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1692, 07
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Eur.
511
m
1692.7
m
Eur.
511th
1692,7.
Mercure
<36624511420011
< 36624511420011
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
JUILLET 1692.
A
PARIS ,
GALERIE-NLUYE DU PALAIS,
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant au
premier jour de chaque Mois , & cn
le vendra Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin,
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie ,
Et MICHEL BRUNET , Galerie-neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC . XCII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY,
Bayerische
Stasistibliothek
München
Q
AVIS.
Velquesprieresqu'on airfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'il y a
de temps en temps quelques-uns de
ces Mémoires dont on ne fe peut fervir.
On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , g
l'on employera tous les bons Ouvra
à leur tour , pourven qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent , & fur
ges
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble est beaucoup pour ·
un Libraire.
Le fieur Brunet qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mous. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'ilfoit arrivé dans
!
AVIS
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Brunet , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par
deux raifons . La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils font leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire en difant que la
que fort
vente n'en a commencé
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Brunet , puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
A iij
AVIS.
1
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
~ Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouvéaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
celafera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
content.
MERCVRE
GALANT
JUILLET 1692 .
UE vous diray- je ,
Madame ? Je fuis
contraint de me taire
pour avoir trop à parler.
Avoir pris Namur , la plus
forte Place des Pays-bas , &
l'avoir pris en un mois , c'eſt
A iiij
8 MERCURE
ce qui nous paroiftroit entierement
incroyable , fi le Roy
ne nous avoit pas accoutumez
à voir des prodiges . Certe
conquefte eft un nouveau fujet
d'admiration pour toute
I'Europe ; mais quoy qu'on
s'en explique par tout en des
termes qui font voir que le
Heros qui l'a faite eft au deffus
des louanges les plus fortes
, il ne fuffit pas qu'un fi
glorieux triomphe ſerve d'entretien
aux hommes , il fait.
auffi l'étonnement des Divinitez,
& vous en ferez perfuadée
fi vous voulez écouter
GALANT. 9
celles qui prefident à la Meufe
& à la Sambre.
DIALOGUE
De la Sambre & de la Meufe
fur la prise de Namur .
LA SAMRBE.
C'En eftdow En eft donc fait, ma soeur.
LA MEUSE.
Quy , voilà Namur pris.
Quipouvoit empêcher qu'il nëfust
la conqueste
D'un Heros par quirien n'est jamais
entrepris,
Où la Victoire nefoit prefte
Amettre des Laurierrs furfon augußte
tefte ?
10 MERCURE
LASAM BRE.
( Perſonne ,
Mons, il est vray , peut aſſez nous
prouver
Qu'où LOVIS se trouve en
Il a pour luy Mars & Bellonne.
De fes coups qui peut ſe ſauver ?
Mais on croyoit Namur une Place imprenable.
( ble, Par combien de travaux
Avoit-on prétendu la rendre redouta-
Et la mettre à couvert des plus rudes
affants ?
LA MEVSE.
D'accord` , mais de Loüis la valeur
invincible
Faittout ceder à fon grand coeur,
Etrien nefe trouve impoffible
Pour luy donner par tout le titre
de
Vainqueur.
LA SAMBRE.
Ille faut avouer , il n'eft Combat ny
Siege ,
GALANT. II
Où de vaincre il ne foit certain.
Le Ciel à fon heureux deftin
Semble avoir attaché ce rare privilege .
LA MEVS E,
Ses Foudres tonnent fur un ton
Qui predit toujours la victoire.
LA SAMBRE.
Il ne faut qu'oüir fon Canon.
Auffi-toft qu'on l'entend on aſujet de
croire
Qu'on va voir augmenterfagloire.
LA MEVS F.
Jusqu'où ne va pasfongrand Nom!
En vain les Elemensfont quelquefois
contraires
A l'execution de de fesjuftes projets.
On les voit à lafin devenir fes Sujets.
Leurs obftacles fouvent ne font que
des mifteres
Pour donner du reliefà fes illuftres
Faits ,
12
MERCURE
Dont le bruit fe répand dans les deux
Hemifpheres.
LA
SAMBRE,
Lay-me/me , ce Heros , veut les diffi.
cultez.
Sa gloire en brille davantage.
Il fçait que fes pareils y font par là
montez,
Et rien ne flate tant son
genereux
courage.
Defon éclat il feroit moins épris,
S'il l'acqueroit d'autre maniere.
De fes premiers efforts , quoy que
hautaine & fiere,
N'a-t'on pas veu toujours la Gloire
eftre le prix ?
LA MEVS E.
Qu'il répand d'honneurſur nos
rives ,
Par fes merveilleux exploits !
Helas ! qu'elles eftoient chetives,
GALANT.
13
Sans ce fameux Vainqueur, fans ce
plusgranddes Rois!
LA SAMBRE.
Hé ! quels autres Heros nous don
noient quelque gloire ?
Eft-ce Baviere ? Est-ce Orange , on
Valdec?
O Dieux ! que leur courage eft feci
A leur fuite jamais a- t-on vû la
Victoire ?
LA MEVS E.
Ils ne font tout au plus que de famens
Témoins
DesConqueftes dugrand Monarques
C'est à quoyfe bornent leurs foins,
Et c'eft de leur valeur tout ce que l'on
remarque.
LA SAM BRE
·
Mais n'admirez vous pas le lâche
Usurpateur .
Plus digne Roy d'une honteuse Ligue,
14 MERCURE
Dont il eft le Fabricateur,
Que des Etats qu'il doit àſa coupable
intrigue ?
LA MEV S E.
Et de quoy l'admirer , ma soeur ?
LA SAMBRE.
D'eftre l'Homme le plus habile ,
Et du plus intrepide coeur ,
Lors qu'il s'agit de voirprendre une .
Ville.
LA MEVSE,
Fe l'avouray, c'estſon grand Art.
Luy peut-on du Lion imputer le courage?
Il n'a que l'esprit du Renard ,
Dontil nefait qu'un criminel ufage.
LA SAMBRE.
Mais , dites- moy , les Alliez,
Que dans fes interefts il a fi bien
liez,
Sont- ils contens de fon manége?
1-
GALANT
IS
Aura- t- il donc le privilege
De les tenir toujours abattus à ſes
pieds ?
LA MEVSE.
Qu'en luy peu fagement ilsfe font
confiez !
LA SAMBRE.
Voilà , fur tout, le Batave & libere
Bien étonnez à cette fois.
Vainement chacun d'eux s'agite & de-
( tres loix
libere ,
La Flandre va paffet enfin fous d'au
LA MEVSE.
\Ah ! qu'au plûtoft cela fe faffe.
Quand nous aurons pour Maiſtre ce
Heras ,
Qui tous les autres efface .
Perfonne n'aura l'audace
De troubler noftre repos.
LA SAMBRE.
Nous joüirons du bonheur de la
Seine.
>
16 MERCURE
Les Feux , les Ris y regnent pleine-
Les
ment.
Aucun fasheux évenement
N'en rend la fortune incertaine,
LA MEVSE.
Les Peuples qu'elle arrofe ont fans
ceffe un doux fort ,
Les Ennemis n'y portent point la
guerre ,
Et Louis toujours le plus fort,
Vient la foudre à la main la porter
Sur la Terre
Des injuftesFaloux de fa profperité,
Etles punit de leur témérité.
LA SAM BRE .
Que fa grandeur me paroif legi
time !
LA MEVSE.
Qu'il a l'air de Heros & de grand
Potentat !
5
GALANT:
17
LA SAM BRE.
Que de majesté ! que d'éclat!
LA MEYSE.
Par combien de vertus gagne-t- il
noftre eftime !
LA SAMBRE,
Que de crainte & d'amour dans les
coeurs il imprimé !
LA MEVSE.
Quel Prince eft fait comme Louis !
LA SAMBRE..
Ileft doüé d'un merite Suprême.
LA MEVSE.
Tousfes Faits font Faits inoüis.
LA SEMBRE.
Il doit de l'Univers porter le Diadême
,
Et voir par tout les Lis épanouis .
LA MEVSE .
Je fuis de votre avis , ma soeur, &
je fouhaite
Juillet 1692 . B
18 MERCURE
Que promptement chez nous ilfoit
par tout le Roy.
LA SAMBRE.
Noftre felicité feroit alors parfaite
LA MEVSE.
Qu'heureux font ceux qui vivent
fous Sa loy !
LA SAMBRE.
Sus , que nos ondes fugitives
S'allant mêler aux maritimes flots ,
Faffent retentir leurs rives
Du recit des exploits de ce charmant
Heros.
LA MEVS E.
Sus, qu'en leurcourfe elles fe préci
pitent.
On ne peut fe preffer affez dans ce
beau foin ,
Combien de Fleuves s'en acquittént
Avec plaisir &de prés &de loin!
GALANT. 19
Ce Dialogue eft de Mr Robynet
, dont le zele pour le
Roy ne manque point d'éclater
dans toutes les occafions
où il peut donner fes foins à
travailler pour fa gloire .
Je vous ay déja fait part dans
quelques unes de mes Lettres
de plufieurs Nouvelles curieufes
de Perfe , & le plaifir que
vous en avez receu m'oblige
à continuër
; ce que je vais
faire en vous apprenant
ce qui
s'y cft paffé depuis un an de
plus remarquable . Jay fur
Tout à vous faire le détail de
la diſgrace du Kan d'Hama-
Bij
20 MERCURE
dan , l'un des principaux Seigneurs
de cette Cour , & les
circonftances dont elle a efté
accompagnée , vous feront
le
Roy
connoiftre combien il eft dangereux
d'abufer de la bonté
de fon Souverain. Ce Kan
eftoit parvenu à un fi haut
degré de faveur , que
l'avoit fait le Conneftable
du Royaume , le Sur - Intendant
de la Monnoye , &
Gouverneur de trois Provinces
, fçavoir d'Hamadan , de
Kembran , & de Kazeran.
La grande fortune l'ayant
ébloüy , il s'attira beaucoup
GALANT. 21
d'Ennemis par fes injuftices ,
& enfin le fecond Fils du défunt
Atamadaulet ou Grand
Vifir , appellé Chak Kouli ,
Gouverneur des Provinces
de Kermoncha , & de Kourmaoüa
, aprés avoir diffimulé
fort long- temps ce qu'il avoit
à fouffrir de fa tyrannie
vint fe plaindre au Roy ,
que le Lieutenant d'Hamadan
facrifioit à la haine
que le Conneftable fon Maître
portoit à la memoire du
Grand Vifir fon Pere , touS
ceux de fa race qui eftoient
à Hamadan , & juftifia l'ac
22 MERCURE
cufation qu'il intentoit , en
luy faifant voir des Procés
Verbaux par lefquels il demeuroit
pour conftant qu'il
en avoit fait déja maffacrer
quarante des principaux . Le
Roy fit appeller le Kan d'Hamadan
, qui trop ébloüy de
l'éclat du rang où il eftoir
élevé , crut qu'il feroit indigne
de luy de fe juſtifier autrement
qu'en niant le fait .
Le Roy ne laiffa pas d'ordonner
à fon Vifir & au grand
Maistre de fa Maifon , d'examiner
les Procés Verbaux, &
luy dit en le quitant qu'il prift
GALANT:
23
bien garde à n'eftre pas convaincu
, parce que fa tefte &
celle de fon Lieutenant auroient
peine à fatisfaire à tant
de fang répandu injuftement .
Cette menace donna lieu de
craindre pour luy à toute la
Cour , les Procés Verbaux
paroiffant trop autentiques
pour n'eftre pas vrais . Tandis
qu'on travailloit à cet examen
, le Roy reçut de nouvelles
plaintes contre luy ,
touchant la monnoye dont il
cftoit le Sur- Intendant.
Roy les fit encore examiner
par fon grand Vifir, le Divanbegui
, & le Sur Intendant
Le
24 MERCURE
de fes Efclaves, & fur le rap
port qu'ils luy firent de l'irreguliere
conduite du Kan
d'Hamadan , le Roy l'en réprimenda
avec chaleur , mais
il ménagea fi mal la colere de
fon Prince , qu'au lieu de chercher
à l'adoucir , il eut l'infolence
de luy dire , qu'il ne
fçavoit pas quelle forte de
Roy il eftoit , & il la pouffa
jufques à luy reprocher la facilité
qu'il avoit à croire des
fauffetez. Cette orgueilleufe
réponſe luy auroit couſté la tête
, fi l'Atamadaulet n'cuft appaifé
la colere de ce Prince , en
Le
GALANT. 25
Te jettant à fes pieds pour luy
demander la grace du Kans
mais enfin pour achever de le
perdre , Abdulla Sultan , revint
à a Cour du Pays des
Yuzbegues, où il eftoit prifonnier
depuis deux ans. Ce
Sultan ' , qui eft univerfellement
reconnu pour le plus
vaillant Seigneur de Perfe ,
ayanc efté commandé pour
aller deffendre le Chateau
de Mourgab, pendant que le
Kan de Marou fon Pere , deffendroit
la Ville de Merve ,
contre les incurfions des Tartares
Yuzbegues , il partit de
Faillet , 1672. C
26 MERCURE
douze
Spahan , Capitale de Perfe ;
avec trois cens chevaux , portant
un ordre du Roy à Sephi
Kouli Kan , Beguelerbegui
d'Herat , de luy fournir autant
de Troupes qu'il luy en demanderoit.
A peine fut-il
arrivé à Mourgab
, que
mille Yuzbegues parurent
,ce
qui l'obligea de dépefcher
des Couriers au Beguelerbegui
d'Herat ; mais celuy cy
qui eftoit fon Ennemy , eftant
bien aife de le voir perir dans
une occafion fi dangereuſe ,
reçut fept de fes Couriers
fans luy donner ny réponſe.
GALANT.
27
nyfecours. Il fit encore plus.
Il écrivit au Commandant
des Yuzbegues, qu'il pouvoit
avancer en affurance , le priant
de ne faire aucun quartier à
Abdulla , & pour mieux affurer
les Yuzbegues de la réfolution
où il eftoit de leur livrer
fa Province , il écrivit à
Span Kouli , Kan, leur Prince,
pour l'exhorter à profiter de
ce temps. Il luy manda que
le Roy de Perfe qu'il traitoit
de Moulla eftoit en Létargie,
& que jamais il ne trouveroit
unc occafion plus favorable
pour reprendre la Province
Cij
28 MERCURE
1
de Korafon fur les Perfans ;
à quoy il ajoûta , qu'ils pouvoit
fe tenir feur que le Conneſtable
& luy , " empeſcheroient
que l'on n'envoyaſt
des Troupes pour luy refifter.
Abdulla Sultan , voyant que
le Beguelerbegui d'Herat
negligeoit de luy fournir du
fecours , dépefcha des Couriers
au Roy , mais le Beguelerbegui
s'en défiant , & ſçachant
que les Couriers d'Abdulla
devoient rendre fes
Lettres au Conneſtable , luy
en dépefcha de fon cofté ,
pour le prier de vouloir fup- -
GALANT. 29
primer toutes celles qui feroient
écrites par Abdulla .
Le Conneſtable
, qui eftoit
d'intelligence
avec luy , retintjuſques
à vingt-fept Couriers
, fans que le Roy en puft
rien fçavoir , & en mefmetemps
il écrivit à fon Fils ,
Gouverneur
de Sambran , qu'il
cuft à fuivre les confeils du
Beguelerbegui
d'Herat , luy
deffendant
de faire avancer
les Troupes de fa Province
pour fecourir Abdulla , &
luy envoyant
une Lettre pour
le Prince des Yuzbegues
,
conque dans les mefmes ter-
Cij
30 MERCURE
mes que celle du Beguelerbegui
. Cependant les Tartares
s'eftant avancez vers Mourgab
, formerent le fiege . Abdulla
ayant perdu l'efpérance
de recevoir du fecours , fortit
du Chafteau avec trois cens
hommes , & chargeant les
Yuzbegues huit jours durant,
il en fit un grand carnage ;
mais les Yuzbegues ayant receu
un renfort de huit mille
hommes , l'obligerent de rentrer
dans fon Château . A peine
y fut-il , que les Habitans de
Mourgab , gagnez par le Beguelerbegui
d'Herat , en ouGALANT.
31
vrirent les portes , & y introduifirent
les Yuzbegues . Abdulla
au defeſpoir , de voir fa
Femme, fa Soeur & fon Fils ,
à la mercy des Tartares , alla
dans le lieu où eftoit fa Femme
, qu'il trouva bien difpofée
à le guerir de la peur que
les Yuzbegues ne luy fiffent
violence. Elle prit un poignard
de la main de fon Mary,
& en fe le plongeant dans
le fein , elle donna l'exemple
à fa Soeur , qui en fit autant.
Abdulla par une fureur barbare
qui l'emporta , arracha
cc poignard du corps de fa
Ciiij
32 MERCURE
Soeur , & en perça le coeur de
fon Fils . Alors délivré par
tous ces meurtres , des malheurs
qu'il avoit apprehendez ,
il defcendit du Chafteau tout
plein de rage , & fe fit jour
au travers des Yuzbegues
mais ne pouvant foutenir luy
feul les efforts d'un fi grand
nombre d'Ennemis , il tomba
enfin entre leurs mains, & on
le mena à Balk. Span Koulikan
qui eftoit bien informé
de fa bravoure , le receur avec
toute forte de marques d'eftime,
& luy offrit de luy rendre
fa liberté , à condition qu'il
GALANT.
33
le feconderoit contre les Tartares
Kalmouks , avec qui ce
Prince eftoit en guerre. Celuycy
accepta avec plaifir une
offre qui luy eftoit fi avantageufe
, & qui flatoit fon courage.
Il marcha à la tefte des
Yusbegues, défit les Kalmouks ,
leur enleva tous les Efclaves
qu'ils avoient faits fur les
Terres du Prince de Balk , &
les ramena à Span Koulikan ,
avec un Butin tres- confiderable
. Ce Prince charmé de la
valeur d'Abdulla, luy propófa
toutes fortes d'avantages
pour le retenir à ſon ſervice ,
34 MERCURE
mais le Sultan refufa fes offres
pour demeurer fidelle à fon
Roy, & fe fervit du credit
qu'il croyoit avoir auprés de
luy pour ménager la Paix entre
la Perfe & Span Kouli.kan.
Il y réuffit fi bien , que non
feulement il dépêcha un Ambaffadeur
avec luy vers fon
Maiftre , mais qu'il luy donna
les Lettres du Conneftable &
du Beguelerbegui d'Herat ,
qui le convainquoient de trahifon
. Elle eftoit d'autant plus
noire , qu'ils s'eftoient fervis
de la conjoncture , pour décrier
Abdulla auprés du Roy,
GALANT. 35
aprés que les Yusbegues curent
furpris le Chateau de
Mourgab. Le tour odieux
qu'ils fceurent donner l'un &
Fautre à fon malheur , attira
l'indignation de ce Monarque
fur le reste de fa Famille . Il dif
gracia fon Pere, & luy ofta les
Gouvernemens de Merve &
de Marou , mais eftant arrivé
à la Cour le 4. Aouft de l'année
derniere,lors qu'on l'attendoit
le moins, il n'eut pas de peine
à effacer les impreffions defavantageufes
que fes Ennemis
avoient fait prendre de luy.
Le Roy qui avoit toujours
36 MERCURE
confervé beaucoup d'eftime
pour fa valeur , renonça avec
plaifir au repos accoutumé
du midy , pour luy accorder
une audience qui dura jufques
au foir . Les Lettres qu'il
produifit ne laifferent point
douter des injuftices qu'on
luy avoit faites. Le Roy dépêcha
fur l'heure trois Couriers
à Herat pour luy appor
ter la tefte du Beguelerbegui
;
trois à Sembran, pour amener
le Fils du Conneſtable ; deux
à Kaferan , pour en amener
auffi le Sous -
gouverneur
, &
un autre Courrier de faveur
GALANT.
37
fut envoyé pour en appeller
le Kan à la Cour , afin de le
reveſtir de la Charge de Conneſtable
à la place du Kan
d'Hamadan fon Ennemy, qui
ne fçavoit pas que l'on commençoit
déja à le dépouüiller,
pour luy impoſer un prompt
fupplice. Tous ces Courriers
furent dépêchez un peu avant
minuit , fans la participation
du Grand Vifir , & des autres
Seigneurs de la Cour. A peine
le Roy cut - il repofé trois
heures qu'il fit dreſſer une de
fes Salles d'audience , & ayant
fait renforcer fa Garde par
38 MERCURE
deux cens Chatrez , qui fe
mirent fous les armes, il manda
le Grand Vifir , le Divanbegui
, le Surintendant des Elclaves
, & le Conneſtable. Cet
ordre précipité les étonna . Il
fallut pourtant paroiftre . Les
trois premiers Seigneurs ayant
fait la reverence au Roy , en
furent receus d'un air riant ,
mais il jetta des regards de
colere & de dédain fur le
Connestable , qui commença
â prefentir fon malheur. Il
prit cependant fa place ordinaire
aprés le Vifir , & dés
qu'ils furent affis , le Roy fit
GALANT.
39
preſenter la grande Taffe , qui
tient au moins une grande
pinte de Paris , & que l'on
appelle Hazar Pecha . Ces
mots veulent dire , Mille métiers,
& ceux de Perfe l'ont
nommée ainfi , parce qu'ils
difent qu'un homme qui la
vuide tout d'un trait , peut
raifonner à l'avanture de mille
fortes de métiers . On prefenta
d'abord cette Taffe d'abondance
au Grand Vifir , puis
aux deux autres Seigneurs ,
fans la prefenter au Conneftable
, ce qui commença à luy
abattre le coeur. La mefme
40 MERCURE
choſe ayant eſté faite encore
une fois , le Surintendant des
Elclaves ne put s'empêcher
d'en faire paroiftre beau
coup de furprife. Le Roy qui
s'en apperceur , luy dit , Je
te voy furpris de ce que je n'ay
pas fait donner de vin à ce Traifire;
leve- toy, & va luy couper
la tefte. Le Surintendant , au
lieu d'executer l'ordre , fe
jetta aux pieds du Roy, pour
luy demander la grace du
Conneftable , qui estoit fon
Amy particulier ; mais le
Roy ,fans l'écouter , ordonna
au Divanbegui , qui de leur
GALANT. 41
Couper la tefte à tous deux .
Alors le Grand Vifir qui a
beaucoup d'éloquence , baifa
les pieds de Sa Majefté , & luy
dit d'un ton foumis & refpe-
&tueux , que le Surintendant
des Efclaves n'avoit rien fair
contre fon devoir en le priant
pour le Connestable , puis que
tous les Rois fes Predeceffeurs ,
reconnoiffant de quelle importance
il eftoir d'oppofer
l'interceffion
aux premiers
mouvemens de la colere , avoient
toujours défendu qu'-
OR executaft des ordres de
cette nature , qu'aprés qu'ils
Juillet 1692 .
D
42 MERCURE
les auroient réiterez jufques à
trois fois , afin de donner le
temps aux Seigneurs de leur
Cour de faire connoiftre l'innocence
de ceux qui avoient
cule malheur de leur déplaire.
Hê bien , dit le Roy , je pardonne
à mon Alcelan ( c'eſt lo
nom du Surintendant, Et toy;
Divanbegui , je te le réitere
par trois fois ; va couper la tefte
de ce Traifire. Le Divanbegui
n'ofanr repliquer à cet ordre
, prit le Conneſtable par
le bras & ayant jetté fa
mandille à terre , il le traina
au basde la falle , où il luy
GALANT.
43
fit ofter fes ceintures , & luy
commanda de fe mettre à
genoux . Le Conneftable receut
ce commandement en
fouhaitant un longue vie au
Roy. Il baifa enfuite le bout
de la robe du Divanbegui , &
le pria de vouloir bien fupplier
Sa Majefté de faire payer
fes detres aprés fa mort. Cela
fait , il demanda l'Alcoran
qu'il ouvrit pour fçavoir fi fa
derniere heure êtoit arrivée . Il
en auroit peut-être douté longtemps
, fans un ordre nouveau
qu'envoya le Roy d'executer
le premier fans aucun retarde-
Dij
44 MERCURE
pa
ment. Le Divanbegui luy
déchargea auffi toft un coup
d'épée ; mais l'amitié qu'il
avoit pour luy luy failant
trembler le bras , il luy cou
feulement la peau du col.
Le Conneftable Tayant prié
qu'on ne le fift point languir,
l'Ecuyer du Divanbegui s'avança
, & redoubla fi fouvent
les coups , qu'il luy abattit la
refte . Le Divanbegui la porta
au Roy , qui dit en la voyant
que ce n'eftoit que la premiere
de quatre qu'il vouloit faire
couper . On ne douta point
que celle du Beguelerbegui
GALANT.
45
d'Herat ne fuft une de ces
quatre, mais les Grands ne fçachant
point quelles devoient
eftre les deux autres , chacun
craignit pour la fienne . Pendant
que cette trifte execution
fe fit , le Nazir & le Vifir
de Schiras eurent ordre d'aller
fe faifir des biens du Conneftable
. Ils dépouillerent
d'abord fes Femmes qu'ils mirent
dans une Moſquée volfine
, & ayant vifité tous les
Efclaves fort exactement , ils
fcellerent la Maiſon , & y laifferent
des Gardes . Le Roy donna
le Gouvernement
d'Ha
46 MERCURE
madan à Abdal Kaffum Kan ,
qui en avoit efté déposé depuis
huit ans par les artifices
du Conneftable . Quoy qu'il
cuft demeuré dans la poufficre
pendant tout ce temps , on
peut dire neantmoins que jamais
Fils de Rebelle ne fut plus
heureux que luy. Son Pere ,
nommé Dgami Kan, qui étoit
les delices de la Perfe, en fccut
fi bien menager les Grands
Seigneurs pendant la minorité
du petit Chah Abbas , Pere du
Roy â prefent regnant , que
quinze Kans confpirerent
contre ce jeune Prince pour
i
GALANT.
47
mettre l'autre en fa place. La
confpiration ayant efte dé-
Couverte par un certain Ha.
rout Agra Chatré qui eftoit
pour lors Atamadaulet , la tefte
de Dguami Kan , & celles des
quinze Kans fauterent. On les
expola avec leurs Cadavres
dans la place publique pendant
trois jours , & l'on fit la
mefme chofe du Corps du
Conneftable qui eftoir le plus
gros homme de Perfe , Abdal
Kaffum ayant eu l'adreffe de
furmonter les obftacles que la
trahison de fon Pere apportoit
à fa fortune , fut d'abord Di.
48 MERCURE
vanbegui , puis Derogra de
Kalbin , & enfuite Kan d'Ha
madan, que le Roy luy arendu
aprés la mort de fon Ennemy.
Outre ce Gouvernement,
il luy à donné celuy de
Kormoüa pour le confoler
de huit années de difgrace .
Il faut vous apprendre la
réponse que fit l'Atamadaulet
défunt aux Armeniens , qui
aprés la prife de Belgrade ofcrent
luy dire que l'Empereur
avoit pris Conftantinople .
M' Sanfon, Miffionnaire Apoftolique
aux Indes , eftoit auprés
de l'Atamadaulet quand
ils
GALANT.
49
ils luy donnerent eet avis
Konal, luy dit - il ( ce mot veur
dire, noftre Hofte ) Les Armeniens
m'affeurent que l'Empereur
a pris Constantinople . En avez
vous la nouvelle ? M' Samlon
luy répondit , que l'Empereur
n'ayant pris Belgrade que de cette
mefme année, il ne voyoit pas,
à moins que fon armée ne fuft
compofée d'oifeaux , qu'elle enft
pú aller fi promptement de Belgrade
à Conftantinople. Cette
réponse fit rire l'Atamadaulet
, qui dit en fuite , qu'il n'y
le Chaincha ( ce mot
avoit
que
veut dire , Empereur de Fran-
Fuillet 1692 .
E
50 MERCURE
ce ) qui fuft capable de prendre
Conftantinople en fi peu de
temps . L'Atamadaulet qui a
fuccedé à ce dernier, n'eft pas
moins perfuadé de la grandeur
de noftre Augufte Monarque.
Un SeigneurArmenien qu'apparemment
les Armeniens avoient
inftruit , luy dit que
l'Empeteur avec deux grands
Rois & vingt cinq Krals , ce
qui veut dire , Petits Souve
rains , avoient declaré la guerre
à la France , & il répondit
en deux Vers Perfans ,
&
Fay
vú un grand Chariot traîné par
un Lion , renversé par vingtGALANT.
SI
cinq mouches. Toute la Cour
receut cette raillerie avec applaudiffement.
a
Le 4. de Septembre , M
Sanlon , Miffionnaire , fur
invité au Banquet d'Affuerus,
qui fut fait à l'occafion de
l'anniverſaire du maſſacre
d'un Chameau , que les Perfans
reconnoiffent avoir efté
la monture ordinaire de leur
Prophete Mahomet ; de forte
qu'ils tuent tous les ans ce
pauvre Animal, qui n'eft guere
bien récompenfé des fervices
qu'ils avouent qu'il
rendus à M. homet, puis qu'ils
E ij
52 MERCURE
le facrifient
d'une maniere
fi
cruelle. Aprés luy avoir fait
l'honneur
de le choifir parmy
tous les Chameaux
du Roy, ils
l'ornent
de fleurs & de guirlandes
, & le promenent
par
toute la Ville au fon des
Tambours
& des Hautbois
.
Les Kans & les Grands de Perfe
luy donnent un privilege
qu'ils n'accordent à perfonne.
C'eft celuy de l'introduire
dans leurs Harants pour voir
leurs Femmes . Chacun luy tire
quelques poils , qui font
gardez comme des Reliques,
& quand ils l'ont bien pelé ,
GALANT.
53
promené & honoré , ils le
mettent entre les mains du
Lieutenant Criminel . Ce Lieutenant
accompagné d'une infinité
d'Huiffiers & de Records,
le conduit au jour affi
gné hors de la Ville , où quelque
pieux Moulla luy prononce
fon Arreft , felon les
Loix de la Religion du Prophere
Mortus - Ali ; & cela
fait , on le couche fur une
grande pierre qui a efté apportée
du tombeau de ce Prophere.
Le Lieutenant Criminel
luy lance une fléche dans
le flanc , & tous les Huiffiers
E iij
54 MERCURE
ayant des haches preftes , en
font en moins de rien un
grand hachis , dont chacun
prend un morceau , aprés que
le Lieutenant Criminel en a
pris le coeur , qu'il porte au
Roy au bout d'une lance .
Cette picule execution êtant
achevée , le Roy prit feance.
dans la grande Salle , où il a
accoutumé de donner audience
auxAmbaffadeurs . Il avoit à
fon côté droit le PrinceChah-
Hecber, Fils du Grand Mogor,
& au bas de fon Trône du
mefme cofté fut placé le vieux
Prince Abdel Rahim , Frere
GALANT.
55
du Roy des Tartares Yufbegues
, & aprés luy les Kans &
les Envoyez des Teftes couronnées
. De l'autre coſté
eftoient le Grand Vifir , le
Surintendant des Efclaves , le
Grand Maistre de la Maifon
du Roy , le Secretaire d'Etat,
le Garde des Sceaux , les Contrôleurs
des Finances , & aprés
eux les Hoftes qui font Sujets
du Roy , les Princes d'A viza ,
les Princes de Lozeguis, ceux
de Georgie , & enfuite le S
Vanleinen , Envoyé de Batavie
, à qui on donna place
parmy ces Princes Sujets , n'e-
E iiij
56 MERCURE
ftant regardé que comme un
Marchand de Hollande , le
Roy de Perfe n'ayant pas voulu
reconnoiftre les Lettres du
Prince d'Orange , en vertu
defquelles il pretendoit eftre
mis au rang des Envoyez des
Teftes couronnées . Aprés que
chacun fe fut placé dans cet
ordre , on fic paffer devant le
Roy la tefte du Conneftable
dans un grand baffin . Ce
Prince dit à ces Kans en la
regardant Demandez à cet
ingrat s'il y a un Roy en Perfe.
Il dit ces paroles à caufe que
la difgrace de ce Conneſtable
GALANT. 57
provenoit de ce qu'il avoit
écrit au Roy des Yuzbegues
qu'il devoit profiter de l'occafion
pour reprendre la Province
de Korafon fur les Perfans
, parce qu'ils n'avoient
plus de Roy , ou que s'ils en
avoient un , il eftoit en letargie.
Aprés qu'il eut imprimé
de la terreur dans l'ame des
Kans , en leur faiſant voir la
tefte du Conneftable , il fit
appeller Abdel Kaſſem Kan ,
qu'il a tevestu du Gouvernement
d'Hamadan aprés la
mort de fon Ennemy, qui l'en
avoit dépoffedé huit années
$8 MERCURE
auparavant , & luy ordonna
de partir inceffamment
pour
Kourmaoüa
, Capitale
de
l'Oreftan
, dont il luy a
donné le Vifirat , avec ordre.
de reprimer les courſes des
Laures & des Baktiaris
, qui
defoloicat toute la Perfe depuis
Kermoncha
jufques à
Schiras
. Ce Kan en prenant
congé du Roy luy preſenta
huit de fes Enfans qu'il reccut
à fon fervice . Pendant que
Kan luy en rendait grace , le
Grand Portier vint donner
avis à Sa Majefté , qu'un Ambaffadeur
desYuzbegues
eftoit
3
lc
GALANT.
59
venu en pofte depuis deux
journées pour arriver à l'audience
du Megellés . Le Roy le
fit appeller, & aprés qu'il l'cut
fait placer , & qu'on cut lû
fes dépêches , il confera fort
longtemps fur ce qu'elles contenoient
, avec fon Grand-
Vifir , & avec le Sultan de
Mourgab , qui avoit éventé
depuis peu la trahifon du
Conneftable : & qui ayant
efté relâché par le Roy des
Yuzbegues, avoit receu ordre
de ménager la paix avec la
Perfe. Le Roy aptés cette
conference donna à ce Sultan
60 MERCURE
le Gouvernement de Merve ,
qui confine avec les Yuzbegues.
On introduifit enfuite un
Courrier du Kan de Teflis,
qui donnoit avis au Roy que .
des Princes Chahnuzar Kan ,
& Gourguin Kan , Fils du
grand Chanavas Kan , avoient
obtenu du Grand Seigneur ,
les Gouvernemens de Rache-
Atcheufe , de Gouri , & de la
Mingrelic ; que l'ancien Kan
de la premiere Province s'eftoit
refugié auprés de luy, &
qu'il attendoit les ordres de
Sa Majesté pour l'envoyer au
GALANT. 61
prés d'Elle. Cette Nouvelle
chagrina le Roy , parce qu'
ayant dépofé ces deux Princes
du Gouvernement de Teflis
pour le donner au Prince Heraclius
, Fils de Tameral Kan,
il y avoit lieu de craindre
qu'ils n'y vouluffent rentrer
par force , ce qui auroit obligé
le Roy de Perfe d'entretenir
une puiffante Armée dans
la Province d'Erivan.
Ces audiences n'eftoient
encore finies que les Grands
de la Cour défiloient les uns
aprés Is autres , les uns chancelant
, & les autres renverfant
pas
62 MERCURE
ceux qu'ils trouvoient , pour
aller fe
décharger du trop de
vin qu'ils avoient bû.LeGrand
Maistre d'Hoftel fit fervir juf
ques à cinquante plats de Tra
chine , & plus de cent cinquante
d'or maffif fur des
nappes de Brocard fort riches,
& à peine cut-on le temps de
prendre quatre ou cinq poignées
de Pilau , qu'on leva .
les nappes. Chacun fit la reverence
au Roy en s'effuyant
les mouftaches , & fortit . La
mort du Gouverneur d'Amadan
cut des fuites bien tragiques
. Le Roy ayant confifqué
GALANT. 63
fes biens , le Grand - Maiftre
de la Maiſon de ce Prince fe
rendit chez luy pour s'en emparer.
Un Fils qu'il avoit âgé
de fept ans , & une Fille âgée
environ de douze , moururent
de crainte ; & fa Femme
prit du poifon pour ne pas
furvivre à fon malheur.
Le 12 du meſme mois de
Septembre,le Roy de Perfe fit
un banquet folemnel à l'oc
cafion d'une Fefte qu'on celebre
tous les ans en memoire
de l'inftallation de Mortus
Ali dans la place de Mahomet
, & parce que cette Fefte
64 MERCURE
concerne le point principal
de la divifion des Perfans d'avec
les Sectateurs d'Omar , ils
la folemnifent d'une maniere
plus particuliere que toutes
leurs autres Feftes . On tâcha
mefme d'en redoubler la magnificence
à caufe des Princes
des Arabes , de ceux des Lexeguis
, & des Ambaſſadeurs
des Yuzbegues , & des Kalmouks
, qui profeffent les fuperftitions
d'Homar . Ceux
qui furent invitez à ce ſuperbe
banquet trouverent les chevaux
de parade du Roy attachez
fur une mefme ligne de
GALANT.
65
vant la falle d'Audience. Il y
en avoit dix- huit , dont la richeffe
avoit dequoy attirer les
regards des Conviez. Le premier
cheval cftoit orné d'une
bride toute couverte de gros
diamans . Il y en avoit vingtcinq
tant à la bride qu'au poitrail
; le devant & le derriere
de la felle êtoient d'or émaillé,
& quatre gros diamans en
ornoient le pommeau. Les
étriers étoient d'or maffif.
Le deffus de cette felle eftoit
d'un velours rouge richement
brodé , & la houffe ,
Outre
une tres belle broderie , étoit
Juillet 1692.
F
66 MERCURE
garnie d'une infinité de grof.
Les perles , auffi bien que tou
tes les houffes des autres chevaux
, avec cette feule difference
que le fond cftoit de
la couleur des pierres qui ornoient
chaque cheval . L'orne
ment du fecond eftoit de rus
bis dans le mefme ordre que
je vous ay marqué celuy du
premier. Le troifiéme eftoit
orné d'emeraudes, & il y avoit
plus de trois cens perles d'une
grofleur extraordinaire fur
chaque bride des autres che
vaux. Outre ces dix-huit on
en vit quatre pour le Prince
GALANT. 67
Chah Hecber , dont les brides
& les harnois eftoient re
veftus par tout de turquoifes
toutes entourées , les unes de
diamans, les autres de Perles ,
& les autres de rubis . Chaque
cheval eftoit attaché avec des
chaînes & des clouds d'or ,
& ils mangeoient de la paille
dans autant de baffins de la
mefme matiere.
Quand chacun eut fait la
reverence au Roy , on introduifit
un Courier qui venoit
d'arriver de Georgie , & fa
Majefté fit lire fes dépefches
qui n'eftoient qu'une confir
Fij
68 MERCURE
mation de l'Installation des
Princes Fils de Chanavas Kan,
dans les Gouvernemens de Ba
chataheuk , de Couri , & de
la Mingrelie , Elles donnoient
mefme avis au Roy que ces
Princesavançoient versTeflis,
& que le Prince Heraclius ,
Fils de Tameral Kan qui en
eft Gouverneur , avoit befoin
d'un prompt fecours pour leur
faire tefte, parce que ces Princes
avoient engagé tous les
principaux Seigneurs deGeorgie
dans leur party . Le Roy
ne dit rien des mefures qu'il
croyoit devoir prendre là def
GALANT. 69
fus , mais on eft perfuadé qu'il
ne voudra pas declarer la guerre
au Grand Seigneur pour
avoir donné le Gouvernement
de Georgie à des Prin
ces qui luy font rebelles ;; parcc
qu'il n'a pas plus de troupes
qu'il luy en faut pour deffendre
les coftes de Derband
des incurfions continuelles de
certains Colaques qui le font
fouftraits il y a quelques années
de l'obeïffance du Duc
de Mofcovie , parce que ce
Prince les vouloit contraindre
à faire le figne de la Croix
à la maniere des Grecs . Il a
70 MERCURE
de plus befoin d'une armée
puiffante dans le Korafon ,
pour deffendre cette Province
contre les Yuzbegues avec qui
il n'a pas voulu faire la paix.
Il a auffi befoin de Troupes
dans le Kandahar où les Agevanes
& les Boulodgas font
toûjours en mouvement contre
la Perfe , & il a efté obligé
d'en envoyer depuis peu un
grand nombre fous la condui
te du nouveau Kan d'Hamadan
pour reprimer les Laures
& les Baktiaris qui veu
lent obliger le Roy à leur
donner un Prince de leur NaGALANT:
71
tion pour Gouverneur , & qui
neceffent de piller la Perfe ,
depuis que fa Majesté a fair
couper la tefte à Chahkerdi
Kan leur dernier Prince , à
caufe qu'il eftoit Beau - frere
des Princes Georgiens Fils de
Chanavas Kan . Il paroift d'ail
leurs peu neceffaire d'envoyer
une armée en Georgie , puif
que le Roy de Perfe n'a qu'à fe
fervir de la politique de fon
dernier grand Vifit pour les
defunir, & les foulever les uns
contre les autres . Cette Politique
eft de donner des Charges
aux Chefs de party , & elle a
72 MERCURE
efté fi bien obfervée jufques
à prefent, que tous les grands
Seigneurs dont la Cour eſt
compofée font Georgiens . On
fçait d'ailleurs que tous les Eunuques
qui font les uniques
Admiiftrateurs du Royaume,
& les feuls Confeillers d'Eftar,
ne veulent point voir la puiffance
Ottomane opprimée , ce
qu'ils ont bien fait connoiftre
en procurant de grands prefens
à l'Envoyé de la Porte en la
Cour de Perfe , qu'ils ont
renvoyé avec un Ambaſſadeur
à Sa Hauteffe pour luy offrir .
du fecours felon l'eftat defes
affaires
GALANT. 73
affaires , dont cet Ambaffadeur
a ordre de fe bien inftrui
re.
Aprés que le Roy eut leu
les dépefches du Courier de
Georgie , le Nazir ou grand
Maistre de fa Maiſon vint luy
baifer les pieds pour recevoir
le Gouvernement de Mulciad
& fon Fils en fit autant pour
la Charge de fon Pere , dont
il a cfté pourveu . Enſuite | Envoyé
des Yuzbegues d'Orgunga
, revestu d'une riche
Kalate , ou vette d'honneur ,
vint recevoir la réponse du
Roy à fon Prince. Aprés luy
Juillet 1692.
G
74 MERCURE
vint l'Envoyé des Kalmouks,
avec deux Seigneurs Georgiens
à qui fa Majesté a don
né de l'employ aprés leur avoir
enlevé leur Religion, qui
eft la chofe du monde dont
ils fe foucient le moins , &
enfin on introduifit le fieur
Vanleinen, Deputé de Batavia,
qui vint luy feul avec la Galate
, ce qui marque affez le
peu d'estime que lon fait des
Hollandois en cette Cour là ,
puifque M' Piquet , dernier
Evefque de Babilone, qui n'avoit
qu'une lettre de recommandation
de Sa MajestéTres
Chreftienne fans aucun caracGALANT
75
tere , receur
receur cinq Galates , &
avant luy M de Jonchere en
avoit receu davantage
à
vel fon
Audience
de congé. Toutes
ces ceremonies
eftant lache
vées,les nappes furent garnies;
le Roy fit enyvrer tous les Seigneurs
de la Cour , & congedia
fes Höftes. Ce Prince avoit
envoyé cinq cens hommes au
devant de Chah Kouli Kan ,
Gouverneur
de Germorcha
,
Fils du Grand Vifit defunt . Les
uns croyoient
que ce Prince
l'avoit appellé pour le revestir
de la Charge de Conneftable
,
& les autres pour le faire fon
Gi
76 MERCURE
Vifit, celuy qu'il avoit fait de
puisfix mois eftant trop vieux
pour fouftenir tout le fais des
affaires du Royaume, Le 13.
de Septembre le Prince Chah
Hecber envoya prier le Roy
de Perfe de luy envoyer la
Mufique & les plats d'or pour
fe réjouir de la nouvelle qu'il
venoit de recevoir des Indes,
que fon Frere Chah Alam
s'eftoit emparé du Trône , aprés
avoir fait mettre en prifon
Aureng Zebe fon Perc.
Il faut revenir à Namur.
Cette conquefte eſt trop
importante
pour ne vous en parGALANT.
77
ler pas en plufieurs reprifes ,
& vous ne feriez pas fatisfaite
de mes foins , fi je negligeois
de vous faire part d'une Lettre
qui court avec ce titre fur
la prife de cette Place ,
2222525552 22 22252
LETTRE
D'un Officier principal de
l'Armée du Roy, à un Gentilhomme
de qualité François,
Refugié en Hollande.
Ege
duquel vous & moy
Nfin , Monfieur, l'Ouvra
G
nj
78 MERCURE
penfions fi differemment , vient
d'eftre confomme . Namur eft pris,
e cette conqueste incomprehens
fible aux Alliez, met les affaires
de la France , & la gloire du
Roy , au plus haut point où on
l'ait veuë jufques
- icy.
Prendre Namur avec une
Garnifon de dix mille hommes ;
le prendre à la veuë de toutes les
Puiffances Ennemies , & en prefence
de cette Armée formidable,
qui ne parloit que d'invasions
de victoires , le prendre en dépit
prefque de tous les Elemens , font
des circonstances , qui non feulement
vous étonneront , dans un
GALANT. 99
Pays où l'on ne croit guere de prodiges
en noftre faveur ; mais qui
impoſerontfans doute du respect
de l'admiration à nos plus defobligeans
Ennemis , & contre lef
quels les Apologiftes ordinaires
de vos Protecteurs , n'auront pour
retranchement que les débordemens
de la Mehaigne , ou quelque
fecrete intelligence dans la
Place , qui aura rompu toutes les
mefures de leurs grands deffeins,
& ne leur a laiẞé qu'un mois de
temps pour fe déterminer à la
fecourir. Quelle intelligence t
Quatre ou cinq affauts donnez,
trois ou quatre mille des Affiegez
Giiij
80 MERCURE
ن م
tuez dans les attaques , des Ou
rages innombrables emportez
l'épée à la main , & l'activité
infatigable du Roy , prefent à
tout , qui ne connoift non plus
le peril qu'on le connoiſt pour luy,
trois semaines de prefence de
quatre- vingt mille Ennemis, que
ce nouveau Perfée a rendus comme
immobiles , en leur prefentans
une tefte plus redoutable quecelle
de Medufe , font les refforts
que la France a fait jouer pour
réussir dans une entreprife , qui
felon voftre fentiment mefme,
n'avoit pas feulement efté jugée
poffible des Ennemis , &par la
GALANT.`` 81
grandeur du projet , & par la
waine opinion de leur puissance.
Il doit , ce me·femble , m'eftre
encore permis , en cette occafion ,
de vous redire ce qui a déja ‹ſté
rebattu tant de fois . Les Ennemis
de la France feront toujours
les duppes de leur credulité . Lors
que toutes les Nations de l'Europe
laßées de leur repos , &jaloufes
de la grandeur du Roy ,
des profperitez de la Frances
fe facrifiant aux interefts de
quelques particuliers , conjurerent.
enfemble la ruine de cette Couronne,
elles n'auroient pas voulu
fans doute compofer avec elle
82 MERCURE
que
de
fe
d'apour
la ceffion de trois Provinces,
& l'on fait que leur prévention
furfon abaiffement eftoit fi avengle
fi invincible , qu'ils ne
comproient pas moins
payer de leurs interefts en retirant
le principal ; c'est à dire ,
jouter au recouvrement de leurs
anciennes dépouilles , les débris
d'une partie de cet Etat . Le Roy
ne defroit alors que la paix ,
de jour tranquillement d'un bien
qu'il avoit rendu commun à tous
fes Voifins , par la Tréve qu'il
venoit de leur accorder en faveur
de la Religion. Le Prince d'Orange
, le plus ambitieux de tous
GALANT. 83
les
hommes , habile fur fes propres
interefts , mais incapable
de
parvenir par luy- meſme aux defe
feins qu'il meditoit , réveille la
jaloufie de toutes les Puiffances
Voifines contre luy , & leur fait
enviſager ce defir de la paix en
la Perfonne de Louis XIV .
comme une marque certaine de
fa foibleffe , & d'une vertu ufée,
fur le retour ; mais les Lions
dorment pas profondement. Le
Royfut bien tost éveillé au bruit
de la Ligue d' Ausbourg , & comme
il n'a pas accoutumé de fe
laiffer prévenir, il leur fu fentir
les maux qu'ils luy avoient préparez.
84 MERCURE
.
De tous les crimes qu'ils lug
imputent, & dont ils tâchent à
deshonorer meſme juſques à ſes
vertus , il faut avouër qu'aucun
ne leur a paru fi odieux que celuy
cy . Quel facrilege Quelle
perfilie! La France a ofe porter la
premiere les coups qu'on luy préparoit
; elle a entre hoftilement
fur leurs terres , pendant qu'ils
deliberoient encore fur les moyens
de l'accabler . Elle les a , d'Ago
greffeurs , reduits à la neceffité de
Se deffendre, & de fe deffendre
mal. Elle a fait fuccomber fes
Eunemis de tous les coftez on
elle a porté fes armes . PhilisGALANT.
8
bourg , Nice , Mons , Suze
Montmelian , luy ont ouvert
les portes de l'Allemagne , de la
Savoye , du Piémont , de la
Flandre ; & Namur qu'ils regardoient
comme un mur d'airain,
luy ouvre les portes du Brabant
, du pays de Liege , de la
Baff Allemagne , & fait revoir
à celles de Hollande , un Ennemi
que le fouvenir doit luy rendre
fiformidable. Voilà , Monfieur ,
le point où nous en fommes . Je
m'étonne que de telles experiences
ne deffillent pas
les yeux aux
membres les plus fenfez de la
Ligue , qui n'agilant point la
86 MERCURE
plufpart pour eux mefmes , fouf-
Frent pourtant des maux réels ,
on s'expofent d'en recevoir. Peutésre
fe les deffilleront- ils troptard.
Je ne croy pas que le oeur du
Roy, tout enflé qu'il doit eftre de
fes progrés continuels , s'éloigne jamais
du defir de la paix dont il
connoît la prix, & comme Roy
pourfes Sujets , & comme Chrétienpourceux
mefmes qui de gayete
de coeur ont attire fes armes ;
mais je ne fçay files avantages
qu'il trouve de jour en jour ,
qui paroiffent bien plusgrands
plus affeurez dans la fuitte , ne le
refroidiront point fur des fentité
GALANT: 87
mens qu'il a montré qu'il n'avoit
pas parfoibleffe , & qu'on l'obli
gera peut- eftre de perdre. Que
ceux qui l'ont provoqué à la guer
re , envisagent ( fuivant les plus
raisonnables prejugez ) quels en
feront les évenemens , & fileurs
efperances y peuvent eſtrë propore
tionnées à leurs craintes ; car leurs
revoltes dans le Royaume , leurs
defcentes , leurs épuisemens defi
nances,& autres refources de cette
nature, font des amuſemens qui
ne font bons qu'à ceux
ceux qui les
promettent pour endormir les credules
, & qui ne feront pas grand
mal à ceux contre leſquels ils ſe fe
88 MERCURE
machinent . Les Elemens plus que
les Ennemis ont contribué à la
diffipation d'une partie de laFlote,
mais croyez- vous que
&
les
gens
Lenfez redoutent moins les forces
maritimes de la France aprés cette
action , & ne voyent pas bien ce
que peut cette fiere Nation auffs
bien furmer quefur terre , & qu'-
eftre battu par les vents en attaquant
avec la moitié defa Flotte,
celles de deux Nations qui fe
croient fi redoutables , n'eft pas une
perte qu'elle ne puiffe bien toft
reparer , & dont les pretendus
vainqueurs puiffent fe promettre
de grands avantages . Cependans
GALANT. 89
les affaires de la France s'avanscent
àpas de Geant , Exurgit út
gigas. Le Roy ne trouve rien qui
puiffe s'oppofer àfes conqueftes, ni
arrefterfes progrez les menaces
defes Ennemis ont fait place à la
crainte , ou à l'impuissance. Fe
vous ay déja predit plufieurs fois
ce qui arriveroit. Lorfque le Roy
de France affiege Mons , le Prince
d'Orange couvre Bruxelles ;
lors qu'on affiegera Anvers , il
couvrira Bofleduc , & ce Prince
heureux pour luy ſeul aux dépensdela
caufe commune , achetera
autant qu'il pourra du bien
d'autruyfes établiſſemens . Nous
Juillet 1692 . H
go MERCURE
voions qu'en moins de quatre ans
les Provinces Unies qui aidoient
àSouffler lefeu qui s'allumoit loin
d'Elles qui ne fe regardoient
hors
que comme des auxiliaires ,
de toute atteinte , deviendront
bien-toft, ou font déja devenuês
voifines . Jam proximus ardec
Ucalegon ; Que la Savoye eft
conquife & le Piedmont ruiné;
Que l'Allemagne est également le
theatre des Amis & des Ennemis
; Que l'Espagne est frapee
d'un mal qui la mene à la diffolution
de toutes fes parties ; Que
l'Italie n'est pas exempte des violences
de la Ligue , des inva
GALANT. gr
fions de la Maifon d'Auftriche
Que l'Angleterre s'épuife fans
avoir rien à gagner ; Qu'en un
mot prefque toute l'Europe eft la
victime & le prix de l'affermiffement
du Prince d'Orange, & que
pour depetits maux que la Francefouffre
, quoy qu'elle joüiffe d'une
parfaite tranquillité au dedans
, les autres Puiffances en
durent tous ceux qu'entraine
une guerre defavantageuse , &
dans laquelle on eft inferieur a
Jon Ennemy ; Qu'enfin cette Couronne
a des reffources inconnuës
fur les Finances, & que pour
en juger démonſtrativement ; il·
Hij
92 MERCURE
ne faut que voir que toutes les depenfes
extraordinaires qu'ellepeut
faire , ne fçauroient confommer
en dix ans , au delà de fes rewenus
, le fond de ce qu'elle a conquis
fur fes Ennemis. Auffi ne
dontay-je pas que les Alliez ne
cherchent enfin par raifon & par
neceffité , ce qu'ils ont enfreint
par complaisance ou par intereft.
Pour moi ,je nefouhaite plus qu'
une vifite à Meffieurs de Hollan
de, pour les remercier dufoin qu'ils
ont pris de la gloire du Roy, &
pour avoir en particulier le plaifir
de vous embraffer , puis qu'il
n'eft plus permis de l'esperer au
GALANT. 93
2.
trement , & qu'enfuite le Roy ,
touché de leurs remontrances ,
de fon inclination naturelle ,
weüille bien redonner le calme à
T'Europe , dont elle a tant de befoins
qu'elle a volontairement
perdu , pour feconder des interefts
particuliers, ou favorifer des paffions
fecretes.
Fait au Campfous le Château
de Namur le 2. Juillet 1692.
M' de Vin , dont vous
avez veu plufieurs Ouvrages,
n'a pû fe taire fur la prife de
Namur. Voicy de quelle
94 MERCURE
maniere il parle au Prince
d'Orange.

E ' bien, Naffau , que dirastu
?
Namur eftpris , & tu- l'as veu
De LOVIS à tes yeux tomberfous la
puissance.
Ta-t- il à cette fois furpris ,
Ainfi que tu difois, & que tu t'en
plaignis ,
Quand du froid Aquilon malgré la
violence
Il alla forcer Mons d'implorer fa
clemence ?
Il t'a donné tout le loisir
Qu'il falloit pour le fecourir s
Et ce Heros toujours honnefte,
Onoy que toujours funefte à tes
waftes projets ,
GALANT.
95
Ne voulut', pour te plaire , en faire
la conquefte ,
Que quand le Roffignol menaçoit nos
forefts
De terminer bien taft fes chants &
fes regrets.
Ta nombreuſe Armée eftoit prefte ;
Tout fier, toutglorieux de te voir àfa
tefte,
Tu crus que deux cens mille bras
Nefuffifoient que trop pour arrefter
Ses pas.
Tu viens
dules
tu le vois &c. cre-
Déja tu t'endormois fur la trompeufe
foy,
D'un triomphe auffi vain qu'il eft
nouveau pour toy ,
Mais l'ambition qui te brûle
Recent prés de Caffel un tel coup de
ferule,
96 MERCURE
Que
la
peur d'un pareil trouble &
glace ton coeur.
Tufouffres , toy prefent , que Namur
capitule ,
Et trop pen feur de ta valeur
Tu n'ofes jufqu'au bout reſſembler
au grandFule.
Content de ces deux premiers traits,
Au troifiéme , Naffau , tu ne vois
point d'accés ,
Et vaincre enfin LOUIS , c'eft ce
qu'en homme habile
Tu tiens un peu trop difficile.
En cela fi chacun parle avec liberté
Des violens friffons de ta timidité,
C'eft peut- eftre une medifance ;
Ne t'en allarme pas , car d'un autre
cofté
On trouvera bien l'art de louër taprudence.
Ge
GALANT . 97
Ce n'eſtpas , entre nous , ce qu'on s'étoit
promis
De cette fougue infidienfe
Que tu fis voir à Saint Denis .
Le Dieu Mars n'avoit plus l'ame fi
bilienfe ;
Fatigué , las du fang qu'il avoit répandu
,
A la fin il s'eftoit rendu
Aux vaux redoublez de la Terre ,
Et laiffant malgré toy repoferfontonnerre
,
Confentoit de la paix au retour attenda.
C'est ce que tu fçavois , perfide ;
Cependant ta main parricide
Au mépris d'un Traité conclu' ,
Infulte Luxembourg que tu penfois
Surprendre;
Mais qui ne fceut que trop te ren
dre
Juillet 1692 . I
98 MERCURE
Les coups d'un desespoir qui loin
d'eftrepréven ,
Peut- eftre jufque là ne s'étoitjamais
A ce Traitéfi falutaire
veu.
Ilte falut pourtant & fouferire , &
te taire ;
Mais comme cette aimable Paix,
Tant demandée au Ciel, bleſſait tes
interefts,
Tel qu'un hardy Pescheur, qui fans
peur du naufrage
N'aime , pour mieux pefcher , que
L'eau trouble, & l'orage ,
De la guerre bien-toft tu ralumes les
feux ,
Et pour noftre malheur , toûjours
ambitieux ,
A peine du repos a-t- on goufté les
charmes
Que tu forces LOUIS à reprendre
les Armes.
GALANT
99
~ Mais dis mer , quel on eft be
fruit ?
Tousjours à tes dépens la Victoire
Le suit.
Tout cede à fa Valeur; Philisbourg,
Mans , & Nice
Devoient l'avoir appris qu'il n'eſt
point d'artifice ,
Point de temps , point d'effort qui
fufpendentfespas ;
Et Namur vient de voir ce que peft
Son bras.
C'est ce que tes amis ont encor peine
Los à croire's
Trop charmez de ta fauße gloire ,
-Ekflatez que pourfonfecours
Tu ne manquerois pas d'ingenieux
détoux's ,
Ils juroient qu'au deffaut d'audace
Ton adreſſe pourroit leurfauver cette
Place.
Tij
100 MERCURE
Ainfi deleur erreur s'ils fe prennent
à toy ,
o
Ca, parle icy de bonnefoy,
Qu'auras tu lors à leur répondre ?
Leur diras-tu qu'à te confondre
Accoutumé depuis long-temps ,
Ce Heros à fon ordinaire
T'a fait reſſouvenir du malheur des
Titans , M
C
Et redouter les coups de fa jufte
colere ? +9
386.
De quel ail verront - ils Naffau
tremblant de peur.
N'amener contre luy qu'un Secours
inutile ga
Et , quand il prend Namur , demeurers
immobile
Te flates - tu qu'ils foient d'humeur
A fe payer toujours de tes vaines
was promeffes ,
Et que tant de témoins de ton pen
de valent
GALANTA Ion
Puiffent encor long- temps compter
fur tes adreffes ?? «
Non, ne te trompe pas , quoy quejuf-
~ ques- icy
Pour an Trone ufurpé ta fourbe ait
Crains que ceux qu'elle a pú feduire
Ne fe vangent fur toy de leur fu
nefte erreur,
7
Et que , defabuse , ou las de tou
Smalheur ,
Ils ne s'uniffent tousenfin pour te
détruire,
De tes Auteurs ingenieux
En vain laplume trop venale
Déguifera ta honte ; ils ouvriront les
yeux ,
Et ces mefmes Amis que retient la
cabale,
Verront que tu ne fais pas mieux
I iij
102 MERCURE
Dans le Camp de Perays que dans
celuy de Halle.
Foudroient-ils s'obtiner contre leurs
interefts
A foutenir encor tes injuftes projets
?
Non , non , ils ont trop de prudence
,
Et dupez tant de fois , bien - toft à
tes dépens
Ils fe repentiront des efforts impuif-
Sans
Qu'ils ont en ta faveur tente con-
-tre la France.
Déja mefme tout bas ils fe plaignent
de toys
Irritez de tes impoſtures
Ils comptent pourautant d'injures
Tes divers manquemens de foy.
Ils rougiffent contre un grand
Roy
GALANT. 103
D'avoir , en t'appuyant , outragé la
Nature ,
›› Et peut- eſtreſçais - tu de quoy
Te menacent , Naſſau , leur honte &
leurmurmure.
Ils commencent à voir que tu ne te
** fers d'eux
Que comme fait du Chat le Singe
canteleux ;
Que tu profites feul de toute leur
intrigue
Que Sur eux ton orgueilfe plaift à
dominer, .༣ ་
Et que s'ils font entrez dans une injufte
Ligue ,
Ce n'eft , fans fruit pour eux , que
pour te couronner,
Ainfi tes Allie , inftruits de ton
adreffe ,
Ne voudront plus marcher fous le
honteux Drapeau
I iiij
104 MERCURE
D'un Fourbe qui fe rit des pieges
qu'il leur dreffe ,
Et d'un Agamemnon nouveau ,
Mais plus fuperbe encor que celuy
de la Grece.
Il falloit , pour les adoucir,
Au fecours de Namur un peu mieux
réuffir.
Mais Louis l'attaque en perfonne,
Etfa prefence qui l'étonne
Te fait croire de fa valeur
Que c'est affez pour toy d'eftte le
Spectateur.
En Témoin commode & tranquille,
Tu le vois de fipris foumettre cette
C
Ville ,
Que mesme tu t'en fais honneur.
On doute cependant qu'au gouft de
l'Empereur
La gloire de tes yeux`puiſſe fervir
d'excuse
GALANT. ios
Aux froids accés de ta frayeur.
Mais qu'importe, aprés tout ? Quelque
nouvelle rufe
Te titera d'affaire, &fçaura le porter
Toft ou tard à s'en contenter.
Tes Agens luy diront qu'en bonne politique
Tu devois en ufer ainfi
Que c'est avoir bien réuffi
Que fauver Charleroy de la terreur
panique
Dont toy- mefme en tɔn Camp tu te
fentois faifi,
Et qu'enfin fi Namurn'a pû mieux
fe défendre ,
Il valoit mieux le laiffer prendre,
Que par une Bataille expofer le
Brabant.
Aux coups impetueux du Français
triomphant.
Peut-il refufer de fe rendre
106 MERCURE
A la folidité de ces fortes raifons ,.
Luy qui fur la perte de Mons
En docile Allié voulut bien les entendre
?
Non, credule comme autrefois ,
Il n'est point de ta part de raiſons
qu'il n'écoute >
El qui put de Fleurus excufer la déroute
>
Peut bien croire encor les exploits
Dont en vain ta fubtile rufe
Depuis plus de quatre ans & le berce,
& l'amuse.
Promets- luy donc , Naſſau , tout ce
que tu voudras ;
Cependant à ton ordinaire ,
Fuy le choc , & nous laiſſe faire ;
Car pour peu que LOVIS te tombe
fur les bras ,
Qui répondra de toy ? Tremble , Namur
en poudre ,
GALANT. 107
Où pourrois-tu te mettre à couvert de
la fondre ?
J'ajoûte un Sonnet & un
Madrigal fur la prise de la
mefme Place. Le premier m'a
efté envoyé fous le nom du
Solitaire d'Anjou.
M
SONNET.
Ufes allez cueillir les palmes
les plus belles >
De vos plus riches fleurs faites un
juste choix ;
Accordezfur vos Luths vos differen .
tes voix ,
Et venez celebrer nos conqueftes nouvelles.
108 MERCURE
2
Un affemblage affreux de Nations
cruelles >
Qui fe font un devoir de violer
les Lois ,
Sous l'injufte Tyran qui détrône les
Rois,
Déployoiens contre nous leurs forces
criminelles.
$
LOVISpart,foutenu de la faveur des
Cieux
,
Brave tant d'Ennemis , prend Namur
à leurs yeux ,
Et donne un nouveau lustre à fa
grandeurSuprême.
S
Le fort mit quelque borne aux autres
Conquerans s
Maisfans ceffe il s'éleve au deffus
de luy-mefme,
GALANT: 109
Et fes derniers exploits font toujours
tes plus grands.
MADRIGAL.
A
Nvers , rens-toy fans refifter.
L'an dernier Mons fut mis en
poudre
Par les terribles coups de foudre
De noftre tonnantJupiter.
N'attens pas l'an prochain à pourvoir
t'y refoudre.
Que cet an- cy, le fort pareil ·
Du trifte Namur te confonde,
Namur, qui n'a murosi ne fonde
Aux rayons de noftre Soleil.
Ce Madrigal eft de M ' Def
may , qui a fait auffi le Son,
net fuivant.
Ilo MERCURE
Sur le départ du Roy
pour l'Arméc.
Tran , defcens du Trône , il eft
temps , il chancelle.
T"
Previens le coup fatal qui va le venverfer.
La Ligue fans progrés commence à
fe laffer,
Et l'Anglois épuifé fe laffera comme
elle.
2
Sur les cent Bataillons que tu viens
d'amaffer,
Le Ciel va te confondre , en vangeant
fa querelle;
Nouveau Sennacherib , Chef d'un
Peuple infidelle ,
Ange Exterminateur en ton Camp
va paffer.
GALANT. 111
LOVIS te va chercher. Crains , l'os
rage s'apprefte.
Tu vas le voir creverſur ta coupable
tefte.
Louis qui le conduit fçait le temps &
l'endroit.
Un moment luyfuffit ; il reffemble à
la foudre ,
Quifur le Rocqu'ilmet enpoudre
Le lance , frape, & disparoist.
Vous ne ferez pas fachée
de voir ces autres Vers fur le
Voyage du Roy. On peut dire
que tous les François ont parlé
par la bouche de celuy qui
en cft l'Auteur.
И
112 MERCURE
G
MADRIGAL.
Rand Roy , nous fremiffons de
te voir attaquer
Tant d'Ennemis liguez für la terre
&fur l'onde.
Helas ! tout l'Empire du monde
Vaut-il ce que tu vas riſquer ?
Songe que du Dieu Mars les terribles
tempeftes .
N'épargnent pas toujours les plus
anguftes teftes
Au caprice dufort ne va point t'immoler.
Prens foin de tes beaux jours autant
que de ta gloire,
Et ne t'expofe point à gagner de
victoire ,
Dont ilnous falluft confoler.
Voicy encore quelques Vers
GALANT.
IIg
qui meritent bien d'avoir pla
ce icy. Ils font de Mr du Four
du Havre.
AU ROY,
692900
SRR LA PRISE DE MONS
& de Namur , à la veuë
du Prince d'Orange.
P
Heros, en Rendrè Mons , grand He
moins de quinze jours,
Laiffer venir Guillaume àfonfecours
Pour augmenter l'éclat d'une telle
Box victoire ,
C'est ce que nos Neveux,
A peine pourront croire,
En lifant dans nos Vers cet exploit
glorieux.
Mais affieger Namur , Namur l'inaceffible
:
Juillet 1692 . K
114 MERCURE
Demeurer dans ton Camp paiſible,
Voir le mefme Guillaume avec cent
Bataillons,
Et plus de trois cens Efcadrons ,
Venir avec audace
Pour tenter le fecours de cette forte
CHO Place , B2LAY AJ 478
Qui loin d'avoir le front
D'ofer rien entreprendre ,
Ne remporte avec luy que le mortel
affront
De voir Namurfe rendre.

C'eft cela que jamais on ne pourra
comprendre.
Fameux Guerrier, invincible Loüis,
Ne force plus de Places imprenables
;
Fais deformais ,grand Roy , des faits
moins inouis ,
Autrement tes exploits pafferont pour
des Fables.
GALANT.
Vous no ferez pas furprife
de voir un Difcours de Madame
de Pringy fur cette mê
me conquefte , puis qu'elle en
a fait fur chaque action glos
ricufe de Sa Majesté .
SSESEZSZESESS 2223
LA VICTOIRE
Parlant au Roy fur la prife
fedede Namur."
I
Ay quelquefois fervy les
Heros de l'antiquité ; mais
vous , Prince que la valeur
la juflice accompagnent , puis je
Kij
116 MERCURE
vous
m'empefcher de vous fuivre tou
jours ? Vous m'avez veüe dans
la Paix couronner vos vertus de
Lauriers immortels
me voyez dans la guerre voler
au gré de vostre ardeur. Je ne
fçay plus me partager; vous m'avez
affujettie , & vostre bras
invincible qui trouve fon repos
dans fon mouvement , me fait
trouver ma felicité dans vos
triomphes. Ne me donnez point
de loifir , Namur est heureuſe,
elle vous obeit ; que tout l'Univers
luy reffemble. Portez la
terreur chez les impies , & fans
vous arrefter fuivez voſtrejuſGALANT.
07
tice , je fuivray vos projets .
Ces rebelles qui s'opposent à vos
justes deffeins n'auront plus
bien- toft d'autre refiftance que
l'injufte volonté de ne vous pas
obeir. Plus leur injuftice augmente
, plus leur force diminuë,
& l'imparfait aſſemblage qu'ils
ont formé ne les rendra pas plus
puiſfans. Ils verront que le Ciel
vous fortifie , comme il vous
éclaire , & que leur nombre ,
loin de vous donner de la crain-
-te , redouble vostre courage . Ouys
Prince, allez tout clement
que
vous eftes » n'épargnez rien. Éxterminez
les Ufurpateurs des
118 MERCURE
Couronnes , Affoibliffez les fou
tiens fur lesquels ils fe repofent,
& affeurez- vous de ma fidelité.
Toujours égale à vous fervir ,
vous m'avez veuë braver les
demons les hommes . A-t- il
fallu pour la gloire de vostre zele
defcendre aux Enfers, & com
battre la mort , jay courufans
me laffer, toujours plus ardente
à vous fuivre , je ne veux que
Vous couronner. Poursuivez ces
ingrats que
l'envie a feduits, &
qui jaloux de vostre gloire l'aug
mentent en la voulant détruire
Namur eft reduit. Vous avez
veu ces heureux vaincusfe par
GALANT. 119
1
tager de fentiment, &les uns
defirant eftre l'objet de vostre
mifericorde , s'opposer à ceux qui
irritoient voftre juftice. Que ce
premier trait vous anime. Voftre
puiſſance devroit tout foumettre
fans refiftance , mais voftre gloire
ne le veut pas permettre , & la
force de vostre bras feroit inconnuë,
fi elle n'estoit pas éprouvée.
Tous ces coeurs qui vous fervent
par amour autant que par devoir,
fignaleroient - ils leur Zele &
leur tendreſſe , fi vos Ennemis
ne leur ouvroient par leur refiftance
un champ de lauriers où la
waleur les fait courir , afin que
120 MERCURE
je
vous couronne fans ceffe en
vousfuivant par tout fans inter.
ruption ? Laiffez moy continuer
avec vous d'estre la Déeffe des
combats . N'arreftez pas mon
ardeur guerriere; attaquez; vainquez
, triomphez. Ne pouvant
fuffire qu'à vous , la Renommée
de
vos
auffi ne pourra publier que vous.
Employez tous mes lauriers &
occupez toutes fes voix , & lVnivers
ne retentira que de voftre
gloire , & ne brillera
vertus. Vous eftes le Prince defiré
des Nations , que les autres
Rois n'attaquent que par envie,
Renverfez tous leurs projets,
que
s'ils
GALANT. 127
`s'ils ne vous redoutent , qu'ils
vous éprouvent . Faites leur fentir
ce qu'ils ne veulent pas croire,
& par une funefte experience
qu'ils confeffent que rien
ne peut refifter à voſtre bras victorieux.
Si j'ay fuivy quelque
Heros au milieu des Combats ·
j'estois feule àfes coftez , mais avec
vous la GloireeglaJustice ont
toujours efté mes Compagnes.Fay
rejony tout l'Univers quandj'ay
couronné Alexandre , mais vous,
le Ciel & la Terre triomphent
"quand je vous couronne , & fi
vous m'employez toujours , je
feray reverée jufque chez les
Juillet 1692 . L
122 MERCURE
vaincus. Continuez à vous faire
craindre. L'amour est un tribut
que pas un coeur ne vous refuſe.
Impofez de mefme l'obeiffance..
Vous n'avez qu'à le vouloir , la
puiſſance & le merite font des
droits naturels en vous. Ne
Laiffez rien ufurpers wous en
uſez en Pere , uſez en Roy de
ces dons que le Ciel n'a répandus
fur vous avec abondance , que
pour rendre heureux tous les
Peuples du monde , & ne vous
laffez pas de vaincre ; tout ce qui
vous attaque ne peut vous refifter.
La Victoire vous fuit pas,
pas vos moindres mouvemens
1
a
GALANT. 123
m’animent, & je triomphe quand
vous agiffez. Mais pourquoy
vous inspirer lefang & le carnage
? La temerité de vos Ennemis
excite affez voftre valeur.
Temperez l'ardeur des mouvemens
qu'ilsfont naistre . Suis- je
moins la Victoire en vous couronnant
d'olive , qu'en vous
couronnant de lauriers ? Eftesvous
moins redoutable dans la
Paix, qu'aimable dans la Guerre,
& n'avez- vous pas fceu joindre
le mouvement de vaincre au repos
le plus achevé ? Ne laiffezdonc
plus languir la Paix dans
les fers rigoureux que vos Enne-
Lij
124 MERCURE
mis luy impofent. Elle foupire,
écoutez fes gemiffemens , & ne
laiffez de cours à la puiſſance de
vos armes qu'autant qu'il
faut pour affeurerà l'Univers un
repos que la Victoire n'aura jamais
avec Vous.
en
J'ajouteray à ce que je vous
dis la derniere fois , en vous
apprenant la mort de Madame
la Princeffe de Carignan,
arrivée le Mardy 3. de Juin, à
Trois heures & demie du matin,
que M' le Curé de Saint
Euſtache qui luy avoit adminiftré
tous les Sacremens, enGALANT.
125
voya douze de fes Ecclefiafti
ques qui pfalmodierent
fans
difcontinuation
auprés du
Corps , tant dans la chambre
où elle fut expofeée en fon lit
de parade juſqu'au Jeudy ș .
que dans fa Chapelle ruë de
Grenelle , où pendant neuf
jours quantité de perfonnes.
du plus haut rang , & un concours
de peuple incroyable
vinrent luy jetter de l'Eau-
Benifte , & affifterent aux
Meffes qu'on y celebra chaque
jour depuis quatre heures
du matin jufques à midy. Le
Jeudy 12 , M le Curé de Saint
L iij
126 MERCURE
Euftache , précedé de fon
Clergé , vint y chanter les Vefpres
des Morts avec les ceremonies
& encenfemens accouftumez
, & nomma Mr de
Cornoaille fon Vicaire pour
accompagner le corps de cette
Princeffe jufqu'à la Chartreufe
de Bourbon lés Gaillon ,
où elle avoit fouhaité d'eftre
enterrée. Le tranfport s'en fit
le 13. avec un cortege digne
de la grandeur de Sa Maiſon.
Il y avoit fix Ecclefiaftiques
de la Parroiffe , fes deux Aumoniers,
plufieurs de les Gentilshommes,
& premiers OffGALANT:
127
ciers , au nombre de cinquante
perfonnes, fans y comprendre
les Gens de Livrée . Le
corps repofa à Poiffy dans l'E
glife des Capucins , & il fut
porté le mefme jour dans l'Eglife
Collegiale de Mante, où
il demeura pendant la nuit.
On le mit en depoft le lende
main dans l'Eglife de noftre-
Dame de Vernon , & il arriva
fur les fix heures du foir à la
Chartreuse de Bourbon. Les
Doyens & Curez de tous les
licux par où le Convoy paffa ,
firent des Prieres fur le corps,
& l'on diſtribua des aumofnes
Liiij
128 MERCURE
à tous les Pauvres des Paroiffes ,
de la route. Il fut prefenté le
Samedy 14 , au P. Prieur étant
à la tefte de fa Communauté,
par M de Cornoaille , & M
l'Abbé de la Borde , Premier
Aumonier de la Princeffe ,.
luy fit le Difcours qui fuit.
3...
Nous venons en ce lieu , mon
Reverend Pere pour mesler nos
larmes à celles des faints Solitai
res qui habitent. Le prefent qui
leur eft faits eft digne de la pieté
de ce Monaftere, & de la Princeffe
qui le donne. C'est le corps
de tres - haute , tres - puiffante
7
GALANT. 139.
fereniffime Princeffe , Madame
Marie de Bourbon , Princeffe
du Sang, Veuve de tres-haut ,
tres-puiſſant & fereniffime Prince
, Monfeigneur
François - Thomas
de Savoye , Prince de Carià
ces gnan,que nous apportons.
faints Solitaires , pour leur donner
des marques fenfibles aprés la
mort de noftre illuftre Princeffes
de l'eftime & de l'amitié qu'el-
Le a cue pour eux pendant fa
vie
Elle a cru que ce n'eftoit pas
affez pour cette fainte Commu
nauté de poffeder Meſſeigneurs
·les Cardinaux de Bourbon , fes
3
130 MERCURE
illuftres Fondateurs , Oncles &
Freres de Meffeigneurs Charles
de Bourbon , Comte de Soißons ,
Madame Anne de Montaffier,
fon Epoufe , Pere & Mere de
Monfeigneur Louis de Bourbon,
Comte de Soiffons , Frere de notre
illuftre Princeffe , deux defes
plus tendres Enfans , Monfeigneur
le Prince Eugene de Savoye
, Comte de Soiffons , & la
Princeffe Loüife de Savoye , Veuve
de tres- haut, tres-puiſſant &
Souverain fereniffime Prince
de Baden. Tous ces précieux dépofts
ne rempliffoient pas affez
be zele de noftre pieufe Princeffe
GALANT. 131
pour le bien l'honneur de cette
Maifon ; elle a voulu y eftre dépofée
elle -mefme pour luy donner
des marques fenfibles d'un éternel
fouvenir.
Il est difficile , mon R. P. de
parler dignement d'une auffi
grande Princeffe que la noftre ,
en qui Dieu avoit renfermé tant
de perfections & de vertus , pour
en faire un miracle dans l'ordre
de la grace , comme elle l'eftoit
par fa glorieuse naiſſance dans
l'ordre de la nature..
Dans une fi haute élevation,
qui a jamais vû paroiftre en elle,
ou le moindrefentiment d'orgueil,
132 MERCURE
le moindre air de mépris › füivant
les paroles du Prophete
Royal , Neque ambulavi in
magnis , neque in mirabilibus.
fuper me , quoy qu'il fuſt naturel
à noftre illuftre Princeffe de
faire fentir à tout le monde une
grandeur qui luy eftoit naturelle ..
Si vous aviez vû , comme
nous , le zele avec lequel elle a
inspiré , dans fa maladie , au
Prince & Princeffes defon Sang,
qu'elle aimoit avec tendreſſe , les
fentimens de Religion & de
crainte de Dieu , un attachement
inviolable , & un profond refpect
pour le plus grand des Rois,
GALANT. 133
vous les auriez vûs tous fondant
en larmes foumis à de fi faintes
instructions toute fa Maifon
defolée. Elle fe trouve toute vive
toute entiere entre les bras
de la mort , fans presque l'avoir
envifagée. A ce fatal avertiſſement,
noftre Princeffe pleine de
foy ramaffe toutes les forces qu'un
long exercice de pieté luy avoit
acquifes, & regardefans fe troubler,
humiliée fous la main de
Dieu , toutes les approches de la
mort ; de forte que nous pouvons
dire avec le Prophete Ifaye que
fa mort eft glorieuse devant Dieu,
édifiante fur la terre : Et crit
134 MERCURE
fepulchrum ejus gloriofum.
Confiderez cette pieufe Princeffe
devant les Autels . Voyez
qu'elle eftfaifte de la prefence de
Dieu , regardez cette respectueufe
attention , la profonde humifonde
humilité avec laquelle elle
a receu le Saint Viatique. Ce
Sage Miniftre de Jefus - Chrift
vous certifiera que la foy du Centurion
admirée par le Sauveur du
Monde , ne fut pas plus vive
que la fienne .
Ainfi preparée du cofté de Dieu,
il ne faut pas s'étonner fi elle a
fait paroiftre en mourant , toute
Mr de Cornoliaille
GALANT. 135
la grandeur de fon ame , & fi
elle eft morte en Heroine Chretienne
; caron peut bien dire d'elle
ce que dit l'Ecriture d'unfaint
Roy dont elle a canonize la piete,
Spiritu magno vidit ultima ,
qu'elle a envisagé fa fin avec un
efpritfublime & predeftiné.
Quels décours ne faut- il pas
prendre àla bonte de la Reli
gion ? Quels ménagemens ne
faut- il pas apporter pour déterminer
les Grands du monde dans
leurs violentes maladies à fe
munir des divins fecours. Ny
ménagemens ny détours ne
font neceffaires pour y réfoudre
1,6 MERCURE
noftre vertueufe Princeffe . Elle
les defire elle mefme avec ardeur,
elle les demande avec empreſſement
, elle n'attend pas que fon
efprit affoibly nefoit plus en eftat
d'en profiter ; elle veut pour reffentir
toute la vertu des divins
Sacremens , eftre dans un parfait
ufage de fa raison, poſſederfon
ame tonte entiere pour s'en appliquer
tout le fruit.
Pleurez , Pauvres de Fefus-
Chrift, pleurez dis -je Religieux,
Vierges facrées ames pures don't
le monde n'eftoit pas digner vous
qu'elle affiftoit avec tant de joye
de bonté , qu'elle vifitoit avec
GALANT. 137
de fi faints empressemens , en fe
dépouillant d'une grandeur qui
luy estoit fi naturelle . Quel Pa
negyrique prononceriez - vous à
fa gloire par vos gemiffemens ,
s'il m'eftoit permis de vous introduire
dans ce lieu de penitence !·
Aidez-nous, mon R. P. & tous .
os illuftres Solitaires , à remplir
dans toute fon eftenduê un commun
devoir. Sainte Solitude , que
noftre grande Princeffe a choifi ,
diftinguée par préférence ,
donnez- luy une fepulture Chrétienne,
digne de fa naiſſance..
Aidez- nous à luy rendre devant
Dieu le tribut folide de noftre ve
Juillet 1692 ..
M
2
138 MERCURE
que
vous
ritable
reconnoiſſance , & par
les Sacrifices fans tache
allez immoler chaquejour , achevez
de purifier cette ame que toute
la grandeur du monde n'a pa
remplir , parce qu'elle eftoit créée
pour la gloire éternelle & incorruptible
, que Dieu prépare àfes
Elus.
Le Pere Prieur luy ayant
répondu d'une maniere fort
édifiante , on fit les Pricres
accoutumées
, & le lendemain
aprés qu'il cut celebré une
Melle haute , le Corps fut
mis avec les ceremonies ordinaires
dans le Caveau da .
't
GALANT. 139
1
Maufolée des Bourbon-Soiffons
, l'un des plus fuperbes
qu'il y ait en France .
Vous avez déja appris la
mort de Mr le Duc d'Ufez ,
puis qu'elle eft arrivée le premier
jour de ce mois . Il n'eftoit
encore que dans fa cinquantième
année , & le nom
de Comte de Crufſol qu'il a
porté fort longtemps avant
qu'il fuft Duc d'Uzez , vous
l'a fait affez connoistre . Vous
fçavez que la Maifon de Cruffol
eft tres- ancienne . Elle prend
fon nom de la Terre de Cruffol,
fituée dans le Vivarers
Mij
140 MERCURE
proche du Rofne , avec titre
de Comté. Geraud Baftet I
du nom , Sire de Cruflol , vivoir
en 1304. & c'eſt de luy .
qu'eftoit defcendu Jacques ,
Sire de Cruffol , Grand Panetier
de France , qui épousa Simonne
, Vicomteffe d'Uzez , .,
Fille unique & Heritiere de
Jean & Jeanne de Brancas ,..
dont il eut Charles de Cruffol,
Vicomte d'Uzcz , Chambellandu
Roy , & Grand Pannetier
deFrance en 1533. Celuycy
épousa Jeanne de Genouillac
, Dame d'Acier , Fille de
Jacques Grand - Maitre de
GALANT 14
Artillerie & Grand Ecuyerde
France , & de ce Mariage
fortit entre autres Enfans ,
Antoine de Cruffol , qui eut
beaucoup de part aux affaires
de fon temps , & qui commanda
en Languedoc , Provence
& Dauphiné . Le Roy
Charles IX. voulant recompenfer
fes fervices , érigea en
fa faveur Uzez cn Duché &
Pairie vers l'an 1577. Comme
il mourut fans pofterité , Jacque
de Cruffol fon Frere luy
fucceda . Il fut Confeiller d'E
tat , Capitaine de cent hommes
d'armes des Ordonnan142
MERCURE
ces , & à la premiere creation
des Chevaliers de l'Ordre du
Saint Efprit, le Roy Henry III .
le fit de ce nombre. I prit
alliance avec Françoiſe de
Clermont , Fille d'Antoine, .
Vicomte de Tallard , dont il
cut Emanuel de Cruffol: I. du
nom , Duc d'Uzez , Pair de
France , qui fut Chevalier
d'honneur de la Reine Anne
d'Auftriche , & honoré du
Collier des Ordres du Roy en
1619. Il époufa Claude Ebrard,
Dame de Saint Sulpice , Fille
de Jacques dit Bertrand , Lieutenant
de Roy en Quercy ,
GALANT. 143
& de Françoife- Loüife Bala
gnier, Dame de Montfalcz ,
& il en cut François de Cruffol
, Duc d'Uzcz , Pair de
France , Chevalier des Ordres
du Roy en 1661. François de
Cruffol ayant épouſé Loüiſe-
Henriette de la Chaftre , en
fut feparé, aprés quoy il ſe remaria
avec Marguerite d'Ap
cher , Fille unique de Jean II.
Baron d'Apcher , & il en cut
Emanuël II. Duc d'Uzcz ,
dont je vous apprens la mort,
& Louis Marquis de Floren
fac. Mr le Duc d- Uzez avoit
époufé Julie-Marie de Sainte144
MERCURE
Maure , Fille unique & Heritiere
de Charles , Duc de
Montaufier , Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roy,.
mort depuis fort peu d'années,
& de Julie-Lucine d'Angennes
, Marquife de Rambouillet
& de Pifany, dont il
a cu M le Comte de Cruffol,
prefentement Duod'Uzcz , à
qui Sa Majesté a donné le
Gouvernement de Saintonge, .
& d'Angoumois , que la mort >
de Mr le Duc d'Uzez fon Pere
a laiffé vacant. Madame la
Marquife d'Antin , & Mada-
-me la Marquife de Barbeſieux v
Es
A
font
GALANT.
145
font auffi forties de ce mariage
.
On apprit dans le mefme
temps par les Lettres venuës
de la Haye que M' le Duc de
Meckelbourg y eftoit mort le
22. du mois paffé. La Maiſon
des Princes qui portent
ce
nom , eft une des plus anciennes
d'Allemagne . On ne peut
rien diftinguer de vray dans
de qu'en rapportent ceux qui
pretendent que fon origine
vient de Godefil ou de Genferic
, Rois des Vandales , l'un
en Eſpagne , & l'autre en Afrique
. D'autres la font venir de.
Fuillet 1692. N
146 MERCURE
Radagaife , Roy des Herules,
mais ce qu'il y a de certain ,
c'est que Henry , Prince des
Vandales, & Duc de Meckel .
bourg , qui défendit fi bien
fes Terres contre le Marquis
de Brandebourg qu'on l'appella
Henry le Lyon , fut Fils
de Henry le jeune , Prince des
Vandales , qui fuivit le Roy
Saint Louis en Egypte, & Pére
d'Albert I. Duc de Meckelbourg.
C'est de ces Princes
qu'eftoit defcendu Jean Albert
, Duc de Meckelbourg
,
qui introduifit
la Religion
Proteftante dans fes Eftats , &
GALANT. 147
ent pour Fils , Jean Duc de .
Meckelbourg , qui mourut en
1592. laiffant de Sophie , Fille
d'Adolphe , Duc d'Holface ,
Adolphe Frideric , & Jean Albert.
Ces deux Princes ont fait
les deux branches de Meckelbourg
Svverin , & de Meckelbourg
Guftrów . Adolphe
Frideric qui eftoit l'ainé des
deux , époufa les . Seprembre
1622. Anne- Marie ,
Fille d'Ennon II.Comte d'Oft
frife , dont il eut Chreftien-
Louis , Duc de Meckelbourg,
Prince des Vandales , & c'eft
celuy qui vient de mourir . Ce
Nij
148 MERCURE
Prince eftoit né le premier
jour de Decembre 1623. & avoit
époufé Chriftine Marguerite
de Meckelbourg Guftrou
, fa coufine , Fille de Jean ,
Albert , & veuve de François
Albert , Duc de Saxe Lauvembourg.
Il la repudia , & cftant
venu en France où il abjura
la Religion Proteftante en
1663. entre les mains du Cardinal
Antoine Barberin , il
receut l'Ordre du Saint Eſprit,
& époufa Elizabeth Angelique
de Montmorency , veuve
de Gafpard de Coligny IV.
du nom , Duc de Chaſtillon ,
GALANT. 149
& Soeur de François Henry
de Montmorency , Duc de
Luxembourg Piney , Maré-

chal de France .
Vous fçavez fans doute ,
Madame , que Sa Majesté a
créé cent Charges hereditaires
de Lieutenans de Roy dans
fon Royaume, aufquelles il a
attaché beaucoup de prérogatives.
L'Edit porte qu'elles
font créées pour des Gentilshommes
d'une qualité diſtinguée
par leurs fervices, & par
ceux de leurs Predeceffeurs . Il
y en a neuf pour le Languedoc
, & M le Marquis de la
Niij
150 MERCURE
Fare eft le premier qui ait cu
l'agrément de Sa Majefté pour
une de celles de certe Province.
Il eft à prefent le chef
de la Maifon de la Fare, dont
je vous ay marqué les avantages
dans quelqu'une de mes
Lettres. Il commença fort
jeune à fervir le Roy, de melme
que tous ceux de cette famille,
ayant cu fept de ſes Freres
dans le fervice , dont il
en eft mort plufieurs . Il y en a
eu de Colonels de Cavaleric,
& d'Infanterie , de Gouver.
neurs de Places , de Maréchaux
de Camp & de Licu
GALANT.
Isr
tenans Generaux des Armées.
du Roy. M' le Marquis de la
Fare dont je vous parle,a receu
plufieurs bleffures , & entre
autres uu coup de Moufquet
qui luy a fait perdre un oeil.
Auffi a-t- il paffé par tous les
degrez , ayant cfté Capitaine ,
Meftre de Camp d'Infanterie,
& de Cavalerie , Gouverneur
de la Ville de Balaguier en Catalogne
, & puis de la Citadelle
& Chafteau de Roze
auffi en Catalogne , le Gouvernement
ayant vaqué parla
mort de M' le Marquis de la
Fare fon Frere ainé , Pere de
Niiij
152 MERCURE
Mr le Marquis de la Fare,Capitaine
des Cardes du Corps de
Monfieur. Il eft prefentement
Gouverneur du Fort de Brefcou
, Ville & Port d'Agde
fur la cofte , du Languedoc ;
Subdelegué de Meffieurs
les Maréchaux de France
pour connoistre des differens
de la Nobleffe fur le point
d'honneur , & fort ancien
Maréchal des Corps & Armées
du Roy. Il n'a que deux
Fils Capitaines de Cavalerie ,
& eft marié avec Dame Maric
d'Allemend de Mirabel .
porre pour Armes d'azur à
II
GALANT. 153
1

trois Flambeaux d'or allumez de
gueules , mis en pal . Je vous
parleray avec le temps des autres
Lieutenans de Roy, qui
ont cfté agréez. J'ay creu devoir
commencer par M' le
Marquis de la Fare , parce
qu'il eft le premier qui ait cu
cet avantage.
Je vous envoye une Lettre
venuë de Hollande que vous
ne ferez pas fafchée de lire.
Elle eft écrite à M' le Comte
de Tourville , & le hazard
me l'a fait tomber entre les
mains.
154 MERCURE
A la Haye ce 12. Juin 1692.
MONONSSIEUR,
Je n'ay jamais eu l'honneur
de vous écrire , & fi je prens
aujourd'huy cette liberté , ce n'eft
point dans le deffein de vous confoler
du malheur qui vous eft arrivé.
Jamais malheur n'eut moins
befoin de confolation que le vôtre,
& il n'y en eut jamais de
plus glorieux . Bien des Generaux
en remportant la victoire ,
n'ont pas acquis tant de réputation
que vous avez fait en la
perdant , & ficette fois l'avanGALANT.
ISS
tage a efté pour les Vainqueurs,
la gloire a efté toute entiere pour
les Vaincus. Ce n'est pas moy,
Monfieur,qui le dis .Je pourrois étrefeduit
par l'ancienne profeffion
que je fais de vous honorer , &
d'eftre de vos ferviteurs. Je ne
parle que fur le rapport de vos
Ennemis témoins , fur lafoy def
quels on peut bien fe repofer, &
qui tout remplis des belles actions
que vous avez faites dans cette
Bataille , ont parlé de vous d'une
maniere fi avantageuse , que leurs
Maiftres en lesfaifant imprimer,
n'ont pas jugé à proposfelon leur
politique , de publier ainfi les
156 MERCURE
éloges d'un General ennemy , qui
pourra paroistre encore fur la
Scene. Je fuis en lieu pour en
fçavoir des nouvelles , & ce n'eft
pas feulement Allemonde , Ca-
Tambourg, Vemberg, Goës , Skry,
లో les autres principaux Officiers
de la Flotte Hollandoife qui vous
rendent cette juſtice , bonnes gens
qui nefçavent dire que ce qu'ils
penfent , mais ce font M les
Anglois , Nation fiere , qui jufqu'à
vous n'avoient jamais fcen
ce que c'eftoit que d'admirer même
fes Vainqueurs , à plus forte
raifon un Vaincu . C'est un Ruffel
qui a avoué qu'il ne s'eftjaGALANT.
157
mais vû en pareille fefte , ny en
plus grand danger. C'eft Delval
qui vous a vû finir comme vous
avez commencé, & ne fortir
du Combat qu'au milieu des feux
& des flames , lors qu'il n'y
avoit plus lieu de combattre . C'eft
enfin Schoirel , qui témoin de tout,
écrit que
a que vous avez tout feul
effuyé toutes les forces des Alliez,
qu'on ne pouvoit pas foutenir
la partie avec plus de conduite ,
de valeur & d'intrepidité que
vous avez fait jusqu'au bout. Je
ne parle point ainsi , Monfieur ,
pour dire de belles chofes. Du
moins fi j'en dis , c'est parce que
158 MERCURE
vous les avez faites. Je n'ay pas
befoin d'éloquence , talent que je
n'ay pas acquis en vingt- quatre
ou vingt- cinq ans qu'il y a que
je fuis hors de France ; je n'ay
qu'à eftre un Hiftorien fidelle ;
& pour preuve que je ne fuis pas
de ce caractere-là , c'est que je
vais vous raconter auffi ce que
l'on dit contre vous , qui eft que
cette action eftoit bien hardie
, d'eftre venu chercher
attaquer avec quarante - cinq
Vaisseaux de
forces des deux plus puiffantes
Nations ; ce qui eftoit les affronter
, témoigner beaucoup de
guerre
, toutes
les
GALANT. 159
mépris pour elles. On ne comprend
pas aprés cela comment
elles ont pu vous donner tant de
louanges. Voftre deſſein eftois
d'en meriter bien d'autres à leurs
dépens, elles avouent que vous
ne vous y eftes pas mal pris ,
que vos premiers faluts furent
terribles , juſqu'à les déconcerter;
mais le vent qui s'eft déclaré toute
cette année contre les François,
vous trahit malheureufement .
C'eftoit trop d'avantages à lafois
pour des Ennemis , de plus de la
moitiéplus forts que vous , mais
qui eurent befoin de tout ce fecours
pour vous arracher la vic
160 MERCURE
toire , qu'ils n'ont remportée qu'à
la faveur des tenebres la
que
fumée du Canon caufoit. Ce fut
pourtant à leur dire ) dans cette
occafion que vous fiftes des actions
qui meritoient un grand jour . Je
fcay pas , Monfieur , fi je fais
mal de vous en faire encore fouvenir
; mais de tout ce que vous
avez fait de plus éclatant en
voftre vie où vous avez esté toujours
heureux , je ne crois pass
quoy que mal- heureux icy, qu'il
y ait jamais rien eu de plus beau
pour vous que cette journée , où
vous fuftes plus de quatre heures
fur la fin du Combat à eſſuyer
GALANT. 161
·tout ce que vos Ennemis avoiens
de plus terrible, fans leur donner
jamais le moindre avantage fur
vous. C'est dans ces occafions las
Monfieur , que l'on connoist
ceux qui meritent d'eftre mis au
nombre des Heros . Je vousfupplie
tres humblement de me pardonner
, fi aprés cela je prens la
libertéde vous dire quevous avez
lieu d'eftre content de vous , &
que vous n'avez aucun fujet de
vous plaindre de la fortune . Elle
ne pouvoit faire guere davantage
pour vous lors
que
tout étoit
contre vous. Les Miracles de la
façon font rares ; c'en est un aſſes
Juillet 1692 .
162 MERCURE
grand que de vous avoir tirés
non feulement d'entre les mains
de vos Ennemis où tout le monde
icy vous croyoit , mais d'entre
celles de la mort que vous avez
bravée durant quatre jours . Je
fuis bon François fi jamais homme
le fut , mais quelque grande
que paroiffe la perte que la Franfaite
dans cette occafion , je
trouve qu'il y a lieu defe confoler
qu'un homme comme vous
ait estéfauvé de tout danger aprés
en avoir tant tant couru , &
je ne doute pas que vous nefaffiez
bien toft fentir aux Ennemis
de la France comme vous le fiftes
ce a
GALANT. 163
fi bien la Campagne paſſée , qu'à
armes égales fon deftin eft tou
jours de triompher . F'efpere ,
Monfieur , que vous voudrez
bien me faire la grace de croire
qu'il eft peu de perfonnes au
monde qui le fouhaittent tant que
moy pour le bonheur de maPatrie,
pour voftre gloire , n'y ayant
point d'homme au monde quifoit
avec plus de refpect & de paffion
que je fuis , Monfieur
Vostre tres , &c.
Le hazard fe mefle de beaucoup
de choſes , & on luy doit
quelquefois ce qu'on s'eft
O ij
164 MERCURE
flatté inutilement d'obtenir
de la prudence . Un Cavalier
né pour les plaifirs , & fait
pour les procurer , menoit une
vie fort agreable , en voyant
tout ce qu'il y avoit de jolies
perfonnes qui luy paroiffoient
dignes de fes foins . Ses manieres
pleines de galanterie
cftoient un charme pour les
plus difficiles à eftre touchées,
& celles qui n'aimoient que
la dépenfe trouvoient leur
compte avec luy , par les avantages
qu'il avoit reçus de la
Fortune & qui le rendant d'une
humeur fort liberale , luy
GALANT. 165
faifoient chercher de jour en
jour de nouveaux moyens de
divertir & de plaire. Joignez
à cela un efprit aifé & delicat,
qui faifoit toujours impreffion
quand il vouloit s'appliquer
à dire de jolies chofes .
Ainfi fon coeur qu'il fembloit
offrir à toutes celles pour qui
il avoit un peu d'affiduité ,
fut une conquefte à faire , qui
excita bien des jaloufies ; mais
enfin aprés l'avoir promené
·long- temps par tout
put s'empefcher de le fixer
auprés d'une jeune Demoifelle
d'un fort grand merite ,
il ne
166 MERCURE
qui luy témoignant moins
d'empreffement que toutes
les autres , de s'en rendre la
Maiftreffe , le piqua plus fortement.
Le peu d'efforts qu'elle
fembloit faire pour s'attirer
fes vifites,fut ce qui le fit eftre
plus affidu à la voir, & quand
en feplaignant de fon apparente
indifference , il luy difoit
qu'il eftoit bien mal récompenfé
des reproches qu'on luy
faifoit en tous lieux , qu'il negligcoit
toutes fes Amies pour
ne s'attacher qu'à elle , les
confeils qu'elle luy donnoit
d'un ton un peu froid , quoy
GALANT. 167
tion ,
que toujours fort honnefte ,
de ne point quitter mal à propos
ce qui avoit pour luy plus
de charmes que La converfaredoubloient
ſa paffion
avec tant de force , que ne
pouvant plus trouver de plaifir
ailleurs , elle fut enfin l'unique
objet de fa complaifance.
Un amour fi violent produifit
bien-toft l'effet qu'elle
en avoit attendu . Il parla d'articles
; ils furent dreffez , & le
mariage fe fit en fort peu de
temps . La tendreffe eftant
réciproque entr'eux , l'union
fut auffi douce qu'étroite ,
168 MERCURE
mais quoy qu'il aimaſt veritablement
fa Femme , l'affu
rance d'eftre aimé , & le privilege
d'en recevoir toujours
les plus fortes marques , luy
en rendirent infenfiblement
les douceurs plus infipides , &
le panchant qu'il avoit à eftre
galant , luy faifant fermer les
yeux fur les obligations où
il s'eftoit mis , il recommença
à voir les Belles , fans vouloir
fonger aux rifques où il s'expofoit.
C'eftoit manquer en
quelque façon à ce qu'il devoit
à une Femme qui n'avoit
yeux que pour luy feul, des
mais
GALANT. 169

mais comme il luy confervoit
une tres-fincere eftime , il crut
qu'il y avoit du fcrupule a
vouloir porter les chofes plus
loin , & qu'il rempliroit affez
fes devoirs , s'il tenoit avec
elle une conduite remplie d'égards
& d'honneftetez , fans
s'affujettir à mener une vie
languiffante & trifte , en fe
privant de ce qui avoit toujours
fait fes plus doux plaifirs.
Ce changement chagrina
la Dame. Quoy qu'il vêcuſt
toujours avec elle de la maniere
du monde la plus obligeante
pour tout ce qui regar
Juillet 1692.
P
170 MERCURE
doit & fes divertiſſemens , &
la dépense qu'elle vouloit faire
, il luy fut aiſé de remarquer
que les fentimens étoient
moins vifs, & qu'il entroit un
peu de contrainte & de froideur
dans les careffes qu'il af
fectoit de luy faire. Elle luy
en fir de legeres plaintes , &
en luy difant agréablement
qu'il ne pouvoit s'empêcher
d'eftre coquet , elle le pria
de prendre garde , qu'à force
de voir les Belles, quelque Ri,
vale ne luy enlévaſt fon coeur.
Il répondit à cela qu'elle devoit
juger affez bien de luy,
GALANT. 171
1
pour eftre perfuadée que luy
ayant connu un merite qu'il
n'avoit trouvé dans aucune autre,
cette connoiffance le foutiendroit
contre toutes les furprifes
qu'elle fembloit craindre
, mais qu'il luy falloit un
amufement , & qu'ayant toujours
efté du monde , il done
neroit lieu à des contes mal
plaifans.dont le ridicule pour
roit retomber fur elle , fi le
mariage l'obligeoit à la re
traite ; que d'ailleurs il faifoit
voir le pcu de part que fon
coeur avoit dans les commerces
galans qui luy estoient
Pij
172 MERCURE
reprochez , puis qu'il contoit
des douceurs par tout fans
aucune préference , & qu'il
n'y avoit que l'attachement
particulier qui puft eſtre dangereux.
Ce qu'il diſoit cftant
affez vray - femblable , il fut
conclu , que tant qu'il n'y auroit
point d'affiduité reglée ,
la Dame n'auroit aucun droit
dé cenfurer fa conduite . Ccpendant
il eut beau fe déguifer
, & chercher à luy cacher
dans la foule le vray chemin
qu'il tenoit ; elle démeſla qu'-
une aimable Veuve avoit fes
foins les plus empreffez
, &
GALANT. 173
que les vifites qu'il rendoit
aux autres n'eftoient qu'une
adreffe pour empêcher qu'on
ne découvrift ce qu'il avoit
dans le coeur. La Dame, aprés
s'eftre entierement éclaircie
dans fes foupçons , luy demanda
un jour en riant fes
feuretez contre cette Veuve ,
& l'embarras qu'il fit paroiftre
à fon nom , la convainquit
qu'il en eftoit veritablement
touché. Il tâcha de fe remettre
, & luy répondit d'un ton
froid que
fes reproun
peu
ches
eftoient
fort
injuftes
,
puis
que
la Veuve
eftoit
celle
Piij
174 MERCURE
de toutes les Dames chez qui
il alloit , qui luy convenoit
le moins , & pour fon efprit ,
& pour l'inégalité de fon humeur
, & que s'il pouvoit
honneftement ceffer de la
voir, fans donner lieu de penfer
qu'elle en cuft efté jalouſe,
il luy en feroit le facrifice fans
peine. La Dame ne pouffa pas
la chofe plus loin ; & le Cavalier
s'obferva un peu plus
qu'il n'avoit fait , lors qu'il
cut connu que l'on penetroit
dans ſes veritables fentimens,
mais la contrainte qu'il fe fir
par là , ne fervit qu'à augmen
GALANT. - 175
ter l'envie qu'il avoit de voir
laVeuve , & à luy en rendre
le plaifir plus doux .On renouvella
les plaintes , & comme
il les receut d'une maniere un
peu aigre, fa Femme qui eftoit
fage & habile , comprit qu'il
y avoit du danger à le trop
pouffer fur une intrigue que
la réſiſtance pouvoit affermir,
& qu'un peu de temps devoit
détruire. Elle feignit de ne
pas s'appercevoir qu'il prenoit
fon ferieux , & tourna la chofe
en plaifanterie. Il y cut feulement
de fon cofté un redou
blement de complaifance , &
Piiij
176 MERCURE
il en fut tellement charmé ;
que joüiffant de l'entiere li
berté de vivre à fa fantaiſie , il
luy en marquoit fa reconnoiffance
par tous les plaifirs qu'il
pouvoit luy procurer . Il ne
laiffoit pas de voir toujours
fort fouvent la Veuve , & fi
quelqu'un l'accuſoit d'eftre
trop galant , fa Femme prenoit
fon party d'une maniere
agreable , & témoignoit que
rien ne luy pouvoit plaire,
tant que de voir les Belles
trouver du merite en fon Mary.
Il y avoit déja plus d'un
an qu'on luy laiffoit fuivre
GALANT. 177
P
fon panchanr fans aucun ob
ftacle , lors que fa Femme luy
propofa d'aller paffer quelques
jours à une maiſon de campagne,
où ils alloient quelquefois,
aux environs de Paris . Comme
il ne fit pas d'abord réponſe
fur la propofition , une Amie
commune qui devoit cftre de
cette partie , luy dit en riant
qu'elle ne faifoit pas reflexion
qu'il n'y avoit que deux jours
jufqu'à celui de la fête duCavalier
, & qu'il perdroit trop s'il
s'éloignoit dans un téps où les
Bouquets devoient l'accabler.
Le Cavalier répondit qu'il ne
178 MERCURE
vouloit pas rompre la partie,
& que peut-eftre il n'y auroit
rien de perdu pour luy , puis
qu'il croyoit avoit affez de merite
pour s'attirer le voyage
d'un Grifon. Le mot de Grifon
fit rire, on en parla quelque
temps , & l'on partit. Le
jour de la fefte eftant venu ,
l'Amic de la Dame , auffi
fpirituelle qu'elle eftoit aimable
, & par l'agrément de fon
humeur , & par ce je ne fçay
quoy qui eft fi touchant , &
que l'on rencontre en fort peu
de Femmes , fe mit en tefte
de tromper le Cavalier. Sa
GALANT . 179
Femme avec qui elle concerta
la tromperie,fe fit apporter ce
qu'il y avoir de plus belles
fleurs . Elles en firent un bouquet
fort propre, qu'elles enfermerent
avec un billet d'un
caractere inconnu dans une
affez belle boëte , qu'on environna
d'un ruban bleu . On
choifit enfuite un Payfan , en
qui l'on pouvoit prendre confiance
, & qu'on inftruifit du
rôle qu'il devoit jouër. Le
Cavalier avoit commencé une
partie de Billard quand le Payfan
demanda à luy parler . Il
le tira un peu à l'écart , &
180 MERCURE
·
luy dit qu'une maniere de
Valet de chambre luy avoit
donné un écu blanc pour luy
apporter la boëte qu'il luy
remettoit entre les mains , &
qu'il avoit repris auffi- toft
le chemin de Paris en grande
hâte , fans avoir voulu luy
dire autre chofe . Le Cavalier
receut le prefent avec une
joye inconcevable , & ayant
perdu fa partie fort promptement
pour eftre en eftat d'ouvrir
la boëte , il alla dans un
jardin , où il ne pouvoit fe
laffer de lire & relire le bilavec
les
let qu'il trouva
GALANT: 181
fleurs . Il mit le ruban à fon·
juſte au- corps , & vint où
eftoient les Dames , d'un air fi
content , qu'on ne manqua
pas d'en vouloir fçavoir la
caufe. Il dit qu'il n'en pouvoit
avoir un plus grand fujet
, & qué fi on le pouvoir
deviner , foit par hazard , ou
de quelqu'autre maniere , il
demeureroit d'accord de la
verité. L'Amie de la Dame ,
entr'autres talens qu'elle poffedoit
, fçavoit tracer des Figures.
On la pria d'employer
fon art , elle fit quelques façons
pour y confentir , & en182
MERCURE
fin elle tira de certaines lignes
par lesquelles elle prétendit
avoir connu , qu'il y
avoit du Grifon dans leruban
bleû , & qu'affurément il étoit
venu , accompagné de quelqu'autre
chofe. Le Cavalier
tout remplyde fon triomphe,
luy répondit en s'applaudif
fant , qu'il avoit cu tort de fe
vanter qu'on luy envoyeroit
quelque Grifon , & aprés
avoir continué quelque- temps
fur ce ton- là , il conta l'avanture
du Païfan , & montra la
boëte qu'il luy venoit d'apporter
, avec le billet qui étoit
GALANT. 183
dedans. Voicy ce qu'il conrenoit.
ques
de
Il m'eft impoffible , Monfieur,
de paſſer le jour d'une auſſi belle
Fefte ,fans vous donner des mar
mon fouvenir. Cela chargeroit
trop ma confcience , & je
ne me le pardonnerois de ma vie .
Ne juge pas du panchant qui
m'occupe par la petiteffe du bouquet.
Cela feroit trop injuftè , &
ce que je fens pour vous ne peut
fouffrir de comparaifon. Favois
fait le projet de vous faire un
prefent magnifique , mais la fituation
où vous eftes , & la compagnie
qui eft avec vous , ne me
184 MERCURE
permettent pas de faire la chofe
avec tant d'éclat , ce qui est bien
triste pour une perfonne qui eft
avec toute l'ardeur & la paffion
poffible, Vostre, &c. Il y avoit
par apoſtille. Fay donné ordre
au Porteur de charger un Payfan
du Village , de vous rendre cette
boëte. Je croy que vous approuvere
ma politique.
>
C.
La lecture du biller fut füivie
d'une Scene fort plaifanfur
ce que l'Amic de la
Dame dit au Cavalier , qu'il
n'y avoit point pour luy dans
l'avanture dequoy faire tant
le vain , puifque non - feuleGALANT.
185
ment le ſtile de ce billet , mais
la maniere mefme dont les
caracteres en eftoient formez,
faifoit connoiftre que celle
qui l'avoit écrit eftoit une de
ces femmes du commun , qui
ne meritant aucune eftime,ne
Le font point une affaire de
prodiguer des avances pour
s'attirer des Amans. La Dame
dit au contraire , qu'elle ne
pouvoit douter qu'il ne vinft
de fort bon lieu , qu'elle y
trouvoit un tour delicat qui
marquoit je ne fçay quoy d'é
levé , & que fon Mary eftang
reçu agreablement chez tou-
·Juillet 1692 . Q
186 MERCURE
tes les Femmes du plus grand
air , il n'y avoit aucune apparence
qu'une perfonne de
rien fe fuft avifée de luy écri
re. La conteftation dura fort
long- temps . Chacune foû
tint fon party avec efprit, &
la conclufion fut , que l'impatience
qu'eut le Cavalier de
s'éclaircir de la chofe les oblide
retourner à Paris dés co
jour mefine. Comme il eftoit
fort perfuadé que le prefent venoit
de la Veuve, parce que le
mot de charger ma confcience ,
que l'on avoit affecté d'employer
dans le billet, eftoit fon
gea
GALANT . 187
mot Favory , il alla d'abord
chez elle , paré de fon ruban
bleu. La Veuve qui l'apperçut
luy demanda auffi - toft
pourquoy cette nouveauté ,
& il répondit qu'il ne croyoit
pas qu'elle en duft eftre furprife
, puis qu'elle fçavoit
mieux que perfonne ce qui
l'engageoit à le porter . Elle
voulut avoir l'explication de
cette réponſe , & il ne la put
donner qu'en luy parlant du
Grifon qui luy avoit apporté
un bouquet à la Campagne.
La Veuve , qui eftoit extrémement
fiere , trouva fort
Qij
188 MERCURE
mauvais qu'il fuſt aſſez bien
avec quelque femme que ce
fuft , pour l'engager à un foin
qui ne fe prenoit que par un
excés d'amour , & comme il
luy avoit déja parlé d'un billet
, il ne put fe difpenfer de
le faire voir. Sa fierté en fut
bleffée jufqu'au plus haut
point. Elle luy dit , qu'elle
voyoit bien qu'il l'avoit
trompée , en luy jurant tant
de fois que les vifites trop affidues
qu'il rendoit à d'autres
Femmes n'eftoient que pour
mieux cacher l'attachement
qu'il avoit pour elle , & qu'il
GALANT. 189.
étoit impoffible de fe réfoudre
à écrire de cette force ,
fans avoir des affurances du
plus violent amour.Il eut beau
luy dire , qu'elle pouvoit voir
fon innocence dans l'empreffement
qu'il avoit cu de la
voir , ne pouvant jetter les
yeux que fur elle pour le billet
qu'il avoit reçu . La Veuve
prit pour offenfe la penſée ou
ilétoit qu'elle cuft voulu luy
écrire fi obligeamment , & ce
qu'il luy dit pour l'appaifer ,
n'ayant rien d'aſſez foumis
pour la fatisfaire , elle le pria
de ne la plus voir . Il n'obéït
190 MERCURE
point, & revint le lendemain ,
mais il fut fi mal reçu , nonfeulement
ce jour- là , mais encore
en plufieurs autres vifites
, qu'il ceffa d'y retourner.
Il fe mit devant les yeux la
fage conduite de fa Femme ,
qui avoit fouffert fon égarement
fans s'emporter , au lieu
que la Veuve gardoit une fierté
tyrannique dont il avoit fouvent
à fouffrir. Ainfi leur in.
trigue fut rompue par cet incident
, & la Dame qui n'avoit
voulu jouïr que d'une
innocente tromperie , fe vit
défaite de fa Rivale , lors qu'el
GALANT. 191
ley penfoit le moins.
La Lettre que vous allez lire
cftant fur les affaires du
temps , jevous fais part de la
copie qu'on m'en a donnée.
Elle eft fans date , mais il eſt
aiſé de voir qu'elle a efté écrite
peu de jours avant que le
Roy ait pris le Chaſteau de
Namur.
192 MERCURE
LETTRE INTERCEPTE'E
Du Prieur des Carmes du
Defert de Namur , au Provincial
des Carmes Déchauſſez
à Máline s .
M
On Tres Reverend
Pere.
Fay receu la Lettre de voſtre
Reverence, & je n'ay pas manquéfuivant
fes ordres de recommander
fortement à nos Religieux
de redoubler leurs prieres
pour l'Augufte Maifon ,
tous fes Alliez ; mais j'ay trouvé
des difficultez que je n'avois pas
prevenës , jay befoin de toute
pour
la
GALANT. 193
reméla
fagcffe de V. R. pour y
dier. Nos Religieux qui avoient
esté plufieurs fois témoins des impietez
des Soldats Hollandois,
Allemans Anglois , & qui
s'efloient imaginé que les François
eftoient encore pires , ont eflé
fiédifiez de voir l'affluence prodigieufe
de Soldats , & mefme
d'Officiers qui font journellement
leurs devotions dans noftré Chapelle
, qu'ils ont aujourd'huy
quelque fcrupule de prier Dien
pour des Heretiques contre des
Chreftiens qui menent une viefi
exemplaire. Il est vray , mon
Reverend Pere , qu'on a trouvé
Juillet 1692 . R
L494
MERCURE
des
des Officiers François qui ont efié
tuez dans les attaques , qui porsoient
fur leur corps des cilices
d'autres inftrumens de penitence
je fuis témoin que
plus grands Seigneurs de la Cour
paffent la meilleure partie de la
journée en oraifon dans noftre
Chapelle, ou en retraite dans nos
·Cellules ; mais ce qu'il y a de
plus furprenant le Roy de France
luy-mefme leur en donne l'exemple.
Nous luy avons veu
faire fes devotions avec une pieté
fi veritable , que tous nos Religieux
en ont efté vivement touchez,
en forte que Frere Benoist
GALANT
ISS
eut la temerité de me dire hier au
foirs lors que je voulus commencer
nos prieres ordinaires pour là
profperité des armes des Alliez,
que c'eftoit fe mocquer de Dien
de le prier en faveur des Ennemis
declarez de fon Eglife, contre un
Prince fi pieux qui en eft aujourd'huy
l'unique Défenseur, &
qui en foutient fi dignement la
qualité , & par fon exemple &
par fes actions . Il s'éleva à mesme
temps un murmare parmy les
autres Religieux qui applaudif
foient à ce traitre.J'eus beaucoup
de peine à leur impofer filence
a l'empefcher de continuer
Rij
196 MERCURE.
l'éloge du Roy de France; je fus
mefme obligé de me fervir de
l'autorité de la feinte Obedience.
Je fus enfuite une rude reprimande
à F. Benoift , & je reprefentay
à ma Communauté la grande
pieté de l'Empereur , les obligations
infinies que nous avions
à l'Augufte Maifon. Je leur défendis
de raifonner jamaisfur de
pareilles matieres , & leur fis
connoiftre qu'ily avoit trop d'or
gueil deprefomption à vouloir
penetrer les fecrets de la divine
Providence , qui fe fert quelquefois
des méchans des impies
pour punir les pechez des FideGALANT.
197
les . Fe fupplie V. R. de me prefcrire
ce que je dois faire en cette
occafion ; car à moins que le Roy
d'Angleterre ne faffe lever le
Siege , comme un Religieux de
Namur me l'affura hier , je n'cferois
chatier F. Benoist . Je ne
Isaurois comprendre ce que ce
Prince attend , puifque l'affaire
preffe , & que le Chasteau eft a
l'extremité. A quoy fervent done
les nombreufes Armées des Alliez
s'ils laiffent enlever à leur veuë
ta feule Fortereffe imprenable que
nous euffions & qui fervoit de
boulevard à la Hollande , aux
Pays- Bas & à Liege ? J'atten's
Riij
198, MERCURE
les ordres de V. R. & fais ,
&c.
la
Je ne doute point que
prife de Namur ne donne lieu
à beaucoup de Feſtes . Il s'en
fit une le 8 , de ce mois dans.
l'Academie de M de Van
deuil, de Rochefort , & Dauricour.
Ces Ecuyers , dont
tout le monde connoift la
capacité & le merite , voulurent
donner par une maniere
de Carroufel des marques de
la joye qu'ils reffentoient de la
prife de cette Place. La beauté
de leur Manege, l'adreſſe & la
magnificence des Gentils-

GALANT. 199
hommes , & le bon ordre
qu'ils y firent obferver, rem
plirent d'admiration une tresgrande
quantité de Dames
d'un rang diftingué , qu'on
avoit placées dans des fau
teuils fous le grand Manege
couvert. On commença la
Fefte par une Course de Bague.
Les Gentishommes
aprés avoir paffé en revenë
devant les Dames, & les avoir
faluées de la Lance, coururent
en leur honneur la premiere
fois felon la coutume . On
fut bien étonné de voir paroistre
parmy cette Nobleffe ,
Riiij
200 MERCURE
deux jeunes Princes Maures,
qui firent connoistre à tout le
monde par leur bon air que
les foins de MS de Vandeül
& Dauricour n'avoient pas
peu contribué à les rendre
François, au vifage prés . Vous
fçavez que l'un de ces Princes
Maures eft Fils du Roy d'Ef.
fini en Guinée , & l'autre fon
proche Parent , qu'ils font
tous deux entretenus par le
Roy , & que M¹ de Pontchar
train a qui Sa Majeſté en a
donné le foin , a choify ces
Ecuyers pour leur apprendre
des exercices , & donner per
GALANT. 201
les trois
là à toute la Terre des marques
de la magnificence , &
de la grandeur de la France .
Cette premiere Courſe ne fit
pas moins éclater l'adreffe des
Gentilshommes que
autres , dont M le Marquis
d'Efcar remporta tout l'honneur,
aprés l'avoir long-temps
difpuré contre M' le Comte
duVaudray. Le prix eftoit une
Epée enrichiede Figures trésdélicates
& fort bien travail,
Lées. Dés que ces courſes furent
achevées , les plus habiles
Gentilshommes allerent
changer de Chevaux, & on les
202 MERCURE
vit paroiftre un moment aprés
plus magnifiques & mieux
montez. On fit une marche
autour du Manege découvert
, qui eft bordé de chaque
cofté de trois rangées
d'arbres qui forment une
Perspective fort agréable , Ils
avoient à leur tefte un Timbalier
& quatre Trompettes,
faivis par Mr Dauricour qui
montoit un tres beau Cheval,
qu'il ne retenoit qu'avec un
Simple ruban. Les Gentils .
hommes eftoient enfuite fur
des Chevaux d'Ecole dont les
crins cftoient ornez de rubans
GALANT. 203
de toutes fortes de couleurs.
M' de Vandcüil finiffoit la
Marche . Ils entrerent dans le
Manege découvert en gardant
toujours le mefme ordre , &
M de Vandeüil commença
par une Galopade , dont les
airs fatisfirent les Connoif
feurs. Mr Dauricour parut
aprés. Lorfque l'on vic
qu'il
faifoit manier for Cheval defi
bonnegrace avec un fimple
ruban , on tomba d'accord
qu'il eftoit en mefme temps
bel & bon homme de cheval.
Ce Manege fir connoiſtre aux
Spectateurs que les Gentils
204 MERCURE
hommes qui apprennent fous
d'auffy fçavans Maitres ne
pouvoient manquer de fe fignaler.
En effet , douze des
plus Anciens firent des merveilles
dans les Galopades
dont les caprioles & les chan
gemens de main furent tresbien
executez.Celuy qui avoit
remporté le prix monta quelque
temps un Sauteur par le
droit en liberté , pendant que
deux autres Gentilshommes
faifoient paroiftre leur fermeté
fur deux autres Sauteurs
entre les piliers.. Leurs fauts
eftoient fi prodigieux , que les
GALANT. 205
Dames ne fe pouvoient em-
P fcher de plaindre ceux qui
eltoient deffus. Cette diverfié
de manege donna le temps
aux autres de changer encore
une fois de Chevaux , & de
fortir des Ecuries avec plus
d'éclat que les deux premicres.
Ils eftoient au nombre
de neuf, montez fur des Chevaux
garnis d'Aigrettes de
Plumes , & de Houffes caparaçonnées
tres - riches & fort
bien ajustées. Trois fe placerent
au milieu , deux dans les
côtez, & les quatre autres daps
les coins. Ils commencerent
206 MERCURE
rs
au pas leur Manege au bruit
des Timbales & des Trompettes
, & un moment aprés
M's de Vandeüil & Dauricour
les firent partir tous en
mefme temps ; fçavoir , les
trois du milieu fur les voltes,
& les fix autres fur les demyvoltes
, avec tant d'ordre , & fi
peu de confufion , que tout le
monde fouhaitoit que la derniere
des trois reprifes qu'ils
firent de cette maniere duraft
éternellement ; mais cela ne fe
pouvoir . Les jeunes Gentilshommes
avoient trop d'em
preffement de faire voir leur
GALANT. 207
adreffe dans d'autres exercices.
En effet, la grande confufion
de monde qui eftoit accouru
de toutes-parts pour voir ce
Carouzel , ne fut pas pluftoft
diffipée , que les Dames entrerent
dans une Salle magnifique,
ornée d'une grande quantite
de Luftres , où celuy qui
avoit remporté le prix commença
un Bal , qui fut interrompu
cinq ou fix fois par des
collations compofées de liqueurs,
& d'autres rafraifchif
femens qu'on fervit aux Dames
. Les Gentilshommes danferent
chacun à leur rang ; les
208 MERCURE
divertiffemens finirent à onze
heures du foir , & chacun s'en
retourna tres- fatisfait de la
Fefte .
Le 12.de ce mois, le Te Deum
fut chanté icy dans l'Eglife
Cathedrale, fuivant les ordres
portez dans la Lettre du Roy
à M' l'Archevefque de Pafis,
dont voicy les termes .
M
ON Coufin . Mes Ennemis
s'eftoient perfuadé
, qu'ayant affemblé toutes
leurs forces dans les Pays - Bas,
ils arrefteroient le tours de mes
Conqueftes ; cependant , je n'ay
GALANT.
209
pas laiẞé d'entreprendre en Perfonne
le Siege de la Ville & du
Chateau de Namur , dont ils
croyoient la prife impoffible . Ils
font accourus au nombre de plus
de cent mille hommes , pour m'obliger
d'en lever le Siege , mais
ilsfe font contentez d'en eftre les
Spectateurs pendant trois femai
nes, & d'affiſter à la reduction de
la Place que j'ay entierement
foumife le 30. du mois dernier ,
aprés trente jours de tranchée ou
verte . Si quelque chofe me flate
dans une Conquefte auffs impor
sante , c'eft bien moins la gloire
qui la fuit, ou l'agrandiffement
Tuillet 1692 S
213 MERCURE
·
de mes Etats , que l'esperance
qu'elle me donne que mes Ennemis
laffez de leurs pertes , fouf"
criront enfin aux offres que je..
leur fais depuis longtemps de finirla
Guerre. C'est auffi cette efperance
qui m'oblige particulierement
de redoubler envers le Ciel
mes actions de graces , & de
protefter en mesme temps devant
celuy qui connoift les fentimens .
de mon coeur , que je n'ay point
de defir plus ardent que de mettre -
tous mes Peuples en eftat de le
glorifier en paix. Je vous écris à
cet effet, pour vous dire que mon
intention est , que vous faſſicz
T
GALANT. 211
chanter le Te Deum dans l'Eglife
Cathedrale de ma bonne
Ville de Paris , au jour & à
le Grand Maiftre,
A
l'heure
que
ou le
Maistre
de
mes
Ceremones
vous
dira
de
ma
part
, &
je
donne
ordre
à
mes
Cours
d'y
affifter
en
la
maniere
accoutumée.
Sur
ce, je prie
Dieu
qu'il
vous
ait
mon
Coufin
en
fa
fainte
&
digne
garde
. Ecrit
à
Mariembourg
le fixiéme
Juillet
1692.
Signé
, LOUIS
. Et
plus
bas
,
PHELYPE
AUX
,
Toutes les Cours Superieu
res fifterent à co Te Deumy
212 MERCURE
avec leurs habits de ceremo
nie , & le foir il y cut un fort
beau Feu d'artifice devant
l'Hoftel de Ville . On y vit la
France veftue & armée comme
une Pallas avec un manteau
Royal fur fes armes . Elle
tenoit une pique d'une main ,
& de l'autre elle s'appuyoit
fur fon Bouclier , fur le contour
duquel on lifoit ces mots,
Nec bella gero nifi pacis amore.
La Ville de Namur y paroiffoit
dans un Tableau fous- la
figure d'une Femme qui avoit
un genouil en terre , & à laquelle
le Roy donnoit la main
GALANT 213
pour la relever. Ces paroles.
eftoient au haut du Tableau,
Uni fuccumbere gaudet. Chaque
face de la machine du
Feu eftoit ornée de Devifes .
La premiere eftoit un bras
fortant d'une nuë , qui avec
l'Epée Royale coupoit le
noeud Gordien. Ces paroles
-lay fervoient d'amo. Sic vana
ligamina folvo . La feconde
cftoit le Soleil au centre du
monde , d'où il fait mouvoir
autour de foy les Planètes & les
Cieux , & ces paroles , Te
Eta movente moventur. Dans la
cun
troifiéme , on voyoit auffi le
214 MERCURE
Soleil dans fon Char fans que
fa courfe fuft arreftée par les
Monftres du Zodiaque , avec
ces deux mots , Fruftra obftant .
Un autre Soleil en plein midy
eftoit reprefenté dans la derniere
Devife , & une troupe
d'Oiseaux nocturnes éblouïs
de les rayons dont ils ne pou
voit fouffrir la lumiere , alloit
fe cacher dans l'obfcurité
des Forefts voifines , ce
qui eftoit marqué par ces ·
mots , Obniti impares . Il y cut
un forr grand Regale à l'Hô
tel de Ville ; & aprés que l'on
cut tiré le Feu , la Fefte fus
13
GALANT. 218
.
generale. Ce ne furent que
des feux par tout , & il y en
cut plus de cent confiderarables
en divers quartiers. Les
uns marquerent leur zele par
des Illuminations , des fufées .
volantes , des Repas, des Concerts
& des Bals , & d'autres
s'unirent enfemble pour faire
de grandes Feftes. Ce qu'il y a
de certain , c'eft que l'on peus
dire que ce jour-là les yeux ,
l'oüie & le gouft, tout fut content.
M le Cardinal de Fur
ftemberg fit l'Office dés le
matin dans l'Eglife de S. Gere
main des Prez. L'apréſdînée
216 MERCURE
il chanta le Te Deum , pendant
lequel il y eut des Canons ti
rez . Il fit une fort grande dépenfe
en feux d'artifice , & à
regaler tous ceux qui voulu
rent eftre témoins de la Fefte.
Lc Dimanche 13. Juillet ;
M de Villacerf voulut témoigner
par une Fefte partie
culiere la part qu'il prend aux
avantages du Roy & de l'Etat.
Cette Fefte , fut d'autant
plus agréable qu'elle commença
dans un temps où perfonne
ne s'y attendoit . H
avoit attiré chez luy une
Compagnie choific , comme
fans
GALANT.
217
fans deffein, Tous les preparatifs
furent cachez avec foin,
& fe trouverent
placez fi à
propos qu'on ne pût rien découvrir
d'avance. On fervit
un magnifique
Soupé , & en
fortant de table on fur attiré
aux feneftres par un bruit de
Fuſées , dont on fut furpris
d'autant plus agréablement
qu'elles eftoient jettées fans
intervalle. L'une fuivoit l'autre
de fi prés qu'en ´un moment
le Ciel parut tout en feu ,
& toute la Place Royale fut
comme couverte
d'une illumination
extraordinaire
. Elle
Juillet 1692.
H
218 MERCURE
dura fort long- temps par la
grande quantité qu'on jetta
de ces Fufées. La furpriſe
qu'on en cut , fut fuivic de
celle que donna un trés - beau
Feu d'Artifice. Il fit fon cffet
fans un moment d'intervalle ,
tant les mefures en eftoient
bien prifes , & il ne caufa pas
moins de plaifir dans la Place
Royale , que dans la ruë d'où
il partoit. C'eftoit de celle , où
eft l'Hoſtel de M ' de Vilacerf
, qui eftoit luy - mefme
fur fa porte à inviter d'entrer
tout ce qu'il pût remarquer
d'honneftes gens dans la rue,
1
GALANT. 219
Ce Feu ayant duré un temps
confiderable , tout le monde
fe retiroit , & on croyoit tout
finy , lors qu'on vit partir de
nouveau un nombre prodigieux
de Fufées qui ſembloient
fe fucceder les unes aux autres,
& qui recommencerent
une
nouvelle illumination , ce qui
attira dans la Place Royale
tout le Peuple des environs ,
afin de jouir de ce spectacle.
Le Jeudy 17. les Auguftins
Déchauffez de la Place des
Victoires , d'autant plus ardens
à fe diftinguer lors qu'il
s'agit de la gloire de Sa Ma-
·
Tij
220 MERCURE
jefté , que leur Maiſon eft de
Fondation Royale, & que leur
Eglife , dédiée à Noftre- Dame
des Victoires , femble deftinée
pour rendre inceffamment
graces à Dieu de celles
du Roy, firent chanter le Te
Deum en Mufique au bruit de
deux décharges de Boëres . Il
s'y trouva un concours extraordinaire
de perfonnes de qualité
& de Peuple .
M de Catinat a fait faire
auffi de grandes réjouiffances
pour la prife de Namur . On
tira , tant de Pignerol que des
Montagnes volfines où il y
GALANT. 221
a des Troupes Françoiſes , trois
cens volées de Canon, en même
temps que l'on fit trois
fois les falves . Jamais on n'a
rien ouy de pareil , à caufe du
retentiffement des Echos , ce
qui faifoit entendre des millions
de coups de Canon .
Il m'eft tombé deux Lettres
entre les mains , qui méritent
bien que vous les voyicz . L'une
eft du Baron de Mazy à
un Chanoine de Liege . En
voicy les termes .
Je vous avoue, Monfieur , que
j'estois depuis longtemps dans une
erreur bien groffiere.N'entendant
Tiij
222 MERCURE
parler dans le Pays que de l'E
toile du Roy de France , je m'imaginois
que ce Prince n'avoit
aucune part à tant de grands
evenemens qui furprennent tout
le monde , & que c'eftoit cette
heureufe Etoile qui prenoit nos
Willes , gagnoit les Batailles ;
mais à tout ce que je viens de
voir de ce Monarque , & dans
ma maifon , où il a logé, & dans
le Siege de Namur , il me paroift
que fon Etoile n'a pas grand'cho-
Je à faire. Il donn : luy- mefme
tous les ordres avec une facilité
merveilleufe , & lors qu'il s'agit
d'une action de vigueur , il ne fe
GALANT
223
1
contente pas de faire les détachemens
, de difpofer les attaques ;
il
sy trouve en perfonne , & anime
toutes chofes , & par sa prefence,
par fon exemple . Il n'eft
point rebuté par les grandes dif
ficultez, & je l'ay vû dans des
temps facheux ,fans qu'il en paruft
ébranlé le moins du monde.
L'approche d'une Armée de cent
mille hommes qui marche pour
s'opposer àfes deffeins , ne l'embaraffe
point, Il reconnoist tous
les poftes qui auroient pu donner
quelque avantage aux Ennemis,
s'en faifit. Il partage enfuite
fes Troupes ; il en oppose une par-
Tiiij
224 MERCURE
tie à l'Armée des Alliez ; il fortifie
les quartiers qui pourroient
eftre infultez , continue fon
Siege avec une fermeté ſurprenante.
Le mauvais temps , et la
vigoureuse résistance des Affiegez
fervent qu'à luy faire . redou
bler fes efforts , fans qu'il y ait
rien qui puiffe arrefterfon courarage.
Enfin il prend cette formidable
Place à la veue dufecours,
& malgré tous les Elemens . Voilà
, Monfleur , ce que jay việc
Aprés cela , parle de l'Etoile qui
voudra , je foutiendray toujours
la valeur& la bonne conduite
d'un Prince forcent fon
que
GALANT. 225
Etoile à luy eftre favorable.
Quoy que je n'aime pas les
François j'ay efté bien-aife de
vous rendre compte de tout cecy,
afin que vous remarquiez combien
les raifonnemens que M' le
Prieur de Sainte Aldegonde nous
faifoit fur cette Etoile, font faux.
Ne montrez pourtant ma lettre
qu'à nos Amis particuliers , car
je ne voudrois pas qu'on me fift
paffer dans Liege pour le Panegyrifte
du Roy de France. Je
fuis , Monfieur , voſtre &c .
Le ftile de l'autre Lettre eft
different. Elle eft d'un Bour226
MERCURE
geois de Louvain, quiécrit ain
fi à un de fes Amis à Bruges.
E Pays eft vendu , mon
LCompere , il n'en faut plus
douter. Le Roy d'Angleterre, &
ce brave Gouverneur qui devoit
faire tant de merveilles ne font,
mafoy, que des Traiftres , quife
font laiffe gagner par l'argent du
Roy de France , car fans cela ,
quelle apparence y a - t-il qu'ils
euffent efté un mois entier aux
environs de Namur , avec cent
mille hommes pour voir prendre
une Place fi forte , & fi bien
pour veuë de toutes chofes fans
GALANT: 227
faire la moindre tentative pour
la fecourir ? La pluye toute
feule , & le mauvais temps continuel
en auroient chaffe les
François fi nos gens n'euffent
efté d'intelligence avec eux . Dieu
mercy , nous n'avons plus de
Fortereffe qui puiffe reſiſter aux
Ennemis, & je crains bien qu'au
premier jour , ils ne fe faffent
rembourfer par les groffes Villes
du Pays , de ce que Namur leur
a coufté. Les Liegeois en pourroient
bien payer leur part , &
tout le mieux qui puiße nous
arriver aux uns aux autres,
eft que les Alliez nous pillent eux
228 MERCURE
mefmes fous pretexte de nous défendre.
Je vous avouë que je ne
fçaurois jamais m'accoutumer à
penfer que Namur foit pris , &
je fuis perfuadé qu'on ne l'auroit
jamais creu dans les Pays Etrangers
,fi le Roy d'Angleterre n'euſt
eu la prevoyance defaire affembler
cent mille hommes de tant de
Nations differentes pour en eftre
Spectateurs, & pour en pouvoir
rendre témoignage
par toute
l'Europe . On difoit , lors que
nous avions perdu Mons , que
c'eftoit la faute de Gaflanaga. Il
a efté chaßé pour mettre à fa
place le Duc de Baviere qui
GALANT.
229
promettoit de reftablir toutes chofes.
Nous en avions mefme bien
auguré par le bon ordre qu'il apporta
a fon arrivée aux entrées
defa chambre, de fon Antichambre
, qu'il regla à l'instar
des Archiducs , Il est enfuiteforty
en Campagne , menaçant d'exe
terminer tous les François du
monde , & pour fon coup d'effay
il a laiffé prendre la feule Place
de reputation qui refte dans le
Pays. Ce n'eftoit pas la peine
de renvoyer Gastanaga, pour ne
faire que cela. Fay toujours efté
bon Efpagnol , vous le fcawez
shiens mais puifque tout le monde
230 MERCURE
nous trahit, encore vaut - il mieux
vivre avec les François , que
mourir de fain avec les Alliez
qui nous pillent les uns
aprés les autres ; car vous voyez
bien que tous les ans on nous
promet les mefmes chofes . Sur ce
beau pretexte , on nous prend
tout ce que nous avons , & ce
pendant les François enlevent
nos Places. Ma foy, Compere,
il faut prendre une bonne refolution
, & n'eftre pas toujours
les dupes de ces gens- cy. C'est
voftre , &c.
Combien les Mufes vont
eftre occupées à celebrer la
GALANT:
231
:
conqucfte deNamur ! Entre un
grand nombre d'ouvrages qui
paroiffent fur cette matière,
le Sonnet qui fuit s'est fait remarquer
, & a receu de grands
applaudiffemens.
AUX OFFICIERS
François, engagez au fervice
du Prince d'Orange .
DEE vos premiers
honneurs
perdez-
vous la memoire ?
Ne vous fouvient-il plus que vous
eftes François ?
Infidelles Guerriers , qu'on voyoit
autrefois
En tous lieux respectez , heureux,
comblez de gloire Porn dogh
TOADEN
232 MERCURE
$
L'incredule avenir refufera de croire,
Qu'aprés avoir fervi fous le plus
grand des Rois ,
Vous ayez lâchement abandonné fes
Lois ,
Pourfuivre des Drapeaux qu'abhorre
la Victoire.
2
Quoy ! vous avez prêté vos redoutables
mains
Aux cruels attentats , aux barbares
deffeins
D'un Tyran , qui d'un Roy n'est que
le vain fantôme.
2.
Ah! deffillez vos yeux trop longtemps
éblouis.
Songez qu'il eft honteux de fuir avec
Guillaume ,
Aprés avoir toujours ſeen vaincre
avecLOVIS.
GALANT. 233
Cet autre Sonnet eft de M
l'Abbé Flanc .
G
AU ROY,
Rand Roy , qui confondez la
Ligue &fa puissance,
Qui triomphez par tout où vont vos
Etendars ;
Quandje jette fur vous mes timides
regards ,
Toftre éclat m'éblouit , & m'impoſe
filence.
2
Namur, de tant d'Etats la plus ferme
afſurance ,
Terrible parfes Tours & parfes Boulevars

Cette Place imprenable aux armes dés
Cefars,
Juillet 1692. V
234 MERCURE
(
Malgré les Elemens cede à votre
vaillance.
$
Cent Peuples anime par leurs fiers
Generaux ,
Confus de vos exploits , Témoins de
vos travaux >
Ont formé contre vous des projets
inutiles.
Que ne ferez- vous point aprés co
grands fuccés ?
Si leurs Forts les plus feurs font de
foibles afiles ,
Fous les reduirez tous à demander la
paix.
Voicy un troifiéme Sonnet
qui a cfté fait au Camp d'Erpenne
, devant Namur , par
GALANT. 235
M' Denis , Procureur du Roy
de la Prevofté Generale de
l'Armée de Sa Majesté fur la
Mofelle , que commande M'
le Marquis de Bouflers.
D
E l'honneurde tes murs n'enfle
plus ta memoire >
Namur,fur leurs debris tu vois nos
Etendarts ,
Et cet écueil , l'effroy des plus fameux
Cefars ,
Eft enfin devenu le tombeau de ta
gloire.
$
Malgré tes Garnifons , bravant , qui
l'euft pû croire !
De vingt Princes liguez les infolens
des hazards, regards ,
LOVIS tout in trepide au milien
Vij
236 MERCURE
Sur des monceaux de Morts cimenter
Ja victoire.

Quand la Pluye & les Vents contre
luy déchaînez
Rompent longtemps les coups qui te
font deftinez,
Naffau croit voir en vain fon entreprife
vaine.
S
Si le Ciel irrité tout preft à le punir,
Semble pour un moment le vouloir
foutenir.
C'est pour rendre plus rude & fa
honte , & fa peine.
Les vers que vous allez lire
font de M'Diereville , dont
vous avez veu plufieurs Our
Vrages.
GALANT. 237
SUR LA PRISE
de Namur.
Ε
ENAR
SEL
Nfin nos ennuis font paf-
LOVIS devant Namur n'affronte plus
lafoudre ,
Ses jours n'y font plus menacez,,
Il a réduit fes murs en poudre.
C'est àfon invincible bras
Que nous devons cette victoire.
Famais Heros n'eut plus de gloire
Son exemple animoit le coeur de fes
Soldats.
Par la noble ardeur qu'il infpire ,
Des plus vaftes deffeins ilfait venir
à bout.
Pour le bonheur defon Empirex
Que ne peut-il eftre par tout !
138 MERCURE
A peine paroit-il dans le champ de
Bellonne ,
Qu'aux plus fiers ennemis il caufe
la terreur ;
Namur de fon courage éprouve la
grandeur,
Il en forme le siége , il - agit , il
ordonne ,
Et s'en rend bien1oft le vainqueur.
Tout ce que la guerre a d'horreur,
N'a rien dont fon grand coeur s'étonne
,
En vain de tous coftez la foudre
gronde, tonne ,
Et fait tomber fous fa fureur
Le fier Soldat qui l'environne ;
Tout ne fait qu'augmenterſon intrépide
ardeur , :

Il s'expofe avec plus de coeur
Où l'enemy combat , & donne »
Plus de marques de fa valeur
GALANT. 239
La Ville cede à fa puiſſance ,
Il pouffe plus loin fes travaux
Et chaque Fort paroiſt ne faire refiftance
>
>
Que pour s'attirer plus de maux,
Et rendre du Vainqueur les triom
phes plus beaux.
Que de têmoins, Grand Dieu , d'une
telle vaillance !
C'est votre caufe qu'il deffend ;
Auffi voit-on affez que vostre bras
s'étend
Sur le Tiran qui vous offense.
On le voit violer les droits les plus
facrez,
Se declarer le Chef de cent Confeder
rez,
Et n'eftant pas content de troubler
tout le monde
2
Soulever contre- vaus l'Enfer la
Terre , & londe.
240 MERCURE
Quel desespoir pour luy , lors qu'avec
tant de bras ,
Il ne peut fecourir une Place importante
!
Entre mille projets qu'il n'execute
pas ,
Son ame demeure flotante.
Il avance , il s'arrefte , & revient
fur fes pas 3
1
Il faudroit donner des Batailles ,
Mais fuyant les malheurs qu'il a dans
les combats
Il laiffe renverser bastions & muhim
railles.
Sa gloire & l'intereft de tous fes
Alliez
Demandent des exploits qui ne le
touchent guére
Sur les bords argentez d'une étroite
riviere
Tousfes devoirs font oubliez
On
GALANT. 241
On ne fçait quel motif en fi beau
champ l'arrefte,
Et le fait demeurer dans un honteux
repos ,
Lors qu'il voit à fes yeux le plus
grand des Heros
Achever de Namur lafameuse Conquefte.
Grand Dieu , c'est par vôtreSecours
Que le Conftantin de nos jours
Contre un Tiran s'immortalifes
Pour la gloire de votre Eglife ,
Et le bonheurde fes Sujets ,
Que tous fes Ennemis luy demandent
la Paix.
Que
Le Quadrain qui fuita efté
extremement approuvé . Il cft
adreffé à un homme que la
feule curiofité a mené au Sic-
Fuillet 1692.
XI
242 MERCURE
ge ,& qui a veu faire la con
quefte de la Place fans courir
aucun peril .
>
Commodement , & toûjours en
lịch Sin
Vous avez veu la prise de Namur.
C'eft un Exploit bien digne de loüange .
Plus n'en afait le grand Prince d'orange.
Le Chafteau de Namur eft
tellement fort , & le fecours
paroiffoit fi infaillible , que
s'eftant trouvé un Incredule
fur cette conquefte à faire,
Mr Roubin du Saint Efpric
luy a répondu par ce Madrigal.
GALANT. 243
que Namur mette les Kous doute
armes bas
Pourfe foumettre à noftre Hercule,
Dés qu'il aura fenty les efforts defon
bras !
Vous endoutez? C'eft eftre ridicule.
Louis l'affiege , & ne le prendra pas?
La conqueſte est d'autant
plus glorieufe qu'elle eftoit
difficile , & que tout autre que
leRoy n'auroit jamaispû en venir
à bout. C'eſt ce qui a don,
né lieu à cet autre Madrigal
,
Pour voir prendre Namur, eette Place
imprenable,
Guillaume vient fuivý de cent mille
Témoins.
Pour rendre la chose croyable ,
Il n'en falloit pasmoins.
X ij
244 MERCURE
Si les Ennemis fe vantent
qu'ils ont triomphé ſur Mer,
on peut leur répondre par ces
autres Vers.
L'ESPAGNOL
A fes Alliez.
Bien qu'à noftre commun dommage
Vous ayez eu de l'avantage
Sur quelques Vaiffeaux des François,
Avoücz que depuis la Guerre
Il n'ont perdu qu'un peu de bois,
Et que je perds beaucoup de terre.
Les François ne font pas les
feuls qui donnent tant de.
marques ddee lleeuurr zzeellee pour le
Roy ; ceux qui ne font que
GALANT. 245
d'entrer fous fa domination,
ne peuvent prevoir la nouvelle
gloire qu'il va s'acquerir
fans en témoigner leur joye,
& c'est ce qui a paru dans les
Magiftrats de Mons , qui fçachant
que ce Monarque devoit
venir dans leur Ville à
l'ouverture de cette Campagne,
pour laquelle ils nedoutoient
point qu'il n'euft medité
quelque importante Con .
queſte , ont tâché de luy faire
une reception proportionnée
à l'admiration qu'ils ont pour
fes merveilleufes qualitez . Ils
avoient fait dreffer un Feu
X iij
246 MERCURE
Sur les
d'artifice , où le Roy eftoit
repreſenté fous la Figure du
Dieu Mars , élevé fur un Trophée
d'Armes , precedé de la
Terreur, fuivy de la Victoire,
& accompagné de la Gloire &
de la
Renommée .
Frontifpices des quatre faces
du Feu , on lifoit cette Inf
cription , Marti Gallico, & au
deſſous, Quos vicit, victos protegit
ille manu , pour marquer le
foin que ce Prince prend pour
la
confervation de fes nouveaux
Sujets . La Machine étoit
fouftenuë de douze pilaftres
qui en chaque face for
GALANT. 247
moient deux Arcades , & fur
quatre defquels on voyoit
les Statues des quatre Conquerans,
Fondateurs des quatre
plus grandes Monarchies ;
Ninuns , des Affyriens ; Alexandre,
des Grecs ; Jule Cefar,
des Romains, & Charlemagne
de l'Empire des François . Sur
les huit autres Pilates , paroif
foient les Vertus Militaires,
qui font particulierement affectées
à ces quatre Conquerans
, & que le Ciel a raffem
blées dans la Perfonne Augufte
de LOUIS le Grand
pour en former un Prince
X.iiij.
248 MERCURE
parfait. Ainfi on voyoit la
Force & la Prudence de Ninus
dans l'établiffement de la prc.
miere Monarchie , avec deux
Devifes , dont l'une eftoit un
Soleil , qui par la force de fes
rayons penetre par tout , &
diffipe les nuages , & ces mots
pour ame , Nil remoratur eun .
tem , & l'autre un Soleil , qui
dans fa courſe fagement irreguliere
, diftribue à la Terre fa
chaleur , fes influences & les
pluyes en fon temps avec ces
paroles , Tempore & menfura.
La liberalité & la valeur d'Alexandre
dans la Guerre& dans
GALANT. 249
la
15
S
la Conquefte de l'Empire de
Perfe eftoient figurées au
deffus de fa Statuë , par ces
deux autres Devifes , l'une d'un
Soleil qui aprés avoir attiré les
vapeurs de la terre , répand
liberalement par tout les douces
pluyes qui font la fecondité
de la Nature , Colligit ut
Spargat , & l'autre auffi d'un
Soleil qui à fon premier afpect
fait fondre la nege , la glace &
les frimats , Satis eft vidiffe.
Il en eftoit de méme des deux
Deviſes qui reprefentoient
la
Vigilance , & la diligence de
Jule Cefar , premier Fonda250
MERCUR E
teur de l'Empire des Romains,
F'une par un Soleil qui court
& parcourt le Zodiaque , regardant
inceffamment la terre
pour faire agir toute la Nature,&
decouvrant tout ce qui fe
paffe dans le Monde , Refpicit,
profpicit, & l'autre par un Soleil
roulant inceffamment autour
de la terre, & ne s'arreftant jamais
dans la carriere . Le Soleil
faifoit auffi le corps des
deux Devifes qui marquoient
le Secret & la magnanimité
deCharlemagne dans l'établiffement
de l'Empir François.
Dans l'une on le voyoir fe
couvrir de nuages & de tes
GALANT 251
y
nebres , preparant une terrpefte
,Tegitur dumfulmina parat;
& dans l'autre parcourir tout
Ic Zodiaque fans s'arrefterà la
rencontre d'aucun des Signes.
Nil terret. Ces apprefts faits
avec tant d'ardeur dans une
Ville conquife depuis un an,
font une preuve que fi le Roy
eft admiré , mefme de fes Ennemis
, il eft impoffible d'avoir
la gloire de devenir fon
Sujet , fans partager les fentimens
de zele , d'attachement
& d'amour qu'ont pour luy
tous les François.
Tous les Mandemens que
252
MERCURE
M'
l'Evêque de Noyon fait
publier dans fon Dioceſe , en
ordonnant des
Prieres pour
l'heureux fuccés des entreprifes
du Roy , font toûjours
accompagnez
d'un fi jufte EJoge
de ce
Monarque , que
je croy devoir vous faire
part
de celuy qui vient de paroî
tre pour faire chanter le Te
Deum de la priſe de Namur.
Ila receu de grands applaudiffemens
, & vous le lirez fans
doute avec
beaucoup de plai
fir. Aprés les
premieres lignes
adreffées felon la
couftume à
Tous Doyens , Chanoines, ChaGALANT.
253
pitres &autres, voicy en quels
termes parle ce Prelat.
QVoy que nous avons fait
fouvent l'Eloge du Roy en
plufieurs occafions également importantes
à l'Eglife & à l'Estat,
nous fommes toutefois forcez
bien loin d'en avoir
d'avouer
que
épuisé la matiere , à peine l'avons-
nous ébauchée ; que ce
champ fertile a produit tant de
fruits , que nous n'avons pû les
cueillir tous ; & qu'il nous reſte
encore plus de chofes à dire prefentement
que par le paffé. Nous
ne craignons pas mefme de tomber
dans le reproche ordinaire d'une
ennuyeuse & insatiable repeti254
MERCURE
tion , comme parle Saint Gregoire
de Nazianze en faveur du
grand Saint Bazile , fon cher
amy, puifque noftre aimable
charmantfujet femblable à la
Manne delicieufe qui renfermoit
toutesfortes de goûts , doit eftre de
celuy de tout le monde auffi bien
que du noftre, que nous n'ofons
comparer au raviſſement de Saint
Paulsdont la langue manquiot au
coeur. Cependant nous chercherons
par tout des couleurs affez vives
pour peindre vous prefenter
un nouveau Portrait de SA
MAJESTE , & nous les
srouveronsfaintement preparées
GALANT.
255
fans rien emprunter de profane,
dans les principales & communes
vertus d'ABRAHAM, le Heros
de la Loy de Nature ; de JUDE
MACHABE' E , le Heros de la
Loy écrite de LOUIS ,
le Heros de la Loy de Grace,
pour en former le juste para-
Telle.
En effet , fi la Pieté d' Abraham
le releve par le titre de Pere
des Fidelles , celle de Louis en partage
la gloire par l'affermiffement
de la Foy dans fon Empire , fur .
les ruines de l'Herefie abbatuë
fous fes pieds. Si la Sagef
-Se d'Abraham a paru dans le
256 MERCURE
choix de fes meilleures Troupes
pour vanger l'injurefaite à Loth,
que l'Ecriture appellefon Frere,
la Sageffe de Louis fait tout ,
n'épargne rien pour procurer
le rétabliffement du Roy d'Asgleterre
fon proche Parent , &
même fon Frere en qualité de
Roy, felon le langage du Saint
Efprit. Si la Force d'Abraham
s'eft rendue victorieuse de cinq
Rois que de Batailles gagnées ,
de Places fortes réduites, de Conqueftesfurprenantes
, & d'Exploits
fameux prouvent hautement
la Force indomptable de
noftre Invincible Monarque à la
"
GALANT.
257
"
honte de tant de Rois & de Princes
conjurez deconcertez &
vaincus. Si la Vigilance active
laborieufe d'Abraham
s'eft fignalée dans plufieurs longs
penibles voyages , celle de
Louis, infatigable en tout , ne cedera
pas nous l'avons veu
affronter la rigueur des plus rudes
faifons de l'Efté de l'Hyver,
&
tout brûlant de chaud pendant
lejour , & gelé de froid durant la
nuit , comme un autrc Jacob . Si
la Science d'Abraham a preven
tous les évenemens favorables &
funeftes à fa Famille , quelle n'a
pas efté la prevoyance de Louis
Juillet 1692.
Y
258 MERCURE
dont le fuccés a toûjours répon
du à fes deffeins , plûtoft execu
tez que connus ? Si la Prudence
d'Abraham a gardé toutes les rea
gles de l'Art Militaire , en com
ptant fes Troupes les divifant,
venant fondre tout d'un
coup fur fes Ennemis que de.
reveues d'intelligences et de
mouvemens cachez ont esté les
refforts de la prudence d'un Roy,
qui réunit en fa feule Perfonne
toutes les differentes fonctions de.
Chefde fes Confeils , de Ge
neral de fes Armées ! Si laFuſtice.
Abraham a tant éclaté dans
les fecours accordez aux Princes
GALANT. 259
pprime , dans la confervation
des droits de fes Alliez , & dans
la referve des dépenfes de la guerre
ajugées à ceux qui en avoient
fait les frais , ô merveilleuseJuftice
de Louis le Grand , dans
les trois mêmes eſpeces de forces
employées , de trefors ouverts, &
de biens rendus ! Enfin , fi Abraham
aportéfa charitéfi loin , que
d'offrir, tout puiffant qu'il eftoit,
la Paix à Loth , qui la devoit
demander, ne peut- on pas dire.
que la Charité de Louis , le plus
grand de tous les Potentats , est
extrême , puifqu'il a laiſſé l'Empereur
jouir long- temps d'une
Yij
260 MERCURE
profonde Paix avec la Francè
durant la Guerre contre les Turcs»
fans vouloir faire aucune divifion
que la politique auroit pû demander?
Il ne nous reste plus , aprés
avoirfait le premier paralelle de
noftre Heros de la Loy de Grace
avec le Heros de la Loy
de Nature , qu'à passer au fecond
paralelle avec le Heros de la Loy
Ecrite , en obfervant toutefois
pour garder de juftes proportions,
que LOUIS égale en quelque
façon Abraham, & qu'ilſurpaſſe
de beaucoup Jude Macabée.
Que ce Chefdu Peuple d'If
GALANT. 261
raël rende fa Pieté recomman
dable , endeclarant que la Guerre
qu'il entreprend n'a point d'autre
objet que celuy de la commune
défense de la Patrie
des Loix , l'infigne Pieté de Louis
m'a-t-elle pas plus faintement
confacré fon glaive en faveur
de la Religion , de l'Eglife & de
l'Eftat , dont les intereft, font
infeparables , ne font qu'une
mefme caufe ? Que Jude Maca
bee prouve fa Sageffe lors qu'il
Separe le commandement de fes
Armées entre des Chefs , des Tribuns,
des Decurions confide
rables , vaillans , & dignes des
&
262 MERCURE
Emplois , la Sageſſe de Louis në
paroit- elle pas d'autant plus ad-
*mirable , qu'il établit fous luy
MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MONSIEUR
Generaliffimes
de fon Amée ; les Princes de
fon Sang Generaux , & les
Grands Seigneurs, Gentils - hom
mes & Braves, Officiers prin
cipaux ou fubalternes , pour
Former tous fur fon parfait mo
dele , & facrifierfuivant fon exemple
toute l'Elite defa Mai
Jon , defa Cour & defon Royau
me à la feureté publique ? Quel
Hftoire des Macabées faffe
l'Eloge de fon Jude , en difant
les
GALANT. 263
qu'il protege fes Camps par fon
Glaive redoutable , & qu'il
érend par tout la gloire de for
Peuple lorfqu'il endoffe la cuiraffes
tout le Monde étonné n'eftil
pas contraint d'avoüer
feule Perfonne de Louis expo
fée à toutes fortes de perils , fans
aucunes autres Armes
que
que
la
celles
de fa Valeur , fait toute laforce
de fes Armées triomphantes ? Que
la Vigilance de fude , tout occupé
du falut de fa Patrie , pourvoye
àfes befoins , tant par les visites
des Places & des Troupes , que
par la convocation des Perfonnes ·
propres à la Guerre , la Surveil
264
RE
lance de Louis n'a point de bornes;
elle entre dans tous les moindres
details des Marches , des Garni
fons , des Arrierebans , des fonds
& des fecours neceffaires . Que
Fude fe flate de la Science de
l'avenir qui luy promet les évenemens
avantageux & certains
de la defaite entière de fes Ennemis
, & de la funeste chûte
d'Antiochus decrit fous le nom de
l'homme pecheur , qui eft aujour
d'huy élevé fur le Trône , & qui
Taombera demain ne voyonsmous
pas clairement les glorieux
Effets des projets impenetrables
de Louis , par la Conquefte importante
GALANT. 265
portante des Ville & Chasteau
de Namur , par la defolation des
Confederez, & par la retraite
honteuse de celuy qui en eftoit le
Chef, le lien & le principal
appuy ? Ne faut-il pas auffique
la Prudencefuifve de la Difcipli
ne militaire fi exacte dans le
Camp de fude , qui animoit dune
part le Zele , qui retenoit de
l'autre la fureur de fes Soldats
emportez par l'espoir du butin ,
cede à la Difcipline de l'Armée
de Louis , comme eftant toute
Chreftienne , marquée & obfer
vée par fes ordres , felon les regles
que Saint Jean -Baptiste le
Juillet 1692. Ꮓ
266 MERCURE
93
Predicateur de toutes les conditions
a preferites aux Soldats jaloux
de leur falut ? Qu'on vante
par tout la Justice de Jude,
qui ne pouvoit fouffrir l'ufurpation,
& la tyrannie d'Antiochuss
que la revolte d'un Peuple in
fidelle à Dieu avoit fait reconnoifre
declarer Roy d'Egypte,
au préjudice & mépris de tous
Les droits facrez de la Majefté
Royale , violez en la Perfonne
de Ptolomée le legitime Prince ;
ya - t'il rien de comparable à la
Justice de Louis , qui aprés a
voir receu le Roy d'Angleterre ,
l'avoir comblé d'honneurs
GALANT 267
de prefens, a détaché deux fois
une puiffante Armée de toutes les
fiennes , pour rétablir ce Prince
Catholique dans fes Eftats , &
-en chaffer le perfide Antiochus
Enfin , que la
J
de ce fiecle
charité de Jude gemiffe d'avoir
veu defon temps les Enfans d'Ifrael
s'allier avec les Gentils ;
profaner impunément les plus
faints Mysteres fe foumettre
lachement à l'esclavage de la
tyrannie , il n'y a point de douleur
qui égale celle de la Charité
outragée du plus religieux de
tous les Rois , qui devient le témoin
du mefme fort de tant de
Zij
268 MERCURE
pour
Juon no
Princes , puifqu ils font d'intelli
do
gence & de concert avec les Heretiques,
& qu'ils fe riuniffent
aux Enfans feparez de l'Eglife,
fubir honteufement le joug
de fon Ennemy capital.
Mais d'autant que SA MA
jESTE', plus jaloufe de la gloire
du Ciel que de celle de la Terre,
prefere les prieres aux loüanges ›
Nous en confequence de fes
ordres aprés avoir comblé &
Dieu & le Roy des mefmes Benedictions
le Tres - Haut
que
le
comme Protecteur , Abraham
comme Victorieux , receurent du
grand Prestre Melchifedec
7973
GALANT
269
in or
Vous
ORDONNONS , & C.
el
3M l'Evefque de Noyon ,
qui envoya ce Mandement à
Sa Majeſté ,
l'accompagna
d'une Lettre
,
dont
termes.
Si
voicy 1
TNAJAR D WAN
les
Al on Suroing pulqu'amenj
AU ROY,
IRE ,
03 3
Les Peuples d'Ifrael demandoient
autrefois à Dieu , des Rois
pour marcher à leur tefte , mais
zos Peuples changent aujour
d'huy de langage, & ne font
Zij
270 MERCURE
des prieres au Ciel que pour retenir
Koftre Majefté dans fon
Empire .
29 91
Voftre grand & bon Air eft le
feul qu'ils veulent reſpirers ac◄
coutumez aux douces & beni
gnes influences de leur Soleil, ils
n'en peuvent fouffrir d'autres ,
& les plus beaux jours deviennent
des nuits obfcures en voftre
abfence .
En effet , SIRE , la douleur
du départ de Voflre Majefté l'em
-porte fur le plaifir de fon retour,
& nos larmes fuffiroient encore
pour éteindre les feux de 10ye
allumez de toutes parts.
GALANT 271
La Conquefte importante des
Ville & Chasteau de Namur ne
vous coute pas tant qu'à nous ; la
balance de nos craintes e de nos
efperances ne doit jamais efte
égale , & nous aurons, toujours
plus à perdre qu'à gagner.
Enfin , Sire , ayez pitié de
nous , & en vous oubliant au
milien des perils, fouvenez- vous
la Religion dont
+
du
moins
que
vous
eftes
l'appuy
, l'Eglife
dont
vous
eftes
le Protecteur
, & l'Estat
dont
vous
eftes
l'Auguste
Chef
,
fondent
tout
leur
bonheur
fur
la
chere
confervation
de Voſtre
précieufe
& facrée
Perfonne
.
Z iiij
272 MECURE
Voila SIRE, quels font mes
fentimens répandur par tout en
general marquez en parti
culier dans ce Mandement de
nos Actions de graces que je consinuë
d'envoyer à Koftre Majeflé
avec autant de reſpect , que
reconnoiffance des bontez done
Elle honore & comble ,
SIRE ,
De voftre Majefté,
A Noyon , ce 15.
6༡༣ .
de miller 691.
de
Rog
Je tres- humble , tres
obciffant, &
Serviteur "
es-fidelle
DE CEERMONT ,
E C. DE NOYEN,
GALANT.
273
#
Les Roysfit l'honneur à co
Prelas de luy répondre en ces
fermes.ng Sanprom . Jarsmes
20 ammebral 22 zmob´ usilara
M
On & Coufin Fray recen
Na Lettre que vous m'avez
récrite fur mon retour de
Namur, & le Mandement que
vous avezfait pour rendre graces
à Dieu de cette importante Conqueſte
, & bien que je në merite
pas les Paralelles dont vous
m'honorez , je ne vous en fçay
pas moins de grés connoiſſant l'af
fection qui vous infpire ces fentimens
trop avantageux pour
moy. Ce que je puis dire , eft ,
274 MERCURE
que quelque
éclat que l'heureux
fuccés d'une entrepriſe
traversée
de tant d'obstacles
, puiffe avoir
aux yeux du monde , toute la
gloire en eft à Dieu ; & fur ce , je
le prie de vous avoir
Coufin
, en fa fainte
digne
garde. A Verfailles
, le 28.Juillet
mon
1692.
LOUIS, CERVLE
shere
Vous trouverez dans la
Planche que je vous envoye
la repréfentation d'un feu
d'artifice qui a fervy depuis
peu d'un agreable fpectacle
aux Habitans de Lyon . La
4
GALANT 275
Machine avoit plus de quarante
pieds de hauteur , & fut
dreffée au milieu du Pont de
pierre fur la Saone , par l'or.
dre de M. Dulieu , Prevolt
des & Marchands , & par des
foins des Echevins de la Ville.
Tout y eftoit peint , comme
fi on cuft travaillé pour un
ouvrage qui cuft dû eſtre vû
pendant un frecle , & l'or &
l'argent quien rehauffoient
toutes les parties , luy donnoient
un éclat extraordinaire.
Le deffein de ce feu eftoit
riré de ce que le Roy, par la
fageffe de fa conduite a fçû
276 MERCURE
rendre vains tous les efforts de
l'Europe liguée contre ley? Il
eftoit figuré par Jupiter qui
dédaignane d'employer les
foudres contre les Dieux qui
luy déclaroient la guerre par
la jaloufic qu'ils avoient de fa
puiffance ,fe contentoit de les
tenir tous attachez à une chaî
ne fur un Rocher. Au deffus
de la Machine eftoit an So
leil dont le Symbole conve.
nant parfaitement au Roy ,
donnoit par ces mots Latins
Virtus non numerus , une grande
idée de ce qu'on avoit entrepris
de reprefenter. Tous
100
GALANTM
277
The
Te
par
ces Dieux enchaînez fur le
Rochers eftoient connus
les attributs qui leur font pro,
pres , & delai faifoit un jufte
rapport aux & Princes des Nations
conjurées contre la Franco
, dont les étendards chargez
de leurs armes, le voyoient
des deux coftez du Rocher.
Il y avoit trois Genies , portant
les trois Fleurs de Lis de
France dans des Globes lumineux
pour fignifier que les
actions éclatantes qu'elle a
faites , font fçues de toute la
terre. De deux de ces Globes,
fortoient des foudres pour
278 MERCURE
tout ce
marquer , que qui ofe
luy refifter doit craindre
l'embrafement , & s'il n'en fortoit
point du troifiéme , c'étoit
puur faire connoiftre qu'elle
n'a que des influences benignes
pour tout ce qui luy eft
foumis , ce que faifoit voir la
figure d'an Lion , fous l'une
de ces Fleurs de Lis , avec ces
paroles , fub liliis quiefco . Une
infcription Latine appliquée
fur tout le corps de l'ouvrage,
en faifoit comprendre le def
fein . En voicy les termes . Tota
Europa contra Galliam fruftra
conjurata. Tout cela eftoit de
GALANT 279
l'invention desM de Mr Sevin ,
Peintre. Il a demeuré longtemps
à Paris , & la place de
Peintre de la Ville de Lyon
cftant venue à vaquer , il fur
prié de vouloir bien la remplir
, parce que fon mérite
cftoit connu , & fur tout la
force de fon imagination pour
toutes fortes de deffeins . Auffi
peut-on dire , que c'eſt un
des hommes du monde qui
en a le plus,
Madame la Marquise de la
Frezeliere , Femme de M' de
la Frezeliere , Lieutenant General
des Armées du Roy ,
280! MERCURE
Gouverneur de Salins, & Lieutenant
General de l'Attilleric
, n'eut pas pluftoft appris
dans la Terre de Monts en
.
Poitou la conquefte de Namur
, que pour en marquer fa
joye , elle convia le Commandant
de la Nobleffe de Bourgogne
avec la plus grande partie
de ceux dont l'Arriereban eft
compofé, &tous les Gentilshommes
& toutes les Dames
de fes terres& defon voifinage
d'affifterau Te Deum en mufique,
qu'elle fit chanter. Elle les
traita tous magnifiquement ,
& plufieurs décharges de qual
GALANT 281
ques preces de Canon qu'elle
a dans fon Chafteau , annon
cerent certe Fefte à tous ceux
desenvirons qui ne putent s'y
trouver. Elle fit auffi diftribuer
du vin à tous les Habi
tans qui en voulurent , pour
boire à la fanté de Sa Majeſté,
& il y eut entr'eux de grandes
réjouiſſances .
Quoy que la Ville de Châ
tillon fur Seine ne foit pas
comptée au nombre des grandes
Villes , elle peut eftre mife
au premier rang parmy les
plus zelées , puis qu'elle s'épuife
lors qu'il s'agit de ré-
Juillet 1692 Aa
282 MERCURE
jouïffances & pour les Conquêtes
du Roy. Mile Chapt, Prevoft
Royal & Maire perpe
tuel , leur donne là deffus de
grands exemples, en faifant
faire des prieres pour Sa Majesté
à fes dépens , & diftribuer
des aumônes generales!
Les Ecclefiaftiques de la mel
me Ville ont fait depuis peu
une chofe qu'on ne peut affez
louer. Cep Officier leur ayant
fait faire beaucoup de prieress
ils donnerent aux Pauvres la
rétribution qui leur en devoit
revenir, & firent fur le champ
prier Dieu pour Sa Majeſté
3
GALANT 283
par ces mefmes Pauvres.
Quant aux témoignages de
joye pour la priſe de Namur,
on peut dire que fi cette Villelà
n'a pas furpaffé les autres ,
elle a du moins égalé les plus
grandes Villes à proportion
de ce qu'elle eft. Le peu de
place qui me refte m'oblige à
remettre au mois prochain ,"
ce que j'ayrà vous dire des
feux de joye qui ont efté faits
par tout le Royaume.
MP'Abbé de Beuvron, Aumônier
du Roy , mourut au
Camp un peu avant la reduction
de Namur. Il eftoit Fils ?
A a ij
284 MERCURE
de M' le Marquis de Beuvron,
Lieutenant de Roy en Nor
mandic & Chevalier des Ora
dres de Sa Majesté . Con Ab
bé cftait aimé , & cftiméde
tousceux qui le condouſfoient,
& agreable à toute las Coura
Le Roy àqui fon merite eftoit
connu , luy avoit fait l'hon
neur de le choifir depuis quel
les Charges d'Aumônier ne
fe vendent plus. La Maifon
de Beuvron eft une branches
de celle d'Harcourt par Phi
lippe d'Harcourt , troisiémat
Fils de Jean V. Comte d'Har
court , qui fut bleffé à la Ba
!
EGADANT 285
raille de Crkey en 1346. & de
Blanche de Ponthieu , Com J
teffè ad Authaled & de Monte
gommery.M 62cb 251b
Quelques jours auparavant,
MiL'Abbbé de Janfon , Cha
noine & Archidiacre en l'E
glifes de Paris morut icy
dans un âge fort peul avancé.
Iboftoit fçavant, & fon merit
te luy avoit fait avoir cette
places que Mr l'Abbé Berrier
avoit quittée par devotion
SadConduita eftoit tres.édi
fiante , & quoy qu'il obſervaft
une fort grande régula
gité , il vivoit d'une maniere --
286 MERCURE
à ne fatiguer perfonne. Je ne
vous dis rien de fa naiffance ,
ةيدو
d
fon nom vous la fair connoître.
Il cftoit Neveu de Mile
Cardinal de Janfons
Nous avons auffi perdu
deux Hommes Illuftres pendant
ce mois. L'un cft M de
Valois , Hiftoriographe del
France , fameux par plufieurs)
Ouvrages ,,&& fur tout par fon
Hiftoire Latine de la premiere )
Race de nos Rois. L'autre eft
M Menage , dont le genie
s'eft fait admirer par l'étendue
de ſes connoiffances . It poffedoit
parfaitement la Langue
GALANT 287
Grecque la Langue Latine ,
& IItalienne , & les deux volumes
d'Obfervations
qu'il
nous a donnez fur la Françoife,
font connoiftre qu'il n'ignoroir
rien de ce qu'elle a de
plus delicat & de plus pur.
Ses autres Ouvrages font des
Poëfies en differentes Langues,
fes Notes fur Diogene Laerce
, les Etymologies Italiennes
, les Mifcellanea , ou oeuvies
mêlées ; les Antiquitez
de la Ville de Sablé en Anjou ,
les Vies des Femmes Philofophes,
& c . Il donnoit lesfoins
à une nouvelle Edition in folio
288 MERCURE
de fes Etymologies de la Langue
Françoife , fort augmen
tées , & corrigées , & on en
eftoit à la lettre S. quand il
eftmort . Son grand merite luy
avoit attiré en divers temps
quelques envieux, qui avoient
mefme écrit contre luy, mais
tout ce qu'ils ont publié n'a
donne aucune atteinte à fa
réputation. Il s'eftoit fait un
plaifir dans les dernieres an
nées de fa vie , de recevoir
chez luy plufieurs perfonnes
de Lettres lesap réfdinées , &
l'on s'y entretenoit de nouvelles
de litterature , & d'au-
.
tres
GALANT 289
cres. Il avoit une memoire
prodigieuſe , & toujours prefente
pour citer les Auteurs
anciens & modernes qui vedans
le diloient
à propos
cours familier , & l'on pou
voit dire de luy , que c'eſtoit
le Varron de noftre fiecle . M
Menage eftoit Fils d'un Avocat
du Roy d'Angers , & allié
à la plupart des meilleures
Maifons de ce Pays là . Son
efprit & fa profonde érudition
luy avoient acquis l'eftime de
plufieurs Perfonnes du premier
rang , tant en France que
dans les Pays Etrangers
es Faillet 1692 .
me
Bb
&
290 MERCURE

particulierement
de la Reine
Chriftine de Suede , de M
Servien , Miniftre d'Etat , &
Surintenant des Finances , &
de M de Bellievre , Premier
Prefident au Parlement de
Paris . Il eft mort le 23. de ce
mois , âgé de 79. ans , dans une
réfignation tout à fait Chrétienne
, affifté du Pere Errant,
Recteur du College des Jefuites
, homme tres - docte, &
qui a efté Confeffeur de la
feue Reine d'Espagne . M
Menage , fon parent tres proche
, qui jufqu'au dernier moment
a confervé une prefence
GALANT: 291
d'efprit que l'approche de la
mort n'a point troublée , luy
dit , aprés l'avoir remercié de
fes picules exhortations à bien
mourir qu'il eftoit neceffaire
d'une Sage Femme pour entrer
monde d'un Homme Sage
pour en fortir.
au
Pour reprendre le Journal
des mouvemens de l'Armée
de M le Maréchal Duc de
Luxembourg , & de celle du
Prince d Orange où je le quit
tay la derniere fois , je vous
diray que les Ennemis eftant
venus camper à Fleurus le 23 .
u mois paffé , mirent leur du
Bb ij
292 MERCURE
droite à Saint Brice , & leur
gauche à Eppinic & que nous
allâmes camper le mefme jour
au Chateau de Bofquet pour
nous approcher de la Sambre,
parce qu'ils fembloient la vouloir
paffer à Chaffelet , juf
qu'où ils étendirent leur gauche
le lendemain ce qui
obligea M de Luxembourg
d'aller camper à Moustier fur
le bord de la Sambre.Mouftier
eft un College de Chanoineffes
, comme celuy de Mons ,
fondé par les anciens Comtes
de Namur. L'Abbeffe qu'on
appelle Madame de Mouftier,
GALANT:
luftre 293 eft de Maifon de
OU
Huy.
כ ש
e
3
Le 25. M de Luxembourg
fit faire des Ponts fur la Sambre
, & la Maifon du Roy
l'ayant paffée fous le Chafteau
de Froidmon , campa dans la
Plaine au-deffous de Ham.
Le lendemain ce General alla
reconnoiftre tous les poftes
où il mir des Troupes , & le-
27. & le 28. fe pafferent à aligner
le Camp autant que l'on
-put , le terrain eftant fort irregulier
, à caufe des hauteurs
& des bois qui bornent la Ri
viere de ce cofté-là .
Bb iij
294 MERCURE
Le29.les Ennemis parurent
fur la hauteur avec trois mille
Chevaux. Ils venoient reconnoiftre
noftre Camp , & couvroient
en mefme-temps un
fourrage qu'ils faifoient en
de-là du défilé de Velainés ..
M'de Luxembourg alla à eux
avec un détachement du Roy
dès qu'il eut avis qu'ils paroif
foient, & ils fe retirerent auffitoft.
Le 30. l'Armée de M de
Luxembourg & celle de M
de Bouflers , alignées fur la
mefme Ligne , quoy que la
Sambre les féparaft , firent
>
GALANT. 295
Trois décharges de l'Artille
rie & de la moufqueterie ,pour
laréjoüiffance
de la réduction
du Chafteau de Namur , qui
avoit capitulé ce mefme jour .
Cette réjouiffance que le Roy
avoit ordonnée , fe fit à dix
heures du foir.
2
Le Mardy , premier de ce
mois , M' l'Abbé de Riqueti
dit la Meffe dans l'Eglife des
Chanoineffes de Mouftier ,
où affifterent tous les Princes
& Officiers Generaux , aprés
quoy ce mefme Abbé entonna
le Te Deum. Ce jour-là , Sa
Majefté vint à l'Abbaye de
Bb iiij
296 MERCURE
Foref, Ordre de Prémonftré,
où l'Abbé la reçut en habits
Pontificaux à la porte de l'E
glife avec la Communauté.
M' de Luxembourg , & les
Officiers Generaux qui n'étoient
pas de jour s'y trouverent
, & on tint Confeil də
Guerre. Il y fut déliberé d'envoyer
des Troupes de l'Ar
mée du Roy en Allemagne ,
& on y détermina celles que
l'on devoit détacher, & celles
qui demeureroient dans l'Ar
mée de M de Luxembourgs
Le Roy alla coucher de là .
Dinant.
GALANTM 297
Le 2. noftre Armée quitta
Mouftier , & campa à l'Ab
baye de faint Gerard jufqu'au
6 pour couvrir la marche du
Roy , qui partit le s . de Di
nant pour retourner à Verfailles
.
Le 6. M' de Luxembourg:
décampa de S. Gerard , & vint
à Tulli . Les gros équipages
effoient partis savonze heu
res du foir le jour précédent ,.
pour eftre au bout de la fe
conde Ligne à la pointe du
jour , & les Troupes partirene
a deux heures du marin , pour
saffembler au mefme endroit
298 MERCURE
que les gros équipages . La
marche fut une des plus fortes
qui fe faffent , & ce ne fut
pas fans beaucoup de peine
qu'on arriva à Tulli , qui cftoir
le quartier du Roy. On en
partit le 7. une demy - heure
aprés la pointe du jour pour
repaffer la Sambre à la Buffiere
, & venir camper à Merbe
Poterie , où l'on féjourna le
lendemain , parce que les gros
équipages qui cftoient reftez
le 6. à moitié chemin , n'avoient
pûjoindre tous le 7. Il
couroit alors un bruit dans
noſtre Armée , que Mª de BaGALANT.
399
viere avoit cu un grand dé-
- mêlé avec le Prince d'Orange
,à qui l'on prétendoit qu'il
cuft dit , qu'il cuft à fe retirer
dans peu des terres d'Efpa-
Ogne , & que puis qu'il n'entreprenoit
rien , il l'abandonneroit
, & feroit la paix avec la
France.
Le 8 les Ennemis eftant
partis de Fleurus, vinrent camper
à Genape , & M' de Luxembourg
alla camper à Ville
fur Haine , petite Riviere qui
donne le nom au Pays de Hainaut.
La marche fut affez belle.
On paffa de grandes Plai
300 MERCURE
de
nes , & l'Armée marchoit fur
deux
Colomnes ainfi que les
équipages . La nuit , le temps
fe changea , & il fit un orage
des plus terribles. Il dura plus
vingt - quatre heures ,
&
n'empefcha pas
pourtant
qu'on ne fift monter la droite
de la premiere Ligne à che
val au point du jour , pour aller
s'emparer des postes & des
défilez qui font autour de
Soignies, dans la crainte qu'on
avoit que le Prince d'Orange
ne s'en faifift avant nous . Ccpendant
il n'y cut que la Ca--
valerie de cette premiere LiGALANT.
3oi
gne & le quartier general qui
puffent arriver ledo à Soignies
, la pluye n'ayant point.
ceffé de tout le jour . Le refte
de l'Armée cut ordre de demeurer
à Ville fur Haine .,
jufqu'à ce que les eaux fuffent
écoulées , & qu'on cuft raccommodé
les chemins .
Le II. les Ennemis étendi
rent leur droite jufqu'à Nivelle
, & firent un détachement
de plus de huit mille
hommes , pour aller fous Bruxelles.
Lehz. le reste de l'Armée
de Me de
Luxembourg , fça302
MERCURE
voir toute l'Infanterie , &
la Cavalerie de la feconde
Ligne
vint
joindre
à Soignies
, & l'on
envoya
l'Artillerie
fous
Mons. Le 13.
M'deLuxembourg
alla vificer
le Camp
. Noftre
droite
étoit
vers Courtaubois
, & noftre
gauche
proche
de Neuville
.
Le 14. ce General
reconnut
le
Camp
d'Anguien
, pour l'occuper
aprés celuy
de Soignies
.
Le 15. les Ennemis
quifavoient
leur droite à Genap, &
leur gauche
à Nivelle
, firent
un grand
fourage
du cofté
de
Charleroy
. Mr de LuxemGALANT
303
ر ا
bourg en fit faire un le 16.
du cofté de Brenne le Comte ,
& les quatre joufs fuivans il
ne fe fit aucun mouvement
dans les deux Armées , mais
le 21. M de Luxembourg fit
faire encore un fort grand
fourage jufques au deffus de
Hall , & à la veuë de Bruxelles.'
Il fe paffa cependant une petite
action digne d'eftre remarquée.
Un Party ennemy
de vingt fept Soldats eftant
forty d'un bois , tomba fur
des chevaux qu'il trouva en
paſture , & il en prit douze.
Un Capitaine de Cavalerie qui
304 MERCURE
eftoit proche de là avec fept
Mailtres , alla à c a cux, & les En-
Best
Gant
nemis eftant rentrez dans le
bois s'y retrancherent . Le Ca
pitaine , âgé d'environ vingt
ans , les y fuivit fans s'éton
ner du retranchement,&criant
Amoy , il les enfonça , de forte
qu'apprehendant qu'il n'y cuft
quelques Troupes cachées
dans ce bois , ils demanderent
quartier. Illes obligea de mettre
les armes bas, & les emmena
tous prifonniers . Ce qui eft
à remarquer dans cette action,
c'est que la Cavalerie n'entre
jamais dans un bois , quand il
y a de l'Infanterie . Les Enne
GALANT
305
mis font encore
campez
campez
à Ge
nap , youlant
manger tout ce
qui eft autour de Charleroy
,
parce qu'ils craignent
que le
Roy n'entreprenne
encore de
foumettre cette Place Au pre
mier
mouvement
qu'on leur
verra faire , l'Armée
de M ' de
Luxembourg
ira occuper le
Camp d'Anguien
, cù , felon
toutes les apparences
, elle
paffera la plus grande partie
du mois prochain , à cauſe
qu'il y a beaucoup
de fourages.
Elle en a trouvé une abondance
extraordinaire
à Soignies.
Juillet 1692
Coc
206 MERCURE
Selon les derniers avis qu'on
a receus de Vienne , le Grand
Seigneur a comblé d'honneurs
le Grand Vifir. Aprés
luy avoir donné une autorité
fouveraine , en luy remettant
entre les mains le Sceau de
l'Empire tout entier , il luy ad
fortement recommandé de
n'oublier rien pour rétablir
la gloire du nom Ortoman
par une vigoureufe guerre ,
avec défenſe de prefter l'oreil
à aucunes propofitions des
Paix , avant que d'avoir repris
toutes les Places perdues , &
en avoir encore conquis d'auGALANT
307
tres. Le Grand Vifir affura Sa
Hauteffe d'une entière exactitude
à executer fes ordres , &
il confera enſuite longtemps
avec le Mufti & le Caimacan,
fur les moyens de venir à bout
de ce qu'on avoit réfolu pour
la Campagne . Aprés cela , il
fit diftribuer la paye de deux
mois d'avance aux Troupes ,
leur promettant de la donner
double à l'avenir, ce qui fatis- .
fit tellement le Peuple , que
lors qu'on cut arboré l'Etendard
de Mahomet , il fit paroitre
par de grandes accla
mations la joye qu'il avoit de-
Goij
308 MERCURE
la difpofition où il voyoit ca-
Miniftre de continuer la guer
re. On publie que les Tures
afficgent Segedin & Ratzean .
Le Comte Veterani a fait
fçavoir qu'il trouvoit de grane
des difficultez à garder le pafr
fage de la Portes de fer en
Tranfilvanie, & que le Comser:
Tekeli avec les Tartares , les
Turcs & les Mécontens , fai
foit des efforts extraordinai
res pour y entrer.
Son Alteffe Royale Monte
fieur a eu quelques accés de
fiévre , dont il eft guery entic
rement. Le Roy le vint voir r
1
GALANT.M 309
an Palais Royal leg de ce
mois . Le Roy d'Angleterre
y vint le lendemain , & Mone
feigneur le Dauphin le 21
Toute la Cour luy a fait pa
roiſtre les meſmes empreſſemens.
pas
On a beaucoup parlé dus!
démeflé de l'Electeur de Bad
viere & du Prince de Vaude..
mont , mais il a paru que la
veritable caufe n'en eftoit
bien connue.. Voicy une Let
tre reçue de Flandre fur ce
fujet que je vous envoye ,..
fans y avoir rien changé .Vous..
ferez là -deffus tel jugement
310 MERCURE
que vous croirez à proposs
LE
E Prince de Vaudemont ,
comme Commandant la
Cavalerie Espagnole , ſe plaignit
à l'Electeur de Baviere au rom
de toute la Cavalerie , de ce qu'el
le n'eftoit point payée , à quoy cet
Electeur répondit affez honnefte
ment , & dit qu'il y donneroit
ordre. En effet , quelques jours
aprés il luy envoya une permif
fion de prendre chez le Treforier
ce qui eftoit deu aux Troupess
mais comme le Prince de Vaudemont
n'est pas des plus pecunieux .
& qu'affe z fouvent ilfe trouve.
GALANTM gri
311
court d'argent , le besoin qu'il en
avoit pour lors , luy fit oublier
qu'il n'avoit reçu cet argent que
pour le diftribuer aux Officiers
& il s'en fervit comme s'il euft
efté à luy. Les Officiers à qui il
ennuyoir de ne rien recevoir , réfolurent
de s'en plaindre , & de
dire qu'ils quitteroient le fervice
fi on ne les payoit pas.
Deux des moins timides allérent
trouver l'Electeur de Baviere,
& luy apprirent la réfolution
dans laquelle efloient
tous les Officiers ; ce qui fur-
• prit extremement cet Electeur. Il
envoya chercherM le Prince de
312 MERCURE
Vaudemont , à qui il demanda ce
qu'il avoit fait de l'argent qu'il
avoit reçû , & pourquoy il
n'en avoit pas payé les Troupes.
Il répondit , qu'il les avoie
payécs , & l'Electeur de Baviere
faifant paroiftre ces deux Offi
ciers , ils luy dirent qu'ils n'avoient
rien reçû , ce que le Prince
de Vaudemont nia toujours
affurant que les autres eftoient
contens. L'Electeur de Baviere.
voyant bien qu'il y avoit du mal
entendu
de luy dire quelque chofe de piquant
; à quoy le Prince de Vaudemont
répondit fi fierement , que
ne put s'empefcher
le
GALANT. 373
2
le Duc de Baviere choqué faute
Jurfes piflolets & l'enft tué ,fila
Compagnie qui estoit là ne l'euft
empefché . Les Gardes de Baviere
s'en faifirent , on dit qu'il eft
à prefent à Aix - la -Chapelle ,
tendant des nouvelles du Courier
que l'Electeur de Baviere dépê-
1 cha à l'inftant au Roy d'Espagne.
at-
Voicy une autre Lettre venuë
d'Amſterdam . Elle parle
de ce que je vous ay déja marqué
touchant le differend de .
l'Electeur de Baviere avec le
Prince d'Orange.
Juillet 1692. Dd
314 MERCURE
V
A Amſterdam , ce 12. Juillet 1692.
Ous avez raifon de dire
que vostre conqueste de
Namur efface le fouvenir de vo
ftre malheur de mer , car en effer
elle nous touche fenfiblement, &
met nos affaires en confufion.
M de Baviere en eft venu aux
groffes paroles avec le Roy Guillaume
; & il est feur qu'il a expedié
à Madrid le Gouverneur
du Chateau de Gand pour y por
terfes plaintes ,&à Viennefon
grand Marefchal, fon confident ,
fon plus affidé Confeiller , M
de Sanffoy ; les uns difent , pour
GALANTM 315
1
Je
plaindre à
l'Empereur de ce que
les Allemans
n'on
n'ont point fait du
costé du Rhin ce qu'ils avoient
promis , les autres , pour demander
fa
démiffion , ne
pouvant
plus long temps demeurer dans les
Pays Bas avec honneur. Ce font
de grandes affaires que cela . Le
Prince de Liege eft dans un labirinte
d'où il ne fe
retirera pas.
facilement . Nous attendons des
nouvelles de ce que nos
Vaiffeaux
auront fait , mais cela ne nous
tirera pas de l'embarras où la perte
de Namur nous met. Le 7. de ce
mois les Armées en
Allemagne
estoient preftes d'entrer en action
D dij
316 MERCURE
proche de VVorms, l'on croyoit
que le jourfuivant il y auroit
combat , quoy que M de Lorge
euft beaucoup moins de Troupes
que les Alliez. Il venoit de recevoir
trois mille Chevaux , conduits
par M de Joyeuse , & il
attendoit inceffamment un détachement
d'Infanterie
.
On affure , que M le Marquis
de Joycufe n'a point joint
M' de Lorges , & qu'il raffemble
fes Troupes pour recommencer
fes courfes dans
l'Electorat de Cologne , qui
en cft fore alarmé . Si cela eft,
cette rufe de guerre a efté bien
conduite.
GALANT. 317.
I
(
goy a trois mois que les Allemans
, les Efpagnols , & les
Savoyards , qui forment trois
Armées feparées , qui occupent
trois Camps differens ,
une de chaque Nation , ce qui
ne marque pas une bonne intelligence
, menacent de bombarder
Pignerol , & mefme de
l'affieger. La difference qu'il
ya d'eux aux François , c'eſt
que lors que les derniers ont
refolu de faire quelque entreprife
, il eft impoffible de la
deviner, & que le fecret les en
fait venir à bout ; au lieu que
les autres s'en vantent long318
MERCURE
$
82 tomps & da manquent. Les
Efpagnols ont pourtant commence
d'entrer en action
ont arraqué une Redoute où
il y a quelques Soldats & un
Enfeigne & on dit mefme
qu'ils y
ont ouvert une maniére
de tranchée. Ils préten
dent enfuite emporter unc
Abbaye qui eft proche de ce
Pofte , pour empêcher la communication
de Pignerol avec
la Vallée de Peroufe , mais
quand ils s'en rendroient maîtres
ils n'y pourroient demeurer
long- temps , parce que
le Canon de la Citadelle de
GALANT. 319
Pignerol les incommoderoit
fi fort, qu'ils feroient contraints
de l'abandonner, Le
Duc de Savoye voyant la campagne
fi avancée , & fon Pays
remply de tant de Troupes
qui le mangent fans que fes
affaires prennent un meilleur
train , en eft , dit- on , malade
de chagrin à Turin , commen
çant à eftre perfuadé que l'execution
de fon deffein fur Pignerol
eft abfolument impoffible
, & l'on affure que M de
Louvignies luy en a fait voir
des difficultez infurmontables.
Le Comte de Caprara eft
Dd iiij
t
320 MERCURE
auffi
li indifpofé , ou du moins
il feint de l'eftre , ayant des
ordres contraires aux deſſeins
du Duc de Savoye. La Politique
des Allemans eft que les
chofes demeurent pendant la
Campagne , en l'eftat où elles
font , afin que le Duc de Savoye
ait toûjours befoin d'eux,
& qu'ils foientaffez forts pour
impofer. la loy pendant l'hiver
aux Princes d'Italie , qui
doivent apprehender pour
Icurs Etats , quand en épuifant
leurs bourfes , on les aura, mis
hors d'eftat de fe deffendre .
Comme toutes les réfolutions .
GALANT. 227
a
de
avane
que les Ennemis prennent d
ce coſté - là changent
qu'on vienne à l'execution
d'aucune , on affure que le Duc
de Savoye fait revenir les quatre
Regimens de Religionnaires
qui avoient efté envoyez
à la Valdofte , pour les mefler
avec les Barbets & quelques
Troupes reglées , afin d'attaquer
quelques- uns de nos Poftes
, dans nos derrieres ; mais
quand la chofe leur réüffiroir ,,
il leur feroit impoffible d'y
faire aucun établiffement.
Le Pape s'oppofe avec vi
gueur à l'élection du nouvch
a
222 MERCURE
fai-
Electorat , en faveur du Duc
de Hannover. Quelle diffé
rence de ce que fait aujour
d'huy le Roy à ce que fait la
Maifon d'Autriche La Mai
fon d'Autriche détrône un
Roy Catholique , & veut
re un Electeur Proteftant , &
pendant qu'elle cherche par
tout à détruire la Religion"
Catholique , le Roy ne cherche
qu'à la faire triompher.
Jamais les Suiffes n'ont paru
plus amis des François , qu'ils
le font prefentement. Noftre
Ambaffadeur à Bafle a donné
une fomme , pour un prix de
GALANT. 323
l'Arquebufe qui doit eftre
difputé entre les Bourgeois de
Bafle , & il a fait plufieurs
autres libéralitez , pour mar
quer la joye de la prife de Namur
dont il a reçu de grands
applaudiffemens
de tout le
Peuple .
le
Il y a deux mois que
Combat de Mer fut donné , &
cependant les Anglois & les
Hollandois font moins avan
cez qu'ils n'eftoient en ce
temps là. Ils fe font promenez
autour de nos Ports , fans ofer
rien entreprendre , eftant bien
perfuadez de la maniere que
324 MERCURE
voir.
Ion eftoit préparé à les rece
r. Ils s'en font enfin elor
nez ,fans avoir tenté aucune
gnez
chofe , & ont efté accueillis
d'une tempefte , qui aprés leur
avoir fait perdre plufieurs
Mats , les a rejettez fur leurs
que
coftes . Ils font de grandes menaces
, qu'ils réiterent fouvent.
C'eft ainfi
l'on a
couftume d'en ufer , quand
on n'a aucun deffein . On fait
quelquefois feparer par ce
moyen les forces des Ennemis.
qu'on apprehende , la bonne
Politique , & le bon fens mef
me ne voulant pas qu'on aver
GALANT
25
0997 29,6S
tiffe fon
Ennemy du coup
qu'on eft preftà luy porter.
Je n'ay rien de confidérable
à vous dire
d'Allemagne .
Tout ce qui s'y eft paffe juf
qu'icy ne regarde que des
Partis , & non des Armées.
Nous avons à
l'ordinaire paru
les premiers en Campagne ,
& vécu aux dépens des Enne
mis , Ils nous ont menacez
long temps d'affieger Landau
ou Philifbourg. Ils ont affemblé
un Corps en deça du Rhin ,
& à peine a t il efté affemblé
que la peur d'eftre attaqué
l'ayant pris , il s'eft retiré avec
326 MERCURE
tant de précipitation que plufieurs
ont paffé la Riviere à la nage. Om
nous craint en deçà & en delà du
Rhin, & s'il s'y fait quelque entreprife
cette Campagne , on eft fort
perfuadé qu'elle ne fera pas faite par
les Ennemis .
J'ay efté trompé comme beaucoup
d'autres , par le bruit quia couru de
la mort du Prince de Valdek. Les
Lettres mefme qui venoient dụ c
Camp Ennemy , publioient cette
nouvelle , & elle eftoit croyable
d'un homme de quatre - vingt ans ,
& qui s'eftoit retiré malade de l'Ar- 1.
mée .
Jamais on n'a tant fait de Plans
que de
Namur. Il en a paru plufieurs , même
avant la prise de la Place , ceos
qui n'eft pas une marque de leur
de la Ville & du Chaft ans
GALANT.
327
jufteffe . M. de Fer vient d'en don
ner un nouveau. Je ne vous en di
ray rien , à caufe de celuy que je
vous envoye dans l'Hiftoire du Siege
du Chateau de Namur , qui eft
d'autant plus exact , qu'il a efté fait
fur les lieux aprés la prife du Châ
teau , par un des plus habiles Ingenieurs
qui ayent fervy pendant le
Siege. Il eft nettement gravé , rien
n'y embaraffe , & l'on y diftingue
les travaux avec plaifir. Quant à
l'Histoire du Siege du Chafteau , fi
la Relation de celuy de la Ville vous
a plû, i'oleray vous dire que celle du
Château vous fatisfera encore davantage
, puifque jamais Relation
n'a efté plus curieufe , plus exacte,
& plus remplie de faits & de circonftances
particulieres , qui font
connoiftre parfaitement ce que c'eft
382 MERCURE
qu'un Siege. On luy a donné le nom
d'Hiftoire à caufe qu'elle renferme
plufieurs morceaux historiques. Ea
fin , non- feulement il ne s'eft rien
fait pendant le Siege , qui ne foit
marqué dans cette Relation , mais il
ne s'eft mefme rien dit que l'on n'y
rapporte. On ne loueroit pas un ouvrage
d'invention , mais on peut
parler de ceux qui dépendent de l'e
xactitude des foins , & des recherches
.
L'Enigme du mois paffé a efté
expliquée fur la Balance , qui en
cftoit le vray mot par Mrs fullice,
Affeffeur du Comté de Benon ,
& fon amy de Surgeres : Le Marquis
de Collogon : Bénard de
l'Hoftel du Quefnoy, Place Royalele
Chevalier de Loibel de la
place- Maubert : A. Bénard de
Clermont en Auvergne : De CourGALANT.
929
ey, devant la Fontaine de Noyon :
Bellon & fa charmante Manon
de Paffy : Tamirifte de la rue de la
Cerifaye : le Complaifant mal recompenfé
de la rue de Biévre : le
Bonbeaupere duChevalier de Bagny
, & fa petite coufine touteaimable
: le Solitaire de Goneſſe :
le Solitaire Caraunien : le Coeur:
penetré d'amour de la ruë Vildot :
le Jeune indifferent de la place des
Victoires : le beau de Milly de la
ruë Montmartre , & fon coufin :
le Revenant -bon de Caën à Paris :
le Solitaire de la fontaine- Gemare
du mefme lieu : le Paffionné de la
ruë faint Victor : le gros Controlleur
: le Conftant Grou , & fa
Soiffons : le Conftant du
cloistre faint Merry, & fa voifine :
Adonis de l'Ile- Enchantée du
fidelle de
Ee
330 MERCURE
Quay de Bourbon da Troupe
d'Anguien : l'Amant infortuné &
fon inconftante den Verfailles
l'Unique du Cloiftre Saint Mederic
: Chofevert du bout du pont au
change : la parfaite intelligence &
fon incomparable voifine de la ruë
des Lombards : Mefdemoiſelles de
la Cour, & de Bellille , Soeurs ,
proche la porte Montmartre :
Charon de Vitry le François , &
I'Incomparable Saltance du mefme
lieu l'agreable Penchante d'Ef
tampes : Pigeart , l'aimable brune,
& Tailli de Roches , & fa charmante
foeur : la toute charmante
Bigoine la jeune de Befançon : le
beau couple de feurs de la rue For.
mantereffe ; la belle Urphée du
Marché aubled : la belle Catheri
ne & fon intime de Vermandois :
GALANT
331
1
T'aimable brune de Dieppe à l'anagrame
, facrifions nos coeurs : la
Belle Tontine de la rue Saint
Roch : les deux- Aimables foecurs
de la rue faint Denis l'Aimable
Normande de Surenne , & fa petite
Angloife : la belle commere
de chez Maiftre Marcel : la focieté
naiffante de la rue des Rofiers : la
Blonde au nom qui fait aimer ,
Vos Amies ne plaindront pas le
temps qu'elles donneront à chercher
le mot de l'Enigme nouvelle
que je vous envoye .
1
Left des gens que je fais enskrager
Et pour d'autres jefuis utile & delectable.
C
On me bat , on me compe , & l'on me
Jestfur table;
Ee ij
332 MERCURE
Mais je ne vaux rien à manger.
29m 2390# art 13
Fay des Troupes bien ordonnées,
Dont pourtant le defordre eft fouvent
fans pareil,
Fe marche en fuperbe appareil,
Cardans ma fuite on voit des teftes
Couronnées
spots a
Sous deux couleurs, en quelque part
que j'aille
ház
Sans deffein toutefois de donner de
de l'effroy
2001490
mere toujours avec moy sobe
Quatre Regimens en bataille..
S
Ze
De tous mes Courtisans j'entretiens
L'esperances
Auffi m'en fervent- ils avec beaucoup
d'ardeur ;
Sans me vanter,j'ay bien du coeur,
GALANT. 335
Et fais bien router lafinances. ^
Avec moyle
$
moy le beau Sexe a beaucoup
d'habitude , of takimet tw
Et trouve en mes faveurs un plaifir
bien charmantments
Mais je fers bien plus frequem-
A la Coquette qu'à la Prude.
L'eftat d'une Amante , reduiteà
donner des pleurs à la mort de
fon Amant eft un eftat digne de
pitié. Vous en trouverez la trifte
peinture dans les paroles que vous
allez lire..
AIR NOUVEAU.
Aifez- vous , Roffignols , voftre
Attendre
tendre
ramage
Rappelle toutes mes douleurs .
Tireis a fon départ, fous ce mefme
feuillage,
Tandis que de l'Amour vous chantieZ
Les douceurs
334 MERCURE
Mefloit en me parlantfes foupirs
mes pleurs .
Helas ! d'un fi touchant langage
Fe ne goufteray plus les plaifirs enchantezi
vage .
Tircis de l'Acheron a veu l'affreuxri-
Taifez vous , Roffignols , voftre tendre
ramage
Rappelle toutes mes douleurs.
Je fuis Madame , &c.
A Paris, ce 31. Juillet 1692 .
On a veu des Lettres du 23. qui
portent que les Ennemis fe font éloignez
de devant Pignerol.
Le fieur Brunet , Libraire au Palais ,
debite un Livre nouveau , qui a pour
Titre L'Hiftoire du Marquis de Bourbon
. Il eftfort divertiſſant par les aVANT
turesdont il eft remply , & fait connoître
qu'on peut parvenir à tout , quand on
a un veritable merite. Il y a beaucoup de
Figures dans ce Livre.
STABLEM
Prelude
, 2.5) araling
ous 85 116
SMB
Dialogue de la Sambre & de la Meuse. 9
Nouvelles differentes & curieufes de
Perfe zule 19
Lettre d'un Officier principal de l'Armée
du Roy à un Gentilhomme de qualité
François , refugié en Hollande. 77
Divers Ouvrages en Profe & en Vers .
fur la Prife de Namur. 93
Transportdu corps de Madame la Prin
ceffe de Carignan à la Chartreuſe de
Gaillon , avec le Difcours prononcé
en le prefentant.
Morts.
124
139
Agrément donné à M. le Marquis de
la Sare pour une des Charges de Lientenant
de Roy de Languedoc.
149
Lettre écrite de la Haye à M. le Comte
de Tourville."
Hiftoire.
if
453
163
Lettre du Prieur du Defert des Carmes
de Namur, au Provincial des Carmes
de Malines,MO
Feftes publiques , Faites à Paris
prife de Namur.,
194
pour la
199
TABLE
Lettre du Baron de Mazy à un Chanoi
221 ne de Liege.
·Lettre d'un Bourgeois de Louvain à un
defes Amis à Bruges.
Autres ouvrages sur la prise de
mur.
226
Na-
238
Réjouiffances publiques , faites en plu

fieurs Villesfur la prise de cette mefme
Places
244
Lettre de M. l'Evêque de Noyon au
Roy.
Lettre du Roy à M. de Noyon.
Autre Article de Morts.
269
273
283
Journal de ce qui s'eft passé à l'Armée de M. de
Luxembourg.
Nouvelles de Vienne.
Retour de la santé de Monfieur.
Sujet du démêlé de l'Electeur de Baviere
Prince de Vaudemont.
Lettre d'Amfterdam.
Nouvelles d'Italie.
Nouvelles de Bâle.
294
306
308
& du
307
313
317
322
323
325
236
328
Nouvelles de Mer.
Nouvelles d'Allemagne.·
Plans de Namur.
Article des Enigmes .
La Figure dat regarder la page 274
L'Air doit regarder la page 33.3.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le