifonniers
que nous avons faits ,
& les lettres de Bruxelles
& de Hollande , n'ont pû
nous l'apprendre. Chacun
parle diverfement là deffus,
mais le plus grand nombre
convient qu'ils fc font tenus
'deStein-Kerke. 227
fort éloignez du peril , &
que le Prince de Virtemberg
eft celuy qui a le plus
agy dans cette occafion .
Les Ennemis ne font pas
fen peine de ce qu'ont
fait nos Princes pendant
le mefme combat , & ne
peuvent s'empécher de
publier qu'ils les ont trop
veus pour leur gloire , &
pour l'intereft de la Ligue .
Je fuis & c.
L'on a r'imprimé l'Histoire
de la Ville & du Chasteau
de Namar. La premiere Edition
a esté venduë en quinze
jours , on en trouvera à Lyon
chez le Sieur Amaulry.
DE
LAAVILLE
CHEQUE
SELIO
THE
BIBLIO
!
LYON
#1895
"
HOTHEADE
TAVILLE
DEL
LYON
995*
Qualité de la reconnaissance optique de caractères